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1691, 11
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Eur.
511
m
1694,14
Eur 511m - 1691, 17
ز م ا ن
Castors
MERCURE
CALANT
DEDIE ' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
NOVEMBRE 1691 .
A PARIS ,
GALERIE- NEUVE DU PALAIS .
N donnera toûjours un Volume
Nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & cn
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
"
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juſtice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
Et la Veuve M. GUER OUT , Galerie - neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . XCI .
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
<36607597720013
+
Bayer. Staatsbibliothek
1
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques
-uns de
ces Memoires
dont on ne fe peut fervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires
, é
l'on employera
tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu
qu'ils ne
defobligent
perfonne
, & qu'il n'y
ait rien de licentieux
. On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
Bayerische
Staatsbibliothek
München
A VIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
,
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne :
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
Laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
AVIS,
"
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1691 .
NFIN , Madame ,
voilà la Campagne
finic , & le Roy
a triomphé par tout de fes
Ennemis , quoy qu'il cuft les
efforts de prefque toute l'Europe
à foûtenir. Je me trom-
A iiij
8 MERCURE
pe , & l'on doit dire à prefent
que c'est l'Europe qui
avoit à foûtenir les efforts' du
Roy ,, & qu'elle a eſté bien
punie dans ces dernieres années
, des Ligues qu'elle a
faites contre un Prince qui
ne pentoit qu'à vivre en paix ,
& qui ne croyant pas fes Ennemis
d'affez mauvaise foy
pour rompre la Tréve , n'avoit
ny affez de Troupes levées
pour entrer en guerre ,
ny aſſez de fonds faits pour
s'opposer aux attaques de la
moindre partie de fes Ennemis
, lors qu'il cut des nouGALANT.

velles affurées de la Ligue qui
avoit esté faite contre luy ,
& que le Prince d'Orange
paffoit en Angleterre , pour
venir enfuite avec fon Armée
, & celle de ce Royaume
, fondre fur la France , &
feconder les Alliez , qui ne
devoient lever le mafque , &
entrer en action qu'en ce
temps- là . Le Roy fit des efforts
furprenans pour les prévenir.
Il s'empara d'abord de
Philifbourg malgré tous les
projets des Princes liguez . Il
mit quatre Electorats hors
d'eftat de luy pouvoir nuire ,
Jo MERCURE
en forte que les lieux par où
les Ennemis avoient refolu
de paffer pour inonder la
France , ne pouvoient plus
leur fournir de quoy faire
fubfifter leurs grandes Armées,
Dans la feconde Campagne
, ce Monarque gagna
la Bataille de Fleurus en Flandre
, & celle de Staffarde . Il
conquit toute la Savoye , &
défit fur mer les Armées
Navales d'Angleterre & de
Hollande , qui s'eftoient toutes
deux difputé l'empire de
la Mer , que ce Prince s'eft
incontestablement
acquis par
GALANT. II
cette Victoire . La troifiéme
Campagne qui vient de finir,
ne luy a pas efté moins glorieufe
. Il s'eft rendu maiftre
de Mons , Capitale du Hainaut,
& la plus forte Place
des Pays bas pendant que tous
les Alliez affemblez à la Haye
prenoient des mesures pour
la ruine totale de la France.
Il a pendant la meſme Campagne
fait repentir Liege de
fon infidelité , à la honte de
ces mefmes Alliez , & du
Prince d'Orange , qui ayant
les armes à la main , n'a pû
luy donner aucun fecours . Ce
12 MERCURE
Monarque l'a arrefté pendant
toute la Campagne avec toutes
les forces d'Angleterre &
celles d'une infinité de Princes.
Il l'a obligé de fe retirer,
& quinze Efcadrons de fes
Troupes en ont défait à plate
couture plus de foixante
des meilleures des Alliez , &
de leur bonne Cavalerie ALlemande.
En Allemagne , fon
Armée a vêcu pendant tout ce
mefme temps , malgré toutes
les Troupes de tous les Souverains
de cette fiere Nation,
de toutes leurs Villes libres,
& de tous leurs Cercles , le
4
GALANT.
13
long des deux bords du Rhin,
aux dépens de tant d'Ennemis.
On a fait de mefme en
Catalogne , où l'on s'eft contenté
de prendre quelques
Chasteaux pour avoit entrée
dans le Pays ennemy , & y
vivre jufqu'à ce que l'on ait
pris les quartiers d'hiver . On
a bombardé Barcelone & Alicante
, pour montrer la fuperiorité
qu'on avoit fur mer
comme fur terre . On a pris
dans la mefme Campagne
Villefranche & Nice , qui
avoient eſté regardées juſquelà
comme imprenables , &
14 MERCURE
l'on a fait trembler Turin
d'où la Cour de Savoye s'eſt
retirée , ne s'y eſtant pas crue
en feureté ; & pour ce grand
nombre de conqueftes , on a
abandonné Carmagnole aux
Ennemis. Outre que cette
Ville n'eft pas une Place de
guerre , beaucoup de gens
fçavent qu'on n'en eft forty ,
que parce qu'il avoit cité ré
folu auparavant de ne pas hiverner
en Piedmont , où l'on
a fait voir par la maniere
dont on a repouffé les Ennemis
auprés de Suze , qu'il eſt
dangereux d'attaquer ce que
GALANT.
IS
nous avons refolu de garder,
& que les Ennemis perdent
plus aux feules approches de
que ne nous
nos Places
coutent leurs plus forts remparts
, quand nous avons entrepris
de nous en rendre mai .
ftres. Je devois commencer
ma Lettre par un Eloge du
Roy à mon ordinaire , mais
le recit tout fimple
de ce que
la France
a gagné pendant
les trois dernieres
Campagnes
en fait un fi grand qu'il
n'eft pas befoin
que j'en dife
davantage
.
Vous m'avez fouvent mar16
MERCURE
qué que je vous faifois plaifir
de vous faire part de tout ce
qui s'écrivoit fur les Affaires
publiques dans la conjoncture
du temps où nous fommes .
C'est ce qui m'oblige de vous
envoyer la copie d'une Lettre
écrite par un Confeiller du
Parlement de Malines , à un
Amy qu'il a en Eſpagne.
A DOM CRISPIN
BOTELLO.
Voy à tous mes
Confreres,
Ous m'avezfait plaifir ,
de m'apprendre que le Roy s'apGALANT.
17
plique à la connoiffance des plus
importantes affaires de la Monarchie
. C'est une grande confe-
·lation pour tous les Peuples , de
fçavoir que leur Maifire fonge
à leur foulagement ; mais comme
le premier de tous les foin's de
ceux qui fçavent gouverner , eft
le maintien de la Religion dans
toutesa pureté, dont laMonarchie
d'Espagne s'eftoit toujours fi bien
trouvée , nous ne pouvons comprendre
comment on l'abandonne
honteusement dans toutes les
principales Villes du Pays - bas
Catholique , où les Peuples font
plus portez que dans aucun licu
Novemb. 1692 . B
58 MERCURE
du monde , à facrifier leurs vies
leurs biens pour la foutenir.
Cependant , Monfieur , noftre
foibleffe attire à noftre fecours des
Amis Proteftans , qui fous pretexte
de nous défendre,fe rendent
peu àpeu Maiftres abfolus chez
nous Ils y établiffent le libre
exercice de leur Religion , ufurpent
toute l'autorité des Magiftrats
, de nos Gouverneurs ,
mefme celle du Roy noftre Maifire,
s'ils tolerent encore l'exercice
de noftre Religion , ce n'est
que par un pur effet de politique
, qui ne leur permet pas de
je declarer avant que de s'eftre
GALANT . 19
emparez de toutes les Fortereffes,
d'avoir réduit les Princes Catholiques
qui fe font joints à
eux aveuglement, à ne pouvoir
plus s'opposer à leurs deffeins .
Je vous avonë, Monfieur , que
je ne puis comprendre quelle eft la
lethargie du Roy d'Espagne , qui
fouffre patiemment qu'on en ufe
envers elle de la mefme maniere
qu'on a fait envers le Roy Facques
, & qu'au lieu de fe plaindre
comme luy , elle reconnoiffe
comme fon Bienfaicteur , celuy
qui luy ofte le plus beau fleuron
de fa Couronne, & qui ne l'aura
pas plûtost aſſuré ſur ſa tefte,
Bij
20 MERCURE
que
qu'il levera le mafque , & fera
voir que fa principale politique
confifte à établir fa dominationfur
la ruine de nostre Religion , &
à incorporer nos Provinces, auffibien
les Etats Generaux, à
la Couronne d'Angleterre. Je
crains bien que s'il continue à
faire autantde progrés qu'il a fait
jufqu'à prefent fur la Couronne
d'Espagne , & fur tous les Etats
qui en dépendent , le Roy noftre
Maifire ne fe voye bien - toft réduit
', auffi bien que le Roy Fac
ques , a implorer l'affiftance du
Roy Tres- Chreftien , & je crois
qu'il n'y a point de bon Catho-
1
GALANT.• 21
lique , ny de bon Espagnol , qui
connoiffant le Zele de ce Prince
pour le maintien de noftre Religion
, ne foit obligé de prier Dieu
qu'il luy donne affez de profperitez
pour confondre nos préten
dus Amis , qui dans le fondfont
encore plus nos ennemis , que
ceux qui nous attaquent ouver
tement. Eft- il poffible que
toute vostre Cour il n'y ait pas
un Ecclefiastique ny un Religieux
affez ferme , & qui ait
affez de courage pour repreſen
ter vivement au Roy , & àfon
Confeil, combien ils feront ref
ponfables devant Dieu du préju–
a
dans
?
22 MERCURE
dice que nostre Religion fouffre
de leur lâcheté, & ne craignentils
pas que pour la décharge de
noftre conscience nous ne foyons
enfin obligez nous - mefmes de
nous declarer contre ceux qui
abufant de fon nom & de fon
autorité , ne travaillent , fous
prétexte de nous défendre , qu'à
ruiner entierement la Religion
Catholique à nous affujettir
à leur obeiffance ? Enfin , Mon
fieur , il n'est pas moins du devoir
du Roy nostre Maistre de
nous proteger contre les Ennemis
de nostre Religion & de noftre
liberté , que du nostre , de luy
GALANT.
23
obeir ; s'il nous laiffe perir,
on doit craindre que nous ne
cherchions un plus puiffant Protecteur.
Vous estes dans unpofte
à pouvoir faire entendre nos
plaintes , & je m'adreſſe à vous
pour vous dire ce que je penfe ;
mais fije vous informois des lamentations
& des juftes reproches
qu'une infinité de Sujets
nous font tous les jours , vous
croiriez que toutes les veriteZ
que je vous expoferois ne feroient
que de pures exaggera.
tions. Ainfi j'aime mieux me
taire , & laiffer à la voix publià
vous apprendre une infi- que
24 MERCURE
1
nité de faits qui vous perfuade
ront de la ruine inévitable de
la Religion Catholique dans nos
Provinces , de l'anéantissement
de l'autorité du Roy noftre Maif.
tre, & d'une promte reduction
de tous fes Sujets à l'obeissance
du Roy Guillaume. Je fuis ,
& c.
Mr Coypel le jeune , en
qui le mérite dans fa Profeffion
eft hereditaire , a donné
l'idée des Vers fuivans par
un excellent Tableau , dans
lequel il reprefente la colere
de Jacob trompé par Laban,
lors
GALANT.
25
lors qu'il luy ſuppoſaLia dans
fon lit à la Place de Rachel .
Ces Vers font de M' de Senecé
, Premier Valet de
Chambre de la feuë Reinc .
Tous fes Ouvrages ont tant
de jufteffe & de bon gouft, &
font fi
generalement approy
vez , qu'eftant au deffus des
loüanges que je leur pourrois
donner , je me contente de
vous dire que vous les lirez
avec plaifir.
Novembre 1691. C
26 MERCURE
2555525A2225 555SG
IDYLLE. -
A Monfieur Coypel le Fils .
JACOB ET LABAN .
Now
Z
On , non , vous n'êtes point
du fang des Patriarches ,
De ce fangfidelle , &pieux,
Et dans vos trompeufes démarches
Je ne reconnois point nos illuftres
Ayeux.
Je fais que la Beauté dont mon ame
eft éprife
Parfept ans de travaux ne pouvoit
eftre acquife ,
GALANT.
27
1
Unfiécle eût été peu pour plaire à
fes beauxyeux,
Mais cependant , Cruel , vous me
l'aviez promife!
S
Helas ! le tendre Amour dont je me
fens brûler ,
Devoit- il donc périr par un lâche artifice
?
Eftoit-il refervé pour l'affreux Sacrifice
Où vous venez de l'immoler ?
Pouviez vous me percer par un trait
plus funefte ?
Pouviez- vous plus avantpouffer la
trahison ?
Arracher à mon coeur tout l'espoir
qui luy refte !
L'unir à tout ce qu'il detefte .....
O Ciel !foûtenez ma raiſon.
Par choix , ou parfurprise , elle est
enfin ma Femme ,
Cij
28 MERCURE
Ilfaut l'aimer. Et lepourray-je,
belas !
Pourray -je ( Malheureux ! ) maiſtre
de tant de flame ,
Defa charmanteSoeur oublierlesappas ?
Ah ! Laban ! ah ! perfide ! Auteur de
mon trépas,
Trop de douceur me livre aux maux
que vous mefaites .
Vous m'auriez refpecté fi j'en avois
moins eu ,
Mabonté m'avilit , Barbare que vous
êtes.
e n'aviez- vous à faire au barbare
Efau !
Ainfi le coeur outré d'un cruelſtratagême
Facob exhalefa douleur ,
Et privé de Rachel qu'il aime
Des nôces de Lia déplore le malheur.
GALANT: 29
Dujufte couroux qui l'inſpire
Sa vertu modere lefeu.
La Sageffe craintd'en trop dire,
Et l'Amour outragé craint d'en dire
trop peu.
Ses yeux étincelans lancent des
traits de flame ,
Defes bras étendus legefte eft menacant.
Ses cheveux heriffez par l'horreur
qu'il reffent
Elevent fur fon front le trouble de
Jon amei
Fufque dans fes habits paroît l'émotion
Qu'excite dansfon coeur l'amourenfe
furie,
Et la volante draperie
Va dans les Airs émeus peindre fa
passion.
C iij
30 MERCURE
2
Le faux Vieillard ,fur unepierre affis ,
D'un froid defefperant écoute ces reproches.
La furiur deJacob fait ſur ſon fens
raffis
Moins d'effet , que le Flot brifé contre
Les Roches.
Toujours aux trahisons le Scelerat eft
prompt ,
Les marques n'en ſont point
douteufes;
La timide pudeur n'ofe aborderfen
front ,
Et craint de s'abîmerdans fes rides
affreuses :
Sa longue barbe grife à replis ondojans
Des replis defon coeur couvre la turpitude.
Son air moqueur , fes yeux rians ,
GALANT.
.
༡༣
31
Moins par temperament encor que
par étude ,
Afon Gendre abuséfont des témoins
crians
Defa criminelle habitude .
S
Jeune homme , luy dit- il , tu parois
déchainé
D'une maniere bien terrible !
Eft ce unfigrand outrage , un affront
fi fenfible
De t'avoirfait mon Fils aîné ?
D'un fi bon Serviteurje ne puis me
défaire.
Que feroient mes Troupeauxprivez
de ton fecours ?
Pour mériter l'objet de tes Amours
Sept ans de plus nefont pas une
affaire..
Il faut recommencer. En vain tes airs
mutins
C iiij
32 MERCURE
Ofent nous annoncer de funeftes de-
Saftres.
Va ,je ne te crains point , & je commande
aux Aftres
Qui reglent tes deftins.
S
La charmante Rachel, préfente à la
querelle,
Couvre fes interêts fous un air indolent
,
Et par un maintien nonchalant
Deguife de fon mieux une peine
cruelle.
Mais fes efforts font vains , &fon
coeur peu difcret
Traçant trop bienfurfon visage
Des mouvemens qu'il fouffre unepar-
·lante image,
Auxyeux intereſſez divulgue fonfecret.
Facob, bien qu'occupé de ſa douleur
preffante,
GALANT
33
N'en eft pas moinsfenfible aux traits
de fa beauté.
Qu'elle paliffe , il la trouve
touchante,
Qu'elle rougiffe , il en eft enchanté.
La trifteffe à fes yeux la rend encor
plus belle.
Safermetéla luyfaitadmirer,
Par tout , nouveau sujet de foupirer
pour elle ;
Par tout , nouveau ſujet deſe deſefperer.
Il cherche en vain ſes yeux : leurpaupiere
trop lente
Les luy couvre foigneusement,
De l'Amour defolé , de la pudeur
tremblante
C'est le dernier retranchement;
Helas!dans le mal qui le preſſe
S'il voyoit ces beauxyeux ,fources de
fon malheur
34 MERCURE
Qu'il feroit confolé d'y voir tant de
tendreffe ?
Qu'ilferoit affligé d'y voir tant de
douleur !
S
Un peu plus loin fous un épais
feuillage,
Le jalouſe Lia ,
amours
qui malgré les
S'embarqua dans le Mariage ,
Préte l'oreille à leurs difcours.
Le Soleil fait la guerre àfa prunelle
tendre ;
Sa main qui cherche à la défendre
La protege inutilement.
Des mots interrompus luy font affez
comprendre
De fon Epoux trompé le fier reffentiment.
Sur un heureux hymen elle avoit fait
・Son compte ,
GALANT.
35
Elle voit fes projets tombez ,
E1 commence à payer par l'excés de
Sa honte
Les plaifirs qu'elle a dérobez.
2
Dans les triftes momens de cette vive
Scene
De Jacob , de Rachel tout partage la
peine.
Les arbres dépouillez de leur vert
effacé ,
Eprouvent les rigueurs d'un biver
avancé.
Les ruiffeauxfont troublez , &leurs
ondes obfcures
Murmurent au Trompeur d'éloquentes
injures.
Des languiffantes fleurs les attraits
font pâlis.
La Rofe de nouveau prend la couleur
du Lis ,
36 MERCURE
Les oifeaux de leurs chants avouant
l'impuiffance,
Déplorent ce malheur par un trifte
filence ,
Mais fur tout le Troupeau du Berger
afflige.
Entre dans la douleur où fon Maiftre
eft plongé.
On n'y voit plus d'Agneaux briller
par leurs courbettes ;
Il n'est plus de Brebis qui paiſſent
les herbettes.
Laban
par fa prefence augmente leur
ennuy ,
Un Loup leur paroiftroit moins ter.
rible que luy.
Le Matin qui les garde enflamé de
colere,
Sur le traiftre Vieillard lance un regardfevere,
Et plein d'un zele ardent pour le
trifte Berger ?
GALANT.
37
Montre d'affreufes dents preftes à le
vanger.
Coypel, la force m'abandonne.
Ma Plume cede à ton Pinceau .
MaMufe tremblante s'étonne
Du deffein trop hardy de peindre ton
Tableau.
Ton Art afur le mien de trop grands
avantages.
Pourrois -je en difputant conſerver
quelque espoir?
Ta toiletes couleurs d'an coup
d'oeil nous font voir
Ce que je nesçaurois décrire en quatre
pages .
La force , la grandeur de tes expreffions
Comblent d'étonnement l'impuiffante
Nature ,
Et tes paffions en peinture
38 MERCURE
Ont furpaßé fes paffions.
S
Pourfuy dans l'exercice où la gloire
t'attache.
Dufçavant Raphaël imite le deſſein.
Auxgraces de l'Albane, augrand gouft
du Carache
>
Joins l'élegance du Pouffin.
s'il eft vray ce qu'on croit , que les
Mufes propices
Sur l'avenir douteux éclairent les
efprits ,
F'augure qu'on verra tes Ouvrages
fans prix
Des Curieux futurs faire un jour
les delices.
Mais ne te proffe point d'arriver à ce
bien ,
Etfonge , que pour eftre au deſſus de
l'envie,
GALANT.
39
Dans tous les Arts
dans le tien )
& fur tout
Il faut qu'il en coute la vie.
Les Conqueftes du Roy
font effet par tout par tout,, & quoy
qu'il y ait déja long-temps
que la fameufe Ville de Mons
& celle de Nice ayent recon
nu la puiffance de ſes Armeș ,
vous ne ferez pas fâchée d'apprendre
les réjoüiffances que
leur prife a fait faire dans
Alep . M' Jullien , Conful de
France , en ayant receu l'heureufe
nouvelle , fit affembler
chez luy tout ce qu'il y avoit
40 MERCURE
alors de Marchands François
en cetteVille- là, & rous unanimement
delibererent de faire
paroistre par une Fefte d'éclat
quelle augmentation de gloi .
re les Armes de Sa Majefté
s'eftoient acquife. On refolut
pour cela de prendre les
moyens les plus feurs auprés
des Grands du Pays , afin
d'empefcher la Populace de
les troubler dans cette entreprife
, & il fut arrefté par tous
les Marchands que Mrs Garnier
& Sauron , Deputez de la
Nation , fe joindroient à M"
Jullien , Conful , pour execu-
1
GALANT. 41
ter ce grand projet . On commença
par faire élever ſur un
Dome qui fait l'entrée de fa
Maiſon , un grand Pavillon
blanc , chargé de trois Fleurs
de Lis d'or ,pour annoncer au
Peuple qu'on feroit dans quatre
jours une Fefte des plus
éclatantes qu'on cuſt jamais
faites dans Alep.Le 17.de Juin
dernier, on expofa le S. Sacrementdans
fa Chapelle, qui cft
deffervie par les PeresJefuites .
Tous les Ordres Miffionnaires
& Marchands François s'y
rendirent. On y chanta la
Grand' Meffe , & le Pere Def
Novemb
. 1691. D
42 MERCURE
champs , Superieur des Jefuites
y fit un Diſcours tres éloquent
, fur les nouvelles Conqueftes
du Roy , fur la protetion
qu'il donne par tout à
la Religion Catholique , &
fur l'étroite obligation où
font les François de prier
Dieu pour la fanté de fa Perfonne
facrée. On employa
le refte du jour & toute la
nuit fuivante à preparer tout
ce qu'on jugea le plus neceffaire
pour rendre la réjoüiffance
des plus magnifiques
,
& on profita fi utilement de
la difpofition de la maiſon
GALANT. 43
du Conful , qu'il n'y eut pas
le
moindre coin qui ne portât
quelque marque de la Fête
qui fe devoit faire le lendemain.
On pofa le Portrait
du Roy à bordure d'or fur le
Portail , fait de Marbre blanc
& noir. Au deffus eftoit un
Dais de Damas Cramoily à
Crefpine or & argent , & aux
deux coftez en defcendant
au tour de la porte , il y avoit
quatre Emblémes
fur les Conqueftes
de Sa Majefté . L'entrée
de la porte , qui eft un
Corridor
de dix toiles de longueur
, fut revestuë depuisla
Dij
44 MERCURE
voute jufques au bas d'unfort
beau Drap rouge . Dans le mi
lieu de la Salle de cette Maifon
s'éleve un Dome à fix toifes
de celuy dont je viens de
vous parler , & l'on y vit paroiftre
un Soleil fort éclatant
de huit pieds de diametre , &
au bas la Devife de SaMajefté,
Nec pluribus impar. Les deux
dômes qui font couronnez
'chacun d'une Lanterne faire
en piramide de quinze à vinge
pieds de haut , eftoient couronnez
de lampes de verre à
la maniere du Pays. Sur la
GALANT 45
Terraffe où ces dômes prennent
pied , & qui eft une maniere
de plate- forme d'environ
quinze toiles en quarré,
cftoient tout autour de petites
barrieres , où l'on fit regner
trois rangs de lampes pareilles
aux autres . Le lende
main au matin , les Députez
& Marchands François fe rendirent
chez le Conful , dans
une fort grande propreté.
Chacun d'eux avoit avec luy
un homme habillé exprés ,
couvert d'un Dolinian blanc ,
avec des Charchoux d'étoffe
de foye à bottes jaunes , & un
46 MERCURE
bonnet à la Polonoife , de
mefme que les Chatters dont
les Pachas font fuivis lors
qu'ils font leur entrée dans
leur Gouvernement. La marche
commença fur les neuf
heures , pour aller chanter le
Te Deum à la Paroiffe deffervie
par les Peres de Terre-
Sainte. Un Balouk-bachi, qui
eft comme un Capitaine des
Gardes du Gouverneur, marchoit
le premier , fuivy de
tous les Valets ou Chatters.
des Marchands qui alloient
deux à deux jufqu'au nombre
de quarante. Aprés cux marGALANT.
47
choit le Chaoux du Mourfelem
, avec fon bafton de
commandement garny d'argent
, un Croiffant au bout ,
fuivy du Zague ou Huifier
du Conful , portant fon bâton
haut,terminé d'une Fleurde-
Lys d'argent . Ce Zague ,
précedoit fes fix Janiffaires
Mitrez , qui alloient de
vant fes Chatters & Choüadars
qui font une espece
d'Officiers à pied . Ses deux
Truchemens alloient enfuite
avec leurs habits de ceremonie
. Au devant de luy marchoient
deux jeunes François
48 MERCURE
tant ,
Mr de Saintehabillez
à la Romaine , porl'un
un Drapeau de taffetas
blanc , & l'autre un
Guidon bleu , chargé de Fleurs
de Lis d'or.
Marie, Capitaine de Vaiffeaux
du Roy , qui fe trouva alors
à Alep , marchoit aprés le
Conful , à la droite de fon
Vice- Conful de Tripoli. Les
Députez & Marchands fuivoient
deux à deux , & à leur
cofté eftoient pluſieurs Officiers
du Moutfelem, pour les
garantir de la foule , à caufe
de la multitude étonnante de
peuple qui fe trouva dans les
"
ruës,
GALANT. 49
7
Iruës , fans compter ceux qui
fe mirent aux feneftres , & fur
les terraffes des maifons . Lors
que l'on fut arrivé dans cet
ordre à la Paroiffe , le Pere
Gardien de Terre Sainee y
celebra la grand' Meffe, & fit
un fçavant Difcours fur le
fujet de la Fefte . On entonna
le Te Deum. L'Exaudiat fut
chanté , & aprés la Benedi
ction du Saint Sacrement ,
donnée au bruit de quinze
Morterets qu'on avoit fait
defcendre du Chafteau , on
retourna au mefme ordre chez
le Conful de France , où l'on
Novembre 1691. E
50 MERCURE
Y
avoit préparé une table de
quarante couverts. Elle fut
fervie fplendidement, & l'on
but la fanté du Roy , & de
la Maiſon Royale , au bruic
des Morterets & des cris de
Vive le Roy. Au moment
qu'on fervit le fruit , les Juifs
d'Europe qui font là fous la
protection de Sa Majeſté , firent
une galanterie digne d'eftre
remarquée , en faisant
couler parmy ce fruit plufieurs
baffins de diverses confitures
d'une grandeur prodigieufe
. Cela fut accompagné
des mefmes cris de Vive le
GALANT.
Roy, ce qui furprit agreable.
mentroute l'Affemblée . Le repas
fe fit avec une grande joye
des Conviez , & l'édification
de toute la Ville, dont les prinecipaux
venoient en foule joüir
de la veuë de cette magnificen
ce , n'en pouvant joüir par le
gouft , à caufe qu'il eftoit le
temps de leur Romadan Sur
les quatre heures aprés midy,
l'on fe prepara à la Cavalcade
que l'on avoit refolu de faire
pour aller rendre des actions
de graces à Dieu dans les Eglifes
des Maronites Grecs ,
& Armeniens. Le Mout
E ij
52 MERCURE
felem & le Themin voulant
montrer la part qu'ils prenoient
à ce qui faifoit le fujet
de cette rejouïffance , envoyerent
au Conful de France
fix Chevaux de main richement
enharnachez . L'heure du
départ eftant venuë , les Tambours
, les Timbales , & autres
Inftrumens joints au bruit
des Morterets, donnerent avis
de la marche au Peuple . Elle
fut reglée à peu prés comme
celle du matin , à la referve
que chaque Chatter ou Valet
de pied , fe rangea auprés de
fon Maitre. Les Deputez &
a
GALANT.
53
1
Marchands êtoient tous montez
fuperbement . Aprés le
Balouk bachi à Cheval , mar
choient quatre Officiers aufſfi
à Cheval , dont l'un portoit
la Timbale . Il eftoit fuivi des
fix Chevaux de main qu'avoient
envoyez le Moutfelem
& le Themin. Enſuite venoit
le premier Chaoux , ſuivi de
celuy du Conful . Ils portoient
tous deux le Bafton haut , &
precedoient les fix Janiffaires
Mitrez , & les fix Chatters ou
Chouadars du même Conful.
Le reste de la marche eftoit
comme on l'avoit reglée le
Ej
54 MERCURÈ
matin. Elle fut fermée par
quatre Officiers du Moutfelem
, afin d'empeſcher la foule
du Peuple qui avoit quitté
les Maifons & les Boutiques
pour voir , difoient ils , ce
qu'on n'avoit jamais veu en
ce pays- là . Ce , qu'ils trouvoient
de plus furprenant ,
c'eftoit l'Etendard aux Armes
du Roy , porté en triomphe
dans la Capitale de la Sirie.
On alla defcendre à l'Eglife
des Maronites , où tous leurs
Preftres se trouverent à la porte
, reveftus de leurs Chapes ,
avec beaucoup de Flambeaux
2
GALANT. 55
allumez pour conduire au
Mailtre Autel tous ceux qui
eftoient de la Cavalcade.
Aprés beaucoup de Prieres
en leur langue pour la profperité
de noftre Augufte Monarque
, le Pere Gardien , qui
s'y eftoit rendu avec tous les
Religieux Miffionnaires entonna
le TeDeum ,qui fut fuivi
de l'Exaudiat. Le Patriarche
des Grecs , reveftu de fes habts
Pontificaux
, accompagné
d'un Evefque & de tous
fes Preftres , vint recevoir la
Conful de France , avec la
Croix & la Banniere , & un
E iiij
56 MERCURE
grand nombre de Flambeaux
allumez , à la fortie de l'Eglife
des Maronites , en chantant
auffi des Pricres en leur Langue
pour la confervation de
la Perfonne Sacrée de Sa Majefté,
& en cet état , il le conduifit
, luy & tous ceux qui
l'accompagnoient , au Grand
Aurel de fon Eglife , en faifant
verler fur eux diverfes
Eaux de fenteur. Leurs Pricres
furent fuivies de cris de
Vive le Roy , & le Patriarche
les reconduifit jufque bien
avant hors de fon Eglife , où
ils furent rencontrez de l'ArGALANT.
59
I chevêque & des Evêques des
Armeniens , qui n'eurent pas
moins de zele que les autres
à faire des Prieres pour le Roy.
1 Lors qu'elles furent finies
l'Archevêque fit un Difcours
en Langue Arabeſque , qui
fut entendu de tous les Religieux
Miffionnaires . Ce Dif
cours faifoit connoiftre à tous
ceux de fa Paroiffe , que la ve
nuë des François dans leur
Eglife , eftoit un infaillible
préfage , que fous la prote-
&tion du Roy Tres- Chreftien ,
leurs Eglifes feroient unies
quelque jour à la Romaine .
58 MERCURE
Il finit par un Inchalla de la
part des Armeniens , & par
des Vive le Roy , de tous les
François.L'Ufurpateur du Siege
du Patriarche des Suriens ,
fit prier le Conful de France
de luy faire l'honneur de venir
avec la Nation dans fon
Eglife . Le Conful luy fit dire
qu'il ne reconnoiffoit point
pour Patriarche des Suriens
un Heretique qui s'eftoit fervy
de la force du Turc , pour
detrôner le Patriarche Pierre ,
pourveu du Pallium de Noftre
Saint Pere le Pape, & qui agif
foit de toute fa force pour
GALANT.
59
détruire les fruits que nos
Miffionnaires
ont faits dans
fa Nation . Aprés ces ceremonies
, qui font prefque inconcevables
dans un lieu où
l'on a fi peu accouftumé
de
les pratiquer , on remonta à
cheval , & l'on marcha dans
le mefme ordre qu'on eftoit
venu , dans le deffein d'entrer
par une autre Porte , afin d'eviter
la foule du Peuple, mais
elle fut égale par tout, la multitude
accourant en hafte où
l'on apprenoit que devoit paf
fer la Cavalcade . A fon arrivée
à Cam , où eft la maiſon
60 MERCURE
Confulaire , elle fut receuë au
bruit des Morterets , & une
heure avant la nuit , ceux que
l'on avoit commis pour illuminer
le dedans & le dehors
de cette Maifon commencerent
par deux grands Chandeliers
à feize branches , fuf.
pendus devant le Portrait du
Roy. Les deux Domes paroiffoient
deux grandes Pyramides
de Lumiere , & il n'y
eut rien de fi éclatant que le
Soleil , que l'on voyoit fur
l'un de ces Domes . Le Moutfelem
fit dire au Conful , que
voulant partager la réjouiſſanGALANT.
61
ce , il viendroit le foir chez
luy bien accompagné. On
difpofa un grand Divau fur
la Terraffe , afin d'y placer au
moins trente perfonnes , & un
de fes Officiers eftant venu
avertir qu'il arrivoit avec les
principaux Officiers & Agas
de la Ville , tant d'épée que
de plume , le Conful luy envoya
bien avant dans les Bazars
quatre Chatters avec
chacun un Flambeau de cire
blanche . C'eft tout ce qu'un
Conful de France a de couſtume
de rendre au Moutfelem,
ou Gouverneur de la Ville.
62 MERCURE
Lors qu'il entra dans le Cam, il
fut falué de quinze coups des
Morterets qu'on avoit fait
mettre fur la Terraffe . Aprés
les premiers complimens , il
prit place fur le Divan qui
luy avoit efté preparé , & l'on
fervit unc Collation fort fplendide
, dont les Seigneurs qui
l'accompagnoient ne montrerent
pas moins de furpriſe que
luy. On jetta aprés cela un
tres grand nombre de Fufées
Volantes , & l'on fit jouër
tous les Artifices qui devoient
faire un des grands plaiſirs de
cette Fefte . Elle finit par l'arGALANT.
63
rivée d'un Cheval tout en feu,
qui jettoit mille Fufées & Serpenteaux
fur le Peuple . Le
Moutfelem voulant que tout
le monde joüift des douceurs
de ce grand jour , ordonna le
pillage de la Collation , ce
qui fut executé d'une manicre
fort rejoüiffante . Il fortit
de chez le Conful extremement
fatisfait du zele
François témoignoient pour
la gloire de leur Prince , &
fort charmé du recit qu
Conful luy fit faire par fon
Truchement , du nombre &
de la grandeur de les Con
que
lės
1
64 MERCURE
queftes , malgré une infinité de
Princes liguez contre luy .
Je vous parlay fort fuccintement
la derniere fois de
la mort de la venerable Mere
Agnés , ancienne Prieure des
Carmelites du Grand Convent
, Tante de M' le Maréchal
de Bellefond. Comme
les perfonnes d'une vertu éminente
ne doivent jamais mourir
dans la memoire des hommes
, il eft bon de vous don
ner une plus parfaite connoiffance
de cette Religieufe
,
que le Ciel vient de ravir à la
terre. Les larmes de fes Parens,
GALANT. 65
lesengagemens du fang & de la
nature, les delicates tentations
que livrent l'amour du plaiſir,
la douceur d'une grande fortune
, & l'éclat d'une illuftre
naiſſance, ne la pûrent retenir
dans le Monde, dont elle prit
la refolution de fe détacher ,
en voyant les injuftices , les
diffenfions & les violences qui
regnent preſque dans tous les
lieux de la terre . M' le Cardinal
de Berule, charmé de la
pieté & de la modestie qu'elle
fit paroiftre pendant une ceremonie
où elle affiftoit dans
l'Eglife des Carmelites , la de-
Νου . 1691 .
F
66 MERCURE
manda à Dieu avec tant d'inftance
, lors mefme qu'elle ne
penfoit pas s'y donner , qu'il
cut la confolation de voir
l'effet de fes prieres, non feulement
par fon entrée dans
ce Monaftere , mais encore
par toutes les vertus naiffantes
que l'on admira en elle .
Jamais Religieufe n'a efté plus
aneantie , plus mortifiée, plus
penitente , plus charitable, ny
plus appliquée à Dieu . Sa vertu
alla au delà de fes forces
naturelles , & l'aufterité de
fa vie paffa la foibleffe de fon
Sexe , & la delicateffe de fa
GALANT. 67
complexion. Elle eftoit parmy
fes Soeurs comme un flambeau
qui les éclairoit , comme
un feu qui les échauffoit ,
& comme une regle vivante,
fur l'exemple de laquelle elles
apprenoient à devenir faintes.
Pendant trente - deux ans
qu'elle a efté Prieure ou Sous-
Prieure à diverfes fois , elle a
artiré tant de benedictions fur
fa Maifon , qu'elle fembloit
cftre changée en un Paradis.
Sa rencontre portoit fes Filles
à Dieu . Une de fes paroles les
occupoit des femaines entieres
, & elles avoient tant de
Fij
68 MERCURE
refpect pour leur fage Mere,
qu'elles penfoient voir la fainte
Vierge dont elle tenoit la
place. Cette penſée n'offenfoit
point fon humilité . Elle
fe regardoit comme la derniere
de routes, & dans le pouvoir
qu'elle avoit de commander
, elle fuivoit toujours
plûtoft la volonté des autres
que la fienne , quand la confcience
& fon devoir le luy
permettoient . Dieu qui l'a
toujours divinement foûte .
nuë , & qui l'a conduite dans
l'étroite voye par un effet de
fa bonté, ne l'a pas rejettée
GALANT. 69
dans le temps le de fa vieillef
fe , qui a cfté pour elle une
Couronne d'honneur
, parce
qu'elle s'eft trouvée dans la
voye de la juſtice , c'est à
dire , que fes vertus ont crû
avec l'âge , & le nombre de
fes merites avec celuy de fes
années , dont elle a vû ape
procher le terme avec joye ,
difant fouvent plufieurs fois
par jour depuis quelques années
le verfet du Pleaume 117.
Helas , que mon exil eft long!
mon ame eſt longtemps icy étran
gere. Non qu'elle ne craignift
la juftice de Dieu , qui décou70
MERCURE
vre des taches dans les Aftres .
Elle la craignoit , mais cette
crainte ne troubloit point fon
ame. C'eftoit la crainte des
Juftes & des Enfans , & non
celle des Efclaves & des Criminels.
Cette crainte filiale
quia efté fa fidelle compagne ,
luy fit dire plus de vingt fois
le jour de fa mort ces Verfets
de la Profe des Morts, qu'elle
avoit fait écrire en gros cara-
Ceres auprés de fon lit. Quid
fum mifer ? Rex tremenda majeftatis.
Recordare,Jefu pie . Elle
perdit la parole en les prononçant,
& entra dans l'AgoGALANT.
7I
2
nie qui ne dura qu'une demi-
- heure,&pendant laquelle elle
1 donna des fignes qui mon-
S trerent la liberté de fon cfprit.
Elle le rendit à Dieu
dans une grande tranquillité
le 24. Septembre dernier ,âgée
de 80. ans & deux mois, dont
elle en avoit paffé foixante &
deux & huit mois dans la Religion.
La charité dont fon
coeur a esté rempli , n'a ‘eu
ny bornes ny limites . Ce zele
ardent de l'honneur deDieu
& du falur du prochain , eft
allé dans les priſons , dans les
Hôpitaux , dans les Cabanes
72 MERCURE
1
des Pauvres , dans les Palais
des Grands , & juſques aux
extrémitez du Monde chercher
des miferables. Il ne faut
pas s'étonner aprés cela fi les
Teftes couronnées , les Evef
ques , les Religieux qui avoient
reveré fa vertu pendant
fa vie , l'ont honorée de
leurs Eloges aprés la mort .
Le Roy d'Angleterre a efté
fenfiblement touché de fa.
perte & a rendu ce témoi
gnage public , que c'eſtoit à
cette File merveilleufe qu'il
eftoit redevable de fa converfion,
M' l'Abbé de la Trape
;
a
GALANT.
73
a dit à un Religieux , Amy de
la Défunte , qu'il s'eftimoit
heureux de l'avoir connue ,
& qu'il efperoit qu'elle prieroit
Dieu pour luy dans le
Ciel. Les Benedictins Anglois
& les Theatins luy ont fait
des Services folemnels pour
honorer fa memoire , & pour
reconnoiftre les bienfaits
qu'ils en
M' l'Evefquè de Meaux a fait
fon Eloge en ces termes, dans
une Lettre qu'il écrivit fur le
fujet de fa mort , à Madame
de la Valiere. Nous ne la verrons
donc plus cette chere Mere,
Novemb. 1691. G
avoient receus .
74 MERCURE
Nous n'entendrons plus de fa
bouche ces paroles que la douceur,
que la foy , que la prudence ditoient
toutes, & rendoient toutes
fi lignes d'eftre pefees.C'eftoit cet
te perſonne ſenſée qui croyoit à la
Loy de Dieu, & à qui la Loy
eftoit fidelle. La prudence estoit
fa Compagne , & la Sageffe eftoit
fa Soeur. La joye du Saint Ef
prit ne la quittoit pas . Sa balan .
ce eftoit toujours jufte , & fes
jugemens toujours droits . On ne
s'égaroit point en fuivant fes
confeils. Ils eftoient précedez par
fes exemples . Sa mort a esté tranquille
comme fa vie, elle s'eft
GALANT.
75
réjouie au dernier jour . Je vous
réns graces du fouvenir que vous
avez eu de moy en cette trifte
ccafion. F'affifte avec vous en
efprit aux Prieres & aux Sacrifices
qui fe feront pour cette ame
benie de Dieu des hommes .
me joins aux pieufes larmes
que vous verfezfur fon tombeau,
je prens part aux confolations
que la Foy vous infpire .
Fe
Voicy un Eloge d'une autre
nature. Un Mort illuftre en
a fourny le fujet à M'de Combes.
qui eftant de l'Affembléc
Gij
76. MERCURE
de quelques Perfonnes de
Lettres & diftinguées de Touloufe
, s'y eft acquis une cftime
generale , & la réputation
de l'un des Favoris du Parnaffe
. M de Louvois eft l'illuftre
Mort dont je vous
parle .
$ 22552225255 25555
DAPHNIS.
EGLOGUE.
DAMON , ACANTE.
A
DAMON.
Cante , qui receus des Mufes
de Sicile
GALANT. 77
Les tendres chalumeaux dn celebre
Virgile s
Toy , que chacun admire en ce fombre
vallon ,
Autant que fur le Pinde on admire
Apollon ,
Et dont les airs divins cent fois dans
nos boccages
Ont fait à nos Troupeaux oublier les
herbages,
N'as - tu rien à chanter fur la mort
de Daphnis,
Ce Pafteur fi fameux , &fi cher à
LOUIS ?
ACANTE.
Damon , ne m'enfle point par ces vaine's
louanges.
A de fimples Bergers elles femblent
étranges.
Si j'avois par mes foins merité les
faveurs
G iij
78 MERCURE
Que le Cigne du Mince obtint das
Doctes Soeurs ,
Du feul nom de Daphnis
ply nos Plaines.
j'aurois rem
Maintenant que quittant les dépouilles
humaines
Il a pris vers le Ciel un vol auda
cieux ,
Et qu'il boit le Nectar à la Table
des Dieux
F'accuferois fans cesse aux bords de
nos rivieres
L'inflexible rigueur des Parques
meurtrieres ,
Qui nous ont enlevé l'honneur de
nos Forets ;
Mais ce n'eft pas à moy de ponerces
regrets .
Pan prefere ces lieux aux côteaux
d'Arcadie ;
C'efticy qu'on entendfa douce melodie
GALANT.
79
T
Et naguere qu'errant en ces lieux
defolez ,
où je frapois les airs de mes cris re
doublez ,
Dans un antre ecarté je trouvay les
Naiades ,
Les Faunes , les Silvains , Pan , &
les Oréades ,
Quipleuroient le trépas de cefameux
Pafteur ,
Cent beftes oubliant leur premierefureur
,
Et les Rocs efcarpe , & les Pins , &
les Heftres,
Accouroientpour ouir cesDeitez cham
pestres.
DAMON.
Si tu veux repeter de fi belles chan-
Sons,
Fete donne à choisir la fleur de mes
moutons.
Giiij
7
80 MERCURE
Cesfeuillages epais , qu'un doux Zephire
agite ,
Et le bruit des ruiſeaux , tout à chanter
t'invite.
ACANTE.
Damon , je chanteray ; non pour le
prix offert ;
Mon coeur à l'intereft ne fut jamais
ouvert ,
Et je n'ay d'autre espoir , enpoußant
cette plainte ,
Que d'alleger l'ennuy dont nôtre
ame eft atteinte.
Sourdes Divinitez , dont les pâles
Mortels
En vain de mille voeux ont chargé
les Autels ,
Eft- ce un Arreft du Sort, ou fi c'est par
envie
Que du fage Daphnis vous abregez
la vie ?
GALANT. 81
Depuis cejour fatal, aux bords de ces
ruiffeaux
On n'a veu nuls Bergers conduire
leurs Troupeaux.
Des triftes Moiffonneurs les bandes
eplorées
Dedaignent dans les champs les Favelles
dorées ,
Et l'on n'entend icy que les cris des
Hiboux ,
Et l'Echo , qui repond aux hurlemens
des Loups .
Daphnis , tu fus l'honneur de ces climats
fertiles.
C'eft toy , qui leur donnois des vandanges
tranquilles.
C'eft toy, qui deffendois les Troupeaux,
alarmez
Des Griffes des Lyons ,& des Ours affamez.
D'arbres chargez de fruit tu couvrois
ces montagnes.
82 MERCURE
Tumeurifois les Bleds de ces vaftcs
Campagnes ,
Tu commandois aux vents , aux neges
, aux glaçons ,
De refpecter des Fleurs les brillantes
moiffons ,
Et desfiers Enchanteurs , que l'Eumenide
enfante ,
Turendois par tesfoins la malice impuiffante.
Habitans de ces lieux ,jadis fi pleins
d'appas,
Pleurez du grand Daphnis le funebe
trépas.
Mais non , ne pleurez point , vos
larmes feroient vaines.
Qu'à jamais l'allegreſſe habite dans
ces plaines.
Daphnis le veut ainsi. Daphnis n'eſt
plus mortel.
Qu'en cette Forêtfombre on luy dref-
Se un Autel.
GALANT. 83
Le Laboureur tremblantpour fa chere
esperance
De luy feul deformais obtiendra l'abondance
Et le Berger foigneux d'avoir de
beaux troupeaux
,
Tous les ans à ce Dieu doit offrir quatre
Agneaux.
Il regle les faifons , il prefide aux
tempêtes.
Les orages en vaingronderontfur vos
têtes.
Leur fureur épargnant vos bleds &
vos raifins ,
Ira fe decharger fur vos pâles Voifins.
Vous reverrez lesjours de Saturne &
de Rhée;
Et Daphnis en ces lieux fait redef
cendre Aftrée.
84 MERCURE
DAMON.
Acante , les Bergers quifrequentent
ces bords
N'ont point de
accords ,
quoy payer tes celeftes
Etje n'aime point tant le doux bruit
des Fontaines ,
Ny des tendres Zephirs les plaintives
haleines.
Pendant
que les ruiffeaux aimeront
les Vallons ,
Et les Daims fugitifs l'âpre fommet
des
monts ;
Etpendant qu'au Printems l'Abeille
diligente
De Flore pillera la richeffe odorante,
Nos Bergers de Daphnis chanteront
les
vertus ,
Et nous
l'invoquerons comme Pan
& Bacchus
GALANT. &
la
J'avois bien creu , Madame
, que l'Ouvrage de M' de
la Broffe fur les Vapeurs, que
je vous ay envoyé la derniere
fois , vous feroit plaifir ette
Maladie eft fi commune ,
& l'on connoiffoit fi peu
caufe dont elle provient, qu'-
on eft étonné d'apprendre
tant de gens Le foient
trompez , au moins felon les
fentimens de l'Auteur , qui
paroiffent vrai -femblables ,
& qui font fort applaudis. Je
vous envoyay il y a quelques
mois , un autre Ouvrage de
ce mefme Auteur fur l'Epique
86 MERCURE
Entretien
lepfie , qui a fait beaucoup de
bruit. On a écrit contre, &
je vous fis part de cette Critique
dans ma Lettre d'Acuſt.
Elle a pour titre ,
fur la nature des remedes necef.
faires à la guerifon de l'Epilepfie
avec quelques Remarques
fur la Lettre de M de la Broffe,
par M Batonneau , Apoticaire
du Roy. Puis que fes Cenfeurs
ont trouvé place , il est bien
jufte qu'il en trouve auffi .
C'est ce qui m'oblige à vous
envoyer fa réponſe à cette
Critique . Vous y trouverez
fur la fin quelque chofe de
GALANT 87
7
fort curieux , touchant les remedes
neceffaires à un mal
pour lequel on en employe
fouvent de contraires .
SSESSS22552 252522
LETTRE
D'UN
PHILOSOPHE,
A M' Villebrun , Avocat
au Parlement .
MONSIE ONSIEUR ,
Ce n'est pas fans me faire
quelque violence que je mets la
7
88 MERCURE
main à la plume , pour fatisfaire
au defir que vous avez que je
réponde aux objections qui m'ont
efté faites fur le contenu de la
Lettre que j'ay écrite à M'Chapelas
, Curé de S. Jacques de la
Boucherie ; car comment répondre
à un homme qui ne comprend pas
ce que je dis,& qui m'attribuë des
propofitions qu'ille forme dans l'idée?
Cependantje n'ay rien à vous
refufer, je commence en vous
avoüant que je n'entens pas ce
que veut dire celuy qui me fait
ces objections, lors qu'i fe fert de
ces propres mots , en parlant de
moy. L'exemple particulier
GALANT. 89
qu'il donne de la terre de Saule
, dela pierre Ponce , & du
Soulphre, n'eft pas d'une dé
finition , puis qu'il n'eft pas
general. Il prouve par ces
exemples qu'il y a des terres
qui pour avoir leurs principes
bizarres & étendus , forment
des efpaces plus grands
que ne font d'autres terres ,
qui ayant des principes plus
petits , doivent auffi former
de plus petits efpaces . Cela
eftant ainfi étably , comme il
eft vray , on peut concevoir
des pefanteurs differentes dans
toutes les terres des divers
Νου . 1691 . H
so MERCURE
mixtes refpectivement les uns
aux autres . Ainfi nous la pouvons
dire un corps pefant ,
froid & fec ; car tout ce qui
tend de la circonference au
centre, eft tenu pefant , puis
qu'il contraint tous les autres
corps de s'éloigner, & de luy
ceder la place.
Vous etes trop bon Philofophe,
Monfieur , pour ne pas voir
qu'un homme qui parle de cetie
forie n'a pas bienfongé à ce qu'il
dit , car qu'est ce qu'il entend ,
quand il veut que l'exemple que
je donne de la terre de Saule, de
la Pierre Ponce , c. ne foit pas
GALANT. 91
d'une définition , puis qu'il n eft
pas general ? Fay dit que tous
les mixtes les plus legers ont plus
de terre que les plus pefans . Il me
femble que qui dit tout, parle en
general , puis que tout ne fait
aucune exclufion ; mais remarquez
encore quand il dit que je
prouve par ces exemples qu'il y a
des terres qui pour avoir des
principes bizarres & étendus ,forment
des efpaces plus grands que
nefont d'autres . Comment faut- il
avoir l'efprit fait , pour vouloir
que les principes des mixtesfoient
bizarres , puis que ces principes
font d'une fubftance pure , fim-
Hij
92 MERCURE
Se
ple , & fans aucun mélange ?
Et de tout cela il faut conclurre
, dit-il , que la terre eft
un corps pefant , froid & fec.
N'est- ce pas avoir bien étably .
une propofition,pour en tirer une
telle confequence ?
Confiderez encore combien il
Je trompe quand il dit que j'ay
mis en avant que la terre n'occupe
pas de place , & que je
fais bien voir que c'est ma penfée
, lors que je dis qu'il entre
autant d'eau dans un verre plein
de terre élementaire
eftoit vuide , ce qui eft contraire
, dit il , à la raifon & à l'ex-
> que
s'il
GALANT. 93
perience. Cependant il n'avan
ce ny raison , ny experience
pour détruire ma propofition ,
ny mon experience. Cela ne
m'empefchera pourtant pas de
luy enfeigner les moyens de
reduire la terre à fa fimplicité ,
& de tirer un fel fixe. Il faut
prendre des cendres , & en faire
une leffive , &aprés avoir osté
la leffive il faut mettre les cendres
dans un Creuset & lesfaire
calciner à blancheur , & enfuite
y jetter de l'eau bouillante
deffus pour achever d'extraire le
fel fixe , & remettre les mêmes
cendres dans un creufet , & les
94 MERCURE
faire tres- bien calciner.Cela étant
fait , ilfaut remplir un verre de
ces cendres calcinées , jetter
dans ce verre plein de cendres
autant d'eau qu'il en peut contenir
quand il n'y a rien dedans ,
& il verra que ce que j'avance
eft veritable. Eft- on bien fondé
à dire , qu'une chofe eft contraire
& à l'experience , & à la raifon
, quand on n'en a jamais fait
l'experience ? Pour avoir le fel,
il faut mêler les deux leſſives, &
les faire évaporer fur un petit
feu jusques à ficcité , & ce qui
refte au fond est le fel fixe .
Quant à lafeconde propofition
GALANT.
95
concernant l'élement de l'eau ,
lequel j'ay dit eftre un corps fimple
& homogene , humide , qui
fe congele par lefroid , indifferent
au chaud & au froid ,
mais que fa propre qualité eft
congelation , par les raifons qu'on
peut voir dans ma lettre , & cyaprés,
il prétend détruire mes raifons
, en difant que cela arrive à
l'air & à l'huile. Mais s'il connoiffoit
bien la nature de l'air
de l'huile , il fçauroit que ny
l'air ny l'huile fans mélange
d'eau, ne fe peuvent jamais congeler
, tant il eft vray de dire`
que la congelation appartientfeu96
MERCUKE
t
lement à l'eau, & il n'y a pas
de Philofophe qui ne demeure
d'accord qu'un element ne peut
eftre feparé de fa qualité effentielle.
Or fi l'humidité eftoit la
qualité effentielle de l'eau , elle
ne pourroit pas fe corporifier &
devenir compacte comme elle fait
dans les mixtes , ce qui fe voit
Journellement , partant l'humidité
n'eft pas la qualité effentielle
de l'eau , mais bien la corgelabilité
, qui en éft inſeparable,
& il n'y a aucun autre element
qui foit capable d'eftre congelé ;
de forte que cette aptitude à la
congelation
ne convient qu'à
l'eau
GALANT.
97
l'eau feule , toûjours comme
l'a+
estans fa proprieté ſpecifique, puis
qu'elle en exclut tous les autres
elemens , tout de mesme que
veuglement , exceptant toutes les
autres parties des animaux , entendfeulement
lesyeux. Et quant
à la definition qu'il donne à l'eau,
qui felon fon fens meſme convient
à l'huile auffi bien qu'à
l'eau , elle n'est qu'une pure chimere.
Sur la troisième propofition , où
jayfait voir que lefeu n'est pas
un element: qu'il n'entre pas dans
La compofition des mixtes
qu'au contraire il en est le de
Nov. 1691. I
98 MERCURE
structeur, il dit que mon raifonnement
là deffus est d'une extreme
foibleffe , & voicy ce qu'il
rapporte pour la verifier.
Tout le monde fçait que le
mouvement eft le principe de
generation , & qu'il eft par
confequent celuy de deftrution.
Cependant perfonne ne
s'avife de dire que le mouvement
ne concourt pas à la ge
neration , parce qu'il eft principe
de deftruction . Ne fçaiton
pas que tous les Elemens
tendent autant à leur union
qu'à leur defunion ? Il n'y a
pas plus de raifon de dire que
le feu foit un deftructeur que
GALANT.. 99
l'eau car dans les corps où elle
abonde elle les détruit . Ainfi
des autres Elemens ; fuivant
l'empire qu'ils ont les uns fur
les autres, ils fe bouleverfent &
détruifent l'union qui faifoit
le mixte, & par confequent ils
peuvent eftre dits deftructeurs
les uns à l'égard des autres.
De là il s'en uivroit que fe ..
lon ce Philofophe , il n'y ayroit
point d'elemens . Pour
luy expliquer le fentiment des
Auteurs fur la nature du feu ,
il eft bon de luy dire qu'il
n'ont pas entendu un feu actuel
, mais virtuel & en puif
I ij
100 MERCURE
fance. Ils ont même défini la
vie , la chaleur naturelle , ou
Thumide radical . Or qu'eft ce
que la chaleur fi ce n'eſt un
feu moderé , & quest ce que
cét humide fi ce n'eft une fubftance
fulphurée dans laquelle
le feu fe nourrit comme la
lumiere dans une lampe ? Il
eſt donc conſtant que le feu
entre dans la compofition du
mixte, puifque c'eſt luy qui
le met en mouvement , & qui
en fait toute l'action & c.
J'ay voulu , Monfieur , vous
rapporter mot à mot ce qu'il dit
fur lefeu , afin que vous connoif
GALANT Iai
fiez qu'il confond tellement la
nature du mouvement , de la
generation & du fex , que je
deffie tous les Philofophes de fçavoir
ce qu'il veut dire. Cependant
il pretend m'expliquer leur
Sentiment fur la nature du feu
élementaire
en me difant qu'ils
n'ont pas entendu un feu actuel ,
mais virtuel & en puissance. Il
vient de dire que les clemens.
tendent à leur union ; & comme
quoy s'unira le feu aux autres.
elemens qui compofent le mixte ,
file feu n'y est pas materiellement?
Peut- on dire que le feu
faffe une partie d'un mixte , s'il
I iij
102 MERCURE
n'entre pas materiellement dans
la compofition ? & comment concevoir
une qualité fans matiere ?
car fi fa qualité y eft , ilfaut de
toute neceffité qu'elle foit inherente
a quelque matiere , & par
confequent à l'un des trois autres
elemens , ce qui est ridicule .
Mais avez - vous remarqué
quand il dit ? Quelt - ce que la
chaleur fi ce n'eſt un feu moderé
? Ne croit- il pas par cette
façon de parler dire quelque chofe
digne d'admiration ? mais fi la
chaleurfans autre diftinction eft
unfeu moderé, que fera un grand
& un petit feu ?
GALANT. 103
que
le
Venons à fa definition qu'il
croit fans replique , parce qu'il
la tirée de Descartes , &faifons
luy voir qu'elle ne vaut pas.
mieux que le refte. Il dit
feu elementaire eft un amas de
Petits Globes homogènes & femblables
. Il a dit auparavant que
le feu estoit feulement virtuellement
dans le mixte , & non actuellement.
Comment un amas de
petits Globes entrera- t- il dans la
compofition du mixte fans yeftre
en effet , pourquoy lefoulphre
qui efttout inflammable produit-il
tant d'acidité dont les parties font
aigues ? Il devroit plutost produire
de petits Globes .
104 MERCURE
Il faut que je luy faffe voir
pourtant que je n'ay rien avan
cé , qui nefoit conforme à la raifon
à l'experience , & comme
il est difficile de deftruire des erreurs
confirmées par tant de fie
cles , je veux tâcher de me rendre
fort intelligible , afin que le
moindre des hommes foit capable
de juger de ce que je mets en
avant , &pour cet effetje veux
rapporter premierement le fentiment
general des Medecins &
des Philofophes , fur le nombre
des elemens , & la combination
de leurs qualitez , & enfuite je
feray voir s'ils ont la moindre
GALANT. 105
raifon pour appuyer leur fentiment.
Les Medecins & les Philo
fophes veulent qu'il y ait quatre
elemens ,fcavoir la terre , l'eau,
l'air & le feu , que le feu foit
avec les qualitez de chaleur intenfe
, & de ficcité remiſe , l'air
avec une humidité extreme
une chaleur temperée , l'eau avec
grande froideur & peu d'humi ,
dité , & la terre avec une tresforte
fechereffe & petite froideur,
Leur combination fait convenir
le feu avec la terre parfa fechereffe
, & avec l'air par ſå chaleur
; l'air avec l'eau parson hu106
MERCURE
midité
,& avec le feu par fa
chaleur ; l'eau avec la terre par
fafroideur avec l'air par
fon humidité , & finalement la
terre avec le feu parfa fechereffe
avec l'eau par fa froideur.
Mais , Monfieur, je vous prie de
me dire fi cela n'est pas une pure
chimere ,fur laquelle toutefois
l'Ecole a dreffé les fondemens
de fa doctrine , car nous ne pouvons
connoître la compofition
d'un mixte que par fa refolution
, & il n'y a que Dieu feul
qui en connoiffe la compofition
fans I refolution.
Nous feavons que la terre eft
GALANT. Jo7
au centre, & tient le milieu en
tre les élemens du vulgaire ; que
l'eau est alentour ) l'envelope
en beaucoup d'endroits , & que
l'air les environne
& les penetre
tous deux. Nous fçavons auffi
que s'il y avoit un élement de
feu , il ' feroit placé entre le convexe
de l'air & le convexe du
Ciel de la Lune ; mais comme
perfonne ne peut démontrer cela,
je ne trouve rien de plus inutile
que d'aller chercher des raifons
& des autoritez où lesfens doivent
eftre les veritables Fuges.
Les mixtes font des compofez ,
dont toutes les partics font mate108
MERCURE
rielles , partant fujettes à nos
fens, & nous pouvons dire que
s'il y aa uunn feu élementaire , il
nous environne de tous cofteZ.
Cela eftant , puis qu'il ferou exceffivement
chaud, il nous échaufferoit
en tout temps en tous
lieux, toujours également ; car
le commerce ordinaire qui fe feroit
de celuy qui viendroit icybas
compofer les mixtes , & de
csluy qui retourneroit en haut
par leur refolution , échaufferois
extremement l'air. D'ailleurs , qui
obligeroit ce feu de defcendre contre
fa propre nature ? Mais comme
tout cela n'arrive pas nous
>
GALANT. 109
pouvons conclurre que ce feu élementaire
reconnu par les Anciens ,
n'eft qu'une vifion , car s'il y en
avoit un , il y auroit longtemps
qu'il auroit embrasé toute la nature.
Quelqu'un pourra demander.
d'où vient le feu domestique , la
chaleur que nousfentons interieu
rement , & celle qui échauffe nofre
climat , puis qu'il n'y a pas
de feu elementaire ? Je répons
que ces trois feux n'ont rien de
femblable avec ce pretendu feu
elementaire , car comme ils veulent
que ce presendu feu foirfec,
il ne convient pas à noftre feu
domestique qui eft humide , ce
110 4
MERCURE
qu'on peut verifier par la diftil
lation , parce que tout ce qui peut
diftiller goutte à goutte , est toujours
appellé humide ,foit aqueux
ou huileux . Il est bien vray qu'il
s'allume comme eftant un accident
inherent en une matiere combustible
, ou bien l'effet de l'inflammabilité
, c'est à dire , la proprieté
fpecifique du foulphre ,
fans laquelle la vie de l'homme
feroit tres - miferable , puis qu'il
feroit privé de tous les arts , &
des chofes neceffaires à la vie &
à la focieté humaine , mais Dieu
l'a créé pour la neceffité des home
mes avec trois proprietez , fçaGALANT.
III
brû. voir de luire , échauffer ,
ler. Mr Batonneau doit fçavoir.
4que fi le feu elementaire est un
amas de petits globes , comme il
dit, & que cet amas de petits
globes entre dans la compofition
du mixte , il faut de toute necef
fité que par la diftillation il forte
le premier , comme eftant le plus
fubtilerle plus unctif. Cependant
1
il arrive le contraire , comme l'on
voit par experience , car l'eau
monte la premiere , aprés &
l'huile qui est la fubftance combustible
, c'est à dire le feu domefique
, lequel n'eft point actifs &
ne s'allume que par artifice , &
112 MERCURE
de
eft toujours attaché à quelque matiere.
Il revient à rien auffi toft
que fa nourriture luy manque ,
fe multiplie à l'infiny en peu
temps ; puis en un inftant il s'évanouit.
La plupart de ceux qui
s'eftiment grands Docteurs s'imaginent
que la flame de noftre
feu domeftique monte en la region
de leur feu elementaire , mais il
n'en eft pas de mefme des veritables
Sçavans qui confiderent à
fond la nature des chofes , car ils
ont bien connu par experience que
cette flame s'arrefte le long de la
cheminée , y fait une matiere
qui s'appelle fuye, laquelle eſtant
1
GALANT
.
113
ramaßée , puis diftillée , produit
une huile qui brûle comme les
autres , fe
reconvertit en fuye
comme
auparavant , & partant
la flame ne monte pas juſques à
la Sphere du feu , comme ces Do-
Eteurs le
croyent
.
A
l'égard du feu de
nature,
qui eft inherent en nous , dont
noftre Docteur m'a voulu donner
quelque
connoiffance, il est appel .

chaleur
naturelle ,
parce que
cette
chaleur a fon
origine de
la nature . Nous
l'avons de pere
en fils par
propagation , & c'eſt
proprement la vie de chaque individu.
Nov, 1691.
K
114 MERCURE
Quant au feu , ou chaleur qui
échauffe toutes les chofes du monde
, je dis qu'il procede du Soleil
comme de fon principe, & il n'eft
pas fort difficile de le verifier par
des preuves évidentes , puis que
c'est aux lieux oùfes rayonsfont
perpendiculaires que leur operation
eft plus forte & plus vigoureuſe
, à cause de la reverberation
qui s'en fait contre la furface
de la terre. Il ne faut pas
pourtant confiderer ces rays
comme une chaleur devorante on
détruifante , mais toute vivifiante
, deftinée pour exciter le feu
de naturefon proche parent , &
GALANT.
115
pour conferver l'eftre, c'est à dire,
cette chaleur naturelle de tout ce
qui a vie.
Jeferois trop longfi j'entrepre
nois de vous parler de quelle maniere
cette chaleur aftrale agit &
fe joint à la chaleur fixe › interne,
inherente e individuelle à
chaque fujet , afin de l'exciter
ou fortifier. Je me contenteray de
vous rapporter les trois operation's
qu'on remarque à ce flambeau.
celefte , lesquelles font abfolument
neceffaires à toutes les parties
du Monde ; fçavoir l'influence
pour éveiller & augmenter
les qualitez ou vertus
Kij
116 MERCURE
des mixtes ; fa lumiere pour l'u
fage de l'homme de tous les
animaux. La troifiéme eft la
chaleur qui opere inégalement fe
lon la rectitude de fes rayons s
plus ou moins perpendiculaires ,
d'où procedent les diverfitez des
Climats , & de toutes les differentes
Saifons.
Quatrièmement, j'ay dit
l'air n'estoit pas un Element, &
il me femble l'avoir affez prouvé
par ce que j'ay avancé fur la
réfolution des mixtes . Il eft conftant
que les découvertes qu'on
pretend faire par autre voye que
par la Chimie , tiennent plûtoft
que
GALANT: 17
1
de la fantaisie que de la certitude.
Il eſt impoſſible de fçavoir la compofition
des mixtes que par la
refolution , & celle- cy ne peus,
faire paroistre les principes &
les parties integrantes à nos fens ,
que par le moyen dufeu . Or eft
il qu'on ne trouve point d'air ,
non plus que de feu , par la refor
lution dans quelque matiere que
te foit; d'où fans doute l'on peut
conclurre qu'il n'y en a point.
Mais examinons un peu les qualitez
que l'on attribue à l'air, qui
font la chaleur l'humidité,
mais la chaleur moindre
que
du feu , & l'humidité plus grancelle
118 MERCURE
de
que
celle de l'eau.
Si l'air eftoit chaud de fa nature
, nous ne pourrions durer aux
lieux où les rayons du Soleil
l'echauffent encore , & il feroit
impoffible que la greflefe formaſt
durant les plus fortes chaleurs de
l'Efté. L'eau ne glaceroit jamais
fi l'air eftoit plus chaud qu'elle,
il eft entierement important
pour noftre fanté que l'air ne foit
pas chaud , afin qu'il ferve à rafraifchir
nos efprits , à les entretenir
dans une espece de con.
denfation , afin qu'ils ne fe diffipent
pas comme ils feroient autrement.
GALANT. 119
J
que
C'est bien encore un plus grand
aveuglement de croire l'air plus
humide que l'eau , nonobftant
l'experience qui fait voir le contraire
tous les jours, car cela étant,
il faudra avouer que les oifeaux
nagent mieux que les poiffons ,
les animaux pourroient Se
paffer de boire ,& que les Blanchiffeufes
auroient tort de tirer
leurs linges de l'eau pour lesfecher
à l'air. N'eft- il pas conftant
que tout ce qui humecte davandoit
estre eftimé plus humide
que ce qui humecte le moins ?
Il est certain , & perfonne n'en
fçauroit difconvenir , que
tage
l'eau
120 MERCURE
que
nos
humecte & moüille fans comparaifon
plus que l'air , & fi ces
Docteurs faifoient tant foit peu
reflexionfur ce que je viens de dire
fur les feux d'artifice › ils
reconnoitroient fans doute leur erreur,
car ils verroient bien
fufées ne monteroient pas fi haut
estant allumées . En effet , tous
les artifices à feu ne ferviroient à
rien , parce que la poudre ne s'al
lumeroit pas dans l'humide ,
l'on n'auroit pas trouvé l'invention
de ruiner & brûler les Villes,
de les attaquer du cofté du
des Bombes & des Car- Ciel
par
caffes. Il faudroit mefme demeu
rer
GALANT. 121
rer d'accord que noftre feu domeftique
n'auroit nulle utilité . Fe
pourrois vous apporter differens
exemples fur cela , mais il me
femble que j'ay donné des raisons
plus que fuffifantes pour faire
voir que l'air n'est pas un element
qui entre dans la compofition
du mixte , & qu'il n'est pas
plus humide que
l'eau . Je fuis
mefme tres- certain qu'il ne peut
eftre humecté que par les
d'icy bas.
vapeurs
Venons à la définition que nôtre
Docteur donne à l'air. Il dit
l'air eft un amas de demi- ande
parties branchuës
que
neaux
Nov. 1691.
L
122 MERCURE
tres petites & tres pliantes . Or
felon la définition , l'air qui eft
la fubftance la plus fubtile , la
plus penetrante la plus tranf
parente qu'on puiffe s'imaginer,
aura la figure la moins penetrante
la plus embarraſſante.de
toutes , une partie de l'air qui
fera un
un demi- anneau ne fera pas
air , parce que pour eftre air felon
ja definition , il faut que ce
foit
un amas de demi - anneaux ,
de forte que chaque partie d'air
en particulier qui n'est qu'un fim .
demi-anneau , ne fera pas air,
parce qu'il ne conftitue pas un amas
, ce qui eft ridicule , outre
ple
GALANT. 123
que la figure de ces parties est entierement
contraire à la tranſparence
de l'air. Voyons s'il aura
mieux reuffi à l'égard des autres
principes.
ment
م و ي
Il dit que le fel eftant un eleprincipe
du mixte , doit
eftrefimple & homogene comme
jay avancé. Cependant c'est un
compofe , dit- il , il rapporte
pour exemple , le fel effentiel ,
difant qu'il eft compofe d'acide
& d'alkalı. Voyez , monsieur .
quel Philofophe. Il prend le fel
effentiel , qui eft la partie tartareufe
d'un mixte dans laquelle
font les cinq principes ( comme
Lij
124 MERCURE
l'on peut verifier par la distillation)
pour le veritable fel principe
des mixtes. S'il eftoit veritable
Appotiquaire , il fçauroit la
difference des fels , & ne prendroit
pas un composé pour un
fimple . Il vaudroit mieux qu'il
s'appliquaft à bien apprendre fon
eftier , que de vouloir faire le
Philofophe , car s'ilne (çait pas
mieux la compofition des mixtes
qu'il en parle , fes Malades ne
font pas en trop bonne main à
raifon du qui pro quo qu'il peut
faire, qui est fouvent affez
dangereux.
Je ne voy pas fur quoy il peut
GALANT. 125
dire , qu'aprés la comparaifon
que j'ay faite du pain moifi avec
les divers excremens qui accompagnent
la maſſe dufang, je me
dedis de ce que i'ay avancé concernant
la chaleur du fang d'un
hommefain & d'un malade , par
la demonftration que i'en ay faite
fur deux Globes , comme fi la
comparaifon de ces deux Globes
avoit quelque relation avec celle
du pain moifi : il pretend que
fon autorité fuffit pour detruire
mon hypotefe , en difant que
i'avance ne peut pas eftre.
Croit-il pouvoir renverser mon
experience par un fimple verbiaque
се
Liij
126 MERCURE
gec qui eftfort ambigu ? Il re
nous fait pasparoiftre plus de force
de genie , en difant que le fang
ne doit pas eftre amer quand la
Bile y predomine , ce qu'il pretend
verifierfufifamment par l'exemple
qu'il donne de l'efprit de
Vitriol meflé avec un fel a kali.
Il dit que cet acide devient doux
par ce meflange & que la Bile
s'adoucit auffi par le meflange du
fang. En bonne foy, est - ce ainfi
que les habiles Apotiquaires raifonnent?
Vous fçavez , je croy,
Monfieur
, que lors qu'ils font le
tartre vitriole , ils meflent autant
de fel de tartre , qui eft un puifGALANT.
127
&
fant alkali , qu'il en faut pour
emouffer l'acide de l'efprit de Vi
triol, par là , ils font un fel
neutre qui participe des deux natures
,fçavoir d'acide & d'alkali
, fans que l'un predomine fur
l'autre , de forte que dans cet
eftat , il doit cftre comparé à la
maffe du fang, où aucune bile ne
predomine. Mais fi l'on met de
l'esprit de vitriol en telle quantité
qu'il predomine fur le fel de
tartre , l'acidité predominante de
Pefprit de vitriolfe manifeftera ,
& pour lors on pourra dire avec
certitude
que le fel que j'ay appellé
neutre eft un fel acide , pre-
Liiij
128 MERCURE
parnantfa
denomination de la
tie acide predominante . De même
l'on peut fouftenir avec raifon
, que fi la bile predomine dans
la maffe du fang en lafievre tierce
, comme difent les Medecins ,
ce fang doit eftre amer à raiſon
de la bile amere qui y predomine,
& il mefemble que ce n'est pas
eftre bien raifonable d'avouer que
dans un fang qui eft doux , la bile
amere y predomine . Si quelqu'un
fe plaignoit contre un Cui-
Jinier , difant qu'il a mis trop de
poivre dans un ragouft , & que
le Cuifinier répondift qu'il n'y a
perfonne , à moins que d'avoir
GALANT. 129

gout depravé , qui puiſſe remarquer
ny l'odeur , ny l'acreté du
poivre dans fon ragouft , & que
celuy qui fe plaindroit avouaft
que le ragoust est doux , & qu'il
n'yfent ny l'odeur ny l'acreté du
poivre , & que nonobßant tout
cela il luyfouftinft que le poivre
predomine dans fon ragoust , ne
prendricz-vous pas cet homme - là
pour un Vifionnaire ? Jugez par
là , Monfieur, de ceux qui veulent
que la bile qui eft amere predomine
dans le fang, nonobstant
qu'ils l'avoient eftre doux.
Quant au dernier article où
jay dit que fi un Medecin qui
-130 MERCURE
eft appellé au commencement de la
maladie, ne guerit pas le malade
dans le terme de huit jours , c'est
qu'il ne connoiftpas la nature de
la maladie , ou le remede qui lui
eft convenable , noftre Appotiquaire
veut que j'aye dit , que le
Medecin qui ne guerit pas dans
huit jours un Malade , ne connoist
ny la maladie ny le remede
convenable , ce qui eft contraire à
ma propofition qui porte en termes
affez clairs que le Medecin qui
ne guerit pasle malade dans huit
jours , eftant appellé au commencement
de la maladie , ne connoift
la nature de la maladie , ou
pas
GALANT. 131
à
quoy
silla connoift , il ne connoist pas
ou n'employe pas le remede convenable
, là deffus il fait un
denombrement des maladies , fçavoir
le Polipe , les Efcrouelles ,
le Cancer , la maladie galante
il ajoute la fracture des
os , comme filafolution de continuité
faite par caufe externe ,
eftoit fous le genre de maladie ,
& l'on reconnoift parfaitement
, dit- il , que ces maladies
ne font jamais gueries , &
que celles qui font gueriffables
ne le peuvent pas eftre
dans le temps de huit jours.
Remarquez s'il vous plaift ;

132 MERCURE
que
Monfieur , qu'il ne fait mention
des matieres qui regardent felon
l'ordinaire directement la
Chirurgie , croyant fans doute
que ces matieres feront au- de -lå
de la portée de ma connoiſſance ;
mais il fe trompe , car un veritable
Medecin doit connoiftre
matiere chirurgicale ,• non feule
ment auſſi bien qu'un Chirurgien,
mais encore mieux , parce qu'outre
les parties du corps qu'il doit
connoiftre parfaitement , il doit
avoir une parfaite connoiffance
des humeurs des efprits qui
font portez en ces parties, en ver
tu defquels elles font toutes leurs
GALANT. 133
fonctions
l'ions
, la feule operation
de la main executée par ordre du
Medecin eft le veritable partage
du Chirurgien , de forte que l'on
peut dire avec verité ,› que
gnorance des Medecins fait l'elevation
des Chirurgiens au grand
mépris de la Medecine. Reprenons
noftre matiere , difons que
comme les Polipes & les Efcronelles
tiennent de la nature du Cancer
, nous parlerons un peu de ce
dernier comme de l'un des plus
pernicieux de tous les maux , &
nous ferons voir qu'ilfe peut guerir
dans huit jours , conformement
ànoftre propofition , & par
134 MERCURE
.
confequent les autres qui font
moindres feront bien gueris dans
le mefme temps.
Le Cancer est une tumeur faite
par un excrement falin & acide,
qui fe décharge pour l'ordinaire
dans les mammelles aux Femmes,
aux hommes entre deux épaules
& au vifage. Cette tumeur ,
qui dans fon principe peut- eftre
détruite dans huit jours , prend
des racines tres- difficiles à emporter
, par la negligence de ceux
qui en font atteints , ou par l'ignorance
de ceux qui commencent
à la traiter dans fon principe.
On voit des Cancers pro#
135
GALANT.
ment
on ne
duits par des tumeurs feyrrbeufes,
parce que l'excrement falin
vient quelquefois à s'augmenter
& à prendre le deffus fur l'excrephlegmatique
ou mercuriel,
qui produit un fcyrrhe indolent,
par fon acreté & corrofiveté
produit le Cancer , lequel
manque pas d'irriter par l'appli
cation des remedes , faute d'en
connoiftre la nature .
Je vais vous entretenir feule
ment du Cancer . qui n'eft pas
la fuite d'un fayrthe , parce que
celui - cy n'arrive que par la feule
ignorance de celui qui a traité le
malade au commencement de la
136 MERCURE
tumeur fcyrrheufe . L'autre commence
à paroistre de la groffeur
d'une lentille, & s'augmente
journellement , faute d'y appor
ter le remede convenable , & je
ne vois rien de plus ridicule à
des gens , que de fe mefler de
traiter des Cancers manifeftes ,
c'est à dire , ulcerez , eux qui ne
Sçavent pas guerir un Cancer
occulte. N'est- ce pas pour eux
une temerité de croire pouvoir
guerir un Cancer , lors
.
que
l'hu.
meur acide corrofive qui le
produit a pris l'empire fur les ef
prits , c'est à dire , qui habitent
la partie où elle eft adherente ,
puis qu'ils ne fçavent pas refifter
GALANT. 137
au mal , lors que les efprits font
encore dans leur entiere vigueur?
Car dés
que les efprits commencent
à eftre furmontez
humeur acide
cette
corrofive fe
multiplie , de mefme que le fel
tartareux acide du vin, ayant
pris le deffus fur les efprits qui
font toute la force & la bonté
de cette liqueur , convertit
infenfiblement le vin en vinaigre.
Que fi un Marchand de vin
ne fçait pas l'accommoder lors
qu'il commence à aigrir ,
pêcher qu'il ne devienne entierement
vinaigre, comment fera- t - il
capable de reduire le vinaigre
Nov. 1691. M
em138
MERCURE
en vin ? Pour guerir le Cancer
dans fa naiffance il en faut connoistre
parfaitement la nature ,
y apporter le remede convenable
; & comme il y a fort peu
de gens qui s'étudient à connoiftre
parfaitement les chofes , il ne
faut pas s'étonner s'il y a tant
de maladies qui paſſent pour incurables.
Les Medecins moder
nes & les Chimißtes vulgaires ne
manqueront pas de me dire , qu'il
n'y a autre chofe à faire qu'à fe
fervir des alkalis , pour abſorber
corriger l'acidité corrofive de
l'humenr qui produit le Cancer.
N'est- ce pas me diront- ils , fuiGALANT
139
vre la veritable methode ? Je
voudrois leur demander qu'est- ce
qu'ils entendent par veritable
methode. Pour moy , je ne puis
comprendre qu'un Artifan travaille
methodiquement à fon Ouvrage,
lors qu'il n'en peut pas
venir à bout . Ils me répondront
qu'ils travaillent conformement à
la raison , & àl'experience qu'-
ils ont des effets que produifent
les alkalis fur les acides ; mais
ont- ils remarquéfi l'usage de ces
remedes a confirmé leur raifon
par la guerifon qui s'en eft fuivie
? Ils n'ont jamais gueri un
Cancer par cette methode , ils
Mij
140 MERCURE
que
pretendent le traiter methodiquement,
conformement à laraifon
& à l'experience .Je veux pourtant
malgré leur vain raiſonnement
faire voir
leur raiſon
les trompe , & qu'ils connoiffent
fi peu l'action & reaction des
diverfes fubftances, qu'il ne faut
pas s'étonner s'ils ne font pas capables
de juger équitablement des
effets qui s'en enfuivent. Il fuffit
qu'une chofe foit à la mode pour
la voir fuivie de tout le monde.
On n'entend parler à prefent que
d'acide d'Alkali , la plufpart
de ceux qui en parlent , en
ignorant la nature , je vais leur
GALANT. 141
faire connoifre que les Alkalis
ne font pas les veritables remedes
pour la guerifon du Cancer.
Comme on ne peut faire mieux
comprendre les chofes dont on parle
, qui ne font pas foumises à
nos fens , que par la demonftration
de celles qui leur font analogues
, & qui paroiffent naturelle
ment à nos yeux , je feray voir
premierement les mauvais effets
des alkalis employez pour adoucir
corriger l'acidité d'un vin
qui commence à aigrir , afin de les
conduire par cet exemple à la
connoiffance des divers effets des
alcalis. Prenez le poids d'un écu
-
142 MERCURE
d'or de fel de tartre , & le mettez
dans un grand verre plein de
vin qui commence à aigrir , &
vous verrez que ce fel de tartre
agiffant contre l'aciditéſpiritueufe
& vineufe , auffis - bien que
contre l'acidité tartareufe du vin,
qui en produit l'aigreur , les
abforbe & détruit toutes deux
également , & rend le vin infipide
, de vilaine couleur , &
n'ayant aucunement le gouft du
vin , au lieu que fi l'on jette
quelque peu de veritable efprit de
vin , dans pareille quantité de
vin de la mefme qualité , l'on
verra que l'acidité tartareuſe feGALANT
. 143
ra détruite , & l'acidité vineufe
Spiritueufe prendra le deffus ,
eftant multipliée par cet efprit ,
& le vin perdra l'aigreur , &
aura un tres- bon gouſt , comme
auparavant , & confervera fa
mefme couleur.
la
Tout le monde eft convaincu
que le vin devient aigre par
feule évaporation de quelque petite
partie des efprits ; mais il y
a fort peu de gens qui fçachent
la quantité d'efprits que contient
le vin. Je vais vous rapporter
l'experience que j'en ay faite par
la voye la plus courte .
Fay pris une livre d'eſprit de
144 MERCURE
vin le plus rectifié qu'on puiſſe
avoir, & quifelon la preuve ordinaire
, enflame la poudre. Je
l'ay mis dans un vaiffeau que
jay fait faire exprés , & jay
retiré de cet efprit de vin huit
onces d'eau , auffi douce & infipide
que
l'eau de riviere. Fay
creu après cela que par un vaiffeau
fait d'une autre maniere j'en
pourrois tirer davantage . Fay
en mefme temps fait faire le vaiffeau
comme je l'avois conçeu.
Fay mis une livre d'efprit de vin
de la même nature que le premier
dans ce vaiffeau , en
retiré douze onces d'eau clai- ay
re
GALANT. 145
infipide comme la
je ne doute nullere
douce ,
premiere ,
ment que fije voulois pourfuivre
mon experience , je ne tiraße plus
de quinze onces d'eau auffi douce
infipide que celle de riviere
d'une livre d'efprit de vin .
Aprés avoir fait cette experience
,j'ay voulu voir fi l'efprit
de vin feroit capable , par le fimple
mêlange d'une fubftance , de
s'endurcir & lapidifier fans perdre
fa vertu . Je l'ay mêlé avec
fimple matiere , que j'ay prea-
·lablement mife en poudre, & jay
mis ce mélange dans un vaiffeau
fur un petitfeu, & dans vingt-
Nov. 1691,
N
146 MERCURE
quatre heures ou environ , il s'eft
converti en une maffe auffi dure
qu'une pierre , laquelle j'ay gar
dée quelque temps , & enfuite je
l'ay écrasée avec un marteau ,
concaffée groffierement , après
quoy je l'ay mife dans un alembic
, & jay jetté dedans , un
verre d'eau de riviere
la distillation j'en ay retiré un
bon verre d'Eau de vie , auffi
bonne & auffi forte , que celle
qu'on vend communement . Je
fçay bien que les ignorans & les
medifans diront , que ce que j'avance
est un paradoxe , mais
pour leur fermer la bouche & les
> &
par
GALANT. 147
e
es
n
M
rendre fans replique , j'offre d'en
venir à l'experience à condition
que ceux qui voudront foûtenir
le contraire configneront en main
tierce une fomme d'argent . J'en
configneray une pareille , & leur
feray voir à leurs dépens que ie
n'avance rien que ie ne feache
par experience , & que ie ne fois
en estat de faire voir.
Je vous ay rapporté ces experiences
, Monfieur pour vous
donner une idée du remede propre
pour la guerifon du Cancer ,
&faire voir que les Remedes
preparez philofophiquement,pcu-
・vent operer en petite quanti-

Nij
148 MERCURE
)
té, par une action fort benigne
remettre la nature au deffus
de ce qui eft preft de l'accabler.
Or ily a deux chofes à executer
pour la guerifon du Cancer. La
premiere de corriger la maffe du
fangde cet excrement ſalin +
acide qui l'accompagne , afin que
le fang ne fourniffe plus d'exèrement
à la tumeur , & mettrefur
la tumeur une matiere dont l'activité
la vertu puiffent degager
les efprits de la puiſſance
de l'humeur qui produit la tumeur,
& les mettre en estat de
a
evaporer pouvoir deftruire
cette humeur. Quefi dans un inGALANT.
149
ftant on peut deftruire l'aigreur
du vin, & le rendre agreable à
boire, en multipliant l'efprit qui
commence à eftrefoumis à l'acidité
tartareufe , pourquoy par un
efprit ou humide radical convenable
à nos efprits , ne deftruirat-
on pas dans huit jours une humeur
excrementeuse qui fait le
Cancer , estant dans fon commencement
enfort petite quantité
? Vous me demanderez peutestre
d'où vient qu'un Cancer
caufe defigrandes douleurs &
eft fi difficile à guerir lors qu'il
eft ulceré. Vous devez fçavoir
que l'airqui nous penetre conti
2
Niij
150 MERCURE
و
sce
mais
nuellement , reçoit une modifica
tion par les pores de la peaus ce
qui fait que fon action ne nous
eft fenfible aucunement
quand il n'a pas des pores à pènetrer
, il entre avec les parties les
plus groffieres qui l'accompagnent,
aufque lles l'entrée eftoit interdite
par la peau, & comme ces parties
font nitreufes , fe joignant
continuellement àl'acidité corrofive
du Cancer , elles livrent un
continuel combat aux efprits ,
d'où procede eette cruelle douleur,
& àl'egard de la difficulté qu'il
y a pour leguerir , c'est que cette
humeur acide corrofive ayant
GALANT ISI
fa
pris le deffus fur les efprits qui
habitent en la partie affligée ,
elle y maiftrife & convertit en
propre nature tout l'aliment qui
y eft porté pour la nutrition de
cette partie de même que lors que
dans un tonneau plein de vin la
partie faline & tartareufe a pris
le deffus , & qu'elle a changé le
vin en vinaigre , elle eft capable
de convertir chaque jour autant
de meilleur vin en vinaigre qu'il
faut pour la dépenfe de la plus
groffe famille , & continuer jufqu'à
l'infiny. Mais comme je
fuis convaincu par experience
que la vertu des mixtes fe peut
enn
Niiij
152 MERCURE
tellement concentrer qu'un feul
grain de matiere reduite en cet
eftat , produira plus d'effet , que
cent livres d'autre , je fçay auffi
que l'acide le plus fort & le plus
corrofifquipeut s'engendrer dans
le corps humain , peut eſtre adouci
par une tres - petite quantité de
matiere.
Je voudrois bien vous pouvoir
entretenir fur la maladie que nôtre
Appotiquaire appelle Galantemais
comme le feul nom de cette
maladie choque les oreilles les
moins chaftes, ce n'eft pas une matiere
dont je croy qu'il foit àpropos
de parler icy. Je vous diray
GALANT. 153
feulement en paffant , que fi cette
maladie eftoit bien traitée dans
commencement , lors le
que
les
·premiers accidents paroiffent ,jamais
elle ne feroit aucun progrés.
Je vous en parle par experience ,
vous affeurant qu'il n'y a aucun
des maux qui la precedent que je
n'emporte facilement en huit
jours, pourveu que je les aye en
main au commencement.
Mais je vous prie de confiderer
lepretexte qu'a pris monCritique ,
pour entrer en matiere. Il a voulu
s'eriger en Docteur , & parler de
l'Epilepfie ; & pour toute doctrines
il a dit que le remede specifi154
MERCURE
que
que, c'est- à- dire proprement celuy
qui a la vertu de guerir cette
maladie, eft le meilleur . Aprés cela
, pour tomberfur mon chapitre,
il a commencé par les Chimiftes
quife vantent d'avoir l'or potable
, & il a dit leur or n'est
qu'un Sophistique , eftant preparé
avec l'eprit defel ; mais s'il eftoit
grand Philofophe , ilfçauroit que
efprit de fel dont fe fervent les
Philofophes pour leur diffolution,
eft bien different de l'efprit
de feldont il parle. J'ay tâché de
luy repondre fans faire paroiftre
aucune marque de reffentiment ,
quoy qu'il m'en ait donné affez
GALANT . 155
de fujet , m'ayant compris dans
la cathegorie des Charlatans ,
fans m'avoir jamais ny veu ny
connu , qui graces à Dieu ne
convient en aucune forte à mon
genie. Il y a beaucoup de chofes
qu'on peut dire en general , mais
je fçai qu'il n'est jamais permis de
choquer persone en particuliere
fi quelque Medecin ou Philofophe
me faifoit l'honneur de me faire
des objections avec la moderation
que gardent toujours les honneftes
gensil eft aisé de connoistre quel-
Le feroit ma reponse , puifque ie
garde tant de mesures d'honneftete
avec un homme qui ne m'y
oblige pas .Jefuis , Monfieur.
156 MERCURE
La Médaille que vous trou
verez gravée icy , a efté frappée
à l'occafion du mariage
du Prince de Neubourg avec
la Princeffe de Tofcane . D'un
cofté font les Armes de Florence
entre celles de Baviere
& de Neubourg , avec des
cornes d'abondance , & ces
paroles , Sic undique floret . On
voit de l'autre le Grand Duc
affis , tenant en main le bafton
de commandement , &
faifant la reveuë de fes Troupes
au bord de la mer , où
paroiffent les Vaiffeaux & les
Galeres qu'il envoyoit au fe
FIDET
TRIUMPHIS
)
SIC
P.H.M.
VNDIQUE
FLORET

GALANT.
197
cours des Venitiens contre les
י
Turcs . On y lit ces mots ,
Fidei triumphus; & il y a dans
le rond de la Medaille . Magno
Etruria Principi , Italicæ ac
Germanica felicitatis Fautori. »
Les Pays- bas font fi connus,
& le grand nombre de Cartes
qui ont paru fur ce ſujet ſemble
avoir tellement épuifé la
matiere , qu'on ne puiffe rien
faire de nouveau. Neanmoins
les Curieux de Geographic
trouveront des nouveautez
dans la Carte que vient de
donner le S' de Fer . Elle eſt
de deux grandes feuilles.
158 MERCURE
L'Occidentale contient les
Pays-bas appellez Catholiques
, & dans l'Orientale fe
trouve le Bas-Rhin , avec les
Etats fituez deffus & aux environs
de cette fameufe Riviere
Son étendue au Midy
eft de Paris à Strasbourg ;
& au Septentrion , de Calais
à Munster avec toutes les
grandes Routes marquées
d'une ligne , & les Batailles ,
par un Sabre , & la datte qu'-
elles ont efté données ; & afin
d'avoir plus de facilité à trouver
tous les lieux qu'on fouhaite
dans cette Carte, l'Auteur
·
GALANT. 159
a fait uneTable Alphabetique
qui contient un petit volume
in quarto , par laquelle on
trouve en un moment les
lieux que l'on cherche , avec
les longitudes & latitudes de
chaque Ville . Il donnera dans
le mois de Janvier prochain ,
un Plan tres- exact de la Ville
de Paris , telle qu'elle eft aujourd
huy , & une Carte fort
particuliere du Comté de Nice
& du Marquifat de Saluces.
Je vous ay fouvent parlé de
fes Ouvrages. Le grand nom-
'bre qu'il en donne au Public ,
eft une marque de la bonté
de tout ce qui vient de luy.
160 MERCURE
Auffi n'épargne-t- il rien pour
ce qu'il veut entreprendre ;
& fa dépenfe rendant les Cartes
qu'il debite , & meilleures,
& plus agréables , fait en
mefme temps honneur à la
France. On les trouve à la
Sphere Royale , fur le Quay
de l'Horloge du Palais
L'Ouvrage qui fuit eftant
du temps , ne vous peut fournir
qu'une lecture agreable.
Il eft de M' de la Granche ,
Avocat au Parlement , de
l'Academic Royale de Nifmes
.
GALANT. 161
S5E555E255 2 252522
LA
CONSPIRATION
des Planetes , & de la Comete
contre le Soleil .
HISTOIRE
ALLEGORIQUE .
Do
Ubel Aftre dujour la lumiere
feconde
Defes rayons éclairoit tout le monde,
Et chaque Peuple avec ardeur
S'empreffoit à l'envi fur la terre &
Sur l'onde ,
De rendre hommage àfa Grandenr.
Les Planetes feditieuses ,
De l'éclat de leur Chef devinrent envienfes,
Novemb. 1691 .
162 MERCURE
Et pour luy dérober l'honneur de tant
de voeux ,
Formérent le deffein d'affembler tous
leurs feux.
2
Déja plus d'une fois cette cruelle
guerre
Avoit troublé le repos de la terre ,
Mais à la gloire du Soleil,
Quifut autant de fois brifer comme
le verre
Ce fragile & foible appareil.
La Troupe factieuse en conçut de l'om
brage ,
Elle implora lefecours des Enfers
Et pour mieux exciter leur rage
Leurfit voir qu'avec l'Univers
Pluton feroit réduit auxfers
S'il ne prévenoit cet orage.
28
Soudain les Habitans de ces fombres
Manoirs
GALANT. 163
Où le Soleil a caufé tant d'alarmes ,
Courant avidement aux armes ,
Méditent contre luy les crimes les plus
noirs.
La Difcorde à l'inftant députe des
Furies
Vers differentes Nations ,
Miniftres de fes paffions ,
Et du flambeau du jour mortelles ennemies
,
Pour les unir dans l'injufte attentat
D'en diffiper,ou d'en ternir l'éclat.
Afin d'y réüffir , voicy de quelle intrigue
Ufa l'audacieufe Ligue.'
S
Prés d'un Marais fangeux certaine
Exhalaifon
Brilloit d'une fausse lumière ,
Et s'élevant fur l'horifon
D'une contenance affezfière,
O ij
164 MERCURE
Se promettoit à l'abri des vapeurs
Qu'elle emprunta de cette Grenowilliere
>
·De
parer du Soleil les trop vives ardeurs
,
Mefme engageant chaque Planete
A luy faire part de fes feux ,
Elle afpiroit à devenir Comete ;
Le fuccés répondit quelque temps à fes
vaux.
S
Aprés avoir trouvé Bellonne
Prête à favorifer fa vaine ambition
,
Elle ufurpa des Airs la haute region,
Et remplit l'Univers que fon audace
étonne
De trouble & de confufion .
Ce defordre obligea nos Etoiles errantes
Pour fe fignaler à leur tour
GALANT. 165
De s'éloigner de leur fejour,
Et pour leurs dignitez dés lors indifferentes
,
Onles vitfaire en corps une honteuse
Cour
A ceSpectre nouveau,dont les clartex
mourantes
Se diffipoient devant l' Aftre du jour.
S
>
Dieux ! euft-on crû que des Efprits
Celeftes ,
En qui tout doit paroître grand ,
Euffent conçu des deffeinsfifuncftes
Etficontraires à leur rang?
Mais les mouvemens de l'envie
Aveuglent les efprits jaloux ,
Et Pardeur de fervir un injufte couroux
,
Leur tient lieu bien souvent duplaifir
le plus doux
Aquil'honneurfe facrific.
166 MERCURE

Elles s'offrirent donc d'un zele turbulent
D'eftre les fidelles miniftres
De ce Meteore infolent ,
Qui prefageoit déja mille accidens
finiftres
Et qui vouloit difputer au Soleil
La gloire d'eftre fans pareil;
Mais à peine fur les Complices
Cet Aftre eut détourné fes penetrans
regards ,
Qae difperfez de toutes parts
On les vit fe fouftraire à de juftes ·
Supplices.
S
Telle la Biche au pied leger,
Fuit devant le Chaffeur qu'elle voit
approcher ,
Et telle la timide Aurore,
Ecartant de la nuit les flambeaux
Languifans,
GALANT. 167
Se retire au grand jour qui commence
d'éclore
Avec des rayons plus perçans.
2
La Comete prit foin de la caufe commune,
Unique objet de fa fortune ,
Et trouvant des monts escarpez,
Qu'elle croyoit impenetrables
Aux foudres les plus redoutables,
Elle vint rallier quelques feux dif-
Sipez
Vers ces maffes épouvantables.
S
Inutile & foible fecours !
Le Soleil rompt l'obftacle , & d'un
rapide cours
Il perce ces hautes mantagnes ,
Comme il éclaire les campagnes,
La fiere Exhalaifon prévoyant fon
malheur
68 MERCURE
D'un Combat dangereux auffi- toftfe
dégage,
Manque de force & de courage ,
Et fe retire avec douleur
Dans le fond de fon marêcage.
S
Ainfi l'on voit les oifeaux de la
nuit
Troubler les airs de mille cris funebres
,
Et fe cacher à petit bruit
Dans l'obfcurité des tenebres,
Quand le flambeau dujour nous
luit.
La beauté eft un grand
charme dans une jeune Perfonne,
mais rien ne contribuë
tant à luy attirer l'eftime de
tout le monde , qu'une conduite
GALANT. 169
.
duite pleine de fageffe . Il eft
melme rare que quelque bonheur
n'en foit la fuite , & c'eft
ce qui eft arrivé depuis quel
que temps à une Demoifelle
toute aimable , qui ayant de
la naiffance , eftoit demeurée
lans aucun bien avec une Mcre,
à qui beaucoup de verius
& un vray merite , avoient
donné des Amis confiderables
. Le plus important eftoit
un Magiftrat éclairé , dont le
credit luy avoit épargné plufieurs
affaires , & confervé
fans procésle peu que la mort
de fon Mary luy avoit laiffé
Νου . 1691 .
P
170 MERCURE
pour fubfifter. Comme elle
avoit infiniment de l'efprit
& les fentimens fort raifonnables
, il eftoit bien-aiſe de
la voir de temps en temps, &
remarquant que la beauté de
fa Fille augmentoit de jour en
jour , quoy qu'elle ne fuft
encore que dans fa dixième
année , il luy confeilla de luy
faire apprendre toutes les chofes
qui peuvent donner du
prix à une jolie perfonne . La
Dame luy répondit
que ce
feroit fa plus forte joye , mais
quefon peu de fortune ne permettoit
pas qu'elle fiſt certè
GALANT: 9171
if
dépenfe. Il eftoit fort riche
& liberal , & l'ayant priée de
vouloir fe repofer fur luy de
ce foin , peu de jours aprés il
luy envoya trois Maiftres ,
l'un pour la danfe , & les deux
autres pour la Mufique & le
Luth. Elle avoit beaucoup de
voix , & un fi heureux genie,'
qu'en moins de deux ans elle
fit en tout des progrés inconcevables.
Le Magiftrat fut
ravy d'avoir trouvé un fi bon
la liberalité où il
fujet
pour
s'eftoit
refolu
, & comme
il
aimoit
le chant
plus
que
toutes
chofes
, rien
ne luy
faifoit
Pij
172 MERCURE
plus de plaifir que de la venir
entendre . Il ne congedia aucun
de fes Maiftres , qu'aprés
qu'il les cut fait demeurer
d'accord qu'ils ne pouvoient
plus luy rien apprendre . Infenfiblement
elle fe trouva
dans l'âge de dix huit ans ,
& la bone éducation jointe .
à un excellent naturel l'avoit
rendue une Demoiſelle fi accomplic
, que tous ceux qui
la voyoient ne luy pouvoient
donner affez de louanges
,
Elle danſoit admirablement
,
touchoit le Luth avec une
delicateffe furprenante
, & on
GALANT. 173
eftoit charmé de fa voix
quand elle vouloir chanter.
Tous ces talens dans une belle
Perfonne , avoient de quoy
donner une forte envie de la.
connoistre . Auffi auroit- elle
eu une groſſe Cour fi elle cuft
voulu fe l'attirer , mais les
vifites chez elle n'eftoient
• fouffertes que fort rarement,
& dés la moindre apparence
d'affiduité , la Mere parloit
d'un air à faire fentir qu'à
moins de s'expliquer pour le
mariage, les foins d'un Amant
ne luy plaifoient pas. Si fa
beauté échauffoit les coeurs ,
Piij
174 MERCURE
fon manque de bien les re
froidiffoit, & on aimoit mieux
renoncer à ce qui eftoit agréa
ble aux yeux, que de s'embatquer
mal à
propos .
Enfin un
homme de trente ans ou environ
, mais affez mal fait, &
qui avoit l'air tout - à- à - fait
Bourgeois, fut plus hardy que
les autres La Mere l'ayant
prié aprés deux ou trois vifites,
de la difpenfer d'en rece
voir davantage , de peur qu'-
eftant remarquées , elles ne
donnaffent lieu à faire des con
es qui pourroient nuire à la
Fille il parla de l'époufer.
GALANT
175
Il avoit fept à huit mille livres
de rente , & eftoit pourvû
d'un Employ fort lucratif,
qui ne pouvoit qu'augmenter
encore fa fortune en peu de
temps . Cette declaration l'obligeant
à ne luy rien déguifer
, elle ne luy cacha point 2
que fa Fille n'avoit pour tout
bien que ce qu'il luy vouloit
trouver de merite , & qu'il
devoit prendre fes mefures làdeffus.
Comme il l'avoit fceu
avant que de s'eftre declaré ,
il ne demanda aucune chofe,
& la pria feulement de fçavoir
d'elle s'il feroit affez heureux
Piiij
176 MERCURE
pour ne luy déplaire pas .
La Belle s'oppofa d'abord de
tout fon pouvoit à la propofition
que luy fit fa Mere . Elle
fe fentoit une averfion partil'Amánt
dont il
pas;
culiere
pour
eftoit
queftion
, & en general
le Mariage
ne la touchoit
mais
enfin
elle
luy
fit voir
fi
fortement
quel
malheur
c'eft
que d'eftre
fans
bien
, & qu'elle
feroit
blâmée
de tous
les amis
de laiffer
perdre
une
occafion
fi favorable
, que fi elle
n'eut
point
la force
de dire
à fa Mere
qu'elle
acceptoit
le party
, elle
temoigna
du moins
par fon fiGALANT.
177-
lence que fa volonté regleroit
la fienne.La Dame alla auffi-tôt
confulter le Magiftrat. Outre
qu'il eftoit de fes Amis , fa
Fille luy eftoit trop obligée
des foins qu'il avoit pris d'elle
dés fes plus tendres années
pour conclure rien que par
fon confeil . Il connoiffoit
l'Amant dont on luy parla ,
& non feulement il fut d'al'on
fift l'affaire , mais
vis
que
qu'on
la fiſt
fans
aucun
retardement
. Elle
eftoit
tres
- avantageuse
pour la Belle , & il
falloit promptement mettre
l'Amant hors d'eftat de con178
MERCURE
fulter fa raifon. Sa paffion
l'entrainoit , & il auroit efte
dangereux qu'on en cuft laiffé
rallentir la violence . I fit
dreffer le Contrat de Mariage
qui réjouit d'autant moins la
Belle , qu'il refufa bien des
chofes que luy demanda la
Mere , & s'echapa même juſ
qu'à dire d'une maniere un
peu brufque , qu'elle devoit
bien fe contenter de ce qu'il
prenoit fa Fille pour rien . Ce
reproche qu'il ofoit luy faire,
n'ayant encore que le nom
d'Amant, luy fit prevoir ceux
qu'elle auroit à effuyer lors
GALANT. 179
qu'il feroit fon Mary , & toute
fage & modefte qu'elle
eftoit , elle ne pouvoit digerer
fans peine , qu'il comptaft
pour rien mille belles qualitez
qui auroient efté d'un
prix inestimable , fi elles a .
voientefté a ppuyées de la for,
tune. Ce defaut où elle n'avoir
aucune part & qui pourtant
la contraignoit de s'afiujettir
à un Amant qui ſe montroit
fi peu digne d'elle , la fit tomber
dans de fi chagrines refle
xions , qu'elle ne fut plus capable
de joye. Ainfi le Magiftrat
l'eftant venu voir pour
3
180 MERCURE
la feliciter fur fon Mariage , il
fut fort furpris de la trouver
toute en larmes. Il pria fa Mcre
de trouver bon qu'il l'entretinft
en particulier ,
afin
de tâcher à luy remettre l'ef
prit , mais toutes les raifons
qu'il luy apporta, ne la purent
arracher à fon chagrin . Celuy
qu'elle devoit époufer luy
eftoit devenu infupportable ,
& elle en regardoit la neceffité
comme une chofe qui la
devoit rendre la plus malheu
reufe perfonne du monde . Le
Magiftrat combattit en vain
fon averfion. Il ne put la furGALANT.
181
monter, & lors qu'elle luy eut
dit plus d'une fois que rien
ne luy pouvoit arriver de plus
funefte que ce Mariage , elle
ajouſta que fi par un redoublement
de bonté , aprés l'avoir
obligée de tant de manicres
dans un âge où elle ne
pouvoit fentir affez fes bienfaits
, il vouloit bien luy donner
de quoy s'enfermer dans
un Convent , elle croiroit luy
devoir plus que la vie . Le Magiftrat
étonné du deffein qu'-
elle formoit , luy demanda fi
elle fe croyoit affez de voca
ſe tion pour ne fe pas repentir
182 MERCURE
de prendre le Voile . La Belle
luy repondit , que fi elle avoit
de quoy vivre dans le monde
independante , elle auroit
peine à prendre un engage
ment pour toute la vie , mais
ques'il falloit choifir entre un
Convent & l'Amant qu'on
luy vouloit donner pour Màry
, elle n'auroit point à balancer.
Le Magiftrat ne luy voulut
point donner de reponfe
pofitive. Il dit feulement qu'il
ne feroit pas long temps faris
la revoir , qu'il fongeroit à ce
qu'elle venoit de luy propo
fer, & qu'il efperoit qu'elle feGALANT.
183
roit contente de luy . La Belle
qui le connoiffoit fort genereux
, ne douta point qu'il ne
la tiraft du fâcheux cftat où
elle eftoit, & le pria de ne rien
dire à fa Mere de leur converfation
, pour eviter les obftacles
que fa tendreffe l'obligeroit
d'apporter à fa refolution
de quitter le monde , ce qu'elle
vouloit executer fans l'en
avertir. Depuis ce moment ,
elle parut plus tranquille ,
quoy que fon Amant qui fe
prevaloit du Contract figné ,
prift des airs d'autorité qui le
faifoient hair toûjours davan184
MERCURE
tage . Deux jours aprés, le Magiftrat
luy apporta la réponfe
, qui fut toute autre qu'elle
n'avoit creu . La vie heureufc
qu'elle luy avoit marqué
qu'elle meneroit fi elle pouvoit
ne dependre de perfonne
, l'avoit fait refoudre à la
mettre en cet eftat . Il n'avoit
point eu d'enfans en quinze
ans de Mariage , & on af
feuroit que fa Femme , dont
la fanté eftoit foible & languiffante
, n'en auroit jamais ,
de forte que dix mille écus
oftez de fon bien , qui estoit
tres-grand , luy avoient paru
GALANT. 185
fort peu de chofe . Il les donna
à la Belle , afin qu'elle puft
choiſir un Mary qui luy convinft
, fans qu'aucun autre
motif que celuy de fatisfaire.
fon coeur l'engageaft au Mariage.
Vous pouvez juger à
quels fentimens de reconnoiffance
une generofité fi peu
attenduë , porta la Mere & la
Fille. Il fouhaitta qu'elle fuft
fecrette , & pour empefcher
qu'on ne jugeaft mal de voir
tout à
coup
mable perfonne , on publia
qu'il luy eftoit mort un Oncle
en Province , qui luy avoit
Nov. 1691.
du bien à cette ai186
MERCURE
laiffé cette fomme . Pour faire
croire la chofe elle prit le
deuil , & ce ne fut pas un petit
fujet de joye pour l'Amant
,
de voir un tel bonheur
arrivé
àfa Maiftreffe
. Il eft vray qu'il
n'eut pas long- temps à la
goûter . La Belle qui n'aſpiroit
qu'à fe tirer d'affaire avec luy ,
luy fit connoiftre
bien- toft
*

pour
elle.
qu'il n'eftoit pas
Il tâcha de la gagner en fe contraignant
à des complaifances
qu'il n'auroit pas cuës , fi elle
n'eût pû fe paffer defa fortune ,
mais fes efforts furent inutiles,
& le Mariage fut rompu . La
GALANT. 187
pretendue fucceffion de la
Belle , dont le bruit courut
ajoûtant uncharme nouveau à
fa perfonne , elle cut des Adorateurs
en affez grand nombre,
Comme elle étoit delicate fur
le choix , elle rejetta les uns
ne leur trouvant point d'affez
bonnes qualitez , & ne voulut
point écouter les autres
parce que leur bien n'avoit
pas dequoy luy faire une fort
grande fortune. Il luy fuffifoit
qu'elle en euft affez pour
vivre à fon aife avec fa Mere ,
& cette vie luy parut fi douce ,
qu'elle refolut enfin de ne fe
Q ij
188 MERCURE
point marier. Elle aimoit à fe
faire des Amis , ce qui luy
eftoit aifé , ayant un veritable
merite , & quelques foins
empreffez qu'on luy marquaft ,
elle ne voyoit perfonne que
fur ce pied-là . Elle paffa cinq
ou fix années de cette forte ,
toujours pleine de reconnoiffance
pour le Magiftrat , qui
perdit enfin fa Femme . Aprés
quelque temps paffé dans le
veuvage , on luy propofa divers
partis fort confiderables ,
parce qu'ils eftoit parfaitement
Honnefte homme , &
que le rang qu'il tenoit pouGALANT.
189
voir faire envie . Il n'avoit
d'ailleurs que quarante cinq
ans , & fon alliance pouvoit
eftre utile de toutes manieres .
Comme il paroiffoit n'écouter
pas volontiers les propo
fitions qui luy eſtoient faites,
une Dame fort qualifiée qui
luy vouloit donner une de fes
Nieces , s'adreffa à la Belle ,
que l'on fçavoit cftre fort de
fes Amies . Elle fe chargea de
luy en parler , ce qu'elle fit
dans la premiere vifite ; mais
elle fut fort furpriſe de recevoir
pour réponſe qu'il l'écouteroit
avec plaifir , fi elle
190 MERCURE
!
fe refolvoit à parler pour ellemefme.
La Belle rougit , &
* parut déconcertée. Ce trouble
ne pouvoit déplaire au
Magiftrat , qui ayant conceu
beaucoup d'eftime pour elle
par la regularité de fa conduite,
& par le mépris qu'elle
avoit fait d'une infinité d'Amans,
avec qui elle avoit creu
ne devoir pas vivre heureuſe,
luy demanda ferieufement fi
elle vouloit confentir à l'é
poufer , la priant pourtant ,
que lors qu'il fe fentoit difpofé
à la préferer à tous les
partis qu'on luy offroit , elle
1
GALANT. 191
L
n'écoutaft aucun fentiment
de reconnoiffance , & ne changealt
point de condition,pour
peu que fon coeur y repu
gnaft. Son étonnement fut
tel qu'elle cut de la peine à
s'en remettre. Cependant il
falloit donner une réponſe, &
comme elle étoit toute penetrée
des bontez du Magiftrat,
& que la chofe ne luy aportoit
pas moins d'avantage que de
gloire , il vous eft facile de
juger qu'elle accepta le party
avec une extrême joye . Le
mariage fe fit peu de temps
aprés , & il n'y cut jamais d'u192
MERCURE
nion pareille à celle qui les
rend heureux .
a

Le Parlement affifte tous
les ans à une Meffe folemnelle
le lendemain de la Saint
Martin , comme je vous l'ay
fouvent marqué. Cette Meſſe
fe chante en Mufique dans la
grande Salle du Palais , ornée
pour cet effet , & elle eft
toujours celebrée par un Evêque
que le Parlement prie
de faire cette fonction. Elle
l'a efté cette année par M
Floriot, Treforier de la Sainte
Chapelle , qui officie avec les
mefmes ceremonies que les
Evefques.
GALANT. 193
!
• Evefques. Aprés la Meffe
7
tout le Parlement rentre dans
la Grand Chambre , & le
premier Prefident remercie
I'Officiant au nom du Parlement.
M de Harlay , premier
Preſident , a dir cette année
, que les Treloriers de la
Sainte Chapelle estoient Preftres
& Chapelains nez du
Parlement ; de quoy M' le
Treforier eft convenu en le
repetant dans fon Compliment.
Les Avocats préterent
enfuite le ferment accoutumé
, & cela eftant finy , on
alla dîner chez M' le premier
Novembre 1691. R
194 MERCURE
Prefident. La Table eftoit de
quarante couverts , & on la
fervit avec beaucoup d'ordre.
Le repas fut magnifique , delicat
, & bien entendu , & la
confufion qui regne en ces
fortes d'occafions ne s'y
trouva point.
>
Comme la Cour des Aides
entre ce jour - là , & qu'elle
continue fes Seances , les Harangues
ne manquent jamais
de s'y faire . M'de Queritor,
Avocat General de
Cour , Frere de M' des Haguais
,premierAvocat General
fit fon Difcours fur la Probicette
GALANT 195
té. Il dit qu'elle avoit fait des
Juges avant qu'il y cuft des
Loix , & que l'on cuft établi
des Republiques ; qu'ainfielle
eftoit Mere de la Juftice ,
les Loix n'ayant efté faites
que depuis que les hommes
avoient moins pratiqué cette
vertu , & que les Juges devoient
avoir de la probité ,
non feulement dans leurs Jugemens
, mais encore dans
Jeurs moeurs . Ce Difcours fut
trouvé fort beau par la pu-
7
reté de la diction , auffibien
que par la force des
penfécs .
Rij
196 MERCURE
Le Parlement ne continue
point fes feances , & elles font
remiſes à huit ou à quinze
jours , & quelquefois jufqu'à
trois semaines . M le
premier
Prefident ne les a remifes
cette année , qu'à huit jours,
de forte que les Audiences
ont efté ouvertes le Lundy 19.
Les Harangues ont eſté faites
ce jour là ; elles roulerent
fur les fujets fuivans.
Mr le premier Prefident ayant
voulu laiffer briller M de
Harlay , fon Fils , fit une remontrance
fort honnefte aux
Avocats , & leur dit qu'ils
priffent garde auxCaufes qu'ils
GALANT 197
5
entreprenoient , & à ne fe
point laiffer embarquer dans
des Procés par la fureur des
Plaideurs qui les obligeoit
fouvent à faire voir à la Cour
des Caufes qui ne fe pouvoient
foutenir . Il leur dit
auffi qu'ils abregeaffent leurs
écritures , groffies la plufpart
de chofes fort inutiles . Il s'adreffa
aux Procureurs pour fi .
nir , & leur dit qu'ils s'appliquaffent
les mefmes chofes
qu'il venoit de dire aux Avo
cats.
M' de Harlay , fon Fils ,
Avocat General , prit en fuite
R iij
198 MERCURE
la parole , & dit qu'il eftoit
trop jeune pour parler avec
confiance aux Avocats , mais
que le Roy avoit bien voulu
qu'il fuft pourveu de la Charge
qu'il avoit l'honneur d'exercer
, par une continuation
de la bonté que Sa Majesté
avoit pour fes Anceftres . Il
prit de là occafion de faire
l'éloge de ce grand Prince , &
marqua plufieurs de ſes actions.
Le feul recit qu'ilen fir
fut fuffifant pour le louër. Ik
fit voir que ce vigilant & laborieux
Monarque avoit fait
dans ſon cabinet les projets de
GALANT. 199
tout ce que nous voyons exccuter.
Il parla de nouveau de
fa jeuneffe , qui l'obligeroit à
fuivre l'exemple des habiles
Avocats, qui luy fourniroient
d'utiles leçons , & fur lesquels
il tâcheroit de fe conformer.
On fait toûjours un difcours
apellé la Mercuriale le
Mercredy qui fuit le Lundy.
des Harangues , & de l'ouver
ture des Audiences . Mr l'Avocat
General de la Moignon
eft celuy qui a parlé cette année.
Comme il n'y a rien de
plus neceffaire aux Juges que
la probité , il en parla ainfi
R iiij
200. MERCURE
qu'avoit fait M' l'Avocat General
de la Cour des Aides , &
alla jufques àdire qu'il ne fçavoit
pas fi la probité n'êtoit
point plus neceffaire à un Juge
que la fcience des Loix.
M de la Moignon a fait
fouvent de fi beaux difcours ,
qu'il ne fera pas mal - aifé de
Vous perfuader qu'il s'acqui
ta de celuy-cy à fon ordinaire.
M' le premier Prefident
fit voir , qu'outre toutes les
qualitez qui estoient neceffaires
à un Juge , il falloit qu'il
cuft de l'humilité & fuft bon
Chreftien . Il dit que les hom
GALANT. 201
meseftoient fujets à de grandes
preventions ; que l'on en
prenoit prefque toûjours contre
fon Prochain , & qu'on
l'accufoit des dereglemens
qu'on avoit fouvent foy- même
. Ce difcours fut tres - édifiant
, & digne du caractere
de l'Illuftre Magiftrat qui le
prononça.
Le foin que Sa Majesté
prend de procurer l'avantage
& le foulagement
de ſes Peuples
, l'ayant portée à tranfporter
par les Lettres de Declaration
du 22. jour d'Aouſt
1676, le Parlement
du Comté
202 MERCURE
de Bourgogne , de la Ville de
Dole , firuéc en l'une de fes
extremitez, en celle de Befançon
, qui en eft le centre &
la Capitale, comme beaucoup
plus commode ,& capable par
fa grandeur & par la beauté.
de fes Edifices , d'en loger les
Officiers & fes Jufticiables
,
Elle a cftimé qu'il eftoit de
l'intereft de fes Sujets de ce
Comré , de transferer pareillement
1 Univerfité qui estoit
en la meſme Ville de Dole ,
en celle de Besançon , conformement
aux Patentes à elle
accordées par Louis XI, Roy
GALANT. 203
de France , au mois de Mars,
1480. & à celles de l'Empereur
Ferdinand I. & de Philippe
IV . Roy d'Eſpagne , afin que
cette Univerfité fe rende plus
illuftre & plus floriffante , par
la facilité qu'auront fes Sujets
de s'inftruire en meſme temps
des maximes du Droit & de
celles du Barreau , & les Etrangers
qui ont eu de tout temps
beaucoup d'habitudes dans la
mefme Ville , d'apprendre
leurs exercices en l'Academic ,
& les principes de Jurifprudence
par les leçons qu'ils
prendront des Profeffeurs , ce
204 MERCURE
qui contribuera à les retenir
dans le Royaume , de
mefme qu'à l'embelliffement
& à l'agrandiffement de la
Ville de Befançon , à laquelle
le Roy a voulu donner cette
marque de fa fatisfaction ,
pour la Gdelité qu elle a témoignée
, & qu'elle témoigne
de jour en jour à fon fervice .
Par les Lettres qui furent données
au mois de May dernier,
pour la tranflation de cette
Univerfité , Sa Majefté declaroit
que fa volonté eftoit que
tous & chacuns les Profef.
feurs , Distributeurs , & autres
GALANT. 205
Officiers de l'Univerfité de
Dole , fe rendiffent au plûtoft
a Besançon, pour y enfeigner,
& tenir à l'avenir leurs feances
dans Hoftel qui leur feroit
fourny par le Magiftrat de
cette Ville , tout ainfi , & en
la mefme maniere qu'ils faifoient
auparavant en celle de
Dole . Elle ordonne à cette
fin que les Degrez que prendront
les Ecoliers à Besançon
en cette mefme Univerfité
nouvellement transferée , aprés
avoir étudié durant le
temps porté par fes Edits , &
fuby les examens ordinaires ,
206 MERCURE
foient bons & valables , & enjoint
au Secretaire de cette
Univerfité de faire porter મે
Befançon tous & chacuns les
Papiers , Regiftres & Maffes
de l'Univerfité de Dole , & au
Magiftrat de Belançon de
fournir fans delay les Salles
& Chambres convenables ,
pour les Auditoires,Leçons,&
Affemblées du College, & de
les pourvoir de Chaires , Bancs
& Bureaux neceffaires , fans
neanmoins que ceux qui compofent
cette Univerfité , puiffent
fous prétexte qu'elle a
efté transferée , pretendre de
GALANT. 207
plus grands gages , droits &
émolumens , que ceux qu'ils
ont touchez jufqu'icy à Dole.
Elle y avoit efté fondée en
1426. par Philippe le Bon , Duc
de Bourgogne , & elle fut encore
augmentée en 1484. par
les foins de la Ducheffe Mar
guerite. L'ouverture des Exercices
publics en fut faite à Befançon
le 14. de ce mois avec
beaucoup de ceremonie , &
les Profeffeurs dans chaque
Faculté , firent des Difcours
fur la grandeur du Roy , qui
au plus fort de la guerre
Acurir les Arts & les Sciences .
fait
208 MERCURE
L'avantage que Belançon re
cevra de cette Univerfité ,
eftoit deu à la beauté de la
Ville , qui eft grande & bien
baftic , avec de belles maifons
par tout , & quantité de places
& de Fontaines magnifi .
ques. Elle eft une des plus anciennes
des Gaules , & les Romains
s'en eftant rendus vainqueurs
, prirent foin d'y établir
tout ce qui pouvoit fervir
à y entretenir le commerce,
à y faire valoir les Loix , & à
y attirer les Etrangers . Auffi
y trouve t-on encore tous les
jours auffi bien qu'aux enviGALANT.
209
rons , des Urnes , des Medail
les , des Infcriptions , des Vafes
, & divers Inftrumens dont
on fe fervoit dans les Sacrificés.
Cefar en parle dans fes
Commentaires , comme d'une
Place forte & bien munie , &
qui eftoit tres - commode
pour tirer la Guerre en longueur.
Divers quartiers y gardent
encore le nom que les
Romains leur avoient donné ,
comme Champ Mars`, Charmont
, Romchau , la Rhée , Rue
de Chasteur , rue de la Lue , rue
de Venie & autres qui veulent
dire, Campus Martius , Chari-
Novemb
. 1691. S
210 MERCURE
;
tum Mons , Collis Roma , Vicus
Rhea VicusCaftoris , Vicus Lua,
Vicus Veneris . Hors la Ville
il y a Mont- Joüot , Mons
Jovis Mercuro , Mons Mercurii
, Montermo , Mons Termini;
Mont-delie' , Mons Delii;
Champ- Vacho , Campus Bacchi
; Champ de la Vefte , Campus
Vesta ; Chamufe , Collis
Mufarum ; Chaudane , Collis
Diane , & c. Befançon que la
Riviere du Doux fepare en
deux parties inegales , a efté
long- temps Ville libre & Imperiale
, & les Empereurs luy
ont accordé divers Privileges .
GALANT. 211
Depuis elle s'eft trouvée fous
la domination des Espagnols,
fur lefquels le Roy la prit en
1668. avec le refte de la Franche-
Comté. Il la rendit peu
de temps aprés par le Traité
d'Aix la Chapelle , mais les injuftes
deffeins de ces mefmes
Eſpagnols , qui contre leur
parole avoient fait baſtir une
Citadelle dans Besançon
l'ayant obligé de tourner fes
Armes contr'eux en 1674 il
ferendit maistre de nouveau
de toute cette Province .
Voicy les noms des dernieres
Abbayes données par
Sij
212. MERCURE
le Roy, & de ceux que Sa
Majefté en a pourveus.
L'Abbaye d'Ambournay ,

à Ml'Abbé d'Aix. Il a toutes
les vertus qu'on peut defirer
dans un Ecclefiaftique , & a
l'avantage d'eftre Frere du R.
P. de la Chaife , Confeffeur
du Roy , dont la naiſſance &
le merite ne font inconnus en
aucun lieu de l'Europe. Il eft
auffi Frere de Mi le Comte de
la Chaife, Capitaine des Gardes
de la Porte.
L'Abbaye de la Chaffaigne',
à M' l'Abbé de Vaubecourt .
Sa naiffance n'eft pas moins
GALANT. 213
diftinguée
que fa doctrine
&
fa pieté , & fes Aycux ont rendu
fon nom illuftre . Il eft Aumônier
du Roy , & Docteur
en Theologie
de la Faculté de
Paris . Son application
à faire
du bien & à remplir les devoirs
d'un parfait Ecclefiaftique
, le font eftimer de tout
le monde .
L'Abbaye de Noftre . Dame
du Mouftier , à M' l'Abbé
de Beuvron , auffi Aumô.
nier du Roy , & Docteur de
Sorbonne . Il eft de l'ancienne
& illuftre Maifon de Harcour
qui a par tout tant de monu
214 MERCURE
mens de fa grandeur. Ses
moeurs font telles que les plus
ſcrupuleux ne pourroient
trouver à redire à fa conduite ,
& il joint à une grande capacité
beaucoup d'honneſteté &
de politeffe
.
L'Abbaye de S. Quentin de
Beauvais , à Mr l'Abbé de
Montchevreuil . Il eft illuftre
de toutes parts , & les vertus
que l'on voit briller dans tous
ceux de fa Famille , fouftiennent
avec beaucoup d'avantage
le Sang de Mornay dont
il eft venu . Je ne vous repete
point ce que je vous en ay dic
GALANT. 215
ز
S
plufieurs fois. Cet Abbé trouve
en eux de grands exemples
& les difpofitions qu'il mon
tre à les fuivre , font attendre
tout de luy .
L'Abbaye de S. Amand de
Rouen , à Madame Barentin .
Elle eftoit Religieuſe au Val
de Grace .
L'Abbaye de Royal - Lieu ,
à Dame Elifabeth Loüife de
la Chaufféc - d'Eu , Fille de M
le Comte d'Arreft . Cette Abbaye
qui eft de l'Ordre de
Cl Saint Benoist , prés Compiegne
, eftoit demeurée vacante
par la mort de Madame d'Ef
216 MERCURE

coubleau de Sourdis . Madame
d'Arreft, Religieufe de Royal-
Licu , avoit cité choifie par
tout le Corps des Religieufes
de cette Maifon , au nombre
de plus de quarante , qui avoient
prefenté un Placet au
Roy, afin qu'il luy pleuft la
leur donner pour Abbeſſe . Sa
Majefté a efté d'autant plus
portée à y confentir, que cette
Dame eftoit neceffaire pour
reparer les petits degafts qui
fe font trouvez dans l'admi
nistration du temporel de
cette Maifon . Sa vertu & fa
naiffance, qui eft des plus dif
tinguées
GALANT. 216
5
1
5
tinguées en Picardie , ont
aui contribué beaucoup à
ce choix.
L'Abbaye de l'Oraiſon-
Dicu , à Madame de Gaujelac.
Elle eftoit Religieufe dans
cette mefme Abbaye .
Le Prieuré Royal des Filles-
Dieu de Rouen , à Madame
de Vaillac , Religieufe du
mefme Ordre.
Les triomphes de la Religion
Catholique femblent
augmenter dans le temps que
fes Ennemis cherchent à l'abattre
, & tandis que l'on
en défend le culte dans l'An-
Novembre 1691. T
218 MERCURE
gleterre , la Providence
divine
l'établit
dans 1Orient , &
porte les Princes Idolâtres de
la vafte Ifle de Borneo , à réverer
nos facrez Milteres . Mr
Nicolini , Nonce de Sa Sainteté
, en a receu des nouvelles
de Goa , qu'il a communiquées
aux Peres Theatins , à
caufe qu'elles viennent
d'un
des Peres de leur Ordre. Elles
marquent
les admirabler
progrés
que le Pere Ventimille
,
auffi Theatin , a faits dans
l'Ifle que je viens de vous
nommer. Cette Ifle eft dans
la mer des Indes , entre celles
A
GALANT. 219
de Samatra , de Java & les
Philippines , & la plus grande
de toute l'Afie , fous la Ligne
Equinoctiale. Elle contient
plufieurs Royaumes , outre
celuy de Borneo, dont la Ville
de ce mefme nom cft bâtie
fur des pilotis dans la mer
comme Venife, entre des marais
, & l'emboucheure d'une
grande Riviere. Le Pere Antonin
Ventimille , que l'on a
éleu pour Chef de cette nouvelle
Miffion , eft de Palerme
dans la Sicile , & d'une des
premieres Maiſons de ce
Royaume, tant par les Terres
A
Tij
220 MERCURE
confiderables qu'elle y poffe
de , que par les grands Perfonnages
qu'elle a produits depuis
plufieurs Siecles . Ce Pere.
ayant cfté envoyé à Madrid
par fes Superieurs , y fit bien
toft éclater le zele ardent qui
l'enflâme pour tout ce qui regarde
la gloire de Dieu . Comme
il fut également eftimé
des Grands & du Peuple , il fit
des fruits merveilleux en peu
de temps , & eftant perfuadé
qu'il en feroit encore davantage
dans les Indes Orientales,
il écrivit à la
Congregation
de Propaganda Fide . qui cftant
GALANT. 221
C
U
1
00
bien informée de ce qu'on
pouvoit attendre de fa pieté
& de fa fageffe , luy envoya
promptement le congé qu'il
demandoit. Ses parens ne
pouvant fouffrir cette refolution
dans un temps où ils fçavoient
que la Cour du Roy
Catholique avoit refolu de le
faire Evefque , écrivirent à la
mefme Congregation , afin
fa Miffion fuft révoquée ‹
que
& elle l'auroit efté infailliblement,
fi le Pere Ventimille
qui en cut avis , ne s'y fuft
oppofé de tout fon pouvoir,
en forte qu'il luy fut permis
Tiij
222 MERCURE
de fe rendre fans retardement
à Liſbonne , pour s'y embarquer.
Il arriva heureuſement
à Goa, oùla fainteté de fa vie,
& fon zele pour la Foy Ca
tholique s'eftant fait connoiftre
, il parut envoyé de Dieu
dans l'Orient , pour communiquer
à ces aveugles Idolâtres
les premiers rayons de la
Foy qui nous éclaire .
Aprés un premier voyage
qu'il fit à l'ffle de Borneo ,
pour difpofer les efprits à l'écouter
fur les chofes qu'il avoir
à leur apprendre , il partit
de Macao pour y retour
GALANT 223
C
ner , & quoy qu'il apprift que
les Malais Mahometans qui
habitent le long de la Plage
de cette Ifle , eftoient actucllement
en guerre avec les Gentils
appellez Beagius , ce qui
luy faifoit croire qu'il luy feroit
impoffible d'executer fon
deffein , il ne laiffa pas , par
une infpiration de Dieu , de
fortir du Vaiffeau dans lequel
il avoit fait le Voyage. Une
Barque où il fe mit le porta
proche d'une terre que les Bea
gius habitoient , quoy que
Sujets du Roy de Malay. Il s'y
arrefta , & par le moyen d'un
Tiiij
224 MERCURE
Beagius Chreftien , qui eftoit
le feul qu'il cuft trouvé à Macao
, Efclave d'un Cavalier
Portugais , il commença d'avoir
quelque forte de communication
avec les Gentils
dont j'ay parlé , & en peu de
temps , la correfpondance fut
fi forte , qu'il fut aifé de connoiftre
que Dieu agiffoit . Le
Gouverneur
de cette terre ,
Beau- pere du Roy des Beagius
, alla en perfonne vifiter
Le Pere de Ventimille , avec fa
Femme , fes Fils & fes Filles)
& ce Pere leurayant rendu leur
viſite le jour fuivant , il fut re-
"
GALANT: 225
S
:
çu du Gouverneur , & de tout
le Peuple , avec de fi grands
témoignages de joye , que ce
jour fembla eftre pour luy un
jour de triomphe . Ils l'auroient
mefme proclamé leur
Roy , fi le Gouverneur n'y
cuft mis obftacle . Il fe mit
publiquement
à genoux devant
ce Pere lors qu'il prit congé
de luy , & en luy baifant la
main , il le pria de vouloit
difpofer de fa perfonne , &
de tout ce qui eftoit en fon
pouvoir. Il auroit voulu fe faire
Chreftien dans l'inftant
même , s'il n'cuft pas fallu
226 MERCURE
Ce
qu'il luy cuft donné les inftrutions
qui luy manquoient ,
& à fon exemple,tout ce Peuple
marqua eftre dans les
mefmes fentimens , non feu
lement les hommes , mais en
core quelques Femmes
qui eft une chofe affez rare
parmy eux . La nuit fuivante
fe paffa entiere en réjouiflances
à caufe de la vifite du Pe
re , qui declara au Gouverneur
le deffein où il eftoit de
demeurer avec eux dans cette
terre , pour leur enfeigner les
moyens de fe fauver . Le Gouverneur
qui en cut beaucoup
GALANT. 227
5
de joye , fe chargea d'obtenir
du Roy fon Gendre , la permiffion
de le faire entrer dans
que la chofe le Pays , & afin
Juy . fuft accordée plus aife- ·
ment , le Pere envoya quelques
Prefens
pour le Roy , &
pour un autre Prince , n'ayant
point encore appris qu'il y en
cût un plus avant dans les terres
qui furpaffoit ceux - cy en
grandeur. Le Gouverneur fut
receu avec une grande fatisfaction
du Roy , du Prince , &
de tout le Peuple , & l'envie
fut telle d'aller promptement
recevoir ce Pere, qu'on prepa228
MERCURE
1
ra auffi -toft quantité de Bar
ques . Les prefens qu'il avoit
envoyez firent grand bruit .
Chacun s'emprefloit à les aller
voir , & pour en obtenir la
permiffion du Roy , il falloit
auparavant tuer & manger un
Porc chez foy , & faire une
grande Fefte. Le Gouverneur
ayant cité renvoyé , comme
le foin d'emmener du monde
avec luy le fit tarder en che--
min ,le Roy qui eftoit impatient
, envoya fon Beau-Frere
en hafte pour feliciter le Pere
de Ventimille fur fon heureufe
arrivée. Le Prince de fon
GALANT.
229
cofté luy
depefcha fon Frere
& fes Fils , & il
fembloit que
ce
fuffent autant de
Couriers,
qui
alloient du
Royau Pere ,
& du Pere au Roy.
Quand le
Gouverneur fut de
retour ,
il
1
luy livra les
prefens qu'il avoit
receus pour luy. Ces
prefens
eſtoient du Ris, ▪des
Bengales ,
qui font une forte de
Cannes
du Pays ,
quelques
morceaux
de bois
odorant , des
Herbes
auffi
odorantes , &
d'autres
herbes avec leurs
racines meflées
de terre ,
marque fa plus
grande parmy eux qu'ils puiffent
donner
d'eftime & d'at230
MERCURE
tachement , puis qu'on luy
faifoit connoiftre par là qu'on
le faifoit Maistre & Seigneur
de cette terre . Pendant cela ,
il luy venoit des vifites continuelles
de tous les lieux où
l'on avoit connoiffance de fon
arrivée , & on les faifoit de.
nuit , perfonne n'ofant venir
de jour , par la crainte qu'on
avoit du Roy de Malay . Chacun
emportoit quelque prefent
de ce Pere , felon que
ceux qui le venoient voir
cftoient plus ou moins confiderables
, & les plus pauvres
le prioient de vouloir bien reGALANT.
231
cevoir les uns deux ou trois
oeufs , les autres une poule ,
& d'autres un petit panier de
ris , ou quelques morceaux de
bois couverts de poudres d'o
deur. Pour de l'or , il ne voulut
point en accepter , & même
il n'auroit receu aucune
chofe , s'il n'euft remarqué
qu'ils s'en retournoient mal
fatisfaits , ce qui l'obligea de
ne pas refufer ce qui eftoit de
peu d'importance .Trois mois
fe pafferent,fans que le deffein
de l'entrée du Pere pufts'effe
&tuer. Le Roy & la Reine de
Malay ayant envoyé dire au
A
222 MERCURE
Capitainedu Vaiffeau qui l'avoit
amené , qu'il prift bien
garde à ne le pas laiffer aller
chez les Beagius , avant que
l'on cuft conclu la Paix , qui
eftant faite deviendroit plus
ferme & moins fujette à fe
rompre , quand il feroit parmy
eux ; que cependant ils
luy fourniroient
tout ce qui
luy feroit neceffaire pour fa
feureté & fa fubfiftance , &
qu'aprés la Paix ils l'envoyeroient
aux Beagius accompa
gné de foixante Barques . Le
Capitaine ne voulant caufer
aucun chagrin au Roy de MaGALANT
. 233
lay en donna beaucoup
au Pere , à qui chaque inftant
fembloit une éternité ,
par le prejudice qu'un pareil
retardement pouvoit
apporter au Salut de ces pauvres
aveuglez. Les Beagius ne
fouhaitoient pas avec moins
d'ardeur que luy qu'il vinft
dans leur terre. Ainfi une nuit
le Beaufrere du Roy , accompagné
du Frere & des Fils du
Prince , fe rendit à la Barque
du Pere , & ils le prierent avec
de grandes inftances de
ne point remettre à un autre
temps ce qu'il leur avoit laiſſé
Nov. 1691.
V
234 MERCURE
..
efperer. Quelque envie qu'il
cuft de les fatisfaire fans le
confentement du Roy de Malay
, il crut qu'avant que de
rien refoudre il devoit parler
au Capitaine. Lors qu'il fut
venu , les Beagius luy dirent
qu'aprés avoir attendu le Pere
depuis plus de trois mois avec
de grandes incommoditez , ils
cftoient refolus de l'emmener
avec eux , puis que
puis que la Paix
n'eftoit pas encore en eftat de
fe conclurre
, à caufe des pretentions
du Roy de Malay.
Le Capitaine qui eftoit Chreftien
, & qui aimoit fort le
GALANT.
235
Pere, fe laiffa perfuader , malgré
la parole qu'il avoit donnée
au Roy de Malay, de forte
qu'il prit le deffein de l'aller
mettre luy-mefme entre
les mains du Roy des Beagius ,
& du Prince. Ainfi le 25. de
Juin de l'année derniere, aprés
que le Pere cut dit la Meffe ,
ile fit entrer dans l'Efquif
de fon Vaiffeau , & le jour
fuivant il arriva avec luy , &
quelques Portugais dont il fut
accompagné , au lieu où le
Roy & le Prince s'eftoient
rendus pour le recevoir, avec
environ huit cens perfonnes,
5%
Vij
236 MERCURE
dans vingt Barques . Ils entrerent
l'un & l'autre dans l'ELquif.
Le Roy s'approcha du
Pere , luy baifa la main , & le
Prince s'eftant jetté à fes pieds,
ydemeura fort longtemps fans
vouloir ferelever , avec de fi
grandes marques d'humilité ,
que les Portugais en furent
furpris. Le Capitaine fitn
long Difcours au Roy & au
Prince, pour leur declarer que
le Pere en venant chez eux ,
n'avoit en veuë que le falup
de leurs ames , & l'avantage
de
leur montrer les erreurs dans
lefquelles ils vivoient , & qu'ils
GALANT 237
ne devoient attendre de luy
aucunes richeſſes , parce qu'il
n'en avoit point ; ny craindre
qu'il vouluft avoir les leurs ,
qu'il ne regardoit que comme
des chofes dignes de mépris.
Il leur expliqua enſuite la maniere
dont il vouloit vivre ,
conformement à ce que luy
prefcrivoit la Regle des Theatins
, & ajoûta que s'ils vouloient
bien le recevoir aux
conditions qu'il leur marquoit
, & promettoient de le
bien traiter , il le laifferoit
parmy cux un an entier avant
que de venir le reprendre .
2
238 MERCURE
Tous répondirent qu'ils acceptoient
avec joye les conditions
qu'on leur propoſoit
& le Pere en voulut paffer une
obligation écrite de fon propre
fang ; mais le Capitaine ne
le permit point. Le Roy , le
Prince , & quelques autres fe
veftirent à la Portugaife avec
des habits qu'on leur donna,
& on mit une Banniere avec
les Armes de la Couronne de
Portugal , à la poupe d'une
grande Barque neuve , que le
Roy avoit fait faire exprés
pour le Pere , avec un Trône
au milieu . Il emporta avec
GALANT 239
Tuy une grande Croix faite
d'un bois incorruptible
, avec
les Armes royales , pour la
planter au premier lieu qu'il
habiteroit
. Le Capitaine prit
congé du Pere , & s'en retourna
à Macao , & par l'ardeur
que c
ces Peuples ont montrée
de l'attirer parmy cux , il y a
Sujet de croire que la plupart
auront receu le Baptefme , &
que fi la fainte Congregation
envoye en ce Pays - là de zelez
Sujets , on y aura dans peu de
temps une des plus belles Mif
fions de tout l'Orient.
Je vous ay parlé pluſieurs
240 MERCURE

fois deM' l'Abbé d'Auvergne,
lors qu'il a foutenu en Sorbonne
. Ce jeune Prince ayant
efté nommé par le Roy Chanoine
de Strasbourg, prit poffeffion
de ce Canonicat le 10 .
de ce mois , & on n'y obferva
aucune autre ceremonie,finon,
quele plus ancien des Comtes,
( c'eft ainfi qu'on appelle les
Chanoines du grandChapitre)
levint prendre dans la Sacriftie
, & le conduifit à un autre
endroit qui pourroit fervir à
tenir le Chapitre, & où pourtant
on ne le tient point . Là
cet ancien Chanoine , qui eft
M
GALANT. 241
Mile Comte de Mandrecheit
l'Ainé , luy fit faire fa Profeffion
de Foy , & le Serment
d'observer les Statuts du Chapitre
, & entre autres chofes ,
de ne recevoir jamais perfon .
ne à eſtre Chanoine , qui ne
foit defcendu de Comtes de
tous les feize quartiers . Cela
fe fit en prefence de tous les
Officiers du Chapitre . Enfuite
on le conduifit à la place qu'il
devoit occuper au Choeur , &
il alla aprés chez M ' le Comte
de Mandrecheit , où fe tenoir
le Chapitre, felon la coû-"
tume de le tenir chez l'ancien
Νου . 1691 .
X
242 MERCURE
Chanoine . L'habit de ces
Comtes cft fort noble . Ils
ont une Robe de velours cramoify
, avec des boutonnieres
or & foye , devant , derriere,
& a cofté . Par deffus eft le
Surplis , & au - deffus une Aumuffe
de petit gris bordé
d'Hermine
. C'eſt à proprement
parler un Çamail
petit Mantelet , comme celuy
des Evefques. Ils n'ont qu'un
petit bonnet de Velours noir
fur la tefte . M' l'Abbé d'Au-..
vergne eft le premier François
qui foit entré dans ce Chapi
tre , & de la maniere qu'il a
>
ou
GALANT
243

commencé , on peut dire
5 qu'on y en trouvera peu qui
s'acquirent mieux de leur de
voir .Il y a vingt- quatre Chanoines
, dont deux feulement
font Capitulaires . Ordinaire-
1- ment ce font Princes d'Allemagne,
ou Comtes de l'Empire
qui feront remplacez à l'avenir
par ceux de nos Princes ou
autres Grands Seigneurs , qui
pourront faire leurs preuves.
Voicy les noms des perfonnes
confiderables de l'un &
de l'autre fexe , dont j'ay
appris la mort depuis ma derniere
Lettre.
x ij
244 MERCURE
Meffire Denis Feydeau , Seigneur
de Brou , la Ville- neuve
, Prunelay & autres lieux ,
Maistre des Requeftes ordinaires
de fon Hôtel, & Prefident
au Grand Confeil . Il a
efté Confeiller au Parlement
de Paris, puis en 1671. Maiſtre
des Requeſtes , Intendant de
Juftice à Rouen , & Prefident
au Grand Confeil en 1689 .
Son Frere Henry Feydeau de
Brou eft Evêque d'Amiens ,
Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , & cy - devant
Aumonier du Roy . Cette
Famille Originaire de la
GALANT. 245
t
BR
Marche a donné plufieurs
Branches , que je ne vous par
ticulariferay point , vous en
ayant déja parlé en plufieurs
occafions. Je m'attacheray
feulement à celle des Feydeau
de.Brou . Jacques Feydeau, celebre
Docteur en Droit en la
Ville de Cahors cut deux
Fils , fçavoir Guillaume Feydeau
, l'aifné , dont defcendent
Mrs Feydeau de Vaugien
Chevaliers de Malthe , Cha
noines de Noftre- Dame de
Paris , Confeillers au Parlement
, & Prefident en la Cour
des Monnoyes. Le fecond fils
>
X iij
246 MERCURE
de ce Jacques Feydeau Do-
&teur , fut Jofeph Feydeau
S de Prunelay , qui vint ainfi
que fon Frere aifné Guillaume
s'établir à Paris . Il eut deux
fils , dont l'aifné fut Denis
Feydeau Seigneur de Brou ,
qui epoufaMarguerite le Maire,
puis Gabrielle Hennequin ,
Fille d'Oudart Hennequin ,
Seigneur de Chantereine
Maistre des Comptes , & de
ces deux Femmes font venus
neuf enfans , trois fils & fix
filles , dont l'une fut mariée à
Myde Maupeou Preſident en
la Chambre des Comptes ›
GALANT. 247
3
US
Сл
une autre à M' de Lefrat, Prefident
en la troifiéme Chambre
des Enquestes du Parlement
de Paris , une autre à
M' Anjorrant , Seigneur de
Claye , une autre à M' le Camus
, Prefident en la Chambre
des Comptes & Controleur
general des Finances , &
une autre Fille à Mr du Gué
de Baignols , Maistre des Requeftes.
L'aifné des Fils fuc
Henry Feydeau Seigneur de
Brou ,qui s'eft marié à une fille
de la famille deRoüillé à Paris,
dont viennent feu Mile Prefident
Feydeau de Brou qui
X iiij
248 MERCURE
vient de mourir , & M l'E
vefque d'Amiens . L'autre fils
de Denis Feydeau de Brou, fut
Charles Feydeau, Seigneur de
Calende , Maistre des Comptes
à Paris , qui epoufa Anne
Charpentier , fille de Michel
Charpentier,Prefident à Mortier
au Parlement de Metz ,
dont font venus deux fils
l'aifné Henry Feydeau , Seigneur
de Calende , Confeiller
au Grand Confeil , puis Prefi
dent en la quatriéme Chambre
des Enquestes du Parlement
qui a epoufé la fille de
Mr Fraguier , Seigneur de
GALANT. 249.
Longperier
Confeiller
en la
- Grand' Chambre. Le fecond
fils FrançoisFeydeau , Seigneur
du Pleffis , receu en 1684. Mai
tre des Requeftes , & Intendant
de Juftice à Pau , a
epoufé une fille de la famille
des le Fevre d'Ormeffon
. Le
troifiéme
fils de Denis Feydeau
de Brou fut François
Feydeau , Abbé de Bernay
Confeiller
Clerc au Parlement
de Paris. Antoine Feydeau
, fecond fils de Jofeph
Feydeau , fut Seigneur du
Bois le Vicomte , & Treforier
de l'Epargne . Il eut deux En250
MERCURE
fans , fçavoir Antoine Feydeau
Seigneur du Bois le Vicomte,
qui s'eft vendu Capucin,
appelé le Pere Ifidore , &
une Fille qui epouſa en 1622.
Timoleon de Daillon , Comte
du Lude , dont eft venu
Henry de Daillon Duc du Lude
, Comte de Pontgibault ,
Marquis d'Illiers, & de Bouillé
, Baron de Briançon , Chevalier
des Ordres du Roy
Gouverneur du Chareau &
Ville de St. Germain en Laye,
Grand Maistre de l'Artilleric
de France , & Surintendant
des Poudres & Salpestres ,
,
GALANT
251
Colonel du Regiment des Fuzeliers
du Roy , Lieutenant
General des Armées de Sa
Majefté , auparavant premier
Gentilhomme de la Chambre
mort en 1685. fans Enfans . Le
Lude porte d'azur à la Croix
engrelée d'argent . Feydeau porte
d'azur au chevron d'or , accompagné
de trois Cequilles de
mefme.
Dame Catherine Scarron ,
Veuve d'Antoine d'Aumont,
Duc d'Aumont , Pair & Maréchal
de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Gouver
neur de la Ville de Paris & du
252 MERCURE
>
morte
pays de Boulenois
âgée
de quatre
-vingt- quatre
ans.Elle
eftoit Mere de Louis-
Marie
d'Aumont
, Duc d'Au
mont , Pair de France , premier
Gentilhomme de la
8
Chambre du Roy , Marquis
de Villequier , d'Ifles & de
Nolay Comte de Berjé , Baron
de Chappes , Rochetaille,
Joncy , Eftrabonne , Seigneur
de Fayelle , le Lis , la Motte-la-
Foreft, Grailly & laTour ,Brillebaut
, Gouverneur de Boulogne
, Païs de Boulonnois
Tour d'Ordre, Eftapes & Fort
de Monthulin , cy - devant
GALANT.
253
M
Capitaine des Gardes duCorps
du Roy. Il époufa en premieres
Noces Madeleine Fare le
Tellier , Fille de Michel le
Tellier , Chancelier de France
, morte le 22. Juin 1668.
dont il a deux Filles . L'aînée ,
Elizabeth Madeleine Fared'Aumont
, mariée le 14. Octobre
1677. à M le Marquis
de Beringhen , premier Ecuyer
du Roy en la petite Ecurie .
La feconde Fille eft Anne-
Charlote d'Aumont , mariée
le 4. Février 1683. à M le
Marquis de Crequi , Fils aîné
de feu M le Maréchal de Cre-
1 .
254 MERCURE
qui . Mile Duc d'Aumont a
époufé en fecondes Noces ,
le 28. Novembre 1669. Fran.
çoife- Angelique de la Motthe
- d'Houdancourt , Fille
du défunt Maréchal de la
Motthe - d'Houdancourt , &
de Loüife de Prie , Gouvernante
de Meffieurs les Enfans
de France , dont cft venu un
Fils , Marquis de Chappes , né
le 30. Mars 1671. Feu Madame
la Maréchale d'Aumont a eu
encore trois Enfans ; fçavoir
Charles d'Aumont , Abbé
d'Uſerche & de Longuilliers
,
né le treifiéme Novembre
GALANT.
255
י
Licu-
11634. Anne - Loüife d'Aumont
mariée au Comte
Charles de Broglio , Gou-
#verneur d'Avenes ;
tenant des Armées du Roy ,
dont elle a eu deux Filles , &
1 Catherine- Marie d'Aumont ,
Religieufe à l'Abbaye au Bois.
La branche aînée de cette
Famille d'Aumont eft peric
en la perfonne de Cefar d'Auemont
, Marquis d'Aumont ,
Gouverneur de Touraine ,
Comte de Clervaux & de la
Guierche , Seigneur d'Ivryles-
Chafteaux , qui époufa la
Fille de feu M Amelot de
218 MERCURE
Carnetin , Prefident aux Requeftes
du Palais , & Soeur de
M' Amelot,Marquis de Manregard
, premier Preſident en
la Cour des Aides , dont font
venues quatre Filles ; l'une
mariée à M' Fouquet , Marquis
de Mezieres , premier
Ecuyer de la Grande Ecurie;
une autre Fille morte en 1658.
& deux autres Filles , appellées
Mademoiſelle de la Guierche,
& Mademoiſelle d'Aumontde
Clervaux . D'Aumont porte
d'argent, au Chevron de gueules
, accompagné de fept Merletes
de mefme , quatre en chef
GALANT. 257
ב י
1
trois en pointe. Ils écartelent
de Villequier , Chabot , Luxembourg
, des Baulx , de
Maillé , & de Rochebaron .
Dame Marie Balzac d'Entragues
. Elle eftoit Veuve de
Meffire Ferdinand, Comte de
Marchin . Chevalier de la
Jartiere . Elle s'eftoit retirée
au Convent des Religieufes
de la Croix , Faux bourg Saint
Antoine , où elle eft morte
âgée de foixante & quatorze
ans .
Meffire Pierre- François Jace
ques , Seigneur de Vitry prés
Paris , du Deluge & autres
Nov.
1691. Y
258 MERCURE
lieux , receu le 6. Avril 1685.
Confeiller en la premiere
Chambre des Enquestes da
Parlement. Il eftoit fils de
feu N ... Jacques , Seigneur
de Vitry prés Paris , Greffier
en Chef du Parlement.
-
Dame Marie Plaftrier, veuve
de Claude Gobelin , Confeiller
du Roy en fes Confeils.
La Famille des Gobelin a donné
divers - Prefidens en la
Chambre des Comptes , &
plufieurs Confeillers aux autres
Compagnies Superieures .
Il en eft venu auffi plufieurs
Capitaines & autres perfonnes
de
marque
.
GALANT. 259
Meffire Martin Grandin
Preftre , Doyen & ancien Syndic
de la Faculté de Theologie
, Senieur de la Maiſon &
Societé de Sorbonne , Profelfeur
en Theologie & Principal
du College de Dinville à
Paris. Il eft mort âgé de 87 .
ans , s'eftant acquis une eftime
generale par fa profonde Doctrine
C'eftoit un des plus
celebres Theologiens de ce
Siecle . On s'empreffoit à le
confulter , & les avis ont efté
fuivis en plufieurs affaires
d'importance . Il avoit efté
receu Docteur en Theologic
Y ij .
260 MERCURE
le 20. Juillet 1638 .
François Pinffon receu en
1633. Avocat au Parlement . Il
eftoit ainfi que fon deffunt
Pere celebre Jurifconfulte , &
l'un des plusfçavans hommes
de ce temps pour les matieres
Beneficiales dont il a donné
divers Ouvrages receus avec
un applaudiſſement univerſel .
Il eft mort dans un âge extré
mement avancé , & laiffe plufieurs
enfans dont l'aifné eft
Abbé de Noyers en Touraine,
& un autre , Avocat au Parlement
& ficut des Rioles. Il
cftoit natif de Bourges oùM
GALANT 26
Pinffon fon pere paffoit pour
un Docteur tres- celebre.t
Ma derniere Lettre vous ap
prit la mort de M lc Coq
Confeiller en la Grand'Chambre,
& l'on m'a fait remarquer
que j'ay oublié à vous dire que
Jean le Coq fon pere eftoit
mort Doyen du Parlement de
Paris . Quant à fon Aycul Jean
le Coq Seigneur d'Egrenay ,
que je vous ay diteftre Avocat
au Parlement , il cftoir
Subftitud du Procureur General
, & avoit commencé par là
de la maniere que les jeunes
gens commencent. Il mourut
262 MERCURE
jeune , & n'avoit efté Avocat
que parce qu'il le faut eftre
pour poffeder uneCharge dans
la Robe . Antoine le Coq fon
Bifayeul , Confeiller au Parlement,
eftoit fils de Gerard le
Coq qui avoit époufé la Niéce
du Cardinal de la Balue . Ce
Gerard le Coq,Maistre des Re
queftes, dignité confiderable,
puis qu'il n'y en avoit que
quatre en ce temps - là , avoit
une four mariée à un de la
Maifon de Bureau , Grand
Maitre des Arbaleftriers de
France , ou Grand Maiftre
d'Artillerie , & un Frere Che
GALANT. 263
14
2
20
PA
valier de Rhodes . Il eftoit Fils
d'un le Coq Prefident au Parlement
, petit Fils , ou arriere
petit Fils de Jean le Coq Avocat
General au Parlement . Ce
fut le premier qui exerça cette
grandeCharge lors que le Parlement
fut fedentaire à Paris .
On l'appelloit Ioannes Galli , &
il a fait plufieurs Traitez de Jurifprudence
. Il fut auffi Confeiller
d'Eftat du Roy Charles
VI. & Seigneur d'Egrenay , Cou
peray , Dombfembray
, Vaulareinne
, Conlaville , & des
Porcherons . C'eftoit le huitiéme
Ayeul du dernier mort ,
264 MERCURE
mais non pas celuy dont il
defcendoit
. Ce Jean le Coq,
Avocat General au Parlement
de Paris , ne vivoit pas fous
le Regne du Roy Jean , comme
je vous l'ay marqué ; mais
du temps de Charles VI. Il
eftoit Fils d'un autre Jean le
Coq, Sur. Intendant des Finances
,fous le nom de Maiftre de
la Chambre aux deniers de
France du temps duRoy Jean,
parce que c'eftoit le Maiftre
de la Chambre aux deniers
qui avoit de ce temps là l'adminiftration
des Finances.
C'eſt une Charge des plus anciennes,
GALANT. 265
t
Ce
ciennes , puis qu'elle fubfifte
encore ; mais elle n'eft pas
dans fon mefme luftre , celuy
qui en fait la fonction à
prefent , n'ayant qu'un certain
détail des Finances .
Jean le Coq, Surintendant des
Finances , avoit épousé une
Mailly , & fut honoré par
le Roy Jean de la qualité de
Chevalier pour toute fa pofterité
, à caufe des bons fervices
rendus par luy à l'Etat . Les
Lettres patentes font en la
poffeffion de la Famille. Ce
fut luy qui fic baftir le Châ
teau des Porcherons , où le
Novembre 1691. Ꮓ
266 MERCURE
Roy Jean a demeuré , & où il
a donné nombre de patentes
;
ce qui fe voit dans l'Antiquité
de Paris, par le Datum in
caftello noftro Porchio vorum.
Il eftoit Frere de Robert le
Coq, Evefque de Laon, dont il
eft beaucoup parlé dans l'Hiftoire
du temps de ce Roy .
Le 12. de ce mois , M le
Tellier, Marquis de Barbezicux
, Secretaire d'Etat,Chancelier
& Garde des Sceaux des
Ordres du Roy , épousa Mademoiſelle
d'Ufez , fille d'Emanuel
de Cruffol , Duc d'Ufez
, premier Pair de France ,
GALANT. 267
!
S
Chevalier des Ordres du Roy,
Prince de Soyon , Comte de
Cruffol , d'Apcher & de Saint
Chely , Baron de Levis , de
Florenfac , de Bellegarde , Remoulins
, Aymargues , & de
S. Genier,Seigneur d'Affier &
de Capdenat , Gouverneur de
Xaintonge & d'Angoumois,
Villes d'Angouleſme & Xaintes
, Colonel du Regiment
de Cruffol , & de Marie-Julie
de Sainte Maure , fille de feu
Mr le Duc de Montaufier,
Cette Maifon eft une des
confiderables du Royaume.
Sans remonter aux Siecles plus
Zij
268 MERCURE
éloignez , Louis , Baron de
Cruffol, Senechal de Poitou ;
Gouverneur de Dauphiné ,
Grand Pannetier de France ,
Chambellan de Louis XI.
Chevalier de l'Ordre du Roy
époufa Jeanne de Levis - de
Florenfac , dont vint Jacques,
Baron de Cruflol , Grand Pannetier
de France , qui époufa
Simonne , Vicomteffe d'Ufez .
De ce mariage eft venu Charles
de Cruffol , Vicomte d'U.
fez , Grand Pannetier de France
, qui épousa Jeanne Gourdon
de Genouillac , fille da
Seigneur d'Affier , Grand
GALANT. 269
Ecuyer & Maiftre de l'Attil
lerie de France , & en eut Jacques
de Cruffol , Duc d'Ufez ,
Pair de France , Comte de
1 Cruffol , Gouverneur du Languedoc
. Jacques de Cruffol
époufa Françoile de Clermont
Tallard , & fut pere dEmanuël,
Duc d'Ufez , Pair de
France , Prince de Soyon ,
qui a époufé en premieres
Noces Ebrarde de S. Sulpice,
& en fecondes Marguerite
de
Flageac. Le Fils d'Emanuel
fut François de Cruffol , Duc
d'Uftz, Pair de France , Prince
de Soyon , Chevalier des Or-
Z iij
270 MERCURE
dres du Roy , dernier mort,
qui avoit époufé Marguerite
d'Apcher , aujourd'huy vi
vante , Dame d'une pieté &
d'une vertu exemplaire, dont
font venus M' le Duc d'Ufez
d'à prefent , Louis de Cruffol,
Baron de Florenfac , l'un des
Seigneurs choifis par le Roy
pour eftre auprés de Monfeigneur
le Dauphin , cy - devant
Cornette de la feconde Compagnie
des Moufquetaires , qui
en 1668. épousa Mademoiſelle
de Senneterre; Anne Marguerite
de Cruffol, mariée à M' le
Marquis de Merviel , & deux
GALANT. 291
1
Religieufes aux Carmelites du
Fauxbourg S. Jacques , & en
l'Abbayed Hyeres M ' le Duc .
d'Ufez, & Dame Marie Julie
de Sainte Maure fon Epufe ,
ont plufieurs fils , fçavoir ,
Louis de Cruffol , Marquis de
Rambouillet , Jean - Charles)
de Cruffol, Seigneur d'Affier,
le Comte d'Ufez , le Seigneur
d'Aymacgues
Fils . L'Aifnée de leurs Filles ›
fut mariée en 1686. à Milc
Marquis d'Antin , Colonel du
Regiment de l'Ile de France,
& Lieutenant general de la
haute & baffe Alface . Cette
& un autre
Z iiij
272 MERCURE
Maifon porte au premier
dernier de Cruffol , qui eft face
d'or de finople , parti de Levi
qui eft d'or à trois Chevrons de
Sable. Au fecond & troifiéme de
Genouillac , qui eft d'azur a
trois Etoiles d'or mifes en pal,
écartelé d'or à trois bandes de
gueules , qui eft de Galios, fur le
tout des grands quartiers de gueules
à trois bandes d'or , qui eft
¿Uſez.
M' le Marquis de Barbe .
fieux , Secretaire d'Eftat , eft
vigilant & laborieux , & puis
que le Roy a bien voulu luy
laiffer remplir cette grande
GALANT. 273
Charge, on ne peut douter
qu'il n'en foit digne . Mademoiſelle
d'Ufez a beaucoup
d'efprit , & cft fort bien faite.
Tout s'eft fait avec éclat &
magnificence dans ce Maria→
ge , tant pour les prefens des
deux Familles , que pour les
repas.
Le Jeudy 22. de fe
mois
,
l'Academic Françoiſe s'eftant
affemblée au nombre de vingt
cinq , pour remplir la place
qui eftoit demeurée vacanto
par la mort de M'de Benfe
rade , aprés avoir écouté les
propofitions qui luy furens
274 MERCURE
faites de plufieurs fujets confiderables,
fe choifit elle -mef
me M Pavillon . Il y avoit
long- temps que fa reputation
& fes ouvrages , avoient fait
defirer à tous ceux qui la compofent
de le mettre de leur
Corps , mais fa modeftie , &
l'empreffement qu'il avoit de
fonger pluftoft à fes amis qu'à
luy-mefme , les avoit empêchez
jufque- là de fe fatisfaire .
Le Roy à qui il fut propofé
comme celuy qui avoit cu le
plus de fuffrages , luy a donné
fon agrément , & toute la
Cour , & Paris y ont applaudi
GALANT 275
de
le
M Pavillon
eft d'une famille
où la pieté & l'efprit ont toûjours
brillé avec beaucoup
d'avantage
. Il eft Neveu de
ce fameux M' Pavillon
, Evelque
d'Aler, la gloire de l'Epifcopat
, qui du temps
Louis le Jufte , ne prit pas
moins de melures
pour
fuir , que les Ambitieux
ont
d'empreffement
à le recher
cher. M' Pavillon
, qui vient
d'eftre éleu par l'Academic
Françoife
, commença
fa carriere
au Parlement
de Metz
en qualité d'Avocat
General .
Il y fit des actions fi cele- .
276 MERCURE
j
bres , qu'on venoit l'entendre
de toutes parts , & fa reputation
faifoit fonger à luy donner
de plus grands Emplois ,
quand une avanture qui arrefta
les deffeins qu'on avoit
pour lui le fit refoudre à fe
retirer de Metz , où cét illaftre
Senat ayant fait tout ce
que l'on crur poffible pour le
retenir , a toûjours compté fa
perte pour un malheur qu'il
eftoit mal- aifé de reparer . Depuis
ce temps-là Mª Pavillon
a toûjours vécu en Philofophe
, fur qui la fortune n'a
aucun pouvoir, Son Cabinet
GALANT. 277
& fes Amis luy ont tenu lieu
de tout , Il eft forti de fa plu
me differens ouvrages d'un
caractere qu'on ne sçauroit
imiter . Quelque fujet qu'il ait
choifi , il l'a toûjours traitté
en honnefte homme, avec une
delicateffe & un gouft qui le
font connoiftre , avant me
me que l'on fçache qu'il en
foit l'Auteur . Il n'ignore rien
de l'antiquité profane ou facrée.
Il connoift parfaitement
la Religion , & s'eft fouvent
fervi de fes lumieres , pour ra
mener à la veritable Eglife ,
des perfonnes que l'erreur en
278 MERCURE
avoit feparées , & qui avoient
échapé aux meilleurs Ouvriers
. Il a une probité exate
& fevere pour luy , & une
fi grande indulgence pour
les autres , qu'il cherche toûjours
à excufer leurs deffauts,
& leurs foibleffes . Il est homme
de bien & exact dans fes
devoirs , fans aucun fard , &
avec les qualitez des meilleurs
Catholiques , il n'a rien de
ceuxqui en veulent tirer avantage
. Son coeur eft peint dans
Les ouvrages de Vers ou de
Profe , aufli bien que
tere de fon efprit , & l'Acale
caraGALANT..
279
demie ne fera jamais à plaindre
fi elle a toûjours de pareils
fujets. Je vous envoye les
derniers Vers qu'on a veus de
luy .Ils prouvent parfaitement
bien , qu'il n'eft point neceffaire
de fe retirer du monde
pour bien travailler à fon falut
,pourveu que l'on y demeure
dans l'obeïffance que
l'on doit à Dieu , & qu'on
foit exact à fuivre fes loix ,
fans s'abandonner à fon caprice.
Heureux qui fe trouvant trop
foible & trop tenté ,
Da monde enfin fe débaraffe !
280 MERCURE
4
Heureux qui plein de charité,
Pour fervir le prochain, y conferve
Sa place !
Differens dans leur veuë , égaux en
pieté,
L'un efpere tout de la Grace,
L'autre apprehende tout de fa fragilité.
23
Ce monde que Dieu mefme exclut
de fon partage ,
Non pas le monde qu'il a fait.
C'est ce que l'homme impie ajoûte à
fon Ouvrage ,
Quifait que fon Auteur l'abandonne
& le hait.
Obferuez feulement le peu qu'il vous
ordonne ,
Etfans ceffe le beniſſant ,
Ufez de fon prefent , mais tel qu'il
vous le donne,
GALANT 281
Et vous n'aurez plus rien qui ne foit
innocent.
$
Crois-tu que le plaifir qu'en toute la
Nature
Le Premier Eftre a repandu ,
Soit un piege qu'il a tendu
Pour furprendre fa Creature ?
Non , non ; tous ces biens que tu
vois
Te viennent d'une main &
& tropfage,
trop
bonne
Et s'il en eft quelqu'un dont les divines
Loix
Ne te permettent pas l'usage,
Examine - lebien, ce plaifir pretendu ,
Dont l'appas tâche à tefeduire,
Et tu verras, ingrat , qu'il ne t'eft
deffendu ,
Que parce qu'il pourroit te nuire
Nov. 1691.
A a
282 MERCURE
2
Sans fes loix & l'hearenx fecours
Qu'elles te fournißentfans ceffe ,
Comment avec tant de foibleffe ,
Pourrois-tu conferver & tes biens &
tes jours!
Exposé chaque inftant à mille & mille
injures ,
Rien ne raffeureroit ton coeur épouvanté,
Et fes juftes Decrets contre qui ta
murmures ,
Font ta plusgrandefeureté.
us grande
S
Voudrois-tu que la Providence
Euft reglé l'Univers au gré de tes
fouhaits ,
Et qu'en te comblant de bienfaits,
Dieu t'euft encorfouftrait àfon obeif
Sance ?
Quelle étrangefocieté
GALANT: 283
Fermeroitentre nous l'erreur & l'injustice
,
Si l'homme independant n'avoit que
fon caprice
Pour conduire fa volonté!
22
On commence à debiter un
livre nouveau qui a pour titre,
Reflexions fur les deffauts ordinaires
des Hommes &fur leurs
bonnés Qualitez. Je vous en
parlerois avec la diftinction
qui luy eft deuë , fi celuy qui
l'a fait eftoit moins de mes
amis ; mais l'intereft que je
prens en ce qui touche fa gloi..
re , pourroit rendre mon té
moignage fufpect . Ainfi je
A a ij
284 MERCURE
me contenteray
de vous affeurer
que cet Ouvrage ne peut
manquer de vous plaire , tant
par les matieres que l'on a
choifies , que par la maniere
dont elles font traitées , & . !
que vous n'aurez point à
regreter le temps que vous .
donnerez à une lecture fi
agreable. Si je nommois
l'Auteur de ce Livre , on de-:
meureroit d'accord qu'il n'eft
jamais rien forty de fes mains
qui n'ait efté trouvé de boni
gouft , & qui n'ait répondu
à l'idée que l'on s'en eftoit faite.
Il fe vend dans la Salle
GALANT. 1 28,
Neuve du Palais au Dauphin,
chez la Veuve Gucrout. Sup 191
Le ficur Quinet , Libraire
dans la grande Salle du Palais
, a mis en vente un autre
Livre nouveau qui doit donner
beaucoup de plaifirà tous
ceux qui le liront . C'eſt une
Nouvelle Galante & Hiftorique
en deux Volumes , fous
le titre de La Ducheffe de ?
- Medo. Les fentimens en
font fins & delicats , & les
1
?
"
Dames qui ont de la peine à
fe deffendre d'aimer , trouveront
par cette lecture dequoy
fe fortifier contre leur
286 MERCURE
foibleffe , en voyant une Perfonne
combatue d'une forte
paffion , dont fa raiſon la
fait toûjours triompher, malgré
tout ce qu'elle en fouffre .
Voicy les noms de ceux qui
ont expliqué la derniere Enig
mefur leJeu de Cartes , qui en
eftoit le vray mot . Mr de
Guintrandy , Paget de Cabrieres
, de la Bourgonniere
, Turpin de Vitré, de Boulogne
, de Beaurepaire, Ayocat
au Parlement ; Bonnard
de l'Hoftel du Quefnoy place
Royale ; le Marquis du Chaftel
Capitaine dans le RegiGALANT.
287
02
C
ment de Dragons , de l'ifle
du Ricar en Bretagne , Davoys
de Caen , Langliere , le Lievre
& fon aimable épouse ;
Jourdan & Fanchón rue Aubriboucher
, Saint Malo de la
rue Saint Denis , Allard du
mefme quartier , Tamirifte de
la rue de la Cerifaye , G. Hutuge
d'Orleans : le Rival du
Chaffeur fecret de la belle Foreft
de la Samaritaine ; les nouveaux
Mariez de la rue Saint
Jean de Caën ; le petit Vendelain
de la rue des Lavandie ,
res ;leCadet rileut & fon Frere ;
le Prophete du grand Navire.
288 MERCURE
*
de la rue Saint Denis ; le Cavalier
fans peur & fans reproche
de la rue d'Orleans au
Marais ; le grand Amant de
la rue Saint Jean de Caën , &
la grande Collinette fa Confidente
;l'Amant de la charmante
Marotte de la grande rue de
la mefme Ville ; le Voyageur
infatigable ; le fidelle Amant
de la veritable princeffe ; L'auteur
du Bufta fora delicieux ;
l'Amanr de la Belle à l'anagramme
je panche en amour; le
Parterte ravagé par la fureur
d'Eole ; le fombre Morinville
de la Croix Sainte de l'Ifle ;
GALANT 289
liole ; le Chevalier Difcourtois
; l'Avocat pour & contre
de l'aimable du Peinquer ; le
Naturel de la rue deRichelieu ;
les deux inconnus de vis à vis
la rue Mafcon ; l'Efcrivain
fans envie de la place Royale;
L'intrepide Karadence Capi
taine ; L'Abbé Kirourio Aumofnier
au Vaiffeau S. Jean ;
le Petit Menage ; le fidelle
Amant vangé de fa perfide
maiftreffe ; le Chevalier de
nul lieu de la rue du petit Poids
à Breft ; le gros Marchand de
la grande rue des filets ; le
grand Trompette des affem-
B b Nov. 1601.
290 MERCURE
1
blées du Quay de la Berie à
Rennes : les cinq Heros : Mef
demoiselles Couple de Soeurs
de vis- à- vis la rue Hamon à
Caën ; l'aimable Champion;
la fpirituelle Roland de Ve
zoul : & la charmante Diane
de Befançon : la belle Blonde,
& la Sphere de la rue de la
Harpe : la Tranquille brune :
la charmante Diane de la ruc
Montorgueil la Princeffe
Thomas de l'Ifle , la charmante
Brune de la court du Mort :
La douce & rendre Kermoile :
tendre Kercadiou : la
belle Berroufe du Vicomte de
la
trop
GALANT. 291
Lanuqui Capitaine de Dragons
: la rendre Kereftecq de
la rue de l'Academic à l'Hoftel
de la Providence à Rennes
: la Gouvernante du grand
Bureau de Pharaon : la belle
Chaffcufe duNicoüet : la belle
du quartier S. Dominique ,
tous de la mefme Ville ,
la Soeur fans frère..
Voicy une Enigme dont
le fens ne doit pas échaper à
vos amis
I
ENIG ME.
&
L n'eft rien de figrand dans l'Etat
, dans la Loy
Qui ne foit renversé par moy ;
Bbij
292 MERCURE
Mais auffi quandje fuis heureufe ,
Mon pere en eft comblé de plaifir &
d'honneur ,
Mefme recompensé , quand il a du
bonheur ,
D'une maniere avantageuse.
Me veux-tu deviner ? écoute bien,
Damon,
C'est par moy , par mon artifice
Que la vie eft unjeu , que le Ciel
devient lice ,
Et le Monde , Demon,
Je vous envoye une Chanſon
que j'entens chanter à tout le
monde . C'eſt un témoignage
qu'elle plaift. Lors que vous
aurez jetté les yeux deſſus ,
vous en jugerez mieux que
perfonne .
GALANT
2.93
B
3018
nes
nes
tu
11-
on
les
nnc
29:
M
Mo:
Mej
D
Me
C
ཧཿ་
Je
qu
mc
qu'
aur
GALANT. 293
AIR NOUVEAU.
Dans
Ans l'état ou jefuis que mon
coeur eft à plaindre !
L'honneur & le danger partagent mes
Soupirs ;
Mais tandis que la gloire occupe mes
defirs
Cruel Amour , helas ! combien tu
me fais craindre!
Les Fils du deffunt GrandVi
fir , ayant efté à la Porte , on
leur a fait un accueil & des
careffes extraordinaires , contre
l'ufage des Turcs , qui ne
regardent les Enfans de ceux
qui ne font plus dans les em-
35
B biij
294 MERCURE
ྂ ་
plois, que comme des particuliers.
Cette diftinction fait
voir que l'Empire Othoman
croit devoir beaucoup à ce
Grand Vifir , ce qui ne feroit
pas, s'il avoit perdu la derniere
Bataille,comme les Imperiaux
l'ont publié , & dont les fuites
doivent faire douter , puifque
cette Victoire n'a rien produit
pour ceux qui difent l'avoir
remportée .Ainfi leGrand
Vifir peut eftre mort de même
que mourut le Grand Guſtave
aprés avoir triomphé . On doit
demeurer d'accord, en examinant
ce quia êté écrit là- deffus,
GALANT. 295
<
:
que les deux Partis ont beaucoup
perdu , mais que la perte
des Imperiaux ne peut eftre de
long - temps reparée , à cauſe
du grand nombre d'Officiers
qui ont pery dans cette action,
a
&
que
la
confternation
moins
regné
dans
l'Empire
Othoman
qu'à
la
Cour
de
Vienne
. Les
Lettres
de
Conf
.
tantinoble
du
12.
d'Octobre
portent que tout y
eftoit en
joye ce jour-là , & que toutes
les Mofquées y avoient efté
illuminées , à caufe de la levée
du Siege du Grand Waradin.
Quant à la Paix , elle n'a
Bb iiij
296 MERCURE
jamais efté fi avancée qu'on
l'a voulu faire croire , mais
c'est la politique ordinaire du
Prince d'Orange , de faire publier
les chofes qui luy feroient
utiles , afin d'engager
toûjours les Alliez dans la
continuation de la guerre ,
dont la France & luy tirent
feuls de l'avantage , puifque
la France a remporté beaucoup
de Places importantes ,
& que la Guerre maintient ce
Prince fur le Trône qu'il a
ufurpé . Il eft vray que c'eſt
aux dépens de l'Angleterre ,
qui rend à l'Europe tous les
GALANT. 297
A
millions dont elle a profité
par fon commerce , pendant
4qu'elle eftoit neutre . Le Chevalier
Huffey qui cherchoit à
faire foulever les Turcs , faifoit
courir le bruit parmy eux
qu'on faifoit à la Porte des
propofitions de Paix avantageufes
, ce qui n'eftoit pas ,
mais il croyoit que le Divan ,
preffé par les peuples , feroit
obligé d'accepter les veritables
propofitions qu'on fai
foit , quoy que differentes de
celles qu'il avoit femées
my les peuples, & qui auroient
efté trop prejudiciables aux
par298
MERCURE
Chreftiens pour les vouloir
faire. Ce n'est pas que le Prince
d'Orange n'euſt ſouhaitté
que cette Paix fe fuft concluë
à leurs dépens. Il y a quelques
Lettres qui portent que
les troubles inteflins que le
Chevalier Huffey a voulu exciter
à la Porte , n'ont pas
contribué à le faire vivre long
temps , mais cette nouvelle
n'eft pas encore bien éclaircie.
Les Peuples d'Andrinople
ont demandé hautement la
Guerre , & le nouveau Grand
Vifir fe trouve là- deffus du
fentiment de celuy qui l'a preGALANT.
299
cedé dans le Miniftere . Il n'y
a pas lieu d'en eſtre étonné ,
puis qu'il l'avoit choisi pour
fon Caimacan , ou Lieutenant
à Conftantinople , & qu'il eft
naturel qu'il euft jetté les
yeux fur un homme de fon
caractere.
Les progrés du Roy de Pologne
n'ont pas efté grands
cette année , & fi on examine
les conqueftes qu'il a faites a
avec ce que la fatigue des
marches a caufé de pertes à
fon Armée , on trouvera qu'il
a bien plus perdu que gagné.
Auffi fe plaint il beaucoup de
300 MERCURE
I'Empereur , qui n'a point
tenu la parole qu'il luy avoit
donnée , de joindre un corps
de Troupes aux fiennes auffitoft
qu'il feroit entré en Moldavie
.
Le Prince d'Orange a ordonné
la levée de fix à ſept
mille Dragons en Flandre ,
ayant pour but de faire deferter
les Troupes d'Eſpagne
en les payant mieux , & de fe
rendre par ce moyen plus
puiffant en ce pays- là que le
Roy d'Eſpagne, afin d'y faire
fuivre fes volontez , & de fe
rendre maistre de quelques
GALANT. 301
E
Places , quand l'occafion s'en
prefentera , fous pretexte de
Ies défendre. Le Confeil d'Ef
pagne qui penetre cette politique
, paroift fort embag
raffé .
Enfin Mr de Baviere s'en
retourne dans fes Etats , aprés
que fes Troupes fe font dif
ringuées en Piedmont à la
fortie de la Garniſon de Carmagnole
, qu'elles pillerent
genereufement contre la foy
des Capitulations Quant aux
exploits qu'elles ont faits devant
la Place , ils n'ont pas
efté fort grands, puis qu'elles
302 MERCURE
ont demeuré onze jours à
prendre ce que nous avions
emporté en un feul jour. La
Place leur auroit encore couté
plus de temps , s'il n'eftoit
venu des ordres du Roy pour
la rendre . Aprés cette belle
expedition , cet Electeur s'eft
fait battre devant Suze , où
la perte des Ennemis a efté
plus grande que
les Nouvelles
publiques ne nous l'ont marqué.
Auffi eft il difficile de fçavoird'abord
la verité de ce qu'-
on ne peut apprendre que par
fes Ennemis. Je dis donc que
perte a efté plus grande ,
leur
GALANT. 303
fur une Lettre de Thurin que
j'ay veuë depuis peu . Elle porte
que celuy qui l'a écrite y
avoit vû entrer cinquante
Chariots de bleffez ; & lę
nombre des morts ayant efté
plus confiderable , on peut
juger qu'il faut
que la perte
ait efté beaucoup plus grande
que l'on n'avoit crû . Aprés
ce defavantage , & le chagrin
d'avoir manqué Cafal , Mª de
Baviere s'en retourne dans fes
Etats , d'où il eftoit venu
avec des Troupes nombreuſes ,
& un gros attirail de Canon ,
& laiffe affieger Montmelian.
304 MERCURE
Le 28. de ce mois , Mt le
Marquis de Courtenvaux , Fils
Ainé de feu M' de Louvois ,
époufa Mademoiſelle d'Eftrées,
Fille de M' le Maréchal
d'Eftrées . Le Mariage fe fit
avec beaucoup de magnificence,&
il y eut un grandnombre
d'illuftres Conviez . Je ne vous
dis rien des Mariez , qui font
trop connus pour avoir beſoin
que l'on en parle. L'ancienne
Maifon d'Eftrées , originaire
de Picardie , a efté feconde en
grands Hommes . Antoine
d'Eftrées , qui vivoit l'an 1460 .
fut pere d'un autre Antoine, &
GALANT. 305
ce dernier laiffa Antoine d'Eftrées
III. du nom , Grand
Maiftre de l'Artillerie de France.
Antoine d'Eftrées fon Fils ,
IV . du nom, poffeda la mefme
Charge , & fut Chevalier des
Ordres du Roy en la premiere
creation de 1578. De fon Mariage
avec Françoiſe Babou ,
Fille de Jean ST de la Bourdaifiere
, Maistre de l'Artillerie,
il cut François-Loüis , tué au
Siege de Laon en 1574. François
Annibal , Duc d'Eftrées ,
Pair & Marechal de France ,
Marquis de Coeuvres , Chevalier
des Ordres du Roy , mort
-Nov . 1691. Cc
306 MERCURE
en 1670. âgé de cent deux
ans ; Diane , feconde Femme
de Jean de Montluc , Sr de
Balagny , Marechal de France,
morte en 1595. Marguerite ,
mariée à Gabriel de Bournel ,
S ' de Namps ; Angelique , Abbeffe
de Maubuiffon, Gabrielle ,
Ducheffe de Beaufort , dont
Henry IV. cut Cefar Duc de
Vendôme
; Julienne- Hippolite
, Femme de George de
Brancas , Duc de Villars , &
Françoiſe , Femme de Charles
Comte de Sanzay. François
Annibal , Duc d'Eftrées , Pair
& Marechal de France , épouGALANT.
307
fa en 1622. Marie de Bethune ,
Fille de Philippes , Comte
de Selles & de Charos , & en
feconde Noces , Anne- Habert
, Fille de Jean S' de Montmor
, Treforier de l'Epargne ,
Veuve de Charles de Themi .
nes , S de Laufiere , laquelle
eſtant morte en 1661. il prit
une troifiéme alliance avec
Gabrielle de Longueval , Fille
d'Achille , S de Manicamp.
De fon premier Mariage font
fortis François Annibal II . du
nom , Duc d'Eftrées , Pair de
France , Gouverneur de l'Ifle
de France , de Soiffons , de
Ccij
3c8 MERCURE
Laon , & c . Ambaffadeur à
Rome , qui a laiffé François
Annibal III. du nom , aujourd'huy
Duc d'Eftrées ; Jean ,
Comte d'Eftrées , Vice - Amiral
, & Maréchal de France ,
Pere de Mademoiſelle d'Ef
trées qui vient de fe marier ,
& Cefar Cardinal d'Eftrées.
Les Enfans du fecond lit de
François Annibal , Duc d'Eftrées
, Pair & Marechal de
France , furent Louis Marquis
d'Eftrées , tué en 1656. à
la levée du Siege de Valenciennes
, & Chriftine , premiere
Femme de FrançoisGALANT.
309
Maric , dit Jules de Lorraine ,
Prince de l'Iflebonne . Mr le
Marechal d'Eftrées s'eft acquis
beaucoup de reputation
par les Victoires qu'il a remportées
en 1676. & les deux
années fuivantes , fur les Hollandois
, aufquels il enleva la
Cayenne qu'ils avoient ufurpée
aux François . Il défit le
General Beink à l'Ifle de Tabaco
, & leur prit ce Fort
dans une autre occafion.
M' le Duc de Noailles eftant
encore en Catalogne tout occupé
du fervice , avant qu'il
allaft aux Etats du Languedoc
310 MERCURE
d'où l'on attend fon retour ,
receut une Lettre du Roy, par
laquelle Sa Majefté luy faifoit
fçavoir qu'Elle luy donnoit
la Lieutenance de Roy
de Guienne , avec permiffion
de la vendre. Un prefent fi
confiderable fait fans le demander
, montre que le vray
merite n'a pas besoin de follicitation
auprés du Roy , &
qu'il fuffit de le bien fervir
pour eftre recompenfé.
J'ay à vous parler d'un autreprefent
du Roy , qui a donné
vingt millcécus à la Famille
de M' le Marquis de Rothelin.
GALANT. 311
Il eftoit Capitaine , premier
Enfeigne des Gens - d'Armes
de Sa Majefté , & les commandoit
le jour de l'action
qui fe paffa à Leufe en Flandre
le 19. de Septembre . Il y
donna des marques d'une valeur
finguliere , & y receut
quatre grandes bleffures dont
il mourut deux jours après à
Tournay. Madame la Maréchale
Ducheffe de Navaille ,
& Madame la Marquife de
Rothelin , fa Fille, en ont efté
remercier le Roy, qui les a receuës
d'une maniere fort diftinguée
.Elles étoient accompa+
312 MERCURE
!
gnées du jeune Marquis de
Rothelin, qui n'ayant encore
que 13. ans, ne s'eft pas trouvé
d'un âge à eftre propofé pour
la Charge qu'avoit M¹ le Marquis
de Rothelin fon Pere.
Les fixVaiffeaux duRoy êtant
enfin fortis de Dunkerque ,
aprés en avoir efté empêchez
fi long-temps , font entrez au
port de Breft depuis peu de
jours avec une des deux Prifes
qu'ils ont faites affez confiderables.
Les noms de ces fix
Vaiffeaux font . l'Ecüeil , le
Sericux , le Moderé , le Fidele,
le Maure , & l'Entendu .
Ils
GALANT. 313 .
Ils avoient un Brulot , &
étoient commandez par M
de Mericourt , un des plus
1 anciens Capitaines de haut
Bord. Voicy l'affaire . Un
Vaiffeau Anglois armé en
= guerre , & de 54 pieces de
Canon , s'étant remis en mer
pour croifer dans la Manche ,
1 encore une huitaine , fit rencontre
d'un autre Vaiffeau de
guerre Oftendois de 44 pieces
de Canon , qui luy dit qu'il :
devoit inceffamment partir
du Havre une petite Flote , &
que s'il vouloit ils agiroient
de concert : ce que l'Anglois
Novembre 1691. D d
314 MERCURE
ne manqua pas d'accepter. Un
jour ou deux aprés, ils apperceurent
nos Dunkerquois , &
les creurent ceux du Hivre .
Ils allerent au devant d'eux ,
& furent bien étonnez quand
eftant plus prés , ils reconnurent
que c'eftoient des Vaif
feaux de guerre ; mais il n'étoit
plus temps de reculer.Les
noftres ayant commencé à
faire force de voile , le Serieux
& le Moderé , meilleurs voiliers
, arriverent fur eux , &
aprés un combat affez difputé,
ils s'en rendirent les maiftres .
Le Serieux eftoit commandé
GALANT. 315
par
P
M ' le Marquis de Blenac ,
& le Moderé par M² d'Eury,
qui a eu M des Cartes fon
Lieutenant affez bleffé à la
poitrine d'un coup de Ponton
, mais non penetrant , &
d'un éclat de grenade à une
jambe. Comme il vint jufques
à trois fois à l'abordage fur
l'Oftendois , qui ſe deffendit
bien mieux que l'Anglois , &
qui ne feferoit pas rendu fi
toft file Capitaine n'euſt eſté
tué , il eut trente- cinq hommes
hors de combat , tuezon
bleffcz . L'Oftendois perdit
du moins deux cens hommes ,
Bb ij
316 MERCURE
& fon Vaiffeau ayant esté
trop endommagé pour le pouvoir
ramener à Breft , on l'a
laiffé avec tous fes bleſſez , à
la Hogue , le plus prochain
Port. Vous remarquerez ,
Madame , qu'il femble que
les Ennemis n'ayent gardé
tout l'Efté nos fix Vaiffeaux
devant le Port de Dunkerque,
d'où ils les ont empêchez
de fortir , qu'afin qu'aprés la
Campagne faite ils leur priffent
à eux mefmes les deux
Vaiffeaux dont je viens de
vous parler.
On apprend de Chambery ,
GALANT. 317
par une Lettre du 23. de ce
mois , qu'on avoit com mencé
à remuer la terre à Montmelian,
la nuit du 17. au 18. pour
faire une Ligne de communication
des quartiers , ce qui
avoit réuffi heureufement en
peu de temps , & avec perte
de peu de Soldats . Toutes
chofes peuvent paffer fans.
danger par le moyen de cette
Tranchée , qui nous approche
auffi du premier foffé . Le Canon
a deu commencer à tirer
25. & il doit y avoir trois
Batteries fans celles des Bombes
, dont il y en a une fur
le
Dd iij
318 MERCURE
une hauteur qui defolera le
Donjon. Il y arrivoit encore
des Troupes de Sufe , le jour
qu'on a écrit cette Lettre.
Voicy le détail des Brigades
des Troupes qui forment ce
Siege.
A CROVET.
M' de Genlis , Brigadier.
Navarre .
La Fare .
Maulevrier.
Bigorre.
A S. Pierre de Soucy.
M' de Famechon .
Piedmont.
Bourbon.
GALANT. 219
Lorraine.
Foix.
A Francin
Mr de Blenac .
1. du Royal .
2. du Royal .
1. d'Alface .
2. d'Alface.
A Francin.
M' de Clerambaut.
Limoufin .
Moncaffel. Clare .
AS. Pierre d'Albigny.
M' de Thoy.
La Couronne .
Roüergue.
Languedoc .
320 MERCURE
M' Hennequin , qui avoic
été nommé Premier Prefident
de Roüen, ayant confervé fa
Charge de Procureur General
du Grand Confeil , M' de
Monthelon , Confeiller dans
ce mefme Corps, a cfté nommé
en fa place pour eftre Premier
Prefident de Normandic.
Il eft Petit-Fils d'un Garde
des Seeaux de France , & je
Vous ay fouvent parlé de fa
Famille , auffi- bien que
celle de M' le Chancelier le
Tellier , ce qui m'a empêché
de vous en rien dire , en vous
apprenant les deux Mariages
de
GALANT. 321
de M¹ de Courtenvaux , & de
M' de Barbefieux , fes Petits-
Fils . Je fuis , Madame , &c .
A Paris ce 30. Novembre 1691 .
A VIS .
On donnera le 15. Decembre
prochain , la fuite de l'Hiftoire
de la Vie du Prince d'Orange .Le
Recueil des fix premiers Entretiens
en forme de Pafquinades,
tout remply de Figures ne fe
vend que quarante fols.
TABLE.
Prelud Relude.
16
24
Lettre à Dom Crispin Botello.
Idille de Mr de Senecé.
Defcription des réjouissances faites à
Alep pour la prise de Nice & de
Mons.
39
Mort de la Mere Agnés , ancienne
Prieure des Carmelites du Grand
Convent. 64
Eloge fur la mort de Mrde Louvois .
-75
Réponse de Mr de la Broffe , Auteur de
la Lettre fur les Vapeurs , à Mr
Basonneau.
Nouvelle Carte des Pays- bas.
85
157
La Confpiration des Planetes & de la
Comete contre le Soleil.
Hiftoire.
161
168
Ouverture du Parlement,, & tout ce
qui s'eft passé en cete occafion. 192
TABLE.
A
ב י
Patentes du Roy pour l'établiſſement
de l'Univerfité de Dole à Befan
çon. 201
Benefices
donnez par le Roy. 211
Grands fruits de la Miffion du Pere
Ventimille
, Theatin, dans l'Iſle de
Borneo , avec un détail curieux de
tout ce qui s'y est passé. 216
Mr l'Abbé d' Auvergne eft receu Chanoine
du grand Chapitre de Straf
bourg.
Morts.
229
243
Mariage de Mr de Barbefieux & de
Mademoiselle d'Usez,
266
Mr Pavillon eft nommé à l'Academie
Françoise à la place de Mr de Benferade.
Derniers Vers de Mr Pavillon.
273
279
Livres nouveaux.
283
Article des Enigmes.
286
Nouvelles de la Porte. 293
TABLE.
Nouvelles de Pologne
Nouvelles de Flandre.
Nouvelles de Piedmont.
299
300
30r
309
Mariage de Mr le Marquis de Courtenvaux&
de Mlle d'Estrées. 304
-Prefens faits par le Roy.
Détail de ce qui s'eft passé à laprife
d'un Vaiffeau Anglois & d'un of
tendois par les Vaiffeaux du Roy.
312
Nouvelles du Siege de Montmelian.
316
Mr de Monthelon eft nommé premier
Prefident de Rouen- 320
La Medaille doit regarder la page
156.
L'Air doit regarder la page 293..
$
I
522552
5225-3555555
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout , Galerie-neuve du
Palais .
O
Nziéme partie des Affaires
du Temps , remplie de Figures
, & contenant trois Entretiens
des Plaintes de l'Europe contre
le Prince d'Orange , & trois autres
du Priuce d'Orange travaillant à fou
Hiftoire. 2. livres.
Affaires du Temps , dix Volumes
iu douze,
Bot 15.1. Reflexions
fur les defauts
ordinai-
.
1c; des hommes
, & fur leurs bonnes'
qualitez
.
I. l. 10. f
La Ducheffe
de Medo, Nouvelle
galanre
& hiftorique
, deux Volumes
, 3.
a
2
Explicationen eu Vers des Tableaux
de la Gallerie de Verſaills .
15.
1.
La
Découverte
des
Mifteres
du
Palais
, où
il eft
traité
des
Parties
en
general
, des
Intendans
des
grandes
Maifons
, des
Procureurs
, Avocats
,
Notaires
, & Huiffiers
. vol. in douze
,
1. liv. 1o . f.
La Vie de la feüe Reine d'Angleterre,
dans laquelle outre fes actions
particulieres de pieté, on trouve ce qui
s'eft paffé de plus remarquable pendant
les Regnes des Rois Charles I. &
Charles I I. Vol, in 8. 2. l. 10. f.
Nouvelle Chirurgie , Medicale &
raifonnée de Michel Ettmuler , avce
nne Differtation fur l'infufion des liqueurs
dans les Vaiffeaux. 1. l. 10. f.
Pratique de Medecine fpeciale du
meline Ettmuler, fur les Maladies propres
des Hommes , des Femmes & des
Enfans. Vol . in 8.
3. L.
3.
Hiftoire Monaftique d'Irlande.
2. 1.
Traité
de l'Artillerie
, expliquant
la difference
, les
proportions
, les portées
, les
affuts
, & tout
ce qui
concerne
les
Canons
dont
on
fe fert
en
France
, tant
fur
Terre
que
fur
Mer
,
rvec
plufieurs
Planches
, par
Monfieur
Gautier
de
Nifmes
.
1. 1. 10.
f.
Lettres fur toutes fortes de fujets . 2 .
vol. in douze . 3. liv. 10. f.
Lettres Familieres & autres fur dif
ferentes matieres , pat le Sieur Meilleran
, Profeffeur des Langues Françoife
, Allemande & Angloife , feconde
Edition , corrigée & augmentée de
plus de cent Lettres. 1. 1. 10.f
Hiftoire du Monde. 5. vol. in 12. 9.1 .
Etat nouveau de la France . 2. vol..
in douze .
3. liv.
Hiftoire
de l'établiffement
de
la
Republique
de Hollande
, ou fa rea
ij
volte. 2. vol. in 12 .
4.
liv.
Chevalerie
ancienne
& moderne
, avec
la maniere
de faire
la preuve
pour
tous
les
Ordres
de Chevalerie
1. 1. 10.
f.
Hiftoire
de
l'Afrique
ancienne
. &
moderne
, enrichie
de
80.
figures
, 4.
volumes
in douze
.
8.
liv
.
Hiftoire
de Normandie
. 2. v. 3. 1.
Eloges
des
Perfonnes
Illuftres
dl .
l'ancien
Teftament
, par
M.
Doujat
,
1. 1. 5.f.
Réflexions
fur
l'Acide
&
fur
l'Al-
Xali
.
1. liv
. 10.
f.
Efais
de
Morale
&
de
Politique
,

il eft
traité
des
Devoirs
de
l'Homme
confideré
comme
particulier
, &
comme
vivant
en
Societé
. 2. vol
. 2.1
.
Obfervations
de
M.
Spon
fur
les
Fiévres
& les Febrifuges
.
I. 1.
Antiquitez
du
mefme
M.
Spon
, Ou
.
vrage
enrichy
de
plufieurs
Figures
.
7.1
.
OEUVRES DE M
de Fontenelle.
Dialogues des Morts. 2. vol . indouze.
3 :1.
Jugement de Pluton fur les Dialogues
des Morts. 1.1. 16. f.
Entretiens fur la pluralité des Mondes
, augmentez en plufieurs endroits,
avec un fixiéme Soir qui n'a point encore
paru , contenant les dernieres
découvertes qui ont efté faites dans
le Ciel-
Hiftoire des Oracles.
1. l. 10. f.
1. liv. 10 f.
Poëfies Paftorales avec un Traité de
la Nature de l'Eglogue , & une Di
greffton fur les Anciens & les Moder-
1. li . 10. f.
Lettres galantes de M. le Chevanes
.
lier d Her... 2. vol .
Academie galante. 2 , vol .
3.1.
3. liv.
a iij
La Ducheffe d'Eftramene . 2 Vol.
2. liv.
3. I.
Les Dames Galantes.
Caracteres de l'Amour. t. 1. 10. f.
7
Sentimens fur les Lettres
l'Hiftoire , avec des Scrupules fur le
Stile.
Le Mary Jaloux .
L'Illuftre Genoife.
L'Ariofte moderne.4 v .
& fur
1.1. 10. f.
1. l. 10. f.
1.1. 10. f.
6.1.
Secrets concernant la beauté & la
Santé. 2. vol. in octavo. 6. L
Dialogues Satyriques & Moraus.
2. vol . 3. 1.
Difcours Satyriques & Moraux en
Vers.
Fables nouvelles .
Epiftres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles.
Le Chevalier à la Mode. 1. 1.
La Défolation des Joüeufes.
La Devinereffe .
Artaxerxe.
La Comete .
1. l.
I. 1.
1.1.
10. f.
10. f.
1. 1.
10. f.
10.f.
7
'Ambaffades de France à Conftan
tinople , qui font connoiftre les grands
avantages que la Religion & tous les
Princes de l'Europe ont tirez des alliances
faites par les François avec Sa
Hautefle depuis le regne de François I.;
& principalement fous le regne du
Roy , à l'égard de la Religion , enfemble
plufieurs defcriptions de Feftes &
Cavalcades à la maniere des Turcs ,
qui n'ont point encore efté données au
Public , ainfi que celle des Tentes
du Grand Seigneur. 1. 1. 10. f
Hiftoire des Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y eft paffé de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
1687692 6. vol. in douze , 9. 1 .
Le Grand Vifir Cara Muftapha.
Hiftoire conten ant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers
emplois , le vray fujet qui luy a fait
entreprendre le Siege de Vienne , &
+8
les particularitez de fa mort 1. 1. 16. f.
Le Secretaire Turc , contenant l'ast
d'exprimer fes penſées fans fe voir ,
fans fe parler, & fans s'écrire , avec
les circonftances d'une avanture Tar.
que , & une Relation tres- curieuſe de
plufieurs particularitez du Serrail qui
n'ont pas encore efté veuës. 1. 1. 10. f.
Le Seraskier Bacha. 1. 1. 10. f.
Notes de M. Corneille fur les Remarques
de M. de Vaugelas, fuivant
le fentiment du Pere Bouhours , &
de Meffieurs Chapelain & Ménage ,
avec les Remarques mefmes. 2. vol .
4. liv . 10. f. in douze .
L'Art de laver, ou nouvelle maniere
de peindre fur le papier , fuivant le
coloris des Deffeins qu'on envoye à la
Cour , par M. Gautier de Nifmes.
1. L. -
Recueil d'Ouvrages faits à la loüan
ge du Roy , fur l'extirpation de l'Herefie.
1.1. 10.f.
Relation des Prieres publiques qui
ont efté faites par toute la France , en
actions de grâces de la guerifon du
Roy. 1. 1. 10. f.
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Efpagne . 1. 1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois. 1.1. 10. f.
Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , avec la Princeffe
Chreftienne- Victoire de Ba-
1. 1. 10.f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'In
fante de Portugal. 1. 1. 10.f.
Anne
viere .
Campagne de Monfeigneur le Dauphin
, où l'on voit une defcription de
Philifbourg , avec les noms de ceux
qui l'ont fait fortifier , & de ceux qui
10
ont affiegé cette Place , un état des
Brigades des Regimens de Cavalerie ,
Infanterie & Dragons qui compofoient
l'Armée ; un état des Officiers
Generaux & des Aides de Camp de
Monfeigneur le Dauphin , avec les
noms de tous les Volontaires ; un détail
de tout ce qui s'eſt paſſé au Siege,
divifé par jours & par nuits , & c. 1. 1.
Les Regles de la Vie Chreftienne,
tirées de l'Ecriture Sainte, & des Peres
de l'Eglife . vol. in feize 1. l . 10. f.
Affaires du Temps. 10. vol. in 12.
Is. liv.
Recueil de divers Difcours prononcez
à l'Academie Françoife depuis
l'année 1687 . 1. liv. 10.f.
! Eleonor d'Yvrée , par Mademoiſelle
1. l. 10 . f. Bernard .
Le Comte d'Amboife par la mefme,
a. vol.
Le Napolitain.
3. liv.
1.l.
Relation du Voyage de Naples en
£ 654. I. liv.
Entretien de l'Aftrologie
judiciaire,
où l'on répond à tout ce qu'on peut
dire en fa faveur , & où l'on fait voir
en mefme temps la fuperftitieuſe
vanité
de fa pratique
, 1. liv.
Réflexions & maximes fur divers
fujets de Morale , de Religion & de
politique.
1. liv. 10. f.
Extrait du Privilege du Roy. 1
AR Grace & Privilege du Roy, donné à
PChaville, le 18. Inillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , IUNQUIERES , Il eft
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer, vendre
& debiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Relations ,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir , Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'orne .
ment d'iceluy, ny meline de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix année ;
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainſi que
plus au long il eft porté eſdites Lettres .
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14.
Septembre 1683 Signé ANGOT, Syndic.
Ledit Sieur DEVİZE' a cedé fon droit du
prefent Privilege à Michel Guerout , Libraire
, pour en jouir fuivant l'accord fait
entre-eux .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le