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511
m
1691,8
1 Eur 511 m 1691,8.
Us
•Mercure
Appartiena
&
my
bo
>
<36623738660010
<36623738660010
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
AOUST 1691.
A
PARIS ,
GALERIENEWVA
DU PALAIS.
O
Ndonnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
Et MICHEL GUER OUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin..
M. DC . XCI.
'AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez.
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires ,&
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent ,&fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
shofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
A VIS,
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il est imprimé,
outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyanı
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sicur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A j
>
AVIS.
porter à la poſte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Par- ·
ticuliers que pour les Libraires de
Province , qui luy duront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme choſe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MEREVRE
GALANT
AOUST 1691 .
Es grands Capitaines
ne font pas ordinairement
fort habiles
dans le Cabinet ; & ceux
qui entendent parfaitement
le Cabinet , feroient fouvent
fort embaraffez à la refte
A iiij
8 MERCURE
d'une Armée . Ce n'eft pas
qu'il ne fe foit trouvé des
hommes qui ont fait paroiftre
un merite diftingué en
maniant la plume & les armes
, en conſeillant , & en ſe
battant; mais il femble qu'ils
n'ayent jamais fait l'un &
l'autre enfemble avec la plus
haute diftinction, & du moins
n'en voyons - nous point qui
ayent fait là deffus ce que
toute l'Europe a vû faire au
Roy. Jamais Monarque n'a
pris plus de Places en perfonnc
. Jamais Souverain n'a
fait de fi grandes chofes dans
·
GALANT.
9
le Cabinet. Intrepide & infatigable
à la guerre ; laborieux ,
& affidu dans le Cabinet , fu
perieur par tout à ceux qui
commandoient , ou qui travailloient
fous luy , il a fait
voir qu'il fçavoit auffi- bien
executer qu'ordonner ; qu'à
l'armée il n'avoit pas befoin
de leçons , ny de Miniftres au
Cabinet , & qu'il fçavoit regner
en grand Politique . Il
remplit aujourd'huy luy- même
l'Employ de feu M' de
Louvois , pour les affaires les
plus fecretes de la guerre . Il
écrit de fa main ce qu'il luy
10 MERCURE
ordonnoit d'écrire , & ceux
qui eftoient chargez des affaires
les plus importantes
fous ce Miniftre , furent furpris
de voir , lors qu'ils curent
l'honneur de l'entretenir ,
qu'il auroit pû luy - meſme
rendre auffi bien qu'eux le
compte des affaires dont ils
l'entretenoient , & qu'il les
poffedoit mieux qu'ils ne faifoient
, ce qui marque que.
tout n'agiffoit que par luy ,
que quoy qu'un de fes plus
grands Miniftres foit mort
fubitement , & fans avoir
eu le temps de l'entretenir,
GALANT. II
&
il n'en fçait pas moins fes
affaires ; qu'ainfi les Ennemis
de l'Etat fe réjouiront inutilement
de cette mort
que tant que le Roy vivra ,
la France ne fçauroit faire de
perte qui ne foit reparable , à
caufe de la parfaite connoiffance
que ce Monarque a de
tout ce qui regarde la grandeur
de fon Royaume , &
du bon ordre qu'il y met.
M' de Louvois n'avoit que
vingt trois ans quand Sa
Majesté commença à luy
donner les Inftructions neccffaires
pour le fervir felon
·
12 MERCURE
fes intentions , & l'on doit
tout efperer de M ' de Barbefieux
, puis qu'entrant dans
les affaires au mefme âge
qu'avoit fait feu M' de Louvois
, fon Pere , le Roy qui
s'y trouve encore plus confommé
, veut bien avoir la
mefme bonté & prendre
pour luy les mefmes foins.
M' des Forges , a fait un
Prologue , intitulé Les Geans .
Le deffein qu'il a eu dans cet
Ouvrage fe fait affez connoiftre
, fans qu'il foit befoin de
de l'expliquer . Il a cfté mis
en Mufique par M de Brof-
>
.
GALANT.
13 12
115
}
fard , Maistre de Mufique
de la Cathedrale de Strafbourg..
225525 255225ESSES
PROLOGUE.
TIPHON ET LES GEANTS,
A
LES GEANTS.
vangeance Sfeurons noftre
Contre le Dieu trop glorieux
Qui fait fentir en tous lieux
L'excés de fa puiſſance.
TIPHON .
Le puiſſant Jupiter , tout fier de
fes exploits ,
Depuis affez long- temps fait craindre
son tonnerre ,
14 MERCURE
Et menace toute la terre
De l'affujettir à fes loix.
Depuis affez long-temps Bellonne &
la Victoire
Font leurs plaifirs les plus doux
D'éterniferfa memoire ,
Sans referver un feul moment pour
nous.
Vangeons-nous de l'excés de fa valeur
extrême,
Uniffons nos cent bras contre fon
Diademe ,
Et plus heureux
Que ces Titans fameux
Qui braverent jadis ſa puiſſance ſuprême,
Arreftons de fes faits le cours impetueux
;
Que malgréfes efforts il tombe enfin
luy- même.
:
GALANT
་ཏ་
CHOEVR DE GEANTS.
Uniffons nos cent bras , &c.
MERCVRE paroiſt.
Temeraires Mortels , vos efforts
feront vains.
Que vous fert- il d'ofer trop entreprendre
?
Le prudent Fupieer inftruit de vos
deffeins
Scaurafacilement contre vous fe défendre..
Son bras toujours victorieux
A déja mis fous fon obeïſſance
Mille Peuples audacieux.
Craignez de reffentir comme eux
Le trifte effet de fa vangeance.
Calmen , calmez plutot ce vainqueur
irrité ,
Il est trop dangereux de vouloir luy
déplaire ,
Ceffez d'animerfa colere ,
16 MERCURE
Son grand coeur oubliera voftre temerité.
CHOEVR DE GEANTS.
Nous méprifons ce Dieu terrible,
De noftre audace en vain on croit
nous voir punis.
Eft- il rien d'impoffſible
A tant de bras unis ?
MERCVR E.
Bien toft de voftre indigne offence
Vous recevrez lejuste châtiment.
Vous vous armez contre luy vainement
Ce Dieu feul contre tous punira l'in-
Jolence.
Mars en tous lieux accompagne
Ses pass
Malheureux , redoute la force de
fon bras.
CHOEVR DE GEANTS.
Nous méprifons ce Dieu terrible ,
GALANT. 17.
De noftre audace en vain on croit nous
voir punis.
Eft-il rien d'impoffible
A tant de bras unis ?
TIPHON.
Il est temps que chacun r'animefor
courage.
Pour braver la valeur de ce Dieu fi
puiffant, (naçant
Oppofons de ce Mont lefommet me-
Afon trop rapide paffage ,
Et quefon Regne floriffant
A cent Peuplesjaloux ne porte point
ombrage.
Mais déja des Tambours nous entendons
le bruit.
C'est Fupiter qui nous pourſuit,
Hercule prés de luy contre nous s'intereffe.
Courons auxarmes , le temps preffe .
Aouft
1691
B
18 MERCURE
CHOEVR DE GEANTS.
Jupiter nous pourſuit,
Courons aux Armes , le tempspreffe.
S
Jupiter lance fon Tonnerre.
$
TIPHON..
Quoy rien ne peut rallentir fon
ardeur ?
Sa prefence par tout inspire la terreur
,
Tout fe rend à fa voix , tout flatte
for envie.
Ce Mont fi redouté devant luy s'humilie.
Quelle honte pour nous ? quellegloire
pour luy !
Faut-il que nous fervions de luftre
à fon Hiftoire ,
Et n'aurons - nous armé tant de bras
aujourd'huy
GALANT. 19
Que pour eftre témoins de l'excés de
fa gloire?
COE VR DE GEANTS.
Ah ! fuyons , l'ennemy s'avance
prés de nous ,
Evitons , ilfe peut , la fureur de fes
coups.
SUIVANS de Jupiter qui pour
fuivent les Geans.
S
Ingrats, voftre fuite eft vaine ,
Nous vous poursuivrons en tous
lieux.
Recevez la juste peine
De vos efforts audacieux.
JUPITER.
Des Ennemis liguez je fuis enfin
le Maiftre ,
Et leurs foins ont efté perdus.
Ils ont appris à me connoistres
Bij
20 MERCURE
Le feul bruit de mon nom les a tous
[ rance confondus.
Mortels heureux , gouftez en affu
Les doux momens que vous offre
mon bras.
Vivez en paix , vivez fans embarras
,
Fupiterprend votre défense.
S
CHOEUR de Mortels & de
Bergers.
Vivons en paix , vivons fans em
barras ,
Jupiter prend noftre deffenſe.
Goûtons en affurance
Les doux momens que nous don
ne fon bras.
Honorons à jamais un Dieu fi magnanime
,
Que nos chants redoublez réfonnent
dans les airs ;
GALANT. 21
Qu'un mefme zele nous anime ,
Il eft digne de nos Concerts .
Que de mille bienfaits il comble
noftre vie ,
Qu'il triomphe toujours en dépit de
l'envie,
Que l'immortalité ne l'arrache à nos
yeux
Que pour briller parmy les autres
Dieux .
Marquons-luy les tranfports que fa
prefence inspire ;
Il merite les foins que nous prenons
pourluy.
Que par tout fon grand nom retextiffe
aujourd'huy ;
Puiffions-nous à jamais admirerfon
Empire.
S
DEVX BERGERS.
Preparons-luy desjeux nouveaux.
22 MERCURE
Que nos chants les plus beaux
Succedent au bruit de la Guerre ;
Ce Dieu veut bienfufpendrefon tonnerre
Pour partagerfous nos Ormeaux
Les champeftres plaiſirs de nos fimples
hameaux.
GRAND CHOEV R.
Honorons àjamais ce Dieufi magnanime
Que nos chants redoublez réfonnent
dans les airs ,
Qu'un mefme zele nous anime;
Il eft digne de nos Concerts.
S
Vous fçavez , Madame ,
que feu M' de Louvois , a
pris de grands foins pour la
conftruction du Baftiment
GALANT. 23
des Invalides , & qu'il y ve
noit fouvent donner fes or
dres , & voir fi l'Ouvrage
s'avançoit.Quinze
jours avant
fa mort , lors qu'il eftoit fous
le Dôme de l'Eglife de ce',
magnifique Baſtiment , il dit
que ce feroit là le lieu de fa
fepulture , ce qui s'eſt trouvé
bien toft aprés . Voicy le Difcours
que fit Mr le Curé de
Verſailles, qui eft du nombre
des Miffionnaires, & dans une
fi grande eftime parmy cux ,
lors qu'il prefenta le Corps
à celuy qui le receut aux Invalides.
24 MERCURE
NoOus vous apportons, Mon
que
fieur , parmy les gemiffemens
d'une Maifon illuftre
defolée , & parmy les larmes de
tout le Royaumes les triftes reftes
la mort , toujours fourde &
impitoyable aux defirs ,auxvoeux,
& aux deffeins des hommes , toujoursfoumife
aux ordres éternels
de Dieu , nous a laiſſez de haut
tres- puiffant Seigneur Michel
François le Tellier, &c. Il eft
aisé de juger de la grandeur de la
perte que l'Etat vient de faire ,
par la confternationgenerale dont
ee coup impréven a frapé tout le
monde.
GALANT. 25
>
monde. La vafte étenduë de fon
efprit , à qui rien n'échapoit ,
fon application continuelle aux
affaires publiques la fageffe
de fes confeils , fa vigilance à
tout prévoir , à tout regler , à
tout découvrir jufque dans les
fecrets les plus impenetrables des
Ennemis du Royaume ; fon acti
vité à refoudre & à executer
fon bonheur qui ne l'a point
quitté à réuffer dans toutes fes
entreprifes fa prudence à ne
laiffer paffer aucune occafion favorable
a la gloire du Roy , ou
de la France , fa fidelité à fon
fervice , font des qualiteZ, qui
Aouft 1691 .
C
26 MERCURE
ont efté fi éminentes & fi connuës
en luy , qu'elles le feront
regreter éternellement, & feront
defirer à tous les fiecles d'avoir
d'auffigrands hommes , qui luy
foient femblables. Utile à la
Patrie qui fe voit attaquée de
toutes parts , & qui jusques à
prefent n'a pú eftre entamée ,
craint & redouté de nos Ennemis
, cher & neceſſaire à fon il
luftre Famille, & pour dire beaucoup
de chofes en un feul mot ,
digne Inftrument des grandes
chofes que LOUIS LE
GRAND a entreprises , C
& le
qui rendront fon nom , &
GALANT. 27
temps de fon regne immortel
toujours prefent à tous les fiecles,
falloit- il
la mort vinft nous
que
l'enlever ? Adorons
dans cette
affliction
publique
la Justice de
Dieu qui nous a frapez, & qui
nous a voulu faire fenfible
connoiftre
ce qu'est enfin devant
luy tout l'éclat des honneurs
&
des plus hautes fortunes . Implorons
pourluy & fur luy fa mifericorde
, & que tous ceux qui fe
repofent
icy aprés les rudes &
penibles
travaux
de la guerre ,
Se fouvenant
qu'ayant
efté expofez
autrefois
fous fes ordres
à de grands perils pour le bien
Gij
28 MERCURE
de l'Etat , ils joüiffent mainte
nant par fes foins des douceurs
d'une vie paifible , employent
avec nous leurs voeux leurs
prieres pour demander au Ciel
d'eftre la confolation de fon illuftre
Famille , qui reverra principalement
en celuy qui fuccede
a fes grands Emplois , fes nobles
qualitez , & pour le fupplier
de luy accorder le repos de fon
ame.
Le coeur de ce grand Miniftre
ayant efté porté à l'Eglife
des Capucines , y fut receu
le Confeffeur de ces fain
tes Filles , qui fit à celuy qui
par
GALANT. 29
le prefenta le Difcours fuivant.
L
A perte que nous faifons
Monfieur , dans la mort de
M de Louvois eft fi grande,
que nous la regardons comme une
perte generale pour tout le Royau
me , mais particulierement pour
l'Ordre duquel je fuis trop heureux
de porter l'habit , dont
il a foutenu les interests comme
un veritable Pere . Neanmoins
finous eftions capables de recevoir
quelque confolation dans une
douleur fi preffante , ce feroit
de poffeder fon coeur qui avoit
C iij
30 MERCURE
toutes les nobles qualitez que le
Prophete Royal fouhaitoit pour
le fien. Il fouhaitoit un coeur pur,
a
un coeur nouveau , & un coeur
droit. Celuy de Mr de Louvois
poffedé ces trois grandes quatez.
Il a eu un coeur pur pour
fon Dieu , un caur nouveau pour
fon Roy , & un coeur droit dans
l'adminiftration des affaires ; un
coeur pur pour fon Dieu , puis
qu'il fe faifoit une application
ferieufe de tous les devoirs du
Chriftianifme, ce qui faifoit qu'on
pouvoit dire de luy Lex Dei
cjus in corde ipfius , que la
Loy de Dieu estoit écrite dans
GALANT: ZI
fon coeur. Il avoit un coeur nouveau
pour fon Roy , puis qu'-
ayant paru inépuisable dans tous
les deffeins de procurer fa gloire,
auffi- bien
bes foins de les faire executer ,
il avoit paru toujours comme nou
veau. Enfin il a eu un coeur droit
dans l'adminiftration des affaires
, puis qu'il s'y est comporté
d'une maniere irreprochable, s'attirant
l'admiration & l'amour
de tous les bons François , &
fermant la bouche à la jalousie
la plus outrée. Ainfi recevant ce
il ne nous reste qu'à forqu'infatigable
dans
coeur ,
mer à nostre tour les voeux du
Ciiij
32 MERCURE
mefme Prophete , Fiat tibi fecundùm
cor tuum , & omne
confilium tuum confirmet.
Que la gloire , le bonheur , & le
repos qu'il a toujours fouhaité
au Royaume luy arrive , & que
tous les fages confeils qu'il a
donnez ,foient confirmez.
Il est certain que l'Ordre
des Capucins perd beaucoup
à la mort de ce Miniftre , qui
les affiftoit confiderablement
par fes charitez , & qui leur
faifoit baftir à Meudon unc
Eglife toute neuve . Tous les
Recolets du Royaume , à qui

GALANT. 33
il faifoit auffi du bien , ont
dit la Meſſe pour le repos de
fon ame.
Mr l'Abbé d'Eſpalungue ,
Docteur de la Maifon & Societé
de Sorbonne , Preſident
duSeminaire Royal deDoüay,
n'eut pas plûtoft cu la nouvelle
de fa mort , que voulant
marquer combien il reveroit
fa memoire , il fit faire un
Service folemnel dans fon
Seminaire , ce qui fut continué
par des Prieres que firent
pendant plufieurs jours tous
les Preftres dont ce Seminaire
cft compofe . L'Univerfité ,
34 MERCURE
les Chartreux , & d'autres
Communautez de la mefme
Ville , fuivirent fon exemple ,
& donnerent des témoignages
publics duregret fenfible
qu'ils avoient de la perte d'un
fi grand Miniftre .
Je vous envoye le Dialogue
que je vous promis le mois
paffé . Le nom de l'Auteur ne
m'eft point encore connu. Il
n'a pas pourtant fujet de fe
cacher , aprés l'approbation
qu'il fçait que le Public donne
à ſes Ouvrages.
GALANT. 35
SSSSSZSZ522 5ESSSS
LES DIEUX
A V CONSEIL
Sur la destinée du Prince
d'Orange.
PA
JUPITER .
Artez , Mercure , & fans
vous arrêter un moment ,
allez dire à mes Freres , Neptune
& Pluton , de fe rendre
inceffamment icy pour tenir
Confeil. Quant aux Dieux de
ce pays- cy , j'avertiray moymefme
ceux de qui je veux
prendre avis.
36 MERCURE
MERCURE.
Ne vous plaift- il pas que j'y
mande auffi les Faunes , les
Satyres , les Sylvains les
Nymphes , les Dryades , &
les Hamadryades , avec toute
la fequelle des Divinitez du
bas étage ?
JUPITER .
Non, de par tous les Dia.
bles , non. Que ferions- nous
de toute cette cohuë ? Elle
voudroit difpofer de tout ,
auffi bien que la Chambre-
Baffe d'Angleterre . Partez ,
vous dis-je . Que ce Prince
d'Orange me payera bien la
GALANT.
37
peine que je vay me donner à
tenir Confeil ! J'avois fi fort
abandonné
à l'Avanture
, mon
- premier Miniftre d'Etat , le
foin des affaires de là- bas , que
durant des fiecles entiers il
ne me venoit ſeulement pas
en pensée de luy demander
quel cours elles prenoient ; &
voicy que ce Prince remuant
fe prévalant de la negligence
de mon Miniftre , & de la
mienne , bouleverse tout à fa
fantaific . C'eft un defordre
que je ne veux pas fouffrir ,
& il faut que je travaille à y
apporter du remede. Ah ! te
38 MERCURE
voilà déja de retour , Mercu
re ! Eh bien , mes Freres viendront
ils ?
MERCURE.
Ils
entrent .
JUPITER.
Fais fortir tout le monde,
excepté Mars , Themis , &
la Paix , & garde la porte .
MERCURE.
Parlez , s'il vous plaiſt , à
Momus. Il veut demeurer en
dépit de moy.
JUPITER.
Bon ! Momus icy ! Qu'y
ferois- tu , mon pauvre Amy ?
GALANT. 39
Nous allons eftre fur le fericux
.
MOMUS.
Que tous les maux du monde
puiffent te confondre ,
Prince d'Orange , qui me fais
ainfi chaffer de la Compagnie
de mes Maiftres , où quelquefois
je fuis plus grand Seigneur
qu'eux. Auffi , à dire
le vray , Jupiter n'eft qu'un
innocent. Si j'eftois auffi bien
que luy maistre d'un foudre ,
je t'aurois bien-toft reduit en
pieces.
JUPITER.
Comme il m'eft tout- à- fait
40 MERCURE
extraordinaire , Meffieurs , de
tenir Confeil , & fur tout de
n'y appeller qu'un auffi petit
nombre de Dieux que vous
eftes icy , je ne doute pas que
vous ne foyez en peine du fujet
qui doit fervir de matiere à
noftre Confultation d'aujour-.
d'huy ; ainſi je croy qu'il eft
à propos de commencer par
vous dire , que dernierement
je jettay les yeux fur l'Europc
, & qu'ayant apperceu le
defordre épouvantable que
Prince d'Orange y caufe par
fon ambition demefurée , j'en
ay conceu tant d'indignation
le
GALANT. 41
que j'ay réfolu d'y mettre ordre
, & pour cela , je veux apprendre
de vous le détail des
miferes où il a plongé les Peuples
, & les remedes que vous
cftimez propres à les arrefter.
Vous me ferez un plaifir fenfible
de me dire vos avis fincerement
fur ce que je vous
demande , & je puis vous affurer
que je fuis outré de voir
ainfi ma chere Europe , ce
- Pays de noftre naiffance , fi
F. pleine de confufion . On ne
s'y garde plus de bonne foy ,
le droit des gens y eft prefque
inconnu , & l'on y câmploye
Aoust 1691 .
D
42 MERCURE
Ic feu , le fer , & quelquefois
mefme le poifon , pour ſe défaire
de ceux que l'on n'a pas
intereft de laiffer vivre.
NEPTUN E.
Qu'il y a long temps que
je fouhaite cet heureux moment
, où il m'eſt enfin permis
de m'expliquer à mon
gré fur ce qui nous amene
icy , & que j'aime à vous voir
à prefent en refolution de
jetter les yeux fur ce que font
les hommes , & à les traiter
chacun felon leur merite !
Puis que c'eft le Prince d'Orange
dont nous avons à exaGALANT.
43
miner la conduite , pour regler
fa deſtinée, je ne m'étendray
pas à vous faire un long
recit de fes qualitez perfonnelles
, eftant bien perfuadé
que nous ne le connoiffons
que trop , & je me contenteray
de vous dire que pour ce
qui me regarde en particulier
, j'ay perdu tout repos ,
& que je me vois dans de continuelles
inquietudes depuis
qu'il s'eft mis en tefte d'eftre
Roy d'Angleterre , quoy qu'il
en coure .
Avant fon entrepriſe je me
faifois un regale de voir des
Dij
44 MERCURE
Flotes voguer fur mes eaux ,
& je me plaçois quelquefois
fur la pointe d'un rocher pour
confiderer à mon aife ces
maifons flotantes qu'on appelle
Navires , & mefme j'admirois
l'adreffe des hommes
d'avoir fceu fi bien brider
Eole , noftre Confrere , qu'ils
fe fervent de luy comme d'un
mercenaire à gages , pour fe
transporter par fon moyen où
bon leur femble . Mefme comme
ce n'eftoit qu'en quelques
faifons de l'année & durant
les beaux jours qu'ils me donnoient
ce fpectacle , & que
GALANT. 45
5
d'ailleurs ils avoient le foin
de fe renfermer en des lieux
d'abry , dés qu'ils voyoient
approcher les incommodes
Saifons , j'avoue que je m'en
divertiffois agreablement ;
mais à prefent ce divertiffement
fe change en peine . Il
par neceffi
faut que je faffe
té ce que je ne faifois que
pour mon plaifir , & je ſuis
obligé l'Hiver auffi bien que
l'Eté , durant la tempefte
comme durant la bonace ,
d'eftre perpetuellement à l'erte
pour veiller à ce qu'il ne
fe paffe rien à mon préjudice .
46 MERCURE
Quelle peine n'eft- ce pas
Pour moy , qui ne me plais
ny dans la grande chaleur ny
dans le grand froid , d'eſtre
toûjours aux écoutes , ou dans
la crainte de me voir forcer
dans mes Palais ? J'entens
quelquefois heurter impetucufement
à ma porte , &
quand j'envoye un Triton
s'informer de ce que c'eft , il
me rapporte que ce font des
Vaiffeaux qu'une tourmente
a coulez à fond pour s'eftre
mis en Mer hors de mouçon ;
& fi je demande à ces pauvres
gens d'où vient cette fu
GALANT.
47
reur qui les precipite à un
naufrage certain , ils me répondent
qu'il faut bien obeïr
au Prince d'Orange , qui les
force à s'expofer ainfi , tantoft
pour porter fes Confidens
en Hollande , tantoft
pour l'y porter luy mefme.
D'autrefois je me fens étourdir
les oreilles d'un bruit effroyable
, & quand je mets la
tefte hors de l'eau pour apprendre
d'où procede ce fracas
, je ne fçaurois rien appercevoir
tant l'air eft en feu
& en fumée ; & fi j'arreſte
quelque malheureux noyé , il
48 MERCURE
m'apprend que c'eſt un com
bat Naval qui felivre entre
les partifans du Prince d'O
range & les François , qui ne
veulent pas fouffrir que ce
Prince qui n'eft qu'un fimple
particulier , donne la loy à
toutes les Puiffances de l'Europe
.J'en rencontre quelquefois
d'autres qui s'engloutiffent
tout vivans pour venir
foüiller jufque dans mes tréfors
, & lors que je leur demande
qui les autorife à me
venir troubler comme ils
font , ils me montrent une
Commiffion du Prince d'Orange
GALANT 49
range qui leur ordonne de
repefcher au fond de la Mer
de l'or du Perou qui s'y eſt
perdu depuis plus d'un fiecle
avec des Galions d'Eſpagne ;
fans que ces hardis Avares
faffent reflexion , qu'outre
que je fuis le Seigneur dominant
de la Mer , & que par
confequent tous ces biens é .
paves m'appartiennent , une
poffeffion comme eft la mienne
de plus de cent années ,
m'acquiert fur cet Or un droit
inconteftable . Enfin fi vous
me voyez mal vêtu , c'eſt au
Prince d'Orange que j'en ay
Aouft 1691.
E
50 MERCURE
l'obligation ; car l'interdit
qu'il a jetté fur tout le commerce
, empefchant tous les
Vaiffeaux d'aller aux Indes ,
ou d'en venir , il n'y a plus
de Vaiffeaux Marchands qui
faffent naufrage ; ainſi je n'ay
plus d'occafion, comme je l'avois
auparavant de trouver
parmy les débris quelque
riche piece de brocard de la
Chine , ou quelque autre belle
étoffe pour m'habiller.
Jugez , Seigneur , fi tout
cela me doit fatisfaire , & à
quel dépit il ne m'est pas permis
de m'emporter contre cet
GALANT.
51
efprit inquiet , qui me prive
abfolument de mon repos.
Voilà les juftes fujets de plaintes
que j'ay contre le Prince
dOrange ; & je m'en ferois
déja fait raison fi ce n'eftoit
que je fuis perfuadé que l'amitié
fraternelle qui eft entre
nous , demande que nous ne
faffions rien de confequence
fans lavoir auparavant concerté.
C'est pourquoy je vous
fupplie de trouver bon que
j'en prenne à la premiere occafion
une vangeance fignalée
, & que je le faffe perir
auffi toft qu'il fe fera rembar-
}
1 1
52 MERCURE
qué pour l'Angleterre .
PLUTON.
Si je ne confiderois que
moy-même , je conclurois
bien autrement que ne vient
de faire Neptune : car en ne
me regardant que comme un
Souverain qui fe fait d'ordinaire
un plaifir de voir accroiftre
le nombre de fes Sujets
, j'aurois à vous prier de
laiffer vivre le Prince d'Orange
, puis que depuis er'il
fait parler de lup & qu'il a
allumé la guerre , je voy mon
Domaine s'étendre , & les Enfers
fe peupler confiderable:
GALANT. 53
ment. Il nous arrive à tous
momens des Troupeaux d'ames,
que nous ne fçavons prefque
plus où placer , & j'eftime
que fi cette affluence continuë
, je feray reduit à les
envoyer occuper fous vostre
bon plaifir les vaftes campagnes
des efpaces imaginaires.
Le bon homme Caron en eft
quelquefois fatigué juíqu'à
ne pouvoir porter la main à
fon gouvernail ; & ce qui
m'inquiette plus que tout
cela , c'eft que je commence
à avoir pour fufpect ce vieil
Avaricieux , ( que cela foit dit
E iij
54 MERCURE
entre nous ) qui quoy qu'il
ne reçoive qu'une obole de
chaque Paffager , s'en fait
pourtant un fi grand fond à
prefent qu'il paffe beaucoup
d'Ames , que je crains que
fentant que j'ay befoin de
luy , il ne me faffe furacheter
fes fervices , qu'il ne faffe de
l'entendu , & que fur le mauvais
exemple du Prince Louis
de Bade en Allemagne , il ne
veüille plus fervir que quand ,
comme , & où bon luy femblera.
C'eft pour cela que confiderant
quelle pefte c'est pour
GALANT. ད་
le genre humain , & quelle
peine pour nous autres Dieux,
que ce Prince d'Orange , qui
ne fe foucie pas que tout periffe
, je fuis ravy que vous
me fafficz l'honneur de me
confulter fur ce que nous
avons à en faire . Voicy ce que
je fçay de luy . C'est qu'il fomente
une guerre cruelle qui
finiroit s'il eftoit hors du
monde ; c'eft qu'il fait perir
en un mois plus d'hommes ,
que d'ordinaire il n'en meurt
en un an, c'eft qu'il met noftre
Europe à deux doigts de fa
perte , & qu'au lieu d'une
E iiij
56 MERCURE
bonne intelligence qu'il devroit
y avoir entre ceux qui
l'habitent , il fait tant par fes
intrigues , que chacun y fait
des entrepriſes fur fes Voifins ,
& qu'ils femblent tous
confpirer qu'à qui fe fera le
plus de mal .
nc
Tout cela ramaffé enfemble
, je le trouve coupable de
plufieurs crimes , pour raifon
defquels on doit le punir rigoureufement.
C'eſt à quoy
je conclus , & j'offre pour
l'execution de ce confeil les
plus cruels de mes Monftres .
:
GALANT. 57
MARS.
Aimant la guerre autant
que je l'aime , il femble que
je ne doive pas eftre mécontent
de celle que le Prince
d'Orange excite dans l'Europe
, puis que c'eft fous mes
Enfeignes qu'elle paroift fe
faire , & qu'elle fait retentir
mon nom de toutes parts.
Mais , Meffieurs , ceux qui
font dans cette opinion , ne
confiderent guere ce qui fe
paffe en la conjoncture d'à
prefent. J'aime la guerre, à la
verité , mais la guerre que
j'aime eft une guerre jufte &
:
18 MERCURE
:
équitable , qui fe paffe dans
les regles & fuivant les Loix
que j'ay prefcrites . J'aime
une guerre qui fe fait par
une pure émulation , & feulement
afin que les Sujets des
Princes qui la foutiennent ne
viennent point à s'engourdir
par une trop molle oifiveté .
J'aime une guerre qui fe fait
de bonne foy & fans fupercherie
. Enfin , la guerre que
j'aime eft celle où l'on n'oublic
point que l'on cft homme
, où l'on obſerve inviolablement
le droit des gens, où
l'on ne rifque à perdre que
GALANT. 59
quelque pouce de terre, & cù
il ne meurt que ceux que leur
deftinée veut faire perir par
ce
genre
de mort.
Mais la guerre du Prince
d'Orange n'eft point du tout
de ce caractere . Ce n'eft pas,
à proprement parler , une
guerre , mais une fureur & un
maffacre concerté
. Vous pourrez
bien m'en croire fur ce
que je vous diray , puis que
la guerre eftant de mon département
, j'ay eu l'oeil fur
celle- cy plus que qui que ce
foit.
Si je la regarde dans ſon
60 MERCURE
origine , & que j'en approfon
diffe la cauſe , je n'en trouve
point d'autre qu'un defir temeraire
dans le Prince d'Orange
de porter une Couronne
. Si j'en examine les pretextes
, je n'y voy rien de
plaufible ; car enfin la raifon
veut-elle , & le bon fens le
peut-il fouffrir,qu'à caufe que
parmy une vile populace , il
Le trouvera quelques Mutins
qui fe plaindront qu'on ne
leur conferve pas dc pretendus
privileges , un particulier
qui ne fait point partie du
corps de la Nation , foit en
GALANT. 61
droit d'équiper une Armée ,
& d'entrer dans le Païs pour
ſe mettre à la tefte de cette
canaille?
D'ailleurs , l'ordre de la
guerre qui s'obſerve inviolablement
parmy les Nations
les plus fauvages , l'ordre ,
dis- je , de la guerre demande
qu'on la dénonce . C'eſt ainfi
qu'en ufoient autrefois les
Romains. C'est ce qu'ont toû
jours obfervé les Turcs , pour
qui les peuples du Septentrion
n'ont que peu d'eftime , &
c'est ce qui fe pratique encore
actuellement parmy les
62 MERCURE
Sauvages de l'Amerique qui
font la barbarie même ; & cependant
le Prince d'Orange ,
prétendu Protecteur des Loix,
a fait fon entrepriſe tellement
à la fourdine , qu'on n'a
fçû qu'il en vouloit au Roy
d'Angleterre , que quand il a
eu débarqué dans fon Ifle .
Tout cela me paroiſt fi pernicieux
& d'un fi dangereux
exemple , qu'afin de prévenir
la témerité des Nations qui
font dans chaque Etar, je fuis
d'avis que l'on extermine ce
Prince d'Orange , pour donner
à connoiftre à les femblaGALANT.
63
que
bles, que les Dieux ne laiffent
point impunies des actions
fi remplies de mauvaiſe foy
le font les fiennes ; & fi
vous voulez vous rapporter
à moy de fa punition , je la
feray fi éclatante qu'il en fera
parlé à jamais .
THEMIS .
Je n'oferois , Seigneur, entreprendre
un Difcours reglé
contre le Prince d'Orange ,
dont on vient de vous parler.
Ce n'est pas que je n'aye à
dire quelque chofe de plus
fort encore que ce que l'on
vous a remontré, mais la dou64
MERCURE
leur d'avoir efté maltraitée
au dernier point par cet hom
me plein d'injuſtice , m'acca .
ble fi fort , qquuee je crains que
les paroles ne me manquent ,
& que je ne puiffe achever la
defcription des outrages qu'il
m'a faits .
Il y a bien des hommes
injuftes à la verité , & ç'a efté
parce que je leur ay vû trop
de mépris pour moy , que je
me fuis bannic moy mefme
de leur focieté , & que j'ay
repris le chemin du Ciel, où
vous m'aviez devancée ; mais
j'avois au moins la confola--
GALANT . 65
tion de connoistre que ces injuftes
ne l'eftoient qu'en de
certaines chofes , & que pour
le refte ils fuivoient affez les
préceptes que je leur avois
Taiffez. S'ils commettoient un
crime pourfatisfaire une paffion
par laquelle ils fe laiffoient
trop gouverner, ils prenoient
le foin que toutes leurs
autres actions ne fuffent past
dans le déreglement ; mais le
malheureux contre qui il y a
déja longtemps que je vous ay
porté mes plaintes , entafle
crimes fur crimes , & bien
loin de fe moderer à prefent
Aoust 1691 .
F
66 MERCURE
qu'il poffede ce qu'il ſouhaitoit
, il fe fert de ces mêmes
crimes , comme d'échelons ,
pour monter à de plus grands ..
Je ne vous rappelleray
pas en
memoire les fages Loix , que
par voftre ordre j'ay établies
parmy les hommes
, & je ne
doute pas que vous ne vous
fouveniez
des défenfes expreffes
que nous leur avons
faites de s'approprier
injuftement
les biens les uns des autres
; que fur tout nous leur
avons recommandé
d'avoir
tout le refpect poffible pour
les liens facrez du fang qui
GALANT. 67
les unit fi étroitement enfemble
; que nous avons declaré
pofitivement que nous traiterions
comme des Monftres
ceux qui violenteroient leurs
Peres , ou ceux qui leur tiennent
lieu de Peres ; que nous
leur avons enjoint de fe garder
de la bonne foy , non fculement
entre Amis , mais entre
Ennemis , quand une fois ils
feroient convenus de quelques
conditions entre eux ; & enfin
que nous aurions une horreur
éternelle pour les Ames
malfaifantes qui ne ſe plaiſent
que dans le carnage , & qui
Fij
68 GALANT.
par des ordres fecrets contraires
à ceux qu'ils donnent en
public , livrent à la colere de
leurs Ennemis ceux d'entre
leurs Amis , qui dans la trop
grande confiance qu'ils ont
en ces déteftables Traiftres,
leur ont mis leur fort entre les
mains . Voilà la loy , & voicy
les contraventions que le Prince
d'Orange y a faites .
Nous défendons aux hommes
de s'approprier injuftement
le bien d'un autre , & ce
Prince occupe actuellement
le Trône du Roy legitime
d'Angleterre , comme fi une
:
GALANT. 69
fureur populaire avoit le droit
de fe donner ou de rebuter
des Rois à fa fantaific, quand
une fois nous les avons établis
fur elle .
Nous voulons qu'on traite
comme des Monftres ceux
qui font injure à leur Pere ,
& le Roy que le Prince d'Orange
a dépoſſedé, eſt le Pers
de fa Femme , & le Frere de
fa Mere.
tout ennemis
Nous commandons aux
hommes de fe garder de la
bonne foy
qu'ils font, quand ils ont fait
entre eux quelques conven70
MERCURE
tions ; & ce Prince eftant il y
a quelques années à la teſte
d'une Armée de Hollandois
contre la France , ne laiffa
pas de livrer combat aux François
, quoy qu'il cuſt dans ſa
poche les Articles de la Paix
que les Ambaffadeurs de fes
Maiftres avoient fignée avec
ceux du Roy de France . Il
eft vray que vous ne voulûtes
pas que les François fouffriſ-
Tent de cette fupercherie , &
que vous envoyâtes la Victoire
combattre pour eux ,
mais pourtant vous n'en avez
point encore puny le Prince
:
GALANT. 71
d'Orange ; & c'eſt cette impunité
( permettez moy , Seigneur
de parler de cette forre
) qui luy a fait entreprendre
le crime qu'il foûtient aujourd'huy
. Il a voulu par là
fonder jufqu'où l'on pouvoit
pouffer voftre patience , &
comme il a reconnu qu'elle
eftoit fans bornes , il l'a méprifée
; il a augmenté fon audace,&
je fuis certaine qu'il fe
promet encore une pareille
impunité.
Enfin nous avons fait entendre
que nous aurions de
l'horreur pour ceux qui par
72 MERCURE
des ordres fecrets révoqueroient
ceux qu'ils auroient
donnez hautement , parce que
cette voye infame feroit un
moyen trop affuré pour abufer
de la credulité de ceux
qui en veritables gens d'honneur
s'affureroient de l'exccution
d'un ordre quand ils
l'auroient veu donner en leur
préfence , & de leur avis ;
& cependant ce Prince a fait
perir un bon nombre de braves
Hollandois en une Bataille
, qui l'année derniere ſe
donna dans les Etats de Neptune
entre les François & les
Hollandois,
GALANT. 73
Hollandois qui ne ſe hazarderent
au Combat que dans
l'efperance d'eftre fecourus
des Anglois , de qui pourtant
ils furent abandonnez , parce
que le General de ces derniers
qui avoit pris avec eux des
mefures pour le Combat , avoit
un ordre fecret du Prince
d'Orange d'abandonner
comme il fit les Hollandois
dans le plus grand danger ,
dequoy les François qui combattoient
tout de bon ayant
profité , en firent une fanglante
boucherie.
Voilà ce qu'on appelle des
Aoust 1691.
G
74 MERCURE
injuftices ; & ce qui fait le
comble de mon déplaiſir ,
c'eft que je n'oferois elperer
de les voir finir , tandis que
cet homme paiſtry d'iniquité
fera vivant , à moins que vous
n'entrepreniez d'y mettre ordre.
Vangeance done , Seigneur,
vangeance. Arreſtez les emportemens
de ce cruel , ou
abandonnez- le à mon reffentiment.
J'inventeray quelque
nouvelle peine pour le faire
fervir d'exemple à tous ceux
qui auroient la hardieffe d'en
entreprendre autant que luy ;
GALANT.
75
je le livreray à mes Miniftres,
& vous entendrez parler d'un
fupplice qui donnera de la
frayeur à tous les femblables.
LA PAIX.
Il y avoit fi long temps ,
Seigneur , que l'on n'avoit
parlé de moy tout de bon
dans le monde , que je me
croyois entierement effacée
de la memoire des hommes ,
lors que le Roy de France
qui m'aime d'une affection
fincere , preſcrivit il y a quelques
années des conditions
pour me rétablir , qui parurent
fi équitables à tous les
G ij
76 MERCURE
Princes de la Religion de
Chrift, qu'ils convinrent tous
de me recevoir chez eux pour
l'espace de vingt ans fous le
nom de la Tréve , que j'avois
envoyée devant moy comme
mon Avant- couriere . Vous
pouvez vous imaginer quelle
joye je receus à cette nouvelle
, & les deffeins d'établiffement
que je me propofay.
J'en fis dans les Cours
de tous ces Princes , je me
meflay de former des Compagnies
pour le Commerce.
Je donnay mes foins à faire
cultiver les campagnes. Je
GALANT. 77
dreffay des Canaux pour communiquer
les eaux des Mers ,
ou de quelques Rivieres.que
je trouvay voifines les unes
des autres ; je fis travailler à
l'ornement des Palais , je fis
reformer les vilains endroits
des belles Villes ; je traçay des
Plans pour en conſtruire de
nouvelles ; j'inventay des Manufactures
; je fis apporter de
la reforme dans les Loix :
j'eus foin qu'on cultivaft les
beaux Arts , & j'engageay par
mes humbles remontrances
les Princes à moderer les impofts
que la Guerre les avoit
G jij
78 MERCURE
forcez d'établir fur leurs Peuples.
Enfin j'ordonnay à la
Joye & à l'Abondance de s'introduire
indifferemment en
toutes fortes de Familles .
J'eftois encore occupée à
projetter de plus grands deffeins
, & je m'attachois à fcüilleter
les vieilles Chroniques
pour apprendre ce qui fe paffoit
durant le fiecle d'or, afin
de le renouveller en celuy
qui court à prefent ; & voilà
que tout à coup , & lors que
je m'y attendois le moins , ce
fonge creux de Prince d'Orange
abufant de ma franGALANT.
79
chiſe , & des parties de plaifir
que j'avois liées entre quelques
Princes d'Allemagne qui
fe rendoient vifite , tantoft
chez l'un , & tantoft chez l'autre
, s'eft allé fourrer parmy
eux pour les pervertir , & pour
leur infpirer de la défiance de
moy , en quoy il a fi bien
réüffi que par les difcours fedicieux
, il les a fait refoudre .
à me livrer la guerre , à moy
qui fuis leur Souveraine , &
qui en qualité de Décffe , puis
diſpoſer de leur vie & de leur
mort.
Ils ont fait tous leurs projets
G iiij
80 MERCURE
à mon infceu ; ils fe font unis
avec luy pour fuborner les
Anglois , gens peu traitables
pour moy , & que je n'ay pû
jamais mettre dans mes interefts,
& à l'aide de la Rebellion
qu'ils ont trouvée cachée dans
le coeur de la plufpart d'entre
eux , ils m'en ont fait chaffer,
& leur Roy en mefme temps.
J'ay ,comme vous le voyez ,
un affez jufte fujet de dépit
contre eux , mais comme je
n'aime point le fang , & que
je me tiens pour bien vangée
quand je voy punir les feuls
Aurcurs de mon banniffeGALANT.
81
ment, je ne vous demande que
le Prince d'Orange , pour l'immoler
à ma colere , & quand
je luy auray ôté la vie , je ne
me mets pas en peine de me
rétablir. L'Empire me deman
de au Turc à cor & à cry . Les
Eſpagnols , & les Hollandois
ne feront point de difficile
compofition . Il ne me fera pas
difficile de faire recevoir aux
Anglois leur Roy à bras ouverts
, en le leur faifant voir
'd'un autre biais que le Prince
d'Orange ne le leur a montré;
& quant au Roy de France ,
nous fimpatifons fi bien en
82 MERCURE
femble , que je fuis feure qu'il
voudra tout ce qui tournera
à mon avantage
.
JUPITER.
Je reconnois affez , Mef
fieurs , par tout ce que vous
venez de me dire .
que le
Prince d'Orange merite encore
plus d'eftre puny , que
je ne me l'eftois figuré ; mais
en verité je vous admire dans
genre de punition que vous
luy deftinez , car fi j'ay bien
conceu vos intentions , vous
concourez tous unanimement
le
à le condamner à perdre la
vic , & vous n'eftes differens
GALANT: 8283
fur ce point , qu'en ce que
l'un propofe un genre de fupplic
, & l'autre un autre. C'est
fans doute faire connoiftre
que vous avez les veuës fort
bornées , & qu'elles ne paffent
guére celles des hommes ; car
enfin fi j'en avois appellé à ce
Confeil , ils cuffent tous conclu
comme vous à une mort
prefente.
Mais quoy que nous foyons
refolus de le punir , croyezvous
bien que la mort foit
une affez rigoureufe punition
pour les crimes dont nous le
trouvons coupable ? Il nous
84 MERCURE
faut une vangeance d'une
autre efpece. Vous
fouvenez tous qu'autrefois
Promethée m'offença
Vous
> &
qu'il cut l'infolence de me
fervir à table des Os recouverts
d'une petite peau , tandis
qu'il mangeoit les viandes
les plus delicates du feftin
où nous cftions , & il faifoit
cela , difoit - il , pour éprouver
fi cftant Dieu j'en fçaurois
bien faire la diftinction .
Vous fçavez encore , qu'Encelade
avec les Titans entreprit
d'efcalader le Ciel , & que ce
dénaturé ofa bien porter fur
GALANT. 85
moy fon bras facrilege pour
m'arrefter prifonnier . Que
dites - vous de la
vangeance
que j'en ay prife? Ne trouvezvous
pas qu'elle eft bien digne
de Jupiter , puis qu'encore à
prefent j'en puis fatisfaire mes
yeux quand bon me ſemble ,
& que foit que je les jette vers
les Scythes , j'ay le plaifir d'y
voir encore aujourd'huy mon
Promethée cloüé fur le Mont
Caucafe , & fon foye becqueté
fans ceffe par l'Aigle devorant
dont j'ay rendu la vie
éternelle, afin qu'il tourmente
éternellement ce miferable;
86 MERCURE
1
foit auffi que je regarde la
Sicile , les torrens de feu &
de fumée que je voy fortir du
Mont Etna, me font un indice
certain que le témeraire
Encelade,que j'ay terraffé fous
cette montagne , fouffre plus
qu'à l'ordinaire , & qu'il fait
de vains efforts pour fe tirer
de deffous un fi pefant fardeau.
Que cecy vous ferve d'idée
pour vous imaginer la punition
que je veux exercer fur
le Prince d'Orange
; & puis
que c'est un Ufurpateur & un
Tiran , (çachez que je veux le
GALANT. 87
punir de la peine dont j'ay fait
menacer tous les Tirans par
un de mes Prophetes . C'eſt
Perfe le Poëte , par qui j'ay
fait dire en mon nom.
Savos punire Tyrannos
Haud alia ratione velim , cùm
dira libido
Moverit ingenium, ferventi tin-
&ta
veneno
Virtutem videant , intabefcantque
relicta.
Je veux qu'il vive , car je ne
fuis pas encore réconcilié avec
luy ; mais je veux qu'il vive
pour mourir à toute heure de
dépit & de confufion ; & pour
88 MERCURE
cela je vay luy défiller les
yeux , afin de luy montrer
découvert la vertu dans fon
plus grand brillant , & que la
rage qu'il aura de ne l'avoir
pas fuivic , luy foit un bourreau
perpetuel , qui luy faſſe
fouffrir en mefme temps toutes
fortes de fupplices
.
Qu'il voye donc dans
LOUIS LE GRAND
,
l'unique Roy de l'Europe ,
une idée parfaite de la Vertu,
& qu'en le confiderant il reconnoiffe
quelle fatisfaction
c'eft pour un homme de s'eftre
acquis par fes grandes qua
GALANT. 89
Litez une auffi haute réputation
qu'eft la fienne.
Je veux qu'il penetre la fagef
fe des Confeils de ce fage Roy,
le bon ordre qu'il met dans
fes Etats , les douces confolations
qu'il a dans fa Royale
Famille , l'amour que fes Sujets
luy portent , les refpects
que luy rendent les Peuples
les plus éloignez , la confiance
fincere qu'ont en les bontez
ceux que le malheur ou
l'injuftice accable , la crainte
qu'ont de luy ceux qui ne
Le gouvernent pas par les prin
cipes de l'équité , & les fre-
Aoust 1691.
H
90 MERCURE
quentes Victoires que je luy
fais remporter fur les Ennemis.
Voilà la peine que ie
deſtine au Prince d'Orange ,
pendant qu'il demeurera fur la
terre , que je feray accompagner
de perpetuelles confpirations
contre luy , de toute
forte de mauvais fuccés dans
fes entrepriſes , de mépris de
la part de fes Amis , & d'une
infulte piquante de la
part de
fes Ennemis ; & quand la Parque
aura coupé le fil d'où dépendent
fes malheureux jours ,,
je veux luy continuer ce mê
me fupplice dans les Enfers ;
GALANT. 91
& pour cela , je vous charge ,
Pluton , d'ordonner à Appelles
, Michel - Ange , où le
Brun , de deffiner le Portrait
du Roy de France , afin que
quand ce Prince d'Orange
fera dans voftre Empire, vous
luy mettiez cette Figure deyeux
, & qu'il ne
vant les
puiffe la perdre de veuë , de
quelque cofté qu'il le tourne ,
en forte que fon tourment
ne prenne aucune fin , & qu'il
fe reproche fans ceffe de n'avoir
pas fuivy la vertu ..
Virtutem videant , intabefcantque
relicta.
H ij
92 MERCURE
C'eft ainfi , Meffieurs , que
nous punirons le Prince d'Orange
; & quant au rétabliſſement
de la Paix , je vais travailler
à ouvrir les yeux des
Princes qui l'ont bannie , afin
que voyant que le faux
pouvoir
du Prince d'Orange n'eft
qu'une veritable foibleffe , ils
fe defabufent , & rentrent
dans leurs veritables interefts
.
Je puis vous affeurer que:
les Vers qui fuivent vous plairont
, fans vous pouvoir dire
le nom de l'Auteur . On m'a
GALANT.
93
dit qu'ils font d'un Gentil
homme fort jeune , qui ne
fait pas profeffion d'eftre
Poëte. Son ftile paroift fort
aifé , & le tour fin qu'il a donné
à cette Piece , fait fouhaiter
d'en voir d'autres de fa
façon.
255225$25525SESSS
LE VIEIL OISEAU.
FABLE.
N vieux Roffignol de ce
UN
Bois
La fi femme jeune & fringante.
Auffi-toft d' Amans plus de trente,
94 MERCURE
Un chacun d'étalerfa voix.
On ne vit onc Mufiquefi charmante.
Pas un ne plût pourtant , c'estoient
Oiftaux de Cour
Lefies d'atour,
Le col beau , la plume luifante ,
Aufurplus pas un fol de rente.
La Belle aimoit l'argent , & qui n'en
avoit pas
Eftoit pour elle fans appas..
Tendres regards , douces paroles
N'y faifoient rien , il falloit des
piftoles.
Ce fut par là qu'en vint à bout
Un riche oifeau de ce Bocage ,
Riche je dis , car c'eftoit tout.
Du refte vieux , de noir plumage,,
Oifeau d'un étrange jargon ,
Car on dit qu'il parloit Gafcon..
Il n'étoit Femme un peu jolie.
Dans tous nos Bois , ´
GALANT.
95
A qui centfois
· Enfon patois ,
Il n'euft conté fon amoureuse envie..
L'affreuse Pie
Et la Fauvette tour à tour
Avoient écoûtéfon amour ,
Sans en avoir l'ame attendrie ;;
Mais enfin il plaift en ce jour ,
Et fans retour
Ilfe marie.
L'affaire fe conclut , dit-on ,
Avant que le Printemps expire.
Tous les oifeaux n'en font que
rire ,
Ee s'en vont chantant fur ce ton..
Quand on a l'âge
Defoixante ans
Comme l'Oiseau du noir plumage ,
Plus de bon temps.
En mariage ,
Le
cocuage
96 MERCURE
N'eft pas le mal
Le plus fatal ;
Ce qu'on doit craindre davantage
En mariage
Quand on a l'âge
De foixante ans , -
Eft d'aller voir en peu
Le noir rivage.
de
temps
Les paroles de l'Air nouveau
que vous trouverez icy››
ont cfté mises en chant par
un tres habile Maiſtre .
AIR NOUVEAU.
A
Imables Habitans de ce naiffant
Bocage ,
Quifembie fait exprés pour
vos amours .
cacher
Roffignols ,
GALANT. 97
Roffignols , dont le doux ramage
Aux charmes du fommeil m'arrache
- tous les jours.
Que vostre chant eft tendre !
Eft-il quelque chagrin qu'il ne puiffe
charmer?
Mais , helas ! n'est-il pas dangereux
de l'entendre ,
Quand on ne veut plus rien aimer
?
Je vous envoye la réponſe
qui a efté faite à un Difcours
de M' de la Broffe qui eft
dans ma Lettre du mois de
Mars . Comme je ne prens
jamais aucun party fur ces
differens d'efprit , je me contente
de rapporter les raifons
Acuft 1691 .
Ι
98 MERCURE
2
& les des uns & des autres
pieces juftificatives , & je laifle
enfuite au Public la décifion
du Procés .
2525 22255S225552 2
ENTRETIEN
Sur la nature des Remedes
neceffaires à la guerifon de
l'Epilepfic , avec quelques
Remarques fur la Lettre de
M' de la Broffe, par M ' Batonneau
, Apotiquaire du
Roy.
JE parlay un jour de l'Epilepfie
avec M .....
d'une
ma
GALANT.
99
pas
niere fi generale , qu'il me pria
de luy dire ce que je penfois de
particulier pour fa guerifon . Je
luy répondis qu'un fimple Apotiquaire
comme moy, n'avoit
affez de penetration pour en connoistre
à fond la cause que la
Medecine a qualifiée jusqu'à prefent
de caufe maligne , & encore
moins pour entrer en connoiffance
d'un remede propre pour
dompter la ferocité des affreux
Symptomes dont cette maladie eft
accompagnée , quoy que ceux qui
en ont parlé ayent proposé divers
moyens , mefme confirmez d'experience
, fçavoir , les uns de forts
I ij
100 MERCURE
dire
que
Purgatifs , & les autres de Sudorifiques
& Diuretiques . Ily en
a d'autres , qui aprés quelque
préparation fe font fervis de Specifiques
, & ceux- là , à mon fens,
ont mieux réussi , estant vray de
les Purgatifs ne font
d'aucun ufage pour une indifpo- .
fition de cette nature , parce que
leurs effets n'eftant que 'dans l'eftomach
& dans les intestins , où
la caufe de cette maladie n'eft
jamais , ils ne peuvent apporter
aucun foulagement au lieu où se
forme cet épouvantable defordre
de fonctions naturelles du corps
de l'ame. Quant aux Sudorifiques
ne font
car l'un
conduits
á
ire
que
ceu
tommer;
&
une
We
Tarefaction
de
toutes les li
il ne fe
fait qu
generale ,
qui bie
Le
Malade
,
augme
forblir fes
forces
.
Specifiques
,
comm
uniquement fur la c
peut
douter qu'ilsnela
Je
fuis ravi , me dit- i
me
parliez de la
forte
,
GALANT. ΙΟΙ
rifiques & aux Diuretiques , ils
ne font pas plus avantageux ,
car l'un n'agiffant que dans des
conduits à peu prés de méme nature
que ceux que je viens de
nommer ; & l'autre n'eftant qu'-
une rarefaction & fubulifation
de toutes les liqueurs du corps ,
il ne fe fait qu'une évacuation
generale , qui bien loin de guerir
le Malade, augmente fon mal &
affoiblit fes forces. A l'égard des
Specifiques , comme ils agiffent
uniquement fur la caufe , on ne
peut douter qu'ils ne la détruifent.
Je fuis ravi , me dit- il ,
me parliez de la forte , & qu'ouque
vous
I iij
102 MERCURE
tre les connoiffances que vous
avez de la maniere quefe forme
cette horrible maladie , l'experience
que vous avez vous
confirme davantage dans la préference
des Specifiques , dont l'action
va directement au cerveau,
y produit des effets fi effica .
ces , que le levain malin qui en
eft la caufe , vient en partie fe
rendre dans l'intermiffion de l'accés
aux portes de cette partie
affligée ; aprés quoy les accés
diminuent , & deviennent rares
la vertu du Specifique
fitoft que
commence
à y imprimer
des cara-
Eteres
de fa puiffance
. Il eft vray
GALANT . 103
la
que cet effet eft fingulier , &
je n'aurois jamais cru que
proprieté d'un remede euft fait
connoifire fon effet par un endroit
femblable à celuy que j'ay
remarqué par l'action du voftre.
Ilferoic fort à propos , pour venir
plus facilement à bout des ma
ladies rebelles , qu'on s'y attaparticulierement
, fans fe
charger d'une fuperficie de tant
de connoiffances , & de remedes
differens
, que le nombre
prefque infiny des maladies demande
, ce qui furpaſſe la puiffance
des hommes, & par confequent
met la Medecine dans
chaft
I iiij
104 MERCURE
un grand mépris à l'avantage de
plufieurs Charlatans , qui fous
diverfes conditions & differentes
formes de charité & de pieté
obfedent les efprits les plus éclairez
par des opinions malfaines,
qu'ils veulent qu'on reçoive pour
des décifions , & avec cela promettent
des refurrections , comme
les Alchimistes qui n'ont que des
promeffes des mots fpecieux
t énigmatiques , avec leur or
potable leursgrands Arcanes ,
qui ne font que des teintures
d'or ,faites avec l'efprit de fel ,
ou autres corrofifs de cette nature,
qui ne font pas fuffifans pour ti
GALANT. 105
rer radicalementfa forme effentielle
ou foufre intrinfeque &
rubicond ; ou encore des teintures
de foufres mineraux & metalliques
comme celuy d'Antimoine
, qu'ils ne nomment pas ,
qui eft presque tout l'or potable
qu'ils exaltent tant ; avec lef
quels foufres ils compofent leurs
grands Arcanes , dont les qualitez
font de nul effet , puis qu'étant
des foufres impurs , aduftibles
fulminans prefque infeparables
des fixes , dans lesquels
confifte toute fa bonté , ils en
éteignent & confument la vertu.
Leur conduite eft imitée d'un
106 MERCURE
certain Philofophe , qui prétend
par un fiftême fpecieux renverser
tous les principes de la Medecine ,
&faire paſſer pour érudition inconteftable
" une opinion chimerique
, afin de fe faire diftinguer ,
& de fe mettre en quelque efpece
de réputation fous le voile de
nouveauté. Avez - vous vú ,
ajoúta - t- il , une Lettre de cette
fabrique dans le Mercure ? Je luy
dis qu'oüy . Et de grace , continua-
t-il , mettez fur le papier
les difficultez que vous y avez
trouvées. Feus quelque répupugnance
à m'y réfoudre , parce
la Lettre eftoit du mois de que
GALANT. 107
Mars & ainfi elle devoit eftre
hors de la memoire des Lecteurs.
Que fait cela , me dit- il ? Notre
Philofophe fera excité à quelque
nouvelle production , qui fera
peut- eftre plus utile . Je confentis
'à ce qu'il voulut , en expoſant
les fentimens de ce Philofophe ,
de la maniere qui fuit.
I. Il veut que la terre ne foit
pas un Element pefant , & qu'-
elle n'occupe point de place.
2. Que l'humidité ne foit poins
une qualité propre & naturelle
à l'Eau , mais bien la congelation
, & non aux autres Elemens.
י
J
108 MERCURE
3. Que le Feu de l'Air ne
foient pas des Elemens , parce
qu'ils ne fe trouvent pas dans la
compofition des mixtes , qu'ils ne
nourriffent
point le mixte , & qu'au contraire
ils le détruifent.
n'entretiennent
4. Que le Feu foit un mixte,
parce qu'il fe refout en d'autres
Substances.
5. Que les Elemens des Chis
miftes foient les meilleurs .
6. Que ce que les Medecins
appellent Bile , Mélancolie , Pituite
Sang, ne foit qu'une
Simple alteration , comme il arrive
au pain moifi. Par là il préGALANT.
109
tend avoir démontré que la maffe
du fang n'est pas composée de
quatre humeurs.
dans
7. Que les humeurs qui font
de diverfes couleurs dans l'eftomach
, dans les inteftins ,
le cerveau ,foient des excremens
de l'aliment qui y eft porté.
8. Quefi le Sang eftoit bilieux
dans la fiévre- tierce , il devroit
eftre amer, & qu'au contraire
il est doux. De là il infere que
le ſang n'eſt jamais bilieux .
9. Il pretend le fel un corps
élementaire .
10. Qu'un homme qui a la
fiévre avec des redoublemens ,
IIO MERCURE
n'a pas le fang plus chaud que
celuy qui eft de repos &en parfaitefanté.
11. Que fi un Medecin qui eft
appellé au commencement d'une
maladie , ne la guerit dans huit
jours , c'est qu'il ne connoist ny
la nature de la maladie , ny le
remede qui luy est propre .
1. L'exemple particulier qu'il
donne de la terre de faule , de la
pierre de Ponce , du foufre ,
n'est pas d'une définition , puis
qu'il n'eft pas general. Il prouve
par ces exemples qu'il y a des
terres quipour avoir leurs princiGALANT.
III
pes bizarres étendus , forment
des espaces plus grands que ne
font d'autres terres , qui ayant
des principes plus petits , doivent
auffi former de plus petits
efpaces. Cela eftant ainsi étably,
comme il eft vray , on peut concevoir
des pefanteurs differentes
la
poudans
toutes les terres des divers
mixtes , refpectivement les uns
aux autres . Ainfi nous
vons dire un corps pefant , froid
fec : car tout ce qui tend de
la circonference au centre , eft
fensé pefant , puis qu'il contraint
les autres corps de s'éloigner , &
de luy ceder la place .
112 MERCURE
Sa premiere propofition eftant
détruite , le reste de la définition
ne nous difant rien de nouveau ,
ne nous dit par confequent rien
de pofitif , car dire les qualitez
d'une chofe , n'est pas dire ce
qu'elle eft en elle- même . Il ſe
feroit bien pafé de cette repetition
déguifée , auffi- bien que de dire
la terre n'occupe point de place.
Je pense qu'il ne la croit pas
materielle ; il le fait affez connoiftre
lors qu'il veut qu'il entre
autant d'eau dans un verre plein
de terre elementaire , que s'il étoit
vuide ce qui eft oppose à
la raifon à l'experience. -
que
>
GALANT. 113
moins
2. Cette opinion n'eft pas
mauvaise qui veut que l'humidité
ne foit pas une qualité propre
& naturelle à l'eau
bien à l'air , & qu'ainfi cette
proprietë ne foit pas effentielle.
Quand bien même je conviendrois
que
mais
l'air feroit humide , ce
qui n'eft pas , il ne s'enfuivroit
pas que cette qualité ne fuft pas
propre & effentielle à l'eau , puis
qu'on nesçauroit ofter l'humidité
de l'eau fans luy ofter l'estre
d'eau , tout ainsi qu'on ne sçauroit
ôter la longueur & les extremitez
d'un bâton ,fans luy ofter
l'eftre d'un bâton , & c'eſt aſſez
Aoult 1691 . K
114 MERCURE
que
وا
puis
mal philofophé de dire comme il
dit , que fa propre & naturelle
qualité eft la coagulation ,
que cet effet n'est qu'accidentel.
Il est fort facile de luy prouver
cela arrive à l'air , à l'huile ,
quoy que du plus au moins ; mais
laiffons cela pour revenir à la
nature de l'eau , que je croisfort
bien definie , en difant que c'eft
un amas de petits corps longs ,
ondoyans & fouples quifont toû
jours en mouvement , enfe glif
fant les uns contre les autres , indifferens
au froid & au chaud,
mais capables d'humecter & de
fondre certains corps.
GALANT. Iis
que 3. On ne peut pas douter
le feu n'entre dans la compofition
des mixtes , puis que c'est
proprement en luy que confifte la
vie . La raison qu'il allegue contre
en difant qu'il détruit le
mixte , eft d'une extrême foibleffe
. Tout le monde fçait que
le mouvement eft le principe de
generation , & qu'il eft par confequent
celuy de deftruction . Cependant
perfonne ne s'avife de
le mouvement ne condire
que
court pas à la generation
, parce
qu'il
eft un principe
deftructeur
.
Ne fçait- on pas que tous les Elemens
tendent autant à leur union
Kij.
116 MERCURE
qu'à leur defunion ? Il n'y a pas
plus de raifon de dire que le feu
foit un defructeur que l'eau , car
dans les corps où elle abonde , elle
les détruit. Ainfi des autres Elemens
fuivant l'empire qu'ils
ont les unsfur les autres . Ils fe
bouleverfent détruifent l'anion
qui faifoit le mixte , & par
confequent ils peuvent eftre dits
deftructeurs les uns à l'égard des
autres . De là il s'enfui -vroit que
felon ce Philofophe il n'y auroit
point d'Elemens . Pour luy expliquer
le fentiment des Auteurs
fur la nature du feu , il eft bon
de luy dire qu'ils n'ont pas enGALANT
. 117
tendu un feu actuel mais vir
tuel & en puissance . Ils ont
même defini la vie , la chaleur
naturelle dans l'humide radical.
Or qu'est-ce que la chaleur , fi
ce n'est un feu moderé ? &
qu'est - ce que cet humide , fi ce
n'est une fubftance fulphurée ›
dans laquelle le feu fe nourrit ,
comme la lumiere dans une lampe ?
Il est donc conftant que le feu entre
dans la compofition du mixte ,
puis que c'est luy qui le met en
mouvement, & quien fait toute
l'action .
Il 4. veut
que le feu foit un
mixte ,
› parse , dit- il , qu'il fere118
MERCURE
que
foud en d'autresfubstances , &
cela fe prouve à l'occafion de
la friction de deux cannes. C'est
ne pas comprendre la nature du
feu, elementaire ; car il ne sçauroit
bruler par luy même . Cela
fe voir dans la flame de l'efprit
de vin , qui pour n'avoir pas
de parties aff groffes , ne fait
prefque pas fentir de chaleur.
L'exemple de la friction des
cannes ne fert icy de rien pour
le faire trouver compofé , puis
qu'on n'entend pas par le fu
elementaire celuy qui tombe fous
lesfens. De plus , comment veut,
GALANT. 119
il
le
mouvement ,
le
prouver que le feu qui refulte
de la friction de deux cannes
foit un compofe puis qu'il n'y
intervient
que
qui ne fait autre chose que
débarraffer des petits liens qui le
tenoient enchaifné ? Quelle raifon
pourroit il alieguer, & quelle
analife pourroit - il faire pour
prouver le contraire ? Dira-t- il
que la flame renfermée dans un
vaiffeau & condenfée , il y paroiftra
de l'eau , de la fuye fulphurée
& nitreuſe ? Le feu elementaire
n'est pas cela . C'est un
amas de petits globes homogenes
femblables , & tous ces corps
120 MERCURE
nitreux terrestres dont j'ay
parlé né font que des détache
mens qui font abfolument neceffaires
pour bruler. Il est donc
constant qu'il ne détruit
mixte >
pas
le
non plus que l'air qui
estant pris comme il faut dans
toute fa fimplicitépour un amas
de demy- anneaux & de parties
branchues tres - petites & trespliantes
, on verra que bien loin
qu'ilferve à remplir des vuides
dans les mixtes , il en doit luymême
former , dr c'est par fon
moyen que le reffort où la vertu
élastique fe rencontre dans les
corps du plus ou du moins ,fui-
Want
GALANT. 121
par
vant la quantité. Cette action
elastique ne pourroit fe faire , fi
les parties de l'air n'étoient entrelaẞées
, comme attachées
leurs extremitez afin de s'étendre
& fe plier , fuivant les diverfes
impulfions de la matiere
fubtile. C'est elle feule qui bouche
lespôres ; car étant d'une trèsgrande
fubtilité d'une figure
indeterminée , elle est capable
d'entrer dans toutes fortes de
vuides.
3. Le party qu'il prend pour
les Chimiftes touchant leurs pretendus
Elemens, est auffi peufoùtenable
que fes autresfentimens ,
Aouft 1691 . L
122 MERCURE
fans faire voir que leurs
principes font des déguisemens ,
& qu'ils ne sçauroient retenir
dans leurs vaiffeaux , tout ce
dont les mixtes font compofez ,
c'est que les diverfes preparations
alterations qu'on fait aux
mixtes pour feparer ces prétendus
élemens , font plus que fuffifantes
pourfaire connoistre qu'ils n'étoient
pas ainfi dans le mixte.
En effet , qu'ils raffemblent tous
leurs élemens , ils ne pourront jamais
compofer le même mixte.
Il est même impoffible de les feparer
ainfi qu'ils eftoient avant
de les avoir meflez , ils doique
GALANT . 123
vent eftre femblables dans tous
les mixtes , & ne differer que
du plus au moins ; ils doivent
eftre fimples & homogenes . Cependant
c'est toujours un compofé
de deux ou de trois. Par
exemple , leur fel effentiel eft un
meflange d'acide , de liquide &
d'alkili ; l'esprit un compofe d'igné
, de fulphuré & d'atheré ;
rainfi des autres.
6. Il veut que ce qu'on appelle
bile , melancolie pituite ,
foit une alteration au fang , comme
il arrive à la moififfure du
pain , qui de blanc devient jaune ,
gris & noir. Quand je convien-
Lij
124 MERCURE
drois que c'est une alteration , il
ne s'enfuivroit
pas que
les noms
ne fubfiftaffent , pour diftinguer
les diverfes alterations qui ar
rivent à cette liqueur , afin d'en
tirer quelque connoiffance ; mais
on ne peut pas nier qu'il n'y ait
dans la maffe du fang une fubftance
blanche , une rouge , une
noire & une jaune dans toutes
fortes de perfonnes , de different
âge & de different fexe. Vous
me direz peut- eftre que ces quatre
humeurs ne font pas fimples ,
homogenes. J'en conviens ; cela
ne fait rien au sujet , & n'empefche
pas qu'on ne regarde d'aGALANT.
125
bord la maſſe du fang , comme
une fubftance uniforme , compofée
à la verité d'une infinité de parties
, mais qui fe peuvent toutes
reduire à deux principales , ſçavoir
, la partie blanche et la partie
rouge. Ces deux fubftances
qui nous paroiffent chacune hodans
leur genre , ne laiffent
pas d'estre compofees de corpufcules
de differente nature , qui
font ceux qui forment le fella
terre , l'air & l'eau . C'en est
affez pour comprendre la nature
dufang , fans aller chercher des
tamis chimiques pour y paffer les
mogene
bumains.
L iij
126 MERCURE
Il prétend aprés cela avoir
bien démontré que la maſſe du
fang n'eft pas composée de quatre
humeurs
par l'exemple
>
prou
le
qu'il donne du pain moifi , qui
n'a aucune fimilitude avec
fang, comme je le viens de
ver en faifant voir qu'elles fe
rencontrent en toute forte de
perfonnes . Il femble enfuite qu'il
fe dédit aprés un long difcours
qu'il fait fur des globes , qui
n'ont encore aucune relation au
fujet dont il s'agit , car il dit
dans la page 38. qu'il le fera
voir à M Chapelas . C'eſt un
bel endroit pour s'attirer tout
GALANT . 127
l'exercice
que fon efprit peut démander.
7 .
Il vent veut
que les
humeurs
qui
fe rencontrent de couleurs diver
fes dans l'eftomach , dans les inteftins
dans le cerveau ,
foient faites des excremens de
l'aliment qui y eft porté , fans
faire aucune diftinction . Il eft
tres - certain qu'il ne fe rencontre
point d'humeurs de diverfes couleurs
dans le cerveau ny dans les
inteftins , en prenant le nom d'humeur
dans fa propre fignification
. Pour ce qui eft de l'eftomach
, il s'y rencontre à la verité
diverfes couleurs dans les ali-
Liiij
128 MERCURE
J
mens , fi la coction n'eſt pas faite
, car quand elle est faite , tout
eft uniforme. Quand elle ne l'eft
pas , il fe rencontre autant de
couleurs differentes qu'estoient les
alimens qu'on a pris . On voit
bien qu'il eft inutile de chercher
des excremens pour expliquer
differentes couleurs , & qu'il n'y
a qu'à ouvrir les yeux pour voir
le fait qu'il veut cacher & rendre
mifterieux.
ces
8. Si le fang, dit- il, eft bilieux,
comme on le fuppofe dans la fiévre-
tierce 2 il doit eftre amer.
Cette confequence et injufte.
Nous fçavons par experience
GALANT . 129
qu'il y a des liqueurs lesquelles
estant meflées , changent entierement
de nature dans la couleur
, l'odeur & le gouft. Par
exemple , l'efprit du vitriol qui
eft un puiffant acide , mefflléé avec
un Alkali , d'aigre qu'il eftoit
devient doux ; meflé dans des
Sirops , il les fermente & leur
donne diverses couleurs , fans
qu'on puiffe l'appercevoir au
gouft. Si cela eft , comme on n'en
fçauroit douter, pourquoy veutil
gne la Bile faffe fentir fon
amertume fur la masse dufang?
J'aurois un million d'exemples à
rapporter pour convaincre nostre
110 MERCURE
Philofophe , fi je ne craignois
d'ennuyer ceux qui liront cette
réponse.
9. Il prétend qu'un homme
qui a la fièvre , n'a pas le fang
plus chaud que celuy qui eft en
parfaite fanté , fans faire encore
aucune diftinction ; & pour
s'en affurer , dit- il , ilfaut recevoir
le fang de l'un & de l'autre
fur la main , on trouvera le
fang de celuy qui eft fain plus
chaud que celuy d'un Fébricitant.
J'avoue que cela peut eftre
au declin de la fiévre , mais il
n'eft pas vray que cela foit au
commencement ny dans tout
GÁLANT. 131
que
la
l'accés , parce que c'est le temps
les particules ignées font le
plus en mouvement , & que
rapidité de leur cours fait mieux
fentir leur action. Mais comn e
cette grande agitation ne peut
tfire fans que ces corpufcules
ignez changent de figure par
leur choc mutuel , ou qu'ils fe
diffipent par les pores des vaiffeaux
, il ne fe peut
le fang ne foit plus froid que
celuy qui n'aura pas fouffert cette
diffipation ; & cette froideur
dans le fang n'eft proprement
qu'aprés que la fièvre est passée.
Or comme nostre Auteur ne fait
alors
que
de
132 MERCURE
paroistre aucun principe fur le=
quel il établit fa doctrine ; fçavoir
des atômes & des corpufcules
, il eft bon de luy répondre
dans un langage plus vulgaire,
qui est que perfonne ne doute
que le fang ne foit le principe de
la vie , & que la vie ne confiste
dans la chaleur, la chaleur
dans le mouvement particulier
desparties d'un corps . Cela eftant,
il n'est pas difficile de concevoir
que tout ce qui peut augmenter
ce mouvement , augmente en
mefme temps la chaleur . Or tout
le monde fçait que la fièvre est
une agitation extraordinaire de
GALANT. 133
la maffe du fang qui fe manifeste
par un pouls fort élevé avec
une chaleur plus forte que celle
qui eftoit auparavant . On voit
bien par ce difcours que ce qu'il
avance n'eft pas moinsfaux qu'il
eftoit furprenant de quelque
maniere qu'on le prenne .
>
11. Il revient enfuite à la na-·
ture du Sel , le dit un corps
élémentaire chaud & humide ,
froid & fec , qui fe coagule au
chaud , qui fe fond à l'humide.
Tous les attributs qu'il luy
donne le font trouver composé.
Afin qu'il foit chaud , il faut
qu'il contienne des femences de
134 MERCURE
chaleur. Pour estre humide , il
faut qu'il ait des parties ondoyantes
& pliantes. Tout cela
fe contrarie évidemment , & ne
convient point du tout à la nature
du fel qui est un corps inflexible
, long, roide , tranchant
& piquant. Comment pouvoir
accommoder tout ce qu'il dit
la raifon à l'experience ? Luy
&
mefme ne convient pas à la fin
de ce qu'il a dit au commencement
; car il veut que le propre
des Elemens foit de ne pouvoir
estre reduits , ny
naturellement
ny par art , en aucune autrefubstance.
Cependant le felfe chanà
GALANT. 135
ge en verre fans pouvoir jamais
estre revivifié ; le fel n'est donc
pas un Element. Quant à la
coagulation qu'il fe fouvienne
qu'il a dit
que cette qualité eftoit
propre à l'eau feule. Cependant il
la fait rencontrer au fel. On a
bien peu de memoire lors qu'on
ne fe fouvient pas à la fin d'un
écrit de trois feuilles , de ce qu'on
a pofé pour un fait effentiel au
commencement de ce mefme écrit.
Et quand il dit que le fel fe coagule
au chaud , il devroit encore
diftinguer la nature des fels , car
ily en a qui s'y fondent , & qui
fe coagulant au froid , & enfin
136 MERCURE
dé quelque nature qu'ils puiſſent
eftre , il n'en eft point qui ne fe
fonde à une violente "chaleur.
Voilà donc le principe de fel qui
n'eft plus principe , puis qu'il
change de nature, & que toutes
les qualitez attribuées ne s'y
rencontrent point.
11. Enfin nous voicy arriveZ
à la derniere opinion qui feroit
la meilleure & la plus utile , fi
elle n'eftoit oppofée au bon fens
& à l'experience. Il veut qu'un
Medecin qui est appellé au commencement
d'une maladie , ne
connoiſſe ny la nature du mal ,
ny le remede , s'il ne guerit le
GALANT.
137
Malade dans huit jours . Qui eft
le Medecin qui puiße entrer
dans un fentiment fi extraordinaire
? La fracture des os , le
Polype , les Ecroüelles , les Pierres
, les Fistules , les Cancers ,
les maladies galantes , é un
nombre infini d'autres que nous
connoiſſons
parfaitement
, ne fe
peuvent guerir , & ne font jamais
gueries. Celles qui font gueriffables
ne le font que dans le
double , le triple du temps
qu'il demande , & ce n'est pas
un petit fervice que l'on rend à
ceux qui s'en trouvent attaquez
, que de les tirer d'affaire ,
Aouft 1691 .
&
M
138 MERCURE
quoy que ce ne foit pas en huit
jours .
Les Vers que vous allez lire
font de M Chays , Medecin
de la Faculté de Montpellier
,
demeurant à la Ville du Bourg
S. Andcol en Vivarez . Il feroit
difficile de faire rien de .
plus nouveau fur une matiere
qu'on a fi fouvent mife en
oeuvre.
7
GALANT. 139
22S525 25SZESESSES
LA JALOUSIE
DES ENFANS
DE JACOB.
Acob aimoit Fofeph d'une amour
paternelle ,
Son coeur brûloit pour luy de feux
plus éclatan's
Que pour aucun defes enfans ,
Et jamais on ne vit une flame fi
belle.
Il le prevenoit dansfes voeux ,
Et le Vieillard ravy de fes tendres
carreffes
Devant fes autres Fils , quoy qu'il
duft craindre d'eux ,
Mij
140 MERCURE
Luy marquoit quelquefois tendreffes
fur tendreffes.
Mais que ne peut la jalouſe fureur
!
Ceux- cy frappez d'une mortelle envie
Se liguerent entre- eux , jurerent
dans leur caur
De luy ravir la vie ,
Sans voir que cette perfidie
Perdroit , outre Fofeph , leur Pere &
leur honneur.
Mais l'Eternel Jacob , le Dieu de la
vangeance ,
R
Refolu de punir ces Freres inhu
mains ,
Qui du Sang fraternel vouloient
fouiller leurs mains ,
Pour mieux faire éclater les traits de
Sa puissance ,
Permit
que dans lafuite on vit regner
fur cux
GALANT. 141
Jofeph qui les tira de l'état malhinreux
Où les reduifoit l'indigence .
Ainfi , Louis , cent Princes inhumains
.
Ont conceu contre toy de funeftes
deffeins .
Faloux de voir qu'en tout le Ciel te
favorife ,
Leurinjufte fureurles porte à te haïr ;
Mais nous ne craignons point leur
indigne entreprife ,
Tu les verras fe difper & fuir,
Et je te prophetife ,
Qu'ungrand Roy Dieu donné , Fils
aifne de l'Eglife ,
Doit tout vaincre , & par tout doit
fefaire obeir.
L'article qui fuit vous furprendra.
Il est tout remply
142 GALANT
:
de faits conftans & avoüez,
Vous y verrez que ceux qui
s'étonnent que les François
bruflent felon les Loix de la
Guerre , cherchent à le faire
d'une manierc honteufe , &
qui n'eft autorisée par aucunes
Loix. Il y auroit beaucoup
à dire là- deffus , mais je me
tais quand la choſe parle.
Le 7. Avril dernier , fur les
huit heures du foir , toute la
Ville de Strasbourg fut en
alarmes pour le feu qui prit
au lieu qui fervoit de Magazin
de fourage pour la fubfiftance
de la Cavalerie.Com
GALANT. 143
me ce lieu en eftoit remply,
le feu fut fi prompt & fi violent
, qu'on ne douta prefque
point que le Magazin des farines
pour les vivres des Troupes
, qui joignoit cet autre
Magazin , n'en duft eftre con
fumé , en forte qu'on avoit
peu d'efperance de le garantir
de cet incendie , non plus que
tout ce quartier ; mais les foins
& la vigilance de M ' le Marquis
de Chamilly , Lieutenant
General des Armées du Roy ,
& Gouverneur de la Ville , la
prompte execution qui fuivir
fis ordres , & la bonne
144 MERCURE
par
Ies
Police qui eft établie
Magistrats en de pareils acci .
dens , arrefterent le cours de
l'embrafement, qui fe termina
à ce Magazin avec les foura
ges , & une partie des Ecuries
de la Cavalerie . C'eft de la
perte de ce Magazin de fourage
que les Gazettes Etrangeres
ont tant parlé . Le danger
cftant paffé , chacun raifonna
à fa fantaific fur ce
malheur , & l'on n'en pût
trouver d'autre caufe que l'imprudence
de quelqu'un des
Soldats que l'on avoit cmployez
pour entaffer le foin
dans
GALANT.
145
dans ce
Magazin , & qui pou
voit y avoir entré avec fa
pipe. Cela fut cauſe que l'on
fe tint fur les gardes , & qu'on
examina
dans la fuite ceux
qu'on employoit
. Mais cette
précaution
ne fervit de rien ,
puis que
le 19. du mois paffé ,
fur le midy , le feu ayant pris
à un autre Magazin
de fourage
qu'on avoit conftruit
de
neuf fur l'Eſplanade
entre la
Ville & la Citadelle
, il fuc
impoffible
d'y remedier
. Ce
Magazin
fut confumé
comme
l'autre, & alors perfonne.
ne douta qu'on n'y cuft mis
Aouft 1691 .
N
146 MERCURE
le feu à deffein , ce qui fit
juger qu'il y avoit quelque
Incendiaire dans la Ville . Ces
présomptions furent une certitude
, lors que le 25. du même
mois , fur les huit heures , on
vit le feu s'allumer pour une
troifiéme fois . Ce fut aux
Ecuries des Cazernes de la
Cavalerie , conftruites dans
le Fauxbourg de la porte de
Saverne , qu'on avoit remplies
de foin aprés le départ de la
Cavalerie pour l'Armée . Des
Incendies frequens donnoient
d'étranges inquietudes
à tout le Corps de Ville , à
1
GALANT. 147
' Etat Major , & à toute la
Garnifon , qui avoient un jufte
fujet d'apprehender , non
feulement pour les Magazins
de fourages, mais encore pour
l'Arcenal & les Magazins à
Poudre. Les foupçons cù l'on
eftoit , obligerent M' de Chamilly
, & M' de la Grange ,
Intendant , à convoquer le
Corps des Magiftrats , à onze
heures du foir de ce mefme
jour , pour aviſer aux moyens
que l'on pourroit employer
afin de faire ceffer ces brûlemens
. Le réſultat du Confeil
qu'on tint , fut que les portes
Nij
148 MERCURE
de la Ville demeureroient fermées
le jour fuivant , jufqu'à
ce que chaque Bourgeois cuft
donné le nom des Etrangers
qu'il logeoit chez luy , ce
qu'il leur fut ordonné de faire
fur peine de la vie , le matin
du 26. & en mefme temps il
fut publié à fon de trompe ,
que celuy qui découvriroit
l'Auteur de l'embrasement ,
ou donneroit quelque indice
qui puft aider à le découvrir,
auroit une bonne récompenfe
. Cependant tous ces expediens
auroient efté inutiles ,
& l'Incendiaire auroit contiGALANT.
149
nué impunément fes embra
femens comme il avoit commencé
, fi le hazard n'en cuft
fait avoir de feureslumieres . Il
s'eftoit répandu unbruit confus
que l'on avoit vû un homme
prendre la fuite d'abord
que les premiers qui s'eftoient
approchez du dernier feu ,
avoient paru. On peignoit cet,
homme de petite taille , couvert
d'un Juſte- au- corps brun,
& ayant un grand chapeau .
Sur ce feul bruit , M' Bourbon
, Aide- Major de la Place ,
Officier plein de feu , actif ,
& toujours prompt dans tout
Niij
10 MERCURE
ce qui peut faire connoiftrefon
zele, s'appliqua fi heureufément
toure la nuit à faire une
exacte perquifition dans tous
les lieux où il crut qu'il pour
roit trouver des Etrangers
que parmy ceux dont il jugea
à propos de fe faifir , it
arrefta auffi le coupable . Mais
ce n'eftoit rien que de l'arrefter
, il falloit avoir dequoy
le convaincre
, & c'est ce que
le bonheur qui l'accompagnoit
luy fit trouver . Ce mal
heureux qui parloit refolument
fe plaignit d'abord de ce
qu'on entroit dans fa chamGALANT.
151
bre à quatre heures du mas
tin , & de ce qu'après avoir
fouillé dans toutes les poches
, on renverfoit encore
tout fens deffus deffous . Il dit
qu'une telle violence eftoit
d'autant plus injufte , qu'il
n'étoit point Etranger , qu'il
avoit travaillé long - temps
dans la Ville , où chacun le
connoiffoit , qu'il eftoit logé
dans le pocfle des Tonneliers,
lieu deftiné à ceux de cette
Profeffion dont il eftoit , &
qu'il devoit fe marier au plûroft
avec la fille d'un Maiftre
Tonnelier . Comme il difoit
N' iiij
152 MERCURE
vray fur cet article , & qu'il
ne fe trouvoit rien dans la
chambre qui puſt donner
lieu de croire qu'il eſtoit coupable
, que la feule inſpection
de fa perfonne , ſon grand
chapeau & fon juſte- au-corps,
qui s'accordoient avec le bruit
confus qui couroit que l'Incendiaire
eftoit fait de cette
forte , on auroit eu peine à
tirer une affez forte induction
contre luy pour le rendre refponfable
de l'embrasement ,
fi Mr Bourbon ne fe fuft en.
fin avifé de rompre un banc
fermé qui cftoit à coſté de
GALANT. 153
fon lit. On y trouva un fufil
à faire feu avec de la poudre,
de la méche fouffrée , & toutes
les autres chofes qui pouvoient
fortifier l'opinion
qu'on avoit qu'il fuft le coupable
qu'on cherchoit . Il y
avoit auffi dans ce banc un
Paffe- port du Comte de Caprara
, l'un des Generaux de
l'Armée de l'Empereur
, en
datte du 31. May dernier , &
un autre Paffe - port du Prince
Louis de Wirtemberg du 21.
de Juillet , portant que le
perfonnage eftoit fon Domeftique,
& qu'il luy avoit don154
MERCURE
né commiffion d'acheter du
vin & des vivres . On le mena
auffi toft à M' le Marquis de
Chamilly. Il fut interrogé en
fa prefence , & en celle de M
l'Intendant , par M Obrecht,
Preftre Royal , & enfuite par
le Prevoft de la Maréchauffée .
Ce malheureux nia fort longtemps
, mais enfin ayant varié
dans fes réponſes, il fut contraint
d'avouer le fait. Il dit
qu'il avoit cfté follicité à
mettre le feu au premier Ma
gazin, par le S Sacken , autrefois
Capitaine au Regiment
d'Infanterie d'Alface , qui fai
C
GALANT. 155
foit cy- devant des recrues en
Alface pour ce Regiment , &
qui a deferté, du fervice de
France , aprés avoir emporté
l'argent du Roy , & celuy de
plufieurs Particuliers , & par
le nommé Stedel , Marchand
de Strasbourg , qui ayant fait
banqueroute s'eftoit retiré
dans les terres ennemies ; que le
dernier luy avoit dit qu'il au
roit regret toute la vie de n'avoir
pas fait un beau coup ,qui
eftoit de tuer M' le Marquis
de Chamilly , ce qu'il auroit
pû faire facilement , l'ayant:
vû paffer unjour accompagné
156 MERCURE
d'un feul Laquais , devant fon
jardin , fitué entre Strasbourg
& un petit Village appellé
Ruperchau , qui n'en eft qu'à
demi- lieuë que luy Stedel
l'avoit couché en jouë , mais
qu'eftant preft à tirer il avoit
manqué de réfolution ; que
Sacken & Stedel luy avoient
conjointement donné toutes
les inftructions dont il avoit
befoin pour mettre le feu au
premier Magazin ; que M¹ de
Caprara luy avoit promis de le
bien récompenfer s'il venoit à
bout de fon deffein ; que fur
ces inftructions
& cette pro
деп
bou
pour
avoi
actic
s'en
Cap
com
luy
trou
S d
don
avoi
lavo
nuer
reve
mis
GALANT. . 157
2
meffe il eftoit venu à Strafbourg
, où il eftoit connu
pour y avoir travaillé ; qu'il
avoit executé cette premiere
action heureuſement , & que
s'en eftant retourné , M ' de
Caprara aprés luy avoir fait
compter cinq cens Florins ,
luy avoit donné le Paffeport
trouvé dans le banc ; que le
S de Sacken luy avoit auffi
donné fix Loüis d'or pour
avoir fi bien réuffi , & qu'on
l'avoit renvoyé pour continuer
les brûlemens ; qu'eftant
revenu à Strafbourg il avoit
mis le feu au fecond Maga18
MERCURE
zin , & que s'en eftant retourné
, le S Ecler , Commiffaire
des guerres des Troupes de
l'Empereut à Reinfeld , luy
avoit fait donner quinze écus,
& le Prince Loüis de Wirtemberg
vingt Florins, le dernier
Paffeport, & des matieres propres
à s'enflamer promptement
, afin que l'incendie fuft
inévitable
, avec promeffe
que fur fes fimples billets ,
tout ce qu'il demanderoit luy
feroit payé pourvû qu'il continuaft
. Aprés qu'il cut confelé
toutes ces chofes , on
luy fit fouffrir la question.
·
GALANT.
159
ordinaire &
extraordinaire
pour l'obliger à découvrir
fes complices. Il declara qu'il
fçavoit que d'autres Incendiaires
eftoient entrez en Alface
pour faire la mefme cho
fc que luy à Landau & à Philifbourg,
mais qu'il ne les connoiffoit
point. Enſuite il fut
condamné à cftre rompu vif,
& à expirer fur la roue , aprés
quoy les membres feroient
coupez par quartiers & jettez
au feu , & fa tefte mife au
bout d'une perche fur l'Efplanade
, vers le lieu où il
avoit brûlé les deux premiers
160 MERCURE
Magazins, ce qui fut executé
le 30. du mois paffé . On ne
peut donner affez de loüan.
ges au zele de M ' Bourbon,
qui par les foins , ſon exactitude
, & fa vigilance , a delivré
, non feulement les Magazins
& les Arcenaux du
Roy des embrafemens dont
ils eftoient menacez , mais
encore toute la Ville de Straf
bourg , & la Province d'Alface
, puis qu'il y a tout lieu
d'efperer que cette execution
étonnera ceux que les pratiques
dc nos Ennemis peuvent
avoir engagez à des entrepri
fes fi déteftables.
SACRA
RE
STITVTA
ARGENTORAT RECEP
MDCLXXXI
I.Dolinar fecit

GALANT. 161
En vous parlant de Strasbourg
, je vous diray que
cette Ville - là doit beaucoup
au Roy , puis que Sa Majeſté
y a rétably la veritable Religion.
Comme ce n'eft pas
une des moindres actions de.
la vie de ce Monarque , &
qu'on fait frapper des Medailles
fur les plus confiderables
, voicy le revers de celle
qui a cfté frappée ſur ce fujer.
Le Cabinet des beaux Arts ,
ou récueil d'Estampes gravées
d'aprés les Tableaux d'un
plafond , où les beaux Arts
Aoust 1691 ,
O
162 MERCURE
font reprefentez avec l'expli
cation de ces mefmes Ta
bleaux , fe vend à Paris chez
G. Edelinck , rue Saint Jacques
, au Seraphin . L'Auteur
de ce Livre eft M Perrault ,
de l'Academie Françoife . Il
ya quelques années qu'il fit
peindre dans le Plafond de
fon Cabinet ceux d'entre les
beaux Arts qu'il aime le plus ,
par les meilleurs peintres do
l'Academie Royale de Peinture
& de Sculpture. Ces Tableaux
qui furent peints à
l'envy l'un de l'autre , s'étant
trouvez tres - beaux , il a voulu
GALANT. 163
avoir la fatisfaction de les
voir gravez par les meilleurs
Graveurs de Paris . Il y a
onze Tableaux , dont huit
reprefentent les huit Arts
qui fuivent ; l'Eloquence , la
Poëfie , la Mufique , l'Architecture
, la Peinture , la Sculpture
, l'Optique , & la Mecha
nique ; les trois autres Tableaux
reprefentent les Divinitez
qui prefident à ces Arts,
fçavoir Apollon au milieu
des Mufes , Mercure & Mi
nerve. Ces onze Tableaux
ont effé peints par onze Peintres
, & gravez par onze Gra
O ij
164 MERCURE
veurs tous differens. Chaque
Eftampe eft accompagnée
d'une explication en Vers &
en Profe , qui rend raifon de
ce qui eft dans le Tableau ,
& contient ce qu'il y a de
plus curieux & de plus particulier
dans le bel Art qu'il reprefente.
Les Estampes font
precedées d'unfrontispice qui
reprefente au naturel le Cabinet
où les Tableaux ont efté
peints , & d'une autre planche
où l'on voit le deffein
general du plafond , & tous
les Tableaux en petit , avec
les ornemens qui les accomGALANT
165
pagnent . Il feroit difficile de
pouvoir exprimer la fatisfaction
que donne ce Livre . Les
yeux & l'efprit y trouvent
également
ce qui les peut
contenter , & fi l'on eft charmé
de la beauté des Taillesdouces
, la lecture des expli
cations caufe un extrême
plaifir . On ne doit pas en eftre
étonné , puis que perfonne
n'eftoit plus capable de faire
un ouvrage de cette nature
que M' Perrault , non feulement
parce qu'il a infiniment
de l'efprit , mais encore à
cauſe du bon goût qui luy
166 MERCURE
eft naturel pour les beaux
Arts , & qu'il a fortifié par
l'habitude qu'un employ de
plufieurs années luy a donnée
avec tous les plus habiles Ouvriers
de l'Univers , pour le
ſervice du premier Monarque
du monde , & qui fe
connoift le mieux aux belles
chofes..
L'Alface eft une Province
frontiere , où les Armées font
ordinairement de frequentes
marches & de longs fejours.
C'est ce qui a donné occafion
au S ' de Fer , Geographe de
Monfeigneur le Dauphin , de
GALANT. 167
donner au Public une Carte
tres- particuliere de cette belle
Province. On y a marqué la
marche & les campemens de
L'Armée de Monſeigneur , à
qui cet Ouvrage eft dédié..
Cette Carte eft de deux gran
des feuilles , & peut le ſepa
rer en deux ou en quatre . Il y
a une Table par laquelle on
peut trouver en un moment
toutes les pofitions qui y font,
& le tout est enfermé d'une
bordure compofée des Plans
des Places fortes fituées dans
L'Alfice , le Sunrgaw , le Brifgaw,&.
aux.environs . Le S' de.
168 MERCURE
Fer qui continuë à travailler
à fon Introduction à la Fortification
, en donnera la feconde
partie au commencement
de Septembre , avec
une tres- belle Carte particu--
liere des Pays -bas. Tous ces
Ouvrages fe vendent à Paris,
chez l'Auteur , dans l'Ifle du
Palais , fur le Quay de l'Horloge
, à la Sphere Royale.
Le Public luy eft obligé des
grandes dépenfes , & des exa-
Etes recherches qu'il fait pour
fa fatisfaction.
Il paroift un Livre nouveau
que debitele S ' Guerout , fous
lc
GALANT. 169
le titre de , L'Education de M
de Moncade. La lecture en eft
tres agreable par elle- mefme ,
& il feroit à fouhaiter que les
gens de qualité , qui ne doivent
avoir en veuë que d'éle .
ver leurs enfans d'une manicre
qui réponde à leur naiffance
, fe ferviffent de ce Livre ,
comme d'un modelle , dans
l'un des foins les plus importans
qu'ils puiffent avoir . Mr
de
Moncade en racontant
comment il a paffé fes plus
jeunes années chez un de fes
Oncles , rapporte que loin de
pouvoir dire qui a cfté fon
Aoust 1691.
Р
170 MERCURE
Maistre dans les belles Let=
tres , il luy femble qu'il a appris
de tout le monde , fans
avoir efté pourtant enſeigné
de perfonne, qu'aucun ne prenoit
auprés de luy la qualité
de Maitre ny de Precepteur,
& que toutefois chacun luy
apprenoit quelque choſe, mais
de telle maniere , qu'il ne s'en
appercevoit pas luy- mefme;
qu'on ne luy a jamais dit, comme
aux autres Enfans , qu'il
falloit qu'il aprift les Langues,
lesMathematiques , la Philofophie
, mais qu'on le portoit à
ces Sciences comme par renGALANT.
171
contre & en fe joüant.Cet Oncle
qui vouloit reparer dans
l'éducation de ce Neveu les
fautes qu'il connoiffoit qu'on
avoit commifes dans la fienne,
tenoit pour maxime qu'on
ne peut trop veiller fur le
paffage que les Enfans font
d'un âge à un autre , parce
que quand ils commencent à
fe fentir, & que s'évertuant, ils
veulent fe débaraffer de leurs
puerilitez , ils fe déconcertent
, & le défont , pour ainſi
dire , comme un grain fe
corrompt lors qu'il fe difpofe
à germer , à moins qu'une
Pij
172 MERCURE
main adroite ne s'employe à
les conduire . Ainfi il s'affocia
deux hommes d'un grand
merite , pour luy aider à bien
élever Mr de Moncade , fou
haitant fur tout qu'ils luydon .
naflent du gouft pour toutes
les bonnes chofes , non pas
un gouft fade qui ne cherche
que des douceurs , ny auffi
un gouft amer , qui ne veut
que le fel tout pur , mais un
gouft rafiné qui fe plaiſt dans
le jufte mélange de ces deux
contraires , & leur declarant
que fon intentioneftoit qu'on
cuft plus de foin de luy forGALANT.
173
nier le jugement , que de luy
charger la memoire , parce
qu'en effet la Science n'eft
qu'une fottife , fi elle n'eft
guidée par le bon fens . Lors
qu'il luy eur choisi ces deux
hommes aufquels il recommanda
de le conduire par des
fentimens d'honneur & de
raiſon , & de ne luy pas don .
ner du dégouft de la vertu en
l'y pouffant avec trop d'empreffement
& de violence ,
voicy les paroles que l'Auteur
met en la bouche de cet Oncle
, fur cet endroit de Quin .
silien , où l'on demande s'il
Piij
174 MERCURE
a
eft plus utile d'inftruire les
Enfans dans la maiſon , que
de les envoyer aux Ecoles .
J'ay long temps pensé , mon cher
Neveu , à ce que je ferois de
vous , & jay connu que s'il y
quelque avantage à étudier
dans les Colleges à cause de l'émulation
, il y a auffi bien du
rifque , parce que la compagnie
y eft rarement bonne , & qu'on
ne s'y polit pas l'efprit . Quand
les Enfansfortent des Univer
fitez , on lesprendroit la pluſpart
pour des Lapons, ou pour des gens
tombez des nues , qui ne fçavent
où donner de la tefie.Leur langage
GALANT. 175
eft barbare,&leurs manieresfont
impertinentes. Ils nefçavent vivre
ny avec le monde ,
ny avec
eux- mefmes. Enfin ce font de
petits hommes qu'ilfaut entierement
refondre , & qu'on ne refond
pas aisément. D'ailleurs
il y a un extrême danger à élever
des Enfans dans les Familles.
Les Précepteurs habiles font
rares , & les fages ne fe trouvant
prefque point . Le mauvais
exemple des Serviteurs , & bien
fouvent celuy des Parens , joint
à la molleffe de l'éducation domeftique
, jettent les Enfans dans
le mal avant qu'ils le connoiffent.
Piiij
176 MERCURE
Pour moy , qui ne mefens avoir
paur vous qu'un amour raifonnable
, & qui fuis fecouru de deux
hommes d'un merite éprouvé, j'ay
cru qu'il feroit plus feur de vous
élever dans ma Maiſon , que de
vous livrer à des Maiftres , qui
n'agissant que par une charité
·foible, ou par un vil intereft , ne
fçauroient rien produire que de
tres-imparfait. Le peu que je
vous rapporte de ceLivre fuffit
pour vous faire voir de quelle
utilité il peut eftre à ceux
particulierement qui devant
élever leurs Enfans pour l'Etat
& pour le fervice du Roy, ne
pev
info
de c
vrag
de t
Aexi
Itga
litic
Scie
tout
fuis
Icz a
M
par
vrage
quel
des
GALANT. 177
peuvent trop s'apliquer à leur
infpirer des fentimens dignes
de ces grandes veuës Cet Ouvrage
eft accompagné
de plus
el
de trois cens Maximes & Re-
, flexions dont la pluſpart
regardent la Morale & la Politique
, & quelques- unes , les
Sciences & les Arts . Elles ont
toutes leur agrément , & je
fuis fort feur que vous les lirez
avec plaisir.
Mr l'Abbé de S.Real , connu
par quantité d'excellens Ouvrages
, nous a donné depuis
quelque temps la Traduction
des Lettres de Ciceron à At178
MERCURE
ticus , avec des Notes qu'on
eftime fort . Il y en a une qui a
trouvé un Cenfeur ; elle eft
conceuë en ces termes.J'avoué,
dit M'de S. Real, que je ne puis
comprendre ce que
dit Tacite ,
qu'on défendit une fois entierement
les ufures , n'y ayant rien
de plus neceffaire , & par confequent
de plus innocent en tous
fens dans un Etat ,pourveu qu'elles
ayent des bornes équitables ,
reglées par autorité publique ,
fans exception ny diſtinction
quelle que ce puiffe eftre. Ceux
qui voudront voir la Lettre
qui a efté écrite fur cette
GALANT. 179
Note, la trouveront chez la
Veuve Bouillerot , au bout
du Pont S. Michel. Elle eft
adreffée à M Amelot de la
Houflaye .
En vous parlant la derniere
fois du fameux Livre d'Ar
chitecture de M' d'Aviler ,
pour lequel M' l'Anglois a
fait une dépense qui fait connoistre
qu'il n'épargne rien
pour les beaux Ouvrages ,
j'oubliay de vous dire qu'il
demeure rue S. Jacques , à la
Victoire . J'ay fceu que depuis
ce que je vous en ay dit
dans ma derniere Lettre,beau
180 MERCURE
coup de gens fe font informez
où ils pourroient
trouver
cet excellent Cours d'Architecture
, & c'est ce qui
m'oblige aujourd'huy
à vous
donner cet avis . La belle Lectre
que je vous ay envoyée ,
& qui en parle d'une maniere
avantageufe
, eft de M
l'Abbé Chasteau
. Je vous ay
déja marqué qu'elle eft adref
fée à M¹ l'Abbé de la Chambre
. Perfonne n'ignore
qu'il
a un gouft merveilleux
pour
les beaux Arts , & une eftime
particuliere
pour ceux qui
ont l'avantage
d'y exceller,
fi
GALANT. 181
C'est ce qui l'a engagé à
compoſer la Vie du Cavalier
Bernin . Ainfi l'on doit
eftre perfuadé qu'en écrivant
à M l'Abbé de la Chambre
, on ne fe hazarderoit
pas à faire l'éloge d'un Li
vre qui regarde les Arts , s'il
meritoit l'approbation
ne
de tous ceux qui s'y con
noiffent.
Il y a des Familles de benediction
, où la Grace opere
plus abondamment que
dans
les autres . Telle eft celle d'une
jeune Demoiſelle qui a
fait profeffion chez les Car182
MERCURE
4
melitesau commencement de
ce mois . Son Pere qui s'étoit
fait Preftre aprés la mort de
fa Femme , monta en Chaire ,
& fit l'exhortation qu'on a
coûtume de faire dans les
Ceremonies de cette nature .
Il fe compara à Abraham qui
facrifioit fon Fils , & aprés
avoir dit là - deffus plufieurs
chofes fort touchantes , il demanda
à la Fille que pour recompenfe
de luy avoir fervy
de Pere & de Mere tant qu'el
le avoit demeuré au monde,
elle priaft inceffamment les
Seigneur qu'il luy fift la grace
GALANT. 183
de ne deshonorer jamais par
fa méchante conduite l'état
de Preftrife qu'il avoit choifi,
la conjurant de ne le point
épargner dans fes reproches ,
s'il faifoit quelque action qui
fuft indigne de fon caractere .
Il luy recommanda
auffi ,
puis qu'elle eftoit affez heureufe
pour avoir quatre Freres
Religieux & un autre Preftre ,
de les offrir fouvent au Seigneur
, afin qu'ils perſeveraſfent
à travailler pour le Ciel.
Vous pouvez juger combien
ce difcours fut pathetique . Il
fit répandre quantité de lar184
MERCURE
mes , & ce fut avec une grande
édification de l'Affemblée ,
que l'on vit cet heureux Pere
celebrer enfuite la grande
Meffe. Il avoit pour Diacre
fon Fils aîné qui eft Bernardin,
& pour Soudiacre , fon
fecond Fils qui eft Preftre.
Un autre Fils , Carme , fervoit
d'Acolythe , & il y en avoit
un quatrième prefent , qui eft
Jacobin , avec un autre Confeiller
au Parlement . Un fixiéme
Fils qui eft Recolet
s'y put trouver. Une jeune
Soeur , qui n'a pas encore
quinze ans, affifta à cette cene
GALANT. 185
100
YO
remonie , dont tout le monde.
fortit fort touché .
Le Mercredy 15. de ce mois ,
Fefte de l'Affomption , le
Roy donna à M' l'Abbé de
Clermont Tonnerre , l'Abbaye
de Tenailles , Ordre de
Premonftré dans le Dioceſe
de Laon . La Maifon de Clermont
eft une des plus illuftres
du Royaume , & fi generalement
connue , que je ne pourrois
vous en rien dire que
vous ne fccuffiez . Mr l'Abbé
de Tonnerre eft Frere de M
le Comte de Tonnerre , Premier
Gentilhomme de la
Aoust 1691 .
186 MERCURE
Chambre de Monfieur ; &
Never de M' l'Evefque de
Noyon .
L'Abbaye de Saint Sauveur
d'André , Diocele de Bou
logne , Ordre de S. Benoift ,
fut donnée le mefme jour à
M'I'Abbé Tiberge. Un choix
fi judicieux nous fait connoiftre
que les perſonnes d'une
veritable picté , ne peuvent
jamais manquer de re
compenfe. On ne fçauroit
avoir plus de zele pour la
conduite & pour le falut
des Ames , que cer Abbé en
a toûjours fait paroiftre . Il a
"
GALANT. 187
de fort grands talens pour la
Predication , & quoy qu'il
s'attache plus à toucher le
coeur qu'à flater l'oreille , il
cft facile de voir que l'Eloquence
luy eft naturelle . Sa
vertu s'est fait toûjours admirer
dans le Seminaire des
Miffions Etrangeres , & dans
quelque pofte qu'on le mette ,
on ne peut douter qu'il n'y
remplife parfaitement fes devoirs
.
Madame de Clermont Galerande
fut auffi pourveuë ce
mefme jour de l'Abbaye de
S. Remy des Landes . Le choix
Q ij
188 MERCURE
qu'il a pleu au Roy d'en faire,
fuffit pour perfuader de fon
merite. Cette Abbaye eft de
l'Ordre de S. Benoiſt , Diocefe
de Chartres .
Les chofes dont le fuccés
paroift le plus affeuré , font
quelquefois celles qui tour
nent tout autrement qu'on
n'avoit pû le prévoir . Une jeune
Demoiselle , en qui mille
belles qualitez reparoient avec
beaucoup d'avantage l'injuftice
dont elle avoit à fe
plaindre du cofté de la fortune
vivoit fous la dépendance
d'une Mere, qui n'avoit
GALANT. 189
pas moins d'ambition que
d'attachement à fes fentimens.
Elle n'eftoit pas fi peu éclairée
qu'elle ne connuſt le merite
de fa Fille, qui cftant douce
, d'une humeur égale , &
fort complaifante , fembloit
ne pouvoir manquer de faire
force conqueftes. Outre des
traits affez reguliers qui la
faifoient mettre au rang des
belles Perfonnes , elle charmoit
par fa voix , & la Mufique
qu'elle avoit apprife dés
fes plus jeunes années , luy
avoit efté d'un grand fecours
pour chanter auffi propre190
MERCURE
ment qu'elle faifoit . Sa Mere
tâchoit de la mettre dans le
monde , pour qui cette aimable
Fille n'avoit pas un fort panchant.
C'eftoit par cette raifon
qu'elle avoit toujours
l'efprit tranquille , puis que
fi fon peu de bien l'empêchoit
de rencontrer un Party
avantageux , elle fentoit qu'
elle n'auroit nulle peine à
paffer fa vie dans un Convent.
Avec tous les avantages
que
je viens de dire , il n'eft pas
fort furprenant fi elle fe fit
des Adorateurs
. On s'empreffa
à la voir , & beaucoup paruGALANT.
191
rent avoir deffein de luy plaire
; mais comme il leur furailé
de connoiftre qu'il fal '
loit parler de mariage , fi l'o .
vouloit réuffir à toucher for
coeur , ils fe contenterent d'
luy dire en general de ces fortes
de douceurs que l'on a cou
tume de prodiguer aux jolie
Perfonnes, & qui dans le fond
ne fignifient rien.Enfin unCa
valier qui avoit paru d'aborû
le moins empreffé à luy donner
des loüanges , parce qu'il
avoit voulu étudier fon efprit
& fon humeur avant que de
luy rien dire , en devint fi
192 MERCURE
amoureux , qu'il ne fut plus
maiftre defa paffion.Il en parla
à la Belle, qui luy ayant té
moigné avec toutes les mar
ques d'eftime que la bienfeance
luy pouvoit permettre
, qu'il ne devoit craindre
nul obſtacle de fa part , pourvû
qu'il obtinſt l'aveu de fa
Mere, le rendit par cette réponſe
le plus fatisfait de tous
les hommes . Il ne douta
point qu'eftant fort bien fait,
& ayant cinq à fix mille
livres de rente , la Mere ne
l'écoutaft favorablement ; &
en effet , fa propofition fut
receuë
GALANT. 193
receue avec plaifir . Il fut permis
à la Belle de répondre à
fon amour, & les progrés qu'il
fit dans fon coeur en peu de
temps , luy donnerent une
joye qui ne fe peur exprimer.
Tous les autres Soupirans furent
bannis , & l'on commença
à longer aux préparatifs du
mariage. Les raviſſemens du
Cavalier s'augmentoient de
jour en jour , & on peut dire
qu'on ne vit jamais une palfion
fi vive . Il fit dreffer des
articles fort à l'avantage de
cette belle Perfonne , & on
n'attendoit pour les figner
Aoust 1691 .
R
194 MERCURE
que l'arrivée de quelques Parens
qui demeuroient en Province
, lors que la Mere & la
Fille s'eftanr rrouvées chez
une Dame dont les manieres
attiroient beaucoup de monde
, on les felicita l'une &
l'autre fur le mariage qu'on
fçavoit estre arreſté . Le merite
de la Fille fit dire tout d'une
voix que fon Amant devoit
s'eftimer heureux , &
comme aprés l'avoir loüée
fur les agrémens de fa perfon
ne , quelqu'un vanta le talent
qu'elle avoit de bien chanter ,
la Dame de la maiſon la pria
GALANT.
195
de ne luy pas refufer la fatisfaction
d'entendre d'elle un
Air nouveau qui avoit beaucoup
de cours. Elle le chanta
d'une maniere à charmer, &
qui paffa tout ce qu'on s'eftoit
promis de fa voix . Un
Marquis , hardy parleur ; en
parut eftre enchanté , & sicftant
approché d'elle , il l'affura
qu'elle luy avoit tellement
gagné le coeur , qu'il ne
pourroit s'empêcher de l'aimer
toute fa vie . Une belle
voix eftoit fon foible , & il
n'en avoit jamais entendu aucune
qui l'euft touché da-
Rij
196 MERCURE
vantage. La Belle répondit
avec efprit à tout ce qu'il luy
dit de flateur , & ne l'imputant
qu'à l'habitude qu'il pouvoit
avoir de dire des galanteries
à toutes les Femmes,
elle fut furpriſe au dernier
point d'en recevoir une viſite
dés le lendemain . Il dit en
s'adreffant d'abord à la Mere,
qu'on alloit chercher les raretez
jufqu'au bout du monde
, & qu'elle ne devoit pas
trouver étrange fi le hazard
luy ayant fait voir ce qu'il
croyoit qu'il y euft de plus
parfait pour le vray merite ,
GALANT.´ 197
I il fift paroistre tant d'empreffement
à le venir admirer :
La réponſe qu'on luy fit fur ce
debut ayant donné lieu pen
dant une demi-heure à une
converfation generale , il la rendit
bien-toft particuliere en
difant à l'une & à l'autre , que
quoy qu'il fccuft l'engagement
où elles eftoient , les
chofes n'eftoient pas encore
fi avancées , qu'il ne duft préferer
fon intereft à celuy d'un
Inconnu , & qu'ainfi il venoit
leur declarer que fi un rang
affez confiderable qu'il pouvoit
donner à la Belle en
R iij
198 MERCURE
l'époufant , & vingt mille livres
de rente fans aucunes
dettes , avoient dequoy les
toucher , il eftoit preſt à leur
faire voir par de prompts effets
que fa paffion eftoit fincere ;
qu'il avoit vêcu jufqu'à trente
ans fans fonger au mariage,
mais qu'il fentoit bien que
fon heure eftoit venuë , puis
qu'aprés ce qu'il avoit veu , &
ce qu'on luy avoit dit des
aimables qualitez de cette
belle perfonne , il eftoit perfuadé
qu'il ne pouvoir vivre
qu'heureux avec elle . La Belle
rougit de fa declaration , &
GALANT. 199
Н
laiffa parler fa Mere , qui ne
pouvant croire ce qu'elle venoit
d'entendre , dit au Marquis
, qu'elle voyoit bien
qu'il vouloit fe divertir ; que
quand fa Fille n'auroit point
d'engagement , elle avoit fi
peu de bien , qu'il eftoit hors
d'apparence qu'un homme
qui pouvoit prétendre à de
grands Partis , y renonçaft en
faveur d'un peu de douceur
d'efprit & de quelques agré
mens , qui perdroient toute
leur grace quand il y feroit accoutumé;
qu'elle ne luy difoit
point qu'ayant promis fa Fille
R iiij
200 MERCURE
à un Cavalier qui en ufoit
pour elle de la maniere du
monde laplus genereuſe, il luy
feroit impoffible de retirer fa
parole , puis qu'elle n'eftoit
pas fi peu éclairée , qu'elle ne
fccuft bien que luy parlant
fans aucun deffein , il ne la
mettroit dans nul embarras
de ce cofté -là . Ils parlerent encore
longtemps fur le même
ton , le Marquis traitant la
chofe d'un grand ferieux , & la
Mere le défendant toujours
de rien croire. Il s'adreffa enfin
à la Fille , qui avoit gardé
un entier filence , & qui pour
GALANT 201
A
toute réponſe luy dit qu'elle
croyoit qu'on ne devoit luy.
en faire aucune . Comme il les
vit toutes deux dans cette
incredulité , il leur dit qu'el
les pouvoient foupçonner fa
paffion, parce qu'elle eftoir
bien prompte , & qu'il vouloir
bien leur avouer que s'il
n'avoit pas appris que le ma-
= riage qu'elles avoient arrefté
, eftoit fur le point de
fe conclurre , fes foins auroient
precedé la declaration
qu'il leur avoit faite ; que
cependant il ne croyoit pas
paffer dans le monde pour
202 MERCURE
un homme fujet à former des
refolutions mal digerées ; qu'il
s'eftoit toûjours montré affez
ferme dans toutes les chofes
qu'il avoit creu devoir entreprendre
, & que pour leur
mettre l'efprit en repos , il
ne les viendroit revoir de
deux jours , pendant lefquels
elles pourroient s'informer ,
& de fon bien & de fa perfonne
, & qu'aprés ce temps
il leur apporteroit des articles
tout dreffez , qu'il ne
tiendroit qu'à elles qu'il ne
fignaft avant que de les quit.
ter. I fortit aprés leur a
GALANT. 203
voir donné cette affurance ,
& la Mere qui eftoit ambiticufe
, commençant à croire
qu'il avoit parlé fincerement,
fe laiffa flatter du plaifir de
voir fa Fille Marquife. La
Belle ne fut pas fi credule
que fa Mere , & dit que quand
il feroit en leur pouvoir de
faire ce mariage , elle trouveroit
une fort grande injuſtice
à reconnoiftre avec tant d'ingratitude
les manieres defintereffées
que le Cavalier avoit
euës pour elle . Elles raifonnoient
encore là deffus lors
qu'il arriva. On luy dit la
204 MERCURE
chofe , & il en fut effrayé. Il
connoiffoit le Marquis pour
un homme entier dans fes
deffeins , & qui n'avoit plus
ce feu emporté de la jeuneffe
. Il fçavoit qu'il eftoit riche,
& que fa naiffance le diftinguoit
Comme il ne pouvoit
combattre aucun de ces avantages
, il fe contenta de dire
qu'il eſtoit bien malheureux
de rencontrer un Rival de
cette force , dans un temps où
il avoit tout fujet de croire
que perfonne ne devoit fe declarer
; que cependant n'ayant
jamais eu en veuë que le bonGALANT.
205
>
heur , & les interefts de fa
Maiftreffe , il feroit fâché de
luy faire perdre une ſi grande
fortune ,file Marquis perfiftoit
dans fa premiere refolution.
Il accompagna cela
de termes fi tendres & la
douleur parut peinte fi vive.
ment dans les yeux , que la
Belle ne voulant pas luy ceder
enbeauté d'ame, luy dit qu'elle
regardoit comme une injure
, le confentement qu'il
ofoit donner aux pretentions
de fon Rival , & que pour
luy faire voir que le titre de
Marquife eftoit incapable de
206 MERCURE
l'ébloüir
› quoy qu'elle n'ajoûtaft
aucune foy aux affurances
qu'on venoit de luy
donner , elle eftoit prefte de
l'époufer dés le lendemain .
Là-deffus elle conjura fa Mere
d'y vouloir bien confentir ;
mais cette Mere qui eftoit
bien aiſe de voir à quoy l'a
mour du Marquis aboutiroit,
feignit de n'en rien attendre ,
& plaifanta de cette avanture.
Le Cavalier ne put fe mettre
au deffus du preffentiment
qu'il avoit de fon malheur , &
la fermeté que luy montra
fa Maistreffe ne fut point caGALANT.
207
1
pable de le raffurer. La Mere
s'eftant informée fous main
du Marquis , en apprit des chofes
qui luy laifferent beaucoup
d'efperance. Ses fouhaits furent
remplis par la feconde
vifite qu'il leur rendit quand
les deux jours furent expirez .
Il revint plus amoureux qu'il
n'avoit paru la premiere fois ,
& apporta , comme il l'avoit
dit , des articles tout
dreffez , mais fi fort à l'avantage
de la charmante perfonne
dont il fouhaitoit
de gagner
le coeur , que toute autre qu'el
le n'cuft point balancé à les
208 MERCURE
19
figner . Il fut pourtant impoffible
de l'y contraindre , &
les plus tendres proteftations
du Marquis demeurerent fans
effet . La mere ut beau luy
donner la plume , & fe fervir
du pouvoir que la nature luy
donnoit fur elle . Elle répon
dit avec beaucoup de coura
ge qu'elle croiroit meriter
que Dieu la puniſt éternellement
fi elle faifoit une fi grande
injuftice , & qu'apres ce
qu'elle devoit au Cavalier , il
ne luy pouvoit eftre permis de
luy manquer de parole . Plus
le Marquis découvroit en elle
GALANT. 209
des fentimens dignes d'une
ame élevée , plus fon amour
augmentoit , & ne pouvant
eftre affez genereux pour en
triompher en faveur d'une
paffion auffi legitime que celle
qui luy eftoit oppofée , il fut
obligé de fe contenter de la
promeffe que luy fit la Mere
de ménager fi bien l'efprit de
fa Fille, que le temps & fes con-
= feils la feroient changer de
fentimens. La premiere chofe
qu'elle fit fut de prendre
le Cavalier par fon foible, en
luy faifant voir qu'il n'aimeroit
que luy mefme fi abufant
Aoust 1691.
S
210 MERCURE
de ce que fa Fille croyoit luy
devoir de reconnoiffance , il
la réduifoit à renoncer à des
avantages qui fe rencontroient
fi rarement. La Belle luy tint .
un langage tout contraire , &
la conteftation fe fit infenfi .
blement avec tant de vehcmence,
que la Mere refoluë de
l'emporter en une chole où
il y alloit d'un intereſt ſi confiderable,
dit à fa Fille qu'elle
fift la genereufe tant qu'elle
voudroit , mais qu'elle pouvoit
compter qu'elle ne luy
laifferoit plus recevoir aucune
vifite du Cavalier. Cela fut
GALANT. 201
fuivy de quelques menaces ,
qui firent apprehender à ce
mal - heureux Amant qu'il ne
fuft caufe que cette belle perfonne
fuft mal traitée. Ainfi
il tâcha de contraindre fa
doulcur fe pas échapour
ne
per à faire des plaintes qui auroient
encore aigry la Mere ,
& il fortit en difant qu'il alloit
à la campagne , afin qu'on ne
le puft accufer de chercher à
mettre obftacle à une affaire
qui leur eftoit fi avantageule.
La Mere cut foin d'obferver
fa Fille, afin qu'elle ne puft ny
le voir , ny en avoir des nou-
2
Sij
212 MERCURE
velles . Le Marquis eftoit receu
tous les jours , & il pardonnoit
à cette belle perfonne
fa trifteffe & fon filence ,
comprenant bien qu'une paffion
à étoufer, eft un ouvrage
penible. Il n'y avoit que huic
jours que tout ce grand dif
ferent eftoit arrivé,lors que
Mere & la Fille paffant pardevant
la maifon du Cavalier,
virent des marques de deüil à
la porte , avec une espece de
Chapelle ardente au fond de
la Cour. Jugez quel fut leur
étonnement lors qu'elles apprirent
que c'eftoit pour luy
la
GALANT 213
que fe faifoit cette lugubre
Ceremonie. Il eftoit vif dans
fes paffions , & la contrainte
qu'il s'eftoit faite pour n'éclater
pas fur un procedé
auffi injufte que celuy de la
Mere de la Belle, luy ayant ferré
le coeur , il fut furpris dés
le jour fuivant d'une Fiévre
violente qui le mit prefque
auffi - toft dans la refveric.
Pendant fes accés il eut tou
jours à la bouche le nom de
la Belle, fe loüant autant de fa
conduite qu'il deteftoit celle
de la Mere , & mourut le feptiéme
jour, fans que les égare,
214 MERCURE
mens cuffent ceffé. La Belle
fit un grand cry lors qu'elle
entendit prononcer qu'il eftoit
mort, & fe haftant de regagner
fon logis , elle n'y fut
pas plutoft rentrée qu'elle demeura
évanoüic entre les bras
defa Mere . On cut de la peine
à la faire revenir . Elle tourna
les yeux vers le Ciel en
les ouvrant
, verfa quelques
Jarmes , & aprés avoir dit fort
triftement qu'on luy avoit
fait porter le poignard dans
le fein d'un homme qui luy
avoit tout facrifié , elle garda
un profond filence , pour
GALANT. 215
mieux fe livrer à fa douleur.
Sa Mere jugea à propos de ne
fe point oppofer aux marques
qu'elle en donnoit , & le Marquis
n'en receut aucun reproche
, quand il entreprit de la
confoler. Elle fe contenta de
luy dire qu'il falloit tout recevoir
de la main de Dieu , &
qu'elle efperoit qu'il luy donneroit
la force de vaincre l'accablement
où il la voyoit . Il
tira de là un augure favorable
pour le fuccés de fa
paffion , & quand quelques
jours aprés on la voulut faire
renoncer à fon chagrin , par
216 MERCURE Ies
avantages
qui luy eftoient
affeurez
, elle pria que l'on
vouluft
bien luy donner
un
mois pour fe reconnoiftre
avant
qu'on l'obligeaft
à répondre
fur aucune affaire , les
triftes idées dont elle avoit
l'efprit occupé , ne luy laiffanc
point la liberté de bien fçavoir
ce qu'elle vouloit . On luy
accorda ce terme , & on s'ap
perceut avec beaucoup de
plaifir qu'ungrand calme fuc
cedoit au premier trouble
dont elle s'étoit fentie agitée.
Elle parloit comme une autre,
& avec de grandes marques
gore de
4
GALANT. 217
de tranquillité fur les matieres
qui eftoient indifferentes , &
il fembloit qu'elle n'euft jamais
connu le Cavalier , tant
elle fut circonfpccte à ne
pas mefine prononcer fon
nom ; mais enfin ce qu'elle
rouloit dans fon efprit éclata .
Elle alla fe jetter dans un
Convent d'où elle fit fçavoir
à fa Mere par un Billet fort
refpectueux, que Dieu l'avoit
éclairée , & qu'aprés ce qui
venoit de luy arriver , elle
.connoiffoit fi parfaitement
qu'il n'y avoit point au mon .
de de bonheur pour elle ,
Aoust 1691 .
T
I
218 MERCURE
qu'on la trouveroit inébranlable
dans le deffein de l'abandonner
; que quand elle
pourroit le deffendre de faire
ce facrifice à la memoire d'un
homme , de la mort de qui
elle eftoit caufe , les paffions
violentes
ne durant jamais ,
le Marquis s'eftoit attaché à
elle fi aveuglement
, qu'elle
tenoit impoffible
que fon amour
ne s'éteigniſt
pas avec
autant de facilité qu'il en a
voit eu à le laiffer allumer ,
& que
fa voix ayant efté le
malheureux
charme
, qui a
voit fait tout le mal , elle
GALANT 201
3 .
.
faifoit vou de ne s'en fervir
jamais que pour chanter les
louanges du Seigneur . La
Mere a gemy , la Mere a pleu
ré , & fait à la grille tout ce
qu'un vif defefpoir eft capa-
2ble de produire ; fa Fille l'a
écoutée fans luy répondre
autre chofe , finon que par
les prieres qu'elle adrefferoit
-à Dieu pour elle tout le refte
de fes jours , elle tâcheroit de
* meriter la tendreffe qui l'o-
Bligcoit à la regreter . Ainfi
cette Mere ambitieufe a efté
- forcée de confentir à luy voir
prendre le voile , & cette ce-
Tij
220 MERCURE
remonic s'eft faite
deux mois dans un Monaftere
des plus reformez .
depuis
Quel heureux eftat de vie
pour ceux que la Grace oblige
à choifir ces faintes retraites ,
où ils cherchenr à fe rendre
entierement inconnus aux
hommes pour n'eftre plus
connus que de Dieu ! C'eft ce
qu'a fait heureuſement depuis
peu M' le Marquis de Santenas
qui s'eft retiré à la Trappe.
Vous fçavez quels ont efte
fes emplois dans l'Armée , &
comme il s'y est trouvé remply
du defir avide de travail-
X
ALANT
.
221
ler pour la gloire , & de s'acquerir
de la reputation
. L'cxemple
touchant
des Saints
Solitaires
qu'il a efté voir
a achevé de le convertir
, &
voicy ce qu'en a écrit M
Boileau
qui l'a accompagné
dans ce voyage . Rien n'eft
plus édifiant
que cette Lettre,
qui merite d'eftre leuë de tout
le monde
, & qui le fera de
peu de gens , fans qu'elle faffe
fur cux de vives impref
.
fions .
-M31 99
Tiij
222
MERCURE
A la Trappe , ce 12 Juillet 1691 .
C
t
N m'écrit que vous fou
haitez d'apprendre com
me je me trouve de la folitude.
Il ne tient qu'à moy , ce me
femble , de m'en trouver bien.
Les prieres de nos faints Reli
gieux , les exemples continuels
que je vois les entretiens du P.
Abbé , & la grace de J. C. qui.
fe répand icy abondamment, tout
"cela devroit m'animer , fi ma
lâcheté ma tiedeur n'efloient
à l'épreuve des remedes les plus
forts . Je rougis jufqu'au fond de
l'ame & l'exemple d'un de mes
GALANT.M2230
Compagnons de voyage ,
acheve
de me confondre. C'eftoit un
Gentilhomme qui s'efloit égaré fi
loin qu'il ne paroiffoit prefque
plus poffible qu'il puft revenir ;
mais le bon Pasteur a trouvé far
brebis égarée dans le defert , &
l'a prife fur fes épaules , pour ne
plus l'abandonner . Ce Gentilhomme
eft entré au Noviciat avec
des difpofitions qui m'ont fait
fondre en larmes lors qu'il m'a
parlé. Je ne me connois plus ,
difoit-il, J.C.m'aenlevé à moymême.
Je me tiens toujours.
dans fon fein. Vous diriez ,
continuoit til , que Dieu m'a
Tiiij
224 MERCURE
.
tourné les vifage le devant
derriere, car je vois tout, differemment
de ce que je le
voyois autrefois. Comme je luy
reprefentois les difficultez de la
Reglerainfi que S.Benoit ordonne
qu'on le faffe à ceux qui la veulent
embraffer ; Rien ne m'étonne
, par la mifericorde de
Dieu , me répondit- il . J. C. m'a
fait tant de graces qu'il achevera
fon ouvrage , & je ferois
un ingrat fi je ne fouffrois
tout pour luy aprés ce qu'il a
fouffert pour moy. Je le fui.
vray jufqu'au dernier foupir
de ma vie. Voyant ces difpofiGALANT!
1225
= ationsje l'ay encouragé à fuivre
la voye de Dieu , & à fe facrifier
gayement au pied des Antels,
Ce facrifice ne me coute
rien , m'a-t-il dit , J. C. fait
tout en moy."
La grace qu'il a demandée à
M l'Abbé , c'eft de ne point le
- renvoyer en cas qu'il fuft malade
pendant le Noviciat , & de
le laiffer mourir dans la penitence
, & quand il a parlé au
Maistre des Novices , il l'a fupplié
de ne l'épargner en rien ,
de l'humilier comme le dernier de
la maiſon. L'orgueil a toujours
efté mon vice capital entre
226 MERCURE
plufieurs autres , me difoit - il ,
je ne demande qu'à eftre
ancanty. C'eſtoit en effet l'homme
le plus arrogant & le plus,
fier qui fuft à l'Armée . J'enfais
des particularitez furprenantes.
Sa qualité ,fon merite ,fon efprit,
fes emplois , fon humeur méprifante
luy avoient enflé le coeur
en un point qu'il eftoit infupportable
à ceux qui ne luy plaifoient
pas ; mais tres- agreable à
ceux qu'il vouloit ménager. Ce
Lion eft devenu un Agneau, felon
la Prophetie d'Ifaye. Un
Enfant le conduiroit , il eft prest
de ceder d'obeir au dernier
des Freres.
GALANT 227
Il faut que je vous raconte
pour votre édification , ce qui a
frapé ce Gentilhomme ala Trappe.
C'est un Religieux mort qui
l'a fait mourir heureusement à
la vie du monde , pour le faire
vivre dans la vie de F. C. Ce
Religieux expiroit comme nous
arrivions. Il avoit effé Capitaine
dans le Regiment de ... & dans
de grands déreglemens d'efprit
& de coeur. Il avoit pris des leçons
d'impieté , pour fe fortifier ,
meſme à la mort , contre les alarmès
de fa confcience , s'il luy en
venoit. Mais qui eft- ce qui ré-
Lifte à vostre grace ô mon Dien₂
228 GALANT
quand il vous plaift de faire mifericorde
? Cet impie fut fitouché
dans une occafion qu'il s'enfonça
dans cette folitude , avec un
defir ardent de ne plus fervir
que Dieu feul. Il a fouffert pendant
fix mois tout ce qu'on peut
fouffrir de peines , d'épreuves &
de
corps. de
douleurs d'efprit
Pour toutes plaintes on luy entendoit
dire toutes les nuits , qu'il
paffoit en fouffrance
fans fermer
l'ail , Le Seigneur
eft doux
&
mifericordieux
. Il eft jufte,
il cft patient. Lors qu'il fut
preft à expirer , l'Abbé luy demanda
s'il n'efperoit pas dans la
GALANT
229
mifericorde du Seigneur , aprés
tant de marques qu'il en avoit
recenes. J'attens tout de fa
bonté par les prieres de mes
Freres . Et le moyen , ajoûta- til
prefqu'en rendant l'ame , le
moyen de ne pas efperer en
mourant dans une Societé fi
fainte ? Aprés cela il s'endormit
" d'un fommeil fort doux , & dans
ce fommeil il entra dans l'heritage
du Seigneur ,felon laparole,
A
de David.
L'Abbé revenant tout émeu
de joye & d'efperance d'auprés
de cet heureux Mort , nous vint
trouver dans la Salle , & nous
230 MERCURE
entretint d'une maniere vive
noble des difpofitions de fon Religieux.
Noftre Gentilhomme Je
fentoit percé par cet entretien ,
comme d'unefleche de feu , fans
concevoir encore aucun deffein de
demeurer à la Trappe . On expofa
ce Religieux mort dans le
"Choeur en un brancard , la
tefte appuyée fur un oreiller , car
les vrais Fidelles dorment où
du monde meurent . Il '
Tes
gens
31408
paroiffoit tant de douceur & de
joye fur le vifage de ce Mort ,
nous taffer que nous ne pouvions nous
de le regarder. Son air efloit tout
à fait changé , car il n'eftoit pas
GALANT 231
A.NG!
agreable pendantfa vie Je l'a
vois veu , ne le connoiffois
point. L'Abbé mesme et les
Freres ne le connoifoient non
plus que moy , & fi on l'avoit
place dans les Sieges , je fuis feur
qu'on l'auroit pris pour un Religieux
du Chour , comme auffi
fi l'on avoit mis la pluſpart des
Religieux dans le brancard , on
les cuft pris pour le Mort. NO
Le Convoy fe fit enfuite avec
tant de pieté, & des ceremonies
fi majestueuses , que je
nay jamais rien veu de fi confolant
. On defcendit le Corps
dans la fofle , aprés luy avoir
232 MERCURE
fait un petit oreiller de gazon
pour marquer qu'il repofoit dans
la paix. L'encens fumant dans
cette foffe, & montant au Ciel,
nous marquoit à tous la bonne
odeur de F. C. que ce Religieux
avoit laiffée en mourant , & le
bonheur qui le faifoit monter au
Ciel , comme un trait d'encens
felon l'expreffion des faintes Ecritures
. Les Freres profternez le
vifage contre terre reciterent les
Pfeaumes de la Penitence . Je
Sçay ce que
pourroit refuser à des prieres fi
pures & fi ferventes . Ce pieux
Spectacle remuoit terriblement nône
la bonté de Dien
.14
GALANT. 233
3
tre Gentilhomme. Agité › troublé,
faifi de mouvemens qu'il n'avoit
jamais fentis ny imaginez , il fe
retira dans un coin , là , ré- &
pandant fon coeur devant Dieu ,
O mon Saint & cher Frere
Palemon,c'étoit le nom duMort.
vous eftes maintenant dans le
Ciel , écria- t- il du fond du
Ecoeur. Demandez à Dieu ce
qu'il fouhaite de moy . Sur le
champfes agitations cefferent › &
une joye pure & vive penetra
O fon coeur. Le calme fucceda au
trouble , & tous fes doutes furent
W
éclaircis . Je vous entens mon
Dicusditsil. C'eſt icy le lieu
Aoust 1691 .
V
234 MERCURE
où il faut que je vous ferve
je veux y vivre & mourir.
Depuis ce moment qu'il vint
dans ma Chambre me raconter
ce qui luy estoit arrivé , il s'est
fenty affermy de plus en plus
dans fon deffein. Il a demandé
avec l'habit le nom de Pale
mon pour ſe ſouvenir tous les
jours de fa vie de la mifericorde
que Dieu luy a faite par l'interceffion
de ce cher Frere. Il eft
entré au Noviciat avec un dégagement
& une joye quifurprend
ceux qui le connoiffent , suffi bien
que ceux qui ne le connoi
pas.. Il s'attendrit feulement un
piffent
GALANTM 255
peu en embraffant fon Valet qui
s'eftoit jetté àfes genoux . Jufques
icy's luy dit-il , il y a eu un
peu de difference entre nous ;
maintenant je vous embraffe
comme mon Frere . Ce jeune
• Garçon qui eft fort fage , luy répondit
qu'il ne le quitteroit jamais
, & que l'ayant fuivy a
l'Armée , il feroit bien lafche s'il
ne le fuivoit pas au fervice de
Dieu. Ce Valet fera receu Frere
Convers .
Nous nous en retournerons
bien- soft , n'eftant pas dignes ,
"(je parle pour moy ) de demeu
rer dans cette fainte Maifon, O
Vij
236 MERCURE
quelle Maison ! On y vit avec
plus de mortification sque fle's
gens du monde ne meurent
l'on y meurt avec mille fois plus
de joye que les autres ne vis
vent. Me₹
Quoy que je vous parle tres
rarement de Confrairies , celle
dont je vous vais entretenir
eft fi remarquable
, que vous
ne ferez pas fachée d'en fçad
voir les circonstances . Elle cft
établie à la Paroiffe de Saintd
Madelene , où le Roy qui s'en
eft declaré le Protecteur , n'a
pas dédaigné de ſe tranſport
ter, pour y donner fon Augus
GALANTM 237
AN
fte Nom au rôle des Fidelles
deftinez particulierement au
culte de la Sainte Vierge.
C'eft fur un fi grand exemple
que M l'Archevêque de Paris
, Mrs les Chanoines de Noftre-
Dame ; les Curez , & mê .
me les Prefidens ont embraffé
cette fainte Confrairie . Comme
elle a coutume d'aller en
Proceffion tous les ans , lc
Lundy d'après l'Affomption,
à la Paroiffe de S. Jacques du
Haut- Pas , elle s'acquitta de
dce pieux devoir le zo , de ce
mois. M' Robert , Chanoine,
& grand Penitencier de No238
MERCURE
ftre-Dame , y fit l'Office à la
place de M l'Archevêques
& deux Chanoines luy fervil
rent de Diacre & de Sousdiacre.
Le Panegyrique de la
Vierge fut prononcé par M
l'Abbé Prioux , Docteur de
la Maiſon & Societé de Sor
bonne, Jamais Difcours Chreftien
ne fit mieux connoiftre
la grandeur de la Mere du
Sauveur du Monde . Quoy que
fon Auditoire fuft un des plus
éclairez & des plus confiderables
que puiffe avoir un Prédicateur
à Paris , tout le monde
demeura d'accord que l'é
GALANT
239
3
loquence de la Chaire ne pou
voit aller plus loin. Il rehauffa
les trophées de Marie fur ceux
de LOUIS LE GRAND,
• qu'il mettoit avec jufte titre
au rang des Fidelles les plus
dévoücz au fervice de la Mere
d'un Dieu. Il traita cette matiere
avec beaucoup de délicatcffe
, & en faifont voir la
vie de noftre Monarque dans
tout ce qu'il y ade plus merveilleux
, il faifoit retomber
ce qu'il en difoit fur l'éclat
dustriomphe de la Sainte
Vierge. Il en fit autant de
Ml'Archevefque , de M le
240 MERCURE
premier Prefident , & enfin de
toute l'Affemblée
qui formoit
un Corps fi illuftre. Le
Portrait qu'il fit du Roy fur
fi vivement touché que M¹
Bignon luy demanda avec
inftance à le voir aprés l'avoir
entendu . Ce fut cet Ab.
bé que tous les Docteurs
choifirent
pour prefcher en
Sorbonne le mois de Mars
dernier. Il y étala tout ce qu'-
on peut dire de plus relevé &
de plus docte pour le proportionner
à de fi grands Auditeurs.
Il eft employé au Seminaire
des Miffions Etrangeres,
GALANT 241
S
rès , & l'on peut dire que
picté n'eſt pas moindre
que
fa
fon fcavoir. Il eſt d'un zele
& d'une charité pour tout le
monde qu'on ne fçauroit exprimer,
& ce qui ſurprend ,
c'est que toutes ces rares perfections
fe rencontrent dans
un homme qui n'a pas encore
achevé fa trente & uniéme
année .
Le fçavant Me Comiers ,
toûjours plein de zele pour le
Roy , a fait faire une Planche
fort ingenieufe , qui reprefente
la défaite de la Ligue
d'Aufbourg , par une Hydre
Acuft 1691 .
X
Y
242 MERCURE
renversée. C'est une fuite de
fon Traité des Prophetics ,
qui eft inferé dans mes Lettres
des mois d'Aouft , Septembre
& Decembre de l'année
1689. & dans celle de Septembre
1690. Cette Planche
eft accompagnée d'une explication
qui fait un petit
Livre que les Curieux trouveront
chez le S Guerout.
Tout ce qui vient de M' Comiers
eft à rechercher. Son
âge qui va au delà de ' foixante
ans , & le malheur qu'il
a d'eſtre devenu aveugle , ce
qui l'a contraint de fe renfer-
"
GALANT. 243
fner dans l'Hôpital Royal des
Quinze Vingts , n'empefchent
point qu'il ne s'appli
que toûjours à quelque nou
vel ouvrage , où il fait pa
roiftre fa grande capacité , &
fon érudition .
Les Nouvelles publiques
Vous ont appris la mort de
Madame la Ducheffe de
Schomberg , & je croirois fai-
Are tort à la vertu , fi je manquois
à vous faire part de la
Lettre que vous allez lire . Elle
ta efté écrite à une Dame de
qualité , par un homme qui
n'a cu en veuë en faifant l'é-
X ij
244 MERCURE
loge de cette illuftre
Défunte
, que de rendre juſtice à
la verité .
Ju
E ne puis mieux répondre ,
Madame , à ce que vous me
faites l'honneur de me demander,
qu'en vous difant que je fuis
perfuadé qu'il n'y a qu'à suivre
l'exemple de Madame la Ducheffe
de Schomberg , pour atteindre
à la perfection . Laprivation.
de la vie ne doit , ce me femble ,
affliger que les méchans & les
avares , mefme de la premiere
qualité, & doit réjouir les bons à
la veuë de la profeffion que cette
GALANT 245
tres- vertueufe Dame a faite de
la charité de l'amour du prochain
dans le cours , & jufques
au dernier moment de fa vie.
Elle fe nommoit Marie de Hautefort
, eftoit Fille de M le
Marquis de Hautefort , & de
Madame du Bellay , deux illuftres
Maifons affez connues , &
vint au monde en l'année 16:6.
Elle perdit fon Pere & fa Mere
en aflez bas âge , & ce fut Madame
la Baronne de la Flotte,
fon Ayculé , qui prit ſoin de fon
éducation , & qui l'amena à la
Cour dés l'âge de quatorze
quinze ans . Eftant une Fille des
å
X ¡ ij
246 MERCURE
mier ag
plus belles , des plus charmantes
e des plus aimables , elle y fut
bien - toft confiderée , & mifme
recherchée des Perfonnes du prerang,
du merite le plus
diftingué , qui y estoient lors en
affez grand nombre . M² de
Schomberg, Duc d'Alluin , Pair
Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Colonel
general des Suiffes & Grifons
, Capitaine de deux cens
Chevaux- legers de la Garde du
Roy , Gouverneur de Meiz &
du Pont S. Efprit , Viceroy de
Catalogne , Lieutenant de Roy
en Languedoc , & Comte de
GALANT
247
4.
Nanteuil , fut celuy qui épou-.
fa cette illuftre Fille. La Ceremonie
du mariage fut faite avec
beaucoup de magnificence , le
Septembre
1646. Pendant les années
que Madame de Schomberg
a vécu avec M le Duc fon
Mary , elle a donné des marques
d'une grande vertu toujours
modefte , & l'on peut dire qu'elle
fervoit d'exemple aux plus vertuenfes
Dames de la Cour, dont
elle avoit l'eftime & la confideration.
La feue Reine Anne
d'Austriche
connoiffant fon merite
, l'avoit honorée d'une particuliere
bienveillance , en l'en-
و
X iiij
248 MERCURE
gageant auprés de fa Perfonne ,
par la Charge de fa Dame d'A
tour qu'elle a exercée avec beau
coup d'honneur. M² le Maréchal
Duc de Schomberg mourut à Paris
le 6. Juin 1656. avec tunte la
conftance & la refignation imaginable
, e fut affifté à la mort
par feu M Jolly , alors tres - di-,
gne Pafteur de S. Nicolas des
Champs , depuis Evefque
&
d'Agen. Ce Seigneur a esté fenfiblement
regreté de toute la
France. C'estoit auffi un des
plus braves & des plusgenereux,
mefme des plus capables dans les
Confeils du Roy, qui avoit donné
GALANT. 249.
une infinité de preuves defa valeur
, & rendu de fignalez fervices
à l'Eftat fous le Regne de
Louis XIII. dans le commandement
de fes Armées , dont l'Hiftoire
confervera à jamais le
• Souvenir , & qui pourra eftre
encore d'un grand exemple à
nombre de Braves & genereux
Seigneurs de fes Proches ,
fontprefentement dans le fervice
du Roy. Madame de Schomberg
voulant auffi donner des marques
de la douleur qu'elle avoit reffentie
, par la perte d'un Epoux d'un
fi grand & firare merite , forma
la refolution de fe retirer
qui
250 MERCURE
choifit le
du monde, e de renoncer à toutes
les grandeurs & les vanitez
du fiecle , ou du moins d'y vigre
comme fi elle n'y estoit point.
Elle voulut enfin fe renfermer
dans un Cloistre,
Convent des Religieufes Peni
tentes de la Madelene prés le
Temple , qu'elle connoiffoit eftre
une Maifon remplie de faintes
Filles, qui avec la pratique exa-
Ete & auftere de leur Regle ,
exercent encore la charité envers
le prochain avec une tres-grande
patience & une tres - profonde
humilité. Pendant le fejour que
Madame de Schomberg a fait
GALANT. 251
(3
dans cette retraite , aidée du grand
exemple de ces faintes Filles , elle
s'eft affermie dans fa premiere
refolution , & n'eftfortie de cette
Maifon que pour leur donner des
marques de fon amitié. Auffi
ne les perdit- elle jamais de veuë ,
& ne crut pas devoir prendre
d'autre modele de l'amour qu'elle
devoit avoir pour fon prochain
que celuy de cesfaintes Peniten
tes . Elle avoit acquis une maifon
confiderable qui joignoit celle de
ces Religieufes . Elle y avoitfait
faire un Parloir , par lequel elle
y pouvoit entrer , & mefme une
Tribune dans l'Eglife qui regar
252 MERCURE
ces
doit fur le grand Autel , & d'où
elle entendoit la Meffe , &paffort
fouvent des nuits en prieres
devant lefaint Sacrement. Madame
de Schomberg a donné
cette Maifon qui luy revenoit
à quarante mille francs
Religieufes quelques années avant
fa mort , & leur a encore
depuis legué fait un prefent
de dix mille livres. Cette vertueufe
Dame a ainfi paßé le refte
de fa vie dans la retraite de
cette Maison , toûjours remplie
d'un nombre de Domestiques &
de perfonnes pour qui elle avoit
de la confideration , leur en ayant
GALANT. 253

donné des ma
marqués
continuelles
.
Sa charité y a encore paru , & y
a efté exercée à l'égard de tout
le monde
avec beaucoup
d'hu
milité
de bonté , d'autant
plus
admirable
qu'elle est rare
dans les perfonnes
de qualité.
N'ignorant
pas jufqu'où
s'éten
doit le precepte
de l'aumône
, non
feulement
elle donnoit fon fuper
flu aux Pauvres
, ce qu'elle faifoit
fort fecretement
; mais elle
fe privoit
du commode
› &fouvent
du neceffaire, jusqu'à pren
dre en fes habits
& dans fes
ameublemens
la fimplicité
d'une
Bourgeoife
. Enfin Madame
la
254 MERCURE
du
Ducheffe de Schomberg ayant
ainfi paffé fa vie dans la Retraite
dans la Penitence &
dan; l'exercice de la Charité
prochain , touchée vivement de
la reflexion que le Seigneur avoit
gravée dans fon coeur , que
ce qu'on fait aux Pauvres luy
eft fait comme comme à luy- mefme , (t)
qu'ilpreparefon Royaume à ceux
qui font ainsi un bon ufage de
leur bien , elle s'est preparée à
fa fin derniere, ayant voulu faire
Jon Testament qu'elle a remply
de legs pieux & dignes de fa
bonté envers un grand nombre
de perfonnes & de tous fes DoGALANT
255
meftiques , ce qui peut fervir
d'exemple aux perfonnes de qualité
qui veulent fe fauver dans
ce fiecle , où nous ne voyons que
de l'orgueil. Elle a fouffert une
longue maladie avec beaucoup
de douceur , de patience & de
refignation ,& a efté aſſiſtée à la
mort par fon vertueux Pafleur .
Elle eft decedée pleine d'humilité
ainfi qu'elle avoit vêcu , le premier
de ce mois , en la 75. année
de fon age. C'est ce que vous
peut faire fçavoir fur ce sujet ,
Vostre , c.
J'ajoûteray à ce que vous
venez d'apprendre par la lec
256 MERCURE
ture de cette Lettre , qu'il n'y
avoit point de Province dans
le Royaume , où Madame la
Ducheffe de Schomberg ne
nourrit quelque Famille de
quelque pauvre Gentilhomme.
On l'a toujours veuë frugale
& auftere dans fon manger
jufqu'à pratiquer les mor
tifications des anciens Solitaires.
Elle tenoit toujours
une Table pour les Etrangers,
& fur tout pour de fçavans &
vertueux Ecclefiaftiques , avec
lefquels elle prenoit plaifir à
s'entretenir des veritez de nôtre
Religion. Sabeautéfut au
GALANT. 257
trefois l'admiration de la Cour
de Louis le Jufte , & fa vertu a
efté celle de la Cour de Louis
le Grand . L'Innocence de fa
vie toûjours uniforme , & la
douceur de fes moeurs toûjours
égale , ont fait qu'elle
a efté aimée de trois Reines
fans avoir jamais caufé de jaloufie
, adorée des plus i'-
luftres Seigneurs & des mieux
faits du Royaume , fans avoir
donné aucun fujet de parler à
la médifanée , & honorée de
tout le monde , fans qu'elle
fe foit jamais élevée au deffus
des plus petits . Son definte- .
Aoust 1691.
Y
258 MERCURE
reflement a efté fi merveilleux
qu'elle a refufé plufieurs fois
cent mille écus comptant que
M' de Schomberg voulut luy
donner avant la mort , parce
qu'un pieux & fçavant Curé de
Paris , de qui elle prit confeil,
luy dit qu'elle ne pouvoit
prendre cette fomme àl'infceu
des Heritiers de fon Mary. Elle
avoit un gouft fin & délicat
pour tous les Ouvrages d'ef
prit , en forte que
part des gens fçavans, à la fortune
de qui elle a toûjours
cherché à contribuer , luy enla
plus
voyoient les leurs , dont elle
GALANT. 259
leur difoit fes fentimens d'une
maniere fi jufte qu'ils ferrou
voicht obligez d'y deférer ..
Elle parloit tres- bien Italien
& Efpagnol , & écrivoit fort
poliment en François . Ceux
qui connoiffent le mieux toutes
les fineffes de noftre Lan
gue , ont admiré une lettre
qu'elle avoit écrite à un Abbé
de fes amis fur quelque Satyre
qu'un extravagant avoit laiffé
échaper contr'elle . C'eft la
feule qu'elle ait leue av ec plaifir
, haïffant mortellement ces
fortes d'ouvrages quand ils
cftoient faits contre les autres .
Y ij
260 MERCURE
Sa patience dans les douleurs
d'une longue & facheufe maladie,
a cfté jufqu'au prodige .
On ne l'entendoit
jamais fe
plaindre que de ne point af
fez fouffrir , & fon aprehenfion
de faire de la peine aux
autres , luy faifoit diffimuler
ce qu'elle enduroit , de peur
d'augmenter
le chagrin de
fes Amis . M' le Marquis
d'Hautefort
, premier Ecuyer
de la Reine , eft le Frere aifné
de cette Ducheffe . Ce Scigneur
à un avantage bien fin .
gulier ; qui eft d'avoir fix enfans
dans le Service . M le
GALANT. 261
Comte d'Hautefort fon aiſné,
qui a époufé Mademoiſelle
de Pompadour , eft Colonel'
du Regiment d'Anjou . Le
fecond,M le Marquis de Surville
, Colonel du Regiment
de Toulouze , a épousé la feconde
Fille de M le Maréchal
Duc de Humieres , yeuve
de M¹ le Marquis de Vaſſé .
Le troifiéme , eft Mile Comte
de Montignac , Colonel du Regiment
Vexin. Le quatrième,.
Mele Chevalier de Montignac ,
Capitaine dans le Regiment
d'Anjou . Le cinquième , M
le Chevalier d'Hautefort, Licu263
MERCURE
tenant de Vaiffeaux , & le fixie
me, M' de la Flotte auffi Lieutenant
de Vaiffeaux . M's de
Hautefort n'ont point d'autre
nom que celuy de leur Ter
re. Ceux qui ont quelque connoiffance
de la Nobleffe fçavent
que c'eſt une grande
preuve qu'elle cft ancienne .
Ils portent pour armes , d'or
à trois forces de Sable.
Quant à feu M ' le Maréchal
de Schomberg , Duc
d'Allwin . Mary de Madame
de Schomberg qui vient de
mourir, il eftoit Fils d'Henry
de Schomberg , Comte de
GALANT 263
Nanteuil , Chevalier des Or
dres du Roy , Maréchal de
France , Sur - Intendant des
Finances Gouverneur de
Languedoc , Mets & Pays
Meffin , & de Françoiſe d'E
pinay , Comteffe de Duretal,
& Petit-fils de Gafpard de
Nanteuil , Comte de Nanreüil
, Colonel des Reitres en
France , le premier de ſa Maifon
qui y foit vyenu , & de
Jeanne Chafteigner Soeur
de Louis Chafteigner , Seigneur
de la Rochepolay , de
l'illuftre Maifon de la Rochepofay
en Poitou. Son Bifaycul
264 MERCURE
eftoit Wolfang de Schom
berg , Seigneur de Schonaw ,
Gouverneur de Rochlitz en
Saxe , & fa Bifayeule Anne de
Minckuitz . Cette Maifonoriginaire
de Mifnie , defcend
de Jean de Schomberg , Seigneur
de Saxembourg & Stolberg,
en 1396. Les deux Soeurs
de M' le Maréchal de Schom .
berg, font Jeanne de Schomberg
, Femme de Roger du
Pleflis de Liencourt , Duc de
la Rocheguyon , & Jeanne-
Armande de Schomberg ,
Femme de Charles de Rohan,
Duc de Montbaſon , Pair de
Franco,

GALANT. 265
France & Prince de Guimené.
La Maifon de Schomberg
porte d'or au Lyon coupé de
gueules de Sinople.
Voicy les noms de quelques
autres Perfonnes confderables
que nous avons per
dues dans ce mefme mois.
Meffire Jean Bochart , Seigneur
de Champigny , cydevant
Maitre des Requeftes ,
& qui a efté Intendant de
Juftice en Bourbonnois , Limoges
& Normandie. Il é
toit Fils de Jean Bochart ,
Seigneur de Champigny
Noroy & Bouconvilliers
Aust 1691.
J
Z
all
266 MERCURE
Confeiller d'Etat , & de Mar
guerite le Charron , Fille de
Pierre le Charron , Tréforier
de l'Extraordinaire des Guer
res , & Petit Fils de Jean Bochart
, Seigneur de Champi
gny & Noroy , Maistre des
Requeftes , President des Enqueftes
Confeiller d'Etat ,
Ambaffadeur à Venife , Con.
troleur & Surintendant general
des Finances , puis Premier
Prefident en fa Cour de
Parlement de Paris , decedé
en 1630. fans avoir augmenté
fes biens , & de Madelaine
de Neufville de Villeroy , de

GALANT 267
la Maifon des Ducs de Ville
roy. Il avoit
pour Bilayeul
Jean Bochart
Seigneur
de
Champigny
, Maistre
des Requeftes
, puis Confeiller
d'Etat
, qui avoit épousé
Iſabeau
Allegrain
, d'une
Famille
qui
a donné
deux Chanceliers
de
France
& pour
Trifayeul
Jean Bochart
, Seigneur
de
Champigny
& Noroy
, qui
avoit pris alliance
avec Jeanne
Tronfon
, Fille de Jean Tronfon
, Confeiller
au Parlement
de Paris . SonQuart
aycul Jean
Bochart
, Seigneur
de Noroy
,
avoit époufé
Jeanne
Simon
,
Z ij
268 MERCURE
Niece de Jean Simon , Evêque
de Paris. Son Quintayeut
eftoit Jean Bochart , Seigneur
de Noroy , Confeiller au Parlement
de Paris fous Charles
VI. & fa Quintayeule , Jac .
queline de Hacqueville , d'une
Famille qui a donné un premier
Prefident au Parlement
de Paris . M Bochart de
Champigny qui vient de
mourir a plufieurs Fils , Punt
Evêque de Valence , l'autre
Chanoine en l'Eglife de Chartres
, & un autre Intendant de
Juftice en Canada , Acadie ,'
Ifles & terre ferme de l'AmeGALANT.
269
re
Erique. La Maifon de Bochart
porte d'azur , au Croiſſant d'or,
furmonté d'une Etoile de même , x
M Antoine Girard , Comte
de Ville Tancufe , Seigneur
d'Epinay fur Seine & de la
Beiche , cy- devant Procureur
General en la Chambre des
Comptes de Paris . Il avoit
efté auparavant Confeiller
au Grand Confeil. Son Perc
Louis Girard , Seigneur de
ces mefmes lieux , Procureur
General en la Chambre dest
Comptes , avoit époulé Maric.
Royer , Fille de Jean Royer ,
Seigneur du Breuil , en Tou-
Z iij
270 MERCURE
raine , qui a eu deux Soeurs
l'une mariée à feu M' de Faucon
de Ris , premier Prefident
au Parlement de Normandie
, & l'autre à Mr Cotignon
de Chauvry , premier
Prefident en la Cour des Monnoyes
. Son Ayeul eftoit Nicolas
Girard , Seigneur du
Tillay en France , & fon
Aycule Charlotte de Merle ,
Fille de Guillaume de Merle ,
Seigneur du Tillay , Petite-
Fille de Germain de Merle ,
Seigneur du Tillay , Confeiller
du Roy , General des
Monnoyes de France , & PreGALANT.
271
voft des Marchands à Paris .
Son Oncle Henry Girard
Seigneur du Tillay , Maitre
des Requestes , époula Ma.
delaine Barentin , dont font
venus deux Fils , fçavoir Charles
Girard , Seigneur du Tillay
, Prefident en la Chambre
des Compres à Paris , qui a
époufé Elifabeth de Bailleul ,
Fille de Nicolas de Bailleul ,
Baron de Chasteau Gontier ,
Prefident à Mortier du Parlement
de Paris & Loüis
Girard , Seigneur de la Court
des Bois , Maiftie des Requestes,
Mr Girard de Ville-
Z
iiij
272 MERCURE
Taneufe , dont je vous ap
prens la mort , n'a point cu
d'Enfans de Dame Claude de
Seve, à prefent fa Veuve , Fille
de Joan de Seve , Seigneur de
Piotard , Prefident en la Cour
des Aides
Guillaume de Seve , Seigneur
de Saint Julien , Confeiller
d'Etat, & de Catherine Catin ,
qui eftot Fille de Jean Catin
, Seigneur de Plotard , &
de Catherine de Rochefort ,
de la Famille des Fondateurs
de la Maiſon & College de
Boiffy.
Petite Fille de
e
Mic Nicolas- Jeannin de
GALANT. 273
1
Caftille, Marquis de Montjeu,
Confeiller du Roy en fest
Gonfeils , Secretaire des Ordres
de Sa Majefté , & Tre-
Eforier de fon Epargne. Pierre
de Caftille , Confeiller au
Parlement de Paris , époufa
Charlote Jeannin , Fille unique
de Pierre Jeannin , Baron
de Montjeu , Dracy & Chagny
, Prefident à Mortier au
Parlement de Bourgogne ,
Sur- Intendant & Contrôleur
general des Finances de France
, mort en 1622. & depuis
cette alliance, leurs Defcendans
ont joint le nom de
274 MERCURE
Jeannin à celuy de Caftille.
J'oubliay la derniere fois de
vous parler de la mort de Madame
la Comteffe
de Ragny,
arrivée depuis quelque temps
à Autun en Bourgogne . Elle
eftoit d'une des meilleures
maifons du Royaume ; mais
plus diftinguée encore parmy.
les Dames vertueufes , que fa
famille ne l'eftoit parmy les
plus anciennes . L'humilité
qu elle a fait paroistre par
l'ordrequ'elle a donné pour fa
fepulture , pourroit , faute d'autres
, eftre un témoignage
de
celle qu'elle a toûjours cuë
GALANT. 275
k
pendant fa vie. Elle a voulu,
comme pour fervir encore d'exemple
aprés fa mort à la
Bourgogne , qu'on l'enterrait
dans le Cimetiere de la Parroiffe
fans aucune cerémonie .
Voicy fon Epitaphe.
Ar une humilité qui doit eftre
admirée Pt
Ragny voulutfans pompe eftre enterrée
,
Et n'avoir qu'un fimple tom
beau.
Sa naiffance vouloit un Monument
plus beau.
Ses charitez d'éternelle memoire »
Sont les témoins de fa vertu
276 MERCURE
Elle fut toujours fage , & pour com
ble de gloire
Elle mourut enfin comme elle avoit
vefcu .
On ne fait pas qui perdit plus
en elle ,
Quand le Ciel termina fesjours 3.
Les Riches à fa mort perdirent un
modelle >
Et les Pauvres un grandficours.
M' le Chancelier ayant remis
entre les mains du Roy
fa demiffion de la Charge de
Chancelier & Garde des
Seaux des Ordres de Sa Majeſté
,
que
avoit
poffedée
, Sa Majesté
a
voulu
montrer
la
fatisface
feu M' de Louvois
GALANT 277
tion qu'elle avoit des Services
de M' de Barbezieux
fon Fils , en le gratifiant
de cette Charge , & en mef.
me temps , Elle a confenty
que Mile Chancelier gardaft
Ordre , quoy que cela ne
foir plus permis à ceux qui fe
defont de leurs Charges.
}
On a fair dans l'Eglife des
Invalides un Service folemnel
pour le repos de l'ame de
feu M' de Louvois . Je vous
ay déja mandé que c'eft le
lieu où fon corps eft inhumé.
Tout ce qu'il y a prefentement
de perfonnes de diftin
ction à Paris dans le Clergé ,
278 MERCURE
dans Robe, & dans l'E
pée , le trouva à ce Service .
On en fit un quelques jours
aprés dans l'Eglife des Capucines
, où le coeur de ce Miniftre
repofe.
Les Peres Capucins qui
le reconnoiffoient pour leur
Protecteur & leur Sindic general
en France , fe font acquitez
du mefme devoir , &
pour donner au Public des
marques de la veneration
qu'ils ont pour la memoire
de ce grand homme qui les
honoroir de fon eftime & de
fon affection particuliere , ils
GALANT. 279
Eont fait dans tous leurs Convens
de ce Royaume un Ser
Evice folemnel pour le repos
de fon ame. Le P. Loüis de
Jully , Definiteur General , &
Provincial de la Province de
Paris , donna le premier fes
ordres pour ceux de Paris &
de fa Province .
Je viens au détail du Siege
de Montmelian , dont la priſe
n'eftoit pas fi facile que quelques-
uns fe le font imaginé,
parce que les Affiegeans ëtoient
expofez au Canon du
Chafteau. M' de Genlis oùavrit
la Tranchée le 27. de Juil280
MERCURE
a
let , & il la poufla juſqu'aux
Capucins , à deux cens pas.
de la Ville. Elle fut conduite
le fecond jour jufques au delà
de leur Jardin . On fit un
grand paralelle, & l'on commença
à travailler à une Batterie
de quarre pieces . Il avoit
fallu s'avancer fort avant pour
tâcher de fe couvrir du Ca
non du Chafteau , qui ayant
trente ou quarante pieces à
nous oppofer, faifoit craindre
pour noftre Batterie . On em .
ploya la rroifiéme nuit à accommoder
les Tranchées , &
à travailler à la Batterie , parGALANT.
281
#Ce que le Canon n'eſtant pas
encore arrivé , il eftoit inutile
d'avancer plus loin Le quaeriéme
jour , Mr de la Hoguette
traça luy mefme un
boyau qui approchoir de la
"
muraille du Jardin des Jaco÷
bins , qui font for les murail
oles de la Ville , & on travailla
auffi à accommoder la Bat→
rerie , qu'une grande pluye,
qui lo joignit à la pefanteur
des terres , fic prefque ébouler
.On yamena le Canon , &
à la pointe du jour il commença
à battre trois Tours ,
la Courtine , & l'Eglife des
Aoust 1691.
A a
یھب
282 MERCURE
Jacobins , d'où l'on tira beau
coup. La nuit du 31. de Juil
let au premier d'Aouft, on fit
un boyau paralelle aux trois
Tours que l'on battoit , & la
nuit du premier au ſecond,
non feulement on s'étendit ,
au delà de quatre autres pour
y établir une Batterie , mais
on pouffa une Tranchée au
delà de la Riviere , pour attaquer
le Fauxbourg de la Chaî
ne. M' de Thoy, Brigadier
d'Infanterie , eftoit ce jour.
là de garde à la Tranchée.
Mr de la Hoguette y vint fur
les dix heures , & y donna
GALANT. 283
plufieurs ordres , & fur tout
pour faire avancer une piece
de feize , afin de faire tirer
barberte fur l'Eglife qui incommodoit
beaucoup. Sur
le midy, M' de Thoy voulant
cprofiter du filence des Ennemis
, fit porter au pied de
cette Eglife dans un endroit
3 couvert des madriers par fix
Grenadiers du Regiment de
Lorraine , afin d'y établir un
Mincur. Les fix Grenadiers
pafferent fans efluyer un feul
coup , & placerent les maadriers
. M' de Ponac , leur Capitaine
, paffa enfuite avec
2

Ex
A a ij
284 MERCURE
quatre autres. On faifoit tirer
pendant
ce temps- là pour les
foûtenir
, & pour empêcher
les Ennemis
de voir ce qui fe
faifoit
. M. d'Hocquincourt
ayant entendu
le fou , & n'écoutant
plus que la valeur
ordinaire
à ceux de cette Maifon
, paffa par deffus la Tranchée,
& vint tout à découvert
avec un détachement
de fon
Regiment
, & profitant
du
temps que M' de Thoy eftoit
occupé à faire tirer, il fe jetta
dans le Jardin , & alla jufqu'au
pied de la muraille
, où il fut
bleffé , ce qui l'obligea
de fe
GALANT 285
-
a
retirer. M' de Thoy accompagné
de quelques Officiers,
& des Grenadiers de Lorraine,.
fit paroiftre beaucoup de fermeté
en cette occafion . Le 3 .
& 4. de ce mois fe pafferent à
faire accommoder les Batteries
, & à les faire tirers ce qui
réuffit fi heureufement , que
fur les quatre heures du foir,.
comme on relevoit la Tranchée,
les Habitans firent bat
tre la Chamade, & Jacques Salomon
& François Cabourer,
Sindics de la Ville , s'eftant
prefentez , ils offrirent au nom
de ladite Ville , d'en re286
MERCURE
mettre les portes le lendemain
. Aouft , à dix heures du
matin , à M de la Hoguette ,
Maréchal de Camp des Armées
du Roy , commandant
l'Armée de Sa Majesté devant
Montmelian , au moyen dequoy
, il fut arrefte ce qui
enfuit.
qui
Il fera fait une Tréve pendant
quatre jours à commencer
demain Dimanche s. Aouft , i
dix heures du matin
finira Feudy 9. du mefme mois ,
à pareille heure ; pendant lequel
semps il y aura ceffation d'armes
de part d'autre , & les Ha
GALANT . 287
bitans pourront fortir de l'a
Ville avec leurs Femmes , Ene
fans , Biens , Meubles , & autres
effets , pour fe retirer par tout où
bon leur femblera , fans trouble,
dans les Etats de Savoye .
Toutes les portes de la Ville
livrées de- feront ouvertes
main s . Aouft , à dix heures du
matin aux Troupes de Sa Mafefté
, aufquelles il fera permis de
faire les Travaux necessaires
pour fe mettre à couvert des infultes
de la Garnifon du Chafteau
, bien entendu qu'aucun
des Travaux ne pourra eftre fait
fur le glacis dudit Chafteau.
288 MERCURE
Que
Que les Troupes de Sa Man
jesté pourront détruire & ren
werfer les murailles de ladite
Ville ou les reparer, ſi bon leur
femble.
Qu'aucunes Troupes du Roy
n'approcheront du Chateau pendant
lefdits quatre jours.
Pour feureté de la Tréve cydeffus
fera donné de part &
d'autre , entre nous & le Mar
quis de Bagnefque , Gouverneur
de Montmelian , chacun un Officier
en Otage.
Les Bourgeois Habitans
feront tenus avant la fortie de
remettre entre les mains du Roy
les
GALANT. 289
les armes à feu qu'ils ont en leur
pouvoir, avec les munitions de
guerre & de bouche qui font.
dans la Ville .
Il fera fait de tres - humbles
remontrances à Sa Majesté pour
obtenir la continuation de leurs
" privileges.
Ilfera donné des Oftage's de
= la part de la Ville , pour affu
rance qu'il n'y a aucuns Fourneaux
, Mines , ny autres Onvrages
fouterrains pour furprendre
les Troupes de Sa Majesté ;
en cas qu'il s'en trouvaft ,
ils fe foumettront aux peines des
Ordonnances , aprés lefquels
Bb
Aouft 1691.
290 MERCURE
quatre jours ils feront mis en li
berté pour fe retirer où bon leur
femblera.
M le Marquis de Bagnafque
fera tenu de ratifier le prefent
Traité pour la durée feulement
de la Tréve , aprés laquelle les
actes d'hoftilitépourront recom→
mencer.
Quant à ce qui s'eſt paſſé
ce mois cy en Allemagne
je vous diray que les Ennemis
avoient cru nous étonner
en paffant le Rhin , mais ce
paffage a efté plûtoft fait par
vanité que dans le deffein de
GALANT. 291
Nenter aucune chofe. Auffi
en ont- ils la honte. Toutes
nos Places s'eftant trouvées
en bon cftat , ils n'ont ofé
entreprendre rien chez nous ,
& fans les y apprehender nous
avons efté chez eux , cù nous
ne fommes pas demeurez fans
y rien faire , puis que ce n'a
cfté d'abord qu'alarmes , que
prifes de Places & contributions
, & qu'ils ont eſté obli
gez de repaffer le Rhin , toutes
leurs marches n'ayant fer
vy qu'à les fatiguer . Le Jeudy
2 de ce mois , noftre Armée
décampa d'Offembach au
Bb ij
292 MERCURE
point du jour à deffein de
combattre les Ennemis , fur
un faux avis que l'on avoit
apporté à Mr le Maréchal de
Lorge , qu'ils s'avançoient
pour le venir emparer de la
petite Hollande , & nous empécher
de paffer le Rhin à Phi
lisbourg. On marcha Tambour
battant, méche allumée ,
& Enfeignes déployées jufqu'à
la petite Hollande , où
l'on ne trouva perfonne . Ainfi
l'on fit défiler tous les Bagages
par Philifbourg , & il
fe trouva que le jour fuivant
tout eftoit paffé dés le point
GALANT. 293
on fonna la
du
jour. Alors
W
marche , & les Troupes com-
- mencerent à défiler . M' le
Comte d'Auvergne qui com-
#mandoit l'avant - garde eftoit
à la tefte , & fit alte aux Capucins
, jufqu'à ce que l'Armée
entiere euft défilé . Tout
eftoit en joye . On marcha à
droite , & l'on alla camper à
Graben . On y demeura jufqu'au
8. fans avoir eu aucunes
nouvelles des Ennemis
que par M ' de Melac qui arriva
le 7. avec un détachenient
de douze cens hommes.
prit trois Huffards & qua-
Bb iij
294 MERCURE
*
ce
tre Soldats par lesquels on
fceut qu'ils eftoient dans la
Plaine d'Heidelberg . Auff
toft on donna les ordres pour
partir le lendemain , &
jour-là on vint au pied de
Dourlac dans un petit Valon
a Cretzingen. Le Pays eft
d'une beauté enchantée , L'In
fanterie fe pofta fur des Collines
qui entouroient le quar
tier du Roy, & l'on n'euft pû
fouhaiter une plus belle fituation
pour une Armée . On
y trouva fontaine, ruiffeaux ,
puits , rivieres , des fourages
en quantité , & du vin en a,
GALANT. 295
f
8
bondance. Ce jour- là mefme
on prit le Château de Ramfingen
, où il y avoit trois
Fauconneaux , & une infinité
de fourages , du vin , & austres
choles que les Payfans y
avoient apportées , les croyant
là en plus grande feureté que
dans leurs Villages. Ce Château
fut abandonné à l'approche
de nos Troupes . Le 9.
M le Duc de Villeroy fut
commandé . C'eſtoir ſon rang
pour marcher, Il eut un détachement
de Cavalerie , d'Infanterie
& de Dragons , avec
un ordre de Mr le Maréchal
Bb iiij
296 MERCURE
1
d'aller faire payer derriere
Dourlac le refte des contributions
qui eftoient deuës ,
& qui fe montoient à quatrevingt
mille livres. Il alla à
une petite Ville du Marquiſat
de Dourlac appellée Forsheim
, dans une gorge qui
donne entrée dans le Wirtemberg.
Il y avoir garnifon
Allemande . On fit fommer
la Place par un Tambour ,
mais comme elle refufa d'ècourer
les propofitions qui
luy furent faires , on fe mit
en eftat de l'affieger . On la
battit quelque temps , & les
GALANT 297

>
Affiegez fe défendirent vi
goureufement . Il y avoit dé
ja bréche & le Comman
dant avoit battu la Chamades
quand le Comte de
Furftemberg paffant aſſez prés
de là avec un Regiment de
deux mille hommes , on l'avertit
que les François eftoient
autour de Forsheim,
avec un fort petit détachement
de Cavalerie , & que
pourveu qu'il fe prefentaft ,
il les contraindroit de lever
le Siege . Ce fut à quoy ce
Comte fe difpofa . Il prit deux
cens hommes , & vint en bon

{
298 MERCURE
24
2x
4
ordre à une petite garde de
Carabiniers qui eftoient pied
à terre. Il la força , & prit
quelques chevaux ; mais il
fut bien étonné lors qu'il fe
fut jetté dans la Ville , de la
voir ferrée de trois mille
hommes . Il s'y fit en peu de
temps une bréche à monter
trente de front , de forte que
la prife en eftant inévitable ,
il fit battre la Chamade . On
s'approcha pour fçavoir ce
que c'eftoit , & il demanda à
fortir avec la Garnifon , ce
qui luy fut refufé. Dans le
mefme temps , les Bourgeois
GALANT 299
SL
qui avoient pris les armes ,
frent une décharge fur ceux
squi s'eftoient avancez . Mr de
Villeroy y courut affez de
rifque, puis que Mr de Bon-
Cour , Capitaine de Dragons ,
qui cftoit auprés de luy , reaceut
un coup de Moufquer à
Fépaules dont il mourut quaatre
jours aprés . Cette action
irrita fort M de Villeroy ,
qui ne vouloit plus leur faire
de quartier , mais ayant fceu
que le Comte de Furftemberg
n'y avoit aucune part , il fe
contenta de les faire tous Prifonniers
de guerre. La Garni
f
300 MERCURE
foneftoit de quatre cens hom
mes. M de Chovel , autre
Capitaine de Dragons , fut
bleffé dans la même occafion.
On a fait fauter les Tours de
Forsheim , & les Moulinsont
efté brûlez. Le 15. au matin ,
M' de la Befliere , Mestre de
Camp , fut détaché, avec trois
cens Maistres , pour aller re.
connoiftre les Ennemis dans
leur Camp de Bretten , qui
n'étoit qu'à trois petites lieuës
du noftre. Il partit à minuit,
& il fe trouva au petit jour à
la veuë de leur Garde. Il dé.
tacha quarante Maiſtres avec
GALANT. 301
SC
nu
OCT
C2
quelques Officiers our enle
pour
ver leur Garde avancée , & cela
fut executé heureuſement
.
Ils en tuerent fix, en firent un
prifonnier
, & culebuterent
la
grande Garde jufque dans le
Camp , ce qui leut caufa de
grandes alarmes . Cela fait , ils
Le retirerent
fans avoir perdu
un feulhomme
. Le 16. au matinon
décampa
de Cretzingen
.
M' le Comte d'Auvergne
é
toit de jour , ce qui luy fit
prendre le pofte d'honneur
,
quieftoit l'Arriere- garde. On
satttendoit
fort à voir les
Ennemis
en eſtant fi proche,
302 MERCURE
mais ils ne parurent point,
On vint camper à Weyer ,
prés d'Etlingen , Ville qui
fut brûlée il y a deux ans par
M' le Maréchal Duc de Duras.
Ce Camp eft tres- beau ,
Il a fa droite au deffus de
Weyer , & fa gauche à Eclingen.
En arrivant à ce Camp,
un Party commandé par un
Cavalier de S. Germain Beau
pré, qui eſtoit party de l'autre
Camp, joignit les Troupes du
Roy. Il avoit forxante & cinq
hommes , & s'eftoit embuf
qué fi à propos, que les Enne
mis ayant paffé devant luy en
GALANT. 303
1 revenant du fourage, il en prit
foixante & quatre, & foixante
& deux chevaux , & en auroit
pris beaucoup davantage , fi
un Cavalier ennemy n'cuft
tiré , ce qui l'obligea de fe retirer
en diligence avec fes
prifonniers & les chevaux .
Ce mefme jour, il arriva onze
Efcadrons de Cavalerie & de
Dragons, qui eftoient demeu
rez proche Landau pour couvrir
l'Alface pendant que nos
Troupes paffoient le Rhin.
Le 19. Mr de Balinieres , Major
de Carabiniers , fut déta
ché avec cinquante Maiſtres,
304 MERCURE
cent Carabiniers , & cinquan
te Dragons, pour aller reconnoiftrel'Armée
ennemie qui
eftoit à Weingarden . Il paffa
la grande Garde des Allemans
jufque dans leur Camp , &
emmena quelques Prifonniers
qu'il fit en chemin . Nos Troupes
eftoient encore à Weyer
Ic 21. fans que M³ de Melac
qui eftoit party avec cinq cens
Chevaux , fuft de retour.
Je reprens l'Article de
Flandre au jour où j'en finis
le Journal la dermere fois .
L'Armée du Roy qui avoit
paffé la Sambre à la Buffiere ,
A
GALANT 205

c 22 du paffé , & qui cftoit
venue ce mefme jour camper
à Silentrien , une lieuë en deça
de Boffu , décampa le 23. au
matin à la poinre du jour , &
arriva de fort bonne heure à
Florenne , quoy qu'elle cuft
fait une affez longue alte devant
Philippeville , tandis
que M' le Maréchal Duc de
Luxembourg eftoit dans la
Place. Le Prince d'Orange
qui eftoit arrivé à Gerpine le
bjour précedent, fut fortétonbné
quand il apprit que l'Are
VO mée du Roy arrivoir à Flo
trenné. La marche eftoit fi
Aoust 1691 .
Cc
h
306 MERCURE
longue , & il y avoit tant de
défilez à paffer pour venir
occuper ce Camp , qu'il n'a
voit pas cru pouvoir eftre
prévenu . Son deffein en paf
fant la Sambre , cftoit d'y
venir, mais la diligence de M
le Maréchal l'obligea de demeurer
à Gerpine.
10.7
A
Le 23. M'de Luxembourg
alla en perfonne reconnoistre
le Camp des Ennemis avec un
détachement des Gardes du
Corps , & de la Gendarmerie .
Stolt qu'ils virent paroistre
les Efcadrons du détachement
à lafortie du bois qui eft fur
GALANT 307
c
la droite entre Florenne &
Gerpine, ilsfemirent enBataille
à la tefte de leur Camp , &
s'étendirent plus d'un quart
de lieuë fur leur gauche .
Le 24. le Prince d'Orange
fit faire des Batteries de Canon
de Brigade en Brigade le
long de la premiere Ligne ,
& commença de fe retrancher .
Le mefme jour , M ' le Maréchal
, tant pour ménager les
fourages , que pour embaraffer
le Prince d'Orange, envoya
tous les gros Bagagesà Philippeville
& à Mariembourg.
Le 25. ilefit faire un mou-
Cc ij
308 GALANT.
vement a la gauche , & la
recula pour mieux affeurer le
Camp, & parce qu'il y avoit
des hauteurs en delà d'un
grand Ravin quieftoit devant
la ligne , & que le Canon auroit
efté à craindre , M' le
Maréchal
par pure precau
tion fit faire des Batteries de
Canon à tous les endroits où
il pouvoit éftre utile qu'il y
en cût. Il fit auffi faire des abatis
dans les Bois qui estoient
entre les deux Armées pour
pouvoir faire paffer la CavaÎerie
en Eſcadrons . Tous ces!
mouvemens alarmerent le
GALANT. 309
*
151

Prince d'Orange , fur tout
quand il fceut que M le Maréchal
avoit dépeché un
Courrier à M ' de Bouflers ,
qui venoit de l'expedition de
Liege pour l'obligerd'avancer .
Il fit faire des deffences de for.
tir du Camp fous peine de la
vic , & cela fut fi bien executé
, que le 28. au matin M
le Maréchal , ayant eu avis
queles Ennemis devoient fai
re le lendemain un fourage
fur leur gauche , y alla avec
toute la premiere Ligne fur
les trois heures aprés midy,
& leur enleva, ce fourage à

310 MERCURE
29.
une demy heure de leur
Camp fans qu'ils paruffent.
Le la feconde Ligne
fit encore un fourage auffi
hardy du mefme cofté, & avec
le metme fuccés. Cependant
comme Florenne où eftoit le
quartier General ſe trouvoit
fort loin du Camp , & que
les Ennemis auroient pû le
canonner , fi la peur d'eſtre
canonnez eux - mefmes ne les
avoit empefchez de penser à
autre chofe qu'à fe garantir ,
Mr le Maréchal trouva à propos
de mettre le quartier Ge
neral à Hennetenne , qui eft
GALANT. 311
un petit Village qui fe trouvoit
à la gauche du Camp
dans la feconde Ligne. Le
quartier General s'y vint établir
dés le mefme jour.
Le 30. M' de Bouflers alla
camper fous Dinan avec neuf
Bataillons
, & quarante Efca
drons pour confumer les fou
rages des environs de cette
Place , & pour empefcher que
le Comte de Cerclos , & le
General Flemmingue ne l'invettiffent.
Ils eftoient à por
tée de le faire s'ils n'avoient
pas cfté aculez.
Le 31. M' de Bouflers cut
312 MERCURÉ
ordre de s'avancer avec fa
Cavalerie du cofté de la Plaine
S. Gerard pour foûtenir la
Cavalerie de la premiere Ligne
qui alla fourager , avec
ordre de bruler les reftes du
fourage , & tout ce que le
Prince d'Orange avoit fait
marquer pour fon Armée.
Le 1. de ce mois M' le
Maréchal alla à Philippeville
avec Mr l'Intendant pour vifiter
les fourages & avoines
qu'on y avoit fait venir , dans
la crainte que l'on avoit d'en
manquer . M' de Nave , Gou
verneur de cette Place , les
traita
GALANT. ·
traita
313
magnifiquement , & ils
ne furent de retour au Camp
que le foir . Le mefme jour
Mr le Duc du Maine alla à
Dinan , & vifita la place qu'il
trouva en fort bon cftar. Le
2. M' le Marefchal alla vifi .
ter le Camp de M ' de Bouflers
, & luy donna l'ordre de
décamper le lendemain , & de
s'approcher à une heure de
l'Armée , ce que M' de Bouflers
executa le 3. en venant
camper à une heure de la
droite de l'Armée . On fit
un fourage fur les Ennemis ,
& le foir on entendit trois
Aouft 1691.
Dd
314 MERCURE
décharges de leur Canon &
de leur Moufqueterie . C'étoit
une réjoüiffance
pour quelque
avantage que le Prince
d'Orange pretendoit avoir
eu en Irlande .
Le 4. on entendit le Canon
de Charleroy qui tira pour
le mefme fujet.
Le 5. Monfieur le Duc de
Chartre , Monfieur le Duc du
Maine & M' le Maréchal allerent
difner à Philippeville
.
Le 6. M le Maréchal
ayant cu avis que les Ennemis
avoient fait un mouvement
, & que le Prince d'O.
GALANT. 35
C
en
range eftoit allé du coſté de
Valcour , avec cinquante Ef
cadrons pour marquer un
Camp , il fit un détachement
des Carabiniers & de quelques
Dragons , & alla reconnoiſtre
ce mouvement
perfonne ; il s'avança jufqu'à
Valcour , & ayant reconnu
que le Prince d'Orange ſe
retiroit , & qu'il n'eftoit pas
poffible de l'attaquer , yayant
des ruiffeaux & des ravins à
paffer pour aller à luy , il fe retira
, & la Cavalerie de la
gauche qui avoit cu ordre de
fe tenir prefte , en receut un
Dd ij
316 MERCURE
autre de fe repofer.
Le 7. les Ennemis décamperent
de Gerpine . M' le
Maréchal alla reconnoiſtre
leur marche , & ayant remar
qué qu'ils marchoient du
cofté de la Buffiere , il fit dé.
camper l'Armée le 8. à la
pointe du jour pour s'approcher
d'eux & les fuivre . L'Armée
alla camper ce jour - là
à Cerfontaine. Les Ennemis
camperent ce mefme jour à
Court , & étendirent leur
droite jufqu'à Caftillan à une
heure & demie de Beaumont ,
dans le deffein de paffer le
GALANT. 317
1
1
1
ruiffeau le jour fuivant , &
d'aller occuper le Camp de
Grandrieu , où il y avoit beaucoup
de fourage . On fut averty
que le Prince d'Orange
s'eftoit emparé de Beaumont ,
qu'il y avoit mis deux mille
hommes de Cavalerie , qu'il
avoit donné le commandement
de ce pofte au Comte
de Lippe , & que M ' de Verac
qui y commandoit pour le
Roy , s'eftoit retiré avec cent
hommes d'Infanterie , qu'on
y avoit laiffez . M ' le Maréchal
fit feparer les gros bagages
qui avoient joint l'Armée.
D'd iij
318 MERCURE
dans la marche de Florenne
à Cerfontaine , & les envoya
à Chimay pour en eftre débarraffé
dans la marche qu'il
avoit envie de faire.
Le 10. à dix heures du foir ,
l'Armée quitta Cerfontaine
& alla camper à Grandrieu .
On n'a jamais fait une marche
plus hardie. L'Armée marcha
fur cinq Colonnes à
cofté de celle des Ennemis ,
par des Bois impratiquables
& des défilez continuels , &
fe trouva en bataille le 11. à
fept heures du matin fur la
hauteur qui eft devant Beau.
GALANT. 319
mont , les Ennemis arrivant
feulement en delà du Ruif
feau dans le deffein de le paffer
, pour occuper le mefme
Camp où l'Armée du Roy
eftoit déja établie .
La pluſpart des Tentes étant
dreffées , & l'artillerie venue ,
le Prince d'Orange
ne put cacher
alors fa furprife . Il dit
publiquement
qu'il falloit que
l'Armée de France euft des
afl : s , & qu'elle cuft volé , ne
pouvant comprendre comment
elle avoit pû arriver fitoft
par une marche inconnue.
Cependant il s'avança fur la
Dd iiij
320 MERCURE
droite de Beaumont entre
deux petits bois fur une efpece
de talus , où il mit de
I'Infanteric en bataille . Il s'étendit
jufques au ruiffeau où
il avoit déja fait travailler la
nuit, & qu'il eftoit venu vifiter
exactement . Cela attira
une petite efcarmouche de
quelques Volontaires & d'une
perite Garde de Carabiniers,où
un Capitaine des Ennemis eut
fon cheval tué & fut pris ,
mais relâché , parce que ceux
qui avoient pouffé trop avant,
furent pouffez à leur tour.
Mr le Duc du Maine , aprés
I
GALANT. 321
avoir obfervé les Ennemis, alla
rejoindre M' de Luxembourg
qu'il trouva avec Monfieur le
le Duc de Chartres , regardant
d'un autre cofté , d'où l'on
apperçût que les Ennemis avoient
farcy de Troupes un
vuide dans le bois qui eftoit
fur la droite de Beaumont à
leur égard . C'eft une hauteur
d'où ils defcendoient par
trois chemins jufques au ruiffeau.
On leur yvit établir quelques
pieces de canon & huit
chariots d'artillerie que l'on
remarquoit
diftinctement.
On vit encore travailler à des
322 MERCURE
paffages dans le fond & y defcendre
un gros corps d'In
fanterie qui s'y établit . La
Cavalerie qui occupoit toute
la hauteur , eftoit veftuë de
rouge , & montée fur des chevaux
blancs ; ce qui les faifoit
connoistre pour eftre les
Gardes du Prince d'Orange
.
Tout cela ne fit faire d'autre
mouvement aux noftres que
celuy d'avancer la Brigade
d'Infanterie du Roy , & celle
de Champagne à la tefte d'un
Vilage qui eftoit devant eux ,
où Mr de Luxembourg
&
Monfieur le Duc de Chartres,
avec M le Duc du Maine ,
GALANT. 323
s'établirent pour eftre plus
à portée de tout , laiffant les
équipages au quartier de
Grandrieu . Cependant on
fit avancer une vingtaine de
pieces de canon ; à la tefte du
Village , qui commencerent à
tirer fur les dix ou onze heures.
Les premiers coups firent fuir
l'Infanterie qui eftoit dans le
fond , & tirant en fuite fur la
hauteur , on en vit retirer toutes
leurs troupes affez promp
tement , & par tout où elles
paroiffoient , dés qu'on y tiroit
on les voyoit fair fort diligemment.
M ' de Luxemboug
324 MERCURE
qui avoit envoyé ordre à M
de Rofen de marcher avec la
Cavalerie de la feconde ligne
de la droite pour occuper un
grand terrain qui eftoit fur
noftre gauche au delà de
Couffors , voulut aller voir ce
cofté- là , & fuivy de tous nos
Princes , paffant tout le long
de la tefte de nos Gardes , il
s'avança affez prés d'une autre
hauteur qu'occupoient les Ennemis
fur leur droite , où il
paroiffont une fi groffe troupe
d'Officiers épars , qu'on ne
doutoit point que le Prince
d'Orange n'y fuft . Il y avoit
GALANT. 325
mefmefur le haut des Tentes
dreffées comme s'il avoit voulu
y demeurer. En paffant , les
I noftres furent falüez de deux
petites pieces de canon qui
furent les feules qui fe firent
entendre de leur cofté ; même
ce canon tira ſi mal qu'on
y riſpoſta par derifion , de
quelques coups de pistolet , &
enfuite par des huées qu'on
leur fit. Ils continuerent encore
à tirer cinq ou fix coups
des mefmes pieces qui ne firent
rien , & dont noftre Garde
de Cavalerie qui en eftoit
à portée , ne s'ébranla pas . On
&
226 MERCURE
alla donc fur la gauche , d'où
en attendant Mr de Rofen ,
on vit que les Ennemis fe retiroient
, mais fi bruſquement
qu'on n'auroit pas eu le temps
de paffer le Ravin pour pouf
fer leur arriere garde . De là
M' de Luxembourg amena fes
Troupes fur la droite ,d'où l'on
vit que celles qu'ils avoient
de ce cofté-là , en faifoient de
meſme . On vit de plus fortir
des troupes de Beaumont qui
faifoient juger que les Ennenemis
l'avoient abandonné ;
mais ils tirerent nos gens de
ce doute par deux pièces de
·
GALANT. 327
fer qu'ils y avoient trouvées
& qui tirerent fur les noftres,
qui en pafferent fort prés On
les fit fuivre par M' de Roſel
avec cent chevaux . Il ne les
pût joindre , quoy qu'il les
fuivift jufques à la veuë de leur
Camp , où il y eut une eſcarmouche
dans laquelle un de
nos Cavaliers fur bleffé , un
des leurs tué , & quelques
uns faits prifonniers. Ils retournerent
dans leur mefme
Camp, ayant leur gauche vers
Floranchamp , & leur droite
à Caftillon. Le terrain qu'ils
venoient d'abandonner fut
328 MERCURE
occupé par un grand nombre
deVolontaires
, qui y coururentun
moment aprés Onn'y
trouva perfonne , mais quanrité
de haches , d'outils , de
facs , du pain , & beaucoup
d'autres chofes : ce qui fut une
marque du defordre de leur
retraite. On y trouva meſme
plufieurs chevaux tuez avec
quelques Officiers .
,
Depuis le 12. juſqu'au 24.
tout fe paffa à obferver les
Ennemis à les inquieter
dans leurs fourages , & à leur
enlever des Partis entiers. -
Le 22.au foir , M ' le Maréchal
GALANT. 329
ayant appris qu'ils devoient
décamper , aprés avoir fait
fauter les tours & les portes
de Beaumont , & que leur
deffein eftoit de paffer la Sambre
, donna l'ordre
pour dé
camper auffi le lendemain .
Le 23. plufieurs avis diffe
rens ayant rendu leur marche
incertaine , Mr le Maréchal
qui avoit fait battre la generale
dés deux heures du matin ,
pour décamper avant le jour,
differa le décampement
juf
qu'à ce qu'il fuft mieux inftruit
. Sur les neuf heures , il
fceut qu'ils marchoient du
Aouft 1691.
Ec
330 MERCURE
cofté de la Buffiere , ce qui
luy fit envoyer tous les Vivandiers
de l'Armée à Maubeuge
, afin d'y paffer la Sambre
. Il fit marcher l'Armée.
du cofté de Domftienne . Elle:
paffa au milieu du Camp que
les Ennemis venoient de quitrer
, & cù toutes les Barraques:
& les fourages brûloient encore
, & campa à Eſtrées , où
eft le quartier general , les Ennemis
ayant brûlé le Chasteau
de Domtienne , qui eftoit.
tres beau , & appartenoit à la
Princeffe Marianne . On apprit
le mefme jour que les
GALANT. 321
Ennemis, bien loin de paſſer
la Sambre , marchoient du
cofté de Dinan ; qu'ils avoient
campé à la plaine S. Gerard,
& fait monter par la Meufe
une groffe provifion de fourages
& beaucoup d'Artillerie ,
& que le quartier du Prince
d'Orange eftoit à l'Abbaye
du Moulin. On ne fçavoit pas
encore fi c'eftoit pour faire le
Siege de cette Place , ou pour
la bombarder..
Le 25 jour & Fefte de Saint
Louis , M l'Abbé Riqueti ,
qui cft toujours auprés de Mr
le Maréchal Duc de Luxem--
Ee ij
332 MERCURE
bourg , fit faire abjuration à
un Officier François de la
Maiſon de Sancet , d'auprés
d'Anjou , qui s'eft venu rendre
de bonne foy . Il lervoit
dans les Troupes de Brandebourg
, où il avoit pris party
lors
que le Roy
fupprima
l'Edit
de Nantes. Il y avoit quinze
jours que M' l'Abbé Riqueti
l'inftruifoit , de mefme
qu'un Moufquetaire du Prince
d'Orange qui s'est rendu
avec luy , pour prendre party
dans les Troupes de France .
Il leur fir un Difcours fort
confolant , & qui édifia beau ,
·
GALANT. 333
coup tout ce qu'il eut d'Auditeurs
.
Ceux qui ont expliqué l'Enigme
du mois paffé fur l'Encenfoir qui
en eftoit le vray mot , font Mrs
G. Verdel Doyen des Chanoines
de Pontorfon : Turrault de la Coffonniere,
Chanoine de Saint Pierre
du Mans : Morin Confeiller ; &
de l'Eftre Juge Prevoft de Chaftillon
fur- Indre : L'Epinay- Buret : de
Vitré en Bretagne : F. Gondoüin
de Lizieux le Marquis de Guermorvan
de Foffe - cave le Sage, &
du Croifier de Morlaix : Galetheau
de la rue du Parlement de Bordeaux
, & Bigos de la mefme
Ville. Le Baron du Quefnoy , Capitaine
des Gentilhommes d'Avranches
du Boccage dit Ville-
:
:
334 MERCURE

ronde , & Bonnard de l'Hoftel du
Quesnoy de la Place Royale : le
petit- Intendant & fa charmante
Coufine de la rue Poupée : l'Amateur
du noble- repos : le Faux-
Lucien du grand Chaftelet , &
l'Amante affligée : le Phenix , &2
le Beau Blond de la Rochelle : le
Berger Tirfis à l'Anagramme
Siecle d'Amour : la Marquiſe Etrangere
, à l'Anagramme , Pure Image
de vertu; la Diane de la Fo
reft d'Alcleon la Nmphe aimantée
le Berger des Bagues : la
Déeffe aux Chaftaignes : la Brune
aux jours filez de foye la Bourgeoife
deferte : la Belle Iphigenie
& fon Achille : le Chaffeur fecret
de la Belle- Foreft de la Samaritaine:
les deux Spiriruelles Soeurs du Venicien
de la ruë des Foffoyeurs :-
GALANT.- 335
Y
:
Mefdemoiſelles Barodin , Ferret &
Bouflay de Loches de Chilly, de
la Place Picard & de Queulx :
de Fontaine- Blanche de Villeneuve
la charmante Lanigou , &
l'Ingrate Kyderien de Morlaix ;
Monier ; Carriere , & les deux
Minvielles de Bordeaux ; M. I.
Jouis du petit S. Jean de la Courtille
la charmante Charlotte le
Gras , & fon Amy ; la plus Belle
des trois Soeurs du Cloiftre Saint
Mammes.; la petite Congregation
de Sainte Marine du quartier de la
Mercy ; la Dame de Verſailles de
Hennebond ; la belle Hofteffe du:
Cordonnier de la rue de Bethify ;
la Sainte Famille ; M. A. du Chardonnay
, de la rue du Sepulcre ; le
Logitien du Quay de la Tournelle ;
les deux Precieufes de la rue des
336 MERCURE
Prouvaires ; le grand Chaffeur de
Ja Place Royale ; Morne , du Château
de Moulins ; la Belle au beau
teint,du Cimetiere S. Jean; la Dame
au tréfor caché de Bretagne , & fon
fidelle Epoux.
L'Enigme nouvelle que je vous
envoye a efté faite par un Cavalier
Angevin.
Je
ENIGME
Ay befoin d'eau , d'air & de
J'
terre ;
Piusfort que moy mefait laguerre,
ne quitte jamais mon habit du
Printemps ,
Et n'ay point de plaifir que dans le
Fe
mauvais temps,
veux dire le temps de pluye .
Où tout autre que moy s'ennuye.
Ren
GALANT. · 337
Rencontray-je quelqu'un , jeme mets
à jauter ,
Sans que rien me puiffe arrêter.
Quoy que ma gorge "foit d'une blancheur
extrême ,
Mes cuiffes font en moy ce que le plus
on aime.
Jay la voix fort vilaine , & mon
chant en nuls lieux
Ne paffe pour melodieux .
C'estfait de moy quand je vais à
La Ville ,
Je Suis plus à mon aife au rond de
Corbe ville.
Vous connoiftrez aifément , en
parcourant l'Air nouveau dont vous
trouverez icy les paroles , qu'elles
ont efté mifes en chant par un
homme qui a de fort grands talents
pour la Mufique .
Avust 1691.
Ff
338 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Etits Oiseaux, raffurez- vous,
PJe ne vienspoint fous ces fom ,
bres feuillages,
Pour interrompre vos ramages ,
Ny troubler des plaifirs fi doux.
C'est l'amoureuse refverie
Qui me conduit dans ce bois écartés
Et bien loin d'en vouloir à votre
liberté ,
Je viens pleurer celle qu'on m'a
ravie.
Aprés vous avoir fait un Journal
de ce qui s'eſt paflé en Allemagne
& en Flandre depuis un mois , je devrois
vous parler avec le mefme
détail des autres Armées du Roy ,
mais comme cela me meneroit trop
loin , il fuffit de vous faire voir
qu'elles font
par tout fuperieures à
celles de fes Ennemis , & redoutées
d'une maniere qu'ils n'ofent accep-
2
GALANT. 330
ter le combat qu'elles leur offrent
par tout. Mr de Catinat l'a prefenté
à Monfieur de Savoye qui
s'eft auffi toft retranché pour l'éviter.
Mr le Duc de Noailles a fait
la mefme chofe en Catalogne , où
les Ennemis aprés avoir fait mine
de l'accepter fe font retirez . Mr
le Comte d'Eftrées avec fix Vailfeaux
l'a offert à Papachin qui
commandoit dix- huit Vaiffeaux
Espagnols , & qui eft en grande reputation
parmy eux , & ce Commandant
voyant par trois fois nos
Vaiffeaux en pane , n'a olé répondre
à ce genereux deffy , ny fe vanger
du bombardement de Barcelone
& d'Alicante , quoy que l'occafion
fuft belle , puis qu'il avoit trois
Vaiffeaux contre un . Mr de Tourville
a toûjours efté en pleine Mer
Ffij
340 MERCURE

preft à recevoir ou attaquer les Flotes
d'Angleterre & de Hollande fielles
euffent voulu approcher ; mais elles
n'ont point perdu la Manche de
veuë afin de nous y attirer , à cauque
le lieu leur est avantageux ,
qu'ils y ont beaucoup de retraites ,
& que nous n'y en avons aucune.
Ainfi ces deux grandes Puiffances
dont chacune croyoit eftre la Maîtreffe
de la Mer , n'ont ofé riſquer
un combat hors de la veuë de leurs
Ports. Elles fe fouviennent fans
doute de celuy qu'elles y perdirent
l'année derniere & c'eft ce qui
les oblige à l'éviter celle-cy . Enfin
j'ay railon de dire que les Armées
du Roy font fuperieures par tout,
puis qu'il n'y a pas meſme juſques à
nos Armateurs qui ne l'emportent
de tous coftez par le nombre de
GALANT. 341
leurs prifes fur les Ennemis .
Les dernieres Nouvelles de l'Armée
de Flandre portent que celle
du Prince d'Orange eftoit à l'Abbaye
de Brogne , qui eft environ à
cinq lieues de Dinan & de Philippeville
.
Le Roy de Pologne ayant refuſé
de faire une Paix avantageufe , qui
luy a efté plufieurs fois offerte par
le Grand Seigneur , ce dernier vient
de la conclure avec les Mofcovites ,
au grand defavantage de la Pologne.
Je fuis , Madame , & c .
L
A Paris , ce 31. Aouft 1691 .
AVIS.
E Public a fouhaité l'Avis qu'il
trouvera icy , afin d'apprendre
au commencement de chaque mois ,
le fujet de l'Entretien qu'on luy
Ff iij
342 MERCURE
donnera quinze jours aprés fur less
Affaires du Temps . Le cinquiéme
Entretien fera une fuite de celuy
qui eft intitulé , Le Prince d'Orange
travaillant à fon Hiftoire , & cette
fuite contiendra l'Hiftoire de la
mort de. Mrs de VVith , & cel-·
le de Jean Barneveld , Avocat General
de Hollande , arrivée fousle
Prince Maurice de Naffau . On
y verra de quelle maniere ces trois
grands Hommes ont efté les Victimes
de deux Princes d'Orange
parce qu'ils fervoient comme d'une
barriere qui les empefchoit de parvenir
à la Souveraineté. Ainfi le paralelle
de ces deux malheureux Freres
avec Barneveld paroiftra jufte,à
l'exception du genre de mort . Cet.
Entretien ne fera remply que de
faits & de preuves , & les moindres
GALANT. 343'
des indicesui découvriront les auteurs
de ler mort , les feront connoiftre
dine maniere qui empefchera
qu l'on n'en doute ; de forte
que rier ne fera fondé fur de fimples
raiſonnemens , comme les écrits
de Hollande , d'où il eft aifé
d'inrerer tout ce qu'on veut , parce
qu'ils font toûjours faux . Ainfi l'on
râchera , en ne trompant point le
Public par des fauffetez , à meriter
la continuation de l'accueil qu'il a
fait aux derniers Entretiens fur les
Affaires du Temps . Il en a efté fi
fatisfait , qu'il a fait paroiftre par
fes applaudiffemens que l'on avoit
attrappé fon gouft. On continuëra
à travailler du mefme ftile , puis
qu'il a fait connoiſtre que c'eſt ce-
Juy qui luy plaift , & qu'on a fujet
de croire qu'un gouft general ne
344 MERCURE
fçauroit eftre mauvais , ftant impoffible
que tout le Publicenſemble
de puiffe tromper
.
225523 25522525525
P
TABLE.
Relude:
13
Tiphon &les Geans , Prologue.
Difcours fait en prefentant le corps
de M. de Louvois , au Curé de
l'Eglife des Invalides. 22
Difcours fait en prefentant le coeur
de ce Miniftre aux Capucines . 28
Servicesfaits pour le mefme.
Les Dieux au Confeil für la deftinée
du Prince d'Orange.
Le VieilOifeau , Fable.
32
35
93
Réponse faite à un des Difcours de
M. de la Broffe. 97
TABLE
.
LaFalousie
es Enfans defacob. 139
Détail curiux de tout ce qui s'eft
paßé à Srasbourg
tonchant
le feu
Magazins
de cette Villemis
aux
là.
141
Le Cabinet des beaux Arts. 161
Carte d'Alfars.
166
Education
de M. de Moncade
. 168
Quvrages
nouveaux
.
179
192
.185
Profeffion
digne d'eftre remarquée.
Benefices donnez par le Roy.
Hiftoire.
188
Lettre de M. Boileau für la retraite
de M. le Marquis de Santenas
à la
·Trape.
Confrairie
remarquable
.
La défaite de la Ligue d'Ausbourg,
par M. de Comiers
.
Morts.
220
226
241
243
M. de Barbezieux eft pourveu de la
TABL
246
277
Charge de Chancelier Garde des
Seaux des Ordres du Ry.
Services folemnels faits por le repos
de l'ame de Mr de Louvos.
Journal du Siege de Montmesan, 279
Fournal de ce qui s'est paßsé en Allemagnependant
le mois d' Aauft. 290
Fournal de ce qui s'eft passé en Flandre
depuis le zz . de Fuillet, 304
Enigme.
Nouvelles de differens endroits, 338
Fin de la Table.
336
"
L
Avis pour placer les Figures.
'Air qui commence par, Aimables
habitans de ce naiſſant bocage
, doit regarder la page 96.
La Medaille doit regarder la page
161 .
L'Air qui commence pár , Petits
Oiseaux , doit regarder la page 338 .
Extrait du Privilege à Roy.
P Chaville, 118 , Tuillet 1683.Signé, Par
AR Grace & Privilege du Foy, donné à
le Roy en fon Confeil , IUNQUIRES, Il eft
permis au Sieur DANNEAU , Eciyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire impimer,vendre
& debiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Relations,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprime ur qu'il
voudra choifir , Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'orne .
ment d'iceluy, ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, amfi que
plus au long il eft porté efdites Lettres .
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14.
Septembre 1683. Signé ANGOT, Syndic.
Ledit Sieur Divize a çedé fon droit du
prefent Privilege à Michel Guerout Libraire
, pour en jouir fuivant l'accord fait
entre-eux .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le