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1691, 12
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Eur.
511
m
1694,12
Eur
. 511
m
1691,12
Mercure
¿
MERCURE
.
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE 1691.
A PARIS ,
GALERIE- NEREDU PALAIS.
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galanı an
12
premier jour de chaque Mois & on
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt- cinq fols en Parchemin ,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
Er la Veuve M. GUEROUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . XC 1, :
AVEC PRIVILEGE DU ROY
Bayerische
Staatsbibliothek
A VIS .
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écu les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
-ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On pre feu-
·lement ceux qui les envoyent , & fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'ar
ticle des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent . C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
Laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
AVIS,
es Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'cxpofent
à le recevoir toûjoursfort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
lespaquets luy-mefme & de les faire
>
A
iij
AVIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
Jans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe gene- ·
>
ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1691 .
I le zele qui vous
intereffe à tout ce
qui touche la gloire
du Roy , vous fait toujours
lire avec plaifir ce que je vous
dis de ce grand Monarque ,
au commencement de cha-
A iiij
8 MERCURE
cune de mes Lettres , je fuis
affuré , Madame , que vous
n'avez point encore efté plus
contente que vous l'allez eftre
par la lecture de l'excellent
Difcours que je vous envoye.
Le titre qu'on luy peut donner
de L'Alliance de la Guerre
de la fuftice , vous fait affez
voir qu'il doit renfermer un
grand Eloge du Roy. Comme
la mariere eft noble , l'Auteur
ne pouvoit la traiter plus noblement
, & je ne fçaurois
douter que vous ne donniez
à ce Difcours la mefme appro
bation qu'il a receuë d'une
GALANT.
9
nombreuſe Affemblée , devant
laquelle il fut prononcé
le 1s du mois paffé , par M
Thior , Avocat du Roy au
Prefidial de la Fléche , à l'ou
verture du Palais . Voicy les
termes dont il fe fervit.
55235522552 252522
L'ALLIANCE
DE LA GUERRE
ET
DE LA JUSTICE.
MES.
ESSIEURS.
Pendant que la France eft en
10 MERCURE
armes , ferons- nous dans l'inaction
, nous qui fommes tous obligezpar
le devoir de nós Charges
de rentrer aujourd'huy au
Palais , reveftus de la veritable
Cotte d'armes , Induti loricam
Juftitiæ
, comme parle Saint
Paul. Réveillons • nous donc
de l'affoup ffement des Vacances.
Le quartier de rafraichif
fement eft finy. Faifons battre
la dianes ouvrons le Temple
de la Guerre contre l'injustice
»
dans lequel il eft permis à la Robe
d'exercer les fonctions militaires
, fans répandre le fang,
donner des combats, remporter
GALANT. II
des victoires , comme difoit ce
Poëte dans le Panegyrique de fon
Prince.
Exercere
togatæ
Munera militiæ libet , & fine
fanguinis hauſtu
Mitia legitimo fub Judice bella
movere. Claud.
Il femble , Meffieurs , que c'eſt
un Paradoxe de parler ainfi de
la Guerre & de la Justice ; mais
les temps de guerre où nousfom
'mes , les mouvemens militai .
res que nous voyons fi fouvent,
me donnent occafion de vous
faire voir que ces deux profef
fions, fi fort opposées en appa12
MERCURE
rence ,fymbolifent entre elles, &*
qu'elles ont des rapports & des
Convenances admirables. Loin
de faire injure à ces deux profeffions,
en les comparant l'une
avec l'autre , elles en recevront
de la gloire ; & s'il eft vray ,
comme l'on n'en peut douter,
que la profeffion des armes , &
celle du Palais , font les emplois
les plus illuftres & les plus éclatans
, je ne puis leur faire plus
d'honneur qu'en farfant voir leurs
justes rapports & leur étroite
alliance.
Quand je parle de la guerre,
je ne parle pas de celle du Prince
GALANT. 13
d'Orange , entrepriſe contre les
loix de la nature , contre
droit des gens , fous le faux pretexte
de la Religion , avec fes
Alliez, pour ſe maintenir par le
bruit des armes , dont il étourdit
la raifon de‹ Nations , defquelles
il veut fe rendre Souverain . Je
parlefeulement d'une guerre jufte
legitime, comme la nostre , qui
·´tend au repose à la confervation
de l'Etat , & qui eft entreprife
pour maintenir la veritable
Religion , & pour empêcher les
invafions de nos Ennemis ; &
en ce fens, je dis la guerre,
foit qu'on la confidere dans fon
que
14 MERCURE
principe, foit qu'on la regarde
dans fon execution , foit qu'on
Penvisage dans fa fin
> a des
convenances
admirables
avec
la
Justice
. Commençons
par le principe
de la guerre
.
Dieu qui eft la fource de la
Fustice , & la Fustice effentuelle,
n'eft il pas luy mefme le Dieu de
la Guerre, & parmy les titres les
plus pompeux les plus auguſte
, n'a- t- il pas choifi celuy de
Dieu des Armées ? Le divin Anơftre
qui nous raconte les merveil
les qu'il avoit puisées dans le
fein deFefus, ·Jefus , ne nous reprefentet-
il pas le Verbe de Dieu, comme
GALANT. IS
4
? un Conquerant , accompagné de
1 tous les Escadrons de la Cavalesrie
celefte , Exercitus qui funt
in coelo fequebantur
cum in
cquis albis ? Une épée à deux
tranchans
ne fort- elle pas de fa
bouche ? De ore ejus gladius
utraque parte acutus ? Et lors
ie Verbe fortit , fans fortir,
du fein du Pere Eternel , ne fe
trouva- t il pas une multitude innombrable
de Milice celefte pour
honorer fa naiſſance , Et facta
eft multitudo militiæ coeleftis
laudantium
Deum ? Duy , le
mefme Dieu qui a écrit fes Loix
de fon doige fur les tables de
= que
16 MERCURE
Moyfe a folemnellement approuvéla
guerre dans l'ancienne
Loy , comme un acte de juftice,
& la en quelque façon confa
crée par fes Commandemens .
Le premier acte de la Justice
de Dieu commença par détacher
un Archange avec un Escadron,
pour terraffer le Dragon & fes
adherans dans le fond de l'abifme.
Si Dieu veut empêcher l'entrée
du Paradis terreftre , il met
à la porte un Cherubin, avec un
glaive de feu. S'il veut punir
un Peuple entier , un Ange Exterminateur
en a le commandement
, & Dieu luy met les arGALANT.
17
mes dans la main. Je vous ferois
icy voir, Meffieurs , avec un plai-
- fir fenfible le détail des guerres
des Batailles du Seigneur , fi
le beau livre , intitulé , Liber
bellorum Domini , dont Moyfe
fait mention au chapitre 21 .
des Nombres , n'avoit point efté
perdu. Quand Dieu veut châtier
les Peuples rebelles , & punir,
comme il fait aujourd'huy , la
fauffe Religion , il arme quelque
main puiffante , & fufcite des
Heros pour cet effet. Armabit
creaturam ad ultionem inimicorum.
Les Conquerans
foudres de la guerre , comme
3
Dec. 1691.
B
ces
18 MERCURE
LOUIS LE GRAND,
ont leur miffion de Dieu , & ne
font que les Miniftres de fa Fuftice.
Ces bras vifibles , qui font
tous les jours fur les Terres de
nos Ennemis ces grandes défolations
, ne font que les inftrumens
d'une puiſſance invifible qui
l'ordonne ainfi.
Et de vray , nous voyons dans
le rôle des premiers Guerriers, les
Patriarches , lesfuges , & toutes
les Perfonnes les plus juftes de
l'ancien Teftament. Nous voyons
à la tefte des Armées les Abrahams
, les Moyfes , les Jofuez,
les Gedeons , les Samfons » les
GALANT. 19
Davids, les Matathias, les Macabées
, & plufieurs autres.
Si Dieu n'avoit autorisé les
armes , auroit- il commandé à fes
Apoftres de vendre leurs tuniques
pour acheter des épées; Vendat
tunicam & emat gladium,
comme le rapporte S. Luc ?
Saint Jean Baptifle n'a- t- il
pas donné la miffion aux Soldats,
& approuvé la difcipline militaire
, en leur faifant cette loy
( lors qu'ils luy demanderent le
chemin pour arriver au Ciel ) de
fe contenter de leur folde › & de
ne piller perfonne . Si cet eftat
n'avoit pas efté dans l'ordre de
Bij
20 MERCURE
la justice , ne leur cufl-il pas dit
de quitter les armes , & d'embraffer
une autre profeſſion ?
Dieu parlant à fon Epoufe
dans les Cantiques , ne luy ditil
pas qu'elle eft douce , & qu'elle
eft belle, mais qu'elle eft avec tous
fes charmes & fes attraits auffi
majestueuse & auffi formidable,
qu'une Armée rangée en bataille,
qui marche contre l'Ennemi , Enfeignes
deployées , & Tambour
battant , Terribilis ut caftrorum
acies ordinata ? Et cette
divine Epoufe répondant aux
careffes de fon divin Amant , &
à la comparaison qu'il fait d'elle

GALANT. zi
la
avec une Armée , n'a -t- elle pas
inftitué divers Ordres militaires ,
quoy qu'elle ne refpire que
douceur de la paix ? Ces nobles
Chevaliers deFerufalem, de Mal.
the , de S. Jacques , de S. Laza
re , de Jefus- Christen Portugal,
I tant d'autres Saints Capitaines
, ne prouvent- ils pas le fabre
à la main la fainteté de leur
miffion , & les rapports admirables
de la Guerre de laFuftice
? Cette verité ne parut- ellepas
außi eclatante que les rayons du
Soleil à la lueur de l'epée de Godefroy
de Bouillon , lors que moncant
le premier à l'affant fur les
&
22 MERCURE
murailles de Ferufalem , il triom
pha de l'Idolatrie , comme fait
aujourd'huy Louis le Grand , de
l'Herefie , fit trembler toutes
les Puiffances de la terre.
C'est une chose remarquable ;
qui fait bien connoiftre l'alliance
qui a toûjours efté entre
Les armes & la Justice , que parmy
le peuple de Dieu , les Juges
les Legislateurs marchoient à
la teste des Armées , & d'une
main foudroyante , fe faifoient
jour au travers des Ennemis.S'ils
tenoient les balances de la Jufticedans
une main , ils en avoient
l'épée dans l'autre pour combat.
GALANT
23
tre. Après avoir reglé les differens
des Peuples, ilsfe rendoient
justice à eux- mefmes , en donnant
des Batailles , & la meſme
bouche qui avoit prononcé des
Arrefts , animoit & encourageoit
des Soldats.
4. Ce n'est pas feulement dans
le ces premiers temps , & parmy
Peuple de Dieu , que l'on a veu
l'étroite alliance de ces deux profeffions.
L'experience
de tous les
les autres Peuples , & de tous les
âges du monde , nous apprend
que l'art militaire , & la Furiſprudence
ont efté joints enfemble.
Les Romains tiroient ordinaire24
MERCURE
ment du corps du Senat , les Capitaines
qui commandoient les
Armées de la Republique . Les
Grecs ne feparoient pas en deux
Claffes , ceux qui eftoient destinez
à la conduite des armées , &
à l'adminiftration de la Juftice.
Ne voit- on pas encore aujourd'huy
dans l'Empire Othoman ,
que celuy qui eft le Chef des Ar
mées , eft auffi le Chef de laFufice
dans le Divan ? Les Digni
tez de ces deux fonctions font
reunies dans la perfonne du grand
Vifir . Parmi nous on a fouvent
veu en mefme temps la Justice
renduë , & les Armées conduites
par
GALANT.
25
par un homme de Robe , &
quelques fois mefme par un Ecclefiaftique
, comme entr'autres
par le Cardinal de Lorraine
tout ainfi qu'en Espagne par le
Cardinal Infant , en Allemagne
par l'Evefque de Munfter.
Mais pour mieux comprendre
le rapport que les Armes ont avec
laJustice ,& l'eftroite alliance
qu'elles ont contractée erfemble ,
il faut confiderer que les Armes
font les instrumens de la Justice
que le Souverain ſe rend àfoymefme
contre un autre Souverain,
le figne le plus effentiel du privilege
qu'il a d'estre Juge dans
Dec. 1691 .
26 MERCURE
fa propre caufe. Le droit des Ar
de la Justice eft indivifible
& infeparable
dans la perfonne
des Rois .
mes
la
L'union de ces droits fait le
plus auguste caractere,
que Dien
imprime fur le front des Monarques
,& la plus belle effufion de
la puissance qu'il leur donne fur
les hommes. C'est la marque
plus expreffe , & le trait le plus
vifible de l'honneur que lesPrinces
ont de le reprefenter, d'estre
fes Images fur la terre , de forte
que la Guerre & la Justice ſe
rencontrent la comme dans le
point de leur principe , & dans
GALANT.
7
le centre de leur union .
que
nous
la
De plus , fi les armes
portons pour la confervation
de
noftre vie , contre les attaques
d'un Ennemi , ou pour la deffenfe
de nos biens contre les violences
d'un Voleur , font des Armes
innocentes & permifes de
-droit divin , naturel & humain,
s'il eft encore vray , que
punition des meurtres & des brigandages
eft un effet de la juftice
divine naturelle
humaine
, exercée par les Magiftrats ›
n'eft- il pas encore plus vray que
les armes deffenfives & offenfives
qui font dans la main des
Cij
28 MERCURE
Rois , pour empefcher ou pour
vanger les outrages , les invafions
les attentats ,font des armes
que la fuprêmeFuftice met dans
la main des Souverains ? D'où il
que
que
Dieu eft aifé de conclure
qui eft l'auteur de la Justice
les Souverains diftribuent
à
leurs Peuples, eft auffi l'Auteur
de celles qu'ils fe font eux-mêmes
par les armes contre les autres
Souverains
; que l'une &
l'autre a les marques & le feeau
de fon approbation
; que l'usage
2 des armes , quand il eft legitime ,
•n'eft pas moins une vertu , que
l'obfervation
des Loix quand
GALANT · 29
elle font bien difpofées , & qu'erfin
ces deux profeffions ont des
rapports des convenances admirables.
Si la Guerre confiderée dans ·
fon principe , a tant de reßemblance
& de conformité avec la
Justice , vous allez voir , Meffieurs
, que dans fon execution .
elle eft la figure & le portrait-de
cet illuftre original. Et de fait ,
les Empereurs Leon & Anthemius
font la comparaifon des
Avocats avec les Soldats , dans
la Loy quatorziéme du Code ,
au titre De Advocatis diverforum
Judiciorum , & difens
Ciij
30 MERCURE
à la louange du Barreau , que
39
les Avocats qui reglent & conduifent
la destinée douteufe des
Procés , & qui par la force de
leur eloquence dans les affaires,
tant publiques que particulieres
,
empefchent la ruine & la decadence
de leurs Parties , & delivrent
de la perfecution ceux qui
font opprimez , nefont pas moins
neceffaires à l'Eftat , que s'ils defendoient
dans les Batailles , aux
dépens de leur vie , leur Famille
& leur Patrie . Les paroles de cette
Loyfont fi expreffives , qu'on
ne les peut paffer fous filence ,
Advocati qui dirigunt ambiGALANT,
31
gua fata caufarum , fuæque
defenfionis viribus , in rebus
fæpe publicis ac privatis , lapfa
erigunt , fatigata reparant,
non minus provident generi
humano , quàm fi præliis atque
vulneribus , patriam parentefque
falvarent.
Ces deux Empereurs pourfuivent
encore plus vivement
la mefme comparaifon , car nous
n'eftimons pas , difent ils , qu'il
n'y ait que ceux- là à combatre
fous nofire autorité , qui fe fervent
de leurs Epées , de leurs
Boucliers , & de leurs Cuiraffes ›
parce que les Avocats ont les
C iiij
32 MERCURE
mefmes avantages. Nec enim
folos noftro Imperio militare
credimus illos , qui gladiis ,
clipeis & toracibus nituntur ,
fed etiam Advocatos . Car en
verité , ajoûtent - ils , les Avocats
combattent , lors que par la
force de leur raifonnement élaquent
, ils confervent la vie , les
biens , & l'honneur de leurs Partie's
,
» de leurs Succeffeurs . Militant
namque caufarum Patroni
, qui gloriofæ vocis confifi
munimine , laborantium
fpem , vitam , & pofteros defendunt
.
C'est par cette raison que plu
GALANT.
33
fieurs loix du Code donnent aux
Avocats les mefmes privileges &
exemptions qu'aux Gens d'armes.
La comparaifon des uns &
des autres eft fi jufte que Martial
Juvenal , parlant d'Æmilius
, nous apprennent qu'autrefois
les Avocats eftoient repre-
Sentez fous leurs portiques en
Chevaliers , en Statues de
bronze la lance à la main. Et
de vray, anciennement en France
, il y en avoit qu'on appelloit
Chevaliers de Loix, dont il eft
fait mention dans le grand Coutumier
general , autrefois composé
par M Bouteiller , Confeiller
34 MERCURE
au Parlement. Froiffard , ancien
Hiftorien , fait außi mention de
cette illuftre qualité , qui a efté
retenuë, & qui eft encore à prefent
poffedée par M le premier
Prefident du Parlement de Paris,
laquelle le diftingue de tous les
autres Officiers du Royaume ,
dans le Catalogue de M™s les Of
ficiers du Parlement , par ce mot , '
Miles , qui veut dire, Cheralier.
Ily a une fi grande conformité
entre l'Art militaire & la Jurif
prudence , que celuy qui le premier
a donné au Public fes Ouvrages
fur le Droit Civil, eftoit
GALANT.
35
un homme de guerre , comme nous
l'apprend la Loy derniere , paragraphe
dernier , au Digefte , de
origine Juris . Maffurius Sabinus
in Equeftri Ordine fuit,
& publicè primus fcripfit de
Jure Civili ; au contraire ,
celuy qui a le mieux écrit de la
Guerre, & quifçavoit l'Art militaire
außi parfaitement que le
Barreau , eftoit un Avocat ; ouy,
un Avocat des plus celebres › &
ce qui eft de plus furprenant , un
Avocat qui triompha du Grand
Pompée dans la Theffalie , qui
défit Ptolomée dans l'Egypte , qui
renverfa & terraffa tous lesplus
36 MERCURE
grands Conquerans de fon fecles
qui fubjugua les Gaules , qui
rendit tributaire l'Angleterre , qui
dompta les Allemans fur le Rhin ,
qui rangea l'Italic fous fa puiffance
, foumit fous fon pouvoir
les Suiffes , les Romains , les Egyptiens
, les Afriquains , & les
Afiatiques , qui tua , comme le
rapporte un de fes Hiftoriens , un
million d'Ennemis, triompha d'un
million d'autres , en défit un nombre
innombrable
, prit de force
buit cens Villes ,fubjugua trente
Nations differentes, &fut enfin
le premier Empereur des Romains .
Vous connoiffez ce celebre AvoGALANT.
37
cat , & vous fçavez qu'il s'appelle
Jules Cefar.
Au refte , ne croyez pas que
ce foient là les feuls Conquerans
que le Palais ait produits, ny les
feules gens de Robe que la guerre
ait enfantez. Germanique Cefar
revenant à Rome triomphant ,
entra dans le Barreau, &y plaida
plufieurs caufes, etiam triumphalis
caufas egit . Suetone dit
la mefme chofe de l'Empereur
vefpafien , Poft triumphum
caufas egit . Il dit auffi que Vef
pafien fon Fils , aprés avoir fait
fes Campagnes , fe donna à la
plaidoirie. Poft ftipendia Foro
operam dedit.
38 MERCURE
',
les
Mais pour ne rapporter que
des exemples domestiques , la
Robe ne nous a - t- elle pas donné
plufieurs Maréchaux de France,
& n'avons nous pas un grand
Capitaine auffi vaillant
Cefars forti de la Robe pour
commander l'Armée du Roy dans
la Savoye & dans le Piedmont,
qu'il a prefque entierement affu
jetty fous la puiffance de Sa Majefté?
que
A vray dire , la Guerre & le
Palais font deux grands Theatres
fur lefquels ceux qui ont de
la vertu la font paroiftre . Les
grandes vertus font là dans leur
GALANT. 39
jour. Le coeur de l'homme eft caché
comme enfeveli dans la poitrine;
mais laGuerre plus ingenieufe
tous les Peintres du monde ,
le fait paroiftre visiblement &
que
un
exterieurement dans toutes les
parties du corps. On voit là ce
coeur dans la tefte , où il inspire
des confeils guerriers ; dans le vifage
, où il forme des traits
coloris eclatant , qui ne change
point à la veuë des perils . On
voit ce coeur dans les yeux , d'où
il lance des feux & des flames ;
dans les mains , d'où les foudres
les tonnerres partent à tout
moment ; dans les bras , qui por
40 MERCURE
tent la terreur & l'effroy en tous
lieux . On voit ce coeur dans les
playes , comme dans une fource
intariffable de gloire ; on le voit
dans le fang, qui luy fait une
que
celle des
pourpre
auffs belle
Rois ; on le voit dans la contenance
avec laquelle
il va affronter
la mort , &fur des montagnes
de morts
chercher
une vie
qui ne finira
jamais
. Les Poëtes
ont dit que cette voye lumineuse
qui paroift
la nuit dans le Ciel,
eftoit
le chemin
par lequel
les
Heros
ont paffé pour
arriver
à l'immortalité
. Nous pouvons
dire
plus justement
que
la guerre
GALANT. 41
eft un des veritables chemins de
L'honneur & de la gloire , &
qu'au travers des Bataillons &
fur le ventre des Ennemis , il
s'eft fait une route brillante &
lumineuse , par laquelle on eft
autrefois parvenu à l'Empire de
tout le monde.
De mesme , la Justice eft une
des plus honorables profeffions ,
il n'est point d'estar plus illuftre
parmy les hommes » ny de
vertu dans la focieté civile qui
obtienne une plus grande portion
de la gloire qui s'y diftribuë.
Dieu dans l'Ecriture fait un
divin Panegirique de la Magi .
Dec. 169 . D
42 MERCURE
firature , l'éleve au deffus de
toutes les conditions de la terre,
le Paappellant
par la bouche de fon
Prophete , les Magiftrats , des
Dieux. Les rayons de cette gloire
rejalliffent de degré en degré fur
ceux qui en approchent ;
lais , au fentiment de tous les
Sages , eftant le Temple de l'honneur
& de la gloire , où on recueille
plus abondamment la plus
belle de toutes les recompenfes
humaines , & où le nom de ceux
qui en font les plus illuftres appuis
, retentit plus hautement
dans la bouche de la renommée ,
enforte que plufieurs Peuples ont
GALANT.
43
fouvent choifi les plus grands
Fufticierspour leurs Maiftres &
pour leurs Souverains . Ileft confequemment
vray de dire que
Phonneur la gloire qui fe communique
également aux de
Guerre & aux gens de Robe, fait
voir l'analogie de ces deux profeffions
, & combien elles fimboligens
fent entre elles
rapports.
ont de juftes
Les Anciens nommerent la
Guerre , Bellum , comme une
chofe belle par excellence . Leur
Theologie confirma cette verité
par une agreable fiction de leurs
Poëtes qui firent une Venus
D ij
44 MERCURE
armée , pour nous dire qu'il n'y
avoit rien de plus beau que
la
a - t- il
de tant de
guerre. Et en effet , y a - t
rien de plus charmant que la
compagnie de tant de Princes
de Seigneurs , le concours de
tant de Nobleffe , l'affemblée de
tant de Cefars , de tant de vaillans
Capitaines ,
jeunes gens actifs & genereux ?
que cette douce liberté , cette converfation
fans façon &fans ceremonie
? que la veuë continuelle
de tant de nouveautez
,
de tant de spectacles ? que la
varieté de tant d'astions diver
fes? ces mouvemens militaires
GALANT. 45
qui raviffent l'efprit , cette courageuse
harmonie de la Mufique.
guerriere qui charme & enchante
l'ame ; ce bruit des Tambours,
ce fon des Trompettes ; cette innombrable
multitude de tant de
milliers qui agiffent tout à la
fois, &pour une mefme fin, comme
les membres d'un corps qui
n'eft animé que d'une feule ame?
Lafuftice a les mefmes charmes
, les mefmes beautez , & les
mefmes plaifirs. Le plus grand
Genie de la nature a dit que1Afire
qui nous annonce la lumiere
du jour n'eft pas fi beau. que
Fuftice. Auffi la repreſente t- on
la
46 MERCURE
comme une belle Vierge , dont
l'integrité eft pleine d'attraits ,
& de laquelle ceux qui ont l'honneur
de la fervir deviennent les
adorateurs. Et de vray , eft il
rien de plus agreable que cette
grande multitude des plus honneftesgens
de la Province affem
blez dans le Temple de Justice ?
Y a- t- il rien qui raviffe davange
les
eoeurs
que
·
l'ordre de la
Justice , quand elle est bien adminiftrée
, quand chacun fe tient
dans fon devoir , & quand tous
les Miniftres de la Juſtice s'acquitent
dignement de leurs fonctions
? Eft-il rien de plus charGALANT.
47
ر
mant que cette varieté & viciffitude
d'affaires & de nouveaux
incidens qui naiffent à toute heure
dans le Palais ? que ces combats
& ces attaques, d'où la veritéfort
toujours victorieufe ?
C'eft pourquoy il faut tirer cette
confequence , que la guerre dans
fon execution a des reffemblances
admirables avec la Iuftice ;
mais elles conviennent encore
mieux dans leur fin ; car ce n'eft
pas affez que la guerre foit entreprife
avec juftice , & foutenuë
avec vigueur , fi elle n'est enfin
couronnée par une glorieufe paix,
plus eftimable qu'une infinité de
48 MERCURE
d'autriomphes
, Pax una triumphis
innumeris potior ; cette paix
fervant à rendre la guerre
tant plus triomphante & d'autaat
plus conforme à la justice ,
laquelle , comme ddiit un Prophete,
ne travaille qu'à la paix, Opus
juftitiæ pax.
La Iuftice eft une vertu divinement
infpirée aux hommes , &
infufe dans leurs efprits qui
leur enfeigne ce qui est juste,
raisonnable, & qui entretient
par ce moyen la focieté civile
dans la paix, & en eft le
veritable folide fondement.
De mefme la guerre eft un fecours
GALANT. 49
purs que Dieu leur envoye , &
dont il leur permet de fe fervir,
pour faire regner la raison par la
force des armes , & pour rejoindre
cette focietéslors qu'elle vient
austre rompuë , foit par les entreprifes
du dehors ,foit par les fations
du dedans; Bella gerimus
ob eam caufam , ut in pace
vivamus ,dit le Prince des Philofophes.
Le but de la Justice eft de rendre
à un chacun ce qui luy appartient,
en puniffant le coupable,
en faifant rendre à l'opprimé les
biens qui luy ont esté injuftement
enlevez. Le but de la guerre,
Dec. 1691 .
E
50 MERCURE
n'est- il pas tout femblable , puis
qu'elle n'a point d'autre fin que
d'arrefter le cours des invafions
des attentats , de proteger les
foibles , contre la violence des
plus forts de les empêcher
d'estre les victimes de leurs vangeances
, & la proye de leur
avarice.
que
>
Et en effet , la feureté publiz
dans laquelle nous vivons
dans nos Provinces , n'eft- elle
pas établie par le fecours des armes
, & par l'autorité des Loix
de noftre invincible Monarque ?
Si la Juftice rend lesPeuples pai
fibles dans leur trafic,la guerre ne
GALANT.
SI
lear ouvre t- elle pas les paffages
pour le negoce , ne leur rend- elle
pas les navigations libres , & ne
rétablit-elle pas enfin le commerce
? La Guerre & la Justice ne
concourent- elles pas ensemble à
cultiver les Palmes & les Oliviers?
N'eft- ce pas la Guerre&
la Fuftice qui font fleurir les Arts
& les Manufactures , qui appor
tent l'abondance , & qui obligeront
, comme dit le Prophete
Ifaye , les
gens de guerre àfaire
de leurs épées des coutres de cha
rue, dufer de leurs piques &
de leurs hallebardes , des faucilles
? Conflabunt gladios fuos
E ij
52 MERCURE
in ligones & lanceas haſtaſque
fuas in falces.
Nous avons veu fous le regne
incomparable de Louis le Grand,
Paccompliffement de ces éclatan
furprenantes merveilles. tes
Ouy , grand Roy , le premier de
tous les Monarques du monde ;
l'amour du Ciel , les delices de la
terre , l'ornement des Hiftoires .
l'appuy de la Religion , le foudre
de la guerre, & le modelle de la
Justice ; c'estfous vostre heureux
regne que l'on voit la parfaite
alliance de la Guerre & de la
Justice ; car aprés avoir rétabli .
par vos Ordonnances la justice
GALANT.
5.3
dans fon tuftre , nous avons vû
fortir de voftre tefte Pallas la
guerriere & Pallas la pacifiques
plus veritablement que la Fable
ne l'avois dit de la tefte de Fupiter.
Nous avons veu , grand
Prinee , vos Ennemis vous ceder
par de glorieux traitez de Paix ,
les Pays que vous aviez conquis
par la force des armes , & qui
Vous appartenoient par le droit
de la justice. Nous avons encore
veu vos armes , comme un tor .
rent rapide , inonder toutes les
Provinces de ces Peuples ingrats
infolens qui fe difoient les
arbitres des Couronnes , & qui
E ij
54 MERCURE
avoient violé le refpect deu à la
majefté de l'Empire François › &
aprés les avoir humiliez par une
guerre entreprise avec justice, &
foutenue avecforce , vous l'avez
genereufement finie, en leur donleur
en impol'Arbitre
nant la paix ,
fant les loix
> comme
la
fouverain de la Paix & de la
Guerre, & comme le Pere commun
de toutes les Nations . Nous
avons veu fous vostre regne
verité des Oracles qui nous avoient
efté annoncez par les Prophetes
, que les Ennemis de la veritable
Religion s'armeront contre
vous , que vous en ferez
GALANT.
55
le vainqueur , parce que le Dieu
des Armées combat pour vous.
Bellabunt adverfum te &
non prævalebunt , quia ego
tecum fum . Et en effet , nous
,
avons veu , nous voyons encore
toute l'Europe animée de la
fureur de la fauffe Religion , con
jurée contre vous faire de vains
d'inutiles efforts , malgré
fes Ligues & fes mouvemens ,
nous vous voyons , grand Monarque
, victorieux dans trois
fanglantes Batailles & fur mer
fur terre , étendre vos conquefles
, triompher de vos Enne
mis.
E iiij
56 MERCURE

Puiffiez- vous ôgrand Prin
ce , par la fuite continuelle de vos
heroiques exploits, entretenir pour
jamais en cette vigueur à l'ombre
de vos Palmes & de vos Lauriers
, la beauté de vos Lis !
Puiffiez- vous , aprés tant de vi-
Choires dont le Ciel benit la juftice
de vos armes , cimenter la
paix de la France dans le fang
de vos Ennemis ! Puiffiez- vous
aprés avoir étouffé la Rebellion
de l'Herefies élevée contre le Ciel,
contre voftre Couronne ,faire
à jamais triompher la justice de
vostre regne !
Mais où est- ce que nous emporGALANT.
57
te ce difcourse Ce n'eft pas merveille
, fi ce grand Prince entrai
ne nos paroles , luy qui ravit &
enleve fi puiffamment nos coeurs
dans l'admiration de fes heroiques
vertus.
Pour conclurre , il est évident
que la guerre a une entiere conformité
avec laJustice , l'Ordre
Militaire beaucoup de fimilitude
avec l'Ordre Judiciaire , les Soldats
un grand rapport avec les
Avocats , le Champ de Bataille
beaucoup de reſſemblance
avec le Barreau.
Or puis que la Guerre & la
Justice , comme deux Soeurs Ger58
MERCURE
maines , n'ont qu'un mefme principe
, puis que la guerre dans fon
execution a une fi étroite alliance
avec la Justice , & puis que
l'une & l'autre ont une entiere
conformité dans leur fin , vous
devez Avocats , Procureurs, tirer
de là ces belles confequences
que la guerre où vous entre aujourd'huy
dans le Palais , ne doit
avoir d'autre fondement que la
justice des caufes que vous plaidere
; que dans tous vos combats
vous devez vous propoſer
par deffus toutes chofes la gloire
de vostre profeffion , & que vous
ne devez avoir dans tous vos
GALANT. 59
St
4.
deffeins d'autre fin, que d'affeurer
le bien des particuliers , le repos
des Familles , & la paix & la
tranquillité publique .
Comme la profeffion que vous
avez embraffée est une guerre
declarée à l'injustice au menfonge
, & à la calomnie , vous
ne devez auffi prendre d'autre
" party, que celuy de la fuprême
raifon , embraffer d'autres inte
refts que ceux de la verité , ny
entreprendre d'autre défense que
celle de l'innocence. La raifon
foutenue de vos paroles vous fe
ra combattre vaillamment. La
veritéappuyée de voftre éloquen60
MERCURE
ce, vous fera vaincre ; & l'innocence
protegée de vostre zele ,
vous fera triompher.
Courage donc , grands
ge
nereux Athletes (car c'est ainsi que
Fuftinien
vous appelle dans fa
Lettre , adreẞée à ceux qui enfeignoient
le Droit ) courage, illuftres
Guerriers , genereux Combattans,
pendant que noftre grand
invincible
Monarque vous
protege & vous défend par la
force de fes armes ,
combatteZ
vuillamment fous les
Etendards
de la Justice dans ce champ il-
Luftre du
raisonnement . Allez

l'honneur vous appelle , &
GALANT 61
montrez que vous eftes icy, auffique
les Soldatsfur les Fronbien
tieres , les Boulevars des Villes ,
les Rempars de nos Provinces.
Vous acquittant dignement
de vos nobles fonctions , la juftice
fera rendue avec plus d'éclat
& de majefté ; la voix de
la raifon fe fera feule entendre
par vos paroles, vos plaidoiries
ferontfes victoires , vos attaques
fes conqueftes , & tous vos combats
fes triomphes. C'est en cela
principalement que confifte
l'execution des Ordonnances ,
dont nous demandons la lecture,
que vous fuffiez le fermens
62 MERCURE
accoutumé de les obferver fidellement.
Vous ne ferez point ſurpri
fe des beautez que vous venez
de trouver dans ce Dif
cours , fi vous vous fouvenez
des excellens Ouvrages que
je vous ay déja fait voir de
Mr Thiot , qui en eft l'Auteur.
Le Panegyrique fur la
Loy de la Nature que vous
avez tant approuvé dans ma
Lettre du mois de Decembre
1681. eftoit de luy , au
bien
que ce rare & merveil-
Jeux Tableau de la Verité ,
auffi.
GALANT. 63
dont je vous fis part dans celle
de Decembre 1682. Il feroit
à fouhaiter qu'un homme qui
écrit fi bien , & qui penſe
toujours jufte , vouluſt laiſ
fer échaper de fon Cabinet
plufieurs autres Pieces qu'il
fe contente de montrer à fes
Amis.
Les Vers que je vous envoyay
la derniere fois , fur ce
qu'il n'eft pas neceffaire de
quitter le monde pour bien
travailler à fon falut pourveu
qu'on y obſerve les Loix
que Dieu nous preferit meritent
fans doute l'eftime que
64 MERCURE
vous me marquez en faire.
En voicy d'autres qui ne vous
plairont pas moins , fur l'utilité
de la retraite . Ils font d'un
tres- habile homme , dont tous
les Ouvrages ont eu un applaudiffement
general.
SS25SSZESSZ 252522
A. M DE F ......
SUR SA RETRAITE.
Stances Chreftiennes .
T%
Ufuis la Cour , le Monde :
& par cette conduite
Tu nous fais voir , Damon , que tu
veux le fauver.
GALANT. 65
Sans une fi prudente fuite
Souvent l'on cherche Dieu fans le
pouvoir trouver.
S
Un Pecheur que la Grace &preſſe &
follicite,
Entre le Monde Dieu s'il partage
fes vænx ,
S'il demeure incertain , s'il fe trouble
& s'agite ,
Il est toujours coupable , & toujours ·
malheureux.
S
Quand on te voit content , quand
on te voit tranquille,
Tu dois , dit-on , trembler pour pour l'ar
venir.
Tel qu'on voit s'appuyer fur un rofeau
fragile,
Croit
que
la main de Dieu ne peut
le foutenir.
Dec. 1691. F
66 MERCURE
Fentens quelquefois dire , belas !que
peut- il faire
Dans ce defertfauvage, en unſi triſte
lieu ?
Mondains qui le plaignez, ilplaint
voftre mifere ;
il ne pense Le neant vous occupe ,
qu'à Dieu .
Ila compris le fens de ce divin langage
Qui de tous les Chreftiens fait deux
Peuples divers ,
Dont l'un fuit le chemin où fon erreur
l'engage,
Et l'autrefuit le monde, & le fiecle
pervers.
2
Il a craint les grandeurs , la gloire ,
Les richeffes
GALANT. 67
Il a craint des plaifirs les dangereux
appas ,
Et n'a pas cru pouvoir , connoiffant
fes foibleffes,
Ufer de tous fes biens , comme n'en
ufant pas.
S
Peut- etre fon propre naufrage
Dansfon coeur penitent a produit cet
effort.
Laffé d'eftre battu des vents & de
l'orage ,
Pour fe mettre à couvert.il a cherché
le port.
$
Mais je combats en vain ces Juges
témeraires ,
Qui blâment fans raiſon ce qu'on
doit admirer,
Qui des coups de la Grace ignorant.
Les misteres ,
Fij
68 MERCURE
Dans leurs raisonnemens ne font que?
s'égarer.
S
Comment les détromper de leur erreur
extrême
Puis que contre Dieu-mefme ils ofent
diſputer?
Je ne pense donc plus qu'à m'inſtruire
moy-mefme,.
Pour te fuivre de loin , ne pouvant
t'imiter.
&
Ton 'exemple fouvent combattra ma
pareffe
Echauffera mon Zele , animera ma
foy ,
Et pour me foutenir & vaincre ma
foibleffe ,
Fauray devant les yeux , ce que Dieu.
fit pour toy.
GALANT. 69
S
Je te mediteray, je feray mon étude
Des bontez du Seigneur , de ta fidelité,
Et j'iray quelquefois prendre en ta
folitude
Un faint mépris du monde , & de
fa vanité..
S
Heureux, qui comme toy , par un
grandfacrifice
S'éloigne pour toujours du tumulte
& du bruit,
Qui n'écoute que Dieu , ne craint
que fa justice ,
Et de fa fainte Loy s'occupe jour &
nuit.
Il vous eft aifé , Madame ,
de juger quel eft l'Illuftre
Magiftrat , à qui ces Stances
70 ' MERCURE
Chreftiennes font adreffées.
L'entrée que fa retraite luy
donne tous les jours chez les
Camaldules , a fait demander
à beaucoup de gens
ce que c'est que cet Or
dre , dont les Religieux ne vivent
pas moins aufterement
que ceux de la Trape Il fut
fondé fur la fin du dixiéme
fiecle, par Saint Romuald, qui
donna à fes Moines les Regles
de Saint Benoift , avec quelques
Conftitutions prrticulic
res , & leur fit porter un habit
blanc , à caufe d une vifion
qu'il avoit euë de pluGALANT.
I
fieurs perfonnes veftuës de
cette forte , qui montoient
par une échelle dont le bout
touchoit au Ciel . Ce faint
Fondateur eftoit de Ravenne,
d'une Maiſon fort illuftre
mais la pureté de fes moeurs ,
& la vie exemplaire qu'il
mena , le firent confiderer
encore plus que fa naiffance.
Il commença vers l'an
1009. à bâtir dans les Monts
Apennins , prés d'Arezzo , .ce
celebre Monaftere , appellé
Camaldoli , qui a donné le
nom à tout l'Ordre . Il n'y
a guere de Solitude plus af72
MERCURE
A
freufe . Elle s'appelloit Campo
Maldoli, &
apparemment elle
avoit pris ce nom de celuy
du Seigneur à qui la Terre
appartenoit. Ce Monaftere eft
dans la Romandiole de l'Etat
de Florence , au deçà de
l'Arne , & il y a un petit
Bourg de ce mefme nom.
Nous n'avons en France qu'-
un Convent de Camaldules,
auprés de Gros-bois . Un de
leurs Statuts porte que leurs
Maifons feront éloignées de
cinq lieues des grandes Villes
. La Congregation
des Hermites
de Saint Romuald , ou
du
GALANT. 73.
du Mont de la Couronne, cft
une branche de celuy de Camaldoli
, avec lequel il fit
union en 1532, L'établiſſement
en avoit efté commencé douze
ans auparavant par Paul
Juftinien de Venife, qui fonda
le principal Monaftere
dans l'Apennin , en un lieu
nommé le Mont de la Couronne
, à deux milles de Perouſe.
Il en dédia l'Eglife au
Sauveur du monde , en l'année
1555.
Je continue à vous faire
part de ce qu'on public fur
les Affaires du temps , La Piece
Dec. 1691.
G
74 MERCURE
qui fuit ne merite pas moins
voftre curiofité que beaucoup
d'autres que je vous ay déja
envoyées .
LETTRE
DU COMTE
DE .. ;
Confeiller d'Etat d'Angleterre
,
AU MARQUIS
DE CARMARTHEN
.
E
De la Haye le 29. Oct 1691 .
N attendant, Milord, que
j'aye le plaifir de vous embraffer
à Londres , vous voulez
bien que je me réjouiſſe avec
GALANTA 75
veus, de nous voir au comble de
nos fouhaits , par la priſe de Lis
merick, de n'avoir plus à craindre
dorenavant
, que ces impertinens
amateurs de la liberté, qui
ont toujours eftéfi fort en garde
contre tout ce qui tend au gouvernement
arbitraire , & à l'autorité
purement defpotique, ofent
ouvrir la bouche dans nos Affemblées
de Parlement
, & faire la
moindre oppofition
à tout ce que
nous voudrons entreprendre
, foit
pour le changements ou pour la
fuppreffion des Loix & Conftitutions
de l'Angleterre
, qui ont toujoursfi
fort affoibli le pouvoir des
Rois.
Gij
76 MERCURE

Enfin, Milord, la foumiffion de
l'Irlande aux volontez de noftre
Prince, y affujettit encore plus:
fortement les Anglois les Ecoffois,
mefme nos Provinces Unies.
Cette conquefte eft , à vous dire
le vray , un Opium merveilleux
pour les rendre infenfibles à tous
les maux qu'un veritable efclavage
doit caufer à des Peuples
naturellement crop libres ; & quoy
qu'on vous puiffe dire que la reduction
de ce Royaume nous ofte.
un pretexte bienplauſible de tirer
du Parlement des fommes auffi
exceſſives que celles qui ont déja
ffort cpuife toutes les richeffes de
GALANT.
77
&
la Nation, comptez que nous l'amuferons
long-temps de l'efperance
d'affaiblir la France
qu'encore que cette Campagne
n'ait que tropfait voir qu'il n'y
a rien à gagner pour nous , contre
un Roy qui non content
d'avoir acquis plus de gloire en
trente années , par le nombre in
fini des conqueftes qu'il a faites ,
que tous les plus grands Princes
qui l'ont precedé , en est encore
tellement affamé , qu'au lieu de
jouir en repos de fa reputation ,
prend le temps que noftre Heros
s'enyore des fauffes louanges
dont toutes les Puiffances de l'Eu
G.iij
78 MERCURE
rope réunies contre la France
viennent l'encenfer à la Haye ,
& qu'elles luy font efperer tout
ce quiflatte le plus fon ambition ;
il fe fert , dis-je , de cette occa
fion , malgré les rigueurs d'une
faifon trop peu avancée , pour
venir luy - mefme affieger & prendre
à noftre veuë la plus importante
Place des Pays-Bas &
montrer à tous fes Officiers &
Soldats , par les perils aufquels
il s'expofe , le mépris qu'ils doivent
faire de tous les dangers
qu'ils courent pour fon fervice.
Néanmoins, MI LORD ;
quelque peine que nous ayons:
>
à

GALANT. 79
·
justifier auprés des clairvoyans ,
la tranquille inaction de noftre
Maistre à Noftre Dame de
Hall , es la foibleffe de fes operations
pendant le cours , & jufqu'à
la fin de cette campagnes
nous n'avons pas laiffé de le bien
faire valoir auprés de fes Alliez,
en rejettant fur les Gouverneurs
generaux & particuliers , toutes
les fautes qui devoient estre fur
nostre propre compte , & nous
attribuant la confervation de
toutes les Places que le Roy de
France n'apas eu deffein d'attaquer.
Vous ne sçauriez croire ,
MILORD , combien ces fuppo-
G iiij
80 MERCURE
futions ,quoy qu'entre nous , affez
groffieres , ont trouvé de créance
en Flandre & en Hollande.Jap
prens auffi qu'on n'y a pas moins
ajouté de foy en Angleterre ; &
quoy que les plusfenfez ne puiffent
s'empefcher de dire que cette
campagne est encore plus glorieufe
au Roy de France ,
celles qui luy ont attiré l'admiration
de toute l'Europe , & lajaloufie
de tant de Puiẞances ar
mées contre luy, & qu'ils ne
loüent pas moins les effets qu'ont
produit les ordres & instructions
que fa prévoyance ,fon experien
ce confommée , & la parfaite
que
GALANT. &
connoiſſance qu'il a de tout ce qui
fe peut entreprendre de part &
d'autre, luy ont fait donner de
fon Cabinet àfes Generaux pendant
cette campagne , que l'intrepiditéavec
laquelle on l'aveu
agir , neanmoins nous pouvons
nous vanter , que comme tout
fon but n'eft que de rétablir une
parfaite tranquillité dans l'Europe
, nous avons bien mieux
réüffi que luy , parce que rien ne
peut eftre contraire la Paix
aux deffeins de noftre Maistre ,
&qu'on ne peut pas mieux agir
que nous faifons pour perpetuer
la guerre . En effet, MILORD,
que
82 MERCURE
ne feroit- ce pas rendre un beau
Service au Roy Guillaume de la
faire ceffer , & ne ferions nous
pas bien dignes de fa confidence .
fi nous luy propofions de s'ofter
par une Paix , quelque avanta
geufe qu'elle puft efire d'aillenrs
aux Peuples qui le regardent
comme leur Liberateur , tout pretexte
d'entretenir en Angleterre
un corps deTroupes affez puißant
pourfe faire craindre de toute la
Nation , & affermir pour toujours
l'autorité abfoluë qu'il a
commencé d'y exercer ? Penfezvous
qu'il feroit bien aife de la
Partager avec quatre ou cinq
GALANT. 83
cens Teftes qui compofent le Parlement
, & quife croiroient auffi
Souverains que luy , s'il n'avoit
plus la force en main pour
fe faire obeir ? Se contenteroit-il
à voftre avis du mediocre fe- "-
cours d'argent que les Anglois
avoient accoûtumé de donner à
leurs Rois legitimes , & des bornes
que cette Affemblée d'uneNation
fi paffionnée pourfa liberté,
mettoit ordinairementpar fes Dea
liberations & Actes au pouvoir
de leurs Maiftres ? Affurément ,
MILORD , de l'humeur que
nous le connoiffons , de femblables
caveçons ne luy plairoient
84 MERCURE
pas , & quoy qu'il ait cy- devant
publié qu'il ne s'éloigneroit pas
d'une bonne Paix , fi on la pouvoit
rendre folide stable , il
nous a bien fait connoistre que
ce n'étoit que pour confoler les
Provinces Unies, par cette vaine
efperance de la ruine de leur
Commerce , & dans le temps
qu'il eftoit obligé d'avoir encore
quelque ménagement pour elles ;
mais comme elles font à present
entierement affujetties , & qu'il
n'y a perfonne qui ofe feulement
foûpirer pour la liberté perduë,
nous pouvons lever le masque ,
dire hautement que le Roy
GALANT. 85
Guillaume ne veut point de Paix,
&que par confequent aucun Anglois
ni Hollandois ne la peut defirer
fans fe declarer en mefme
temps coupable de Haute Tra
bifon.
Voilà , MILORD , quel est
mon fentiment , & je crois que
quand fette guerre nousferoit encore
beaucoup plus malheureuse
qu'elle n'a efté jufqu'à prefent
nous la devons faire durer tout
le plus long. temps qu'il nousfera
poffible , & que c'est le meilleur
parti que nous puissions prendre
, non feulement pour reduire
l'Angleterre & la Hollande à ·
86 MERCURE
une parfaite foumiffion aux volontez
abfolues du Prince noftre
Maiftre , mais auffi pour mettre
la Maifon d'Auftriche , & tous
les Princes fes adherans ( malgré
la difference de Religion , &
T'intereft qu'ils ont de maintenir
celle dont ils font profeffion ,
contre le deffein que nous avons
de la ruiner ) dans la neceffité de
ne pouvoir faire aucune autre
démarche
que celle que nous jugerons
à propos , & de reconnoiftre
le Roy Guillaume comme
leur Protecteur & l'unique ap
puy de leurs Eftats . Et quifçait
fi dans la fuite de cette guerres.
GALANT. 87
aprés qu'il fe fera rendu maitre,
par la foibleffe & l'imprudence.
des Espagnols , de toutes ces belles
Villes qui leur restent dans les
Pays-Bas , il ne pourra pas les
chaffer encore des Indes Occiden
tales avec les forces des Anglois
✔ des Hollandois , & difpofer
abfolument de ces Trefors inépuifables
, pour parvenir à tout
ce que fon ambitieuſe imagination
luy peut fuggerer ? Manquera-
t-il de pretextes & de
• moyens pour difpofer les Princes
Eftats Proteftans à ofter la
• Couronne Imperiale à une Maifon
qui ne fe'l'est renduë comme
88 MERCURE
hereditaire que pour les reduire à
une aveugle obeiffance ? Et quoy
qu'ils ayent plus à craindre de
luy que de celuy qui la poffede ,
ne fçaura- t- il pas bien fe fervir
du manteau de la Religion pour
leur couvrir les yeux , & les
faire concourir à fes deffeins ?
Enfin , MILORD , il y a tout à
efperer pour luy dans la continuation
de la guerre , & les
mauvais fuccez ne tomberont
que fur le dos de nos Alliez , &
des Peuples foumis à la domination
de noftre Maifire ; mais
bien loin de luy porter prejudice,
ils contribueront plutoft à fon
agrandiffement. Je fuis , &c.
GALANT. 89
On a eu icy avis de la mort
de Meffire Charles Maréchal,
Abbé de Mortau , Chanoine
& Grand Archidiacre de la
Metropolitaine de Befançon ,
cy-devant Maistre des Requeftes
auParlement de la mefme
Ville. Il eftoit homme demerite
& de probité , genereux,
magnifique , & bon Amy.
Auffi cft - il univerfellement
regreté de tous ceux qui l'ont
connu. Il avoit un Frere ainé,
qui eft mort Premier de la
Chambre des Comptes ( c'ef
le nom qu'on donne à celuy
qui eft à la tefte de cette
Dec. 1691. H
go MERCURE
Compagnie ) & des Neveux
confiderez dans le Magiftrat
de Befançon , & dans la même
Eglife dont il eftoit la feconde
perfonne. Il eftoit auffi
Oncle de M' de Charentenay
,
Capitaine de Chevaux dans
Romainville
. Le Chapitre de
l'Eglife de Befançon eft compofé
d'un Doyen , d'un Archidiacre
, d'un Chantre, d'un
Treforier, de deux Sous- Chantres
, de quarante- trois Chanoines
, & de vingt - quatre
Chapelains , ce qui le rend
fort confiderable. Tous les
Chanoines font perfonnes
GALANT. 91
diftinguées par leur naiffance.
Ils font veftus d'une Soutane
violette , doublée de taffetas ,
& avec des boutons cramoifi.
Ils ont un Rochet fur cette
Soutane , & par deffus , un
manteau violet , dont la queuë
eft extremement
longue , &
où il y a autour du cou un
retrouffis qui forme un Camail.
Ce manteau eft double
de taffetas cramoifi en Eſté ,.
& d'Hermine en Hiver.
Je vous ay déja envoyé
quelques Ouvrages de M Pagot
, Valet de Chambre de
Son Alteffe Royale Monfieur,
H ij
92 MERCURE
dont vous m'avez témoigné
eftre fort contente . Le sVers
qui fuivent font encore de fa
façon , & je me tiens affuré
qu'ils vous plairont , tant par
leur matiere, que par la
niere dont ils font tournez .
ma-
225552225 25222525
SUR LE RETOUR
DE MONSIEUR LE DUC
DE CHARTRES.
H
Iver, tu me tiens lieu de tou
tes les faifons.
cheris tesfrimats , & j'aime tes
glaçons.
GALANT. 93
Tu ramenes mon Prince , & ta rigueur
?
extrême ,
Pour nous le redonner , le dérobe à
foy- mefme.
Plein d'un nouvél éclat it paroiſt
nos yeux ,
Et c'eft toy dont nous vient un bien
fi precieux.
Lagreable Printemps n'a plus pour
de charmes.
may
Ses beaux jours à mon coeur ont trop
couté de larmes.
Son approche funefte enleva mon
Heros.
L'Efté ne fut pas moinsfatal à mon
repos.
Un choc, une action , la marche d'une
Armée
Livroit mille combats à mon ame alarmee
,
Et quand Mars en couroux faifoit
rougir Cerés ,
94 MERCURE
Je regrettois le verd de nos premiers
guerets.
Quelle fut ma frayeur au retour de
l'Automne ,
Quand le Belge éprouva la fureur
de Bellonne ?
Quand le fer & le plomb pleuvant
de toutes parts,
On vit cejeune Prince au milieu des
hazards ?
L'efprit toujours remply des nobles
funerailles,
Qui couvrent de cyprés lesfuccés des
Batailles ,
Interdit & trouble. Ciel ! je n'ofe y
penser ,
Fenfens au mefme inftant tout mon
fang fe glacer.
En vain on me difoit que conduit
par la gloire ,
Mon Prince fans danger fortoit de
la victoire.
GALANT.
95
Mes efprits éperdus , & de foucy
preffez,
Trembloient mefme au récit defes travaux
paffez.
Duy , de tous ces travaux me retraçant
l'image
Fe ne pouvois le voir dans l'horreur
du carnage
,
Etonnant Ennemy par cent faits
dclatans ,
Se faire diftinguer parmy les Com
battans,
Sans que mon coeur faifi d'une invincible
crainte
Me laiffaft dans fa peur échaper quel
que plainte.
Quoy,fi-toft ?m'écriois -je . Ah Prince!
où courez- vous ?
Ménagez plus un fang que nous ado
rons tous:
Ne le prodiguez point dans un âge
fi tendre.
96 MERCURE
Voyez tous les Heros , regardez Ale
xandre.
L'Empire que les Dieux luy faifoient
esperer
Le faifoit , à quinze ans , à peine
Soupirer.
Voulez- vous avant luy commencer la
Carriere ?
Avez- vous pour objet plus que la
terre entiere ?
Goûtez dans vos beaux jours les douceurs
du Printemps.
Vos exploits fe pourront remettre à
d'autres temps.
Geux dont on vante plus l'ardeur &
le
courage
,
N'ont jamais endoẞé la cuiraffe à vo
ftre age.
C'eftoient là les difcours que m'inf
piroit la peur ,
Quand mon Prince , fur Leuze, exergoit
fa valeur.
HenGALANT.
97
Heureux , fi par le Ciel ma Mufe
chaque année ,
Aces triftes accens n'eftoit point condamnée
Si CHARTRE fatisfait de fes premiers
exploits ,
M'avoit fait foupirer pour la derniere
fois ;
Mais on ne verra point la premiere
Hirondelle,
Qu'il ne coure auffi-toft oùſon grand
coeur l'appelle.
Les plus aimables jeux, les plusten
dres plaifirs ( defirs.
Ne pourront retenir l'ardeur de fes
Les faits de fes Ayeux prefens à fa
memoire ,
Ne le rendent touché que des traits de
la gloire.
PHILIPPE triomphant fur les bords
de l'Iffel,
Decemb. 1691. I
98 MERCURE
Philippe triomphant dans les champs
de Caffel ,
Toujours victorieux , & toujours intrepide
,
Eft dans tous fes defirs le feul Nord
qui le guide.
Brûlant de l'imiter , fenfible à fes
appas ,
La grandeurduperil ne l'arretera pas.
Encor fi dans l'horreur où ce penſer
me livre ,/
Un feuldefes regards m'obligeoit à
le fuivres
Si m'attirant à luy par un heureux
effort ,
Il trompoit les deffeins de monfunefte
fort!
Mais trop frivole espoir ! Eloigné de
ce Prince ,
Fe languis dans le fond d'une trifte
Province
GALANT 99:
Où dés que le Zephir paroistra dans
nos champs ,
Ie way recommencerfur ces mefmes
accens
Voicy d'autres Vers qui
ont efté faits fur la mort des
vaillans hommes qui ont payé
de leur fang les avantages que
nous avons remportez au
Combat de Leuze.
Magnanimes François , qu'une
mort genereuse
Signala dans ces lieux , où Bellone en
couroux ,
De cent Peuples divers forme une Lie
gue affreuses
I ij
100 MERCURE
Que voftre fort fut beau , qu'il vous
dût eftre doux
Definir vos jours avec gloire
Au fein de la victoire !
2
Rangez avec plaisir deffous vos Etendars
,
Le grandnom de Louis vous menoit
aux alarmes;
Vous avez fous ce nom affronté les
bazards,
Safortune a par tout accompagné vos
armes .
Vous mourez; cette mort , Guerriers ,
Vaut les plus beaux Lauriers .
&
Redevable aux efforts de voſtregrand
courage ,
La France a de fes pleurs honoré vos
ciprés.
Ce n'eftoitpas affez, Louis fait da
vantage.
GALANT. ΙΟΥ
Sapietéfincere ajoûte à fes regrets ,
Et pour vous icy l'intereffe
Bien mieux que la tendreffe.
S
Il vous aima vivans , il vous donna
des foins;
Au delà du tombeau ces foins pour
vous s'étendent ,
Et s'ils font comparez, les premiers
valent moins.
Chacun pour le bonheur que vos Manes
attendent,
Afon exemple glorieux,
Sollicite les Cieux .
S
Un trépas dontl'honneur avoit
vous des charmes,
pour
Ne devoit pas couter des pleurs à ce
Heros.
Voftre gloire offenfée auroit blamé ces
Larmes
I iij
1oz MERCURE
que fes fouhaits preſſent
voftre repos ,
Mais lors
Quel beaujour dans leurs antres
Sombres
Vient briller à vos Ombres !
2 .
Avec moins de plaifir, quand le Ciel
tout d'airain
Refuſe à fes befoins les fecours de
la pluye,
A de foudaines eaux la terre ouvre
fon fein ,
Qu'en ces funebres lieux dont l'hor
reur vous ennuye,
Vos Mánes bien-toftplus heureux_
Doivent ouir nos voeux.
23
Miniftres des Autels , qu'à vos pieux
exemples ,
Dit Louis , tout le Peuple àprier excité,
GALANT. 103
Pour tant de vaillans Morts s'as
Jemble dans les Temples ;,
Que la coutume en paſſe à la poſterité
;
Qu'à ceux qui pour moy ſe hazardent,
Les mefmes foins fe gardent.
S
On t'obeit , grand Roy. Manes ,foyez
contents ,
Et vous , braves Guerriers, qui pour
fauver la France ,
Prodiguez votre vie en ces malheu
reux temps ,
Cheriffez, admirez cette reconnoif-
Sance,
Quicraignant le fort des Combats
S'affure à vos trépas.
I iiij
104 MERCURE
Le 12. du Mois paffé , les
Confreres du Saint Sacrement
de Roanne firent un Service
folennel pour M' le Maref
chal Duc de la Feüillade . La
Chapelle êtoit toute tenduë
de noir, & éclairée de plus de
mille Flambeaux , avec les Armes
de la Maifon d'Aubuffon.
Au milieu étoit élevée une
Reprefentation fur cinq marches
, couronnée d'un Dais
de velours noir à franges d'argent
, & orné de la Couronne
Ducale , & du Bâton de Marefchal
de France . M ' Duguét,
Curé de la Ville de Feurs en
GALANT. 105
Foreft prononça
l'Oraifon
Funébre avec un applaudiffement
general. Il prit pour
Texte ces paroles . Deum timete
, Regem honorificate . Craignez
Dieu , honorez le Roy .
Il y trouva la divifion , & fit
voir que M ' de la Feüillade
avoit cfté un zelé defenfeur
de la Couronne , & un zelé
defenfeur de la Religion . Il
exagera d'abord cét attachement
fi empreffé qu'on luy a
veu pour le Roy , dont il
avoit toûjours plus aimé la
perfonne , que la dignité , &
dit qu'il n'y avoit rien en cela
106 MERCURE
de furprenant , & qu'un Prince
d'un merite fi extraordinaire
, fe faifoit adorer de toute
la terre. De là il prit occaſion
d'en faire l'éloge , qu'il
ramaſſa en peu de mots , en
difant que fifa naiffance l'avoit
fait regner dans la Monarchie
du monde la plus
floriffante, il s'eftoit rendu digne
par luy-même de commander
à tout l'Univers ; que
fes Ennemis feroient trop heu
reux , s'ils pouvoient devenir
fes Sujets , & qu'il ne
manque à leur repos que de
le voir troublé
Les conpar
GALANT 107
queftes ; que jamais Monarque
n'en a fait de plus rapides ;
qu'infulter & forcer une Place
, c'eft pour luy la même
chofe; & que tout ce que l'Europe
entiére conjurée contre
luy peut faire , c'eft de s'empefcher
d'eftre vaincuë; qu'on
peut repeter en fa faveur , ce
que la Reine de Saba difoit
autrefois de Salomon , que
Dieu l'avoit mis fur le Trône
, parce qu'il aimoit ſon
peuple ; que la marque la plus
particuliere de la protection
du Ciel fur nous , c'eft de
nous avoir donné un Roy ,
108 MERCURE
qui tout habile qu'il eft dans
l'art de regner , eft encore
plus honnefte homme , qu'il
n'eft grand Roy. Il ajoûta en
rentrant dans fon fujet , que
comme la tendreffe à la Cour
cft plus fondée fur les défauts
de ceux qui aiment , que fur
les bonnes qualitez de ceux
qu'on aime , & que c'eft moins
par admiration pour les gens,
qu'on s'attache à eux que par
le befoin qu'on en a , malgré
les qualitez heroïques de fa
Majefté , l'attachement fi
defintereffé , que M de la
Feuillade avoit témoigné pour
GALANT. 109
Elle , luy faifoit honneur , &
meritoit des cloges; que nonfeulement
il n'eftoit pas fondé
fur les bienfaits qu'il en
recevoit , encore qu'il en cuft
eſté comblé , mais qu'il dépenfoit
même une partie de
fon bien pour le faire mieux
paroiſtre. Il juſtifia ce dernier
article par
&toires. Tout fon difcours
eftoit femé de traits d'efprit ';
les pensées en étoient nobles,
& les expreffions heureuſes .
Telle étoit par exemple, cette
defcription des Mines que
l'on avoit fait joüer au Sićla
Place des Vi110
MERCURE
ge
de Candie. La terre fondois
fous les pieds des Soldats , & les
enfevelifoit tout vivans , ou ils
étoient emportez avec les poftes
qu'ils occupoient jufque dans le
Camp des Ennemis qui en étoient
foudroyez
les Victorieux demeuroient
enfevelis fous les vaincus
. Il finit par un trait de Mo
rale fort delicat . Après avoir
parlé de M¹ le Duc d'Aubuffon
, Fils de Mr le Marechal
Duc de la Feüillade ; Ce feroit
( dit-il ) de quoy nous confoler
perte du Pere , fi quelque de la
chofe étoit capable de nous donner
de la confolation ; mais il
GALANT III
faut l'avouer , Meffieurs , la
mort des Grands Hommes laiffe
un certain vuide dans le monde,
qu'on ne remplit jamais affez
bien. Heureux , fi cette mort
nous fait apercevoir, que
le mon
de n'eft luy même qu'un grand
vuide , qui ne fçauroit nous remplir.
La Grandeur flatte , & em
barraffe : les Plaifirs divertiffent
' difparoiffent . Les Paffions
nous occupent , & nous tourmentent.
Les chofes les plus douces
dégénérent en amertume : tout
afon poifon . Salomon qui avoit
tout à fouhait , & qui nous a
voie luy- même qu'il avoit vécu
112 MERCURE
dans la volupté dans l'abon
dance , nous avoue en même
temps que tout n'est que vanité ,
& que rien ne l'afatisfait . Faute
de chagrins , la Volupté meſme
nous chagrine. C'est une inquietude
perpetuelle foit que cela
vienne de la bizarrerie de nô,
tre efprit éternellement importun
aux autres , &incommode àfoymefme
; foit que , comme a remarqué
Saint Augustin , nôtre
ame n'eftant faite que pour
Dieu , ne puiffe trouver de repos
qu'en luy . Après tout , Meffieurs
, quand vous auriez tout
ce que vôtre coeur defire , quand
1
GALANT. 113
il feroit icy bas de vrais plaifirs
unefelicité conftante , tout cela
nefe termineroit- il pas à la mort,
à quoyferviroit- il qu'à nous
la rendre plus amére ? La pensée
de la mort ne viendroit- elle pas
nous troubler mille fois le jour ,
neferions- nous pas reduits à
nous écrier avec ces impies dont il
est parlé dans l'Eclefiaftique : O
mort, que tonfouvenir eft trifte !
Ah , Meffieurs , faifons des reflexions
plus juftes . En pleurant
la perte que nous avons faite ,
prenons garde à ne nous pas perdre
pour toûjours; & que je n'aye
interrompu nosfacrez Mistéres
Dec.
1691.
K
114 MERCURE
que pour vous faire interrompre
le cours de vos vices & de vos
debauches. Lorfque vôtre Priere
vous porte à rendre des devoirs
funebres à un Mort Illuftre ,
vous devez vous reffouvenir
qu'elle doit vous porter à bien
vivre . Pour vous y
ficacement , je finis par où j'ay
commencé. Deum timete , Regem
exhorter efhonorificate
, craignez
Dieu , honorez le Roy . C'est le
précis de tous vos devoirs ; c'eft
la vertu de vôtre Heros ; ce fera
le ſujet de vôtre gloire .
Je vous ay déja envoyé
quelques relations du voyage
GALANT. 115
de fix Vaiffeaux du Roy aux
Indes. Elles vous ont fait
plaifir, tant par les choſes curicufes
qu'elles contiennent,
que parce qu'elles font glorieufes
à la France. C'eft une
chofe digne de la plus haute
admiration, que de voir leRoy
porter la terreur de fon nom
jufqu'en des Climats fi éloignez
, dans le mefme temps
qu'il a en tefte prefque toutes
les forces de l'Europe . Comme
il n'y a point de Relations fur
un mefme fujet , qui n'ayent
des circonstances
differentes ,
& que les uns oublient ce
Kij
116 MERCURE
que les autres remarquent ,
j'ay cru vous devoir encore
envoyer celle- cy, ces fortes de
pieces fervant à faire connoître
que tous les Ennemis de
Sa Majesté contribuënt à ſa
gloire en quelque licu du
monde qu'ils foient.
No
A Pontichery le 20. Janvier 1691 .
Ous fommes arrivez, graces
au Seigneur , à Pontichery,
à la Cofte de Coreman.
del , aprés une longue &penible
navigation ; car , comme vous
l'avez púfçavoir , ces fix Vaiffeaux
n'eftoient armez que pour
GALANT. 117
porter la guerre à nos Ennemis
jufque dans les pays les plus reculez,
& où ils fembloient eftre
entierement
les Maiftres
, attaquer
& prendre leurs Vaiffeaux,
non feulement
en pleine mer, &
fur leurs coftes , mais encore les
aller chercher jufque dans leurs
Ports , & fous le Canon de leurs
meilleures Fortereffes
.Je croy que
vous ferez bien aife de voir une
petite defcription
de ce Voyage,
autant en détail que le temps me
l'a pú permettre dans un départ
un peu précipité.
Nous partimes du Port - Loüis
17. de Février de l'année
le
118 MERCURE
1690. & nous fimes voile vers
l'Ifle de Madere , où nous espe
rions trouver quelques Vaiffeaux
Ennemis , mais foit à cause des
courans , ou de la Brume , nous
depaffames fa hauteur fans la
voir, aprés quoy nous fimes route
vers les Canaries , entre lefquelles
nous paffames le 10. & 11.de
Mars, de là nous allâmes
mouiller à Sant -Fago , Ifle du
Cap -Vert , où refide le Gouver
neur General de toutes ces Ifles,
qui font fous la domination_des
Portugais. Le feul moüillage
de cette Ifle est au Sud , à une
rade que les Habitans appellent
GALANT. 119
Praya , à trois lieuës de la Ville
de Sant -Fago , qui donnefon nom
à toute l'Ifle.
Nous cfperions y trouver toutes
fortes de rafraichiſſemens
en abondance , & mefme à vil ,
prix , comme quelques uns qui y
avoient mouillé autrefois nous
l'avoient fait croire , mais l'on
fut fort trompé, lors qu'on nous
apprit que la fechereffe qui continuoit
depuis quatre ans , avoit
tellement brûlé le pays , qu'à
peine pouvoit-on trouver quelques
Baufs & quelques Cabrils,
encore falloit- il les aller chercher
bien avant dans les terres .
120 MERCURE
pourfruits & herbages quelques
Cocos , dont le Gouverneur fit
prefent , comme de quelque chofe
de rare.
deux
un
Ainfi , Mª Duquesne voyant
qu'on ne pouvoit rien avoir ,
quand on
on y demeureroit plus
long- temps , & de plus , ayant
appris du Gouverneur qu'il n'y
avoit que trois jours que
Vaiffeaux Hollandois ,
Anglois , en eftoient partis ; que
les Hollandois avoient laiẞé une
Lettre pour un troifiéme Vaiffeau
qui devoit y paffer , afin de l'avertir
qu'ils feroient petites voiles
jufques au Cap de Bonne Efperance.
GALANT . · 121
, &
perance. Nous mifmes à la voile
le 21. Mars , nous flatant de les
pouvoir trouver , aprés avoir
demeuré feulement trois jours
en cette rade. Nous paſſames
la Ligne le s . d'Avril`
doublâmes le Cap de Bonne Efperance
le 27. de May , fans
trouver rien d'extraordinaire.
Ayant reconnu le Cap des Aiguilles
, nous fifmes voile vers
Madagascar , pour entrer dans
le Canal de Mofambie . Nous
la reconnûmes
le 19. Juin , &
donnâmes dans ce Canal pour
aller nous rafraifchir à Moely,
qui eft une Ifle habitée par des
Dec. 1691 . L
122 MERCURE
Defcendans d'Arabes qui s'y font
fait un Roy . La plupart font
Mahometans, le reste Gentils.
Ce font des Peuples qui vivent
dans l'oifiveté , & aiment
fort le repos , fe contentant de ce
que la terre leur produit , fansfe
mettre en peine des autres commoditez
qu'ils en pourroient rétirer
, s'ils la cultivoient . Nous
y moüillâmes le 21 Juin . D'abord
M Duquesne envoya fon Canot
avec un Officier, afin de choifir
un lieu commode pour mettre
nos Malades à terre , & s'informer
des Habitans où l'on pour
roit faire commodement de l'eau,
1
GALANT: 123
& enfin offrir un prefent ,felon la
coutume des Orientaux , au Roy
du pays. Ce prefent confiftoit en
une piece d'Indienne de Mafulipatan,
& un gros & vieux
Mousquetons à quoy le Roy répondit
par une Vache, un Veau,
& quelques Fruits qu'il envoya
au Commandant de l'Efcadre ,
par un des plus grands Seigneurs
de fa Cour.
Nous eûmes toute forte de fatisfaction.
Les rafraichiffemens,
c'est à dire , les Boeufs , les Vaches
, cabrils, poules , fruit , &c.
eftoient en abondance , & nous
avions ces chofes pour du papier,
Lij
124 MERCURE
de la toile , de vieux morceaux
de fer , & d'autres bagatelles ;
mais fur la fin ils demanderent
des Pataques, ou Ecus d'Espagne .
Nous en partifmes le premier de
Fuillet après avoir fait noftre
eau , pris les rafraichiffemens
neceffaires , pour aller à une autre
Ifle qu'on appelle Amjoüam , où
les Anglois vont fe rafraichir
ordinairement . Ces Infulaires de
Moely nous avoient dit qu'ils
avoient trois de leurs Vaiffeaux
mouillez
Le lendemain fur les quatre
heures du foir eftant en veuë de la
rade , nous découvriſmes
un Vaif.
GALANT.
125
feau mouillé tout proche de terre.
Il mit Pavillon Anglois fitoft
qu'il eut apperceu le Pavillon
Hollandois que nous avions arboré.
Nous forçâmes de voiles
pour l'enlever avant la nuit fi
cela fe pouvoit , ne doutant nullement
que ce ne fuft quelque
Vaiffeau Marchand interloppe ,
ainfi mal armé , & avec pen
monde. Mais nous fumes unpeu
Surpris lors que nous ayant reconnus
pour François , il fe mit
à la voile , & fe défendit contre
nous avec autant de vigueur que
le defordre où fon Vaiffeau eftoit
le pût permettre , ayant fes Batde
Liij
126 MERCURE
teries embaraffées ; mais s'il fe
défendoit bien il fut vigoureu
fement attaqué, car nous fufmes
d'heure vergue
un
bon
quart
¿
luy lacher nos bordées , dont il
ne perdoit pas une feule balle. Le
combat dura prés de deux heures
& demie , l'un le prenant lors
que l'autre le quittoit : aprés quoy
M Duquesne appercevant que
nous nous incommodions les uns
les autres, l'Ennemi prenant
toujours cette précaution de fe
mettre au milieu de nous , envoya
un Officier à tous les Vaiffeaux,
pour avertir les Capitaines de
ceffer le feu , & de le garder
GALANT. 127
,
feulement de prés jufques au jour.
Ainfi on difcontinua , & chacun
prit fon pofte. Il courut au large,
& nous le faivimes jufqu'à environ
minuit , qu'il mit cofté en
travers ce qu'appercevant un
de nos Vaiffeaux , il luy lâcha
quelques coups de Canon . Auffi
toft on entendit de fon Vaiffeau
comme des coups de Moufquet
& on vitfa Poupe en un inftant
toute enfeu.Cefeu monta en moins
de rien aux Masts , aux Voiles,s
& aux cordages , " en forte qu'au
milieu d'une grande obfcurité, nous
fumes éclairez par un flambeau
qui nous couta cher , &que nous
Liiij
128 MERCURE
regretafmes beaucoup ; car outre
que nos Vaiffeaux furent un peu
incommodez , nous apprifmespar
un Soldat François qui fe fauva
defon bord àla dés le com
nage
mencement du combat , que ce
Vaiffeau , nommé le Grand Albert
, percépour foixante & dix
pieces de Canon , en ayant cin
quante-quatre de montées, appartenoit
à la Compagnie Angloife
des Indes Orientales , qu'il eftoit .
chargé de riches Marchandifes
& de beaucoup d'argent ; qu'il
y avoit deffus deux cens cinquante
hommes d'Equipage , &
qu'il alloit à Bombaye.
GALANT. 129
• Le lendemain au matin nous.
fimes route pour ' les Maldives
entre lefquelles nous paffames &
reconnumes la terre de Ceilon le
17. de Juillet. Le jourfuivant nous
primes une Fluste Hollandoife
chargée de Ris de curiofitez de
la Chine & duJapon , avec cinquante
mille Richeḍalles , qui
étoient le payement des Garnisons
de cette Ifle . Enfuite la coftoyant,
nous primes encore un petit Baftiment
Hollandois qui n'avoit que
du Lefte .
Delà nous paffames à la veže
de Megapatan , Fortereffe Hollandoife
, devant laquelle il y
130 MERCURE
avoit cinq Vaiffeaux Hollandois
qui fe rallierent le plus proche
de terre qu'ils purent , &fous le
Canon de leur Fortereffe , prefts
à s'échoüer fi nous les euffions
pourſuivis , mais faute d'eau nous
ne pûmes les joindre , & de plus,
yayant beaucoup de Bancs de
Sable que nous ne connoiffions
pas , nous jugeames à propos de
paffer outre. Deux heures aprés ,
nous paffames devant Trinque
barre , belle Fortereffe aux Danois
, devant laquelle il y avoit
trois Vaiſſeaux de cette Nation
à l'ancre. De- là nous allames .
moüiller à Fanvaripatan , où les
GALANT: 131
François ont un petit établiffement
depuis peu. Le Chef vint
à Bord & nous dit , que M' des
Forges avec une partie des Troupes
eftoit retourné en France.
Le lendemain nous moüilla..
mes à Pontichery, qui nousfalua
de onze coups de Canon. Nous
luy en rendimes neuf, & M²,
Martin ayant appris qu'il y
avoit à Madras onze Vaux
Hollandois & Anglois, en parla
à Mr du Quesne & aux Capitaines
de l'Efcadre , ' qui refolu
rent qu'après qu'on auroit déchargé
quelque chofe qui étoit dans
les Vaiffeaux pour Pontichery
132 MERCURE
e pris quelques autres marchandifes
pour Bengale où nous allions
, on les iroit canonner .
Nous mifmes à la voile le 24.
Aouft , veille de la Feftede Saint
Louis, & le lendemainfur les dix
heures au matin , nous fumes en
veie des Ennemis qui étoient rangez
fur une Lignefous le Canon
de leur Fortereße , bien munis de
bons & de gros Canons qui battent
fur la Mer. Nous les attar
quames లో allames mouiller
par
leur travers. On envoya un
petit Bruflot que nous avions ar ,
mé pour brufler l'Amiral Hollan
dois qu'il accrocha
par les Hau
GALANT. 133
bans de mifaine , mais foit que
les Grappins qui n'estoient que
des Cercles de fer courbez feredrefferent
, & que les Ennemis à
caufe de fa petiteffe , le poufferent
au large , il alla brufler en
pleine Mer fans faire effet . Ce
Combat dura plus de trois heures,
aprés quoy nous nous retirames
her, de la portée du Canon , &
les Ennemis de leur costé s'approcherent
tout proche de terre ,
craignant une feconde attaque .
Nous y paffimes la nuit , & le
lendemain nous mifmes à la voile ,
allames prendre un de leurs
Vaiffeaux à leur veuë que nous
134 MERCURE
brûlames enfuite , n'y ayant rien
dedans , l'Equipage même s'eftant
Sauvé à terre.
fe
Trois ou quatre jours aprés, on
apperçeut un Vaiffeau mouillé
dans une Anfe. On courut deffus
, mais ayant mis Pavillon
Anglois , & fçachant de nos
nouvelles, le Capitainefit échoüer.
fon Varẞeau à la Cofte ,
Sauva a terre avec fon Equipa-
Le Prince de ce pays les a
retenus tous Prifonniers , t) s'eft
faifi du VaiBeau & des Marchandifes.
Ainfi voyant que nous
ne pouvions l'avoir , nous fimes
route pour Bengale où nous arrige.
GALANT. 135
vames le 6. de Septembre . Ily
avoit deux Vaiẞeaux Anglois &
cette rade , qui nous ayant apperceusfe
retirerent dans les braffes
, à
l'embouchure du Gange.
Aprés qu'on ent fait ce que
l'on
avoit à faire , nous mifmes à la
voile
pour
aller croifer au tour
de cette rade , mais le gros tems
nous fepara › & nous fimes route
pour Merguy , où il nous fut impoffible
d'arriver à caufe des calmes
& des vents contraires.
Nous allames hiverner à Hegrailles
à la Cofte du Pegou ,
qui eft une Ifle inhabité:, (4) où
il y a quantité de Buffles , de
136 MERCURE
Cerfs , de Sangliers , & de toutes
fortes de Gibier. Nous fimes là
de l'eau du bois , y de
meurames quinze jours pour laiffer
repofer l'Equipage
, apres
quoy nous allames a Bengale's
prendre les Marchandifes
que
l'on avoit deßein d'envoyer en
France. Nous yfejournames
trois
femaines, & retournames
à Ponticheri
. Nous passames auffi devant
Madras , où nous apperceumes
un Vaiẞeau
Anglois
mouillé fous la Fortere ße .
à la voile , & nous le pourſuivimes
jusqu'au foir qu'il alla
mouiller fous une Pagode tout
Il mit
GALANT. 137
proche de terre. La Mer étant
trop große , Mr Duquesne passa
outre .
Nous arrivames le lendemain.
à Pontichery. La Fortere ße nous
falua de onze coups de Canon
que nous luy rendimes coup pour
coup. Nous defcendimes le Pere
Tachard & moy , qui eftions les
Seuls Fefuites qui avoient esté
faire cette petite Campagne de
Merguy. Les autres demeurerent
a Pontichery , où nous apprimes
que le Grand Mogel fait
continuellement
la guerre an
Prince de ce pays , qui eft petit-
Fils du Grand Savagi, & s'ap-
Dec. 1691 .
M
128 MERCURE
pelle Ram Raja. Ce Prince a
déja perdu beaucoup de terre, &
le General du Mogol eft devant
Cingi , Capitale de cet Etat, qui
n'est qu'à quinze ou feize lienes
d'icy. Il l'affiege fort etroite
ment, & envoye des Campsvolans
jufqu'aux environs de
cette Place. Il s'eft retiré icy plus
de quarante mille hommes fous
la protection des François , pour
qui le General du Mogol a tant
d'egard , qu'il a envoyé à M
Martin , Directeur General de
la Royale Compagnie de France
dans les Indes , tous les Pri
fonniers de Guerre qui fefont reGALANT.
139
clamez de Pontichery . Ces pauvres
Peuples qui fuyent de tout
coftez pour éviter l'esclavage , ou
pour fe garantir de la fureur des
Soldats du Mogol, font icy dans
une extreme mifere , ayant efte
pillez & repillez, & plufieurs
mefme viennent bleẞez
meurtris de coups de baston.
Ainfinos Peres les vont vifiters
& leur portent quelques Remedes
pour leurs maladies . On les
invite mefme de venir chez nous
fe faire panfer de leurs bleßures ,
on afait de tres- belles cures ,
mais ce feroit peu de chofe , s'ils
n'en rapportoient que la guerifon
Mij
140 MERCURE
de leurs corps , ou de leurs bleffi
res. Il s'en trouve qui touchez
des bontez qu'on a pour eux
permettent qu'on les inftruife ,
mais comme pas un de nos Peres
ne fçait encore parfaitement la
langue du pays , on ne peut faire
de grands progrés ; outre que ces
gens- cy ne font pas extremement
curieux , & vivent mefme dans
une grande indifference de toutes
chofes , mais c'est beaucoup d'avoir
entrée chez eux , car faifant
femblant de donner des Remedes
à leurs petits Enfans , on
les baptife lors qu'on les voit en
danger de mort dont il y en a un
GALANT. 141:
grand nombre qui meurent de mifere,
&on adéja conferé ce Sacrement
à plus de trois cens , depuis
deux ou trois mois que nos
Peres font icy.
·
Aprés que les Vaiẞeauxferont
partis, j'espere moyennant la grace
de Dieu,
m'attacher à apprendre
la Langue Malabare ,
quelque peu de Chirurgie , afin de
tafcher de cooperer autant qu'il
mefera poffible , au Salut & au
foulagement de ces pauvres Peuples
, Fe fuis voftre , & c. Morifot,
Novice de la Compagnie
de Jefus.
142 MERCURE
Il y a longtemps qu'on fe
plaint de ce que les nouveaux
Systêmes, & les nouvelles découvertes
dans la Medecine ,
n'ont point apporté de changement
dans la maniere de
traiter les maladies , & que
la pratique roule toujours fur
un certain cercle de remedes
dont les Malades reçoivent
peu d'utilité . Il femble
que Mr Minor , Docteur en
Medecine , ait entrepris de
faire ceffer ces plaintes . Il a
commencé par donner un
nouveau Syftême des Fiévres ,
dans lequel il a fait une belle
GALANT. 143

Critique de la doctrine de
l'Ecole. Il examine file fang
fe corrompt dans les veines,
& il fait voir que cela n'eſt
pas poffible pendant qu'il y
conferve quelque mouve
ment. Il remarque qu'on nous
impoſe ſur cette corruption
apparente , & fur ces diverfes
couleurs que l'on voit dans
les palettes ; que les abfcés &
les puftules qui paroiffent
dans la petite Verole & dans
les autres Maladies
, ne prouvent
point que le fang foir
corrompu dans les veines ;
que les vers mefme que l'on
144 MERCURE
en a vû fortir , ne font pas
des effets de cette corruption,
& il fait voir que tous les
Infectes viennent de femences.
Aprés avoir examiné la
doctrine de l'Ecole fur la nature
des Fiévres , il propofe
fon opinion. Il dit qu'elles
font caufées par un chile chargé
de cruditez qui fait boüillir
le fang, ou par un fang peu
fpiritueux , qui digere avec
peine unbon chile . Sur cette
hypothefe il examine les differens
eftats de la Fiévre fuivant
les differens degrez de
fermentation . Il rend raifon
de
GALANT. 145
de tous les fymptomes divers
qui arrivent dans les fiévres,
& il explique la caufe de leurs
retours periodiques d'une maniere
qui plaift à ceux qui
aiment la Medecine . Son Syſtême
ainfi établi , il répond
à des objections qu'on luy
pourroit faire. Il parle du
Quin quina , & de plufieurs
experiences qu'il a faites fur
ce remede , & tout cela fect
à confirmer fon hypotheſe.
Cer Ouvrage a cfté tresbien
receu des Sçavans , mais
l'Auteur eftant perfuadé que
le Public ne fe contente pas
Dec. 1691. N
146 MERCURE
rit
de vaines fpeculations , & và
toujours à l'utile , il a donné
cette nouvelle Edition , dans
laquelle il propofe une methode
feure & facile pour guepromptement
les fievres.
Il y explique le legitime ufage
de la faignée , & en quel
cas ce remede peut contribuer
à leur guerifon . Il examine
auffi en quoy confifte
la vertu des Purgatifs. Il fait
voir qu'ils n'ont point de malignité
, & que la pluſpart ont
beaucoup de rapport avec nos
alimens , & par là il leve bien
des fcrupules , dans lefquels
GALANT. 147
on a cfté jufqu'icy touchant
l'ufage des remedes purgatifs,
Sur ce fondement il établit
pour maxime certaine, de purger
, ou de faire vomir dans
les commencemens , contre la
pratique ordinaire. Il donne
des avis & des remedes contre
toutes les fiévres , & il fait
des reflexions fur les Hôpitaux
en general , &particulierement
fur ceux de l'Armée, qui paroiffent
fort utiles ; & enfin
il donne le
Quinquina comme
le plus affuré Febrifuge
de la Medecine. Il en propofe
des préparations commodes,
Nij
148 MERCURE
& il prouve qu'il ne fixe ny
ne fufpend les humeurs qui
caufent les fiévres .
Comme je vous parle de
la feconde Edition de ce Livre
, & que toute la premiere
a efté vendue , il ya fujet de
croire que le Public en eft
tres content. Il eft dédié
à M Fagon , premier Me
decin de la feuë Reine , & de
Meffeigneurs les Enfans de
France , fi generalement approuvé
, qu'il eft eftimé même
de ceux qui fe déchaînent
tous les jours contre la Medecine.
Ainfi l'on peut dire
(
GALANT. 149
que le Livre de M¹ Minot doit
eftrebon , puis qu'il a l'approbation
d'un auffi habile homme
que Mr Fagon, & au fentiment
de qui le Public défere
ainsi que la Cour . Il fe vend
chez le St Laurent Dhoury ,
ruë S. Jacques , au S. Efprit .
Suivant les ordres du Roy,
envoyez à tous les Evefques
& Ordinaires
des lieux , de
faire dire un des jours de la
premiere
Semaine de l'Avent
par les Preftres de leur Diocefc
, une Meffe pour le repos
des Ames des Officiers , Soldats
, & Matelots
qui auront
Niij
150 MERCURE
efté tuez , ou qui font decedez
pendant la Campagne , M's
de l'Eglife Royale de S.Hilaire
le Grand de Poitiers , dont le
Roy eft Abbé , ne fe font pas
contentez de donner la mef
me marque de leur refpect ,
& de leur zele , que donnent
toutes les autres . Le Vendredy
7. de ce mois , ils firent un
Service avec toute la folemnité
poffible . Leur Egliſe eftoit
renduë de noir , & fort éclai
rée. M de la Bourdonnayc In
tendant, ainfi que le Prefidial ,
affifta à ce Service , où une
grande Mufique fe fit entenGALANT.
KD
dre. Mr l'Abbé de la Meffelliere
, Doyen de ce celebre
Chapitre , y celebra la Meffe,
revestu des habits Pontificaux™
& la Mitre en tefte , comme
il a accoustumé
de faire aux
plus grandes folemnitez .
Pour vous faire attendre un
Ouvrage digne d'eftre leu , je
n'ay qu'à vous dire qu'il eſt
de M' de Templery
, Gentilhomme
d'Aix en Provence .
Je vous en ay déja envoyé
plufieurs de fa façon, qui vous
en ont fait fouhaiter
d'autres .
Ainfi je ne doute point que
vous ne me fçachiez gré de ce
Niiij .
152 MERCURE
que je vous fais part de la
Satire qui fuit.
SS255522s52 252522
.SUR CES MOTS
D'HORACE,
Dans fa troifiéme Satire , que
perfonne n'eft exempt
d'imperfection.
SATIRE MORALE
A
MADAME LA MARQUISE
J
DE L'ANGLE' E.
E vous offre , Marquise , un fidelle
portrait ,
GALANT 153
Où chacun defon vice avoûra quel
que trait ,
Et je ne vois que vous parmy l'humaine
race ,
Qui puiffe eftre à l'abry du Proverbe
d'Horace >
Car il faut , pour trouver un esprit
bien fenfé,
Attendre l'avenir, ou fouiller le passé.
Encor ,parmy ces noms de qui l'Hiftoire
éclate ,
A peiney voyons -nous un Caton , un
Socrate ,
Etces Stoïciens qu' Athenes publioit,
Sont des Originaux qu ' Angely copioit.
Ce qu'on dit ,fens commun , eft un
terme barbare ,
Car loin d'eftre commun , il n'eft rien
de fi rare ,
Ee ce que l'on appelle efpritfubtil&
fin ,
154 MERCURE
Eftfifin &fubtil , qu'il s'exhale à
la fin.
Tel croira du bon fens nous montrer
la metode ,
Qu'il eft de ce bon fens luy-méme
l'Antipode >
Et tel fur la Sageffe ofera mediter,
Quefur le ridicule il pourroit commenser.
En un mot , il n'eft point de fageffe
accomplie ,
Et les plus Sages mefme ont ungrain
de folie.
Un Avare , en effet , femble eftre
fort prudent
Quandpourfe garantir deplus d'un
accident ,
Il conferve un Metal
enferre ,
que la Nature
Pour nous marquer fon prix , au
centre de la terre ,
GALANT: 155
Mais ce Fou neanmoins , nageant
dans des flots d'or ,
Veut bien mourir de faim auprés de
fon tréfor.
Au lieu de s'en fervir , il veut toujoursl'accroître
;
Iln'en eft que l'esclave , & n'en est
pas le Maître.
Il l'adore , il l'encenſe , & nejoüit ,
belas !
Non-plus de ce qu'il a , que de ce
qu'il n'a pas.
Le mot de dépenser , pour luy c'eſt
un Blafpheme ,
Il n'a point d'ennemy plus facheux
que luy-méme.
Tout jaune defon Or , il ne sçauroit
guerir,
Et de la peur de perdre , & du foin
d'acquerir.
Le plus friand morceau luy paroift
infipide.
156 MERCURE
S'il veut manger un oeuf en son ren
pas fordide ,
Il pouffe des foupirs , il pleure de
regret
De ce que par cet auf il va perdre
un Poulet ,
Et ne peut empefcherfa douleur de
paroifire
A voir, loin du Perou , que le Ciel
l'aitfait naiftre.
Avarè extravagant , de grace ,
'pons-moy.
ré-
A quoy fert cet argent qui fourmille
chez toy ?
Veux- tu fervir d'exemple à l'avide
Tantale ,
Qui fans ceffe brulant d'une foif
fans égale ,
Ne fçauroit l'étancher fur le bord
des ruiffeaux ,
Et toûjours alteré , cherche l'eau
dans les eaux ?
GALANT. 157
Du comme l'Hydropique , enflé d'une
humeur noire ,
Plus tu bois , malheureux , & plus tu
voudrois boire ,
Que te fervent tes biens , fi tu ne
t'en fers pas
Ces Ecus amaffez l'un fur l'autre à
grands tas ,
Cet or qu'au fond d'un Cofre en
monceaux tu confines ?
Va te mettre avec ceux qui travaillent
aux Mines ,
Qui poudreux d'un Metal qu'ils ne
peuvent ravir ,
Sont toujours avec l'or , & n'ofent
s'en fervir.
En ta morifi Caron de l'autre bord de
Ponde ,
Vouloit à prix d'argent te repaffer au
Monde ,
Tu ferois , j'en conviens , fort-fage
d'amaffer
158 MERCURE
Cet Or qui pourroit feul te faire re
paffer i
Mais puifque dés l'inftant qu'on entre
dans fa Barque ,
Il ne repaße plus ni Berger ni Manarque
,
A quoy te fert , Avare , avec tes revenus
De vivre en Diogene , & mourir en
Crefus ?
Voyons un autre Fou de differente
efpece.
C'est un Ambitieux qui regardant
fans ceffe
Ce
que les autres ont ,& jamais ce
qu'il a,
Voudroit volerplus haut qu'Icare ne
vola.
Ilcroit , ce temeraire
qu'il trébuche ,
au moment
Avoir des ailes d'Aigle , & n'en a
que d'Autruche,
GALANT. 159
Et voulant s'élever à de trop hauts
objets ,
On voit fes ailes fondre avec fes
vains projets.
D'honneurs , de dignitez , de vent
& de fumée ,
Il tâche de bâtirfagrande renommée,
Mais embraffant une ombre , il ne
s'apperçoit pas
Que , comme un Txion , il ne tient
qu'un broaïllas.
Mal content defon fort , il tâche de
paroiftre,
Non le même qu'il eft , mais tel qu'il
voudroit eftre.
Son defir eft un Ver qui contre luy
s'aigrit ,
Et ronge inceẞamment le bois qui le
nourrit.
Il voudroit de fa terre étendre les
Limites
160 MERCURE
Fufqu'au-dessus du Gange, & confron
ter les Scythes ,
Avoir tout-à-la fois , tant fon coeur
eft hautain ,
Les
rangs de Boucherat , du Harlay ,
Pontchartrain ;
Tay- toy Il voudroit de LOUIS .... Tay toy
Mufe peu fage,
Tay toy ; respecte un Trône à qui tout
rend hommage
.
\
Cherche de quelque Fou le portrait
racourcy s
Mais fans le trop chercher , il fe pre-
·fente icy.
C'est un homme entété de fa haute
Noblesse ,
Quefaprefamption broüille avec la
Sageffe.
On remarque en fa Race un Fidei-
Commis
D'un ridicule orgueil qui va de Pere
à Fils.
GALANT. - 16.1
Il croit que Mezeray , cette fçavante,
plume,
N'euftpû fansfes Ayeux compofer un
volume ;
Quefans le bruit qu'ilfait à la Cour,
à Paris ,
On verroit chez Guerout les Mercures
pourris.
Ilfuffoque les gens , les feche & les
chagrine,
Par des Profnes glacez de fa noble
origine ,
Et comme Tabarin , d'un ftile extravagant
Il vend aux idiotsfon baume &fon
anguent.
Puis, cet évaporé de la premiere claffe,
Compte avec des jettons les hautsfaits
de fa race ,
Et quand il a compté mille éclatans
exploits ,
Dec. 1691..
162 MERCURE
Il quitte les jettons & compte avec
fes doigis.
Un tel de mes Ayeux ( dit- il ) dans
l'Allemagne
En l'an fept cens & trois fecourut
Charlemagne.
Un tel , Mestre de Camp , par des
faits inouis ,
Prit d'affaut Damiette aux yeux
Saint Louis :
de
Cet autre , Colonel , au Siege de Pavie
Prés de François Premier vit éteindre
Ja vie >
Et mon vaillant Ayeul dont onfçain
le renom ,
Sans luy Henry le Grand n'auroit pas
ce furnom .
~Marquife , convenez qu'un tel Vi
fionnaire
N'apas appris de vous le bel art de
Se taire
GALANT. 163
Et qu'aux fleaux dont le Cielpunit le
Peuple ingrat ,
On devroit ajoûter l'entretiende cefat.
Un autrefera néfage , honneſte &
paifible s
Mais des impreffions il est trop fufces
ptible ,
Et ce Caméleon , ſe moulant fur autruy
Prend toutes les couleurs quis'offrent
devant luy.
C'est un miroir vivant , une glace
volage ,
Qui de tous les objets reprefente l'image.
Bien que fon naturel le porte à la
douceur,
Auprés d'un efprit rude il changera
d'humeur.
S'il eft avec un lâche , il en retient
l'empreinte ,
O ij
164 MERCURE
Et fur un tel cachet il s'imprime la
crainte.
S'il est néfortfincére , eſtantprés d'un
menteur ,
Pour mentir à son tour, il vante fa
candeur.
Avec un idiot il devient imbécile.
Enfin au changement il paroiſtfi fa*
*cile ›
Que je ne doute point que s'il voit
des galeux ,
D'abord il ne fe porte à fe grater comme
eux.
Mais c'est trop. A quoy bon en dire
davantage ?
Paffons , Mufe , paffons à quelqu'autre
faux -fage.
Voyons un Nouvellifte , un esprit
curieux
De qui la paſſionſe promene en tous
Lieux.
GALANT. 165
Foûjours préoccupé de fa folie extrê
me ,
Il'eft en mille endroits , &jamais em
luy-même ,
1
Et voulant tout fçavoir jufques au
moindre bruit ,
Il ignore le trouble où fon coeur eft reduit.
Cet efprit morfondu par la rapide
course
Qu'il fait inceffamment du Midyjufqu'à
l'ourse ,
Ja voir dans la Hongrie inonder
l'Ottoman ,
Effrayer le Danube , &pâlir le Sultan.
Il voit faire à loiſir le siége de Belgrade
,
Vaincre les Tranfilvains par le Prince
de Bade ,
Etfans raffafier son avide defir ,
166 MERCURE
Il voit dans un combat la mort de
Grand Vizir ;
Et puis , dans le Piémont portantfor
bumeur fole ,
Il vifite Verru,Verceil & Carmagnole
Il y fçait lesfecrets des affaires d'E
tat ,
Ceux du Duc de Savoye , & ceux de
Catinat .
Enfin courant toûjours de nouvelle en
nouvelle ,
Il veut bien de Venise épouser la que
relle.
Ilfuit Morozini , cet illuftre Guer
vier ,
Qui va dans l'Archipel tout convert
de laurier.
Voyons entrer en lice un autre Atrabilaire.
C'est un faux bel Esprit que la raison.
éclaire
GALANT 167
Tantôt par des rayons , tantôt par de
faux jours,
Et qui pourfe guinder fe tourmente
toûjours.
Ses difcours font enflez d'Antithefes
forcées ;
Ils font tout heriſſez de pointe
émouffées.
Il parle fans rien dire , ou plûtôt
qu'il dit
Fait plaifir à l'oreille , & fatigue
l'esprit.
On n'entend qu'un beanfon , que des
accordsfrivoles ,
Et des riens affaiffez fous un tas de
paroles.
Dés qu'àfon fouvenir s'offre un ter
me empoulé
Ily tourne lesgens comme en un défilé,
Et fes conceptions d'ordinaire eftant,
balles
168 MERCURE
Sontparmy ces grands mots des Nains
fur des échaffes,
Pes atomes roulans fur des monts
exhauffez ,
Et de faux diamans dans de l'or ena
chaffe
S'il rencontre quelqu'un ,il luy jette à
la tefte
De termes à la mode une horrible tem
pefte.
On n'entend qu'encenfer , eſtre en
veuë , un goût fin ,
Vraiment
en bonne foy , fans
mentir , car enfin .
S'ilaborde Silvie, il luy dira: ma belle,
Vos appas enchantez ont fait un
infidelle.
J'ay deferté Philis , pour qui ma
paffion
Faifoit feu fur toute autre, & da
moit le pion.
To
GALANT. 169
Je fis quelque chemin , & je l'ay
fçu connoître .
J'étois , non fort heureux , mais
en paſſe de l'être ;
Mais dés que je vous vis , vos attraits
radieux
Prirent mon coeur d'emblée, en me
fautant aux yeux,
Enfin quand par hazard on tombe à
fon partage,
on fe fauve en frayeur , ainsi que
d'un naufrage ;
Et l'avoir un quart d'heure une fois
frequenté ,
Helas ! c'en eftaffez pour une éternité.
Si je voulois dreffer des Sots la lifte
entiére.
Le temps me manqueroit plutoft que
la matiére.
Sur cette vafte mer , ah, que j'irois
avant !
Dec. 1691 .
P
170 MERCURE
Fe baifferois la voile, & j'aurois trop
de vent.
Chaque flot poufferoit tant de flots de
faux fages ,
Que Neptune effrayé gagneroit fes
rivages ;
7
· Mais pour gagner moy-même un port
tant fouhaité ,
Ne voyons plus icy qu'un autre esprit
gâté.
C'est un homme alteré des eaux de
l'Hypocrene ,
Un bizarre Rimeur , dont la fterile
veine
Ne va quegoutte à goutte , & nepou
vant couler ,
La froideur de fes vers l'oblige à ſe
geler.
Ils'égare à toutpas de cette noble trace
Qui conduifit Malherbe & Racan an
Parnaße.
GALANT. 171

7
Tiercelet de Poëte ,' infette d'Apollon
>
Il rampe fans vigueur dans le facré
Vallon.
Les Mufes enfes Versfont toutes dépouillées.
La Rime & la Raifon y font toujours
broüillées :
Ils ne peuvent marcherfur leurs pieds
froids & nus,
Et femblent enfantez en dépit de
Phoebus.
Au bout d'un foible vers il enchaffe
Climene ,
A cauſe que ce mot rime avecque fa
peine.
A force de machine il y tire Philis ,
Pour mettre fur fon teint les rofes
& les lis.
Il rêve quinzejours pour voir comme
à Califte
Pij
172 MERCURE
Pourra s'apparier la vie amére &
trifte .
Il fuë & s'étourdit pour pouvoir é
Carter
Deux mots d'un meſme fon qui vou
droient fe heurter.
Afon efprit opaque il donne la torture
Pourparun mais hors d'oeuvre attraper
la mesure ,
Et pour faire qu'enfin les E qu'on
nomme ouverts
Avec les E fermez ne riment de
travers.
Si fes vers font bouffis de pompeufes
paroles,
Qu'importe qu'ils foient durs , que
leurs rimes foient moles ?
Bien qu'on ne puiſſe oüir ſes vers
impunèment,
Car un grand mal de tefte en eft le
chaftiment ,
GALANT. 173
2
S
2
Ce Nigaut toutefois , par certaines
Surprises
Trouve d'autres Nigauts qui vantent
fes fottifes.
Il frequente , il connoît des gens
mesme d'éclat ;
Mais moy , qui , grace au Ciel , fuis
l'entretien d'un Fat ,
Avec les innocensjamais je ne me
rifque ,
Et ne sçaurois aimer que ceux qu'on
met en bifque.
Peut- eftre on me dira : Toy qui parles
des Sots ,
Ne l'és tu pas toy - mefme avec ton
jeu de mots ?
Par ce mot d'Innocens joüant de la
parole , ( rôle.
En ta propre Satyre ajoûte encor ton
Fe lay dit , il eft vray ; mais un
terme plaifant ,
Piij
174 MERCURE
Pour m'égayer moy- mefme , est- ce un
crime fi grand?
Si je devois icy fournir mön perſonnage
N'ay-je pas pour cela cent défauts en
partage ?
N'ay-je pas une humeur à ne rien endurer
,
Toujourslente à complaire , & promte
à cenfurer ?
N'ay-je pas des dégouts qui vont à la
manie ?
"Helas ! pour applaudir ayje quelque
genie ?
Avec tous mes efforts ay-je pufçavoir
l'art
( fard ?
De faire un compofé de l'encens & du
Ay-je appris ce fecret que par tout on
renomme ,
De traveftir un Sot , & le rendre habile
homme ?
GALANT
175
fouffrir un Rieur je n'ay point de
talent.
A vanter mes écrits je fuis mefme
infolent.
A draper nos Sçavans quelquefois je
me rifque;
Tout cela vaut bien moins qu'un innocent
en bifque.
Par là plus juftement aux yeux de
mon Lecteur
Je pourrois prendre icy le rôle d'un
Acteur ,
Car enfin mes défauts paſſant l'Arithmetique
,
Je puis les ranger tous par ordre alphabetique.
Mais quelque grands qu'ils foient ,
ô Marquife , entre nous,
Par une qualité je les efface tous ,
Dont je fais plus de cas que
tes les autres ,
de tou
Piiij
176 MERCURE
Et c'eft la qualité de connoître les
voftres ,
De fçavoir refléchir fur cette honnefteté
Qui va d'un pas égal avec voftre
bonté ,
De fçavoir admirer cettegrande droibre
Dont on ne sçauroit faire affez bien
la peinture ,
Cetteforce d'efprit , cette élevation
Que la France regarde avec attention
,
Ces nobles fentimens à qui rien ne
déroge
Et dignes d'un autel , plutoft que d'un
éloge
Cette rare candeur , & cette bonne
foy
Qui contraignent l'envie à parler
comme moy.
GALANT. 177
Enun motparces Vers &par ma voix
encore ,
Je veux qu'on fçache enfin combien je
vous honore
Pour vos hautes vertus quifont de fi
grands bruits ,
Non autant queje dois , mais autant
que je puis.
Le Lundy 17. de ce mois ,
Mi Pavillon dont le merite
eft fi generalement connu ,
fut receu à l'Academie Françoife
en la place de M de
Benferade . L'Affemblée eftoit
fort nombreuſe
, & compofée
de perfonnes d'une tresgrande
diftinction . Il commença
fon Compliment par
178 MERCURE
un remerciment fort poly à
Mrs de l'Academic, & leur dit
avec la modeltie ordinaire ,
qu'il voyoit bien que le choix
qu'ils avoient fait de fa per
fonne , pour remplir la place
demeurée vacante, eftoit plû--
toft une marque de la liberté
de leurs fuffrages , qu'une
preuve du merite qu'ils avoient
bien voulu croire en
luy. Il fit enfuite l'Eloge
de M de Benferade à qui il
a fuccédé , & aprés avoir parlé
des foins que le Cardinal
de Richelieu , Instituteur &
premier Protecteur de l'Aca-
1
GALANT. 179
demie avoit eus de l'élever,
il loua ce grand Miniſtre ,
qui paroiffoit pourtant n'avoir
fait que préparer les
voyes pour les grandes chofes
que le Roy fait tous les
jours , & n'avoir fondé l'Academie
, qu'afin de former
des gens , qui fçeuffent mettre
ces Merveilles dans leur
jour. Il dit auffi quelque chafe
de Mr le Chancelier Seguier
, fecond Protecteur ,
qui avoit continué à favorifer
cette Compagnie dans les
mémes veuës de celuy qui
l'avoit inftituée . Après cela,
180 MERCURE
il parla du Roy d'une manicre
où il fembloit que l'on ne
fuft point encore accouftumé
, & en faifant voir la difference
de ce que nos Peres
avoient veu avec ce que nous
voyons aujourd'huy , il dit
qu'on avoit veu autrefois l'Ef
pagne occuper feule toutes
les forces de la France , & que
les Conqueftes du Roy l'avoient
fi fort abatue , qu'à
peine la comptions- nous préfentement
au nombre des
Alliez qui fe font liguez contre
ce Monarque. Il finit en
difant à Mrs de l'Academic
,
GALANT. 181
Jif
res
Pus
dit
Efi
ates
que
l'aqu'à
pr
.
des
con
it ch
mie,
qu'éclairé de leurs lumieres,
& encouragé par leurs exemples
, il tâcheroit de contri .
buer à l'ouvrage où ils fe
font deſtinez , qui eft à tout
ce qui regarde la Gloire & la
Grandeur de Sa Maiefté . Ce
Difcours eftoit fi beau , &
fut prononcé d'une maniere
fi noble , que les Auditeurs
ne fe laffoient point de marquer
par leurs applaudiffemens
la fatisfaction qu'ils en
recevoient. Je vous l'aurois
envoyé fii'avois pu en avoir
une Copic. M' Charpentier
luy répondit comme Doyen
182 MERCURE
de la Compagnie , en l'ab¬
fence du Directeur & du
Chancelier . Son Difcours receut
auffi de grandes loüanges
& le hazard ayant
fait qu'il me foit tombé entre
les mains , je n'ay pas vou
lu vous laiffer dans une plus
longue attente d'une Piece
d'Eloquence , fi univerfellement
approuvée.
;
GALANT. 183
1
-1
nt
n-
OLLO
lust
десс
elle
REPONSE
DE Mr CHARPENTIER
Au Remerciment de Mr Pavillon
lors qu'il fut receu à
Academie.
3
Prés la dangereufe maladont
je fus frappć
Adic
l'Eté dernier je ne croyois pas
Monfieur, me trouver aujour
d'huy en eftat de vous introduire
dans l'Academie Françoiſe
, à la place vacante par
le décés de M ' de Benferade.
La Compagnie a perdu en luy
184 MERCURE
un de fes principaux orne
mens .C'eftoit un efprit origi
nal , & qui ne devoit qu'à luy
feul toute fa reputation. Sans
rien emprunter des Anciens,
ny melme les avoir trop bien
connus , il les a égalez , & fi
l'on apperçoit dans fes Ecrits
quelques unes de leurs penfées
, c'eft un effet du hazard
plûtoft que de limitation . İl
a montré qu'il fe pouvoit faire
encore quelque chofe de
nouveau fous le Soleil , & ce
caractere de nouveauté luy a
efté fi naturel , que fi toft qu'il
l'a voulu abandonner , il n'a
GALANT. 185
S
7
plus efté le mefme , & le commerce
qu'il avoit avec les Gra
ces , demeuroit interrompu
quand il travailloit fur d'au- .
tres idées que les fiennes.<
Cette perte , Monfieur , eft
reparée par l'union que vous
prenez avec l'Academic .L'eftime
que vous vous eftes acquife
fait remarquer en vous des
talens qui ne font pas moins
précieux que ceux de cet il .
luftre Mort, quoy qu'ils foient
affez differens. Vous avez joint
à la vivacité de l'efprit , &
au brillant de l'invention , la
varieté d'une profonde Litte -
Dec. 1691
186 MERCURE
rature & la comparaifon
qu'on peut faire entre vous
deux , juftifie ce queCicerona
penfé de l'Eloquence , quand
il a dit que deux Orateurs
pouvoient eftre parfaits ſans ſe
reffembler. La Charge d'Avocat
General du Parlement de
Mets , que vous avez exercée
avec un applaudiffement unisverfel
, les excellentes Pieces
de Vers & de Profe qui vous
font depuis échapées dans le
repos de vostre Cabinet , ont
mis hors de doute qu'il n'ya
pas de genre d'écrire où vous
ne réuffiffiez parfaitement
.
GALANT. 187
3
0.
de
τέ
ni
ces
OUS
sle
ont
n'ya
VOUS
ncnt
.
Comme c'eſt à ce merite que
l'Academie eft uniquement
attentive dans fes Elections ,
je ne m'arrefteray point ,
Monfieur , à confiderer en
vous l'étroite affinité que
vous avez avec un Miniftre ,
dont l'intelligence & l'integrité
connues , font que le
Roy fe repofe fur luy de fes
plus importantes affaires , &
particulierement de la condui
re de fes Finances , qui font les
nerfs de la guerre , ou pour
mieux dire , les principaux
refforts de la machine politique.
Il ne faut point chercher
Qij
188 MERCURE
hors de vous-mefme les chofes
qui vous rendent eſtimable .
Cependant, Monfieur , je ne
puis m'empêcher de refléchir
fur la memoire d'un faint Evêque,
à qui vous avez eſté ſi
étroitement uny par les liens
du fang. L'éclat de fa pieté ,
& de les autres vertus , rejal
lira éternellement fur vous ,
& tout le Clergé de France ,
qui le regarde comme une
de fes plus vives lumieres ; le
Diocefe d'Alet , qui a cfté
l'heritage que le Seigneur luy
avoit donné à cultiver ; en un
mot , le Royaume entier qui
GALANT. 189
as ,
әде
le
fté
luy
VA
qui
a fi fouvent profité de fes inftructions
& de fes exemples,
auront toujours une fingulie
reveneration pour luy , &une
eftimetresfincere pour tout ce
qui porte fon nom. Vous fças
vez , Monfieur, que le Cardinal
de Richelieu , qui l'avoit
engendré en l'Epiſcopat , à
auffi jetté les premiers fondemens
de l'Academie & à
moins que les chofes d'icybas
ne foient tout-à- fait indifferentes
à ces Ames bienheureufes
qui font en poffelfion
de la Gloire , il femble
que le Grand Armand ne peut
>
.
190 MERCURE
s'empêcher de fe réjouir, en
voyant entrer dans cette
Compagnie , qui a cfté fon
Ouvrage chery , le Neveu
d'un homme qu'il avoit élevé
à la premiere dignité de
l'Eglife , & qui a fait tant
d'honneur à fon choix . N'oferois-
je dire , Meffieurs , que
ce grand Cardinal s'applaudit
jufque dans le Ciel , d'une fi
noble & fi utile inſtitution que
voftre, quand il fe reprefente
les avantages que toute la
France en retire , foit foit pour
prédication de l'Evangile ,foit
pour la défense de la juftice
& des Loix ? Quel fpectacle
la
la
GALANT. 191
st
la
foir
tic
pour luy de vous voiroccuper
une partie de ce Palais augufte
, & qu'il vous foir per
mis deformais de philofopher
fous le Dais & dans la Pour
pre ! Mais avec quel étonne
ment remarque- t- il que le Fils
& l'Heritier de fon cher Mai
ftre , & de fon magnifique
Bienfaicteur , a bien voulu
prendre aprés luy la qualité
de Protecteur de l'Academic
Françoife , & fe declarer par
un pur effet de l'amour des
Lettres , le Succeffeur d'un de
Les Sujets? N'est - ce pas par un
effet de ce mefine amour qui
192 MERCURE
ne s'éteindra jamais en fon
coeur que s'intereffant à
l'honneur de vos Elections,
dont il vous laiffe la liberté.
toute entiere , il vous exhorte
de jetter toujours les yeux
fur des perfonnes d'un merite
le plus diftingué , fans vous
abandonner nyau torrent des
brigues , ny au panchant de
vos propres inclinations , &
ne s'en est-il pas expliqué de
la forte , lors que le Scrutin
de cette derniere Election luy
fut prefenté? C'est ainsi que
l'autorité fuprême, qui décide
de tout abfolument , & qui
nc
GALANT. 193
ne parle que pour eftre obere,
veut bien vous declarer fes
volontez , plûtoft par manicre
de confeils qu'en termes de
commandement
, ce qui marque
pour vous de certains
égards qui vont, s'il faut ainſi
dire , jufqu'à la delicateffe .
Trouvera- t- on rien de pareil
dans cette longue fuite de Monarques
, qui depuis plus de
douze cens ans le font affis
fur le Trône des François ?
Il faut l'avouer , Meffieurs ,
nos Anceftres ont eu peu de
gouft pour les exercices de
l'efprit.Nos premiers Rois les
Dec. 1691. R
194 MERCURE
ont totalement negligez . Les
uns ont retenu long- temps je
ne fçay quelle teinture de
barbarie , qui n'a que trop
paru par les cruautez qu'ils
ont exercées fur leur propre
Sang. D'autres , au contraire ,
Le four plongez dans une moleffe
qui à la fin leur a esté
fatale, & leur a fait perdre une
Couronne dont leur faineantife
les rendoit indignes. La
premiere alliance des Armes
& des Lettres a paru parmy
nous,ſous le regne d'un grand
Roy & grand Empereur, dont
les glorieufes inclinations auGALANT.
195
ay
and
roient cu fans doute tout le
fuccés qu'on en devoir attendre
, fi les guerres qui s'éle .
verent entre ſes propres Enfans
, n'euffent empêché ces
heureuſes ſemences de germer.
D'ailleurs , la matiere
melme de l'Eloquence
n'eftoir
pas encore bien difpo.
fée àproduire de grands effets,
La Langue des François , à
qui je n'aurois pas ofe pour
lors donner le nom de Lan
gue Françoife , n'eftoit com
polée que d'un bon Alle
mand & d'uu méchant Lacin
; & que pouvoit il fortir
Rij
196 MERCURE
d'excellent de ce mélange ? Il
eftoit refervé à LOUIS LE
GRAND , de baftir le Temple
de l'Eloquence Françoiſe,
qui eft un Ouvrage d'autant
plus admirable , que c'eft un
pur Ouvrage de la raiſon . Ce
licu.cy , Monfieur , ne rerentit
que des loüanges de ce
Prace qui eft l'Auteur de
tant de merveilles , & en qui
nous trouvons toutes les caufes
de noftre bonheur . Tantoft
on y celebre fon nom
fous le titre de Vainqueur
perpetuel , tantoft fous celuy
de Legiflateur . D'autrefois
GALANT. 197
CC
qui
auan
eur
eluy
fois
hous le regardons comme le
Défenfeur de la Religion , le
Vangeur des Loix , l'unique
Recours de l'innocence perfecutée
, l'infaillible Support
du merite infortuné . Penetrez
de fes vertus nous en parlons
inceffamment , & nous
n'en parlons qu'avec tranfport.
Vous le verrez , Monfieur
, toutes les fois que vous
vous rendrez icy. Vous ne
nous prendrez point au dé.
pourveu . L'experience vous
fera connoiftre que LOUIS
LE GRAND eft le principal
objet de nos entretiens ,
R iij
198 MERCURE
& que tout ce qui ne nous
parle point de luy, nous fem
ble indigne de nous occuper.
Mr Charpentier ayant ceffe
de parler , demanda felon la
coûtume , fi aucun des Academiciens
n'avoit rien à lire.
M' l'Abbé de la Vau dit , que
quoy que ce jour fuft en quelque
forte entierement deftiné
au couronnement de M Pavillon
, il ne laiffoit pas d'eftre
celuy des obfeques de M
de Benferade, & qu'il croyoit
que la Compagnie feroit bienaife
d'entendre quelques OuGALANT.
199
pit
en
Duvrages
de pieté qu'il avoitfaits
dans les derniers jours que
le mal dont il eft mort avoit
pû luy laiffer libres . Il leut
enfuite un Acte de foy , un
Acte d'humilité , & la Paraphrafe
de l'Oraiſon dont fe
fert l'Eglife lors qu'elle pric
pour le Roy. Ces petites Pieces
de Poëfie receurent l'applaudiffement
qu'elles meritoient
; & aprés cela le même
M' l'Abbé de la Vau leur le
commencement d'un Poëme
de Mr Perrault , intitulé , La
Creation du Monde . On y trouva
des Defcriptions tres-
Rij
200 MERCURE
vives , & tout le monde demeura
d'accord que fon Auteur
eftoit né veritablement
Poëre .
Il y a grande apparence
que le mois prochain il ſe
fera à l'Academic Françoife
une ceremonie de cette même
nature , pour remplir la
place de M' le Clerc , mort
icy le 8. de ce mois . Il eftoit
natif d'Alby en Languedoc ,
d'où eftant venu fort jeune â
Paris , il s'y fit d'abord connoiftre
par une Tragedie , intitulée
Virginie , qui eut un
fort grand fuccés . Sa reputa
GALANT. 221
7.
tion s'augmenta par la tradu
ation qu'il fit en Vers des
cinq premiers Livres de la
Jerufalem delivrée du Taffe .
Le bruit de fon merite , & fur
tout de fa probité , luy acquit
l'eftime de quelques Seigneurs
de la Cour , & les obligca
à s'intereffer dans fa fortune
en l'attachant à cux
fucceffivement par des liens
utiles & agreables . La facilité
de fes moeurs , & la bonne foy
qu'il gardoit en toutes chofes,
luy firent beaucoup d'Amis.
,
Il eftoit un des anciens de
l'Academic Françoile , &
il s'y eſt diſtingué fouvent
202 MERCURE
par la lecture de plufieurs
Ouvrages de Poëfie , qui ont
fait honneur aux Affemblées
qu'on a coutume de faire ,tou
tes les fois qu'on reçoit quelque
Académicien nouveau . Il
s'eft toujours attaché à remplir
rous les devoirs d'honnefte
homme , d'Amy , & de
bon Chreftien . Sa pieté redoubla
fur tout dans fes der.
nieres années , & le diſpoſa à
certe parfaite refignation qu'il
a fait voir quand on luy a fait
connoiftre qu'il fe devoit réfoudre
à mourir.
On ne peut s'acquitter avec
GALANT. 203
тес
190
plus d'affiduité , de travail , &
de vigilance , de l'employ de
Secretaire d'Etat du département
de la Guerre, que fair
Mr de Barbefieux . Toutes mes
paroles feroient inutiles pour
le prouver , & l'on ne feroit
pas obligé de m'en croire , fi
Ic Roy ne l'avoit marqué par
des effets , en donnant à ce
jeune Secretaire d'Etat la penfion
de Miniftre , ce qui doit
luy faire efperer, que s'il continue
à travailler avec la même
application , il parvien
dra à cette glorieuſe dignité,
fi- toft qu'il fera plus avan-
;
204 MERCURE
.
cé en åge . Feu M' de Louvois
fon Pere l'obtint à trente & un
an. & l'on apeu vû deMiniftres
à cet âge,mais auffi a- t on peu
vû d'hommes s'acquitter d'un
fi penible employ avec des
fuccés fi glorieux & fi furprenans.
Je dis penible , n'y en
ayant point qui demande un
travail fi affidu . quand on le
veut faire dans toute fon étenduë
, & avec tous les foins
qui font neceffaires dans ces
hautes fonctions
La Vertu a de grands charmes
, & elle fe fait fouvent
GALANT.
205
des Adorateurs de ceux mef
mes quis'oublient affez pour
la vouloir attaquer . Un Cava
lier eftimé par fon efprit , &
par fes manieres, ainfi que par
1 fa naiffance , & ce qui eft en
core beaucoup plus confide
rable , devenu fort riche par
la mort de fon Ainé qui luy
avoit laiffé de grands biens ,
rencontra un jour une fort
jolie perfonne chez une Dame
de fes Amics, à qui il rendoit
d'affez frequentes vifites . C'étoit
une Brune de fort belle
taille,qui joignoit àune beau
té piquante , quoy qu'irregu-
DS
ar
en
206 MERCURE
liere , tout ce qu'un efprit als
fé a d'engageant pour ceux
qui fe fentent de la diſpoſition
à la rendreffe. Dans tout
ce qu'on luy difoit , les ref.
ponefs eftoient vives , & pour
peu qu'on l'entretinſt , elle
Laiffoit échaper un enjouement
naturel qui la rendoit
tour aimable. Ces avantages
eftoient fouſtenus d'une grande
modestie, & c'eſtoit aſſez
que de la voir , pour eftre
perfuadé que la conduite êtoit
pleine de lagefle. Tout cela
parur au Cavalier dans lacon
verfation , où il la força d'enGALANT.
207
ic
la
trer , & qu'il prolongea le
plus qu'il luy fur poffible.
Aprés qu'elle fut partie , il
parla fort long- temps d'elle ,
& ne pouvant s'empefcher
d'en faire l'éloge , il le fit a
vec des termes qui marquerent
à la Dame qu'ils eftoient
l'effet d'un mouvement plus
preffant , que celuy de rendre
juftice à la verité. La Dame
loui fon difcernement & fon
bon gouft , & aprés avoir exa.
geré le merite de cette aimable
perfonne , & luy avoir
dit qu'il ne luy manquoit
qu'une fortune proportion-
28
208 MERCURE
née à fes belles qualitez , elle
ajouta que c'eftoit à un homme
comme luy de mettre le
comble à ce que le Ciel avoit
fait pour elle ; qu'ayant recueilly
une Succeffion fort
confiderable , lors qu'il s'y
eftoit le moins attendu , ilfe
montreroit vraiment genereux
s'il vouloit luy en faire
part en l'époufant ; que fon
choix ne pourroit manquer
d'eftre approuvé de tous ceux
qui auroient le coeur bien
fait , puis qu'il tomberoit
fur une Fille de naiffance ,
eftimée de tout le monde, &
GALANT. 209
1
I
qui meritoit plus qu'aucune
autre , qu'on s'intereffaft à la
rendre heureufe ;que luyeftant
obligée de fa fortune , elle
n'auroit d'autre foin que de lui
prouver par fes complaifances
& par fa tendreffe , que fon
coeur feroit veritablement à
luy , & qu'en fait de Mariage ,
la droiture de l'efprit , l'egalité
de l'humeur , & l'attachement
à remplir tous fes devoirs
, eftoient ce qu'il falloit
preferer à toutes choſes . Le
Cavalier repondit à ſon Amie
qu'il fe conduiroit volontiers
par fes confeils , mais que s'a-
Dec. 1691 . S
210 MERCURE
giffant d'un engagement le
plus important de toute fa
vie , il eftoit iufte qu'il connuft
un peu à fond ce que
fes yeux luy avoient peint
fort aimable , & que fi pour
acquerir cette connoiffance
elle vouloit bien luy donner
accez chez la Demoiselle,il lui
feroit voir , pourvu qu'il cuſt
l'avantage de luy plaire , que
fon peu de bien neferoit point
un obſtacle à ce qu'elle pouvoit
fe promettre du tendre
amour qu'il fe fentoir difpofé
à prendre pour elle . La Dame
fe chargea avec plaifir de
GALANT. ( 211
faire agréer fes vifites à la Bclle
, qu'elle difpofa à les recevoir
avec l'agrément que meritoient
les fentimens favorables
qu'il faifoit paroiſtre.
Elle cftoit en quelque façon
fous la conduite d'une Sour
Ainée bien plus âgée qu'elle,
& qui eftoit Veuve depuis
quelque temps , & l'une &
l'autre dependoit d'un Pere
qui les faiſoit ſubſiſter , ainſi
que deux Fils qu'il entretenoit
dans les études , de ce
J qu'il pouvoit tirer d'un Employ
qu'il exerçoit , & dont
les appointemens faifoient
Sj
?
Το
"
212 MERCURE
toute fa fortune. Quoy que
le Cavalier fuft fort honnefte
homme , & que la probité
qui luy eftoit naturelle ferviſt
de regle à toutes les actions ,
l'envie de s'engager pour toujours
luy faifoit moins fouhaiter
d'eftre receu chez l'aimable
Brune , que l'efperance
de fe faire un amufement
agreable pour paffer certaines
heures, que beaucoup de gens
femblent trouver de trop
dans leur vie . Il eftoit fort li
beral. On luy difoit que la
Belle n'avoit prefque pas de
bien , & il croyoit qu'en luy
GALANT. 213
S
S
a
1
faifant des Prefens utiles , il
viendroit à bout d'entrer
dans fa confidence , & l'engageroit
en fe rendant neceffaire
,à nefe pouvoir paffer de
le voir , fans qu'il fuſt beſoin
qu'il parlaft de Mariage . Ses
vifites,quoy que fort frequentes,
furent agréées , & il trouva
dans l'une & dans l'autre
Soeur , des honnefterez qui le
charmerent. L'Ainée avoit
>
& l'ef
beaucoup de vertu
prit bien fait , & comme elle
fouhaitoit avec paffion l'établiffement
de fa Cadette , elle
menageoit au Cavalier toutes
214 MERCURE
les occafions de l'entretenir
en particulier, que la bienfeance
luy pouvoit permettre. Il
reconnut dans cetre jeune perfonne
des fentimens élevez
& dignes de fa naiſſance.Malgré
l'enjouement de fon humeur
, elle avoit toute la folidité
d'efprit que font acquerir
les longues années,& quoy
qu'elle cuft toujours une gran
de retenue dans tout ce qu'el
le luydifoit de plus obligeant,
il luy fut aifé de s'appercevoir
en peu de temps , que
quand il voudroit fe decla
rer , on luy repondroit favo
GALANT. 215
rablement , mais ſon deſſein
n'citant pas de fe hafter , il
s'empreffa feulement à fe rendre
familier avec la Belle , &
luy ayant fait des offres enve
lopées qu'elle rendit inutiles,
en détournant la matiere ,
fans vouloir l'entendre, il crut
en devoir venir aux effets d'ane
maniere galante , & qui ne
la puſt faſcher , afin de luy
faire voir qu'elle avoit en
luy un Amy à toute épreuve.
Un foir qu'il fortit exprés
fort tard de chez elle , il
feignit de craindre d'eftre
volé en s'en retournant chez
216 MERCURE
luy , & la pria de vouloir
bien luy garder la Bourſe ,
où il avoit mis deux cens
Louis. Elle s'en chargea fans
en faire aucun fcrupule , & le
lendemain elle receut un Billet,
par lequel il luy marquoit
qu'il eftoit party pour un
voyage de huit ou dix jours
dont il n'avoit pû fe difpen
fer, Son argent qu'il luy laif
foit avec tant de confiance ,
luy fit connoiftre qu'il avoit
choifi ce temps à deffein de
l'en rendre la maiftreffe , &
elle en fut convaincue , lors
qu'à fon retour luy ayant ren
yo.
du
GALANT. 217
YS
pas
du une fort longue vifite , il
prit congé d'elle fans luy en
parler. Il eftoit déja dans l'antichambre
, & s'en alloit fort
content de ce qu'il fembloit
qu'elle vouluft bien ne fe
fouvenir qu'elle cuft fa bourfe
; mais elle avoit l'ame trop
bien faite pour luy laiffer cette
joye. Elle courut aprés luy,
& l'ayant prié de s'arrefter ,
elle luy dit en riant qu'elle
vouloit dormir en repos; que
le dépoft qu'elle avoit entre
fes mains l'avoit trop inquiclors
tée , fa caffette ne luy femblant
pas un lieu affez feur
T
do.
ren
· Dec. 1691.
218 MERCURE
pour en répondre , & qu'il
rentraft un moment tandis
qu'elle iroit jufqu'en fa cham
bre. Sa réponſe fut qu'il a
voit marqué une heure pour
terminer une affaire, qui luy
eftoit de la derniere impor
tance , & il fortit auffi -toft
fans rien vouloir écouter de
plus. La Belle ne le revit
pas plûtoft le lendemain, qu'
elle luy montra fa bourfe, &
voulut qu'il la reprift . Il s'en
défendit longtemps , & la
conjura avec de grandes inſtances
de vouloir bien la
garder jufqu'à ce qu'il cust
GALANT 219
befoin de fon argent en luy
laiffant toutefois la liberté
toute entiere de s'en fervir ,
s'il arrivoit qu'elle cuft quel
que emplette à faire ; mais il
ne put luy faire entendre raifon
fur cet article . De quel
que maniere qu'il puft tourner
fa galanterie , elle le montra
inébranlable
fur le refus,
& mefme un peu fierement ,
& aprés de longues contefta
tions , il fut enfin obligé de
reprendre le depoft . Il chercha
encore d'autres moyens
de luy faire des prefens, mais
tu tous les efforts qu'il fit là-
&
CAT
10
Tij
220 MERCURE
deffus demeurerent inutiles ,
& l'estime que luy donna
pour cette aimable Perfonne
une vertu fi pcu
ordinaire ,
ayant redoublé fa paffion , il
cut pour elle l'attachement le
plus tendre & le plus fincere
qu'elle pouvoit defirer.Cependant
trois ou quatre mois s'etant
écoulez fans qu'ileût produit
ce qu'on avoit fujet d'en
attendre , la Soeur aifnée le
força de s'expliquer , en luy
difant que fon Pere , qui apprehendoit
les mauvais con
tes , vouloit ou qu'il épouſaſt
fa Fille , ou qu'il renoncaft
GALANT. 221
entierement à la voir. Elle
ajoûta que pour ne le poine
furprendre , il l'avoit encore
chargée de luy dire que s'il
avoit deffein d'en faire fa
Femme , il n'en devoit atten
dre aucune autre chofe que la
part qu'elle pourroit avoir à
fon bien aprés fa mort , fes
affaires ne pouvant permettre
qu'il luy fift aucune avance,
La condition n'embaraffa
point le Cavalier. Il répondit
de tres bonne foy qu'il ne
ſouhaitoit rien avec plus d'ardeur
que ce mariage, & la pria
feulement de faire en forte
Tiij
222 MERCURE
qu'on luy vouluft bien accor
der encore un mois avant que
de luy parler de rien conclurre,
parce qu'il luy eftoit d'une
fort grande importance
de
voir quel fuccés auroit une
affaire , dont de jour en jour
il attendoit des nouvelles . La
Belle ayant appris de fa Soeur
ce qu'elle avoit dit au Cavalier
, fit aller encore fa fincetité
plus loin . Elle ajoûta que
la part que luy refervoit fon
Pere fur le bien qu'il laifferoit
en mourant , n'eftoit qu'une
pure illuſion ; qu'il étoit fi vray
que s'il l'époufoit,il ne devoir
GALANT 223
compter que fur la perfonne,
que comme , malgré tout fon
enjoûment, elle avoit compris
dés fes plus tendres années
l'inutilité de ce qui nous flate
le plus dans la vie , elle auroit
dés ce temps- là fuivi le panchant
qui l'attiroit dans un
Monaftere , fi elle avoit cu
de quoy y pouvoir eftre receue
; qu'elle vouloit bien luy
avouër , que cette vocation
ne s'eftant point rallentie, elle
ne demeuroit dans le monde
que parce qu'il luy eftoit im
poffible d'en fortir , & que
quelque amour qu'il cuft pour
T iiij
224 MERCURE
elle , il ne devoit point eftre
jaloux des fentimens qu'elle
luy marquoir, puis qu'il eftoit
jufte que fon coeur fuft plus
touché de Dieu que des hommes.
Le Cavalier toujours plus
charmé d'une fi rare vertus
l'affura d'une tendreffe qui
l'obligeroit de contribuer
toute fa vie à ce qui pourroit
la rendre heureufe , & ayant
continué à luy rendre encore
fes foins quelque temps avec
des témoignages d'amour extraordinaires
, il tomba tout
d'un coup dans un chagrin
dont la Belle fut furpriſe . Elle
GALANT 225 .
ne voulut point luy dire d'a
bord ce qu'elle en penfoit, &
le voyant plus refveur de jour
en jour , & moins empreffé à
luy parler de fa paffion , elle
le pria enfin de ne luy point
déguifer la caufe du trouble
qn'elle remarquoit dans fon
efprit . Le Cavalier foupira, &
aprés luy avoir dit d'un ton à
perfuader la plus incredule !
que tant qu'il vivroit elle fe
roit ce qu'il auroit de plus
cher , il luy découvrit qu'e
ftant néCadet & avec fort peu
de bien, il avoit efté à Rome,
où des yeuës qu'il avoit cuës ››-
226 MERCURE
pour des Benefices l'avoient
obligé de le faire Abbé ; qu'il
en avoit vaqué quelques - uns
des plus importans , qu'on
ne pouvoit poffeder fans eftre
Sous diacre ; que fur l'affurance
que fes Amis luy avoient
donnée de les luy faire obte
nir , il s'eftoit foumis à
prendre
cet Ordre ; qu'auffi toft
aprés ayant eu avis de la mort
de fon Aîné , il eftoit revenu
en France pour recueillir fa
fucceffion ; qu'il y avoit pris
l'Epée , ne doutant point qu
on ne luy fift avoir la difpenfe
de l'Ordre qu'il avoit pris, &
GALANT. 227
qu'aprés plus d'une année de
pourfuites , on luy mandoit
qu'on s'y eftoit employé inutilement
, & qu'il ne devoit
jamais l'efperer , à cauſe qu'il
avoit fait les fonctions de
Sous- Diacre en plufieurs ceremonies
de l'Eglife . Il luy
dit enfuite que ce mauvais
fuccés l'ayant fait rentrer en
luy mefme un peu ferieufe--
ment , il avoit conceu auffibien
qu'elle l'importance du
falut , & qu'il eftoit réſolu entierement
de fe rendre à fon
devoir en menant la vie d'un
veritable Ecclefiaftique
; qu'il
228 MERCURE
ne pouvoit luy cacher que
l'aimant fort tendrement, il ne
verrcit point fans déplaifir
qu'un autre obtinſt un bonheur
où il ne luy eftoit plus
permis de prétendre , & que
fifa vocation duroit toujours,
comme il avoit fujet de le
croire , elle n'avoit qu'à luy
nommer le Convent où elle
voudroit entrer qu'il fe chargeroit
du refte , & qu'il feroit
la - deffus tout ce qu'on pouvoit
attendre d'un parfait
Amy. La Belle ayant fait paroistre
pendant fon difcours ,
toute la tranquillité d'un ef
;
GALANT. 229
prit qui fe poffede, luy répon
dit avec des marques d'une
joye fenfible , que fielle avoit
refufé obſtinément jufque- là
tous les prefens qu'il avoit
voulu luy faire, elle avoit cru
fe devoir permettre cette fierté
pour des chofes qu'elle regardoit
comme purement du
monde , mais que s'agiffant
de luy ouvrir une voye dans
laquelle elle avoit toujours
fouhaité marcher , elle acceptoit
avec la plus forte & la
plus fincere reconnoiffance ce
qu'il offroit de faire pour elle.
Je ne dis rien des loüanges
230 MERCURE
qu'elle luy donna fur la refo
lution qu'il avoit prife . Il n'en
differa l'exécution
que pour
s'acquitter de fa parole . Sitoft
qu'elle cut choisi le Con
vent où elle avoit deffein de
paffer la vie , aprés en avoir
cu la permiffion de fon Pere ,
y porta une fomme affez
confiderable pour la faire regarder
comme bienfaictrice .
Elle yprit l'habit peu de temps
aprés , & il alla s'enfermer
dans un Seminaire, où tous les
foinsfurent de fe préparer à recevoir
l'Ordre de Preftrife Le
temps où la jeune Religieufe
il
-
GALANT .
231
devoir ferendre Profeffe, étant
arrivé , il demanda à faire
l'exhortation dans cette cere
monie. Comme on fçavoit
qu'il l'avoit aimée fort tendrement
, la curiofité attira une
tres-grande affemblée . Jamais
Difcours ne fut plus touchant.
Il tira des larmes de tous ceux
qui l'entendirent . & fit naiftre
mefme à quelques - uns
l'envie de quitter le monde.
2
Je vous envoye une galan
terie qui a esté faite pour Mad
demoiſelle de la Guerre , dans
laquelle on fuppofe que M
232 MERCURE
de Lully luy écrit des Champs
Elifées. L'Opera dont il eft
parlé dans cet Ouvrage , n'a
pas encore efté reprefenté ,
mais il eft trouvé digne de
l'attention du Public , & ceux
qui aiment la Mufique , &
qui s'y connoiffent le mieux ,
demeurent d'acord que certe
admirable perfonne travaille
avec autant d'agrément que
de fcience pour tout ce qui
regarde le Chant.
GALANT 233
EPISTRE
DE MONSIEUR
DE LULLY
A MADEMOISELLE
DE LA GUERRE
Envoyée le jour de fainte Cecile
par une Ombre , avec
une Couronne de Laurier , accompagnée
de jolis préfens ,
enfermez dans une boëte , fur
laquelle eftoit cette infcription.
A LA PREMIERE
MUSICIENNE
DU MONDE.
MⓇ
USE, je vous écris , des
Iles fortunées ,
Decemb. 1691. V
234 MERCURE
où le Ciel revestu de fon plus bel
azur ,
D'un Printems éternel enchaifne les
A Années ,
Et conferve toûjours un amorein &
pur.
Là la Terre riante étale dansfes Plaines
UnTapis émaillé de toutes les couleurs
,
2. 3 .
Que par mille détours arrosent des
Fontaines
Dont les bords font parez des plus
aimables fleurs.
S
Là , les bois toujours verds cachent
fous leurfeuillage
Un amas infini de voltigeans Oifeaux
,
Dont fans ceffe on entend l'harmos
nieux ramage
GALANT 235
Se mefler au doux bruit des gazouillans
Ruiffeaux.
S
Là , les jeunes Garçons , & les tendres
Fillettes
Danfent fouvent enfemble aux fo
lâtres Chansons ,
Et formant un Concert d'agreables
Mufettes,
Vont bondiffant fur l'herbe animez
par leurs fons.
$
Là, l'appareil pompeux des plusfuz
perbesTables
gouts
les
Offre tout à fouhait pour les gouts
plus fins.
On y fert quelquefois des Metsfi des
lectables ,
Qu'il n'en est point de tels , méme
aux Banquets divins.
Vij
236 MERCURE
2
Aurefte , on n'y cconnoist ny la trifte
Vieillefe
Ny les Maux déplaifans , ny les fa
cheux Soucis .
Au contraire, on y voit la badinefeuneſſe
Toujours accompagnée & desJeux &
des Ris.
2
Ces beaux lieux , en un mot ,fontles
Champs Elizées
Lefejour enchanté des biens les plus
parfaits
2.
Où les Ames des Morts à vivre apprivoifées
Sontfi bien , que de là nul ne revint
jamais.
S
Je vous dépeins ces lieux pour vous.
en faire envie ,
GALANT:
237
Star que vous y viendrez , comme
a moy quelque jour's C
Car tel eft , toft ou tard, le deftin de
la vie
Que dans l'Urne fatale on a chacun
fon tour.
28
De quelques biens pourtant que ce
pays abonde
Croyez- moy , n'allez point vous ha
ter d'y venir.
Vivez , & confervez vos jours pour
L'autre monde.
Puiffent des jours fi chers de long
temps nefinir.
S
Qu'ainfifoit. Permettez que je vous
felicite
Sur un bruit qui commence à fe ref
pandre icy.
Quelques Muficiens , gens du premier
merite,
238 MERCURE
Vous offrent de leurpart des Complie
mens auffi.
Da Train de l'Opera demandant des
nouvelles
Aux Mortels depuis peu defcendus
icy bas ,
Ils m'en ont à l'envy debité des plur
belles ,
Et m'ont dit que là haut vous fai
fiez grand fracas.
2
Qu'on vantoit a la Cour , de meſme
qu'a la Ville ,
Un Opera nouvéau , que vous avez
donné ,
Et quoy qu'on vous connut pour
femme tres- habile ,
x
Que d'un figrand travail on étoit
étonné.
GALANT 239
all and S.
L'entreprise , il eft vray , n'eut ja
mais de pareille.
C'est ce qu'en voftre Sexe aucun Siecle
n'a veu ,
Etpuis qu'il devoit naiftre une telle
Merveille ,
An Regne de LOUIS ce prodige étoit
déu.
S
A ce fameux Herosj'eus le bonhear
de plaire
.
Il daigna de tout temps écouter mes
Concerts.
Ce quej'ay fait pour luy , c'està vous
de le faire.
Vous devez fucceder à l'honneur que
je perds.
2
Déja ce Roy puiſſant connoist voftre
genie.
240 MERCURE
Déja plus d'une fois vous l'avezfçi
charmer
Par les plus doux accords qu'enfante
Pharmonie.
Et que faut-il de plus pour ſe fairè
eftimer?
$
C'estcegenie heureux , que hautement
j'admire ,
Quifeul peut dignement divertir ce
Grand Roy
L'effet justifira ce que je viens de
dire.
:
Sans doute le Public parlera comme
·· moy.
2
Mufe , à la veritéje rends ce témoi
gnage ;
Et pour vous confirmer un fi fincere
aveu,
Fay voulufurle champ vous envoyer
un
gage Qui
GALANT. 241
Qui defoy vaut beaucoup, encor qu'il
coufte peu.
2
C'est un petit Laurier , qui forme une
Couronne.
D'un merite parfait quel plus digne
Ornement !
Cette marque d'honneur d'honneur
que je vous
abandonne >
Temoigne affez pour vous mon applaudiffement.
S
Je vois l'illuftre Chef des Filles de
Memoire
Preft à vous couronner fur le facré
Vallon's
Mais enfin ,fi j'en crois ce qu'on dit
à ma gloire ,
L'eftime de Lully vaut celle d'Apollon.
Dec. 1691.
X
242
MERCURE
$
Ce foir , pour celebrer noftre commune
Fefte,
Nous devons largement boire à votre
Santé ,
Orphée , Amphion , Moy , Tria d'Ombres
honnefte.
Nous esperons auffi que de vôtre
cofté
Vous nous ferez raifon voftre Cou
ronne en tefte.
2
Efcrit aux Champs Eliziens
Le grand jour des Muficiens.
Je vous envoye une Medaille
qui a efté frappée fur
les Victoires remportées par
fa Majefté l'année derniere .
Elles le firent appeller à jufte
TERRAQVE
,
MARIQVER
BYOTAADELEN
XCO
GRA
UNAVADSTAFF
VIDI AVMDCXT
Dolar fecit

GALANT. 243
titre Vainqueur fur Terre &
fur Mer , puis qu'aprés la Bataille
de Fleurus il vainquit
les Flotes d'Angleterre & de
Hollande , unies contre nous,
& que ce Triomphe fut fuivi
des avantages qui nous demeurerent
dans le Combat
donné proche de Staffarde.
Ces actions qui font dignes
d'une éternelle memoire , ne
doivent pas eftre feulement
gravées fur le Cuivre , mais
fur le Bronze , & fur tout ce
qu'il y a de plus durable pour
les tranfmettre à la Pofterité
la plus reculée , s'il eft poffi-
X ij
244 MERCURE
ble que ceux qui viendront
plufieurs Siecles aprés nous ,
donnent croyance aux Prodiges
que nous avons peine à
croire nous mefmes, quoy que
nous en foyons tous les iours
Témoins .
Tout Aveugle qu'eft le Sçavant
M' de Comiers , il ne
laiffe pas d'écrire toûiours
& ce qu'il écrit fait connoiſtre
que fon efprit cft fort éclairé .
Voicy l'Extrait d'une de fes
Lettres à une perfonne de vôtre
Sexe , qui a eſté convertie
nouvellement par les foins . Il
prend occafion de ce que ic
GALANT. 245
T
vous manday il y a deux mois
d'une Ceremonic obfervéc
dans la Synagogue d'Amfterdam
, pour parler d'une de
nos Feftes les plus folemnelles,
que l'Eglife a de couftume de
celebrer tous les ans le 8. de ce
mois.
LETTRE
DE M' DE COMIERS .
Vo
Ous avezfait , Madame,
une judicieufe
remarque
fur la folemnité que les Juifs
d'Amfterdam
firent le 8. Octobre
dernier dans leur Sinagogue
, en
X iij
246 MERCURE
prefence du Rabin Envoyé du
Roy de Maroc. On celebroit la
memoire de la Pomme mangée
par Adam à la follicitatien d'Ewe
dans le Paradis terrestre .
Les plus animez de l'efperance de
la venue de leur pretendu Meffie
, tenoient en leur main une
Pomme d'Orange , avec une
Palme ornée de petits rubans de
la mefme couleur de ce fruit.
•Voftre pensée n'eft pas éloignée de
la mienne lors que vous croyez
que les Juifs prennent le Prince
d'Orange pour leur Meffie. En
effet , le deffein de ce Roy frappé
au coin de la Rebellion n'eft auGALANT.
247
tre que d'abolir la Religion Chrêtienne
. Il est l'ennemy declaré
de l'Eglife Catholique ; il ruine
auffi l'Eglife Anglicane & la
Presbyterienne , pendant qu'il
tafche à s'acquerir du credit auprés
de ceux qui font profeffion
du Mahometifme. Voila jufte
ment par quels degrez il efpere
reftablir le Judaisme.
Vous voulez bien qu'aprés cette
SolemnitéFuifve faite à Amfterdam
, je vous parle d'une Fefte
Chreftienne , celebrée dans le
College d'Harcour par la Nation
Normande , qui revient encore
au fujet de la Pomme mangée par
Xiiij
248 MERCURE
Adam dans le Paradis terreftre .
C'est la Fefte de l'immaculée
Conception de la Vierge , que
jay toujours creue & préchée
pendant vingt ans , fondé
principalement fur l'Ordonnance
divine , qui porte Sentence de
mort contre celuy qui maudira
fon Pere ou fa Mere. Ainfi le
Verbe Incarné n'a pû laiſſer
tomber fa Mere dans la maledition
du Peché originel.
L'Immaculée Conception ne
dit autre chofe que l'exemption
de ce peché, que nous contractons
dans noftre naiffance . Calvin le
fait confister dans la pente au
GALANT 249
peché actuel. Plufieurs Modernes
fe fondant fur ce qu'Adam n'eft
pas feulement le Chef physique
de tout le Genre humain , mais
encore le Chefmoral , difent que
le Peché originel n'est que
l'imputation
que
d'Adam à tous ceux qui en def
cendent , ne pouvant
s'imaginer ~
que
la matiere de nos Peres dont
nous tirons noftre eftre corporel,
foit capable de peché , & puiffe
apporter
quelque
tache à nostre
Ame , laquelle
ne peut fortir ,
fouillée
de la main du Createur
;
mais il s'en faut tenir à la decifion
de l'Eglife , qui porte que le
Dieu fait du peché
250 MERCURE
peché originel n'est autre chofe
que la privation de la justice
originelle.
que
M le Bailly Docteur de
Sorbonne,prononça le Panegyride
la Vierge en fort beau
Latin, & prit pour texte les
paroles de Saint Paul aux Colloffiens
Chap, 1. Je vous pref
che un Miftere qui a efté
caché jufques à cette heure
dans tous les Siecles , & tous
les âges qui ont precedé , &
qui maintenant a cfté découvert
à fes Saints . Ce
le grand Apoftre prefchoit de
l'Incarnation du Sauveur du
que
GALANT. 251
Monde , il l'appliqua au Miftere
de l'Immaculée Conception
de fa Mere , qui ayant esté inconnu
pendant les douze premiers
Siecles , a efté reconnu depuis
d'une voix publique par
tous les Chreftiens, & enfin approuvé
par l'Eglife qui en fait
une Fefte folemnelle.
Pour mieux établir ce Mifter
, & le mettre dans fon plus
grand jour , voicy les raisons qui
femblent s'y oppofer, & d'autant
que les Objections les plus fortes
font celles qu'on tire des paffages
de la Sainte Ecriture ,je m'en vais
raporter accompagnez de leur
le's
252 MERCURE
explication . Iob a dit qu'un
Enfant mefme d'un jour, n'eft
pas exempt de foüillure , &
Saint Paul parle dans le mefme
fens lors qu'il dit , que nous
naiffons Enfans d'ire & de co .
lere . Il donne ailleurs la raiſon,
quand il prononce que tous ont
peché en Adam. Mais ces
paßsages n'ont rien d'affez fort
pour combatre le Miftere de
T'Immaculée Conception , revelé
dans ces derniers Siecles , car cela
ne ſe peut entendre que de ceux
dont la volonté fut moralement
envelopée dans la volonté d'Adam,
Dieu ayant de toute EterGALANT.
253
nitéfeparé de la volonté d'Adam,
la volonté de Marie pour estre
la Fille créée du Pere , l'Epouse
du Saint Efprit la Mere
du Verbe incarné, ayant ainfi
par un Privilege Special fait de
grandes chofes enfaveur de Marie
, la prefervant du peché
originel , car autrement le Saint
Efprit n'auroit pû dire dans le
Cantique des Cantiques , tota
pulchra es , c'est à dire , mon
Epoufe , vous eftes toute bel .
le. Et comment Marie , l'Epoufe
du Saint Esprit , auroitelle
efté toute belle , fi elle cust
efté fouillée du peché originel?
a
254 MERCURE
Quoy, le Verbe incarné auroit
Mere une Creature qui
eu pour
du moins
lors de fa Conception
auroit
efté fujette
du Demon
? Et
n'eft-il pas dit , avant
qu'elle
euft efté conceuë
, qu'elle
luy ecra
feroit
la tefte ?
Quant aux Peres de l'Eglife ,
il est vray qu'ils ont ignoré ce
Miftere de l'Immaculée Conception
, puis qu'ils ont eu un fentiment
contraire. Saint Auguſtin
dans fon cinquiefme Livre contreJulien
le Pelagien , dit que la
feule Chair de F. C. eft exempte
de tout peche. Sola Chriſti
Caro non eft peccati Caro . St.
GALANT. 235
Fulgence & St. Anfelme font de
mefme fentiment. Albert legrand
St. Thomas, l'Ange de l'Efcole ,
& St. Bonaventure fe fontformellement
declarez contre l'Immaculée
Conception , & St. Bernard
furnommé le Devot de la
Vierge , écrit aigrement aux
Chanoines de Lyon , leur reprochant
d'avoir introduit la Fefte
de l'Immaculée Conception . Voi
cy fes termes Miramur fatis
quod vifum fuerit hoc tempore
quibufdam novam inducere
celebritatem , quam
Ecclefia vetus nefcit , non .
probat ratio , non commen256
MERCURE
dat antiqua traditio .
Tous ces Paffages des Peres
n'ont rien d'affez fort contre le
Miftere de l'Immaculée Conception
, qui n'eftoit point encore revelé
à l'Eglife de leur temps , outre
qu'on les peut facilement expliquer.
En effet, puifque la Foy
nous apprend que la Chair de J.
C. eft la Chair de Marie , Caro
Chriſti eſt Caro Marix , Saint
Auguftin & les autres Peres ont
eu fort grande raifon de dire
fola Chrifti Caro non eft Peccati
Caro , que la feule Chair de
F. C. qui eft la Chair de Marie ,
eft exempte de toutefouillure . Si
que
GALANT. 257
ces Peres vivoient dans cet heureux
fiecle , où ce Mistere a esté
reconnu , on les entendroit par
tout prefcher l'Immaculée Conception
avec la mefme force , &
la mefme vivacité d'eloquence
qu'ils employoient pour fouftenir
les autres Mifteres de noftre Religion
, car ils auroient à prefent
la mefme déference qu'ils ont toujours
eüe pour l'autorité du Saint
Siege; e pour cela , ilfuffit d'ap
porter l'exemple de S. Bernard ,
qui après avoir aigrement repris
les Chanoines de Lyon d'avoir
de leur autorité privée establi la
Solemnité de l'Immaculée Con-
Dec. 1691 . Y
2,8 MERCURE
ception , finit fa Lettre par ces
beaux termes. Romanæ Ecclefiæ
authoritati atque examini
totum hoc refervo , ipfius ,
fi quid aliter fapio , paratus iudicio
emendare. Je foumets ,
difoit ce grand Saint , tous mes
fentiments à la decifion du St
Siege, & fi i'ay dit quelque
chofe qui s'y trouve contraire,,
ic fuis preft de le retracter ,
Quant à l'autorité de l'Eglife ,
elle eft formellement pour ce Miftere.
La Sacrée Faculté de Sorbonne
en l'année 1387. condanna:
Jean de Montaiffon ,Jacobin
qui avoit ofe foustenir que l'ImGALANT
259
maculée Conception eftoit un
Dogme contraire à la Foy.
Le Concile de Bafle en 1438.
'aprés un Examen d'une année
entiere , & aprés avoir confulté
tous les plus Sçavans de la terre ,
prononça que l'Immaculée Conception
de Marie eftoit conforme
à la Foy ; qu'il la falloit croire
enfolemnifer la Fefte ; ce que
le Concile de Florence n'a pas
defaprouvée parce que quelques
Thomiftes n'obeiffant pas au
Concile de Bafle , y avoient esté
traitez comme Heretiques par
ceux quifuivoient la faine Doctrine
de Scot , le Pape Sixte
Y ij
260 MERCURE
IV. prononça Anatheme conde
l'autre par- tre ceux de l'un
ty qui fe traiteroient d'Heretiques
, & donna mefme des Indul
gences à ceux qui affifteroient à
l'Office de l'Immaculée Conception.
Le Concile de Trente confirme
les Conftitutions de ce Pape,
& ordonne de les fuivre.
Les Papes Paul V & Gregoire
XIII . ont deffendu de prefcher
contre l'Immaculée Conception.
Ce Miftere estant d prefent
manifesté aux Saints il faut
non feulement le croire & l'enfeigner
, mais encore en folemnifer
la Fefte . La maniere la plus
17
>
GALANT. 261
.
agreable à Dieu & à la Vierge ,
eft d'apporter un coeur exempt
de la fouillure du Peché Actuel
aux pieds des Autels du Verbe
Incarné , dont la Mere a eftéprefervée
du Peché Originel.
Je fuis voftre & c .
On a perdu depuis peu un
faint Religieux dans la per
fonne du Pere René de Saint
Albert , Carme du Convent
dit des Billettes. Il eft mort
âgé de quatre- vingt- deux ans.
Ses jours eftoient pleins , &
fes exemples paroiffoient encore
neceffaires . Il eftoit allié
262 MERCURE
aux premieres Maiſons de Bre
tagne, & Oncle de M❜le Marquis
de Tizé , de Madame la
Prefidente de Cornuliers , de
Madame la Comteffe des Nutumieres
, & de Mr de la Villegontier
, Gentilhomme
d'une
diftinction particuliere , &
Senéchal de Fougeres mais
quelque brillante que fuft fa
naiffance , fa vertu eftoit encore
plus recommandable ..
Toutes fes inclinations fe
portoient au bien , & il le
pratiquoit avec plaifir . La
charité fembloit eftre néc
avec luy , & il en a donné des
GALANT. 263
marques jufques à fa mort.
L'étendue de fon efprit le fit
choifir à la fortie de fes études
pour Profeffeur de Philofophie
& de Theologie , & par
l'afcendant de fon merite il
ne tarda pasà remplir les plus
confiderables emplois de fon
Ordre . Plufieurs Provincesl'ont
demandé pour préfider
à leurs Affemblées en qualité
de Commiffaire general , & il
s'en eft toujours acquitté avec
zele , avec prudence , & avec
douceur. Il a dignement foutenu
dans fa Province les
Charges de Provincial & de
264 MERCURE
Prieur des Convents de Paris,
de Rennes , de Nantes , d'An
gers , d'Orleans , & mefme
plufieurs fois. Dieu l'avoit
gratifié de ces rares talens qui
reglent les confciences, & qui
les reglent felon la Loy & les
Preceptes. Il avoit un admira-
'ble difcernement des efprits,
& il le fit affez connoiftre
dans une direction fort delicate
. Cette conjoncture luy
procura la connoiffance de
Mr l'Evefque de Meaux , &
depuis ce moment ce grand
Prelat luy a toujours donné
des marques de fon eftime .
Voicy
GALANT. 265
3
$
Voicy comme il a écrit au
Pere Marc de la Nativité ,
Prieur des Carmes dits Billertes.
Le Serviteur de Dieu s'en
eft donc allé en paix. Fay efté
bien inſpiré de l'aller voir avant
mon départ ; & en luy difant le
dernier adieu , jay receu les dernieres
marques de fon amitié, &
les
derniers
confeils de fa prudence
confommée. C'eftoit un
homme qui ne
travailloit qu'à
s'unir à Dieu › & à y unir tous
ceux qui l'approchoient. Ce fruit
eftoit meur pour le Ciel & c.
Je n'ay rien à ajoûter au témoignage
d'un Prelat auffi
Dec. 1691. Z
266. MERCURE
éclairé que M de Meaux .
Nous avons auffi perdu
Meffire Jean Baptifte de Selve
, Seigneur de Viliers- le-
Chaftel , Cromieres & Cerny.
Il avoit cfté receu Procureur
General en la Cour des Monnoyes
en 1674 , & a fervy depuis
ce temps-là Sa Majesté
fort affidûment , dans toutes
les occafions fur le fait des
Monnoyes , ce qui luy avoit
fait acquerir l'eftime du Confeil.
Il eftoit Fils de Jean - Baptifte
de Selve , S ' de Cromieres
, Capitaine d'Infanteric,
& Petit-Fils de Jean de
GALANT. 267
Selve , St de Cromieres , Che.
valier de l'Ordre du Roy . Son
Bifayeul , Georges de Selve ,
S' de Cromieres & de Viliers
le-Chaſtel , avoit eu pour Pere
Lazare de Selve , S de Cromieres
,
que l'on
envoya
Ambaffadeur
vers les Suiffes. San
Quart- Aycul Jean de Selve ,
fut Prefident au Parlement de
Bordeaux en 1514 , enſuite premier
Prefident du Senat de
Milan , & Vice- Chancelier de
ce Duché . On le fit aprés cela
premier Prefident au Parlement
de Normandie , & en
1521. premier Prefident au Par-
Z ij
268 MERCURE
lement de Paris . On le mit
au nombre des Ambaſſadeurs
envoyez en Eſpagne pour la
delivrance du Roy François I.
Il y maintint les interefts de
la Couronne avec force , &
François I. revint en France.
Cette Famille de Selve qui
porte d'azur à deux faces ondées
d'argent , prit alliance à la
Maifon de Canillac il y a plus
de deux cens ans . Il y a eu un
Fabien de Selve Chevalier, qui
fe fignala beaucoup du temps
de Saint Louis . Il vivoit en
1451. M' de Selve qui vient
de mourir , laiffe un Frere
GALANT. 269
Capitaine au Regiment de Pi
cardie , qui a rendu de grands
témoignages de valeur en plu
fieurs occafions.
Je vous appris il y a un mois
que Meffire Charles. François
de Montholon
, Seigneur
d'Aubervilliers
prés Paris ,
Confeiller au Grand Confeil ,
avoit efté nommé premier
Prefident au Parlement de
Rouen , en confideration de
fes fervices , & de ceux de fes
Ancestres. Il en prêta le ferment
ces jours pallez, entre
les mains de Sa Majeſté , &
la connoiffance qu'on a de
Z iij
270 MERCURE
fes grandes qualitez , ne laiffe
point à douter qu'il ne rempliffe
tres-dignement les fontions
de cette importante
Charge . Puis que vous voulez
que je vous parle un peu
en détail de fa Famille,je vous
diray qu'il eft Fils de François
de Montholon , mort Doyen
des Avocats du Parlement de
Paris , où il avoit paru avec
une grande réputation , & ne
Marie Lanier , Fille de René
Lanier , Avocat General au
Grand Confeil. Son Aycul
Jean de Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers , avoit
GALANT . 271
époufé Loüife Colin , Fille
d'un Confeiller au Parlement,
& fon Bifayeal , François de-
Montholon, Garde des Sceaux
de France fous Henry III qui
eftoit à l'ouverture des Etats
de Blois , prit alliance avec
Genevieve Chartier , d'une
Famille dont eftoit Guillaume
Chartier , Eveſque de Paris
, & Alain Chartier , fi recommandable
par fes Ecrits ,
& Secretaire du Roy Chatles
VII . Son Trifayeul François
de Montholon , Avocat
General , puis Prefident à
Mortier au Parlement de Pa-
Z iiij
272 MERCURE
ris , & enfuite Garde des
Sceaux de France fous François
I. qui cut pour Femme
Marie Boudet , Niece de Michel
Boudet , Evefque & Duc
de Langres , Pair de France ,
fur Fils de Nicolas de Montholon
, Avocat General au
Parlement deBourgogne fous
Louis XII. & de Jeanne Chapet
, Fille du Lieutenant General
d'Autun . Cette Famille
porte d'azur au Belier d'or,furmonté
de trois Rofes de mefme ›
posées en chef, & tire ſon origine
de Bourgogne , où elle
a poffedé la Chaſtellenic &
GALANT. 273
Seigneurie de Montholon ,
prés d'Autun, dés l'année 1326.
plufieurs de ceux qui en font,
s'eftant fignalez dans les Armées
de nos Rois , & entre
autres Triftan , Seigneur de
Montholon , qui fut tué à la
Bataille d'Azincourt. Il y a
eu de cette mefme Famille ,
Guillaume de Montholou ,
Cardinal en 1350. morten 1355.
Les Branches Cadettes font
demeurées en Bourgogne , &
ont donné plufieursPrefidens,
Confeillers , & Avocats Ge
neraux au Parlement deDijon,
& un Ambaſſadeur en Suiffe,
274 MERCURE
M' de Maffol vient d'eftre
receu Avocat General de la
Chambre des Comptes de
Paris. Il eft Fils de M' de Maffol
, ancien Prefident en la
Chambre des Comptes de
Dijon. Son Aycul & fon Bifayeul
, ont auffi efté Prefidens
en la mefme Chambre.
Cette Famille a donné divers
Confeillers
au Parlement de
Bourgogne
, & porte d'or à
l'Aigle éployé de fable , coupé
de gueules au dextrochere
armé,
tenant nne maſſe mouvante
d'une nuée d'argent à fene-
Stre..
GALANT. 275
Je vais vous donner une
nouvelle que je fuis perſuadé
que vous apprendrez avec
plaifir . Je vous ay ouy dire
plufieurs fois que vous aviez
pris tant de fatisfaction à lire
I'Hiſtoire du Comte Hippolite
de Duglas, les Memoires ,
& le Voyage d'Eſpagne , que
vous fouhaiteriez que le
public
cuft fouvent des Ouvrages
d'une plume fi delicate.
La mefme perfonne en vient
de donner un en trois volumes
, qui ne voit le jour que
d'aujourd'huy . C'est l'Hiftoire
de Jean de Bourbon , Prince
276- MERCURE
de Carency. Madame la Ducheffe,
& Madame la Princeffe
de Conty en ayant vû le commencement
, enjugerent d'u
ne maniere fi avantageufe
,
qu'elles marquerent l'empreffement
de la voir parfaite. Les
fouhaits de ces Princeffes pouvant
paffer pour un ordre , on
a fini cette Hiſtoire . Je ne çay
fi vous fçavez qu'elle eft d'une
Femme de qualité. C'eft
ce qui doit en faire beaucoup
attendre , puifque lorfque les
Dames s'élevent au deffus de
leur Sexe , par des Ouvrages
d'efprit , elles ne font jamais
GALANT. 277
rien de mediocre . Cela fait
voir qu'elles iroient loin , fi
elles s'appliquoient à l'étude
ainſi que les hommes . Ce qui
doit encore vous prevenir favorablement
pour cet Ouvra
ge , c'eft que les Perfonnes de
qualité ont un certain air , & un
certain bon gouft dans tour
ce qu'ils font , qui ne peut jamais
manquer de plaire , &
qu'il eft difficile d'attraper,
Le Livre dont je vous parle
étant auffi nouveau que je
viens de vous marquer , vous
Jugez bien que je n'ay pas eu
le temps de le lire , eftant trop
278 MERCURE
occupé au travail des Arti
cles neceffaires pour achever
cette Lettre. Cependant je
croy vous en devoir dire du
bien , & vous le pouvoir dire
juſtement. Quand plufieurs
ouvrages d'une meſme perfonne,
ont cfté receus avec applaudiffement
, & que ces ap .
plaudiffemens ont paru juftes,
on peut bien, fi l'on continue
de travailler , faire des
ouvrages moins agreables les
uns que les autres , felon la
diverfité & la beauté de la
matiere , & qui ne foient pas
d'un gouft general , parce qu'il
GALANT.
279
eft mal- aifé
qu'un
mefme ou
vrage
fatisfaffe tous les
gouts
qui font toujours
differens fe->
lon les divers
genies , mais il
cft
comme
impoffible que
l'on puiffe rien faire qui n'ait
des
beautez , & je
pourrois mê
me dire qui ne foit
entiere
ment bons toute l'eau d'une
mefme
Source eftant
toujours
également
bonne. Ces trois
Volumes fe
vendent au Palais
chez le S
Barbin , & chez la
Veuve
Guerour.
Il n'y a jamais eu d'exem .
ple qu'aucun Souverain ait
entretenu prefque un Royau
280 MERCURE
me entier , d'habits , d'armes ,
de munitions
de guerre , &
en partie de pain & de vin ,
pendant trois années ; & fur
tout lotfque ces chofes ne
pouvoient eftre envoyées que
par mer , & avec de fi groffes
efcortes , que les Armées Navales
de France eftoient moins
confiderables
fous les autres
regnes , que ces escortes feules.
Elles ont paffe & repaffé
pendant le temps que je viens
de vous marquer , d'une ma
niére tout à fait glorieufe
pour la France , puifque les
deux plus fiéres Nations fur
3
GALANT. 281
¡
la mer , & qui s'en eftoient
attribué l'Empire , n'ont pû
y mettre obftacle , & ont efté
pendant tout ce temps fpectatrices
de la puiflance du Roy.
Enfin l'affaire d'Irlande s'eft
terminée , & quoy que ce
Royaume foit demeuré au
Prince d'Orange , la guerre
qui s'y eft faite ne laiffe pas
d'eftre avantageufe
au Roy ,
fi on regarde la fituation de
fes affaires dans la guerre prefente.
Il a empefché pendant
trois années que les meilleures
troupes du Prince d'O
range ne groffiffent les armées
Dec. 169 1 . A a
282 MERCURE
qui devoient envahir la France.
Les maladies en ont fair
perir la plus grande partic
pendant la premiere année ,
& les Sieges & les Batailles
ont beaucoup fait diminuer
le refte . Le Marefchal de
Schomberg y a péri , ce fameux
General qui connoiffoit
fi bien la Flandre , & qui
auroit pû y fervir le Prince
d'Orange fort utilement , &
auroit peut- être empêché par
les grandes lumiéres qu'il
avoit dans le meftier de la
guerre , que le combat de
Fleurus ne fe fût donné . EnGALANT.
283
1 fin , la guerre finit en Irlande
quand le Prince d'Orange n'y
a plus de bonnes troupes , &
qu'il a perdu l'année derniére
au Siége de Limeric tout ce
qu'il avoit de braves François
refugiez , qu'il expoſoit à tous
les affauts , les croyant plus
intrepides , & voulant épar
gner les Anglois . Ainſi il a
défait le Roy de tous ceux
qui eftoient capables d'entretenir
des intelligences en Franco
; & qui par la bravoure naturelle
aux François , & par les
leçons qu'ils avoient prifes en
France dans le meftier de la
A a j
284 MERCURE
le
guerre , pouvoient apprendre
vaincre aux Etrangers qui
combattoient
avec eux &
rendre aux troupes du Roy
les Victoires plus difficiles.
Outre tous ces avantages
,
Roy tire encore d'Irlande
treize ou quatorze mille Ir
landois , & ces & ces troupes
vent eftre bonnes puis qu'elles
viennent de leur plein gré ,
& qu'elles font animées du
zele qu'infpirent la fidelité ,
la belle gloire , & la veritable
Religion. Il eft conftant que
le Prince d'Orange n'en fçau
roit tirer autant d'Irlande
1
doi-
}
GALANT. 285
parce qu'il eft obligé d'y en
laiffer beaucoup pour garder
des Peuples , dont la plupart
ne reconnoiffent fa domina+
tion que par force , & ne le
regardent que comme un Ufurpateur.
Jamais aucune Hif
toire n'a parlé de ce qui eft
arrivé en cette occafion . S'il
avoit eu des Vaiffeaux pour
tranfporter tous les Irlandois ,
& les faire vivre dans le trajet ,
qui fe trouve quelquefois fort
long à faire quand on n'a pas
les vents favorables , on au
roit vâ toute une Nation paffer
chez une autre. J'ay vû
286 MERCURE
des Lettres qui affurent qu'il
n'eft pas paffé en France le
quart de ceux qui s'étoient
propofé d'y venir. Ce grand
nombre a fait qu'on a efté o
bligé de mettre à bord plu→
fieurs Invalides , pour faire
place aux autres ; mais comme
eftant à terreils
n'auroient pas
trouvé dequoy fubfifter , on
leur a donné à tous des vivrest
ce qui a achevé de leur gagner
coeur, & comme les Trou
pes avoient beaucoup de neceffité
en arrivant à la cofic
de la riviere de Limeric pour
s'embarquer
, on leur a auffi
lc
GALANT. 287
envoyé une partie des vivres,
qui eftoient fur les Vaiffeaux
du Roy , afin de fournir à
leur fubfiftance. Il eft encore
demeuré des Baſtimens dans
la riviere de Limeric pour
prendre des troupes , qui fe-
Jon toutes les apparences
,
doivent eftre arrivées à Breft ,
& le genereux Salsfield aprés
avoir refufé tous les avantages
que le Prince d'Orange luy a
voulu faire, eft demeuré pour
attendre le reste de ces mêmes
troupes , & a voulu ne s'embarquer
que le dernier . On a
embarqué fix pieces de canon
288 MERCURE
"
3
de fonte qui eftoient dans Limeric
, de vingt- quatre livres
de bale , & deux mortiers.
Pendant le trajet d'Irlande en
France , les Officiers des Vailfeaux
François ont nourry à
feurs tables les Officiers Irlandois
qui eftoient fur leurs
bords , & les Officiers des
Vaiffeaux Anglois qui ont
amené des troupes , fuivant
les articles de la capitulation
,
ont reçu de riches prefens de
la part du Roy , & ont eſté
traitez par les François avec
toutes les honneftetez imagi
nables . Je vous entretiendray
du
GALANT 289
débarquement qui s'eft fait à
Breft avec tout l'ordre qu'on
pouvoit attendre ; les Hopitaux
ayant cfté mis à terre les
premiers Je vous feray part.
auffi de tout ce qui fe fera paffé
au Voyage du Roy d'Angleterre
qui eft allé faire la
Revue de toutes les Troupes
arrivées à Breft , & leur donner
la confolation de leur faire
voir leur Roy pour qui ils
ont une fidelité fi inébranlable
, que plûtôt que d'y manquer
, ils ont abandonné leur
Patrie , leurs biens , & leurs
Parens , & viennent expofer
Dec. 1691 . Bb
290 MERCURE
leur vie pour fon ſervice , &
pour la defence de la veritable
Religion . Ainfi les Alliez
ne fçauroient foutenir
avec iuftice , que la Guerre
qui eft auiourd'huy allumée
en Europe , ne foit pas une
Guerre de Religion , lors que
la Religion fait que tant de
Peuples quittent leur Patrie .
Le vray mot de l'Enigme
du mois paffé , eſtoit l'Anagramme
, & ceux qui l'ont
expliquée fur ce mot font Mrs
Bonnard de l'Hoſtel du Quefnoy
, Place Royale , Du Boccage
l'afpirant Bernard & GoGALANT.
29t
dard ; Therraut de la Coffonniere
, Chanoine de l'Eglife
Royale de St. Pierre du Mans ;
l'Abbé de Lémoncourt , les
cinq Heros de la belle Gouverneur
, les deux infeparables
Coquets du mefme lieu ; de
Foffecave , Le beau Marquis
de Levenet ; le Directeur &
Electeur des Conferences ga-.
lantes de l'Hoftel Duclothque
le grand Arquois de la
ruë St. Jean de Beauvais prés
la Place Maubert ; le Beau
Roffconnet , & l'Impitoyable
petite Brune de Rennes ; le
Voifin de Jaquemart ; la plus
;
Bb ij
292 MERCURE
aimable des Belles du Marais ;
Vieille rue du Temple , la
Charmante Boucher de la ruë
des Quatre- Fils ; la plus Brillante
des deux Soeurs du bout
de la ruë de la Marche prés le
Boulevard ; la voifine de l'Orvietan
; & fa Clair- voyante
amic ; La difcrette Maulmont
du Cul de fac de St. Marcial,
& fon aimable Voifine , la
Triomphante Beaubourg de
la rue aux Feves ; l'Obligeante
du Quay des Auguſtins ,
les neuf Mufes de Lanrus ;
la Jeune Diane du Quay de
Treguier.
GALANT. 293
L'Enigme nouvelle que
vous allez lire , eft de M' du
Hamel de l'Hoftel de Lyonnc.
ENIGME.
E fuis fort menue en ma Taille.
beauté ;
Fuge fi c'est une
Commej'infpire lafierté ,
Je hante fort peu la Canaille.
S
Fefuis de moy- mefme immobile ,
Et fais porter refpect aux Rois ,
Je fais executer leurs Loix ,
Et je rens le plusfain , debile .
Par moy
2.
le Crime a fon falaire ,
Et fi je plais aux Turbulens
Quife declarentmes Galans ,
Bb iij
294 MERCURE
Beaucoup d'autres ne m'aimentguere.
Quoy que
25
l'on me donne une Garde,
Qui m'obferve , & me fuitpar tout ,
Je n'en viens pas moins bien à bout
Des deffeins oùje me hazarde.
Je vous envoye une Chanfon
nouvelle que vous trouverez
du temps , & propre
chanter à Table.
AIR NOUVEAU..
à
M Augré les Huguenots , & le
Prince
d'Orange >
Fe faifon en paix la Vendange;
Noftre bon Roy defend noftre
raifin
GALANT 295
Il ont biau ly faire la Guerre ,
Il neferont marguié que de liau toure
claire,
Et non , jeferon de bon vin.
>

&
pen-
Vous auriez efté furpriſe
avant le regne du Roy, fi au
milieu de l'Hiver
dant une forte gelée , je vous
avois envoyé la Relation d'un
Siege , & mandé la prife
de la Place , mais d'une
Place, non feulement eftimée
imprenable , mais qui fembloit
ne pouvoir eftre affiegée
dans cette rude faifon , à
caufe de fa fituation fur les
plus hautes Montagnes , & les
Bb iiij
296 MERCURE
plus efcarpées , & dans un lieu
où les plus intrepides n'oferoient
prefque affronter les
Neges . Cependant c'eſt Monmelian
; c'eft cette Place redoutable
que les Armes du
Roy viennent de prendre en
prefence des Troupes Imperiales
, de celles de Baviere , & .
de celles de Savoye , & malgré
tous les fubfides , & toutes
les Inftructions du Prince
d'Orange , qui eft l'intelli .
gence qui fait mouvoir tant
de bras & tant de Princes
Chreftiens à la honte de la
Religion Catholique, ce qui
GALANT. 297
fait
que le Ciel les punit par
les mauvais fuccez dont leurs
Armes ne ceffent point d'eftre
accompagnées. Celles de Henry
IV. & de Louis XIII.
n'avoient pû prendre cette redoutable
& importante Fortereffe
, & il fembloit que la
gloire en fuft refervée à Loüis
le Grand. Les Ennemis ayant
affemblé des Troupes quelques
jours avant la prife , voulurent
faire croire qu'ils alloient
marcher à fon fecours ,
ou faire quelque diverfion ; ils
menaçoient tous les paffages
par lefquels on pouvoit la fe298
MERCURE
courir , ils
témoignoient en
vouloir à Suze ; ils vouloient
bombarder Pignerol , & cependant
ils ne fe font affemblez
que pour recevoir en
corps les nouvelles de la prife
de
Monmelian comme s'ils
cuffent voulu
d'honneur aux
Conqueftes de
Sa Majefté , en s'affemblant
pour en aprendre la nouvelle
en ceremonie . Il fembloit
mefme
que l'Electeur de Baviere
n'attendift que cette
nouvelle pour partir , afin de
la porter en Allemagne où il
tâchera d'adoucir le chagrin
par là faire plus
GALANT. 299
·
qu'elle peut caufer en faisant
connoiftre que fi les François
ont pris Monmelian , fes armes
victorieufes aprés un Siege
vigoureux , fe font emparées
de Carmagnole
, & que pour
étendre fes Victoires , &triom
pher des dépouilles des Fran
çois, il a fait piller en fortant la
plus grande partie de la garnifon,
contre la foy de la Capitulation
, mais il auroit efté
impoffible qu'il en cuft euaucunes
dépouilles s'il n'en euſt
ufé de cette maniere . A l'égard
de Carmagnole , le Roy
voulut bien luyceder uneCon300
MERCURE
4
quête qui ne nous avoit coûté
qu'un jour , & il eſt à preſumner
que ceux qui ont pris
Monmelian auroient pû fauver
cette autre Place,fi le Roy
cuft jugé qu'il cuſt eſté important
de la conſerver pour
le bien de fes affaires.
Quant à Montmelian , ou
Montmcillan , c'eft une Ville
de Savoye, qui n'eft qu'à deux
licues de Chambery , ſur la
rive droite de l'Ifere , qui luy
eft au midy. Sa Fortereffe eft
baftic fur la pointe d'un rocher
efcarpé , & commande
le paffage , qui eft fort étroit
GALANT. 301
1
Entre les montagnes. Les
Troupes du Roy , compofées
de dix- huit Bataillons , eftant
toutes arrivées aux environs
de la Place le 22.du mois paffé,
furent diftribuées par brigades
dans des quartiers , à deux
licuës autour. On ne laiffa
pas pendant qu'elles arrivoient
, de commencer à ouvrir
la Tranchée dés le 17 .
quoy qu'on n'cuft point encore
de Canon , à caufe que
l'Ifere eftant trop baffe , n'avoit
pu donner moyen de remonter
l'Artillerie, & les munitions
neceffaires , auffi vifte
302 MERCURE
qu'il avoit efté projetté . Cette
Tranchée fut une ligne de
communication entre la Place
& la Montagne, pour les deux
attaques & pour les quartiers.
Huit cens Travailleurs cmployez
à cet ouvrage , le poufferent
affez prés d'une Tenaille
du Chaiteau , fans
grand feu de Moufqueterie
des Ennemis les puft faire
difcontinuer
. Il n'y eut que
trois Officiers tuez ou bleffez ,
& environ vingt Soldats.
Comme on ne pouvoit desenfiler
, à caufe qu'on eftoit fi
proche d'une Place extrémeque
le
GALANT . 303
ment haute , on fe trouva obligé
de fe retirer un peu , &
tout fut mis en perfection ,
fans autre perte que de trois
hommes tuez , & de quatorze
- ou quinze qui furent bleſſez
pendant les trois nuits fuivan-
- tes . On travailla le 22. à quatre
Batteries de Canon , & à
une de Mortiers. La premiere
de deux pieces , nommée la
Batterie de Henry I V. qui
eftoit au mefme endroit où il
avoit fait la fienne lors qu'il
attaqua Montmelian ; l'autre
de fix pieces , où Louis XIII .
en avoit auffi fait une à my304
MERCURE
Cofte de la Montagne ; elle
battoit à revers les bas forts
de ce cofté - là ; la troifiéme,
de deux pièces , commandéc
par le jeune M' des Touches,
qui battoit tous les petits ouvrages
bas d'où les Ennemis,
tiroient ; la quatriéme, de fix
pieces de vingt- quatre ,
cofté de l'attaque de Chambery
, & une pour les Bombes
qui enfiloient la Place par la
longueur. Toutes ces Batteries
furent en eftat de tirer le 25.
& ce mefme jour on commença
de travailler à une autre
Batterie de trois pieces , à
du
GALANT.
305
la droite de la hauteur de la
Batterie Royale de Henry IV.
& elle tira la nuit du 26 au 27 .
& la nuit précedente , c'eſt à
dire, du 25. au 26. la Tranchée
fut ouverte par le Regiment
de Navarre , à l'attaque de la
Ville , & à celle de Francin ,
M' de la Hoguette , Maréchal
de Camp , & M¹de la Ferté ,
Brigadier , eftant de jour . Il
n'y eut que trois Officiers , &
vingt-cinq ou trente Soldats
de bleffez aux deux attaques .
On fit des logemens en deux
endroits du cofté de la Ville ,
à un jet de pierre des ouvra-
Dec. 1691 .
Cc
306 MERCURE
Mi
ges des Ennemis , & du cofté
de Francin fur une petite hauteur
à la petite portée du piftolet
de la Place . Le 26. la
Tranchée fut relevée par
de Saint Silveftre & par M' de
Genlis. On travailla ce jour - là
à mettre les logemens en état
d'y placer des Moufquetaires,
pour favorifer la marche de
la Tranchée , que l'on continua
d'avancer à la demy-fappe
, où elle fut pouffée la nuit
iufqu'à dix ou douze toifes du
foffe de la Place . On y trouva
un petit rideau de rocaille, qu *-
on refolut de percer avec les
GALANT:
༢༠༡
Mineurs pour arriver jufque
fur le bord du Foffé. Cette
même nuit, la tefte de la tranchée
de l'attaque de Francin ,
fut pouffée fort avant . Il n'y
eut qu'un feul homme de
tué à cette attaque , & huit
du cofté de celle de la Ville.
les Ennemis firent un
fort gros feu de moufqueterie
& de canon à la tefte de
la fappe . Il y en eut un coup
qui emporta M' de Lignieres,
Ayde de Camp de Mr de
Saint Silveftre avcc un
Soldat & qui en bleffa
deux autres . L'Aide de Camp
Le
27.
Cc ij
308 MERCURE
de M de Larey fut auffi
tué d'un coup de canon
derriere le mefme Mr de Saint
Silveftre , qui eftoit dans le
boyau . Un autre coup donna
dans la batterie de la Peroufe ,
& bleffa dangereufement M
deLucas, Capitaine des Canonniers.
M' d'Antin eut unc
contufion à la tefte , d'une
pierre que le canon avoir fait
éclater, & le Major de fon Regiment
fut bleffé de melme
a la main . Pendant la nuit du
27. au 28. on ne fir qu'aprofondir
la tefte de la tranchée
du cofté de Francin . Cette
GALANT.
309
mefme nuit , on
commença
une batterie de quatre pie.
ces contre le baftion de Beauvoifin
, & l'on retourna la batterie
de la Peroufe contre le
mefme bastion . A tous ces
Ouvrages
il n'y eut que treize
hommes de bleffez & deux
de tuez , la plus part à la batterie
de Beauvoifin
. Le 28 .
celle de la Peroufe tira avec
fuccez contre le bastion de
Beauvoifin, & pendant le jour
on avança toûjours à la fappe
du cofté de la Ville , mais
affez lentement
, à caufe du
310 MERCURE
grand feu du canon des Ennemis
; & du cofté de Francin
on pefectionna l'ouvrage
qui avoit cfté pouffé Le 29.
on ne fit que perfectionner
les fappes qu'on avoit faites
du cofté de l'attaque de la
Ville; & l'on pouffa un boyau
juſqu'au pied du rocher de la
Place du cofté de Francin .
La nuit fuivante on commença
à faire tirer les bombes
de la premiere batterie.
La nuit du premier au fecond
de ce mois , on travailla
à une batterie pour battre
le baſtion Beauvoifin
, comme
GALANT. 311
eftant l'endroit le plus foible
de la Place, & par où elle pouvoit
cftre plus aifement prife.
On tira auffi un boyau droit
au fecond Fort du cofté de
l'attaque de la Campagne . Il
y cut feulement huit Soldats
tuez ou bleſſez , les affiegez
ayant fait beaucoup moins de
feu qu'à l'ordinaire Le 7.à díx
heures du matin, on felogea fur
le bord du foffé, où l'on trouva
un fort bon terrain. La nuit du
9. au 10. on travailla à un
boyau pour fouftenir le logement
, aprés quoy les Mineurs
furent employez à pouſſer une
312 MERCURE
les
galerie , & continuerent à
percer la contrefcarpe du côté
de l'attaque de la Ville . Trois
foldats qui fortirent dela Place
rapporterent que les Officiers
difoient que dés que
Affiegeans feroient maitres
du foffé , ils croyoient que l'on
feroir forcé de fe rendre ; que
le plus brave d'entr'eux ftoit
bleffé à la cheville du pic , &
qu'il fe faifoit porter en chai
fe au tour de la Place , afin
d'encourager les Soldats . La
mefme nuit du 9. au 10. M
d'Alincourt Ingenieur , eut le
bras emporté d'un coup de
canon
GALANT.
313
canon des Ennemis , & mourut
dans le temps qu'on luy
faifoit l'operation . Le 10. on
fit une Place d'armes pour tirer
contre les Affiegez , & on
perfectionnales Ouvrages qui
avoient efté faits du cofté de
l'attaque de la Ville . Onavança
peu du cofté de Francin &
feulement pour faire diverfion
du feu des Ennemis . La
nuit fuivante fut employée à
pouffer l'ouvrage qui avoit
efté commencé la precedente,
afin de pouvoir arriver
fur le bord du foffé . Le ii.fur
les neuf heures du foir , le Mi-
Dd
Dec. 1691.
314 MERCURE
neur trouva enfin la murail
le du reveftement
du foffé ,
& commença
enſuite à travailler
à deux rameaux
à
droite &à gauche pour faire fa
mine. Ils furent achevez le 12.
au foir , que l'on commença
à
la charger. Cette meſme nuit
on avança une batterie
de fix
mortiers
qui tira le lendemain
pendant
tous ces travaux où
ily cut fort peu de bleſſez , la
mine qu'on avoit faite pour
percer le reveftement
du foffé
étant achevée le 13.fur les trois
heures du foir, M ' de Catinat
fe rendit à Tranchée
, afin d'y
GALANT. 315
donner les ordres pour faire le
logement , fi toft qu'elle auroit
fait fon effet . Il fit difpofer
toutes les Gardes de la
Tranchée dans les places d'armes
, & dans les lieux où l'on
pouvoit incommoder les Ennemis
, & divertir leur feu .
Il attendit que la Mine joüaſt,
ce qui ayant efté fait , l'on
fortit en mefme temps des
Boyaux avec des facs à laine
& des facs à terre. Mr de Laparat
conduifit les Travailleurs
fur le bord du foffé , & les
plaça luy mefme avec une intrepidité
furprenante. La
Dd ij
216 MERCURE
Compagnie des Grenadiers
du Regiment de la Sarre ayane
efté commandée
pour fortir
la premiere , & aller s'emparer
d'un pofte où elle devoit
foutenir les Travailleurs , Mr.
de Saint Bonnet , leur Capitaine
, entra dans le foffé avec
quelques Grenadiers , & pouffa
fi avant qu'il prit trois Soldats
des Ennemis au milieu , prés
de leur fontaine , où ils vcnoient
pour prendre de l'eau .
Il les ramena à M' de Catinat
, qui eftoit forty de la
Tranchée malgré tout ce qu'-
on luy difoit de l'importance
GALANT. 317
de fa confervation , fut treslongtemps
prés du logement
à faire mouvoir les Soldats
qui travailloient , & à foutenir
les Grenadiers de la Sarre . Il
eftoit fuivy de M' de la Ho
guette , de M's de S. Silvestre,
de Clerambaut , de Thoy, qui
eftoit de jour à la Tranchée ,
& du Lieutenant General de
Partillerie , avec lefquels il
effuya le feu des Grenades des
Ennemis qui eftoit tres - vif,
& les pierres qu'ils jettoient .
Pour leur Moufqueterie , elle
ne pouvoit tirer fi fort , à
caufe du grand feu de la Tran-
Ddiij
218 MFR CURE
chée , & des Batteries de Canons
& de Bombes , qui fut
continuel. Le logement s'avançoit
quand M de Cacinat
ordonna à M de Thoy de
faire mettre plus fur la droite
derriere le logement, la Compagnie
de la Sarre , qui avoit
demeuré à découvert à ef
fuyer tout le feu qui s'eſtoit
fait . M' de Brac , leur Colonel
, aprés avoir esté toûjours
à leur tefte avec une
grande fermeté , fut tué dans
le moment qu'il recevoit les
ordres de M de Thoy , &
roula le long du Rideau au
GALANT. 319
bas du logement , auprés de
la batterie des Bombes . Sa
la
Compagnie ne laiffa pas de
demeurer ferme ainfi que les
Travailleurs , qui acheverent
lelogement avec beaucoup de
tranquillité
, aprés quoy
Garde de la Tranchée fut re
levée . M' de Bercy , Major du
mefme Regiment , fut bleffé
avec un Lieutenant de la Cou
ronne, un Ingenieur , & quinze
ou feize Soldats . Le 15. fur
les fept heures du matin , le
Mineur fut attaché au Baſtion
Beauvoifin
, malgré le grand
feu des Affiegez , tant de Gre-
Dd iiij
230 MERCURE

nades & de
Canon , que par
des
Barils de
poudre qui nous
tuerent
trois
Mineurs , un
Lieutenant
& un Sous-Lieutenant
de
Bouillon
avec fept
Soldats . Il y cut auffi
trois
Ingenieurs
, & vingt- cinq Sol
dats
bleffez . Ce fut Mr de
S.
Silveftre
qui alla faire attacher
le
Mineur . Ce ne fut
pas
fans
beaucoup de
rifque , puis
qu'il
menfe
aftre rué
d'une
གས .. મુ
VALIC 132 3
groffe pierre , Mr de Catinat
eftant allé voir le trou de la
Mine , courut auffi un fort
grand danger . Une Grenade
creva à un demy pied de fon
GALANT.
321
vifage , & il n'en fut point
bleffe. La nuit fuivante les Ennemis
ayant redoublé leur
feu , bouleverferent la Gale
rie que l'on rétablit incontinent.
La muraille où leMineur.
fut attaché , eftoit de vingttrois
pieds d'épaiffeur . Il en
falloit percer dix huit pour
faire jouer la Mine , & les Mineurs
n'en pouvoient faire que
trois pieds en vingt - quatre
heures . Pendant que l'on faifoit
cette Mine au Baftion
Beauvoifin , les Affiegez travailloient
à creu fer un Fourneau
au deffous , dans l'efpe .
322 MERCURE
rance qu'aprés fon effet , les
noftres ne manqueroient
pas
de s'y loger , & qu'en faifant
alors jouer leur Fourneau , ils
feroient fauter le logement
&
les Troupes ; mais une de nos
Bombes cftant tombée à l'endroit
de la Contrefcarpe
minée
, fit crever la contremine
,
& fauter en meſme temps une
partie du Baſtion . M¹ de Catinat
détacha auffi - toft des Grenadiers
, pour aller reconnoître
en quel eftat ce Baſtion
pouvoit cftre , & ils s'y logerent
fans aucun obftacle . Les
Affiegez ne pouvant plus deGALANT.
323
fendre la Place , demanderent
capituler , & il leur fut
permis
de fortir avec Armes &
Bagages , & trois pieces de
Canon . Comme on n'en a pû
tirer de la Fortereffe , & que
mefme il cuft efté extremement
difficile de les conduire
fur les Montagnes , on leur en
a donné trois pieces de Pignerol
. On a trouvé dans Monmelian
trois cens milliers de poudre
avec plufieurs milliers de
Moufquets. La Garniſon étoit
de fix cens hommes , dont il
en eft mort quatre cens pendant
le Siege & le Blocus . Les
324 MERCURE
deux cens qui font fortis étoient
tout extenuez . Le 22 .
nos Troupes entrerent dans la
Place & l'on fit de grandes
honneftetez au Gouverneur.
Le Royreceut la nouvelle de
cette reduction le 25. de ce
mois par M' le Chevalier de
Carmein, Aide deCamp de M
de Catinat . Je vous envoyay
le mois paffé le detail des Brigades
des Troupes qui affiegeoientMonmelian
,avec leurs
quartiers. Ainfi vous avez
la Relation du Siege entier en
ces deux Volumes.
Depuis fix années les ImpeGALANT.
325
riaux ne
s'entretenoient que
des Traitez de Paix aufquels
ils publient que les Turcs font
forts portez. Cependant la fuite
fait voir que les Turcs en
ont bien moins d'envie qu'-
eux. Cela eft fi vray qu'ils ne
veulent pas feulement entrer
en conference ; de forte que
l'Ambaffadeur de Venife qui
eftoit venu de Vienne pour fe
rendre au lieu où fe devoit
faire la negociation , a eſté
obligé de s'en revenir . Si les
Alliez n'efperent que par ce
moyen eftre plus heureux que
les années precedentes , ils
326 MERCURE
n'ont pas fujet de croire que
la fortune leur fera plus favorable
que par le paffe .
Quelques Lettres portent
que toute l'Armée Polonoiſe
a pery dans les neiges en venant
prendre des quartiers
d'hiver , & qu'il y eft demeuré
trente mille chevaux,
tant de la Cavalerie Polonoife
que des équipages .
Si la jeuneffe , le merite , la
beauté , & tout ce qui peut
rendre une Femme aimable ,
eftoint capables de flechir la
mort , Madame de la Fare feroit
encore aujourd'huy pleiGALANT.
327
ne de vie, mais il n'eſt point
d'âge qui nous en puiffe exempter
, & une fiévre furvenuë
dans une couche luy a caufé
un tranſport qui l'a emportée
en fort
pcu de temps . Tous
ceux qui la connoiffoient la
regrettent , & c'eſt vous dire
qu'elle eft regrettée de tout le
monde , puifque tout le monde
la connoiffoit . Elle eftoit
Fille de Mr de Vantelet , &
Femme de M' le Marquis de
la Fare, Capitaine des Gardes
de Monfieur. Je vous parlay
amplement de l'un & de l'autre
il y a fept ou huit ans , en
328 MERCURE
Vous aprenant fon mariage .
Elle n'en avoit alors que
quinze.
Madame de la Vauguion
eft morte auffi. Je vous en
diray davantage le mois prochain.
Je fuis , Madame , vôtre
, &c.
A Paris ce 31. Decembre 1691 .
O
N donnera le is . de ce
mois le huitiéme En
tretien fur les Affaires du
Temps en forme de Paſqui
nades. Il contient l'hiftoire
du Prince d'Orange en l'année
GALANT. 329
1672. Cette année là ayant eflé
fecóde en évenemens, occupe
feule plus de place que douze
autres , & ce huitiéme Entretien
eft remply de pieces originales
qui empefchent
de
douter des veritez qu'on y
trouve . On en donnera la fuite
le 15. de Janvier ; elle pourra
aller jufques à l'invafion du
Prince d'Orange en Angleterre
, & l'on fera en forte que le
dixiéme contienne le refte de
fon hiftoire jufques à prefent,
afin de paffer enfuite à d'autres
Entretiens fur diverfes matieres
du Temps .
Dec. 1691 . E c
225552225 25222525
P
Relud.
TABLE.
L'Alliance de la Guerre & de la Justi.
ce , Difcours de Mr Thiot.
9
Stances de Mr l'Abbé Testu , à Mr de
Fieubet , fur la retraite.
Ordre des Camaldules >
64
70
Lettre du Comte de · . . Confeille d'Etas
d'Angleterre , au Marquis de
Carmarthen .
Morts.
74
89
Vers fur le retour de Mr le Dac de
Chartres, 92
Autres à la gloire de ceux qui font
morts au combat de Leuze.
Service folemnel fait à Roanne .
99
041
Relation écrite de Pontichery le 20.
TABLE.
Fanvier dernier. 114
Nouveau Sisteme des fièvres , par
Mr Minot. 142
II
Satirefur ce queperfonne n'eft exempt
d'imperfection .
Tout ce qui s'eft pasé à la reception
de Mr Pavillon à l'Academie Fran-
177 çoife.
Penfion de Miniftre d'Etat donnée
par le Roy à Mrde Barbefieux. 202
Hiftoire.
Epitre galante.
Lettre de Mrde Comiers.
Autre article de morts .
204
231
245
264
Serment de fidelité prefté entre les
mains du Roy , par Mr de Montholon
premier President de Rouen.
269
Jean de Bourbon Prince de Carency.
275
Affaires d'Irlande. 279
Ec ij
TABLE.
Article des Enigmės .
203
Fournaldu Siege de Montmelian. 295
Nouvelles d'Allemagne. 324
Nouvelles de Pologne.
326
Troifiéme article de Morts . 327
Avis. 328
Fin de la Table .
La Medaille doit regarder la page
242 .
L'Air doit regarder la page 244
I
522552225255 25555
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui se débitent chez le
Sieur Guerout, Galerie- neuve du
Palais .
Iftoire de Jean de Bourbon Prin
ce de Carency. 3: vol. in douze,
4 livres 10. fols.
Onziéme partie des affaires dutemps,
remplie de Figures, & conrenant trois
Entretiens des Plaintes de l'Europe
contre le Prince d'Orange , & trois
autres du Priuce d'Orange travaillant
à fou Hiftoire. 2. livres.
Affaires du Temps , dix Volumes
iu douze, 15. li
Reflexions fur les defauts ordinai .
res des hommcs , & fur leurs bonnes
qualitez.
1. l. 10. f
La Ducheffe de Medo, Nouvelle
galanre & hiftorique , deux Volu
mes , 3.1.
2
Explicationen eu Vers des Tableaux
de la Gallerie de Verfaills.
15.
f.
La Découverte
des
Mifteres
du
Palais
, où il eft traité
des
Parties
en
general
, des
Intendans
des
grandes
Mailons
, des
Procureurs
, Avocats
,
Notaires
, & Huiffiers
. vol. in douze
,
1. lìv . 10. f.
La Vie de la feüe Reine d'Angleterre,
dans laquelle outre fes actions
particulieres de pieté, on trouve ce qui
s'eft paffé de plus remarquable pendant
les Regnes des Rois Charles I. &
Charles II , Vol. in 8. 2. 1. 10.f.
Nouvelle Chirurgie , Medicale &
raifonnée de Michel Ettmuler , avec
nne Differtation fur l'infufion des liqueurs
dans les Vaiffeaux . 1. 1. 10. f.
Pratique de Medecine fpeciale du
mefme Ettmuler, fur les Maladies propres
des Hommes , des Femmes & des
Enfans. Vol. in 8.
3. 1.
3
Hiftoire Monaftique d'Irlande.
2. 1.
Traité de l'Artillerie , expliquant
la difference , les proportions , les por
tées , les affuts , & tout ce qui concerne
les Canons dont on fe fert en
France , tant fur Terre que für Mer ,
avec plufieurs Planches , par Monfieur
Gautier de Niſmes. 1. l. 10. f.
Lettres fur toutes fortes de fujets. 2 .
vol. in douze. 3. liv . 10. f.
Lettres Familieres & autres fur differentes
matieres , pat le Sieur Meilleran
, Profeffeur des Langues Françoife
, Allemande & Angloife , feconde
Edition , corrigée & augmentée de
plus de cent Lettres. 1. 1. 10. f
Hiftoire du Monde . 5. vol . in 12. 9. 1.
Etat nouveau de la France . 2. vol.
in douze.
3. liv..
Hiftoire
de
l'établiffement
de
la
Republique
de
Hollande
, ou fa rea
ij
4
volte. 2. vol . in 12 .
4. liv.
Chevalerie
ancienne
& moderne
, avec ja maniere
de faire
la preuve
pourtous les Ordres
de Chevalerie
. 1. 10. f. Hiftoire
de l'Afrique
ancienne
. &
moderne
, enrichie
de 80. figures
, 4-
volumes
in douze
.
8. liv.
Hiftoire
de Normandie
. 2. v. 3. l . Eloges
des Perfonnes
Illuftres
dl .
l'ancien
Teftament
, par M. Doujat
,
1. l . s.f.
Réflexione
fur l'Acide
& fur l'Al
1. liv . 10.f. Effais
de Morale
& de Politique
,
où il eft traité
des Devoirs
de l'Hom-
Kali.
me confideré comme particulier , &
comme vivant en Societé. 2. vol. 2.1 .
Obfervations de M. Spon fur les
Fiévres & les Febrifuges .
Antiquitez du mefme M. Spon, Ouvrage
enrichy de plufieurs Figures.
1. l.
7.1.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le