Fichier
Nom du fichier
1691, 03
Taille
11.90 Mo
Format
Nombre de pages
437
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Semper Juncti
Eh&
RLibrick
Brequifere.
ZAugu a
BIBLIOTHÈQUE.
60
ILLY
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MARS 1691.
SAINTE
GENEL
A
PARIS ,
GALERIE - NEVYE
DU PALAIS
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E MICHEL GUER OUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. XCI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
•
******* *7*&*££*
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfai
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laisse pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne ſe peutfervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour
pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent, &fut
>
Á ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il fait arrivé dans
A VIS,
V
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout : s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sicur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
>
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lien d'eftre
content.
MERCVRE
CALANT
MARS 1691.
OUS ne devez
point vous étonner
, Madame
, fi
je commence toutes mes Lettres,
ou par des actions du
Roy qui loüent Sa Majefté ,
fans qu'il foit befoin de faire
A iiij
8 MERCURE
autre chofe que les citer , ou
par des Ouvrages faits à fa
gloire par fes Sujets , ou par
d'Illuftres Etrangers . Peut- on
refuſer à cet Augufte Monarque
les louanges qu'il merite,
puis qu'on voit que les plus
grands Ennemis fe trouvent
contraints de luy en donner
publiquement ? Vous en allez
fire de veritables & d'ingenicufes
dans la Paraphrafe
allegorique que je vous envoye
du Pleaume qui commence
par Deus ultionum
Dominus. Les Interpretes en
le prenant à la lettre , l'expliGALANT.
9
quent de David perfecuté par
Saül. Cet Ouvrage eft adreffé
à Mr de Vignacourt , Grand
Maiftre de Malthe .
55 25522252 222 5552
PARAPHRASE
ALLEGORIQUE
Du PSEAUME XCIII.
Sur les Victoires que le Roy a
remportées contre la Ligue de
prefque toute l'Europe.
G
Rand Dieu , qui fur l'Impie as
feul droit de vangeance,
Qui peux quand il te plaift punir
fon infolence ,
10IQ MERCURE
Grand Dieu , ne tarde plus , & fais
fentir tes coups
Anos fiers Ennemis qui bravent ton
Couroux.
Fufqu'à quand verra-t-on leur orgueil
témeraire
Abatre tes Autels , brifer ton San-
Etuaire ,
Et par un noir excés de leur rebellion
,
Abolir ton faint Culte,& ta Religion?
Il est temps d'abaiffer cette fiere impudence
,
Qui vient jusqu'à nos yeux blâmer
ta Providence.
Peut-on voir , fans gemir , de tant
de maux l'Auteur ,
Du Trône d'un Beau -pere injufte
Usurpateur ,
Liguer contre ton nom tous les Rois
de la Terre ,
GALANT. It
Et porter en tous lieux le flambeau
de la Guerre ?
L'Empire conjuré contre tes faintes
Loix ,
S'arme pour accabler le plus grand
de nos Rois ;
Ce Roy , qui pour fauver l'honneur
de ton Eglife ,
Oppofe Seul fon bras à leur lâche
entrepriſe.
L'impietéparoiftfur tous leurs étendards
, [ mille dards,
Contre la Foy de Pierre ils lancent
Ils arment contre nous nos fugitifs
rebelles ;
Ils degradent les Rois lors qu'ils te
font fidelles.
Une Reine éplorée , un Pupille innocent,
Dont l'Auguste Lovis eft l'azile
puissant
12 MERCURE
7
S'expofent fur les flots pour éviter
leur
rage ,
Et ne font affurez que fur noftre
rivage.
Ce n'eft pas tout ; leur coeur dans
le crime endurcy ,
Et leur efprit hautain
obfcurey ,
par P'erreur
Pouffant l'impietéjusqu'à lafreneſie,
T'infultent hautement par ce difcours
impie.
Le Seigneur, difent ils, prend- ilfoin
des Mortels ?
Diftingue-t-il entr'euxfon Culte &
fes Autels ?
A-t-il des yeuxpour voir lesforfaits
& les crimes ?
Ecoute-t-il des vaux , reçoit-il des
victimes ?
Aveugles infenfez , quel demon furieux
GALANT.
13
Vous met pour vous punir un bandeau
fur les yeux ?
Celuy qui du néant tira la Terre &
l'onde
,
A-t- il perdu le droit de gouverner le
Monde ?
Celuy qui feal regit tout ce vafle
Univers
A-t-il moins de fçavoir que vos ef
prits pervers,
Et ce grand Ouvrier qui fit tant de
merveilles ,
Sera-t-il pour vous feuls fans yeux
&fans oreilles,
Et ne sçaura-t-il point de votre
impieté ,
Confondre l'infolence & la temerité?
Mais , grand Dieu , de ton bras la
terrible puissance
Vient de faire éclater ta fainte Pro
vidence.
14 MERCURE
La Justice triomphe , & l'orgueil
éperdu
Dans tous fes vains projetsfe trouve
confondu.
L'Irlande a vû Naſſau qui luy portoit
la Guerre ,
Aprés de vains efforts regagner l'A
gleterre.
La Sambre a vû cueillir à nos braves
Guerriers
Sur fes bords fubjuguez, des forefts
de
Lauriers ;
Et la Mer qui n'a pû foûtenir tant
de crimes
Au Batave , à l'Anglois vient d'ou
vrirfes abifmes.
L'Eridanpenetré d'un veritable deuil,
D'un nouveau Phaëton prépare le
cercueil >
Et le Rhin étonné voit déja ſurſes
rives ,
GALANT. IS
De l'Empire abbatu les Troupes fugitives
:
Et fes Princes domptez par noftre
Grand Dauphin ,
Ontvû de leurs deſſeins la ridicule fin.
Heureux , Seigneur , heureux les
Monarques , les Princes ,
Qui font regner ta Loy dans leurs
vaftes Provinces,
Et qui n'immolent point à leur ambition
Les plus facrez devoirs de la Religion!
Que le Monde contre eux éleve fa
puiſſance ,
Il ne peut ébranler leur fidelle con-
Stances
Tranquilles dans la peine & dans
l'adverfité ,
Ils attendent les jours de la profperité
,
16 MERCURE
Etparmy les combats & la fureur des
armes ,
Efperant au Seigneur an Seigneur ,
fans alarmes.
ils vivent
Ils fçavent que ta main prête pour
leur fecours,
Bien-toft de leurs malheurs fçaura
borner le cours ;
Et que leurs ennemis irritant tajuftice
,
( cipice,
Tomberont à la fin au fond du pré-
Non , je ne croiray point que ta
fainte équité
Nous puiffe voir languir dans la calamité
,
Et que ton bras puiſſant pour jamais
abandonne
Un Roy qui pour te fuivre a quitté
fa Couronne.
Je sens que ta juftice eft prefte d'éclater
GALANT. 17
Contre ces orgueilleux qui vouloient
t'infulteri
Et que tu n'as fouffert avec tant d'indulgence
,
Que pour les mieux punir au jour
de ta
vangeance
.
Fortifié , Seigneur , par cet unique
espoir,
Je n'ay point redouté leur terrible
pouvoir ;
Et lors que des Germains j'ay vù
fondre l'orage ,
Fay fenti ranimer maforce & mon
courage.
En vain nos Alliez, rebelles à ta Loy,
Joints à nos Ennemis nous ont manqué
de foy ;
Ils ont vû diffiper leurs nombreuses
Armées ,
Par le fer , par le feu triftement
confumées.
Mars 1691 .
18 MERCURE
Ils fe croyoient déja les maiftres de
nos Forts
Leurs Flotes infultoient nos Vaiffeaux
dans nos Ports.
Ils devoroient des yeux nos plus fuperbes
Villes ,
Ils partageoient entre-eux nos Provinces
fertiles :
Mais dans ce trifte eftat ton appuy
glorieux ,
(ctorieux;
De tous nos Ennemis nous rend vi-
Et lors qu'ils nous croyoient au bord
du précipice
,
Ta nous foutiens , Seigneur, par une
main propice ,
Mefurant ton fecours & tes fidelles
foins ,
A nos preffans dangers , à nos plus
grands befoins.
Apprenez, orgueilleux , par ces
coups admirables ,
GALANT. 19
A respecter du Ciel les fecrets adorables
;
De voftre ambition calmez les vains
accés ,
Et ne vous enflex pas de vos premiers
faccés.
Quand vous avez trahi laplus pure
innocence ›
Vous avez dans vos loix cherché
voftre défense ;
Mais le fufte accablé, mais un Prince
vendu ,
Mais le fang innocent par vos mains
répandu ,
Ont une voix qui crie auprés dujuſte
( refuge. Fuge ,
Qui donne aux opprimez un aſſuré
C'eft luy qui de vos coeurs connoift
l'impieté ,
Es qui de vos complots perçant l'ob-
Scurité ,
B
ij
20 MERCURE
Contre tous vos deffeins nous met en
afſurance i
C'est le Dieu des Combats qui protege
la France.
2
Genereux Vignacourt , qui d'une
ardeur fidelle ,
Des Heros de ton nom fuis la tracé
immortelle ,
Et qui fuccedes moins à leur Principauté,
Qu'à leur brillant courage & qu'à
leur pieté s
;
Quand cet ordre fameux que la
gloire environne ,
Aux pieds de fes Autels t'apporte
fa Couronne ;
Et que fes Nations pour vivrefous
tes loix ?
D'un concours general ont réuny leurs
voix.
4
GALANT. 21
Daigne entendre les fons de mes
facrez Cantiques ,
où je peins de LOVIS les fuccés
heroiques ;
Bien- toft ton heureux regne il me
faudra chanter ,
Et le plus grand des Rois voudra
bien mécouter.
Cette Paraphrafe qu'il ne
faut que lire pour en connoiftre
les beautez , eft de M
l'Abbé de Viani , Commandeur
& Prieur de Saint Jean
d'Aix , Frere du Prieur de
Saint Jean de Malthe , Prelature
fi confiderable dans l'Or
dre de ce mefme nom. Vous
22 MERCURE
avez déja veu un Ouvrage de
mefme nature de cet excellent
homme. C'eft la Paraphrafe
allegorique aux Victoires
de Monfeigneur , du
Pleaume 71. que David compofa
pour fouhaitter les vertus
neceffaires à fon Fils Salomon
, pour bien regner. Cet
Ouvrage , fut leu en ce tempslà
à l'Academie Françoife,
& il y receut un applaudiffement
general . M. l'Abbé de
Viani n'eſt pas feulement un
homme de belles Lettres , il
eft grand Theologien & fort
appliqué aux Sciences Saintes,
GALANT. 23
où il a fait des progrés qui
luy ont acquis beaucoup de
gloire, Il eft d'ailleurs un
des plus honneftes hommes
du monde , & fa reputation
n'eft bornée ny par les Mers,
ny par les Alpes , puis qu'il
eft dans une tres grande cftime
parmy tous les Sçavans
Etrangers .
Comme il n'y a point de
bien qui nous foit plus pretieux
que la vie , rien ne nous
doit faire plus de plaifir que
ce qui regarde les moyens
qui nous la peuvent faire '
conferver. Auff aimons24
MERCURE
nous toujours à voir les Ou
vrages qui en traitent . C'eſt
ce qui m'oblige à vous en
envoyer un fort curieux , &
qui vous plaira par la netteté
avec laquelle l'Auteur s'explique
fur une matiere remplic
d'obſcurité
, & fouvent rendue
encore plus obfcure , par
ceux qui entreprennent d'en
raifonner
.
LETTRE
GALANT 25
55525522552 525522
LETTRE
D'UN PHILOSOPHE,
AM: Chapelas , Curé de
SJacques de la Boucherie ,
Docteur de Sorbonne.
Mo
ONSIEUR ;
Vous me marquez par voftre
Lettre
, que la naiveté avec laquelle
je vous entretins dernierement
touchant la Medecine, vous
a tellement plû › que je ne vous
fçaurois obliger plus fenfiblement
Mars
1691.
C
26 MERCURE
que
de vous envoyer par écrit .
toutes mes Reflexions pour les
communiquer à voftre Medecin ,
dont les fentimens font bien differens
des miens. Je le feray .
Monfieur , d'autant plus agreablement
, que je fuis perfuadé
que vous ne me refuferez pas de
me donner auffi par écrit les objections
qu'il y fera , afin que
ma replique vous puiffe faire
connoistre que mes fentimens font
appuyez fur des fondemens inébranlables.
Mais comme dans
une Converfation les matieres
font traitées avec affez de confufion
, vous trouverez bon , s'il
GALANT. 27
*
vous plaift , que je leur donne
quelque ordre, afin de vous faire
mieux comprendre tout ce que
je penfe , & jugeant que j'auray
befoin pour quelque Demonftra
tion , de faire mention des Elemens
, je fuis d'avis de vous en
entretenir d'abord , de commencerpar
laTerre, comme celle quife
prefente toujours à nos yeux.
Les Philofophes définiffent la
Terre un Element pefant ,folide,
froid fec , mais cette définition
fe trouve fauffe par l'experience
, puis que tous les mixtes
les plus legers ont plus de terre
que les plus pefans , ce qu'on peut
Cij
28 MERCURE
&
remarquer en anatomizant quelques
mixtes ; car on trouvera
que le Liege & le Saule qui font
des arbres fort legers ont plus
de terre que le Buis le Chefne,
qui font fort pefans . La Pierre
Ponce qui est extremement legere
, a plus de terre que le Marbre
, qui eft la pierre la plus
pefante ; & il n'y en a qu'une
demy-once dans une livre de
Souphre , quoy que le Souphre
foit un mineral fort pefant. Ainfi
nous définirons la Terre , un Element
fpongieux , leger friable,
& cette définition explique parfaitement
l'effence , la nature ,
GALANT. 29
les qualitez propres & particulieres
de la Terre , à laquelle
feule elles conviennent , & non
aux autres Elemens ; & il eft
uray de dire qu'elle ne peut eftre
pefante &folide , puis qu'elle eft
rare , friable & pleine de pores,
defquels on ne sçauroit " eftre
mieux convaincu qu'en rempliffant
un verre, de terre élementaire,
& verfant dans le mefme
verre autant d'eau qu'il en pour
roit contenir quand il n'y auroit
aucune chofe dedans . Alors
on verra qu'il y entrera autant
d'eau , que s'il n'y avoit point
de terre , ce qui eft une marque
C iij
30 MERCURE
incontestable de fa porofité
legereté.
Nous donnerons le fecond rang
à l'Element de l'Eau , comme à
celuy qui aprés la Terre nous est
le plus apparent . Les Anciens ont
définy l'Element de l'Eau , froid
& humide, & ils ont declaré
l'humidité fa qualité propre &
naturelle ; ce qui est éloigné de
la raison , car ce qui eft propre
& naturel à chaque Element
luy convient toujours à luy feul,
mais l'humidité convient à l'air,
qu'ils mettent au rang des Elemens.
Il est donc vray de dire
l'humidité n'eft pas. la
que
quaGALANT.
31
lité propre naturelle de l'Eau.
Ainfi nous definirons l'Eau un
corps élementaire fimple & homogene
, humide , qui fe coagule
par le froid , & indifferent au
chaud & au froid , mais fa propre
& naturelle qualité eft la
coagulation
congelation
par
le froid externe ; car il n'y a
pas d'autre Element qui fe congele
feul au froid , & c'est à luy
feul que convient la congelation.
Al'égard du Feu de l'Air,
qu'on met au rang des Elemens ,
je vous diray que le Feu ny
l'Air nefe trouvant pas dans la
C iiij
32 MERCURE
de
compofition des mixtes , ne peutvent
estre mis au rang des Elemens
: & comme le propre des
Elemens est d'entretenir
nourrir toutes chofes , & que le
feu bien loin de les conferver »
les détruit , il ne peut eftre mis
au rang des Elemens ; outre que
le feu materiel fe refout en d'au
tres fubftances : & le propre toutefois
des Elemens eft de ne
pouvoir eftre reduits , ny naturellement
, ny par art, en aucune
autre fubftance ; de forte que le
feu ne peut pas eftre un Element,
mais bien un mixte & un composé,
d'autant que tous les jours
>
GALANT. 33
il s'en fait & produit par plufieurs
voyes ,foit par la friction
de deux corps durs foit par divers
miroirs qu'on appelle ardens
, comme il eft engendré
journellement il ne peut pas eftre
mis au rang des Elemens , qui ne
peuvent estre engendrez ny produits.
Quant à l'Air , il ne peut pas
non plus eftre mis au rang des
Elemens , puis qu'il n'entre pas
dans les corps des mixtes , comme
partie du composé , & conftituant
l'effence du mixte , mais
feulement comme rempliffant les
pores du mixte ; carfi l'Air eftoit
34 MERCURE
il
mis au rang des Elemens , il n'y
auroit pas d'Element qui pust
eftre reduit à fa fimplicité , parce
que l'air par fa fubtilité rempliffant
les pores des Elemens ,
s'enfuivroit que les Elemens feroient
compofez d'autres Elemens
, de forte que l'air n'eft pas
un Element conftituant l'effence
des mixtes , mais feulement rempliffant
les pores , afin que toute
la nature foit jointe & unie en
elle-mefme : & comme l'air externe
n'est pas de la compofition
des mixtes , l'air interne n'en
fera pas non plus , eftant de la
mefme nature. Ainfi de quatre
GALANT. 35
Elemens reconnus par les Anciens,
il ne s'en trouve que deux;
mais comme on n'a pû reconnoifire
cette verité que par l'analyfe
des mixtes , on a trouvé
qu'au lieu des quatre pretendus
Elemens il y en
en a cinq ; fçavoir
la Terre & l'Eau dont je vous
ay parlé , le Sel , l'Esprit & le
Souphre, dont je vais vous entretenir
en peu de mots , non pas
comme d'une chofe nouvelle, mais
comme d'une matiere rejettée par
les uns , & receuepar les autres
depuis longtemps.
Le Sel eft un corps fimple éle--
mentaire , chaud & humide dans
36 MERCURE
fon interieur exterieurement
froid & fec, qui fe refout à l'humide
, & fe coagule au chaud
Il fe trouve le dernier dans la
refolution des mixtes , joint avec
la terre , de laquelle on le fepare
avec de l'eau ,& on le reduit à
la derniere pureté d'élement.
L'Efprit est un corps fimple
élementaire , qui entre dans la
compofition des mixtes. Il eft
chaud & humide ,
d'un gouſt
acide. Si tous les Chimiftes connoiffoient
bien cet Efprit , ils
fçauroiens ce que c'est que le
Mercure des Philofophes .
Le Souphre eft un corps fimple
GALANT. 37
& élementaire inflammable , qui
fert de glu aux autres Elemens
pour les joindre enfemble . L'in
flammabilité eft fa qualité propre
& naturelle , fans qu'il puiffe
changer en aucune autre fubftan
ce; car quoy qu'il foit rarefié par
le feu , cela n'empefche pas que
dans le recipient il nefe remette
en fouphre ou huile , comme il
eftoit auparavant,
Je ne vous ay entretenu fur les
Elemens qui compofent les mixtes,
que pour vous faire voir
que je n'eftois pas mal fondé ,
quand je vous ay dit que le corps
humain n'eſt pas composé de qua38
MERCURE
tre humeurs , comme pretendent
les Medecins , faifant quadrer
leurs quatre pretenduës humeurs ,
aux quatre Elemens ; car dans la
compofition du cops humain il
n'y a point d'autres élemens que
ceux qui se trouvent dans les
autres mixtes , & on le peur
éprouver en paffant un corps
humain par
le tamis chimique.
C'est ce que je vous feray voir
quand vous le fouhaiterez ,
vos yeux vous feront avouër
que c'est une chimere que
tre pretenduês humeurs.
les
qua-
Ce communfentiment qui n'eſt
fondé fur aucune raifon ny exGALANT.
39
perience , a fait que depuis tant
de fiecles la Medecine n'a
trouver aucun remede , pourguerir
la moindre maladie avec
pú
aux
quelque certitude , je vous
feray connoistre dans la fuite
que tout ce qu'on a fait jusques
icy pourla guerifon des maladies,
eft opposé à la raifon
mouvemens de la nature, & que
ceux qui attribuent leur guerifon
aux remedes ordinaires dont
ils fe font fervis , fe trompent ,
car ils n'enfont redevables qu'à
la bonté de leur nature , qui a
ſeulement reſiſté à la maladie
, mais auffi à la mauvaiſe
1
40 MERCURE
qualité des remedes dont ils ont
use.
Tous les Philofophes demeurent
que les fubstances qui
d'accord
que
font les premieres dans la compofition
des mixtes, font les der
nieres dans la refolution ,
les dernieres dans la refolution ,
font les premieres dans la com
pofition. Or comme les quatre
pretendues humeurs ne fe trouvent
pas les dernieres dans la
refolution du corps humain , elles
ne feront pas non plus les premieres
dans fa compofition , &
c'eft en vain qu'ils s'efforcent à
le verifier , en difant qu'il fe
GALANT. 41
à latrouve
dans le corps humain
une
humeur
aqueuses
tantost
infipide
,
& tantoft
falée
& acre ,
quelle ils donnent
le nom de Pituite;
tantoft
une humeur
jaune ,
verte & amere , à laquelle
ils
donnent
le nom de Bile jaune
& porrace
, & plufieurs
autres
noms felon la diverfité
des couleurs
, & une autre
qui eft noire ,
qu'ils
appellent
Melancholic
,
ou Atrebile
, car ces humeurs
de diverfes
couleurs
qui fe trouvent
dans l'eftomach`
, dans les
inteftins
, ou dans le cerveau
,
font les excremens
de l'aliment
qui y est porté en plus grande
Mars
1691
. D
42 MERCURE
1
quantité qu'aux autres parties ;
& c'est de leur retention que
dependent la plupart des maladies.
Que filefang eftoit bilieux
dans la Fievre- tierce , comme on
pas
estre Suppoſe , ne devroit- il
amer ? Car comme la dénomina¬
tion fe prend du predominant
s
le fang bilieux doit avoir les
qualite effentielles de la Bile ,
& par confequent eftre amer ;
mais le fang qu'ils appellent bilieux
, & qu'ils pretendent
eftre
la caufe de la Fievre- tierce , eft
doux , comme l'on peut connoiftre
en le goûtant. Il est donc
de dire que la maffe fanguinaire
vray
GALANT. 43
n'eft pas composée de bile , ny
autres pretenduës humeurs , Cela
eftant , comme il n'eft que trop
vray , il ne faut pas s'étonnerfi
tant de faignées & tant de rafraichiffemens
donnez pour des
fupposées effervefcences d'unfang
bilieux produifent enfuite des
maladies , tant d'hydropifies
,
autres maladies Chroniques , ce
que je vous feray remarquer en
vous parlant de la chaleur des
Febricitans. On n'entend parler
·la plupart des Medecins que de
chaleur d'entrailles
, d'effervefcences
bilienfes , & de foyers
dans le bas ventre › & tous ces
Dij
44 MERCURE
grands mots , pour avoir lieu de
faire la guerre avec quelque
pretexte au fang humain , dons
ilsfefont declarez les ennemis ca.
pitaux . S'ils connoiffoient à fond
la caufe de la chaleur des Febricitans
, ou s'ils vouloient s'attacher
à la connoiftre , je fuis certain
que les Malades ne feroient
pas tirannifez comme ils font ,
tant par des faignées que par des
diettes qui conduifentfouvent au
tombeau. Y a- t -il rien de plus
ridicule que de dire qu'un aliment
eft bilieux , l'autre pituiteux ›
l'autre melancholique, & par
sant qu'ils engendrentplus de bile,
GALANT.
45
plus de pituite de melancholie
que les pretendus alimens cheifis
desMedecins,puifque ces humeurs
de diverfes couleurs , nefont pas
dans nos alimens, & que cefont
feulement des excremensproduits
de la premiere coction , & cette
production ne dépend en aucune
maniere des alimens dont nous
fommes nourris , mais bien de la
feule digestion ; de forte qu'un
mefme aliment produira plus
d'excremens à un homme qu'à
un autre , & mefme l'on voit
tous les jours qu'un mefme alinuit
à
ment profite à l'un
l'autre , tout cela dépend
46 MERCURE
prendfon origine de la foible on
forte digeftion & coction de cet
aliment , qui fe fait par la chaleur
naturelle , & ainfi l'on peut
accorder toute forte d'alimens
aux Malades , pourveu qu'ils
les puiffent bien cuire & digerer
, & il n'y a feulement qu'à
confiderer la force de la chaleur
naturelle , & à luy proportionner
l'aliment.
bu-
Aprés vous avoir démontré
clairement
que la maſſe
la maſſe du fang
n'eft pas composée de quatre
meurs , je veux vous faire toucher
au doigt le pernicieux évenement
qui refulte de ce mauvais
GALANT . 47
>
fondement , & à mesme temps
le bien que produit une pratique
établie fur un fondement folide,
dont je fuispleinement convaincu
par une longue experience, &
comme la fièvre eft le mal le plus
commun & qui accompagne
prefque toute forte de maladies ,
c'eft de celuy- là que je veux vous
donner quelque idée , & vous
faire remarquer de quelle impor
tance il eft de bien définir les chofes
, car la mauvaife définition de
la fièvre, fuivant l'Ecole , a donné
lieu à une infinité d'erreurs.
On la définit une chaleur
contre nature, allumée dans le
48 MERCURE
coeur difperséepar tout le corps.
Or comme cette pretenduë chaleur
contre nature , eft la qualité
effentielle de la fièvre , ilfaut par
la chaleur pouvoir connoiftre la
fiévre , puis que toute definition
doit expliquer la nature de la
chofe définie , mais il falloit deelarer
plûtoft ce que c'est que
chaleur contre nature comment
elle est produite , & comment
elle s'allume dans le coeur
>
ne pas définir un obfcur par
un plus obfcur ; &pour juger fi
un Medecin fuivant cette défi
nition peut connoistre la fièvre,
fuppofons quelque incident. Un
Malade
GALANT. 49
que
Malade envoye chercher un
Docteur Regent pour l'aller voir.
Ce Docteur luy envoye un jeune
Medecin , qui trouve le Malade
accablé d'un grand friſſon. Il
va faire rapport au Docteur
le Malade n'a pas la fièvre , es
n'a pas plûtoft achevé de parler,
le Docteur l'envoye vifiter
un autre Malade , qu'il trouve
étendu fur un lit , atteint d'une
grande chaleur alteration . Il
va dire au Docteur quece
lade a la fièvre. Le Docteur s'en
va voir ces deux Malades , &
trouve le dernier fans fiévre,&
le premier avec la fiévre . Eftant
que
Ma-
Mars 1691 .
E
50 MERCURE
༽
de retour au logis , il reprend le
jeune Medecin du peu de con
noiffance qu'il a de la fièvre . Le
jeune Medecin fe défend , &
dit que le premier ayant froid,
nepouvoit pas avoir la fièvre ,
puis que la chaleur eft la qualité
effentielle de la fieure , mais que
le dernier avoit chaud & foif,
par confequent la fièvre , de
forte que le Docteur , pour luy
donner mieux à connoifre lafiévre
, eft obligé de luy dire , que
la fièvre ne fe manifefte que par
le 'battement extraordinaire , &
plus frequent de l'artère , fans
avoir égard ny au froid , ny au
GALANT.
51
chaud , car quoy que la chaleur
ne se manifefte pas , & que le
Malade reffente un grand froid,
il est fensé qu'une chaleur extraordinaire
eft dans l'interne ,
&que le frequent battement de
l'artere n'eft causé que par l'effervescence
du fang.
Vous eftes trop bon Philofophe,
Monfieur , pour ne pas connoistre
la nullité de cette définition, auffi
bien que de leur hypothefe . Je
ferois trop longfije voulois vous
entretenir à fond de la fièvre ,
car comme mes fentimens , quoy
qu'appuyez fur l'experience &
fur la raifon , font opposez à
E ij
52. MERCURE
ceux de l'Ecole , je ferois obligé
d'étendre mes raisonnemens, non
feulement pour les rendre plus
clairs & palpables , mais auffi
pour détruire une mauvaise opinion
, qui a pour défense l'autorité
des Anciens , l'opiniâtreté des
Sectateurs , & l'aveuglement
du Public , car il ſemble effectivement
que chacun prend plaifir
à estre trompé fur cette matiere,
c'est cependantfur celle - là que
roule tout le bonheur de cette vie,
mais
j'espere que dans
peu
de
temps vous pourrez eftre fatisfait
, par le moyen d'un Traité
de la fievre que je mettray au
GALANT. 53
jour, il fuffira pour le prefent
de vous
dire
la chaleur
des que
Febricitans
n'eft
pas de l'effence
de la fievre
, mais feulement
un
Symptome
, comme
le froid
, la
foif, la douleur
de tefte , le degouft
, & autres
fymptomes
qui
Paccompagnent
, & je feray
d'autant
plus fatisfait
de vous
parler
de la chaleur
, que j'espere
vous faire
connoiftre
l'erreur
de
la plupart
des gens
, qui croyent
.
que toutes
les maladies
ne proviennent
que de trop de chaleur
d'entrailles
, & partant
qu'il
faut
toujours
rafraichir
pouvant
comprendre
que
> ne
la cha-
E iij
54 MERCURE
leur qu'ils fentent , tant febrile,
qu'autre, foit l'effet d'une caufe
froide , crue & visqueuse , qui
ne demande que des remedes
chauds attenuans ce que je
vous feray voir , mais je veux
plutoft vous faire connoifre de
quelle maniere cette chaleur eft
produite.
Vous fearvez , Monfieur , que
ce font les efprits qui font toutes
les fonctions du corps humain,
& qu'auffi toft que les alimens
font dans l'eftomach¸ils les attenuent
, les cuifent , & convertiffent
en ſubſtance blanche &
liquide, qu'on appele Chile , mais
GALANT.
55
le
fi la digestion eft mal faite silen
refulte un chile crudevifqueux,
qui eft la fouree de preſque toutes
les maladies ; car comme c'est
par la coction parfaite que
chile devient doux & que les
excremens font fepareZ (t) expulfez
debors , fi la coction eft
imparfaite, il en refulte un chile
indigeft , vifqueux , aigre es
falé , qui caufe tantoft des fié
vres , tantoft des pleurefies , diffenteries
, diarrhées , coliques , ardeurs
d'urine ,
forte de maladies , tant internes
qu'externes , & parce que les
excremens par le defaut de la
prefque toute
E iiij
56 MERCUR £
世
coction , ne pouvant eſtre ſeparez,
fuivent le mouvement du
chile du fang , estant une
fubftance heterogene à la maſſe
fanguinaire , la nature travaille
inceffamment à les attenuer ,
fubiilifer pour les expulfer par les
pores ou autres voyes , de forte.
les ayant un peu attenuez
fubtilife , mais non pas au
degré neceffaire pour l'expulfion,
à cause de leur trop grande cruvifcofité,
ils reftent dans
corps en perpetuel mouvement,
& ébranlant par leurs figures
irregulieres toutes les petites fibres
des muſcles & des membra
que
dite
le
GALANT.
57
nes , font cette fenfation de chaleur,
foit febrile ou autre , &
pour vous faire voir que cette
chaleur que fent le Febricitant,
ne vient pas de la chaleur ou ef◄
fervefcence dis fang , comme on
préfuppofe , il n'y a qu'à faire
faigner un Malade atteint de
la fievre, à mefme temps
faire tirer du fang à un homme
qui fe porte bien , & faire tomber
le fang de l'unfur le deffus
de la main d'un homme , & le
fang de l'autre fur le deffus de
l'autre main du mefme homme ,
je fuis certain par experien
ce que cet homme s'appercevra
58 MERCURE
>
facilement que le fang de celuy
qui fe porte bien estplus chaud
que celuy du Malade . Que fi
cette experience ne vous contente
pas affez , prenez deux Thermometres
d'égale grandeur , &
mettez- les chacun dans un petit
por , & que l'on faffe tomber le
[ang du Malade dans l'un de ces
pots , le fangde celuy qui fe
porte bien , dans l'autre , & l'on
verra que l'esprit de vin dus Thermometre
où fera coulé le fang de
celuy qui fe porte bien , fera plus.
rarefié, & montera plus haut que
celuy où aura coulé le fang du
Malade , qui eft une preuve inGALANT.
59
conteſtable que le fang de celuy
qui fe porte bien est plus chaud
que celuy du malade..
Je puis fortifier cela par un
exemplefur la Mecanique . Prenez
deux globes de cuivre , ou
d'autre métal , percez également
de petits trous , & qu'à chaque
globe foit attaché un manche
creux qui le penetre un peu , &
foit long de quatre pouces ,
d'un pouce de diametre. Mettez
dans chacun une bougie allumée
quifoit d'égale grandeur, & que
l'une de ces bougies foit faite de
cire pure & l'autre de cire impure
mêlée de quelque gomme.
60 MERCURE
Tenez les globes par les mánches
dans vos mains , vous
verrezque celuy dans lequel fe ,
ra la bougie de cire impure deviendra
tellement chaud , que
vous ne le pourrez tenir à la
main , au lieu que celuy où fere
la bougie de cire pure ne fera
que tres -peu chaud ; ce qui ne
peut arriver qu'à raison desfu
liginofitez qui émanent de la
bougie faite de cire impure , lef
quelles eftant plus épaiffes
vifqueuses que celles qui fortent
de la bougie faite de cive pure,&
ne pouvant facilement paffer par
les petits trous du globe , que je
GALANT 6i
compare aux pores du corps hu
ébranlent de
main , frappent
tous côtez les particules du metal
dont eft fait le globe , f) c'ef
par le mouvement
de ces vapeurs
qu'il eft échauffé plus que celuy
où eft la bougie de cize pure .
dont la vapeur à cause de faténuité
, paffe facilement par les
petits trous. Que fi l'on objecte
que la bougie faite de cire impure
brûle plus promptement
, &
que par confequent dans un même
espace de temps elle produit plusde
fumée que celle qui est de bonne
cire , je répons que les excremens
font plus abondans auffi dans
62 MERCURE
que
dans l'état de la maladie ,
celuy de la fanté , & partant
qu'ils ne fauroient également
les pores
? tant à
de
paſſer par
raifon
de leur
quantité
que
leur qualité
. Que fi la difference
des bougies
apporte
quelque
dif
ficulté
, fervez
vous
de bougies
égales
, & bouchez
une partie
des trous de l'un des globes
,
vous verrez
que celuy
dont quel
ques
trous feront
bouchez
, deviendra
beaucoup
plus chaud
que
l'autre
, ce qui ne peut
arriver
que des fuliginofitez
, lesquelles
ne pouvant
fortir
fi vifle que de
l'autre
dont tous les trous font
GALANT. 63
ouverts, frappent par
leur
mouvement
continuel & ébranlent
les pores du globe , ce qui le rend
quilerend
plus chaud que l'autre,fans qu'on
puiffe alleguer que la flamme de
l'une des bougies foit plus chaude
que celle de l'autre.
Vous avez vû ▼ Monfieur ,
traiter beaucoup de Malades ,
puis que vostre charité vous porte
à les affifter tous les jours de
vos avis falutaires , & vous
avez remarquéfans doute qu'il
n'y en a point parmy ceux qui
font atteins de fievre , à qui on
n'épuife le fang des veines : &
qu'on ne tafche de rafraichir
64 MERCURE
?
continuellement , tant par les alimens,
que par les remedes,fur l'indication
que les Medecins preten
dent avoir d'une effervescence
bilienfe , qu'ilsfuppofent fe faire
dans le coeur, & eftre la caufe
du mouvement plus frequent du
poux , comme fi ce noble vifcere,
qui est un muscle, on plûtoft un
affemblage de muſcles , ne recevoit
pas fon mouvement des efprits
, de mefme que les autres
muscles , comme je feray voir
dans mon Traité de la Fiévre ,
ils pouffent fi loin l'action de
la bile , qu'ils veulent que les
paſſions & les facultez de l'ame
GALANT. 65
dépendent de cette pretenduë
effervefcence de bile , ce qui est
une abfurdité , qui ne peut produ
рец
de reflexion
ceder
que
qu'ils
font
fur
l'action
des
efprits
qui
font
les
feuls
inftrumens
de
toutes
les
paffions
&
de
tous
les
mouvemens
de
l'ame
. Ils
n'ont
pas de plus grand plaifir , que
lors qu'un Malade donnant dans
leur fentiment quand il a efté
faigné , dit que fon fang eft fort
bilieux , car d'abord ils élevent
la faignée fur le trône , &difent
qu'elle a esté faite fi à propos
que non feulement elle a emporté
une grande quantité de bile ,
Mars
1691 .
F
66 MERCURE
mais auffi beaucoup d'atrebile , &
tout le monde est tellement imbu
de cette fauffe croyance , qu'il
femble qu'il y a de la témerité à
la contredire , tant à raifon de
ceux qui l'appuyent , qu'à raifon
du peu de cas que font les plus
grands de fe vouloir éclaircir
d'une matiere qui a fait autrefois
l'application des Řois . Mais
je me ferviray feulement d'une
comparaifon pour vous faire connoiftre
que les diverses couleurs
qu'ils remarquent dans le fang,
ne proviennent pas des diverfes
humeurs dont ils pretendent qu'il
est composé , mais que ce font
GALANT. 67
vant ,
y
feulement des excremens qui n'ont
pû eftre rejettez dehors , & que
c'est leur détention qui caufe les
maladies. Vous pouvezfçavoir,
Monfieur , que dés que le pain
reçoit quelque alteration , il
paroift une moififfure blanche,&
fi cette alteration paſſe plus
la moififfure devient jaune
& verte, &fi la corruption devient
plus grande , la moififfure
fera noire. Quefi quelqu'un vous
difoit que ce pain eft composé de
pituite , de bile er de melancholie
, & qu'il pretendift vous le
prouver , en vous difant que la
moifiſſure blanche est la pituite ,
Fij
68 MERCURE
la moififfure jaune la bilejaune,
la moiffure verte la bile porracée
, la moififfure noire
la melancholie , le croiriez- vous
ſur une preuve ſi bien établie ?
Vous le prendriez fans doute
pour un Viſionnaire un Ridicule.
Je ne trouve pas que les
Medecins ayent des raisons plus
convainquantes , pour verifier
leurs quatre pretenduës humeurs
dans la maffe du fang.
Je paffe maintenant à la pratique
, vous prie de vous
fouvenir que je vous ay dit ,
les alimens font dans
dés
que
•que
l'eftomach , la nature tend à les
GALANT.
69
cuire , digerer & attenuer, pour
les convertir en une fubftance
blanche liquide qu'on appelle
chile, d'où fe forme le fang. Que
fi elle n'obtient pas fa fin , il en
refulte un chile crud & indigeft ,
qui ne peut produiré qu'un mauvais
fang, rempli de matieres
excrementeuses , qui n'ont pû
eftre feparées par le defaut de la
coction , & il n'eft pas difficile
de juger ce que requiert la nature
pour parvenir à ſa fin , puis qu '
elle demeure faute de vigueur.
Il faut donc la fortifier , mais
pour la fortifier il faut fçavoir
en quoy confifte fa force . Or fa
70 MERCURE
force confifte dans la quantité &
pureté des efprits. Il est donc neceffaire
de multiplier & épurer
les efprits , ce qui fe doit faire
par des matieres chaudes & fpiritueufes
, mais elles font tellement
en horreur à ces Medecins
dont la nature n'a pas l'honneur
d'eftre connue , qu'au lieu de la
feconder , ils diffspent les efprits
par des faignées continuelles ,
donnent lieu à une plus grande
production d'excremens qui terniffent
& empefchent l'action
des efprits . La nature ne fe xeláchant
jamais , tâche d'attenuer
de fubtilifer ces excremens
GALANT. 71
les pores .
pour les évaporer par
les Medecins au lieu de feconder
fon mouvement , les coagulent
en les épaififfant par des
tifanes rafraichiffantes , par des
émulfions , par du petit lait , &
par de l'eau de poulet faite avec
Les femences froides , & rejettent
entierement les aromates &
les diaphoretiques qui font les
veritables remedes que la nature
demande. Aprés cela l'on ne doit
pas efire furpris fi de la moindre
maladie, on tombe dans des maladies
dangereufes : ce qui ne peut
arriver
que par la feule faute
des Medecins, & je vous prie
72 MERCURE
de tenir pour regle infaillible ,
que fi un Medecin qui eft appellé
4u commencement d'une malaeft
die ne gueritpas le Maladedans
le terme de huit jours , c'est qu'il
ne connoift pas la nature de la
maladie , ou le remede qui luy
convenable ; &cela eftfivray,
qu'ayant fait une meure reflexion
d'où procede le flux de ventre
, tant diarrheique que diſſenterique
, j'ay composé un remede
fuivant les principes de mon by
pothefe , les veritables loix
de la nature , qui guerit infailliblement
en quatre jours toute
forte de flux de ventre ; & l'operation
GALANT. 73
འ ..
peration en eft fi douce & fi benigne
, qu'on le peut donner à
toute forte d'âge , mesme aux
Femmes groffes quand on
feroit à l'article de la mort ; car
bien loin d'affoiblir par quelque
évacuation, comme fait la racine
de
Pecoüane
, que MHelvetius
a mise en vogue , au contraire ,
il fortifie , & ne fait aucune
forte d'évacuation fenfible , &
dans fon ufage on n'a beſoin ny
de purgatif, ny de faignée , ny
de clistere. Fen ay préparé un
autre pour l'Hydropifie, qui n'eft
guere moins affuré que le preje
fuis tellement con- mier,
Mars 1691 . G
74 MERCURE
vaincu de la folidité de mes
principes , que je défie les plus
envieux de les pouvoir détruire ,
Voilà, Monfieur , à peu prés le
contenu de noftre Entretien , que
je fouhaite vous eftre auffi utile
pour vostre fante , que vous eftes
neceffaire pour le falut de vos
Paroiffiens. Je fuis voſtre , &c .
LA BROSSE
.
A Paris ce 15 .
Février 1691 .
GALANT.
75
Il n'y a point d'Acadmie
de belles Lettres en France , où
il ſe faffe une diſtribution
de
Prix , qui n'ait rendu juſtice
aux Ouvrages de M : l'Abbé
Maumenet
. Il en a remporté
dans toutes , & il eut celuy
de Poëfie la derniere fois que
l'Academie Françoiſe
en don--
na. Je me fouviens que je
vous ay mandé dans quelqu'une
de mes Lettres , que
l'Academie
Royale d'Arles
en avoit propofé
un pour
celuy qui réuffiroit le mieux
fur la fatisfaction que le Roy a
d'avoir un Fils digne de luy ,
Gij
76 MERCURE
fur les premieres Conqueftes
de ce jeune Heros. M. l'Abbé
Maumenet a encore remporté
ce Prix depuis peu dc
temps . C'eft un Tableau reprefentant
Monfeigneur , &
il a cfté donné par M de
Roubias d'Etoublon , fi di ..
ftingué dans l'Academic
d'Arles . Comme cette Piece
m'eft tombée entre les mains,
& que la matiere n'en fçauroit
eftre plus relevée , vous
ne ferez pas fachée de la
voir.
GALANT.
77
55525522552 525szz
ODE.
N vain cent Nations à ta perte
EN
animées
S'efforcent de troubler la Paix dont
tu jouis ,
France, pour diffiper leurs nombreuſes
Armées ,
Tu n'as befoin que de LOVIS.
Que contre toy l'Empire ofe armer
tous fes Princes ,
Loin de porter l'alarme au fond de
tes Provinces ,
Il verra tomber fes remparts ;
Et ton vaillant Dauphin formé fous
un grand Maiftre ,
A ce Peuple jaloux fera bien- toft
connoiftre ,
G iij
78 MERCURE
Si tu dois craindre les Cefars
S
Qu'entens-je ? Fufte Ciel ! Déja la
foudre tonne ,
Et le jeune Louis Semant par tout
l'effroy ,
Afur les bords du Rhin où l'appelle
Bellonne >
Montré qu'il eft Fils d'un grand
Roy.
Philisbourg qui refifte , & croit avec
audace
Mettre à couvert fes murs du Coup
qui les menace ,
En peu de jours fe voit foumis;
Et déja Frankendal , Manhein, ouvrant
leurs portes ,
Cedent au feul afpect de ces fieres
cohortes ,
Qui font trembler nos Ennemis .
GALANT. 79
S
Quel rampart affez fort ferviroit de
barriere
Aux progrés d'un Vainqueur aimable
& redouté
Qui fait l'art de mefler avec l'ar
deur guerriere
.
La vigilance & la bonté?
Icy fon coeur touché des malheurs de
la guerre
,
De ce bras triomphant qui lance le
tonnerre
Soutient l'infortuné Soldatz
Et là , plus redouté que le Dieu des
Batailles ,
Il nefonge au milieu de mille funerailles
Qu'à foudroyer un Peuple ingrat.
2
Il est temps d'arrefter le beau feu qui
t'anime,
G iiij
80 MERCURE
Dauphin , n'expofe plus des jours fi
pretieux ;
Et pour combler les voeux d'un Pere
magnanime ,
Borne tes Exploits glorieux.
Ce Monarque content de ta noble conduite
,
N'aura plus deformais de foucy qui
l'agite ,
Si ton couroux eft defarmé ;
ว
Et bien que tout réponde au gré de
ton envie
Quand pour vanger fes droits tu
prodigues ta vie ,
Peut- il n'en pas eftre alarmé ?
S
Certes , quiconque a veu l'effay de
ta vaillance ,
Détourner des malheurs prefts à nous
accabler,
GALANT. 81
Avoüera ( s'il n'eft point ennemi de
la France )
Que c'est affez tesignaler.
Il eft d'autres honneurs où LOVIS
te rappelle.
Egale , s'il fe peut , fa prudence
immortelle ,
Son genie & fon équité ;
Pour un grand deffein tu ne fçanrois
trop faire ;
Mais parmy les dangers que brave ta
colere ,
Tu ne l'as que trop imisé.
2
C'en eft fait, fa valeur attentive à
nos plaintes ,
A déja fufpedufes glorieux exploits.
Et par un prompt retour va diffiper
les craintes,
Qui troubloient le plusgrand des
Rois.
82 MERCURE
Le voiey qui revient , ce jeune &
fier Alcide ,
A l'abry des fureurs de la Parque
homicide ,
Luy renouveller fon amour ;
Et d'an efprit foumis au milieu de
fa gloire ,
Confeffer qu'il ne doit fa premiere
victoire
Qu'à celuy dont il tient lejour.
S
A cet afpect charmant quelle eft ton
allegreffe ,
Grand Roy , qui pris le foin de førmer
ce Heros ,
Et qui le vis cent fois foupirer de
trifteffe ,
Au milieu d'un profond repos !
Qu'il t'eft doux que Bellone à fon
ardeur propice
GALANT.
83
Les palmes à la main ait ouvert cette
lice ,
Digne d'exercerfon grand coeur ,
Et qu'il doive aux complots du Germain
infidelle ,
Ce quejusqu'à ce jour ta bonté
ternelle
N'ofoit permettre à fa valeur.
рва
Si dans tous les hazards qu'affrontoit
fon courage
Tufentis pourfes jours la peur qu'il
n'avoit pas ,
Tu n'en goûtes que mieux la gloire
& l'avantage ,
Qui l'ontfuivi dans les combats.
Aprés que les écueils , les bancs ,
les tempeftes
De mille affreux perils ont menacé
nos teftes ,
Le calme en a plus de douceurs,
84 MERCURE
Et la belle faifon où Flore nous enchante
,
Renaiftroit à nos yeux moins belle &
moins touchante ,
Si l'Hyver n'avoit des rigueurs .
S
Tout ce que peut fentir de tendreſſe
& de joye
Un bon Pere , un grand Maiſtre, un
Monarque achevé ,
Ne le reffens-tu pas , quand le Ciel
te renvoye
Ce Fils par tes foins élevé ?
De combien de lauriers fa tefte eft
couronnée !
Voy comme à fes coftez la France
fortunée ,
Vient applaudir àfes exploits ;
Et parmy tant de coeurs dont tu fais
la fortune ,
GALANT. 85
Scache quefi tu vois l'allegreffe commune
,
C'est ton Ouvrage que tu vois.
S
Tous ces bienfaits divers dignes de
ta puissance .
Dont ta Royale main cent fois nous a
comblez
,
Dans le don que tu fais d'un Heros
à la France ,
Nefont- ils pas tous raffemblez?
Par luy bravant du fort la haine
conjurée ,
Nos bons deftins auront l'éternello
durée
Promife à l'Empire des Lis ;
Et nos derniers Neveux qui liront
ton Hiftoire ,
N'y pourront rien trouver fi digne
de ta gloire,
Que les Triomphes de ton Fils.
86 MERCURE
PRIERE
POUR LE ROY,
Et pour la Maiſon Royale .
RandDieu , de qui dépend le
Gradeffin des Monarques ,
Et qui de tes bontez as donné tant
de marques
A celuy que nous poffedons;
Daigne étendre tes foins furfa Mai- ·
fon Auguste ,
Et fais qu'un fi grand Prince enrichi
de tes dons ,
Ne foit pas moins heureux qu'il eft
vaillant, & jufte.
Je n'ay rien autre chofe à
vous dire de l'Air nouveau
1
7
1-
4
Z
GALANT. 87
dont vous allez lire les paroles
, finon qu'il eft de la compofition
d'un fort habile Muficien
.
AIR NOUVEAU.
vous voulez que je cache ma
S'
flame,
Et que l'amour qui regne dans mon
ame
Ne paroiffe plus tant ,
Quitez votre rigueur extrême,
Et quand on me verra content ,
On necroira jamais que je vous
aime.
Vous vous plaignez que
dans ma derniere Lettre je ne
vous ay point parlé des plai88
MERCURE
firs du Carnaval . Vous devez
eftre bien perfuadée que
dans l'eftat glorieux où fe
trouve la France , la joye a
regné dans tous les coeurs.
Il y a eu quantité de Bals à
Paris , & de divertiffemens
chez les Particuliers , mais il
n'y en a point eu à la Cour,
parce que l'année du deüil
de Madame la Dauphine n'eft
pas finie . La devotion y a
occupé le Roy . Sa Majelté
a affitté à toutes les Prieres
qui fe font plus frequemment
en ce temps - là , que dans tout
le refte de l'année . MonfeiGALANT.
89
gneur , pour s'éloigner des
plaifirs de la faifon , a cfté
prendre celuy de la Chaffe à
Anet , où Mr le Duc de Vendofme
, & Mle Grand Pricur
l'ont receu avec un zele tout
extraordinaire , pour répon
dre , autant qu'ils ont pû , à
l'honneur que ce Prince leur
a fait Leurs Majeftez Britanniques
, dont la pieté eſt connuë
en ont donné des
marques, en allant faire leurs
devotions en l'Eglife de Saint
Germain en Laye , où eftoient
les Prieres de Quarante heures
pendant les trois derniers
>
Mars 1691. H
90 MERCURE
jours du Carnaval . Elles affifterent
le Lundy au Sermon
de M. l'Abbé de Moré , Docteur
de Sorbonne & Chapelain
du Roy , & enfuite à la
benediction qu'il donna au
Salut . Le jour fuivant , Elles
entendirent la Predication de
M l'Abbé de Converſet ,
Docteur de Sorbonne , Prieur
& Curé de la mefme Eglife ,
& furent tres - fatisfaites de
ces deux actions.
Il paroift une Carte nouvelle
, intitulée , La Carte du
Theatre de la Guerre . Elle comprend
les Royaumes d'AnGALANT.
91
gleterre , d'Ecoffe , d'Irlande ,
& de Dannemarck , le cours
du Rhin , les dix - fept Provinces
des Pays- bas, & toute
la partie Septentrionale de la
France , c'eſt à dire , les Provinces
qui font deçà la Riviere
de Loire ; fçavoir , la
Picardie , Bretagne , Maine ,
Anjou , Perche , Beauce , Ifle
de France , Brie , Champagne
,
Lorraine , Alface , & le Pays
aux environs de la Saare . Lors
que cetre Carte , qui a fix
grandes feuilles , eft affemblée
, on ajoûte une bordure
ingenieufement faite; & com
Hij
92 MERCURE
me la Carte porte le titre de
Theatre de la Guerre , cette
Bordure eft compofée de tous
les Inftrumens qui luy font
propres , comme Bombes ,
Carcaffes , Sacs à terre , Gabions
, Mortiers , Canons ,
Tambours , Timbales , Trompettes
, Enfeignes , Guidons ,
Pavillons , Tentes , Etendars
Cuiraffes , & c . Dans chacun
de ces Inftrumens il y a un
plan des Villes fortes fituées.
dans les Etats compris en
cette Carte , au nombre de
cinquante- fix . Elle est dédiée
à Monfeigneur le Dauphin ,
GALANT.
93
& aux quatre coins font les
Armes de ce Prince , accompagnées
de deux Devifes .
L'Epiftre dédicatoire eſt enrichie
d'ornemens Allegoriques
, & d'une Medaille , au
revers de laquelle font ces
mots , fur ce que Monfeigneur
a paffé le Rhin . ANTE
PARENTEM UNUS TENTAVIT
CESAR. Les fix
feuilles qui compofent cette
Carte fe diftribuent feparément
, & ont chacune leur
Titre & Echelle, pour la commodité
de ceux qui font des
Recueils de Cartes Geogra94
MRECURE
phiques. Les vuides, ou mers,
font remplis de Tables , non
feulement des longitudes &
latitudes des principaux lieux,
mais on y voit auffi dans quel
Eftat & dans quelle Province
ils font fituez. Cet Ouvrage
eftoit penible , & n'avoit pas
encore efté donné au Public
dans des Cartes Geographiques
. Il n'y en a point où les
coftes de la Manche foient fi
particulierement décrites que
dans celle - cy, qui fe diftribue
chez le S de Fer fon Auteur,
Geographe de Monseigneur
le Dauphin , fur le Quay de
GALANT.
95
l'Horloge du Palais , en une ,
en deux , en quatre , & en fix
feuilles , felon la curiofité ou
la commodité de ceux qui
aiment ces fortes d'Ouvra
ges.
La Lettre qui fuit combat
agreablement le trop de pou
voir que quelques - uns donnent
à l'Opinion . Je ne doute
point que fa lecture ne vous
divertiffe. Elle eft de M! Cipiere
de Bordeaux , & fert de
réponſe à une autre Lettre
qui avoit cfté écrite fur la
Beauté.
96 MERCURE
2252 222S525252552
A MONSIEUR B.
MON
ONSIEUR,
Je viens de lire vostre Lettre
à M. S.... & j'ay admiré la maniere
aisée avec laquelle vous
tournez les chofes . L'efprit &
le brillant qui y frappent › perfuaderont
toujours ce que vous
voudrez à la premiere lecture ,
&je l'ay leuë plus de trois fois
avant que de
·
remarquer que
les
préjugez que vous oppofeZ favorifent
fi fort l'Opinion , qu'il
Senable
GALANT.
97
femble que vous ayez eu plus
de deffein defoutenirfes interefts,
que de combattre les couleurs &
les beautez réelles. Souffrez ,
Monfieur , que faiſant gloire
de fuivre vos fentimens , je m'en
éloigne cette fois , pour faire voir
que ce n'est qu'avec juftice que
je tiens voftre parti en toute autre
chofe . Je ne sçaurois endurer
que l'Opinion regne avec tant
de tirannie , qu'elle foumette le
merite a fon caprice, qu'elle chaſſe
la raifon de fon empire, & qu'elle
puniffe la justice mefme . Cependant
toute cette irregularité doit
arriver, fi l'on permet que l'OMars
1691 . I
1
98 MERCURE
pinion juge des causes mefmes
qui ne font point de fon refforts
fi, toute aveugle qu'elle est ,
elle profane indignement tout ce
que l'Antiquité la plus jufte &
la plus éclairée a aimé & confacré.
Nous n'admirons toute
l'ancienne Grece , qu'aprés qu’-
elle a admiré le jufte jugement
que Paris fit , lors qu'il fe
declara fi ouvertement pour
beauté de cette Venus , dont parleront
tous les fiecles . On n'a
encore trouvé perfonne qui fe.
foit avisé d'accufet ce Prince
d'injustice , ou d'un mauvais difcernement
, & qui ait ‹ osé pula
GALANT.
99
1
blier
la Déeffe de l'Amour que
belle.
& de la Beauté n'estoit pas
Se pourroit- il bien faire que tous
les hommes euffent en la meſme
difpofition de fibres de leurs cer
veaux, qu'ils fe fuffent tous
accordez à aimer cette Reine ?
Si cela est , on aura plus de fujet
de dire que c'eftoit une beauté
réelle , qu'une beauté imaginaire,
puis qu'elle fembloit belle à tous
les hommes, comme l'or leur paroist
or , pour me fervir de vos
termes. Tous ceux qui l'ont veuë
l'ont aimée , & ceux qui n'ont
ven fon Portrait qu'en couleurs,
en figures, on enparoles , n'ont pas
I ij
100 MERCURE
&
laiẞé de la trouver de leur gouft,
de la confacrer aprés les autres.
Or , Monfieur , il n'estpas
impoffible de trouver aujourd'huy
une beauté pareille , qui raviffe
l'eftime , l'admiration & l'amour
de tous ceux qui la verront . Je
crois mefme que malgré toute la
delicatesse que vous faites paroiftre
, vous l'aimeriez avec tant
d'autres , peut- eftre que vous
renoncericz à une opinion , qui
foutenue avec toute la force que
vous avez, ne laiffe pas de me
paroiftre éloignée de la verité.
Vous
comprenez
parle
de Mademoiselle
de .....
bien
que je
GALANT.
dont vous dites fi bien la premiere
fois que vous la viftes.
J'en défierois tous les Appelles ,
J'en défierois tous les Zeuxis ,
De peindre des traits mieux choifis ,
De faire des couleurs fi belles.
La nature fait quelquefois
que ny l'efprit , ny la voix
Ne fçauroient comprendre, ny dires
Et ne le pouvant exprimer,
On fent que le coeur veut aimer
dabord l'efprit admire.
Ce
Ce
que
écrit
Je m'étonne que vous l'ayez
connuë , & que vous ayez
une telle Lettre. Il faut que vous
ne vous soyez pas fouvenu d'elle
, car je fuis perfuadé quefon
I j
102 MERCURE
си
idée vous cuft fait effacer autant
de mots que vous en auriez écrit,
ou que vous en auriez mis de
contraires . Vous estes trop rai.
fonnable pour ne l'avoir pasfait,
je crois dans lefond que vous
n'avez écrit tout cela que pour
vous divertir, car autrement il
faudroit que les Philofophes n'aimaffent
jamais , parce qu'ils font
profeffion defuivre la verité, &
de ne s'attacher point aux imaginations
aux opinions
qu'ils n'aimaffent que des beausez
intellectuelles , parce qu'ils
s'élevent quelquefois au deffus
corps meſme. En verité c'eff
des
>
018
GALANT. 103
que
des ga- /
pouffer la Philofophie trop loin ,
bien en prend aux Dames
qu'elle ne foit pas vraye, car elles.
ne pourroient avoir
lans ignorans , que l'étude de la
Nature n'auroit pas inftruits co
adoucis . Pour moy, je me réjouis
qu'il ne faille point abandonner
ba raiſon pour s'approcher desDames,&
que noftre merite ne dépende
pas tout-à-fait de leur bon
ou mauvais gouft. L'on feroit
bien malheureux
fi cela eftoit,
On verroit tous les jours des
étourdis avec les Belles , aufquelles
un homme d'esprit en
rageroit de ne pas plaire , parce
I iiij
104 MERCURE
qu'elles auroient peut- eftre une
difpofition de cerveau peu favorable.
Il feroit obligé de s'en
aller avec des Pretieufes ridicules
qui n'auroient pas
l'efprit de comprendre cent jolis
mots & cent pensées tres- heureufes
qui fe perdroient. Vous
voyez bien les defordres que lour
cela cauferoit , & croyez- moy ,
Monfieur , il est important que
le monde ne foit pas perſuadé de
cette opinion .
Mais , me direz- vous, ce font
là des inconveniens . On en trouve
dans toutes les opinions &
ce ne font point des preuves qui
GALANT. 105.
que
de
détruifent les raifons que vous
apportez. Il me femble pourtant
que ces exemples contraires que
nous voyons tous les jours doivent
bien diffuader de croire
les beautez foient fi arbitraires
fi dépendantes de la groffiereté
ou de la delicateffe des fibres ,
Popinion , ou de la coutume des
gens des pays. Nonobftant
cette grande diverfité que l'on
voit entre tous les Peuples , on
trouve des beautez qui plaisent
à tout le monde , & l'on n'en
peut attribuer la caufe ny aux
yeux, ny aux temperamens , mais
plutoft à ces couleurs & à ces
106 MERCURE
figures qui font par tous les endroits
les mefmes dans les beau
tez; car qu'est - ce qui change
dans une ftatuë qui plaift à tous
les Peuples , & dans tous les fiecles
? Par exemple , dans cette
belle Venus de marbre blanc, de
la main du fameux Praxitelés ,
pour laquelle il emporta le prix ?
Vous fçavez que plufieurs perfonnes
de differentes Nations ont
efté à Gnide pour voir cette Pieces
le Roy Nicomede en offrit à
cette Ville- là dequoy payer fes
dettes ; mais
que
que.
les Habi
tans ne voulurent écouter aucune
propofition , perfuadez que
GALANT. 107
la beauté de cette Statue ren
droit leur Ville plus celebre ¿
plus
recommandable. Vous fçavez
auffi que cette Statuë d'or
d'yvoire deJupiter Olimpien,
que Phidias fit en Elide , a paßé
pour une merveille du monde ;
vous ne trouverez guere d'Auteurs
Grecs qui n'en ayent parlé.
La Minerve du mesme Auteur,
qui fut placée dans ce Temple
qui eft encore fur pied dans Athenes
, a efté adorée de toute la
Grece & du monde entier ›
vous parler de la folie de ce jeune
homme pour une Statuë d'un
marbre blanc qui eftoit ailleurs
fans
108 MERCURE
dans un Temple , que l'on reconnut
par quelques defordres , que
fon amour luy fit faire . Seroit- il
bien poffible que quelqu'un n'eust pas
dit
que ces Statues ne luy
plaifoient pas , & qu'elles n'eftoient
que des grotesques , fi
leurs beaute euffent dependu de
fon gouft? Pour moy,je croy qu'en
quelques endroits qu'on les ap
portaft , elles trouveroient tou
jours des perfonnes qui les estimeroient
de belles figures , & qui
admireroient l'ouvrage avec la
main de l'Ouvrier. Cela doit paffer
fans contredit. Que fi vous
accordez cela à defimples figures
GALANT. 10g
inanimées ,
muettes ,
muettes , fans vivacité
, fans tendreſſe , je crois que
vous ne pouvez le refufer à une
perfonne
dont les moindres
traits
font admirables
, dont tous les
mouvemens
parlent , dont la vi
vacité rend attentifs tous ceux
qui la voyent, & dont la tendreffe
vous attendrit
vous - même.
C'eft , Monfieur , tout ce que
j'ay à vous oppofer ; c'est là mon
plusfort argument
; & fi vous n'eftes
pas convaincu
comme ilfaut,
je fuis prest à payer les frais du
voyage pour aller voir laforce,la
folidité
la verité de cette raifon
Fattens
donc une retractation
,
110 MERCURE
ou l'heure que vous voulez que
mous partions. Vous ne pouvez
vous diſpenſer de choifir l'un on
l'autre , fans faire croire que
vous avez écrit plûtoft par paffion
que par raifon ; paffion à la
verité qui eft plus raisonnable
plus fpirituelle que la raison
de certaines gens . Je fuis , &c .
Je ne vous préviendray
point fur la maniere agréable
dont eft tournée la Fable que
je vous envoye. Lifez, & vous
aurez lieu d'eſtre contente.
GALANT. 11
LE THESAURISEUR
E T
LE SINGE .
N homme accumulant ( onfçait
que cette ardeur
UN
Va fouvent jusqu'à la fureur )
Celuy- cy ne fongeoit que Ducats &
Piftoles .
Quand ces biens font oififs, je tiens
qu'ilsfont frivoles.
Pourfeureté de fon trefor,
Noftre Avare habitoit un licu , dont
Amphitrite
Défendoit aux Voleurs de toutes parts
l'abord.
Là , d'une volupté , selon moy fort
petite ,
112 MERCURE
Etfelon luyfort grande , il entafſoit
toujours.
Il paffoit les nuits & les jours
A compter , calculer , fupputer fans
relâche ,
Calculant, fupputant, comptant comme
à la tâche ,
Car il trouvoit fouvent du mécompte
à fon fait.
Un gros Singe , plus fage , à mon
fens , que fon Maiſtre,
Fettoit quelques doublons fouvent
par la feneftre,
Et rendoit le compte imparfait.
La chambre bien cadenaßée
Permettoit de laiffer l'argent fur le
comptoir.
Unbeau jour Dom Bertrand fe mit
dans la pensée
D'en faire un facrifice an liquide
manoir.
GALANT.
113
Quant à moy , lors que je compare
Les plaifirs de ce Singe à ceux de cet
Je n
Avare ,
ne fçay bonnement auquel donner
le prix.
Dom Bertrand gagneroit prés de certains
efprits ,
Les raifons en feroient trop longues
à déduire.
Un jour donc l'Animal qui ne fongeoit
qu'à nuire ,
S'il n'euft ouy l'homme rentrer ,
Euft jette fans confiderer
L'estime que l'on fait des biens de
cette cfpece ,
Tous ces beaux Ducats piece à
piece.
Il les euft fait voler tous jusques an
dernier ,
Dans le gouffre , enrichy par maint
& maint naufrage.
Mars
1691.
K
”
114 MERCURE
Dieu veuille preferver maint
maint Financier ,
Qui n'en fait pas meilleur ufage.
On nous mande de Pera
du 16. Novembre dernier ,
que M de Chasteauneuf ,
Ambaffadeur du Roy à la
Porte , aprés avoir fait des
Feftes pour les Victoires de
l'Armée de Flandre & de
l'Armée Navale , n'eut pas fitoft
fceu que Sa Majesté en
avoit remporté une troifiéme,
qu'il fit de nouveau éclater
fa joye avec beaucoup de magnificence.
L'ouverture de
GALANT. - 115
cette Fefte , fe fit le matin du
mefme mois de Novembre,
par une falve de trois cens
boëtes qui furent tirées dans
le jardin du Palais , & par
décharge du canon de trente
Vaiffeaux . Toute la Nation
la
s'affembla dans la Chapelle,
où l'Archeveſque de Spiga
chanta le Te Deum , aprés avoir
fait un difcours tres éloquent
fur la puiffance du
Roy. L'Evefque des Armeniens
voulant faire voir qu'il
prenoit part à la joye que ref
Tentoient les François , affifta
à cette ceremonie , avec fon
Kij
116 MERCURE.
Clergé & fa Mufique , & fit
demander à M. l'Ambaffadeur
la permiffion de faire
fucceder fes actions de graces
particulieres à celles que rendoit
la Nation . Comme il
n'eft ny Sujet du Roy , ny
fous la protection de la France
, & que fon Eglife fuit un
rit qui eft different de celuy
de Rome , M de Chafteauneuf
jugea que la demande de
cer Evefque n'eftoit qu'un
effet de l'eftime & de la vcneration
que la gloire de Sa
Majefté s'attire de tous les
Peuples du monde , ce qui le
GALANT .
117
fit confentir à fa demande.
Au retour de la Chapelle, on
fervit trois tables en mefmetemps
. Celle de M. l'Ambaf
fadeur eftoit de vingt- quatre
couverts. Celle de la Nation,
tenuë par fon Chancelier , de
quatre vingt dix , & la troifiéme
pour le Clergé , de foixante
& dix . Il y en avoit une
quatrième que tint ſon Maître
d'Hôtel, & celle - là ne finit
que le lendemain . M
l'Ambaffadeur avoit à fa table
quinze Turcs de confideration
, le Gouverneur de la
Ville , l'Intendant de la Ma118
MERCURE
que
rine , le Commandant des Ja
niffaires, le Fils du Grand
Treforier Lon Pere luy
envoya , en luy faifant dire
qu'il cuft fouhaité eftre depofé
la veille pour avoir la liberté
de venir le réjouir avec fon
Excellence , & le jeune Prince
de Moldavic . Les tables furent
auffi bien fervies qu'elles
pouvoient l'estre en ce
païs- là .Les décharges des boëtes
& du canon recommencerent
lors que l'on but la fanté
du Roy ; elles s'eftoient fait
auffi entendre pendant tout le
Te Deum. Le repas finit à l'en
GALANT. 119.
trée de la nuit , & le Palais fe
trouva alors orné d'une illumination
dont l'effet fut fort
brillant. Il y avoit dans la
Cour une Piramide de feu ,
du bas de laquelle fortoient
deux fontaines de vin , qui
coulerent pour le peuple. On
fit une quatriéme décharge,
aprés laquelle on tira cinq
cens fufées. On alla dans les
appartemens toute la nuit , &
les Turcs qui ne fortirent du
Palais qu'au jour , prirent tant
de goût à certe fefte , que pour
y contribuer eux - mefmes , ils
firent reveiller plufieurs Der120
MERCURE
vis. C'est une espece de Moi
nes quijouentadmirablement.
bien de la flûte , & qui vinrent
concerter avec d'autres
Inftrumens. Tout Conftantinople
prit part à la joye de
M. l'Ambaffadeur , qui n'a
rien de plus preffant que de
marquer en toutes fortes d'occaſions
le zele qu'il a pour la
gloire de noftre augufte Monarque
.
Madame la Comteffe de
Morſtin mourut icy le 12. de
ce mois , aprés avoir donné
des marques d'une pieté finguliere
. Elle eftoit Femme de
Meffire
GALANT· Ι2Ι
Meffire Jean- André , Comte
de Morſtin & de Chafteauvilain
, Marquis d'Arq en Barrois
, Seigneur de Montrouge,
Senateur & Grand Treforier
de la Couronne de Pologne ,
& cy - devant Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy & de
la Republique de Pologne en
France , & s'appelloit Catherine-
Geneviève de Gordon de
Huntley . Tous les Chefs de
l'illuftre Maifon de Gordon
ont efté Pairs du Royaume
d'Ecoffe , depuis l'inftitution
du Parlement , & ont
remply les premieres Char-
Mars 1691. L
122,MERCURE
ges de l'Estat , comme celles
de Gouverneurs Generaux , ou
Viccrois d'Ecoffe , & Generaux
d'Armée , & ils font encore
Gouverneurs Hereditaires
de la partie Septentrionale
d'Ecoffe. Il y a eu des Scigneurs
de cette Maiſon , l'une
des plus anciennes & des premieres
de ce Royaume
, qui
ont eſté honorez de grands
emplois hors de leur Pays .
L'Hiftoire de France fait
mention d'un Gordon ,Grand
Maréchal , ou General de
Charlemagne. Il tua le Roy
-Aigoland de fa propre main,
GALANT .
123
prés de Barcelone , & fut tué
à la journée de Roncevaux.
L'an 1006. Malcolme , ou
Milcolumbe II. Roy d'Ecoffe
, que d'autres nomment
Malcolion , donna à la Maifon
de Gordon le Château de
Huntley , dont l'Aîné a de
puis porté le nom. Bertrand
de Gordon tua au Siege de
Chalus en 1199 Richard I.
Roy d'Angleterre , furnommé
Coeur de Lion, & en 1265.
Adam de Gordon ayant défié
au combat Edouard Prince de
Galles , il fe battit contre ce
Prince entre les deux Armées
Lij
124 MERCURE
d'Angleterre & d'Ecoſſe . On
les fepara, & lors que ce Prínce
fut parvenu à la Couronne
d'Angleterre, il l'honora d'une
amitié tres - particuliere,
L'an 1250. Guillaume de Gordon
fut General d'un fecours
qu'Alexandre III . Roy d'Ecoffe
, envoyaà St Louis, Roy
de France , & il mourut en
Afrique, Robert de Gordon
fut tué en 1356. à la Bataille
de Poitiers ,au fervice de Jean
Roy de France . Je ne vous
rapporteray point tous les
Defcendans de cette Maifon,
Je me contenteray de vous
GALANT. 125
nommer ceux de la Branche
aînée depuis Alexandre premier
du nom , Comte de
Huntley , mort en 1479%
Georges I. fon Fils , Comte
de Huntley , qui mourut en
1501. avoit épousé Jeanne ,
Princeffe d'Ecoffe , Fille de
Jacques I. Roy d'Ecoffe , qui †
maria fes trois autres Filles ,
Pune à Louis XI . Roy de
France ; l'autre à Sigifmond,
Archiduc d'Autriche , & la
troifiéme à François , Duc de
Bretagne . De ce mariage nâquit
Alexandre II . du nom ,
Comte de Huntley , qui de
Liij
126 MERCURE
Jeanne Stuart , Princeffe d'Ecoffe
, Fille du Comte d'Athol ,
Prince legitime d'Ecoffe , cut
Jean , Comte de Huntley ,
mort avant fon Pere , aprés
avoir épousé Marguerite d'E-
•
coffe , Fille de Jacques IV.
Roy d'Ecoffe. Georges II .
Comte de Huntley , Fils de
Jean , tué à la Bataille de Sterling
en 1562. époufa Elifabeth
Keth , Fille du Comte Maréchal
d'Ecoffe , & il en cut
Georges III. Comte de Huntley,
& Grand Chancelier d'Ecoffe
, qui d'Anne Hamilton,
Fille du Duc de Chaftelleraut,
GALANT. 127
laiffa Georges IV. Marquis
de Huntley . Celuy- cy époufa
Henriette Stuart , Fille d'Efmé
Stuart , Duc de Lenox , &
Coufine Germaine de Jac.
ques I. Roy de la Grande Bretagne.
Ils eurent pour Fils
Georges V. Marquis de Huntley
, qui épousa Anne de
Campbel , Fille du Marquis
d'Argyle . Les Rebelles luy firent
trancher la tefte quelques
jours aprés le Parricide execrable
de Charles I pour avoir
fidellement foutenu fes droits .
Ce Georges V. eftoit Pere de
Madame la Comteffe de Mor-
Liiij
128 MERCURE
ftin dont je vous
apprens la
mort, & Grand
pere de Georges
, Duc de Gordon
, qui a
défendu
jufqu'à
la derniere
extremité
le Chasteau
d'Edimbourg
durant
fix mois ,
depuis
la derniere
révolte
d'Angleterre
& d'Ecoffe
, excitée
en faveur
du Prince
d'Orange
, contre le Roy Jacques
II . auprés
de qui ce Duc
s'eft retiré en France. Il eft aifé
de juger par toutes les chofes
que je viens de dire , que cette
Maifon
n'eft pas moins
illuftre
par fa fidelité
envers les Rois,
que par fon ancienneté
, &
•
GALANT. 129
par les alliances qu'elle a cuës
avec la Maifon Royale , ainſi
qu'avec plufieurs autres tresconfiderables
, tant d'Ecoffe
& d'Angleterre , que de France
, comme celles de Howard-
Norfolk , d'Hamilton , de
Douglat , de Droment , de
Montrofe , de Rohan de Milan
, d'Entragues , de Humic
res , de la Queille , de Chafteaugay
, de Caftelnau , de
Haluin , de Damas , & autres .
Il y a prefentement à l'Academic
Françoiſe une place
vacante par la mort de Meffire
Jean - Jacques Renouard,
130 MERCURE
Comte de Villayer , Doyen
des Confeillers d'Eftat , arrivée
au commencement de ce
mois La declaration que le
Roy fit en fa fayeur lors que le
rang de Doyen luy fut contef
té par un Concurrent d'un
tes - grand merite, eft une mar
que bien glorieufe de l'eftime
dont ce Prince l'honoroit .
Il a fait un Teftament fort
avantageux aux Hôpitaux , &
eft mort dans fa
quatre - vingtfeptiéme
année . La place de
Confeiller d'Eftat qu'il avoit,
a cfté donnée à M ' de Fourcy,
Prevoft des Marchands , &
r
131
lier
que
ttc
eft
M
oit
la-
DIT
lus
nt
de
:ft
ile
120
Com
des C
vée a
mois
Roy
rang
P té p
tersquel
don
Il
a
avan
cft n
ſept
Cor
a cft
Pre
RIVMPHOS
.
INCIT
har fecit
GALANT. IZI
Gendre de M: le Chancelier
Boucherat. Ceft un don que
le Roy luy a fait avec cette
maniere obligeante qui luy eft
fi naturelle , & en dilant à M
le Chancelier , qu'il auroit
voulu
que
c'euft cfté une place
de Confeiller d'Eftat Or
dinaire .
Je vous tiens parole,& vous
envoye les Jettons qui ont
paru au commencement de
cette année. Le premier eft
celuy du Trefor Royal, & les
autres font ceux de l'Amirauté
, des Galeres , des Baftimens
de l'Artillerie , de
132 MERCURE
l'Extraordinaire & de l'Ordinaire
des Guerres , de la Chambre
aux deniers , des Menusplaifirs
, des Revenus cafuels,
& de la Ville de Paris.
Le 9. de ce mois , l'Academie
Royale de Nifmes fit une
Affemblée publique , de laquelle
M. Demerés , Chanoine
en l'Eglife Cathedrale
de cette Ville- là, bonTheolo
gien & habile Predicateur , fit
l'ouverture par un excellent
difcours. Enfuite M: de Marfolier
, Auteur de plufieurs
beaux Ouurages , Chanoine
en la Cathedrale d'Uzez , &
GALANT. 133
au Frere d'un Confeiller
Grand Confeil
, qui porte ce
mefme nom , M. Mefnard ,
Confeiller au Prefidial de
Nifmes . & M: de Travenol ,
l'un des plus fameux Avocats
du Prefidial de la même Ville ,
firent leurs complimens
à la
Compagnie , & la remercierent
de l'honneur qu'elle leur
avoit fait de les y aggreger
.
M.Demerés , qui clt mainrenant
Directeur de l'Academie
, leur fit une réponſe
courte , éloquente & tresagreable
au nom de la Compagnie
; aprés quoy M Day134
MERCURE
glun , Docteur de Sorbonne ,
Chanoine , Grand Official ,
& Grand Vicaire de Nifmes
, fameux Predicateur &
Frere de M. de Trimond ,
Confeiller au Parlement de
Provence, fit l'Oraifon Funebre
de M. Seguier, le dernier
Evêque deNifimes ,& qui avoit
efté le premier Protecteur de
l'Academie. On aplaudit fort
à cette Piece , & à celles qu'on
lut enfuite dans l'Affembléc .
M Demerés qui avoit fait
admirer fon éloquence , fit
auffi admirer la Poëfic par la
lecture d'une Elegie qu'il
GALANT. 135
avoit composée en Vers Latins
& en Vers François , fur
la mort de ce digne Prelat ,
dont la perte eft fi heureuſement
reparée par l'Illuftre M
Fléchier , qui eft auffi Prote-
&teur de cette Compagnie de
beaux Efprits , & l'un des quarante
de l'Academic Françoife.
La clofture de cette Affemblée
fut faite par une autre
lecture d'un chapitre de
l'Histoire de Nifmes Payenne
& Chreftienne , où M: Mefnard
qui en eft l'Auteur , &
qui la doit publier au pre mier
jour , tâche de prouver que
126 MERCURE
Nifmes n'a jamais efté une
Colonie Romaine. On verra
auffi bien-toft l'Hiftoire du
Cardinal Ximenes , par M
l'Abbé de Marfolier , Parifien
de naiffance dont je
viens de vous parler, l'un des
Academiciens externes de
l'Academie de Nifmes . Le
fçavant M Graverol , qui en
cft l'un des principaux ornemens
, a cfté depuis peu receu
dans celle de Ricovrati de Padouë
.
Je vous envoye des Vers
d'une aimable Perfonne de
voftre Sexe , dont vous avez
GALANT . 137
déja veu quelques Ouvrages.
Elle penfe finement , & vous
ferez contente de l'expreffion .
Une Dame de fes particulicres
Amies l'ayant trouvée attaquée
de fiévre un jour qu'-
elle l'alla voir , luy dit en
riant qu'elle voyoit bien que
fon mal venoit des foins qu'
elle fe donnoit pour fa Famille
, & que fi elle vouloit
fuivre fon confeil , elle n'auroit
jamais de chagrins que
ceux que l'amour luy cauferoit
, & qu'affurément elle
trouveroit ces fortes de maux
plus faciles à fouffrir que
Mars 1691 . M
138 MERCURE
l'importune ardeur de la fie
vre. C'est ce qui luy donna
lieu de faire cette réponſe.
A MADAME DE M.
U
Ne brûlante ardeur me court
de veine en veine ;
fe fens un inquiet chagrin ,
Je ne dors non plus qu'un Latin,
Fay l'esprit à l'envers , tout me trouble
& me gêne.
Mais fije brûle nuit & jour ,
Ce n'est pas des feux de l'amour.
La chaleur d'une fiévre ardente
Me caufe tous ces mouvemens .
L'amour nous livre encore à de plus
grands sourmens ,
Au moins à ce que l'on nous
chante ,
GALANT. 139
Ear , grace au Ciel, jusqu'à ce jour
C'eft fur la foy d'autruy que je parle
d'amour.
Cependant , fi je puis dire ce qui
m'en femble
Sur le rapport de ceux dont fon cruel
poifon
Trouble lesfens & la raison,
Ce Dieu dans fes effets à la Fiévre
reffemble.
La Fiévre met les gens en feu ,
Fait refver , rend vifionnaire ;
Ainfi fait le Ditu de Cithere ;
Ses Sujets ne refvent pas peu.
Chaque Amant croit que fa Mai
Streffe
Brille de graces & d'appas ;
Qu'il n'est point d'objet icy - bas
Pareil à celuy qui le bleffe,
Et toutes ces perfections
Ne font que pures vifions
Mij
140 MERCURE
D'une folle delicateffe.
La Fiévre renverfe l'esprit ,
Ofte la force & l'appetit ,
Empoisonne le coeur , fait cent Metamorphofes
;
L'Amour,fuft-ce le plus petit,
Avec excés caufe les mefmes choses.
Eft-il rien de plus fou que
deux jeunes
Amans ?
Enfin on voit , plus on y pense,
Que la Fiévre & l'Amour dans
leurs égaremens ,
Ont une grande resemblance.
Fy vois pourtant un peu de difference
,
C'est que
la Fiévre a des momens
heureux
où l'esprit en repos fe fent dégagé
d'elle ;
Mais ceux à qui l'Amour a tourné la
servelle
GALANT- 148
C'eſtfans retour , plas de raifonpour
eux.
Ainfi donc , ma chere Amarante &
Faime mieux fentir le couroux
De la Fiévre qui me tourmente s
Fuft-elle encor plus violente
Que lesfeux importuns de l'Amour
le plus doux.
Voicy d'autres Vers qui
n'ont befoin que du nom de
leur Auteur pour s'attirer les
louanges qu'ils meritent . Ils
font de M. de Meffange, connu
par divers Traitez qui ont
efté favorablement receus du
Public.
Ï42 MERCURE
DECLARATION
d'Amour
L'aprendre,
'Amour , qui vouloit me fur-
Voyant queje craignois l'excés de fa
rigueur,
Et que de mille objets je fçavois me
défendre ,
Afcea tendre un piege à mon coeur,
Et dans les beaux yeux de Silvie
Il m'a fait voir tant de douceur ,
Qu'enfin il a troublé le repos de ma
vie.
Ces beaux yeux , par des traits de
feux ,
> Avec un tourment rigoureux ,
M'ont embrasé de la plus vive
flâme.
Un teint
que deVenus l'éclat n'efface
pas ,
GALANT. 143
Une bouche vermeille , & mille a
tres
appass
Sans peine ont triomphé des forces
de mon ame.
$
Depuis ce temps fatal , je Soupire em
tous lieux ,
Va trouble fecret m'environne;
Un triste ennuy m'abat , le repos
m'abandonne :
Le Sommeil révolté ne ferme plus
mes yeux.
S
Loin de la Beauté que j'adore
Tout femble fait pour m'affligers
Si l'espoir vient me foulager,
L'impatience
me devore.
2
Fours tranquilles , belas ! qu'eftes
vous devenus ?
Adieu , charmante
indifference s
144 MERCURE
Paifible , dans ton ſein , l'on ne me
verra plus.
Amour , je cede à ta puiſſance.
S
Traite à ton gré mon coeur, puis qu'il
eft fous ta loy:
Mais fouviens-toy pourtant , fij'ofe
te le dire ,
Qu'en me laiffant fouffrir fous ton
cruel empire ,
Tu te fais à toy mefme autant de tort
qu'à moy.
Je vais fatisfaire à ce que je
vous promis la derniere fois ,
de yous mander toutes les
particularitez que j'apprendrois
du mariage de M: le
Prince de Turenne avec Mademoiſelle
GALANT. 149
demoiſelle de Vantadour qui
fe fit la nuit du Dimanche
gras au Lundy. Il n'eſt pas
neceffaire que j'en uſe , en
cette rencontre , comme j'ay
de coûtume de faire dans les
autres , ny que je vous aprenne
, qui font ceux dont je
vous parle , ny quelle eft leur
origine. La Maifon de Boüillon
, & celle de Vantadour
font connues de tout le monilluftres
de , && trop pour me
permettre d'entrer dans un
femblable détail. Je me conrenteray
de vous dire que
comme les Souverainetez du
Mars 1691. N
146 MERCURE
Duché de Bouillon & de Sedan
entrerent dans la Maifon
de Bouillon l'an 1591. auffi la
Dignité Ducale entra dans
celle de Vantadour l'an 1578.
Il y avoit déja eu cy - devant ,
une alliance entre ces deux
Maifons , puis qu'Eleonor de
Montmorency , Fille aînée
d'Anne de Montmorency,
eftoit Trifayeule de M le
Prince de Turenne , & que
Marguerite de Montmorency,
feconde Fille de ce Conneftable
, eftoit la Bifayeule
de Madame la Princeffe de
Turenne . Il eftoit difficile de
GALANT. 147
faire un mariage plus fortable,
foit que
l'on regarde les
grands biens de l'une & de
l'autre de ces deux Maifons ,
foit que l'on confidere la fituation
de quelques unes de
leurs Terres , le Vicomté de
Turenne & le Duché de
Vantadour eftant limitrophes
, & deux des plus grandes
Terres du Royaume ,
mais particulierement le Vicomté
de Turenne , dont M
le Prefident de Thou , dans
fon Hiſtoire › ne parle avec
raifon, que comme des Principautez
d'Allemagne . Auffi
N
148 MERCURE
font- ce-là , fans doute , les
motifs qui ont porté Sa Majefté
à faire paroiftre publiquement
la fatisfaction qu'Elle
avoit de ce mariage , done
Elle a bien voulu figner le
Contrat. Ce fut chez Madame
la Ducheffe de la Ferté,
Tante de Madame la Princeffe
de Turenne , que fe fit
l'Affemblée , & où Monfieur,
avec Meffieurs les Princes &
Mefdames les Princeffes du
Sang voulurent bien fe
trouver pour affister à la
Ceremonie. Elle fut precedée
d'une grande Felke , & il
>
GALANT .
149
fuffit de dire que Madame la
Ducheffe de la Ferté en prit
le foin , pour faire connoiftre
qu'elle fut des mieux entendues.
Tout y marqua fon
efprit & fa generofité . On
joua d'abord un fort gros jeu.
Il y eut une agreable Symphonie
, une petite Comedie
Italienne , & le Soupé qui
fuivit , fut auffi magnifique .
que bien ordonné . On fervit
deux Tables en mefmctemps
, & chacune eftoit de
vingt - cinq couvers. Aprés
minuit, Monfieur, avec toute
certe illuftre & nombreuſe
Niij
150 MERCURE
affemblée ,
accompagna les
Fiancez à Saint Euftache . M
de Gordes , Evefque & Duc de
Langres , y fit la Ceremonie ,
en ayant été prié, tant par la
Maifon de Bouillon , que par
celle de Vantadour , dont il
eft également l'amy , mais de
ces amis toûjours pleins d'empreffement
à obliger , d'une
fidelité & d'une pobité finguliere
. La Ceremonie faite
, Monfieur , & toute la
Compagnie , reconduifit les
Mariez chez Madame la Ducheffe
de la Ferté . Son Alteffe
Royale y donna la chemife
à M le Prince de TuGALANT:
151
ร
renne,& Madame la Princeffe ,
à Madame la Princeffe de
Turenne. Ceux qui virent
alors Madame la Ducheffe
de Vantadour tomberent
d'accord que jamais Mere
n'eut plus de joye qu'elle , &
l'on peut dire à fa gloire que
comme ce mariage eft fon
ouvrage , auffi jamais perfonne
ne fit tant pour fa
Fille qu'elle a fait pour Ma
dame la Princeffe de Turenne.
Toute la Cour & tous ceux
qui la connoiffent, conviennent
que parmy les grandes
qualitez de cette Ducheffe, la
N
iiij
152 MERCURE
bonté & la droiture de fon
coeur ne font pas celles qui
brillent le moins en elle . La
preuve qu'elle vient d'en .
donner eft grande & illuftre .
Heft vray que l'on a raifon de
Madame de Vantadire
que
dour
a une
Fille
qui
a
toujours
dignement
répondu
à fes
efperances
&
à fes
fouhaits
. On
ne
peut
avoir
plus
d'efpric
qu'en
a Madame
la
Princeffe
de
Turenne
, &
il
ne
faut pas
douter
que
fon
coeur
n'ait
les
mefmes
traits
de
douceur
&
de
bonté
que
celuy
de
Madame
fa
Mere
.
Comme
on
GALANT. 153
eft perfuadé qu'elle rendra
M : le Prince de Turenne
fort- heureux , auffi croit- on
qu'il n'y a perfonne qui merite
mieux que luy de l'eftre .
Vous n'ignorez pas qu'il re.
vint à la Cour il y a quatre
mois , & qu'il a depuis dignement
remply la grande
reputation qu'il s'eft acquife
dans les Païs Eftrangers , &
particulierement à Rome & à
Venife. Ce Senat fi fage & fi
prudent conceut une fi haute
idée de ce jeune Prince , qu'ik
voulut luy confier des emplois
, qu'il ne donne jamais
qu'à des perfonnes d'une ex154
MERCURE
perience confommée , mais
M: le Prince de Turenne l'en
remercia , parce que fon inclination
encore plus que fa
naiffance
, le portera toujours
à ne defirer jamais d'autres
emplois que ceux dont le Roy
le trouvera digne . Je finiray
cet Article par un endroit que
vous ferez bien-aife d'apprendre
; c'eft que Monfieur a
marqué fa generofité naturelle
en cette rencontre
, par
un prefent qu'il a fait à Madame
la Princeffe de Turenne,
de deux Boucles d'oreille &
d'un Coulant , qui font d'un
tres - grand prix .
GALANT. 155
Le 6. de ce mois, M. l'Abbé
d'Auvergne foutint une Theſe
en Sorbonne , où il y eut
une grande affemblée de toutes
fortes de Perſonnes , tant
de la Cour que de la Ville.
C'eftoit une Tentative fur les
queftions les plus difficiles
de l'excellence de Dieu , &
fur celle de la Trinité . Il eu
pour Prefident M de la Hoguette,
nommé à l'Archevef.
ché de Sens , & je puis vous
affurer que tout le monde
fortit tres - fatisfait de ce jeune
Abbé.Il fit paroître beaucoup
de fçavoir & de netteté d'ef
prit , & une grande facilité à
cuo
4
156 MERCURE
réduire en peu de mots & en
bon Latin les longs argu ,
mens qu'on luy faifoit quelquefois.
Ses bonnes moeurs .
& fa pieté répondent à fon
fçavoir , & il y a peu de perfones
de fa naiffance quiayent
jamais mieux remply que luy
tous les devoirs d'un bon
Ecclefiaftique ; & mefme depuis
qu'il fait fes études de
Theologie , il a toujours logé
dans une maiſon , qui doir
eftre confiderée comme un
bon Seminaire , & aux Exercices
de laquelle il affifte avec
la derniere regularité. Vous
fçavez que M. l'Abbé d'Au ,
GALANT. 557
vergne eft de la Maifon de
Bouillon , & Fils de M: le
Comte d'Auvergne, Colonel
General de la Cavalerie . Il ne
faut que vous nommer ce
Prince , pour vous faire voir
d'un coup d'oeil , toutes les
excellentes qualitez de l'honnefte
homme , de l'homme
d'efprit , & de 1 homme de
guerre raffemblées en un feul
Sujet.
Puis que tant de gens de
Province ont envoyé prendre
des Billets à la Loterie de M
Thurer , dont je vous parlay
le mois dernier , je dois vous
158 MRECURE
dire que l'impatience qu'ils
ont de fçavoir fi la fortune
les favorifera , ne fera fatisfaite
qu'aprés la quinzaine de
Pafques . Elle l'auroit cfté plûtoft
fi la Loterie n'avoit cfté
que de la fomme que l'on
s'eftoit propofée , mais on a
apporté , & l'on apporte encore
tous les jours de l'argent
avec tant d'empreffement , à
caufe que l'on eft feur , & de la
beauté de tous les Lots , & de
l'extrême fidelité avec laquelle
ils feront diſtribuez ,
que ce feroit chagriner le Public
que de la fermer , tandis
GALANT. 159
qu'il s'empreffe fi obligeamment
à venir toujours prendre
des Billets . M. Thuret ,
pour répondre à la confiance
qu'on a en luy, a crû devoir
ajoûter un fecond gros Lot
de la valeur & de la beauté de
celuy dont je vous ay déja
Parlé, & il l'a fait, parce qu'il
s'en eft trouvé deux pareils ,
fans quoy il luy auroit cfté
impoffible d'en fournir un
femblable en fix mois . Tant
de gens le fouhaitoient aprés
l'avoir admiré, qu'il a cru leur
faire plaifir en augmentant
par là l'efperance qu'ils pouvoient
avoir de voir ce gros
160MERCURE
Lot parmy leurs billets. Il en
a auffi ajoûté beaucoup d'autres
; & les heureux font tresaffurez
que la fortune ne leur
donnera rien , non feulement
qui ne vaille le prix pour lequel
il aura êté mis à cette Loterie
, mais dont ils ne fe puiffent
défaire ſur ce même pied,
puis qu'il n'y a que des Medailles
, des Montres , des
Pierreries , & de l'Argenterie
.
Vos Amis qui croyent cette
Loterie fermée , peuvent encore
profiter de l'avantage
qu'on leur donne, de pouvoir
pour peu de choſe ſe mettre
GALANT. 1-61
en eftat d'avoir des Ouvrages
qui font admirez & re .
cherchez jufqu'au fond des
Indes.
Vous ne ferez point furpri
fe d'apprendre que le Roy a
créé Duc M: le Maréchal de
Lorge. Ha , comme vous fçavez
, non feulement toute la
valeur neceſſaire à un grand
Capitaine , mais il en a auffi
toute la prudence , ayant appris
le métier de la guerre
fous feu M de Turenne
fon Oncle , dont il a étu
dié toutes les manieres. La
retraite qu'il fit aprés la mort
Mars 1691 ,
162 MERCURE
de ce grand homme , eft une
des plus belles actions que
puiffe faire un General . En effet
il luy eft plus glorieux de
fauver une Armée , puis qu'il
a feul part aux mouvemens
qu'elle fait , que de gagner
une Bataille , dont tous ceux
qui s'acquittent de leur devoir
partagent la gloire.
En vous parlant le mois
paffé de Confeillers d'Eftat
d'Epée , je vous dis que M : le
Marquis d'Arcy eftoit du
nombre. Il remplit d'autres
Emplois qui ne le diftinguent
pas moins ; mais lors que je
GALANT. 163
vous le nommay , je crus vous
parler de M: de Villars , que
le Roy a honoré de plufieurs
Ambaffades , & qui a cfté
deux fois Ambaffadeur en
Efpagne.
Mile Comte de Jarnac , que
j'ay reffufcité aprés vous avoir
appris la mort , n'a laiffé faux
que fort peu de temps le
bruit qui s'en eftoit répandu .
Ce Comte vient de mourir, &
comme je vous en parlay fortamplement
lors qu'on le crut
mort la premiere fois , je vous
renvoye à l'article que je fis
de luy & de fa Maifon en ce
temps - là . O ij
164 MERCURE
Il me reste à vous appren
dre fur cette trifte matiere ,
que M. l'Abbé de Belebar
mourut icy d'Apoplexie le 7 .
de ce mois . Il s'appelloit Paul
Hurault de Lhopital- de - Belebat
, & il eftoit de l'ancienne
Maiſon des Hurault , originaire
de Bretagne , dont la
Branche aifnée s'établit il y
a prés de quatre cens ans dans
le pays Blefois , & y acquit la
Terre de St. Denis , qu'elle y
poffede encore prefentement.
Elle compte plus de quinze
generations de Pere en Fils.
Il ya encore la Branche des
GALANT. 165
Marquis du Vibraie , & celle
des Comtes de Marais. La
Branche de Chiverni , dont
eftoit le Comte de Chiverni,
Chancelier de France , eft
tombée dans la Maifon de
Monglar . La Branche de Be.
lebat prit le furnom de Lhopital
, quand le Bifayeul de
M: l'Abbé de Belebat époufa
la Fille heritiere de Michel
de Lhopital , Chancelier de
France . Le Défunt a fait M: le
Comte de Belebat , fon Neveu
, fon Legataire univerfel ,
& il y a quelques années qu'il
reſigna à M : l'Abbé de Choi-
1
166 MERCURE
fi, auffifon Neveu, le Prieuré
de St Benoist , qui vaut cinq
ou fix mille livres de rente.
M:l'Abbé de Choifi vous cft
connu par plufieurs Ouvrages
qui ont tous receu l'approbation
du Public , & fur tout ,
par l'agreable Relation qu'il
nous a donnée de fon Voyage
de Siam , où il devoit demeu
rer en qualité d'Ambaſſadeur
aprés le départ de M. le Chevalier
de Chaumont , fi l'en
cuft trouvé dans Sa Majesté
Siamoife des difpofitionsplus
favorables
pour
embraffer la
Religion Chreftienne . Vous
GALANT. 167
fçavez qu'il eft de l'Academic
Françoife . Feu M. l'Abbé de
Belebat eftoit Frere de Madame
de Choifi fa Mere , qui a
fait tant de bruit par fon cfprit
, & qui s'eft veuë honorée
de l'amitié de prefque tous les
Souverains de l'Europe . Elle
eftoit Femme de M. de Choifi
, Chancelier de feu Mon
fieur le Duc d'Orleans .
Il y a des panchans fi forts,
infpirez par la nature, qu'il cft
impoffible d'y refifter . C'est ce
quifait en quantité de perfonnes
la difference des profef
fions.Un jeune Gentilhomme,
168 MERKURE
filsdjur Officiande juftigejde
veru d'une Charge then confi
derable , fut deſtiné àromptinto
même pofte & dans ceptovate
fon Pero n'épargna ficnipouq
luy faire faire festerades avoc
le fuccés qu'il fouhaitoin lop
reut parfaitement , mais à
peine cut-il quinzeràs faizcaqs
qu'il fe fentit entraîner parum
violent defir de fervir, beo Raye
dans fes Armées. Son Pore que
n'avoir que luy d'enfans baved
une Fille s'oppola fortement
à ce deffein & fans fenlaiffer
fléchir par fes prieresnil aufa
d'une autorité fi abfoluë qu'il
>
120
l'obligea
GALANT. 169
l'obligea d'aller faire fes trois
ans d'étude de Droit , aprés
quoy il fut reçû Avocat.
Quoy que ce ne fuft qu'un
premier degré pour paffer à
une Charge fi- toft qu'il feroit
en âge de la pouvoir exercer,
il ne putfe forcer long-temps
porter la robe,& aprés avoir
fait paroiftre le dégouft qu'il
en avoit , il pria fa Soeur de
n'oublier rien auprés de fon
Pere dont il la voyoit tendrement
aimée , pour luy obtenir
la permiffion de faire quelques
Campagnes . C'eſtoit une
Brune toute aimable , moins
P Mars 1691 .
170 MERCURE
噜
*
âgée que luy de trois àquatre
ans, qui n'avoit pas moins d'agrément
d'humeur que de
beauté, & qui poffedoit coute
la raifon dont la jeuneſſe la
pouvoit rendre capable. Elle
refufa la cómiffion en luy di
fant qu'elle l'aimoit trop pour
luy confeiller de prendre un
parti qui l'obligeroit d'expo .
fer fa vie en mille rencontres,
& elle ajouta que la bienfeance
même ne luy pouvoit per
mettre de faire ce qu'il fouhaitoit
, puis qu'on ne manqueroit
pas des publier que
n'ayant qu'un Frere , elle auSGADANT.
171
گ ا
-roit cfté bien aifd de le voir
dans une profeffion fidangercule
fur l'efperance , s'ilar-
Privoir un mal -heur , d'avoir
» foule à recueillir la fucceffion
› de fon Pore , qui devoit estre
fore confiderable . Ce refus le
chagrina , mais fans luy faire
changerd'inclination , quoy
-qu'll buy fachaft des éloigner
adolasoeur,avec qui uneamitié
fort étroitempluy avoit fait
-prendre age liaiſon trés- particuliare
. Som Pere qui apprehendoir
paſſion ſi viosulente
ne prevaluft fur tous les
deffeins, voulut le fixer en le
June
Pij
172 MERCURE
mariahr . Il luy propofanun
party avantageux , & comme
il eftoit extrememehr riche
il luyy offrit de luy bfaite des
avances qui le devoient metq
tre dans un eftat fort ſatisfap
fant , mais fon peu d'âge lay
ſervit d'excuſe, & fa Soeurluy
ayant voulu repreſenter qu'il
avoit tort de renoncer à une
fortune que tout autre auroit
recherchée par toutes les
voyes poffibles , il luy répondit
, que quoy que fort jeane,
il fe fentoit pour le mariage
une averfion prefque invinci
blc , & qu'il la prieit , comme
GALANT 173
fa
il ne pouvoit douter quo
beauté no luy attiraft grand
nombre d'Amans , de vouloir
fetendre difficile fur le choix,
parce qu'il croyoit que tout
la bien de fon Pere la regardoit
ellefcule , fes defirs les
plus ardens eftant de la voir
dans une élevation qui fatisfit
latendre amitié qu'il avoit
pour elle, à quoy il contribucroit
avec d'autant plus
d'ardeur , qu'il pouvoir dire
qu'elle eftoit,aprés la gloire, ce
qui luy feroit jamais le plus
cher Un difcours fi obligeant
toucha vivement fa Soeur qui
Piij
174 MERCURE
l'affeura qu'elle câcheroit de fe
rendre digne de fon amitié, en
ne faifant rien d'important
route fa vie que par fon confeil.
Cependant paprés avoir
encore employé inutilement
quelques amis auprés de for
Pere ,il prit de luy mefme la
permiffion qu'il demandoit ,
& alla fervir, comme Volontaire,
dans le Regiment d'un
Marquis de fes Voifins , qui
depuis plus de vingt ans s'étoit
acquis une forti grande
reputation dans le meltier de
la guerre. Les heureufes dif
pofitions qu'il vit dans ce jeuGAUANTM
175
ne Cavalier
, jointes à l'eſtime
qu'il avoitpour fa Famille,l'o
bligerent
alle recevoir
avec
beaucoup
d'agrement
& le
Cavalier
s'acquita
fi bien de fa
premiere a
qu'il fe
fir autant d'amis qu'il cut de
témoins
de fa bravoure
. Sur
tout le Fils du Marquis
qui
commandoit
une Compagnie
dans le mefme
Regiment
,
chercha à luy rendre tous les
bons offices dont il fe trouva
capable , & par un pana
chant fecret qui les unit l'un
à l'autre , ils femblerent
n'avoir
plus que des intereſts
Piiij
176 MERCURE
L
*
communs, Le Cavaliero paffa
l'hiver avec luy en Allemas
gne , & quoy
qu'ilonempuſt
compter fur aucun fecoursidib
colté de fes Parens , il eut tout
en
abondance par le
moyens
du Marquis , qui fe faifoit un
plaifir de luy tenirlicu do Pell
re , en
attendant que le tempsi
& fes Amis cuffene adoucyn
le fien. Trois ans
s'écoulerqntq
fans qu'il retournaſt chez luy,
Sa Soeur avoit foin de luy éad
crire fouvent, & geftoit entreg
cux un commercel de stenv
dreffe , dont ils fe
faifoientaz
un plaifir fenfible. Elle Huy st61
GALANT. 174
anum co
? 300
rendoir un compte exact de
tous les Partis qui le prefentoient
pour elle, & le peu
d'envie qu'elle luy marquoit
avoir de fe marier fi toft , l'au
torifoir à l'en détourner . Il
craignoit toujours qu'ell qu'elle ne
fuft compée dans le choix , &
il cuſt voulu examiner par luymême
ce quiauroit pû luyêtre
propre Les occafions s'eftant
trouvées favorables, il fit de fi
belles actions , qu'il fut fait en
peu detemps Capitaine de Cavalerie,
& la gloire s'augmen
tant de jour en jour, fon fere
ravi d'entendre ce que l'on
1
178 MERCURE
en publioit , rentra enfin en
luy- mefme. Il confidera qu'il
n'avoit que luy de Fils , &
s'accufa de de feverite ,
puis que
eftoit ce qui convenoit
le
mieux
à un Gentilhomme
.
le party des armes
Ainfi il ne put plus refifter
au defir de le revoir , & le Cavalier
fe rendit auprés de luy
fi- toft que les Troupes curent
efté miles en quartier d'hiver.
Certain air noble qu'il s'eftoit
acquis en portant les armes
luy ayant donné un nouveau
merite , on le receut
avec tant de marques de ten179
GALANemen
dreffe ,
22018 23
qu'il fut pleinement
indemnisé de la rigueur que
fon Pere avoit cue longtemps
pour luy. Il trouva fa Soeur
dans une perfection de beauté
qui le furprit , & pour luy
montrer la joye qu'il avoit de
la voir fi digne de poffeder
dans fon coeur la place qu'elle
y tenoit , il ne pouvoit luy
faire affez de careffes . Sa Soeur
luy rendoit le change , en
loüant fa bonne mine , & les
manieres aifées qu'il avoit en
toutes choſes . Comme elle
eftoit recherchée de plufieurs
perfonnes qui avoient du
180 MERCURE
gst
bien fon Pere voulurjobli
à faire un choix , lafin de
la marier avant que fon Frere
les quittalt pour retourner à
fon Regiment, Le Cavalier
voulut fçavoir d'elle fi parmy
tous les Amans il y en avoit
qualqu'un qu'elle préferaft
aux autres, & aprés qu'elle luy
eur témoigné beaucoup d'in
difference pour tous , olla
ajoûra en riant , quel pour lav
roucherilauroit fallu que l'un
d'entr'eux luy cuſt reſſemblé.
Son Frere luy répondit de la
mefme forte , que malgré l'éloignement
qu'il fentoft rouGALANTM
181
gours plus grand pour le ma
riage il ne voudroit pas ré
pondre de demeurer infenfible,
s'il trouvoir une perfonne
aufli brillante
aimable
qu'elle, & neluy voyant d'atta
chement pour aucun de ceux
qui la recherchoient , il luy
demanda fi elle l'aimoit affez
pour vouloir bien fouffrir
qu'il la mariaft. En mefme
temps il luy parla du Fils du
Marquis , qui eftoit ſon Amy
particulier , & dont il luy
vanta lehmeriteye comme le
jugeant tres -digne d'elle . Il
fatisfalloit par là la reconnoif182
MERCURE
fance, ayant receu fille bons
offices du Fils & du Pere ! &
c'eftoit d'ailleurs la faire entrer
dans une Famille fort
confiderable ; & d'une Nobleffe
des plus diffingutes.
La Belle qui fe repofoit entrerement
fur l'amitié de fon
Frere , confentit fans peine à
le rendre maistre de fa deftinée
, & fon Pere n'eut pas fitoft
appris fon projet qu'il
le chargea de n'épargner aucuns
foins pour le faire réuffir.
Le bien du Marquis luy
cftoit connu , & il ne pouvoic
faire dans fon voifinage une
A
I
belune
ས
GALANT. 183
alliance qui luy duft eftre p
plus
glorieufe, Le Cavalier partit
fort
content
de
Dire
de fes liberalirez
, mais il
il ne put fe feparer
de fa Soeur qu'avec un chagrin,
qui luy fit connoiftre
que la douceur de fon entretien
eftoit un plaifir dont il
ne pouvoit le priver fans peins
. La Belle que la nature autorifgit,
à verfer des larmes ,
n'en refuſa pas à ce chef Frere,
qu'elle conjura en le quittant
de prendre foin de la vie
comme de la chofe du monde
où elle prenoir le plus d'intereft
.Il ne fut pas fitoft avec
184 MERCURA
fon Ami, qu'illuy parla d'elle .
Cet Amiqui fegloavenbiude
l'avoir voué dans fes premiel
res années n'avoit trouvée
fort aimable & iVidée quit
en confervoit encora Merupal
porrant au portrait qu'on tuy
en fit , il ne douta poinoqu
elle ne fuft digno de tourèsled
louanges qu'on luy denmiej
Elle eftoit fonvenir la fqjecades
leurs converfations
& Can
valier qui luy faifoipvoirdes.
Lettres qu'il recevoiti diddleb
luy donnoits licu Dadmire
l'efprit / aifé qu'ellebyorépanh
doit. La Campagne le paffa
GALANT. 185
auéch beaucoup d'avantage
pourd'un & pour l'autre, ils
Les fignalerent en plufieurs occafions
, Bo quand elle fut fihop
silkivintent jour avec
lours Amis de la gloire que
leut courage deur avoit acqui-
Lube Cavalier revit fon aima.
bita Soeur avec une exuême
joyanab vill laotrouvandans
udcefpted diengagement qui
ne pouvoinoeftre vaiſément
rompu que par celuy où il
devoit l'avoir mife avec fon
Ami Son Pere luy en deman
da d'abord des nouvelles , &
comme la premiere veuë fut
Mars 1691.
188 MERGURE
d'empefcher
le fugcés de cette
affaire , il l'affura que fon Ami
n'eftoit venu que dans le def
fein d'entrer dans fon allian,
ces Its d'y avoit difpofé, en
quelque forre & iaprés que
cet Amy leur cut rendu deux
ou trois vifites , il fut fi charmé
de cette belle Perfonne,
qu'on n'eut pas befoim de
beaucoup d'adreffe pour luy
faire faire la declaration
que
Ton fouhaitoit. Le Cavaliers.
pour l'y engager plus , forrement
, l'aſſura qu'il obligeroit
fon Parc à faireà La Soeur tous
les avantages qui le pourroient
GALAMIM 187
fatisfaire de la maniere
dont les chofes furent pouffées
en fort peu de temps , il
ne manquoit plus pour les ter
miner que le confentement
du Marquis que Ponatrendoie
de jour en jour. Ibarriva , &
les belles qualitez qu'il déconvidans
fa charmante
Performe que fon Fils aimoit,
toucherent d'aurano plus ,
qu'ayant toujours lenty pour
12 Flere un tres fort panchant,
if fut ravy de voir que la Soeur
alloit devenir faBelle fille.
On figna le Contrat de mariage,
& on eftoit preft de
Qij
188 MERCURE
choisir unjourspour le roon.
clurrel , alors que llai Bolla de
trouva attaquée d'une violente
fiévre , qui ch poida comps
fe regla en quarte . Comme
elle eftoit extremomentsdelf
cate, elle en fut fort abajtë
Son Frere que cet accident me
touchabpas moins que fon
Amy, cftait tres affidu auprés
d'allapad
- milla
râchoio
foins de luy faire voircom
bien il eftoit fenfible à ce que
fés longs accés luy faifoienp
fouffrir. La Belle blâmoits Id
trop de chagrin qu'ill faifoio
paroistre pour un mal quil
3
GALANTM 18,
ſelon lesapparençass ne pouvoit
avbir de fuites fachaufes,
& fans bien fçavoir pourquoy
it ofton d'une humeur filombreil
ne pouvoir s'empêcher
desabandonnerà la réveric
Um jour qu'il la vit fe porter
mieux qu'elle n'avoit de counume,
ilpa pria de luy dire fi la
paffionude Ton Amiavoit faft
naime beaucoup d'amourdans
fon coeur & la Belle luy ayant
avoué qu'elle n'avoit fenti juf
que là quede l'eftimesce qu'el
Idavoir cru qui fuffifoit quand
on vouloir faire fon devoir ,
il en montra de lajoye,
com
.
190 MERCURE
2062 51
me s'il cuft pû eftre jaloux que
les fentimens qui luy cftoient
permis pour un homme qu
elle fe voyoit prefte d'époufer
, l'euffent emporté
emporté fur l'as
mitié qu'elle devoit à la fienne.
Enfin fa fiéyre qui avoit
duré plus de deux mov
quitta entierement
, & deja on
recommençoit
à parler des
apprefts du mariage ,
lors
que
tout à coup , & lans que perfonne
l'euft préve
, vint
nem supitma
mois la
un a
fost o 393
ordre à tous ceux qui a
voient employ
dans les Troupes
, de partir fur l'heure , ce
qui obligea
d'en differer
la
GALANT 19F
conclufion jufques au retour
de la Campagne . L'Amant
de la Belle fentit ce délay
tandis que fort vint
le Cavalier fe foulmit à l'ordre
fans aucun murmure . On
& Taul 91100m2 30 .
LUD
remarqua
mefme
qu'il
s'éloignoit
plus content
qu'il
bou n'avoit
fait la derniere
fois
no crby
Les deux Amis fe rendirent
29 bu ils
enfemble
Σ ils eftorent
ap¬
pellez
150 801
moit leur bravoure , la Came
& comme on efti-
JOIY
pagne cftant déja affez avân
cec , on les commanda
6
βουτ
une entreprife
HOT !
foden
vigueur
$10sd
ient fouftenir
qu'ils ne pouvoient
1
192 MERCURE
fans fo
fe hazarder
beaucoup
s'ils vouloient donner l'e
xemple aux autres . L'amour
de la gloire leur faiſant fer.
mer les yeux fur le peril , il
en coufta du fang à tous
deux, mais le Cavalier en fur
quitte pour une bleffure , qui
heureufement
ne fe trouva
pas mortelle , au lieu que fon
Amy en receut trois, dont il
mourut peu de jouts aprés.
Le Marquis qui de quatre Fils
qu'il avoit cus n'avoit confervé
que celuy- la , reffentit
fay perte avec toute
avec toute la douleur
imaginable , ce qui ne l'empefcha
GALANT 193
1
to pefcha pas de donner les
ordres afin qu'on cult foin
du Cavalier . Sa bleffeure le
retint un mois au lit, & pendant
ce temps le Marquis
qui le vifitoit ſouvent , luy
donna toutes les marques de
la Prendreffe d'un Pere . Sa
cette fu
refu
Soeur ayant fçeu cette
Belte avanture , parut
arut oublier
01 un Amant
quelle
tant elle eftoit occupée
de
crainte pour l'accident
de
n Frere. Lors qu'il fut gue .
ry , comme
il ne pouvoit
montrer
affez de reconnoiffance
pour tous les foins que
fon
Mars 1691 .
R
194 MERCURE
د
le Marquis avoit cus de luy, il
chercha à le convaincredefon
veritable attachement par les
devoirs les plus empreflez qui
le pouvoient fatisfaire, & il le
fit d'une maniere fi engas ,
geante & agreable , que led
Marquis qui avoit toujours
fenty enfa faveur tout ce qu'une
forte inclinationeft capable
de produire,luy disenfin qu'il
le regardoit comme celuy qui,
pouvoit feul réparer fa perte, I
& qu'il l'adoptoit des
Boment pour fon Eils
attendant qu'une Fille unique
qu'il avoit , âgée de dix ans,
u a
Filsen
GALANT. M195
Lest
& qu'il faifoit élever dans un
Convent
, cuft atteint l'âge
de pouvoit cftre fa Femme.
Le Cavalier
ne trouva point
d'expreffions
affez fortes pour
témoigner au Marquis combien
il eftoit penetré de fes
bontez. La reconnoiffance
,
ainfi que l'eftime & le refpect,
l'avoit véritablement
attaché
& luy , & s'il he put s'empêcher
de fremir d'abord de
la propofition
d'un mariage ,
c'cftoit une affaire à regarder
de fi lõin , qu'il crut inutile
de laiffer paroiftre l'averfion
qu'il avoir pour les engage-
Rij
196 MERCURE
mens de cetre nature. Le
temps y pouvoit apporter divers
obftacles , & il y cuft cu
de l'imprudence à ne pas tés
pondre d'un coeur fort ouvert
honneftetez qu'on
#kung
129 2475354
a
Aneupviircal
g
pour
r luy. Ils revinrent
l'un
& l'autre
aprés
la Campagne
fai te , & le Pere
du Cavalier
alla auffi
- coſt
rendre
vifitel
Marquis
, St l'un
avoit
un
ref
gret
fenfible
de
la perte
de celuy
qu'il
s'eftoit
flaté
d'as voir
pour
Gendre
aurre navoit
pas
moins
de peine fe confoler
de ce qu'il
ne pou
voit
plus
avoir
pour
fa BelleGALANTM
Po 197
fille , l'aimable Perfonne en
qui
f
ui il avoit 2005 connu un meritc
abboldo 20V
parfait . Le Cavalier entretint
la Soeur
cette perte,
par
& fue
furpris que les avan
rages qu'elle auroit reeds be
Falliance
dont on eftoit deg
meuré
d'accord , l'euffent touehéc
affez peu, pour luy failfèt
la tranquillité
d'efprit
off
iPla
trouvoft. Elle luy dit
que n'ayant
jamais
riem
affez
fortement , pour n'eſtre
pas toujours
mailtreffel
de Tă
Daifongelle
avoit veulaveč
unon
fi grand plaifit le choix que
le Marquis
avoit fait de luy
Rij
198 MERCURE
pour eftre fon Gendre, & par
confequent l'Heritier de tour
fon bien , que la confidera
tion de fes interefts l'avoir
emporté fur toute autre chofe
. Le Cavalier s'écria fur Pin
justice qu'elle luy faifoit dé
croire qu'il fuft capable de
facrifier à des motifs de fors
rune la repugnance qu'il
avoit toujours fentie pour le
mariage , & qu'il fçavoir bien
qu''iill auroit toute la vie , puis
que pour l'obliger à la vain
cre , il auroit fallu loy faire
voir une perfonne fi accom.
plie, qu'il ne luy manquaft
CA
GALANT! 199
aucune des charmantes quafitez
qu'il trouvoit en elle ,
foit pour la beauté, foit pour
T'efprit & l'humeur , & il renoit
impoffible que celamfe
rencontraft. Ces fentimens ne
Juycfloient point nouveaus.
La tendre amitié qui l'unifloit
à fa Soeur dés fes plus jeunes
annéeson eftoit foutenue de
stoute d'eftime que l'on peut
avoin pour le vray merite &
ailin'ofoit trop s'examiner fur
ec fort panchant de peus
ne pouvoir fe cacher qu'il l'aimoit
plus que le nom de Frere
no le permettoit.Il eftoit dans
de
R
1111
200 MERCURE
que
cette forte d'agitation qui le
tourmentoit toutes les fois
l'on parloit de la marier,
fors qu'un venerable Capucin
vint reveler un fecret qui apporta
un grand changement
en toutes chofes . Il demanda
à entretenir fon Pere en pars
ticulier , & luy apprit que le
Cavalier qu'il croyoit fon
Fils , ne l'eftoit point &
qu'il eftoit celuy du Marquis .
Voicy le dénouement de cete
avanture , qui n'eft point
une fiction , comme la pluf
part de celles qu'on employe
dans les
Romans
, mais un
GALANIM 201
incident dont plufieurs porfonnestres
dignes de foy ac
teſtent la vetité . Cet Officier
de Juſtice que le Cavalier
croyoit fon Pere , ayant paffé
cinq ou fix années de mariage
fans avoir d'enfans , cut
enfin la joye de voir (a Feme
me accouchée d'un Fils , & il
luy choifit pour Nourrice la
Femme d'un Laboureur fort
accommodé, qui faifoit valoir
unc de fes Terres . Rien ne
pouvoit eftre plus magnifique
que toutes les chofes qui de
voient fervir à cet enfant , &
en les donnant à fa Nourrice,
202 MERCURE
ments
qua pren .
qu'il affura d'une récompenfe
proporti
proportionnée aux foms
conjuroit d'en pt
il commença par de fi
grandes liberalitez qu'elle fut
perfuadée que fa fortune érdit
faite. Il arriva dans ce meine
temps que le Marquis cut auffi
un Fils. Comme il en avoit
déja trois autres vivans , yun
équipage de guerre à faire , il
le fit remettre fans nulé éclat
de dépenfe entre les mains
d'une Belle - foeur de certe
Nourrice , qui demeurolt avec
elle , & qui eftoit Veuve de
puis quelques mois.Quinze
GALANT. 203
2
jours aprés que les deux Enfans
curent efté portez dans
cette maifon , le Fils de l'Officier
de Juftice , & la Nourricede
celuy du Marquis mou
furent prefque tout à coup ,
l'un d'une colique , & l'autre .
d'une févre violente . La
Nourrice qui reftoit, defefper
rée de voir fes efperances per
duës , trouva moyen de reme.
dier à ce malheur , en fuivant
le confeil de fon Mary , qui
luy fit garder le Fils du Marquis
, comme eftane celuy de
Officier de Justice. Les traits
devoient estre fi peu connoif
204 MERCORT
fables dans certo premiere on
fance , que la veuë d'un intoreft
confiderable pour ellp
luy fit approuver como fuppos
fition. Ainfi on allauchdz p
Marquis qui eftoit.dója parop
Pour l'Armée , porter la flow
velle de la mort de fon Ent
fant , & elle parut forts rays
femblable , la Nourricdayand
pû luy communiquer leqmal
dont elle eltoit morce On!
crut la chofe comme elle fut
rapportée , & fans vien appros
fondir , on donna ordrande
faire enterrer l'Enfant dans
l'Eglife du Village . L'autre
ร
GALANT 208
Nourrice demeura par là en
poffeffion du Fils du Marquis,
qu'ella rendit dans fon temps
20d'Officier de Juftice fans
qu'il y eut le moindre foupcom
du changement que l'in
careft luy avoit fait faire . Les
dons qu'on luy fit pendant
qu'alle l'our entre les mains .
&is qu'on luy continua de
tempslentemps aprés qu'elle
lout rendu étoufferent fes remards
, &de fecret euft efte
toujoursionlevely, fi une Mif
fiom de Capucins ne fe fuft
pas établicion ce lieu là . Ils
prefchèrent avectant de force
206 MERCURE
que
fur l'unique Neceffaire ,
le Mary de cette Nourrice é
pouvanté de l'obstacle qu'il
trouvoit à fon falut , fe refolut
de confier à l'un d'eux le
trifte embarras où il fetroit.
voit . Il eut de la peine à perfuader
fa Femme de l'indif
penfable obligation qu'il y
avoit pour l'un & pour l'autre
de découvrir ce qu'ils avoient
fait, mais ce zelé Millionnaire
tournafon efpritde telle forte,
qu'enfin aprés avoir refifté
long temps aux fortes faifons
dont il fe fervit , elle fe laiffa
toucher , & luy promit promit de
GALANT 207
demeurer d'accord , comme
fon mary , de toutes les circonftances
de la fuppofition.
L'Officier furpris de coce qu'on
luy declara alla auffi- roft
trouver le Marquis avec
Miſſionnaire , & le Marquis
aprés avoir fçeu la chofe , ne
balança point à dire qu'il luy
fuffifoit de la voix de la nature
qui avoit toujours par
fond de fon coeur , pour
eftre perfuadé que le Cavalier
eftoit fon Fils , & qu'il auroit
efté impoffible fans cela qu'il
l'euft aimé avec autant de
tendreffe qu'il en avoit touau
fond far
parlé
208 MERCURE
jourseu pour luy On interrogea
la Nourrice
& formary
,
& leurs réponſes
s'eſtanc
trouvées
uniformes
& merirant
d'eftre
cruës , ippis qu'ils
n'avoient
aucun
intereſt
à
donner
à l'un un Filsbqu'ils
oftoient
à l'autre, le Marquis
dit qu'il eftoit facile de jufti
fier la verité; que tous les Enfans
avoient
une marque
à la
cuiffe gauche
, & qu'il le fouvenoit
de l'avoir veue dans celuy
qu'on luy vouloit
fendre .
La marque
fe trouvà
dans le
Cavalier
, qui s'abandonna
à
des tranfports
dejoye incfoïaGALANT.
209
3
*
bles , lors qu'il connus qu'il
n'eftoit point Fils de l'Offi
cier. Il n'eut plus à s'eftonner
de la rendreffe extraordi
naire qui l'avoit toujours fr
fortement attaché aux inte
refts de fa Soeur, & il demefla
fans peine , ce qui estoit cauſe
qu'il n'avoit jamais pû voir
-fue hagrin que l'on fepref
faft de la marier . Le Marquis ,
qui avoit déja fait choix
de cette belle Perfonne pour
fa Belle Fille, demeuraavec
plaifir dans les mefmes fentimens
& vous jugez bien
qu'il ne pouvoit rich zarriver
Mars 1691. S
de plus agréable à l'Officior
que d'avoir pour Gendrs cèr
luy qu'il perdoir pour Fils.
Ainfi le mariage fut fait avee
une égalefacisfaction
des
deux familles , quint
line pour
voient affez admirer ce que
l'amour déguifé fous les dehors
apparens de la Nature ,avoir eu
de force fur le coeur du Cavalier.
de
RE
Je vous promis dans ma
Lettre du mois paffé de vous
entretenir
dans celle cy du
Voyage du Prince d'Orange
à la Hayo, & des motifs qui
l'ont porté à le faire. Il eſt
GALANIM ath
་
juften que je vous rienne par
role , mais avant que d'entrer
dans ce détails je croy croy qu'il
eſt bon de vous faire Pare
d'un Ouvrage où il eft parle
afsa jufte de ce Prince. Sa
Jesture yous fera connoiſtre
que la peinture qu'en fait M
Gaſtaigner de Tanchou qui
en l'Auteur, a un grand
rapport à ce que j'ay à vous
en diifh simony zup?
2 Ud Ue croire, Licidas , dans lefaccle
où nousfommes? 214
Eft- il rien d'affure maintenant cher
les hommes ? здоро
Chaque jour on invente , & dés le
lendemain
Sij
212 MERCURE
Ce que l'on affirmait fe rencontre incertain.
L'homme eft ingenieux, &fon adreffe
extrême
Ne s'applique fouvent qu'à le tromper
luy-mefmess
Tout luy paroift probable , & dans le
mefme temps R
Ilcroit aveuglement ce qui flate fas
fens.
Si de l'Ufurpateur la perte fe pas
blie , rosaliado
Dans fon opinion fa mort eſt établit,
Et le Peuple ignorant, s'en croyant
plus heureux,
Pour témoignerfa joye, allume mille
22 amor feuse.
Enfin lors que le temps détruit cette
nouvellest juada 150
Chacun fent en fon coeur une don-
** Leur mortelle damag
GALANT 213
Le Peuple , encore un coup fottement
prevenu ,
Crois que Naffau vivant, le Royaume
eft perdu. *
Qu'a-t- ilfait qui luy puiſſe inſpirer
cette crainte ?
Atil à nos Etats på donner quelque
atteintes M
N'a-t-il pas augmenté la grandeur de
mon Roy ?
Senef, Caffel, Maftrick, Saint-Denis,
Charleroy
Seront des monumens,où pourjamais
SHAYOT Phistoire vousa
Marquerafa foibleffe avec noftre vi
Sevctoires
Enfin par le plus grand de tous les
$1199 tiwattentats
On l'a vu d'un Beau -pere ufurper les
- Etats, moi ao fudy shade h
Etparſatrahiſon voler une Couronne
214 MERCURÐ
Colagones
Qu'un
tas
de Révoltez && le crime
lay donne, wir
Mais où font les exploits de ce Guer-
Saeyrierfameux ? mine
Qu'a-t- il fait pour monter à ce rang
glorieux
JA 2IVOI
Quelfigne de valeur , quelle grande
Victoire
Affermit fa Couronne , & relevefa
ON 29 gloire
Eft- il quelque rencontre èft-il quelques
combats a mi
Où l'on ait reconnu la force de fon
bras? * 1 1980
29
Non , toutefa vertu n'ajamais fceu
paroiftre ,
Qu'à former le deffern de faire
quelque traïftre. ASANTI
Par cet efprit trompeur des Princes
éblouissa saalegge S
Ont osé cependant armer contre
LOVIS ,
GALANT 219
Et pour le fousenirs paur couranner
Son crime wil
Préferer le Tyran au Maitre legitime.
le défendre ils feront
En vain
pour
must be leurs efforts i
LOVES va l'attaquer mesme juf
Camaro qu'en fes Ports
Et c'est là que fa Flote à vaincre
De ce accoutumée ,
De fes nouveaux exploits charge la
Renommée,
-the
Rien ne peut refifter à nos braves
Guerriers & 24)
On les voit en tous lieux moiffonner
des lauriers, dayه ل ل ا
Les rochers efcarpez , les Rivieres
profondes ,
De l'une à l'autre Mer les écumantes
estudyondes,
S'oppofent vainement an cours de
leur valeur i
216 MERCURE
BOVIS par tout inspire une invin
cible ardeur aleg
Tout cede devant luy ; la plus forte
défenſe ,
Ne fçauroit refifter an Heros de la
France.
Bien-toft nous le verrons par de nonveaux
exploits
Forcer les Allemans à recevoir fes
loix.
C'eft-là , cher Licidas , ce que nous
pouvons croire ,
Dans l'Europe aujourd'huy tout parle
de fa gloire.
Ces Princes conjurez
d'Ennemis,
ce monde
Par fa rare valeur feront bien toft
foumis,
Et déja du Hainaut les fertiles cams
pagnes ,
Déja du Savoyard les affreufes mon-
Atagnes ,
GALANT. 217 "
One efté les témoins de ces rudes
combats
Oùpar tout la victoire accompagnefes
pas.
Cette mefme valeur , cette mefme
fortune ,
Soumet à ſon pouvoir l'Empire
Neptune,
Et le vafte Ocean ne voit plusfurfea
CAMX ,
Que du François vainqueur les fu
perbes Vaiffeaux,
Remportantchaque jourde nouveaux
avantages.
On doit tout efperer de ces heureux
préfages i
Apréstant de combats & d'exploits
inoüis
" Malheur à qui voudra refifter &
LOVIS.
Mars
1691. T
218 MERCURE
Le détail que je vais vous
donner du Voyage du Prince
d'Orange en Hollade, en
le faifant voir entier dans un
feul Article , vous épargnera
la peine de le chercher dans
mille écrits differens, où vous
ne le trouverez qu'accompa
gné de beaucoup de fauffetez,
dans les Nouvelles étrangeres,
& en feuilles volantes , qui
pour eftre données trop frequemment
au Public , ne peuvent
parler qu'à diverfes reprifes
, des chofes mefmes qui
ne font pas confiderables par
Icur longueur.
GALANT.1
219
Le Prince d'Orange fe trou
va à la fin de la Campagne
derniere dans une fachcufe
fituation , rien n'ayant répondu
aux projets qu'il avoit
faits , & à ce qu'il avoit promis
à fes Alliez. Les François
pafferent le Rhin , vêcurent
aux dépens des Allemans , &
en firent beaucoup perir par
la faim dans leur propre pays,
aprés avoir tiré des contribu
tions deçà & delà le Rhin.
Les Alliez ne furent pas plus
heureux en Flandre . On ruina
une partie du pays avant l'ouverture
de la Campagne ; on
Tij
220 MERCURE
fourragea jufques aux portes
de Gand , & on fit auffi payer
de groffes contributions . Les
Ennemis perdirent une grande
Bataille peu aprés au Camp
de Fleurus , & les Vainqueurs
leur enfirent encore payer de
nouvelles en s'étendant dans
le pays . Les Troupes du Roy
n'eurent pas de moindres fuc
cés d'un autre coſté . Elles
s'emparerent de la Savoye,gagnerent
la Bataille deStafarde,
& prirent plufieurs Places en
Piedmont. Les Anglois & les
Hollandois croyoient avoir
leur revanche fur mer , mais
GALANT 221
leurs Flotes jointes n'y parurent
qu'à leur honte . Toutes
les coftes d'Angleterre
furent
menacées de defcentes. Onen
fit mefme quelques unes , &
toute l'Angleterre
effrayée
prit les armes pour le défendre
contre les François. Le
Pince d'Orange ne faifoit pas
micux fes affaires en Irlande,
& aprés avoir perdu M de
Schomberg
, le Colonel Dun
ker qui avoit défendu Londondery
, &
Officiers de marque, ce Prince
tomba dans une Letargie qui
le fit croire mort pendant
t
s autres
Tinj
222 MRECURE
quelques mois . Il fe réveilla
enfin pour le Siege de Limeric
, qu'il fut contraint de
lever aprés la perte de fes
meilleures Troupes, qu'il expofa
, afin de pouvoir s'en retourner
avec quelque forte de
triomphe, & plus couvert de
gloire que fes Alliez , mais
fes efperances furent trompécs
, & il arriva fort mortifié
en Angleterre . Il étoit
à craindre que
le mauvais
fuccés de la Campagne
ne fift defunir les Alliez , &
le Prince d'Orange pouvoit
mefme compter lå deffus , s'il
GALANT 223
ne trouvoit des expediens
pour l'empefcher . Celuy qui
Tuy parut le plus propre à
détourner un coup fi facheux,
fut de faire affembler à la
Haye tous les Princes qui
compofoient la Ligue , & de
prefider à cette Affemblée . Il
leur fit fçavoir la réfolution
qu'il avoit prife , en les affurant
que s'ils vouloient le fe
conder , non feulement ils repáreroient
toutes les pertes de
la Campagne , mais qu'ils
pourroient meſme dans la fuite
tailler de la befogne aux
François . Quoy qu'on s'affû ,
Tiiij
224 MERCURE
raft
beaucoup fur fon efprit ,
ce langage
n'avoit pas encore
affez dequoy
perfuader , & ce
Prince cftoit trop
habile pour
ne le
connoistre pas . Il fçavoit
qu'il faut de
l'argentpour
foutenir une
grande
guerre,
& que s'il ne
paroiffoit
du
moins en avoir , on auroit
peine à croire qu'il puſt réulfir
dans fes
deffeins. Il reprefenta
aux
Creatures qu'il a
dans le
Parlement
d'Angleterre
, qu'on devoit faire un
grand effort pour luy donner
du
fecours , & qu'il n'y avoit
que ce feul moyen qui puft
GALANT
225
empeſcher la Ligue de fe
rompre. Il ajoûta qu'il prendroit
les fonds pour ce qu'on
voudroit les luy donner ,
quand mefme ils devroient
n'approcher pas de la fomme
pour laquelle il les prendroit .
Il avoit fon but , & eftoit
2
les
Alliez ne
perfuadé que
s'oppoferoient
point à fes vo-
Fontez ,
pourveu qu'ils le
creuffent
en eftat de fournir
aux frais de la guerre , & de
leur donner des fommes dont
ils poffent profiter. La refolution
fur prife d'abord dans
le
Parlement
d'Angleterre ,
226 MERCURE
"
•
d'accorder au Prince d'Orange
la plus grande partie de
ce qu'il demandoit . Ces fortes
de refolutions ont accoutumé
de couter peu , mais on
en'trouve toûjoursl execution
tres difficile . Le Prince d'Orange
ne fut fatisfait qu'en apparence
,puis qu'on luy donna
des fonds qui ne valoient pas
le quart desfommes pour lefquelles
on les luy comptoit.
Mais comme une partie de fa
politique confifte à faire publier
ce qu'il fouhaite , tout
retentit du bruit des grandes
fommes que le Parlement lay
GALANT. 227
accordoit , ce qui remit les
elprits des Alliez . Cependant
on fut fi long temps à trouver
les fonds qu'on deftinoit
à ce Prince , que fon Voyage
à la Haye en fut differé de
plufieurs mois , & c'eft ce qui
a fait que les Alliez ont pris
des mefures un peu trop tard
pour cette Campagne. Pendant
qu'on travailloit en Angleterre
à trouver de l'argent,
on eftoit fort embarraffé à la
Haye , où l'on ne fçavoit dequoy
remplir les Arcs de
triomphe , que l'on avoit refolu
de faire conſtruire pour
228 MERCURE
l'Entrée du Prince d'Orange,
parce que ces fortes d'ouvra
ges , fuivant la force du mot,
ne doivent eftre remplis que
des conqueftes faites par celuy
à l'honneur de qui on les
Eleve. On crut d'abord que
l'Irlande fourniroit de beaux.
fujets , mais lors qu'il fut queftion
de mettre la main a
l'oeuvre , on trouva que les
Sieges d'Athlone & de Limeric
ayant efté levez , le Prince
d'Orange n'eftoit demeuré
maiftre que d'une Ville ou
verte , ce qui ne le récompen
foit pas des Troupes , & des
GALANT
229
braves Officiers qu'il avoit
perdus , de forte qu'on fur
contraint de quitter cette matiere
, de donner dans des
louanges vagues qui ne fignifioient
rien , n'eftant fort
fouvent qu
que des lieux communs
, & de mettre plufieurs
Infcriptions fur l'ufurpation
du Trône de
l'Angleterre.
On remarqua parmy les peintures
un Oranger, fous lequel
l'Empereur , le Roy d'Elpagne
, & les Alliez du fecond
ordre cherchoient à fe mettre
couvert des ardeurs trop
fortes du Soleil ; & ce qui
-
230 MERCURE
yous furprendra , c'eſt que
l'Envoyé de l'Empereur , &
l'Ambaffadeur d'Eſpagne, qui
ne l'ont pas ignore , ont pû
fouffrir une chofe fi honteufe,
ce qui marque leur aveugle &
rampante foumiffion pour le
Prince d'Orange. Comme
le Voyage de ce Prince a fouvent
efté differé , les fonds
dont il avoit befoin n'eftant
pas prefts , les Peuples qui fe
laiffent la plufpart du temps
cccuper de peu de chofe ,
fe font divertis à voir dreffer
ces Arcs de triomphe , & on
a efté bien- aife de leur faire
GALANT. 23f
prendre par là des impreffions.
toutes contraires à la verité
touchant l'ufurpation d'Angleterre
, en imputant au zele
de la Religion , ce que le
feul defir de regner a fait entreprendre.
Il ne faut que
faire un peu de reflexion fur
le caractere du Prince d'Orange
pour eftre bien - toft
perfuadé que l'ambition eſt
fa paffion dominante . Ce
Prince partit enfin pour la
Haye trois mois plus tard
qu'il n'avoit refolu , fans que
ce retardement luy cuft fait
trouver toutes les fommes
232 MERCURE
qu'il avoit deffein d'emportes
avec luy Le 3. Decembre de
l'année derniere , les Depu
tez des Etats , & un détáchement
des Garnifons de la
Haye, allerent audevant de
Juy. Cependant commers
deux heures aprés midy on
n'avoit point encore de nouvelles
de fon
débarquement,
on ne s'attendoit point qu'il
duft arriver ce jour là , & l'on
fut fort furpris , lors qu'on le
vit venir fur les cinq heures
du foir , fans qu'on en cuft
cu aucun avis. Son Caroffe
cftoit precedé de ceux du
GALANT.! 233
Prince de Frife , & de l'Am
baffadeur d'Efpagne. Il y as
voit deux Gardes du corps
de chaque coſté , & environ
une trentaine derriere . Il eftoit
fuivy du Carroffe de M.Opdam
, & de ceux des autres
Deputez des Etats Celuy du
Comte d'Hornes paroiffoit
enfuire, & il eftoit fuivy d'u
ne douzaine d'autres qui appartenoient
aux Envoyez ou
aux principaux du Pays. Ces
Carroffes eftoient tous à fix
Chevaux . Le Prince d'Orange
palla fous trois Arcs de
triomphe , dont les ouvertu-
Mars 1691.
234 MERCURE
·
res eftoient encore bouchées
avec des planches au moment
qu'il y arriva , de forte qu'il
fut obligé d'attendre
quele les
ais fuffent décloüez. Cetté
entrée fut fi inopinée que
perfonne ne cria d'abord , vive
le Roy , parce qu'on ne
pouvoit le perfuader que ce
fuft luy. On tira le canon lors
qu'il approcha du Chateau ,
& les Peuples commencerent
alors à faire paroiftre leur
joye par leurs cris . Ce Prince
monta d'abord à fon appartement
, où il fe repofa pen
dant quelque temps , aprés
GALANT
235
+
quoy il tint confeil . Il foupa
enfuite fort legerement .
On fit plufieurs décharges de
canon aprés qu'il fut arrivé,
& la derniere fut la marque
de fon coucher . Le feu d'artifice
que l'on avoit preparé
depuis long temps , ne brilla
pas plus qu'avoit fait l'entrée
. Tout paroiffoit deconcerté
depuis le Prince jufques
Bau dernier Bourgeois , & fembloit
prédire le mauvais fuccés
de la Campagne , Il'y avoit
trois grandes rues , où l'on
avoit fait dreffer des Balcons
prefque devant toutes les
V ij
236 MERCURE
maifons , & l'on ne vit point
ces Balcons remplis. On ne
doit point juger de l'inclination
des peuples par l'appareil
de l'Entrée. La politique
avoit fait ordonner toutes les
peintures par les Magiftrats
qui font tous Creatures de
ce Prince. Cette & depenfe
eftoit neceffaire pour faire
connoiftre à toute l'Europe.
que la Hollande luy eft entierement
dévouée. Cepen
dant la plus part de ces peuples
cftant convaincus de
l'ambition qui le devore , &
que non feulement elle le
GALANT.
237
porte a fe faire Souverain de
Hollande , mais qu'il croit
avoir befoin de cette nouvelle
dignité pour foumettre les
Anglois au pouvoir arbitraire,
aonenc les voyoit pas marquer
und joye qui répondift à l'appareil
de l'Entrée . Le Prince
d'Orange ayant découvert
que ces mêmes Peuples commençoient
à foupçonner fes
deffeins , parce que fa pofitique
luy fait tout mettre en
age pour eftre averty de
tout ce qui le regarde , &
jogeant d'ailleurs qu'avant
que de laiffer éclater fon cn238
MERCURE
•
treprife , il dévoit faire quel
que chofe de confiderable en
Flandre, & qui remiſtles affaires
dans une meilleure fituation
, refolut de gagner les
coeurs des Hollandois par
toutes les marques d'une
grande bonté , & par une
modeftic extraordinaire pour
tout ce qui regarderoit les
honneurs Ainfi pour leur
faire fentir la maniere dont
il en ufoit à leur égard , il a
traité tous les Souverains qui
fe font rendus à la Haye ,
avec une hauteur dont les
Bourguemeſtres de Hollande
GALANT. 239
ne fe feroient pas accommodez
; mais cette Politique ne
les a ny trompez ny éblouis,
fon caractere leur eft connu,
& ils fe fouviennent qu'il proteftoit
dans tous fes Manifef
tes lors qu'il paffa en Angleterre
, que fon deffein n'étoit
point de le faire Roy , &
qu'aprés l'avoir dit plufieurs
fois enfuite de fon débarquement
& avoir bû à lafanté du
Roy fon Beaupere , afin d'attirer
dans fon parti les peuples
qui le fuyoient , non feule.
ment il s'eft fait offrir la couronde
par les Traîtres qu'il
240 MERCURE
avoit gagnez , mais qu'il s'eft
declaré ennemi de tous ceux
qui auroient l'audace des'yop .
pofer. Il n'y a point à douter
qu'il n'cuft fait faire la mefme
chofe en Hollande par fes
Creatures,s'il cuft trouvé quel
que difpofition dans l'efprit
du Peuple, & dans les affaires ;
mais le contre - temps auroit
pû ruiner pour toujours fes
pretentions , & il a cru devoir
attendre qu'il ait mis les cho
fes dans un cftar qui luy
permette de fe declarer avec
moins de rifque. Jugeant ces
pendant que fon voyage ne
luy
GALANT 241
luy fera pas entierement inu-
« tiles puis qu'il pourra luy
fervir à applanir les difficul-
OU tezia tourner l'efprit de ceux
qui s'oppofent le plus à fes
deffeins ,& à gagner par fes
manieres obligeantes jufques
au plus menu peuple , dont
on a toujours beaucoup de
befoin sen ces fortes d'occa
¡ fions: Aprés fon arrivée à la
Haye , il ne tarda pas longtemps
à fe rendre à l'Affemblée
des Etats de Hollande , &
enfuite à celle des Etats Gene
raux. Il fit un difcours dans
T'une & dans l'autre. Je vous
1 Mars 1691 .
Χ
242 MERCURE
•
envoyes une copie de celuy
qui a couru, fans vous pou
voir dire dans laquelle des
deux Affemblées il a esté pro
noncé , ny mefme s'il l'a efté,
Les avis font partagez là- def
fus. Toutefois des gens tresdignes
de foy m'ont aſſuré
l'avoir leu imprimé en Fla
mand dans une Gazette de
Hollande. Je ne me mêleray
point de décider fur une cho
fe que l'on tient douteuſe ,
mais quand il ne feroit pas
vray que le Prince d'Orange
cuftoprononcé ce Difcours ,
ce qu'il contient à l'égard
GALLANT1243
du Roy nolaillant pas d'eftre
Tres veritable , je croy vous
4 le devoir envoyer, comme une
#Piece dont la lecture vous
fera plaifir.culom yn , donan
Job of sopamaq tool tvs zad
HARANGUE
-
Du Prince d'Orange , aux
Etats Generaux.com !
9113560
MESSIEURS ,
Je me fuis déja sexpliqué plufieurs
fois par mes Dépefches #
par mesAmbaffadeurs , fur mes
veritables intentions & mon attachement
aux noeuds inviola-
X ij
244 MERCURE
bles du Traité d'Ausbourg. Fay
accepté une Couronne , moins
pour la gloire & la fortune qui
L'accompagnent , que je puis dire
n'estre pas une jufte compenfation
avec tant de travaux & d'inquietudes
qui y sont attachez ,
pour acquerir plus d'auto
rité & de force à la protection
de la veritable Eglife , à laquelle
je me ſuis voüé , & l'engagement
où je fuis entré avec tant
de Zele à Ausbourg › n'a efté que
la fuite de ce mefme defir de défendre
la Religion contre les projets
d'une Puiffance formidable
qui la veut détruire . C'eft où
GALANT. 245
1
vous ay tous heureusement
rencontrez dans l'ardeur des mémes
intentions , & ç'a eſté le ſujet
de l'espoir de tant de Peuples
opprime qui ont trouvé un
fiecle auffi cruel que les premiers,
qui furent enfanglanteZ duſang
de tant de Proferits & de Mar
tirs. Ces projets , ces deffeins ,
ces premiers mouvemens qui les
ont fuivis , répondirent d'abord
aux protestations jurées à Aufbourg
; mais je puis dire avec
toute la fincerité que je vous dois,
que les fuites les ont bien démen
ties . C'est à ce relâchement que
je me fuis éveillé , que j'ay tout
X iij
246 MERCURE
laißé en Angleterre pour venin
icy vous adreffer ma vive voix.
Je n'ay pour vous résoudre qu'à
vous faire jetter les yeux fur la
Puiffance qui vous preffe , fur ce
Roy victorieux qui ne repoſe
point , qui ne ceffe point , qui répand
dansfes Miniftres cet efprit
fuperieur qui affure fes conque
fes , avant que fes Armées tou
jours invincibles à les executenta
Songez donc avec quelle abon
dance fon autorité puiſe de nou-
Deaux tref
dans fes Etats
avec quelle utilité & quelle jufte
difpofition fes Finances toujours
prestes s'employent à mettre dans
GALANT 247
1
des
le mouvement plus de Troupes ,
d'Artillerie , de Vivres
Munitions, que ne pourroit faire
te reste de l'Europe. Depuis fon
Confeil interieur jufques au dertout
eft reglé & animé
merd
de lafageffe , & de cette fublime
politique qui menace l'Allemagne
defes chaifnes. Lifez, Meffieurs,
lifez ces Memoires . Voyez le
nombre effroyable de fes Trou
pes , le partage de fes Armées ,
leur bon estat , & tout ce qui
peut contribuer aux neceffitez de
la prochaine Campagne fur les
frontieres dans les Magafins.
Vous ne trouverez pas un Soldar
Xiiij.
248 MERCURE
عوم
qui ne foit équipé d'habits &
d'armes , comme s'il s'eftoit accommodé
luy mefme par un foin
particulier , defa propre bourfe
. Faites donc ces falutaires reflexions
, que le plusformidable
Prince qui ait regne depuis les
Cefars , vous preffe, & fe prepare
d'aller chez vous y depenpler
les campagnes , & en faire
de vaftes deferts , comme il a déja
fait fur le Rhin. Fe fçay que
le Roy de Suede s'offre aux me
diations d'une Paix avec la
France. Je ne croy pas que vous
deviez refufer ce Mediateur.
Ily va de voftre falut ; une Paix
GALANT. 249
+
à l'as
neceffaire eft toujours honorable.
Pour moy , je me fuis engagé
avecconfiance à tant de grandes
entreprifes
, fur les veuês de l'alliance
d'Ausbourg
. Je cederay
volontiers à la fatalité qui vous
preffe . Traitez donc , écoutez les
mediations
, mettez- vous.
bry d'une Paix , il vous en coutera
moins , non pas tout , ce
Conquerant
ne vous laifferoit
rien ; mais file defir de voftre
gloire , infeparable
des interefts
de voftre Religion , l'emporte, &
fi vous voulez foutenir la foy
d'une confederation
fi sainte
fi indiſpenſable
, accordez- vous
250 MERCURE
épuisez- vous , fufpendez les dif
ferends domestiques de l'Empire
oubliez vos concurrences dans
cette fameuſe conjoncture ."” »La
veritable gloire fera à
proportion
de la part que chacun dex-vous?
aura dans le fuccés de la défenſe
commune. Si vous preferez
guerre de Religion , & l'honneur
atous autres interefts , vous ar
refterez cette
Puiffance qui vous
menace , & qui deftine voftre
cheute dane la ruine totale de
Cette
l'Europe .Je repaffe la mer , pour
revenir avec mes forces feconder
vos efforts ,file defir de la gloire
vous
détermine , je
paroiftray
GALANTM
251
en perſonne aux coups de vofire
terrible Ennemy.
Le Voyage
du Roy , & le
Siege de Mons font voir qu'il
n'y a rien dans ce Difcours
la gloire de Sa Majefté
, qui
ne fe trouve veritable
. Il y
auroit bien d'autres
reflexions
à faire fur cette Harangue
1 qui parle ouvertement
de la
Ligue d'Ausbourg
, que les
Princes
confederez
fe font
d'abord
efforcez
de cacher,
parce qu'ils vouloient
avoir
lieu de dire que la France les
avoit attaquez
, avant qu'ils
252
MERCURE
fe
fuffent
liguez
pour
agir
contre
elle , & pour
troubler
le repos de
l'Europe , en fuppofant
qu'ils
vouloient
réta
blir la
tranquillité
mais ce
prétexte
n'a
jamais
cfté que
pour
couvrir la jaloufie
qu'ils
avoient
de la gloire
de Sa
Majefté. C'eft
dequoy le Prin
çe
d'Orange
les a flatez, quoy
qu'il s'en
mift peu en
peine,
fon but
n'ayant
efté que deles
faire
contribuer
à fon élevation
aux
dépens
de leur
honneur , de leurs
Troupes
& de la ruine des Eftats de la
plufparc
.
1
GALANT: 253
L'Electeur de Brandebourg
seft trouvé le premier à la
Haye, comme parent du Prince
d'Orange & celuy qui eft
le plus dévoué à ce Prince . Il
n'a pas fuivy en cela les fentimens
du feu Electeur fon
pere , qni ayant pendant fa
vic changé inceffamment de
party avoit reconnu quelque,
temps avant fa mort,qu'il n'y
en avoit point de meilleur
que d'eftre uny avec la France
, & avoit mandé au Roy ,
aprés avoir fait un traité avec
Ice Monarque , que c'eftoit le
254
MERCURE
dernier
qu'il
feroit
avec
Sa Majefté
, citant
perfuadé
qu'
on
ne devoit
jamais
manquer
de
parole
à un
fi grand
Prin- ce. Ceux
qui
fe trouverent
les premiers
à la Haye
aprés
l'Electeur
de
Brandebourg
font le
Comte
de
Windifkrats
,
Envoyé
extraordinaire
de l'Empereur
, le Prince
de Wir- temberg
, l'Electeur
de Bavie
re , le
Landgrave
de
Heffe
Caffel
, & le Marquis
de Cafta naga
. Le
Prince
d'Orange voyant
qu'il
eftoit
difficile
d'accorder
tous
ces
Princes
,
255 GALANT
à caufe des rangs & des
1255
honneurs qui leur eftoient
dus , & voulant d'ailleurs
voir la gloire de les voir tous
à fa fuite , leur avoit fait prendre
le party de venir incognito,
& ils ont donné dans ce
olls ont
nçau ,
pa
fans
confiderer que
l'incognito , qui ne fait point
de tort à la gloire de celuy
qui veut bien s'en fervir, n'eft
que pour des occafions
paffageres.
Par exemple , un Pring
ce qui voyage & qui paffe
Ja Cour d'un autre Prince
peut luy rendre vifite & y voir
ce qu'il y a de plus curieux
256 MERCURE
fans eftre connu que de trespeu
de perfonnes , mais la
chofe change entierement de
face, fi toft qu'il s'agit d'un
long fejour ; que l'on paroift
avec quelques équipages, qu
on paffe pour ce que l'on eft;
que publiquement on eft
appellé par fon nom , &
que l'on fait tout ce qui eft
ordinaire aux autres hommes
qui ne veulent point
qu'on les regarde comme inconnus
. Il femble alors qu'on
ne foit incognito , que pour
eftre privé des honneurs
dûs au rang & à la NaifGALANT
257
ནས
fance. C'est ce que vou
loit le Prince d'Orange , & il
a cu le plaifir d'en venir à
bout. Il a veu des Electeurs
attendre pendant des heures
entieres dans fon Antichambre.
Le Marquis de Caſtanaga
, quoy qu'incognito comme
les autres , auroit efté faché de
njeftre pas connu , ayant fait
beaucoup de dépense pour
effacer par un équipage magnifique
tous les Souverains
qui fe font rendus à la Haye,
ou pluftoft pour empêcher
qu'on ne filt reflexion für les
miferes de la Flandre Efpa-
Mars 1691. Y
*
258 MERCUR
?
gnole Ainfi chacun à eſto
connu à la Haye, & les Sou
verains qui ont élevé le Prince
d'Orange , n'y ont paru que
comme fesCourtifans
qui font
venus encenſer l'Idolë¹ qu'ils
ont taillée de leurs propres
mains. Ainfi cette foulo d'Alu
teſſes rampantes
, & do Pos
tentats du fecond ordre , s eft
veuë mélée avec des Marp
chands ; qui fiers de voir fant
de Princes humiliez chez cag?
leur ont fait payer cherement
leur gifte , & achepter en mes
me temps beaucoup de cha
grin & de honte. Cela ne pouGALANTM
289
voit arriver qu'à de jeunes,
Princes , qui remplis de l'ardeur
de voyager , ont efté ravis
de trouver un pretexte
pour fortir de leurs Etats, &
n'ont regardé que le plaifir
que leur donneroit cette pro
menade , fans examiner les
confequences La poſterité fera
fatprife lors qu'elle apprendra
que desSouverains des premie
res Maifons du monde auront
cftés ramper aux pieds d'un
Roy de Comedie , dont un
revers de fortune feroit paroître
tout le crime aux yeux
mêmes de ceux qui pour leurs
Y ij
260 MERCURE
interefts cherchent à fe le déguifer
, & je ne fçay mefme fr
elle n'en feroit point voir , &
approuver la punition , puis
que fi le crime heureux eft
adoré , il ne devient jamais
malheureux , qu'il ne femble
puniffable à ceux meſmes qui
ont efté d'abord affez lâches
pour l'applaudir. Les Defcen
dans de ces Princes rougirone
un jour de la baffeffe que
l'Hiftoire reprochera à leurs
Anceftres , dans une occafion
fi honteufe & ce qu'il y a de
furprenant , c'est qu'ils fa
crifient tout pour maintenir
GALANT 261
le Prince d'Orange fur un
trône ufurpé, fans qu'il leur
en revienne aucun avantage .
L'un voit les Turcs prefts à
l'accabler ; l'autre voit les
François entrer dans le coeur
de fon Pays & prendre fes
meilleures Places , & les autres
voyent diminuer leurs
Troupes fans qu'on leur don-..
ne fuffifamment de quoy les
entretenir. Cependant les difcours
d'un homme qu'ils regardent
comme un Ulurpa
teur dans le fond de leur ame,
ont plus de force que leur
propre intereſt & leur propre
262 MERCURB
gloire, &nil paroiſt à leurs
yeux comme ces feuxéblouif
fans , appellez Ardens par le
vulgaire , dont la lueur qu'on
ne fçauroit s'empêcher de fui
vre , mene au precipice ceux
qui s'attachent à les regar
der. Le Duc de Hanover quic
n'eft pas moins fage quebra-f
vel, n'ayant point: imitél la
bouillante ardeurs des jeunes
Souverains qui le ſont trouvez
aux Conferences , le Prin
ce d'Orange en a témoignés
beaucoup de chagrin & a fait
nommer par les Etats lo ficur
Herkeren, auquel il a donné
A
le
GALANT 2630
8
S
des inftructions particulieres
1 pour faire expliquer ce Duc,
qui n'eft pas entré dans la Ligue
comme beaucoup d'autres
par l'envie de favorifer
l'injufte ufurpations de lav
Couronne d'Angleterre, mais
parce qu'ha creu que fi las
Ligue n'eftoit forte , le Roy an
qui l'on mettoitles armes à la
main , feroit des conqueftesd
en Allemagne by ce qu'il for
croyoit obligé d'empefcher
comme bon Allemand), &
pour la gloires &
la Nation.L'Electeur de Saxe ,
fer des fanaiffance , n'a pas
prereft de
264 MERCURE
*
voulu imiter les autres , ný
venir ramper comme eux aux
pieds du Prince d'Orange,
puis qu'ils n'ont eu que des
tabourets qui même eftoient
éloignez du fauteuil de ce
Prince ambitieux . Il eft rare
de voir des Souverains en
cette poſture & des tabou .
rets jettent une idée dont je
n'oferois parler à cauſe du refpect
qui eft dû aux Souverains.
Mais le but du Prince
d'Orange eftoit de les faire
venir à la Haye pour les voir
en cette polture , & fe faire
ainfi reconnoiftre Roy de la.
grande
GALANT 265
1
grande Bretagne par ces Souverains
en perfonne , &d'ung
maniere indigne de ceux qui
ont eu cet abaiffement , mais
le grand bruit des fommes
que le Parlement d'Angle
terre luy avoit accordées
faifoit croire à ces Princes
qu'il en avoit apporté beaucoup
plus qu'il n'a fait , &
l'avidité qu'ils avoient d'en
profiter , leur a fait facrifier
l'honneur de leur rang. Voicy
une Lifte des Souverains, des
Alteffes inférieures , & des
Excellences qui fe font trouvées
à la Haye pendant le
Mars 1691.
*Z
266 MERCURE
fejour qu'y a fair ce Prince ,
L'Electeur de Baviere.
L'Electeur de Brandebourg
.
Le Duc de Lunebourg Zell .
Le Duc de Brunswick Wol
fembutelia
Le Landgrave de Heſſe . Caffel,
Le Prince Chriftian- Louis de
Brandebourg .
Le Marquis de Caſtanaga,
Le Prince deWaldeck.
Naſſau Le Prince de Nallau , Statouder
hereditaire, & Maréchal
des Camps & Armées des
i Etats.
Le Prince de Naflau Saarbruck.
GALANT 267
Le Prince de Naffau- Dillinbourg.
Le Prince de Naffau Idfteyn.
Le Prince Philippe Palatin .
Le Prince de Saxe- Eyfenach .
Le Landgrave de Heffe Darmftadt,
& fon Frere.
Le Duc Adminiftrateur de
Wirtemberg.
Le Comte de Hoorn.
Le Comte d'Erbach .
Le Lieutenant General Webbenym.
Amiral Tramp,
Le General Chauvet .
Le General Delwich.
Le Comte Darco.
Le Comte de San-Fra
Zij
268 MERCURE
Le Comte de Roviere .
Le Comte de Gryal .
Le Comte de Broüay.
Le Comte de Tirremont .
Le Marquis de Caſtel - Moncayo
Le Prince de Sulzbach .
Le General d'Autel .
Le Comte de Lippe.
Le General Barfutz .
Le Baron de Pallant .
Le Prince de Wirtemberg , &
fon Frere.
Le Prince de Wirtemberg:
Newſtadt.
LesPrincesd'Amsbach .
Le Landgrave de Hombourg
GALANT . 269
Trois Princes de Holftein-
1 Beeck.
Le Prince d'Anhalt de Zerbft .
Le Duc de Curland , & le Duc
fon Frere .
?
Le Duc de Holſtein .
Le Prince de Commercy.
Le Pr.Palatin de Birckenfeldt .
Le Duc de Schomberg , & le
Comte Maynard fon Frere.
Le Comte de -Spence .
Le Comte d'Enhoff.
Le Comte de Fugger.
Le Baron Spain.
Le Ringrave & fon Frere.
Le Comte de Kallon .
Le Comte General Palfy.
Z iij
270 MERCURE
On verra dans la fuite, que
cette foule de Princes n'aura
fervy qu'à augmenter la gloi
re de noftre Auguſte Monar >
que, Chacun ayant fair paroiftre
fon caractere en cette
occafion , l'Electeur de Brandebourg
a paru , non ſeulement
tout dévoué au Prince
d'Orange , mais un perpetuel
admirateur de ce Prince , ds
forte que quelque choſe qu'il
air pû dire , il luy a toûjours
donné des louanges. L'Elccteur
de Baviere a d'abord un
peu brillé & fa vivacité ayant
du rapport à ſon âge , on ns
GALANT 271
trouvoit point étrange;
mais pendant qu'il avoit une
oreille pour les affaires , l'autre
n'écoutoit que ce qui regardoit
fes plaifirs pour lesquels
Leuls il avoit des yeux , ce qui
luy a fait faire des difparates
queje ne rapporte point ,vou
lant épargner fon rang , &le
Sang illuftre dont il eftforty.
M de Caftanaga a paru , plus
habile , & plus politique que
les autres , mais les affaires
d'Eſpagne eſtant en trop méchant
état , il faut plus que
de l'efprit pour les reparer.
Le Duc de Zell a efté furpris
Z iiij
272 MERCURE
de trouver fi peu de folidité
dans les deux arc - boutans de
la Ligue ,qui font l'Electeur de
Baviere & celuy de Brandebourg
, l'un âgé de vingt- huit
ans , & l'autre de vingt- fept.
Ce n'eft pas qu'ils n'ayentfouvent
fait de grands projets
dans leurs repas , mais il manque
toujours quelque chofe
pour exécuter les refolutions
que l'on prend à table ; & tel
y bat fouvent les ennemis qui
les fuiroit en pleine campa
gne. Le Duc de Zell perfuadé
de plufieurs fuccés que devoir
avoir la Ligue en continuant
GALANT 273
fes entrepriſes témoigna
beaucoup de froideur , & cette
froidcur a produir ce que
Vous apprendrez avant que
j'acheve cette Hiftoire des
Conferences de la Haye.
Aprés vous avoir parlé de la
maniere dont les principaux
Confederez y ont paru , j'ajoûtéray
que le Prince d'os
ranges eft tellement accoûttumé
à boire avec les An
glois & les Allemans , qu'il
mefme trouvé du plaifir à le
faire fans eſtre en debauche ,
ce qui a fait diminuer beau
coup de l'eftime que les Hol
1 !
274 MERCURE
Jandois avoient pour luy a
vant qu'il paffaft en Angle
terre. Je n'avance rien dont
je n'aye veu des lettres de la
Haye ecrites par des perfonnes
quiloin d'eftre fufpectes en
ont un tres fenfible chagrin .
Enfin aprés quelques lege .
res conferences , car il n'en
eſtoit beſoin que pour la for
me , le Prince d'Orange devant
propofer & conclure , il
obligea les Confederez qui é
toient à la Haye de demeurer
d'accord de ce qu'il fouhaitoit
, & leur dit qu'il le rédi
geroit par écrit , & l'envoye
GALANT. 275
roit à chacun lors qu'ils feroient
retournez dans leurs
Etats, c'eft à dire, qu'il donne..
roit un tour à ce qui avoir efté
refolu qui répondroit encore
plus à fes intentions , voulant
les engager infenfiblement , a
y differer tout à fait. Il fut
conclu dans le même temps
que l'Electeur de Baviere
diroir à l'Empereur qu'il fe-
Loit impoffible que la Ligue
fubfiftaft , à moins qu'il ne fiſt
La paixavec le GrandSeigneur,
à quelque condition que ce
fuft . Les chofes eftoient en cet
état , lors que le bruit des mouwemens
que faifoient les Fran
276, MERCURE
çois redoubla , ce qui obligea
lé Prince d'Orange à dire aux
allicz Que s'ils n'estoient pas
prefentement en état de s'oppofer
à ce que la France pourroit entreprendre
il falloit travailler
inceffamment à s'y mettre , afin
que dans la fuite de la Campagne
on pust reparer les pertes qu'on
auroit faites au commencement,
Toutes chofes eftant reglées ,
T'Electeur de Brandebourg,
qui jufque là n'avoit fait qu'-
admirer le Prince d'Orange ,
s'avifa de faire des propofttions
trop à fon avantage pour
luy eftre accordées . CepenGALANT
277
dant onpartit pour Loo avane
que d'avoir rien décidé fur
fes pretentions, & il n'y eftoit
queftion que de parties do
chaffe , lors que le Marquis
de Caftanaga envoya Couriers
fur Couriers pour porter la
nouvelle du Siege de Mon's?
On crut d'abord que c'eſtoit
une terreur panique qui luy
avoit pris & le Prince d'O
range dit que cette nouvelle
meritoit confirmation. Il eft
aile de s'imaginer qu'il n'avoit
pas cru qu'on puſtatta
quer une Place de cette impor
tance,puiſque s'il avoit cu cer
278 MERCURE
te penfée , il ne fe feroit pas é
loigné de 25.licues de laHaye.
Il tint auffi- toft Confeil , ou il
fut refolu d'envoyer vers tous
lesPrinces Allicz.M . d'Oldam
eut ordre d'aller à Munfter, &
M : Hucklom à Neubourg.
On dépefcha des Courriers
pour faire affembler les Troupes
par tout où il y en avoit,
& M. de Baviere refolut d'al
ler fur la Mofelle pour faire,
diverfion , ignorant qu'il y a
ce de cofté-là un gros Corps
de Troupes Françoifes , commandées
par M le Marquis
d'Harcourt , pour rompre les
GALANT. 279
deffeins que l'on auroit pû
avoir en ces quartiers- là pendant
le Siege de Mons. Les
Alliez refolurent auffi que
Mile Duc de Zell prendroit
les devans , & fe rendroit à
Bruxelles , afin de commencer
à faire préparer toutes
chofes pour mettre les Troupes
en campagne; mais ce Duc
ayant veu le peu de difpofition
qu'il y avoit à faire reuffir
le deffein des Alliez , s'eft
retiré dans fes Etats , & femble
les avoir abandonnez au
mal heur dont ils paroiffent
menacez . Nous verrons le
280 MERCURE
fuccés qu'aura la fuite de cette
Ligue , dans le détail que je
vous donneray du Siege de
Mons , aprés vous avoir fait
part de quelques autres Arti-
६ ales.otom
Lezo
. de ce mois
il se fiticy
un mariage
fort
confiderable
,
deM
: le Marquis
de Choifeuil
Meftre
de
camp
du
Regiment
de la Reine
de Cavaleric
, avec
Mademoiselle
de
Lamberti
heritiere
d'un
grand
merite
& de
grands
biens
. Elle
cft fille
de feu
Mi
le
Comte
de
Lamberti
, qui
eft
une
Maiſon
illuftre
&
GALANT. 28t
T
tres- diftinguée dans le Perigord,
fes Anceftres ayant eu
de grands emplois. Son grand
pere eftoit Colonel d'Infan
rerie . Madame fa mere eft de
l'ancienne Maifon Dedy de
Riberac , dont les predeceffeurs
ont eu de fi grands Emplois
auprés de nos Rois . La
Maifon de Choiseuil eft fi
connue qu'il eft inutile d'en
parler. Elle a paru dans tous
les fiécles paffez avec un fort
grand éclat & a cu- même.
T'honneur de s'allier avec celle
de France , dans la perfonne
de Renauld de Choifcurl ,
A a Mars 1591.
282 MERCURE
qui époufa Alix de Dreux,,
petite fille de Louis le Gros
Depuis elle s'eft toûjours
maintenue dans l'élevation
où nous la voyons , par des
Marefchaux de France , Che
valiers de l'Ordre , & Ducs
& Pairs. M. le Marquis de
Choifcuil , dont je vous par
le , répond dignement fa
1
4
naiffance . Il eft dans le Ser
vice depuis plufieurs années,
& s'eft diftinguéen beaucoup
d'occafions , entre autres à la
bataille de Stafarde en Piedmont,
oùil commandoit un
eſcadron de Dragons , & eut
GALANT 283
fon
cheval bleffe.
Depuis ce
temps
le Roy la honoré
du
Regiment
de Cavalerie
de la
Reine. Mi le Comte de Chevigny
fon Pere a fervy le
Roy plufieurs
années
dans
fon Regiment
des Gardes
avec diftinction
. Madame
fa
mere eft de la Maifon
de la
Riviere
qui eft qui eft tres illuſtre &
ancienne . Bairau de la Rivicre,
un de fes
Predecelleurs
,
fur grand
Chambellan
des
Rois Charles V. & VI. & cft
enterré
à faint à faint Denis, aux
pieds du dernier. C'eft unma
riage tres fortable, puifque le
A& 1
284 MERCURE
E
a
merite perfonnel , les grands
biens & laqualité s'ytrouvent.
Il s'eft fait dans le même
temps un autre mariage
Rouen au confentement
de
deux familles fort confiderables.
C'est celuy de M: le Chevalier
de Moteville , Frere de
M de Moteville, Premier Prefident
de la Chambre des
Comptes , qui a époufe Madame
de Caligny. C'eft une
Dame d'un fort grand merite,
& de beaucoup de vertu .
L'Enigme du mois paffe
eſté expliquée fur le Violon .
qui en eftoit le vray ſens , par
SA
GALANT 285
Four : de Vau- Meffieurs du
L
dricourt
, Commiffaite
Géneral
des faifies réelles de
Lyon de Bare , Ingenieur
ordinaire
du Roy du fort Louis
du Rhin Dumont
, Directeur
des Poftes de l'Election
de
Chafteau
Thierry : Hatier de
la fue de Richelieu
de Perey
Gaillardin
, Chirurgick
Jure a la Roche
de Sercy dú
même lieu de Villiers , Controlleur
d'Exploits
: Forget le
fils : Chevrain
de Longu'a
Venne prés de Perónne
; l'Epinay
Buret , de Vitré en Breragne
: Vayon de la ruë aug
286 MERCURE
hers : Prieur ,fous les pilliers
des Halles le Tourneur :
Perreault : de Godefroy : de
Bon , & Auger, tous Profef
feurs à Avranches : Prignand
Preftre de la même Ville
Oudin , Curé de Cuffi les forges
: Jean Pinard Curé de Vil
lette : Guerin , l'un des huis
Chanoines de Mante : Alain
Batteur d'or de fa Majefté : les
deux intimes voisins : Drohin
& Brunet , Curez de Rouvray
& de faint Andheux en Bourgogne
, T. Gaudeloup & fa
moitié prés faint Nicolas des
Champs : G. Hutuge d'Or
STHUR
GALANT. 287
Leans : Tamirifte de la rue de
la Cerifaye : Marcel , Chirur
gien , rue faint Martin : le
Gros Jean Noël de la même
ruë : Leonard Hajet S, de faint
Jacques de la Boucherie : Cotteret
de Villiers , Commis aux
Aydes : Riché de la rue .faint
Martin , & fon épouse : Danjou
& fon aimable Marguenire
les amis de la nouvelle
conference : Bras de fer & fa
jolie blonde de Cuffi les Forges
:l'Amant par caprice de la
rue Parifis deDreux : le Malle,
Pafquier & Rouffel , tuë de
l'Hirondelle : L'Abraham &
288 MERCURE
*
1
fes Ifaacs, le Bienfaiſant ca
lomnié, & Gerlo fa trop ai
mable & trop aimée : leConvalefcent
Houdanois : le Reclus
des deux Rofes blanches
du Fauxbourg farnt Jacques :
le Reclus de la rue faint Medericle
Solitaire d'Honfleur,
T'Envie des Bourgeois de la
même Ville : l'Enfant gaflé
de la belle & bonne mere :le
petit Berger à bonne fortune
du hameau voifin de la Beuvriere
: le Chevalier de la Ro.
cheverte de l'Ile Noftre Dame
: le Prophete malencontre
du grand Navire de la
rue
GALANT. 289
rue faint Denis : Vaudelain &
fon Camarade rue des Lavan.
dieres : le cader Filleur & fon
frere le Chevalier de Falaife:
legrand Tervobal: de la Ro
che , rue S André du Buiffon
, du Palais , tous deux de
Rouen : le Doux & fon aimable
Brune , ruc de la Vanerie ;
Clouet & fa coufine Fanchon .
Mefdemoiselles du Four , rue
d'Orleans ; de faint Martin
des Moutiers de Torigny :
Cheron de Silly de Soiffons :
Joffelin ' du fort Louis du
Rhin : Michelle & Geneviéve
Hajet : Catherine Miché,
Mars 1691 . Bb
1
290 MERCURE
•
& Marguerite Geoffrenne : la
charmante Mayon , penfionnaire
de la Vifitation de Compiegne
la fpirituelle & toute
aimable Loüife Lavé : l'agreable
Caterine Baratede la rue St
Martin , & l'aimable Drevoies
de la rue aux Ours la
plus infenfible blonde du marais
: Marie Andrée Furon : la
charmante Barbe Mancienne
du Fauxbourg faint Germain ;
la trop aimable & trop perfeverante
veuve de la rue du pe
tit lion : la charmante Brunette
devant le petit faint Antoine
: la fidelle d'Anjou : la
GALANT.
291
charmante Rochemont , &
l'inconfolable Therefe de la
rue du petit lion : la belle de
Dreux à l'anagrame fa vertu
m'éblouit : la belle Mariane de
la rue des Lavandieres , & fa
bonne amic de la rue de la
:
Tableterie la fpirituelle brune
de la rue Glatigny : l'indif
ferente Uftel de la rue faint
André la petite Venus du
port d'Angleterre fur le pont
au change : la belle & toute
charmante Manon proche le
tripot de Caen : la charmante
Madelon de la rue Tictonne :
la charmante poulette de la
Bb ij
292 MERCURE
fue des Noyers : l'amic de la
jeune mufe: Diamantine de la
grande rue de la friperie : l'aimable
veuve & fa fille des
trois croiſfans de la petite rue
de la friperie la blonde indifcrete
de la rue au lait , & fa
jeune rivale en imaginatiou
de la rue Parifis de Dreux :
l'aimable couple de foeurs du
bout de la porte Pariſis du
mefme lieu le petit amant
traverfé du bout du marché
de Mante , & fon aimable
Janneton la Maiftreffe du
Soleil d'or de la rue Dauphi
ne & fon frere : la tante & le
:
·
GALANT 293
neveu : la plus fpirituelle de
la rue de Geole de Caen : le
petit Lieutenant Criminel de
la rue des Odeurs : le charmant
petit coeur de la petite
Minette de la rue du bel air :
la mufe Normande : Bertin &
la charmante Madame Charpentier
de la rue de la Polerez :
la Marquife de Gamenon :
Mc Affuerusle Garde d'E
fther
phofée de la rue aux Fers.
L'Enigne nouvelle que je
yous envoye merite l'applica
tion de vos Amies , pour en
ouver le vray mor.
l'Amante metamor-
Bb iij
294 MERCURE
2252 22255Z525ESSZ
P
ENIGME .
Otence , corde , roüe , Inftrumens
de Torture ,
Tout cela fe trouve avec moy.
Il est bon , m'abordant ; de prendre
garde àfoy
Et de garder quelque mesure.
On me cherit pour ma commodité ;
Fe fers mesme à la volupté ,
Et quelquefois fort vifte on recourt
à mon aide ;
Auffi d'un tres-grand mal je fuis un
prompt remede.
Fe fuis le fidelle Geolier
D'une Belle , fans moy , fugitive &
volage ,
Et cependantje la laiſſe au pillage,
GALANT. 295
En prend qui veut, &fans en rien
I pier.
Dans fes embrafemens pourtant cette
rusée
Tend un piege à quiconque y`tombe
imprudemment ;
L'entrée en eft affez aisée ,
Mais lafortie eft autrement.
Je vous envoye un fecond
Air de la compofition d'un
habile Maiftre . Les paroles
font d'un Amant fi refpectueux
, qu'il y a grande
apparence qu'il ne trouvera
jamais parmy les Belles d'oppofition
à fes defirs .
Bb
iiij
296 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Po
Ourquoy me fuyeZ- Vous;3
cruelle ?
Mes regards auroient- ils causé voſtre:
couroux ?
Ah ,fouffrez ſeulement.que je vous .
trouve belle ,
C'est tout ce queje veux de vous»,
Le Vendredy 23. de ce mois,
le Corps de Ville fit celebrer
une haute Meſſe au St Efprit ,
pour la profperité des armes
du Roy , & pour la confer
vation de fa Perfonne facrée ;
& le lendemain 24. le Corps &
Communauté des Marchands
97
ailleme
Les
tns,
ce
ont
&
SaⓇ
vce
tent
Ent,
lon
ades
lige
zele
296
1
Mes r
Ab )
C'e
LC
le Co
une l
pour
du R
vatio
& lel
Com
4
Shoup
bune dzia
GALANT. 297
Merciers Groffiers & Joüailliers
de Paris , en firent celebrer
une autre pour le mefme
fujet au Saint Sepulcre . Les
Gardes en charge ,les Anciens,
& quantité de ceux de ce
Corps y affifterent . Ils ont
pouffé leur zele plus loin , &
donnent cent mille écus à Sa
Majefté , ce qui fait voir avee
quelle ardeur ils fouhaitent
que fes projets réuffiffent ,
puis qu'ils contribuent ſelon
feur pouvoir aux grandes
dépenfes que la guerre oblige
à faire. Ils donnerent cette
mefme marque de leur zele
298 MERCURE
en 1673. en offrant au Roy
cinquante mille écus , Sa
que
Majefté n'accepta pas . Au
contraire , aprés avoir marqué
qu'Elle n'en avoit pas be
foin alors , Elle leur donna
deux mille écus , afin qu'ils
fiffent prier Dieu pour la prof
perité de l'Etat .
M : de la Loubere , Envoyé
Extraordinaire du Roy auprés
du Roy de Siam en 1687. &
1688. a donné depuis peu au
Public un Ouvrage en deux
volumes , où il traite du Pays
de Siam , de fon étendue , de
fa fertilité , des qualitez de
GALANT 299
fon terroir & de fon climat ,
des moeurs des Siamois en general
, de leurs moeurs particulieres
, felon leurs diverfes
conditions , de leur Gouver
nement & de leur Religion,
Il a ajoûté à cela plufieurs
Memoires tres- curieux , qui .
donnent de grandes connoiffances
des autres Royaumes
des Indes , & de celuy de la
Chine. Il y a dans ces deux
Volumes , trente- huit Tailles
douces, qui confiſtent , tánt
en Cartes Geographiques ,
qu'en Plans & Figures . Toutes
ces chofes font voir les
300 MERCURE
·
grandes recherches que M: de
la Loubere a faites , & ce qu'il
y a de furprenant , c'eſt qu'
ayant parlé aprés beaucoup
d'autres , fon Livre ne laiffe
pas de paroiftre encore tour
nouveau à ceux qui le lifent.
Il est écrit nettement , & en
honnefte homme , ainfi que
doit faire un homme de dif
tinction , tel que fon Auteur.
Il fe vend chez la Veuve du
S Coignard , Imprimeur &
Libraire ordinaire du Roy
rue S. Jacques , à la Bible d'or
& fe trouve auffi chez le S
Barbin , fur le Perron de là
C
GALANT. fot
"
Sainte- Chapelle , au Palais.
Vous m'avez marqué avoir
leu avec plaifir la premiere
partie de l'Hiftoire de Normandie,
qui paroift il y a deux
ou trois ans. M. de Maffeville,
qui en eft l'Auteur, vient d'en
donner la feconde au Public .
Elle eft , comme la premiere,
divifée en trois Livres , dont
P'un contient ce qui s'eft paffé
dans cette grande Province
depuis Eftienne de Blois, Roy
d'Angleterre, qui en fut l'onziéme
Duc , jufqu'à ce qu'elle
retourna à la Couronne de
France , fous le Roy Philippe
202 MRECURE
Augufte . Le fecond traite
de l'eftat de l'Eglife de cette
mefme Province pendant le
douzième fiecle ; & dans le
troifiéme , on voit toutes les
chofes qui fe font paffées , &
qui regardent en particulier
la Normandie
, depuis le regne
de Philippe Augufte jufques
à la mort de S. Louis . Cette
Hiftoire eft pleine de recherches
fort curicules , & fe debite
chez le S; Guerout , Libraire
, Galerie- neuve du Palais.
Vous ne doutez point que
je ne vous parle du Siege de .
GALANT. 303
Mons ; il auroit pû fuprendre
fi c'eftoit une nouveauté que
de voir de grandes chofes entrepriſes
par le Roy. Ce deffein
, quoy que formé depuis
plufieurs mois , a efté tenu
fort caché. Tout fe découvre
dans les autres Cours , ou
parce que le fecret eft mal
gardé ou parce que la manoeu
vre de ceux qui gouvernent
les affaires le fait deviner ,
mais il nen eft pas de mefme
en France . On agit pour les
deffeins qu'on s'eft propofé
d'executer. On met tout en
eftat , & cela dure pendant
304 MERCURE
plufieurs mois fans que les
ennemis puiffent rien prevoir,
qui leur ferve à detourner l'orage,
dont ils fe voyent me
nacez , & quand il s'agit de
ces grandes entreprifes , le
Roy a le plaifir de découvrir
luy- mefme fon fecret , lorfquefa
prudence juge à propos
de le divulguer. Dés le moment
qu'il eft decouvert, tout
fe trouve preft, & l'ouvrage
de plufieurs mois paroift en
état comme par enchantement.
Les Armées femblent
fortir de terre pour inveſtir la
Place que le Roy a refolu
GALANT. 305
daffieger , & on diroit que
cette mefme terre ait encore
fait fortir de fon fein de
quoy
les entretenir. Ce qui rendra
la conqueste de Mons plus
glorieufe pour fa Majefté,
c'eft que pour aller en perfon
ne faire un Siege , Elle n'a pas
attendu la faifon favorable
pour de telles entrepriſes , ce
qui a fait dire aux habiles du
Païs , que le Roy fe leve quand
les Espagnols fe couchent. Ce
Prince n'a pas non plus choi
fr une Place d'une reputation
mediocre , puifqu'il a attaqué
celle que les ennemis eftiment
Mars 169 C.C
306 MERCURE
la plus forte des Pays - Bas ,
pendant qu'un nombre prefque
infini de Souverains ,
d'Alteffes , & d'Excellences,
eftoient affemblez pour prendre
des mefures , non pas pour
fe défendre , mais pour attaquer
celuy qui les previent,
& qui leur épargne la moitié
du chemin Il cuft pû ne
fe mettre en campagne qu'aprés
que le Prince qui lesanime
tous cuft efté parti pour
l'Angleterre . S'ils avoient efté
difperfez , il leur cuſt fallu du
temps pour fe raffembler , ou
pour convenir par Couriers
GALANT. 307-
des mesures qu'ils auroient
deu prendre pour luy refifter,
-audicu qu'ils ont pu les prendre
fur le champmais c'eft
ce que le Roy n'a point apprehendé
, & l'on peut dire de ce
Monarque & de la deliberation
des Alliez ce que nous
lifons dans les Hiftoires , pendant
qu'on confulte à Rome on
affiege Sagonte. Je croy que
cette Place n'a jamais cfté
micus afficgée que Mons ,
comme vous pouvez le voir
par ce que vous allez lire .
Ccij
308 MERCURE
CAMPEMENT
Des Troupes à la Circonval
lation de Mons , à commencer
à Genappe , & allant
finir à Gelin..
A GENAPPERSA
M. de Rozen, Lieutenantbed
General
Mide Congis , Maréchal der
Camp.
2 , Bataillons de Navarre.
2. Efcadrons de Chartres.
2. Bataillons de la Reine..
2. Efcadrons de St Simon.
2. Bat. de Greder Allemand.
3. Efc. unde S. Simon, & deux
de Biffy.
GALANT. 309
Ils ont foin des Lignes depuis
Genappe juſque vis à vis de
Framerics.
JA SUPLIE.
M. de Boufiers, Lieut. General
Mr. le Duc du Maine , Mar.
Maréchal
de Camp..
I Bat. du Perche.s
2. Efc. un de Biffy , & un de
Clermont.
+
1. Bat . des Gardes Françoifes,
2. Efcadrons de Clermont.
2. Bat. des Gardes Françoifes.
3. Efc. des Gardes du Corps ;
2.de Noilles, & 1. de Duras.
a Bar. des Gardes Françoifes.
2. Efc, des Gardes du Corps.
310 MERCURE
2. Efc. de Luxembourg
.
2. Bat. des Gardes Suiffes .
Efc. des Gardes du Corps ;
de Luxemb
. & 2 de Lorge.
3.
1.
1. Bat. des Gardes Suiffes .
Ils ont foin des Lignes depuis
Frameries
jufqu'à
la Dide
la Trouille
.
gue
A LA MAISON
- DIEU
DE PITIE
M. leDuc de Vendofme , Lien ·
tenant Generali
M.le Grand- Prieur de France ,
Maréchal de Camp!
2. Efc. de Gendarmes
, Chevaux-
Legers , & Grenadiers .
2. Bat. du Regiment
du Roy.
GALANT 311
4
2. Efc. de Gendarmerie ; fçavoir
les Ecoflois , avec les
Gendarmes de Bourgogne ,
les Anglois avec les Chevaux-
Legers de Bourgogne.
1. Bat.du Regiment du Roy.
2. Efc . un de Gendarmerie de
Bourgogne , Gendarmerie
d'Anjou , & un de Flamans
& de Ch. Legers d'Anjou.
Ils ont foin des Lignes depuis
la Digue de la Trouille juf
qu'à la Maifon Dieu de Pitié .
A LA BELLE MAISON ,
prés S. Antoine,regardant
qle Mont Barizel .
M.le Marquis de Joyeuse ,
312 MERCURE
'
Lieutenant General
Monfieur le Prince de Conty
Maréchal de Camp..
Efc. un de Gendarmerie de
la Reine & de Berry , un des
Chevaux- Legers de la Rei
ne & de Berry , un des Gen,
darmes Dauphins &. d'Or.
leans.
Bat. de Vermandois & da
Toulouse.
2. Eſc . un des Chevaux -legers
Dauphins & d'Orleans ; un
du Meftre deCamp general,
2. Bat . du Reg. Dauphin.
3. Efc . 2. du Meltre de Camp.
general , & un de du Rozel ,
A
2.Bar..
GALANT 313
2.Bar . de Greder Suiffe .
2. Efc de du Rozel ...
2. Bat. de Greder Suiſſe . I
3. Efc. de Fiennes.
Ils ont foin des Lignes de
puis la Digue de la Trouille
jufqu'à Nimy, Tobnu Ik
Ces 38. Efcadrons & 28. Ba
taillons ferment la Circon →
vallarion depuis Genappe, jufqués
à la communication de
Nimy.
A NIMY..
M. de Soubife ,Lieut . General.
Monfieur le Duc, M.de Camp.
2 Bat de S. Laurent & de Nivernois.
Mars 1691.
Dd
314 MERCURE
3. Efc . les Carabiniers.t
2. Bat . Poitou & Touraine .
3. Efcadrons de Bourgogne
..
3. Bat . de Polier Suiffe .
4. Efc. deux du Maine , deux
elde Raffan . Suare
2. Bat. un de Polier , & un de
Dauphiné.
2. Efc. un de Raffan , & un
de Courtebonne .
2.B.d'Auvergne & de Guiche.
3. Efc. un de Courtebonne , &
deux du Royal Dragons.
2. Bat .de Stouppe l'ancien .
3. Efc . un du Royal
gons , deux de Givaudan .
Ils ont foin des Lignes depuis
DraGALANT.
315
Nimy jufques à Gelin .
MAGELIN
.
Mi de Rubantel, Lieut.General.
M. le Marquis de Villars
4- Maréchal de Campieartlar,
2. Bat. un de Stouppe & un de
Fifer. I
1
3 Efc. un de Givaudan &
deux de Levi.I
2. Bat . de Provence & de Ca
ftres .
3. Efc. un de Levi & deux dé
Châlons .
I
2. Bat de Rouffillon , and
3. Efc . de Coiflin.
2. Bat. de Champagne.
3. Efc : de Royal Rouffillon .
Ddij
316 MERCURE
Ils ont foin des Lignes depuis
Gelin jufqu'au Pont fur
Haifne , prés de Genappes .
Ces 31 Eſcadrons & 20. Bataillons
ferment la circonvallation
depuis la belle Maifon
prés de St Antoine juſques au
Pont für Haifne, prés Genap
pes. M. de Luxembourg qui
eft à Nimy , les commande.
Les vivres & l'Hôpital ſont à
Genappesked
Total 69. Efcadrons .
Sans compter les Efcadrons
des Moufquetaires.
>
14
48. Bataillons. 5) , J
Sans comprendre deux de Fu
#4a
GALANT. 317
feliers & un des Bombardiers
qui font au parc de l'Artille
ric.eunión Moyolal тоя
AIDES DE CAMP
dinait du Royued b
Male Chevalier de Nogent.
M. le Prince d'Elbeuf d
Mode Cominges,
Mle Prince de Turenne, A
AIDES DE CAMP
Brode Monfeigneur.
M. de Sainte . Maure
Mt de Cognée.Data
Mi de la Chenaye.
Mode Chaftcau- vilain.
Le Quartier du Roy cft à
Abbaye de Bethlem , pro-
Dd iij
318 MERCURE
noncée Belcam , entre Suplie
& la Maiſon Dieu de Pitié.
Le Roy , Monfeigneur ,
Monfieur , Monfieur le Duc
de Chartres , Monfieur le
Prince , & tous les Grands
Officiers de la Maifon du
Roy , font logez dans cette
Abbaye.
Mde la Feüillade eft , &
commande dans le Quartier
du Roy & dans les Quartiers
de Genappes , Suplie , & la Mai
fon Dieu de pitié .
Les quatre Efcadrons des
Moufquetaires
campent prés
la maifon du Roy,
•
GALANT 219
M: de Monchevreuil eft à
l'Artillerie , qui eft campéc
dans un fond prés, de Quelnion
.
Pendant que le Roy decla
roit à Verfailles qu'il cftoir
preft de partir pour le Siege
de Mons que M. de Bouflers
avoit ordre d'inveftir , toutes
les Troupes dont vous venez
de voir le dénombrement, de
voient eftre le lendemain de
vant cette Place fans que les
Ennemis cuffent eu le moindre
foupçon qu'elle duft eltreat
taquée . Ils croyoient qu'on ne
fongeoir qu'à faire des courſes
Ddiiij Dd iiij
320 MERCURE
pour tirer des contributions ,
ou qu'on vouloit affieger
Charleroy ou quelque autre
Place. En effet , les mouve
mens qu'on faifoit cftoient
focontinuels & fi differens ,
qu'on leuravoit même donné
de la crainte pour Offende.
Cependant Mons fe trouve
invefti , & il l'eft fi bien
& par tant de Troupes ,qu'aucun
Officier ennemy ne peut
fe jetter dedans . Il ne falloit
pas moins deforces pour afficger
une Place d'une auffi gran,
de reputation que celle de
Mons ,fortifiée par l'art & par
la nature , ayant outre les forGALANT.
321
tifications trois foffez pleins
d'eau avec des éclufes & des
marais quila défendent . Il y avoit
outre cela un bois par lequel
il eftoit facile au Secours
de fe jetter dans la Place . On
en a fait beaucoup de plans ,
¿ e qui m'empêche de vous en
envoyer , mais celuy de M
de Fer s'eft trouvé le meilleur.
Il eft accompagné des plans
de Namur, de Charleroy &
d'Ath qui font les Places que
les Espagnols avoient deman
dées dans le dernier Traité de
paix pour leur fervir de barriere
contre la France, de forte
322 MERCURE
que la prife de Mons donnera
au Roy une Place par delà
cette Barriere. Les environs de
cette Ville- là font tres- étendus
& tres- juftes dans les Cartes
de M. Sanfon , & la conjoncture
où nous fommes
donne de l'empreffement
à les
chercher
. La grande reputa
tion de la Ville de Mons , regardée
comme une place qu '
on ne pouvoit attaquer ; la
mauvaiſe faifon & la confedetation
d'un nombre prefque
infini de Souverains & de
Puiffances inferieures liguées,
n'ont point arrété le Roy . Il
GALANT. 323
a cru que fes forces feules avec
tous les Princes de fa Maifon
pouvoient s'oppoſer à tous
les Souverains
de l'Europe , &
en triompher , en prenant la
fuperbe Ville de Mons , qui
dans la confiance que luy donnoient
les eaux & fes fortifications
ne daignoit qu'à peine
fonger à fe munir des chofes
neceffaires pour la défenfe.
Vous fçavez fans doute que
certe Place eft Capitale du
Comté de Hainaut qu'elle
eft à dix lieues de Bruxelles &
bâtie fur de petites montagnes,
ce qui luy a fait donner
324 MERCUR E
le nom de Mons . Elle a de
beaux Edifices & de tres- bellés
Fontaines & fes Habitans
font riches. Cette Ville fart
grand commerce d'étoffes de
foye , & toutes les Juftices
du pays de Hainaut font du
reffort de la Jurifdiction . Il y
a un Convent de Chanoineffes
qui font le matin en habit de
Choeur , & l'aprés - dinée en
habit feculier. Quelques uns
donnent à Mons le far pom
de Pucelle , parce que cette
Ville-là n'a jamais efté prife.
Elle fut neanmoins contrainte
le Siecle paffé de fe rendre au
GALANT. 325
Duc d'Albe qui la prit fur les
rebelles des Pays - bas . Le Comte
Grimbergue qu'on appelle
aujourd'huy Prince de Bergue,
& qui eſt de cette ancienne
Maifon, Originaire de ce Pays
là, en eſt Gouverneur. Il eft
grand,de bonne mine & a fair
Les exercices à Paris. Il afpire
depuis pluſieurs années à
eftre General Major de ba-
Laille , ce qu'il n'a pû obtenir.
Ce refus lusyynaa donné quelque
dégouft du fervice , en
forte qu'il a efté vingt fois
fur le point de quitter un
Terce d'Infanterie Espagnole
326 MERCURE
qu'il commande. Sa Majeſté
Catholique , pour l'appaifer
en quelque maniere, l'a nommé
Commandant dans Mons,
ce qu'Elle n'auroit peut- eftre
fait, fi Elle cuft prévû que
cette Place cuft dû eftre attraquée.
Le Roy ayant réfolü de
Pafficger en perfonne , partic
le 17. de ce mois
pas
"
comme
tout ce qu'il
faut
po.4. &
.
il l'avoit declaré le 14. &
pour une
marche qui entraîne tant de
monde , le trouva preft . Il y
eut des vivres & des fourages
préparez an Camp , pour une
Cour qui doit eftre fort nomGALANT.
227
breufe , puis qu'elle efface
feule aujourd'huy toutes les
Cours de l'Europe. Monfieur
le Duc de Chartres partit le
mefme jour , & fe trouva
preft pour faire ce Voyage ;
le Roy , pour fatisfaire à la
bouillante ardeur qui le por
toit à marcher fur les traces
du glorieux Prince qui luy a
donné la naiffance , luy ayant
permis quelques mois auparavant
de faire la Campagne.
Sa Majesté a bien voulu que
Mile Comte de Touloufe la
fift auffi . L'efprit de ce Prince
ayant toûjours cfté fort au328
MERCURE
t
deffus de fon âge , on peut dise
auffi que le defir de faire
paroiftre fon courage n'attend
pas le nombre des années
pour éclater. Il n'eft forty
perfonne d'un Sang fi Auguſte
qui n'ait méprilé les perils
pour la gloire, & qui dans un
âge où les autres ne commeneent
encore qu'à apprendre
leurs exercices n'ait expofé
cent fois la vie pour le bien ,
& la gloire de l'Etat.
Le Roy eftant party de Verfailles
le 17. arriva devant
Mons le 21. d'affez bonne
heure pour faire le tour de la
GALANT
329
Place. Il n'eftoit accompagné
que de Monſeigneur le Dauphin
, de Monfieur , de Monfieur
le Duc de Chartres , &
de M. de Vauban , ayant fait
demeurer tous ceux quil de
fuivoient la une certaine diftance
aved defenfer d'avancer.
Sa Majefté s'approcha à la
portéce du moufquéti Pendant
oque ce Prince eftoitain
fi expofé , on tira plufieurs
coups de canon , à l'un defquels
il s'apperçut qu'on me
toit le feu. Il eftoit chargé
d'un boulet de huit livres,
qui paſſa fort prés de Sa Ma
Mars 1691.
Ec
330 MERCURE
jefté , & tua le cheval de M
de la Chenaye, Aide de Camp
de Monfeigneur , qui eftoit
derriere , mais un peu éloigné.
Sa Majeſté n'a point affiegé
de Places en perfonne qu'El
le ne fe foit ainfi expoféc
en les vifitant. Elle courut
le même rifque à Rinber
gue , où M le Marquis d'Arquien
fut tué auprés d'Elle .
Quoy que le jour qu'Elle ar
riva au Camp Elle fut venue
du Quefnoy , où Elle avoit
couché , qu'Elle cuft en arri
vant vifité & reglé les loge
mens , voulant que chacun
GALANT 331
fuft bien logé, & qu'Elle cuft
enfuite demeuré prefque toute
la journée à cheval pour reconnoiftre
la Place , elle ne
de fortir encore lors
laila
pas
qu'Elle
cut
foupé
, & de vifiter
divers
poftes
jufques
à minuit
. Elle
vifita
tous
ceux
de
la
droite
, &
Monfeigneur
tous
ceux
de
la gauche
. Ces
deux
grands
Princes
eftoient
éclairez
chacun
pat
fix
flambeaux
que
portoient
autant
de Pages
. Il y eut
le foir
du
même
jour
un
Bioüac
gene
.
ral , parce
que
les
lignes
n'étoient
pas
achevées
.
Ec ij
222 MERCURE
Le zz . le Roy monta deux
fois à cheval , & y demeura
plus de fix heures . Sa Majefté
fit le tour deslignes ; & celuy
de la Place à la demy- portée
du moufquer, & quoy qu'Elle:
allaft d'un fort grand train,
Elle fut accompagnée de
Monfeigneur , de Monfieur ,
& de Monfieur le Duc d'e
" Chartres , ce qui donna Beaucoup
d'inquietude à toute la
" Cour , puis qu'on tita fept ou
huit coups de moufquet dont
ils pouvoient eftre bleffcz.M
de Vauban fit tracer une grande
tranchée du cofté d'Hion
GALANT 333
3
1
& de Guine , & tira une ligne
de communication des deux ,
de forte que ce travail utint
lieu d'une tranchée ouverre.
On travailla fortement ce
jour là pour faigner le marais .
Le 23 au matin on mit trois
pieces de canon en batterie
pour détruire le Moulin de
Bécluse , où il y a
Le Roy monta à cheval cette
même matinée , & alla vifiter
l'endroit où l'on devoit
ouvrir la tranchée , & où l'on
faifoit un grand retranchement
en forme de place d'armes
, pour recevoir tous les
baffin .
334 MERCUR
£
preparatifs neceffaires. Sa Majefté
s'avança beaucoup , &
même en des lieux où l'on
pouvoit tirer , & où il y avoir
beaucoup de peril . On tira
ce jour là deux grandes lignes
qui occupent tout le terrain
par où la Place eſt affiegée.
Monfeigneur s'eſtant , fait
montrer par M. de Vauban
toutes les attaques, marqua un
endroit , pour mettre quelques
pieces de canon en baterie
, & l'on y travailla dés
le foir même pour batre le
moulin de faint Pierre. On
arrefta fur les dix heures du
GALANT . 335
matin un Officier General des
ennemis ; il eftoit à pied.
C'est un Comtois qui vouloit
fe jetter dans la Place , &
qui avoit ordre d'y commans
der artillerie. Il fut amené
devant le Roy, & dir à Sa Majefté
qu'Elle prendroit Mons,
mais qu'il luy en couteroit
une bataille. Sa Majefté luy répondit
qu'Elle eftoit, venuë
cette intention. Cet Officier luy
dir encore qu'il s'eftoit trouvé
dans plufieurs Places que fa
Majefté avoit afficgées & prifes,
comme Besançon & Ipres,
& qu'il eftoit dans l'Armée du
336 MERCURE
Roy d'Angleterre quand il af
fiegea Maltric. Le Roy repli
qua à ce diſcours , èl veus parler
du Prince d'Orange
, à quoy
l'Officier ayant répondu qu'il
feur étoit ordonné de luydon.
ner ce nom.Sa Majelte ajoûta ,
vous avez raiſon , car il n'y a
que ceux qu'on y oblige deforce ,
qui l'appellent ainfi On fceut
qu'il y avoir plufieurs Offi
ciers dans les bois qui cherchoient
à fe jetter dans la Place
, & à qui il avoit efté impoffible
d'executer leur def
fein . Legros canon arriva ce
jour- là , & les lignes furent
a
entiereGALANT
337
D
rement achevée. Le Roy vifita
le foir le parc de l'artilleric.
On n'en a jamais veu un
fi bien fourny que celuy là .
Il y avoit alors devant Mons
un million de poudre , 24,
Imortiers , 60. pieces de canon
de 24 36. & 72. & de 4 & 12 .
& le refte à proportion .
Le 24 le Roy monta à cheval
dés fept heures du matin,
& n'en defcendit qu'à fix
du foir. Sa Majesté alla viſio
ter le Pays du côté de Saint
Denis & de Catteau , pour
voir par où les ennemis pourroient
venir , & choifir un
Mars
1691.
Ff
338 MERCURE
poſte à M le Marefchal de
Humieres ou à celuy qui
commanderoit l'Armée de
dehors , pour couvrir le Sicge.
Le Roy revint par Saint
Guillain pour voir arriver les
provifions qui cftoient en
grande abondance , fur tout
pour l'artillerie . Il paffa dans
les bois d'Auré , où il fit prendre
deux facines à chacun des
Moufquetaires qui l'accom
pagnoient. Ils les porterent
a la tranchée , que Sa Majefté,
non contente de la fatigue
qu'Elle avoit euë d'eftre de
meurée à cheval pendane trei
GALANT. 339
3
ze heures , voulut voir monter.
Elle fut ouverte à l'atta
que de la droite prés le village
d'Hion par deux bataillons
des Gardes Françoifes
,
& deux bataillons des Gardes
Suiffes , & 1500. Travailleurs
relevez par 125o.Mile Marquis
= de Joieufe , Lieutenant Gencral
, & M. Boiffelot, Brigadier,
eftoient de jour , ainfi que
M. de Congis à l'attaque de la
gauche proche du village de
Quefme , où la tranchée fut
ouverte avec deux bataillons
de Navarre & un de Provencc.
Les Travaill den
eftoient
Ff ij
340 MERCURE
en auffi grand nombre que
ceux du cofté droit. On
fit un travail extraordinaire,
puifqu'il fut de 1200. toifes à
la droite , & de 800. à la gauche,
avec plufieurs boyaux de
communication . On continua
cette nuit là le travail
pour faigner le marais du
cofté de l'attaque . On travailla
auffi pour detourner le
cours de la Troüille , & la
faire couler d'un autre cofté.
Les Affiegez ne tirerent pas
un feul
feul coup de moufquet
jufqu'à onze heures du foir,
qu'ils firent quelque feu fut
GALANT. 341
des Soldats qui s'eſtoient avancez
en cherchant de l'eau
pour boire. Ils en blefferent
deux fort legerement . Les
Grenadiers du Roy , l'épée à
la main.s'emparerent du Moul
lin que noftre canon n'avoit
pû entierement détruire , tuerent
huit ou dix hommes qui
eftoient dedans , & en firent
vingt prisonniers , dont deux
qui estoient du Regiment de
Brande boug , furent amenez
au Roy. J'oubliois à vous dire
que toute la cavalerie de la
Maifon de Sa Majesté , auffibien
que fes Dragons , porta
Ff iij
342 MERCURE
des Facines toute cette jour
née.
Le Roy regla que dorenavant
les Capitaines de fes Gardes
Françoiſes tiendroient
rang de Colonels , mais de
derniers Colonels ; que dans
quelque Armée que ce foit où
ik y aura des Compagnies du
Regiment des Gardes Fran
çoifes, celuy qui les comman
dera , quoy qu'il ne foit point
Brigadier , commandera tous
les Colonels; que dans les tranchées
feulement , les Compa
gnies des Gardes Françoiſes ne
feront jamais commandées,
GALANT. 343
1
que par le Lieutenant General,
ou le Marechal de Camp de
jour , ny par aucun Brigadier, à
moins qu'il ne foit du Corps
de ce mefme Regiment des
Gardes Françoiſes . Sa Majesté
a fait le même Reglement en
faveur de fes Gardes Suiffes .
Le 25. le Roy monta à che
val à dix heures du matin , &
alla feo promener dans les
plaines à deux lieuës du Camp .
Ilevifica le mefme jour la
tranchée de la queüe à la tête
Monfieur accompagna par
Four Sa Majesté , qui estoit à
cheval. Monfieur le Duc de
Ff inj
344 MERCURE
Chartres n'en avoit point forty
depuis fept heures du matin,
& il y auroit paffé la nuit,
fi . M: de Joyeuse qui avoit
des ordres fecrets , ne l'euft
obligé à fe retirer . Ce Prince
diftribua en s'en allant 40.
Louis d'or aux Soldats, & leur
dit que c'eftoit le premier
prefent qu'il leur faifoit , mais
que ce ne feroit pas le dernier
pendant ce Siege . Sa Majesté
répondit à ceux par qui
la chofe luy fut rapportée ;
que ce Prince par les manieres
arfées s'eftoit déja acquis l'e,
ſtime du Soldat , & qu'il gaGALANT.
345
gneroit tous les coeurs de l'Armée
par fes liberalitez . On
porta encore des facines au
Camp , jufqu'à la portée du
piftolet des Ennemis. Mrs
de Maupertuis , de Mirepoix
& d'Artagnan
, y en porterent
eux-mefmes à la tefte des
Moufquetaires
, au fon des
Tambours , des Timbales &
des Trompettes , & demeurerent
à découvert . Sur les
4. heures aprés midy , le Roy
vit monter la tranchée . Les
Officiers Generaux de l'attaque
des Gardes eftoient M : le
Prince de Soubize, Lieutenant
346 MERCURE
"
General, & M de Bertillac,
Brigadier. Mile Prince d'Elbeuf
fervoit d'Aide de Camp
du Roy. La tranchée fut mon
tée à l'attaque des Gardes par
trois Bataillons du Regiment
du Roy, & fix cens Travailleurs
, qui furent relevez le
matin par autant d'autres . M
de Monchevreuil , Marechal
de Camp, monta àl'attaquede
Navarre avec deux Bataillons
de Champagne & un de Saint
Laurent , & fix cens Travailleurs
qui furent relevez le ma
tin par un pareil nombre. Sus
les huit heures du foir , les
GALANT. 347
trois Compagnies des Grenadiers
du Regiment du Roy,
atraquerent un Moulin ,appellé
le Moulin du Roy , avec
une Redoute qui incommodoit
fort nos gens dans leurs
Travaux . Il eftoit tout criblé.
par le haut , des coups de nô .
tre Canon , mais il y avoit
dans le bas un retranchement,
d'ouples Ennemis faifoient
grand feu . Ce retranchement.
fut emporté l'épée à la main.
Les uns allerent par une chauf
fée fort étroite , & les autres
par un petit marais . Il n'y cut
que quatre Soldats de tuez ,
348 MERCURE
& quelques bleffez . On fir
quatre prifonniers qu'on mena
au Roy. On en tua dixfept
, & les autres fe retirerent
par leurs faux fuyans . Il y
avoit dedans cent Soldats de
diverfes Nations , qui ne fe
connoiffoient qu'à peine l'un
l'autre On leur avoit donné
de la Ville dequoy ſubſiſter,
& ils y eftoient depuis quel
ques jours . Le travail de la
Tranchée fut pouffé cette
nuit là à cent cinquante
pas
de chacune des deux attaques.
Celuy de la nuit du 25. au 26.
4
GALANT. 349
fut de trois cens pas. On fit divers
boyaux, qui au moyen de
la Ligne à laquelle on continuoit
de travailler le jour ,
devoient faire une troifiéme
ligne paralelle. Il n'y eut que
fix Soldats de bleffez . La Garnifon
ne fit pas un feu de plus
de quatre ou cinq cens hommes
. A la droite , la Baterie de
vingt Pieces commença à tirer
fur les dix heures du matin,
& celle de la gauche tira une
heure aprés. Les deux Bateries
de Bombes tirerent en mefme
temps. Elles eftoient de dou350
MERCURR
ze Mortiers chacune , & l'on
sapperceut que le Canon
commençoit à ruiner les Ou
vrages , en voyant voler la
poudre & les tuiles de toutes
parts dans la Ville , ce qui y
fit un fracas confiderable . Sur
les onze heures du matin , les
Hautbois du Regiment du
Roy donnerent dans la Tranchée
une Serenade aux Dames
de la Ville , dont quelquesunes
vinrent fur le rempart
pour les entendre . Pendant
ce temps là on ne tira aucun
coup , mais une heure aprés ,
noftre Canon commença à
i
47
GALANT -351
ronfler d'une grande force.
Celuy de la Ville ne tira
que quelques coups à bouler
perdu depuis ce jour là. Un
Gendarme eftant affis fut
tué d'un boulet de Canon.
é
Monseigneur
alla à la Tranchée
à deux heures aprés midy
, avec M. de Vauban. On
apprit que les Bourgeois.
toient partagez en deux fations,
que l'une vouloit foutenir
le Siege , & que la plus
confiderable eftoit d'avis de
fe rendre , fans attendre le
bouleversement
de la Ville.
Monfeigneur
& Monfieur le
352 MERCURE
Duc de Chartres allerent le
foir du 26. au 27. au Bioüac ,
pour y paffer la nuit. Le foir
du mefme jour , M. de Bouflers
, Lieutenant General , &
M: de Solre, Brigadier , monterent
la Tranchée avec deux
Bataillons du Regiment Dauphin
,un de Nivernois , & fix
cens Travailleurs , qui furent
relevez le matin . M. de Villars
, Maréchal de Camp , la
monta à la gauche à l'attaque
de la porte du Rivage , avec
un Bataillon du Regiment
d'Auvergne , un de Caſtres ,
un de Dauphiné , & fix cens
GALANT 353
Travailleurs. Le Canon avoit
tiré deux mille quatre cens
coups , depuis midy jufques
à l'heure que l'on monta la
Tranchée , & les Mortiers
avoient jetté trois cens Bombes.
On pouffa cette nuit- là
deux communications de la
droite à la gauche des artaques
d'Hion & de Quelme ,
en forte que la derniere fe
trouva à cinquante toifes de
FOuvrage à corne , M de la
Cafe , Ingenieur , fut bleſſé à
la tefte ; un Sergent & deux
Soldats furent auffi bleffez.
Quoy que le Roy cuft cu
Gg Mars 1691 .
34 MERCURE
la goutte le 26. au foir, Sa Ma
jefté ne laiffa pas d'aller vifi
ter la Tranchée le 27.au ma
tin , & Elle y alla par le che
min le plus perilleux, & tout
à découvert. Elle montacfur
la Banquette pour obferver la
Place plus commodement , &
dans ce temps là les Ennemis
firent un feu épouvantable de
Canon vers l'endroit où Sa
Majefté eftoit , en forte qu'un
boulet ayant donné derriere
Elle ,renverfa un Soldat avec
tant de force fur M. le Grand,
嘈
qu'il en fut auffi renverfé , &
la terre qui fut élevée par
la.
GALANT.
355
L
-
violence du coup , couvrit le
chapeau du Roy. Un Soldat
fortit de la Ville , & dit à Sa
Majefté que les Habitans étoient
les Maiftres & fort refolus
à fe bien défendre ; que
les Troupes eftoient parta
gées dans les dehors , & qu'on
ne croyoit pas que Sa Majefté
fuft au Siege en perfonne . Ce
Soldat prit party dans le Regiment
du Roy . Les 36. pieces
de Canon de 24 & les 25,
mortiers qui avoient commencé
à tirer le matin du
jour precedent , firent un feu
fi terrible , & il étonna telle-
Gg ij
356 MERCURE
d'ument
les Ennemis , qu'ils ne
tirerent prefque point. Ainfi
tout le monde eftoit fur
le revers des tranchées , comme
on eft dans le temps
ne capitulation . Le Canon
n'a jamais encore efté fervy
de la maniere qu'il l'a efté à
ce Siege , & jamais on n'a
fait un fi grand feu . Si toft
que la Baterie de vingt pieces
avoit tiré , celle de dix
commençoit , & enfuite celle
de vingt . Cela fe tiroit auſſi
promptement qu'on peut tirer
trente coups de Moufquet
T'un aprés l'autre. Le demy
GALANT 357
Baftion droit de l'Ouvrage à
corne ayant efté fappé, le reveftement
tomba , & il y parut
une breche de quatre toifes
de large.
Le 27. au foir la tranchée
futrelevée à l'attaque d'Hion ,
qui eft à la droite , par deux
Bataillons de la Reine , à l'attaque
de Quefme , qui eſt la
gauche , par un Bataillon de
Poitou & de Pollier Suiffe &
à la porte du Rivage , qui eft
une espece de fauffe atraque ,
par un Bataillon de Touraine,
& le troifiéme
de Stouppe
.
Cette attaque
cft
proprement
398 MERCURE
fa branche gauche de l'atta
que de Navarre , mais elle eft
feparée par une inondation.
L'attaque de Navarre s'eſtant
jointe à celle des Gardes pour
aller à l'Ouvrage à corne,
celle de la Porte du rivage
eftoit tout le long de la
Trouille, en remontant & en
la laiffant à gauche. Les Offi
ciers Generaux eftoient M
de Rubantel , Lieutenant Goneral
, M. le Duc du Maine,
Maréchal de Camp , M de.
Crequi , Brigadier , & Mice
Prince de Turenne , Aide de
Camp. On fit la nuit du 29
GALANT 359.
au 28. plus de la moitié du che
min qu'il y avoit à faire pour
eftre au bord du foffe . On fit
une ligne paralelle à l'Ouvragea
corne , qui n'eftoit pas à
vinges toifes des pointes des
Ouvrages, des Ennemis . Les
mis le feu à la
Bombes
ayant
Ville
fur les cinq ou fix heu
res du foir, elle brûla
fur trente
toifes
de large
. Il diminua
fur les dix heures
,mais
quinze
pieces
de Canon
de calibre
ayant
commencé
à tirer
des
boulets
rouges
à l'entree
de
la nuit , le feu fe ralluma
, &
devint
fi grand
à quatre
heu
360 MERCURE
res , qu'il égala les plus hauts
Clochers Sans une flaque
d'eau qui fe trouva entre la
tefte de nos Travaux & l'Ouvrage
à corne ,
à corne , on s'en feroit
rendu maiftre , mais cette eau
obligea à prendre fur la gau
che entre l'Ouvrage à corne
& une Demy- lune qu'on battit
, en forte qu'au lieu de
trente toifes de Tranchée qu'il
reſtoit à faire , le travail eftoit
encore de cinquante. On auroit
neanmoins pris cet Qu
vrage fiton cuft voulu , mais
comme on auroit pû perdre
beaucoup de monde , le Roy
nc
!
361
GALANT.
ne le fouhaita pas , & aima
mieux, pour épargner du fang,
que la prife en fuft reculée.
Le 28 la goute du Roy é
tant diminuée ; ce Prince
alla vifiter le campement de
M: de Luxembourg. Sa Majeflé
fatiguant toujours à fon
ordinaire , vifita auffi ce jourlà
la tranchée à droite & à
gauche , & non feulement
Elle la vifite tous les jours,
mais Elle la voit auffi tous les
jours monter & relever. Elle
a fouvent fait des liberalitez
aux Soldats , & il n'y a point
de corps qui ne s'en ſoit rof-
Mars 1691 . Hh
262 MERCURE
fenty. La Cour n'a jamais
efté plus nombreuſe & plus
magnifique que devant Mons.
Le Roy y mange avec les
principaux Seigneurs, que Sa
Majefté nomme tous les jours.
Sa table eft de quinze cou
verts. Un Soldat de la Ville,
qui fe difoit Irlandois , s'eftant
venu rendre , dit à ce Prince
qu'il n'y avoit que fort peu
d'Officiers dans la Place la
plus part eftant allez chez
cux qu'il n'y avoit point d'union
parmy la garnifon , &
que les Bourgeois efperoient
du fecours du Prince d'OGALANT.
363
*
?
range. Ce Soldat reçût des
marques de la liberalité du
Roy. On cut avis le mefme
jour qu'il devoit le jetter trois
Colonels dans la Places on
fceut comme ils eftoient faits
& habillez , & l'endroit par
où ils devoient paffer . On fir
ce jour- là deux faignées pour
faire écouler l'eau de l'inondation
. M5 de Rozen Lieutenant
General , rentra le matin
au Camp aprés avoir efté brûler
tous les fourages depuis
noftre Camp juſques à Brus
xelles . Un Soldar de la Gar
nifon rapporta que c'estoient
Hh ij
364 MERCURE
les Efpagnols qui défendoient
la grande attaque , & que
trouvant extrémement pref
fez , ils avoient demandé à
eftre relevez , ou qu'on leur
envoyaft cinq cens hommes
de renfort , & que les troupes
des autres Nations les avoient
refufez , leur ayant dit que
puis qu'ils avoient choifrece
pofte là comme le plus honorable
, & l'avoient voulu
avoir par preference , ils pouvoient
le défendte . Ce Soldat
dit de plus au Roy qu'on man.
quoit d'affuts dans la Place ,
& qu'on en faifoit avec le bois
GALANT. 365
des Maifons qu'on a fou
droyées , ou qu'on demoliffoit
Exprés ceux des magazins étant
vermoulus. Il aflura que le
jour precedent on avoit publié
dans la Place au fon duftambour
, que le Prince d'Orange
la devoit fecourir deux jours
aprés à une heure aprés midy
avec cent mille hommes , ce
qui luy feroit aifé , les troupes
du Roy qui affiegoient la
Place n'eftant pas au nombre
de plus de vingt mille. Le
même Soldat die encore qu'il
y avoit cu plus de quarante
Officiers Efpagnols reformes
Hh iij
366
MERCURE
་ ་
fuez par le Canon depuis qu'
on avoit commencé à en tirer.
On travailla ce jour- là à
une Batterie de quatre pieces
pour battre un bacardeau , qui
retient celle des foflez & avanc
foffez . Monfieur alla ce jourlà
à la Tranchée , comme ce
Prince fait tous les jours , &
toute l'Armée parle defa
tranquillité avec admiration .
On fit une nouvelle Bateric
de vingt- cinq pieces de Ca
non de l'autre côté de la Ville
au quartier de Luxembourg.
Elle tira à boulets rouges , &
mit le feu en plufieurs Quar
GALANT. 367
itiers de la Ville L'Infanteric
qui eftoit de l'Armée de M
de Humiere arriva à S. Guillain
; de forte que le Roy pouvoir
avoir dans fes lignes 70 .
Bataillons & 230. Elcadrons ,
Mi de Humiere pouvant ſe
rendre aiſement au Camp &
devancer les Ennemis . Si on
cult cu avis que le Prince d'Orange
cuft dû venir , M. de
Luxembourg auroit pris le
pofte de la Bruyere de Catteau
qui eft tres- bon & qui couvre
bien les lignes , avec une
partie de l'Armée du Roy , &
il fe feroit trouvé encore plus
Hth iiij
368 MERCURE
fort que les Ennemis .
*
Le 28. au foir , la tranchée
fut montée à l'attaque des
Gardes par les deux Bataillons
des Vaiffeaux , dont M de
Mailly eft Colonel . M de
Rozen , Lieutenant Generals
eftoit de jour. Monfieur le
Duc , Maréchal de Camp , releva
l'attaque de Navarre avec
te Bataillon de Guiche , & le
troifiéme de Greder Suiffe, &
l'attaque du Rivage fut relevée
par M. le Duc de la Rocheguion
avec les deux Bataillons
de Bouillon. C'eft un
Regiment de Catalans & EGALANT.
369
J
trangers , dont M : de Xime
nes , Gouverneur
de Maubeuge,
eft Colonel . Le Roy avec
route la Cour alla ce foir - là
fur le bord du Marais , pour
voir tirer le Canon , les Bom-.
bes , & les Carcaffes . Le feu
prit en cinq ou fix endroits de
la Ville , fans que les affiegez
tiraffent un feul coup de Canon
; ils ne firent feu que d'un
peu de moufqueterie
. Monfieur
le Duc qui commandoit
à la tranchée fit faire un fort
grand feu de Canon & de
Bombes pendant toute la nuit,
& il fut tiré dans cette nuit
370 MERCURE
feule mille boulets rouges &
plus de deux cens Bombes ;
jamais on n'avoit vû un auffi
grand feu . Le Cuisinier de M
le Duc de la Rocheguion
fut
bleffé à l'épaule dans la trans
chée en fervant ſon Maiſtre ,
On envelopa tout l'Ouvrage
à corne & une partie de la de
my- lune de la gauche. L'an
gle- faillant de cette demy-
Iune fut écorné , & l'on fic
bréche à l'Ouvrage à corne ,
de forte qu'on fe trouva en
état de commencer vers les
midy à combler le foffé à la
droite & à la gauche. On
1
GALANT. 371
changea les Batteries , & l'on
en fit deux nouvelles qui
commencerent à tirer le matin
. Un Lieutenant de Nivernois
fut bleffé . M: Renaud
Ingenieur eut une groffe contufion
au ventre . M: Labory ,
auffi Ingenieur , fut bleffé au
vifage , & il y cut deux Söldats
tucz , & dix ou douze
bleffez. Les Bombes ayant alluméle
feu plufieurs fois dans
la Ville , les Affiegez trouverent
moyen de l'éteindre avec
affez de facilité , mais à peine
l'avoient- ils éteint d'un cofté,
qu'il leur falloit recommen372
MERCURE
cer à travailler de l'autre . Le
29 furles dix heures du matin,
M. de Megrigny, Gouverneur
de la Citadelle de Tournay,
qui eftoit occupé à l'écoule
ment des eaux , fut atteint d'un
coup de Fauconneau qui ne
luy fit qu'une contufion aux
deux bras fan's offenfer les os.
Le Cheval de M. le Chevalier
de Saint- Sens: cy- devant Offi
cier des Gardes du Corps , &
qui commande depuis peu la
Compagnie des Gendarmes
'de Bourgogne , fut tué ďun
coup de Canon avec cinq ou
fix de fes Gendarmes. Le mef
GALANT. 373
me Canon tua deux Cavaliers
& emporta la cuiffe du Cheval
de Mdu Hamel , Moufquetaire
; un Cornete cut auffi la
tefte emportée. Le Roy dé
fendit aux Moufquetaires de
fe trop avancer , & depuis ce
temps- là ils n'ont plus porté
Jeurs facines qu'à la demyportée
du Canon. Sa Majeſté
deffendit auffi a Monfieur le
Duc de Chartres qui s'expofoit
trop, d'aller à la tranchée
fans fon ordre. Il n'y avoit
ce jour- là dans l'Hofpital que
134. Soldats tant bleffez que
malades. Jamais il ne s'en
374 MERCURE
eft vû fi peu en quatorze jours
dans une Armée fi nombreufc
.
Le foir , la Tranchée fut
montée à l'attaque des Gardes
, par Mr. le Duc de Vendofme
, Lieutenant General ,
avec le Bataillon de Vermandois
, & celuy de Touloule ,
M le Comte de Toulouſe
eftant à la tefte. Monfieur le
Prince de Conty , Maréchal
de Camp , releva l'attaque de
Navarre , avec un Bataillon
du Perche , & un de Fufiliers,
& M d'Avejan, Brigadier ,
monta à l'attaque du Rivage
GALANT 375
1
avec deux Bataillons de
Stouppe. Jamais Prince n'a
monte la Tranchée à l'âge
de Mi le Comte de Touloufe
, & jamais on n'a vû tant
d'intrepidité avec.tant de jeuneffe.
Ce Prince auroit bien
voulu y paffer la nuit entiere ,
mais on ne luy permit d'y
refter que quelques heures .
C'eftoit affez pour faire paroiftre
de la crainte , s'il euft
efté capable d'en avoir. Ce
Prince paffa devant le Roy
d'une maniere qui charma
tous ceux qui le virent. On
cuft dit qu'il alloit plûtoſt à
376 MERCURE
quelque fefte , qu'à un lieu où
il devoit eftre expofé à des
coups qui n'épargnent point
ceux de fon rang. Comme
cette nuit là trois Princes
commandoient à la Tranchée,
chacun fe prepara à voir beau
feu. Sur les huit heures du
foir , le Roy monta à cheval
avecMonfeigneur , & toute la
Cour, & il alla juſqu'aux Batteries
, pour voir de quelle
maniere leurs ordres feroient
executez . On s'en acquitta
trop bien pour les Afficgez .
Le Clocher de l'Eglife des
Chanoineffes fut brûlé avec
GALANT. 377
1
$
la porte de la Nef de leur Eglife
. On continua pendant
la nuit à embraffer l'Ouvrage
-à corne , & à fe bien établir
dans les logemens au bord &
au long du foffé. Uu Sergent
du Regiment de Vermandois
qui avoit monté la Tranchée
cette nuit- là , paſſa de bonne
volonté le foffe de l'Ouvrage
à
corne pour le fonder . Il eut de
T'eau jufqu'aux lévres, & obſerva
la contre garde des Ennemis
& les Ouvrages les plus avancez
. Il trouva le terrain fort
bon Quelques
uns ayant cu
de la peine à le croire , il y
Mars 1691.
li
378 MERCURE
retourna , & rapporta une pa
liffade de cet Ouvrage , que
noftre Canon avoit rompuë.
Mr. le Prince de Conty voulut
luy donner cent piftoles.
Il les refufa en difant qu'il
eftoit Gentilhomme , & qu'il
ne s'expofoit que pour la
gloire qu'il y avoit àacquerit
en fervant le Roy . Sa Majesté
dit qu'Elle auroit ſoin de luy,
& commença en luy promets
tant une Lieutenance dans les
Grenadiers. Tous les Soldats
font d'une bravoure extraordinaire
; ils travaillent à déb
Couvert , & portent des faci
GALANT. 379
1
nes jufque fur le revers de la
Tranchée. Un Sapeur fut tué
avec trois Soldats , & il y cut
un Sergent de bleffé le 30. On
fit ce jour - là une nouvelle
Batterie de trois Mortiers , &
de trois pieces de Canon qui
tirerent dés midy. Il y avoit
alors quarante - quatre pieces
de Canon de 24. & de 33. qui
battoient la Ville . L'Ouvrage
à corne eftoit preſque foudroyé
du Canon , mais il ref
ftoit deux Ravelins qui n'en
eftoient pas encore affez endommagez
. Comme on ne
pouvoit pouffer les Tranchées
li ij
380 MERCURE
plus avant parce qu'elles
eftoient fur le bord du marais
; on travailla à porter des
facines , & dequoy faire des
gabions pour combler les foflez
. Un de nos Partis amena
deux Cavaliers qu'il avoit pris
aux environs de Bruxelles . Ils
dirent au Roy que le Prince
d'Orange affembloit foixante
mille hommes du côté d'Ath ,
à ce que publioient les Garnifons
de toutes les Villes . Un
de nos Partis enleva un convoy
de dix - huit charettes
chargées de munitions de
guerre , qui venoient de BruGALANT
281
3
xelles pour entrer dans Ath,
& prit quelques Cavaliers qui
leur fervoient d'efcorte . L'un
d'eux fut conduit devant le
Roy, & il l'affura que la confternation
eftoit fort grande
dans Bruxelles ; que le bruit
avoit couru le jour precedent
que Mons s'eftoit rendu ;
qu'on y faifoit de grands preparatifs
pour les Troupes du
Prince d'Orange qui devoient
y arriver de toutes parts ;
qu'on y publioit que ce Princeeftoit
à Breda , & qu'il avoit
déja vingt- cinq mille hommes
affemblez. Če mefme jour
382 MERCURE
30. un homme de confiance
que la Cour avoit envoyé à
Bruxelles , en revint . & dit
que non feulement le Prince
d'Orange n'y eftoit point ,
mais mefme qu'aucun de fes
gens n'y eftoit encore arrivé.
On receut auffi des Lettres de
Cologne , qui difoient qu'il
eftoit arrivé un Courier du
Prince d'Orange , pour faire
avancer les Troupes de Brandebourg
& de l'Evefque de
Munſter , mais que les Gene
raux de ces Troupes avoient
répondu qu'ils écriroient à
leurs Maiftres pour recevoir
GALANT. 383
J
des ordres fur ce qu'ils auroient
à faire . On n'a jamais
veu dans aucune Armée , ce
qui fe voit dans celle qui affiege
Mons. Quoy qu'elle foit
fort nombreuſe , il y a toujours
pour quinze jours de
farine de refte , à laquelle on
ne touche point, & l'on en fait
inceffamment venir pour ce
qui fe confume chaque jour .
Les provifions de guerre n'y
font pas en moindre abondance
, & jufques au 30. qui eſt le
jour où cet article eft écrits on
avoit envoyé trois cens milliers
de poudre,fept mille bou384
MERCURE
lets de vingt- quatre , trois mille
boulets rouges de huit ,& jetté
prés de trois mille Bombes .
Sa Majefté a donné à M le
Comte d'Evreux , l'Enſeigne
-Colonelle
du Regiment du
Roy, M de Megrigny fe
trouvant mieux de fa contu.
fion , & n'ayant point voulu
retourner à fon Gouvernement
de la Citadelle de Tour.
nay , continua à donner . fes
ordres fur ce qui regarde
l'employ qu'il a au Siege,
Le 30. au foir, M de Joyeufe
, Lieutenant General, monta
la Tranchée à l'attaque
des
GALANT. 385
1
1
des Gardes avec deux Bataillons
de Greder Allemand .
Elle fut montée à l'attaque
de Navarre par M.le Grand
Prieur , Maréchal de Camp ,
avec les deux Bataillons do
Pollier Suiffe . Ces deux atta
ques n'en firent alors plus qu'e
une qui va à la porte de Beri
themont. La Tranchée futrelevée
à l'attaque du Rivage par
M.Stouppe Cadet, Brigadier,
avec deux Bataillons des Gardes
. M. de Cominges eftoitt
Aide de Camp du Roy. On
avoit commencé le matin à
combler le foffé de l'Ouvrage
Mars 1691. K k
386 MERCURE
de terre qui fervoit de défenſe
au demy- Baftion droit de
l'Ouvrage à cornes cet Ouvrage
à corne n'ayant qu'un
demy Baſtion reveſtuva la
droite , & celuy de la gauche
n'eftant pas fait. Il y eut huit
ou neuf Soldats de ruez , un
Lieutenant des Grenadiers, &
une vingtaine de Soldats blef
fez pendant cette journée en
travaillant à combler ce foffé.
Il fe trouva à peu près achevé
fur le minuit , & M. de Vauban
fit paffer deux Grenadiers
de Navarre pour découvrir
il y avoit du monde dans cet
GALANT 387
Ouvrage . Ils rapporterent
qu'il n'y avoit perfonne , &
l'on y fit un logement fans
perdre qui que ce ſoit. Cet
Ouvrage eftant plus haut que
l'Ouvrage
à corne devoit
extremement nuite à ceux qui
}
F'auroient défendu . On y devoit
faire une Batterie , que
l'on jugeoit d'autant plus utile
, qu'elle pouvoit ruiner la
Demy-lune qui couvre la porte
de Berthemont. Un peu
avant le jour, M: de Vauban
fit monter deux Grenadiers
dans la Demy - lune revestuë,
dont la face gauche avoit cfté
Kkij
388 MERCURE
ruinée la veille par une de nos
Batteries , & l'ayant trouvée
encore abandonnée , il y fit
faire un logement qui parut
chagriner beaucoup les Ennemis
, car ils titerent plus pens
dant une heure qu'ils n'a,
voient fait pendant deux
jours. Le logement fut neanmoins
achevé fans qu'il y cuft
plus de trois Soldats bleffez ,
& un de tué. On prolongea
la fappe le long de la chauf
fée , laiffant à droite la Tranchée
de l'Ouvrage à corne ,
jufqu'à un terrain où l'on fit
un retour pour y mettre une
GALANT. 389
&
Batterie. Elle dévoit abîmer
la Demy lune qui eft à la gauche
de celle qui couvre la
porte . Il n'y avoit alors que
167. bleffez à l'Hôpital, & 136 .
Malades. Monfeigneur allà à
la Tranchée fur les dix heures
du matin , accompagné
de
Monfieur le Duc de Chartres.
Il vifita avec M de Vauban )
tous les travaux qui avoient
efté faits pendant la nuit . Un
Soldat de la Place s'eftant
rendu , dit que la Garnifon
eftoit fort fatiguée ; que le
Gouverneur la tenoit rigou
Leufement fans feu fur les
Kk iij.
390 MERCURE
.
remparts , & fans' luy per
mertre d'entrer dans la Ville;
qu'ils avoient quantité de
bleffez , parmy leſquels il Y
avoit beaucoup d'Officiers .
Le 31. au foir, la Tranchée
for montée par M. de Bou-
Aers , Lieutenant General , &
M. de Congis , Maréchal de
Camp , avec les trois Bataillons
des Gardes Françoiles .
Codes Gardes
& de
3
Navarre ayant efté unies ne
doivent plus eftre appellées
que l'attaque de Berthemont .
M le Prince de Soubife ,
Lieutenant General , ne puc
GALANT.
༣9I
monter la Tranchée eftant
indifpofé. M ! de Polaftron ,
Brigadier , la monta à l'attaque
des Gardes avec le Bataillon
de Provence , & celuy de
L Solre. Cette attaque eftant
fauffe , on ne la pouffa que
lentement. M: le Prince de
Turenne , Aide de Camp du
Roy , eAoit de jour . On ne
fit cette nuit- là qu'achever
de fecbien loger fur le bord
du foffé de l'Ouvrage à cor
ne & fur la petite tenaille , &
que voituret des facines , par
ce que pendant toute la jour
née on avoit travaillé à
Kk iiij
pers
392 MRECURE
fectionner la Tranchée ; & i
élargir les logemens avancez.
Depuis dix heures du matin
on avoit continué un boyau
que l'on avoit tiré de la demylune
, qui paffe dans la fauffe
braye , & qui va aboutir droit
au batardeau, ce qui eftoit une
difpofitionà ouvrir le paffage
qui devoit fervir à jetter le
Pont du Radeau pour le paffage
du foffé de l'Ouvrage à
corne, On avoit auffi tiré fur
la gauche un boyau en defilant
de l'Ouvrage qu'on appelle
demy Ballion , qui eft
à noftre égard, fur la gauche
GALANT. 393
de l'Ouvrage à corne . On tira
toute la nuit des boulets rouges
qui mirent deux ou trois
fois le feu dans la Ville . On
travailla fur la tenaille à une
Batterie de quatre Pieces pour
#battre l'Ouvrage à corne. Nos
Sappeurs trouverent un Sol.
I dat Efpagnol mortellement
bleffé , dans la fappe qu'ils
avoient faite depuis la Demy-
lune jufques à la Fauffebraye.
Le Roy monta à cheval
dés fept heures du matin ,
pour voir arriver l'Infanteric
commandée par M : de Humicres
. On l'a fait entrer dans
394 MERCURE
les Lignes , de forte qu'il y
prefentement dans la Ligne
de circonvallation un cordon
d'Infanterie
à cent quarante
pas de Ligne. Il y avoit alors
dans le Camp foixante & dix
Bataillons , & ce qu'il y a de
furprenant , & qui doit paroi
ftre prefque incroyable ; c'eſt
que tout s'y trouve en abon
dance , tant le Roy eft bien
fervi .Plufieurs Relations mar
quent que le Camp a de l'air
d'une Foire bien garnie , cù
chacun peut trouver les chofes
dont il a befoin.
Le premier Avril , fur les
GALANT
395
deux heures aprés midy, le
comblement du foffé de l'Ouvrage
à corne ayant eſté achevé
,M: de Bouflers,Lieutenant
General cftant de jour à la
Tranchée , envoya M. le
Prince de Turenne dire au
Roy, que le pont ſur le foſſé
cftoit entierement achevé ;
que l'on eftoit logé fur la Berme,
& que fi Sa Majesté vouloit
, le Regiment des Gardes
eftoit en eftat d'emporter
cet Ouvrage . Il avoir lieu de
le croire , les Ennemis n'ayant
fait qu'une legere refiftance
lors qu'on avoit comblé le
296 MERCURE
foffé . M. de Vauban , qui juf
que là avoit fait differer cette
attaque pour épargner les
Troupes , ayant auffi cru qu'-
elle fe pouvoit faire avoit
envoyé demander permiffion
au Roy d'y faire donner un
affaut quand il le jugeroit à
propos , ce que Sa Majeſté luy
avoit accordé. Le Regiment
des Gardes , qui eftoit encore
de Tranchée , & qui en de
voit eftre relevé par les Suiffes,
fçachant la permiffion que le
Roy avoit donnée à M : de
Vauban le preffa de permettre
que l'attaque fe fift avant qu'il
GALANT. 397
fuft relevé ; à quoy il confentit,
& l'on nomma la feconde
Compagnie des Grenadiers
du mefme Regiment , & les
trois Compagnies des Gres
nadiers de fon Regiment.
Toutes chofes eftant prepa
récs pour faire reüffir cette at
taque le Regiment des Gardes
fir voir tant d'impatience de
fe fignaler, qu'il donna avant
que les Compagnies des Grenadiers
du Regiment du Roy
fuffent arrivées . Il eftoit environ
quatre heures aprés mi-
.dy, Mide Vauban expliqua
298 MERCURE
luy- mefme à Mts de Beauregard
& de Saillant, Capitaines
des Grenadiers du Regiment
des Gardes , ce qu'ils avoient
à faire lors qu'ils feroient entrez
dans l'Ouvrage à corne.
M. de Beauregard marcha le
premier avec la Compagnie .
M. de Saillant le fuivit avec
la fienne , & tous les Soldats
monterent avec beaucoup de
valeur . Les Ennemis ne tinrent
qu'environ démy heure ,
& abandonnerent l'Ouvrage .
Si- toft que les nostres y furent
entrez , les travailleurs .
y arriverent dans le temps
GALANT. 399
•
que nos Troupes commençoient
à y faire le logement ,
mais à peine eftoit-il à moitié
fait que plufieurs Officiers
des ennemis fuivis d'un gros
corps, parurent avec des faux , à
la gorge de l'Ouvrage à corne ,
& en chafferent les Grenadiers
du Regiment des Gardes ,dont
les Officiers ont fait des chofes
furprenantes en cette occafion.
M. le Prince de Turenne
& Mile Comte de Nogent
s'y font fignalez , M : de
Cormaillon & beaucoup d'autres'
Il n'y eut pas jufques aux
Sergens du Regiment des Gar400
MERCURE
des qui fe diftinguerent, mais
un petit nombre de Nobleffe
& d'Officiers ne pouvant renir
contre une foule d'Enne
mis qui vint pour les accabler,
ils fe retirerent , & les Ennemis
qui eftoient fortis en foule
du chemin couvert , revinrent
occuper les poftes dont
ils avoient cfté chaffez. Il y
cut environ 20. Soldats tucz
en cette occafion , fix ou fept
Officiers tuez ou prifonniers.
quatre ou cinq Officiers bleffez
& cinquante cinq Soldats
auffi bleffez & portez à l'Hofpital.
La plus part des TraGALANT.
401
vailleurs refterent long- temps
dans l'Ouvrage aprés qu'il eut
efté abandonné , dont plu
feurs ont ofté tucziou bleſſez.
Milde Bouflers aucfté, bleffé
dans l'action d'un coup de
moufquet derriere l'oreille ,
tout à l'extrémité de la tefte,
mais fa playc n'a pas jesté
trouvée dangereu fe . Quelques
Officiers qui estoient à cette
action comme Volontaires ,
ont lauffi efté bleſſez , entre
autres M: d'Albergotti d'un
coup au vifage . Le Fils aifné
de M. de Chevreuse qui cftoit
àllá
baterie.receut un coup de
Mars 1691 . I.1
402 MERCURE
moufquet à la refte qui luy a
percé le bord de fon chapeau,
& qui en frapant la forme du
chapeau fans le percer n'a pas
laiffé de luy découvrir l'os .
Aprés cette déroute on fit
une ceffation d'armes pour
demander aux Ennemis des
nouvelles de M de Beauregard
, & de M le Chevalier
de Saillant. On apprinque M
de Beauregard avoit cfté tué,
& que Mode Saillant eftoit
prifonnier. Le foir de la même
journée ,la Tranchée fut
montée par M: de Rubantel ,
Lieutenant General , & M
GALANT. 403
J
7
! de Monchevrcüil , Maréchal
de Camp, à l'attaque de la
porte de Berthemont avec les
trois Bataillons des Gardes
Suiffes. Mi de Vertillac Brigadier
, la monta à la porte du
Rivage avec 2. Bataillons de
Navarre . Mi le Comte de Nogent
fervoit cejour- là d'Aide
de Camp du Roy. On ne fit
rien pendant toute la nuit que
de fe bien établir dans les logemens
qu'on avoit faits fur
la Berme. Le Roy voulant que
le logement fur l'Ouvrage à
corne fe fift le lendemain
commanda pour cet effet
CUS
Ll ij
404 MERCURE
deux Compagnies des Gre
nadiers de fon Regiment ,
ainfi que du Regiment des
Vaiffeaux & de celuy de Navarre
, avec cent cinquante
Moufquetaires commandez
par M de Maupertuis pour
attaquer ledit Ouvrage , avec
les Suiffes qui estoient à la
tranchée. Il le fur à dix heures
du matin. Les Ennemis au
nombre de trois ou quatré
cens eftoient en Bataille dans
l'Ouvrage à corne, & à coups
de piques , de Grenades , de
faux emmanchées à revers,
ils difputerent long- temps au
GALANT. 405
Regiment du Roy le haut de
la Bréche , mais une autre
I Compagnie de Grenadiers
ayant paffé fur le Batardeau
qui tient à la Courtine, & les
Grenadiers du Royayant fait
un effort , ils entrerent l'épée
à la main parmy les Ennemis ,
& en tuerent une grande
quantité. Pendant ce temps. là
le Canon & les Bombes fervirent
de maniere que les Ennemis
n'oferent fe montrer hors
de leur chemin couvert , & la
logement fur tellement affu
ré, que M: de Vauban manda
au Roy qu'il luy répondoit
406 MERCURE
.
que les Efpagnols ne remet
troient plus le pied dans l'Ou
vrage à corne Les Ennemis
ayant fait mine de revenir,
quarante Moufquetaires qui
cftoient entrez dans l'Ouviage
à corne par le demy Baftion
de la branche droite , les
repoufferent jufques à la Paliffade
de la demy - lune du
chemin couvert qui couvre la
porte de Berthemont . ME de
Lanjamet fit retirer les autres
par ordre exprés du Roy ;
M d'Artagnan & de Rigouille
eftoient du détache
ment. Hy eut trois Capitai
GALANT: 407
#
nes de Grenadiers tuez ou
bleffez. On travailla enfuite
à une batterie de fix Canons
& de douze smortiers dans
l'Ouvrage à corne , qui devoient
tirer le lendemain fur
la demy-lune qui eft à gau
che de celle qui couvre la
porte de Berthemont . Voicy
une Lifte des morts & des
bleficze je ne vous affure pas
quelle foit tout à fait juste,
non plus que la Relation que
je vous envoye , puis queje
vous écrits avec précipitation
dans le temps que les premie
res nouvelles arrivent .
408 MERCURE
OFFICIERS TUEZ
on bleffez à l'attaque de
l'Ouvrage à corne.
Mr de Beauregard Capitaine
de Grenadiers au Regiment
des Gardes, tué d'un coup de
Moufquet au travers du corps.
M ' de Vauroüy , Lieutenant
aux Gardes , bleffé d'un coup
de Moufquet à la cuiffe , &
d'un autre à la jambe .
*
M' de la Proderie, Enfeigne
des Grenadiers de Beauregard,
tué d'un coup de Mouf
quet au travers du corps.:
Le
GALANT.
409.
G
Mr le Chevalier d'Hautefort
, Sous- L. au Regiment:
des Gardes Bleffé de trois
coups de faulx , & d'un coup
d'épée.
Mr le Chevalier Dujardin,
Aide Major , bleſſéaman
M le Duc de Montfort ,
Volontaire , bleffe.
M de Cognée , Aide de
Camp de Monfeigneur, bleffé.
Mr le Chevalier de Longueil
, Aide de Camp de Monfieur,
bleffe .
M' Contande, Enfeigne aux
Gardes , bleffé.
M m
f
410 MERCURE
On ne fçait ce qu'eft devenu
M. le Chevalier Deftrade,
Aide de Camp de Monfieur
le Duc de Chartres.
Il y a eu auffi quatre Inge
nieurs bleffez, dont on ignore
les noms:
Ne foyez point furprife de
voir ma Lettre de Mars
pouffée jufques au 4. d'Avril.
Je l'ay fait dans la penféc
que je pourrois y employer
tout le Journal du Siege de
Mons , fçachant que je vous
aurois fait plaifir , & à tous
ceux qui s'apprettent à la lire ;
mais le temps qui preffe , m'oGALANT
411
pour
eblige de la finir, Il manquera
peu de chofe à ma Relation
la rendre complete
, &
j'auray le plaifir d'en avoir
donné une avec un trés- grand
détail , pendant que le public
eft encore dans la chaleur
d'aprendre ce qui s'eſt paſé
à ce fameux Siege , ce qui ne
s'eft point encore fait , Dans
un ſi grand nombre de particularitez
tirées d'une infinité
de Relations , je me ſuis
peut- eſtre trompé en quelques
endroits , & puis avoir fait
paffer dans un temps ce qui
felt fait dans un autre , mais
M`m ij
412 MERCURE
ce n'eft pas tout- à - fait ma
faute. Il n'y en a prefque aucune
qui ne laiffe quelque
chofe à deviner , la plufpart
ne feparant pas affez les actions
du matin; de l'aprésdînée
, du foir & de la nuit , &
donnant fujet de croire que
les chofes le font paffées le
jour que leurs Lettres font dattées
, quoy qu'elles foient le
plus fouvent arrivées la veille
Cela peut m'avoir fait tomber
dans quelques fautes ; mais les
fautes de cette nature ne lont
pas confiderables , puis que
des faits , pour eftre transpor
GALANT 43
tez, n'en font pas moins veritables
. J'aurois pû m'empê
cher de faire de cas fortes de
fautes en vous donnant ce détail
plus tard ; mais le plaifir
de vous le donner dans le
temps que vous fouhaitez , fera
mon excufe . J'aurois beaucoup
de chofes à vous dire de
la priſe de Villefranche & de
fon Chafteau , ainfi que des
Forts de Saint Solpire , & de
Montalban , mais il ne me
refte ny temps , ny place
pous vous en entretenir, non
plus que de l'Armée du Roy,
qui arriva devane Nice le 25.
1
Mm iij
414 MERCURE
de Mars. C'eft le cinquiéme
Siege qu'elle a fait avant le
temps où l'on ouvre ordinairement
la Campagne . Je fuis
voftre , & c.
A Paris , ce 4. Avril 1691,
SSS25$22552 S2S522
P
TABLE.
Relude.
Paraphrafe allegorique,
Lettre tres-curieuse & tres- impor
tante ,
Ode ,
Carte du Theatre de la Guerre,
LettreJur l'Opinion ,
Fable
23.
45 .
90.
95.
III.
Réjouiffances faites à Conftantinople
par l'Ambafadeur de France, 114.
Morts , 1201
Aſſemblée faite à l'Academie de Nifmes,
132.
Comparaison de la Fièvre & de
l'amour
Declaration d'Amour
136.
141
Mariage de Monfieur le Printe de
TABLE.
Turenne , 144
Thefes fouftenues par M. l'Abbé
d'Auvergne ,
Loterie ,
ISS
157
M. le Maréchal de Lorge eft créé
Duc
Autre Article de Morts
Hiftoire
161
163
164
Détail de tout ce qui s'eſt paßé an
Voyage du Prince d'Orange à la
Haye
210
Mariages ,
280
Article des Enigmes 284
Prieres faites pour le Roy & prefent
fait à Sa Majesté ,
206
Livres nouveaux
298
Fournal du Siege de Mons 302
Nouvelles de Ville- Franche , 413
Avis pourplacerles Figures.
'Air qui commence par ,Si vous
Loo
voulez que je cache ma flame,
.
doit regarder la page 87.
Les Jetrons doivent regarder la
page 131.
L'Air qui commence par , Pourquoy
me fuyez vous , &c . doit regarder
la page 295.
Extrait du Privilege du Roy.
PAR
AR Grace & Privilege du Roy, donné à
Chaville, le 18 Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , IUNQUIERES , Il eft
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sieue
Devizé, dé continuer de faire imprimer,vendre
& debiter le Livre intitulé , MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Relations ,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
: voudra choiſir , Et defenſes ſont faites à tous
Imprimeurs &-Libraires , & tous autres de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
by graver aucunes Planches fervant à l'orne.
ment d'iceluy, ny mefime de le donner a
lite, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contreveñans, ainſi que
plus au long il eft porté efdites Lettres .
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14.
Septembre 1683. Signé ANGOT, Syndic,
Ledit Sieur Divizi a cedé fon droit du
prefent Privilege à Michel Guerout , Libraire
, pour en jouir fuivant l'accord fait
Eh&
RLibrick
Brequifere.
ZAugu a
BIBLIOTHÈQUE.
60
ILLY
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MARS 1691.
SAINTE
GENEL
A
PARIS ,
GALERIE - NEVYE
DU PALAIS
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E MICHEL GUER OUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. XCI.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
•
******* *7*&*££*
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfai
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laisse pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne ſe peutfervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour
pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent, &fut
>
Á ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il fait arrivé dans
A VIS,
V
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout : s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sicur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
>
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lien d'eftre
content.
MERCVRE
CALANT
MARS 1691.
OUS ne devez
point vous étonner
, Madame
, fi
je commence toutes mes Lettres,
ou par des actions du
Roy qui loüent Sa Majefté ,
fans qu'il foit befoin de faire
A iiij
8 MERCURE
autre chofe que les citer , ou
par des Ouvrages faits à fa
gloire par fes Sujets , ou par
d'Illuftres Etrangers . Peut- on
refuſer à cet Augufte Monarque
les louanges qu'il merite,
puis qu'on voit que les plus
grands Ennemis fe trouvent
contraints de luy en donner
publiquement ? Vous en allez
fire de veritables & d'ingenicufes
dans la Paraphrafe
allegorique que je vous envoye
du Pleaume qui commence
par Deus ultionum
Dominus. Les Interpretes en
le prenant à la lettre , l'expliGALANT.
9
quent de David perfecuté par
Saül. Cet Ouvrage eft adreffé
à Mr de Vignacourt , Grand
Maiftre de Malthe .
55 25522252 222 5552
PARAPHRASE
ALLEGORIQUE
Du PSEAUME XCIII.
Sur les Victoires que le Roy a
remportées contre la Ligue de
prefque toute l'Europe.
G
Rand Dieu , qui fur l'Impie as
feul droit de vangeance,
Qui peux quand il te plaift punir
fon infolence ,
10IQ MERCURE
Grand Dieu , ne tarde plus , & fais
fentir tes coups
Anos fiers Ennemis qui bravent ton
Couroux.
Fufqu'à quand verra-t-on leur orgueil
témeraire
Abatre tes Autels , brifer ton San-
Etuaire ,
Et par un noir excés de leur rebellion
,
Abolir ton faint Culte,& ta Religion?
Il est temps d'abaiffer cette fiere impudence
,
Qui vient jusqu'à nos yeux blâmer
ta Providence.
Peut-on voir , fans gemir , de tant
de maux l'Auteur ,
Du Trône d'un Beau -pere injufte
Usurpateur ,
Liguer contre ton nom tous les Rois
de la Terre ,
GALANT. It
Et porter en tous lieux le flambeau
de la Guerre ?
L'Empire conjuré contre tes faintes
Loix ,
S'arme pour accabler le plus grand
de nos Rois ;
Ce Roy , qui pour fauver l'honneur
de ton Eglife ,
Oppofe Seul fon bras à leur lâche
entrepriſe.
L'impietéparoiftfur tous leurs étendards
, [ mille dards,
Contre la Foy de Pierre ils lancent
Ils arment contre nous nos fugitifs
rebelles ;
Ils degradent les Rois lors qu'ils te
font fidelles.
Une Reine éplorée , un Pupille innocent,
Dont l'Auguste Lovis eft l'azile
puissant
12 MERCURE
7
S'expofent fur les flots pour éviter
leur
rage ,
Et ne font affurez que fur noftre
rivage.
Ce n'eft pas tout ; leur coeur dans
le crime endurcy ,
Et leur efprit hautain
obfcurey ,
par P'erreur
Pouffant l'impietéjusqu'à lafreneſie,
T'infultent hautement par ce difcours
impie.
Le Seigneur, difent ils, prend- ilfoin
des Mortels ?
Diftingue-t-il entr'euxfon Culte &
fes Autels ?
A-t-il des yeuxpour voir lesforfaits
& les crimes ?
Ecoute-t-il des vaux , reçoit-il des
victimes ?
Aveugles infenfez , quel demon furieux
GALANT.
13
Vous met pour vous punir un bandeau
fur les yeux ?
Celuy qui du néant tira la Terre &
l'onde
,
A-t- il perdu le droit de gouverner le
Monde ?
Celuy qui feal regit tout ce vafle
Univers
A-t-il moins de fçavoir que vos ef
prits pervers,
Et ce grand Ouvrier qui fit tant de
merveilles ,
Sera-t-il pour vous feuls fans yeux
&fans oreilles,
Et ne sçaura-t-il point de votre
impieté ,
Confondre l'infolence & la temerité?
Mais , grand Dieu , de ton bras la
terrible puissance
Vient de faire éclater ta fainte Pro
vidence.
14 MERCURE
La Justice triomphe , & l'orgueil
éperdu
Dans tous fes vains projetsfe trouve
confondu.
L'Irlande a vû Naſſau qui luy portoit
la Guerre ,
Aprés de vains efforts regagner l'A
gleterre.
La Sambre a vû cueillir à nos braves
Guerriers
Sur fes bords fubjuguez, des forefts
de
Lauriers ;
Et la Mer qui n'a pû foûtenir tant
de crimes
Au Batave , à l'Anglois vient d'ou
vrirfes abifmes.
L'Eridanpenetré d'un veritable deuil,
D'un nouveau Phaëton prépare le
cercueil >
Et le Rhin étonné voit déja ſurſes
rives ,
GALANT. IS
De l'Empire abbatu les Troupes fugitives
:
Et fes Princes domptez par noftre
Grand Dauphin ,
Ontvû de leurs deſſeins la ridicule fin.
Heureux , Seigneur , heureux les
Monarques , les Princes ,
Qui font regner ta Loy dans leurs
vaftes Provinces,
Et qui n'immolent point à leur ambition
Les plus facrez devoirs de la Religion!
Que le Monde contre eux éleve fa
puiſſance ,
Il ne peut ébranler leur fidelle con-
Stances
Tranquilles dans la peine & dans
l'adverfité ,
Ils attendent les jours de la profperité
,
16 MERCURE
Etparmy les combats & la fureur des
armes ,
Efperant au Seigneur an Seigneur ,
fans alarmes.
ils vivent
Ils fçavent que ta main prête pour
leur fecours,
Bien-toft de leurs malheurs fçaura
borner le cours ;
Et que leurs ennemis irritant tajuftice
,
( cipice,
Tomberont à la fin au fond du pré-
Non , je ne croiray point que ta
fainte équité
Nous puiffe voir languir dans la calamité
,
Et que ton bras puiſſant pour jamais
abandonne
Un Roy qui pour te fuivre a quitté
fa Couronne.
Je sens que ta juftice eft prefte d'éclater
GALANT. 17
Contre ces orgueilleux qui vouloient
t'infulteri
Et que tu n'as fouffert avec tant d'indulgence
,
Que pour les mieux punir au jour
de ta
vangeance
.
Fortifié , Seigneur , par cet unique
espoir,
Je n'ay point redouté leur terrible
pouvoir ;
Et lors que des Germains j'ay vù
fondre l'orage ,
Fay fenti ranimer maforce & mon
courage.
En vain nos Alliez, rebelles à ta Loy,
Joints à nos Ennemis nous ont manqué
de foy ;
Ils ont vû diffiper leurs nombreuses
Armées ,
Par le fer , par le feu triftement
confumées.
Mars 1691 .
18 MERCURE
Ils fe croyoient déja les maiftres de
nos Forts
Leurs Flotes infultoient nos Vaiffeaux
dans nos Ports.
Ils devoroient des yeux nos plus fuperbes
Villes ,
Ils partageoient entre-eux nos Provinces
fertiles :
Mais dans ce trifte eftat ton appuy
glorieux ,
(ctorieux;
De tous nos Ennemis nous rend vi-
Et lors qu'ils nous croyoient au bord
du précipice
,
Ta nous foutiens , Seigneur, par une
main propice ,
Mefurant ton fecours & tes fidelles
foins ,
A nos preffans dangers , à nos plus
grands befoins.
Apprenez, orgueilleux , par ces
coups admirables ,
GALANT. 19
A respecter du Ciel les fecrets adorables
;
De voftre ambition calmez les vains
accés ,
Et ne vous enflex pas de vos premiers
faccés.
Quand vous avez trahi laplus pure
innocence ›
Vous avez dans vos loix cherché
voftre défense ;
Mais le fufte accablé, mais un Prince
vendu ,
Mais le fang innocent par vos mains
répandu ,
Ont une voix qui crie auprés dujuſte
( refuge. Fuge ,
Qui donne aux opprimez un aſſuré
C'eft luy qui de vos coeurs connoift
l'impieté ,
Es qui de vos complots perçant l'ob-
Scurité ,
B
ij
20 MERCURE
Contre tous vos deffeins nous met en
afſurance i
C'est le Dieu des Combats qui protege
la France.
2
Genereux Vignacourt , qui d'une
ardeur fidelle ,
Des Heros de ton nom fuis la tracé
immortelle ,
Et qui fuccedes moins à leur Principauté,
Qu'à leur brillant courage & qu'à
leur pieté s
;
Quand cet ordre fameux que la
gloire environne ,
Aux pieds de fes Autels t'apporte
fa Couronne ;
Et que fes Nations pour vivrefous
tes loix ?
D'un concours general ont réuny leurs
voix.
4
GALANT. 21
Daigne entendre les fons de mes
facrez Cantiques ,
où je peins de LOVIS les fuccés
heroiques ;
Bien- toft ton heureux regne il me
faudra chanter ,
Et le plus grand des Rois voudra
bien mécouter.
Cette Paraphrafe qu'il ne
faut que lire pour en connoiftre
les beautez , eft de M
l'Abbé de Viani , Commandeur
& Prieur de Saint Jean
d'Aix , Frere du Prieur de
Saint Jean de Malthe , Prelature
fi confiderable dans l'Or
dre de ce mefme nom. Vous
22 MERCURE
avez déja veu un Ouvrage de
mefme nature de cet excellent
homme. C'eft la Paraphrafe
allegorique aux Victoires
de Monfeigneur , du
Pleaume 71. que David compofa
pour fouhaitter les vertus
neceffaires à fon Fils Salomon
, pour bien regner. Cet
Ouvrage , fut leu en ce tempslà
à l'Academie Françoife,
& il y receut un applaudiffement
general . M. l'Abbé de
Viani n'eſt pas feulement un
homme de belles Lettres , il
eft grand Theologien & fort
appliqué aux Sciences Saintes,
GALANT. 23
où il a fait des progrés qui
luy ont acquis beaucoup de
gloire, Il eft d'ailleurs un
des plus honneftes hommes
du monde , & fa reputation
n'eft bornée ny par les Mers,
ny par les Alpes , puis qu'il
eft dans une tres grande cftime
parmy tous les Sçavans
Etrangers .
Comme il n'y a point de
bien qui nous foit plus pretieux
que la vie , rien ne nous
doit faire plus de plaifir que
ce qui regarde les moyens
qui nous la peuvent faire '
conferver. Auff aimons24
MERCURE
nous toujours à voir les Ou
vrages qui en traitent . C'eſt
ce qui m'oblige à vous en
envoyer un fort curieux , &
qui vous plaira par la netteté
avec laquelle l'Auteur s'explique
fur une matiere remplic
d'obſcurité
, & fouvent rendue
encore plus obfcure , par
ceux qui entreprennent d'en
raifonner
.
LETTRE
GALANT 25
55525522552 525522
LETTRE
D'UN PHILOSOPHE,
AM: Chapelas , Curé de
SJacques de la Boucherie ,
Docteur de Sorbonne.
Mo
ONSIEUR ;
Vous me marquez par voftre
Lettre
, que la naiveté avec laquelle
je vous entretins dernierement
touchant la Medecine, vous
a tellement plû › que je ne vous
fçaurois obliger plus fenfiblement
Mars
1691.
C
26 MERCURE
que
de vous envoyer par écrit .
toutes mes Reflexions pour les
communiquer à voftre Medecin ,
dont les fentimens font bien differens
des miens. Je le feray .
Monfieur , d'autant plus agreablement
, que je fuis perfuadé
que vous ne me refuferez pas de
me donner auffi par écrit les objections
qu'il y fera , afin que
ma replique vous puiffe faire
connoistre que mes fentimens font
appuyez fur des fondemens inébranlables.
Mais comme dans
une Converfation les matieres
font traitées avec affez de confufion
, vous trouverez bon , s'il
GALANT. 27
*
vous plaift , que je leur donne
quelque ordre, afin de vous faire
mieux comprendre tout ce que
je penfe , & jugeant que j'auray
befoin pour quelque Demonftra
tion , de faire mention des Elemens
, je fuis d'avis de vous en
entretenir d'abord , de commencerpar
laTerre, comme celle quife
prefente toujours à nos yeux.
Les Philofophes définiffent la
Terre un Element pefant ,folide,
froid fec , mais cette définition
fe trouve fauffe par l'experience
, puis que tous les mixtes
les plus legers ont plus de terre
que les plus pefans , ce qu'on peut
Cij
28 MERCURE
&
remarquer en anatomizant quelques
mixtes ; car on trouvera
que le Liege & le Saule qui font
des arbres fort legers ont plus
de terre que le Buis le Chefne,
qui font fort pefans . La Pierre
Ponce qui est extremement legere
, a plus de terre que le Marbre
, qui eft la pierre la plus
pefante ; & il n'y en a qu'une
demy-once dans une livre de
Souphre , quoy que le Souphre
foit un mineral fort pefant. Ainfi
nous définirons la Terre , un Element
fpongieux , leger friable,
& cette définition explique parfaitement
l'effence , la nature ,
GALANT. 29
les qualitez propres & particulieres
de la Terre , à laquelle
feule elles conviennent , & non
aux autres Elemens ; & il eft
uray de dire qu'elle ne peut eftre
pefante &folide , puis qu'elle eft
rare , friable & pleine de pores,
defquels on ne sçauroit " eftre
mieux convaincu qu'en rempliffant
un verre, de terre élementaire,
& verfant dans le mefme
verre autant d'eau qu'il en pour
roit contenir quand il n'y auroit
aucune chofe dedans . Alors
on verra qu'il y entrera autant
d'eau , que s'il n'y avoit point
de terre , ce qui eft une marque
C iij
30 MERCURE
incontestable de fa porofité
legereté.
Nous donnerons le fecond rang
à l'Element de l'Eau , comme à
celuy qui aprés la Terre nous est
le plus apparent . Les Anciens ont
définy l'Element de l'Eau , froid
& humide, & ils ont declaré
l'humidité fa qualité propre &
naturelle ; ce qui est éloigné de
la raison , car ce qui eft propre
& naturel à chaque Element
luy convient toujours à luy feul,
mais l'humidité convient à l'air,
qu'ils mettent au rang des Elemens.
Il est donc vray de dire
l'humidité n'eft pas. la
que
quaGALANT.
31
lité propre naturelle de l'Eau.
Ainfi nous definirons l'Eau un
corps élementaire fimple & homogene
, humide , qui fe coagule
par le froid , & indifferent au
chaud & au froid , mais fa propre
& naturelle qualité eft la
coagulation
congelation
par
le froid externe ; car il n'y a
pas d'autre Element qui fe congele
feul au froid , & c'est à luy
feul que convient la congelation.
Al'égard du Feu de l'Air,
qu'on met au rang des Elemens ,
je vous diray que le Feu ny
l'Air nefe trouvant pas dans la
C iiij
32 MERCURE
de
compofition des mixtes , ne peutvent
estre mis au rang des Elemens
: & comme le propre des
Elemens est d'entretenir
nourrir toutes chofes , & que le
feu bien loin de les conferver »
les détruit , il ne peut eftre mis
au rang des Elemens ; outre que
le feu materiel fe refout en d'au
tres fubftances : & le propre toutefois
des Elemens eft de ne
pouvoir eftre reduits , ny naturellement
, ny par art, en aucune
autre fubftance ; de forte que le
feu ne peut pas eftre un Element,
mais bien un mixte & un composé,
d'autant que tous les jours
>
GALANT. 33
il s'en fait & produit par plufieurs
voyes ,foit par la friction
de deux corps durs foit par divers
miroirs qu'on appelle ardens
, comme il eft engendré
journellement il ne peut pas eftre
mis au rang des Elemens , qui ne
peuvent estre engendrez ny produits.
Quant à l'Air , il ne peut pas
non plus eftre mis au rang des
Elemens , puis qu'il n'entre pas
dans les corps des mixtes , comme
partie du composé , & conftituant
l'effence du mixte , mais
feulement comme rempliffant les
pores du mixte ; carfi l'Air eftoit
34 MERCURE
il
mis au rang des Elemens , il n'y
auroit pas d'Element qui pust
eftre reduit à fa fimplicité , parce
que l'air par fa fubtilité rempliffant
les pores des Elemens ,
s'enfuivroit que les Elemens feroient
compofez d'autres Elemens
, de forte que l'air n'eft pas
un Element conftituant l'effence
des mixtes , mais feulement rempliffant
les pores , afin que toute
la nature foit jointe & unie en
elle-mefme : & comme l'air externe
n'est pas de la compofition
des mixtes , l'air interne n'en
fera pas non plus , eftant de la
mefme nature. Ainfi de quatre
GALANT. 35
Elemens reconnus par les Anciens,
il ne s'en trouve que deux;
mais comme on n'a pû reconnoifire
cette verité que par l'analyfe
des mixtes , on a trouvé
qu'au lieu des quatre pretendus
Elemens il y en
en a cinq ; fçavoir
la Terre & l'Eau dont je vous
ay parlé , le Sel , l'Esprit & le
Souphre, dont je vais vous entretenir
en peu de mots , non pas
comme d'une chofe nouvelle, mais
comme d'une matiere rejettée par
les uns , & receuepar les autres
depuis longtemps.
Le Sel eft un corps fimple éle--
mentaire , chaud & humide dans
36 MERCURE
fon interieur exterieurement
froid & fec, qui fe refout à l'humide
, & fe coagule au chaud
Il fe trouve le dernier dans la
refolution des mixtes , joint avec
la terre , de laquelle on le fepare
avec de l'eau ,& on le reduit à
la derniere pureté d'élement.
L'Efprit est un corps fimple
élementaire , qui entre dans la
compofition des mixtes. Il eft
chaud & humide ,
d'un gouſt
acide. Si tous les Chimiftes connoiffoient
bien cet Efprit , ils
fçauroiens ce que c'est que le
Mercure des Philofophes .
Le Souphre eft un corps fimple
GALANT. 37
& élementaire inflammable , qui
fert de glu aux autres Elemens
pour les joindre enfemble . L'in
flammabilité eft fa qualité propre
& naturelle , fans qu'il puiffe
changer en aucune autre fubftan
ce; car quoy qu'il foit rarefié par
le feu , cela n'empefche pas que
dans le recipient il nefe remette
en fouphre ou huile , comme il
eftoit auparavant,
Je ne vous ay entretenu fur les
Elemens qui compofent les mixtes,
que pour vous faire voir
que je n'eftois pas mal fondé ,
quand je vous ay dit que le corps
humain n'eſt pas composé de qua38
MERCURE
tre humeurs , comme pretendent
les Medecins , faifant quadrer
leurs quatre pretenduës humeurs ,
aux quatre Elemens ; car dans la
compofition du cops humain il
n'y a point d'autres élemens que
ceux qui se trouvent dans les
autres mixtes , & on le peur
éprouver en paffant un corps
humain par
le tamis chimique.
C'est ce que je vous feray voir
quand vous le fouhaiterez ,
vos yeux vous feront avouër
que c'est une chimere que
tre pretenduês humeurs.
les
qua-
Ce communfentiment qui n'eſt
fondé fur aucune raifon ny exGALANT.
39
perience , a fait que depuis tant
de fiecles la Medecine n'a
trouver aucun remede , pourguerir
la moindre maladie avec
pú
aux
quelque certitude , je vous
feray connoistre dans la fuite
que tout ce qu'on a fait jusques
icy pourla guerifon des maladies,
eft opposé à la raifon
mouvemens de la nature, & que
ceux qui attribuent leur guerifon
aux remedes ordinaires dont
ils fe font fervis , fe trompent ,
car ils n'enfont redevables qu'à
la bonté de leur nature , qui a
ſeulement reſiſté à la maladie
, mais auffi à la mauvaiſe
1
40 MERCURE
qualité des remedes dont ils ont
use.
Tous les Philofophes demeurent
que les fubstances qui
d'accord
que
font les premieres dans la compofition
des mixtes, font les der
nieres dans la refolution ,
les dernieres dans la refolution ,
font les premieres dans la com
pofition. Or comme les quatre
pretendues humeurs ne fe trouvent
pas les dernieres dans la
refolution du corps humain , elles
ne feront pas non plus les premieres
dans fa compofition , &
c'eft en vain qu'ils s'efforcent à
le verifier , en difant qu'il fe
GALANT. 41
à latrouve
dans le corps humain
une
humeur
aqueuses
tantost
infipide
,
& tantoft
falée
& acre ,
quelle ils donnent
le nom de Pituite;
tantoft
une humeur
jaune ,
verte & amere , à laquelle
ils
donnent
le nom de Bile jaune
& porrace
, & plufieurs
autres
noms felon la diverfité
des couleurs
, & une autre
qui eft noire ,
qu'ils
appellent
Melancholic
,
ou Atrebile
, car ces humeurs
de diverfes
couleurs
qui fe trouvent
dans l'eftomach`
, dans les
inteftins
, ou dans le cerveau
,
font les excremens
de l'aliment
qui y est porté en plus grande
Mars
1691
. D
42 MERCURE
1
quantité qu'aux autres parties ;
& c'est de leur retention que
dependent la plupart des maladies.
Que filefang eftoit bilieux
dans la Fievre- tierce , comme on
pas
estre Suppoſe , ne devroit- il
amer ? Car comme la dénomina¬
tion fe prend du predominant
s
le fang bilieux doit avoir les
qualite effentielles de la Bile ,
& par confequent eftre amer ;
mais le fang qu'ils appellent bilieux
, & qu'ils pretendent
eftre
la caufe de la Fievre- tierce , eft
doux , comme l'on peut connoiftre
en le goûtant. Il est donc
de dire que la maffe fanguinaire
vray
GALANT. 43
n'eft pas composée de bile , ny
autres pretenduës humeurs , Cela
eftant , comme il n'eft que trop
vray , il ne faut pas s'étonnerfi
tant de faignées & tant de rafraichiffemens
donnez pour des
fupposées effervefcences d'unfang
bilieux produifent enfuite des
maladies , tant d'hydropifies
,
autres maladies Chroniques , ce
que je vous feray remarquer en
vous parlant de la chaleur des
Febricitans. On n'entend parler
·la plupart des Medecins que de
chaleur d'entrailles
, d'effervefcences
bilienfes , & de foyers
dans le bas ventre › & tous ces
Dij
44 MERCURE
grands mots , pour avoir lieu de
faire la guerre avec quelque
pretexte au fang humain , dons
ilsfefont declarez les ennemis ca.
pitaux . S'ils connoiffoient à fond
la caufe de la chaleur des Febricitans
, ou s'ils vouloient s'attacher
à la connoiftre , je fuis certain
que les Malades ne feroient
pas tirannifez comme ils font ,
tant par des faignées que par des
diettes qui conduifentfouvent au
tombeau. Y a- t -il rien de plus
ridicule que de dire qu'un aliment
eft bilieux , l'autre pituiteux ›
l'autre melancholique, & par
sant qu'ils engendrentplus de bile,
GALANT.
45
plus de pituite de melancholie
que les pretendus alimens cheifis
desMedecins,puifque ces humeurs
de diverfes couleurs , nefont pas
dans nos alimens, & que cefont
feulement des excremensproduits
de la premiere coction , & cette
production ne dépend en aucune
maniere des alimens dont nous
fommes nourris , mais bien de la
feule digestion ; de forte qu'un
mefme aliment produira plus
d'excremens à un homme qu'à
un autre , & mefme l'on voit
tous les jours qu'un mefme alinuit
à
ment profite à l'un
l'autre , tout cela dépend
46 MERCURE
prendfon origine de la foible on
forte digeftion & coction de cet
aliment , qui fe fait par la chaleur
naturelle , & ainfi l'on peut
accorder toute forte d'alimens
aux Malades , pourveu qu'ils
les puiffent bien cuire & digerer
, & il n'y a feulement qu'à
confiderer la force de la chaleur
naturelle , & à luy proportionner
l'aliment.
bu-
Aprés vous avoir démontré
clairement
que la maſſe
la maſſe du fang
n'eft pas composée de quatre
meurs , je veux vous faire toucher
au doigt le pernicieux évenement
qui refulte de ce mauvais
GALANT . 47
>
fondement , & à mesme temps
le bien que produit une pratique
établie fur un fondement folide,
dont je fuispleinement convaincu
par une longue experience, &
comme la fièvre eft le mal le plus
commun & qui accompagne
prefque toute forte de maladies ,
c'eft de celuy- là que je veux vous
donner quelque idée , & vous
faire remarquer de quelle impor
tance il eft de bien définir les chofes
, car la mauvaife définition de
la fièvre, fuivant l'Ecole , a donné
lieu à une infinité d'erreurs.
On la définit une chaleur
contre nature, allumée dans le
48 MERCURE
coeur difperséepar tout le corps.
Or comme cette pretenduë chaleur
contre nature , eft la qualité
effentielle de la fièvre , ilfaut par
la chaleur pouvoir connoiftre la
fiévre , puis que toute definition
doit expliquer la nature de la
chofe définie , mais il falloit deelarer
plûtoft ce que c'est que
chaleur contre nature comment
elle est produite , & comment
elle s'allume dans le coeur
>
ne pas définir un obfcur par
un plus obfcur ; &pour juger fi
un Medecin fuivant cette défi
nition peut connoistre la fièvre,
fuppofons quelque incident. Un
Malade
GALANT. 49
que
Malade envoye chercher un
Docteur Regent pour l'aller voir.
Ce Docteur luy envoye un jeune
Medecin , qui trouve le Malade
accablé d'un grand friſſon. Il
va faire rapport au Docteur
le Malade n'a pas la fièvre , es
n'a pas plûtoft achevé de parler,
le Docteur l'envoye vifiter
un autre Malade , qu'il trouve
étendu fur un lit , atteint d'une
grande chaleur alteration . Il
va dire au Docteur quece
lade a la fièvre. Le Docteur s'en
va voir ces deux Malades , &
trouve le dernier fans fiévre,&
le premier avec la fiévre . Eftant
que
Ma-
Mars 1691 .
E
50 MERCURE
༽
de retour au logis , il reprend le
jeune Medecin du peu de con
noiffance qu'il a de la fièvre . Le
jeune Medecin fe défend , &
dit que le premier ayant froid,
nepouvoit pas avoir la fièvre ,
puis que la chaleur eft la qualité
effentielle de la fieure , mais que
le dernier avoit chaud & foif,
par confequent la fièvre , de
forte que le Docteur , pour luy
donner mieux à connoifre lafiévre
, eft obligé de luy dire , que
la fièvre ne fe manifefte que par
le 'battement extraordinaire , &
plus frequent de l'artère , fans
avoir égard ny au froid , ny au
GALANT.
51
chaud , car quoy que la chaleur
ne se manifefte pas , & que le
Malade reffente un grand froid,
il est fensé qu'une chaleur extraordinaire
eft dans l'interne ,
&que le frequent battement de
l'artere n'eft causé que par l'effervescence
du fang.
Vous eftes trop bon Philofophe,
Monfieur , pour ne pas connoistre
la nullité de cette définition, auffi
bien que de leur hypothefe . Je
ferois trop longfije voulois vous
entretenir à fond de la fièvre ,
car comme mes fentimens , quoy
qu'appuyez fur l'experience &
fur la raifon , font opposez à
E ij
52. MERCURE
ceux de l'Ecole , je ferois obligé
d'étendre mes raisonnemens, non
feulement pour les rendre plus
clairs & palpables , mais auffi
pour détruire une mauvaise opinion
, qui a pour défense l'autorité
des Anciens , l'opiniâtreté des
Sectateurs , & l'aveuglement
du Public , car il ſemble effectivement
que chacun prend plaifir
à estre trompé fur cette matiere,
c'est cependantfur celle - là que
roule tout le bonheur de cette vie,
mais
j'espere que dans
peu
de
temps vous pourrez eftre fatisfait
, par le moyen d'un Traité
de la fievre que je mettray au
GALANT. 53
jour, il fuffira pour le prefent
de vous
dire
la chaleur
des que
Febricitans
n'eft
pas de l'effence
de la fievre
, mais feulement
un
Symptome
, comme
le froid
, la
foif, la douleur
de tefte , le degouft
, & autres
fymptomes
qui
Paccompagnent
, & je feray
d'autant
plus fatisfait
de vous
parler
de la chaleur
, que j'espere
vous faire
connoiftre
l'erreur
de
la plupart
des gens
, qui croyent
.
que toutes
les maladies
ne proviennent
que de trop de chaleur
d'entrailles
, & partant
qu'il
faut
toujours
rafraichir
pouvant
comprendre
que
> ne
la cha-
E iij
54 MERCURE
leur qu'ils fentent , tant febrile,
qu'autre, foit l'effet d'une caufe
froide , crue & visqueuse , qui
ne demande que des remedes
chauds attenuans ce que je
vous feray voir , mais je veux
plutoft vous faire connoifre de
quelle maniere cette chaleur eft
produite.
Vous fearvez , Monfieur , que
ce font les efprits qui font toutes
les fonctions du corps humain,
& qu'auffi toft que les alimens
font dans l'eftomach¸ils les attenuent
, les cuifent , & convertiffent
en ſubſtance blanche &
liquide, qu'on appele Chile , mais
GALANT.
55
le
fi la digestion eft mal faite silen
refulte un chile crudevifqueux,
qui eft la fouree de preſque toutes
les maladies ; car comme c'est
par la coction parfaite que
chile devient doux & que les
excremens font fepareZ (t) expulfez
debors , fi la coction eft
imparfaite, il en refulte un chile
indigeft , vifqueux , aigre es
falé , qui caufe tantoft des fié
vres , tantoft des pleurefies , diffenteries
, diarrhées , coliques , ardeurs
d'urine ,
forte de maladies , tant internes
qu'externes , & parce que les
excremens par le defaut de la
prefque toute
E iiij
56 MERCUR £
世
coction , ne pouvant eſtre ſeparez,
fuivent le mouvement du
chile du fang , estant une
fubftance heterogene à la maſſe
fanguinaire , la nature travaille
inceffamment à les attenuer ,
fubiilifer pour les expulfer par les
pores ou autres voyes , de forte.
les ayant un peu attenuez
fubtilife , mais non pas au
degré neceffaire pour l'expulfion,
à cause de leur trop grande cruvifcofité,
ils reftent dans
corps en perpetuel mouvement,
& ébranlant par leurs figures
irregulieres toutes les petites fibres
des muſcles & des membra
que
dite
le
GALANT.
57
nes , font cette fenfation de chaleur,
foit febrile ou autre , &
pour vous faire voir que cette
chaleur que fent le Febricitant,
ne vient pas de la chaleur ou ef◄
fervefcence dis fang , comme on
préfuppofe , il n'y a qu'à faire
faigner un Malade atteint de
la fievre, à mefme temps
faire tirer du fang à un homme
qui fe porte bien , & faire tomber
le fang de l'unfur le deffus
de la main d'un homme , & le
fang de l'autre fur le deffus de
l'autre main du mefme homme ,
je fuis certain par experien
ce que cet homme s'appercevra
58 MERCURE
>
facilement que le fang de celuy
qui fe porte bien estplus chaud
que celuy du Malade . Que fi
cette experience ne vous contente
pas affez , prenez deux Thermometres
d'égale grandeur , &
mettez- les chacun dans un petit
por , & que l'on faffe tomber le
[ang du Malade dans l'un de ces
pots , le fangde celuy qui fe
porte bien , dans l'autre , & l'on
verra que l'esprit de vin dus Thermometre
où fera coulé le fang de
celuy qui fe porte bien , fera plus.
rarefié, & montera plus haut que
celuy où aura coulé le fang du
Malade , qui eft une preuve inGALANT.
59
conteſtable que le fang de celuy
qui fe porte bien est plus chaud
que celuy du malade..
Je puis fortifier cela par un
exemplefur la Mecanique . Prenez
deux globes de cuivre , ou
d'autre métal , percez également
de petits trous , & qu'à chaque
globe foit attaché un manche
creux qui le penetre un peu , &
foit long de quatre pouces ,
d'un pouce de diametre. Mettez
dans chacun une bougie allumée
quifoit d'égale grandeur, & que
l'une de ces bougies foit faite de
cire pure & l'autre de cire impure
mêlée de quelque gomme.
60 MERCURE
Tenez les globes par les mánches
dans vos mains , vous
verrezque celuy dans lequel fe ,
ra la bougie de cire impure deviendra
tellement chaud , que
vous ne le pourrez tenir à la
main , au lieu que celuy où fere
la bougie de cire pure ne fera
que tres -peu chaud ; ce qui ne
peut arriver qu'à raison desfu
liginofitez qui émanent de la
bougie faite de cire impure , lef
quelles eftant plus épaiffes
vifqueuses que celles qui fortent
de la bougie faite de cive pure,&
ne pouvant facilement paffer par
les petits trous du globe , que je
GALANT 6i
compare aux pores du corps hu
ébranlent de
main , frappent
tous côtez les particules du metal
dont eft fait le globe , f) c'ef
par le mouvement
de ces vapeurs
qu'il eft échauffé plus que celuy
où eft la bougie de cize pure .
dont la vapeur à cause de faténuité
, paffe facilement par les
petits trous. Que fi l'on objecte
que la bougie faite de cire impure
brûle plus promptement
, &
que par confequent dans un même
espace de temps elle produit plusde
fumée que celle qui est de bonne
cire , je répons que les excremens
font plus abondans auffi dans
62 MERCURE
que
dans l'état de la maladie ,
celuy de la fanté , & partant
qu'ils ne fauroient également
les pores
? tant à
de
paſſer par
raifon
de leur
quantité
que
leur qualité
. Que fi la difference
des bougies
apporte
quelque
dif
ficulté
, fervez
vous
de bougies
égales
, & bouchez
une partie
des trous de l'un des globes
,
vous verrez
que celuy
dont quel
ques
trous feront
bouchez
, deviendra
beaucoup
plus chaud
que
l'autre
, ce qui ne peut
arriver
que des fuliginofitez
, lesquelles
ne pouvant
fortir
fi vifle que de
l'autre
dont tous les trous font
GALANT. 63
ouverts, frappent par
leur
mouvement
continuel & ébranlent
les pores du globe , ce qui le rend
quilerend
plus chaud que l'autre,fans qu'on
puiffe alleguer que la flamme de
l'une des bougies foit plus chaude
que celle de l'autre.
Vous avez vû ▼ Monfieur ,
traiter beaucoup de Malades ,
puis que vostre charité vous porte
à les affifter tous les jours de
vos avis falutaires , & vous
avez remarquéfans doute qu'il
n'y en a point parmy ceux qui
font atteins de fievre , à qui on
n'épuife le fang des veines : &
qu'on ne tafche de rafraichir
64 MERCURE
?
continuellement , tant par les alimens,
que par les remedes,fur l'indication
que les Medecins preten
dent avoir d'une effervescence
bilienfe , qu'ilsfuppofent fe faire
dans le coeur, & eftre la caufe
du mouvement plus frequent du
poux , comme fi ce noble vifcere,
qui est un muscle, on plûtoft un
affemblage de muſcles , ne recevoit
pas fon mouvement des efprits
, de mefme que les autres
muscles , comme je feray voir
dans mon Traité de la Fiévre ,
ils pouffent fi loin l'action de
la bile , qu'ils veulent que les
paſſions & les facultez de l'ame
GALANT. 65
dépendent de cette pretenduë
effervefcence de bile , ce qui est
une abfurdité , qui ne peut produ
рец
de reflexion
ceder
que
qu'ils
font
fur
l'action
des
efprits
qui
font
les
feuls
inftrumens
de
toutes
les
paffions
&
de
tous
les
mouvemens
de
l'ame
. Ils
n'ont
pas de plus grand plaifir , que
lors qu'un Malade donnant dans
leur fentiment quand il a efté
faigné , dit que fon fang eft fort
bilieux , car d'abord ils élevent
la faignée fur le trône , &difent
qu'elle a esté faite fi à propos
que non feulement elle a emporté
une grande quantité de bile ,
Mars
1691 .
F
66 MERCURE
mais auffi beaucoup d'atrebile , &
tout le monde est tellement imbu
de cette fauffe croyance , qu'il
femble qu'il y a de la témerité à
la contredire , tant à raifon de
ceux qui l'appuyent , qu'à raifon
du peu de cas que font les plus
grands de fe vouloir éclaircir
d'une matiere qui a fait autrefois
l'application des Řois . Mais
je me ferviray feulement d'une
comparaifon pour vous faire connoiftre
que les diverses couleurs
qu'ils remarquent dans le fang,
ne proviennent pas des diverfes
humeurs dont ils pretendent qu'il
est composé , mais que ce font
GALANT. 67
vant ,
y
feulement des excremens qui n'ont
pû eftre rejettez dehors , & que
c'est leur détention qui caufe les
maladies. Vous pouvezfçavoir,
Monfieur , que dés que le pain
reçoit quelque alteration , il
paroift une moififfure blanche,&
fi cette alteration paſſe plus
la moififfure devient jaune
& verte, &fi la corruption devient
plus grande , la moififfure
fera noire. Quefi quelqu'un vous
difoit que ce pain eft composé de
pituite , de bile er de melancholie
, & qu'il pretendift vous le
prouver , en vous difant que la
moifiſſure blanche est la pituite ,
Fij
68 MERCURE
la moififfure jaune la bilejaune,
la moiffure verte la bile porracée
, la moififfure noire
la melancholie , le croiriez- vous
ſur une preuve ſi bien établie ?
Vous le prendriez fans doute
pour un Viſionnaire un Ridicule.
Je ne trouve pas que les
Medecins ayent des raisons plus
convainquantes , pour verifier
leurs quatre pretenduës humeurs
dans la maffe du fang.
Je paffe maintenant à la pratique
, vous prie de vous
fouvenir que je vous ay dit ,
les alimens font dans
dés
que
•que
l'eftomach , la nature tend à les
GALANT.
69
cuire , digerer & attenuer, pour
les convertir en une fubftance
blanche liquide qu'on appelle
chile, d'où fe forme le fang. Que
fi elle n'obtient pas fa fin , il en
refulte un chile crud & indigeft ,
qui ne peut produiré qu'un mauvais
fang, rempli de matieres
excrementeuses , qui n'ont pû
eftre feparées par le defaut de la
coction , & il n'eft pas difficile
de juger ce que requiert la nature
pour parvenir à ſa fin , puis qu '
elle demeure faute de vigueur.
Il faut donc la fortifier , mais
pour la fortifier il faut fçavoir
en quoy confifte fa force . Or fa
70 MERCURE
force confifte dans la quantité &
pureté des efprits. Il est donc neceffaire
de multiplier & épurer
les efprits , ce qui fe doit faire
par des matieres chaudes & fpiritueufes
, mais elles font tellement
en horreur à ces Medecins
dont la nature n'a pas l'honneur
d'eftre connue , qu'au lieu de la
feconder , ils diffspent les efprits
par des faignées continuelles ,
donnent lieu à une plus grande
production d'excremens qui terniffent
& empefchent l'action
des efprits . La nature ne fe xeláchant
jamais , tâche d'attenuer
de fubtilifer ces excremens
GALANT. 71
les pores .
pour les évaporer par
les Medecins au lieu de feconder
fon mouvement , les coagulent
en les épaififfant par des
tifanes rafraichiffantes , par des
émulfions , par du petit lait , &
par de l'eau de poulet faite avec
Les femences froides , & rejettent
entierement les aromates &
les diaphoretiques qui font les
veritables remedes que la nature
demande. Aprés cela l'on ne doit
pas efire furpris fi de la moindre
maladie, on tombe dans des maladies
dangereufes : ce qui ne peut
arriver
que par la feule faute
des Medecins, & je vous prie
72 MERCURE
de tenir pour regle infaillible ,
que fi un Medecin qui eft appellé
4u commencement d'une malaeft
die ne gueritpas le Maladedans
le terme de huit jours , c'est qu'il
ne connoift pas la nature de la
maladie , ou le remede qui luy
convenable ; &cela eftfivray,
qu'ayant fait une meure reflexion
d'où procede le flux de ventre
, tant diarrheique que diſſenterique
, j'ay composé un remede
fuivant les principes de mon by
pothefe , les veritables loix
de la nature , qui guerit infailliblement
en quatre jours toute
forte de flux de ventre ; & l'operation
GALANT. 73
འ ..
peration en eft fi douce & fi benigne
, qu'on le peut donner à
toute forte d'âge , mesme aux
Femmes groffes quand on
feroit à l'article de la mort ; car
bien loin d'affoiblir par quelque
évacuation, comme fait la racine
de
Pecoüane
, que MHelvetius
a mise en vogue , au contraire ,
il fortifie , & ne fait aucune
forte d'évacuation fenfible , &
dans fon ufage on n'a beſoin ny
de purgatif, ny de faignée , ny
de clistere. Fen ay préparé un
autre pour l'Hydropifie, qui n'eft
guere moins affuré que le preje
fuis tellement con- mier,
Mars 1691 . G
74 MERCURE
vaincu de la folidité de mes
principes , que je défie les plus
envieux de les pouvoir détruire ,
Voilà, Monfieur , à peu prés le
contenu de noftre Entretien , que
je fouhaite vous eftre auffi utile
pour vostre fante , que vous eftes
neceffaire pour le falut de vos
Paroiffiens. Je fuis voſtre , &c .
LA BROSSE
.
A Paris ce 15 .
Février 1691 .
GALANT.
75
Il n'y a point d'Acadmie
de belles Lettres en France , où
il ſe faffe une diſtribution
de
Prix , qui n'ait rendu juſtice
aux Ouvrages de M : l'Abbé
Maumenet
. Il en a remporté
dans toutes , & il eut celuy
de Poëfie la derniere fois que
l'Academie Françoiſe
en don--
na. Je me fouviens que je
vous ay mandé dans quelqu'une
de mes Lettres , que
l'Academie
Royale d'Arles
en avoit propofé
un pour
celuy qui réuffiroit le mieux
fur la fatisfaction que le Roy a
d'avoir un Fils digne de luy ,
Gij
76 MERCURE
fur les premieres Conqueftes
de ce jeune Heros. M. l'Abbé
Maumenet a encore remporté
ce Prix depuis peu dc
temps . C'eft un Tableau reprefentant
Monfeigneur , &
il a cfté donné par M de
Roubias d'Etoublon , fi di ..
ftingué dans l'Academic
d'Arles . Comme cette Piece
m'eft tombée entre les mains,
& que la matiere n'en fçauroit
eftre plus relevée , vous
ne ferez pas fachée de la
voir.
GALANT.
77
55525522552 525szz
ODE.
N vain cent Nations à ta perte
EN
animées
S'efforcent de troubler la Paix dont
tu jouis ,
France, pour diffiper leurs nombreuſes
Armées ,
Tu n'as befoin que de LOVIS.
Que contre toy l'Empire ofe armer
tous fes Princes ,
Loin de porter l'alarme au fond de
tes Provinces ,
Il verra tomber fes remparts ;
Et ton vaillant Dauphin formé fous
un grand Maiftre ,
A ce Peuple jaloux fera bien- toft
connoiftre ,
G iij
78 MERCURE
Si tu dois craindre les Cefars
S
Qu'entens-je ? Fufte Ciel ! Déja la
foudre tonne ,
Et le jeune Louis Semant par tout
l'effroy ,
Afur les bords du Rhin où l'appelle
Bellonne >
Montré qu'il eft Fils d'un grand
Roy.
Philisbourg qui refifte , & croit avec
audace
Mettre à couvert fes murs du Coup
qui les menace ,
En peu de jours fe voit foumis;
Et déja Frankendal , Manhein, ouvrant
leurs portes ,
Cedent au feul afpect de ces fieres
cohortes ,
Qui font trembler nos Ennemis .
GALANT. 79
S
Quel rampart affez fort ferviroit de
barriere
Aux progrés d'un Vainqueur aimable
& redouté
Qui fait l'art de mefler avec l'ar
deur guerriere
.
La vigilance & la bonté?
Icy fon coeur touché des malheurs de
la guerre
,
De ce bras triomphant qui lance le
tonnerre
Soutient l'infortuné Soldatz
Et là , plus redouté que le Dieu des
Batailles ,
Il nefonge au milieu de mille funerailles
Qu'à foudroyer un Peuple ingrat.
2
Il est temps d'arrefter le beau feu qui
t'anime,
G iiij
80 MERCURE
Dauphin , n'expofe plus des jours fi
pretieux ;
Et pour combler les voeux d'un Pere
magnanime ,
Borne tes Exploits glorieux.
Ce Monarque content de ta noble conduite
,
N'aura plus deformais de foucy qui
l'agite ,
Si ton couroux eft defarmé ;
ว
Et bien que tout réponde au gré de
ton envie
Quand pour vanger fes droits tu
prodigues ta vie ,
Peut- il n'en pas eftre alarmé ?
S
Certes , quiconque a veu l'effay de
ta vaillance ,
Détourner des malheurs prefts à nous
accabler,
GALANT. 81
Avoüera ( s'il n'eft point ennemi de
la France )
Que c'est affez tesignaler.
Il eft d'autres honneurs où LOVIS
te rappelle.
Egale , s'il fe peut , fa prudence
immortelle ,
Son genie & fon équité ;
Pour un grand deffein tu ne fçanrois
trop faire ;
Mais parmy les dangers que brave ta
colere ,
Tu ne l'as que trop imisé.
2
C'en eft fait, fa valeur attentive à
nos plaintes ,
A déja fufpedufes glorieux exploits.
Et par un prompt retour va diffiper
les craintes,
Qui troubloient le plusgrand des
Rois.
82 MERCURE
Le voiey qui revient , ce jeune &
fier Alcide ,
A l'abry des fureurs de la Parque
homicide ,
Luy renouveller fon amour ;
Et d'an efprit foumis au milieu de
fa gloire ,
Confeffer qu'il ne doit fa premiere
victoire
Qu'à celuy dont il tient lejour.
S
A cet afpect charmant quelle eft ton
allegreffe ,
Grand Roy , qui pris le foin de førmer
ce Heros ,
Et qui le vis cent fois foupirer de
trifteffe ,
Au milieu d'un profond repos !
Qu'il t'eft doux que Bellone à fon
ardeur propice
GALANT.
83
Les palmes à la main ait ouvert cette
lice ,
Digne d'exercerfon grand coeur ,
Et qu'il doive aux complots du Germain
infidelle ,
Ce quejusqu'à ce jour ta bonté
ternelle
N'ofoit permettre à fa valeur.
рва
Si dans tous les hazards qu'affrontoit
fon courage
Tufentis pourfes jours la peur qu'il
n'avoit pas ,
Tu n'en goûtes que mieux la gloire
& l'avantage ,
Qui l'ontfuivi dans les combats.
Aprés que les écueils , les bancs ,
les tempeftes
De mille affreux perils ont menacé
nos teftes ,
Le calme en a plus de douceurs,
84 MERCURE
Et la belle faifon où Flore nous enchante
,
Renaiftroit à nos yeux moins belle &
moins touchante ,
Si l'Hyver n'avoit des rigueurs .
S
Tout ce que peut fentir de tendreſſe
& de joye
Un bon Pere , un grand Maiſtre, un
Monarque achevé ,
Ne le reffens-tu pas , quand le Ciel
te renvoye
Ce Fils par tes foins élevé ?
De combien de lauriers fa tefte eft
couronnée !
Voy comme à fes coftez la France
fortunée ,
Vient applaudir àfes exploits ;
Et parmy tant de coeurs dont tu fais
la fortune ,
GALANT. 85
Scache quefi tu vois l'allegreffe commune
,
C'est ton Ouvrage que tu vois.
S
Tous ces bienfaits divers dignes de
ta puissance .
Dont ta Royale main cent fois nous a
comblez
,
Dans le don que tu fais d'un Heros
à la France ,
Nefont- ils pas tous raffemblez?
Par luy bravant du fort la haine
conjurée ,
Nos bons deftins auront l'éternello
durée
Promife à l'Empire des Lis ;
Et nos derniers Neveux qui liront
ton Hiftoire ,
N'y pourront rien trouver fi digne
de ta gloire,
Que les Triomphes de ton Fils.
86 MERCURE
PRIERE
POUR LE ROY,
Et pour la Maiſon Royale .
RandDieu , de qui dépend le
Gradeffin des Monarques ,
Et qui de tes bontez as donné tant
de marques
A celuy que nous poffedons;
Daigne étendre tes foins furfa Mai- ·
fon Auguste ,
Et fais qu'un fi grand Prince enrichi
de tes dons ,
Ne foit pas moins heureux qu'il eft
vaillant, & jufte.
Je n'ay rien autre chofe à
vous dire de l'Air nouveau
1
7
1-
4
Z
GALANT. 87
dont vous allez lire les paroles
, finon qu'il eft de la compofition
d'un fort habile Muficien
.
AIR NOUVEAU.
vous voulez que je cache ma
S'
flame,
Et que l'amour qui regne dans mon
ame
Ne paroiffe plus tant ,
Quitez votre rigueur extrême,
Et quand on me verra content ,
On necroira jamais que je vous
aime.
Vous vous plaignez que
dans ma derniere Lettre je ne
vous ay point parlé des plai88
MERCURE
firs du Carnaval . Vous devez
eftre bien perfuadée que
dans l'eftat glorieux où fe
trouve la France , la joye a
regné dans tous les coeurs.
Il y a eu quantité de Bals à
Paris , & de divertiffemens
chez les Particuliers , mais il
n'y en a point eu à la Cour,
parce que l'année du deüil
de Madame la Dauphine n'eft
pas finie . La devotion y a
occupé le Roy . Sa Majelté
a affitté à toutes les Prieres
qui fe font plus frequemment
en ce temps - là , que dans tout
le refte de l'année . MonfeiGALANT.
89
gneur , pour s'éloigner des
plaifirs de la faifon , a cfté
prendre celuy de la Chaffe à
Anet , où Mr le Duc de Vendofme
, & Mle Grand Pricur
l'ont receu avec un zele tout
extraordinaire , pour répon
dre , autant qu'ils ont pû , à
l'honneur que ce Prince leur
a fait Leurs Majeftez Britanniques
, dont la pieté eſt connuë
en ont donné des
marques, en allant faire leurs
devotions en l'Eglife de Saint
Germain en Laye , où eftoient
les Prieres de Quarante heures
pendant les trois derniers
>
Mars 1691. H
90 MERCURE
jours du Carnaval . Elles affifterent
le Lundy au Sermon
de M. l'Abbé de Moré , Docteur
de Sorbonne & Chapelain
du Roy , & enfuite à la
benediction qu'il donna au
Salut . Le jour fuivant , Elles
entendirent la Predication de
M l'Abbé de Converſet ,
Docteur de Sorbonne , Prieur
& Curé de la mefme Eglife ,
& furent tres - fatisfaites de
ces deux actions.
Il paroift une Carte nouvelle
, intitulée , La Carte du
Theatre de la Guerre . Elle comprend
les Royaumes d'AnGALANT.
91
gleterre , d'Ecoffe , d'Irlande ,
& de Dannemarck , le cours
du Rhin , les dix - fept Provinces
des Pays- bas, & toute
la partie Septentrionale de la
France , c'eſt à dire , les Provinces
qui font deçà la Riviere
de Loire ; fçavoir , la
Picardie , Bretagne , Maine ,
Anjou , Perche , Beauce , Ifle
de France , Brie , Champagne
,
Lorraine , Alface , & le Pays
aux environs de la Saare . Lors
que cetre Carte , qui a fix
grandes feuilles , eft affemblée
, on ajoûte une bordure
ingenieufement faite; & com
Hij
92 MERCURE
me la Carte porte le titre de
Theatre de la Guerre , cette
Bordure eft compofée de tous
les Inftrumens qui luy font
propres , comme Bombes ,
Carcaffes , Sacs à terre , Gabions
, Mortiers , Canons ,
Tambours , Timbales , Trompettes
, Enfeignes , Guidons ,
Pavillons , Tentes , Etendars
Cuiraffes , & c . Dans chacun
de ces Inftrumens il y a un
plan des Villes fortes fituées.
dans les Etats compris en
cette Carte , au nombre de
cinquante- fix . Elle est dédiée
à Monfeigneur le Dauphin ,
GALANT.
93
& aux quatre coins font les
Armes de ce Prince , accompagnées
de deux Devifes .
L'Epiftre dédicatoire eſt enrichie
d'ornemens Allegoriques
, & d'une Medaille , au
revers de laquelle font ces
mots , fur ce que Monfeigneur
a paffé le Rhin . ANTE
PARENTEM UNUS TENTAVIT
CESAR. Les fix
feuilles qui compofent cette
Carte fe diftribuent feparément
, & ont chacune leur
Titre & Echelle, pour la commodité
de ceux qui font des
Recueils de Cartes Geogra94
MRECURE
phiques. Les vuides, ou mers,
font remplis de Tables , non
feulement des longitudes &
latitudes des principaux lieux,
mais on y voit auffi dans quel
Eftat & dans quelle Province
ils font fituez. Cet Ouvrage
eftoit penible , & n'avoit pas
encore efté donné au Public
dans des Cartes Geographiques
. Il n'y en a point où les
coftes de la Manche foient fi
particulierement décrites que
dans celle - cy, qui fe diftribue
chez le S de Fer fon Auteur,
Geographe de Monseigneur
le Dauphin , fur le Quay de
GALANT.
95
l'Horloge du Palais , en une ,
en deux , en quatre , & en fix
feuilles , felon la curiofité ou
la commodité de ceux qui
aiment ces fortes d'Ouvra
ges.
La Lettre qui fuit combat
agreablement le trop de pou
voir que quelques - uns donnent
à l'Opinion . Je ne doute
point que fa lecture ne vous
divertiffe. Elle eft de M! Cipiere
de Bordeaux , & fert de
réponſe à une autre Lettre
qui avoit cfté écrite fur la
Beauté.
96 MERCURE
2252 222S525252552
A MONSIEUR B.
MON
ONSIEUR,
Je viens de lire vostre Lettre
à M. S.... & j'ay admiré la maniere
aisée avec laquelle vous
tournez les chofes . L'efprit &
le brillant qui y frappent › perfuaderont
toujours ce que vous
voudrez à la premiere lecture ,
&je l'ay leuë plus de trois fois
avant que de
·
remarquer que
les
préjugez que vous oppofeZ favorifent
fi fort l'Opinion , qu'il
Senable
GALANT.
97
femble que vous ayez eu plus
de deffein defoutenirfes interefts,
que de combattre les couleurs &
les beautez réelles. Souffrez ,
Monfieur , que faiſant gloire
de fuivre vos fentimens , je m'en
éloigne cette fois , pour faire voir
que ce n'est qu'avec juftice que
je tiens voftre parti en toute autre
chofe . Je ne sçaurois endurer
que l'Opinion regne avec tant
de tirannie , qu'elle foumette le
merite a fon caprice, qu'elle chaſſe
la raifon de fon empire, & qu'elle
puniffe la justice mefme . Cependant
toute cette irregularité doit
arriver, fi l'on permet que l'OMars
1691 . I
1
98 MERCURE
pinion juge des causes mefmes
qui ne font point de fon refforts
fi, toute aveugle qu'elle est ,
elle profane indignement tout ce
que l'Antiquité la plus jufte &
la plus éclairée a aimé & confacré.
Nous n'admirons toute
l'ancienne Grece , qu'aprés qu’-
elle a admiré le jufte jugement
que Paris fit , lors qu'il fe
declara fi ouvertement pour
beauté de cette Venus , dont parleront
tous les fiecles . On n'a
encore trouvé perfonne qui fe.
foit avisé d'accufet ce Prince
d'injustice , ou d'un mauvais difcernement
, & qui ait ‹ osé pula
GALANT.
99
1
blier
la Déeffe de l'Amour que
belle.
& de la Beauté n'estoit pas
Se pourroit- il bien faire que tous
les hommes euffent en la meſme
difpofition de fibres de leurs cer
veaux, qu'ils fe fuffent tous
accordez à aimer cette Reine ?
Si cela est , on aura plus de fujet
de dire que c'eftoit une beauté
réelle , qu'une beauté imaginaire,
puis qu'elle fembloit belle à tous
les hommes, comme l'or leur paroist
or , pour me fervir de vos
termes. Tous ceux qui l'ont veuë
l'ont aimée , & ceux qui n'ont
ven fon Portrait qu'en couleurs,
en figures, on enparoles , n'ont pas
I ij
100 MERCURE
&
laiẞé de la trouver de leur gouft,
de la confacrer aprés les autres.
Or , Monfieur , il n'estpas
impoffible de trouver aujourd'huy
une beauté pareille , qui raviffe
l'eftime , l'admiration & l'amour
de tous ceux qui la verront . Je
crois mefme que malgré toute la
delicatesse que vous faites paroiftre
, vous l'aimeriez avec tant
d'autres , peut- eftre que vous
renoncericz à une opinion , qui
foutenue avec toute la force que
vous avez, ne laiffe pas de me
paroiftre éloignée de la verité.
Vous
comprenez
parle
de Mademoiselle
de .....
bien
que je
GALANT.
dont vous dites fi bien la premiere
fois que vous la viftes.
J'en défierois tous les Appelles ,
J'en défierois tous les Zeuxis ,
De peindre des traits mieux choifis ,
De faire des couleurs fi belles.
La nature fait quelquefois
que ny l'efprit , ny la voix
Ne fçauroient comprendre, ny dires
Et ne le pouvant exprimer,
On fent que le coeur veut aimer
dabord l'efprit admire.
Ce
Ce
que
écrit
Je m'étonne que vous l'ayez
connuë , & que vous ayez
une telle Lettre. Il faut que vous
ne vous soyez pas fouvenu d'elle
, car je fuis perfuadé quefon
I j
102 MERCURE
си
idée vous cuft fait effacer autant
de mots que vous en auriez écrit,
ou que vous en auriez mis de
contraires . Vous estes trop rai.
fonnable pour ne l'avoir pasfait,
je crois dans lefond que vous
n'avez écrit tout cela que pour
vous divertir, car autrement il
faudroit que les Philofophes n'aimaffent
jamais , parce qu'ils font
profeffion defuivre la verité, &
de ne s'attacher point aux imaginations
aux opinions
qu'ils n'aimaffent que des beausez
intellectuelles , parce qu'ils
s'élevent quelquefois au deffus
corps meſme. En verité c'eff
des
>
018
GALANT. 103
que
des ga- /
pouffer la Philofophie trop loin ,
bien en prend aux Dames
qu'elle ne foit pas vraye, car elles.
ne pourroient avoir
lans ignorans , que l'étude de la
Nature n'auroit pas inftruits co
adoucis . Pour moy, je me réjouis
qu'il ne faille point abandonner
ba raiſon pour s'approcher desDames,&
que noftre merite ne dépende
pas tout-à-fait de leur bon
ou mauvais gouft. L'on feroit
bien malheureux
fi cela eftoit,
On verroit tous les jours des
étourdis avec les Belles , aufquelles
un homme d'esprit en
rageroit de ne pas plaire , parce
I iiij
104 MERCURE
qu'elles auroient peut- eftre une
difpofition de cerveau peu favorable.
Il feroit obligé de s'en
aller avec des Pretieufes ridicules
qui n'auroient pas
l'efprit de comprendre cent jolis
mots & cent pensées tres- heureufes
qui fe perdroient. Vous
voyez bien les defordres que lour
cela cauferoit , & croyez- moy ,
Monfieur , il est important que
le monde ne foit pas perſuadé de
cette opinion .
Mais , me direz- vous, ce font
là des inconveniens . On en trouve
dans toutes les opinions &
ce ne font point des preuves qui
GALANT. 105.
que
de
détruifent les raifons que vous
apportez. Il me femble pourtant
que ces exemples contraires que
nous voyons tous les jours doivent
bien diffuader de croire
les beautez foient fi arbitraires
fi dépendantes de la groffiereté
ou de la delicateffe des fibres ,
Popinion , ou de la coutume des
gens des pays. Nonobftant
cette grande diverfité que l'on
voit entre tous les Peuples , on
trouve des beautez qui plaisent
à tout le monde , & l'on n'en
peut attribuer la caufe ny aux
yeux, ny aux temperamens , mais
plutoft à ces couleurs & à ces
106 MERCURE
figures qui font par tous les endroits
les mefmes dans les beau
tez; car qu'est - ce qui change
dans une ftatuë qui plaift à tous
les Peuples , & dans tous les fiecles
? Par exemple , dans cette
belle Venus de marbre blanc, de
la main du fameux Praxitelés ,
pour laquelle il emporta le prix ?
Vous fçavez que plufieurs perfonnes
de differentes Nations ont
efté à Gnide pour voir cette Pieces
le Roy Nicomede en offrit à
cette Ville- là dequoy payer fes
dettes ; mais
que
que.
les Habi
tans ne voulurent écouter aucune
propofition , perfuadez que
GALANT. 107
la beauté de cette Statue ren
droit leur Ville plus celebre ¿
plus
recommandable. Vous fçavez
auffi que cette Statuë d'or
d'yvoire deJupiter Olimpien,
que Phidias fit en Elide , a paßé
pour une merveille du monde ;
vous ne trouverez guere d'Auteurs
Grecs qui n'en ayent parlé.
La Minerve du mesme Auteur,
qui fut placée dans ce Temple
qui eft encore fur pied dans Athenes
, a efté adorée de toute la
Grece & du monde entier ›
vous parler de la folie de ce jeune
homme pour une Statuë d'un
marbre blanc qui eftoit ailleurs
fans
108 MERCURE
dans un Temple , que l'on reconnut
par quelques defordres , que
fon amour luy fit faire . Seroit- il
bien poffible que quelqu'un n'eust pas
dit
que ces Statues ne luy
plaifoient pas , & qu'elles n'eftoient
que des grotesques , fi
leurs beaute euffent dependu de
fon gouft? Pour moy,je croy qu'en
quelques endroits qu'on les ap
portaft , elles trouveroient tou
jours des perfonnes qui les estimeroient
de belles figures , & qui
admireroient l'ouvrage avec la
main de l'Ouvrier. Cela doit paffer
fans contredit. Que fi vous
accordez cela à defimples figures
GALANT. 10g
inanimées ,
muettes ,
muettes , fans vivacité
, fans tendreſſe , je crois que
vous ne pouvez le refufer à une
perfonne
dont les moindres
traits
font admirables
, dont tous les
mouvemens
parlent , dont la vi
vacité rend attentifs tous ceux
qui la voyent, & dont la tendreffe
vous attendrit
vous - même.
C'eft , Monfieur , tout ce que
j'ay à vous oppofer ; c'est là mon
plusfort argument
; & fi vous n'eftes
pas convaincu
comme ilfaut,
je fuis prest à payer les frais du
voyage pour aller voir laforce,la
folidité
la verité de cette raifon
Fattens
donc une retractation
,
110 MERCURE
ou l'heure que vous voulez que
mous partions. Vous ne pouvez
vous diſpenſer de choifir l'un on
l'autre , fans faire croire que
vous avez écrit plûtoft par paffion
que par raifon ; paffion à la
verité qui eft plus raisonnable
plus fpirituelle que la raison
de certaines gens . Je fuis , &c .
Je ne vous préviendray
point fur la maniere agréable
dont eft tournée la Fable que
je vous envoye. Lifez, & vous
aurez lieu d'eſtre contente.
GALANT. 11
LE THESAURISEUR
E T
LE SINGE .
N homme accumulant ( onfçait
que cette ardeur
UN
Va fouvent jusqu'à la fureur )
Celuy- cy ne fongeoit que Ducats &
Piftoles .
Quand ces biens font oififs, je tiens
qu'ilsfont frivoles.
Pourfeureté de fon trefor,
Noftre Avare habitoit un licu , dont
Amphitrite
Défendoit aux Voleurs de toutes parts
l'abord.
Là , d'une volupté , selon moy fort
petite ,
112 MERCURE
Etfelon luyfort grande , il entafſoit
toujours.
Il paffoit les nuits & les jours
A compter , calculer , fupputer fans
relâche ,
Calculant, fupputant, comptant comme
à la tâche ,
Car il trouvoit fouvent du mécompte
à fon fait.
Un gros Singe , plus fage , à mon
fens , que fon Maiſtre,
Fettoit quelques doublons fouvent
par la feneftre,
Et rendoit le compte imparfait.
La chambre bien cadenaßée
Permettoit de laiffer l'argent fur le
comptoir.
Unbeau jour Dom Bertrand fe mit
dans la pensée
D'en faire un facrifice an liquide
manoir.
GALANT.
113
Quant à moy , lors que je compare
Les plaifirs de ce Singe à ceux de cet
Je n
Avare ,
ne fçay bonnement auquel donner
le prix.
Dom Bertrand gagneroit prés de certains
efprits ,
Les raifons en feroient trop longues
à déduire.
Un jour donc l'Animal qui ne fongeoit
qu'à nuire ,
S'il n'euft ouy l'homme rentrer ,
Euft jette fans confiderer
L'estime que l'on fait des biens de
cette cfpece ,
Tous ces beaux Ducats piece à
piece.
Il les euft fait voler tous jusques an
dernier ,
Dans le gouffre , enrichy par maint
& maint naufrage.
Mars
1691.
K
”
114 MERCURE
Dieu veuille preferver maint
maint Financier ,
Qui n'en fait pas meilleur ufage.
On nous mande de Pera
du 16. Novembre dernier ,
que M de Chasteauneuf ,
Ambaffadeur du Roy à la
Porte , aprés avoir fait des
Feftes pour les Victoires de
l'Armée de Flandre & de
l'Armée Navale , n'eut pas fitoft
fceu que Sa Majesté en
avoit remporté une troifiéme,
qu'il fit de nouveau éclater
fa joye avec beaucoup de magnificence.
L'ouverture de
GALANT. - 115
cette Fefte , fe fit le matin du
mefme mois de Novembre,
par une falve de trois cens
boëtes qui furent tirées dans
le jardin du Palais , & par
décharge du canon de trente
Vaiffeaux . Toute la Nation
la
s'affembla dans la Chapelle,
où l'Archeveſque de Spiga
chanta le Te Deum , aprés avoir
fait un difcours tres éloquent
fur la puiffance du
Roy. L'Evefque des Armeniens
voulant faire voir qu'il
prenoit part à la joye que ref
Tentoient les François , affifta
à cette ceremonie , avec fon
Kij
116 MERCURE.
Clergé & fa Mufique , & fit
demander à M. l'Ambaffadeur
la permiffion de faire
fucceder fes actions de graces
particulieres à celles que rendoit
la Nation . Comme il
n'eft ny Sujet du Roy , ny
fous la protection de la France
, & que fon Eglife fuit un
rit qui eft different de celuy
de Rome , M de Chafteauneuf
jugea que la demande de
cer Evefque n'eftoit qu'un
effet de l'eftime & de la vcneration
que la gloire de Sa
Majefté s'attire de tous les
Peuples du monde , ce qui le
GALANT .
117
fit confentir à fa demande.
Au retour de la Chapelle, on
fervit trois tables en mefmetemps
. Celle de M. l'Ambaf
fadeur eftoit de vingt- quatre
couverts. Celle de la Nation,
tenuë par fon Chancelier , de
quatre vingt dix , & la troifiéme
pour le Clergé , de foixante
& dix . Il y en avoit une
quatrième que tint ſon Maître
d'Hôtel, & celle - là ne finit
que le lendemain . M
l'Ambaffadeur avoit à fa table
quinze Turcs de confideration
, le Gouverneur de la
Ville , l'Intendant de la Ma118
MERCURE
que
rine , le Commandant des Ja
niffaires, le Fils du Grand
Treforier Lon Pere luy
envoya , en luy faifant dire
qu'il cuft fouhaité eftre depofé
la veille pour avoir la liberté
de venir le réjouir avec fon
Excellence , & le jeune Prince
de Moldavic . Les tables furent
auffi bien fervies qu'elles
pouvoient l'estre en ce
païs- là .Les décharges des boëtes
& du canon recommencerent
lors que l'on but la fanté
du Roy ; elles s'eftoient fait
auffi entendre pendant tout le
Te Deum. Le repas finit à l'en
GALANT. 119.
trée de la nuit , & le Palais fe
trouva alors orné d'une illumination
dont l'effet fut fort
brillant. Il y avoit dans la
Cour une Piramide de feu ,
du bas de laquelle fortoient
deux fontaines de vin , qui
coulerent pour le peuple. On
fit une quatriéme décharge,
aprés laquelle on tira cinq
cens fufées. On alla dans les
appartemens toute la nuit , &
les Turcs qui ne fortirent du
Palais qu'au jour , prirent tant
de goût à certe fefte , que pour
y contribuer eux - mefmes , ils
firent reveiller plufieurs Der120
MERCURE
vis. C'est une espece de Moi
nes quijouentadmirablement.
bien de la flûte , & qui vinrent
concerter avec d'autres
Inftrumens. Tout Conftantinople
prit part à la joye de
M. l'Ambaffadeur , qui n'a
rien de plus preffant que de
marquer en toutes fortes d'occaſions
le zele qu'il a pour la
gloire de noftre augufte Monarque
.
Madame la Comteffe de
Morſtin mourut icy le 12. de
ce mois , aprés avoir donné
des marques d'une pieté finguliere
. Elle eftoit Femme de
Meffire
GALANT· Ι2Ι
Meffire Jean- André , Comte
de Morſtin & de Chafteauvilain
, Marquis d'Arq en Barrois
, Seigneur de Montrouge,
Senateur & Grand Treforier
de la Couronne de Pologne ,
& cy - devant Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy & de
la Republique de Pologne en
France , & s'appelloit Catherine-
Geneviève de Gordon de
Huntley . Tous les Chefs de
l'illuftre Maifon de Gordon
ont efté Pairs du Royaume
d'Ecoffe , depuis l'inftitution
du Parlement , & ont
remply les premieres Char-
Mars 1691. L
122,MERCURE
ges de l'Estat , comme celles
de Gouverneurs Generaux , ou
Viccrois d'Ecoffe , & Generaux
d'Armée , & ils font encore
Gouverneurs Hereditaires
de la partie Septentrionale
d'Ecoffe. Il y a eu des Scigneurs
de cette Maiſon , l'une
des plus anciennes & des premieres
de ce Royaume
, qui
ont eſté honorez de grands
emplois hors de leur Pays .
L'Hiftoire de France fait
mention d'un Gordon ,Grand
Maréchal , ou General de
Charlemagne. Il tua le Roy
-Aigoland de fa propre main,
GALANT .
123
prés de Barcelone , & fut tué
à la journée de Roncevaux.
L'an 1006. Malcolme , ou
Milcolumbe II. Roy d'Ecoffe
, que d'autres nomment
Malcolion , donna à la Maifon
de Gordon le Château de
Huntley , dont l'Aîné a de
puis porté le nom. Bertrand
de Gordon tua au Siege de
Chalus en 1199 Richard I.
Roy d'Angleterre , furnommé
Coeur de Lion, & en 1265.
Adam de Gordon ayant défié
au combat Edouard Prince de
Galles , il fe battit contre ce
Prince entre les deux Armées
Lij
124 MERCURE
d'Angleterre & d'Ecoſſe . On
les fepara, & lors que ce Prínce
fut parvenu à la Couronne
d'Angleterre, il l'honora d'une
amitié tres - particuliere,
L'an 1250. Guillaume de Gordon
fut General d'un fecours
qu'Alexandre III . Roy d'Ecoffe
, envoyaà St Louis, Roy
de France , & il mourut en
Afrique, Robert de Gordon
fut tué en 1356. à la Bataille
de Poitiers ,au fervice de Jean
Roy de France . Je ne vous
rapporteray point tous les
Defcendans de cette Maifon,
Je me contenteray de vous
GALANT. 125
nommer ceux de la Branche
aînée depuis Alexandre premier
du nom , Comte de
Huntley , mort en 1479%
Georges I. fon Fils , Comte
de Huntley , qui mourut en
1501. avoit épousé Jeanne ,
Princeffe d'Ecoffe , Fille de
Jacques I. Roy d'Ecoffe , qui †
maria fes trois autres Filles ,
Pune à Louis XI . Roy de
France ; l'autre à Sigifmond,
Archiduc d'Autriche , & la
troifiéme à François , Duc de
Bretagne . De ce mariage nâquit
Alexandre II . du nom ,
Comte de Huntley , qui de
Liij
126 MERCURE
Jeanne Stuart , Princeffe d'Ecoffe
, Fille du Comte d'Athol ,
Prince legitime d'Ecoffe , cut
Jean , Comte de Huntley ,
mort avant fon Pere , aprés
avoir épousé Marguerite d'E-
•
coffe , Fille de Jacques IV.
Roy d'Ecoffe. Georges II .
Comte de Huntley , Fils de
Jean , tué à la Bataille de Sterling
en 1562. époufa Elifabeth
Keth , Fille du Comte Maréchal
d'Ecoffe , & il en cut
Georges III. Comte de Huntley,
& Grand Chancelier d'Ecoffe
, qui d'Anne Hamilton,
Fille du Duc de Chaftelleraut,
GALANT. 127
laiffa Georges IV. Marquis
de Huntley . Celuy- cy époufa
Henriette Stuart , Fille d'Efmé
Stuart , Duc de Lenox , &
Coufine Germaine de Jac.
ques I. Roy de la Grande Bretagne.
Ils eurent pour Fils
Georges V. Marquis de Huntley
, qui épousa Anne de
Campbel , Fille du Marquis
d'Argyle . Les Rebelles luy firent
trancher la tefte quelques
jours aprés le Parricide execrable
de Charles I pour avoir
fidellement foutenu fes droits .
Ce Georges V. eftoit Pere de
Madame la Comteffe de Mor-
Liiij
128 MERCURE
ftin dont je vous
apprens la
mort, & Grand
pere de Georges
, Duc de Gordon
, qui a
défendu
jufqu'à
la derniere
extremité
le Chasteau
d'Edimbourg
durant
fix mois ,
depuis
la derniere
révolte
d'Angleterre
& d'Ecoffe
, excitée
en faveur
du Prince
d'Orange
, contre le Roy Jacques
II . auprés
de qui ce Duc
s'eft retiré en France. Il eft aifé
de juger par toutes les chofes
que je viens de dire , que cette
Maifon
n'eft pas moins
illuftre
par fa fidelité
envers les Rois,
que par fon ancienneté
, &
•
GALANT. 129
par les alliances qu'elle a cuës
avec la Maifon Royale , ainſi
qu'avec plufieurs autres tresconfiderables
, tant d'Ecoffe
& d'Angleterre , que de France
, comme celles de Howard-
Norfolk , d'Hamilton , de
Douglat , de Droment , de
Montrofe , de Rohan de Milan
, d'Entragues , de Humic
res , de la Queille , de Chafteaugay
, de Caftelnau , de
Haluin , de Damas , & autres .
Il y a prefentement à l'Academic
Françoiſe une place
vacante par la mort de Meffire
Jean - Jacques Renouard,
130 MERCURE
Comte de Villayer , Doyen
des Confeillers d'Eftat , arrivée
au commencement de ce
mois La declaration que le
Roy fit en fa fayeur lors que le
rang de Doyen luy fut contef
té par un Concurrent d'un
tes - grand merite, eft une mar
que bien glorieufe de l'eftime
dont ce Prince l'honoroit .
Il a fait un Teftament fort
avantageux aux Hôpitaux , &
eft mort dans fa
quatre - vingtfeptiéme
année . La place de
Confeiller d'Eftat qu'il avoit,
a cfté donnée à M ' de Fourcy,
Prevoft des Marchands , &
r
131
lier
que
ttc
eft
M
oit
la-
DIT
lus
nt
de
:ft
ile
120
Com
des C
vée a
mois
Roy
rang
P té p
tersquel
don
Il
a
avan
cft n
ſept
Cor
a cft
Pre
RIVMPHOS
.
INCIT
har fecit
GALANT. IZI
Gendre de M: le Chancelier
Boucherat. Ceft un don que
le Roy luy a fait avec cette
maniere obligeante qui luy eft
fi naturelle , & en dilant à M
le Chancelier , qu'il auroit
voulu
que
c'euft cfté une place
de Confeiller d'Eftat Or
dinaire .
Je vous tiens parole,& vous
envoye les Jettons qui ont
paru au commencement de
cette année. Le premier eft
celuy du Trefor Royal, & les
autres font ceux de l'Amirauté
, des Galeres , des Baftimens
de l'Artillerie , de
132 MERCURE
l'Extraordinaire & de l'Ordinaire
des Guerres , de la Chambre
aux deniers , des Menusplaifirs
, des Revenus cafuels,
& de la Ville de Paris.
Le 9. de ce mois , l'Academie
Royale de Nifmes fit une
Affemblée publique , de laquelle
M. Demerés , Chanoine
en l'Eglife Cathedrale
de cette Ville- là, bonTheolo
gien & habile Predicateur , fit
l'ouverture par un excellent
difcours. Enfuite M: de Marfolier
, Auteur de plufieurs
beaux Ouurages , Chanoine
en la Cathedrale d'Uzez , &
GALANT. 133
au Frere d'un Confeiller
Grand Confeil
, qui porte ce
mefme nom , M. Mefnard ,
Confeiller au Prefidial de
Nifmes . & M: de Travenol ,
l'un des plus fameux Avocats
du Prefidial de la même Ville ,
firent leurs complimens
à la
Compagnie , & la remercierent
de l'honneur qu'elle leur
avoit fait de les y aggreger
.
M.Demerés , qui clt mainrenant
Directeur de l'Academie
, leur fit une réponſe
courte , éloquente & tresagreable
au nom de la Compagnie
; aprés quoy M Day134
MERCURE
glun , Docteur de Sorbonne ,
Chanoine , Grand Official ,
& Grand Vicaire de Nifmes
, fameux Predicateur &
Frere de M. de Trimond ,
Confeiller au Parlement de
Provence, fit l'Oraifon Funebre
de M. Seguier, le dernier
Evêque deNifimes ,& qui avoit
efté le premier Protecteur de
l'Academie. On aplaudit fort
à cette Piece , & à celles qu'on
lut enfuite dans l'Affembléc .
M Demerés qui avoit fait
admirer fon éloquence , fit
auffi admirer la Poëfic par la
lecture d'une Elegie qu'il
GALANT. 135
avoit composée en Vers Latins
& en Vers François , fur
la mort de ce digne Prelat ,
dont la perte eft fi heureuſement
reparée par l'Illuftre M
Fléchier , qui eft auffi Prote-
&teur de cette Compagnie de
beaux Efprits , & l'un des quarante
de l'Academic Françoife.
La clofture de cette Affemblée
fut faite par une autre
lecture d'un chapitre de
l'Histoire de Nifmes Payenne
& Chreftienne , où M: Mefnard
qui en eft l'Auteur , &
qui la doit publier au pre mier
jour , tâche de prouver que
126 MERCURE
Nifmes n'a jamais efté une
Colonie Romaine. On verra
auffi bien-toft l'Hiftoire du
Cardinal Ximenes , par M
l'Abbé de Marfolier , Parifien
de naiffance dont je
viens de vous parler, l'un des
Academiciens externes de
l'Academie de Nifmes . Le
fçavant M Graverol , qui en
cft l'un des principaux ornemens
, a cfté depuis peu receu
dans celle de Ricovrati de Padouë
.
Je vous envoye des Vers
d'une aimable Perfonne de
voftre Sexe , dont vous avez
GALANT . 137
déja veu quelques Ouvrages.
Elle penfe finement , & vous
ferez contente de l'expreffion .
Une Dame de fes particulicres
Amies l'ayant trouvée attaquée
de fiévre un jour qu'-
elle l'alla voir , luy dit en
riant qu'elle voyoit bien que
fon mal venoit des foins qu'
elle fe donnoit pour fa Famille
, & que fi elle vouloit
fuivre fon confeil , elle n'auroit
jamais de chagrins que
ceux que l'amour luy cauferoit
, & qu'affurément elle
trouveroit ces fortes de maux
plus faciles à fouffrir que
Mars 1691 . M
138 MERCURE
l'importune ardeur de la fie
vre. C'est ce qui luy donna
lieu de faire cette réponſe.
A MADAME DE M.
U
Ne brûlante ardeur me court
de veine en veine ;
fe fens un inquiet chagrin ,
Je ne dors non plus qu'un Latin,
Fay l'esprit à l'envers , tout me trouble
& me gêne.
Mais fije brûle nuit & jour ,
Ce n'est pas des feux de l'amour.
La chaleur d'une fiévre ardente
Me caufe tous ces mouvemens .
L'amour nous livre encore à de plus
grands sourmens ,
Au moins à ce que l'on nous
chante ,
GALANT. 139
Ear , grace au Ciel, jusqu'à ce jour
C'eft fur la foy d'autruy que je parle
d'amour.
Cependant , fi je puis dire ce qui
m'en femble
Sur le rapport de ceux dont fon cruel
poifon
Trouble lesfens & la raison,
Ce Dieu dans fes effets à la Fiévre
reffemble.
La Fiévre met les gens en feu ,
Fait refver , rend vifionnaire ;
Ainfi fait le Ditu de Cithere ;
Ses Sujets ne refvent pas peu.
Chaque Amant croit que fa Mai
Streffe
Brille de graces & d'appas ;
Qu'il n'est point d'objet icy - bas
Pareil à celuy qui le bleffe,
Et toutes ces perfections
Ne font que pures vifions
Mij
140 MERCURE
D'une folle delicateffe.
La Fiévre renverfe l'esprit ,
Ofte la force & l'appetit ,
Empoisonne le coeur , fait cent Metamorphofes
;
L'Amour,fuft-ce le plus petit,
Avec excés caufe les mefmes choses.
Eft-il rien de plus fou que
deux jeunes
Amans ?
Enfin on voit , plus on y pense,
Que la Fiévre & l'Amour dans
leurs égaremens ,
Ont une grande resemblance.
Fy vois pourtant un peu de difference
,
C'est que
la Fiévre a des momens
heureux
où l'esprit en repos fe fent dégagé
d'elle ;
Mais ceux à qui l'Amour a tourné la
servelle
GALANT- 148
C'eſtfans retour , plas de raifonpour
eux.
Ainfi donc , ma chere Amarante &
Faime mieux fentir le couroux
De la Fiévre qui me tourmente s
Fuft-elle encor plus violente
Que lesfeux importuns de l'Amour
le plus doux.
Voicy d'autres Vers qui
n'ont befoin que du nom de
leur Auteur pour s'attirer les
louanges qu'ils meritent . Ils
font de M. de Meffange, connu
par divers Traitez qui ont
efté favorablement receus du
Public.
Ï42 MERCURE
DECLARATION
d'Amour
L'aprendre,
'Amour , qui vouloit me fur-
Voyant queje craignois l'excés de fa
rigueur,
Et que de mille objets je fçavois me
défendre ,
Afcea tendre un piege à mon coeur,
Et dans les beaux yeux de Silvie
Il m'a fait voir tant de douceur ,
Qu'enfin il a troublé le repos de ma
vie.
Ces beaux yeux , par des traits de
feux ,
> Avec un tourment rigoureux ,
M'ont embrasé de la plus vive
flâme.
Un teint
que deVenus l'éclat n'efface
pas ,
GALANT. 143
Une bouche vermeille , & mille a
tres
appass
Sans peine ont triomphé des forces
de mon ame.
$
Depuis ce temps fatal , je Soupire em
tous lieux ,
Va trouble fecret m'environne;
Un triste ennuy m'abat , le repos
m'abandonne :
Le Sommeil révolté ne ferme plus
mes yeux.
S
Loin de la Beauté que j'adore
Tout femble fait pour m'affligers
Si l'espoir vient me foulager,
L'impatience
me devore.
2
Fours tranquilles , belas ! qu'eftes
vous devenus ?
Adieu , charmante
indifference s
144 MERCURE
Paifible , dans ton ſein , l'on ne me
verra plus.
Amour , je cede à ta puiſſance.
S
Traite à ton gré mon coeur, puis qu'il
eft fous ta loy:
Mais fouviens-toy pourtant , fij'ofe
te le dire ,
Qu'en me laiffant fouffrir fous ton
cruel empire ,
Tu te fais à toy mefme autant de tort
qu'à moy.
Je vais fatisfaire à ce que je
vous promis la derniere fois ,
de yous mander toutes les
particularitez que j'apprendrois
du mariage de M: le
Prince de Turenne avec Mademoiſelle
GALANT. 149
demoiſelle de Vantadour qui
fe fit la nuit du Dimanche
gras au Lundy. Il n'eſt pas
neceffaire que j'en uſe , en
cette rencontre , comme j'ay
de coûtume de faire dans les
autres , ny que je vous aprenne
, qui font ceux dont je
vous parle , ny quelle eft leur
origine. La Maifon de Boüillon
, & celle de Vantadour
font connues de tout le monilluftres
de , && trop pour me
permettre d'entrer dans un
femblable détail. Je me conrenteray
de vous dire que
comme les Souverainetez du
Mars 1691. N
146 MERCURE
Duché de Bouillon & de Sedan
entrerent dans la Maifon
de Bouillon l'an 1591. auffi la
Dignité Ducale entra dans
celle de Vantadour l'an 1578.
Il y avoit déja eu cy - devant ,
une alliance entre ces deux
Maifons , puis qu'Eleonor de
Montmorency , Fille aînée
d'Anne de Montmorency,
eftoit Trifayeule de M le
Prince de Turenne , & que
Marguerite de Montmorency,
feconde Fille de ce Conneftable
, eftoit la Bifayeule
de Madame la Princeffe de
Turenne . Il eftoit difficile de
GALANT. 147
faire un mariage plus fortable,
foit que
l'on regarde les
grands biens de l'une & de
l'autre de ces deux Maifons ,
foit que l'on confidere la fituation
de quelques unes de
leurs Terres , le Vicomté de
Turenne & le Duché de
Vantadour eftant limitrophes
, & deux des plus grandes
Terres du Royaume ,
mais particulierement le Vicomté
de Turenne , dont M
le Prefident de Thou , dans
fon Hiſtoire › ne parle avec
raifon, que comme des Principautez
d'Allemagne . Auffi
N
148 MERCURE
font- ce-là , fans doute , les
motifs qui ont porté Sa Majefté
à faire paroiftre publiquement
la fatisfaction qu'Elle
avoit de ce mariage , done
Elle a bien voulu figner le
Contrat. Ce fut chez Madame
la Ducheffe de la Ferté,
Tante de Madame la Princeffe
de Turenne , que fe fit
l'Affemblée , & où Monfieur,
avec Meffieurs les Princes &
Mefdames les Princeffes du
Sang voulurent bien fe
trouver pour affister à la
Ceremonie. Elle fut precedée
d'une grande Felke , & il
>
GALANT .
149
fuffit de dire que Madame la
Ducheffe de la Ferté en prit
le foin , pour faire connoiftre
qu'elle fut des mieux entendues.
Tout y marqua fon
efprit & fa generofité . On
joua d'abord un fort gros jeu.
Il y eut une agreable Symphonie
, une petite Comedie
Italienne , & le Soupé qui
fuivit , fut auffi magnifique .
que bien ordonné . On fervit
deux Tables en mefmctemps
, & chacune eftoit de
vingt - cinq couvers. Aprés
minuit, Monfieur, avec toute
certe illuftre & nombreuſe
Niij
150 MERCURE
affemblée ,
accompagna les
Fiancez à Saint Euftache . M
de Gordes , Evefque & Duc de
Langres , y fit la Ceremonie ,
en ayant été prié, tant par la
Maifon de Bouillon , que par
celle de Vantadour , dont il
eft également l'amy , mais de
ces amis toûjours pleins d'empreffement
à obliger , d'une
fidelité & d'une pobité finguliere
. La Ceremonie faite
, Monfieur , & toute la
Compagnie , reconduifit les
Mariez chez Madame la Ducheffe
de la Ferté . Son Alteffe
Royale y donna la chemife
à M le Prince de TuGALANT:
151
ร
renne,& Madame la Princeffe ,
à Madame la Princeffe de
Turenne. Ceux qui virent
alors Madame la Ducheffe
de Vantadour tomberent
d'accord que jamais Mere
n'eut plus de joye qu'elle , &
l'on peut dire à fa gloire que
comme ce mariage eft fon
ouvrage , auffi jamais perfonne
ne fit tant pour fa
Fille qu'elle a fait pour Ma
dame la Princeffe de Turenne.
Toute la Cour & tous ceux
qui la connoiffent, conviennent
que parmy les grandes
qualitez de cette Ducheffe, la
N
iiij
152 MERCURE
bonté & la droiture de fon
coeur ne font pas celles qui
brillent le moins en elle . La
preuve qu'elle vient d'en .
donner eft grande & illuftre .
Heft vray que l'on a raifon de
Madame de Vantadire
que
dour
a une
Fille
qui
a
toujours
dignement
répondu
à fes
efperances
&
à fes
fouhaits
. On
ne
peut
avoir
plus
d'efpric
qu'en
a Madame
la
Princeffe
de
Turenne
, &
il
ne
faut pas
douter
que
fon
coeur
n'ait
les
mefmes
traits
de
douceur
&
de
bonté
que
celuy
de
Madame
fa
Mere
.
Comme
on
GALANT. 153
eft perfuadé qu'elle rendra
M : le Prince de Turenne
fort- heureux , auffi croit- on
qu'il n'y a perfonne qui merite
mieux que luy de l'eftre .
Vous n'ignorez pas qu'il re.
vint à la Cour il y a quatre
mois , & qu'il a depuis dignement
remply la grande
reputation qu'il s'eft acquife
dans les Païs Eftrangers , &
particulierement à Rome & à
Venife. Ce Senat fi fage & fi
prudent conceut une fi haute
idée de ce jeune Prince , qu'ik
voulut luy confier des emplois
, qu'il ne donne jamais
qu'à des perfonnes d'une ex154
MERCURE
perience confommée , mais
M: le Prince de Turenne l'en
remercia , parce que fon inclination
encore plus que fa
naiffance
, le portera toujours
à ne defirer jamais d'autres
emplois que ceux dont le Roy
le trouvera digne . Je finiray
cet Article par un endroit que
vous ferez bien-aife d'apprendre
; c'eft que Monfieur a
marqué fa generofité naturelle
en cette rencontre
, par
un prefent qu'il a fait à Madame
la Princeffe de Turenne,
de deux Boucles d'oreille &
d'un Coulant , qui font d'un
tres - grand prix .
GALANT. 155
Le 6. de ce mois, M. l'Abbé
d'Auvergne foutint une Theſe
en Sorbonne , où il y eut
une grande affemblée de toutes
fortes de Perſonnes , tant
de la Cour que de la Ville.
C'eftoit une Tentative fur les
queftions les plus difficiles
de l'excellence de Dieu , &
fur celle de la Trinité . Il eu
pour Prefident M de la Hoguette,
nommé à l'Archevef.
ché de Sens , & je puis vous
affurer que tout le monde
fortit tres - fatisfait de ce jeune
Abbé.Il fit paroître beaucoup
de fçavoir & de netteté d'ef
prit , & une grande facilité à
cuo
4
156 MERCURE
réduire en peu de mots & en
bon Latin les longs argu ,
mens qu'on luy faifoit quelquefois.
Ses bonnes moeurs .
& fa pieté répondent à fon
fçavoir , & il y a peu de perfones
de fa naiffance quiayent
jamais mieux remply que luy
tous les devoirs d'un bon
Ecclefiaftique ; & mefme depuis
qu'il fait fes études de
Theologie , il a toujours logé
dans une maiſon , qui doir
eftre confiderée comme un
bon Seminaire , & aux Exercices
de laquelle il affifte avec
la derniere regularité. Vous
fçavez que M. l'Abbé d'Au ,
GALANT. 557
vergne eft de la Maifon de
Bouillon , & Fils de M: le
Comte d'Auvergne, Colonel
General de la Cavalerie . Il ne
faut que vous nommer ce
Prince , pour vous faire voir
d'un coup d'oeil , toutes les
excellentes qualitez de l'honnefte
homme , de l'homme
d'efprit , & de 1 homme de
guerre raffemblées en un feul
Sujet.
Puis que tant de gens de
Province ont envoyé prendre
des Billets à la Loterie de M
Thurer , dont je vous parlay
le mois dernier , je dois vous
158 MRECURE
dire que l'impatience qu'ils
ont de fçavoir fi la fortune
les favorifera , ne fera fatisfaite
qu'aprés la quinzaine de
Pafques . Elle l'auroit cfté plûtoft
fi la Loterie n'avoit cfté
que de la fomme que l'on
s'eftoit propofée , mais on a
apporté , & l'on apporte encore
tous les jours de l'argent
avec tant d'empreffement , à
caufe que l'on eft feur , & de la
beauté de tous les Lots , & de
l'extrême fidelité avec laquelle
ils feront diſtribuez ,
que ce feroit chagriner le Public
que de la fermer , tandis
GALANT. 159
qu'il s'empreffe fi obligeamment
à venir toujours prendre
des Billets . M. Thuret ,
pour répondre à la confiance
qu'on a en luy, a crû devoir
ajoûter un fecond gros Lot
de la valeur & de la beauté de
celuy dont je vous ay déja
Parlé, & il l'a fait, parce qu'il
s'en eft trouvé deux pareils ,
fans quoy il luy auroit cfté
impoffible d'en fournir un
femblable en fix mois . Tant
de gens le fouhaitoient aprés
l'avoir admiré, qu'il a cru leur
faire plaifir en augmentant
par là l'efperance qu'ils pouvoient
avoir de voir ce gros
160MERCURE
Lot parmy leurs billets. Il en
a auffi ajoûté beaucoup d'autres
; & les heureux font tresaffurez
que la fortune ne leur
donnera rien , non feulement
qui ne vaille le prix pour lequel
il aura êté mis à cette Loterie
, mais dont ils ne fe puiffent
défaire ſur ce même pied,
puis qu'il n'y a que des Medailles
, des Montres , des
Pierreries , & de l'Argenterie
.
Vos Amis qui croyent cette
Loterie fermée , peuvent encore
profiter de l'avantage
qu'on leur donne, de pouvoir
pour peu de choſe ſe mettre
GALANT. 1-61
en eftat d'avoir des Ouvrages
qui font admirez & re .
cherchez jufqu'au fond des
Indes.
Vous ne ferez point furpri
fe d'apprendre que le Roy a
créé Duc M: le Maréchal de
Lorge. Ha , comme vous fçavez
, non feulement toute la
valeur neceſſaire à un grand
Capitaine , mais il en a auffi
toute la prudence , ayant appris
le métier de la guerre
fous feu M de Turenne
fon Oncle , dont il a étu
dié toutes les manieres. La
retraite qu'il fit aprés la mort
Mars 1691 ,
162 MERCURE
de ce grand homme , eft une
des plus belles actions que
puiffe faire un General . En effet
il luy eft plus glorieux de
fauver une Armée , puis qu'il
a feul part aux mouvemens
qu'elle fait , que de gagner
une Bataille , dont tous ceux
qui s'acquittent de leur devoir
partagent la gloire.
En vous parlant le mois
paffé de Confeillers d'Eftat
d'Epée , je vous dis que M : le
Marquis d'Arcy eftoit du
nombre. Il remplit d'autres
Emplois qui ne le diftinguent
pas moins ; mais lors que je
GALANT. 163
vous le nommay , je crus vous
parler de M: de Villars , que
le Roy a honoré de plufieurs
Ambaffades , & qui a cfté
deux fois Ambaffadeur en
Efpagne.
Mile Comte de Jarnac , que
j'ay reffufcité aprés vous avoir
appris la mort , n'a laiffé faux
que fort peu de temps le
bruit qui s'en eftoit répandu .
Ce Comte vient de mourir, &
comme je vous en parlay fortamplement
lors qu'on le crut
mort la premiere fois , je vous
renvoye à l'article que je fis
de luy & de fa Maifon en ce
temps - là . O ij
164 MERCURE
Il me reste à vous appren
dre fur cette trifte matiere ,
que M. l'Abbé de Belebar
mourut icy d'Apoplexie le 7 .
de ce mois . Il s'appelloit Paul
Hurault de Lhopital- de - Belebat
, & il eftoit de l'ancienne
Maiſon des Hurault , originaire
de Bretagne , dont la
Branche aifnée s'établit il y
a prés de quatre cens ans dans
le pays Blefois , & y acquit la
Terre de St. Denis , qu'elle y
poffede encore prefentement.
Elle compte plus de quinze
generations de Pere en Fils.
Il ya encore la Branche des
GALANT. 165
Marquis du Vibraie , & celle
des Comtes de Marais. La
Branche de Chiverni , dont
eftoit le Comte de Chiverni,
Chancelier de France , eft
tombée dans la Maifon de
Monglar . La Branche de Be.
lebat prit le furnom de Lhopital
, quand le Bifayeul de
M: l'Abbé de Belebat époufa
la Fille heritiere de Michel
de Lhopital , Chancelier de
France . Le Défunt a fait M: le
Comte de Belebat , fon Neveu
, fon Legataire univerfel ,
& il y a quelques années qu'il
reſigna à M : l'Abbé de Choi-
1
166 MERCURE
fi, auffifon Neveu, le Prieuré
de St Benoist , qui vaut cinq
ou fix mille livres de rente.
M:l'Abbé de Choifi vous cft
connu par plufieurs Ouvrages
qui ont tous receu l'approbation
du Public , & fur tout ,
par l'agreable Relation qu'il
nous a donnée de fon Voyage
de Siam , où il devoit demeu
rer en qualité d'Ambaſſadeur
aprés le départ de M. le Chevalier
de Chaumont , fi l'en
cuft trouvé dans Sa Majesté
Siamoife des difpofitionsplus
favorables
pour
embraffer la
Religion Chreftienne . Vous
GALANT. 167
fçavez qu'il eft de l'Academic
Françoife . Feu M. l'Abbé de
Belebat eftoit Frere de Madame
de Choifi fa Mere , qui a
fait tant de bruit par fon cfprit
, & qui s'eft veuë honorée
de l'amitié de prefque tous les
Souverains de l'Europe . Elle
eftoit Femme de M. de Choifi
, Chancelier de feu Mon
fieur le Duc d'Orleans .
Il y a des panchans fi forts,
infpirez par la nature, qu'il cft
impoffible d'y refifter . C'est ce
quifait en quantité de perfonnes
la difference des profef
fions.Un jeune Gentilhomme,
168 MERKURE
filsdjur Officiande juftigejde
veru d'une Charge then confi
derable , fut deſtiné àromptinto
même pofte & dans ceptovate
fon Pero n'épargna ficnipouq
luy faire faire festerades avoc
le fuccés qu'il fouhaitoin lop
reut parfaitement , mais à
peine cut-il quinzeràs faizcaqs
qu'il fe fentit entraîner parum
violent defir de fervir, beo Raye
dans fes Armées. Son Pore que
n'avoir que luy d'enfans baved
une Fille s'oppola fortement
à ce deffein & fans fenlaiffer
fléchir par fes prieresnil aufa
d'une autorité fi abfoluë qu'il
>
120
l'obligea
GALANT. 169
l'obligea d'aller faire fes trois
ans d'étude de Droit , aprés
quoy il fut reçû Avocat.
Quoy que ce ne fuft qu'un
premier degré pour paffer à
une Charge fi- toft qu'il feroit
en âge de la pouvoir exercer,
il ne putfe forcer long-temps
porter la robe,& aprés avoir
fait paroiftre le dégouft qu'il
en avoit , il pria fa Soeur de
n'oublier rien auprés de fon
Pere dont il la voyoit tendrement
aimée , pour luy obtenir
la permiffion de faire quelques
Campagnes . C'eſtoit une
Brune toute aimable , moins
P Mars 1691 .
170 MERCURE
噜
*
âgée que luy de trois àquatre
ans, qui n'avoit pas moins d'agrément
d'humeur que de
beauté, & qui poffedoit coute
la raifon dont la jeuneſſe la
pouvoit rendre capable. Elle
refufa la cómiffion en luy di
fant qu'elle l'aimoit trop pour
luy confeiller de prendre un
parti qui l'obligeroit d'expo .
fer fa vie en mille rencontres,
& elle ajouta que la bienfeance
même ne luy pouvoit per
mettre de faire ce qu'il fouhaitoit
, puis qu'on ne manqueroit
pas des publier que
n'ayant qu'un Frere , elle auSGADANT.
171
گ ا
-roit cfté bien aifd de le voir
dans une profeffion fidangercule
fur l'efperance , s'ilar-
Privoir un mal -heur , d'avoir
» foule à recueillir la fucceffion
› de fon Pore , qui devoit estre
fore confiderable . Ce refus le
chagrina , mais fans luy faire
changerd'inclination , quoy
-qu'll buy fachaft des éloigner
adolasoeur,avec qui uneamitié
fort étroitempluy avoit fait
-prendre age liaiſon trés- particuliare
. Som Pere qui apprehendoir
paſſion ſi viosulente
ne prevaluft fur tous les
deffeins, voulut le fixer en le
June
Pij
172 MERCURE
mariahr . Il luy propofanun
party avantageux , & comme
il eftoit extrememehr riche
il luyy offrit de luy bfaite des
avances qui le devoient metq
tre dans un eftat fort ſatisfap
fant , mais fon peu d'âge lay
ſervit d'excuſe, & fa Soeurluy
ayant voulu repreſenter qu'il
avoit tort de renoncer à une
fortune que tout autre auroit
recherchée par toutes les
voyes poffibles , il luy répondit
, que quoy que fort jeane,
il fe fentoit pour le mariage
une averfion prefque invinci
blc , & qu'il la prieit , comme
GALANT 173
fa
il ne pouvoit douter quo
beauté no luy attiraft grand
nombre d'Amans , de vouloir
fetendre difficile fur le choix,
parce qu'il croyoit que tout
la bien de fon Pere la regardoit
ellefcule , fes defirs les
plus ardens eftant de la voir
dans une élevation qui fatisfit
latendre amitié qu'il avoit
pour elle, à quoy il contribucroit
avec d'autant plus
d'ardeur , qu'il pouvoir dire
qu'elle eftoit,aprés la gloire, ce
qui luy feroit jamais le plus
cher Un difcours fi obligeant
toucha vivement fa Soeur qui
Piij
174 MERCURE
l'affeura qu'elle câcheroit de fe
rendre digne de fon amitié, en
ne faifant rien d'important
route fa vie que par fon confeil.
Cependant paprés avoir
encore employé inutilement
quelques amis auprés de for
Pere ,il prit de luy mefme la
permiffion qu'il demandoit ,
& alla fervir, comme Volontaire,
dans le Regiment d'un
Marquis de fes Voifins , qui
depuis plus de vingt ans s'étoit
acquis une forti grande
reputation dans le meltier de
la guerre. Les heureufes dif
pofitions qu'il vit dans ce jeuGAUANTM
175
ne Cavalier
, jointes à l'eſtime
qu'il avoitpour fa Famille,l'o
bligerent
alle recevoir
avec
beaucoup
d'agrement
& le
Cavalier
s'acquita
fi bien de fa
premiere a
qu'il fe
fir autant d'amis qu'il cut de
témoins
de fa bravoure
. Sur
tout le Fils du Marquis
qui
commandoit
une Compagnie
dans le mefme
Regiment
,
chercha à luy rendre tous les
bons offices dont il fe trouva
capable , & par un pana
chant fecret qui les unit l'un
à l'autre , ils femblerent
n'avoir
plus que des intereſts
Piiij
176 MERCURE
L
*
communs, Le Cavaliero paffa
l'hiver avec luy en Allemas
gne , & quoy
qu'ilonempuſt
compter fur aucun fecoursidib
colté de fes Parens , il eut tout
en
abondance par le
moyens
du Marquis , qui fe faifoit un
plaifir de luy tenirlicu do Pell
re , en
attendant que le tempsi
& fes Amis cuffene adoucyn
le fien. Trois ans
s'écoulerqntq
fans qu'il retournaſt chez luy,
Sa Soeur avoit foin de luy éad
crire fouvent, & geftoit entreg
cux un commercel de stenv
dreffe , dont ils fe
faifoientaz
un plaifir fenfible. Elle Huy st61
GALANT. 174
anum co
? 300
rendoir un compte exact de
tous les Partis qui le prefentoient
pour elle, & le peu
d'envie qu'elle luy marquoit
avoir de fe marier fi toft , l'au
torifoir à l'en détourner . Il
craignoit toujours qu'ell qu'elle ne
fuft compée dans le choix , &
il cuſt voulu examiner par luymême
ce quiauroit pû luyêtre
propre Les occafions s'eftant
trouvées favorables, il fit de fi
belles actions , qu'il fut fait en
peu detemps Capitaine de Cavalerie,
& la gloire s'augmen
tant de jour en jour, fon fere
ravi d'entendre ce que l'on
1
178 MERCURE
en publioit , rentra enfin en
luy- mefme. Il confidera qu'il
n'avoit que luy de Fils , &
s'accufa de de feverite ,
puis que
eftoit ce qui convenoit
le
mieux
à un Gentilhomme
.
le party des armes
Ainfi il ne put plus refifter
au defir de le revoir , & le Cavalier
fe rendit auprés de luy
fi- toft que les Troupes curent
efté miles en quartier d'hiver.
Certain air noble qu'il s'eftoit
acquis en portant les armes
luy ayant donné un nouveau
merite , on le receut
avec tant de marques de ten179
GALANemen
dreffe ,
22018 23
qu'il fut pleinement
indemnisé de la rigueur que
fon Pere avoit cue longtemps
pour luy. Il trouva fa Soeur
dans une perfection de beauté
qui le furprit , & pour luy
montrer la joye qu'il avoit de
la voir fi digne de poffeder
dans fon coeur la place qu'elle
y tenoit , il ne pouvoit luy
faire affez de careffes . Sa Soeur
luy rendoit le change , en
loüant fa bonne mine , & les
manieres aifées qu'il avoit en
toutes choſes . Comme elle
eftoit recherchée de plufieurs
perfonnes qui avoient du
180 MERCURE
gst
bien fon Pere voulurjobli
à faire un choix , lafin de
la marier avant que fon Frere
les quittalt pour retourner à
fon Regiment, Le Cavalier
voulut fçavoir d'elle fi parmy
tous les Amans il y en avoit
qualqu'un qu'elle préferaft
aux autres, & aprés qu'elle luy
eur témoigné beaucoup d'in
difference pour tous , olla
ajoûra en riant , quel pour lav
roucherilauroit fallu que l'un
d'entr'eux luy cuſt reſſemblé.
Son Frere luy répondit de la
mefme forte , que malgré l'éloignement
qu'il fentoft rouGALANTM
181
gours plus grand pour le ma
riage il ne voudroit pas ré
pondre de demeurer infenfible,
s'il trouvoir une perfonne
aufli brillante
aimable
qu'elle, & neluy voyant d'atta
chement pour aucun de ceux
qui la recherchoient , il luy
demanda fi elle l'aimoit affez
pour vouloir bien fouffrir
qu'il la mariaft. En mefme
temps il luy parla du Fils du
Marquis , qui eftoit ſon Amy
particulier , & dont il luy
vanta lehmeriteye comme le
jugeant tres -digne d'elle . Il
fatisfalloit par là la reconnoif182
MERCURE
fance, ayant receu fille bons
offices du Fils & du Pere ! &
c'eftoit d'ailleurs la faire entrer
dans une Famille fort
confiderable ; & d'une Nobleffe
des plus diffingutes.
La Belle qui fe repofoit entrerement
fur l'amitié de fon
Frere , confentit fans peine à
le rendre maistre de fa deftinée
, & fon Pere n'eut pas fitoft
appris fon projet qu'il
le chargea de n'épargner aucuns
foins pour le faire réuffir.
Le bien du Marquis luy
cftoit connu , & il ne pouvoic
faire dans fon voifinage une
A
I
belune
ས
GALANT. 183
alliance qui luy duft eftre p
plus
glorieufe, Le Cavalier partit
fort
content
de
Dire
de fes liberalirez
, mais il
il ne put fe feparer
de fa Soeur qu'avec un chagrin,
qui luy fit connoiftre
que la douceur de fon entretien
eftoit un plaifir dont il
ne pouvoit le priver fans peins
. La Belle que la nature autorifgit,
à verfer des larmes ,
n'en refuſa pas à ce chef Frere,
qu'elle conjura en le quittant
de prendre foin de la vie
comme de la chofe du monde
où elle prenoir le plus d'intereft
.Il ne fut pas fitoft avec
184 MERCURA
fon Ami, qu'illuy parla d'elle .
Cet Amiqui fegloavenbiude
l'avoir voué dans fes premiel
res années n'avoit trouvée
fort aimable & iVidée quit
en confervoit encora Merupal
porrant au portrait qu'on tuy
en fit , il ne douta poinoqu
elle ne fuft digno de tourèsled
louanges qu'on luy denmiej
Elle eftoit fonvenir la fqjecades
leurs converfations
& Can
valier qui luy faifoipvoirdes.
Lettres qu'il recevoiti diddleb
luy donnoits licu Dadmire
l'efprit / aifé qu'ellebyorépanh
doit. La Campagne le paffa
GALANT. 185
auéch beaucoup d'avantage
pourd'un & pour l'autre, ils
Les fignalerent en plufieurs occafions
, Bo quand elle fut fihop
silkivintent jour avec
lours Amis de la gloire que
leut courage deur avoit acqui-
Lube Cavalier revit fon aima.
bita Soeur avec une exuême
joyanab vill laotrouvandans
udcefpted diengagement qui
ne pouvoinoeftre vaiſément
rompu que par celuy où il
devoit l'avoir mife avec fon
Ami Son Pere luy en deman
da d'abord des nouvelles , &
comme la premiere veuë fut
Mars 1691.
188 MERGURE
d'empefcher
le fugcés de cette
affaire , il l'affura que fon Ami
n'eftoit venu que dans le def
fein d'entrer dans fon allian,
ces Its d'y avoit difpofé, en
quelque forre & iaprés que
cet Amy leur cut rendu deux
ou trois vifites , il fut fi charmé
de cette belle Perfonne,
qu'on n'eut pas befoim de
beaucoup d'adreffe pour luy
faire faire la declaration
que
Ton fouhaitoit. Le Cavaliers.
pour l'y engager plus , forrement
, l'aſſura qu'il obligeroit
fon Parc à faireà La Soeur tous
les avantages qui le pourroient
GALAMIM 187
fatisfaire de la maniere
dont les chofes furent pouffées
en fort peu de temps , il
ne manquoit plus pour les ter
miner que le confentement
du Marquis que Ponatrendoie
de jour en jour. Ibarriva , &
les belles qualitez qu'il déconvidans
fa charmante
Performe que fon Fils aimoit,
toucherent d'aurano plus ,
qu'ayant toujours lenty pour
12 Flere un tres fort panchant,
if fut ravy de voir que la Soeur
alloit devenir faBelle fille.
On figna le Contrat de mariage,
& on eftoit preft de
Qij
188 MERCURE
choisir unjourspour le roon.
clurrel , alors que llai Bolla de
trouva attaquée d'une violente
fiévre , qui ch poida comps
fe regla en quarte . Comme
elle eftoit extremomentsdelf
cate, elle en fut fort abajtë
Son Frere que cet accident me
touchabpas moins que fon
Amy, cftait tres affidu auprés
d'allapad
- milla
râchoio
foins de luy faire voircom
bien il eftoit fenfible à ce que
fés longs accés luy faifoienp
fouffrir. La Belle blâmoits Id
trop de chagrin qu'ill faifoio
paroistre pour un mal quil
3
GALANTM 18,
ſelon lesapparençass ne pouvoit
avbir de fuites fachaufes,
& fans bien fçavoir pourquoy
it ofton d'une humeur filombreil
ne pouvoir s'empêcher
desabandonnerà la réveric
Um jour qu'il la vit fe porter
mieux qu'elle n'avoit de counume,
ilpa pria de luy dire fi la
paffionude Ton Amiavoit faft
naime beaucoup d'amourdans
fon coeur & la Belle luy ayant
avoué qu'elle n'avoit fenti juf
que là quede l'eftimesce qu'el
Idavoir cru qui fuffifoit quand
on vouloir faire fon devoir ,
il en montra de lajoye,
com
.
190 MERCURE
2062 51
me s'il cuft pû eftre jaloux que
les fentimens qui luy cftoient
permis pour un homme qu
elle fe voyoit prefte d'époufer
, l'euffent emporté
emporté fur l'as
mitié qu'elle devoit à la fienne.
Enfin fa fiéyre qui avoit
duré plus de deux mov
quitta entierement
, & deja on
recommençoit
à parler des
apprefts du mariage ,
lors
que
tout à coup , & lans que perfonne
l'euft préve
, vint
nem supitma
mois la
un a
fost o 393
ordre à tous ceux qui a
voient employ
dans les Troupes
, de partir fur l'heure , ce
qui obligea
d'en differer
la
GALANT 19F
conclufion jufques au retour
de la Campagne . L'Amant
de la Belle fentit ce délay
tandis que fort vint
le Cavalier fe foulmit à l'ordre
fans aucun murmure . On
& Taul 91100m2 30 .
LUD
remarqua
mefme
qu'il
s'éloignoit
plus content
qu'il
bou n'avoit
fait la derniere
fois
no crby
Les deux Amis fe rendirent
29 bu ils
enfemble
Σ ils eftorent
ap¬
pellez
150 801
moit leur bravoure , la Came
& comme on efti-
JOIY
pagne cftant déja affez avân
cec , on les commanda
6
βουτ
une entreprife
HOT !
foden
vigueur
$10sd
ient fouftenir
qu'ils ne pouvoient
1
192 MERCURE
fans fo
fe hazarder
beaucoup
s'ils vouloient donner l'e
xemple aux autres . L'amour
de la gloire leur faiſant fer.
mer les yeux fur le peril , il
en coufta du fang à tous
deux, mais le Cavalier en fur
quitte pour une bleffure , qui
heureufement
ne fe trouva
pas mortelle , au lieu que fon
Amy en receut trois, dont il
mourut peu de jouts aprés.
Le Marquis qui de quatre Fils
qu'il avoit cus n'avoit confervé
que celuy- la , reffentit
fay perte avec toute
avec toute la douleur
imaginable , ce qui ne l'empefcha
GALANT 193
1
to pefcha pas de donner les
ordres afin qu'on cult foin
du Cavalier . Sa bleffeure le
retint un mois au lit, & pendant
ce temps le Marquis
qui le vifitoit ſouvent , luy
donna toutes les marques de
la Prendreffe d'un Pere . Sa
cette fu
refu
Soeur ayant fçeu cette
Belte avanture , parut
arut oublier
01 un Amant
quelle
tant elle eftoit occupée
de
crainte pour l'accident
de
n Frere. Lors qu'il fut gue .
ry , comme
il ne pouvoit
montrer
affez de reconnoiffance
pour tous les foins que
fon
Mars 1691 .
R
194 MERCURE
د
le Marquis avoit cus de luy, il
chercha à le convaincredefon
veritable attachement par les
devoirs les plus empreflez qui
le pouvoient fatisfaire, & il le
fit d'une maniere fi engas ,
geante & agreable , que led
Marquis qui avoit toujours
fenty enfa faveur tout ce qu'une
forte inclinationeft capable
de produire,luy disenfin qu'il
le regardoit comme celuy qui,
pouvoit feul réparer fa perte, I
& qu'il l'adoptoit des
Boment pour fon Eils
attendant qu'une Fille unique
qu'il avoit , âgée de dix ans,
u a
Filsen
GALANT. M195
Lest
& qu'il faifoit élever dans un
Convent
, cuft atteint l'âge
de pouvoit cftre fa Femme.
Le Cavalier
ne trouva point
d'expreffions
affez fortes pour
témoigner au Marquis combien
il eftoit penetré de fes
bontez. La reconnoiffance
,
ainfi que l'eftime & le refpect,
l'avoit véritablement
attaché
& luy , & s'il he put s'empêcher
de fremir d'abord de
la propofition
d'un mariage ,
c'cftoit une affaire à regarder
de fi lõin , qu'il crut inutile
de laiffer paroiftre l'averfion
qu'il avoir pour les engage-
Rij
196 MERCURE
mens de cetre nature. Le
temps y pouvoit apporter divers
obftacles , & il y cuft cu
de l'imprudence à ne pas tés
pondre d'un coeur fort ouvert
honneftetez qu'on
#kung
129 2475354
a
Aneupviircal
g
pour
r luy. Ils revinrent
l'un
& l'autre
aprés
la Campagne
fai te , & le Pere
du Cavalier
alla auffi
- coſt
rendre
vifitel
Marquis
, St l'un
avoit
un
ref
gret
fenfible
de
la perte
de celuy
qu'il
s'eftoit
flaté
d'as voir
pour
Gendre
aurre navoit
pas
moins
de peine fe confoler
de ce qu'il
ne pou
voit
plus
avoir
pour
fa BelleGALANTM
Po 197
fille , l'aimable Perfonne en
qui
f
ui il avoit 2005 connu un meritc
abboldo 20V
parfait . Le Cavalier entretint
la Soeur
cette perte,
par
& fue
furpris que les avan
rages qu'elle auroit reeds be
Falliance
dont on eftoit deg
meuré
d'accord , l'euffent touehéc
affez peu, pour luy failfèt
la tranquillité
d'efprit
off
iPla
trouvoft. Elle luy dit
que n'ayant
jamais
riem
affez
fortement , pour n'eſtre
pas toujours
mailtreffel
de Tă
Daifongelle
avoit veulaveč
unon
fi grand plaifit le choix que
le Marquis
avoit fait de luy
Rij
198 MERCURE
pour eftre fon Gendre, & par
confequent l'Heritier de tour
fon bien , que la confidera
tion de fes interefts l'avoir
emporté fur toute autre chofe
. Le Cavalier s'écria fur Pin
justice qu'elle luy faifoit dé
croire qu'il fuft capable de
facrifier à des motifs de fors
rune la repugnance qu'il
avoit toujours fentie pour le
mariage , & qu'il fçavoir bien
qu''iill auroit toute la vie , puis
que pour l'obliger à la vain
cre , il auroit fallu loy faire
voir une perfonne fi accom.
plie, qu'il ne luy manquaft
CA
GALANT! 199
aucune des charmantes quafitez
qu'il trouvoit en elle ,
foit pour la beauté, foit pour
T'efprit & l'humeur , & il renoit
impoffible que celamfe
rencontraft. Ces fentimens ne
Juycfloient point nouveaus.
La tendre amitié qui l'unifloit
à fa Soeur dés fes plus jeunes
annéeson eftoit foutenue de
stoute d'eftime que l'on peut
avoin pour le vray merite &
ailin'ofoit trop s'examiner fur
ec fort panchant de peus
ne pouvoir fe cacher qu'il l'aimoit
plus que le nom de Frere
no le permettoit.Il eftoit dans
de
R
1111
200 MERCURE
que
cette forte d'agitation qui le
tourmentoit toutes les fois
l'on parloit de la marier,
fors qu'un venerable Capucin
vint reveler un fecret qui apporta
un grand changement
en toutes chofes . Il demanda
à entretenir fon Pere en pars
ticulier , & luy apprit que le
Cavalier qu'il croyoit fon
Fils , ne l'eftoit point &
qu'il eftoit celuy du Marquis .
Voicy le dénouement de cete
avanture , qui n'eft point
une fiction , comme la pluf
part de celles qu'on employe
dans les
Romans
, mais un
GALANIM 201
incident dont plufieurs porfonnestres
dignes de foy ac
teſtent la vetité . Cet Officier
de Juſtice que le Cavalier
croyoit fon Pere , ayant paffé
cinq ou fix années de mariage
fans avoir d'enfans , cut
enfin la joye de voir (a Feme
me accouchée d'un Fils , & il
luy choifit pour Nourrice la
Femme d'un Laboureur fort
accommodé, qui faifoit valoir
unc de fes Terres . Rien ne
pouvoit eftre plus magnifique
que toutes les chofes qui de
voient fervir à cet enfant , &
en les donnant à fa Nourrice,
202 MERCURE
ments
qua pren .
qu'il affura d'une récompenfe
proporti
proportionnée aux foms
conjuroit d'en pt
il commença par de fi
grandes liberalitez qu'elle fut
perfuadée que fa fortune érdit
faite. Il arriva dans ce meine
temps que le Marquis cut auffi
un Fils. Comme il en avoit
déja trois autres vivans , yun
équipage de guerre à faire , il
le fit remettre fans nulé éclat
de dépenfe entre les mains
d'une Belle - foeur de certe
Nourrice , qui demeurolt avec
elle , & qui eftoit Veuve de
puis quelques mois.Quinze
GALANT. 203
2
jours aprés que les deux Enfans
curent efté portez dans
cette maifon , le Fils de l'Officier
de Juftice , & la Nourricede
celuy du Marquis mou
furent prefque tout à coup ,
l'un d'une colique , & l'autre .
d'une févre violente . La
Nourrice qui reftoit, defefper
rée de voir fes efperances per
duës , trouva moyen de reme.
dier à ce malheur , en fuivant
le confeil de fon Mary , qui
luy fit garder le Fils du Marquis
, comme eftane celuy de
Officier de Justice. Les traits
devoient estre fi peu connoif
204 MERCORT
fables dans certo premiere on
fance , que la veuë d'un intoreft
confiderable pour ellp
luy fit approuver como fuppos
fition. Ainfi on allauchdz p
Marquis qui eftoit.dója parop
Pour l'Armée , porter la flow
velle de la mort de fon Ent
fant , & elle parut forts rays
femblable , la Nourricdayand
pû luy communiquer leqmal
dont elle eltoit morce On!
crut la chofe comme elle fut
rapportée , & fans vien appros
fondir , on donna ordrande
faire enterrer l'Enfant dans
l'Eglife du Village . L'autre
ร
GALANT 208
Nourrice demeura par là en
poffeffion du Fils du Marquis,
qu'ella rendit dans fon temps
20d'Officier de Juftice fans
qu'il y eut le moindre foupcom
du changement que l'in
careft luy avoit fait faire . Les
dons qu'on luy fit pendant
qu'alle l'our entre les mains .
&is qu'on luy continua de
tempslentemps aprés qu'elle
lout rendu étoufferent fes remards
, &de fecret euft efte
toujoursionlevely, fi une Mif
fiom de Capucins ne fe fuft
pas établicion ce lieu là . Ils
prefchèrent avectant de force
206 MERCURE
que
fur l'unique Neceffaire ,
le Mary de cette Nourrice é
pouvanté de l'obstacle qu'il
trouvoit à fon falut , fe refolut
de confier à l'un d'eux le
trifte embarras où il fetroit.
voit . Il eut de la peine à perfuader
fa Femme de l'indif
penfable obligation qu'il y
avoit pour l'un & pour l'autre
de découvrir ce qu'ils avoient
fait, mais ce zelé Millionnaire
tournafon efpritde telle forte,
qu'enfin aprés avoir refifté
long temps aux fortes faifons
dont il fe fervit , elle fe laiffa
toucher , & luy promit promit de
GALANT 207
demeurer d'accord , comme
fon mary , de toutes les circonftances
de la fuppofition.
L'Officier furpris de coce qu'on
luy declara alla auffi- roft
trouver le Marquis avec
Miſſionnaire , & le Marquis
aprés avoir fçeu la chofe , ne
balança point à dire qu'il luy
fuffifoit de la voix de la nature
qui avoit toujours par
fond de fon coeur , pour
eftre perfuadé que le Cavalier
eftoit fon Fils , & qu'il auroit
efté impoffible fans cela qu'il
l'euft aimé avec autant de
tendreffe qu'il en avoit touau
fond far
parlé
208 MERCURE
jourseu pour luy On interrogea
la Nourrice
& formary
,
& leurs réponſes
s'eſtanc
trouvées
uniformes
& merirant
d'eftre
cruës , ippis qu'ils
n'avoient
aucun
intereſt
à
donner
à l'un un Filsbqu'ils
oftoient
à l'autre, le Marquis
dit qu'il eftoit facile de jufti
fier la verité; que tous les Enfans
avoient
une marque
à la
cuiffe gauche
, & qu'il le fouvenoit
de l'avoir veue dans celuy
qu'on luy vouloit
fendre .
La marque
fe trouvà
dans le
Cavalier
, qui s'abandonna
à
des tranfports
dejoye incfoïaGALANT.
209
3
*
bles , lors qu'il connus qu'il
n'eftoit point Fils de l'Offi
cier. Il n'eut plus à s'eftonner
de la rendreffe extraordi
naire qui l'avoit toujours fr
fortement attaché aux inte
refts de fa Soeur, & il demefla
fans peine , ce qui estoit cauſe
qu'il n'avoit jamais pû voir
-fue hagrin que l'on fepref
faft de la marier . Le Marquis ,
qui avoit déja fait choix
de cette belle Perfonne pour
fa Belle Fille, demeuraavec
plaifir dans les mefmes fentimens
& vous jugez bien
qu'il ne pouvoit rich zarriver
Mars 1691. S
de plus agréable à l'Officior
que d'avoir pour Gendrs cèr
luy qu'il perdoir pour Fils.
Ainfi le mariage fut fait avee
une égalefacisfaction
des
deux familles , quint
line pour
voient affez admirer ce que
l'amour déguifé fous les dehors
apparens de la Nature ,avoir eu
de force fur le coeur du Cavalier.
de
RE
Je vous promis dans ma
Lettre du mois paffé de vous
entretenir
dans celle cy du
Voyage du Prince d'Orange
à la Hayo, & des motifs qui
l'ont porté à le faire. Il eſt
GALANIM ath
་
juften que je vous rienne par
role , mais avant que d'entrer
dans ce détails je croy croy qu'il
eſt bon de vous faire Pare
d'un Ouvrage où il eft parle
afsa jufte de ce Prince. Sa
Jesture yous fera connoiſtre
que la peinture qu'en fait M
Gaſtaigner de Tanchou qui
en l'Auteur, a un grand
rapport à ce que j'ay à vous
en diifh simony zup?
2 Ud Ue croire, Licidas , dans lefaccle
où nousfommes? 214
Eft- il rien d'affure maintenant cher
les hommes ? здоро
Chaque jour on invente , & dés le
lendemain
Sij
212 MERCURE
Ce que l'on affirmait fe rencontre incertain.
L'homme eft ingenieux, &fon adreffe
extrême
Ne s'applique fouvent qu'à le tromper
luy-mefmess
Tout luy paroift probable , & dans le
mefme temps R
Ilcroit aveuglement ce qui flate fas
fens.
Si de l'Ufurpateur la perte fe pas
blie , rosaliado
Dans fon opinion fa mort eſt établit,
Et le Peuple ignorant, s'en croyant
plus heureux,
Pour témoignerfa joye, allume mille
22 amor feuse.
Enfin lors que le temps détruit cette
nouvellest juada 150
Chacun fent en fon coeur une don-
** Leur mortelle damag
GALANT 213
Le Peuple , encore un coup fottement
prevenu ,
Crois que Naffau vivant, le Royaume
eft perdu. *
Qu'a-t- ilfait qui luy puiſſe inſpirer
cette crainte ?
Atil à nos Etats på donner quelque
atteintes M
N'a-t-il pas augmenté la grandeur de
mon Roy ?
Senef, Caffel, Maftrick, Saint-Denis,
Charleroy
Seront des monumens,où pourjamais
SHAYOT Phistoire vousa
Marquerafa foibleffe avec noftre vi
Sevctoires
Enfin par le plus grand de tous les
$1199 tiwattentats
On l'a vu d'un Beau -pere ufurper les
- Etats, moi ao fudy shade h
Etparſatrahiſon voler une Couronne
214 MERCURÐ
Colagones
Qu'un
tas
de Révoltez && le crime
lay donne, wir
Mais où font les exploits de ce Guer-
Saeyrierfameux ? mine
Qu'a-t- il fait pour monter à ce rang
glorieux
JA 2IVOI
Quelfigne de valeur , quelle grande
Victoire
Affermit fa Couronne , & relevefa
ON 29 gloire
Eft- il quelque rencontre èft-il quelques
combats a mi
Où l'on ait reconnu la force de fon
bras? * 1 1980
29
Non , toutefa vertu n'ajamais fceu
paroiftre ,
Qu'à former le deffern de faire
quelque traïftre. ASANTI
Par cet efprit trompeur des Princes
éblouissa saalegge S
Ont osé cependant armer contre
LOVIS ,
GALANT 219
Et pour le fousenirs paur couranner
Son crime wil
Préferer le Tyran au Maitre legitime.
le défendre ils feront
En vain
pour
must be leurs efforts i
LOVES va l'attaquer mesme juf
Camaro qu'en fes Ports
Et c'est là que fa Flote à vaincre
De ce accoutumée ,
De fes nouveaux exploits charge la
Renommée,
-the
Rien ne peut refifter à nos braves
Guerriers & 24)
On les voit en tous lieux moiffonner
des lauriers, dayه ل ل ا
Les rochers efcarpez , les Rivieres
profondes ,
De l'une à l'autre Mer les écumantes
estudyondes,
S'oppofent vainement an cours de
leur valeur i
216 MERCURE
BOVIS par tout inspire une invin
cible ardeur aleg
Tout cede devant luy ; la plus forte
défenſe ,
Ne fçauroit refifter an Heros de la
France.
Bien-toft nous le verrons par de nonveaux
exploits
Forcer les Allemans à recevoir fes
loix.
C'eft-là , cher Licidas , ce que nous
pouvons croire ,
Dans l'Europe aujourd'huy tout parle
de fa gloire.
Ces Princes conjurez
d'Ennemis,
ce monde
Par fa rare valeur feront bien toft
foumis,
Et déja du Hainaut les fertiles cams
pagnes ,
Déja du Savoyard les affreufes mon-
Atagnes ,
GALANT. 217 "
One efté les témoins de ces rudes
combats
Oùpar tout la victoire accompagnefes
pas.
Cette mefme valeur , cette mefme
fortune ,
Soumet à ſon pouvoir l'Empire
Neptune,
Et le vafte Ocean ne voit plusfurfea
CAMX ,
Que du François vainqueur les fu
perbes Vaiffeaux,
Remportantchaque jourde nouveaux
avantages.
On doit tout efperer de ces heureux
préfages i
Apréstant de combats & d'exploits
inoüis
" Malheur à qui voudra refifter &
LOVIS.
Mars
1691. T
218 MERCURE
Le détail que je vais vous
donner du Voyage du Prince
d'Orange en Hollade, en
le faifant voir entier dans un
feul Article , vous épargnera
la peine de le chercher dans
mille écrits differens, où vous
ne le trouverez qu'accompa
gné de beaucoup de fauffetez,
dans les Nouvelles étrangeres,
& en feuilles volantes , qui
pour eftre données trop frequemment
au Public , ne peuvent
parler qu'à diverfes reprifes
, des chofes mefmes qui
ne font pas confiderables par
Icur longueur.
GALANT.1
219
Le Prince d'Orange fe trou
va à la fin de la Campagne
derniere dans une fachcufe
fituation , rien n'ayant répondu
aux projets qu'il avoit
faits , & à ce qu'il avoit promis
à fes Alliez. Les François
pafferent le Rhin , vêcurent
aux dépens des Allemans , &
en firent beaucoup perir par
la faim dans leur propre pays,
aprés avoir tiré des contribu
tions deçà & delà le Rhin.
Les Alliez ne furent pas plus
heureux en Flandre . On ruina
une partie du pays avant l'ouverture
de la Campagne ; on
Tij
220 MERCURE
fourragea jufques aux portes
de Gand , & on fit auffi payer
de groffes contributions . Les
Ennemis perdirent une grande
Bataille peu aprés au Camp
de Fleurus , & les Vainqueurs
leur enfirent encore payer de
nouvelles en s'étendant dans
le pays . Les Troupes du Roy
n'eurent pas de moindres fuc
cés d'un autre coſté . Elles
s'emparerent de la Savoye,gagnerent
la Bataille deStafarde,
& prirent plufieurs Places en
Piedmont. Les Anglois & les
Hollandois croyoient avoir
leur revanche fur mer , mais
GALANT 221
leurs Flotes jointes n'y parurent
qu'à leur honte . Toutes
les coftes d'Angleterre
furent
menacées de defcentes. Onen
fit mefme quelques unes , &
toute l'Angleterre
effrayée
prit les armes pour le défendre
contre les François. Le
Pince d'Orange ne faifoit pas
micux fes affaires en Irlande,
& aprés avoir perdu M de
Schomberg
, le Colonel Dun
ker qui avoit défendu Londondery
, &
Officiers de marque, ce Prince
tomba dans une Letargie qui
le fit croire mort pendant
t
s autres
Tinj
222 MRECURE
quelques mois . Il fe réveilla
enfin pour le Siege de Limeric
, qu'il fut contraint de
lever aprés la perte de fes
meilleures Troupes, qu'il expofa
, afin de pouvoir s'en retourner
avec quelque forte de
triomphe, & plus couvert de
gloire que fes Alliez , mais
fes efperances furent trompécs
, & il arriva fort mortifié
en Angleterre . Il étoit
à craindre que
le mauvais
fuccés de la Campagne
ne fift defunir les Alliez , &
le Prince d'Orange pouvoit
mefme compter lå deffus , s'il
GALANT 223
ne trouvoit des expediens
pour l'empefcher . Celuy qui
Tuy parut le plus propre à
détourner un coup fi facheux,
fut de faire affembler à la
Haye tous les Princes qui
compofoient la Ligue , & de
prefider à cette Affemblée . Il
leur fit fçavoir la réfolution
qu'il avoit prife , en les affurant
que s'ils vouloient le fe
conder , non feulement ils repáreroient
toutes les pertes de
la Campagne , mais qu'ils
pourroient meſme dans la fuite
tailler de la befogne aux
François . Quoy qu'on s'affû ,
Tiiij
224 MERCURE
raft
beaucoup fur fon efprit ,
ce langage
n'avoit pas encore
affez dequoy
perfuader , & ce
Prince cftoit trop
habile pour
ne le
connoistre pas . Il fçavoit
qu'il faut de
l'argentpour
foutenir une
grande
guerre,
& que s'il ne
paroiffoit
du
moins en avoir , on auroit
peine à croire qu'il puſt réulfir
dans fes
deffeins. Il reprefenta
aux
Creatures qu'il a
dans le
Parlement
d'Angleterre
, qu'on devoit faire un
grand effort pour luy donner
du
fecours , & qu'il n'y avoit
que ce feul moyen qui puft
GALANT
225
empeſcher la Ligue de fe
rompre. Il ajoûta qu'il prendroit
les fonds pour ce qu'on
voudroit les luy donner ,
quand mefme ils devroient
n'approcher pas de la fomme
pour laquelle il les prendroit .
Il avoit fon but , & eftoit
2
les
Alliez ne
perfuadé que
s'oppoferoient
point à fes vo-
Fontez ,
pourveu qu'ils le
creuffent
en eftat de fournir
aux frais de la guerre , & de
leur donner des fommes dont
ils poffent profiter. La refolution
fur prife d'abord dans
le
Parlement
d'Angleterre ,
226 MERCURE
"
•
d'accorder au Prince d'Orange
la plus grande partie de
ce qu'il demandoit . Ces fortes
de refolutions ont accoutumé
de couter peu , mais on
en'trouve toûjoursl execution
tres difficile . Le Prince d'Orange
ne fut fatisfait qu'en apparence
,puis qu'on luy donna
des fonds qui ne valoient pas
le quart desfommes pour lefquelles
on les luy comptoit.
Mais comme une partie de fa
politique confifte à faire publier
ce qu'il fouhaite , tout
retentit du bruit des grandes
fommes que le Parlement lay
GALANT. 227
accordoit , ce qui remit les
elprits des Alliez . Cependant
on fut fi long temps à trouver
les fonds qu'on deftinoit
à ce Prince , que fon Voyage
à la Haye en fut differé de
plufieurs mois , & c'eft ce qui
a fait que les Alliez ont pris
des mefures un peu trop tard
pour cette Campagne. Pendant
qu'on travailloit en Angleterre
à trouver de l'argent,
on eftoit fort embarraffé à la
Haye , où l'on ne fçavoit dequoy
remplir les Arcs de
triomphe , que l'on avoit refolu
de faire conſtruire pour
228 MERCURE
l'Entrée du Prince d'Orange,
parce que ces fortes d'ouvra
ges , fuivant la force du mot,
ne doivent eftre remplis que
des conqueftes faites par celuy
à l'honneur de qui on les
Eleve. On crut d'abord que
l'Irlande fourniroit de beaux.
fujets , mais lors qu'il fut queftion
de mettre la main a
l'oeuvre , on trouva que les
Sieges d'Athlone & de Limeric
ayant efté levez , le Prince
d'Orange n'eftoit demeuré
maiftre que d'une Ville ou
verte , ce qui ne le récompen
foit pas des Troupes , & des
GALANT
229
braves Officiers qu'il avoit
perdus , de forte qu'on fur
contraint de quitter cette matiere
, de donner dans des
louanges vagues qui ne fignifioient
rien , n'eftant fort
fouvent qu
que des lieux communs
, & de mettre plufieurs
Infcriptions fur l'ufurpation
du Trône de
l'Angleterre.
On remarqua parmy les peintures
un Oranger, fous lequel
l'Empereur , le Roy d'Elpagne
, & les Alliez du fecond
ordre cherchoient à fe mettre
couvert des ardeurs trop
fortes du Soleil ; & ce qui
-
230 MERCURE
yous furprendra , c'eſt que
l'Envoyé de l'Empereur , &
l'Ambaffadeur d'Eſpagne, qui
ne l'ont pas ignore , ont pû
fouffrir une chofe fi honteufe,
ce qui marque leur aveugle &
rampante foumiffion pour le
Prince d'Orange. Comme
le Voyage de ce Prince a fouvent
efté differé , les fonds
dont il avoit befoin n'eftant
pas prefts , les Peuples qui fe
laiffent la plufpart du temps
cccuper de peu de chofe ,
fe font divertis à voir dreffer
ces Arcs de triomphe , & on
a efté bien- aife de leur faire
GALANT. 23f
prendre par là des impreffions.
toutes contraires à la verité
touchant l'ufurpation d'Angleterre
, en imputant au zele
de la Religion , ce que le
feul defir de regner a fait entreprendre.
Il ne faut que
faire un peu de reflexion fur
le caractere du Prince d'Orange
pour eftre bien - toft
perfuadé que l'ambition eſt
fa paffion dominante . Ce
Prince partit enfin pour la
Haye trois mois plus tard
qu'il n'avoit refolu , fans que
ce retardement luy cuft fait
trouver toutes les fommes
232 MERCURE
qu'il avoit deffein d'emportes
avec luy Le 3. Decembre de
l'année derniere , les Depu
tez des Etats , & un détáchement
des Garnifons de la
Haye, allerent audevant de
Juy. Cependant commers
deux heures aprés midy on
n'avoit point encore de nouvelles
de fon
débarquement,
on ne s'attendoit point qu'il
duft arriver ce jour là , & l'on
fut fort furpris , lors qu'on le
vit venir fur les cinq heures
du foir , fans qu'on en cuft
cu aucun avis. Son Caroffe
cftoit precedé de ceux du
GALANT.! 233
Prince de Frife , & de l'Am
baffadeur d'Efpagne. Il y as
voit deux Gardes du corps
de chaque coſté , & environ
une trentaine derriere . Il eftoit
fuivy du Carroffe de M.Opdam
, & de ceux des autres
Deputez des Etats Celuy du
Comte d'Hornes paroiffoit
enfuire, & il eftoit fuivy d'u
ne douzaine d'autres qui appartenoient
aux Envoyez ou
aux principaux du Pays. Ces
Carroffes eftoient tous à fix
Chevaux . Le Prince d'Orange
palla fous trois Arcs de
triomphe , dont les ouvertu-
Mars 1691.
234 MERCURE
·
res eftoient encore bouchées
avec des planches au moment
qu'il y arriva , de forte qu'il
fut obligé d'attendre
quele les
ais fuffent décloüez. Cetté
entrée fut fi inopinée que
perfonne ne cria d'abord , vive
le Roy , parce qu'on ne
pouvoit le perfuader que ce
fuft luy. On tira le canon lors
qu'il approcha du Chateau ,
& les Peuples commencerent
alors à faire paroiftre leur
joye par leurs cris . Ce Prince
monta d'abord à fon appartement
, où il fe repofa pen
dant quelque temps , aprés
GALANT
235
+
quoy il tint confeil . Il foupa
enfuite fort legerement .
On fit plufieurs décharges de
canon aprés qu'il fut arrivé,
& la derniere fut la marque
de fon coucher . Le feu d'artifice
que l'on avoit preparé
depuis long temps , ne brilla
pas plus qu'avoit fait l'entrée
. Tout paroiffoit deconcerté
depuis le Prince jufques
Bau dernier Bourgeois , & fembloit
prédire le mauvais fuccés
de la Campagne , Il'y avoit
trois grandes rues , où l'on
avoit fait dreffer des Balcons
prefque devant toutes les
V ij
236 MERCURE
maifons , & l'on ne vit point
ces Balcons remplis. On ne
doit point juger de l'inclination
des peuples par l'appareil
de l'Entrée. La politique
avoit fait ordonner toutes les
peintures par les Magiftrats
qui font tous Creatures de
ce Prince. Cette & depenfe
eftoit neceffaire pour faire
connoiftre à toute l'Europe.
que la Hollande luy eft entierement
dévouée. Cepen
dant la plus part de ces peuples
cftant convaincus de
l'ambition qui le devore , &
que non feulement elle le
GALANT.
237
porte a fe faire Souverain de
Hollande , mais qu'il croit
avoir befoin de cette nouvelle
dignité pour foumettre les
Anglois au pouvoir arbitraire,
aonenc les voyoit pas marquer
und joye qui répondift à l'appareil
de l'Entrée . Le Prince
d'Orange ayant découvert
que ces mêmes Peuples commençoient
à foupçonner fes
deffeins , parce que fa pofitique
luy fait tout mettre en
age pour eftre averty de
tout ce qui le regarde , &
jogeant d'ailleurs qu'avant
que de laiffer éclater fon cn238
MERCURE
•
treprife , il dévoit faire quel
que chofe de confiderable en
Flandre, & qui remiſtles affaires
dans une meilleure fituation
, refolut de gagner les
coeurs des Hollandois par
toutes les marques d'une
grande bonté , & par une
modeftic extraordinaire pour
tout ce qui regarderoit les
honneurs Ainfi pour leur
faire fentir la maniere dont
il en ufoit à leur égard , il a
traité tous les Souverains qui
fe font rendus à la Haye ,
avec une hauteur dont les
Bourguemeſtres de Hollande
GALANT. 239
ne fe feroient pas accommodez
; mais cette Politique ne
les a ny trompez ny éblouis,
fon caractere leur eft connu,
& ils fe fouviennent qu'il proteftoit
dans tous fes Manifef
tes lors qu'il paffa en Angleterre
, que fon deffein n'étoit
point de le faire Roy , &
qu'aprés l'avoir dit plufieurs
fois enfuite de fon débarquement
& avoir bû à lafanté du
Roy fon Beaupere , afin d'attirer
dans fon parti les peuples
qui le fuyoient , non feule.
ment il s'eft fait offrir la couronde
par les Traîtres qu'il
240 MERCURE
avoit gagnez , mais qu'il s'eft
declaré ennemi de tous ceux
qui auroient l'audace des'yop .
pofer. Il n'y a point à douter
qu'il n'cuft fait faire la mefme
chofe en Hollande par fes
Creatures,s'il cuft trouvé quel
que difpofition dans l'efprit
du Peuple, & dans les affaires ;
mais le contre - temps auroit
pû ruiner pour toujours fes
pretentions , & il a cru devoir
attendre qu'il ait mis les cho
fes dans un cftar qui luy
permette de fe declarer avec
moins de rifque. Jugeant ces
pendant que fon voyage ne
luy
GALANT 241
luy fera pas entierement inu-
« tiles puis qu'il pourra luy
fervir à applanir les difficul-
OU tezia tourner l'efprit de ceux
qui s'oppofent le plus à fes
deffeins ,& à gagner par fes
manieres obligeantes jufques
au plus menu peuple , dont
on a toujours beaucoup de
befoin sen ces fortes d'occa
¡ fions: Aprés fon arrivée à la
Haye , il ne tarda pas longtemps
à fe rendre à l'Affemblée
des Etats de Hollande , &
enfuite à celle des Etats Gene
raux. Il fit un difcours dans
T'une & dans l'autre. Je vous
1 Mars 1691 .
Χ
242 MERCURE
•
envoyes une copie de celuy
qui a couru, fans vous pou
voir dire dans laquelle des
deux Affemblées il a esté pro
noncé , ny mefme s'il l'a efté,
Les avis font partagez là- def
fus. Toutefois des gens tresdignes
de foy m'ont aſſuré
l'avoir leu imprimé en Fla
mand dans une Gazette de
Hollande. Je ne me mêleray
point de décider fur une cho
fe que l'on tient douteuſe ,
mais quand il ne feroit pas
vray que le Prince d'Orange
cuftoprononcé ce Difcours ,
ce qu'il contient à l'égard
GALLANT1243
du Roy nolaillant pas d'eftre
Tres veritable , je croy vous
4 le devoir envoyer, comme une
#Piece dont la lecture vous
fera plaifir.culom yn , donan
Job of sopamaq tool tvs zad
HARANGUE
-
Du Prince d'Orange , aux
Etats Generaux.com !
9113560
MESSIEURS ,
Je me fuis déja sexpliqué plufieurs
fois par mes Dépefches #
par mesAmbaffadeurs , fur mes
veritables intentions & mon attachement
aux noeuds inviola-
X ij
244 MERCURE
bles du Traité d'Ausbourg. Fay
accepté une Couronne , moins
pour la gloire & la fortune qui
L'accompagnent , que je puis dire
n'estre pas une jufte compenfation
avec tant de travaux & d'inquietudes
qui y sont attachez ,
pour acquerir plus d'auto
rité & de force à la protection
de la veritable Eglife , à laquelle
je me ſuis voüé , & l'engagement
où je fuis entré avec tant
de Zele à Ausbourg › n'a efté que
la fuite de ce mefme defir de défendre
la Religion contre les projets
d'une Puiffance formidable
qui la veut détruire . C'eft où
GALANT. 245
1
vous ay tous heureusement
rencontrez dans l'ardeur des mémes
intentions , & ç'a eſté le ſujet
de l'espoir de tant de Peuples
opprime qui ont trouvé un
fiecle auffi cruel que les premiers,
qui furent enfanglanteZ duſang
de tant de Proferits & de Mar
tirs. Ces projets , ces deffeins ,
ces premiers mouvemens qui les
ont fuivis , répondirent d'abord
aux protestations jurées à Aufbourg
; mais je puis dire avec
toute la fincerité que je vous dois,
que les fuites les ont bien démen
ties . C'est à ce relâchement que
je me fuis éveillé , que j'ay tout
X iij
246 MERCURE
laißé en Angleterre pour venin
icy vous adreffer ma vive voix.
Je n'ay pour vous résoudre qu'à
vous faire jetter les yeux fur la
Puiffance qui vous preffe , fur ce
Roy victorieux qui ne repoſe
point , qui ne ceffe point , qui répand
dansfes Miniftres cet efprit
fuperieur qui affure fes conque
fes , avant que fes Armées tou
jours invincibles à les executenta
Songez donc avec quelle abon
dance fon autorité puiſe de nou-
Deaux tref
dans fes Etats
avec quelle utilité & quelle jufte
difpofition fes Finances toujours
prestes s'employent à mettre dans
GALANT 247
1
des
le mouvement plus de Troupes ,
d'Artillerie , de Vivres
Munitions, que ne pourroit faire
te reste de l'Europe. Depuis fon
Confeil interieur jufques au dertout
eft reglé & animé
merd
de lafageffe , & de cette fublime
politique qui menace l'Allemagne
defes chaifnes. Lifez, Meffieurs,
lifez ces Memoires . Voyez le
nombre effroyable de fes Trou
pes , le partage de fes Armées ,
leur bon estat , & tout ce qui
peut contribuer aux neceffitez de
la prochaine Campagne fur les
frontieres dans les Magafins.
Vous ne trouverez pas un Soldar
Xiiij.
248 MERCURE
عوم
qui ne foit équipé d'habits &
d'armes , comme s'il s'eftoit accommodé
luy mefme par un foin
particulier , defa propre bourfe
. Faites donc ces falutaires reflexions
, que le plusformidable
Prince qui ait regne depuis les
Cefars , vous preffe, & fe prepare
d'aller chez vous y depenpler
les campagnes , & en faire
de vaftes deferts , comme il a déja
fait fur le Rhin. Fe fçay que
le Roy de Suede s'offre aux me
diations d'une Paix avec la
France. Je ne croy pas que vous
deviez refufer ce Mediateur.
Ily va de voftre falut ; une Paix
GALANT. 249
+
à l'as
neceffaire eft toujours honorable.
Pour moy , je me fuis engagé
avecconfiance à tant de grandes
entreprifes
, fur les veuês de l'alliance
d'Ausbourg
. Je cederay
volontiers à la fatalité qui vous
preffe . Traitez donc , écoutez les
mediations
, mettez- vous.
bry d'une Paix , il vous en coutera
moins , non pas tout , ce
Conquerant
ne vous laifferoit
rien ; mais file defir de voftre
gloire , infeparable
des interefts
de voftre Religion , l'emporte, &
fi vous voulez foutenir la foy
d'une confederation
fi sainte
fi indiſpenſable
, accordez- vous
250 MERCURE
épuisez- vous , fufpendez les dif
ferends domestiques de l'Empire
oubliez vos concurrences dans
cette fameuſe conjoncture ."” »La
veritable gloire fera à
proportion
de la part que chacun dex-vous?
aura dans le fuccés de la défenſe
commune. Si vous preferez
guerre de Religion , & l'honneur
atous autres interefts , vous ar
refterez cette
Puiffance qui vous
menace , & qui deftine voftre
cheute dane la ruine totale de
Cette
l'Europe .Je repaffe la mer , pour
revenir avec mes forces feconder
vos efforts ,file defir de la gloire
vous
détermine , je
paroiftray
GALANTM
251
en perſonne aux coups de vofire
terrible Ennemy.
Le Voyage
du Roy , & le
Siege de Mons font voir qu'il
n'y a rien dans ce Difcours
la gloire de Sa Majefté
, qui
ne fe trouve veritable
. Il y
auroit bien d'autres
reflexions
à faire fur cette Harangue
1 qui parle ouvertement
de la
Ligue d'Ausbourg
, que les
Princes
confederez
fe font
d'abord
efforcez
de cacher,
parce qu'ils vouloient
avoir
lieu de dire que la France les
avoit attaquez
, avant qu'ils
252
MERCURE
fe
fuffent
liguez
pour
agir
contre
elle , & pour
troubler
le repos de
l'Europe , en fuppofant
qu'ils
vouloient
réta
blir la
tranquillité
mais ce
prétexte
n'a
jamais
cfté que
pour
couvrir la jaloufie
qu'ils
avoient
de la gloire
de Sa
Majefté. C'eft
dequoy le Prin
çe
d'Orange
les a flatez, quoy
qu'il s'en
mift peu en
peine,
fon but
n'ayant
efté que deles
faire
contribuer
à fon élevation
aux
dépens
de leur
honneur , de leurs
Troupes
& de la ruine des Eftats de la
plufparc
.
1
GALANT: 253
L'Electeur de Brandebourg
seft trouvé le premier à la
Haye, comme parent du Prince
d'Orange & celuy qui eft
le plus dévoué à ce Prince . Il
n'a pas fuivy en cela les fentimens
du feu Electeur fon
pere , qni ayant pendant fa
vic changé inceffamment de
party avoit reconnu quelque,
temps avant fa mort,qu'il n'y
en avoit point de meilleur
que d'eftre uny avec la France
, & avoit mandé au Roy ,
aprés avoir fait un traité avec
Ice Monarque , que c'eftoit le
254
MERCURE
dernier
qu'il
feroit
avec
Sa Majefté
, citant
perfuadé
qu'
on
ne devoit
jamais
manquer
de
parole
à un
fi grand
Prin- ce. Ceux
qui
fe trouverent
les premiers
à la Haye
aprés
l'Electeur
de
Brandebourg
font le
Comte
de
Windifkrats
,
Envoyé
extraordinaire
de l'Empereur
, le Prince
de Wir- temberg
, l'Electeur
de Bavie
re , le
Landgrave
de
Heffe
Caffel
, & le Marquis
de Cafta naga
. Le
Prince
d'Orange voyant
qu'il
eftoit
difficile
d'accorder
tous
ces
Princes
,
255 GALANT
à caufe des rangs & des
1255
honneurs qui leur eftoient
dus , & voulant d'ailleurs
voir la gloire de les voir tous
à fa fuite , leur avoit fait prendre
le party de venir incognito,
& ils ont donné dans ce
olls ont
nçau ,
pa
fans
confiderer que
l'incognito , qui ne fait point
de tort à la gloire de celuy
qui veut bien s'en fervir, n'eft
que pour des occafions
paffageres.
Par exemple , un Pring
ce qui voyage & qui paffe
Ja Cour d'un autre Prince
peut luy rendre vifite & y voir
ce qu'il y a de plus curieux
256 MERCURE
fans eftre connu que de trespeu
de perfonnes , mais la
chofe change entierement de
face, fi toft qu'il s'agit d'un
long fejour ; que l'on paroift
avec quelques équipages, qu
on paffe pour ce que l'on eft;
que publiquement on eft
appellé par fon nom , &
que l'on fait tout ce qui eft
ordinaire aux autres hommes
qui ne veulent point
qu'on les regarde comme inconnus
. Il femble alors qu'on
ne foit incognito , que pour
eftre privé des honneurs
dûs au rang & à la NaifGALANT
257
ནས
fance. C'est ce que vou
loit le Prince d'Orange , & il
a cu le plaifir d'en venir à
bout. Il a veu des Electeurs
attendre pendant des heures
entieres dans fon Antichambre.
Le Marquis de Caſtanaga
, quoy qu'incognito comme
les autres , auroit efté faché de
njeftre pas connu , ayant fait
beaucoup de dépense pour
effacer par un équipage magnifique
tous les Souverains
qui fe font rendus à la Haye,
ou pluftoft pour empêcher
qu'on ne filt reflexion für les
miferes de la Flandre Efpa-
Mars 1691. Y
*
258 MERCUR
?
gnole Ainfi chacun à eſto
connu à la Haye, & les Sou
verains qui ont élevé le Prince
d'Orange , n'y ont paru que
comme fesCourtifans
qui font
venus encenſer l'Idolë¹ qu'ils
ont taillée de leurs propres
mains. Ainfi cette foulo d'Alu
teſſes rampantes
, & do Pos
tentats du fecond ordre , s eft
veuë mélée avec des Marp
chands ; qui fiers de voir fant
de Princes humiliez chez cag?
leur ont fait payer cherement
leur gifte , & achepter en mes
me temps beaucoup de cha
grin & de honte. Cela ne pouGALANTM
289
voit arriver qu'à de jeunes,
Princes , qui remplis de l'ardeur
de voyager , ont efté ravis
de trouver un pretexte
pour fortir de leurs Etats, &
n'ont regardé que le plaifir
que leur donneroit cette pro
menade , fans examiner les
confequences La poſterité fera
fatprife lors qu'elle apprendra
que desSouverains des premie
res Maifons du monde auront
cftés ramper aux pieds d'un
Roy de Comedie , dont un
revers de fortune feroit paroître
tout le crime aux yeux
mêmes de ceux qui pour leurs
Y ij
260 MERCURE
interefts cherchent à fe le déguifer
, & je ne fçay mefme fr
elle n'en feroit point voir , &
approuver la punition , puis
que fi le crime heureux eft
adoré , il ne devient jamais
malheureux , qu'il ne femble
puniffable à ceux meſmes qui
ont efté d'abord affez lâches
pour l'applaudir. Les Defcen
dans de ces Princes rougirone
un jour de la baffeffe que
l'Hiftoire reprochera à leurs
Anceftres , dans une occafion
fi honteufe & ce qu'il y a de
furprenant , c'est qu'ils fa
crifient tout pour maintenir
GALANT 261
le Prince d'Orange fur un
trône ufurpé, fans qu'il leur
en revienne aucun avantage .
L'un voit les Turcs prefts à
l'accabler ; l'autre voit les
François entrer dans le coeur
de fon Pays & prendre fes
meilleures Places , & les autres
voyent diminuer leurs
Troupes fans qu'on leur don-..
ne fuffifamment de quoy les
entretenir. Cependant les difcours
d'un homme qu'ils regardent
comme un Ulurpa
teur dans le fond de leur ame,
ont plus de force que leur
propre intereſt & leur propre
262 MERCURB
gloire, &nil paroiſt à leurs
yeux comme ces feuxéblouif
fans , appellez Ardens par le
vulgaire , dont la lueur qu'on
ne fçauroit s'empêcher de fui
vre , mene au precipice ceux
qui s'attachent à les regar
der. Le Duc de Hanover quic
n'eft pas moins fage quebra-f
vel, n'ayant point: imitél la
bouillante ardeurs des jeunes
Souverains qui le ſont trouvez
aux Conferences , le Prin
ce d'Orange en a témoignés
beaucoup de chagrin & a fait
nommer par les Etats lo ficur
Herkeren, auquel il a donné
A
le
GALANT 2630
8
S
des inftructions particulieres
1 pour faire expliquer ce Duc,
qui n'eft pas entré dans la Ligue
comme beaucoup d'autres
par l'envie de favorifer
l'injufte ufurpations de lav
Couronne d'Angleterre, mais
parce qu'ha creu que fi las
Ligue n'eftoit forte , le Roy an
qui l'on mettoitles armes à la
main , feroit des conqueftesd
en Allemagne by ce qu'il for
croyoit obligé d'empefcher
comme bon Allemand), &
pour la gloires &
la Nation.L'Electeur de Saxe ,
fer des fanaiffance , n'a pas
prereft de
264 MERCURE
*
voulu imiter les autres , ný
venir ramper comme eux aux
pieds du Prince d'Orange,
puis qu'ils n'ont eu que des
tabourets qui même eftoient
éloignez du fauteuil de ce
Prince ambitieux . Il eft rare
de voir des Souverains en
cette poſture & des tabou .
rets jettent une idée dont je
n'oferois parler à cauſe du refpect
qui eft dû aux Souverains.
Mais le but du Prince
d'Orange eftoit de les faire
venir à la Haye pour les voir
en cette polture , & fe faire
ainfi reconnoiftre Roy de la.
grande
GALANT 265
1
grande Bretagne par ces Souverains
en perfonne , &d'ung
maniere indigne de ceux qui
ont eu cet abaiffement , mais
le grand bruit des fommes
que le Parlement d'Angle
terre luy avoit accordées
faifoit croire à ces Princes
qu'il en avoit apporté beaucoup
plus qu'il n'a fait , &
l'avidité qu'ils avoient d'en
profiter , leur a fait facrifier
l'honneur de leur rang. Voicy
une Lifte des Souverains, des
Alteffes inférieures , & des
Excellences qui fe font trouvées
à la Haye pendant le
Mars 1691.
*Z
266 MERCURE
fejour qu'y a fair ce Prince ,
L'Electeur de Baviere.
L'Electeur de Brandebourg
.
Le Duc de Lunebourg Zell .
Le Duc de Brunswick Wol
fembutelia
Le Landgrave de Heſſe . Caffel,
Le Prince Chriftian- Louis de
Brandebourg .
Le Marquis de Caſtanaga,
Le Prince deWaldeck.
Naſſau Le Prince de Nallau , Statouder
hereditaire, & Maréchal
des Camps & Armées des
i Etats.
Le Prince de Naflau Saarbruck.
GALANT 267
Le Prince de Naffau- Dillinbourg.
Le Prince de Naffau Idfteyn.
Le Prince Philippe Palatin .
Le Prince de Saxe- Eyfenach .
Le Landgrave de Heffe Darmftadt,
& fon Frere.
Le Duc Adminiftrateur de
Wirtemberg.
Le Comte de Hoorn.
Le Comte d'Erbach .
Le Lieutenant General Webbenym.
Amiral Tramp,
Le General Chauvet .
Le General Delwich.
Le Comte Darco.
Le Comte de San-Fra
Zij
268 MERCURE
Le Comte de Roviere .
Le Comte de Gryal .
Le Comte de Broüay.
Le Comte de Tirremont .
Le Marquis de Caſtel - Moncayo
Le Prince de Sulzbach .
Le General d'Autel .
Le Comte de Lippe.
Le General Barfutz .
Le Baron de Pallant .
Le Prince de Wirtemberg , &
fon Frere.
Le Prince de Wirtemberg:
Newſtadt.
LesPrincesd'Amsbach .
Le Landgrave de Hombourg
GALANT . 269
Trois Princes de Holftein-
1 Beeck.
Le Prince d'Anhalt de Zerbft .
Le Duc de Curland , & le Duc
fon Frere .
?
Le Duc de Holſtein .
Le Prince de Commercy.
Le Pr.Palatin de Birckenfeldt .
Le Duc de Schomberg , & le
Comte Maynard fon Frere.
Le Comte de -Spence .
Le Comte d'Enhoff.
Le Comte de Fugger.
Le Baron Spain.
Le Ringrave & fon Frere.
Le Comte de Kallon .
Le Comte General Palfy.
Z iij
270 MERCURE
On verra dans la fuite, que
cette foule de Princes n'aura
fervy qu'à augmenter la gloi
re de noftre Auguſte Monar >
que, Chacun ayant fair paroiftre
fon caractere en cette
occafion , l'Electeur de Brandebourg
a paru , non ſeulement
tout dévoué au Prince
d'Orange , mais un perpetuel
admirateur de ce Prince , ds
forte que quelque choſe qu'il
air pû dire , il luy a toûjours
donné des louanges. L'Elccteur
de Baviere a d'abord un
peu brillé & fa vivacité ayant
du rapport à ſon âge , on ns
GALANT 271
trouvoit point étrange;
mais pendant qu'il avoit une
oreille pour les affaires , l'autre
n'écoutoit que ce qui regardoit
fes plaifirs pour lesquels
Leuls il avoit des yeux , ce qui
luy a fait faire des difparates
queje ne rapporte point ,vou
lant épargner fon rang , &le
Sang illuftre dont il eftforty.
M de Caftanaga a paru , plus
habile , & plus politique que
les autres , mais les affaires
d'Eſpagne eſtant en trop méchant
état , il faut plus que
de l'efprit pour les reparer.
Le Duc de Zell a efté furpris
Z iiij
272 MERCURE
de trouver fi peu de folidité
dans les deux arc - boutans de
la Ligue ,qui font l'Electeur de
Baviere & celuy de Brandebourg
, l'un âgé de vingt- huit
ans , & l'autre de vingt- fept.
Ce n'eft pas qu'ils n'ayentfouvent
fait de grands projets
dans leurs repas , mais il manque
toujours quelque chofe
pour exécuter les refolutions
que l'on prend à table ; & tel
y bat fouvent les ennemis qui
les fuiroit en pleine campa
gne. Le Duc de Zell perfuadé
de plufieurs fuccés que devoir
avoir la Ligue en continuant
GALANT 273
fes entrepriſes témoigna
beaucoup de froideur , & cette
froidcur a produir ce que
Vous apprendrez avant que
j'acheve cette Hiftoire des
Conferences de la Haye.
Aprés vous avoir parlé de la
maniere dont les principaux
Confederez y ont paru , j'ajoûtéray
que le Prince d'os
ranges eft tellement accoûttumé
à boire avec les An
glois & les Allemans , qu'il
mefme trouvé du plaifir à le
faire fans eſtre en debauche ,
ce qui a fait diminuer beau
coup de l'eftime que les Hol
1 !
274 MERCURE
Jandois avoient pour luy a
vant qu'il paffaft en Angle
terre. Je n'avance rien dont
je n'aye veu des lettres de la
Haye ecrites par des perfonnes
quiloin d'eftre fufpectes en
ont un tres fenfible chagrin .
Enfin aprés quelques lege .
res conferences , car il n'en
eſtoit beſoin que pour la for
me , le Prince d'Orange devant
propofer & conclure , il
obligea les Confederez qui é
toient à la Haye de demeurer
d'accord de ce qu'il fouhaitoit
, & leur dit qu'il le rédi
geroit par écrit , & l'envoye
GALANT. 275
roit à chacun lors qu'ils feroient
retournez dans leurs
Etats, c'eft à dire, qu'il donne..
roit un tour à ce qui avoir efté
refolu qui répondroit encore
plus à fes intentions , voulant
les engager infenfiblement , a
y differer tout à fait. Il fut
conclu dans le même temps
que l'Electeur de Baviere
diroir à l'Empereur qu'il fe-
Loit impoffible que la Ligue
fubfiftaft , à moins qu'il ne fiſt
La paixavec le GrandSeigneur,
à quelque condition que ce
fuft . Les chofes eftoient en cet
état , lors que le bruit des mouwemens
que faifoient les Fran
276, MERCURE
çois redoubla , ce qui obligea
lé Prince d'Orange à dire aux
allicz Que s'ils n'estoient pas
prefentement en état de s'oppofer
à ce que la France pourroit entreprendre
il falloit travailler
inceffamment à s'y mettre , afin
que dans la fuite de la Campagne
on pust reparer les pertes qu'on
auroit faites au commencement,
Toutes chofes eftant reglées ,
T'Electeur de Brandebourg,
qui jufque là n'avoit fait qu'-
admirer le Prince d'Orange ,
s'avifa de faire des propofttions
trop à fon avantage pour
luy eftre accordées . CepenGALANT
277
dant onpartit pour Loo avane
que d'avoir rien décidé fur
fes pretentions, & il n'y eftoit
queftion que de parties do
chaffe , lors que le Marquis
de Caftanaga envoya Couriers
fur Couriers pour porter la
nouvelle du Siege de Mon's?
On crut d'abord que c'eſtoit
une terreur panique qui luy
avoit pris & le Prince d'O
range dit que cette nouvelle
meritoit confirmation. Il eft
aile de s'imaginer qu'il n'avoit
pas cru qu'on puſtatta
quer une Place de cette impor
tance,puiſque s'il avoit cu cer
278 MERCURE
te penfée , il ne fe feroit pas é
loigné de 25.licues de laHaye.
Il tint auffi- toft Confeil , ou il
fut refolu d'envoyer vers tous
lesPrinces Allicz.M . d'Oldam
eut ordre d'aller à Munfter, &
M : Hucklom à Neubourg.
On dépefcha des Courriers
pour faire affembler les Troupes
par tout où il y en avoit,
& M. de Baviere refolut d'al
ler fur la Mofelle pour faire,
diverfion , ignorant qu'il y a
ce de cofté-là un gros Corps
de Troupes Françoifes , commandées
par M le Marquis
d'Harcourt , pour rompre les
GALANT. 279
deffeins que l'on auroit pû
avoir en ces quartiers- là pendant
le Siege de Mons. Les
Alliez refolurent auffi que
Mile Duc de Zell prendroit
les devans , & fe rendroit à
Bruxelles , afin de commencer
à faire préparer toutes
chofes pour mettre les Troupes
en campagne; mais ce Duc
ayant veu le peu de difpofition
qu'il y avoit à faire reuffir
le deffein des Alliez , s'eft
retiré dans fes Etats , & femble
les avoir abandonnez au
mal heur dont ils paroiffent
menacez . Nous verrons le
280 MERCURE
fuccés qu'aura la fuite de cette
Ligue , dans le détail que je
vous donneray du Siege de
Mons , aprés vous avoir fait
part de quelques autres Arti-
६ ales.otom
Lezo
. de ce mois
il se fiticy
un mariage
fort
confiderable
,
deM
: le Marquis
de Choifeuil
Meftre
de
camp
du
Regiment
de la Reine
de Cavaleric
, avec
Mademoiselle
de
Lamberti
heritiere
d'un
grand
merite
& de
grands
biens
. Elle
cft fille
de feu
Mi
le
Comte
de
Lamberti
, qui
eft
une
Maiſon
illuftre
&
GALANT. 28t
T
tres- diftinguée dans le Perigord,
fes Anceftres ayant eu
de grands emplois. Son grand
pere eftoit Colonel d'Infan
rerie . Madame fa mere eft de
l'ancienne Maifon Dedy de
Riberac , dont les predeceffeurs
ont eu de fi grands Emplois
auprés de nos Rois . La
Maifon de Choiseuil eft fi
connue qu'il eft inutile d'en
parler. Elle a paru dans tous
les fiécles paffez avec un fort
grand éclat & a cu- même.
T'honneur de s'allier avec celle
de France , dans la perfonne
de Renauld de Choifcurl ,
A a Mars 1591.
282 MERCURE
qui époufa Alix de Dreux,,
petite fille de Louis le Gros
Depuis elle s'eft toûjours
maintenue dans l'élevation
où nous la voyons , par des
Marefchaux de France , Che
valiers de l'Ordre , & Ducs
& Pairs. M. le Marquis de
Choifcuil , dont je vous par
le , répond dignement fa
1
4
naiffance . Il eft dans le Ser
vice depuis plufieurs années,
& s'eft diftinguéen beaucoup
d'occafions , entre autres à la
bataille de Stafarde en Piedmont,
oùil commandoit un
eſcadron de Dragons , & eut
GALANT 283
fon
cheval bleffe.
Depuis ce
temps
le Roy la honoré
du
Regiment
de Cavalerie
de la
Reine. Mi le Comte de Chevigny
fon Pere a fervy le
Roy plufieurs
années
dans
fon Regiment
des Gardes
avec diftinction
. Madame
fa
mere eft de la Maifon
de la
Riviere
qui eft qui eft tres illuſtre &
ancienne . Bairau de la Rivicre,
un de fes
Predecelleurs
,
fur grand
Chambellan
des
Rois Charles V. & VI. & cft
enterré
à faint à faint Denis, aux
pieds du dernier. C'eft unma
riage tres fortable, puifque le
A& 1
284 MERCURE
E
a
merite perfonnel , les grands
biens & laqualité s'ytrouvent.
Il s'eft fait dans le même
temps un autre mariage
Rouen au confentement
de
deux familles fort confiderables.
C'est celuy de M: le Chevalier
de Moteville , Frere de
M de Moteville, Premier Prefident
de la Chambre des
Comptes , qui a époufe Madame
de Caligny. C'eft une
Dame d'un fort grand merite,
& de beaucoup de vertu .
L'Enigme du mois paffe
eſté expliquée fur le Violon .
qui en eftoit le vray ſens , par
SA
GALANT 285
Four : de Vau- Meffieurs du
L
dricourt
, Commiffaite
Géneral
des faifies réelles de
Lyon de Bare , Ingenieur
ordinaire
du Roy du fort Louis
du Rhin Dumont
, Directeur
des Poftes de l'Election
de
Chafteau
Thierry : Hatier de
la fue de Richelieu
de Perey
Gaillardin
, Chirurgick
Jure a la Roche
de Sercy dú
même lieu de Villiers , Controlleur
d'Exploits
: Forget le
fils : Chevrain
de Longu'a
Venne prés de Perónne
; l'Epinay
Buret , de Vitré en Breragne
: Vayon de la ruë aug
286 MERCURE
hers : Prieur ,fous les pilliers
des Halles le Tourneur :
Perreault : de Godefroy : de
Bon , & Auger, tous Profef
feurs à Avranches : Prignand
Preftre de la même Ville
Oudin , Curé de Cuffi les forges
: Jean Pinard Curé de Vil
lette : Guerin , l'un des huis
Chanoines de Mante : Alain
Batteur d'or de fa Majefté : les
deux intimes voisins : Drohin
& Brunet , Curez de Rouvray
& de faint Andheux en Bourgogne
, T. Gaudeloup & fa
moitié prés faint Nicolas des
Champs : G. Hutuge d'Or
STHUR
GALANT. 287
Leans : Tamirifte de la rue de
la Cerifaye : Marcel , Chirur
gien , rue faint Martin : le
Gros Jean Noël de la même
ruë : Leonard Hajet S, de faint
Jacques de la Boucherie : Cotteret
de Villiers , Commis aux
Aydes : Riché de la rue .faint
Martin , & fon épouse : Danjou
& fon aimable Marguenire
les amis de la nouvelle
conference : Bras de fer & fa
jolie blonde de Cuffi les Forges
:l'Amant par caprice de la
rue Parifis deDreux : le Malle,
Pafquier & Rouffel , tuë de
l'Hirondelle : L'Abraham &
288 MERCURE
*
1
fes Ifaacs, le Bienfaiſant ca
lomnié, & Gerlo fa trop ai
mable & trop aimée : leConvalefcent
Houdanois : le Reclus
des deux Rofes blanches
du Fauxbourg farnt Jacques :
le Reclus de la rue faint Medericle
Solitaire d'Honfleur,
T'Envie des Bourgeois de la
même Ville : l'Enfant gaflé
de la belle & bonne mere :le
petit Berger à bonne fortune
du hameau voifin de la Beuvriere
: le Chevalier de la Ro.
cheverte de l'Ile Noftre Dame
: le Prophete malencontre
du grand Navire de la
rue
GALANT. 289
rue faint Denis : Vaudelain &
fon Camarade rue des Lavan.
dieres : le cader Filleur & fon
frere le Chevalier de Falaife:
legrand Tervobal: de la Ro
che , rue S André du Buiffon
, du Palais , tous deux de
Rouen : le Doux & fon aimable
Brune , ruc de la Vanerie ;
Clouet & fa coufine Fanchon .
Mefdemoiselles du Four , rue
d'Orleans ; de faint Martin
des Moutiers de Torigny :
Cheron de Silly de Soiffons :
Joffelin ' du fort Louis du
Rhin : Michelle & Geneviéve
Hajet : Catherine Miché,
Mars 1691 . Bb
1
290 MERCURE
•
& Marguerite Geoffrenne : la
charmante Mayon , penfionnaire
de la Vifitation de Compiegne
la fpirituelle & toute
aimable Loüife Lavé : l'agreable
Caterine Baratede la rue St
Martin , & l'aimable Drevoies
de la rue aux Ours la
plus infenfible blonde du marais
: Marie Andrée Furon : la
charmante Barbe Mancienne
du Fauxbourg faint Germain ;
la trop aimable & trop perfeverante
veuve de la rue du pe
tit lion : la charmante Brunette
devant le petit faint Antoine
: la fidelle d'Anjou : la
GALANT.
291
charmante Rochemont , &
l'inconfolable Therefe de la
rue du petit lion : la belle de
Dreux à l'anagrame fa vertu
m'éblouit : la belle Mariane de
la rue des Lavandieres , & fa
bonne amic de la rue de la
:
Tableterie la fpirituelle brune
de la rue Glatigny : l'indif
ferente Uftel de la rue faint
André la petite Venus du
port d'Angleterre fur le pont
au change : la belle & toute
charmante Manon proche le
tripot de Caen : la charmante
Madelon de la rue Tictonne :
la charmante poulette de la
Bb ij
292 MERCURE
fue des Noyers : l'amic de la
jeune mufe: Diamantine de la
grande rue de la friperie : l'aimable
veuve & fa fille des
trois croiſfans de la petite rue
de la friperie la blonde indifcrete
de la rue au lait , & fa
jeune rivale en imaginatiou
de la rue Parifis de Dreux :
l'aimable couple de foeurs du
bout de la porte Pariſis du
mefme lieu le petit amant
traverfé du bout du marché
de Mante , & fon aimable
Janneton la Maiftreffe du
Soleil d'or de la rue Dauphi
ne & fon frere : la tante & le
:
·
GALANT 293
neveu : la plus fpirituelle de
la rue de Geole de Caen : le
petit Lieutenant Criminel de
la rue des Odeurs : le charmant
petit coeur de la petite
Minette de la rue du bel air :
la mufe Normande : Bertin &
la charmante Madame Charpentier
de la rue de la Polerez :
la Marquife de Gamenon :
Mc Affuerusle Garde d'E
fther
phofée de la rue aux Fers.
L'Enigne nouvelle que je
yous envoye merite l'applica
tion de vos Amies , pour en
ouver le vray mor.
l'Amante metamor-
Bb iij
294 MERCURE
2252 22255Z525ESSZ
P
ENIGME .
Otence , corde , roüe , Inftrumens
de Torture ,
Tout cela fe trouve avec moy.
Il est bon , m'abordant ; de prendre
garde àfoy
Et de garder quelque mesure.
On me cherit pour ma commodité ;
Fe fers mesme à la volupté ,
Et quelquefois fort vifte on recourt
à mon aide ;
Auffi d'un tres-grand mal je fuis un
prompt remede.
Fe fuis le fidelle Geolier
D'une Belle , fans moy , fugitive &
volage ,
Et cependantje la laiſſe au pillage,
GALANT. 295
En prend qui veut, &fans en rien
I pier.
Dans fes embrafemens pourtant cette
rusée
Tend un piege à quiconque y`tombe
imprudemment ;
L'entrée en eft affez aisée ,
Mais lafortie eft autrement.
Je vous envoye un fecond
Air de la compofition d'un
habile Maiftre . Les paroles
font d'un Amant fi refpectueux
, qu'il y a grande
apparence qu'il ne trouvera
jamais parmy les Belles d'oppofition
à fes defirs .
Bb
iiij
296 MERCURE
AIR NOUVEAU.
Po
Ourquoy me fuyeZ- Vous;3
cruelle ?
Mes regards auroient- ils causé voſtre:
couroux ?
Ah ,fouffrez ſeulement.que je vous .
trouve belle ,
C'est tout ce queje veux de vous»,
Le Vendredy 23. de ce mois,
le Corps de Ville fit celebrer
une haute Meſſe au St Efprit ,
pour la profperité des armes
du Roy , & pour la confer
vation de fa Perfonne facrée ;
& le lendemain 24. le Corps &
Communauté des Marchands
97
ailleme
Les
tns,
ce
ont
&
SaⓇ
vce
tent
Ent,
lon
ades
lige
zele
296
1
Mes r
Ab )
C'e
LC
le Co
une l
pour
du R
vatio
& lel
Com
4
Shoup
bune dzia
GALANT. 297
Merciers Groffiers & Joüailliers
de Paris , en firent celebrer
une autre pour le mefme
fujet au Saint Sepulcre . Les
Gardes en charge ,les Anciens,
& quantité de ceux de ce
Corps y affifterent . Ils ont
pouffé leur zele plus loin , &
donnent cent mille écus à Sa
Majefté , ce qui fait voir avee
quelle ardeur ils fouhaitent
que fes projets réuffiffent ,
puis qu'ils contribuent ſelon
feur pouvoir aux grandes
dépenfes que la guerre oblige
à faire. Ils donnerent cette
mefme marque de leur zele
298 MERCURE
en 1673. en offrant au Roy
cinquante mille écus , Sa
que
Majefté n'accepta pas . Au
contraire , aprés avoir marqué
qu'Elle n'en avoit pas be
foin alors , Elle leur donna
deux mille écus , afin qu'ils
fiffent prier Dieu pour la prof
perité de l'Etat .
M : de la Loubere , Envoyé
Extraordinaire du Roy auprés
du Roy de Siam en 1687. &
1688. a donné depuis peu au
Public un Ouvrage en deux
volumes , où il traite du Pays
de Siam , de fon étendue , de
fa fertilité , des qualitez de
GALANT 299
fon terroir & de fon climat ,
des moeurs des Siamois en general
, de leurs moeurs particulieres
, felon leurs diverfes
conditions , de leur Gouver
nement & de leur Religion,
Il a ajoûté à cela plufieurs
Memoires tres- curieux , qui .
donnent de grandes connoiffances
des autres Royaumes
des Indes , & de celuy de la
Chine. Il y a dans ces deux
Volumes , trente- huit Tailles
douces, qui confiſtent , tánt
en Cartes Geographiques ,
qu'en Plans & Figures . Toutes
ces chofes font voir les
300 MERCURE
·
grandes recherches que M: de
la Loubere a faites , & ce qu'il
y a de furprenant , c'eſt qu'
ayant parlé aprés beaucoup
d'autres , fon Livre ne laiffe
pas de paroiftre encore tour
nouveau à ceux qui le lifent.
Il est écrit nettement , & en
honnefte homme , ainfi que
doit faire un homme de dif
tinction , tel que fon Auteur.
Il fe vend chez la Veuve du
S Coignard , Imprimeur &
Libraire ordinaire du Roy
rue S. Jacques , à la Bible d'or
& fe trouve auffi chez le S
Barbin , fur le Perron de là
C
GALANT. fot
"
Sainte- Chapelle , au Palais.
Vous m'avez marqué avoir
leu avec plaifir la premiere
partie de l'Hiftoire de Normandie,
qui paroift il y a deux
ou trois ans. M. de Maffeville,
qui en eft l'Auteur, vient d'en
donner la feconde au Public .
Elle eft , comme la premiere,
divifée en trois Livres , dont
P'un contient ce qui s'eft paffé
dans cette grande Province
depuis Eftienne de Blois, Roy
d'Angleterre, qui en fut l'onziéme
Duc , jufqu'à ce qu'elle
retourna à la Couronne de
France , fous le Roy Philippe
202 MRECURE
Augufte . Le fecond traite
de l'eftat de l'Eglife de cette
mefme Province pendant le
douzième fiecle ; & dans le
troifiéme , on voit toutes les
chofes qui fe font paffées , &
qui regardent en particulier
la Normandie
, depuis le regne
de Philippe Augufte jufques
à la mort de S. Louis . Cette
Hiftoire eft pleine de recherches
fort curicules , & fe debite
chez le S; Guerout , Libraire
, Galerie- neuve du Palais.
Vous ne doutez point que
je ne vous parle du Siege de .
GALANT. 303
Mons ; il auroit pû fuprendre
fi c'eftoit une nouveauté que
de voir de grandes chofes entrepriſes
par le Roy. Ce deffein
, quoy que formé depuis
plufieurs mois , a efté tenu
fort caché. Tout fe découvre
dans les autres Cours , ou
parce que le fecret eft mal
gardé ou parce que la manoeu
vre de ceux qui gouvernent
les affaires le fait deviner ,
mais il nen eft pas de mefme
en France . On agit pour les
deffeins qu'on s'eft propofé
d'executer. On met tout en
eftat , & cela dure pendant
304 MERCURE
plufieurs mois fans que les
ennemis puiffent rien prevoir,
qui leur ferve à detourner l'orage,
dont ils fe voyent me
nacez , & quand il s'agit de
ces grandes entreprifes , le
Roy a le plaifir de découvrir
luy- mefme fon fecret , lorfquefa
prudence juge à propos
de le divulguer. Dés le moment
qu'il eft decouvert, tout
fe trouve preft, & l'ouvrage
de plufieurs mois paroift en
état comme par enchantement.
Les Armées femblent
fortir de terre pour inveſtir la
Place que le Roy a refolu
GALANT. 305
daffieger , & on diroit que
cette mefme terre ait encore
fait fortir de fon fein de
quoy
les entretenir. Ce qui rendra
la conqueste de Mons plus
glorieufe pour fa Majefté,
c'eft que pour aller en perfon
ne faire un Siege , Elle n'a pas
attendu la faifon favorable
pour de telles entrepriſes , ce
qui a fait dire aux habiles du
Païs , que le Roy fe leve quand
les Espagnols fe couchent. Ce
Prince n'a pas non plus choi
fr une Place d'une reputation
mediocre , puifqu'il a attaqué
celle que les ennemis eftiment
Mars 169 C.C
306 MERCURE
la plus forte des Pays - Bas ,
pendant qu'un nombre prefque
infini de Souverains ,
d'Alteffes , & d'Excellences,
eftoient affemblez pour prendre
des mefures , non pas pour
fe défendre , mais pour attaquer
celuy qui les previent,
& qui leur épargne la moitié
du chemin Il cuft pû ne
fe mettre en campagne qu'aprés
que le Prince qui lesanime
tous cuft efté parti pour
l'Angleterre . S'ils avoient efté
difperfez , il leur cuſt fallu du
temps pour fe raffembler , ou
pour convenir par Couriers
GALANT. 307-
des mesures qu'ils auroient
deu prendre pour luy refifter,
-audicu qu'ils ont pu les prendre
fur le champmais c'eft
ce que le Roy n'a point apprehendé
, & l'on peut dire de ce
Monarque & de la deliberation
des Alliez ce que nous
lifons dans les Hiftoires , pendant
qu'on confulte à Rome on
affiege Sagonte. Je croy que
cette Place n'a jamais cfté
micus afficgée que Mons ,
comme vous pouvez le voir
par ce que vous allez lire .
Ccij
308 MERCURE
CAMPEMENT
Des Troupes à la Circonval
lation de Mons , à commencer
à Genappe , & allant
finir à Gelin..
A GENAPPERSA
M. de Rozen, Lieutenantbed
General
Mide Congis , Maréchal der
Camp.
2 , Bataillons de Navarre.
2. Efcadrons de Chartres.
2. Bataillons de la Reine..
2. Efcadrons de St Simon.
2. Bat. de Greder Allemand.
3. Efc. unde S. Simon, & deux
de Biffy.
GALANT. 309
Ils ont foin des Lignes depuis
Genappe juſque vis à vis de
Framerics.
JA SUPLIE.
M. de Boufiers, Lieut. General
Mr. le Duc du Maine , Mar.
Maréchal
de Camp..
I Bat. du Perche.s
2. Efc. un de Biffy , & un de
Clermont.
+
1. Bat . des Gardes Françoifes,
2. Efcadrons de Clermont.
2. Bat. des Gardes Françoifes.
3. Efc. des Gardes du Corps ;
2.de Noilles, & 1. de Duras.
a Bar. des Gardes Françoifes.
2. Efc, des Gardes du Corps.
310 MERCURE
2. Efc. de Luxembourg
.
2. Bat. des Gardes Suiffes .
Efc. des Gardes du Corps ;
de Luxemb
. & 2 de Lorge.
3.
1.
1. Bat. des Gardes Suiffes .
Ils ont foin des Lignes depuis
Frameries
jufqu'à
la Dide
la Trouille
.
gue
A LA MAISON
- DIEU
DE PITIE
M. leDuc de Vendofme , Lien ·
tenant Generali
M.le Grand- Prieur de France ,
Maréchal de Camp!
2. Efc. de Gendarmes
, Chevaux-
Legers , & Grenadiers .
2. Bat. du Regiment
du Roy.
GALANT 311
4
2. Efc. de Gendarmerie ; fçavoir
les Ecoflois , avec les
Gendarmes de Bourgogne ,
les Anglois avec les Chevaux-
Legers de Bourgogne.
1. Bat.du Regiment du Roy.
2. Efc . un de Gendarmerie de
Bourgogne , Gendarmerie
d'Anjou , & un de Flamans
& de Ch. Legers d'Anjou.
Ils ont foin des Lignes depuis
la Digue de la Trouille juf
qu'à la Maifon Dieu de Pitié .
A LA BELLE MAISON ,
prés S. Antoine,regardant
qle Mont Barizel .
M.le Marquis de Joyeuse ,
312 MERCURE
'
Lieutenant General
Monfieur le Prince de Conty
Maréchal de Camp..
Efc. un de Gendarmerie de
la Reine & de Berry , un des
Chevaux- Legers de la Rei
ne & de Berry , un des Gen,
darmes Dauphins &. d'Or.
leans.
Bat. de Vermandois & da
Toulouse.
2. Eſc . un des Chevaux -legers
Dauphins & d'Orleans ; un
du Meftre deCamp general,
2. Bat . du Reg. Dauphin.
3. Efc . 2. du Meltre de Camp.
general , & un de du Rozel ,
A
2.Bar..
GALANT 313
2.Bar . de Greder Suiffe .
2. Efc de du Rozel ...
2. Bat. de Greder Suiſſe . I
3. Efc. de Fiennes.
Ils ont foin des Lignes de
puis la Digue de la Trouille
jufqu'à Nimy, Tobnu Ik
Ces 38. Efcadrons & 28. Ba
taillons ferment la Circon →
vallarion depuis Genappe, jufqués
à la communication de
Nimy.
A NIMY..
M. de Soubife ,Lieut . General.
Monfieur le Duc, M.de Camp.
2 Bat de S. Laurent & de Nivernois.
Mars 1691.
Dd
314 MERCURE
3. Efc . les Carabiniers.t
2. Bat . Poitou & Touraine .
3. Efcadrons de Bourgogne
..
3. Bat . de Polier Suiffe .
4. Efc. deux du Maine , deux
elde Raffan . Suare
2. Bat. un de Polier , & un de
Dauphiné.
2. Efc. un de Raffan , & un
de Courtebonne .
2.B.d'Auvergne & de Guiche.
3. Efc. un de Courtebonne , &
deux du Royal Dragons.
2. Bat .de Stouppe l'ancien .
3. Efc . un du Royal
gons , deux de Givaudan .
Ils ont foin des Lignes depuis
DraGALANT.
315
Nimy jufques à Gelin .
MAGELIN
.
Mi de Rubantel, Lieut.General.
M. le Marquis de Villars
4- Maréchal de Campieartlar,
2. Bat. un de Stouppe & un de
Fifer. I
1
3 Efc. un de Givaudan &
deux de Levi.I
2. Bat . de Provence & de Ca
ftres .
3. Efc. un de Levi & deux dé
Châlons .
I
2. Bat de Rouffillon , and
3. Efc . de Coiflin.
2. Bat. de Champagne.
3. Efc : de Royal Rouffillon .
Ddij
316 MERCURE
Ils ont foin des Lignes depuis
Gelin jufqu'au Pont fur
Haifne , prés de Genappes .
Ces 31 Eſcadrons & 20. Bataillons
ferment la circonvallation
depuis la belle Maifon
prés de St Antoine juſques au
Pont für Haifne, prés Genap
pes. M. de Luxembourg qui
eft à Nimy , les commande.
Les vivres & l'Hôpital ſont à
Genappesked
Total 69. Efcadrons .
Sans compter les Efcadrons
des Moufquetaires.
>
14
48. Bataillons. 5) , J
Sans comprendre deux de Fu
#4a
GALANT. 317
feliers & un des Bombardiers
qui font au parc de l'Artille
ric.eunión Moyolal тоя
AIDES DE CAMP
dinait du Royued b
Male Chevalier de Nogent.
M. le Prince d'Elbeuf d
Mode Cominges,
Mle Prince de Turenne, A
AIDES DE CAMP
Brode Monfeigneur.
M. de Sainte . Maure
Mt de Cognée.Data
Mi de la Chenaye.
Mode Chaftcau- vilain.
Le Quartier du Roy cft à
Abbaye de Bethlem , pro-
Dd iij
318 MERCURE
noncée Belcam , entre Suplie
& la Maiſon Dieu de Pitié.
Le Roy , Monfeigneur ,
Monfieur , Monfieur le Duc
de Chartres , Monfieur le
Prince , & tous les Grands
Officiers de la Maifon du
Roy , font logez dans cette
Abbaye.
Mde la Feüillade eft , &
commande dans le Quartier
du Roy & dans les Quartiers
de Genappes , Suplie , & la Mai
fon Dieu de pitié .
Les quatre Efcadrons des
Moufquetaires
campent prés
la maifon du Roy,
•
GALANT 219
M: de Monchevreuil eft à
l'Artillerie , qui eft campéc
dans un fond prés, de Quelnion
.
Pendant que le Roy decla
roit à Verfailles qu'il cftoir
preft de partir pour le Siege
de Mons que M. de Bouflers
avoit ordre d'inveftir , toutes
les Troupes dont vous venez
de voir le dénombrement, de
voient eftre le lendemain de
vant cette Place fans que les
Ennemis cuffent eu le moindre
foupçon qu'elle duft eltreat
taquée . Ils croyoient qu'on ne
fongeoir qu'à faire des courſes
Ddiiij Dd iiij
320 MERCURE
pour tirer des contributions ,
ou qu'on vouloit affieger
Charleroy ou quelque autre
Place. En effet , les mouve
mens qu'on faifoit cftoient
focontinuels & fi differens ,
qu'on leuravoit même donné
de la crainte pour Offende.
Cependant Mons fe trouve
invefti , & il l'eft fi bien
& par tant de Troupes ,qu'aucun
Officier ennemy ne peut
fe jetter dedans . Il ne falloit
pas moins deforces pour afficger
une Place d'une auffi gran,
de reputation que celle de
Mons ,fortifiée par l'art & par
la nature , ayant outre les forGALANT.
321
tifications trois foffez pleins
d'eau avec des éclufes & des
marais quila défendent . Il y avoit
outre cela un bois par lequel
il eftoit facile au Secours
de fe jetter dans la Place . On
en a fait beaucoup de plans ,
¿ e qui m'empêche de vous en
envoyer , mais celuy de M
de Fer s'eft trouvé le meilleur.
Il eft accompagné des plans
de Namur, de Charleroy &
d'Ath qui font les Places que
les Espagnols avoient deman
dées dans le dernier Traité de
paix pour leur fervir de barriere
contre la France, de forte
322 MERCURE
que la prife de Mons donnera
au Roy une Place par delà
cette Barriere. Les environs de
cette Ville- là font tres- étendus
& tres- juftes dans les Cartes
de M. Sanfon , & la conjoncture
où nous fommes
donne de l'empreffement
à les
chercher
. La grande reputa
tion de la Ville de Mons , regardée
comme une place qu '
on ne pouvoit attaquer ; la
mauvaiſe faifon & la confedetation
d'un nombre prefque
infini de Souverains & de
Puiffances inferieures liguées,
n'ont point arrété le Roy . Il
GALANT. 323
a cru que fes forces feules avec
tous les Princes de fa Maifon
pouvoient s'oppoſer à tous
les Souverains
de l'Europe , &
en triompher , en prenant la
fuperbe Ville de Mons , qui
dans la confiance que luy donnoient
les eaux & fes fortifications
ne daignoit qu'à peine
fonger à fe munir des chofes
neceffaires pour la défenfe.
Vous fçavez fans doute que
certe Place eft Capitale du
Comté de Hainaut qu'elle
eft à dix lieues de Bruxelles &
bâtie fur de petites montagnes,
ce qui luy a fait donner
324 MERCUR E
le nom de Mons . Elle a de
beaux Edifices & de tres- bellés
Fontaines & fes Habitans
font riches. Cette Ville fart
grand commerce d'étoffes de
foye , & toutes les Juftices
du pays de Hainaut font du
reffort de la Jurifdiction . Il y
a un Convent de Chanoineffes
qui font le matin en habit de
Choeur , & l'aprés - dinée en
habit feculier. Quelques uns
donnent à Mons le far pom
de Pucelle , parce que cette
Ville-là n'a jamais efté prife.
Elle fut neanmoins contrainte
le Siecle paffé de fe rendre au
GALANT. 325
Duc d'Albe qui la prit fur les
rebelles des Pays - bas . Le Comte
Grimbergue qu'on appelle
aujourd'huy Prince de Bergue,
& qui eſt de cette ancienne
Maifon, Originaire de ce Pays
là, en eſt Gouverneur. Il eft
grand,de bonne mine & a fair
Les exercices à Paris. Il afpire
depuis pluſieurs années à
eftre General Major de ba-
Laille , ce qu'il n'a pû obtenir.
Ce refus lusyynaa donné quelque
dégouft du fervice , en
forte qu'il a efté vingt fois
fur le point de quitter un
Terce d'Infanterie Espagnole
326 MERCURE
qu'il commande. Sa Majeſté
Catholique , pour l'appaifer
en quelque maniere, l'a nommé
Commandant dans Mons,
ce qu'Elle n'auroit peut- eftre
fait, fi Elle cuft prévû que
cette Place cuft dû eftre attraquée.
Le Roy ayant réfolü de
Pafficger en perfonne , partic
le 17. de ce mois
pas
"
comme
tout ce qu'il
faut
po.4. &
.
il l'avoit declaré le 14. &
pour une
marche qui entraîne tant de
monde , le trouva preft . Il y
eut des vivres & des fourages
préparez an Camp , pour une
Cour qui doit eftre fort nomGALANT.
227
breufe , puis qu'elle efface
feule aujourd'huy toutes les
Cours de l'Europe. Monfieur
le Duc de Chartres partit le
mefme jour , & fe trouva
preft pour faire ce Voyage ;
le Roy , pour fatisfaire à la
bouillante ardeur qui le por
toit à marcher fur les traces
du glorieux Prince qui luy a
donné la naiffance , luy ayant
permis quelques mois auparavant
de faire la Campagne.
Sa Majesté a bien voulu que
Mile Comte de Touloufe la
fift auffi . L'efprit de ce Prince
ayant toûjours cfté fort au328
MERCURE
t
deffus de fon âge , on peut dise
auffi que le defir de faire
paroiftre fon courage n'attend
pas le nombre des années
pour éclater. Il n'eft forty
perfonne d'un Sang fi Auguſte
qui n'ait méprilé les perils
pour la gloire, & qui dans un
âge où les autres ne commeneent
encore qu'à apprendre
leurs exercices n'ait expofé
cent fois la vie pour le bien ,
& la gloire de l'Etat.
Le Roy eftant party de Verfailles
le 17. arriva devant
Mons le 21. d'affez bonne
heure pour faire le tour de la
GALANT
329
Place. Il n'eftoit accompagné
que de Monſeigneur le Dauphin
, de Monfieur , de Monfieur
le Duc de Chartres , &
de M. de Vauban , ayant fait
demeurer tous ceux quil de
fuivoient la une certaine diftance
aved defenfer d'avancer.
Sa Majefté s'approcha à la
portéce du moufquéti Pendant
oque ce Prince eftoitain
fi expofé , on tira plufieurs
coups de canon , à l'un defquels
il s'apperçut qu'on me
toit le feu. Il eftoit chargé
d'un boulet de huit livres,
qui paſſa fort prés de Sa Ma
Mars 1691.
Ec
330 MERCURE
jefté , & tua le cheval de M
de la Chenaye, Aide de Camp
de Monfeigneur , qui eftoit
derriere , mais un peu éloigné.
Sa Majeſté n'a point affiegé
de Places en perfonne qu'El
le ne fe foit ainfi expoféc
en les vifitant. Elle courut
le même rifque à Rinber
gue , où M le Marquis d'Arquien
fut tué auprés d'Elle .
Quoy que le jour qu'Elle ar
riva au Camp Elle fut venue
du Quefnoy , où Elle avoit
couché , qu'Elle cuft en arri
vant vifité & reglé les loge
mens , voulant que chacun
GALANT 331
fuft bien logé, & qu'Elle cuft
enfuite demeuré prefque toute
la journée à cheval pour reconnoiftre
la Place , elle ne
de fortir encore lors
laila
pas
qu'Elle
cut
foupé
, & de vifiter
divers
poftes
jufques
à minuit
. Elle
vifita
tous
ceux
de
la
droite
, &
Monfeigneur
tous
ceux
de
la gauche
. Ces
deux
grands
Princes
eftoient
éclairez
chacun
pat
fix
flambeaux
que
portoient
autant
de Pages
. Il y eut
le foir
du
même
jour
un
Bioüac
gene
.
ral , parce
que
les
lignes
n'étoient
pas
achevées
.
Ec ij
222 MERCURE
Le zz . le Roy monta deux
fois à cheval , & y demeura
plus de fix heures . Sa Majefté
fit le tour deslignes ; & celuy
de la Place à la demy- portée
du moufquer, & quoy qu'Elle:
allaft d'un fort grand train,
Elle fut accompagnée de
Monfeigneur , de Monfieur ,
& de Monfieur le Duc d'e
" Chartres , ce qui donna Beaucoup
d'inquietude à toute la
" Cour , puis qu'on tita fept ou
huit coups de moufquet dont
ils pouvoient eftre bleffcz.M
de Vauban fit tracer une grande
tranchée du cofté d'Hion
GALANT 333
3
1
& de Guine , & tira une ligne
de communication des deux ,
de forte que ce travail utint
lieu d'une tranchée ouverre.
On travailla fortement ce
jour là pour faigner le marais .
Le 23 au matin on mit trois
pieces de canon en batterie
pour détruire le Moulin de
Bécluse , où il y a
Le Roy monta à cheval cette
même matinée , & alla vifiter
l'endroit où l'on devoit
ouvrir la tranchée , & où l'on
faifoit un grand retranchement
en forme de place d'armes
, pour recevoir tous les
baffin .
334 MERCUR
£
preparatifs neceffaires. Sa Majefté
s'avança beaucoup , &
même en des lieux où l'on
pouvoit tirer , & où il y avoir
beaucoup de peril . On tira
ce jour là deux grandes lignes
qui occupent tout le terrain
par où la Place eſt affiegée.
Monfeigneur s'eſtant , fait
montrer par M. de Vauban
toutes les attaques, marqua un
endroit , pour mettre quelques
pieces de canon en baterie
, & l'on y travailla dés
le foir même pour batre le
moulin de faint Pierre. On
arrefta fur les dix heures du
GALANT . 335
matin un Officier General des
ennemis ; il eftoit à pied.
C'est un Comtois qui vouloit
fe jetter dans la Place , &
qui avoit ordre d'y commans
der artillerie. Il fut amené
devant le Roy, & dir à Sa Majefté
qu'Elle prendroit Mons,
mais qu'il luy en couteroit
une bataille. Sa Majefté luy répondit
qu'Elle eftoit, venuë
cette intention. Cet Officier luy
dir encore qu'il s'eftoit trouvé
dans plufieurs Places que fa
Majefté avoit afficgées & prifes,
comme Besançon & Ipres,
& qu'il eftoit dans l'Armée du
336 MERCURE
Roy d'Angleterre quand il af
fiegea Maltric. Le Roy repli
qua à ce diſcours , èl veus parler
du Prince d'Orange
, à quoy
l'Officier ayant répondu qu'il
feur étoit ordonné de luydon.
ner ce nom.Sa Majelte ajoûta ,
vous avez raiſon , car il n'y a
que ceux qu'on y oblige deforce ,
qui l'appellent ainfi On fceut
qu'il y avoir plufieurs Offi
ciers dans les bois qui cherchoient
à fe jetter dans la Place
, & à qui il avoit efté impoffible
d'executer leur def
fein . Legros canon arriva ce
jour- là , & les lignes furent
a
entiereGALANT
337
D
rement achevée. Le Roy vifita
le foir le parc de l'artilleric.
On n'en a jamais veu un
fi bien fourny que celuy là .
Il y avoit alors devant Mons
un million de poudre , 24,
Imortiers , 60. pieces de canon
de 24 36. & 72. & de 4 & 12 .
& le refte à proportion .
Le 24 le Roy monta à cheval
dés fept heures du matin,
& n'en defcendit qu'à fix
du foir. Sa Majesté alla viſio
ter le Pays du côté de Saint
Denis & de Catteau , pour
voir par où les ennemis pourroient
venir , & choifir un
Mars
1691.
Ff
338 MERCURE
poſte à M le Marefchal de
Humieres ou à celuy qui
commanderoit l'Armée de
dehors , pour couvrir le Sicge.
Le Roy revint par Saint
Guillain pour voir arriver les
provifions qui cftoient en
grande abondance , fur tout
pour l'artillerie . Il paffa dans
les bois d'Auré , où il fit prendre
deux facines à chacun des
Moufquetaires qui l'accom
pagnoient. Ils les porterent
a la tranchée , que Sa Majefté,
non contente de la fatigue
qu'Elle avoit euë d'eftre de
meurée à cheval pendane trei
GALANT. 339
3
ze heures , voulut voir monter.
Elle fut ouverte à l'atta
que de la droite prés le village
d'Hion par deux bataillons
des Gardes Françoifes
,
& deux bataillons des Gardes
Suiffes , & 1500. Travailleurs
relevez par 125o.Mile Marquis
= de Joieufe , Lieutenant Gencral
, & M. Boiffelot, Brigadier,
eftoient de jour , ainfi que
M. de Congis à l'attaque de la
gauche proche du village de
Quefme , où la tranchée fut
ouverte avec deux bataillons
de Navarre & un de Provencc.
Les Travaill den
eftoient
Ff ij
340 MERCURE
en auffi grand nombre que
ceux du cofté droit. On
fit un travail extraordinaire,
puifqu'il fut de 1200. toifes à
la droite , & de 800. à la gauche,
avec plufieurs boyaux de
communication . On continua
cette nuit là le travail
pour faigner le marais du
cofté de l'attaque . On travailla
auffi pour detourner le
cours de la Troüille , & la
faire couler d'un autre cofté.
Les Affiegez ne tirerent pas
un feul
feul coup de moufquet
jufqu'à onze heures du foir,
qu'ils firent quelque feu fut
GALANT. 341
des Soldats qui s'eſtoient avancez
en cherchant de l'eau
pour boire. Ils en blefferent
deux fort legerement . Les
Grenadiers du Roy , l'épée à
la main.s'emparerent du Moul
lin que noftre canon n'avoit
pû entierement détruire , tuerent
huit ou dix hommes qui
eftoient dedans , & en firent
vingt prisonniers , dont deux
qui estoient du Regiment de
Brande boug , furent amenez
au Roy. J'oubliois à vous dire
que toute la cavalerie de la
Maifon de Sa Majesté , auffibien
que fes Dragons , porta
Ff iij
342 MERCURE
des Facines toute cette jour
née.
Le Roy regla que dorenavant
les Capitaines de fes Gardes
Françoiſes tiendroient
rang de Colonels , mais de
derniers Colonels ; que dans
quelque Armée que ce foit où
ik y aura des Compagnies du
Regiment des Gardes Fran
çoifes, celuy qui les comman
dera , quoy qu'il ne foit point
Brigadier , commandera tous
les Colonels; que dans les tranchées
feulement , les Compa
gnies des Gardes Françoiſes ne
feront jamais commandées,
GALANT. 343
1
que par le Lieutenant General,
ou le Marechal de Camp de
jour , ny par aucun Brigadier, à
moins qu'il ne foit du Corps
de ce mefme Regiment des
Gardes Françoiſes . Sa Majesté
a fait le même Reglement en
faveur de fes Gardes Suiffes .
Le 25. le Roy monta à che
val à dix heures du matin , &
alla feo promener dans les
plaines à deux lieuës du Camp .
Ilevifica le mefme jour la
tranchée de la queüe à la tête
Monfieur accompagna par
Four Sa Majesté , qui estoit à
cheval. Monfieur le Duc de
Ff inj
344 MERCURE
Chartres n'en avoit point forty
depuis fept heures du matin,
& il y auroit paffé la nuit,
fi . M: de Joyeuse qui avoit
des ordres fecrets , ne l'euft
obligé à fe retirer . Ce Prince
diftribua en s'en allant 40.
Louis d'or aux Soldats, & leur
dit que c'eftoit le premier
prefent qu'il leur faifoit , mais
que ce ne feroit pas le dernier
pendant ce Siege . Sa Majesté
répondit à ceux par qui
la chofe luy fut rapportée ;
que ce Prince par les manieres
arfées s'eftoit déja acquis l'e,
ſtime du Soldat , & qu'il gaGALANT.
345
gneroit tous les coeurs de l'Armée
par fes liberalitez . On
porta encore des facines au
Camp , jufqu'à la portée du
piftolet des Ennemis. Mrs
de Maupertuis , de Mirepoix
& d'Artagnan
, y en porterent
eux-mefmes à la tefte des
Moufquetaires
, au fon des
Tambours , des Timbales &
des Trompettes , & demeurerent
à découvert . Sur les
4. heures aprés midy , le Roy
vit monter la tranchée . Les
Officiers Generaux de l'attaque
des Gardes eftoient M : le
Prince de Soubize, Lieutenant
346 MERCURE
"
General, & M de Bertillac,
Brigadier. Mile Prince d'Elbeuf
fervoit d'Aide de Camp
du Roy. La tranchée fut mon
tée à l'attaque des Gardes par
trois Bataillons du Regiment
du Roy, & fix cens Travailleurs
, qui furent relevez le
matin par autant d'autres . M
de Monchevreuil , Marechal
de Camp, monta àl'attaquede
Navarre avec deux Bataillons
de Champagne & un de Saint
Laurent , & fix cens Travailleurs
qui furent relevez le ma
tin par un pareil nombre. Sus
les huit heures du foir , les
GALANT. 347
trois Compagnies des Grenadiers
du Regiment du Roy,
atraquerent un Moulin ,appellé
le Moulin du Roy , avec
une Redoute qui incommodoit
fort nos gens dans leurs
Travaux . Il eftoit tout criblé.
par le haut , des coups de nô .
tre Canon , mais il y avoit
dans le bas un retranchement,
d'ouples Ennemis faifoient
grand feu . Ce retranchement.
fut emporté l'épée à la main.
Les uns allerent par une chauf
fée fort étroite , & les autres
par un petit marais . Il n'y cut
que quatre Soldats de tuez ,
348 MERCURE
& quelques bleffez . On fir
quatre prifonniers qu'on mena
au Roy. On en tua dixfept
, & les autres fe retirerent
par leurs faux fuyans . Il y
avoit dedans cent Soldats de
diverfes Nations , qui ne fe
connoiffoient qu'à peine l'un
l'autre On leur avoit donné
de la Ville dequoy ſubſiſter,
& ils y eftoient depuis quel
ques jours . Le travail de la
Tranchée fut pouffé cette
nuit là à cent cinquante
pas
de chacune des deux attaques.
Celuy de la nuit du 25. au 26.
4
GALANT. 349
fut de trois cens pas. On fit divers
boyaux, qui au moyen de
la Ligne à laquelle on continuoit
de travailler le jour ,
devoient faire une troifiéme
ligne paralelle. Il n'y eut que
fix Soldats de bleffez . La Garnifon
ne fit pas un feu de plus
de quatre ou cinq cens hommes
. A la droite , la Baterie de
vingt Pieces commença à tirer
fur les dix heures du matin,
& celle de la gauche tira une
heure aprés. Les deux Bateries
de Bombes tirerent en mefme
temps. Elles eftoient de dou350
MERCURR
ze Mortiers chacune , & l'on
sapperceut que le Canon
commençoit à ruiner les Ou
vrages , en voyant voler la
poudre & les tuiles de toutes
parts dans la Ville , ce qui y
fit un fracas confiderable . Sur
les onze heures du matin , les
Hautbois du Regiment du
Roy donnerent dans la Tranchée
une Serenade aux Dames
de la Ville , dont quelquesunes
vinrent fur le rempart
pour les entendre . Pendant
ce temps là on ne tira aucun
coup , mais une heure aprés ,
noftre Canon commença à
i
47
GALANT -351
ronfler d'une grande force.
Celuy de la Ville ne tira
que quelques coups à bouler
perdu depuis ce jour là. Un
Gendarme eftant affis fut
tué d'un boulet de Canon.
é
Monseigneur
alla à la Tranchée
à deux heures aprés midy
, avec M. de Vauban. On
apprit que les Bourgeois.
toient partagez en deux fations,
que l'une vouloit foutenir
le Siege , & que la plus
confiderable eftoit d'avis de
fe rendre , fans attendre le
bouleversement
de la Ville.
Monfeigneur
& Monfieur le
352 MERCURE
Duc de Chartres allerent le
foir du 26. au 27. au Bioüac ,
pour y paffer la nuit. Le foir
du mefme jour , M. de Bouflers
, Lieutenant General , &
M: de Solre, Brigadier , monterent
la Tranchée avec deux
Bataillons du Regiment Dauphin
,un de Nivernois , & fix
cens Travailleurs , qui furent
relevez le matin . M. de Villars
, Maréchal de Camp , la
monta à la gauche à l'attaque
de la porte du Rivage , avec
un Bataillon du Regiment
d'Auvergne , un de Caſtres ,
un de Dauphiné , & fix cens
GALANT 353
Travailleurs. Le Canon avoit
tiré deux mille quatre cens
coups , depuis midy jufques
à l'heure que l'on monta la
Tranchée , & les Mortiers
avoient jetté trois cens Bombes.
On pouffa cette nuit- là
deux communications de la
droite à la gauche des artaques
d'Hion & de Quelme ,
en forte que la derniere fe
trouva à cinquante toifes de
FOuvrage à corne , M de la
Cafe , Ingenieur , fut bleſſé à
la tefte ; un Sergent & deux
Soldats furent auffi bleffez.
Quoy que le Roy cuft cu
Gg Mars 1691 .
34 MERCURE
la goutte le 26. au foir, Sa Ma
jefté ne laiffa pas d'aller vifi
ter la Tranchée le 27.au ma
tin , & Elle y alla par le che
min le plus perilleux, & tout
à découvert. Elle montacfur
la Banquette pour obferver la
Place plus commodement , &
dans ce temps là les Ennemis
firent un feu épouvantable de
Canon vers l'endroit où Sa
Majefté eftoit , en forte qu'un
boulet ayant donné derriere
Elle ,renverfa un Soldat avec
tant de force fur M. le Grand,
嘈
qu'il en fut auffi renverfé , &
la terre qui fut élevée par
la.
GALANT.
355
L
-
violence du coup , couvrit le
chapeau du Roy. Un Soldat
fortit de la Ville , & dit à Sa
Majefté que les Habitans étoient
les Maiftres & fort refolus
à fe bien défendre ; que
les Troupes eftoient parta
gées dans les dehors , & qu'on
ne croyoit pas que Sa Majefté
fuft au Siege en perfonne . Ce
Soldat prit party dans le Regiment
du Roy . Les 36. pieces
de Canon de 24 & les 25,
mortiers qui avoient commencé
à tirer le matin du
jour precedent , firent un feu
fi terrible , & il étonna telle-
Gg ij
356 MERCURE
d'ument
les Ennemis , qu'ils ne
tirerent prefque point. Ainfi
tout le monde eftoit fur
le revers des tranchées , comme
on eft dans le temps
ne capitulation . Le Canon
n'a jamais encore efté fervy
de la maniere qu'il l'a efté à
ce Siege , & jamais on n'a
fait un fi grand feu . Si toft
que la Baterie de vingt pieces
avoit tiré , celle de dix
commençoit , & enfuite celle
de vingt . Cela fe tiroit auſſi
promptement qu'on peut tirer
trente coups de Moufquet
T'un aprés l'autre. Le demy
GALANT 357
Baftion droit de l'Ouvrage à
corne ayant efté fappé, le reveftement
tomba , & il y parut
une breche de quatre toifes
de large.
Le 27. au foir la tranchée
futrelevée à l'attaque d'Hion ,
qui eft à la droite , par deux
Bataillons de la Reine , à l'attaque
de Quefme , qui eſt la
gauche , par un Bataillon de
Poitou & de Pollier Suiffe &
à la porte du Rivage , qui eft
une espece de fauffe atraque ,
par un Bataillon de Touraine,
& le troifiéme
de Stouppe
.
Cette attaque
cft
proprement
398 MERCURE
fa branche gauche de l'atta
que de Navarre , mais elle eft
feparée par une inondation.
L'attaque de Navarre s'eſtant
jointe à celle des Gardes pour
aller à l'Ouvrage à corne,
celle de la Porte du rivage
eftoit tout le long de la
Trouille, en remontant & en
la laiffant à gauche. Les Offi
ciers Generaux eftoient M
de Rubantel , Lieutenant Goneral
, M. le Duc du Maine,
Maréchal de Camp , M de.
Crequi , Brigadier , & Mice
Prince de Turenne , Aide de
Camp. On fit la nuit du 29
GALANT 359.
au 28. plus de la moitié du che
min qu'il y avoit à faire pour
eftre au bord du foffe . On fit
une ligne paralelle à l'Ouvragea
corne , qui n'eftoit pas à
vinges toifes des pointes des
Ouvrages, des Ennemis . Les
mis le feu à la
Bombes
ayant
Ville
fur les cinq ou fix heu
res du foir, elle brûla
fur trente
toifes
de large
. Il diminua
fur les dix heures
,mais
quinze
pieces
de Canon
de calibre
ayant
commencé
à tirer
des
boulets
rouges
à l'entree
de
la nuit , le feu fe ralluma
, &
devint
fi grand
à quatre
heu
360 MERCURE
res , qu'il égala les plus hauts
Clochers Sans une flaque
d'eau qui fe trouva entre la
tefte de nos Travaux & l'Ouvrage
à corne ,
à corne , on s'en feroit
rendu maiftre , mais cette eau
obligea à prendre fur la gau
che entre l'Ouvrage à corne
& une Demy- lune qu'on battit
, en forte qu'au lieu de
trente toifes de Tranchée qu'il
reſtoit à faire , le travail eftoit
encore de cinquante. On auroit
neanmoins pris cet Qu
vrage fiton cuft voulu , mais
comme on auroit pû perdre
beaucoup de monde , le Roy
nc
!
361
GALANT.
ne le fouhaita pas , & aima
mieux, pour épargner du fang,
que la prife en fuft reculée.
Le 28 la goute du Roy é
tant diminuée ; ce Prince
alla vifiter le campement de
M: de Luxembourg. Sa Majeflé
fatiguant toujours à fon
ordinaire , vifita auffi ce jourlà
la tranchée à droite & à
gauche , & non feulement
Elle la vifite tous les jours,
mais Elle la voit auffi tous les
jours monter & relever. Elle
a fouvent fait des liberalitez
aux Soldats , & il n'y a point
de corps qui ne s'en ſoit rof-
Mars 1691 . Hh
262 MERCURE
fenty. La Cour n'a jamais
efté plus nombreuſe & plus
magnifique que devant Mons.
Le Roy y mange avec les
principaux Seigneurs, que Sa
Majefté nomme tous les jours.
Sa table eft de quinze cou
verts. Un Soldat de la Ville,
qui fe difoit Irlandois , s'eftant
venu rendre , dit à ce Prince
qu'il n'y avoit que fort peu
d'Officiers dans la Place la
plus part eftant allez chez
cux qu'il n'y avoit point d'union
parmy la garnifon , &
que les Bourgeois efperoient
du fecours du Prince d'OGALANT.
363
*
?
range. Ce Soldat reçût des
marques de la liberalité du
Roy. On cut avis le mefme
jour qu'il devoit le jetter trois
Colonels dans la Places on
fceut comme ils eftoient faits
& habillez , & l'endroit par
où ils devoient paffer . On fir
ce jour- là deux faignées pour
faire écouler l'eau de l'inondation
. M5 de Rozen Lieutenant
General , rentra le matin
au Camp aprés avoir efté brûler
tous les fourages depuis
noftre Camp juſques à Brus
xelles . Un Soldar de la Gar
nifon rapporta que c'estoient
Hh ij
364 MERCURE
les Efpagnols qui défendoient
la grande attaque , & que
trouvant extrémement pref
fez , ils avoient demandé à
eftre relevez , ou qu'on leur
envoyaft cinq cens hommes
de renfort , & que les troupes
des autres Nations les avoient
refufez , leur ayant dit que
puis qu'ils avoient choifrece
pofte là comme le plus honorable
, & l'avoient voulu
avoir par preference , ils pouvoient
le défendte . Ce Soldat
dit de plus au Roy qu'on man.
quoit d'affuts dans la Place ,
& qu'on en faifoit avec le bois
GALANT. 365
des Maifons qu'on a fou
droyées , ou qu'on demoliffoit
Exprés ceux des magazins étant
vermoulus. Il aflura que le
jour precedent on avoit publié
dans la Place au fon duftambour
, que le Prince d'Orange
la devoit fecourir deux jours
aprés à une heure aprés midy
avec cent mille hommes , ce
qui luy feroit aifé , les troupes
du Roy qui affiegoient la
Place n'eftant pas au nombre
de plus de vingt mille. Le
même Soldat die encore qu'il
y avoit cu plus de quarante
Officiers Efpagnols reformes
Hh iij
366
MERCURE
་ ་
fuez par le Canon depuis qu'
on avoit commencé à en tirer.
On travailla ce jour- là à
une Batterie de quatre pieces
pour battre un bacardeau , qui
retient celle des foflez & avanc
foffez . Monfieur alla ce jourlà
à la Tranchée , comme ce
Prince fait tous les jours , &
toute l'Armée parle defa
tranquillité avec admiration .
On fit une nouvelle Bateric
de vingt- cinq pieces de Ca
non de l'autre côté de la Ville
au quartier de Luxembourg.
Elle tira à boulets rouges , &
mit le feu en plufieurs Quar
GALANT. 367
itiers de la Ville L'Infanteric
qui eftoit de l'Armée de M
de Humiere arriva à S. Guillain
; de forte que le Roy pouvoir
avoir dans fes lignes 70 .
Bataillons & 230. Elcadrons ,
Mi de Humiere pouvant ſe
rendre aiſement au Camp &
devancer les Ennemis . Si on
cult cu avis que le Prince d'Orange
cuft dû venir , M. de
Luxembourg auroit pris le
pofte de la Bruyere de Catteau
qui eft tres- bon & qui couvre
bien les lignes , avec une
partie de l'Armée du Roy , &
il fe feroit trouvé encore plus
Hth iiij
368 MERCURE
fort que les Ennemis .
*
Le 28. au foir , la tranchée
fut montée à l'attaque des
Gardes par les deux Bataillons
des Vaiffeaux , dont M de
Mailly eft Colonel . M de
Rozen , Lieutenant Generals
eftoit de jour. Monfieur le
Duc , Maréchal de Camp , releva
l'attaque de Navarre avec
te Bataillon de Guiche , & le
troifiéme de Greder Suiffe, &
l'attaque du Rivage fut relevée
par M. le Duc de la Rocheguion
avec les deux Bataillons
de Bouillon. C'eft un
Regiment de Catalans & EGALANT.
369
J
trangers , dont M : de Xime
nes , Gouverneur
de Maubeuge,
eft Colonel . Le Roy avec
route la Cour alla ce foir - là
fur le bord du Marais , pour
voir tirer le Canon , les Bom-.
bes , & les Carcaffes . Le feu
prit en cinq ou fix endroits de
la Ville , fans que les affiegez
tiraffent un feul coup de Canon
; ils ne firent feu que d'un
peu de moufqueterie
. Monfieur
le Duc qui commandoit
à la tranchée fit faire un fort
grand feu de Canon & de
Bombes pendant toute la nuit,
& il fut tiré dans cette nuit
370 MERCURE
feule mille boulets rouges &
plus de deux cens Bombes ;
jamais on n'avoit vû un auffi
grand feu . Le Cuisinier de M
le Duc de la Rocheguion
fut
bleffé à l'épaule dans la trans
chée en fervant ſon Maiſtre ,
On envelopa tout l'Ouvrage
à corne & une partie de la de
my- lune de la gauche. L'an
gle- faillant de cette demy-
Iune fut écorné , & l'on fic
bréche à l'Ouvrage à corne ,
de forte qu'on fe trouva en
état de commencer vers les
midy à combler le foffé à la
droite & à la gauche. On
1
GALANT. 371
changea les Batteries , & l'on
en fit deux nouvelles qui
commencerent à tirer le matin
. Un Lieutenant de Nivernois
fut bleffé . M: Renaud
Ingenieur eut une groffe contufion
au ventre . M: Labory ,
auffi Ingenieur , fut bleffé au
vifage , & il y cut deux Söldats
tucz , & dix ou douze
bleffez. Les Bombes ayant alluméle
feu plufieurs fois dans
la Ville , les Affiegez trouverent
moyen de l'éteindre avec
affez de facilité , mais à peine
l'avoient- ils éteint d'un cofté,
qu'il leur falloit recommen372
MERCURE
cer à travailler de l'autre . Le
29 furles dix heures du matin,
M. de Megrigny, Gouverneur
de la Citadelle de Tournay,
qui eftoit occupé à l'écoule
ment des eaux , fut atteint d'un
coup de Fauconneau qui ne
luy fit qu'une contufion aux
deux bras fan's offenfer les os.
Le Cheval de M. le Chevalier
de Saint- Sens: cy- devant Offi
cier des Gardes du Corps , &
qui commande depuis peu la
Compagnie des Gendarmes
'de Bourgogne , fut tué ďun
coup de Canon avec cinq ou
fix de fes Gendarmes. Le mef
GALANT. 373
me Canon tua deux Cavaliers
& emporta la cuiffe du Cheval
de Mdu Hamel , Moufquetaire
; un Cornete cut auffi la
tefte emportée. Le Roy dé
fendit aux Moufquetaires de
fe trop avancer , & depuis ce
temps- là ils n'ont plus porté
Jeurs facines qu'à la demyportée
du Canon. Sa Majeſté
deffendit auffi a Monfieur le
Duc de Chartres qui s'expofoit
trop, d'aller à la tranchée
fans fon ordre. Il n'y avoit
ce jour- là dans l'Hofpital que
134. Soldats tant bleffez que
malades. Jamais il ne s'en
374 MERCURE
eft vû fi peu en quatorze jours
dans une Armée fi nombreufc
.
Le foir , la Tranchée fut
montée à l'attaque des Gardes
, par Mr. le Duc de Vendofme
, Lieutenant General ,
avec le Bataillon de Vermandois
, & celuy de Touloule ,
M le Comte de Toulouſe
eftant à la tefte. Monfieur le
Prince de Conty , Maréchal
de Camp , releva l'attaque de
Navarre , avec un Bataillon
du Perche , & un de Fufiliers,
& M d'Avejan, Brigadier ,
monta à l'attaque du Rivage
GALANT 375
1
avec deux Bataillons de
Stouppe. Jamais Prince n'a
monte la Tranchée à l'âge
de Mi le Comte de Touloufe
, & jamais on n'a vû tant
d'intrepidité avec.tant de jeuneffe.
Ce Prince auroit bien
voulu y paffer la nuit entiere ,
mais on ne luy permit d'y
refter que quelques heures .
C'eftoit affez pour faire paroiftre
de la crainte , s'il euft
efté capable d'en avoir. Ce
Prince paffa devant le Roy
d'une maniere qui charma
tous ceux qui le virent. On
cuft dit qu'il alloit plûtoſt à
376 MERCURE
quelque fefte , qu'à un lieu où
il devoit eftre expofé à des
coups qui n'épargnent point
ceux de fon rang. Comme
cette nuit là trois Princes
commandoient à la Tranchée,
chacun fe prepara à voir beau
feu. Sur les huit heures du
foir , le Roy monta à cheval
avecMonfeigneur , & toute la
Cour, & il alla juſqu'aux Batteries
, pour voir de quelle
maniere leurs ordres feroient
executez . On s'en acquitta
trop bien pour les Afficgez .
Le Clocher de l'Eglife des
Chanoineffes fut brûlé avec
GALANT. 377
1
$
la porte de la Nef de leur Eglife
. On continua pendant
la nuit à embraffer l'Ouvrage
-à corne , & à fe bien établir
dans les logemens au bord &
au long du foffé. Uu Sergent
du Regiment de Vermandois
qui avoit monté la Tranchée
cette nuit- là , paſſa de bonne
volonté le foffe de l'Ouvrage
à
corne pour le fonder . Il eut de
T'eau jufqu'aux lévres, & obſerva
la contre garde des Ennemis
& les Ouvrages les plus avancez
. Il trouva le terrain fort
bon Quelques
uns ayant cu
de la peine à le croire , il y
Mars 1691.
li
378 MERCURE
retourna , & rapporta une pa
liffade de cet Ouvrage , que
noftre Canon avoit rompuë.
Mr. le Prince de Conty voulut
luy donner cent piftoles.
Il les refufa en difant qu'il
eftoit Gentilhomme , & qu'il
ne s'expofoit que pour la
gloire qu'il y avoit àacquerit
en fervant le Roy . Sa Majesté
dit qu'Elle auroit ſoin de luy,
& commença en luy promets
tant une Lieutenance dans les
Grenadiers. Tous les Soldats
font d'une bravoure extraordinaire
; ils travaillent à déb
Couvert , & portent des faci
GALANT. 379
1
nes jufque fur le revers de la
Tranchée. Un Sapeur fut tué
avec trois Soldats , & il y cut
un Sergent de bleffé le 30. On
fit ce jour - là une nouvelle
Batterie de trois Mortiers , &
de trois pieces de Canon qui
tirerent dés midy. Il y avoit
alors quarante - quatre pieces
de Canon de 24. & de 33. qui
battoient la Ville . L'Ouvrage
à corne eftoit preſque foudroyé
du Canon , mais il ref
ftoit deux Ravelins qui n'en
eftoient pas encore affez endommagez
. Comme on ne
pouvoit pouffer les Tranchées
li ij
380 MERCURE
plus avant parce qu'elles
eftoient fur le bord du marais
; on travailla à porter des
facines , & dequoy faire des
gabions pour combler les foflez
. Un de nos Partis amena
deux Cavaliers qu'il avoit pris
aux environs de Bruxelles . Ils
dirent au Roy que le Prince
d'Orange affembloit foixante
mille hommes du côté d'Ath ,
à ce que publioient les Garnifons
de toutes les Villes . Un
de nos Partis enleva un convoy
de dix - huit charettes
chargées de munitions de
guerre , qui venoient de BruGALANT
281
3
xelles pour entrer dans Ath,
& prit quelques Cavaliers qui
leur fervoient d'efcorte . L'un
d'eux fut conduit devant le
Roy, & il l'affura que la confternation
eftoit fort grande
dans Bruxelles ; que le bruit
avoit couru le jour precedent
que Mons s'eftoit rendu ;
qu'on y faifoit de grands preparatifs
pour les Troupes du
Prince d'Orange qui devoient
y arriver de toutes parts ;
qu'on y publioit que ce Princeeftoit
à Breda , & qu'il avoit
déja vingt- cinq mille hommes
affemblez. Če mefme jour
382 MERCURE
30. un homme de confiance
que la Cour avoit envoyé à
Bruxelles , en revint . & dit
que non feulement le Prince
d'Orange n'y eftoit point ,
mais mefme qu'aucun de fes
gens n'y eftoit encore arrivé.
On receut auffi des Lettres de
Cologne , qui difoient qu'il
eftoit arrivé un Courier du
Prince d'Orange , pour faire
avancer les Troupes de Brandebourg
& de l'Evefque de
Munſter , mais que les Gene
raux de ces Troupes avoient
répondu qu'ils écriroient à
leurs Maiftres pour recevoir
GALANT. 383
J
des ordres fur ce qu'ils auroient
à faire . On n'a jamais
veu dans aucune Armée , ce
qui fe voit dans celle qui affiege
Mons. Quoy qu'elle foit
fort nombreuſe , il y a toujours
pour quinze jours de
farine de refte , à laquelle on
ne touche point, & l'on en fait
inceffamment venir pour ce
qui fe confume chaque jour .
Les provifions de guerre n'y
font pas en moindre abondance
, & jufques au 30. qui eſt le
jour où cet article eft écrits on
avoit envoyé trois cens milliers
de poudre,fept mille bou384
MERCURE
lets de vingt- quatre , trois mille
boulets rouges de huit ,& jetté
prés de trois mille Bombes .
Sa Majefté a donné à M le
Comte d'Evreux , l'Enſeigne
-Colonelle
du Regiment du
Roy, M de Megrigny fe
trouvant mieux de fa contu.
fion , & n'ayant point voulu
retourner à fon Gouvernement
de la Citadelle de Tour.
nay , continua à donner . fes
ordres fur ce qui regarde
l'employ qu'il a au Siege,
Le 30. au foir, M de Joyeufe
, Lieutenant General, monta
la Tranchée à l'attaque
des
GALANT. 385
1
1
des Gardes avec deux Bataillons
de Greder Allemand .
Elle fut montée à l'attaque
de Navarre par M.le Grand
Prieur , Maréchal de Camp ,
avec les deux Bataillons do
Pollier Suiffe . Ces deux atta
ques n'en firent alors plus qu'e
une qui va à la porte de Beri
themont. La Tranchée futrelevée
à l'attaque du Rivage par
M.Stouppe Cadet, Brigadier,
avec deux Bataillons des Gardes
. M. de Cominges eftoitt
Aide de Camp du Roy. On
avoit commencé le matin à
combler le foffé de l'Ouvrage
Mars 1691. K k
386 MERCURE
de terre qui fervoit de défenſe
au demy- Baftion droit de
l'Ouvrage à cornes cet Ouvrage
à corne n'ayant qu'un
demy Baſtion reveſtuva la
droite , & celuy de la gauche
n'eftant pas fait. Il y eut huit
ou neuf Soldats de ruez , un
Lieutenant des Grenadiers, &
une vingtaine de Soldats blef
fez pendant cette journée en
travaillant à combler ce foffé.
Il fe trouva à peu près achevé
fur le minuit , & M. de Vauban
fit paffer deux Grenadiers
de Navarre pour découvrir
il y avoit du monde dans cet
GALANT 387
Ouvrage . Ils rapporterent
qu'il n'y avoit perfonne , &
l'on y fit un logement fans
perdre qui que ce ſoit. Cet
Ouvrage eftant plus haut que
l'Ouvrage
à corne devoit
extremement nuite à ceux qui
}
F'auroient défendu . On y devoit
faire une Batterie , que
l'on jugeoit d'autant plus utile
, qu'elle pouvoit ruiner la
Demy-lune qui couvre la porte
de Berthemont. Un peu
avant le jour, M: de Vauban
fit monter deux Grenadiers
dans la Demy - lune revestuë,
dont la face gauche avoit cfté
Kkij
388 MERCURE
ruinée la veille par une de nos
Batteries , & l'ayant trouvée
encore abandonnée , il y fit
faire un logement qui parut
chagriner beaucoup les Ennemis
, car ils titerent plus pens
dant une heure qu'ils n'a,
voient fait pendant deux
jours. Le logement fut neanmoins
achevé fans qu'il y cuft
plus de trois Soldats bleffez ,
& un de tué. On prolongea
la fappe le long de la chauf
fée , laiffant à droite la Tranchée
de l'Ouvrage à corne ,
jufqu'à un terrain où l'on fit
un retour pour y mettre une
GALANT. 389
&
Batterie. Elle dévoit abîmer
la Demy lune qui eft à la gauche
de celle qui couvre la
porte . Il n'y avoit alors que
167. bleffez à l'Hôpital, & 136 .
Malades. Monfeigneur allà à
la Tranchée fur les dix heures
du matin , accompagné
de
Monfieur le Duc de Chartres.
Il vifita avec M de Vauban )
tous les travaux qui avoient
efté faits pendant la nuit . Un
Soldat de la Place s'eftant
rendu , dit que la Garnifon
eftoit fort fatiguée ; que le
Gouverneur la tenoit rigou
Leufement fans feu fur les
Kk iij.
390 MERCURE
.
remparts , & fans' luy per
mertre d'entrer dans la Ville;
qu'ils avoient quantité de
bleffez , parmy leſquels il Y
avoit beaucoup d'Officiers .
Le 31. au foir, la Tranchée
for montée par M. de Bou-
Aers , Lieutenant General , &
M. de Congis , Maréchal de
Camp , avec les trois Bataillons
des Gardes Françoiles .
Codes Gardes
& de
3
Navarre ayant efté unies ne
doivent plus eftre appellées
que l'attaque de Berthemont .
M le Prince de Soubife ,
Lieutenant General , ne puc
GALANT.
༣9I
monter la Tranchée eftant
indifpofé. M ! de Polaftron ,
Brigadier , la monta à l'attaque
des Gardes avec le Bataillon
de Provence , & celuy de
L Solre. Cette attaque eftant
fauffe , on ne la pouffa que
lentement. M: le Prince de
Turenne , Aide de Camp du
Roy , eAoit de jour . On ne
fit cette nuit- là qu'achever
de fecbien loger fur le bord
du foffé de l'Ouvrage à cor
ne & fur la petite tenaille , &
que voituret des facines , par
ce que pendant toute la jour
née on avoit travaillé à
Kk iiij
pers
392 MRECURE
fectionner la Tranchée ; & i
élargir les logemens avancez.
Depuis dix heures du matin
on avoit continué un boyau
que l'on avoit tiré de la demylune
, qui paffe dans la fauffe
braye , & qui va aboutir droit
au batardeau, ce qui eftoit une
difpofitionà ouvrir le paffage
qui devoit fervir à jetter le
Pont du Radeau pour le paffage
du foffé de l'Ouvrage à
corne, On avoit auffi tiré fur
la gauche un boyau en defilant
de l'Ouvrage qu'on appelle
demy Ballion , qui eft
à noftre égard, fur la gauche
GALANT. 393
de l'Ouvrage à corne . On tira
toute la nuit des boulets rouges
qui mirent deux ou trois
fois le feu dans la Ville . On
travailla fur la tenaille à une
Batterie de quatre Pieces pour
#battre l'Ouvrage à corne. Nos
Sappeurs trouverent un Sol.
I dat Efpagnol mortellement
bleffé , dans la fappe qu'ils
avoient faite depuis la Demy-
lune jufques à la Fauffebraye.
Le Roy monta à cheval
dés fept heures du matin ,
pour voir arriver l'Infanteric
commandée par M : de Humicres
. On l'a fait entrer dans
394 MERCURE
les Lignes , de forte qu'il y
prefentement dans la Ligne
de circonvallation un cordon
d'Infanterie
à cent quarante
pas de Ligne. Il y avoit alors
dans le Camp foixante & dix
Bataillons , & ce qu'il y a de
furprenant , & qui doit paroi
ftre prefque incroyable ; c'eſt
que tout s'y trouve en abon
dance , tant le Roy eft bien
fervi .Plufieurs Relations mar
quent que le Camp a de l'air
d'une Foire bien garnie , cù
chacun peut trouver les chofes
dont il a befoin.
Le premier Avril , fur les
GALANT
395
deux heures aprés midy, le
comblement du foffé de l'Ouvrage
à corne ayant eſté achevé
,M: de Bouflers,Lieutenant
General cftant de jour à la
Tranchée , envoya M. le
Prince de Turenne dire au
Roy, que le pont ſur le foſſé
cftoit entierement achevé ;
que l'on eftoit logé fur la Berme,
& que fi Sa Majesté vouloit
, le Regiment des Gardes
eftoit en eftat d'emporter
cet Ouvrage . Il avoir lieu de
le croire , les Ennemis n'ayant
fait qu'une legere refiftance
lors qu'on avoit comblé le
296 MERCURE
foffé . M. de Vauban , qui juf
que là avoit fait differer cette
attaque pour épargner les
Troupes , ayant auffi cru qu'-
elle fe pouvoit faire avoit
envoyé demander permiffion
au Roy d'y faire donner un
affaut quand il le jugeroit à
propos , ce que Sa Majeſté luy
avoit accordé. Le Regiment
des Gardes , qui eftoit encore
de Tranchée , & qui en de
voit eftre relevé par les Suiffes,
fçachant la permiffion que le
Roy avoit donnée à M : de
Vauban le preffa de permettre
que l'attaque fe fift avant qu'il
GALANT. 397
fuft relevé ; à quoy il confentit,
& l'on nomma la feconde
Compagnie des Grenadiers
du mefme Regiment , & les
trois Compagnies des Gres
nadiers de fon Regiment.
Toutes chofes eftant prepa
récs pour faire reüffir cette at
taque le Regiment des Gardes
fir voir tant d'impatience de
fe fignaler, qu'il donna avant
que les Compagnies des Grenadiers
du Regiment du Roy
fuffent arrivées . Il eftoit environ
quatre heures aprés mi-
.dy, Mide Vauban expliqua
298 MERCURE
luy- mefme à Mts de Beauregard
& de Saillant, Capitaines
des Grenadiers du Regiment
des Gardes , ce qu'ils avoient
à faire lors qu'ils feroient entrez
dans l'Ouvrage à corne.
M. de Beauregard marcha le
premier avec la Compagnie .
M. de Saillant le fuivit avec
la fienne , & tous les Soldats
monterent avec beaucoup de
valeur . Les Ennemis ne tinrent
qu'environ démy heure ,
& abandonnerent l'Ouvrage .
Si- toft que les nostres y furent
entrez , les travailleurs .
y arriverent dans le temps
GALANT. 399
•
que nos Troupes commençoient
à y faire le logement ,
mais à peine eftoit-il à moitié
fait que plufieurs Officiers
des ennemis fuivis d'un gros
corps, parurent avec des faux , à
la gorge de l'Ouvrage à corne ,
& en chafferent les Grenadiers
du Regiment des Gardes ,dont
les Officiers ont fait des chofes
furprenantes en cette occafion.
M. le Prince de Turenne
& Mile Comte de Nogent
s'y font fignalez , M : de
Cormaillon & beaucoup d'autres'
Il n'y eut pas jufques aux
Sergens du Regiment des Gar400
MERCURE
des qui fe diftinguerent, mais
un petit nombre de Nobleffe
& d'Officiers ne pouvant renir
contre une foule d'Enne
mis qui vint pour les accabler,
ils fe retirerent , & les Ennemis
qui eftoient fortis en foule
du chemin couvert , revinrent
occuper les poftes dont
ils avoient cfté chaffez. Il y
cut environ 20. Soldats tucz
en cette occafion , fix ou fept
Officiers tuez ou prifonniers.
quatre ou cinq Officiers bleffez
& cinquante cinq Soldats
auffi bleffez & portez à l'Hofpital.
La plus part des TraGALANT.
401
vailleurs refterent long- temps
dans l'Ouvrage aprés qu'il eut
efté abandonné , dont plu
feurs ont ofté tucziou bleſſez.
Milde Bouflers aucfté, bleffé
dans l'action d'un coup de
moufquet derriere l'oreille ,
tout à l'extrémité de la tefte,
mais fa playc n'a pas jesté
trouvée dangereu fe . Quelques
Officiers qui estoient à cette
action comme Volontaires ,
ont lauffi efté bleſſez , entre
autres M: d'Albergotti d'un
coup au vifage . Le Fils aifné
de M. de Chevreuse qui cftoit
àllá
baterie.receut un coup de
Mars 1691 . I.1
402 MERCURE
moufquet à la refte qui luy a
percé le bord de fon chapeau,
& qui en frapant la forme du
chapeau fans le percer n'a pas
laiffé de luy découvrir l'os .
Aprés cette déroute on fit
une ceffation d'armes pour
demander aux Ennemis des
nouvelles de M de Beauregard
, & de M le Chevalier
de Saillant. On apprinque M
de Beauregard avoit cfté tué,
& que Mode Saillant eftoit
prifonnier. Le foir de la même
journée ,la Tranchée fut
montée par M: de Rubantel ,
Lieutenant General , & M
GALANT. 403
J
7
! de Monchevrcüil , Maréchal
de Camp, à l'attaque de la
porte de Berthemont avec les
trois Bataillons des Gardes
Suiffes. Mi de Vertillac Brigadier
, la monta à la porte du
Rivage avec 2. Bataillons de
Navarre . Mi le Comte de Nogent
fervoit cejour- là d'Aide
de Camp du Roy. On ne fit
rien pendant toute la nuit que
de fe bien établir dans les logemens
qu'on avoit faits fur
la Berme. Le Roy voulant que
le logement fur l'Ouvrage à
corne fe fift le lendemain
commanda pour cet effet
CUS
Ll ij
404 MERCURE
deux Compagnies des Gre
nadiers de fon Regiment ,
ainfi que du Regiment des
Vaiffeaux & de celuy de Navarre
, avec cent cinquante
Moufquetaires commandez
par M de Maupertuis pour
attaquer ledit Ouvrage , avec
les Suiffes qui estoient à la
tranchée. Il le fur à dix heures
du matin. Les Ennemis au
nombre de trois ou quatré
cens eftoient en Bataille dans
l'Ouvrage à corne, & à coups
de piques , de Grenades , de
faux emmanchées à revers,
ils difputerent long- temps au
GALANT. 405
Regiment du Roy le haut de
la Bréche , mais une autre
I Compagnie de Grenadiers
ayant paffé fur le Batardeau
qui tient à la Courtine, & les
Grenadiers du Royayant fait
un effort , ils entrerent l'épée
à la main parmy les Ennemis ,
& en tuerent une grande
quantité. Pendant ce temps. là
le Canon & les Bombes fervirent
de maniere que les Ennemis
n'oferent fe montrer hors
de leur chemin couvert , & la
logement fur tellement affu
ré, que M: de Vauban manda
au Roy qu'il luy répondoit
406 MERCURE
.
que les Efpagnols ne remet
troient plus le pied dans l'Ou
vrage à corne Les Ennemis
ayant fait mine de revenir,
quarante Moufquetaires qui
cftoient entrez dans l'Ouviage
à corne par le demy Baftion
de la branche droite , les
repoufferent jufques à la Paliffade
de la demy - lune du
chemin couvert qui couvre la
porte de Berthemont . ME de
Lanjamet fit retirer les autres
par ordre exprés du Roy ;
M d'Artagnan & de Rigouille
eftoient du détache
ment. Hy eut trois Capitai
GALANT: 407
#
nes de Grenadiers tuez ou
bleffez. On travailla enfuite
à une batterie de fix Canons
& de douze smortiers dans
l'Ouvrage à corne , qui devoient
tirer le lendemain fur
la demy-lune qui eft à gau
che de celle qui couvre la
porte de Berthemont . Voicy
une Lifte des morts & des
bleficze je ne vous affure pas
quelle foit tout à fait juste,
non plus que la Relation que
je vous envoye , puis queje
vous écrits avec précipitation
dans le temps que les premie
res nouvelles arrivent .
408 MERCURE
OFFICIERS TUEZ
on bleffez à l'attaque de
l'Ouvrage à corne.
Mr de Beauregard Capitaine
de Grenadiers au Regiment
des Gardes, tué d'un coup de
Moufquet au travers du corps.
M ' de Vauroüy , Lieutenant
aux Gardes , bleffé d'un coup
de Moufquet à la cuiffe , &
d'un autre à la jambe .
*
M' de la Proderie, Enfeigne
des Grenadiers de Beauregard,
tué d'un coup de Mouf
quet au travers du corps.:
Le
GALANT.
409.
G
Mr le Chevalier d'Hautefort
, Sous- L. au Regiment:
des Gardes Bleffé de trois
coups de faulx , & d'un coup
d'épée.
Mr le Chevalier Dujardin,
Aide Major , bleſſéaman
M le Duc de Montfort ,
Volontaire , bleffe.
M de Cognée , Aide de
Camp de Monfeigneur, bleffé.
Mr le Chevalier de Longueil
, Aide de Camp de Monfieur,
bleffe .
M' Contande, Enfeigne aux
Gardes , bleffé.
M m
f
410 MERCURE
On ne fçait ce qu'eft devenu
M. le Chevalier Deftrade,
Aide de Camp de Monfieur
le Duc de Chartres.
Il y a eu auffi quatre Inge
nieurs bleffez, dont on ignore
les noms:
Ne foyez point furprife de
voir ma Lettre de Mars
pouffée jufques au 4. d'Avril.
Je l'ay fait dans la penféc
que je pourrois y employer
tout le Journal du Siege de
Mons , fçachant que je vous
aurois fait plaifir , & à tous
ceux qui s'apprettent à la lire ;
mais le temps qui preffe , m'oGALANT
411
pour
eblige de la finir, Il manquera
peu de chofe à ma Relation
la rendre complete
, &
j'auray le plaifir d'en avoir
donné une avec un trés- grand
détail , pendant que le public
eft encore dans la chaleur
d'aprendre ce qui s'eſt paſé
à ce fameux Siege , ce qui ne
s'eft point encore fait , Dans
un ſi grand nombre de particularitez
tirées d'une infinité
de Relations , je me ſuis
peut- eſtre trompé en quelques
endroits , & puis avoir fait
paffer dans un temps ce qui
felt fait dans un autre , mais
M`m ij
412 MERCURE
ce n'eft pas tout- à - fait ma
faute. Il n'y en a prefque aucune
qui ne laiffe quelque
chofe à deviner , la plufpart
ne feparant pas affez les actions
du matin; de l'aprésdînée
, du foir & de la nuit , &
donnant fujet de croire que
les chofes le font paffées le
jour que leurs Lettres font dattées
, quoy qu'elles foient le
plus fouvent arrivées la veille
Cela peut m'avoir fait tomber
dans quelques fautes ; mais les
fautes de cette nature ne lont
pas confiderables , puis que
des faits , pour eftre transpor
GALANT 43
tez, n'en font pas moins veritables
. J'aurois pû m'empê
cher de faire de cas fortes de
fautes en vous donnant ce détail
plus tard ; mais le plaifir
de vous le donner dans le
temps que vous fouhaitez , fera
mon excufe . J'aurois beaucoup
de chofes à vous dire de
la priſe de Villefranche & de
fon Chafteau , ainfi que des
Forts de Saint Solpire , & de
Montalban , mais il ne me
refte ny temps , ny place
pous vous en entretenir, non
plus que de l'Armée du Roy,
qui arriva devane Nice le 25.
1
Mm iij
414 MERCURE
de Mars. C'eft le cinquiéme
Siege qu'elle a fait avant le
temps où l'on ouvre ordinairement
la Campagne . Je fuis
voftre , & c.
A Paris , ce 4. Avril 1691,
SSS25$22552 S2S522
P
TABLE.
Relude.
Paraphrafe allegorique,
Lettre tres-curieuse & tres- impor
tante ,
Ode ,
Carte du Theatre de la Guerre,
LettreJur l'Opinion ,
Fable
23.
45 .
90.
95.
III.
Réjouiffances faites à Conftantinople
par l'Ambafadeur de France, 114.
Morts , 1201
Aſſemblée faite à l'Academie de Nifmes,
132.
Comparaison de la Fièvre & de
l'amour
Declaration d'Amour
136.
141
Mariage de Monfieur le Printe de
TABLE.
Turenne , 144
Thefes fouftenues par M. l'Abbé
d'Auvergne ,
Loterie ,
ISS
157
M. le Maréchal de Lorge eft créé
Duc
Autre Article de Morts
Hiftoire
161
163
164
Détail de tout ce qui s'eſt paßé an
Voyage du Prince d'Orange à la
Haye
210
Mariages ,
280
Article des Enigmes 284
Prieres faites pour le Roy & prefent
fait à Sa Majesté ,
206
Livres nouveaux
298
Fournal du Siege de Mons 302
Nouvelles de Ville- Franche , 413
Avis pourplacerles Figures.
'Air qui commence par ,Si vous
Loo
voulez que je cache ma flame,
.
doit regarder la page 87.
Les Jetrons doivent regarder la
page 131.
L'Air qui commence par , Pourquoy
me fuyez vous , &c . doit regarder
la page 295.
Extrait du Privilege du Roy.
PAR
AR Grace & Privilege du Roy, donné à
Chaville, le 18 Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , IUNQUIERES , Il eft
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sieue
Devizé, dé continuer de faire imprimer,vendre
& debiter le Livre intitulé , MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Relations ,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
: voudra choiſir , Et defenſes ſont faites à tous
Imprimeurs &-Libraires , & tous autres de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
by graver aucunes Planches fervant à l'orne.
ment d'iceluy, ny mefime de le donner a
lite, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contreveñans, ainſi que
plus au long il eft porté efdites Lettres .
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14.
Septembre 1683. Signé ANGOT, Syndic,
Ledit Sieur Divizi a cedé fon droit du
prefent Privilege à Michel Guerout , Libraire
, pour en jouir fuivant l'accord fait
Qualité de la reconnaissance optique de caractères