Fichier
Nom du fichier
1692, 02
Taille
9.03 Mo
Format
Nombre de pages
373
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Eur.
511-
1692,2
Mercure
<36612005060018
< 36612005060018
Bayer . Staatsbibliothek
33
f
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
FEVRIER 1692.
A
PARIS ,
GALERIE
- NEUVE DU PALAIS .
ON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & in
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans
Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
Et la Veuve M. GUER OUT , Galerie-neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC . XCII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
Bayerische
Startseibliothek
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toujours. Cela eft cause qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
L'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent ,&fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite
pre
fentement le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le.
Mercure. Comme ces paquets feroni
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
AVIS.
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
ans en charger ledit Guerout , s'exposent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le prefent ,
ils rejettent la faute du retardement
furle Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé
que
fort
avant
dans
le mois
. On
évitera
ce
retardement
par
la voye
dudit
Sieur
Guerout
, puis
qu'il
fe charge
de faire
les
paquets
luy-mefme
& de les faire
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Il fera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les venaront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lies d'eftre·
content.
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1692 .
OUS avez raiſon ,
Madame , de dire ,
que quoy que j'aye
déja commencé plus de deux
cens cinquante de mes Lettres
hiftoriques , par des Eloges
du Roy , cette matiere ne
A iiij 7
8 MERCURE
s'épuifera jamais. Je n'ay cité
que des faits, & loin de s'étonner
du grand nombre , on
doit trouver que je ne vous
ay entretenue qne de la moindre
partie , puis qu'il ne fe
paffe point de jour que ce
Monarque ne donne fujet de
l'admirer, & que je ne vous
parle chaque mois que d'une
de fes actions à la tefte
de mes Lettres . Les Cardinaux
de Richelieu & de Mazarin ,
qui ont fait des chofes fi furprenantes
pendant le cours
de leur Miniftere , feroient
bien furpris de trouver les
GALANT.
9
bornes de la France fi reculées
, les Finances en fi bon
eftat , les Loix fi religieufement
obfervées , des Academies
pour faire fleurir les
beaux Arts , des Ecoles de
guerre pour la Jeuneſſe , fuivant
le party qu'elle veut embraffer
, foit fur terre , foit
fur mer , des Palais pour des
Invalides , & des Seminaires
où les Filles de qualité s'inftruifent
dans la vertu , &
paflent leurs plus dangereufer
années , c'est à dire , celles
où les jeunes perſonnes apprennent
ordinairement dans
To MERCURE
le monde à eftre coquettes ;
au lieu que ne fortant de ces
Seminaires que pour eftre mariées
, elles portent la vertu
pour dot à ceux qui les demandent
pour Femmes , lors
que beaucoup d'autres ne leur
portent que des moeurs corrompuës.
Que diroient les
grands hommes dont je viens
de vous parler , & quelle furprife
n'auroient- ils point s'ils
retournoient
au monde , &
voyoient l'eftat Aloriffant où
l'Empire des François fe trouve
aujourd'huy
? Ils demanderoient
quels Miniftres auGALANT.
11
roient eu des Genies affez fuperieurs
pour avoir travaillé
fi utilement à la gloire de la
France, & l'avoir renduë plus
redoutable que tous les Rois
enfemble n'ont jamais fair.
Rien ne pourroit égaler leur
étonnement , quand ils apprendroient
que le Roy s'étant
bien voulu donner le
foin de travailler luy mefme
fans avoir de premier Miniftre
, en a fait toutes les fonctions
; qu'il n'y a point de
détails où il ne foit entré pour
le bien de fes Sujets & la gloire
de l'Eftat , qu'on n'a rien
12 MERCURE
executé que par les ordres , &
que la penetration , fon trafa
vail continuel , & fon exemple
ayant rendu fes Miniftres
vigilans , laborieux & habiles ,
jamais Monarque n'a efté fi
bien fervy. Pour vous donner
feulement une marque
qu'il fçait tout , qu'il voit
tout , & qu'il fait tout par
luy- mefme , je ne vous parleray
que du détail où il vient
d'entrer au milieu des grandes
affaires qui l'occupent.
Ce détail regarde le Regigiment
de fes Gardes Françoifes
, en faveur duquel ce
GALANT. 13
"
Prince a bien voulu fe donner
la peine de travailler à un Re
glement qui contient trois
cens vingt articles , qu'il a
examinez avec l'attention
qu'il donne jufqu'aux moindres
chofes. Ce feroit beaucoup
pour un particulier qui
n'auroit aucune affaire , que
d'en écouter les Articles ,
qui rempliffent un volume
affez gros pout effrayer ceux
qui n'aimeroient que les divertiffemens.
Cependant le
Roy ne s'impofe pas un
moindre travail dans les
temps où il n'eft pas entiere-
-
14 MERCURE
ment occupé des affaires de
l'Etat , & il fait fes heu
res de plaifir de mille reglemens
pareils. On ne doit pas
s'étonner fi l'ordre fe trouvant
en toutes chofes , fes
affaires font dans une fi gloricufe
fituation. qu'encore
que depuis trois ans ce Prince
foit attaqué par toute l'Europe
, fes Troupes toujours
triomphantes n'ont encore
paffé aucune Campagne que
dans le Pays ennemy , ny aucune
faifon fans vaincre . C'eft
ce qui vient de nous faire
chanter un Te Deum au mi
GALANT.
IS
lieu du plus rude hyver que
nous ayons cu depuis longtemps
, & c'eft ce que nos Ennemis
n'ont point encore fait.
Vous jugez bien que je veux
parler du Te Deum que l'on a
chanté pour la prise de Montmelian.
Toute la France a fuivy
l'exemple de la Capitale
du Royaume ; mais comme
on fçait avec quel zele &
quelle magnificence ces fortes
de réjoü flances s'y font,
& que je vous en ay fait une
infinité de defcriptions , vous
vous les imaginez affez fans
qu'il foit befoin que j'entre
16 MERCURE
dans le détail des Festes qui
les accompagnent . Elles ont
efté d'autant plus grandes en
Dauphiné, que cette Province
fe trouvoit expofée aux incurfions
des Troupes des Princes
de la Ligue , & que loin qu'ils
ayent fait réuffir le moindre
de leurs projets, le Roy ayant
pris toute la Savoye , en a fait
comme une barriere entre la
France & les Ennemis qu'il a
dececofté- là , & comme il ne
reftoit que Montmelian par où
cette barriere puft eftre forcée
, fi toutefois il cuft cfté
poffible de fe faire jour en
GAALNT.
17
France, il n'y a pas lieu d'eftre
furpris que la joye ait cfté auffi
grande qu'on l'a veuë en Dauphiné
. Pour vous en donner
une foible idée , je vais vous
parler de ce qui s'eft fait dans
un Village de cette Provincelà
nommé Montrevel , &
vous jugerez par là de ce qui
s'eft pû paffer dans les grandes
Villes.
Le premier jour de l'année
fut choifi par les Habitans de
ce Village , pour faire éclater
leur joye dans une occafion
où la gloire de Sa Majesté l'à
rendue univerfelle . Ce fut une
Février 1692.
B
18 MERCURE
agreable
étrenne pour fes
Peuples que les actions de
graces qu'on rendit au Ciel
en memoire
d'un fuccés qui
a étonné toute l'Europe
. Un
feu d'artifice
fut dreffé pour
ce fujet. Voicy quelle eftoit
l'Infcription
de fon frontifpice.
LUDOVICO MAGNO,
Invictarum Arcium invicto
DEBELLATORI,
Montium Micea , Montis Emiliani,
Triplicis foederatorum Principum
funiculi nunquam antearupti
Inexpectatis temporibus Domitori
feliciffins,
GALANT. 19
Parochus & Cives MontisRevelli,
Multiplicis ac tanta gloria
Miratores ,
Impar lætitia fua Monimentum
Extrui curaverunt
Kalendis Januarii M. DC . XCII.
La feconde face du Feu
d'Artifice avoit pour ornement
une Devife , dont le
corps eftoit le Soleil au Solftice
d'Hiver , avec ces paroles,
Progrediturdum ftare videtur,
Pour faire voir que comme
le Soleil ne s'arrefte jamais
dans fa carriere , lors mefme
qu'il eft en fon Solſtice , de
Bij
20 MERCURE
mefine Louis le Grand fait
fans ceffe des progrés glorieux
malgré la rigueur de l'hiver,
qui mettent les autres Princes
de l'Europe dans l'inaction
& comme hors d'eftat de rien
entreprendre , ce qui a fait
dire à nos Poëtes , que le Roy
cftoit un Heros de toutes les
Saifons . Sur quoy on doit re
marquer, pour bien concevoir
le fens de cette Devife que
Montmelian fut conquis le
21. de Decembre dernier , jour
auquel le Soleil entre dans le
Solftice d'hiver.
On voyoit dans la troifiéme
GALANT. 21
face une autre Devife , qui avoit
de mefme pour corps le
Soleil dans l'Equinoxe , & ces
paroles pour amc ,
Equalis fulget ubique.
C'est à dire,que comme le Soleil
partage également fa lumiere
à tous les Climats au
temps de fon Equinoxe , de
mefme le Roy brille par tout
d'une égalé gloire , ce qui eft
juſtifié par Mons en Flandre,
& Nice en Piémont , deux importantes
Places emportées ,
prefqu'en mefme jour vers l'Equinoxe
du Printemps dernier.
La quatriéme face eftoit.
22 MERCURE
enrichie d'une Devife dont
l'invention a paru finguliere
aux Connoiffeurs . Elle avoit
ainfi que les deux premières ,
le Soleil pour corps environné
des Planetes , qui luy tiennent
lieu de Satellites , & qui
luy doivent toute leur lumiere,
tandis qu'il éclipfe la Lune
au temps de fon oppofition.
L'ame de cette Devile eftoit,
Cominus illuftrat , eminus ob-
Scurat.
Voilà au jufte le plan de
l'Europe , dans la fituation où
elle fe trouve aujourd'huy par
une fanglante guerre , qui a
GALANT. 23
fait reffentir fes fureurs à tous
les Etats liguez contre la
France . Le Soleil dans cette
Devife reprefente Louis le
Grand , autant élevé au deffus
des autres Princes du monde ,
que ces Princes le fontau deffus
de leursSujets . Ces Satellites
qui nes'éloignent jamaisdu
Soleil , & quien reçoivent toute
leur lumiere, nous figurent
les Sujets du Roy, qui tirent
tout leur bonheur de ce grand
Prince, par l'attachement inviolable
qu'ils ont à fa Perfonne
facrée . La Lune par fon
oppofition au Soleil fignific
24 MERCURE
l'inconftante Europe , qui a
ofé oppofer fon corps fombre
& opaque à l'éclatante
gloire dont brille Loüis le
Grand fur le premier Trône
de l'Univers. Tout le monde
fçait que la Lune n'eft jamais
éclipfée que dans fon oppofition
avec le Soleil , & qu'en
tout autre temps elle en reçoit
la lumiere ; mais tout le monde
fçait encore mieux que
l'Europe s'est toujours veuë
dans l'abondance & dans l'éclat
, tandis qu'elle a fceu ménager
la bienveillance du Roy,
& qu'au contraire elle ne s'eft
pas
GALANT.
25
pas fi toft oppofée à ſa gloire,
qu'elle a fouffert cette effoyable
éclipfe où nous la voyons
maintenant plongée , au lieu
que la France , toujours dévoüée
à ſon incomparable
Prince , fe voit dans un cftat
parfait de felicité .
L'invention de ces D vifes,
auffi bien que de l'Infcription
qui occupoit le frontispice du
Feu d'artifice , est dûë à M
Crochat , Docteur en Theologie
, & Curé de Montrevel,
qu'on a vû pendant quatre
ans Profeffeur de Mathemaques
à Paris . Il s'y diftingua
Fevrier1692 C
26 MERCURE
par
une
particulierement par cette ce
lebre difpute qu'il cut avec
les Partifans de l'Aftrologic
Judiciaire dont plufieurs de
mes Lettres ont parlé . Il la
commença par un défy qu'il
fit à tous les Aftrologues de
l'Europe , & il la finit
Piece qui ferma pour toujours
la bouche au feul Ecrivain
qui entra en lice contre luy .
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cet Auteur s'occupe à
publier la gloire du Roy. Un
jufte volume auroit peine à
renfermer tous les Panegyriques
qu'il a prononcez fur ce
GALANT.
27
fujet. Il ne manqua pas le jour
de cette réjoüiffance d'en faire
un nouveau qui eut beaucoup
de fuccés . Je ne vous diray
rien de la juſteſſe avec laquelle
il parla des grandeurs de ce
Monarque. On imprime ce
Difcours , & vous en pourrez
juger bien-toft par vous- mefme.
La Felte fe termina par
le Feu d'artifice , par les acclamations
du Peuple , par
plufieurs décharges de la
Moufqueterie, & par un régale
où la Santé de Sa Majefté
fur beue avec beaucoup
de respect .
-
Cij
28 MERCURE
Leis. du mois paffé M ' de
Martangis , Ambaſſadeur Extraordinaire
de France en
Dannemarc , ayant receu la
nouvelle de la prife de la même
Place , fit chanter le Te
Drum dans fa Chapelle , en
action de graces à Dieu , &
donna un magnifique repas à
tous les Seigneurs , Miniftres,
& Dames de cette Cour. Ce
regale fut fuivy du Bal , &
d'une grandeIllumination.M
de Martangis a toujours foûtenufon
caractere d'Ambaffadeur
par une belle dépenfe .
Le Pere Louis de Verdun ,
GALANT. 29
Religieux de l'Obfervance de
Saint François , & Commif
faire general de la Terre Sainte
, prefenta au Rov le 6. de
ce mois , un Poëme Chreftien
fur la reftitution des Saints
Licux . Je vous parlay amplement
il y a prés de deux ans ,
de cette reftitution , & de
toutes les circonstances glorieuſes
pour Sa Majesté qui
l'accompagnerent
, ainfi que
des réjoüiflances qui furent
faites en ce temps - là au grand
Convent des Cordeliers de
Paris , ces Peres ayant marqué
tout le zele imaginable pour
C iij
30 MERCURE
la gloire de noftre augufte
Monarque , à qui ils font fi '
redevables , & fur tout le Pere
Verdun,Commiffaire General
de la Terre Sainte . Comme ce
Poème n'eft
pas fort long, &
qu'il roule fur des matieres qui
ne peuvent que vous estre fort
agreables , je ne doute point
que vous ne le lifiez avec
plaifir . Il eft de M' l'Abbé
de Maumenet , qui a remporté
le prix de Poëfic dans la
plufpart des Academies de
France .
GALANT.
31
25552225 25222sas
LA RESTITUTION
DES
SAINTS LIEUX .
C
Poëme heroïque .
Ent Monarques jaloux du bonheur
de la France ,
S'efforcent vainement d'abbaiſſer fa
puissance.
Sous le plus grand des Rois , à l'abry
de leurs coups ,
Elle rit des projets , qu'a formez
Leur couroux .
Sans troubler fon repos , le demon de
la
guerre,
Ciiij
32 MERCURE
Dans les champs ennemisfait gronder
fon tonnerre ,
Et tout ce que Bellone a de trifte &
d'affreux ,
LOVIS (çait l'écarter de fon Empire
heureux .
Mais ce n'eft point affez queſes ver
tus guerrieres ,
Les armes à la main , protegent nog
frontieres ;
Son zele, qui foûtientfes fidelles Sujets
,
Luy prefente aujourd'huy de plus dignes
objets.
Le culte des Autels , les droits du
Diadême,
Dont l'erreur veut foüiller la Majefté
Suprême,
Plus que nos interests ont excité
Louis , ( inoüis.
D'exercer fa valeur par des faits
GALANT.
33
Il fçait , ce Roy Chreftien , que les
grandeurs humaines ,
Sans l'appuy du Seigneur , font fragiles
& vaines,
Et qu'il n'eft point icy de lauriers
immortels ,
Que ceux qu'un Roy moiffonne aux
pieds de nos Autels .
De cesbeaux fentimens fon ame penetrée
Combat feule aujourd'huy l'Europe
conjurée,
Et voit le Ciel propice à l'Empire
des Lis ,
( blis.
Favorifer des droitsfur lesfiens éta-
Mais tandis qu'au Couchant fa valeur
animée
Défend les interefts de l'Eglife opprimée
,
Fufque dans l'orient il cherche àfignaler
34 MERCURE
Ce zele dont pour Dieu fon coeur fe
fent brûler
De ces Lieux, oùJefus daignamourir
& naifire ,
Sa pieté le rend & l'arbitre & le
maistre ,
Et les Chreftiens en foule à l'abry de
fon Nom,
Viennent baifer les murs de lafainte
Sion.
Là , fans armirfon bras ,fes vertus
pacifiques
Banniffent pour jamais d'infolens
Schifmatiques ,
Qui du Dieu d'Ifraël ofant braver
la loy
Ont ufurpé des biens conquis par Godefroy.
Ennemis dcs Autels
que
la France
protege,
En 1099. Delignages d'Outre-mer chap . 1.
GALANT. 35
où n'ont-ils point porté leur furcur
facrilege,
Lors que parleurfecours des Tirans
odieux,
Oferent envahir l'Empire des Saints
Lieux ?
Acent affronts divers l'Eglife abandonnée
,
Vit la Cité de Dieu triftement profanée.
Bethleem regretta fes Temples démelis
,
Des facrez ornemens on arracha nos
Lis ,
Et ces dons precieux , dont nos plus
grands Monarques
Avoient d'un zele ardent donné d'illuftres
marques ,
Ces lampes qui brilloient dans cet
auguste licu ,
lcs Sarrazins .
36
26
MERCURE
Cefferent de fervir au culte du vrag
Dieu.
Ce Bois même , où vaincu par ſa
bonté feconde ,
Jefus en expirant rendit la vie au
monde ,
La Croix , ce digne objet du refpect
des humains,
Vit fur elle imprimer la fureur de
leurs mains ,
Lors qu'à grands coups de foüet leur
aveugle manie
Tenta ce qu'ils n'ont pû fur l'Auteur
de la vie.
Mais que ces infenfez par de telles
horreurs ,
Coutèrent auxmortels & defang& de
pleurs !
Par la main de nos Rois juſtement
protegée ,
Adorable Sion , tu dois eftre wangée !
GALANT. 37
Voy pour te fecourir combien d'hommes
armez
A l'envy dans tes champs accourent
animez.
Enflamé para Bernard , un de nos
fameux b Princes
Quitte avec cent Heros le fein de
C
nos Provinces ,
Et Conrad imitant leur
deffern,
genereux
Auxforces du François joint celles
du Germain .
La diftonce des lieux , le danger & la
peine
Ne sçauroient arrefter l'ardeur qui
les entraine ,
Et bientoft l'orient allogt eftrefoumis,
S'ils avoient fceu dompter defecrets
Ennemis;
▲ s . Bernard ,
Louis VII.
L'Empeicur Conrad,
38 MERCURE
Si d'un perfide Grec qui meditoit
leur perte,
L'horrible trahison eust efté découverte.
Luy feuljaloux de voir leur terrible
armement ,
Parmy d'affreux deferts l'engage adroitement,
Et là de ces guerriers vaincus par la
famine ,
L'Infidelle a fans peine achevé la
ruine.
Cependant un fuccés fi contraire à tes
voeux ,
Sion , de tes Enfans n'éteignit pas
les feux ,
Et b Philippe , & Richard touchez
de tes difgraces ,
a L'Empereur Manuel .
6 Pbilippe Augufte .
Richard Coeur de Lion ,
GALANT.
39
A travers cent écueils ont marché
fur leurs traces ,
Et ces deux vaillans Rois en la fleur
de leurs ans ,
Confacrerent leurs noms par cent faits
éclatans.
Alors , loin d'abolir le culte de l'Eglife
,
L'Angleterre à fes loix , à fes Prin
ces foumife ,
Des droits les plus facrez , qu'elle .
brave aujourd'huy ,
Se montra tout ensemble & l'azile , &
l'appuy.
Mais quel demon , jaloux d'une fi
fainte guerre,
En détourna foudain la France &
l'Angleterre ,
Tandis qu'un des * Cefars devançant
nos Guerriers,
Frideric I,
40 MERCURE
Accourut dans tes champs fe couvrir
de Lauriers ?
Que ne foûmit-ilpoint au gré defon
courage !
Le * Grec voulut en vain diſputer le
paffage ,
Frideric le força de ceder à fes loix
Et Saladin luy même enflé defes exploits,
N'auroit pû refifter à l'effort de fes
armes ,
Sifa mort , du Tyran n'euft calmé les
alarmes ,
Et fi , comme Alexandre * en tous
lieux redouté ,
Le Cydnus en fonfein ne l'avoit arrefté.
L'Empereur Ifaac l'Ange.
* Alexandre le Grand courut rifque de fa
vie pour s'être baigné dans ce fleuve,
GALANT.
41
D'un Efté trop brulant il crutpar cette
eau vive,
En fe baignant dompter la chaleur
exceffive s
Mais belas dans cette onde il trouve
le trépas ,
Qu'il évita cent fois dans l'ardeur
des combats.
C'est à vous d'achever cette noble entrepriſe
,
Princes , de qui la foy depuis longtemps
promife ,
Ne differe que trop ce voyage facré ,
Que vous avez tous deux publiquement
juré.
Dans fa captivité , Sion infortunée ,
En perdant Frideric , ſe voit abandonnée
;
Sans tarder plus long- temps volez
fon fecours,
Fevrier 16920 D
42 MERCURE
Pour l'affranchir des fers , confacrez
vos beauxjours ,
Etfans'vous déchirer par des guerres
cruelles ,
S'il faut à vos Vertus des palmes im
mortelles ,
Allumez pour Dieu feul un Dieu feul un fi juſte
Couroux ,
L'ennemy des Chrêtiens eft plus digne
de vous 3
Ils partent , & bien- toft leur effroyable
Armée
Eut arboré la Croix dans toute l'Edumée
,
Si la divifion fatale à tant d'Etats ,
N'euft trop toft rappelé ces deux
grands Potentats.
Leurs efprits differens , & leurs humeurs
contraires ,
Confondirent alors leurs projets militaires.
GALANT.
43
L'ennemy plus fuperbe au bruit de
leur départ ,
Vendit cher aux Chrêtiens fon plus
famenx Rampart ,
Et par mille travaux Ptolemai's foumife
,
Fut le prix, & la fin d'une longue
entreprise.
Que ne fouffris- tu point , Sion ,
quand de tes champs ,
La difcorde eut banny deux Rivaux
fi puiffans ?
Malgré les vains efforts que fit la
Germanie ,
Elle ne put jamais vaincre la tyrannie
,
Nypar le bras vangeur defes Princes
unis ,
Reparer en trente ans la perte que
tu fis.
Dij
44 MERCURE
Il est temps qu'unfaint Roy ,
veu naître la France
*
qu'a
Ainfi que fes Ayeux , s'arme pour ta
défense:
Ses forces , fa valeur , & fon Zele
épuré ,
Promettent aux Chrêtiens un triomphe
affure.
Il s'avance , & dija fur fes pas la
victoire
Couronnefes projets de bonheur & de
gloire.
Jusqu'au fond de les eaux le Nil épouvanté
,
Voit au premier combat le Sarrazin
dompté ,
Es defes champs feconds la plus fu
perbe *Ville ,
* Saint Louis,
* Damiette
GALANT:
45
N'oppose à fa valeur , qu'un obſtacle
inutile.
Mais qu'apperçois -je ? ô Ciel! quel
étrange revers !
Louis aimé de Dieu , loin de brifer tes
fers,
Malheureuse Sion , pourfruit de tant
de peines ,
Eft * luy même tombé dans de barberes
chaînes
,
où le Ciel éprouvantfa conftance , &
Safoy,
Faitpar l'adverfité, d'un grand Prince
, un faintRoy.
Fufte dans fes deffeins , dont l'hu
maine foibleffe
Ne doit jamais blâmer l'ordre , ny
La fageffe
Dieu, peut eftre , exerçant ce Royplein
de vertus ,
Joinville,
45 MERCURE
Puniffoit les excés des Chrêtiens córrompus
,
Dont * le zele apparent , lapietéfardée
,
N'offroient auxyeux mortels qu'une
trompeufe idée ,
Tandis qu'abandonnez à defales ardeurs
,
Ils recouroient à Dieu , qu'ils chaffoient
de leurs coeurs.
Louis, dont la vertu magnanime &
folide
Eft de tous fes defſeins l'objet , l'ame
& le guide ,
Nefçait point démentir la noble fermeté,
Qui le fuit dans la pompe , & dans
l'adverfité,
Toujours prompt à benir l'Auteur de
la
Nature ,
Saint Bernard . de Confid . liv . 2. chap. 1.
GALANT. 47
Il compte pour des biens tous les maux
qu'il endure ,
Et fçait qu'un vray Chrêtien perſecuté,
fouffrant,
Suit l'exemple d'un Dieu fur la Croix
expirant.
C'eft en vain qu'à fes yeux ,
rans pleins d'audace ,
des Ty
Le poignard à la main , infultent ſa
difgrace..
Sa vertu jufqu'au fond du plus barbare
coeur ,
Va changer en respect la haine & la
fureur.
Ces inhumains charmez de fa conftance
extreme ,
A ce noble Captifoffrent le Diadême;
Mais l'honneur de regner dans ces
lointains climats •
Doit ceder aux befoins de fespropres
Etats.
48 MERCURE
Il revient y calmer le trouble , & les
alarme's ;
Et quand ilpeutgouter unrepos plein
de charmes ,
A vanger tes mépris plus ardent que
jamais ,
Sion , il vole encore à de nouveaux
projets ,
Et veut dans une vie exempte de
molleffe ,
Fafqu'au dernier foupir couronnerſa
Sageffe;
Mais Dieu , content des maux qu'il a
foufferts pour toy ,
Dans le fein d'Abraham va placer ce
grand Roy.
Preft de forcer Tunis , fa vigueur ab
batuë
Cede à l'air corrompu qui l'infecte ,
& le tuë ,
Il meurt ; & ton eſpoir expirant avec
luy
Parmy
GALANT.
49
·Parmy de fiers Tyrans , te laiſſefans
appuy.
Combien de fois, helas ! fous leurjoug
affervie ,
Plaignis - tu vainement ta liberté ravie,
Sans qu'aucun Potentat touché de tes
malheurs ,
S'efforçat d'arrêter le torrent de tes
pleurs ?
Quatreficcles entiers , témoins de tes
miferes ,
N'ont point vû refleurir cette ardeur
Fufqu'à
de nos Peres ,
cejour heureux , où ton éclat
perdu
Renaift fous un Heros du faint Roy
defcendu..
Heritier defon nom , ainsi que defor
zele,
Fevrier 1692
E
@
50 MERCURE
il confacre fes foins à ta gloire immortelle
,
Et ce que Charlemagne intrepide , &
pieux ,
Fit par le feul éclat de ſon nom glorieux
,
Louis , dont l'Ottoman revere la puif
fance,
Le fait fans employer fa force , &Ja
vaillance.
Sans voir tomberdes mursfous l'effort
de fon bras ,
Ce Prince , ménager du fang defes
Soldats ,
Préfere les Lauriers , que fon Zele
moiffonne ,
A ceux , dont la valeur dans nos
Champs la couronne.
Certes, s'il faut vanter un triomphe
éclatant ,
GALANT. 51
Qu'au prix du fang humain achete
un Combatant ,
Confeffons qu'à nos yeux ce qu'il
offre de charmes ,
A mille infortunez fait répandre des
larmes.
Mais ce triomphe heureux , que l'efti
me & l'amour
Luy dreffent aux climats , où fe leve
le jour,
Sans répandre de fang, ny forcer de
murailles ,
Illuftre mieux fon nom, que n'ont
fait cent batailles ,
Où le Vaincu cedant à l'effort du
Vainqueur,
Ne foumet que fon bras , & refufe
fon coeur.
Un Roy qui jurfes pas voit marcher
la justice ,
Eij
52 MERCURE
N'aime que la vapeur d'un libre
Sacrifice ,
Et fans eftre contraint n'arme point
fon couroux.
Tel on verroit LOUIS , peuple ins
grat &jaloux,
Germains , parfes bontez attirer vô»
tre hommage,
Si par mille attentats éveillant fon
courage ,
Vous ne l'aviez forcé vous mêmes
de s'armer,
Pour punir les complots que vous
ofiez tramer,
A quel excés d'horreur vôtre effvoya,
ble
Ligue
(brigue
,
N'a t-elle point
porté
la malice
, & la
Lors
qu'au
mépris
du fang, de l'Eglife
& des Lois ,
Vous appuyez l'erreur , & détrônez
les Rois ?
GALANT.
53
Ceft affez infulter le Ciel & la Na
ture.
Rompez l'injufte noeud d'une Ligue
parjure ,
Et n'autorifez pas vos rebelles fujets,
A former contre vous de femblables.
projets.
Pour vous , qui connoiſſant ce Prince
magnanime ,
Rendez à fes Vertus un tribut legitime;
Superbes Ottomans , accordéz vôtre
appuy ,
Aux Saints Lieux , qu'à nos voeux
vous rendez aujourd'huy ,
Et laiffez-y regner fans defordre &
fans guerre,
Le culte qu'on doit au Sauveur de
la Terre?
Rien ne plaiſt davantage au plus
Chretien des Rois ,
E iij
54 MERCURE
Que d'y voir triompher l'étendart
de la Croix,
Suprême,
Et d'y fervir un Dieu , dont la gloire
Eft plus chere à fes yeux , que n'est
Son Diadême, (inoüis ,
Mais fi perdant unjour ces respects
Qu'ont fait naître en vos coeurs les
Vertus de LOUIS ,
De fon zele Chrêtien vous détruiſez
l'ouvrage ,
Fiers Ottomans , craignez l'effet de
Son courage.
Ce Prince redoutable autant qu'il eſt
aimé,
[fermé,
S'ouvrira le chemin que vous aurez
Et parfes dignes Fils formez furfes
exemples ,
Soutenant aprés luy les honneurs de
nos Temples,
Il ne verra jamais braver impuné
ment
GALANT 55
·
La foy , que fes Neveux garderont
1
conftamment.
On a fait le mois paffé à
Strasbourg ce qui s'y pratique
tous les ans , c'eſt à dire qu'on
ya élu un Conful , à qui l'on
donne le nom d'Ammeifter .
C'eft luy qui avec les Echevins
élit dix Gentilhommes
de la Ville pour cftre Senateurs
, & tous enſemble for .
ment le Senat . On luy fait prêter
le ferment le Mardy.d'aprés
les Rois. On dreffe pour
cela uu grand Echafaut devant
l'Eglife Cathedrale . Tout le
Magiftrat y monte, & les vingt
E iiij
56 MERCURE
Tribus du Peuple font au
pied dans la Place . Ce Magiftrat
eft compofé de quatre
Confeils ; de celuy des treize
, qui traite des Confedera
tions & des affaires militaires ;
celuy des quinze , qui a pouvoir
d'exhorter le Conful à
fon devoir , des vingt &
un , & de ce qu'on appelle
le Senat , qui outre les dix
Gentilshommes dont je viens
de vous parler , eft encore
composé d'autant de Citoyens
qu'il y a de Tribus , c'eſt à
dire de vingt. Tous ces vene
rables Citoyens citant monGALANT.
57.
tez fur l'Echafaut , avec les
Officiers de la Chancellerie ,
& les Greffiers de plufieurs
Tribus , deux Bedeaux ou Valets
de Ville , crient au Peuple
qu'il va entendre la lecture
des Reglemens que la Ville a
faits . UnGreffier les lit enfuite
dans une longue Pancarte .
L'Ammeifter qui fort de
Charge fait prefter te ferment
à celuy qui eft élu , & celuycy
le reçoit de tous les autres
qui font fur l'Echaffaut . La
forme de ce ferment eft de
lever la main droite , & d'en
étendre les deux premiers
$8 MPR CURE
doigts. Vous remarquerez
que l'Office d'Ammeilter ou
de Contul eft annuel , & qu'-
aucun Gentilhomme ne sçauroit
le poffeder. Celuy des
Echevins eft de deux ans.
Aprés cela , le premier Stat
meifter ( c'cft ainsi que l'on
appelle les Nobles qui font
partie du Senat ) vient le mettre
fous le Dais , & demande
aux vingt Tiibus affemblées ,
fi elles ne veulent pas prêter
de ferment de fidelité au Roy
& au Magiftrat , en conformité
de celuy que le Magiftrat
a prêté à Sa Majeſté ; &
GALANT. 59
fi elles ne promettent pas d'executer
les Reglemens_qui
leur viennent d'être lûs. Tou
tes répondent qu'oüy , ôtant
leur chapeau , & étendant les
deux premiers doigts de la
main droite. Les fermens fo
renouvellent toutes les années
, mais ce qui s'eft fait
celle- cy , & qui ne l'avoit
point efté depuis 1529. c'est
que le lendemain tous les Magiftrats
Catholiques qui.commencent
à eftre en affez bon
nombre , allerent à la Cathedrale
en Corps , & affifterent
àune Meffe du S. Efprit, pour
60 MERCURE
demander à Dieu la grace de
bien s'acquitter des fonctions
de leurs Charges . Cette Melle
fut fondée en 1513. par les Magiftrats
de Strasbourg . Sui
vant les termes de cette fondation
, la Ville . devoit faire
plufieurs aumônes , & il y
avoit mefme une amende
contre ceux du Magiftrat qui
ne s'y trouveroient point , སྐྱ
moins qu'ils n'en fuffent empêchez
par maladie. Certe
derniere ceremonie du réta
bliffement de cette Meffe du
S. Efprit fe fit dans le dernier
mois avec éclat , au grand
GALANT. 61
honneur de Sa Majeſté , & à ~
la confufion des
Heretiques.
C'est une chofe finguliere que
le Magiftrat de Strasbourg
faffe une fondation en 1513 .
digne de la pieté des plus zelez
Catholiques , & que feize
années aprés , fçavoir en 1529.
ces mefines Magistrats avec
les Tribus de la mefme Ville
paffent à une extrémité entierement
oppofée , en fufpendant
l'exercice de la Meffe ,
jufqu'à ce qu'on ait pû leur
faire connnoiftte que
c'est un
culte agreable à Dieu . Deux
Actes fi prés l'un de l'autre ,
62 MERCURE
&. fi contraires , marquent
bien l'aveuglement de l'efprit
de l'homme , lors qu'il s'abandonne
au déreglement .
Vous ne ferez pas fachée d'apprendre
les circonstances de
I'Acte fait en 1529. Ce furene
les vingt Tribus qui le pafferent
, c'est à dire les quinze
Notables de chaque Tribu,
qu'on nomme Echevins , qui
tous affemblez font le Confeil
des trois cens . Mais afin
que vous ne preniez pas ce
Confeil pour celuy des Sages,
il cft à propos de vous dire
que ces 20. Tribus font toutes
compofées d'Artifans.LesBate
GALANT. 63
liers,par exemple.font la premiere
Tribu , les Cabaretiers,
les Cordonniers , & ainfi cha
que Art méchanique compofe
la fienne Voilà la venerable
Affemblée qui en 1529. ſuſpenditl'exercice
de la Meffe . Le rétabliffement
de celle du S. ELprit
le feroit fait avec plus d'é--
clar,fi toutes les Tribus reve
nuës à leur bon fens avoient
affitté à la
Cathedrale , & fuivy
l'exemple de M ' Obrecht ,
homme d'autant d'érudition
que de pieté , & dont la converfion
elt des plus finceres . Il
y a quelques années qu'il fit
P
64 MERCURE
abjuration entre les mains de
M ' l'Evefque de Meaux, Depuis
ce temps là , le Roy luy a
donné la Charge de Preteur
Royal. Autrefois il y avoit à
Strasbourg un Preteur Imperial
, dont la Charge avoit efté
donnée en fif aux Evelques
de la Ville qui l'y faifoient
exercer avant l'Herefie. Sa
Majeſté a jugé à propos de
la remplir d'un homme qui
fuit à Elle , le Preteur affiftant
au nom du Roy à toutes
les Aflemblées ou Confeils de
la Ville .
Je vous envoye un DifGALANT.
65
Cours fur la Beauré qui a
donné lieu à une Lettre de
M ' Cypiere que vous avez
veuë dans l'une des miennes .
Il y répondoit par cette Let
tre , & comme elle a fait fouhaitaiter
de voir ce difcours,
je vous en fais part , en ayant
heureufement recouvré ung
Copic.
Fevrier 1692
www
66 MERCURE
2252 2552525525225
LETTRE
SUR LA BEAUTE'
Ecrire par MT Bellet à
M' Schreuder.
MON
ONSIEUR,
Je n'aime en moy, ny la qualité
d'Auteur , ny celle d'Innovateur.
Je n'ay point auffi refolu
de m'expofer à la Critique,
comme font tous ceux qui font
paroistre des fentimens particuGALANT.
67
liers . Ainfi je ne
confentirois
point à vous écrire , fi je croyois
que ma Lettre deuft paroiftre.
Je vois tous les jours qu'une
chofe qui plaift à une perfonne,
déplaift à cent autres ; & peuteftre
que ce que je vous écris
feroit defaprouvé d'un grand
nombre de gens ; car il en eft
des Beautez qui fe trouvent
dans les ouvrages de l'esprit ,
comme des Beautez du corps.
L'eftime qu'on fait d'elles dépend
du gouft des perfonnes qui les
regardent , pour entrer en
matiere , ce different gouft , que
fera ce ? Une differente imagi *
Fij
68 MERCURE
nation , un different tempera
ment du cerveau , la groſſiereté
ou la delicateffe des fibres , un
ply , une habitude , une opinion ,
& peut eftre la mode nouvelle .
C'est là une herefie en amour ,
dira t- on ; mais vous trouverez
que c'est une verité , vous , dis je ,
qui avez affez voyagé pour connoiftre
le different genie des Peu
ples. Vous fçavez auffi qu'en
Europe & en Perfe les beaux
Nez font aquilins , qu'au Japon
& dans la Chine ils font
larges , & qu'en Afrique ils
font gros. Vous fçavez que
dans Borneo , dans Achem , & à
GALANT. 69.
Siam les belles dents font noi-
Yes ; *
que
dans les Celebes elles
font dorées ; qu'en Ethiopie elles
font jaunes. Mais fouvenezvous
de m'avoir dit
que
que
les Belles
de Venife fe lavoient les cheveux
de leffive pour les faire
rouffr. Cependant vous voyez
la France s'eft tellement déclarée
contre cette rouffeur
, que
file Roy David fe prefentoir .
aujourd'huy à Versailles avec
fes cheveux roux , comme il eft
dans voftre tableau , il ne fcrois
pas feulement reçû Soldat aux
Gardes. Et que direz- vous de
Tavernier,
70 MERCURE
*
ces femmes de la Terre de Feffo ,
qui n'employent tout leur temps
qu'à preparer les repas de leurs
maris , & à fe peindre de blen
les levres & les fourcils , pour
plaire aux plus vilains hommes
du monde ? Une Belle de Mycone
* ne vous
ne vous plairoit pas avec .
fa façon d'habit quand elle ne
feroit pas plus cruelle les Bel
les de Scio ; vous me l'avez avoué.
Enfin toute l'Europe n'ai➡
mera pas une Beauté Negre ; &
toute la Nigretie méprifera une
Belle Circaffienne. Mais fans
Chardin .
* Vveler ,
que
GALANT: 71
fortir de noftre pays , dites - moy
je vous prie files Blondes l'emportent
toujours fur les Brunes ,
fi vous aimeriez autant les
yeux loucbes que faifoit M
Defcartes. Ce qui eft merveil
leux , il y a mefme des défauts.
qui fiéent fi bien à quelques per-
Jonnes, que Mr de Montmorency
n'euft jamais eflé fi agréable s'il
n'euft efté louche ; ny l'Empereur
Claude , s'il n'euft efté boiteux ,
tant il eft vray qu'il n'y a de
Beauté que dans l'opinion &
l'imagination des hommes.
Aprés cela , ne me dites point
qu'ily auroit des Be autez réelless
72 MERCURE
quand il n'y auroit ny yeux ny
cerveaux : carfi cela eftoit , elles
devroient paroiftre telles à tous
les hommes , comme l'or leurparoit
or, elles devroient ravir
auffi toft l'esprit & le coeur. Cependant
il y a bien des
ily gens qui
font en repos de ce cofté- là , quoy
qu'ils n'ayent point travaillé
pour s'y mettre. Il se trouve
feulement qu'ils n'ont pas les .
fibres de leurs yeux , qui reçoivent
les impreffions des objets >
difpofées d'une maniere à ne faire
qu'un doux tremblement qui
fe communiquant jufqu'au cer-
Weau , peut exciter du plaifir
dans
.
GALANT 73
dans l'ame s'il n'y a jamais
eu de laides amours , c'eft
parce que d'autres ort les fibres
de la retine proportionnées jufte
ment aux impreffions qu'elles reçoivent
de ces objets qui leur paroiſſent
beaux : car j'appelle
Beau ce qui plaift aux yeux »
comme j'appelle Bon ce qui plaift
à la langue. Un bon Phificien
m'accordera cela infailliblement,
puis que les impreffions des ob
jets fe falfant dans tous les organes
de la mefme maniere , c'eft
a dire , le mouvement des
par
fibres qui fe communique jufqu'au
cerveau , on doit appor-
Fevrier 1692. G
74 MERCURE
ter pour la raison du different
plaifir que nous recevons par les
yeux , la méme, que pour celuy
les autres
que nous recevons par
Jens; puis que même, à proprement
parler , il n'y a qu'un feñs.
Ne meditesdonc plus que j'aime
rois Eve , fi elle revenoit à l'âge
de vingt ans , avec cetie Beauté
que les propres doigts de Dieu
luy avoient formée . Que fçayje
fi elle me plairoit , elle qui
n'avoit efté faite que pour plaire
au premier homme ? Je l'honorerois
comme ma grand' Mere ,
toute jeune qu'elle feroit , & fi
je n'eftois pas fon amant , je ne
croirois point faire tort à la
GALANT.
75 775
Science de Dien , qui peut-efire
n'a pas voulu la faire Belle à
mes yeux. Je ne fçay fi vous
l'aimerie , vous qui dites que
vous aimerie la Sybille Cumée
toute ridée toute barbae
qu'elle fuft. Pour celle- cy ,
je crois que vous la placericz
dans votre Cabinet , non pas
comme la plus belle de vos Antiques
mais comme la plus
vieille ; je doute fi elle auroit
pour votre coeur le prix de
l'Antiquité , & les graces de la
nouveauté.
Mais pour revenir , n'eft il
M. Petit , des Sybiles .
Gij
596
8
6
MERCURE
que
pas vray qu'il y a des couleurs ;
des odeurs , des fons , des fruits
l'on aime plus les uns que
les autres ? Et qu'est- ce que la
Beauté dans votre opinion même
, que certaines couleurs &
certaines figures enfemble ? Vous
Sçavez que nous voyons la figu-.
re des corps par corps par celle qu'imprime
fur la retine la colomne de lumiere
qui part de l'objet ,
que nous appercevons
la diver
fité des couleurs par les differen
tes lignes que font de petits rayons,
dans le corps de cette colomne.
figurée. Il n'eft pas besoin pour
un homme qui entend auſſi bien
GALANT .
les
l'Optique que vous, d'entrer dans
un plus profond détail , & il ne
faut que vous rappeller les idées
pour vous faire avouer que
plus beaux objets ne font visibles
que par leurs couleurs & leurs
figures. Or fait que les couleurs
foient réelles ou apparentes
, il
eft toujours certain qu'il n'entre
dans nos yeux que de la lumiere,
& que le plaifir que nous y fen
tons , n'eft caufé que par le chatouillement
des fibres de la retine
. Que fi nous les avions affez
delicates pour eftre én üs avec
violence par un tel rayon de lumiere
, qui ne produiroit (ur d'au-
Gij
78 MERCURE
tres qu'un mouvementfort doux,
Jentirions- nous du plaifir à la
veuë de ces objets ? Non fans
doute , puis que c'est la raison
pourquoy les Beautez blanches
ne plaifent point aux Negres.
Croyez- vous auffi qu'une belle
Ethiopienne trouvast beaucoup
de Galans à la Cour , où le gouft
eft fi delicat ? Pour moy je ne le
crois pas parce que le noir de
cette Femme ne reflechiroit point
affez de lumiere , ou le peu qu'il
en envoyeroit feroit trop foible
pour produire un mouvementfenfible
agréable. C'est pour
quoy je ne puis pas bien croire
GALANT.
79
ce que les Ethiopiens difent, qu'une
Reine , de leur pays eftant venuë
à Ferufalem pour voir Salomon ,
elle ait efté la Maistreffe de ce
Prince , au préjudice d'un grand
nombre de Dames , & qu'elle en
ait eu un Fils nommé Menilehech
dont la famille remonta fur le
Trône d'Abyfinie en 1300. ayant
efté dépoffedée par les Zagées 340.
ans auparavant.
Nos gens du Nord ont les
fibres trop groffieres à cause de
l'humidité qui s'y attache , pour
eftre ébranlées à la venë des
Beaute fi noires avec ce doux
Hift, d'Ethiop. de Ludolph ,
G
iiij
80 MERCURE
que
mouvement qui donne du plaifir,
cet Ambaffadeur de Maroc,
qui menoit dix huit femmes àfa
fuite , ne devoit point craindre
les Parifiens luy en enlevaffent
quelqu'une. Sçavezvous
ce que répondit cette Excellence
Noire à une Dame Francoife
qui luy demandoit s'il n'avoit
point affez d'une femme ?
Une comme vous me fuffiroit
luy dit- il ; mais c'eſtoir plustoft
un tour d'efprit , une galanterie ,
une complaifance, que fon propre
gouft ; car fi cet Ambaffadeur
Jentoit du panchant pour les
belles Françoifes , en verité fon
GALANT. 81
Maiſtre pourroit bien en fentir
autant. Cependant voyons nous
que ce Prince achete des femmes
blanches , qu'il aime quelque Efclave
Européenne , ou enfin que
d'autres Roisfes voifins le faffent?
C'est parce que la grande
chaleur confumant l'humidité qui
pourroit groffir les fibres de leur
cerveau , il les ont trop deliées ,
trop delicates & trop feches pour
tendues
le mouven'eftre
pas émuës
plus qu'il ne faut par
ment que fait cette grande lumiere
reflechie par les objets
*blancs ; & cette même delicateſſe
qui rend les fibres fi fufceptibles
82 MERCURE
de mouvement fait que le peu de
rayons qui partent des Objets
noirs, eft affezfort pour chatoüiller
doucement les organes , &
donner du plaifir de l'amour;
de forte qu'il n'y a point lieu de
douter que l'Afrique n'ait fes
Beaute , fes Amans , & peuteftre
fes Poëtes & fes Romans.
Pour moy je crois que toutes
Les Belles font laides aux yeux
de quelques- uns , & que routes
les Laides trouvent des Alorateurs
finceres ; je doute fi
Efope * a toujours trouvé des
Euphrofines , & s'il n'a jamais
Fables d'Efope Comedie.
GAALNT. 83
conté' autre choſe que des Fables
. Pour gâier une Beauté, il ne,
faut qu'une partie qui refléchiffe
la lumire d'une manicre à tracer
dans l'imagination une image ou
des lignes qui ne donneront point
de plaifir àfaute de certaines difpofitions.
La fuperficie du cuir
peut produire quelque , mouvement
dans un rayon qui gâtera
tout , voilà d'où vient que
des perfonnes qui n'ont rien d'irregulier
ne plaisent pourtant pas.
Mais ft ce rayon eft rencontré
par quelqu'autre qui en puiffe
augmenter, ou retarder , chanper
le mouvement & la déter84
MERCURE
on ne voit
mination , tout s'accommode , &
fi peu qu'y contribue le temperament
du cerveau , voilà du plaifir
, & voilà la beauté. C'eft
auffi d'où vient que certaines perfonnes
dans lesquelles
ny la jufte proportion des parties,
ny cette delicateffe des traits ne
laiffent pas de plaire , parce qu'il
ne faut que de la douceur dans
les yeux , ou de l'éclat dans le
teint pour raccommoder tout ce
que les autres parties ont de rude
Je veux dire que quelquefois , ce
qui fe trouve d'agréable dans
certaines parties l'emporte fur ce
qu'il y de defagréable ailleurs .
GALANT.
85
Je
veux dire enfin que le mouvement
regle & proportionné
des
rayons envoyez par certaines
parties l'emporte fur le peu d'ordre
qui fe trouve dans les rayons
envoyez par d'autres , comme
un tourbillon en oblige un autre
àfuivre fa determination
.
Une experience vous fera
comprendre tout ce que peuvent
faire des rayons de lumière qui fe
rencontrent . Les couleurs blet
& jaune mêlées enfemble font
Le verd , parce que la determination
la force des rayons
qui partent du corps jaune eftant
changée rallentie par la ren86
MERCURE
contre des rayons qui partent du
corps blen , lefquels fouffient (
auffi quelque changement ) ces
deux fortes de rayons ne peuvent
avoir qu'une nouvelle determination
des globules , que des
nouveaux mouvemens differens
des premiers , ainfi në faire
qu'une
nouvelle
couleur , que
nous appellons
verte.
Ces perfonnes là peuvent donc
eftre appellées Belles , lors qu'en
les voyant on les trouve agreables
, & que l'on reffent du plai
fir ; mais comme le plaifir dépend
du temperament de nos fibres , fi
elles font trop feches ou trop bus
GALANT .
87
mides, trop delicates ou trop groffires
, ces perfonnes ne plaifent
plus . Fe fçay que l'amour
couvre
beaucoup de defaurs , & que les
Amans
trouvent des
agrémens
qui ne furent jamais.
Quel che l'huomo vede ,
amor li fa invifibile,
E
l'invifibile fa veder amore
. Arioft, nel Orland . St.59
mais cela
mefne
montre
qu'il y
a plus de paffion que de raifon ,
& plus
d'imagination que de
realité.
Quoy, me direz- vous , Lucrece
n'a esté chaste , que parce qu'elle.
n'avoit pas dans fon cerveau une
- 88 MERCURE
difpofition à prendre le mefme
plaifir à la veuë de Sextus , qu'
elle prenoit à la veuë de quelques
autres hommes ? Ouy , Monfieur
, c'est là la raison de cette
Epithete figlorieufe qu'on luy donne
, c'est l'origine de fa gloire,&
fi je l'ofe dire , c'est là ſa vertu .
Croiriez- vous que ce n'est que
cette difpofition l'amour de ce
plaifir qui firent qu'Helene fe
laiffa enlever par Paris, & que
toute la Grece s'opiniâtra pendant
dix ans à la ruine du floriffant
Royaume de Priam ? A voftre
a
Voyez le P. lc Moine , & les Penfécs di
veifes de M. Beyle,
GALANT. 89
avis , falloit- il faire tant de
bruit pour une Coquette ? Croiriez
vous auffi que la defcente
dts A glois dans l'Ifle de Ré , il
a longtemps , nefuft que la fuite
d'une intrigue amoureuse d'un
Favory que la
guerre
François dans le Milanez nefuft
qu'un effet du defir qu'avoit l'Amiral
Bonnivet de revoir la Sides
gnora Clericé ? Cependant il n'y
a rien de plus vray , à le prendre
dans la Phifique & dans les Anec
dotes ; & ce n'est pas d'aujourd'huy
que nous voyons de grandes
guerres estre caufées par quelques
rayons de lumiere qui ont
Fevrier
. 1692 . H
90 MERCURE
frapé les yeux d'un General. Au
moins nous a- t- on voulu faire
que guerre de Hongrie croire la
S
de
qui dure encore, n'eftfortie que
L'amour d'un Grand Vifir pour
la Femme du Pacha de Bude,
Fugez, Monfieur , aprés cela,
de ce qu'est la beauté , fi des cou-
Leurs & des figures font un bien
fi folide & fi avantageux , qu'il
merite toute la peine qu'on prend
pour l'acquerir. En verite , fi la
Beauté est maiftreffe de tous ceux
qui l'admirent , elle est fujette à
perdre bien-toft fon credit ; car fi
elle change en elle - mefme , elle
's Cara Mustapha..
GALANT .
91
devient fouvent le rebut de fes
efclaves , fifes Sujets changent
feulement de temperament,
elle fe voit exposée à leur caprice,
& abandonnée de ceux qui la
recherchoient.
la-
Mais enfin , je fçay que
mour l'ambition gouvernent le
monde de concert, & que ces deux
paffions font à l'imagination
, ce
que la volonté & l'entendement
font à l'ame. Toutes chofes iront
toujours dans le monde de la même
maniere ; & fi jay dit au
commencement
que je ne voulois
point eftre un Innovateur , je
clare que je veux eftre encore
de-
Hij
92 MERCURE
moins un Reformateur.Je fuis.
Les paffions violentes font
fujettes à des retours extraordinaires
, & les agitations les
plus fortes fe trouvent fouvent
fuivies d'un calme heureux
qui dure autant que la vie .
Vous le connoiftrez par l'avanture
dont je vais vous faire
part . Un Cavalier que fes belles
qualitez diftinguoient encore
plus que fa naiffance ,
ayant eu accés chez une jolie
Perfonne , fe fit un tel plaifir
de la voir , qu'infenfiblement
fes vifites y devinrent affidues .
P
GALANT.
93
La Belle les receut avec plaifir
, & comme il eftoit pour
elle un party conſiderable au
de là de tout ce qu'elle pouvoit
attendre , elle employa
tous les charmes
le metpour
tre hors d'eftit de luy échaper.
Rien ne manquoit aux
complaifance's flatcules qu'elle
avoit pour luy , & en peu
de temps elle vint à bout de
fe faire aimer éperduëment.
Ainfi l'engagement eftoit pris
avant qu'il cuft eu le temps
de fairer Axion fur les obftacles
qu'il pouvoit y rencontrer.
Aprés qu'il luy cut fait
94 MERCURE
les plus tendres proteftations
de n'eftre jamais qu'à elle , il
commença à defefperer de
voir réuffir les projets de fon
amour. La Belle avoit peu de
bien , & il dépendoit d'un
Pere fort riche , qui ayant
formé un autre deffein , lc
preffoit depuis longtemps de
rendre des foins à une Heritiere
plus laide que belle, mais
qui poffedoit deux Terres
d'un revenu fort confidera
ble. Le Cavalier fe tiroit d'af
faires en difant toujours qu'il
ne vouloit point fe marier ;
mais enfin flaté des obligeans
GALANT.
95
témoignages de tendreffe qu'il
recevoit de la Belle , qui par
toutes fortes de moyens tâchoit
tous les jours à rendre
fon engagement plus fort , il
refolut de n'épargner riem
pour venir à bout de fes def
feins. Malgré l'éloignement,
qu'il ne pouvoit le cacher
que fon Pere auroit pour ce
mariage , il fit agir tous ceux
qui avoient le plus de pouvoir
fur fon efprit, mais leurs
remontrances furent inutiles.
Il blâma l'imprudence de fon
Fils qui s'eftoit abandonné à
la fureur de l'amour , & quel96
MERCURE
que peinture qu'on luy fift
de la violence de fa paffion ,
il la traita de foibleffe , & dit
que c'eftoit un feu qu'il falloit
laiffer amortir
au temps
.
Ce mauvais fuccés mit la
Belle dans un chagrin incroyable.
Elle aimoit le Cavalier
, mais elle s'aimoit |
encore plus que luy , &
l'ambition
cltant fa paffion
dominante
, elle fouffrit avec
un regret qu'on ne sçauroit
exprimer la perte des avantages
qui luy eftoient affurez fi
le Cavalier l'euft épousée . Il
entra fenfiblement
dans le
Jéolaifir
GALANT.
97
déplaifir qu'elle luy en fit pa
roiftre, & le regardant comme
une preuve d'amour plûtoft
que comme l'effet d'une veue
intereffée , il refolut de fe fervir
d'un dernier moyen , dont
le fuccés luy parut cftre infaillible
. Son Pere eftoit un
homme galant, d'une humeur
aifee & agréable . Il avoit toujours
aimé les belles Perfonnes,
pour qui il ne pouvoit
encore s'empêcher d'avoir de
fort grandes complaifances ,
& le Cavalier fe perfuada que
fio fi on pouvoit luy faire voir
fa Maistreffe , fans qu'il la
Février 1692.
I
98 MERCURE
connuft pour ce qu'elle eftoir,
La beauté & fes manieres le
préviendroient affez favora
blementpour l'obliger à changer
de ſentimens , & à conſentit
qu'elle fuft fa Belle-fille .
La chofe fut ménagée avec
tant d'adreffe , que la Belle
fe trouva dans une Maiſon,
où l'on fçavoit qu'il devoit
aller . Il la vit , il l'entretint,
il luy conta même affez de
douceurs ; & lors qu'aprés
qu'elle fut fortie on luy demanda
ce qu'il trouvoit de
cette jolie Perfonne , il répondit
qu'elle avoit des aGALANT.
99 :
grémens qui ne devoient pas
la laiffer manquer d'Adorateurs
. Il demanda à fon tour
qui elle estoit , & on luy fic
croire que c'eftoit une De..
moiſelle de Province venue
à Paris avec fa Mere
pour un procés , qui devoir
bien toft cftre jugé , Peu de
jours aprés, il la retrouva dans
le même licu , & l'ayant
encore entretenuë quelque
temps , il luy dit enfin qu'il
eftoit impoffible de la voir ,
fans s'intereffer à ce qui pouvoit
luy faire plaifir , & que
fi elle avoit befoin de fon
I ij .
100 MERCURE
credit auprés de fes Juges :
il feroit ravy de luy eſtre
bon à quelque chofe . La Belle
luy témoigna beaucoup de
reconnoiffance d'une difpo
fition fi favorable ; & comme
elle avoit fon but , elle
fit valoir tout ce qu'elle avoit
de plus engageant pour .
fe mettre bien dans fon efprit .
Tandis que ces choſes ſe paffoient,
le Cavalier fe vit obligé
de faire un Voyage en une
Ville celebre, éloignée de Paris
d'environ quarante lieuës .
Un de fes Amis particuliers
qui avoit befoin de fon fe
T
GALANT. 101
cours , l'y attendoit pour une
affaire importante qui ne
fe pouvoit terminer fans luy,
Avant que de s'éloigner , il
pria ceux à qui il avoit fait
part de fon fecret , de continuer
leurs foins pour entretenir
fon Pere dans les fen .
timens d'estime qu'il paroiffoit
avoir pour la Belle . Son
Pere qui la trouvoit fort aimable
, la revit encore deux
ou trois fois ; mais enfin il
découvrit qu'on l'avoit trompé
, & que celle qu'on faifoit
paffer pour une Provinciale,
eftoit la Maîtreffe de fon Fils.
1
I iij
102 MERCURE
Cependant la Belle avoit fait
fur fon efprit des impreffions
fi fortes , qu'il garda pour
elle les mefmes honneftetez
qu'il avoit cues jufques - là .
Il luy dit obligeamment
que
faute de la connoiftre il avoit
agy en Pere , mais qu'il
ne pouvoit luy vouloir de
mal de s'eftre fait aimer de
fon Fils ; qu'il eftoit fort naturel
de chercher fes avantages
, & que quelque obſtacle
qu'il cuft paru mettre à fes
efperances , il commençoit à
fentir qu'il n'auroit jamais la
force de fe déclarer fon enGALANT.
* 103
nemy . La Belle luy répon
dit en des termes fi flateurs,
que quand il fallut fe feparer
, il ne la quitta qu'en luy
difant qu'elle auroit bien -toft
de fes nouvelles . Elle cut une
joye fenfible de cette affurance
, & elle écrivit dés le
lendemain au Cavalier le
tour heureux que leur affaire
prenoit. Il fe laiffa flater
agréablement d'un favorable
fuccés , & attendit avec une
extrême impatience quelle
fuite auroit un fi beau commencement
. Son Pere ne fut
pas long- temps à tenir parole.
I
iiij
104 MERCURE
Trois jours luy fuffirent pour
prendre une refolution determinée
, & aprés ce temps
il fe rendit chez la Belle qu'il
pria d'abord de le vouloir é
couterfans l'interrompre . Son
vifage ouvert luy parut d'un
bon augure , & quand elle
luy cut répondu avec la civilité
refpectueufe qu'elle luy
devoit , en le regardant comme
fon Beaupere , il luy dit en
prefence de fa Mere , qui l'avoir
receu auffi -bien qu'elle
avec tous les agrémens qu'il
pouvoit attendre , qu'aprés
s'eftre opposé auffi haure
GALANT. Ics
ment qu'il avoit fait
fait à fo
mariage avec fon Fils , il Cavec
n'eftoit point homme à le
démentir ; qu'il avoit pris un
engagement pour luy que
rien n'eftoit capable de rom-
-pre, & qu'elle perdroit fon
temps fi elle vouloit le détourner
de ce qu'il avoit refolu
fur cet article ; mais que
pour reparer fon injuſtice ,
s'il eftoit vray qu'il en fift
quelqu'une à fon égard , il
s'offroit à l'époufer en la place
de fon Fils , avec tous les avantages
qu'une perfonne auffi
jeune qu'elle pouvoit atten
106 MERCURE
dre d'un homme , qui avoit
prefque paffé toutes les belles
années ; qu'il la laifferoit maî
treffe des conditions qu'elle
voudroit que l'on employalt
dans le Contrat , & qu'il l'affuroit
de toutes les complaifances
qui pourroient contribuer
à la rendre heureufe.
La Belle voulut luy faire entendre
combien fon Fils auroit
lieu de fe plaindre d'elle,
fi elle manquait de fidelité
pour luy ; mais il luy ferma
la bouche en luy difant d'un
ton abfolu , que c'eftoit à elle
à voir fi le party la pouvoir
GALANT. 107
accommoder , puis que toutes
les raifons dont on pourroit
fe fervir n'apporteroient
aucun changement dans la
propofition qu'il luy avoit faite
, & qu'afin qu'elle cuft le
temps de tenir confeil avec
fa Mere , il confentoit à n'avoir
réponse que le lendemain
. Il fortit dans ce moment
fans rien dire davantage
, fi ce n'eft qu'il les pria
de luy garder le fecret , quelque
refolution qu'elles puffent
prendre. La Belle fut fort
chagrine de voir la chofe
tourner
autrement qu'elle
108 MERCURE
n'avoit crû. Cependant com
me la tendreffe ne lemportoit
pas fur l'ambition , &
qu'un établiffement avantageux
luy tenoit plus au coeur
que l'amour , elle fuivit les
fentimens de fa Mere , qui
luy confeilla d'accepter l'offre
qui luy eftoit faite . Le
Pere du Cavalier paroiffoit à
peine avoir cinquante ans.
Il eftoit de bonne humeur ,
avoit l'efprit agréable , &
bien d'autres qu'elle fe fe.
roient fait honneur du nom
de fa Femme. L'engagement
qu'elle avoit avec le
GALANT. 109
Fils luy faifoit fentir quelque
remords. La violence de fa
paffion , dont' mille marques
luy estoient toujours prefentes
, luy peignoit l'abîme du
déplaifir où l'alloit plonger
fon changement ; mais il s'agiffoit
de fa fortune , & le
Pere eftant revenu le lendemain
, & voulant avoir unc
réponſe precife , tous les détours
eftoient inutiles , il falloit
parler ouvertement Ainfi
preffée par fon intereft , qui
avoit toujours reglé les mouvemens
de fon coeur , mal-·
gré les reproches qu'elle s'en
110 MERCURE
faifoit au fond de l'ame , elfe
confentit à l'époufer . Il ne
voulut point perdre de temps .
La Mere envoya fur l'heure
chercher fon Notaire , &
l'on dreffa les articles. Tout
ce qu'elle demanda d'avanta
geux pour fa Fille luy fut ace
cordé , & trois jours aprés le
mariage fe fir. Quel coup de
foudre pour le Cavalier quand
on luy fit part de cette nouvelle
! Il ne put croire les premiers
avis qu'on luy en donna
, mais enfin les Lettres reiterées
, & plus que tout le filence
de la Belle , le convainGALANT.
III
quirent de fon infidelité . Il
entra contre elle dans des
tranfports de colere proportionnez
à l'amour qu'il avoit
cu, & fa perfidie luy fut d'autant
plus infupportable
, que
s'il vouloit s'en faire raifon ,
il fe trouvoit arresté par le
reſpect qu'il devoit à ſon trop
heureux Rival . Il ne pouvois
voir fon Ennemy fans y rencontrer
fon Pere , & cette
cruelle circonftance contraignant
fon defeſpoir , en portoit
la violence jufqu'à un:
excés qui ne peut s'imaginer
.
Il réfolut de ne voir jamais
112 MERCURE
ny l'un ny l'autte , puis que
les liens du fang luy défendoient
la vangeance qui l'auroit
pû foulager , & le feul
party qu'il vit à prendre , fut
d'aller en Italie , attendre, ou
que le fecours du temps le
rendift capable de ſe moderer,
ou que la mort de fon Pere le
mift en pouvoir de perfecu
ter fon Ennemic. Il fe livroit.
cependant pour elle à toute,
l'horreur que fa trahison luy
devoit donner ; mais c'estoit
toujours entretenir fon Image
dans fon coeur , & le fou-.
venir d'une perfide . Combien
GALANT. 113
de reflexions fit- il fur la foibleffe
de l'homme, qui aime à
fe dépouiller de la raifon pour
s'abandonner à fes paffions?
Cc que fouffrit fon efprit par
les continuelles agitations qu'
il ſe donna , pafla jufqu'au
corps , & ne pouvant for tenir
fes déplaifits , il fut enfin attaqué
d'une fiévre continue
avec des redoublemens , qui
en peu de jours firent prefque
defefperer de fa vie . Les Medecins
ne luy déguiferent
point qu'il devoit fonger
luy,& on fir en mefme temp
donner avis à fon Pere
Fevrier 1692 . K
114 MERCURE
l'extremité ou il eftoit . Le
Cavalier ne s'étonna point.
Les reflexions qu'il avoit faites
fur le peu de folidité des
chofes qui nous flatent davantage
, avoient fibien commencé
à le détacher du monde,
qu'envifageant la mort comme
devant eftre la fin de fes
peines , il s'y prépara avec
une refignation & une vertu
toute Chreftienne . Pendant
qu'il eftoit dans ces heureufes
difpofitions , fon Pere arriva
fort affligé de la nouvelle qu'il
avoit receuë , & d'autant plus
alarmé de fa maladie , qu'il ne
I
GALANT. 115
doutoit point qu'il n'en fuft
la caufe , par l'injuftice qu'il
luy avoit faite en épouſant la
Maiftreffe . Il n'avoit que luy
d'Enfans, & fa perte renverfoit
les grands deffeins qu'il avoit
formez pour fon établiffement.
Comme on fçavoir
que fon mariage avoit mis le
Cavalier dans le dangereux
eftat où il eftoit , il fut jugé
à propos de le difpofer à fouffrir
fa veuë , afin d'empêcher
le trop d'agitation que luy
pourroit caufer la furpriſe . Il
en témoigna beaucoup de
l'arrivée de fon Pere , & dit
Kij
116 MERCURE
A
A
en pouffant un long foupir;
qu'il s'eftoit flaté qu'on de
laifleroit mourir tranquillement
. Cependant il ne mon
tra point de repugnance à le
voir , & lors qu'il fut auprés
de fon lit , il le remercia en
pea de paroles des dernieres
marques qu'il luy donnoit de
fon amitié . Son pous qui's'émut
en luy parlant , luy fit
impofer filence , & on connut
malgré luy , que quoy qu'il ne
s'échapaft à aucune plainte ,
fa prefence ne laiffoit pas de
l'embaraffer . Cette émotion
parut encore plus forte les
1
GALANT. 117
deux jours fuivans , & les Mcadecins
qui s'en apperceurent
,
prierent fon Pere de s'abstenir
d'entrer dans fa chambre , s'il
vouloit que leurs remedes
fulent employez avec ſuccés .
Hly confentit , quoy qu'avec
regret , & le Malade eftant
demeuré tranquille , donna
infenfiblement
de fort grandes
efperances de la guerilon .
Son Pere ne voulut point par
tir qu'il n'en cuft la certitude
, & la crainte de l'expofer
au peril de la recheute , luy
fic gagner fur luy mefme de
s'éloigner fans luy dire adicu .
118 MERCURE
Le Cavalier fe trouva enfin
fans fiévre , & par le moyen
d'un bon regime, il recouvra
fes premieres forces ; mais
heureuſement pour luy , il ne
reprit point fes paffions. La
certitude où il s'eftoit vû
longtemps de mourir , & les
longues meditations qu'il avoit
faites dans tout le cours
de fa maladie , fur le peu d'attachement
que l'on doitavoir
aux chofes du monde , l'avoient
obligé à fe donner
tout à Dieu , & ce futun don
qu'il crut devoir eftre irrevocable.
Il avoit appris qu'à diz
4
GALANT. 119
lieues de la Ville où il eftoir,
il y avoit un Monaftere de
Religieux dans un endroit
extrêmement folitaire. Il eut
envie de les voir, & alla paſſer
huit ou dix jours avec eux
pour s'inftruire de leur regle,
& voir fi l'aufterité ne l'en
dégoufteroit pas . Les infpirations
qu'il receut dans cette
retraite le confirmerent dans
la refolution de quitter le
monde , & à peine fut-il de
retour de ce voyage , dont il
ne voulut rien dire à perfonne
, qu'il écrivit à fon Pere
qu'il le prefentoit pour luy
120 MERCURE
un party avantageux qui luy
plaifoit fort, pourvû qu'il cuft
fon confentement . Son Perc
ravy d'avoir une occafion de
reparer les fujets de plainte
que fon mariage luy avoit
donnez , luy répondit auffitoft
qu'il le laiffoit maiftre de
fes inclinations , & ne doutant
point que par ce mot de party
il ne deuft entendre une
Maiftreffe, il l'affura que quelque
perfonne qu'il " choifiſt
pour l'époufer, elle luy feroit
fort agréable. En mefme
temps il luy fit toucher mille
piftoles , afin que s'il avoit
quelques
GALANT. 121
quelques preſens à luy fire ,
il cuft dequoy y fournir. Lors
qu'il eut receu cette réponſe,
il paſſa encore un mois dans
le mefme lieu , faifant entendre
à tous fes Amis qu'il avoit
quelque deffein de faire un
voyage en Italie . Aprés cela
il difparut tout à coup , &
alla fort en fecret s'enfermer
dans fon Convent , où il fut .
trois mois au Noviciat avant .
que de recevoir l'habit . Cependant
fon Pere furpris de
ne point avoir de les nouvelles
, aprés luy avoir écrit inutilement
trois ou quatre fois,
Fevrier 1692 L
122 MERCURE
s'adreſſa à ſes Amis pour tâcher
d'apprendre ce qu'il
pouvoit estre devenu . Ils luy
manderent qu'il y avoit trois
ou quatre mois qu'il eftoit
party fans leur avoir dit adieu ,
& que
felon ce qu'on luy avoit
fouvent entendu dire , ils
croyoient qu'il fuft à Rome .
Il y fit écrire , ainſi qu'à Ve-
Ily
nife & en plufieurs autres
lieux , & quelques recherches
qu'il fift faire, il n'en put rien
découvrir. L'inquietude qu'il
prit d'un fi long filence le mit
dans un chagrin extraordi
maire , & ce n'eftoit pas le
4
i b
GALANT. 123
feul qu'il avoit. Il eftoit puny
cruellement de luy avoir ofté
fa Maiftreffe. Cette perfonne
qui luy avoit paru toute aimable
, n'avoit pas efté fi-toft
ſa Femine , qu'abuſant de ſa
foibleffe , & du trop d'empire
qne fon amour luy laiffa
d'abord prendre fur luy , elle
fe mit de tous les plaifirs fans
aucune complaifance en ce
qui pouvoit le fatisfaire. C'étoit
tous les jours des parties
nouvelles . La promenade , le
Jeu , le Bal , l'Opera , la Comedie
, pouvoient à peine fuffire
à fes divertiffemens . Elle
T
Lij
124 MERCURE
devint Coquette à outrance ,
& n'ayantjamais aimé qu'elle ,
elle ne fongea qu'à fe contenter
, & ne put s'affujettir à
aucun de fes devoirs. Cette
conduite que rien ne put reformer
, mettoit le poignard
dans le coeur de fon Mary, qui
n'ofant fe plaindre aprés ce
qu'il avoit fait , de
peur dc
s'expofer à la raillerie , eftoit
obligé de renfermer fa douleur.
Il auroit fenti ce malheur
moins vivement , fi fon
Fils luy cuft donné une Belle-
Fille , comme il s'en eftoit
Aatté ; mais loin de luy voir
GALANT. 125
conclure ce pretendu mariage
, il avoit même fujet de
douter qu'il fuft vivant . Il fe
paffa plus de quinze mois fans
qu'il puft fortir de cette cruelle
incertitude , & enfin par
une rencontre fort inopinée ,
il fut informé du party qu'il
avoit pris. Il fe rendit auffi .
toft à fa Solitude , où il arriva
lors qu'il eftoit preft à faire
fes Voeux. Il n'eft rien qu'il
n'employaſt pour l'en détcurner.
Aprés luy avoir exageré
le defefpoir où il l'alloit mettre
, s'il perfiftoit dans fa
refolution , il luy offrit de
a
Liij
126 MERCURE
fe dépouiller dés lors de
tour ce qu'il pouvoit pretendre
en fon bien , dont il devoit
avoir une partie tres - confilerable
, quand même il
naiftroit d'autres enfans de
fon fecond Mariage , mais
il parla fans rien obtenir .
Son Fils demeura inébranla
ble , & les attraits de la Grace
furent fi puiffans , qu'il ne
voulut point changer le calme
dont il joüiffoit depuis
plus d'un an , pour les tumulte
du monde , où l'on effayoit
de le rembarquer . Ainfi ce
malheureux Pere cut le déGALANT
127
•
plaifir de n'eftre venu en ce
licu-là , que pour affifter aux
ceremonies qui accompagnerent
fa Profeffion . Il la fit
avec une joye inconcevable ,
& fon Pere s'en retourna penetré
de déplaifir d'avoir à
vivre avec une Femme qui
luy caufoit tous les jours mille
chagrins,fans que la raifon luy
pult faire ouvrir les yeux fur
fon devoir.
La Lettre en Vers que vous
allez lire , eft de l'illuftre
Madame des Houlieres . Que
pourrois-je vous dire de plus
Li
128 MERCURE
pour vous préparer à une le
cture tres- agreable ?
2252 25525 25525225
A MADAME D'USSE',
Fille de M de Vauban.
Q
Velqu'un qui n'eft pas
voftre Epoux,
Et pour qui cependant , foit dit fans
vous déplaire ,
Vous fentez quelque chofe & de vif
& de doux,
Me difoit l'autre jour de prendre un
ton fevere
Pour.... Mais dans vos beaux yeux
je voy
de la colere.
Loin de gronder , appaiſez-vous ;
GALANT: 129
Ce quelqu'un n'eft , Iris , que vostre
illuftre Pere.
2
Elle papillonne toujours ,
Me difoit ce grand homme , & rien
ne la corrige.
En attendant qu'un jour la raison la
dirige,
Elle auroit grand befoin de quelque
autre fecours.
Employez tous les traits que fournit
la Satyre
Contre une activité,qui du matin an
Soir
La fait courir , fauter & rire.
Affez imprudemment je luy promis
d'écrire ;
Car quelle raison peut valoir
Contre un leger defaut que la jeuneſſe
donne,
Et que je ne connois perſonne
130 MERCURE
Qui ne vouluft encore avoir.
S
Avecque quatorze ans écrits fur le
vifage ,
Il vous froit beau voir prendre un
air ferieux.
Ne renversez point l'ordre étably
par l'ufage.
Hé , que peut on faire de mieux
Que de folaftrer à vostre âge?.
Vous avez devant vous dix ans de
badinage.
Qu'il ne s'y mêle point de momens
ennuyeux.
Qu'entre lesfeux , les Ris , s'écoule
& fe partage
Un tempsfi beau ,ſi precieux.
Vous n'en aurez que trop , helas
pour eftre fage.
Tout bien confideré,qu'est- ce que goste
en vous
GALANT. 121
L'activité qu'on vous reproche ?
Voftre efprit n'en eft pas moins
doux.
Vos yeux n'en bleffent pas, de moins
dangereux coups ,
L'Infenfible qui vous approche.
Yous mene-t-elle à gauche , ou plus
loin qu'il ne faut ?
Non , Iris, & plus je raisonne,
Moins je trouve qu'un tel defaut
Ofte les agrémens que la nature donne.
$
Par exemple , voicy des faits
Affez connus pour qu'on s'yfonde.
Les Zephirs , les Ruiſſeaux ne s'ar
reflent jamais.
Par leur activité perdent-ils leurs
attraits ?
Contre elle eft - il quelqu'un qui
gronde,
Et voit on qu'on trouve mauvais
132 MERCURE
Que ue ce Dieu, que déja vous fourni
fez de traits ,
Aille fans ceffe par le monde
Troubler des coeurs l'heureuse paix?
2
Mais fans chercher fi loin , & fans
tant de miftere ,
Quels exemples d'activité
Ne rencontrez- vous point dans veftre
illuftre Pere ?
Il luy fied bien, en verité,
De me propofer de vous faire
Des leçons de tranquillité ,
Luy , qui foit en paix , foit es
guerre ,
Goûte moins le repos que ne font les
Lutins;
Luy , qui prefque femblable à ces fiers
Paladins
Qui parcouroient toute la terre,
Enleve à des Geans envieux & mua
tins ,
1
1
1
GALANT. 133:
Non de libertines Infantes ,
Mais en chemin faifunt des Places
importantes,
Qui de l'heureufe France affurentles
deftins.
Que fur fes procedez , Iris , il refle
chiffe ,
Es qu'il nous dife un peu , s'il croit
qu'ilfoit permis
De confiderer comme un vice
Ce courage agissant qu'en luy le Ciel
a mis.
Si quelqu'un peut s'en plaindre avee
quelque juftice ,
Ce nefont que nos Ennemis
$
Comme la bonne foy dans mes dif
cours éclate,
Fe ne vous diffimule pas
Qu'en fuivant mes confeils on peut
faire un faux pas ,
134
MERCURE
Et que l'affaire
eft delicate
.
Ils font bons cependant
; mais ,jeune
& belle Iris ,
Il ne faut point que je me flute,
Le temps diminuera
leur prix.
Ainfi quand vous voudrez faivre ce
que j'écris ,
Regardez
en toujours
la date.
·
De Paris , la veille des Rois ,
L'an mil fix cens quatre - vingt
douze,
Temps
, où par de feveres
loixe
LEglife
défend
qu'on épouse .
Il fuffifoit
dans
les Siecles
paffez
d'eftre
affidu
à la
Cour, & de s'attirer
fouvent
les regards
du Prince
pour
cftre
affuré
de parvenir
à
une haute
fortune
, ce qui
GALANT. 135
fit dire autrefois à un vieux
& hab le Courtisan , que fix
`mois d'intrigue de Cabinet valoient
mieux que dix années de
fervice. Ce n'eft plus aujourd'huy
la même chofe , & les
fervices font
recompenfez
fans que ceux qui fe diftinguent
par ces endroits , foient
obligez de donner aux Sollicitations
le temps qu'ils peuvent
employer plus utilement.
Qoy que M' le Marquis de
Boufflers
ait peu paru à la
Cour , fes fervices n'ont ps
laiffé de recevoir toujours le
prix qui leur eſtoit dû . Il fut
P
126 MERCURE
fait Colonel General des Dra
gons en 1678. Lieutenant General
des Armées du Roy en
1683. Gouverneur General de
la Lorraine & deLuxembourg
en 1687. l'eſtant déja de la
Ville une année auparavant
.
Il a commandé divers Corps
d'Amée , & ce fut luy qui en
1688. mit une partie du Palatinat
fous l'ob.illance de Sa
Majesté. Jamais Capitaine n'a
eu plus de vigilance , & plus
d'application à fon métier ,
& l'on peut dire qu'en s'y
donnant tour entier, il Y employe
les jours & les nuits.
GALANT. 137-
Comme on ne peut trop veiller
fur un Corps qui a l'honneur
de fervir en partie à la
garde du Roy , Sa Majeſté l'a
nommé Colonel du Regiment
de fes Gardes Françoiles,
pour remplir la place de feu
Mr le Duc de la Feuillade ,
& lors qu'Elle le prefenta aux
Officiers de ce Corps , M' de
Creil qui en eft un des plus
anciens Capitaines , dit à Sa
Majesté , que fi le Corps avoit file
ofé , il l'auroit remerciée du choix
qu'il luy avoit plû de faire.
J'oubliois à vous dire , que
M' de Boufflers ayant cfté
Fevrier 1692.
M
138 MERCURE
T
nommé Chevalier des Ordres
du Roy dans la derniere Promotion
, Sa Majesté luy donna
le jour de la Purification
la Croix de l'Ordre avec Hes
ceremonies accoûtumées. Ce
Marquis n'ayant demeuréque
quelques jours à la Cour , cft
retourné au fervice avec l'empreffement
d'un homme qui
fe trouve hors de fa fituation
ordinaire lors qu'il n'agit pas.
M' de Froulay Comte de
Teffé , Lieutenant General du
Maine , Perche & Laval &
Mestre de Camp General des
Dragons , a cu la Charge de
GALANT. 139
Colonel General des Dragons
que poffedoit M' de Boufers.
Comme il a fouvent fait dés
actions d'éclat & de valeur ,
dont je vous ay donné pluficur
détails , je ne vous entretiendrai
pas davantage aujour
d'huy d'un homme dont la
bravoure eft connue par tout.
up Mr le Comte de Mailly ,
bon Officier, aimant fon métier
, diftingué par une illuftre
Naiffance , & par beaucoup
de fageffe , & qui a l'honneur
d'eftre l'un des Menins de
Monfeigneur , a esté fait
Meftre de Camp General des
Mij
140 MERCURE
où
Dragons . Il avoit perdu M
le Marquis de Nefle fon frere
au Siege de Philifbourg ,
il eft mort de fes bleffures.
Ainfi il eftoit jufte de mettre
des honneuts & des recompenfes
dans une Famille, qui
a verfé fon fang pour la gloi
re de l'Etat .
b
Le Roy a nommé M l'Ab
bé d'Eftrade , Fils du Marechal
de ce nom , fon Ambaffa
deur à la Cour de Portugal
,
à la place de M' le Vidame
d'Eneval
. Cct Abbé ayant
beaucoup d'efprit , de vivacité
& de lumieres , & s'eftant
GALANT. 141
tres-bien acquité de fon Ambaſſade
de Venife , il y a fujet
de croire que les Cours de
France & de Portugal en feront
très-fatisfaites , & qu'il
imitera M le Marechal d'E
ftrade fon pere , qui s'eft acquis
beaucoup de reputation
dans fes Ambaffades d'Angleterre
& de Hollande . Ce Marechal
eftoit Maire perpetuel
de Bordeaux , Gouverneur de
Dunkerque , & Vice-roy de
PAmerique.
10 Vous aurez fans doute entendu
parler de la mort d'un
vicil Hermite , qui depuis
142 MERCURE
long- temps s'eftoit rétiré auprés
de Tours , où il vivoit
dans un Hermitage avec quel
ques autres Freres , qui fembloient
s'eftre mis fous fa conduite
. Il est mort fur la fin du
dernier mois , âgé de plus
de quatre - vingt ans , & ce
qui vous furprendra , c'cft que
routes fes manieres faifant af
fez voir que fa naiffance n'étoir
pas commune , quoy qu'-
on ait pu faire pour fçavoir
qui il eftoit , on n'a jamais pû
en venir à bout. Je vous en .
"
voye une Lettre que M l'Ab
bé d'Anieres a écrite là-deffus.
1
1
GALANT. · 143
Je croy qu'on n'en fçaura rien
de plus pofitifque ce que vous
y lirez , à moins que ce bon
Hermite n'ait revelé fon fccret
à d'autres perfonnes qui
ne fe croiront plus obligées
de le garder.
$22552553555222 :22
A MADAME
LA DUCHESSE
DE LA MEILLER AYE ..
JA
que
Ay appris , Madame ,
vous fouhaittiez fçavoir la
naiffance du bon Pere Jean ,
144 MERCURE
1
Hermite que vous aviez
donné ordre à voftre Gouverneur
de Montreüi'- Belay, de venir mè
demander ce que j'en pouvoisfçavoir.
Vous n'eftespas lafeule , Ma
dame , qui ayez eu cette curiofité.
Le Roy a voulu auſſi en estre
informé. Il y a quatre ans que
Mr deChaßteau-neufme fit l'honneur
de m'écrire deux fois fur ce
fujet ; mais comme je n'ay jamais
pú en rienfçavoir de certain , il
m'a auffi efté impoffible d'en rien
dire qui puft fatisfaire Sa Majefté.
N'attendez donc rien de
moy, Madame , qui puiffe vous
éclaircir. Ce bon Vieillard ne s'eft
point
GALANT. 145
point caché dansfa retraite , parce
qu'il fe tenoit feur que perfonne
ne découvriroit au vray qui il
eftoit. Ily a tout lieu de croire
que c'eftoit un homme de Qualité.
Il en avoit l'air , les geftes , le
vifage, l'humeur & le coeur , &
fes manieres d'agir avoient je ne
Ssay quoy de grand,qui le faifoit
honorer & aimer de tout le monde.
Je confiderois ce bon Hermite
comme une Enigme, puis qu'au
milieu de fa pauvreté , de fa
fimplicité de fon defintereffement
, on y remarquoit de la
grandeur & de la majeſté, accompagnées
d'une prévoyance ex-
Fevrier 1692. N
2
146 MERCURE
traordinaire ; car bien qu'il ne
poffedaft rien , que mesme il
ne demandaft rien à perſonne
il avoit toûjours de quoy fournir
aux neceffitez de fes Freres ,
& de quoy affifter les Pauvres, عوم
Vous fçavez Madame , qu'on
le faifoit paẞer pour un Fils de
Henry IV. parce qu'il luy ref
fembloit entierement. L'ayant
un jour preffé là- deffus , il me dit,
que cela pouvoit eftre vrays
mais qu'il ne l'affuroit pas ;
que neanmoins il eftoit legiti
me.Voilà encore une Enigme que ™
je n'ay jamais pû expliquer , non
plus que celle- cy ; J'ay unc Me-
2
GALANT. 147
re, mais je n'ay point de Pere.
Vous tirerez , Madame , telle
confequence qu'il vous plaira de
ce qu'il a bien voulu me dire ...
mais je ne crois pas que vous en
tiriez aucune qui puiffe vous fatisfame.
Ce S. Vieillard eftmort
comme il a vécu ; c'est à dire
dans un grand amour pour la reles
traite & pour pauvres
car
moy estant prefent
, il ordonna
à
un de fes Freres de mettre fous
fa tefte le Livre des Vies des Peres
du Defert, en difant; je veux
mourir
dans les fontimens
de
ces Peres , & il eut ce Livre
fous fa tefte jufqu'au
jour qu'il
Nis
1
148 MERCURE
1
mourut. Pour ce qui eft des Paus
vres , il diftribua & fu diftribuer
par fes Freres à ceux du voifinage
prefque tout ce qu'il y avoir ·
d'argent dans l'Hermitage
, &
en mourant il me témoigna avoir
de la douleur de ce quefa langue,
qui eftoit devenue fort groffe ,
l'empêchoir
de parler , parce qu'il
euft bien voulu me dire quelque
chofe. Il ne put rien prononcer de
plus ; de forte que je n'ay rien
fçeu de particulier
touchant fa
Famille & fa Naiffance,
*
Si vous avez trouvé
de
l'invention
& de l'efprit aux
GALANT. 149
galanteries dont je vous ay
donné la defcription dans
ma Lettre du mois paffé , &
qui ont efté faites par trois
diverfes perfonnes , vous en
trouverez beaucoup dans cel-
Je que je vous envoye . Elle
part du genie d'un Cavalier
Angevin , dont je vous ay
déja fait voir quelques Enigmes
, & qui ayant les manicres
toutes galantes , ne peut
manquer de réuffir, lors qu'il
s'agit de galanteries de la nature
de celles dont je vous ay
déja entretenue . Il cherchoit
à faire un prefent à une De-
Niij
150 MERCURE
moifelle âgée feulement de
quatorze ans , avec laquelle
il jouoit quelquefois au corbillon
, & vouloit que ce
prefent luy donnaft lieu de
luy faire une declaration d'amour
en badinant ; cat vous
fçavez que quand on a de
l'efprits on trouve des manieres
de tout dire fans qu'u
ne Belle s'en puiffe offenferiny
qu'elles engagent le Cavalier
qu'autant qu'il plaift à fon
coeur de continuer en veritable
Amant , la galanterie qu'il a
commencée en galant homme.
Les envois dont je vous
GALANT. 15I
parlay la derniere fois , furent
faits dans le temps des Etrenes
, & le prefent dont vous
allez voir la defcription , a
efté fait dans les premiers
jours de la Foire S. Germain .
Le Cavalier envoya une Corbeille
fort proprement
travaillée
, & fort richement
Couverte , & feparée en neuf
petits compartimens, un dans
le milieu , & huit alentour.
Celuy du milieu eftoit doublé
d. blanc , & plein à demy de
petits coeurs de fucre fous
cc mot , Cordialité ; fur quoy
on voyoit un coeur de cire
“ ን
Niiij
12 MERCURE
pendant à un gros noeud gris
delin qui en fortoir. Un cofté
de ce coeur eftoit couleur de
feu portant fur fon milieu
une bougie blanche allumée,
P
& ces mots écrits en lettres
d'or , Je brûleray jusqu'à ma
fin . L'autre cofté du coeur é
toit bleu- mourant , chargé de
chaînes negligemment étendues
, qui fe perdoient avec
certe Devife Itálienne , Porto
dell' amore i colori le catene
& le coeur eftoit embraffé
d'un petit papier qui conte
noit ces quatre Vers.
Pour rendre hommage à vos s
appas ,
GALANT K3
Fervous prefente un coeur fouple
shcomme la cire ,
Toujours... mais je me tais , car
aje crains d'en trop dire
Phenice , fans parler ne m'en.
- tendez- vous pas ?
L'un des quatre petits compartimens
qui faifoient la
croix , eftoit doublé de cou- x
leur de feu & remply de
pâres rouges , avec ce motsh
Ardeur.L'autre doublé de vert,
& plein de confitures vertes,
eftoit fous le mot , Efperance.
Le troifiéme eftoit doublé
d'Aurore avec des pâtes jaunes
, & le mot , Jeuneſſe ; &
154 MERCURE
des
le
quatriéme bleu , avec de
pâtes de même , avoit , Innocence.
Les quatre autres qui
faifoient les coins felon leurs
differentes couleurs , avoient
chacunun de ces quatre mots ,
Difcretion
paffion, douceur, fidelité
, &
eftoient
garnis de
differentes
efpeces de
dragées,
& lardez de fioles
d'eflence
de Bergamotte
, d'Orange
, de
Cafie , de Tubereufe , de Fafmin
c. Enfin , cette Corbeille
fut portée avec quatre rubans
feu & or, qui partant des
tre coftez , s'uniffoient
à la
hauteur
d'un bufc , & for
qua
GALANT 155
moient un noeud , dans lequel
le Cavalier avoir lacé cet envoy
, qui vous fera voir l'ex-
* trême jeuneffe de la Demoi.
felle , par rapport à fon jeu
favory.
Je vous donne le Corbillon.
Si vous demandiez
qu'y met- on ?
Je vous repons , jeune Phenice,
Que c'eft le coeur de B .....
Rien ne paroift fi fimple
que ces fortes d'envois , & ccpendant
rien n'eft fi difficile
à faire d'une maniere galante
& naturelle . Ils ne doivent
la vas
point eſtre estimez par
156 MERCURE
leur des chofes que l'on envoye
, tout leur prix confiftant
dans l'invention , &
le badinage qui font eftimer
les prefens qui coûtent peu , &
font caufe qu'on en parle
comme s'ils eftoient de con,
fequence .
Je vous envoye une Fable ,
dont l'original eft Latin . La
traduction en a efté faite par
M' de Saint - Ouen de Caën ,
& il l'a adreffée au Pere Bouhours
Jefuire , quia tant contribué
à la pureté de noftre
Langue , par les excellens Ouvrages
qu'il nous a donnez .
GALANT.
157
225552225 25222525
LE CYGNE
E T
LES OYSONS.
Bom
FABLE.
OVHOVRS, pour quelque
temps abftenez- vous d'écrire,
Aprés,vous reprendrez vos Ouvrages
pieux.
Daignez icy jetter les yeux,
Au premier jour de l'an je veux
vous faire rire.
&
Le Cayftre à regret nourrit parmy les
joncs ·
158 MERCURE
Je ne fay quelgenre d'Oifons
Foible , mais infolent , babillard , lache
, immonde ,
Et dont les efforts impuiſſans
Tâchent de nuire aux Cygnes innocens
Qu'éleve avec plaisir ce Fleuve dans
fon onde.
Une vaine émulation
leur cry
Leur donne cctie averfion.
La laideur de leur corps
defagréable
Releve les beautez & la voix admiz
rable
De's Cygnes , dont le chant picin de
mille douceurs ,
Se pourroit égaler à celuy des neuf
Soeurs.
2
Un des plus beaux s'atjira leur
colere
GALANT.
159
Par fes accens harmonieux ,
Son chant , dont il fçavoit charmer
le coeur des Dieux,
Trouva fi bien l'art de leur plaire,
Qu'ils l'eftimoient mille fois
•
mieux,
Que le Cygne qu'on voit reluire
Auprés de la celefte Lyre ,
Qu'aprés la mort d'Orphée on plaça
dans les Cieux,
S
Voilà juftement l'origine
De la haine, des cris , de la fotte
fierté
De cette cohorte mutine ,
Que jufqu'icy rien n'a dompté.
Mais le Cygne les voit avec indiffe
rence ,
Et croit qu'il luy feroit également
honteux
De leur ceder ou de triompher d'eux.
160 MERCURE
Enfin pour en tirer une noble van
geance ,
Ilfe munit de patience.
Ceux-cy virent bien - toft qu'en umh
jufte Combat
Ils n'en pouvoient
ternirl'éclat,
Et que fon chant méprifoit leurmalice.
Voicy pour s'en vanger quelfut leur
artifice.
2
Ce Fleuve en un endroit avare de
fes eaux,
Ne laiffe u'un amas de fange,
Qui des glayeuls& des rofeaux
Fair un fale & bourbeux mélan
ge.
1
C'est là que la Troupe d'oifons
S'abbat fe romene , s'arrefte ,
Et s'armant comme Champions ,
Se veautre les pieds &la iefte. J
GALANT. 161
S
Pendant ce terrible appareil,
Noftre Cygne qu'on voit rarement
fans rien faire,
Qui venoit de chanter plus qu'à
fon ordinaire ,
Goûtoit un paisibleſommeil,
Lors qu'inopinément cette Ligue
cruelle
Attaque fa blancheur qui faifoit hon .
te aux Lis ,.
Et du limon dont ils fe fontfalis
Prend plaifir àfouiller fa beauté naturelle.
Aprés cette expedition ,
Cette Troupe plus animée,
Chez les autres oifeaux va fans
difcretion
Publier que la Renommée
Vante fans raifon la blancheur
Fevrier 1692.
62CURE
Du Cygne , qui n'eft plus qu'unſpectacle
d'horreur. Rastoja
&
2374
Chacun pour en ferir la gloire,
Seme diverfement des bruits calomnieux
;
Mais ceux dont l'imposture eft plus
fine & plus noire,
Plaignent d'un ton maliceux.
Ce qu'en le voyant meſme on aurait
peine à croire.
S
Les autres dont le naturel ,
Eft plus fauvage &plus cruel,
Le condamnent
parfon filence,
Difent qu'il n'ofe plus nager en plei
nes eaux ,
Et que fes Compagnons, pour comble
de fes maux,
Ne voulant plusfouffrir defa pres
fence
GALANT. 163
~** De honte il recourt à l'abſence.
Ils ajoûtent encor que de
de leurs pro- .
pres yeux
Ils l'ont pu s'enfuir du rivage ,
Et que pour s'en éclaircir mieux
Ceux qui ne voudront pas croire leur
cula témoignage
Viennent eux-mefmesfur les lieux.
$
Pour venir enfin à la preuve
De ce qu'à peine on pouvoit concevoir,
Tous les Oifeaux voulurent voir ,
Et vinrent à l'envy fur le bord de
ce fleuve.
Apeine le Soleilfortoit du fein des
eaux,
Qu'on voit bien- toft fur le rivage
Un nombre innombrable d'oi
feauxy
O ij
164 MERCURE
Differens de couleur autant que de
ramage.
Le Coucou fort de fes antiques
bois ,
Et la Colombe curieufe
Depêche le Hibou , qui fous les mêmes
toits
Mene une vie & molle & paresseuse .
Enfin mille Oiseaux malheureux ,
Dont la fombre & foible paupiere
Ne peutSupporter la lumiere,
Quittent leur Séjour tenebreux.
La Pie & le Corbeau , l'Hirondelle
volage
Viennent accompagnez des farouches
Ramiers
Fant ceux qui font patus , que d'autres
dont les pieds
Ne font couverts d'aucun plumage.
Entre tant d'Oiseaux fi divers
GALANTM 165
La Corneille au coû blanc parut la
plus ardente
A faire entendre dans les airs
Les tons aigus dela voix croaſſante.
2
Aprés s'eftre tous affemblez ,
Le Cygne qui fendoit Bonde à fon
ordinaire
Sous une couleur étrangere,,
Fut reconnu de loin à fes chants re-
Dial doublez.
L'attente impofoit le filence ,
cet
Lors que ce beau Chantre s'avance,
Et qu'à fes airs melodieux
Cette Troupe répond par des cris envieux.
Fugez quelle fut fa furpriſe,
Quandfur luyfeul , il voit de ton
tes parts
Qu'on jette d'avides regards ,
166 MERCURE
Qui femblaient contre luy marquer
quelque entreprise.
Confus d'eftre l'objet de tant defpec
tateurs ,
Pour en trouver la caufe , il cherche
en fa memoire,
Mais l'eau comme un miroir le deter
mine à croire
Que les oifons eftoient les inven
teurs
D'une perfidie aufinoire.
S
Alors fans s'amufer à de vaines
raifons,
Ce n'est pas là , dit il, ma couleur
naturelle.
Reprenez-la, Troupe infidelle ,
Fe reconnois vos trahijons.
Il dédaigna de parler davantage,
Ilfe plongea legerement dans l'eau,
Et le limon,enquittantfonplumage
GALANT. 167
Ne luy fervit qu'à le rendre plus
beau.
Ainfi lon connoift l'artifice,
Dont ufent contre luy ces jaloux impofteurss
Et les autres Oiseaux , témoins de la
malice,
Conviennent tous que l'injustice
Doit retomber fur fes Auteurs
Vous aimez tout ce qui regarde
les Affaires du Temps,
& c'est ce qui m'engage à
vous faire part d'une Piece
qui fait grand bruit dans les
Pays Etrangers où elle a eſté
faire , & qui commence à
courir en France.
168 MERCURE
$5222555525 555225
CONSIDERATIONS
SVR LA LIGVE
D'AUSBOURG.
L
A Ligue où la Maiſon
d'Auftriche
est entrée
avec tous les Proteftans
, &
qui aprés avoir déja produir
des effets fi pernicieux
à la
Religion
Catholique
, pourra
melme en caufer un jour la
ruine entiere dans une grande
partie de l'Europe , eft la
chofe
GALANT. 169
chole du monde qui merite
le plus les foins & l'applica
tion du Pere commun des F1-
delles , afin de prévenir les
fuites d'un fi grand mal par
tous les moyens que Dieu luy
a mis entre les mains , pour
gouvernement , & pour la
confervation de fon Eglife...
Il feroit inutile de faire icy
le
le dénombrement des maux
&
que
fouffre qu'a foufferts , &
encore tous les jours la Reli
gion Catholique
, au fujet de
cette Confederation
; ils ne
font que trop vifibles . Un Roy
Catholique
dépoffedé
de trois
Fevrier
1692, P
170 MERCURE
Royaumes , pour faire place
à un Ufurpateur Heretique ,
& par confequent la ruine de
la Foy dans ces Pays là ; les
Heretiques répandus en Italie
pour y corrompre la plus faine
partie de l'Eglife la Flandre
mife entre les mains & fous le
pouvoir des Proteftans , ne
font que les premices de cette
liaifon politique entre la
Maifon d'Auftriche & les En>
nemis de la Foy .
Quoy que dans cette Cons
federation il y ait un affeme
blage de diverfes Religions,
& que les grands noms de
GALANT 171
l'Empereur & du Roy Catho
lique y trouvent la premiere
place , elle eft pourtant effe
&ivement , & doit eſtre appellée
une Ligue Proteftante,
d'autant que tout Corps politique
compofé de diverfes
parties, doit prendre fon nom
de celles qui y font les plus
nombreuſes & les plus puiffantes
. Or il eft certain qu'en
comptant ce qu'ont de forces
par mer ou par terre les
Catholiques , & les Proteftans
qui forment la Ligue , on
trouvera que celles des Proteftans
font infiniment fupe
Pij
172 MERCURE
rieures aux autres.
2
Pour ce qui eft des forces
de mer , il n'y a nulle proportion
entre les deux Puif
fances ; car on peut prefque
compter pour rien ce qu'en
ont les Catholiques , tandis
que les Proteftans en ont de
fi confiderables. Mais pourmieux
comprendre quel effet
peut avoir melme fur terre
cette fuperiorité par mer , on
n'a qu'à fe fouvenir de quelle
maniere la Monarchic d'EL
pagne eft décheue depuis le
remps que fes forces maritimes
ont cfté défaites en l'an ,
A
GALANT. 173
hée 1188. & voir au contraire
quelles Flotes , & quelles Armées
la Hollande , ce petit
morceau de terre à demy
noyé , peut mettre à prefent
fur pied par cette feule raifon
qu'elle eft fi puiffante fur
mer.
Au regard des forces de
terre , il elt vray que l'inegalité
n'en eft pas fi grande en
tre les deux Puiffances ; mais
s'en tenant à la fupputation
commune , que les Catholi
ques & les Proteftans en Allemagne
font prefque égaux
en forces ( pour nepas com-
Piij
174 MERCURE
pter
la Suede & le Danne
}
marck ) comment 1 Eſpagne
feule aujourd'huy peut - elle
tenir contre l'Angleterre & la
Hollanden DAD BANC
On ne manquera pas de
répondre qu'une Ligue ne
doit 'pas eftre nommée Here.
tique , parce que les Heretiques
y font en plus grand
nombre , mais qu'elle doic
prendre fon nom du deffein
& des motifs pour lefquels
elle a efté formée , qui ne
tendent qu'à reprimer les entrepriſes
de la France fur fes
Voifins,
-
"
GALANT. 175
A la bonne heure , qu'on
fe regle en cela fur l'inten
tion des Ligueurs ; mais toujours
il y a une grande difference
entre les faux prétextes
qui paroiffent , & les vrais motifs
qui font cachez , & qui ne
fo decouvriront qu'en leur
temps . Je veux bien mefme
croire que la Maifon
d'Auftriche
& les autres Catholiques
Confederez n'ont point
d'autre deffein que celuy qu'-
on a marqué ; mais pour les
Proteftans qui font en plus
grand nombre , & les plus
forts de beaucoup , il me faut
Piiij
176 MERCURE
pardonner fi je ne puis m'em
pêcher de croire que leurs
deffeins n'ont pas les mêmes.
bornes ; car il est évident qu'-
ils n'ont point degeneré de
leurs Ancestres , & qu'ils confervent
toujours le genie de
leur Secte , qui eft de n'avoir
en tefte que la deftruction &
l'anéantiffemont de ce qu'ils
appellent le Regne de l'Antechrift
. Nommez donc la Ligue
comme il vous plaira ,
pourveu que l'on convienne
que l'intention de ceux qui y
dominent le plus , l'emporte
ra dans la fuite , & fera enfin
GALANT 177
executée : de forte que fi ces
M's peuvent venir à bout de
leurs de feins contre la France,
toute la faveur que les Princes
de la Maifon d'Auftriche
doivent raifonnablement at
tendre d'eux , c'eſt de n'eftre
engloutis que les derniers .
Cette verité eft fi conftante
& fi claire , qu'il faut citre
bien aveuglé de haine contre
les François , pour ne la
pas
voir ; car peut-on s'imaginer
que dans l'occafion le Prince
d'Orange aura plus d'égards
pour l'Empereur & le Roy
d'Efpagne , qu'il n'en a cu
178 MERCURE
pour le Roy d'Angleterre
fon
Oncle & fon Beau - pere ?
Croyent -ils qu'il en ufera
mieux avec eux , parce qu'ils
ont efté fes Complices dans
fa premiere Ufurpation
.
Plufieurs chofes ont efté avancées
en faveur des Princes
de la Maifon d'Auftriche ,
pour couvrir , ou pour diminuer
l'injustice de leur procedé
envers Sa Majefté Britanni
que. Ils difent que ce n'eftoit
leur intention que ce Roy
fuft dépouillé de fon Royaume
; mais feulement qu'il fuſt
contraint d'entrer dans la Lipas
1
GALANT. 179
-
gue contre la France : ce qu'-
ils pretendent
qu'il eftoit
obligé de faire en qualité de
garant de la Paix de Nimegue
,
que la France avoit rompuë;
mais pour mieux voir que ce
prétexte eft fans fondement
,
il faut un peu le developper
.
Ils conviennent
qu'ils vouloient
bien que le Roy d'Angleterre
fult forcé , mais non
pas dépoffedé. C'eft à dire,
qu'ils vouloient , afin de le
faire entrer dans la Ligue ,
que le Prince d'Orange
entraft
avec une Armée dans
ſon Royaume ; qu'il ſe rendiſt
180 MERCURE
maistre dé fes Places & de fa
Perfonne , & qu'il le contraignift
de fe foumettre à tout
ce qu'il vouloit. En tout cela
le Prince d'Orange n'a pas
manqué d'agir felon leur gré ,
& de fuivre exactement leurs
intentions ; mais fur ce qu'il
a fait de plus en luy oftant
le titre de Roy pour s'en révetir
foy-même , ces gens de
bien font femblant d'en avoir
du fcrupule. Voilà en verité
les apparences ſauvées d'une
maniere bien groffiere , & , il
eft étonnant que dans un cas
où la justice eft bleffée à un
GALANT. 181
rel excés , ils puiffent appaifer
les remords de leur confcience
par une defaite auffi
vainc que celle- là. Car de
bonne foy croyent-ils que le
Prince d'Orange puft s'empa
rer du Pays , de l'autorité &
de la Perfonne du Roy fans
injuſtice , pouveu qu'il ne
touchaft point àfon Titre de
Roy? On pouroit dire avec
la même raifon qu'un Voleur
pourroit fans fcrupule prendre
l'argent , pourveu qu'il
laiffaft la bourſe.
Mais , diront-ils , felon nô
tre intention , il ne s'eft em182
MERCURE
paré de tout cela que pour le
remettre entre les mains du
Roy, & il devoit s'en retourner
en Hollande , aprés l'avoir
mis dans la Ligue contre
la France . Mais en cas que
le Roy n'euft pas voulu y
fouferire , quelle en cuſt efté
la fuice ? Il paroift par l'evenement
qu'il a mieux aimé
fe fauver en s'échapant de
leurs mains que d'eftre forcé .
D'ailleurs , feront - ils croire
qu'un homme du caractère du
Prince d'Orange voudroit fi
aiſement lâcher prife , & quirter
un Royaume dont il fe fe
GALANT. 183
roit rendu maiftre ? A-t-on
jamais veu de pareilles inclinations
dans la Monarchic
d'Efpagne , de fe deffaifir fi
facilement des Pays dont elle
a une fois pris poffeffion ?
Aprés tout , quand il s'agit
de faire leur Cour au Prince
d'Orange , tous ces beaux prétextes
, tous ces fcrupules s'évanouïllent
; car l'Ufurpateur
ne fe fit pas pluftoft déclarer
Roy , que Dom Pedro de
Ronquillo s'en alla le felici
ter fur fon avenement à la
Couronne d'Angleterre , fansattendre
un Courier d'Efpa-
-
184 MERCURE
gne , & fans qu'on fçache
qu'il en ait efté defavoué par
le Roy Catholique ; d'où l'on
doit conclure , ou que ce Miniftre
par un efprit prophetique
avoit fçeu quelle feroit la
volonté de fon Maiftre dans
une telle conjoncture , ou que
fon Maistre dés le commen
cement avoit efté de complot
. Enfin voilà la maniere
dont la confcience
fe gouver
ne prefentement
à la Cour
d'Eſpagne , & comment elle
trouve moyen de favorifer
fans aucun fcrupule , un Ufurpateur
Heretique contre un
GALANT. 185
Roy legitime &
Catholique,
dont tout le crime eft de
n'eftre pas Ennemy déclaré de
la France.
Voyons maintenant fi ce
qu'ils pretendent touchant
l'obligation que le Roy d'Angleterre
avoit d'entrer dans
la Ligue en qualité de Garant
de la Paix de Nimegue , leur
réuffira mieux pour couvrir
leur injuftice.
Suppofons
donc , parce qu'ils le veulent,
que ce Roy en eftoit veritablement
le Garant . S'enfuit- il
que pour n'avoit pas pris les
armes contre la France , ( ce
Février 1692.
186 MERCURE
总
que peut eftre il ne pouvoit
pas faire dans l'état où il
eftoit ) fes propres Royaumes
font legitimement confifquez
, & qu'il eſt déchû
de la Royauté ? Eft- corànces
conditions - là que les Rois
s'entremettent pour faire la
Paix entre les Princes leurs
Voifins , & qu'ils en font les
Garans ? Si cela eftoir , il n'y
auroit plus de Mediateur ny
d'Entremetteur
au monde , &
"les Princes qui fe feroient la
guerre, s'acharneroient les uns
contre les autres comme des
beſtes feroces › juſqu'à ce qu'-
GALANT. 187
ils fuffent tous entierement
détruits . Ajoutons à cela que
le Roy d'Angleterre, quand
même il l'auroit voulu , n'étoit
pas en état à fon avenement
à la Couronne , d'entreprendre
une guerre étrangere ,
n'eftant pas encore bien affermy
chez luy à caufe de fa
Religion , ce qui ne parut
y que trop lors que le Prince
d'Orange le vint attaquer. Il
sn'eft pas vray au refte que Sa
& Majefté Britannique eftoit le
anGarant du Traité dont on
parle. Tout le monde fçait
que ce Traité fut fait fous le
Qij
188 MERCURE
Regne du Roy fon Frere , qui
en eftoit veritablement
le Garant
; mais le Roy d'aujour
d'huy n'y avoit nulle part ,
parce que la qualité de Garant
eft perfonnelle , & ne paffe
point à un Heritier , eftant
fondée uniquement
fur la promeffe
volontaire de celuy qui
veut fe faire Garant. Qui
n'a donc point fait de promeffe
en fon nom , ne peut
eftre obligé à rien ; & voilà
l'injuftice de la Maifon d'Auftriche
à l'égard du Roy d'Angletetre,
toute nuë, fans qu'on
puiffe en couvrir la difformité
'
GALANT. 189
par le moindre pretexte apparent
. 7
En verité leur procedé en
vers ce Monarque n'a point
d'exemple ; car durant tout
fon Regne, jufqu'au moment
que le Prince d'Orange ſe ſaifit
du Royaume , il y avoit
en apparence une profonde
Paix & une parfaite amitié
entre les Couronnes . Leurs
Ambaffadcurs ; ou leurs Envoyez
refidoient à chaque
Cour , avec toutes les marques
d'une tres- bonne corref
pondance ; mais le Prince
d'Orange n'cuft pas plûtoft
*
190 MERCURE
mis le pied à Whitehall que
tout d'un coup fans aucune
declaration de guerre , & fans
pretendre en avoir aucun fujet
, ils traitent le Roy en ennemy
declaré . Ils chaffent fes
Miniftres honteufemente de
leurs Cours, & font même
prifonniers de guerre ceux de
fes Sujets qui demeurent dans
fon obciffance. Je veux croire
qu'un procedé fi irregulier
& fi éloigné de toute humanité
, eft fort contraire aux
inclinations de ces Princes ,
dont fa Maifon a efté autrefois
diftinguée par la douceur
GALANT. 191
&
& par fon zele pour la Religion.
On doit fans doute attribuer
ce procedé à la malignité
de leurs Miniftres dans
les Cours Errangeres , tels
qu'ont efté Dom Pedro de
Ronquillo, & fes femblables ,
qui pour avancer leur fortune,
pour fe rendre neceffaires,
fe foucient peu quels avis , ou
quelles impreffions, faufſes ou
veritables , ils donnent à leurs
Maiftres ; & qui n'eftant point
Cux mêmes fenfibles au deshonneur
dont ils chargent
leurs Princes en ménagent
fort mal & la gloire & la confcience
.
192 MERCURE
Cela paroift évidemment
par les foins qu'ils prirent de
faire croire à leurs Maiftres ,
& mefme à tout le monde ,
autant qu'ils pûrent , que le
Roy d'Angleterre n'avoit
point perdu fon Royaume à
caufe de fa Religion , & que
la Religion n'avoit fouffert
en elle mefme aucun dommage
par la nouvelle ufurpation.
Que peut- on dire à
des gens qui ont le front de
debiter des fauffetez fi vifibles
, & à ceux qui ont eu la
foibleffe de s'y laiffer fi faci
lement furprendre ? Si Dom-
Pedro
GALANT.
193
Pedro n'avoit eu les
yeux
fermez
à la verité , il auroit reconnu
dans fa propre perfon
ne la fauffeté de ce qu'il a fi
hardiment avancé , & par fon
experience particuliere il feroit
demeuré d'accord que la
Religion n'eut que trop de
part dans cette fatale révolution
qui fe fit alors en Angle
terre , car l'Armée du Prince
d'Orange ne parut pas plûtoft
devant Londres , que la
Chapelle de cet Ambaffadeur
fut démolie de fond en com
ble , & en haine de la Chapelle
, toute fa maiſon fut pil-
Fevrier 1692
R
194 MERCURE
lée & ruinée par le Peuple ,
qui entreprit de renverſer toures
les Chapelles de l'Angleterre
. Telle eftoit la rage
d'un
Peuple animé plus que jamais
contre la Religion Catholique
, à la veue de ceux qu'i
appellent en leur langage
leurs Liberateurs , & les Van
geurs de la tirannie du Papifme.
qu'ils
Enfuite de cete démolition
de Chapelles , le Prince d'Orange
s'eſtant mis en poſſeffion
du gouvernement
, on
fait rechercher par tout nos
Evefques , nos Preftres , &
GALANT. 195
tous les Catholiques nouvellement
convertis . Plufieurs
font faifis & mis en prifon
fur une accufation de leze
Majesté touchant le feul fait de
la Religion. Trois Evelques,
beaucoup de Preftres & de
Laïques du plus haut rang
ont efté de ce nombre . Il eft
Vray que la politique du Cabinet
fit furfeoir leur procés,
tant on craignoir que leur
fang répandu n'étonnast trop
les Princes Catholiques qui
eftoient liez avec le Prince
d'Orange , & avec fes complices
dans l'affaire d'Angleterre.
Rij
196 MERCURE
A
J'avoue que la démolition
des Chapelles ne paroiffoit
que l'ouvrage du Peuple , mais
enfin c'eftoit un Peuple que
la haine de la Religion ren-
<doit ſeditieux , auffibien que
leurs Gouverneurs
, qu'elle
porta à fe foulever contre
leur Roy legitime , & à mettre
l'Ufurpateur fur le Trône.
C'est le mefme efprit qui deur
fir faire enfuite une loy pour
exclure à jamais de la joüiffance
de la Couronne d'Angleterre
, non feulement le
Roy & le Prince de Galles ,
mais tout Succeffeur CathoGALANT.
197
lique. De là on peut connoi
fre la bonne foy de Dom Pe
dro Ronquillo , lors qu'il
foutient que la Religion n'avoit
point de part au malheur
de Sa Majefté Britannique ,
& que l'Eglife n'avoit rien
fouffert dans ce changement .
Je le puis affurer avec la
derniere certitude , que fi le
Roy cuft voulu feulement
confentir que le Prince de
Galles cuft efté élevé dans la
Religion Proteftante , ſous la
olconduite deleur Archevefque
ade Cantorbie , tous les Chefs,
hormis un fort petit nombre,
R iij
198 MERCURE
tant de l'Armée que du Par
lement , qui fe rangerentaprés
du cofté du Princed Orange,
cuffent tenu ferme pour les
interefts de leur legitime Sou
verain , & en ce cas l'Ufurpateur
avec les treize mille hommes
auroit pû auffi facilement
Conquerir l'Empire du monde
, que le Royaume d'Angleterre
.
Cependant voilà , ce me
femble , le plus grand facrifice
qu'un Roy peut faire à fon
Dieu. Il a micux aimé tour
rifquer & s'abandonner à la
Providence , que de blefler fa
GALANT. 199
confcience , & de rien faire
contre la Religion . Ce facrifice
a auffi une grande reffem
blance avec celuy d'Abraham
, car le Roy en obeïffant
à l'ordre de Dieu , qui commande
de préferer la Religion
à toutes chofes , outre
fa Couronne , a encore facrifié
fon Fils , c'eft à dire , fa
fucceffion à la Couronne, plus
eftimée que la vie mefme ; de
forte qu'on peut raisonnablement
efperer que cette obeiffance
heroïque du Roy d'An
gleterre fera récompenſée toft
ou tard , & en ce monde & en
Riiij
200 MERCURE
l'autre, des benedictions abon
dantes dont celle du Pere des
Croyans fut fuivic. Au contraire
il eft à craindre que la
part qu'ont ces deux Princes
Catholiques dans une ufurpa
tion fi injufte , & fi contraire
aux interefts de la Religion,
ne les expofe aux rigueurs de la
juſtice divine , à moins qu'ils
ne reparent le tort qu'ils ont
fait à Sa Majesté Britannique
,
& le fcandale qu'ils ont don
né à toute la Chreftienté. Enfin
quels que foient les decrets
de la Providence
au regard
du temps & du lieu de la ré
77
GALANT 201
compenfe ou de la punition,
il vaut mieux toujours fouffrir
pour la Juftice & pour la Re
ligion , que d'eftre heureux
par des voyes honteufes &
illegitimes.
༄ །
Je ne puis pas dire préci
fément la part que ces Princes
ont eue à ces deux infignes
fauffetez , fur lesquelles le
Prince d'Orange & les Etats
Generaux dans leurs Manife
ftes , fonderent toute la jufti-
Ce prétendue de leur entreprife
fur l'Angleterre , foit
que ces Princes les ayent crû
cux-mefmes, ou qu'ils y ayent
202 MERCURE
feulement donné credit. Ces
deux faufferez font une Ligue
du Roy d'Angleterre avec la
France , & un Prince de Galles
fuppofé. Pour la premiere,
ils ont pû eftre furpris par les
Miniftres qu'ils avoient dans
les Cours Etrangeres , lefquels
n'eftoient que trop fujets à
faire paffer auprés de leurs
Maiftres leurs propres rêveries
pour des certitudes, mais
le temps & la fuite des affaires
onr fuffisamment décou
vert combien cette conjectu
re eftoit vaine , en nous faifant
voir ce que le Roy d'An
.
GALANT. 203
gleterre fouffrit d'abord faute
des fecours , qui ne luy auroient
pas manqué , s'il cuft
eu des liaiſons réellesavec la
France lors qu'il fut attaqué
par le Prince d'Orange . Auffi
l'Ufurpateur qui n'estoit que
trop informé de tout ce qui
fe paffoit dans le Confeil de
Sa Majefté Britannique , ne
craignit nullement que fon
entrepriſe trouvaft quelque
obftacle de ce cofté - là . C'eft
apparemment ce qui l'empê
cha de faire dans fon Manifelte
aucune mention de cette
alliance pretendue , & peut204
MERCURE
eftre qu'il aima mieux laiffer
aux Hollandois le foin de de
biter cette impoffure dans celuy
qu'ils publierent en leur
nom , pour exciter davantage
contre les deux Rois la haine
des Confederez .
1 Au refte , pour eftre plei
nement convaincu que c'e
ftoit une pure vifion , il ns
faut qu'interroger là – deſſus ´
le Comte de Sunderland, alors
premier Miniftre du Roy.
Tout efclave qu'il eſt aujourd'huy
du Prince d'Orange, il
n'oferoit dire le contraire .
Pour ce qui eft de la naif-
•
GALANT 205
Tance du Prince de Galles , ce
feroit faire affront au Chrif
tianifme , & deshonorer les
Teftes couronnées , que de
croire capable d'une telle fuppofition
un Prince auffi religieux
que le Roy d'Angleterre,
& de s'imaginer que la
Maifon d'Auftriche fuft af
fez foible pour ajoûter foy à
une fiction fi peu vray- femblable
, ou qu'elle fuft affez
méchante , pour appuyer une
calomnic fi noire . C'eſt déja
trop pour le Roy d'Eſpagne
& pour l'Empereur, de s'eftre
unis d'interefts avec un Prince
14
206 MERCURE
ambitieux , qui de cette Fable
& de cette impofture diabolique
, a fait le prétexte de
fon ufurpation.
Peut eftre que ces bons
Princes croiront fe pouvoir
décharger du blâme d'eftre
mêlez avec des Heretiques ,
dans une Ligue qui a produic
de fi méchans effets, en difant.
que la France n'a pas mieux
fait , cftant entrée dans plu
fieurs Ligues avec les Proteftans
, mais cela ne les fauve
pas ; car
la France feroit en cela coupable
, on n'eſt point juſtifié
premierement quand
GALANT. 207
par les fautes d'autruy . Secon
dement , la France n'eft jamais
entrée dans une Ligue où il y
cuft un Roy Catholique depoffedé
pour faire place à un
Ufurpateur Heretique . Troifiémement
, dans les Ligues
où les François ont efté avec
les Heretiques ils eftoient
roujours les Maiſtres , & toujours
fuperieurs en forces :
de forte qu'il n'y avoit point
de danger , ny pour eux d'être
mailtrifez par leurs Confederez
, ny pour la Religion
d'eftre accablée par l'Herefie .
Je voudrois bien qu'à cette
208 MERCURE
heure l'Empereur & le Roy
d'Eſpagne en puſſent dire autant
, mais que le monde juge
qui eft le Maiftre de la Ligue,
où l'Empereur qui vic tran
quille à Vienne , & le Roy
d'Eſpagne qui vit de même à
Madrid , où le Prince d'Oran
ge, qui ett à la tefte de foixante
mille hommes en Flandre,
& les Electeurs de Saxe &
de Brandebourg , qui ont
de puffantes Armées fur
le Rhin.
5
Ajoûtons
à cela les forces
Maritimes
de l'Angleterre
&
de la Hollande , & ce que ces
GALANT. 209
-1
deux Etats ont
d'argent pour
foutenir les frais de la guerre,
& fongeons
un peu où tout
cela
aboutiroit en cas qu'ils
puffent
reduire la France aux
termes projettez
à la Haye.
Croit-on qu'aprés
tant d'intrigues
& de mouvemens
, la
Prince d'Orange
fuft d'hu .
meur à quitter la Flandre , qui
eft fi fort à fa bien- féances
& dont il fe peut faire une
belle
Souveraireté
en la joignant
avec la Hollande
, Za
quoy rout femble ſe diſpoſer?
Il feroit bien valoir alors fes
pretentions
, & les appuyeroit
Fevrier 1622. S
210 MERCURE
fans doute fur un droit d'ac
quiſition , ayant tant dépenſé
pour la défendre , ce qui
pourtant devroit donner un
peu à penser à l'Empereur ;
car fi les affaires en venoient
là , il feroit obligé d'avoir
de grands ménagemens avec
les Princes Proteftans fes Voifins,
qui feroient foutenus d'un
fi puiffant appuy de leur
Secte .
Mais quand on confidere
s'éminente pieté de Sa Majeſté
Imperiale , que le Ciel a recompenfée
d'une maniere fi
extraordinaire par cette déliGALANT:
211
vrance prefque miraculeufe
de Vienne , au Siege que les
Turcs en firent en 1683. & en
fuite par tant de Victoires
remportées , par tant de Places
conquifes fur ce fier ennemy
du nom Chrêtien ; quand
dis-je , on confidere ces chofes,
on ne peut pas croire que
l'Empereur foit méconnoiffant
de tant de graces ; mais
on juge plutoft qu'il aura autant
de foin des interefts de
la Religion , que le Ciel en a
cu de ceux de l'Empire. San
pieté & fon zele fe reveilleront
apparemment à la voix
Sij
212 MERCURE
lors du Souverain Paſteur
qu'il l'exhortera de ne plus
entretenir une guerre allumée
#
dans le fein de la Chrêtienté ,
mais de rompre ce commerce
avec les Heretiques , fi fatal
à la Religion , de confpirer à
mettre la Paix entre les Enfans
de l'Eglife , & de pourfuivre
la guerre contre les Turcs ,
que la Providence par une
longue fuite de Victoires fem
ble luy avoir livrez pour éren
dre ainfi les limites du Royaume
du Sauveur du monde
& pour empêcher que les Or
tomans ne faffent plus doref
GALANT 213
havant de ravages dans les
Terres des Princes Chrê
tions.be breng pag sin
£
Outre le devoir d'un Empereur
des Romains, de veiller
à la confervation de la Religion
Catholique Romaine ,
& celuy d'Enfant de l'Eglifer
de prefter l'oreille aux avis
paternels de Sa Sainteté ,
juger fainement felon la conjoncture
prefente des affaires
de l'Europe , il n'eft pas moins
de fon propre intereft , que
de celuy de la Religion , qu'il
s'accorde avec la France par
unebonne Paix , & qu'il pouf
214 MERCURE
fe enfuite vivement le Turë.
Mais le mal eft que le defir
de fe vanger des François , &
l'efperance d'en venir à bout,
fondée fur le grand nombre
de leurs Confederez , ont rel
lement ébloüy fes Miniftres,
qu'ils ne peuvent regarder de
fang froid , ny le mal que la
Ligue a fait à la Religion , ny
lc peu d'effet qu'elle a cu
& qu'elle aura probablement
contre la France ; qu'ils no
peuvent même difcerner le
veritable intereft de leur Ma
jefté , qui eft d'atterrer une
bonne fois l'ennemy du nom
GALANT 215
Chrêtien, qui a mis fifouvent
l'Empire à deux doigts de fa
ruine . Car y a - t-il chofe au
monde qui puiffe mieux établir
la grandeur de la Maiſon
d'Auftriche, que de bien affer
mir fon Royaume de Hongrie
avec toutes les dépendances
, afin que Vienne n'eftant
plus frontiere , elle foit à
jamais le centre de ces Etats
? Mais cela ne fe peut
faire à coup feur qu'en continuant
la guerre contre le
Turc , & en ne luy donnant
point de relâche pendant
qu'il eft foible & abattu ,
216 MERCURE
d'autant que fi on donne un
fois à ce vafte Corps le temps
de refpirer & de fe reconnoître
, quelque malade qu'il foit
à prefent , il peut avec un
peu de repos reprendre fes
forces , & devenir auffi fort
& auffi redoutable qu'il ait
jamais cfté.
Je fçay bien que de telles
mesures ne feront point au
goult des Princes Proteftans
d'Allemagne , ny convenables
aux vaftes deffeins du
Prince d'Orange. Ces Prin
ees ont toujours esté par Ic
paffe , & feront encore à l'avenir
,
GALANT. 217
venir , dés qu'ils en auront
L'occafion , auffi jaloux de la
puiffance Imperiale , qu'ils le
font aujourd'huy de la grandeur
de la France ; mais j'elpete
qu'ils n'auront point
d'afcendant fur les Confeils
de Sa Majefté Imperiale , &
qu'Elle fera convaincuë , pour
peu qu'Elle y penfe , qu'en fon
particulier Elle a plus rifqué
& plus perdu en perdant Belgrade
& Nice , qu'Elle ne gagna
à la prife de Mayence &
de Bonne . J crois même
qu'Elle fera reflexion que le
Royaume de Hongrie vaut
Fevrier 1692. T
218 MERCURE
micux que deux ou trois Pla
ces de plus ou de moins fur
le Rhin , lefquelles peut- eftre
on pourroit avoir à meilleur
marchépar un Traité de Paix,
que par la continuation de la
guerre .
A l'égard de la Couronne
d'Espagne , pour fçavoir quel
avantage elle pourroit raifonnablement
attendre de la continuation
de la Ligue , & de la
guerre avec la France , il faut
d'abord convenir de celuy qui
eft à prefent le Maiftre de la
Flandre, fi c'eft le Roy Catholique
ou le Prince d'Orange.
GALANT. 219
La decifion de cette queſtion
eft aifée. Les Troupes du
Prince d'Orange font en garnifon
dans toutes les grandes
Villes ; il a un pouvoir abſolu
dans l'Armée ; il donne les
ordres par tout en ce Païs - là,
auffi fouverainement qu'aucun
Roy d'Eſpagne les pourroit
donner, y fuft -il en perfonne
. C'est là ce que tout
le monde reconnoift pour des
marques affurées d'une auto.
rité Souveraine ; de forte que
la Flandre qui a coûté tant
d'années de guerre & tant de
millions pour la défendre con-
Tij
220 MERCURE
tre la France & la Hollande ,
eft tout d'un coup livrée entre
les mains du Prince d'Orange
, peut- eftre en recompenfe
des bons fervices que
fes Ayeux ont rendus à l'Efpagne
; car pour les fiens , on
ne voit pas ce qu'il a fait juſ
qu'à prefent en faveur de cette
Couronne , fi on ne veut
luy compter pour un grand
fervice d'avoir laiffe prendre
Mons à fa veuë , d'avoir mangé
tout le Pays la derniere
campagne , fans gagner un
feul pouce de terre fur l'ennemy
, & d'avoir eu enfin foiGALANT.
221
Xante douze de fes Efcadrons
entierement défaits par vingthuit
des François .
Mais pour parler ferieufement
, il eft incontestable que
fi la Ligue & la guerre contre
la France doivent avoir leur
cours jufqu'au bout , toute
l'affaire ne le terminera qu'aux
dépens du Roy d'Espagne,
Car l'une de ces deux chofes
arrivera infailliblement ; ou
le Roy de France , ou le Prince
d'Orange fera alors le poffeffeur
de la Flandre .
Mais , diront les Miniftres
Efpagnols , fi le Prince d'OI
iij .
222 MERCURE
range gagne la Flandre , ce
ne fera que pour nous la rendre
; au lieu que file Roy de
France en devient le Maitre ,
la voilà perduë pour toujours.
On ne peut raifonner plus
jufte : car enfin le Prince d'Orange
à témoigné faire grand
fcrupule de retenir ce qui ne
luy appartient pas . Cependant
on affure que ce que les
Proteftans appellent la lumiere
de l'Evangile , commence
à fe répandre dans les Provinces
de Brabant & de Flan
dre , & que tous les jours il
s'y fait quelques converfions
GALANT 223
leur mode : ce qui merite
bien d'eftre confideré par Sa
Sainteté , & qui n'eft pas indigne
des reflexions de Sa
Majefté Catholique .
Enfin fuppofons que les
Princes de la Maifon d'Auftriche
fuffent entrez d'abord
dans cette Ligue avec les Hereriques
fans bleffer leur confcience
, & fans autre deffein
que de fe deffendre contre la
France , ou de recouvrer ce
qu'on avoit pris fur eux. Si
toutefois l'experience leur fait
voir que la Religion en a déja
extrémement fouffert , qu'elle
Tiiij
224 MERCURE
court rifque de plus grands
malheurs , & que tous les
coups qu'ils portent contre la
France fans la toucher , retomberont
fur l'Eglife , qui en
eft dangereufement bleffée en
plufieurs endroits , c'eſt à dire
, en Angleterre , en Ecoffe,
en Irlande , en Flandre & en
Italie , feront- ils excufables
devant Dieu , s'ils perfeverent
dans une Confederation fr funefte
en fes effets , au lieu d'écouter
les remontrances du
Saint Pere , & de fonger à la
Paix , comme à l'unique remede
de tous les maux ?
-
GALANT 225.
D
L
En dernier lieu , il me femble
que ces Princes fe devroient
un peu examiner fur
la part qu'ils ont euë dans
l'injuſtice qui a efté faite au
Roy d'Angleterre . C'eſt à
eux de voir s'il n'ont pas un
jufte fujer d'apprehender làdeffus
des reproches du cofté
des hommes , & des châtimens
du cofté de Dieu , રે
moins que d'en faire une reparation
convenable ; car il
cft à craindre que l'on ne mette
fur leur compte toutes les
Ames, ou perverties , ou non
converties , tout le fang
226 MERCURE
des Prêtres & des autres Catholiques
, qui fera répandu
un jour dans ce Pays là , où
l'ancienne perfecution , qui
commence déjà fe renouveller
, ne manquera pas de
croiftre avec l'autorité de
l'Ufurpateur , jufqu'à faire revivre
les Loix fanguinaires.
La fubtilité de leurs Cafuiftes
ne leur fervira de rien au tribunal
du Souverain Juge.
Ceft là que le Chef & les
Complices porteront la même
peine : l'un pour avoir entrepris
le crime , & les aurres
pour ne s'y cftre pas oppofez .
GALANT. 227
Qu'on ne croye pas au refte
que ce foit les feuls intereſts
du Roy d'Angleterre qui me
fallent parler de cette forte : car
en verité la chofe eft de bien
plus grande importance pour
ces Princes , que pour luy . Il
n'y va à ſon égard que de la
perte d'une Couronne temporelle
, au lieu qu'à leur égard
il s'agit de la perte même
de leur Ame , & d'un
Royaume éternel.
Quoy que rien ne foit
moins galant que de parler
de remedes dans une Lettre
228 MERCURE
comme celles que je vous
adreffe tous les mois , neanmoins
l'utile devant l'emporter
ſur l'agreable , je ne ſęaurois
m'empêcher de vous parler
de celuy qui a efté mis en
Vogue par Mr Miracle , Officier
ordinaire de la Mufique
de la Chapelle du Roy . C'eft
un Baume pour les Rhumatif
mes , dont il a feul le fecret ,
& dont la bonté retentit dans
tout Verfailles . Mille gens
dignes de foy affurent que
peronne ne s'en eft fervy, qui
n'en ait efté guery , & même
fi promptement , que ceux
GALANT. 229
qui en ont ufe ont regardé
leur mal comme un fonge.
Les Rumatifmes ayant elté
frequens cette année à caufe
du long Hiver & de la quantité
de neges qui eft tombée,
ce remede s'eft trouvé d'une
utilité fott grande . C'eft ce
qui a achevé de le mettre dans
la reputation où il commence
d'eftre depuis quelque
temps,
La Medecine n'en a pû four
nir aucun qui ait eu effet dans
la longue maladie de M' Nicolini,
Nonce Extraordinaire
220 MERCURE
de Sa Sainteté , qui eft mort
lc 4 de ce mois . Il eftoit Fils
du Senateur Matteo , d'une
des premieres & plus anciennes
Familles de Florence , où
Les Ancestres ont poffedé les
plus importantes Charges
dans le temps qu'elle eftoit
gouvernée en Republique ,
& encore depuis qu'elle eft
paffée fous la domination de
Ja Maifon de Medicis. Aprés
avoir finy fes études dans les
Colleges de Pife & de Parme,
ilfe rendit à la Cour de Rome,
où le Pape Alexandre VII .
l'éleva à la Prélarure , avec le
GALANT. 231
titre de Referendaire des deux
Signatures de Grace & de Juftice
. Pendant ce Pontificat ,
& fous ceux de Clement IX .
& de Clement X. il cut fucceffivement
divers Gouvernemens
dans l'Etat Ecclefiaftique
, c'est à dire, dans les Vil
les de Tivoli , Fabriano Camerino
& Aſcoli , & s'acquir
par tout une cftime generale.
Clement X. le fit venir enfuite
à la Cour, & le mit au Tribunal
de la Congregation de la
Confulte . Innocent XI. le
nomma fon Vicelegat en Avignon
, où il demeura neuf
232 MERCURE
ans ,
pendant lefquels on cut
tout fujet d'admirer fa prudence
& la conduite. Sa Sainteté
l'ayant deſtiné aprés cela
à aller exercer la Nonciature
de Portugal, il fut ſacré auparavant
Archevefque de Rhodes
dans l'Eglife des Je uites
d'Avignon , & receu à Lif
bonne avec tous les honneurs
qu'il pouvoit attendre. Il paffa
quatre ans & demy dans cette
Cour , & merita l'applaudif
fement de tout le monde , par
la maniere dont il s'acquitta
de cet employ . Alexandre
VIII. ayant cfté élevé à la
V
GALANT.
233
Chaire de Saint Pierre aprés la
mort d'Innocent , le nomma
fon Nonce en France . Il arriva
à Paris le 25. Novembre
1690. & eut le lendemain une
audience particuliere du Roy;
mais la mort du Pape qui furvint
, la longueur du Conclave
, & divers autres accidens
l'ayant obligé de differer
fon entrée publique , il ne
la put faire que le 20. No.
vembre de l'année derniere .
Elle fe fit avec beaucoup
de magnificence , & deux
jours aptés il fut admis à
l'Audience publique de Sa
Fevrier 1992.
V
1
234 MERCURE
Majefté,qui le receut de la ma
niere du monde la plus favorable.
Il tomba malade au
commencement du mois paffé
, & fon mal redoublant de
jour en jour ,fans qu'il fuft plus
grand grand que fa patience
le fouffrir, il fuccomba enfin
à la violence d'une fievre de
trente jours . Il voulut eftre
enterré fans aucune pompe, &
fut porté à l'Eglife des Capucins
de la rue St Honoré ,
qu'il avoit choific pour eftre le
lieu de fa fepulture . Il eft mort
fort regreté à la Cour , & de
tout ce qu'il y a d'honneftes
GALANT. 235
T
gens à Paris . Il avoit conceu
une telle eftime pour le Roy,
dont il connoiffoit l'ardeur
& le zele pour la veritable
Religion , que fes intereſts
particuliers n'auroient jamais
prévalu contre la juftice qu'il
devoit à la pieté de ce Monarque.
Si l'on avoit pû remedier
fon mal , il travailleroit encore
prefentement au repos de
la Chreftienté , Sa Majesté luy
ayant envoyé M' Fagon , premier
Medecin de la feue Reine
& des Enfans de France ,
& qui profeff: la Medecine
avec un fi grand fuccés qu'il
Vij
236 MERCURE
y fait ajoûter foy.
Je vous envoye une Lettre
de M Amelot , Ambaffadeur
du Roy en Suiffe , qu'il a écrite
de Soleurre aux Treize
Cantons , en datte du 9. du
mois paffé . Vous fçavez quelle
réputation il s'eft acquife
dans toutes fes Ambaffades ,
& avec combien de prudence
il vient à bout de toutes les
affaires dont il fe mefle.
GALANT.
237
M
dus ,
>
Agnifiques Seigneurs,
Les bruits qui fe font répan
par l'artifice des Ennemisdu
Roy, au fujet de la Ville de Genve
m'ayant déja donné fujer
d'affureren particulier les louables
Cantons Alliez de cette Ville ,
des finceres intentions de Sa Majefté,
pour le repos de tout le
Corps Helvetique & leur ayant
mefme expliqué les raifons folides
qui doivent les convaincre,
que Geneve n'avoit rien à attendre
que la consinuation de la
238 MERCURE
bonté & protection du Roy , j'aỹ
efté bien aife encore de vous faire
connoiftre à tous en generaldans
les conjonctures prefentes les veritables
difpofitions de Sa Majeſté
pour vous.
Je vous ay déja reprefenté en
tant d'occafions tout ce qui pouvoit
vous convainere pleinement
fur ce fujet, qu'il n'eft pas besoin
de vous le repeter icy en détail.
Les Magistrats qui ont part au
gouvernement des differens Etats
qui compofent la Suiffe font
trop éclairez pour ne pas connoiftre
avec une entiere évidence ,
parmille preuves fenfibles de
GALANT. 239
la
la
bienveillance du Roy , que Sa
Majefté
defire , non fculement
d'entretenir
, & d'augmenter
, s'il
eft poffble , la bonne correfpondance
, mais encore qu'Elle prend
autant d'intereft
que vous - mefme
à la parfaite
confervation
de
tranquillité
, feureté & union
de la Suiffe . Il est certain, jay
ordre du Roy, de vous en afſurer,
que la prife de Montmelian
, &
tous les autresfuccés dont il plaira
à Dieu de continuer
à benir
les armes de Sa Majesté
, ne
tourneront
jamais
qu'à l'avantage
desloüables
Cantons
fes bons
Amis Allie & Confederez
.
240 MERCURE
Je dois mefme vous dire de fa
part que la conqueste de cette importante
Place ne change rien à
P'inclination que Sa Majesté a
euë à faciliter une bonne paix.
Que files actions de guerre , qui
femblent éloignées par là de vo.
fire voisinage , vous donnoiens
encore quelque inquietude de ce
cofté-là , que vous creuffiez
pouvoir par vos foins procurer
la paix de l'Italie par un accommodement
de S. A. R. de Savoye
avec le Roy , Sa Majesté
a tant de confiance en vous , &
defire tellement de vous procurer
de toute maniere un plein ripos,
qu'Elle
GALANT. 245
qu'Elle donnera volontiers les
mains à vous accepter pour Mediateurs
Garants d'un pareil
Traité. C'est ce que je n'ay pas
voulu differer de vous faire fçavoir
vous priant deftre bien
perfuadez que l'on ne peut vous
fouhaiter plus fincerement que je
fais , toutes fortes d'avantages
profperitez.
Magnifiques Seigneurs ,
Voftre tres affectionné à vous
fervir
AMELOT.
Il y auroit tant de choſes à
Février 1692.
X
242 MERCURE
dire fur la conduite , la bonté
& la generofité du Roy que je
vous laiffe faire les reflexions.
dont cette Lettre fournit un
ample fujet.
Le Jeudy 14 , de ce mois , M
de roureil , que je vous dis la
derniere fois avoir efté élu
pour remplir
la place de M
Ie Clerc à l'Academie
Françoife
,y fut receu felon la coutume
. Il remercia
la Compagnie
par un Difcours
tout
plein d'éloquence
, qui fut
extraordinairement
applau
dy , & Mr Charpentier
, alors
Directeur
, luy répondit
par
GALANT 243
•
d'u
un autre, qui luy marqua
ne maniere fort fine & fort
delicate , que l'Academie en
le choififfant n'avoit fait que
fatisfaire aux intentions du
<
Roy , qui vouloit que dans
ces fortes d'élections
, on rendift
juftice au vray merite ,
fans aucun égard aux brigues.
Je pourray
vous en dire davantage
le mois prochain
.
Aprés que ces deux Difcours
curent cfté prononcez
, M
l'Abbé de la Vau leut une
fuite du Poëme de M Perrault
, intitulé , La Creation
du Monde. L'on y tronva des
X ij
244 MERCURE
defcriptions fort vives , comme
on avoit fait la derniere
fois , & cette lecture fut fuivie
d'une Lettre en Vers , &
d'une maniere de Prologue
paftoral pour mettre en Mufique
, l'un & l'autre de M
Boyer . Ces deux Ouvrages. receurent
beaucoup d'applau
diffemens , & firent connoiftre
que le beau feu de l'efprit
n'eft point fujet aux années .
Le 7. de ce mois , M le
Marquis de Marignanes , Capitaine
de Cavalerie dans le
Regiment Colonel , époufa
dans Alby la Fille de M le
Sa a
GALANT. 245
Marquis de Cruffol S.Suplice.
Coufin Germain de Mr le
Duc d'Ufcz . Toute la France
fçait affez l'ancienneté & la
grandeur de cette Maiſon .
M le Marquis de S. Suplice
eft Fils d'une Soeur de feu
Mr le Comte d'Aubigeousd'Amboife,
qui defcendoit en
droite ligne d'Anicien , qui
fut fait Seigneur d'Amboife
par l'Empereur Maximin en
237. Il feroit aifé de tirer la
fuite des Seigneurs d'Amboife
degré par degré , depuis cet
Anicien jufques à Pierre , fi
chery de Louis XI. lors mê-
Ᏺ
X iij
246 MERCURE
me qu'il n'eftoit encore que
Dauphin, & dont il fut Chambellan
, & Député en Italie ,
pour accorder le Pape avec
certains Princes . Il époufa Anne
de Bueil , Soeur de Jean ,
Comte de Sanferre , Amiral
de France , & ce mariage fut
parfaitement heureux , puis
qu'il en nâquit neuf Enfans
mâles , qui ont efté tous remarquables
dans leur temps ;
Charles qui époufa la Dame
de Chavigny; Louis , Evefque
d'Alby ; Jean , Evefque de
Langres ; Emery , Grand Maiftre
de Rhodes ; Pierre , Evef
GALANT 247
que de Poitiers ; Jacques , Evefque
de Clermont ; Jean ,
Seigneur de Buffy ; Huet , Scigneur
d'Aubigeous , & le fameux
Cardinal George d'Amboife
, Miniftre & Favory du
Roy Louis XII . Outre ce
Louis d'Amboife , Evefque
d'Alby , il y eut encore un
autre Louis de cette Maifon
qui le fut auffi , & c'est à ces
deux Prelats que la Ville d'Alby
eft redevable de cette fa
meufe Eglife dédiée à Sainte
Cecile, qui paffe pour une des
plus belles de la Chreftienté,
& de plufieurs autres monu-
Xiiij
248 MERCURE
mens de leur magnificence &
de leur pieté . Auffi les Habitans
d'A by ont- ils une veneration
extrême pour les
Defcendans de cette illuftre
Maifon , & c'eft ce qui les a
obligez de témoigner par diverfes
feftes & réjouiffances
públiques la part qu'ils prenoient
au mariage que je vous
apprens L'Epoux & l'Epouſe
font fi bien faits , & fi dignes
l'un de l'autre , qu'on ne doute
point qu'un mariage fi bien
afforty n'ait des fuites tresheureufes
. Madame de Saliez,
Viguiere d'Alby , dont tous
GALANT . 249
W
Mes Ouvrages font fi eftimez ,
a fait pour eux l'Epithalame
que je vous envoye .
on cherche vainement cette
Charmante Fille ,
En qui brille le Sang d'une illuftre
Famille.
Vu jeune Conquerant qui veut fe
rendre heureux, thy
L'enlève à travers mille feux.
Tout a favorifé fon amoureuse audaces
Mais l'Hymen nous rend à fa
place.
Une Femme admirable , en qui nous
remoNons
La Fille que nous regretions .
Elle a fes agrémens , fes airs,
fes manieres ,
250 MERCURE
Ses yeux , fon teint , & fes lu
mieres ,
Et tous les fentimens de fes nobles
Ayeux
Dont la magnificence éclate dans ces
lieux .
> Enfin ces deux Objets font une
mefme choſe.
Vous, pour qui le Ciel fait cette Metamorphofe
,
Epoux aimable & fortuné ,
A quel comble de biens eftes - vous
deftiné ?
Voftre Epouse , toujours adorable , &
Severe,
Va marcher fur les pas defon illuftre
Mere ,
Et vous allez goûter , au gré de vos
defirs
Un long enchainement de joye , &
de plaifirs.
C
GALANT. 251
Mr le Marquis de Marignanes
, qui vient d'époufer
Mademoiſelle de Cruffol de
Saint Supplice , eft de la Famille
de Couet , originaire de
Breffe , qui s'eft venuë établir
d'Allemagne en ce Pays - là, &
Fils de M le Marquis de
Marignanes & des Isles d'or,
Baron de Velaux , Bormes ,
Saint Canat , Seigneur de Vitrolles
, Coudoux , la Bour
donniere & autres , Gouverneur
pour le Roy des Isles &
Forrereffes de Porte-cros &
de Levant , & qui a efté deux
fois premier Procureur du
252 MERCURE
Pays de Provence , employ
qu'on ne donne qu'aux Gentilshommes
les plus diftinguez
de cette Province . Il
avoit époufe en premieres
noces une Fille de la Maifon
de Porcelets , Soeur du Marquis
de Maillane, qui eft mor
te fans enfans, & il épousa en
fecondes noces Blanche de
Seytres de Laumons Niéce du
Bailly de Laumous , Ambaffadeur
de fon Ordre à Rome,
qui eft mort tenant l'Auberge
de Provence . De ce mariage
font fortis deux Filles & deux
Garçons. L'ailnée des Fillos
GALANT. 253
a efté mariée à Charles de
Grimaldis d'Antibes , Marquis
de Cagnes , de la Maiſon
des Princes de Monaco , &
la Cadette , à Philippe Guillaume
de Grammont de la
Maifon des Grammont de
Bearn . L'aifné des Garçons
eft Mr le Marquis de Marignanes
, dont je vous parle.
Le cadet eft Lieutenant dans
le Regiment des Gardes Francoifes.
Leur grand Pere eftoit
Marquis de Marignanes ,
Gouverneur pour le Roy de
la Tour de Bouc , lez Martigues
en Provence , & avoit
254 MERCURE
auffi efté premier Procureur
du Pays de Provence , & Colonel
d'un Regiment d'Infanterie
. Leur Bilayeul eftoit
Confeiller Garde des Sceaux
au Parlement d Aix en Pro
vence, qu'on apelle le Baron
de Coüct , Baron de Trets , de
Sillans & autres Places. Leur
Trifayeul le Baron de Coüct,
auffi Baron de Tretz , fut Mc.
ftre de Camp des Arquebufiers
à cheval de Provence , &
chaffé de Marfeille par Cafaux
, pour avoir efte fidelle
au Roy , comme il en eft fait
mention dans l'Hiftoire de
GALANT. 255
燙
Provence . C'eſt luy qui s'eft
venu établir le premier dans
cerre Province , où il fuivit
le Duc de Savoye dans l'échange
qui fe fit de la Breſſe
avec le Marquifat de Saluces .
& il a fait la branche de Provence.
L'autre eft demeurée
en Breffe .C'est celle de M's les
Comtes de Montribloud , qui
firent un des plus beaux par
tages dont on ait oüy parler
depuis longtemps entre des
particuliers , l'un des Freres
ayant eu les terres en deçà, &
l'autre les terres en delà du
Rhône . Jean de Coüet , Comte
256
MECCURE
de Montribloud , Capitaine
de cent hommes d'armes , fe
diftingua au Siege de Rouen,
où il entra le premier par la
bréche : c'eft ce que porte
l'Hiftoire de Mezeray La
Grand' Mere eftoir de la Maifon
d'Efcalis de Bras , des Barons
d'Anflouis en Provence ;
la Bifayeule de la Maiſon de
Graffe , illuftre en Provence ,
& la Trifaycule de celle de
Villeneuve des Marquis de
Trans , de cette mefme Province.
Je ne vous parle point
des alliances de cette Maifon ,
qui font les meilleures de Provence
.
GALANT 257
Voicy les noms de plufieurs
perfonnes confiderables de
l'un & de l'autre fexe , mortes
depuis peu de temps. Il y en
a une partie dont l'abondance
de la matiere m'empeſcha de
yous parler dés l'autre mois.
Meffire Philippes Cirus de
Torcy , Comte de Torcy, Sei
gneur de Lorcy,le Mont, Chevenelles
& autres lieux , Lieutenant-
Colonel du Regiment
de Cavalerie de Bellegarge.Il é
toit fils de Philippes deTorcy,
Sicur de la Tour , Lieutenant
General des Armées du Roy
Gouverneur de Dieppe &
Fevrier 1692. Y
3
248 MERCURE
d'Arras , & de Silvie . Angelique
de l'Hofpital de la Bran .
che de Sainte Mefme. Il eft
mort fans alliance . Son frere
aîné a époulé Marie Françoife
- Elizabeth de l'Hofpital , fille
du deffunt Duc de Vitry.
Torcy porte de fable à la bande
d'or.
Mademoiſelle Elizabeth de
l'Hoſpital de Sainte- Mefme .
Elle employoit tout ſon tems
au fecours des pauvres & à diverfes
actions de pieté , &
eftoit foeur de M' de l'Hofpital
, Comte de Sainte Mefme
premier Ecuyer de Madame la
GALANT 259
grande Ducheffe de Tofcane,
& cy- devant premier Ecuyer
de feue Madame la Ducheffe
Douairiere d'Orleans. Ils def
cendent d'une branche cadette
de l'ancienne Maifon de´
l'Hoſpital , iffue du Sieur de
l'Hofpital de Sainte Meſme ,
mort des bleffures qu'il reçut
au Siege de Pavie . Cette Maifon
defcend d'Aloph de l'Hôpital
, Seigneur de Choify &
de Sainte- Mefme , dont le fils
saifné , Jean de l'Hofpital ;
Comte de Choify époufa Leonor
Stuart , dont eft venu Jacques
de Hofpital , Marquis
Y ij
260 MERCURE
}
5
de Choify , Chevalier des Or
dres du Roy , Gouverneur &
Sénéchal d'Auvergne
; &
Chevalier d'honneur de la
Reine Marguerite , qui épou
fa Madeleine de Coffé- Gonnor
, d'où font iffus les Marquis
de Choify , Comtes de
l'Hoſpital & Barons des Cor
dou. François de l'Hofpital
Seigneur de Vitry , époufa
Anne de la Chaftre , fille de
Claude , Baron de Maiſon-
Fort , dont cft venu Louis de
FHofpital , Marquis de Vitry,
Chevalier des Ordres du Roy,
Capitaine des Gardes du Corps
GALANT . 261
de Sa Majefté , Lieutenant general
des Comtez de Cham
pagne & Bric , & Gouverneur
de la ville de Meaux qui
époufa Françoise de Brichanteau
de Beauvais - Nangis ,
dont il eut Nicolas & François
de l'Hofpital , Marê
chaux de France , & trois filles
dont deux furent mariées
aux Comte de Charlus & Marquis
de Perfan , & la troifiéme
, Louife de l'Hospital , fue
Abbeffe de Montiviliers. Ni.
colas de l'Hofpital , Marquis
de Vitry & d'Arc , Comte
de Châteauvilain , Bailly de
262 MERCURE
Meaux , Capitaine des Gardes
du Corps du Roy , arrefta lc
Marêchal d'Ancre , par l'or
dre de Louis XIII. qui le fit
Maréchal de France en 1617.
puis en 1619 Chevalier de
fes Ordres. En 1632. il für
Gouverneur de Provence
& enfuite on luy donna le
titre de Duc de Vitry. Il
mourut en 1644. Doyen des
Marêchaux de France,& avoit
époufé Lucrece Bouhier de
Beaumarchais. Il en cut feu
M' le Duc de Vitry dont le
fils eft mort fans alliance, &
des filles. François de l'HofpiGALANT
263
tal , frere puifné de Nicolas ,
Duc de Vitry , Seigneur du
Halier Comte de Beine & de
Romorantin , a efté Chevalier
des Ordres du Roy , Confeiller
de Sa Majesté en fes Confeils
& d'honneur en fa Cour
de Parlement de Paris , feul
Lieutenant General pour le
Roy en Champagne & Brie ,
Gouverneur & Lieutenant
general de la ville , Prevôté &
Vicomté de Paris , auparavant
Gouverneur de Nancy , dés
l'an 1621. Il fut Capitaine des
Gardes du Corps du Roy , &
en 1643. Sa Majesté le fit Ma .
268 MERCURE
réchal de France. Il mourve™
en 1660. & eft connu dans
l'Hiftoire fous le nom de du
Halier , qu'il portoit avant
qu'il cuft le Bâton de Maréchal.
Il s'acquit une grande
réputation à la bataille de
Rocroy , où il fut bleffé , au
Catelet , & en divers autres
lieux d'Allemagne , Flandre ,
Italie,Franche- Comté & Lor
raine . Il n'a pas laiſſé d'enfans.
Cette Maifon de l'Hofpital ,
qu'on pretend originaire de
Naples , porte écartelé au premier
d'Anjou , Naples , Sicile ,
aufecond d'Arragon , au troifié
me
GALANT
265
me de
Brichanteau , au quatrieme
de la Chartre , & fur le tout
de l'Hospital qui eft de gueules
au coq d'argent , armé & crefté
d'or ,foûtenant de fon pied droit
un écuffon chargé d'une fleur de
lis d'or.
Mc André Chevalier , Marquis
de Saint Blimont , Scigneur
de Pandé . Caon , Gouy,
Etrebeuf , Salnel , d'Enneville
, Uron , Armuncourt &
autres lieux . Il avoit pris al- '
liance dans la famille des le
Tonnelier de Breteül , qui a
donné des Contrôleurs Generaux
des Finances , Confettlers i
Fevrier 1692. Ꮓ
266 MERCURE
d'Etat, Maiftres des Reque
tes , Intendans de Juftice ,
Confeillers au Parlement
Grand Confeil , & aux Com.
pagnies Superieures.
Meffire Antoine de Guillon
, Seigneur de Marmouffe ,
du haut & bas Garnay ,Chambleant,
de S' Benin , Menetou
& autres lieux,mort âgé de 75 .
ans en fon Château de Marmouffe
prés de Dreux, & regre
té generalement dans fa Province
, tant des riches que des
pauvres , à qui il fervoit de
re n'ayant point de plus grand
plaifir que de chercher à les
PcGALANT.
267
foulager . Il avoit eflé à Malthe
, & aprés avoir fait fes Caravannes
, il ne voulut point)
faire fes voeux. Il eut l'honneur
d'eftre Page de la Cham-"
bre de Louis XIII . & fut fait
enfuite Lieutenant des Gordes
où il fervit plufieurs années
aprés quoy il fut Gentilhomme
de la Chambre de feu
Monfieur le Duc d'rleans ,
& ayant quitté la Cour , il ne
fongea plus qu'à travailler à
l'affaire de fon falur .
Jacques
de Guillon fon pere , Maiſtre
des Requeftes , Surintendant
de Juftice en la Generalité
Zij
268 MERCURE
d'Orleans , eut le brevet de
Confeiller d'Etat , fous Louis
XIII . & laiffa entr'autres enfans
de Louife de l'Epine , petite
fille de Mr le Prefident
Baillet , Charles de Guillon ,
Confeiller Clerc au Parlement
de Paris, Jacques de Guillon ,
fecond du nom , Confeiller au
Parlement de Rouën pendant
le Semestre , & enfuite Procureur
General au Parlement ,
de Dijon , & une fille mariée.
à M Vauclin , Seigneur des
Yvereaux , Intendant de Juftice
en Languedoc , dont le
Frere eut l'honneur d'eftre
GALANT. 269
Precepteur du deffunt Roy.
Marcellin de Guillon fon
Aycul , Contrôleur General
de l'Artillerie , fut Chevalier
de l'Ordre de faint Michel ,
& fit la Charge de Grand
Maistre de l'Artillerie , pendant
douze ans . Il époufa Geneviève
de Fontenus , & en
eut François & Jacques . François
de Guillon fon aifné ,
Contrôleur de l'Artillerie ,
laiffa un fils , qui fut tué au
Siege de la Mote eftant Capitaine
aux Gardes , & deux
filles , dont l'ailnée époufa
M' le Comte de Treville ,
Z iij
270 MERCUREe
Capitaine Lieutenant des
Moufquetaires du Roy. L'autre
fut Grande Prieure de
l'Abbaye deChelles . Pierre de
Guillon , fon Bifaycul , Commiffaire
ordinaire en l'Artillerie
de France , Lieutenant de
Mr de Biron , Grand Maiftre
de l'Artillerie dans les Provinces
de Lionnois , Dauphiné
, & Contrôleur ordinaire
des Guerres , fut pere de Marcellin
dont je viens de vous
parler & de Pierre , fecond du
nom , qui fit la Branche de la
famille qui eft encore à Lyon.
Il fervoit en 1524. fous FranGALANT.
271
çois I. Il y a eu un Eftienne
de Guillon , Prefident au Parlement
de Grenoble en 1429 .
Antoine de Guillon , dont je
vous apprens la mort , a cu
plufieurs Enfans , ſçavoir , Simon
de Guillon , mort Page
de S. A. R. Monfieur ; Antoinc
, qui eftant devenu l'ainé
par fa mort , renonça au monde
, & fe fit Religieux de Saint
Benoift de la Congregation
de Saint Maur ; Leonard , qui
ayant efté Page de la grande
Ecurie , & Capitaine- Exempt
des Gardes , a cfté forcé d'abandonner
le ſervice à caufe
Z iiij
272 MERCURE
d'une grande bleffure receue
au combat de Kocefberg; Jean
Leonard , qui a efté Page de
la petite Ecurie du Roy ; Barbe
de Guillon , mariée à Mef
fire Urbain de Tilly , de la
Famille de Blanc , Lieutenant
Colonel du Regiment de
Cavalerie de Grinant , &
Marguerite-Françoife , qui a
époufé M de la Roche . Seigneur
de la Chapelle , Capitaine
au Regiment de Grinant,
dont le Pere qui eftoit Aimé
de la Vallée de la Roche , a
commandé le Regiment du
Grand Maiftre Mr de la Milleraye
. Guillon porte d'azur
GALANT 273
au fautoir d'or , pour fupports
deux Pelicans , & pour
corps de Devife , un Pelican
qui fe tue pour nourrir fes
petits , avec ces mots , Mihi
non fum natus.
Dame Marie Vallée des
Barreaux , Veuve de Meffire
Pierre Viole , Prefident en
la Quatrième des Enquestes.
Elle eftoit Fille de Feu M des
Barreaux, Prefident au Grand
Confeil , & de Dame Barbe
Dolu . & a laiffé Madame la
Comtefle de Tilliens , & Madame
la Prefidente Talon , fes
Heritieres . Elles font Filles de
274 MERCURE
Dame Elizabeth Vallée , fa
Soeur , & de M' du Bouley-
Favier , Mailtre des Requeftes
.
Mile Marquis du Pleffis-
Beliere , Gouverneur de Carmagnole
& de Suze . Il a fair
une infinité de belles actions,
& joignoit la valeur à la prudence.
La maniere dont il
s'eft diftingué en plufieurs
occafions luy avoit acquis une
grande eftime dans les Troupes
, & vous fçavez qu'il a
contribué aux grands avantages
que les armes du Roy ont
remportez en Savoye , & en
GALANT: 275
Piedmont , Il eftoit Frere de
Madame la Maréchale de
Crequi. Perfonne n'ignore
qu'on ne voit que des modelles
de vertu dans cette Famille.
Mr le Comte d'Alegre . Il
eftoit encore dans fes plus
belles années ; & avoir épousé
Mademoiſelle du Frenoy. Ce
nom eft fi connu , qu'il n'eſt
ignoré d'aucun de ceux qui
connoiffent les amours & les
graces . M' le Comte d'Alegre
eft de la troifiéme branche de
l'illuftre Maifon d'Alegre qui
a aurrefois donné des Vice296
MERCURE
Rois au Royaume de Naples:
La branche ainée dont cftoit
feue Madame de Seignelay , eft
d'Auvergne , & c'est celle des
Marquis d'Alegre - Torfel.
La feconde branche eft celle
d'Alegre Coupigny du Quelnel
, de Normandie, & la troifiéme
, celle d'Alegre Vivares
, dont eftoit M' le Comte
d'Alegre qui vient de mourir.
Madame Gourreau de la
Prouftiere , Prieure de l'Abbaye
de Saint Antoine des
Champs lez Paris , & Doyenne
des Religieufes de ce Convent
, âgée de plus de quarreGALANT.
277
vingt ans. Elle eftoit Fille de
Meffire Jean Gourreau , Sicur
de la Prouftiere & des Palluaux
, Confeiller de la Cour
des Aides , Soeur de Meffire
Nicolas Gourreau , S de la
Prouftiere , à prefent Doyen.
des Confeillers de la Cour des
Aides à Paris , & Tante de
Meffire François Gourreau ,
fieur de la Prouftiere , Confeiller
Clerc en la Grand'-
Chambre du Parlement. C'eft
une ancienne Famille d'Anjou
, originaire de Bretagne
dont il y a eu Philippe Gourreau
, ficur de la Prouftiere,
278 MERCURE
1.
receu en 1569 Maistre des Requeftes
, aprés avoir cfté Confeiller
au Parlement de Bretagne.
Il époufa Antoinette'
Poyet , Niece du Chancelier
de France . Gourreau de la
Prouftiere potte d'or à l'Aigle
double de fable , armé, bequé &
couronné de gueules .
Dame Marie Madeleine le
Boiftel , Femme de Meffire
Claude Bauffan , Maiftre des
Requeftes honoraire.
Dame Marie du Frenay,
Femme de Meffire Jofeph-
François d'ErDothon , Scigneur
de Lango . Treüilly , &
GALANT.
279
Autres licux , Baron de l'ancienne
Baronnie du Pont . Il
fur receu Maistre des Requeftes
en 1682 aprés avoir elté
Confeiller au Parlement , &
auparavant Confeiller au Chafteler
de Paris .
w
Dame Renée Ang- lique
Rouiller de
Beauchamps, Femme
de Meffire René Roland
le Vayer , Seigneur de Boutigny
, Confeiller du Roy en la
premiere Chambre des Enquestes
du Parlement , où il
fut receu en 1687. Il eft Fils
de feu M ' le Vayer de Boutiguy
, Maistre des Requeftes
1
280 MERCURE
& Intendant de Justice a
Soiſſons, & auparavant durant
plus de vingt années Avocat
au Parlement , où il fe fir dif.
tinguer par la facilité de fon
expreffion , & cette éloquence
qui luy eftoit fi naturelle . Sa
Famille eft originaire du Maine
, où elle a donné plufieurs
Lieutenans Generaux en la
Ville du Mans. Mile Vayer ,
Maistre des Requeſtes , & M²
le Vayer , Confeiller de la
Cour des Aides , font de cette
Famille .
M Charles Raviere , receu
Avocat au Parlement en 1645.
GALANT . 281
.
la grande capacité & la connoillance
parfaite qu'il avoit
Jurifprudence , le faide
la
foient fort employer. Son
Frere a été Procureur du Roy
au Trefor, & fa Soeur a épousé
M ' de Montholon , Confeiller
au Châtelet , d'une branche
cadetre de l'Illuftre Mai
fon des de Montholon.
Mr Pijart , Conſeiller
Medecin ordinaire du Roy ,
Docteur Regent , & Doyen
de la Faculté de Medecine de
Paris , mort le fecond jour de
ce mois , âgé de prés de quatre
vingt- quinze ans . Il fut
Février 1692. A a
282 MERCURE
reçû Docteur en la mefme Faculté
, le neuviéme de Janvier
1623. & il l'a efté foixanteneufans
& plus , eſtant devenu
le plus ancien des Docteurs
de fa compagnie , le dixième
dc Janvier 1671. Il a toujours
exercé fa profeffion avec
beaucoup d'honneur & de
réputation , & avoit puifé
dans les Livres une fcience
profonde , où il s'eftoit confirmé
par une longue expérience
auprés des malades . Il
connoiffoit la proprieté des
termes les plus rares & les
moins ufitez de la Langue
GALANTAM 283
Grecque & de la Latine , &
eftoit tres-fçavant dans les
belles Lettres . On doit l'eftimer
un grand Medecin , puis
qu'il a travaillé fi heurculement
à fe faire une longue vie.
Les François continuent toujours
à remporter fur mer des
Pavantages fort confiderables .
Sur l'avis qui fut donné à
quatre Vaiffeaux du Roy qui
croifoient depuis plus de fix
femaines vers le Cap de Finiftere
, qu'une Flote de vingtdeux
bâtimens Marchands ,
chargez de bled , devoit paffer
de Bilbao à Cadix , efcortez
A a ij
284 MERCURE
de deux Vaiffeaux de guerre
Hollandois , l'un de cinquante
Canons , & l'autre de quarante-
fix , ils s'affemblerent
& prirent leurs mesures pour
les attaquer . M' le Chevalier
des Augers , Capitaine de
Hautbord , qui commande
le Maure de 54. Canons , l'un
des Vaiffeaux qui estoient venus
à Breft de Dunkerque ,
difpofa de cette forte , en qualité
de Commandant, les trois
autres Vaiffeaux , qui estoient
de 30. à 36. Canons , fçavoir ,
le Poli , le Seditieux & l'Opiniâtre
que commandent
GALANT. 285
rs
M Serpaud , du Vignau , &
le Chevalier Damon. Les
deux premiers curent ordre
d'attaquer le moins fort des
deux Vaiffeaux de convoy ›
Mle Chevalier des Augers
s'eftant refervé le plus gros ,
& ayant ordonné à M' le Chevalier
Damon , de prendre le
plus qu'il pourroit des Vaiffeaux
Marchands pendant le
combat. Il fut fort rude , &
22 ne finit qu'au bout de quatre
5 heures , Male Chevalier des
Augers coula à fond , aprés
deux bordées , le Vaiffeau
qu'il attaquoit & M's Serpaud
286 MERCURE
& du Vignau , en firent au
cant du leur. Il n'y cut que
feize perfonnes , dont le Capitaine
Croug fut du .nombre
, qui échaperent de ces
deux Vaiffeaux de
guerre. Mi
le Chevalier Damon prit quatre
des baſtimens Marchands,
& les autres fe fauverent à S.
Thomé , qui n'eftoit pas loin
de-là . Les noftres fe retirerent
à Rochefort avec leurs prifes,
M des Augers ayant perdu
le Beaupré de fon Vaiffeau ,
& les autres quelque choſe
des leurs. Ils font Capitaines
de Fregate.
GALANT. 287
M' le Marquis de Nefmond,
Lieutenant General des Armées
Navales , n'a pas cu
moins d'avantage , puifque
s'eftant mis en Mer avec une
Efcadre de Vaiffeaux , il en a
pris quatre Marchands Hol-
Iandois , dont trois eftoient
richement chargez. Le mauvais
temps l'a obligé de relâ .
cher à Belle-Ifle , où il les a
amenez. Vous remarquerez ,
Madame , que depuis que
Ennemis ont renoncé à la
Paix , ils ont perdu vingt - cinq
Vaiffeaux de guerre , fans que
le Roy en air perdu aucun.
les
288 MERCURE
,
Ce que je vous dis eft un fait
conftant dont ils font forcez
de convenir . On ne peut
fonger qu'avec beaucoup de
furprife , que les Anglois &
les Hollandois , ayant cfté
plus puiffans fur Mer que la
France , avant le regne du
Roy , mefme quand ces deux
Puiflances n'eftoient pas unies
& qu'on les voyoit agir féparément
, ils foient aujourd'huy
contraints de luy ceder.
On croit ce qu'on voit ,
& on l'admire .
Tous les ficcles ont eu leurs
Heros . On peut dire que
le
Roy
GALANT. 289
Roy eft non -feulement celuy
de fon fiecle ; mais encore de
tous ceux qui ont précedé le
fiecle de ce Monarque . Le
haut degré de gloire où il eft
parvenu , ayant fait retentir
le bruit de fon nom chez
toutes les Nations du monde,
il ne faut pas s'étonner , fi on
fouhaite de voir de fes Portraits
par toute la terre , & fi
le grand debit qui s'en fait ,
engage toutes fortes de Peintres
à en faire , & toutes fortes
de Graveurs à en graver.
C'est ce qui eft caufe qu'on
en trouve un fi grand nom
Fevrier 1692 .
"
ᏴᏏ
290 MERCURE
le
bre qui font fi defigurez ,
qu'on n'y reconnoift point
Roy ,& que les Etrangers qui
croyent le connoiftre fur les
portraits qu'ils ont fait venir
de France , n'en peuvent concevoir
de juftes idées, ny trouver
dans fes traits tout ce
qu'ils promettent de grand &
d'heureux . Ils ne feroient
peut eftre pas fâchez d'apprendre
que de tous ceux qui
ont efté faits , celuy de M
Perfon a efté trouvé un des
plus reffemblans , pour ne pas
dire le plus. C'est ce qui a
caufé I'mpreffement du puGALANT.
29t
blic pour en avoir. La furptife
a effé grande pour ceux qui
croyoient
qu'on leur en avoit
envoyé de la main de M' Perfon
, lors qu'ils ont connu qué
ce n'eftoit
que des copies d'aprés
luy. La fupercherie
à
efté pouffée fi loin , que des
Peintres ont ofé prendre fon
nom pour debiter de leurs
copies . Ce portrait
avoit fait
trop de bruit pour n'eftre pas
gravé. Il l'a eſté
par le ficur
Drever , qui loge rue S Jacques
, prés de S. Severin , &
qui en donne les Estampes
pour un écu . Les curieux qui
Bb ij
292 MERCURE
fouhaiteront avoir des premieres
tirées , ne doivent
point perdre de temps , s'ils
veulent fatisfaire leur curio
fité fur le peu qui luy en refte.
Il y a grand nombre de Mécontens
en Angleterre , & la
difgrace de Milord Churchill
à qui le Prince d'Orange a
ofté toutes les Charges , fair
voir à ceux qui en fçavent le
fecret , qu'elle peut avoir de
grandes fuites , puis qu'elle
vient de ce que la femme de
ce Milord , Dame d'honneur
de la Princeffe de Dannemarck
, a excité cette PrinGALANT.
293
ceffe à fe plaindre , de ce que
lé Prince d'Orange ne tient
aucune des promeffes qu'il a
faites au Prince fon mary
dont l'une eftoit , de le faire
Amiral . Elle a dit en fe plaignant
hautement , que fi elle
avoit creu que le Prince d'O
range en euft deu ufer de cette
forte , elle n'auroit pas con
fenti au traitement qu'il a fait
au Roy fon Pere .
La Cour d'Efpagne n'eft
pas plus tranquille , & la mefintelligence
eft fi grande entre
fes deux Reines , que toute
la Cour eft divifée en deux
Bb iij.
294 MERCURE
partis . Chacun foutient fi
hautement celuy qu'il a pris ,
que ceux qui les fuivent ont
des rubans à leurs chapeaux ,
qui font connoiftre s'ils font
dans les interefts de la Reine
Doüairiere , ou de la Reine
Regnance .
L'empreffement
des Irlandois
pour paffer en France eſt toujours
le mefme , & quoy qu'on
n'y en attendîr plus depuis
l'arrivée de M ' de Sarsfield à
Breft , il y eft encore venu deux
petits Bâtimens chargez de
Leptà: huit cens hommes.
Ceux qui ont expliqué la
derniere Enigme fur la LanGALANT.
295
cette , qui en eftoit le vray
mot ,font Mrs. Turrault de la
Coffonniere , Chanoine de
S. Pierre du Mans , & Mulin
le jeune de la mefme ville ,
Vagnard , du Puits d'Amour
, l'Abbé de Reilmiro ;
F. Maroy , de la rue de la
Harpe ; Coquebert de chez
M' du Caftel ; le Chevalier
Befnier , de Bellair , cy - devant
Capitaine de la vicille Marine
; le Gloüance , Chirurgien
à Vannes en Bretagne ; Ricquet
, Commis de la Pofte de
la mefme ville ; & Laurent
Bouvier , Chirurgien au mê-
Bb iiij
296 MERCURE
me lieu ; Serein , Apotiquaire
chez Madame ; F. Meffier de
la Place S. Nizier de Lion ;
Etienne de la Rue des trois
petits Ecus à Troye ; Leger
Commiffaire des Maréchauf
fées de Chartres & Chafteau
dun ; de Montfrery ; le Petit,
du grand Turc , ruë S Hond
ré ; le Bel efprit du Cerf volant
de la mefme ruë , C.
Aujoulat , fieur de la Baume,
René Lorillat , L Abbé Pionneau
, L'Illuftre Bonnard de
l'Hostel du Quesnoy , C Hutugue
d'Orleans , le Cheva-
"
lier Loibel de la Place Mau
GALANT. 297
J
bert ,le Triumvirat de Bourg
en Breffe ; le Comte de Quermeno
, l'Amant à louer de la
rue S. Martin , l'Ennemi des
préjugez , de la ruë de la Tifferandrie
, le Beau tenebreux ,
de la rue de Jouy ; le bon
Beau pere du Chevalier de
Baffigny & Harade , de la ruë
de la Cerifaye . Mefdemoiſelles
Ogier du coin de la ruë de
Richelieu
Nanette de la
Croix blanche , la Charman
te niece de Madame de la
Neuville , proche le jeu de
paume du Rempart à Soiffons
, Jeanneton Gueritaut
de la rue des Lions , Babet
,
298 MERCURE
Petit , de la rue Montmartre,
la veuve Heron , de la rue Simon
le Franc , le Bas , fon Aimable
frere , le Jurifte de la
rue S. Germain , & le Vindicatif
du Puits d'Amour . Tontine
, de la rue S. Roch , l'Obligeante
, du Quay des Auguftins
: les deux Charmantes
Loeurs du Puits d'Amour : la .
plus Indifférente reclufe du
Faux-bourg faint Severe de
Roüen : l'Aimable Croisette,
de la rue du Chaume ; la Charmante
Beauceronne , de la ruë
Neuve S. Euftache : la Chafte
Epoufe du coin de la ruë VilGALANT.
299 .
dot ; Renaudat , de la rue du
Petit -Lion : la Charmante
Villomere : la Princeffe Thomas
de l'Ifle , fon fidelle Secretaire
le Berger Tircis à
l'Anagramme Siecle de fer ;
la Marquife à l'Anagramme ,
Pure image de vertu : Diane de
la Foreft d'Acteon : la Defunte
aux jours filez de foye : la
Nimphe aimantée : la Bergere
aux châtaignes ; la fpirituelle
Mere de l'aimable Fille de la
ruë S. Hiacinte , & fon plus
fidelle Amant.
" L'Enigme nouvelle que je
vous envoye eft de M Co.
miers .
300 MERCURE
P
ENIG ME.
Our s'addonner à ma profeffion
fuffit d'eftre adroit , & fans ambition
.
Du Peuple que je fers je feay bien
des mifteres.
On permet que les Saurs couchent
avec les Freres ,
Et fi l'on y fouffroit un Roy
Fe ferois pour luy fan's employ,
Sans rien fçavoir dans la noire
Magie ,
Et fans rien emprunter de l'art de
Chirurgie ,
Faffronte le premier tous les pas
dangereux ,
Et fais quand il me plaift marcher
droit les Boiteux
GALANT 301
1
mille alarms
L'Efté me remplifoit d'effroy ,
Et l'Automne fouvent me coutoit bien
des larmes.
300 MERCURE
wenuvo
•pleurs,
frente le premier tous
dangereux ,
les
pas
Et fais quand il me plaift marcher
droit les Boiteux.
GALANT: 301
Si tu ne peux encore icy me reconnoiftre,
Dieu te garde, Lecteur , de devenir
mon Maistre.
Je croy que vous pren
drez plaifir à chanter l'Air
nouveau dont vous allez lire
les paroles.
AIR NOUVEAU.
L
Ors que Tircis brûloit pour
moy,
Le retour du Printemps me caufoit
mille alarmes ,
L'Efté me remplifoit d'effroy ,
Et l'Automne fouvent me coutoit bien
des larmes.
302 MERCURE
L'Hiver feul finiffoit mes mortelles
langueurs ,
Et de tous les plaiſirs je reprenois
l'ufage,
Mais depuis que Tircis eft devenu
volage ,
En tout temps je verfe despleurs.
Je ne fuis point furpris de
l'empreffement que vous avez
de fçavoir le détail de ce qui
s'eft paffé au mariage de Monfieur
le Duc de Chartres , &
de Mademoifelle , de Blois .
Tout ce qui le fait fous le regne
du Roy a quelque chofe
de fi diftingué & de fi différent
de ce qui s'eft vû juſques
GALANT
303
icy , qu'on ne doit pas s'éronner
de la curiofité qu'il excite .
S'il s'agit de Conqueftes , ils
fe font avec une rapidité
inouïe avant ce fiecle . S'il
eft question de pieté , les
exemples en font grands &
nouveaux & fi quelques
conjonctures importantes de
mandent des Feftes, les moins
preparées , & où l'on n'employe
que le neceſſaire , fe
font avec un éclar & un bon
goût , qui fait diftinguer
la
Cour de Louis le Grand da
toutes celles qui ont le plus
brillé , & qui peuvent préten304
MERCURE
dre quelque diftinction dans
l'Europe , ou pour mieux dire
dans la terre entiere . Je commence
ce qui regarde le mariage
dont j'ay à vous parler ,
par un article qui vous fera
voir que jamais Souverain , en
quelque
fiecle que ce foit , n'a
fait des prefens fi confidera .
bles que font les pierreries que
le Roy a données à Mademoi .
felle de Blois . En voicy le
dénombrement
, & je vous en
parle avec certitude , ayant eu
le plaifir de les voir,
GALANT. 305
Une parure de Diamans brillans
, contenant
Une paire debouclesd'oreilles.
Une paire de Pendans.
Une grande Attache de devant..
Deux Attaches de manches.
Quatre Attaches de poches.
Noeud de derriere. Uu
huit Boutons.
Une parure de Rubis, contenant
Deux Poinçons
.
Une paire de pendans.
Une grande Attache.
Deux Attaches de manches .
Quatre Attaches de poches.
Un noeud de derriere.
Fevrier 1692
C C
306 MERCURE
Quarante huit boutons.
Une parure de Saphirs , contetenant
Deux Poinçons .
Une paire de Pendans,
Une grande Attache .
ཉ 』། 』
Deux Attaches de manches
Quatre Attaches de poches, !
Un Noeud de derriere.
Quarante huit boutons.
Une parure de Topazes ,""
contenant
Quatre Poinçons.
Une paire de Boucles d'oreilles
.
Une paire de Pendans.
Une grande Attache.
GALANT. 307
F'eux Attaches de manches.
Quatre Attaches de poches.
Un Noud de derriere .
Quarante- huit boutons.
Plus
Quatre-vingt boutonnieres .
Une Laffure.
Deux Tailles.
Vingt pieces pour chamarrer
le devant,
Tout cela eftant de Pierreries
parfaites , & d'une groffeur
qui en releve le prix , il fetoit
tres difficile de vous en marquer
la jufte valeur .
Le 17.de ce mois , jour deſti
né pour la cérémonie des
Ccij
308 MERCURE
fiançailles , Monfieur le D
de Chartres , accompagné de
M' de Blainville , Grand
Maistre des cérémonics, & de
M' des Granges , Maiſtre des
Cérémonies, alla prendre Ma
demoiſelle de Blois dans fon
appartement , & il l'amena au
grand Salon de l'appartement
du Roy. Ce Prince avoit un
habit de brocard d'or , cou
vert de dentelle , fçavoir les
chauffes , le pourpoint , & le
manteau . Des diamans , & des
émeraudes fervoient par tout
de pied à cette dentelle , & la
garniture de cet habit eftoit
GALANT. 309
•
d'un ruban couleur de rofc
pâle , mêlé d'un ruban d'or.
Le fond de la robe de Ma
demoifelle de Blois eftoit
d'une étoffe d'or liferée d'un
filer noir , qui formoit de petires
fleurs. Les bords de cette
robe cftoient boüillonnez ou
fraifez d'un point d'Eſpagne
d'or. La jupe eftoit d'un fond
d'argent & à petites rayes gris
de lin , garnie de distance en
distance , d'un point d'Eſpagne
d'or en cerceau , le tout
h bieu entendu , & fi bien
travaillé , que cet habit eftoit
l'ouvrage de plufieurs mois.
310 MERCURE
La garniture eftoit de dia
mans & de rubis . La Prin
ceffe eftoit coëffée de fes propres
cheveux , qui font d'une
tres grande beauté . Ils étoient
mêlez de nompareille
verte
& de diamans , au deffus defquels
eftoit un gros ruban
vert & or. Elle avoit une
mante de réſeau d'or , dont
les bords eftoient garnis d'un
point d'Espagne d'or .
Le Roy eftoit habillé de ve
lours noir brodé d'or à plein,
avec les boutons de Diamans
dont je vous ay déja parlé au .
trefois , & tout ce qui peut
GALANT. II
rendre complette la garniture.
neceffaire pour un habit, dont
il n'y a point de termes qui,
puiffent bien vous exprimer
la richeffe , puis qu'il peut
paffer pour unique dans le
monde,
dc
Monfieur avoit un habit de
brocard d'or , tout garny
point d'Eſpagne
d'argent
avec des boutons de Diamans.
Les Princes , les Princeffes
, & les plus grands Seigneurs
de la Cour , & tous
ceux qui cftoient nommez
danfer au Bal qui devoir
pour
fuivre les Fiançailles , avoient
312 MERCURE
des habits , ou brodez , ou de
brocard d'or ou d'argent, tout
couverts de points de la mê
mericheffe. Toures les Dames
nommées auffi pour le Bals
avoient des garnitures de
Pierreries , & il y
avoit peu
de Seigneurs du Bal dont les
habits n'en fuflent garnis.
La ceremonie des Fiançailles
fut faite dans le Cabinet
de Sa Majesté , par Mr le
Cardinal de Bouillon , Grand
Aumônier de France , & le
Contrat fut leu par M de
Ponchartrain , Miniftre & Se
cretaire d'Eftt ,
accompagné
de
GALANT.
313
de Mr le Marquis de Torcy
Secretaire d'Etat , & figné
par le Roy , Monfeigneur le
Dauphin , Monfieur , Madame
, Monfieur le Duc de
Chartres
Mademoiselle ,
Mademoiſelle de Blois , les
Princes & les Princeffes , dont
ceux qui devoient avoir l'hon .
neur de dancer , eftoient pa
rez de la maniere que je viens
de vous marquer. Je vous en
donneray la lifte à la fin de
cet article , ne croyant pas
devoir interrompre le file
de cette narration . Au milicu
du bal qui fut
fait
dans
Février 1692. Dd
314 MERCURE
tres - grande Salle du
unc
grand appartement du Roy ,
deftinée pour ces divertif
femens & dans laquelle
il y a deux tribunes pour les
violons , on vit paroistre une
colation auffi galante , que
magnifique & bien entenduë
Elle eftoit précedée de plu
fieurs perfonnes , deſtinées
pour fervir , avec des ferviertes
fur le bras . On vit enfuite
avancer huit grandes machines
, portées chacune par quatre
hommes qui tenoient chacun
, de grands anneaux dorez
, d'or bruni . Ces machiGALANT.
35
)
nes avoient pluſieurs étages ,
& ceux de deffus portoient
un grand nombre de corbeilles
, remplies de confitures
feches . Entre tous ces étages
& le bas de la machine , il y
avoit un jour qui laiffoit voir
somme un grand parterre
chargé de fruits , & ces fruits
cftoient dans des corbeilles
de toutes fortes de figures , &
qui fuivoient le plan de chaque
machine. Ce fruit parut
encore plus à découvert ,
quand les corbeilles , qui
eftoient au deffus , furent , ou
enlevées , ou dépouillées de ce
Dd ij
316 MERCURE
qui les rempliffoit. Il y avoit
entre ces huit machines plufieurs
Officiers , portant des
foufcoupes , les unes remplies
de verres & les autres de caraffes
pleines de toutes fortes
de liqueurs & d'eaux glacées.
Tout cela eftoit fuivi de trente
hommes , portant des corbeilles
où les fruits & les confitures
feches compofoient
autant de piramides , & com .
me les fruits & les confitures ,
tant de ces corbeilles , que de
celles des huit grandes machines
, eftoient tout couverts de
fleurs , toute la fale paroiffoit
GALANT. 317
un parterre émaillé de diverfes
couleurs . Il y avoit encore
entre ceux qui portoient ces
corbeilles , des Officiers, portant
des liqueurs , des caux
glacées , & ce qu'il y a de furprenant
, c'eft qu'ils eftoient
plus de cent tous Officiers
du Chafteau de Verfailles , &
ayant des jufte- au - corps de
drap bleu , garnis de galon
d'argent.
Le 18. Monfieur le Duc de
Chartres alla prendre Mademoifelle
de Blois dans fon
appartement avec les mefmes
Ceremonies que le jour préce-
Dd iij
318 MERCURE
dent. Ce Prince avoit un habit
de velours noir brodé
d'or. Les chauffes eftoient
brodées par bandes , & les
vuides garnis de Perles & de
Diamans Le pourpoint eftoit
de mefme , & le devant du
manteau , couvert des gros
Diamans de Monfieur. La
garniture eftoit d'un ruban
or & couleur de feu , avec des
plumes de la mefme couleur.
L'habit de la Princeffe eftoit
d'une tres-riche étofe d'argent
, tout garny d'un Point
d'Efpagne d'argent , & tout
brillant de Pierreries. Ils fc
GALANT. 319
rendirent dans la grande Galeric
, où eftoient Monfcigneur
le Dauphin , Monfieur,
Madame , les Princes & Princeffes,
avec des habits differens.
de ceux qu'ils avoient la veille
, mais qui n'eftoient pas
moins riches . Celuy de Monfieur
eftoit de velours noir
brodé d'or à plain , & garny
de Rubis . Le Roy eftant venu
, toute la Compagnie alla
à la Chapelle du Chafteau .
Monfieur de Chartres & Ma
demoiſelle de Blois marchoient
devant le Roy qui
eftoit environné & fuivy de
Dd iiij
320 MERCURE
toute la Cour , & ils furent
placez fur les degrez qui font
au bas de l'Autel devant le
Prié-Dieu de Sa Majesté. On
leur donna l'Eau- Benifte avant
que de la prefenter au
Roy. Lors que M ' le Cardinal
de Bouillon demanda à Monfieur
le Duc de Chartres s'il
prenoit Mademoiselle de Blois
pour Epouse , il fit une reverence
au Roy, à Monfieur &
à Medame , comme pour de
mander leur confentement,
& Mademoiſelle de Blois n'en
fit qu'au Roy. A l'Offertoire
Monfieur le Duc de Chartres,
GALANT. 321
& Madame la Ducheffe de
Chartres allerent à l'Offrande,
& y furent conduits par le
Grand Maistre des Ceremonies
, le Grand Maitre ayant
prefenté le Cierge à Monfieur
le Duc de Chartres , & le
Maitre à Madame la Ducheffe
de Chartres. Le Poefle
fur tenu par M' l'Evelque
d'Orleans , Premier Aumof
nier du Roy, & par M' l'Abbé
Fleury , Aumolnier de
quartier.
A la fin de la cérémonie , le
Registre de la Paroiffe ayant
efté apporté au Roy , M'I'E-
1
322 MERCURE
vêque d'Orleans prefenta la
plume à Sa Majeſté , en prefence
du Curé. Ce Registre
fut figné par le Roy , Monfeigneur
le Dauphin , Monfieur
& Madame , Monfieur
le Duc de Chartres , Madame
la Ducheffe de Chartres , &
Monfieur le Prince . Toute la
Cour accompagna enfuite le
Roy dans fon appartement, &
Madame la Ducheffe de Char
tres y fut conduite par M².
le Marquis de Villars ,
fon Chevalier d'honneur , &
par Mr le Comte de Fontaine
Martel , fon premier Ecuyer,
A
་
GALANT. 323
·
qui commencerent par- là à
entrer en fonction de leurs
Charges.
Le Roy avoir ce jour- là un
habit de brocard d'or , brodé
d'argent & une attache de
fort gros diamans fur l'épau.
le , au lieu des noeuds de rubans
que
l'on y met ordinairement.
Monfeigneur eftoit
en jufte- au- corps de velours
noir tout uni , ce qui faifoit
micux briller tous les gros
diamans de la Couronne qui
eftoient deffus , & dont il
avoit pour plufieurs millions.
Sa Majesté donna à difner
324 MERCURE
dans l'apartement de la feue
Reine . Vous trouverez dans
le papier marqué I. de quelle
maniere eftoit la table , & les
rangs que tenoient les Princes
& Princeffes , qui eurent
l'honneur d'y avoir place. Le
lieu où fe donna le repas étoit
magnifiquement paré . Je ne
vous dis rien de la fomptuofité
des fervices non plus
que de l'abondance & de la
delicateffe des mets . Il fuffic
de vous dire , que le Roy donnoir
ce repas pour vous faire
entendre qu'il auroit cfté dif
ficile , qu'on cût pû y ſouhaiGALANT.
325
ter quelque chofe. L'aprefdipparte
Angle
y joüa
chanta
lux cnde
feu
C foupé
›ir dans
it eftre
dont il
ce n'eft
res
faicu,
& le
agnifi
.
lont les
rfonnes
1
324 MERCURE
dans l'apartement de la fenë
Reine .
le
papi
manier
rangs
ces &
l'honn
lieu où
magni
Vous d
fité d
que
do
delica
de
vou
noit c
entenc
ficile ,
GALANT. 325
ter quelque chofe. L'aprefdînée
, il y eut grands appartemens
, où le Roy d'Angle
terre fe trouva . On y joüa
gros jeu & on y chanta
quantité des plus beaux endroits
de la Mufique de feu
Monfieur de Lully. Le foupé
que le Roy donna le foir dans
le mefme licu , ne peut eftre
égalé que par le difner dont il
avoit efté precedé , fi ce n'eſt
que
l'éclat des lumieres faifoit
paroiftre, & le lieu , & le
repas , encore plus magnifi
ques , les pierreries dont les
habits de toutes les perfonnes
1
326 MERCURE
diftinguées de la Cour étoient
garnis , brillant alors beaucoup
davantage . Il y cut plus
de couverts à cette table , &
vous pourrez remarquer ceux
qui curent l'honneur d'y manger
le foir , & qui n'y avoient
pas difné , dans le papier marqué
II. On fervit au fouper
plus de cent-cinquante plats,
fans le deffert qui fut fuperbe.
A l'heure du couché
toutes les perfonnes les plus
diftinguées de la Cour , fe
rendirent dans l'apartement
de Madame la Ducheffe de
Chartres. Quelque richeffe
GALANT. 327
que l'on fût accoûtumé de
voir , on ne laiffa pas d'admirer
la Toilette dont le Roy a
fait préfent à cette Princeffe.
Comme ce Monarque eft
toujours le premier à fuivre
les loix qu'il impofe aux au
tres , & qu'il les fuit mefme
bien plus régulierement
, cette
toilette navoit pas plus de
pieces que l'Ordonnance en
permet ; mais auffi Sa Majefté
avoit voulu , que
le pctit
nombre dont elle eftoit
compofée , fût auffi parfait ,
& auffi -bien travaillé qu'il le .
pouvoit cftre. On voyoit fur
328 MERCURE
<
du
le deffus d'une de ces pieces
un bas relief, où eftoit reprefentée
Venus à la toilette ,
fervie par les Graces , & par
les Amours , & les ornemens
corps de la mefme piece ,
réprefentoient les ondes de
la Mer. On remarquoit fur
d'autres pieces plufieurs autres
bas reliefs , dans lesquels on
voyoit la Fidelité , & la Fecondité
repreſentées , & le tout
eftoit orné de médailles
d'hommes & de femmes ,
coëffez à l'antique , d'entrelats
& de divers autres ornemens,
maniere de Molaïque ; mais
GALANT. 329
fans confufion , ce qui en faifoit
paroiftre le bon goût.
Toute l'argenterie de cette
toilette eft de M' de Launay ,
dont les Ouvrages font fi
eftimez , & fi recherchez .
Je ne vous dis rien des étofes
& des points de la toilette
, vous jugez bien que
tout y eftoit égal en beauté .
Je ne vous dis rien non plus
d'un grand nombre d'habits ,
ny des points , dentelles &
pierreries qui ont accompagné
la toilette . Le détail des
broderies , & de la richeffe
des étofes , fuffiroit pour rem-
Fevrier 1692.
E c
330 MECCURE
plir ma Lettre , & vous pou
vez bien vous imaginer toutes
ces chofes , en vous reprefentant
celuy qui en faifoit
prefent. La benediction du
lit fut faite par M² le Cardinal
de Bouillon . Le Roy
d'Angleterre donna la chemife
à Monfieur le Duc de Chartres
, & Madame la donna à
Madame la Ducheffe de Chartres.
Le mardy , il y eut encore
bal . Monfieur le Duc de
Chartres y parut avec un habit
de velours cramoily dont
le deffein eftoit fi bien entenGALANT.
33
du , que les perles & les diamans
dont il eftoit prefque
tout couvert , entroient dans
celuy de la broderie . Tous les
habits de Monfieur le Duc
de Chartres , eftoient du deffein
de M' Berrain , qu'il fuffic
de vous nommer , pour vous
en faire connoiftre la beauté.
Monfieur le Duc de Chartres
changea encore d'habit , les
trois jours fuivans . Il en mit
un le Mercredy de drap gris
blanc , brodé d'or avecun peu
de foye couleur de feu , ce
qui affortiffoit à une veste
d'étofe d'or. Le Jeudy , ce
Ecij
332 MERCURE
Prince en prit un de velours
noir avec de grands agrémens
d'or , & celuy qu'il mit le
lendemain eftoit de drap rouge
brodé d'or.
M' le Duc de Chartres fera
fervy par les Officiers de Monfieur
, qui à mesure qu'ils fortiront
de quartier , en ferviront
un chez ce Prince , com+
me font les Officiers du Roy
chez Monfeigneur le Dauphin
, parce que l'on ne fait
point de Maiſon aux Princes
dont les Officiers doivent
paffer à leur fervice aprés la
mort des Souverains , ou des
GALANT . ། ༢༢༣
Princes leurs Peres. Les Offciers
qui ont efté nommez
pour fervir Madame la Ducheffe
de Chartres , font ,
Madame la Maréchale de
Rochefort, Dame d'honneur.
Madame la Comteffe de
Mailly , Dame d'atour .
M' le Marquis de Villars ,
Chevalier d'honneur.
Mr le Comte de Fontaine-
Martel , premier Ecuyer.
Deux Ecuyers .
Madame de Saint Juft, premiere
Femme de Chambre .
Neuf Femmes de Cham
bre.
334 MERCURE
M de S. Pré , Secretaire
des Commandemens .
Mrs Silvain & Fremont ,
Maiftres d'Hoftel.
M' Fronton , Contrôleur
general .
Deux Contrôleurs Clercs
d'Office .
Deux Gentilshommes Servans
,
Un Aumônier .
Un Chapelain.
Un Clerc de Chapelle .
Six Valets de Chambre.
Trois Garçons de la Chambre.
Un Huiffier de Chambre.
GALANT. 335
=
Un Huiffier de Cabinet.
Un Huiffier d'Anti- chambre...
Un Ecuyer Cavalcadour, &
Gouverneur des Pages.
Voicy la lifte de ceux qui
ont danfé au Bal qui fut donné
le jour des Fiançailles , &
que je me fuis engagé de vous
envoyer au commencement
cet Article.
336 MERCURE
Monfeigneur le Duc Mademoiſelle
de Bourgogne.
Monfieur le Duc de
Chartres .
M. le Duc.
M.
Mile de Blois.
Me Defpinoy.
Choiseul .
le Prince de Mela Ducheffe- de
Conty.
M. le Comte de Tou
louze . '
M. Le Chev. de Sully
M. le Comte
Brione ,
Me de Quelus .
de
Me de Valentinois .
Mlle d'Armagnac.
Me d'Enrichemont.
Mlle de Tourbe .
Le Prince Camille .
M. Deſpinoy.
M. de la Chaftre.
M. le Cote deCruffol.
M. de Bouligneux.
M. de Schepy.
Mlle de Melun .
Mlle de laTremoüifle.
Me de Medavy.
Mlle de Menetou .
Mlle de Chasteauneuf
M. le Vidames de Mile de Souches.
M. de Nogent.
Chartres .
M. Dalincourt. Me de Florenfac.
M. de Monbron .
M. de Vins .
M. de Coffé .
M. le Chevalier
Bouillon .
Mlle de Moreuil.
Me de la Fayette.
Mlle Fuftemberg.
de Me de la Vieville .
M. de Grignon.
le Chevalier de
M.
Mirepoix.
Me de Mongon.
Mlle Souville.
M. le Prince d'Enri- Me de la Porte.
chemont.
1
Lo
GALANT. 337
Le bon air & la grande pature
ne firent pas feulement
diftinguer
Monfeigneur
le
Duc de Bourgogne
dans le
Bal , mais ce Prince charma
la maniere
dont ilauffi
par
danfa
.
La Ville de Chartres ayant
député M Miole , Liutenant
General , & Prefident , avec
deuxEchevins pour faire compliment
àMonfieur le Duc , & à
Madame la Ducheffe de Chartres
fur leur mariage , il dit à
ce Prince que l'ayant felicité
fur fa Campagne , il venoit encore
lefaire fur fes premières in-
Fevrier 1692 . Ff
338 MERCURE
clinations . Il luy marqua enfuite
que S. A. R. n'avoit pû
faire un plus beau choix que de
jetter les yeux fur une Princeffe
de France, dans laquelle il recon
noiffoit la fageffe prematurée , la
douceur & l'humanité des Bourbons.
Il compara le Prince &
la Princeffe à deux Miroirs
oppofez qui fe repetent l'un
l'autre. Ayant enfuite efté
conduit chez Madame la Ducheffe
de Chartres , il luy par
la de la forte .
MADAME ,
Il ne manquoit plus au bone
beur de la Ville de Chartres, que
GALANT.
339
y
a
de compter V. A. R. au nombre
de fes Princeffes. Cette Ville a
efte depuis long temps le partage
des Fils des Filles de France .
Nous eufmes l'honneur il
quelques années d'y faluer au
nom de la Ville V. A. R. lors.
que fes graces naiffantes commençoient
à faire l'admiration
de la Cour . Nous y reconheufmes
déslors le rare merite &
les vertus Royales qui ont charmé
Monfeigneur Votre Epoux. Il
fera un grand Prince , Madame,
il le marque bien par fes premieres
inclinations , nous nous
flatons que vos Alteßes Royales
Efij
340 MERCURE
rendront un jour recommandable
le nom de noftre Ville , & qu'elles
la feront connoiftre aux Peuples
les plus éloignez. Toute la
France , Madame , eft en joye
de vous voir unir enſemble le
fang defes Rois, & nous fouhaitons
, que de cette belle union
de nos lis puiffe naiſtre un jour
une longue fuite de Princes conquerans,
qui foient dignes defor
tir de Louis le Grand,
Le Chapitre de l'Eglife de
Chartres à auffi député M
l'Abbé Robert , Chanoine ,
Archidiacre & grand Vicaire
de Chartres ,
accompagné de
GALANT. 341
trois autres Chanoines pour
faire fes complimens. Il parla
ainfi à Monfieur le Duc
<de Chartres .
MONSEIGNEUR.
Ce feroit peu pour nous d'admirer
avec toute la France les
grands talens & les vertus dont
il a plú au Cielde combler Vofte
Alieffe Royale, & qui la rendent
encore plus recommandable par
l'excellence de fon merite perfonnel,
qu'Elle n'eft diftinguée par
fon rang par fa naiſſance.
Nous appartenons à V. A.R.
L'honneur qu'Elle nous fait de
porter le nom de Duc de Char-
Ff iij
342 MERCURE
tres , nous donne lieu de nous
regarder comme la premiere Egli
fe, cette liaison fi heureufe
& fi honorable , nous acquiert,
Monfeigneur , quelque droit de
prendre part à toute votre gloire.
C'est auffi ce qui nous engage
offrir à Dieu des prieres continuelles
pour la confervation de
V.A.R.
Nous n'avons pas manqué de
les redoubler dans l'occafion de
vofire Mariage , & nous venons
vous affurer , non feulement
de l'exactitude avec laquel
le nous les continuerons , mais de
plus , que nous nous acquitterons
GALANT. 343
le
de ce devoir avec tout le zele que
la plus forte inclination
plus profond respect peut nous
infpirer.
Le compliment qu'il fit enfuice
à Madame la Ducheffe
de Chartres , fut conçû en
Ces termes.
MADAME ,
La devotion de Noftre Dame
de Chartres est hereditaire dans
la Maifon de France ; & nous
ne doutons point que V. A.R.
en qui on a vú dés fon enfance
la religion & la pieté des Rois
dont elle eft iffue ne fuive
leur exemple dans cette fi ancien
Ff iiij
344 MERCURE
netfi fainte devotion.
Nous ofons mefme efperer que
woftre heureux Mariage vous
ayant donné le nom de Ducheffe
de Chartres
, ce vous fera un nou .
veau motif de confiance à la
Sainte Vierge qui eft honorée
dans l'Eglife de Chartres , &
mefme avant la Naiffance de
J.C.
Nous ne
manquerons pas de
continuer nos prieres , comme
nous le devons , pour l'acomplif
fement de tous vos fouhaits , &
nous prenons la liberté de demander
à V. A. R. l'honneur de fa
protection
de fa bienveillance
.
GALANT. 345
I
M' Robert qui a prononcé
ces complimens
, eft frere de
Mt le Procureur du Roy de
Paris , & de M le grand Penitencier.
Le merite de cette
famille eft fi connu , & fi d f
tingué , qu'on peut dire
qu'elle eft au- deffus des
louanges .
Je vous parleray le mois
prochain de ce qui s'eft paffé
au Palais Royal , le jour que
le Roy y a amené Madame
la Ducheffe de Chartres .
Je viens d'apprendre
, que
les douze Bâtimens Marchands
qui avoient échapé à
346 MERCURE
nos Vaiffeaux , commandez
par M' le Chevalier des Augers
, ont tous échoué fur les
Côtes de Biscaye. On a cu
nouvelles que Mr le Marquis
de Nefmond cft arrivé à
Bellifle avec quatre Prifes . Il
y en a une Angloife , & une
Hollandoife . La premiere faifoit
route vers l'Amerique , &
les autres vers Corofol . Toutes
les quatre eftoient de quarante
Canons ou environ , & fort
richement chargées .
Les François cftant fuperieurs
par tout , n'inquie
rent pas feulement leurs enGALANT.
347
y a
hemis ; mais ils agiffent , &
M de Melac eftant defcendu
à Manhein avec trois cens
hommes d'Infanterie ,, Y
fait de grandes executions
militaires , & qui ont jetté
l'épouvante dans tout le
pays. M le Comte de Tallard
a auffi fait une courfe
au- delà du Rhin , juſques à
Elbron , & il y a non feulement
mis tous ceux du Pays
contribution ; mais il leur a
mefme fait
promettre de
payer les arrerages échus du
temps que Mayence eftoit au
Roy , & pour fureté de cette
348 MERCURE
promeffe . Il a emmené vingt
cinq Otages. Cette action
eft fi éclatante & fi hardie ,
qu'on peut dire , qu'elle eft
toute Françoife .
Le Mardy vingt- fix de ce
mois , Monfieur de Montholon
fut reçû en la Charge de
premier Prefident au Parlement
de Normandie , & y
pprriitt ffeeaannccee le mefme jour à
l'Audience de la Grand
Chambre. Monfieur du Sortoir
, Avocat , s'eftant trouvé
chargé de la premiere Caufe
qui fut propofée devant luy ,
ne manqua pas de remplir
GALANT 349
l'attente
publique par le
court ingénieux
qu'il prit
pour mettre dans un beau jour
les vertus perfonnelles
de
M' le premier
Prefident
,
& celles de fes Illuftres Anceftres.
Il a un talent particulier
pour ces fortes d'Ouvrages
. Le difcours éloquent
qu'il avoit fait fur la prefenration
des Lettres du Gouvernement
de la Province ,
pour 'M' le Maréchal
Duc
de Luxembourg , ne permet
pas d'en douter. Il
eftoit bien jufte , qu'aprés A
avoir cû l'honneur d'avoir
350 MERCURE
efté choifi , pour parler pour
le Gouverneur , il eut auffi
celuy de porter le premier
la parole devant ce nouveau
Chef de la Juftice .
Gobbé & de Bordeaux parlerent
dans la mefme Caufe ,
& chacun d'eux fit auffi un
compliment.
Mrs
Les dernieres Lettres de
Turquie portent , que le
Mufti ayant esté confulté par
le Grand Seigneur , fur le fait
de la Guerre & de la Paix ,
a protefté que Sa Hauteſſe
eftoit obligée en confcience
à continuer la Guerre contre
GALANT.
35x
les Polonois , les Allemans ,
& les Venitiens . Elle fut enfuite
réfolue dans le Divan ,
& douze Bachas , promirent
de fournir foixante & dix
mille Turcs , & l'Aga des Janiffaires
en promit vinge
mille de les milices pour le
premier d'Avril . On réfolut
en mefme temps , que ce
jour là les Troupes commenceroient
à marcher vers
Belgrade , & que pour cela
on expoferoit la queue de
Cheval le premier de Mars,
On réfolut encore , que l'armée
Navale feroit augmen
-
352 MERCURE
tée de plufieurs Galeres &
Vaiffeaux . Le Kan des Tartares
a affuré de nouveau ,
qu'il joindroit le Grand Vizir
en Hongrie avec trente mille
hommes , & que les Mofcovites
n'entreprendroient rien
contre la Kiimée . Le Grand
Seigneur a envoyé quarantecinq
mille Richedales au
Comte Thekely . Je fuis ?
Madame , Vôtre , & c .
A Paris, ce 29. Fevrier 1692.
A VIS.
On continue les Entretiens enforme
de Pafquinades . dont l'oniémefera
GALANT.
353
debité le 15. de Mars . Le bon accueil
que fait le Public à cet Ouvrage, oblige
l'Auteur d'en donner la fuite. Quand
il aura achevé l'Hiftoire du Prince
d'Orange , qui ne contiendra plus que
deux Entretiens , ilpaffera à d'autres
matieres , qu'il renfermerafouvent
dans un feul, & qu'il pouffera quel
quefois jufques à deux , mais fans
l'étendre jamais davantage , afin de
fatisfaire ceux qui aiment les noneautez.
On donne avis
que les Conferences
ordinaires pour la recherche & verification
des nouvelles Découvertes,fe
tiendront dorénavant tous les Ven
dredis à trois heures aprés midy , à
l'entrée de la rue de Guenegaud , premiere
porte , à main gauche.
Fevrier. 1692 .
Gg
2252 2552525525225
PR
TABLE.
Relude.
Réjouiffances faites pour la prise de
Montmelian. 16
Poëme fur la reftitution des Saints
Lieux. 28
Ceremonies curieufes obfervées à
Strasbourg.
Lettre fur la Beauté.
Hiftoire
55
64
92
Lettre en Vers de Madame des Hou
lieres,
Charges données par le Roy.
127
134
M. l'Abbéd'Eftrades eft nommé Am
baladeur à la Cour de Portugal, 140
Particularitez touchant la mort d'un
vieil Hermite qui a fait bruit dans
le monde.
41
TABLE.
Galanterie. 148
Fable du Cygne & des oifons 117
Confiderations fur la Ligue d'Aufbourg
Remede Specifique.
Mort de M:le Nonce.
Lettre de M. Amelot , Ambaffadeur
de France en Suiffe.
167
227
229
136
242
244
257
Reception de M. Toureil à l'Academie
Françoife.
Mariage
Moris.
Avantages remportez fur mer , par
Mr le Marquis de Nefmond , Mr
283
Portrait du Roy nouvellement peint
des
Augers.
&gravé.
Mouvelles d'Angleterre.
Nouvelles d'Espagne.
Article des Enigmes .
288
292
294
295
Détail de tout ce qui s'eft paßé au Ma-
Gg ij
TABLE.
2
riage de Monfeigneur le Duc de
Chartres & de Mademoiselle de
Blois.
302
Douze Vaiffeaux Hollandois échouez
fur les coftes de Bifcaye. 345
Courfes faites par Mr de Melac , &
Mr le Comte de Talard.
31346
Mr de Montholon eft receu premier
Prefident an Parlement de Normandie.
348
Le Grand Seigneur fe détermine à
continuer la guerre , aprés avoir
confulté le Mufti. 350
La Chanfon doit regarder la page
301.
La Figure marquée I. doit regar
der la page 324.
La Figure marquée II. doit regarder
la page 326.
Saessa225255 25555
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout , Galerie-neuve du
Palais.
Hiftoire de Jean de Bourbon Prin
ce de Carency. 3 vol. in douze,
4 livres 10 fols.
Onziéme partie des affaires dutemps,
remplie de Figures, & contenant trois
Entretiens des Plaintes de l'Europe
contre le Prince d'Orange , & trois
autres du Prince d'Orange travaillant
à fon Hiftoire . 2. livres
Affaires du Temps , dix Volumes
in douze, 15.1.
Reflexions fur les defauts ordinai-.
res des hommes , & fur leurs bonnes
qualitez
1
I. l. I o. f
La Duchefle de Medo, Nouvelle
galante & hiftorique , deu Volu
mes 3.1
Ee ij ·
2
Explication en Vers des Tableau
de la Gallerie de Verſailles .
15.
£
La
Découverte
des
Mifteres
du
Palais
, où
il eft
traité
des
Parties
en
general
, des
Intendans
des
grandes-
Maifons
, des
Procureurs
, Avocats
,
Notaires
, & Huiffiers
. vol. in-douze
,
1. liv. 10.
f.- La Vie de la fetie Reine d'Angleterre,
dans laquelle outre fes actions
particulieres de pieté, on trouve ce qui
s'eft paffé de plus remarquable pendant
les Regnes des Rois Charles I. &
Charles II. Vol. in 8. 2. 1. 10. f.
Nouvelle Chirurgie , Medicale &
raifonnée de Michel Ettmuler , avec
une Differtation fur l'infufion des li--
queurs dans les Vaiffeaux. 1. 1. ro; f.
Pratique de Medecine fpeciale du
mefme Ettmuler, fur les Maladies pro--
pres des Hommes , des Femmes & des
Enfans. Vol. in 8. 3 -k
ई
Hiftoire Monaftique d'Irlande .
2. I
Traité
de l'Artillerie
, expliquant
la difference
, les proportions
, les
por
tées
, les
affuts
, & tout
ce qui
concerne
les
Canons
dont
on
fe fert
en
France
, tant
fur
Terre
que
fur
Mer
,
avec
plufieurs
Planches
,
Gautier
de
Nifmes
.
par Monfieur
1. 1. 10. f.
Lettres fur toutes fortes de fujets . z.
3. liv. 10. f vol. in douze.
Lettres Familieres & autres fur dif
Ferentes matieres , par le Sieur Meil-
Jeran , Profeffeur des Langues Françoiſe
, Allemande & Angloife , feconde
Edition , corrigée & augmentée de
plus de cent Lettres.
1..1..10.L
Hiftoire du Monde. 5. vol . in 12. 9.1 .
Etat nouveau de la France . 2. vol.
in douze.
3. liv..
Hiftoire
de
l'établiffement
de
la
Republique
de
Hollande
, ou fa
reVolte.
2. vol. in 12. 4. liv.
Chevalerieancienne & moderne, avec
la maniere de faire la preuve pour tous
les Ordres de Chevalerie 1. 10. f
Hiftoire de l'Afrique ancienne. &
moderne , enrichie de 80. figures , 4..
volumes in douze. 8 liv.
Hiftoire de Normandie. z . v. 3. k.
Eloges des Perfonnes Illuftres de
l'ancien Teftament , par M. Doujat,
I. l. s.f.
Réflexions fur l'Acide & fur l'Al-
Kali . 1. liv . 10.f.
Elfais de Morale & de Politique,
où il eft traité des Devoirs del Homme
confideré comme particulier , &
comme vivant en Societé . 2. vol . 2.1.
Obfervations de M. Spon fur les
Fiévres & les Febrifuges .
Antiquitez du mefme M. Spon , Qu
vrage enrichy de plufieurs Figures.
7.1
511-
1692,2
Mercure
<36612005060018
< 36612005060018
Bayer . Staatsbibliothek
33
f
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
FEVRIER 1692.
A
PARIS ,
GALERIE
- NEUVE DU PALAIS .
ON
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & in
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans
Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
Et la Veuve M. GUER OUT , Galerie-neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC . XCII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
Bayerische
Startseibliothek
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toujours. Cela eft cause qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
L'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent ,&fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite
pre
fentement le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le.
Mercure. Comme ces paquets feroni
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
AVIS.
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
ans en charger ledit Guerout , s'exposent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé,
outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le prefent ,
ils rejettent la faute du retardement
furle Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé
que
fort
avant
dans
le mois
. On
évitera
ce
retardement
par
la voye
dudit
Sieur
Guerout
, puis
qu'il
fe charge
de faire
les
paquets
luy-mefme
& de les faire
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Il fera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les venaront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lies d'eftre·
content.
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1692 .
OUS avez raiſon ,
Madame , de dire ,
que quoy que j'aye
déja commencé plus de deux
cens cinquante de mes Lettres
hiftoriques , par des Eloges
du Roy , cette matiere ne
A iiij 7
8 MERCURE
s'épuifera jamais. Je n'ay cité
que des faits, & loin de s'étonner
du grand nombre , on
doit trouver que je ne vous
ay entretenue qne de la moindre
partie , puis qu'il ne fe
paffe point de jour que ce
Monarque ne donne fujet de
l'admirer, & que je ne vous
parle chaque mois que d'une
de fes actions à la tefte
de mes Lettres . Les Cardinaux
de Richelieu & de Mazarin ,
qui ont fait des chofes fi furprenantes
pendant le cours
de leur Miniftere , feroient
bien furpris de trouver les
GALANT.
9
bornes de la France fi reculées
, les Finances en fi bon
eftat , les Loix fi religieufement
obfervées , des Academies
pour faire fleurir les
beaux Arts , des Ecoles de
guerre pour la Jeuneſſe , fuivant
le party qu'elle veut embraffer
, foit fur terre , foit
fur mer , des Palais pour des
Invalides , & des Seminaires
où les Filles de qualité s'inftruifent
dans la vertu , &
paflent leurs plus dangereufer
années , c'est à dire , celles
où les jeunes perſonnes apprennent
ordinairement dans
To MERCURE
le monde à eftre coquettes ;
au lieu que ne fortant de ces
Seminaires que pour eftre mariées
, elles portent la vertu
pour dot à ceux qui les demandent
pour Femmes , lors
que beaucoup d'autres ne leur
portent que des moeurs corrompuës.
Que diroient les
grands hommes dont je viens
de vous parler , & quelle furprife
n'auroient- ils point s'ils
retournoient
au monde , &
voyoient l'eftat Aloriffant où
l'Empire des François fe trouve
aujourd'huy
? Ils demanderoient
quels Miniftres auGALANT.
11
roient eu des Genies affez fuperieurs
pour avoir travaillé
fi utilement à la gloire de la
France, & l'avoir renduë plus
redoutable que tous les Rois
enfemble n'ont jamais fair.
Rien ne pourroit égaler leur
étonnement , quand ils apprendroient
que le Roy s'étant
bien voulu donner le
foin de travailler luy mefme
fans avoir de premier Miniftre
, en a fait toutes les fonctions
; qu'il n'y a point de
détails où il ne foit entré pour
le bien de fes Sujets & la gloire
de l'Eftat , qu'on n'a rien
12 MERCURE
executé que par les ordres , &
que la penetration , fon trafa
vail continuel , & fon exemple
ayant rendu fes Miniftres
vigilans , laborieux & habiles ,
jamais Monarque n'a efté fi
bien fervy. Pour vous donner
feulement une marque
qu'il fçait tout , qu'il voit
tout , & qu'il fait tout par
luy- mefme , je ne vous parleray
que du détail où il vient
d'entrer au milieu des grandes
affaires qui l'occupent.
Ce détail regarde le Regigiment
de fes Gardes Françoifes
, en faveur duquel ce
GALANT. 13
"
Prince a bien voulu fe donner
la peine de travailler à un Re
glement qui contient trois
cens vingt articles , qu'il a
examinez avec l'attention
qu'il donne jufqu'aux moindres
chofes. Ce feroit beaucoup
pour un particulier qui
n'auroit aucune affaire , que
d'en écouter les Articles ,
qui rempliffent un volume
affez gros pout effrayer ceux
qui n'aimeroient que les divertiffemens.
Cependant le
Roy ne s'impofe pas un
moindre travail dans les
temps où il n'eft pas entiere-
-
14 MERCURE
ment occupé des affaires de
l'Etat , & il fait fes heu
res de plaifir de mille reglemens
pareils. On ne doit pas
s'étonner fi l'ordre fe trouvant
en toutes chofes , fes
affaires font dans une fi gloricufe
fituation. qu'encore
que depuis trois ans ce Prince
foit attaqué par toute l'Europe
, fes Troupes toujours
triomphantes n'ont encore
paffé aucune Campagne que
dans le Pays ennemy , ny aucune
faifon fans vaincre . C'eft
ce qui vient de nous faire
chanter un Te Deum au mi
GALANT.
IS
lieu du plus rude hyver que
nous ayons cu depuis longtemps
, & c'eft ce que nos Ennemis
n'ont point encore fait.
Vous jugez bien que je veux
parler du Te Deum que l'on a
chanté pour la prise de Montmelian.
Toute la France a fuivy
l'exemple de la Capitale
du Royaume ; mais comme
on fçait avec quel zele &
quelle magnificence ces fortes
de réjoü flances s'y font,
& que je vous en ay fait une
infinité de defcriptions , vous
vous les imaginez affez fans
qu'il foit befoin que j'entre
16 MERCURE
dans le détail des Festes qui
les accompagnent . Elles ont
efté d'autant plus grandes en
Dauphiné, que cette Province
fe trouvoit expofée aux incurfions
des Troupes des Princes
de la Ligue , & que loin qu'ils
ayent fait réuffir le moindre
de leurs projets, le Roy ayant
pris toute la Savoye , en a fait
comme une barriere entre la
France & les Ennemis qu'il a
dececofté- là , & comme il ne
reftoit que Montmelian par où
cette barriere puft eftre forcée
, fi toutefois il cuft cfté
poffible de fe faire jour en
GAALNT.
17
France, il n'y a pas lieu d'eftre
furpris que la joye ait cfté auffi
grande qu'on l'a veuë en Dauphiné
. Pour vous en donner
une foible idée , je vais vous
parler de ce qui s'eft fait dans
un Village de cette Provincelà
nommé Montrevel , &
vous jugerez par là de ce qui
s'eft pû paffer dans les grandes
Villes.
Le premier jour de l'année
fut choifi par les Habitans de
ce Village , pour faire éclater
leur joye dans une occafion
où la gloire de Sa Majesté l'à
rendue univerfelle . Ce fut une
Février 1692.
B
18 MERCURE
agreable
étrenne pour fes
Peuples que les actions de
graces qu'on rendit au Ciel
en memoire
d'un fuccés qui
a étonné toute l'Europe
. Un
feu d'artifice
fut dreffé pour
ce fujet. Voicy quelle eftoit
l'Infcription
de fon frontifpice.
LUDOVICO MAGNO,
Invictarum Arcium invicto
DEBELLATORI,
Montium Micea , Montis Emiliani,
Triplicis foederatorum Principum
funiculi nunquam antearupti
Inexpectatis temporibus Domitori
feliciffins,
GALANT. 19
Parochus & Cives MontisRevelli,
Multiplicis ac tanta gloria
Miratores ,
Impar lætitia fua Monimentum
Extrui curaverunt
Kalendis Januarii M. DC . XCII.
La feconde face du Feu
d'Artifice avoit pour ornement
une Devife , dont le
corps eftoit le Soleil au Solftice
d'Hiver , avec ces paroles,
Progrediturdum ftare videtur,
Pour faire voir que comme
le Soleil ne s'arrefte jamais
dans fa carriere , lors mefme
qu'il eft en fon Solſtice , de
Bij
20 MERCURE
mefine Louis le Grand fait
fans ceffe des progrés glorieux
malgré la rigueur de l'hiver,
qui mettent les autres Princes
de l'Europe dans l'inaction
& comme hors d'eftat de rien
entreprendre , ce qui a fait
dire à nos Poëtes , que le Roy
cftoit un Heros de toutes les
Saifons . Sur quoy on doit re
marquer, pour bien concevoir
le fens de cette Devife que
Montmelian fut conquis le
21. de Decembre dernier , jour
auquel le Soleil entre dans le
Solftice d'hiver.
On voyoit dans la troifiéme
GALANT. 21
face une autre Devife , qui avoit
de mefme pour corps le
Soleil dans l'Equinoxe , & ces
paroles pour amc ,
Equalis fulget ubique.
C'est à dire,que comme le Soleil
partage également fa lumiere
à tous les Climats au
temps de fon Equinoxe , de
mefme le Roy brille par tout
d'une égalé gloire , ce qui eft
juſtifié par Mons en Flandre,
& Nice en Piémont , deux importantes
Places emportées ,
prefqu'en mefme jour vers l'Equinoxe
du Printemps dernier.
La quatriéme face eftoit.
22 MERCURE
enrichie d'une Devife dont
l'invention a paru finguliere
aux Connoiffeurs . Elle avoit
ainfi que les deux premières ,
le Soleil pour corps environné
des Planetes , qui luy tiennent
lieu de Satellites , & qui
luy doivent toute leur lumiere,
tandis qu'il éclipfe la Lune
au temps de fon oppofition.
L'ame de cette Devile eftoit,
Cominus illuftrat , eminus ob-
Scurat.
Voilà au jufte le plan de
l'Europe , dans la fituation où
elle fe trouve aujourd'huy par
une fanglante guerre , qui a
GALANT. 23
fait reffentir fes fureurs à tous
les Etats liguez contre la
France . Le Soleil dans cette
Devife reprefente Louis le
Grand , autant élevé au deffus
des autres Princes du monde ,
que ces Princes le fontau deffus
de leursSujets . Ces Satellites
qui nes'éloignent jamaisdu
Soleil , & quien reçoivent toute
leur lumiere, nous figurent
les Sujets du Roy, qui tirent
tout leur bonheur de ce grand
Prince, par l'attachement inviolable
qu'ils ont à fa Perfonne
facrée . La Lune par fon
oppofition au Soleil fignific
24 MERCURE
l'inconftante Europe , qui a
ofé oppofer fon corps fombre
& opaque à l'éclatante
gloire dont brille Loüis le
Grand fur le premier Trône
de l'Univers. Tout le monde
fçait que la Lune n'eft jamais
éclipfée que dans fon oppofition
avec le Soleil , & qu'en
tout autre temps elle en reçoit
la lumiere ; mais tout le monde
fçait encore mieux que
l'Europe s'est toujours veuë
dans l'abondance & dans l'éclat
, tandis qu'elle a fceu ménager
la bienveillance du Roy,
& qu'au contraire elle ne s'eft
pas
GALANT.
25
pas fi toft oppofée à ſa gloire,
qu'elle a fouffert cette effoyable
éclipfe où nous la voyons
maintenant plongée , au lieu
que la France , toujours dévoüée
à ſon incomparable
Prince , fe voit dans un cftat
parfait de felicité .
L'invention de ces D vifes,
auffi bien que de l'Infcription
qui occupoit le frontispice du
Feu d'artifice , est dûë à M
Crochat , Docteur en Theologie
, & Curé de Montrevel,
qu'on a vû pendant quatre
ans Profeffeur de Mathemaques
à Paris . Il s'y diftingua
Fevrier1692 C
26 MERCURE
par
une
particulierement par cette ce
lebre difpute qu'il cut avec
les Partifans de l'Aftrologic
Judiciaire dont plufieurs de
mes Lettres ont parlé . Il la
commença par un défy qu'il
fit à tous les Aftrologues de
l'Europe , & il la finit
Piece qui ferma pour toujours
la bouche au feul Ecrivain
qui entra en lice contre luy .
Ce n'est pas d'aujourd'huy
que cet Auteur s'occupe à
publier la gloire du Roy. Un
jufte volume auroit peine à
renfermer tous les Panegyriques
qu'il a prononcez fur ce
GALANT.
27
fujet. Il ne manqua pas le jour
de cette réjoüiffance d'en faire
un nouveau qui eut beaucoup
de fuccés . Je ne vous diray
rien de la juſteſſe avec laquelle
il parla des grandeurs de ce
Monarque. On imprime ce
Difcours , & vous en pourrez
juger bien-toft par vous- mefme.
La Felte fe termina par
le Feu d'artifice , par les acclamations
du Peuple , par
plufieurs décharges de la
Moufqueterie, & par un régale
où la Santé de Sa Majefté
fur beue avec beaucoup
de respect .
-
Cij
28 MERCURE
Leis. du mois paffé M ' de
Martangis , Ambaſſadeur Extraordinaire
de France en
Dannemarc , ayant receu la
nouvelle de la prife de la même
Place , fit chanter le Te
Drum dans fa Chapelle , en
action de graces à Dieu , &
donna un magnifique repas à
tous les Seigneurs , Miniftres,
& Dames de cette Cour. Ce
regale fut fuivy du Bal , &
d'une grandeIllumination.M
de Martangis a toujours foûtenufon
caractere d'Ambaffadeur
par une belle dépenfe .
Le Pere Louis de Verdun ,
GALANT. 29
Religieux de l'Obfervance de
Saint François , & Commif
faire general de la Terre Sainte
, prefenta au Rov le 6. de
ce mois , un Poëme Chreftien
fur la reftitution des Saints
Licux . Je vous parlay amplement
il y a prés de deux ans ,
de cette reftitution , & de
toutes les circonstances glorieuſes
pour Sa Majesté qui
l'accompagnerent
, ainfi que
des réjoüiflances qui furent
faites en ce temps - là au grand
Convent des Cordeliers de
Paris , ces Peres ayant marqué
tout le zele imaginable pour
C iij
30 MERCURE
la gloire de noftre augufte
Monarque , à qui ils font fi '
redevables , & fur tout le Pere
Verdun,Commiffaire General
de la Terre Sainte . Comme ce
Poème n'eft
pas fort long, &
qu'il roule fur des matieres qui
ne peuvent que vous estre fort
agreables , je ne doute point
que vous ne le lifiez avec
plaifir . Il eft de M' l'Abbé
de Maumenet , qui a remporté
le prix de Poëfic dans la
plufpart des Academies de
France .
GALANT.
31
25552225 25222sas
LA RESTITUTION
DES
SAINTS LIEUX .
C
Poëme heroïque .
Ent Monarques jaloux du bonheur
de la France ,
S'efforcent vainement d'abbaiſſer fa
puissance.
Sous le plus grand des Rois , à l'abry
de leurs coups ,
Elle rit des projets , qu'a formez
Leur couroux .
Sans troubler fon repos , le demon de
la
guerre,
Ciiij
32 MERCURE
Dans les champs ennemisfait gronder
fon tonnerre ,
Et tout ce que Bellone a de trifte &
d'affreux ,
LOVIS (çait l'écarter de fon Empire
heureux .
Mais ce n'eft point affez queſes ver
tus guerrieres ,
Les armes à la main , protegent nog
frontieres ;
Son zele, qui foûtientfes fidelles Sujets
,
Luy prefente aujourd'huy de plus dignes
objets.
Le culte des Autels , les droits du
Diadême,
Dont l'erreur veut foüiller la Majefté
Suprême,
Plus que nos interests ont excité
Louis , ( inoüis.
D'exercer fa valeur par des faits
GALANT.
33
Il fçait , ce Roy Chreftien , que les
grandeurs humaines ,
Sans l'appuy du Seigneur , font fragiles
& vaines,
Et qu'il n'eft point icy de lauriers
immortels ,
Que ceux qu'un Roy moiffonne aux
pieds de nos Autels .
De cesbeaux fentimens fon ame penetrée
Combat feule aujourd'huy l'Europe
conjurée,
Et voit le Ciel propice à l'Empire
des Lis ,
( blis.
Favorifer des droitsfur lesfiens éta-
Mais tandis qu'au Couchant fa valeur
animée
Défend les interefts de l'Eglife opprimée
,
Fufque dans l'orient il cherche àfignaler
34 MERCURE
Ce zele dont pour Dieu fon coeur fe
fent brûler
De ces Lieux, oùJefus daignamourir
& naifire ,
Sa pieté le rend & l'arbitre & le
maistre ,
Et les Chreftiens en foule à l'abry de
fon Nom,
Viennent baifer les murs de lafainte
Sion.
Là , fans armirfon bras ,fes vertus
pacifiques
Banniffent pour jamais d'infolens
Schifmatiques ,
Qui du Dieu d'Ifraël ofant braver
la loy
Ont ufurpé des biens conquis par Godefroy.
Ennemis dcs Autels
que
la France
protege,
En 1099. Delignages d'Outre-mer chap . 1.
GALANT. 35
où n'ont-ils point porté leur furcur
facrilege,
Lors que parleurfecours des Tirans
odieux,
Oferent envahir l'Empire des Saints
Lieux ?
Acent affronts divers l'Eglife abandonnée
,
Vit la Cité de Dieu triftement profanée.
Bethleem regretta fes Temples démelis
,
Des facrez ornemens on arracha nos
Lis ,
Et ces dons precieux , dont nos plus
grands Monarques
Avoient d'un zele ardent donné d'illuftres
marques ,
Ces lampes qui brilloient dans cet
auguste licu ,
lcs Sarrazins .
36
26
MERCURE
Cefferent de fervir au culte du vrag
Dieu.
Ce Bois même , où vaincu par ſa
bonté feconde ,
Jefus en expirant rendit la vie au
monde ,
La Croix , ce digne objet du refpect
des humains,
Vit fur elle imprimer la fureur de
leurs mains ,
Lors qu'à grands coups de foüet leur
aveugle manie
Tenta ce qu'ils n'ont pû fur l'Auteur
de la vie.
Mais que ces infenfez par de telles
horreurs ,
Coutèrent auxmortels & defang& de
pleurs !
Par la main de nos Rois juſtement
protegée ,
Adorable Sion , tu dois eftre wangée !
GALANT. 37
Voy pour te fecourir combien d'hommes
armez
A l'envy dans tes champs accourent
animez.
Enflamé para Bernard , un de nos
fameux b Princes
Quitte avec cent Heros le fein de
C
nos Provinces ,
Et Conrad imitant leur
deffern,
genereux
Auxforces du François joint celles
du Germain .
La diftonce des lieux , le danger & la
peine
Ne sçauroient arrefter l'ardeur qui
les entraine ,
Et bientoft l'orient allogt eftrefoumis,
S'ils avoient fceu dompter defecrets
Ennemis;
▲ s . Bernard ,
Louis VII.
L'Empeicur Conrad,
38 MERCURE
Si d'un perfide Grec qui meditoit
leur perte,
L'horrible trahison eust efté découverte.
Luy feuljaloux de voir leur terrible
armement ,
Parmy d'affreux deferts l'engage adroitement,
Et là de ces guerriers vaincus par la
famine ,
L'Infidelle a fans peine achevé la
ruine.
Cependant un fuccés fi contraire à tes
voeux ,
Sion , de tes Enfans n'éteignit pas
les feux ,
Et b Philippe , & Richard touchez
de tes difgraces ,
a L'Empereur Manuel .
6 Pbilippe Augufte .
Richard Coeur de Lion ,
GALANT.
39
A travers cent écueils ont marché
fur leurs traces ,
Et ces deux vaillans Rois en la fleur
de leurs ans ,
Confacrerent leurs noms par cent faits
éclatans.
Alors , loin d'abolir le culte de l'Eglife
,
L'Angleterre à fes loix , à fes Prin
ces foumife ,
Des droits les plus facrez , qu'elle .
brave aujourd'huy ,
Se montra tout ensemble & l'azile , &
l'appuy.
Mais quel demon , jaloux d'une fi
fainte guerre,
En détourna foudain la France &
l'Angleterre ,
Tandis qu'un des * Cefars devançant
nos Guerriers,
Frideric I,
40 MERCURE
Accourut dans tes champs fe couvrir
de Lauriers ?
Que ne foûmit-ilpoint au gré defon
courage !
Le * Grec voulut en vain diſputer le
paffage ,
Frideric le força de ceder à fes loix
Et Saladin luy même enflé defes exploits,
N'auroit pû refifter à l'effort de fes
armes ,
Sifa mort , du Tyran n'euft calmé les
alarmes ,
Et fi , comme Alexandre * en tous
lieux redouté ,
Le Cydnus en fonfein ne l'avoit arrefté.
L'Empereur Ifaac l'Ange.
* Alexandre le Grand courut rifque de fa
vie pour s'être baigné dans ce fleuve,
GALANT.
41
D'un Efté trop brulant il crutpar cette
eau vive,
En fe baignant dompter la chaleur
exceffive s
Mais belas dans cette onde il trouve
le trépas ,
Qu'il évita cent fois dans l'ardeur
des combats.
C'est à vous d'achever cette noble entrepriſe
,
Princes , de qui la foy depuis longtemps
promife ,
Ne differe que trop ce voyage facré ,
Que vous avez tous deux publiquement
juré.
Dans fa captivité , Sion infortunée ,
En perdant Frideric , ſe voit abandonnée
;
Sans tarder plus long- temps volez
fon fecours,
Fevrier 16920 D
42 MERCURE
Pour l'affranchir des fers , confacrez
vos beauxjours ,
Etfans'vous déchirer par des guerres
cruelles ,
S'il faut à vos Vertus des palmes im
mortelles ,
Allumez pour Dieu feul un Dieu feul un fi juſte
Couroux ,
L'ennemy des Chrêtiens eft plus digne
de vous 3
Ils partent , & bien- toft leur effroyable
Armée
Eut arboré la Croix dans toute l'Edumée
,
Si la divifion fatale à tant d'Etats ,
N'euft trop toft rappelé ces deux
grands Potentats.
Leurs efprits differens , & leurs humeurs
contraires ,
Confondirent alors leurs projets militaires.
GALANT.
43
L'ennemy plus fuperbe au bruit de
leur départ ,
Vendit cher aux Chrêtiens fon plus
famenx Rampart ,
Et par mille travaux Ptolemai's foumife
,
Fut le prix, & la fin d'une longue
entreprise.
Que ne fouffris- tu point , Sion ,
quand de tes champs ,
La difcorde eut banny deux Rivaux
fi puiffans ?
Malgré les vains efforts que fit la
Germanie ,
Elle ne put jamais vaincre la tyrannie
,
Nypar le bras vangeur defes Princes
unis ,
Reparer en trente ans la perte que
tu fis.
Dij
44 MERCURE
Il est temps qu'unfaint Roy ,
veu naître la France
*
qu'a
Ainfi que fes Ayeux , s'arme pour ta
défense:
Ses forces , fa valeur , & fon Zele
épuré ,
Promettent aux Chrêtiens un triomphe
affure.
Il s'avance , & dija fur fes pas la
victoire
Couronnefes projets de bonheur & de
gloire.
Jusqu'au fond de les eaux le Nil épouvanté
,
Voit au premier combat le Sarrazin
dompté ,
Es defes champs feconds la plus fu
perbe *Ville ,
* Saint Louis,
* Damiette
GALANT:
45
N'oppose à fa valeur , qu'un obſtacle
inutile.
Mais qu'apperçois -je ? ô Ciel! quel
étrange revers !
Louis aimé de Dieu , loin de brifer tes
fers,
Malheureuse Sion , pourfruit de tant
de peines ,
Eft * luy même tombé dans de barberes
chaînes
,
où le Ciel éprouvantfa conftance , &
Safoy,
Faitpar l'adverfité, d'un grand Prince
, un faintRoy.
Fufte dans fes deffeins , dont l'hu
maine foibleffe
Ne doit jamais blâmer l'ordre , ny
La fageffe
Dieu, peut eftre , exerçant ce Royplein
de vertus ,
Joinville,
45 MERCURE
Puniffoit les excés des Chrêtiens córrompus
,
Dont * le zele apparent , lapietéfardée
,
N'offroient auxyeux mortels qu'une
trompeufe idée ,
Tandis qu'abandonnez à defales ardeurs
,
Ils recouroient à Dieu , qu'ils chaffoient
de leurs coeurs.
Louis, dont la vertu magnanime &
folide
Eft de tous fes defſeins l'objet , l'ame
& le guide ,
Nefçait point démentir la noble fermeté,
Qui le fuit dans la pompe , & dans
l'adverfité,
Toujours prompt à benir l'Auteur de
la
Nature ,
Saint Bernard . de Confid . liv . 2. chap. 1.
GALANT. 47
Il compte pour des biens tous les maux
qu'il endure ,
Et fçait qu'un vray Chrêtien perſecuté,
fouffrant,
Suit l'exemple d'un Dieu fur la Croix
expirant.
C'eft en vain qu'à fes yeux ,
rans pleins d'audace ,
des Ty
Le poignard à la main , infultent ſa
difgrace..
Sa vertu jufqu'au fond du plus barbare
coeur ,
Va changer en respect la haine & la
fureur.
Ces inhumains charmez de fa conftance
extreme ,
A ce noble Captifoffrent le Diadême;
Mais l'honneur de regner dans ces
lointains climats •
Doit ceder aux befoins de fespropres
Etats.
48 MERCURE
Il revient y calmer le trouble , & les
alarme's ;
Et quand ilpeutgouter unrepos plein
de charmes ,
A vanger tes mépris plus ardent que
jamais ,
Sion , il vole encore à de nouveaux
projets ,
Et veut dans une vie exempte de
molleffe ,
Fafqu'au dernier foupir couronnerſa
Sageffe;
Mais Dieu , content des maux qu'il a
foufferts pour toy ,
Dans le fein d'Abraham va placer ce
grand Roy.
Preft de forcer Tunis , fa vigueur ab
batuë
Cede à l'air corrompu qui l'infecte ,
& le tuë ,
Il meurt ; & ton eſpoir expirant avec
luy
Parmy
GALANT.
49
·Parmy de fiers Tyrans , te laiſſefans
appuy.
Combien de fois, helas ! fous leurjoug
affervie ,
Plaignis - tu vainement ta liberté ravie,
Sans qu'aucun Potentat touché de tes
malheurs ,
S'efforçat d'arrêter le torrent de tes
pleurs ?
Quatreficcles entiers , témoins de tes
miferes ,
N'ont point vû refleurir cette ardeur
Fufqu'à
de nos Peres ,
cejour heureux , où ton éclat
perdu
Renaift fous un Heros du faint Roy
defcendu..
Heritier defon nom , ainsi que defor
zele,
Fevrier 1692
E
@
50 MERCURE
il confacre fes foins à ta gloire immortelle
,
Et ce que Charlemagne intrepide , &
pieux ,
Fit par le feul éclat de ſon nom glorieux
,
Louis , dont l'Ottoman revere la puif
fance,
Le fait fans employer fa force , &Ja
vaillance.
Sans voir tomberdes mursfous l'effort
de fon bras ,
Ce Prince , ménager du fang defes
Soldats ,
Préfere les Lauriers , que fon Zele
moiffonne ,
A ceux , dont la valeur dans nos
Champs la couronne.
Certes, s'il faut vanter un triomphe
éclatant ,
GALANT. 51
Qu'au prix du fang humain achete
un Combatant ,
Confeffons qu'à nos yeux ce qu'il
offre de charmes ,
A mille infortunez fait répandre des
larmes.
Mais ce triomphe heureux , que l'efti
me & l'amour
Luy dreffent aux climats , où fe leve
le jour,
Sans répandre de fang, ny forcer de
murailles ,
Illuftre mieux fon nom, que n'ont
fait cent batailles ,
Où le Vaincu cedant à l'effort du
Vainqueur,
Ne foumet que fon bras , & refufe
fon coeur.
Un Roy qui jurfes pas voit marcher
la justice ,
Eij
52 MERCURE
N'aime que la vapeur d'un libre
Sacrifice ,
Et fans eftre contraint n'arme point
fon couroux.
Tel on verroit LOUIS , peuple ins
grat &jaloux,
Germains , parfes bontez attirer vô»
tre hommage,
Si par mille attentats éveillant fon
courage ,
Vous ne l'aviez forcé vous mêmes
de s'armer,
Pour punir les complots que vous
ofiez tramer,
A quel excés d'horreur vôtre effvoya,
ble
Ligue
(brigue
,
N'a t-elle point
porté
la malice
, & la
Lors
qu'au
mépris
du fang, de l'Eglife
& des Lois ,
Vous appuyez l'erreur , & détrônez
les Rois ?
GALANT.
53
Ceft affez infulter le Ciel & la Na
ture.
Rompez l'injufte noeud d'une Ligue
parjure ,
Et n'autorifez pas vos rebelles fujets,
A former contre vous de femblables.
projets.
Pour vous , qui connoiſſant ce Prince
magnanime ,
Rendez à fes Vertus un tribut legitime;
Superbes Ottomans , accordéz vôtre
appuy ,
Aux Saints Lieux , qu'à nos voeux
vous rendez aujourd'huy ,
Et laiffez-y regner fans defordre &
fans guerre,
Le culte qu'on doit au Sauveur de
la Terre?
Rien ne plaiſt davantage au plus
Chretien des Rois ,
E iij
54 MERCURE
Que d'y voir triompher l'étendart
de la Croix,
Suprême,
Et d'y fervir un Dieu , dont la gloire
Eft plus chere à fes yeux , que n'est
Son Diadême, (inoüis ,
Mais fi perdant unjour ces respects
Qu'ont fait naître en vos coeurs les
Vertus de LOUIS ,
De fon zele Chrêtien vous détruiſez
l'ouvrage ,
Fiers Ottomans , craignez l'effet de
Son courage.
Ce Prince redoutable autant qu'il eſt
aimé,
[fermé,
S'ouvrira le chemin que vous aurez
Et parfes dignes Fils formez furfes
exemples ,
Soutenant aprés luy les honneurs de
nos Temples,
Il ne verra jamais braver impuné
ment
GALANT 55
·
La foy , que fes Neveux garderont
1
conftamment.
On a fait le mois paffé à
Strasbourg ce qui s'y pratique
tous les ans , c'eſt à dire qu'on
ya élu un Conful , à qui l'on
donne le nom d'Ammeifter .
C'eft luy qui avec les Echevins
élit dix Gentilhommes
de la Ville pour cftre Senateurs
, & tous enſemble for .
ment le Senat . On luy fait prêter
le ferment le Mardy.d'aprés
les Rois. On dreffe pour
cela uu grand Echafaut devant
l'Eglife Cathedrale . Tout le
Magiftrat y monte, & les vingt
E iiij
56 MERCURE
Tribus du Peuple font au
pied dans la Place . Ce Magiftrat
eft compofé de quatre
Confeils ; de celuy des treize
, qui traite des Confedera
tions & des affaires militaires ;
celuy des quinze , qui a pouvoir
d'exhorter le Conful à
fon devoir , des vingt &
un , & de ce qu'on appelle
le Senat , qui outre les dix
Gentilshommes dont je viens
de vous parler , eft encore
composé d'autant de Citoyens
qu'il y a de Tribus , c'eſt à
dire de vingt. Tous ces vene
rables Citoyens citant monGALANT.
57.
tez fur l'Echafaut , avec les
Officiers de la Chancellerie ,
& les Greffiers de plufieurs
Tribus , deux Bedeaux ou Valets
de Ville , crient au Peuple
qu'il va entendre la lecture
des Reglemens que la Ville a
faits . UnGreffier les lit enfuite
dans une longue Pancarte .
L'Ammeifter qui fort de
Charge fait prefter te ferment
à celuy qui eft élu , & celuycy
le reçoit de tous les autres
qui font fur l'Echaffaut . La
forme de ce ferment eft de
lever la main droite , & d'en
étendre les deux premiers
$8 MPR CURE
doigts. Vous remarquerez
que l'Office d'Ammeilter ou
de Contul eft annuel , & qu'-
aucun Gentilhomme ne sçauroit
le poffeder. Celuy des
Echevins eft de deux ans.
Aprés cela , le premier Stat
meifter ( c'cft ainsi que l'on
appelle les Nobles qui font
partie du Senat ) vient le mettre
fous le Dais , & demande
aux vingt Tiibus affemblées ,
fi elles ne veulent pas prêter
de ferment de fidelité au Roy
& au Magiftrat , en conformité
de celuy que le Magiftrat
a prêté à Sa Majeſté ; &
GALANT. 59
fi elles ne promettent pas d'executer
les Reglemens_qui
leur viennent d'être lûs. Tou
tes répondent qu'oüy , ôtant
leur chapeau , & étendant les
deux premiers doigts de la
main droite. Les fermens fo
renouvellent toutes les années
, mais ce qui s'eft fait
celle- cy , & qui ne l'avoit
point efté depuis 1529. c'est
que le lendemain tous les Magiftrats
Catholiques qui.commencent
à eftre en affez bon
nombre , allerent à la Cathedrale
en Corps , & affifterent
àune Meffe du S. Efprit, pour
60 MERCURE
demander à Dieu la grace de
bien s'acquitter des fonctions
de leurs Charges . Cette Melle
fut fondée en 1513. par les Magiftrats
de Strasbourg . Sui
vant les termes de cette fondation
, la Ville . devoit faire
plufieurs aumônes , & il y
avoit mefme une amende
contre ceux du Magiftrat qui
ne s'y trouveroient point , སྐྱ
moins qu'ils n'en fuffent empêchez
par maladie. Certe
derniere ceremonie du réta
bliffement de cette Meffe du
S. Efprit fe fit dans le dernier
mois avec éclat , au grand
GALANT. 61
honneur de Sa Majeſté , & à ~
la confufion des
Heretiques.
C'est une chofe finguliere que
le Magiftrat de Strasbourg
faffe une fondation en 1513 .
digne de la pieté des plus zelez
Catholiques , & que feize
années aprés , fçavoir en 1529.
ces mefines Magistrats avec
les Tribus de la mefme Ville
paffent à une extrémité entierement
oppofée , en fufpendant
l'exercice de la Meffe ,
jufqu'à ce qu'on ait pû leur
faire connnoiftte que
c'est un
culte agreable à Dieu . Deux
Actes fi prés l'un de l'autre ,
62 MERCURE
&. fi contraires , marquent
bien l'aveuglement de l'efprit
de l'homme , lors qu'il s'abandonne
au déreglement .
Vous ne ferez pas fachée d'apprendre
les circonstances de
I'Acte fait en 1529. Ce furene
les vingt Tribus qui le pafferent
, c'est à dire les quinze
Notables de chaque Tribu,
qu'on nomme Echevins , qui
tous affemblez font le Confeil
des trois cens . Mais afin
que vous ne preniez pas ce
Confeil pour celuy des Sages,
il cft à propos de vous dire
que ces 20. Tribus font toutes
compofées d'Artifans.LesBate
GALANT. 63
liers,par exemple.font la premiere
Tribu , les Cabaretiers,
les Cordonniers , & ainfi cha
que Art méchanique compofe
la fienne Voilà la venerable
Affemblée qui en 1529. ſuſpenditl'exercice
de la Meffe . Le rétabliffement
de celle du S. ELprit
le feroit fait avec plus d'é--
clar,fi toutes les Tribus reve
nuës à leur bon fens avoient
affitté à la
Cathedrale , & fuivy
l'exemple de M ' Obrecht ,
homme d'autant d'érudition
que de pieté , & dont la converfion
elt des plus finceres . Il
y a quelques années qu'il fit
P
64 MERCURE
abjuration entre les mains de
M ' l'Evefque de Meaux, Depuis
ce temps là , le Roy luy a
donné la Charge de Preteur
Royal. Autrefois il y avoit à
Strasbourg un Preteur Imperial
, dont la Charge avoit efté
donnée en fif aux Evelques
de la Ville qui l'y faifoient
exercer avant l'Herefie. Sa
Majeſté a jugé à propos de
la remplir d'un homme qui
fuit à Elle , le Preteur affiftant
au nom du Roy à toutes
les Aflemblées ou Confeils de
la Ville .
Je vous envoye un DifGALANT.
65
Cours fur la Beauré qui a
donné lieu à une Lettre de
M ' Cypiere que vous avez
veuë dans l'une des miennes .
Il y répondoit par cette Let
tre , & comme elle a fait fouhaitaiter
de voir ce difcours,
je vous en fais part , en ayant
heureufement recouvré ung
Copic.
Fevrier 1692
www
66 MERCURE
2252 2552525525225
LETTRE
SUR LA BEAUTE'
Ecrire par MT Bellet à
M' Schreuder.
MON
ONSIEUR,
Je n'aime en moy, ny la qualité
d'Auteur , ny celle d'Innovateur.
Je n'ay point auffi refolu
de m'expofer à la Critique,
comme font tous ceux qui font
paroistre des fentimens particuGALANT.
67
liers . Ainfi je ne
confentirois
point à vous écrire , fi je croyois
que ma Lettre deuft paroiftre.
Je vois tous les jours qu'une
chofe qui plaift à une perfonne,
déplaift à cent autres ; & peuteftre
que ce que je vous écris
feroit defaprouvé d'un grand
nombre de gens ; car il en eft
des Beautez qui fe trouvent
dans les ouvrages de l'esprit ,
comme des Beautez du corps.
L'eftime qu'on fait d'elles dépend
du gouft des perfonnes qui les
regardent , pour entrer en
matiere , ce different gouft , que
fera ce ? Une differente imagi *
Fij
68 MERCURE
nation , un different tempera
ment du cerveau , la groſſiereté
ou la delicateffe des fibres , un
ply , une habitude , une opinion ,
& peut eftre la mode nouvelle .
C'est là une herefie en amour ,
dira t- on ; mais vous trouverez
que c'est une verité , vous , dis je ,
qui avez affez voyagé pour connoiftre
le different genie des Peu
ples. Vous fçavez auffi qu'en
Europe & en Perfe les beaux
Nez font aquilins , qu'au Japon
& dans la Chine ils font
larges , & qu'en Afrique ils
font gros. Vous fçavez que
dans Borneo , dans Achem , & à
GALANT. 69.
Siam les belles dents font noi-
Yes ; *
que
dans les Celebes elles
font dorées ; qu'en Ethiopie elles
font jaunes. Mais fouvenezvous
de m'avoir dit
que
que
les Belles
de Venife fe lavoient les cheveux
de leffive pour les faire
rouffr. Cependant vous voyez
la France s'eft tellement déclarée
contre cette rouffeur
, que
file Roy David fe prefentoir .
aujourd'huy à Versailles avec
fes cheveux roux , comme il eft
dans voftre tableau , il ne fcrois
pas feulement reçû Soldat aux
Gardes. Et que direz- vous de
Tavernier,
70 MERCURE
*
ces femmes de la Terre de Feffo ,
qui n'employent tout leur temps
qu'à preparer les repas de leurs
maris , & à fe peindre de blen
les levres & les fourcils , pour
plaire aux plus vilains hommes
du monde ? Une Belle de Mycone
* ne vous
ne vous plairoit pas avec .
fa façon d'habit quand elle ne
feroit pas plus cruelle les Bel
les de Scio ; vous me l'avez avoué.
Enfin toute l'Europe n'ai➡
mera pas une Beauté Negre ; &
toute la Nigretie méprifera une
Belle Circaffienne. Mais fans
Chardin .
* Vveler ,
que
GALANT: 71
fortir de noftre pays , dites - moy
je vous prie files Blondes l'emportent
toujours fur les Brunes ,
fi vous aimeriez autant les
yeux loucbes que faifoit M
Defcartes. Ce qui eft merveil
leux , il y a mefme des défauts.
qui fiéent fi bien à quelques per-
Jonnes, que Mr de Montmorency
n'euft jamais eflé fi agréable s'il
n'euft efté louche ; ny l'Empereur
Claude , s'il n'euft efté boiteux ,
tant il eft vray qu'il n'y a de
Beauté que dans l'opinion &
l'imagination des hommes.
Aprés cela , ne me dites point
qu'ily auroit des Be autez réelless
72 MERCURE
quand il n'y auroit ny yeux ny
cerveaux : carfi cela eftoit , elles
devroient paroiftre telles à tous
les hommes , comme l'or leurparoit
or, elles devroient ravir
auffi toft l'esprit & le coeur. Cependant
il y a bien des
ily gens qui
font en repos de ce cofté- là , quoy
qu'ils n'ayent point travaillé
pour s'y mettre. Il se trouve
feulement qu'ils n'ont pas les .
fibres de leurs yeux , qui reçoivent
les impreffions des objets >
difpofées d'une maniere à ne faire
qu'un doux tremblement qui
fe communiquant jufqu'au cer-
Weau , peut exciter du plaifir
dans
.
GALANT 73
dans l'ame s'il n'y a jamais
eu de laides amours , c'eft
parce que d'autres ort les fibres
de la retine proportionnées jufte
ment aux impreffions qu'elles reçoivent
de ces objets qui leur paroiſſent
beaux : car j'appelle
Beau ce qui plaift aux yeux »
comme j'appelle Bon ce qui plaift
à la langue. Un bon Phificien
m'accordera cela infailliblement,
puis que les impreffions des ob
jets fe falfant dans tous les organes
de la mefme maniere , c'eft
a dire , le mouvement des
par
fibres qui fe communique jufqu'au
cerveau , on doit appor-
Fevrier 1692. G
74 MERCURE
ter pour la raison du different
plaifir que nous recevons par les
yeux , la méme, que pour celuy
les autres
que nous recevons par
Jens; puis que même, à proprement
parler , il n'y a qu'un feñs.
Ne meditesdonc plus que j'aime
rois Eve , fi elle revenoit à l'âge
de vingt ans , avec cetie Beauté
que les propres doigts de Dieu
luy avoient formée . Que fçayje
fi elle me plairoit , elle qui
n'avoit efté faite que pour plaire
au premier homme ? Je l'honorerois
comme ma grand' Mere ,
toute jeune qu'elle feroit , & fi
je n'eftois pas fon amant , je ne
croirois point faire tort à la
GALANT.
75 775
Science de Dien , qui peut-efire
n'a pas voulu la faire Belle à
mes yeux. Je ne fçay fi vous
l'aimerie , vous qui dites que
vous aimerie la Sybille Cumée
toute ridée toute barbae
qu'elle fuft. Pour celle- cy ,
je crois que vous la placericz
dans votre Cabinet , non pas
comme la plus belle de vos Antiques
mais comme la plus
vieille ; je doute fi elle auroit
pour votre coeur le prix de
l'Antiquité , & les graces de la
nouveauté.
Mais pour revenir , n'eft il
M. Petit , des Sybiles .
Gij
596
8
6
MERCURE
que
pas vray qu'il y a des couleurs ;
des odeurs , des fons , des fruits
l'on aime plus les uns que
les autres ? Et qu'est- ce que la
Beauté dans votre opinion même
, que certaines couleurs &
certaines figures enfemble ? Vous
Sçavez que nous voyons la figu-.
re des corps par corps par celle qu'imprime
fur la retine la colomne de lumiere
qui part de l'objet ,
que nous appercevons
la diver
fité des couleurs par les differen
tes lignes que font de petits rayons,
dans le corps de cette colomne.
figurée. Il n'eft pas besoin pour
un homme qui entend auſſi bien
GALANT .
les
l'Optique que vous, d'entrer dans
un plus profond détail , & il ne
faut que vous rappeller les idées
pour vous faire avouer que
plus beaux objets ne font visibles
que par leurs couleurs & leurs
figures. Or fait que les couleurs
foient réelles ou apparentes
, il
eft toujours certain qu'il n'entre
dans nos yeux que de la lumiere,
& que le plaifir que nous y fen
tons , n'eft caufé que par le chatouillement
des fibres de la retine
. Que fi nous les avions affez
delicates pour eftre én üs avec
violence par un tel rayon de lumiere
, qui ne produiroit (ur d'au-
Gij
78 MERCURE
tres qu'un mouvementfort doux,
Jentirions- nous du plaifir à la
veuë de ces objets ? Non fans
doute , puis que c'est la raison
pourquoy les Beautez blanches
ne plaifent point aux Negres.
Croyez- vous auffi qu'une belle
Ethiopienne trouvast beaucoup
de Galans à la Cour , où le gouft
eft fi delicat ? Pour moy je ne le
crois pas parce que le noir de
cette Femme ne reflechiroit point
affez de lumiere , ou le peu qu'il
en envoyeroit feroit trop foible
pour produire un mouvementfenfible
agréable. C'est pour
quoy je ne puis pas bien croire
GALANT.
79
ce que les Ethiopiens difent, qu'une
Reine , de leur pays eftant venuë
à Ferufalem pour voir Salomon ,
elle ait efté la Maistreffe de ce
Prince , au préjudice d'un grand
nombre de Dames , & qu'elle en
ait eu un Fils nommé Menilehech
dont la famille remonta fur le
Trône d'Abyfinie en 1300. ayant
efté dépoffedée par les Zagées 340.
ans auparavant.
Nos gens du Nord ont les
fibres trop groffieres à cause de
l'humidité qui s'y attache , pour
eftre ébranlées à la venë des
Beaute fi noires avec ce doux
Hift, d'Ethiop. de Ludolph ,
G
iiij
80 MERCURE
que
mouvement qui donne du plaifir,
cet Ambaffadeur de Maroc,
qui menoit dix huit femmes àfa
fuite , ne devoit point craindre
les Parifiens luy en enlevaffent
quelqu'une. Sçavezvous
ce que répondit cette Excellence
Noire à une Dame Francoife
qui luy demandoit s'il n'avoit
point affez d'une femme ?
Une comme vous me fuffiroit
luy dit- il ; mais c'eſtoir plustoft
un tour d'efprit , une galanterie ,
une complaifance, que fon propre
gouft ; car fi cet Ambaffadeur
Jentoit du panchant pour les
belles Françoifes , en verité fon
GALANT. 81
Maiſtre pourroit bien en fentir
autant. Cependant voyons nous
que ce Prince achete des femmes
blanches , qu'il aime quelque Efclave
Européenne , ou enfin que
d'autres Roisfes voifins le faffent?
C'est parce que la grande
chaleur confumant l'humidité qui
pourroit groffir les fibres de leur
cerveau , il les ont trop deliées ,
trop delicates & trop feches pour
tendues
le mouven'eftre
pas émuës
plus qu'il ne faut par
ment que fait cette grande lumiere
reflechie par les objets
*blancs ; & cette même delicateſſe
qui rend les fibres fi fufceptibles
82 MERCURE
de mouvement fait que le peu de
rayons qui partent des Objets
noirs, eft affezfort pour chatoüiller
doucement les organes , &
donner du plaifir de l'amour;
de forte qu'il n'y a point lieu de
douter que l'Afrique n'ait fes
Beaute , fes Amans , & peuteftre
fes Poëtes & fes Romans.
Pour moy je crois que toutes
Les Belles font laides aux yeux
de quelques- uns , & que routes
les Laides trouvent des Alorateurs
finceres ; je doute fi
Efope * a toujours trouvé des
Euphrofines , & s'il n'a jamais
Fables d'Efope Comedie.
GAALNT. 83
conté' autre choſe que des Fables
. Pour gâier une Beauté, il ne,
faut qu'une partie qui refléchiffe
la lumire d'une manicre à tracer
dans l'imagination une image ou
des lignes qui ne donneront point
de plaifir àfaute de certaines difpofitions.
La fuperficie du cuir
peut produire quelque , mouvement
dans un rayon qui gâtera
tout , voilà d'où vient que
des perfonnes qui n'ont rien d'irregulier
ne plaisent pourtant pas.
Mais ft ce rayon eft rencontré
par quelqu'autre qui en puiffe
augmenter, ou retarder , chanper
le mouvement & la déter84
MERCURE
on ne voit
mination , tout s'accommode , &
fi peu qu'y contribue le temperament
du cerveau , voilà du plaifir
, & voilà la beauté. C'eft
auffi d'où vient que certaines perfonnes
dans lesquelles
ny la jufte proportion des parties,
ny cette delicateffe des traits ne
laiffent pas de plaire , parce qu'il
ne faut que de la douceur dans
les yeux , ou de l'éclat dans le
teint pour raccommoder tout ce
que les autres parties ont de rude
Je veux dire que quelquefois , ce
qui fe trouve d'agréable dans
certaines parties l'emporte fur ce
qu'il y de defagréable ailleurs .
GALANT.
85
Je
veux dire enfin que le mouvement
regle & proportionné
des
rayons envoyez par certaines
parties l'emporte fur le peu d'ordre
qui fe trouve dans les rayons
envoyez par d'autres , comme
un tourbillon en oblige un autre
àfuivre fa determination
.
Une experience vous fera
comprendre tout ce que peuvent
faire des rayons de lumière qui fe
rencontrent . Les couleurs blet
& jaune mêlées enfemble font
Le verd , parce que la determination
la force des rayons
qui partent du corps jaune eftant
changée rallentie par la ren86
MERCURE
contre des rayons qui partent du
corps blen , lefquels fouffient (
auffi quelque changement ) ces
deux fortes de rayons ne peuvent
avoir qu'une nouvelle determination
des globules , que des
nouveaux mouvemens differens
des premiers , ainfi në faire
qu'une
nouvelle
couleur , que
nous appellons
verte.
Ces perfonnes là peuvent donc
eftre appellées Belles , lors qu'en
les voyant on les trouve agreables
, & que l'on reffent du plai
fir ; mais comme le plaifir dépend
du temperament de nos fibres , fi
elles font trop feches ou trop bus
GALANT .
87
mides, trop delicates ou trop groffires
, ces perfonnes ne plaifent
plus . Fe fçay que l'amour
couvre
beaucoup de defaurs , & que les
Amans
trouvent des
agrémens
qui ne furent jamais.
Quel che l'huomo vede ,
amor li fa invifibile,
E
l'invifibile fa veder amore
. Arioft, nel Orland . St.59
mais cela
mefne
montre
qu'il y
a plus de paffion que de raifon ,
& plus
d'imagination que de
realité.
Quoy, me direz- vous , Lucrece
n'a esté chaste , que parce qu'elle.
n'avoit pas dans fon cerveau une
- 88 MERCURE
difpofition à prendre le mefme
plaifir à la veuë de Sextus , qu'
elle prenoit à la veuë de quelques
autres hommes ? Ouy , Monfieur
, c'est là la raison de cette
Epithete figlorieufe qu'on luy donne
, c'est l'origine de fa gloire,&
fi je l'ofe dire , c'est là ſa vertu .
Croiriez- vous que ce n'est que
cette difpofition l'amour de ce
plaifir qui firent qu'Helene fe
laiffa enlever par Paris, & que
toute la Grece s'opiniâtra pendant
dix ans à la ruine du floriffant
Royaume de Priam ? A voftre
a
Voyez le P. lc Moine , & les Penfécs di
veifes de M. Beyle,
GALANT. 89
avis , falloit- il faire tant de
bruit pour une Coquette ? Croiriez
vous auffi que la defcente
dts A glois dans l'Ifle de Ré , il
a longtemps , nefuft que la fuite
d'une intrigue amoureuse d'un
Favory que la
guerre
François dans le Milanez nefuft
qu'un effet du defir qu'avoit l'Amiral
Bonnivet de revoir la Sides
gnora Clericé ? Cependant il n'y
a rien de plus vray , à le prendre
dans la Phifique & dans les Anec
dotes ; & ce n'est pas d'aujourd'huy
que nous voyons de grandes
guerres estre caufées par quelques
rayons de lumiere qui ont
Fevrier
. 1692 . H
90 MERCURE
frapé les yeux d'un General. Au
moins nous a- t- on voulu faire
que guerre de Hongrie croire la
S
de
qui dure encore, n'eftfortie que
L'amour d'un Grand Vifir pour
la Femme du Pacha de Bude,
Fugez, Monfieur , aprés cela,
de ce qu'est la beauté , fi des cou-
Leurs & des figures font un bien
fi folide & fi avantageux , qu'il
merite toute la peine qu'on prend
pour l'acquerir. En verite , fi la
Beauté est maiftreffe de tous ceux
qui l'admirent , elle est fujette à
perdre bien-toft fon credit ; car fi
elle change en elle - mefme , elle
's Cara Mustapha..
GALANT .
91
devient fouvent le rebut de fes
efclaves , fifes Sujets changent
feulement de temperament,
elle fe voit exposée à leur caprice,
& abandonnée de ceux qui la
recherchoient.
la-
Mais enfin , je fçay que
mour l'ambition gouvernent le
monde de concert, & que ces deux
paffions font à l'imagination
, ce
que la volonté & l'entendement
font à l'ame. Toutes chofes iront
toujours dans le monde de la même
maniere ; & fi jay dit au
commencement
que je ne voulois
point eftre un Innovateur , je
clare que je veux eftre encore
de-
Hij
92 MERCURE
moins un Reformateur.Je fuis.
Les paffions violentes font
fujettes à des retours extraordinaires
, & les agitations les
plus fortes fe trouvent fouvent
fuivies d'un calme heureux
qui dure autant que la vie .
Vous le connoiftrez par l'avanture
dont je vais vous faire
part . Un Cavalier que fes belles
qualitez diftinguoient encore
plus que fa naiffance ,
ayant eu accés chez une jolie
Perfonne , fe fit un tel plaifir
de la voir , qu'infenfiblement
fes vifites y devinrent affidues .
P
GALANT.
93
La Belle les receut avec plaifir
, & comme il eftoit pour
elle un party conſiderable au
de là de tout ce qu'elle pouvoit
attendre , elle employa
tous les charmes
le metpour
tre hors d'eftit de luy échaper.
Rien ne manquoit aux
complaifance's flatcules qu'elle
avoit pour luy , & en peu
de temps elle vint à bout de
fe faire aimer éperduëment.
Ainfi l'engagement eftoit pris
avant qu'il cuft eu le temps
de fairer Axion fur les obftacles
qu'il pouvoit y rencontrer.
Aprés qu'il luy cut fait
94 MERCURE
les plus tendres proteftations
de n'eftre jamais qu'à elle , il
commença à defefperer de
voir réuffir les projets de fon
amour. La Belle avoit peu de
bien , & il dépendoit d'un
Pere fort riche , qui ayant
formé un autre deffein , lc
preffoit depuis longtemps de
rendre des foins à une Heritiere
plus laide que belle, mais
qui poffedoit deux Terres
d'un revenu fort confidera
ble. Le Cavalier fe tiroit d'af
faires en difant toujours qu'il
ne vouloit point fe marier ;
mais enfin flaté des obligeans
GALANT.
95
témoignages de tendreffe qu'il
recevoit de la Belle , qui par
toutes fortes de moyens tâchoit
tous les jours à rendre
fon engagement plus fort , il
refolut de n'épargner riem
pour venir à bout de fes def
feins. Malgré l'éloignement,
qu'il ne pouvoit le cacher
que fon Pere auroit pour ce
mariage , il fit agir tous ceux
qui avoient le plus de pouvoir
fur fon efprit, mais leurs
remontrances furent inutiles.
Il blâma l'imprudence de fon
Fils qui s'eftoit abandonné à
la fureur de l'amour , & quel96
MERCURE
que peinture qu'on luy fift
de la violence de fa paffion ,
il la traita de foibleffe , & dit
que c'eftoit un feu qu'il falloit
laiffer amortir
au temps
.
Ce mauvais fuccés mit la
Belle dans un chagrin incroyable.
Elle aimoit le Cavalier
, mais elle s'aimoit |
encore plus que luy , &
l'ambition
cltant fa paffion
dominante
, elle fouffrit avec
un regret qu'on ne sçauroit
exprimer la perte des avantages
qui luy eftoient affurez fi
le Cavalier l'euft épousée . Il
entra fenfiblement
dans le
Jéolaifir
GALANT.
97
déplaifir qu'elle luy en fit pa
roiftre, & le regardant comme
une preuve d'amour plûtoft
que comme l'effet d'une veue
intereffée , il refolut de fe fervir
d'un dernier moyen , dont
le fuccés luy parut cftre infaillible
. Son Pere eftoit un
homme galant, d'une humeur
aifee & agréable . Il avoit toujours
aimé les belles Perfonnes,
pour qui il ne pouvoit
encore s'empêcher d'avoir de
fort grandes complaifances ,
& le Cavalier fe perfuada que
fio fi on pouvoit luy faire voir
fa Maistreffe , fans qu'il la
Février 1692.
I
98 MERCURE
connuft pour ce qu'elle eftoir,
La beauté & fes manieres le
préviendroient affez favora
blementpour l'obliger à changer
de ſentimens , & à conſentit
qu'elle fuft fa Belle-fille .
La chofe fut ménagée avec
tant d'adreffe , que la Belle
fe trouva dans une Maiſon,
où l'on fçavoit qu'il devoit
aller . Il la vit , il l'entretint,
il luy conta même affez de
douceurs ; & lors qu'aprés
qu'elle fut fortie on luy demanda
ce qu'il trouvoit de
cette jolie Perfonne , il répondit
qu'elle avoit des aGALANT.
99 :
grémens qui ne devoient pas
la laiffer manquer d'Adorateurs
. Il demanda à fon tour
qui elle estoit , & on luy fic
croire que c'eftoit une De..
moiſelle de Province venue
à Paris avec fa Mere
pour un procés , qui devoir
bien toft cftre jugé , Peu de
jours aprés, il la retrouva dans
le même licu , & l'ayant
encore entretenuë quelque
temps , il luy dit enfin qu'il
eftoit impoffible de la voir ,
fans s'intereffer à ce qui pouvoit
luy faire plaifir , & que
fi elle avoit befoin de fon
I ij .
100 MERCURE
credit auprés de fes Juges :
il feroit ravy de luy eſtre
bon à quelque chofe . La Belle
luy témoigna beaucoup de
reconnoiffance d'une difpo
fition fi favorable ; & comme
elle avoit fon but , elle
fit valoir tout ce qu'elle avoit
de plus engageant pour .
fe mettre bien dans fon efprit .
Tandis que ces choſes ſe paffoient,
le Cavalier fe vit obligé
de faire un Voyage en une
Ville celebre, éloignée de Paris
d'environ quarante lieuës .
Un de fes Amis particuliers
qui avoit befoin de fon fe
T
GALANT. 101
cours , l'y attendoit pour une
affaire importante qui ne
fe pouvoit terminer fans luy,
Avant que de s'éloigner , il
pria ceux à qui il avoit fait
part de fon fecret , de continuer
leurs foins pour entretenir
fon Pere dans les fen .
timens d'estime qu'il paroiffoit
avoir pour la Belle . Son
Pere qui la trouvoit fort aimable
, la revit encore deux
ou trois fois ; mais enfin il
découvrit qu'on l'avoit trompé
, & que celle qu'on faifoit
paffer pour une Provinciale,
eftoit la Maîtreffe de fon Fils.
1
I iij
102 MERCURE
Cependant la Belle avoit fait
fur fon efprit des impreffions
fi fortes , qu'il garda pour
elle les mefmes honneftetez
qu'il avoit cues jufques - là .
Il luy dit obligeamment
que
faute de la connoiftre il avoit
agy en Pere , mais qu'il
ne pouvoit luy vouloir de
mal de s'eftre fait aimer de
fon Fils ; qu'il eftoit fort naturel
de chercher fes avantages
, & que quelque obſtacle
qu'il cuft paru mettre à fes
efperances , il commençoit à
fentir qu'il n'auroit jamais la
force de fe déclarer fon enGALANT.
* 103
nemy . La Belle luy répon
dit en des termes fi flateurs,
que quand il fallut fe feparer
, il ne la quitta qu'en luy
difant qu'elle auroit bien -toft
de fes nouvelles . Elle cut une
joye fenfible de cette affurance
, & elle écrivit dés le
lendemain au Cavalier le
tour heureux que leur affaire
prenoit. Il fe laiffa flater
agréablement d'un favorable
fuccés , & attendit avec une
extrême impatience quelle
fuite auroit un fi beau commencement
. Son Pere ne fut
pas long- temps à tenir parole.
I
iiij
104 MERCURE
Trois jours luy fuffirent pour
prendre une refolution determinée
, & aprés ce temps
il fe rendit chez la Belle qu'il
pria d'abord de le vouloir é
couterfans l'interrompre . Son
vifage ouvert luy parut d'un
bon augure , & quand elle
luy cut répondu avec la civilité
refpectueufe qu'elle luy
devoit , en le regardant comme
fon Beaupere , il luy dit en
prefence de fa Mere , qui l'avoir
receu auffi -bien qu'elle
avec tous les agrémens qu'il
pouvoit attendre , qu'aprés
s'eftre opposé auffi haure
GALANT. Ics
ment qu'il avoit fait
fait à fo
mariage avec fon Fils , il Cavec
n'eftoit point homme à le
démentir ; qu'il avoit pris un
engagement pour luy que
rien n'eftoit capable de rom-
-pre, & qu'elle perdroit fon
temps fi elle vouloit le détourner
de ce qu'il avoit refolu
fur cet article ; mais que
pour reparer fon injuſtice ,
s'il eftoit vray qu'il en fift
quelqu'une à fon égard , il
s'offroit à l'époufer en la place
de fon Fils , avec tous les avantages
qu'une perfonne auffi
jeune qu'elle pouvoit atten
106 MERCURE
dre d'un homme , qui avoit
prefque paffé toutes les belles
années ; qu'il la laifferoit maî
treffe des conditions qu'elle
voudroit que l'on employalt
dans le Contrat , & qu'il l'affuroit
de toutes les complaifances
qui pourroient contribuer
à la rendre heureufe.
La Belle voulut luy faire entendre
combien fon Fils auroit
lieu de fe plaindre d'elle,
fi elle manquait de fidelité
pour luy ; mais il luy ferma
la bouche en luy difant d'un
ton abfolu , que c'eftoit à elle
à voir fi le party la pouvoir
GALANT. 107
accommoder , puis que toutes
les raifons dont on pourroit
fe fervir n'apporteroient
aucun changement dans la
propofition qu'il luy avoit faite
, & qu'afin qu'elle cuft le
temps de tenir confeil avec
fa Mere , il confentoit à n'avoir
réponse que le lendemain
. Il fortit dans ce moment
fans rien dire davantage
, fi ce n'eft qu'il les pria
de luy garder le fecret , quelque
refolution qu'elles puffent
prendre. La Belle fut fort
chagrine de voir la chofe
tourner
autrement qu'elle
108 MERCURE
n'avoit crû. Cependant com
me la tendreffe ne lemportoit
pas fur l'ambition , &
qu'un établiffement avantageux
luy tenoit plus au coeur
que l'amour , elle fuivit les
fentimens de fa Mere , qui
luy confeilla d'accepter l'offre
qui luy eftoit faite . Le
Pere du Cavalier paroiffoit à
peine avoir cinquante ans.
Il eftoit de bonne humeur ,
avoit l'efprit agréable , &
bien d'autres qu'elle fe fe.
roient fait honneur du nom
de fa Femme. L'engagement
qu'elle avoit avec le
GALANT. 109
Fils luy faifoit fentir quelque
remords. La violence de fa
paffion , dont' mille marques
luy estoient toujours prefentes
, luy peignoit l'abîme du
déplaifir où l'alloit plonger
fon changement ; mais il s'agiffoit
de fa fortune , & le
Pere eftant revenu le lendemain
, & voulant avoir unc
réponſe precife , tous les détours
eftoient inutiles , il falloit
parler ouvertement Ainfi
preffée par fon intereft , qui
avoit toujours reglé les mouvemens
de fon coeur , mal-·
gré les reproches qu'elle s'en
110 MERCURE
faifoit au fond de l'ame , elfe
confentit à l'époufer . Il ne
voulut point perdre de temps .
La Mere envoya fur l'heure
chercher fon Notaire , &
l'on dreffa les articles. Tout
ce qu'elle demanda d'avanta
geux pour fa Fille luy fut ace
cordé , & trois jours aprés le
mariage fe fir. Quel coup de
foudre pour le Cavalier quand
on luy fit part de cette nouvelle
! Il ne put croire les premiers
avis qu'on luy en donna
, mais enfin les Lettres reiterées
, & plus que tout le filence
de la Belle , le convainGALANT.
III
quirent de fon infidelité . Il
entra contre elle dans des
tranfports de colere proportionnez
à l'amour qu'il avoit
cu, & fa perfidie luy fut d'autant
plus infupportable
, que
s'il vouloit s'en faire raifon ,
il fe trouvoit arresté par le
reſpect qu'il devoit à ſon trop
heureux Rival . Il ne pouvois
voir fon Ennemy fans y rencontrer
fon Pere , & cette
cruelle circonftance contraignant
fon defeſpoir , en portoit
la violence jufqu'à un:
excés qui ne peut s'imaginer
.
Il réfolut de ne voir jamais
112 MERCURE
ny l'un ny l'autte , puis que
les liens du fang luy défendoient
la vangeance qui l'auroit
pû foulager , & le feul
party qu'il vit à prendre , fut
d'aller en Italie , attendre, ou
que le fecours du temps le
rendift capable de ſe moderer,
ou que la mort de fon Pere le
mift en pouvoir de perfecu
ter fon Ennemic. Il fe livroit.
cependant pour elle à toute,
l'horreur que fa trahison luy
devoit donner ; mais c'estoit
toujours entretenir fon Image
dans fon coeur , & le fou-.
venir d'une perfide . Combien
GALANT. 113
de reflexions fit- il fur la foibleffe
de l'homme, qui aime à
fe dépouiller de la raifon pour
s'abandonner à fes paffions?
Cc que fouffrit fon efprit par
les continuelles agitations qu'
il ſe donna , pafla jufqu'au
corps , & ne pouvant for tenir
fes déplaifits , il fut enfin attaqué
d'une fiévre continue
avec des redoublemens , qui
en peu de jours firent prefque
defefperer de fa vie . Les Medecins
ne luy déguiferent
point qu'il devoit fonger
luy,& on fir en mefme temp
donner avis à fon Pere
Fevrier 1692 . K
114 MERCURE
l'extremité ou il eftoit . Le
Cavalier ne s'étonna point.
Les reflexions qu'il avoit faites
fur le peu de folidité des
chofes qui nous flatent davantage
, avoient fibien commencé
à le détacher du monde,
qu'envifageant la mort comme
devant eftre la fin de fes
peines , il s'y prépara avec
une refignation & une vertu
toute Chreftienne . Pendant
qu'il eftoit dans ces heureufes
difpofitions , fon Pere arriva
fort affligé de la nouvelle qu'il
avoit receuë , & d'autant plus
alarmé de fa maladie , qu'il ne
I
GALANT. 115
doutoit point qu'il n'en fuft
la caufe , par l'injuftice qu'il
luy avoit faite en épouſant la
Maiftreffe . Il n'avoit que luy
d'Enfans, & fa perte renverfoit
les grands deffeins qu'il avoit
formez pour fon établiffement.
Comme on fçavoir
que fon mariage avoit mis le
Cavalier dans le dangereux
eftat où il eftoit , il fut jugé
à propos de le difpofer à fouffrir
fa veuë , afin d'empêcher
le trop d'agitation que luy
pourroit caufer la furpriſe . Il
en témoigna beaucoup de
l'arrivée de fon Pere , & dit
Kij
116 MERCURE
A
A
en pouffant un long foupir;
qu'il s'eftoit flaté qu'on de
laifleroit mourir tranquillement
. Cependant il ne mon
tra point de repugnance à le
voir , & lors qu'il fut auprés
de fon lit , il le remercia en
pea de paroles des dernieres
marques qu'il luy donnoit de
fon amitié . Son pous qui's'émut
en luy parlant , luy fit
impofer filence , & on connut
malgré luy , que quoy qu'il ne
s'échapaft à aucune plainte ,
fa prefence ne laiffoit pas de
l'embaraffer . Cette émotion
parut encore plus forte les
1
GALANT. 117
deux jours fuivans , & les Mcadecins
qui s'en apperceurent
,
prierent fon Pere de s'abstenir
d'entrer dans fa chambre , s'il
vouloit que leurs remedes
fulent employez avec ſuccés .
Hly confentit , quoy qu'avec
regret , & le Malade eftant
demeuré tranquille , donna
infenfiblement
de fort grandes
efperances de la guerilon .
Son Pere ne voulut point par
tir qu'il n'en cuft la certitude
, & la crainte de l'expofer
au peril de la recheute , luy
fic gagner fur luy mefme de
s'éloigner fans luy dire adicu .
118 MERCURE
Le Cavalier fe trouva enfin
fans fiévre , & par le moyen
d'un bon regime, il recouvra
fes premieres forces ; mais
heureuſement pour luy , il ne
reprit point fes paffions. La
certitude où il s'eftoit vû
longtemps de mourir , & les
longues meditations qu'il avoit
faites dans tout le cours
de fa maladie , fur le peu d'attachement
que l'on doitavoir
aux chofes du monde , l'avoient
obligé à fe donner
tout à Dieu , & ce futun don
qu'il crut devoir eftre irrevocable.
Il avoit appris qu'à diz
4
GALANT. 119
lieues de la Ville où il eftoir,
il y avoit un Monaftere de
Religieux dans un endroit
extrêmement folitaire. Il eut
envie de les voir, & alla paſſer
huit ou dix jours avec eux
pour s'inftruire de leur regle,
& voir fi l'aufterité ne l'en
dégoufteroit pas . Les infpirations
qu'il receut dans cette
retraite le confirmerent dans
la refolution de quitter le
monde , & à peine fut-il de
retour de ce voyage , dont il
ne voulut rien dire à perfonne
, qu'il écrivit à fon Pere
qu'il le prefentoit pour luy
120 MERCURE
un party avantageux qui luy
plaifoit fort, pourvû qu'il cuft
fon confentement . Son Perc
ravy d'avoir une occafion de
reparer les fujets de plainte
que fon mariage luy avoit
donnez , luy répondit auffitoft
qu'il le laiffoit maiftre de
fes inclinations , & ne doutant
point que par ce mot de party
il ne deuft entendre une
Maiftreffe, il l'affura que quelque
perfonne qu'il " choifiſt
pour l'époufer, elle luy feroit
fort agréable. En mefme
temps il luy fit toucher mille
piftoles , afin que s'il avoit
quelques
GALANT. 121
quelques preſens à luy fire ,
il cuft dequoy y fournir. Lors
qu'il eut receu cette réponſe,
il paſſa encore un mois dans
le mefme lieu , faifant entendre
à tous fes Amis qu'il avoit
quelque deffein de faire un
voyage en Italie . Aprés cela
il difparut tout à coup , &
alla fort en fecret s'enfermer
dans fon Convent , où il fut .
trois mois au Noviciat avant .
que de recevoir l'habit . Cependant
fon Pere furpris de
ne point avoir de les nouvelles
, aprés luy avoir écrit inutilement
trois ou quatre fois,
Fevrier 1692 L
122 MERCURE
s'adreſſa à ſes Amis pour tâcher
d'apprendre ce qu'il
pouvoit estre devenu . Ils luy
manderent qu'il y avoit trois
ou quatre mois qu'il eftoit
party fans leur avoir dit adieu ,
& que
felon ce qu'on luy avoit
fouvent entendu dire , ils
croyoient qu'il fuft à Rome .
Il y fit écrire , ainſi qu'à Ve-
Ily
nife & en plufieurs autres
lieux , & quelques recherches
qu'il fift faire, il n'en put rien
découvrir. L'inquietude qu'il
prit d'un fi long filence le mit
dans un chagrin extraordi
maire , & ce n'eftoit pas le
4
i b
GALANT. 123
feul qu'il avoit. Il eftoit puny
cruellement de luy avoir ofté
fa Maiftreffe. Cette perfonne
qui luy avoit paru toute aimable
, n'avoit pas efté fi-toft
ſa Femine , qu'abuſant de ſa
foibleffe , & du trop d'empire
qne fon amour luy laiffa
d'abord prendre fur luy , elle
fe mit de tous les plaifirs fans
aucune complaifance en ce
qui pouvoit le fatisfaire. C'étoit
tous les jours des parties
nouvelles . La promenade , le
Jeu , le Bal , l'Opera , la Comedie
, pouvoient à peine fuffire
à fes divertiffemens . Elle
T
Lij
124 MERCURE
devint Coquette à outrance ,
& n'ayantjamais aimé qu'elle ,
elle ne fongea qu'à fe contenter
, & ne put s'affujettir à
aucun de fes devoirs. Cette
conduite que rien ne put reformer
, mettoit le poignard
dans le coeur de fon Mary, qui
n'ofant fe plaindre aprés ce
qu'il avoit fait , de
peur dc
s'expofer à la raillerie , eftoit
obligé de renfermer fa douleur.
Il auroit fenti ce malheur
moins vivement , fi fon
Fils luy cuft donné une Belle-
Fille , comme il s'en eftoit
Aatté ; mais loin de luy voir
GALANT. 125
conclure ce pretendu mariage
, il avoit même fujet de
douter qu'il fuft vivant . Il fe
paffa plus de quinze mois fans
qu'il puft fortir de cette cruelle
incertitude , & enfin par
une rencontre fort inopinée ,
il fut informé du party qu'il
avoit pris. Il fe rendit auffi .
toft à fa Solitude , où il arriva
lors qu'il eftoit preft à faire
fes Voeux. Il n'eft rien qu'il
n'employaſt pour l'en détcurner.
Aprés luy avoir exageré
le defefpoir où il l'alloit mettre
, s'il perfiftoit dans fa
refolution , il luy offrit de
a
Liij
126 MERCURE
fe dépouiller dés lors de
tour ce qu'il pouvoit pretendre
en fon bien , dont il devoit
avoir une partie tres - confilerable
, quand même il
naiftroit d'autres enfans de
fon fecond Mariage , mais
il parla fans rien obtenir .
Son Fils demeura inébranla
ble , & les attraits de la Grace
furent fi puiffans , qu'il ne
voulut point changer le calme
dont il joüiffoit depuis
plus d'un an , pour les tumulte
du monde , où l'on effayoit
de le rembarquer . Ainfi ce
malheureux Pere cut le déGALANT
127
•
plaifir de n'eftre venu en ce
licu-là , que pour affifter aux
ceremonies qui accompagnerent
fa Profeffion . Il la fit
avec une joye inconcevable ,
& fon Pere s'en retourna penetré
de déplaifir d'avoir à
vivre avec une Femme qui
luy caufoit tous les jours mille
chagrins,fans que la raifon luy
pult faire ouvrir les yeux fur
fon devoir.
La Lettre en Vers que vous
allez lire , eft de l'illuftre
Madame des Houlieres . Que
pourrois-je vous dire de plus
Li
128 MERCURE
pour vous préparer à une le
cture tres- agreable ?
2252 25525 25525225
A MADAME D'USSE',
Fille de M de Vauban.
Q
Velqu'un qui n'eft pas
voftre Epoux,
Et pour qui cependant , foit dit fans
vous déplaire ,
Vous fentez quelque chofe & de vif
& de doux,
Me difoit l'autre jour de prendre un
ton fevere
Pour.... Mais dans vos beaux yeux
je voy
de la colere.
Loin de gronder , appaiſez-vous ;
GALANT: 129
Ce quelqu'un n'eft , Iris , que vostre
illuftre Pere.
2
Elle papillonne toujours ,
Me difoit ce grand homme , & rien
ne la corrige.
En attendant qu'un jour la raison la
dirige,
Elle auroit grand befoin de quelque
autre fecours.
Employez tous les traits que fournit
la Satyre
Contre une activité,qui du matin an
Soir
La fait courir , fauter & rire.
Affez imprudemment je luy promis
d'écrire ;
Car quelle raison peut valoir
Contre un leger defaut que la jeuneſſe
donne,
Et que je ne connois perſonne
130 MERCURE
Qui ne vouluft encore avoir.
S
Avecque quatorze ans écrits fur le
vifage ,
Il vous froit beau voir prendre un
air ferieux.
Ne renversez point l'ordre étably
par l'ufage.
Hé , que peut on faire de mieux
Que de folaftrer à vostre âge?.
Vous avez devant vous dix ans de
badinage.
Qu'il ne s'y mêle point de momens
ennuyeux.
Qu'entre lesfeux , les Ris , s'écoule
& fe partage
Un tempsfi beau ,ſi precieux.
Vous n'en aurez que trop , helas
pour eftre fage.
Tout bien confideré,qu'est- ce que goste
en vous
GALANT. 121
L'activité qu'on vous reproche ?
Voftre efprit n'en eft pas moins
doux.
Vos yeux n'en bleffent pas, de moins
dangereux coups ,
L'Infenfible qui vous approche.
Yous mene-t-elle à gauche , ou plus
loin qu'il ne faut ?
Non , Iris, & plus je raisonne,
Moins je trouve qu'un tel defaut
Ofte les agrémens que la nature donne.
$
Par exemple , voicy des faits
Affez connus pour qu'on s'yfonde.
Les Zephirs , les Ruiſſeaux ne s'ar
reflent jamais.
Par leur activité perdent-ils leurs
attraits ?
Contre elle eft - il quelqu'un qui
gronde,
Et voit on qu'on trouve mauvais
132 MERCURE
Que ue ce Dieu, que déja vous fourni
fez de traits ,
Aille fans ceffe par le monde
Troubler des coeurs l'heureuse paix?
2
Mais fans chercher fi loin , & fans
tant de miftere ,
Quels exemples d'activité
Ne rencontrez- vous point dans veftre
illuftre Pere ?
Il luy fied bien, en verité,
De me propofer de vous faire
Des leçons de tranquillité ,
Luy , qui foit en paix , foit es
guerre ,
Goûte moins le repos que ne font les
Lutins;
Luy , qui prefque femblable à ces fiers
Paladins
Qui parcouroient toute la terre,
Enleve à des Geans envieux & mua
tins ,
1
1
1
GALANT. 133:
Non de libertines Infantes ,
Mais en chemin faifunt des Places
importantes,
Qui de l'heureufe France affurentles
deftins.
Que fur fes procedez , Iris , il refle
chiffe ,
Es qu'il nous dife un peu , s'il croit
qu'ilfoit permis
De confiderer comme un vice
Ce courage agissant qu'en luy le Ciel
a mis.
Si quelqu'un peut s'en plaindre avee
quelque juftice ,
Ce nefont que nos Ennemis
$
Comme la bonne foy dans mes dif
cours éclate,
Fe ne vous diffimule pas
Qu'en fuivant mes confeils on peut
faire un faux pas ,
134
MERCURE
Et que l'affaire
eft delicate
.
Ils font bons cependant
; mais ,jeune
& belle Iris ,
Il ne faut point que je me flute,
Le temps diminuera
leur prix.
Ainfi quand vous voudrez faivre ce
que j'écris ,
Regardez
en toujours
la date.
·
De Paris , la veille des Rois ,
L'an mil fix cens quatre - vingt
douze,
Temps
, où par de feveres
loixe
LEglife
défend
qu'on épouse .
Il fuffifoit
dans
les Siecles
paffez
d'eftre
affidu
à la
Cour, & de s'attirer
fouvent
les regards
du Prince
pour
cftre
affuré
de parvenir
à
une haute
fortune
, ce qui
GALANT. 135
fit dire autrefois à un vieux
& hab le Courtisan , que fix
`mois d'intrigue de Cabinet valoient
mieux que dix années de
fervice. Ce n'eft plus aujourd'huy
la même chofe , & les
fervices font
recompenfez
fans que ceux qui fe diftinguent
par ces endroits , foient
obligez de donner aux Sollicitations
le temps qu'ils peuvent
employer plus utilement.
Qoy que M' le Marquis de
Boufflers
ait peu paru à la
Cour , fes fervices n'ont ps
laiffé de recevoir toujours le
prix qui leur eſtoit dû . Il fut
P
126 MERCURE
fait Colonel General des Dra
gons en 1678. Lieutenant General
des Armées du Roy en
1683. Gouverneur General de
la Lorraine & deLuxembourg
en 1687. l'eſtant déja de la
Ville une année auparavant
.
Il a commandé divers Corps
d'Amée , & ce fut luy qui en
1688. mit une partie du Palatinat
fous l'ob.illance de Sa
Majesté. Jamais Capitaine n'a
eu plus de vigilance , & plus
d'application à fon métier ,
& l'on peut dire qu'en s'y
donnant tour entier, il Y employe
les jours & les nuits.
GALANT. 137-
Comme on ne peut trop veiller
fur un Corps qui a l'honneur
de fervir en partie à la
garde du Roy , Sa Majeſté l'a
nommé Colonel du Regiment
de fes Gardes Françoiles,
pour remplir la place de feu
Mr le Duc de la Feuillade ,
& lors qu'Elle le prefenta aux
Officiers de ce Corps , M' de
Creil qui en eft un des plus
anciens Capitaines , dit à Sa
Majesté , que fi le Corps avoit file
ofé , il l'auroit remerciée du choix
qu'il luy avoit plû de faire.
J'oubliois à vous dire , que
M' de Boufflers ayant cfté
Fevrier 1692.
M
138 MERCURE
T
nommé Chevalier des Ordres
du Roy dans la derniere Promotion
, Sa Majesté luy donna
le jour de la Purification
la Croix de l'Ordre avec Hes
ceremonies accoûtumées. Ce
Marquis n'ayant demeuréque
quelques jours à la Cour , cft
retourné au fervice avec l'empreffement
d'un homme qui
fe trouve hors de fa fituation
ordinaire lors qu'il n'agit pas.
M' de Froulay Comte de
Teffé , Lieutenant General du
Maine , Perche & Laval &
Mestre de Camp General des
Dragons , a cu la Charge de
GALANT. 139
Colonel General des Dragons
que poffedoit M' de Boufers.
Comme il a fouvent fait dés
actions d'éclat & de valeur ,
dont je vous ay donné pluficur
détails , je ne vous entretiendrai
pas davantage aujour
d'huy d'un homme dont la
bravoure eft connue par tout.
up Mr le Comte de Mailly ,
bon Officier, aimant fon métier
, diftingué par une illuftre
Naiffance , & par beaucoup
de fageffe , & qui a l'honneur
d'eftre l'un des Menins de
Monfeigneur , a esté fait
Meftre de Camp General des
Mij
140 MERCURE
où
Dragons . Il avoit perdu M
le Marquis de Nefle fon frere
au Siege de Philifbourg ,
il eft mort de fes bleffures.
Ainfi il eftoit jufte de mettre
des honneuts & des recompenfes
dans une Famille, qui
a verfé fon fang pour la gloi
re de l'Etat .
b
Le Roy a nommé M l'Ab
bé d'Eftrade , Fils du Marechal
de ce nom , fon Ambaffa
deur à la Cour de Portugal
,
à la place de M' le Vidame
d'Eneval
. Cct Abbé ayant
beaucoup d'efprit , de vivacité
& de lumieres , & s'eftant
GALANT. 141
tres-bien acquité de fon Ambaſſade
de Venife , il y a fujet
de croire que les Cours de
France & de Portugal en feront
très-fatisfaites , & qu'il
imitera M le Marechal d'E
ftrade fon pere , qui s'eft acquis
beaucoup de reputation
dans fes Ambaffades d'Angleterre
& de Hollande . Ce Marechal
eftoit Maire perpetuel
de Bordeaux , Gouverneur de
Dunkerque , & Vice-roy de
PAmerique.
10 Vous aurez fans doute entendu
parler de la mort d'un
vicil Hermite , qui depuis
142 MERCURE
long- temps s'eftoit rétiré auprés
de Tours , où il vivoit
dans un Hermitage avec quel
ques autres Freres , qui fembloient
s'eftre mis fous fa conduite
. Il est mort fur la fin du
dernier mois , âgé de plus
de quatre - vingt ans , & ce
qui vous furprendra , c'cft que
routes fes manieres faifant af
fez voir que fa naiffance n'étoir
pas commune , quoy qu'-
on ait pu faire pour fçavoir
qui il eftoit , on n'a jamais pû
en venir à bout. Je vous en .
"
voye une Lettre que M l'Ab
bé d'Anieres a écrite là-deffus.
1
1
GALANT. · 143
Je croy qu'on n'en fçaura rien
de plus pofitifque ce que vous
y lirez , à moins que ce bon
Hermite n'ait revelé fon fccret
à d'autres perfonnes qui
ne fe croiront plus obligées
de le garder.
$22552553555222 :22
A MADAME
LA DUCHESSE
DE LA MEILLER AYE ..
JA
que
Ay appris , Madame ,
vous fouhaittiez fçavoir la
naiffance du bon Pere Jean ,
144 MERCURE
1
Hermite que vous aviez
donné ordre à voftre Gouverneur
de Montreüi'- Belay, de venir mè
demander ce que j'en pouvoisfçavoir.
Vous n'eftespas lafeule , Ma
dame , qui ayez eu cette curiofité.
Le Roy a voulu auſſi en estre
informé. Il y a quatre ans que
Mr deChaßteau-neufme fit l'honneur
de m'écrire deux fois fur ce
fujet ; mais comme je n'ay jamais
pú en rienfçavoir de certain , il
m'a auffi efté impoffible d'en rien
dire qui puft fatisfaire Sa Majefté.
N'attendez donc rien de
moy, Madame , qui puiffe vous
éclaircir. Ce bon Vieillard ne s'eft
point
GALANT. 145
point caché dansfa retraite , parce
qu'il fe tenoit feur que perfonne
ne découvriroit au vray qui il
eftoit. Ily a tout lieu de croire
que c'eftoit un homme de Qualité.
Il en avoit l'air , les geftes , le
vifage, l'humeur & le coeur , &
fes manieres d'agir avoient je ne
Ssay quoy de grand,qui le faifoit
honorer & aimer de tout le monde.
Je confiderois ce bon Hermite
comme une Enigme, puis qu'au
milieu de fa pauvreté , de fa
fimplicité de fon defintereffement
, on y remarquoit de la
grandeur & de la majeſté, accompagnées
d'une prévoyance ex-
Fevrier 1692. N
2
146 MERCURE
traordinaire ; car bien qu'il ne
poffedaft rien , que mesme il
ne demandaft rien à perſonne
il avoit toûjours de quoy fournir
aux neceffitez de fes Freres ,
& de quoy affifter les Pauvres, عوم
Vous fçavez Madame , qu'on
le faifoit paẞer pour un Fils de
Henry IV. parce qu'il luy ref
fembloit entierement. L'ayant
un jour preffé là- deffus , il me dit,
que cela pouvoit eftre vrays
mais qu'il ne l'affuroit pas ;
que neanmoins il eftoit legiti
me.Voilà encore une Enigme que ™
je n'ay jamais pû expliquer , non
plus que celle- cy ; J'ay unc Me-
2
GALANT. 147
re, mais je n'ay point de Pere.
Vous tirerez , Madame , telle
confequence qu'il vous plaira de
ce qu'il a bien voulu me dire ...
mais je ne crois pas que vous en
tiriez aucune qui puiffe vous fatisfame.
Ce S. Vieillard eftmort
comme il a vécu ; c'est à dire
dans un grand amour pour la reles
traite & pour pauvres
car
moy estant prefent
, il ordonna
à
un de fes Freres de mettre fous
fa tefte le Livre des Vies des Peres
du Defert, en difant; je veux
mourir
dans les fontimens
de
ces Peres , & il eut ce Livre
fous fa tefte jufqu'au
jour qu'il
Nis
1
148 MERCURE
1
mourut. Pour ce qui eft des Paus
vres , il diftribua & fu diftribuer
par fes Freres à ceux du voifinage
prefque tout ce qu'il y avoir ·
d'argent dans l'Hermitage
, &
en mourant il me témoigna avoir
de la douleur de ce quefa langue,
qui eftoit devenue fort groffe ,
l'empêchoir
de parler , parce qu'il
euft bien voulu me dire quelque
chofe. Il ne put rien prononcer de
plus ; de forte que je n'ay rien
fçeu de particulier
touchant fa
Famille & fa Naiffance,
*
Si vous avez trouvé
de
l'invention
& de l'efprit aux
GALANT. 149
galanteries dont je vous ay
donné la defcription dans
ma Lettre du mois paffé , &
qui ont efté faites par trois
diverfes perfonnes , vous en
trouverez beaucoup dans cel-
Je que je vous envoye . Elle
part du genie d'un Cavalier
Angevin , dont je vous ay
déja fait voir quelques Enigmes
, & qui ayant les manicres
toutes galantes , ne peut
manquer de réuffir, lors qu'il
s'agit de galanteries de la nature
de celles dont je vous ay
déja entretenue . Il cherchoit
à faire un prefent à une De-
Niij
150 MERCURE
moifelle âgée feulement de
quatorze ans , avec laquelle
il jouoit quelquefois au corbillon
, & vouloit que ce
prefent luy donnaft lieu de
luy faire une declaration d'amour
en badinant ; cat vous
fçavez que quand on a de
l'efprits on trouve des manieres
de tout dire fans qu'u
ne Belle s'en puiffe offenferiny
qu'elles engagent le Cavalier
qu'autant qu'il plaift à fon
coeur de continuer en veritable
Amant , la galanterie qu'il a
commencée en galant homme.
Les envois dont je vous
GALANT. 15I
parlay la derniere fois , furent
faits dans le temps des Etrenes
, & le prefent dont vous
allez voir la defcription , a
efté fait dans les premiers
jours de la Foire S. Germain .
Le Cavalier envoya une Corbeille
fort proprement
travaillée
, & fort richement
Couverte , & feparée en neuf
petits compartimens, un dans
le milieu , & huit alentour.
Celuy du milieu eftoit doublé
d. blanc , & plein à demy de
petits coeurs de fucre fous
cc mot , Cordialité ; fur quoy
on voyoit un coeur de cire
“ ን
Niiij
12 MERCURE
pendant à un gros noeud gris
delin qui en fortoir. Un cofté
de ce coeur eftoit couleur de
feu portant fur fon milieu
une bougie blanche allumée,
P
& ces mots écrits en lettres
d'or , Je brûleray jusqu'à ma
fin . L'autre cofté du coeur é
toit bleu- mourant , chargé de
chaînes negligemment étendues
, qui fe perdoient avec
certe Devife Itálienne , Porto
dell' amore i colori le catene
& le coeur eftoit embraffé
d'un petit papier qui conte
noit ces quatre Vers.
Pour rendre hommage à vos s
appas ,
GALANT K3
Fervous prefente un coeur fouple
shcomme la cire ,
Toujours... mais je me tais , car
aje crains d'en trop dire
Phenice , fans parler ne m'en.
- tendez- vous pas ?
L'un des quatre petits compartimens
qui faifoient la
croix , eftoit doublé de cou- x
leur de feu & remply de
pâres rouges , avec ce motsh
Ardeur.L'autre doublé de vert,
& plein de confitures vertes,
eftoit fous le mot , Efperance.
Le troifiéme eftoit doublé
d'Aurore avec des pâtes jaunes
, & le mot , Jeuneſſe ; &
154 MERCURE
des
le
quatriéme bleu , avec de
pâtes de même , avoit , Innocence.
Les quatre autres qui
faifoient les coins felon leurs
differentes couleurs , avoient
chacunun de ces quatre mots ,
Difcretion
paffion, douceur, fidelité
, &
eftoient
garnis de
differentes
efpeces de
dragées,
& lardez de fioles
d'eflence
de Bergamotte
, d'Orange
, de
Cafie , de Tubereufe , de Fafmin
c. Enfin , cette Corbeille
fut portée avec quatre rubans
feu & or, qui partant des
tre coftez , s'uniffoient
à la
hauteur
d'un bufc , & for
qua
GALANT 155
moient un noeud , dans lequel
le Cavalier avoir lacé cet envoy
, qui vous fera voir l'ex-
* trême jeuneffe de la Demoi.
felle , par rapport à fon jeu
favory.
Je vous donne le Corbillon.
Si vous demandiez
qu'y met- on ?
Je vous repons , jeune Phenice,
Que c'eft le coeur de B .....
Rien ne paroift fi fimple
que ces fortes d'envois , & ccpendant
rien n'eft fi difficile
à faire d'une maniere galante
& naturelle . Ils ne doivent
la vas
point eſtre estimez par
156 MERCURE
leur des chofes que l'on envoye
, tout leur prix confiftant
dans l'invention , &
le badinage qui font eftimer
les prefens qui coûtent peu , &
font caufe qu'on en parle
comme s'ils eftoient de con,
fequence .
Je vous envoye une Fable ,
dont l'original eft Latin . La
traduction en a efté faite par
M' de Saint - Ouen de Caën ,
& il l'a adreffée au Pere Bouhours
Jefuire , quia tant contribué
à la pureté de noftre
Langue , par les excellens Ouvrages
qu'il nous a donnez .
GALANT.
157
225552225 25222525
LE CYGNE
E T
LES OYSONS.
Bom
FABLE.
OVHOVRS, pour quelque
temps abftenez- vous d'écrire,
Aprés,vous reprendrez vos Ouvrages
pieux.
Daignez icy jetter les yeux,
Au premier jour de l'an je veux
vous faire rire.
&
Le Cayftre à regret nourrit parmy les
joncs ·
158 MERCURE
Je ne fay quelgenre d'Oifons
Foible , mais infolent , babillard , lache
, immonde ,
Et dont les efforts impuiſſans
Tâchent de nuire aux Cygnes innocens
Qu'éleve avec plaisir ce Fleuve dans
fon onde.
Une vaine émulation
leur cry
Leur donne cctie averfion.
La laideur de leur corps
defagréable
Releve les beautez & la voix admiz
rable
De's Cygnes , dont le chant picin de
mille douceurs ,
Se pourroit égaler à celuy des neuf
Soeurs.
2
Un des plus beaux s'atjira leur
colere
GALANT.
159
Par fes accens harmonieux ,
Son chant , dont il fçavoit charmer
le coeur des Dieux,
Trouva fi bien l'art de leur plaire,
Qu'ils l'eftimoient mille fois
•
mieux,
Que le Cygne qu'on voit reluire
Auprés de la celefte Lyre ,
Qu'aprés la mort d'Orphée on plaça
dans les Cieux,
S
Voilà juftement l'origine
De la haine, des cris , de la fotte
fierté
De cette cohorte mutine ,
Que jufqu'icy rien n'a dompté.
Mais le Cygne les voit avec indiffe
rence ,
Et croit qu'il luy feroit également
honteux
De leur ceder ou de triompher d'eux.
160 MERCURE
Enfin pour en tirer une noble van
geance ,
Ilfe munit de patience.
Ceux-cy virent bien - toft qu'en umh
jufte Combat
Ils n'en pouvoient
ternirl'éclat,
Et que fon chant méprifoit leurmalice.
Voicy pour s'en vanger quelfut leur
artifice.
2
Ce Fleuve en un endroit avare de
fes eaux,
Ne laiffe u'un amas de fange,
Qui des glayeuls& des rofeaux
Fair un fale & bourbeux mélan
ge.
1
C'est là que la Troupe d'oifons
S'abbat fe romene , s'arrefte ,
Et s'armant comme Champions ,
Se veautre les pieds &la iefte. J
GALANT. 161
S
Pendant ce terrible appareil,
Noftre Cygne qu'on voit rarement
fans rien faire,
Qui venoit de chanter plus qu'à
fon ordinaire ,
Goûtoit un paisibleſommeil,
Lors qu'inopinément cette Ligue
cruelle
Attaque fa blancheur qui faifoit hon .
te aux Lis ,.
Et du limon dont ils fe fontfalis
Prend plaifir àfouiller fa beauté naturelle.
Aprés cette expedition ,
Cette Troupe plus animée,
Chez les autres oifeaux va fans
difcretion
Publier que la Renommée
Vante fans raifon la blancheur
Fevrier 1692.
62CURE
Du Cygne , qui n'eft plus qu'unſpectacle
d'horreur. Rastoja
&
2374
Chacun pour en ferir la gloire,
Seme diverfement des bruits calomnieux
;
Mais ceux dont l'imposture eft plus
fine & plus noire,
Plaignent d'un ton maliceux.
Ce qu'en le voyant meſme on aurait
peine à croire.
S
Les autres dont le naturel ,
Eft plus fauvage &plus cruel,
Le condamnent
parfon filence,
Difent qu'il n'ofe plus nager en plei
nes eaux ,
Et que fes Compagnons, pour comble
de fes maux,
Ne voulant plusfouffrir defa pres
fence
GALANT. 163
~** De honte il recourt à l'abſence.
Ils ajoûtent encor que de
de leurs pro- .
pres yeux
Ils l'ont pu s'enfuir du rivage ,
Et que pour s'en éclaircir mieux
Ceux qui ne voudront pas croire leur
cula témoignage
Viennent eux-mefmesfur les lieux.
$
Pour venir enfin à la preuve
De ce qu'à peine on pouvoit concevoir,
Tous les Oifeaux voulurent voir ,
Et vinrent à l'envy fur le bord de
ce fleuve.
Apeine le Soleilfortoit du fein des
eaux,
Qu'on voit bien- toft fur le rivage
Un nombre innombrable d'oi
feauxy
O ij
164 MERCURE
Differens de couleur autant que de
ramage.
Le Coucou fort de fes antiques
bois ,
Et la Colombe curieufe
Depêche le Hibou , qui fous les mêmes
toits
Mene une vie & molle & paresseuse .
Enfin mille Oiseaux malheureux ,
Dont la fombre & foible paupiere
Ne peutSupporter la lumiere,
Quittent leur Séjour tenebreux.
La Pie & le Corbeau , l'Hirondelle
volage
Viennent accompagnez des farouches
Ramiers
Fant ceux qui font patus , que d'autres
dont les pieds
Ne font couverts d'aucun plumage.
Entre tant d'Oiseaux fi divers
GALANTM 165
La Corneille au coû blanc parut la
plus ardente
A faire entendre dans les airs
Les tons aigus dela voix croaſſante.
2
Aprés s'eftre tous affemblez ,
Le Cygne qui fendoit Bonde à fon
ordinaire
Sous une couleur étrangere,,
Fut reconnu de loin à fes chants re-
Dial doublez.
L'attente impofoit le filence ,
cet
Lors que ce beau Chantre s'avance,
Et qu'à fes airs melodieux
Cette Troupe répond par des cris envieux.
Fugez quelle fut fa furpriſe,
Quandfur luyfeul , il voit de ton
tes parts
Qu'on jette d'avides regards ,
166 MERCURE
Qui femblaient contre luy marquer
quelque entreprise.
Confus d'eftre l'objet de tant defpec
tateurs ,
Pour en trouver la caufe , il cherche
en fa memoire,
Mais l'eau comme un miroir le deter
mine à croire
Que les oifons eftoient les inven
teurs
D'une perfidie aufinoire.
S
Alors fans s'amufer à de vaines
raifons,
Ce n'est pas là , dit il, ma couleur
naturelle.
Reprenez-la, Troupe infidelle ,
Fe reconnois vos trahijons.
Il dédaigna de parler davantage,
Ilfe plongea legerement dans l'eau,
Et le limon,enquittantfonplumage
GALANT. 167
Ne luy fervit qu'à le rendre plus
beau.
Ainfi lon connoift l'artifice,
Dont ufent contre luy ces jaloux impofteurss
Et les autres Oiseaux , témoins de la
malice,
Conviennent tous que l'injustice
Doit retomber fur fes Auteurs
Vous aimez tout ce qui regarde
les Affaires du Temps,
& c'est ce qui m'engage à
vous faire part d'une Piece
qui fait grand bruit dans les
Pays Etrangers où elle a eſté
faire , & qui commence à
courir en France.
168 MERCURE
$5222555525 555225
CONSIDERATIONS
SVR LA LIGVE
D'AUSBOURG.
L
A Ligue où la Maiſon
d'Auftriche
est entrée
avec tous les Proteftans
, &
qui aprés avoir déja produir
des effets fi pernicieux
à la
Religion
Catholique
, pourra
melme en caufer un jour la
ruine entiere dans une grande
partie de l'Europe , eft la
chofe
GALANT. 169
chole du monde qui merite
le plus les foins & l'applica
tion du Pere commun des F1-
delles , afin de prévenir les
fuites d'un fi grand mal par
tous les moyens que Dieu luy
a mis entre les mains , pour
gouvernement , & pour la
confervation de fon Eglife...
Il feroit inutile de faire icy
le
le dénombrement des maux
&
que
fouffre qu'a foufferts , &
encore tous les jours la Reli
gion Catholique
, au fujet de
cette Confederation
; ils ne
font que trop vifibles . Un Roy
Catholique
dépoffedé
de trois
Fevrier
1692, P
170 MERCURE
Royaumes , pour faire place
à un Ufurpateur Heretique ,
& par confequent la ruine de
la Foy dans ces Pays là ; les
Heretiques répandus en Italie
pour y corrompre la plus faine
partie de l'Eglife la Flandre
mife entre les mains & fous le
pouvoir des Proteftans , ne
font que les premices de cette
liaifon politique entre la
Maifon d'Auftriche & les En>
nemis de la Foy .
Quoy que dans cette Cons
federation il y ait un affeme
blage de diverfes Religions,
& que les grands noms de
GALANT 171
l'Empereur & du Roy Catho
lique y trouvent la premiere
place , elle eft pourtant effe
&ivement , & doit eſtre appellée
une Ligue Proteftante,
d'autant que tout Corps politique
compofé de diverfes
parties, doit prendre fon nom
de celles qui y font les plus
nombreuſes & les plus puiffantes
. Or il eft certain qu'en
comptant ce qu'ont de forces
par mer ou par terre les
Catholiques , & les Proteftans
qui forment la Ligue , on
trouvera que celles des Proteftans
font infiniment fupe
Pij
172 MERCURE
rieures aux autres.
2
Pour ce qui eft des forces
de mer , il n'y a nulle proportion
entre les deux Puif
fances ; car on peut prefque
compter pour rien ce qu'en
ont les Catholiques , tandis
que les Proteftans en ont de
fi confiderables. Mais pourmieux
comprendre quel effet
peut avoir melme fur terre
cette fuperiorité par mer , on
n'a qu'à fe fouvenir de quelle
maniere la Monarchic d'EL
pagne eft décheue depuis le
remps que fes forces maritimes
ont cfté défaites en l'an ,
A
GALANT. 173
hée 1188. & voir au contraire
quelles Flotes , & quelles Armées
la Hollande , ce petit
morceau de terre à demy
noyé , peut mettre à prefent
fur pied par cette feule raifon
qu'elle eft fi puiffante fur
mer.
Au regard des forces de
terre , il elt vray que l'inegalité
n'en eft pas fi grande en
tre les deux Puiffances ; mais
s'en tenant à la fupputation
commune , que les Catholi
ques & les Proteftans en Allemagne
font prefque égaux
en forces ( pour nepas com-
Piij
174 MERCURE
pter
la Suede & le Danne
}
marck ) comment 1 Eſpagne
feule aujourd'huy peut - elle
tenir contre l'Angleterre & la
Hollanden DAD BANC
On ne manquera pas de
répondre qu'une Ligue ne
doit 'pas eftre nommée Here.
tique , parce que les Heretiques
y font en plus grand
nombre , mais qu'elle doic
prendre fon nom du deffein
& des motifs pour lefquels
elle a efté formée , qui ne
tendent qu'à reprimer les entrepriſes
de la France fur fes
Voifins,
-
"
GALANT. 175
A la bonne heure , qu'on
fe regle en cela fur l'inten
tion des Ligueurs ; mais toujours
il y a une grande difference
entre les faux prétextes
qui paroiffent , & les vrais motifs
qui font cachez , & qui ne
fo decouvriront qu'en leur
temps . Je veux bien mefme
croire que la Maifon
d'Auftriche
& les autres Catholiques
Confederez n'ont point
d'autre deffein que celuy qu'-
on a marqué ; mais pour les
Proteftans qui font en plus
grand nombre , & les plus
forts de beaucoup , il me faut
Piiij
176 MERCURE
pardonner fi je ne puis m'em
pêcher de croire que leurs
deffeins n'ont pas les mêmes.
bornes ; car il est évident qu'-
ils n'ont point degeneré de
leurs Ancestres , & qu'ils confervent
toujours le genie de
leur Secte , qui eft de n'avoir
en tefte que la deftruction &
l'anéantiffemont de ce qu'ils
appellent le Regne de l'Antechrift
. Nommez donc la Ligue
comme il vous plaira ,
pourveu que l'on convienne
que l'intention de ceux qui y
dominent le plus , l'emporte
ra dans la fuite , & fera enfin
GALANT 177
executée : de forte que fi ces
M's peuvent venir à bout de
leurs de feins contre la France,
toute la faveur que les Princes
de la Maifon d'Auftriche
doivent raifonnablement at
tendre d'eux , c'eſt de n'eftre
engloutis que les derniers .
Cette verité eft fi conftante
& fi claire , qu'il faut citre
bien aveuglé de haine contre
les François , pour ne la
pas
voir ; car peut-on s'imaginer
que dans l'occafion le Prince
d'Orange aura plus d'égards
pour l'Empereur & le Roy
d'Efpagne , qu'il n'en a cu
178 MERCURE
pour le Roy d'Angleterre
fon
Oncle & fon Beau - pere ?
Croyent -ils qu'il en ufera
mieux avec eux , parce qu'ils
ont efté fes Complices dans
fa premiere Ufurpation
.
Plufieurs chofes ont efté avancées
en faveur des Princes
de la Maifon d'Auftriche ,
pour couvrir , ou pour diminuer
l'injustice de leur procedé
envers Sa Majefté Britanni
que. Ils difent que ce n'eftoit
leur intention que ce Roy
fuft dépouillé de fon Royaume
; mais feulement qu'il fuſt
contraint d'entrer dans la Lipas
1
GALANT. 179
-
gue contre la France : ce qu'-
ils pretendent
qu'il eftoit
obligé de faire en qualité de
garant de la Paix de Nimegue
,
que la France avoit rompuë;
mais pour mieux voir que ce
prétexte eft fans fondement
,
il faut un peu le developper
.
Ils conviennent
qu'ils vouloient
bien que le Roy d'Angleterre
fult forcé , mais non
pas dépoffedé. C'eft à dire,
qu'ils vouloient , afin de le
faire entrer dans la Ligue ,
que le Prince d'Orange
entraft
avec une Armée dans
ſon Royaume ; qu'il ſe rendiſt
180 MERCURE
maistre dé fes Places & de fa
Perfonne , & qu'il le contraignift
de fe foumettre à tout
ce qu'il vouloit. En tout cela
le Prince d'Orange n'a pas
manqué d'agir felon leur gré ,
& de fuivre exactement leurs
intentions ; mais fur ce qu'il
a fait de plus en luy oftant
le titre de Roy pour s'en révetir
foy-même , ces gens de
bien font femblant d'en avoir
du fcrupule. Voilà en verité
les apparences ſauvées d'une
maniere bien groffiere , & , il
eft étonnant que dans un cas
où la justice eft bleffée à un
GALANT. 181
rel excés , ils puiffent appaifer
les remords de leur confcience
par une defaite auffi
vainc que celle- là. Car de
bonne foy croyent-ils que le
Prince d'Orange puft s'empa
rer du Pays , de l'autorité &
de la Perfonne du Roy fans
injuſtice , pouveu qu'il ne
touchaft point àfon Titre de
Roy? On pouroit dire avec
la même raifon qu'un Voleur
pourroit fans fcrupule prendre
l'argent , pourveu qu'il
laiffaft la bourſe.
Mais , diront-ils , felon nô
tre intention , il ne s'eft em182
MERCURE
paré de tout cela que pour le
remettre entre les mains du
Roy, & il devoit s'en retourner
en Hollande , aprés l'avoir
mis dans la Ligue contre
la France . Mais en cas que
le Roy n'euft pas voulu y
fouferire , quelle en cuſt efté
la fuice ? Il paroift par l'evenement
qu'il a mieux aimé
fe fauver en s'échapant de
leurs mains que d'eftre forcé .
D'ailleurs , feront - ils croire
qu'un homme du caractère du
Prince d'Orange voudroit fi
aiſement lâcher prife , & quirter
un Royaume dont il fe fe
GALANT. 183
roit rendu maiftre ? A-t-on
jamais veu de pareilles inclinations
dans la Monarchic
d'Efpagne , de fe deffaifir fi
facilement des Pays dont elle
a une fois pris poffeffion ?
Aprés tout , quand il s'agit
de faire leur Cour au Prince
d'Orange , tous ces beaux prétextes
, tous ces fcrupules s'évanouïllent
; car l'Ufurpateur
ne fe fit pas pluftoft déclarer
Roy , que Dom Pedro de
Ronquillo s'en alla le felici
ter fur fon avenement à la
Couronne d'Angleterre , fansattendre
un Courier d'Efpa-
-
184 MERCURE
gne , & fans qu'on fçache
qu'il en ait efté defavoué par
le Roy Catholique ; d'où l'on
doit conclure , ou que ce Miniftre
par un efprit prophetique
avoit fçeu quelle feroit la
volonté de fon Maiftre dans
une telle conjoncture , ou que
fon Maistre dés le commen
cement avoit efté de complot
. Enfin voilà la maniere
dont la confcience
fe gouver
ne prefentement
à la Cour
d'Eſpagne , & comment elle
trouve moyen de favorifer
fans aucun fcrupule , un Ufurpateur
Heretique contre un
GALANT. 185
Roy legitime &
Catholique,
dont tout le crime eft de
n'eftre pas Ennemy déclaré de
la France.
Voyons maintenant fi ce
qu'ils pretendent touchant
l'obligation que le Roy d'Angleterre
avoit d'entrer dans
la Ligue en qualité de Garant
de la Paix de Nimegue , leur
réuffira mieux pour couvrir
leur injuftice.
Suppofons
donc , parce qu'ils le veulent,
que ce Roy en eftoit veritablement
le Garant . S'enfuit- il
que pour n'avoit pas pris les
armes contre la France , ( ce
Février 1692.
186 MERCURE
总
que peut eftre il ne pouvoit
pas faire dans l'état où il
eftoit ) fes propres Royaumes
font legitimement confifquez
, & qu'il eſt déchû
de la Royauté ? Eft- corànces
conditions - là que les Rois
s'entremettent pour faire la
Paix entre les Princes leurs
Voifins , & qu'ils en font les
Garans ? Si cela eftoir , il n'y
auroit plus de Mediateur ny
d'Entremetteur
au monde , &
"les Princes qui fe feroient la
guerre, s'acharneroient les uns
contre les autres comme des
beſtes feroces › juſqu'à ce qu'-
GALANT. 187
ils fuffent tous entierement
détruits . Ajoutons à cela que
le Roy d'Angleterre, quand
même il l'auroit voulu , n'étoit
pas en état à fon avenement
à la Couronne , d'entreprendre
une guerre étrangere ,
n'eftant pas encore bien affermy
chez luy à caufe de fa
Religion , ce qui ne parut
y que trop lors que le Prince
d'Orange le vint attaquer. Il
sn'eft pas vray au refte que Sa
& Majefté Britannique eftoit le
anGarant du Traité dont on
parle. Tout le monde fçait
que ce Traité fut fait fous le
Qij
188 MERCURE
Regne du Roy fon Frere , qui
en eftoit veritablement
le Garant
; mais le Roy d'aujour
d'huy n'y avoit nulle part ,
parce que la qualité de Garant
eft perfonnelle , & ne paffe
point à un Heritier , eftant
fondée uniquement
fur la promeffe
volontaire de celuy qui
veut fe faire Garant. Qui
n'a donc point fait de promeffe
en fon nom , ne peut
eftre obligé à rien ; & voilà
l'injuftice de la Maifon d'Auftriche
à l'égard du Roy d'Angletetre,
toute nuë, fans qu'on
puiffe en couvrir la difformité
'
GALANT. 189
par le moindre pretexte apparent
. 7
En verité leur procedé en
vers ce Monarque n'a point
d'exemple ; car durant tout
fon Regne, jufqu'au moment
que le Prince d'Orange ſe ſaifit
du Royaume , il y avoit
en apparence une profonde
Paix & une parfaite amitié
entre les Couronnes . Leurs
Ambaffadcurs ; ou leurs Envoyez
refidoient à chaque
Cour , avec toutes les marques
d'une tres- bonne corref
pondance ; mais le Prince
d'Orange n'cuft pas plûtoft
*
190 MERCURE
mis le pied à Whitehall que
tout d'un coup fans aucune
declaration de guerre , & fans
pretendre en avoir aucun fujet
, ils traitent le Roy en ennemy
declaré . Ils chaffent fes
Miniftres honteufemente de
leurs Cours, & font même
prifonniers de guerre ceux de
fes Sujets qui demeurent dans
fon obciffance. Je veux croire
qu'un procedé fi irregulier
& fi éloigné de toute humanité
, eft fort contraire aux
inclinations de ces Princes ,
dont fa Maifon a efté autrefois
diftinguée par la douceur
GALANT. 191
&
& par fon zele pour la Religion.
On doit fans doute attribuer
ce procedé à la malignité
de leurs Miniftres dans
les Cours Errangeres , tels
qu'ont efté Dom Pedro de
Ronquillo, & fes femblables ,
qui pour avancer leur fortune,
pour fe rendre neceffaires,
fe foucient peu quels avis , ou
quelles impreffions, faufſes ou
veritables , ils donnent à leurs
Maiftres ; & qui n'eftant point
Cux mêmes fenfibles au deshonneur
dont ils chargent
leurs Princes en ménagent
fort mal & la gloire & la confcience
.
192 MERCURE
Cela paroift évidemment
par les foins qu'ils prirent de
faire croire à leurs Maiftres ,
& mefme à tout le monde ,
autant qu'ils pûrent , que le
Roy d'Angleterre n'avoit
point perdu fon Royaume à
caufe de fa Religion , & que
la Religion n'avoit fouffert
en elle mefme aucun dommage
par la nouvelle ufurpation.
Que peut- on dire à
des gens qui ont le front de
debiter des fauffetez fi vifibles
, & à ceux qui ont eu la
foibleffe de s'y laiffer fi faci
lement furprendre ? Si Dom-
Pedro
GALANT.
193
Pedro n'avoit eu les
yeux
fermez
à la verité , il auroit reconnu
dans fa propre perfon
ne la fauffeté de ce qu'il a fi
hardiment avancé , & par fon
experience particuliere il feroit
demeuré d'accord que la
Religion n'eut que trop de
part dans cette fatale révolution
qui fe fit alors en Angle
terre , car l'Armée du Prince
d'Orange ne parut pas plûtoft
devant Londres , que la
Chapelle de cet Ambaffadeur
fut démolie de fond en com
ble , & en haine de la Chapelle
, toute fa maiſon fut pil-
Fevrier 1692
R
194 MERCURE
lée & ruinée par le Peuple ,
qui entreprit de renverſer toures
les Chapelles de l'Angleterre
. Telle eftoit la rage
d'un
Peuple animé plus que jamais
contre la Religion Catholique
, à la veue de ceux qu'i
appellent en leur langage
leurs Liberateurs , & les Van
geurs de la tirannie du Papifme.
qu'ils
Enfuite de cete démolition
de Chapelles , le Prince d'Orange
s'eſtant mis en poſſeffion
du gouvernement
, on
fait rechercher par tout nos
Evefques , nos Preftres , &
GALANT. 195
tous les Catholiques nouvellement
convertis . Plufieurs
font faifis & mis en prifon
fur une accufation de leze
Majesté touchant le feul fait de
la Religion. Trois Evelques,
beaucoup de Preftres & de
Laïques du plus haut rang
ont efté de ce nombre . Il eft
Vray que la politique du Cabinet
fit furfeoir leur procés,
tant on craignoir que leur
fang répandu n'étonnast trop
les Princes Catholiques qui
eftoient liez avec le Prince
d'Orange , & avec fes complices
dans l'affaire d'Angleterre.
Rij
196 MERCURE
A
J'avoue que la démolition
des Chapelles ne paroiffoit
que l'ouvrage du Peuple , mais
enfin c'eftoit un Peuple que
la haine de la Religion ren-
<doit ſeditieux , auffibien que
leurs Gouverneurs
, qu'elle
porta à fe foulever contre
leur Roy legitime , & à mettre
l'Ufurpateur fur le Trône.
C'est le mefme efprit qui deur
fir faire enfuite une loy pour
exclure à jamais de la joüiffance
de la Couronne d'Angleterre
, non feulement le
Roy & le Prince de Galles ,
mais tout Succeffeur CathoGALANT.
197
lique. De là on peut connoi
fre la bonne foy de Dom Pe
dro Ronquillo , lors qu'il
foutient que la Religion n'avoit
point de part au malheur
de Sa Majefté Britannique ,
& que l'Eglife n'avoit rien
fouffert dans ce changement .
Je le puis affurer avec la
derniere certitude , que fi le
Roy cuft voulu feulement
confentir que le Prince de
Galles cuft efté élevé dans la
Religion Proteftante , ſous la
olconduite deleur Archevefque
ade Cantorbie , tous les Chefs,
hormis un fort petit nombre,
R iij
198 MERCURE
tant de l'Armée que du Par
lement , qui fe rangerentaprés
du cofté du Princed Orange,
cuffent tenu ferme pour les
interefts de leur legitime Sou
verain , & en ce cas l'Ufurpateur
avec les treize mille hommes
auroit pû auffi facilement
Conquerir l'Empire du monde
, que le Royaume d'Angleterre
.
Cependant voilà , ce me
femble , le plus grand facrifice
qu'un Roy peut faire à fon
Dieu. Il a micux aimé tour
rifquer & s'abandonner à la
Providence , que de blefler fa
GALANT. 199
confcience , & de rien faire
contre la Religion . Ce facrifice
a auffi une grande reffem
blance avec celuy d'Abraham
, car le Roy en obeïffant
à l'ordre de Dieu , qui commande
de préferer la Religion
à toutes chofes , outre
fa Couronne , a encore facrifié
fon Fils , c'eft à dire , fa
fucceffion à la Couronne, plus
eftimée que la vie mefme ; de
forte qu'on peut raisonnablement
efperer que cette obeiffance
heroïque du Roy d'An
gleterre fera récompenſée toft
ou tard , & en ce monde & en
Riiij
200 MERCURE
l'autre, des benedictions abon
dantes dont celle du Pere des
Croyans fut fuivic. Au contraire
il eft à craindre que la
part qu'ont ces deux Princes
Catholiques dans une ufurpa
tion fi injufte , & fi contraire
aux interefts de la Religion,
ne les expofe aux rigueurs de la
juſtice divine , à moins qu'ils
ne reparent le tort qu'ils ont
fait à Sa Majesté Britannique
,
& le fcandale qu'ils ont don
né à toute la Chreftienté. Enfin
quels que foient les decrets
de la Providence
au regard
du temps & du lieu de la ré
77
GALANT 201
compenfe ou de la punition,
il vaut mieux toujours fouffrir
pour la Juftice & pour la Re
ligion , que d'eftre heureux
par des voyes honteufes &
illegitimes.
༄ །
Je ne puis pas dire préci
fément la part que ces Princes
ont eue à ces deux infignes
fauffetez , fur lesquelles le
Prince d'Orange & les Etats
Generaux dans leurs Manife
ftes , fonderent toute la jufti-
Ce prétendue de leur entreprife
fur l'Angleterre , foit
que ces Princes les ayent crû
cux-mefmes, ou qu'ils y ayent
202 MERCURE
feulement donné credit. Ces
deux faufferez font une Ligue
du Roy d'Angleterre avec la
France , & un Prince de Galles
fuppofé. Pour la premiere,
ils ont pû eftre furpris par les
Miniftres qu'ils avoient dans
les Cours Etrangeres , lefquels
n'eftoient que trop fujets à
faire paffer auprés de leurs
Maiftres leurs propres rêveries
pour des certitudes, mais
le temps & la fuite des affaires
onr fuffisamment décou
vert combien cette conjectu
re eftoit vaine , en nous faifant
voir ce que le Roy d'An
.
GALANT. 203
gleterre fouffrit d'abord faute
des fecours , qui ne luy auroient
pas manqué , s'il cuft
eu des liaiſons réellesavec la
France lors qu'il fut attaqué
par le Prince d'Orange . Auffi
l'Ufurpateur qui n'estoit que
trop informé de tout ce qui
fe paffoit dans le Confeil de
Sa Majefté Britannique , ne
craignit nullement que fon
entrepriſe trouvaft quelque
obftacle de ce cofté - là . C'eft
apparemment ce qui l'empê
cha de faire dans fon Manifelte
aucune mention de cette
alliance pretendue , & peut204
MERCURE
eftre qu'il aima mieux laiffer
aux Hollandois le foin de de
biter cette impoffure dans celuy
qu'ils publierent en leur
nom , pour exciter davantage
contre les deux Rois la haine
des Confederez .
1 Au refte , pour eftre plei
nement convaincu que c'e
ftoit une pure vifion , il ns
faut qu'interroger là – deſſus ´
le Comte de Sunderland, alors
premier Miniftre du Roy.
Tout efclave qu'il eſt aujourd'huy
du Prince d'Orange, il
n'oferoit dire le contraire .
Pour ce qui eft de la naif-
•
GALANT 205
Tance du Prince de Galles , ce
feroit faire affront au Chrif
tianifme , & deshonorer les
Teftes couronnées , que de
croire capable d'une telle fuppofition
un Prince auffi religieux
que le Roy d'Angleterre,
& de s'imaginer que la
Maifon d'Auftriche fuft af
fez foible pour ajoûter foy à
une fiction fi peu vray- femblable
, ou qu'elle fuft affez
méchante , pour appuyer une
calomnic fi noire . C'eſt déja
trop pour le Roy d'Eſpagne
& pour l'Empereur, de s'eftre
unis d'interefts avec un Prince
14
206 MERCURE
ambitieux , qui de cette Fable
& de cette impofture diabolique
, a fait le prétexte de
fon ufurpation.
Peut eftre que ces bons
Princes croiront fe pouvoir
décharger du blâme d'eftre
mêlez avec des Heretiques ,
dans une Ligue qui a produic
de fi méchans effets, en difant.
que la France n'a pas mieux
fait , cftant entrée dans plu
fieurs Ligues avec les Proteftans
, mais cela ne les fauve
pas ; car
la France feroit en cela coupable
, on n'eſt point juſtifié
premierement quand
GALANT. 207
par les fautes d'autruy . Secon
dement , la France n'eft jamais
entrée dans une Ligue où il y
cuft un Roy Catholique depoffedé
pour faire place à un
Ufurpateur Heretique . Troifiémement
, dans les Ligues
où les François ont efté avec
les Heretiques ils eftoient
roujours les Maiſtres , & toujours
fuperieurs en forces :
de forte qu'il n'y avoit point
de danger , ny pour eux d'être
mailtrifez par leurs Confederez
, ny pour la Religion
d'eftre accablée par l'Herefie .
Je voudrois bien qu'à cette
208 MERCURE
heure l'Empereur & le Roy
d'Eſpagne en puſſent dire autant
, mais que le monde juge
qui eft le Maiftre de la Ligue,
où l'Empereur qui vic tran
quille à Vienne , & le Roy
d'Eſpagne qui vit de même à
Madrid , où le Prince d'Oran
ge, qui ett à la tefte de foixante
mille hommes en Flandre,
& les Electeurs de Saxe &
de Brandebourg , qui ont
de puffantes Armées fur
le Rhin.
5
Ajoûtons
à cela les forces
Maritimes
de l'Angleterre
&
de la Hollande , & ce que ces
GALANT. 209
-1
deux Etats ont
d'argent pour
foutenir les frais de la guerre,
& fongeons
un peu où tout
cela
aboutiroit en cas qu'ils
puffent
reduire la France aux
termes projettez
à la Haye.
Croit-on qu'aprés
tant d'intrigues
& de mouvemens
, la
Prince d'Orange
fuft d'hu .
meur à quitter la Flandre , qui
eft fi fort à fa bien- féances
& dont il fe peut faire une
belle
Souveraireté
en la joignant
avec la Hollande
, Za
quoy rout femble ſe diſpoſer?
Il feroit bien valoir alors fes
pretentions
, & les appuyeroit
Fevrier 1622. S
210 MERCURE
fans doute fur un droit d'ac
quiſition , ayant tant dépenſé
pour la défendre , ce qui
pourtant devroit donner un
peu à penser à l'Empereur ;
car fi les affaires en venoient
là , il feroit obligé d'avoir
de grands ménagemens avec
les Princes Proteftans fes Voifins,
qui feroient foutenus d'un
fi puiffant appuy de leur
Secte .
Mais quand on confidere
s'éminente pieté de Sa Majeſté
Imperiale , que le Ciel a recompenfée
d'une maniere fi
extraordinaire par cette déliGALANT:
211
vrance prefque miraculeufe
de Vienne , au Siege que les
Turcs en firent en 1683. & en
fuite par tant de Victoires
remportées , par tant de Places
conquifes fur ce fier ennemy
du nom Chrêtien ; quand
dis-je , on confidere ces chofes,
on ne peut pas croire que
l'Empereur foit méconnoiffant
de tant de graces ; mais
on juge plutoft qu'il aura autant
de foin des interefts de
la Religion , que le Ciel en a
cu de ceux de l'Empire. San
pieté & fon zele fe reveilleront
apparemment à la voix
Sij
212 MERCURE
lors du Souverain Paſteur
qu'il l'exhortera de ne plus
entretenir une guerre allumée
#
dans le fein de la Chrêtienté ,
mais de rompre ce commerce
avec les Heretiques , fi fatal
à la Religion , de confpirer à
mettre la Paix entre les Enfans
de l'Eglife , & de pourfuivre
la guerre contre les Turcs ,
que la Providence par une
longue fuite de Victoires fem
ble luy avoir livrez pour éren
dre ainfi les limites du Royaume
du Sauveur du monde
& pour empêcher que les Or
tomans ne faffent plus doref
GALANT 213
havant de ravages dans les
Terres des Princes Chrê
tions.be breng pag sin
£
Outre le devoir d'un Empereur
des Romains, de veiller
à la confervation de la Religion
Catholique Romaine ,
& celuy d'Enfant de l'Eglifer
de prefter l'oreille aux avis
paternels de Sa Sainteté ,
juger fainement felon la conjoncture
prefente des affaires
de l'Europe , il n'eft pas moins
de fon propre intereft , que
de celuy de la Religion , qu'il
s'accorde avec la France par
unebonne Paix , & qu'il pouf
214 MERCURE
fe enfuite vivement le Turë.
Mais le mal eft que le defir
de fe vanger des François , &
l'efperance d'en venir à bout,
fondée fur le grand nombre
de leurs Confederez , ont rel
lement ébloüy fes Miniftres,
qu'ils ne peuvent regarder de
fang froid , ny le mal que la
Ligue a fait à la Religion , ny
lc peu d'effet qu'elle a cu
& qu'elle aura probablement
contre la France ; qu'ils no
peuvent même difcerner le
veritable intereft de leur Ma
jefté , qui eft d'atterrer une
bonne fois l'ennemy du nom
GALANT 215
Chrêtien, qui a mis fifouvent
l'Empire à deux doigts de fa
ruine . Car y a - t-il chofe au
monde qui puiffe mieux établir
la grandeur de la Maiſon
d'Auftriche, que de bien affer
mir fon Royaume de Hongrie
avec toutes les dépendances
, afin que Vienne n'eftant
plus frontiere , elle foit à
jamais le centre de ces Etats
? Mais cela ne fe peut
faire à coup feur qu'en continuant
la guerre contre le
Turc , & en ne luy donnant
point de relâche pendant
qu'il eft foible & abattu ,
216 MERCURE
d'autant que fi on donne un
fois à ce vafte Corps le temps
de refpirer & de fe reconnoître
, quelque malade qu'il foit
à prefent , il peut avec un
peu de repos reprendre fes
forces , & devenir auffi fort
& auffi redoutable qu'il ait
jamais cfté.
Je fçay bien que de telles
mesures ne feront point au
goult des Princes Proteftans
d'Allemagne , ny convenables
aux vaftes deffeins du
Prince d'Orange. Ces Prin
ees ont toujours esté par Ic
paffe , & feront encore à l'avenir
,
GALANT. 217
venir , dés qu'ils en auront
L'occafion , auffi jaloux de la
puiffance Imperiale , qu'ils le
font aujourd'huy de la grandeur
de la France ; mais j'elpete
qu'ils n'auront point
d'afcendant fur les Confeils
de Sa Majefté Imperiale , &
qu'Elle fera convaincuë , pour
peu qu'Elle y penfe , qu'en fon
particulier Elle a plus rifqué
& plus perdu en perdant Belgrade
& Nice , qu'Elle ne gagna
à la prife de Mayence &
de Bonne . J crois même
qu'Elle fera reflexion que le
Royaume de Hongrie vaut
Fevrier 1692. T
218 MERCURE
micux que deux ou trois Pla
ces de plus ou de moins fur
le Rhin , lefquelles peut- eftre
on pourroit avoir à meilleur
marchépar un Traité de Paix,
que par la continuation de la
guerre .
A l'égard de la Couronne
d'Espagne , pour fçavoir quel
avantage elle pourroit raifonnablement
attendre de la continuation
de la Ligue , & de la
guerre avec la France , il faut
d'abord convenir de celuy qui
eft à prefent le Maiftre de la
Flandre, fi c'eft le Roy Catholique
ou le Prince d'Orange.
GALANT. 219
La decifion de cette queſtion
eft aifée. Les Troupes du
Prince d'Orange font en garnifon
dans toutes les grandes
Villes ; il a un pouvoir abſolu
dans l'Armée ; il donne les
ordres par tout en ce Païs - là,
auffi fouverainement qu'aucun
Roy d'Eſpagne les pourroit
donner, y fuft -il en perfonne
. C'est là ce que tout
le monde reconnoift pour des
marques affurées d'une auto.
rité Souveraine ; de forte que
la Flandre qui a coûté tant
d'années de guerre & tant de
millions pour la défendre con-
Tij
220 MERCURE
tre la France & la Hollande ,
eft tout d'un coup livrée entre
les mains du Prince d'Orange
, peut- eftre en recompenfe
des bons fervices que
fes Ayeux ont rendus à l'Efpagne
; car pour les fiens , on
ne voit pas ce qu'il a fait juſ
qu'à prefent en faveur de cette
Couronne , fi on ne veut
luy compter pour un grand
fervice d'avoir laiffe prendre
Mons à fa veuë , d'avoir mangé
tout le Pays la derniere
campagne , fans gagner un
feul pouce de terre fur l'ennemy
, & d'avoir eu enfin foiGALANT.
221
Xante douze de fes Efcadrons
entierement défaits par vingthuit
des François .
Mais pour parler ferieufement
, il eft incontestable que
fi la Ligue & la guerre contre
la France doivent avoir leur
cours jufqu'au bout , toute
l'affaire ne le terminera qu'aux
dépens du Roy d'Espagne,
Car l'une de ces deux chofes
arrivera infailliblement ; ou
le Roy de France , ou le Prince
d'Orange fera alors le poffeffeur
de la Flandre .
Mais , diront les Miniftres
Efpagnols , fi le Prince d'OI
iij .
222 MERCURE
range gagne la Flandre , ce
ne fera que pour nous la rendre
; au lieu que file Roy de
France en devient le Maitre ,
la voilà perduë pour toujours.
On ne peut raifonner plus
jufte : car enfin le Prince d'Orange
à témoigné faire grand
fcrupule de retenir ce qui ne
luy appartient pas . Cependant
on affure que ce que les
Proteftans appellent la lumiere
de l'Evangile , commence
à fe répandre dans les Provinces
de Brabant & de Flan
dre , & que tous les jours il
s'y fait quelques converfions
GALANT 223
leur mode : ce qui merite
bien d'eftre confideré par Sa
Sainteté , & qui n'eft pas indigne
des reflexions de Sa
Majefté Catholique .
Enfin fuppofons que les
Princes de la Maifon d'Auftriche
fuffent entrez d'abord
dans cette Ligue avec les Hereriques
fans bleffer leur confcience
, & fans autre deffein
que de fe deffendre contre la
France , ou de recouvrer ce
qu'on avoit pris fur eux. Si
toutefois l'experience leur fait
voir que la Religion en a déja
extrémement fouffert , qu'elle
Tiiij
224 MERCURE
court rifque de plus grands
malheurs , & que tous les
coups qu'ils portent contre la
France fans la toucher , retomberont
fur l'Eglife , qui en
eft dangereufement bleffée en
plufieurs endroits , c'eſt à dire
, en Angleterre , en Ecoffe,
en Irlande , en Flandre & en
Italie , feront- ils excufables
devant Dieu , s'ils perfeverent
dans une Confederation fr funefte
en fes effets , au lieu d'écouter
les remontrances du
Saint Pere , & de fonger à la
Paix , comme à l'unique remede
de tous les maux ?
-
GALANT 225.
D
L
En dernier lieu , il me femble
que ces Princes fe devroient
un peu examiner fur
la part qu'ils ont euë dans
l'injuſtice qui a efté faite au
Roy d'Angleterre . C'eſt à
eux de voir s'il n'ont pas un
jufte fujer d'apprehender làdeffus
des reproches du cofté
des hommes , & des châtimens
du cofté de Dieu , રે
moins que d'en faire une reparation
convenable ; car il
cft à craindre que l'on ne mette
fur leur compte toutes les
Ames, ou perverties , ou non
converties , tout le fang
226 MERCURE
des Prêtres & des autres Catholiques
, qui fera répandu
un jour dans ce Pays là , où
l'ancienne perfecution , qui
commence déjà fe renouveller
, ne manquera pas de
croiftre avec l'autorité de
l'Ufurpateur , jufqu'à faire revivre
les Loix fanguinaires.
La fubtilité de leurs Cafuiftes
ne leur fervira de rien au tribunal
du Souverain Juge.
Ceft là que le Chef & les
Complices porteront la même
peine : l'un pour avoir entrepris
le crime , & les aurres
pour ne s'y cftre pas oppofez .
GALANT. 227
Qu'on ne croye pas au refte
que ce foit les feuls intereſts
du Roy d'Angleterre qui me
fallent parler de cette forte : car
en verité la chofe eft de bien
plus grande importance pour
ces Princes , que pour luy . Il
n'y va à ſon égard que de la
perte d'une Couronne temporelle
, au lieu qu'à leur égard
il s'agit de la perte même
de leur Ame , & d'un
Royaume éternel.
Quoy que rien ne foit
moins galant que de parler
de remedes dans une Lettre
228 MERCURE
comme celles que je vous
adreffe tous les mois , neanmoins
l'utile devant l'emporter
ſur l'agreable , je ne ſęaurois
m'empêcher de vous parler
de celuy qui a efté mis en
Vogue par Mr Miracle , Officier
ordinaire de la Mufique
de la Chapelle du Roy . C'eft
un Baume pour les Rhumatif
mes , dont il a feul le fecret ,
& dont la bonté retentit dans
tout Verfailles . Mille gens
dignes de foy affurent que
peronne ne s'en eft fervy, qui
n'en ait efté guery , & même
fi promptement , que ceux
GALANT. 229
qui en ont ufe ont regardé
leur mal comme un fonge.
Les Rumatifmes ayant elté
frequens cette année à caufe
du long Hiver & de la quantité
de neges qui eft tombée,
ce remede s'eft trouvé d'une
utilité fott grande . C'eft ce
qui a achevé de le mettre dans
la reputation où il commence
d'eftre depuis quelque
temps,
La Medecine n'en a pû four
nir aucun qui ait eu effet dans
la longue maladie de M' Nicolini,
Nonce Extraordinaire
220 MERCURE
de Sa Sainteté , qui eft mort
lc 4 de ce mois . Il eftoit Fils
du Senateur Matteo , d'une
des premieres & plus anciennes
Familles de Florence , où
Les Ancestres ont poffedé les
plus importantes Charges
dans le temps qu'elle eftoit
gouvernée en Republique ,
& encore depuis qu'elle eft
paffée fous la domination de
Ja Maifon de Medicis. Aprés
avoir finy fes études dans les
Colleges de Pife & de Parme,
ilfe rendit à la Cour de Rome,
où le Pape Alexandre VII .
l'éleva à la Prélarure , avec le
GALANT. 231
titre de Referendaire des deux
Signatures de Grace & de Juftice
. Pendant ce Pontificat ,
& fous ceux de Clement IX .
& de Clement X. il cut fucceffivement
divers Gouvernemens
dans l'Etat Ecclefiaftique
, c'est à dire, dans les Vil
les de Tivoli , Fabriano Camerino
& Aſcoli , & s'acquir
par tout une cftime generale.
Clement X. le fit venir enfuite
à la Cour, & le mit au Tribunal
de la Congregation de la
Confulte . Innocent XI. le
nomma fon Vicelegat en Avignon
, où il demeura neuf
232 MERCURE
ans ,
pendant lefquels on cut
tout fujet d'admirer fa prudence
& la conduite. Sa Sainteté
l'ayant deſtiné aprés cela
à aller exercer la Nonciature
de Portugal, il fut ſacré auparavant
Archevefque de Rhodes
dans l'Eglife des Je uites
d'Avignon , & receu à Lif
bonne avec tous les honneurs
qu'il pouvoit attendre. Il paffa
quatre ans & demy dans cette
Cour , & merita l'applaudif
fement de tout le monde , par
la maniere dont il s'acquitta
de cet employ . Alexandre
VIII. ayant cfté élevé à la
V
GALANT.
233
Chaire de Saint Pierre aprés la
mort d'Innocent , le nomma
fon Nonce en France . Il arriva
à Paris le 25. Novembre
1690. & eut le lendemain une
audience particuliere du Roy;
mais la mort du Pape qui furvint
, la longueur du Conclave
, & divers autres accidens
l'ayant obligé de differer
fon entrée publique , il ne
la put faire que le 20. No.
vembre de l'année derniere .
Elle fe fit avec beaucoup
de magnificence , & deux
jours aptés il fut admis à
l'Audience publique de Sa
Fevrier 1992.
V
1
234 MERCURE
Majefté,qui le receut de la ma
niere du monde la plus favorable.
Il tomba malade au
commencement du mois paffé
, & fon mal redoublant de
jour en jour ,fans qu'il fuft plus
grand grand que fa patience
le fouffrir, il fuccomba enfin
à la violence d'une fievre de
trente jours . Il voulut eftre
enterré fans aucune pompe, &
fut porté à l'Eglife des Capucins
de la rue St Honoré ,
qu'il avoit choific pour eftre le
lieu de fa fepulture . Il eft mort
fort regreté à la Cour , & de
tout ce qu'il y a d'honneftes
GALANT. 235
T
gens à Paris . Il avoit conceu
une telle eftime pour le Roy,
dont il connoiffoit l'ardeur
& le zele pour la veritable
Religion , que fes intereſts
particuliers n'auroient jamais
prévalu contre la juftice qu'il
devoit à la pieté de ce Monarque.
Si l'on avoit pû remedier
fon mal , il travailleroit encore
prefentement au repos de
la Chreftienté , Sa Majesté luy
ayant envoyé M' Fagon , premier
Medecin de la feue Reine
& des Enfans de France ,
& qui profeff: la Medecine
avec un fi grand fuccés qu'il
Vij
236 MERCURE
y fait ajoûter foy.
Je vous envoye une Lettre
de M Amelot , Ambaffadeur
du Roy en Suiffe , qu'il a écrite
de Soleurre aux Treize
Cantons , en datte du 9. du
mois paffé . Vous fçavez quelle
réputation il s'eft acquife
dans toutes fes Ambaffades ,
& avec combien de prudence
il vient à bout de toutes les
affaires dont il fe mefle.
GALANT.
237
M
dus ,
>
Agnifiques Seigneurs,
Les bruits qui fe font répan
par l'artifice des Ennemisdu
Roy, au fujet de la Ville de Genve
m'ayant déja donné fujer
d'affureren particulier les louables
Cantons Alliez de cette Ville ,
des finceres intentions de Sa Majefté,
pour le repos de tout le
Corps Helvetique & leur ayant
mefme expliqué les raifons folides
qui doivent les convaincre,
que Geneve n'avoit rien à attendre
que la consinuation de la
238 MERCURE
bonté & protection du Roy , j'aỹ
efté bien aife encore de vous faire
connoiftre à tous en generaldans
les conjonctures prefentes les veritables
difpofitions de Sa Majeſté
pour vous.
Je vous ay déja reprefenté en
tant d'occafions tout ce qui pouvoit
vous convainere pleinement
fur ce fujet, qu'il n'eft pas besoin
de vous le repeter icy en détail.
Les Magistrats qui ont part au
gouvernement des differens Etats
qui compofent la Suiffe font
trop éclairez pour ne pas connoiftre
avec une entiere évidence ,
parmille preuves fenfibles de
GALANT. 239
la
la
bienveillance du Roy , que Sa
Majefté
defire , non fculement
d'entretenir
, & d'augmenter
, s'il
eft poffble , la bonne correfpondance
, mais encore qu'Elle prend
autant d'intereft
que vous - mefme
à la parfaite
confervation
de
tranquillité
, feureté & union
de la Suiffe . Il est certain, jay
ordre du Roy, de vous en afſurer,
que la prife de Montmelian
, &
tous les autresfuccés dont il plaira
à Dieu de continuer
à benir
les armes de Sa Majesté
, ne
tourneront
jamais
qu'à l'avantage
desloüables
Cantons
fes bons
Amis Allie & Confederez
.
240 MERCURE
Je dois mefme vous dire de fa
part que la conqueste de cette importante
Place ne change rien à
P'inclination que Sa Majesté a
euë à faciliter une bonne paix.
Que files actions de guerre , qui
femblent éloignées par là de vo.
fire voisinage , vous donnoiens
encore quelque inquietude de ce
cofté-là , que vous creuffiez
pouvoir par vos foins procurer
la paix de l'Italie par un accommodement
de S. A. R. de Savoye
avec le Roy , Sa Majesté
a tant de confiance en vous , &
defire tellement de vous procurer
de toute maniere un plein ripos,
qu'Elle
GALANT. 245
qu'Elle donnera volontiers les
mains à vous accepter pour Mediateurs
Garants d'un pareil
Traité. C'est ce que je n'ay pas
voulu differer de vous faire fçavoir
vous priant deftre bien
perfuadez que l'on ne peut vous
fouhaiter plus fincerement que je
fais , toutes fortes d'avantages
profperitez.
Magnifiques Seigneurs ,
Voftre tres affectionné à vous
fervir
AMELOT.
Il y auroit tant de choſes à
Février 1692.
X
242 MERCURE
dire fur la conduite , la bonté
& la generofité du Roy que je
vous laiffe faire les reflexions.
dont cette Lettre fournit un
ample fujet.
Le Jeudy 14 , de ce mois , M
de roureil , que je vous dis la
derniere fois avoir efté élu
pour remplir
la place de M
Ie Clerc à l'Academie
Françoife
,y fut receu felon la coutume
. Il remercia
la Compagnie
par un Difcours
tout
plein d'éloquence
, qui fut
extraordinairement
applau
dy , & Mr Charpentier
, alors
Directeur
, luy répondit
par
GALANT 243
•
d'u
un autre, qui luy marqua
ne maniere fort fine & fort
delicate , que l'Academie en
le choififfant n'avoit fait que
fatisfaire aux intentions du
<
Roy , qui vouloit que dans
ces fortes d'élections
, on rendift
juftice au vray merite ,
fans aucun égard aux brigues.
Je pourray
vous en dire davantage
le mois prochain
.
Aprés que ces deux Difcours
curent cfté prononcez
, M
l'Abbé de la Vau leut une
fuite du Poëme de M Perrault
, intitulé , La Creation
du Monde. L'on y tronva des
X ij
244 MERCURE
defcriptions fort vives , comme
on avoit fait la derniere
fois , & cette lecture fut fuivie
d'une Lettre en Vers , &
d'une maniere de Prologue
paftoral pour mettre en Mufique
, l'un & l'autre de M
Boyer . Ces deux Ouvrages. receurent
beaucoup d'applau
diffemens , & firent connoiftre
que le beau feu de l'efprit
n'eft point fujet aux années .
Le 7. de ce mois , M le
Marquis de Marignanes , Capitaine
de Cavalerie dans le
Regiment Colonel , époufa
dans Alby la Fille de M le
Sa a
GALANT. 245
Marquis de Cruffol S.Suplice.
Coufin Germain de Mr le
Duc d'Ufcz . Toute la France
fçait affez l'ancienneté & la
grandeur de cette Maiſon .
M le Marquis de S. Suplice
eft Fils d'une Soeur de feu
Mr le Comte d'Aubigeousd'Amboife,
qui defcendoit en
droite ligne d'Anicien , qui
fut fait Seigneur d'Amboife
par l'Empereur Maximin en
237. Il feroit aifé de tirer la
fuite des Seigneurs d'Amboife
degré par degré , depuis cet
Anicien jufques à Pierre , fi
chery de Louis XI. lors mê-
Ᏺ
X iij
246 MERCURE
me qu'il n'eftoit encore que
Dauphin, & dont il fut Chambellan
, & Député en Italie ,
pour accorder le Pape avec
certains Princes . Il époufa Anne
de Bueil , Soeur de Jean ,
Comte de Sanferre , Amiral
de France , & ce mariage fut
parfaitement heureux , puis
qu'il en nâquit neuf Enfans
mâles , qui ont efté tous remarquables
dans leur temps ;
Charles qui époufa la Dame
de Chavigny; Louis , Evefque
d'Alby ; Jean , Evefque de
Langres ; Emery , Grand Maiftre
de Rhodes ; Pierre , Evef
GALANT 247
que de Poitiers ; Jacques , Evefque
de Clermont ; Jean ,
Seigneur de Buffy ; Huet , Scigneur
d'Aubigeous , & le fameux
Cardinal George d'Amboife
, Miniftre & Favory du
Roy Louis XII . Outre ce
Louis d'Amboife , Evefque
d'Alby , il y eut encore un
autre Louis de cette Maifon
qui le fut auffi , & c'est à ces
deux Prelats que la Ville d'Alby
eft redevable de cette fa
meufe Eglife dédiée à Sainte
Cecile, qui paffe pour une des
plus belles de la Chreftienté,
& de plufieurs autres monu-
Xiiij
248 MERCURE
mens de leur magnificence &
de leur pieté . Auffi les Habitans
d'A by ont- ils une veneration
extrême pour les
Defcendans de cette illuftre
Maifon , & c'eft ce qui les a
obligez de témoigner par diverfes
feftes & réjouiffances
públiques la part qu'ils prenoient
au mariage que je vous
apprens L'Epoux & l'Epouſe
font fi bien faits , & fi dignes
l'un de l'autre , qu'on ne doute
point qu'un mariage fi bien
afforty n'ait des fuites tresheureufes
. Madame de Saliez,
Viguiere d'Alby , dont tous
GALANT . 249
W
Mes Ouvrages font fi eftimez ,
a fait pour eux l'Epithalame
que je vous envoye .
on cherche vainement cette
Charmante Fille ,
En qui brille le Sang d'une illuftre
Famille.
Vu jeune Conquerant qui veut fe
rendre heureux, thy
L'enlève à travers mille feux.
Tout a favorifé fon amoureuse audaces
Mais l'Hymen nous rend à fa
place.
Une Femme admirable , en qui nous
remoNons
La Fille que nous regretions .
Elle a fes agrémens , fes airs,
fes manieres ,
250 MERCURE
Ses yeux , fon teint , & fes lu
mieres ,
Et tous les fentimens de fes nobles
Ayeux
Dont la magnificence éclate dans ces
lieux .
> Enfin ces deux Objets font une
mefme choſe.
Vous, pour qui le Ciel fait cette Metamorphofe
,
Epoux aimable & fortuné ,
A quel comble de biens eftes - vous
deftiné ?
Voftre Epouse , toujours adorable , &
Severe,
Va marcher fur les pas defon illuftre
Mere ,
Et vous allez goûter , au gré de vos
defirs
Un long enchainement de joye , &
de plaifirs.
C
GALANT. 251
Mr le Marquis de Marignanes
, qui vient d'époufer
Mademoiſelle de Cruffol de
Saint Supplice , eft de la Famille
de Couet , originaire de
Breffe , qui s'eft venuë établir
d'Allemagne en ce Pays - là, &
Fils de M le Marquis de
Marignanes & des Isles d'or,
Baron de Velaux , Bormes ,
Saint Canat , Seigneur de Vitrolles
, Coudoux , la Bour
donniere & autres , Gouverneur
pour le Roy des Isles &
Forrereffes de Porte-cros &
de Levant , & qui a efté deux
fois premier Procureur du
252 MERCURE
Pays de Provence , employ
qu'on ne donne qu'aux Gentilshommes
les plus diftinguez
de cette Province . Il
avoit époufe en premieres
noces une Fille de la Maifon
de Porcelets , Soeur du Marquis
de Maillane, qui eft mor
te fans enfans, & il épousa en
fecondes noces Blanche de
Seytres de Laumons Niéce du
Bailly de Laumous , Ambaffadeur
de fon Ordre à Rome,
qui eft mort tenant l'Auberge
de Provence . De ce mariage
font fortis deux Filles & deux
Garçons. L'ailnée des Fillos
GALANT. 253
a efté mariée à Charles de
Grimaldis d'Antibes , Marquis
de Cagnes , de la Maiſon
des Princes de Monaco , &
la Cadette , à Philippe Guillaume
de Grammont de la
Maifon des Grammont de
Bearn . L'aifné des Garçons
eft Mr le Marquis de Marignanes
, dont je vous parle.
Le cadet eft Lieutenant dans
le Regiment des Gardes Francoifes.
Leur grand Pere eftoit
Marquis de Marignanes ,
Gouverneur pour le Roy de
la Tour de Bouc , lez Martigues
en Provence , & avoit
254 MERCURE
auffi efté premier Procureur
du Pays de Provence , & Colonel
d'un Regiment d'Infanterie
. Leur Bilayeul eftoit
Confeiller Garde des Sceaux
au Parlement d Aix en Pro
vence, qu'on apelle le Baron
de Coüct , Baron de Trets , de
Sillans & autres Places. Leur
Trifayeul le Baron de Coüct,
auffi Baron de Tretz , fut Mc.
ftre de Camp des Arquebufiers
à cheval de Provence , &
chaffé de Marfeille par Cafaux
, pour avoir efte fidelle
au Roy , comme il en eft fait
mention dans l'Hiftoire de
GALANT. 255
燙
Provence . C'eſt luy qui s'eft
venu établir le premier dans
cerre Province , où il fuivit
le Duc de Savoye dans l'échange
qui fe fit de la Breſſe
avec le Marquifat de Saluces .
& il a fait la branche de Provence.
L'autre eft demeurée
en Breffe .C'est celle de M's les
Comtes de Montribloud , qui
firent un des plus beaux par
tages dont on ait oüy parler
depuis longtemps entre des
particuliers , l'un des Freres
ayant eu les terres en deçà, &
l'autre les terres en delà du
Rhône . Jean de Coüet , Comte
256
MECCURE
de Montribloud , Capitaine
de cent hommes d'armes , fe
diftingua au Siege de Rouen,
où il entra le premier par la
bréche : c'eft ce que porte
l'Hiftoire de Mezeray La
Grand' Mere eftoir de la Maifon
d'Efcalis de Bras , des Barons
d'Anflouis en Provence ;
la Bifayeule de la Maiſon de
Graffe , illuftre en Provence ,
& la Trifaycule de celle de
Villeneuve des Marquis de
Trans , de cette mefme Province.
Je ne vous parle point
des alliances de cette Maifon ,
qui font les meilleures de Provence
.
GALANT 257
Voicy les noms de plufieurs
perfonnes confiderables de
l'un & de l'autre fexe , mortes
depuis peu de temps. Il y en
a une partie dont l'abondance
de la matiere m'empeſcha de
yous parler dés l'autre mois.
Meffire Philippes Cirus de
Torcy , Comte de Torcy, Sei
gneur de Lorcy,le Mont, Chevenelles
& autres lieux , Lieutenant-
Colonel du Regiment
de Cavalerie de Bellegarge.Il é
toit fils de Philippes deTorcy,
Sicur de la Tour , Lieutenant
General des Armées du Roy
Gouverneur de Dieppe &
Fevrier 1692. Y
3
248 MERCURE
d'Arras , & de Silvie . Angelique
de l'Hofpital de la Bran .
che de Sainte Mefme. Il eft
mort fans alliance . Son frere
aîné a époulé Marie Françoife
- Elizabeth de l'Hofpital , fille
du deffunt Duc de Vitry.
Torcy porte de fable à la bande
d'or.
Mademoiſelle Elizabeth de
l'Hoſpital de Sainte- Mefme .
Elle employoit tout ſon tems
au fecours des pauvres & à diverfes
actions de pieté , &
eftoit foeur de M' de l'Hofpital
, Comte de Sainte Mefme
premier Ecuyer de Madame la
GALANT 259
grande Ducheffe de Tofcane,
& cy- devant premier Ecuyer
de feue Madame la Ducheffe
Douairiere d'Orleans. Ils def
cendent d'une branche cadette
de l'ancienne Maifon de´
l'Hoſpital , iffue du Sieur de
l'Hofpital de Sainte Meſme ,
mort des bleffures qu'il reçut
au Siege de Pavie . Cette Maifon
defcend d'Aloph de l'Hôpital
, Seigneur de Choify &
de Sainte- Mefme , dont le fils
saifné , Jean de l'Hofpital ;
Comte de Choify époufa Leonor
Stuart , dont eft venu Jacques
de Hofpital , Marquis
Y ij
260 MERCURE
}
5
de Choify , Chevalier des Or
dres du Roy , Gouverneur &
Sénéchal d'Auvergne
; &
Chevalier d'honneur de la
Reine Marguerite , qui épou
fa Madeleine de Coffé- Gonnor
, d'où font iffus les Marquis
de Choify , Comtes de
l'Hoſpital & Barons des Cor
dou. François de l'Hofpital
Seigneur de Vitry , époufa
Anne de la Chaftre , fille de
Claude , Baron de Maiſon-
Fort , dont cft venu Louis de
FHofpital , Marquis de Vitry,
Chevalier des Ordres du Roy,
Capitaine des Gardes du Corps
GALANT . 261
de Sa Majefté , Lieutenant general
des Comtez de Cham
pagne & Bric , & Gouverneur
de la ville de Meaux qui
époufa Françoise de Brichanteau
de Beauvais - Nangis ,
dont il eut Nicolas & François
de l'Hofpital , Marê
chaux de France , & trois filles
dont deux furent mariées
aux Comte de Charlus & Marquis
de Perfan , & la troifiéme
, Louife de l'Hospital , fue
Abbeffe de Montiviliers. Ni.
colas de l'Hofpital , Marquis
de Vitry & d'Arc , Comte
de Châteauvilain , Bailly de
262 MERCURE
Meaux , Capitaine des Gardes
du Corps du Roy , arrefta lc
Marêchal d'Ancre , par l'or
dre de Louis XIII. qui le fit
Maréchal de France en 1617.
puis en 1619 Chevalier de
fes Ordres. En 1632. il für
Gouverneur de Provence
& enfuite on luy donna le
titre de Duc de Vitry. Il
mourut en 1644. Doyen des
Marêchaux de France,& avoit
époufé Lucrece Bouhier de
Beaumarchais. Il en cut feu
M' le Duc de Vitry dont le
fils eft mort fans alliance, &
des filles. François de l'HofpiGALANT
263
tal , frere puifné de Nicolas ,
Duc de Vitry , Seigneur du
Halier Comte de Beine & de
Romorantin , a efté Chevalier
des Ordres du Roy , Confeiller
de Sa Majesté en fes Confeils
& d'honneur en fa Cour
de Parlement de Paris , feul
Lieutenant General pour le
Roy en Champagne & Brie ,
Gouverneur & Lieutenant
general de la ville , Prevôté &
Vicomté de Paris , auparavant
Gouverneur de Nancy , dés
l'an 1621. Il fut Capitaine des
Gardes du Corps du Roy , &
en 1643. Sa Majesté le fit Ma .
268 MERCURE
réchal de France. Il mourve™
en 1660. & eft connu dans
l'Hiftoire fous le nom de du
Halier , qu'il portoit avant
qu'il cuft le Bâton de Maréchal.
Il s'acquit une grande
réputation à la bataille de
Rocroy , où il fut bleffé , au
Catelet , & en divers autres
lieux d'Allemagne , Flandre ,
Italie,Franche- Comté & Lor
raine . Il n'a pas laiſſé d'enfans.
Cette Maifon de l'Hofpital ,
qu'on pretend originaire de
Naples , porte écartelé au premier
d'Anjou , Naples , Sicile ,
aufecond d'Arragon , au troifié
me
GALANT
265
me de
Brichanteau , au quatrieme
de la Chartre , & fur le tout
de l'Hospital qui eft de gueules
au coq d'argent , armé & crefté
d'or ,foûtenant de fon pied droit
un écuffon chargé d'une fleur de
lis d'or.
Mc André Chevalier , Marquis
de Saint Blimont , Scigneur
de Pandé . Caon , Gouy,
Etrebeuf , Salnel , d'Enneville
, Uron , Armuncourt &
autres lieux . Il avoit pris al- '
liance dans la famille des le
Tonnelier de Breteül , qui a
donné des Contrôleurs Generaux
des Finances , Confettlers i
Fevrier 1692. Ꮓ
266 MERCURE
d'Etat, Maiftres des Reque
tes , Intendans de Juftice ,
Confeillers au Parlement
Grand Confeil , & aux Com.
pagnies Superieures.
Meffire Antoine de Guillon
, Seigneur de Marmouffe ,
du haut & bas Garnay ,Chambleant,
de S' Benin , Menetou
& autres lieux,mort âgé de 75 .
ans en fon Château de Marmouffe
prés de Dreux, & regre
té generalement dans fa Province
, tant des riches que des
pauvres , à qui il fervoit de
re n'ayant point de plus grand
plaifir que de chercher à les
PcGALANT.
267
foulager . Il avoit eflé à Malthe
, & aprés avoir fait fes Caravannes
, il ne voulut point)
faire fes voeux. Il eut l'honneur
d'eftre Page de la Cham-"
bre de Louis XIII . & fut fait
enfuite Lieutenant des Gordes
où il fervit plufieurs années
aprés quoy il fut Gentilhomme
de la Chambre de feu
Monfieur le Duc d'rleans ,
& ayant quitté la Cour , il ne
fongea plus qu'à travailler à
l'affaire de fon falur .
Jacques
de Guillon fon pere , Maiſtre
des Requeftes , Surintendant
de Juftice en la Generalité
Zij
268 MERCURE
d'Orleans , eut le brevet de
Confeiller d'Etat , fous Louis
XIII . & laiffa entr'autres enfans
de Louife de l'Epine , petite
fille de Mr le Prefident
Baillet , Charles de Guillon ,
Confeiller Clerc au Parlement
de Paris, Jacques de Guillon ,
fecond du nom , Confeiller au
Parlement de Rouën pendant
le Semestre , & enfuite Procureur
General au Parlement ,
de Dijon , & une fille mariée.
à M Vauclin , Seigneur des
Yvereaux , Intendant de Juftice
en Languedoc , dont le
Frere eut l'honneur d'eftre
GALANT. 269
Precepteur du deffunt Roy.
Marcellin de Guillon fon
Aycul , Contrôleur General
de l'Artillerie , fut Chevalier
de l'Ordre de faint Michel ,
& fit la Charge de Grand
Maistre de l'Artillerie , pendant
douze ans . Il époufa Geneviève
de Fontenus , & en
eut François & Jacques . François
de Guillon fon aifné ,
Contrôleur de l'Artillerie ,
laiffa un fils , qui fut tué au
Siege de la Mote eftant Capitaine
aux Gardes , & deux
filles , dont l'ailnée époufa
M' le Comte de Treville ,
Z iij
270 MERCUREe
Capitaine Lieutenant des
Moufquetaires du Roy. L'autre
fut Grande Prieure de
l'Abbaye deChelles . Pierre de
Guillon , fon Bifaycul , Commiffaire
ordinaire en l'Artillerie
de France , Lieutenant de
Mr de Biron , Grand Maiftre
de l'Artillerie dans les Provinces
de Lionnois , Dauphiné
, & Contrôleur ordinaire
des Guerres , fut pere de Marcellin
dont je viens de vous
parler & de Pierre , fecond du
nom , qui fit la Branche de la
famille qui eft encore à Lyon.
Il fervoit en 1524. fous FranGALANT.
271
çois I. Il y a eu un Eftienne
de Guillon , Prefident au Parlement
de Grenoble en 1429 .
Antoine de Guillon , dont je
vous apprens la mort , a cu
plufieurs Enfans , ſçavoir , Simon
de Guillon , mort Page
de S. A. R. Monfieur ; Antoinc
, qui eftant devenu l'ainé
par fa mort , renonça au monde
, & fe fit Religieux de Saint
Benoift de la Congregation
de Saint Maur ; Leonard , qui
ayant efté Page de la grande
Ecurie , & Capitaine- Exempt
des Gardes , a cfté forcé d'abandonner
le ſervice à caufe
Z iiij
272 MERCURE
d'une grande bleffure receue
au combat de Kocefberg; Jean
Leonard , qui a efté Page de
la petite Ecurie du Roy ; Barbe
de Guillon , mariée à Mef
fire Urbain de Tilly , de la
Famille de Blanc , Lieutenant
Colonel du Regiment de
Cavalerie de Grinant , &
Marguerite-Françoife , qui a
époufé M de la Roche . Seigneur
de la Chapelle , Capitaine
au Regiment de Grinant,
dont le Pere qui eftoit Aimé
de la Vallée de la Roche , a
commandé le Regiment du
Grand Maiftre Mr de la Milleraye
. Guillon porte d'azur
GALANT 273
au fautoir d'or , pour fupports
deux Pelicans , & pour
corps de Devife , un Pelican
qui fe tue pour nourrir fes
petits , avec ces mots , Mihi
non fum natus.
Dame Marie Vallée des
Barreaux , Veuve de Meffire
Pierre Viole , Prefident en
la Quatrième des Enquestes.
Elle eftoit Fille de Feu M des
Barreaux, Prefident au Grand
Confeil , & de Dame Barbe
Dolu . & a laiffé Madame la
Comtefle de Tilliens , & Madame
la Prefidente Talon , fes
Heritieres . Elles font Filles de
274 MERCURE
Dame Elizabeth Vallée , fa
Soeur , & de M' du Bouley-
Favier , Mailtre des Requeftes
.
Mile Marquis du Pleffis-
Beliere , Gouverneur de Carmagnole
& de Suze . Il a fair
une infinité de belles actions,
& joignoit la valeur à la prudence.
La maniere dont il
s'eft diftingué en plufieurs
occafions luy avoit acquis une
grande eftime dans les Troupes
, & vous fçavez qu'il a
contribué aux grands avantages
que les armes du Roy ont
remportez en Savoye , & en
GALANT: 275
Piedmont , Il eftoit Frere de
Madame la Maréchale de
Crequi. Perfonne n'ignore
qu'on ne voit que des modelles
de vertu dans cette Famille.
Mr le Comte d'Alegre . Il
eftoit encore dans fes plus
belles années ; & avoir épousé
Mademoiſelle du Frenoy. Ce
nom eft fi connu , qu'il n'eſt
ignoré d'aucun de ceux qui
connoiffent les amours & les
graces . M' le Comte d'Alegre
eft de la troifiéme branche de
l'illuftre Maifon d'Alegre qui
a aurrefois donné des Vice296
MERCURE
Rois au Royaume de Naples:
La branche ainée dont cftoit
feue Madame de Seignelay , eft
d'Auvergne , & c'est celle des
Marquis d'Alegre - Torfel.
La feconde branche eft celle
d'Alegre Coupigny du Quelnel
, de Normandie, & la troifiéme
, celle d'Alegre Vivares
, dont eftoit M' le Comte
d'Alegre qui vient de mourir.
Madame Gourreau de la
Prouftiere , Prieure de l'Abbaye
de Saint Antoine des
Champs lez Paris , & Doyenne
des Religieufes de ce Convent
, âgée de plus de quarreGALANT.
277
vingt ans. Elle eftoit Fille de
Meffire Jean Gourreau , Sicur
de la Prouftiere & des Palluaux
, Confeiller de la Cour
des Aides , Soeur de Meffire
Nicolas Gourreau , S de la
Prouftiere , à prefent Doyen.
des Confeillers de la Cour des
Aides à Paris , & Tante de
Meffire François Gourreau ,
fieur de la Prouftiere , Confeiller
Clerc en la Grand'-
Chambre du Parlement. C'eft
une ancienne Famille d'Anjou
, originaire de Bretagne
dont il y a eu Philippe Gourreau
, ficur de la Prouftiere,
278 MERCURE
1.
receu en 1569 Maistre des Requeftes
, aprés avoir cfté Confeiller
au Parlement de Bretagne.
Il époufa Antoinette'
Poyet , Niece du Chancelier
de France . Gourreau de la
Prouftiere potte d'or à l'Aigle
double de fable , armé, bequé &
couronné de gueules .
Dame Marie Madeleine le
Boiftel , Femme de Meffire
Claude Bauffan , Maiftre des
Requeftes honoraire.
Dame Marie du Frenay,
Femme de Meffire Jofeph-
François d'ErDothon , Scigneur
de Lango . Treüilly , &
GALANT.
279
Autres licux , Baron de l'ancienne
Baronnie du Pont . Il
fur receu Maistre des Requeftes
en 1682 aprés avoir elté
Confeiller au Parlement , &
auparavant Confeiller au Chafteler
de Paris .
w
Dame Renée Ang- lique
Rouiller de
Beauchamps, Femme
de Meffire René Roland
le Vayer , Seigneur de Boutigny
, Confeiller du Roy en la
premiere Chambre des Enquestes
du Parlement , où il
fut receu en 1687. Il eft Fils
de feu M ' le Vayer de Boutiguy
, Maistre des Requeftes
1
280 MERCURE
& Intendant de Justice a
Soiſſons, & auparavant durant
plus de vingt années Avocat
au Parlement , où il fe fir dif.
tinguer par la facilité de fon
expreffion , & cette éloquence
qui luy eftoit fi naturelle . Sa
Famille eft originaire du Maine
, où elle a donné plufieurs
Lieutenans Generaux en la
Ville du Mans. Mile Vayer ,
Maistre des Requeſtes , & M²
le Vayer , Confeiller de la
Cour des Aides , font de cette
Famille .
M Charles Raviere , receu
Avocat au Parlement en 1645.
GALANT . 281
.
la grande capacité & la connoillance
parfaite qu'il avoit
Jurifprudence , le faide
la
foient fort employer. Son
Frere a été Procureur du Roy
au Trefor, & fa Soeur a épousé
M ' de Montholon , Confeiller
au Châtelet , d'une branche
cadetre de l'Illuftre Mai
fon des de Montholon.
Mr Pijart , Conſeiller
Medecin ordinaire du Roy ,
Docteur Regent , & Doyen
de la Faculté de Medecine de
Paris , mort le fecond jour de
ce mois , âgé de prés de quatre
vingt- quinze ans . Il fut
Février 1692. A a
282 MERCURE
reçû Docteur en la mefme Faculté
, le neuviéme de Janvier
1623. & il l'a efté foixanteneufans
& plus , eſtant devenu
le plus ancien des Docteurs
de fa compagnie , le dixième
dc Janvier 1671. Il a toujours
exercé fa profeffion avec
beaucoup d'honneur & de
réputation , & avoit puifé
dans les Livres une fcience
profonde , où il s'eftoit confirmé
par une longue expérience
auprés des malades . Il
connoiffoit la proprieté des
termes les plus rares & les
moins ufitez de la Langue
GALANTAM 283
Grecque & de la Latine , &
eftoit tres-fçavant dans les
belles Lettres . On doit l'eftimer
un grand Medecin , puis
qu'il a travaillé fi heurculement
à fe faire une longue vie.
Les François continuent toujours
à remporter fur mer des
Pavantages fort confiderables .
Sur l'avis qui fut donné à
quatre Vaiffeaux du Roy qui
croifoient depuis plus de fix
femaines vers le Cap de Finiftere
, qu'une Flote de vingtdeux
bâtimens Marchands ,
chargez de bled , devoit paffer
de Bilbao à Cadix , efcortez
A a ij
284 MERCURE
de deux Vaiffeaux de guerre
Hollandois , l'un de cinquante
Canons , & l'autre de quarante-
fix , ils s'affemblerent
& prirent leurs mesures pour
les attaquer . M' le Chevalier
des Augers , Capitaine de
Hautbord , qui commande
le Maure de 54. Canons , l'un
des Vaiffeaux qui estoient venus
à Breft de Dunkerque ,
difpofa de cette forte , en qualité
de Commandant, les trois
autres Vaiffeaux , qui estoient
de 30. à 36. Canons , fçavoir ,
le Poli , le Seditieux & l'Opiniâtre
que commandent
GALANT. 285
rs
M Serpaud , du Vignau , &
le Chevalier Damon. Les
deux premiers curent ordre
d'attaquer le moins fort des
deux Vaiffeaux de convoy ›
Mle Chevalier des Augers
s'eftant refervé le plus gros ,
& ayant ordonné à M' le Chevalier
Damon , de prendre le
plus qu'il pourroit des Vaiffeaux
Marchands pendant le
combat. Il fut fort rude , &
22 ne finit qu'au bout de quatre
5 heures , Male Chevalier des
Augers coula à fond , aprés
deux bordées , le Vaiffeau
qu'il attaquoit & M's Serpaud
286 MERCURE
& du Vignau , en firent au
cant du leur. Il n'y cut que
feize perfonnes , dont le Capitaine
Croug fut du .nombre
, qui échaperent de ces
deux Vaiffeaux de
guerre. Mi
le Chevalier Damon prit quatre
des baſtimens Marchands,
& les autres fe fauverent à S.
Thomé , qui n'eftoit pas loin
de-là . Les noftres fe retirerent
à Rochefort avec leurs prifes,
M des Augers ayant perdu
le Beaupré de fon Vaiffeau ,
& les autres quelque choſe
des leurs. Ils font Capitaines
de Fregate.
GALANT. 287
M' le Marquis de Nefmond,
Lieutenant General des Armées
Navales , n'a pas cu
moins d'avantage , puifque
s'eftant mis en Mer avec une
Efcadre de Vaiffeaux , il en a
pris quatre Marchands Hol-
Iandois , dont trois eftoient
richement chargez. Le mauvais
temps l'a obligé de relâ .
cher à Belle-Ifle , où il les a
amenez. Vous remarquerez ,
Madame , que depuis que
Ennemis ont renoncé à la
Paix , ils ont perdu vingt - cinq
Vaiffeaux de guerre , fans que
le Roy en air perdu aucun.
les
288 MERCURE
,
Ce que je vous dis eft un fait
conftant dont ils font forcez
de convenir . On ne peut
fonger qu'avec beaucoup de
furprife , que les Anglois &
les Hollandois , ayant cfté
plus puiffans fur Mer que la
France , avant le regne du
Roy , mefme quand ces deux
Puiflances n'eftoient pas unies
& qu'on les voyoit agir féparément
, ils foient aujourd'huy
contraints de luy ceder.
On croit ce qu'on voit ,
& on l'admire .
Tous les ficcles ont eu leurs
Heros . On peut dire que
le
Roy
GALANT. 289
Roy eft non -feulement celuy
de fon fiecle ; mais encore de
tous ceux qui ont précedé le
fiecle de ce Monarque . Le
haut degré de gloire où il eft
parvenu , ayant fait retentir
le bruit de fon nom chez
toutes les Nations du monde,
il ne faut pas s'étonner , fi on
fouhaite de voir de fes Portraits
par toute la terre , & fi
le grand debit qui s'en fait ,
engage toutes fortes de Peintres
à en faire , & toutes fortes
de Graveurs à en graver.
C'est ce qui eft caufe qu'on
en trouve un fi grand nom
Fevrier 1692 .
"
ᏴᏏ
290 MERCURE
le
bre qui font fi defigurez ,
qu'on n'y reconnoift point
Roy ,& que les Etrangers qui
croyent le connoiftre fur les
portraits qu'ils ont fait venir
de France , n'en peuvent concevoir
de juftes idées, ny trouver
dans fes traits tout ce
qu'ils promettent de grand &
d'heureux . Ils ne feroient
peut eftre pas fâchez d'apprendre
que de tous ceux qui
ont efté faits , celuy de M
Perfon a efté trouvé un des
plus reffemblans , pour ne pas
dire le plus. C'est ce qui a
caufé I'mpreffement du puGALANT.
29t
blic pour en avoir. La furptife
a effé grande pour ceux qui
croyoient
qu'on leur en avoit
envoyé de la main de M' Perfon
, lors qu'ils ont connu qué
ce n'eftoit
que des copies d'aprés
luy. La fupercherie
à
efté pouffée fi loin , que des
Peintres ont ofé prendre fon
nom pour debiter de leurs
copies . Ce portrait
avoit fait
trop de bruit pour n'eftre pas
gravé. Il l'a eſté
par le ficur
Drever , qui loge rue S Jacques
, prés de S. Severin , &
qui en donne les Estampes
pour un écu . Les curieux qui
Bb ij
292 MERCURE
fouhaiteront avoir des premieres
tirées , ne doivent
point perdre de temps , s'ils
veulent fatisfaire leur curio
fité fur le peu qui luy en refte.
Il y a grand nombre de Mécontens
en Angleterre , & la
difgrace de Milord Churchill
à qui le Prince d'Orange a
ofté toutes les Charges , fair
voir à ceux qui en fçavent le
fecret , qu'elle peut avoir de
grandes fuites , puis qu'elle
vient de ce que la femme de
ce Milord , Dame d'honneur
de la Princeffe de Dannemarck
, a excité cette PrinGALANT.
293
ceffe à fe plaindre , de ce que
lé Prince d'Orange ne tient
aucune des promeffes qu'il a
faites au Prince fon mary
dont l'une eftoit , de le faire
Amiral . Elle a dit en fe plaignant
hautement , que fi elle
avoit creu que le Prince d'O
range en euft deu ufer de cette
forte , elle n'auroit pas con
fenti au traitement qu'il a fait
au Roy fon Pere .
La Cour d'Efpagne n'eft
pas plus tranquille , & la mefintelligence
eft fi grande entre
fes deux Reines , que toute
la Cour eft divifée en deux
Bb iij.
294 MERCURE
partis . Chacun foutient fi
hautement celuy qu'il a pris ,
que ceux qui les fuivent ont
des rubans à leurs chapeaux ,
qui font connoiftre s'ils font
dans les interefts de la Reine
Doüairiere , ou de la Reine
Regnance .
L'empreffement
des Irlandois
pour paffer en France eſt toujours
le mefme , & quoy qu'on
n'y en attendîr plus depuis
l'arrivée de M ' de Sarsfield à
Breft , il y eft encore venu deux
petits Bâtimens chargez de
Leptà: huit cens hommes.
Ceux qui ont expliqué la
derniere Enigme fur la LanGALANT.
295
cette , qui en eftoit le vray
mot ,font Mrs. Turrault de la
Coffonniere , Chanoine de
S. Pierre du Mans , & Mulin
le jeune de la mefme ville ,
Vagnard , du Puits d'Amour
, l'Abbé de Reilmiro ;
F. Maroy , de la rue de la
Harpe ; Coquebert de chez
M' du Caftel ; le Chevalier
Befnier , de Bellair , cy - devant
Capitaine de la vicille Marine
; le Gloüance , Chirurgien
à Vannes en Bretagne ; Ricquet
, Commis de la Pofte de
la mefme ville ; & Laurent
Bouvier , Chirurgien au mê-
Bb iiij
296 MERCURE
me lieu ; Serein , Apotiquaire
chez Madame ; F. Meffier de
la Place S. Nizier de Lion ;
Etienne de la Rue des trois
petits Ecus à Troye ; Leger
Commiffaire des Maréchauf
fées de Chartres & Chafteau
dun ; de Montfrery ; le Petit,
du grand Turc , ruë S Hond
ré ; le Bel efprit du Cerf volant
de la mefme ruë , C.
Aujoulat , fieur de la Baume,
René Lorillat , L Abbé Pionneau
, L'Illuftre Bonnard de
l'Hostel du Quesnoy , C Hutugue
d'Orleans , le Cheva-
"
lier Loibel de la Place Mau
GALANT. 297
J
bert ,le Triumvirat de Bourg
en Breffe ; le Comte de Quermeno
, l'Amant à louer de la
rue S. Martin , l'Ennemi des
préjugez , de la ruë de la Tifferandrie
, le Beau tenebreux ,
de la rue de Jouy ; le bon
Beau pere du Chevalier de
Baffigny & Harade , de la ruë
de la Cerifaye . Mefdemoiſelles
Ogier du coin de la ruë de
Richelieu
Nanette de la
Croix blanche , la Charman
te niece de Madame de la
Neuville , proche le jeu de
paume du Rempart à Soiffons
, Jeanneton Gueritaut
de la rue des Lions , Babet
,
298 MERCURE
Petit , de la rue Montmartre,
la veuve Heron , de la rue Simon
le Franc , le Bas , fon Aimable
frere , le Jurifte de la
rue S. Germain , & le Vindicatif
du Puits d'Amour . Tontine
, de la rue S. Roch , l'Obligeante
, du Quay des Auguftins
: les deux Charmantes
Loeurs du Puits d'Amour : la .
plus Indifférente reclufe du
Faux-bourg faint Severe de
Roüen : l'Aimable Croisette,
de la rue du Chaume ; la Charmante
Beauceronne , de la ruë
Neuve S. Euftache : la Chafte
Epoufe du coin de la ruë VilGALANT.
299 .
dot ; Renaudat , de la rue du
Petit -Lion : la Charmante
Villomere : la Princeffe Thomas
de l'Ifle , fon fidelle Secretaire
le Berger Tircis à
l'Anagramme Siecle de fer ;
la Marquife à l'Anagramme ,
Pure image de vertu : Diane de
la Foreft d'Acteon : la Defunte
aux jours filez de foye : la
Nimphe aimantée : la Bergere
aux châtaignes ; la fpirituelle
Mere de l'aimable Fille de la
ruë S. Hiacinte , & fon plus
fidelle Amant.
" L'Enigme nouvelle que je
vous envoye eft de M Co.
miers .
300 MERCURE
P
ENIG ME.
Our s'addonner à ma profeffion
fuffit d'eftre adroit , & fans ambition
.
Du Peuple que je fers je feay bien
des mifteres.
On permet que les Saurs couchent
avec les Freres ,
Et fi l'on y fouffroit un Roy
Fe ferois pour luy fan's employ,
Sans rien fçavoir dans la noire
Magie ,
Et fans rien emprunter de l'art de
Chirurgie ,
Faffronte le premier tous les pas
dangereux ,
Et fais quand il me plaift marcher
droit les Boiteux
GALANT 301
1
mille alarms
L'Efté me remplifoit d'effroy ,
Et l'Automne fouvent me coutoit bien
des larmes.
300 MERCURE
wenuvo
•pleurs,
frente le premier tous
dangereux ,
les
pas
Et fais quand il me plaift marcher
droit les Boiteux.
GALANT: 301
Si tu ne peux encore icy me reconnoiftre,
Dieu te garde, Lecteur , de devenir
mon Maistre.
Je croy que vous pren
drez plaifir à chanter l'Air
nouveau dont vous allez lire
les paroles.
AIR NOUVEAU.
L
Ors que Tircis brûloit pour
moy,
Le retour du Printemps me caufoit
mille alarmes ,
L'Efté me remplifoit d'effroy ,
Et l'Automne fouvent me coutoit bien
des larmes.
302 MERCURE
L'Hiver feul finiffoit mes mortelles
langueurs ,
Et de tous les plaiſirs je reprenois
l'ufage,
Mais depuis que Tircis eft devenu
volage ,
En tout temps je verfe despleurs.
Je ne fuis point furpris de
l'empreffement que vous avez
de fçavoir le détail de ce qui
s'eft paffé au mariage de Monfieur
le Duc de Chartres , &
de Mademoifelle , de Blois .
Tout ce qui le fait fous le regne
du Roy a quelque chofe
de fi diftingué & de fi différent
de ce qui s'eft vû juſques
GALANT
303
icy , qu'on ne doit pas s'éronner
de la curiofité qu'il excite .
S'il s'agit de Conqueftes , ils
fe font avec une rapidité
inouïe avant ce fiecle . S'il
eft question de pieté , les
exemples en font grands &
nouveaux & fi quelques
conjonctures importantes de
mandent des Feftes, les moins
preparées , & où l'on n'employe
que le neceſſaire , fe
font avec un éclar & un bon
goût , qui fait diftinguer
la
Cour de Louis le Grand da
toutes celles qui ont le plus
brillé , & qui peuvent préten304
MERCURE
dre quelque diftinction dans
l'Europe , ou pour mieux dire
dans la terre entiere . Je commence
ce qui regarde le mariage
dont j'ay à vous parler ,
par un article qui vous fera
voir que jamais Souverain , en
quelque
fiecle que ce foit , n'a
fait des prefens fi confidera .
bles que font les pierreries que
le Roy a données à Mademoi .
felle de Blois . En voicy le
dénombrement
, & je vous en
parle avec certitude , ayant eu
le plaifir de les voir,
GALANT. 305
Une parure de Diamans brillans
, contenant
Une paire debouclesd'oreilles.
Une paire de Pendans.
Une grande Attache de devant..
Deux Attaches de manches.
Quatre Attaches de poches.
Noeud de derriere. Uu
huit Boutons.
Une parure de Rubis, contenant
Deux Poinçons
.
Une paire de pendans.
Une grande Attache.
Deux Attaches de manches .
Quatre Attaches de poches.
Un noeud de derriere.
Fevrier 1692
C C
306 MERCURE
Quarante huit boutons.
Une parure de Saphirs , contetenant
Deux Poinçons .
Une paire de Pendans,
Une grande Attache .
ཉ 』། 』
Deux Attaches de manches
Quatre Attaches de poches, !
Un Noeud de derriere.
Quarante huit boutons.
Une parure de Topazes ,""
contenant
Quatre Poinçons.
Une paire de Boucles d'oreilles
.
Une paire de Pendans.
Une grande Attache.
GALANT. 307
F'eux Attaches de manches.
Quatre Attaches de poches.
Un Noud de derriere .
Quarante- huit boutons.
Plus
Quatre-vingt boutonnieres .
Une Laffure.
Deux Tailles.
Vingt pieces pour chamarrer
le devant,
Tout cela eftant de Pierreries
parfaites , & d'une groffeur
qui en releve le prix , il fetoit
tres difficile de vous en marquer
la jufte valeur .
Le 17.de ce mois , jour deſti
né pour la cérémonie des
Ccij
308 MERCURE
fiançailles , Monfieur le D
de Chartres , accompagné de
M' de Blainville , Grand
Maistre des cérémonics, & de
M' des Granges , Maiſtre des
Cérémonies, alla prendre Ma
demoiſelle de Blois dans fon
appartement , & il l'amena au
grand Salon de l'appartement
du Roy. Ce Prince avoit un
habit de brocard d'or , cou
vert de dentelle , fçavoir les
chauffes , le pourpoint , & le
manteau . Des diamans , & des
émeraudes fervoient par tout
de pied à cette dentelle , & la
garniture de cet habit eftoit
GALANT. 309
•
d'un ruban couleur de rofc
pâle , mêlé d'un ruban d'or.
Le fond de la robe de Ma
demoifelle de Blois eftoit
d'une étoffe d'or liferée d'un
filer noir , qui formoit de petires
fleurs. Les bords de cette
robe cftoient boüillonnez ou
fraifez d'un point d'Eſpagne
d'or. La jupe eftoit d'un fond
d'argent & à petites rayes gris
de lin , garnie de distance en
distance , d'un point d'Eſpagne
d'or en cerceau , le tout
h bieu entendu , & fi bien
travaillé , que cet habit eftoit
l'ouvrage de plufieurs mois.
310 MERCURE
La garniture eftoit de dia
mans & de rubis . La Prin
ceffe eftoit coëffée de fes propres
cheveux , qui font d'une
tres grande beauté . Ils étoient
mêlez de nompareille
verte
& de diamans , au deffus defquels
eftoit un gros ruban
vert & or. Elle avoit une
mante de réſeau d'or , dont
les bords eftoient garnis d'un
point d'Espagne d'or .
Le Roy eftoit habillé de ve
lours noir brodé d'or à plein,
avec les boutons de Diamans
dont je vous ay déja parlé au .
trefois , & tout ce qui peut
GALANT. II
rendre complette la garniture.
neceffaire pour un habit, dont
il n'y a point de termes qui,
puiffent bien vous exprimer
la richeffe , puis qu'il peut
paffer pour unique dans le
monde,
dc
Monfieur avoit un habit de
brocard d'or , tout garny
point d'Eſpagne
d'argent
avec des boutons de Diamans.
Les Princes , les Princeffes
, & les plus grands Seigneurs
de la Cour , & tous
ceux qui cftoient nommez
danfer au Bal qui devoir
pour
fuivre les Fiançailles , avoient
312 MERCURE
des habits , ou brodez , ou de
brocard d'or ou d'argent, tout
couverts de points de la mê
mericheffe. Toures les Dames
nommées auffi pour le Bals
avoient des garnitures de
Pierreries , & il y
avoit peu
de Seigneurs du Bal dont les
habits n'en fuflent garnis.
La ceremonie des Fiançailles
fut faite dans le Cabinet
de Sa Majesté , par Mr le
Cardinal de Bouillon , Grand
Aumônier de France , & le
Contrat fut leu par M de
Ponchartrain , Miniftre & Se
cretaire d'Eftt ,
accompagné
de
GALANT.
313
de Mr le Marquis de Torcy
Secretaire d'Etat , & figné
par le Roy , Monfeigneur le
Dauphin , Monfieur , Madame
, Monfieur le Duc de
Chartres
Mademoiselle ,
Mademoiſelle de Blois , les
Princes & les Princeffes , dont
ceux qui devoient avoir l'hon .
neur de dancer , eftoient pa
rez de la maniere que je viens
de vous marquer. Je vous en
donneray la lifte à la fin de
cet article , ne croyant pas
devoir interrompre le file
de cette narration . Au milicu
du bal qui fut
fait
dans
Février 1692. Dd
314 MERCURE
tres - grande Salle du
unc
grand appartement du Roy ,
deftinée pour ces divertif
femens & dans laquelle
il y a deux tribunes pour les
violons , on vit paroistre une
colation auffi galante , que
magnifique & bien entenduë
Elle eftoit précedée de plu
fieurs perfonnes , deſtinées
pour fervir , avec des ferviertes
fur le bras . On vit enfuite
avancer huit grandes machines
, portées chacune par quatre
hommes qui tenoient chacun
, de grands anneaux dorez
, d'or bruni . Ces machiGALANT.
35
)
nes avoient pluſieurs étages ,
& ceux de deffus portoient
un grand nombre de corbeilles
, remplies de confitures
feches . Entre tous ces étages
& le bas de la machine , il y
avoit un jour qui laiffoit voir
somme un grand parterre
chargé de fruits , & ces fruits
cftoient dans des corbeilles
de toutes fortes de figures , &
qui fuivoient le plan de chaque
machine. Ce fruit parut
encore plus à découvert ,
quand les corbeilles , qui
eftoient au deffus , furent , ou
enlevées , ou dépouillées de ce
Dd ij
316 MERCURE
qui les rempliffoit. Il y avoit
entre ces huit machines plufieurs
Officiers , portant des
foufcoupes , les unes remplies
de verres & les autres de caraffes
pleines de toutes fortes
de liqueurs & d'eaux glacées.
Tout cela eftoit fuivi de trente
hommes , portant des corbeilles
où les fruits & les confitures
feches compofoient
autant de piramides , & com .
me les fruits & les confitures ,
tant de ces corbeilles , que de
celles des huit grandes machines
, eftoient tout couverts de
fleurs , toute la fale paroiffoit
GALANT. 317
un parterre émaillé de diverfes
couleurs . Il y avoit encore
entre ceux qui portoient ces
corbeilles , des Officiers, portant
des liqueurs , des caux
glacées , & ce qu'il y a de furprenant
, c'eft qu'ils eftoient
plus de cent tous Officiers
du Chafteau de Verfailles , &
ayant des jufte- au - corps de
drap bleu , garnis de galon
d'argent.
Le 18. Monfieur le Duc de
Chartres alla prendre Mademoifelle
de Blois dans fon
appartement avec les mefmes
Ceremonies que le jour préce-
Dd iij
318 MERCURE
dent. Ce Prince avoit un habit
de velours noir brodé
d'or. Les chauffes eftoient
brodées par bandes , & les
vuides garnis de Perles & de
Diamans Le pourpoint eftoit
de mefme , & le devant du
manteau , couvert des gros
Diamans de Monfieur. La
garniture eftoit d'un ruban
or & couleur de feu , avec des
plumes de la mefme couleur.
L'habit de la Princeffe eftoit
d'une tres-riche étofe d'argent
, tout garny d'un Point
d'Efpagne d'argent , & tout
brillant de Pierreries. Ils fc
GALANT. 319
rendirent dans la grande Galeric
, où eftoient Monfcigneur
le Dauphin , Monfieur,
Madame , les Princes & Princeffes,
avec des habits differens.
de ceux qu'ils avoient la veille
, mais qui n'eftoient pas
moins riches . Celuy de Monfieur
eftoit de velours noir
brodé d'or à plain , & garny
de Rubis . Le Roy eftant venu
, toute la Compagnie alla
à la Chapelle du Chafteau .
Monfieur de Chartres & Ma
demoiſelle de Blois marchoient
devant le Roy qui
eftoit environné & fuivy de
Dd iiij
320 MERCURE
toute la Cour , & ils furent
placez fur les degrez qui font
au bas de l'Autel devant le
Prié-Dieu de Sa Majesté. On
leur donna l'Eau- Benifte avant
que de la prefenter au
Roy. Lors que M ' le Cardinal
de Bouillon demanda à Monfieur
le Duc de Chartres s'il
prenoit Mademoiselle de Blois
pour Epouse , il fit une reverence
au Roy, à Monfieur &
à Medame , comme pour de
mander leur confentement,
& Mademoiſelle de Blois n'en
fit qu'au Roy. A l'Offertoire
Monfieur le Duc de Chartres,
GALANT. 321
& Madame la Ducheffe de
Chartres allerent à l'Offrande,
& y furent conduits par le
Grand Maistre des Ceremonies
, le Grand Maitre ayant
prefenté le Cierge à Monfieur
le Duc de Chartres , & le
Maitre à Madame la Ducheffe
de Chartres. Le Poefle
fur tenu par M' l'Evelque
d'Orleans , Premier Aumof
nier du Roy, & par M' l'Abbé
Fleury , Aumolnier de
quartier.
A la fin de la cérémonie , le
Registre de la Paroiffe ayant
efté apporté au Roy , M'I'E-
1
322 MERCURE
vêque d'Orleans prefenta la
plume à Sa Majeſté , en prefence
du Curé. Ce Registre
fut figné par le Roy , Monfeigneur
le Dauphin , Monfieur
& Madame , Monfieur
le Duc de Chartres , Madame
la Ducheffe de Chartres , &
Monfieur le Prince . Toute la
Cour accompagna enfuite le
Roy dans fon appartement, &
Madame la Ducheffe de Char
tres y fut conduite par M².
le Marquis de Villars ,
fon Chevalier d'honneur , &
par Mr le Comte de Fontaine
Martel , fon premier Ecuyer,
A
་
GALANT. 323
·
qui commencerent par- là à
entrer en fonction de leurs
Charges.
Le Roy avoir ce jour- là un
habit de brocard d'or , brodé
d'argent & une attache de
fort gros diamans fur l'épau.
le , au lieu des noeuds de rubans
que
l'on y met ordinairement.
Monfeigneur eftoit
en jufte- au- corps de velours
noir tout uni , ce qui faifoit
micux briller tous les gros
diamans de la Couronne qui
eftoient deffus , & dont il
avoit pour plufieurs millions.
Sa Majesté donna à difner
324 MERCURE
dans l'apartement de la feue
Reine . Vous trouverez dans
le papier marqué I. de quelle
maniere eftoit la table , & les
rangs que tenoient les Princes
& Princeffes , qui eurent
l'honneur d'y avoir place. Le
lieu où fe donna le repas étoit
magnifiquement paré . Je ne
vous dis rien de la fomptuofité
des fervices non plus
que de l'abondance & de la
delicateffe des mets . Il fuffic
de vous dire , que le Roy donnoir
ce repas pour vous faire
entendre qu'il auroit cfté dif
ficile , qu'on cût pû y ſouhaiGALANT.
325
ter quelque chofe. L'aprefdipparte
Angle
y joüa
chanta
lux cnde
feu
C foupé
›ir dans
it eftre
dont il
ce n'eft
res
faicu,
& le
agnifi
.
lont les
rfonnes
1
324 MERCURE
dans l'apartement de la fenë
Reine .
le
papi
manier
rangs
ces &
l'honn
lieu où
magni
Vous d
fité d
que
do
delica
de
vou
noit c
entenc
ficile ,
GALANT. 325
ter quelque chofe. L'aprefdînée
, il y eut grands appartemens
, où le Roy d'Angle
terre fe trouva . On y joüa
gros jeu & on y chanta
quantité des plus beaux endroits
de la Mufique de feu
Monfieur de Lully. Le foupé
que le Roy donna le foir dans
le mefme licu , ne peut eftre
égalé que par le difner dont il
avoit efté precedé , fi ce n'eſt
que
l'éclat des lumieres faifoit
paroiftre, & le lieu , & le
repas , encore plus magnifi
ques , les pierreries dont les
habits de toutes les perfonnes
1
326 MERCURE
diftinguées de la Cour étoient
garnis , brillant alors beaucoup
davantage . Il y cut plus
de couverts à cette table , &
vous pourrez remarquer ceux
qui curent l'honneur d'y manger
le foir , & qui n'y avoient
pas difné , dans le papier marqué
II. On fervit au fouper
plus de cent-cinquante plats,
fans le deffert qui fut fuperbe.
A l'heure du couché
toutes les perfonnes les plus
diftinguées de la Cour , fe
rendirent dans l'apartement
de Madame la Ducheffe de
Chartres. Quelque richeffe
GALANT. 327
que l'on fût accoûtumé de
voir , on ne laiffa pas d'admirer
la Toilette dont le Roy a
fait préfent à cette Princeffe.
Comme ce Monarque eft
toujours le premier à fuivre
les loix qu'il impofe aux au
tres , & qu'il les fuit mefme
bien plus régulierement
, cette
toilette navoit pas plus de
pieces que l'Ordonnance en
permet ; mais auffi Sa Majefté
avoit voulu , que
le pctit
nombre dont elle eftoit
compofée , fût auffi parfait ,
& auffi -bien travaillé qu'il le .
pouvoit cftre. On voyoit fur
328 MERCURE
<
du
le deffus d'une de ces pieces
un bas relief, où eftoit reprefentée
Venus à la toilette ,
fervie par les Graces , & par
les Amours , & les ornemens
corps de la mefme piece ,
réprefentoient les ondes de
la Mer. On remarquoit fur
d'autres pieces plufieurs autres
bas reliefs , dans lesquels on
voyoit la Fidelité , & la Fecondité
repreſentées , & le tout
eftoit orné de médailles
d'hommes & de femmes ,
coëffez à l'antique , d'entrelats
& de divers autres ornemens,
maniere de Molaïque ; mais
GALANT. 329
fans confufion , ce qui en faifoit
paroiftre le bon goût.
Toute l'argenterie de cette
toilette eft de M' de Launay ,
dont les Ouvrages font fi
eftimez , & fi recherchez .
Je ne vous dis rien des étofes
& des points de la toilette
, vous jugez bien que
tout y eftoit égal en beauté .
Je ne vous dis rien non plus
d'un grand nombre d'habits ,
ny des points , dentelles &
pierreries qui ont accompagné
la toilette . Le détail des
broderies , & de la richeffe
des étofes , fuffiroit pour rem-
Fevrier 1692.
E c
330 MECCURE
plir ma Lettre , & vous pou
vez bien vous imaginer toutes
ces chofes , en vous reprefentant
celuy qui en faifoit
prefent. La benediction du
lit fut faite par M² le Cardinal
de Bouillon . Le Roy
d'Angleterre donna la chemife
à Monfieur le Duc de Chartres
, & Madame la donna à
Madame la Ducheffe de Chartres.
Le mardy , il y eut encore
bal . Monfieur le Duc de
Chartres y parut avec un habit
de velours cramoily dont
le deffein eftoit fi bien entenGALANT.
33
du , que les perles & les diamans
dont il eftoit prefque
tout couvert , entroient dans
celuy de la broderie . Tous les
habits de Monfieur le Duc
de Chartres , eftoient du deffein
de M' Berrain , qu'il fuffic
de vous nommer , pour vous
en faire connoiftre la beauté.
Monfieur le Duc de Chartres
changea encore d'habit , les
trois jours fuivans . Il en mit
un le Mercredy de drap gris
blanc , brodé d'or avecun peu
de foye couleur de feu , ce
qui affortiffoit à une veste
d'étofe d'or. Le Jeudy , ce
Ecij
332 MERCURE
Prince en prit un de velours
noir avec de grands agrémens
d'or , & celuy qu'il mit le
lendemain eftoit de drap rouge
brodé d'or.
M' le Duc de Chartres fera
fervy par les Officiers de Monfieur
, qui à mesure qu'ils fortiront
de quartier , en ferviront
un chez ce Prince , com+
me font les Officiers du Roy
chez Monfeigneur le Dauphin
, parce que l'on ne fait
point de Maiſon aux Princes
dont les Officiers doivent
paffer à leur fervice aprés la
mort des Souverains , ou des
GALANT . ། ༢༢༣
Princes leurs Peres. Les Offciers
qui ont efté nommez
pour fervir Madame la Ducheffe
de Chartres , font ,
Madame la Maréchale de
Rochefort, Dame d'honneur.
Madame la Comteffe de
Mailly , Dame d'atour .
M' le Marquis de Villars ,
Chevalier d'honneur.
Mr le Comte de Fontaine-
Martel , premier Ecuyer.
Deux Ecuyers .
Madame de Saint Juft, premiere
Femme de Chambre .
Neuf Femmes de Cham
bre.
334 MERCURE
M de S. Pré , Secretaire
des Commandemens .
Mrs Silvain & Fremont ,
Maiftres d'Hoftel.
M' Fronton , Contrôleur
general .
Deux Contrôleurs Clercs
d'Office .
Deux Gentilshommes Servans
,
Un Aumônier .
Un Chapelain.
Un Clerc de Chapelle .
Six Valets de Chambre.
Trois Garçons de la Chambre.
Un Huiffier de Chambre.
GALANT. 335
=
Un Huiffier de Cabinet.
Un Huiffier d'Anti- chambre...
Un Ecuyer Cavalcadour, &
Gouverneur des Pages.
Voicy la lifte de ceux qui
ont danfé au Bal qui fut donné
le jour des Fiançailles , &
que je me fuis engagé de vous
envoyer au commencement
cet Article.
336 MERCURE
Monfeigneur le Duc Mademoiſelle
de Bourgogne.
Monfieur le Duc de
Chartres .
M. le Duc.
M.
Mile de Blois.
Me Defpinoy.
Choiseul .
le Prince de Mela Ducheffe- de
Conty.
M. le Comte de Tou
louze . '
M. Le Chev. de Sully
M. le Comte
Brione ,
Me de Quelus .
de
Me de Valentinois .
Mlle d'Armagnac.
Me d'Enrichemont.
Mlle de Tourbe .
Le Prince Camille .
M. Deſpinoy.
M. de la Chaftre.
M. le Cote deCruffol.
M. de Bouligneux.
M. de Schepy.
Mlle de Melun .
Mlle de laTremoüifle.
Me de Medavy.
Mlle de Menetou .
Mlle de Chasteauneuf
M. le Vidames de Mile de Souches.
M. de Nogent.
Chartres .
M. Dalincourt. Me de Florenfac.
M. de Monbron .
M. de Vins .
M. de Coffé .
M. le Chevalier
Bouillon .
Mlle de Moreuil.
Me de la Fayette.
Mlle Fuftemberg.
de Me de la Vieville .
M. de Grignon.
le Chevalier de
M.
Mirepoix.
Me de Mongon.
Mlle Souville.
M. le Prince d'Enri- Me de la Porte.
chemont.
1
Lo
GALANT. 337
Le bon air & la grande pature
ne firent pas feulement
diftinguer
Monfeigneur
le
Duc de Bourgogne
dans le
Bal , mais ce Prince charma
la maniere
dont ilauffi
par
danfa
.
La Ville de Chartres ayant
député M Miole , Liutenant
General , & Prefident , avec
deuxEchevins pour faire compliment
àMonfieur le Duc , & à
Madame la Ducheffe de Chartres
fur leur mariage , il dit à
ce Prince que l'ayant felicité
fur fa Campagne , il venoit encore
lefaire fur fes premières in-
Fevrier 1692 . Ff
338 MERCURE
clinations . Il luy marqua enfuite
que S. A. R. n'avoit pû
faire un plus beau choix que de
jetter les yeux fur une Princeffe
de France, dans laquelle il recon
noiffoit la fageffe prematurée , la
douceur & l'humanité des Bourbons.
Il compara le Prince &
la Princeffe à deux Miroirs
oppofez qui fe repetent l'un
l'autre. Ayant enfuite efté
conduit chez Madame la Ducheffe
de Chartres , il luy par
la de la forte .
MADAME ,
Il ne manquoit plus au bone
beur de la Ville de Chartres, que
GALANT.
339
y
a
de compter V. A. R. au nombre
de fes Princeffes. Cette Ville a
efte depuis long temps le partage
des Fils des Filles de France .
Nous eufmes l'honneur il
quelques années d'y faluer au
nom de la Ville V. A. R. lors.
que fes graces naiffantes commençoient
à faire l'admiration
de la Cour . Nous y reconheufmes
déslors le rare merite &
les vertus Royales qui ont charmé
Monfeigneur Votre Epoux. Il
fera un grand Prince , Madame,
il le marque bien par fes premieres
inclinations , nous nous
flatons que vos Alteßes Royales
Efij
340 MERCURE
rendront un jour recommandable
le nom de noftre Ville , & qu'elles
la feront connoiftre aux Peuples
les plus éloignez. Toute la
France , Madame , eft en joye
de vous voir unir enſemble le
fang defes Rois, & nous fouhaitons
, que de cette belle union
de nos lis puiffe naiſtre un jour
une longue fuite de Princes conquerans,
qui foient dignes defor
tir de Louis le Grand,
Le Chapitre de l'Eglife de
Chartres à auffi député M
l'Abbé Robert , Chanoine ,
Archidiacre & grand Vicaire
de Chartres ,
accompagné de
GALANT. 341
trois autres Chanoines pour
faire fes complimens. Il parla
ainfi à Monfieur le Duc
<de Chartres .
MONSEIGNEUR.
Ce feroit peu pour nous d'admirer
avec toute la France les
grands talens & les vertus dont
il a plú au Cielde combler Vofte
Alieffe Royale, & qui la rendent
encore plus recommandable par
l'excellence de fon merite perfonnel,
qu'Elle n'eft diftinguée par
fon rang par fa naiſſance.
Nous appartenons à V. A.R.
L'honneur qu'Elle nous fait de
porter le nom de Duc de Char-
Ff iij
342 MERCURE
tres , nous donne lieu de nous
regarder comme la premiere Egli
fe, cette liaison fi heureufe
& fi honorable , nous acquiert,
Monfeigneur , quelque droit de
prendre part à toute votre gloire.
C'est auffi ce qui nous engage
offrir à Dieu des prieres continuelles
pour la confervation de
V.A.R.
Nous n'avons pas manqué de
les redoubler dans l'occafion de
vofire Mariage , & nous venons
vous affurer , non feulement
de l'exactitude avec laquel
le nous les continuerons , mais de
plus , que nous nous acquitterons
GALANT. 343
le
de ce devoir avec tout le zele que
la plus forte inclination
plus profond respect peut nous
infpirer.
Le compliment qu'il fit enfuice
à Madame la Ducheffe
de Chartres , fut conçû en
Ces termes.
MADAME ,
La devotion de Noftre Dame
de Chartres est hereditaire dans
la Maifon de France ; & nous
ne doutons point que V. A.R.
en qui on a vú dés fon enfance
la religion & la pieté des Rois
dont elle eft iffue ne fuive
leur exemple dans cette fi ancien
Ff iiij
344 MERCURE
netfi fainte devotion.
Nous ofons mefme efperer que
woftre heureux Mariage vous
ayant donné le nom de Ducheffe
de Chartres
, ce vous fera un nou .
veau motif de confiance à la
Sainte Vierge qui eft honorée
dans l'Eglife de Chartres , &
mefme avant la Naiffance de
J.C.
Nous ne
manquerons pas de
continuer nos prieres , comme
nous le devons , pour l'acomplif
fement de tous vos fouhaits , &
nous prenons la liberté de demander
à V. A. R. l'honneur de fa
protection
de fa bienveillance
.
GALANT. 345
I
M' Robert qui a prononcé
ces complimens
, eft frere de
Mt le Procureur du Roy de
Paris , & de M le grand Penitencier.
Le merite de cette
famille eft fi connu , & fi d f
tingué , qu'on peut dire
qu'elle eft au- deffus des
louanges .
Je vous parleray le mois
prochain de ce qui s'eft paffé
au Palais Royal , le jour que
le Roy y a amené Madame
la Ducheffe de Chartres .
Je viens d'apprendre
, que
les douze Bâtimens Marchands
qui avoient échapé à
346 MERCURE
nos Vaiffeaux , commandez
par M' le Chevalier des Augers
, ont tous échoué fur les
Côtes de Biscaye. On a cu
nouvelles que Mr le Marquis
de Nefmond cft arrivé à
Bellifle avec quatre Prifes . Il
y en a une Angloife , & une
Hollandoife . La premiere faifoit
route vers l'Amerique , &
les autres vers Corofol . Toutes
les quatre eftoient de quarante
Canons ou environ , & fort
richement chargées .
Les François cftant fuperieurs
par tout , n'inquie
rent pas feulement leurs enGALANT.
347
y a
hemis ; mais ils agiffent , &
M de Melac eftant defcendu
à Manhein avec trois cens
hommes d'Infanterie ,, Y
fait de grandes executions
militaires , & qui ont jetté
l'épouvante dans tout le
pays. M le Comte de Tallard
a auffi fait une courfe
au- delà du Rhin , juſques à
Elbron , & il y a non feulement
mis tous ceux du Pays
contribution ; mais il leur a
mefme fait
promettre de
payer les arrerages échus du
temps que Mayence eftoit au
Roy , & pour fureté de cette
348 MERCURE
promeffe . Il a emmené vingt
cinq Otages. Cette action
eft fi éclatante & fi hardie ,
qu'on peut dire , qu'elle eft
toute Françoife .
Le Mardy vingt- fix de ce
mois , Monfieur de Montholon
fut reçû en la Charge de
premier Prefident au Parlement
de Normandie , & y
pprriitt ffeeaannccee le mefme jour à
l'Audience de la Grand
Chambre. Monfieur du Sortoir
, Avocat , s'eftant trouvé
chargé de la premiere Caufe
qui fut propofée devant luy ,
ne manqua pas de remplir
GALANT 349
l'attente
publique par le
court ingénieux
qu'il prit
pour mettre dans un beau jour
les vertus perfonnelles
de
M' le premier
Prefident
,
& celles de fes Illuftres Anceftres.
Il a un talent particulier
pour ces fortes d'Ouvrages
. Le difcours éloquent
qu'il avoit fait fur la prefenration
des Lettres du Gouvernement
de la Province ,
pour 'M' le Maréchal
Duc
de Luxembourg , ne permet
pas d'en douter. Il
eftoit bien jufte , qu'aprés A
avoir cû l'honneur d'avoir
350 MERCURE
efté choifi , pour parler pour
le Gouverneur , il eut auffi
celuy de porter le premier
la parole devant ce nouveau
Chef de la Juftice .
Gobbé & de Bordeaux parlerent
dans la mefme Caufe ,
& chacun d'eux fit auffi un
compliment.
Mrs
Les dernieres Lettres de
Turquie portent , que le
Mufti ayant esté confulté par
le Grand Seigneur , fur le fait
de la Guerre & de la Paix ,
a protefté que Sa Hauteſſe
eftoit obligée en confcience
à continuer la Guerre contre
GALANT.
35x
les Polonois , les Allemans ,
& les Venitiens . Elle fut enfuite
réfolue dans le Divan ,
& douze Bachas , promirent
de fournir foixante & dix
mille Turcs , & l'Aga des Janiffaires
en promit vinge
mille de les milices pour le
premier d'Avril . On réfolut
en mefme temps , que ce
jour là les Troupes commenceroient
à marcher vers
Belgrade , & que pour cela
on expoferoit la queue de
Cheval le premier de Mars,
On réfolut encore , que l'armée
Navale feroit augmen
-
352 MERCURE
tée de plufieurs Galeres &
Vaiffeaux . Le Kan des Tartares
a affuré de nouveau ,
qu'il joindroit le Grand Vizir
en Hongrie avec trente mille
hommes , & que les Mofcovites
n'entreprendroient rien
contre la Kiimée . Le Grand
Seigneur a envoyé quarantecinq
mille Richedales au
Comte Thekely . Je fuis ?
Madame , Vôtre , & c .
A Paris, ce 29. Fevrier 1692.
A VIS.
On continue les Entretiens enforme
de Pafquinades . dont l'oniémefera
GALANT.
353
debité le 15. de Mars . Le bon accueil
que fait le Public à cet Ouvrage, oblige
l'Auteur d'en donner la fuite. Quand
il aura achevé l'Hiftoire du Prince
d'Orange , qui ne contiendra plus que
deux Entretiens , ilpaffera à d'autres
matieres , qu'il renfermerafouvent
dans un feul, & qu'il pouffera quel
quefois jufques à deux , mais fans
l'étendre jamais davantage , afin de
fatisfaire ceux qui aiment les noneautez.
On donne avis
que les Conferences
ordinaires pour la recherche & verification
des nouvelles Découvertes,fe
tiendront dorénavant tous les Ven
dredis à trois heures aprés midy , à
l'entrée de la rue de Guenegaud , premiere
porte , à main gauche.
Fevrier. 1692 .
Gg
2252 2552525525225
PR
TABLE.
Relude.
Réjouiffances faites pour la prise de
Montmelian. 16
Poëme fur la reftitution des Saints
Lieux. 28
Ceremonies curieufes obfervées à
Strasbourg.
Lettre fur la Beauté.
Hiftoire
55
64
92
Lettre en Vers de Madame des Hou
lieres,
Charges données par le Roy.
127
134
M. l'Abbéd'Eftrades eft nommé Am
baladeur à la Cour de Portugal, 140
Particularitez touchant la mort d'un
vieil Hermite qui a fait bruit dans
le monde.
41
TABLE.
Galanterie. 148
Fable du Cygne & des oifons 117
Confiderations fur la Ligue d'Aufbourg
Remede Specifique.
Mort de M:le Nonce.
Lettre de M. Amelot , Ambaffadeur
de France en Suiffe.
167
227
229
136
242
244
257
Reception de M. Toureil à l'Academie
Françoife.
Mariage
Moris.
Avantages remportez fur mer , par
Mr le Marquis de Nefmond , Mr
283
Portrait du Roy nouvellement peint
des
Augers.
&gravé.
Mouvelles d'Angleterre.
Nouvelles d'Espagne.
Article des Enigmes .
288
292
294
295
Détail de tout ce qui s'eft paßé au Ma-
Gg ij
TABLE.
2
riage de Monfeigneur le Duc de
Chartres & de Mademoiselle de
Blois.
302
Douze Vaiffeaux Hollandois échouez
fur les coftes de Bifcaye. 345
Courfes faites par Mr de Melac , &
Mr le Comte de Talard.
31346
Mr de Montholon eft receu premier
Prefident an Parlement de Normandie.
348
Le Grand Seigneur fe détermine à
continuer la guerre , aprés avoir
confulté le Mufti. 350
La Chanfon doit regarder la page
301.
La Figure marquée I. doit regar
der la page 324.
La Figure marquée II. doit regarder
la page 326.
Saessa225255 25555
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout , Galerie-neuve du
Palais.
Hiftoire de Jean de Bourbon Prin
ce de Carency. 3 vol. in douze,
4 livres 10 fols.
Onziéme partie des affaires dutemps,
remplie de Figures, & contenant trois
Entretiens des Plaintes de l'Europe
contre le Prince d'Orange , & trois
autres du Prince d'Orange travaillant
à fon Hiftoire . 2. livres
Affaires du Temps , dix Volumes
in douze, 15.1.
Reflexions fur les defauts ordinai-.
res des hommes , & fur leurs bonnes
qualitez
1
I. l. I o. f
La Duchefle de Medo, Nouvelle
galante & hiftorique , deu Volu
mes 3.1
Ee ij ·
2
Explication en Vers des Tableau
de la Gallerie de Verſailles .
15.
£
La
Découverte
des
Mifteres
du
Palais
, où
il eft
traité
des
Parties
en
general
, des
Intendans
des
grandes-
Maifons
, des
Procureurs
, Avocats
,
Notaires
, & Huiffiers
. vol. in-douze
,
1. liv. 10.
f.- La Vie de la fetie Reine d'Angleterre,
dans laquelle outre fes actions
particulieres de pieté, on trouve ce qui
s'eft paffé de plus remarquable pendant
les Regnes des Rois Charles I. &
Charles II. Vol. in 8. 2. 1. 10. f.
Nouvelle Chirurgie , Medicale &
raifonnée de Michel Ettmuler , avec
une Differtation fur l'infufion des li--
queurs dans les Vaiffeaux. 1. 1. ro; f.
Pratique de Medecine fpeciale du
mefme Ettmuler, fur les Maladies pro--
pres des Hommes , des Femmes & des
Enfans. Vol. in 8. 3 -k
ई
Hiftoire Monaftique d'Irlande .
2. I
Traité
de l'Artillerie
, expliquant
la difference
, les proportions
, les
por
tées
, les
affuts
, & tout
ce qui
concerne
les
Canons
dont
on
fe fert
en
France
, tant
fur
Terre
que
fur
Mer
,
avec
plufieurs
Planches
,
Gautier
de
Nifmes
.
par Monfieur
1. 1. 10. f.
Lettres fur toutes fortes de fujets . z.
3. liv. 10. f vol. in douze.
Lettres Familieres & autres fur dif
Ferentes matieres , par le Sieur Meil-
Jeran , Profeffeur des Langues Françoiſe
, Allemande & Angloife , feconde
Edition , corrigée & augmentée de
plus de cent Lettres.
1..1..10.L
Hiftoire du Monde. 5. vol . in 12. 9.1 .
Etat nouveau de la France . 2. vol.
in douze.
3. liv..
Hiftoire
de
l'établiffement
de
la
Republique
de
Hollande
, ou fa
reVolte.
2. vol. in 12. 4. liv.
Chevalerieancienne & moderne, avec
la maniere de faire la preuve pour tous
les Ordres de Chevalerie 1. 10. f
Hiftoire de l'Afrique ancienne. &
moderne , enrichie de 80. figures , 4..
volumes in douze. 8 liv.
Hiftoire de Normandie. z . v. 3. k.
Eloges des Perfonnes Illuftres de
l'ancien Teftament , par M. Doujat,
I. l. s.f.
Réflexions fur l'Acide & fur l'Al-
Kali . 1. liv . 10.f.
Elfais de Morale & de Politique,
où il eft traité des Devoirs del Homme
confideré comme particulier , &
comme vivant en Societé . 2. vol . 2.1.
Obfervations de M. Spon fur les
Fiévres & les Febrifuges .
Antiquitez du mefme M. Spon , Qu
vrage enrichy de plufieurs Figures.
7.1
Qualité de la reconnaissance optique de caractères