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1691, 06-12, t. 11 (Affaires du temps, entretiens 1-7)
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AFFAIRES
DU TEMPS.
XI. PARTIE.
neuve du Palais, au Dauphin.
On donnera leif. dechaque
mois un Entretien sur les
Affaires
du Temps dont lePublic ne
payera que SEPT SOLS:
AVIS. APrés avoir fait,au commencé,
ment desRévolutions tÇAngle.
terre, dix Volumes des Affaires dtt
Tem/JJ, où quantitédé.Piècesoriginal
les font renfermées
,
le trop grand
6" continuel travail fitce(fer cet Ouvrage
, quoy que IIIjûite en fusifouhaitée
& demandée avec empreffement.
Enfin pour satisfaire le Public,
onatrouvé un expedient qui
contentera les Curieux, & laissera un
peu plus de temps pour travailler.
Cet expedient efl de diifirpar Entretiens
chaque Volume quisuivra les
dixquiontesiédéjàpublie. On en
pmettra jixdans chaqueVolume, à*
-l'on donnera un Entretien le If. de
Ehaqlle mois, en forte quau bout de ix rmis , ceux qui voudront faire
wrelier
ces six Entretiens enfemkU,
auront dequoy faire un Volume corn- C";eequifera d'autantplusfacile,
"lfl/IIM liell de recmmettctr à chaque
Tlntretienles chifrcs qui marquent le
timbre des pages) on les conlintterA.
jùsquesàlaJindufxiéme, après
Kquoyon recommencera, dans le même
erdre ltl douzième Partie des rj.1i..
res du Temps*ce quifera deux rolu-
"l'I1t-s chaque année.Onpourfuivr*
,cet Ouvrage tant que les affaires fc
iront dans une situattonafournir
une importante mature, & ces Entretiens
pourrontrreflrt pas toujours^
d'an mefrneJlHe, mais plttJoumoin
Jbrieuscsuivant lessujets. Ony met-
'tra des Figures lors quelles y pâurronttrouverflace
ntttllrcllemrnt,rJ.
le desir de dire deichofesagreables&
-divertissantes
,
nefèrajamais parlea
contre la verité, a moins qu'elle né
foit tellement envelopée, qu'il/on
impossible de là découvrir,
Y~ -Sy< S~ AFFAIRES
DUTEMPS.
XI. PARTIE.
Les Plaintes de l'Europe contra
le Prince d'Orange. -
L ENTRETIEN.
O.M M E il ya peu de Villes
au monde où le Commerce
fleurifle plus qu'à Amfter-
- dam, il n'est pas fuiprenant
que des Sujets de la plus
grande partie des Soaverajns de l'Europe
s'y trouvent ensemble, & il l'est
encore moins que la pluspart desconverfàtions
y roulentsur les NouveMi
presences. Si la
simplecuriosîtéa
tout temps engagé les hommes à fou
haiter d'en apprendre, aveè urreaviditj
qu'oupeut mettre au rangées pàffiensj
Tintereft doit aujourd'huy obliger toa
les Peuples de rEurope d'en fai leur,
principal entretien) puifquetousleurs
Souverains font intereilèz dans 1
Guerre qui l'âgéeavec talit tie violen
ce. Ainsi lors quel'on parle de ce qui
«
parle de qg
la regarde, c'estmoins s'entreterâr da
Nouvelles indifférentes que mettre sua
le tapis ses propres affaires, à caufi
de lapart que tous les particuliersy doivent
prendre, & du - bien & du mal
qu'ils en peuvent recevoir. Il n'y a
èone rien qui foit aujourd'huy plus en
ufage, puis que l'interdt n'apas malnsi
contribué que la curiosîté à rendre cesi
conversations générales. Mais comme!
la diflferençe des esprits fait celle desi
ientimens, & que lesuns condamnent:
souvent ce-que les autres apprQUYcn.ti la plupart cherchent-pour ces fortes]
d'entretiens ceux qui leur paroiucnt
donner le plus dansleur sens. C'dt ce
'oui a fait que plusieurs personnes d'un
semblable caraâere, que différentes raifons
ont attirées depuis quelqueterrps
à Amsterdam, selont fouventaffemblées
pour s'entretenir dans le temps
qu'ils donnoient relâche à leurs affaires.
L'amour qu'ilsavoient pour la justice
& la vérité, qu'ils separoient toujours
de leurs interests, les faisoit jager de
tout sans partialité
,
pendant que ceux
qu'un aveuglement prcfque invincible
fait repastre de chimeres, se cherchoient
de leurcollé pour s'abuser euxmesmes.,
& se cacher ce Que tous les
autresvoyent,afin.de (atistaire àleur
passion. Il y avoit parmy les premiers
un Austrichien, un Espagnol, un Anglois
, un Suédois, un Piemontois,
unBavarois
) un Saxon, un Hollandois/
ôcdesHabitans de Cologne, du
Palatinat; deTrêves, &de Mayence.
,Il ne leur estoit pas fort difficile de se Tencontrerenfemblc, puifqueleplaific
qu'ils prenoieut à s'y trouver Se I
fuir les Nouvelliftespaiïïonnez,6c ennemis
des veritez contraires à ce qu'ils
souhaitent
,
aidoit encore plus que le
hazard,à lesassembleraux heuresacoutumées
de la promenade. Ils s'écartoient
ordinairement de la saule, pour
pouvoir parler avec liberté sans eftrc
oiiis de personne. Un jour qu'ils étoient
fort éloignez des autres, après
aqvuoeciraduélpeloré en général tous les maux
la Guerre presente, chacun
fedemanda le veritable sujet d'une
eonfufion si generale dans l'Europe,
& leur conversation Cefit à peu pris 'ns les termes qui suivent. LESUEDOIS.
Les motifs de la Guerrequi trouble
aujourd' huy la plus belle partie du,
Monde, font si connus, qu'iln'est
pas besoin de les demander;Ynaîsbien^
silapluspartdes Princes qui font en
guerre ont eu raison d'y entrer,à l'exception
du Prince d'Orange,qui ne
peut regner en Angleterre sans que toute
l'Europe armée le soûtienne. On
peut dire uqiqne leRoyn'a pu éviter
d'avoir part acette guerre,puis qu'il a flé contraint d'aller au devant de ses
u'il s Ennemis a- , pour parer le coupqu'ilsavoient
sourdement resolu de luy porter,
afinde le trouver sans défenfc.
LE HOLLANDOIS.
De quel Roy entendez-vous parler
Il faut que ce foit le Roy de Suéde,
puis quevous dites fimpleixient le Roy.
Iln ya qu'pn Sujet qui en parlant de
tonSouverain puillé s'expliquer ainn,
sans joindre au nom glorieux de Roy,
celuyde l'Etat que ce Roy poiTede)&
il me se-mble qu'on n'a pointforcé Sa
Majesté Suédoise d'entrer dans la guerre
d'aujourd'huy, &,qtiEl.le joue un
personnage qui luy eA allez»avantaLgeuxE.
SUEDOIS.
IJ'avoiie,quelors que j'ay dit leRoy
iansdire de quel Estat,ce n'est point du
t Roy mon Maigrequej'ay pretendu parr
Isr.Comme la Langue Françoiseest
presentement en usage dans la plufparf
des Cours de l'Europe, c'est feulement
en disant l: Roy, sans ajouter rien
de plus,que chacun y parle de celuy de
France, & les Avions toutes merveilleufes
que l'on en rapporte, font assez
connoistre qu'il est capable luy seul de
lesavoir faites. Ce qui peut avoir donné
lien à cet usage
,
c'est qu'il fournit
tant d'occahons des'entretenir de ILiy,
qu'on abrege le discours pour venir
piuftoftà ce qu'il a fait de iuiprenant.
LE BAVAKOIS.
Vous pouvezajouter que le Roy
de France estant audelîiis de tous les
autres Monarques par mille endroits
qui le distinguent, ce Prince fera toujours
reconnu lors qu'on dira simple.
ment) le Roy. t'dl: un nom qu'on
< luy peut donner par excellence, sans
qu'il foit besoinde rien dire davantage
pour faire connoistre de quel Roy
l'on veut parler.
LES(JEDOIS.
Je reviens à rétonnemer;t où l'on
-doit eftrc> de voir que hors le Roy de
France qu'on vouloirSurprendre, 3c
quidétendlinMonarque de son [ang'
fou Allié, &' Souverain legitime, ÔC
le Prince d'Orange qui avoit besoin
que toute l'Europe fust en armes pour
luy donner liu d'usurperun Trône,
presque tousles Souverains del'Europe
ioient entrez enguerre sans necessité,
& agissent tous commedes furieux contre
leur interest, leur gloire, leur hônneur,
le bien,de leurs Estats, leur Religion
£c leur conscience, sans qu'ils
puissentendisconvenir.LesCatholiques
contribuenta détruireleur Religion.
Les Proteftaiis, en soutenantun UfurpatenT;
trahirent la Justice Be leur
conftience, & lesuni&les autres,
au lieu de travaillera repoulserles Ennemis
de la Chreftientéj semblent leur
aider à étendre leurs Conquestes.j de
forte que cette guerre ne fert (¡ifldéchirer
l'Europe, àl'affoiblrrenrépaadant
son fang; ce qui pourroit faire
4lre beaucoup de choses qui ne feroient
pas a leur gloire , sans lerefc
pect qne l'on doit avoir pour des:
Souverains, quelque irreguliere que
foie leur conduite. 1-1 semblequel'Envie
ait jette parmy eux une Porame de'
difcordc) qu'elleait fait glisser des-
Serpens dans leur fein
, tant ils parovffent
envenimez, & qu'elle aitembrafé
tous leurs coeurs avec Ton flambeau,!
tant on les voit échaurfez dans uns:
ettreprife, aussi contraire à lcurrépü
tation qu'à leurs interests.
L'ESPAGNOL.
Il faut demeurer d'accord de lavériteipui-
queladissimulationnepetit remedier
i nos maux.La Pomme'de ditcorde
dont vous parlez, n',dl" autre;
chose que le grand & heureux mérita
du Roy de France, qui luy attire toua
les Ennemis qui se liguent contre luy:.
LE SUEDOIS.
Il n'y a rien de plus veritable
puisque non-seulement on M'entend
dire autre chose en quelque lieu que
l'onlcit» maisqueTes Ennemis mefmess
ne peuvent s'empêcherd'en convenir;
& tivous voulez que je vous explique
plus clairement ce que c'est que la guerre
qui consume aujourd'huy toute
l'Europe, c'est la jalousie d'un amas
de Souverains, qui envieux de la Puifsance
d'un Prince qui leur est saperieur
en tout, pensant agir contre
luy, travaillent à se détruire eux-mefmes
; qui croyant obscurcir sa gloire
fleftriHent la leur, ruinent leurs Estats
envoulant demembrer les (lens,accablent
leurs Sll jets en cherchant à diminuer
sa grandeur
,
agissènt la plufparc
contre leur Religion pour contenter
leur chagrin,& concourent tous
a l'établillement d'un ururpateur,qui
ne pouvant se maintenir tint qu'ils
n'auront pas les armes à la main, quand
ce ne feroit que pour perdre des Villes
.& des Batailles, profite de Pentefternent
qu'ilsontà pourfuivreune guerre,
donc leurs Estats feront long-temps
affoiblis par le fang & l'argekt qu'elle
leur courte.
L'ANGL6IS.
On ne peut mieux parler des motifs
& de l'eut de la Guerre qui met aujourd'huy
le feu dans toute l'Europe.
Mais n'estes-vous pas surpris de voir
que l'admiration que l'on ne peut re- j fuser au Roy de France, luyait at-I
tiré la haine de tant de Souverains,
&: qu'en admirant ses Vertus, & l
foule prerque incroyable d'une infinité
d'a&ionsinoiiies jusques à ceSieclejils ]
ayent prisle party du crime, ens'attachantàceluyd'unUfurpateur?
U cftcer- j
tain que ceux qui font dans les interests
du Prince d'Orange, 8c qui Ce perfuadent
qu'ils ont euraâfonde les embraf- 5
fer,ne rendent pas facaufe meilleure en J.
rendant son party plus fort, & qu'ils
n'y en a pas un qui ne se dise à foy J
mesme qu'il doit estre mis au nombre j
des plus criminels Usurpateurs, pui,l
qu'il n'a pas fêulementdétrbneun Sou- j
verain legitime qui n'a jamais eu que
< - Jela b)llté pour luy ; mais un Sou- s,
verain, dont il a épousé la Fille, & à|
qui le Sang ne l'attache pas moins que
l' Alliance, par l'honneur qu'ilad'estre
né d'une Princésse qui estoit sa Soeur.
Qioyquequelques Sujets naturellementinquiets
&:. malsatisfaits defon
gouvernement ( ce qui n'elt pas nouveau
en Angleterre) quelques Inconftans
dont nostre Nationne manque
jamais, quelques Séditieux
,
dont le
nombre est toûjours trop grand par
tout, & qui cherchent le troûblepour
en profiter, quelquesAvares qui se
laissent tenter par l'éclat de l'or, quel..
ques Ambitieux qui afpiroient à des
Dignitezqu'ils ne pouvoientobtenir
que par le desordre, & enfin quelques
Zelez pour la Religion que le Prince
d' Orange paroiss: profeiler
,
l'ayent
ofè reconnoistre pour leur Roy,l a Nation
toute entiere ne le regarde pas
moins comme un Usurpateur; & en
effet, le nombre deceux q-ugromilenc
Ton party ne peut empécher qu'il ne le foit, quoy qu'ils ayent eu le pouvoir
de le met:resur le TrôneAinsi
lecoeur dédit la bouchede ceux.quile
traitent comme s'il estoit leur Souverain
legitime. Il ne peut se -déguifer
à luy mesme ce qu'il O:, &
les Traiftresqui l'ont élevé en font
encore plus persuadez que les autres,
a qui on peut feulement reprocher la
foiblesse de ne s'y eflre pas opposez,
puis qu'ils sçavent par quels dons5 ou
par quelles offres ils se font laissé ga-,
gner; ce qui fait qu'aucune Nation
]
ne peut estre mieux persuadée que la
nostre
, que le Regne du Prince d'Orangeest
une veritable usurpation, &C
faite dans touteslesformes,&:peut-être
ne pourroit-il se trouveraucun autre
Estat, où il y ait plus de gens de bien
qui ledeteftent dans l'ame.Qnand l'orage
a crevé, ceux qui l'ont fait Roy
avoient pris leur mesures pour faire
réussir leur entreprise avant qu'onpuft
dire en estatde l'empêcher, ce qui
aosté aux Sujetsfidelles tout pouvoir
d'agir, puis qu'ayant esté surpris, ilSI
n'avoient pû prendre aucuneprécau-J
tion pour mettre obstacle à la tirannie. l
Il
Je ne pretens pas defendre par là l'inconstance
naturelle de la Nation,quia
fouvent fait le mal-heur de sesSouverains.
Loinde prendreson party, je
veux vous faire part du discours qu'un
Anglois metint ces jourspaflTez sur
cette matiere. Il me dit, qu'iln'estoit
pasde la Politiqued'avoiru-nesiJonque
fuite de Rois legitimes d'unernefme Maison;
qu'ils se rendoient insensiblement
trop absolus,&feperfuadoient alors aije-r
ment que la Couronne cfioit àevenuè leur
patrimoine; mais qu'on menait d'abord
un Vfurpateur comme on voulait, parce
qu'il avoit toujours sujetJe craind'e
qu'onne ledépo/fedaft
,
& qu'il falloit
le faire defeendre du Trône dés que son
autorité commençait à s'affermir) &
qu'ilparofoit trlTz:.. resolu pour entreprendre
de s'en servir d'unemaniéré
trop indépendante.a
," LEPIE MONTOIS.
i Les Affairesd'Angleterre ne font
pas prefentemenc dans la situation ou ,DUS les mettez, Vous parlez d'un
Usurpateur qui n'attireroit point daffaires
à laNation, & d'une Nation1
qui n'auroir à veiller que sur la con- 1
duite de l' Ufurpateur; mais les choses
ne font pas aujourd'huy sur ce pied- 1
lien Angleterre, & la Guerre où l'a'
engagée le- Prince d'Orange, luy
cause plus de pertes de toutes manie-j
res depuis trois anç, qu'elle n'en avoit
souffert depuis un Siecte. Son com-'
mcrce avoit toujours lfeury,J LANG LOIS. ;
Ne poussèz pas, s'il vous plaist, cet]
Article plus loin."C'est à moy à faire
la Peinture de tous les maux que nous
a caifez cet Usurpateur. j
L'entretien devint alors confus.'
Ch acun voulut peindre les malheurs
(lle l'ambition du Prince d'Oranee.
avoit fait tomber sur leurs Souverains,
& comme ils ne pouvoient parler tous
ensemble,ils convinrent qu'ils feroient,
connoistre tour à tour Ici maux que
les Etats de leurs Maistres avoient]
Soufferts depuis sa fiinefte UiurpationJ
$c qu'il estoit seul la cause de l'effuhon
de tout le Sang qui avoit eilé répandu
dans l'Europe depuis l'ouverture de la
guerre,que la France soûtient aujourd'huy
avec tant de succés & de gloire.
Le Suedois qui lesavoitécoi-tcz attentivement,
put la paro-!e, & yailasinfi.
LE SUEDOIS.
-
- Ce que vous proposez me paroist tresbien
imaginé-, ôc si vous eftesde bons
Orateurs:) on verra qu'il n'ell jamais
né personnequi ait causé la ruine de
plus d'Etats que le Prince d'Orange,
& qui ait attiré' plus d'affronts à
leurs Souveraine Cequ'il y a de fortfurpienant,
c'est que les Tirans & les
fleaux du genre humain, ne font foiiffrir-
ordinairement" que les- Etats qu'ils
attaquent ,
pendant que ceux de leur
party joiiillent'du fruit de leur Alliance.
Il est arrivé icy tout le contraire,
le Prince d'Orange ayant causé
beaucoup de confusion, de dommages
•& de pertes à ses Alliez, & fait triompher
son Enncmy avec plusde gloire.
LE PIEMONTOIS*
Cette remarque eO: fortjuste
,
Se
quelque obstiné que foit le Prince mon
Alaiilre
,
il n'en peut difionvenir.
LE SUEDOIS.
Comme la Suede, loin de souffrir de
tout ce qui le paslè presentement dans
rEurope, fait le commerce pour l'Angleterre
& pour la Hollande, qu'elle
cft tranquille au milieu de cette Guerre
, & qu'elle profite avec le DanemarK
de ce que les Anglois & les Hotlandois
dcvroient gagner, je n'ay point
de plaintes à faire, & je ne puis entrer
dans vottrc convention, que pour
juger de ce qie vous avez à dire;mais
je vous avoue par avance, que quoy
que souffrent les Etats de vos Maîtres,
je ne trouve point qu'ilsfoientà,
lpeluarindre, puis qu'ils se (ont attiré par
faute cous les maux dont ilsgemiffent
,
& tous ceux qui les menacent.
Je ne [çay mesme h je pourray garder
allez de modération pour n'en rire
qu'au fond de l'ame. Quoy que les
Suédois ne soient pas nez aussi
plaisans que les Italiens> ny aussi enjouez
que les François, nous sommes
curieux, nous aimons les beaux
Arts, nous voyageons, & nous avons
souvent un esprit d'acquisïtionaqui
nous rend moins pesans que quantité
I) Allcmans ne fonr.
L'ESPAGNOL.
QJelque chagrin que nous donne
it mauvais eflat de nus affaires, je
croy que ces Meilleurs ne feroient pas
fâchez
, non plus que moy a
de voir
donner quelque touche à ceux qui ont
mal confeilténosSouverains.-Ils le
meritent, & nous en dirons pcut-gftre
plus que vons ,
quand nous aurons à
parler àivoftretour. Nousvoyons les
fautesdencs Maistres de plus presque
d-autres, fk nous connoilîoiïs l'igt 0-
rance, ou Tintereft de ceux qui leur
1font piendre de mauvais partis. L'AUSTRICHIEN
Je vais le premier eba-ueber un des
Tableaux dont nous hommes ccnvç"
nus. Ils feront utiles JJà la PoflerîccA
puis qu'ils pourront empêcher lu
Souverains trop crédules de courir à
leur ruine
, en croyant trouver l'a- j
grandiiiement de leurs Etats. Il est J
pourranr impossible que beaucoup clrtraits
ne manquent à ces Tableaux
parce que neus n'avons pas eu le
tempsde nous prépareràles bien faire;
mais l'abondance delamaticrene lajf- ,
fera pas .de nous en fournir d'aiïèz.'
forts pour faire connoistre que jamais
ambition n'a esté plus fataleàl'Europe,
& n'a plus fait perir de mond4
que celle du Prince d'Orange Ufurpacei
r de la Couronne du Roy. son
Beaupere. LESUEDOIS.; On peut dire que depais son palla..
, ge en Angleterre pour envahir J&C
Royaume , il ne s'est pas répandu UIIe
goutte de fang dans toute, l'Europe
par le fer &parle feu, dont son ufurparion
ne foit la cause
,
& qu'il €&
coupable de-tous les desordres, de tous i lescrimes, & de toutes les horreurs
que la guerre trame toujours après
elle. r L'AUSTRICHIEN.
L'Europe n'ell pas la feule partie du
Monde où il ait fait répandre du fang
pour ion mrcreft particulier
, mais ce
difeours pourroit me men-er trop loin,
& je ne dois m'attacher qu'à la peinture
que vous attendez de moy. Je
vais vous parler avec une sincerité qui
me rendroit criminel, Ci vous n'estiez
prests à la justifier par la vostre, Jenç
prétens point devoir palier pour mauvais
Sujet, quoy que je parle contre
ma Patrie; je donneroistoutmon fang
pour elle, si je pouvois empêcher par
là qu'elle ne perist. Je rougis des fautes
que je ly vois faire, & je n'en
parle que pour soulager ma douleur,
comme ceux qui croyent adoucir leurs
maux en se plaignant
Le Roy de France avoit (allvé plulieurs
foisl'Empiie, depuis que ¡'Em..
pereur qui regne aujourd'huy occupe
Je Trône Impérial. Personnen'ignoc
ceque firent les François à la fameuse
journée de S. Godard, lors qu'ils
cmpêcherent les Turcs de palier la
Rivière de Raab. Le Monarque qui
rend leur Nation si glorieuse & fij
triomphante, n'avoit pas feulement1
envoyé ses meilleures Troupes au fe-'
cours de la Chrestienté, mais comme! ilyelloitdel'intercft deVEglifes &¡
,d'un Potentat qui en soutenoit alorsj
la gloire
,
il avoit Eîen voulu que touti
ce qu'il y avoit dans sa Cour de jeu-
«efl'edistinguée par l'éclat de la naif-j
sance,allast combattre pour les avanta- j
ges de la Foy, & de l'Empereur qui la;
défendoit. Cette faveur cftoit grande,
6c le Souverain qui la failoit, s'efiant
exposé à perdre les plus grands Seifneurs
de son Royaume, on endevoitj
ternellement garder la mEmoire. Ce-1
pendant l'Empereur s'oublia assèz luyinefme
pour ne s'en passouvenir, & 1
après que Sa Majesté Tres-Chreftien-j
ne eut attaqué la Hollande en 1672.] il se déclara contre Elle> ne doutaiit j
i
Epomt qu'estant joint avecI'Efpagnc,
fil ne vinfi: à bout de l'accabler. Le
contraire arriva; la France demeura
victorieuse, & l'Empire fut de- nouveau
menacé par les Turcs qui !evoient
de formidables Armées Le
Roy poursuivant ses conqueftcs prit
la Ville de Gand. LesPays-bas Elpagnols
se crurent perdus,& la Hollande
s'imagina qu'elle alloit estre attaquéejusque
dans Ton centre. Ce Mo..
narque
fut
touché des malheurs qui
estoient prests d'accabler la Chreflienté
,
& voyant l'orage qui se prepa"
,
roit contre l'Empire, il oublia l'ingra--
titude de l'Empereur, & impo a la
Paix à l'Europe, afin que tous les
J Princes de cette même Europe fussent
en pouvoir de le secourir. Cette Paix
eut des conditions. Il y eut des Villes
rendues de part & d'autre, &: l'E[..
pagneayant refilé de donner quelques
dépendances de celles qu'elle cedoitau
Roy Tres-Chrestien
, quoy qu'elle s'y,
fust obligéepar le Traité, ce Monar-
L
que fut contraint d'employer la forctf
pour prendre un équivalent. Cependant
les Turcs entrcrent en Allemagne.
Le Roy de France estoit victorieux.
On luy avoit manqué de
parole pour l'exécution des Traitez.
Il avoit les aimes à la main, & il pouvoit
conquerir le reste des Pays-bas,&
tout ce qu'il Uloit voulu en Allema-
-gne; mais elle estoit attaquée, & cette confédération l'obligeant à se contenter
de l'équivalent qu'il avoit Fris pour les
dépendances qu'on luy devoit rendre.,
il engagea pour la troisiémefoisTEmpereuràfe
souvenir éternellement des
graces qu'il luy faisoit,& il ne se servit
point de l'occasion qu'il avoit de faire
toutes les conquestes qu'il auroit pu
souhaiter. Ce Monarque, après en
avoir usé si genereusement avec
l'Empereur, le crut incapable d'entrer
jamais dans aucune Ligue formée
contre luy ; & comme il avoit
servy la Religion en Allemagne, il
voulut la faire fleurir en France. Aillii
1
(ans examiner les pertes qu'il? sefnetoir
au hazard de faire, & regardant
feulement Tintereft de Dieu, il donna.
ses foins uniquement à agrandir la
tveritabieReligion dans fon Royaume-
& àl'y faire regner feule. L'Empe
reur profita pendant ce tempsde la
modération de ce Monarque. Il pouilales re- Turcs, les défit en différences
-rencontres, &non feulemmt il
leur prit beaucoup de Places, mais des
Provinces entieres,de forte qu'il estoit
en pouvoir de serendremaistredeConftantinople,
au lieu qu'il doit craindre te voir les Turcsattaquer Vienne, si
le Prince d'Orange ne luy eust point
t'ropofé une Ligue pour envahir la
France, & en partager les£ta;s entre
eox. Il falloit pour entrer dans cette
Ligue que l'Empereutdivifaft lesforces
ui agissoient contre les Tares, Se u'il en fist revenir une partie pour la nouvelle guerre qu'iL entreprenoir,
en risquant de perdre ce qu'ilavoit
gagné sur ces Infidçlies, eo.iinaeon
l'a vû arriver. Il falloitqu'il se déclarait
contre un Monarque qui avoie
fauvé trois fois ses Etats. Il falloic
qu'il travaillait à détruire ce que ce
Prince pieux avoit fait en France elt
faveur de la veritable Religion, &
qu'il l'expofaft mesme à se voir détruite
par la Protestante. Il falloitqu'il
confentifl qu'on détrônaft un Rov
legithne) & qu'il y contribuait
)
ainCi
qu'à la ruine de la Religion CatholiJ
que en Angleterre, & peut-estre
dans toute l'Europe. FI n'y avoit pas
sujet de croire que le Chef du Saiiii
Empire deust faire des crimes si con
damnabies conrre la Religion, &des
fautes si grossieres contre la Politioie,
qui luy feroient perdre les conquestes
qu'il avoit faites sur les Turcs, & qui
a eneffet perdues depuis ce temps-l
& personne n'auroit jamais cru qu'après
tout ce qu'il devoit au Roy de
France, il puft se refondre a 11
liguer contre luy. Cependant il a l'd
bligation au Prince d' O range deluj
aVOl.li
avoir fait faire toutes ces fautes, qui
ont couté tant de fang à toute l' Europe,
& porté tant de préjudice à la Religion
Catholique, pour laquelle la Maifou
d'Auftriche se fent obligée d'avoir d'autant
plus d'attachemenc, qu'elle luy
attribuetoute sa grandeur; .car je croy
que vous n'ignorez pas que Rodolphe^
Come de HaCpourg, ayant rencontré
dans la campagne un Prestre
qui portoit le Saint Sacrement à un
Malade, & qui avoit peine à se tirer
d'un mauvais chemin, defeendit de
son-cheval', & que"l'ayantprispar la
ibride, aprèsy avoir fait monter le
Prestre,il le conduisitluy-mesmejufquesàla
maison-du Malade. Ce Prestreenluy
faisant ses remercimens,
luy dit par une maniere de Prophetie,
que 1Empire feroit quelque jour
dans sa Maison, & qu'elle joiiiroit
de tous les avantages que l'on a va
arriver depuis à cele d'Auftriche. Ce.
Rodolphe ayant esté élevé sur le Trolne
impérial en 1273; prit les armes
contre Ottocar
,
Roy de Bohême,qui
s'estoitemparé de l'Autriche, pçecen»
dant qu'elle luy appartenaitdu. che^
de sa Femme, Heritiere de fredericJ
mort en 1140. sansPoteriré. IlIr,
tua dans une Bataille, & donna rm-,
vetiture du Duché d'Autricheà AI,
bert Ton Fils,ayant fait voir quç cen
fioit un Fief mafeulin, qui au défaut
de masles devoit retourner à l'Empire
&depuis ce temps-là, les Princes de
cette Maison ont préferé le nom d' Aufiriche,
i celuy du Chateau de HaL:
pourg. Rodolphe étant mprt,1Ro
dolphe II. Ton Fils épousa Agnes, ou.
Elizabeth) Fille d'Ottocar, & sa Pofterité
feconferva jusqu'àFrédéricIV.
surnommé le Pacifique, qui fut le premier
qui prit le titre d'Archiduc d' Autriche.
On l'élut Empereur qji14.o.,
Se il fut Pere de Maximilien,1. qui
épousa Marie de Boirgogne, Fille de
Charles le Hardy,la plus riche Hériticre
de l'Europe.Philippe I. Aichidvic
d'Autriche
,
sortit de ce maria.ge"
ayant époulé Jeatnne d'Arragon
Fille Heritiere de Ferdinand V, fur-,
romtné le Catholique, Roy d'Arra- ,de Greliade&deSicile,&d'I-'
fabetrc, Reine de Camille & de Léon,
il nrt par cerc a lliance la Maison
.rPi,O:rhe dans rnc haiceélévation,
ayant lailie deux Fils
,
ChirlesQIùle
& Ferdinand, qui ont cfté Empereurs
su-cceffivement, & qui ont fait les
deux branches decette Maison. On
h'a point doutéquetant de grandeur
si'ait cfté l'effet de la prédictiondil e rr diâ on du
Prèstre dont je viens de vous parler,
& que la pieté de Rodolphe, Comte
de Hafpourg, qui l'avoit tiré du mauvais
chetnitl*, n'ait attiré la bénédiction
du Ciel ssir ses Succetteury, ce
qui devoit attacher éternellement la
Maison d'Autricheà la Religion Catholique
,& l'engager à soutenir in-
T-iolablement ses intertfls. L'ESPAGNOL.
Le Prince d'O range a fait voir que
son credit l'ernrortoic sur l'esprit de
l'Empereur, puisqu'ileft venu àbout
de le faire resoudre ipaMer,luy & toute
sa Mai[onpatdeflus toutes les configurations
qu'ils doivent avoir pour la
Religion Catholique. 1
LESUEDOIS. j
La Mai/ond'Auftriche fait (onneJ;
bien haut l'attachement qu'elle a pour
cette Religion, mais ce ne font que
drs paroles par lesquelles on tâche d'é
bloiiir les Peuples. Nous, luy voyons
faire le contraire de tout ce qu'elleveut
faire croire. Le (crupule ne l'a jamais
empefehée de chercher ses interests aux
dépens de la vraye Religion, & dés
qu'elle a crû pouvoir triompher de las
France, en y retablissant la Proteftante
, & y reduisant la Catholique aux.
abois ,elle n'a point balancé unmoment
à s'unir avec le Prince d'Orange
,
ses & comme elle a contribué à tous
crimes,elle ne peut se cacher qu'elle
nP'reinncees*t pas moins chargée que ce x1
I L'AUTRICHIEN.
> Ce qu'il y a de furprerant danscette
affaire, & de fâcheux pour cette
Maison, c'est qu'en abandonnant le,
ifarty de la Religion, pour prerdrè
jceluydelaPolitique;onafaitd'infru-
&ueufes& fav(lesdémarches. Le Prin-
!ce Charles de Lorraine, dont le genie
tftoit fuperieui' à celuy de tous les Mi-
|niflresdel'Ertiperelir
,
avoitreprefentéàsa
Majesté Imperiale, que si
EElllleesfereffolvoitàrercnltltirer en guerre
avec la France, outre qu'illuy far droit
a bandonner les interests de- la Religion,
& favoriser ses Ennemis,Elle feroit
eau seque la France se voyant preffée,
mettroit en usagetoutes ses for..
ces qui luyestoient encore inconnues,
& qu'illuy feroit aisé de connoistre
fous un Monarque ai si) clairvoyant, &
aufil habile queceluy qui la gmiverne
aujourd'huy; mais tous lesconseils
de ce Prince furent inutiles. Son merire
luyavoitattiré desenvieux, &c'la
Laiton d'Autrichenecouvoit souffrir
celuydu Roy de France. Il fut donc
resolu que toutes les Puiilances d'Allemagne
, jointes à celles du reste des
Princes liguez à Ausbourg, s.uni.
toient pour accabler les François,
pendant que l'on conferveroitdesin- -
telligences avec les Protestans du fein
du Royaume, pour les faire foulevec.
11 sembloit que les feules forces d'Al-1
lemagnepouvoient ftffire, car on l'a
toujours regardéecôme un Corps qu'il1
cftoit dangereuxà ses Ennemis
de
faire
mouvoir, & dont l'union pouvoit accabler
le reste de l'Europe, & faire
inefme trembler les autres parties du
Monde. Ce Corps estoitdifficileà ex*-
citer, mais il falloit prendre garde àne
le pas mettreen mouvement, car Íi"
: une fois il venoit à estre uny ,
c'eiloit
une Puissance atlommante, un torrent
qui devoit entraîner tout, en.
corps formé de mille partiesdontl'affemblage
devenoit terrible, & enfin
une Hidreàcent testes
,
& à cent bras,; i qui rien ne pouvoiteûre
impoffiblc».
Toutes ces parties, non feulement le
font ramassées contre la France, mais
elles se font jointes à toutes les Puif-
Cances del'Europe,qui font ensemble
un Corps plus considerable que cette
formidable Allemagne. Cependant le
Roy de France,toûjours tranquille au
milieu de cet orage, avec le conseil de
deux ou trois Ministres formez par ses
foins, & quireçoivent ses ordres,
tout allant d'un pas égal dans sa Cour,
& sansqu'il y ait plus de mouvement
qu'en pleine Paix dans le coeurde son
Royauine,ttiomphe devant d'Ennemis,
& fait voir nos forces inférieures aux
tiennes, nostre conduite moins prudente
, & nostreprévoyance bien plus
recrerrée. C'est non feulement un tresgrand
affront pour l'Allemagne,mats
il est d'autant plus cruel pour elle, que
la Posterité le remarquera comme un
prodige. L'Allemagne doittous ces affronts
au Prince d'Orange
,
& il a
.Iceu l'aveugler,lors qu'ifl'a fait en- jtrerdanslaLigue.Comment lepaiïc Igue. Conatiieiit Ir. pagé'
n'a-t-il pas fait voir àl'Em-p-ercur, qu'il
ne pouvoit soustenir en mesme temps
b: Guerre contre les Turcs, & contre
la France? Ne devoit-il pas se
sôuvenir quesi pendant que l'on attaquoit
Vienne, les François l'eulient
oblige à faire diversion de ses armes illuy auroit esté impossible d'empeféher
que les Turcsn'eussent fait cette
Conqueste,piiifquefins avoir la France
sur les bras,il a fallu que le Roy de
Pologne foit venu à la teste de Ton
Armée pour faire lever le Siege, &'
que les frais dé cet armement & de
ce voyage font encore dûs à ce Monarque
1 L'Empereur devoit anfll
considerer qu'il n'a pas eu dequoy faire
reparer les Fortificationsôc les Breches
de Bude, d'Essec & de Ncuhaufel, oit
l'on ne travailla que depuisl'approche
d'es Turcs dans ces derniers temps. Si
l'Empereur a manqué de tout tandis
que l'Europe estoit en paix,& ique tous
ses Souverains luy fourniflbiertt des
kommes & de: l'argent, qael autro
1
fquelay se feroit laide surprendreaux
conseils ruineux d'un Usurpateur) Se
auroit entré dans une Ligue qui devant
faire armer toute cette Europe, devoit
non feulement la mettre dans l'impuifsance
de continueraluy fournir les fecours
qu'il en tiroit,mais l'obliger luymesme
à faire diverfior de ses Armées,
pour s'opposeràcellesde France. Ces
fautes grossieres, & qui choquent la
lpeoslItique &le bon sens,ont fait perir
meilleures Troupes de l'Allemagne,
& cette perte est si grande) qu'il faut
plus d'un siecle pour la réparer. Cil
n'en doutera pas si l'on fait reflexion
au Combat de CafanecK
,
à la defaite
desGenerauxHeufier& Doria, & à la
prise de Belgrade. Les Corps entiers
composez des vieilles Troupes d'Allemagne
qui estoient en ces trois occafloils,
ontesté si generalement[défaits,
qu'on pourroit dire sans exagerer
qu'il n'y estpasressé un seul homme.
Il y en est du moins demeuré si peu
que cela ne fuffitpas pour contribuer
au rétablissement de ces Corps. Il fe-$
roit plus avantageux à l'Empereur.qu'iJ
eust perdu beaucoup plus, & quecefî
pertes eulîent esté parragées dans touw
es Corps de (es Ari-nées.Cequirrft*,
de vieillesTroupes darçs un Corps,étan^j
mêlé avec les nouvelles
,
le rétabli
en fort peu detemps, maisqtiandc
Corps n'dl composé que de nouvelle»]
levées, il faut un temps infiny pou®
le mettre sur le pied des vieille
Troupes. Les anciens Officiers
&lejrç
anciens Soldatsn'inftruifetit- pointalîe&l
les nouveaux. Les annéesmefrtie nj*.
suffisent pas pour leur apprendre tOliCt
ce qu'ils doivent sçavoir, & il fana«
quedes Sieges&des Combats, en leuti
donnant des leçorts sur le métier der
la guerre-, les yayent endurcis.
Juge"
par là des dommages que le PrincsÉ
d'Orange a causez à l'Empereur, puijfi
que la Ligue où l'a fait entrer ce
Piin
ce ,ne lnY a produit autrechose qti
la ruine de tant de vieux Corps, 6c1
pçrte-de la plus grande partie desCon^
questes qu'iln'avoit faites qu'en plusieurs
années, & aux dépens des
Troupes & de l'argent de toute l'Al..
le-i-nagite & de tous lesPrinces de
l'Europe. On ne peut douter qu'après'
tant de pertes faites par l\Etnpe-rçur,
& tant d'affronts receus quiretombent
sur le corps de l'Allemagne, le
Prince d'Orange n'y doive estre regardé
comme un homme qui a plus
"usé de malheurs à la Nation, & luy
a plus fait verferde fang, que n'ont
jamais fait les plus formidables & plus
cruels Ennemis. Il est vray que quelques
Princes Protestans, & sur tout
ceux quiluy font joints par le fang,ne
le regardent pas ainsi
,
mais c'est une
des choses qui doit faire le plus repentir
l'Empereur d'estreentré clans cette
ILigue, puis qu'il doit connoi fire par
là com bien il a exposélaReligion
Catholique) & tout ce qu'elleavoic
à craindre, mesmeen Allemagne) si
W France eull fnccombé. C'est sans
rlltC ce qui a attiré defi grandsmalheursàl'Empereur,
ôctant de maledil
tHons sur ses Troupes. Aussi plusieurs
personnes font bien informées qu'it.
a dit depuis peu, que loures fortes 441
disgraces luy-estoient arrivéesdepuis
qu'il avoit .si!.né la Lifue. I
La Liguen'a pas feulement courte
.1 l'Empereur les Conquestes qu'i
avoit faites sur les Turcs, & fait p
rir ses meilleures Troupes, elle luy a
fait perdre d'abord l'importante fortes
resse de Philifbourg) l'un des Bou
levards de l'Empire du codé du Rhin
& l' Allemagne ne doit jamais penCe
a cette perte que luy cause fambirio
du Prince d'Orange, (ans blâme*l'a^
veuglement, ou plustost la jalouse sa
reur deceux qui ont pris son parry, 8c,
qui l'ont exposée à tous les mal-heur
qui l'accablent au jourd'huy, D'un
collé elle se voit attaquée par les Turcs'
& elle fo'.iffre de l'autre par les Ar
mées des François qui vécurentranné
derniere à ses dépens en deçà, 8cerç
delà du Rhin. Non feulement ils y con-1 fumer
t.
fumèrent prclque tous leurs vivres
mais ils en tircrent encore de grosses
Contributions. Ce n'est point à lia
Prince c6mme-r£mpereûr
,
qui ne:
montejamais à cheval que pour faire
des Reveucs,ou pour donner la chasle
à desBcftes qui ne luy resistent nt,
à se faire tant d'Ennemis differens.,
Quand on ne veut jamais se rifquerxri
Ce mettantà laTeste d'une Armée
pour deffendre Tes Sujets& acquerif
de lagloire
, on doit conduire les choses,
de telle maniere qu'ion foit en estat
de lie pointavoirdeguerre..O'est
peut-estre par cette raison que l'Empereur
Ce voyant trop d'Ennemis, tâche
d'engager le Turc à faire la Paix avec
un empressement qui découvre sa foibleOEe,&
qu'il veut épargner le fang des
[nfidelles,afin de pouvoirtourner toutes
ses forces contre un Prince Catholique.
Le party est peu ChrêÜen) 5c
c'est cependant cçluyqu'il a pris pour
continuer à se déclarer contre la Religion.
S'il chaneeoic de [lltimens) ôc
qu'ilâ'IUpuix avec laFrance,il n »
apoint àagacer qu'il nerepojflfift les,
Infidells, & qu'il n'éccniift la Foy d<$>
ce.codéli, Ls. Prince verrait bien-tostcontraintde dbfcendrfrt
duTrôned'Angleterre,&laverita-j
ble Religion ne pourroit minqier;
d'en retirer de grands avantages, puis-j
que leChefdela. Prâtelante neferoi&
plus en pouvoir d'in fulter- tous lesfc
jours la Catholique, & de cherchera
comme il fait, à l' aneantir. Miifr*
le Chef de la Misson d'A!:tlhichc) quij
paroistû extérieurement devote, & qui*
doit tant à la vraye ReligionraimS|
mieux voir sa pi11onsatisfaite, seï
abailler, s'illuyest poffiole, la gloire
d'un Monarque
,
qui ne s'elt rendu di-j
gne de sa hune & de celle de tant
daj
Princes liguez,q ie parc;que fou me-f
rite estant trop brillant,Se trop gei
neralement: reconnu, h Ranomméel'^j
mis tellement au délias d'eux, qufljî
leur jaloafis le sçauroit foiffrir [
gloire. Voili ce que peut l'interei
himain; c-rgagelamassonU-ftrichc
àfacrifierla vetitable Religion
à.'la Prctcftante Ïcar c'cft bien la préférer
que de faire tout cequi peutélever
certe dernicre en détruisant l'autre.
il y aplus
,
& l'on doit juger si l'intertft
de.laReligicii Catholique cft mis
ende bonnes mains, lors que le Sieur
H-vflëy
,
Ambarfadeur du Prince
d'O range à la Porte, tft-chargé pour
rFmpercur de la Negcciaton de la
Paixentre l'un& l'autre Empire. On
nç (çauroit douter quece Prince n'ait
pris lefoin dedresser toutes les Jnflruûions
dont est chargé cet AmbalTadeur
j & il y a grand sujet de croire
qu'ilne fera rien qui (oit contraire à qu'ilsouhaite, ce puis qu'il ne rcconnoift
qpeluyseulpour Maifire, Il dl: aiféde
s'imaginer par là quels efforts fera
)'Arnbafl'adeur de ce Prince pour porter
les Turcs à faire la Paix, afin de
continuer la Guerre en Europe) juf-
;quc:ql1 leParty Protefiant l'ayapc
emporté sur ieCatholique, foit allez
puilfant pour l'affermir dans son u(u¡';
pation
, en forte qu'il puitlc aiec la
Hollande, qui deviendroitPrévince
d'Angleterre, donner la Loy àtolU
ceux qui font aujouid'hnyTesAlliez
& faire dominer en Europe la Religion
Proceftante; Toutcela meritc
des reflexions que-vousferezauiïî bien
que moy, & jt favs-si transporté quaRd
je voy qu'toe Politique, qui setrouve
mesme înfruéfucule
,
l'emporté fut
la-Religion, & quêtes kiterefts du
Ciel font facfificz à de* mttfdh hà.
- mains, que se n'ay plas la?fdtee <3®
m'étendre davMJtgè forcé qut jé sçày
qu'onen deirpénfer. Jen'ay pasrtioiAi
d'indignation quandjecoirfîdete<Jàe
l'on avilit la gloire de 1Empire,jass
qu'à envoyer désAmbassadèûrsàsa
Haye reconiïo'iftfe un Ufurpsteur
,
&
recevoir (es Loix, dans une AfTeinbiéq
où l'on ne se trouve que pôur écoa.
tef ce qu'il IU1 plaist de resoudre, &
suivre ksvoÍcntet, Puis qu'il y a Ulho
Ligue entre un nombre de Souver-aih"
et que l'Empereur y en entré, quel
autre que luydoit dire le Chef de cette
Ljgûe, & peut en convoquer l'Afitmblcc?
N'tftte pas à luy à prendre la lqu'iltaJle a Piince
d'Orange? L'éclat où la France se uouve
auj çuid huy bldle rIrnpirc,& pour
Jatisfaire l'envie que l'en a de l'obfcur-
(ir) -en bai{fc cet 1Empire nullefois
davar.tageqû'of1ne fÚoit en i allt en
paix avcccettepiilianteRival e. Il n y eutjamaisdehente à reconroiftrcle
véritable mérité , maiS il y a beaucoup
de beflefle à donner de l'encens à un
Usurpateur.Qtieparmctrah.son heuitufc
pour ccky qui i'entiepicr.d,un
Souverain perde sa Couronne
,
il est
loujours Roy, il reçoit par tout les
me/mes honneurs
,
il est plaint & refpedé
s &,il ne luy manque qu'une
nembreufe fuite de, Flateurs; mais si
la fortuneabandonne un Ufurpaieur
,
en ne voit plus rien eu Souverain
,
icit le Ci-mincl Faroifi) il naplus
d'^ccneurs àefpexer, & n'estantplaint
que de ceux qui ayant part à fort crime
en craignent le chaftiinent
,
if perit
fouvencdans lessupplices qui font deainez
pour les Tirans, St qu'il n'est
pas aise qu'ils évitent. Comrrrerien
n'enltable dans le monde, Se moins
en Angleterre que dans aucun autre
Etat, jugez, lors qu'elle viendra a se
repentr de iarevulre, quelle fera là
confusion de ceux qui ont applaudi i
celuy qui l'a causée, & qui ont rampé
i Ces pieds, comme onthitI-Enyoyé
de l'Empereur, & l'ÀmbaHadeurd'fc(H
pPaaggnen. «-L'ESPAGNOL. J,
J'en rougis comme vouspour routée
la Maisond'Auftriche,& puis que touSdevons
parler de bonne foy, & qu.
c'est la finccrire qui nous aOEeTribté) j'tt
ne dois point faire vor ieyiesrodoi^
montades si ordinaires à ceux de noftr^j
Nation. Àussi bien Vacco'rderoien'tc
les mal avec les affronts que noftrèij
union avec (e Prince d'Orange oouii
fait essuyeri tonsmotNens.U eftimw
possible que nous voyions sans gémir,
les pertes qu'il nous cause, le fang
-qu'j;I nous coure,Sel'argent dont (es.
projtrsont épuisé nos Finances. Nous
îçavionsmieux que personne cequ£
peuvent les Armes de France fous un
Roy toûjours Vainqueur. Depuis l'an.
née 1667. rIsse
)
Douay
,
Cambra1.,
Valenciennes. Saint- Orner,Airey
Condé
,
Ypres, Bouchain, Courtray-,
Oucienarde
,
Limbourg,Ath) lcuve
5àint Guilain, Puicerda
, M'effine;
Gand, Luxembourg & placeurs au*
ttes P laces qu'il m'est inutile denommet)
outre des Batailles gagnées sur
Mer &: sur Terre, novvs avoient assez
appris te qlYC nous avions à craindre,
si-fcou osions nousengagerde nouveau
à entre*cta guenfe contre une
Puissance si redoutables La France
fcftoit tranquille, & sonRoy ne vouloit
point troubler la Paixqu'il avoir donnée
à l'Europe par une bontés
toute genereuse. ll avoit lai{f repot,f-,
rttles Ennemis de la Chreilientc
, &.
quoy que la Politique luy îeprefcntafl
que la Maison dAtiiljlLhe le feieit
servie d'ure pareilleconjorcliii-e.,m-11,
gré tout lezile de Religion dont Íq
Princes ient paraèe) & ladévotion
qu'ils tfft dlentla sincere pieté du
Roy de Fiance l'importa iur toutes
fprres deconfédérations, & des COI1- qudlcs ceitainei furent incapables de
le tenter. 11 preftia lesimertfhd<
l'Egideàles propres interdis, & cc
Monarque, ïcjn de faire lever dej
iTioupes, & dele préparer àla guerre,
ne pensoit qu'à attirer des £*ncs à
Diell.,adéuuirè les Temples de l'Hc
lesse dans son Rcyaime, ôc à faire
bâtir des Eglifcs. Le Prince d'Orange
proposa au Roy Q\Espagned'entrerave<
Juydans une Ligue pour Llirjc:fculcvcl
les Protcftans de friir,ce,y faire n fleuris
leur Religion,&prr-rraigaegrctre,tcu,uttl'Ei- Ft-at,2li
avec les autres Puiflriu'cs qui-ifloien^
déja entrées, ou qui dévoientcntici
dans la inclineLi^ue. Il picpofa en
1\.lmç.Hmps de le rendie maiilrç
.rAngleterre,alléguant qu'il n'y avoir
^qu'ellefelile qui puft empêcher la rui-
.né totalexle laFrance, Le Roy appric
.tout ce qui Ce) tramoic contre luy &
^contre Ja' Religion Catholique-Il en
:fit,ï'.art au Roy d'Angleterre5 qui ne
;put se pecfuader d'abord qûe son Ncveu
& fonGendre » pour qui U n'avoit
jamais marqué que de la bor.té
, &
qui avoit tous les sujets du irondc de
te loiier des obligeans témoignages
d'amitié qu'illuy donnoit, eust pû for
mer le dessein de faire îiaiftre la révolte
dans ses Etats, & de l'en chasser pour
en faire1 couronner Roy, fous des
ïprettxtes si foibles, qu'on a cesse d'en
rarlèt depuisqu'il sestplacé sur sois
Trône,. Sa MajtûeBritanniqueeftorc
d'autant plus éloignée de croire tout
i:e qu'on luy disoit du Piince d'Orange,
que le Sieur Bentcim, son Favory,
estoit alors à sa Cour pour le fe*
Jicitcr sur la nailfancc du Prince de
Galles, & qu'ill'assuroit que tous les
bruits qui couroient du voyage de ce
I
Prince en Arglcierre, cfloient abfoiument
faux de iorte que ce Monarque
fit sçavoir au Rcy de Ftcncc que c'cfioir
luy fcul que Korage menscoit.
Quoy que le Roy Très- C hreftien ne
ic fust pas préparéà soutenir l'effort
de tant dEnnemis qui avoient juré sa
perte , comme sa prudence Juy fait si
bien ménager les choses, qu'il ne
s'cxpofe jamais à pouvoir cflrc furpris,
ilfit aflcirblcr tcut ce qu'il avoit
de Troupes, pour prévenir ceux qui
avoientrefelude l'attaquer,AMonfei*
gneur le Dauphin partit pourf/Iîeger
Philisbourg. Les Princes liguez nc-'
ftoient point en estat de (è mettre en
campagne. Leur dessein avoit éclaté
trop tost
, & i!s ne devoient agir que:
quand lePrince d'Orange feroitsurle
Ti ônede la srar d'Bretagne. Ils s' c:.
S-foloiieennrt m-e/fne fllfaatteezzqquueelolorrss qquu''iill lfrce--,,
xoit en mer,il empêcheroit les Troupes
de Fiance de faire quelque enrre;".
prise,dans la crainte qu'eniauroil qu'il!
nefift uncdyfcente sur les ccftesdecet:
Etat, Se ils elperoient qus les Nouveaux
Convertis se fouleveroient à la
veui decetteFlote,mais la pcùdcncc,
du Roy rendit toas leurs projets iÕ.Ur":
tiles. & Philifbjurgfut obligé d«.féf
rendre avant que la Ligue lre vist en
pouvoird'en executer aacun. Pendant
que toutes ceschofes fï pifTjicnc,rE!-
pâgnJ en estoit i'heureuse&tranquille
fpeclatriw. Elle n'ertoit' point encore
,
entrés daos la Ligue, qui la follicitoit
puissammentde se dechrer de fou party.
La Fiance de son cofté luy faisoit
de grandes instances poir l'engager à
demeurer neutre, & les diverses raifons
qui la pouvoient faice balancer,
furent portées aux Conseils du Roy
d'E(pagne, dont les sentimens demeurerentallez
longtemps partagez. L'affaireestoit
delicacc du cofté d; Tinterest,
de la glaire, & Je la Religion. La
Ligue fai{Õ:t efper^r au Roy Cathoitq.
ie q l'oa IMy feraitrendretoutes les
ConquedesqicJeRoyde France avoit
faite;' dans les Paysrbas, & ses proj ets Jet$
BaroilToicnc si bienconceus, Se leus
succés (i certain ,
qu'il'lsftnbloit qu'il
tt'y eust aucunsujet d'en douter; m'lit
il'iailoit se declarer contre un Roy,,
Fils aînédel'Eglise ,un Roy honnefta
homme, un Roy dont on avoit épouCé:
la Nièce. Il falloit consentir que l'on?
tifurpaft une Couronne, donner leg
mainsàla ruine de la Religion Car
tholiquseo Angleterre» travailler a
rétablir la Protestante en France,& 4a
l'y faire fleurir
,
& prendre les arra:*
pour aider à mettre toute L'Europe eni
Feu. LeRoy mon Maistre, iculie
pieus, éqatable, & porténaturelle
ment an bien, avoir peine à
s'yre-f
foudre.LaReins Doiiairiere,recondé
de toutes (es Creatures, & de cei/ea
que l'Empereur avoit à la Cour d'i
pagne, prit fortement le party ds 1
Ligue,& l'affaire sur agitée dans plu
sieurs Conseils,Gins qu'on y puft pren
dreaucune reColution, La Reine Re
gnanre qui faisoit les delices de (e
Peuples) fouîsnoit les bons (utirne,
dif,
mRoy, & cette Princesse estoit sur le point
Ee triompker) & d'empefeher les pertes que
KCpagne
Jouvoitresiastfearites depuis ce temps-là. On ne
à la justice, & à la fOlce de ses
itrraaidsooints.Eile aroit une prudence qui embirses
Ennemis, & en prenantle party de
équité, de la gloire, du fang, & de la Religion
, elle fouîtenoit l'intercfi. des Rois avec
une chaleur qui lafaisoit craindre, &admirer,
lors qu'une mort fubitc priva l'Espagne de
cette Piincene. Elle eltoit jeune, &jouïssoit
l'une parfaite fanté. Sa mou qu'on liavoit ,s lieu d'attendre, fut favorable à (esEnnepmoiss,
Se l'on peut dire qu'elle mourut à propour
eux. Le Roy Catholique, que cette
Jcrte: toucha jusqu'au fond du coeur, s'abanonna
à-la douleur la plus vive. Tout commença
àhif devenir indifferent & ce fut
ans doute par là que le Party du Prince
tle'O4reange vintàtout de l'engager à se metlà
Ligue
, & à refuser la Neutralitéque
a France luy proposoit
, & sur laquelle elle
n'avoit PU avoir dç réponsedepuis si long- temps. Le Roy d'Espagne en entrant dans une Lilue
avec des Princes Protestans , hazardoit
"autant plus la Religion dans les Païs-£asf
ne non feulement la Campagne devoit estre
ivmopiltie de Troupes Protestantesjmais qu'il
meûue en faire entrer dans la pluspart
des Villes, tant pour la feuceté de ses Places
àcauseque les Garnirons n'eneftoieatpa
apllez fortes, que parce que les Alliez n' assez de Villes de ce cofté-là, poar îiverner fai
leursTloupes,qui aobligéc
deBrandebouigà prendre cette anneuiquJ
tier d'hiver dans les P4ïs-Ba&, 1in d'éviter I
trop long chemin qu'elles auroient eu à sais
pour Ce trouver prestesàl'ouverture de la Ca
pagne.Chacunsçait que ces Troupes, &c
d'Angleterre ont fait mille inCultes aux Car
liques,ét, tournéenderision les Cérémonie
cleleglise, dansles Places où elles out h|
verué. L'Espagnen'auroit pas autrefois e posé la Religion à de pareillesavanies. Ceia
conduite est non feulement contre fou u&JI
& contre l'attachement qu'elle a toujours t rnoigné pour la Religion Catholique, m
aussi contre les preceptes de Philippe)1I.
CarduulBentivoglio dans Ton Hiiloiiedf
Guerres de Flandre ,
rapportequ'après que <
rrfnce eut parlé à Marguerite de Parme I
Soeur, de ce que les Païs-Bàs dont il lia
ïaiiïoit le Gouvernement , avoicnt à craindJ
de la France, de l'Angleterre & des Princj
Heretiques de l'Allemagne, il ajouta, <2l
tes Voisinsferaient dans de continuelles pratiq
pourfuira naijlre le trouble dans ce Pais, & e
ce tlu1on en Rêvait craindre davantage, i
qu'ils ninfeciafféttt le Peuple d'/ferefie3
qu'ilsneseferufcntdecetteoccasîonpour engager
la Noble à des net.'LeautrZ Qu'on chercherait
alors à empoijoiner la J'upulace du zenin
desfauxdogmes,se àlapouffer peu à peu de Ut
libertéàla licence, de la licence aux tumultes,
& enfin des tumultes à la révolté. Qu'en permettant
que CHerefie s'vntroduif.si dans lesPais-
Bas3 il esloit d'une ccnfequence infaillible qu'elle ynnflaccompagnée de tous ces maux. Que lu
Haye se la sausePieté ne pouioient st.bfifler
eiljemble. Que f: les Peuples se diiifoient dam
leur Piy ,
les Grands iroient aussi tcftavx nou-
'LealtteZ& prendraientmille fat.xfMtcxtes pour
convertir la Belgien en factions. Qu'on en
icyoit de tres-malheureux effets en Lllemagne)
se'descommencer;;ens en France quinei'estoient
gueremoins. Q¿epetir garantir laFlandre d'un
malheursemblaile, il falloitla tenir entièrement
nette d'Htrefie, se n'y permettre aucun
usage de Rcl.'gicn que ah) de la Catholique.
Que c'était l'ancienne Ó" VéritableRebgicn- se
lafeule dentet:sijs pr.jiIJ;o'l dans tousses autres
Rcjaumes. ,e la A/aifcn d'Aiflriche en tiroit
toute sa Grandeur, seque commeparson moyen
les Sujets se t¡Ol:'Lc:ent unis entfeux dans le
CultedesAutels ,
elle fenoit encore à les lier
davantage ensembledans l'obeïssance qu'ils de-
'Lo:ent,& à leurs Princes, &aux M/tgiJlrats;
de forte que lorsqu'il la soutenoitse la defendoit;
elle le soutenoit & le defendoit rectrç•
;Iement
Il
& qu'enJJle plusJ pement, quenrendantparlàleplusgra&m
service qu'il pouvoit à Pieu 3
il sensuïvoit quim
frocuroitenmefine temps toutes fortes d'awtntm
ves à la Couronne d'Efbavne. f
Charles II.qui regne presentement, a ism
tout le contraire de son Bisayeul, & comm
il ne ioutient Foint l'Ancienne & VeritableR
ligion, aulli la Religion, ny ne le fouftienti
ny ne le deffend. C'ellpourquoy nous ni
devons pas nous étonner
si
depuisl'Alliance
qu'ilafaite avec les Ennemis dela Religion)
& contre la Religion, il a fait pertes sur pertes
; & si avec toutes les Mines qu'il a
dans
les Indes, iln'a pas eu dequoy entretenir,
une poignée de Trcupes, en forte qu'elles ont
estéCouventl'objet de la raillerie des !nne-:
jnis, & reduiies aux plus facheusès extremi-l
tez, jusqu'à demander l'aumône.CetteEspa-j
fgonuern,isauuefois si fiere, aveu ses Généraux
par ses oidies, à enrecevoird'un Ufurpateux
, & d'un Pcrfccuteur de son ancienne,
Religion. Elle s'elt veuë & se voitencore tout!
les jours obligée de plier les Eollandois). sess
Sujets revoIrez, de luy prester de laargent, Sc{
elle n'a point faitdifficulté d'engager ses Do-i
maines pour en répondre. Apeineest-elleen-<
trée dans la Ligue, qu'elle a veu sur fesTer-i
xes les Troupes de ses Alliez, & celles de:
Prance y vivre à discretion ,& qu'elle a eité
contrainte de payer de toutes pans de grolTeii
Contributions aux Trançois>qui ont démoly
'jusque dans'le coeur des Pais-Bas, tout ce
quiles a incommodez. Ses Troupes ont este
battues en Flandre, en Catalogne, & en
Savoye. Dés que le Duc (Te ce nom s'est laissé
engager dans (on Party, il a perdu presque
tous ses Estats) sans que toutes les Troupes
du Milanez jointes aux nennes, avec un recours
d'Allemans, les Troupes de Naple&
de Sicile, & tout l'argent qu'on a pû tirer
decesdeuxRoyaumes & du DLché de Milan,
ayent pu reculer cette perte d'un moment)
non plus que les remi{es de Madrid, accompagnées
des Troupes Espagnoles qui en font
venues. Tout cela n'a [ervy qu'à découvrir la
foiblcire du Roy d'Espagne
}
& à faire triompher
le Roy de France, qui loin d'estre en
garde de ce cossé là,ne pouvoits'imaginer que
les aûi,-ns du Duc de Savoye deussent s'accorder
si mal avec ses véritables interests , les
paroles, fcs Lettres, la juHice) la raison,
'& l'Alliance que le Roy luy a fait l'honneur
de contracter avec fuyJen luy faisant époufer
une Petite fillede France. Enfin Dieu nous
a punis de ce qu'en l'abandonnant nous avons
eu la honteuse dureté de contribuer à chasser
du Trône un Monarque Catholique, à ruiner
la vraye Religion dans les Eilats , 8c à
l'exposer dans les nostres. Le Ciel a permis
que nous perdiflions la Ville de Mons qui
pouvoit raÍfer peur imprenable, &qu'elle
fust emportée à la veuë de nos Alliez, 5c de
leur Chef, qui ayant fait d'inutiles démarches
pour nous fergarir, ncus ont ccuftc cher
peur toute la fulfiftance qu'il a salu fournir à
leurs Treupes, de forte que nous nous
voyons accablez par nos Alliez comme par
nos Ennemis , & ce qui fait le ccmble de nos
malheurs, par la colere du Ciel. les pertes
conufJuelles, les affronts, & le manqued'argent
,nous rendent des objets de misese & de
lifte; & ncus devons tout cela à l'esprit
perfunfif du Prince d'Olalge. qui your ses
seuls irtertfls ncus a faitfaciifier les noftres
à son ambition, & agir contienostre
gloiie, noibe conscience,noilie Religion,
& contre ce que nous devions à Dieu, aux
hommes, & à nous-mesmes. -
Ccirme ilefloit déja tard lorsque l;>Efpa..
gnol cessa de pailer,lerelie de la coiiYerfationfutremis
au jour suivant
AFFAIRES
i
f DE L'EUROPE îContre le Prince d'Orange
: II. ENTRETIEN.
A PARIS,
Chez MICHEL GUEROUT,Galerie*
neuve du Palais, au Dauphin.
M. dc.x el., 1IlUT.
- -
On donnerate IJ. de cbaam
mois Un Entretien sur lefj$jfai>
res du Temps, dont lePublic ne
payera cpeSEPT SOLS,
AVIS.
SI le grand succés d'un Ouvrage
peut exciter * fairt encore mieux,
celNy-g doit avoir detjuoyJatisjatre
le Letteur.Aussi nJ a-t-on rien épargné,
& la Planche dans laquelle on
trouvera huit Médaillesyeftun ornement
digne de lamatiere qu'on traite.
On peut voir par là qu'on lApptique
moins à ce travail par la 'fJell'é
de l'interelf. que pourla gloire de /4
France- Ceux quiachèteront çt fitond
Entretien doivent prendre gar.
de que cette flanche y fait mise
)
(5*
mesme d'une fort belle graveure, &
qu'ily ait des lettres lfeuronnées 411
commencement, défi à ces marques
qut ¿',,, mnoifira les veritablo
Exemplaires, d- qni neferont toiAi
Contrefaits, commel'a i-flé le proniey.
Entretitn ,qoi eftoutdefiguré d'une
fort méchante tmpreffiun
,
¿. rtmply
de fautes. VIIOuvrage quia le bonbettrdeplaireestfeujctà
ces contrefaçons
, &leLetteur court risque de
s'y voir trompé s'iln'yprend garde
de prés.
oOnn donnera daUu r-f- d'Aoust,lafu- ite
des Plaintes de l'Europe, & comme
elle ne fournira pAS JetjuoJ achever
le troisîéme Entretien, ony trouvera lecommencement d'un autre sur une
nouvelle matiere•.
AFFAIRES
DUT E MP S.
(,
XI.PARTIE.
Les Plaintes de fEurope contre le Pxinced'Orange.
IL ENTRETIEN.
Es mêmes personnes qui
avoient entrepris de faire
voir qweiePrince d'Otailçeefl:
lafcuL ca se de l'ef-
Fnfion de tout le fang qui sert ré-md'l
en Europe depuisquelqur ai,,né'es,
lSeeuqr'sil l'a plongée d.ins tou 1s malqui
1accablent auoiid'huj#
s'étant trouvéeslelendemain dans le
mesme iieu, où leur conversation avoit
commencé, la reprirentdelà forte.
L'AUSTRICHIEN. )
Quoyqu'il foit forrrare de pouvoir
trouver. un Amy fidelle & veritablehonneste-
homme
, je ne laisse pas
d'estre allez heureuxjtour çfiayoifj
uu de ce caradFere , à qui je ne cache
rien; & il £aBt vous \,avoiier..-, je luy
ay fait. partdéklacoîwefrti"n q' c,
nous eulmes hier ensemble
,
& maigre,
la droiture de (on ccrur- il n'apû apr
rendre.qu'avec<]«eléfue$-^marques de,
surprise ,qu'enparlant du RQY-, de
Fiance* nous en^yons^dtttàivtde-choses-
glo-rien ses. L'ESPAGNOL. • Les faits que nous avons rapportez
luy femblenc
-
ils faux ,ôcles at-il
combatus ?--. * , - r. 1-: L'AUSTRICHIEN.
Non, mais ce font, je croy, des,
verirezqui le chagrinent., & qu'il,
voudroit ignorer.; L ?
S
i
L'ESPAGNOL. *- [Elles
ne font pas moins veritez poitr
cela) & il doit estre moins étonnant
d'entendre les plaintes que nous faisons
de nos Souverains qui nous ont rendus
malheureux pour avoir pris un
méchant party. que de voir ce que la
ibizarierie des hommes a fait remarquer
de tout temps dans toutes fortes
- d'Estats. Si vous y avez pris garde, il
n'yen a point oùil ne se trouvedesSujets
qui ne font jamais contens, quelques
profperitez qui accompagnent
toatei les actions de leurs Princes.
Ces Frondeurs éternels, ccsNouvellistes
bourrus, & remplis d'inquietude
,
qui semblent mettre tout leur
plaisir à contrarier, & qui ne rongiflent
point de faire des éloges de
la conduite de leurs Ennemis, qlOY
que méchante
, ne paroissent jamais si
chagrins
, que lors qu'il s apprennent
ds Nouvelles qii les devroient réjouir.
Ce n'est pas qu'ils en foierft
lâchez dans le fond de l'Ame•, maïs
leur claaere eRant,de n'approuve
jrien
-,
i:s ne peuvent témoigner d
joye d'un heureux'succés, parce qu'ï
n'arrve pas fclon le plan qu'ils avoien
dresse
, ou à cause que leur imagina:
tion fouvent gallée par les Ennemi
iecietsde l' Êuc
,
leur representequ'i
Aura des fuites beaucoup plusfâcheuses
que les avantages n'en ont esté grands-
Enfinentendcz-le raisonner,011doic
xrundre}afq l'au milieu des ViéèoiresJI
& la plus (âge conduite est accompa4
ignée d'une infinité d'irregularitez Se.
desa.tes eHntielks. Si tous les Etats
du Monde font remplis de ces Empoi.
ionneurs de bons succés
,
à qui les;
proOerirez donnent des sujets de plaintes
par lesconseq icnces qu'ils en tirent
,&dont les Cris que IVlegreiîd
publique oblige à panier
, ne peuvent
fini les gemitremens, pourquoi
oe veut-on point que dans des Ecacs
qu'un malheur perpétuelaccompagne*
comme cenx où noussommenez, il
se trouve que'que petit nombre de::
1
1
Sujets sinceres, qui n'estant point
iveuglez, parlent des chosesfélon
qu'elles se partent efïe&ivement, ainsi
que nous filmes hier dans nortra converfation.
La vérité ne change point
de nature pour cela. L'imprudence tit
nos Souverains & les miseres qu'elle
nous attire, ne diminuent rien de
nostre fidélité. Nous* n'en fom:"ne$
pas moins prets à les servir fani
nulle reserve; mais pouvons-nous
ignorer la verité quand nos partes
fervent tous les jours à nous la faire
connoistre? Si nos Souverains feduirs
dimoient moins dans les chimer
res dont on se ferc pouc furprerrdre
leur raison &: les éblouir
,
comme
on verroit leurs Etats p:us lforilfans,
denrs Sujets ne feroient pas dans l'accablement
où ils se trouvent. Cette
iverht qu'ils cherchent à se dégnifer,
ne sçauroit estre par tout que la mçmc
vcrité. En quel que Climat qu'elle se
rencontre) ny les interestspatticulicrs,
t
ny tous ls rellorts cachet que V'an#*
binon, l'envie
, ou lahaine ont accoûcumé
de faitej.oiïer, ne peuvent
la rendre différente.d'elle-mesme. Ain
si CwUX qui ne luy ferment ny leur
yeux ny leur ccrir, pour s'empêche^
de la voir & de la sentir ,doivent la
connoiftie auHi-bien que nous. Nous
l'avions feule en veuëquand nous avons
commencé nos Entretiens. Ce-1
toit la fîneerité qui nousavoitaflèmb!
ez, Laverité nous ouvroit la boucher
& l'on s'étonne que nous Voulions l'écouter
,
commeii nous devions eftre1
toujours dans l'aveu.glemént
, parce
que nos Souverains s'obstinent aréfuier
ies lumieres!
LE BAVAROIS.
Je ne doute point qu'il n'entre:
beaucoup de ces raiforrs dans la fur-,
prise que l'on fait paroilhe, de ce que
vous avez bien voulu dire des veritez'
qui ne font pas à vostre avantage; mais
je cjoy que l'on s'en étonne aussï,
parce q1'il est bien plus ordinaire de j
s'égarer, que de prendre le chemin i
que l'équité & le bon sens nous prescrivent.
La Ligue nous en
est
un
grand exemple. Elle est composée de
Souverains qui doivent efire plus
éclairez que le commun des hommes,
par les foins qu'on a ds leur apprenire
presquedans- leur berceau, ce qui
tegarde l'interest des Princes. Ils ont
bailleurs des Ministres conÍÕmm, &
lors que tant de personnes qui deproient
estre habiles, se font perdue?
aour avoir fermé les yeux aux lumières
que la verice leur preientoif, il
emble qu'il- ne doit pa! cftre permis' ïdes Sujets de les ouvrir, pour voir'
:ette vérité sur laquelle ils ne peurenc
raisonnerqu'à la honte de leurs*
^{laifLtrc'As. USTRICHIEN.
vous ne ditesrien quineme foie
ombé dans refprit, mais si vous estes
my de la vérité, comme vous voulez
lue nous le croyions, vous ne pouvez
lifeonvenir d'une chose
,
qui allurélenc
est inconteftible iSiquand je
vous paÍfe l'aveuglement de nos Sou4
verains, il faut que vous demeuriez
d'accord avec moy que le Roy de
France doit à Ton Etoile tout le bon-*
heur dont il est accompagné. Le contraire
ne sçauroit se soutenir ; car enfin
quelles que soient ses Inmicres, sa
valeur, &sa puissance, il est né homme
comme les autres, & il n'y en a
point encore eu, non feulement qui
ait rien fait de [emblable,mais mesme
qui ait pu en approcher de bien loin.
Qu'on examine les Historiens les plusfutpéh;
le plus menteur n'a jamais
osé porter si haut 1e gloire d'aucun
des Heros qu'il a entrepris de favoriser.
LE SAXON.
Vous pouviez vous dispenser de
parler icy de l'Etoile qui rend le
Roy de France si superieur à tousiles,
Monarques de l'Univers, puis que
tout le monde en tombe d'accord.
LE BAVA ROIS.
Peut-on en dire aurre cho[e, *
pioins qu'on ne foit plus aveuglé que
ne le font tous les Princes de la Ligtue
sur leurs interests : L'AUSTRI CHIEN.
En effet, comment le Roy de
France, dont les Etats font allez
cornez, auroit-il pu soûtenir la guerre
ontre une légion d'Ennemis, s'il n'avoit
eu une Etoile qui le pourroit
faire resister à toute laTerre? Il a contrç
luy les deox branches de la Maison
d'Auftriche.Celle d'Espagne a
des Etats dans l'un & dans l'autre
Monde,& compte presque autant de
Royaumes, dont elle tre del'argent,
qie le Roy de France a de Villes
coniîderabies.Joignez à cela ce
,q l'clle en tire des Indes. La branche
td'AlJemagne, outre les sept Eleéteurs
qii fontdans son party> & qui s'égalent
tous aux Roisdu fécond ordre,
est soutenuë d'un nombre infiny de
,.petIts Souverains & de Villes, qui
:fourniiî'ent chacun des Troupes &: de 1argent,sans parler du Contingent
quedes Princes plus conifderaUe*
& meftne des Rois, doivent àiliod
pireny des recours que
peuveût
faafl
nir les Royaumes de Hongrie & d
Boheme. L'Angleterre, qui a esté I
longtemps en polîcilion de J'Empûi}
delà Mer, & qui^pemetre autfc1
fqis jusques au coeur de U.France,eil
encore aujourd'hnyarmée contje^ild
avec la redoutable Républiquedj
Hollande, si puissànte lur Mer,
riche par foo Commerce, & f1. sa-I
meuse par lesMédaillésqu'ellea-fak
fraper, pour faire connoistre qu'on ta regardoit comme l'Arbitre des Rois.
Le)
Duc deSavoye,qui feignoit d'être dansl
les intereûs de çeluy de France, devaitl
- avancer sa perte, au lieu d'ajouter,
comme il a fait, un nouvel éclat à [esj
triomphesj puis qu'il a cherché a Le
surprendre, en luy portant des cou psi
d'un cofté où il neaoit point en gaide.
Les Proteftnns de Ton Royaume
quefept de ses PredecelTeursn'aveient
pu.reduiredans l'état où l'on les voit,
ujourd'huy
, ceux de la plus grande
artie de l'Europe armez pour sa per-
5, & unis avec les Princes
Catholiques
; enfin., tout ce que les Souveains
de l'une ,& de l'autre Religion
ne pu luy susciter d'ennemis
,
n'ont
ervi, & ne fervent encore tous les
ours qu'aluy faire remporter des
vantages plus grands
,
& plus conti- .-
tuels;ce qui n'a rien de naturel, &
>aroift
, quoy que véritable, entieement
hors de la vray-semblance. LESUEDOIS.
En voulant diminuer les louangesdu
Hoy de France, vous en avez fait
n peu de paroles on doge si juste & si
)eau, qae les plus longs Panégyriques
qu'on a faits de ce Monarque,
n'endifentpas davantage. L'AUSTRICHIEN.
Commetoutceque rayditne regarde
que son Etoile, je ne pretens
phoeuinrteulx'avoir loué. Ceux qui font nez
se trouvent toujours dans la
bonne voye, quelque route qu'ils
choiftflent. Leurs affairesfcfontd'elJ
les mesmes sans qu'ils s'en mettent en
peine; & si je puis me servir d'une
façon de parler de& plus commmts 4
le bien leur vient fouventendormant;
LESUEDOIS. 4
Voilà lesdiscours que tiennentcerne
quicherchent à sabufer
, ,& qpiVc-i
tant eux-mesmes rendusmaiheureux,1
prétendent cacher leurs/antesjeadifank
qu'ils font nez fous une méchante"
Etoile
>
& que le bonheur des autres•
faittout leur merite. C'efcun jargol1
à ljamode qui.est dams la* bouche de
tous ceux qULVQyenc échàacr des entreprifes
niai concertées, mais quelques
foinsque l'on prenne adimmuer
la gloire des Princes quemille vertus
politiques& morales
iront
briller, il est
cettain'^ue le Cielse contente de leur
donner d' heureusesdispositions à bien
faire, & qu'ils deviennent plus on,
moins heureux, félon qu'ilss'appliquent
à les cultiver,c'est à dire, seson
Vils font valoir le talent, ou qu'ils- I* 1cril'enfouiflcnt.
Il n'y a presque point de
Cours dans l'Europe, où la curiosité
ne m'ait faitaller. J'yjiy plusexaminé
les Souverains, que les Palais, le4
Meubles, les Jardins, & les autres
raretez, 6c ce que j'ay vû m'a fait
connoistre que le Roy de France ne
ioit qu'à luy-mesme, tout ce qu'on
voudroit imputer à son bonheur.JamaisPrince
n'a plus donné detemps
au travail que ce Monarque. Il voit
tout, il connoist tout, il entend -
:out par luy-mesme. Il est heureux
parcequ'il est fage. prudent, modéré,,
ieux& juste. Il est heureux, parce
ue son décerneraient ne luy a
laissé
oifir que des personnes dignes de
lemplir les plus impoïtans emplois
son Etat. Il estheuieu*,parce que
loind'çftre jamais preveou, il présent
toûjours- ses Ennemis malgré
bur nombre & leur vigilance) &
lue quelques coups qu'on ait voulu
py porter »
jamais Prince ne les larçzavec a, plusde hauteur & plus
de conduite. Il est heureux, parcequ'il
ya d: la teste dans tout ce qu'il
efttrsprend, & qu'il n'y a que d la
passion dans tous les proj ets que ses
Ennemis forment contre luy
, ce qui
les fait avorter dans le temps de l'execution.
Il est heureux, parce que l'union
ne regne pas moin-s dans la Famille
Royale, que dans ses Etats, &
qu'il en est lesdelices. Enfin il est
heureux, parce que Tes
@
Troupes
triomphent toujours
, & qu'elles font
seures de vaincre,me me avant que
d'avoir jamais appris leur menerA la
guerre, puis que tous les Cadets qui
font dans ses Citadelles, dans les
Afcena-ux & dans sesEcoles de Mariné
, ne vont â l'armée qu'aprés
qu'on les a instruits parfaitement de
tout ce que les meilleursOfficiers
doivent sçavoir,Sfque toute la Jeu-!
Jlelfe de France s'empresse d'estrede
ce nombre, à cause qu'elle apprend
jtùx dépens de fan Souverain
, tout ce
qui épuifoic autrefois la -<Nabltï!e,
On a lieu par Ii de croire que la
France ne manquera jamais de Troupes
scavantesdans l'artcie la guerre, &
c'cft ce qu'elle doit àla prévoyance &c
M. la libéralité de Ton Prince, qui par
xonfequent doit peu à (on Etoile, puis
qu'il
b
'etf rendu aussi grand qu'il cft,
îpar une valeur intrépide & toujours
égale, & par toutes les choses qui
peuvent contiibuer à la gloire d'un
Monarque. Ainsi l'on ne doit rien
attribuer à l'Etoile, si ce n'etf à celle
dela France,qui a l'avantage d'estre
gouvernée par un Souverain qui la
rVIenodLusisEnodBilaAncVe. AROIS.
me paroifiez aujourd'huy si
François -
, que j'ay su jtt de penser
que l'ancienne union qui a duré si
longtemps entre la France & la Suede,
pourroit bieu se rétablir. | LESUEDOIS.
Il n'est point questiondécela.Nous
saisons professiondedire la vérité, &.
e rapporte ce que j'ay vû, ne pouvant
souffrir qu'avec le Jargon dJ:E
toile & de bonheur, on oftc au véritable
mérité ce qui luyest dû. Si l'on
ne veut pas que le Roy de France
doive à luy seul tous Ils avantages
lqiii le rendent fr redoutable à toute
J'Europe, il faut que l'on demeuré
d'accord qu'il en doit une partie au
peu de conduite & aux fautes qu
les A'liez ont faites. à
L'AUSTRICHIEN.i Quoy que nousen convenions,fai.
tes-nous voir celles que vous avea
remarquéLes.ESUEDOIS. J I Volontiers. Le Roy de France étara
entré en guerre en 1671. contre
Hollandois qui s'cfioient liguez comrj
luy cinq années auparavant, & qui ;
voient eu l'insolence de faire frapp
une Médaille où l'on voyoit Jofu
qui arreftoit le Soleil, parce quea Bunirgue> qui estoit alors Amba-flî
deur des Etats en France, & qui s'a |
peiloic Josué avait travaillé à la Paix
1
a laquelle ce Monarque voulut bien
coiifenticjaprès la Conqueste del'isle,
de Doüay &: de Tournay, lEmpereur
fitunefautetrès--considerable, en
se menant sans necessîté dans une
guerre qui ne le regardoit point. Il
n'avoit aucun su jet de Ce plaindre des
Françoisquil'avoientaffilié contre les
1Turcs, & il devoit estre aigry contre
la Hollande qui méprisoit ses Lettres
, ïes & les“Mcmcires reïterez par Ambassadeurs pour la reftitntÍotl
des Commanderies de l'Ordre de Malthe
dans les Provinces Unies, en sa.
veur du Cardinal Landg ave de Henf,
Grand- Prieur de cct Ordre en Allemagne.
Après qu'il se fut mis du party
d'une Republique qui pretendoir imposer
des loix à tous les Souverains,en,
réglant leurs dem-eflez,côme on le voit
par l'insolente Médaille de .Affcr,is.L-
¡bus,
sur laquelle je ne m'étells point.
parce quelle est généralement conmië,
Fe Roy de France le punit d'un prccccjc
«t.ufliinjuste qu'U esteit ingrat. Lç Vit
comte de Turenne gagna sur luy plufieursBatailles
dés le commencemeni
-de cctte guerre, & entre autres celle
,de Sinzeim
, & d'Enfeim. L'Empcreui
perditensuite quelques Places, &
par cette guerre ,
entreprise feulemeni
dans le dellem d'abbaiiler la France
il continua de travailler à mettre,
l'Empire dans le déplorable état où
nous le voyons. Il commençoit à feré.
tablir
,
lors que l'Empereur l'a replon.
gé dans de nouveaux malheurs, enentrant
dans la Ligue d'Ausbourg ,cc
qui a donné lieu aux Turcs de reprendre
la plus grande partie de cc
qu'il avoit conquis) & au Roy d<
France;de se rendre maistre de Philis
bourg, & de sare trembler les deu
bords du Rhin.. Ainû l'on peut dire
que les fautes que l'Empereur a fait
en se liguantO deux fois de fuite contr
ce Monarque
,
n'ont pas moins[en'
à le faire triompher, que sa parfaite il
telligaice dans le mestier de la guerre
& l'on doit conclure delà que fonEtoil
n'a que tres-peu de part à les
-
questes.-Cou- tr L'AUSTRICHIEN.
Si l'Empereur ne s'estoit point consente
de faire des Reveuës sans s'estre
jamais trouvé à la telle de ses Armées
, comme il ahroit estétémoin de
la rapide valeur des François, il en
iauroit eu beaucoup plusd'êtonne-
Iment qu'il n'en peut avoir, lors qu'il
ne l1',apprend'*que par lres pertes; Be
peut-eûre ne se feroÜ..il pas engagé si
aisément dans la derniere Ligue. [LESUEDOIS,
p. La paillon aveugle toujours ceux
qu'elle fait agir. L'Espagne qui connaitroit
sa foiblelle ,qu'on n'avoit
point encore veue si grande,devoit
-acceptr la Neutralité qu'on Juy of-
[roit. Elle sçavoit que ses Places étant
lus frontières de IaFrance,& plus à sa
Lbien-séance que celles de Hollande,
ïferoientlespremières emportées, puis
qu'eUe n'avoit pas de forces funifantes
[our les défendre
, & pour empekher
qu'elles ne payassent les frais de. la
guerre, comme il estoit déja arrivé ert
167 2. de forte qu'elle ne peut Te cachci
-que son imprudence à s'erre exposés
à faire encore de plus grandes pertes «
a beaucoup contribué au bonheur du
Roy de France.
L'ESPAGNOL.
Le faux pas que l'Empereur avoil
fait,ne nous obligeoit-ikagàluyprcfk
la main pour luy aidAFà serelever,
quand mesme nous aurions COUÏU ai
nostre perte ? LGrs qu'il s'agit de [el
soûtenir
«
les Branches de la Maisons
d'Auftriche ne regardent pas si elle
-
fîSnc des fautes
t ou des injufticesr LESUEDOIS..
-
On peut dire encore que la mauJ
vasse Etoile du Duc de SÛYoyearen-..
du le Roy de France le plus glorieux
de tous les Rois. Jamais aucun Prince;
n'avoit fait encore de foutes si groffieres
, contre la politique, contre lei
bons sens
, & contre Tes interests. cd
Duc n'avoit ny aucun sujet de craindrm
la France , ny aucun pretexte de se
plaindre. Il pouvoit estre Spectateur
paisible de tout ce qui se paile prefentement
dans l'Europe. Il a voulu estre
Aitcur ,
mais il a si mal joiié son rôle,
qu'il a fait paroistre celuy du Roy de
France, qui [çait profiter des fautes
d'autruy en habile Pohtique) & en
Capitaine expcrimenté, & faire tourner
à son avantage ,
& à sa gloire,tout
,ce qui devoit contribuer à la ruine entiers
de ses Etats. iLESAVOYARD,
f La Jeunesse ne peut se terir en
place. Il faut qu'elle se remue ,
&
rien ne la gaste tant que les mauvais
,exemplesL. ESUEDOIS.
Les plus heureux font fortfouvent
lesplus inquiets
,
& ceux qui gâtent
le plus leur bonheur. La plufpartdes
[Electeurs & des Princes Subalternes
de PEmpire s'estoient bien trouvez , Ilesunsde laNeutralité,& les autres de union qu'ils avoient avec la France
pendant la derniere guerre. Les uni
avoienr trouvé les moyens de confer
ver leurs Etats, comme dans la paij
la plus profonde, & lesautresavoient
beaucoup profité de ce grand 'moui
vement d'armes où ils n'avoienc pris
aucune part,sans qu'il leur en eufl
routé autre chose que d'avoir esté
souvent menacez d'estre mis au Bari
de l'Empire. Puis qu'ils estoient dans
une si heureuse sîtuation, qu'ils pou3
voient connoistre telle, non feulement
par le bnheur continuel dont ils
joiiilîoicnr,maisen ore par le pitoya:
bleeltat deceux qui avoientpris party
contre les François, y
a.t-lune
imprudence
pareille à celle d'avoir voutu.
quitterlecertain pour l'incertain?Ils^
ont osé croire le Prirce d'Orange, &.
comme ils n'eiloiert pas airez puifsans
pour se garantir des armes toujours
victorieuses du Roy de France,'
personne ne peut douter que les fauf-"
ses démarches qu'il leur a fait frire *
n'ayent beaucoup contribué à l'aug-
1
tentation de la gloire de ce Monarue.
1Les Sujets dtsEledeursJe Cologne,
u'Pa'atinat, de Mayence, de Treves,
cduDuc deVvirtemberg, demeureent
tous d'accord de la mauvaise
ouduite de leurs Majllres) suivant le
iifonnemerjt du Suidois, qui continua
de parler ainsi. rLESUEDOIS,
La Hollande connoiilbir par sa prorée
experience que rien n'a jamais plus fatal à Ton Commerce, que
ps Ligues qu'elle a faites pour entrerendre
des guerres. Elle ne pouvoit
voir oublié qu'on l'avoir pinie fevecmenten
1671. d'en avoir entrepris
ne contre les François en 1667. &
estoit allez pour la rend re fage.
,oi«nrne ce qu'elle a souffertl'année
erlliere)aussi-bien quecelle-cy, de'
t no ivelle Ligue où elle est entrée
Durdétrônerle Roy dangleterce
: pour envahir la France, luy apprend ut de nouveau qu'elle s'est lourde-v
lent trompée dans tous fcs proj ets,
Y
personné ne peut clouterque Terreur
où l'afait tomber le Prince d'Orange,
n'ait donné lieu au Roy Tres-Chrêtien
détendre les Conquestes dans
les Pays-bas.
LE HOLLANDOIS.
Ce que vous dites est vray ,
& nous
aurions tort d'ea disconvenir; mais
il faut avouër que le Prince d'Orange
dl: le premier homme du monde pou
engager les gens dans des partis tout
à fait contraires à leurs interests. 1
leur met un bandeau devant les yeux J
6c les engage à se jetter dars des pré
cipices , qu'il les empesche de voir 1
quoy qu'ils soient ouverts de tou
costez. Illeur montre des facilitezin
contestables pour des choses impoffi
bles
,
& tout leur paroist aisé désqui
a revestu la verité d'apparences vray - semblables. Sur ces fondemens , quo)
que peu solides, ils risquent leur gloire
& leurs Etais. Donnons luy cett
lloouuaannggee ; jamais personne n'a eu ;jamaispersonne n'aeu
l'art de faire si-bien ses affaires aux
depena
dépens d'autruy ; & jamais Ufurpateurn'atantfait
de dupes.
L'ANGLOIS.
Il n'y a point d'Etats qui le fçachentrnicujt
que nous. Nous citions les plus heuretix
peuples de laTerrc: 8c il notts ena ren.Ius les
plusmiserables. Vous en allez estre convaineus,
quand je vous auray fait la peinture du
trilleestat où il nous a mis,&de'tous le
maux qu'il nous a eaufez. LaReligidn. les
Loix & le Commerce foufïient beaucoup parmy
nous. La liberténarurelle à la Nation
s'ytrouveinceffimmentà la gêne. La tranquillitén'y
regne point. & touty paroist à
craindre. Les -plus heureux succes fie petcrentmanquer
de tournera nostre defavanta-
£C "NOHS sommesretombez dans des crimes
plus grands que ceux que nous avions expiezi
nous en gemiflons secretement, & d'une filuation
heureuse nous avons pallé d.ms un dht v iolent, fins que nous mentions d'estre
plaints, quand mcfmc nons fouftlirions encore
cent fois davantage. Je voudrais avoir le
temps de vous cntietenit à fond de toutes ces
choses, mais je ne vous en fera y qu'une legerc
peinture
,
afin que chacun de vous puilîc
parler à son tour.
LE HOLLANDOIS.
Vous avez rai Ton de dire que le tem ps vous
Manque J car si je roulois vous faire lut détail
de tousses maux que le Princed'Orange noa aattirez jene finiroispas quandJe.parlerai
un jour entier. H -L'ANGLOIS:
RiennenesçCauroitéégoaler les rd-e)frdresau C
quels peut estre porté un Peuple partagé et
diverses Sedtes, lors qu'un homme poliuqui
sans en choisir aucunei [it les faire servi
toutes à sa fortune. J'empruqte ces terrric
-de la vie de CroIDvvel, nouvelle-nenc ihtprjtmée
,& ifs peuvent dhe' tres-bien
appliquez
auPrince dsOrange.Il n'y a rien qui al
perfiiade qu'il elt fins Religion, ou l'qll
lpeeauitt conduire qu'un Prince de ce caraéterent
ce que
c'eltque
foy ny honneur; quj
ne.setientpoint esclave de sa parole,tqi*
faCiifie tout à ses interestsv que rien ne lçH
clt cher que sa feule ambition, '& (ILg>abars
donnant à toutes fortes de crimes ,
il attire 1!
mlaalédiction de Dieu fiu lesPeuples qui on foiblessede lereconnoiltrepour leur SoCB
, verain. Enfin nouspouvonsdire que laRcHt
gion obci t chez nous à 4a Politique, Ou*
•îait des Ëvesques qui n'ont aucun Ccmirnct¡
.de Dieu, & on les y fait pour aneurer le r^
venu des Bencfices a'lX Creatures de J'Ufult
pateur , b & afin qu'ils tiennent les Peuples 41 ReligionAnglicmeen craintCIFendant quf
a à sa dévotion les Prefbiteriens, dont M
Troupes & l'argent l'ont fait palfrr en Allgl
terre. Il les favori se touràtour félon
qu'il
besoin d'eux
)
& il s'en fert pour leur propto
'{lruaion, quand il voit qu'il en peut tirer'
relque avantage. Si les loix divines font
citées avec tant d'indignicé , les loix humai- ;
s ne font pas plus rcCpedl:c:s. Il n' y en a aune
en Angleterre quin'ait eilt enfrainte ,à
mmcncer par l'élection du Prince d'Orange i
a Couronne, Ouvrage d'un Parlement, qui
Ion les loix n'a pu cftreconvoqué legitimeent.
Ainfice payssi remplide JuriCconCul-
5, & Obfervatcui si zélé des loix ,
les a vu.1
JrailldH ptefque toutes à lu honte de la • ation.
1 L'AUSTRICHIEN.>1
Qouiiannd'ale crime donne entrée dans un li garde d'ylaifTcrfleurir des loix lereprocheîoifnt,&qui pourroient mee
le punir.
> L'ANGLOIS.
Le Commerce n'y elt ras plus floriirant, &
JUS pejdons de toutes manières. Nos V:Ü¡:.
aux Marchands font (ans Matelots que l'on
:feiid tous pour la Flore, Se h par hazard nous mettons quelques-uns en mer, on nous les
Jevelaplulpait, sans qu'il nous foit pcimis
nous plaindre. Le Commerce avec la Fran-
1 | nous cftoit foit avantageux, & il cil si
en rompu, que pour l'empêcher C'ntiereent,
la France elle-même fait brûler nos
iaichandifes. Noustrafiquons peuailleursà1
tufe des rilques. Nousn'y portons lien, df
cllue qu'on n'ore nous rien apporter, 5c'1
:mmc l'en craint toujours de voir aûenccnte*
la dwrifion & les roubreS, chacun appr
hende d'avoir avec nous des adirésdecottinercc.
On voit des Familles entieres sortir
du Royaume pour ne se point engagerd des guerres civiles; fc ce qn'il y a de phi
fâcheux> c'ell qu'elles emportent hcaucoup
d'argent, qui nous feroir d'un fort grani Ice.
cours pour le Negoce. Pendant qu'il' cclfe de
xculer chez nous, on nous en demande contïnuelleinept
»
& je vous laine,a juger ceque
peut fonifiirnostre fierté. naturelle ) d'eftic
obligée de se soumettre à la tirannic. A quel
le cruelle épreuve ne la mer-on point, quand
-on endure que les Hollandois soient maifttes
chez nous,& qu'en nous réduit à une si grande
extremité, qu'tl faut que laous leur fissions
laCcur, si nous voulons obtenir quelques
grâces de nostre Tiran?Plus de tranquillité
psrmy nous, comme je l'ay déjà dit. Ce ne
fontque desProclamations pour nous inquiéter;
Des qu'on veut perdre quelqu'un, oui
suppose qu'ilapailé contre le Gcuverne-J
went, & ccla est cause que chacun ciain
d'estre foufconné, parce qu'estre rouponllé
c'est dire coupable. Ce peuple qui jusqu'icy3t
tout taciinea sa liberté, la voit opprimée*
îc-Ies fieu Ariglois n'osent se trouver preÇcntemeut
quatre cufemble , rans Ce voir obligea
en mefinc temps de rendre compte de feua
conduite, Que n'auront-ils point à ctaind*^
s'ilfaut que l'Usurpateur devienne flusabfalâ
domine il ne se fie point a la Nation,il ne
ardonnera ny aux Grands,ny aux Petits, &
'emparera entièrement de la puissance atbiraire
, pour eilreen cftat de ne jamais éprouer
ledestin de ceux qui nous ont gouverner,
vant luy. Ainfila plus grande partie de la
Cation auroit interelt de parer ce coup- Elle le
oudroit) mais l'heure n'cft pas venue , & elle
st contrainte de souffrir le joug de la tirannié
liqu'à ce qu'elle trouve un fayorable moment
our le secouër.Legrand ncoibrc de n)al intenonnez
que l'on entend parler tous les jours
Diitrelc Gouvernement, &que l'en oblige de
onner des Cautionsjfàit bien voir que tolItela.
C:ation ne l'approuve pas. Aufll les plus zelèi' donnent-ils souvent la liberte de pailer
omnae ils doivent de leur légitimé Soudain
, & pluficuisviennentencojedémarquer
:ur attachement ponrce Monarque , en faiint
des Illuminations le jour de la nàijflance
lu Prince de Gaffes. Les desertions des Àn-
;lois en Flandre, font voir qu'ils supportent
regret la domination du Prince d'Orange.
;lle nous attire une guerre qui cftentieie-*
lent contie nos interests. Comme nous habitons
dans une Isle
, ceux qui cntreprènroient
de faiie des Conquefies sur nous, Cc-'
oient obligez de se rendie nialitres de tout
'Etat, sans quoy ils ne ponrioient demeurer
aifibjes dans la possessionde celles q,1Is aubient
faites.Auffi fcmmes-ncus a flcuiezqu'iui-
:une Puissancen'a dessein deconquérir. tO\!.e
l'Angleterre. Nous avons les mesmesraison
pour ne pas entreprendre sur les Etats de na
Voisins
, parce que n'estant point contigusau:
nostres , en nous donneroit les mesmes in
quietudes que nous donnerions à ceux qu
auroient pris des Places sur nous; de fort
que la guerre avec nos Voisins ne fçauroi
jamais nous estre utile à cause des Mers qu
nous [el'arent. Ces fortes de guerres ne fer.
vent qu'à ruiner nostre commerce, & cou
tent beaucoup de fang & d'argent à la Na.
tion. D'ailleurs,lesConquestes que nous se
lions rendroient nos Souverainstropners8
trop abfolns. Ils les regarderoient comme de
Etats qui leur appaitiendroienc en propre
& ils en tireroiènt des secours pour nou:
gouverner avec un pouvoir arbitraire. Ains
nous ne pourrions triompher sans perdre de:
Troupes & de l'argent. Nous affoiblirion
nollre Commerce , & nous aurions maigri
nous le trille avantage d'aveir foorny à no<
Souverains de quoy nous tenir en bride. Si
par malheur nous (ommesbanus, la Nation
paye bien cher la honte d'estre vaincue , & s'ij
arrive que nous triomphions,nous achetons
des Conquestes qui ne nous sçauroienteilrt
que fatales ; ce qui prouve clairement que nous
ne pouvons fournir à la guerre pre fente ,
sans
faire voir que nous entendons mal nos interefis,
& que nous sacrifions & nostre honneur
& nos biens pour l'ambition d'un hom-
IIlC, qui n'a jamais rien meiité de la Nation t
1
qui a troublé nostre repos, violé toutes nos
Loi*> & dépossedé nos plus saints Evelques.
L'ESPAGNOL.
Si vous n'entendez pas vos interests, ce ne
peut c itre que vofire rautet puisque vostre
Nation s'est elle-mefmc attiré les maux dont
elle gemit , au lieu que tout ce que nous
sommes icy, nous ne sommes malheuieux que
[par la faute de nos Souverains.
L'AN GLOI S.
Nous en (ommes bien punis , & la fituationoù
l'Angleterre (ê trouve aujourd'huy,
cft bien differente de celle où elle estoit avant
qu'elle eust favorise l'usurpation de son Tiran.
Elle donncit peu à ses légitimés Rois, &;
elle se voit accablée des sommes qu'elle donne
à son Usurpateur
>
& des emprunts qu'il
luy fait de jour en jour. Elle recevoit de la
pluspart des Princes de l'Europe, pour demeurer
dans une profonde paix> & elle leur
donne à tous aujourd'huy pour acheter une
guerre qui la ruine. Elle faisoit le Commerce
pour toutes les Nations qui estoient en guerre,
& la Suede & leDanemaiex le font aujourd'huy
pour elle. Elle contèrvoit ion fang) & il coule
tous les jours de touscoltcz. Elle avoit extié
ses crimes passez, & elle est tombée dans de
nouveaux qui la rendront plus indigne de
pardon , & plus odieuse à la poiterité.Enfin
elle a pallé d'un état tres-florillânt dans un
accablement déplorable, dont elle ne peut
ibitir que par le prompt rctablilTcment de
t
Ton Maistre légitimé. Je pourroisrapporter
encore un nombie infiny de malheurs
que nous a caufcz le Prince d'Orange ; lis
'ooutrnecjue peu de personnes les ignorent, & ne parle d'autre chose dans le inonde,,
je Yeux vous laisser entendre les plaintes
que la Hollande a sujet de faire.
LE HOLLANDOIS.
Elles fonten si grand nombte, qu'il eltirnpoffible
que je les rapporte toutes, &
mesme je ne pourray que paffer legeremenr
sur la pluspart de celles dont j'y à voui
entretenir. Nous pouvons dire que
la
République
est entrée dans l'esclavage le jour de
la mort des infortunez de VVichs, & que
la Hollande fut mortellement frappée du'
coup qui les fit périr , puisque dés ce moment-
là, nofire Statouder fit étendre le
pouvoir de son employ ,
auquel on avoir
donné des bornes assez étroites peu auparavant.
Pendant sa minorité, nous imposions
des loix à des Puissances du premier ordre.
Nous fleurissions dans toutes les parties du
monde; mais depuis que l'ambition qui le
devore nous a attiré des affaires de routes
parts, nos forces & nostre argent font épuifez,
& il a trouvé moyen de detruire en quelques
années ce qui nous avoir coûté un ficcle
de foins & de travaux. Nous avons tout
perdu avec l'amitié, & l'alliance du Roy Tres-'
Ckr êtien', Se cette perte nous a bien fait voir"
qu'il nous suffisoit d'avoir le titre de ses AI- *
ici pour estre les plus heareux peuples de J,
erre. Nous estions rentrez dans les bonnes
grâces de ce Prince apiés la Guerre de i6jz,
Lont nous fortifmes plus heureusement tousn'efpeuons. que Elle auroit pû nous coûter
tÉoumsoitiéde-nos Etats) mais il voulut bien ,
rendre nos Places avec Ton amitié, Se
se contenta de celles des Espagnols qui furent
cs vittimes de cette Guerre. Après une si
grande bonté nous avons esté bien aveuglez
(li'acrvCouiardépu ajouterfuy à ceux qui nous ont
que la France vouloir s'emparer
le nos Etats) & nous devions bienfairerc-1
I.:xiün , que si elle les eust souhaitez aussi arkmment
qu'on nous le disoit, elle les eust; renus
lors qu'elle en cfloit en possession
>
de
taefrnequ'elle a fait les Places qu'elle,avoit
tonquifes sur les Efpagncls. Mais enfin Fuif- u noitie facilite;ou plutolt l'ambition da
Mince d'Orange nous a fait tomber dllS un i fiinefte aveuglement, voyons ce qu'il nous n coûte) & commençons par noflre Comcree,
puisque c'est ce qui nous touche le
hpluuesr. Mille raifons- différentes le font dimidans
toutes les parties du monde où
[neoauusxen avons. Nous envoyons moins de Vaifaux
Indes & dans tous les lieux où nous
ivions accoutumé de negotier > non feulement
parce que n'ayant pas boftre allez de Matelots pour
Flotte »nos Vaisseaux Marchands ne
peuvent due équipez, mais aussi parce qu'ils
bat besoin d'une plus grosse efeorte de
Vaineaux de guerre, & queles fonds des particuliers
ne font pas moins épuisez que ceux
de l'atat. D'ailleurst les François nous en
prennent en si grande quantité que nous avons
honte de l'avouer. Le Roy Tres-Chrestien a
des Vaisseaux qui vont en course. Les grands
Seigneurs de ion Royaume se joignent afin
d'équiper des Armateurs. Les Particuliers
font de mesme
, & ceux de Dnnxeique Se
de saint Malo étant en grand nomble, nous
nous trouvons d'foin, puis que tous ces
Armateurs nous prennent! douze Viiifeaux
contre un que nous leur enlevons. On n'en
fera pas Unpris , quand on songeraqu'ils
nous surpassent en nombre
, & qu'ils ont
beaucoup plus à prendre sur nous , que nous
n'avons à prendie sur eux. La raifbneftque
nous foauresobligez d'avoir bien plus de
VaifîVaux Marchands en mer, tout l'employ
de la Nation ellant de commercer,sans qucy
il luy feroit impcffiblc de fubfiHer , au lieu
que la France trouvant tout chez elle, n'a
pas comme nous une indispensable nece/fité
de s'attacher au Commerce. Vous jrçget bien
qu'envoyant moins de VailfeaqT dns-lts pays
où nous avons des Habitations, nos affaires
s'y ruinent. Elles y vont tous les jours plus
mal , nofue crédit s'y pCtd) nostregloire y
diminue> & nos mauvais succés en Europe
itous y nuifcnt beaucoup, & commencent même
à nous y faire mépriser
, ce qui a déjà esté
e^fequ'on nous a challez de quçlques en-
1
[droits» etc fottequ'il faudra beaucoup de
Itemps pour mou*rétablir en ces pays-là.Hom
Itntirons moins de marchandises qu'avant ta
guerre,-encore ne pôuvons-"nous pas les débitaer.
Nous avons défendu' le confmèrce avec France pourfathfaire le Prince d'Orange,
ktQicroyoit l'accabler par Jà, & nous nous tdmmes accablez nous-meftnes. Elle tire
M'autreslieux ce qu'elle prenoit deno^s»
[•& nous courons à nostre ruine en.nousbblïinant
à faire la gllcrrç. UnGuerrîei:Marchand
fait mal le commerce»Se un Marchand
Guerrier s'acquitc mal de la guerre. Qud.
nous devons tous nous appliquer au trafic>
nous nous avisons de vouloir eflreSoldats.
-Nous faisons que nos Ouvriers en fervcnt;
&il y en a plusieurs à qui la faineanltifcfaitembrasser
ce party. c'ctt une
"belle ressource pour un Etat de commerce
'où l'on ne doit sçavoir que compter. Aussi
manquerons-nousbien-toil d'hommesainft
que d'argent. Nous sommes sur le point d'e-
1stre chaffe7 de Ceylan par les Peuples Voifirts,
qui onr pniffamment armé contre nous, & ia Hollande n'ell pas sans inquiétudedansl'ap-
:aprehensionoù elle elt de se voir foumifc
l'Angleterre. Comme-le Prince d'Orange
doit s'attacher à la Nation qui luyfait porter
'le titre le plus glorieux, FAnglctr'rre fera [toujours préfcrée,& ildécidera ensa faveur
tt'le toutes les choses qui pourront tomber en Iconteftation entre nous touchant le commertc.
LB BAVAROIS.
Je ne doutois point que la Hollandeni
ibuffrift dans son Commerce , mais je n croyois pas que lachofeallaftsi loin.
LE MOLLANDOIS.
II y a plus que tout ce que je viens d
vons expliquer } & pour
vousle
faire voir, j
veux vous lire le commencement d'un Me
moire qu'un Hollandois plein de zelc pour f
Patrie,&chagrindelavoir souffrir
Patrie & c , a corn lifer. de la TQlr fouffi l'£
p com
meccé à dret
il eiffort asseure que les Hollandoisfoujfren
d'autant plus par laguerre qui interrompt abfo
Utment leur commerce, que tous,depuis le A-fa.
giftrat supréme, jusques au dernier des Habi
tllns, font Marchands, & prennent interej
dans les Cargaisons du dehors. Ainsi les pertes
quandelles arrivent,se répandent sur tous, plu
au moins félon leur pArt, sans qu'il y en Ai.
d'exempts. Ilest mesme à remarquer que fouien
les Negociansajfefient de donner quelque petlfl
fartdans lesgrojjès entreprises de Vl))':::CS de [onJ
cours, aux pauvres gens leursforfin,,& à leur
jyomtftiques, non feulement pour les Attache;
plus étroitementà les bienservir , mais encore
farce qu'ils s'imaginent,entrautres les Anabaptifiesdont
ily a de quatorze différentesfrtesàAmfierdam,
que la puretédes moeurs dt
tesgens, & leur pauvreti,attirenttoujours lA
prottêlion du Cid, sur lesuccés dt ces r(i)zes.
(y comme les Armateurs François ontfait beaucoup
de Prises
y
particulièrement des Navires appartenant
*run*nts aux Anabaptfies, quiJelon leur Loy
t se desfendent JamÚ:, farce qu'ils doivent tok-
Mrs cjire siris armes &- sans deffenre, q,udlies
uns ayant eu l'adressê de faire mettre des
'anons de bon peint à leurs Navirts. C'est ce qui
plws faitcrier} &plw, haut,parct qu'au con-
'aire de ce qui se pratique par le Afarchand,
uin'a garde de se plaindre quand ilperd un
Javire,pourfamerau moins son credit qui e?'J
immueroit, ces pauvres & ces domestiques ,
'ont pointcesegards, nyde tels menagemens,
y» crient comme des DepIperez. Les Hollandois
it encore furieusement jÕuffert de la rejJÚioif,
e le/Ircommerce, surtout par les deJcnc::s qui
nt estefaites par les Efiats
,
d'envoyer aux pefbes
de Baleines en Groenland ,(yacelles de's
=fRrencs, quifont toute la fubfjiancc des Villes
:e Hoorn) Encbuifen} Alk tsar, )l.leder;b/;;rk idam,Alunickendam , ,Purrr.ercnt3 & autrjs
leux du Nordkeland
, qui novt fo-nt de 1erres
cultiver, defvlle quelesHabitansde ces r, 1-
ts fctrouventréduits à une extree par
es deuxceJJations de pescher, eux rr." avocat
ccouflumé d'aller quatre foicl'an::t.- à 1% Penche
es Harènes. Joignez, à cela qu'il fortoit totù Lu
:ns au moins deux cens Navres,duportde
.5c a 5co. Tonnes de la feula lrille d'Ar-fteram
pour lalJefche des Raienés. On doit remarquer
que la conftruciiondesNavires qu'ils
lendoient toutftts équipeZ & prefis à surtiry
efloit un des plus gros commerces duPaïs, ira;
tant plus de consequence pour eux, qu'ils y en ployaient pttfqae tout ce qu'ilspouvaient tirer t Nori-vegue-idela mtrSalitque,enretouri tequ'ilsyavoicntportesefiantcertain qu'en a seulBourg quzlenommeSudam, IlJe lan,
tous les jours à l'eau un Navireponte; C
pour comprendre la chosecomme elle fit
, ilpu ffavoirqu'un Marchand de Bois ou antrtrnen
de membres de lraidéaux , un Mawhaad a
vo¡{es, un Cord'er, un Clù:lJf:er, &tiinfid\
autresJltsfliers, fontensemblefocieiepour conj
tY/-t:re
y
fous la conduite d'un Charpentier de .1'11
"vire, qui entre aufft dans cette S(¡(:¡Of,,'., ira 0 plusieursVaffsrnx, d'un tel port ,
d'une tell
grandeur, d'tn tel arrimage, gabar.e L- perce
four tait de canons, dont chacun des AC/icie
fournit!:s Chiès qui Jo'! de sa rù'i,'t'e:,.;i[ é
de/an Art C Mcar: (s. crnms il revient ,,"or
dinaire à pzyer parch te.n s que .2imerefi
fr requil afjurnydesa mar-k ra::fc> ;
fait son fiplé-ncnien argenty q:r fertàpay
aux menus Ouvriers les façonsej»les*9.imè.
jufqucs a ce qnele V'auh Mi fort toutpt j'e- :0 i
ejiatd'eflrevendu. Cependant ce féal article A
1:eite ele sa'jjeattx , qui xllvt à des fj '; >e:, (
Àdescosso'n 'nt ras m":i>es detinte:,'jries a marchzndije':, cfiarreJiJparcetteGa'ne,cen
les defoie plusq^'onnepeutcroire. L!trj Alan
facluret de Lames fret ausi toutes penes r'
cette mefne G'-erse, si'tIp!: la feuleVide n
JLeydenoit ilfc fitj'J;! d'ordinaire cinquante ln: j
rets de Dtafsfaran} a. tAîefiiers,f-urce eflobligée d'abbattre
que la France qui en tirait
rutcjïx mille pieces,le/quelles a. trente Pifioles
\acunt,leur àfpottoientdix millionshuitcens
l!e livres, n'en tire ras àpreftnt unefeulé aune,
(ai* CCIJlI-Í efi plus conjiderable que tout le refit?
ui IqJuet lV'oonn "a,v'Uooiittpprùullaaccooûuttuurmnee de faire aaffJieeuu--
f en Hollande, non seulementtout ce qui st.
A,geoit dans tons les lieux du monde5 dans les
a'Uires NoUandoiipourche2,,eux, & * leurs
Irejfes
s
-
mais roefme presque tout ce qui se ne
rci,it dans teus les autres endroits sans leur entmife
, & comme ilsfe nomment les Négociant
rZ, ils soustiens bien se vanter par l'afrcfje
r:ils ont aie en faisant les afJeurances àplus bM
que- lesautrei,ce qui faisoit aboutir che
rx tout le ummertie. du monde3ils pouvaient
¡en, dif-je,sevanter d'estre les sèuls &uriquc*
fegocians neTJfar dessu; les autres Nations qui
mêlent de commerce.
L'Aus-rRieiiieiq.
L'Affcmbléc de la Haye aura trouvé des
^•yeps pour rétablir toutes choses ea leuxtemiet
eflar.
L. HOUANDOIS.
Jamais il n'y en eut une plus paisible. Elle
a cfté occupec qu'à examiner les Médailles
es triomphesdu Prince d'Orange.
VEspAG NOL.
Par ou peut-il avoir mciitc qu'on eu ait iràÙLel&iïcÏ
LI HOLLANDOIS.*
On en fait fraper sur toutes les allions d
sa vie) glorieuses ou non, il importe per.
Puis qu'on a fait imprimer un livre en Bol
lande
,
où l'on voit que la prise de Mons ci
la ruine de la fiance, je ne desespere pas d
'Voir fraper une Médaille à la gloire du Piinc
d'Orange, pour avoir cité Speébreur tran
quille delà prise de cette Place. J
LE SUEDOIT. i
J'en ayvu. à sa gloiie sur des sujetsqu
luy eltoient auflihonteux.
LI HOLLANDAIS. 1
On l'ensevelit dans des triomphes imagi-
1 naires, pour cacher des pertes réelles. En ve
rite, c'est une chocefurprenailtei, que ceu:
qui nous gouvernent cioyent nous fasciner le
yeux, & qu'un morceau d'argent frapé plein d
figures,&de mots qui louent le Prince d'O
1 range, nous empêchera de voir ce qui 1:
paite) & d'entendle le bluit du Canon quan<
r il viept jusques à nos oreilles. Pendant qui lesEnnemisvivent sur les Terres des Alliez
qu'ils prennent des Places,qu-ils en bombar
cknt d'autres ,
qu'ils triomphent par toutoi
|1 la guerre leur à esté declarée) & que I< Prince d'Orange, comme Chefdes Alliez, n';
J peut apporter aucun remede, on ne voi
r chaque jout que nouvelles Médailles frayées à
U gloire. i
L'AUSTUCHUN. 1
J'ay peine à croire qu'il y en ait autant qo'
.t
l'on dit. j
rJ'enayLtHoiUNDOIS.
quelques-unes,& par celles-là vous
ourrez juger des autres, & de ce qu'on est
hcore capable de faite. Mais afin de ne point
inbarairer\os yeux & vostre curiosité par le
lombre
, trouvez bon que je ne vcus en monre
qu'une à la fois. Celle-cyaesséflaréeà
a Haye,en memoiie des perils qu'on prétend
lue le Prince d'Orange aitcornussurmer,en
fenanLt e'nEHsolrlaAndeC, NOI.
) Voila un leger sujet de Medailles, Fuis que
e vent seul en tfl la cause.
! LAHOLLANDOIS.
€e ne peutestre que cela, puis que le vent
cul excite les tempestes qui mettent en peril
1I mer. Cependant la Medaille ne le marque
"oint
,
& on s'est contenté de mettre une Ilote
m mer, d'où on a détaché une Chaloupe où
:st le Prince d'Orange,& de faire entrer un
Cavalier dans l'eau, qui femblc montrer l'abordage.
• LESUÉDOIS.
1le danger n'cHoit pas grand, puis qu'un
Cavalier va trouver ce Prince dans la mer
jusques à sa Barque.
La HOLLANDOIS.j Et cependant un Arc de tricm} he } cur cela.
Vcus le voyez daus le revers de la Médaillé
onc:, cesparoles. Hic fltronm bones.
LI isAvAR015.1 Si fcs entreprises n'ont pas un Accès pli
favorable que celuy qu'elles ont eu jusques.
present,ce Prince,,que les Hollandois appel
lent l'honneur des HerDs, pourroit bien deveni
l'opprobre Je l'Histoire,& n'avoir eslé fauvi
du danger que pour détruiie la Hollande, ai lieu d'en estre le Conservateur ,comme mar.
que la Medaille. Cependant c'cft un Cesar, 8
l'on en croit ceux qui gouvernent,le quifoni
fraper ces Médailles. Vous le pouvez voir paj
celle-cy ,
où le mot est tranché tout net. i QuitlLmétuIisi! SCifUureEntDvehOis. ISt.a
En vérité, vos Maistres ne font guere Qcgesi
Mais retournons la Médaille,& disons, qu'if
ont eu dessein de tourner le Prince d'Orangt
en ridicule.Ilsrepresentent la Chaloupe ou
cftce Prince, engagée dans les glaces. Des
Matelots étonnez font tous leurs efforts poui
les bisses, & fendent à force d'avirons tout
ce qui les empefchc d'aborder
, & cela donna
lieu au Prince de leur dire qu'ils ne doivent!
ikn apprehender
, parce qu'ils portent Cesar,1
Lacomparaison cloche bien foit. Cesar avori
pris plus de huit cens ViUes
, gagné des Batailles
, & fait une infinité d'autres adions
d'éclat, & parce que Cesar a pasTé Ceul:
dans une Baique,& que le Prince d'Orange:
y paffe avili, on en fait un paralelle ,sans
confidoer qu'on n'en sçauroit faire aucun do
la vit: de l'un à celle de l'autre; que l'un
1 *1
ÙOuIS cftc victorieux j5cque l'autre a toûurs
cftcvaincu» L'AilsTRICHIEN.
CependantMcomparaison est juste. Cesar,
pasle seul dans une, Bai que j Se le Prince
'Orange y pasle aussi seul.
L* H0LAND015.
Il y a une infinité. d'aétions que les plus
rands Heros & les derniers des hommes font
falememt) & si le haidy Princed'Orange a
filTc dans uneBarque par un mauvais temps »
î vis dernièrement un Criminel qui se
uloit
dans une autre pendant un temps plus
nauvais
,
&*dont cependant la Barque étoit
us mal gouvernée que celle où s'est trouve
F Prince d'Orange , à qui la gloire d'estre
bity du pclÎl nest nullement due , en cas
ju'il en ait efluyc quelqu'un5mais à l'habileté
es Matelots qui ont mieux conduit sa Barque
auece Pcince'ne conduit celle des Alliez.
Cependanton ne voitque desArcs de Triomphedrtirez
à sagloire. Le revers de la mcfme
Médaillé en fait foy Deux Femmes y paloiilent
fortant d'un Palais. L'une tient
une main un Signe militaire, fuimontc une Ccurcnne avec des Chiffres, & de
autre un Ecusson aux Armes de Hollande,
jBc elles contemplent un Feu d'aitifice drciré
Seyant un Arc de Triomphe. L'Espagnol.
Il falloit aussi chdIer des Arcs de Triomphe,
& faire des Feux d'artifice en l'honneur
des Matelots, que leur adresse, leur force, j
leur indufèrie ont fait fonir du peril, & cju
le Prince d'Orange s'est contenté de regard.
faire.
- -
0
: LE HoilANDOIS. J
Remarquez-vous ces paroles qui font
da
ce revers?
Jo TriNmphe.
LE SUICOIS.
Les HolJandois ont raison de dire qu"
triomphe. Ils ne le peuvent nicr , puht qu*
triomphe en effet de leur simplicité , qu'.
épuise leurs forces, confume leur argent, ruin
leur cowmerce , & accable les bons Republii
cains, qui pour l'interetfdelà Nation, ofen
faire la moindreopposition à ses -volontés
Il triomphe de la iierté Espagnoles & de 11
souplesse de son Conieil, qu'il a rceureduiii
à prendredeOx fois un party contraire arc:
interdis, & qui lny a fait perdre ses phi
fortesPlaces, &ses meilleures Troupes. Il
ne triomphepasmoins de l'Empereur Se dJ
son Ccnfeil , luis qu'il les a fait entrer contre
la Trance dans une nouvelle guerre qui Icuj
est aussi piéjndiciable que la premicre , 21
sans laquelle l'Empereur eust fû étendre se:
Conq ueftes , & sa Religion jusqu'à Çonftan-i
tinople. Le Prince d'oretricmplie aunr
du bon sens du Duc de Savoye, qui le de.:
-voit empefeher de se mettre d'une Ligue
dontilluy estoit facile devoir qu'il ne pO-J
voir attendre que tes malheurs dont il rij
foiwe accablé. Il triomphe de l'Etat de. Liège
ii'ila sceu entraîner dans un precIpice,dou
I ne se tirera jamais , sans recevoir encore
es châtimens de sa faute, ou sans acheter
tm pardon- Tous les autres Alliez ne font.
fis plus avancez pour eltre entrez dans la
,iguey & il n'y en a pas un qui n'aitfouf-
:rt des pertes, & dont les finances ne soient
Uifées. Voilàles triomphes du Prince d'Otnge
, qui fontvoir la foice de sonespiit
[duéteur , Se sa grande habileté à fàire des
opes
; mais tout cela n'a lèrvy qu'à rendre
; Roy de France plus glorieux, & plus
riomphant, puis que tant de forces unies, loin
Jébianler la puillance , luy ont donné lieu
b faire des Conquestespartoutoù il"atrouréc.
dees Ennemis. Ainsi il a triomphé de la
de la Ligue,& de l'esprit de celuy. qui
n a fait l'union , puis qu'elle n'a servy qu'à
ierneie voir là foibleire", & la fÚreriorité du ,
Se des forces du Roy de France.
LE. HOHANDOIS.
Les Auteurs de nos Médailles voudraient
ien luy donner 0 Devilè
,
afin qu'il eust
iielquecholf de communavec ce Monarque.
11 Yoicy une,d,e la face droite de laquelle je ne us parleiay point,.puifqu'elle nerepresente.
aie
Le Bulle du Prince d'Orange. Trouvez
bn que nous n'en examinions que le reyets,
Lr je ne puis regarder sans émotion le Porrait
d'un homme, qui nous a fait tant eCbyer
de Gucrics , sans que nos affaires se
trouvent en meilleur estat JJque leprelïii
jour. Ainsi ce que nous ont couté taat dl
mees de Terre & de Mer3 ne nous a prodil
aucun avantage, & le fang de nos Citoyensn
cae répandu, & ne l'ell encore tous les joii
que pour le maintenir dans le Tiône qu'ils
usurpé. Cependant le revers de la Médaille cgd
"Voky represente un Soleil se levant for les flo3
de la Mer,que l'on voit chargée d'un granj
nombre de Vaisseaux,avec ces paroles,
Recreo dumredeo.
Si tous les bcns Republiquains ofoicntdirl
ce qu'ils pcnfeiat, on verroit qu'il n'y a lien di
plus faux, & que sa presence, bienloin de Ici
avoir lejenis, letu a porté un coup mortel dam)
Je cCfur,-ruis qu'ilne venoit qu'accompagné do
la difeorde pour entretenir la Guerre.. Cettll
Médaille a cftc frappée à Leide pour le tetoul
du Prince d'Orange à la Haye, où il venoit
tenir la giaade Aflembléc, dont les resolu-i
tions vigoureuses devoient étonner toute PEu-i
xope. Elle marque lajoyeque les Creaturea
de ce Prince qui nous gouvernent fous luy*
supposent que les Etats ont reiTentie pour foi*
Jieureufe arrivée, & les efperanecs que l'o-!
jurerend qu'ils avoient conçues avec les Alliez,
d'dire vangez par luy des affronrsque ISM
Trance leur a faits par ses Viétoires continuelles
;mais la prise de Mons pendant leur:
Assemblée , a renversé tous leurs deifcins, 8d
doit leur faireapprehender que ce Soleil
naissant ne foit bieu-tofi éclipfc. On pounsiii
tire dire plus juilement à cclay de France, lors
u'ilest revenu de Mons,Recreo dum redeo,
ttifque sa prefencc a réjoiiy tous fcs Sujets,
ui Sachant qu'il s'exposoit continuelleinenç
ux périls pendant le Siège de cette Place,
Duhaitoient son retour avee une impatience
;igne deleur xcle.
LE BAVAROIS.
Les faits que vous rapportez font à coiitans
,qnc l'on n'en [çauroit di feonvenir.
LE HOLLAN.DOIS.
[1 remble ueron ait atteété de ne fairefrager
[ue desMédaillés ridicules & fausses, & il ne
'en estpeut-estre jamais vu défi opposées à la
erité que celle-cy. On y voit une Femme
ïucrrierc representant l.aHollande,dé{ignéepar
n Lion, & un faifeeau deflcches sur son boulier
, qui font les Armes des fcpt Provinces
Jnies. Elle tient ce Bouclier d'une main , Se
e l'autre elle reçoit le Prince d'Orange vêtu
n Empereur Romain,qui fort d'une Chaloupe>
où il efl debout. Elle est accompagnée
lune autre Femme,dont les Tours qui font
sa coiffure marquent la force. Elle a un
Souclier aux Armes d'Angleterre
, pour monrer
qu'elle la represente
, & tient un rsmeau
e laurier pour faire pre fent à la Hollande.
LESUEDOIS.
Si ie ne tenois la Médaillé entre mes mains,
:croirois que ce feroit une plaifanteiie &c
u'on n'en auroit jamais osé fraper une paeille.
LE HOLLANDOIS.
Ce n'est pas tout; voyez ce qu'elle chant
Be vous tomberez d'accord qu'on ne s'est ja
toais joué si hardiment de la vérité.
ULnu'spugnoendo reflituit rem, AUSTRICHIIN.
ovnus? On a tort de dire qne le Prince d'C
range combat tout Ceul) le nombre des Puii
fances liguées eslans si grand, qu'il n'y
perfonue qui en ait encore pu faire une lifl
parfaite. Ce n'est pas tôtrt ce qu'il y a de haid
Se de surprenant dans cette Médaiil. il id
semble que c'est pousser l'effronterie & q
mensonge jusqu'au dernier point, de dire n.
feulement que le Prince
-
d'Orange se
combattu, mais encore qu'il a rétably
choie publique, pour expliquer à la leM
ces paroles insolentes.
LESHIDOIS.
Il paroist que les Hollaudois, au
lieu«
louër le Prince d'Orange, ayent eu deffei
de le railler par cette Médaille. La£/evà
qu'on a imitée de celle des EabienjAnepei
luy ettre appliquée, puis qu'iln'ipoin: reim
les araires de son party> uy en combarcano
nyentemporifanr, & que si ellesont e
desesperées , ou pourxdire, si el
le fonr encore, ce n'etf que par l'inaéhon a
ce Prince, s'il m'cil permis de parler ain£d
LE HOLLANDOIS.
Le revers de cette Médaille efl encore «1
Arc de triomphe.
LE BAVAROIS.
11 ne faut pas en estre surpris. Il y a beauoupde;
Peintres en Hollande qui manquant
bnproy , ont voulu faire triompher le Prince
'Orange,dumoins en peinture.
Ls HoLIAUBOIJ.
Voicy un autre A rc de triomphe, 8c des
us grands, dans une Médaille que les Etats
ientraux ont fait fra per à laHaye.
LE SUEPo IS., i
SI les0Médailles» ainsi queles Arcsdo
:iomphe , rfy estoient pas si communes, elle;
(croient
plusestimées.
, ILl HotLANDOlS, On tâche par là d'abuser les Peuples, &
ous pouvons dire, qu'elles nous (ont d'une
rande utilité dans les Indes > puis qu'elles
dêfruifenr les veritez que nos Ennemis ne
lanquent pas d'y faire répandre.On a peine à
roire en ce. pays~là que nous soyons assez
arditfpour faire: frtper des Médailles qui
Int foy de no«lViA-ofres , dans le wcûac
mts' que nous perdons des Batailles.
LK SUiDOIs.
Lors que le Etats ont fait ..fraper cette
erniere Médaille, ils n'ont pas fait réflexion
ue l'Arc de triomphe & la Devise qm cft
u sa baze ,
i Solo) Sa-loquef
jntï plûtost. des monumens consacrez à la
loirc du Roy de France, qu'à celle du Prince
ourqui tout cela çft luyçuté. En effet, où font
les Viétoires que ce Heros de la Ligue a rem
portées for l'un & l'autre Element? Et peut^oi
faire une plus juste &plus
véritableapplicatioi
de cette Devise qu'auxTriomphes duRo
Tres-Chrdlien)t¡ui gagna trois Bataillesl'aq
née dernieresur Terre & sur-Mei
, contre u
monde d'Ennemis qui s'estoient unis pour-le
,détruire;La flaterie aura beau louer le vaincid
& abaisser le Vainqueur. Elle,aura beau fairl
les éloges du crime & du Criminel, la vérité
parlera toujours ) & percera tousles iieclej
pour se faire voir telle qu'elle est.I LE HOLLANDOIS.] Les Hollandoisveulent qu'onles trompet & ilfautbien que la vérité les choque ,-puit
que chaquejour on voit cheveux quelque Ecril
nouveau plein de contre-yélite-z. C'cft cequi
les fait souvent donner dans despantaux ou
il n'y a qu'eux qui puiirênt tomber. Cefenoa.,
la République doit fc rerrQCher comme une
faute qu'elle aura de la peine à rcpaier »d'à*;
toireue cause d'une guerre, donjç.tqjisccnj
qu'clle y a embarquez commençant a, se HMj
tTre) & d'avoir la preiniere eQÜfpiÍé-'Coht
Un légitime Souverain ce quila couvre d
honte, & la met dans Taccâblewient où riouji
la voyons, fzus qu'elleen 3Urêtiré lenioin-j
ire avantage. Depuis sa rupture avec làIjrânH
cej a-t-elle gagne uueVille» unYaiffeaü
, uu
pouce-de terre ? N'a-t-elle pàs perdu desBatailles
par tout où elle.a eu des Ttoiipes, U
escompter les fdmmes )c:»i<:s que C:
Innées detetre & de mer luy ont coûte, n'atelle
pas esté obligée de donner de l'argent »
ru d'en prêter pour toujours à tous les Alliez?
es veritez ne se prouvant contester , le Prince
l'Orange n'est il pasi son égard une (angtic
quiépuilè toutes sesrelFources? 11 n'y ea
Jpoint icy ccmmeen Fiance.Tout ce que nous
pouvons faire est de recommencer continuellemlaent
à lever le deux-centieme denier,& tout n'est plàs employé pour faire des Conluelles>
comme on nous l'avoitfait esperes?
abord, mais feulement pour fournir à ceux
i-notl défendenr. Nous nous trouverons
Ecore dâns un plus grand embarras, s'il arrive
lauequelques Alliez quittent la paitie, 8c ce véritablement alors que nous aurons tout
j craindre. Si la bonne & faine politique nous' kifoitagir,nous devrions nous détacher de
i Ligue les prelhirs, de peur qu'il ne foit
Hus temps quand nous voudrons prendre ce
iarty , & que noftte obllination ne causenote
ruine totale i mais le Prince d'Orange qui
l'aque ses interefls enveuc , s'y opposera
bûjoursavec tirannie , par-ce qu'il ne pourroit
"iter de tomber du Trône, si nous ne l'y fouinions.
Il n'y a point de Républicain assez
lirdi coi osé luy representer nos interests,
uand
ils
vont contre les fiens. Il feroit bienfcft
immolé à sa vangeancc , & les * .,eance moyens
En plus que la volonté de perdre unparticulier,
t manquent pas àunhmme dévoré d'ambilb-,
qui n'a épargne "y son Oncle ,ny Co.
Beau-pere, & qui le jauë de la BLeligion. Ainsi
ceux qui nous gouverneut) cHam, ou timides.1
ou gagnez, ou retenus par leur famille, qui
craint de les perdre, il n'y a qu'un foulve;
ment gênerai des Peuples de routes nos Prof incs qui puilTc nous tirer <Tefdavage, jf
nous faire secouër uu joug, fous lequelilne Cc
peut. que nous ne demeurions bien-toit accablez.
Sans cela
, comme le Prince d'orange
aura toujours besoin de la Guerre pour c
maintenir,il nous la faudra toujours continuer
,quoyqu'elle- foit enriereoecutQfpofé|
aux interdis d'un Etat Marchand, deforça
que ce Prince ne peut jamais nous récompeafer
de ce qu'il nous fait perdre en nous tCl
si long-temps aimez. La Guerre peut-elle noujl
donner quelque chosè ? Peut-elle nous procu-r
1erdesVilles > Il n'y a nolle apparence q nostreEtat étende
Ïes
boraes. Toot^e qty
luy pent arriver de changement, c'etl d'estre
unyau Royaume d'Angleterre,, ce qui serois
tres-facheur pour nous. Aiafi de toutes ma»-
nieres
)
nostre avaiuagç dl de saile la paix., Lat
guerrene peut quenoutruiner, Se la. Paixjne
peut que faire ce(Ternos maux ,dont la playo
saignera long-temps apreslaguerison , puiGqu'il
faut des ficelés pour nous rétablir, So
pour nous mettre en pouvoir de payer nos
dettes. Enfin nous devons souhaiter que do
Continuelles victoires accompagnent les armes
du Roy 1res-Chrestien
, & faire desvoeum
pour ses Cooqueftest aria qu'ayant ivii ici
ncmis en efiar,non-[eulement de ne luy l'ou.
ir nuire, mais encore de connoistrequ'ifs t dans une entiere impuilTance de le faire »'
mpofe encore une fois la Paix à l'Europe,
squoy ilest abfolumenr impossible qu'elle
joiiifle jamais. Tant que les Alliez croiront
oir des ressources pour reparer leurs pertes*
S s'obflintront toujours à former de chiicriques
dépeins ,Se ne voudront recevoir
1 paix qu'à des conditionsridicules, aur
uelles la fierté d'elàFrance,ic le bon estat:
p Tes iifrires ne- pourront souffrirqu'elle
entente. Ainsi l'Europe fera toujours trôutée
,si le Roy de France ne devient tnaiftrè
pfoludu.deftm des Alliez On est feur de,
t moderatioa dans cet important triemphe..
[ pac ce qu'il à déjà fait en pareille occasion
a peut juger de ce qu'il feroit encore. Mais
p
a
fez Heude.dbuter de ce queferoieit les Al*-
s'ils ré trouvoient dans cet état superieur i,
plûtofltiltest certain, à voirjusqu'à quet
ices ils.. portent leur jalousie>qu'ils feroient
Icapablfes d'avoir la. modération du Roy de
unce tl feroit mesme impossible) que tant
e parties iatereflees , & qui aboyent prél
jut ce qui pourroit reparer leurs Finances
puisées , & le desordre que la Guerre a mi.
ans leurs Etats délabrez,puHcnc consentir à
ne Paix raisonnable,telle que la feroit ait
Vainqueur fage&modéré comme le RoyTres-
'hrellien
, qui n'aime que la gloire,Se qui
ut confiiler tout Ion flaifu dans celu y de t
faire du bien. Les Alliez ne
ee piqueroient d
delà mcfmc gloire, & ne pourroieilr pas mal
me
, acaere de leur grand nombre, conveni
cntre eux des conditions de la Paix; & pet
dam les conteflations on potilfeioit lescboCc
à l'extrémité
, & l'Europe verroit répandi
;u[CJp'.Ja derniere goutte de son Cang. Ainsi j estévidentqu'ellene peut éviter les malheur
qui la menacenr, si le Roy de France ne de
11ent allez pui(Tant pour imposer cette. Paiic.1 ITSUÉDOIS. j
Je r.'av' jamais enrendu un raisonnement1
peifuafif,Sequi sans parler de tous les ridi
cules écrits des Alliez,y répondillmieux. J'
fuis fort persuadé que s'ils faisoientlesmeC
mes reflexionsque vous ,
il y en auroit beatt
coup qui condamneroient leurs chimérique
projets. Qu'ils s'obitinent tant qu'ils vou
otont àles soûtenir ,il estimpc/fible qu'il
en voyeni jamais la fin-. LI H0LLAMD0!S. *
Vous pouvez dheencore plus, puis queji
lpersetens qu'il. ya nne impoffibilitc entiere que
choses tournent autrement que je viens d<
vous lefaire connoiihé:, Mais nostre Republique
a mille lailons peut s'obfti'ner moin!
fqeuuelleemseanut tres à réfuter de faire la Paix. Non'
son Commerce se ruine dans toutes
les parties du monde;mais si quelques-uns dei
Alliez se détachentdela Ligue avant elle,St
que le Prince d'Qra,\gevienne à mourir, ou i chaflc dAngletrrc) ce quipeuttousla,
turs arri ver à un Ufurpateur, & sur tout lors
ù'il rcgne dans un Etat où les Peuples font
rt inconstans,le Roy de France Ce verra si
»folument Màiftredeladestinée dureftedes
liiez
, qu'il ne fera de graces qu'à ceux qu'il
ouvera les moins coupables, & comme nous
nnmes les plus criminels, parce que noui
.mmes les auteurs de la Guerre , & que le
y Jacques n'auroit pas esté détrôné sans us
, nous pourrons seuls devenir lesviaims tson juste reirentiment, & ce Prince fc
kircahàoibi®ligenétedxeenmoupslapiurenir, pour vanger rar le fang de toute
urope
qui
aura cftç répandu pendant le
t.anggccoouurrssddeecectettteeGGuueerrrree..
La Compagnie prit tant de plaisir à entaore
parler le Hollandois, que l'Entretien
yant esté pouiré ce jour-Ii pardelà les bornes
[dinaires ,lle ne fut fepareeque par la nuit.,
ui empefcha leSavoyard & le Bavarois de
trier , encore qu'ils s'y fussent préparez. LA
Figure des Medailles doit estre flucée i
lupxçe ini.
)Fi'
AFFAIRES
DU TEMPS. 1
, XI. PARTIE.
.ES PLAINTES
DE L'EUROPE
Contre le Prince d'Orange.
III.ENTRETIEN.
E PRINCED'ORANGE
travaillant à Ton Hstoire.
IV: EN.TRETlEN
ez A PARIS, MICHEL GUEROUT,Galerieneuve
du Palais, au Dauphin.
M. DC. XCI.
AVEC PR/YILEGE DVROT.
Lifte des Ouvrages sur les
affaires du Temps. yDix volumes qui Ce vendent I 5. livres.
Les Plaintes de l'Europe contre le
Prince d'Orange. 1
1. ENTRETIEN.
II. ENTRETIEN.
III. ENTRFTIEN.
t Le Prince d'Orange travaillant à son
Histoire. 1 ir. ENTRETIEN.1
On donnera lejf. dechaque
mots un Entretien sur les Affaires
du Temps f r
3
dont le Public nt
payer* que SEPT SOLS«
d m
La Médailleoùjl y a. Crimine Àb Hn,
Difct omnesy doit regarderlapage173.
La Médaille où il y a,-Integtr vitil)
doit regarderlapage 176.
1AFFAIRES
1 DUTEMPS.
XI. PARTIE.
cs Plaintes de l'Europe contre
i. le Prince d'Orange. tl/l. ENTRETIEN.
I
LE SAVOYARD.
L n'y - t- a point eu j-ufqu'i-cy
de Souverains,qui en manquant
de prétextes legitimeslorsqu'ils
fè fontreiolus
rune guerre ,
n'en ayent du moins Fait ircl'apparens ; en forte que si
équité de leur entrepri-sen'a pu cftrc
tout-a- fait juftinéc dans j
ceux qui l'ont exammee avec foin,
l'ont crue du moins douteuse, mais
Duc de Savoye en se déclarant conr
la France, a non feulement paru i
j jfte à toute la terre, mais
ia
aui
fait voir qu'il f¡,tvoit plûtost son en
portement & sa pafslii,o)iiii,, que sTeess ver
tables interests. Il sçavoit que toi
ceux de Ces PredecelTeurs qui avoiei
eti des démêlez avec les François
s'estoient vus presque aussi-ross di
ioiiillcz de leurs Erats: & qu'au co;
traire, ceux qui s'cfto'ient conserv,
dans leur alliance, en avoient tiré d
avantages fort consîderables. De gran;
exemples l'avaient convaincu que 1
Alliez diRoy-Tres-Chfeftien foi
à couvert des plus grands orJges, «
que quand mesmeilarriveroit qnefort
des armes ne décidaft pas en len
faveur, il n'yavoit dans l'Europe c
bonne & de feure garantie que celle c
ce Monarque. Il n'avoit qu'à jetter 1
jeux sur la Suede) qui daiisla derniei
lierre a eu de si grands su jets de se
incr de son alliance, & de sa bonté
iute genereu se
,
& ilen devoitattenke
encore davantage
, non feulement
arce que le fang de France coule
ins ses veires, mais encore parce
S'il vient d'épouferune Princesse de rmesme Sang. Cependant comme
ice Prince n'estoit né que pour nasiller
luy mesme à sa perte, & à la
ine de tout son Etat &.de fcs Sujets, Ca jetté impetueusement dans dts
jjécipices
,
sans examiner par où il
Diiveramoyen d'en sortir. Ila cru
ls gens qui n'avoient que leurs intests
en veuë
, & qui en se noyant,
ierchoient àl'entraîner avec eux:)
tmme font tous ceux qui se renconlLent
daEns ce malheureux estat. Tout SUEDOIS.
le monde (çait que le Duc de
voye s'èstant trouvé à Venise avec
iledeur de Baviere, cet Eleâreur l'a t entrer en danse fort mal a propos, luy a faitfaire des faux pas quiont
bien fait rire dans le fond de l'af
tous ceux qui en ont fait avant lu
Se qui, pour adoucir leur malheur,
< du moins pour avoir la conlblation
< souffrir en bonne compagnie) ne l'a
pliquoient qu'à se faire des Compi
gnons dans leur infortuneo.
LESAVOYARD. i
L'Elc&eur de Baviere estant jeui
Se impétueux
,
& le Duc de Savo
de ce mesme carattere
,
il ne faut p;
s'étonner 6 l'affaire slcLt conclue:
aisément.
- L'AUSTRICHIEN.< and onetf dans un âge si boii:
lJant h
, on ne s'attache guèrei ex;
miner les fuites des projets qu'c
forme. On ne fonge qu'à Ú satîsfais
ilr le champ
, au hazard de tout a
qui peLut eEn aSrrAiveVr. OYARD1.
L'Electeur de Baviere demanda a
Duc de Savoye dés leur premiere el
trevene
,
s'il *voit bien ofi venir* F
nife sans la permijjion de lA TRTNST ;
m
1 ajoutajqui'l luy confiilloit de sxen
tctthrmer. Il n'en fallut Is davantage
ponrpoiterce jeune Prince à faire tout
ce que l'on fçuhaitoit de luy
,
& pour
6sengager à donner dans le paneau que Alliez luy avoient tendu Ilje laissa
occuper entièrement du chagrin que
les paroles-luy avoient causé,& il achewa
par là de Ce déterminer à prendre
taerutxy dans la Li-gue qui a ruiné tous
quiy font entrez.
LE BAVA ROIS.
Vous dites vray,& jereconnois
poftre Electeur à ce que vous venez
e nous dire, & le Duc de Savoyeàla
maniere dont il s'est laiflc engager a
prendre party. Ces deux Princes font
,:3.valierement les affaires les plus felieu
ses, & se repentent après à loilîr
de ce qu'ils ont conclu avec precipitation.
L'AUSTRI-CHIEN.
Nostre Cour a benne part à cette
ntrigue
}
& l'Abbé Grimani, Veni-
::ieu exilé dç (i patrie
,
eu: celujt
dont l'Empereur s'est iervy pour rai
entlcr le Ducde Savoye dans la Ligï
Sa Majefié Imperiale l'ayant propo
pour cette negoriation
,
il receut au]
des inChuéhons du Prince d'Orang
Il falloit un Italien pour en trompi
un autrej & vous jugez bien qu'il
Maistre-fourbe devoit en sçavoir pl
pour la négociation
, qu'un jeune So
verain sans experience. 1
LE SAVOYARD. f
Cet Abbé s'estoit tellement empajj el'efvrit de nostre Duc,que quam
l'Abbé 'de Veruc voulut luy faire cort
noiftre, que ta guerre où il alloic s'em
barqner causeroit la ruine de ses Etats
il l'outragea en plein Conseil avec de<
paroles fort indécentes pour un Son:
verain, &: dit ensuite, yHilpdjfero>>
(oncpccjujejua la garde
, AU traven
du csrps detous ceux qui luy parleraient,
des'Acctmmoàer avec lé France. ]
LE BAVAROIS.1
Ce Grimani veut estre de tout. l
,s'd'toie imaginé qu'il fétoir monter le
1
tartinaiBarbarigo à la Chaire de S.
Pierre ; mais il a trouve qu'un Concave
cft plus difficile à gouvernes
lLu'uEn jeSunAe DVucOdeYSaAvoRye.D.
I Onvoulut dernièrement aifaffinet,
it Grimani à Milan comme il sortoit
le Corolle
3
& ontiraun coup dô
LlfilsurIU1 Il fut siheureux quedanS
ie moment qu'il en defeendoie, le pied
tl1 y manqua,ce qui i'cmpcfchad'cftïè
lue. LESAXON.
11 y a grande apparence qU8 lfc
Uflèin de sa mort a esté formé par
jnelque zdcSajer du Duc de Savoye-
.cs malheurs que cet Abbé a causez
lans ses Etats, pourroient bien estre
F motif du coup.
j L'ALTSTR1CHIEN. jf
Est-il besoin pour cela d'estre Savoyard
? Ne se peut-il pas qu'un Italien
l'air entrepris pour vanger l'Italie,
tù l'Abbé Grimani atravailléàporter
Gucrre, qui met tous fcs Princes
dans l'inquietude? 1
LE HOLLANDOIS.!
Le Duc de Savoye devroit dl
fort irrité contre ce Venitien,Se fç
voir bien mauvais gré à rEleéteur c Baviere,de luy avoir fait entreprend:
une guerre si funeste à ses Etats» &
fatale à sa gloire. 4
L'AUS TRICHIEN.
Peut-estre que le Duc de Savoj
prend la perte de ses Etats, comme1
Roy d'Espagne a pris celle de Mon:
Lorsqu'il en eut appris la nouvelle
il dit d'un ton à faire croire que fc
armes avoient remporté quelqueavar
tnge ; Le Prince d'Orange esidonc bit
AttraFpé, carilnes'attendritpas à celt
Ce font à la lettre les propres terme
dont s'cft [ervy ce Monarque. Le Du
de Sivoye voyant fcs Eta's perdus
nonobtfant tojt ce que l'Electeur d
Bavièreluy avoit dit pour l'anurer d
contraire, pourvoitdiredu mesmetOI
que le RcydEfpagne j/'Electeure
Bavière efi bien attrappé, car il r
fdtttfidolt pM à mt voir àifêiiiii 44
rrl" SavoyeL, ESAXON.
Ce [eroit justement comme ceîujr
qui estant pris pour un autre, & recevant
force conpsrHf()it en riant pendant
qu'onletrappoit
, que celuy
dont ii recevoit Ces coups feroit bien
trompé lors qu'il verroit qu'il s'ettoic
:mépris. ILEHOLLANDOIS.
Les Rois d'rfpagne ne font pas ax-
I(;otltumcz x fc mettre tant en peine
de leurs affaires, & ils ont la veue
trop courte, pour regarder ce qui fc
CpastLe s'iAloiUn dS'eTuxR. ICHIEN. r
Ils est vray qu'ils n'ont pas la veuit
fort bonne. Je m'imagine que c'est uti
mal commun en ce Pays-Ii, puis qu'il
est peu d'Elpagnols qui dés l'âge de
vingt ans ne se fervent de lunettes. » LESUEDOIS. L Espagne n'a. point manqué do
politique en cette occasion. Elle s'cil
servie de la Savoye comme d'un bod
- clier pour porter les coups; car si I
Duc de Savoye n'avoir point pris a
, party, roit le Milanois estoit perdd
-
Ce p'est pas que le Roy de France e
ait fait moi r.s de ConqueCles-, pui)
qu'au lieu du Minois que ses arme!
-
auroienr pu a(ïujett:rj il s'est rendij
mî ilre de toute la Savoye, du Comtd
de Nice, & d'une bonne partie d
Piedmont. j LESAX0N.! Vous pouvez dire queprefentement
le Dlcde Savoye nepoiredepai
un pouce de terre- qui Toit en cftat d
fuy fournir de l'argent
,
puis que ¡
peu qui luy reste est tout couver
-
d' Allemans) d'Espagnols ,d.*Italiénsj
& mesme de François. Rien n'est cfc
û mechanr usagedans un Pays qm
des Troupes Auxiliaires. Elles y vi
,
vent à dilcrction comme dans des
terres
Ennemies.
LE HOLLANDOIS.
JEt ccoommmmenetnltes Allemans épargne* J
kent-ils celles des autres , pli,$-au,ils
répatgnent pas Uor proprePays, "&-
n'en y marchant
,
ils n'ont jamais*
idé ny portes n'y ferrures en aucun
îUï - LE SUEDOIS.
Ou a doncraifon de dire qncle IDLICe
Savoye ,
après avoir perdu la pius
rand * partie de se's Etats, n'est pas
ulement privé de la jouiilance dit
tfte, maisqi'il a aussi perdu,par la rnaîere
dont il en a \:fé avec la France,
ne certaine réputation de bonne foy,
1-li doit estre chère aux Souverains,
"ois ceux qui font nez pour n'obéir
personne, peuvent s'allier à leus
ré avec les"Puiflancesdo:itils^ptéfulicnt
que l'alliance leur fera la plus
tile. Ils peuvent raefme Tins aucune
lonte se tromper au choix qu'ils font;
!: si leursEtats en souffrent, ce malj£
ur ne jette aucune tache sur leur
réputation, Mais îl est beaucoup pliss
onteux aix Souverains qu'à aucun auc,
de promettre ce qu'ils ont resolu de
ne pas tenir
, Se de traiter [ourdtrm.
avec un party ,pendant qu'iL alTureii
rautre de ne le pas faire.
LE HOLLANDOIS.i L'interest cO: unécueil qu'il est dil
sicile d'éviter, ,& les Souverains s'
perdent anssi (ouvent que les autre
hommes.Lespromelfcsdes Princes li
guez ont fait oublier au Duc dcSavoy
ce qu'il devoit à la Fr2nce.Il fetenoit j
certain d'en voir les effets, qu'il s'elloi
deja informé du produit des Domaine
4e Lyon, & il s'en est peu fallu, (c
qu'ondit, qu'il ne les ait. afferme
d'avance. t
L'AUSTRICHIEN. 1
Admirez combien il y a de bizaq
irerie dans les affaires du monde. LI
Roy de France ne s'efioit point infO
ini de lavaleur des Domaines de
Sa
voye i au contraire, il s'estoit efforce
d'en foire jouir TonSouverain ; ÔC ce
pendant d s'est vu obligé de se ren
dre maistre de ce Pays-là, & d'e
affermer les revenus. L1
à
LE SUEDOIS. -..
Cenapas esté sans que le Duc de
fcvoye se foit donné beaucoup^de
rlouvernent,qu'il a laissé perdra ses
ftats. Il s'est bien échauffé à crier
S tous costez au feu & au secours,
t il n'a pas dédaignéd'aller jusques.£
Iltan2 pour im plorer raffillance d'un
gouverneur qu'il haïlïbit. C'eO: un
ils cruel & sensible pour un Souve-
[rminp,scqouni tgreaurdnoit une fierté à contre- Monarque aulli puifint
& aussi bien-faisàntque.celuy de
rance.
LE HOLLANDOIS.
Quand on a pû s'abaiuer à faire
M pas honteux, & qu'aulieu de réiifl
:, oa a le malheur de faire encore
us let jours de nouvelles pertes, j'afmë
qu'un estat si déplorable donne
t: grands sujets de chagrin.- -..
LE SAVOYARD.
L-es pertes peuvent estre fuppor-
"S par un grand courage, mais an,
I:n fait des reproches,quand on se les
est vifiblemenc attirées, en méprisa
les conseils de ses Ministres
,
aussi-bi
que ceux de la prudence & de la n
son.
LE HOLLANDOIS.
Le Duc deSavoye auroit esté tri
heureux, non feulement de voir i
Etats dans une profonde paix penda
que toute l'Europe est en armes, raj
encore de se voir peut-estre àlatej
d'une AribéedeFrance, où il aur<
appris l'art de vaincre, sans épuil
ses finances. Pent-efire mesme qu
luy feroit demeuré quelque partie <1
Conquestes qu'il auroit faites, au li
qu'ilvoit Ces Sujets ruinez pour Ion
temps, & qt'il en faudroir beaucoa
pour les remettre, quand mesme4
Roy de France auroit la bonté de h
vouloir redonner sa plus grande pari
des Eflats qu'il a perdus. LESUEDOIS.
Ses Sujets qui luy ont toujci
marqué beaucoup d'amour & de zzl
ne luy. fotx guere abLgez. Encarc
centrant dans la Ligue il avoit eu
te garantie aussi feure que celle que
étis eusmes dans la derniere guerre.
Duc le monde sçait ce que le Rjoy
très- Chrestien y fit pour nous. Nous
avons point d'Histoires qui marient
des generofitez de cette nature,
japréscela touslesPrincesdevroient
fmpretIer à estre des Alliez de la
fance. e L'ANGLOlJ. Duc de Savoye pourroitdormir
1 repos puis que les Espagnols doiptLl'inEdemniler
de toutes (es pnes. I'C'eil HOLLANDOIS.
une bonne garantie quecelle
n Roy9qui faute d'argent ne peut
uvenr (ortir de Madrid pour aller à
ËscuriaLQjelles Troupes peut-il
ivoyer en Italie, puis qu'il n'en peut
tvoyer en Catalogne
,
où avec une
meeanez mediocrc on prend tous
r jours des Places sur luy?
; LE SUEDOIS.
Jl n'ya que le Roy de France qui
foit aujourd'huy allez gtnereUJ!
assez puissant pour donner des garan
lies, & pourvenir à bout de ce qu'i
promet. Il n'avoit jamais si bien conm
ses forces,ny le zele de ses Suj ets
qu'il fait à presént> & l'on doit ellrl
assuré qu'il trouvera toujours dans se
Etats dequoy étonner, & même lasse
la jalouse fureur de ses Ennemis.
, LE BAVAROIS.
L'Eletteur de Bavière n'a pas fai
moins de tort à ses affaires en se déclarant
contre la France, que le Duc
deSavoye. S'il eust gardé la neutralité
qui auroit entretenu labondancc
& le calme en ses Etats, il eust joli)
des tresors que luy avoitamassez l'EIecteur
Ton Pere., mais nous croyon:
tous cftre plus rages que ceux qui oni
vccu avant nous. Nous nous faison:
une honte de marcher sur les trace
qu'ils nous ontlainées
, & c'est pac H
que nous, nous perdons. Cene iêroîl
rien si l'Electeur qui nous gouverne
aujt>ùrd'huy,n'avoit fait que dîssipes 1
1 r.- I grandes richesses dont il' avoit \1e--
té en heritant de l'Eleftorat. Non
[ulement il a fait des dettes immenis
aprèsavoir épuisé ses Sujets , mais,
a poussé encore la dissipation plus
in,& ce Prince a mangé d'avancetl1
revenu de plusieursannées, en
ce que n'ayant pas dequoy faire
bfifierses Troupes l'année derniere,
les piUerçnt deux fois le Marchéde
ilunic pour avoirdu pain. LESUEDOIS.
pCm'peêsct hseandsedoute son inquiétude qui demeurer en place
,
puis
13On le voit tantoi à Vienne, tantost
Venise
,
r& tantost àlariaye, ANG L-Or1S. onne doit pas s'étonner qu'il s'eifc*
ye chez luy, puis que ses affaires- y
lent si mal.
LE BAVAROIS.
- Le grand attirail d'infirumens de
viufiqaé qu'il avoit fait porter àa
Haye, montre combien il est pou
puché dcsm;&ux qui devroient1abat
- LE HOLLANDOIS.
II avoit sans doute porté ces Inftru
mens pour accorder Meflreursde 1
Ligue; mais les Canons de Franc
qui se font fait entendre devant Mon
juftemcnt dansce temps-Il, ont biei
troublé ce Concert. 1 L'AUSTRICHIEN.1
C'est donc parce qu'ils eftoien
devenus inutiles, que les Françoi
ayant surpris le Bateau qui les portoi
au retour de la Haye, les jetteren
tous à l'eau, après en avoir brifé un
partie. 4 LESAXON.
1
.ôi les Musiciens de cet Eleaenr ni
font pas mieux payez que ses Trou.
pes, je crains bien que ses Concert
n'aillentLaussEi mSalUquEe [DesOafIfSai.res. I Les Ligueurs ne peuvent manque
d'estrebien concertez, puis que 1:
Musique est la paillon dominante d'ul
des plus qualifiez Souverains d'entre
eux. Le Marguis de la Fuente a rap
- 1
IÓrté a tous ceux qui l'ont voulu enendre,
qu'estant un jour àl'audience
le ce Prince, il fut étonné de le voir
ortir avant qu'il eust entendu tout
ion compliment,pour seller achever de
loter des Vers qu'il avois entrepris
le mtttre en Air. |t| L'ANGLOIS.
Cela marque une grandea don aux choses pour
lefqucllesce
Prince a de l'attachement
,
& l'on
peut juger de là que s'il alloit à l'Ar-
-née, il pourroit estre heureux dans
le qu'il entreprendioit
, puis qu'on
éiiffit toujours quand on a le coeur
au mestier dont on se mesle.
LE SAXON.
S- Mais s'ils'agiiïoit d'une affaire d'Etat
dans cette Audience, ce n'étoit
ipeas y prester une grandeattention que hl'iLnteErroSmpUreEainDsi.OIS.
Peutestrece Prince estoit-ilplus
attentif que vous ne pensez. Que
Ifçait-on s'il ne trouvo-it point quèf-
6
que chose de si pathétique dans le dif
cours de l'Ambartadeur
,
qu'il resolus
de l'aller mettreen Mufique.
LE HOLLANDOIS.
Comme il estoit impossîble à l'Am.
baiTadeur de deviner ce dessein, en
cas que le Prince l'eust eu veritable..
mène, il deut estre fort surpris de fc
voir traité de cette forte. LESUEDOIS.
Il estoit de la Maison
, ÔC cela le
fitp-asser par dessus cette irrégularité,
car autrement le procédé de ce Prince
luy auroit paru aussi incivil que peu
politique.
LE BAVAROIS.
Vous ne connoi ffex pas les Mufi
eiens. Qnand ils ont un Air dans la
telle
,
il faut qu'il en forte.
LE SAXON.
Ce n'eflr pas-ignorer tout que de
fçavcir la Musique ; mais il faut (a..
voir plus que cela pour regner ,
& l'on
a quelquefois des Princes en teste,
qui déconcertent l'harmonie la mUJ,
régl ée,
r lE SUEDOIS.
Le Souverain dont j'ay comicncéà
vous parler; a les meilleurs
lluficiens de l'Europe, & comme il
y en a point qui soient plus feavans
ne luy
,
il ne le rapporte de leur caacité
à personne
,
& joue luy mesme
u Claveffin pour les accompagner,
eiand il les fait chanter pour voir s'il
tLs reEcevra dans sa Musîque. BAVAROIS.
» Puis q/elle est si bonne,il la de..
roit envoyer à Bellegrade. Les Turcs
luroient pû s'en laitrer charmer, 8c'
eut-eftrc n'en auroit-il pas fallu davantage
pour les empescher de prennLe
cEetteHPlaOceLd'aLssAaut.NDOIS.
Dites qu'ilauroit mieux fait de
sver de bons R.egimens) des deniers
111e cette Mufiqne luy coûte.
LE SUEDOIS.
Vous suivez le caractère de voftrc
dation. On y a rcfpritmarchand, Se
tous n'entendezparler chez vous que f tour mettre à profit.
IE BAVAROIS 1
Ce feroit avoir trop de dureté
, qui
de vouloir qu'un grand Souverain qui
ne va point à l'Armée
,
se privaft de
sa Musique. A quoy voudrait-on qu'i
Veccupaft ? 11 faut avoir plus de cha
rité que cela pour Ton prochain.. Iln
a point pour on Prince de plus
noLlf
divertissement que la Musique.
L'ANGLQIS.
oüy , maisvous demeurerez d'accord
que les Violons font pude fai-
(on, quand les Canons des Ennemis Ci
font entendre-
LE SUEDOIS,
-
On a beau faire, l'harmonie de la
L:gue ne fera jamais rompuë ,
ellfl
aîme trop la Musique. On aveu q
FEle&eur de Baviere né s'en est pi
palier à la Haye, puis qu'iL-y a
-fai
conduire des Bateaux chargezd'inftca
mens,& que le Duc de Savoyeq
ne l'aime pasmoins que ce Prince,
eA party de ses Etats pour aller y
les Opera de Venife.
LE BAVAROIS.
Il y a esté chercher iâ perte ,
rpaiS
omme pour s'y cacher en traitant, il
dl: servy du marqueafin de pouvoir
e trouver au rendez-vous
, cette aliance
a produit l'etfct d'jncmasça.
ade qui le trouve n'avoir q.i'am.usé
juund le diverrillemeliHeit hny, §c
lu'on a levé le T\l;!.(que.
L'AUSTRICHIEN.
Il y a un Proverbeallez commun
qui dit
, que c. qui vient de la flûte
cii retourne par le tambour. L'alliance
le Savoye e(l venue parla flûte à
Venise
,
& le tambour a toit gâcé à la
Bataille de Stafarde. A.nn l'on peut
dire avec ràison,malheur sur la Matique.
LESUEDOIS.
Je puis vous allu-irreerr qq,u,iee l' hhaarrmrnoo*.
nie des Alliez estoit bien méchante à
la Haye. J'ay oüy dire à l'Electeurde
Baviere
, voyant qili y avoit si peu
de concert entre-eux ; jQue si les chofis
continuaient d'allerlemef/netrain, il
se oit bienheureux s'ilsi'wvoit tftre
jour Duc & Pair de France,
L'ESPAGNOL.
Il est facheux cr'e la Ligie ayai
trois Musîciensauuî bons qu'on noi
les peint, aucun ne puilTc chanter
delliis quand il faut disputer avec
France
L'AUSTRICHIEN. - Un Trio fait pourtant un nombi
parfait dans la Mufiqtte, & il n'y
rien qu'un Trio ne puille chanter.
LE SUEDOIS
Cependant dés q'iece Trio veu
se faire entendre devant le Roy de
Fnnçois, Ces voix s'affiibliflenta S
cette Manque devient pitoyable.f
LE BAVAROIS.
11 est fjrprenant devoirqae lechan
d'un Coq, quoy que seul, prévale fui
un si grand nombre de bonnesVoiï
&qui ont tant travaillé pour rendu
leur Concert juCle. 1
-
,,,\ Il
û
LE SUJET DE L'ELECTEUR :PALATIN.
f Iln'y a poinc d'Etat en Europe)cri
ie chant du Coq ait porté plus de déflation
que dans le nostre) mais il n' y
:n a point aussi dont le Souverain a.c
ilus travaillé pour la ruine de les SI-iets.
Nostre défunt Eletteur avoit
igaucoup d'esprit
, mais de cet esprit
itii ne fert aux hommes que pour les
ondjire à leur perte. L'Empereur
yant epousé sa Fille
, ce Mariage
uy avoitdonnî beaucoup de pouvoir
iir sonesprit. Le Princed'Orange qui
cait allez bien de quellemaniéré il
aut mener une intrigue de Cabinet
k servoit de cet Electeur » a pour en gager Majesté Imperiale à travailleravec
uy à faire la Ligue, qui a tant coûté
ie fang à l'Europe, & qui luy en Lit:
ncore verser tous les jours. Nostre
:ledeur qui avoit fesveuës
,
entreprit
vec chaleur tout ce que iuy proposa
: PPrriiiniccee dd''OOraranigiae, parce qu'ayant
|Tiiftd nombre d'Enfans
)
illes vouloic
élever à de hautes dignit.ez,$C qu'il
efptroit faire entrer par 11 les Evefchez
de Munster & de Liege dans. sa
Famille; de 10rte que pendant que C
Prince concertoit avec les Traistres
d'Angleterre les moyens d'ênvahircette
Couronne, les Princes liguez prenoient
de Secrètes mesures pour le deffein
qu'ils avoient d'accablerla France.
LesVaisseaux duRoyTres-Chrestien
estoient alors devant Alger
, pour 1
gloire & pour- l'utrlité de la vraye
Religion; il travailloitàl'affermir
dans (on Royaume, &n'ayant aucune
envie de troubler la paix qu'on luy
avoit veu donner à l'Europe, il n'avoit
que les Troupes neceliairespour:
garder ses Places, lors qu'il s'apperceut
de l'orage qui estoit prest à fondre
sur luy.ilestoit question de l'arrester
,
& ce Prince ne le pouvoit
qu'en se servant des moyens que per-
]
met la Guerre. S'ils nous parurent un1
peu violens
, ne devons-nous pas de-j
meurer d'accord que les Vainqueurs
les plus modérez font autorisez à les
employer quand les occasions font
preilances ? Le Roy de France se
trouva donc obligé de fare ledégast
entre Tes Ennemis
J
afin d'empekher
gu'i'sn'avançaient,&: voilà pourquoy
e Palatinat a tant fouffcft; mais nous
le
fçauiions mer que ce te foie juftefnent
,
puisque la France ne se pojiroit
garantir d1 mal qu'on vouloit
uy faire, qu'en le rejettant sur ceux
gui avoient juré sa perte.
IOL'nHABITANT DE COLOGNE.
doit aussi la desolation de l'Elec.
orat de Cologne au défunt Eletleur
palatin,& au Prince d' O range, puis
1u'ils ont esté 1 s principaux Auteurs e la Ligue. On s'uniflbit pour dé.
arer
la Guerre à la France, sans
lu'on eust aucun [uj et de plainte coure
elle, & feu lement, parce que l'E..
aelJr de Baviere estant Gendre
le l'Empereur, Sa Majesté Impériale
ouloit que le Prince Clenient, Frere
te cet Eledeur , eust l'Eleâorat de
Cologne, quoy que le Cardinal ci
Furftemberg en eust estécanonique
ment élu Ccadjuteur. Le Prince d'O
range leur promettoit à tous de les fer
vir efficacement, non pour la bonn
amitié qu'il avoit pour eux, mais par
ce qu'il vouloit les engager à occupe
les armes de France, qui autremen
auroient pu rompre lesmefnres qu*
avoit prises pour se faire couronne
\Zay d'Angleterre. I
LE SAXON.
Quelle honte pour tous les Prince
da l'tnrope, de se voir les dupes d
cet Usurpateur Il nous a tous mi
en mouvement pour ses propres assai
re. NostreElecteur est venu troi
Campagnes de fuite avec Tes Troupes
lur les bords du Rh:.n, où elles ont For
diminué
,
tantost de fatigue, & tan
tost manque de fourages & de vivres"
ôccependant, après tant ds longÎ
voyages &tant de dépenses
, ilne t
trouve pas plus avancé que le premie jour.!
IABITANT DE VIRTEMBERG. tLaguerre a petit-estre fait plus de
a.vagc dans
nostre
Pays que dans auan.
autre,& nous avons grand iujet de
étefter le Prince d'Orange. Audiceux
ui nous gouvernent ont'ils eu grand
Drt de nous avoir mis de la partie ;
sais comme nous sommes de petits
oDiitfIlobnnss mmeesnleezz "ppaarrmmyy lleessggrroossqquuii
bus mangent, ce neu: pas à nous à
arler. Nous ne faisons figure que
Dur le nombre, & pour faire paroître
eux qui nous traînent à leur fuite,
|e forte que tout ce que nous pouvons
aire c'cft d'écouter
y
nostre voix ant fort foible, & n'estant prefue
pas comptée parmy les Alliez-
Cependant le mal est fait) nousaupns
beau nous plaindre dli Prince
^Orange,nos plaintes ne réparerons
aIFsl.nLoEs peHrteOs.LLANDOIS:
est temps de nous retirer. Vous
jitendrez bien d'autres plaintes uiv
Dur, I quand il fera devejiu Souveraie Hollandp.- N iij
AFFAIRH
DUTEMPS.
XI. PARTIE.
Le Prince d'Orange travaillait
à son Histoire.
IV. ENTRETlEN'I
• LE PRINCE D'ORANGE.
Il
L faut, mon cherMilorcT!
'.llle je t'entretienne à font
l'un detïeiii que je rouW
Jans nia reste.
ci E N T1 N G.
Milcrd ! Ce titre est toujours extraofdiimrepour
moy. Je[aybic,
'uevous m'avez fait Milord de Porte-,
nd,mais jz doute quejele fois veritalne'anvieeznt,
puis que le present que vous
fait n'etoit pas à vous.
LE PRINCE D'ORANGE.
liTsu. m'étonnes de parler comme tu
La pofTeffian est un titre inconbftable,
&qui l'emporte Couventsur
bs droitsles mieux fondez. Sile feruule
te prend là-dessus
, tu dois estre
iën changé.
BEN TIN G.
Du rrupule?moyduJcrupule i Il
fiudroit pour en avoir queje n'eusse
:as esté élevé avec vous. Nous nous
lonnoilfons trop bien l'un & rautte
iour ignorer qu\il n'y a rien au monde
lui nous en doive donner) & c'est
larce que n- ous nous connoilîbns st
den) que nous pouvons, quand nous
pmmes sans témoins
, nous moquer
1e ceux qui ont. esté assez fous pour
DUS élever, puis que te moins qu'il
in puisse coûter à rAnglererre & à la;
liollandc
à
c'est de vous voir établir
la Puissance Arbitraire dans l'un.
dans l'autre Etat ; car je commenc
vous regarder comme Souverain
Hollande. Cependant malgré tou
vos Couronnes
, ne vous fâchez j
s'il m'arrive quelquefois de - ne v donner que de l'Altesse.J*ay pe I m'accofitumer,quand nous (omtf
feuls3a voustraiter de Majesté, le tiCI
d'Altesse me vient plûtost à labouchj
Vous [çavcz que le Cardinal de R
chclieu en a le premier honorévofti
Maison
, & qn avant Ton ministere
les Princes d'Orange vos
Fredece
feurs
,
estoient feulement traitez d'Ei
cellence. j
LE PRINCE D'ORANGE. 3
Il eut ses rairons, pour donner I
titre à Henry Frédéric mon AyeuL
BENT1NG. -
• Ce fut en 1657. que ce Cardin
foiy fit donner de TAltefle dans u
Discours que Mr d'eCharnaflè, A
balsa.eur de^Franceen Hollande,
au nom- du Roy Tres.Chrdhen dai
A.Semblée des Etats Généraux. On
; manqua pas de faire aussi - ton:
nprimer ce Discours, afin d'apprendre p prendre
:tte nouveauté à toute l'Europe, &
jmme la France- fert ordinairement
: modelle à tous les Souverains) les
mbaîîadeurs des autres Princes fuirent
l'exemple de celuy de France
LE PRINCE D'ORANGE.
'il me semble que j'ay allezélève
La Maison depuis ce temps-là
, &
ue j'ay sujet de croire que l'avenir
:ndra justice a la noble ambition qui
t'a fait venir à bout de changer la
tre d'AltelTe en celuy de Majesté.
i BENTIN G.
Vous pouvez vous alTeurcr que la
'ofterité parlera de vous.
-LE PRINCE D'ORANGE.- Je n'en doute point, & comme je
lis, persuadé qu'elle en parlera dierkment
, j'ay résolu de travailler
vec toy à mon Histoire; c'est de ce
slfein que je veux ttentretenir
l
BENTIN.G.1
Vous vouîez travailler avec
m
LE PRINCE D'ORANG
Oiiy
, tu en (ais le plus fçci
& je voudrois bien que nous tr
vallons un tour pour accommq
de certaines veritez , où mes
ava
ges n'indemnilent pas ma gloire.
BEN TING.
.Il y a maniéré de mentir; niais
que j'y trouve de fort malajfé:) t
que le mensonge historique, si je a
parler ainsi, doit estre accompag
d'une telle vray-femWance, qu'il
impossible de le démeier d'av
vérité.
LE PRINCE D'ORANGE
-
C'est ainsi que je l'enrcns.
B EN T 1 N G.
S'il tagHroit de donner une Bataill
- vous auriez raison de vouloir ava
avec vous quelque Capitaine he
reux,& plus sçavant que vous n'eft<
dans le mestier de la guerre ; mais loi j
L * L
s'agit du Cabinet.) voas-tailleriez
l belbgne à tous Ceux- que leur
ite intelligence dans l'art de foura.
rendus recommandables. Ceant
croyez-moy, vivez, joiïiirez
ïfcre fortune, si vous pouffez, &
os embaralfez- point de voftrfc
aire.
E PRINCE D'ORANGE
estinutile de m'endétourner; il
pris li-dessus une maladie trop
M-e.BENT1NG.
nt pis. Grace a vostretgrand arc tflimuler, vous avez faitdes dupes
us les Princes liguez, mais pourla
:sice, iln'en fera pas demesme.
E PRINCE D'ORANGE,
i y a pourtant des maniérés si delis
de tourner les cbofes
,
& des rails
sip'aufiblcs.
BENT1NG.
lomptez que la Pofterit-é rend jut:
à tout le monde, & que vous ne
','omperez pas.-Je vous flUteray en
blic tant que vous voudrez* ml
dans le particulier,estant voftrç Am
éc vallre Camarade de plaisir & 4
fortune-, je dois vous parler fincerJ
ment..
-LE PRINCE £>'ORANGE.
-Ta sincerité est bonne. Je ne
verrois pas aujourd'hui
îeulema
Statoude.r en Hollande, si je ne l'ave
sacrifiée à mes interests.
BEN T 1 N G.
Je ne croy pas valoir mieux q
vous , & je ne ferois pas vofire Fav
ry, si cela estoit. AinÍi lors que jt
combats vostre deifeill, c'elt feule
ment parTimpodibilité que je trou
à le faire réussir. Encore un couj
croyez-moy;ne vous mettez non pl
en peine de la Posterité que vous fait
dela Religion. Vous joîiiïlezdurai
où vostre adresse vous a fait monce
de la maniéré dont jouirent du revej
de leur argent ceux qui l'ont placé
vie, & ce fera beaucoup s'il ne va arrivepointd'accident comme ille
.'arrive quelquefois,q1 uivous empêc*he
en jouir long-temps. Vous possedez
i beau & floriiïant Royaume; vous
regnez arbitrairement, ou peu s'en
ut, & cependant, faites faire tant
histoires que vous voudrez, & trajllez-
y vous -
même; subornez les
eilleurs historiens ; faites-leur dire
ut ce qu'il vous plaira; il est tresrtain
que lors qu'on fera paroiltre
iiftoire d'Angleterre de ces dernicres
inées
, vous n'y ferez point au rang
s Rois légitimes. Vostre vie pourra
eltre placée à la fuite de ce qu'.uint
fait ses autres Souverains, mais
e fera regardée comme un incident
rivé pendant celle de Jacqics 1 1.
Mt vous occupez la pLiee) & voibe
ne paiera pouruninterrègne à l'érd
des autres Rois à qui la Cou- ne auia esté juftemcnr acquise.
n marquera ce que vous airez aie bien & de mal, ma s la con,
ssion fera que vous aunzcité un tarpattur, & que vous aurez violé
toutesfortes de droits pour régne
De tous les Usurpateurs vous est
celuy qui paroiftrez le moins Roy,pa
ce que pendant le cours de vostre t
furpation le vray Monarqueest vivan
Son caraderenepeut -s"efîacer; on r
luy sçauroit oster fou nom, Se voi
mesme
,
&tous vos partisans,vouslu
donnez tous les jours le titre de Ros
Vous psflèdez,ileft vray ; mais iwj
possession injuste&violente nevom
fera jamais placerau nombre des Roû
quoy que l'Histoire vous mettea
rang de ceux qui auront gouverne. 4
LE PRINCE D'ORANGE.,
L'Histoire ne me mettra jamais a
rang de ceux qui n'auront pas meril.
qu'on fasIè d'eux une grandediftit
&ion. 1 BENT1NG.
La mort fait fouveut découvir dl
défauts &: des vices ,q'a-i rende!
CCllXqle l'on a crus de grandshonl
mes ,
bien petits dans letombeau, J
elle nouSjapprend quelquefoisqu'a
Soient fait du coeur1par rais"on,pen- --
mt que la nature souffroit, & qu'cd.-
tfailoit connoistre par des relâcheens
ordinaires aux poltrons, qu'ils
embloientde peur. Mais comme il
ut palier le plus viste que l'on peut
r ces fortes d'articles.
oLEyPRINCE D'ORANGE. que tu tâches d'enveloper
matiere ,
je vois à quoy tu en veux
nirj mais un defaut de nature n'en
Bt paEs toNujoTurs1unNdeGcour.age.
| Comme ce malheur vous arriva
[ jour de vostre Couronnement où
lUS deviez avoir moins de peurqu'en
ky d'une BatIlillc, rien ne marque
ivantage q':e vostre crimc s'eilant
ors presenté tout entier à vostre
lagination, cette image avoit fait un
muement general dans vostre corps,
ce fut ce qui causa le ravage que
'ent alors les humeurs en vous.
eux qui ont écrit contre vostre iniion
,
n'ont pas laide échaper cet
n incident. Ils prétendent que c'est Ui
preuve Physîque qui fait voir qi
vous vous representiez en ce momei
toutes les injustices que vous avie
faites ponr monter au Trône. Out:
la familiarité que vous me souffrezt a
qu m'oblige à vous parler de la sorts
je dois, lors qu'il s'agit de vostre H:
fioire, vous dire deqnoy font rempl
tes Mémoires dont se serviront ui
jour ceux qui voudront y travailler-,
LE PRINCE D'ORANGE.,
C'est une chose surprenante quele
veux du Public. J'admire comnaeri
ils ont pûpenetrer- jusque dansmt
atfaires lespBlusEseNcreTtesI.NG, 1 I Quelqu'un de vos ValetsdeChats
bre pedt avoir parlé; mais laillez-là l'
venir, il ne vousappartient pas. Vo
avez voulu joiiir
, vous jouiltêz
) mai
ne croyez pas qu'après vostre mort <|
rende les mesmes honneurs à voftl
memoire qu'à vostre personne. Il sa
droit des armées en cc temps-là po
mtraindrelePublic,&comment en'
iriez-vous
,
si les Gourtifans qui patiÍfent
les plus zelez & les plus dei.
titereflez,tournent le dos aux plus
rands favoris de la fortune, & leur
ittent mesme souvent la pierre dés
d'elle commence à les quitter. Que
tra Yoûre Cadavre après vostre mort?
Quelles:armes aura-c-il pour défendre
Dftre réputation ? Vousn'aurez pas
sesme d'Enfans pour prendre le party
s vostre mémoire,& vos écrits n'é.
tnt point appuyez, ne la justifieront
as. Loin de songer àcequi se dira de
pus lors que vous ne ferez plus, vous
evez mettre tous vos foins à n'erre
às détrôné de vostre vivant; car
pftre mort pourroit devenir un sujet
E fpjeiVacle fort desagreable pour
ous. Vous [çavez. ce que c'estque
ambition, & ceque mille gens en
Ht écrit sur les exemples qui ontefté
lis.
\Henrenfe, elle estvertu
,
r^alheureiife^
t. elleest crime.
Le procèsd'unAmbitieux que
fortune abandonnerfe trouve fait
parfait en un moment sans qu'ilputi
en appeller, c'est un urage généra
Ceux qui ont conduit au Trône foi Js premiers qui meoent à l'échatfau
8c vous devez estre persuadé que h
Angtois.quiont fait iniuGement co*
1er le fang de Charles I. ne vou
épargneront pas, & que désque vou
deviendrez malheureux, ils vous ri
garderont comme un Usurpateur qn
a troublé le repos de la Nation, qOE
luya coûté des sommès immensès
qui a fait diminuer fortcommerce
qui luy a fait perdre la reputatioi
qu'elle s'dtoit acquise sur Mer,8A.
qui l'a rendue odieuse à toutes les NT
tions. Elle croira ne pouvoir iry lavtg
son crime, ny rétablir [es affaires quo
par vostrefàng. C'efl: pourquoy au
lieu de penser à l'avenir
, vous deve:.-
vousappliqufr uniquement à prendre
des mesures qùi plilfrclitvollis-empeg
dier de tomber du Trône,si l'on pcuJo
tire pourtant que ceux qui le font
,ffis de force sur lU1 Trône
,
le poiInt
véritablement.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je lepollede puisque je commande,
Se qu'on m'obéit. Quand une fois on
t1: parvenu au lieu cù je fuismonté
«e la maniere que Vay fait, on. doit
put sacrifier pour s'y maintenir. |BENTING.
É Supposé qu'on ne vous en puft faire
ercendre
,
& qu'on vous laillaû finit
os jours anssi tranquillement que
2romvvel
, que l'on a ven mourir dans
pn lit
, croyez - vous que vofire
nemoire en fust moins odieuse apréa
care mort2 Cromvvel estoit plus
imé que vous ne l'estes. Lçs Anglais
:lvio'i:elnstm,oins' fonffert fous son regne souffrent tous le v.Hre, Sa
ieté apparente 11e s'eitoit janais pé.-
jeniie,nonpins qMc sa modération.
Cependant les Peuples pendirent &C
f: brûJereft son tfllgie apiés sa mort
pus toutes les Villes d'Arg.lr..terre.
On condamna au dernier fuplid
ceux des Juges de Charles I. qui el
toicnt encore vivans. Le Corps d
Cromwel fut déchiré par Ordonnan
ce du Parlement, & attaché au
Fourches patibulaires. Ainsi celuy qù
s'estantacquis du moins autant d'efti
me que vous dans le Cabinet, s'estos
plus fait craindre dans les Combats
n'eut pas plutoft- achevé de vivre
qu'on traita Ton corps avec toute l'in
dignité & toute rignominie deu-au:
plus infâmes Scélérats.
LE PRINCE DORANGE.
Ilfaut tou jours penser de foy-mêmi
assez favorablement,pour estre porfua
dé que le mal qui arrive aux autres ni
nousarrivera pas. BENTING.
Je connois le génie de l'Angleter
re. Les Peuples font prompts à si
chagriner, mais s'ils prennent aifément
les premières impressîons qu'on
leur donne contre leurs Maistres, il!
eii reviennent avec la mesme facilité.
e qu'ils font avec d'autant moins de
eine, qu'efiant mieux instruits de
:urs Loix qu'aucune autre Nation du
londe
_,
ils connoiilenc mieux les
rimes où ils font tombez. Si la for-
3ne vous abandounoit, vous verriez
n me(me temps leurs repentirs bien
tpeints dans leursAdrelles à leurs leitimesSouverains.
Vous les verriez
leteiter leur crime, & faire de vi.
lins portraits du voftic. Si ce la n' arive
pas de vostrevivant ,
il est hors
le dout: qu'on le verra arriver aprés
jpftre mort. LE PRINCE D'ORANGE.
C'ell
pour combattre des à prefenc
ont ce qu'on pourra écrire en ce
emps-là, que je veux que nous traraillionsàmon
Histo're.
BEN T 1 N G.
Je m'étonne qu'ayanc toujours fait
n si bon usage de voflre temps, vous
tous puissiez aujourd'huy resoudre à
e perdre.
LE PRINCE D'ORANGE.
Pourquoy le perdre? Mon Hiftoi
ne pourra-t-elle pas m'estre aulïï gl(
rieuse quelque jour, que celle que l<
Protestans feront du Roy de France
luy fera desavantageuse > BENTING.
Les Protestans n'estant pas partit
croyables, feront recusez par ceu
qui s'attachent à la vérité, & plus il
se déchaîneront contre ce Monarqui
plus ils feront son éloge, puis qu'il
marqueront combien il aura travaill
pour l'avancement & pour la gloir
de sa Religion.
1-E PRINCE D'ORANGE.
Croyez-vous que les Allemans n'e
criven pas contre ce Prince d'une
maniéré qui noircira samemoire BENTING.
Et qui s'en voudra rapporter à eux
Ne doivent-ils pas rougir de ce qu'ut
Roy seul
,
sans autre lecours que cc4
Juy de ses Sujets, ait tant de fois saîs
plier & battu ce formidable Corps du
Empire, qui à un si grand nombre ;bras & de telles.
LE PRINCE D'ORANGE.
j'
Les.Espagnols.. BENTING.:. Apres tant de Places que les Francis
leuront prises, quoy qu'ils écrient:)
ne verra-t-on pas que ce fera,
5 dépit qui les aura fait parler E [LE PRINCE D'ORANGE. (Etne
crois-tu pas que les Anglois.
BENT1NG.
Onfçait qu'ilsn' écriroient que pour
z vanger deceque le Roy de France,
prés leur avoir osté lEmpire,des
Aers, les a attaquez jnfque dans la
daiiche, & battus mesme jufqae dans
tiurs Ports. LE PRINCE D'ORANGE.
iBLesEHoNlîandoTis>I NG. j*
Comme sans luy ils feroient encore
arbitres des Rois
,
qui pourroit douter
pece ne fnfi: le chagrin qui les aupic
fait écrire?
,
LE PRINCE D'ORANGE.
Mais les Electeurs ? BENTING. j
Personne n'ignore que ce Moiiârj
oqureaa[isa,itdes Deserts de quatre Elej
pour arrester les Troupes avei
lesquelles la Ligue devoit inonder 1,
France. Ainsi leur mauvaise inted
tion est trop contiuc, pour laisser ajoû
ter foy à ce quMs pourroientécrire.
LE PRINCE D'ORANGE.
Si je te connoissois moins, jet
croirois Pensionnaire de France.
BENTING.
Ne condamnez point la finceriti
que je vous marque. Il faut s'attachej
à bien connoistre nos Ennemis ,
leurj
forces & leur mérite, afin de prendrd
contre eux de justes mesures. De
bOll'
ne foy, peut-on ne pas demeurer-d'ac
cord,à moins qu'on ne veiiille s'a
veugler foy-même, q'Je le
Royd
France est un des plus grands Prince]
qu'on ait-jamais veus , & que ce
qui se liguent contre luy
, ne iaillifl
Pî
is del'eslimer Se de l'admirer ? Il est bien
nportant pour leur gloire que cela foit, car
ur honte rcdoubkroit, s'ils estoient tous les
iurs vaincus par un Prince qui ne se feroit
.lUnguer que parleurdéfaire. II PRINCE D'ORANGE. |Laissons-làce
qui les touche, & parlons
; mon Histoire. Songeons à ytravailler. Si
DUS n'avons pas sujet d'en eltre contons, il
lus fera aile de la fopprimer.
IBENTING.
Je voy bien qu'il faut vous fatisfjire. Qunnd
s Grands ont quelque chose dans la telle, il | impossible de l'en arracher.Nous allons voir
unment nous pourrons parler de mille ac-
»ns> qui feroient bonnes à ensevelir dans
l tenebres, & vous allez estre bien contra- ficar je ne voudrois pas écrire une ligne,
pjcn'avoispermifllon de vous dire moi
s.
;Je LI PRINCE D'ORANGE. n'ay que faire de te la donner, tu es
jimine a la prendre de toy-mesme.
BÏNIING.
Mais pour bien faire une hiiloire,il faut,
lïimencer pat l'origine de la Maison de cer
dont on entreprend d'écrire la vie.
LE PRINCE d'ORANGE.
'Ce que l'on en marque n'est qu'un préam*
le qui feu d'inirodudion & il faut le faite
Irc.
BXNTJJfG.
Nous dirons que Guillaume surnômmë le
Cornet, eu au Court nez, >fut Prince d Orange
du temps de l'Empereur Charlemagne; que
ses DefcencUns jouirent de cette Principauté
jusqu'à Rambaud IV. qui eslans mort faus
enfans
,
la laifia à Tiure sa Soeuri- 'lui;
porta par son Mariage a Bertrand de Baux
en II77.que leur
Fils
Guillaume commença
la [cconde race des Princes d'Orange ciul
continua jufquJen 1353- que RaimondVJ
n'ayant pointde fils., maria sa Fille Marie
lie Baux à lean de Chalon ;quuelIecuurrFil1s
Louis de Chalon
-,
Prince d'Orange, eui
(uillaurnedeLhilon, Pere.de JeanIï.qui
eut Philibert de Chalon ; que ce dernier
mourant sans Enfans, laissa hcrrrierc Claude
de Chalon sa Soeur , qui par fan mariage ave
Henry de"Nsf&u
, porta la Principauté .d'O
range dans cette Maison; que Hem y futPerd
deRenéde-Nassau qui moumt [ns Enfans a
d'une blcffute receuëau Siege deS. Dizicr en
IÇ44.&quepar sonteilamentilfit son
heri
tier Guillaume de Nassau., Prince d'Orange
Ion Coufiu Germain, Filsde Guillaume
J di
le Vieil, & de Julienne de Stolbeig, que c
Guillaume fut reconnu par les Etats Généraux
des Provinces Unies comme le Cpefde leus
Republique,& que c'estoitvoiVre Bisayeul.
LE PRINCHT^ORANGE» 1
On verra par là que nous ne sommes Prin
ces .d'Orangeque par lei Femmes , maisJ
-importe; ce n'etf pas à cette. Principauté qpe
: doy ce quejefois. BiîNyiNG.
Vous ne le devez pas non plus à vostre épous
ferez bienheureux si vous devenez un
pur"Souverain de Hollande,sans répandre:
lkiarsandte fang que vous avez fait en vous cm--
de l'Angleterre.
LE PRINCE D*OANGH.,
Tout vient avec le temps, & si je reive
ms cesse , ce ne fera pas inutilement.
- BENT IN G.
Vous avez raison de conyoirer
-
la Hollan-
1:. G*eft un bon morceau ,.& vousy règne-
•z plus tranquillement qu'enAngleterre.
)us y mèneriez fcs bons Marchands à battette
>
& vous les déchargeriez bien-totfde
;irs tonnes d'or. Cela vous feroit plailir
>
rgent estant alTez voftiepalfion. On ne vous
demanderoit point compte, i comme font Angloré. Iln'y. arien de plus chagrinant
lur un Souverainj cette Chambre des Comimes
embarane fort, quand ses méchanres
meurs luy prennent, & l'on ne sçait cornant
l'appaiser.;. Ces Milords de leurcofl*
lit plus fiers que de raison lors qu'ils se
IIIvent d'ans leur Chambre Haute, Se que
Bois font obligez de les appdlCI leurs
gneurs.
LE PRINCE D'ORANGE.
La pluspart ne font guere moins fiefs
s. delà. Il y ena lJuCmCt qui ne me font
point 1leur cour, & qui ne mJeJsaluent qu'à
zequand je paBffeEparNlaTVilIle.NG.
Ils font tropriches,il faut un peu les
jraifler pour les rendre Toupies.M
LE RINCE D'ORANGE.
C'est à quoy je resve, & je fuis tron
félon ce que j'ay en teste. si aucun d'eux mi
avec son bien. Quandquelquefoisje jouea
eux, afin qu'ils n'ayent point le temps
cabaler, ils font alrez. mal appris pour couc
sur une carte dix fois plus que moy."g BENTING.
Ils jouent en riant pendant que vous s
peur de perdre; c'efi une incivilité qui me
• châtiment, mais l'Angleterre commence;
-voir assez punie depuis que vous la gouveri
Elle est moins floriiïante qu'elle n'cftoit
>
armes font moins viaorieufes, l'argent ri
moins chezelle,& peu à peu elleCe lais
mettre si bas, que vous la gouvernerez cor
Mn cheval qu'un bon Ecuyer a seeu domptl
LE PRINCE D'ORANGE.
Elle fera toujoursrétive, & j'auray touj
sujet d'e m'en défie-, On ne vit pas avec <
Nation, on languit, & dans le plus gl
,calme on cft obligé de se tenir piedà cHi
quelqueorage. A'h, que ne fuis-je déja i
verain de Hollande ! j'y ferois des loix î
fiantaifie
, & il faudroit bien que ces 1
Marchands subissent le joug.
é
I BENTING.
r K'èft-il pas jufte-, puis que la Hollande doit
aeoût àvolhe Maison depuis que Guillaume Nassau commença à travailler pour sa liberté
en ij£8. que vous deveniez poffelfcurd'un
bniceenfhqueis a coûté de si longs travaux à vos ? Aussi voflre Tere eut-il xaifon de
se vouloir saisir de la Ville d'Amilerdam ,
[pour commencer par là à se rendic maillrc
dtes Ltats. ,r |F LE PRINCE D'ORANGE.
Tu me fais fouvenic que je dois vanger
a mort. On l'empoisonna après qu'on Cllt
reu son coup manqué
, & je ne fçaurois assiz:
junircettecriminelleVille qui fit alors fra.ptr
une Medaille au sujet de Con entreprise.
BENTING.
»
Je la regardois encore il ya fort peu de
emps, & n je m'en souviens bien, st le corps un Soleil" qui fort de la Mer , & Un le
rivage est un cheval qui s'élance. La Ville
fl'Amfteidamparoist dans le lointain, Se
autour de la Medaille on lit ces paroles, CRIMIN!ABliNO),
DlSCtOHNÏ5.
[ LE PRINCE D'ORANÇE.
Ne trouvestu pas qu'elles font honneur
XL courage & à l'esprit de mon Pcrc ? BENTING.
t- Il est beau sans doute qu'il ait fait dire
tteeluy, qu'on peut connoisse par '.me Krulc
les actions dequoy il dtoic capable.
LE PRINCE D'ORANGB. ¡
Ses fcatimens eftoienc élevez, il
Youloil
guerre.
1 uerre. , BENTING. 1
Oliy pour venir à son but.
LE PRINCE D'ORANGE. ¡
La Ville d'Amsterdam s'y oppofoit ¡
tout son pouvBoirE. NTING. i ] Elle l'a bien fait connoistre par ces p; rôles, qui font dans l'Exergue de cette mefn
Mecbille.
QUIA BELLA VITABAT. *
Vous vous dies souvent exposé au mefit
ranger -, mais nous en parlerons en son lie
si nous travaillons à vostreHistoire. C<
pendant il me semble que le levers de la M<
daille dont il s'agit ,
est encore plus infoleq
que la face droite. C'est la Ville de la Ha)
avec la pompe du Convoy du Prince qu l'on porte à Ddfr. Le trebuchementdePhad
ton paroist dans le haut, & ces mots se lises
dans le tour.
-
MAGNIS ixciditausis. j
LE PRINCE D'ORANGE. l
C'est marquer alfas clairement que moi
Pere s'est perdu dans ses grands desseins, a
comme il ne peut s'erre perdu que par C
mort, il est ailé de conclure qu'il faut qu'oi
fait avancée- I BENTING. I
Vous avez cachépluslong-temps que luj
i
ffc ddir que -vousavez d'assujettir la Hollande.
S'il eust sceu dissimuler aufil-bien que
P"tls> Sequ'il eustclic un peu moins viste 9,
il ne feroitpeut-estre pas mort à l'âge de
ivingt-quatre ans, :&:,vous auroit épargné la
(peine de travailler avec autant de. foin ôc de
dégu-ifementque vous faites, à vous tendre
Souverain des mefmcs Etats dont-il Youlojt
sftre Maistre. rLEPRINCE D'ORANGE.
La petite verole luy vint à propos , pont"
Faire douter du poiton -qu'onluy avoit dontn.
BENTIN-G.
Si on ne
l'a
pas empoisonne)onveut du
moins donner sujet de le croiie , par la Médaillé
qui a esié frappée à l'occasion de sa
tmort. LE PRINCE D'ORANGE. P|
JJayfow-rdfolu de m'en-vanger , & je
¡¡'en trouve point un meilleur moyen qu'en
Me falÍant Souverain de la Hollande.
kBVouspourrBiezENTING.
trouver en chemin les
riefmes obtfacles que vofire Pere -, mais en
ou-t cas, vous fçavcz y mettrebon ord re ,Se
IOUS défairehabilement de tous ceuxque
pus soupçonnez d'eftie vos Ennemis. C'üfi
!Ïque lesdeVVich ont éprouvé.
1y.LEPRINCE D'ORANGE.
que toute la terre m'impute ktlt
Hou , jene croy pas que personne en ait
iîs preuves certaines.
BENTING. 1
Ceux qui ont cette pensée s'y trouv
bien confirmez par la Medaille que l'a)
frappée sur ce sujet en Hollande. Il
LE PRINCE D'ORANGE.*
Elle ne marque pourtant pas trop clai.
ment, qu'on me croye l'Auteur de leur nll
preci pitée.
BENT1NG.
Voyons. Je sçay ce quelle contient, <
outre que j'aime fort les Medailles, je m':
riche particulieiement à celles qui vous i
geardent. Les deux Freres font en buste dans cet
Mcdille, & se regardent l'un l'autre, Co
neille de VYich en Guerrier, & fou Fre
en Magistrat.L'année de leur nailïance y c
marquée. Derriere le buste du premier,c lit ces paroles,
INTEGER VITÆ.
il efioit d'unevie pleined'intégrité.
Derrierelebulle de l'autre, S font ces mots. CELERIS QJJ E PURUS.
il efioii exempt de tout crime.
11 y a au deilous des deux Buttes,
HIC armis MAXIMUS, ILLE TCGA.
L'un fut très-grand dans les
dans la Robe.
On voit dans le revers,les corps des dcu
Frétés que plusieurs Animaux déchirent. 1
v a amour, Kunc redeunt animisingentia Con
SUL1SACTA.) -:
il rORMIDATI iSCMTRIS OP,ACLÀ
MINISTRI.
* On se souvient à present des grandes actions
de e6 Magistrat, & des Oracles rendus par ce
Miniflre qui efloit redoutable aux Sceptres.
Deux rameaux de branches icches & depouillées
de feuilles ,
forment autour des Animaux
une ceinture entrelaflce d'un cordon)-
tfiir lequel est ce Vers,
[MENS AGITAT MOUM, ET MAGNO sa
T CORPORE UISCET»
r l'ne intelligence secrete fait agir toute l- .
mafft, &se mtsleparmy ce grand corps. v
11 ya dans 1bxergue , KOBILE PAR FRATRUMSAITO rUROR o.
tt TRUCIDAT. 9 Les deux nobles Freres font tue^ par un*
ruelle rureur.
LE PRINCE D'ORANCE.
,. J'ay fait plusieurs fois reflexion sur cette
;iMédaille,& je voy bien que ces mots, Une intelligence secrete fait agirtoute la mAssè
j
&sa
xrnéle ,famJ) ce gra-nd Corps-, s'adressentàmoy
» maisnousen pailerons une autre fois, j'ay
ttiop de dépêches à faire aujouçd'huv. Ce n'cft
pas une petite affaire que d'empêcher les AIl:
liezde s'échaper d'une Ligue, où la plufparc fontentrez contre leurs intérêts. L'un qui a- "oirdefiaIÏfians Etats, & qui paroissoient inla
c ffiblcs , s'en voit presque entièrement dépouille
, & sa Famille errante a peine à trou-
"TciuneVille qui puillc luy servird'aûleallure* 8
Un autre ferait aux portes de. Ccnftamino)
lors qu'il s'en faut peu qu'ilnefoitpoufféjj
qu'à celles de Vienne. D'autres ont
vâempl
ter des Places-qui fcmbloient imprenables
lde'azuytresvovent leurs Etats entièrement dé 8cqaela^Hollande,loind'estre en e
de payer leurs Troupes,n'a-pascile-mesis
àequoyacquitter (esdettes. CeuxVes Alli
qui examinent toutes ces choses. Se q
croyenr que dorénavantje ne receYiay pi
d'Angleterre dequoy leur donner, puis q
je n'ay pas mis àprofit l'argent que fim Pâ
lemerit m'a fourny , me font avoir tans 1
purs quesi les affaires ne changeai de faq
&sila Ligue ne devient plus neureufe, i
accepteront le party de la neutralité,c
prendront celuy de- la Fiance. Ainsï je n
vois sans cesTe obligé à leur donner des ra
fons pour les retenir dans la. Ligue; & conj
me les méchantes causes font difficiles àd
fendre ,ce n'est pas sâns peine que j'ênviaij
à b&ut..
BENTING.
Vostre interest vous fait trouver des r fons pour les éblouir, & les tromper plus
f
cilcment, S'ils ne demeuroient tous armez
le Roy de France auroit bien-tost rétablyJ
Roy Jacques, & redonné le calme à tout
l'Euiope , ce qui ne vous accommoderoit pa
pais que, pareil à la Salamandre qui ne fçau
roit vivre que dans lefeu, vous ne pouva
régner que par les troubles que cawfis J
UCI¡e.. I
AFFAIRES
DU TEMPS.
3IL'XEI. pPÀrRiTn1Ec. e ORANGE
TRAVAILLANT
S à son Histoire.
* T. ENTRETIEN.
Dntenant les circonstances de lamort
Ie Barneveld
, par rapport aux
i Affaires du Temps.
? A PARIS,
fez la Veuve MICHEL GUEROUTJ
Galerie-neuve du Palais,
i au Dauphin. 1auDauphin.
M. DC. X C1.
AVEC PRIVILEGE WROT.
AVI S. s1 on ri*4 pas fouffé la matière
dans cet Entretien jusquouCon
xvoit premis de le fane, ta C'urivjité
du Lecteur doit estre recompensée
tar les morceaux d'RijloiTt qui il
trouvent, & qui ont tant de rapport
* ce qui si passe Ilujourd.huy.
On donnera le 1 5. de chaque
mois un Entretien sur les Affaires
:du Temps, dont le Public ne
payeraque SEPT SOLS.
Lisle desOuvragessurteJ
Affaires du Temps. I
Dix volumesquifevendent 15.livre
Les Plaintes de l'Europe contre
'-
Prince d' Orange.
IIJI. .IEEINN.TTRRETEIETNIE.N.JJ ENTRETIEN.«
LeHPrincie ds'Ortanoge tiravrailelant.à.si ir. ENTRETIEN.I T. ENTRETIEN,
ontenant les citconltances de la mOI
de Bameveldjpar rapport auAffaire
d'aujourd'huy.
AFFAIRES
DUTEMPS.
XL PARTIE.
je Prince d'Orange travaillant
| à son Hifloire.
r! V. ENTRETIEN.
, BENTING.
Ul S que dans noflre derniere
convêrsation, nous
fommesinfenfîblement tombez
sur ce qui regarde les
RUX Freres ,
Jean & Corneille de
Vith
,
achevons d'examiner tout ce
:le l'on peut dire sur leur mort. Ce
fera toujours un morceau de vof
Histoire tout raie,quenous placerons
fan lieu. 1
LE PRINCE D'ORANGE.1
Jete le dis encore; quoy 1
chacun m'impute leur mort, je
croy pas que. personne; foit.allure <j
j'en fois l'Auteur. Les conjectures
les apparences font parler, mais ;
qui les soutient avec obstination, i
taie bien embarrassés'il estoit obligé
le prouverB. -.. ENTING.
Vous feriez bien fâché qu'on vo
crust adëzméchant politique po
n'avoir pas fait ce coup, auquel vc
devez tout ce que vous çftes aujoi
d'huy.
LE PRINCE D'ORANGE.
J'avouequ'il m'est allez importa
que tous les efprics remuans , &<j
pourroient traverser mes deffeitis ,!
ioient persuadez
,
afin que la crain
d'eare traitez de la mesme force, fer
de frein à les retenir. j
BENTING. f Vous àvcz agy en habile Politique.:
It coup qui a fait périr ces deux
rands Hommes, a esté un coup mor-
Upour la Republique de Hollande,
il luy couce routeS les dépenses
n'elle a faites depuis ce temps il
,
&
ms les malheuis dont elleaété accalée.
Depuis ce grand sacrifîce
, perimé
n'a esté allez hardy pour vouloir
•iquer sa vie en s'opposant à vos treprifes. Chacun s'estregardé foy-
;;c'me & sa famille
, avant que de
garder le bien de l'État, &: vostre
nbition ne trouvant aucun obstacle
routé à l'Europe la vie de plulieur,s
Jlions d'hommes.
LE PRINCE D'ORANGE.
[Et qu'est-ce que des hommes pour
1 faire Souverain? Je ne te déguise
iint que tout ce fang répandu m'à
it plaisir ,
puis que
sans
ces grands
Reas mon nom ne feroir pas tant de
.lit. Si tu fçavois quel charme c'est
iir un cceur ambitieux.
BENTING.
Si c'est un plaisir pour vous, ilsa
gémir bien des gens, & vos Allie
mesmes s'en trouvent fort mal.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je ferois fiché que leurs affaire
sussent en meilleur estat. S'ils se fer
roient plus puissans , ilsnevoudroien
pas estre si fournis, 9c je ne les m*
nerois pas comme je les mene. BENTING. û Il est vray que vous en faites o
que vous voulez. C'est une chofeao
mirable que vous proficiez seul de tou
leurs travaux, de lepuifement o
leurs Finances, & du fang de leui
Sujets. ('Y'>\ 1
LE PRINCE D.'ORANGE..
C'est là le veritable sçavoir fain
Plus ils feront foiblcs
,
plus ils (eroll
obligez de me demander secours porc
les deffendre de leurs Ennemis. Ain
je regarde tous mes Alliez comme dl
Princes tributaires
,
dont je pretes
régler tous les mouvemens. t
BENT1NG. -
Vous vous y estesallez bien pris ur vous en flater ) mais comme ils
le font point aveugles-nez,ils pouront
voir clair un jour.
LE PRINCE D'ORANGE.
r Je les ay si bien bridez qu'il leur
Ifcra mal-ailé de m'échapper; mais ce
l'est pas de quoy il s'agit prefentepent,
J'aycommencé à te parler de
(eux que jene voudrois pas qui ignoliflenc
, que les de VVith ont esté
fcs vitbmeos de mon ambition. Jete
liray plusj j'ay fait un coupsi hardy,
tutant pour leur donner de la crainte,
lue parce que ces vrais Républicains
roppo(oient (ans celle à tout ce qui
louvoie favoriser l'augmentation de
mon pouvoir,& j'ay voulu que ceux
qui se preparoient à les imiter dans
leur fermeté, connussent le danger r'il y a de chercher à reprimer l'ampitiond'un
homme intrepide, & qui
jifque tout pour s'élever.
BENTING.- |
On doit (çavoir que l'ambition c, impetueuse.On a beau tâcher d
l'arrester
,
c'est un torrent qui en
trainetout. LE PRINCE
D'ORANGE.1
Cependant lors que l'on s'ett mis ci
tcftede parvenir àa Souveraineté a
qu'il s'agit d'empefeher que les Petil
pies ne traversent un dessèin qui tenj
a leur faire recevoir le joug, il li
rien- de plus difficile que de (çavvi
bien conduire sa barque. S'il faut pa
roiftre entteprenant, intrepide 5
cr.iel à ceux qui (ans cela nous tierS
droient tess: dans foutes les occafiorf
où il s'agiroit de prendre un pouvoii
sans bornes, il faut cacher sespreceijj
tions à ceux à qui les crimes donner
de l'horreurj de forte qu'un Amb,
tieux est obligé de jouer tout à la sois
deux differers personnages. Il sa
qu'il paroide aux ims tout ce qu'il e
& aux autres tout ce qu'il n'est pa
Se c'est pour cela que je veux qu'ej
n'imputant la mort des de VVith,
m ne puille prouver qu'elle vient de
noy. Les chofcsdemeurant dans l'in-
:ertirude
, ceux qui feront allez peletrans
pour découvrir mes dclleins,
Sc qui pourroient estre allez hardis
pour s'y opposer
,
devineront aiférnent
que je fais trop habile pour avoir
manqué ce coup, & la cramte
l'en éprouver un pareil, les empefchera
de m'avoir pour Ennemy. Peur
ces gens de probité qui jugent toujours
d'autruy par eux-mesmes
, tu
peux bien t'imaginer qu'ils (eront les
dupes des trompeurs dehors que je
tâche de garder, & que n'ayant
dpeoint de preuves,ils feroient ferupuie
m'attribuer des crimes ausquels ils
ne font pas naturellement portez.
I BENTING. *|
Croyez que les bons & les merhans
,
les incrédules
,
aussi-bien que
les credules, non feulement font perfuadez
de l'ambition qui vous devore,
mais aussi que vous convoitez de tout
vostre coeur la Souveraineté de si
lande) & qu'il n'y a rien que v
ne ioyez capable de faire pour y g
venir. i LE PRINCE D'ORANGE
Toutce qu'on peut; c'est de
l'imaginer, puis que je ne me si
-ouvert à personne là-dessûs, &r '1
je tâche mesme à faire croire quel
fuis dans des sentimens tout op
fez.
BENTING. I
C'est cette atfeéèationqui fait qu'.
devine vos delfeinSr Jamais homr
n'a souhaité plus ardemment une Ca
ronne que vous avez souhaité cei
d'Angleteire, & cependantvousnï
vez rien oublié pour persuader le coi traire. LE PRINCE D'ORANGE.
Je veux bien en demeurer d'acco;
avec toy b mais je n'avoucray jamai
que mon dellein ait esté de me Mi
Roy d'Angleterre. Cela gâteroit tout:
mes affaires en Hollajide, & mon I»
st de mettre les Etats dans une fituaion
si pitoyable, qu'ils soient obligez
ie me demander eux-mesmes pouc
louverain, comme l' Angleterre a fait.
>our forcer les Peuples à vouloir bien
e donner des Maistres
,
& des Maigres
aussi absolus que moy, il faut
es mettre en estat d'en avoir besoin. ndje me fuisproposé de me rentre
Souverain de l'Angleterre, j'ay
commencé par y faire naîtrela dilfenion
Se le desordre
& mille ressorts
;achez que j'ay fait jouer, sans qu'oa
le'asplpeesrccuft queJ'avois part danstoubroiiilleries
,
ont engagé les.
nglois à croire que ce qu'ilsavoient
prnjours apprehendé davantage, estoit
¡our prest d'arriver, en forte que ces
peuples persuadez de ce qui n'estoit
pas,&que leur Roy alloit regner arbitrairement,
ont esté assez credules
Dour s'imaginer que mon secours seul
pouvoit leur aider à parer ce coup i
& après avoir paru chez eux comme
an Libérateur defmterefle, je me fuis
fait offrir ce que j'avois resolu d'i
voir de gré ou de force. Mais a
ii'ed pas icy le lieu d'entre dans
détail de cet artifice. Nous en parie
rons dans la fuire,& de la manier!
dont la plus fiere Nation du mondj
est devenue la plus soumise & la mieu
brider Poutarrefter les convulfiorfl
de fureur qui by prennent de tempi
en temps, & dont le repentir de se
fautes pourroit me faire devenir l'obi
jet,je répusse detout, comme on
fait de fang un homme aiteint de li
rage 1
afin de le mettre hors d'essa
d'agir. À
B emria,
Vous la menez à baguette, &
elîd
paroist fous vostre domination,com
fne uil cheval fougueux qui devienl
Toupie fous nn Ecuyer qui a seeu s'e
tendre maistre,
Le PRINCg d'ORANGT:.
Elle" n'etf pas encore au point o
ic la veux reduire, & ie ferois mairi
4
ais Politique, si ic lai/foisune Nation
aturellement inconstante en estat de
ne traiter comme elle a traité son
Loy. Je ne luy ay pas grande obliga..
on de m'avoir choisi pour me doncr
sa Couronne; ie l'avois mifeen
(tat de ne pouvoir sa pailèrde moy,
'espere que la Hollandeferabienpft
si fort abbatuë, qu'elle croira i
un tour avoir besoin d'un Souverain
,uffi puiiTant que ie [nis, pour la resver.
Elle avoit iuré par un Edit foemnel
qu'elle n'auroit iamais de Staouder
) mais lors qu'en 167Z, le Roy
le France s'emparad'une partie de ses
filles, ie pris occasîon <de faire plt-
>lier par mes Creatures que les affaires
le pouvaient fç rétablir qu'en m'élerant
aux dignitezque mes Anceftrcs
ivoient poOEedéef) ; & comme ie trouray
en mesme temps le moyen de me
léfaire de ceux qui s'y opposoient,ie
3uis dire que ie ne dûs alors la demi-
Jouveraineté dont ie ioiiis auiour-
* ,
d'huy,quà mon sçavoirfaire,& au mi
ferable estat oÙ se trouvèrent alors li
Provinces Unies. Laissons encore écoi
1er un peu de temps. Elles feront infer,
siblement si accablées) qu'elles croi
ront ne pouvoir éviter leur ruine tota
le, qu'en me donnant le reste d'un
Souveraineté qu'il faudra tost ou tai
que ie pollede entièrement
,
quand i
devrois, comme feu mon Pere , erti
ployer la force ouverte.
BENTING.
Si la Hollande n'attend qu'à se trot:
ver épuisée de toutes choses pour vou
nommer son Souverain ( car il nt
semble qu'il ne vous manque guen
que le titre ) elle feroit bien fondée•
vous le donner dés aujourd'huy, pui
que malgré un rested'éclat qu'ell
garde encore,elle est dans un tel ac.
cablement,qu'elle ne subsiste plus qui
comme ces grands Seigneurs accable1:
de dettes,qui font toûjours la mefmi
figure, & dont tout le bien, s'il ettoi
vendu, ne suffiroit pas à payer la mOŸ4
tii
è de ce qu'ils doivent.
f LE PRINCE D'ORANGE.
J'avoue que la Hollande souffre
lus qu'il ne paroist
, mais elle n'ell
as encore dans l'abattement on elle
oit estre pour avoir recours à moy.
1 faut qu'elle foit comme ces Malades
Dut languillans & desesperez
,
qui
prés s'erre servis de bons remedes
,
royent pouvoir trouver leur guérifou
ans ceux dont ils ne doivent attendre
ue la mort.
!111 BEN T 1 N G.
est vray que quand oncommcnt
à estre malade,on se (ert ordinairement
des Medecins dont l'habileté est
L
plus connue: mais lors qu'on est
nrieremenn abbatu k que la , Se maladie
st desesperée, on a recours aux
: h:-..rlatans. On leur offretout comic
à des hommes extraordinaires
,
&
zs Medecins, si on les peut appeller
înfi
,
font les Medecins de l'agonie.
IS s'enrichilient à donner le coup de
mort, & on les prie à genoux & à
force d'argent, de travailler sur le Ma
lade
, quoy que peu auparavant o
n'eust pasvoulu les souffrir,quand il
n'auroient pas fait les renchéris, sé-
Ion leur coutume.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je ne donneray le coup de la mor
qu'a la libeBrtéEdeNlaTHIoNllaGnd,e.M I Vous vous montrez par là digne
Descendant de Guillaume de Natiau:
vollre Pere
,
& de Maurice vostre
grand Oncle; qui ont mis en usage
tout ce qui pouvoit les faire parveni
à ia Souveraineté de cette malneureuf
Republique.Ainsî l'on peut dit,
qu'une partie de la Maison de Nartav
a travaillé à détruire ce que l'aner;
n'a étably qu'après de longs travatim
& Une infinité de Combats. 1
LE PRINCE D'ORANGE.
Je ne puis m'empefeher de soupires
qiani je fonge que mon Pere avoi
* cjnduit son entrepriie sur Amfterdami
avec autant de fccret que j'ay conduj I
a mienne pour monter sur le Trône
l'Angleterre. Il y a mesme quelque
hose de plus surprenant dans ce qu'il
fait, puis qu'il avoit en l'babilete
e faire avancer une Armée par divers
:ndrcits secretement
,
& avec tant
L'ordre devant Amsterdam
s que la
fille ne pouvoit manquer d'estre furtri[
e
,
si le Courrier de Hambourg
[ui.traversa ma.1 eureufement cette
Irmée sans efircapperÎ1, n'en eust
as donné avis aux Magdhats.
BEN T IN G.
Vostre Pere a du moins eu la condation
de ne pas vivre long-temps
ujet, puis qu'il cil mort trois mois
prés avoir manqué ce grand coup. LE PRINCE D'ORANGE.
Je vins au monde huit jours après
Dur remplir sa pbce, & vivre plus
mgtemps SJ jet.
BEN T 1 N G.
'S'il est mort dans sa vingt-quatriéle
année, il a fait parler de luy de
jnne heure
1
l'ambition luy ayante
fait entreprendre danssa jeunette c
que lePrince Maurice son Oncle avo
voulu tenter dans sa vieillesse.
LE PRINCE D'ORANGE.
Mais crois-tn que le Prince Mauric
mon grand Oncle, eust porté si loi
fan attentat pour la Souveraineté, qu
nous l'aurions fait mon Pere & moy
si nous avions eu des occasions aile
favorables? i
BEN TI N G. i
Et ne sçavez-vous pas qu'on rap
porte de luy qu'il reperoit souven:
les Conifdens cette maxime de Cesar
si Connue de tout le monde, que s'
faut violer l'équité, & le droit natui
rel
, ce doit estre pour commande
fouverainemenr;mais qu'en toute autn
chose
,
il faut se gouverner par le
réglés de la foy
, de la justice
,
& d.
la pieté ?
LE PRINCE D'ORANGE.'
Je reconnoy le Sang dont je forts;
au desir ardent que ce Prince avoit d
regner, & plus encore à la genereui
1
tfrmeté qui le mettoit au defïïis des
crupules
,
qui ne peuvent faire im-
)rcffion que sur les ames timides.
BENTING.
Si l'ardeur de regner qui l'atournenté,
a égalé celle que je voy qui
'aIl! pollede
, vous ne vous rellem-
'lez pas moins par vos avions
,
& vos
.vanturcs que par la violence de
os pallions.Vous avez tous deux
touvé en vostre chemin de grands
lommes qui ont voulu servir de dilue
à l'ambition qui vous entraînoit,
<c tous deuxs vous avez sacrifié ces
imeux Républicains à vos passions
articulieres
, en forte que ces geneeuses
vidfcirnesdJ£tat,etitieremept atchées
à ce que le bien de leur Patiie
ouloit de leur zèle, ont veu avancer
L
fin de leursjours pour avoir eu
: courage de s'opposer vigoureufelent
à l'élévation de l'an & de l'aure.
Il en a coûté la vie à Jean Careveld
,
Avocat Getieral
,
Se Garde
ts Sceaux de Hollande, fous le Prince
i JJ.. Maurice , comme les deuxFreresé
YVith ont pery fous voûre gouvei
nemenc, & si le genre de teur mOIl
avoit elle 1-e mesme
, oti. pourroit diJ
que rHivoire de leurs malheurs, donj
toutes les circonstances font /ëmbW
bles
,
auroit une rellèniblaHee parfaiu
Je croymesme que vous auriez rrouv
le moyen de les faire perir de 1
mesme force que Barneveld
, si v n'aviez pas esté presse par letemps
mais comme il en faut beaucou
pour faire perdre la vie àdesinnocel
par la main infâme d'un Bourreai
vous auriez manqué vostre entreprifd
au lieu qu'en babile5mais violent Polii
tique, vous vous estes saisi. du moi
ment que Toccafion vous a presenté.
LE PRINCE D'ORANGE.
Py moy de q elle maniéré on parti
de la more de ces victimes, dont rot:
ftination inconfidcrée a causé la pert
Ce n'est pas que j'aye oubliéaucul
des relîorts qu. j'ay fait monvoi
mais félon le tour que tu me dira
iuon donne à la chose
, nous dirons
ecours à descoul urs apparentes pour
combattre la verité dans mon HlCoire.
BENTING.
Qnoy que la mort de Barneveld ntf
bit pas sur vortre compte) & qu'elle
l'ait rien qui vous regarde
,
il me pa-
'oiftqu'elle fert allez à nostre su et k c'est ,. pour cela que j'en vais parler..
je trouve mesmed'autant plus à pro.
pos d'en examiner les circonftanccs,
lue son party & celuy des de VVith,
'emble n'estre qu'un, & qu'on a toûours
nommé celuy des derniers, le
barty de Barneveldressuscitê.
r
LE PRINCE D'ORANGE.
Ce party subsiste encore en Hollande
iins
des
coeurs trop républicains 5mais
aifnrement je le détruirayjusqu'à la
racine, avant qu'il se puisse relever
allez pour estre en estat d'arrester mes
entreprises.
BENTING.
Je doute que vous le pujffiezfortaisement.
Mais pour voiis obeïr, j'entrj
en matiere sur ce que vous avez envil
de ravoir. Bacneveld que le Prince
Maurice a sacrifié à Ton ambition-^
n'avoir pas feulement esté son Minif*j
t-re) Se Ton Favoryy mais il avoit eu
les mesmes avantages fous le Princi
Guillaume
,
son Père & volbBi
fayeul. Ce dernier estantmort* ce su
ce mesme Barneveld qui fitdonnera
Flfince Maurice le Commandemenl
Souverain sur la mer & sur la terre j
car comme après ce défaire plulieur
partaient de recourir à l'amniftic quel
Roy d'f(pagnePhilipes II.leur osfraie ilditpubliquement, que tes affaireM
71efiolent pas si defefpcrées quil sa!u
ferddrreeccoouurraaggee ;;- qu'il estoit bien vrJ qu'ils avaientperdu leurverïtableJolI
tien en perdant le Prince; mais quiM
AvaitlaisséunFlls qui étudioit à Leyden
(7 que ce Vilsestoittrès-capable de remplirla
place de sonPere par les excel-i
lentes inclinationsqu'il témoignoit pou
la Vertu. Ainsi par la persuasion Se.
ar l'autorité de ce grand homme, le
grince Maurice se vit à la teste des
Armées
,
& regarda Barneveld comhe
sonBienfaiteur&son fecond Pe-
[e, jufquxà ce que l'ambition l'eut fait
énoncer à l'humanité, à la jufhce, &
t la reconuoiirance. Quand Barneveld*
itoit d'avis de continuer la Guerre
lluee le Prince souhaitoit pourl'interest
sa grandeur, ils eftoienc fort bien
tnfembley comme en 1an 155)8. qu'il
illa en Bretagne trouver le Roy de
France Henry 1 V. pour le diîTuader
laeuafnadire la Paix de Vervins; mais
Barneveld parut porté pour la-
Trêve,après une Guerre de quaranteannées,
qui avoir tellement épuisé l'Etat
, que la prodigieuse quantité de
dettes le mettoit dans l'impjiflance decontinuer
la guerre, ce sur pour lors
fjuece Prince qui regardoit cette Trêve
comme un coup mortel à son êlevation
, ne pût s'empêcher de faire édater
Ton ressentiment, eri choquant
ouvertement Barneveld dans les Conferences
publiques jUfqlti le dement"-
& melme à lever une fois la main si
luy. Ces indignes traitemens qu'l
estoit au pouvoir de Barneveldcl
faire changer en careiTes, s'il eu
voulu agir contre lesavantages d
sa Patrie, ne le firent changer n
d'opinion ny de manieres, & 1
Trêve fut conclue à sa rerfuafion e
16°9.Il ne faut pas s'etonner si 1
Prince Maurice luy voulut du mal,
voyant que la France avoit suivy le
sentimens de ce grand nommer si pet
confideré ses conseils & fesintereftj
particuliers.
LE PRINCE D'ORANGE. 1
Ilavoit raison d'estre irritécontn
Barneveld. C'est bien aux Sujets2
parler si haut. Ils ne doivent qu'a
beir
,
sans examiner si ce que les Sou.
verains souhaitent, en: jufle, ou non BENTING,
Vous ne pensez pas à ce que vous
dites, & vous avez l'imagination
si remplie de Souveraineté, a
tCeque vous gouvernez aujourd'huy
k
Hollande en Souverain, que vous
oyez que tous vos Ancestres it ont de mesme; mais les Princes d'Onge
n'estant point Souverains en
'• Pays-là, ceux qui se font oppoz
à leurs attentats ont fait leur
-
de.
ir) puis qu'ils ne devoient point
îeclloennoiftse d'autres Puissances que
de la Republique. Ainsi Barnecld,
& les deux de VVith font morts
krtinnocens; mais je reviens à la
'réve.Lors qu'elle eut çfté concIuë, le
'rince Mauricecherchades occasions
our se vanger da Barneveld, & des
retextes pour le perdre; mais avant
ue d'en veniràl'execution, il voulur
Fgagner par le moyen de la Prince(Te
loiïairiere sa Belle-mere, ce qui ne
Éanufelivteplads, parce que les raisons de
la convainquirent, que le
Grince,Maurice ne povoit aspirer à
i Souveraineté de Hollande, sans couir
à une ruine manifeste. Ce Prince
fefolut alors de s'appuyer de tous les
ennemis de l'autorité de Barneveld l
de la vertu, sans leur découvrir fo
denein, remettant à le faire en temp
& lieu,& leur promettant feulemen
de les révetir de ses dépouilles,aft
que par le su pport de ces esprits in
quiets & amateurs des nOllvealltez, II
par la force des armes qu'il commara doitsouverainement, il puft fâir
réuHir ce qu'il proj ettoir. 1
LE PRINCE D'ORANGE.
C'est ainsi qu'il en faut user avec ce
Marchands. Les Princes ne doiveru
pointsongerà les ménager, & pouj
faire mieux encore, & agir plus feure:
ment, il faut suivremon exemple, Se si
faire promptement justice par foy
mesme. La politiqueenseignede boni
moyens pour cela. and on s'efi
défait de ces Bourgeois, leur Famill.
roruriere est si peu de chose contre uti
grand Prince, qu'on peut dire, qu.. laBestemorte, ilrien fautplus appre\
hender levenin.g
BENTINGE
A
I BENTING.
Les Hollandois ont raison de se
éfier de vous. Vous faites trop peu
e cas d'un fang Bourgeois, & comte
en le répandant vous n'en crailez
point une race vangerefle
,
il y
iroit lieu d'apprehender que la
loiintdre mauvaifc humeur qui pour- vousprendre un jour, ne vous
1 sacrifier les plus hupez Bourgueestres.
!E P RINCE D'O RANGE.
iCe font de vilains Animauxauprès
1 Sang des Princes; mais j'extemlitray
tous ces Oiseaux de mauvais
Igure, qui se déclareront ennemis de
Souveraincté.
BEN T1 N G.
Il y en a peu aujourd'huy en HoI-
1de qui ne soient à vostre devo-
Ill.
LE PRINCE D'ORANGE.
Ils feront bien de n'estre pas reti fs
mes volontez
,
s'ils ne veulent apendre
à leurs dépens que la mort
ldiestidqe uVVei;th estuneffet de ma po- maiscontinue.1
BENTING.<1
Ce qu'il y a de glorieux pour Bar
neveld , c'etf qu'il vit sans s'émouvoil
& sans changer de résolution, que
l'orage alloit fondre sur sa teste. Ildii
alors a du Maurier, Ambassadeur dt
France en Hollande, la mesme chofl
que la Princelle d'Orange Douairier
luy avoir racontée, touchant la prdl
position qu'elle luy avoir faite de 1
part du Prince Maurice ,
de le favo
riser dans le dclTein qu'il avoit de f
faire Souverain. Du Maurier n'el
douta pas, ses paroles estant soutenuë;
du témoignage de cette Princelfe
qui ne pouvoir recevoir de reproche
C'est ce que le Fils de cetAmbaflai
deur explique amplement dans fo*
Livre intitulé,Mémoires pourftrvirJ fHifloire de Hollande, il rapporu
mesme toutes les raisons que Ba
neveld opposa à la Princelle d'
range, pour luy faire voir que a
Prince Maurice ne pouvoit,(ans se pe-
Ire, aspires à la Souveraineté -des
Provinces Unies.
LE PRINCE D'ORANGE.
Ce Livre ne m'eft- pas inconnu.
BEN TING.
On n'en doute pas, puis que malgré
a liberté qui règne en Hollande, vous
vous eftea servy d'une autorité abfoüe:
, pour faire condamner à huit cens
lorins d'amende le nommé Moliens,
ib,aire de la Haye pour avoir osé
ie débiter, & que vous luy avez fait -
fermer sa Boutique pendant six fepaines.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je sçay quelle impreilïon les écrits
Publics font sur les Peuples. Ceux que ay fait faire m'ont souvent servy en
[e bonnes occaiions,
BEN T 1 N G.
Oiiy
, mais on vons rend a(Fez bien
e change, & la fausseté de ce que
ous faites publier est presque tOÛours
détruite par d'autres écrits
, que
ceux qui aiment la véritéprennent foi
- de mettre au j.our. l
LE PRINCE D'ORANGE.
Je sçay que tout ce qu'oa écri
contre moy dans l'Europe se trouv
dans Amsterdam, & que la maniet
dont j'ay fait punir à la Haye le Lî
braire qui vendoit les Mémoires d
du Maurier, n'empesche pas les Lii
braires d'Amflcrdam d'en débiter en
core tous les jours. 1
BEN T 1 N G. j
Leur intrépidité contre toutes
vd
menaces est d'autant plus digne di
louanges
, que dans toutes les Pr
vinces Unies
,
il n'y a que la Viilj
d'Am(hrdam
,
qui conferve encon
quelques marques de leur ancient
liberté. Barneveld qui a receu le coul
de la mort pour n'avoir pas voulu conr
sentir à voir sa Patrie dans la servis
tude
,
fat accablé des calomnies donfr
les Emissaires du Prince Maurice tâl
cherent à le noircir, de fortequi
fut obligé d'y répondre, & de faim
1
foir les longs services qu'il avoit eu
le bonheur de rendre à l'Etat, mais
tomme le Prince estoit contre luy,
iu'il avoit la force en main, & qu'il
:'estoit fait des créatures ,
les gens
le Guerre & la Populace ignorante
prirent aisément les mauvaises imsreffionsqu'il
leur fit donner de ce
Ministre
,
& suivirent les opinions du
Grince
, ne pouvant s'imaginer qu'il
lift capable d'un manvaisdeOEein
iprés s'estre exposé pendant un fort
ong-temps, comme Proteéteur de
eur liberté.
LE PRINCE D'ORANGE.
Ce n'est pas vouloir du mal à un
îtat que de chercher à s'enrendre
Haiftre
, pour empefeher qu'il ne [oit,
;ouverné par des gens, qui ayant
'esprit aulli rampant que la nailianse
, ne cherchentjamais l'élévation
y la gloire des Peuples qui leur font
pumis.
BENTING.
': Je ne saurois mieux répondre à ce
que vous dites, que par ce qui
le Chevalier Temple,Ambalîadeui
d'Angleterre auprès des Etats ,a écril
dans (on L ivre intitulé, Remarques fut (Efiât des Provinces Vnies des Paysbas,
La Hollande,dit-il, eflun Pays.-
ou la terre efl meilleure que l'air, & oh
l'on recherche le profit plus que l'honneur;-
où il y a plus de (ens que d'esprit, plut
de bon naturel que de bonne humeur j
plus d'abondance que de plaijir, & om
son aimeroit mieux voyager que vivre »
Dit, l'on trouvera plus de choses à remarquer
qua desirer, & plus de perfonnes^
qui meritent à*efire efiimées plutofi que
d'estreAimées. Jamais on n'a définy un
Etat en moins de paroles,jamais on ne*
l'a si bien representé, & si Ton Livre..
a receu beaucoup d'approbation, cet
endroit paire pour un Chef-d'cruvre.*
Il voas apprend que la Hollande est
un Pays où l' honneur est moins re-,
cherché que le profit, & comme les t
Peup les ont trouvé le moyen d'en
faire de grands par leur commerce, r
iux' qui troubleront ce commerce,
: qui feront cause de saruine, comte
vous l' elles aujourd'huy par la
lierreoù vous les avezembarquez,
e peuvent jamais estre leurs amis. Du
aoins,quelque amitié qu'ils vous mar--
uent, vous devez estre prCuadé que urcoe.irn'est point sur leurs lèvres,
f qu'ils ne vous font bonne mine
ue parce qu'ilsfontengagez dans
ne guerre dont ils ne sçavent par
h sortir.
> LE PRINCE D'ORANGE. Il m'importe fort peu qu'ils m'ailent,
ou qu'ils me haïlient, pour-
Li que je les force à me reconnoiftrc
aur leur Souverain.
BEN T 1NG.
l Croyez-vous que ce vous fustun
grand avantage, & que cette Soueraineté
vous valuft beaucoup? Car
mant autant l'argent que vousfaites,
est moins la gloire de commander
ne vous cherchez, que l'autorité abdue
Se neceiïaire pour épuiser les
bourses de ceux sur qui vous n'avi
envie de regner, qu'afin de vol
rendre maistre de leurs biens.Jk
LE PRINCE D'ORANGE.|
Il n'y auroit pas au monde de Sou
verain plus riche que moy, si j'estos
maistreabsolu des tresors immense
dont le commerce des Hollandoiscf
cause que les Provinces Unies son:
enrichies tous les ans. 1
BEN T1 N G. 1
Ils ont donc raifoudedeffendreleui
liberté contre vous.jusqu'à la dernier.
goure de leur fang , poilque s'ils de.
viennent une fois vos Sujets,ils deviendront
miserables
s
& ne travaille:
ront plus quepourvous. Maïscroyez
-
moy ,
si cela arrivoit, les choses n ¡.
roient pas comme vous pensez. Le
ChevalïerTemplç qui aétudié la Hollande
pendant le grand nombre d'années
qu'il y a demeuré, propose une
question, & demande Jfi un Prince qur si ferait Souverain de Hollande,qnojn
fue par lemoyen des ArmesEtrangères;
erolt un grand Prince, pArce que lA
Hollandeparoit un puissant Etat.
f LE P-RINCE D'ORANGE.
; AiIeurément, & ce que je viens de
lfire.nBeEpeNrmTet1pasNd'eGn d.outer.
rtanLte Chevalier Temple n'est pourpas
de ce sentiment. Voicy la réîonfequ'il
fait luy même à sa propofîion.
le dis quaucontraire ces Province;
leviendroient bien-tost unfort chetifetat,
-,arilf,tut quecette Puissance [oit confèr-
Pie par la tnefme force par laquelle elfe
1 esté acquise, (;-' qu'en effet la Puijfan–
re Souveraine reftde dans les Provinces,
ti elle n'y residoit pas, ceferoitla cause
J'unmécontentement general qui produisit
des seditions continuelles dans les
Villes, lefquclles changeraient l'ordre
del'Etat, mettraient en danger le bien
des particuliers, & ébranleroient le
tredit & la seuretè du Gouvernement.
Quand cela arriveraJePeuple se dijJipt..
ra, le travail cejJèra. les Banques se
perdront
y
&lecommerce déchoira sifort
auil ya de l'apparencequ'avec le ttim
lePeupledent le nombxrreizofin fclatre\
71e fera pas mefinecapabledentrettm
hsDiguts qui le couvrint prefcntemÂ
contre les insultes de la Mu. mais1
terribleElement seferaouverturedan
le Pays, 0" réduira leurs belles Villes j
leur premiere condition
,
lorfejue ce n'
toient que des hameaux & des Coefl
de Pefèheurs. 4
LE PRINCE D'ORANGE
Toutcela eftfort beau & fort lpi
cietix, mais ce font desraifo/uiemenJ
dont fje me mets peu en peinei & H
fçauray lesidétruirecomme Alexandl
fit le noeud Gardien avec (on épée)n
il suffira de voir, quand je regneraj
quels remedes il faudra apporter pou
empécher quele commerce ne ce
dans les Provinces Unies. Jesçay d
ja un moyen par où il ne peut ma
quer. J'ay resolu de le faire
nicfme, & je pretens avoir àm
seul autant de VailTcaux que tout
les Compagnies de Hollande en op
cn'enDbl0
-BENTING. - i les Hollàndois pouvoient devine*
istre dessein, ceux qui fontles mieux
i[etennccionnez pour vous, renonce.-
à. vostre pârty, puisque vous
e fçauriez porter uh coup plus fenbleà
ces bons Marchands,qu'en traquant
comme ils .font. Vous trouverez
le tnerier fort bon, 6c à merure
[ue vos richesses9 6c vostre pouvoir
Llgmenteroient, vous leur interdiriez
t commerce, afin de le faire seul, Se
s - deviendroient bientost après les
tus miserables Peuples de la Terre.
D'un cofté, plus de commerce pour
:ux, &de l'autre, vous les accableriez
le subsides dans le temps qu'ils ne ga-
'neroient plus rien; car vous n'estes
Das homme à vous contenter de peu,
kil n'y eur jamais un plus hardy demandeur
que vous. Il faut l'estre au.
lemier point, pour avoir osé deman-
1er autant que vous avez fait au.
Pariemcnt d> Angleterre, la Nation
ftngloife étant la Nation du monde
Ufv1 1 a moins portee a donner. j
LE PRINCE D'ORANGE.1
Il faut pourtant bien qu'elle chant
sur un autre ton. J'ay trop d'Alliez i
payer,& je ne les fçaurois contente
lqieuz'à Ces dépens. Je sçay que ces Al.
ne la peuvent avancer en rien j qu'ellen'en a pas acquis, & n'en e
pere pas mesme!acquérir un pouce da
terre davantage,& que cette guerre n,
sçauroit servir qu'à ruiner son commer
ce, Seaëpuiferleiang de sesCitoiens*
mais je ne puis que par là venir à mes*
fins, & si elle estoit plus flori(fante
j'aurois trop de peine à la gouverner.
Acheve cependant ce que tu as à mC:
dire de la mort de Barneveld.
BENT1NG. j
Lors qu'il se vit attaqué, il se plaignit
aux Etats de Hollande, Tes Juges
naturels, qui le prirent en leur protection
par un Acteauthentique,
mais quand il eut conseillé à ceux
d'Utrech de conserver leur nouvelle
Garnison qu'ilsavoient levée â.
leursi
curs frais pour leur feuretc particu-
[ere
,
le pouvant faire par les privilèges
de leur Province, les Etats de
chaque Pays s'efiant reserve leurs
îroits parl'union d'Utrecht/le Prince
Maurice
,
féconde de ceux de Ton par-
:y ,
luy imputa cette aébon à crime , la fairant palier pour un attentat
tontre le bien de la République Confédérée,
il setransportaaussi-tost dans
la Ville d'Utrecht,a(lifté de quelques
Deputez des Etats Généraux qui dépendoient
de luy
,
desarma les nouvelles
Levées, & y changea les Ma..
giftrats
,
ainsi qu'à Leyden, à Har
lem, à Amsterdam
,
& autres Places,
Il interdit ensuite plusieurs Membres
des Etats de Hollande qui traverfoienc
ses delldns
,
& en substitua d'autres
«n leur place qui estoient à sa dévotion.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je m'étonne encore tous les jours
'comment un homme si entreprenant
& Ci intrepide
, a manqué de parv
nir à la Souveraineté pour laquelle
a fait tant de choses ,& qu'iliouha
toit avectant d'ardeur.
BENTING. -
Les conjonctures ne luy furent p
si heureusesqu'elles vous l'ont esté
cependant avec tout -cela je ne crc
pas vous voir jamais Souverainc
Hollande. Ce11: un morceau fatal pOL
tous ceux de vostre Sang qui ont voi luJeravir; mais pour revenir àBai
neveld
, cette persecution luy fut fail
fous le nom des Etats Généraux, ma
en effet par le seul pouvoir du Prin.
.arnié
,
& suivy de la pluspart du.corr
niun Peuple. Cechangement fut ne
table dans la Republique
,
&étonr
tousceux quiamoient la liberté e
les Loix du Pays, mais il se fit par 1
terreur, 5c par la puissance desan
mes, ainsi qu'il est arrivé dans d'autre
"Republignes, & sur tout à Roml
ou Cesar soûtenu de la force des 1,1
gions changea le Gouvernemel
iftocratique en Empire Monarchie
,
6c absolu. ;
tLB PRINCE D'ORANGE.
Peut-on me blâmer quand je veux
rtcher suries traces de Cesar? &ENT1NG. .- 'Le desir de regner est beau
,
mais
n'accommoch?pas ceux qu'on veue
poiiiller de leur liberté. La Reiblique
fut bien-heureuse de la con-
Fver dans le temps dont je vous
srle
) car" un peu après ce que je
ens de vous raconter, parune-Ordonince
extraordinaire dé huit perfon-
« fous le nom des Etats Generaux,
Prince Maurice fitarrester Darne.
td qui fut mis au Château de la
aye ,
& plusieurs autres qui vouient
maintenir les privilèges de leur
itrie. Ils furent accusez d'avoir
ulu livrer le Pays aux Espagnols
y , mettre tout à feu & à fang. C'efl
? qu'on lisoit aux coins des ruës dans
1 S placar.ds.qJu''on y avoit 2Irmd.
lur rendre-odieux les Prisonniers,
& animer le Public contre eux. Lea
veritable crime estant de s'eftreoppo
fez aux desirs ambitieux du Princ
Maurice, on n'avoit garde de lea:
en parler dans leur procès, maisceu:
qu'on leurobjedta, estoient d'avoi
obey aux ordres des Etats de H olland*
leurs Maiftre-,,d'avoirconséillé à quel
ques Villes de se servir de leurs Privi
leges, comme d'armer pour-leur bien
& leur conservation particulière, &
de n'avoirpas donné kurconsente
ment à la convocation d'un Synode g<
neral, qu'ils croyoient devoir caufi
pElnufsindBeamrnaelvqeuldefduetjbuiegnéà leur Patrie
& condam
né à perdre la teste; ce quffut execu
té dans la court du Chasteau de 1
Haye, pleine de gens de guerre, et
entre autres des Gardes du Princ
Maurice. Ce venerablèVieilPard c
tant monté lur l'échafaut en robe di
damas noir, & ayantjetté les yeux al
\1el, ptuîtGiiÇiCes paroles. ODîeî
,luejî-ce que l'homme! .&. les ayas
I
aisles sur L'Assemblée, il dit,quil
wuroit en bonCompatriote & non en
wiftre
, pour avoir mainten» la liberté
"sa Patrie.
LE PRINCE D'ORANGE.
On voit bien qu'il n'estoit pas An-
)ois, pusqu'il-auroit harangué plus:,
ang-temps, BENTING.
Laefloit merte alorsen HoV
ande
,
&- on ne luy auroit pas permis
le parler comme Ionfaisoit en Anglcerre,
avant que vous en eussiezchangé
les Lovx.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je fais supprimer tous les difeours
patibulaires qui me peuvent regarler
; mais félon que jele jnge à pro-
)os & qu'il importe au succés de mes
:ntreprifes, j'en fais, comme tu ais) comporer à ma fantailie, qu'on
répand dans le public fous le nom de
feux que j'ay fait executer.
BE N T 1 N G.
Si les hommes font obligez de ne pas
étoutf-c la vérité, c'est pirticlisi
ment en mourant qu'ils. k. doivei
dire. Cependant il n'en est point cj
ayent jamais dit tantde menfongi
que ceux que vous avez fait pad<
surl'échafFxût. Barneveldy parla pei.
na.isil ne die rien que de veritable..
LE PRINCE. D'ORANGE.J
On ne s'enfouvient-que trop,mal
gré le longtempsqu'il y a que sa moi citarrivée, * SENTING.
Ce fut en 1619.ôcl'on se peut fouvenir
d'un homme qui ayaiit (oixatltt
& douzeans, donna toujourstous (t'i
foins au service de l'Estat. Il avoii
esté employé en beaucoup de negert
ciations, & avoit. traitéaeplufieurç
Aliances pour saPatrie avec diverl
Princes del'Europe. Ilavoitefté<cincj
fois Amballadeur en France, & ci
Angleterre, & après,avoirdéfendJ
l'autorité de- Provinces
V.tlescontrt
pufieursambitieux,il avcit retiré t'ej
'An¡;loJs la £rillea Flcilingjc & Rames
:cns. Ceux qui ont pris foin delaitier
Lia posterité des marques de ce qu'il
ut, firent fraper une Médaillé où il
>ft defronten buite à demy corps,
kon lit en Hollandoisdans le revers,
jue letemps ne peuteffacer lenomny/4
nemolre des hommes de probité, puis - suaprès leur mort leur vertu demeure?
oujours brillante.
k LE.PRINCE-D'ORANGE,
r Je consens - que lamemoire de ce'"
fâcheux brille dans tout L'avenir, mais;
je fais voeu d'en faire expédier tout
Lutant que j'en trouverayqui s'opposferoncà
mes delleins..
e B'ENT'ING.
Bàrneveld dlolt;un grand & iagt ?
Politique
, & passoit pocr tel auprès
• des grands Hommes desontemps, qui
¡:Ont témoigné da.iTSleursEc.its. Le
iifcours judicieux qu'il fit à la Princef*-
re Doiiairiered'Orange Louïse deColigny
j lors qu'elle voulutobtenir de
,luy qu'il ne s'oppofaft pas au dtlïeiu le-Ptince Maurice avoit de fs
faire Souverain de HoÏÍande & q
a fait rcloudre sa mort par ce Prince
feroit bien digne de voitre attention
dans la pensée que vous avez de re
gner dans les Provinces Unies, 1
quelque prix que ce foie, & je cro
qu'il vous fcroit faire d'utiles reflej
xions sur les projets que vous aveg
commencez pour parvenir à.la-Souve^j
raincté.
LE PRINCE D'ORANGF.
- Cela pourroit estre
,
mais ce fero
plutost pour chercher les moyens d
parer les coups que j'ay à craindrej
que pour me faire désister de la réfo<i
lution que r.'ly:formée. Mon Percer
mort pour avoir manqué la mefma
enrreprife. Il faut que j'y
reniEa
pour le vanger, ou que je meurg
comme Itiy-C'cft uneardeur qu'ili
versée dans* toutes mes veines avec
h
fang que je tiens' de luy,&cquan
elle devroit me conduire au précipice ilm'est impossïbled'yrésister. Cepe
danfcfî tu te souviens des, raisonsqt
irndveldopposa au Prince Maurice,
Hir l'empêcher d'executer ce qu'il
'oit résolu, tu peux me les dire, &
les écouteray avec plaisir. Quelque
onnes qu'elles soient, elles n'ont pas.
JfFé de faire conduire Barneveld à.
chatfaut.
BENTING.
Je fuis feur que vous paierez quelues
méchantes nuits en y rêvant. Les
rincipales estoient que lesHollandois.
Tles autres Peuplesconfédérée font
UTte telle humeur quils veulent estrâ
tenez ,
& non pas traînez ,
persuadez.
fr nonpasforcera te qu'on desired'eux,
tues'epantsoustraits de l'obeïlanctdun
putjfânt Roy
,
& jôuljfâtot d'une !,lsense
liberii
,
acquise par la vertu dei
rrmes)ilsJerefoudroient difficilement *
1okffrir le joug d'un Prince particulier.
Que la crainte des griffes des Espagnols ur avoit fait autrefois rechercher dei
Maistres au loin pour se garantir de
reurs crHautez; que le Roy de Frapce
Hçnry III. & la Reine Blifabeth ltf
Avaient refusiez.; qui'lest "'Y'lY que A
Ducd'Alençon avoit enfinaccepté 14
Souveraineté du Pays qu'on luyavoit
offerte
,
mais qu'il en ave;t sim ttfici
que cet exemple e(lo;t un
avert'sTern'n3
piJ/trne jamais retotnber en un;n
CtnVenient ; que les Peuples n oI,lfJ!;!'.;,'
roient jamais la mort des Comtes d'FTmont
& de Hon, ny l'ent'-ep"'sed'A.
vers; que la barbarie du Ducf CtT" de fies Succejfieurs au Gouvevnr-u,<* desProvinces
,
ramenaitincefs».*-
7 i
liurs yeux!è trifiefiouvnirdesp rJ'°-
entions pafifèes
; qurpènd, nt c temps ri-"
gtlureux ,
la neodT'; qui napoint de,
Lvoyeleas auvoixt fait recourir à de nott- f md:! qu'ils avaient
é,prouvé, que lles remedes avoientef:siçt'^
pires
,
& plus dangereux que les maux
qui les prejfiolent; que dans letemps-,
qu'ils vivoient en paix, & qu'ils italent
heureufiement délivrez, de la fiervitude
des Efipagnols, il ny avoit pas
le moindreprêtexte ny la moindre couleur
peurappuyer une proposition si danger
tufe, qui ne manquerait pas eteffarait*
ber tous les esprits
,
&que ceux qui
t mettroisnt enavant feroient en htt-
,ard delîre massacrez. & mis en pieces;
'ue le Prince Maurice efloit centfois
,lus heureux en Cefiât qu'il efloit alors,
rue s' il parvenoit à Feffetdeses desirs
rni efioient contraires À son t propre bien;
lue cette splendeur de Souveraineté qui
*ébloutjfoit
t
efioit une sausse lueur qui
e conduirait dans des precipices; qu'il
tvoitlaforce dn Gouvernement sanssen
attirer fenvie
,
& qu'ayant feffet & le
îuijfance des Souverains ,il devait À
'exemple deson Tere
,
mépriser un vain
tom qui ne lJty serviroit qu'à le faire
hair
; qttilefioitCapitaine General des
Provinces, & Amiral General, corn.
maniant à sa volontésur la Mer &sur
raTerre; qut'ldisposoit de tous les Gouvernemens
& de toutes les Charges Mi.
litaires; que quand on faisoit des Aiagiftrats
dans les Villes, on luy en pe..
sentoit trois, dont il en choififfoit un,
& qu'erifin il Avoit les mesmesayantages
& la mesmeautorité quavoient 7
anciens Comtes de HollAnde, les Du
de Bourgogne. & l'Empereur Cbarle
Quintmesme
,
donnant des remissions i
des grâcespour les crimes, riayant pot
ainsi la haine de la mort des particulier
Cfr ceux qu'ilsauvoitluy ayant oblig
tion d* la vie. *
Que tout le mùnde disoit à ton
heurequ'il falloit augmenter les Pe,
fions. & les appointerons du Princt
qui expo/oitcontinuellement saperson,
pour le salut public; mais que si Hi,
fois il avoit cet odieux nom de Maifirt
on luy envieroitjufquaux rubans À
souliers de ses Pages. c£* de ses Valù
de pied, quon luy reprocheroit coA
tinuellement les impositions qu'il mt
troitsur eux ,
dont ils riavoient point'-
se plaindre,efiant mises parleur prop*
consentement.Four conclulion ,
il 1g
déploya les Annales de Hollande,- luy fitvoir àl'oeil qu'il n'y 'avoit pre:
que point eu de Comte de Holfan.
contre lequel Ces Su jets ne se Met:
ïevoltes
tvoltez
,
& que (ouventils efloient
liez en armes jusque dans le Châau
de la Haye pour s'en défaire.
f LE PRINCE D'ORANGE. !Voila un fort beau rationnement,
ir auquel l'art & l'éloquence ont beau.
oup de part. Ces dikours brillent
fciijoursquand ils font fculs, mais dés
u'ils patoiilent avec des répliques,
Su est fouvenr fort embaralle àdccir
er auquel la preferencc dot eftrç
onnée. flt à moy, quoy que je
rouveccluy-cyrcmplv de tres- bonesraisons
, je ne luis pas allez 1.
îide pour m'en tailler persuader,&
ais leulemencque pour éviccr les inpnveniens
dont il parle, il fric relier
avec une puillance a'bl;:.r:ire.
dt à dire
» avec une autorité abolie.
Q^iand mon pouvoir fera éuy
decette maniéré
,
je I c ne nmice nmceit-.
ray guere en peine que de Gmples
Fourgeois & la populace plaignent les
iiblid.es qu'ils me donneront. J'en fe-
\y parti des gens d'un iang rLsrçlevé
, dont l'intrépiditéfçaura m
mettre à couvert des insultes de la ca
naille.Elleest fiere en Hollande, par
ce qu'ellene parle que par tonnes d'or
mais quand fauray plus qu'elle de ce;
tonnes qui la rendent si forte & si fou.
veraine, & quiluy font apprehende
d'avoir un Maistre, je fçauray bien
empêcher lesaffemblées seditieuses, &
arrester les émotions. La quetlionn'cf
que de me faire Souverain; je prera
les fuites sur moy. Elles dépendew
moins des Peuples que du (çavoir saià
de celuy qui regne, & le SouveraiJ
n'establolu & à couvert des infulc
qu'autant qu'ilsçait l'art de regner
& qu'il a de fermeté, car tous 1
Princes qui font incertains, & q
craignent les mutins qui les doivel
craindre, dépendent toujours de ce
qui doivent dépendre d'eux. Je n'a
ray point d'égard si mes Peuples vern
lent estre menez, on forcez.
, comme dj
Barneveld. S'ils s'appercevoient 4
ma foiblelle là-dcffus. ils imiteroien
les Chevaux de Phaeton qui le précipi
à
r" - erent, parce qu'ils sentirent qu'ils
Étaient mollement conduits. Si ravols
gard à leur temperament ,
je n'y
rouverois pas mon compte; on sçait
jue celuy de tous les hommes est de
ouloir estre libres, mais cela n'acommode
pas les Souverains.
BENTING.
Je voy bien que si une fois vous deenez
Souverain, vous le ferez verbalement.
LE PRINCE D'ORANGÉ,
Iln'y a rien de si ridicule que de voir
es Souverains qui craignent leurs
)euples
,
& qui s'anuiettiuenr à leur
beïr. On ne cherche à commander
111 pour estre indépendant, & ceux
lui se rendent Suiets de leurs Peu ples,
nanquent à ce qu'ils doivent à leur
ang & à eux-meimes. Mais pour en
evenir aux Hollandois
, que Barnereld
dit qui neveulent point avoir de
souverains, parce qu'ils se font fouiraits
de l'obeissance de la Couronne
l'Espagne, ils ioiiifleDt d'une liberté
qui ne leur appartient pas , & c'elt un ble
vole , que le piemier venu est en droit d8
leur reprendre. BENTING.
OllY, mais laquestion est de le faire. J
sçay que les plus grofics telles craignant1
fort des de Vvith, font dans vostredcpei|
dance
,
mais la Populace est une Hidre son
difficile à dojnptei, & comme elle
n'enteiy
point raison
>
il en ablolument impefiibh
de prtndie (e justes mesures contre elle.
LE PRINCE D'ORANGEIl
estvray
,
mais mon Grand Oncle & mot
Pere n'avoient pas les mesmes facilitez qvtaî
j'ay :lujoltrd'buy pour[omnettrelaHollande;
Les Anglois qui se font faits mes Suiets,
m'aideront d'autant plusvolontiers à fubjuguer
cette Republique , qu'il y a Couvent ep
des démêliez entr'eux pour le (ommrcJj
Comme ces démtfltz ont causé de judes gkierï6
les, les Angloisqui font fous le joug ,
{rODJ
ravis de trouver occasion de lesy mertrl
comme eux. Ainsi je dois tout attendre di
leur [ecours) & je sçay mesme qu'ils s'ei
font un plaisirpar avance. Cesdeux Nitio
m'apureront toujours l'une de l'autre,car 1
Anglois étant naturellement inconfiaDs,1
me ferv iray des Hollandois contr'eux d'
qu'ils commenceront à remuer> & les Hot
landois s'y employeront avec d'amaut plul
d'ardeur qu'ils feront ravis de se vanger d
Anglois
»
qui auront aide à m'en rendij
Souverain. ,
4fife vous conneis tout entier à cette roliti
le. Elle est fine & cruelle autant que fen-
)le pour les uns & pour les autres. LÏPRINCE D'ORANSI.
[Elle doit mieux réussir que celle de mon
tic & de mon grand Oncle ; mais oo
wrroit douter avec quelque vray-femblanf
des desseins de Souueraineté qu'avoit ce
:mier, puis qu'après avoir abattu Baine-
-Id&-tousceuxdeton prty, ilnese
ndit point maistre delà Hollande ; ce qu'il
tvoit faiie lors qu'il eut furmenté tous les
Wtacles que (on ambition pouvoit renconcr.
BINT1NG.
} Les Partisans devtlire Maison qui la
fuient déchaînerdelàhaine piblique, se
rrvent decette couleur apparente & viayrmblable
pour tâcher d'obscurcir la veriicr
i soicent defaire passer ce dessein formé : trop visible de domination, pour un
ttifice de ses ennemis) afin de le renre
odieux aux Peuples des rays-Bas,
nais ceux quieîloient de ce temps-Ja, &
ui ellant presens, comme du Maurier
.mbaffadeur de France, ont approfondy
ette affaire
, ont reconnu qu'il s'y trouva des
ifficulteï insurmontables , qui tmpefcherent
: Prince Maurice d'executer Ion ddfcin. Ea
oicy les principales. Premierementttous ceux
ui s'étoient montrez d'abord lts plus cchauf-
'Z contre Barneveld pour les intereffcs du.
iince
A
quand il les fonda sur la Souveraineté
, quoy qu'il Tes eust tous comblez
bienfaits, (c firent voir plus contraires 1
Barneveld mesme
,
à la perte de la liberté
D'un autre cané, la mort, la prison,2
l'exil de tant de personnes qui avoientsibiss
servy l'Etat, & dont les Parens & les Ami
fublioient sans cesse ce que leur dcvoit 1
République , firent trop visiblement corj
fleilhe au Trince Maurice qu'il s'estoit at
tiré l'averfian generalecarauparavant, loi
qu'il marchoit par les lUis, tout le mon
sortoit des maiCons) Se le benifloit par dj
exclamations extraordinaires. Mais il connj
oeFuis, que les Peuples estoient bien cangal
pour luy
,
puisquetraversant un jeur à
Goi
cum la place publique qui se trouva pleine djj
monde, il n'y eut pas un seul hcmme q
tournait les yeux sur luy pour le Caliier) d)
qui le mortifia extrêmement, & leconvainc
quit que ces coeurs altiers n'étoient pas disi
posez à devenir ses esclaves. Déplus, l'inf
cignation que tant de placards & de libClli
seditieux avoient fait concevoir d'abord coul
fre Barneveld pour le rendre
odIeux)seHat
bien-totf changée en pitié; en forte que li
lerité eslans enfin connue> & ayant détruis
les artifices dont on s'estoit servy pour perdrt
fles innocens) avoit fufeité un veritable refîj
intiment contre le Prince Maurice, qu'oiî
nommoit publiquement auteur de ces injuftiJ
es.Mais ce qui l'empefcha de penser davantage
à ce dcfTein de regner) & qui luy en fit e
,.:-- ,-" ,. & - -. r"' - -
:rement perdre l'elperancie
, ce fut qu'après
: Bataille de Prague , l'Eledeux Palatin,
)nt il avoit esperé son plus grand support,
trouva luy-mesme dans un si pitoyable
lat , qu'il fut obligé de contribuer à sa
ibfiftance ; outre que l'Empereur Ferdinand,
«
ar l'henreufe conduite des Comtes deTiily
: de Valeflein ses Généraux, s'estant rendu
uiftre absolu de toute l'Allemagne jusqu'i
L Mer Baltique,où il établit une Amirauté )Vifmar
, & tenant fous le joug tous les
)rinces de lernplrc&toutes les Villes ImfCriales,
le Prince Maurice vit toutes Ces er..
jerancCb de secours évanouies pour jamaii de
:e colté-là- Tant d'obitacles & de fâcheux
.venemens le chagrinèrent si fort,qu'il devint
rcs-maigre> & ne survécut pas long-temps
L une grande conspiration queStautembourg,
Fils puisné de Barneveld,fit contre Cavie,
k qui ayant este heureu femcnc découverte
quelques heures avant qu'on la puft executer,
l'obligea de faire punir un grand nombre de
Conjurez des principales Villes des Provinces
Unies ,ce qui luy fit voir que l'aversion qu'on
avoit déjà pour luy
, au lieu de diminuer, augmentoit encore par le nouveau reffentimeut
des Amis & des parens des malheureux)
à qui il venoit de faire perdre la vie
LE PRINCE D'ORANGE.
Je prendray de fures mesures pour ne pas
manquer mon dcficinjafin de n'en paimoutir
de chagrin comme ce Prince.
B NrI N G. ?
: Vous avez des conjonctures plus heuieufij
,Vous elles a là tellede tout le party Protel
tant qui ne cherche qu'à vous Hevcr, i
les Catholiques mesmesoublient ce qu'i
doivent à leur Religion) pour aider a voé
faire Souverain de Hollande. Cependai
jcnecroy pas que VJUS puissiez détruirel'oil
vrage du Fameux Guillaume de Nassau, 'ufi.ll
Bisayeul.
LI PRINCE D'ORANGE. : Tu verras ce que je sçay faire, & si je co.
nois par quels endroits il faut attaquer'
Hollande pourBla dIomNpteTr. INC.
Voyons aprefent ce que vous avez sais
pour faire périr les deVVith, lespreuves
qï
en font connoifbre l'auteur, les particularii
tez de leur mort, & le rapport qu'ont routdj
ces choCcs, avec toates les eircojaftjmccstlj
la mort de Baiiicvcld.
i
i
La Medaille où est la Figure de Bar
rieveld en Baste, doit regarderla p
geiiji,
TR AVAIL LANT
à son Histoire.
VI. ENTRETIEN.
lontenant ce qui s'est paffé dans le'spremicres
années de ce Prince.
r A PARIS,
hez la Veuve MICHEL GUEROUT,
Galerie-neuve du Palais,
au Dauphin.
1 -- - îM. DC. XCI.
}ï4rEC PBIr/LEGE DV£0T.
_-
Lifte des Ouvrages sur les )
Affaires du Temps,
Dix volumesqui se vendent
1
5.livres]
Les Plaintes de l'Europe contre
Prince d' O raoge.. ¡
I. ENTRJETIEN.
IL ENTRETIEN.
Ill. ENTRFTIEN.
Le Prince d'Orange travaillant à foï
Histoire.
IV. ENTRET1EN.
V. ENTRETIEN,
Contenant les circonstances delam
de Barneveld
, par rapport aux J
Affaires du Temps. 1
VI- ENTRETIEN.
Contenant les premières années de la vie
j
- du Prince d'Orange.
On donnera le 15. de cha
mois un Entretien sur les Affaire
du Temps.
AVIS. ïZJOYquen commençant ces
Entretiens on eHjl resolu de
langer de matiere tous les mois, on
14 pu suivre le dejftin qu'on avoit
ns, parce que l'on s'est trouve en*
tgédins ïHiftoirc du Prince d'oinge,
qui a esle demandée par une rflnnt du premier Ordre, a cauje
*'iln'y en a pointencore qui puisse
ifiruire de la v-V de ce Princetçrque
'peu de Mémoiresqu'ontrouvepour
Irvir à cette Hifloire,ne commencent
parler de luy quen 1672, encore nt
fouvc-t-on rien qui n'aitesté écrit
ar des flateurs de Hollandt qui ne
trient que de certainesactions ,
ont ils déguisent la vérité. AinQ
ton ptltt-tjlre Jeur de trouver beaà
coup de choses nouvelles &ctirÙttfl.
dans les Entretiens lui renfermeron
sa vie,&quiferont uniques à cetu
Rif/oire. On pressera les faits dam
lafuiteyafin dechangerauplutost di
fijtt, dr desatisfairefar là l'impa.
tience de ceux qui aiment les non*
'Veauttz. Ce n'cflpas que les Entre*
tiens que l'on donne tous les mois
ne doivent avoir la grace de la nou.
veantét puis qu'encore qu'ils foieni
surune mime matiere,les faits qu'ilA
contiennent ne latjfent pas d'efiré^
toujours difftrClIi.
F-FAiRES DUTEMPS.
XI. PARTIE.
jie àPriTnceond'Orange travaillant Histoire.
.q
VI.
ENTRETIEN.
LE PRINCE D'ORANGE.
E demeure d'accord qic
tout ce que tu as dit des projets
démon Grand-oncle,
& de mon Pere, pour se
tndre Souverains de Hollande, eil
erÜable. Ce font des faits constans
u'il feroit inataifé de nier. Je pour"
rois t'en disputer quelques-uns, qno
que la vérité me foit connue> mai
> comme ils font ignorez,même de 1
pluspart de ceux qui se font mesle:
tle les approfondir, je n'en demeure
Jay d'accordBquE'avNecTtoIy.NG,1,
Croyez.moy, on en sçait plus la
dellus que vons ne pensez, & les Au
teurs d'Histoires ont des secret-s mer
veilleux pour déterrer des Memoire
touchant les Ouvrages qu'ils veulen
mettre au jour. I
LE PRJNCE D'ORANGE. 1
Quand cela ferait, l'Histoiredeme
Ancestres n'ell: pas la mienne. t BENTING. <
Il est vray ; mais cependant la fil
du legne d'un homme qui a quelqui
autorité, fait craindre ou esperer d'e
ftremal ou bien gouverné de l'Heritie
de son fang qui prend en mainle timot
des affaires C'est dequoy les Histo
riens ne manquenr jamais de parler.
Pc comme vous estes né d'un sanj
1
nbitieux
,
& qui ne pretendoit pas oins s que de regner sur la Holiande à
oit de conqueste, voila par où les
tiG:oriens Etrangers finiront malieusement
l'hifloirc de vostrePère, &
immenceront la vostre, & c'est le
emier article que vous (upprimerez
r il y en a beaucoup que vous iid
juriez atlez déguiier, pour les faire
oéire à voilre avantage. J'entens du de l'homme de bien; car du cofté
l politique
, vous avezallez bien
iie vostre rôle. LE PRINCE D'ORANGE.
¡Quoy que je fois dans un rang fort
evé
, je fuis né malheureux; & si j'ay
lbeeltqeuesavantages, il faut que je les
fc* à-laBpEoinNteTdeINTépGée., fA
la pointe de l'épée ? Ce que vous
tes n'est pas à la
lettre
,
& je croy
je vous ne le pensez pas ainsi, & que
lUS vous servez d'une maniere de
rler qui est en usage pour dire qu'on
Irciiffic qu'après beaucoup de foins,
& beaucoup de peines; car vous rj
jfçauriez ignorer que dés qu'il faq
tirer l'épée, vous elles le plus mal
heureux homme du monde, deqd
s'il eust fallu la mettre feulement hoi
du fourreau, ou tirer un seul coup
Viftolet:) lors que vous avez envahj
l'Angleterre,vous auriez manqué ve
stre entreprifc. C'est du moins ce qu
l'on doit croire, quand on examin
le grand nombre de pertes que vou
avez faites) dés que vous ayez par
fnr le Champ de bataille. 1
LE PRINCE D'ORANGE. )
C'est un effet de mon Etoile,3
encore un coup je ne fuis pas né heu
reux. Je me vois surle Trône, il el
vray, mais il m'en coute bien cher
& les honneurs qu'on me rend ne va
lenc pas les mortelles inquiétudes qu
m'accablent tous les jours. Pour m
conserver ce Trône, j'ay mille foi
plus de chagrins & de peines à efluyci
que sa possèssion ne me donne de pli
sir ; & comme je me
-
défie de ma -
.toile
, je croy qu'elle ne m'y a placé
tic pour me faire tomber de plus
aut. Elle a travaillé contre moy avant
ta naissance
,
puis que vingr-deux
lois auparavant,C harles I. Roy d'Anleterrc,
fut décapité. Laproteétion
c ce Monarque, dont je fuis Petit
ls, & qu'on fit perir en 1649. m'euit
lé fort necessaire
,
n'estant venu ail
londe que huit jours après que mon
erc en fut forty. Ainsi je fuis né dans
ideiiil & parmy les larmess & je
lis dire justement que j'aurois pu
Hnpter mes malheursavant les prelieres
heures de ma naissance
,
& candie
les soupirs de maMere avant
n'ellc m'eust fait voir le jour.
BENTING.
Il feroit malaisé de naistreplus 1
ntre-temps ,
ra.ffaire d'AmO:erdam
ant rendu vostre Pere si odierx,
t'il n'y avoit pas lieu de présumer
[l'on aimaft le Fils, lors qu'on détepitla
memoire du Pere. On frapa
jeme une Médaillé en ce tei-nps-là)
& l'on ylisoit, que l'armée de sa mo
efloit la première Année de la liberté t la République. Je ne vous entretict
pas plus au long decette Médaille
faarce qu'elle devint fort rare, & qu P.lilcelievoilte Mere qui ne ma
quoit pas d'ambition, non plus qu
vous,employa tous ses foins & ton
son crédit pour la faire supprimer:m
cette Médaillé ne biffa pas de fairj
connoistre la situation des cfprits, Si
qu'on vous rogneroit lesaifles de biei
prés, comme l'on fit en effet. l,
mort de vostrePere rendit la loye &
Je calme aux Etats, & ils se viren
délivrez par là de la crainte qu'ils a
- voientd'cflreobligez de lereconnoiftn
pourSouverain. Commeavant famor
Ion ambition avoit apporté quelque de
ordre dans les affaires
,
les mal inten
tionnez efperoient qu'elles continue1
roient à se broiiilIer,mais pour éteindti
le feu qui avoit commencé à s'allumer
on convoqua une Assemblée generale;
Le succés en fut heureux, 8c les Etat
leZelande en voulant laisser des marques
à la pofteritc
,
firent fraper une
lutre Médaillé en 1651. Elle reprefencoit
un rocher au milieu dela mer, Se
l'on y avoic attaché les ECUIÎOHS des
Armes des Provinces confederées. Au
baut estoit assise une Dame reprefen-
:ant la Republique.Elle tenoit une lanceJayant
sur sa poitrine un chapeau,qui
cft le fimbole de la liberté. Des vents
foufioient aux quatre coins du rocher,
Serepresentoient ses Ennemis qui tachoient
de troubler Ton repos. On liroit
au tour de cette Medaille) que les
Provinces Confédéréesefloientt auÍfi fermes
dans leur union, que le rocherdaes
la mer Voicy ce quecontenoit le Revers.
Pendant que toute la terre cftdanl radmiration, & quelle attend avec incertitude
ce que deviendront les affaires
des ProvincesVnies, depuis la mort dit
Prince d'Orange,chacun en sassant divers
jugement, £Affmblée des Etats
Généraux ayant esiè tenue, enfin les
Confédéré*^,après avoirpar lavolonté
de, Dieu ajfitrè la ReligIlion , CZJniot^
& la Milice; aprèss'estre donné le
mains en rond, avoir pris conge"rondi
Vantre avec amitié, ont trompé Ctfpe*
rance & les desirs des méchans
,
& fHr1
paffiront les voeux des gens de bien. J
-
LE PRINCE D'ORANGE. [
Il faut avoiier que la passion que
les Hollandois ont pour les Medailles
va jusques à la folie. On en voit sur!
la moindre chose qui se passe chezl
eux. Pour moy ,je fuis persuadé que
ce n'est pas la connoiiîance qu'ils ont
de l'esprit que ces monumens renferment
,
qui les excite à en faire tant
fraper. Je croy que la matiere, & le
poids est ce qui leur en plaît davantage,
Seque ces bonsMarchands,qui efloient
beaucoup plus riches avant que je
sufle leur Statoudcr,qu'ils ne le font
preièntement, se plaifoient àvoir ainft
méramorphofer leurargent, pour le
garder fous toutes fortes de figures.
BENTING.
Qooy que les Hollandois ne s'atta
jrhent qu'a leur ComJ.merce 1 , & qu'ils
ïréferent les Lettres de change aux
elles Lettres, il n'y a jamais eu tant
le beaux Esprits dansune République
jue l'on en trouve chez eux. Il est
/ray que ce font de beaux tfprits é-
:rangers , & sur tout François, qui y font venus établir pour y faire le
ommerce des belles Lettres, penlant
que les Originaires du Pays en
"ent un beaucoup plus profitable,
,]uoy que plus roturier, & plus-
&roHier. Cependant ces beaux Esprits
y gagnent de quoyfubfiftcr.
Ils donnent àces bonsMarchands des
loiianges en échange de leurs marc
handifes, qui ne leur reviennent à
guere plus que la dépense que font
ks autres en esprit,Amfi tour s'accommode
e
& l'on trouve de l'esprit en Hollande, maisc'est un esprit tranfplanté,
où les bons Hollandois n'ont
point de part. Ceux mêmes qui n'en
ont que médiocrement, ne laissent pas d'yeÛre à leur aise, parce que les Oru
ginaires du Pays ne semeslent poinî
du même trafic ; & comme tout s'y
imprime sans permillion, la Hollande
fourmille d'Ectivains qui plaisent
beaucoup au Peuple en Pamulant, Se
en le trompant parleurs Ecrits.Ils dé
guifent toutes les pertes que fait l'Etat
, & quand il y en a. de trop vili
bles pour pouvoir entièrement en ca-1
cher la venté. ilsfont voir qucleurs-¡
Ennemis ont beaucoup plus perdu
qu'eux en. gagnant, & que leurs
pertes]
font irréparables. Les Magistrats qui
(çavent comment les choies se pa({ellt)
font ravisque l'on abuse le Peuple,
parce que lesmensongesqu'on luy
débite l'empêchentde se plaindre,
& même de se soulever
, & ils remercient
ces Ecrivains d'avoir si bien
falsifié la vérité. Ils les honorent d'une
plus étroite proteâioi-i qu'auparavant.,
&leurpermecteut de faire im.
primer tous les Libelles dont la Hollande
ell: remplie, Sequi loin de rien
contenir de véritable, ne font saisi
lue par interest, & pour faire gagner
:eux qui les composent.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je sçay l'utilité de ces Ecrits mieux
lue personne
,
& ceux qui les font
me souvent travaillé par mes ordres
ans le ravoir.
BENTING.
Cet article devrait cftre mis dans
rostre Histoire, mais je croy qu'il fera
m de ceux que vous chercherez à fup-
•rimer.
LE PRINCE D'ORANGE.
Il est vray ,
mais revenons aux Medailles,
dont on voit un si grand nombre
en Hollande.
BENTING.
Ces mesmes beaux Ecrits dont
lie s'est veuc remplie, des que l'aondance
d'argent s'y est. trouvée3
nt donné le goust des Médaillés aux
lollandois, çn leur faisant connoiflre
M'elles ont beaucoup servy à tranflettre
à la Posterité les grandes acons
de la Republique Romaine. Les
Républicains de Hollande ont crt
qu'ils égaleroient par là ces Maiftrc:
du Monde,& la vanité les a fait don.
lier dans les Medailles, si l'onpeui
dire que des gensayentdu goust poui
une chose qu'ils ne connoiflcnt que
par vanité. LE PRINCE D'ORANGE.
J'aimeallezl'invention des Médailles)
elles durent plus que le papict
qui se déchire, & se perd,& il me
semble qu'on ajoûte plus de foy à ces
monumens ,
qui ne paroilïent qu'ait
nom d'un Etat
a
qu'à beaucotipd"Hiflaires)
qui ne font que l'ouvrage des
particuliers, & ne roulent que sur leur
bonne foy.
BEN T I N G.
La pluspart des Médaillés qui ont esté
frappées à vostre gloire, & presque
toujours contre la vérité
)
font des
ouvrages que vous avez fait fabriquer:
en secret
, & qu'ensuite on a diftribuez
par vostre ordre fous le nom des:
Etats, quoy qu'ils n'y euiTent aucune:
part.
a
part. Tous les Magistrats hors ceux
qui font dans vostre confidence,ignorent
eux-mesmes d'oùelles viennent.
LE PRINCE D'ORANGE. -C'est encore un article qu'il se faut
bien garder de mettre daus mon Histore.
BENTING.
I Je prévoy que vostre Histoire ne
fera pas longue, si vous n'y mettez
que ce que vous avez fait de juste, Se
de beau. Ce que vous avez envie d'en
supprimer en feroit une plus ample,
plus curieu se
, & plus belle.
LE PRINCE D'ORANGE.
Poursuivons, nous trouverons peuteftVc
dequoy en faire deux, la secre-e,
& celle qui devra paroistre au jour. BENTING.
Dans le même temps que les Etats
de Hollande oc-de VVert-Frisefirent
fraper la Médaillé que je vous viens
d'expliquer, ils résolurent de supprimer
la Charge de Gouverneur ou
Lieutenant General de- la Province ,
ou du moins de rendre cette Charge
incompatibleavec celle de Capitaine
IGencral. 1
LE
-
PRINCE D'ORANGE. |
Ainlil'on se vangeoit sur moy de
mon Grand-oncle, & de mon Pere,
dont l'ambitionavoit causé de grandes
frayeurs à la Republique. Je ne
pouvois dans le Berceau arrêter le
cours de toutes ces procédures, mais
j'ay pris de jufles mefjres pour les
faire ceÍfer
,
dés que l'âge m'a ouvert
les yeux sur ma naillance, & sur le rc- -
tranchemcnt des dignitez dont mes
Ayeuxont joiiy.J'enfuis venu à bout;1
& comme je me (uis fait établir dans
les Charges demes Ancestres par un -
consentement force des Etats, je ne ;
leur ay aucune obligation, & ne leur
devanc rien, je fuis en droit de ne
les pas épargner, quand je trouveray
le temps favorable, & de les contraindre
à me reconnoistre pour Souverain
, dela même maniéré que je
ay- forcez à me nommer Siaider.
BENTÎNG.
N'allons pas si viste. Nous n'en
nmes encore qu'à ce que l'on a fait
titrevois,pendant quevousestiez
berceau; & vous voilà déja Satour.
Vostre ambition e(V si impatiente
'elle auro-E de la peine à s'arrêter,
1"s Armées de France ne luy ferient
de digue
,
& n'empêchaient ce
rent d inonder les Etats où il vo«.i--
)Ïc se iépandre.
LE PRINCE D'ORANGE.
[lfalldroit que jefufT:unmal-habile
litique si,la Hollande pouvoit m'éaper.
Je connois leterrainj'en sçay
fort & le foible. J'aydes Creatures
IlS toutes les Villes qui me fervent,
unes par crainte, les autres prinest.
J'epuise tous les jours les Etats
îommes & d'argent, & quand ils
ont siaffoibLs qu'ils ne feront plus
estat de se défendre
,
je n'auray
de peine à m'en rendre maistre
avec toutes les forces d'Angleterre.
Ainli j'acheveray de me vanger du toui
qu'ils m'ont fait lors que j'étois au berceau.
J'estois mineur alors, & j'ay ap.
pellé de tout ce qu'on avoit fait contre
moy, ce qui ma fait rentrer dans tout
ce que mes Ayeux avoient mtrité pai
leurs grands services. Mais cela ne fuFfit
pas, & il faut que pour l'interest dL
temps que je n'ay pas joiiy ,
il leu
en coute leur libeité.
BENTING.
C'est une querelle d'Allemand qUI
vous leur faites
, car enfin ils n'ont pa
autant de tort que vous leur en don
nez, puis qu'ils n'ont pas fccoué le jou:
d'un auili grand Roy que celuy d'Ef
pagne, pour devenir Sujets d'un d.
ces petits Princes dont FAllemagnj
regorge, & dont, comme je l'ay déji
dit5 le Cardinal de Richelieu chan
gea le nom dexcellence en celu.
d'Alteffi. Cependant ce que voftn
Grand-oncle, & vostre Pere ont terr
té, pour le rendre Souverains d'ut
a
îtat qui ne leur avoir mis les armes à
a main que pour défendre sa liberé
,
avoit dû les obliger à prendre
:ontrevous des précautions pour em-
)êcher que vostre agrandillcmenr ne
rous fervift contre eux, & que les
brees dont ils vous lailleroient le maitre,
ne fussent employées pour les
oumettre. Ainsi ils ont eu raison de
ravaillerà vous rendre moins puillant
[ue vos Ayeuxj & s'ils avoient pu.
éuflir dans le detlein qu'ils avoient
,e ne vous point élever; ils feroient
lans une meilleure filiation qne celle
'ù ils font presentement
,
puis que
a République n'a point cessé de per-
Ire des hommes, deconsumer de
argent ,
& de voir diminuer son
ommerce ,
depuis le moment que
ous avez pris les armes fous le faux
ïrétexte de la défendre. En effet,
ous n'avez pensé qu'à éloigner la
>aix, le pouvoir que la guerre vous
lonnoit sur les Troupes estant rpcce une de Souveraineté dont vous
aimiez mieux jouïr, que de voir si
Hollande & l'Europe dans le calme
Aussî tous les Sujets de vos Allie;
mêmes font-ils de terribles impréca
tions contre vous, pour la perte, tassi
d'hommes que d'argent que vous eau
fez à leurs Souverains
,
sans compte
celle de leur gloire, puis qu'on ne peu
en bonne justice contribueràFinva
lion d'un Usurpateur., sans se rendr
aussi coupable que luy.
LEPRINCE D'ORANGE.
Que me viens-tu dire? Quand i
j
s'agit d'un Trône, & de la politique
quipeut y faire monter,se met-on e
peine de la fade gloire que meriten
ceux qui s'atrachent à l'équité? Cett
gloireest iiifipide, & n'est point glo
rieuse
, toute gloire qu'elle est, si voua
voulez bien que je parle ainsi,C'estU
partage desfaineans.Ce qu'onacquiert
sans rien
-
entreprendrepeut.il faira
honneur, & crois-tu que l'on puiiïe
triompheramoins que l'on n'ait agy;
B E N T I N G. -
Voilà une admirable Morale.
LE PRINCE D'ORANGE.
Elle est du moins d'un homme agitàent)
Se qui cherche à se dillinguer. veux-tu que je salTe, quand je
èns que je ne fuis pas le maistre de
ambition qui me tourmente? Elle est
,uachée à mon Sang, & je l'ay ap*
lortée en venant au monde. BENTING.
Je n'en doute pas, puis que la Princfîc
vostre Mere, qui estant Fille de ov, s'estoitbeaucoupabaissee en
poulant vostre Pere, souffroit impatemmenr
le rang de Sujette, où sa
laiilânce avoit esté ravalée par cette
lliance ; ce qui l'obligea, parce qu'-
Ile avoic une ambition qu'autonfoit
i fierté du Diadème
,
à le presser de
mettre tout en usage pour se rendre
Souverain.
LE PRINCE D'ORANGE.
Sa mémoirem'en est plus chere &;
lus prétieuse. Peut-on sentir couler
Un fang Royal dans Tes veines, ôc fii
voir Sujette d'un Peuple tout rota
rier,qui ne fait aucun casde la noblelle.
qui cherche à l'abaiiler, & dont le
Conseils ne font composez que d'épai
Marchands,à qui l'argent tientlieud
politique rafinée, &qui trouventdei
bras pour parer les coups qu'on lu
veut porter, parce que la République
a dequoy les payer, & que safold
est plus feure que celle de pluÍÎeur
Souverains? Voilà pourquoy la Hollande
pretend agir en Souveraine,Si
donner la loyaux Rois qui font le pins
Rois. Cependant j'ay trouvé moyen
de fecoucr un joug trop pefanr pour
uncoeuraussi ennemy de la fervituda
que le mien; & si je n'ay pas encor
Je nom de Souverain,qui effaroucha
des Republiquains, j'ay peut-eftrcplus
de pouvoir sur ces Marchands, qup
de certains Rois n'ont sur leurs Sujets
& je regne en effet en attendant quele
temps me donne sur eux letitredeRoy.
Les Statpuder doivent estre fournis
ix Etats
, & leur rendre compte
jmme à leurs Souverains, & je les
y mis sur le pied de me le rendre
omme mes Sujets. BENTING.
I Il n'est pas encore temps de vous
pplaudir
; il faut voir auparavant,
omment finira la guerre que vostre
mbition a allumée dans toute leuroie.
Le succés m'en paroist fort douteux
pour vous. Il est feur que rien
le manquera à la France. Ses fonds
)our la guerre font toujours faits une
innée avant que l'on s'en doive ferrir.
Elle a des reiTources inépuisables
souren trouver tous les ans d'extraordinaires.
Outre cela, le Roy Tres-
Chrestien a de fort grands revenus.
Toutes ses Places font fortifiées. Ses
premieres levées font faites. Ses Généraux
panent pour habiles, & font
gens entreprenans. Il n'estpoint de
Troupes plus aguerries que
les
Tiennes,
& toutes ses Armées ayant VêCll
par tout pendant trois Campagnes
chez Tes Ennemis,il y a grande a
pirence quelles auronc toujours- rt
même avantage,puis que Lsaffaires n
pourront aller que de mieux en mieux ]
Joignez à cela que tenantlur-mêm:
le t'mon de ion Etat, & voyant toacJ
& Fa;[ant tout. par luy-mesme
,
il n
fçanroit faire aucune perte qui luj
puine estre d'u1 grand préJudice
Nulle mefinteiiigence parmy ses Si-J
jets ne lay (lUroit nuire, &: l'on sa
doit alteurer qîe tant qie la gnerra
d;ircra.on verra la France dans l'heirreuse
lituarion où nous la voyons pre
sentement. & Ton Souverain toujours
en droit de compter, non feulement
sur les coeurs, mais encore sur les
biens de ses Suj ets ,
qui ont"autant de
foufttilfion pour toutes ses volontez
,
ôc d'amour -& de refpett pour sa personne
, que ce Monarque en merite;
& alleurément, c'estdire beaucoup.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je ne puis nier ce que tu viensd
me dire.-Ce font des faits si conftansj
'il en faut tomber d'accord ; mais
and tu feras reflexion au nombre
s Princes liguez contre ce Monare
& à l'étendue de leur puinance,
m'avoueras qu'il faudraque tost ou
"d il succombe fous le nombre.
t
r BEN T1 N G.
Efi-il possible que vous soyez aussï
bile que toute l'Europe se le per-
Lde) & que je vous voye d-us une
"eur si groffitre ? Je sçay queles
lorans ,
qui sans peser le merite ne
ttachentsimplement qu'à examiner
nombre, font fort su jets à estre
mpez ,
mais un grand Politique ne
t pas donner dans ces paueaux , &
vray-semblance n'a lieu d'abuser
e ceux qui n'approfondirent rien,
qui se laissent surprendre aux ap-
'ences & aux vains dehors de tout
qui ébloiiit leurs yeux ,
sans reo'er
si le dedans y répond.
.E PRINCE D'ORANGE.
ru portes les choses jusques à i'exces.
J'avoue que la France doit
tenir glorieuse d'avoir resisté jusqu
icy à tant d'Ennemis3 mais tu vert
qu'il faut neceiïairementqu'elle vid
ne enfin à succomber, il tu examinj
bien le nombre & le poids des Pu
fances redoutables qui fc font Ull
contre elle. J
BENTING. - Je vais vous faire voir que vo
elles dans l'erreur, aussî-bieii q
ceuX qui ne jugeant que félon les a
parences ,
fuivent feulement leur p
fion
,
& je vous Je feray voir d'm
maniere ,
qu'il faudra que vous i
demeuriez d'accord, à moins que
une opiniaftreté sans raison vous
vousobstiniez à fermer les yeux &
coeur à la vérité.
LE PRINCE D'ORANGE.
Tu le prens d'un ton qui exciter
curiositéj mais je croy que tu au
de la peine à prouver ce que tu
vances.
BEI
BEN TI N G. -
L'Empereur est un des plus qualifiez
nnemis du Royde France, & il n'en
point qui paroille plus redoutable.
ependanc c'est un de ceux qu'il doit
moins craindrei & si vous en exce-
;ez le nom d'Empereur, qui devient
rt inutile quand il ne s'agit pas de la
gnité, le reste est très-peu de cho- Iln'yapointd'Ele&eurqui vo.tlutf
langer son Eleét^rat contre l'Emre.
Un Empereur qui n'auroit point
; Terres hereditaires comme ceux
: la Maison d'Auftnche
,
n'auroit ny
LI , ny lieu, ny Sujets) & feroit sa
fidence dans une Ville de l'Emre
,
& non pas de l'Empereur. Il
auroit rien en propre. Le t'tue
Empereur & le pas sur tous les Lle-
<:ur),feroient son plus grand avantar.
Ses Armées ne feroient compoes
que de Troupes que les Princes
: l'Empire fourn tIent pour leur quote
,rt, & Ton Epargne n'auroit d'ar-
:nt que ce que luy donoent ceux qui
le reconnoillènt pour chef,& non poul
Maittre. Ainsi ce n'etf qu'un Chel
électif sans Sujets, & dont le titrl
merme n'etf pas héréditaire. Noal
avons louvent vu des Eleéleurs refila
fer l'Empire, & le feu Electeur di
Baviere ne voulue pas l'accepter ud
peu avant l'EIe&ion de l'Empereui
qui regne au jourcThuy.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je sçay comme toy que lesEmpereurs
d'Allemagne n'ont qu'un ticrc:
fastueux & sans nulle autoriré, da
qu'au lieu que les Souverains avec
leur Conseil décident eux-mesmes de
ce qui regarde leurs Etats, les Dietteî
reglent ce quiregarde l'Empire, ÔG
font ainsila loy à L'Empereur; mai1
l' Empereur qui regne aujourd huyi
estant Roy de Hongrie & Duc ci'Aul
ftriche, peut grossir les Troupes que
Juy donne l'Empire, de celles que luyfc
fournirent les Etats hereditaires. Ains
c'etf un A¡lié puillant, & que la Fran
ce doit apprehender.
BENTINC.
Vous auriez raison s'il eftoken pouoir
de faire agir toutes les forces
:>ntreelle, mais la guerre qu'il fouent
contre les Turcs luy faisantune
eceflui de les partager, elle n'a auan
fuietde les craind 1e.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je travaille à la Paix des deux Emires,
& puis gue je m'en mcfie, elle
: lçauroit manquer àestre blen.taO;
>11du:'. iBENTING.
Ce n'eit pas une chose aussi cerine
que vous le pensez, mais je
)iifens à vous palier cet article.
luand vous auriez fait signer cette
lix, je ne vois pas que toutes les
loupes de l'Empire & de l'Empe-
:urdeussentestre fort redoutables à la,
rance.Il cfi: tres-certainque le Prince
î Bade n'a pas presentement plus de
ngt mille hommes. Toutes les vieils
Troupes de l'Empire ont cité dé-
[tes entièrement en quatre occasions,.
à la JournéedeCazaneK
, à la dé&i
du General Heufler lors qu'ilsi
pris avec le Marquis Doria, à
prise de Belgrade, Ôc au Comb
où ce mesme Prince de Bade vie
de perdre neuf à dix mille homm
Ce qu'il y a de plus fâcheux pour. h
Allemands, c'est qu'il faut un sa
grand nombre d'années pour rétab
les vieux Corps qui ont pery ,
pui
que de nouvelles levées ne font q
des corps nouveaux, & peuinftrui
à leur mestier, quand il ne reste poi
bne partie du corps capable de 1
former sur Ton exemple.
LE PRINCED'ORANGE.
Si je cherchois des rai(ons po
n:er des faits., ce feroit vouloir n
tromper moy-même. Ainsi icn"ay ri
a opposer à tout ce que tu viens c
me faire voir du mauvais estat d
Troupes de l'Empereur & de l'E
re; mais l'Empereur ne fait qu'tn
teste dans la Ligue, & il s'yen tro
ve beaucoup d'autres fort puissants
! BENTING.
f L'Espagne s'étend fort loin, 8c voit
lulîcurs Royaumes fous sa dominaon.
Cependant le Duc de Virtemerg
, dont l'Estat se fait à peine relarquer
dans la Cane, fournit plus
e Troupes à la Ligue, que tout le
asteRoyaumed'Espagne. Il n'yen
point aujourd'huy au monde ny de
lus gueux, ny de plus mal gouerné.
Chacun n'y pense qu'a Tesfifaires
, voyant son Roy moribond,
c tout bien examiné
,
je croy que
Espagne ca plus à charge à la. Ligue
u'elle ne luy estutile.
LE PRINCE D'ORANGE. 1
Je ne puis encore nier cette velés
mais enfin c'est un grand nom,
: quiestdu moinsde quelque poids
ans la Ligue. Il a de quoy ébloiiir
),
: on peut le faire sonner bien haut,
il n'en: pas passible d'en tirer d'autre
fcantage.
f BENTING.
La Ligue a besoin de quelque i-liofe
de plus réel que de grands iioins,pou:
U faire subsister. 1
LE PRINCE D'ORANGE. j
L' Angleterre.
BEN TING. <
L' Angleterre est bien lasTëdedOl11
ner des tommes immenses qui n'abou
ticrcntl rien,&si ce n'estoit poui
fbutenir la gageure, elle auroit déj
fermé sa boursè. Son Commerce gui
luy en fournilloit
,
diminue de jour cijour.
Au lieu que tous les autres Souverains
luy en donnaient, ou poui
demeurer neutre, ou pour l'obliger 1
prendre party, elle en donne poui
entretenir une guerre, dont les plu*
heureux succés ne luy peuvent apporter
aucun avantage. Ses Troupei
ji'estoient point entretenues à Tes dépens
lors qu'elles eftoienthors dechez
elle, & tout cela se voit aujourd'huy.
Son argent paire la mer auili-bierr
que ses Soldats. Cet argent ne revient
plus, ses Troupes perissent,
les maladies emportent celles qui 1
chapent au fer & atrfeu. Il feroit
ifticilc de concevoir combien il en cft
nort en Irlande. L'air s'y cft trouvé
ontagieux pour lesAnglois, & penantle
premier Hiter il y en est peiyà
nillicrs. Les Sieges ont enfuiteefté
requensaussi-bien que les Batailles,
luiont esté meurtrieres, & l'on peuc
,ire qu'il n'y a plus de vieilles Troupes
n Angleterre. Tout cela examiné,
rous n'en devez plus à l'avenir attende
de grands secours d'hommes ny
l'argent. Quplque grand que (oit votre
>ouvoir, il n'est pas encore allez arbiraire
pour mener cette fiere & in-
:oiiflance Nation comme il vous plaia.
L'extrême necefliréoùvous vous
rouverez voyant la Ligue preste à se
ompre, vous fera tenter de palier
es bornes de ce pouvoir. La Naion
se soulevera, & vous renverserez
:n un jour l'ouvrage de pluficurs années.
C'etsbâsirlurlefablequedefon-
1er sa fortune sur la constance des An-
;4ois.Sile Roy Jacques les accommode
mieux que le Roy Guillaume, 8c qu'
leur coûte moins cher,ils fedéferont d
Roy Guillaume,,5c reprendront IcRo
Jacques, que la moitié de l'Etat rc
çonnoist dans le fond du coeur po
son veritable Souverain, à la famé d
qui on boit tous les iours en mil
endroits du Royaume, & pour q l'on prie dans une infinité de Temples
Enfin si la Ligue fonde sa durée(ur1.
secours d' Angleterre,il est feur qu'-
elle la verra échaper
,
lors qu'elle S'JJ
attendra le mo i ns.
O
|
LE PRIN CE D'ORANGE.I
-
A te dire le vray,je ne voy guered
fondement à faire sur un Peuple qu
aprés estre venu au devant de
mojj
avec des palmes
,
fit des feux de joys
le jour que son Roy qu'il venoit
d'a
bandonner, fut ramené à Londres
après s'en estre échapé pour passer e
France. Mais il ya bien d'autres Alliez
dans la Ligue.
BENTING,
Voilà déjà les trois plus grosses te.
» tes à bas, & je vais en quatre mots
ous faire voir le peu de secours qu'elle
loit attendre de [epr autres. Vous
oyez bien que je veux parler des
ilc éleurs) dont la France, par une
[ne & prudente politique, prévint le
cup, & en mit d'abord quatre hors
l'estat de luy nuire, lors qu'elle vit
(ue la Liguele préparoit à luy déclaer
la guerre.
LE PRINCE D'ORANGE.
11estvray
5
maiscene font pas les
,lus puiflans.
BENTING.
Il ne luy reste donc plus que trois
le ces Elcaeurs. Trois Campagnes
esont mis bien bas. L'estatdéplo-
'able de l'Eledteur de Baviere ne fc
cauroit exprimer. Tous Tes trésors
ont à sec
, toutes ses Troupes ont
)ery en Allemagne & en Hongrie, &
es restes qui font presentement avec
e Prince de Bade & en Savoye n'en
»euvent plus. Celles de l'Eledeur de
randebourg ne font guere mieux.
Le Siege de Bonnja Bataille de Fleu
lUS, & le Combat de la Cattoire 1
ont entiereraent ruinées, & prefqu
tous Tes Mousquetaires font demeure
dans ce dernier choc. C'est une pert
irréparable pour luy. Ij ne reste qn
l'Electeur de Saxe, dont les Troupe
font bien fatiguées
,
d'eare venue
trois années de fuite perir de faim su
les bords du Rhin, & qui Tefoni
toujours prier pendant neufmois poui
venir faire une Campagne de troi
feulement. Elles ont mesme si fou,
vent menacéde n'y plus revenir
, qu'il est à croire qu'elles pourront bien
tenir parole. ,.
, LE PRINCE D'ORANGE. ; Je ne voy pas que la Ligue ai
encore un long fccours à erperer d
ces petits Sonvera.ins,& tu commence i m'embarraller.
BEN T 1 N G.
Elle en doit encore moins attendr
du Duc de Savoye
,
qui en a luy
melme un fort grand besoin. IL il
ly reste quele quartde tous les Etats
u'il poiledoit, & ce quart cft obligé
e nourrir les Troupes de France&
Espagne, les Allemandes & les Itaennes,
ainli que les Suides, en forte
ne toutes ces Troupes, hors celles
e France, manquent fort souvent de
lin, M. de Catinat ayant fait la redite
dans tout le Païs. D'ailleurs, Ici
illemans font moinsvenuspour fe-
)urirce Duc, que pour se l'aifir du.
1 ilanois, en cas quele Roy d'Efpagnc'
ienne à mourir. La confusion comtence
à se mettre parmy les Troupes
: tant de différentes Nations,'a Caille
lilitairc estant peu garnie, & les
ayeurs se trouvant trop épuifez5pour
lire encore des avances, dont 011 etl
Ifuré de perdre,non feulement l'inteÍ1:)
mais encore'le principal.Vola.
estat oÙ se trouve le Duc de Savoye,
ui ne touchanr plus nen de ses revens
,
bien loin d'ailiitcr la Ligue, Ce
erra contraint de l'abandonner, si
le ne fait encore de- plus grands ef-
)rts pour le secourir.
LE PRINCE D'ORANGE.
J'ay de la peine à reconnoistreibm
ses peintures que tu me viens de fair
le party dela Ligue qui me paraiflin
si formidable. J'y voy beaucoup d
grands noms, mais peu de Prince
enestat de supporter le fais de 1
guerre aussi long-temps que la Ho
Jande.
BENTING.
La Hollande a beaucoup plus sa"
qne les autres , & c'est par cett
raison qu'elle se trouve prefenremîn.
en estat de faire moins. Elle redembh
à ceux qui devant bien-tost faire ba
queroute,affeétent beaucou p ie faste
& n'oublient rien pour faire croir
qu'ils font bien dans leurs affaires, a
pour mieux dire,,elle relfemblc à un
chandelle, dont la lueur eA: plus écl
tante lors qu'elle est preste à Rnir.E
comment vouTez-vous qu'un aussi p
tic Pays que la Hollande
,
dont
Commerce est pour le moins diminu
des deux tiers depuis prés de vi
annéelf
mées
,
puisse soutenir encore longtmps
une Guerre qui luy coure si
1er ? Son Armée de terre est feule
tifli considerable que celle de tous les
liiez ensemble. Sa nombreuse Flottai
evroit feule fufHrepourépuiflr un
petit Etat. Elle a esté obligée de
pnner de l'argent à l'Empereur, Se
1 Roy d'Elpagnej elle fournit tous
:s mois de grosses sommes pour les
Toupes qui font en Piemond. Quand
:s autres Alliez font q-uelques,,perts
,
elles ne font reparéesqu'avec
)n argent. Il n'y a presque aucun
rin-ce dans la Ligue quin'en reçoive,
p qui ne la menace à toute heure de
uicter si elle n'en donne. De voftrc
bilé
-, vous en tirez d'elle tout autant
ue vous pouvez ,.& les Barbets ne
ibfiftent qu'à Tes dépens. Croyezous
après cela qu'un petit coin de.
erre
qui ne produit ptefque rien
,
à
ftufe de la quantité d'ea ix quila courentjpuisse
toujours trouver de tarlent
pour tant aaffames
t lors que
l'Efpagnj avec tous Tes Royaumes
toutes Tes Indes
,
& toutes Ces Min
d'or loin de fournir la moindre fom
me à la Ligue, demande sans ce
aux Hollandois,quoy qu'elle n'ait pat
en Flandre six mille hommes cr.
Campagne? Que répondez-vous à tout
jeela? 1
LE PRINCE D'ORANGE.
{
Mais toy-mesme
, que répondrois
tu si tu estois en ma place? 1
BENTING. |
J'avoiierois franchement des faitl
qu'on ne sçauroit contester. Je ne
vous parle point de beaucoup de pe
tits Princes qui ne fervent plus que de
nombre à la Ligue, & que la France
a traitez d'une maniere qui les a déjà
fait repentir d'y estre entrez. Enfin l
Ligue a déja commencé à défiler. Ld
cheminest ouvert, & lors qu'un che4
min a esté trouvé, ceux qui l'ont frayq
font bien-tost suivis par beaucoup
d'au-]
très, & mesme on peut dire que cd
chemin devient à la mode* J
Lï PriNG^ D'ORAN6I,
C'est ce qui-me fait resver.
BENTINc.
Le Roy de France est exempt de
treilles craintes. Iln'a pour AlliezJ. -
te ses propres Sujets, & il n'apprende
point de s'en voir abandonné.
ne s'attend point à la bourfe des-
¡rangers. pour entretenir Tes Trous,
ilest apeuré qu'il trouvera tounrs
à remplir la sienne. Il n'a plus:
Domaines engagez comme pendant
Minorité, Il reçoit tous Tes reve-
5 dans le temps qu'il les attend, &
;fme avanr qu'il en ait beibin. Je
as l'ay déja fait voir en vous disant
e ses fonds pour la guerre font touiirs
faits une année avant qu'il foit
ligé de s'en ferviri & ce qu'il y a de
"prenant, & debien digne de voftrc
ention & de celle des Alliez, c'est
'il ne s'est point pasle d'année des
la guerre,. qu'il n'ait eu de l'arit
de reste, z des fonds qu'il avoit de- pour la Campagne du grand
nombre de ses Troupes. Je ne vaypa
qu'après cela, & tout ce que ie voui
ay dit auparavant, la Ligue puiifc
tenir encore longtemps contre ce Mo.
narque.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je voy tout ce que tu vois; maiscom
me laLigue n'est faite que pour me:
seuls interefis. & que tant de Souve
rains n'ont les armes à la n:ain
, qui
pour empêcher que le Roy de Franc
ne rétablissè le Roy jacqtics,le temp
que la Ligue durera, en fera autan
degagné pour moy,Ainlî quelqu,
délabrée qu'elle paroiiTe, ie dois cher
cher à l'entretenir
,
quand elle devroi
cau fer la ruinede tous les Alliez, tatT
que les Princes Catholiques feronr
allezsimples,& aimeront allez peu leià
Religion, pour travailler à me
mairl
tenir à son desavantage. Aprèsqu'il
auront ouvert les yeux sur ce qu'il
font de contraire à leurs interests, o
que rimpoflibilité où ilsfe rrouverori
de foiuenir la guerre leur aura sa ° J
icttre les armes bas, ic verray alors
me tirer d'affaire comme ie pourray,
f je prendray mon party (elonlcsocrrences.
J'auray du moins le plaisir
avoir régné, & d'avoir remply par Il
s desirs que l'ambitionm'a pu. cau-
Ir. Je me trouve dans les mesmes fenmjensoù
estoit cette Princene, qui souhaitantd'estre Femmede Cesar,
ifoit enparlant du bonheur des Sourains,
& de celuy qu'elle se figuroit
ins la puissanceabsoluë.
Ne duraft il qu'un jour, ma gloire,
est sans féconde,
Ifeftre du moins un jour la Maiftreffi
duMonde. ,BENT1NG.
Ces sentimens estoient beaux pourle
personne qui vouloit monter au
|rône par une voye legitmc) & ils
s marquent pas moins de grandeur
ame que d'ambitionj mais ks Ufur-
Lteurs ne se piquentp-^s.d'avoir une
elle ame, pourveu qu'ils ayent une
¡and<: autorité i & quand leur règne
se termine sur un cchafïauc
, comme i
est arrivé à un nombre presque infinyl
de ces Souverains patIagcrs
,
il leur
fied mal de dire que leur gloire ej
sans fcconde, parce qu'ils ont eu l'a
vantage de regner. LÉ PRINCE D'ORANGE.
Mais il me semble que nous nou
écartons un peu de nostre sujet.
BENTING.
Rien n'est plus essèntiel à voflre
Hilloire que ce que nous venons da
dire, & vous aurez de la gloire d'avoir
eu l'esprit de mettre en moa
vcment tous les Princes de l'Eurecip
contre leurs interests
,
leur gloire, 4
leur Religion, & de leur avoir fait:
épuiser leurs forces & leur argent, sans:
qu'ils sçachent précisément le but qu'ails
ont eu en cherchant a maintenir 11
TJfurpateur,au lieu de repouaer l'En.
riemy du nom Chrestien jusque dan,
sa Capitale
t
ce qui leur estoit facile m
en tournant leurs armes uniquement
de ce cofié-là; maisnous aurons au
;rechoCe a direavant que d'en venir à
:et article, où la force de la verité nous
a menez infenfiblenient. Nous voustvons
laissé au berceau, il faut vous y
tller retrouver voir de fuite le reft*
les principaux cvenemens de vostre
ne, & tâcher en raisonnant de ne
?oint empieter sur ceux qui les doivent
suivre d'un peu loin.
ï LE PRINCE D'ORANGE.
Prens gardeàne te pointéchaper,
si tu ne veux pas que je t'impose
S lence.
r
BENTING.
k» En 1(153. deux ans & demy aprés
511e vous fulles né ,lesHollandois
lyant petdul'Amiral Tromp,& veu
eur Flotte défaite par les Anglois,
:nvoyerent quatre Ambassadeurs
Londres pour traiter de la Paix a.
vec Cromvvel. Us estoient bien-aises
le joiiir de la commodité des Ports
l'Angleterre,& de la liberté du Corm
nerce, sans lequel ils ont dela peine
! fubfiftçr. Ils craignoient d'ailleurs
que cette cruelle Guerre ayant épuisé
leurs forces, les Espagnols, leurs
anciens
& secrets Ennemis,ne tiraflent
avantage de la foiblesse où elle auroit
pu les jetter s'ils l'euflxnt concinuce.
Cromvvcl voyant le pas que les Hollandois
failoient pour avoir la Paixfit
traîner les choses en longueur, afin]
de les faire condescendre au dessein
qu'il avoit fait d'unir la Republique:
de Hollande à celle d'Ar gleterre. Sui.
vant ce projet,les deux Republiques
ne devoient plus faire qu'un mesme
Etfct, qui auroit d'lé gouverné par
un Parlement souverain ôc libre, auquel
les Provinces Unies auroient envoyé
leurs Deputez,comme auroient
fait les Provinces de la Grand' Bretagne.
Crornvvel par unrafinement
de politique, & pour mieux tromperI
les Hollandois
, ou du moins pour
les éblowir, se servit du mot de coagulation,
au lieudeccluy tfincorpo-^
ration lors qu'il proposa la chose, ÔC
il le fit, parce qu'il auroit paru,s'il]
1
employé le mot
d'incorporation
ue ,
l'Angleterre à laquelleilprétendoit
incorporer la Hollande, eust deu.
luy estre superieure, & que le mot de
coagulation marque plus d'égalité II
demanda en mesme temps en confequence
de cette union ,J,¿u.e Vous e
vos Descendans fuffié\* pour jamais mir
hors d'estat d'aspirerauxDignitez
,
&
aux emplois de vos jénceflres
, parce
que cestoit, difou-il
, un digrè pour
monter à la Souveraineté que vostre
Père avoit recherchée à force ouverte, & quainfi il efioit à ctaindre ( le mesmefang
coulant dans vos veines ) que
pendant que les deux Republiques feroient
unies tr ne formeraient qn'ufl.
Corps, vofire ambition ne vinft a le
troubler en vous rendantMaifire de I4
Hollande, & peut-e(Ire de l'Angleterre..
Cette proposicion fut le fujetde beaucoup
de Conférences. Les uns la goûtèrent,
les autres la rej etterenc, & si
l'incorporation ne passapas,l'obstacle
ne vint point ducodé de vos intereÍls
mais de la crainte qu'on eut qu'aved
leten.ps, la Hollande ne devinlt trop
dépendancedel'Angleterre. On exa
mina la chose de toutes les a-ianicres
on pela le bien & le mal qui en pour.,
roient arriver
,
& l'on demeura per-"
fuadé que les Deputez de
Hollande
n'auîoient jamais allez de voix, pour
l'empoiter dans un Parlement sur
ce qu'auroient resolu les Deputea
d' Angleterre. Ainsi Cromvvel ne put
venir à bout de vous faire faire tout
le mal qu'il avoit imaginé, & qu'il
vous auroit peut-estre fait s'il eust
vécu, comme s'il avoit preveu les troubles
facheux que vofère ambition de»- j
voit faire naistre en Angleterre.
LE PRINNCE D'ORANGE.
Il avoit raison de m'aprehender,"
puis quaasseurement si j'eusse esté
maistre un jour de faire agir àmon
gré toutes les forces de Hollande, je
les aurois fait tourner contre luy pour
vanger la mort du Roy mon Grand- Pere.
BENTING.
,
:
Si l'on en peut juger par les fuites,
ous n'auriez travaillé que pour vous
îul
,
& la maniéré dont vous avez
caité Jacques II. vofire Beaupere que
'ous avez obligé de fuir, fait voir
me vous ne vous feriez guere mis
n peine des Mânes de Charles I. vostre
iyeul.
LE PRINCE D'ORANGE.
Comme ce prétexte auroit esté utile
mes entreprises, je Taiirois fait va.
>ir de la mesme forte que j'ay fait
eluy de la Religion pour paflfer en
ngleterre.
BEN T 1 N G.
Vous avez beau dire; on ne vous
oanera jamais 1epithete de Pieux;
:unme on a fait a Enée.
LE PRINCE D'ORANGE.
Laiflfons là les fables, & ne nous
tachons qu'à la vérité.
BENT 1 N G.
Ce ne lera pas toute-fois en la
di(ant que nous embellirons voftrc
Histoire. Cromvvel n'ayant pû venii
à bout de (on projet d'union entre lem
deux Itepubliques, & ne voulant
point commettre sa nouvelle dignité
avecles Hollandois, dont lavaletu
luy paroiiloit redoutable,conclut en-
Sn la paix en 1654.. Je ne rapporreray
point les actions que vous filles
au Berceau, où vous neruaftes point
de Monstres comme Hercule. Ainsi je
viens à ce qui se pana en 1657. Vous
aviez environ six ans & demy en ce
temps-là, & quoy que vostre nom fist]
alors rres- peu de bruit, & que les
Etats eullent plus de FOIN de voja
abàiflTer que de travailler à vostreéle
vation ,
vostre Famille, suivant l'ufa
ge de Hollande, fit battre deux 0
trois Médailles
, por faire connoifir
au reste de l'Europe qu'il y avoi
un Prince d'Orange au monde. Oj
vit donc le Portrait de Guillaume II
dont la face enfantine ne promettoij
- encore ny bien ny mal. On lisoitçM
parole il
fparoles dans le revers.Quoy quel'Oranger
foit abbatu, ce noble rejetton a
eslè confervè par le foin de Dieu dans
lefein de Marie; ainsi lePerenaiss
Après sa mort comme un Phénix dans
é a eni.,r Ton Fils. Qttilcroisse
,
quilfleurijfe
3
C.', qu'il fllrpAJfe en vertu les plus
grands Princes, à la gloire, r;. pour le
ralut de la Patrie.
r LE PRINCE D'ORANGE.
Les Médailles ont je ne sçay q'oy
le grand qui frappe
,
& qui pcnetrant
jusques à l'ame5 porte aux grandesavions.
l BEN T 1 N G.
- C'est pour cela que vous en avez
:ait de si belles, mais avez vous bien
peaminé le sens de ce levers?-•î-~
LE PRINCE D'ORANGE/1
r Je voy bien qae 1'0 ranger abbatn
narqne lamort de mon Pere, & que
e fuis le rejetton que Dieu a conferré
dans le ventre de ma Mère.-
| BEN T 1 N G.
t Il me semble que cet, ainsile Pert
naistapr-ès sa mort comme un Phénix
dans son Vils, ne devoit pas plaire à 1
Republique. Elle estoit mal satisfait
de la conduite du Pere; son ambition
J'avoit porté à s'en vouloirrendre Souverain,
& il avoit osé en venir jusques
à la force ouverte en assiegeant Amfterdam.
Il estoit donc question, pour
ne donner aucun sujet de plainte aux
Etats, de leur faire entendre que le
Fils prendroit une roure toute contraire,
& qu'onauroit foin de luy infpirer
des sentimens plus modérez. Ail
lieu d'en user de cette forte, on affea
de faire voir à toute la Terre que le
Pere doit revivre dans ce Fils
, ce qui
devoit vous faire haïr, loin de vous:
attirer l'amour des Peuples.Aussi peutêtre
cela n'a-t'il pas peu contribué m
vous éloigner des Dignitez dont la
poî
session pouvoitestre fataleà laRepubli..
que, en vous fournissant des Armes;
mpourtentearcenqueqvostruePereeavO.1«
?LE PRINCE D'ORANGE.
Je
p
n'auronsjamaisfbùnertqu'oneust
rapé ces Médailles, si j'avois esté en
ige d'estre consulté. Ce n'eit qu'en
hffimulart que l'on peutvenir à bout
les grandes entrepriCes.
r BEN T1 N G.
On estoitsienteftéde faire connoibe
que vous deviez ressembler à voire
Pere, qu'on fit fraper la mesme
edailleavec un autre revers. Il re-
)refcntoit un Phenixftr fan bûchert
tu milieu d'une Couronne de deux branhesd'Oranger>
& l'on y lisoit ces paoles.
Il meurt, & il repcfe. yLE PRINCE-D'ORANGE.
Ce n'etf que la mesme penfiée re..
tetuc. BENTING. j[
Elle fit impression sur les Etats> Ôc
es confirma dans la refoludonqu'ils
voient prile de ne permettre jamais
luevus fussiez élevé aux Charges de
os Anccftres. C'cftoit à cet mefmcs
itats à prendre le foin de voftie édwcation.
Ils s'ea chargèrent, & pour vousfaire
oublier qui vous estiez
, ils ne vous dounereni
d'abord qu'un Valet de chambre, dont le^
fondions furent étenduës, puis qu'il von
fervoit à laChambrer à la Ville- Quelque
temps après on augmentavoftrc Maison d'uri
laquais
,
& l'on parla de vous faire inflruir®
dans les belles lettres, mais cependant le
but des Etats n'estoit pas de vous faite dcve-,
nir un fort habile homme. Enfin après avoii
bien XJminé qui on mettroit auprès d
vous, le choix tomba sur le Sieur Chapufeau à
presentement Gouverneur des Pages du Duq
de Hanover. 1 LE PRINCED'ORANGE.- Mon éducation n'est pas le bel endroit de
ma vie.
BENT1NG.
Entre nous, il faut avouer que l'ignorance
ne vous manque pas, & qu'à peine savez
vous lire& écrire.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je fuis toujours le premier à dire qu'
homme qui n'a point eu d'du(atiocft for
ignorant dans ce qui s'appelle les belles liet
tres.
BEN-riNr.-
Tous ignorez bien d'autres choses.
LEPRINCE D'ORANGE.
Ne sçay-je pas mes affaires 3 Ccil toujoar
beaucoup. -
BENTINI G, r
Le faccés démentiroit ceux qui foutien- v
Croient le contraire,mais outre qu'il faut voïr
a fin de la Tragédie pour en bien juger ,vous
:einez dix fois plus qu'un autre en travaillant"
5cYOUS estes bien plus long, mais on ne
Ijauroit di[convenir que ce que vous faites
,ie foit assez bien. Vous avez toutes les peines
iu monde à prendre une resolution,& vous ne
ous déteimiuez que lors que le temps ne vous
ennet plus d'eflre incenain; ce qui ne peut
venir que de l'ignorance dans laquelle on a
pris pliifir à vous élever, & ce qui vous em,
pcche de scavoir mille chosesnecessaires à un
omme de vostre rang , qui se prefenteroienc "ostre imagination, lors que vous avez i
lécider de quelque affaire importante, Se ui vous ai-deroient , non feulement à prendre
promptementvostre party , mais encore à
l'en pas prendre un faux, comme il vous ai>
:ive quelquefois.x
LE PRINCE D'ORANGI.
Que veux-tu que j'y farte? Je ne me règle
joint sur le parte
, puis que je l'ignore, mais teprençdes-mesures surle piefent> & je les
hens les plus justes qu'il m'est possible.
BENTING.
Il ne faut pas estre fort habile homme pour
intendre ses affaires; chacun les sçaitnatuellement.
L'intérêt ouvre l'esprit à tous Jestommes
sur ce qui les touche, & l'on ne voit
oint de Paysan, quand il a un procès, lui
n'en fache mieux les difficultez eue fo
Avocat
LE PRINCE D'ORANGE. Ilsemble que tu prensàtâche de diminuer
mon mérité de ce coflé-l'a. 1
BBNTiNG.
Je parle de l'homme en general, que la na
ture rend gavant dans toutes les choses ûl'
(on inclination le soste, sans qu'il ait fouvent
rien appris qui les regarde, ny mefm
t)u'il ait unespritfoitdistingué.Celuy^ui
aime le jeu se rend habile joUeur) sans que
cette habiletéluy safir venii l'esprit. Un Plan
deur devient sçavant dans la chicane, un ambitieux,
Machiaveliste,& tout cela, par un
ioutine de s'attacher sans cesseà.cequi plaintsans
que l'on ait d'ailleurs de merÎte, ny l'esprit
ouvert pour toutes les autres choses. Ainsi
vous ne devez pas présumer que parce qu
vostre ambition vous met sur le Trône, oa
doi ve croire que vous soyez un fort babila
homme. Vous Éçavezvous-mesmevoitre foi
fele•> vous fctvez vostre ignorance ;- vous fçavez
vostre lenteur en toutes chofcs , & que
vous avez une avarice ctartei mais pour cela
, je vous le Fardonne. On vous a fait éleverjffi
mefquinrmcnt, & vous avez si peu sceu dans
vos jeunes ans ce que c'est que manier de Par-t
gent, que je ne m'étonne pas de l'aviditéqu
vous témoignez pour en avoir, & de la pein
que rous avez à vous en défaire. Aptes avoi
mené, une yic aisezobfoue> fan, avoir toucktf^
le grandes femmes depuis 1654. laïques en
1667.il sembloit qu'ayant atteint l'âge de dixfepr
ans,vous deviez commencer à faire quel*
que figure dans le monde. Vous pouviezacet
ige-làesperer de monter aux dignitez de vos
Àncestres,puis que vostre Pcre qui n'eftoiç
mort que sept ans plus âgé , avoit fait tant de
belles choses avant sa mort.
LB PRINCE D'ORANGE.
Je sçay ce que tu me -"-eux dire; & tous mes
iens commencent à s'émouvoir.
B ENTING.
En 1667, les Etats patterent un Edit,appelle
Edit perpetuel, par lequel tous les Membres
des Etats s'efloient engagezavee ferment
le ne vous proposer jamais pour la Charge de
ftatouder. Vous estiez obligé par cet Edit,
ion feulement de refuser cette Charge, nuit
nefme de ne pas écouter ceux qui vous pro-
?o[eroient d'y penser; ce que vous fignâres.
LE RINCE D'ORANGE.
Leur orgueil estoit alors au plus haut point
ni il ait jamais cité. Ils venoienr de battre les
\nglois,après les avoir elle chercher jusque
lans la TainiCe, Ilsavoient réuiïi dans la Li-
Vue qu'ils avoient faite pourarreltcr le progrès
des armes de France, Ligue qui leur caura
i cher en 1671. Enfin leur Commerce fleurifoit,
& s'étendoit par tout où ils pouvoient
ouhaitcr; ce qui les mit dans un tel aveugle-
Mnt,qu'en 166%: ils firent fraper cette inolente
Mcdallle) qui a faIt tant de bruit dans
l'Euope. On y voyoitune Femme reprcfcntant
la Hollande. Elle estoit appuyée contre
un trophée, tenant d'une main une piqùe, an
bout de laquelle estoit un chapeau, & de
l'autre les Armes des Etats Généraux. Il i
avoit des Vaisseaux duiis le lointain. La
revers representoit une ceinture des Armcd
des Provinces Unies, dans laquelle estoit
pouJ
Inscription. Apres avoir IJJfeuré les Lot'x, ré
formé les abus de la Religion, assisté,
défendu,
& réconcilié lesRois» rendu la libertéaux Mer;,
fait faire par la farce des armes une Paix glorieuft,
6. rétably le repos dans l'Europe, les
Etats desProvinces Unies ont fait frâper cette
Médaille.
LE PRINCE D'ORANGE.*
Leur fiertécft bien rabailfiée depuis ce temps- là, leur commerce bien diminuéj & leur
bourse bien épuisée. Enfin ils me faisoient
alors la loy
, & ils font prefcntementobligez
de me regarder comme leur appuy ) en attendant
qu'ils me reconnoiirent pour leur Souvexain.
La Adednille
qui
represente le
Prince.1
d'Orange, do.it regarder la page 2. S6. I
La Médaillé qui reprcpnte la HDi.
lande, doit regarder la page ip5.jl
--- ----- - -- -- - --- - - --- ---- -- - FFAIRES
DU TEMPS- 1XI. PARTIE,
JL'OE RPRAINNCGEE
TRAVAILLANT,
à son Hiftoirc.
Fil. ENTRETIEN.
Menant les moyens dont ce Prince s'est
servy pour se faire mmmcr
StadthôHeter.
A PARIS,
iezlaVeuve MICHEL GUEROUT,
1 Galerie-neuve du Palais,
au Dauphin,
M. DC. XCI.
AVIQ VMVILEGZ QVROT.
Lifte des Ouvrages sur les Affairé.
duTmps. j
Dix-volumesquise vendent 15. livres. j
Les Plaintes de l'Europe contre le Prind 1d'Orange. ENTRETIEN. ,
JL ENTRET1EN. ; 111.ENTRETIEN. 1
LerPrri.ncEe d'Orange travaillant à fonHifioire! K.ENNTRTERTE1ETN1*ÈN---
Contenant les circonffcancesdé la mort de Bar,
nyevejld.,EparNrapTpoRrt aEuxTAIffEairNesd'u Temps.
Contenant les piemieres années de lavie i - du Prince d'Orange,
YIJ. LNTRETJENt :
Conrenant les moyens dont ce Prince
s'eà
servy pour se faire nommer Stadthouder. j
1
On dominera, le quinzedechaque
mois un Entretien sur les
Affairek
duTemps, j
AVIS. cEVII. Entretien finira la
onzième Partie des Affaires
lu Temps, & pour la commodité de
eux qui en ont les dix premières,
w les mettra touten unseulvolume,
rH'on donnera relié en veau, pour
ruarante fols. On y trouveraon%e
D/anchts de Médailles avec leurs
'etrs, & dont l'une en contient
huit. Ce nefont point des Médaillés
raites à plaijir, comme beaucoup
jue le Public a vu gravées. Elles
mt cflé frapées veritablement dans
'es tempsqu'on a marquez. Tous les
Faits que l'on rapporte dans cessept
Entretiensfonthlforiques, (7 ceux
lui les voudront lire, feront aifément
¡erfitadeZ qne l'on n'a rîei
inventé pour Je donner de belle
mi
tieresur cfuoy exercer ses raifortne*
mens.
AFFAIRES
DUTEMPS.
Xl. PARTIE. - 1 Le
Prince d'Orange travaillant
à Ton Histoire.
FILENTRETIEN. -
BENTING.
L me fernble que nous en
sommes demeureral'article
de vostreEducation. La ciigreflion
que nous ayons fai-
[ieieunf'ea eO;éque pour parler de la glosituation
Oll se troavoient les
rroviuces Unies six annéesayantyoftrc
élévation aUx Charges&aux Di
gnitez devosArceftres..I LE PRINCE D'ORANGE.j
-Ils ne sçavoient pas qu'un homm
qu'ils avoient pris le foin de faire ]
mal instruire,les gouverneroit un jou
avec une autorité [ouveraine. 1 BENTING.
Une des choses qui vous a eslé M
plus utile, c'est que vous avez sees
quevousneffavietri-en. Cela vous
empêché de faire une infinité de fait
pas a'ifquels les ignôrans font sujets
&de dire autant de sottises queloi
en entend de beaucoup de grand
parleurs. À
LE PRINCE D'ORANGE. |
Jeme fuis toujours tenu sur me!
gardes.J'ay peu parlé, de crainte d
mal parler, & je me fuis tellemen
accoutumé au silence, que bien fo
vent j'ay dBe (aEpeNireTi 1le rNomGpre..
Quand on ne parle pas, il est afl
ordinaire de rêver, & vostre filcni
idonné lieu à de/profondes mediraions,
ausquelLes vous devez peut-estre
ut ce que vouseffces aujourd'huy
[JeLE PRINCE D'ORANGE.
ne rappelle jamais sans cconneacnt
tout ce que )'ay fair pour m'de- r, tant je paroiflois, peu d'années
bparavant, éloignédela situarionoÙ
t me trouve. Lors que le grand creât
dela Province de Hollande hipariger
l'autorité du feu Prince mon
fere entre plusieurs Magistrats de
ÏEtat, ceux des Villes le firent donker
l'eleébon d<- leuts propres Magifrats.
Les Etats Provinciaux vouluienc
[voir la dfpofition de toutes les Charges
& des Troupes qu'ils payoient,&c
es tacs Généraux ditpoioienr du
lommanderaent dçs Armées
, en la
lonnant à des Ofticiers qui estoient
l lenrsgages) 6c qu'ils fubftituoient
k changeoient toutes les fois qu'ils le
rLouEvoieot à propos. PRINCE D'ORANGE.
Celafaifo trouver de grandes difficultez
a vous élever àla Charge del
vos Ancestres. Il vous estoitimpoflï-j
ble d'avoir de l'autorité qu'en asso ..,;
bli-iïant celle des Etau.Vos revehus
ne pouvoients'accroistre
,
à moinsque
les leurs diminuaient, & quand il 14
va ainsi de la gloire & de l'intere tf
,
i11
cft difficiledevenir à bout,del'efprlt;
des hommes. Ce font deux choses fuel
lesquelles ily en a peu qui foieut trai;
tables. 1 LE PRINCE D'ORANGE, 1 -En songeant à leurinteretf particu.
lier> ils avoient oublié la politique, 6c
faitune faute qui les devoit perdre un¡
jour,ainG qu'ilest arrivé. Après la.
Pax de Munster,ils crurent qu'ils4
ne devoient plus rien' craindre» puis
quclEfpagneles avoit reconnus pour.¡
Soiiveraiiis, & s'imagmant alors qu'ils;
pouvoientplûtost donner la loy que la4
recevoir de personne, ilscallerentlaj
pluspart des vieilles Troupes Etrange- l
res, & des Officiers expeiimentez,
qui
:lvoient causé tant de gloire à Jeutt
lays, dans la pensée que le moyen le
ilus assèuré de se délivrer pour jamais
le la fervitudedontilscroyoient estre
nenacez )
estoit d'osteràmon Pere le
Ducien de sa pretenduë domination,
m reformant les Troupes qui le rejajrdojent
comme leur Maistre, qui
uy avoient prdlé ferment, & qui luy
tftoient 6 devoÂiées ; que son Grand-
Oncle Maurice s'estoit servy d'eux
sourdonner atteinte à leur liberté, qui
luroit elté perdue, sans la ruine des
Princes PfoteÍtans0"Allemagne ,qui
irriva fort heureusement pour leur
Mut.
ttJ'avoueBENTING, qu'ilsonteutort de s'estre
défaits de leurs meilleures Troupes
,
& qu'ils se font ex posez p;:.r làau
malheur qu'il leur a fallu essuyer depuis;
niaistant qu'a duré la Paix; &
qu'ils font demeurezuns,àc refoins
à ne vous point clever
, tout vostre
sçavoir faire n'a pointeu d'effet.
1
LE PRINCE D'ORANGE. 4
Eh:commette pendantl PaixaU1
rois-ije pu forcer ceux dont l'EfpagLiQ
avotf rendu l'orgueil inftipportabie eq
les- reconnoilTantSouverains, par là
Paix de Munster jSe qui non feuler
ment avoient eu l'avantage de refiftea
prçfque pendant un uecie entier à.cet^
leformidablePuiilance mais. qui,eti
1667. avoient fait une Ligue ave
l'Angleterre & la Suede pourarrefted
les progrés du Roy de France en Flandre.
Il falloit de la guerre pour ava
cermes affaires
,
&de la guerre qui
leur cau/aft de grands embarras. Ilseaj
ont été accablez félon mes souhaits
Sej'aymis en usage pour cela touted
les ru ses dont mon esprit a étécapa-J
ble. L'Etat avuformerun orage, Se
l' a vu prelt à crever sur luy
,
fknï
qu'il ait peu s'en mettre à couvert
Les Foudres se (ont fait entendre,&
iont tombez en plusieurs endroits e
i-ii--iine temps. Le Peuple timide a crit
(Jmultuairemcn:au[colrs. Il s'estauaché
à tout ce qui s'est prefentecomnedes
gens qui fc noyent. J'ay fait
igir fous mainma Cabale; je me fuis
)refenté d'un air fournis & sans exiger
aucune chose
, & ce Peuple s'est
etté entre mes bras. Ainsi les Conjueftes
qu'onfit en 1672. sur la Holande,
font cause que je me trouve auourd'huy
dans une situation si avan-
;ageufe
, qu'il ne me reste plus à founaiter
que le nom de Souverain de
Hollande. 'ai B.ENT1NG.
Vous aviez besoin que la fierté &
le proce'dé irregulier des Hollandois
ieurattiraient laFrance&l'Angleterre,
en forte qu'ils .puiIènt estre battus.
Sans cela vostrenom n'auroit guère
fait de bruit, & l'onpeut dire que
vous estes un Enfant du desordre,
puisque vous devez à ce desordre tout
ce que vous estes aujourd'huy.
LE PRINCE D ORANGE.•»
]e11epouvpismanquer Ide me voir
[éileevveerr aux dignitez qu'ont possedées
mes Ayeux Le fang de Bourbon l
de Stuard coule dans mes veines
, &
les Rois de France, & diAngleterr avoient souvent recommandé[tarie
interests aux Etats , leur auroiem
peut-estre fait un jour la guerre, pan
les obliger à memettre au rang où l'on
m'aveuparvenir. -- BENTING.î Pouviez-vous avoir .cette pen(ée
Se en user aulïi mal que vous avez saic
avec ces deux Souverains? j-
LE PR[NCE D'ORANGE.
La Polirique ne conlidere ny le devoir,
ny lajuftice, & quand un Ambi
tieux s'etf une fois retolu à la suivre,
il ne doit point balancer à luy fair
tous les sacrificesqu'elleluy demande
A l'égard des dehors, cliacm en garde
félon qu'il eÍt capable de dissimuler.
On paroill sincerependant qu'on me
toute (on application à fourber. On e
devot sans religion, & l'on couvre de
toutes ltsvertus neccuaires & eblonifsantes
, tous Ses crimes qui peuvent
mener au Tronc.
k[C'est BENTING.
un personnage que vous jouez
arfaitement. La dissimulationvous est
naturelle, que vous ne vous contrai-
;nez point. ( *
jttALuEui PRINCE D'ORANGE.
tu dois avouer que je fuis venu
>
bout parla de tous mes delIèins. La
liflirtiulation est neceilaire, & ponr
egner,& en régnant.
I BEN TING. '!';
Le Sr Auberya fait voir dans ses Menoires
pour servir à l'Histoire de Holonde
,qu'il connoissoit parfaitement
tiotfeirne caraétere. Céc habile Historien
parlant de vous, Il a foujfertavec
ieprofonde dissimulation lesinjures du
irty de B&rnevedrefufeité dans les perpnnes
de Mrs de Fieht, attendant avec
,ne patience plus grande encore que celle
sonBisayeul le grand Prince Guilf.
ume ,
les temps propres, & les occarions
favorables de son retabUjfement;
'ar ayant esté privé par IAn Arrefi focmnel
de toutes les Charges desa Mai-
I
fort après la mart précipitée de son PereI
il Y fut retably au commencement de cettq
derniere Guerre}par me
Ordotoinan1
contraire*I LE PRINCE D'ORANGE.
Qû ne sçAit pas ddIimu1er) ne sçai
pas iegner.
BENT1.NG.
Il y a de plufieufs fortes de diffimn
lations. Un Prince pe»ifeindre d'ignorer
mille clioCes dont la poliriqit
ne veut pas qJ>¡J se rdIente, ou d
moins qu'il se ressente si-tost. Il e
auOE quelquefois aproios qu'il diffimule,
pourdécouvrir plis à fond des cho
ses dont ilIny est important de fçavoir
la fuite) & quelque foisai:fTi par
ce qu'il se perdroits'il paroilloitmieux
instruit. Il y a mi'le autres raifonsqui
doivent engager un Prince à ne pa
découvrir tout ce qu'il oenfe
, & tou
ce qu'il sçait, mais rien ne l'obligea
outrer la difIimuldtiol1, en accablant
decarelles & d'embrallades ceux qu'i
a delTein de sacrifier. Il fufDt qu'i
eut talle auIL bonne mine qaauTauces
,
auxquels ilne veut point de mal.
Voicy unexemple de cetnsdiUïrnulapontraîtreile,
qui doit vous sare con- titre
,
si vous y faites re.flex;on lu(qu'à quel excés de perfidie , vous
plies capable de faireallerledeguifèenc.
Vous entreteniez un jour le
Maréchald'Estrades, Amballadeurde
France, dansun lieu, où l'on attendoit
es de Vich pour disner. Vous le
priâtes d'avoir toujoursfoin d'appuyer
vosinteretfsauprèsdes Etats de la patt
du Roy son Maift*e, & de bien remercier
ce Monarque, tez des grandes qJ:Úl avoitpourvous.Vo.us luyr
dites que vous naviez, point de plus
grands Ennemisque lesdeVich
,
qu'ils
\s'opposoient à vofire élévation ,& que
vous les haijfîez. avec autant defitreur.
qu'ils prenaient defoin de vous eloigner
des Charges que vos neeforesavoient
pojf&dées. Le Pensionnaire de Vich
étant entré lors que vous citiezle plus
animé à parler contre luy9 vous vous
jettâces à Ton col; vous le ferraftesavc,
des embrassemens qui faisoient paroîtr
une vive tcndreiIe, & en l'apellan
voftie Père,vouslemontrâtes à Mi
d'Estrades. Vous luy dires- que voii
davieztouteslesobligations imaginable
A1 ce grand hommetq-quui'ill vous rreeggaarr.
doit enfilsj qu'il prenoit foin de vos in
terefts, & que vous ne dOH/iet point
que par [on moyen, vous ne fujfiei
bien-tostélevé a toutes les Dignitez
que l'on'avoit veuës dans vofire Mai- hn. i
LE PRINCE D'ORANCE. i
J'avois beau l'embraser, il estoit in-
-
sensible à mes caresses, & inflexible
a mes prieres.I BENTING. i
C'estqu'il vous connoilloit
patfiitc.
ment,qu'il aimoit rEtat, & que scachant
ce qu'il auroit à soufrir ii vous
aviez part un jour au gouvernemeH,
il craignoit dc voir vostre ambitionen
état d'agir,& ne vouloit pas travail. ,1er à vous mettre les armes à la main,
pour
eur executér en vous rendant Souveliince
que vostre Pere avoir inutilermtent
tenté. Mais achevons de parcoules
incidens de vostre vie
5
&- noaS
errons comment ce malheureux Penonnaire.
a été la Viétime de voilre
ellentiment & de vofire ambirion.
LE PRINCE DORANGE.
Nous aurons un peu de- peine à trouer
des couleurs propres pour bien
Drtir de cetarticle-làdansmon Hi,
toire.
BENTIN G.
Pourquoy ? « Vous passerez pour
rand & habile politique. N'cst-ce pas
ar là que vous ^retendez estre diûin,
ue?
LE PRINCE D'ORANGE.
Il est vray mais quand il s'agit de
lreimr esaufllremarquables, il faut tources
endroits là d'une maniéré, que
ion feulement les Politiques qui ne
çnt pas lcrupuleux
,
qui approuvenc
k qui aiment ces fortes de crilnes,
fuirent connoistre que j'ay esté allez
hardy pour les entreprendre,& aflei
hab le pour les faire réussir, mais qui
ceux à qui la moindre idée du crim<
donne de l'horreur
, ne puillènt estre
persuadez que j'aye commis des at..
tentats si horribles. 1 BEN T 1 N G. 4
On a beau faire, nos Descendans
apprennent toujours la vérité, &
quelque foin que l'on prenne de la déguifer
,elle trouve une infinité d'endroits
pour se montrer à ceux qui lal
cherchent.
LE PRINCE D'ORANGE.
Qjand les Historiens fecontredifenl
dans ce qu'ils rapportent, la verité ni
sçauroit jamais eftrc éclaircie, & chacun
les croit félon qu'il est naturellement
porté à croire le bien, ou le mal
c'est à dire, que ceux qui feroient capables
de commettre les mêmes crimes
dont onaccufe les Princes, ajoutent
foy aisément à ce que l'on die
contre eux, & que les autres qui gardent
plus de reserve en j ugeant toujours
4
T Lvorablement de leur prochain, iminent
à la calomnie çequieft souvent
npure. verité.
| BENTING.
J'ay peur que ce qui vous regardera
e paroilie point douteux; mais pourlivons.
Vousetifies de grandes morr
ficaïions en 1607. Vous villes vos
nnemis profpcrer. J'appc.le vos Entmis
, ceux qu'on voyait contre
DUs dansleparty de l'Etar. De Vith
purguemeilre de Dortrccht, quirer
efiitoit le Corps de l'Etat far 14
lote, rendit compte de tout ce qui
estoit paflfé
, &c cornme on fut fatisit
de sa conduitei, on rejolut de Iç
galer d'une Coupe d'or massif, fuç
quelle on graveroit les principaux
tploits qui s'eftoiept faits prés de
hatam en Angleterre
,
l'embrafesnt
des Vaiireaux. Angloissurla Riere
de Rochefte*
,
& la priCe de
fle de Schapey.
LE PRINCE D'ORANGE.
l'avouequepluson faisoit d'hon..
neur à cette Famille, plus je [entai
haine pour elle, & que dés cet là, je fis une forte resolution
-
d
perdre.
BENTING.
Elle avoitalors le deffas , & si y
n'aviez pas répandu son fang, l'
feroit plus' tranquille qu'iln'est , < moins epuisé d'hommes & d'argent.
LE PRINCE D'ORANGE.
J'aurois de la peine à le gouverne!
& ferois moins absolu
,
s'ils'estoit
rendre plus paillant.
BENTING.
Ildoit regreter lheureuef iftuanc
où ilse trouvoit c'à ce.temps là,kl
qu'il jouiiîoit seul de toute la Son
raineté, & qu'il regorgeoit de bii
& d'honneur. Ce fut alors qu'on 3 paroistre contre vous unEdit, ap
- lé l'Edit perpetuel.
LE PRINCE D'ORANG
Tout mon fang s'emeutlorsqu
pense, mais j'ay du moins la sa.
lkion de m'efire vangé desA
cet Edit) qui m'a fait louffnr cruellementjusqu'en1672.
I BENT1N G.
r II (embloitque cet Edit devoit fubsister
éternellement, & que nous ne
devions jamais voir de Stadthouder en
Hollande, puisque les Etats s'efioient
engagez par un Serment solemnel à
n'en plus faire
,
&qu'ils vous avoient
non feulementengagéaumême ferment,
mais mernc, a ne jamais accepter,
l'offre-de cette Charge
, en cas
que l'on propofaftde vous élire.
tt LE PRINCE D'ORANGE.
J'ay dlé relevé de ce Sermentd'une
manièrequi a faitallez d'éclat.- ; tBENTING.
I Nous en parlerons incontinenr.
Comme vous n'avez esté Stadthouder
qu'en 1672..vostre vie a été bien
bbfcure pendant ces cinq ou six années.
Lors qu'en 166S. vous eûtes atteint
l'âge de 18. ans, on vous déclara
à Middelbourg
,
premier Noble de
Zelandç) Preficlentdecette Province.
- Dd\i)
LE PRINCE D'ORANGE. <
Non feulement c'estoit peu pour sa..
tisfairc mon ambition, mais ces dignitez
me mortifioienr beaucoup" puis
qu'il paroissoit par là qu'on avoit defiein
d'observer inviolablement l'Edij
perpetuel, par lequel on avoit refold
de ne donner jamais de Scadthouder
laHollande, & qu'il n'estoit point necenaire
que je paflafle par ces degrez
pour y parvenir,pouvant monter tout
d'un coup aux Charges de mes Ancêtres,
comme par Héritage, si les de
Vvich n'eu flcnt point representé, qu'il
y alloit de la gloire, & de la tranquil.
litédes Etats de se gouverner eux-mêmes.
BEN T 1 N G.
En l'année1670. à la
follkitaticm
du Roy d'A ngleterre, l'on vou
introduitau Conseild'Etat aprèsde
longues difficultez&plufienrs Ag-em4
bitcs, où il y eut de grandesconte/htions.
Vous vous souvenez que la chose
ne paiîà qu'à condition que vous
j.- I
nduriez point de voix dans les affaires -
qui vous regarderoient ny dans celles
de vos Alliez; que vous ne feriez élu
Mestre de Camp,& Capitaine General
que pour une Campagne,& que
cette eleétionne se feroit que par un
consentement unanime, ce qui arrive
rarement dans toutes les choses qui
se décident à la pluralité des voix.
Ainsi, quoy qu'on vous eust fait sortir
de l'obscurité
,
vostre autorité n'en
estoit guere plus grande, & l'on vous
donna feulement un nom pour vous
amuser.
LE PRINCE D'ORANGE.
J'ay eu tout le temps qu'il me falloit
pour bien mediter sur mes malheurs
, mais ceux qui en ont esté causeons
dû trouver beaucoup d'amertume
dans le fruit de mes Ineditarions.
Ce qu'on fit pour inoyen ce temps"
là n'eftoic qu'en consideration du Roy
d'Angleterre,dont on apprenendqit
les armes. On prit de grands foins
pour aflbibJir ma voix
a
& la rendre.
inutile, & l'on eftoicbien plus feu
de moy lots qu'on me tenoit enfermé
dans un Conseil ou je n'avois nuH
-autorite,que il j'eusse-cfié ailleurs i faire des cabales qui auroient plu
causé d'inquiétude à mes Ennemis,
que ma presence ne leur en donnoit
dansun lieu où ils me voyoient fan,
aucun crédit,&où leur experience
leur ige, & le zele qu'ils faifojen,
patoiilre pour da Patrie, les, ren
dorentmaistres absolus de toute
les dédiions
BENTING.
-Cependa-nten 1671. vous fuftesdeftinépour
estreGeneral. h
LE PRINCE D'ORANGE.
- Autre dignité pour mortifier mon
ambition. Ce commandement qui n
• me donnoit aucun pouvoir {Uf, le
Troupes, m'abaiflbit plus qu'il ne
melevoit,puis qu'il memtttoitdan
une entiere dépendance. De fier
Marchands qui se regardoient alors
:. comme les- Arbitres des Rois, nac
confideroint comme un homme à
leurs gages, qu'ils pouvoientdépofer
le lendemain.
BENTING.
Pallons à vostre heureuseannée
,
à
cette année si remplie d'évenemens,
qui reduific la Hollande à ne pouvoir
estre remise de plus d'un siecle des
maux qu'elle a foofferts, & dont les
cruels malheurs servirent à vofire
triomphe.
LE PRINCE D'ORANGE.
"Je commençay alors à jouir du
fruit de mes intrigues, & mes cabales
donnèrent bien de la besogne à mes
Ennemis dés le commencement de
cette année-là, & leur firent enfin
perdre terre. BENT1NG.
Ils y ont aussi perdu la vie.
LE PRINCE D'ORANGE.
Après les avoir étudiez longtemps
pendant mon silence, m'estre fait des
Créatures, &avoir travaillépourattirer
desaffaires à l'Etat,afin qu'il
crull avoir besoin de moy pour enl
sortir
, ma fortune commença à chan-l
ger de face.
BENTING. :.-
E'le vous a servi avec chaleur
2 &
perdant tout le cours de cetteannée-
Ii, elle vous fut aussi favorable quVllçl
semontra contraireal'Etat. Les Etfltp,
de Hollande & de Veftfrife vous doRr
jierent une pension. Il y eut de granides
conteftacions pour la Charge dç
Capitaine General & ceux de voltrc
party l'emporta re: t pour vau,. Ileft
vray qie voflre poivoir fut limité
9 m:¡is vous fee'(les bien.tofi:l'étendre.
Le Roy d"Angleterre qui s'estoit employé
pour vo.is, fit remercier le$
Etats de ce qu'ils avoient commencé
à faire en vostre faveur.
LE PRINCE D'ORANGE. ,
C'est à luy que j'ay l'obligation
detout ce que je fuis aujourdhuy
en Hollande.
BENTING.
Pallons à l'arrivée du Rov de Fran"
Ice, fit de ses formidablesArmées sur
lesTerresdes Provinces Unies. Leùr$
conquestes farent si rapides, & en II
lreand nombre, que pour en arrêter
cours, on résolut d'envoyer crois
Députez à ce Prince pour parler cfe
raix dontefloient les SieursGrotius
fSiet d'OdicK. Le Roy Tres-Chrestien
ses propohtions. Ces Députezre
tintent,& Tetournerent auprès de -Sa.
Majesté pour accommoder les a-ffaires.
Ce fut alors que vos Pariifans lés
voyant en bon train, leverent lemaftnue.
Ils publièrent suivant vos inliru
Etions
, que les conditions efloient
exorbitantes. Les Peuples, quoy qu'ils
ïgnoralTent en quoy elles conllftoient
,. se (ollieyerent contre cette Paix. Ceux
Ile Zelande que vous aviez gagnez»-ôc
sur qui vous avieztoutpouvoir,defaoiierent
tout ce que leurs Députez
pouvaient avoir déja fait en faveur de
sa Paix, & ne se contenrant pas de
cela.,ils écrivirent à toutes les Provinces
, pour les empêcher de donnet les
nains à aucun accommodement.
LE PRINCE D'ORANGE.
j
Sans cela, je n'aurois jatnai-s e
Stadthouder.BENTING.
- Et sans cela, la Hollande feroit en
core au(Ilflorissante qu'clie estoit ea
ce temps-là., & joiiiroit d'un nombr
in6ny de millions qu'elle n'apoint aujourd
'huy.
LE PRINCE D'ORANGE.
Il estvray, mais moy, je ne joiiiroia
- de rien.
BEN T1NG.
Cep aidant vous fustes cause q
pourajouter de nouveau*mauxàceua
quevoftre Patrie souffroit déjà,oa
mit tout le Pays fous l'eau,tanrenHollande
qu'en Frise.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je m'en consolois, parce que
raine devoit causer ma grandeur.
BEN T1NG. â
Trois Presidens,dont l'un estoit d
Grand Conseil, l'autre delà Cour, fifl
4e rroiGéme, d; la Chambre
ComptM
Comptes, demandèrent alors au Penfionnaire
deVVich ce qu'on pourroit
faire pourempêchei la perte de l'Erat. ïlleur répondit, qu'il ne sçavoitquel
conseilleurdentier,maisejuafon avis
le meilleur moien qu'il y avoittcefioit
efaire au plutost une Paix avec l'En
petni
, aux meilleures conditions qu'il
'iroitpossible.
1jeLE PRINCE D'ORANGE. fis bien valoir ces paroles-làv
5lceje m'en servis pour exciter le peu- l contre luy.Je dis qu'il tr.hifloit Nation; qu'il estoitd'intelligence
vec les François, & les peuples ayant es lors commencé à le regarder
omme un Trailtr,:-, les irrïprcffions
lefavantageufes q'.I'ils prirent de l'y»
arent dans la fuite caus" de sa mort.
( BENT1NG.
t Les coups que vous po t.zdés qu'il
agic de perdre quelqu'un
rent , ne man- pas de produire l'effetq'e vons >uhatez
,
& jamais homme n'aelle
habile pour faire du mal à son prochain
, ou pour luyen procurer. A
peine eustes-vous trouvé moyen d'animer
le Peuple contre les deVVich,
qu'on voulut assassiner le Pensionnaire
qui se retiroit chez luy, après ellre
forty fort tard de l'Aflembléedes Etats
de Hollande. Voicy une copie de ce
qu'il leur écrivit le lendemain.Jel'ay
mise à part pour vous la montrer, f
l'ayant fait faire sur l'Original..
Messieurs. Hier aufoirentre onze &
dou'{! heures, comme je me retirois a
mon logis aprèsestreforty de vostreA
[emblée, une certainepersonneque je n
connaispoint
,
arracha le Flambeau de
mains de mon Serviteur qui marchoi
devant moy, & Payantéteint &jettè
à quelques pas de luy, il y eut quatr
hommes qui niattaquèrent en mesme
temps avec les Epêes nues auprès d
lieu ou l'on faitJustice,lesquels sans dire
une feule parole, me portèrent premièrementplusieu*
s coups avec beaucoup
d'animositè, &finalement me donnèrent
un coup dans le col, c!.t m'êtltnt deffendn
14tell~,!e temps contre eux ,
quelquetemps eux je tombay en- , encin
a terre, si bien quefay receu une
irrr.de contufon avec une bhjfure à la
esle, après qiioymeisant relevé ils se
fat ions fï.st
>
croinnt avoir accompli
'nt. deffrin, c" teutcfo's ils ne niontfait
rv:, deux bh-ffnres,aCçavoir l'une au
osie droit entre la cinquième & fx;cme
•cflc,C!TPautre par derrière auprès dela
Ofr.!lt'ff: deeauche, outreceque
V)déjà d'tcjitilsn?r-.voitn4faitaucott
"S a la tcp". Les j'lj(r/rc:ns Van der
Iraen &• Helvcrus,c»v mernfj? les
Cl,!* r;ir,l * f , -, de -V
,,
ienx Cl":fiif,'irrJaTfc¡.'t'{, Vv;!de
lui tKCfit pol & vifté jugent quepas
ine deflites playes ness encore dange-
O(u(è
,
si bien que j'ay tout sujet de
clierDieitque cette rencontre n'a pas
•fiéplus funeflepoitrinay. Mais d'auant
que je ne fuis pas en état de faire
'es fondions de ma Charge auprès de
JOUS, je vous fuplie tres- humblement de nendispenserjufqua ceque jefois capable
de men acquiter; sur quoj priant
Dieu qui'llui plaise de benir extraordinairement
legouvernement de Pos Grandeurs
en ces tempsfacheux & difficiles.
te demeure-, &c.
., LE PRINCE D'ORANGE. 1
Ceux qui ont voulu aliadîner cel
Pensionnaire ont efleexecurzz, & ils
ne m'ont point chargé.
BEN T 1 N G.
Vous en eides grande peur, & vous
employaftes toutes fortes de moyens.
pour faire accommoder cette affaire.
Mais si vous aviez perdu le Pensionnaire
da;s l'esprit du Public, il ne l'étoir
pas dans celuy de la plus-part de ceux
qui gouvernoient l'Etat. Je dis ta
pins-part) car vous y aviez déja fait
quelques creatures.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je croy bien que lesimprelfîons que
j'avois fait prendre au Peuple contre ce
Pensionnaire,avoient excité ces Aflaffins,
mais je n'avois nulle part à leur
complot, & je ne puis tout au plus
qu'avoir esté une causè indireéke de 1*
resolution qu'ils prirent.
BENTING.
illle falloit rien alors de plu,s ,& il
n'estoit pas necessaire que vous agiffiez
3
puis qu'on vous servoit si bien.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je ce fuis trop bien connupour te niec
quej'enayeeftéfâché.Onmefaisoit
plaifu de vouloir me délivrer du plus
morte] de mes ennemis, & qui s'oppofoit
à mcn élévation avec une opiniâtreté,
quim'a obligé de faire ce que;
j'ay fait contre luy.
BEN T IN G.-.
Ce que vous avez fait depuis contre
d'autres qui vous touchoient de'
plus prés, fait connoistre que s'il avoit
failuvousen défaire vous-me--
me pour venir à bout de vos deffeiris,
vous vous y feriez resolu fore aiféjnent.
LE PRINCE D'ORANGE.
Laillbns cela
, 6erevenonsauxAC.
filffins. Ils dirent dans la con se ffiorr
qu'ils firent de leur crime, qu'-$ant?
firtis àr dix heures & demie du foir.,ils.-
virent qu'ily avoit encore de la hunierA
dans la chambre des Etats de
HollandeM
-& que l'un d'eux dit que les Etats étoient
encore a.JfembleZ, & que partan
le Pensionnaire Vichtyestoit encore, l'a
Reliant Traifre & Perfide àsa Patrie
, <5" ajoutant auilfallait lui- Sterlà v;
ce qu'ayant resolu, ils jetterent au Ion
à qui cbnneroit le premier coup. BENTIN G.
Je demeure d'acord de cette dépofition,
& qu'ils pouvoient n'avoir esté
animez, que parce qu'effectivement ils
le croyoienr aussi traistre à la, Patrie,
que vous l'aviez fait publier dans toute
la Hollande par vos EmiiIàires.
Peut-estreaussî que vous les aviez engagez
à cet anailinacj & qu'ils eu
rent allez de pouvoir sur eux-mêmes
your s'empêcher devousaccufcr-, Toi*
qu'ils efperadent leur grâceou pour
quelque autre considération. oyqu'il
en Cait, vous estesassezhablfe
pOJravoir trouvé moyen d'empefchqu'ils
ne parlaient. Le temps éckicJ
cira cette vérité, mais qu'il l'éclaircifle
ou non, il est certain que vous
n'avez cherché à perdre les deVVich
dansrefprit des Peuples, qu'à dessein
de les irriter tellement contre eux, qu'ils les facrifiaffent un jour comme
ils ont fait. Ou publia pour cela que la
Republique estoit perdue si elle faifoit
la Paix; mais elle estoit sauvée
au contraire, & vous auriezetfé perdu
, vous, parce que vous ne feriez
jamais parvenu aux Charges, qui vous
donnent le pouvoir dont vous abusez
& qui font , que vous la gouvernez
avec une autorité aibitraire. Elle s'éroit
bien trouvéedel'Alliance du Roy
Très-Chrestien
,
& sielle n'avoit
point cherché à le desobliger par la
Triple Alliance qu'ellefit contre ce
Prince, elle feroit encore.aussi floriffante,
qu'elle estoit avantqu'illuy eut
déclaré la cuerre.
f LE PRINCE D'ORANGE. fJe ne difeonviens point de celai
rais comme en se liguant contre Iz
France,elle avoit commencé à faire d
faux pas préjudiceblesàfes interefts*.
je luy en ay fait faire de nouveaux en
faveur des miens, en l'empêchant de
conclure une Paix qui l'auroit tirée
d'affaire sans moyil y a dix-neuf ans.
J'avoue qu'elle a bien souffert pendant
ces dix-neuf années, & qu'au
lieu d'aller en augmentant ccmme elle
auroir fait, elle n'a pas fait un pas depuis
ce temps là qui n'ait avancé sa:
ruine; maisil m estoit plus important
d'en cftre le Maistre en l'état qu'elle
cft, que de ne le ppint estre du tout.
BEN T I N G.
Cependant, le Docteur Burnetvouloit
que vous 11-y enfilez reiidutin
g:andlerviceen 1671.en empêchant
la ccndufion de la Paix.
LE PRINCE D'ORANGE.
Durnet sçait bien le contraire,mai
il avoit ses raisons, & me voulcit elever
afin que j e ptiiis loin de sa for-i
tune, 1
iENTlNG.
Voicy ce q.,Oildie: en parlant de
pous touchantcette Pan dans le livre
de Tes Voyages qu'il a fait imprimer;
car avant à raiionner avec vous sur
jroitre Histoire
,
r j'ay eu laprécaution*
écrire sur mes Tabletes, tout ce qu'il
tftbon (pe vous fc.jchiez. Onécoutait
des profitions de Paix qui nefioientpas
moinsdefaz zntageufes au bien de l'Etat,
ue koxteifes à (a g'oWe. Il" emfepha
ynonne lesécoutafr 4«vantdge,&dlffofa
les-Membresdu Confil a bazarderplutôt
une de recevoir une PaixsiInfâme.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je l'ay bien récompenséde tout ce :
n'Il a écrit en ma taveurv
BENTING.
L'Evêché dont il vous a plû de le
Pourvoir, fait connoistre le peu de cas
ue vous faitesde la Religion Anglicane
, puis quevous luy avezdonné,
m Evêque si indigne.
LE PRINCE DORANGE.
La Religion d'un grand Politique
est toujours celle quilertà les int
refts.aBENTING. I
Je nevoy pas qu'il y aie de la poKl
tique dans ce qu'il a écrit touchait }m
Paix que vous avezrompue. C'esttnJ
aveu qui marque un fait
,
& un sa
positif
,
dont les Peuples auraient pfl
douter. La queftjon est de sçavoir fll
cette Paix eust ellé plus onereuse qu'a-J
vantageule à l'Etat
,
& la fuite a fai
voir qu elle luy auroit esté plusavanJ
tageufe, puis qu'ayant pre!que totJ
jours t-fté en guerre depuis dix-neufl
ans, l'Etat a dépensé depuis ce temps
là plus de sept ou huit cens millions
Son commerce a presquecelle; le (an
de Tes Citoyens a coulé de toutes parrsdj
les Particuliers ont fait de continuel
les pertes, & pour détourner tousc
malheurs il n'auroit fallu que ceJ
quelques Placesau Roy de France,
luy presenter tous les ans une MedailB
le d'or, pour marque de lab qu'il avoit eue de luy voulo r bioJ
donner la Paix. Il estoit feur que la
République en auroit joiiy aussi longtemps
qu'elle auroic voulu, puis qu'- le (eroit demeuréealliée du Roy de
rance. On peut juger par les gloieux
triomphes de ce Monarque iur
toute l'Europe liguée, que tant que
LFarHanolclaende auroit esté unie avec la
la terre ent'ere n'auroit pu
luy porter atteinte, puis que dans la
guerre presente
, aucun des Alliez ne
pourroit entretenir de Troupes sans
(Iargent de cette République.Qu'elle
auroit esté glorieuse &c tranquille!
Que son commerce auroit augmenté,
& qu'elle auroit amailë de richetTes!
LE PRINCE D'ORANGE.
Tu pénétrés trop avant, Garde-toy
bien de parler dela forte ailleurs qu'a-
,vec moy. Il y a encore devrais Républicains
qui gemissent au fond de leur
coeur di miserable eltat où j'ay réduit
leur Patrie, & il feroit dangereux de
réveiller leur dJulcJr.
BENTING.
Je fuis trop dans vos interdis pour
iiire la vcrité, lors- que je parle à d'autres
qu'à vous. Je fuis rompfi1
pour mentir aussi-bieo que Burnet
vous m'avez fait Milard) si vous la*
vex fait Evelque^Mais revenons !
l'article de (on Livje
,
dont j'iy corn-r
mencé à vous parler. Eo.vaiey la-j
fuite. Pour ce qui el dit Peuple 9k nom ]
seul du Prince fit qu'il drvivt tout d'un
-coup tout autre qu'il n'ejfoit avant son
elehion., s'estant laissé perfitaderalfèment,
que comme GniUltime, Prince dOrange
s avoit forméCEifât, un autrt
Prince, du mesme noea e(l'oit destiné à h
rétablir
, en quoi ily eut affrarement
quelquechose de farnaturel& de divin. Je ne croy pas -q'on paille rien dire
de plus plairant ny de plus ridicule,
que ce queporrentles dernieres lignes
-de cet artxîe. L'Etat a tout rîÉque *
parce q -e VOltS vous appclliezGuilliilme.
Voi'â desr ifons b'en politiq'iifc!
& bien folides- pour faire hazarder la
perte
1
perte d'nn E\at, & iîira rnpturè des
pourparlers de Paix n'avait esté fùi-
• te queH-deflTus,Biirnctatoax«deie
foiréconvoiflte auPuLHc ,jpuis qu*il
t¡ fait pdler les Etats pourde méchafis
Politiques. Il a cru pat là cacher vos
r. cabales pour empêcher de conclure le
f~ Traité de Paix, mais il les devoit cou-
: vrir de quelques râifonsplus apparenf;
tes. S'il n'eu trouve pas demeilleures
f" pour prefeheraux peyples de IonDiocefe,
qu'ils doivent garderlés [crmens
:: que vous les avez contraints de sars
, devons eftrc fideles, je nêcroy pas
; qu'il les empêche longtemps de l'e-
! couër le joug d'un Usurpateur.
I
LE PRINCE D'O RANGE.
t
-r> Le zele que"ce Doétel'r sans Reli-
3 gion a pour moy, l'oblige à s'égarer
I queJquefo.s.
BEN T 1 N G.
I Tout cet article est égalementridij
cule
,
f & rien ne l'esttant que de luy entendre dire qu'il yeut dufurnatiurcl
&du.diruln,dans ce qui empêcha:la
conclusion de la Paix.Il dévoie dirè"
qu'il y eut de l'homme & de l'homme
tout-à-fait homme, puis que vous
vous en inêlaftes ; & que loin de vous
mettreau deilus de l'homme en méprifant
les grandeurs, comme font les
Philosophes, vous les fouhaitezavec
une avidité qui fait voir tout ce que
peut la foibleire humaine du cossé de
la vanité. Enfin le surnaturel & le divin
que nous prefenre l'araire dont
parle Burnet, furentles cabales de vos
creatures dans le Conseil, & les rexnuemens
que vostre argent excita parmy
JaPopulac,-,gagneepour faire crier/
qu'il ne falloit point entendre aux proportions
de Paixfaites par la Fratice. j
- -LEPRINCE D'ORANGE. 1
Si la verité se découvre après les
foins que je prens pour empêcher
qu'elle ne paroisse
,
il faudra se confoler.
Au moins si l'on ne m'estime pas A. du cofté de l'honneste homme,onm'estimera
du coité du politique. i
BENTING.
Mais comme il faudra demeurer d'accord
en mesme temps du mal que vous
avez fait 2.laRepubhque..ccla n'accommodera
pas vos affaires. Burnctavoue
déjadans ion Livre, qu'il reste à l'Etat
de tres-grandes cicatrices de ses:
playes. S'illuy en reste de la vieille
guerre, celle d'aujourd'huy les a bien
rouvertes. Mais passons à ce qui vous
a fait sacrifier tant de gens, & commettre
tant de crimes, c' efl à dire,
à vostre élection à la Charge de
StAdthuder) qui ayant esté faite tu-.
multuairement, & dans le deÍordrê"
n'a pas cctie d'en causer aux Provinces
Unies, & qui a fait repandre le
rang de tant de milliers d'hammes
qu'on , peut vous appcller justement le
Fléau de Dieu.
LE PRINCE D'ORANGE.
Il y auroit trop d'Habitans sur la
:erre, & ils se nuiroient les uns aux
Lucres, si on ne faisoit quelquefois dç
pes grandes faignéçs.
BÉNTING.
Je ne sçay si elles font utiles au
monde, qui félon vous feroit trop
peuplé sans ces Saignées
,
bien mais je fçajr
que les familles de ceux que vous
avez fait perir) ne vous en font pas
fort obligées. Voyons à present ce que
firent les peuples que vos Creatures
& voitre argent portèrent à fc mutiner
pour vous elever au Stadthoudariat.
Ilss'aflcinblerent par troupes en plusîeurs
endroits, & la fedirion edara
d'abord contre les Magistratsde Dor-'
drecht. Ils demandèrent qu'ils vous
fillenr Stadchouder,8c les menacèrent
de les nuflàcrer tous >
s'ils ne prenoient
une prompte resolution. Ils firent
nommer des Deputez.) pour voua
envoyer quérir à
l'Armé
e > comme
vous en cftieE fecreteraent convenu
avtc vos creatures. Vousmarquâtes
que vous ne pouviez quitter voftrc
Poste. Vous fûtes bien aise que l'on
vous preflaft, & vqusfeig-,iniikes ddçe vvoouuss...
tailler perfuider. A vostrearrivée vous
témoignâtes aux Magistrats en pleine
assemblée que vous n'estiez venu qu'à
leur priere. On vous exposala volon-
1
té des Peuples, & vous fûtcs plus
honneste que vous ne l'avez été en
Angleterre
,
puis quevous refufates
ce qui ne pouvoit vous échaper)
tant vous y aviez mis bon ordie. Vous
vous rendîtes un momentaprès à la
persuasîon de vos Amis, car vous auriez
cru risquer si vous eu fiiez attend
du un peu plus de temps , & quand il
s'agit de prendre vous avez peine à diflimulcr.
On commanda au S ecretaire"
de faire un Ecrit pour l'abolition de
rEditperpetuel, & vous ne voulûtes
point vo'is y soûmettre, avant que d'avoir
cité déchargé du Serment que
vous aviez prêté
, ce que l'on vous accorda.
Le Secretaire fit la levure de
l'Acte a lateste dechacune des Compagnies
des Bourgeois. Il cftoitdresser
en ces propres termes. Je vais: vous
les lire.
Nam fouflignfiRevents de la Fille
de Dvfdrecht .1 à fï ,certifionspar la presents
que nous rertvnçons entièrement & pour
toujours a l'Edit plrpttltel. Dee/Ilrons-
S. A.AJonfieigneur te Trince d'Dragt
Gouverneur ô" Generalde ne Armées+ ')tant parMr Terri, & luy dé- t¡ue p),r !etr.é
#
lie,! de--
férons le rncjms p-ouvoir, dignité & autorité
que /esAncestresdeglorrieufe mémoire
onteu drpossedé cy-aevant & finalement
d4chargeons sadite Jîltejfe dm
Serment quElle a fait de ne point accepter
laditeCharge. Fait à Dordrecbt
le19. Tuin1671
LE PRINCE D'ORANGE.
Pouvois-ie apteli celanepas acce
pter ce que le Peuple rfie dÓnnoic dt
si boncoeur? BENTING.
Vousauriez eu tort , $c èoïnmeriennese
fit que par vos ordres fecrets
, ceux qui paroiflbienr tes piai
mutinseftoien* bien feurs que vous ne
les rcfuftriez pas. Cene hit
pas seulement
à Dordrechr, mais suffi dan*
la plus grande partie cks.ViUesdi;
lIbJkndt, & de Zelabdt) quela Boutgeoifie
contraignit les Magistrats de
laine l'exemple deceax de Dordrccht,
si bien que ces Magifttats intrniidtfe
pâTles menaces du Peuple
,
furent
contraints de se rendre. Les Depurc
de Hollande cfcflerent enfaite,& abolirent
l'Edit perpetuel.Voas voudrez
bien écouter les termes de l'Acte qui
en fut dressé.
Sur ce qui If ejtefeprtftntc par Nrr
les Deputez. des Vilies de Maerlemt.
Roterdam & autnsmtmhrts de rAffimfile
de leurs Grandtart, Mrs les Députez,
des Pilltsau mm, ede In part
râtvfoleltucr,scoCm&mnïemlectuttmrsftGrcanrttdtrenurrvstérobuovne&n-t
bfti jrar la prtferftt, en cette dangereuse
ctmftitutien des- temps ,& des affairesx
fnepunr réhabiliterles MtmbJ#fJ de cet--
te jQfftmblèe
3
pour l'ttaèh'jfemetrtd'un
Stadtbâuder,lefÉtsAttnfbresjedfffwnfent
lesuns ht*Httes, comme siuffi ttur
ceux qui 1Jt juré fucceffivetntntl'Edit
fîerpetwei-, ainsi JfuHs font pr8{elèummt
dufermentpareux fait fut ledit Edit ;
felon la resolution de leurs Grandeurs,
en datte du 15. Aoujl.1667. se remettantppaarr
ccoonnsequent les uns les autres en
la même liberté quils ont eue auparavantpourélire
&établirunStadthouder
félon qu'ilsjugerontàpropospour le plus
grand bien
,
& utilité de l'Etat.
LE PRINCE D'ORANGE.
limesemble quecet Aâe leur fait
chanter la palinodie d'une maniéré
bien authentique.
BENTING.
Ils devroientavoir pour vous une
haine invincible de les avoir ainjfl cbligezà
se dédire. C'est avoir fait palfer
leurs Hautes Puissances pour des
Puissancestrès-foibles ,Se leur avoir
donné des nazardes, que d'estre venu à bout de les reduire à se dementir fL
honteurement.
LE PRINCE D'OllAN.E.
Leurs Hautes Puissances se font
veues par là allez abaissées
, & j'aurais
peu d'ufagt du monde & je ne
croyoïs qu'Elles ne me veulent pas
plus-de bien qu'Elles ont lujet de
m'en vouloir.Qielque bonne mins
qu'Elles me fafièiit je fais toujours sur
mes gardes,entenant le bâton haut;
car je sçay fort bien qu'il n'y a que
mes.Creatures qui ferejoiïiflentcie m*
voir heureux, & que pendant que
ceux de la Populace que mes Emiffâiresont
mis dans mes interests, e!event
ma gloireles autres me dcchir-
en!:,& vont jusques aux indignitez.
Je sçay aussi qu'on écritplus en Hollande
contre moy, que dans aucun autre
lieu, & que le Peuple d'Am(h:t-"
ctarn doit fedeffierde mes sentimens
> & craindre que je ne vange sur luy la
;m.o.rt de mBonEPeNreT. ING.
: Vous le punirez sans doute si tost
que vous le pourrez, & vous gard"cz
trop fideilement le souvenir des inju-:
res, pour manouer à vous vanger de
ce qu'il a mis
fouveht
ebftacle à vos.
dtflieiûs.,eh s'tjppofimt i vos volonte:t
lur tout lors qu'il a esté question de
fournir de l'argent pour les guerres
que vous vouliez entreprendre. Mais
achevons devoirtoute la Hollande
humiliée en vous fai fant Sradthoudcr.
LE PRINCE D'ORANGE.
Les affaires estoient en trop bon
train pour n'estre pas terminées ainfl*
que je l'avois fouhaitté. Les Etats de
Hollande&de VVeftfrifem'élurent
pour leur Stadchouder & jouerent bien
leur personnage , en témoignant qu'ils*
avoient eu une inclination generale :
pour m'elever à cette dignité, quoiqu'ils
eussent toujours travaille fecretement
à m'en éloigner pour jamais
Aussi l'affaire fut conclue, & ter- :
minée,comme tu sçaisdansl'AlIernblée
des Etats Généraux,ôclesDei
putez de Zelande m'offrirent pareillement
la Charge de Stadthouder de leur
Province, Je ne fongeay plus après cela
qu'à en étendre l'autorité, & tous > les Magistrats, à l'exception de mes
Çreatures ,
travaillèrent non feule
ment pour m'empêcher de pafïcr les -
« bornesdémon pouvoir, mais encore
pour ne me laisser pas en estat de
« iouirde route autorité qui tft attachée i la grande.Charge de Stadt-houder.-
- BENTING,
Vous sceustes vous défaire des principaux
,
Se renvoyer les autres dans
leurs Comptoirs.
: LE PRINCE D'ORANGE'
-
J'avoistrop bien commencépour
- n'achever pas de mesme. Les Habitans
deDordrecht,Capitale de la Hollandel-
oqui j'estois redevable de mon
élevation
,
firent friper uhe Médaille
pour ma nomination à la Charge de
Sta-dthoudBer,ENT1NG. -.
- le scay ce que c'etf que cette Mf..
faillej & je l'aygravée dans mon; esprit.ta Deeite Pallaseft reprefçntée
- dans le revers, tenant d'ane main une
dêmy-pique,8>cde l'autre un Peuc
plier. On voit"a Id. droite un Oran*
&cr,, & a la gauche un Bacher qui a
fçrvy a coufumer un Phénix. Ces parolçp
qui s'y lisent,Necrorterfè
font connoistre que vostre élcâipn
n'etf point l'Ouvrage de la fortune,
&, que c'ellune jr.stice qu: les Etats
,-ont voulu vous rendre. L'Oranget ve.rdoyant vous representerenai-flant tçîes çendres de vostre Pere comme un
jeune Phénix, 5c le Perplier qui est
un arbre aquatique, designeles Provinces
de Hollande&de Zélande, qui
fçmblcnt etlrc titllées dans le fein de
la Mer Se des Rivières.
LE PRINCE D'ORANGE.
Tu es unhabiledéchiffreurdeMédailles.
I
BENT1NG. ;
Qui diroit aujourd'huy en vous
Voy nt sur le Trône d'Angleterre, &
Maistre absolu en Hollande,quevous
devez tout cela à quatre gueux de
Dordrecht, qui ayant excité la Populace
qui vous a fait Stadthouders (ont j
cause de tour ce qui vausaélevéaprès
-Ittenoiniiiatioii. Il faut souvent peu
de
de chose pour faire une hante fortune
à un homme
, & ce qu'on attribue à
la grandeur de son"genie, lors qu'il y
xft parvenu , quoy qu'il n'en ait quelquefois
que medjocremeilt)c'el1: moins
un effet de son esprit &de sa conduice,
que du hazard & de son bonheur
LE PRINCE D'ORANGE.
Tu ne cherches pas à m'épargner,
& je voy bien que tu veux dire par là
que je dois tout ce que je
-
fuis à la
Prenne. -.
BEN E I N G.
Je ne dis pas cela tout tout-à-fait.
Je croy que l'atynt, & les emplois
rpour gagner vos ennemis, &les promptes
manières de vous en .défaire lors
qu'ils iont trop lens à écouter vos proportions
, y ont beaucoup contribué.
LE PRINCE D'ORANGE.
Il ne feroit pas naturel qu'en perdant
toujours des Places & des batailles.
mon ambition eust fait de si grands
progrés en si peu de temps si j'avois
tout attçrjdu de la fortune.
- --- -
BENTING.
Une des choses du monde qui mer surprend davantage, Sequi e il ordinaire
dans la vie, cft que lors que le
malheur pourfuitdes Peuples, ilsayent
recours pour les soulager
, i des remedes
qui font prelqne toujours pi..
res que le mal. Je me fouviens de
quatre Vers que i'ay leus dans une
Pièce fameuse> & qui conviennent;
parfaitement à ce que je dis. )
Lors que le Peuple est maiflre on riagit
cfuentumulte,
La voix de la ralfon jamais nesecon
fulte, » LesEmplois font donnez, aux plmse"
diticux
3 Les honneurs font vendus aux flta
ambitieux.
Les Peu ples font toujours les du pes en
ces fortes d'occalïons.Ils croyent agir
par eux-mesmes, lors qu'ils font menez
, & ilsfont tou jours plus malheureux
fous la domination de ceux qu'ils
ont élevez, qu'ils ne le Ion. fous celledes
autres. La railon eltque les connoilîant
mieux, ils sçavent dequoy
ils font capables; & que fc défiant de
leur legereté ,
ils les cblervent si exactement
,
& les brident avec tant de
foin
,
qu'il leur est impodible de s'échaper.
BEN TI N G.
Ainsi les peuples de Hollande qui
vous ont élevé, ne doivent attendre
quelefclavage pourrécompenfe.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je dois en bonne politique veiller de
bien prés fut leurs aébons, & les
tenir rampans , de peur qu'ils n'entreprennent
pour d'autres ce qu'ils
ont osé en ma faveur. Jefçay qu'en
beaucoup de Villes on n'est pas bien
intentionné pour moy, & qu'on le
répentde s'estre donné un Maistre; je
lefuis, & j'elpere qu'avec le temps
je feray encore plus abiolu
, quoyque
mon autorité foit si grande, qu'il ne
paroiss pas qu'elle pllifTe croistre davantage.
BENTING.
Nous faisons toujours des digreffions
qui ne font pas favorables aux
pdareuvres Hollandois.Mais pour reprenr
le (il de nostre Histoire,iliteSmoy
si vous sçavez quelque chosede
particulier de ce que penserent les de
Vitchaprès que vous enfles esté élu
Sradthonder.
LE, PRINCE D'ORANGE.
Il. arriva une chose cenliderabfis
qui me fit connoiftfre à fond ieurmauvasse
vqionté pour moy ,
& qui achova
de tae déterminer à les perdre.
Voicy ce que c'est. Corneille de
Vicht
,
ancien Jîourgâemeftre de
Dordrecht,estant arrivé de la Flote
un peu indispose, on luy envoya le
Secrétaire ayec un Capitaine deg
Bourgeois pour luy faire signer l'Acte
dont je viens de vousfaire la Lecture.
Il repondit qu'il ne le figneroit pas
& quoy qu'on luy pût representes
pour l'y faire rcfoudre" il demeura
opiniâtre, Be dit au Capitaine
,
qus-it
aimoltmille foismieuxmourir- Le Ca--
pitaine luy réponditquil navoit point
ordre de le tuer ,
mais qtiilfe mettoit
luy-mesme en danger de mort s'il ne fignoit
point cet.4t, parce que le Ttuple
avoit environné sa Malson pour le
massacrer & toutesaFamille3 mais tout
cela ne servit de rien
, non plus que
les prières de sa Femme, qui luymontrant
Tes E-nfans5 le supplia à mains
jointes, & les armes aux yeux de
s'accommoder au temps ,
& d'avoir
pitié de sa Famille. Enfin voyant
qu'elle ne pouvoit rien obtenir, elle
le menaça de l'abandonner,& dese
montrer au Peuple pour protester de
son Innocence 6c de celle de. ses En*
sans ,-afin. de luy faire porter à luy seul
la peine qu'il meritoit pour son opi
1niâteté
,
si bien que touché de ces
dernieres-paroles, il signalaae, qu on
luy presenta.
BEN T I N G. J'étais persuadé que les deux Fre.
res s'opposoient fous main à vôtre
clevation
,
mais j'ignorois qu'aucun
des deux eust pris l'affii mative
,
& encore
moins qu'ill'eust pnfe avec autqant
deuchaleeur quze vou.s m:e mat-i LE PRINCE D'ORANGE.j On ne peut-se decLarer plus formellement
, ny plus fortement
, contre uni
homme qu'on doit craindre.
B E N T 1 N G.
Il fal'oitlans doite que le Grand i
Bailly de Puten sçeust l'intention de j
son Frcre, lors q l'il parla de la manicre
que vous venez de me dire. On
estpourtantoblgédeconvenirqu'ils
estoient bons & fidelles Cytoyens
qu'ils devmoient tout le mal , que vous 1
deviez faire àleur Patrie, & qu'ilsen
sçavoient parfaitement bien les intc
refts.
LE PRINCE D'ORANGE. I1
Et moy ,
je vois fort bien les miens, 1
& comme le grand Bailly s'y oppofoit
avec plus d'opiniâtreté que TonFrere, I
ou du moins plus visiblement,car la 1
Pensionnaire estoit tres-habile Politique
, je me doutay de ce qui arriveroit
,"& ce fut ce qui me fie prendre
la précaution de faire environner la
Maison du grand Bailly quand on luy
porta à signer l'Acte en qucssion.
B R"N T 1 N G. -
Je ne m'étonne pas s'il fut fc premicr
des deux Freres dont vous re-
(olûtes la perte, & que vous fistes àceufer
de crimes supposez pour en venir,
plus facilement à bout.
DU TEMPS.
XI. PARTIE.
neuve du Palais, au Dauphin.
On donnera leif. dechaque
mois un Entretien sur les
Affaires
du Temps dont lePublic ne
payera que SEPT SOLS:
AVIS. APrés avoir fait,au commencé,
ment desRévolutions tÇAngle.
terre, dix Volumes des Affaires dtt
Tem/JJ, où quantitédé.Piècesoriginal
les font renfermées
,
le trop grand
6" continuel travail fitce(fer cet Ouvrage
, quoy que IIIjûite en fusifouhaitée
& demandée avec empreffement.
Enfin pour satisfaire le Public,
onatrouvé un expedient qui
contentera les Curieux, & laissera un
peu plus de temps pour travailler.
Cet expedient efl de diifirpar Entretiens
chaque Volume quisuivra les
dixquiontesiédéjàpublie. On en
pmettra jixdans chaqueVolume, à*
-l'on donnera un Entretien le If. de
Ehaqlle mois, en forte quau bout de ix rmis , ceux qui voudront faire
wrelier
ces six Entretiens enfemkU,
auront dequoy faire un Volume corn- C";eequifera d'autantplusfacile,
"lfl/IIM liell de recmmettctr à chaque
Tlntretienles chifrcs qui marquent le
timbre des pages) on les conlintterA.
jùsquesàlaJindufxiéme, après
Kquoyon recommencera, dans le même
erdre ltl douzième Partie des rj.1i..
res du Temps*ce quifera deux rolu-
"l'I1t-s chaque année.Onpourfuivr*
,cet Ouvrage tant que les affaires fc
iront dans une situattonafournir
une importante mature, & ces Entretiens
pourrontrreflrt pas toujours^
d'an mefrneJlHe, mais plttJoumoin
Jbrieuscsuivant lessujets. Ony met-
'tra des Figures lors quelles y pâurronttrouverflace
ntttllrcllemrnt,rJ.
le desir de dire deichofesagreables&
-divertissantes
,
nefèrajamais parlea
contre la verité, a moins qu'elle né
foit tellement envelopée, qu'il/on
impossible de là découvrir,
Y~ -Sy< S~ AFFAIRES
DUTEMPS.
XI. PARTIE.
Les Plaintes de l'Europe contra
le Prince d'Orange. -
L ENTRETIEN.
O.M M E il ya peu de Villes
au monde où le Commerce
fleurifle plus qu'à Amfter-
- dam, il n'est pas fuiprenant
que des Sujets de la plus
grande partie des Soaverajns de l'Europe
s'y trouvent ensemble, & il l'est
encore moins que la pluspart desconverfàtions
y roulentsur les NouveMi
presences. Si la
simplecuriosîtéa
tout temps engagé les hommes à fou
haiter d'en apprendre, aveè urreaviditj
qu'oupeut mettre au rangées pàffiensj
Tintereft doit aujourd'huy obliger toa
les Peuples de rEurope d'en fai leur,
principal entretien) puifquetousleurs
Souverains font intereilèz dans 1
Guerre qui l'âgéeavec talit tie violen
ce. Ainsi lors quel'on parle de ce qui
«
parle de qg
la regarde, c'estmoins s'entreterâr da
Nouvelles indifférentes que mettre sua
le tapis ses propres affaires, à caufi
de lapart que tous les particuliersy doivent
prendre, & du - bien & du mal
qu'ils en peuvent recevoir. Il n'y a
èone rien qui foit aujourd'huy plus en
ufage, puis que l'interdt n'apas malnsi
contribué que la curiosîté à rendre cesi
conversations générales. Mais comme!
la diflferençe des esprits fait celle desi
ientimens, & que lesuns condamnent:
souvent ce-que les autres apprQUYcn.ti la plupart cherchent-pour ces fortes]
d'entretiens ceux qui leur paroiucnt
donner le plus dansleur sens. C'dt ce
'oui a fait que plusieurs personnes d'un
semblable caraâere, que différentes raifons
ont attirées depuis quelqueterrps
à Amsterdam, selont fouventaffemblées
pour s'entretenir dans le temps
qu'ils donnoient relâche à leurs affaires.
L'amour qu'ilsavoient pour la justice
& la vérité, qu'ils separoient toujours
de leurs interests, les faisoit jager de
tout sans partialité
,
pendant que ceux
qu'un aveuglement prcfque invincible
fait repastre de chimeres, se cherchoient
de leurcollé pour s'abuser euxmesmes.,
& se cacher ce Que tous les
autresvoyent,afin.de (atistaire àleur
passion. Il y avoit parmy les premiers
un Austrichien, un Espagnol, un Anglois
, un Suédois, un Piemontois,
unBavarois
) un Saxon, un Hollandois/
ôcdesHabitans de Cologne, du
Palatinat; deTrêves, &de Mayence.
,Il ne leur estoit pas fort difficile de se Tencontrerenfemblc, puifqueleplaific
qu'ils prenoieut à s'y trouver Se I
fuir les Nouvelliftespaiïïonnez,6c ennemis
des veritez contraires à ce qu'ils
souhaitent
,
aidoit encore plus que le
hazard,à lesassembleraux heuresacoutumées
de la promenade. Ils s'écartoient
ordinairement de la saule, pour
pouvoir parler avec liberté sans eftrc
oiiis de personne. Un jour qu'ils étoient
fort éloignez des autres, après
aqvuoeciraduélpeloré en général tous les maux
la Guerre presente, chacun
fedemanda le veritable sujet d'une
eonfufion si generale dans l'Europe,
& leur conversation Cefit à peu pris 'ns les termes qui suivent. LESUEDOIS.
Les motifs de la Guerrequi trouble
aujourd' huy la plus belle partie du,
Monde, font si connus, qu'iln'est
pas besoin de les demander;Ynaîsbien^
silapluspartdes Princes qui font en
guerre ont eu raison d'y entrer,à l'exception
du Prince d'Orange,qui ne
peut regner en Angleterre sans que toute
l'Europe armée le soûtienne. On
peut dire uqiqne leRoyn'a pu éviter
d'avoir part acette guerre,puis qu'il a flé contraint d'aller au devant de ses
u'il s Ennemis a- , pour parer le coupqu'ilsavoient
sourdement resolu de luy porter,
afinde le trouver sans défenfc.
LE HOLLANDOIS.
De quel Roy entendez-vous parler
Il faut que ce foit le Roy de Suéde,
puis quevous dites fimpleixient le Roy.
Iln ya qu'pn Sujet qui en parlant de
tonSouverain puillé s'expliquer ainn,
sans joindre au nom glorieux de Roy,
celuyde l'Etat que ce Roy poiTede)&
il me se-mble qu'on n'a pointforcé Sa
Majesté Suédoise d'entrer dans la guerre
d'aujourd'huy, &,qtiEl.le joue un
personnage qui luy eA allez»avantaLgeuxE.
SUEDOIS.
IJ'avoiie,quelors que j'ay dit leRoy
iansdire de quel Estat,ce n'est point du
t Roy mon Maigrequej'ay pretendu parr
Isr.Comme la Langue Françoiseest
presentement en usage dans la plufparf
des Cours de l'Europe, c'est feulement
en disant l: Roy, sans ajouter rien
de plus,que chacun y parle de celuy de
France, & les Avions toutes merveilleufes
que l'on en rapporte, font assez
connoistre qu'il est capable luy seul de
lesavoir faites. Ce qui peut avoir donné
lien à cet usage
,
c'est qu'il fournit
tant d'occahons des'entretenir de ILiy,
qu'on abrege le discours pour venir
piuftoftà ce qu'il a fait de iuiprenant.
LE BAVAKOIS.
Vous pouvezajouter que le Roy
de France estant audelîiis de tous les
autres Monarques par mille endroits
qui le distinguent, ce Prince fera toujours
reconnu lors qu'on dira simple.
ment) le Roy. t'dl: un nom qu'on
< luy peut donner par excellence, sans
qu'il foit besoinde rien dire davantage
pour faire connoistre de quel Roy
l'on veut parler.
LES(JEDOIS.
Je reviens à rétonnemer;t où l'on
-doit eftrc> de voir que hors le Roy de
France qu'on vouloirSurprendre, 3c
quidétendlinMonarque de son [ang'
fou Allié, &' Souverain legitime, ÔC
le Prince d'Orange qui avoit besoin
que toute l'Europe fust en armes pour
luy donner liu d'usurperun Trône,
presque tousles Souverains del'Europe
ioient entrez enguerre sans necessité,
& agissent tous commedes furieux contre
leur interest, leur gloire, leur hônneur,
le bien,de leurs Estats, leur Religion
£c leur conscience, sans qu'ils
puissentendisconvenir.LesCatholiques
contribuenta détruireleur Religion.
Les Proteftaiis, en soutenantun UfurpatenT;
trahirent la Justice Be leur
conftience, & lesuni&les autres,
au lieu de travaillera repoulserles Ennemis
de la Chreftientéj semblent leur
aider à étendre leurs Conquestes.j de
forte que cette guerre ne fert (¡ifldéchirer
l'Europe, àl'affoiblrrenrépaadant
son fang; ce qui pourroit faire
4lre beaucoup de choses qui ne feroient
pas a leur gloire , sans lerefc
pect qne l'on doit avoir pour des:
Souverains, quelque irreguliere que
foie leur conduite. 1-1 semblequel'Envie
ait jette parmy eux une Porame de'
difcordc) qu'elleait fait glisser des-
Serpens dans leur fein
, tant ils parovffent
envenimez, & qu'elle aitembrafé
tous leurs coeurs avec Ton flambeau,!
tant on les voit échaurfez dans uns:
ettreprife, aussi contraire à lcurrépü
tation qu'à leurs interests.
L'ESPAGNOL.
Il faut demeurer d'accord de lavériteipui-
queladissimulationnepetit remedier
i nos maux.La Pomme'de ditcorde
dont vous parlez, n',dl" autre;
chose que le grand & heureux mérita
du Roy de France, qui luy attire toua
les Ennemis qui se liguent contre luy:.
LE SUEDOIS.
Il n'y a rien de plus veritable
puisque non-seulement on M'entend
dire autre chose en quelque lieu que
l'onlcit» maisqueTes Ennemis mefmess
ne peuvent s'empêcherd'en convenir;
& tivous voulez que je vous explique
plus clairement ce que c'est que la guerre
qui consume aujourd'huy toute
l'Europe, c'est la jalousie d'un amas
de Souverains, qui envieux de la Puifsance
d'un Prince qui leur est saperieur
en tout, pensant agir contre
luy, travaillent à se détruire eux-mefmes
; qui croyant obscurcir sa gloire
fleftriHent la leur, ruinent leurs Estats
envoulant demembrer les (lens,accablent
leurs Sll jets en cherchant à diminuer
sa grandeur
,
agissènt la plufparc
contre leur Religion pour contenter
leur chagrin,& concourent tous
a l'établillement d'un ururpateur,qui
ne pouvant se maintenir tint qu'ils
n'auront pas les armes à la main, quand
ce ne feroit que pour perdre des Villes
.& des Batailles, profite de Pentefternent
qu'ilsontà pourfuivreune guerre,
donc leurs Estats feront long-temps
affoiblis par le fang & l'argekt qu'elle
leur courte.
L'ANGL6IS.
On ne peut mieux parler des motifs
& de l'eut de la Guerre qui met aujourd'huy
le feu dans toute l'Europe.
Mais n'estes-vous pas surpris de voir
que l'admiration que l'on ne peut re- j fuser au Roy de France, luyait at-I
tiré la haine de tant de Souverains,
&: qu'en admirant ses Vertus, & l
foule prerque incroyable d'une infinité
d'a&ionsinoiiies jusques à ceSieclejils ]
ayent prisle party du crime, ens'attachantàceluyd'unUfurpateur?
U cftcer- j
tain que ceux qui font dans les interests
du Prince d'Orange, 8c qui Ce perfuadent
qu'ils ont euraâfonde les embraf- 5
fer,ne rendent pas facaufe meilleure en J.
rendant son party plus fort, & qu'ils
n'y en a pas un qui ne se dise à foy J
mesme qu'il doit estre mis au nombre j
des plus criminels Usurpateurs, pui,l
qu'il n'a pas fêulementdétrbneun Sou- j
verain legitime qui n'a jamais eu que
< - Jela b)llté pour luy ; mais un Sou- s,
verain, dont il a épousé la Fille, & à|
qui le Sang ne l'attache pas moins que
l' Alliance, par l'honneur qu'ilad'estre
né d'une Princésse qui estoit sa Soeur.
Qioyquequelques Sujets naturellementinquiets
&:. malsatisfaits defon
gouvernement ( ce qui n'elt pas nouveau
en Angleterre) quelques Inconftans
dont nostre Nationne manque
jamais, quelques Séditieux
,
dont le
nombre est toûjours trop grand par
tout, & qui cherchent le troûblepour
en profiter, quelquesAvares qui se
laissent tenter par l'éclat de l'or, quel..
ques Ambitieux qui afpiroient à des
Dignitezqu'ils ne pouvoientobtenir
que par le desordre, & enfin quelques
Zelez pour la Religion que le Prince
d' Orange paroiss: profeiler
,
l'ayent
ofè reconnoistre pour leur Roy,l a Nation
toute entiere ne le regarde pas
moins comme un Usurpateur; & en
effet, le nombre deceux q-ugromilenc
Ton party ne peut empécher qu'il ne le foit, quoy qu'ils ayent eu le pouvoir
de le met:resur le TrôneAinsi
lecoeur dédit la bouchede ceux.quile
traitent comme s'il estoit leur Souverain
legitime. Il ne peut se -déguifer
à luy mesme ce qu'il O:, &
les Traiftresqui l'ont élevé en font
encore plus persuadez que les autres,
a qui on peut feulement reprocher la
foiblesse de ne s'y eflre pas opposez,
puis qu'ils sçavent par quels dons5 ou
par quelles offres ils se font laissé ga-,
gner; ce qui fait qu'aucune Nation
]
ne peut estre mieux persuadée que la
nostre
, que le Regne du Prince d'Orangeest
une veritable usurpation, &C
faite dans touteslesformes,&:peut-être
ne pourroit-il se trouveraucun autre
Estat, où il y ait plus de gens de bien
qui ledeteftent dans l'ame.Qnand l'orage
a crevé, ceux qui l'ont fait Roy
avoient pris leur mesures pour faire
réussir leur entreprise avant qu'onpuft
dire en estatde l'empêcher, ce qui
aosté aux Sujetsfidelles tout pouvoir
d'agir, puis qu'ayant esté surpris, ilSI
n'avoient pû prendre aucuneprécau-J
tion pour mettre obstacle à la tirannie. l
Il
Je ne pretens pas defendre par là l'inconstance
naturelle de la Nation,quia
fouvent fait le mal-heur de sesSouverains.
Loinde prendreson party, je
veux vous faire part du discours qu'un
Anglois metint ces jourspaflTez sur
cette matiere. Il me dit, qu'iln'estoit
pasde la Politiqued'avoiru-nesiJonque
fuite de Rois legitimes d'unernefme Maison;
qu'ils se rendoient insensiblement
trop absolus,&feperfuadoient alors aije-r
ment que la Couronne cfioit àevenuè leur
patrimoine; mais qu'on menait d'abord
un Vfurpateur comme on voulait, parce
qu'il avoit toujours sujetJe craind'e
qu'onne ledépo/fedaft
,
& qu'il falloit
le faire defeendre du Trône dés que son
autorité commençait à s'affermir) &
qu'ilparofoit trlTz:.. resolu pour entreprendre
de s'en servir d'unemaniéré
trop indépendante.a
," LEPIE MONTOIS.
i Les Affairesd'Angleterre ne font
pas prefentemenc dans la situation ou ,DUS les mettez, Vous parlez d'un
Usurpateur qui n'attireroit point daffaires
à laNation, & d'une Nation1
qui n'auroir à veiller que sur la con- 1
duite de l' Ufurpateur; mais les choses
ne font pas aujourd'huy sur ce pied- 1
lien Angleterre, & la Guerre où l'a'
engagée le- Prince d'Orange, luy
cause plus de pertes de toutes manie-j
res depuis trois anç, qu'elle n'en avoit
souffert depuis un Siecte. Son com-'
mcrce avoit toujours lfeury,J LANG LOIS. ;
Ne poussèz pas, s'il vous plaist, cet]
Article plus loin."C'est à moy à faire
la Peinture de tous les maux que nous
a caifez cet Usurpateur. j
L'entretien devint alors confus.'
Ch acun voulut peindre les malheurs
(lle l'ambition du Prince d'Oranee.
avoit fait tomber sur leurs Souverains,
& comme ils ne pouvoient parler tous
ensemble,ils convinrent qu'ils feroient,
connoistre tour à tour Ici maux que
les Etats de leurs Maistres avoient]
Soufferts depuis sa fiinefte UiurpationJ
$c qu'il estoit seul la cause de l'effuhon
de tout le Sang qui avoit eilé répandu
dans l'Europe depuis l'ouverture de la
guerre,que la France soûtient aujourd'huy
avec tant de succés & de gloire.
Le Suedois qui lesavoitécoi-tcz attentivement,
put la paro-!e, & yailasinfi.
LE SUEDOIS.
-
- Ce que vous proposez me paroist tresbien
imaginé-, ôc si vous eftesde bons
Orateurs:) on verra qu'il n'ell jamais
né personnequi ait causé la ruine de
plus d'Etats que le Prince d'Orange,
& qui ait attiré' plus d'affronts à
leurs Souveraine Cequ'il y a de fortfurpienant,
c'est que les Tirans & les
fleaux du genre humain, ne font foiiffrir-
ordinairement" que les- Etats qu'ils
attaquent ,
pendant que ceux de leur
party joiiillent'du fruit de leur Alliance.
Il est arrivé icy tout le contraire,
le Prince d'Orange ayant causé
beaucoup de confusion, de dommages
•& de pertes à ses Alliez, & fait triompher
son Enncmy avec plusde gloire.
LE PIEMONTOIS*
Cette remarque eO: fortjuste
,
Se
quelque obstiné que foit le Prince mon
Alaiilre
,
il n'en peut difionvenir.
LE SUEDOIS.
Comme la Suede, loin de souffrir de
tout ce qui le paslè presentement dans
rEurope, fait le commerce pour l'Angleterre
& pour la Hollande, qu'elle
cft tranquille au milieu de cette Guerre
, & qu'elle profite avec le DanemarK
de ce que les Anglois & les Hotlandois
dcvroient gagner, je n'ay point
de plaintes à faire, & je ne puis entrer
dans vottrc convention, que pour
juger de ce qie vous avez à dire;mais
je vous avoue par avance, que quoy
que souffrent les Etats de vos Maîtres,
je ne trouve point qu'ilsfoientà,
lpeluarindre, puis qu'ils se (ont attiré par
faute cous les maux dont ilsgemiffent
,
& tous ceux qui les menacent.
Je ne [çay mesme h je pourray garder
allez de modération pour n'en rire
qu'au fond de l'ame. Quoy que les
Suédois ne soient pas nez aussi
plaisans que les Italiens> ny aussi enjouez
que les François, nous sommes
curieux, nous aimons les beaux
Arts, nous voyageons, & nous avons
souvent un esprit d'acquisïtionaqui
nous rend moins pesans que quantité
I) Allcmans ne fonr.
L'ESPAGNOL.
QJelque chagrin que nous donne
it mauvais eflat de nus affaires, je
croy que ces Meilleurs ne feroient pas
fâchez
, non plus que moy a
de voir
donner quelque touche à ceux qui ont
mal confeilténosSouverains.-Ils le
meritent, & nous en dirons pcut-gftre
plus que vons ,
quand nous aurons à
parler àivoftretour. Nousvoyons les
fautesdencs Maistres de plus presque
d-autres, fk nous connoilîoiïs l'igt 0-
rance, ou Tintereft de ceux qui leur
1font piendre de mauvais partis. L'AUSTRICHIEN
Je vais le premier eba-ueber un des
Tableaux dont nous hommes ccnvç"
nus. Ils feront utiles JJà la PoflerîccA
puis qu'ils pourront empêcher lu
Souverains trop crédules de courir à
leur ruine
, en croyant trouver l'a- j
grandiiiement de leurs Etats. Il est J
pourranr impossible que beaucoup clrtraits
ne manquent à ces Tableaux
parce que neus n'avons pas eu le
tempsde nous prépareràles bien faire;
mais l'abondance delamaticrene lajf- ,
fera pas .de nous en fournir d'aiïèz.'
forts pour faire connoistre que jamais
ambition n'a esté plus fataleàl'Europe,
& n'a plus fait perir de mond4
que celle du Prince d'Orange Ufurpacei
r de la Couronne du Roy. son
Beaupere. LESUEDOIS.; On peut dire que depais son palla..
, ge en Angleterre pour envahir J&C
Royaume , il ne s'est pas répandu UIIe
goutte de fang dans toute, l'Europe
par le fer &parle feu, dont son ufurparion
ne foit la cause
,
& qu'il €&
coupable de-tous les desordres, de tous i lescrimes, & de toutes les horreurs
que la guerre trame toujours après
elle. r L'AUSTRICHIEN.
L'Europe n'ell pas la feule partie du
Monde où il ait fait répandre du fang
pour ion mrcreft particulier
, mais ce
difeours pourroit me men-er trop loin,
& je ne dois m'attacher qu'à la peinture
que vous attendez de moy. Je
vais vous parler avec une sincerité qui
me rendroit criminel, Ci vous n'estiez
prests à la justifier par la vostre, Jenç
prétens point devoir palier pour mauvais
Sujet, quoy que je parle contre
ma Patrie; je donneroistoutmon fang
pour elle, si je pouvois empêcher par
là qu'elle ne perist. Je rougis des fautes
que je ly vois faire, & je n'en
parle que pour soulager ma douleur,
comme ceux qui croyent adoucir leurs
maux en se plaignant
Le Roy de France avoit (allvé plulieurs
foisl'Empiie, depuis que ¡'Em..
pereur qui regne aujourd'huy occupe
Je Trône Impérial. Personnen'ignoc
ceque firent les François à la fameuse
journée de S. Godard, lors qu'ils
cmpêcherent les Turcs de palier la
Rivière de Raab. Le Monarque qui
rend leur Nation si glorieuse & fij
triomphante, n'avoit pas feulement1
envoyé ses meilleures Troupes au fe-'
cours de la Chrestienté, mais comme! ilyelloitdel'intercft deVEglifes &¡
,d'un Potentat qui en soutenoit alorsj
la gloire
,
il avoit Eîen voulu que touti
ce qu'il y avoit dans sa Cour de jeu-
«efl'edistinguée par l'éclat de la naif-j
sance,allast combattre pour les avanta- j
ges de la Foy, & de l'Empereur qui la;
défendoit. Cette faveur cftoit grande,
6c le Souverain qui la failoit, s'efiant
exposé à perdre les plus grands Seifneurs
de son Royaume, on endevoitj
ternellement garder la mEmoire. Ce-1
pendant l'Empereur s'oublia assèz luyinefme
pour ne s'en passouvenir, & 1
après que Sa Majesté Tres-Chreftien-j
ne eut attaqué la Hollande en 1672.] il se déclara contre Elle> ne doutaiit j
i
Epomt qu'estant joint avecI'Efpagnc,
fil ne vinfi: à bout de l'accabler. Le
contraire arriva; la France demeura
victorieuse, & l'Empire fut de- nouveau
menacé par les Turcs qui !evoient
de formidables Armées Le
Roy poursuivant ses conqueftcs prit
la Ville de Gand. LesPays-bas Elpagnols
se crurent perdus,& la Hollande
s'imagina qu'elle alloit estre attaquéejusque
dans Ton centre. Ce Mo..
narque
fut
touché des malheurs qui
estoient prests d'accabler la Chreflienté
,
& voyant l'orage qui se prepa"
,
roit contre l'Empire, il oublia l'ingra--
titude de l'Empereur, & impo a la
Paix à l'Europe, afin que tous les
J Princes de cette même Europe fussent
en pouvoir de le secourir. Cette Paix
eut des conditions. Il y eut des Villes
rendues de part & d'autre, &: l'E[..
pagneayant refilé de donner quelques
dépendances de celles qu'elle cedoitau
Roy Tres-Chrestien
, quoy qu'elle s'y,
fust obligéepar le Traité, ce Monar-
L
que fut contraint d'employer la forctf
pour prendre un équivalent. Cependant
les Turcs entrcrent en Allemagne.
Le Roy de France estoit victorieux.
On luy avoit manqué de
parole pour l'exécution des Traitez.
Il avoit les aimes à la main, & il pouvoit
conquerir le reste des Pays-bas,&
tout ce qu'il Uloit voulu en Allema-
-gne; mais elle estoit attaquée, & cette confédération l'obligeant à se contenter
de l'équivalent qu'il avoit Fris pour les
dépendances qu'on luy devoit rendre.,
il engagea pour la troisiémefoisTEmpereuràfe
souvenir éternellement des
graces qu'il luy faisoit,& il ne se servit
point de l'occasion qu'il avoit de faire
toutes les conquestes qu'il auroit pu
souhaiter. Ce Monarque, après en
avoir usé si genereusement avec
l'Empereur, le crut incapable d'entrer
jamais dans aucune Ligue formée
contre luy ; & comme il avoit
servy la Religion en Allemagne, il
voulut la faire fleurir en France. Aillii
1
(ans examiner les pertes qu'il? sefnetoir
au hazard de faire, & regardant
feulement Tintereft de Dieu, il donna.
ses foins uniquement à agrandir la
tveritabieReligion dans fon Royaume-
& àl'y faire regner feule. L'Empe
reur profita pendant ce tempsde la
modération de ce Monarque. Il pouilales re- Turcs, les défit en différences
-rencontres, &non feulemmt il
leur prit beaucoup de Places, mais des
Provinces entieres,de forte qu'il estoit
en pouvoir de serendremaistredeConftantinople,
au lieu qu'il doit craindre te voir les Turcsattaquer Vienne, si
le Prince d'Orange ne luy eust point
t'ropofé une Ligue pour envahir la
France, & en partager les£ta;s entre
eox. Il falloit pour entrer dans cette
Ligue que l'Empereutdivifaft lesforces
ui agissoient contre les Tares, Se u'il en fist revenir une partie pour la nouvelle guerre qu'iL entreprenoir,
en risquant de perdre ce qu'ilavoit
gagné sur ces Infidçlies, eo.iinaeon
l'a vû arriver. Il falloitqu'il se déclarait
contre un Monarque qui avoie
fauvé trois fois ses Etats. Il falloic
qu'il travaillait à détruire ce que ce
Prince pieux avoit fait en France elt
faveur de la veritable Religion, &
qu'il l'expofaft mesme à se voir détruite
par la Protestante. Il falloitqu'il
confentifl qu'on détrônaft un Rov
legithne) & qu'il y contribuait
)
ainCi
qu'à la ruine de la Religion CatholiJ
que en Angleterre, & peut-estre
dans toute l'Europe. FI n'y avoit pas
sujet de croire que le Chef du Saiiii
Empire deust faire des crimes si con
damnabies conrre la Religion, &des
fautes si grossieres contre la Politioie,
qui luy feroient perdre les conquestes
qu'il avoit faites sur les Turcs, & qui
a eneffet perdues depuis ce temps-l
& personne n'auroit jamais cru qu'après
tout ce qu'il devoit au Roy de
France, il puft se refondre a 11
liguer contre luy. Cependant il a l'd
bligation au Prince d' O range deluj
aVOl.li
avoir fait faire toutes ces fautes, qui
ont couté tant de fang à toute l' Europe,
& porté tant de préjudice à la Religion
Catholique, pour laquelle la Maifou
d'Auftriche se fent obligée d'avoir d'autant
plus d'attachemenc, qu'elle luy
attribuetoute sa grandeur; .car je croy
que vous n'ignorez pas que Rodolphe^
Come de HaCpourg, ayant rencontré
dans la campagne un Prestre
qui portoit le Saint Sacrement à un
Malade, & qui avoit peine à se tirer
d'un mauvais chemin, defeendit de
son-cheval', & que"l'ayantprispar la
ibride, aprèsy avoir fait monter le
Prestre,il le conduisitluy-mesmejufquesàla
maison-du Malade. Ce Prestreenluy
faisant ses remercimens,
luy dit par une maniere de Prophetie,
que 1Empire feroit quelque jour
dans sa Maison, & qu'elle joiiiroit
de tous les avantages que l'on a va
arriver depuis à cele d'Auftriche. Ce.
Rodolphe ayant esté élevé sur le Trolne
impérial en 1273; prit les armes
contre Ottocar
,
Roy de Bohême,qui
s'estoitemparé de l'Autriche, pçecen»
dant qu'elle luy appartenaitdu. che^
de sa Femme, Heritiere de fredericJ
mort en 1140. sansPoteriré. IlIr,
tua dans une Bataille, & donna rm-,
vetiture du Duché d'Autricheà AI,
bert Ton Fils,ayant fait voir quç cen
fioit un Fief mafeulin, qui au défaut
de masles devoit retourner à l'Empire
&depuis ce temps-là, les Princes de
cette Maison ont préferé le nom d' Aufiriche,
i celuy du Chateau de HaL:
pourg. Rodolphe étant mprt,1Ro
dolphe II. Ton Fils épousa Agnes, ou.
Elizabeth) Fille d'Ottocar, & sa Pofterité
feconferva jusqu'àFrédéricIV.
surnommé le Pacifique, qui fut le premier
qui prit le titre d'Archiduc d' Autriche.
On l'élut Empereur qji14.o.,
Se il fut Pere de Maximilien,1. qui
épousa Marie de Boirgogne, Fille de
Charles le Hardy,la plus riche Hériticre
de l'Europe.Philippe I. Aichidvic
d'Autriche
,
sortit de ce maria.ge"
ayant époulé Jeatnne d'Arragon
Fille Heritiere de Ferdinand V, fur-,
romtné le Catholique, Roy d'Arra- ,de Greliade&deSicile,&d'I-'
fabetrc, Reine de Camille & de Léon,
il nrt par cerc a lliance la Maison
.rPi,O:rhe dans rnc haiceélévation,
ayant lailie deux Fils
,
ChirlesQIùle
& Ferdinand, qui ont cfté Empereurs
su-cceffivement, & qui ont fait les
deux branches decette Maison. On
h'a point doutéquetant de grandeur
si'ait cfté l'effet de la prédictiondil e rr diâ on du
Prèstre dont je viens de vous parler,
& que la pieté de Rodolphe, Comte
de Hafpourg, qui l'avoit tiré du mauvais
chetnitl*, n'ait attiré la bénédiction
du Ciel ssir ses Succetteury, ce
qui devoit attacher éternellement la
Maison d'Autricheà la Religion Catholique
,& l'engager à soutenir in-
T-iolablement ses intertfls. L'ESPAGNOL.
Le Prince d'O range a fait voir que
son credit l'ernrortoic sur l'esprit de
l'Empereur, puisqu'ileft venu àbout
de le faire resoudre ipaMer,luy & toute
sa Mai[onpatdeflus toutes les configurations
qu'ils doivent avoir pour la
Religion Catholique. 1
LESUEDOIS. j
La Mai/ond'Auftriche fait (onneJ;
bien haut l'attachement qu'elle a pour
cette Religion, mais ce ne font que
drs paroles par lesquelles on tâche d'é
bloiiir les Peuples. Nous, luy voyons
faire le contraire de tout ce qu'elleveut
faire croire. Le (crupule ne l'a jamais
empefehée de chercher ses interests aux
dépens de la vraye Religion, & dés
qu'elle a crû pouvoir triompher de las
France, en y retablissant la Proteftante
, & y reduisant la Catholique aux.
abois ,elle n'a point balancé unmoment
à s'unir avec le Prince d'Orange
,
ses & comme elle a contribué à tous
crimes,elle ne peut se cacher qu'elle
nP'reinncees*t pas moins chargée que ce x1
I L'AUTRICHIEN.
> Ce qu'il y a de furprerant danscette
affaire, & de fâcheux pour cette
Maison, c'est qu'en abandonnant le,
ifarty de la Religion, pour prerdrè
jceluydelaPolitique;onafaitd'infru-
&ueufes& fav(lesdémarches. Le Prin-
!ce Charles de Lorraine, dont le genie
tftoit fuperieui' à celuy de tous les Mi-
|niflresdel'Ertiperelir
,
avoitreprefentéàsa
Majesté Imperiale, que si
EElllleesfereffolvoitàrercnltltirer en guerre
avec la France, outre qu'illuy far droit
a bandonner les interests de- la Religion,
& favoriser ses Ennemis,Elle feroit
eau seque la France se voyant preffée,
mettroit en usagetoutes ses for..
ces qui luyestoient encore inconnues,
& qu'illuy feroit aisé de connoistre
fous un Monarque ai si) clairvoyant, &
aufil habile queceluy qui la gmiverne
aujourd'huy; mais tous lesconseils
de ce Prince furent inutiles. Son merire
luyavoitattiré desenvieux, &c'la
Laiton d'Autrichenecouvoit souffrir
celuydu Roy de France. Il fut donc
resolu que toutes les Puiilances d'Allemagne
, jointes à celles du reste des
Princes liguez à Ausbourg, s.uni.
toient pour accabler les François,
pendant que l'on conferveroitdesin- -
telligences avec les Protestans du fein
du Royaume, pour les faire foulevec.
11 sembloit que les feules forces d'Al-1
lemagnepouvoient ftffire, car on l'a
toujours regardéecôme un Corps qu'il1
cftoit dangereuxà ses Ennemis
de
faire
mouvoir, & dont l'union pouvoit accabler
le reste de l'Europe, & faire
inefme trembler les autres parties du
Monde. Ce Corps estoitdifficileà ex*-
citer, mais il falloit prendre garde àne
le pas mettreen mouvement, car Íi"
: une fois il venoit à estre uny ,
c'eiloit
une Puissance atlommante, un torrent
qui devoit entraîner tout, en.
corps formé de mille partiesdontl'affemblage
devenoit terrible, & enfin
une Hidreàcent testes
,
& à cent bras,; i qui rien ne pouvoiteûre
impoffiblc».
Toutes ces parties, non feulement le
font ramassées contre la France, mais
elles se font jointes à toutes les Puif-
Cances del'Europe,qui font ensemble
un Corps plus considerable que cette
formidable Allemagne. Cependant le
Roy de France,toûjours tranquille au
milieu de cet orage, avec le conseil de
deux ou trois Ministres formez par ses
foins, & quireçoivent ses ordres,
tout allant d'un pas égal dans sa Cour,
& sansqu'il y ait plus de mouvement
qu'en pleine Paix dans le coeurde son
Royauine,ttiomphe devant d'Ennemis,
& fait voir nos forces inférieures aux
tiennes, nostre conduite moins prudente
, & nostreprévoyance bien plus
recrerrée. C'est non feulement un tresgrand
affront pour l'Allemagne,mats
il est d'autant plus cruel pour elle, que
la Posterité le remarquera comme un
prodige. L'Allemagne doittous ces affronts
au Prince d'Orange
,
& il a
.Iceu l'aveugler,lors qu'ifl'a fait en- jtrerdanslaLigue.Comment lepaiïc Igue. Conatiieiit Ir. pagé'
n'a-t-il pas fait voir àl'Em-p-ercur, qu'il
ne pouvoit soustenir en mesme temps
b: Guerre contre les Turcs, & contre
la France? Ne devoit-il pas se
sôuvenir quesi pendant que l'on attaquoit
Vienne, les François l'eulient
oblige à faire diversion de ses armes illuy auroit esté impossible d'empeféher
que les Turcsn'eussent fait cette
Conqueste,piiifquefins avoir la France
sur les bras,il a fallu que le Roy de
Pologne foit venu à la teste de Ton
Armée pour faire lever le Siege, &'
que les frais dé cet armement & de
ce voyage font encore dûs à ce Monarque
1 L'Empereur devoit anfll
considerer qu'il n'a pas eu dequoy faire
reparer les Fortificationsôc les Breches
de Bude, d'Essec & de Ncuhaufel, oit
l'on ne travailla que depuisl'approche
d'es Turcs dans ces derniers temps. Si
l'Empereur a manqué de tout tandis
que l'Europe estoit en paix,& ique tous
ses Souverains luy fourniflbiertt des
kommes & de: l'argent, qael autro
1
fquelay se feroit laide surprendreaux
conseils ruineux d'un Usurpateur) Se
auroit entré dans une Ligue qui devant
faire armer toute cette Europe, devoit
non feulement la mettre dans l'impuifsance
de continueraluy fournir les fecours
qu'il en tiroit,mais l'obliger luymesme
à faire diverfior de ses Armées,
pour s'opposeràcellesde France. Ces
fautes grossieres, & qui choquent la
lpeoslItique &le bon sens,ont fait perir
meilleures Troupes de l'Allemagne,
& cette perte est si grande) qu'il faut
plus d'un siecle pour la réparer. Cil
n'en doutera pas si l'on fait reflexion
au Combat de CafanecK
,
à la defaite
desGenerauxHeufier& Doria, & à la
prise de Belgrade. Les Corps entiers
composez des vieilles Troupes d'Allemagne
qui estoient en ces trois occafloils,
ontesté si generalement[défaits,
qu'on pourroit dire sans exagerer
qu'il n'y estpasressé un seul homme.
Il y en est du moins demeuré si peu
que cela ne fuffitpas pour contribuer
au rétablissement de ces Corps. Il fe-$
roit plus avantageux à l'Empereur.qu'iJ
eust perdu beaucoup plus, & quecefî
pertes eulîent esté parragées dans touw
es Corps de (es Ari-nées.Cequirrft*,
de vieillesTroupes darçs un Corps,étan^j
mêlé avec les nouvelles
,
le rétabli
en fort peu detemps, maisqtiandc
Corps n'dl composé que de nouvelle»]
levées, il faut un temps infiny pou®
le mettre sur le pied des vieille
Troupes. Les anciens Officiers
&lejrç
anciens Soldatsn'inftruifetit- pointalîe&l
les nouveaux. Les annéesmefrtie nj*.
suffisent pas pour leur apprendre tOliCt
ce qu'ils doivent sçavoir, & il fana«
quedes Sieges&des Combats, en leuti
donnant des leçorts sur le métier der
la guerre-, les yayent endurcis.
Juge"
par là des dommages que le PrincsÉ
d'Orange a causez à l'Empereur, puijfi
que la Ligue où l'a fait entrer ce
Piin
ce ,ne lnY a produit autrechose qti
la ruine de tant de vieux Corps, 6c1
pçrte-de la plus grande partie desCon^
questes qu'iln'avoit faites qu'en plusieurs
années, & aux dépens des
Troupes & de l'argent de toute l'Al..
le-i-nagite & de tous lesPrinces de
l'Europe. On ne peut douter qu'après'
tant de pertes faites par l\Etnpe-rçur,
& tant d'affronts receus quiretombent
sur le corps de l'Allemagne, le
Prince d'Orange n'y doive estre regardé
comme un homme qui a plus
"usé de malheurs à la Nation, & luy
a plus fait verferde fang, que n'ont
jamais fait les plus formidables & plus
cruels Ennemis. Il est vray que quelques
Princes Protestans, & sur tout
ceux quiluy font joints par le fang,ne
le regardent pas ainsi
,
mais c'est une
des choses qui doit faire le plus repentir
l'Empereur d'estreentré clans cette
ILigue, puis qu'il doit connoi fire par
là com bien il a exposélaReligion
Catholique) & tout ce qu'elleavoic
à craindre, mesmeen Allemagne) si
W France eull fnccombé. C'est sans
rlltC ce qui a attiré defi grandsmalheursàl'Empereur,
ôctant de maledil
tHons sur ses Troupes. Aussi plusieurs
personnes font bien informées qu'it.
a dit depuis peu, que loures fortes 441
disgraces luy-estoient arrivéesdepuis
qu'il avoit .si!.né la Lifue. I
La Liguen'a pas feulement courte
.1 l'Empereur les Conquestes qu'i
avoit faites sur les Turcs, & fait p
rir ses meilleures Troupes, elle luy a
fait perdre d'abord l'importante fortes
resse de Philifbourg) l'un des Bou
levards de l'Empire du codé du Rhin
& l' Allemagne ne doit jamais penCe
a cette perte que luy cause fambirio
du Prince d'Orange, (ans blâme*l'a^
veuglement, ou plustost la jalouse sa
reur deceux qui ont pris son parry, 8c,
qui l'ont exposée à tous les mal-heur
qui l'accablent au jourd'huy, D'un
collé elle se voit attaquée par les Turcs'
& elle fo'.iffre de l'autre par les Ar
mées des François qui vécurentranné
derniere à ses dépens en deçà, 8cerç
delà du Rhin. Non feulement ils y con-1 fumer
t.
fumèrent prclque tous leurs vivres
mais ils en tircrent encore de grosses
Contributions. Ce n'est point à lia
Prince c6mme-r£mpereûr
,
qui ne:
montejamais à cheval que pour faire
des Reveucs,ou pour donner la chasle
à desBcftes qui ne luy resistent nt,
à se faire tant d'Ennemis differens.,
Quand on ne veut jamais se rifquerxri
Ce mettantà laTeste d'une Armée
pour deffendre Tes Sujets& acquerif
de lagloire
, on doit conduire les choses,
de telle maniere qu'ion foit en estat
de lie pointavoirdeguerre..O'est
peut-estre par cette raison que l'Empereur
Ce voyant trop d'Ennemis, tâche
d'engager le Turc à faire la Paix avec
un empressement qui découvre sa foibleOEe,&
qu'il veut épargner le fang des
[nfidelles,afin de pouvoirtourner toutes
ses forces contre un Prince Catholique.
Le party est peu ChrêÜen) 5c
c'est cependant cçluyqu'il a pris pour
continuer à se déclarer contre la Religion.
S'il chaneeoic de [lltimens) ôc
qu'ilâ'IUpuix avec laFrance,il n »
apoint àagacer qu'il nerepojflfift les,
Infidells, & qu'il n'éccniift la Foy d<$>
ce.codéli, Ls. Prince verrait bien-tostcontraintde dbfcendrfrt
duTrôned'Angleterre,&laverita-j
ble Religion ne pourroit minqier;
d'en retirer de grands avantages, puis-j
que leChefdela. Prâtelante neferoi&
plus en pouvoir d'in fulter- tous lesfc
jours la Catholique, & de cherchera
comme il fait, à l' aneantir. Miifr*
le Chef de la Misson d'A!:tlhichc) quij
paroistû extérieurement devote, & qui*
doit tant à la vraye ReligionraimS|
mieux voir sa pi11onsatisfaite, seï
abailler, s'illuyest poffiole, la gloire
d'un Monarque
,
qui ne s'elt rendu di-j
gne de sa hune & de celle de tant
daj
Princes liguez,q ie parc;que fou me-f
rite estant trop brillant,Se trop gei
neralement: reconnu, h Ranomméel'^j
mis tellement au délias d'eux, qufljî
leur jaloafis le sçauroit foiffrir [
gloire. Voili ce que peut l'interei
himain; c-rgagelamassonU-ftrichc
àfacrifierla vetitable Religion
à.'la Prctcftante Ïcar c'cft bien la préférer
que de faire tout cequi peutélever
certe dernicre en détruisant l'autre.
il y aplus
,
& l'on doit juger si l'intertft
de.laReligicii Catholique cft mis
ende bonnes mains, lors que le Sieur
H-vflëy
,
Ambarfadeur du Prince
d'O range à la Porte, tft-chargé pour
rFmpercur de la Negcciaton de la
Paixentre l'un& l'autre Empire. On
nç (çauroit douter quece Prince n'ait
pris lefoin dedresser toutes les Jnflruûions
dont est chargé cet AmbalTadeur
j & il y a grand sujet de croire
qu'ilne fera rien qui (oit contraire à qu'ilsouhaite, ce puis qu'il ne rcconnoift
qpeluyseulpour Maifire, Il dl: aiféde
s'imaginer par là quels efforts fera
)'Arnbafl'adeur de ce Prince pour porter
les Turcs à faire la Paix, afin de
continuer la Guerre en Europe) juf-
;quc:ql1 leParty Protefiant l'ayapc
emporté sur ieCatholique, foit allez
puilfant pour l'affermir dans son u(u¡';
pation
, en forte qu'il puitlc aiec la
Hollande, qui deviendroitPrévince
d'Angleterre, donner la Loy àtolU
ceux qui font aujouid'hnyTesAlliez
& faire dominer en Europe la Religion
Proceftante; Toutcela meritc
des reflexions que-vousferezauiïî bien
que moy, & jt favs-si transporté quaRd
je voy qu'toe Politique, qui setrouve
mesme înfruéfucule
,
l'emporté fut
la-Religion, & quêtes kiterefts du
Ciel font facfificz à de* mttfdh hà.
- mains, que se n'ay plas la?fdtee <3®
m'étendre davMJtgè forcé qut jé sçày
qu'onen deirpénfer. Jen'ay pasrtioiAi
d'indignation quandjecoirfîdete<Jàe
l'on avilit la gloire de 1Empire,jass
qu'à envoyer désAmbassadèûrsàsa
Haye reconiïo'iftfe un Ufurpsteur
,
&
recevoir (es Loix, dans une AfTeinbiéq
où l'on ne se trouve que pôur écoa.
tef ce qu'il IU1 plaist de resoudre, &
suivre ksvoÍcntet, Puis qu'il y a Ulho
Ligue entre un nombre de Souver-aih"
et que l'Empereur y en entré, quel
autre que luydoit dire le Chef de cette
Ljgûe, & peut en convoquer l'Afitmblcc?
N'tftte pas à luy à prendre la lqu'iltaJle a Piince
d'Orange? L'éclat où la France se uouve
auj çuid huy bldle rIrnpirc,& pour
Jatisfaire l'envie que l'en a de l'obfcur-
(ir) -en bai{fc cet 1Empire nullefois
davar.tageqû'of1ne fÚoit en i allt en
paix avcccettepiilianteRival e. Il n y eutjamaisdehente à reconroiftrcle
véritable mérité , maiS il y a beaucoup
de beflefle à donner de l'encens à un
Usurpateur.Qtieparmctrah.son heuitufc
pour ccky qui i'entiepicr.d,un
Souverain perde sa Couronne
,
il est
loujours Roy, il reçoit par tout les
me/mes honneurs
,
il est plaint & refpedé
s &,il ne luy manque qu'une
nembreufe fuite de, Flateurs; mais si
la fortuneabandonne un Ufurpaieur
,
en ne voit plus rien eu Souverain
,
icit le Ci-mincl Faroifi) il naplus
d'^ccneurs àefpexer, & n'estantplaint
que de ceux qui ayant part à fort crime
en craignent le chaftiinent
,
if perit
fouvencdans lessupplices qui font deainez
pour les Tirans, St qu'il n'est
pas aise qu'ils évitent. Comrrrerien
n'enltable dans le monde, Se moins
en Angleterre que dans aucun autre
Etat, jugez, lors qu'elle viendra a se
repentr de iarevulre, quelle fera là
confusion de ceux qui ont applaudi i
celuy qui l'a causée, & qui ont rampé
i Ces pieds, comme onthitI-Enyoyé
de l'Empereur, & l'ÀmbaHadeurd'fc(H
pPaaggnen. «-L'ESPAGNOL. J,
J'en rougis comme vouspour routée
la Maisond'Auftriche,& puis que touSdevons
parler de bonne foy, & qu.
c'est la finccrire qui nous aOEeTribté) j'tt
ne dois point faire vor ieyiesrodoi^
montades si ordinaires à ceux de noftr^j
Nation. Àussi bien Vacco'rderoien'tc
les mal avec les affronts que noftrèij
union avec (e Prince d'Orange oouii
fait essuyeri tonsmotNens.U eftimw
possible que nous voyions sans gémir,
les pertes qu'il nous cause, le fang
-qu'j;I nous coure,Sel'argent dont (es.
projtrsont épuisé nos Finances. Nous
îçavionsmieux que personne cequ£
peuvent les Armes de France fous un
Roy toûjours Vainqueur. Depuis l'an.
née 1667. rIsse
)
Douay
,
Cambra1.,
Valenciennes. Saint- Orner,Airey
Condé
,
Ypres, Bouchain, Courtray-,
Oucienarde
,
Limbourg,Ath) lcuve
5àint Guilain, Puicerda
, M'effine;
Gand, Luxembourg & placeurs au*
ttes P laces qu'il m'est inutile denommet)
outre des Batailles gagnées sur
Mer &: sur Terre, novvs avoient assez
appris te qlYC nous avions à craindre,
si-fcou osions nousengagerde nouveau
à entre*cta guenfe contre une
Puissance si redoutables La France
fcftoit tranquille, & sonRoy ne vouloit
point troubler la Paixqu'il avoir donnée
à l'Europe par une bontés
toute genereuse. ll avoit lai{f repot,f-,
rttles Ennemis de la Chreilientc
, &.
quoy que la Politique luy îeprefcntafl
que la Maison dAtiiljlLhe le feieit
servie d'ure pareilleconjorcliii-e.,m-11,
gré tout lezile de Religion dont Íq
Princes ient paraèe) & ladévotion
qu'ils tfft dlentla sincere pieté du
Roy de Fiance l'importa iur toutes
fprres deconfédérations, & des COI1- qudlcs ceitainei furent incapables de
le tenter. 11 preftia lesimertfhd<
l'Egideàles propres interdis, & cc
Monarque, ïcjn de faire lever dej
iTioupes, & dele préparer àla guerre,
ne pensoit qu'à attirer des £*ncs à
Diell.,adéuuirè les Temples de l'Hc
lesse dans son Rcyaime, ôc à faire
bâtir des Eglifcs. Le Prince d'Orange
proposa au Roy Q\Espagned'entrerave<
Juydans une Ligue pour Llirjc:fculcvcl
les Protcftans de friir,ce,y faire n fleuris
leur Religion,&prr-rraigaegrctre,tcu,uttl'Ei- Ft-at,2li
avec les autres Puiflriu'cs qui-ifloien^
déja entrées, ou qui dévoientcntici
dans la inclineLi^ue. Il picpofa en
1\.lmç.Hmps de le rendie maiilrç
.rAngleterre,alléguant qu'il n'y avoir
^qu'ellefelile qui puft empêcher la rui-
.né totalexle laFrance, Le Roy appric
.tout ce qui Ce) tramoic contre luy &
^contre Ja' Religion Catholique-Il en
:fit,ï'.art au Roy d'Angleterre5 qui ne
;put se pecfuader d'abord qûe son Ncveu
& fonGendre » pour qui U n'avoit
jamais marqué que de la bor.té
, &
qui avoit tous les sujets du irondc de
te loiier des obligeans témoignages
d'amitié qu'illuy donnoit, eust pû for
mer le dessein de faire îiaiftre la révolte
dans ses Etats, & de l'en chasser pour
en faire1 couronner Roy, fous des
ïprettxtes si foibles, qu'on a cesse d'en
rarlèt depuisqu'il sestplacé sur sois
Trône,. Sa MajtûeBritanniqueeftorc
d'autant plus éloignée de croire tout
i:e qu'on luy disoit du Piince d'Orange,
que le Sieur Bentcim, son Favory,
estoit alors à sa Cour pour le fe*
Jicitcr sur la nailfancc du Prince de
Galles, & qu'ill'assuroit que tous les
bruits qui couroient du voyage de ce
I
Prince en Arglcierre, cfloient abfoiument
faux de iorte que ce Monarque
fit sçavoir au Rcy de Ftcncc que c'cfioir
luy fcul que Korage menscoit.
Quoy que le Roy Très- C hreftien ne
ic fust pas préparéà soutenir l'effort
de tant dEnnemis qui avoient juré sa
perte , comme sa prudence Juy fait si
bien ménager les choses, qu'il ne
s'cxpofe jamais à pouvoir cflrc furpris,
ilfit aflcirblcr tcut ce qu'il avoit
de Troupes, pour prévenir ceux qui
avoientrefelude l'attaquer,AMonfei*
gneur le Dauphin partit pourf/Iîeger
Philisbourg. Les Princes liguez nc-'
ftoient point en estat de (è mettre en
campagne. Leur dessein avoit éclaté
trop tost
, & i!s ne devoient agir que:
quand lePrince d'Orange feroitsurle
Ti ônede la srar d'Bretagne. Ils s' c:.
S-foloiieennrt m-e/fne fllfaatteezzqquueelolorrss qquu''iill lfrce--,,
xoit en mer,il empêcheroit les Troupes
de Fiance de faire quelque enrre;".
prise,dans la crainte qu'eniauroil qu'il!
nefift uncdyfcente sur les ccftesdecet:
Etat, Se ils elperoient qus les Nouveaux
Convertis se fouleveroient à la
veui decetteFlote,mais la pcùdcncc,
du Roy rendit toas leurs projets iÕ.Ur":
tiles. & Philifbjurgfut obligé d«.féf
rendre avant que la Ligue lre vist en
pouvoird'en executer aacun. Pendant
que toutes ceschofes fï pifTjicnc,rE!-
pâgnJ en estoit i'heureuse&tranquille
fpeclatriw. Elle n'ertoit' point encore
,
entrés daos la Ligue, qui la follicitoit
puissammentde se dechrer de fou party.
La Fiance de son cofté luy faisoit
de grandes instances poir l'engager à
demeurer neutre, & les diverses raifons
qui la pouvoient faice balancer,
furent portées aux Conseils du Roy
d'E(pagne, dont les sentimens demeurerentallez
longtemps partagez. L'affaireestoit
delicacc du cofté d; Tinterest,
de la glaire, & Je la Religion. La
Ligue fai{Õ:t efper^r au Roy Cathoitq.
ie q l'oa IMy feraitrendretoutes les
ConquedesqicJeRoyde France avoit
faite;' dans les Paysrbas, & ses proj ets Jet$
BaroilToicnc si bienconceus, Se leus
succés (i certain ,
qu'il'lsftnbloit qu'il
tt'y eust aucunsujet d'en douter; m'lit
il'iailoit se declarer contre un Roy,,
Fils aînédel'Eglise ,un Roy honnefta
homme, un Roy dont on avoit épouCé:
la Nièce. Il falloit consentir que l'on?
tifurpaft une Couronne, donner leg
mainsàla ruine de la Religion Car
tholiquseo Angleterre» travailler a
rétablir la Protestante en France,& 4a
l'y faire fleurir
,
& prendre les arra:*
pour aider à mettre toute L'Europe eni
Feu. LeRoy mon Maistre, iculie
pieus, éqatable, & porténaturelle
ment an bien, avoir peine à
s'yre-f
foudre.LaReins Doiiairiere,recondé
de toutes (es Creatures, & de cei/ea
que l'Empereur avoit à la Cour d'i
pagne, prit fortement le party ds 1
Ligue,& l'affaire sur agitée dans plu
sieurs Conseils,Gins qu'on y puft pren
dreaucune reColution, La Reine Re
gnanre qui faisoit les delices de (e
Peuples) fouîsnoit les bons (utirne,
dif,
mRoy, & cette Princesse estoit sur le point
Ee triompker) & d'empefeher les pertes que
KCpagne
Jouvoitresiastfearites depuis ce temps-là. On ne
à la justice, & à la fOlce de ses
itrraaidsooints.Eile aroit une prudence qui embirses
Ennemis, & en prenantle party de
équité, de la gloire, du fang, & de la Religion
, elle fouîtenoit l'intercfi. des Rois avec
une chaleur qui lafaisoit craindre, &admirer,
lors qu'une mort fubitc priva l'Espagne de
cette Piincene. Elle eltoit jeune, &jouïssoit
l'une parfaite fanté. Sa mou qu'on liavoit ,s lieu d'attendre, fut favorable à (esEnnepmoiss,
Se l'on peut dire qu'elle mourut à propour
eux. Le Roy Catholique, que cette
Jcrte: toucha jusqu'au fond du coeur, s'abanonna
à-la douleur la plus vive. Tout commença
àhif devenir indifferent & ce fut
ans doute par là que le Party du Prince
tle'O4reange vintàtout de l'engager à se metlà
Ligue
, & à refuser la Neutralitéque
a France luy proposoit
, & sur laquelle elle
n'avoit PU avoir dç réponsedepuis si long- temps. Le Roy d'Espagne en entrant dans une Lilue
avec des Princes Protestans , hazardoit
"autant plus la Religion dans les Païs-£asf
ne non feulement la Campagne devoit estre
ivmopiltie de Troupes Protestantesjmais qu'il
meûue en faire entrer dans la pluspart
des Villes, tant pour la feuceté de ses Places
àcauseque les Garnirons n'eneftoieatpa
apllez fortes, que parce que les Alliez n' assez de Villes de ce cofté-là, poar îiverner fai
leursTloupes,qui aobligéc
deBrandebouigà prendre cette anneuiquJ
tier d'hiver dans les P4ïs-Ba&, 1in d'éviter I
trop long chemin qu'elles auroient eu à sais
pour Ce trouver prestesàl'ouverture de la Ca
pagne.Chacunsçait que ces Troupes, &c
d'Angleterre ont fait mille inCultes aux Car
liques,ét, tournéenderision les Cérémonie
cleleglise, dansles Places où elles out h|
verué. L'Espagnen'auroit pas autrefois e posé la Religion à de pareillesavanies. Ceia
conduite est non feulement contre fou u&JI
& contre l'attachement qu'elle a toujours t rnoigné pour la Religion Catholique, m
aussi contre les preceptes de Philippe)1I.
CarduulBentivoglio dans Ton Hiiloiiedf
Guerres de Flandre ,
rapportequ'après que <
rrfnce eut parlé à Marguerite de Parme I
Soeur, de ce que les Païs-Bàs dont il lia
ïaiiïoit le Gouvernement , avoicnt à craindJ
de la France, de l'Angleterre & des Princj
Heretiques de l'Allemagne, il ajouta, <2l
tes Voisinsferaient dans de continuelles pratiq
pourfuira naijlre le trouble dans ce Pais, & e
ce tlu1on en Rêvait craindre davantage, i
qu'ils ninfeciafféttt le Peuple d'/ferefie3
qu'ilsneseferufcntdecetteoccasîonpour engager
la Noble à des net.'LeautrZ Qu'on chercherait
alors à empoijoiner la J'upulace du zenin
desfauxdogmes,se àlapouffer peu à peu de Ut
libertéàla licence, de la licence aux tumultes,
& enfin des tumultes à la révolté. Qu'en permettant
que CHerefie s'vntroduif.si dans lesPais-
Bas3 il esloit d'une ccnfequence infaillible qu'elle ynnflaccompagnée de tous ces maux. Que lu
Haye se la sausePieté ne pouioient st.bfifler
eiljemble. Que f: les Peuples se diiifoient dam
leur Piy ,
les Grands iroient aussi tcftavx nou-
'LealtteZ& prendraientmille fat.xfMtcxtes pour
convertir la Belgien en factions. Qu'on en
icyoit de tres-malheureux effets en Lllemagne)
se'descommencer;;ens en France quinei'estoient
gueremoins. Q¿epetir garantir laFlandre d'un
malheursemblaile, il falloitla tenir entièrement
nette d'Htrefie, se n'y permettre aucun
usage de Rcl.'gicn que ah) de la Catholique.
Que c'était l'ancienne Ó" VéritableRebgicn- se
lafeule dentet:sijs pr.jiIJ;o'l dans tousses autres
Rcjaumes. ,e la A/aifcn d'Aiflriche en tiroit
toute sa Grandeur, seque commeparson moyen
les Sujets se t¡Ol:'Lc:ent unis entfeux dans le
CultedesAutels ,
elle fenoit encore à les lier
davantage ensembledans l'obeïssance qu'ils de-
'Lo:ent,& à leurs Princes, &aux M/tgiJlrats;
de forte que lorsqu'il la soutenoitse la defendoit;
elle le soutenoit & le defendoit rectrç•
;Iement
Il
& qu'enJJle plusJ pement, quenrendantparlàleplusgra&m
service qu'il pouvoit à Pieu 3
il sensuïvoit quim
frocuroitenmefine temps toutes fortes d'awtntm
ves à la Couronne d'Efbavne. f
Charles II.qui regne presentement, a ism
tout le contraire de son Bisayeul, & comm
il ne ioutient Foint l'Ancienne & VeritableR
ligion, aulli la Religion, ny ne le fouftienti
ny ne le deffend. C'ellpourquoy nous ni
devons pas nous étonner
si
depuisl'Alliance
qu'ilafaite avec les Ennemis dela Religion)
& contre la Religion, il a fait pertes sur pertes
; & si avec toutes les Mines qu'il a
dans
les Indes, iln'a pas eu dequoy entretenir,
une poignée de Trcupes, en forte qu'elles ont
estéCouventl'objet de la raillerie des !nne-:
jnis, & reduiies aux plus facheusès extremi-l
tez, jusqu'à demander l'aumône.CetteEspa-j
fgonuern,isauuefois si fiere, aveu ses Généraux
par ses oidies, à enrecevoird'un Ufurpateux
, & d'un Pcrfccuteur de son ancienne,
Religion. Elle s'elt veuë & se voitencore tout!
les jours obligée de plier les Eollandois). sess
Sujets revoIrez, de luy prester de laargent, Sc{
elle n'a point faitdifficulté d'engager ses Do-i
maines pour en répondre. Apeineest-elleen-<
trée dans la Ligue, qu'elle a veu sur fesTer-i
xes les Troupes de ses Alliez, & celles de:
Prance y vivre à discretion ,& qu'elle a eité
contrainte de payer de toutes pans de grolTeii
Contributions aux Trançois>qui ont démoly
'jusque dans'le coeur des Pais-Bas, tout ce
quiles a incommodez. Ses Troupes ont este
battues en Flandre, en Catalogne, & en
Savoye. Dés que le Duc (Te ce nom s'est laissé
engager dans (on Party, il a perdu presque
tous ses Estats) sans que toutes les Troupes
du Milanez jointes aux nennes, avec un recours
d'Allemans, les Troupes de Naple&
de Sicile, & tout l'argent qu'on a pû tirer
decesdeuxRoyaumes & du DLché de Milan,
ayent pu reculer cette perte d'un moment)
non plus que les remi{es de Madrid, accompagnées
des Troupes Espagnoles qui en font
venues. Tout cela n'a [ervy qu'à découvrir la
foiblcire du Roy d'Espagne
}
& à faire triompher
le Roy de France, qui loin d'estre en
garde de ce cossé là,ne pouvoits'imaginer que
les aûi,-ns du Duc de Savoye deussent s'accorder
si mal avec ses véritables interests , les
paroles, fcs Lettres, la juHice) la raison,
'& l'Alliance que le Roy luy a fait l'honneur
de contracter avec fuyJen luy faisant époufer
une Petite fillede France. Enfin Dieu nous
a punis de ce qu'en l'abandonnant nous avons
eu la honteuse dureté de contribuer à chasser
du Trône un Monarque Catholique, à ruiner
la vraye Religion dans les Eilats , 8c à
l'exposer dans les nostres. Le Ciel a permis
que nous perdiflions la Ville de Mons qui
pouvoit raÍfer peur imprenable, &qu'elle
fust emportée à la veuë de nos Alliez, 5c de
leur Chef, qui ayant fait d'inutiles démarches
pour nous fergarir, ncus ont ccuftc cher
peur toute la fulfiftance qu'il a salu fournir à
leurs Treupes, de forte que nous nous
voyons accablez par nos Alliez comme par
nos Ennemis , & ce qui fait le ccmble de nos
malheurs, par la colere du Ciel. les pertes
conufJuelles, les affronts, & le manqued'argent
,nous rendent des objets de misese & de
lifte; & ncus devons tout cela à l'esprit
perfunfif du Prince d'Olalge. qui your ses
seuls irtertfls ncus a faitfaciifier les noftres
à son ambition, & agir contienostre
gloiie, noibe conscience,noilie Religion,
& contre ce que nous devions à Dieu, aux
hommes, & à nous-mesmes. -
Ccirme ilefloit déja tard lorsque l;>Efpa..
gnol cessa de pailer,lerelie de la coiiYerfationfutremis
au jour suivant
AFFAIRES
i
f DE L'EUROPE îContre le Prince d'Orange
: II. ENTRETIEN.
A PARIS,
Chez MICHEL GUEROUT,Galerie*
neuve du Palais, au Dauphin.
M. dc.x el., 1IlUT.
- -
On donnerate IJ. de cbaam
mois Un Entretien sur lefj$jfai>
res du Temps, dont lePublic ne
payera cpeSEPT SOLS,
AVIS.
SI le grand succés d'un Ouvrage
peut exciter * fairt encore mieux,
celNy-g doit avoir detjuoyJatisjatre
le Letteur.Aussi nJ a-t-on rien épargné,
& la Planche dans laquelle on
trouvera huit Médaillesyeftun ornement
digne de lamatiere qu'on traite.
On peut voir par là qu'on lApptique
moins à ce travail par la 'fJell'é
de l'interelf. que pourla gloire de /4
France- Ceux quiachèteront çt fitond
Entretien doivent prendre gar.
de que cette flanche y fait mise
)
(5*
mesme d'une fort belle graveure, &
qu'ily ait des lettres lfeuronnées 411
commencement, défi à ces marques
qut ¿',,, mnoifira les veritablo
Exemplaires, d- qni neferont toiAi
Contrefaits, commel'a i-flé le proniey.
Entretitn ,qoi eftoutdefiguré d'une
fort méchante tmpreffiun
,
¿. rtmply
de fautes. VIIOuvrage quia le bonbettrdeplaireestfeujctà
ces contrefaçons
, &leLetteur court risque de
s'y voir trompé s'iln'yprend garde
de prés.
oOnn donnera daUu r-f- d'Aoust,lafu- ite
des Plaintes de l'Europe, & comme
elle ne fournira pAS JetjuoJ achever
le troisîéme Entretien, ony trouvera lecommencement d'un autre sur une
nouvelle matiere•.
AFFAIRES
DUT E MP S.
(,
XI.PARTIE.
Les Plaintes de fEurope contre le Pxinced'Orange.
IL ENTRETIEN.
Es mêmes personnes qui
avoient entrepris de faire
voir qweiePrince d'Otailçeefl:
lafcuL ca se de l'ef-
Fnfion de tout le fang qui sert ré-md'l
en Europe depuisquelqur ai,,né'es,
lSeeuqr'sil l'a plongée d.ins tou 1s malqui
1accablent auoiid'huj#
s'étant trouvéeslelendemain dans le
mesme iieu, où leur conversation avoit
commencé, la reprirentdelà forte.
L'AUSTRICHIEN. )
Quoyqu'il foit forrrare de pouvoir
trouver. un Amy fidelle & veritablehonneste-
homme
, je ne laisse pas
d'estre allez heureuxjtour çfiayoifj
uu de ce caradFere , à qui je ne cache
rien; & il £aBt vous \,avoiier..-, je luy
ay fait. partdéklacoîwefrti"n q' c,
nous eulmes hier ensemble
,
& maigre,
la droiture de (on ccrur- il n'apû apr
rendre.qu'avec<]«eléfue$-^marques de,
surprise ,qu'enparlant du RQY-, de
Fiance* nous en^yons^dtttàivtde-choses-
glo-rien ses. L'ESPAGNOL. • Les faits que nous avons rapportez
luy femblenc
-
ils faux ,ôcles at-il
combatus ?--. * , - r. 1-: L'AUSTRICHIEN.
Non, mais ce font, je croy, des,
verirezqui le chagrinent., & qu'il,
voudroit ignorer.; L ?
S
i
L'ESPAGNOL. *- [Elles
ne font pas moins veritez poitr
cela) & il doit estre moins étonnant
d'entendre les plaintes que nous faisons
de nos Souverains qui nous ont rendus
malheureux pour avoir pris un
méchant party. que de voir ce que la
ibizarierie des hommes a fait remarquer
de tout temps dans toutes fortes
- d'Estats. Si vous y avez pris garde, il
n'yen a point oùil ne se trouvedesSujets
qui ne font jamais contens, quelques
profperitez qui accompagnent
toatei les actions de leurs Princes.
Ces Frondeurs éternels, ccsNouvellistes
bourrus, & remplis d'inquietude
,
qui semblent mettre tout leur
plaisir à contrarier, & qui ne rongiflent
point de faire des éloges de
la conduite de leurs Ennemis, qlOY
que méchante
, ne paroissent jamais si
chagrins
, que lors qu'il s apprennent
ds Nouvelles qii les devroient réjouir.
Ce n'est pas qu'ils en foierft
lâchez dans le fond de l'Ame•, maïs
leur claaere eRant,de n'approuve
jrien
-,
i:s ne peuvent témoigner d
joye d'un heureux'succés, parce qu'ï
n'arrve pas fclon le plan qu'ils avoien
dresse
, ou à cause que leur imagina:
tion fouvent gallée par les Ennemi
iecietsde l' Êuc
,
leur representequ'i
Aura des fuites beaucoup plusfâcheuses
que les avantages n'en ont esté grands-
Enfinentendcz-le raisonner,011doic
xrundre}afq l'au milieu des ViéèoiresJI
& la plus (âge conduite est accompa4
ignée d'une infinité d'irregularitez Se.
desa.tes eHntielks. Si tous les Etats
du Monde font remplis de ces Empoi.
ionneurs de bons succés
,
à qui les;
proOerirez donnent des sujets de plaintes
par lesconseq icnces qu'ils en tirent
,&dont les Cris que IVlegreiîd
publique oblige à panier
, ne peuvent
fini les gemitremens, pourquoi
oe veut-on point que dans des Ecacs
qu'un malheur perpétuelaccompagne*
comme cenx où noussommenez, il
se trouve que'que petit nombre de::
1
1
Sujets sinceres, qui n'estant point
iveuglez, parlent des chosesfélon
qu'elles se partent efïe&ivement, ainsi
que nous filmes hier dans nortra converfation.
La vérité ne change point
de nature pour cela. L'imprudence tit
nos Souverains & les miseres qu'elle
nous attire, ne diminuent rien de
nostre fidélité. Nous* n'en fom:"ne$
pas moins prets à les servir fani
nulle reserve; mais pouvons-nous
ignorer la verité quand nos partes
fervent tous les jours à nous la faire
connoistre? Si nos Souverains feduirs
dimoient moins dans les chimer
res dont on se ferc pouc furprerrdre
leur raison &: les éblouir
,
comme
on verroit leurs Etats p:us lforilfans,
denrs Sujets ne feroient pas dans l'accablement
où ils se trouvent. Cette
iverht qu'ils cherchent à se dégnifer,
ne sçauroit estre par tout que la mçmc
vcrité. En quel que Climat qu'elle se
rencontre) ny les interestspatticulicrs,
t
ny tous ls rellorts cachet que V'an#*
binon, l'envie
, ou lahaine ont accoûcumé
de faitej.oiïer, ne peuvent
la rendre différente.d'elle-mesme. Ain
si CwUX qui ne luy ferment ny leur
yeux ny leur ccrir, pour s'empêche^
de la voir & de la sentir ,doivent la
connoiftie auHi-bien que nous. Nous
l'avions feule en veuëquand nous avons
commencé nos Entretiens. Ce-1
toit la fîneerité qui nousavoitaflèmb!
ez, Laverité nous ouvroit la boucher
& l'on s'étonne que nous Voulions l'écouter
,
commeii nous devions eftre1
toujours dans l'aveu.glemént
, parce
que nos Souverains s'obstinent aréfuier
ies lumieres!
LE BAVAROIS.
Je ne doute point qu'il n'entre:
beaucoup de ces raiforrs dans la fur-,
prise que l'on fait paroilhe, de ce que
vous avez bien voulu dire des veritez'
qui ne font pas à vostre avantage; mais
je cjoy que l'on s'en étonne aussï,
parce q1'il est bien plus ordinaire de j
s'égarer, que de prendre le chemin i
que l'équité & le bon sens nous prescrivent.
La Ligue nous en
est
un
grand exemple. Elle est composée de
Souverains qui doivent efire plus
éclairez que le commun des hommes,
par les foins qu'on a ds leur apprenire
presquedans- leur berceau, ce qui
tegarde l'interest des Princes. Ils ont
bailleurs des Ministres conÍÕmm, &
lors que tant de personnes qui deproient
estre habiles, se font perdue?
aour avoir fermé les yeux aux lumières
que la verice leur preientoif, il
emble qu'il- ne doit pa! cftre permis' ïdes Sujets de les ouvrir, pour voir'
:ette vérité sur laquelle ils ne peurenc
raisonnerqu'à la honte de leurs*
^{laifLtrc'As. USTRICHIEN.
vous ne ditesrien quineme foie
ombé dans refprit, mais si vous estes
my de la vérité, comme vous voulez
lue nous le croyions, vous ne pouvez
lifeonvenir d'une chose
,
qui allurélenc
est inconteftible iSiquand je
vous paÍfe l'aveuglement de nos Sou4
verains, il faut que vous demeuriez
d'accord avec moy que le Roy de
France doit à Ton Etoile tout le bon-*
heur dont il est accompagné. Le contraire
ne sçauroit se soutenir ; car enfin
quelles que soient ses Inmicres, sa
valeur, &sa puissance, il est né homme
comme les autres, & il n'y en a
point encore eu, non feulement qui
ait rien fait de [emblable,mais mesme
qui ait pu en approcher de bien loin.
Qu'on examine les Historiens les plusfutpéh;
le plus menteur n'a jamais
osé porter si haut 1e gloire d'aucun
des Heros qu'il a entrepris de favoriser.
LE SAXON.
Vous pouviez vous dispenser de
parler icy de l'Etoile qui rend le
Roy de France si superieur à tousiles,
Monarques de l'Univers, puis que
tout le monde en tombe d'accord.
LE BAVA ROIS.
Peut-on en dire aurre cho[e, *
pioins qu'on ne foit plus aveuglé que
ne le font tous les Princes de la Ligtue
sur leurs interests : L'AUSTRI CHIEN.
En effet, comment le Roy de
France, dont les Etats font allez
cornez, auroit-il pu soûtenir la guerre
ontre une légion d'Ennemis, s'il n'avoit
eu une Etoile qui le pourroit
faire resister à toute laTerre? Il a contrç
luy les deox branches de la Maison
d'Auftriche.Celle d'Espagne a
des Etats dans l'un & dans l'autre
Monde,& compte presque autant de
Royaumes, dont elle tre del'argent,
qie le Roy de France a de Villes
coniîderabies.Joignez à cela ce
,q l'clle en tire des Indes. La branche
td'AlJemagne, outre les sept Eleéteurs
qii fontdans son party> & qui s'égalent
tous aux Roisdu fécond ordre,
est soutenuë d'un nombre infiny de
,.petIts Souverains & de Villes, qui
:fourniiî'ent chacun des Troupes &: de 1argent,sans parler du Contingent
quedes Princes plus conifderaUe*
& meftne des Rois, doivent àiliod
pireny des recours que
peuveût
faafl
nir les Royaumes de Hongrie & d
Boheme. L'Angleterre, qui a esté I
longtemps en polîcilion de J'Empûi}
delà Mer, & qui^pemetre autfc1
fqis jusques au coeur de U.France,eil
encore aujourd'hnyarmée contje^ild
avec la redoutable Républiquedj
Hollande, si puissànte lur Mer,
riche par foo Commerce, & f1. sa-I
meuse par lesMédaillésqu'ellea-fak
fraper, pour faire connoistre qu'on ta regardoit comme l'Arbitre des Rois.
Le)
Duc deSavoye,qui feignoit d'être dansl
les intereûs de çeluy de France, devaitl
- avancer sa perte, au lieu d'ajouter,
comme il a fait, un nouvel éclat à [esj
triomphesj puis qu'il a cherché a Le
surprendre, en luy portant des cou psi
d'un cofté où il neaoit point en gaide.
Les Proteftnns de Ton Royaume
quefept de ses PredecelTeursn'aveient
pu.reduiredans l'état où l'on les voit,
ujourd'huy
, ceux de la plus grande
artie de l'Europe armez pour sa per-
5, & unis avec les Princes
Catholiques
; enfin., tout ce que les Souveains
de l'une ,& de l'autre Religion
ne pu luy susciter d'ennemis
,
n'ont
ervi, & ne fervent encore tous les
ours qu'aluy faire remporter des
vantages plus grands
,
& plus conti- .-
tuels;ce qui n'a rien de naturel, &
>aroift
, quoy que véritable, entieement
hors de la vray-semblance. LESUEDOIS.
En voulant diminuer les louangesdu
Hoy de France, vous en avez fait
n peu de paroles on doge si juste & si
)eau, qae les plus longs Panégyriques
qu'on a faits de ce Monarque,
n'endifentpas davantage. L'AUSTRICHIEN.
Commetoutceque rayditne regarde
que son Etoile, je ne pretens
phoeuinrteulx'avoir loué. Ceux qui font nez
se trouvent toujours dans la
bonne voye, quelque route qu'ils
choiftflent. Leurs affairesfcfontd'elJ
les mesmes sans qu'ils s'en mettent en
peine; & si je puis me servir d'une
façon de parler de& plus commmts 4
le bien leur vient fouventendormant;
LESUEDOIS. 4
Voilà lesdiscours que tiennentcerne
quicherchent à sabufer
, ,& qpiVc-i
tant eux-mesmes rendusmaiheureux,1
prétendent cacher leurs/antesjeadifank
qu'ils font nez fous une méchante"
Etoile
>
& que le bonheur des autres•
faittout leur merite. C'efcun jargol1
à ljamode qui.est dams la* bouche de
tous ceux qULVQyenc échàacr des entreprifes
niai concertées, mais quelques
foinsque l'on prenne adimmuer
la gloire des Princes quemille vertus
politiques& morales
iront
briller, il est
cettain'^ue le Cielse contente de leur
donner d' heureusesdispositions à bien
faire, & qu'ils deviennent plus on,
moins heureux, félon qu'ilss'appliquent
à les cultiver,c'est à dire, seson
Vils font valoir le talent, ou qu'ils- I* 1cril'enfouiflcnt.
Il n'y a presque point de
Cours dans l'Europe, où la curiosité
ne m'ait faitaller. J'yjiy plusexaminé
les Souverains, que les Palais, le4
Meubles, les Jardins, & les autres
raretez, 6c ce que j'ay vû m'a fait
connoistre que le Roy de France ne
ioit qu'à luy-mesme, tout ce qu'on
voudroit imputer à son bonheur.JamaisPrince
n'a plus donné detemps
au travail que ce Monarque. Il voit
tout, il connoist tout, il entend -
:out par luy-mesme. Il est heureux
parcequ'il est fage. prudent, modéré,,
ieux& juste. Il est heureux, parce
ue son décerneraient ne luy a
laissé
oifir que des personnes dignes de
lemplir les plus impoïtans emplois
son Etat. Il estheuieu*,parce que
loind'çftre jamais preveou, il présent
toûjours- ses Ennemis malgré
bur nombre & leur vigilance) &
lue quelques coups qu'on ait voulu
py porter »
jamais Prince ne les larçzavec a, plusde hauteur & plus
de conduite. Il est heureux, parcequ'il
ya d: la teste dans tout ce qu'il
efttrsprend, & qu'il n'y a que d la
passion dans tous les proj ets que ses
Ennemis forment contre luy
, ce qui
les fait avorter dans le temps de l'execution.
Il est heureux, parce que l'union
ne regne pas moin-s dans la Famille
Royale, que dans ses Etats, &
qu'il en est lesdelices. Enfin il est
heureux, parce que Tes
@
Troupes
triomphent toujours
, & qu'elles font
seures de vaincre,me me avant que
d'avoir jamais appris leur menerA la
guerre, puis que tous les Cadets qui
font dans ses Citadelles, dans les
Afcena-ux & dans sesEcoles de Mariné
, ne vont â l'armée qu'aprés
qu'on les a instruits parfaitement de
tout ce que les meilleursOfficiers
doivent sçavoir,Sfque toute la Jeu-!
Jlelfe de France s'empresse d'estrede
ce nombre, à cause qu'elle apprend
jtùx dépens de fan Souverain
, tout ce
qui épuifoic autrefois la -<Nabltï!e,
On a lieu par Ii de croire que la
France ne manquera jamais de Troupes
scavantesdans l'artcie la guerre, &
c'cft ce qu'elle doit àla prévoyance &c
M. la libéralité de Ton Prince, qui par
xonfequent doit peu à (on Etoile, puis
qu'il
b
'etf rendu aussi grand qu'il cft,
îpar une valeur intrépide & toujours
égale, & par toutes les choses qui
peuvent contiibuer à la gloire d'un
Monarque. Ainsi l'on ne doit rien
attribuer à l'Etoile, si ce n'etf à celle
dela France,qui a l'avantage d'estre
gouvernée par un Souverain qui la
rVIenodLusisEnodBilaAncVe. AROIS.
me paroifiez aujourd'huy si
François -
, que j'ay su jtt de penser
que l'ancienne union qui a duré si
longtemps entre la France & la Suede,
pourroit bieu se rétablir. | LESUEDOIS.
Il n'est point questiondécela.Nous
saisons professiondedire la vérité, &.
e rapporte ce que j'ay vû, ne pouvant
souffrir qu'avec le Jargon dJ:E
toile & de bonheur, on oftc au véritable
mérité ce qui luyest dû. Si l'on
ne veut pas que le Roy de France
doive à luy seul tous Ils avantages
lqiii le rendent fr redoutable à toute
J'Europe, il faut que l'on demeuré
d'accord qu'il en doit une partie au
peu de conduite & aux fautes qu
les A'liez ont faites. à
L'AUSTRICHIEN.i Quoy que nousen convenions,fai.
tes-nous voir celles que vous avea
remarquéLes.ESUEDOIS. J I Volontiers. Le Roy de France étara
entré en guerre en 1671. contre
Hollandois qui s'cfioient liguez comrj
luy cinq années auparavant, & qui ;
voient eu l'insolence de faire frapp
une Médaille où l'on voyoit Jofu
qui arreftoit le Soleil, parce quea Bunirgue> qui estoit alors Amba-flî
deur des Etats en France, & qui s'a |
peiloic Josué avait travaillé à la Paix
1
a laquelle ce Monarque voulut bien
coiifenticjaprès la Conqueste del'isle,
de Doüay &: de Tournay, lEmpereur
fitunefautetrès--considerable, en
se menant sans necessîté dans une
guerre qui ne le regardoit point. Il
n'avoit aucun su jet de Ce plaindre des
Françoisquil'avoientaffilié contre les
1Turcs, & il devoit estre aigry contre
la Hollande qui méprisoit ses Lettres
, ïes & les“Mcmcires reïterez par Ambassadeurs pour la reftitntÍotl
des Commanderies de l'Ordre de Malthe
dans les Provinces Unies, en sa.
veur du Cardinal Landg ave de Henf,
Grand- Prieur de cct Ordre en Allemagne.
Après qu'il se fut mis du party
d'une Republique qui pretendoir imposer
des loix à tous les Souverains,en,
réglant leurs dem-eflez,côme on le voit
par l'insolente Médaille de .Affcr,is.L-
¡bus,
sur laquelle je ne m'étells point.
parce quelle est généralement conmië,
Fe Roy de France le punit d'un prccccjc
«t.ufliinjuste qu'U esteit ingrat. Lç Vit
comte de Turenne gagna sur luy plufieursBatailles
dés le commencemeni
-de cctte guerre, & entre autres celle
,de Sinzeim
, & d'Enfeim. L'Empcreui
perditensuite quelques Places, &
par cette guerre ,
entreprise feulemeni
dans le dellem d'abbaiiler la France
il continua de travailler à mettre,
l'Empire dans le déplorable état où
nous le voyons. Il commençoit à feré.
tablir
,
lors que l'Empereur l'a replon.
gé dans de nouveaux malheurs, enentrant
dans la Ligue d'Ausbourg ,cc
qui a donné lieu aux Turcs de reprendre
la plus grande partie de cc
qu'il avoit conquis) & au Roy d<
France;de se rendre maistre de Philis
bourg, & de sare trembler les deu
bords du Rhin.. Ainû l'on peut dire
que les fautes que l'Empereur a fait
en se liguantO deux fois de fuite contr
ce Monarque
,
n'ont pas moins[en'
à le faire triompher, que sa parfaite il
telligaice dans le mestier de la guerre
& l'on doit conclure delà que fonEtoil
n'a que tres-peu de part à les
-
questes.-Cou- tr L'AUSTRICHIEN.
Si l'Empereur ne s'estoit point consente
de faire des Reveuës sans s'estre
jamais trouvé à la telle de ses Armées
, comme il ahroit estétémoin de
la rapide valeur des François, il en
iauroit eu beaucoup plusd'êtonne-
Iment qu'il n'en peut avoir, lors qu'il
ne l1',apprend'*que par lres pertes; Be
peut-eûre ne se feroÜ..il pas engagé si
aisément dans la derniere Ligue. [LESUEDOIS,
p. La paillon aveugle toujours ceux
qu'elle fait agir. L'Espagne qui connaitroit
sa foiblelle ,qu'on n'avoit
point encore veue si grande,devoit
-acceptr la Neutralité qu'on Juy of-
[roit. Elle sçavoit que ses Places étant
lus frontières de IaFrance,& plus à sa
Lbien-séance que celles de Hollande,
ïferoientlespremières emportées, puis
qu'eUe n'avoit pas de forces funifantes
[our les défendre
, & pour empekher
qu'elles ne payassent les frais de. la
guerre, comme il estoit déja arrivé ert
167 2. de forte qu'elle ne peut Te cachci
-que son imprudence à s'erre exposés
à faire encore de plus grandes pertes «
a beaucoup contribué au bonheur du
Roy de France.
L'ESPAGNOL.
Le faux pas que l'Empereur avoil
fait,ne nous obligeoit-ikagàluyprcfk
la main pour luy aidAFà serelever,
quand mesme nous aurions COUÏU ai
nostre perte ? LGrs qu'il s'agit de [el
soûtenir
«
les Branches de la Maisons
d'Auftriche ne regardent pas si elle
-
fîSnc des fautes
t ou des injufticesr LESUEDOIS..
-
On peut dire encore que la mauJ
vasse Etoile du Duc de SÛYoyearen-..
du le Roy de France le plus glorieux
de tous les Rois. Jamais aucun Prince;
n'avoit fait encore de foutes si groffieres
, contre la politique, contre lei
bons sens
, & contre Tes interests. cd
Duc n'avoit ny aucun sujet de craindrm
la France , ny aucun pretexte de se
plaindre. Il pouvoit estre Spectateur
paisible de tout ce qui se paile prefentement
dans l'Europe. Il a voulu estre
Aitcur ,
mais il a si mal joiié son rôle,
qu'il a fait paroistre celuy du Roy de
France, qui [çait profiter des fautes
d'autruy en habile Pohtique) & en
Capitaine expcrimenté, & faire tourner
à son avantage ,
& à sa gloire,tout
,ce qui devoit contribuer à la ruine entiers
de ses Etats. iLESAVOYARD,
f La Jeunesse ne peut se terir en
place. Il faut qu'elle se remue ,
&
rien ne la gaste tant que les mauvais
,exemplesL. ESUEDOIS.
Les plus heureux font fortfouvent
lesplus inquiets
,
& ceux qui gâtent
le plus leur bonheur. La plufpartdes
[Electeurs & des Princes Subalternes
de PEmpire s'estoient bien trouvez , Ilesunsde laNeutralité,& les autres de union qu'ils avoient avec la France
pendant la derniere guerre. Les uni
avoienr trouvé les moyens de confer
ver leurs Etats, comme dans la paij
la plus profonde, & lesautresavoient
beaucoup profité de ce grand 'moui
vement d'armes où ils n'avoienc pris
aucune part,sans qu'il leur en eufl
routé autre chose que d'avoir esté
souvent menacez d'estre mis au Bari
de l'Empire. Puis qu'ils estoient dans
une si heureuse sîtuation, qu'ils pou3
voient connoistre telle, non feulement
par le bnheur continuel dont ils
joiiilîoicnr,maisen ore par le pitoya:
bleeltat deceux qui avoientpris party
contre les François, y
a.t-lune
imprudence
pareille à celle d'avoir voutu.
quitterlecertain pour l'incertain?Ils^
ont osé croire le Prirce d'Orange, &.
comme ils n'eiloiert pas airez puifsans
pour se garantir des armes toujours
victorieuses du Roy de France,'
personne ne peut douter que les fauf-"
ses démarches qu'il leur a fait frire *
n'ayent beaucoup contribué à l'aug-
1
tentation de la gloire de ce Monarue.
1Les Sujets dtsEledeursJe Cologne,
u'Pa'atinat, de Mayence, de Treves,
cduDuc deVvirtemberg, demeureent
tous d'accord de la mauvaise
ouduite de leurs Majllres) suivant le
iifonnemerjt du Suidois, qui continua
de parler ainsi. rLESUEDOIS,
La Hollande connoiilbir par sa prorée
experience que rien n'a jamais plus fatal à Ton Commerce, que
ps Ligues qu'elle a faites pour entrerendre
des guerres. Elle ne pouvoit
voir oublié qu'on l'avoir pinie fevecmenten
1671. d'en avoir entrepris
ne contre les François en 1667. &
estoit allez pour la rend re fage.
,oi«nrne ce qu'elle a souffertl'année
erlliere)aussi-bien quecelle-cy, de'
t no ivelle Ligue où elle est entrée
Durdétrônerle Roy dangleterce
: pour envahir la France, luy apprend ut de nouveau qu'elle s'est lourde-v
lent trompée dans tous fcs proj ets,
Y
personné ne peut clouterque Terreur
où l'afait tomber le Prince d'Orange,
n'ait donné lieu au Roy Tres-Chrêtien
détendre les Conquestes dans
les Pays-bas.
LE HOLLANDOIS.
Ce que vous dites est vray ,
& nous
aurions tort d'ea disconvenir; mais
il faut avouër que le Prince d'Orange
dl: le premier homme du monde pou
engager les gens dans des partis tout
à fait contraires à leurs interests. 1
leur met un bandeau devant les yeux J
6c les engage à se jetter dars des pré
cipices , qu'il les empesche de voir 1
quoy qu'ils soient ouverts de tou
costez. Illeur montre des facilitezin
contestables pour des choses impoffi
bles
,
& tout leur paroist aisé désqui
a revestu la verité d'apparences vray - semblables. Sur ces fondemens , quo)
que peu solides, ils risquent leur gloire
& leurs Etais. Donnons luy cett
lloouuaannggee ; jamais personne n'a eu ;jamaispersonne n'aeu
l'art de faire si-bien ses affaires aux
depena
dépens d'autruy ; & jamais Ufurpateurn'atantfait
de dupes.
L'ANGLOIS.
Il n'y a point d'Etats qui le fçachentrnicujt
que nous. Nous citions les plus heuretix
peuples de laTerrc: 8c il notts ena ren.Ius les
plusmiserables. Vous en allez estre convaineus,
quand je vous auray fait la peinture du
trilleestat où il nous a mis,&de'tous le
maux qu'il nous a eaufez. LaReligidn. les
Loix & le Commerce foufïient beaucoup parmy
nous. La liberténarurelle à la Nation
s'ytrouveinceffimmentà la gêne. La tranquillitén'y
regne point. & touty paroist à
craindre. Les -plus heureux succes fie petcrentmanquer
de tournera nostre defavanta-
£C "NOHS sommesretombez dans des crimes
plus grands que ceux que nous avions expiezi
nous en gemiflons secretement, & d'une filuation
heureuse nous avons pallé d.ms un dht v iolent, fins que nous mentions d'estre
plaints, quand mcfmc nons fouftlirions encore
cent fois davantage. Je voudrais avoir le
temps de vous cntietenit à fond de toutes ces
choses, mais je ne vous en fera y qu'une legerc
peinture
,
afin que chacun de vous puilîc
parler à son tour.
LE HOLLANDOIS.
Vous avez rai Ton de dire que le tem ps vous
Manque J car si je roulois vous faire lut détail
de tousses maux que le Princed'Orange noa aattirez jene finiroispas quandJe.parlerai
un jour entier. H -L'ANGLOIS:
RiennenesçCauroitéégoaler les rd-e)frdresau C
quels peut estre porté un Peuple partagé et
diverses Sedtes, lors qu'un homme poliuqui
sans en choisir aucunei [it les faire servi
toutes à sa fortune. J'empruqte ces terrric
-de la vie de CroIDvvel, nouvelle-nenc ihtprjtmée
,& ifs peuvent dhe' tres-bien
appliquez
auPrince dsOrange.Il n'y a rien qui al
perfiiade qu'il elt fins Religion, ou l'qll
lpeeauitt conduire qu'un Prince de ce caraéterent
ce que
c'eltque
foy ny honneur; quj
ne.setientpoint esclave de sa parole,tqi*
faCiifie tout à ses interestsv que rien ne lçH
clt cher que sa feule ambition, '& (ILg>abars
donnant à toutes fortes de crimes ,
il attire 1!
mlaalédiction de Dieu fiu lesPeuples qui on foiblessede lereconnoiltrepour leur SoCB
, verain. Enfin nouspouvonsdire que laRcHt
gion obci t chez nous à 4a Politique, Ou*
•îait des Ëvesques qui n'ont aucun Ccmirnct¡
.de Dieu, & on les y fait pour aneurer le r^
venu des Bencfices a'lX Creatures de J'Ufult
pateur , b & afin qu'ils tiennent les Peuples 41 ReligionAnglicmeen craintCIFendant quf
a à sa dévotion les Prefbiteriens, dont M
Troupes & l'argent l'ont fait palfrr en Allgl
terre. Il les favori se touràtour félon
qu'il
besoin d'eux
)
& il s'en fert pour leur propto
'{lruaion, quand il voit qu'il en peut tirer'
relque avantage. Si les loix divines font
citées avec tant d'indignicé , les loix humai- ;
s ne font pas plus rcCpedl:c:s. Il n' y en a aune
en Angleterre quin'ait eilt enfrainte ,à
mmcncer par l'élection du Prince d'Orange i
a Couronne, Ouvrage d'un Parlement, qui
Ion les loix n'a pu cftreconvoqué legitimeent.
Ainfice payssi remplide JuriCconCul-
5, & Obfervatcui si zélé des loix ,
les a vu.1
JrailldH ptefque toutes à lu honte de la • ation.
1 L'AUSTRICHIEN.>1
Qouiiannd'ale crime donne entrée dans un li garde d'ylaifTcrfleurir des loix lereprocheîoifnt,&qui pourroient mee
le punir.
> L'ANGLOIS.
Le Commerce n'y elt ras plus floriirant, &
JUS pejdons de toutes manières. Nos V:Ü¡:.
aux Marchands font (ans Matelots que l'on
:feiid tous pour la Flore, Se h par hazard nous mettons quelques-uns en mer, on nous les
Jevelaplulpait, sans qu'il nous foit pcimis
nous plaindre. Le Commerce avec la Fran-
1 | nous cftoit foit avantageux, & il cil si
en rompu, que pour l'empêcher C'ntiereent,
la France elle-même fait brûler nos
iaichandifes. Noustrafiquons peuailleursà1
tufe des rilques. Nousn'y portons lien, df
cllue qu'on n'ore nous rien apporter, 5c'1
:mmc l'en craint toujours de voir aûenccnte*
la dwrifion & les roubreS, chacun appr
hende d'avoir avec nous des adirésdecottinercc.
On voit des Familles entieres sortir
du Royaume pour ne se point engagerd des guerres civiles; fc ce qn'il y a de phi
fâcheux> c'ell qu'elles emportent hcaucoup
d'argent, qui nous feroir d'un fort grani Ice.
cours pour le Negoce. Pendant qu'il' cclfe de
xculer chez nous, on nous en demande contïnuelleinept
»
& je vous laine,a juger ceque
peut fonifiirnostre fierté. naturelle ) d'eftic
obligée de se soumettre à la tirannic. A quel
le cruelle épreuve ne la mer-on point, quand
-on endure que les Hollandois soient maifttes
chez nous,& qu'en nous réduit à une si grande
extremité, qu'tl faut que laous leur fissions
laCcur, si nous voulons obtenir quelques
grâces de nostre Tiran?Plus de tranquillité
psrmy nous, comme je l'ay déjà dit. Ce ne
fontque desProclamations pour nous inquiéter;
Des qu'on veut perdre quelqu'un, oui
suppose qu'ilapailé contre le Gcuverne-J
went, & ccla est cause que chacun ciain
d'estre foufconné, parce qu'estre rouponllé
c'est dire coupable. Ce peuple qui jusqu'icy3t
tout taciinea sa liberté, la voit opprimée*
îc-Ies fieu Ariglois n'osent se trouver preÇcntemeut
quatre cufemble , rans Ce voir obligea
en mefinc temps de rendre compte de feua
conduite, Que n'auront-ils point à ctaind*^
s'ilfaut que l'Usurpateur devienne flusabfalâ
domine il ne se fie point a la Nation,il ne
ardonnera ny aux Grands,ny aux Petits, &
'emparera entièrement de la puissance atbiraire
, pour eilreen cftat de ne jamais éprouer
ledestin de ceux qui nous ont gouverner,
vant luy. Ainfila plus grande partie de la
Cation auroit interelt de parer ce coup- Elle le
oudroit) mais l'heure n'cft pas venue , & elle
st contrainte de souffrir le joug de la tirannié
liqu'à ce qu'elle trouve un fayorable moment
our le secouër.Legrand ncoibrc de n)al intenonnez
que l'on entend parler tous les jours
Diitrelc Gouvernement, &que l'en oblige de
onner des Cautionsjfàit bien voir que tolItela.
C:ation ne l'approuve pas. Aufll les plus zelèi' donnent-ils souvent la liberte de pailer
omnae ils doivent de leur légitimé Soudain
, & pluficuisviennentencojedémarquer
:ur attachement ponrce Monarque , en faiint
des Illuminations le jour de la nàijflance
lu Prince de Gaffes. Les desertions des Àn-
;lois en Flandre, font voir qu'ils supportent
regret la domination du Prince d'Orange.
;lle nous attire une guerre qui cftentieie-*
lent contie nos interests. Comme nous habitons
dans une Isle
, ceux qui cntreprènroient
de faiie des Conquefies sur nous, Cc-'
oient obligez de se rendie nialitres de tout
'Etat, sans quoy ils ne ponrioient demeurer
aifibjes dans la possessionde celles q,1Is aubient
faites.Auffi fcmmes-ncus a flcuiezqu'iui-
:une Puissancen'a dessein deconquérir. tO\!.e
l'Angleterre. Nous avons les mesmesraison
pour ne pas entreprendre sur les Etats de na
Voisins
, parce que n'estant point contigusau:
nostres , en nous donneroit les mesmes in
quietudes que nous donnerions à ceux qu
auroient pris des Places sur nous; de fort
que la guerre avec nos Voisins ne fçauroi
jamais nous estre utile à cause des Mers qu
nous [el'arent. Ces fortes de guerres ne fer.
vent qu'à ruiner nostre commerce, & cou
tent beaucoup de fang & d'argent à la Na.
tion. D'ailleurs,lesConquestes que nous se
lions rendroient nos Souverainstropners8
trop abfolns. Ils les regarderoient comme de
Etats qui leur appaitiendroienc en propre
& ils en tireroiènt des secours pour nou:
gouverner avec un pouvoir arbitraire. Ains
nous ne pourrions triompher sans perdre de:
Troupes & de l'argent. Nous affoiblirion
nollre Commerce , & nous aurions maigri
nous le trille avantage d'aveir foorny à no<
Souverains de quoy nous tenir en bride. Si
par malheur nous (ommesbanus, la Nation
paye bien cher la honte d'estre vaincue , & s'ij
arrive que nous triomphions,nous achetons
des Conquestes qui ne nous sçauroienteilrt
que fatales ; ce qui prouve clairement que nous
ne pouvons fournir à la guerre pre fente ,
sans
faire voir que nous entendons mal nos interefis,
& que nous sacrifions & nostre honneur
& nos biens pour l'ambition d'un hom-
IIlC, qui n'a jamais rien meiité de la Nation t
1
qui a troublé nostre repos, violé toutes nos
Loi*> & dépossedé nos plus saints Evelques.
L'ESPAGNOL.
Si vous n'entendez pas vos interests, ce ne
peut c itre que vofire rautet puisque vostre
Nation s'est elle-mefmc attiré les maux dont
elle gemit , au lieu que tout ce que nous
sommes icy, nous ne sommes malheuieux que
[par la faute de nos Souverains.
L'AN GLOI S.
Nous en (ommes bien punis , & la fituationoù
l'Angleterre (ê trouve aujourd'huy,
cft bien differente de celle où elle estoit avant
qu'elle eust favorise l'usurpation de son Tiran.
Elle donncit peu à ses légitimés Rois, &;
elle se voit accablée des sommes qu'elle donne
à son Usurpateur
>
& des emprunts qu'il
luy fait de jour en jour. Elle recevoit de la
pluspart des Princes de l'Europe, pour demeurer
dans une profonde paix> & elle leur
donne à tous aujourd'huy pour acheter une
guerre qui la ruine. Elle faisoit le Commerce
pour toutes les Nations qui estoient en guerre,
& la Suede & leDanemaiex le font aujourd'huy
pour elle. Elle contèrvoit ion fang) & il coule
tous les jours de touscoltcz. Elle avoit extié
ses crimes passez, & elle est tombée dans de
nouveaux qui la rendront plus indigne de
pardon , & plus odieuse à la poiterité.Enfin
elle a pallé d'un état tres-florillânt dans un
accablement déplorable, dont elle ne peut
ibitir que par le prompt rctablilTcment de
t
Ton Maistre légitimé. Je pourroisrapporter
encore un nombie infiny de malheurs
que nous a caufcz le Prince d'Orange ; lis
'ooutrnecjue peu de personnes les ignorent, & ne parle d'autre chose dans le inonde,,
je Yeux vous laisser entendre les plaintes
que la Hollande a sujet de faire.
LE HOLLANDOIS.
Elles fonten si grand nombte, qu'il eltirnpoffible
que je les rapporte toutes, &
mesme je ne pourray que paffer legeremenr
sur la pluspart de celles dont j'y à voui
entretenir. Nous pouvons dire que
la
République
est entrée dans l'esclavage le jour de
la mort des infortunez de VVichs, & que
la Hollande fut mortellement frappée du'
coup qui les fit périr , puisque dés ce moment-
là, nofire Statouder fit étendre le
pouvoir de son employ ,
auquel on avoir
donné des bornes assez étroites peu auparavant.
Pendant sa minorité, nous imposions
des loix à des Puissances du premier ordre.
Nous fleurissions dans toutes les parties du
monde; mais depuis que l'ambition qui le
devore nous a attiré des affaires de routes
parts, nos forces & nostre argent font épuifez,
& il a trouvé moyen de detruire en quelques
années ce qui nous avoir coûté un ficcle
de foins & de travaux. Nous avons tout
perdu avec l'amitié, & l'alliance du Roy Tres-'
Ckr êtien', Se cette perte nous a bien fait voir"
qu'il nous suffisoit d'avoir le titre de ses AI- *
ici pour estre les plus heareux peuples de J,
erre. Nous estions rentrez dans les bonnes
grâces de ce Prince apiés la Guerre de i6jz,
Lont nous fortifmes plus heureusement tousn'efpeuons. que Elle auroit pû nous coûter
tÉoumsoitiéde-nos Etats) mais il voulut bien ,
rendre nos Places avec Ton amitié, Se
se contenta de celles des Espagnols qui furent
cs vittimes de cette Guerre. Après une si
grande bonté nous avons esté bien aveuglez
(li'acrvCouiardépu ajouterfuy à ceux qui nous ont
que la France vouloir s'emparer
le nos Etats) & nous devions bienfairerc-1
I.:xiün , que si elle les eust souhaitez aussi arkmment
qu'on nous le disoit, elle les eust; renus
lors qu'elle en cfloit en possession
>
de
taefrnequ'elle a fait les Places qu'elle,avoit
tonquifes sur les Efpagncls. Mais enfin Fuif- u noitie facilite;ou plutolt l'ambition da
Mince d'Orange nous a fait tomber dllS un i fiinefte aveuglement, voyons ce qu'il nous n coûte) & commençons par noflre Comcree,
puisque c'est ce qui nous touche le
hpluuesr. Mille raifons- différentes le font dimidans
toutes les parties du monde où
[neoauusxen avons. Nous envoyons moins de Vaifaux
Indes & dans tous les lieux où nous
ivions accoutumé de negotier > non feulement
parce que n'ayant pas boftre allez de Matelots pour
Flotte »nos Vaisseaux Marchands ne
peuvent due équipez, mais aussi parce qu'ils
bat besoin d'une plus grosse efeorte de
Vaineaux de guerre, & queles fonds des particuliers
ne font pas moins épuisez que ceux
de l'atat. D'ailleurst les François nous en
prennent en si grande quantité que nous avons
honte de l'avouer. Le Roy Tres-Chrestien a
des Vaisseaux qui vont en course. Les grands
Seigneurs de ion Royaume se joignent afin
d'équiper des Armateurs. Les Particuliers
font de mesme
, & ceux de Dnnxeique Se
de saint Malo étant en grand nomble, nous
nous trouvons d'foin, puis que tous ces
Armateurs nous prennent! douze Viiifeaux
contre un que nous leur enlevons. On n'en
fera pas Unpris , quand on songeraqu'ils
nous surpassent en nombre
, & qu'ils ont
beaucoup plus à prendre sur nous , que nous
n'avons à prendie sur eux. La raifbneftque
nous foauresobligez d'avoir bien plus de
VaifîVaux Marchands en mer, tout l'employ
de la Nation ellant de commercer,sans qucy
il luy feroit impcffiblc de fubfiHer , au lieu
que la France trouvant tout chez elle, n'a
pas comme nous une indispensable nece/fité
de s'attacher au Commerce. Vous jrçget bien
qu'envoyant moins de VailfeaqT dns-lts pays
où nous avons des Habitations, nos affaires
s'y ruinent. Elles y vont tous les jours plus
mal , nofue crédit s'y pCtd) nostregloire y
diminue> & nos mauvais succés en Europe
itous y nuifcnt beaucoup, & commencent même
à nous y faire mépriser
, ce qui a déjà esté
e^fequ'on nous a challez de quçlques en-
1
[droits» etc fottequ'il faudra beaucoup de
Itemps pour mou*rétablir en ces pays-là.Hom
Itntirons moins de marchandises qu'avant ta
guerre,-encore ne pôuvons-"nous pas les débitaer.
Nous avons défendu' le confmèrce avec France pourfathfaire le Prince d'Orange,
ktQicroyoit l'accabler par Jà, & nous nous tdmmes accablez nous-meftnes. Elle tire
M'autreslieux ce qu'elle prenoit deno^s»
[•& nous courons à nostre ruine en.nousbblïinant
à faire la gllcrrç. UnGuerrîei:Marchand
fait mal le commerce»Se un Marchand
Guerrier s'acquitc mal de la guerre. Qud.
nous devons tous nous appliquer au trafic>
nous nous avisons de vouloir eflreSoldats.
-Nous faisons que nos Ouvriers en fervcnt;
&il y en a plusieurs à qui la faineanltifcfaitembrasser
ce party. c'ctt une
"belle ressource pour un Etat de commerce
'où l'on ne doit sçavoir que compter. Aussi
manquerons-nousbien-toil d'hommesainft
que d'argent. Nous sommes sur le point d'e-
1stre chaffe7 de Ceylan par les Peuples Voifirts,
qui onr pniffamment armé contre nous, & ia Hollande n'ell pas sans inquiétudedansl'ap-
:aprehensionoù elle elt de se voir foumifc
l'Angleterre. Comme-le Prince d'Orange
doit s'attacher à la Nation qui luyfait porter
'le titre le plus glorieux, FAnglctr'rre fera [toujours préfcrée,& ildécidera ensa faveur
tt'le toutes les choses qui pourront tomber en Iconteftation entre nous touchant le commertc.
LB BAVAROIS.
Je ne doutois point que la Hollandeni
ibuffrift dans son Commerce , mais je n croyois pas que lachofeallaftsi loin.
LE MOLLANDOIS.
II y a plus que tout ce que je viens d
vons expliquer } & pour
vousle
faire voir, j
veux vous lire le commencement d'un Me
moire qu'un Hollandois plein de zelc pour f
Patrie,&chagrindelavoir souffrir
Patrie & c , a corn lifer. de la TQlr fouffi l'£
p com
meccé à dret
il eiffort asseure que les Hollandoisfoujfren
d'autant plus par laguerre qui interrompt abfo
Utment leur commerce, que tous,depuis le A-fa.
giftrat supréme, jusques au dernier des Habi
tllns, font Marchands, & prennent interej
dans les Cargaisons du dehors. Ainsi les pertes
quandelles arrivent,se répandent sur tous, plu
au moins félon leur pArt, sans qu'il y en Ai.
d'exempts. Ilest mesme à remarquer que fouien
les Negociansajfefient de donner quelque petlfl
fartdans lesgrojjès entreprises de Vl))':::CS de [onJ
cours, aux pauvres gens leursforfin,,& à leur
jyomtftiques, non feulement pour les Attache;
plus étroitementà les bienservir , mais encore
farce qu'ils s'imaginent,entrautres les Anabaptifiesdont
ily a de quatorze différentesfrtesàAmfierdam,
que la puretédes moeurs dt
tesgens, & leur pauvreti,attirenttoujours lA
prottêlion du Cid, sur lesuccés dt ces r(i)zes.
(y comme les Armateurs François ontfait beaucoup
de Prises
y
particulièrement des Navires appartenant
*run*nts aux Anabaptfies, quiJelon leur Loy
t se desfendent JamÚ:, farce qu'ils doivent tok-
Mrs cjire siris armes &- sans deffenre, q,udlies
uns ayant eu l'adressê de faire mettre des
'anons de bon peint à leurs Navirts. C'est ce qui
plws faitcrier} &plw, haut,parct qu'au con-
'aire de ce qui se pratique par le Afarchand,
uin'a garde de se plaindre quand ilperd un
Javire,pourfamerau moins son credit qui e?'J
immueroit, ces pauvres & ces domestiques ,
'ont pointcesegards, nyde tels menagemens,
y» crient comme des DepIperez. Les Hollandois
it encore furieusement jÕuffert de la rejJÚioif,
e le/Ircommerce, surtout par les deJcnc::s qui
nt estefaites par les Efiats
,
d'envoyer aux pefbes
de Baleines en Groenland ,(yacelles de's
=fRrencs, quifont toute la fubfjiancc des Villes
:e Hoorn) Encbuifen} Alk tsar, )l.leder;b/;;rk idam,Alunickendam , ,Purrr.ercnt3 & autrjs
leux du Nordkeland
, qui novt fo-nt de 1erres
cultiver, defvlle quelesHabitansde ces r, 1-
ts fctrouventréduits à une extree par
es deuxceJJations de pescher, eux rr." avocat
ccouflumé d'aller quatre foicl'an::t.- à 1% Penche
es Harènes. Joignez, à cela qu'il fortoit totù Lu
:ns au moins deux cens Navres,duportde
.5c a 5co. Tonnes de la feula lrille d'Ar-fteram
pour lalJefche des Raienés. On doit remarquer
que la conftruciiondesNavires qu'ils
lendoient toutftts équipeZ & prefis à surtiry
efloit un des plus gros commerces duPaïs, ira;
tant plus de consequence pour eux, qu'ils y en ployaient pttfqae tout ce qu'ilspouvaient tirer t Nori-vegue-idela mtrSalitque,enretouri tequ'ilsyavoicntportesefiantcertain qu'en a seulBourg quzlenommeSudam, IlJe lan,
tous les jours à l'eau un Navireponte; C
pour comprendre la chosecomme elle fit
, ilpu ffavoirqu'un Marchand de Bois ou antrtrnen
de membres de lraidéaux , un Mawhaad a
vo¡{es, un Cord'er, un Clù:lJf:er, &tiinfid\
autresJltsfliers, fontensemblefocieiepour conj
tY/-t:re
y
fous la conduite d'un Charpentier de .1'11
"vire, qui entre aufft dans cette S(¡(:¡Of,,'., ira 0 plusieursVaffsrnx, d'un tel port ,
d'une tell
grandeur, d'tn tel arrimage, gabar.e L- perce
four tait de canons, dont chacun des AC/icie
fournit!:s Chiès qui Jo'! de sa rù'i,'t'e:,.;i[ é
de/an Art C Mcar: (s. crnms il revient ,,"or
dinaire à pzyer parch te.n s que .2imerefi
fr requil afjurnydesa mar-k ra::fc> ;
fait son fiplé-ncnien argenty q:r fertàpay
aux menus Ouvriers les façonsej»les*9.imè.
jufqucs a ce qnele V'auh Mi fort toutpt j'e- :0 i
ejiatd'eflrevendu. Cependant ce féal article A
1:eite ele sa'jjeattx , qui xllvt à des fj '; >e:, (
Àdescosso'n 'nt ras m":i>es detinte:,'jries a marchzndije':, cfiarreJiJparcetteGa'ne,cen
les defoie plusq^'onnepeutcroire. L!trj Alan
facluret de Lames fret ausi toutes penes r'
cette mefne G'-erse, si'tIp!: la feuleVide n
JLeydenoit ilfc fitj'J;! d'ordinaire cinquante ln: j
rets de Dtafsfaran} a. tAîefiiers,f-urce eflobligée d'abbattre
que la France qui en tirait
rutcjïx mille pieces,le/quelles a. trente Pifioles
\acunt,leur àfpottoientdix millionshuitcens
l!e livres, n'en tire ras àpreftnt unefeulé aune,
(ai* CCIJlI-Í efi plus conjiderable que tout le refit?
ui IqJuet lV'oonn "a,v'Uooiittpprùullaaccooûuttuurmnee de faire aaffJieeuu--
f en Hollande, non seulementtout ce qui st.
A,geoit dans tons les lieux du monde5 dans les
a'Uires NoUandoiipourche2,,eux, & * leurs
Irejfes
s
-
mais roefme presque tout ce qui se ne
rci,it dans teus les autres endroits sans leur entmife
, & comme ilsfe nomment les Négociant
rZ, ils soustiens bien se vanter par l'afrcfje
r:ils ont aie en faisant les afJeurances àplus bM
que- lesautrei,ce qui faisoit aboutir che
rx tout le ummertie. du monde3ils pouvaient
¡en, dif-je,sevanter d'estre les sèuls &uriquc*
fegocians neTJfar dessu; les autres Nations qui
mêlent de commerce.
L'Aus-rRieiiieiq.
L'Affcmbléc de la Haye aura trouvé des
^•yeps pour rétablir toutes choses ea leuxtemiet
eflar.
L. HOUANDOIS.
Jamais il n'y en eut une plus paisible. Elle
a cfté occupec qu'à examiner les Médailles
es triomphesdu Prince d'Orange.
VEspAG NOL.
Par ou peut-il avoir mciitc qu'on eu ait iràÙLel&iïcÏ
LI HOLLANDOIS.*
On en fait fraper sur toutes les allions d
sa vie) glorieuses ou non, il importe per.
Puis qu'on a fait imprimer un livre en Bol
lande
,
où l'on voit que la prise de Mons ci
la ruine de la fiance, je ne desespere pas d
'Voir fraper une Médaille à la gloire du Piinc
d'Orange, pour avoir cité Speébreur tran
quille delà prise de cette Place. J
LE SUEDOIT. i
J'en ayvu. à sa gloiie sur des sujetsqu
luy eltoient auflihonteux.
LI HOLLANDAIS. 1
On l'ensevelit dans des triomphes imagi-
1 naires, pour cacher des pertes réelles. En ve
rite, c'est une chocefurprenailtei, que ceu:
qui nous gouvernent cioyent nous fasciner le
yeux, & qu'un morceau d'argent frapé plein d
figures,&de mots qui louent le Prince d'O
1 range, nous empêchera de voir ce qui 1:
paite) & d'entendle le bluit du Canon quan<
r il viept jusques à nos oreilles. Pendant qui lesEnnemisvivent sur les Terres des Alliez
qu'ils prennent des Places,qu-ils en bombar
cknt d'autres ,
qu'ils triomphent par toutoi
|1 la guerre leur à esté declarée) & que I< Prince d'Orange, comme Chefdes Alliez, n';
J peut apporter aucun remede, on ne voi
r chaque jout que nouvelles Médailles frayées à
U gloire. i
L'AUSTUCHUN. 1
J'ay peine à croire qu'il y en ait autant qo'
.t
l'on dit. j
rJ'enayLtHoiUNDOIS.
quelques-unes,& par celles-là vous
ourrez juger des autres, & de ce qu'on est
hcore capable de faite. Mais afin de ne point
inbarairer\os yeux & vostre curiosité par le
lombre
, trouvez bon que je ne vcus en monre
qu'une à la fois. Celle-cyaesséflaréeà
a Haye,en memoiie des perils qu'on prétend
lue le Prince d'Orange aitcornussurmer,en
fenanLt e'nEHsolrlaAndeC, NOI.
) Voila un leger sujet de Medailles, Fuis que
e vent seul en tfl la cause.
! LAHOLLANDOIS.
€e ne peutestre que cela, puis que le vent
cul excite les tempestes qui mettent en peril
1I mer. Cependant la Medaille ne le marque
"oint
,
& on s'est contenté de mettre une Ilote
m mer, d'où on a détaché une Chaloupe où
:st le Prince d'Orange,& de faire entrer un
Cavalier dans l'eau, qui femblc montrer l'abordage.
• LESUÉDOIS.
1le danger n'cHoit pas grand, puis qu'un
Cavalier va trouver ce Prince dans la mer
jusques à sa Barque.
La HOLLANDOIS.j Et cependant un Arc de tricm} he } cur cela.
Vcus le voyez daus le revers de la Médaillé
onc:, cesparoles. Hic fltronm bones.
LI isAvAR015.1 Si fcs entreprises n'ont pas un Accès pli
favorable que celuy qu'elles ont eu jusques.
present,ce Prince,,que les Hollandois appel
lent l'honneur des HerDs, pourroit bien deveni
l'opprobre Je l'Histoire,& n'avoir eslé fauvi
du danger que pour détruiie la Hollande, ai lieu d'en estre le Conservateur ,comme mar.
que la Medaille. Cependant c'cft un Cesar, 8
l'on en croit ceux qui gouvernent,le quifoni
fraper ces Médailles. Vous le pouvez voir paj
celle-cy ,
où le mot est tranché tout net. i QuitlLmétuIisi! SCifUureEntDvehOis. ISt.a
En vérité, vos Maistres ne font guere Qcgesi
Mais retournons la Médaille,& disons, qu'if
ont eu dessein de tourner le Prince d'Orangt
en ridicule.Ilsrepresentent la Chaloupe ou
cftce Prince, engagée dans les glaces. Des
Matelots étonnez font tous leurs efforts poui
les bisses, & fendent à force d'avirons tout
ce qui les empefchc d'aborder
, & cela donna
lieu au Prince de leur dire qu'ils ne doivent!
ikn apprehender
, parce qu'ils portent Cesar,1
Lacomparaison cloche bien foit. Cesar avori
pris plus de huit cens ViUes
, gagné des Batailles
, & fait une infinité d'autres adions
d'éclat, & parce que Cesar a pasTé Ceul:
dans une Baique,& que le Prince d'Orange:
y paffe avili, on en fait un paralelle ,sans
confidoer qu'on n'en sçauroit faire aucun do
la vit: de l'un à celle de l'autre; que l'un
1 *1
ÙOuIS cftc victorieux j5cque l'autre a toûurs
cftcvaincu» L'AilsTRICHIEN.
CependantMcomparaison est juste. Cesar,
pasle seul dans une, Bai que j Se le Prince
'Orange y pasle aussi seul.
L* H0LAND015.
Il y a une infinité. d'aétions que les plus
rands Heros & les derniers des hommes font
falememt) & si le haidy Princed'Orange a
filTc dans uneBarque par un mauvais temps »
î vis dernièrement un Criminel qui se
uloit
dans une autre pendant un temps plus
nauvais
,
&*dont cependant la Barque étoit
us mal gouvernée que celle où s'est trouve
F Prince d'Orange , à qui la gloire d'estre
bity du pclÎl nest nullement due , en cas
ju'il en ait efluyc quelqu'un5mais à l'habileté
es Matelots qui ont mieux conduit sa Barque
auece Pcince'ne conduit celle des Alliez.
Cependanton ne voitque desArcs de Triomphedrtirez
à sagloire. Le revers de la mcfme
Médaillé en fait foy Deux Femmes y paloiilent
fortant d'un Palais. L'une tient
une main un Signe militaire, fuimontc une Ccurcnne avec des Chiffres, & de
autre un Ecusson aux Armes de Hollande,
jBc elles contemplent un Feu d'aitifice drciré
Seyant un Arc de Triomphe. L'Espagnol.
Il falloit aussi chdIer des Arcs de Triomphe,
& faire des Feux d'artifice en l'honneur
des Matelots, que leur adresse, leur force, j
leur indufèrie ont fait fonir du peril, & cju
le Prince d'Orange s'est contenté de regard.
faire.
- -
0
: LE HoilANDOIS. J
Remarquez-vous ces paroles qui font
da
ce revers?
Jo TriNmphe.
LE SUICOIS.
Les HolJandois ont raison de dire qu"
triomphe. Ils ne le peuvent nicr , puht qu*
triomphe en effet de leur simplicité , qu'.
épuise leurs forces, confume leur argent, ruin
leur cowmerce , & accable les bons Republii
cains, qui pour l'interetfdelà Nation, ofen
faire la moindreopposition à ses -volontés
Il triomphe de la iierté Espagnoles & de 11
souplesse de son Conieil, qu'il a rceureduiii
à prendredeOx fois un party contraire arc:
interdis, & qui lny a fait perdre ses phi
fortesPlaces, &ses meilleures Troupes. Il
ne triomphepasmoins de l'Empereur Se dJ
son Ccnfeil , luis qu'il les a fait entrer contre
la Trance dans une nouvelle guerre qui Icuj
est aussi piéjndiciable que la premicre , 21
sans laquelle l'Empereur eust fû étendre se:
Conq ueftes , & sa Religion jusqu'à Çonftan-i
tinople. Le Prince d'oretricmplie aunr
du bon sens du Duc de Savoye, qui le de.:
-voit empefeher de se mettre d'une Ligue
dontilluy estoit facile devoir qu'il ne pO-J
voir attendre que tes malheurs dont il rij
foiwe accablé. Il triomphe de l'Etat de. Liège
ii'ila sceu entraîner dans un precIpice,dou
I ne se tirera jamais , sans recevoir encore
es châtimens de sa faute, ou sans acheter
tm pardon- Tous les autres Alliez ne font.
fis plus avancez pour eltre entrez dans la
,iguey & il n'y en a pas un qui n'aitfouf-
:rt des pertes, & dont les finances ne soient
Uifées. Voilàles triomphes du Prince d'Otnge
, qui fontvoir la foice de sonespiit
[duéteur , Se sa grande habileté à fàire des
opes
; mais tout cela n'a lèrvy qu'à rendre
; Roy de France plus glorieux, & plus
riomphant, puis que tant de forces unies, loin
Jébianler la puillance , luy ont donné lieu
b faire des Conquestespartoutoù il"atrouréc.
dees Ennemis. Ainsi il a triomphé de la
de la Ligue,& de l'esprit de celuy. qui
n a fait l'union , puis qu'elle n'a servy qu'à
ierneie voir là foibleire", & la fÚreriorité du ,
Se des forces du Roy de France.
LE. HOHANDOIS.
Les Auteurs de nos Médailles voudraient
ien luy donner 0 Devilè
,
afin qu'il eust
iielquecholf de communavec ce Monarque.
11 Yoicy une,d,e la face droite de laquelle je ne us parleiay point,.puifqu'elle nerepresente.
aie
Le Bulle du Prince d'Orange. Trouvez
bn que nous n'en examinions que le reyets,
Lr je ne puis regarder sans émotion le Porrait
d'un homme, qui nous a fait tant eCbyer
de Gucrics , sans que nos affaires se
trouvent en meilleur estat JJque leprelïii
jour. Ainsi ce que nous ont couté taat dl
mees de Terre & de Mer3 ne nous a prodil
aucun avantage, & le fang de nos Citoyensn
cae répandu, & ne l'ell encore tous les joii
que pour le maintenir dans le Tiône qu'ils
usurpé. Cependant le revers de la Médaille cgd
"Voky represente un Soleil se levant for les flo3
de la Mer,que l'on voit chargée d'un granj
nombre de Vaisseaux,avec ces paroles,
Recreo dumredeo.
Si tous les bcns Republiquains ofoicntdirl
ce qu'ils pcnfeiat, on verroit qu'il n'y a lien di
plus faux, & que sa presence, bienloin de Ici
avoir lejenis, letu a porté un coup mortel dam)
Je cCfur,-ruis qu'ilne venoit qu'accompagné do
la difeorde pour entretenir la Guerre.. Cettll
Médaille a cftc frappée à Leide pour le tetoul
du Prince d'Orange à la Haye, où il venoit
tenir la giaade Aflembléc, dont les resolu-i
tions vigoureuses devoient étonner toute PEu-i
xope. Elle marque lajoyeque les Creaturea
de ce Prince qui nous gouvernent fous luy*
supposent que les Etats ont reiTentie pour foi*
Jieureufe arrivée, & les efperanecs que l'o-!
jurerend qu'ils avoient conçues avec les Alliez,
d'dire vangez par luy des affronrsque ISM
Trance leur a faits par ses Viétoires continuelles
;mais la prise de Mons pendant leur:
Assemblée , a renversé tous leurs deifcins, 8d
doit leur faireapprehender que ce Soleil
naissant ne foit bieu-tofi éclipfc. On pounsiii
tire dire plus juilement à cclay de France, lors
u'ilest revenu de Mons,Recreo dum redeo,
ttifque sa prefencc a réjoiiy tous fcs Sujets,
ui Sachant qu'il s'exposoit continuelleinenç
ux périls pendant le Siège de cette Place,
Duhaitoient son retour avee une impatience
;igne deleur xcle.
LE BAVAROIS.
Les faits que vous rapportez font à coiitans
,qnc l'on n'en [çauroit di feonvenir.
LE HOLLAN.DOIS.
[1 remble ueron ait atteété de ne fairefrager
[ue desMédaillés ridicules & fausses, & il ne
'en estpeut-estre jamais vu défi opposées à la
erité que celle-cy. On y voit une Femme
ïucrrierc representant l.aHollande,dé{ignéepar
n Lion, & un faifeeau deflcches sur son boulier
, qui font les Armes des fcpt Provinces
Jnies. Elle tient ce Bouclier d'une main , Se
e l'autre elle reçoit le Prince d'Orange vêtu
n Empereur Romain,qui fort d'une Chaloupe>
où il efl debout. Elle est accompagnée
lune autre Femme,dont les Tours qui font
sa coiffure marquent la force. Elle a un
Souclier aux Armes d'Angleterre
, pour monrer
qu'elle la represente
, & tient un rsmeau
e laurier pour faire pre fent à la Hollande.
LESUEDOIS.
Si ie ne tenois la Médaillé entre mes mains,
:croirois que ce feroit une plaifanteiie &c
u'on n'en auroit jamais osé fraper une paeille.
LE HOLLANDOIS.
Ce n'est pas tout; voyez ce qu'elle chant
Be vous tomberez d'accord qu'on ne s'est ja
toais joué si hardiment de la vérité.
ULnu'spugnoendo reflituit rem, AUSTRICHIIN.
ovnus? On a tort de dire qne le Prince d'C
range combat tout Ceul) le nombre des Puii
fances liguées eslans si grand, qu'il n'y
perfonue qui en ait encore pu faire une lifl
parfaite. Ce n'est pas tôtrt ce qu'il y a de haid
Se de surprenant dans cette Médaiil. il id
semble que c'est pousser l'effronterie & q
mensonge jusqu'au dernier point, de dire n.
feulement que le Prince
-
d'Orange se
combattu, mais encore qu'il a rétably
choie publique, pour expliquer à la leM
ces paroles insolentes.
LESHIDOIS.
Il paroist que les Hollaudois, au
lieu«
louër le Prince d'Orange, ayent eu deffei
de le railler par cette Médaille. La£/evà
qu'on a imitée de celle des EabienjAnepei
luy ettre appliquée, puis qu'iln'ipoin: reim
les araires de son party> uy en combarcano
nyentemporifanr, & que si ellesont e
desesperées , ou pourxdire, si el
le fonr encore, ce n'etf que par l'inaéhon a
ce Prince, s'il m'cil permis de parler ain£d
LE HOLLANDOIS.
Le revers de cette Médaille efl encore «1
Arc de triomphe.
LE BAVAROIS.
11 ne faut pas en estre surpris. Il y a beauoupde;
Peintres en Hollande qui manquant
bnproy , ont voulu faire triompher le Prince
'Orange,dumoins en peinture.
Ls HoLIAUBOIJ.
Voicy un autre A rc de triomphe, 8c des
us grands, dans une Médaille que les Etats
ientraux ont fait fra per à laHaye.
LE SUEPo IS., i
SI les0Médailles» ainsi queles Arcsdo
:iomphe , rfy estoient pas si communes, elle;
(croient
plusestimées.
, ILl HotLANDOlS, On tâche par là d'abuser les Peuples, &
ous pouvons dire, qu'elles nous (ont d'une
rande utilité dans les Indes > puis qu'elles
dêfruifenr les veritez que nos Ennemis ne
lanquent pas d'y faire répandre.On a peine à
roire en ce. pays~là que nous soyons assez
arditfpour faire: frtper des Médailles qui
Int foy de no«lViA-ofres , dans le wcûac
mts' que nous perdons des Batailles.
LK SUiDOIs.
Lors que le Etats ont fait ..fraper cette
erniere Médaille, ils n'ont pas fait réflexion
ue l'Arc de triomphe & la Devise qm cft
u sa baze ,
i Solo) Sa-loquef
jntï plûtost. des monumens consacrez à la
loirc du Roy de France, qu'à celle du Prince
ourqui tout cela çft luyçuté. En effet, où font
les Viétoires que ce Heros de la Ligue a rem
portées for l'un & l'autre Element? Et peut^oi
faire une plus juste &plus
véritableapplicatioi
de cette Devise qu'auxTriomphes duRo
Tres-Chrdlien)t¡ui gagna trois Bataillesl'aq
née dernieresur Terre & sur-Mei
, contre u
monde d'Ennemis qui s'estoient unis pour-le
,détruire;La flaterie aura beau louer le vaincid
& abaisser le Vainqueur. Elle,aura beau fairl
les éloges du crime & du Criminel, la vérité
parlera toujours ) & percera tousles iieclej
pour se faire voir telle qu'elle est.I LE HOLLANDOIS.] Les Hollandoisveulent qu'onles trompet & ilfautbien que la vérité les choque ,-puit
que chaquejour on voit cheveux quelque Ecril
nouveau plein de contre-yélite-z. C'cft cequi
les fait souvent donner dans despantaux ou
il n'y a qu'eux qui puiirênt tomber. Cefenoa.,
la République doit fc rerrQCher comme une
faute qu'elle aura de la peine à rcpaier »d'à*;
toireue cause d'une guerre, donjç.tqjisccnj
qu'clle y a embarquez commençant a, se HMj
tTre) & d'avoir la preiniere eQÜfpiÍé-'Coht
Un légitime Souverain ce quila couvre d
honte, & la met dans Taccâblewient où riouji
la voyons, fzus qu'elleen 3Urêtiré lenioin-j
ire avantage. Depuis sa rupture avec làIjrânH
cej a-t-elle gagne uueVille» unYaiffeaü
, uu
pouce-de terre ? N'a-t-elle pàs perdu desBatailles
par tout où elle.a eu des Ttoiipes, U
escompter les fdmmes )c:»i<:s que C:
Innées detetre & de mer luy ont coûte, n'atelle
pas esté obligée de donner de l'argent »
ru d'en prêter pour toujours à tous les Alliez?
es veritez ne se prouvant contester , le Prince
l'Orange n'est il pasi son égard une (angtic
quiépuilè toutes sesrelFources? 11 n'y ea
Jpoint icy ccmmeen Fiance.Tout ce que nous
pouvons faire est de recommencer continuellemlaent
à lever le deux-centieme denier,& tout n'est plàs employé pour faire des Conluelles>
comme on nous l'avoitfait esperes?
abord, mais feulement pour fournir à ceux
i-notl défendenr. Nous nous trouverons
Ecore dâns un plus grand embarras, s'il arrive
lauequelques Alliez quittent la paitie, 8c ce véritablement alors que nous aurons tout
j craindre. Si la bonne & faine politique nous' kifoitagir,nous devrions nous détacher de
i Ligue les prelhirs, de peur qu'il ne foit
Hus temps quand nous voudrons prendre ce
iarty , & que noftte obllination ne causenote
ruine totale i mais le Prince d'Orange qui
l'aque ses interefls enveuc , s'y opposera
bûjoursavec tirannie , par-ce qu'il ne pourroit
"iter de tomber du Trône, si nous ne l'y fouinions.
Il n'y a point de Républicain assez
lirdi coi osé luy representer nos interests,
uand
ils
vont contre les fiens. Il feroit bienfcft
immolé à sa vangeancc , & les * .,eance moyens
En plus que la volonté de perdre unparticulier,
t manquent pas àunhmme dévoré d'ambilb-,
qui n'a épargne "y son Oncle ,ny Co.
Beau-pere, & qui le jauë de la BLeligion. Ainsi
ceux qui nous gouverneut) cHam, ou timides.1
ou gagnez, ou retenus par leur famille, qui
craint de les perdre, il n'y a qu'un foulve;
ment gênerai des Peuples de routes nos Prof incs qui puilTc nous tirer <Tefdavage, jf
nous faire secouër uu joug, fous lequelilne Cc
peut. que nous ne demeurions bien-toit accablez.
Sans cela
, comme le Prince d'orange
aura toujours besoin de la Guerre pour c
maintenir,il nous la faudra toujours continuer
,quoyqu'elle- foit enriereoecutQfpofé|
aux interdis d'un Etat Marchand, deforça
que ce Prince ne peut jamais nous récompeafer
de ce qu'il nous fait perdre en nous tCl
si long-temps aimez. La Guerre peut-elle noujl
donner quelque chosè ? Peut-elle nous procu-r
1erdesVilles > Il n'y a nolle apparence q nostreEtat étende
Ïes
boraes. Toot^e qty
luy pent arriver de changement, c'etl d'estre
unyau Royaume d'Angleterre,, ce qui serois
tres-facheur pour nous. Aiafi de toutes ma»-
nieres
)
nostre avaiuagç dl de saile la paix., Lat
guerrene peut quenoutruiner, Se la. Paixjne
peut que faire ce(Ternos maux ,dont la playo
saignera long-temps apreslaguerison , puiGqu'il
faut des ficelés pour nous rétablir, So
pour nous mettre en pouvoir de payer nos
dettes. Enfin nous devons souhaiter que do
Continuelles victoires accompagnent les armes
du Roy 1res-Chrestien
, & faire desvoeum
pour ses Cooqueftest aria qu'ayant ivii ici
ncmis en efiar,non-[eulement de ne luy l'ou.
ir nuire, mais encore de connoistrequ'ifs t dans une entiere impuilTance de le faire »'
mpofe encore une fois la Paix à l'Europe,
squoy ilest abfolumenr impossible qu'elle
joiiifle jamais. Tant que les Alliez croiront
oir des ressources pour reparer leurs pertes*
S s'obflintront toujours à former de chiicriques
dépeins ,Se ne voudront recevoir
1 paix qu'à des conditionsridicules, aur
uelles la fierté d'elàFrance,ic le bon estat:
p Tes iifrires ne- pourront souffrirqu'elle
entente. Ainsi l'Europe fera toujours trôutée
,si le Roy de France ne devient tnaiftrè
pfoludu.deftm des Alliez On est feur de,
t moderatioa dans cet important triemphe..
[ pac ce qu'il à déjà fait en pareille occasion
a peut juger de ce qu'il feroit encore. Mais
p
a
fez Heude.dbuter de ce queferoieit les Al*-
s'ils ré trouvoient dans cet état superieur i,
plûtofltiltest certain, à voirjusqu'à quet
ices ils.. portent leur jalousie>qu'ils feroient
Icapablfes d'avoir la. modération du Roy de
unce tl feroit mesme impossible) que tant
e parties iatereflees , & qui aboyent prél
jut ce qui pourroit reparer leurs Finances
puisées , & le desordre que la Guerre a mi.
ans leurs Etats délabrez,puHcnc consentir à
ne Paix raisonnable,telle que la feroit ait
Vainqueur fage&modéré comme le RoyTres-
'hrellien
, qui n'aime que la gloire,Se qui
ut confiiler tout Ion flaifu dans celu y de t
faire du bien. Les Alliez ne
ee piqueroient d
delà mcfmc gloire, & ne pourroieilr pas mal
me
, acaere de leur grand nombre, conveni
cntre eux des conditions de la Paix; & pet
dam les conteflations on potilfeioit lescboCc
à l'extrémité
, & l'Europe verroit répandi
;u[CJp'.Ja derniere goutte de son Cang. Ainsi j estévidentqu'ellene peut éviter les malheur
qui la menacenr, si le Roy de France ne de
11ent allez pui(Tant pour imposer cette. Paiic.1 ITSUÉDOIS. j
Je r.'av' jamais enrendu un raisonnement1
peifuafif,Sequi sans parler de tous les ridi
cules écrits des Alliez,y répondillmieux. J'
fuis fort persuadé que s'ils faisoientlesmeC
mes reflexionsque vous ,
il y en auroit beatt
coup qui condamneroient leurs chimérique
projets. Qu'ils s'obitinent tant qu'ils vou
otont àles soûtenir ,il estimpc/fible qu'il
en voyeni jamais la fin-. LI H0LLAMD0!S. *
Vous pouvez dheencore plus, puis queji
lpersetens qu'il. ya nne impoffibilitc entiere que
choses tournent autrement que je viens d<
vous lefaire connoiihé:, Mais nostre Republique
a mille lailons peut s'obfti'ner moin!
fqeuuelleemseanut tres à réfuter de faire la Paix. Non'
son Commerce se ruine dans toutes
les parties du monde;mais si quelques-uns dei
Alliez se détachentdela Ligue avant elle,St
que le Prince d'Qra,\gevienne à mourir, ou i chaflc dAngletrrc) ce quipeuttousla,
turs arri ver à un Ufurpateur, & sur tout lors
ù'il rcgne dans un Etat où les Peuples font
rt inconstans,le Roy de France Ce verra si
»folument Màiftredeladestinée dureftedes
liiez
, qu'il ne fera de graces qu'à ceux qu'il
ouvera les moins coupables, & comme nous
nnmes les plus criminels, parce que noui
.mmes les auteurs de la Guerre , & que le
y Jacques n'auroit pas esté détrôné sans us
, nous pourrons seuls devenir lesviaims tson juste reirentiment, & ce Prince fc
kircahàoibi®ligenétedxeenmoupslapiurenir, pour vanger rar le fang de toute
urope
qui
aura cftç répandu pendant le
t.anggccoouurrssddeecectettteeGGuueerrrree..
La Compagnie prit tant de plaisir à entaore
parler le Hollandois, que l'Entretien
yant esté pouiré ce jour-Ii pardelà les bornes
[dinaires ,lle ne fut fepareeque par la nuit.,
ui empefcha leSavoyard & le Bavarois de
trier , encore qu'ils s'y fussent préparez. LA
Figure des Medailles doit estre flucée i
lupxçe ini.
)Fi'
AFFAIRES
DU TEMPS. 1
, XI. PARTIE.
.ES PLAINTES
DE L'EUROPE
Contre le Prince d'Orange.
III.ENTRETIEN.
E PRINCED'ORANGE
travaillant à Ton Hstoire.
IV: EN.TRETlEN
ez A PARIS, MICHEL GUEROUT,Galerieneuve
du Palais, au Dauphin.
M. DC. XCI.
AVEC PR/YILEGE DVROT.
Lifte des Ouvrages sur les
affaires du Temps. yDix volumes qui Ce vendent I 5. livres.
Les Plaintes de l'Europe contre le
Prince d'Orange. 1
1. ENTRETIEN.
II. ENTRETIEN.
III. ENTRFTIEN.
t Le Prince d'Orange travaillant à son
Histoire. 1 ir. ENTRETIEN.1
On donnera lejf. dechaque
mots un Entretien sur les Affaires
du Temps f r
3
dont le Public nt
payer* que SEPT SOLS«
d m
La Médailleoùjl y a. Crimine Àb Hn,
Difct omnesy doit regarderlapage173.
La Médaille où il y a,-Integtr vitil)
doit regarderlapage 176.
1AFFAIRES
1 DUTEMPS.
XI. PARTIE.
cs Plaintes de l'Europe contre
i. le Prince d'Orange. tl/l. ENTRETIEN.
I
LE SAVOYARD.
L n'y - t- a point eu j-ufqu'i-cy
de Souverains,qui en manquant
de prétextes legitimeslorsqu'ils
fè fontreiolus
rune guerre ,
n'en ayent du moins Fait ircl'apparens ; en forte que si
équité de leur entrepri-sen'a pu cftrc
tout-a- fait juftinéc dans j
ceux qui l'ont exammee avec foin,
l'ont crue du moins douteuse, mais
Duc de Savoye en se déclarant conr
la France, a non feulement paru i
j jfte à toute la terre, mais
ia
aui
fait voir qu'il f¡,tvoit plûtost son en
portement & sa pafslii,o)iiii,, que sTeess ver
tables interests. Il sçavoit que toi
ceux de Ces PredecelTeurs qui avoiei
eti des démêlez avec les François
s'estoient vus presque aussi-ross di
ioiiillcz de leurs Erats: & qu'au co;
traire, ceux qui s'cfto'ient conserv,
dans leur alliance, en avoient tiré d
avantages fort consîderables. De gran;
exemples l'avaient convaincu que 1
Alliez diRoy-Tres-Chfeftien foi
à couvert des plus grands orJges, «
que quand mesmeilarriveroit qnefort
des armes ne décidaft pas en len
faveur, il n'yavoit dans l'Europe c
bonne & de feure garantie que celle c
ce Monarque. Il n'avoit qu'à jetter 1
jeux sur la Suede) qui daiisla derniei
lierre a eu de si grands su jets de se
incr de son alliance, & de sa bonté
iute genereu se
,
& ilen devoitattenke
encore davantage
, non feulement
arce que le fang de France coule
ins ses veires, mais encore parce
S'il vient d'épouferune Princesse de rmesme Sang. Cependant comme
ice Prince n'estoit né que pour nasiller
luy mesme à sa perte, & à la
ine de tout son Etat &.de fcs Sujets, Ca jetté impetueusement dans dts
jjécipices
,
sans examiner par où il
Diiveramoyen d'en sortir. Ila cru
ls gens qui n'avoient que leurs intests
en veuë
, & qui en se noyant,
ierchoient àl'entraîner avec eux:)
tmme font tous ceux qui se renconlLent
daEns ce malheureux estat. Tout SUEDOIS.
le monde (çait que le Duc de
voye s'èstant trouvé à Venise avec
iledeur de Baviere, cet Eleâreur l'a t entrer en danse fort mal a propos, luy a faitfaire des faux pas quiont
bien fait rire dans le fond de l'af
tous ceux qui en ont fait avant lu
Se qui, pour adoucir leur malheur,
< du moins pour avoir la conlblation
< souffrir en bonne compagnie) ne l'a
pliquoient qu'à se faire des Compi
gnons dans leur infortuneo.
LESAVOYARD. i
L'Elc&eur de Baviere estant jeui
Se impétueux
,
& le Duc de Savo
de ce mesme carattere
,
il ne faut p;
s'étonner 6 l'affaire slcLt conclue:
aisément.
- L'AUSTRICHIEN.< and onetf dans un âge si boii:
lJant h
, on ne s'attache guèrei ex;
miner les fuites des projets qu'c
forme. On ne fonge qu'à Ú satîsfais
ilr le champ
, au hazard de tout a
qui peLut eEn aSrrAiveVr. OYARD1.
L'Electeur de Baviere demanda a
Duc de Savoye dés leur premiere el
trevene
,
s'il *voit bien ofi venir* F
nife sans la permijjion de lA TRTNST ;
m
1 ajoutajqui'l luy confiilloit de sxen
tctthrmer. Il n'en fallut Is davantage
ponrpoiterce jeune Prince à faire tout
ce que l'on fçuhaitoit de luy
,
& pour
6sengager à donner dans le paneau que Alliez luy avoient tendu Ilje laissa
occuper entièrement du chagrin que
les paroles-luy avoient causé,& il achewa
par là de Ce déterminer à prendre
taerutxy dans la Li-gue qui a ruiné tous
quiy font entrez.
LE BAVA ROIS.
Vous dites vray,& jereconnois
poftre Electeur à ce que vous venez
e nous dire, & le Duc de Savoyeàla
maniere dont il s'est laiflc engager a
prendre party. Ces deux Princes font
,:3.valierement les affaires les plus felieu
ses, & se repentent après à loilîr
de ce qu'ils ont conclu avec precipitation.
L'AUSTRI-CHIEN.
Nostre Cour a benne part à cette
ntrigue
}
& l'Abbé Grimani, Veni-
::ieu exilé dç (i patrie
,
eu: celujt
dont l'Empereur s'est iervy pour rai
entlcr le Ducde Savoye dans la Ligï
Sa Majefié Imperiale l'ayant propo
pour cette negoriation
,
il receut au]
des inChuéhons du Prince d'Orang
Il falloit un Italien pour en trompi
un autrej & vous jugez bien qu'il
Maistre-fourbe devoit en sçavoir pl
pour la négociation
, qu'un jeune So
verain sans experience. 1
LE SAVOYARD. f
Cet Abbé s'estoit tellement empajj el'efvrit de nostre Duc,que quam
l'Abbé 'de Veruc voulut luy faire cort
noiftre, que ta guerre où il alloic s'em
barqner causeroit la ruine de ses Etats
il l'outragea en plein Conseil avec de<
paroles fort indécentes pour un Son:
verain, &: dit ensuite, yHilpdjfero>>
(oncpccjujejua la garde
, AU traven
du csrps detous ceux qui luy parleraient,
des'Acctmmoàer avec lé France. ]
LE BAVAROIS.1
Ce Grimani veut estre de tout. l
,s'd'toie imaginé qu'il fétoir monter le
1
tartinaiBarbarigo à la Chaire de S.
Pierre ; mais il a trouve qu'un Concave
cft plus difficile à gouvernes
lLu'uEn jeSunAe DVucOdeYSaAvoRye.D.
I Onvoulut dernièrement aifaffinet,
it Grimani à Milan comme il sortoit
le Corolle
3
& ontiraun coup dô
LlfilsurIU1 Il fut siheureux quedanS
ie moment qu'il en defeendoie, le pied
tl1 y manqua,ce qui i'cmpcfchad'cftïè
lue. LESAXON.
11 y a grande apparence qU8 lfc
Uflèin de sa mort a esté formé par
jnelque zdcSajer du Duc de Savoye-
.cs malheurs que cet Abbé a causez
lans ses Etats, pourroient bien estre
F motif du coup.
j L'ALTSTR1CHIEN. jf
Est-il besoin pour cela d'estre Savoyard
? Ne se peut-il pas qu'un Italien
l'air entrepris pour vanger l'Italie,
tù l'Abbé Grimani atravailléàporter
Gucrre, qui met tous fcs Princes
dans l'inquietude? 1
LE HOLLANDOIS.!
Le Duc de Savoye devroit dl
fort irrité contre ce Venitien,Se fç
voir bien mauvais gré à rEleéteur c Baviere,de luy avoir fait entreprend:
une guerre si funeste à ses Etats» &
fatale à sa gloire. 4
L'AUS TRICHIEN.
Peut-estre que le Duc de Savoj
prend la perte de ses Etats, comme1
Roy d'Espagne a pris celle de Mon:
Lorsqu'il en eut appris la nouvelle
il dit d'un ton à faire croire que fc
armes avoient remporté quelqueavar
tnge ; Le Prince d'Orange esidonc bit
AttraFpé, carilnes'attendritpas à celt
Ce font à la lettre les propres terme
dont s'cft [ervy ce Monarque. Le Du
de Sivoye voyant fcs Eta's perdus
nonobtfant tojt ce que l'Electeur d
Bavièreluy avoit dit pour l'anurer d
contraire, pourvoitdiredu mesmetOI
que le RcydEfpagne j/'Electeure
Bavière efi bien attrappé, car il r
fdtttfidolt pM à mt voir àifêiiiii 44
rrl" SavoyeL, ESAXON.
Ce [eroit justement comme ceîujr
qui estant pris pour un autre, & recevant
force conpsrHf()it en riant pendant
qu'onletrappoit
, que celuy
dont ii recevoit Ces coups feroit bien
trompé lors qu'il verroit qu'il s'ettoic
:mépris. ILEHOLLANDOIS.
Les Rois d'rfpagne ne font pas ax-
I(;otltumcz x fc mettre tant en peine
de leurs affaires, & ils ont la veue
trop courte, pour regarder ce qui fc
CpastLe s'iAloiUn dS'eTuxR. ICHIEN. r
Ils est vray qu'ils n'ont pas la veuit
fort bonne. Je m'imagine que c'est uti
mal commun en ce Pays-Ii, puis qu'il
est peu d'Elpagnols qui dés l'âge de
vingt ans ne se fervent de lunettes. » LESUEDOIS. L Espagne n'a. point manqué do
politique en cette occasion. Elle s'cil
servie de la Savoye comme d'un bod
- clier pour porter les coups; car si I
Duc de Savoye n'avoir point pris a
, party, roit le Milanois estoit perdd
-
Ce p'est pas que le Roy de France e
ait fait moi r.s de ConqueCles-, pui)
qu'au lieu du Minois que ses arme!
-
auroienr pu a(ïujett:rj il s'est rendij
mî ilre de toute la Savoye, du Comtd
de Nice, & d'une bonne partie d
Piedmont. j LESAX0N.! Vous pouvez dire queprefentement
le Dlcde Savoye nepoiredepai
un pouce de terre- qui Toit en cftat d
fuy fournir de l'argent
,
puis que ¡
peu qui luy reste est tout couver
-
d' Allemans) d'Espagnols ,d.*Italiénsj
& mesme de François. Rien n'est cfc
û mechanr usagedans un Pays qm
des Troupes Auxiliaires. Elles y vi
,
vent à dilcrction comme dans des
terres
Ennemies.
LE HOLLANDOIS.
JEt ccoommmmenetnltes Allemans épargne* J
kent-ils celles des autres , pli,$-au,ils
répatgnent pas Uor proprePays, "&-
n'en y marchant
,
ils n'ont jamais*
idé ny portes n'y ferrures en aucun
îUï - LE SUEDOIS.
Ou a doncraifon de dire qncle IDLICe
Savoye ,
après avoir perdu la pius
rand * partie de se's Etats, n'est pas
ulement privé de la jouiilance dit
tfte, maisqi'il a aussi perdu,par la rnaîere
dont il en a \:fé avec la France,
ne certaine réputation de bonne foy,
1-li doit estre chère aux Souverains,
"ois ceux qui font nez pour n'obéir
personne, peuvent s'allier à leus
ré avec les"Puiflancesdo:itils^ptéfulicnt
que l'alliance leur fera la plus
tile. Ils peuvent raefme Tins aucune
lonte se tromper au choix qu'ils font;
!: si leursEtats en souffrent, ce malj£
ur ne jette aucune tache sur leur
réputation, Mais îl est beaucoup pliss
onteux aix Souverains qu'à aucun auc,
de promettre ce qu'ils ont resolu de
ne pas tenir
, Se de traiter [ourdtrm.
avec un party ,pendant qu'iL alTureii
rautre de ne le pas faire.
LE HOLLANDOIS.i L'interest cO: unécueil qu'il est dil
sicile d'éviter, ,& les Souverains s'
perdent anssi (ouvent que les autre
hommes.Lespromelfcsdes Princes li
guez ont fait oublier au Duc dcSavoy
ce qu'il devoit à la Fr2nce.Il fetenoit j
certain d'en voir les effets, qu'il s'elloi
deja informé du produit des Domaine
4e Lyon, & il s'en est peu fallu, (c
qu'ondit, qu'il ne les ait. afferme
d'avance. t
L'AUSTRICHIEN. 1
Admirez combien il y a de bizaq
irerie dans les affaires du monde. LI
Roy de France ne s'efioit point infO
ini de lavaleur des Domaines de
Sa
voye i au contraire, il s'estoit efforce
d'en foire jouir TonSouverain ; ÔC ce
pendant d s'est vu obligé de se ren
dre maistre de ce Pays-là, & d'e
affermer les revenus. L1
à
LE SUEDOIS. -..
Cenapas esté sans que le Duc de
fcvoye se foit donné beaucoup^de
rlouvernent,qu'il a laissé perdra ses
ftats. Il s'est bien échauffé à crier
S tous costez au feu & au secours,
t il n'a pas dédaignéd'aller jusques.£
Iltan2 pour im plorer raffillance d'un
gouverneur qu'il haïlïbit. C'eO: un
ils cruel & sensible pour un Souve-
[rminp,scqouni tgreaurdnoit une fierté à contre- Monarque aulli puifint
& aussi bien-faisàntque.celuy de
rance.
LE HOLLANDOIS.
Quand on a pû s'abaiuer à faire
M pas honteux, & qu'aulieu de réiifl
:, oa a le malheur de faire encore
us let jours de nouvelles pertes, j'afmë
qu'un estat si déplorable donne
t: grands sujets de chagrin.- -..
LE SAVOYARD.
L-es pertes peuvent estre fuppor-
"S par un grand courage, mais an,
I:n fait des reproches,quand on se les
est vifiblemenc attirées, en méprisa
les conseils de ses Ministres
,
aussi-bi
que ceux de la prudence & de la n
son.
LE HOLLANDOIS.
Le Duc deSavoye auroit esté tri
heureux, non feulement de voir i
Etats dans une profonde paix penda
que toute l'Europe est en armes, raj
encore de se voir peut-estre àlatej
d'une AribéedeFrance, où il aur<
appris l'art de vaincre, sans épuil
ses finances. Pent-efire mesme qu
luy feroit demeuré quelque partie <1
Conquestes qu'il auroit faites, au li
qu'ilvoit Ces Sujets ruinez pour Ion
temps, & qt'il en faudroir beaucoa
pour les remettre, quand mesme4
Roy de France auroit la bonté de h
vouloir redonner sa plus grande pari
des Eflats qu'il a perdus. LESUEDOIS.
Ses Sujets qui luy ont toujci
marqué beaucoup d'amour & de zzl
ne luy. fotx guere abLgez. Encarc
centrant dans la Ligue il avoit eu
te garantie aussi feure que celle que
étis eusmes dans la derniere guerre.
Duc le monde sçait ce que le Rjoy
très- Chrestien y fit pour nous. Nous
avons point d'Histoires qui marient
des generofitez de cette nature,
japréscela touslesPrincesdevroient
fmpretIer à estre des Alliez de la
fance. e L'ANGLOlJ. Duc de Savoye pourroitdormir
1 repos puis que les Espagnols doiptLl'inEdemniler
de toutes (es pnes. I'C'eil HOLLANDOIS.
une bonne garantie quecelle
n Roy9qui faute d'argent ne peut
uvenr (ortir de Madrid pour aller à
ËscuriaLQjelles Troupes peut-il
ivoyer en Italie, puis qu'il n'en peut
tvoyer en Catalogne
,
où avec une
meeanez mediocrc on prend tous
r jours des Places sur luy?
; LE SUEDOIS.
Jl n'ya que le Roy de France qui
foit aujourd'huy allez gtnereUJ!
assez puissant pour donner des garan
lies, & pourvenir à bout de ce qu'i
promet. Il n'avoit jamais si bien conm
ses forces,ny le zele de ses Suj ets
qu'il fait à presént> & l'on doit ellrl
assuré qu'il trouvera toujours dans se
Etats dequoy étonner, & même lasse
la jalouse fureur de ses Ennemis.
, LE BAVAROIS.
L'Eletteur de Bavière n'a pas fai
moins de tort à ses affaires en se déclarant
contre la France, que le Duc
deSavoye. S'il eust gardé la neutralité
qui auroit entretenu labondancc
& le calme en ses Etats, il eust joli)
des tresors que luy avoitamassez l'EIecteur
Ton Pere., mais nous croyon:
tous cftre plus rages que ceux qui oni
vccu avant nous. Nous nous faison:
une honte de marcher sur les trace
qu'ils nous ontlainées
, & c'est pac H
que nous, nous perdons. Cene iêroîl
rien si l'Electeur qui nous gouverne
aujt>ùrd'huy,n'avoit fait que dîssipes 1
1 r.- I grandes richesses dont il' avoit \1e--
té en heritant de l'Eleftorat. Non
[ulement il a fait des dettes immenis
aprèsavoir épuisé ses Sujets , mais,
a poussé encore la dissipation plus
in,& ce Prince a mangé d'avancetl1
revenu de plusieursannées, en
ce que n'ayant pas dequoy faire
bfifierses Troupes l'année derniere,
les piUerçnt deux fois le Marchéde
ilunic pour avoirdu pain. LESUEDOIS.
pCm'peêsct hseandsedoute son inquiétude qui demeurer en place
,
puis
13On le voit tantoi à Vienne, tantost
Venise
,
r& tantost àlariaye, ANG L-Or1S. onne doit pas s'étonner qu'il s'eifc*
ye chez luy, puis que ses affaires- y
lent si mal.
LE BAVAROIS.
- Le grand attirail d'infirumens de
viufiqaé qu'il avoit fait porter àa
Haye, montre combien il est pou
puché dcsm;&ux qui devroient1abat
- LE HOLLANDOIS.
II avoit sans doute porté ces Inftru
mens pour accorder Meflreursde 1
Ligue; mais les Canons de Franc
qui se font fait entendre devant Mon
juftemcnt dansce temps-Il, ont biei
troublé ce Concert. 1 L'AUSTRICHIEN.1
C'est donc parce qu'ils eftoien
devenus inutiles, que les Françoi
ayant surpris le Bateau qui les portoi
au retour de la Haye, les jetteren
tous à l'eau, après en avoir brifé un
partie. 4 LESAXON.
1
.ôi les Musiciens de cet Eleaenr ni
font pas mieux payez que ses Trou.
pes, je crains bien que ses Concert
n'aillentLaussEi mSalUquEe [DesOafIfSai.res. I Les Ligueurs ne peuvent manque
d'estrebien concertez, puis que 1:
Musique est la paillon dominante d'ul
des plus qualifiez Souverains d'entre
eux. Le Marguis de la Fuente a rap
- 1
IÓrté a tous ceux qui l'ont voulu enendre,
qu'estant un jour àl'audience
le ce Prince, il fut étonné de le voir
ortir avant qu'il eust entendu tout
ion compliment,pour seller achever de
loter des Vers qu'il avois entrepris
le mtttre en Air. |t| L'ANGLOIS.
Cela marque une grandea don aux choses pour
lefqucllesce
Prince a de l'attachement
,
& l'on
peut juger de là que s'il alloit à l'Ar-
-née, il pourroit estre heureux dans
le qu'il entreprendioit
, puis qu'on
éiiffit toujours quand on a le coeur
au mestier dont on se mesle.
LE SAXON.
S- Mais s'ils'agiiïoit d'une affaire d'Etat
dans cette Audience, ce n'étoit
ipeas y prester une grandeattention que hl'iLnteErroSmpUreEainDsi.OIS.
Peutestrece Prince estoit-ilplus
attentif que vous ne pensez. Que
Ifçait-on s'il ne trouvo-it point quèf-
6
que chose de si pathétique dans le dif
cours de l'Ambartadeur
,
qu'il resolus
de l'aller mettreen Mufique.
LE HOLLANDOIS.
Comme il estoit impossîble à l'Am.
baiTadeur de deviner ce dessein, en
cas que le Prince l'eust eu veritable..
mène, il deut estre fort surpris de fc
voir traité de cette forte. LESUEDOIS.
Il estoit de la Maison
, ÔC cela le
fitp-asser par dessus cette irrégularité,
car autrement le procédé de ce Prince
luy auroit paru aussi incivil que peu
politique.
LE BAVAROIS.
Vous ne connoi ffex pas les Mufi
eiens. Qnand ils ont un Air dans la
telle
,
il faut qu'il en forte.
LE SAXON.
Ce n'eflr pas-ignorer tout que de
fçavcir la Musique ; mais il faut (a..
voir plus que cela pour regner ,
& l'on
a quelquefois des Princes en teste,
qui déconcertent l'harmonie la mUJ,
régl ée,
r lE SUEDOIS.
Le Souverain dont j'ay comicncéà
vous parler; a les meilleurs
lluficiens de l'Europe, & comme il
y en a point qui soient plus feavans
ne luy
,
il ne le rapporte de leur caacité
à personne
,
& joue luy mesme
u Claveffin pour les accompagner,
eiand il les fait chanter pour voir s'il
tLs reEcevra dans sa Musîque. BAVAROIS.
» Puis q/elle est si bonne,il la de..
roit envoyer à Bellegrade. Les Turcs
luroient pû s'en laitrer charmer, 8c'
eut-eftrc n'en auroit-il pas fallu davantage
pour les empescher de prennLe
cEetteHPlaOceLd'aLssAaut.NDOIS.
Dites qu'ilauroit mieux fait de
sver de bons R.egimens) des deniers
111e cette Mufiqne luy coûte.
LE SUEDOIS.
Vous suivez le caractère de voftrc
dation. On y a rcfpritmarchand, Se
tous n'entendezparler chez vous que f tour mettre à profit.
IE BAVAROIS 1
Ce feroit avoir trop de dureté
, qui
de vouloir qu'un grand Souverain qui
ne va point à l'Armée
,
se privaft de
sa Musique. A quoy voudrait-on qu'i
Veccupaft ? 11 faut avoir plus de cha
rité que cela pour Ton prochain.. Iln
a point pour on Prince de plus
noLlf
divertissement que la Musique.
L'ANGLQIS.
oüy , maisvous demeurerez d'accord
que les Violons font pude fai-
(on, quand les Canons des Ennemis Ci
font entendre-
LE SUEDOIS,
-
On a beau faire, l'harmonie de la
L:gue ne fera jamais rompuë ,
ellfl
aîme trop la Musique. On aveu q
FEle&eur de Baviere né s'en est pi
palier à la Haye, puis qu'iL-y a
-fai
conduire des Bateaux chargezd'inftca
mens,& que le Duc de Savoyeq
ne l'aime pasmoins que ce Prince,
eA party de ses Etats pour aller y
les Opera de Venife.
LE BAVAROIS.
Il y a esté chercher iâ perte ,
rpaiS
omme pour s'y cacher en traitant, il
dl: servy du marqueafin de pouvoir
e trouver au rendez-vous
, cette aliance
a produit l'etfct d'jncmasça.
ade qui le trouve n'avoir q.i'am.usé
juund le diverrillemeliHeit hny, §c
lu'on a levé le T\l;!.(que.
L'AUSTRICHIEN.
Il y a un Proverbeallez commun
qui dit
, que c. qui vient de la flûte
cii retourne par le tambour. L'alliance
le Savoye e(l venue parla flûte à
Venise
,
& le tambour a toit gâcé à la
Bataille de Stafarde. A.nn l'on peut
dire avec ràison,malheur sur la Matique.
LESUEDOIS.
Je puis vous allu-irreerr qq,u,iee l' hhaarrmrnoo*.
nie des Alliez estoit bien méchante à
la Haye. J'ay oüy dire à l'Electeurde
Baviere
, voyant qili y avoit si peu
de concert entre-eux ; jQue si les chofis
continuaient d'allerlemef/netrain, il
se oit bienheureux s'ilsi'wvoit tftre
jour Duc & Pair de France,
L'ESPAGNOL.
Il est facheux cr'e la Ligie ayai
trois Musîciensauuî bons qu'on noi
les peint, aucun ne puilTc chanter
delliis quand il faut disputer avec
France
L'AUSTRICHIEN. - Un Trio fait pourtant un nombi
parfait dans la Mufiqtte, & il n'y
rien qu'un Trio ne puille chanter.
LE SUEDOIS
Cependant dés q'iece Trio veu
se faire entendre devant le Roy de
Fnnçois, Ces voix s'affiibliflenta S
cette Manque devient pitoyable.f
LE BAVAROIS.
11 est fjrprenant devoirqae lechan
d'un Coq, quoy que seul, prévale fui
un si grand nombre de bonnesVoiï
&qui ont tant travaillé pour rendu
leur Concert juCle. 1
-
,,,\ Il
û
LE SUJET DE L'ELECTEUR :PALATIN.
f Iln'y a poinc d'Etat en Europe)cri
ie chant du Coq ait porté plus de déflation
que dans le nostre) mais il n' y
:n a point aussi dont le Souverain a.c
ilus travaillé pour la ruine de les SI-iets.
Nostre défunt Eletteur avoit
igaucoup d'esprit
, mais de cet esprit
itii ne fert aux hommes que pour les
ondjire à leur perte. L'Empereur
yant epousé sa Fille
, ce Mariage
uy avoitdonnî beaucoup de pouvoir
iir sonesprit. Le Princed'Orange qui
cait allez bien de quellemaniéré il
aut mener une intrigue de Cabinet
k servoit de cet Electeur » a pour en gager Majesté Imperiale à travailleravec
uy à faire la Ligue, qui a tant coûté
ie fang à l'Europe, & qui luy en Lit:
ncore verser tous les jours. Nostre
:ledeur qui avoit fesveuës
,
entreprit
vec chaleur tout ce que iuy proposa
: PPrriiiniccee dd''OOraranigiae, parce qu'ayant
|Tiiftd nombre d'Enfans
)
illes vouloic
élever à de hautes dignit.ez,$C qu'il
efptroit faire entrer par 11 les Evefchez
de Munster & de Liege dans. sa
Famille; de 10rte que pendant que C
Prince concertoit avec les Traistres
d'Angleterre les moyens d'ênvahircette
Couronne, les Princes liguez prenoient
de Secrètes mesures pour le deffein
qu'ils avoient d'accablerla France.
LesVaisseaux duRoyTres-Chrestien
estoient alors devant Alger
, pour 1
gloire & pour- l'utrlité de la vraye
Religion; il travailloitàl'affermir
dans (on Royaume, &n'ayant aucune
envie de troubler la paix qu'on luy
avoit veu donner à l'Europe, il n'avoit
que les Troupes neceliairespour:
garder ses Places, lors qu'il s'apperceut
de l'orage qui estoit prest à fondre
sur luy.ilestoit question de l'arrester
,
& ce Prince ne le pouvoit
qu'en se servant des moyens que per-
]
met la Guerre. S'ils nous parurent un1
peu violens
, ne devons-nous pas de-j
meurer d'accord que les Vainqueurs
les plus modérez font autorisez à les
employer quand les occasions font
preilances ? Le Roy de France se
trouva donc obligé de fare ledégast
entre Tes Ennemis
J
afin d'empekher
gu'i'sn'avançaient,&: voilà pourquoy
e Palatinat a tant fouffcft; mais nous
le
fçauiions mer que ce te foie juftefnent
,
puisque la France ne se pojiroit
garantir d1 mal qu'on vouloit
uy faire, qu'en le rejettant sur ceux
gui avoient juré sa perte.
IOL'nHABITANT DE COLOGNE.
doit aussi la desolation de l'Elec.
orat de Cologne au défunt Eletleur
palatin,& au Prince d' O range, puis
1u'ils ont esté 1 s principaux Auteurs e la Ligue. On s'uniflbit pour dé.
arer
la Guerre à la France, sans
lu'on eust aucun [uj et de plainte coure
elle, & feu lement, parce que l'E..
aelJr de Baviere estant Gendre
le l'Empereur, Sa Majesté Impériale
ouloit que le Prince Clenient, Frere
te cet Eledeur , eust l'Eleâorat de
Cologne, quoy que le Cardinal ci
Furftemberg en eust estécanonique
ment élu Ccadjuteur. Le Prince d'O
range leur promettoit à tous de les fer
vir efficacement, non pour la bonn
amitié qu'il avoit pour eux, mais par
ce qu'il vouloit les engager à occupe
les armes de France, qui autremen
auroient pu rompre lesmefnres qu*
avoit prises pour se faire couronne
\Zay d'Angleterre. I
LE SAXON.
Quelle honte pour tous les Prince
da l'tnrope, de se voir les dupes d
cet Usurpateur Il nous a tous mi
en mouvement pour ses propres assai
re. NostreElecteur est venu troi
Campagnes de fuite avec Tes Troupes
lur les bords du Rh:.n, où elles ont For
diminué
,
tantost de fatigue, & tan
tost manque de fourages & de vivres"
ôccependant, après tant ds longÎ
voyages &tant de dépenses
, ilne t
trouve pas plus avancé que le premie jour.!
IABITANT DE VIRTEMBERG. tLaguerre a petit-estre fait plus de
a.vagc dans
nostre
Pays que dans auan.
autre,& nous avons grand iujet de
étefter le Prince d'Orange. Audiceux
ui nous gouvernent ont'ils eu grand
Drt de nous avoir mis de la partie ;
sais comme nous sommes de petits
oDiitfIlobnnss mmeesnleezz "ppaarrmmyy lleessggrroossqquuii
bus mangent, ce neu: pas à nous à
arler. Nous ne faisons figure que
Dur le nombre, & pour faire paroître
eux qui nous traînent à leur fuite,
|e forte que tout ce que nous pouvons
aire c'cft d'écouter
y
nostre voix ant fort foible, & n'estant prefue
pas comptée parmy les Alliez-
Cependant le mal est fait) nousaupns
beau nous plaindre dli Prince
^Orange,nos plaintes ne réparerons
aIFsl.nLoEs peHrteOs.LLANDOIS:
est temps de nous retirer. Vous
jitendrez bien d'autres plaintes uiv
Dur, I quand il fera devejiu Souveraie Hollandp.- N iij
AFFAIRH
DUTEMPS.
XI. PARTIE.
Le Prince d'Orange travaillait
à son Histoire.
IV. ENTRETlEN'I
• LE PRINCE D'ORANGE.
Il
L faut, mon cherMilorcT!
'.llle je t'entretienne à font
l'un detïeiii que je rouW
Jans nia reste.
ci E N T1 N G.
Milcrd ! Ce titre est toujours extraofdiimrepour
moy. Je[aybic,
'uevous m'avez fait Milord de Porte-,
nd,mais jz doute quejele fois veritalne'anvieeznt,
puis que le present que vous
fait n'etoit pas à vous.
LE PRINCE D'ORANGE.
liTsu. m'étonnes de parler comme tu
La pofTeffian est un titre inconbftable,
&qui l'emporte Couventsur
bs droitsles mieux fondez. Sile feruule
te prend là-dessus
, tu dois estre
iën changé.
BEN TIN G.
Du rrupule?moyduJcrupule i Il
fiudroit pour en avoir queje n'eusse
:as esté élevé avec vous. Nous nous
lonnoilfons trop bien l'un & rautte
iour ignorer qu\il n'y a rien au monde
lui nous en doive donner) & c'est
larce que n- ous nous connoilîbns st
den) que nous pouvons, quand nous
pmmes sans témoins
, nous moquer
1e ceux qui ont. esté assez fous pour
DUS élever, puis que te moins qu'il
in puisse coûter à rAnglererre & à la;
liollandc
à
c'est de vous voir établir
la Puissance Arbitraire dans l'un.
dans l'autre Etat ; car je commenc
vous regarder comme Souverain
Hollande. Cependant malgré tou
vos Couronnes
, ne vous fâchez j
s'il m'arrive quelquefois de - ne v donner que de l'Altesse.J*ay pe I m'accofitumer,quand nous (omtf
feuls3a voustraiter de Majesté, le tiCI
d'Altesse me vient plûtost à labouchj
Vous [çavcz que le Cardinal de R
chclieu en a le premier honorévofti
Maison
, & qn avant Ton ministere
les Princes d'Orange vos
Fredece
feurs
,
estoient feulement traitez d'Ei
cellence. j
LE PRINCE D'ORANGE. 3
Il eut ses rairons, pour donner I
titre à Henry Frédéric mon AyeuL
BENT1NG. -
• Ce fut en 1657. que ce Cardin
foiy fit donner de TAltefle dans u
Discours que Mr d'eCharnaflè, A
balsa.eur de^Franceen Hollande,
au nom- du Roy Tres.Chrdhen dai
A.Semblée des Etats Généraux. On
; manqua pas de faire aussi - ton:
nprimer ce Discours, afin d'apprendre p prendre
:tte nouveauté à toute l'Europe, &
jmme la France- fert ordinairement
: modelle à tous les Souverains) les
mbaîîadeurs des autres Princes fuirent
l'exemple de celuy de France
LE PRINCE D'ORANGE.
'il me semble que j'ay allezélève
La Maison depuis ce temps-là
, &
ue j'ay sujet de croire que l'avenir
:ndra justice a la noble ambition qui
t'a fait venir à bout de changer la
tre d'AltelTe en celuy de Majesté.
i BENTIN G.
Vous pouvez vous alTeurcr que la
'ofterité parlera de vous.
-LE PRINCE D'ORANGE.- Je n'en doute point, & comme je
lis, persuadé qu'elle en parlera dierkment
, j'ay résolu de travailler
vec toy à mon Histoire; c'est de ce
slfein que je veux ttentretenir
l
BENTIN.G.1
Vous vouîez travailler avec
m
LE PRINCE D'ORANG
Oiiy
, tu en (ais le plus fçci
& je voudrois bien que nous tr
vallons un tour pour accommq
de certaines veritez , où mes
ava
ges n'indemnilent pas ma gloire.
BEN TING.
.Il y a maniéré de mentir; niais
que j'y trouve de fort malajfé:) t
que le mensonge historique, si je a
parler ainsi, doit estre accompag
d'une telle vray-femWance, qu'il
impossible de le démeier d'av
vérité.
LE PRINCE D'ORANGE
-
C'est ainsi que je l'enrcns.
B EN T 1 N G.
S'il tagHroit de donner une Bataill
- vous auriez raison de vouloir ava
avec vous quelque Capitaine he
reux,& plus sçavant que vous n'eft<
dans le mestier de la guerre ; mais loi j
L * L
s'agit du Cabinet.) voas-tailleriez
l belbgne à tous Ceux- que leur
ite intelligence dans l'art de foura.
rendus recommandables. Ceant
croyez-moy, vivez, joiïiirez
ïfcre fortune, si vous pouffez, &
os embaralfez- point de voftrfc
aire.
E PRINCE D'ORANGE
estinutile de m'endétourner; il
pris li-dessus une maladie trop
M-e.BENT1NG.
nt pis. Grace a vostretgrand arc tflimuler, vous avez faitdes dupes
us les Princes liguez, mais pourla
:sice, iln'en fera pas demesme.
E PRINCE D'ORANGE,
i y a pourtant des maniérés si delis
de tourner les cbofes
,
& des rails
sip'aufiblcs.
BENT1NG.
lomptez que la Pofterit-é rend jut:
à tout le monde, & que vous ne
','omperez pas.-Je vous flUteray en
blic tant que vous voudrez* ml
dans le particulier,estant voftrç Am
éc vallre Camarade de plaisir & 4
fortune-, je dois vous parler fincerJ
ment..
-LE PRINCE £>'ORANGE.
-Ta sincerité est bonne. Je ne
verrois pas aujourd'hui
îeulema
Statoude.r en Hollande, si je ne l'ave
sacrifiée à mes interests.
BEN T 1 N G.
Je ne croy pas valoir mieux q
vous , & je ne ferois pas vofire Fav
ry, si cela estoit. AinÍi lors que jt
combats vostre deifeill, c'elt feule
ment parTimpodibilité que je trou
à le faire réussir. Encore un couj
croyez-moy;ne vous mettez non pl
en peine de la Posterité que vous fait
dela Religion. Vous joîiiïlezdurai
où vostre adresse vous a fait monce
de la maniéré dont jouirent du revej
de leur argent ceux qui l'ont placé
vie, & ce fera beaucoup s'il ne va arrivepointd'accident comme ille
.'arrive quelquefois,q1 uivous empêc*he
en jouir long-temps. Vous possedez
i beau & floriiïant Royaume; vous
regnez arbitrairement, ou peu s'en
ut, & cependant, faites faire tant
histoires que vous voudrez, & trajllez-
y vous -
même; subornez les
eilleurs historiens ; faites-leur dire
ut ce qu'il vous plaira; il est tresrtain
que lors qu'on fera paroiltre
iiftoire d'Angleterre de ces dernicres
inées
, vous n'y ferez point au rang
s Rois légitimes. Vostre vie pourra
eltre placée à la fuite de ce qu'.uint
fait ses autres Souverains, mais
e fera regardée comme un incident
rivé pendant celle de Jacqics 1 1.
Mt vous occupez la pLiee) & voibe
ne paiera pouruninterrègne à l'érd
des autres Rois à qui la Cou- ne auia esté juftemcnr acquise.
n marquera ce que vous airez aie bien & de mal, ma s la con,
ssion fera que vous aunzcité un tarpattur, & que vous aurez violé
toutesfortes de droits pour régne
De tous les Usurpateurs vous est
celuy qui paroiftrez le moins Roy,pa
ce que pendant le cours de vostre t
furpation le vray Monarqueest vivan
Son caraderenepeut -s"efîacer; on r
luy sçauroit oster fou nom, Se voi
mesme
,
&tous vos partisans,vouslu
donnez tous les jours le titre de Ros
Vous psflèdez,ileft vray ; mais iwj
possession injuste&violente nevom
fera jamais placerau nombre des Roû
quoy que l'Histoire vous mettea
rang de ceux qui auront gouverne. 4
LE PRINCE D'ORANGE.,
L'Histoire ne me mettra jamais a
rang de ceux qui n'auront pas meril.
qu'on fasIè d'eux une grandediftit
&ion. 1 BENT1NG.
La mort fait fouveut découvir dl
défauts &: des vices ,q'a-i rende!
CCllXqle l'on a crus de grandshonl
mes ,
bien petits dans letombeau, J
elle nouSjapprend quelquefoisqu'a
Soient fait du coeur1par rais"on,pen- --
mt que la nature souffroit, & qu'cd.-
tfailoit connoistre par des relâcheens
ordinaires aux poltrons, qu'ils
embloientde peur. Mais comme il
ut palier le plus viste que l'on peut
r ces fortes d'articles.
oLEyPRINCE D'ORANGE. que tu tâches d'enveloper
matiere ,
je vois à quoy tu en veux
nirj mais un defaut de nature n'en
Bt paEs toNujoTurs1unNdeGcour.age.
| Comme ce malheur vous arriva
[ jour de vostre Couronnement où
lUS deviez avoir moins de peurqu'en
ky d'une BatIlillc, rien ne marque
ivantage q':e vostre crimc s'eilant
ors presenté tout entier à vostre
lagination, cette image avoit fait un
muement general dans vostre corps,
ce fut ce qui causa le ravage que
'ent alors les humeurs en vous.
eux qui ont écrit contre vostre iniion
,
n'ont pas laide échaper cet
n incident. Ils prétendent que c'est Ui
preuve Physîque qui fait voir qi
vous vous representiez en ce momei
toutes les injustices que vous avie
faites ponr monter au Trône. Out:
la familiarité que vous me souffrezt a
qu m'oblige à vous parler de la sorts
je dois, lors qu'il s'agit de vostre H:
fioire, vous dire deqnoy font rempl
tes Mémoires dont se serviront ui
jour ceux qui voudront y travailler-,
LE PRINCE D'ORANGE.,
C'est une chose surprenante quele
veux du Public. J'admire comnaeri
ils ont pûpenetrer- jusque dansmt
atfaires lespBlusEseNcreTtesI.NG, 1 I Quelqu'un de vos ValetsdeChats
bre pedt avoir parlé; mais laillez-là l'
venir, il ne vousappartient pas. Vo
avez voulu joiiir
, vous jouiltêz
) mai
ne croyez pas qu'après vostre mort <|
rende les mesmes honneurs à voftl
memoire qu'à vostre personne. Il sa
droit des armées en cc temps-là po
mtraindrelePublic,&comment en'
iriez-vous
,
si les Gourtifans qui patiÍfent
les plus zelez & les plus dei.
titereflez,tournent le dos aux plus
rands favoris de la fortune, & leur
ittent mesme souvent la pierre dés
d'elle commence à les quitter. Que
tra Yoûre Cadavre après vostre mort?
Quelles:armes aura-c-il pour défendre
Dftre réputation ? Vousn'aurez pas
sesme d'Enfans pour prendre le party
s vostre mémoire,& vos écrits n'é.
tnt point appuyez, ne la justifieront
as. Loin de songer àcequi se dira de
pus lors que vous ne ferez plus, vous
evez mettre tous vos foins à n'erre
às détrôné de vostre vivant; car
pftre mort pourroit devenir un sujet
E fpjeiVacle fort desagreable pour
ous. Vous [çavez. ce que c'estque
ambition, & ceque mille gens en
Ht écrit sur les exemples qui ontefté
lis.
\Henrenfe, elle estvertu
,
r^alheureiife^
t. elleest crime.
Le procèsd'unAmbitieux que
fortune abandonnerfe trouve fait
parfait en un moment sans qu'ilputi
en appeller, c'est un urage généra
Ceux qui ont conduit au Trône foi Js premiers qui meoent à l'échatfau
8c vous devez estre persuadé que h
Angtois.quiont fait iniuGement co*
1er le fang de Charles I. ne vou
épargneront pas, & que désque vou
deviendrez malheureux, ils vous ri
garderont comme un Usurpateur qn
a troublé le repos de la Nation, qOE
luya coûté des sommès immensès
qui a fait diminuer fortcommerce
qui luy a fait perdre la reputatioi
qu'elle s'dtoit acquise sur Mer,8A.
qui l'a rendue odieuse à toutes les NT
tions. Elle croira ne pouvoir iry lavtg
son crime, ny rétablir [es affaires quo
par vostrefàng. C'efl: pourquoy au
lieu de penser à l'avenir
, vous deve:.-
vousappliqufr uniquement à prendre
des mesures qùi plilfrclitvollis-empeg
dier de tomber du Trône,si l'on pcuJo
tire pourtant que ceux qui le font
,ffis de force sur lU1 Trône
,
le poiInt
véritablement.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je lepollede puisque je commande,
Se qu'on m'obéit. Quand une fois on
t1: parvenu au lieu cù je fuismonté
«e la maniere que Vay fait, on. doit
put sacrifier pour s'y maintenir. |BENTING.
É Supposé qu'on ne vous en puft faire
ercendre
,
& qu'on vous laillaû finit
os jours anssi tranquillement que
2romvvel
, que l'on a ven mourir dans
pn lit
, croyez - vous que vofire
nemoire en fust moins odieuse apréa
care mort2 Cromvvel estoit plus
imé que vous ne l'estes. Lçs Anglais
:lvio'i:elnstm,oins' fonffert fous son regne souffrent tous le v.Hre, Sa
ieté apparente 11e s'eitoit janais pé.-
jeniie,nonpins qMc sa modération.
Cependant les Peuples pendirent &C
f: brûJereft son tfllgie apiés sa mort
pus toutes les Villes d'Arg.lr..terre.
On condamna au dernier fuplid
ceux des Juges de Charles I. qui el
toicnt encore vivans. Le Corps d
Cromwel fut déchiré par Ordonnan
ce du Parlement, & attaché au
Fourches patibulaires. Ainsi celuy qù
s'estantacquis du moins autant d'efti
me que vous dans le Cabinet, s'estos
plus fait craindre dans les Combats
n'eut pas plutoft- achevé de vivre
qu'on traita Ton corps avec toute l'in
dignité & toute rignominie deu-au:
plus infâmes Scélérats.
LE PRINCE DORANGE.
Ilfaut tou jours penser de foy-mêmi
assez favorablement,pour estre porfua
dé que le mal qui arrive aux autres ni
nousarrivera pas. BENTING.
Je connois le génie de l'Angleter
re. Les Peuples font prompts à si
chagriner, mais s'ils prennent aifément
les premières impressîons qu'on
leur donne contre leurs Maistres, il!
eii reviennent avec la mesme facilité.
e qu'ils font avec d'autant moins de
eine, qu'efiant mieux instruits de
:urs Loix qu'aucune autre Nation du
londe
_,
ils connoiilenc mieux les
rimes où ils font tombez. Si la for-
3ne vous abandounoit, vous verriez
n me(me temps leurs repentirs bien
tpeints dans leursAdrelles à leurs leitimesSouverains.
Vous les verriez
leteiter leur crime, & faire de vi.
lins portraits du voftic. Si ce la n' arive
pas de vostrevivant ,
il est hors
le dout: qu'on le verra arriver aprés
jpftre mort. LE PRINCE D'ORANGE.
C'ell
pour combattre des à prefenc
ont ce qu'on pourra écrire en ce
emps-là, que je veux que nous traraillionsàmon
Histo're.
BEN T 1 N G.
Je m'étonne qu'ayanc toujours fait
n si bon usage de voflre temps, vous
tous puissiez aujourd'huy resoudre à
e perdre.
LE PRINCE D'ORANGE.
Pourquoy le perdre? Mon Hiftoi
ne pourra-t-elle pas m'estre aulïï gl(
rieuse quelque jour, que celle que l<
Protestans feront du Roy de France
luy fera desavantageuse > BENTING.
Les Protestans n'estant pas partit
croyables, feront recusez par ceu
qui s'attachent à la vérité, & plus il
se déchaîneront contre ce Monarqui
plus ils feront son éloge, puis qu'il
marqueront combien il aura travaill
pour l'avancement & pour la gloir
de sa Religion.
1-E PRINCE D'ORANGE.
Croyez-vous que les Allemans n'e
criven pas contre ce Prince d'une
maniéré qui noircira samemoire BENTING.
Et qui s'en voudra rapporter à eux
Ne doivent-ils pas rougir de ce qu'ut
Roy seul
,
sans autre lecours que cc4
Juy de ses Sujets, ait tant de fois saîs
plier & battu ce formidable Corps du
Empire, qui à un si grand nombre ;bras & de telles.
LE PRINCE D'ORANGE.
j'
Les.Espagnols.. BENTING.:. Apres tant de Places que les Francis
leuront prises, quoy qu'ils écrient:)
ne verra-t-on pas que ce fera,
5 dépit qui les aura fait parler E [LE PRINCE D'ORANGE. (Etne
crois-tu pas que les Anglois.
BENT1NG.
Onfçait qu'ilsn' écriroient que pour
z vanger deceque le Roy de France,
prés leur avoir osté lEmpire,des
Aers, les a attaquez jnfque dans la
daiiche, & battus mesme jufqae dans
tiurs Ports. LE PRINCE D'ORANGE.
iBLesEHoNlîandoTis>I NG. j*
Comme sans luy ils feroient encore
arbitres des Rois
,
qui pourroit douter
pece ne fnfi: le chagrin qui les aupic
fait écrire?
,
LE PRINCE D'ORANGE.
Mais les Electeurs ? BENTING. j
Personne n'ignore que ce Moiiârj
oqureaa[isa,itdes Deserts de quatre Elej
pour arrester les Troupes avei
lesquelles la Ligue devoit inonder 1,
France. Ainsi leur mauvaise inted
tion est trop contiuc, pour laisser ajoû
ter foy à ce quMs pourroientécrire.
LE PRINCE D'ORANGE.
Si je te connoissois moins, jet
croirois Pensionnaire de France.
BENTING.
Ne condamnez point la finceriti
que je vous marque. Il faut s'attachej
à bien connoistre nos Ennemis ,
leurj
forces & leur mérite, afin de prendrd
contre eux de justes mesures. De
bOll'
ne foy, peut-on ne pas demeurer-d'ac
cord,à moins qu'on ne veiiille s'a
veugler foy-même, q'Je le
Royd
France est un des plus grands Prince]
qu'on ait-jamais veus , & que ce
qui se liguent contre luy
, ne iaillifl
Pî
is del'eslimer Se de l'admirer ? Il est bien
nportant pour leur gloire que cela foit, car
ur honte rcdoubkroit, s'ils estoient tous les
iurs vaincus par un Prince qui ne se feroit
.lUnguer que parleurdéfaire. II PRINCE D'ORANGE. |Laissons-làce
qui les touche, & parlons
; mon Histoire. Songeons à ytravailler. Si
DUS n'avons pas sujet d'en eltre contons, il
lus fera aile de la fopprimer.
IBENTING.
Je voy bien qu'il faut vous fatisfjire. Qunnd
s Grands ont quelque chose dans la telle, il | impossible de l'en arracher.Nous allons voir
unment nous pourrons parler de mille ac-
»ns> qui feroient bonnes à ensevelir dans
l tenebres, & vous allez estre bien contra- ficar je ne voudrois pas écrire une ligne,
pjcn'avoispermifllon de vous dire moi
s.
;Je LI PRINCE D'ORANGE. n'ay que faire de te la donner, tu es
jimine a la prendre de toy-mesme.
BÏNIING.
Mais pour bien faire une hiiloire,il faut,
lïimencer pat l'origine de la Maison de cer
dont on entreprend d'écrire la vie.
LE PRINCE d'ORANGE.
'Ce que l'on en marque n'est qu'un préam*
le qui feu d'inirodudion & il faut le faite
Irc.
BXNTJJfG.
Nous dirons que Guillaume surnômmë le
Cornet, eu au Court nez, >fut Prince d Orange
du temps de l'Empereur Charlemagne; que
ses DefcencUns jouirent de cette Principauté
jusqu'à Rambaud IV. qui eslans mort faus
enfans
,
la laifia à Tiure sa Soeuri- 'lui;
porta par son Mariage a Bertrand de Baux
en II77.que leur
Fils
Guillaume commença
la [cconde race des Princes d'Orange ciul
continua jufquJen 1353- que RaimondVJ
n'ayant pointde fils., maria sa Fille Marie
lie Baux à lean de Chalon ;quuelIecuurrFil1s
Louis de Chalon
-,
Prince d'Orange, eui
(uillaurnedeLhilon, Pere.de JeanIï.qui
eut Philibert de Chalon ; que ce dernier
mourant sans Enfans, laissa hcrrrierc Claude
de Chalon sa Soeur , qui par fan mariage ave
Henry de"Nsf&u
, porta la Principauté .d'O
range dans cette Maison; que Hem y futPerd
deRenéde-Nassau qui moumt [ns Enfans a
d'une blcffute receuëau Siege deS. Dizicr en
IÇ44.&quepar sonteilamentilfit son
heri
tier Guillaume de Nassau., Prince d'Orange
Ion Coufiu Germain, Filsde Guillaume
J di
le Vieil, & de Julienne de Stolbeig, que c
Guillaume fut reconnu par les Etats Généraux
des Provinces Unies comme le Cpefde leus
Republique,& que c'estoitvoiVre Bisayeul.
LE PRINCHT^ORANGE» 1
On verra par là que nous ne sommes Prin
ces .d'Orangeque par lei Femmes , maisJ
-importe; ce n'etf pas à cette. Principauté qpe
: doy ce quejefois. BiîNyiNG.
Vous ne le devez pas non plus à vostre épous
ferez bienheureux si vous devenez un
pur"Souverain de Hollande,sans répandre:
lkiarsandte fang que vous avez fait en vous cm--
de l'Angleterre.
LE PRINCE D*OANGH.,
Tout vient avec le temps, & si je reive
ms cesse , ce ne fera pas inutilement.
- BENT IN G.
Vous avez raison de conyoirer
-
la Hollan-
1:. G*eft un bon morceau ,.& vousy règne-
•z plus tranquillement qu'enAngleterre.
)us y mèneriez fcs bons Marchands à battette
>
& vous les déchargeriez bien-totfde
;irs tonnes d'or. Cela vous feroit plailir
>
rgent estant alTez voftiepalfion. On ne vous
demanderoit point compte, i comme font Angloré. Iln'y. arien de plus chagrinant
lur un Souverainj cette Chambre des Comimes
embarane fort, quand ses méchanres
meurs luy prennent, & l'on ne sçait cornant
l'appaiser.;. Ces Milords de leurcofl*
lit plus fiers que de raison lors qu'ils se
IIIvent d'ans leur Chambre Haute, Se que
Bois font obligez de les appdlCI leurs
gneurs.
LE PRINCE D'ORANGE.
La pluspart ne font guere moins fiefs
s. delà. Il y ena lJuCmCt qui ne me font
point 1leur cour, & qui ne mJeJsaluent qu'à
zequand je paBffeEparNlaTVilIle.NG.
Ils font tropriches,il faut un peu les
jraifler pour les rendre Toupies.M
LE RINCE D'ORANGE.
C'est à quoy je resve, & je fuis tron
félon ce que j'ay en teste. si aucun d'eux mi
avec son bien. Quandquelquefoisje jouea
eux, afin qu'ils n'ayent point le temps
cabaler, ils font alrez. mal appris pour couc
sur une carte dix fois plus que moy."g BENTING.
Ils jouent en riant pendant que vous s
peur de perdre; c'efi une incivilité qui me
• châtiment, mais l'Angleterre commence;
-voir assez punie depuis que vous la gouveri
Elle est moins floriiïante qu'elle n'cftoit
>
armes font moins viaorieufes, l'argent ri
moins chezelle,& peu à peu elleCe lais
mettre si bas, que vous la gouvernerez cor
Mn cheval qu'un bon Ecuyer a seeu domptl
LE PRINCE D'ORANGE.
Elle fera toujoursrétive, & j'auray touj
sujet d'e m'en défie-, On ne vit pas avec <
Nation, on languit, & dans le plus gl
,calme on cft obligé de se tenir piedà cHi
quelqueorage. A'h, que ne fuis-je déja i
verain de Hollande ! j'y ferois des loix î
fiantaifie
, & il faudroit bien que ces 1
Marchands subissent le joug.
é
I BENTING.
r K'èft-il pas jufte-, puis que la Hollande doit
aeoût àvolhe Maison depuis que Guillaume Nassau commença à travailler pour sa liberté
en ij£8. que vous deveniez poffelfcurd'un
bniceenfhqueis a coûté de si longs travaux à vos ? Aussi voflre Tere eut-il xaifon de
se vouloir saisir de la Ville d'Amilerdam ,
[pour commencer par là à se rendic maillrc
dtes Ltats. ,r |F LE PRINCE D'ORANGE.
Tu me fais fouvenic que je dois vanger
a mort. On l'empoisonna après qu'on Cllt
reu son coup manqué
, & je ne fçaurois assiz:
junircettecriminelleVille qui fit alors fra.ptr
une Medaille au sujet de Con entreprise.
BENTING.
»
Je la regardois encore il ya fort peu de
emps, & n je m'en souviens bien, st le corps un Soleil" qui fort de la Mer , & Un le
rivage est un cheval qui s'élance. La Ville
fl'Amfteidamparoist dans le lointain, Se
autour de la Medaille on lit ces paroles, CRIMIN!ABliNO),
DlSCtOHNÏ5.
[ LE PRINCE D'ORANÇE.
Ne trouvestu pas qu'elles font honneur
XL courage & à l'esprit de mon Pcrc ? BENTING.
t- Il est beau sans doute qu'il ait fait dire
tteeluy, qu'on peut connoisse par '.me Krulc
les actions dequoy il dtoic capable.
LE PRINCE D'ORANGB. ¡
Ses fcatimens eftoienc élevez, il
Youloil
guerre.
1 uerre. , BENTING. 1
Oliy pour venir à son but.
LE PRINCE D'ORANGE. ¡
La Ville d'Amsterdam s'y oppofoit ¡
tout son pouvBoirE. NTING. i ] Elle l'a bien fait connoistre par ces p; rôles, qui font dans l'Exergue de cette mefn
Mecbille.
QUIA BELLA VITABAT. *
Vous vous dies souvent exposé au mefit
ranger -, mais nous en parlerons en son lie
si nous travaillons à vostreHistoire. C<
pendant il me semble que le levers de la M<
daille dont il s'agit ,
est encore plus infoleq
que la face droite. C'est la Ville de la Ha)
avec la pompe du Convoy du Prince qu l'on porte à Ddfr. Le trebuchementdePhad
ton paroist dans le haut, & ces mots se lises
dans le tour.
-
MAGNIS ixciditausis. j
LE PRINCE D'ORANGE. l
C'est marquer alfas clairement que moi
Pere s'est perdu dans ses grands desseins, a
comme il ne peut s'erre perdu que par C
mort, il est ailé de conclure qu'il faut qu'oi
fait avancée- I BENTING. I
Vous avez cachépluslong-temps que luj
i
ffc ddir que -vousavez d'assujettir la Hollande.
S'il eust sceu dissimuler aufil-bien que
P"tls> Sequ'il eustclic un peu moins viste 9,
il ne feroitpeut-estre pas mort à l'âge de
ivingt-quatre ans, :&:,vous auroit épargné la
(peine de travailler avec autant de. foin ôc de
dégu-ifementque vous faites, à vous tendre
Souverain des mefmcs Etats dont-il Youlojt
sftre Maistre. rLEPRINCE D'ORANGE.
La petite verole luy vint à propos , pont"
Faire douter du poiton -qu'onluy avoit dontn.
BENTIN-G.
Si on ne
l'a
pas empoisonne)onveut du
moins donner sujet de le croiie , par la Médaillé
qui a esié frappée à l'occasion de sa
tmort. LE PRINCE D'ORANGE. P|
JJayfow-rdfolu de m'en-vanger , & je
¡¡'en trouve point un meilleur moyen qu'en
Me falÍant Souverain de la Hollande.
kBVouspourrBiezENTING.
trouver en chemin les
riefmes obtfacles que vofire Pere -, mais en
ou-t cas, vous fçavcz y mettrebon ord re ,Se
IOUS défairehabilement de tous ceuxque
pus soupçonnez d'eftie vos Ennemis. C'üfi
!Ïque lesdeVVich ont éprouvé.
1y.LEPRINCE D'ORANGE.
que toute la terre m'impute ktlt
Hou , jene croy pas que personne en ait
iîs preuves certaines.
BENTING. 1
Ceux qui ont cette pensée s'y trouv
bien confirmez par la Medaille que l'a)
frappée sur ce sujet en Hollande. Il
LE PRINCE D'ORANGE.*
Elle ne marque pourtant pas trop clai.
ment, qu'on me croye l'Auteur de leur nll
preci pitée.
BENT1NG.
Voyons. Je sçay ce quelle contient, <
outre que j'aime fort les Medailles, je m':
riche particulieiement à celles qui vous i
geardent. Les deux Freres font en buste dans cet
Mcdille, & se regardent l'un l'autre, Co
neille de VYich en Guerrier, & fou Fre
en Magistrat.L'année de leur nailïance y c
marquée. Derriere le buste du premier,c lit ces paroles,
INTEGER VITÆ.
il efioit d'unevie pleined'intégrité.
Derrierelebulle de l'autre, S font ces mots. CELERIS QJJ E PURUS.
il efioii exempt de tout crime.
11 y a au deilous des deux Buttes,
HIC armis MAXIMUS, ILLE TCGA.
L'un fut très-grand dans les
dans la Robe.
On voit dans le revers,les corps des dcu
Frétés que plusieurs Animaux déchirent. 1
v a amour, Kunc redeunt animisingentia Con
SUL1SACTA.) -:
il rORMIDATI iSCMTRIS OP,ACLÀ
MINISTRI.
* On se souvient à present des grandes actions
de e6 Magistrat, & des Oracles rendus par ce
Miniflre qui efloit redoutable aux Sceptres.
Deux rameaux de branches icches & depouillées
de feuilles ,
forment autour des Animaux
une ceinture entrelaflce d'un cordon)-
tfiir lequel est ce Vers,
[MENS AGITAT MOUM, ET MAGNO sa
T CORPORE UISCET»
r l'ne intelligence secrete fait agir toute l- .
mafft, &se mtsleparmy ce grand corps. v
11 ya dans 1bxergue , KOBILE PAR FRATRUMSAITO rUROR o.
tt TRUCIDAT. 9 Les deux nobles Freres font tue^ par un*
ruelle rureur.
LE PRINCE D'ORANCE.
,. J'ay fait plusieurs fois reflexion sur cette
;iMédaille,& je voy bien que ces mots, Une intelligence secrete fait agirtoute la mAssè
j
&sa
xrnéle ,famJ) ce gra-nd Corps-, s'adressentàmoy
» maisnousen pailerons une autre fois, j'ay
ttiop de dépêches à faire aujouçd'huv. Ce n'cft
pas une petite affaire que d'empêcher les AIl:
liezde s'échaper d'une Ligue, où la plufparc fontentrez contre leurs intérêts. L'un qui a- "oirdefiaIÏfians Etats, & qui paroissoient inla
c ffiblcs , s'en voit presque entièrement dépouille
, & sa Famille errante a peine à trou-
"TciuneVille qui puillc luy servird'aûleallure* 8
Un autre ferait aux portes de. Ccnftamino)
lors qu'il s'en faut peu qu'ilnefoitpoufféjj
qu'à celles de Vienne. D'autres ont
vâempl
ter des Places-qui fcmbloient imprenables
lde'azuytresvovent leurs Etats entièrement dé 8cqaela^Hollande,loind'estre en e
de payer leurs Troupes,n'a-pascile-mesis
àequoyacquitter (esdettes. CeuxVes Alli
qui examinent toutes ces choses. Se q
croyenr que dorénavantje ne receYiay pi
d'Angleterre dequoy leur donner, puis q
je n'ay pas mis àprofit l'argent que fim Pâ
lemerit m'a fourny , me font avoir tans 1
purs quesi les affaires ne changeai de faq
&sila Ligue ne devient plus neureufe, i
accepteront le party de la neutralité,c
prendront celuy de- la Fiance. Ainsï je n
vois sans cesTe obligé à leur donner des ra
fons pour les retenir dans la. Ligue; & conj
me les méchantes causes font difficiles àd
fendre ,ce n'est pas sâns peine que j'ênviaij
à b&ut..
BENTING.
Vostre interest vous fait trouver des r fons pour les éblouir, & les tromper plus
f
cilcment, S'ils ne demeuroient tous armez
le Roy de France auroit bien-tost rétablyJ
Roy Jacques, & redonné le calme à tout
l'Euiope , ce qui ne vous accommoderoit pa
pais que, pareil à la Salamandre qui ne fçau
roit vivre que dans lefeu, vous ne pouva
régner que par les troubles que cawfis J
UCI¡e.. I
AFFAIRES
DU TEMPS.
3IL'XEI. pPÀrRiTn1Ec. e ORANGE
TRAVAILLANT
S à son Histoire.
* T. ENTRETIEN.
Dntenant les circonstances de lamort
Ie Barneveld
, par rapport aux
i Affaires du Temps.
? A PARIS,
fez la Veuve MICHEL GUEROUTJ
Galerie-neuve du Palais,
i au Dauphin. 1auDauphin.
M. DC. X C1.
AVEC PRIVILEGE WROT.
AVI S. s1 on ri*4 pas fouffé la matière
dans cet Entretien jusquouCon
xvoit premis de le fane, ta C'urivjité
du Lecteur doit estre recompensée
tar les morceaux d'RijloiTt qui il
trouvent, & qui ont tant de rapport
* ce qui si passe Ilujourd.huy.
On donnera le 1 5. de chaque
mois un Entretien sur les Affaires
:du Temps, dont le Public ne
payeraque SEPT SOLS.
Lisle desOuvragessurteJ
Affaires du Temps. I
Dix volumesquifevendent 15.livre
Les Plaintes de l'Europe contre
'-
Prince d' Orange.
IIJI. .IEEINN.TTRRETEIETNIE.N.JJ ENTRETIEN.«
LeHPrincie ds'Ortanoge tiravrailelant.à.si ir. ENTRETIEN.I T. ENTRETIEN,
ontenant les citconltances de la mOI
de Bameveldjpar rapport auAffaire
d'aujourd'huy.
AFFAIRES
DUTEMPS.
XL PARTIE.
je Prince d'Orange travaillant
| à son Hifloire.
r! V. ENTRETIEN.
, BENTING.
Ul S que dans noflre derniere
convêrsation, nous
fommesinfenfîblement tombez
sur ce qui regarde les
RUX Freres ,
Jean & Corneille de
Vith
,
achevons d'examiner tout ce
:le l'on peut dire sur leur mort. Ce
fera toujours un morceau de vof
Histoire tout raie,quenous placerons
fan lieu. 1
LE PRINCE D'ORANGE.1
Jete le dis encore; quoy 1
chacun m'impute leur mort, je
croy pas que. personne; foit.allure <j
j'en fois l'Auteur. Les conjectures
les apparences font parler, mais ;
qui les soutient avec obstination, i
taie bien embarrassés'il estoit obligé
le prouverB. -.. ENTING.
Vous feriez bien fâché qu'on vo
crust adëzméchant politique po
n'avoir pas fait ce coup, auquel vc
devez tout ce que vous çftes aujoi
d'huy.
LE PRINCE D'ORANGE.
J'avouequ'il m'est allez importa
que tous les efprics remuans , &<j
pourroient traverser mes deffeitis ,!
ioient persuadez
,
afin que la crain
d'eare traitez de la mesme force, fer
de frein à les retenir. j
BENTING. f Vous àvcz agy en habile Politique.:
It coup qui a fait périr ces deux
rands Hommes, a esté un coup mor-
Upour la Republique de Hollande,
il luy couce routeS les dépenses
n'elle a faites depuis ce temps il
,
&
ms les malheuis dont elleaété accalée.
Depuis ce grand sacrifîce
, perimé
n'a esté allez hardy pour vouloir
•iquer sa vie en s'opposant à vos treprifes. Chacun s'estregardé foy-
;;c'me & sa famille
, avant que de
garder le bien de l'État, &: vostre
nbition ne trouvant aucun obstacle
routé à l'Europe la vie de plulieur,s
Jlions d'hommes.
LE PRINCE D'ORANGE.
[Et qu'est-ce que des hommes pour
1 faire Souverain? Je ne te déguise
iint que tout ce fang répandu m'à
it plaisir ,
puis que
sans
ces grands
Reas mon nom ne feroir pas tant de
.lit. Si tu fçavois quel charme c'est
iir un cceur ambitieux.
BENTING.
Si c'est un plaisir pour vous, ilsa
gémir bien des gens, & vos Allie
mesmes s'en trouvent fort mal.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je ferois fiché que leurs affaire
sussent en meilleur estat. S'ils se fer
roient plus puissans , ilsnevoudroien
pas estre si fournis, 9c je ne les m*
nerois pas comme je les mene. BENTING. û Il est vray que vous en faites o
que vous voulez. C'est une chofeao
mirable que vous proficiez seul de tou
leurs travaux, de lepuifement o
leurs Finances, & du fang de leui
Sujets. ('Y'>\ 1
LE PRINCE D.'ORANGE..
C'est là le veritable sçavoir fain
Plus ils feront foiblcs
,
plus ils (eroll
obligez de me demander secours porc
les deffendre de leurs Ennemis. Ain
je regarde tous mes Alliez comme dl
Princes tributaires
,
dont je pretes
régler tous les mouvemens. t
BENT1NG. -
Vous vous y estesallez bien pris ur vous en flater ) mais comme ils
le font point aveugles-nez,ils pouront
voir clair un jour.
LE PRINCE D'ORANGE.
r Je les ay si bien bridez qu'il leur
Ifcra mal-ailé de m'échapper; mais ce
l'est pas de quoy il s'agit prefentepent,
J'aycommencé à te parler de
(eux que jene voudrois pas qui ignoliflenc
, que les de VVith ont esté
fcs vitbmeos de mon ambition. Jete
liray plusj j'ay fait un coupsi hardy,
tutant pour leur donner de la crainte,
lue parce que ces vrais Républicains
roppo(oient (ans celle à tout ce qui
louvoie favoriser l'augmentation de
mon pouvoir,& j'ay voulu que ceux
qui se preparoient à les imiter dans
leur fermeté, connussent le danger r'il y a de chercher à reprimer l'ampitiond'un
homme intrepide, & qui
jifque tout pour s'élever.
BENTING.- |
On doit (çavoir que l'ambition c, impetueuse.On a beau tâcher d
l'arrester
,
c'est un torrent qui en
trainetout. LE PRINCE
D'ORANGE.1
Cependant lors que l'on s'ett mis ci
tcftede parvenir àa Souveraineté a
qu'il s'agit d'empefeher que les Petil
pies ne traversent un dessèin qui tenj
a leur faire recevoir le joug, il li
rien- de plus difficile que de (çavvi
bien conduire sa barque. S'il faut pa
roiftre entteprenant, intrepide 5
cr.iel à ceux qui (ans cela nous tierS
droient tess: dans foutes les occafiorf
où il s'agiroit de prendre un pouvoii
sans bornes, il faut cacher sespreceijj
tions à ceux à qui les crimes donner
de l'horreurj de forte qu'un Amb,
tieux est obligé de jouer tout à la sois
deux differers personnages. Il sa
qu'il paroide aux ims tout ce qu'il e
& aux autres tout ce qu'il n'est pa
Se c'est pour cela que je veux qu'ej
n'imputant la mort des de VVith,
m ne puille prouver qu'elle vient de
noy. Les chofcsdemeurant dans l'in-
:ertirude
, ceux qui feront allez peletrans
pour découvrir mes dclleins,
Sc qui pourroient estre allez hardis
pour s'y opposer
,
devineront aiférnent
que je fais trop habile pour avoir
manqué ce coup, & la cramte
l'en éprouver un pareil, les empefchera
de m'avoir pour Ennemy. Peur
ces gens de probité qui jugent toujours
d'autruy par eux-mesmes
, tu
peux bien t'imaginer qu'ils (eront les
dupes des trompeurs dehors que je
tâche de garder, & que n'ayant
dpeoint de preuves,ils feroient ferupuie
m'attribuer des crimes ausquels ils
ne font pas naturellement portez.
I BENTING. *|
Croyez que les bons & les merhans
,
les incrédules
,
aussi-bien que
les credules, non feulement font perfuadez
de l'ambition qui vous devore,
mais aussi que vous convoitez de tout
vostre coeur la Souveraineté de si
lande) & qu'il n'y a rien que v
ne ioyez capable de faire pour y g
venir. i LE PRINCE D'ORANGE
Toutce qu'on peut; c'est de
l'imaginer, puis que je ne me si
-ouvert à personne là-dessûs, &r '1
je tâche mesme à faire croire quel
fuis dans des sentimens tout op
fez.
BENTING. I
C'est cette atfeéèationqui fait qu'.
devine vos delfeinSr Jamais homr
n'a souhaité plus ardemment une Ca
ronne que vous avez souhaité cei
d'Angleteire, & cependantvousnï
vez rien oublié pour persuader le coi traire. LE PRINCE D'ORANGE.
Je veux bien en demeurer d'acco;
avec toy b mais je n'avoucray jamai
que mon dellein ait esté de me Mi
Roy d'Angleterre. Cela gâteroit tout:
mes affaires en Hollajide, & mon I»
st de mettre les Etats dans une fituaion
si pitoyable, qu'ils soient obligez
ie me demander eux-mesmes pouc
louverain, comme l' Angleterre a fait.
>our forcer les Peuples à vouloir bien
e donner des Maistres
,
& des Maigres
aussi absolus que moy, il faut
es mettre en estat d'en avoir besoin. ndje me fuisproposé de me rentre
Souverain de l'Angleterre, j'ay
commencé par y faire naîtrela dilfenion
Se le desordre
& mille ressorts
;achez que j'ay fait jouer, sans qu'oa
le'asplpeesrccuft queJ'avois part danstoubroiiilleries
,
ont engagé les.
nglois à croire que ce qu'ilsavoient
prnjours apprehendé davantage, estoit
¡our prest d'arriver, en forte que ces
peuples persuadez de ce qui n'estoit
pas,&que leur Roy alloit regner arbitrairement,
ont esté assez credules
Dour s'imaginer que mon secours seul
pouvoit leur aider à parer ce coup i
& après avoir paru chez eux comme
an Libérateur defmterefle, je me fuis
fait offrir ce que j'avois resolu d'i
voir de gré ou de force. Mais a
ii'ed pas icy le lieu d'entre dans
détail de cet artifice. Nous en parie
rons dans la fuire,& de la manier!
dont la plus fiere Nation du mondj
est devenue la plus soumise & la mieu
brider Poutarrefter les convulfiorfl
de fureur qui by prennent de tempi
en temps, & dont le repentir de se
fautes pourroit me faire devenir l'obi
jet,je répusse detout, comme on
fait de fang un homme aiteint de li
rage 1
afin de le mettre hors d'essa
d'agir. À
B emria,
Vous la menez à baguette, &
elîd
paroist fous vostre domination,com
fne uil cheval fougueux qui devienl
Toupie fous nn Ecuyer qui a seeu s'e
tendre maistre,
Le PRINCg d'ORANGT:.
Elle" n'etf pas encore au point o
ic la veux reduire, & ie ferois mairi
4
ais Politique, si ic lai/foisune Nation
aturellement inconstante en estat de
ne traiter comme elle a traité son
Loy. Je ne luy ay pas grande obliga..
on de m'avoir choisi pour me doncr
sa Couronne; ie l'avois mifeen
(tat de ne pouvoir sa pailèrde moy,
'espere que la Hollandeferabienpft
si fort abbatuë, qu'elle croira i
un tour avoir besoin d'un Souverain
,uffi puiiTant que ie [nis, pour la resver.
Elle avoit iuré par un Edit foemnel
qu'elle n'auroit iamais de Staouder
) mais lors qu'en 167Z, le Roy
le France s'emparad'une partie de ses
filles, ie pris occasîon <de faire plt-
>lier par mes Creatures que les affaires
le pouvaient fç rétablir qu'en m'élerant
aux dignitezque mes Anceftrcs
ivoient poOEedéef) ; & comme ie trouray
en mesme temps le moyen de me
léfaire de ceux qui s'y opposoient,ie
3uis dire que ie ne dûs alors la demi-
Jouveraineté dont ie ioiiis auiour-
* ,
d'huy,quà mon sçavoirfaire,& au mi
ferable estat oÙ se trouvèrent alors li
Provinces Unies. Laissons encore écoi
1er un peu de temps. Elles feront infer,
siblement si accablées) qu'elles croi
ront ne pouvoir éviter leur ruine tota
le, qu'en me donnant le reste d'un
Souveraineté qu'il faudra tost ou tai
que ie pollede entièrement
,
quand i
devrois, comme feu mon Pere , erti
ployer la force ouverte.
BENTING.
Si la Hollande n'attend qu'à se trot:
ver épuisée de toutes choses pour vou
nommer son Souverain ( car il nt
semble qu'il ne vous manque guen
que le titre ) elle feroit bien fondée•
vous le donner dés aujourd'huy, pui
que malgré un rested'éclat qu'ell
garde encore,elle est dans un tel ac.
cablement,qu'elle ne subsiste plus qui
comme ces grands Seigneurs accable1:
de dettes,qui font toûjours la mefmi
figure, & dont tout le bien, s'il ettoi
vendu, ne suffiroit pas à payer la mOŸ4
tii
è de ce qu'ils doivent.
f LE PRINCE D'ORANGE.
J'avoue que la Hollande souffre
lus qu'il ne paroist
, mais elle n'ell
as encore dans l'abattement on elle
oit estre pour avoir recours à moy.
1 faut qu'elle foit comme ces Malades
Dut languillans & desesperez
,
qui
prés s'erre servis de bons remedes
,
royent pouvoir trouver leur guérifou
ans ceux dont ils ne doivent attendre
ue la mort.
!111 BEN T 1 N G.
est vray que quand oncommcnt
à estre malade,on se (ert ordinairement
des Medecins dont l'habileté est
L
plus connue: mais lors qu'on est
nrieremenn abbatu k que la , Se maladie
st desesperée, on a recours aux
: h:-..rlatans. On leur offretout comic
à des hommes extraordinaires
,
&
zs Medecins, si on les peut appeller
înfi
,
font les Medecins de l'agonie.
IS s'enrichilient à donner le coup de
mort, & on les prie à genoux & à
force d'argent, de travailler sur le Ma
lade
, quoy que peu auparavant o
n'eust pasvoulu les souffrir,quand il
n'auroient pas fait les renchéris, sé-
Ion leur coutume.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je ne donneray le coup de la mor
qu'a la libeBrtéEdeNlaTHIoNllaGnd,e.M I Vous vous montrez par là digne
Descendant de Guillaume de Natiau:
vollre Pere
,
& de Maurice vostre
grand Oncle; qui ont mis en usage
tout ce qui pouvoit les faire parveni
à ia Souveraineté de cette malneureuf
Republique.Ainsî l'on peut dit,
qu'une partie de la Maison de Nartav
a travaillé à détruire ce que l'aner;
n'a étably qu'après de longs travatim
& Une infinité de Combats. 1
LE PRINCE D'ORANGE.
Je ne puis m'empefeher de soupires
qiani je fonge que mon Pere avoi
* cjnduit son entrepriie sur Amfterdami
avec autant de fccret que j'ay conduj I
a mienne pour monter sur le Trône
l'Angleterre. Il y a mesme quelque
hose de plus surprenant dans ce qu'il
fait, puis qu'il avoit en l'babilete
e faire avancer une Armée par divers
:ndrcits secretement
,
& avec tant
L'ordre devant Amsterdam
s que la
fille ne pouvoit manquer d'estre furtri[
e
,
si le Courrier de Hambourg
[ui.traversa ma.1 eureufement cette
Irmée sans efircapperÎ1, n'en eust
as donné avis aux Magdhats.
BEN T IN G.
Vostre Pere a du moins eu la condation
de ne pas vivre long-temps
ujet, puis qu'il cil mort trois mois
prés avoir manqué ce grand coup. LE PRINCE D'ORANGE.
Je vins au monde huit jours après
Dur remplir sa pbce, & vivre plus
mgtemps SJ jet.
BEN T 1 N G.
'S'il est mort dans sa vingt-quatriéle
année, il a fait parler de luy de
jnne heure
1
l'ambition luy ayante
fait entreprendre danssa jeunette c
que lePrince Maurice son Oncle avo
voulu tenter dans sa vieillesse.
LE PRINCE D'ORANGE.
Mais crois-tn que le Prince Mauric
mon grand Oncle, eust porté si loi
fan attentat pour la Souveraineté, qu
nous l'aurions fait mon Pere & moy
si nous avions eu des occasions aile
favorables? i
BEN TI N G. i
Et ne sçavez-vous pas qu'on rap
porte de luy qu'il reperoit souven:
les Conifdens cette maxime de Cesar
si Connue de tout le monde, que s'
faut violer l'équité, & le droit natui
rel
, ce doit estre pour commande
fouverainemenr;mais qu'en toute autn
chose
,
il faut se gouverner par le
réglés de la foy
, de la justice
,
& d.
la pieté ?
LE PRINCE D'ORANGE.'
Je reconnoy le Sang dont je forts;
au desir ardent que ce Prince avoit d
regner, & plus encore à la genereui
1
tfrmeté qui le mettoit au defïïis des
crupules
,
qui ne peuvent faire im-
)rcffion que sur les ames timides.
BENTING.
Si l'ardeur de regner qui l'atournenté,
a égalé celle que je voy qui
'aIl! pollede
, vous ne vous rellem-
'lez pas moins par vos avions
,
& vos
.vanturcs que par la violence de
os pallions.Vous avez tous deux
touvé en vostre chemin de grands
lommes qui ont voulu servir de dilue
à l'ambition qui vous entraînoit,
<c tous deuxs vous avez sacrifié ces
imeux Républicains à vos passions
articulieres
, en forte que ces geneeuses
vidfcirnesdJ£tat,etitieremept atchées
à ce que le bien de leur Patiie
ouloit de leur zèle, ont veu avancer
L
fin de leursjours pour avoir eu
: courage de s'opposer vigoureufelent
à l'élévation de l'an & de l'aure.
Il en a coûté la vie à Jean Careveld
,
Avocat Getieral
,
Se Garde
ts Sceaux de Hollande, fous le Prince
i JJ.. Maurice , comme les deuxFreresé
YVith ont pery fous voûre gouvei
nemenc, & si le genre de teur mOIl
avoit elle 1-e mesme
, oti. pourroit diJ
que rHivoire de leurs malheurs, donj
toutes les circonstances font /ëmbW
bles
,
auroit une rellèniblaHee parfaiu
Je croymesme que vous auriez rrouv
le moyen de les faire perir de 1
mesme force que Barneveld
, si v n'aviez pas esté presse par letemps
mais comme il en faut beaucou
pour faire perdre la vie àdesinnocel
par la main infâme d'un Bourreai
vous auriez manqué vostre entreprifd
au lieu qu'en babile5mais violent Polii
tique, vous vous estes saisi. du moi
ment que Toccafion vous a presenté.
LE PRINCE D'ORANGE.
Py moy de q elle maniéré on parti
de la more de ces victimes, dont rot:
ftination inconfidcrée a causé la pert
Ce n'est pas que j'aye oubliéaucul
des relîorts qu. j'ay fait monvoi
mais félon le tour que tu me dira
iuon donne à la chose
, nous dirons
ecours à descoul urs apparentes pour
combattre la verité dans mon HlCoire.
BENTING.
Qnoy que la mort de Barneveld ntf
bit pas sur vortre compte) & qu'elle
l'ait rien qui vous regarde
,
il me pa-
'oiftqu'elle fert allez à nostre su et k c'est ,. pour cela que j'en vais parler..
je trouve mesmed'autant plus à pro.
pos d'en examiner les circonftanccs,
lue son party & celuy des de VVith,
'emble n'estre qu'un, & qu'on a toûours
nommé celuy des derniers, le
barty de Barneveldressuscitê.
r
LE PRINCE D'ORANGE.
Ce party subsiste encore en Hollande
iins
des
coeurs trop républicains 5mais
aifnrement je le détruirayjusqu'à la
racine, avant qu'il se puisse relever
allez pour estre en estat d'arrester mes
entreprises.
BENTING.
Je doute que vous le pujffiezfortaisement.
Mais pour voiis obeïr, j'entrj
en matiere sur ce que vous avez envil
de ravoir. Bacneveld que le Prince
Maurice a sacrifié à Ton ambition-^
n'avoir pas feulement esté son Minif*j
t-re) Se Ton Favoryy mais il avoit eu
les mesmes avantages fous le Princi
Guillaume
,
son Père & volbBi
fayeul. Ce dernier estantmort* ce su
ce mesme Barneveld qui fitdonnera
Flfince Maurice le Commandemenl
Souverain sur la mer & sur la terre j
car comme après ce défaire plulieur
partaient de recourir à l'amniftic quel
Roy d'f(pagnePhilipes II.leur osfraie ilditpubliquement, que tes affaireM
71efiolent pas si defefpcrées quil sa!u
ferddrreeccoouurraaggee ;;- qu'il estoit bien vrJ qu'ils avaientperdu leurverïtableJolI
tien en perdant le Prince; mais quiM
AvaitlaisséunFlls qui étudioit à Leyden
(7 que ce Vilsestoittrès-capable de remplirla
place de sonPere par les excel-i
lentes inclinationsqu'il témoignoit pou
la Vertu. Ainsi par la persuasion Se.
ar l'autorité de ce grand homme, le
grince Maurice se vit à la teste des
Armées
,
& regarda Barneveld comhe
sonBienfaiteur&son fecond Pe-
[e, jufquxà ce que l'ambition l'eut fait
énoncer à l'humanité, à la jufhce, &
t la reconuoiirance. Quand Barneveld*
itoit d'avis de continuer la Guerre
lluee le Prince souhaitoit pourl'interest
sa grandeur, ils eftoienc fort bien
tnfembley comme en 1an 155)8. qu'il
illa en Bretagne trouver le Roy de
France Henry 1 V. pour le diîTuader
laeuafnadire la Paix de Vervins; mais
Barneveld parut porté pour la-
Trêve,après une Guerre de quaranteannées,
qui avoir tellement épuisé l'Etat
, que la prodigieuse quantité de
dettes le mettoit dans l'impjiflance decontinuer
la guerre, ce sur pour lors
fjuece Prince qui regardoit cette Trêve
comme un coup mortel à son êlevation
, ne pût s'empêcher de faire édater
Ton ressentiment, eri choquant
ouvertement Barneveld dans les Conferences
publiques jUfqlti le dement"-
& melme à lever une fois la main si
luy. Ces indignes traitemens qu'l
estoit au pouvoir de Barneveldcl
faire changer en careiTes, s'il eu
voulu agir contre lesavantages d
sa Patrie, ne le firent changer n
d'opinion ny de manieres, & 1
Trêve fut conclue à sa rerfuafion e
16°9.Il ne faut pas s'etonner si 1
Prince Maurice luy voulut du mal,
voyant que la France avoit suivy le
sentimens de ce grand nommer si pet
confideré ses conseils & fesintereftj
particuliers.
LE PRINCE D'ORANGE. 1
Ilavoit raison d'estre irritécontn
Barneveld. C'est bien aux Sujets2
parler si haut. Ils ne doivent qu'a
beir
,
sans examiner si ce que les Sou.
verains souhaitent, en: jufle, ou non BENTING,
Vous ne pensez pas à ce que vous
dites, & vous avez l'imagination
si remplie de Souveraineté, a
tCeque vous gouvernez aujourd'huy
k
Hollande en Souverain, que vous
oyez que tous vos Ancestres it ont de mesme; mais les Princes d'Onge
n'estant point Souverains en
'• Pays-là, ceux qui se font oppoz
à leurs attentats ont fait leur
-
de.
ir) puis qu'ils ne devoient point
îeclloennoiftse d'autres Puissances que
de la Republique. Ainsi Barnecld,
& les deux de VVith font morts
krtinnocens; mais je reviens à la
'réve.Lors qu'elle eut çfté concIuë, le
'rince Mauricecherchades occasions
our se vanger da Barneveld, & des
retextes pour le perdre; mais avant
ue d'en veniràl'execution, il voulur
Fgagner par le moyen de la Prince(Te
loiïairiere sa Belle-mere, ce qui ne
Éanufelivteplads, parce que les raisons de
la convainquirent, que le
Grince,Maurice ne povoit aspirer à
i Souveraineté de Hollande, sans couir
à une ruine manifeste. Ce Prince
fefolut alors de s'appuyer de tous les
ennemis de l'autorité de Barneveld l
de la vertu, sans leur découvrir fo
denein, remettant à le faire en temp
& lieu,& leur promettant feulemen
de les révetir de ses dépouilles,aft
que par le su pport de ces esprits in
quiets & amateurs des nOllvealltez, II
par la force des armes qu'il commara doitsouverainement, il puft fâir
réuHir ce qu'il proj ettoir. 1
LE PRINCE D'ORANGE.
C'est ainsi qu'il en faut user avec ce
Marchands. Les Princes ne doiveru
pointsongerà les ménager, & pouj
faire mieux encore, & agir plus feure:
ment, il faut suivremon exemple, Se si
faire promptement justice par foy
mesme. La politiqueenseignede boni
moyens pour cela. and on s'efi
défait de ces Bourgeois, leur Famill.
roruriere est si peu de chose contre uti
grand Prince, qu'on peut dire, qu.. laBestemorte, ilrien fautplus appre\
hender levenin.g
BENTINGE
A
I BENTING.
Les Hollandois ont raison de se
éfier de vous. Vous faites trop peu
e cas d'un fang Bourgeois, & comte
en le répandant vous n'en crailez
point une race vangerefle
,
il y
iroit lieu d'apprehender que la
loiintdre mauvaifc humeur qui pour- vousprendre un jour, ne vous
1 sacrifier les plus hupez Bourgueestres.
!E P RINCE D'O RANGE.
iCe font de vilains Animauxauprès
1 Sang des Princes; mais j'extemlitray
tous ces Oiseaux de mauvais
Igure, qui se déclareront ennemis de
Souveraincté.
BEN T1 N G.
Il y en a peu aujourd'huy en HoI-
1de qui ne soient à vostre devo-
Ill.
LE PRINCE D'ORANGE.
Ils feront bien de n'estre pas reti fs
mes volontez
,
s'ils ne veulent apendre
à leurs dépens que la mort
ldiestidqe uVVei;th estuneffet de ma po- maiscontinue.1
BENTING.<1
Ce qu'il y a de glorieux pour Bar
neveld , c'etf qu'il vit sans s'émouvoil
& sans changer de résolution, que
l'orage alloit fondre sur sa teste. Ildii
alors a du Maurier, Ambassadeur dt
France en Hollande, la mesme chofl
que la Princelle d'Orange Douairier
luy avoir racontée, touchant la prdl
position qu'elle luy avoir faite de 1
part du Prince Maurice ,
de le favo
riser dans le dclTein qu'il avoit de f
faire Souverain. Du Maurier n'el
douta pas, ses paroles estant soutenuë;
du témoignage de cette Princelfe
qui ne pouvoir recevoir de reproche
C'est ce que le Fils de cetAmbaflai
deur explique amplement dans fo*
Livre intitulé,Mémoires pourftrvirJ fHifloire de Hollande, il rapporu
mesme toutes les raisons que Ba
neveld opposa à la Princelle d'
range, pour luy faire voir que a
Prince Maurice ne pouvoit,(ans se pe-
Ire, aspires à la Souveraineté -des
Provinces Unies.
LE PRINCE D'ORANGE.
Ce Livre ne m'eft- pas inconnu.
BEN TING.
On n'en doute pas, puis que malgré
a liberté qui règne en Hollande, vous
vous eftea servy d'une autorité abfoüe:
, pour faire condamner à huit cens
lorins d'amende le nommé Moliens,
ib,aire de la Haye pour avoir osé
ie débiter, & que vous luy avez fait -
fermer sa Boutique pendant six fepaines.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je sçay quelle impreilïon les écrits
Publics font sur les Peuples. Ceux que ay fait faire m'ont souvent servy en
[e bonnes occaiions,
BEN T 1 N G.
Oiiy
, mais on vons rend a(Fez bien
e change, & la fausseté de ce que
ous faites publier est presque tOÛours
détruite par d'autres écrits
, que
ceux qui aiment la véritéprennent foi
- de mettre au j.our. l
LE PRINCE D'ORANGE.
Je sçay que tout ce qu'oa écri
contre moy dans l'Europe se trouv
dans Amsterdam, & que la maniet
dont j'ay fait punir à la Haye le Lî
braire qui vendoit les Mémoires d
du Maurier, n'empesche pas les Lii
braires d'Amflcrdam d'en débiter en
core tous les jours. 1
BEN T 1 N G. j
Leur intrépidité contre toutes
vd
menaces est d'autant plus digne di
louanges
, que dans toutes les Pr
vinces Unies
,
il n'y a que la Viilj
d'Am(hrdam
,
qui conferve encon
quelques marques de leur ancient
liberté. Barneveld qui a receu le coul
de la mort pour n'avoir pas voulu conr
sentir à voir sa Patrie dans la servis
tude
,
fat accablé des calomnies donfr
les Emissaires du Prince Maurice tâl
cherent à le noircir, de fortequi
fut obligé d'y répondre, & de faim
1
foir les longs services qu'il avoit eu
le bonheur de rendre à l'Etat, mais
tomme le Prince estoit contre luy,
iu'il avoit la force en main, & qu'il
:'estoit fait des créatures ,
les gens
le Guerre & la Populace ignorante
prirent aisément les mauvaises imsreffionsqu'il
leur fit donner de ce
Ministre
,
& suivirent les opinions du
Grince
, ne pouvant s'imaginer qu'il
lift capable d'un manvaisdeOEein
iprés s'estre exposé pendant un fort
ong-temps, comme Proteéteur de
eur liberté.
LE PRINCE D'ORANGE.
Ce n'est pas vouloir du mal à un
îtat que de chercher à s'enrendre
Haiftre
, pour empefeher qu'il ne [oit,
;ouverné par des gens, qui ayant
'esprit aulli rampant que la nailianse
, ne cherchentjamais l'élévation
y la gloire des Peuples qui leur font
pumis.
BENTING.
': Je ne saurois mieux répondre à ce
que vous dites, que par ce qui
le Chevalier Temple,Ambalîadeui
d'Angleterre auprès des Etats ,a écril
dans (on L ivre intitulé, Remarques fut (Efiât des Provinces Vnies des Paysbas,
La Hollande,dit-il, eflun Pays.-
ou la terre efl meilleure que l'air, & oh
l'on recherche le profit plus que l'honneur;-
où il y a plus de (ens que d'esprit, plut
de bon naturel que de bonne humeur j
plus d'abondance que de plaijir, & om
son aimeroit mieux voyager que vivre »
Dit, l'on trouvera plus de choses à remarquer
qua desirer, & plus de perfonnes^
qui meritent à*efire efiimées plutofi que
d'estreAimées. Jamais on n'a définy un
Etat en moins de paroles,jamais on ne*
l'a si bien representé, & si Ton Livre..
a receu beaucoup d'approbation, cet
endroit paire pour un Chef-d'cruvre.*
Il voas apprend que la Hollande est
un Pays où l' honneur est moins re-,
cherché que le profit, & comme les t
Peup les ont trouvé le moyen d'en
faire de grands par leur commerce, r
iux' qui troubleront ce commerce,
: qui feront cause de saruine, comte
vous l' elles aujourd'huy par la
lierreoù vous les avezembarquez,
e peuvent jamais estre leurs amis. Du
aoins,quelque amitié qu'ils vous mar--
uent, vous devez estre prCuadé que urcoe.irn'est point sur leurs lèvres,
f qu'ils ne vous font bonne mine
ue parce qu'ilsfontengagez dans
ne guerre dont ils ne sçavent par
h sortir.
> LE PRINCE D'ORANGE. Il m'importe fort peu qu'ils m'ailent,
ou qu'ils me haïlient, pour-
Li que je les force à me reconnoiftrc
aur leur Souverain.
BEN T 1NG.
l Croyez-vous que ce vous fustun
grand avantage, & que cette Soueraineté
vous valuft beaucoup? Car
mant autant l'argent que vousfaites,
est moins la gloire de commander
ne vous cherchez, que l'autorité abdue
Se neceiïaire pour épuiser les
bourses de ceux sur qui vous n'avi
envie de regner, qu'afin de vol
rendre maistre de leurs biens.Jk
LE PRINCE D'ORANGE.|
Il n'y auroit pas au monde de Sou
verain plus riche que moy, si j'estos
maistreabsolu des tresors immense
dont le commerce des Hollandoiscf
cause que les Provinces Unies son:
enrichies tous les ans. 1
BEN T1 N G. 1
Ils ont donc raifoudedeffendreleui
liberté contre vous.jusqu'à la dernier.
goure de leur fang , poilque s'ils de.
viennent une fois vos Sujets,ils deviendront
miserables
s
& ne travaille:
ront plus quepourvous. Maïscroyez
-
moy ,
si cela arrivoit, les choses n ¡.
roient pas comme vous pensez. Le
ChevalïerTemplç qui aétudié la Hollande
pendant le grand nombre d'années
qu'il y a demeuré, propose une
question, & demande Jfi un Prince qur si ferait Souverain de Hollande,qnojn
fue par lemoyen des ArmesEtrangères;
erolt un grand Prince, pArce que lA
Hollandeparoit un puissant Etat.
f LE P-RINCE D'ORANGE.
; AiIeurément, & ce que je viens de
lfire.nBeEpeNrmTet1pasNd'eGn d.outer.
rtanLte Chevalier Temple n'est pourpas
de ce sentiment. Voicy la réîonfequ'il
fait luy même à sa propofîion.
le dis quaucontraire ces Province;
leviendroient bien-tost unfort chetifetat,
-,arilf,tut quecette Puissance [oit confèr-
Pie par la tnefme force par laquelle elfe
1 esté acquise, (;-' qu'en effet la Puijfan–
re Souveraine reftde dans les Provinces,
ti elle n'y residoit pas, ceferoitla cause
J'unmécontentement general qui produisit
des seditions continuelles dans les
Villes, lefquclles changeraient l'ordre
del'Etat, mettraient en danger le bien
des particuliers, & ébranleroient le
tredit & la seuretè du Gouvernement.
Quand cela arriveraJePeuple se dijJipt..
ra, le travail cejJèra. les Banques se
perdront
y
&lecommerce déchoira sifort
auil ya de l'apparencequ'avec le ttim
lePeupledent le nombxrreizofin fclatre\
71e fera pas mefinecapabledentrettm
hsDiguts qui le couvrint prefcntemÂ
contre les insultes de la Mu. mais1
terribleElement seferaouverturedan
le Pays, 0" réduira leurs belles Villes j
leur premiere condition
,
lorfejue ce n'
toient que des hameaux & des Coefl
de Pefèheurs. 4
LE PRINCE D'ORANGE
Toutcela eftfort beau & fort lpi
cietix, mais ce font desraifo/uiemenJ
dont fje me mets peu en peinei & H
fçauray lesidétruirecomme Alexandl
fit le noeud Gardien avec (on épée)n
il suffira de voir, quand je regneraj
quels remedes il faudra apporter pou
empécher quele commerce ne ce
dans les Provinces Unies. Jesçay d
ja un moyen par où il ne peut ma
quer. J'ay resolu de le faire
nicfme, & je pretens avoir àm
seul autant de VailTcaux que tout
les Compagnies de Hollande en op
cn'enDbl0
-BENTING. - i les Hollàndois pouvoient devine*
istre dessein, ceux qui fontles mieux
i[etennccionnez pour vous, renonce.-
à. vostre pârty, puisque vous
e fçauriez porter uh coup plus fenbleà
ces bons Marchands,qu'en traquant
comme ils .font. Vous trouverez
le tnerier fort bon, 6c à merure
[ue vos richesses9 6c vostre pouvoir
Llgmenteroient, vous leur interdiriez
t commerce, afin de le faire seul, Se
s - deviendroient bientost après les
tus miserables Peuples de la Terre.
D'un cofté, plus de commerce pour
:ux, &de l'autre, vous les accableriez
le subsides dans le temps qu'ils ne ga-
'neroient plus rien; car vous n'estes
Das homme à vous contenter de peu,
kil n'y eur jamais un plus hardy demandeur
que vous. Il faut l'estre au.
lemier point, pour avoir osé deman-
1er autant que vous avez fait au.
Pariemcnt d> Angleterre, la Nation
ftngloife étant la Nation du monde
Ufv1 1 a moins portee a donner. j
LE PRINCE D'ORANGE.1
Il faut pourtant bien qu'elle chant
sur un autre ton. J'ay trop d'Alliez i
payer,& je ne les fçaurois contente
lqieuz'à Ces dépens. Je sçay que ces Al.
ne la peuvent avancer en rien j qu'ellen'en a pas acquis, & n'en e
pere pas mesme!acquérir un pouce da
terre davantage,& que cette guerre n,
sçauroit servir qu'à ruiner son commer
ce, Seaëpuiferleiang de sesCitoiens*
mais je ne puis que par là venir à mes*
fins, & si elle estoit plus flori(fante
j'aurois trop de peine à la gouverner.
Acheve cependant ce que tu as à mC:
dire de la mort de Barneveld.
BENT1NG. j
Lors qu'il se vit attaqué, il se plaignit
aux Etats de Hollande, Tes Juges
naturels, qui le prirent en leur protection
par un Acteauthentique,
mais quand il eut conseillé à ceux
d'Utrech de conserver leur nouvelle
Garnison qu'ilsavoient levée â.
leursi
curs frais pour leur feuretc particu-
[ere
,
le pouvant faire par les privilèges
de leur Province, les Etats de
chaque Pays s'efiant reserve leurs
îroits parl'union d'Utrecht/le Prince
Maurice
,
féconde de ceux de Ton par-
:y ,
luy imputa cette aébon à crime , la fairant palier pour un attentat
tontre le bien de la République Confédérée,
il setransportaaussi-tost dans
la Ville d'Utrecht,a(lifté de quelques
Deputez des Etats Généraux qui dépendoient
de luy
,
desarma les nouvelles
Levées, & y changea les Ma..
giftrats
,
ainsi qu'à Leyden, à Har
lem, à Amsterdam
,
& autres Places,
Il interdit ensuite plusieurs Membres
des Etats de Hollande qui traverfoienc
ses delldns
,
& en substitua d'autres
«n leur place qui estoient à sa dévotion.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je m'étonne encore tous les jours
'comment un homme si entreprenant
& Ci intrepide
, a manqué de parv
nir à la Souveraineté pour laquelle
a fait tant de choses ,& qu'iliouha
toit avectant d'ardeur.
BENTING. -
Les conjonctures ne luy furent p
si heureusesqu'elles vous l'ont esté
cependant avec tout -cela je ne crc
pas vous voir jamais Souverainc
Hollande. Ce11: un morceau fatal pOL
tous ceux de vostre Sang qui ont voi luJeravir; mais pour revenir àBai
neveld
, cette persecution luy fut fail
fous le nom des Etats Généraux, ma
en effet par le seul pouvoir du Prin.
.arnié
,
& suivy de la pluspart du.corr
niun Peuple. Cechangement fut ne
table dans la Republique
,
&étonr
tousceux quiamoient la liberté e
les Loix du Pays, mais il se fit par 1
terreur, 5c par la puissance desan
mes, ainsi qu'il est arrivé dans d'autre
"Republignes, & sur tout à Roml
ou Cesar soûtenu de la force des 1,1
gions changea le Gouvernemel
iftocratique en Empire Monarchie
,
6c absolu. ;
tLB PRINCE D'ORANGE.
Peut-on me blâmer quand je veux
rtcher suries traces de Cesar? &ENT1NG. .- 'Le desir de regner est beau
,
mais
n'accommoch?pas ceux qu'on veue
poiiiller de leur liberté. La Reiblique
fut bien-heureuse de la con-
Fver dans le temps dont je vous
srle
) car" un peu après ce que je
ens de vous raconter, parune-Ordonince
extraordinaire dé huit perfon-
« fous le nom des Etats Generaux,
Prince Maurice fitarrester Darne.
td qui fut mis au Château de la
aye ,
& plusieurs autres qui vouient
maintenir les privilèges de leur
itrie. Ils furent accusez d'avoir
ulu livrer le Pays aux Espagnols
y , mettre tout à feu & à fang. C'efl
? qu'on lisoit aux coins des ruës dans
1 S placar.ds.qJu''on y avoit 2Irmd.
lur rendre-odieux les Prisonniers,
& animer le Public contre eux. Lea
veritable crime estant de s'eftreoppo
fez aux desirs ambitieux du Princ
Maurice, on n'avoit garde de lea:
en parler dans leur procès, maisceu:
qu'on leurobjedta, estoient d'avoi
obey aux ordres des Etats de H olland*
leurs Maiftre-,,d'avoirconséillé à quel
ques Villes de se servir de leurs Privi
leges, comme d'armer pour-leur bien
& leur conservation particulière, &
de n'avoirpas donné kurconsente
ment à la convocation d'un Synode g<
neral, qu'ils croyoient devoir caufi
pElnufsindBeamrnaelvqeuldefduetjbuiegnéà leur Patrie
& condam
né à perdre la teste; ce quffut execu
té dans la court du Chasteau de 1
Haye, pleine de gens de guerre, et
entre autres des Gardes du Princ
Maurice. Ce venerablèVieilPard c
tant monté lur l'échafaut en robe di
damas noir, & ayantjetté les yeux al
\1el, ptuîtGiiÇiCes paroles. ODîeî
,luejî-ce que l'homme! .&. les ayas
I
aisles sur L'Assemblée, il dit,quil
wuroit en bonCompatriote & non en
wiftre
, pour avoir mainten» la liberté
"sa Patrie.
LE PRINCE D'ORANGE.
On voit bien qu'il n'estoit pas An-
)ois, pusqu'il-auroit harangué plus:,
ang-temps, BENTING.
Laefloit merte alorsen HoV
ande
,
&- on ne luy auroit pas permis
le parler comme Ionfaisoit en Anglcerre,
avant que vous en eussiezchangé
les Lovx.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je fais supprimer tous les difeours
patibulaires qui me peuvent regarler
; mais félon que jele jnge à pro-
)os & qu'il importe au succés de mes
:ntreprifes, j'en fais, comme tu ais) comporer à ma fantailie, qu'on
répand dans le public fous le nom de
feux que j'ay fait executer.
BE N T 1 N G.
Si les hommes font obligez de ne pas
étoutf-c la vérité, c'est pirticlisi
ment en mourant qu'ils. k. doivei
dire. Cependant il n'en est point cj
ayent jamais dit tantde menfongi
que ceux que vous avez fait pad<
surl'échafFxût. Barneveldy parla pei.
na.isil ne die rien que de veritable..
LE PRINCE. D'ORANGE.J
On ne s'enfouvient-que trop,mal
gré le longtempsqu'il y a que sa moi citarrivée, * SENTING.
Ce fut en 1619.ôcl'on se peut fouvenir
d'un homme qui ayaiit (oixatltt
& douzeans, donna toujourstous (t'i
foins au service de l'Estat. Il avoii
esté employé en beaucoup de negert
ciations, & avoit. traitéaeplufieurç
Aliances pour saPatrie avec diverl
Princes del'Europe. Ilavoitefté<cincj
fois Amballadeur en France, & ci
Angleterre, & après,avoirdéfendJ
l'autorité de- Provinces
V.tlescontrt
pufieursambitieux,il avcit retiré t'ej
'An¡;loJs la £rillea Flcilingjc & Rames
:cns. Ceux qui ont pris foin delaitier
Lia posterité des marques de ce qu'il
ut, firent fraper une Médaillé où il
>ft defronten buite à demy corps,
kon lit en Hollandoisdans le revers,
jue letemps ne peuteffacer lenomny/4
nemolre des hommes de probité, puis - suaprès leur mort leur vertu demeure?
oujours brillante.
k LE.PRINCE-D'ORANGE,
r Je consens - que lamemoire de ce'"
fâcheux brille dans tout L'avenir, mais;
je fais voeu d'en faire expédier tout
Lutant que j'en trouverayqui s'opposferoncà
mes delleins..
e B'ENT'ING.
Bàrneveld dlolt;un grand & iagt ?
Politique
, & passoit pocr tel auprès
• des grands Hommes desontemps, qui
¡:Ont témoigné da.iTSleursEc.its. Le
iifcours judicieux qu'il fit à la Princef*-
re Doiiairiered'Orange Louïse deColigny
j lors qu'elle voulutobtenir de
,luy qu'il ne s'oppofaft pas au dtlïeiu le-Ptince Maurice avoit de fs
faire Souverain de HoÏÍande & q
a fait rcloudre sa mort par ce Prince
feroit bien digne de voitre attention
dans la pensée que vous avez de re
gner dans les Provinces Unies, 1
quelque prix que ce foie, & je cro
qu'il vous fcroit faire d'utiles reflej
xions sur les projets que vous aveg
commencez pour parvenir à.la-Souve^j
raincté.
LE PRINCE D'ORANGF.
- Cela pourroit estre
,
mais ce fero
plutost pour chercher les moyens d
parer les coups que j'ay à craindrej
que pour me faire désister de la réfo<i
lution que r.'ly:formée. Mon Percer
mort pour avoir manqué la mefma
enrreprife. Il faut que j'y
reniEa
pour le vanger, ou que je meurg
comme Itiy-C'cft uneardeur qu'ili
versée dans* toutes mes veines avec
h
fang que je tiens' de luy,&cquan
elle devroit me conduire au précipice ilm'est impossïbled'yrésister. Cepe
danfcfî tu te souviens des, raisonsqt
irndveldopposa au Prince Maurice,
Hir l'empêcher d'executer ce qu'il
'oit résolu, tu peux me les dire, &
les écouteray avec plaisir. Quelque
onnes qu'elles soient, elles n'ont pas.
JfFé de faire conduire Barneveld à.
chatfaut.
BENTING.
Je fuis feur que vous paierez quelues
méchantes nuits en y rêvant. Les
rincipales estoient que lesHollandois.
Tles autres Peuplesconfédérée font
UTte telle humeur quils veulent estrâ
tenez ,
& non pas traînez ,
persuadez.
fr nonpasforcera te qu'on desired'eux,
tues'epantsoustraits de l'obeïlanctdun
putjfânt Roy
,
& jôuljfâtot d'une !,lsense
liberii
,
acquise par la vertu dei
rrmes)ilsJerefoudroient difficilement *
1okffrir le joug d'un Prince particulier.
Que la crainte des griffes des Espagnols ur avoit fait autrefois rechercher dei
Maistres au loin pour se garantir de
reurs crHautez; que le Roy de Frapce
Hçnry III. & la Reine Blifabeth ltf
Avaient refusiez.; qui'lest "'Y'lY que A
Ducd'Alençon avoit enfinaccepté 14
Souveraineté du Pays qu'on luyavoit
offerte
,
mais qu'il en ave;t sim ttfici
que cet exemple e(lo;t un
avert'sTern'n3
piJ/trne jamais retotnber en un;n
CtnVenient ; que les Peuples n oI,lfJ!;!'.;,'
roient jamais la mort des Comtes d'FTmont
& de Hon, ny l'ent'-ep"'sed'A.
vers; que la barbarie du Ducf CtT" de fies Succejfieurs au Gouvevnr-u,<* desProvinces
,
ramenaitincefs».*-
7 i
liurs yeux!è trifiefiouvnirdesp rJ'°-
entions pafifèes
; qurpènd, nt c temps ri-"
gtlureux ,
la neodT'; qui napoint de,
Lvoyeleas auvoixt fait recourir à de nott- f md:! qu'ils avaient
é,prouvé, que lles remedes avoientef:siçt'^
pires
,
& plus dangereux que les maux
qui les prejfiolent; que dans letemps-,
qu'ils vivoient en paix, & qu'ils italent
heureufiement délivrez, de la fiervitude
des Efipagnols, il ny avoit pas
le moindreprêtexte ny la moindre couleur
peurappuyer une proposition si danger
tufe, qui ne manquerait pas eteffarait*
ber tous les esprits
,
&que ceux qui
t mettroisnt enavant feroient en htt-
,ard delîre massacrez. & mis en pieces;
'ue le Prince Maurice efloit centfois
,lus heureux en Cefiât qu'il efloit alors,
rue s' il parvenoit à Feffetdeses desirs
rni efioient contraires À son t propre bien;
lue cette splendeur de Souveraineté qui
*ébloutjfoit
t
efioit une sausse lueur qui
e conduirait dans des precipices; qu'il
tvoitlaforce dn Gouvernement sanssen
attirer fenvie
,
& qu'ayant feffet & le
îuijfance des Souverains ,il devait À
'exemple deson Tere
,
mépriser un vain
tom qui ne lJty serviroit qu'à le faire
hair
; qttilefioitCapitaine General des
Provinces, & Amiral General, corn.
maniant à sa volontésur la Mer &sur
raTerre; qut'ldisposoit de tous les Gouvernemens
& de toutes les Charges Mi.
litaires; que quand on faisoit des Aiagiftrats
dans les Villes, on luy en pe..
sentoit trois, dont il en choififfoit un,
& qu'erifin il Avoit les mesmesayantages
& la mesmeautorité quavoient 7
anciens Comtes de HollAnde, les Du
de Bourgogne. & l'Empereur Cbarle
Quintmesme
,
donnant des remissions i
des grâcespour les crimes, riayant pot
ainsi la haine de la mort des particulier
Cfr ceux qu'ilsauvoitluy ayant oblig
tion d* la vie. *
Que tout le mùnde disoit à ton
heurequ'il falloit augmenter les Pe,
fions. & les appointerons du Princt
qui expo/oitcontinuellement saperson,
pour le salut public; mais que si Hi,
fois il avoit cet odieux nom de Maifirt
on luy envieroitjufquaux rubans À
souliers de ses Pages. c£* de ses Valù
de pied, quon luy reprocheroit coA
tinuellement les impositions qu'il mt
troitsur eux ,
dont ils riavoient point'-
se plaindre,efiant mises parleur prop*
consentement.Four conclulion ,
il 1g
déploya les Annales de Hollande,- luy fitvoir àl'oeil qu'il n'y 'avoit pre:
que point eu de Comte de Holfan.
contre lequel Ces Su jets ne se Met:
ïevoltes
tvoltez
,
& que (ouventils efloient
liez en armes jusque dans le Châau
de la Haye pour s'en défaire.
f LE PRINCE D'ORANGE. !Voila un fort beau rationnement,
ir auquel l'art & l'éloquence ont beau.
oup de part. Ces dikours brillent
fciijoursquand ils font fculs, mais dés
u'ils patoiilent avec des répliques,
Su est fouvenr fort embaralle àdccir
er auquel la preferencc dot eftrç
onnée. flt à moy, quoy que je
rouveccluy-cyrcmplv de tres- bonesraisons
, je ne luis pas allez 1.
îide pour m'en tailler persuader,&
ais leulemencque pour éviccr les inpnveniens
dont il parle, il fric relier
avec une puillance a'bl;:.r:ire.
dt à dire
» avec une autorité abolie.
Q^iand mon pouvoir fera éuy
decette maniéré
,
je I c ne nmice nmceit-.
ray guere en peine que de Gmples
Fourgeois & la populace plaignent les
iiblid.es qu'ils me donneront. J'en fe-
\y parti des gens d'un iang rLsrçlevé
, dont l'intrépiditéfçaura m
mettre à couvert des insultes de la ca
naille.Elleest fiere en Hollande, par
ce qu'ellene parle que par tonnes d'or
mais quand fauray plus qu'elle de ce;
tonnes qui la rendent si forte & si fou.
veraine, & quiluy font apprehende
d'avoir un Maistre, je fçauray bien
empêcher lesaffemblées seditieuses, &
arrester les émotions. La quetlionn'cf
que de me faire Souverain; je prera
les fuites sur moy. Elles dépendew
moins des Peuples que du (çavoir saià
de celuy qui regne, & le SouveraiJ
n'establolu & à couvert des infulc
qu'autant qu'ilsçait l'art de regner
& qu'il a de fermeté, car tous 1
Princes qui font incertains, & q
craignent les mutins qui les doivel
craindre, dépendent toujours de ce
qui doivent dépendre d'eux. Je n'a
ray point d'égard si mes Peuples vern
lent estre menez, on forcez.
, comme dj
Barneveld. S'ils s'appercevoient 4
ma foiblelle là-dcffus. ils imiteroien
les Chevaux de Phaeton qui le précipi
à
r" - erent, parce qu'ils sentirent qu'ils
Étaient mollement conduits. Si ravols
gard à leur temperament ,
je n'y
rouverois pas mon compte; on sçait
jue celuy de tous les hommes est de
ouloir estre libres, mais cela n'acommode
pas les Souverains.
BENTING.
Je voy bien que si une fois vous deenez
Souverain, vous le ferez verbalement.
LE PRINCE D'ORANGÉ,
Iln'y a rien de si ridicule que de voir
es Souverains qui craignent leurs
)euples
,
& qui s'anuiettiuenr à leur
beïr. On ne cherche à commander
111 pour estre indépendant, & ceux
lui se rendent Suiets de leurs Peu ples,
nanquent à ce qu'ils doivent à leur
ang & à eux-meimes. Mais pour en
evenir aux Hollandois
, que Barnereld
dit qui neveulent point avoir de
souverains, parce qu'ils se font fouiraits
de l'obeissance de la Couronne
l'Espagne, ils ioiiifleDt d'une liberté
qui ne leur appartient pas , & c'elt un ble
vole , que le piemier venu est en droit d8
leur reprendre. BENTING.
OllY, mais laquestion est de le faire. J
sçay que les plus grofics telles craignant1
fort des de Vvith, font dans vostredcpei|
dance
,
mais la Populace est une Hidre son
difficile à dojnptei, & comme elle
n'enteiy
point raison
>
il en ablolument impefiibh
de prtndie (e justes mesures contre elle.
LE PRINCE D'ORANGEIl
estvray
,
mais mon Grand Oncle & mot
Pere n'avoient pas les mesmes facilitez qvtaî
j'ay :lujoltrd'buy pour[omnettrelaHollande;
Les Anglois qui se font faits mes Suiets,
m'aideront d'autant plusvolontiers à fubjuguer
cette Republique , qu'il y a Couvent ep
des démêliez entr'eux pour le (ommrcJj
Comme ces démtfltz ont causé de judes gkierï6
les, les Angloisqui font fous le joug ,
{rODJ
ravis de trouver occasion de lesy mertrl
comme eux. Ainsi je dois tout attendre di
leur [ecours) & je sçay mesme qu'ils s'ei
font un plaisirpar avance. Cesdeux Nitio
m'apureront toujours l'une de l'autre,car 1
Anglois étant naturellement inconfiaDs,1
me ferv iray des Hollandois contr'eux d'
qu'ils commenceront à remuer> & les Hot
landois s'y employeront avec d'amaut plul
d'ardeur qu'ils feront ravis de se vanger d
Anglois
»
qui auront aide à m'en rendij
Souverain. ,
4fife vous conneis tout entier à cette roliti
le. Elle est fine & cruelle autant que fen-
)le pour les uns & pour les autres. LÏPRINCE D'ORANSI.
[Elle doit mieux réussir que celle de mon
tic & de mon grand Oncle ; mais oo
wrroit douter avec quelque vray-femblanf
des desseins de Souueraineté qu'avoit ce
:mier, puis qu'après avoir abattu Baine-
-Id&-tousceuxdeton prty, ilnese
ndit point maistre delà Hollande ; ce qu'il
tvoit faiie lors qu'il eut furmenté tous les
Wtacles que (on ambition pouvoit renconcr.
BINT1NG.
} Les Partisans devtlire Maison qui la
fuient déchaînerdelàhaine piblique, se
rrvent decette couleur apparente & viayrmblable
pour tâcher d'obscurcir la veriicr
i soicent defaire passer ce dessein formé : trop visible de domination, pour un
ttifice de ses ennemis) afin de le renre
odieux aux Peuples des rays-Bas,
nais ceux quieîloient de ce temps-Ja, &
ui ellant presens, comme du Maurier
.mbaffadeur de France, ont approfondy
ette affaire
, ont reconnu qu'il s'y trouva des
ifficulteï insurmontables , qui tmpefcherent
: Prince Maurice d'executer Ion ddfcin. Ea
oicy les principales. Premierementttous ceux
ui s'étoient montrez d'abord lts plus cchauf-
'Z contre Barneveld pour les intereffcs du.
iince
A
quand il les fonda sur la Souveraineté
, quoy qu'il Tes eust tous comblez
bienfaits, (c firent voir plus contraires 1
Barneveld mesme
,
à la perte de la liberté
D'un autre cané, la mort, la prison,2
l'exil de tant de personnes qui avoientsibiss
servy l'Etat, & dont les Parens & les Ami
fublioient sans cesse ce que leur dcvoit 1
République , firent trop visiblement corj
fleilhe au Trince Maurice qu'il s'estoit at
tiré l'averfian generalecarauparavant, loi
qu'il marchoit par les lUis, tout le mon
sortoit des maiCons) Se le benifloit par dj
exclamations extraordinaires. Mais il connj
oeFuis, que les Peuples estoient bien cangal
pour luy
,
puisquetraversant un jeur à
Goi
cum la place publique qui se trouva pleine djj
monde, il n'y eut pas un seul hcmme q
tournait les yeux sur luy pour le Caliier) d)
qui le mortifia extrêmement, & leconvainc
quit que ces coeurs altiers n'étoient pas disi
posez à devenir ses esclaves. Déplus, l'inf
cignation que tant de placards & de libClli
seditieux avoient fait concevoir d'abord coul
fre Barneveld pour le rendre
odIeux)seHat
bien-totf changée en pitié; en forte que li
lerité eslans enfin connue> & ayant détruis
les artifices dont on s'estoit servy pour perdrt
fles innocens) avoit fufeité un veritable refîj
intiment contre le Prince Maurice, qu'oiî
nommoit publiquement auteur de ces injuftiJ
es.Mais ce qui l'empefcha de penser davantage
à ce dcfTein de regner) & qui luy en fit e
,.:-- ,-" ,. & - -. r"' - -
:rement perdre l'elperancie
, ce fut qu'après
: Bataille de Prague , l'Eledeux Palatin,
)nt il avoit esperé son plus grand support,
trouva luy-mesme dans un si pitoyable
lat , qu'il fut obligé de contribuer à sa
ibfiftance ; outre que l'Empereur Ferdinand,
«
ar l'henreufe conduite des Comtes deTiily
: de Valeflein ses Généraux, s'estant rendu
uiftre absolu de toute l'Allemagne jusqu'i
L Mer Baltique,où il établit une Amirauté )Vifmar
, & tenant fous le joug tous les
)rinces de lernplrc&toutes les Villes ImfCriales,
le Prince Maurice vit toutes Ces er..
jerancCb de secours évanouies pour jamaii de
:e colté-là- Tant d'obitacles & de fâcheux
.venemens le chagrinèrent si fort,qu'il devint
rcs-maigre> & ne survécut pas long-temps
L une grande conspiration queStautembourg,
Fils puisné de Barneveld,fit contre Cavie,
k qui ayant este heureu femcnc découverte
quelques heures avant qu'on la puft executer,
l'obligea de faire punir un grand nombre de
Conjurez des principales Villes des Provinces
Unies ,ce qui luy fit voir que l'aversion qu'on
avoit déjà pour luy
, au lieu de diminuer, augmentoit encore par le nouveau reffentimeut
des Amis & des parens des malheureux)
à qui il venoit de faire perdre la vie
LE PRINCE D'ORANGE.
Je prendray de fures mesures pour ne pas
manquer mon dcficinjafin de n'en paimoutir
de chagrin comme ce Prince.
B NrI N G. ?
: Vous avez des conjonctures plus heuieufij
,Vous elles a là tellede tout le party Protel
tant qui ne cherche qu'à vous Hevcr, i
les Catholiques mesmesoublient ce qu'i
doivent à leur Religion) pour aider a voé
faire Souverain de Hollande. Cependai
jcnecroy pas que VJUS puissiez détruirel'oil
vrage du Fameux Guillaume de Nassau, 'ufi.ll
Bisayeul.
LI PRINCE D'ORANGE. : Tu verras ce que je sçay faire, & si je co.
nois par quels endroits il faut attaquer'
Hollande pourBla dIomNpteTr. INC.
Voyons aprefent ce que vous avez sais
pour faire périr les deVVith, lespreuves
qï
en font connoifbre l'auteur, les particularii
tez de leur mort, & le rapport qu'ont routdj
ces choCcs, avec toates les eircojaftjmccstlj
la mort de Baiiicvcld.
i
i
La Medaille où est la Figure de Bar
rieveld en Baste, doit regarderla p
geiiji,
TR AVAIL LANT
à son Histoire.
VI. ENTRETIEN.
lontenant ce qui s'est paffé dans le'spremicres
années de ce Prince.
r A PARIS,
hez la Veuve MICHEL GUEROUT,
Galerie-neuve du Palais,
au Dauphin.
1 -- - îM. DC. XCI.
}ï4rEC PBIr/LEGE DV£0T.
_-
Lifte des Ouvrages sur les )
Affaires du Temps,
Dix volumesqui se vendent
1
5.livres]
Les Plaintes de l'Europe contre
Prince d' O raoge.. ¡
I. ENTRJETIEN.
IL ENTRETIEN.
Ill. ENTRFTIEN.
Le Prince d'Orange travaillant à foï
Histoire.
IV. ENTRET1EN.
V. ENTRETIEN,
Contenant les circonstances delam
de Barneveld
, par rapport aux J
Affaires du Temps. 1
VI- ENTRETIEN.
Contenant les premières années de la vie
j
- du Prince d'Orange.
On donnera le 15. de cha
mois un Entretien sur les Affaire
du Temps.
AVIS. ïZJOYquen commençant ces
Entretiens on eHjl resolu de
langer de matiere tous les mois, on
14 pu suivre le dejftin qu'on avoit
ns, parce que l'on s'est trouve en*
tgédins ïHiftoirc du Prince d'oinge,
qui a esle demandée par une rflnnt du premier Ordre, a cauje
*'iln'y en a pointencore qui puisse
ifiruire de la v-V de ce Princetçrque
'peu de Mémoiresqu'ontrouvepour
Irvir à cette Hifloire,ne commencent
parler de luy quen 1672, encore nt
fouvc-t-on rien qui n'aitesté écrit
ar des flateurs de Hollandt qui ne
trient que de certainesactions ,
ont ils déguisent la vérité. AinQ
ton ptltt-tjlre Jeur de trouver beaà
coup de choses nouvelles &ctirÙttfl.
dans les Entretiens lui renfermeron
sa vie,&quiferont uniques à cetu
Rif/oire. On pressera les faits dam
lafuiteyafin dechangerauplutost di
fijtt, dr desatisfairefar là l'impa.
tience de ceux qui aiment les non*
'Veauttz. Ce n'cflpas que les Entre*
tiens que l'on donne tous les mois
ne doivent avoir la grace de la nou.
veantét puis qu'encore qu'ils foieni
surune mime matiere,les faits qu'ilA
contiennent ne latjfent pas d'efiré^
toujours difftrClIi.
F-FAiRES DUTEMPS.
XI. PARTIE.
jie àPriTnceond'Orange travaillant Histoire.
.q
VI.
ENTRETIEN.
LE PRINCE D'ORANGE.
E demeure d'accord qic
tout ce que tu as dit des projets
démon Grand-oncle,
& de mon Pere, pour se
tndre Souverains de Hollande, eil
erÜable. Ce font des faits constans
u'il feroit inataifé de nier. Je pour"
rois t'en disputer quelques-uns, qno
que la vérité me foit connue> mai
> comme ils font ignorez,même de 1
pluspart de ceux qui se font mesle:
tle les approfondir, je n'en demeure
Jay d'accordBquE'avNecTtoIy.NG,1,
Croyez.moy, on en sçait plus la
dellus que vons ne pensez, & les Au
teurs d'Histoires ont des secret-s mer
veilleux pour déterrer des Memoire
touchant les Ouvrages qu'ils veulen
mettre au jour. I
LE PRJNCE D'ORANGE. 1
Quand cela ferait, l'Histoiredeme
Ancestres n'ell: pas la mienne. t BENTING. <
Il est vray ; mais cependant la fil
du legne d'un homme qui a quelqui
autorité, fait craindre ou esperer d'e
ftremal ou bien gouverné de l'Heritie
de son fang qui prend en mainle timot
des affaires C'est dequoy les Histo
riens ne manquenr jamais de parler.
Pc comme vous estes né d'un sanj
1
nbitieux
,
& qui ne pretendoit pas oins s que de regner sur la Holiande à
oit de conqueste, voila par où les
tiG:oriens Etrangers finiront malieusement
l'hifloirc de vostrePère, &
immenceront la vostre, & c'est le
emier article que vous (upprimerez
r il y en a beaucoup que vous iid
juriez atlez déguiier, pour les faire
oéire à voilre avantage. J'entens du de l'homme de bien; car du cofté
l politique
, vous avezallez bien
iie vostre rôle. LE PRINCE D'ORANGE.
¡Quoy que je fois dans un rang fort
evé
, je fuis né malheureux; & si j'ay
lbeeltqeuesavantages, il faut que je les
fc* à-laBpEoinNteTdeINTépGée., fA
la pointe de l'épée ? Ce que vous
tes n'est pas à la
lettre
,
& je croy
je vous ne le pensez pas ainsi, & que
lUS vous servez d'une maniere de
rler qui est en usage pour dire qu'on
Irciiffic qu'après beaucoup de foins,
& beaucoup de peines; car vous rj
jfçauriez ignorer que dés qu'il faq
tirer l'épée, vous elles le plus mal
heureux homme du monde, deqd
s'il eust fallu la mettre feulement hoi
du fourreau, ou tirer un seul coup
Viftolet:) lors que vous avez envahj
l'Angleterre,vous auriez manqué ve
stre entreprifc. C'est du moins ce qu
l'on doit croire, quand on examin
le grand nombre de pertes que vou
avez faites) dés que vous ayez par
fnr le Champ de bataille. 1
LE PRINCE D'ORANGE. )
C'est un effet de mon Etoile,3
encore un coup je ne fuis pas né heu
reux. Je me vois surle Trône, il el
vray, mais il m'en coute bien cher
& les honneurs qu'on me rend ne va
lenc pas les mortelles inquiétudes qu
m'accablent tous les jours. Pour m
conserver ce Trône, j'ay mille foi
plus de chagrins & de peines à efluyci
que sa possèssion ne me donne de pli
sir ; & comme je me
-
défie de ma -
.toile
, je croy qu'elle ne m'y a placé
tic pour me faire tomber de plus
aut. Elle a travaillé contre moy avant
ta naissance
,
puis que vingr-deux
lois auparavant,C harles I. Roy d'Anleterrc,
fut décapité. Laproteétion
c ce Monarque, dont je fuis Petit
ls, & qu'on fit perir en 1649. m'euit
lé fort necessaire
,
n'estant venu ail
londe que huit jours après que mon
erc en fut forty. Ainsi je fuis né dans
ideiiil & parmy les larmess & je
lis dire justement que j'aurois pu
Hnpter mes malheursavant les prelieres
heures de ma naissance
,
& candie
les soupirs de maMere avant
n'ellc m'eust fait voir le jour.
BENTING.
Il feroit malaisé de naistreplus 1
ntre-temps ,
ra.ffaire d'AmO:erdam
ant rendu vostre Pere si odierx,
t'il n'y avoit pas lieu de présumer
[l'on aimaft le Fils, lors qu'on détepitla
memoire du Pere. On frapa
jeme une Médaillé en ce tei-nps-là)
& l'on ylisoit, que l'armée de sa mo
efloit la première Année de la liberté t la République. Je ne vous entretict
pas plus au long decette Médaille
faarce qu'elle devint fort rare, & qu P.lilcelievoilte Mere qui ne ma
quoit pas d'ambition, non plus qu
vous,employa tous ses foins & ton
son crédit pour la faire supprimer:m
cette Médaillé ne biffa pas de fairj
connoistre la situation des cfprits, Si
qu'on vous rogneroit lesaifles de biei
prés, comme l'on fit en effet. l,
mort de vostrePere rendit la loye &
Je calme aux Etats, & ils se viren
délivrez par là de la crainte qu'ils a
- voientd'cflreobligez de lereconnoiftn
pourSouverain. Commeavant famor
Ion ambition avoit apporté quelque de
ordre dans les affaires
,
les mal inten
tionnez efperoient qu'elles continue1
roient à se broiiilIer,mais pour éteindti
le feu qui avoit commencé à s'allumer
on convoqua une Assemblée generale;
Le succés en fut heureux, 8c les Etat
leZelande en voulant laisser des marques
à la pofteritc
,
firent fraper une
lutre Médaillé en 1651. Elle reprefencoit
un rocher au milieu dela mer, Se
l'on y avoic attaché les ECUIÎOHS des
Armes des Provinces confederées. Au
baut estoit assise une Dame reprefen-
:ant la Republique.Elle tenoit une lanceJayant
sur sa poitrine un chapeau,qui
cft le fimbole de la liberté. Des vents
foufioient aux quatre coins du rocher,
Serepresentoient ses Ennemis qui tachoient
de troubler Ton repos. On liroit
au tour de cette Medaille) que les
Provinces Confédéréesefloientt auÍfi fermes
dans leur union, que le rocherdaes
la mer Voicy ce quecontenoit le Revers.
Pendant que toute la terre cftdanl radmiration, & quelle attend avec incertitude
ce que deviendront les affaires
des ProvincesVnies, depuis la mort dit
Prince d'Orange,chacun en sassant divers
jugement, £Affmblée des Etats
Généraux ayant esiè tenue, enfin les
Confédéré*^,après avoirpar lavolonté
de, Dieu ajfitrè la ReligIlion , CZJniot^
& la Milice; aprèss'estre donné le
mains en rond, avoir pris conge"rondi
Vantre avec amitié, ont trompé Ctfpe*
rance & les desirs des méchans
,
& fHr1
paffiront les voeux des gens de bien. J
-
LE PRINCE D'ORANGE. [
Il faut avoiier que la passion que
les Hollandois ont pour les Medailles
va jusques à la folie. On en voit sur!
la moindre chose qui se passe chezl
eux. Pour moy ,je fuis persuadé que
ce n'est pas la connoiiîance qu'ils ont
de l'esprit que ces monumens renferment
,
qui les excite à en faire tant
fraper. Je croy que la matiere, & le
poids est ce qui leur en plaît davantage,
Seque ces bonsMarchands,qui efloient
beaucoup plus riches avant que je
sufle leur Statoudcr,qu'ils ne le font
preièntement, se plaifoient àvoir ainft
méramorphofer leurargent, pour le
garder fous toutes fortes de figures.
BENTING.
Qooy que les Hollandois ne s'atta
jrhent qu'a leur ComJ.merce 1 , & qu'ils
ïréferent les Lettres de change aux
elles Lettres, il n'y a jamais eu tant
le beaux Esprits dansune République
jue l'on en trouve chez eux. Il est
/ray que ce font de beaux tfprits é-
:rangers , & sur tout François, qui y font venus établir pour y faire le
ommerce des belles Lettres, penlant
que les Originaires du Pays en
"ent un beaucoup plus profitable,
,]uoy que plus roturier, & plus-
&roHier. Cependant ces beaux Esprits
y gagnent de quoyfubfiftcr.
Ils donnent àces bonsMarchands des
loiianges en échange de leurs marc
handifes, qui ne leur reviennent à
guere plus que la dépense que font
ks autres en esprit,Amfi tour s'accommode
e
& l'on trouve de l'esprit en Hollande, maisc'est un esprit tranfplanté,
où les bons Hollandois n'ont
point de part. Ceux mêmes qui n'en
ont que médiocrement, ne laissent pas d'yeÛre à leur aise, parce que les Oru
ginaires du Pays ne semeslent poinî
du même trafic ; & comme tout s'y
imprime sans permillion, la Hollande
fourmille d'Ectivains qui plaisent
beaucoup au Peuple en Pamulant, Se
en le trompant parleurs Ecrits.Ils dé
guifent toutes les pertes que fait l'Etat
, & quand il y en a. de trop vili
bles pour pouvoir entièrement en ca-1
cher la venté. ilsfont voir qucleurs-¡
Ennemis ont beaucoup plus perdu
qu'eux en. gagnant, & que leurs
pertes]
font irréparables. Les Magistrats qui
(çavent comment les choies se pa({ellt)
font ravisque l'on abuse le Peuple,
parce que lesmensongesqu'on luy
débite l'empêchentde se plaindre,
& même de se soulever
, & ils remercient
ces Ecrivains d'avoir si bien
falsifié la vérité. Ils les honorent d'une
plus étroite proteâioi-i qu'auparavant.,
&leurpermecteut de faire im.
primer tous les Libelles dont la Hollande
ell: remplie, Sequi loin de rien
contenir de véritable, ne font saisi
lue par interest, & pour faire gagner
:eux qui les composent.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je sçay l'utilité de ces Ecrits mieux
lue personne
,
& ceux qui les font
me souvent travaillé par mes ordres
ans le ravoir.
BENTING.
Cet article devrait cftre mis dans
rostre Histoire, mais je croy qu'il fera
m de ceux que vous chercherez à fup-
•rimer.
LE PRINCE D'ORANGE.
Il est vray ,
mais revenons aux Medailles,
dont on voit un si grand nombre
en Hollande.
BENTING.
Ces mesmes beaux Ecrits dont
lie s'est veuc remplie, des que l'aondance
d'argent s'y est. trouvée3
nt donné le goust des Médaillés aux
lollandois, çn leur faisant connoiflre
M'elles ont beaucoup servy à tranflettre
à la Posterité les grandes acons
de la Republique Romaine. Les
Républicains de Hollande ont crt
qu'ils égaleroient par là ces Maiftrc:
du Monde,& la vanité les a fait don.
lier dans les Medailles, si l'onpeui
dire que des gensayentdu goust poui
une chose qu'ils ne connoiflcnt que
par vanité. LE PRINCE D'ORANGE.
J'aimeallezl'invention des Médailles)
elles durent plus que le papict
qui se déchire, & se perd,& il me
semble qu'on ajoûte plus de foy à ces
monumens ,
qui ne paroilïent qu'ait
nom d'un Etat
a
qu'à beaucotipd"Hiflaires)
qui ne font que l'ouvrage des
particuliers, & ne roulent que sur leur
bonne foy.
BEN T I N G.
La pluspart des Médaillés qui ont esté
frappées à vostre gloire, & presque
toujours contre la vérité
)
font des
ouvrages que vous avez fait fabriquer:
en secret
, & qu'ensuite on a diftribuez
par vostre ordre fous le nom des:
Etats, quoy qu'ils n'y euiTent aucune:
part.
a
part. Tous les Magistrats hors ceux
qui font dans vostre confidence,ignorent
eux-mesmes d'oùelles viennent.
LE PRINCE D'ORANGE. -C'est encore un article qu'il se faut
bien garder de mettre daus mon Histore.
BENTING.
I Je prévoy que vostre Histoire ne
fera pas longue, si vous n'y mettez
que ce que vous avez fait de juste, Se
de beau. Ce que vous avez envie d'en
supprimer en feroit une plus ample,
plus curieu se
, & plus belle.
LE PRINCE D'ORANGE.
Poursuivons, nous trouverons peuteftVc
dequoy en faire deux, la secre-e,
& celle qui devra paroistre au jour. BENTING.
Dans le même temps que les Etats
de Hollande oc-de VVert-Frisefirent
fraper la Médaillé que je vous viens
d'expliquer, ils résolurent de supprimer
la Charge de Gouverneur ou
Lieutenant General de- la Province ,
ou du moins de rendre cette Charge
incompatibleavec celle de Capitaine
IGencral. 1
LE
-
PRINCE D'ORANGE. |
Ainlil'on se vangeoit sur moy de
mon Grand-oncle, & de mon Pere,
dont l'ambitionavoit causé de grandes
frayeurs à la Republique. Je ne
pouvois dans le Berceau arrêter le
cours de toutes ces procédures, mais
j'ay pris de jufles mefjres pour les
faire ceÍfer
,
dés que l'âge m'a ouvert
les yeux sur ma naillance, & sur le rc- -
tranchemcnt des dignitez dont mes
Ayeuxont joiiy.J'enfuis venu à bout;1
& comme je me (uis fait établir dans
les Charges demes Ancestres par un -
consentement force des Etats, je ne ;
leur ay aucune obligation, & ne leur
devanc rien, je fuis en droit de ne
les pas épargner, quand je trouveray
le temps favorable, & de les contraindre
à me reconnoistre pour Souverain
, dela même maniéré que je
ay- forcez à me nommer Siaider.
BENTÎNG.
N'allons pas si viste. Nous n'en
nmes encore qu'à ce que l'on a fait
titrevois,pendant quevousestiez
berceau; & vous voilà déja Satour.
Vostre ambition e(V si impatiente
'elle auro-E de la peine à s'arrêter,
1"s Armées de France ne luy ferient
de digue
,
& n'empêchaient ce
rent d inonder les Etats où il vo«.i--
)Ïc se iépandre.
LE PRINCE D'ORANGE.
[lfalldroit que jefufT:unmal-habile
litique si,la Hollande pouvoit m'éaper.
Je connois leterrainj'en sçay
fort & le foible. J'aydes Creatures
IlS toutes les Villes qui me fervent,
unes par crainte, les autres prinest.
J'epuise tous les jours les Etats
îommes & d'argent, & quand ils
ont siaffoibLs qu'ils ne feront plus
estat de se défendre
,
je n'auray
de peine à m'en rendre maistre
avec toutes les forces d'Angleterre.
Ainli j'acheveray de me vanger du toui
qu'ils m'ont fait lors que j'étois au berceau.
J'estois mineur alors, & j'ay ap.
pellé de tout ce qu'on avoit fait contre
moy, ce qui ma fait rentrer dans tout
ce que mes Ayeux avoient mtrité pai
leurs grands services. Mais cela ne fuFfit
pas, & il faut que pour l'interest dL
temps que je n'ay pas joiiy ,
il leu
en coute leur libeité.
BENTING.
C'est une querelle d'Allemand qUI
vous leur faites
, car enfin ils n'ont pa
autant de tort que vous leur en don
nez, puis qu'ils n'ont pas fccoué le jou:
d'un auili grand Roy que celuy d'Ef
pagne, pour devenir Sujets d'un d.
ces petits Princes dont FAllemagnj
regorge, & dont, comme je l'ay déji
dit5 le Cardinal de Richelieu chan
gea le nom dexcellence en celu.
d'Alteffi. Cependant ce que voftn
Grand-oncle, & vostre Pere ont terr
té, pour le rendre Souverains d'ut
a
îtat qui ne leur avoir mis les armes à
a main que pour défendre sa liberé
,
avoit dû les obliger à prendre
:ontrevous des précautions pour em-
)êcher que vostre agrandillcmenr ne
rous fervift contre eux, & que les
brees dont ils vous lailleroient le maitre,
ne fussent employées pour les
oumettre. Ainsi ils ont eu raison de
ravaillerà vous rendre moins puillant
[ue vos Ayeuxj & s'ils avoient pu.
éuflir dans le detlein qu'ils avoient
,e ne vous point élever; ils feroient
lans une meilleure filiation qne celle
'ù ils font presentement
,
puis que
a République n'a point cessé de per-
Ire des hommes, deconsumer de
argent ,
& de voir diminuer son
ommerce ,
depuis le moment que
ous avez pris les armes fous le faux
ïrétexte de la défendre. En effet,
ous n'avez pensé qu'à éloigner la
>aix, le pouvoir que la guerre vous
lonnoit sur les Troupes estant rpcce une de Souveraineté dont vous
aimiez mieux jouïr, que de voir si
Hollande & l'Europe dans le calme
Aussî tous les Sujets de vos Allie;
mêmes font-ils de terribles impréca
tions contre vous, pour la perte, tassi
d'hommes que d'argent que vous eau
fez à leurs Souverains
,
sans compte
celle de leur gloire, puis qu'on ne peu
en bonne justice contribueràFinva
lion d'un Usurpateur., sans se rendr
aussi coupable que luy.
LEPRINCE D'ORANGE.
Que me viens-tu dire? Quand i
j
s'agit d'un Trône, & de la politique
quipeut y faire monter,se met-on e
peine de la fade gloire que meriten
ceux qui s'atrachent à l'équité? Cett
gloireest iiifipide, & n'est point glo
rieuse
, toute gloire qu'elle est, si voua
voulez bien que je parle ainsi,C'estU
partage desfaineans.Ce qu'onacquiert
sans rien
-
entreprendrepeut.il faira
honneur, & crois-tu que l'on puiiïe
triompheramoins que l'on n'ait agy;
B E N T I N G. -
Voilà une admirable Morale.
LE PRINCE D'ORANGE.
Elle est du moins d'un homme agitàent)
Se qui cherche à se dillinguer. veux-tu que je salTe, quand je
èns que je ne fuis pas le maistre de
ambition qui me tourmente? Elle est
,uachée à mon Sang, & je l'ay ap*
lortée en venant au monde. BENTING.
Je n'en doute pas, puis que la Princfîc
vostre Mere, qui estant Fille de ov, s'estoitbeaucoupabaissee en
poulant vostre Pere, souffroit impatemmenr
le rang de Sujette, où sa
laiilânce avoit esté ravalée par cette
lliance ; ce qui l'obligea, parce qu'-
Ile avoic une ambition qu'autonfoit
i fierté du Diadème
,
à le presser de
mettre tout en usage pour se rendre
Souverain.
LE PRINCE D'ORANGE.
Sa mémoirem'en est plus chere &;
lus prétieuse. Peut-on sentir couler
Un fang Royal dans Tes veines, ôc fii
voir Sujette d'un Peuple tout rota
rier,qui ne fait aucun casde la noblelle.
qui cherche à l'abaiiler, & dont le
Conseils ne font composez que d'épai
Marchands,à qui l'argent tientlieud
politique rafinée, &qui trouventdei
bras pour parer les coups qu'on lu
veut porter, parce que la République
a dequoy les payer, & que safold
est plus feure que celle de pluÍÎeur
Souverains? Voilà pourquoy la Hollande
pretend agir en Souveraine,Si
donner la loyaux Rois qui font le pins
Rois. Cependant j'ay trouvé moyen
de fecoucr un joug trop pefanr pour
uncoeuraussi ennemy de la fervituda
que le mien; & si je n'ay pas encor
Je nom de Souverain,qui effaroucha
des Republiquains, j'ay peut-eftrcplus
de pouvoir sur ces Marchands, qup
de certains Rois n'ont sur leurs Sujets
& je regne en effet en attendant quele
temps me donne sur eux letitredeRoy.
Les Statpuder doivent estre fournis
ix Etats
, & leur rendre compte
jmme à leurs Souverains, & je les
y mis sur le pied de me le rendre
omme mes Sujets. BENTING.
I Il n'est pas encore temps de vous
pplaudir
; il faut voir auparavant,
omment finira la guerre que vostre
mbition a allumée dans toute leuroie.
Le succés m'en paroist fort douteux
pour vous. Il est feur que rien
le manquera à la France. Ses fonds
)our la guerre font toujours faits une
innée avant que l'on s'en doive ferrir.
Elle a des reiTources inépuisables
souren trouver tous les ans d'extraordinaires.
Outre cela, le Roy Tres-
Chrestien a de fort grands revenus.
Toutes ses Places font fortifiées. Ses
premieres levées font faites. Ses Généraux
panent pour habiles, & font
gens entreprenans. Il n'estpoint de
Troupes plus aguerries que
les
Tiennes,
& toutes ses Armées ayant VêCll
par tout pendant trois Campagnes
chez Tes Ennemis,il y a grande a
pirence quelles auronc toujours- rt
même avantage,puis que Lsaffaires n
pourront aller que de mieux en mieux ]
Joignez à cela que tenantlur-mêm:
le t'mon de ion Etat, & voyant toacJ
& Fa;[ant tout. par luy-mesme
,
il n
fçanroit faire aucune perte qui luj
puine estre d'u1 grand préJudice
Nulle mefinteiiigence parmy ses Si-J
jets ne lay (lUroit nuire, &: l'on sa
doit alteurer qîe tant qie la gnerra
d;ircra.on verra la France dans l'heirreuse
lituarion où nous la voyons pre
sentement. & Ton Souverain toujours
en droit de compter, non feulement
sur les coeurs, mais encore sur les
biens de ses Suj ets ,
qui ont"autant de
foufttilfion pour toutes ses volontez
,
ôc d'amour -& de refpett pour sa personne
, que ce Monarque en merite;
& alleurément, c'estdire beaucoup.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je ne puis nier ce que tu viensd
me dire.-Ce font des faits si conftansj
'il en faut tomber d'accord ; mais
and tu feras reflexion au nombre
s Princes liguez contre ce Monare
& à l'étendue de leur puinance,
m'avoueras qu'il faudraque tost ou
"d il succombe fous le nombre.
t
r BEN T1 N G.
Efi-il possible que vous soyez aussï
bile que toute l'Europe se le per-
Lde) & que je vous voye d-us une
"eur si groffitre ? Je sçay queles
lorans ,
qui sans peser le merite ne
ttachentsimplement qu'à examiner
nombre, font fort su jets à estre
mpez ,
mais un grand Politique ne
t pas donner dans ces paueaux , &
vray-semblance n'a lieu d'abuser
e ceux qui n'approfondirent rien,
qui se laissent surprendre aux ap-
'ences & aux vains dehors de tout
qui ébloiiit leurs yeux ,
sans reo'er
si le dedans y répond.
.E PRINCE D'ORANGE.
ru portes les choses jusques à i'exces.
J'avoue que la France doit
tenir glorieuse d'avoir resisté jusqu
icy à tant d'Ennemis3 mais tu vert
qu'il faut neceiïairementqu'elle vid
ne enfin à succomber, il tu examinj
bien le nombre & le poids des Pu
fances redoutables qui fc font Ull
contre elle. J
BENTING. - Je vais vous faire voir que vo
elles dans l'erreur, aussî-bieii q
ceuX qui ne jugeant que félon les a
parences ,
fuivent feulement leur p
fion
,
& je vous Je feray voir d'm
maniere ,
qu'il faudra que vous i
demeuriez d'accord, à moins que
une opiniaftreté sans raison vous
vousobstiniez à fermer les yeux &
coeur à la vérité.
LE PRINCE D'ORANGE.
Tu le prens d'un ton qui exciter
curiositéj mais je croy que tu au
de la peine à prouver ce que tu
vances.
BEI
BEN TI N G. -
L'Empereur est un des plus qualifiez
nnemis du Royde France, & il n'en
point qui paroille plus redoutable.
ependanc c'est un de ceux qu'il doit
moins craindrei & si vous en exce-
;ez le nom d'Empereur, qui devient
rt inutile quand il ne s'agit pas de la
gnité, le reste est très-peu de cho- Iln'yapointd'Ele&eurqui vo.tlutf
langer son Eleét^rat contre l'Emre.
Un Empereur qui n'auroit point
; Terres hereditaires comme ceux
: la Maison d'Auftnche
,
n'auroit ny
LI , ny lieu, ny Sujets) & feroit sa
fidence dans une Ville de l'Emre
,
& non pas de l'Empereur. Il
auroit rien en propre. Le t'tue
Empereur & le pas sur tous les Lle-
<:ur),feroient son plus grand avantar.
Ses Armées ne feroient compoes
que de Troupes que les Princes
: l'Empire fourn tIent pour leur quote
,rt, & Ton Epargne n'auroit d'ar-
:nt que ce que luy donoent ceux qui
le reconnoillènt pour chef,& non poul
Maittre. Ainsi ce n'etf qu'un Chel
électif sans Sujets, & dont le titrl
merme n'etf pas héréditaire. Noal
avons louvent vu des Eleéleurs refila
fer l'Empire, & le feu Electeur di
Baviere ne voulue pas l'accepter ud
peu avant l'EIe&ion de l'Empereui
qui regne au jourcThuy.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je sçay comme toy que lesEmpereurs
d'Allemagne n'ont qu'un ticrc:
fastueux & sans nulle autoriré, da
qu'au lieu que les Souverains avec
leur Conseil décident eux-mesmes de
ce qui regarde leurs Etats, les Dietteî
reglent ce quiregarde l'Empire, ÔG
font ainsila loy à L'Empereur; mai1
l' Empereur qui regne aujourd huyi
estant Roy de Hongrie & Duc ci'Aul
ftriche, peut grossir les Troupes que
Juy donne l'Empire, de celles que luyfc
fournirent les Etats hereditaires. Ains
c'etf un A¡lié puillant, & que la Fran
ce doit apprehender.
BENTINC.
Vous auriez raison s'il eftoken pouoir
de faire agir toutes les forces
:>ntreelle, mais la guerre qu'il fouent
contre les Turcs luy faisantune
eceflui de les partager, elle n'a auan
fuietde les craind 1e.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je travaille à la Paix des deux Emires,
& puis gue je m'en mcfie, elle
: lçauroit manquer àestre blen.taO;
>11du:'. iBENTING.
Ce n'eit pas une chose aussi cerine
que vous le pensez, mais je
)iifens à vous palier cet article.
luand vous auriez fait signer cette
lix, je ne vois pas que toutes les
loupes de l'Empire & de l'Empe-
:urdeussentestre fort redoutables à la,
rance.Il cfi: tres-certainque le Prince
î Bade n'a pas presentement plus de
ngt mille hommes. Toutes les vieils
Troupes de l'Empire ont cité dé-
[tes entièrement en quatre occasions,.
à la JournéedeCazaneK
, à la dé&i
du General Heufler lors qu'ilsi
pris avec le Marquis Doria, à
prise de Belgrade, Ôc au Comb
où ce mesme Prince de Bade vie
de perdre neuf à dix mille homm
Ce qu'il y a de plus fâcheux pour. h
Allemands, c'est qu'il faut un sa
grand nombre d'années pour rétab
les vieux Corps qui ont pery ,
pui
que de nouvelles levées ne font q
des corps nouveaux, & peuinftrui
à leur mestier, quand il ne reste poi
bne partie du corps capable de 1
former sur Ton exemple.
LE PRINCED'ORANGE.
Si je cherchois des rai(ons po
n:er des faits., ce feroit vouloir n
tromper moy-même. Ainsi icn"ay ri
a opposer à tout ce que tu viens c
me faire voir du mauvais estat d
Troupes de l'Empereur & de l'E
re; mais l'Empereur ne fait qu'tn
teste dans la Ligue, & il s'yen tro
ve beaucoup d'autres fort puissants
! BENTING.
f L'Espagne s'étend fort loin, 8c voit
lulîcurs Royaumes fous sa dominaon.
Cependant le Duc de Virtemerg
, dont l'Estat se fait à peine relarquer
dans la Cane, fournit plus
e Troupes à la Ligue, que tout le
asteRoyaumed'Espagne. Il n'yen
point aujourd'huy au monde ny de
lus gueux, ny de plus mal gouerné.
Chacun n'y pense qu'a Tesfifaires
, voyant son Roy moribond,
c tout bien examiné
,
je croy que
Espagne ca plus à charge à la. Ligue
u'elle ne luy estutile.
LE PRINCE D'ORANGE. 1
Je ne puis encore nier cette velés
mais enfin c'est un grand nom,
: quiestdu moinsde quelque poids
ans la Ligue. Il a de quoy ébloiiir
),
: on peut le faire sonner bien haut,
il n'en: pas passible d'en tirer d'autre
fcantage.
f BENTING.
La Ligue a besoin de quelque i-liofe
de plus réel que de grands iioins,pou:
U faire subsister. 1
LE PRINCE D'ORANGE. j
L' Angleterre.
BEN TING. <
L' Angleterre est bien lasTëdedOl11
ner des tommes immenses qui n'abou
ticrcntl rien,&si ce n'estoit poui
fbutenir la gageure, elle auroit déj
fermé sa boursè. Son Commerce gui
luy en fournilloit
,
diminue de jour cijour.
Au lieu que tous les autres Souverains
luy en donnaient, ou poui
demeurer neutre, ou pour l'obliger 1
prendre party, elle en donne poui
entretenir une guerre, dont les plu*
heureux succés ne luy peuvent apporter
aucun avantage. Ses Troupei
ji'estoient point entretenues à Tes dépens
lors qu'elles eftoienthors dechez
elle, & tout cela se voit aujourd'huy.
Son argent paire la mer auili-bierr
que ses Soldats. Cet argent ne revient
plus, ses Troupes perissent,
les maladies emportent celles qui 1
chapent au fer & atrfeu. Il feroit
ifticilc de concevoir combien il en cft
nort en Irlande. L'air s'y cft trouvé
ontagieux pour lesAnglois, & penantle
premier Hiter il y en est peiyà
nillicrs. Les Sieges ont enfuiteefté
requensaussi-bien que les Batailles,
luiont esté meurtrieres, & l'on peuc
,ire qu'il n'y a plus de vieilles Troupes
n Angleterre. Tout cela examiné,
rous n'en devez plus à l'avenir attende
de grands secours d'hommes ny
l'argent. Quplque grand que (oit votre
>ouvoir, il n'est pas encore allez arbiraire
pour mener cette fiere & in-
:oiiflance Nation comme il vous plaia.
L'extrême necefliréoùvous vous
rouverez voyant la Ligue preste à se
ompre, vous fera tenter de palier
es bornes de ce pouvoir. La Naion
se soulevera, & vous renverserez
:n un jour l'ouvrage de pluficurs années.
C'etsbâsirlurlefablequedefon-
1er sa fortune sur la constance des An-
;4ois.Sile Roy Jacques les accommode
mieux que le Roy Guillaume, 8c qu'
leur coûte moins cher,ils fedéferont d
Roy Guillaume,,5c reprendront IcRo
Jacques, que la moitié de l'Etat rc
çonnoist dans le fond du coeur po
son veritable Souverain, à la famé d
qui on boit tous les iours en mil
endroits du Royaume, & pour q l'on prie dans une infinité de Temples
Enfin si la Ligue fonde sa durée(ur1.
secours d' Angleterre,il est feur qu'-
elle la verra échaper
,
lors qu'elle S'JJ
attendra le mo i ns.
O
|
LE PRIN CE D'ORANGE.I
-
A te dire le vray,je ne voy guered
fondement à faire sur un Peuple qu
aprés estre venu au devant de
mojj
avec des palmes
,
fit des feux de joys
le jour que son Roy qu'il venoit
d'a
bandonner, fut ramené à Londres
après s'en estre échapé pour passer e
France. Mais il ya bien d'autres Alliez
dans la Ligue.
BENTING,
Voilà déjà les trois plus grosses te.
» tes à bas, & je vais en quatre mots
ous faire voir le peu de secours qu'elle
loit attendre de [epr autres. Vous
oyez bien que je veux parler des
ilc éleurs) dont la France, par une
[ne & prudente politique, prévint le
cup, & en mit d'abord quatre hors
l'estat de luy nuire, lors qu'elle vit
(ue la Liguele préparoit à luy déclaer
la guerre.
LE PRINCE D'ORANGE.
11estvray
5
maiscene font pas les
,lus puiflans.
BENTING.
Il ne luy reste donc plus que trois
le ces Elcaeurs. Trois Campagnes
esont mis bien bas. L'estatdéplo-
'able de l'Eledteur de Baviere ne fc
cauroit exprimer. Tous Tes trésors
ont à sec
, toutes ses Troupes ont
)ery en Allemagne & en Hongrie, &
es restes qui font presentement avec
e Prince de Bade & en Savoye n'en
»euvent plus. Celles de l'Eledeur de
randebourg ne font guere mieux.
Le Siege de Bonnja Bataille de Fleu
lUS, & le Combat de la Cattoire 1
ont entiereraent ruinées, & prefqu
tous Tes Mousquetaires font demeure
dans ce dernier choc. C'est une pert
irréparable pour luy. Ij ne reste qn
l'Electeur de Saxe, dont les Troupe
font bien fatiguées
,
d'eare venue
trois années de fuite perir de faim su
les bords du Rhin, & qui Tefoni
toujours prier pendant neufmois poui
venir faire une Campagne de troi
feulement. Elles ont mesme si fou,
vent menacéde n'y plus revenir
, qu'il est à croire qu'elles pourront bien
tenir parole. ,.
, LE PRINCE D'ORANGE. ; Je ne voy pas que la Ligue ai
encore un long fccours à erperer d
ces petits Sonvera.ins,& tu commence i m'embarraller.
BEN T 1 N G.
Elle en doit encore moins attendr
du Duc de Savoye
,
qui en a luy
melme un fort grand besoin. IL il
ly reste quele quartde tous les Etats
u'il poiledoit, & ce quart cft obligé
e nourrir les Troupes de France&
Espagne, les Allemandes & les Itaennes,
ainli que les Suides, en forte
ne toutes ces Troupes, hors celles
e France, manquent fort souvent de
lin, M. de Catinat ayant fait la redite
dans tout le Païs. D'ailleurs, Ici
illemans font moinsvenuspour fe-
)urirce Duc, que pour se l'aifir du.
1 ilanois, en cas quele Roy d'Efpagnc'
ienne à mourir. La confusion comtence
à se mettre parmy les Troupes
: tant de différentes Nations,'a Caille
lilitairc estant peu garnie, & les
ayeurs se trouvant trop épuifez5pour
lire encore des avances, dont 011 etl
Ifuré de perdre,non feulement l'inteÍ1:)
mais encore'le principal.Vola.
estat oÙ se trouve le Duc de Savoye,
ui ne touchanr plus nen de ses revens
,
bien loin d'ailiitcr la Ligue, Ce
erra contraint de l'abandonner, si
le ne fait encore de- plus grands ef-
)rts pour le secourir.
LE PRINCE D'ORANGE.
J'ay de la peine à reconnoistreibm
ses peintures que tu me viens de fair
le party dela Ligue qui me paraiflin
si formidable. J'y voy beaucoup d
grands noms, mais peu de Prince
enestat de supporter le fais de 1
guerre aussi long-temps que la Ho
Jande.
BENTING.
La Hollande a beaucoup plus sa"
qne les autres , & c'est par cett
raison qu'elle se trouve prefenremîn.
en estat de faire moins. Elle redembh
à ceux qui devant bien-tost faire ba
queroute,affeétent beaucou p ie faste
& n'oublient rien pour faire croir
qu'ils font bien dans leurs affaires, a
pour mieux dire,,elle relfemblc à un
chandelle, dont la lueur eA: plus écl
tante lors qu'elle est preste à Rnir.E
comment vouTez-vous qu'un aussi p
tic Pays que la Hollande
,
dont
Commerce est pour le moins diminu
des deux tiers depuis prés de vi
annéelf
mées
,
puisse soutenir encore longtmps
une Guerre qui luy coure si
1er ? Son Armée de terre est feule
tifli considerable que celle de tous les
liiez ensemble. Sa nombreuse Flottai
evroit feule fufHrepourépuiflr un
petit Etat. Elle a esté obligée de
pnner de l'argent à l'Empereur, Se
1 Roy d'Elpagnej elle fournit tous
:s mois de grosses sommes pour les
Toupes qui font en Piemond. Quand
:s autres Alliez font q-uelques,,perts
,
elles ne font reparéesqu'avec
)n argent. Il n'y a presque aucun
rin-ce dans la Ligue quin'en reçoive,
p qui ne la menace à toute heure de
uicter si elle n'en donne. De voftrc
bilé
-, vous en tirez d'elle tout autant
ue vous pouvez ,.& les Barbets ne
ibfiftent qu'à Tes dépens. Croyezous
après cela qu'un petit coin de.
erre
qui ne produit ptefque rien
,
à
ftufe de la quantité d'ea ix quila courentjpuisse
toujours trouver de tarlent
pour tant aaffames
t lors que
l'Efpagnj avec tous Tes Royaumes
toutes Tes Indes
,
& toutes Ces Min
d'or loin de fournir la moindre fom
me à la Ligue, demande sans ce
aux Hollandois,quoy qu'elle n'ait pat
en Flandre six mille hommes cr.
Campagne? Que répondez-vous à tout
jeela? 1
LE PRINCE D'ORANGE.
{
Mais toy-mesme
, que répondrois
tu si tu estois en ma place? 1
BENTING. |
J'avoiierois franchement des faitl
qu'on ne sçauroit contester. Je ne
vous parle point de beaucoup de pe
tits Princes qui ne fervent plus que de
nombre à la Ligue, & que la France
a traitez d'une maniere qui les a déjà
fait repentir d'y estre entrez. Enfin l
Ligue a déja commencé à défiler. Ld
cheminest ouvert, & lors qu'un che4
min a esté trouvé, ceux qui l'ont frayq
font bien-tost suivis par beaucoup
d'au-]
très, & mesme on peut dire que cd
chemin devient à la mode* J
Lï PriNG^ D'ORAN6I,
C'est ce qui-me fait resver.
BENTINc.
Le Roy de France est exempt de
treilles craintes. Iln'a pour AlliezJ. -
te ses propres Sujets, & il n'apprende
point de s'en voir abandonné.
ne s'attend point à la bourfe des-
¡rangers. pour entretenir Tes Trous,
ilest apeuré qu'il trouvera tounrs
à remplir la sienne. Il n'a plus:
Domaines engagez comme pendant
Minorité, Il reçoit tous Tes reve-
5 dans le temps qu'il les attend, &
;fme avanr qu'il en ait beibin. Je
as l'ay déja fait voir en vous disant
e ses fonds pour la guerre font touiirs
faits une année avant qu'il foit
ligé de s'en ferviri & ce qu'il y a de
"prenant, & debien digne de voftrc
ention & de celle des Alliez, c'est
'il ne s'est point pasle d'année des
la guerre,. qu'il n'ait eu de l'arit
de reste, z des fonds qu'il avoit de- pour la Campagne du grand
nombre de ses Troupes. Je ne vaypa
qu'après cela, & tout ce que ie voui
ay dit auparavant, la Ligue puiifc
tenir encore longtemps contre ce Mo.
narque.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je voy tout ce que tu vois; maiscom
me laLigue n'est faite que pour me:
seuls interefis. & que tant de Souve
rains n'ont les armes à la n:ain
, qui
pour empêcher que le Roy de Franc
ne rétablissè le Roy jacqtics,le temp
que la Ligue durera, en fera autan
degagné pour moy,Ainlî quelqu,
délabrée qu'elle paroiiTe, ie dois cher
cher à l'entretenir
,
quand elle devroi
cau fer la ruinede tous les Alliez, tatT
que les Princes Catholiques feronr
allezsimples,& aimeront allez peu leià
Religion, pour travailler à me
mairl
tenir à son desavantage. Aprèsqu'il
auront ouvert les yeux sur ce qu'il
font de contraire à leurs interests, o
que rimpoflibilité où ilsfe rrouverori
de foiuenir la guerre leur aura sa ° J
icttre les armes bas, ic verray alors
me tirer d'affaire comme ie pourray,
f je prendray mon party (elonlcsocrrences.
J'auray du moins le plaisir
avoir régné, & d'avoir remply par Il
s desirs que l'ambitionm'a pu. cau-
Ir. Je me trouve dans les mesmes fenmjensoù
estoit cette Princene, qui souhaitantd'estre Femmede Cesar,
ifoit enparlant du bonheur des Sourains,
& de celuy qu'elle se figuroit
ins la puissanceabsoluë.
Ne duraft il qu'un jour, ma gloire,
est sans féconde,
Ifeftre du moins un jour la Maiftreffi
duMonde. ,BENT1NG.
Ces sentimens estoient beaux pourle
personne qui vouloit monter au
|rône par une voye legitmc) & ils
s marquent pas moins de grandeur
ame que d'ambitionj mais ks Ufur-
Lteurs ne se piquentp-^s.d'avoir une
elle ame, pourveu qu'ils ayent une
¡and<: autorité i & quand leur règne
se termine sur un cchafïauc
, comme i
est arrivé à un nombre presque infinyl
de ces Souverains patIagcrs
,
il leur
fied mal de dire que leur gloire ej
sans fcconde, parce qu'ils ont eu l'a
vantage de regner. LÉ PRINCE D'ORANGE.
Mais il me semble que nous nou
écartons un peu de nostre sujet.
BENTING.
Rien n'est plus essèntiel à voflre
Hilloire que ce que nous venons da
dire, & vous aurez de la gloire d'avoir
eu l'esprit de mettre en moa
vcment tous les Princes de l'Eurecip
contre leurs interests
,
leur gloire, 4
leur Religion, & de leur avoir fait:
épuiser leurs forces & leur argent, sans:
qu'ils sçachent précisément le but qu'ails
ont eu en cherchant a maintenir 11
TJfurpateur,au lieu de repouaer l'En.
riemy du nom Chrestien jusque dan,
sa Capitale
t
ce qui leur estoit facile m
en tournant leurs armes uniquement
de ce cofié-là; maisnous aurons au
;rechoCe a direavant que d'en venir à
:et article, où la force de la verité nous
a menez infenfiblenient. Nous voustvons
laissé au berceau, il faut vous y
tller retrouver voir de fuite le reft*
les principaux cvenemens de vostre
ne, & tâcher en raisonnant de ne
?oint empieter sur ceux qui les doivent
suivre d'un peu loin.
ï LE PRINCE D'ORANGE.
Prens gardeàne te pointéchaper,
si tu ne veux pas que je t'impose
S lence.
r
BENTING.
k» En 1(153. deux ans & demy aprés
511e vous fulles né ,lesHollandois
lyant petdul'Amiral Tromp,& veu
eur Flotte défaite par les Anglois,
:nvoyerent quatre Ambassadeurs
Londres pour traiter de la Paix a.
vec Cromvvel. Us estoient bien-aises
le joiiir de la commodité des Ports
l'Angleterre,& de la liberté du Corm
nerce, sans lequel ils ont dela peine
! fubfiftçr. Ils craignoient d'ailleurs
que cette cruelle Guerre ayant épuisé
leurs forces, les Espagnols, leurs
anciens
& secrets Ennemis,ne tiraflent
avantage de la foiblesse où elle auroit
pu les jetter s'ils l'euflxnt concinuce.
Cromvvcl voyant le pas que les Hollandois
failoient pour avoir la Paixfit
traîner les choses en longueur, afin]
de les faire condescendre au dessein
qu'il avoit fait d'unir la Republique:
de Hollande à celle d'Ar gleterre. Sui.
vant ce projet,les deux Republiques
ne devoient plus faire qu'un mesme
Etfct, qui auroit d'lé gouverné par
un Parlement souverain ôc libre, auquel
les Provinces Unies auroient envoyé
leurs Deputez,comme auroient
fait les Provinces de la Grand' Bretagne.
Crornvvel par unrafinement
de politique, & pour mieux tromperI
les Hollandois
, ou du moins pour
les éblowir, se servit du mot de coagulation,
au lieudeccluy tfincorpo-^
ration lors qu'il proposa la chose, ÔC
il le fit, parce qu'il auroit paru,s'il]
1
employé le mot
d'incorporation
ue ,
l'Angleterre à laquelleilprétendoit
incorporer la Hollande, eust deu.
luy estre superieure, & que le mot de
coagulation marque plus d'égalité II
demanda en mesme temps en confequence
de cette union ,J,¿u.e Vous e
vos Descendans fuffié\* pour jamais mir
hors d'estat d'aspirerauxDignitez
,
&
aux emplois de vos jénceflres
, parce
que cestoit, difou-il
, un digrè pour
monter à la Souveraineté que vostre
Père avoit recherchée à force ouverte, & quainfi il efioit à ctaindre ( le mesmefang
coulant dans vos veines ) que
pendant que les deux Republiques feroient
unies tr ne formeraient qn'ufl.
Corps, vofire ambition ne vinft a le
troubler en vous rendantMaifire de I4
Hollande, & peut-e(Ire de l'Angleterre..
Cette proposicion fut le fujetde beaucoup
de Conférences. Les uns la goûtèrent,
les autres la rej etterenc, & si
l'incorporation ne passapas,l'obstacle
ne vint point ducodé de vos intereÍls
mais de la crainte qu'on eut qu'aved
leten.ps, la Hollande ne devinlt trop
dépendancedel'Angleterre. On exa
mina la chose de toutes les a-ianicres
on pela le bien & le mal qui en pour.,
roient arriver
,
& l'on demeura per-"
fuadé que les Deputez de
Hollande
n'auîoient jamais allez de voix, pour
l'empoiter dans un Parlement sur
ce qu'auroient resolu les Deputea
d' Angleterre. Ainsi Cromvvel ne put
venir à bout de vous faire faire tout
le mal qu'il avoit imaginé, & qu'il
vous auroit peut-estre fait s'il eust
vécu, comme s'il avoit preveu les troubles
facheux que vofère ambition de»- j
voit faire naistre en Angleterre.
LE PRINNCE D'ORANGE.
Il avoit raison de m'aprehender,"
puis quaasseurement si j'eusse esté
maistre un jour de faire agir àmon
gré toutes les forces de Hollande, je
les aurois fait tourner contre luy pour
vanger la mort du Roy mon Grand- Pere.
BENTING.
,
:
Si l'on en peut juger par les fuites,
ous n'auriez travaillé que pour vous
îul
,
& la maniéré dont vous avez
caité Jacques II. vofire Beaupere que
'ous avez obligé de fuir, fait voir
me vous ne vous feriez guere mis
n peine des Mânes de Charles I. vostre
iyeul.
LE PRINCE D'ORANGE.
Comme ce prétexte auroit esté utile
mes entreprises, je Taiirois fait va.
>ir de la mesme forte que j'ay fait
eluy de la Religion pour paflfer en
ngleterre.
BEN T 1 N G.
Vous avez beau dire; on ne vous
oanera jamais 1epithete de Pieux;
:unme on a fait a Enée.
LE PRINCE D'ORANGE.
Laiflfons là les fables, & ne nous
tachons qu'à la vérité.
BENT 1 N G.
Ce ne lera pas toute-fois en la
di(ant que nous embellirons voftrc
Histoire. Cromvvel n'ayant pû venii
à bout de (on projet d'union entre lem
deux Itepubliques, & ne voulant
point commettre sa nouvelle dignité
avecles Hollandois, dont lavaletu
luy paroiiloit redoutable,conclut en-
Sn la paix en 1654.. Je ne rapporreray
point les actions que vous filles
au Berceau, où vous neruaftes point
de Monstres comme Hercule. Ainsi je
viens à ce qui se pana en 1657. Vous
aviez environ six ans & demy en ce
temps-là, & quoy que vostre nom fist]
alors rres- peu de bruit, & que les
Etats eullent plus de FOIN de voja
abàiflTer que de travailler à vostreéle
vation ,
vostre Famille, suivant l'ufa
ge de Hollande, fit battre deux 0
trois Médailles
, por faire connoifir
au reste de l'Europe qu'il y avoi
un Prince d'Orange au monde. Oj
vit donc le Portrait de Guillaume II
dont la face enfantine ne promettoij
- encore ny bien ny mal. On lisoitçM
parole il
fparoles dans le revers.Quoy quel'Oranger
foit abbatu, ce noble rejetton a
eslè confervè par le foin de Dieu dans
lefein de Marie; ainsi lePerenaiss
Après sa mort comme un Phénix dans
é a eni.,r Ton Fils. Qttilcroisse
,
quilfleurijfe
3
C.', qu'il fllrpAJfe en vertu les plus
grands Princes, à la gloire, r;. pour le
ralut de la Patrie.
r LE PRINCE D'ORANGE.
Les Médailles ont je ne sçay q'oy
le grand qui frappe
,
& qui pcnetrant
jusques à l'ame5 porte aux grandesavions.
l BEN T 1 N G.
- C'est pour cela que vous en avez
:ait de si belles, mais avez vous bien
peaminé le sens de ce levers?-•î-~
LE PRINCE D'ORANGE/1
r Je voy bien qae 1'0 ranger abbatn
narqne lamort de mon Pere, & que
e fuis le rejetton que Dieu a conferré
dans le ventre de ma Mère.-
| BEN T 1 N G.
t Il me semble que cet, ainsile Pert
naistapr-ès sa mort comme un Phénix
dans son Vils, ne devoit pas plaire à 1
Republique. Elle estoit mal satisfait
de la conduite du Pere; son ambition
J'avoit porté à s'en vouloirrendre Souverain,
& il avoit osé en venir jusques
à la force ouverte en assiegeant Amfterdam.
Il estoit donc question, pour
ne donner aucun sujet de plainte aux
Etats, de leur faire entendre que le
Fils prendroit une roure toute contraire,
& qu'onauroit foin de luy infpirer
des sentimens plus modérez. Ail
lieu d'en user de cette forte, on affea
de faire voir à toute la Terre que le
Pere doit revivre dans ce Fils
, ce qui
devoit vous faire haïr, loin de vous:
attirer l'amour des Peuples.Aussi peutêtre
cela n'a-t'il pas peu contribué m
vous éloigner des Dignitez dont la
poî
session pouvoitestre fataleà laRepubli..
que, en vous fournissant des Armes;
mpourtentearcenqueqvostruePereeavO.1«
?LE PRINCE D'ORANGE.
Je
p
n'auronsjamaisfbùnertqu'oneust
rapé ces Médailles, si j'avois esté en
ige d'estre consulté. Ce n'eit qu'en
hffimulart que l'on peutvenir à bout
les grandes entrepriCes.
r BEN T1 N G.
On estoitsienteftéde faire connoibe
que vous deviez ressembler à voire
Pere, qu'on fit fraper la mesme
edailleavec un autre revers. Il re-
)refcntoit un Phenixftr fan bûchert
tu milieu d'une Couronne de deux branhesd'Oranger>
& l'on y lisoit ces paoles.
Il meurt, & il repcfe. yLE PRINCE-D'ORANGE.
Ce n'etf que la mesme penfiée re..
tetuc. BENTING. j[
Elle fit impression sur les Etats> Ôc
es confirma dans la refoludonqu'ils
voient prile de ne permettre jamais
luevus fussiez élevé aux Charges de
os Anccftres. C'cftoit à cet mefmcs
itats à prendre le foin de voftie édwcation.
Ils s'ea chargèrent, & pour vousfaire
oublier qui vous estiez
, ils ne vous dounereni
d'abord qu'un Valet de chambre, dont le^
fondions furent étenduës, puis qu'il von
fervoit à laChambrer à la Ville- Quelque
temps après on augmentavoftrc Maison d'uri
laquais
,
& l'on parla de vous faire inflruir®
dans les belles lettres, mais cependant le
but des Etats n'estoit pas de vous faite dcve-,
nir un fort habile homme. Enfin après avoii
bien XJminé qui on mettroit auprès d
vous, le choix tomba sur le Sieur Chapufeau à
presentement Gouverneur des Pages du Duq
de Hanover. 1 LE PRINCED'ORANGE.- Mon éducation n'est pas le bel endroit de
ma vie.
BENT1NG.
Entre nous, il faut avouer que l'ignorance
ne vous manque pas, & qu'à peine savez
vous lire& écrire.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je fuis toujours le premier à dire qu'
homme qui n'a point eu d'du(atiocft for
ignorant dans ce qui s'appelle les belles liet
tres.
BEN-riNr.-
Tous ignorez bien d'autres choses.
LEPRINCE D'ORANGE.
Ne sçay-je pas mes affaires 3 Ccil toujoar
beaucoup. -
BENTINI G, r
Le faccés démentiroit ceux qui foutien- v
Croient le contraire,mais outre qu'il faut voïr
a fin de la Tragédie pour en bien juger ,vous
:einez dix fois plus qu'un autre en travaillant"
5cYOUS estes bien plus long, mais on ne
Ijauroit di[convenir que ce que vous faites
,ie foit assez bien. Vous avez toutes les peines
iu monde à prendre une resolution,& vous ne
ous déteimiuez que lors que le temps ne vous
ennet plus d'eflre incenain; ce qui ne peut
venir que de l'ignorance dans laquelle on a
pris pliifir à vous élever, & ce qui vous em,
pcche de scavoir mille chosesnecessaires à un
omme de vostre rang , qui se prefenteroienc "ostre imagination, lors que vous avez i
lécider de quelque affaire importante, Se ui vous ai-deroient , non feulement à prendre
promptementvostre party , mais encore à
l'en pas prendre un faux, comme il vous ai>
:ive quelquefois.x
LE PRINCE D'ORANGI.
Que veux-tu que j'y farte? Je ne me règle
joint sur le parte
, puis que je l'ignore, mais teprençdes-mesures surle piefent> & je les
hens les plus justes qu'il m'est possible.
BENTING.
Il ne faut pas estre fort habile homme pour
intendre ses affaires; chacun les sçaitnatuellement.
L'intérêt ouvre l'esprit à tous Jestommes
sur ce qui les touche, & l'on ne voit
oint de Paysan, quand il a un procès, lui
n'en fache mieux les difficultez eue fo
Avocat
LE PRINCE D'ORANGE. Ilsemble que tu prensàtâche de diminuer
mon mérité de ce coflé-l'a. 1
BBNTiNG.
Je parle de l'homme en general, que la na
ture rend gavant dans toutes les choses ûl'
(on inclination le soste, sans qu'il ait fouvent
rien appris qui les regarde, ny mefm
t)u'il ait unespritfoitdistingué.Celuy^ui
aime le jeu se rend habile joUeur) sans que
cette habiletéluy safir venii l'esprit. Un Plan
deur devient sçavant dans la chicane, un ambitieux,
Machiaveliste,& tout cela, par un
ioutine de s'attacher sans cesseà.cequi plaintsans
que l'on ait d'ailleurs de merÎte, ny l'esprit
ouvert pour toutes les autres choses. Ainsi
vous ne devez pas présumer que parce qu
vostre ambition vous met sur le Trône, oa
doi ve croire que vous soyez un fort babila
homme. Vous Éçavezvous-mesmevoitre foi
fele•> vous fctvez vostre ignorance ;- vous fçavez
vostre lenteur en toutes chofcs , & que
vous avez une avarice ctartei mais pour cela
, je vous le Fardonne. On vous a fait éleverjffi
mefquinrmcnt, & vous avez si peu sceu dans
vos jeunes ans ce que c'est que manier de Par-t
gent, que je ne m'étonne pas de l'aviditéqu
vous témoignez pour en avoir, & de la pein
que rous avez à vous en défaire. Aptes avoi
mené, une yic aisezobfoue> fan, avoir toucktf^
le grandes femmes depuis 1654. laïques en
1667.il sembloit qu'ayant atteint l'âge de dixfepr
ans,vous deviez commencer à faire quel*
que figure dans le monde. Vous pouviezacet
ige-làesperer de monter aux dignitez de vos
Àncestres,puis que vostre Pcre qui n'eftoiç
mort que sept ans plus âgé , avoit fait tant de
belles choses avant sa mort.
LB PRINCE D'ORANGE.
Je sçay ce que tu me -"-eux dire; & tous mes
iens commencent à s'émouvoir.
B ENTING.
En 1667, les Etats patterent un Edit,appelle
Edit perpetuel, par lequel tous les Membres
des Etats s'efloient engagezavee ferment
le ne vous proposer jamais pour la Charge de
ftatouder. Vous estiez obligé par cet Edit,
ion feulement de refuser cette Charge, nuit
nefme de ne pas écouter ceux qui vous pro-
?o[eroient d'y penser; ce que vous fignâres.
LE RINCE D'ORANGE.
Leur orgueil estoit alors au plus haut point
ni il ait jamais cité. Ils venoienr de battre les
\nglois,après les avoir elle chercher jusque
lans la TainiCe, Ilsavoient réuiïi dans la Li-
Vue qu'ils avoient faite pourarreltcr le progrès
des armes de France, Ligue qui leur caura
i cher en 1671. Enfin leur Commerce fleurifoit,
& s'étendoit par tout où ils pouvoient
ouhaitcr; ce qui les mit dans un tel aveugle-
Mnt,qu'en 166%: ils firent fraper cette inolente
Mcdallle) qui a faIt tant de bruit dans
l'Euope. On y voyoitune Femme reprcfcntant
la Hollande. Elle estoit appuyée contre
un trophée, tenant d'une main une piqùe, an
bout de laquelle estoit un chapeau, & de
l'autre les Armes des Etats Généraux. Il i
avoit des Vaisseaux duiis le lointain. La
revers representoit une ceinture des Armcd
des Provinces Unies, dans laquelle estoit
pouJ
Inscription. Apres avoir IJJfeuré les Lot'x, ré
formé les abus de la Religion, assisté,
défendu,
& réconcilié lesRois» rendu la libertéaux Mer;,
fait faire par la farce des armes une Paix glorieuft,
6. rétably le repos dans l'Europe, les
Etats desProvinces Unies ont fait frâper cette
Médaille.
LE PRINCE D'ORANGE.*
Leur fiertécft bien rabailfiée depuis ce temps- là, leur commerce bien diminuéj & leur
bourse bien épuisée. Enfin ils me faisoient
alors la loy
, & ils font prefcntementobligez
de me regarder comme leur appuy ) en attendant
qu'ils me reconnoiirent pour leur Souvexain.
La Adednille
qui
represente le
Prince.1
d'Orange, do.it regarder la page 2. S6. I
La Médaillé qui reprcpnte la HDi.
lande, doit regarder la page ip5.jl
--- ----- - -- -- - --- - - --- ---- -- - FFAIRES
DU TEMPS- 1XI. PARTIE,
JL'OE RPRAINNCGEE
TRAVAILLANT,
à son Hiftoirc.
Fil. ENTRETIEN.
Menant les moyens dont ce Prince s'est
servy pour se faire mmmcr
StadthôHeter.
A PARIS,
iezlaVeuve MICHEL GUEROUT,
1 Galerie-neuve du Palais,
au Dauphin,
M. DC. XCI.
AVIQ VMVILEGZ QVROT.
Lifte des Ouvrages sur les Affairé.
duTmps. j
Dix-volumesquise vendent 15. livres. j
Les Plaintes de l'Europe contre le Prind 1d'Orange. ENTRETIEN. ,
JL ENTRET1EN. ; 111.ENTRETIEN. 1
LerPrri.ncEe d'Orange travaillant à fonHifioire! K.ENNTRTERTE1ETN1*ÈN---
Contenant les circonffcancesdé la mort de Bar,
nyevejld.,EparNrapTpoRrt aEuxTAIffEairNesd'u Temps.
Contenant les piemieres années de lavie i - du Prince d'Orange,
YIJ. LNTRETJENt :
Conrenant les moyens dont ce Prince
s'eà
servy pour se faire nommer Stadthouder. j
1
On dominera, le quinzedechaque
mois un Entretien sur les
Affairek
duTemps, j
AVIS. cEVII. Entretien finira la
onzième Partie des Affaires
lu Temps, & pour la commodité de
eux qui en ont les dix premières,
w les mettra touten unseulvolume,
rH'on donnera relié en veau, pour
ruarante fols. On y trouveraon%e
D/anchts de Médailles avec leurs
'etrs, & dont l'une en contient
huit. Ce nefont point des Médaillés
raites à plaijir, comme beaucoup
jue le Public a vu gravées. Elles
mt cflé frapées veritablement dans
'es tempsqu'on a marquez. Tous les
Faits que l'on rapporte dans cessept
Entretiensfonthlforiques, (7 ceux
lui les voudront lire, feront aifément
¡erfitadeZ qne l'on n'a rîei
inventé pour Je donner de belle
mi
tieresur cfuoy exercer ses raifortne*
mens.
AFFAIRES
DUTEMPS.
Xl. PARTIE. - 1 Le
Prince d'Orange travaillant
à Ton Histoire.
FILENTRETIEN. -
BENTING.
L me fernble que nous en
sommes demeureral'article
de vostreEducation. La ciigreflion
que nous ayons fai-
[ieieunf'ea eO;éque pour parler de la glosituation
Oll se troavoient les
rroviuces Unies six annéesayantyoftrc
élévation aUx Charges&aux Di
gnitez devosArceftres..I LE PRINCE D'ORANGE.j
-Ils ne sçavoient pas qu'un homm
qu'ils avoient pris le foin de faire ]
mal instruire,les gouverneroit un jou
avec une autorité [ouveraine. 1 BENTING.
Une des choses qui vous a eslé M
plus utile, c'est que vous avez sees
quevousneffavietri-en. Cela vous
empêché de faire une infinité de fait
pas a'ifquels les ignôrans font sujets
&de dire autant de sottises queloi
en entend de beaucoup de grand
parleurs. À
LE PRINCE D'ORANGE. |
Jeme fuis toujours tenu sur me!
gardes.J'ay peu parlé, de crainte d
mal parler, & je me fuis tellemen
accoutumé au silence, que bien fo
vent j'ay dBe (aEpeNireTi 1le rNomGpre..
Quand on ne parle pas, il est afl
ordinaire de rêver, & vostre filcni
idonné lieu à de/profondes mediraions,
ausquelLes vous devez peut-estre
ut ce que vouseffces aujourd'huy
[JeLE PRINCE D'ORANGE.
ne rappelle jamais sans cconneacnt
tout ce que )'ay fair pour m'de- r, tant je paroiflois, peu d'années
bparavant, éloignédela situarionoÙ
t me trouve. Lors que le grand creât
dela Province de Hollande hipariger
l'autorité du feu Prince mon
fere entre plusieurs Magistrats de
ÏEtat, ceux des Villes le firent donker
l'eleébon d<- leuts propres Magifrats.
Les Etats Provinciaux vouluienc
[voir la dfpofition de toutes les Charges
& des Troupes qu'ils payoient,&c
es tacs Généraux ditpoioienr du
lommanderaent dçs Armées
, en la
lonnant à des Ofticiers qui estoient
l lenrsgages) 6c qu'ils fubftituoient
k changeoient toutes les fois qu'ils le
rLouEvoieot à propos. PRINCE D'ORANGE.
Celafaifo trouver de grandes difficultez
a vous élever àla Charge del
vos Ancestres. Il vous estoitimpoflï-j
ble d'avoir de l'autorité qu'en asso ..,;
bli-iïant celle des Etau.Vos revehus
ne pouvoients'accroistre
,
à moinsque
les leurs diminuaient, & quand il 14
va ainsi de la gloire & de l'intere tf
,
i11
cft difficiledevenir à bout,del'efprlt;
des hommes. Ce font deux choses fuel
lesquelles ily en a peu qui foieut trai;
tables. 1 LE PRINCE D'ORANGE, 1 -En songeant à leurinteretf particu.
lier> ils avoient oublié la politique, 6c
faitune faute qui les devoit perdre un¡
jour,ainG qu'ilest arrivé. Après la.
Pax de Munster,ils crurent qu'ils4
ne devoient plus rien' craindre» puis
quclEfpagneles avoit reconnus pour.¡
Soiiveraiiis, & s'imagmant alors qu'ils;
pouvoientplûtost donner la loy que la4
recevoir de personne, ilscallerentlaj
pluspart des vieilles Troupes Etrange- l
res, & des Officiers expeiimentez,
qui
:lvoient causé tant de gloire à Jeutt
lays, dans la pensée que le moyen le
ilus assèuré de se délivrer pour jamais
le la fervitudedontilscroyoient estre
nenacez )
estoit d'osteràmon Pere le
Ducien de sa pretenduë domination,
m reformant les Troupes qui le rejajrdojent
comme leur Maistre, qui
uy avoient prdlé ferment, & qui luy
tftoient 6 devoÂiées ; que son Grand-
Oncle Maurice s'estoit servy d'eux
sourdonner atteinte à leur liberté, qui
luroit elté perdue, sans la ruine des
Princes PfoteÍtans0"Allemagne ,qui
irriva fort heureusement pour leur
Mut.
ttJ'avoueBENTING, qu'ilsonteutort de s'estre
défaits de leurs meilleures Troupes
,
& qu'ils se font ex posez p;:.r làau
malheur qu'il leur a fallu essuyer depuis;
niaistant qu'a duré la Paix; &
qu'ils font demeurezuns,àc refoins
à ne vous point clever
, tout vostre
sçavoir faire n'a pointeu d'effet.
1
LE PRINCE D'ORANGE. 4
Eh:commette pendantl PaixaU1
rois-ije pu forcer ceux dont l'EfpagLiQ
avotf rendu l'orgueil inftipportabie eq
les- reconnoilTantSouverains, par là
Paix de Munster jSe qui non feuler
ment avoient eu l'avantage de refiftea
prçfque pendant un uecie entier à.cet^
leformidablePuiilance mais. qui,eti
1667. avoient fait une Ligue ave
l'Angleterre & la Suede pourarrefted
les progrés du Roy de France en Flandre.
Il falloit de la guerre pour ava
cermes affaires
,
&de la guerre qui
leur cau/aft de grands embarras. Ilseaj
ont été accablez félon mes souhaits
Sej'aymis en usage pour cela touted
les ru ses dont mon esprit a étécapa-J
ble. L'Etat avuformerun orage, Se
l' a vu prelt à crever sur luy
,
fknï
qu'il ait peu s'en mettre à couvert
Les Foudres se (ont fait entendre,&
iont tombez en plusieurs endroits e
i-ii--iine temps. Le Peuple timide a crit
(Jmultuairemcn:au[colrs. Il s'estauaché
à tout ce qui s'est prefentecomnedes
gens qui fc noyent. J'ay fait
igir fous mainma Cabale; je me fuis
)refenté d'un air fournis & sans exiger
aucune chose
, & ce Peuple s'est
etté entre mes bras. Ainsi les Conjueftes
qu'onfit en 1672. sur la Holande,
font cause que je me trouve auourd'huy
dans une situation si avan-
;ageufe
, qu'il ne me reste plus à founaiter
que le nom de Souverain de
Hollande. 'ai B.ENT1NG.
Vous aviez besoin que la fierté &
le proce'dé irregulier des Hollandois
ieurattiraient laFrance&l'Angleterre,
en forte qu'ils .puiIènt estre battus.
Sans cela vostrenom n'auroit guère
fait de bruit, & l'onpeut dire que
vous estes un Enfant du desordre,
puisque vous devez à ce desordre tout
ce que vous estes aujourd'huy.
LE PRINCE D ORANGE.•»
]e11epouvpismanquer Ide me voir
[éileevveerr aux dignitez qu'ont possedées
mes Ayeux Le fang de Bourbon l
de Stuard coule dans mes veines
, &
les Rois de France, & diAngleterr avoient souvent recommandé[tarie
interests aux Etats , leur auroiem
peut-estre fait un jour la guerre, pan
les obliger à memettre au rang où l'on
m'aveuparvenir. -- BENTING.î Pouviez-vous avoir .cette pen(ée
Se en user aulïi mal que vous avez saic
avec ces deux Souverains? j-
LE PR[NCE D'ORANGE.
La Polirique ne conlidere ny le devoir,
ny lajuftice, & quand un Ambi
tieux s'etf une fois retolu à la suivre,
il ne doit point balancer à luy fair
tous les sacrificesqu'elleluy demande
A l'égard des dehors, cliacm en garde
félon qu'il eÍt capable de dissimuler.
On paroill sincerependant qu'on me
toute (on application à fourber. On e
devot sans religion, & l'on couvre de
toutes ltsvertus neccuaires & eblonifsantes
, tous Ses crimes qui peuvent
mener au Tronc.
k[C'est BENTING.
un personnage que vous jouez
arfaitement. La dissimulationvous est
naturelle, que vous ne vous contrai-
;nez point. ( *
jttALuEui PRINCE D'ORANGE.
tu dois avouer que je fuis venu
>
bout parla de tous mes delIèins. La
liflirtiulation est neceilaire, & ponr
egner,& en régnant.
I BEN TING. '!';
Le Sr Auberya fait voir dans ses Menoires
pour servir à l'Histoire de Holonde
,qu'il connoissoit parfaitement
tiotfeirne caraétere. Céc habile Historien
parlant de vous, Il a foujfertavec
ieprofonde dissimulation lesinjures du
irty de B&rnevedrefufeité dans les perpnnes
de Mrs de Fieht, attendant avec
,ne patience plus grande encore que celle
sonBisayeul le grand Prince Guilf.
ume ,
les temps propres, & les occarions
favorables de son retabUjfement;
'ar ayant esté privé par IAn Arrefi focmnel
de toutes les Charges desa Mai-
I
fort après la mart précipitée de son PereI
il Y fut retably au commencement de cettq
derniere Guerre}par me
Ordotoinan1
contraire*I LE PRINCE D'ORANGE.
Qû ne sçAit pas ddIimu1er) ne sçai
pas iegner.
BENT1.NG.
Il y a de plufieufs fortes de diffimn
lations. Un Prince pe»ifeindre d'ignorer
mille clioCes dont la poliriqit
ne veut pas qJ>¡J se rdIente, ou d
moins qu'il se ressente si-tost. Il e
auOE quelquefois aproios qu'il diffimule,
pourdécouvrir plis à fond des cho
ses dont ilIny est important de fçavoir
la fuite) & quelque foisai:fTi par
ce qu'il se perdroits'il paroilloitmieux
instruit. Il y a mi'le autres raifonsqui
doivent engager un Prince à ne pa
découvrir tout ce qu'il oenfe
, & tou
ce qu'il sçait, mais rien ne l'obligea
outrer la difIimuldtiol1, en accablant
decarelles & d'embrallades ceux qu'i
a delTein de sacrifier. Il fufDt qu'i
eut talle auIL bonne mine qaauTauces
,
auxquels ilne veut point de mal.
Voicy unexemple de cetnsdiUïrnulapontraîtreile,
qui doit vous sare con- titre
,
si vous y faites re.flex;on lu(qu'à quel excés de perfidie , vous
plies capable de faireallerledeguifèenc.
Vous entreteniez un jour le
Maréchald'Estrades, Amballadeurde
France, dansun lieu, où l'on attendoit
es de Vich pour disner. Vous le
priâtes d'avoir toujoursfoin d'appuyer
vosinteretfsauprèsdes Etats de la patt
du Roy son Maift*e, & de bien remercier
ce Monarque, tez des grandes qJ:Úl avoitpourvous.Vo.us luyr
dites que vous naviez, point de plus
grands Ennemisque lesdeVich
,
qu'ils
\s'opposoient à vofire élévation ,& que
vous les haijfîez. avec autant defitreur.
qu'ils prenaient defoin de vous eloigner
des Charges que vos neeforesavoient
pojf&dées. Le Pensionnaire de Vich
étant entré lors que vous citiezle plus
animé à parler contre luy9 vous vous
jettâces à Ton col; vous le ferraftesavc,
des embrassemens qui faisoient paroîtr
une vive tcndreiIe, & en l'apellan
voftie Père,vouslemontrâtes à Mi
d'Estrades. Vous luy dires- que voii
davieztouteslesobligations imaginable
A1 ce grand hommetq-quui'ill vous rreeggaarr.
doit enfilsj qu'il prenoit foin de vos in
terefts, & que vous ne dOH/iet point
que par [on moyen, vous ne fujfiei
bien-tostélevé a toutes les Dignitez
que l'on'avoit veuës dans vofire Mai- hn. i
LE PRINCE D'ORANCE. i
J'avois beau l'embraser, il estoit in-
-
sensible à mes caresses, & inflexible
a mes prieres.I BENTING. i
C'estqu'il vous connoilloit
patfiitc.
ment,qu'il aimoit rEtat, & que scachant
ce qu'il auroit à soufrir ii vous
aviez part un jour au gouvernemeH,
il craignoit dc voir vostre ambitionen
état d'agir,& ne vouloit pas travail. ,1er à vous mettre les armes à la main,
pour
eur executér en vous rendant Souveliince
que vostre Pere avoir inutilermtent
tenté. Mais achevons de parcoules
incidens de vostre vie
5
&- noaS
errons comment ce malheureux Penonnaire.
a été la Viétime de voilre
ellentiment & de vofire ambirion.
LE PRINCE DORANGE.
Nous aurons un peu de- peine à trouer
des couleurs propres pour bien
Drtir de cetarticle-làdansmon Hi,
toire.
BENTIN G.
Pourquoy ? « Vous passerez pour
rand & habile politique. N'cst-ce pas
ar là que vous ^retendez estre diûin,
ue?
LE PRINCE D'ORANGE.
Il est vray mais quand il s'agit de
lreimr esaufllremarquables, il faut tources
endroits là d'une maniéré, que
ion feulement les Politiques qui ne
çnt pas lcrupuleux
,
qui approuvenc
k qui aiment ces fortes de crilnes,
fuirent connoistre que j'ay esté allez
hardy pour les entreprendre,& aflei
hab le pour les faire réussir, mais qui
ceux à qui la moindre idée du crim<
donne de l'horreur
, ne puillènt estre
persuadez que j'aye commis des at..
tentats si horribles. 1 BEN T 1 N G. 4
On a beau faire, nos Descendans
apprennent toujours la vérité, &
quelque foin que l'on prenne de la déguifer
,elle trouve une infinité d'endroits
pour se montrer à ceux qui lal
cherchent.
LE PRINCE D'ORANGE.
Qjand les Historiens fecontredifenl
dans ce qu'ils rapportent, la verité ni
sçauroit jamais eftrc éclaircie, & chacun
les croit félon qu'il est naturellement
porté à croire le bien, ou le mal
c'est à dire, que ceux qui feroient capables
de commettre les mêmes crimes
dont onaccufe les Princes, ajoutent
foy aisément à ce que l'on die
contre eux, & que les autres qui gardent
plus de reserve en j ugeant toujours
4
T Lvorablement de leur prochain, iminent
à la calomnie çequieft souvent
npure. verité.
| BENTING.
J'ay peur que ce qui vous regardera
e paroilie point douteux; mais pourlivons.
Vousetifies de grandes morr
ficaïions en 1607. Vous villes vos
nnemis profpcrer. J'appc.le vos Entmis
, ceux qu'on voyait contre
DUs dansleparty de l'Etar. De Vith
purguemeilre de Dortrccht, quirer
efiitoit le Corps de l'Etat far 14
lote, rendit compte de tout ce qui
estoit paflfé
, &c cornme on fut fatisit
de sa conduitei, on rejolut de Iç
galer d'une Coupe d'or massif, fuç
quelle on graveroit les principaux
tploits qui s'eftoiept faits prés de
hatam en Angleterre
,
l'embrafesnt
des Vaiireaux. Angloissurla Riere
de Rochefte*
,
& la priCe de
fle de Schapey.
LE PRINCE D'ORANGE.
l'avouequepluson faisoit d'hon..
neur à cette Famille, plus je [entai
haine pour elle, & que dés cet là, je fis une forte resolution
-
d
perdre.
BENTING.
Elle avoitalors le deffas , & si y
n'aviez pas répandu son fang, l'
feroit plus' tranquille qu'iln'est , < moins epuisé d'hommes & d'argent.
LE PRINCE D'ORANGE.
J'aurois de la peine à le gouverne!
& ferois moins absolu
,
s'ils'estoit
rendre plus paillant.
BENTING.
Ildoit regreter lheureuef iftuanc
où ilse trouvoit c'à ce.temps là,kl
qu'il jouiiîoit seul de toute la Son
raineté, & qu'il regorgeoit de bii
& d'honneur. Ce fut alors qu'on 3 paroistre contre vous unEdit, ap
- lé l'Edit perpetuel.
LE PRINCE D'ORANG
Tout mon fang s'emeutlorsqu
pense, mais j'ay du moins la sa.
lkion de m'efire vangé desA
cet Edit) qui m'a fait louffnr cruellementjusqu'en1672.
I BENT1N G.
r II (embloitque cet Edit devoit fubsister
éternellement, & que nous ne
devions jamais voir de Stadthouder en
Hollande, puisque les Etats s'efioient
engagez par un Serment solemnel à
n'en plus faire
,
&qu'ils vous avoient
non feulementengagéaumême ferment,
mais mernc, a ne jamais accepter,
l'offre-de cette Charge
, en cas
que l'on propofaftde vous élire.
tt LE PRINCE D'ORANGE.
J'ay dlé relevé de ce Sermentd'une
manièrequi a faitallez d'éclat.- ; tBENTING.
I Nous en parlerons incontinenr.
Comme vous n'avez esté Stadthouder
qu'en 1672..vostre vie a été bien
bbfcure pendant ces cinq ou six années.
Lors qu'en 166S. vous eûtes atteint
l'âge de 18. ans, on vous déclara
à Middelbourg
,
premier Noble de
Zelandç) Preficlentdecette Province.
- Dd\i)
LE PRINCE D'ORANGE. <
Non feulement c'estoit peu pour sa..
tisfairc mon ambition, mais ces dignitez
me mortifioienr beaucoup" puis
qu'il paroissoit par là qu'on avoit defiein
d'observer inviolablement l'Edij
perpetuel, par lequel on avoit refold
de ne donner jamais de Scadthouder
laHollande, & qu'il n'estoit point necenaire
que je paflafle par ces degrez
pour y parvenir,pouvant monter tout
d'un coup aux Charges de mes Ancêtres,
comme par Héritage, si les de
Vvich n'eu flcnt point representé, qu'il
y alloit de la gloire, & de la tranquil.
litédes Etats de se gouverner eux-mêmes.
BEN T 1 N G.
En l'année1670. à la
follkitaticm
du Roy d'A ngleterre, l'on vou
introduitau Conseild'Etat aprèsde
longues difficultez&plufienrs Ag-em4
bitcs, où il y eut de grandesconte/htions.
Vous vous souvenez que la chose
ne paiîà qu'à condition que vous
j.- I
nduriez point de voix dans les affaires -
qui vous regarderoient ny dans celles
de vos Alliez; que vous ne feriez élu
Mestre de Camp,& Capitaine General
que pour une Campagne,& que
cette eleétionne se feroit que par un
consentement unanime, ce qui arrive
rarement dans toutes les choses qui
se décident à la pluralité des voix.
Ainsi, quoy qu'on vous eust fait sortir
de l'obscurité
,
vostre autorité n'en
estoit guere plus grande, & l'on vous
donna feulement un nom pour vous
amuser.
LE PRINCE D'ORANGE.
J'ay eu tout le temps qu'il me falloit
pour bien mediter sur mes malheurs
, mais ceux qui en ont esté causeons
dû trouver beaucoup d'amertume
dans le fruit de mes Ineditarions.
Ce qu'on fit pour inoyen ce temps"
là n'eftoic qu'en consideration du Roy
d'Angleterre,dont on apprenendqit
les armes. On prit de grands foins
pour aflbibJir ma voix
a
& la rendre.
inutile, & l'on eftoicbien plus feu
de moy lots qu'on me tenoit enfermé
dans un Conseil ou je n'avois nuH
-autorite,que il j'eusse-cfié ailleurs i faire des cabales qui auroient plu
causé d'inquiétude à mes Ennemis,
que ma presence ne leur en donnoit
dansun lieu où ils me voyoient fan,
aucun crédit,&où leur experience
leur ige, & le zele qu'ils faifojen,
patoiilre pour da Patrie, les, ren
dorentmaistres absolus de toute
les dédiions
BENTING.
-Cependa-nten 1671. vous fuftesdeftinépour
estreGeneral. h
LE PRINCE D'ORANGE.
- Autre dignité pour mortifier mon
ambition. Ce commandement qui n
• me donnoit aucun pouvoir {Uf, le
Troupes, m'abaiflbit plus qu'il ne
melevoit,puis qu'il memtttoitdan
une entiere dépendance. De fier
Marchands qui se regardoient alors
:. comme les- Arbitres des Rois, nac
confideroint comme un homme à
leurs gages, qu'ils pouvoientdépofer
le lendemain.
BENTING.
Pallons à vostre heureuseannée
,
à
cette année si remplie d'évenemens,
qui reduific la Hollande à ne pouvoir
estre remise de plus d'un siecle des
maux qu'elle a foofferts, & dont les
cruels malheurs servirent à vofire
triomphe.
LE PRINCE D'ORANGE.
"Je commençay alors à jouir du
fruit de mes intrigues, & mes cabales
donnèrent bien de la besogne à mes
Ennemis dés le commencement de
cette année-là, & leur firent enfin
perdre terre. BENT1NG.
Ils y ont aussi perdu la vie.
LE PRINCE D'ORANGE.
Après les avoir étudiez longtemps
pendant mon silence, m'estre fait des
Créatures, &avoir travaillépourattirer
desaffaires à l'Etat,afin qu'il
crull avoir besoin de moy pour enl
sortir
, ma fortune commença à chan-l
ger de face.
BENTING. :.-
E'le vous a servi avec chaleur
2 &
perdant tout le cours de cetteannée-
Ii, elle vous fut aussi favorable quVllçl
semontra contraireal'Etat. Les Etfltp,
de Hollande & de Veftfrife vous doRr
jierent une pension. Il y eut de granides
conteftacions pour la Charge dç
Capitaine General & ceux de voltrc
party l'emporta re: t pour vau,. Ileft
vray qie voflre poivoir fut limité
9 m:¡is vous fee'(les bien.tofi:l'étendre.
Le Roy d"Angleterre qui s'estoit employé
pour vo.is, fit remercier le$
Etats de ce qu'ils avoient commencé
à faire en vostre faveur.
LE PRINCE D'ORANGE. ,
C'est à luy que j'ay l'obligation
detout ce que je fuis aujourdhuy
en Hollande.
BENTING.
Pallons à l'arrivée du Rov de Fran"
Ice, fit de ses formidablesArmées sur
lesTerresdes Provinces Unies. Leùr$
conquestes farent si rapides, & en II
lreand nombre, que pour en arrêter
cours, on résolut d'envoyer crois
Députez à ce Prince pour parler cfe
raix dontefloient les SieursGrotius
fSiet d'OdicK. Le Roy Tres-Chrestien
ses propohtions. Ces Députezre
tintent,& Tetournerent auprès de -Sa.
Majesté pour accommoder les a-ffaires.
Ce fut alors que vos Pariifans lés
voyant en bon train, leverent lemaftnue.
Ils publièrent suivant vos inliru
Etions
, que les conditions efloient
exorbitantes. Les Peuples, quoy qu'ils
ïgnoralTent en quoy elles conllftoient
,. se (ollieyerent contre cette Paix. Ceux
Ile Zelande que vous aviez gagnez»-ôc
sur qui vous avieztoutpouvoir,defaoiierent
tout ce que leurs Députez
pouvaient avoir déja fait en faveur de
sa Paix, & ne se contenrant pas de
cela.,ils écrivirent à toutes les Provinces
, pour les empêcher de donnet les
nains à aucun accommodement.
LE PRINCE D'ORANGE.
j
Sans cela, je n'aurois jatnai-s e
Stadthouder.BENTING.
- Et sans cela, la Hollande feroit en
core au(Ilflorissante qu'clie estoit ea
ce temps-là., & joiiiroit d'un nombr
in6ny de millions qu'elle n'apoint aujourd
'huy.
LE PRINCE D'ORANGE.
Il estvray, mais moy, je ne joiiiroia
- de rien.
BEN T1NG.
Cep aidant vous fustes cause q
pourajouter de nouveau*mauxàceua
quevoftre Patrie souffroit déjà,oa
mit tout le Pays fous l'eau,tanrenHollande
qu'en Frise.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je m'en consolois, parce que
raine devoit causer ma grandeur.
BEN T1NG. â
Trois Presidens,dont l'un estoit d
Grand Conseil, l'autre delà Cour, fifl
4e rroiGéme, d; la Chambre
ComptM
Comptes, demandèrent alors au Penfionnaire
deVVich ce qu'on pourroit
faire pourempêchei la perte de l'Erat. ïlleur répondit, qu'il ne sçavoitquel
conseilleurdentier,maisejuafon avis
le meilleur moien qu'il y avoittcefioit
efaire au plutost une Paix avec l'En
petni
, aux meilleures conditions qu'il
'iroitpossible.
1jeLE PRINCE D'ORANGE. fis bien valoir ces paroles-làv
5lceje m'en servis pour exciter le peu- l contre luy.Je dis qu'il tr.hifloit Nation; qu'il estoitd'intelligence
vec les François, & les peuples ayant es lors commencé à le regarder
omme un Trailtr,:-, les irrïprcffions
lefavantageufes q'.I'ils prirent de l'y»
arent dans la fuite caus" de sa mort.
( BENT1NG.
t Les coups que vous po t.zdés qu'il
agic de perdre quelqu'un
rent , ne man- pas de produire l'effetq'e vons >uhatez
,
& jamais homme n'aelle
habile pour faire du mal à son prochain
, ou pour luyen procurer. A
peine eustes-vous trouvé moyen d'animer
le Peuple contre les deVVich,
qu'on voulut assassiner le Pensionnaire
qui se retiroit chez luy, après ellre
forty fort tard de l'Aflembléedes Etats
de Hollande. Voicy une copie de ce
qu'il leur écrivit le lendemain.Jel'ay
mise à part pour vous la montrer, f
l'ayant fait faire sur l'Original..
Messieurs. Hier aufoirentre onze &
dou'{! heures, comme je me retirois a
mon logis aprèsestreforty de vostreA
[emblée, une certainepersonneque je n
connaispoint
,
arracha le Flambeau de
mains de mon Serviteur qui marchoi
devant moy, & Payantéteint &jettè
à quelques pas de luy, il y eut quatr
hommes qui niattaquèrent en mesme
temps avec les Epêes nues auprès d
lieu ou l'on faitJustice,lesquels sans dire
une feule parole, me portèrent premièrementplusieu*
s coups avec beaucoup
d'animositè, &finalement me donnèrent
un coup dans le col, c!.t m'êtltnt deffendn
14tell~,!e temps contre eux ,
quelquetemps eux je tombay en- , encin
a terre, si bien quefay receu une
irrr.de contufon avec une bhjfure à la
esle, après qiioymeisant relevé ils se
fat ions fï.st
>
croinnt avoir accompli
'nt. deffrin, c" teutcfo's ils ne niontfait
rv:, deux bh-ffnres,aCçavoir l'une au
osie droit entre la cinquième & fx;cme
•cflc,C!TPautre par derrière auprès dela
Ofr.!lt'ff: deeauche, outreceque
V)déjà d'tcjitilsn?r-.voitn4faitaucott
"S a la tcp". Les j'lj(r/rc:ns Van der
Iraen &• Helvcrus,c»v mernfj? les
Cl,!* r;ir,l * f , -, de -V
,,
ienx Cl":fiif,'irrJaTfc¡.'t'{, Vv;!de
lui tKCfit pol & vifté jugent quepas
ine deflites playes ness encore dange-
O(u(è
,
si bien que j'ay tout sujet de
clierDieitque cette rencontre n'a pas
•fiéplus funeflepoitrinay. Mais d'auant
que je ne fuis pas en état de faire
'es fondions de ma Charge auprès de
JOUS, je vous fuplie tres- humblement de nendispenserjufqua ceque jefois capable
de men acquiter; sur quoj priant
Dieu qui'llui plaise de benir extraordinairement
legouvernement de Pos Grandeurs
en ces tempsfacheux & difficiles.
te demeure-, &c.
., LE PRINCE D'ORANGE. 1
Ceux qui ont voulu aliadîner cel
Pensionnaire ont efleexecurzz, & ils
ne m'ont point chargé.
BEN T 1 N G.
Vous en eides grande peur, & vous
employaftes toutes fortes de moyens.
pour faire accommoder cette affaire.
Mais si vous aviez perdu le Pensionnaire
da;s l'esprit du Public, il ne l'étoir
pas dans celuy de la plus-part de ceux
qui gouvernoient l'Etat. Je dis ta
pins-part) car vous y aviez déja fait
quelques creatures.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je croy bien que lesimprelfîons que
j'avois fait prendre au Peuple contre ce
Pensionnaire,avoient excité ces Aflaffins,
mais je n'avois nulle part à leur
complot, & je ne puis tout au plus
qu'avoir esté une causè indireéke de 1*
resolution qu'ils prirent.
BENTING.
illle falloit rien alors de plu,s ,& il
n'estoit pas necessaire que vous agiffiez
3
puis qu'on vous servoit si bien.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je ce fuis trop bien connupour te niec
quej'enayeeftéfâché.Onmefaisoit
plaifu de vouloir me délivrer du plus
morte] de mes ennemis, & qui s'oppofoit
à mcn élévation avec une opiniâtreté,
quim'a obligé de faire ce que;
j'ay fait contre luy.
BEN T IN G.-.
Ce que vous avez fait depuis contre
d'autres qui vous touchoient de'
plus prés, fait connoistre que s'il avoit
failuvousen défaire vous-me--
me pour venir à bout de vos deffeiris,
vous vous y feriez resolu fore aiféjnent.
LE PRINCE D'ORANGE.
Laillbns cela
, 6erevenonsauxAC.
filffins. Ils dirent dans la con se ffiorr
qu'ils firent de leur crime, qu'-$ant?
firtis àr dix heures & demie du foir.,ils.-
virent qu'ily avoit encore de la hunierA
dans la chambre des Etats de
HollandeM
-& que l'un d'eux dit que les Etats étoient
encore a.JfembleZ, & que partan
le Pensionnaire Vichtyestoit encore, l'a
Reliant Traifre & Perfide àsa Patrie
, <5" ajoutant auilfallait lui- Sterlà v;
ce qu'ayant resolu, ils jetterent au Ion
à qui cbnneroit le premier coup. BENTIN G.
Je demeure d'acord de cette dépofition,
& qu'ils pouvoient n'avoir esté
animez, que parce qu'effectivement ils
le croyoienr aussi traistre à la, Patrie,
que vous l'aviez fait publier dans toute
la Hollande par vos EmiiIàires.
Peut-estreaussî que vous les aviez engagez
à cet anailinacj & qu'ils eu
rent allez de pouvoir sur eux-mêmes
your s'empêcher devousaccufcr-, Toi*
qu'ils efperadent leur grâceou pour
quelque autre considération. oyqu'il
en Cait, vous estesassezhablfe
pOJravoir trouvé moyen d'empefchqu'ils
ne parlaient. Le temps éckicJ
cira cette vérité, mais qu'il l'éclaircifle
ou non, il est certain que vous
n'avez cherché à perdre les deVVich
dansrefprit des Peuples, qu'à dessein
de les irriter tellement contre eux, qu'ils les facrifiaffent un jour comme
ils ont fait. Ou publia pour cela que la
Republique estoit perdue si elle faifoit
la Paix; mais elle estoit sauvée
au contraire, & vous auriezetfé perdu
, vous, parce que vous ne feriez
jamais parvenu aux Charges, qui vous
donnent le pouvoir dont vous abusez
& qui font , que vous la gouvernez
avec une autorité aibitraire. Elle s'éroit
bien trouvéedel'Alliance du Roy
Très-Chrestien
,
& sielle n'avoit
point cherché à le desobliger par la
Triple Alliance qu'ellefit contre ce
Prince, elle feroit encore.aussi floriffante,
qu'elle estoit avantqu'illuy eut
déclaré la cuerre.
f LE PRINCE D'ORANGE. fJe ne difeonviens point de celai
rais comme en se liguant contre Iz
France,elle avoit commencé à faire d
faux pas préjudiceblesàfes interefts*.
je luy en ay fait faire de nouveaux en
faveur des miens, en l'empêchant de
conclure une Paix qui l'auroit tirée
d'affaire sans moyil y a dix-neuf ans.
J'avoue qu'elle a bien souffert pendant
ces dix-neuf années, & qu'au
lieu d'aller en augmentant ccmme elle
auroir fait, elle n'a pas fait un pas depuis
ce temps là qui n'ait avancé sa:
ruine; maisil m estoit plus important
d'en cftre le Maistre en l'état qu'elle
cft, que de ne le ppint estre du tout.
BEN T I N G.
Cependant, le Docteur Burnetvouloit
que vous 11-y enfilez reiidutin
g:andlerviceen 1671.en empêchant
la ccndufion de la Paix.
LE PRINCE D'ORANGE.
Durnet sçait bien le contraire,mai
il avoit ses raisons, & me voulcit elever
afin que j e ptiiis loin de sa for-i
tune, 1
iENTlNG.
Voicy ce q.,Oildie: en parlant de
pous touchantcette Pan dans le livre
de Tes Voyages qu'il a fait imprimer;
car avant à raiionner avec vous sur
jroitre Histoire
,
r j'ay eu laprécaution*
écrire sur mes Tabletes, tout ce qu'il
tftbon (pe vous fc.jchiez. Onécoutait
des profitions de Paix qui nefioientpas
moinsdefaz zntageufes au bien de l'Etat,
ue koxteifes à (a g'oWe. Il" emfepha
ynonne lesécoutafr 4«vantdge,&dlffofa
les-Membresdu Confil a bazarderplutôt
une de recevoir une PaixsiInfâme.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je l'ay bien récompenséde tout ce :
n'Il a écrit en ma taveurv
BENTING.
L'Evêché dont il vous a plû de le
Pourvoir, fait connoistre le peu de cas
ue vous faitesde la Religion Anglicane
, puis quevous luy avezdonné,
m Evêque si indigne.
LE PRINCE DORANGE.
La Religion d'un grand Politique
est toujours celle quilertà les int
refts.aBENTING. I
Je nevoy pas qu'il y aie de la poKl
tique dans ce qu'il a écrit touchait }m
Paix que vous avezrompue. C'esttnJ
aveu qui marque un fait
,
& un sa
positif
,
dont les Peuples auraient pfl
douter. La queftjon est de sçavoir fll
cette Paix eust ellé plus onereuse qu'a-J
vantageule à l'Etat
,
& la fuite a fai
voir qu elle luy auroit esté plusavanJ
tageufe, puis qu'ayant pre!que totJ
jours t-fté en guerre depuis dix-neufl
ans, l'Etat a dépensé depuis ce temps
là plus de sept ou huit cens millions
Son commerce a presquecelle; le (an
de Tes Citoyens a coulé de toutes parrsdj
les Particuliers ont fait de continuel
les pertes, & pour détourner tousc
malheurs il n'auroit fallu que ceJ
quelques Placesau Roy de France,
luy presenter tous les ans une MedailB
le d'or, pour marque de lab qu'il avoit eue de luy voulo r bioJ
donner la Paix. Il estoit feur que la
République en auroit joiiy aussi longtemps
qu'elle auroic voulu, puis qu'- le (eroit demeuréealliée du Roy de
rance. On peut juger par les gloieux
triomphes de ce Monarque iur
toute l'Europe liguée, que tant que
LFarHanolclaende auroit esté unie avec la
la terre ent'ere n'auroit pu
luy porter atteinte, puis que dans la
guerre presente
, aucun des Alliez ne
pourroit entretenir de Troupes sans
(Iargent de cette République.Qu'elle
auroit esté glorieuse &c tranquille!
Que son commerce auroit augmenté,
& qu'elle auroit amailë de richetTes!
LE PRINCE D'ORANGE.
Tu pénétrés trop avant, Garde-toy
bien de parler dela forte ailleurs qu'a-
,vec moy. Il y a encore devrais Républicains
qui gemissent au fond de leur
coeur di miserable eltat où j'ay réduit
leur Patrie, & il feroit dangereux de
réveiller leur dJulcJr.
BENTING.
Je fuis trop dans vos interdis pour
iiire la vcrité, lors- que je parle à d'autres
qu'à vous. Je fuis rompfi1
pour mentir aussi-bieo que Burnet
vous m'avez fait Milard) si vous la*
vex fait Evelque^Mais revenons !
l'article de (on Livje
,
dont j'iy corn-r
mencé à vous parler. Eo.vaiey la-j
fuite. Pour ce qui el dit Peuple 9k nom ]
seul du Prince fit qu'il drvivt tout d'un
-coup tout autre qu'il n'ejfoit avant son
elehion., s'estant laissé perfitaderalfèment,
que comme GniUltime, Prince dOrange
s avoit forméCEifât, un autrt
Prince, du mesme noea e(l'oit destiné à h
rétablir
, en quoi ily eut affrarement
quelquechose de farnaturel& de divin. Je ne croy pas -q'on paille rien dire
de plus plairant ny de plus ridicule,
que ce queporrentles dernieres lignes
-de cet artxîe. L'Etat a tout rîÉque *
parce q -e VOltS vous appclliezGuilliilme.
Voi'â desr ifons b'en politiq'iifc!
& bien folides- pour faire hazarder la
perte
1
perte d'nn E\at, & iîira rnpturè des
pourparlers de Paix n'avait esté fùi-
• te queH-deflTus,Biirnctatoax«deie
foiréconvoiflte auPuLHc ,jpuis qu*il
t¡ fait pdler les Etats pourde méchafis
Politiques. Il a cru pat là cacher vos
r. cabales pour empêcher de conclure le
f~ Traité de Paix, mais il les devoit cou-
: vrir de quelques râifonsplus apparenf;
tes. S'il n'eu trouve pas demeilleures
f" pour prefeheraux peyples de IonDiocefe,
qu'ils doivent garderlés [crmens
:: que vous les avez contraints de sars
, devons eftrc fideles, je nêcroy pas
; qu'il les empêche longtemps de l'e-
! couër le joug d'un Usurpateur.
I
LE PRINCE D'O RANGE.
t
-r> Le zele que"ce Doétel'r sans Reli-
3 gion a pour moy, l'oblige à s'égarer
I queJquefo.s.
BEN T 1 N G.
I Tout cet article est égalementridij
cule
,
f & rien ne l'esttant que de luy entendre dire qu'il yeut dufurnatiurcl
&du.diruln,dans ce qui empêcha:la
conclusion de la Paix.Il dévoie dirè"
qu'il y eut de l'homme & de l'homme
tout-à-fait homme, puis que vous
vous en inêlaftes ; & que loin de vous
mettreau deilus de l'homme en méprifant
les grandeurs, comme font les
Philosophes, vous les fouhaitezavec
une avidité qui fait voir tout ce que
peut la foibleire humaine du cossé de
la vanité. Enfin le surnaturel & le divin
que nous prefenre l'araire dont
parle Burnet, furentles cabales de vos
creatures dans le Conseil, & les rexnuemens
que vostre argent excita parmy
JaPopulac,-,gagneepour faire crier/
qu'il ne falloit point entendre aux proportions
de Paixfaites par la Fratice. j
- -LEPRINCE D'ORANGE. 1
Si la verité se découvre après les
foins que je prens pour empêcher
qu'elle ne paroisse
,
il faudra se confoler.
Au moins si l'on ne m'estime pas A. du cofté de l'honneste homme,onm'estimera
du coité du politique. i
BENTING.
Mais comme il faudra demeurer d'accord
en mesme temps du mal que vous
avez fait 2.laRepubhque..ccla n'accommodera
pas vos affaires. Burnctavoue
déjadans ion Livre, qu'il reste à l'Etat
de tres-grandes cicatrices de ses:
playes. S'illuy en reste de la vieille
guerre, celle d'aujourd'huy les a bien
rouvertes. Mais passons à ce qui vous
a fait sacrifier tant de gens, & commettre
tant de crimes, c' efl à dire,
à vostre élection à la Charge de
StAdthuder) qui ayant esté faite tu-.
multuairement, & dans le deÍordrê"
n'a pas cctie d'en causer aux Provinces
Unies, & qui a fait repandre le
rang de tant de milliers d'hammes
qu'on , peut vous appcller justement le
Fléau de Dieu.
LE PRINCE D'ORANGE.
Il y auroit trop d'Habitans sur la
:erre, & ils se nuiroient les uns aux
Lucres, si on ne faisoit quelquefois dç
pes grandes faignéçs.
BÉNTING.
Je ne sçay si elles font utiles au
monde, qui félon vous feroit trop
peuplé sans ces Saignées
,
bien mais je fçajr
que les familles de ceux que vous
avez fait perir) ne vous en font pas
fort obligées. Voyons à present ce que
firent les peuples que vos Creatures
& voitre argent portèrent à fc mutiner
pour vous elever au Stadthoudariat.
Ilss'aflcinblerent par troupes en plusîeurs
endroits, & la fedirion edara
d'abord contre les Magistratsde Dor-'
drecht. Ils demandèrent qu'ils vous
fillenr Stadchouder,8c les menacèrent
de les nuflàcrer tous >
s'ils ne prenoient
une prompte resolution. Ils firent
nommer des Deputez.) pour voua
envoyer quérir à
l'Armé
e > comme
vous en cftieE fecreteraent convenu
avtc vos creatures. Vousmarquâtes
que vous ne pouviez quitter voftrc
Poste. Vous fûtes bien aise que l'on
vous preflaft, & vqusfeig-,iniikes ddçe vvoouuss...
tailler perfuider. A vostrearrivée vous
témoignâtes aux Magistrats en pleine
assemblée que vous n'estiez venu qu'à
leur priere. On vous exposala volon-
1
té des Peuples, & vous fûtcs plus
honneste que vous ne l'avez été en
Angleterre
,
puis quevous refufates
ce qui ne pouvoit vous échaper)
tant vous y aviez mis bon ordie. Vous
vous rendîtes un momentaprès à la
persuasîon de vos Amis, car vous auriez
cru risquer si vous eu fiiez attend
du un peu plus de temps , & quand il
s'agit de prendre vous avez peine à diflimulcr.
On commanda au S ecretaire"
de faire un Ecrit pour l'abolition de
rEditperpetuel, & vous ne voulûtes
point vo'is y soûmettre, avant que d'avoir
cité déchargé du Serment que
vous aviez prêté
, ce que l'on vous accorda.
Le Secretaire fit la levure de
l'Acte a lateste dechacune des Compagnies
des Bourgeois. Il cftoitdresser
en ces propres termes. Je vais: vous
les lire.
Nam fouflignfiRevents de la Fille
de Dvfdrecht .1 à fï ,certifionspar la presents
que nous rertvnçons entièrement & pour
toujours a l'Edit plrpttltel. Dee/Ilrons-
S. A.AJonfieigneur te Trince d'Dragt
Gouverneur ô" Generalde ne Armées+ ')tant parMr Terri, & luy dé- t¡ue p),r !etr.é
#
lie,! de--
férons le rncjms p-ouvoir, dignité & autorité
que /esAncestresdeglorrieufe mémoire
onteu drpossedé cy-aevant & finalement
d4chargeons sadite Jîltejfe dm
Serment quElle a fait de ne point accepter
laditeCharge. Fait à Dordrecbt
le19. Tuin1671
LE PRINCE D'ORANGE.
Pouvois-ie apteli celanepas acce
pter ce que le Peuple rfie dÓnnoic dt
si boncoeur? BENTING.
Vousauriez eu tort , $c èoïnmeriennese
fit que par vos ordres fecrets
, ceux qui paroiflbienr tes piai
mutinseftoien* bien feurs que vous ne
les rcfuftriez pas. Cene hit
pas seulement
à Dordrechr, mais suffi dan*
la plus grande partie cks.ViUesdi;
lIbJkndt, & de Zelabdt) quela Boutgeoifie
contraignit les Magistrats de
laine l'exemple deceax de Dordrccht,
si bien que ces Magifttats intrniidtfe
pâTles menaces du Peuple
,
furent
contraints de se rendre. Les Depurc
de Hollande cfcflerent enfaite,& abolirent
l'Edit perpetuel.Voas voudrez
bien écouter les termes de l'Acte qui
en fut dressé.
Sur ce qui If ejtefeprtftntc par Nrr
les Deputez. des Vilies de Maerlemt.
Roterdam & autnsmtmhrts de rAffimfile
de leurs Grandtart, Mrs les Députez,
des Pilltsau mm, ede In part
râtvfoleltucr,scoCm&mnïemlectuttmrsftGrcanrttdtrenurrvstérobuovne&n-t
bfti jrar la prtferftt, en cette dangereuse
ctmftitutien des- temps ,& des affairesx
fnepunr réhabiliterles MtmbJ#fJ de cet--
te jQfftmblèe
3
pour l'ttaèh'jfemetrtd'un
Stadtbâuder,lefÉtsAttnfbresjedfffwnfent
lesuns ht*Httes, comme siuffi ttur
ceux qui 1Jt juré fucceffivetntntl'Edit
fîerpetwei-, ainsi JfuHs font pr8{elèummt
dufermentpareux fait fut ledit Edit ;
felon la resolution de leurs Grandeurs,
en datte du 15. Aoujl.1667. se remettantppaarr
ccoonnsequent les uns les autres en
la même liberté quils ont eue auparavantpourélire
&établirunStadthouder
félon qu'ilsjugerontàpropospour le plus
grand bien
,
& utilité de l'Etat.
LE PRINCE D'ORANGE.
limesemble quecet Aâe leur fait
chanter la palinodie d'une maniéré
bien authentique.
BENTING.
Ils devroientavoir pour vous une
haine invincible de les avoir ainjfl cbligezà
se dédire. C'est avoir fait palfer
leurs Hautes Puissances pour des
Puissancestrès-foibles ,Se leur avoir
donné des nazardes, que d'estre venu à bout de les reduire à se dementir fL
honteurement.
LE PRINCE D'OllAN.E.
Leurs Hautes Puissances se font
veues par là allez abaissées
, & j'aurais
peu d'ufagt du monde & je ne
croyoïs qu'Elles ne me veulent pas
plus-de bien qu'Elles ont lujet de
m'en vouloir.Qielque bonne mins
qu'Elles me fafièiit je fais toujours sur
mes gardes,entenant le bâton haut;
car je sçay fort bien qu'il n'y a que
mes.Creatures qui ferejoiïiflentcie m*
voir heureux, & que pendant que
ceux de la Populace que mes Emiffâiresont
mis dans mes interests, e!event
ma gloireles autres me dcchir-
en!:,& vont jusques aux indignitez.
Je sçay aussi qu'on écritplus en Hollande
contre moy, que dans aucun autre
lieu, & que le Peuple d'Am(h:t-"
ctarn doit fedeffierde mes sentimens
> & craindre que je ne vange sur luy la
;m.o.rt de mBonEPeNreT. ING.
: Vous le punirez sans doute si tost
que vous le pourrez, & vous gard"cz
trop fideilement le souvenir des inju-:
res, pour manouer à vous vanger de
ce qu'il a mis
fouveht
ebftacle à vos.
dtflieiûs.,eh s'tjppofimt i vos volonte:t
lur tout lors qu'il a esté question de
fournir de l'argent pour les guerres
que vous vouliez entreprendre. Mais
achevons devoirtoute la Hollande
humiliée en vous fai fant Sradthoudcr.
LE PRINCE D'ORANGE.
Les affaires estoient en trop bon
train pour n'estre pas terminées ainfl*
que je l'avois fouhaitté. Les Etats de
Hollande&de VVeftfrifem'élurent
pour leur Stadchouder & jouerent bien
leur personnage , en témoignant qu'ils*
avoient eu une inclination generale :
pour m'elever à cette dignité, quoiqu'ils
eussent toujours travaille fecretement
à m'en éloigner pour jamais
Aussi l'affaire fut conclue, & ter- :
minée,comme tu sçaisdansl'AlIernblée
des Etats Généraux,ôclesDei
putez de Zelande m'offrirent pareillement
la Charge de Stadthouder de leur
Province, Je ne fongeay plus après cela
qu'à en étendre l'autorité, & tous > les Magistrats, à l'exception de mes
Çreatures ,
travaillèrent non feule
ment pour m'empêcher de pafïcr les -
« bornesdémon pouvoir, mais encore
pour ne me laisser pas en estat de
« iouirde route autorité qui tft attachée i la grande.Charge de Stadt-houder.-
- BENTING,
Vous sceustes vous défaire des principaux
,
Se renvoyer les autres dans
leurs Comptoirs.
: LE PRINCE D'ORANGE'
-
J'avoistrop bien commencépour
- n'achever pas de mesme. Les Habitans
deDordrecht,Capitale de la Hollandel-
oqui j'estois redevable de mon
élevation
,
firent friper uhe Médaille
pour ma nomination à la Charge de
Sta-dthoudBer,ENT1NG. -.
- le scay ce que c'etf que cette Mf..
faillej & je l'aygravée dans mon; esprit.ta Deeite Pallaseft reprefçntée
- dans le revers, tenant d'ane main une
dêmy-pique,8>cde l'autre un Peuc
plier. On voit"a Id. droite un Oran*
&cr,, & a la gauche un Bacher qui a
fçrvy a coufumer un Phénix. Ces parolçp
qui s'y lisent,Necrorterfè
font connoistre que vostre élcâipn
n'etf point l'Ouvrage de la fortune,
&, que c'ellune jr.stice qu: les Etats
,-ont voulu vous rendre. L'Oranget ve.rdoyant vous representerenai-flant tçîes çendres de vostre Pere comme un
jeune Phénix, 5c le Perplier qui est
un arbre aquatique, designeles Provinces
de Hollande&de Zélande, qui
fçmblcnt etlrc titllées dans le fein de
la Mer Se des Rivières.
LE PRINCE D'ORANGE.
Tu es unhabiledéchiffreurdeMédailles.
I
BENT1NG. ;
Qui diroit aujourd'huy en vous
Voy nt sur le Trône d'Angleterre, &
Maistre absolu en Hollande,quevous
devez tout cela à quatre gueux de
Dordrecht, qui ayant excité la Populace
qui vous a fait Stadthouders (ont j
cause de tour ce qui vausaélevéaprès
-Ittenoiniiiatioii. Il faut souvent peu
de
de chose pour faire une hante fortune
à un homme
, & ce qu'on attribue à
la grandeur de son"genie, lors qu'il y
xft parvenu , quoy qu'il n'en ait quelquefois
que medjocremeilt)c'el1: moins
un effet de son esprit &de sa conduice,
que du hazard & de son bonheur
LE PRINCE D'ORANGE.
Tu ne cherches pas à m'épargner,
& je voy bien que tu veux dire par là
que je dois tout ce que je
-
fuis à la
Prenne. -.
BEN E I N G.
Je ne dis pas cela tout tout-à-fait.
Je croy que l'atynt, & les emplois
rpour gagner vos ennemis, &les promptes
manières de vous en .défaire lors
qu'ils iont trop lens à écouter vos proportions
, y ont beaucoup contribué.
LE PRINCE D'ORANGE.
Il ne feroit pas naturel qu'en perdant
toujours des Places & des batailles.
mon ambition eust fait de si grands
progrés en si peu de temps si j'avois
tout attçrjdu de la fortune.
- --- -
BENTING.
Une des choses du monde qui mer surprend davantage, Sequi e il ordinaire
dans la vie, cft que lors que le
malheur pourfuitdes Peuples, ilsayent
recours pour les soulager
, i des remedes
qui font prelqne toujours pi..
res que le mal. Je me fouviens de
quatre Vers que i'ay leus dans une
Pièce fameuse> & qui conviennent;
parfaitement à ce que je dis. )
Lors que le Peuple est maiflre on riagit
cfuentumulte,
La voix de la ralfon jamais nesecon
fulte, » LesEmplois font donnez, aux plmse"
diticux
3 Les honneurs font vendus aux flta
ambitieux.
Les Peu ples font toujours les du pes en
ces fortes d'occalïons.Ils croyent agir
par eux-mesmes, lors qu'ils font menez
, & ilsfont tou jours plus malheureux
fous la domination de ceux qu'ils
ont élevez, qu'ils ne le Ion. fous celledes
autres. La railon eltque les connoilîant
mieux, ils sçavent dequoy
ils font capables; & que fc défiant de
leur legereté ,
ils les cblervent si exactement
,
& les brident avec tant de
foin
,
qu'il leur est impodible de s'échaper.
BEN TI N G.
Ainsi les peuples de Hollande qui
vous ont élevé, ne doivent attendre
quelefclavage pourrécompenfe.
LE PRINCE D'ORANGE.
Je dois en bonne politique veiller de
bien prés fut leurs aébons, & les
tenir rampans , de peur qu'ils n'entreprennent
pour d'autres ce qu'ils
ont osé en ma faveur. Jefçay qu'en
beaucoup de Villes on n'est pas bien
intentionné pour moy, & qu'on le
répentde s'estre donné un Maistre; je
lefuis, & j'elpere qu'avec le temps
je feray encore plus abiolu
, quoyque
mon autorité foit si grande, qu'il ne
paroiss pas qu'elle pllifTe croistre davantage.
BENTING.
Nous faisons toujours des digreffions
qui ne font pas favorables aux
pdareuvres Hollandois.Mais pour reprenr
le (il de nostre Histoire,iliteSmoy
si vous sçavez quelque chosede
particulier de ce que penserent les de
Vitchaprès que vous enfles esté élu
Sradthonder.
LE, PRINCE D'ORANGE.
Il. arriva une chose cenliderabfis
qui me fit connoiftfre à fond ieurmauvasse
vqionté pour moy ,
& qui achova
de tae déterminer à les perdre.
Voicy ce que c'est. Corneille de
Vicht
,
ancien Jîourgâemeftre de
Dordrecht,estant arrivé de la Flote
un peu indispose, on luy envoya le
Secrétaire ayec un Capitaine deg
Bourgeois pour luy faire signer l'Acte
dont je viens de vousfaire la Lecture.
Il repondit qu'il ne le figneroit pas
& quoy qu'on luy pût representes
pour l'y faire rcfoudre" il demeura
opiniâtre, Be dit au Capitaine
,
qus-it
aimoltmille foismieuxmourir- Le Ca--
pitaine luy réponditquil navoit point
ordre de le tuer ,
mais qtiilfe mettoit
luy-mesme en danger de mort s'il ne fignoit
point cet.4t, parce que le Ttuple
avoit environné sa Malson pour le
massacrer & toutesaFamille3 mais tout
cela ne servit de rien
, non plus que
les prières de sa Femme, qui luymontrant
Tes E-nfans5 le supplia à mains
jointes, & les armes aux yeux de
s'accommoder au temps ,
& d'avoir
pitié de sa Famille. Enfin voyant
qu'elle ne pouvoit rien obtenir, elle
le menaça de l'abandonner,& dese
montrer au Peuple pour protester de
son Innocence 6c de celle de. ses En*
sans ,-afin. de luy faire porter à luy seul
la peine qu'il meritoit pour son opi
1niâteté
,
si bien que touché de ces
dernieres-paroles, il signalaae, qu on
luy presenta.
BEN T I N G. J'étais persuadé que les deux Fre.
res s'opposoient fous main à vôtre
clevation
,
mais j'ignorois qu'aucun
des deux eust pris l'affii mative
,
& encore
moins qu'ill'eust pnfe avec autqant
deuchaleeur quze vou.s m:e mat-i LE PRINCE D'ORANGE.j On ne peut-se decLarer plus formellement
, ny plus fortement
, contre uni
homme qu'on doit craindre.
B E N T 1 N G.
Il fal'oitlans doite que le Grand i
Bailly de Puten sçeust l'intention de j
son Frcre, lors q l'il parla de la manicre
que vous venez de me dire. On
estpourtantoblgédeconvenirqu'ils
estoient bons & fidelles Cytoyens
qu'ils devmoient tout le mal , que vous 1
deviez faire àleur Patrie, & qu'ilsen
sçavoient parfaitement bien les intc
refts.
LE PRINCE D'ORANGE. I1
Et moy ,
je vois fort bien les miens, 1
& comme le grand Bailly s'y oppofoit
avec plus d'opiniâtreté que TonFrere, I
ou du moins plus visiblement,car la 1
Pensionnaire estoit tres-habile Politique
, je me doutay de ce qui arriveroit
,"& ce fut ce qui me fie prendre
la précaution de faire environner la
Maison du grand Bailly quand on luy
porta à signer l'Acte en qucssion.
B R"N T 1 N G. -
Je ne m'étonne pas s'il fut fc premicr
des deux Freres dont vous re-
(olûtes la perte, & que vous fistes àceufer
de crimes supposez pour en venir,
plus facilement à bout.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères