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11
Las listaines "
БО = СHАNTILLY
a
22
MERCURE
GALANT
DEDIE ' A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
JUILLET
1.
A
PARIS ,
GALERIE - NEUVE DU
PALAIS.
"
SAINTE
GENE
N donnera toujours un Volume
Ndonnera
nouveau du Mercure Galant au
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
&Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans !
Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envic ,
E: MICHEL GUER OUT , Galerie-neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. XCI ,
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
A VIS.
Velques prieres qu'on aitfai
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y man .
quer toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tours pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feu.
lement ceux qui les envoyent, &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pon
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
shofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargerontde les envoyer avant
que Fon commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
Laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
A VIS
leurs Amis
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par
Jans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoirtoûjours fort tard
·par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il lefera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre, que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
furle Libraire en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
>
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meſſagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe gene-
`ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1691,
I
ENE chercheray
point , Madame , à
vous prévenir en faveur
des Vers que vous allez
lire, en vous difant qu'ils ont
cu icy une approbation generale
. La matiere en eft gran-
A j
8 MERCURE
de , puis qu'ils ont efté faits
fur les merveilleuses actions
du Roy. Pour peu qu'on ait
de talent pour la Poësie , il
eft impoffible de ne fe pas
élever , quand on parle de ce
qui fait depuis fi longtemps
l'admiration de toute l'Europe
.
SÉZESZZZSZ 552ZSZE
SUR LES TRIOMPHES
L
du Roy.
Ors que de toutes parts la France
par ses armes ,
Fette nos Ennemis en dejuftes allarmes,
10
Oferay-je mêler les accens de ma voix,
GALANT.
9
Au bruit que fait LOVIS par tant de
grands exploits ?
Pourquoy garder toujours un filence
timide ,
Tandis
que la victoire en fa course
rapide ,
Semble au Chimp de l'honneur con.
duire nos Soldats ,
Et décider pour nous du deftin des
Combats ?
Mais par où commencer ? La matiere
eft immenfe ,
Ma veine enfon ardeurfe glace quand
j'y pense.
LOVIS, ce défenfeur du Trône & de
fes droits.
LOVIS , feul contre tous le Protecteur
des Rois ;
Noms que la Ligue craint , dont l'Europe
eftfurprise ,
Que Nice rendfameux , & que Mons
éternife ;
10 MERCURE
Heureux Titres quifont le sujet de
ces Vers,
Et dont la Renommée entretient l'U
nivers.
Cetilluftre Heros , tout brillant d'une
gloire
Qui ne voit jusqu'icy rien d'égal
dans l'Hiftoire >
Ayant donné la paix & choiſi le moment

Du beau feu defon zele éternel monument
, [ nefte ,
Supprime enfin l'Edit à la foy fi fu
Qui de l'Hydre mourante entretenoit
le refte.
Tandis qu'il en reçoit des honneurs
immortels ,
Que cent Temples détruits luy valent
des Autels ,
De cette Hydre aux abois ce refte
plein de rage
GALANT. 11
De l'Editfupprimé cherche à vanger
l'outrage.
Le Demon de l'Erreur de nos bords
exilé ,
Pour cet affreux deffein à Londres
appellé,
D'un foufle empoisonneur infecte la
Tamife ,
Arme de tous coftez Eglife contre Eglife
,
Et frappant de fes traits des peuples
inconftans ,
En fait contre leur Roy de cruels Com
battans.
De ces lieux revoltez , de ces riches
Provinces
Infidelles à Dieu , rebelles à leurs
Princes
Il vole fur les bords du Valh , de ces
Marais
Qui devoient à la France & leur
gloire & leurpaix ,
iz MERCURE
7
Gagne ce Peuple altier qui depuis
peu d'années
Fait l'arbitre infolent des teftes couronnées
,
Les Electeurs puiffans , le Nort ,
Madrid , Turin ,
Et les fiers Potentats du Danube &
du Rhin.
Cependant l'Angleterre en Rebelles
feconde ,
Foulant aux pieds les droits les plus
facrez du monde,
Abandonne fon Roy par un crime
odieux ,
Et place fur fon Trône un Prince ambitieux.
[ liance
Terrible évenement dont l'injuſte Al-
Parfa honte fonfangrendra compte
à la France,
Monftruenfe action , dont le feul fou
venir
GALANT. 13
Fera pâlird horreur les fiecles à venir!
Grand Roy , dont les vertus paffent la
Renommée ,
Dont la gloire eft par tout heureuſement
femée ,
Dn Monarque trahi les droits facrifiez
[ confiez
Sont par la Providence en tes mains
Malgré les vains efforts de la fiere
Alliance
,
Ton grand coeur les foûtient par ta
feule puiffance ,
Et ton Aftre attachant la Victoire à
tes loix ,
Tu forces au Printemps trois Villes en
un mois.
De ce Roy malheureux la grandeur
chancelante
Eprouve tous lesjours ta bonté triom
phante.
14 MERCURE
Toyfeul enfafaveur contre tous déclaré
,
Luy fais de ton Royaume un azile
afſuré.
Son droit parle , il fuffit , ce sont- là
tes Oracles.
La Ligue n'apour toy que de foibles
obftacles.
Tufais tout pour ce Prince , &fembles
aujourd'huy
Moins triompherpour toy , que triompher
pour luy.
A vaincre fon malheur ta grande ame
occupée ( ufurpée
Luy faitprefque oublierfa Couronne
Et lors que ton courage allarmant tes
Rivaux ,
Va chercher devant Mons des Triomphes
nouveaux ,
Grand Roy , tu penfes moins à conquerir
laFrandre,
GALANT. 15
Qu'à foumettre à ce Prince un Infidelle
Gendre ,
Tant de foins genereux meritent les
Tributs
Que rend le Monde entier à tes rares
vertus .
Du Prince détrôné rétably lafortune,
Vange de tous les Rois la querelle commune
>
Pour retenir un Prince ou le dépof-
Seder ,
Un Peuple audacieux n'en doit
décider.
pas
Il n'importe qu'il l'aime , ou bien
qu'il le haiffe ;
Il doit fon Trône au fang , & non
pas au caprice;
C'est trahir lâchement la majesté des
Rois
Defouffrir des Sujets arbitres de leurs
droits s
16 MERCURE
Tant de Combats gagnez , tant de
grandes Conqueftes ,
Des moiffons de Lauriers pour ton
front toujours preftes,
Toy feul faire trembler tant d'Etats
à la fois ,
Reduire le Piemont & la Flandre aux
abois ,
Battre tes Ennemis ,&confondre l'in
trigue
De leur ambitieufe & temeraireLigue ,
Les grands faits des Heros par les
tiens effacez ,
Cet éclat pour LOVIS ne brille pas
affez.
Mais rétablir un Roy ; la gloire en
eft fi pure
Qu'elle vaut de l'Europe une Conqueste
fure.
Fais donc regner ce Prince , & triompherfa
foy.
GALANT.
17
Cet honneur immortel ne regarde que
toy.
Le Monde en ta faveur prodiguant
Son Suffrage
Attend de ton bras feul un fi penible
ouvrage ,
Pour joindre aux noms de Grand &
de Victorieux ,
De Protecteur des Rois le titre glorieux
.
Mr. Blanchard , Curé de
Fiffey , qui eft l'Auteur de ces
Vers , ne pouvoit parler plus
dignement de l'avantage que
tire l'Eglife de la fuppreffion
de l'Edit de Nantes. Comme
le zele que Sa Majesté a fait
paroiftre par là , a fufcité
contre luy tous les efforts de
Juillet 1691.
18 MERCURE
la Ligue , Dieu a montré par
le vifible fecours qu'il luy a
donné dans toutes les entreprifes
, qu'il fe plaifoit à foûtenir
un Monarque qui a pris
fes interefts avec tant d'ardeur
, & il y a tout lieu d'efperer
qu'il luy continuera fa
protection toute- puiffante .
Vous avez fceu que Sa Majefté
par fon Edit du mois de
Mars dernier, a créé des Charges
de premier Prefident dans
tous les Bureaux des Finances
de fon Royaume . M. Pinon
de Villemam , Prefident à ce
Bureau , ayant efté choisi pour
remplir celle de Paris , il y fut
GALANT. 19
receu le 22. du mois pallé avec
d'autant plus d'agrément que
c'eft une perfonne de naiffance
, & qui s'eft acquis dans
fa Compagnie toute l'eftime
& toute la confiderarion poffible.
Il fit le difcours qui
fuit aprés qu'il eut prété le
ferment ; & je fuis feur qu'il
ne fçauroit manquer de beauté
pour vous , puis que vous y
trouverez encore l'Eloge du
Roy.
M
ESSIEURS ,
La place que je remplis m'eſt
d'autant plus avantageuſe par cet
Bij
20 MERCURE
honneur de distinction infeparablement
attaché à tous les choix
de nostre Augufte Monarque ,
qu'elle fembloit m'avoir efté deftinée
par le concours de vos fuffrages
. Senfible à ce double agrément
, je reçois l'un avec respect,
& l'autre avec reconnoiffance.
Tous deux m'ouvrent une entrée
favorable ; tous deux femblent
jetter de folides fondemens pour
la gloire & pour l'agrandiffement
de cette Compagnie . En
effet , cette fageffe & cette prudence
qui paroift dans toutes vos
décifions , cette droiture & cette
penetration qui accompagnent
toujours vos jugemens , cet efprit
GALANT. 21
pas
d'équité & de defintereffement
qui vous a acquis dans le public
une eftime & une reputation fi
generale, ne nous donnent - ils
lieu d'efperer que dans un fiecle
remply de juftice , où la vertu eft
toujours récompensée , & le merite
distingué, nous verrons enfin
rétablir icy cette dignité, ce rang
cette confideration de nos anciens
Treforiers de France , vos
Predeceffeurs ? N'avons- nous
pas , dis -je , lieu de l'efperer
Sous le Regne d'un Prince qui
voit tout , qui connoift tout , qui
regle tout qui toujours preſent
à luy-mefme , juge de tout avec
22 MERCURE
en
difcernement décide avec équité,
& ordonne avec juftice ; qui répand
dans tous fes Miniftres cet
efpritfuperieur,qui prévoit à tout
dans les deffeins difpofe tout
dans les entreprifes , répond de
tout dans les évenemens ,
affure toujours le fuccés , qui
animé de cette fagefle & de cette
grandeur d'ame qui ne se peut
comprendre , eft auffi tranquille
au milieu d'une fanglante guerre,
que dans une paix profonde . Ne
l'avons- nous pas vû , Meſſieurs,
plus d'une fois dans cette derniere
Campagne , animé de cette
intrepidité qui luy est naturelle ,
GALANT . 23
affronter tous les perils , encourager
fes Soldats parfa prefence ;
partager avec eux les dangers
& les fatigues , & donner fes
ordres avec la mefme prudence
& la mefme tranquillité, qu'on
le voit dans fes Confeils gouver
ner tant de Provinces , faire
mouvoir tant d'Armées , & decider
du fort de tant de Souverains
? Qu'on est heureux de vivre
fous un fibeau Regne ! Qu'il
vous eft glorieux d'eftre les témoins
de tant d'actions heroiques,
&de pouvoir executer les ordres
d'un fi grand Prince dans les fonctions
qu'il luy plaift de nous
24 MERCURE
confier. Pour vous , Meffieurs ,
qui rempliffez fi dignement les
voftres , contribuez à foutenir,
les miennes ; vous en partagerez
l'honneur.
M. Pinon dont je viens de
vous parler , eft Petit- fils de
deux Doyens du Parlement
de Paris, & d'une des plus
confiderables Familles de la
Robe. M's Pinon , dont l'un
eft Doyen des Confeillers-
Clercs de la Grand' Chambre
; l'autre , Maiftre des Requeftes,
& le troifiéme , Prefident
au Grand - Confeil , font
les aînez de cette Famille, qui
GALANT. 25
२. fait des alliances tres - confiderables,
& qui porte d'azur
au chevron d'or , accompagné de
trois Pommes de Pin de mefme.
Il y a encore Mr Pinon , Con ,
feiller honoraire de la Grand'
Chambre ; & un autre du
mefme nom , qui eft Confeiller
en la Cinquiéme des
Enquestes.
La mort de M : le Mar
quis de Vivans , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy , eftant arrivée en Flandre
le 28. du mois paffé
à l'Armée de M: le Maréchal
Duc de Luxembourg
, je
Juillet 169 1.
C
26 MERCURE
n'en pûs avoir la nouvelle
affez promptement pour vous
en parler dans ma Lettre de
ce mefme mois . C'eftoit un
tres- habile General , qui eft
regretté de tout le monde . Il
eftoit entierement confommé
dans le métier de la guerre
, qu'il avoit appris par une
longue experience , & à l'école
de feu M de Turenne , fous
qui il avoit prefque toujours
fervy , & dont il avoit mefme
l'honneur d'eftre allié . Il avoit
le commandement
fort agreable
, & il eftoit en mefme
temps l'homme du monde le
GALANT. 27
plus doux & le plus fier. On
le fit Capitaine en 1649. dans
le Regiment de Cavalerie do
Crequi , & depuis ce tempslà
il ne s'eft offert aucune occafion
de fe fignaler , qu'il
n'ait embraffée . Il mit fa
Compagnie fur pied dans la
Province de Guienne , & dans
le temps qu'elle › eftoit en
remuëment , il fut attaqué.
par les Ennemis de Sa Ma
jefté ; mais s'eftant défendu
avec vigueur, & ayant enfuite
battu en retraite , il conduifit
fa Compagnie en Catalogne,
où il fe jetta dans la Ville de
Cij
28 MERCURE
Barcelone , par l'ordre du
Commandant de la Province,
à la tefte de laquelle il fervit
jufques au Mariage du Roy ,
& jufqu'à la reforme de là
Cavalerie. Il fut rétably en
1666. & fait premier Capitaine
& Major du Regiment de
Cavalerie de Thiange , & il a
fervy en cette qualité dans
toutes les guerres de Flandre.
Ayant efté fait Colonel de
Cavalerie en 1672. il fe trouva
aux Batailles de Zinzein &
de Mulhauzein , commandé
par
M : de Turenne ; & voulant
dégager M: de St Abre ,
D
GALANT. 29
Lieutenant General , qui s'eftoit
enfoncé trop avant dans
les Ennemis à celle de Zinzein,
il fut en peril d'y eftre
tué ou fait prifonnier , mais
par fa valeur , & par le fecours
de quelques Officiers de
fon Regiment , il fceut ſe tirer
d'affaires . Trois ans aprés , il
fe trouva à la Bataille d'Atenhein,
fous les ordres de Mi de
Lorge , qui commandoit aprés
que M. de Turenne cut efté
tué. Eftant ce jour- là de la
grande Garde à la tefte de fon
Regiment, & ayant receu avis
qu'on voyoit paroiftre les
C iij
30 MERCURE
·
Ennemis , il marcha droit à
cux , & non feulement
il foutint
trois fois leur choc; mais
il les repouffa autant de fois .
Enfin , aprés avoir fait tout
ce qu'on peut attendre d'un
brave homme , dont fept ou
huit bleffures recevës , & un
cheval tué fous luy , furent
d'honorables
marques
, il fut
fait prifonnier
de guerre , &
envoyé à Strasbourg
, où
eftant fur la parole , il receut
toutes fortes de bons traitemens
des Generaux Ennemis .
Sa Majefté cut la bonté de
luy envoyer une fomme conGALANTZĪ
fiderable pour le fecourir
dans fa priſon , & meſme de
payer le prix où fa rançon
avoit efté mife . Elle le fit Brigadier
en 1677. & il a fervi en
Lorraine en qualité d'Infpecteur.
Il fut fait Maréchal de
Camp en 1688. & fervit la
mefme Campagne fous Monfeigneur
le Dauphin au Siege
de Philifboug , où en agiffant
dans la Tranchée , il receut
un coup d'une balle morte
entre les deux fourcils , qui
luy fit une groffe contufion .
Monfeigneur luy fit l'honneur
de luy témoigner la joye
C iiij
32 MERCURE
qu'il avoit de fa legere bleffure.
L'année fuivante , il fervit
encore en Allemagne , &
la Campagne eftant faite , on
l'envoya commander à Simerein
prés de Mayence , où il
battit les Imperiaux en plufieurs
rencontres, & par ordre
de la Cour il fit démolir
un Chaſteau au delà du Rhin,
& en tira des munitions tresconfiderables
à la veuë des
Ennemis, qui l'ayant attaqué
dans fa retraite , eurent la
honte d'eftre battus jufques à
deux fois , & de voir retirer
le Convoy. L'Armée de M
GALANT .
33
de Bouflers , où il fervoir ,
ayant joint en Flandre celle
de M le Maréchal Duc de
de
Luxembourg , il fe trouva à
la Bataille de Fleurus , & aprés
avoir mené plufieurs Efeadrons
& Bataillons au combat,
& enfoncé ceux des Ennemis,
voyant une petite troupe
Cavalerie qui fe rallioit , il
la chargea fi à propos qu'il
la mit toute en defordre. Il y
receut un coup de Moufqueton
à la tefte , un peu à coſté
de celuy qu'il avoit receu à
Philifbourg , & ce coup fut
tel , que comme il eftoit porté
34 MERCURE
de fort prés , il le renverfa
de fon cheval , en forte qu'il
fallut le chercher parmy les
Morts aprés la Bataille . On le
-conduifit chez le Curé de
Fleurus , où l'on envoya les
Chirurgiens de l'Armée . Malgré
toute leur adreffe , la balle
luy demeura dans la tefte , &
ils ne l'en pûrent tirer , non
plus que les plus experts de
Paris . Cette grande bleffure le
mettoit hors d'eftat de fervir
cette Campagne ; mais fon
grand courage luy ayant fait
préferer à toute autre chole
la gloire de mourir au lit
GALANT.
35
d'honneur , il fe rendir à
l'Armée de M. de Luxem
bourg , lors qu'il en fit l'ou
verture.La fatigue & les mouvemens
qu'il s'eft donnez , ont
fait détacher la balle` , qui
n'eftoit foutenue depuis un
an que par une petite efquille ,
& cette balle eftant entrée
dans le cerveau , l'a fait mourir
tout à coup. M de Vivans
eftoit un des plus braves
& des plus honneftes hommes
de France. Il avoit le coeur
noble & genereux & l'intereft
n'a jamais pû rien fur luy.
M: le Marquis de Vivans, qui
36 MERCURE

cft Colonel de Cavalerie depuis
quatre ou cinq années ,
a fait voir en plufieurs occafions
qu'il eft le digne Fils
d'un tel Pere . Il s'eft diſtingué
fur tout au Siege de
Mayence , ayant eu l'honneur
d'eftre choifi parmy toute la
Cavaleric pour s'y jetter, lors
qu'on crut que les Imperiaux
cftoient refolus de l'attaquer.
M de Vivans font d'une Famille
confiderable en Guien .
ne, & par fa nobleffe , & par
les fervices continuels qu'ils
ont rendus à nos Rois depuis
plus de deux cens ans . On
GALANT.
37
trouve que Claude de Vivans,
forty de l'Illuftre Maiſon de
Levens en Angleterre
embraffa
le fervice de France
aprés la Bataille de Poitiers .
Jean de Vivans & Poton de
Saintrailles curent l'honneur
en 1430.de regler les differends
qu'avoit le Roy Charles VII.
avec la Comteffe de Flandre ,
touchant la Ville & Citadella
de Dourlens. Charles & Arnaut
de Vivans fervirent fous
les Rois Charles VII I.
Louis XII . François I. Henry
II. & Charles IX. en qualité
de Capitaines
de cent
38 MERCURE
hommes d'armes de leurs Or
donnances. Geoffroy de Vivans
fut Mestre de Camp
General de la Cavalerie de
Henry IV. & fon Gouverneur
des Provinces de Xaintonge
& de Limofin. Il se trouva en
plufieurs Batailles, & fur tout
à celle de Coutras , où il receut
de dangereufes bleffures . Il en
échapa pour aller finir ſa vie
au Siege de Vilandro , où
eſtant allé reconnoistre quelque
endroit , il fut tué d'un
coup de Moufquet . Jean de
Vivans fon Fils luy fucceda
en fes Charges & penſions , &.
GALANT. 39
cụt
laiffa fix Garçons , qui furent
tous Capitaines de Cavalerie ,
d'Infanterie dans les vieux
Corps , & Lieutenans Colonels.
A la Bataille de Rocroy,
gagnée en 1643. par feu Mon
fieur le Prince , il y eut quatre
de M's de Vivans qui fe
diftinguerent en plufieurs occafions
, & il y en a encore
prefentement quatre de ce
mefme noin dans les Troupes
de Sa Majesté , en y comprenant
le Colonel . M: le Vicomte
de Vivans fon Oncle,
a cu longtemps l'honneur de
commander un Regiment
40 MERCURE
d'Infanterie. Il époufa l'année
derniere Mademoiſelle
Poncher , d'une Famille fort
confiderable dans la Robe .
Je m'acquitte de ce que
je vous ay promis dans ma
Lettre du dernier mois , &
vous fais part d'un Traité ,
que vous trouverez fort curieux.
Il n'eft pas moins important
, puis qu'il regarde la
guerifon d'une Maladie , que
l'on p
peut compter parmy les
plus dangereufes.
GALANT.
4I
255222 522 52522255
LETTRE
D'UN PHILOSOPHE
A Monfieur Rouffeau , Confeiller
du Roy , Directeur
General des Monnoyes de
France .
MONSIEUR
ONSIEUR ,
Fay reconnu en vous une fi
grande vivacité d'efprit , un jugement
fi folide , une telle
penetration pour les matieres les
plus abftraites , dans la convers
Juillet 1691 .
D
!
42 MERCURE
fation que j'ay eu l'honneur d'avoir
avec vous fur la Lettre que
jay écrite à M. de Chapelas ,
Curé de faintJacques de la Boucherie
, que je formay d'abord le
deffein de vous entretenir par
écrit , fur un fujet qui m'oblige
la
faire tous mes efforts pour penetrer
ce qui fe trouve de plus obfeur
dans la Medecine & dans
Philofophie ; & comme ily a
peu de gens qui foient capables
de donner un jugement équitable
Sur cette matiere , je fuis certain
que tous ceux qui connoiffent votre
merite foufcriront à vos fentimens.
Ainfi , s'il arrive que les
GALANT. 43.
miens ne ſe trouvent pas éloignez
des voftres , je ne doute point que
le Public n'en reçoive lefruit que
je mefuis propofe.
C'eftfur la Pleurefie , Monfieur
› que je veux vous entretenir
en vous faifant voir les
fuites dangereuses d'une prevention
, qui eft d'autant plus diffi
cile à détruire parmy le Peuple ,
qu'elle a pris naiffance dans les
lieux les plus autorifez. Je fçay
bien que c'est une temerité que de
`s'oppofer an torrent d'une opinion
commune , qui ne peut fouffrir
aucune refiftance ; que c'eft attaquer
l'Ecole dans fa plus grande
Dij
44 MERCURE
Fortereffe , dont elle croit avoir
élevé le rempart fur le fondement
inébranlable de l'Antiquité,
& attirerfur ma tefte tous les
foudres d'Efculape, & enfin mettre
en proye ma reputation aux
Partifans de la faignée , qui ne
la déchireront pas moins par les
traits piquants de leur medifance,
qu'ils tirannifent tous les jours les
Malades par les pointes aiguës
de leurs lancettes . Cependant le
defir de defabufer le public de
cette pernicieuse prévention , &
la compaffion que j'ay pour ceux
qui font expofez à finir miferablement
leur vie par la cruelle
GALANT.
45
effufion de fang, dans lequel con
fifte noftre vie , que Dieu mefme
n'a pas voulu foumettre à noftre
pouvoir , me feront franchir toutes
ces difficultez , m'expofer
au Champ de Bataille dans un
terrain
que
l'Ecole
a
choisi
pour
le lieu
infaillible
de fa
victoire
.
Mais
comme
elle
n'a
pour
tout
fondemente
toute
défenfe
, qu'u
ne
pretendue
autorité
des
Anciens
, &
que
c'est
une
fauffe
·monnoye
que
je ne reçois
pas
en
payement
, n'ayant
aucunement
égard
pour
leurs
écrits
, qu'autant
qu'ils
font
conformes
à la
raifon
à l'experience
› fur
lef
46 MERCURE
quellesjefonde mon fyfteme com
me fur deux colomnes inébranlables
, il ne me fera pas difficile
de faire voir la fauffeté d'une
doctrine qui y eft entierement op
pofee. Ce n'est pas que je n'honore
& n'eftime beaucoup les
Anciens jufque-là , que je ne
doute pas mefme que fi nous as
vions les veritables écrits d'Hipocrate
, nous ne fuffions pleinement
convaincus de la fauffeté
des opinions que fes defcendans
nous ont laißées par écrit. D'ail
leurs , y a- t- il rien qui ait plongé
la Medecine dans une plus
grande ignorance que l'esclavage
GALANT. 47
des anciennes opinions ? Fay
vú des Livres touchant la Plenrefie
qui n'eftoient remplis que
·d'autoritez , n'y ayant pas trois
pages qui fuffent du travail de
l'Auteur . Je voudrois bien demander
à ces Idolâtres de l'An
tiquité , en quoy est- ce qu'ils
connoiffent la verité & la folidité
de leurs Ecrits. Ont- ils appris
d'eux à guerir quelque maladie,
en peuvent- ils nom
mer quelqu'une de la guerifon de
baquelle ils foient affureZ? L'experience
fait voir tous les jours
le contraire , & je fuis pleinement
convaincu que leur fcience
?
48 MERCURE
• ne va pas jufqu'à ce point- là.
Mais pour entrer en matiere
je dis avec ceux dont le fentiment
convient à la raifon à l'exla
veperience
, que pour bien juger
de la nature de la maladie , il
faut connoiftre la partie affectée.
Or on ne la fçauroit connoiftre
que par les fymptômes qui accompagnent
la maladie . Les fymptomes
qui accompagnent
ritable Pleurefie ( car on la difringue
en vraye en fauſſe )
font , douleur de cofté , respiration
difficile , toux , crachement
Sanguinolent fieure à
l'égard de la fauffe , ils demeu
rent
GALANT .
49
ny
a
rent d'accord qu'il n'y a ny toux,
crachement de fang , &point
de fiévre , ou du moins s'il y en
elle est beaucoup moindre.
L'Ecole définit la vraye Pleurefie
une inflammation de la Pleure
& des Mufcles intercoftaux internes
; & lafauffe , une inflammation
des Muſcles intercoftaux
externes.
Fe ne vous rapporteray pas
les contestations , où diverfes explications
que les Medecins donnent
aux paffages d'Hypocrate
touchant cette matiere . Je tâche
ray feulement de vous faire remarquer
fi les accidens , comme
Juillet 1691 . E
To MERCURE
༢༠
font la difficulté de respirer &
d'expirer , la toux & le crachement
fanguinolent qui ſe manifeftent
en cette maladie, peuvent
convenir aux parties qu'ils difent
affectées. Il eft conftant que
la toux, la difficulté de respirer
d'expirerfont les propres affe
ctions du poumon , & ne sçau
roient eftre produites par la feule
inflammation de la Pleure ,
on des Muſcles intercostaux.
Mais ils répondent à cela que
le fangextravasé dans la Pleure,
ou dans les mufcles intercoftaux ,
on le pus qui enfuite s'y forme ,
tranfpirent à travers la Pleure,
GALANT.
51
& font fucez par
le
poumon
y caufent ces accidens ; mais
trois chofes s'oppofent entierement
à ce fentiment , la denfité
épaiffeur de la Pleure , la confiftence
vifqueufe de l'humeur, &
la membrane épaiffe qui enve-
·lope le poumon ; & fi ce qu'ils
avancent eftoit veritable , pourquoy
les eaux qui forment l'Hydropifie
pectorale & qui font
bien plus fubtiles que les bumeurs
qui font la Pleurefie , ne
feroient elles pas fucées par
poumon , & expulsées par
crachat ? Galien dit bien que fi
l'on jette de l'eau miellée dans la
le
le
E
ij
52 MERCURE
cavité de la poitrine d'un homme
qui a receu une playe penetranie,
& qu'on ferme d'abord
la playe , le Malade rejette l'eau
miellée par la bouche en touffant,
mais il faudroit fçavoir ( s'il y
en a quelqu'un à qui cela foit
arrivé) fi la bleſſure n'avoit pas
penetré jufque dans le poumon ,
ou fi par la longueur du temps
il n'étoit pas ulceré. En ce cas , je
croy que les injections pourroient
efire receuës par le Poumon ,
non autrement. Fay veu de pareilles
bleffures , mais les injections
qu'on y faifoit , n'ont jamais
efté expulsées par le crachat
GALANT:
53
j'aime mieux m'en tenir à ce
que j'ay veu que d'ajoûter foy à
une relation fufpecte ; outre qu'il
ya bien de la difference entre des
liqueurs contenues dans la cavité
de la poitrine , & des humeurs
renfermées dans les mufcles intercoftaux.
A l'égard de la douleur
du cofté , je vous l'expliqueray
en parlant de l'inflammation
poumon , à laquelle nous donnons
le nom de Pleurefie ou Peripneumonie
felon l'endroit qu'elle
en occupe
.
du
La difference qu'il y a entre
la Peripneumonie & la Pleurefie,
c'eft qu'en la Peripneumonie le
E iij
54 MERCURE
fang eft extravafé dans la partieinterne
du poumon , & en la Pleu
refie , l'humeur eft extravafée
dans la partiefuperficielle . Cette
veritéfe reconnoift par lesfymptomes
, qui font les mefmes en la
Pleurefie qu'en la Peripneumonie ,
avec cette difference toutefois,
que dans la Peripneumonie la difficulté
de respirer & d'expirer eft
plus grande qu'en la Pleurefie
& que la douleur de cofte est
beaucoup moins violente en la
Peripneumonie qu'en laPleurefier
parce qu'en celle - cy le poumon
dans le mouvement de la refpiration
donnant contre la pleure ,fait
GALANT.
55
J
ue la tumeur l'inflammation
qui en occupent la partie exterieure
,font irritées & enflamment la
pleure. Voilà , Monfieur , l'opinion
qui me paroift la plus probable
.Ilfaut maintenant vous faire
connoiftre comment fe fait linflammation
en ces parties.
L'Ecole veut que cette inflammation
on pleurefie qui caufe la
douleur de cofté , procede d'une
ébullition ou effervefcence
du
fang, & c'eft fur cette idée que
les Medecins faignent & rafraifchiffent
continuellement ceux
qui font atteints de cette mala.
die ; & moy , je pretens qu'elle
E iiij
56 MERCURE
res
eft caufée à raison d'un fang de
venu lent & vifqueux par le
meflange de la lymphe , foit par
caufe interne ou externe , lequel
à cause de fa lenteur & vifcidité,
ne pouvant paffer facilement
par les vaiffeanx capillai
pneumoniques ,yfait fejour
Se corrompt, acquiert une qualité
acre & piquante d'où proviennent
la toux & difficulté de
refpirer ces matieres vifqueufes
contenues dans la maffe
du fang, ne pouvant eſtre affez
attenuées & fubtilifees par la
mature pour eftre expulfées par la
tranſpiration , font la cauſe maGALANT.
57
terielle de la fièvre . Que fi la
Pleurefie eftoit caufée par une ébullition
ou effervefcence defang,
d'où vient que dans les fievres
ardentes qu'ils attribuent à une
mefme caufe , il ne furvient pas
des Pleurefies ?
Mais il ne fuffit pas pour con
vaincre
entierement ceux qui
fontprevenus d'unefauffe croyan
ce , de leur dire comment la chofe
fe fait , il la leurfaut faire toucher
au doigt , & pour cet effet
remarquez le fang d'un Pleuretique
dans une palette , & vous
verrez qu'il n'y aura pas de ferofité
qui le furnage , comme il
58 MERCURE
doit avoir naturellement ,
و م ج م
le deffus de ce fang fera blanc ...
vifqueux & dur comme une
coine de lard. Il est pourtant
quelquefois d'autre couleur , à
raifon de l'excrement qui prédo- -
mine dans le fang , lequel a uneconfiftencefi
dure & vifqueuse à
caufe du mélange de la lymphe ,,
comme j'ay dit cy- devant , qu'il
tient dans la palette comme de laglu
; & pour preuve de ce que
j'avance , prenez la ferofité du
Sang qu'on aura tiré à un homme
qui fe porte bien , mettez- la dans
un poeflon , & la tenez un peu
Sur le feu , vous verrez qu'elle.
GALANT. 59
deviendra épaiſſe comme le blanc
d'un oeufcuit. Par là on fera convaincu
que cette lymphe eftant
meflée avec lefang, luy doit cau
fer cette vifcofité . Je vais forti.
fier cette verité en vous faisant
remarquer les caufes externes qui
produifens les Pleurefies.
Il n'y a qui que ce foit qui ne
feache qu'un homme qui s'eft échauffé
par quelque exercice vio
lent , & qui boit à la glace enfuite
, court rifque d'eftre atteint
de la Pleurefie , au lieu que s'il·
boit du vin ou de l'eau hors de.
froid , il ne court aucun danger.
"Gela eftant peut- on avec quel-.
60 MERCURE
que raifon dire que l'eau glacée
caufe une ébullition ou effervefcence
de fang , pour produire la
Pleurefie le plus ignorant
de tous les hommes ne fçait- il pas
que c'eft le propre de la froideur
de condenser, & mesme que
liqueurs échauffées font bien plû
toft congelées que celles qui ne le
font pas parce que les atomes
du feu ayant dilaté les parties de
la liqueur , les particules frigori
fiques s'y infinuent plus facilement
; ce que
les
l'on peut remarquer
en mettant de la limonade chaude
dans une bouteille entourée de
falpetre de glace , car on verta:
GALANT. 61
qu'en un inftant la limonadefera
glacée ,, ce qui ne fe fera pas fi
on y met la limonade fans eftre
chauffée. Ceux qui fe couchent
fur l'herbe en lieu froid & humide
,fe trouvent quelquefois atteints
de la Pleurefie par la mef
me raifon. Le temps froid apporte
plus de Pleurefies que le chaud ,
parce que pour lors l'air eſt plus
chargé de parties nitreuſes , lef
quelles eftant portées dans le pou
retardent le mon , y figent
mouvement du fang, & caufent
laPleurefie
la Peripneumonie
.
Les Pleurefies & Peripneumonies
épidemiques nous convainquent
62 MERCURE
de cette verité ; car comme c'eft
par le moyen de l'air qu'on tombe
dans ces maladies , & que
toutes fortes de gens en font indifferemment
atteints , il est vray
de dire qu'il faut que l'air foit
remply de parties nitreufes
arfenicales , ou de femblable
vertu , puis que fi on ouvre les
corps de ceux qui font morts de
ces maladies on leur trouve le
poumon remply de fang congelé.
Enfin tous les symptomes font
voir que cette maladie provient
d'un fanggluant & vifqueux
la peine que les Malades ont
à arracher un crachat en eft une
>
GALANT. 63
marque qui eft d'autant plusfenfible
, que le crachat qui vient
du fond du poumon eft comme de
la glu , & la toux & difficulté
de refpirer & d'expirer ne nous
rendent pas moins convaincus ,
que c'est le poumon qui pâtit en
cette maladie. Vous pouvez juger,
Monfieur,par ce que je viens
de vous dire,fi les remedes qu'on
applique fur le cofté peuvent eftre
d'un grand fecours pour la vraye
Pleurefie . A l'égard de celle qui
occupe les muscles internes ou externes
intercoftaux
, ils peuvent
eftre mis en ufage , & comme les
mefmes remedes qui gueriffent la
64 MERCURE
veritable Pleurefie , gueriffent
avec plus de facilité la fauffe
fans parler davantage de cellecy
,je vais vous entretenir de
la conduite que tiennent les Medecins
pour la cure de ces ma
ladies.
Dés qu'un Medecin voit un
Pleuretique , aprés luy avoir
・ordonné un cliftere , il le fait
faigner. On reitere la faignée
deux ou trois fois par jour › t
dans l'intervalle des faignées,
on luy fait donner quelque émulfion
on Fulep rafraîchiffant, avec
quelque Sirop violat o pavot
rouge . Le Medecin fait contiGALANT.
65
.
muer les faignées jufques à la
mort &fans faire aucune reflexion
fur le nombre des gens
qu'il envoye à l'autre monde
par fa mauvaise pratique , il
trouve à propos de n'en point
changer. Vous me direz fans
doute
que la faignée en guerit
quelqu'un , qu'il s'enfuit de
là , que pourveu qu'on prenne
fon temps pour la bien faire , elle
peut eftre un fort bon remede.
Je vous avoue qu'on est query
quelquefois d'une maladie par la
faignée , ce qui ne luy donne
pas une petite autorité , car fes
·partifans qui s'étudient plus à
Juillet 1691. F
R
66 MERCURE
nature de la maladie ,
ne manquent pas d'alleguer cent
autoritez pour prouver les rares.
effets de la faignée , & faire
tomber les malades dans leur fentiment
; mais il faut que je vous
explique comment la faignée peut
connoiftre l'esprit des malades ,
que
la
emporter
une douleur
où la
fiévre , quoy que trop rarement
pour pouvoir
trouver rang parmy
les veritables
remedes . Vous
feavez, Monfieur
, que j'ay dit
dans la Lettre que j'ay écrite à
M. le Curé de S.Jacques
, que
les efprits s'employent
continuellement
à diffoudre
, rarefier
,
GALANT . 67
5
expulfer les humeurs qui les irri.
tent ; deforte qu'ils fe trouvent
quelquefois fi furpris de fe voir
diffipez & divertis de leur fonction
par la faignée , qu'ils negligent
d'agir contre les humeurs
morbifiques ; ce qui fait la ceffation
de ladouleur & de la fièvre,
pour vous faire voir que ce
que j'avance n'est pas fans fondement
, vous n'avez qu'à faire
reflexion fur la guerifon de la
fiévre par une peur. Je me rencontray
un jour dans une maifon
dont le Maiftre eftoit au lit ,
atteint du friffon d'une fièvre
quarte , dans le temps qu'un de
Eij
68 MERCURE
ayant
fes Enfans entra dans fa chambre,
pourfuivi d'un homme
L'épée à la main. Ce fpectacle
Surprit tellement ce Febricitant,
qu'il fortit d'abord du lit pour
fecourir fon Fils , n'eut plus
la fiévre. Une telle guerifon ,
qui n'est pas l'unique de cette
forte , ne fait - elle pas affez voir
que les efprits eftant furpris par
cet accident , avoient quitté leur
fonction , partant ceffé d'exciter
la fièvre ? Si les humeurs
eftoient la caufe effentielle de la
fievre , comme on enfeigne dans
Ecole , le Malade auroit- il
pú guerir tout à coup fans aucune·
GALANT. 69%
évacuation ou remede specifique ?
Les Tablettes pour la fiévre , qui
ont eu tant de vogue en France ,
& qui ont tué plus. de gens que
les meilleurs remedes n'en ont
guery , ne font paſſer la fièvre
que par la furprife des efprits ;
car comme elles font composées
d'une matiere arfenicale , nos
efprits eftant attaquez par les
efprits arfenicaux , abandonnent
le combat qu'ils avoient livré à
L'humeur morbifique ( ce qui fait
la ceffation de la fievre ) pour
attaquer ces efprits arfenicaux,
comme des ennemis bien plus
dangereux , lefquels fe trouvant
70+ MERCURE
quelquefois plus forts que les ef
prits vitaux ,font perir le Malade
, & par les symptomes qu'ils
produifent font voir affez clairement
quelle est leur nature. Jay
peine à comprendre comme quoy
les gens s'expofent au danger
la mort , pour guerir quelque jour
plutoft d'une fiévre , qui d'ellemefme
n'est jamais mortelle,
qui ne la peut devenir que par
une méchante conduite , ou par un
mauvais ufage de remedes ;
afin que vous ne croyiez pas que
c'est une nouveauté de dire que
les fiéures intermittentes ne font
jamais mortelles Hypocrate a
GALANT. 718
efté de ce sentiment , comme on
peut voir par l'Aphoriſme 43 .
Section 4 Febres quocumque
modo intermiferint , periculo
vacant. Et ainſi vous voyez,
Monfieur , que quoy que lafaignée
gueriffe quelquefois de la
douleur de côté, ou autre maladie
, on ne s'en doit pas fervir
pour un veritable remede , & je
fuis fort perfuadé que de dix veritables
Pleuretiques ou Peripneumoniques,
il n'en échape pas
deux par la voye
de la faignée
& des rafraichiffans ; &ne voiton
pas que de plufieurs gens qui
font empoisonnez il en échape
72 MERCURE
quelques- uns ? Peut on dire pour
cela que le poifon foit un remede
pourceux qui n'enfontpas morts?
Quefi la faignée eftoit un remede
convenable pour la Pleurefie vle
Malade ne recevroit - il pas quelque
peu de foulagement à chaque
faignée ? Aquoy fert cefameux
Axiome de l'Ecole ? Alæ ·
dentibus aut juvantibus debet
fumi indicatio. On faigne
jufques au tombeau mais où eft
cette aide ce foulagement qui
indique la continuation de la
faignée ? La toux devenant plus
forte , la refpiration plus difficile,
le crachat plus épais , plus vif
>
1
queux
GALANT. 73
queux, & moins frequent , ne
font- ce pas des fymptomes affez
convaincans pour tirer une indication
du mauvais effet de la
faignée ? On peut bien faire une
Jaignéepour rendre le mouvement
de la circulation du fang plus
libre ; mais c'est une vifion de
pretendre emporter la Pleurefie
par les faignées ; & ceux qui
quelquefois en échapènt par cette
voye , en ont l'obligation à leur
forte conftitution , comme ceux
qui refiftent à la force du poifon ;
car comme la chaleur naturelle
fe détruit
diminuent
& que les
efprits
par
Juillet 1691.
la continuation
G
74 MERCURE
des faignées , l'évacuation du
Sang attire une quantité d'air
dans le poumon , qui à raiſon
du nitre qu'il contient , fige
coagule davantage le fang , e
par ce moyen augmente la maladie.
Que fi la faignée n'est pas
un remède pour la Pleurefie, qui
paroist toute feu , je vous laiffe
à penfer de quelle utilité elle peut
eftre pour l'Apoplexie , la Paralyfe
, Hydropifie autres
maladies froides , où les Medecins
l'employent également .
Mais il eft temps que je vous
faffe voir que ce font les ef
prits qui font tous les mouve
GALANT.
75
mens impetueux , & les douleurs
que nous fentons ; & pour cet
effet , je vous prie de confiderer
un Pleuretique dans le dernier
jour de fa vie , étendu dans un
lit avec un rallement fans toux
& fans douleur. Cependant
l'humeur parfon fejour devenuë
plus acre plus vifqueuse , devroit
exciter une toux plus forte,
& une douleur beaucoup plus
violente. Peut- on attribuer cette
ceffation de douleur de toux,
à rien autre chofe qu'aux efprits,
lefquels n'eftant plus en estat
d'attaquer , ny de fe défendre
contre l'humeur morbifique . dež
Gij
76 MERCURE
en voulant
meurent vaincus , &fans effort,
ne pouvant exciter ny toux ny
douleur , au lieu que lors qu'ils
eftoient dans leur vigueur , ils
caufoient la toux ,
expulſer par le crachat l'humeur
qui les irritoit dans le poumon
tachant de cuire , incifer, t
évaporer l'humeur morbifique
par leur mouvement impetueux,
caufoient la douleur ?
Si l'on connoiffoit bien cette
verité, on ne feroit pas une Medecine
univerfelle de lafaignée ,
mais on chercheroit plûtoft cette
Medecine univerſelle qu'Hyposrate
enfeigne dans le Livre
GALANT. 77
De victus ratione , quand il
dit , aurum laborantes tundunt
, lavant , igne molli fiquant
; forti autem non conflatur.
Ubi vero elaborarunt,
ad omnia inferviunt. Il eft
facile de juger , Monfieur , qu'-
Hypocrate ne parle pas du iravail
que font les Orfeores fur
Por , puis qu'ils ne le fçauroient
fondre qu'avec un grand feu ,
mais bien de l'or qui doit eftre
employé dans la Medecine
travaillépar ce feu mol' , & c'eſt
pour cela qu'il dit , & ad omnia
inferviunt ; c'est à dire , qu'ils
sen fervent pour toutes fortes de
&
G
iij
78 MERCURE
maladies . Je voudrois bien fçavoir
de ces Meffieurs qui fe difent
difciples d'Hypocrate , qu'
eft- ce qu'il entend par igne molli.
N'est-ce pas l'efprit univerfel,
qui dans les metaux s'appelle
humide radical metallique
, dans le vegetal , humide
radical des vegetaux , & dans
l'animal , humide radical des
Animaux? C'eft luy qui dans
noftre corps fait toutes les fonctions
. Il endurcit le mol
mollifie le dur. Il rend froid ce
chaud ce qui qui eft chaud ,
eft froid . C'eft luy qui fait la vie
la mort lafanté & la malaGALANT.
79
die ; & pour faire voir clairement
, que par igne molli, Hypocrate
entend l'efprit univerfel,
ou humide radical de toutes chofes,
voicy ce qu'il dit dans le
mefme Livre. Homo frumen-
#tum tundir , lavat , mollit , &
ubi igne coxit,utitur , & forti
quidem igne in corpore non
conflatur , verùm molli , ac
lento. Vous voyez bien que
l'or des Philofophes doit eftre cuit
dans l'humide radical des metaux
, pour devenir fpirituel &
penetrant. De mefme le pain doit
eftre cuit dans l'homme par cet
efprit univerfel , ou humide ra-
G
iiij
80 MERCURE
dical , qui eft l'ignis mollis
d'Hypocrate , pour eftre converti
en efprit capable de penetrer dans
un inftant tout le corps , & faire
toutes les fonctions neceffaires
pour la vie.
or-
Si tous les Medecins quifont
ennemis de ce feu mol , qui
tâchent dans toutes les occafions.
de le fuffoquer par les faignées
par les rafraichiffans , & par la
boiffon exceffive de l'eau qu'ils
donnent , en avoient une parfaite
connoiſſance , ils banniroient de
leur pratique ces faignées & ces
rafraichiffans , & chercheroient
fen mol d'Hypocrate dans les
се
GALANT.
81
fubftances
qui en contiennent
le
plus , & par fon ufage ils forti
fieroient
celuy qui nous anime
entretient
continuellement
,
&fans lequel nous ne sçaurions
.
fubfifter
un feul moment.
roient
bien
que
Si les Chymiftes connoiſſoient
ce feu mol d'Hypocrate , ils verc'eft
le Mercure
des Philofophes , qu'il eft par
tout, que c'est l'humide radical de
toutes chofes, enfin que c'eft
Get efprit univerfel que tant de
gens cherchent en des lieux fi
cachez & fi envelopez dans la
matiere , lors qu'il paroift tous
les jours devant leurs yeux. ; &
82 MERCURE
que
il n'eft pasfort difficile de fçavoir
par ce que je viens de vous dire,
pourquoy les Philofophes difent
unanimement le Soleil en eft
le Pere , & la Lune la Mere's
pour vous convaincre de l'exiflence
& de la neceffité de cet
efprit univerfel ,
remarquez que
les vegetaux ne fubfistent que
par l'eau dont ils font arrofeZ
que l'eau de pluye les fait
beaucoup plus croiftre que l'eau
de riviere , parce que l'eau de
pluye s'empreint en l'air de cet
efprit univerfel . Les animaux le
reçoivent de l'air , des herbes
des fruits qu'ils mangent . Voilà
GALANT. 83
1
donc l'efprit univerfel corporifie
dans les vegetaux, dans les
animaux ; & comme on trouve
visiblement de veritables pierres
dans les corps des animaux , il
eft vray de dire
de dire que l'efprit univerfely
eft corporifié dans les trois
regnes . Que fi l'esprit univerfel
forme une pierre dans le corps de
l'animals dont la matiere eft fort
éloignée de la minerale, pourquoy
ne pourroit- il pas former cette
merveilleufe pierre dans l'oeuf
philofophique, dans lequel il n'y
a qu'un fouffre métallique trespur
? Tout confifte dans la diffoiution.
Auffi tous les Philofophes
84 MERCURE
demeurent d'accord que le princi
pe de la teinture , c'est la diffolution
. Or elle ne ſe peut faire
quepar une matiere humide, puis
qu'ils la définiffent une converfion
d'une chofe feche & dure,
en molle, tenue , fubtile & liquide
, avec une confervation
entiere, interne , effentielle &
Specifique de fa nature , laquelle
venant & eftre détruite , n'eft pas
la veritable diſſolution des Philofophes
, car afin qu'elle foit
veritable , il faut qu'elle foit
faite avec l'humidité radicale
interne de la même matiere qu'on
diffout , puis qu'agissant avec
GALANT. 85
une humidité étrangere , on travaille
en vain, parce que la
matiere fixe & permanente ne
fçauroit eftre diffoute qu'avec fa
propre humidité, de forte que le
diffolvant & le diffoluble different
feulement , en ce que le
diffoluble a fouffert une plus
grande coction que le diffolvant,
qui n'a pas encore eftefait corps.
Il auroit pourtant pû l'eſtre par
fucceffion de temps , car le corps
qui eft le diffoluble , a efté premierement
diffolvant, c'est à dire,
eau , & enfuite par fa chaleur
interne & externe du Soleil , il a
efté fait corps , lequel contient
86 MERCURE

toujoursfon humidité qu'il attire
de l'air de l'eau mesme , afin
d'en eftre nourry & fubftanté.
Je croy vous avoir aſſez declaré
cet efprit universel , on
ignis mollis d'Hypocrate , avec
tous fes merveilleux effets , en
forte que
chacun en doive eftre
convaincu. Toutefois il y en a
qui ne le peuvent comprendre ,
qui dénient entierement les
effets de cette Medecine univerfelle
, difant que fi cela eftoit ,
celuy qui la poffederoit feroit
immortel, puis que cette Medecine
guerit toute forte de maladies.
A quoy je répons que
lors.
GALANT. 87
que
la
nature manque , il n'eft
pas poffible qu'elle puiffe agirfe
lon les loix qui luy ont efté pref
crites par le Tout-puiſſant , qui
feul la peut reftaurer; car il n'a
pas voulu qu'elle put tirer ce
fecours d'elle- mefme , parce que
fi elle le pouvoit, elle deviendroit
éternelle ; & comme il´eft impoffible
à Dieu de ne pas pouvoir
faire ce qu'il veut , il ne faut
pas trouver étrange que la nature
n'ait pas le pouvoir de fe perpetuer,
& guerir les maladies incu
rables . Ileft vray que je ne mets
que
les Mepas
en ce rang celles
decins difent telles mais celles
88 MERCURE
feulement où la nature n'est plus
en estat d'agir , car tant qu'elle
peut agir, bien qu'elle foit reduite
aux abois , elle peut estre mife
en estat de dompter & de détruire
la matiere morbifique par le fecours
de cette divine medecine ,
qui multiplie fuffisamment fes
forces ce qu'elle n'auroit pù
faire d'elle- mefme. Mais comme
celuy qui porte le nom de Medecin
ne peut paffer pour tel, s'il
ne connoift la nature , ilfaut que
j'en parle en paffant , afin que
chacun puiffe juger (i ceux qui
paffent pour des Efculapes ont la
moindre teinture de la vraye Medecine.

GALANT. 89
que
La nature eft un mouvement
qui conferve toutes chofes dans
la mefme difpofition que Dieu ,
les a créées & produites , deforte
le Medecin doit fçavoir que
lors qu'une matiere fe ralentit
defon mouvement naturel , il le
luy faut procurer. Que fi au lieu
de le remettre on le luy diminuë,
on fait contre les loix de la nature,
on la détruit entierement.
il
que
le
Or remarquez que lors
fang devient gluant & vif
queux , perd fon mouvement
ordinaire &partant il le luy
faut procurer; mais lafaignées les
émulfions & autres rafaifchif
Juillet 1691 .
H
90 MERCURE
é
fans que les Medecins employent
pour la guerifon de la Pleurefie ,
arrestent le mouvement dufang ;
la faignée , en diminuant les efprits
, qui font les principaux
inftrumens du mouvement ,
les émulfions & autres rafraifchiffans
, en incraffant & épaififfant
les humeurs , & par con
fequent il faut que le Malade
meure , fi la nature n'eft pas af
fezforte pour refifter à la qualité
& quantité de la matiere morbifique
, & combattre la mauvaife
impreffion des medicamens
rafraichiffans des faignées.
La toux & la difficulté de refGALANT.
91
pirer font affez connoiftre qu'il
y a quelque humeur dans le poumon
, qui n'a plus fon mouvement
ordinaire , il faut eftre
dans le dernier aveuglement pour
ne connoiftre pas cette verité , &
par confequent il faut se fervir
des remedes qui rétabliſſent le
mouvement ordinaire des bumeurs.
Que files Medecins faifoient
bien reflexion que
confifte dans le mouvement , &
que tant plus que le mouvement
naturel diminuë , d'autant plus
on approche de la mort , je fuis
affuré qu'ils changeroient biensoft
de batterie , & attaqueroient
la vie
Hij
92 MERCURE
d'autres voyes.. les maladies
par
Jefuis furpris que l'Apoplexie qui
eft presque une entiere abolition
du mouvement, & quifait perdre
journellement la vie à tant
de gens , n'ait pas donné lieu à
tous les Medecins de faire reflexion
fur la privation de ce mouvement
, &fur les voyes dont la
nature fe fert pour mettre en
mouvement les matieres qui fe
condenfent au delà de fes loix.
Je fuis certain par experience
que fi on employoit d'abord les
remedes convenables , il ne mour.
roit le quart dės
pas gens
qui
meurent
de cette cruelle
maladie
,
GALANT. 93*
qui traine fouvent avec foy l'a
perte de l'ame ainfi que celle du
corps , maisfijefuis furpris du peu
de reflexion que font les Medecins
fur cette maladie , je le fuis
encore bien plus de l'aveuglement
du Public , qui ne luy permet
pas de remarquer que
la Pleurefie
, la Peripneumonie & l'Apoplexie
, font plus de ravage que
la Pefte ; car quoy que cette pernicieufe
maladie faffe perir beaucoup
de gens en peu de temps , la
Pleurefie , la Peripneumonie &
l'Apoplexie en emportent plus en
dix ans que la Pefte en mille ;
mais ce qui fait qu'on ne s'ap
94 MERCURE
perçoit pas du prodigieux nombre
de gens qui meurent dans le
Royaume par ces maladies , c'eſt
qu'elles n'attaquent pas tant de
gens en mefme temps , que la Pefte
en attaque , & qu'elles ne fe
communiquent pas de mesme ;
maisfi on remarquoit la quantité
qui perit tous les ans par ces maladies
, on verroit bien qu'elles
emportent plus de gens que la
Pefte , qui n'arrive qu'une ou
deux fois dans un fiecle , & je
ne doute pas qu'on ne tafchast
de s'éclaircir fur une telle matiere
, puis qu'il n'y a rien de
plus facile que d'en venir à l'experience.
GALANT.
95
ja-
J'avois refolu , Monfieur , de
vous donner par écrit le remede
Specifique pour la Pleurefie , mais
ayant fait reflexion que la
loufie est une empoisonneuse qui
ne manque pas d'artifice pour
mefler le poifon dans les meilleurs
mets , voulant obvier à cela , &
ne pasfruftrer le Public de ce bien ,
jay confié le fecret au fieur Faviere
, Apoticaire ordinaire du
Roy , enfon Chafteau de la Baftille
, demeurant à la ruë de la
Verrerie , & à quelques autres
Apotiquaires fort intelligens , &
capables , qui le diftribueront fidellement
avec la methode re96
MERCURE
mes Let quife ; & fi je vois que
tres foient de quelque utilité au
Public , je les continueray, feray
voir par ma premiere d'où
procedent les vapeurs & les affetions
du poumon , qui font frequentes
en cette Ville , & que
c'eft un abus de croire qu'un hompuiſfſfe
avoir trop de fang.
Quoy que cette derniere propofi
tion foit entierement opposée au
fentiment commun › tant des
me
Medecins
que
du Public , je les
prie de ne me condamner pasfans
m'entendre , je me fais fort
de faire changer d'opinion à tous
ceux en qui la raifon prédominera
GALANT.
97
nera par- deſſus la paſſion & la
prévention. Je fuis ,
Monfieur ,
voftre tres , &c..
LA BROSS E.
A Paris ce 15. May 1691 .
Si vos Amis de Province
viennent à Paris , & qu'ils
veüillent
demander quelques
éclairciffemens à M'.la Broffe
fur la
doctrine que cette Lettre
contient , vous pouvez les
avertir qu'il eft logé rue Bourtibourg
, vis- à- vis les Coches
de
Fontainebleau ,
proche le
Fuillet 1691.
I
98 MERCURE
Cimetiere Saint Jean .
Vous fçavez , Madame , que
M le Maréchal Duc de Luxembourg
a cfté pourveu du
Gouvernement de Norman.
die , & que le Roy pour donnerun
témoignage public aux
rares vertus de cet illuftre
Maréchal , a voulu par une
- grace toute particuliere faire .
refléchir le mefme honneur
fur la perfonne de M. le Duc
de Montmorency fon Fils ,
en faifant tomber fur luy également
les foins du Gouverne
ment de cette Province ques
a confiéeà tous les deux -les
GALANT. 99
Lettres Patentes que l'un &
l'autre en ont obtenuës,furent
prefentées au Parlement de
Rouen , & leuës à l'Audience
le Mardy 10. de ce mois . M
du Sortoir , Avocat , qui avoit
efté choisi pour prefenter
celles de M: le Maréchal
Duc de Luxembourg , fit un
difcours fort éloquent & remply
de ces grands traits fi
propres à peindre un Heros.
Il mit dans un beau jour cette
ancienne vertu , cette vieille
gloire que ce Maréchal fait
revivre fi dignement en fa
perfonne , & aprés avoir cm-
I ij
100 MERCURE
ployé tout ce que l'art a de
plus ingenieux pour répondre
à la grandeur de fon fujet,
aprés avoir montré d'une
feule veuë que fa naiſſance le
faifoit remonter par la fuite
de mille Heros jufqu'au premier
Baron Chreftien , & l'approchoit
par fes Alliances de
toutes les Couronnes de l'Europe
; aprés avoir repreſenté
que cette illuftre & ancienne
Maifon dans laquelle l'on
comptoit jufqu'à vingt & une
generations de Malles defcendans
en droite ligne , qui avoient
donné à la France fix
GALANT. 101
Conneftables , fept Maréchaux
, quatre Amiraux, deux
grands Chambellans , & plufieurs
autres grands Officiers
du Royaume , ne s'eftoit garantie
de la chute que la revolution
de tant de ficcles avoit
caufée à un nombre prefque
infiny d'autres du plus
grand éclat , que par un zele
incroyable pour la défenfe.
des Autels , que les Seigneurs
de Montmorency avoient les
premiers élevez , & par une
fidelité inviolable envers leurs
Princes qu'ils ont fervis aux
dépens de leurs biens , de
I iij
102 MERCURE
>
leur fang , & de leur propre
vie , il parla de la fameufe
journée de Fleurus , le der
nier Theatre des Victoires de
M: de Luxembourg , le monument
eternel d'une valeur
& d'une experience confom
mée. Il fit voir combien cette
victoire fut complette & decifive
, comme elle donna le
branfle à tout le refte de la
Campagne , amena à ſa fuite
la Victoire Navale , celle de
Stafarde , & apprit enfin aux
François ce qu'ils devoient attendre
de leur grande deſti
née , ayant à leur tefte le preGALANT.
103
mier Baron Chreftien,, &
combattant pour la Religion
fous le plus grand & le plus
Chreftien de tous les Rois . Il
finit fon difcours par l'avantage
particulier que la Normandie
recevoit d'une protec
tion fi puiffante , ce qui luy
donna lieu de dire que dans
ce jour tout devoit reten
tir d'acclamations publiques ,
puis que cette Province.en de
venant le prix de la Victoire
de Fleurus devenoit à ellemefme
la plus glorieufe recompenfe
qu'elle puft jamais
efperer. M de Bordeaux , ALiiij
104 MERCURE
vocat , porta la parole pour
M: le Duc de
Montmorency
.
Il y avoit à l'Audience un
grand nombre de Gentilshommes
& une affluence
extraordinaire de toutes fortes
de Perfonnes , & tout fe
palla avec beaucoup d'éclat .
Les paroles que vous allez
lire de l'Air nouveau que je
vous envoye ont efté mises en
chant par M Hurel , qui non
feulement cft un excellent
Maistre de Thuorbe , mais.
auffi qui montre parfaitement
bien à chanter.
[ H & R HH HHHH HH
6%
7 4 *
parler d'amour etvous.w medef?
765
ue , Cast peuqueje per
pour
la дек ni
6
la
GALANT. Tos
AIR NOUVEAU,
V
Ous me faités chantèr tant que
dure le jour,
Et vous me deffendez de vousparler
d'amour.
Ah, je ne voy que trop voftrefunefte .
envie.
C'eft peu que je perde la voix
Si je ne pers auffi la vie.
Hé bien , vous m'entendez pourla
derniere fois.
Voicy d'autres plaintes d'un
Amant à une belle Inhumaine
. C'eft M : de Meffange
qui le fait parler.
106 MERCURE
JM IDILLE:
Pour fervir de Bouquet.
Ve mefervent ces fleurs de
toutes parts éclofes ?
Que me fert- il , Amour , que ton
Myrthe & tes Rofes
Forment le riche émail de ce brillante
Fardin ,
Sil'ingrate Beauté qui cauſe mes alarmes
,
Me banniffant des lieux qu'embel
liffent fes charmes ,
Nepeut pas recevoir un Bouquet de
ma main ?
S
Par l'éclat de vostre feuillage
Vives Fleurs , vous tracez à mess
yeux une image .
GALANT. 107
Des appas éclatans qui charmerent
mon coeur.
Que n'allez- vous mourirfur lefein
de ma Belle
Et peindre par votre langueur
Un malheureux qui meurt pour
elle ?
S
De la Grace & de la Beauté
Cette Nymphe fur vous a l'heureux.
avantage ;
Mais vous avez fur elle une autre
qualité ,
Qui n'est pas un moindre partage.
2
On ne fçauroit , fans vous mettre
en danger,
Vous arracher de ce Bocage ;
Ma cruelle Maistreffe eft ingrate &
volage >
Et faitfon plaifir de changer..
108 MERCURE
S
Vous eftes tendres ; elle eft dures
Et cette charmante douceur ,
Qu'en fon air enchanté répandit la
Nature ,
point encore pû pafferjufqu'àfon
coeur ,
Pourle rendre fenfible aux tourmens
que j'endure.
2
Enfin l'on peut vous approcher ,
Vous prendre , & par des nauds l'on
peut vous attacher,
Sans craindre voftre resistance..
Celle qui fait les maux où l'on me
voit reduit,
Eft une aimable Fleur , mais une
Fleur qui fuit ,
Et qui fçait en tous lieux éviter ma
prefence.
GALANT. 109
ནི་་
Helas ! que me fert- il , dans le
plus beau de l'an ,
D'enlever les Préfens de Flore à
cette Plaine ?
Ilsflétriront , loin de mon Inhumaine
;
Et quoy qu'ils foient cueillis la veille
de faint Jean ,
Ils feront fans vertu pour soulager
ma peine.
Du moins , mon respect , mon ardeur
,
Mes tendres foins & ma conftance,
Foignez- vous à la fois , pour fléchir
la rigueur ,
Qui caufe mafouffrance.
Peut- eftre ferons - nous , par la per
Severance ,
Que la pitié s'en mesle , & parle en
ma faveur.
no MER URE
S
Et vous , amoureufes Haleines ,
Tendres & paisibles Zephirs ,
Qui foûpirez fans ceffe au bord de
ces Fontaines ,
Etfans ceffe entendez le bruit de mes
Soupirs 3
Si vous pouvez trouver ma volage
merveille ,
·Portez mes triftes cris jufques à fon
oreille ,
Et faites - luyfçavoir , que lors qu'en
ces beaux licux
Où brille l'éclat de fes yeux
Par les Jeux & les Ris fa Fefte eft
celebrée
,
Moy , dans cette trifte Contrée ,
Loin d'elle , accablé de douleurs.
Je la celebre dans les pleurs.
GALANT:
ont
Les Nouvelles qu'on a receues
d'Ifpahan nous
appris la mort de l'Atamadaulet
, ou premier Miniftre
du Roy de Perfe , arrivée le 25.
Octobre 1689.dans fa quatrevingt
- quatrième année . Le
Public en a déja efté informé ,
& je ne reprendrois pas cet
article , fi je n'avois à y ajoûter
plufieurs circonstances
que vous ne ferez pas fachée
de fçavoir . Ce Miniftre s'ap-
- pelloit Chick - Ali- Kan , &
avoit eu l'adminiftration
des
affaires , après avoir paſſé par
toutes les Charges les plus
112 MERCURE
confiderables du Royaume.
Il fucceda d'abord à fon Perc
dans la Charge d'Emir - Acor ,
ou Grand Ecuyer. Il fut fait
enfuite Kan de Caramancha,
puis Generaliffime des Trou
pes de Perfe , & enfin fon
merite obligea le Roy de
l'élever à la dignité de premier
Miniftre . Il s'eftoit toujours
diftingué par fes grandes
qualitez , & fur tout , par
fon application extraordinai .
re à bien rendre la justice ,
fans qu'il ait jamais accepté
aucun prefent . Il haïffoit tellement
l'oifiveté , que quand
GALANT. 113
les affaires du Royaume luy
donnoient quelques momens
de relâche , il les employoit
à tourner des cueillers de bois,
& à faire quantité d'autres
petits Ouvrages , qu'il envoyoit
aux Kans fes Amis ,
pour les affurer de fa bienveillance
, ce qui rempliffoit
fon Ecurie des plus beaux
chevaux de Perfe , dont ils
luy faifoient prefent en reconnoiffance
des marques qu'ils
recevoient de fon fouvenir.
Le Roy l'alla vifiter deux
jours avant qu'il mouruft, &
fa mort eftant arrivée le jour
Juillet 1691.
K
114 MERCURE
du maffacre des deux grands
Saints de Perfe , Haffen & Huffein
, Fils de Morful Ali , luy a
procuré dans l'efprit des Perfans
, l'Aurcole du Martire ,.
qu'ils donnent à tous leurs
pretendus vrais croyans , qui
ont l'avantage de mourir dans
un jour fi faint pour eux . Le
Roy pour marquer combien il
étoit content de fes bons fervices
, a donné fes biens , qui
font immenfes , à fes Enfans ,
qu'il avoit fait pourvoir des
plus grands & des plus beaux
Gouvernemens de Perfe . Par
les dernieres Nouvelles qui
+
GALANT. 115
font venues d'Ifpahan en datte
du 13 Juillet 1690. on n'avoit
point encore trouvé un Sujet
capable de remplir la place
mais le bruit couroit qu'elle
feroit donnée à fon fecond
Fils , nommé Chah Koulikan ,
qui eft Gouverneur de Karamancha
, Capitale du Curdi
ftan , & de Courmaoua , Capitale
de Laureftan . Peu de
temps aprés la mort de ce
Miniftre , le Nafir , ou grand
Maistre d'Hoſtel, ayant reprefenté
au Roy que la dépenfe
des Etrangers qu'il a receus
pour les Conaks ou Hoftes ,
Kij
116. MERCURE
( C'eſt ainfi qu'on traite fans
diftinction les Princes de
Georgie , & autres Sujets de
Perfe , les Ambaffadeurs , Envoyez
, & Porteurs de Lettres)
montoit chaque jour à ſept
cens Tomans , qui font environ
trente mille livres de
France,SaMajefté le fit inviter
à un Feftin qu'Elle fit exprés
le 9. deNovembre de la même
année. Ce feftin fe fit dans le
charmant Balcon qui eft au
deffus de la grande porte du
Palais du Roy , qu'on appelle
Alla Capi , c'eft à dire , Porte
de Dieu , ou , lieu de refuge.
GALANT. 117 .
Le Maimandar Bachi , qui a
foin de tous les Konaks , &
qui eft comme Introducteur
des Ambaffadeurs , les affembla
tous à la porte du Palais
fur les trois heures aprés midy,
& comme il n'y avoit que
deux endroits commodes
pour s'affeoir , il mit à la
droite les Princes de Georgie,
ceux de l'Exegui , deux Princes
Arabes , un Envoyé du
Roy de Pologne nouvellement
arrivé , & M; Sanfon ,
Miffionnaire Apoftolique de
France , Porteur d'une Lettre
deSa Majesté.Il plaça à gauche
118 MERCURE
l'Envoyé du Grand Seigneur,
les Envoyez des Yusbegues ,
& les Gens du Fils du Grand
Mogol . Comme dans la Cour
de Perfe , on ne fait aucune
diftinction entre les Porteurs
de Lettres des Princes , on les
appella tous felon le temps
qu'il y avoit que chacun d'eux
cftoit arrivé , & parce que
M Sanfon eftoit le plus ancien
fur le Regiſtre , on l'ap
pella le premier . Aprés qu'il
cut fait la reverence au Roy,
1 Envoyé du Grand Seigneur
la fit a fon tour , & quand
tous les Konaks curent pris
GALANT. 119
3 leurs places on fit venir
le fieur Salomon Skowrski ,
qui prefenta au Roy une Let.
tre de Sa Majesté Polonoife ,.
Ce Prince s'eltant informé de
la fanté du Roy de Pologne,
luy demanda des nouvelles du
Roy de France , qu'il appella
Chain- chah , c'eft à dire Em
pereur. L'Envoyé luy fit le recit
de ce que Sa Majesté a
fait pour le Roy d'Angleterre
, & luy raconta avec com
bien de magnificence Elle l'a ,
voit receu dans fon Royau
me , & le fecours d'hommes
& d'argent qu'Elle luy avoit
120 MERCURE
8
donné pour le remettre en
poffeffion de fes Etats , & punir
fes Sujets Rebelles . Il ajoûta
que ce Prince avoit eſté fi
touché de la difgrace d'un
Roy , chaffé de fon Trône
par l'infidelité de fes Peuples,
que fon reffentiment l'avoit
obligé d'envoyer une puiflante
Armée contre les Hollandois
qu'il avoit reconnus eftre
les Auteurs de la Rebellion
d'Angleterre . Le Roy de Perfe
témoigna d'apprendre avec
une joye particuliere la generofité
de noftre augufte Monarque
àfoûtenir un Roy dans
fon
GANLAT. 121
fon infortune , & ayant congedié
l'Envoyé Turc qu'il avoir
fait appeller pour ſçavoir
, s'il eftoit vray , comme
l'Envoyé de Pologne l'avoit
affeuré, que le Grand Seigneur
cût envoyé deux Plenipotentiaires
à Vienne pour y propofer
la Paix avec l'Empereur ,
tandis qu'il luy demandoit du
fecours , & le vouloit engager
à des dépenſes immenfes ,
il parla fort long temps avec
Chah Hecber , Fils du grand
Mogol fur ce qu'on venoit
de luy rapporter , fans que les
autres puffent rien entendre
Juillet 1691.
L
122 MERCURE
de ce qu'ils difoient , à caufe
que les Maistres d'Hôtel, qu'ils
appellent Laulbet Talaoül , avoient
fait un cercle autour
du Roy. Cependant il fit
apporter du vin dont il enyvra
prefque tous les Grands
& à peine eut- on fervy le
Plau que les Conviez fe retirerent
. On croyoit que ce
Feftin fait fur la requeſte du
Nazir , pourroit obliger le
Roy de Perfe , à foulager fon
Trefor d'une groffe dépense
en congediant fes Hoftes ,
mais il ne s'en parla point.
On dit feulement qu'on exGALANT.
123
pedieroit bien-toft l'Envoyé
de Conftantinople, & que l'on
avoit deffein d'envoyer enfuite
un Ambaffadeur à Sa Hauteffe
, pour la feliciter fur fon
avenement à l'Empire. Tout
eftoit alors dans une fort
grande confternation dans la
Cour de Perfe , à caufe de
quarante mille Yusbegues qui
ravageoient le Koralon. Ils
avoient détourné la Riviere
Mourgab , & affiegé Meruë.
Le 8. de Juillet de l'année
derniere , le Roy fit inviter
à la Fefte du Ramazan , par
laquelle ils terminent une
Lij
124 MERCURE
de
efpece de Carefme , le Fils du
Grand Mogol , les Grands de
fon Empire , & les Etrangers
qu'il avoit receus au nombre
fes Hoftes . Ce Prince n'ayant
point efté vifible durant tout
ce mois de penitence , on ef
peroit qu'il remedieroit
dans
ce Feftin à beaucoup de facheufes
affaires qui font furvenuës
dans fes Eftats depuis
la mort de fon Grand Vifir .
On s'attendoit
qu'il luy donneroit
un Succeffeur, & qu'aprés
avoir remply toutes les
Charges vacantes
il nommeroit
un General d'Armée
GALANT.
125
pour fecourir la Province de
Koralon , & expedieroit
les
Ambaffadeurs
qui languiffent
dans fa Cour ; mais tout le
Banquet Le paffa en actions
de graces que les Kans & les
Sophis rendirent à Dieu , de
leur avoir confervé le Roy ,
malgré les incommoditez du
Ramazan , quoy que ce Monarque
n'en ait pas beaucoup .
fouffert , ayant coutume de fe
décharger du foin de jeûner
far de pieux Moullas qui font
gagez pour cela , & d'ailleurs
le Roy de Perfe fe difant le
Chef de la Loy , le Fils de
Liij
126 MERCURE
Morful Ali, & le Defcendant
de Mahomet , il ne fe crois
pas obligé de faire des peni .
tences fi rudes. Ce Feftin fe fit
dans la grande Salle de fon
Palais, appellée Tehehel toulons,
c'eft à dire , des cinquante Pilliers.
Sa Majesté cktoit affife
fur un Sofa , relevé d'environ
deux pieds , avec une douzaine
d'Enfans de joye autour
d'Elle , & le Fils du Grand
Mogol eftoit affis à fa droite
fur le coin du Sofa. Les Kans ,
& les Hoftes eftoient affis
en lignès au bas du Sofa , &
les Officiers de l'Armée fe tinGALANT.
127
rent debout derriere eux, chacun
un Moufquet à la main .
Les Muficiens eftoient au bas
de la Salle, & le Grand Portier,
& plus de quarante Maiftres,
d'Hoftel formoient un cercle
devant le Roy , cn s'ap
puyant fur de grands bâtons
dorez . Si- toft que les Conviez
eurent pris leurs places , chacun
en fon rang , on fervit
des fucreries dans de grands
baffins d'argent , &le Roy fit
venir du vin . On appella un
Ambaffadeur du Kan des
Yusbegues d'Organge , dont
on receut la Lettre affez in-
Liiij
128 MERCURE
differemment. On luy fit baifer
la terre , & l'ayant fait
tourner trois fois autour de la
teſte du Roy , on luy donna
une des dernieres places du
Feltin. Lors qu'il fut affis , on
fit paffer devant le Roy les
Prefens qu'il avoit apportez.
Ils confiftoient en feize chcvaux
, en une douzaine de
couffins de plumes , en une
centaine de peaux d'agneau
frifées , qu'on eftime fort en
Perfe , & en cinquante cuirs
de boeufs des Indes . Aprés
que les Prefens furent paffez ,
les Perfans firent paffer à leur
GALANT. 129
tour cent quarante teftes
d'Yusbegues , qu'ils avoient
fichées fur de grandes per
ches . Un fi lugubre fpectacle
eftoit plus propre à faire perdre
l'appetit aux Conviez, qu'à
leur donner aucune idée de
la grandeur de la Perfe , puis
qu'on fçait que pour une tefte
d Yusbegues qu'on montroit,
les Yusbegues en pouvoient
montrer dans leur Pays cent
de Perfans . Le Kan d'Organge
ayant toujours quelque
chofe à démêler avec les Yufbegues
de Samarkand , Balck
& Boccara , qui font ceux qui
с
130 MERCURE
rayagent à prefent la Provin
ce de Koralon , avoit dépêché
cet Ambaſſadeur
, pour
offrir des Troupes
au Roy de
Perfe , & parce qu'il ne les
veut pas accepter , on croit
qu'il a fait faire parade de ces
cent quarante teftes coupées »
pour faire voir que fans recevoir
aucun fecours il pouvoit
vaincre les Yusbegues
. Aprés
cet Ambaffadeur
, celuy du
Kan de Bache Ateleuk
prefenta
fa Lettre, qui fut receuë
encore avec moins d'honneur
que la premiere . Ces Baches
Ateleuks
,ou autrement.Teftes
GALANT. 171
découvertes , font les Geor
giens Septentrionaux , tributaires
du Grand Seigneur,qu'-
on appelle Teftes nuës , parce
que malgré le grand froid de
leur pays , ils ne fe couvrent
jamais que d'une demi - calote .
La maniere dont eſtoient vétus
les Gens de cet Ambaffadeur
, faifoit affez voir l'extrême
mifere des lieux qu'ils
habitent , puis que les plus
apparens d'entre eux eftoient
encore en plus mauvais ordre
que ne font nos Chaffemarées.
Cet Ambaffadeur venoit demanderau
Royde Perfe laper132
MERCURE
miffion de battre de la nou
velle Monnoye à fon coin ,
parce qu'il y a cinq ans qu'on
a rompu l'ancienne . Ce qu'il
y a de fort furprenant dans
le fujet de cette Ambaffade ,
c'eft que ces Peuples eftant
tributaires du Grand Seigneur ,
vcüillent battre Monnoye
au coin du Roy de Perfe . Les
Prefens de cet Ambaffadeur
ne parurent point , parce qu'-
ils ne
confiftoient qu'en jeunes
Garçons & en jeunes Fil
les , que ces lâches Chreftiens
abandonnent à d'infames pro-
Atitutions pour plaire à Ma
GALANT. Ï33
homer. Aprés ces ceremonies,
on fervit le Plau. Chaque
Convié en prit quelques poignées
felonl'ufage de Perfe, &
le Roy les congedia. Six jours
aprés le S. Jean Lewens , Ambaffadeur
de la Compagnie de
Hollande , devoit faire fon
entrée avec une grande pompe.
Le Prevoft des Marchands,
le Maire , les Lieutenans Criminel
& Civil de la Ville
avoient receu ordre d'aller
au devant de luy ; & ce qui
luy attiroit cet honneur
c'est qu'il devoit amener au
Roy quatre Elephans , & luy

134 MERCURE
faire pour plus de cinq cens
mille livres d'autres Prefens.
Le 2. dece mois le S. Moyfe
Charas , cy- devant Apoticaire
Artifte au Jardin Royal des
Plantes , & Apoticaire de
Monfieur , cut l'honneur de
faire la reverence au Roy ,
qui le receut favorablement ,
& luy témoigna la joye qu'il
avoit de fon retour & de fa
Converfion. Il fut prefenté.
par M. Daquin , premier Medecin
de Sa Majesté . It eft
revenu de Hollande avec
fa Famille , eftant forty du
Royaume pour fuivre toû
GALANT: 135
jours la Religion de Calvin ,
dont il fit enfin abjuration en
Espagne , ce qu'il renouvela le
premier jour de ce mois entre
les mains de M. l'Archevefque
de Paris dans l'Eglife
faint Sulpice
› en prefence
d'un grand nombre de Prelats
& autres . perfonnes de
qualité C'eft un homme connu
dans toute l'Europe par
fa capacité extraordinaire en
toutes fortes de fciences , &
particulierement dans la Medecine
& dans la Chymie . Les
divers volumes de Livres Latins
& François qu'il a don136
MERCURE
nez au Public en font une
preuve. Il n'exerce plus la
Pharmacie depuis dix années
qu'il eft receu Medecin de
Montpelier. Le feu Roy de
la grande Bretagne l'avoit retenu
pour un de fes Medecins
ordinaires . Il travaille ac
tuellement à donner encore
plufieurs Livres de Medecine.
Il a fon Fils Apoticaire , qui
demeure rue des Boucheries ,
Fauxbourg Saint Germain , &
qui ayant travaillé toûjours
fous luy a fort profité de fes
lumieres . Il parle parfaitement
bien toutes les Langues ,
GALANT. 137
ce qui eft d'un grand fecours
pour les Etrangers qui viennent
en France .
Voicy des Devifes qui ont
efté faites fur les Princes de
la Ligue , par M de Lorme ,
Avocat au Parlement de Grenoble.
Les deux premieres regardent
le Roy. L'une eft un
Soleil qui efface tous les autres
Aftres , avec ces mots Latins,
Delet hic unicus omnes , ou ces
mots Eſpagnols , Todos borra
el folo .
Auprés de fon éclat , le vostre n'eft
qu'une ombre.
Pour briller davantage en vain vous
joignez - vous ;
Juillet 1691 . M
138 MERCURE
Quoy que vous foyez fi grand
nombre ,
Luyfeul vous défait tous.
L'autre a auffi pour Corps
le Soleil , dont la lumiere ébloüit
des Oifeaux de nuit &
les met en defordre , avec cet
Hemiftiche
nocet , at lucer.
pour
ame
. Non
N'imputez ce defordre extrême
Qu'à votre défautfeulement ,
Puifque c'eft la lumiere même
Qui caufe vostre aveuglement.
POUR L'EMPEREUR
.
Un faux Aiglon qui tourne
la tefte , fes yeux ne pouvant
1
GALANT
139.
fouffrir l'éclat des rayons du
Soleil , & cet autre Hemiftiche
, Se probat indignum .
L'éclat dont vous eftes choqués
Eft ce qui vous fait reconnoifire
Si vous en eftes offufqué ,
C'est que vous n'eftes pas ce que vous
devez eftre.
Pour LE ROY D'ESPAGNE .
Un Lion en peinture , avec
ces mots Italiens , Se foffe vero.
Ce n'est qu'une infenfible image ,
Qu'une autre main offre à nos
yeux ;
Mais quand il ex auroit la force &
le courage ,
Il faudroit qu'il cédât au Cocq victor
rieux.
Mij
140 MERCURE
Pour LES HOLLANDOİS
.
Des nuages devant le Soleil
qui les perce de ſes rayons,
& les fait tomber en pluye
dans un Marais , & ces paroles
pour ame , S'ho vi elevati , abbaffaro.
Vous quej'ay tire de la fangé ,
Tenebreux avortons de ma vive
Templarté,
Vous venez à prefent par un indigne
réchange ,
M'opposer voftre obſcurités
Mais ne pouvant fouffrir aucun impur
mélange ,
Je vous mettray plus bas que vous
n'avez esté
GALANT . 141
POUR LE PRINCE
D'ORANGE .
Un Oranger , avec ces mots
auffi Italiens , Grato di fuori ,
dentro amaro.
2 Son apparence eft decevable ,
Et peut tromper les imprudens,
Le dehors en eft agreable ,
Mais l'amertume eft au dedans.
POUR LE MESME.
Le jus exprimé d'une 0-
range , & ces autres mots en
la mefme Langue , Senza altro
non piace,
ast Ce n'est pas fa propre excellence
Qui luy donne sant de renom ;
Mais c'eft de fa feule alliance ,
Que dépend ce qu'il a de bon .
142 MERCURE
POUR LE DUC
DE SAVOY E. SNM
Phaeton qui tombe dans le
Pô , avec ces mots d'Ovide
Magnis excidit aufis.
Pour avoir rejetté lefage avis d'un
Pere
Et voulu follement prendre un effor
nouveau ,
Ce jeune Temeraire
Par fa chute fanefte a fait rougir le
Pal.
Si les Flotes
d'Angleterre &
de
Hollande
répondent au
defir que celle de France a de
combattre , j'efpere vous.en-
1
GALANT. 143
voyer avant que de fermer cette
Lettre, une ample Relation
de quelque Combat Naval ,
des plus grands qui fe foient
encore donnez. Cependant je
vais vous entretenir de deux
actions particulieres , dont le
détail merite bien d'eftre fçû.
L'une eft que le Brulot le Renard
, monté par Mr Cauviere,
Provençal , ayant efté envoyé
pour porter des rafraichiffemens
à noftre Armée Navale,
mit les Signaux , penſant l'avoir
rencontrée à douze lieuës
de Breft ; mais
voyant que les
Vaiffeaux qui eftoient prefts
144 MERCURE
de le joindre ne mettoient pas
les leurs , il fe douta que c'étoit
la Flotte Ennemie ; ce
qui l'obligea à reviter de bord
pour le retirer. Quatre Fregates
de cinquante pieces de
Canon le détacherent, & l'eurent
bientoft environné M
Cauviere voyant qu'il falloit
fe rendre , ou hazarder le tout
pour le tout , mit le feu à fon
Brulot , & le jetta en Camifʊle
avec fon monde dans fa Chaloupe
, où faifant force de
rames à l'inftant qu'il vit fau
ter fon Brulot , il fe tira d'affaire
fans perdre un feul homme,
GALANT. 145
me , malgré les coups de Canon
& de Moufquet que ceux
qui le fuivoient luy tirerent.
Un calme qui furvint aida à
le dégager , & il arriva à Breft
fans autre mal que d'un Matelot
bleffé d'un éclat de fon
Brulot . Il vogua pendant neuf
heures , ayant efté longtemps:
fans avoir pû découvrir la terre
, & n'ayant pour toute ref
Lource qu'une barique d'eau,
& une Bouffole .
L'autre action eft de Mile
Chevalier de Beaujeu , fimple
Garde de Marine , mais fort
eftimé.En croifant fur nos cô .
Juillet 1691.
N
146: MERCURE
ge,
tes avec un petit Baſtiment de
huit pieces de Canon & de
vingt -fept hommes d'équipail
fut rencontré
ces jours
paffez d'un Corfaire monté
fur un Capre de fix pieces
de Canon , & de foixante & dix
hommes d'équipage . Cette
inégalité n'ayant lervy qu'à
l'animer davantage, il fit force
de toutes les voiles , & vint
vent arriere fur le Corfaire,
dont il effuya plufieurs bordées
fans tirer fur luy qu'à la
portée du piſtolet . Il fit grand
fracas en allant à l'abordage
,
& offrit bon quartier . Le CorGALANT.
147
faire l'ayant refufé , le Garde
Marine accrocha fon
Baftiment , & fecondé de
fon équipage , il s'en rendit
maiſtre , aprés avoir tué
plufieurs Espagnols . Il l'a
amené à Breft , avec quarante
à cinquante Prifonniers
.
to
On a fair paroiftre un Eſſay
de Bouffole & de Cadran univerſel
, tiré d'un Syſteme prefenté
au Roy , fur une idée
generale du Monde , par
Seigneur d'Eftoubville , avec
l'Art de connoiftre préciſement
par Terre & par Mer ,
Nij
148 MERCURE
2
mefme en tous lieux inconnus
, les Poles , les Heures du
jour , les Longitudes & les
Latitudes de tout l'Univers,
& d'aprendre parfaitement la
Geographic. L'ufage de cette
Bouffole confifte à prendre
l'ombre , & à y pofer une épingle
. Si l'ombre va de la
main gauche à la droite , on
fera fur le Pole Arctique ; fi
au contraire on va de la droite
à la gauche , on fera fur
l'Antarctique . Enfuite il faut
ouvrir un Compas fur l'ombre
donnée , en porter un
cofté fur une partie du cerGALANT.
149
cle du Signe où eft le Soleil .
& l'autre cofté du Compas ,
fur le Meridien donné fur le
mefme cercle , puis tourner la
Bouffole jufqu'à ce que la
mefme ombre touche l'autre
cofté du cercle , & le Meridien
fera Nord & Sud. Le
Meridien donné eftant Nord
& Sud , il faut mettre fur le
cercle au point où le Soleil ne
falt point d'ombre , un Stile
long de la quatrième partie
du demi- cercle , divifé en
vingt-quatre heures ; & comme
le Soleil fait ombre par
tout ailleurs , l'ombre du Stile
N iij
150 MERCURE
tombera fur l'heure du jour,
& donnera précifément depuis
douze heures fur la ligne
où le Soleil ne fait point
d'ombre , jufques à vingtquatre
fur le Pole , & décrira
une ligne proportionnée à
celle du Stile , tant que le
Soleil fera au mefine Signe .
Lors qu'il en fortira , il ceffera
de marquer l'heure &
commenceraà décrire la ligne
du Signe où il fera entré ; &
un femblable Stile pofé où le
Soleil ne fait plus d'ombre ,
démontrera l'heure du jour, &
ainfi alternativement des au
>
GALANT. 151
tres Signes . Si -bien que fi l'on
tire un Equateur fur le Meridien
donné au point du Stile;
la ligne de l'ombre décrira le
Zodiaque du Pole où l'on fera
; & les ombres du matin &
du foir , fi les jours ont plus
de douze heures , décriront
les arcs du Zodiaque
de l'autre.
Pole , d'où l'on découvrira
le cercle entier , & fuivant la
ligne de l'ombre, & comptant
quinze degrez par heure , on
connoiftra le Meridien où le
Soleil fera dans fon midy ,
lors qu'on l'aura à fon levant ,
& toutes les heures du jour
Nj
152 MERCURE
& de la nuit de tous lesMcridiens
de tous les Climats , à
proportion d'une heure d'un
Meridien & d'un climat connu.
Ainfi fi l'on pofe en même
temps ſept Stiles ſur ſept
Meridiens, donnez pour les
douze Signes , ils décriront
sous la ligne du Signe où fera
le Soleil , & celuy feul où il
fera , montrera précisément
l'heure du jour, pendant que
tous les autres prouveront
fenfiblement la variation des.'i
cercles , & la verité d'une
confonance caufée par unfeul
mouvement, jufques icy cons
GALANT. 153
nu par trois divers mou
vemens , qui fe trouvent neanmoins
réunis dans un feul ,
fuivant lequel le Soleil éclaire
toujours la moitié du Monde,
produit d'une mefme caufe
des effets divers & contraires
fur l'un & fur l'autre Pole,
vole de toutes parts auffi vîte
que le Temps , & par une révolution
fenfible en tous fes
points du Levant au Couchant
, d'un cercle polaire à
l'autre Pole , & fait tous les
jours un mefme cercle , de
forte que de mois en mois il
change d'afpect en douze ma
154 MERCURE
hieres , & diftingue ainfi tous
les mois ; & de trois mois en
trois mois fes cercles fe coupent
au Solſtice , & diftinguent
l'Hyver & l'Eſté . Aux
Equinoxes il les égale , & fe
contourne de maniere , qu'il
diftingue le Printemps &
l'Automne , & de fix mois en
fix mois ils font oppofez , ce
qui fait que d'un mefme mouvement
lors qu'il produit
l'Hiver fur le Pole Arctique, il
produit. l'Efté fur l'Antarctique,
& le Printemps de l'un , &
l'Automne de l'autre ; & d'année
en année , il revient dans
2
GALANT. fs 155
tous fes cercles , retrogradant
tous les jours preſque d'un
degré fur l'Equateur, & pref
que de la quatrième partie
d'un degré fur le Meridien ,
& fait en un jour , en un mois,
en une faifon , & en une année
, en tous les Meridiens ,
ce qu'il fait en quelqu'un , &
égale en cent & cent manic
res les jours aux nuits .
Mademoiſelle de la Roche-
Allard , Niece de feu Madame
de Vilette , qui eft morte
depuis quelques jours , a époufé
depuis peu M le Marquis
de Gouvernet , dont la Mere
16 MERCURE
eftoit Femme de feu M. Her
vart , Controleur General des
Finances , & Confeiller d'Etat
. Ce Marquis a un Soeur
aifnée en Angleterre , veuve
de Milord Elan , & une Cadette
mariée en Provence à un
des premiers de cette Pro
vince.
Il paroift depuis peu un
Livre, intitulé, Maniere de fortifier
felon la methode de M
de Vauban , avec un Traité préliminaire
des principes de Geometrie.
M l'Abbé du Fay eft
l'Auteur de ce Livre . L'inclination
qu'il a cuë toute fa vie
GALANT.
157
pour les Mathematiques , &
particulierement pour les Fortifications
, luy a fait faire
plufieurs voyages fur les frontieres.
C'est là qu'il s'eft inftruit
de la methode de M
de Vauban à la veuë de ces
grands Ouvrages qui rendent
la France invincible . M de
Vauban a donné fon approbation
à ce Traité . Ainfi comme
il eft certain qu'on n'avoit
point encore donné la methode
de ce grand homme, il
eft certain auffi que M.l'Abbé
du Fay vient de la donner . Il
y a une autre particularité
158 MERCURE
dans ce Traité , c'est que tou
tes les demonftrations qui regardent
la Geometrie & les
Fortifications , font faites fans
aucuns chifres , ou caracteres
alphabetiques . Cependant le
Lecteur n'en fouffre point ; il
entend tout fans peine , & il
eft delivré de la fatigue des
renvois . Il feroit à fouhaiter
qu'on cuft un Corps de Mathematiques
fur ce Plan . Ce
Livre fe vend chez le S Coignard
, Imprimeur & Libraire
ordinaire du Roy , à la Bible
d'or, ruë faint Jacques.
Le mefme Libraire vient de
GALANT. 159
donner au Public deux autres
Livres nouveaux . L'un eft , le
fecond Tome de la Geogra
phie Ancienne , Moderne &
Hiftorique , dont le premier
parut il y a deux ans avec
un fi grand fuccés . M : d'Audifret
eft l'Auteur de cer
Ouvrage . Ce fecond Volume
qui vient d'être mis en ven .
te , eft un In quarto trescurieux,
qui contient la France
, les Païs- Bas , les Provinces
Unies , la Suiffe & la Savoye ,
avec un fort grand nombre
de Cartes .
Le fecond Livre nouveau
160 MERCURE
que commence à débiter le
St. Coignard , eft un Recücil
de Divers Traitez de Metaphifique
d'Hiftoire & de Politique .
On ne peut douter de leur
bonté , puis qu'ils font de feu
M: de Cordemoy de l'Academie
Françoife , qui s'eft acquis
tant de reputation par tous les
Ouvrages qu'on a veus de luy .
Dans ceux de Metaphyfique
,
il parle de ce qui fait le bonheur
ou le malheur des efprits
, montre que Dieu faic
tout ce qu'il y a de réel dans
nos actions fans nous ofter la
liberté , traite des fenfations
GALANT. 161 .
qui regardent les corps , & fait
voir en mefme temps d'où
vient que l'ame confond fes
fenfations avec leurs objets .
Ce qui regarde l'Hiftoire confifte
en des obfervations fur
celle d'Herodote
, aprés quoy
il fait connoiftre ce que doi
vent obferver ceux qui écrivent
l'Hiftoire , & parle de
fa neceffité , de fon ufage , &
de la maniere dont il faut
mefler les autres fciences en la
faifant lire à un Prince . Dans
ce qu'il nous donne de la Politique
, il montre que
la reformation
d'un Etat dépend
Juillet 1691.
0 .
162 MERCURE
de l'éducation des Enfans, & il
enfeigne comment il les fau-
.droit élever. Il paffe de là aux
moyens de rendre un Etat
heureux , & finit par des maximes
tirées des faits de l'Hiftoire
de Charles IX .
Le fieur de Luynes, Libraire
au Palais , debite auffi un Livre
nouveau , fort eftimé de
tous ceux qui entendent la
matière dont il traite. M
Droüin , Maiſtre Chirurgien
de l'Hôpital general , qui en
eft l'Auteur , l'a intitulé , Def
cription du Cerveau , des principales
diftributions de fes dix
GALANT. · 163
1-
1 paires de nerfs des organes
des fens. Il commence par le
Cerveau , parce qu'il eft l'origine
des nerfs , & par confequent
des fenfations ; que
c'eſt luy , c'eſt à dire ,
l'ame qui réfide principalement
en luy , qui juge des
bonnes ou mauvaises quali
tez des objets , & qui les retient
plus ou moins longtemps
imprimez , felon qu'ils
font forts ou foibles, & qu'ils
ont cfté plus ou moins reiterez
; & enfin felon la qualité
du Cerveau , qui fe trouve fi
fec en quelques fujets , que les
O ij
164 MERCURE
objets ne s'y forment des rou
res qu'avec peine , ou tellement
humide , qu'ils s'effacent
prefque au mefme moment
qu'ils s'y font imprimez.
Il met enfuite les fen.
fations fuivant la diftribution
des nerfs , & les Olfactifs qui
fervent à l'odorat cftant les
premiers , il traite d'abord de
la ftructure du nez , & aprés
cela , de la ſtructure de l'oeil ,
& de celle de la langue & de
l'oreille . Il y a beaucoup de
Figures dans cer Ouvrage , &
elles ont toutes efté tirées fur
le naturel , à la referve de celGALANT.
165
les de l'oreille , qui ont efté
augmentées de volume , afin
de les rendre plus fenfibles.
On en a auffi tiré quelquesunes
fur des parties des Animaux
Brutes comme la langue
,, à caufe
que les piramides
nerveufes
, & les autres
parties
qui la compofent
font
plus fenfibles
, & l'on y a joint
la Figure
du cerveau
de mouron
, pour
faire
voir
la qualité
des nerfs
olfactifs
. L'Auteur
n'en
a donné
aucune
du fens.
du toucher
,parce
qu'il
ne confifte
que dans
un laffis
, ou en- Irelaffement
de fibres
nerveu166
MERCURE
fes,qui forment des piramides
comme à la langue , & qui
paffant par les trous de la
membrane reticulcaire , font
recouvertes de la peau , qui
Couvre exterieurement tout le
corps , outre qu'en chaque
partie il y aun fentiment particulier
du toucher , comme
chacun le peut experimenter
par foy- même.
Le Pere Placide , Auguftin
Déchauffé , Geographe du
Roy, cut l'honneur de luy
preſenter au commencement
de ce mois , une Carte de Savoye
, que Sa Majeſté trouva
GALANT. 167
tres belle . Elle luy eſt dédiée,
& le Cartouche qui en renferme
l'Epiftre , eft tout remply
d'ornemens allegoriques, à la
gloire de cet Augufte Monarque
. Ce Pere luy dit , en la
luyoffrant, qu'aprés avoirfatisfait
aux devoirs de fon miniftere,
rendu graces àDieu de la profperité
defes armes, il avoit cru ne
pouvoir mieux employer le temps
defon repos qu'à décrire fes Conqueftes
, ce que Sa Majesté verroit
dans la Carte de la Savoye,
qu'il prenoit la liberté de luy prefenter
, comme lefruit de fes heures
de relâche , qu'il continueroit
י
168 MERCURE
de donner au fouvenir de fes
grandes actions , à demander
à Dieu la confervation de fa
Perfonne facrée , une longue
fuite de victoires furfes Ennemis.
LeRoy receut cette Carte avec
fa bonté ordinaire , & ayant
voulu fçavoir du Pere Placide
fur quoy il avoit travaillé , ce
Pere luy répondit qu'il s'eftoit
fervy d'une grande Carte
que Madame Royale fit faire
en 1680. par Thomas Borgonio
, celebre Ingenieur ; qu'il
avoit réduit dans la fienne
tout ce qui fe trouve dans
celle-la , & que profitant
de
GALANT. 169
de quelques Manufcrits qui
eftoient tombez entre fes
mains , il avoit augmenté les
fubdivifions des Provinces ,
comme elles font expliquées
en peu
de mots dans un Dif.
cours qui eft au haut de la
Carte. Peu de temps aupara
vant ce mefme Pere avoit
donné en deux Feuilles une
Carte de Piedmont , tirée fur
le mefme original . Elle c
plus grande que celle de la
Savoye , & l'on y veit dix
Cartouches , qui n'y ſervent
pas feulement d'ornement ,
mais qui font autant de tables,
Fuiller 16916
P
170 MERCURE
qui donnent une idée gene
rale duPays en peu de paroles ,
& d'une maniere tres- methodique.
Il promet au com
mencement du mois prochain
une Carte de Hongrie , que
ceux qui en ont veu le def
fein , & le commencement
des épreuves , difent devoir
eftre d'unegrande utilité par
la netteté qui s'y trouvera
Toutes ces Cartes fe vendent
fur le Quay de l'Horloge da
Palais , chez la Veuve du Să
du Val , Geographe ordinaire
du Roy , au Grand Louis .
Il ne fe fait rien de medio-
1.
GALANT. T
creven France , & fur tout lors'
qu'il s'agit d'avoir l'honneur
de recevoir chez foy quelque
Prince de la Maifon Royale.
Les Particuliers ont tant de
zele en ces fortes d'occaſions ,
qu'ils font des dépenſes beaucoupau
deffus de ce que le poffte
où ils font ne femble permertre
, mais ce qui eft blâmé
en d'autres rencontres eft toû
jours approuvé dans celles - là .
Au commencement du mois
paffé ,
affé , Monfieur alla à Arcueil
chez M& Gendron , Argentier
de la grande Ecurie du Roy ,
accompagné de Madame , &
Pij
172 MERCURE
de Mademoiſelle , que fuivoit
toute leur Cour . Les Habitans
du Village prirent foin d'applanir
les chemins depuis
Mont-rouge jufqu'à ce lieu - là,
& ceux de Mont rouge prirent
le mefme foin pour les
chemins qui font au delà. A
fon arrivée les Cloches fe firent
entendre . Tous les Habitans
eftoient en hayes dans les
avenues d'Arcüeil & dans les
rues du Village jufqu'à la
Maifon de M Gendron , qui
en recevant ce Prince,luy dit ,
que l'honneur que S. A. R.
luy faifoit , paffoit fon état ,
GALANT 173
fon efperance , & fes fouhaits .
Monfieur , & toute la Compagnie
fe promenerent longtemps
dans le Jardin , & S.
A.R.le loüant tres- obligeamment
des foins qu'il avoit pris
à l'embellir , luy dit qu'il falloir
qu'il euft precipité l'épanouiffement
des fleurs qui fe
trouvoient embellies des plus
vives couleurs que la nature
foit capable de donner . Il y
Savoit une Feüillée dans la
Court à l'endroit d'une Fontaine
qui forme une nappe
d'eau. Elle eftoit ornée de
feftons de Fleurs , & faifoit un
Piij
174 MERCURE
effet tres agreable. Monfieur
prit plaifir à voir cette petite
propreté, & toute la Cour en
Gr de mefme. Aprés qu'ils fe
furent promenez dans tous
les endroits du Logis, & qu'ils
en curent vifité les Appartemens
, ils pafferent dans
une Maifon voifine que Mr
Gendron avoit destinée pour
y faire fervir la Collation.
C'eft dans cette Maiſon que
l'Aqueduc qui conduit les
caux à Paris , prend fon com
mencement. Il yyaa dans ce
Logis un grand Salon , au fortir
duquel on entre dans un
GALANT. 175
Jong berceau couvert d'un
feüillage fort épais , où regne
une tres grande fraiſcheur
dans la plus grande ardeur du
Soleil . Ce Salon eftoit tapiffé
d'une fort belle tenture de
Tapifferie , meflée de verdure -
en quelques endroits . La Tapifferie
reprefentoit l'avanture
de Pfiché ,& la lumiere qui
rempliffoir plufieurs Luftres ,
& quantité deplaques, rendoit
ce licu tout brillant . Monfieur
s'attacha fort à regarder
la maniere dont on avoit orné
ce Salon , & fe promena
dans le Berceau . Enfuite il
Piiij
176 MERCURE
4
monta avec Madame dans les
Jardins où l'Aqueduc prend
fon commencement
, & on
leur ouvrit le regard par ou
l'on y entre . Is admirerent la
quantité d'eau qu'il y avoit ,
la rapidité de la courſe , & la
conduite que l'Aqueduc fait
pour le paffage de cette eau
d'unbout du Village à l'autre.
Ils fe promenerent enfuite
dans les Jardins de cette Maifon
qui font grands & pacieux
, & revinrent dans le Salon
qu'ils trouverent tres éclairé
. La Table y eftoit fervic
d'un ambigu . Elle eftoit fort
GALANT. 177
longue, & large à proportion,
& il y avoit un Service particulier
pour Monfieur. Ce
Prince ordonna qu'on mist
des couverts , ce qui fut exccuté
. Il y eut trois Services devant
luy Le reste de la grande
table demeura fans autre fervice
, que l'ambigu que l'on y
trouva d'abord. M: Gendron
cut l'honneur de fervir Monfieur.
M Gendron fa femme,
cut celuy de fervir Madame ,
& Me Planfon qui eft une
jeune perfonne bien- faite , fut
choific pour avoir l'honneur
de fervir Mademoiselle . Ma.
178 MERCURE
dame dit plufieurs fois à M
Gendron de fe mettre à table,
dont elle fe défendit tresrefpectueufement.
M! Gendron
prefenta à Monfieur la
ferviette mouillée , Mc Gendron
prefenta celle de Madame
à M. d'Armagnac a de
qui cette Princeffe la receut , &
Mademoiſelle Planfon prefenta
celle de Mademoiselle.
Aprés que Monfieur , Ma
dame & Mademoiſelle curent
pris leurs places , & que les
couverts curent efté mis , les
Dames de la fuite de Monfieur
fe mirent à table , & l'onenGALANT
. 179
rendit un fort beau concert
de Violons.Ce Repas eut tous
les agrémens poffibles. La Nobleffe
du Village , les Bour-
&gcois & Habitans curent l'hōneur
de voir manger Monfieur
, ce Prince ayant eu la
bonté de le permettre, & tout
fe paffa avec beaucoup d'or-
-dre. Le repas finy, Monfieur étant
preft à fe lever, il parut au
bout du Berceau un Soleil .
stournant fort rapidement , &
jettant du feu en abondance ,
aprés quoy il s'éleva une gerbe
de feu de quinze pieds de
haut , & groffe à proportion ,
C
180 MERCURE
qui dura un demy - quart
d'heure . Au fortir de là Monfieur
en s'en retournant s'arrefta
fur le perron du Salon ,
& s'approcha de l'appuy des
Baluftres qui répondent fur la
cour , & fur une grande place
du Village . Il partir dans ce
moment un tourbillon de fey
qui alla joindre un gros de fufées
volantes qui mirent l'air
tour en feu. Monfieur , Madame
, Mademoiſelle & toute
leur Cour , aprés avoir fait
mille honneftetez à M & à
Madame Gendron , partirent
à la clarté des flambeaux .

GIGANTE
O
SIC
VEMINAT
AVSTE
MONTIBVS EVERSIS
IX AP. MDCXCI
LDoliuar fecit
GALANT. 181
daille
Je vous envoye une Méque
l'on a frapée nouvellement
fur la Conqueste de
Mons. Le Roy eſt en buſte à
la face droite , avec ces paroles
, Ludovicus Magnus , Gallorum
Rex , Pius , Felix , Auguftus
, Pater Patria. Dans le
revers , une Femme ayant la
refte courbée prefente des
clefs à ce Monarque. C'eſt la
Ville de Mons qui paroift
dans le lointain avec le plan
du Siege . La Victoire qui
n'abandonne point le Roy ,
eft en l'air au deffus de Sa
Majefté avec ces mots,
182 MERCURE
·Giganteos,fic fulminat aufus. I
On lit dans l'Exerque , Montibus
everfis nono Aprilis 1691!
Les Anciens , par la Fable des
Geans qui fe hazarderent à
efcalader le Ciel , ont voulu
nous faire entendre que les
Témeraires & les Impies new
réuffiffent jamais dans leurs
entrepriſes. Ainfi rien ne peut
eftre plus jufte que la legende
de cette Médaille , puis que
tandis que les Alliez font à
la Haye la conquefte de la
France en idée , le Roy , qui
de tous les Souverains de l'Eu
rope Chreftienne eft feul leb
GANLAT. 183
Défenfeur de la Religion &
de l'intereſt du Ciel , prend
la Ville de Mons , nommée
en Latin Montes , & par fa
prife foudroye ces nouveaux
Titans , dont il enfevelit les
audacieux projets fous les ruines
de leurs Montagnes renverfées.
Entre une infinité de circonftances
fingulieres qui rendent
le regne de ce Monarque , le
plus glorieux de tous les regnes
, il n'y en a point qui luy
foit fi particuliere, que d'y voir
laperfection des Arts,jointe à
des Victoires & à des Triom184
MERCURE
phes continuels , & les hor
reurs de la guerre la plus univerfelle
qui fut jamais , ne pas
interrompre d'un moment la
magnificence de tant de fuperbes
Edifices qui embelliffent
la France , & qui font
pour la Pofterité des témoins
irreprochables de ces grands
évenemens , dont l'Histoire
auroit de la peine à l'empê
cher de douter , fi le Marbre
& le Bronze ne l'expoloient
à fes yeux. Il eft vray qu'il
eftoit bien jufte que le Ciel ,
en nous donnant pour noltre
bonheur le plus grand & le
GALANT. 185
meilleur Prince qui ait jamais
efté fur le Trône , infpiraft en
mefme temps à fes Peuples les
fentimens de zele & de reconnoiffance
, qui les portent à
élever de tous côtez des Monumens
éternels , qui tranf
mettent à nos Neveux la memoire
d'un regne qui doit
faire l'admiration de tous les
ficcles ; mais la jalousie & la
malignité de nos Voifins , ne
nous auroit jamais laiffé le repos
qui eft neceffaire pour fatisfaire
à ce jufte zele ,fi par une
fageffe qui n'a point d'exem-
Juillet 1691.
186 MERCURE
ple , ce grand Prince fi terrible
, fi redoutable au dehors ,
ne fçavoit conferver au dedans
de fes Etats l'abondance
& la tranquillité
des temps
les plus paifibles , au milieu
du trouble & de l'agitation
univerfelle de l'Europe . Auf
files Peuples s'efforcent
ils à l'envy de marquer par de
fuperbes Monumens , combien
ils font penetrez de reconnoiffance
, d'admiration ,
& de refpect pour l'Auteur
de leur gloire & de leur feli
cité . Les Architectes , auffibien
que les Sculpteurs , qui
GALANT 187
doivent à fa protection & à
fon eftime toute la perfection
des beaux Arts , ſe ſurpaffent
cux- mêmes , quand il s'agit de
répondre au zele des Peuples,
& de travailler pour la gloire
de LOUIS LE GRAND .
La Ville de Montpellier fuivant
l'exemple des principa
les Villes du Royaume , non
contente de luy ériger une
Statue Equeftre , qui le fait à
Paris par M Mafeline &
> Huterel fait travailler en
même temps à une Place magnifique,
où elle doit estre po
léc, & à un Arc de Triomphe,
Q ij
188 MERCURE
Mr
dont elle a confié la conduite
à M. Daviler , Architecte du
Roy . C'est à luy que le Public
eft redevable du Livre le plus
curieux & le plus utile qui ait
paru jufques à prefent en matiere
d'Architecture . Il eft en
trois volumes in quarto , enri
chi de fix - vingt Figures gravées
par Mile Pautre , le plus
habile Graveur que nous ayons
pour ces fortes d'Ouvrages ,
& qui a efté choisi pour gras
ver les plus beaux Bâtimens
du Roy. Ce Livre contient
tout ce que les plus fameux
Architectes nous ont donné .
GALANTM 189
1
de plus curieux & de plus utile
dans cette Science . Les Ordres
& les Bâtimens de Vignole ,
& ceux de Michel - Ange y
donnent lieu à des Notes également
judicieufes & utiles .
Оп y trouve les beautez des
Edifices les plus confiderables
, developées avec un artifice
merveilleux . En même
temps on y apperçoit leurs ·
defauts , & cette perpetuelle
application des Préceptes aux
exemples , la maniere la
plus propre pour fe former le
bon goût dans l'Art de bâtir .
Outre ces Notes , qui n'ont
190 MERCURE
rien de la fechereffe ordinaire
des Commentateurs , & qui
divertiffent en inftruifant , on
trouve dans ce Livre des Dif
fertations entieres fur toutes
les parties du Bâtiment , fur la
matiere, la conſtruction , le
choix des ornemens , & generalement
fur tout ce qui peut
contribuer à la folidité , à la
commodité & à la décoration
des Edifices publics ou particuliers
, où les regles fe troue
vent éclaircies & confirmées
par des exemples tirez des
plus beaux morceaux d'Architecture
, tant des Pays éGALANT
191
trangers , que de Paris & des
environs ; ce qui forme bien
plus promptement
& plus folidement
l'idée de la vraye
beauté que tous les Préceptes
imginables . Enfin , cet Ouvrage,
pour eftre encore plus utile
, fournit un Dictionnaire
qui contient l'explication
de
plus de cinq mille termes appartenans
à l'Art de baſtir, où
l'on ne fçauroit s'empefcher
d'eftre furpris de l'abondance
& de la fecondité de noftre
Langue , & d'admirer la
profonde
érudition de l'Auteur,
qui les a expliquez avec une
192 MERCURE
netteté & une juſteſſe dont il
n'y a que les Maiftres qui
foient capables. M' Daviler
eft heureux d'avoir trouvé un
Libraire qui connuſt la bonté
de fon Ouvrage, & qui pût
faire toute la dépenfe neceffaire
pour
le mettre au jour
en l'eftat qu'il eft . Le Sicur
Langlois eft extrémement curicux
& délicat dans tout ce
qu'il fait imprimer ou graver,
il ne fe fert que des plus habiles
Ouvriers; & comme il nefe
charge que de bons Ouvrages,
auffi n'épargne- t- il rien pour
leur faire voir le jour avec
toutes
GALANT 193
·
toutes les beautez qu'il peut
leur donner. Il a pris un foin
extraordinaire de celuy cy.
Tout y cft parfait , tant l'impreffion
que les Figures , &
je puis vous affeurer que jamais
un meilleur Ouvrage ch
fait d'Architecture , n'a efté
executé avec plus de foin &
de propreté que celuy dont
je vous parle.
La Lettre qui fuit confir
mera tout ce que je viens de
vous en dire L'illuftre Abbé à
qui elle eft adreffée cftimant
tres- fort ce Livre , on ne peut
douter de fa beauté, puifque
Juilles 1691.
R
194 MERCURE
perfonne ne doute de fon
bon gouft pour les Arts. Il
a pour titre , Cours d'Archiles
Oravec
des
secture ,
qui
comprend les
dres
de
Vignole
Commentaires
, les Figures
&
Defcriptions
de fes plus
beaux
Baftimens
, & de ceux
de
Michel- Ange , plufieurs nouveaux
Deffcins , Ornemens &
Preceptes concernant la diftribution
, la Decoration , la
matiere , & la Construction
des Edifices , la Maçonnerie ,
la Charpenterie , la Cou
verture , la Serrurerie , la Mcnuiferie
, le Jardinage, & tout
GALANT. 195
ce qui regarde l'Art de bâtir.
A
MONSIEUR ,
d'un
Vous m'avez fait part
* Trefor , quand vous m'avez fait
Phonneur de me communiquer le
Livre d'Architecture
que M
Daviler a composé , & qu'il
vient de donner au public. C'est
veritablement un Trefor pour
Architecture
. Elle n'a rien de
R
d'antique
il
ne
ne faſſe part liberalement
is de bonne grace à tous ceux qui
prétieux , de curieux , de fecret,
de moderne , dont
Rij
196 MERCURE
ont quelque paſſion pour elle
comme l'ont ordinairement les
gens d'honneur & de qualité.
C'est une fource encore inépui→
fable pour ceux qui font engagez
dans les Baftimens & qui ont
à en faire conftruire , ou pour
leur utilité particuliere , ou pour
contenter cette belle paffion de
baftir ; car enfin eſtre bien logé,
occuper dans le monde un coin,
ifte Terrarum mihi præter
omnes angulus rider , qui
joüiffe par fa belle difpofition de
toutes ces beautez qu'il étale aux
yeux connoiffans , c'est une des
plus grandes douceurs de la vie.
GALANT. 197
On ne peut plus douter que M.
Daviler ne foit un homme rare
& admirable en la profeffion
qu'il a bien voulu embraſſer
mais je puis dire où la nature &
fon genie l'ont porté d'une maniere
qui fait voir , que ce n'es
toit pas en vain. Il est tout
plein de feu , il eft univerfel , il
écrit bien, il compofe bien ; il ne
faut qu'ouvrir fon Livre , & le
parcourir, comme j'ay fait leu
lement ; car l'indifpofition où je
fuis , & qui m'a empefché de
vous aller remercier , Monfieur,
de la compaffion que vous en cú
tes , quand vous me fiftes l'hone
Rij
198 MERCURE
neur de me venir voir , ne m'a
pas permis de le lire avec une
entiere application . Tout en eft
beau , la difpofition, le papier ,
l'impreffion , les Planches belles
& correctes ; mais ce qui eft le
principal , une varieté avec une
abondance infinie de tout ce
que l'Architecture a de plus beau
& de plus regulier ; car en ve
rité je ne croy pas qu'on puiffe
faire dorefnavant aucun Livre
d'Architecture , aprés celuy.cy,
qui ne laiffe rien à defirer aux
gens d'efprit de bon goût, &
aux Ouvriers qui fe veulent
vendre habiles dans leur profefGALANT.
199
B
fion. C'est dans une veuë generale
de ce Livre veritablement
curieux que je dis hardiment ces
chofes. Si je defcendois dans le
détail, le Commentaire de Vignole
, les remarques contimuelles
fur tous les plus beaux
Baftimens de Rome de
Paris , me fourniroient de grandes
reflexions, Le Bastiment
feul qu'il propofe de fon invention
, eft un modelle incomparable
de tout ce qui fe peut faire
de plus beau pour une grande
Maifon , où la beauté, la commodité,
la grandeur paroif-
-fent avec tous les avantages
R
iiij
200 MERCURE
que
cequ'on
peut deftrer. Ah ,
Tuy qui a fait ce plan & cette
élevation, en feroit de beaux pour
ceux qui n'en demandent pas de
fi grands ! Je crois auffi qu'en
quelque lieu qu'aille M. Daviler
, on fera ravy de l'avoir,
de pouvoir obtenir de luy les
lumieres dont il eft remply pour
les Ouvrages qu'on voudra entreprendre.
Fay une joye toute
particuliere du progrés et de
Télevation où je le vois parvenu.
Fay toujours veu en luy
les apparences & les efperances
de ce qu'il eft devenu . Je
vous en ay ouy dire , Monfieur,
GALANT. 201
toujours beaucoup de bien ; je
vous remercie de l'honneur que
vous m'avez fait de me l'abandonner
ainfi & fuis woftre,
& c.
Tout eft extraordinaire dans
l'amour. Un Comte d'unè
qualité fort diftinguée , & ri
che de plus de quarante mille
livres de rente, s'eftant trouvé
un jour chez une Dame qu'il
voyoit de temps en temps ,
parce qu'elle avoit une Terre
voifine de l'une des fiennes ,
y vit une jeune Demoiselle de
feize ans , qui luy parut toute
202 MERCURE
aimable. L'agrément de fa
perfonne eftoit foutenu par
un feu d'efprit qui la faifoit
admirer dans tout ce qu'elle
difoit, & comme aprés qu'elle
fut fortic, il témoigna à laDame
qu'elle eftoit fort à fon
gré , elle luy dit en riant , que
s'il avoit deffein de fe marier ,
il ne pouvoit mieux choifir ;
que fa Mere, de qui feule elle
dépendoit , eftoit fort de fes
Amies , & que s'il vouloit
qu'elle luy allaſt porter quel
que parole pour luy , elle luy
offroit fes foins , & qu'il n'avoit
point de temps à perdre,
J
GALANT. 203
D
puis que la beauté de cette
jolie perfonne , & cent mille
francs de bien qu'elle avoit,
luy avoient déja attiré plufieurs
déclarations qui la tenoient
en balance. Le Comte,
aprés avoir fait quelques queftions
fur fon humeur & fur
fa Famille , pria la Dame de
vouloir bien le mener chez
elle . Ils y allerent dés le lendemain
. La vifite fut fort longue
, & l'entretien qu'il cut
avec elle , le perfuada fi bien
de tout fon merite , qu'en
eftant forty charmé , il réfolut
de s'affurer par le mariage
204 MERCURE
la poffeffion d'un bien fi digne
de fes defirs. Cinq ou fix
autres vifites qu'il rendit l'y
déterminerent
tout à fait , &
fa naiffance & fon bien eftant
tres-confiderables, il eſt aifé de
juger que la propofition cut
dequoy flater la vanité de la
Mere & de la Fille . Il n'eftoit
plus queftion que de dreffer
Ies articles du Contrat , &
comme la Dame vouloit du
bien à la Belle , elle fcent fi
bien ménager l'efprit duComte,
en luy faifant voir qu'il
ne pouvoit faire trop pour
une jeune perfonne qui le pré
GALANT. 205
feroit , quoy qu'il cuft déja
plus de quarante ans , à des
Amans fort bien faits , & d'un
âge plus fortable , qu'elle obtint
de luy tous les avantages
qu'on luy demanda . Il ne
s'attacha qu'à une condition ,
qui fut que le mariage fe feroit
deux jours aprés . La Belle cut
peine à y confentir Quoy que
le rang de Comteffe luy pluft
fort, elle cuft bien voulu avoir.
le temps de connoiſtre à fond.
le Mary qu'on luy donnoit ,
& d'ailleurs , comme elle aimoit
naturellement l'éclat ,
elle cuft cfté bien- aife de ne
206 MERCURE
fe point marier avant qu'on
cuft donné ordre à fon équipage
, & à tout ce que l'on a
coutume de faire dans ces fortes
de rencontres ; mais il fe
montra fi obſtiné là - deffus ,
que dans la crainte qu'on cut
de le perdre, on imputa à l'excés
de fon amour un empreffement
qui n'eftoit l'effet que
de fa feule avarice . Ce n'eſt
pas qu'il ne le fentiſt fort amoureux
de la Belle , mais il
n'auroit pas laiffé d'avoir la
complaifance de luy accorder
le temps qu'il auroit fallu
pour faire les préparatifs du
1
GALANT. 207
mariage , s'il n'cuft eu deffein
de s'en exempter. En effet , il
ne l'eut pas fi- toft épousée
qu'il la mena à une de fes
Terres , fous prétexte de luy
vouloir faire voir quantité
de Meubles qu'il y avoit, afin
qu'elle choifift ceux dont elle
croiroit pouvoir fe fervir ,
avant que de commencer à
rien acheter. La Mere l'accompagna
dans ce voyage ,
& elles trouverent la maifon
du Comte affez bien meublée ,
mais rien n'eftoit à la mode .
C'eftoient meubles de fucceffion
, qui tout au plus pou208
MERCURE
voient fe fouffrir à la campagne,
& qui luy devinrent propres
, puis qu'elle s'apperceut
en peu de temps qu'elle y
eftoit releguée. Ce fut alors
qu'elle reconnut fa faute . Elle
avoit épousé un homme fort
riche & de grande qualité ,
mais c'estoient des avantages
qu'il luy rendoit inutiles par
fon humeur épargnante , qui
le portoit à ne voir perfonne,
& à faire fon plaifir du foin
d'amaffer toujours. Il avoit
fort peu de Domestiques
, &
l'argent comptant dont il re
paiffoit les yeux , faifoit fa
a
GALANT. 209
paffion dominante . La Belle
qui s'attacha d'abord à l'étu
dier , vit bien qu'elle , alloir
mener une vie fort malheureufe,
& toute oppofée à
fon panchant qui eftoit pour
la dépenfe . Cependant comme
elle avoit de l'efprit , &
que le temps luy fit remarquer
que le mariage n'avoit
rien diminué de l'amour du
Comte , elle ne chercha qu'à
l'entretenir , & s'accommodant
à fon humeur , elle feignit
d'approuver toutes les
épargnes qu'il faifoit . Son vi «
fage déguifé faifoit paroiftre
Juillet 1691
S.
210 MERCURE
1
une perfonne contente , & aur
lieu de luy parler d'aller à
Paris , à quoy elle avoit connu
qu'il avoit beaucoup d'a
verfion , elle l'affuroit qu'elle
eftoit enfin perfuadée qu'aucun
plaifir n'égaloit le repos
de la Campagne. Elle fe rendoit
par là maiftreffe de fon
efprit , & ne doutoit point
qu'infenfiblement elle ne le
fift changer de conduite. En
effet , il commençoit déja à
voir plus de monde qu'il n'avoit
accoutumé , & la Dame
qui s'eftoit mêlée de fon mariage
, avoit liberté entière de
GALANT. 21L
venir paffer la belle faifon
avec la jeune Comteffe . C'eftoit
avec elle qu'elle foulageoit
tous fes chagrins , en luy
parlant fans contrainte , & luy
faifant voir l'envie qu'elle avoir
de fortir de fa retraite .
Elle s'en vit délivrée plûtoft
qu'elle n'avoit creu , & par
un moyen qu'elle ne prévoyoit
pas . Il n'y avoit encore
que trois ans qu'ils eftoient
enfemble , lors qu'une fiévre
fâcheufe le mit à l'extremité.
La Dame leur commune Amie
, efloit arrivée au commencement
de fa maladie , &
Sij
212 MERCURE
elle feconda fort la jeune
Comtefle dans les foins qu'elle
cut de luy . Ils furent pourtant
fort inutiles , puis qu'on
ne le put fauver ; mais les remontrances
de la Dame ne le
furent pas. Elle fit fi bien valoir
tout ce que fa Femme avoit
fait pour luy , que comme
il l'aimoit veritablement ,
& qu'il n'avoit point d'enfans
, il luy donna fa caffette,
où il fe trouva deux cens
mille francs , & quantité de
bijoux. Cela joint aux avantages
qu'il luy avoit faits par
fon Contrat , rendoit fa forGALANT
213
tune affez éclatante. Aprés
qu'elle cut fatisfait aux premiers
devoirs de Veuve , elle
jura bien à fon Amie que s'il
luy arrivoit jamais de penfer
à un fecond mariage
elle connoiftroit parfaite.
ment celuy qu'elle épouſeroit
, & qu'elle en croiroit
fon coeur préférablement à
tous autres interefts . La Dame
eftant obligée de retourner
à Paris , elle la pria
de vouloir bien luy choiſir
une maiſon , & de luy trouver
un homme d'efprit qui
prift foin de fes affaires , &
214 MERCURE
puft luy fervir d'Ecuyer en
mefme temps. Tout fut executé
felon fes defirs ; & file
veuvage trop récent ne luy
permit pas d'abord de fe meubler
auffi fomptueufement
qu'elle auroit voulu , la propreté
de fon train . & le nombre
de gens qu'elle prit pour
la fervir firent affez voir
qu'elle n'épargneroit rien
pour bien foutenir le rang ou
fon Mary la laiffoit . Elle fut
fur tout fort fatisfaite de fon
Intendant ou Ecuyer , qui
n'étoit que trop bien fait , &
mefme un peu trop jeune
GALANT 215
pour elle. Elle s'en expliqua
en riant avec la Dame qui
l'avoit choify , & luy dit
qu'elle craignoit qu'il ne l'expofaft
à la médifance ; mais la
Dame l'affura fi fortement
qu'elle auroit tout lieu de fe
louer des fervices qu'il chercheroit
à luy rendre , qu'elle
le receut fur fa parole , fans
rien examiner davantage .
Outre le zele dont elle luy
répondoit, & un tour d'esprit
aifé qui faifoit connoiftre
qu'il eftoit né quelque chofe ,
il avoit une qualité fort agreable
pour la jeune Veuve.
216 MERCURE
Il jouoit fort bien du Lur,
& comme elle n'en joüoit pas
mal elle mefme, elle fut bien
aife d'avoir auprés d'elle un
homme qui pult luy donner
quelques leçons . Elle en pro
fita admirablement , & en ſix
mois elle devine prefque auffi
fçavante que luy . Ce ne fut
pas feulement par cette forte
de foins qu'il luy fit paroiftre:
fon attachement à tout ce
qu'il remarquoit qui luy pou
voit faire un peu de plaifir. H
luy épargnoit jufqu'aux moindres
embarras dans fon domeftique,
& fa Maiſon ſe trouvoin
GALANT. 217
voir fi bien reglée , que tous
fes defirs eftoient prevenus .
Elle en tiroit encore un autre
avantage ; c'eft qu'il eftoit
caufe qu'elle ne pouvoit ja
mais s'ennuyer , puis qu'il avoit
l'efprit affez agreable
pour eftre propre à l'entretenir
quand elle n'avoit perfon
ne . Mais il attendoit toûjours
qu'elle commençaft à luy parler
, & tout ce qu'il luy difoit
eftoit fi plein de refpe &t & de
fageffe , que quelque bonté
qu'elle luy marquaft , il ne
s'éloignoit jamais du caractere
d'un Domeftique zelé qui
Juillet 1691.
T
218 MERCURE
&
fçait ce qu'il doit à ſa Mailtreffe.
Cette conduite le mettoit
fort dans fes bonnes graces,
& en remerciant fon Amic,
de l'Ecuyer qu'elle luy avoir
choifi . elle difoit quelquefois
que les bonnes qualitez le rendoient
digne d'un pofte plus
élevé . Il y avoit déja plus d'un
an qu'elle eftoit veuve , &
comme fa jeuneffe & fa beauté
avec un bien fort confiderable
, eftoient des charmes qui
ne pouvoient la laiffer manquer
d'Amans ; il luy fut ailé
de voir par l'empreffement
des foins qu'on luy rendoir ,
GALANT 219
qu'elle alloit eftre expofée à
des déclarations . Celuy qui
avoit le plus de droit de pretendre
à elle , eftoit un hom
me d'une ancienne nobleffe ,
& à qui un employ tres important
faifoit faire dans le
monde une fort belle figure .
Sa Demoiſelle luy difant un
jour qu'il en paroiffoit fort
amoureux , elle demanda à fon
Ecuyer ce qu'il en croyoit , &
s'illuy confeilloit de jetter les
yeux fur luy . Il luy répondit
fort refpectueufement que
c'eftoit à elle à examiner fon
coeur , & que pourveu qu'elle
Tij
220 MERCURE
fe fentist touchée d'une forte
cftime , il ne voyoit rien ny
dans fon bien ,› ny dans fa
naiffance qui deuft l'empêcher
de le choifir. La jeune Comteffe
repliqua qu'elle fçavoit
bien ce qu'elle en penfoit , &
qu'elle vouloit qu'il l'examinaft
luy- mefme à loisir pour
en remarquer les vertus & les
defauts . L'Ecuyer luy obeit ,
& quand quelque temps aprés
elle luy demanda compte de
l'examen dont elle l'avoit
chargé , il luy dit , aprés avoir
parlé avec avantage de ce prétendu
Amant fur beaucoup
GALANT 2 :1
de chofes , qu'il le croyoit
fort entier dans fes refolu .
tions & mefme capable d'en
prendre de violentes , fujet à
eftre jaloux, emporté quand
on combatroit fes fentimens,
& un peu bizarre dans fes
goufts. Tout cela avoit un
Iapport fi jufte avec ce qu'avoit
penfé la jeune Comtefle,
qu'elle répondit à fon Ecuyer,
que puis qu'il avoit le difcer
nement fi fin , elle vouloit
choifir par fe's yeux fi jamais
elle fe trouvoit tentée de renoncer
au Veuvage . Elle l'éprouva
de la mefme forte fur
Tij
222 MERCURE
quelques autres Amans , &
tout ce qu'il luy en dit luy fit
connoiftre fur fes propres fentimens
le veritable intereft
qu'il prenoit en elle . Comme
il fut aife de remarquer qu'il
pouvoit beaucoup fur fon
efprit , un de ceux qui la
voyoient avec le plus d'affiduité
, ayant reconnu le peu
de fuccés que fes Rivaux avoient
par eux mêmes , crut
que fon fecours eftoit la plus
feure voye pour réuffir , &
plein de cette efperance , il
s'ouvrit à luy en luy offrant
trois mille piftoles ,s'il pouvoir
GALANT 223
rendre fa Maiftreffe favorable
à fon amour. L'Ecuyer avertit
la jeune Veuve de la propofition
qui luy eftoit faite , &
quoy qu'il luy avoüaft que
cette fomme accommoderoit
affez fes affaires , il la pria
d'examiner cet Amant encore
plus à la rigueur qu'elle n'avoit
fait les autres , comme il
feroit de fa part, pour luy rapporter
fincerement tout ce
qu'il en connoiftroit. Il luy
tint parole , & outre qu'il luy
fit voir que l'offre des trois
mille piſtoles eftoit un effet
de fon avarice pour acquerir
Tiiij
224 MERCUR F
une Femme riche,plûtoft qu'e
une preuve de fa paffion , puis
qu'il avoit toûjours refufé les
moindres occafions de faire
quelque dépenfe , il luy fit
appercevoir de fi grands defauts
, & dans fon efprit &
dans fon humeur , que la feule
idée d'un homme avare la
revoltant aprés les chagrins
qu'elle avoit cus dans fon premier
mariage , elle refolut de
le bannir , & dit à fon Ecuyer
qu'elle eftoit fachée de luy
faire perdre trois mille piftoles
, & qu'il falloit qu'il prift
patience , puis qu'elle ne pou
GALANT. 225
voit fe refoudre à fe donner
à un homme qu'elle voyoit
bien qui ne pourroit faire fon
bonheur. Pendant qu'aucun
Amant ne l'accommodoit ,
elle eftoit furprife, qu'en quelque
lieu qu'elle allaft , lors
qu'il s'agiffoit de promenade ,
elle y étoit toûjours regaléc
de quelque espece de Fefte ,
tantoft fimphonie , tantoft
concert d'inftrumens meflez
de voix , & tantoft collation
dans les lieux mefmes les plus
folitaires , le tout d'une maniere
galante , & avec beau
coup de propreté . Trois mois.
226 MERCURE
fe pafferent fans qu'elle puft
découvrir l'Auteur de ces divertiffemens
, quoy qu'elle
fift fuivre ceux qui s'en méloient
. Ils fe perdoient en fe
feparant dans la campagne >
ou en rentrant à Paris , & aucun
d'eux ne voulut parler.
Enfin un homme de qualité
vint luy déclarer , que tout
cela fe faifoit par l'ordre d'un
jeune Marquis , qui en eftoit
paffionnement amoureux depuis
deux ans , & qui avant
que de fe montrer, vouloit fçavoir
fi le portrait qu'on pourroit
luy faire de luy avec les
GALANT. 227
traits les plus reffemblans auroit
dequoy ne luy pas dé .
plaire. On luy en dit le nom ,
la naiffance , & qu'il eftoit de
Bourgogne , & on la pria de
s'en informer. Elle fit écrire
en cette Province , & fon
Ecuyer écrivit de fon coſté.
Les manieres de cet Amant
Sinconnu l'avoient renduë curieufe
de fçavoir qui il eftoit ,
& elle apprit avec joye que
pour l'efprit & le coeur il avoit
fort peu d'égaux , qu'il
eftoit d'une Maiſon qui ne
cedoit à nulle autre , foit pour
Fancienneté de la Nobleffe ,
228 MERCURE

*
foit pour les emplois confi .
derables
qu'avoient poffedez
auprés de nos Rois ceux qui
en
eftoient fortis , &
qu'aucun
éclat n'y
manquoit encore ,
que l'abondance du bien . Les
réponſes que l'on fit à Ecuyer
contenoient
la mefme
chofe, & la jeune Veuve ayant
voulu fçavoir fa penſée ſur ce
mariage propofé , en ſuppo
fant que le Marquis euft tout
le merite qu'on luy donnoit ,
il luy avoüa qu'avec tous ces
avantages il ne le pouvoit
croire digne d'elle , quand
meſme il auroit un bien proGALANT.
229
portionné à fa fortune . La
Dame furprife luy dit qu'elle
voyoit bien qu'il la condamnoit
à demeurer toûjours
Veuve , & que ce feroit peuteftre
le party qu'elle prendroit
, mais qu'il falloit cependant
fuivre un procedé
honnefte avec le Marquis. La
mefme perfonne qui luy en
avoit déja parlé , vint luy de
mander ce qu'elle avoit refolu
. Sa réponſe fut que le mariage
eftoit une affaire affez
importante , pour ne s'y pas
embarquer legerement ; qu'aprés
l'épreuve qu'elle en a230
MERCURE
voit faite , elle vouloit fc
donner le temps de bien connoiftre
avant que de s'engager
, & que fi fon coeur fe
trouvoit d'accord de tout ce
qu'on luy difoit du jeune
Marquis , elle s'expliqueroit
alors plus préciſement. Peu
de jours aprés fon Amic la
vint trouver , & luy dit que
le Marquis s'eſtoit adreffé à
elle pour la prier , comme elle
luy découvroit fes plus fecrets
fentimens , de choisir un lieu
où il fe rencontreroit comme
hazard , afin que feignant
de ne pas fçavoir que ce fuft
par
·
GALANT 231
luy, elle examinaft s'il n'y avoit
rien dans la perfonne qui
la puft choquer , & luy épar
gnaft le déplaifir de paroiftre
devant elle en qualité d'Amant
declaré , s'il avoit le
malheur de luy déplaire. La
jeune Comteffe cut de l'empreffement
à luy demander
ce qu'elle en avoit trouvé elle.
melme , & aprés qu'elle luy
cur répondu que pour la figure
il l'avoit telle qu'elle luy
savoit plufieurs fois entendu
dire qu'elle l'auroit ( ouhaitée
dans un Amant ; & qu'à l'égard
des manieres il luy pa

232 MERCURE
roiffoit qu'il les avoit nobles,
l'efprit doux , délicat , infinuant
, & tout ce qu'on peut
chercher dans un parfaitement
honnefte homme, il fut
arrefté qu'elle l'ameneroit le
lendemain , fous pretexte de la
venir prendre pour faire une
promenade , & que quelque
obftacle qu'elle apporteroit ,
romproit ce deffein pour les
arrefter chez elle . Ce projet
eftant formé , elle prépara fon
Ecuyer à un examen d'autant
plus exact pour le Marquis
qu'on le peignoit prefque fans
aucun defaut. Il l'affeura qu'elGALANT.
233
Je trouveroit toûjours en luy
la mefme fincerité , & fon
Amie eftant venue feule le
jour fuivant , la jeune Comreffe
luy en demanda la caufe .
Elle luy dit qu'elle avoit prevenu
l'heure où le Marquis
devoit le rendre chez elle ,
pour luy dire , avant que de
l'amener , que cette entreveue
feroit inutile , fi elle vouloit
faire entrer le bien en compte,
parce qu'en cela l'inegalité
étoit fort grande . La Comteffe
répondit qu'elle devoit
la connoiftre affez pour cftre
affeurée qu'ayant autant de
Juillet 16910. V
234 MERCURE
fortune qu'elle en avoit , ce
ne feroit jamais l'intereft qui
l'empefcheroit de rendre juftice
à un honnefte homme ,
& que mefme elle vouloit
bien luy avouer , que fans en
pouvoir dire la raiſon , elle
fe fentoit pour le Marquis ,
quoy qu'inconnu , de plus
favorables difpofitions qu'el-
2 le n'en avoit encore eu pour
aucun autre. Elle n'eut pas
plutoft fait cette réponſe ,
que fon Ecuyer qui eftoit
prefent , s'étant jetté à fes
pieds , luy demanda fi elle
voudroit reconnoiftre en . fa
GALANT 235
2.
perfonne cet heureux Marquis
à qui l'efperance paroiffoit
eftre permife . La jeune
Comteffetomba
dans une furprife
qui ne fe peut exprimer .
Elle rappella en un moment
tout ce que l'amour luy avoit
fait faire depuis deux ans pour
fe metere bien dans fon efprit,
& admirant ſon aveuglement
de n'avoir pas veu dans fes
manieres qu'il y avoit du
deffein , & que tout partoit
d'un homme qui déguiloit
fa naiflance
,elle ne put luy ca.
cher, qu'ayant toujours en
pour luy un panchant fecret
V ij
236 MERCURE
que l'eftat fervile où il eftoit
luy défendoit d'écouter , elle
n'eftoit pas fachée qu'il fe fuft
foumis à des fonctions indignes
de luy , pour luy prou
ver fon attachement. Son
Amie luy fit connoistre que
c'eftoit par fes confeils qu'il
en avoit ufé de la forte , afin
de s'accommoder à la refolution
qu'on fçavoit qu'elle a
voit prife de ne confentir jamais
à un fecond mariage
qu'en faveur d'un homme
qu'elle connoiftroit parfaitement.
Les raifonnemens qu'-
on fit fur cette avanture fe ter
GALANT. 237
minerent à des affurances que
donna la jeune Veuve de reconnoiftre
, comme elle devoir
, lerefpectueux amour du
Marquis. Elle tint, parole:
quelque temps aprés , & il n'y
a point d'union fi tendre que
celle que les nouds du mariage
ont formée entre eux .
Je vous ay déja parlé plu
fieurs fois de la belle Maiſon
de Choify , qui appartient à
Son Alteffe Royale Mademoi
felle d'Orleans , & que cette
Princeffe a fait baſtir entiere-
25
ment
;je dis entierement
, parce
qu'il
eft rare
que
les grands
238 MERCURE
&
fut
Edifices que les Princes font
commencer , s'achevent pendant
leur vie. Monfieur
Madame , accompagnez de
Madame la Grande Ducheffe ,
& fuivis de toute leur Cour
s'y rendirent dernierement, &
y fouperent. Le repas
grand , magnifique & delicat,
& il y cut deux grandes Tables
pour les Dames feulement.
La premiere eftoit de
quatorze couverts. L'abondance
parut à toutes les autres
auffi - bien qu'à celle-la ,
& la fuite de tous ceux qui y
mangerent, fut auffi regalée ,
GALANT. 239
de forte que chacun s'en retourna
fatisfait des manieres
obligeantes & genereufes de
la grande Princeffe , que tant
d'illuftres Perfonnes eftoient
venuës vifiter .
Monfieur le Prince avoit
efté regalé à Choify quelques
jours auparavant avec la même
magnificence.
Mefire Pierre Baudot ,
Docteur de Sorbonne , Prieur
de Jully , & Curé de Malligny,
bon Predicateur ,fameux
Miffionnaire
& grand aumofnier
, mourut le s . de ce
mois , comme Saint Simon
240 MERCURE
Stilite de Cilicie . Il retournoit
de Saint Florentin dans
fa Cure voifine de Chably ,
acompagné de deux autres
perfonnes , l'une à cheval , &
T'autre à pied. Le tonnerre »
aprés avoir long- temps gron
dé fur fa tefte , tomba enfin,
& luy entrant par l'oreille luy
coula au dedans du corps
jufqu'aux reins , & penetrant
de là par la felle dans ceux de
fon cheval , les renverfa tous.
deux morts , fur l'homme à
pied que leur chûte penfa é
crafer. M: Baudot avoit permis
par charité à cet homme
GALANT.
241
mequi eftoit un de ſes Paroiffiens
, de fe tenir à la croupiere
de fon cheval pour avoir quelque
foulagement en
mar-
- chant , & cette confideration
l'empécha de courirpour luivre
l'autre Cavalier , qui gagnant
le coin d'un bois y trou
va un azile contre l'orage ;
fur quoy on peut dire qu'il
eft mort comme il a vécu ,
toûjours dans quelque pratique
de pieté. Il avoit fi bien.
fanctifié la Paroiffe par fon
exemple & par fes Inftructions
, que plus de
cent perfonnes
y communierent le
Juillet 1691 .
X
242 MERCURE
Dimanche fuivant pour le repos
de fon ame ; mais le Paroiffien
qui le fuivoit n'en fut
pas quitte pour la peur , &
pour le danger d'eftre écrasé .
Le Tonnerre lay brûla une
partie de la main dont iltenoit
la croupiere , le bras &
four le cofté du haut en bas ,
& l'on doute fort qu'il en
échape . M. Baudot étoit Ne
veu d'une perfonne de même
nom & de mefme furnom
que luy , Prieur de Peldre ,
Chanoine & Grand Archidiacre
de l'Eglife de Troyes ,
grand homme de bien ; & 1
GALANT. 243
Petit Neveu de Madame de
Corberon, Dame d'une infigne
vertu , morte au Monaftere
de la Vifitation de cetre Villelà
, cu elle s'eftoit retirée depuis
fonveuv
auprés d'une
Fille unique qu'elle y avoit
Religieufe , & qui en eft aujourd'huy
digne Supe
Mr
tres
rieure . M. de Corberon fon
Mary eftoit Maiftre des Requestes.
Je vous parlay le mois
paffé de l'Expedition de M
de la Hoguette ; je vous en
envoye aujourd'huy un dé-
X ij
244 MERCURE
tail plus ample, que vous trou
verez dans cette Lettre.
De la Ville d'Aoft le 23. Juin ,
A
Prés neufjours de marche,
nous fommes arrivez icy
depuis Chambery , par des Montagnes
tres apres , & des Defilez
continuels , ayant paffé par
des chemins impraticables , tant
aux hommes qu'aux chevaux ,
pour prendre les hauteurs . Outre
cela nous avons efté obligeZ
faire des Ponts que les Ennemis
avoient rompus , & qui eftant
faits à la bâte , n'avoient pas
toute la folidité neceffaire pour
GALANT. 245
oter la crainte à ceux qui paf
foient deffus. Il y a eu de la refiftance
à Pontferan , qui eft la
premiere entrée du Pays. Il y
pouvoit avoir trois ou quatre
cens hommes , qui s'eftant trouvez
pris par derriere par les
Dragons, & à cofté par l'Infanterie,
prirent la fuite. Il en fut
tué environ cinquante , co nes
Maraudeurs forcerent le lende
main un autre retranchement
affez confiderable , qui eft à une
lieuë de Pontferan . De là vous
paßâmes la Riviere à Morges ,
qui eft un fort beau Village on
Bourg, qui estoit abandonné de
X iij
246 MERCURE
tous fes Habitans , hormis da
Curé des Capucins . L'Armée
y fit alte au delà du Pont . On
permit feulement à quelques Officiers
d'y entrer, & M. de la
Hoguette prit toutes les précautions
poffibles pour empêcher le
defordre , à caufe des vins excellens
qu'on y trouva , mais målgré
les défenfes , on ne laiffa pas
d'y mettre le feu, qui en a confumé
une partie . De là , nous allâmes
gagner Roche- taillée , paffage
tres - difficile , fur le bord
d'un tres affreux précipice , au
fond duquel paffe la Riviere . Le
chemin eft taillé dans le Roc , au
GALANT. 247
!
Il
deffus duquel il y a un Fortin
fiué entre deux portes , au milieu
defquelles eft un Pont levis.
y eut quelque resistance au
Pont de pierre taillé , qui eft à
un quart de lieuë au delà, parce
qu'il fallut déloger quelques Payfans
, ou Milices , qui achevoient
de le rompre. Pour le Fortin de
pierre de taille , il fe rendit d'abord
à la perfuafion des Dépu
tez de la Nobleffe Clergé , &
Tiers- Eftat , qui estoient venus.
jusque- là fe foumettre à M
de la Hoguette & qui a
voient pris les Clefs de la poche
du Gouverneur avec quelque vio-
X iiij
248 MERCURE
avec
lence . M. le Marquis d'Antin à
la tefte de fa Brigade recent ces
Députez & pouffa fon chemin
jufqu'à Livron , où il campa
l'Avant-garde. Il faut
ajouter que pour forcer ce paffage
M. de la
Hoguette avoit commandé
M. le Prince de Riche
mont , avec trois cens Grenadiers
& autant de Fufeliers . Ce
Prince gagna le deffus aprés quatre
beures de
marche , par un
chemin à peine
praticable par
des Chevres, & M de la Hoguette
grimpa auffi comme il put
mais ilne monta pas tout à fait
au deffus de la
montagnes de
GALANT. 249
-

forte que ces M. ne pafferent
pas à Pierre taillée , mais au
deffus . M: de la Hoguette campa
à Rhufe dans une méchante
maifon , coucha fur la paille,
auffi bien que toute l'Armée,
les équipages n'ayant pu paffer
que le lendemain , à caufe du
Pont qui n'eftoit pas feur. Nous
campames ce jour- là à Rivieux,
à une lieuë de Rhume ,
jourd'huy nous sommes venus à
la Cité d'Aoft. On demande au
Pays cent mille écus de contribution
.
au-
On a fceu depuis ce temps- là
que le Pays avoit donné quel
250 MERCURE
que argent comptant , de la
Vaiffelle d'argent , des Pierreries
, trois cens Mulets , trois
cens Vaches, mille facs de blé,
& que les principaux Habitans
fervent d'Oftages pour le refte
de la femme dont on eft convenu
Les Troupes que commandoit
M: de la Hoguette
font enfuite retournées dans
la Tarantaife , aprés avoir
miné & fait fauter tous les
Ponts , qui font fur la Dora
depuis Bard jufqu'au bout do
la Vallée. On eft venu par là
à bout de ce qu'on a fouhaité
, qui eftoit d'empêcher que
GALANT . 251
Montmelian ne fuft fecouru
par cette Vallée .
Quoy que je fçache que
vous attendez que je vous
parle de la mort de M de
Louvois , je fuis perfuadé que
vous vous en cftes déja dit
tout ce que je pourrois vous
en dire. Il y a des perfonnes
d'une fi haute diftinction , &
fi connues , qu'il n'eft pas neceffaire
qu'on faffe leur éloge
pour apprendre au Public qui
elles font. M de Louvois
qu'une mort fi precipitée nous
a enlevé le 16. de ce mois ,
eftoit de ce nombre . Il s'é252
MERCURE
quoy
toit appliqué de fi bonneheure
au travail , & avec une
activité accompagnée d'une
telle vigilance , qu'il avoit
merité d'eftre fait Miniftre
d'Etat à trente & un an ,
qu'il foit tres- rare de parvenir
dans un âge fi peu avancé à
des emplois fi importans ; mais
la capacité qu'il s'eftoit ac-"
quife l'avoit rendu digne d'ê
tre élevé de fi bonne heure
à ce pofte glorieux. Il eftoit
infatigable au travail , & dans
le plus grand accablement des
affaires on n'a jamais remar
qué qu'il en ait remis aucune
GALANT. 253
au lendemain. Le Roy , qui
n'imagine rien que de grand,
& d'utile pour fes Sujets, ayant
conceu le deffein de trois
grands établiffemens , en confia
l'execution à fes foins . Ccs
établiffemens font celuy des
Invalides , celuy des Magazins
d'Armes , & celuy des
jeunes Gentilshommes
inftruits
dans le meftier de la
Guerre en diverfes Places du
Royaume. L'application
avec
laquelle ce Monarque s'eft attaché
aux affaires de fon Etat
depuis trente ans , l'ayant rendu
feul auffi puiffant que tous
254 MERCURE
les Souverains de l'Europe enfemble
, il a plus fait fortifier
de Places depuis vingt années
, que fes Predeceffeurs
n'avoient fait en plufieurs
ficcles . On a veu depuis qu'il
tient luy - mefine le timon de
fes affaires , des Villes entieres
conftruites en des lieux
où il n'y en avoit jamais eu ,
& leurs Fortifications achevées
prefque auffi- roft que
refolues , & tout cela par les
foins de M de Louvois , &
pour répondre à l'intention
de Sa Majesté . Ce Miniftre
eftoit tout de feu lors qu'il
GALANT. 255
sagiffoit d'executer les ordres
de fon Mailtre touchant les
Baftimens des Maifons Royales.
On fçait qu'aucun Prince
de la Terte n'a efté là- deffus
plus magnifique que le Roy,
& que ce Prince ne fait executer
de fi grandes chofes que
pour foutenir la gloire & la
fplendeur de la France , en y
faifant Aeurir les beaux Arts ,
& la faire voir aux Etrangers
dans le plus grand éclat où
elle ait jamaisefté
. Auffi peuton
affeurer que depuis le regne
de Sa Majefté , ils fe font
venus habituër en France . Il
256 MERCURE
eft certain que feu M : de Lou
vois y a extremement contribué
en répondant avec un zele
actif, aux volontez d'un Roy
auffi magnifique qu'il a toujours
paru de bon gouft .
Avant que d'entrer dans
l'Article d'Allemagne
, je
vous parleray d'une Carte
nouvelle qui regarde tout
l'Empire . Comme la plufpart
de celles qui ont efté faites
au fujet de la guerre , ne donnent
pas une jufte connoiffance
du grand nombre d'Etats
qui le compofent, à cause que
des parties d'Al- n'eftant que
GALANT. 257
lemagne , il n'y a aucune Carte
qui marque diftinctement à
qui appartiennent ces Etats ,
on a cru faire plaifir au Public
, en luy en donnant une
où tout cela fuft marqué fort
nettement , & où en même
temps l'étendue de chaque
Cercle fuft obfervée avec une
entiere exactitude . C'eft ce
qu'on a fait d'une maniere
auffi utile que curieufe dans
la Carte dont je vous parle .
Elle fe debite chez le S des
Granges , à l'entrée du Quay
de l'Horloge du Palais , à la
Renommée.
Juillet 1691
Y
258 MERCURE
Depuis l'ouvertute de la
Guerre qui met aujourd'huy
en armes tous les Princes de
l'Europe , les François ont
toujours ou gagné des Batailles,
ou pris des Villes , ou
fait vivre leurs nombreufes
Armées chez leurs Ennemis..
Ce dernier avantage , & celuy
de les faire contribuer , eft le
moindre qu'ils ayent eu , ce
qui n'eft pas moins glorieux
qu'urile à la France , puis que
ces fortes de pertes affoiblif
fent toûjours beaucoup ceux
qui font contraints de les
fouffrir. Je ne dis rien qui ne
GALANT. 259
foit connu , eftant certain que
depuis le mois de May , toute
noftre Armée d'Allemagne
a vêcu aux defpens des Ennemis
. La Cavalerie eftoit
d'abord à Nider- Ulm , parce
qu'il y avoit quantité de bons
fourages , c'eftoit le quartier
de Mile Maréchal de Lorge ),
& l'Infanterie à Herviler
fous le commandement de M!
le Marquis d'Uxelles . Ainfi
Mayence s'eft trouvée longtemps
fi ferrée , qu'elle n'a
prefque ofé ouvrir fes portes.
Nos partis ont efté fans cefle
juſque- là , & c'eſt ce qui leur
Yij
260 MERCURE
a fait croire plufieurs fois
qu'on avoit deffein de mettre
le Siege devant cette Place .
Sur la fin du mois paffé il y
cut un grand Fourage. Les
Eſcortes ordinaires furent
commandées pour couvrir les
Fourrageurs fous la conduite
de M. de la Feüillée , Lieutenant
General qui eftoit de
jour. On prit le chemin de
Mayence , & en paffant à la
droite par un Village nommé
Ober- Ulm, on apperceut cin
quante Huffards qui fortoient
au devant des Fourrageurs.
Ilss'avançoient à deffein d'enGALANT.
261
lever la grande Garde , & en
donnant une alarme de ce
cofté-là , ils devoient faire
paffer derriere eux deux gros
Efcadrons qui estoient rafez
auprés d'un Bois , & emmener
cette Garde à Mayence. L'avant-
Garde qui eftoit de foixante
& dix hommes , ne les
eut pas plûtoft apperceus ,
qu'elle les fuivit , & les Huffards
qui cherchoient à les
faire tomber dans le piege , fe
mirent à fuir à toute bride.
Cette fuite fit donner nos
gens dans l'embufcade , &
lors qu'ils fe virent envelop262
MERCURE
pez de toutes parts par cinq
ou fix cens hommes , ils ne
Longerent plus qu'à vendre
cherement leur vie . Ils fe bat-”
tirent fi bien , que quelques
Dragons de nos Troupes , que
l'on avoit deſtinez pour l'efcorte
, s'eſtant avancez , & les
ayant reconnus , allerent à
leurs fecours. Ce fut pour lors
qu'ils reprirent de nouvelles
forces ; & qu'ils fe battirent
en braves gens . Trois pieces
de Canon qui n'étoient pas
loin des Dragons , arriverent
un moment aprés . Elles étoient
chargées à cartouche,
*
GALANT. 263
& lors qu'elles curent donné
dans deux Efcadrons de Huffars
, le jour qu'elles y firent
"Les épouyanta fi fort , qu'ils
n'eurent point de meilleur
party à prendre que celuy de
fair . On les pourfuivit l'épée
dans les reins jufqu'au glacis
de Mayence , ce qui les empefcha
d'emmener vingt- cinq
Grenadiers qu'ils avoient pris
en Maraude dans plufieurs
Villages . M. de Lavinal , Capitaine
de Carabiniers , qui en
commandoit un Efcadron , fit
des merveilles , auffi bien que
M le Comte de Nogent , Cas
264 MERCURE
pitaine du Colonel qui commandoit
une Troupe de ce
Regiment , & M : Boirard
Sous Lieutenant de la Compagnie
Colonelle du Regiment
Colonel. Ces trois Troupes
recevoient les ordres de
M. de Villiers , Lieutenant
Colonel de Florenfac , homme
ferme & d'experience, qui
fit la retraite à la demy- portée
du piftolet de huit gros
Efcadrons des Ennemis , de
leur Infanterie , & du Canon
de la Place , fans perdre un
feul homme, On fe retiroit
diss
de dix pas en pas , & chaque
Troupe
GALANT. 265
Troupe faifoit toûjours ferme
l'une aprés l'autre . Mile Marquis
de Rochefort ſe ſignala
dans cette rencontre comme
Volontaire . On ne perdit dans
le premier choc que trois ou
quatre Carabiniers , & un autre
qui avoit receu trois ou
quatre coups de faux , & qui
vint mourir au quartier du
Roy. Ontua plufieurs Huffars ;
on en fit un prifonnier , & ils
nous prirent un Brigadier de
Carabiniers de la Compagnie
de Peliffier , du Regiment de
Berry.
Le 30 de Juin on fit un
Juillet 1691.
Z
266 MERCURE
détachement de deux Bataillons
, de deux Canons , de
trois Regimens de Cavalerie,
Villepion, Forçat & Bercourt,
& de deux de Dragons Saint
Fremont & Gramont ; le Regiment
de Villepion , & les
deux Bataillons & le Canon ,
fous les ordres de Mt de Villepion
, Brigadier ; & les deux
Regimens de Forçat & Bercourt
, avec les deux de Dragons
, commandez par Mr de
S. Fremont , auffi Brigadier,
le tout pour aller joindre M
de Bouflers . On a fait combler
le fuffé du Chafteau de
GALANT. 267
Nider Ulm , qui appartient à
l'Electeur de Mayence , &,'
miner ce qu'il y a de fortifications
, pour les faire fauter
quand l'Armée décampera Le
2. de ce mois, M. de Lorge détacha
M. de Melac , Maréchal
de Camp , avec cinq cens Dragons
; M de Pagnac , Lieutenant
Colonel du Regiment.
J general des Dragons ; M: de
Rochefort , avec trois cens
Grenadiers , & fix ou fept
pieces de Canon' , pour aller
forcer cent hommes de la
Garnifon de Mayence , qui
eftoient dans un Chafteau
}
Zij
268 MERCURE
nommé Acdesheim . Ils fe rendirent
prifonniers de guerre ,
aprés avoir fouffert le Canon,
& tenu douze heures. Nous
y cûmes environ cinquante
hommes tuez ou bleffez . M
de la Rare , Frere de M: de
Melac , y receut un coup de
Moufquet qui luy a caffé une
cofte au deffous de la mamelle
, & qui perce au travers du
corps . M. de Miremont , Capitaine
des Grenadiers de Nor
mandie , eft mort d'un coup
qui luy perçoit les temples ,
& qui luy avoit fait fortir les
deux yeux hors de la tefte .
GALANT. 269
Il y eut un Commiffaire d'Artillerie
tué , un autre bleffé , &
Mr. Gobert, Capitaine de Dragons
, cut le gras de la jambe
percé. M. de Pagnac cut
ordre de fe jetter dans ce
Chafteau avec deux cens Dragons
, cinquante Grenadiers ,
& deux cens Payfans pour le
démolir . Il eftoit d'une telle
bonté , & avoit fes murailles
fi épaifles , qu'il faudra du
moins vingt jours pour le
renverfer entierement
. Cependant
M de Pagnac a jugé à
propos de ne le faire fauter
que quand M de Lorge dé-
Z iij
270 MERCURE
campera , à caufe qu'eftant
entre Mayence & l'Armée , à
deux licués de l'une , & à trois
de l'autre , il empêche les Ennemis
de prendre les Fourageurs
, & couvre l'Armée .
Le 8. de ce mois elle décampa
de Nider- Ulm pour venir à
Gentzingen , licu parfaitement
beau pour un Camp . On y
campa fur deux lignes dans
une plaine toute remplie de
fourages, & arrofée par la Riviere
de la Nau , & par un
Ruiffeau qui s'y vient perdre.
On croyoit y demeurer longtemps
, mais M le Maréchal
GALANT. 271

1
de Lorge ayant eu avis que les
Ennemis paffoienr le Rhin ,
& que M. le Marquis d'Uxelles
qui commandoit l'Infanrerie,
ne pouvoit les empêcher
de faire leur Pont, à caufe
que la grande quantité de
pluye qui eftoit tombée le 29 .
& le 30. du mois paffé , avoit
fait déborder cette Riviere ,
décampa de Gentzingen pour
venir à Florem , & de Florem
fous Wormes , où il apprit
que l'Infanterie des Ennemis
qui achevoit de paffer , occupoit
déja les ruines de Frankendal
. Il apprehendoit qu'ils
Z iiij
272 MERCURE
ne fe faififfent du Défilé de
Turckheim le long de la colline
, & que noftre Armée ne
puft couvrir l'Alface , & cela
fut caufe qu'il décampa à minuit
de Grefem , où il avoit
efté joint par l'Infanterie . Il
marcha pendant vingt- quatre
heures , ayant envoyé auparavant
les Grenadiers & les
Dragons de l'Armée , commandez
par M: le Comte
d'Auvergne , qui trouva que
les Ennemis avoient efté aflez
malhabiles pour ne point occuper
le défilé . M de Lorge
vint camper à Wacquemein,
GALANT. 273
qui eft une petite Ville fur la
colline , & fe rendit enfuite à
Winfinguen , fous Neuftat..
Ainfi l'on fe trouva à trois
ou quatre petites lieuës des
Ennemis , qui tiennent toute
la plaine depuis Frankendal
jufques à Linange . Ils ne peuvent
venir à nous en Bataille
, & nous ne pouvons aller
à eux àcaufe de plufieurs Marais
& de la Foreft de Spire ,
& de plufieurs defilez On éstoit
encore au mefme Camp
le 20. de ce mois où noftre
Armée groffiffoit tous les
« jours par les Troupes qui luy
274 MERCURE
venoient de Fribourg , Brifac
, Strasbourg , Huningue
& de quelques autres Places .
Il y a beaucoup de Milices
dans l'Armée des Ennemis.
Ainfi elle eft beaucoup moins
confiderable que l'on n'avoit
Ciû d'abord.
Non feulement je conti
nuë le Journal de Flandre que
j'ay commencé à vous envoyer
; mais je reprens mefme
celuy de quelques journées
dont je vous ay déja parlé ,
pour vous le donner plus
ample. Rien n'égale l'exacti
tude que vous y remarquerez,
GALANT. 275
(
& je puis vous affeurer que
c'eft la verité pure. On voit
beaucoup de bonnes Relations
particulieres ; mais pour
un Journal , il n'y en a point
qui foit plus entier , & mieux
circonftancié que celuy que
vous allez lire .
Le premier du mois paffé on
contiuua de démolir les Fortifications
de Hall , où nos
Troupes eftoient entrées le
30. de May au matin . Le lendemain
le Prince d'Orange
arriva à Bruxelles , & joignit
incontinent l'Armée des Allicz
, où il eftoit attendu avec
276 MERCURE
autant d'impatience qu'il y
avoit de confternation parmy
les Troupes qui la compofent
depuis que M: le Maréchal de
Luxembourg leur avoir pre
fenté la Bataille , & qu'il cftoir
entré dans Hall , malgré les
Fortifications & les trois mille
hommes que ce Prince y
avoit mis pour défendre ce
pofte , qui eftoit le feul qu'il
cuft pris foin de fortifier pour
couvrir Bruxelles . Le 3. &
le 4. M. le Maréchal augmenta
le nombre des Travailleurs,
pour achever plûtoſt la démolition
de cette Place, ce qui
GALANT. 277
fut fait entierement le 4. au
1 foir ,à la referve de quelques
endroits que les Habitans's'obligerent
de démolir euxmêmes
, & dont ils donnerent
des affeurances à M: l'Intendant.
Le . M le Maréchal
S.
jugea à propos d'aller occu
per le Camp de Braine le
Comte. L'Armée y demeura
vingt- deux jours , & pendant
ce temps elle confuma tous
les fourages qui estoient à
quatre lieuës autour de ce
Camp . Plufieurs partis Ennemis
furent battus par les notres
, & leurs Deferteurs qui
278 MERCURE
eftoient tous les jours en affez
bon nombre , affeuroient M
de Luxembourg du mouve- t
ment que faifoient leurs Troupcs
.
Ce fut dans le temps de ce
campement que M: du Rofel
fit une action qui merite bien
undétail particulier . Il fut détaché
avec quatre cens Chevaux
qu'il difperfa en divers
endroits , afin de rencontrer,
quelque party dont il pût fçavoir
des nouvelles de l'Armée
Ennemic . Il fe referva
feulement vingt - cinq Chevaux
, & avec cette petite
GALANT.
279
Troupe , il chercha une occafion
autour de Rhodes .
Ayant rencontré un Payfan
dans un Bois où il marchoit ,
il luy demanda s'il n'y avoit
point quelque party. Le Payfan
répondit qu'il y en avoit
un
d'environ cinquante ou
foixante Cavaliers à une portée
de fufil . Mi du Rofel ayant
redoublé fes liberalitez , obligea
le Payfan d'aller leur dire
que dans le coin de ce bois ils
trouveroient un Party de Cavalerie
Françoiſe , qui n'eſtoit
que defept ou huit Chevaux .
Le Payfan content de ce qu'il
280 MERCURE
avoit receu , & flaté de la
promefle qu'on luy fit de lug
donner davantage
, ſi la choſe
réuffiffoit s'acquitta
fort
bien de ce qui luy avoir efté
ordonné . Le Partifan Ennemy.
vouloit ne commander
que
aller envingt
Maiftres pour
lever nos Cavaliers ; mais un ↑
des Officiers luy confeilla de
faire marcher toute fa Troupe.
M' du Rofel les voyant
venir , difperfa fes vingt cinq
Chevaux , quatre dans un endroit
cinq dansl'autre ,avecor
dre à fes Cavaliers de ne point
tirer , & de mettre d'abord le
GALANT. 281
fabre à la main ; ce qu'ils executerent
fi heureufement ,
qu'ayant entouré leurs Enne
mis , ils en mirent douze fur
la place dés le premier mouvement
qu'ils firent, Il y en
cut vingt bleffez , & le refte
fut fait prifonnier avec ceux
qui les commandoient . En
voicy les noms. M. Eminga ,
Capitaine de Cavalerie dans le
Regiment de Naflau de Triftan
. M. de Vede , Capitaine
de Cavalerie dans le Regiment
de Sarbruk du Prince de Naf
fau M de Bennever , Licurenant
de Dragons dans le Re-
Juillet 1691 .
A a
282 MERCURE
giment de Waldek. M. Been,
Lieutenant dans le Regiment
deChauvet M.Sinet , Cornette
dans le Regiment de Naſſau .
M: le Maiftre , Volontaire
dans le Regiment du Brigadier
Ducher. M Naquen ,
Volontaire dans le Regiment
de Dragons de Waldeck . M
Marchand , Volontaire dans
le Regiment du Duc de Saxe .
Cette affaire fe paffa la nuit
du 20. au 21. du mois de Juin ,
& le 22. ces Officiers furent
amenez à Mons . Ils allerent
déjeuner chez M : le Duc du
Maine , qui ordonna qu'on
GALANT. 283
ne les laiffaft pas manquer de
Vin de Champagne .
Le 27. du mefme mois , M
le Maréchal ayant eu avis que·
l'Armée des Alliez marchoit
du cofté de Louvain , où elle
devoit trouver un renfort de
quatre milleBrandebourgeois,
& que le Prince d'Orange avoit
laiffé dix Bataillons dans
Bruxelles , quitta fon camp de
Brainc le Comte , pour aller
prendre celuy de Haifne faint
Pierre. Ce campement eftoit,
fort agreable , quoy qu'il ne
fuft pas commode , n'y ayant
peu de fourrage , &
A a j
que
fort
284 MERCURE
prefque point de logement.
La droite eftoit à Marimons ,
qui eft un Château au milieu
d'un Bois de haute futaye ,
bafty par Marie d'Auftriche ,
Soeur de Charle- Quint , &
Reine de Hongrie, eftant Gouvernante
des Pays - Bas , & faifant
alors fon fejour à Beinche
à caufe de la commodité de la
Chaſſe qu'elle aimoit paffionnement.
Comme elle voulut
que ce Château portaft fon
nom , & celuy de Mons , Capitale
du Hainaut, où elle faifoit
fon ordinaire demeure , & qui
n'en est éloigné que de trois
GALANT 285 .
Fieues ; on l'appella Marimons.
C'est cette mefme Princeffe
qui fit baftir le Château de
Mariembourg , ce que l'on
voit par le nom qu'il porte.
Le 28. M. de Bray , Major
du Regiment de Bar , Cavalerie
, & l'un des meilleurs Partifans
des Ennemis , quitta leur
Armée , mécontent de ce
qu'ils ne payent point les
Troupes , & negligent d'avancer
les perfonnes de fervice,
quelque merite diftingué
qu'ils ayent. Il fe rendit auprés
de M. de Luxembourg
avec toute la Famille , Fem286
MERCURE
mc & Enfans , dont il y en
avoit trois qui fervoient ; l'un
eftoit fon Lieutenant , & l'autre
Cornette dans une autre
Compagnie où le troifiéme
eftoit Cavalier. Mr le
Maréchal le reçût avec les
marques d'eftime & d'honnefteté
que merite un Officier
qui eft regreté de ceux qui le
perdent, & dont les fervices
peuvent eftre utiles au party
pour lequel il fe declare..
Le 29. M Philippe Briga
dier des Gardes du Corps dans
la Compagnie de Luxem
bourg , fut détaché avec un
GALANT. 287
Capitaine de Cavalerie & foixante
Maiftres, pouraller ap-
1 prendre des nouvelles des Ennemis
. Tout le détachement
s'avança jufqu'à une licuë de
l'endroit où eftoit leur Camp,
fans qu'ils en poffent découvrir
aucune chofe ; ce qui obligeaM
! Philippe de fe détacher
luy-même avec 15. Cavaliers
pour s'approcher encore plus
prés. Ayant apperçû quelques
Fourrageurs , il laiffa fa troupe
dans un Village où elle ne
pouvoit eftre veuë , & s'avança
avec un feul Cavalier jufque
fur la chauffée , où ren288
MERCURE
contrant trois Chaffeurs des
Ennemis , il les fir entrer dans
le Village l'épée à la main en
feignant d'eftre des leurs , &
leur remontrant qu'il eftoit
deffendu de paffer les Gardes,
& le peril qu'il y avoit d'eftre
pris par les François . Il entra
dans le Village avec eux , &
ce qu'il y ade particulier , c'eft
qu'il avoit mis fon Cavalier en
vedette, faifant face vers nous ,
pour mieux abufer les Ennemis
qui fourrageoient à cent
pas de là . S'étant avancé juſ
quà un endroit où ils avoient
une Garde , un deleurs Cavaliers
GALANT. 289
liers vint au galop pour fçavoir
ce qu'il failoit . Il l'attendie
depied ferme , & comme
il luy parloit le prenant pour
un homme du Pays, il le ferra ,
luy mit le piftolet dans les
reins , & luy ayant fait demander
quartier , il l'obligea
dele fuivre , & l'emmena prifonnier.
Cette action où il n'y
avoit pas moins de tefte que
de bravoure , fit plaifir à M
le Maréchal , & fut applaudie
de toute l'Armée .
Le 3. de ce mois le bruit qui
couroit que les Ennemis alloient
affieger Dinan s'eſtant
Juillet 1691.
Bb
290 MERCURE
$
augmenté , M le Marquis
de Courtenvaux qui commande
le Regiment de la
Reine , pria M de Luxembourg
de luy permettre d'aller
fe jetter dans cette Place
oùil y avoit quelques Compagnies
détachées de fon Regiment.
Cette permiffion luy
fut accordée , & il partit auffi
toft en pofte. Le 7. ce méme
bruit continuant, & les Ennemis
eftant à Gimblours , où
felon les apparences ils attendoient
que les quatre- vingtfix
bateaux qui estoient à
Maftric chargez d'artillerie ,
GALANT. 291
& de tout l'attirail neceffaire
pour faire un Siege , fuffenr
Temontez à Namur fur la
Meufe , M. le Maréchal trouva
à propos de s'approcher de
Bruxelles, & pour cela , il alla
occuper le Camp de Soignics.
Un détachement de l'Armée
de Mide Bouflers & les Troupes
que commandoit M' de
Villars arriverent à ce Camp
à même temps que l'Armée ,
ce qui l'arenforça de prés de
vinge mille hommes Le 11.
M le Maréchal eut avis que
les Ennemis avoient fait un
détachement qui alloit du
+
Bb ij
292 MERCURE

côté des lignes ; ce qui l'o
bligea d'en faire un de quatre
bataillons qu'il envoya
du même cofté fousles ordres
de M. de Villars. Le lendemain,
un de nos Partifans prit
un Party d'Infanterie d'Ath
de vingt hommes d'un Regiment
Italien , qui eft en garnifon
dans cette Place . Nous
fourragions du coſté d'Ath ,
où ce party Italien avoit pris
quelques chevaux , & deux ou
trois Fourrageurs , & lors qu'il
s'en retournoit avec ce petit
butin , les noftres qui s'eftoient
¿mbuſquez pour l'attendre au
8
GALANT. 293
paffage , le furprirent , en tuerent
deux , reprirent ce qu'ils
avoient pris fur nous , & cmmenerent
dix huir prifonniers,
avec l'Officier qui les commandoit.
Tous les jours de
fourrage on voit à peu prés
arriver la mefme chole . Le 13.
M. le Maréchal fit une reveuë
generale, & le foir Mile Comte
de Soiffons arriva à l'Arméec
en pofte. Le jour fuivant on
quitta Soignies , & l'on vint
camper aux baffes Eftines. Le
15. M. de Courtenvaux rejoi
gnit l'Armée fur ce qu'il trou
voit plus d'apparence que
Bb iij
294 MERCURE
nous donnerions Bataille, qu'il
n'y en avoit que les Ennemis
entrepriffent d'affieger Dinan .
Le 16. l'Armée vint camper à
Mierbe Poterie qui cft au
bord de la Sambre. Elle fut
jointe le 17. par le détachement
que commandoit M
d'Augé , compolé de huit
Regimens , fix de Cavalerie ,
& deux de Dragons , ce qui la
rendit beaucoup plus forte.
Le 18. les Regimens de Salis
& d'Affel furent détachez
pour aller aux lignes , fur l'avis
qu'on cut que les Ennemis
avoient deffein d'y envoyer
GALANT. 295
1
quelque détachement . Le 19.
un de nos partis que commandoit
M de Maré , prit
un Bateau chargé de vin qui
alloit à Charleroy . Cette
prife montoit à plus de deux
mille écus , à caufe qu'il y
avoit quatre cens écus d'argent
en efpeces. Ceux du party
partagerent ce butin. Le
20. fur les fept heures du foir ,
il s'éleva un orage , qui fit un
fort grand defordre pendant
une heure où environ qu'il
dura. I emporta plufieurs
équipages des Officiers qui
eftoient campez dans la Prai
Bb iiij
3
296 MERCURE
rie M: Bernard , Capitaine
du Regiment des Dragons
Dauphin , y perdit toutes fes
hardes & quelques uns de ce
Regiment y perdirent des
Chevaux Les 21. à neuf heures
du matin , on fut averty
que les Ennemis paffoient la
Sambre , ce qui fut caufe que
M. de Luxembourg fit décamper
l'Armée , qui étoir
preffe pour le décampement
dés la petite pointe du jour ,
fuivant l'ordre du foir precedent.
Il la fit aller du cofté
de Bolfu, & paffa la Sambre du
cofté de la Buffiere , & fur
GALANT. 297
d'autres Ponts qu'il avoit fair
faire à droite & à gauche .
Les gros équipages demeurerent
à Boffu , & les Troupes
s'avancerent jufques à Silenru .
Elles pafferent la nuit en Ba
raille , & il y eut défenfe de
dreffer les Tentes , tant afin
qu'on fuft plûcolt preft à dé
camper , que parce qu'on n'avoir
pas de nouvelles affurées
fi les Ennemis eftoient venus
du cofté de Philippeville , ou
de celuy de Dinan. Le 22. à la
petite pointe dujour les Troupes
marcherent du cofté de
Philipeville , & pafferent fous
298 MERCURE
la Place. Les gros Bagages qui
eftoient partis plus matin de
Boffu , joignirent l'Armée . M
le Maréchal entra dans Philippeville
avec fa fuite , & il
y depefcha un Courrier du
Cabinet qui avoit fuivy depuis
Mierbe Poterie . Si toft
qu'il parut , le Gouverneur fit
tirer du Canon , & quand il
fortit de cette Place , il en fit
tirer de mefme , ce General
ayant cfté bien aife de faire
connoiftre par là aux Ennemis
, qu'il s'eftoit avancé
de ce cofté-là , à cauſe que
marche couvroit Philippela
GALANT. 299
ville & les empefchoit d'al
ler vers Dinan , qui font les
deux Places qu'ils menaçoient
d'affieger. L'Armée marcha
jufques à Florennes , & y vint
camper à deux petites lieuës
de Gerpine cu campent les
Ennemis . Florennes eft un
grand Bourg qui a eu autrefois
titre de Principauté. Il
a un tres - beau Château , & une
Abbaye confiderable de l'Or
dre de faint Benoist. Le quartier
general eft à Florennes
mefme, qui eft à la droite du
campement . Monfieur le Duc
de Chartre eft logé au Châ
300 MERCURE
teau , & Male Duc du Maine
& Mr. de Luxembourg font
logez dans l'Abbaye . Le 23
Mile Maréchal alla luy mefme
reconnoiftre
le campe ,
ment des Ennemis avec un
détachement de mille Chc..
vaux des Gardes du Corps &
de la Maifon du Roy. Il monta
à cheval à cinq heures du
matin & dés que les Ennemis
curent découvert les Efcadrons
de fon efcorte , ils tirerent
quatre coups de Canon
pour donner avis aux Fourrageurs
de fe retirer , & pour
appeller les Officiers chacun
GALANT. 3or
à fon pofte. Enfuite le Prince
d'Orange fit faire un mouvement
à fon Armée comme
s'il l'cuft mife en Bataille . On
fçeut pourtant qu'il avoit ſeulement
étendu fa droite d'environ
un quart de lieuë , pour
Occuper un terrain qui luy
paroiffoit favorable. Sur les
neufheures du foir, les Ennemis
firent une réjoüiffance , &
l'on entendit trois décharges
de leur Artillerie & de leur
Moufqueterie. On en imputa
la caufe à quelque avantage
qu'on difoit que le Prince
d'Orange avoit cu en Irlande.
302 MERCURE
Il parur à ces décharges que
les Ennemis avoient plus de
quatre - vingt pieces de Canon
, & que leur premiere ligne
eft beaucoup plus forte
& mieux fournie que la feconde.
Le 24. M: le Maréchal
monta à cheval à fix
heures du matin avec Monfieur
le Duc de Chartre , &
s'étant avancez jufqu'à la veuë
du Camp des Ennemis , ils
reconnurent qu'ils s'efroient
auffi étendus par la gauche.
Je finis cet article par Tordre
de Bataille que je vous envoye.
u
re
&
éc
es
lidu
US
uy
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les
nb
no
gn
&
co
ch
heb
fici
s'ét
du
rec
auf
Jef
de
voy
i
GALANT. 303
"
Aprés cinq mois entiers de
Conclave , les Cardinaux
étant enfin convenus entr'eux
pour l'Election du Cardinal
Antoine Pignatelli , s'affemblerent
le 12. de ce mois au
matin dans la Chapelle Sixte.
Ce Cardinal fut éleu au premier
Scrutin par un nombre
de cinquante trois voix , &
l'Election ayant efté declarée
legitime , on le reveftit des
habits Pontificaux , c'eſt à dire
de la foutane blanche , du
rochet & du camail , & tous
les Cardinaux allerent luy
porter l'obedience ;aprés quoy
304 MERCURE
le Cardinal Sachetti , comme
le plus ancien des Cardinaux
Diacres vint à la loge de Saint
Pierre fur le balcon du milicu
pour le proclamer ; mais comme
les acclamations du peu-
•ple empéchoient qu'il ne fuft
entendu , il fit tomber un papier
dans lequel eftoit le nom
d'Innocent XII. que ce Pape a
pris . En mefme temps le Chateau
Saint Ange , fit une décharge
de fon artillerie . Cette
premiere cérémonie eſtant
achevée, les Cardinaux fe retirerent
pour difner & pour ſe
repofer, en attendant les vingt
GALANT. 305
heures pour porter le Pape à
Saint Pierre . On donna les
ordres neceffaires pour rompre
les cloftures du Conclave,
& fur les dix neuf heures
, les Cardinaux s'eftant encore
affemblez dans la Chapelle
Sixte , le Pape fut revétu
de fes habits Pontificaux
& porté à Saint Pierre, precedé
de tout le Sacré College,
& accompagné de la Garde
Suiffe. Il fut mis fur l'Autel
du Baldachin, où tous lesCardinaux
allerent pour la feconde
fois à l'adoration qui fe
fait de cette maniere . Cha-
Cc
Juillet 1691 .
306 MERCURE
queCardinal baife les pieds de
Sa Sainteté , enfuite les mains,
& puis l'embraffe . Aprés que
les Cardinaux fe furent acquitez
de ce devoir , le Pape fe
dépouilla de fes habits Pontificaux,
& étant entré dans une
chaife à Porteurs qu'on luy avoit
preparée, il fe retira auVatican
accompagné de fes Gardes.
M de Chaune, Ambaf.
fadeur de France , qui ne s'étoit
point trouvé à la Cérémonie
, parce qu'il eftoit incognito
, attendit que le Pape
fuft remonté dans les appartemens
, où il le compli
GALANT. 307
J
menta de la part du Roy. Il
en reçût un accueil tres favorable
. Le Cardinal Pignatelli
, prefentement le Pape Innocent
XII. eft dans fa 77me
année , & a paffé par diverfes
Charges. Il commença
fa fortune par la Vicelegation
d'Urbain d'Inquifiteur à
Malthe. Il fut envoyé Nonce
à Florence ; puis en Pologne
, dans le temps que M
le Cardinal de Bonzy y eftoit
Ambafladeur pour le Roy ,
& de- là à Vienne auprés de
l'Empereur. Ayant efté rappellé
de cette derniere Non-
Cc ij
308 MERCURE
ciature, le Cardinal Altieri le
fit Maistre de Chambre du
Pape Clement X. fon Oncle,
aprés la mort duquel il continua
dans la mefme fonction
fous le Pontificat d'Innocent
XI . qui le fit Cardinal dans
la promotion de 1681 & luy
donna enfuite l'Archevéché
de Naples & la Legation de
Boulogne . Il a déja accordé
plufieurs graces à Mt le Cardinal
de Forbin. Janfon , entre
autres le gratis des Bulles de
Ml'Evefque de Chartres . Il
a continué le Cardinal Panciatici
dans la Charge de DattaiGALANT.
309
20
re , le Cardinal Albanne dans
celle de Secretaire des Brefs,
& le Marquis de Maldachin
dans celle de General des Poftes
. Il a declaré le Cardinal
Spada pour fon premier Miniftre
& Secretaire d'Eftats
ce Cardinal eft homme d'ef
prit & de merite, & a efté lontemps
Nonce en France . En
fin on doit efperer de ces heureux
commécemens qu'on au
ra de luy toute la fatisfaction
qu'on en poura fouhaiter.Il n'a
point de plus proches parens
qu'au troifiéme & quatrième
degré , fa Famille qui eft une
310 MERCURE
des plus anciennes du Siege de
Nido de la Ville de Naples
finiffant en luy. Ily en a qui
prétendent qu'elle vient originairement
de Rome , &
qu'un Seigneur de cette Maifon
, aprés avoir porté les armes
, vint s'établir à Naples ,
où il a fait la fouche de toutes
les branches des Pignatelli
, que l'on y a veuës depuis .
D'autres veulent qu'elle tire
fon origine de Naples mefme.
Quoy qu'il en foit , on trouve
dans un ancien privilege de
l'année 1102. qu'il eft fair ho
norable mention d'un PignaGALANT.
H
sello , & que dans ce mefme
temps un Lucio Pignatello
étoit l'un des Décurions qui
gouvernoient la République,
Dans tous les Registres du
Royaume ceux de cette maifon
font qualifiez Milites &
Domini , qui font des Titres
qu'on ne donnoit autrefois
qu'aux perfonnes diftinguées.
Ils fe font rendus recommandables
par les Dignitez & les
Emplois où ils ont efté élevez.
Pierre Pignatelli eftoit un
de ceux qui furent députez
pour porter les clefs de la Ville
de Naples à Charles d'Anjou ,
312 MERCURE
Frere du Roy Saint Louis , &
luy préter ferment de fidelité,
au fujet de quoy ce Prince luy
donna deux beaux Fiefs , &
les Chafteaux de Fagiano &
de Saint Etienne . Cefar Pignatelli
fut un des plus fçavans
hommes de fon temps.
Charles III. l'eftima fi fort
qu'il luy donna une des premieres
Charges de fa cham
bre. Hector Pignatelli , dont
la Mere eftoit de la famille
des Colonne ,fut nommé Viceroy
de Sicile par l'Empereur
Charles Quint qui luy
donna le Duché de Montalone
GALANT. 313
lone , & qui joignit encore àfa
Maifon les Comtez de Borello
, & de Saint Angelo par
l'Alliance qu'il contracta
avec Catherine Caraccioli.
Scipion Pignatelli rendit de
grands fervices à l'Eftat , & cut
en recompenfe du Roy Phi
lippe le Marquifat de Lauro ,
& Eftienne Pignatelli fut creé
Cardinal par le Pape Paul V.
Outre ces belles Terres , ceux
de cette Maifon poffedent encore
le Marquifat de Cerchiato
, les Baronnies & Terres
de la Amendolorofa , de Tofilo
, de Santa- Fumia , del
Juillet 1691.
Dd
314 MERCURE
警人
Roio , de Turito , de Droffi-
Méloca , de Rocca- Ginolfi ,
& plufieurs autres Seigneuries
des plus confiderables.
Les armes de Pignatelli font
d'or à trois pots de fable
qui font des armes parlantes.
Un Albert Pignatelli s'étant
comporté avec valeur dans
une occafion extraordinaire,
cut permiffion de Charles
I'Illuftre , Duc de Calabre ,
Fils du Roy Robert, d'ajoûter
à fes armes , un Lambel à trois
pendans de gueules . Les Def.
cendans de cette branche l'ont
toûjours porté depuis , & fe
결 315 GALANT.
font fait appeller les Pignatelli
del Raftello. La rencontre de
ce mot Raftello , qui en Italien
fignific un Lambel , & un Rateau
à gratter la terre , pourra
donner occafion à ceux qui
fe meflent d'expliquer les Propheties
de faint Malachie fur
les Papes à venir , de fe fervir
de cette conceffion faite à la
maifon des Pignatelli , pour
donner le fens à celle du Pape
d'aujourd'huy , qui eft Raftrum
in porta . Le jour de la Céré
monie de fon Couronnement
fut reglé au Dimanche fuivant
15 de ce mois , parce qu'il
a
Ddij
316 MERCURE
veut au plûtoft quitter l'air du
Vatican pour aller à Montacavallo
.
Meffire Paul de Barillon ,
Confeiller d'Etat ordinaire ,
eft mort depuis peu de jours.
Il avoit cfté Maiftre des Rcqueftes
, Intendant à Paris ,
Ambaffadeur à Cologne pour
negocier la paix en 1677. &
Ambaffadeur extraordinaire
en Angleterre. Il eftoit d'une
Famille qui a donné des
Confeillers d'Etat Prefidens
& Confeillers au Parlement
de Paris. Antoine
Barillon , S de Mancy , &
>
GALANT. 317
Maistre des Comptes à Paris,
époufa Loüife de Billon , Dame
de Ville- Parifis , dont il
cut Jean de Barillon , Confeiller
au Parlement de Paris
en 1582. qui épousa Judith
de Mefmes , Fille de Henry
de Meſmes , Seigneur de Roif
fy en France , Confeiller d'Etat
, & de Jeanne Hennequin ,
& d'eux eft defcenduë toute
la Maifon de Barillon . Meffire
Antoine de Barillon , Seigneur
de Morangis , Confeiller d'Etat
ordinaire , mort depuis
quelques années , s'eftoit acquis
une grande réputation
D'd iij
318 MERCURE
par fa probité & capacité ,
ainfi que Meffire Jean - Jacques
Barillon fon Frere , Prefident
aux Enquestes du Parlement
.
Monseigneur le Dauphin ,
qui depuis plufieurs années
entroit prefque dans tous les
Confeils de Sa Majesté , mais
qui n'avoit point encore affiftê
auConfeil d'Eftat , qui eft le
Confeil le plus fecret , où les
feulsMinistres entrent , & où ſe
prennent les deliberations qui
font le bonheur & la gloire de
la France , ayant esté nommé
par le Roy poury prendre pla
GALANT. 319
ce toutes les fois que ce Confeil
fe tiendra , Sa Majefté
jugeant que ce Prince devoit
fçavoir la fituation des affaires
prefentes pour en donner
fon avis , luy en fit un détail
avec une netteté, une bonté,
& une facilité qu'il feroit difficile
d'exprimer. Quoy que
cette narration ne demandaft
rien de recherché , parce qu'il
ne s'agiffoit que de faire voir
la verité toute nuë , il y avoit
ncanmoins dans tout le difcours
de ce Monarque , une
fimplicité qui paroiffoit éloquente
, & un naturel qui
Dd iiij
320 MERCURE
charmoit , tant il eft vray que
la verité a fes graces , & un
air perfuafif quand elle eft
bien exprimée , quoy qu'on
ne luy prefte aucun ornement
pour la mettre au jour . Les
Miniftres qui estoient au
Confeil , fortirent tout penetrez
de l'efprit & des manieres
du Roy , qui parla en tendre
Pere & en Monarque éclairé
, & s'ils eftoient obligez
de taire les deliberations
du Confeil , ils ne l'eftoientpas
de cacher la joye & le
plaifir qu'ils avoient eu d'entendre
parler ce Prince . Aufli
GALANT. 320
ن ا
firent- ils voir qu'ils eftoient
charmez & touchez tout enfemble
, & il y en eur mefme
qui meflerent des larmes de
joye à leur admiration . Vous
fçavez que Sa Majeſté a nommé
pour affifter au mefme
Confeil en qualité de Mini-
0 ftres , M. de Beauvilliers , &
M: de Pompone . Comme ils
font d'une fageffe reconnuë
& dans une eftime generale ,
ce choix a receu de grands
applaudiffemens.
&
3
Jamais Monarque n'ayant
fi bien récompenfé que le
Roy les fervices qu'on luy
322 MERCURE
rend , il ne faut pas s'étonner
fi M de Louvois eftoit pourveu
de grandes Charges & de
grands Emplois. Comme M
de Barbefieux ,fon fecond Fils,
a travaillé fous ce Miniftre à
tout ce qui regarde les fon-
&tions de la Charge de Secretaire
d'Etat , qui a le départe
mènt de la Guerre , le Roy l'a
trouvé capable de continuer
les mefmes fonctions , & a
eu la bonté de luy donner
M: de Chanlay pour travailler
avec luy. Sa Majesté a
laiffé le foin de fa Bibliothe
que à Mt l'Abbé de Louvois,
4
GALANT: 323
qui eft un tres digne Sujet.
Elle a donné les Sceaux & le
Cordon de l'Ordre à M. le
Chancelier ; les Haras , le
Commerce , & les Manufactures
à M. de Pontchartrain,
excepté celles des Gobelins ,
& la
Savonnerie qui appar
tiennent aux Bâtimens , &
qu'Elle a données avec ce qui
regarde les Arts, à M5 de Vilacerf.
Mile Pelletier,Miniftre
d'Etat , a la direction des Poftes
, & les Fortifications ont
efté données à Ml'Intendant
Pelletier ,fon Frere . M. Manfard
, premier Architecte du
324 MERCURE
Roy , & Intendant de fes Bâtimens
, en a efté fait Infpe-
&eur general . Il n'y a perſonne
parmy ceux que je viens de
vous nommer , qui n'ait déja
donné des marques de fa capacité
& de fon activité au
fervice,ainfi que de fa fidelité
dans les Emplois & dans
les Charges qu'il poffede ou
qu'il a poffedées ; & quand
ils ne feroient pas auffi connus
qu'ils le font par tous ces
endroits
, le choix du 'Roy
dont les lumieres font fi penetrantes
& fi juftes , juftiferoit
qu'ils ont toutes les
GALANT. 325
qualitez neceffaires pour remplir
les Emplois & les Charges
dont il luy a plû de les
gratifier.
Depuis l'ordre de Bataille de
l'Armée commandée
par M:
de Luxembourg dont je vous
ay parlé dans cette Lettre , Mr.
de Bouflers a joint ce General
avec les Troupes qu'il commandoit
, & M. de Monbron
s'eft auffi rendu à l'Armée avec
un autre corps de Troupes
. M.de Luxembourg a fait
travailler jour & nuit à abattre
un bois , ce qui marque qu'il
ne tient pas à luy qu'il n'y
326 MERCURE
ait combat ; il a mefme fait
éloigner les gros bagages de
fon Camp .
L'Armée de M. de Lorge
eſt campée à Offembac , &
& groffit tous les jours.
La Bombe eftoit le vray mot de
T'Enigme du mois paffé . Voicy les
noms de ceux par qui elle a efté expliquée.
Mrs Antoine Furrault de
Coffonniere , Chanoine de l'Eglife
Royale & Collegiale de Saint Pierre
de la Ville du Mans , l'Abbé Ruper
Prieur de Pontorfon ; Thomas,
Maiftre de Penfion au Faux - bourg
Saint Antoine ; des Sablons & fon
Secretaire , du Four, Receveur du
Domaine du Roy à Moulins , Gillet
GALANT. 327
Apoticaire , & Girardot Peintre au
meme lieu ; Poitevin de Caën ; Deslarris
de Nogent le Rotrou ; Charles
, du cloiſtre Saint Benoist ; Rigault
du Faux bourg Saint Antoine;
le Poëte Favory d'Apollon ; le jeune
Prude Foret ; Fontaine amant
inconnu ; Peluis ; le Drapier & ſa
coufine de la rue Chemonton ; l'Abbé
Grofel, la fidelle Marie- Anne de
Moucheron de Landerneau ; M &
Mademoiſelle de Beaurepos du mêmelieu
, le Vicomte de Curru prés
de Breft , Mademoitelle de Bonnemets
de Morlaix , Mademoiselle
Tregoafec de Quimper , Mrs de
Vieuville Sénéchal de Preyalay
Avocat à Lefneven , le Chaffeur
fecret de la belle foreft , Bellier
Cartinier, Antoinette & Marie Bel-
Jier , les trois Bergeres fans Bergers
328 MERCURE
du Quay de la Tournelle , & la belle
de la Haye des écuries de Madame,
rue de l'échelle , le Joly Bouchon
de Vincennes le Penetrant du
coin de la rue Poupée, le plus
Clement de la rue des deux boules,
letrop fincere de la rue des Anglois,
& la plus belle Bergere de la même
rue , l'infeparable de la feparée de
la Rochelle , N ** la courroucée,"
& fon voifin l'Abbé L * ennemy
de la cenfure . Mefdemoiſelles
de Mory de Metz , la jolie Brune
& l'aimable Angelique de la ruë
Sainte Anne , la plus jolie Brune
du Pont. Noftre- Dame , & l'Abbé
de Bonne-foy , la jeune Soli- .
taire de la rue du pont de Beaumont
en Gaftinois , & fon aimable
foeur des grands bois de Montargis,
la belle Campagnarde ou nouvelle
GALANT. 329
arrivée de l'Hoftel des Urfins , la
charmante Biby , & fon bon amy
du Faux-bourg Saint Marceau , &
la belle de nuit.
L'Enigme nouvelle que je vous
pas indigne de voſtre
envoye
n'eft
application
..
2525 222555225552 2
L
ENIGME.
A noblefe de mon employ
Peut bien faire dire de moy,
Qu'avec le Ciel jay beaucoup de
commerce :
Dans cet employ , pourtant , oùje
fuis deftiné ,
On me balance ; l'on me berce ,
Et fort étroitement on me tient enchaisné.
Juillet 1691 , Ec
330 MERCURE
2
Mes chaifnes , il est vray , ne mo
font point d'outrage ;
Je m'en plaindrois à tort 5
Avec elles , auffi , volontiers je par
tage
La gloire de mon fort.
2
On est charmé de l'effet magnifique
Du noblefeu dontje reffens l'ardeur.
Je suis muet , & neanmoins j'explique
Les plus purs mouvemens du coeur,
Quand à mon ufage on m'applique.
S
Je conferve avec peu defoin
Un bien qu'on apporte de loin ,
Et qu'en bon lieu l'on me confie ,
Fe le diffipe avec honneur,
Librement je lefacrific,
GALANT . 331
Et s'il eft bien recen , c'est le plus
grand bonheur.
Je remets au mois prochain à
vous donner la fuite du Journal de
Ja Campagne de piedmont. Cependant
je dois vous dire qu'on en a
imprimé un depuis peu de l'année
1690. fait par Mr. Moreau de Brafey
, Capitaine dans le Regiment
de la Sare , qui fe vend chez Jean-
Baptifte Langlois , dans la grande
Salle du Palais , à l'Ange Gardien.
Comme il eft fait par un homme
du meftier , & d'une Famille toute
pleine d'esprit , ce Livre ne fçauroit
eftré que bon.
pro- Je referve auffi pour le mois
chain un Dialogue intitulé Les
Dieux au Confeil fur la deftinée du
Ecij
732 MERCURE
Prince d'Orange , du mefme Auteur
dont je vous en ay deja envoyé
plufieurs.
On eft obligé au fieur Amaulry
Libraire de Lyon , qui aprés nous .
avoir donné avec de grandes dépenfes
toutes les Oeuvres d'Ettmu--
ler en deux gros Volumes in folio ,,
prend foin de les faire traduire en
noftre Langue. Il a déja mis au
jour la Chirurgie raifonnée de ce
fçavant Medecin , & fa Pratique
Speciale fur les Maladies propres des
Hommes , des Femmes & des petits
Enfans , & il vient de mettre
en vente fa Pratique Generale de
tout le corps humain , en deux Volumes
in octavo . Ces deux Volumes.
qui font d'une tres-grande útilité
pour tout le monde, fe débitent chez
le fieur Guerout , Libraire au Pa-
}
GALANT.
lais . Je fuis , Madame , Voftre th
& c.
A Paris ce 31. Juillet 16971.
APOSTILE.
On vient d'apprendre que noftre :
Flote a pris onze Vaiffeaux Mar
chands Anglois qui alloient à l'Amerique
, eſcortez par trois Vaiffeaux
de guerre , l'um de quafantehuit
Canons , un autre de trentefix
, & le troifiéme de dix -huit
lefquels ont auffi eſté pris .
2
Ôn écrit de nos Coftes qu'une
Barque longue , fur laquelle il n'y
avoit que des Pefcheurs , en eftant
partie pour aller en courfe , s'eft
avancée jufque dans la Tamiſe , où
elle a furpris un Vaiffeau Anglois
MERCURE
argé de munitions , dans lequel
il n'y avoit que huit hommes. Ce
Vaiffeau a efté amené dans nos
Ports , & l'on ya trouvé quarantehuit
pieces de Canon , dont il n'y
avoit encore que deux de placées.
Il y a plufieurs Lettres qui parlent
d'un foulevement en Angleterre ,
en faveur du Roy Jacques , mais il
faut en attendre la confirmation .
Mr le Marquis de Crequi a battu
en Piedmont , des Troupes commandées
par le Prince Eugene , &
it y a eu cent cinquante hommes
tuez fur la place , & deux chevaux
fous ce Prince , quia efté obligé de
repaffer le Po , dans lequel la plus
grande partie de fes Troupes ont
efté noyées .
Noftre Flote eft à la mer , à la
hauteur de Belifle cinquante licues.
GALANT. 335
Celle des Ennemis eft à la haureur
de Oiffant vingt lieuës.
Avis & Réponse à l'Auteur
des Pafquinades
.
IE Sieur Guerout donnera le 15.
Aouft la fuire du fecond Entretien
des Plaintes de l'Europe contre
le Prince d'Orange , & le commencement
du troifiéme intitulé ,
Le Prince d'Orange travaillant à fon
Hiftoire. Cet Ouvrage a efté affez
heureux pour meriter d'eftre criti
qué. Je dis meriter ; car il n'y a pas
d'apparence que l'on vouluft atta .
quer un Livre qui n'auroit aucune
reputation , & dont on ne parleroit
point dans le monde. L'Auteur de
cette Critique a eu fon but , mais
en la faifant , il n'a pas fait reflexion
qu'il alloit aider à faire paroiftre ce
336 MERCURE
qu'il croyoit étouffer . Si l'ouvragequ'il
attaquoit eftoit fi méchant , il
n'avoit qu'à le laiffer tomber par
luy même fans aprendre à ceux qui
lifent fes Dialogues , qu'il s'en faifoit
d'autres fur la matiere qu'il traite;
& quand il s'en eft montré bleffé
il a fait croire auffi.toft que ce quil
cherchoit à décrier , n'eftoit pas indigne
d'eftre leu , puis qu'on le tient
homme de trop bon gouft , pour
vouloir perdre du temps à attaquer
un méchant ouvrage , qu'on détruit
toûjours fans gloire par le trop de
facilité que l'on y trouve. De tout
temps tout ce qui s'eſt diſtingué a
efté fujet à la critique dans tous les
Eftats du Monde , dans les Lettres,
dans les Armées , & parmy les Arts,
& cela eft fi connu que l'Auteur
des Entretiens fur les plainres de
l'Europe
GALANT. 337
l'Europe, ne croit pas devoir répondre
à ce qu'on a écrit contre luy.
D'ailleurs il auroit de la peine à le
refoudre à vendre des injures au
Public . Il pardonne celles qu'on luy
a dites , & veut croire qu'elles font
un pur effet du temperament violent
de l'Auteur de la Critique ; car
quel fujet de chagrin pourroit - il
avoir ? Ecrivant comme il fait
par
le zele feul qu'il a pour la France ,
peut-il fe fâcher qu'un autre que luy
faffe voir le mefme zele , fur tout
aprés que celuy qu'il attaque a fait
dix volumes des Affaires du Temps,
avant que l'Auteur des Pafquinades
fongeait à prendre la plume pour
faire des Dialogues ? Si c'eſt un fimple
intereft de gloire qui le fait agir,
n'en est-il pas tout couvert ? Il brille
dans les écrits , & ce qu'il écrit eft ›
Juillet 1691. Ff
338 MERCURE
receu agreablement de tout le mon
de. Qu'a-t -il à fouhaiter davantage
? Quand d'autres ouvrages paroîtront
fur une matiere qu'on avoit
déja traitée avant luy , iln'a rien à
craindre.Qu'il écrive toûjours bien ..
toûjours mieux qu'un autre ; le
Public le vangera de ceux qui
croyent écrire auffi bien que luy par
le mépris qu'il fera de leurs Ouvrages.
Mais il fait paroiftre qu'il ne
peut fouffrir de Concurrens , quoy
qu'il les tiennefort inferieurs , & qu'il
n'a pas fi fort méprifé les Entretiens
qu'il déchire . qu'il n'en craigne
le fuccés. Ainfi en outrant fa Cri- -
tique , il a pretendu furprendre quel
ques efprits credules , perfuadé
qu'on croit plûtoft le mal que
bien, mais encore qu'il ait de l'efprit,
du feu , du genie , & del'erudition ,
le
GALANT. 339
il n'a
pas confideré qu'il achevoit ,
commeje l'ay déja dit , de faire connoiftre
ce qu'il auroit ſouhaité qui
n'euft point paru . Il femble mefme
qu'il devoit fonger, que pour jetter le
premier la pierre à fon prochain , il
faut eftre bien parfait, & qu'on pour
roit faire contre luy fans eftre blâmé
, ce qu'il n'a pû faire contre un
autre fans s'attirer l'indignation des
honneftes gens. Il y a fix mois qu'il
cherche la guerre fans qu'on ait voulu
l'entendre . Il a dit beaucoup d'injures
, & c'eſt un combat fi peu
glorieux , que l'on ne veut point
entrer en lice. Cependant s'il continuë
, on défendra le gouft du Public
qui depuis quinze ans a donné
fon approbation au Mercure Galant.
qu'il s'efforce de tourner en ridicule,
Il y a prefcription en matiere d'Ou-
Ffij
340 MERCURE
de
vrages d'efprit , & un fi grand nom
- bre de gens ne peuvent s'eftre trompez.
Que s'il eft vray qu'ils ayent
applaudy ce qui ne meritoit pas
l'eftre , pourquoy veut- il que ce même
Public ne fe trompe point pour
fes Ouvrages , & qu'il foit plus éclairé
lors qu'il les approuve ? Je les
croy beaux & je les eftime , mais
lesbeautez que l'on y decouvre empefchent-
elles qu'il n'y en puiffe avoir
dans ceux des autres ? Rien n'eft
plus facile
que de critiquer
, & les
productions
d'efprit
les plus parfaites
pourroient
eftre attaquées
par une infinité
d'endroits
. Se pourroitil
mefme
que les Dialogues
de l'Auteur
de la Critique
fuffent
fans défauts
? Je n'y en ay trouvé
aucun
parce que je n'y en ay point
cher
ché; mais quelque
empreffement
GALANT. 341
qu'on marque pour les avoir , peuteftre
y auroit-il affez de facilité à luy
rendre la pareille , fi on les vouloit
examiner. Loin de chercher le
combat , il peut voir qu'on le refuſe,
quoy qu'on ait peut- eftre d'auffi
bonnes armes que luy , & que
l'on fçache auffi bien combattre ;
mais s'il force à l'accepter on le
prie de prendre garde qu'aprés cela
il aura tort de fe plaindre , fi on le
pouffe un peu rudement.
TABLE..
Prelude.
Ouvrage fur les Triomphes du Roy. 8
Difcours prononcé par M. le Prefident
Pinon .
Mortde Mr.deVivans,
18
25
Gg iij
TABLE.
Lettre d'un Philofophe fur la Plexrefie.
41
Ce qui s'eft paẞé au Parlement de
Rouen , à l'enregistrement des Lettres
patentes de Gouverneur de
Normandie , obtenuës par Mr. de
Luxembourg
Idille
Nouvelles de Perfe,
98
100
IIr
Abjuration faite par Mr.Charas. 134
Devifes.
Belles actions faites furmer.
137
1.412
Effay de Bouffole & de Cadran univerfeh
maring.
Livres
nouveaux;
Cartes nouvelles de Savoye & de
Piedmont.. 166
Promenade de Leurs Alteffes Royales
à Arcueil..
170
Cours d' Architecture qui comprend
les ordres de Vignole , &c. 189
Hiftoire.
201
TABLE.
Mademoiselle d'Orleans regale Leurs
Alteffes Royales à Choify. 237
M Baudot , Docteur de Sorbonne
r le tonnerre
.
tué
239
Lettre écrite de la ville d'Aoft , touchant
l'Expedition de Mr. de la
Hoguette,
Mort de Mr. de Louvois .
Nouvelle Carte d'Allemagne.
-243
251
256
Etat des affaires d'Allemagne. 258
Fournal de ce qui s'eft passé en Flandre
en fuin &Fuillet.
275
Election du Pape Innocent XII . 303
Mort de Mr. de Barillon.
Nouveaux Miniftres d'Etat.
316
321
Diftribution des Charges & Emplois
deMr de Louvois.
3.22
Nouvelles Troupes arrivées à l'Armée
de M. de Luxembourg.
Nouvelles d'Allemagne.
Article des Enigmes.
325
326
326
TABLE.
Articles refervez 331
Pratiquegenerale de tout le Corps humain.
• 332
Apoftille concernant plufieurs nouvelles
333
Avis & Réponse à l'Auteur des Pafquinades.
Fin de la Table.
335
1
L
Avis pour placer les Figures.
'Air qui commence par , Vous
me faites chanter tant que dure
le jour , doit regarder la page 105.
La Medaille doit regarder la page
181 .
L'Ordre de Bataille doit- regarder
la page 302.
queurs dans les Vaiffeaux . 1. 1. 10. f.
Pratique de Medecine fpeciale du
mefme Ettmuler, fur les Maladies propres
des Hommes , des Femmes & des
Enfans. Vol. in 8 . 3. 1.
Hiftoire Monaftique d'Irlande .
2.1
.
por-
Traité de l'Artillerie , expliquant
la difference , les proportions , les
tées , les affuts , & tout ce qui concerne
les Canons dont on fe fert en
France , tant fur Terre que fur Mer ,
avec plufie lanches , par Monfieur
1. l . 10. f.
Lettres fur toutes fortes de fujets . 2 .
vol. in douze .
Gautier de Nifmes .
3.
liv . 10. f.
Lettres Familieres & autres fur differentes
matieres , pat le Sieur Meilleran
, Pro elleur des Langues Françoife
, Alle nande & Angloife , teconde
Edition , corrigée & augmentée de
plus de cerit lettres.
14t
1. 1. 10 f
"
J.
TIS
Lin
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le