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1691, 02
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Eur
511th
1691,2
Mercure
<36623738470010
<36623738470010
Bayer. Staatsbibliothek
S
33

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
FEVRIER 1691 .
A
PARIS ,
GALERIE - NEVYE DU PALAIS.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à laJustice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E MICHEL GUER OUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . XCI ,
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Sta : bibliothek
München
******* ***£12
QU
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfai
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft cause qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent, &fut
A ij
A VIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout ensemble eft beaucoup pour
un Libraire.
>
Le fieur Guerout qui debite
prefentement
le Mercures a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laifferapas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
4
AVIS,
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi- toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire en difant que
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
Les paquets luy-mefme & de les faire
>
,
la
A iij
A VIS.
;
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province qui luy auront donné leur
adreffe . Il fera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1691.
OUS avez connu,
Madame ; par plu
fieurs Articles de
mes Lettres , que depuis le
Regne de LOUIS LE
GRAND , il ne s'eft prefque
point bâti ou rétabli d'Eglife f
A iiij
8 MERCURE
neuve , que ce Monarque ne
fe foit fait une gloire d'y
contribuer. Vous allez voir
encore un effet de cette pieufe
magnificence dans ce que
je vais vous dire d'une Eglife
de Nifmes , que l'on a benite
le mois paffe . Celuy qui en
a dreffé l'Article , a raifon de
dire qu'il eft pour les perfonnes
devotes, & pour ceux qui
aiment l'Antiquité , puis qu'il
y a de quoy contenter la pieté
des uns, & la curiofité des autres
. C'eft M' Paulian , autrefois
fameux Miniftre , & .
prefentement zelé CatholiGALANT.
9
que , & fort eftimé de toute
la Ville. Voicy en quels termes
il en parle.
On benit à Nifmes le 26.
Janvier une Eglife , qui ayant
cfté autrefois un Temple des
Payens , a efté converty en
une Maiſon fainte , confacrée
à Jefus- Chrift fous le nom de
Roy des Rois. L'ancien Temple
fut appellé par les Anciens
eux- mefmes la Bafilique de
Plotine . Il y a eu un temps
qu'il a porté le nom de Capdueil
, qui eft un mot corrompu
de l'Italien Campidoglio
dont les Florentins fe fervent
10 MERCURE
<
encore pour nommer le Capitole
; & aujourd'huy cet édifice
n'eft connu parmy le vulgaire
que par fa forme,& s'appelle
la Maifon quarrée. C'eſt
un ouvrage de l'Empereur Adrien
, qu'il bâtit à l'honneur
de Plotine , l'an 125. de l'Ere
Chreftienne . Ce Prince eftant
en Angleterre receut les nouvelles
d'une dangereufe fedition
, qui s'eftoit formée à
Alexandrie à l'occafion du
Boeuf Apis. On avoit trouvé
en Egypte un Boeufavec toutes
les marques que la fuperftition
des Peuples exigeoit
GALANT. II
pour reconnoistre un Dieu en
cet Animal. Lå deffus on s'eftoit
foûlevé , afin de décider
par le fort des armes à qui ce
Dieu appartiendroit
, & on
eftoit preft à fe faire la guerre ,
de meſme qu'aujourd'huy
dans les Indes les Rois du
Pays s'y battent pour l'Elephant
blanc, qu'ils regardent
comme
une espece de Divinité.
L'Empereur
partit d'Angleterre
, traverfa
les Gaules,
y laiffa prefque
par tout des
marques
de fa grandeur
, &
s'eftant arrefté dans Nifmes ,
qui cftoit en ce temps- là une
12 MERCURE
des plus grandes & des plus
fomptueufes Villes de l'Empire
, & pour ainsi dire , une
autre Rome , il y décerna à
Plotine , les mefmes honneurs
qu'on luy avoit rendus dans
la Ville Imperiale . Nifmes receut
alors un nouvel ornement,
qui effaça par fa beauté
tous les autres ornemens de
la magnificence Romaine .
Adrien eftoit redevable à Plotine
de la poffeffion de l'Empire.
Cette Princeffe avoit
ménagé auprés de Trajan une
adoption feinte ou veritable,
& l'on penfe qu'elle ménagea
GALANT. I
fi peu fa gloire auprés d'Adrien
, que ce n'eſt pas fans
raiſon que la pofterité a conceu
de grands foupçons de fa
vertu . Quoy qu'il en foit ,
Adrien conferva fi bien le
ſouvenir de Plotine , qu'entre
les marques publiques qu'il
donna de fa reconnoiffance ,
il fit élever dans le coeur de
Nilmes un Temple confacré
à fa memoire . Cet édifice
eft porté fur trente colomnes
d'ordre Corinthien , qui font
pofées avec tant d'art , que
les jointes n'y paroiffent pas,
& les chapiteaux des co
14 MERCURE
lomnes avec la frife qui regne
autour du baftiment , font
travaillez avec une delicateffe
qui les feroit prendre pour
des Ouvrages d'Orfévrerie .
Le nom de Bafilique , c'eſt
à dire , Maifon Royale, qu'on
donna au Bâtiment , mar-
? & il que fa* fomptuofité
ne faut pas le regarder com
me une efpece de Mauſolée
pour honorer Plotine ainfi
qu'une creature mortelle ,
mais proprement comme un
Temple confacré à fa Divis
nité ; car les Imperatrices avoient
part aux honncurs des
GALANT.
15
·
Apotheofes, de mefme que les
Empereurs , excepté que l'Aigle
paroiſſoit dans le bucher
de ceux-cy , & le Paon dans
le bucher de celles- là . Que
laBafilique de Plotine fuft un
Temple, fon Portique , fes
Grotes foûterraines propres
aux miſteres de la Religion
des Payens , le dedans du
Temple tout fermé ne recevant
la clarté que par le Dôme
, ne permettent pas d'en
douter; mais ce qui eft cour
à fait convainquant , c'eſt un
monument femblable qu'-
Antonin le Pic éleva à l'hon16
MERCURE
neur de Fauftine. La ftructure
eftoit la mefme avec cette
infcription , Dedicatio Edis ,
la Dedicace du Temple , comme
on le voit dans les Me
dailles de cét Empereur . On
pourroit feulement revoquer
en doute , fi ce que
l'on appelle
aujourd'huy la maifon
quarrée eft effectivement la.
Bafilique de Plotine , & le
mefme Baftiment que l'Empereur
Adrien éleva dans Nîmes
; ou bien, s'il n'eft pas
arrivé que cét édifice a peri
avec la Ville , qui à peine eft
maintenant une onzième ou
GALANT. 17
douzième partie de ce qu'elle
eftoit dans fa premiere grandeur
; mais je ne pense pas
qu'on doive s'arrêter à cette
difficulté : car d'un coſté , on
ne trouve aucunes traces de
cette Bafilique dans les anciennes
ruines de la Ville , ny
dans tout l'espace qu'elle a
rempli autrefois . D'ailleurs ,
la magnificence du Baſtiment
montre affez , que ce n'en eft
point un autre ; & enfin une
infcription antique gravée fur
une pierre , qui fe voit à Aix ,
nous doit pleinement perfuader
, que c'est l'ouvrage d'A
Fevrier 1691. B
18 MERCURE
drien , puis que , fi l'on confidere
un peu attentivement
fur la face du Portique du
Temple de Plotine l'étenduë
de l'infcription qu'on y avoit
appliquée en grands caracteres,
qui occupoient d'un
bout à autre toute la frife , &
& même une partie des architraves
, on trouvera que l'Infcription
d'Aix s'y pourroit
coucher tout de fon long , &
qu'ainfi il peut bien être que
l'une n'a efté que l'imitation
de l'autre , pour ne pas affurer
que c'eftoit la mefme. Ce n'eft
qu'une conjecture , qui fe
fc
GALANT. 19
pourra fortifier avec le temps .
Cependant , je diray en paffant
, qu'il y a fujet de s'étonner
qu'entre tant de curieux
& de fçavans , qui
viennent tous les jours admirer
ce rare édifice , pas un
n'ait fongé à tirer für l'impreffion
que les anciennes
lettres ont laiffée fur la pierre,
la verité de ce qui y eftoit appliqué.
C'eftoit la grande
paffion de l'illuftre M de
Peyreffe , qui fe fentoit aflez
fort pour en venir à bout ,
pourvû qu'on luy envoyaſt la
forme& la fituation des trous,
Bij
20 MERCURE
qui defignent encore la place
des anciens caracteres . De
cette maniere ce grand homme
avoit trouvé le fens de
quelques infcriptions , dont
on ne voyoit que les veftiges .
Entr'autres par des trous qu'avoient
faitslescloux imprimez
fur une Améthyfte , il avoit
découvert que c'êtoit le celebre
Graveur Diufcorde Augufte
, qui y avoit gravé le vifage
d'un Solon, & cela , par le
rapport que ces traces des lettres
avoient avec les lettres
mefmes . Il en avoit fait autant
de l'infcription d'un
Temple à Affife , que perfonGALANT.
21
ne n'avoit pû déchifrer . Tout
de mefme il ne faudroit pas
defefperer de trouver la fignification
des marques des lettres
, qui contenoient l'infcription
de la Bafilique , fi l'on
en tiroit une copie figurée , &
qu'on la donnaſt à examiner
à de bons connoiffeurs . Mais
pour revenir à noftre fujet, la
Bafilique de Plotine fut fauvée
de la defolation de laVille,
lors qu'elle fut reduite en cendres
par les François , qui la prirent
fur les Sarazins.Il cftpcur
tant certain qu'ils n'avoient pas
eu la pensée d'épargner ce fuperbe
Edifice,car les fix Colon22
MERCURE
nes qui foûtiennent la face du
Portique , font à demy coupées
; mais par une heureuſe
fatalité lors que cét Edifice
eftoit fur le point de s'abifmer
tout à la fois , il fût préfervé
on ne fçait comment,
& ainfi on conferva un des
plus beaux monumens de la
grandeur Romaine . En effet
on peut affeurer que ce morceau
d'Architecture , eft non
feulement le plus entier , mais
encore un des plus beaux , qui
foit dans l'Univers . On dit
que la Maiſon Confulaire de
Nifmes a poffedé autre - fois
cette Bafilique , & qu'elle y
GALANT
23
tenoit fes affemblées . Si cela
eft , on peut rendre raiſon
el
du nom de Capitole , qu'on
luy a donné, car cela peut cftre ,
arrivé, ou à caufe de la reffemblance
de ce Temple avec celuy
qui eftoit fur le Capitole ,
ou parce que comme le Senat
Romain s'affembloit fort frequemment
dans le Capitole,
le Senat Nifmois avoit voulu
impofer le mefme nom au
lieu de fes Affemblées . Quoy
qu'il en foit , ce riche édifice
que la colere du vainqueur
avoit refpecté , a penſé perir
par la negligence du Citoyen,
puifque la fortune de cette
24 MERCURE
Maifon , digne feulement de
loger des Dieux , a efté fideplorable
, qu'on l'avoit miſe
aux ufages les plus abjets , &
on l'avoit tournée d'une maniere
, qu'elle fervoit de logement
à de fimples particu
liers , qui ayant ajoûté du
Baftiment moderne à la ftructure
antique , en avoient
fait un ridicule composé , &
un monftre d'Architecture .
Mais voicy le glorieux changement
qui eft arrivé à cette
Maiſon . Elle a paffé entre les
mains des Religieux Auguftins
, qui ont obtenu du Roy,
non
GALANT.
25
des fommes
non feulement la permiffion
de bâtir à la chatge de ne
point toucher à l'ancien oùvrage
, mais encore Sa Majef
té leur a accordé liberalement
confiderables
pour reparer. cet édifice , & le
remettre
dens fon ancienne
fplendeur
, de forte que touc
ce qui le rendoit difforme
ayant efté abatu , on a redonné
à tout le dehors de la
Bafilique
fa premiere
beauté .
Pour le dedans qui eftoit
tout brut , on l'a enrichi de
tous les ornemens
dont le
lieu eftoit capable ; & dans le
Fevrier
1691. C
26 MERCURE
petit efpace qu'on avoit à
ménager , on y a pratiqué
avec beaucoup d'art & de délicateffe
un Choeur , des Chapelles
, des Galeries , & generalement
tout ce qui entre

dans la compofition d'une
Eglife qu'on veut rendre
également commode & agréable
. Tout cela cft un fruit
de la prudence & de la pieté
de M de la Moignon de
Baville , Intendant de Juftice
en Languedoc . Ce fage
Magiftrat , fecondant les intentions
du Roy ,, a donné
tous fes foins pour la perfecGALANT.
27.
tion de
cet
ouvrage
vrayment
Chreftien
,
qui
doit
furpaffer
autant
en
durée
celuy
des
Romains
,
qu'il
le
furpaffe
en
fainteté, & qui va
apporter
plus
de luftre
à l'Empire
de
Louis le
Grand ,
comme
reftaurateur
de la
Bafilique
de
JESUSCHRIST
,
que
n'en
receut
l'Empire
d'Adrien
en
qualité
de
fondateur
de la
Bafilique
de
Plotine
. Ce fera
une
occafion
à
tous les
Eſtrangers , qui
vont
rendre
hommage à la
grandeur
des
Romains , en
vifitant
cette
Bafilique
,
d'admirer
C ij
28 MERCURE
l'ouvrage des François , & on
y trouvera plus de matiere
pour la gloire du Roy Tres-
Chreftien que pour les Eloges
de l'Empereur du Paganisme.
Volontiers je donnerois à cette
nouvelle Eglife le nom de
Bafilique de Jefus Chrift, parce
qu'elle eft devenuë comme
fon Palais, puis qu'elle luy
a cfté confacrée fous le nom
de Roy des Rois. C'est pourquoy
on a mis fur l'Autel un
Tableau , qui reprefente l'adoration
des Mages , avec
cette infcription au deffus,
Regi Regum , au Roy des Rois,
GALANT. 2
& c'eft en cela qu'il faut admirer
la jufteffe d'efprit de
Mr de Baville , qui a fait
confacrer à Jesus - Chrift
comme Roy des Rois , une
Maiſon qui portoit le nom
de Bafilique. On fçait que
les Bafiliques eftoient proprement
la demeure des
Rois ; mais ce nom à caufe
de fa magnificence ayant efté
tranfporté aux Temples des
Payens , les Chreftiens n'ont
point fait de fcrupule de retenir
le nom , aprés avoir
changé l'ufage de la chofe, &
repurgé ces lieux profanes
C iij
30 MERCURE
par une espece de Baptefme,
pour me fervir des vieux termes
des Confecrations. Delà
vient que la Bafilique des
Apoſtres a gardé à Rome le
nom qu'elle portoit avantſon
changement , car elle s'appelloit
Bafilique , lors qu'elle
eftoit un Temple des faux
Dieux. Il en eft de mefme
de plufieurs autres Eglifes .
Telle eftoit celle , qui vient
d'eftre confacrée à Jefus-
Chriſt le Roy des Rois. La
confecration en fut faite par
M ' l'Evefque de Niſmes . Le
merite de ce Prelat donnoit
GALANT
31
·
du poids à cette action de
picté . M ' de Baville aſſiſta à
cette Ceremonie avec tout ce
qu'il y a dans Nifmes de perfonnes
diftinguées . Il eft
certain , que lors que la Mufique,
qui eftoit fort bonne,
entonna ce Divin Cantique ,
Cantate Domino canticum novum
: Chaniez au Seigneur un
Cantique nouveau , elle fit retentir
la voûte de cette maifon
fanctifiée avec une fi aimable
furprife , que le coeur ne pût
refufer les tendreffes , en une
occafion où l'on voyoit confacrer
à Jefus- Chrift le Palais
C iiij
32 MERCURE
de fa demeure par des chants
facrez , aufquels les Anges
toujours prefts à louer leur
Createur joignent leur voix
dans le fejour de la gloire ; &
de cette maniere on vit reparer
l'impieté de tant d Himnes
profanes , qu'on chanta ,
felon le temoignage de l'Antiquité
, dans cette Bafilique ,
lors qu'elle fut confacrée à la
memoire de Plotine. Ces
fortes d'évenemens ne font
pas d'un grand éclat , parce
qu'on en juge moins par le
coeur que par l'efprit.. Toutefois
pour peu qu'on ait de
GALANT.
33
fentiment de pieté on ne
peut qu'eltimer une folemnité
, où l'on voit que l'Arche
de Dieu renverfe encore unc
fois le Dagon des Philiftins ,
où Jefus- Chrift , le Dieu vivant
& vray , cft adoré à la
place des Idoles muetes ; où
fes faints Autels font dreffez
fur les Autels profanes des
Payens , & où fon faint Nom
eft reclamé au lieu des fauffes
Divinitez, C'eſt ainſi que la
foy Catholique
, aprés avoir
triomphe de l'herefie , dont
Nilmes eftoit comme le centre
, remporte ce nouveau
34 MERCURE
trophée fur le reste du Paganifme.
Aprés cela , il faut
efperer , que puis que la pieté
du Roy s'applique à faire regner
par tout Jefus Chrift le
Roy des Rois , fon fecours ne
luy manquera pas : qu'il rendra
fes armes victorieufes , &
le fera triompher de tous fes
ennemis , qui s'opposent autant
aux progrés du regne de
Dieu , que Sa Majeſté en procure
l'avancement ,
Le plaifir que vous prenez
à lire tout ce qui s'écrit fur les
affaires du temps , m'oblige
à vous
envoyer la Lettre fuiGALANT.
35
vante, Elle eft extrémement
eftimée , & je fçay qu'elle
vous fera plaifir.
$555 255222522225552
LETTRE
D'un
Gentilhomme Anglois
à un Bourgmestre
Hollandois
, fur le Jugement de
Mylord Torrington .
TRADUITE D'ANGLOIS.
MONSIEUR
ONSIEUR,
Eftoit-il poffible que vous puffiez
vous attendre à voir Mylord
36 MERCURE
Torrington facrifié à leurs.Hautes
Puiffances ; puis que vous
nous avez crus affez lâches pour
vous avoir laiẞé bien battre ,
pouviez vous croire que noftre
lâcheté iroit affez loin pour vous
abandonner un Officier.General
,
un Gentilhomme
, enfin un Anglois
? Vous en aviez déja trop
fait , on s'attendoit mefme
que vous n'approuveriez
pas que
ros Officiers auffi toft apres la
Bataille Navale , fuffent allez
comme des enfans pleurer autour
de la Reine , pour luy dire que
les François les avoient battus ,
& s'en prendre au premier venu .
7
GALANT.
37
Quand donc on vous a vú pouffer
vostre vangeance jusqu'à demander
la tefte de Mylord Torrington
, croyez- moy , Monfieur .
l'amitié des deux Nations n'eft
pas fi ancienne , qu'elle n'en ait
efté fort refroidie. Si d'un coup
de fifflet on a mis en pieces chez
vous deux grands Hommes , dont
je ne puis m'empefcher d'honorer
la memoire, tant je fuis mauvais
Courtifin, icy on ne va pas toujours
fi vifte , fur tout quand il
s'agit de donner atteinte aux
Loix qui affurent nos vies &
noftre liberté. Vous avez vû
nous n'avons pas eu beaucoup de
que
28 MERCURE
·
meſme
peine à laiffer renverser toutes
les autres , qui concernent lafucceffion
à la Couronne , la forme
du Gouvernement , me
la Religion ; mais quelque confiance
que nous ayons prife au
Maistre que nous nous sommes
donné, nous avons compris par
une experience affez courte durant
la fufpenfion des premieres,
que noftre liberté & nos vies
eftoient mieux entre nos mains
qu'entre les fiennes ou entre les
voftres. Peut- eftre que dans la
vifite qu'il va vous rendre il fe
trouvera que de pareilles Loix
vous feroient affez commodes ,
GALANT. 39
&quelques- uns de ceux qui ont
opiné à demander la tefte de Mylord
Torrington , pourront eftre
affez embarrassez à sauver la
leur , quand le Stathouder- Roy
fera juftice des vitres caaBées
d'un Concufionnaire de Roter- .
dam. Ilsferoient bien étonne fi
quelques Anglois de la Flote,
quand ce ne feroit que pour ſe
divertir & leur rendre la pareille
, alloient paroistre là comme
témoins : Leurs dépofitions ne feroient-
elles pas auffi bonnes que
celles de vos Officiers ? Elles feroient
au moins auffi vrayes que
la plupart de ce qu'ils ont dit
40 MERCURE
le
pour noircir lareputation de My-
Lord Torrington , pour rendre fa
fidelité fufpecte, & enfin pour
faire perir. Affurément , ces
Meffieurs ont fait en cette occafion
un indigne perfonnage. S'ils
eftoient perfuadez qu'il eust
manqué de fidelitéou de courage,
ne fuffifoit-il pas de le couvrir de
confufion par leurs reproches
puis que s'il eftoit auffi lâche qu'-
ils fe l'imaginoient , ils ne devoient
pas craindre qu'il leur fift
mettre l'épée à la main ? Mais
nous n'aurions jamais cru que
depuis ce temps - là tous vos
foins euffent efté employez à
>
GALANT . 4I
chercher dans des détours de chi
cane & de procedure , la vangeance
que vous aviez demandée
d'abord , & que vous auriez
obtenuë , fi nos Loix ne l'euſſent
mis à couvert de voftre mauvaiſe
humeur.

Vous nous citerez fans doute
la Lettre du Comte de Notingham,
& toutes les belles promef
•fes qu'elle contient . Il voudroit
prefentement ne l'avoir pas écrite ,
il fe fouviendra peut- eftre
longtemps de fon petit Miniftere
fous la Regence de la Reine pendant
le voyage d'Irlande , qui
luy peut attirer des affaires
Fevrier 1691 . Ꭰ
42 MERCURE
pour le moins auffi fachenfes que
celles dont Mylord Torrington
vient de fortir avec honneur; car
il eft occupé à folliciter un Acte
d'indemnité pour ſe juſtifier , non
pas de poltronnerie & d'infidelité,
mais d'un peu trop de hardieffe
& d'obeiffance aveugle à
figner des ordres contraires à ces
Loix qui affurent noftre liberté
contre le Pouvoir Arbitraire. Il .
fe défend fur les ordres exprés de
la Reine , ce qui ne fignifie rien
parmy nous, & il fait bien ,
estant forti d'une Famille de
Robe , que fi elle ne peut eftre
recherchée pour tant de procedures

GALANT.
43
arbitraires , fon trop fidelle Ministre
pourroit bien l'estre , quand
ce ne feroit qu'en reparation
d'injures , par celuy qu'il a diffamé
publiquement fur vos Memoires
comme un traitre & un
poltron, & qui neanmoins vient
d'eftre declaré innocent. Mais
enfin ce font- là fes affaires , &
il s'en tirera comme il l'entendra.
ne,
Pour ce qui concerne la Reidont
vous faites tant valoir
les premiers reffentimens pour
juftifier vostre conduite , il n'est
pas difficile de comprendre que
dans la consternation où elle vous
Dij
44 MERCURE
voyoit , elle vous traita à peu
prés comme une bonne mere de
Famille traite en certaines occafions
des domeftiques devenus
infolens parce qu'ils fe croyent
neceffaires , en donnant le tort
aux enfans de la maiſon ; mais
elle fçavoit bien ce qu'elle faifoit,
les ordres qu'elle avoit donnez
à Mylord Torrington. Vous en
eftes prefentement informez, puis
qu'ils ont efté produits au procez.
Si elle vous avoit promis de le
punir , ne vous a- t-elle pas tenu
parole ? N'est- ce pas une affez
grande punition de tenir un Sei
gneur en prifon durant prés de
GALANT.
45
fix mois , & de le fatiguer lui
& fes amis en renvoyant fon
affaire d'une Chambre à l'autre?
On trouve en ce pays- cy
que la punition a esté fort fevere
, à proportion de ce qui s'eft
paffé à l'égard de M de Valdeck,
qui meritoit pour le moins
antant voftre indignation que
Milord Torrington , fur qui vous
n'aviezpas le mefme droit , puis
qu'il n'eft pas voftre Officier.
Vous luy avez donné affez
d'inquietude pour ne luy pas
ofter le plaifir de fe mocquer de
vous à son tour , & de faire
connoiftre au public & à fes
46 MERCUKE
amis que vos plaintes estoient
mal fondées , puis qu'il en a fi
bien convaincu les Fuges qu'il a
efté abfous tout d'une voix , même
fur la dépofition des témoins
que vous avez produits , fans
avoir befoin de faire entendre
les fiens.
C'est à vous prefentement à
vous juftifier fur les reproches
qu'il vous a faits ,fur tout d'avoir
efté tres- mal informez des
forces de nos ennemis , & de
nous avoir trompez. Qui peut
vous défendre fur cet article, puis
que tous les avis de l'eftat des
affaires de France fur lesquels
GALANT.
47
les Alliez ont pris leurs mesures ,
croyant aifément qu'elles eftoient
telles qu'ils lesfouhaitoient ,font
venus de Hollande ? Les Miniftres
des Alliez en ont rempli
leurs depêches , & vos libelles
ont encheri fur la matiere. Enfin
vous nous avieziant de fois affurez
que la Flote Françoife n'oferoit
paroître devant les nostres,
que fi nous avons ouvert les
lors qu'il
yeux , ce n'a efté que
falloit que noftre Flote ou lá vôtre
perift. Que pouvoit doncfaire
Mylord Torrington so finon de
vous recommander à Dieu & à
vous mêmes , pour fortir d'une
48 MERCURE
intrigue dans laquelle vous nous
aviez temerairement engagez ?
Vous auriez voulu fans doute
en pouvoir faire autant : mais
puifque c'eft une affaire finie ,
vous ferez bien de n'en pas témoigner
tant de chagrin. Cela
donneroit lieu de croire que vous
voudriez faire ici les Maiftres,
& on en est déja affez perfuadé.
Si on vous avoit promis un châtiment
plus fevere de Mylord
Torrington , vous connoißez ceux
qui vous l'ont promis , vous
devez croire qu'ils n'ont pú le
faire. Quand ils ne pourront vous
contenter fans mécontenter les
Anglois
>
GALANT
49
'Anglois , ne vous attendez pas å
tout ce qu'on vous pourra promettre
. Continuez au contraire
à nous fervir de modeles de foud'obeiffance
, car nous
dumiffion
n'avons pas encore affez profité.
de vos bons exmples pour n'avoir
pas besoin d'eftre ménagez. Auſſi
vous voyez que le Roy vous laiffe
depuis prés de trois ans fur vôtre
bonne foy , au lieu
rant fon voyage d'Irlande il a
fallu ici mettre huit ou dix mille
hommes en prifon , où mefme ils
n'étoient pas fi fages que vous
eftes dans les Cabarets . Ne fongez
donc plus à Mylord Torring
Fevrier 1691 .
que
E
50 MERCURE
ton que pour le refpecter, & fi
on vous a delivrez de la crainte
de luy obeir , en luy oftant fa
Commiffion, pensez que vous aurez
affaire à fes Fuges , à fes
•Amis, & à fes Camarades. Puis
que la Vangeance que Milord
Notingham vous avoit promife
n'a pas esté faite , tâchez à la
prendre fur nos Ennemis communs
, comme il vous y exhortoit
par fa Lettre ; c'est aſſurément
le meilleur expedient, quoy
que peut- eftre ce ne foit pas le
plus facile. Mais au moins ne
vous laiffez pas battre par dépit,
comme l'année paßée vous fuftes
GALANT.
51
battus par présomption . Je fuis ,
& c.
De Londres Dec. 2690.
L'Illuftre M ' de Caffini , de
l'Academic Royale des Sciences
, a fait à l'Obfervatoire
Royal de nouvelles Décou
vertes dans le Globe de Jules
Sçavans de vôpiter
, que
tre Province
feront bien -aifes
d'apprendre
. En attendant
que fes Obfervations
fur les changemens
de cette
Etoile , paroiffent
dans
les Ouvrages
de l'Academic
,
auffi
étendues
qu'elles
doi-
E ij
52 MERCURE
vent l'eftre , il s'eft hâté.
d'en donner un Eſſay au Public
, afin que les Aftronomes
en eftant avertis , puiffent ob
ferver ces changemens
tandis
qu'ils fe laiffent remarquer.
La premiere Découverte
regarde le changement
journalier des diverfes bandes
de Jupiter. M'de Caffini
dit que le 14. du mois de
Decembre
dernier
, à quatre
heures vingt minutes du foir ,
on ne voyoit que deux bandes
obfcures dans le difque
de cette Etoile , qui estoient
peu éloignées de fon centre ;
GALANT.
53
l'une du cofté du Septentrion
, l'autre du coſté du Midy
; que la Septentrionale qui
paroift prefque toujours
eftoit la plus large ; qu'il l'a
toûjours veuë depuis quarante
ans qu'il obferve Jupiter , &.
qu'elle doit eftre une de celles
qu'on a vûës depuis l'an 1630 .
tantoft au nombre de deux ,
& tantoft au nombre de trois ;
que la bande meridionale
cftoit un peu plus étroite ;
qu'à quatre heures vingt - huit
minutes, il paroiffoit comme
une Ifle blanche dans le milieu
, & qu'en mefme temps
E iij
54 MERCURE
il parut un veftige d'une bande
plus Septentrionale , étroite
, éloignée de la plus large
un peu moins de fon épaiffeur.
Cette bande , dit il , paroift
auffi tres -fouvent , mais
elle ne s'étend pas toujours
jufqu'aux bords de Jupiter, &
on la voit quelquefois manquer
du cofté d'Orient , &
d'autres fois du cofté d'Occident.
Il parut auffi dans le
bord oriental de Jupiter, dans
fa partie meridionale , qui
eftoit fort claire , un commencement
d'une quatrième
bande obfcure , qui s'avanGALANT.
55
çoit peu à peu vers le bord
occidental
, de forte qu'en
moins d'une heure & demie ,
elle parut s'étendre d'un bord
à l'autre , & en cet eftat Jupiter
fe voyoit avec quatre bandes
entieres , paralelles entre
elles. Il ajoûte que c'eſt ainfi
qu'il a veu fouvent ſe former
des bandes nouvelles dans Ju
piter en une ou deux heures ,
& qu'il a veu auffi des bandes
manquer vers le bord orien
tal , & fortir peu à peu entic.
rement du bord occidental ;
ce qui luy a fait juger qu'il y a
dans Jupiter des bandes inter
E iiij
56 MERCURE
rompuës , qui entrent & fortent
dans le difque apparent
de Jupiter par fa revolution
autour de ſon axe , qui fe fait
en moins de dix heures . Le 16.
Decembre à fix heures du
foir , non feulement il vit retourner
la mefme bande meridionale
de la mefme maniere
, mais il en vit paffer une
autre entre celle- cy & la meridionale
plus proche du centre
; & au delà des deux ban-
Septentrionales , il en parut
encore une troifiéme , de
forte que l'on vit dans Jupiter
trois bandes obfcures merides
GALANT.
57
dionales , & trois autres feptentrionales
, toutes paralelles
entre elles . Dans l'interfti
ce , entre les bandes meridionales
& les feptentrionales qui
eftoit affez large , il parutauffi
le mefme jour à fix heures
trente- huit minutes du foir ,
une bande oblique qui paffoit
par le centre , & ne ſe voyoit
que dans la partie occidentale
, declinant beaucoup du
coſté du midy , qui eft la pre-..
miere qu'il ait jamais obfervée
avec une obliquité fi fenfible
; ce qui fait connoiftre
que non feulement il y a des
18 MERCURE
bandes interrompues qui retournent
par la revolution de
Jupiter autour de fon axe ,
mais qu'il s'en forme de nouvelles
d'un jour à l'autre .
Aprés avoir obfervé dans la
partic meridionale de Jupiter
trois bandes obfcures paralelles
entre elles , & une quatriéme
oblique avec leurs intervalles
clairs , Mr de Caffini
vit le 20. Decembre , depuis
fix heures & vingt minutes
jufqu'à huit heures du foir ,
ces intervalles entierement effacez
à la referve d'un , dont
il reſtoit une partie du coſté
GALANT.
59
d'Orient , qui faifoit une ap- ,
parence femblable à celle de
I'Italic , placée entre la mer
Adriatique & la mer de Tofcane
, tout le reſte de la partie
meridionale
du Difque
apparent
de Jupiter
eftanr
comme
inondé d'une obfcu
rité uniforme
, parfemée
de
quelques
petites Illes.Les
bandes
les plus permanentes
dans
le difque de Jupiter font quatre
, deux du cofté du Septentrion,
dont l'une eft la bande
la plus large , qui s'y voit
toujours
; l'autre eft l'étroite,
qui s'y voit le plus fouvent
,
60 MERCURE
& deux du cofté du Midy ,
qui font quelquefois plus larges
que la bande la plus Septentrionale
, & quelquefois
plus étroites.
La feconde Découverte de
Mr de Caffini eft d'une nou
velle tache dans Jupiter . Il y a
plus de vingt cinq ans qu'il y
en parut une ronde , adherente
à la partie la plus meridionale
, du cofté du centre apparent
, dont les obfervations
luy fervirent à trouver la
riode de la revolution de Jupiter
autour de fon axe, de
neuf heures cinquante- fix mipcGALANT.
61
1
nutes. Cette tache , aprés avoir
paru les fix derniers mois
de l'année 1665. s'éfaça l'année
fuivante , & parut de nouveau
depuis le commencement
de l'année 1672. julques
à la fin de 1674. Pendant ce
temps- là , on fit à l'Obſervatoire
Royal plufieurs obfervations
qui fervirent à déterminer
fa periode avec plus de
précifion , l'ayant trouvée de
neuf heures cinquante- cinq
minutes & cinquante & une
ou cinquante - deux fecondes .
Elle difparut de nouveau , &
recommença de paroistre en
62 MERCURE
1677. aprés quoy elle a parn
& difparu plufieurs autres
fois. On la vit encore fur la
fin de Novembre dernier &
au commencement de Decembre
, adherente à la mefme
bande plus meridionale ,
& le 5. de ce mefme mois de
Decembre , à cinq heures
25. minutes du foir , Mr de
Caffini fut furpris de voir une
nouvelle tache plus obfcure
que l'ancienne , adherente ,
non pas à la bande plus meridionale
de Jupiter , mais à la
moins meridionale du cofté
du centre dont elle eftoit fort
proche. Elle eftoit alors de fiGALANT.
63
gure ronde,& à peu prés égale
à l'ombre du troifiéme Sarellite
, dont le diametre eft un
peu plus grand que la vingtiéme
partie du diametre de
Jupiter , qui occupe plus de
fix degrez de fa circonference
, & en occuperoit plus de
foixante & trois de la circonference
de la terre , autant à
peu prés qu'en occupe toute
I'Afrique. Il obferva pendant
une heure le cours de cette
tache , qui alloit vers le bord
occidental de Jupiter , & elle
en eftoit peu éloignée , quand
les brouillards l'empêcherent
64 MERCURE
de la fuivre jufques à ſa fin ,
mais il eut la commodité de
l'obſerver plufieurs fois a fon
retour , & d'en confiderer le
mouvement.
Depuis le 5. de Decembre
jufques au 23 il tâcha toujours
d'obferver les retours de
la nouvelle tache au milieu de
Jupiter , & remarqua que fes
revolutions anticipoient celles
de la tache ancienne de
cinq minutes chacune ; de
forte que la revolution de la
nouvelle tache parut eftre de
neuf heures cinquante & une
minutes , negligeant quelques
GALANT . 65
fecondes . Cette nouvelle tache
ne conferva pas la meſme
figure qu'elle avoit au
commencement. Aprés quelques
jours en retournant au
milieu de Jupiter , elle parut
en forme de croiffant , dont
les pointes tournoient vers la
bande à laquelle elle eft adherente.
Aprés quelques autres
revolutions , elle parut avoir
la figure Aftronomique du
Taureau , dont les cornes
tournoient vers la mefme
bande . Enfuite , cette mefme
tache parut divifée en trois
taches peu éloignées l'une de
Fevrier 1691 .
F
66 MRECURE
l'autre. La premiere vers l'Occident
eftoit la plus petite &
la plus adherente
à la bande .
La feconde eftoit la plus grande
& plus détachée
de la
bande vers le Septentrion
; &
la troifiéme
plus Orientale
eftoit la moyenne
en grandeur
, & un peu plus proche
de la mefme bande . Trois
jours aprés , ces trois taches
firent enfemble la figure d'un
chevron d'armoiries
, dont la
pointe eftoit tournée vers la
bande , & l'efpace adherent
vers le centre avoit comme
l'apparence
d'une Montagne
GALANT . 67
claire , dont la tache feroit
l'ombre . Le 23. Decembre cette
tache parut fort longue.
Elle eftoit precedée d'une tache
ronde , & fuivie d'une autre
d'une figure fort irreguliere
, qui en eſtoit éloignée
de la neuvième partie du diametre
de Jupiter .
Le 13. du mefme mois , aprés
qu'on cut veu dans Ju
piter cinq bandes , deux Septentrionales
& trois . Auftrales,
une heure aprés il n'y reſta
que les deux bandes plus proches
du centre , & un veftige
tres - foible de la Septentrio-
Fij
68 MERCURE
nale étroite . Alors on vit dans
l'interftice clair entre les deux
bandes qui reftoient entieres
du cofté d'Orient, deux petires
taches rondes & noires
adherentes à ces bandes l'une
contre l'autre qui s'avançoient
vers le centre , & qui
fe trouverent au milieu de Jupiter
à fept heures quarantecinq
minutes du foir, où elles
retournerent enfemble le 15.
à neuf heures fept minutes.
Je vous rapporte le fait dans
les mefmes termes , dont s'eft
fervy M' de Caffini , qui finit
fes Obfervations en difant
que Jupiter luy a paru autreGALANT.
69
fois de figure un peu ovale ,
dont le plus grand diametre
tendoit d'Orient en Occident
, & que prefentement il
luy paroift rond , ce qui eft
une marque qu'il y a eu du
changement dans fa figure.
Ceux qui voudront voir les
fçavans raisonnemens qu'il
fait fur ces découvertes , les
trouveront dans cet Effay
d'obfervations qu'a imprimé
les S Cuffon , ruë S. Jacques.
Le temps où nous fommes
rend de faifon la piece que
vous allez lire . Elle eft de M
de Vin , dont tous les Ouvrages
ont cfté de vostre gouft.
70 MERCURE
52525522252 222552
LE CARNAVAL.
N bonnes gens Saturne &
Rhée
EN
Dans leur Ciel vivoient à l'écart ,
Et courbez fous leurs ans , ne prenoient
plus de part
Aux honneurs du vafte empyrée..
Là contens l'un de l'autre , & toujours
de loifir,
Ils s'embarraffoient peu des affaires
du monde ,
·
Et fe faifoient tous deux un fenfible
plaifir
De leur vieille tendreſſe , & de leur
paix profonde.
bruit , ny procez ; là du fer,
du poison
,

ny
GALANT .
クエ
Pour augmenter fes biens
perdre une Rivale,
·
› pour
On ne connoiffoit point la fureur
infernale;
Tout s'y regloit au gré de la droite
raifon.
Comme des paffions elle y domptoit
la fougue ,
La fanté , la vigueur en faifoit les
trefors ,
Et l'on n'y couroit point aux Eaux
d'Aix , ou de Pougue.
Là de concert l'ame & le corps
Suivoient tranquillement l'ordre de
la nature.
Là l'un fans erudite , & l'autre
fans chagrins,
( vains,
Se paffoit du fecours & des remedes
D'Hypocrates & d'Epicure.
Là ny transports bouillans , ny rubarbe
, ny bains.
72 MERCURE
Là nulle adreffe criminelle
Nuls envieux , nuls feducteurs
N'y tendoient des panneaux , n'y
corrompoient les moeurs.
Là toujours l'amitié reciproque &
fidelle
Parloit à coeur ouvert ; là fe voyoit
encor
Cette honnefte pudeur de l'heureux
Siecle d'or.
Là regnoient en un mot , fans
trouble , fans malice
La probité , 14foy, la paix , & la
juftice.
L'inconftance par tout ailleurs
Du plaifir le plus grand alteroit les
douceurs.
Tel qui couroit aprés le fuyoit par
caprice.
L'air mefme trop aisé dont ilſe produifoit
En
GALANT. 73
En émouffoit la pointe , y rendoit
infenfible ,
Et l'Ennemy le plus terrible
Qu'il euft, eftoit l'excez
en faifoit-
·que
chacun
On juge, on voit par- là quelle en eſt
la manie ,
Et de là vint que les Dieux las
Du Nectar &de l'Ambrofie
Ne trouvoient plus de gouft dans
leurs divins repas.
En vain Silene de la treille
Leur offre la liqueur vermeille,
Et, pour la rafraichir , fa neige &
fes glaçons ;
En vain Neptune les poißons ;
En vain & Vertumne & Pomone
Leurs fruits d'Efté , ceux de l'Automne
;
En vain Pan fon gibier ; en vain
Cerés la blancheur de fon pain ,
G Février 1691 .
74 MERCURE
Ils enfont dégouftez, & rien ne les
contente.
Enfin Minerve la prudente
D'un air gay fe leve , & leur dit ,
F'ay veu quelquefois dans le monde
Des Princes rebutez de leur table
feconde
Sur un morceau de boeuf retrouver
l'appetit ,
Et nous pouvons, fi bon vousfem
ble ,
Par des mets tout nouveaux nous regaler
enfemble-
Chez Saturne allons de ce pas ;
Il vit groffierement de méchante denrée
,
Et, pour nous ragoufter , mangeons -y
jufqu'aux Chats
Qu'en guife de Lapins luy fert fa
Femme Rhée.
Ce confeil fit trembler les jeunes deli-
Cals .
GALANT 75
Peu s'en fallut qu'ils n'en vomif-
Sent.
A ce nom feulfaifis d'horreur
Venus & Phæbus en fremiffent;
Ganimede en a mal au coeur;
Ce mignon du Lanceur de foudre,
Hebé , ny Cupidon ne pouvoient fe
refoudre
A manger de ces Lapins-Chats,
Et tous invectivoient tout bas
Contre cette façon de vivre:
Mais bien moins friand qu'eux le
redoutable Mars
Fettant fur eux d'affreux regards
Les força bien-toft de le fuivre.
La partie arreftée, on veut l'executer.
Momus , toujours bouffon , dit lors à
Fupiter,
Il faudroit chez Saturne aller en
mascarade,
Et nous déguifer à peu prés
Gij
76 MERCURE
De l'air que nous eftions , quand du
fier Encelade
Nou voulions éviter les traits.
Le plaifir en feroit plus piquant , &
moins fade.
D'ailleurs, chez le bon homme on ne
nous voit jamais :
Nous le laiffons en proye à fa trifte
vieilleffe ,
Et funs mefme du moins cacher avec
adresse
Le mépris trop honteux que nous
faifons de luy >
On le neglige , on l'abandonne ,
Comme ces malheureux qui ne touchent
perfonne.
Que diroit- il donc aujourd'huy
D'une vifite fi nouvelle ?
Qu'on traite , fi l'on veut , cela de
bagatelle ,
Ma raifon, n'en déplaife aux fots,
GALANT. 77
N'en fera pas pourtant moins
bonne ,
Et ,fauf meilleur avis , il me femble
à
propos
De prendre un pretexte. Bellone
Applaudit à Momus de la main &
des yeux
,
Et fe joignant à luy , trouva bon que
les Dieux
Fiffent paffer cette partie
Sous la fauffe couleur d'une galan
terie.
Ainfi dit , ainfi fait. On fe mafque,
l'on part,
Et fuivant à la file un burlesque
Etendart ,
Toute leur troupe à pied, du dégouſt
qui l'obfede
En folâtrant court chercher le remede.
Le bon Saturne un peu furpris
Giij
78 MERCURE
De cette folle Mafcarade ,
Ne s'en promit d'abord de la part de
fon Fils ,
Que quelque nouvelle incartade :
Mais fi-toft qu'il en eut appris
Le motif & la caufe , il reprit fes
efprits ,
Et leur faifant fort bonne mine
Les conduifit luy-mefme enfa maigre
cuifine.
Làpouffez , foit par le fuccés
Qu'ils s'eftoient tous promis du confeil
de Bellone ,
Soit par la faim qui lors leur fitfentir
fes traits ,
Et qu'un peu d'exercice donne,
Sait par la nouveauté du mets ; là ,
dis-je , enfin
Fufques à s'arracher le morceau de la
main ,
Ils fe ruerent tous, quelle qu'en fuſt
la cauſe ,
GALANT. 79
Sur un affreux gigot de Boeuf,
Que Rhée avoit mis à la doze ,
Et Jupiter , plein comme un oeuf,
Fura qu'il n'avoit de fa vie
Avec tant d'appetit mangé de l'Ambrofie.
Les Guignards & les Ortolans
Auroient efté pour eux moins doux ,
moins fucculens.
Ils en léchoient leurs doigts , &jamais
Sacrifice
Ne fut au plus friand des Dieux
Si touchant , fi delicieux
Que ce gigot de Bauf affaifonné
d'épice
.
Le grand Comus , Dieu des ragoufts ,
Ge Docteur en cuifine aux Noces de
Pelée
[ de goufts,
·Avoit bien moins flaté toutes fortes
Et bien moins fatisfait la divine
Affemblée,
G
iiij
80 MERCURE
Que par là fit alors la bonne Femme
Rhée.
Lecroira-t- on ? Du Ciel ce fameux
Affaffin
Que Rome honora tant , & qui même
au plus fain ,
N'ordonnoit pour toute recette
Qu'une exacte & longue Diette,
Ne s'y refouvint plus qu'il eftoit
Medecin.
En un mot le celebre Guille >
De nos Traiteurs le plus habile,
Et qui fçavoit fi bien réveiller l'appetit
,
Auprés d'elle peut- eftre eust perdu
fon credit ,
Peut-eftre moins réuffi qu'elle
A les guerir de leur dégoust,
Et peut - eftre perdu cette gloire immortelle
( bon ragouft.
>
Qu'il s'eft acquise en l'art de faire un
GALANT. 81
Il n'euft pas fait tafter comme elle
Desfiens à la vieille Cibelle,
Car malgré fa froideur & le poids
de fes ans ,
La doze eut le fecret de chatouiller
Jes fens.
Loin de vouloir fonger qu'elle est
irop indigefte,
Elle en goufte, & dans les affants
Qu'à l'envi l'on luy livre , aidant
les plus difpos,
Tout s'en devore, & rien n'en refte.
Pour tout dire , ces delicats
Qu'avoient tant alarmé les Chats ,
Plus
que
les autres en mangerent.
L'hiftoire dit qu'ils s'enfaoulerent.
Et qu'oubliant leur mal de coeur
Ils donnerent deffus d'une fi grande
ardeur ›
Qu'à peine attendoient- ils
viande fuft cuite.
que la
82
MERCURE
L'appetit leur tint licu de fauce &
de cuiffon ,
Et ce mets fut trouvé fi bon ,
Qu'enfin pendant trois jours de
Juite
On en continua
l'agreable repas.
Le galant Apollon fit luy-mefme à
fa gloire
Des Vers dont par malheur je ne me
fouviens pas ,
Et pour en conferver la joye & la
memoire ,
Ce temps , à la vertu qui n'est que
trop fatal,
Se renouvelle chaque année ;
Ce temps fortuné , dis-je , aux feux,
aux Ris , au Bal
Se paffe , & tant que dure une triple
journée
Leplus fobre Mortel le, confacre an
Regal.
GALANT. 83
Enfaveur de l'Epoux de Rhée
On voulut de fon nom le non mer Sa
turnal ;
On l'érige encor mefme en Fefie folemnelle
,
Et ce temps plus que Bacchar al
Sans changer de deftin comme de nom,
s'appelle
Aujourd'huy LES JOVRS GRAS ,
autrement CARNAVAL.
Les Vers que vous allez lire
ont efté mis en air par l'Illuftre
Mr Lambert. Ce nom
eft un grand Eloge.
AIR NOUVEAU.
A Paix eftoit maistreffe de
L^
mon coeur ,
84 MERCURE
Et je gouftois le tranquille
bonheur
De revoir fans changer les beaux
yeux de Silvie.
Je croyois loin de moy l'amour &ſon
tourment ,
Mais j'éprouve aux dépens du
de ma vie ,
repos
Que pour se rengager il ne faut
qu'un moment.
On ne fouhaite rien tant
que la verité dans l'Hiftoire ,
& cependant il eft affez rare
de l'y trouver, non ſeulement
parce que chacun cherche à
la déguiſer ſuivant la diverfité
de fes intereſts , mais encore
parce que tant de gens mal
GALANT. 85
inftruits fe meflent de faire
des Relations , que quelques
précautions que prennent
ceux qui s'en fervent comme
de memoires pour faire un
corps de toutes les circonftances
qui s'y rencontrent ,
ils ne peuvent fouvent s'empeſcher
d'eftre trompez . C'eſt
ce qui eft caufe qu'on n'a
rien fceu jufqu'icy de bien
certain , touchant ce qui s'eſt
paffé au Siege du Chateau
d'Edimbourg , durant la derniere
revolution d'Ecoffe . On
en a parlé differemment felon
les differentes nouvelles que
86 MERCURE
l'on en a répanduës, & comme
il m'en est tombé entre les
mains une Relation qu'on ne
fçauroit foupçonner de fauffeté
, puis qu'elle a eſté faite
par M le Duc de Gordon , qui
défendoit ce Château pour le
Roy Jacques II . fon Maiftre,
je croy vous faire plaifir de
vous l'envoyer. Elle fervira à
rectifier auprés de vos amis
qui peuvent en avoir leu
d'autres , mille chofes éloignées
de la verité qui ont
efté publiées pendant ce Siege.
Quoy que ce foit rappeller
ce qui s'eft paffé il y a prés
GALANT. 87
de deux ans , c'eft vous faire
part d'un morceau d'Hiſtoire
qui eft bon à conferver. Il a
efté dreffé en ces termes.
Le foulevement general
arrivé en Angleterre contre
le Roy de la Grande Bretagne
he fur la fin de l'année 1688 .
s'eftant enfuite étendu en
Ecoffe , le Duc de Gordon ,
Gouverneur du Chafteau d'Edimbourg,
refolut de fignaler
fon zele & fa fidelité pour Sa
Majefté Britannique en cette
malheureuſe occafion . Dans
ce deſſein il alla accompagné
du ColonelWinder ham , Lieu88
MERCURE
tenant de Roy du Chateau ,
voir le Comte de Perth ,
Chancelier d'Ecoffe , auquel
Sa Majesté avoit confié le
foin du Gouvernement du
Royaume. Ils confererent enfemble
fur ce qui regardoit
les devoirs de leurs Emplois ,
& ils inftruifirent
le Capitaine
Walis , qui commandoit
alors la Garde du Palais Roïal
où logeoit le Chancelier , de
ce qu'il avoit à faire en cas .
qu'il fuft attaqué par la populace
. Le Gouverneur ayant
appris qu'il y avoit du tumulte
& de la fedition dans la
GALANT . 89
Ville , fe retira au Chateau
pour empêcher qu'on ne le
furprift , & il envoya avertir
le Chancelier de ce qui fe
paffoit , & que les Gardes de
la Ville ne s'oppofoient point
aux feditieux . Il fortit du
Chafteau le lendemain pour
l'aller trouver , & luy propo .
fa de venir s'y mettre en feureté
; mais le Chancelier luy
declara la refolution qu'il avoit
prise de s'éloigner , ne ju
geant pas qu'il fe pult foutenir
dans l'adminiftration des
affaires , & il figna avant que
de partir de la Ville un ordre
Février 1691 . H
90 MERCURE
de luy payer la fomme de
cinq cens livres sterlin , pour
cftre employée comme le
Gouverneur
le jugeroit à propos
pour le fervice du Roy ;
mais les Receveurs des revenus
de Sa Majesté refuferent
de la payer, difant qu'ils n'avoient
point de fonds . Quelques
heures aprés que le Chan- .
celier fur party d'Edimbourg,
une foule de jeunes gens attaqua
la Garde du Palais Royal ,
commandée
par le Capitaine
Walis qui donna ordre de tirer
deffus. Le Gouverneur
l'ayant fceu , envoya auffi toft
GALANT . 91
un Sergent au Maire ou Prevoft
de la Ville , avec une lertre
par laquelle il luy demandoit
le fujet de cette fedition ,
& il l'exhortoit à la faire ceffer,
en luy offrant toute forte
d'affiftance en cas qu'il en eût
beſoin pour tenir la Ville
tranquille . Le Prevoſt de la
Ville répondit au Gouverneur
qu'à la verité il y avoit
du tumulte, mais qu'il efperoit
le faire ceffer fans le fecours
du Chafteau . Le Gouverneur
envoya dire en mef
me temps au Capitaine Walis
, que s'il ne pouvoit ſe ſou-
Hij
92 MERCURE
tenir , il n'avoit qu'à fe retirer
dans le Chaſteau , & qu'il luy
envoyeroit un détachement
de fa garniſon pour le recevoir
& faciliter la retraite ;
mais celuy qu'il envoya à ce
Capitaine ne put jamais l'aborder
, parce que les Gardes
de la Ville l'avoient attaqué
& forcé dans le Palais . Le
Gouverneur envoya au Roy
un compte exact de tout ce
qui fe paffoit.
Le jour fuivant, le Gouverneur
apprit que la populace
pilloit des maifons qui étoient
aux Catholiques , aprés
GALANT.
93
avoit abatu la porte de la Cha
pelle du Roy , & celle du Palais
qu'elle pilla . Il écrivit au
Prefident du Confeil , auquel
appartenoit le foin du Gouvernement
du Royaume , en
l'absence du Chancelier conjointement
avec le Confeil ,
de luy mander l'avis du Confeil
fur ce qu'il avoit à faire
dans cette fâcheufe conjoncture.
Le Prefident du Confeil
luy répondit qu'il n'avoit
qu'à fe tenir fur la défenſive
dans le Chafteau . Le foir du
mefme jour , le Gouverneur
découvrit que fa Garniſon
94 MERCURE
alloit fe revolter. Ilaffembla
les Officiers Catholiques qui
eftoient dans le Chafteau, afin
de refoudre avec eux ce qu'il
avoit à faire pour empefcher
cette revolte. Le Lieutenant
de Roy fe chargea de veiller
toute la nuit , & d'avertir le
Gouverneur de tout ce qui
pourroit arriver , & crût avoir
tout calmé en envoyant au
lit une partie de fes Soldats .
Cependant l'un d'eux vint
avertir le Gouverneur au milieu
de la nuit , qu'une partie
de la Garnifon eftoit venuë
en tumulte dans la Salle des
GALANT. 95
J
Gardes , où ils tiroient hors
du lit ceux qui s'étoient couchez.
Le Gouverneur y courut
auſſi toft , & leur parlant
avec autorité il apaifa leur
mutinerie , les fit coucher en
fa prefence , tant dans la Salle
des Gardes que dans une Salle
voifine , & fit éteindre toutes
les lumieres.
Le jour d'aprés , le Gouver
neur affembla toute la garnifon
, dont les Soldats étoient
la plufpart Proteftans , &
ayant apris que le fujet qui les
portoit à la revolte , eftoit
qu'ils croyoient que le Gou96
MERCURE
verneur vouloit les obliger
par ferment à foutenir la Religion
Catholique Romaine ,
il les raffura en leur diſant
qu'il n'exigeoit point d'eux
d'autre ferment que celuy de
foutenir la Religion êtablie
par les Loix , & d'obeïr au
Roy & à leurs Officiers fuperieurs.
La plupart de la gar
nifon renouvella ce ferment ,
& le Gouverneur caffa & fic
fortir du Château ceux qui
refuferent de le prefter Quelques-
uns d'eux le prefterent
pour un mois feulement , en
attendant les ordres du Roy,
le
GALANT. 97
le Gouverneur n'en ayant .
receu aucun depuis que le
Prince d'Orange eftoit arrivé
en Angleterre.
Quelques jours aprés , un
Soldat Catholique qui eftoit
dans le Chasteau , cftant yvre,
donna un coup de bayonnette
à fon Camarade qui eftoit
couché. Cet accident jetta de
la deffiance parmy tous les
Soldats Proteftans , qui di
foient qu'ils ne vouloient pas
fe coucher , de peur qu'on ne
les vinft égorger. Le Gouverneur
fit auffi - toft arrérer
le
coupable
pour le faire
Fevrier 1691.
I
98 MERCUR E
punir feverement , mais les
Soldats Proteftans luy demanderent
fa grace , & il fut
chaffé . Un homme de qualité
qui alloit à Londres ,
vint donner avis au Gouver-
>
neur qu'on avoit propofé
dans le Confeil de le fommer
de rendre le Chafteau ,
parce qu'il eftoit Catholique
Romain. Le Gouverneur écrivit
pour la feconde fois
au Roy par un homme qui
accompagnoit à Londres celuy
qui luy avoit donné cet
avis , & il rendit compte à Sa
Majefté de l'eftat des affaires
GALANT. 99
en luy demandant fes ordres
Quelques jours aprés ,
le Confeil Privé luy envoya
dire qu'il alloit deputer
vers luy quelques- uns de
fes Membres pour luy parler.
Le mefme jour, le Prefident
du Confeil & trois Confeillers
vinrent le trouver
& luy dirent que le Confeil
fouhaitoit qu'il mift le
Chasteau entre fes mains . Le
Gouverneur répondit qu'il
ne devoit obeïr qu'au Roy, &
le juftifia par la lecture de fa
Commiffion . Le Prefident &
les Confeillers luy repartirent
384
I ij
100 MERCURE
qu'il eftoit obligé d'obeïr au
Confeil qui repreſentoit la
perfonne du Roy , ajoûtant
qu'ils n'avoient fait aucune
démarche contre l'obeïffance
deüc à Sa Majesté pour reconnoiſtre
le Prince d'Orange.Ils
fe retirerent enfuite , voyant
qu'ils ne gagneroient rien fur
l'efprit du Gouverneur.
Le lendemain un Clerc du
Confeil vint au Chafteau avec
un ordre figné de plufieurs
Confeillers , par lequel le
Confeil ordonnoit au Gouverneur
de luy remettre le
Chafteau. Le Gouverneur reGALANT.
IOI
fufa d'y obeïr , quoy que le
Confeil cût receu quelques
femaines auparavant une lettre
du Roy , qui portoit que
tous les Gouverneurs des Forts
& Chasteaux du Royaume
devoient obeïr aux ordres du
Confeil , & que plufieurs de
ceux qui fe difoient des Amis
du Roy , & mefme des Catholiques
, luy conſeillaffent
de s'y foûmettre. Il y en cut
mefme quelques- uns qui luy
infinuerent qu'il falloit laiffer
mutiner fa garniſon , afin qu'il
parût eftre forcé de fe rendre,
fuivant ce qui eftoit arrivé en
I iij .
102 MERCURE
Angleterre à l'égard de plufieurs
Officiers Catholiques ;
mais le Gouverneur rejetta é
galement ces deux confeils ,
qu'il trouva pleins de foibleffe
& de friponnerie . La nouvelle
eftant venuë d'Angleterre,
que le Prince d'Orange s'étoit
rendu le maiftre abfolu
de ce Royaume depuis la retraite
du Roy , le Gouverneur
depêcha à Londres un exprés
avec des lettres à la Ducheffe
de Gordon , & à plufieurs de
fes amis , pour fçavoir fi Sa
Majefté n'avoit point laiffé
d'ordres pour luy , n'en ayant
GALANT. 103
point receu de ſa part . On luy
répondit que le Roy n'en avoit
laiffé aucun qui le regardaft
, qu'on avoit feulement
-entendu dire que Sa Majesté
en partant de Londres avoit
dit à plufieurs de ceux qui
eſtoient en charge , de pourvoir
à leur feureté , ce qui obligea
le Gouverneur d'écrire
encore à Sa Majesté pour luy
demander fes ordres , & il apprit
que fa lettre avoit été rendue
à Sa Majesté. Il ne fe paffa
rien de confiderable dans le
Chateau pendant quelques
femaines , jufqu'à ce que les
I
iiij
104 MERCURE
t
Ecoffois qui eftoient à Londres
fe fuffent adreffez au
Prince d'Orange , pour luy
offrir le Gouvernement d'Ecoffe
, & le fuplier d'en affembler
les Etats , comme ilavoit
fait ceux d'Angleterre . Alors
le Gouverneur fut exposé à de
nouveaux dangers d'eftre trahy
par une partie de fa Garnifon
, & il eut befoin de toute
fa fermeté & de toute fon
adreffe , pour la maintenir
dans l'obeïffance .
Le Prince
d'Orange ayant
acceptéleGouvernement
d'E
coffe qui luy avoit cfté offert,
GALANT. 105
il écrivit une lettre au Gouverneur
, par laquelle ce Prince
luy en donnoit avis , & luy
mandoit qu'il eût à quitter le
Chafteau, & à laiffer le commandement
au Lieutenant de
la Compagnie qui y eftoit en
garnifon , lequel eftoit Proteftant
. Cette lettre fut renduë
au Gouverneur quelques
jours aprés qu'on eut publié
à Edimbourg une proclamation
du Prince d'Orange , par
laquelle ce Prince ordonnoit
à tous les Catholiques de fe
deffaire de leurs Emplois , &
de remettre leur Commiffion
106 MERCURE
au premier Officier fubalterne
Proteftant
, ce qui encouragea
le Lieutenant
de la Compagnie
d'Infanterie qui eftoit
dans le Chafteau , à refufer
d'ebeïr aux ordres du Gouverneur
& du Lieutenant de
Roy , & il fut mefme confeillé
de furprendre le Gouverneur
& de s'en faifir ; mais
le Gouverneur ménagea fi
bien les efprits de fa garnifon
, que ce Lieutenant
rentra dans fon devoir. La
Proclamation du Prince d'Orange
fit que plufieurs de ceux
mefmes qui eftoient dans les
GALANT. 107
intereſts du Roy , renouvellerent
leuts inftances auprés
du Gouverneur • pour luy
perfuader de rendre le Chafteau
, ne prévoyant pas qu'il
le puft garder contre tout le
Royaume . Le Gouverneur en
fit fortir une partie de fon
équipage , & le Lieutenant de
Roy fit la mefme choſe , ce
qui donna lieu au bruit qui
courut qu'il devoit rendre le
Chafteau , & le Gouverneur
à la faveur de ce bruit fortit
du Chateau pour voir fes
Amis , aprés y avoir efté enfermé
deux mois entiers , tant
108 MERCURE
pour empêcher la révolte de
fa Garnifon , que pour n'eftre
pas arrefté dans la Ville.
Quelques jours aprés , on
vint avertir le Gouverneur
qu'il eftoit arrivé un homme
de la part du Roy, chargé de
fes ordres . Il fut ravi d'eftre
honoté des commandemens
de Sa Majesté , n'en ayant receu
aucun depuis le commencement
des troubles . Cet
homme dit au Gouverneur
qu'il avoit veu le Roy partir
de Paris pour Breft , & que Sa
Majefté luy avoit commandé
de dire à luy , Duc de Gorz
GALANT. 109
don , que fa volonté eftoit
qu'il laiffaft le Chasteau en
feureté entre les mains du
Lieutenant de Roy , & qu'il
fe retiraft au Nord d'Ecoffe ,
pour y attendre de nouveaux
ordres de Sa Majesté . Le
Gouverneur répondit à celuy
qui luy portoit cet ordre de
vive voix , que n'ayant point
le bonheur de le connoiftre ,
il fouhaitoit de voir quelque
écrit qui autorifaft fon meffage.
Cet homme , nommé
Braddy , luy repliqua qu'à la
verité on le devoit charger
d'une Lettre , mais que le SeIJO
MERCURE
cretaire d'Eftat fut fi preffé
de fuivre Sa Majesté à Brest ,
que la Lettre fut perduë Le
Gouverneur ne jugea pas à
propos de déferer à un ordre
verbal de cette nature , apporté
par un homme qui luy
eftoit inconnu , joint qu'il
croyoit ne pouvoir pas laiffer
en feureté le Chasteau entre
les mains du Lieutenant de
Roy. Ce n'eft pas qu'il ne fuft
feur de fa fidelité & de fon
courage , mais il fçavoit que
ce Lieutenant de Roy eftoit
fort haï de fa Garnifon , qui
en avoit donné des marques
GALANT. III
fenfibles
peu de temps auparavant.
Le Gouverneur eftoit
d'ailleurs bien informé des
mauvais offices que fes ennemis
luy avoient rendus auprés
de Sa Majefté , & des
impreffions defavantageuſes
qu'ils luy donnoient de luy,
& il leur auroit donné un jufte
fujet de le blâmer , s'il
avoit laiffé la garde du Chafteau
au Lieutenant de Roy,
fans un ordre par écrit de Sa
Majefté , ou de fon Secretaire
d'Etat.
Quelques jours aprés la premiere
Seance de la Conven112
MERCURE
tion d'Ecoffe , le Gouverneur
découvrit qu'il fe formoit une
nouvelle confpiration dans fa
Garnifon , ce qui l'obligea à
propofer à tous fes Soldats de
luy préter un nouveau ferment
; & comme il prévoyoit
bien que plufieurs le refuleroient
, il donna ordre à Henry
Gordon d'engager de nouveaux
Soldats qui avoient
quitté le fervice depuis les
troubles , & qui eftoient dans
la Ville & aux environs , & de
choifir ceux dont il pourroit
répondre , pour remplacer les
Soldats de fa Garnifon qui
GALANT. 113
luy estoienr fufpects . Il af
fembla cette Garnifon , &
diffimulant ce qu'il fçavoit
des mauvaiſes intentions d'une
partie d'entre eux , il loüa
hautement leur fidelité , nonobitant
les mauvais exemples
que les deux Nations leur
donnoient . Il leur dit enfuite
qu'il eftoit bien informé
des deffeins qu'on avoit de
les débaucher , & que pour
mettre fon efprit en repos , il
fouhaitoit que tous les Soldats
renouvellaffent le ferment
qu'ils avoient déja pref,
té , en mettant la main fur
Fevrier 1691. K
114 MERCURE
l'Evangile , qui leur fut prefenté
par M Foreſter , Miniftre
Proteftant , lequel a donné
des marques fingulieres de
fa fidelité durant tout le Siege.
Les plus confiderables des
Soldats refuferent de renouveller
ce ferment , & entre
autres un Sergent & le Maiftre
Canonnier ; deux fous-
Canonniers demanderent du
temps pour y fonger , & le
Chirurgien qui eftoit hors
du Chateau n'y revint plus.
Le Gouverneur fit defarmer
ceux qui refuferent de prefter
le ferment , & on donna
GALANT. 115
leurs
armes aux nouveaux
Soldats
que Henry
Gordon
avoit engagez
. Il fit auffi
payer tout ce qui estoit dû
aux Soldats
, chaffa du Chaf
teau tous ceux qui avoient
refufé de prefter le ferment
, &
fit arrefter
le Maiſtre
Cannonnier
, pour luy faire rendre
compte
de tout l'argent
qu'il
ayoit receu en fon abfence
pour fervir le Canon
Comme
il avoit preveu
l'embarras
où il feroit en chaffant
ces
Canonniers
mal intentionnez
, il avoit fait venir quelques
jours auparavant
dans
Kij
116 MERCURE
le Chasteau un Capitaine de
Vaifeau nommé Dumbar ,
fort expert en l'Artillerie , qui
laiffa genereuſement fa fenme
& fes enfans , abandonnez
à la fureur de la populace , &
qui fut fort utile dans la fuite
à la défenfe du Chateau .
La Convention s'eftant affemblée
, la premiere chofe
qu'elle refolut fut , qu'il feroit
ordonné de fa part au Gouverneur
de rendre le Château ,
& à luy & aux Officiers de fa
Religion de fe retirer . Deux
Membres de la Convention
vinrent luy annoncer cet orGALANT.
117
dre , portant qu'il cuft à y
répondre fur le champ , & à
y obeir dans vingt - quatre
heures . Le Gouverneur demanda
du temps pour y répondre
; les Deputez fe retirerent
fans luy en vouloir accorder.
Ce jour- là , le Comte
de Dumfermelin , Beau frere
du Gouverneur , luy dit qu'il
prévoyoit que les ennemis du
Roy feroient les maiftres dans
la Convention, & qu'il eftoit
refolu de fe retirer , & aprés
quelques mefures prifes entre
eux pour le fervice de Sa Majefté
, il fe retira vers le Nord
118 MERCURE
d'Ecoffe . Le Gouverneur luy
donna un écrit , par lequel il
prioit tous les Amis , & commandoit
à tous fes Vaffaux
de fe joindre & d'obeir à fon
Beaufrere dans toutes les occafions
où il le jugeroit à propos
pour le fervice du Roy ,
& pour maintenir le Païs dans
fon obeiffance. Il y joignitun
ordre au S' Ineffe , fon Ecuyer,
de donner à ce Comte tous les
chevaux dont il auroit befoin,
ce qu'il executa , & fuivit le
Comte de Dumfermelin pour
le fervice du Roy . En fuite
le Gouverneur receut avis par
i
GALANT. 119
plufieurs billets la Conque
vention eftoit refoluë de mettre
la tefte à prix , s'il refuſoit
de luy obeir . Le lendemain ,
deux Comtes , deputez de la
Convention retournerent
au Chaſteau pour fçavoir du
Gouverneur fa derniere réponſe
fur la reddition du
Chafteau .
Le
Gouverneur jugeant
qu'il falloit mettre l'affaire
en negociation
, leur donna
quelques
articles pour eftre
prefentez
à la Convention
.
Il demandoit entre autres
chofes que luy & tous fes
120 MERCURE
I
Amis puffent aller librement
par tout où bon leur ſembleroit
; qu'ils ne fuffent point
recherchez pour le paffe , &
que tous ceux qui voudroient
paffer les mers, auroient des
paffeports. Les deux Seigneurs
députez porterent ces articles
à la Convention
. Les Députez
revinrent au Chasteau ,
pour fçavoir qui estoient les
Amis dont le Gouverneur
parloit. Il répondit qu'il les
nommeroit lors que la Convention
auroit figné les artiticles
qu'il demandoit . Aprés
plufieurs allées & venuës , le
GouGALANT.
121
Gouverneur nomma pour fes
Amis tous les Clans Magdonels
, & autres qui compofent
les Tribus des Highlanders ,
ou Habitans des Montagnes
d'Ecoffe . Cette propofition
étonna tellement un des Députez,
qu'il fe mit en une tresgrande
colere , & eftant de
retour à la Convention, à pei
ne voulut il rendre compte
de fa negociation au Prefident
& aux autres.
Immediatement aprés , le
Vicomte de Dundéc donna
avis au Gouverneur par le
jeune Cokbron , Gentilhom
Fevrier 1691, L
(
122 MERCURE
que
me de qualité & de merite ;
la Convention alloit fur
le champ le faire fommer
dans les formes par les Herauts
avec leurs Cottes d'armes
. Auffi- coft on entendit
les Trompettes qui accom
pagnoient les Herauts . Le
Gouverneur fit fermer les portes
, & monta fur les murailles.
Les Herauts approcherent
de l'endroit où il eftoit,
& l'un d'eux leut à haute
voix la fommation , par laquelle
il luy estoit ordonné
fur peine capitale de quitter
inceffamment le Chasteau , &
GALANT. 123
l'on promettoit fix mois de
paye aux Soldats qui le prendroient
prifonnier , ou qui livreroienr
le Chafteau. Le
Gouverneur parla aux Herauts
, & leur dit de remontrer
de fa part à la Convention
, qu'il gardoit le Chasteau
par commiffion de leur Maiftre
commun , & qu'il eftoit
refolu de le défendre jufqu'à
la derniere extremité . En même
temps, il jetta de l'argent
aux Herauts pour boire à la
fanté de Sa Majefté , & ils s'y
engagerent publiquement en
le recevant. Si-toft que les
Lij
124 MERCURE
Hetauts furent retirez , un
Gentilhomme arrivé d'Irlande
vint au Chafteau , & dit
qu'il apportoit une Lettre de
de Sa Majefté , & des
affurances au Gouverneur de
la
part
la part de Milord Tirconel ,
Vice- Roy d'Irlande , que s'il
pouvoit encore garder le
Chafteau fix femaines , il auroit
à fon commandemenr
une Armée de vingt mille
hommes . Quand le Gouver
neur vit la Lettre , il trouva
qu'elle n'eftoit point adreffée
à luy , mais au Chancelier, &
en fon abfence à l'Archevef
GALANT . 125
!
1
que , & en l'abfence de celuycy
à un autre. Ainfi le Gouverneur
cut fcrupule de l'ouvrir.
Un autre moins fcrupuleux
l'ouvrit & la lut , mais
on n'y trouva aucun ordre
rouchant le Chafteau. On dcmanda
au Gentilhomme qui
l'avoit apportée,fi Sa Majesté
eftoit en Irlande lors qu'il en
eftoit party. Il répondit que
non. Le Gouverneur l'envoya
avec la Lettre du Roy , au
Comte de Balcaris , & au Vicomte
de Dundéc .
Le même jour, le Lieutenant
de la Compagnie du Chaſteau
Liij
126 MERCURE
demanda permiffion au Gouverneur
d'en fortir pour aller
parler à quelques Amis dans
la Ville , & dans le mefme
inſtant, un Sergent du Chafteau
des meilleurs qui fuft
en Ecoffe , qui estoit meſme
Gentilhomme, vint la larme
à l'oeil luy demander fon congé.
Le Gouverneur ne jugea
pas à propos de les retenir. Il
fit affembler fa garnifon , luy
parla , & dit aux Soldats, que
ceux qui voudroient demeu
rer avec luy auroient fujet de
ne s'en pas repentir , & qu'il
donnoit la liberté de fe retirer
GALANT. 127
à ceux qui ne vouloient pas
refter. Plufieurs fe retirerent,
& mefme de ceux en qui le
Gouverneur avoit pris confiance.
Après cette précaution
, le Gouverneur fir fermer
toutes les portes du Chafteau
, & ſe diſpoſa à ſe bien
défendre . La garniſon eftoit
alors compofée du Gouverneur
, du Lieutenant de
Roy, d'un Enfeigne , de quatre
Sergens , dont il y en avoit
un malade , & de fix - vingt
Soldats ou environ , reftez de
cent foixante qui compofoient
cette garnifon un peu
Liiij
128 MERCURE
auparavant , & tout cela, fans
Canonniers
, fans Ingenieur
,
fans Chirurgien
, ny argent,
ny drogues .
Le 18. Mars 1689. la Con
vention fit placer des Gardes
autour du Chateau , pour
empefcher les provifions d'y
entrer , & ceux qui estoient
dedans d'en fortir. Ce jour
là , le Gouverneur fit fortit
fes chevaux conduits par fon
Cocher , qui fut faifi & mis
en prifon. Le Gouverneur
vifita les Magazins du Chaf
teau , aprés en avoir fait rompre
les portes ; furquoy il eft
GALANT. 129
neceffaire de remarquer que
les Magazins des munitions
de
guerre
n'eftoient pas fous
la direction du Gouverneur ,
mais du Maiftre de l'Artillerie
d'Ecoffe qui avant les
troubles avoit ordre & pouvoir
d'en difpofer à ſa volon-
>
té. Le Gouverneur en avoit
>
plufieurs fois fait fes plaintes
inutilement & repreſenté
que la chofe eftoit fans exemple,&
contre le bien du ſervice
duRoy,ce qui fe juſtifia par
l'évenement. Tous ceux qui
avoient foin des Magazins du
Chafteau , & qui n'obeiffoient
130 MERCURE
qu'au Maistre de l'Artillerie,
allerent fe rendre aux Enncmis
, & leur déclarerent le
peu de munitions qu'ils avoient
laiffé dans le Chafteau ,
& qu'il feroit facile de le
prendre d'affaut en peu de
jours. Le Gouverneur n'y
trouva que cent foixante ba
rils de poudre mal en ordre ,
& qui n'eftoient pas remplis.
Le Dimanche fuivant , M
Grant & Macdonel vinrent
fe rendre au Chafteau .
Ils apporterent une lettre au
Gouverneur
, par laquelle il
apprit qu'il fe tramoit pluGALANT.
131
ficurs confpirations contre
luy , & que le Roy avoit écrit
une Lettre à la Convention ,
qui y avoit efté leuë , mais
fans aucun effet . Le jour fuivant
, le Gouverneur découvrit
avec une Lunette quelquesCavaliers
qui paroiffoient
du cofté du Nord de la Ville,
& qui s'approchoient du Château
. C'eftoit le Vicomte de
Dundée , qui s'eſtant rendu
au pied du Roc , le Gouverneur
luy parla de deffus les
murailles , & fortit enfuite du
Chafteau pour conferer avec
luy. Le Vicomte rapporta au
132 MERCURE
Gouverneur ce qui s'eftoit
paffé à la Convention , à la
reception de la Lettre du Roy,
& le peu d'effet que cette Lettre
avoit fait fur les Membres
de cette Affemblée . Le Gouverneur
luy demanda à voir
cette Lettre , mais Milord
Dundée n'en avoit pas de copic
, & le Gouverneur ne l'a
jamais veuë . Milord Dundée
Le ſepara enfuire du Gouverneur
, en luy difant qu'il alloit
joindre fes amis , & les
faire monter à cheval . Depuis
ce temps - là , le Gouverneur
n'a receu aucunes Lettres du
GALANT. 133
Vicomte de Dundée .
Quelque temps aprés le
Gouverneur ayant demandé
à parler , le Capitaine Lauder
qui commandoit au Blocus
luy fut envoyé pour fçavoir
ce qu'il vouloit . Il demanda
un Sauf conduit qui luy fut
accordé pour le S Winter ,
Enfeigne du Chafteau , jeune
homme d'efprit & de courage,
qu'il envoya à la Convention
. Il écrivit une Lettre au
Prefident pour la communiquer
à cette Affemblée , par
laquelle il luy marquoit qu'-
ayant appris l'arrivée du Roy
134 MERCURE
en Irlande , il leur offroit d'aller
de leur part afſurer Sa Majefté
de leurs foumiffions , &
leur reprefentoit toutes les
raifons qui pouvoient les
obliger à prendre cette refolution
. Il demanda qu'on enregiſtraft
fa Lettre , dont il y
a encore plufieurs copies ,
mais tout cela luy fut refufé.
Il rompit toutes fortes de negociations
avec laConvention
depuis ce refus , fit des feux
de joye dans le Chasteau pour
l'arrivée de Sa Majesté en Irlande,
& on tira par fon ordre
plufieurs volées de Canon.
GALANT. 135
2.
S
S
Au commencement d'Avril
, le General Major Mackay
arriva avec des Troupes,
duCanon, & quantité d'armes
& de munitions , & il fit amas
d'un grand nombre de facs de
laine pour faire les approches
du Chaſteau . Le Major Mackay
avoit fervy dans les Troupes
du Roy , & ceux de fa Famille
avoient donné des marques
de leur zele & de leur fidelité
durant les precedens
troubles. Cet Officier avoit
efté des amis du Gouverneur ,
ce qui l'obligea à luy écrire
quelque temps aprés fon arri
136 MERCURE
vée , & à luy propofer une
conference pour tafcher de le
faire rentrer dans fon devoir .
Le General Mackay fit répon
fe au Gouverneur qu'il ne
pouvoit accepter cette confe
rence qu'en prefence de deux
Confeillers du Confeil Privé .
Le Gouverneur luy repliqua
qu'il ne vouloit conferer qu'
avec luy feul , & qu'il devoit
juger que fon party n'avoit
pas confiance en luy , puis
qu'il le vouloit faire accompagner
de deux témoins .
Quelque temps aprés , on
entendit dans la Ville beauGALANT
. 137
coup de bruit meflé de fons
de Trompettes. Ceux qui é-
S
toient dans le Chasteau crurent
que c'eftoit une nouvelle
ſommation qu'on venoit faire
au Gouverneur de fe rendre
, & il fe trouva par la fuite
que c'eftoit la Proclamation
qu'on faifoit du Prince
d'Orange en qualité de Roy
d'Ecoffe . Quelques gens malintentionnez
contre le Gou
verneur en ont pris occafion
de le blafmer , de ce qu'il n'avoit
pas fait tirerfur la Ville
lors de cette Proclamation ;
mais il luy eft aifé de répon-
Fevrier 1691.
M
18 MERCURE
dre à ce reproche , Premierement
, ny le Gouverneur , ny
les Officiers du Chafteau ne
fçavoient pas au vray quel
pouvoit eftre le fujet de cette
ceremonie . Secondement , le
lieu de la Ville où on la faifoit
eftoit hors de la veuë du
Chasteau , & couvert de plufieurs
baftimens qui estoient
entre deux . D'ailleurs , le devoir
du Gouverneur eftoit de
défendre le Chasteau que lc
Roy luy avoit confié , & non
pas de confumer inutilement
la poudre & les boulers qu'il
avoit en fort petite quantité ;
GALANT. 139
& quand il auroit fceu ce qui
fe paffoit , il auroit cru ne pas
manquer en fuivant l'exemple
du General Ruthen , qui
avoit défendu avant luy le
Chafteau d'Edimbourg durant
la Rebellion contre
Charle I. & qui fut fait Comte
de Brandefort pour les
bons & fidelles fervices. IlI
foutint le Siege durant unan
contre la Ville , & cependant
il ne tira ny fur la Ville ny
fur la Maifon du Parlement
durant ce Siege, & fa conduite
fut approuvée en cela plufieurs
années aprés par le Duc

Mij
140 MERCURE
de Lauderdal , alors grand
Commiffaire du Roy en Ecoffe
.
Le Gouverneur ayant efté
averty la nuit qu'on remuoit
la terre du colté de l'Occident
du Chafteau ; fe rendit
avec les Officiers fur le rempart,
& par le moyen de quelques
fufées qu'il fit jetter , il
découvrit les approches des
Ennemis. Il fit mettre le Canon
en batterie, & le fit tirer
fur leurs travaux pour les ruiner.
Il fit auffi tirer quelques
petites pieces de Canon char
gées à cartouches , ce qui fit
GALANT. 141
affez d'effet . On continua le
feu durant toutes les nuits
fuivantes , ce qui retarda les
travaux des Ennemis ; mais ce
feu continuel confuma beaucoup
de fes munitions . Le
Chafteau eftoit fi mal fourny
des choſes neceſſaires , que le
Gouverneur fut obligé d'ordonner
une fortie pour fe
pourvoir de ce qui luy manquoit
, & fes gens ramenerent
quelques charges de paille
qu'on portoit à la Ville , dont
on avoit befoin au Chaſteau
pour charger le Canon . Cette
fortic obligea les afficgeans
à
142 MERCURE
empêcher qu'il ne paffaſt aucunes
provifions prés du Château.
Pendant que les Ennemis
avançoient leurs travaux &
leurs approches , le Chaſteau
abbatit quelques maiſons où
les affiegeans faifoient leurs
Corps de Garde , & ils commencerent
à élever une Batterie
contre le Chasteau . Le
Gouverneur fit terraffer les
de Parapets qui n'eftoient
que
deux pieds d'épaiffeur
, afin
de mettre fes Batteries en feureté
contre le Canon des Ennemis
. Comme
il n'avoit
GALANT. 143
point de Canonniers, il choifit
douze de fes Soldats des
plus forts qu'il employa à
fervir le Canon fous les ordres
du Capitaine Dumbar ,
le feul qui entendift quelque
chofe dans l'Artillerie . Voicy
en quoy confiftoit celle qui
eftoit dans le Chafteau . Une
piece de canon de fonte portant
quarante deux livres de
balle , & une de trente- fix
livres, quatre de vingt - quatre
livres , une de dix- huit , &
deux de douze, outre lefquelles
il y avoit quelques canons
de fer de 24. de 16. & de 12.
144 MRECURE
livres de balle , mais qui ne
valoient pas
grand'choſe . Il y
avoit encore
quelques petites
pieces de cápagne,un Mortier
quatorze pouces de calibre , de
& feize bombes feulement .
Environ ce temps- là , Mr.
Mackpherfon & Mackey , Irlandois
, fe jetterent dans le
Chaſteau , &
montrerent pendant
le Siege beaucoup de
fermeté.
Cependant le Gouverneur
n'eftoit pas en eſtat
de faire des forties à caufe du
petit nombre de fes Soldats ,
& qu'il y en avoit une partie
peu affectionnez , qui en au .
roient
GALANT. 145
roient pris occafion de deferter
, & que les autres qui luy
cftoient fidelles venant à eftre
tucz, il auroit cfté abandonné
à la difcretion des mutins, qui
fe trouvant les plus forts dans
le Chafteau , l'auroient indu
bitablement trahy . Les Ennemis
firent feu de leur batteric
contre le Chafteau , elle eftoit
de quatre pieces de canon . Le
Gouverneur la fit démonter,
& la nuit fuivante les Ennemis
la reparerent , & jetterent
quelques bombes dans le Chafteau
qui mirent le feu à la
méche dans un Magazin ; le
Fevrier 1691. N
146 MERCURE
dc
Gouverneur la fit retirer fur
le champ. Un Sentinelle ,
quoy que Catholique Romain
, deferta du Chaſteau ;
ayant fauté par deſſus la muraille
, où elle eftoit plus baffe
qu'il ne falloit , & il arriva un
grand nombre de canons ,
mortiers , de bombes , & de
toutes fortes de munitions
aux Ennemis , pour eftre employées
contre le Chasteau .
Aprés l'arrivée de cette nou
velle Artillerie , les Ennemis
drefferent une feconde batte
rie de pieces de 24. livres de
Pautre cofté du Chafteau &
321
GALANT. 147
une autre batterie pour les
Mortiers, de laquelle ils firent
grand feu . Ils jetterent quantité
de bombes qui obligerent
la garnifon de fe retirer
fous des voûtes. Tout cela
joint au travail des batteries
& des
retranchemens fatigua
tellement la garniſon , que
beaucoup de Soldats tomberent
malades fans pouvoir
eftre fecourus , n'y ayant ny
remedes , ny autres chofes
neceffaires .
En ce temps - là , le Gouverneur
receut une Lettre du
Comte de Dunfermelin fon
Nij
148 MERCURE
Beaufrere , qui eftoit dans le
Nord d'Ecoffe avec le Vicomte
de Dundée. Cette Lettre
marquoit qu'ils avoient
plus de cent Cavaliers ; qu'ils
avoient furpris un Party des
Troupes de la Convention, &
qu'ils s'en retournoient dans
les Montagnes , où ils avoient
befoin de quelques ordres du
Gouverneur. Le Gouverneur
répondit à la Lettre de fon
Beaufrere , & fatisfit à toutes
fes demandes , afin de le mettre
en eftat d'envoyer du fe-
Cours auChâateu avant le premier
de Juin , ne jugeant pas
GALANT. 149
qu'il le puft tenir plus longtemps
s'il n'eftoit fecouru . Il
donna le mefme avis à tous
Les autres amis qui estoient
attachez au Roy , ce qu'il fit
de concert avec le Lieutenant
de Roy du Chateau . Dans le
mefme temps , le Gouverneur
cut communication d'une
Lettre d'Irlande d'une perfonne
accreditée , qui luy ôtoit
toute efperance d'eftre
fecouru ; il en fut d'autant
plus furpris que la Flotte de
France avoit battu celle d'Angleterre
fur les coftes d'Irlande
, ce qui avoit fait eſperer
Niij
150 MERCURE
un prochain fecours aux amis
du Roy en Ecoffe .
Le 28. May , une bombe des
Ennemis tomba la nuit dans
la Chambre où l'on gardoit
les Registres du Parlement &
autres papiers du Royaume.
Le 29. le Gouverneur demanda
à parler à Milord Roffe
touchant les Regiſtres , firarborer
le Pavillon , & envoya
dire au Prefident de la Convention
, que c'eftoit pour fodemnifer
la Feſte ordonnée
par un acte du Parlement tous
les 29. jours de May , en memoire
du rétabliſſement de
GALANT.
151
La Famille Royale . Deux jours
aprés, un Sergent, un Caporal
& trois Soldats deferterent du
Chasteau. La mefme nuit il
en fortit deux femmes , dont
le Gouverneur & la garniſon
fe fervoient pour porter des
Lettres à la Ville , & pour y
acheter quelques commodirez.
Une de ces femmes alla
trouver les Ennemis , & leur
livrant les Lettres qu'elle portoit
à plufieurs perfonnes de
la Ville , elle fit connoiftre
Peftat du Chasteau , ce qui fut
confirmé par le Sergent & le
Caporal qui avoient deferté.
Niiij
152 MERCURE
Elle accufa l'autre femme qui
fut prife & mife en prifon ,
aprés avoir fait depuis le commencement
du Siege des meffages
tres- difficiles . La Convention
fit enfuite arrefter
plufieurs perfonnes dans la
Ville , à caufe de l'intelligence
qu'ils avoient avec le
Chafteau , & particulierement:
le Chevalier Grant , dont la
famille a toujours efté fidelle
dans les temps les plus difficiles.
On y arréta auffi plufieurs
Dames , comme Madame
Lergo , Mademoiſelle Ogelby
& Mademoiſelle Smith,
GALANT. 153
qui nonobftant les terribles
menaces du Confeil , répondirent
fi courageufement & fi
à propos , que tout le monde
les admira . Cette ceffation de
correfpondance
avec la Ville
découragea extrémement
la
garnifon du Chaſteau .
La nuit fuivante, les Affiegeans
jetterent 40. bombes
dans le Chafteau , & un Gentilhomme
du Gouverneur fut
bleffé de l'éclat d'une de ces
bombes , qui ruinerent & renverferent
les Logemens du
Chafteau. Le Gouverneur découvrit
un endroit du Châ
154 MERCURE
reau qui eftoit fort foible &
aifé à forcer , il y redoubla
la garde , & les Ennemis.fi
.
rent un Logement fort prés
de cet endroit . Le Colonel
Wilfon , Irlandois , étant venu
exprés de Londres à deffein
de fervir le Roy , tenta de fet
jetter dans le Château ; ilavoit
gagné un Sergent des ennemis
pour le conduire ; mais ce Sergent
fut tué , ce qui empêcha
Fexecution
de fon deffein . Le
nombre des Malades eftoit fi
grand dans le Chasteau , qu'il
be reftoir pas affez de Soldats
pour remplir les poftes ordi
GALANT 155
naires , en forte qu'on eftoit
obligé de laiffer un Sentinelle
douze heures en faction
fans le relever. Le Gouverneur
alloit fouvent voir les
Malades , & il obligeoit ceux
qui fe portoient mieux de fe
lever pour faire leur devoir.
Il fut refolu dans cette extre
mité de faire fortir du Châ
teau le S Grant , avec ordre
de s'informer exactement s'il
y avoit quelque cfperance de
fecours , & de faire un ſignal
dont on convint à un mille
delà , s'il y avoit lieu d'en
efperer, & que s'il n'y avoit
156 MERCURE
aucune efperance , il feroit
un autre fignal different , &
le retireroit au Nord d'Ecoffe
de peur d'eftre pris . Deux
jours aprés , ledit St Grant
fe rendit à l'endroit deſigné,
& fit un fignal par lequel le
Gouverneur & les Officiers
comprirent qu'il n'y avoit
point d'efperance de fecours .
Cette derniere information,
le miferable état de la garnifon
malade , & deftituée de
vivres & de fecours , & le
manque de munitions obligerent
enfin le Gouverneur
å faire battre la chamade pour
GALANT. 157
!
demander à capituler . Le
Ghevalier Lanier , Major general
, le Colonel Balfour &
Milord Colcheſter , vinrent
au Pont- levis où le Gouver-
*
parneur
fe rendit pour leur
ler , & aprés quelques difcours
, on remit à traiter juf
qu'au lendemain . La nuit on
fit bonne garde dans le Château
, le S Grant , dont nous
avons déja parlé , y rentra , ce
qui donna d'abordune grande
joye au Gouverneur , croyant
qu'il luy apportoit quelque
bonne nouvelle ; mais aprés
l'avoir examiné , il apprit de
158 MERCURE
luy qu'il n'y avoit rien à eſpe
rer. Immediatement aprés , le
general Major Lanier , qui a
voit fceu l'entrée dudit St
Grant dans le Chasteau , dé
clara au Gouverneur qu'il
romproit le Traité, s'il ne luy
mettoit cet homme entre les
mains. Le Gouverneur le luy
réfufa , & le Traité fut rompu,
ce qui fit comprendre aux
Officiers de la garniſon qu'ils
n'auroient qu'une tres- méchante
compofition des enne
mis. Ainfi le Gouverneur pro .
pola avec le Capitaine Dumbar
, au Lieutenant de Roy , à
0
GALANT. 159
l'Enfeigne & à Mr Garden ,
Volontaire , qui s'eftoit fort
diftingué durant le Siege , un
moyen de fe garantir de la
cruauté des Ennemis , qui fut
de fe mettre à la tefte des
Soldats de la garnifon qui
leur reftoient en eftat de
combattre , & lors qu'ils leroient
au bas du Roc, de le
faire un paffage jufques au
bord de la mer, & de s'y faifir
de quelque Bateau pour s'embarquer.
Ce deffein parut fore
hazardeux , & obligea un des
Officiers à reprefenter qu'il ne
devoit eftre pratiqué qu'en
.
160 MERCURE
cas que les Ennemis refufaffent
de leur accorder la vic
fauve. La nuit fuivante , les
Ennemis couverts de facs de
fe garantir des
laine
pour
coups
des
Affiegez
, drefferent
fur
le milieu
de la Montagne
du
Chafteau
une
batteric
défendue
par
deux
loge
,
mensqui
fe
communiquoient
.
Ils firent
beaucoup
de feu
fur
le
Chasteau
de ces
deux
logemens
, & on
leur
répondit
de
mefme
avec
le canon
chargé
à
cartouches
&
avec
la moufqueterie
La
garniſon
paffa
toute
la nuit
fou
les
armes
,
GALANT . 161
& la Garde qui eftoit à la
grande porte , eftoit expoléc
aux bombes qui tomboient
inceffamment parmy les Soldats
: il y eut un de ceux qui
fervoient l'Artillerie , tué cette
même nuit.
Le lendemain , le Gouver
neur , quoy qu'indifpofé , ne
laiffa pas de vifiter les poſtes,
&
d'obferver tout ce que les
Ennemis avoient fait , & trouva
leurs logemens avancez fur
la Montagne , garnis d'Enfei
gnes déployées qu'ils y a
voient arborées. Le Licutenent
de Roy luy dit qu'il
Février 1691 .
162 MERCURE
falloit écrire un billet pour
obliger les Ennemis à renoüer
le Traité. Le Gouverneur luy
répondit qu'il luy fembloit à
propos d'attendre la Seance
prochaine de la Convention,
qui eftoit le Lundy fuivant ,
& luy dit en confidence qu'il
ne vouloit pas recommencer
à traiter , que M: Grant , qui
avoit efté caufe de la rupture,
ne fuft hors du Chateau
pour n'eftre past o
pas obligé de le
livrer. En mefme temps on
vint dire au Gouverneur que
Mi Grant venoit de fortir du
Chasteau , ce qui obligea le
GALANT . 163
Lieutenant de preffer le Gouverneur
d'écrire , & de s'offrir
à porter la Lettre . Le Gouverneur
écrivit au General Major
Lanier , & le Lieutenant
de Roy donna fa Lettre au
Capitaine Muddi qui commandoit
à la Tranchée Ce
Commandant demanda à parler
au Gouverneur , qui cut
de la peine à y confentir .
Milord Colchester , Anglois,
fe trouva à l'entreveuë , & le
Gouverneur témoigna eftre
furpris de ce qu'on employoit
un Etranger où il y avoit
tant d'Ecoffois. Enfin il don-
O ij
164 MERCURE
à la
na les articles qu'il avoit dreffez
le jour precedent , du confentement
de tous les Officiers
, il eftoit écrit de la main
de l'Enfeigne de la Compagnie.
Sur les 3.heures aprés midy
, Milord Colcheſter revine
porte du Chasteau , où le
Gouverneur & le Lieutenant ›
de Roy le reccurent . Il renditi
au Gouverneur les articles
qu'il en avoit receus le matin
, & luy en prefenta d'autres
que le General Major Lanier
avoit dreffez . Ces articles
eftoient tres- defavantageux,
Lanier voulant que le GouGALANT.
165
verneur & le Lieutenant de
Roy demeuraffent prifonniers
de guerre. Colcheſter ſe retira
aprés avoir remis ces
nouveaux articles au Gouverneur.
Il revint quelque
temps aprés , & porta parole
au Gouverneur , que tous les
Volontaires & Soldats de fa
garniſon ne perdroient pas un
fol , & pourroient fe retirer
par tout où bon leur fembleroit
dans le Royaume ; que
le Lieutenant de Roy auroit
la vic fauve , & feroit confervé
dans fes biens . A l'égard
du Gouverneur , comme il ne
"
166 MERCURE
voulut rien ftipuler pour luy,
il demeura prifonnier de
guerre à la difcretion du
Prince d'Orange. La nuit fuivante
du quinze de Juin , lei
General Major Lanier prit/
poffeffion des portes du Chafteau
, que le Gouverneur avoit
confervé fous l'obeïf-/
fance de fon Roy legitime, fix
mois aprés que toute la Grande
Bretagne y avoit renoncé.
Aprés une lecture auffiife !
ricufe
que
lation
celle de cette Re-...
vous voudrez bien
donner un moment à unch
GALANT. 167
galanterie , où vous trouverez
de la nouveauté . Je n'en
connois point l'Auteur ; je
fçay feulement qu'elle a rejoüy
tous ceux qui l'ont leuë..
AVIS A TIMANTE.
F Ivory dugrand Mecene,
Recevez en bonne Eftrenne
Un avisfort bon & beau
Que vous trouverez nouveau,
Qui vous rendra cette année
Toute heureuſe & fortunée ,
Si par voftre grand credit
Il en eft fait un Edit.
Cela ne vous fera pas difficile
dans la
conjoncture pre16
8 MERCURE
>
fente où noftre invincible
Monarque pour achever de
vaincte fes Ennemis , cherche
des moyens aiſez de groffir
fes Finances , & il n'en peut
trouver de meilleur qu'en
demandant
de l'argent à ceux
qui le donnent facilement &
avec profufion .
On veut parler des Amans ;
Ils donnent en abondance
Et ne prouvent leurs fermens
Que par la belle dépense.
Par la liberalité
Une Maistreffe adorable
Leur devient plus favorable
Que par l'affiduité
On n'en voit plus d'affez folles
Pour refifter aux piftoles ,
L'or
GALANT. 169
¡
L'or leur ouvre l'appetit ,
Met la plus farouche en feste,
Et
l'intervale eft petit
Du don jufqu'à la conqueste.
On ne veut point vous citer
Danae ny Jupitersli
• Puis qu'il en eft des exemples
Et plus recens & plus amples.
Or pour vous expliquer
davantage l'avis dont je parle,
il faudra propofer à noftre
Victorieux Monarque d'interdire
le commerce des amours
dans fon Royaume ,
pendant la guerre feulement,
& d'exiger de tous les Amans
durant ce tempslà , les dépen-
Les qu'ils font pour leurs Mai-
Fevrier 1691 . Р
t
170 MERCURE
ftreffes . Il en tirera des fommes
immenfes fans leur ofter
leurs befoins , puis que la plufpart
ne mettent à cela que
leur fuperflu , & il ne fera
questionque de fe priver pour
un temps de leurs plaifirs .
Hé , dans quel temps pourroient
ils faire
Uneplus loüable action ?
Eft- il rien de plus neceſſaire ?
Eft-il plus belle occafion
De donner à ce grand Monarque
D'un Zele fans meſure une fincere
marque ?
Voilà donc un moyen cerrain
de remplir plus d'un
GALANT. 171
Trefor Royal , & comme il
eft plufieurs Amans qui ne
font point ou peu de dépenfe
en amour , foit par impuiffance
ou par avarice , il faudra
obliger tous ces gens- là
de prendre party dans les Armées
de Sa Majesté ; en forte
que ceux qui ne groffiront
point fes Finances , groffiffent
du moins fes Troupes , ce qui
fera un avantage égal à ce
Prince.
D'ailleurs n'eft- on pasplus heureux
D'aller au chemin de la gloire ,
Et de voirfon nom dans l'Hiftoire
Que d'eftre un avare amoureux ?
Pij
172 MERCURE
Mais comme il arrivera fans
doute , que plufieurs groffes
Villes & Perfonnes confiderables
à noftre Monarque, ou
mefme de fa Cour , luy prefenteront
des requeſtes en faveur
des Amours , & pour eftre
exceptées de l'Edit que l'on
propofe , en ce cas il faudra
que Sa Majesté ne leur accorde
cette exception, qu'à condition
que tous les Amans ,
& tous les Prevaricateurs des
loix de l'Amour de l'un & de
l'autre Sexe , payeront des taxes
felon la qualité du crime ,
& fuivant le tarif qui en fera
GALANT . 173
réglé en fon Confeil .
On taxera premierement
Le prix de chaque engagement,
Qui s'appellera droit d'entrée ,
Et la taxe en fera reglée
Sur le pied de la qualité
Du ring & de la faculté:
Etpuis tant pour une inconftance,
Tantpour une infidelité ,
Tant pourune legereté ,
Tant faute de perfeverance ,
Tant pour manquer un rendezvous
;
Tant pour un injufte couroux ,
Tant pour une humeur inégale,
Tant pour un mauvais intervale,
Car dans un amour delicat
Tout paffe pour crime d'Etat ;
Tant pour un Amant qui préfere
Le Jeu , le Vin , la Bonne- chere,
P iij
174 MERCURE
La Chaſſe , ou bien d'autres plaifirs,
#
A voir l'objet de fes defirs ;
Tant faute d'une Serenade ,
D'un Bouquet , d'une Promenade,
Et tant pour qui ne donnera
A l'objet qui caufe fa peine
La Comedie & l'Opéra
Du moins une fois lafemaine,
Cela s'entend pour les Iris
Qui font leur fejour à Paris;
Tant aui pour une Maiftreffe
Qui fera perfide & traiftreffe ,
Qui prodiguera fes douceurs ,
Et partagera fes faveurss
Tant pour tout coeur double &
parjure
Qui viole un tendre ferment ;
Tant pour un crime de rupture,
Tant pour un raccommodement;
Enfin tant pour les infractaires
GALANT. 175
De toutes les loix de l'amour,
Dont on voit troubler les mifteres
Enfon empire chaquejour.
Vous voyez prefentement,
genereux Timante , que cet
Edit feroit admirable , & que
vous en devez attendre de l'Illuftre
Mccène une récompenle
tres confiderable pour vôtre
droit d'Avis.
Et pourcelles qui vous le donnent,
Voftre bon coeur en uſera
De la façon qu'il luy plaira;
Ace coeur elles s'abandonnent,
Sans attendre de leurs attraits
Dans la conjoncture opportune
Pij
176 MERCURE
Lefoin de leur bonne fortune,
Et de leurs petits interefts :
Car à trop peu vousferiez quitte
Ne regardant que leur merite.
La Faculté de Medecine
de Montpellier a toujours
efté celebre par les grands
Hommes qu'elle a produits,
& que l'on peut dire qu'elle
a donnez à la plupart des
Cours de l'Europe . M Vieuffens
, qui eft de ce Corps , en
a cfté tiré depuis deux ans
par un grand Seigneur , qui
ayant connu fes rares talens ,
l'a fait venir à Paris, où il s'eft
acquis beaucoup d'eftime . Sa
GALANT. 177
Majeſté ayant eſté informée
de fon merite, l'a recompenfé
d'une penfion , & cette mar.
que d'honneur l'a mis dans
une fi haute reputation
, que
S. A. Royale Mademoiſelle
d'Orleans , luy a bien voulu
confier le foin de ſa ſanté , en
le choififfant
pour fon premier
Medecin .
A
Je referve encore jufqu'au
mois prochain à vous faire
voir , felon ma coutume , les
-Jettons de cette année , afin de
vous donner aujourd'huy la
Medaille d'une des plus memorables
actions du Regne
178 MERCURE
du Roy. C'eft le Combat Naval
donné au Cap de Belvefier,
où les Flotes Angloife & Hollandoife
furent battues & mifes
en fuite par celle de France
, le 10. de Juillet de l'année
derniere . Cette Victoire a fait
connoiftre à toute l'Europe
que ces deux Nations s'attribuoient
fauffement l'Empire
de la mer, qu'elles voudroient
inutilement contefter à leur
Vainqueur. Vous verrez dans
cette Medaille un revers d'un
deffeincorrect&tres- bienexecuté.
Le Roy en Neptune fur
un Char, le Trident en main ,
GALANT. 179
V
pouffe les Flotes d'Angleterre
& de Hollande, dont chacune
porte fon Pavillon . Ces mots
du premier de l'Eneide de
Virgile font autour. Maturate
fugam. Illi Imperium Pelagi,
L'application en eft tres-heureufe,
puis que les Anglois &
les Hollandois luy cedent par
leur fuite la domination de
l'Ocean. On lit dans l'Exer
gue : Pugna ad Beveferium ,
Anglis , Batavis unà fugatis
decimo Julii 1690 .
Vous avez fans doute appris
la mort de Meffire François
Rouxel de Medavy ,
180 MERCURE
Archevefque de Rouen ;
arrivée à Mafcon au commencement
de ce mois . On
tient que l'origine de la Maifon
de Rouxel - Medavy
vient de Jean Rouxel , Gentilhomme
Anglois , dont le
Roy Charles VII récompenfa
les fervices en luy donnant
plufieurs Terres fituées aux
Bailliages d'Alençon & de
Caën. Il épousa Marie l'Arconneur
, Fille & Heritiere de
Guillaume , S de Medavy , &
il en eut entre autres Enfans ,
Georges Rouxel , St de Medavy
, tué en 1479. à la JourGALANT.
181
née de Guinegafte . Fleury
Rouxel , S ' de Medavy , Fils
de Georges , fut Pere de Jacques
Rouxel , S' de Medavy,
qui de Françoife , Dame de
Pierrefitte, laiffa Jacques Rouxel
de Medavy II du nom ,
qui fut fait Chevalier de l'Ordre
du Roy en 1569. Gouver
neur d'Argentan en 157.2 ,
Capitaine de cinquante Lanciers
, Lieutenant general du
Duché d'Alençon pour François
deFrance Duc d'Alençon
en 1584. & fon Chambellan
Ordinaire . Pierre Rouxel ,
Baron de Medavy , fon Fils ,
182 MERCURE
> de
époufa en 1586. Charlotte de
Hautemer Comteffe
Grancey, Fille de Guillaume ,
S' de Fervacques , Maréchal
de France . Il fut fait Lieutenant
general en Normandië
en 1594. Confeiller d'Etat ordinaire
en 1611. & mourut deux
ans aprés. Il fut eftimé par fa
valeur, & renommé par la force
, dont on raconte qu'ayant
percé d'un coup d'épée dans
un combat le S de Trepigny
qui eftoit à la tefte d'une
Compagnie de Gendarmes ,
ille porta tout armé & enferré
de ſon épée plus de quatre
GALANT. 183
pas en l'air. Ce Pierre Rouxel
de Medavy , Comte de Gran
cey,laiffa trois Fils , qui furent
Jacques III . du nom , Comte
de Grancey & de Medavy ,
Chevalier des Ordres du Roy,
Maréchal de France ; François
Rouxel de Medavy , Abbé de
Cormeilles & de Saint André,
nommé à l'Evelché de Secz
en 1651. & à l'Archeveſché de
Roüen en 1671. & Guillaume
Comte de Marey , Maréchal
de Camp , mort d'une bleſſure
au combat de Briare en 1651 .
Mr l'Archevefque de Rouen ,
dont la mort donne licu àcet
184 MERCURE
article , eftoit dans fa quatre
vingt- feptiéme année , & Confeiller
d'Etat ordinaire , &
s'eftoit toûjours extrémement
diftingué par la force de fon
efprit , dont les lumieres é
toient demeurées également
vives malgré fon grand âge.Sa
charité fe répandoit fur quantité
de pauvres Ecclefiaftiques,
qu'il affiftoit felon leurs
befoins , par des penfions fecretes,
il fecouroit même beaude
Familles de Nobleffe . coup
qu'il fçavoit eftre en neceffité.
Mr l'Evefque de Mafcon ne
l'a prefque point quitté dans
GALANT.
18
.
fa maladie , pendant laquelle
il luy a rendu toutes fortes de
devoirs . Son Corps a cfté porté
à Grancey , & on a fait à
Mafcon des Services folemnels
pour le repos de fon Ame.
Le Prefidial & tous les autres
Corps y ont affifté . Quant à
feu Mr le Maréchal de Grancey
, Aîné des trois Freres , il
époufa en premieres Noces
Catherine de Monchy , Soeur
de Charles , Marquis d'Hocquincourt
, Maréchal de France,
& en fecondes Noces vers
l'an 1648 Charlotte de Mornay
, Fille de Pierre , S ' de Vil-
Fevrier 1691 . Q
186 MERCURE
larceaux , & d'Anne Olivier
Leuville . Il a laiffe de fon premier
mariage Pierre Rouxel
II. du nom , Comte de Grancey
, qui s'eft marié trois fois,
& qui eft Pere de M' le Comte
de Medavy , que M ' l'Archevefque
de Rouen a fait ſon
Legataire univerfel ,
J'ay auffi à vous apprendre
la mort de Meffire Hilaire
Bordier , Prefident en la Cour
des Aides , arrivée fur la fin
du mois paffé . Il eftoit Frere
de M' Bordier , Intendant des
Finances, par qui la belle maifon
du Raincy a cfté baſtic .
GALANT. 187
Il vient de paroiftre un Livre
, de l'utilité duquel le
titre pourra vous faire juger.
C'est l'Anatomie de l'homme,
fuivant la circulation du fang
les dernieres découvertes ,
démontrée au Jardin Royal par
M' Dionis , premier Chirurgien
de Madame la Dauphine , Chirurgien
ordinaire de la fenê
Reine, & Furé à Paris . Il com .
mence d'abord par l'Ofteologie
, parce que c'eſt par elle
qu'on ouvre les Exercices au
Jardin Royal , & que la connoiffance
des Os doit preceder
celle de toutes les autres
Qij
188 MERCURE
,
Anatomiparties.
Il fait huit Demonf
trations ; deux des os en general
; deux des os de la tefte ,
deux de ceux du tronc &
deux de ceux des extremitez .
Il continue par dix autres
Demonftrations
ques . Il en fait quatre des
parties contenues dans le bas
ventre ; deux de celles de la
poitrine , deux de celles de la
tefte , & deux des extremitez.
Au commencement de chacune
de ces Demonſtrations,
il y aune Planche qui reprefente
les parties que l'on y fait
voir , & les mefmes lettres qui
GALANT. 189
y font gravées , fe trouvent à
la
marge
de l'endroit du dif
cours qui explique ces parties ,
afin qu'on y ait recours . M*
Dionis ayant fait ces Demonftrations
publiques au Jardin
Royal pendant huit années
confecutives , par ordre du
Roy , & de Mi Daquin , premier
Medecin de Sa Majefté,
& n'ayant ceffé que pour remplir
la Charge de Premier Chirurgien
de Madame la Dauphine
dont il fut alors honoré,
on doit juger par là du merite
de fon Ouvrage, dont on peut
dire que le travail eft im190
MERCURE
menfe. Il y a dix- huit Planches
, & chaque Planche contient
differens fujets , ce qui
va à l'infiny. Elles font gravées
par Mr Thomaffin, fort
cftimé dans fon art , & rien
ne manque de tout ce qui a
pû contribuer à la beauté de
l'impreffion de cet Ouvrage.
Le S' Guerout Libraire , Galerie-
neuve du Palais , debite
un autre Livre nouveau , intitulé
, Pratique de Medecine
Speciale. Il eft du fçavant Michel
Ettmuler , & on peut
dire que ce grand Homme
qui excelle en tout , s'eft en
GALANT. 191
quelque forte furpaffé dans
čet Ouvrage , où il traite des
maladies propres des Hommes
, des Femmes & des Enfans.
Tout y eft demontré
d'une maniere auffi nette que
fçavante , en forte qu'il rend
tres intelligibles les matieres
embroüillées
de la generation .
Les maladies des hommes qui
y ont rapport , y font propo
fées avec beaucoup de metho
de , ainfi que celles des Filles
& des Femmes . On y enfeigne
le regime des Femmes groffes
& des Accouchées , avec la
maniere d'accoucher , & de
192 MERCURE
remedier aux maladies qui
furviennent en ces cftars .
Quoy que l'Auteur parle fort
au long de toutes ces chofes
, s'étend particulierement
fur ce qui regarde léducation
des petits Enfans.
Il rend raifon de toutes les
incommoditez aufquelles ils
peuvent eſtre ſujets pour en
mieux fonder la cure , perfuadé
que c'est dans cet âge
tendre que la plupart des
maladies jettent leurs racines .
On a ajoûté quelques Differtations
pleines d'érudition du
mefme Auteur , fur l'Epilepfic,
GALANT. 193
pfic , fur l'Ivreffe , fur le mal
Hypocondriaque , fur la douleur
Hypocondriaque , fur la
Corpulence , & fur la morfure
de la Vipere . Ces fortes de
maladies font expliquées tresmethodiquement
, avec leurs
fignes & leurs cures, & le tout
fait un corps de Pratique de
Medecine , que l'on nomme
Speciale , tant parce qu'elle
ne regarde que certains âges,
que pour la diftinguer de
la pratique de toutes les maladies
du corps humain en
general, qu'Ettmuler a écrite
avec la derniere exactitude ,
Fevrier 1691. R
194 MERCURE
& qu'on donnera inceffam .
ment au Public traduite en
comme la
noftre
Langue
Pratique
fpeciale
dont je vous
parle.
Mr Gautier , Ingenieur Ordinaire
du Roy , Auteur du
Traité des Fortifications nouvelles
, & de l'Art de laver &
de peindre fur le coloris , qui
ont efté fi bien receus du
Public , vient de nous donner
un Traité de l'Artillerie , qui
explique la difference , les
proportions , les renforts , les
portées , les affufts , & tout ce
qui concerne les Canons dont
GALANT. 195
on fe fert en France , tant fur
terre que fur mer. Il y ajoûte
la maniere de jetter des Bombes
, & donne à connoiſtre
les proportions de ces machines
, comme des Mortiers qui
fervent à les chaffer , avec
plufieurs experiences fur co
fujet , & le moyen
de compoſer
toute forte de feux d'artifice
de guerre
. Ce Livre fe
trouve auffi chez le S Guc-,
rout , & a esté imprimé à
Lyon , ainfi que la Pratique,
de Medecine Speciale , par le
St Amaury.
Le hazard fait quelquefois
1 .
Rij
196 MERCURE
arriver des chofes qu'on croit
impoffibles , à ne regarder
que les apparences. Un Cavalier
d'un veritable merite , né
parmy les graces , mais fort
brouillé avec la fortune , devint
amy d'une jeune Demoi- .
felle , qui par fa beauté & par
fon efprit auroit pû toucher.
les plus infenfibles . Elle avoit
un bien affez mediocre , &
vivoit contente avec fa Mere ,
qui luy fouhaitant un Party
avantageux , fe tenoit fort
refervée fur les vifites qu'elle
permettoit qu'on luy rendiſt.
Ainfi fa maifon eftoit fermée
1
GALANT. 197
{
à tous ceux qui pouvoient
n'avoir que des douceurs à
luy dire , & fi elle confentoit
à fouffrir le Cavalier , c'eftoit
par un certain privilege qu'il
s'eftoit acquis d'eftre bien
venu par tout, non feulement
par un agrément d'humeur
qui le faifoit fouhaiter dans
le plus beau monde , mais
parce que l'éloignement qu'il
montroit pour tout ce qu'on
peut appeller engagement ,
le rendoit fans confequence .
Il eftoit d'une Nobleffe affez
diftinguée , & le Jeu dont il
faifoit la plus folide refource,
Rij
198 MERCURE
,
luy fourniffoit dequoy fubfifter.
Cependant le merite de
la jeune Demoiselle avoit fair
fur luy des impreffions fi fortes
, qu'il s'échapoit quelquefois
jufqu'à luy dire que
malgré l'averfion qu'il avoir à
s'engager , il fentoit bien que
s'il s'eftoit trouvé en eftat
de la rendre heureuſe , il auroit
voulu paſſer fa vie avec
elle. La Belle luy répondoit
en riant , qu'à cela prés il
eftoit affez fon fait , mais que
la raifon eftoit feule à confulter
lors qu'il s'agiffoit de
mariage , & que la vie eftant
GALANT . 199
longue , & le coeur auffi fujet
à s'ufer que toute autre chofe,
il n'y avoit rien de ſi dangereux
que d'en croire le penchant.
La fageffe de fa conduite
, & fes belles qualitez
le faifant toujours entrer plus
vivement dans les interefts, il
luy dir un jour , que puis qu'il
ne pouvoit efperer de la mettre
par luy mefme dans la
fortune qu'il luy fouhaitoit ,
il vouloit tâcher d'y réuffir
par un autre , en luy amenant
un de fes Parens, qu'il jugeoit
capable d'en devenir amoureux
, pour peu qu'elle prift
·
R iiij
200 MERCURE
foin d'employer les avantages
que luy donnoit la beauté .
Ce Parent eftoit un homme
qui donnoit dans les grands
airs , & qui eftant déja maiſtre
d'un bien tres- confiderable ,
attendoit encore la fucceffion
d'un Oncle fort riche , qui
devoit luy laiffer dequoy foutenir
avec éclat le nom de
Marquis que l'ambition luy
avoit fait prendre. Cette propofition
charma la Mere , qui
attendit avec grande impatience
que le Cavalier s'acquitaft
de fa parole. Le Marquis
leur fut amené peu de jours
GALANT. 201
aprés , & vous pouvez croire
qu'il eut tout fujet d'eftre
content des honneftetez qu'-
on cut pour luy. La Belle
n'oublia pas de faire valoir
tout ce qu'elle avoit de charmes
, & il demeura fi touché
de fes manieres , qu'il ne puc
la voir fans fouhaiter de la
voir fans ceffe . Ainfi fes foins
furent affidus , & comme dans
fes vifites il n'eftoit troublé
par aucun Rival , il paffoit
des jours entiers auprés d'elle ,
avec un plaifir qui ne fe peut
concevoir. Le Cavalier eftoit
quelquefois de la partie , &
202 MERCURE
ce qu'il difoit fouvent au
Marquis du vray merite qu'il
luy connoiffoit, ne fervoit pas
peu à flater la paffion . Si toft
qu'on la crut affez violente
pour ne rifquer rien en l'engageant
à fe declarer , là
Mere qui n'avoit pas moins
d'efprit que d'adreffe , ayant
infenfiblement conduit le difours
fur le foin que l'on étoit
obligé d'avoir de fa reputation
, prit delà occafion de
luy remonftrer qu'il y alloit
de la gloire de fa Fille de ne
pas donner matiere à de facheux
contes, & que les viGALANT
. 203
fites qu'il luy rendoit cftant
remarquées , il falloit ou les
finir , où faire connoiftre
quelle eftoit la cauſe dé tant
d'affiduité. Le Marquis entierement
charmé de la Belle ,
ne manqua pas de répondre
qu'il n'avoit pour elle elle que des
veuës fort legitimes , qu'il le
feroit voir en l'époufant ,
mais que devant heriter d'un
Oncle fortriche, qui ne confentiroit
pas à un mariage où
le feul merite de cette belle
perfonne eftoit à confiderer,
il eftoit contraint d'attendre
que la mort le miſt en pou204
MERCURE
voir d'executer ce qu'il eſtaît
refolu de faire ; que cet Oncle
citoit fort vieux , & mcfme
fujet à de grands maux,
en forte qu'il y avoit lieu de
s'affeurer qu'il ne vivroit pas
encore long- temps. Cette réponſe
ne fatisfit pas tout à
fait la Mere , qui ayant parlé
au Cavalier , preffa de nouveau
le Marquis en fa prefence.
Le Cavalier fut d'avis
d'un mariage fecret qui demeureroit
caché du vivant
de l'Oncle , mais les inconvenients
que le Marquis y
trouva , l'empefcherent de
GALANT. 205
fe rendre , & enfin pour les
convaincre de fa bonne foy,
il propofa de faire ceffer
leur crainte , par une Promeffe
de mariage qu'il offrit
de faire dans les termes les
plus forts. La chofe fut acceptée
, & l'on reſolut d'attendre
la mort de l'Oncle . Le
Marquis n'eut pas fi- roft une
entiere liberté de voir la Belle ,
qu'il en voulut abufer . Il
crut que la Promeffe qu'il luy
avoit faite , le mettoit en
droit d'en éxiger quelques
legeres faveurs , & le refus
qu'elle luy en fit , cftant re206
MERCURE
de fon
le
porta
gardé comme une marque
peu d'amour pour luy,
à des reproches qu'-
elle repouffa avec d'autant
plus d'aigreur , que ne trouvant
rien qui luy pluft dans
fa perfonne , elle ne s'eftoit
refolue à l'écouter que par la
veuë feule de fes interefts . Ce
procedé peu refpectueux com
mença à les brouiller , & la
Belle en fut fi fort irritée ,
que ne pouvant plus s'affujettir
aux complaifances qu'elle
avoit cuês jufqu'alors , elle res
fufa de le voir un feul moment
qu'en prefence de fa
GALANT. 207
mere. Une vertu fi rigide net
put accommoder le Marquis .
Il en fit fes plaintes & les
voyant inutiles , il s'imagina
que s'il luy rendoit des devoirs
moins affidus , la crainte
de le perdre pourroit l'obli
ger à prendre une autre conduite.
Cet expedient luy plut,
& ille mit en ufage . Il paffa
cinq ou fix jours fans aller
chez elle , & cette retraite në
fit point l'effet qu'il en avoit
attendu . Elle ne fervit qu'à
faire ouvrir les yeux à la Belle,
qui le recevant enfuite avec
beaucoup de froideur , porta
208 MERCURE
infenfiblement fon indifference
juſques au dégouft. Ainfi
il cut beau continuer à la voir
plus rarement , elle dedaigna
de luy demander pourquoy
il diminuoit fes empreffemens,
& la Mere feule luy en
fit quelque reproche. Il s'excufa
fur ce qu'on avoit averty
fon Oncle de les frequentes
vifites , & qu'il ſe voyoit
contraint de les retrancher,
pour ne luy pas donner des
foupçons qui luy pourroient
eftre préjudiciables . La Belle
luy répondit fierement , que
puis que cet Oncle trouvoit
GALANT. 209
mauvais qu'il fit paroiftre
de l'attachement pour elle ,
le meilleur party qu'il cust
à prendre eftoit de l'abandonner
pour le fatisfaire . Le
Marquis fe tenant fort outrage
de cette fiere réponfe
, ceffa de la voir entierement
, & le Cavalier l'ayant
blafmée du peu de ménagement
qu'elle avoit eu
pour un homme qui la pou
voit mettre dans un rang confiderable
, elle luy fit voir
qu'en l'éloignant elle ne perdoit
que ce qu'il luy cuſt cfté
impoffible de garder . En effet,
Fevrier 1691 . S
210 MERCURE
toutes les démarches du Marquis
faifoient trop connoiſtre
qu'il ne luy avoit rendu des
foins que dans l'efperance de
furprendre fa foibleffe, fi elle
cuft efté capable d'en avoir
pour luy. Cette penfée luy
donna une fi forte indignation
, que comme elle avoit
autant de fierté que de vertu
, elle voulut que le Cavalier
luy reportaft fa Promeffe,
afin qu'il ne la cruft pas d'un
caractere à vouloir tirer quel
que avantage de l'engagement
où il s'eftoit mis . Le
Cavalier luy refifta fort longGALANT
211
temps , & fe vit enfin contraint
d'emporter cette Promeffe
, qu'elle l'engagea de
rendre au Marquis. Il luy dit
le lendemain qu'il l'avoit remife
entre fes mains , & ne
laiffa pas
de la garder , jugeant
à propos d'en cftre toujours
le maiftre , afin qu'elle luy
fervift à donner au moins de
l'inquietude à fon Parent
dans l'occafion, s'il n'en pouvoit
faire un meilleur ufage .
Il arriva quelques jours aprés
que l'Oncle fe mit en tefte de
marier le Marquis . Il jetta les
yeux fur une jeune Heritiere
Sij
212 MERCURE
qui avoit beaucoup de bien ;
& dont le Tuteur eftoit fon
meilleur Amy. Il n'eut pas de
peine à le gagner , mais la
plufpart des autres Parens luy
refifterent. Ils s'intereffoient
pour un Gentilhomme qui
eftoit pour elle un Party confiderable
, & aprés qu'on cut
fait jouer toutes fortes de retours
, il fut impoffible de les
faire confentir à ce mariage,
à moins que l'Oncle ne fe refoluft
â faire une avance de
cent mille écus à fon Neveu .
Il agréa la condition , & le
Marquis fut dans une joye
GALANT. 213
qu'on ne fçauroit exprimer.
Rien ne luy pouvoit cftre plus
avantageux que cette affaire ,
qui luy affuroit cent mille
écus fur le bien de l'Oncle ,
& luy donnoit une Femme
qui luy apportoit de tresbelles
Terres. Si- toft qu'on
eut reglé les articles , le Ĉavalier
prit fon temps pour demander
au Marquis comment
il croyoit le pouvoir tirer d'affaire
avec la Belle. Il l'affura
que fa refolution étoit de s'oppofer
à fon mariage, & luy fit
comprendre qu'il devoit tout
craindre de l'éclat qu'elle fe214
MERCURE
roit , puis que les Parens de
fa nouvelle Maiftreffe ne demandoient
qu'un pretexte
pour rentrer dans le Party
qu'on les avoit forcez de
quitter. Le Marquis s'inquieta
, & jugeant qu'il luy eftoit
d'une tres- grande importance
de remedier à cet embarras ,
il pria le Cavalier d'employer
toutes fortes de moyens pour
retirer fa Promeffe . Le Cavalier
luy fit croire pendant
quelques jours , qu'il ne falloit
efperer aucun accom
modement , la Belle eftant
obftinement refoluë de le
GALANT. 2:15
poursuivre ; & enfin comme
s'il cuft remporté quelque fignalée
victoire,il luy vint dire
avec de grandes marques de
joye, qu'il l'avoit fait confentir
à luy rendre la Promeffe
pour une certaine fomme ,
mais il la porta fi haut que le
Marquis en fut effrayé . Aprés
plufieurs allées & venues que
le Cavalier feignit de faire ,
elle fut reglée à dix mille
écus. Le Marquis ne les donna
pas fans beaucoup
de repugnance
, mais ce qu'il gagnoit
par là eftoit fi confiderable
, qu'il crut devoir finir
216 MERCURE
promptement
. Les dix mille
écus furent payez, & le Cavalier
rendit la Promeffe
. Sitoft
qu'il eut receu cet argent
,
comme il eftoit fort heureux
au jeu , il voulut hazarder
tout à la fois trois ou quatre
mille francs qu'il avoit
gagnez en plufieurs rencontres
, & la fortune qui l'avoit
déja favorifé fut fi conftante
pour luy , qu'en moins de huit
jours elle luy donna cinq
à fix mille piftoles
. Cela
joint à ce qu'il avoit touché
du Marquis , faifoit une fomme
affez importante
. Il voulut
GALANT 217
lut jouir de fon bonheur , &
cftant allé trouver la Belle, il
luy demanda fi fa perfonne
luy pourroit eftre agréable
avec trente mille écus en argent
comptant , dont elle
difpoferoit pour telle Terre
qu'elle voudroit luy faire a
cheter. La Belle écouta d'abord
cette propofition comme
une plaifanterie , mais
quand luy parlant ferieuſe
ment, il luy cut appris ce que
la fortune avoit fait pour luy,
elle l'aflura qu'en l'obtenant
de fa Mere,il ne devoit craindre
aucun refus de fa part. La
Fevrier 1691. T
en
218 MERCURE
Merequi luy avoit obligation
des avantages qu'il avoit tấ-
che de procurer à la Fille
luy en montra fa reconnoif
fance en luy accordant le confentement
qu'il luy demanda,
Il ne cacha pas ce qu'il avoit
fait touchant la Promeffe , &
toutes deux le confolerent
fans peine de la perte du Mar
quis , dont le mariage n'eſt
point encore fait . Ileft tra
verfé par fon Rival qui fait
agir contre luy une Puiffance
allez redoutable , tandis que
let Cavalier goufte avec la
Belle toutes les douceurs qui
121 15:1
GALANT. 219
accompagnent une parfaite
union.
Vous avez veu le mois paffe
dans les Nouvelles publiques,
celles qui nous font venues
de Perle. Voicy l'Original
d'une Réponſe du Sophi à
l'Empereur , dont le Public
n'a veu que l'Extraît.
TRADUCTION
Dela Réponse du Sophi à une
Lettre de
l'Empereur
du 20. Mars 1688 .
14 Regle des Potentats dans
"la fincerité & pureté , le
Tij
220 MERCURE
fondement affuré de l'amitié &
bienveillance
, e le refuge de
la confiance , Leopoldus Empereur
, toujours Auguste , Roy de
Hongrie , Allemagne , Bobeme ,
Dalmatie , & c. Soliman Ambaffadeur
du tres-haut & trespuiffant
Roy de Pologne, en toute
perfection d'éloquence &
beaux difcours nous a apporté
une Lettre remplie de témoigna
ges d'honneur & d'affection des
conqueftes , & des moyens
retirer des mains des Turcs les
Provinces dépendantes
du pays
d'Tron & Perfe qu'ils ont empiesées,
& cela avoit déja efté reprede
GALANT. 221
fenté diverfes fois par le Roy de
Pologne lesDucs de Mofcovie
au Trône tres- élevé , & leurs
Ambaſſadeurs font venus pour
se fujet ; mais dautant que
depuis fort longtemps la paix
la foy jurée est entre les
Ofmanfons & les Perfes , la ru
pture de cette paix est empêchée
par la Loy & par la Religion ,
& encore par la confideration
de mes Anceftres qui font dans
le Paradis, & leur promeffe de
fidelité eft un empêchement à
ma grandeur , & je fuis empêché
de commencer guerre & hoftilitez,
parce que je fuis cette
Í iij
222 MERCURE
miniere de grandeur & de fog
par écritures . Nous ferons infor
mez des fuccés , & le voile des
profperitez nous fera levé ,
les
Serviteurs de la Cour , repos
des creatures , les recevront pour
tres- agreables .
Je vous envoye auffi en ori
ginal les réponſes du Capigi .
Bachi , ou Grand Portier , au
Comte de Siri , Ambaffadeur
du Roy de Pologne.
1
GALANT 223
M.PROPOSITION
J.
Du Comterocol
Loffrit de la part de fon
Maiftre deux mille Cofa
ques au Roy de Perfe.
REPONSE .
Voftre Roy en a befoin pour
preferver fan Pays de l'incur .
fion des Tartares.
IL PROPOSITION.
Le Comte teprefente la bel
le occafion qu'a le, Sophy de
reprendre Bagder.
REPONSE.
-On attend que vostre Roy
T
iiij
224 MERCURE
reprenne
Caminiecks
.
ITI PROPOSITION.
Il remontre les grands avantages
que le Sophy retireroit
de for union avec les Princes
Chreftiens.c
REPONSE. ?
4
Que fon Maistre retircroit
bien plus d'avantage. fi fes Sujets
eftaient bien unis avee luy.
Uniffez vous bien enſemble ,
luy dit- il, & aprés , venez nous
prefcher l'union . Nous fçavons,
ajoûta til , ce qui s'est passé
dans vos dernières Diettes , &
nous fçavons de quelle maniere
on a brouillé les Princes ChréGALANT.
225
tiens. Nous ne pouvons plus nous
déterminer contre les Turcs , prévoyant
les avantages qu'ils vont
retirer de la defunion de vos
Princes Chreftiens.
J'ajoûte une Réponse du
Sophi au Pape Innocent XI.
Vous ferez bien aife , fans
doute , de voir les qualitez
que les Rois de Perfe donnent
à nos Souverains Pontifes.
226 MERCURE
R'E PONSE DU SOPHY
A N. S. P. le Pape Inno-
.cent XI. qui luy avoit demandé
un Hoſpice à Chamaki
,
› pour les
Capucins
foumis à la facrée Congregation
. Elle a efté expliquée
amor pour mot de Perfan en
noſtre Langue. 5
A
"
La Haute Majefté.
du degré fuprême , Genie
de Mercure , Firmament des
Etoiles , opulente Sagelle de Jupiter
de tres - haut lieu , la gloire
de l'Aurore , Refuge de la fereGALANT
227
?
nité & royauté , Arſenal de la
grandeur de la justice , Refi
dence de la Majesté de la
magnificence , Heritage de la
force & puiffance , Lieu des excellences
Prècifion dans les Armées
, Connoiffance entiere de
tous les Etats , Efprit penetrant
les veritez , Maistre des inte
rieurs les plus illuminez, plus
exhauẞé que les montagnes, vol
d'une mefure fublime , Perle
éclatante , voye des richeſſes
l'excellence des excellences , le
Chefdes Grands , le premier des
Potentats Maistre du fecret
des Chreftiens le Suprême des
>
C
228 MERCURE
Seigneurs , l'honneur & ferme
té des Chreftiens , la ferenité,
Royauté , grandeur , magnanimité,
juftice , fublimité , excellence
, magnificence , & bon augure,
Innocent XI. Pape
Ap és tous les difcours neceffai
res pour témoignage d'affection
& les preuves des degrez d'a-

mour, la hauteur claire comme
la Lune & brillante comme le
Soleil , donne preuve entiere de
fon affection , & fait fçavoir
que voftre Lettre pleine de témoi
gnages d'amitié nous a esté rendue
en noftre demeure reffemblante
un Paradis, par l'éloquens
1
GALANT.
229
doué de rares difcours , Soliman
Ambaffadeur du trés - haut
tres-puiffant Roy de Pologne.
Le fujet de cette Lettre , c'eft
que nous commandions que quelqu'un
du baut lieu difpofe dans
le pays de Chiruvan une habitation
pour recevoir les allans &
venans dans ce pays de Cofroés.
Ge Papier noble & ferme a efte
expedie e accordé à ce sujet ,
qui fert de nouveau fondement
pose fur l'affection . Si quelque
chofe manque des demandes
projets en ce rencontre , faites- le
nous fçavoir, la bienveillance
du Roy fera toujours portée
230 MERCURE
leur enterinement. Que l'Etoile
de la bonne fortune avec l'hon
neur du bon plaifirde Dieu vous
preferve de tout accident.
T'ajouteray aux Nouvelles
quiont efté publiées de Perfe,
que les Enfans de Chanavaíkan
, anciens Gouverneurs de
Tefliss ayant fait des allian
ces de mariage avec le Prince
de Rache Atchek
, ont uny
cette Province avec celles de
la Mingrelie & de Dadian qui
fe font données
à eux . & que
le Roy de Perfe craint qu'Heracle-
Mirza leur Beaufrere , &
GALANT 231
qui il donna il y a deux ans
le Gouvernement de Teflis, ne
fe metre de leur party , pour
recouvrer la Principauté de
Kakret qui luy appartient . I
retient toujours pour ce fujet
fa Mere fa Femmes & fes
Enfans en oftage. H feroft a
fouhaiter pour le bien des Catholiques
de Georgie , ou que
les deux Princes de Chanaval!
kan réuſſiſſent dans leurs dif
fein's , ou qu'ils recouvraffent
le Gouvernement de Teffis ,
dont ils ont jouy fucceffivement
, en rentrant dans les
bonnés graces du Roy , qu'ils
232 MERCURE
ont perdues par une avanture
extraordinaire. L'Aîné de ces
Freres, appellé Chaknazarkan ,
ayant prié Sa Majesté de faire
élever fa Soeur dans la Cour,
le Roy la receut , & la voulant
marier avec avantage , il donna
à ce Frere la liberté de choifir
entre les deux plus grands
Favoris , dont l'un eftoit le
Fils de l'Atamadaulet , ou
Grand Vifir , fon premier Miniftre
; & l'autre , le Gouver
neur de la Province de l'Oreftan
appellé Chakrerdikan ,
qui cftoit de la plus illuftre
Famille de Perfe. Chaknazar
GALANT. 233
kan cuft pû éviter les malheurs
où l'engageoit infailliment
le refus de l'un des deux ,
s'il en euft remis le choix au
Roy, mais la gloire qu'il tiroir
d'eftre petit Fils du dernier
Roy de Georgie , luy fit
mépriser l'alliance du Fils de
l'Atamadaulet , comine luy
eftant tres - inégal , & il donna
fa Soeur à l'autre Prince . L'Aramadaulet
ne fut pas longtemps
fans chercher à s'en
vanger. Il infpira de l'amour
au Roy pour la Femme de
Chaknazarkan
, qui paffe pour
la plus belle perfonne du Le-
Fevrier 1691. V
234 MERCURE
vant. Le Roy la luy demanda,
& fur le refus qu'il luy en fic,
il envoya pour l'enlever le
Neveu du grand Vifir avec
une puiflante armée . Il en
vint aux mains avec Chaknazarkan.,
qui eut du déffous ,
& fut obligé de fe fauver en
Mofcovic. On pourſuivit fa
Femme , qui s'eſtant miſe à la
tefte des Troupes de fon Mary
qu'elle rallia , foûtint longtemps
les attaques de l'Armée
de Perfe , & trouva enfin
moyen de fe refugier auprés
de luy.Cependant l'autre Frere
, nommé Gourguinkan ,
GALANT •
235
faifoit l'hypocrite à la Cour ,
d'inftruction que les
& letpou
Georgiens
ont du Chriftianifme,
luy
faifoit
croire
qu'il
pouvoit
fouffrir
d'eftre
circoncis
, pour
obtenir
le Gouvernement
de Chaknazarkan
,
mais
l'Atamadaulet
qui l'en
fit bien- toft
chaffer
, trouva
auffi
le moyen
de faire
couper
la tefte
à fon Beaufrere
, & fit
expoſer
ſa Soeur
à toutes
les
indignitez
que peut
inventer
lalubricité
Perfanne
. Les Princes
avoient
eu quelque
efperance
de l'en pouvoir
vanger
par le fecours
des
Ducs
de
Vij
236 MERCURE
Mofcovie , mais ils paroiffent
C
avoir
peu d'envie
de
profiter
des
avantages
, que
la Religion
Grecque
leur
donne
fur
ce
beau
Royaume
. Nous
avons
:
en Perfe
Mr
de Saint
Olon
,
Evefque
de
Babilone
, Frere
de Mr
de Saint
Olon
, Gentilhomme
ordinaire
de la Maifon
du
Roy
& cy - devant
Envoyé
Extraordinaire
de Sa
Majellé
à Genes
. Ce
Prelat
animé
d'un
vray
zele
pour
la
gloire
de
Dieu
, y fait
les
fonctions
d'un
digne
Chef
,
avec
tout
le fuccez
que
l'on
peut
attendre
de
la plus
arGALANT.
237
dente & plus fincere ferveur .
La Fable qui fuit vous doit
paroiftre agréable & par fa
morale , & par l'heureux tour
que l'Auteur luy a donné .
$3 25522252 2225552
LES DEUX CHEVRES,
L
FABLE.
Es Chevres ont une preprieté
,
C'eft qu'ayant fort long- temps
brouté
Elles prennent l'effor, & s'en vont
en voyage
Vers les endroits du pafturage
Inacceffibles aux Humains.
238 MERCURE
Eftil quelque lieufans chemins,
Quelque Rocher, un Mont pendant
en precipices ,
Mesdames s'en vont là promener
leurs caprices ,
Rien ne peut arreſtet cet Animal,
grimpant.
Deux Chevres donc s'émancipant,
Toutes deux ayant patte blanche ,
Quitterent certain Pré ; chacune de
fa part
L'ane vers l'autre alloitpour quelque
bon hazard.
Un Ruiffeau fe rencontre , & pour
Pont une planche,
Deux Bellettes à peine auroient paſſe
de front
Sur ce Pont.
D'ailleurs, l'onde rapide , & le Ruif.
Sean profond,
Devoient faire trembler de peur nos
Amazones.
GALANT. 239
Malgré tant de dangers l'une de ces
perfonnes ,
Pofe unpiedfur la planche , & lautre
en fait autant.
Je m'imagine voir avec LOV 18
LE GRAND ,
Philippe quatre qui s'avance
Dans l'Ile de la Conference.
Ainfi s'avançoient pas à pas ,
?
Nez à nez nos Avanturieres ,
Qui toutes deux eftant fortfieres,
Sur le milieu du Pont nefe voulurent
pas
L'une à l'autre ceder , ayant pour
Devancieres ,
L'une, certaine Chevre au meriteſans
pair
t
Dont Polypheme fit prefens à Galatée
,
Et l'autre , la Chevre Amalthée
Par qui fut nourry Jupiter.
240 MERCURE
i
Faute de reculer; leur cheute fut commune
,
Toutes deux tomberent à l'eau.
Cet accident n'eftpas nouveau
Dans le chemin de la fortune.
Je ne doute point que vous
ne chantiez avec plaifir les
paroles que vous allez lire ,
puis qu'elles ont eſté miles
en air par un Muficien fort
celebre.
AIR NOUVEAU.
Mon
On aimable Silvie
M'affure chaque jour
Qu'elle eft fenfible à mon amour ,
Et qu'elle m'aimera le reste defa vie.
Mais
GALANT. 241
Maisfi j'ayflechyfa rigueur ,
N'est-ce point un effet de ma perfeve
rence,
Et dois-je tout à la reconnoiffance,
Et rien au panchant de fon coeur.

Quoy qu'un grand nombre
d'excellentes Pieces de Theatre
que nous ont laiffées d'Illuftres
Auteurs , foient d'avantageux
modelles pour
ceux qui veulent travailler
avec fuccés à ces fortes d'Ouvrrges
, tous les fujets font
tellement épuifez , qu'il eft
difficile d'en faire aujourd'huy
qui ayent quelque
chofe d'affez nouveau pour
Fevrier 1691 .
X
242 MERCURE
attacher l'Auditeur . Malgré
ces difficultez , Mr de Capiftron
vient de nous donner
une Tragedie , dont tout Paris
cft charmé. Elle eft intitulée,
Tiridate , & faite avec tant
d'efprit & un fi grand art ,
qu'il a trouvé les moyens de
faire naiftre de la compaffion
pourun Prince , dont l'amour
doit faire horreur . Tous fes
fentimens qui font pathetiques
& d'honnefte homme ,
font qu'on fe trouve forcé de
le plaindre, lors qu'il parle
d'une paffion qu'il reffent
avec une extrême violence ,
GALANT. 1243
& qu'il fe plaift à nourrir dans
le mefme temps qu'il la condamne
. Les fituations où ce
malheureux Amant fe trouve
, ont je ne fçay quoy de
fi touchant , qu'il eft impoffible
de ne pas entrer dans fes
interefts. Les nombreuſes affemblées
qui fe trouvent aux
repreſentations de cette Piece
font une marque du plaifir
que l'on y prend. Le jeu des
-Acteurs en donne un nouveau
. Sur tout , M' le Baron
y foutient fon rôle d'une ma
niere fi aifée & fi naturelle,
& avec un art qui fent fi peu
x ij
244 MERCURE
l'art , qu'il eft admiré des plus
difficiles.
Puis que vous voulez fçavoir
fi les Loteries nous ont
fervi de divertiffement cet
Hiver, je vous diray qu'il n'a
pas tenu à divers Parrticuliers
que l'on n'en ait yeu Paris
remply. Jamais il n'y cut plus
de difpofition pour cela s
mais les Magiftrats prudens
& éclairez ayant découvert
qu'il s'y commettoit beaucoup
d'abus , ont jugé à propos
de les défendre; de forte
qu'on n'en a permis que trois
ou quatre , parce qu'elles fe
GALANT. 245
font par des gens d'une fidelité
reconnue. Il y en a une
à Versailles qui n'eft que d'un
Lot unique , & ce Lot eft d'une
Maifon confiderable , fituée
dans le mefme lieu. Il y en a
une autre à Paris , au Palais
Royal . C'eft un Officier de
Monfieur qui l'a ouverte.
Comme elle fe fait fous les
aufpices de ce Prince, & qu'el
le doit luy fervir de divertiffement
, on auroit tort de ſoupçonner
la fidelité de ceux qui
en prennent foin, La troifiéme
eft aux Galeries du Lou.
vre , chez le fameux M Thu-
"
X iij
246 MERCURE
ret , à qui la permiſſion en a
eſté accordée avec plaifir ,
non feulement parce que fa
probité n'eft pas moins connue
des Magiltrats, que de la
Cour, qui s'eft intereffée pour
luy , mais encore parce que
l'on eft perfuadé qu'il fe ré
pandra dans le Public quan
tité de fes beaux Ouvrages,
qui font dans une cftime ge
nerale. C'est ce qui fait que
l'on s'empreffe à porter de
l'argent à cette Loterie & qui
fera bien-toft remplic. Cependant
files Amis que vous
avez dans voſtre Province,
ju X
"
GALANT. 247
veulent envoyer prendre des
Billets, je croy qu'ils pourront
encore le faire affez à temps,
pour avoir quelques- unes de
ces belles Pendules à reperition
, qui doivent ce qu'elles
font au genie de M : Thuret .
Il y a auffi dans la mefme
Loterie des Montres à boëtes
d'or , des Ouvrages d'Orfevrerie
, & des Pierreries , afin
de contenter ceux qui aiment
ces fortes de chofes , & qui
afpirent à des Lots de plus
d'une nature. Le gros Lot eft
de deux mille cinq cens livres,
& d'un ouvrage fi fingulier ,
X iiij
248 MERCURE
que l'on n'en pourroit trouver
autant ailleurs , quelque
fomme que l'on en vouluſt
donner. Les billets ne font
que de vingt fols , mais on
n'en donne point au deffous
de trois .
Mr de Baugey , Capitaine
de Vaiffeau , qui commande
le François , allant au devant
de Mr de Nefmond , a fait
rencontre de deux Fluftes
d'Amfterdam , de deux cens
tonneaux chacune , qu'il a
prifes & amenées au Port de
Breft . Elles venoient de Saint
Hubes, & eftoient chargées de
GALANT.
249
4
Sel . Les Maiftres ont dit que
les autres Baftimens avoient
efté pris par les Armateurs de
S. Malo, & qu'ils avoient efté
feparez du reste de la Flote
de foixante Vaiffeaux en ve
nant du mefme lieu . Ils ont
ajoûté que les François de
Pontichery
y eftoient fort
bien , & s'y maintenoient de
mefme.
M' le Baron de Palliere ,
qui commande l'Apollon, croifant
fur les coftes d'Irlande à
la rencontre du mefme M de
Nefmond , avec l'Arrogant &
le Trident , commandez , l'un
250 MERCURE
par Mr le Chevalier des Adrers,
& l'autre par M'deLevy ,
a trouvé une Barque Angloife
de cinquante tonneaux , chargée
de beurre & de boeuf falé
, qui fortoir de Koik , &
alloit aux Ifles. Elle a efté prife
par M de Levy. Ils ont
auffi rencontré un Vaiffeau
nommé Les Jeux , qu'on
croyoit perdu , appartenant
à la Compagnie des Indes
Orientales . Il eftoit de trentefix
Canons , & commandé
par le Capitaine Vevaux. M'
des Adrets l'a envoyé à Breft
avec la Barque Angloife , &
>
GALANT. 251
ils y arriverent le fixiéme de
ce mois. La Cargaifon de ce
Vaiffeau efteftimée huità neuf
cens mille livres. Il partit de
Surate le premier jour de May
de l'année derniere , & il a fejourné
trois jours à Mafcarci
gne, que l'on apelle autrement
I'Ifle de Bourbon . Le Capitaine
a rapporté que Goa eftoit
afficgé par les Troupes du
GrandMogol , & que la Place
cftant fort preffée,il la croyoic
prife que les Hollandois
eftoient auffi fort preffez dans
l'Ile de Ceilan , par ceux du
païs , au nombre de plus de
252 MERCURE
com-
&
cent mille hommes ,
mandez par Mr de la Nerolle,
Gentilhomme Poitevin , &
que de dix-huit Places qu'ils
occupoient dans cette Ifle , il
ne leur reftoit plus que Colombo
,
Neugombos
Malre. Goa eft la Capitale des
Indes Orientales , & fut prife
pour les Portugais en sto . par
Alphonfe d'Albuquerque
.
le cft fituée dans le Royaume
de Vifapour, en la prefqu ' Ifle
de deçà le Gange, & l'une des
plus belles & des plus marchandes
de tout l'Orient. La
Viceroyy fait fon fejour . Son
GALANT. 253
affiette eft dans une Ile que
les Rivieres de Guari & de
Mandoüa forment à leur emboucheure
. Quant à l'Ifle de
Ceilon , Ceylon , ou Zeilan ,
on la croit la Táprobane des
Anciens. Elle eft dans la mer
des Indes deçà le Gange, prés
le Cap de Comori , & fur le
Détroit de Manar ou de Quilao
, & l'air en eft tres-pur &
tres fain , ce qui la fait appeller
Tenarifim par les Indiens ,
c'eft à dire , Terre de delices .
Quelques - uns y mettent fepr
Royaumes, & d'autres neuf.
Candea ou Gandi eft le pre-
C
254 MERCURE
C.
mier de cette Iſle. Les autres
font Jala, Batccala,Ceiatavaca,
Colombo, Jafanatopam , Chilao,,
Trinquilemalo& Galo, qui
ont tous des Villes du mefme
nom. Ily a dans cette Ifle de
la meilleure Canelle du monde
, & de toutes fortes de
drogues , avec des Pierres
precicufes de l'or & des Perles.
La pefche s'en fait dans le
Détroit qui eft entre Ceilan
& la terre ferme . Vous ferez
fans doute bien- aiſe d'apprendre
par quelle avanture M' de
la Nerolle fe trouve dans cette
Iffe . Il eftoit Lieutenant du
GALANT. 255
r
Vaiffeau de M Herpin , à
prefent Capitaine de Port à
Breft , au voyage que fit M
de la Haye en ce pays - là ily
a environ dix - huit ans . M' de
la Haye ayant moüillé devant
l'Ile de Ceilan , voulut envoyer
un Ambaffadeur au
Roy , pour faire alliance avec
ce Prince . Chacun apprehendant
ce qui arriva à Mr de la
Nerolle , il fut le feul qui
voulut bien accepter la commiffion.
I alla trouver le
Roy , qui le retint auffi- bien
que la Chaloupe qui l'avoit
porté. Ainfi il refta dans le
256 MERCURE
pays ,fort confideré
du Prince
& des Habitans . Ce Roy
eftant mort , & ayant laiffé
deux jeunes Princes , M' de
la Nerolle prit foin de les élever
, du confentement
des Infulaires
, & leur inſpira le deffein
de chaffer les Hollandois
de leur Ifle. Ces Princes qui en
eftoient devenus comme les
efclaves , laffez de leur domination
, fe font enfin refolus de
leur faire la guerre, &ont donné
le commandement
de leurs
Troupes à M' de la Nerolle ,
qui n'a pas mal commencé
.
Le Capitaine
Vevaux dont je
GALANT. 257
viens de vous parler, à dit encore
que la Pefte à détruit le
tiers des Habitans de Batavia ,
que le Roy de Bantam qu'on y
tenoit prisonier s'eftant fauvé,
a affemblé fes Peuples & compofé
une Armée avec laquelle
il a attaqué les Hollandois, qui
fouffrent beaucoup depuis que
guerre a commencé en Europe
, parce qu'ils n'en reçoivent
plus aucun fecours , &
que les Anglois ayant fait
banqueroute , & perdu tout
leur credit en cès Pays- là , il
leur refte feulement quatre
Vaiſſeaux, avec leſquels ils ne
Février 1691 .
la
Y
258 MERCURE
ceffent de piller tout ce qu'ils
rencontrent .
Vous avez déja ' veu une
Lettre de M ' l'Abbé de la
Trappe à M' le Maréchal de
Belfond fur la vifite du Roy
d'Angleterre en voicy une
autre qu'il a écrite à ce Prince
meſme.
SIRE IRE ,
Fe meferois contente de conferver
dans le fond de mon coeur
le reffentiment que j'ay de toutes
les bontez dont Voftre Majesté
1
GALANT . 259
a bien voulu nous combler , &
le fouvenir de l'édification dont
Elle a remply tout noftre Monaftere
, fi Elle ne m'ordonnoit
par la Lettre qu'Elle m'a fait
l'honneur de m'écrire de luy parler
& de luy dire mes penséesfur
ce qui la regarde. Il faut que je
luy avoue que je n'ay pú me
laffer de louer Dieu des mifericordes
qu'il luy a faites en
dant fuperieur à la plus grande
de toutes les difgraces . C'est une
fituation fi extraordinaire , qu'il
n'y en a pas qui marque avec
plus d'évidence l'application de
Dieu fur fa perfonne & fur fa
en le ren-
Y ij
260 MERCURE
conduite . Il n'y a point d'inquietude
& de mouvement qu'un tel
accident n'y deuft produire , fi la
nature eftoit écoutée ; mais comme
c'est la voix de Dieu qui fe
fait entendre , & que Voftre Majefté
la confidere comme la feule
regle de fa vie , il ne faut pas
s'étonner fi on la voit dans la
paix & dans la tranquillité, puis
que Dieu la donne à tous ceux
qui fuivent les operations de fa
Grace , & de fon Esprit , & qui
fe laiffent aller aux difpofitions
de fa Providence. Votre Majesté
connoift fi parfaitement ce
que Dieu a fait pour Elle , & les
"
GALANT. 261
impreffions qu'Elle en conferve
font fi vives & fi profondes ,
qu'on ne peut pas douter qu'Elle
n'en ait dans la fuite toute la
protection qui luy fera neceffaires
car comme il n'y a rien qui puiffe
vous enpriver davantage, que le
deffaut de la gratitude qui lay eft
deüe , il n'y a rien auffi qui l'attire
davantage que la reconnoiffance.
C'est elle qui preſſe fa
compaffion ; c'est elle qui l'engage
avec plus de certitude ,
le grand moyen d'avoir Dieu de
fon cofté de ne le point perdre,
c'est de ne point oublier ce qu'on
luy doit; & ce qu'il y a , SİRE,
262 MERCURE
de plus important , c'est qu'il ne
faut pas que ce fentimentfoitfuperficiel
, mais il faut qu'il foit
effectif, qu'il s'exprime dans les
oeuvres , que toute la vie en
foit une preuve conftante & con-

tinuelle. Il paroift bien que
tre Majesté eft convaincuë de
cette veritépar toutes fe's actions
& les circonftances de fa conduite.
Voftre Majefté, SIRE , a
grande raison quand Elle dit que
l'on peut fairefon falut dans tous
les états , c'eſt à dire , que
regarde dans fa mifericorde tous
les hommes , que les Rois y ont
Dien
GALANT 263
part nonobftant cet éclat qui les
environne , ces grands foins &
ces grandes occupations qui les
rempliffent ; mais il est vray
auffi qu'ils ont plus d'obftacles ,
plus de difficultez à vaincre , plus
de tentations à combattre , &
c'est ce qui les oblige à veillerfur
eux-mêmes avec plus d'attention,
à s'adreffer à Dieu avec plus
de Foy de Religion , afin d'en
obtenir les fecours , dont ils ont
befoin pourfe rendre les Maiftres
de tant de paffions , dont ils font
inceffamment attaquez , & de
luy faire un facrifice de tout ce
-qui peut s'opposer à l'envie &
264 MERCURE
à l'obligation qu'ils ont de luy
plaire. Voftre Majesté fçait
qu'ils peuvent conferver cette
grandeur qui les diftingue & qui
les met audeffus des autres hommes
, mais qu'ils ne doivent pas
l'aimer. Dieu veut bien qu'ils
marchent avec des équipages , t
des fuites qui les rendent redou
tables à leurs Ennemis , & qui
·les faffent craindre , aimer , &
respecter de leurs peuples ; mais il
ne veut pas qu'ils s'y attachent ,
ny qu'ils s'en élevent , & pendant
qu'il les met furla tefte d'un
nombre infiny de peuples qui leur
obeiffent , il veut qu'ils fe confi
derent
GALANT 265
derent eux-mefmes , comme l'un
d'entre ceux qui font fous leurs
pieds. En un mot , SIRE , l'Evangile
de Jesus CHRIST
qui eft pour les grands Monarques
, comme pour leurs Sujets ,
n'ouvre les portes defon Royaume
qu'à ceux qui ont vêcû dans
une humilitéfincere , & dans un
détachement veritable de toutes
les chofes d'ici- bas. Il n'en exempte
perfonne , & il n'y a qui que ce
foit qui ne doive s'appliquer cette
declaration fifainte , mais fi peu
connuë , qu'ilfait , lors qu'il a
dit , Quiconque ne renoncera
pas à tout ce qu'il poffede , ne
Fevrier 1691. Z
266 MERCURE
peut eſtre mon Diſciple . C'est
une conviction qui doit eftre dans
le coeur. Ce Roy qui eft affis fur
fon Trône Fordre de Dieu,
par
lors
doit l'avoir comme les autres, elle
ne l'empefche point de tenir les
refnes qui luy ont efté confiées
elle n'affoiblit point fon autorité,
elle la confirme au contraire ,
jamais les Peuples ne font plus
foumis à fes volonte , que
qu'il est plus dépendant luy- même
de celle de Dieu ; à moins que
Dieu par des confiderations particulieres
n'interrompe en cela »
pour ainsi dire , le cours ordinaire
de fes Confeils.
GALANT . 267
Enfin , SIRE , Dieu a voulu
faire voir , commeVoftre Majesté
le remarque, que la Sainteté eftoit
compatible avec la Puiffance
Souveraine
; il a voulu que le
Sceptrefe trouvaft entre les mains
des Saints. C'est ce que nous a
vons vu dans la perfonne des
Henris, des Louis, des Edmonds,
des Edouards & de quantité
d'autres. Vostre Majesté fuit
leurs traces avec tant de fidélité,
qu'il y a toutfujet de croire qu'
Elle aura part à leur recompenfe
& àleurs Couronnes , foit par le
bon ufage qu'Elle fera de celle
que nous efperons qui luy fexa
Z ij
C
268 MERCURE
renduë , foit par la refignation
qu'Elle aura aux deffeins de Dieu..
au cas qu'il veuille qu'Elle achete
par la perte d'une grandeur bornée
& paffagere , une gloire d'u
ne durée d'une valeur infinie:
Je ne merite pas , SIRÉ , la
confiance que Voftre Majesté me
témoigne , mais je la puis affurer
qu'il ne mefçauroit arriver en ce
monde un plus grand bonheur que
de pouvoir contribuer quelque
chofe à fa confolation & àfon
fervice.
Nous continuerons , SIRE ,
d'offrir nos prieres à Dieu & de
luy demander qu'il ne ceffe pas de
GALANT . 269
répandre fes benedictions & fes
graces fur Voftre Majesté , fur
la perfonne de la Reine , & fur
le Prince fon Fils, & je la fupplie
tres humblement de croire
que je regarde cela deformais ,
comme un devoir indifpenfable
# qu'on ne peut rien ajoûter à
l'attachement inviolable , non
plus qu'au profond respect avec
lèquel je ſuis ,
SIRE ,
De Voſtre Majefté ,
Ce 21 .
Decem .
1690 .
Le tres - humble & tresobeïflant
ferviteur ,
F. ARMAND JEAN
Abbé de la Trappe.
6
Z iij
270 MERCURE
On a augmenté la petite
Gendarmerie d'une Compagnie
de Gendarmes de Berry.
M' de Queroüel en eft
Capitaine Lieutenant .
M' le Comte de Saffenage a
efté nommé Capitaine - Lieutenant
des Gendarmes
de
Monfieur , à la place de M
de Salard qui fut tué à la Bataille
de Fleurus .
Le Roy a donné un Regiment
de Cavalerie à M le
Marquis de Saligny . qui n'a
encore que vingt ans , & qui
n'en avoit que dix- huit lors
qu'on le fit Capitaine . Ce jeuGALANT
. 271
ne Seigneur
, l'un des mieux
faits de la Cour , eft Fils de
Meffire
Noël Eleonor
, Palatin
de Dyo , Marquis
de Monperroux
, & de Dame
Marie
İfabeau
de Coligny
. Le nom
de Monperroux
eft fi connu
dans les Troupes
par de longs
fervices
, que Sa Majesté
qui
ne fait rien qu'avec
juſtice
&
prudence
, avoulu
faire connoiftre
la confideration
qu'Ellea
pour ceux qui le portent
.
M le Marquis
d'Harcourt
vend fon Regiment
de Picardie
à M' le Prince
d'Epinoy
;
& Mr le Marquis
de Richelieu
Z iiij
272 MERCURE
fe défait du fien , qui eft de
Cavalerie, en faveur de M' de
Thoria.
Le 12. de ce mois , Dame
Maric du Cambout de Coif
lin , Tante de M' le Duc de
Coiflin , & Fille de Charles du
Cambout , Marquis de Coiflin
Chancelier des Ordres
du Roy, Gouverneur de Brest,
Lieutenant General pour Sa
Majefté en Bretagne , & de
Louife du Pleffis de Richelicu,
mourutau Val de Grace,
où elle s'eftoit retirée. Elle
eftoit Soeur de feue Madame:
la Comreffe d'Harcour, Mere
GALANT. 273
de M' le Comte d'Armagnac;
Grand Ecuyer de France , &
Veuve de Meffire Bernard
de Foix de la Valette , Duc
d'Efpernon & de Candale ,
Pair de France , Colonel General
de l'Infanterie Françoi
fe , Gouverneur de Guyenne ,
Chevalier des Ordres du Roy
& de la Jartiere , mort en 1661.
M' le Duc d'Efpernon , qui
l'avoit épousée en fecondes
Noces, avoit eu pour premiere
Femme en 1622. Gabrielle-
Angelique legitimée de Fran
ce , Fille naturelle de Henry
IV . & il en eut Louis - Char
274 MERCURE
les Gafton , connu fous le
nom de Duc de Candale ,mort
à Lyon en 1658. & Anne-
Chriftine Louïfe , Religieuſe
Carmelite au Fauxbourg Saint
Jacques. La Maiſon de Candale
eftoit une branche de
celle de Foix . Jean de Foix I.
du nom époufa Marguerite
de Suffolck , Heritiere du
Comté de Candale en Angleterre
, & Henry de Foix-
Candale, Gouverneur de Bordeaux
, l'un de fes Defcendans
, époufa en 1567. Marie
deMontmorency, Fille d'Anne
, Conneftable de France ,
GALANT. 275
dont il eut une Fille unique
Marguerite de Foix - Candale,
qui fut mariée en 1587. avec
Jean- Louïs de la Valette , Amiral
de France . De ce mariage
fortirent Henry de la Valette
, dit de Foix , mort fans
pofterité à Cafal en 1639 .
Bernard , Duc d'Efpernon de
Candale , dont la Veuve vient
de mourir , & Louis , Cardinal
de la Valette .
M de Lavic , Maiſtre des
Requeftes , mourut auffi fur
la fin du mois paffé . Il eftoit
Veuf, & a laiffé un Fils & unc
Fille , & beaucoup de bien .
276 MERCURE
Sa mort a d'autant plus furpris
tous ceux qui le connoiffoient
, qu'il n'avoit guere
plus de quarante ans. Il a fort
brillé dans les Charges qu'il a
cues , & jamais homme n'a
donné de fi belles efperances,
Je me fuis trompé quand je
vous ay mandé que M ' le
Comte de Jarnac eftoit mort ;
c'eft Mr le Comte de Chabot
fon Fils.
Ces Morts ont efté fuivies
de celle de Meffire Louis de
Mornay, Marquis de Villarceaux
, arrivée le 21. de ce
GALANT . 277.
mois en fon Chafteau de Villarceaux
. Il eftoit âgé de
foixante & douze ans . Comme
je vous ay parlé amplemént
de luy dans le Volume
de la Bataille de Fleurus , en
vous apprenant que M' de
Villarceaux fon Fils, y avoit
efté tué , je vous diray feulement
que la Famille de Mornay,
noble & ancienne , s'eft
féparée en diverfes branches
qui ont efte fecondes en
hommes Illuftres . & qui fe
font alliées aux premieres
Maifons du Royaume. Elle a
demeuré depuis environ 1300.
278 MERCURE
dans l'Orleanois dans le
Berry , & dans le Gaftinois ,
où elle poffedoit les Baronnics
d'Archeres & de la Ferté-
Nabert , la Chapelle- la - Reine,
& le Chafteau de Mornay
dans le Berry, jufqu'à Charles
de Mornay, Sicur de Villiers
, qui s'eftablit dans le
Pays de Caux, par le mariage
de Jeanne de Tric , Dame de
Buhy & de Hachicourt, Fille
de Jacques , Chambellan du
Roy, Sieur de Roulleboife,
Buhy, Magny , Villarceaux,
& c. & de Catherine de Fleu .
rigny. Ils curent Jean de
GALANT. 279
Mornay, d'où font venus , les
Sicurs de Buhy , du Pleffis-
Mornay, de Monchevreuil ,
de la Ville- au Tartre , & de
Villette. Jacques de Mornay,
Sieur de Buhy & de Boifemont
, defcendu de Jean
épousa Françoife du Bec ,
Dame du Pleffis- Marly, Fille
de Charles du Bec , Sieur de
Bourry & de Vardes , Vice-
Amiral de France , & de Ma
deleine de Beauvilliers Saint
Agnan. Leurs Enfans furent
Pierre & Philippes de Mornay
. Pierre de Mornay , Maréchal
de Camp, & Lieutenant
280 MERCURE

en l'Ile de France , qui fut
honoré par Henry IV.du Col
lier de fes Ordres , fut Pere
d'un autre Pierre qui ne laiſſa
que des Filles de Catherine de
Saveufe . Philippes de Mornay
fon Cadet,futattiré parfa Mere
dés l'âge de neuf à dix
ans dans les nouvelles opinions
, & c'eſt ce fameux du
Pleffis Mornay, qui par fon
grand Ouvrage de l'Eucha
riftic , donna lieu à la Conference
de Fontaine - Bleau ,
qui fe fit en 1600. entre luy
& M' du Perron . M' du Perron
n'eftoit alors qu'Evefque
GALANT. 281
Evreux , & il fut fait depuis
Cardinal.
Le Pontificat d'Alexandre
VIII. a efté court , puis
qu'il n'a occupé le Saint
Siege que feize mois cinq
jours moins. Il fut incommodé
d'une fluxion fur les
jambes le 15. du mois paffé,
& le lendemain , il y parut
une erefipelle , accompagnée
d'une fiévre , qui redoubla
fort le 21 Ses jambes s'eftant
ouvertes deux jours aprés , on
y fit deux incifions qui le
foulagerent , de forte que le
25. il fe trouva affez bien,,
Fevrier 1691. Ala
282 MERCURE
pour figner un Decret tou
chant la reforme des dépen
fes du Conclave , mais enfin
la gangrenne ayant paru en
plufieurs endroits , il fut impoffible
d'y remedier , & il
mourut le premier jour de
ce mois fur les fix heures du
foir , dans fa quatre- vingt &
uniéme année . Peu de jours
auparavant , il avoit declaré
M'Marini, Auditeur de Rote.
C'est un homme qui n'avoit
cſté pourveu que depuis peu
de la Charge de Clerc de la
Chambre , & qui n'eft âgé que
de 22. ans. Si- toft que le Pape
fr
GALANT. 283
fut
mort , les
Cardinaux
Chefs
d'Ordres
dépefcherent
des
Courriers
pour en porter
la nouvelle
à tous les Princes
Catholiques
, & aux Cardinaux
abfens
. Mr le Cardinal
de Bouillon
, & M ' le Cardinal
d'Eftrées
partirent
ces
jours
paffez
, & prirent
la
route
de Provence
, où Mt le
Cardinal
de Bonzy
, & M ' le
Cardinal
le Camus
fe doivent
trouver
, pour s'embarquer
tous
enſemble
& fe
rendre
à Rome
.
Il y a trois places de Confeiller
d'Etat Ordinaire qui
Aa ij
284 MERCURE
font toujours occupées par
des Prelats . Ceux qui les poffedent
prefentement font M
l'Archevefque de Reims , Duc
& Pair de France , M' de
Mets , Archevefque d'Ambrun
, & Mr l'Evefque &
Comte de Noyon , Pair de
France. Ce dernier vient d'c-
A
ftre nommé pour remplir
celle de M' de Medavy , Archevefque
de Rouen , qui
mourut le mois paffé . M' de:
Noyon n'avoir point demandé
que le Roy luy fit cet:
honneur , & il y avoit mefme
quelques jours qu'il n'avoit
GALANT 285
le
efté à Verſailles , lors que Sa
Majefté l'ayant apperceu , luy
dit qu'Elle l'attendoit , pour
luy declarer le choix qu'Elle
avoit fait de luy pour le pofte
que je viens de vous marquer.
On voit par là que
Roy ne cherche que le merite,
& la naiflance pour remplir
les Emplois de diftinction ..
L'un & l'autre fe trouvent au
plus haut degré en M de
Noyon. Son éloquence a
brillé dans la Chaire lors qu'il
n'eftoit encore qu'Abbé de
Tonnerre , & peu de perfon
nes ont pouffé auffi loin que
286 MERCURE
luy le grand talent de la Predication.
Quant à fa naiſſance ,
il y a peu de Maifons qui
puiffent égaler celle de Clermont-
Tonnerre , tant par l'éclat
qu'elle tire d'elle mefme,
que par celuy de fes grandes
alliances . Il y a auf trois
Confeillers d'Etat d'Epée, qui
font M'de S. Romain , Mile
Marquis d'Arcy , & Mr le
Comte de la Vauguion
, tous
trois celebres par un grand
nombre d'Ambaffades & de
Negociations, ce qui doit faire
admirer le choix du Roy, puis
que ce font particulierement
GALANT 287
1
des perfonnes de ce caractere
qui doivent affifter dans les
Confeils.
L'Enigme du mois paffé a
efté expliquée fur la Medecine
qui en eftoit le vray mot, par
M's Bouvet du petit Pont ,
l'Abbé Chauvin l'aifné , rue
de la Vieille Monnoye : C.
Hutuge d'Orleans : François
Logerot rue du Mail : Ponthier
Apotiquaire de Mante
fur Seine : Philippe Moze de
la Ville de Bruxelles rue aux
Fers : Philippe Rigault du
petit Pont : A. D. Lhoſpital
du Foreft : Gaillardin Chirur288
MERCURE
gien Juré à la Roche : Jacques
de Sercy du meſme lieu :
Blandre S' de Brasdefer , & fon
aimable Blonde de Villiers :
Tamiriſte de la rue dela Ceri,
faye le Reclus martial : le
Miquelet Parifien le plus
Beau des quatre, rue S.Honoré
aux Baftons Royaux : le Doteur
au Roy d'Angleterre ,
court- neuve du Palais : le
Prophete du coin de la rue
des Fourreurs
: le galant Papa
des Hayes du Pont S. Michel ::
le petit Guefite & fon aimable
Coufine Mademoiſelle des
Noyers le petit Amant par
caprice
GALANT. 289
caprice de la belle Lolotte de
l'Hôtel d'Autriche rue Montorgueil
le petit Emiſfaire.
de Madame de Chantale : lc
Pere ferieux & la belle Dormeuſe
ſa Fille , du Fauxbourg
S. Germain l'Envieux du
vafe d'or du Pont au Change:
Maconnet du même endroit :
Vandelain & fon Camarade
de la rue des Lavandieres :
Filleul le Cavalier de Falaife
& fon Camarade : le Liévre &
fon Epouſe vis à vis la Croix
du Tiroir : Michel Hervieux:
les Mariez du 6. Février de la
rue des Cinq Diamans , & la
Fevrier 1691 .
Bb290
MERCURE
:.
groffe Bourgeoife leur Voifine.
Et par Mefdemoifelles
Defquilac , rue neuve Saint
Louis proche le Palais ; Forgeron
: Antoinette & Marie
Bellier l'aimable couple de
Soeurs de la rue S. Julien des
Meneftriers : l'aimable Brune
rue aux Fers : l'Arc-en- ciel
de la mefme rue : la Spiri
tuelle & l'Enjoüée Nifon de
la ruc S Honoré : la fidelle
Colinette : la trop aimable &
aimée Veuve de la rue du petit
Lion la Spirituelle Palote
& fa bonne Amie du Cloitre
S.Jacques de la Boucherie : la
GALANT. 291
charmante Brunette devant le
petit S. Antoine : l'aimable
Veyfel de la Porte S. Michel,
& Laurence rue de la Truanderie
: la charmante Brune de
la court de Lamoignon au
Palais l'aimable couple de
Sceurs vis à vis la rue Hamon
de Caën : la charmante Marote
proche le Tripot de la
mefme Ville ; & la belle Madelonne
de la rue des Quais
du mefme lieu : la Charman .
te Brune du petit Saint Jean
de la rue Saint Denis : la
toute - aimable Catin du Roy
de la Chine de la mefme ruc:
Bb ij
292 MERCURE
l'aimable couple des deux
Soeurs de la Croix de Fer de
la porte Paris : la fpirituelle
& toute charmante Loüifette
du Mouton du mefme lieu :
l'incomparable Fanchon du
pin auffi du mefme endroit :
& la groffe Bourgeoife de
la Chaffe Royale du Pont au
Change : la Nourrice duMardy
gras , & fa bonne- Amic :
l'Inconnu inconnu : l'Amoureufe
infenfible : les deux Amans
misterieux de la rue fecrete
: le Pas , Directeur des
Postes de Quimpercorantin.
Voicy une Enigme nou
GALANT . 293
velle qui fera peut- eftre rêver
vos Amics .
25S22252 222552525
ENIGME .
j'ay quelque agrément , ce n'eft
point parmagraiffe , S'a
Je fuis fort maigre , & prens peu
d'aliment ,
Celuy qui me le donne en reçoit largement
,
Mais fans m'oüir gronder , jamais il
ne m'en laiffe.
Auffi mon foible corps de moment en
moment
Eft agité par quelque tremblement,
Etfi je me trouvois par malheur à
la preſſe ,
Bb iij
294 MERCURE
Mon ame quitteroit bien-toft fon lo
gement.
Cependant je me donne aux plaifirs
de la vie ,
Ceux de l'Amour font fouvent
mon empley ,
Et quandje fais quelque partie
Pour d'autres paletemps , je me fais
une loy
De triompher de la melancolie,
Et de bien divertir ceux qui font
avec moy..
Eftant ainfi dans la réjouiſſance,
Je rens le fommeilfans puissance,
Et paffe gayement la nuit.
Le jour tout habilléje repoſe à merveille,
Et dans ce temps , fi quelqu'un me
réveille >
J'enfaits affurement du bruit.
GALANT . 295
&
De quelque adreffe que fe
ferve un Ufurpateur, & quelques
forces qu'il ait en main ,
il eft impoffible qu'il vienne
à bout de regner , ny tranquillement
, ny feurement . Il
a beau employer tout fon efprit
, & tous les ftratagêmes
imaginables pour faire voir
qu'il eft legitime poffeffeur
de la Couronne qu'il a ufurpée
, il ne peut y réuffir , &
tout l'art de la politique la
plus rafinée , n'a pu encore y
faire parvenir ceux qui ont
monté fur le Tiône par des
voyes illegitimes. Quand ces
Bb iiij
296 MERCURE
&
grandes revolutions fe font,
que le Party des Traiftres
prévaut dans un Etat , les
Sujets fidelles font obligez de
diffimuler
, & de laiffer paffer
ce torrent dont la rapidité les
accableroit ; mais quand l'Etat
commence à paroiftre plus
tranquille , & que le Tiran
femble jouït , c'eſt alors qu'il
a tour à craindre , & qu'il s'éleve
de tous coftez des orages
contre luy. La plus faine partie
de ce mefme Etat, qui dans
le coeur eft demeurée fidelle
à fon Prince , fonge à prendre
fes mefures pour éclater ,
GALANT. 297
& pour faire voir que l'Ufurpateur
n'a pas dit vray quand
il a voulu faire croire qu'il
regnoit d'un confentement
unanime , & que la Nation
luy avoit offert un Trône
qu'il s'eftoit fait offiir par des
Traiftres , qui l'emportoient
,
non par le nombre , mais
-parce qu'ils avoient les armes
en main. C'eft alors que cet
Ufurpateur fe trouve dans
une fituation bien embaraffante.
S'il laiffe agir les Sujets
fidelles , il eft perdu , & s'il
les fait condamner , leur condamnation
fait voir qu'il n'eft
298 MERCURE
-pas vray qu'il regne du confentement
de toute la Nation .
Cependant il croit les devoir
facrifier à fa feureté , & ce
facrifice a fort fouvent un
effet contraire, Legrand Corneille
a touché admirablement
cet endroit dans fon
excellente Tragedie de Cinna
, lors qu'il fait dire à Augufte
, en parlant de ceux
qui avoient confpiré contre
luy ;
Une tefte coupée en fait renaiftre
mille ,
Et le fang répandu de mille
Conjurez,
GALANT. 299
Rend mes jours plus maudits,
non plus affurez.
C'eſt ce que va faire la mort
du fieur Jean Ashton , qui
fut executé à Londres le
7. de ce
mois
. Le
fang
du
jufte
donnera
aux
fidelles
Sujets
la force
de fe declarer
.
L'Ufurpateur
fe croira
obligé
d'en
faire
encore
répandre
, &
la
fource
n'en
tarira
point
.
Vingt
hommes
de
marque
executez
font
foulever
vinge
Familles
contre
un Tiran
, &
ces
vingt
Familles
, non
feulement
compofent
fouvent
une
bonne
partie
d'un
Etat
,
300 MERCURE
A
mais elles font alliées à cent
autres , qui entrent dans leurs
intereſts, de forte qu'un Ufurpateur
voit tout à craindre.
Tout luy devient fufpect , il
fait arréter , il fait executer ,
& chaque tefte coupée en fait
renaiftre un grand nombre
d'autres qu'il ne luy eſt pas facile
d'abatre. Il ne garde plus
de mefures , & le fang des innocens
reprochant aux traîtres
l'infidélité qui les noircit,
juftifie la Nation , & fait connoistre
qu'elle a de bon fang ,
qu'elle n'eft pas coupable , &
que les Rebelles pour couvrir
GALANT. 301
leurs perfidies leur ont fauf
fement imputé leurs crimes.
La mort du Sieur Afthon va
commencer à produire tous
ces effets , & le fang de la
Nation qui fe répandra , empêchera
le Prince d'Orange
de jouir tranquillement du
fruit de ſes attentats , & peuteftre
mefme d'en joüir longtemps
. Je ne doute point qu'
avant que vous receviez cette
Lettre vous n'appreniez la
deſtinée de Milord Prefton ,
puis que le Courrier qu'on
avoit depefché à la Haye pour
faire fçavoir fa condamnation
A
302 MERCURE
à ce Prince , & pour recevoir
fes ordres , doit eftre de retour
il y a déja du temps.
Comme l'Hiftoire ne nous
fair rien voir de la nature de
fon Ufurpation , ny qui puiſſe
eftre mis en balance avec les
manieres dont il la fouftient,
tout ce qui regarde ſa vie merite
que l'on en parle avec
une entiere connoiffance.C'eft
ce qui m'oblige à differer juſques
au mois prochain à vous
entretenir de fon Voyage en
Hollande , mais j'efpere vous
en pouvoir alors parler amplement
, & je commenceray
ļ
GALANT. 303
3
par fon départ d'Angleterre.
J'attendray auffi jufqu'à ce
temps- là à vous parler du
Mariage de M le Prince de
Turenne & de Mademoiſelle
de Ventadour, qui ne s'eft
fait que depuis trois jours.
Je fuis , Madame , Voftre, &c.
A Paris , ce 28. Février 1691.
Le fecond Volume des Saty
res de Juvenal traduites en vers
Françoispar M le Prefident de
Silvecane,fe debite préfentement,
on le trouve auffi bien que le
premier chez le S Pepie ruë
304 MERCURE
Saint Jacques , & chez le St
Guerout , Galerie- Neuve du Palais.
Ce Livre est accompagné
de remarques tres- curienfes .

22252552 52S525252
P
TABLE.
Relude.
Article curieux concernant
un ancien Temple de Nifmes.9
Lettre d'un Gentilhomme Anglois,
à un Bourgmestre Hollandois
, fur le Jugement de
Milord
Torrington . 35
Nouvelles découvertes faites par
M. de Caffini.
Le Carnaval.
SI
69
Morceau d'Hiftoire tres - curieux
touchant les affaires d'Ecoſſe .
Fevrier
1691.
Cc
$4
TABLE.
Avis à Timante. 167
M. de Vieuffens eft choisi pour
premier Medecin de Son A.
Royale Mademoiselle d'Or ,
leans . 176
Morts. 179
Livres nouveaux.
187
Hiftoire. 195
Traduction de la réponse du Roy
de Perfe à une Lettre de l'Em-
2.19
pereur.
Reponfesfaites au nom du Sophy
al Ambassadeur dePologne.222
Réponse du Sophy au Pape Innocent
XI.
Nouvelles de Perfe.
225
230€
Les deux Chevres Fable. 237
TABLE.
Tiridate , Tragedie nouvelle.241
Loteries. 244
Prifes faites fur mer .
Nouvelles des Indes.
248
250
Lettre de l'Abbé de la Trappe
au Roy
d'Angleterre . 258
Nouvelles Charges dans la Gendarmerie.
270
Regimens donne vendus. 271
Autre article de Morts . 272
M. de Noyon eft nommé
par
le
Roys Confeiller d'Etat Ordinaire.
Article des
Enigmes.
Mort du fieur
Afton.
Fin de la Table .
283
287
298
Cc ij
L
Avis pourplacer les Figures.
"Air qui commence par,La paix
eftoit maiftreffe de mon coeur ,
doit regarder la page 83 .
La Medaille doit regarder la page
177.
L'Air qui commence par , Mon
aimable Silvie , &c. doit regarder
la page 240.
5225525225-SSSZZZZ
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout, Galerie- neuve du
Palais.
LA
A Découverte ' des Miſteres du
Palais , où il eft traité des Parties
en general , des Intendans des grandes
Maiſons , des Procureurs , Avocats ,
Notaires, & Huiffiers. vol. in douze ,
1. liv . 10. f.
La Vie de la fete Reine d'Angleterre,
dans laquelle outre fes actions
particulieres de pieté , on trouve ce qui
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Charles II . Vol . in 8. 2. l. 10. f.
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raiſonnée de Michel Ettmuler , avec
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dans les Vaiffeaux . 1. l . 10. f.
Pratique de Medecine fpeciale du
mefme Ettmuler, fur les Maladies pro
pres des Hommes , des Femmes & des
Enfans. Vol. in 8.
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d'Irlande.
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La difference , les proportions , les portées
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les Canons dont on fe fert en
France , tant fur Terre que fur Mer ,
avec plufieurs Planches , par Monfieur
Gautier de Nifmes .. 1. 1. 10.f.
Traité des Fortifications nouvelles
avec plufieurs Figures en Taille douce ,
du mefme Monfieur Gautier. 1.1. 10. f.
Les Difgraces des Amans. 1. 1. ro. f.
Le Grand Tarif des Nouvelles
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Saignée. vol . in douze . 1. liv. 10. f.
Les Regles de la Vie Chreftienne,
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de l'Eglife . vol. in feize r. 1. 10. f..
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de Morale
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Hiftoire de l'établiffement de la
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Hiftoire de l'Afrique ancienne &
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Hiftoire de Normandie. 1. l . 10. f.
Eloges des Perfonnes Illuftres de
l'ancien
5

1
l'ancien Teftament , par M. Doujat
1. 1. 5. f
Kali..
Réflexions fur l'Acide & fur l'Al-
1. liv . 10. f.
Effais de Morale & de Politique,
où il eft traité des Devoirs de l'Homme
confideré comme particulier , &
comme vivant en Societé. 2. vol . 2.1.
Obfervations de M. Spon fur les
Fiévres & les Febrifuges . 1. l.
Antiquitezdu mefme M. Spon, Ourage
enrichy de plufieurs Figures .
7.1
OEUVRES DE M
de Fontenelle.
Dialogues des Morts. 2. vol. in
'douze .
3. Iak
Jugement
de
Platon
fur
les
Dialogues
des
Morts
.
1.1. 10. f.i
Entretiens fur la pluralité des Mondes
, augmentez en plufieurs endroits,
avec un fixiéme Soir qui n'a point en-
Février 1691. Dd
6
core paru , contenant les dernieres.
découvertes qui ont esté faites dans
le Ciel
Hiftoire des Oracles .
1. 1. 10. f.
1. liv. 10 £
Poëfies Paftorales avec unTraité de
la Nature de l'Eglogue , & une Di
greffion fur les Anciens & les Moder
1. li. 10. f. nes.
Lettres galantes de M. le Chevalier
d'Her... 2. vol.
Academie galante. 2. vol.
La Ducheffe d'Eftramene. 2. Vol,
Les Dames Galantes.
3.1.
3. liva
2. liv..
3.1 Caracteres de l'Amour. 1. 1. 10. f.
Sentimens fur les Lettres & fur
l'Histoire , avec des Scrupules fur le
Stile. 1.1. 10. f.
Le Mary Jaloux. 1. l. 10. f.
1.1. 10. £.
6.1.
L'Illuftre Genoife.
L'Ariofte moderne.4 . v .
Secrets concernant la beauté & la
fanté. 2. vol . in octavo . 6. 1.
Dialogues Satyriques & Moraux.
2. vol. 3. 1.
7
Difcours Satyriques & Moraux en
Vers.
Fables nouvelles .
I. 1.
1. 1.
Epiftres
en Vers
de M.
Sabatier de l'Academie
Royale
d'Arles
. 1.1.
Le Chevalier
à la Mode
. 1. l. 10. f. La Défolation
des Joüeufes
. 10. f.
La Devinereffe
.
Artaxerxe .
La Comete.
1. l.
10. f.
10.f.
La Methode du Blafon du Pere Me-
´neftrier , avec les Armes de la plupart
des plus confiderables Maifons de
France , imprimée en 1688. 2. liv.
Bibliotheque choifie de Colomiez ,
1.liv. 10.f.
Traité de Geometrie , par M. le
Clerc. in octavo . 3.1. 10. f.
Hiftoire de Mahomet IV.depoffedé,
& de Solyman III . mis fur le Trône.
3. vol. in douze.
1. vol in oct .
4.1. 10. f.
Amballades
de Monf. le Comte de
Guilleragues
, & de M. Girardin , auprés
du Grand Seigneur, avec plufieurs
Pieces curieuſes
, tirées des Memoires
Dd ij
de tous les Ambaffadeurs de France à
la Porte , qui font connoiftre les grands
avantages que la Religion & tous les
Princes de l'Europe ont tirez des alliances
faites par les François avec Sa
Hautefle depuis le regne de Françoisl .
& principalement fous le regne da
Roy , à l'égard de la Religion, enfemble
plufieurs defcriptions de Feftes &
Cavalcades à la maniere des Tures ,
qui n'ont point encore efté données au
Public , ainfi que celle des Tentes
du Grand Seigneur. 1.1.10.
Hiftoire dos Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y eft paffé do
remarquable jufqu'à la fin de l'année
6. vol . in douze ,.9 . 1.
1687.
Le Grand Vifir Cara Mustapha.
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers
emplois , le vray fujet qui luy a fait
entreprendre le Siege de Vienne , &
les particularitez de fa mort 1. 1. 10. f.
Le Secretaire Turc , contenant l'ait
d'exprimer les penfées fans fe voir
1
5
fans fe parler , & fans s'écrire , avec
les circonftances d'une avanture Turque
, & une Relation tres- curieufe de
plufieurs particularitez du Serrail qui
n'ont pas encore efté veuës . 1. 1. 10. f.
Le Seraskier Bacha. 1. 1. 10. f.
Notes de M. Corneille fur les Remarques
de M. de Vaugelas, fuivant
le fentiment du Pere Bouhours , &
de Meffieurs Chapelain & Ménage ,
avec les Remarques mefmes. 2. vol .
in douze. 4. liv . 10. f.
L'Art de laver, ou nouvelle maniere
de peindre fur le papier , fuivant le
coloris des Deffeins qu'on envoye à la
Cour , par M. Gautier de Nifmes .
1. 1.
Recueil d'Ouvrages faits à la loiian
ge du Roy , fur l'extirpation de l'He
refie. 1.1. 10. f.
Relation des Prieres publiques qui
ont efté faites par toute la France , en
actions de graces de la guerifon du
Roy.
Relation du Mariage de Mademoi-
1. 1. 10. f.
Dd iij
10
felle avec le Roy d'Espagne. 1. 1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois. 1.1. 10.6
-
Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , avec la Princeſſe
Anne Chreftienne- Victoire de Baviere.
1. l. 10.f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoyc avec l'Infante
de Portugal.
1.1 . 10.f.
Campagne de Monfeigneur le Dauphin
, où l'on voit une defcription de
Philifbourg , avec les noms de ceux
qui l'ont fait fortifier , & de ceux qui
ont affiegé cette Place , un état des
Brigades des Regimens de Cavalerie ,
Infanterie & Dragons qui compofoient
l'Armée ; un état des Officiers
Generaux & des Aides de Camp de
Monfeigneur le Dauphin , avec les
noms de tous les Volontaires ; un détail
de tout ce qui s'eft paffé au Siege,
divifé par jours & par nuits , &c. 1.1 .
10. f.
II
1
Relation du Siege de Vienne . 1.1 . 10.f.
Hiftoire du Siege de Bude. 1. 1. 10.f.
Relation du Siege de Luxembourg
1. 1.10.1.
I.liv. 10.f.
La Fefte de Chantilly .
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
. 1.1.13.f.
Relation de ce quia efté fait devant
Genes en 1684. par l'Armée Navale
de Sa Majesté.
1. 1. 10. f..
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chreftiennes en Hongrie
, & dans la Morée , avec la priſe
de plufieurs Places fur les Infidelles.1.1 .
Eftat prefent de la Puiffance Othomane,
avec les caufes de fon accroiffement
& de fa décadence. 1. 1 .
10. f.
Voyage
du Chevalier
Chardin
en
Perfe
, & aux
Indes
Orientales
, par
la Mer
noire
& par la Colchide
enrichy
de 18. grandes
Figures
. 2. v. 4.lä
Io. f.
Le Carroufel des Galans Maures ,
entrepris en 1685. par Moufeigneur le
12
Dauphin, avec la Comparfe, les Courfes
, & les Madrigaux . I. liv. Seconde
Relation
de ce mefme
Carrouſel
, avec diverſes
Planches
qui re- prefentent
la fituation
des Quadrilles
.
1. liv.
Carroufel de Monfeigneur le Dauphin
fait à Verfailles en 1686 .
1.1.
Ambaffade de Siam en France, contenant
la reception qui a efté faite aux
Amballadeurs de Sa Majefté Siamoife
dans toutes les Villes où ils ont paffé ,
les ceremonies obfervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy & de
la Maifon Royale , les complimens
qu'ils ont faits , & ce qu'ils ont dit
de remarquable fur tout ce qu'ils ont
veu , avec une deſcription exacte des
Châteaux , Appartemens , Jardins &
Fontaines de Verſailles , S. Germain
en Laye , Marly & Clagny , de la
Machine de Marly, des Invalides , de
l'Obfervatoire , de S. Cyr , des Che
vaux qui font dans les deux Ecuries
du Roy , des Galeries de Sceaux , ce
13
-
1
qu'ils ont veu pendant leur Voyage
en Flandre ; la defcription des Villes
& de tous les lieux où ils ont efté , de
la Feft
donnée par Monfieur à Saint
Cloud & des Prefens qui leur ont
efté envoyez aprés leur Audience de
Congé. 4. Vol. in douze . 6. liv.
Relationdu Voyage du Roy en Flan
dre en 1680 . I.l.10 . f.
des Places de la haute & baffe Alface,
& de celles de la Province de la
Sare & de Luxembourg. 1. liv. 10. f.
Obfervations de Medecine , contenant
la guerifon de plufieurs maladies
confiderábles , avec la maniere
de bien preparer & adminiftrer les:
remedes , par l'Apteur de l'Anatomie
du corps humain. vol. in douze 1. liv.
10. f.
Eclairciffement
nouveau
& tres-utile
fur le preft & l'intereſt
. 1.liv.
Traité de la Tranſpiration du fang.
• Airs Serieux & Bachiques à deux &
à trois Parties , meflez de Simphonies-
& en Trio pour les Violons & les
14
Flûtes avec des accompagnemens dans
tous les recits , le tout fait exprés , pour
concerter tout un Livre de fuite en
quatre Parties.
3. L.
Divers
Ouvrages
en
Mufique
de
M.
de
Bacilly
.
Traduction des Satyres de Juvenal,
en Vers François, par M. le Prefident
de Silvecane , avec des Remar ques
fur chaque Satyre. 2. vol. 4. liv.
Outre les Mercures de quatorze années
,à commencer en 1677. il y a trendeux
Extraordinaires , dans lefquels
font divers Traitez tres -curieux , &
plufieurs matieres qui regardent les
Sciences & les Arts...
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le