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1691, 01
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16947
Mercure

<36623738620012
<36623738620012
Bayer. Staatsbibliothek
7

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JANVIER 1691.
A PARIS ,
GALERIE - NEUVE DV PALAIS.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
E : MICHEL GUER OUT , Galerie-neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC . LXXX X,
AVEC PRIVILEGE DU Ror,
Bayerische
Staats -ibliothek
hen
Ghogha de
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfai«
tes jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employeż
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns, de
ces Mémoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de -
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent,&fur
A ij
AVIS .
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'ar
ticle des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout ensemble est beaucoup pour
un Libraire.
"
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mows. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
Laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
A VIS
tes Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le prefent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit Sieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mejme & de les faire
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Parculiers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe gene-
>
ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera ,foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont on aura tout lieu d'eftre
content .
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1691 .
I
E croy , Madame ,
que je ne puis mieux
commencer ma premiere
Lettre de cette nouvelle
année , qu'en vous faifant
part d'un nouveau Portrait
du Roy. Les traits font
A iiij
MERCURE
fi reffemblans, que vous n'au
rez pas de peine à tomber
d'accord qu'ils ne peuvent
convenir qu'à ce grand Monarque.
ET
A U ROY.
SONNET.
Tonner l'Univers par fon rare
genie ,
Combattre , terraffer un monde d'Ennemis
,
Défendre fes Sujets , proteger fes ·
Amis
Et fignaler par toutfa prudence infinie.
S
Braver ouvertement toute l'Europe
unie ;
GALANT.

A fes Auguftes loix voir l'Ocean
foumis ;
Faire defes Etats l'Empire de Themis
,
Et celuy des beaux Arts, de Mars ,
& d'Uranie.
S
De fon Peuple charmé prevenir les
defirs,
Le combler de bonheur ; de joye , &
de plaifirs
Eftre grand , liberal ; égal & magnanime.
2
Poursuivre un Parricide àſa perte
obstiné,
Pour rétablir au Trône un Prince legitime
,
Sont les faits d'un Heros qui n'a
rien de borné.
10 MERCURE
Aprés ce Sonnet qui m'a
efté envoyé au nom du Solitaire
de Pontoife , vous ferez
bien- aife de voir un Ouvrage
d'une autre nature , &
qui merite d'eftre leu avec
attention . On y voit le peril
où la Ligue faite contre le
Roy met la Religion Catholique
en Flandre.
GALANT. II
SS2S2ss222552 S222
LETTRE
D'UN PRELAT
FLAMAND ,
A un Confeiller d'Eftat
en Eſpagne.
MON
ONSEIGNEUR
C'est avec une extrême repugnance
que je me hazarde à
vous écrire fur des matieres qui
ne peuvent vous eftre agréables,
& encore moins à Meffieurs
12 MERCURE
1
vos Collegues , qui fuivant un'
ancien abus qui eft paffé en coutume
, ne reçoivent pas volon
tiers des nouvelles , toutes importantes
qu'elles foient , quand
elles ne répondent pas à ce qu'ils
fouhaitent , & encore moins - à
l'honneur de la Monarchie :
mais comme vous aimez nôtre
fainte Religion Catholique , A
poftolique Romaine , l'honneur
le fervice du Roy nôtre
Maître , & le bien public de fes
Sujets , je ne puis refifter aux
mouvemens de ma confcience qui
m'obligent à vous informer de
plufieurs chofes que j'ay inutileGALANT.
13
ment reprefentées à ceux qui
tiennent icy les premieres places.
Vous croirez peut- etre que
je vais vous parler de l'état où
les pauvres Peuples font reduits
par
la des violences
guerre ,
inoüies commifes par les troupes
de ces Alliez qui nous devoient
mettre à couvert des hoftilitez
des François , & qui nous ont
neanmoins traitez avec autant
& peut- eftre plus de barbarie ,
de la profanation des Eglifes ,
des Vafes Sacrez & des mifte -
res de noftre fainte Religion ;
enfin de tous les maux qui nous
accablent, & qui font mille fois
14 MERCURE
par jour maudire la Ligue &
les Alliez. Non , Monfeigneur,
vous enfçavez affez de nouvelles
, le Confeil en est informé
par plufieurs Lettres, &particu
lierement par celles de Meffieurs
les Etats de Brabant. Sa Majefté
a eu la bonté de leur faire
une réponse capable,felon ce que
le Confeil d'Etat paroist en avoir
jugé, de leur mettre l'esprit en
repos , en leur donnant efperance
d'un puiſſant Secours pour la
Campagne prochaine. C'eft cependant
cela qui augmente l'inquietude
, non feulement des
Brabançons , mais de tous nos
GALANT.
IS
bons Flamans , qui nonobftant
leur fimplicité naturelle ont crû,
que puis qu'on avoit affecté de
rendre publique cette Lettre du
Roy , il leur eftoit permis de raifonner
deffus, & voicy comme
ils raifonnent. Ils disent qu'on
leur donne à la verité des loüanges
qui leur font plaifir ; mais
que quand pour toute réponse à
des remontrances articulées par
tant de faits odieux qui font
affe connoiftre que ces Alliez
dont on efperoit tant de fervices,
ne fongent en effet qu'à ruiner
les Pays de Sa Majesté , & qu'à
faire fubfifter leurs Troupes aux
16 MERCURE
leur
dépens de fes Sujets ; quand ,
dis - je , pour toute réponſe on
leur dit en termes generaux ,
qu'ils feront fecourus puiſſamment
, & que Sa Majefté rifquera
toute la Monarchie pour
confervation , ils ne fçavent
quepenfer, fi ce n'est que le Confeil
d'Etat a trouvé des expediens
dont on ne juge pas à propos d'informer
le public. C'est ce qui
augmente leur inquietude &
leur curiofité ; car quelque fimples
qu'ils foient , ils ne prennent
pas pour argent comptant les remifes
que Son Excellence attend
depuis tant de mois , & que les
GALANT. 17
S*
Officiers Espagnols ont toûjours
mangées long temps avant qu'èlles
arrivent encore moins l'argent
qui doit arriver fur les Galions
& les revenans - bon de la
grande reforme faite dans les
Finances il y a quelques années ,
laquelle n'a pas rendu l'argent
d'Espagne moins rare en ce Payscy.
Vous croyez à Madrid
la bourfe des Hollandois eft inépuifable
, comme les gens de qualité
croyent ne pouvoir jamais
ruiner leurs Marchands à force
de prendre à credit & de ne pas
payer ; mais on est icy trop prés
d'eux pour ne pas fçavoir que
Janvier 1691 .
B.
que
18 MRECURE
fi leurs Livres font fort char
gez de groffes parties pour l'Empereur
pour tant de Princes
dont le Roy Guillaume leur
a donné la pratique , en ga.
gnant fur leur marché les frais
de fon Sacre , leurs Magazins
n'en font pas mieux fournis.
Ainfi nos bonnes gens ne
comptent pas fur tout ce que
Roy Guillaume promet de les
obliger à prêter pour ce Payscy,
comme fur une reffource
confiderable , puis que quinze
cens mille Florins ne fuffront
pas à payer une groffe Armée ,
telle qu'on lapromet , & à l'emle
fort
GALANT. 19
pêcher de ruiner les Peuples ,
comme elle a fait les deux dernieres
Campagnes. Cependant
quand ils voyent la contenance
affurée de nos Ministres , ils fe
doutent qu'il y a quelque autre
chofe qu'ils n'auroient peut- eftre
pas deviné , s'ils ne l'avoient
appris par beaucoup de Lettres
que
de Hollande d'Angleterre.
C'est le bruit qui s'eft répandu
le Roy noftre Maiftre avoit
fait un Traité , par lequel il cedoit
Nieuport Oftende, & quel
ques autres Places aux Hollandois
& aux Anglois , pour feureté
du fecours qu'ils envoyeront
Bij
20 MERCURE
dans les Pays- bas , & vous ne
pouvez croire , Monfeigneur, le
mauvais effet qu'a produit par
my les Peuples cette nouvelle ,
vraye on fauffe. Vous fçavez
combien ils font icy zelez pour
la Religion Catholique , & vous
pouvez par confequent juger
quelles font leurs alarmes , de
voir dans les nouvellespubliques.
qu'on a refolu en Espagne de
prendre des Eglifes pour y faire
des Prefches , afin que les Protestans
puiffent avoir l'exercice
de leur Religion dans des lieux
ùo on ne la connoist que pour l'avoir
en horreur. Ils fe reprefenGALANT.
21
tent déja ces Armées nombreuſes
d'Heretiques , qui fe trouvant
par tout les plus forts , donneront .
la loy aux Catholiques ; & quoy
que fon Excellence & les Miniftres
des Alliez puiffent dire
aucontraire , rien ne fera capable
de les raffeurer. Les Ecclefiaftiques
font, comme vous fçavez,
laplufpartgens fçavans d'une
vie exemplaire . Ils ont un grand
credit parmy le Peuple , & on
ne peut affez louer leur zele
pour le fervice du Roy. Cependant
de la maniere dont j'en
connois plufieurs , je ne voudrois
pas répondre que s'ils eftoient une
22 MERCURE
fois perfuadez , comme il s'en
faut fort peu qu'ils ne lefoient
que la Religion Catholique fuft
icy en quelque peril , ils ne fuffent
capables d'animer les Peuples
pour fa défenfe , & vous
pouvez juger ce qui pourroit
arriver dans un femblable def
ordre ; car fi le feul motif de la
Religion a porté Souvent les
Peuples les plus foumis aux dernieres
extremitez , on pourroit
icy craindre la mefme chofe ,
fur tout , quand l'intereft des
Ecclefiaftiques s'y trouveroit
neflé. Soyez perfuadé , Monfei
gneur , que les riches Abbayes ,
GALANT. 23
les Chapitres , & tant de bons
Beneficiers ne font pas fans inquietude,
quand ils entendent dire
que nous aurons l'année prochai
ne trente ou quarante mille
hommes , Anglois , Hollandois ,
ou Huguenots refugiez › & qu'-
ils apprennent en mefme temps
qu'on met en vente en Angleterre
en Irlande, tous les biens &
des Catholiques
, qu'ils voyent
des Affiches dans les Gazettes
Flamandes pour indiquer des
Chanoinies d'Utrech ou de Boifleduc
à vendre. Ouy » il
faut pas vous tromper , ils craignent
qu'il ne leur en arrive au-
*
ne
24 MERCURE
tant ,fçachant bien que quand
une fois les Proteftans feront en
poffeffion de ces biens , & qu'ils
auront des Places de feureté ,
toutes les forces du Roy noftre
Maistre ne feront pas capables
de les en chaffer. Que fi par
malheur il arrivoit que quelques
Ecclefiaftiques zelez , quand ce
ne feroit que ces Seminaristes
Anglois qui font la derniere pi
tié , qui font dépoüillez de
tout par celuy dont on nous fait
efperer une puiffante protections
fe miffent par defefpoir , ou par
unzele mal entendu , à exborter
les Peuples à défendre la Religion
GALANT.. 25
t
gion de leurs Peres , je doute
fort que toute l'autorité de ceux
qui gouvernent ce pays- cy , fuft
capable d'empêcher quelque grande
revolution ; car enfin ils n'auroient
qu'à ouvrir leurs portes
aux François , & fi la moindre
Ville avoit fait cette démarche ,
peut- eftre qu'elle ne feroit pas
feule. Vous comptez peut- eftre
fur la haine des deux Nations ,
qni eft affurement fort augmentée
par tous les maux qu'ils nous
ont faits , & qu'ils nous font
encore tous les jours ; mais d'un
autre cofté , on les craint d'autant
plus , qu'il paroift que
Janvier 1691 .
C
les
26 MERCURE
Alliez les craignent auſſi , far
tout depuis la Bataille de Flenrus
, qu'on nous a , dit- on , fait
gagner à Madrid , quoy que je
vous affure qu'elle a efté icy parfaitement
perdue. Si vous aviez
veu , comme nous , l'embarras &
l'itrefolution où tous nos grands
Capitaines ont efté depuis cette
Fournée , le foin qu'ils ont eu de
ne pasfortir de noftre pays , &
la tranquillité avec laquelle ils
y ont laiffé vivre les François ,
vous comprendriez aisément que
nos Flamands n'ont pas tort de
n'avoir plus de confiance en eux,
Favoue que les François leur
GALANT: 27
par
l'am
ont effé toujours fort odieux ,
mais foyez perfuadé que cette
haine eft bien diminuée
mour de la Religion , qui feroit
peut- eftre opprimée , fi la France
ne la fouteneit. Je foay bien que
les François parlent ainfi; mais
nos Peuples le croyent,& en effet
n'ont - ils pas raiſon ? Les Traitezfaits
avec le Roy Guillaume
pour la feureté de la Religion
Catholique , ne leur mettent pas
l'esprit en repos. Ils fçavent de
quelle maniere il a obſervé ceux
qu'il avoit faits , comme Hollandois
, avec le Roy Jacques fon
Beau-pere , ainfi que les paroles
C ij
28 MERCURE
données dans fes Declarations &
dans fes Harangues aux Parlemens
. Enfin ils n'ignorent pas
qu'il a changé trois ou quatre
fois de maximes depuis qu'il est
parvenu à la Couronnes qu'il a
abandonné tous ceux qui l'ont le
mieux fervi, ils ne doutent
pas qu'il ne facrifiaft auſſi volontiers
fes Alliez , fi une fois il
n'en avoit plus affaire . Il eft
vray qu'en ce pays- cy nous ne
comprenons pas comment le Roy
nôtre Maître s'y fie,fur tout après
que l'Empereur a perdu des con
quêtes qui affuroient la Chrétien,
té pourjamais , & mettoient fa
GALANT. 29
.
Maifon en eftat de donner la loy
à toute l'Allemagne , & peuteftre
à toute l'Europe's pour s'efire
laiffe tromper par fes vaines
promeffes. Mais quand il y auroit
fujet de s'y fier, quel com →
pre peut-on faire fur une Armée
de Rebelles prefts toujours à changer
de party ; & fur tout , fur
les Huguenots François › qui non
feulement portent les armes contre
leur Patrie , mais qui ont
efté lesprincipaux inftrumens de
la trahison concertée contre le
Roy Jacques qui les avoit receus
avec trop de facilité , & leur
avoit accordé plus de graces qu'ils
Cij
30 MERCURE
?
n'en auroient osé demander ? En
verité c'est beaucoup hazarder :
de remplir ce pays. cy de gens.
fans foy & fans loy , qui n'entretiendront
leurs hoftes que ・de⋅
leurs proüeffes contre des Preftres.
des Catholiques . Il ya encore
plus de peril à laiſſer apprendreà
nostre bon Peuple tout ce qu'ils
ont fait pour déposer un Roy legi
time, fous le ridicule prétexte d'avoir
violé le Contrat original
entre luy &fes Sujets , máxime
qu'il n'eft pas à propos de renouveller
, aprés ce qu'elle a fait
faire aux Arragonnois & aux
Catalans , à qui on sçait affe
GALANT.
31
qu'elle n'a jamais déplû. Enfin ,
il est tres-perilleux d'accoutumer
nos Flamands à entendre toutes
fortes de blafphemes contre la Religion
, pour laquelle nous les
voyons prefts d'expofer leurs vies.
Il eft de l'intereft de Sa Majesté
de conferver les Pays - bas , mais
il n'en eft pas moins de conferver
les Peuples dans une heureufe
ignorance de ces abominables
maximes fur tout dans
la veritable Religion
, puis que
l'experience du Siecle paßé a fait
connoître qu'auffi toft que l'Herefie
fe fut répandue en ces pays- cy,
ceux quien furent infectez renonČiiij
32 MERCURE
une
cerent à l'obeiffance qu'ils de
voient à leur legitime Souverain.
Vousfçavez affez que ce n'estpas
la force des armes de Sa Majefté
qui tient ces Peuples dans le
devoir, c'eft leur Religion,
droiture naturelle qui les confervent
dans la foumiffion , et leur
font fouffrir patiemment tous les
malheurs caufe par la foibleſſe
gouvernement qui les accable
depuis fi long- temps . Les interefts
que le Roy noftre Maistre peut
avoir communs avec les Alliez,
ne font pas comparables à celuy
qu'il a de ne pas llaaiiffffeerr corrompre
ces bons fentimens de ces
du
GALANT.
33
fidelles Sujets , & encore moins
la Religion qui en eft le principe .
Mais fi le mauvais eftat de fes
affaires fait qu'il ne puiffe conferver
ce pays fans en abandonner
une partie ; qu'on y prenne
garde , je vous le repete , car nos
Flamans ne fe laifferont pas
vendre facilement. "Si on leur
vouloit donner de nouveaux
Maistres, cela leur pourroitfaire
naiftre l'envie d'en chercher , &
ils prefereroient fans doute ceux
fous qui leur Religion feroit en
feureté, & leur repos auffi peu
troublé que celuy des Villes conquifes
par la France , que les
?
34 MERCURE
cy.
Alliez ne regardent que de fort
loin & avec respect. Voila ,
Monfeigneur, ce que mon devoir
ma confcience m'obligent de
vous écrire , comme une des plus
importantes affaires de ce pays-
Vous en ferez l'usage que
vous jugerez à propos . Je prie
Dieu cependant qu'il infpire Sa
Majesté & Son Confeil , en forte
que nous puiffions voir bien- toft
la fin de tant de malheurs , par
une bonne Paix qui nous feroit
plus neceffaire que les Victoires
des Allic . Auffi , pour vous
parler franchement , nos gens
bien ne fongent guere àeux dans
de
GALANT .
35
leurs prieres » & il y en a quife
feroient un grandfcrupule d'avoir
prie Dieu pour la Ligue
quand ils perfent qu'elle a pour
Chef le plus grand Ennemy
de la Religion Catholique , &
c'est tout dire , car nonobftant
les éloges extravaguans & blafphematoires
qu'en vient de faire,
à la honte éternelle du Duc de
Savoye , un petit homme , qui.
aprés cent méchantes figures, fait
celle de fon Envoyé en Hollande
en Angleterre , nos Compatriotes
ne regardent pas le Roy
Guillaume comme un Heros choifi
de Dieu pour executerfes deffeins.
36 MERCURE
éternels. Ils font trop fimples pour .
entendre ce galimatias , ils
appellent les chofes par leur nom .
Dieu comble Sa Majesté de prof
peritez , qu'il la conferve pour
le bien de la Chreftienté , qu'il
la delivre de tels Alliez, & qu'il
donne à fes Ennemis de tels
Gendres , de tels Amis , de tels
Officiers , & de tels Maiftres.
Je fuis , &c.
On a eu icy avis de la mort
de Meffite Charles Cottereau ,
Licencié de Sorbonne , Chanoine
Prebendé , & Celerier
de l'Eglife de Saint Martin de
GALANT .
37
Tours . C'eftoit un homme
d'une ancienne Famille , &
d'une profonde crudition.
Il joignoit à ces avantages
une pieté tres édifiante , ne
manquant jamais à aucun Of
fice. Comme il eftoit d'une
forte conftitution , il cmployoit
le reſte de ſon temps
à l'étude & aux affaires. Les
fonctions de Grand- Vicaire &
d'Official de fon Chapitre luy
en demandoient beaucoup.
La dignité de Celerier qu'il
poffedoit eft un refte de la vic
commune que menoient autrefois
les Chanoines de Saint
28 MERCURE
2
Martin . Ils furent établis dans
cette fameufe Egliſe vers l'an
795. par Charlemagne, de l'autorité
du Pape Adrien . Cela
paroit par Eginard , Secretaire
de cet Empereur , &
par la Chronique de Tours.
Le Celerier eft un des fix
Prieurs dont les noms fe mettoient
autrefois à la tefte de
tous les actes du Chapitre ,
& fans lefquels le Chapitre
mefme ne pouvoit, ny s'affembler
ny conclure aucune affaire
, comme on le voit par
quantité d'Actes , & par les
Statuts de cette Eglife.
GALANT. 29
J'ay auffi à vous apprendre
la mort de Dame Claude Faye
d'Efpeiffes , veuve de Meffire
Philipes Andrault, Comte de
Langeron , Baron de Vaux &
de Coigny , Seigneur de l'Ifle
de Mare , Chaviniere , Varie
& Goulou , Bailly de Nivernois
& Donziois , Meftre de
Camp d'un Regiment entretenu
pour Sa Majefté , Maréchal
de fes Camps & Armées ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu Monfieur le Duc d'Orleans
, & auffi Gentilhomme
de la Chambre de Monfieur
Le Prince. Elleavoit cfté Gou40
MERCURE
vernante de Mefdemoiſelles
d'Orleans . Son Pere eftoit
Charles Faye , S d'Efpeiffes ,
Baron de Trifac & de Cheirouze
, Confeiller au Parlement
de Paris, enfuite Maiſtre
des Requeftes, puis Conſeiller
d'Etat & Ambaffadeur
en
Hollande, & fa Mere Charlotte
de Fourcy , fille de Jean de
Fourcy, Surintendant des Bâtimens
du Roy. Son Aycul ,
Jacques Faye Seigneur d'Efpeiffes
, un des fçavans hommes
de fon temps , dont il
nous refte des Ouvrages imprimez
, avoit cfté Conseiller
GALANT . 41
au Parlement, Maiftre des Requeftes
, Avocat General au
Parlement de Paris , puis Prefident
à Mortier ; il fut auffi
Ambaſſadeur en Pologne .
Son Ayeule Françoiſe de Chaluet
, eftoit fille de François
de Chaluct Baron de Trifac &
de Cheirouze . Son Bifayeul ,
Barthelemy Faye , Seigneur
d'Efpeiffes , fut Prefident aux
Enquestes du Parlement de
Paris , & il épousa Marie Vio
le , de l'ancienne Famille des
Violes à Paris . La Famille de
Faye d'Efpeiffes , qui eft originaire
du Lionnois , porte
Fanvier 1691.
D
9
42 MERCURE
d'argent à la bande d'azur ,
chargée de trois teftes de Licorne
d'or , & celle de Langeron ,
porte d'azur à trois Etoiles d'or
écartelé de gueules à deux faces.
vivrées d'argent , au bâton d'a ·
Zur femé de Fleurs de Lys d'or·
peri en bande brochant fur le
tout.
Je ne vous diray rien de :
particulier de ce qui s'eft fair
à l'entrée de Madame l'Ab.
beffe de Beaumont prés Tours ,
lors qu'elle a efté receue dans
cette Abbaye. On a obſervé
toutes les ceremonies qu'on
a . de couftume
de pratiquer
1.
GALANT. 43
dans les occafions de cette nature.
Je croy que vous n'ignorez
pas qu'elle eft Niece
de Madame l'Abbeffe de Fontevraud
, & que fa vertu &
fa pieté font en elle des qualitez
auffi eftimables que fa
naiffance. A l'égard des Religieufes
de Beaumont , ce
font originairement des Hofpitalieres
, qui demeuroient à
la Porte de Saint Martin , fondées
par Ingeltrude fous la
premiere Race de nos Rois ,.
pour recevoir les perfonnesde
leur fexe , qui venoient en
pelerinage au Tombeau de
Dij
44 MERCURE
Saint Martin . Le Bienheu
reux Hervé voyant qu'on a²
voit inftitué en d'autres Pays
des Religieufes , qui s'appli
quoient à chanter les louanges
de Dieu , transfera celles
cy à Beaumont prés Tours ,
pour vaquer au mefme employ
fous la regle de Saint Benoift
. Il leur donna une place,
leur fit baſtir une Eglife &
les dota d'autres biens , le tout
à la charge que les Religieufes
payeroient vingt fols de cens
pour eftre employez à achep
ter l'encens & l'huile , qui
pourroient fe confumer dans
+
GALANT.
45
l'Eglife de Saint Martin , pour
le Clergé de laquelle elles offriroienr
à Dieu leurs prieres.
Ces donations ainfi que cette
Inftitution furent confirmées
par le Roy Robert au commencement
de l'onziéme
Siecle. Quand l'Abbeffe de
Beaumont venoit à mourir ,
on apportoit fa Croffe au
Tombeau de Saint Martin .
Celle qui luy fuccedoit eftoit
éleuë par la permiffion du
Chapitre , & alors elle venoit
demander la Croffe & l'inveftiture
de l'Abbaye , & la
confirmation de fon élection ,
46 MERCURE
ce que le Chapitre de Saint
Martin ne manquoit jamais de
luy accorder .
Je vous envoye une Eglogue
qui a charmé tous ceux
qui l'ont ouy lire , & dans
laquelle vous trouverez des
louanges pour le Roy auffi
delicates que fpirituelles .
GALANT. 47
55255222 522225SSS:
LA CONQUESTE
de la Savoye.
EGLOG U E.
A M' de Belloc , Valet de:
Chambre ordinaire du Roy,
Porte- manteau de la feuë
Reinc..

Toy , dont l'amitié me confole
fans peine
Des maux que m'a caufez mon trifte
engagement,
O toy , qui dans la Cour de noftre
Augufte Reine
48 MERCURE
Eftois l'unique objet de mon empreffement
,
Accepte d'un Amy malheureux , mais
fidelle ,
Ce fruit d'un ennuyeux & fterile
loifir ,
Qui te feroit offert avec plus de
plaifirs
Si je faifois des Vers dignes de Fontenelle.
Dans les fiecles futurs on t'entendroit
nommer 2
Et nos noms joints , des temps ne
craindroient point l'empire ,
Belloc, fi jefçavois écrire
Auffi-bien queje fais aimer.
EGLOGALANT.
49
EGLOGUE.
DAPHNIS , Berger de Savoye .
ACANTHE , Berger de Bour-
1
gogne.
DAPHNI S.
Dieux de ces Bois , tutelaires Genies
,
Rivage heureux par les Graces
orné ,
Prez émaillez de couleurs infinies,
Accordez un azile à cet infortuné.
Et vous , Berger , de qui l'ame attendrie
Vous intereffe affez aux malheurs de
ma vie >
Pour vouloir en eftre informé,
Puiffiez- vous en aimant eftre toujours
aimé ;

Puiffiez- vous de Troupeaux couvrir
la vafte plaine
Janvier 1691.
E
50 MERCURE
Puiffiez- vous voir mourirle Chêne
Né troisfiecles devant, dugland qu'il
a planté.
ACANTHE.
Je prens part aux ennuis , qui fur
voſtre visage
Ont peint leurs traits les plus touchans
Nos coeurs fimples font le partage
De la pitié qui ne regne qu'aux
champs ; [ Village,
La Cour , la dure Cour la relegue au
Mais le panchant qui nous engage
A fuivre un tendre mouvement ,
N'eft pas l'effet uniquement
De la fimplicité qui dans nos champs
abonde ,
Ny du doux air qui nous nourrit.
Climene , helas ! Climene attendrit
tout le monde,
Rien ne touche l'ingrate , & rien ne
Pattendrit.
A
1
GALANT
:
En vain , dans le mal qui nous
preffe
Aux Arbres , aux Rochers nous apprenons
fans ceffi
A repeter noftre tendreffe ,
Vainement à l'Amour uous dreſſons
des Autels ,
Climene avec l'Amour rit de noftre
foibleffe ,
C'est là le feul chagrin que le Defin
nous laisse ,
Mais un bonheur complet n'eft point
pour les Mortels.
L'Aftre du jour, dégagé de nuage
Brûle les fleurs appauvrit le rivage.
Şur ce gazon , protegé par l'ombrage
Contez-moy le sujet de vofire affliction,
Et recevezfous cet épais feuillage
E ij
52
2 MERCURE
Le fecours impuiffant de ma compas
fion.
DAPHNIS.
Je fuis , heureux Berger , je fuis
de la Savoye ,
D'où l'Amant cruel de Venus ,
Les armes à la main vient de bannir
lajoye :
C'est vous en dire affez , nos malheurs
font connus.
Dans un vallon profond & folitaire,
Oùjamais le Soleil n'éclaire
Qu'aux plus hautes heures du
jour ,
Nos Ayeux depuis le Deluge,
Avoient pris foin d'établir un refuge
A l'Innocence , à la Paix , à l'Amour.
Les Alpes , dont les teftes nuës

'GALANT. 53
Ne fentent leur fommet d'aucuns
vents agité ,
·
S'élevant au deffus des nuës
Donnoient à nos efprits des leçons
ingenuës
D'une heureufe tranquillité.
La neige qui chez nous en tout temps
fe retranche
Contre les plus vives chaleurs,
Aux Lievres , aux Perdrix donnani
fa couleur blanche ,
Infpiroit aux Bergers la pureté des
maurs.
Il eft vray que les Dieux de leur prefence
avares
A nos champs negligez épargnoient
leurs bienfaits ,
Pour nous Cerés , Bacchus , & POmone
eftoient rares ,
Nous eftions nuds , mais fatisfaits.
E iij
54 MERCURE
Pourfuffire aux befoins des miferes
humaines
Nousjoignions à noftre travail
Le lait de nos Brebis , leurs àgneaux
& leurs laines ,
Et les mains pleines de métail
Nous revenions fouvent des Bourgades
prochaines.
Vous parleray-je encor de mille jeux
divers ,
Quifous lesfapins toujours verts
Nous exerçoient aux jours de
Fefte ,
Quand le Soleil des Cieux occupant
le haut faifte ,
De nos ruiffeaux glacez venoit brifer
les fets ,
• Et borner la longueur des farouches
Hyvers ,
Par le feu des rayons qui couronnent
Sa tefte ?
GALANT.
55
Óma chere Patrie ! ô mon heureux
Hameau !
Que vvous aviez alors de graces en
partage
!
Bien qu'aux yeux étrangers vous
paruffiez Sauvage,

· La jeune Eglé vous trouvoit
beau .
Æglé regle mon gouft , qui fur le
fien fe fonde ,
Tant que vous en ferez cheri "
Vous ferez à mon gré le plus beau
lieu du monde,
Plus beau mefme que Chamberi.
Mais pourquoy rappeller noftre gloire
effacée ?
Sortez , charmant fejour ,fortez de
ma pensée !
Vous n'eftes plus ces champs delicieux
,
E iiij
56 MERCURE
Où Pan à nos regards daignoit eftre
vifible ,
Où la Mufe Champestre, & les Ruftiques
Dieux
Exerçoient faintement leur Empire
paifible ,
Où l'on nefentoit aucuns maux .
Que les maux que caufe un coeur
tendre :
Que
L'impitoyable Mars a changé nos
Hameaux
En de triftes monceaux de cendres
Plus fier , plus redouté centfois
Que l'amas foudroyant des neges
entaffées ,
Qui roulant du fommet des Alpes
heriffées ,
Par l'énormité de fon poids
Entraîne fierement les Rochers & les
Bois ,
Et fous les maisons fracaffées
GALANT.
·57
Enfevelit Bergers & troupeaux à la
fois.
Quel moyen de gouter les charmes
Qu'on trouvoit à nos Chants
divers ?
Où l'on entend tonner les Armes ,
Quelle eft la puissance des vers ?
Comment pourroient , helas ! les fimples
Tourterelles
Refifter aux ferres cruelles ,
Quand l'Aigle fait fa pointe , &
vient du baut des Airs
Fondre inhumainement fur elles ?
L'antre aux Mufes le plus facré
Au lieu de leurs noms adorables
Ne fait plus retentir que ces cris formidables
Catinat , Saint Rut , ở Larré .
Enfin , tout eft perdu ; toutfuccombe
au ravage
Que fait de nos vainqueurs la
bruyante valeur ,
58 MERCURE
Etfijay manqué de courage
Pour perirpar le fer en fuyant l'ef
clavage ,
Du moins , je viensfur ce rivage
Expirer par l'excés d'une jufte douleur.
ACANTHE.
De vos maux par la renommée
Cette Province eft informée ;
N'en doutez point , nous vous
plaignons.
Un mêmefangdans nos veines s'af
femble ,
Et je fais qu'autrefois nous compofions
enfemble
Le Royaume des Bourguignons.
Certain jour, fur vos avanturés
Pouffe d'un defircurieux ,
C
Je confultois Phorbas , l'interpréte
des Dieux ,
GALANT.
59
A qui le grand art des augures
Eclaircit l'avenir, fifombre pour nos
yeux.
Va demain , me dit-il , au lever de
l'Aurore
Dans ce grand pré d'Alifiers couronné
,
Par nos Bergers de tout temps
deftiné
A celebrer lesjeux de Flore.
Ecoute , & voy ,
Tuferas inftruit comme moy.
I fuis & du gazon qui borde sa
fontaine ,
Une jeune Alouette à mes pieds fe
leva ;
D'abord un vol hardy vers les Cieux
l'éleva,
Et dans peufon chant gay s'entendit
avec peine
De la brillante plaine.
60 MERCURE

Déja fon coeur trop vain ſe ſent tout
embrafer
Du feu des Aftres qu'il médite ,
Et ne prétendant pas fe pouvoir épuifer
,
Il regarde en pitié cette terre qu'il
quitte :
Lors qu'un Aigle Royal tout à coup
paroiffant
Abat fon courage impuiffant.
A peine atteinte de fon ombre
Elle fe précipite au centre refpecté
D'un hallier épineux & fombre ,
Et dansfa petiteffe , & fon obfcurité
Cherche fa fureté.
Fallois révant à ce spectacle ,
Quand un Berger , prés d'un troupeau
paiffant ,
Me vint confirmer cet Oracle
Par ce couplet qu'il chantoit en dan-
Sant.
!
GALANT. 61
De l'adreffe & de la grace
Le jeune Arcas a le prix ;
Mais il quitte fes brebis
Pour s'adonner à la chaffe .
Les os leur percent la peau
Pendant qu'il eft en quête ;
Malheur au pauvre troupeau
Conduit par jeune tête.
Alors mon efpritfut ouvert,
Mon coeur pour nos voisins futfenfible
à la crainte
"
,
Et je crus voir à découvert
Les mauxqui caufent vôtre plainte.
Ils font cuifans , j'en demeure
d'accord ;
Ils pourroient ébranler l'ame la plus
conftante ,
Mais fi vous en croyez mon amitié
naissante ,
Ils ne font point fi grands qu'ils pa
roiffent d'abord :
62 MERCURE
Lors que voftre douleur, à prefent
legitime
Avec le temps aura meury ,
Nos malheurs , direz- vous , nous tirent
de l'abîme ,
Et nous eftions perdus , fi nous n'avions
pery.
Vous allez composer un membre in-
Separable
De ceCorps en tout tems vainqueurs
Dont l'Auguste Louis , Louis le redoutable,
Eft le bras , la tête & le coeur,
C'est ce Louis , craint
Terre ,
par
toute la
Ceft ce Louis, fameux par fes
bienfaits ;
Aux Ennemis , vray Demon de la
Guerre ,
Aux fiens , Dieu d'amour &
de Paix.
GALANT. 63
Fuffiez- vous menacez des plus terribles
traits
[fiere,
Que lance la fureur de Bellone la
Sous fa protection vous pourrez tout
braver
?
C'est une plus forte barriere
Que ces Monts orgueilleux qui n'ont
pû vous fauver.
Cent autres nations fouffrent , gemiſſent
, pleurent ,
Nous triomphons parson appuy
Et s'il m'étoit permis d'avoir des
·Dieux qui meurent
Je n'aurois d'autre Dieu que luy.
Par luy mes boeufs errants dans nos
vertes prairies
Ruminent fans danger les herbettes
fleuries ,
Par luy , tranquillementfous un arbre
endoami, ( Fontaine,
Je puisgoufter lefrais au bord d'une
64 MERCURE
Sans redouter d'autre Ennemi
Que les yeux vainqueurs de Climene.
DAPHNI S.
Vous pourriez me perfuader ,
Ma douleurferoit fans replique
Simon fidelle amour ſe pouvoit accorder
Anx folides raisons de vostre Politique.
Mon coeur mortellement troublé,
Loin de s'en confoler , fe foûleve &
s'irrite ,
Je fuis abfent des yeux de la charmante
Æglé ,
Puis-je vivre content loin des lieux
qu'elle habite ?
Fignore de fon fort la déplorable
Suite.
Ah, Berger , quelle cruauté ,
Quand laJeuneſſe & la Beauté
GALANT.
6 .
Se rencontrent avoir en tefte
La licence & l'impunité
Sur tout , en Pays de conquefte !
Mais de pareils foupçons pourroient
vous offenfer ,
Vous avez , tendre Amour , protegé
l'Innocence ,
Et voftre divine puiſſanee
A détourné ce crime , où je n'ofe
penfer,
Vaine efperance , belas! vous m'eftes
interdite ,
Ce Dieu n'a point paru dans ce befoin
preffant ;
Non je n'en puis douter , l'Amour
eftoit abfent,
Et le bruit des combats met le timide.
en fuite.
ACANTHE.
Des malheurs que vous redoutez
Ne craigne point la violence,
Janvier 1691.
F
66 MERCURE
1
La fageffe des Chefs dans les Troupes
de France
Sçait l'art d'enchainer l'infolence
Des Soldats les plus emportez.
Sous le doux abry de nos Chaumes,
Par nos foins pour vous redoublez
Venez diffiper les phantômes;
Dont vos fens paroiffent troublez.
Les jeux , & les plaifirs habitent
nos demeures ,
Les Mufes de leurs chants viennent
nous égayer ,
Bacchus qui racourcit nos heures,
Nous défend de nous ennuyer.
Chez nous mille Beautez font naiftre
mille doutes ,
Toutes ont leur party , toutes fonts
quelque bruit ,
Climene les efface toutes ,
Comme Diane fait les flambeaux de
la nuit !
GALANT.
7
Chacun peut s'adreffer où fon gouft
le conduit.
Peut eftre aimerez- vous ma cruelle
Bergere ,
Mais je le verray fans douleur,
Me faifant des Rivaux , jefuis certain
de faire
Des Compagnons de mon malheur.
DAPHNI S.
Fuft-elle mille fois plus belle,
De fes coups je fuis garanti ;
Dans nos Climats on naift fidelle,
Et mon coeur a prisfon parti.
vous dois cependant beaucoup de
complaisance
Je ve
Pour payer voftre honnefteté,
Et j'en conferveray de la reconnoif-
Sance ,
Tant que le Mont-Cenis ſur ſa baſe
planté
Fij
68 MERCURE
Pourra de l'Italie & de l'heureufe
France
Conferver la fecondité.
ACANTH E.
Allons: nos gais troupeaux ont quitté
les campagnes ;
Déja dans nos Hameaux on allume
du feu ,
Et les grandes ombres dans peu
Vont defcendre de nos montagnes.
Je ne doute point que vous
n'ayez envie de fçavoir le
nom de l'Auteur de cette
Eglogue , parce qu'il y a peu
de perfonnes dont les Ouviages
foient d'un fi bon gouſt.
Elle eft de M° de Senecé ,
premier Valet de Chambre
GALANT . 69
de la feuë Reine, dont je vous
envoyay un Idille il y a deux
mois . Cet Idille a fi fort furpris
par fa beauté , qu'on
n'attend plus de la même
Plume que des chofes achevées.
L'Air dont vous allez lire
les paroles , eft de la compo
fition de M' le Camus. Vous
ferez perfuadée qu'il ne peur
avoir qu'un tres- beau genie ,
quand je vous auray appris
qu'il eft fils du fameux Mr les
Camus , qui a fait tant de
beaux Airs fur les paroles de
Me la Comteffe de la Sufe.
70 MERCURE
C
AIR NOUVEAU.
Harmante Aurore, enfin te voilà
de retour ,
Le Soleil va briller d'une clarté nouvelle
>
Flateur espoir pour mon amour:
Je reverray dans ce beau jour
Iris encor plus tendre & plus fidelle,
Espoir flateur pour mon amour.
Je vous ay déja parlé de
la nomination de M Ta
lon , & de M de Mcnarts
, à la Charge de Prefident
à Mortier au Parlement
de Paris. Ils furent receus au
GALANT. 71
commencement de ce mois ,
avec les ceremonies accoûtumées
, dont je vous ay entretenuë
en d'autres occafions.
Le jour qui préceda celuy de
cette reception , M¹ Talon
fit au Parquet un compliment
au Corps des Avocats , & leur
dit qu'il y avoit quarantecinq
ans qu'il eftoit Avocat ,
& quarante ans qu'il eſtoir à
leur tefte , & qu'ils devoient
eftre perfuadez qu'en quelque
pofte qu'il fuft , il auroit toûtjours
beaucoup de confideration
& d'eftime pour un
Corps fi celebre. Aprés la re
72 MERCURE
ception , le mefme Corps des
Avocats alla le complimenter
, pour luy témoigner le
regret qu'il avoit de le perdre,
& la joye qu'il reffentoit en
mefme temps de le voir élevé
à une dignité qui eftoit fi
bien deuë àfon grand merite.
M' du Harlay & M
d'Agueffeau , dont je vous
ay auffi parlé lors que Sa
Majefté les nomma Avocats
Generaux , furent receus
dans ce mefme jour , & aprés
leur reception , on appella
une Caufe. Lors qu'elle fut
finie , M du Harlay prit la
parole,
GALANT 73
parla avec autant de facilité
& d'érudition , que s'il avoit
exercé pendant plufieurs années
cette importante
& pe
nible Charge.
Le Roy a donné à M de .
Lieutenant des Loftange
Gardes du Corps , la Lieutenance
de Roy du pays de la
Marche , qui eftoit vacante
depuis quelque temps, & celle
de Xaintonge & d'Angoumois
, à M de Ligondez ,
cy.
devant Lieutenant Colonel
du Regiment de Vivans,
& à prefent Meftre de Camp
de Cavalerie. Ce pofte va-
Fanvier 1691.
G
74 MERCURE
quoit par la mort de M le
Comte de Jarnac .
Je ne doute point que vous
ne lifiez avec beaucoup de
plaifir la Relation qui fuir .
Elle eft d'un Pere Jefuite party
de Siam , depuis la mort
de Sa Majesté Siamoife , &
l'élevation de l'Ufurpateur
fur le Trône .
GALANT . 75
525255$2:222252255
LETTRE
Contenant plufieurs nouvelles
des Indes .
A
de
Prés le départ de la Nor
mande du Coche, de la
Rade de Pontichery , qui fut
le 15. Février 1689. le Ŕ.P. le
Royer , Superieur de la Miffion ,
n'avoit rien tant à coeur que
trouver à employer les buit Miffionnaires
qui restoient du debris
de Siam. Le Royaume de Pegou,
où le Pere Despagne avoit esté
retenu priſonnier à la fortie des
Gij
76 MERCURE
François de Merguy, fut le premier
qui prefenta une occafion
favorable. On appris par le retour
d'un petit Vaiffeau Portugais
, que ce Pere qui avoit
échapé la mort avec bien de la
peine dans la chaleur de l'action
qui fe paffa entre les François
+ces Sauvages , avoit efté conduit
au Roy , qui faitfa refiden
ce à prés dedeux cens lieues dans
les terres , dans la Ville d'Ava;
que ce Prince , qui eft en mefme
temps Empereur d'Ava & du
Pegon , luy avoit fait affez bon
accueil , & luy avoit affigné
pour fa demeure une Eglife on il
GALANT. 77
ya plufieurs Chreftiens , tant
Portugais que Pegoüans . Comme
M l'Evefque de Rofalie en
voyoit en mefme temps dans
cette Miffion deux de fes Preftres
, le Pere du Chats qui s'eftoit
offert avec beaucoup de zele
aller aider le Pere Defpagne dans
fa captivité, au peril mefme de
tomber auf dans l'efclavage , fe
joignit à ces deux Miffionnaires.
Un Anglois de Madras, appellé
Mr Grey, qui devoit d'abord
les paffer , s'en excufa enfuite ,
fous pretexte qu'il apprehendoit
les Portugais qui font établis
au Pegou ne luy fiffent de
que
G iij
78 MERCURE
>
la peine ; mais cependant un
Portugais nommé Pinto les prit
luy- mefme tous trois dans une
petite Barque , lors qu'ils n'efperoient
prefque plus trouver de
paffage . Ce fut dans le mefme
temps à fçavoir au commencement
d'Avril , que le Pere Hie
ronimo Tellés , Miffionnaire de
Maduré , vint pour nous voir à
Ponticheri, Ily avoit esté appellé
par le PereLouis de Sylva , qui
venoit de Bengale , où il avoit
esté Recteur , qui alloit exercer
la mefme charge à Tutucurim
, & par le R. P. Cofme de
Gien, Capucin , Miffionnaire
1
GALANT. 79
de Ponticbery. L'habit & les
manieres de ce bon Pere travesty
en Pandaraon ( c'est le nom des
Religieux de la Caste Raija )
nous toucherent encore bien autrement
que tout ce que nous avions
ouy dire de cette admirable
Miffion du fameux Pere Roberto
de Nobilibus. Ce Pere Roberto
s'estoit d'abord déguisé en
Bramine ; mais comme les Bramines
fe difent de Caste divine
Royale , & en cette qualité
ne fe laiffent aborder à qui que
ce foit des autres Castes, un certain
Pere d'Acofta jugea quelques
années aprés la mort du Pere

G iiij
8. MERCURE
Roberto , qu'on feroit plus de
fruit fi l'on prenoit l'habit de
ceux qu'on appelle la Cafte
Raija ou des Princes , parce que
ceux- là ne peuvent avoir commerce
avec les perſonnes des autres
Castes. Les diverfes Caftes,
ou Tribus de ces Peuples , répon
dent à peu prés à ce que nous
appellons en Europe les divers
Eftats du Clergé , de la Nobleffe ,
du Peuple , avec cette diffe
rence , qu'à parler en general ,
les gens d'une Cafte ne peuvent
avoir aucun commerce avec les
perfonnes d'une autre Cafté , non
feulementpourfe marier, mais non
.
GALANT. 81
pas mefme pour demeurer,conver¬
fer &manger ensemble, & cela
fous peine de perdre fa Cafte,
deftre regardé comme l'opprobre
de la Nation. C'eſt ainſi que la
Cafte qu'ils appellent Paria, pour
s'estre abandonnée a manger de
la Vache, s'eft renduë fi abomina
ble à toutes les autres, qu'au lieu
qu'elle eftoit l'une des premieres
Caftes , on ne la veut plus ſouffrir
dans les Villes, & qu'ilfaut
mesme affigner un lieu particu
lier à la porte de l'Eglife pour
ceux qui fe font Chreftiens, tant
ces Peuples font jaloux de leur
rang& de leur nobleſſe , qu'ils
-"
82 MERCURE
confervent au peril mefme de
leur vie , comme on en a veu il
n'y a pas longtemps des exemples
à Mafulipatan , & ailleurs.
Outre cela il y a prefque autant
de Caftes differentes , qu'il y a
de difterens Métiers dans nos
Villes ; car on diftingue la Cafte
des Soldats , la Cafte des Marchands
, la Cafte des Pefcheurs,
celle des Laboureurs
, jufquc- là
qu'un de nos Peres François
ayant un jour voulu faire monter
fur un arbre un jeune garçon
qui nous fervoir , il s'en excufa
en difant que ce n'estoit pas fa
Caste. Il eft auffi à remarquer
GALANT. 83
qu'ils nefe font pas un deshonneur
en certaines Caftes de fervir
les Européens , qu'ils appellent
Franquis , mais ils fe laifferoient
plûtoft reduire aux dernieres
extremitez par la faim ,
que de manger chez ceux mesmes
qu'ils fervent , ou de goufter de
leurs reftes, comme nous l'avons
experimenté nous- mefmes . Ils ont
un fouverain mépris pour les Européens
tant parce qu'ils les
regardent comme des gens fort
·mal propres au prix d'eux , que
parce qu'ils les croyent desfots qui
fe laiffent tromper tous les jours
par les Indiens. C'eft pourquoy
84 MRECURE
les Peres traveftis fe gardent
bien de laiffer échaper devant
ceux qui ne fcavent pas le fecret,
quelque mot de Portugais , ou de
leur donnerfujet de penfer qu'ils
font d'Europe. C'est pour cette .
raifon que le Pere Tellésfe logea
à Pontichery dans un jardin que
les Peres Capucins ont hors la
Ville , ne venoit chez nous
que de nuit , de peur que les gens
de la Miffion apprenant qu'il avoit
eu commerce avec des Franquis,
ne vouluffent plus le voir.
Tandis que ce Pere étoit avec
nous , un de ces petits Princes du
Pays qu'ils appellent des NaiGALANT.
&
ques , vint à une de fes Eglifes
pour l'enlever & le maltraiter;
mais par bonheur il ne le trouva
pas. Il ne font que fix on Sept
Peres qui ont cependant plus de
fix vingt mille Chrétiens , da
nombre defquels eft le R. P.
Jean de Britto , qui après avoir
beaucoup fouffert & prefque gagné
la Couronne de Martyr ,fut
deputé de la Province de Cochine
à Rome il y a environ trois ans.
Plufieurs de nos Peresfoupiroient
après cette admirable Miffion ,
mais le Pere Bouchet, en qui on
remarque une difpofition & une
ardeur particuliere pour ce genre
86 MERCURE
de vie veritablement Apoftolique,
I fut feul deftiné , & partit au
mois d'Avril avec le Pere Louis
de Sylva pour aller obtenir du
R. P. Provincial de Cochine la
permiffion de fe joindre à ces
Miffionnaires travestis.
Les Troupes Françoifes qui partirent
auffi le 10. d'Avril pour
aller s'établir dans une Ifle des
Siamois nomméeFonceland, fournirent
de l'employ au Pere Thionville.
M' Desfarges , General
des Troupes , le voulut avoir ,
parce que tous les Officiers & les
Soldats avoient pour ce Pere une
amitié une confiance toute
GALANT. 87
particuliere. Ilprit auffi M' Ferreux
Miffionnaireforti de Siam
avec M de Lionne , parce qu'il
fçavoit bien la Langue Siamoife.
Les Troupes eftoient au nombre
4.
d'environ fix cens hommes , tant
Soldats que Matelots , fur trois
Vaiffeaux, à fçavoir, l'Oriflame
de foixante pieces de Canon , commandé
par "M" de l'Eftrille , le
Siam de quarante pieces ,
Fregate nommée le Lour , de dixbuit
pieces avec une Barque.
Dans le féjour que nous fimes
Pontichery , nous eufmes l'occafion
d'observer une Eclipfe de
Lune le d'Avril 1689. qui
une
88 MERCUKE
fut tres-grande. M de Lionne,
M Martin Directeur , & tous
les Officiers François qui n'étoient
pas encore partis, vinrent enfoule
à noftre Maison pour voir l'Eclipfe
qui arriva au moment que
le Reverend PereRichard l'avoit
prédite; mais ce n'eftoit rien au
prix de la multitude prefque
inombrable des Indiens qui é
toient accourus de bien loin dans
les terres fur le bord de la Mer,
& qui y venoient pour ſe purifier
dans les eaux au moment
de l'Eclipfe. Ils évitoient fur
tout de fe laiffer toucher à aucun
Européen , & entre neuf à dix
GALANT. 89
heures de la nuit , qui fut
le temps du commencement de
l'Eclipfe , ils fe jetterent tous à
l'eau . On dit qu'ils marmottoient
leurs pechez en ſe lavant , &
qu'ils croyoient ainfien détourner
les chatimens dont l'Eclipfe les
menaçoit. On nous amena le
lendemain au matin un Aftroloque
du Pays qui fçavoit à la verité
quelque chofe de ce qu'il y
a de plus commun dans l'Aftronomie
, excepté qu'il mettoit neuf
Planetes , comptant apparemment
ce que nos Aftronomes appellent
la tefte la quenë du
Dragon , & qu'ils expriment .
Janvier 1691. H
90 MERCURE
comme les Planetes par deux
figures particulieres ; & comme
nous luy demandâmes s'il fçavoit
les Eclipfes de l'année fuivante
il nous renvoya à fon
Maître qui fe tient , à ce qu'il
dit , dans la Fortereffe de Gingy,
qui a donné le nom au petit
Royaume de Gingy , dans lequel
eft Pontichery. Nous obfervames
auffi des immerfions du premier
Satellite de Jupiter , fur lefquellesjointes
à l'Eclipfe de Lune
le Pere Richard a corrigé la
longitude de Pontichery, &par
confequent celle de toute la côte
depuis Oglon jufqu'à Bengale.
GALANT. 91
Ce Pere a auffi corrigé la latitude
de Pontichery qui s'est trouvée
de onze degrez quarantebuit
minutes , quoy que les Cartes
& d'habiles gens de la Marine
qui l'avoient priſe , la marquaffent
de douze degrez &
davantage
.
Suivant le deffein qu'on avoit
eu de paffer de Siam à la Chine,
les Lettres qu'on venoit de
recevoir du R.P. de Fontenay ,
on penfa à fe fervir de la commodité
des Anglois de Madras ,
qui équipoient cinq Vaiffeaux
pour Emouy & pour Cantom.
Comme le R. P. Rochette , qui y
Hij
92 MERCURE
avoit efté deftiné nommément dés
noftre depart de Siam eftoit mort,
le P. de Beze moy fufmes
nommez pour cette Miffion.Quoy
qu'il nous cuft efté plus facile
d'entrer par Emony , nous priâ
mes Mr le Gouverneur de Madras
de nous donner paffage fur
un des Vaiſſeaux qui alboient à
Cantom , parce que noftre deffein
eftoit de nous aller prefenter d'abord
au R.P. Philipavi Vifiteur,
qui fe tenoit dans cette Ville . La
difficulté qu'il y eut à avoir place
fur un des Vaiffeaux de Cantom,
qui furent prefque toujours indeterminez
jufqu au bout , nous
GALANT. 93
obligea de fejourner à Madras
prés d'un mois , pendant lequel
nousfufmes toujours traitez avec
beaucoup de charité par les Peres
Capucins François, qui font dans
cette Ville fort confiderez par
les Anglois . Ils font trois, le R. P.
Ephrem de Nevers, qui conferve
dans un âge de plus de quatrevingt
ans une belle humeur, qui
le rend auffi aimable à tout le
monde , que fon merite & fon
application le rendent utile &
neceffaire à ces pauvres Chiefiens
Malabarois qu'il entretient
au nombre de plus de quatre
mille . Il a perdu depuis quelques
>
94 MERCURE
1
années fon Compagnon le R. P.
Zenon de Vaugé , à peu prés de
mefme age . Les Anglois de Madras
, qui est une des belles Places
des Indes , les ont toujours confiderez
comme les principaux foutiens
de leur établiſſement, parce
que ces Peres ont retenu attiré
à Madras une quantité prodigieufe
de riches Portugais de
Saint Thomé , qui d'ailleurs
contribuent beaucoup à la grandeur
du commerce . Le R. P. Michel
Ange de Bourges , & le R.
P. Efprit de Tours , venus depuis
quelques années de France, rempliffent
dignement la place de •
GALANT.
95
leurs predeceffeurs. Nous vimes
à Madras le R. Pere Recteur de
Saint Thomé , qui n'en eft qu'à
une lieue , & le Pere Louis de
Sylva le jeune fon Compagnon.
Ils eftoient venus pour fe remettre
un peu de quelques legeres
incommoditez , cbez un Medecin
Venitien , nommé M. Manuchy
, qui nous fit auſſi beaucoup
d'amitié. Ce Venitien a efté
Medecin du Fils du Grand Mogor
, qu'il n'avoit quitté que depuis
quelque temps. Comme Aurengzebe
eft le Monarque des
Indes , & qu'on n'y parle prefque
que de luy , il ne fera pas
96 MERCURE
peut- eftre hors de propos d'ajoû
ter icy ce que M. Manuchy nous
en dit . Aurengzebe a environ
foixante & quinze ans. Il a quatre
Fils , Chaalem , Azemchaa
ya , Ecbar & Champac . Chaalem
avoit feint d'entrer avec
Ecbar dans une confpiration contre
leur Pere , mais le premier
ayant decouvert la trabifon à
Aurengzebe , Ecbar a efté oblige
de fe refugier en Perfe auprès du
Grand Sophy , où il attend quelque
occafion favorable pour faire
une irruption dans les Etats
du Grand Mogor. Chaalem qui
s'eftoit acquis par fes grandes
qualitez
GALANT: 97
qualitez l'amitié de tous les Peuples
, à efté depuis mis en prifon
par Aurengzebe , foupçonné d'avoirrendu
de bons offices aux Rois
de Vifiapour & de Golconde, &
de n'avoir pas enlevé cette derniere
Place auffi- toft qu'il euft pú.
Cela obligea Aurengzebe de
venir luy mefme l'affieger au
mois de Fevrier 1687. Il l'emporta
par intelligence avec les
gens du Roy , au mois d'Octobre
de la mefme année , & par mipris
il ne voulut pas confentir à
voir ce Roy. Ille tient prifonnier
avec deux ou trois de fesFilles.A
moins que Chaalem ne trouve
Janvier 1691 .
I
98 MERCURE
moyen de fortir de prifon , A
Zemchara fera le Succeffeur.
Champac , qui eft le quatrième ,
eft iffu d'une Femme de bas lieu .
Comme Madras eftoit autrefois
du Royaume de Golconde , &
que la guerre eftoit allumée depuis
quelques années entre les
Mogors & les Anglois , on recevoit
tous les jours des avis de
Madras de l'Armée d'Aurengzebe
, qui n'en eftoit pas étoignée
, que cette Ville feroit affiegée
au premier jour & les Anglois
faifoient tous leurs preparatifs
pour foutenir le Siege , mais
ils en ont esté quittes pour la
.
GALANT.
99
peur , car cette Place n'avoit
pas encore efte affiegée à nostre
depart des Indes . Bombaye , qui
est une autre Place des Anglois ,
qu'ils tiennent du Roy de Por
tugal, prés de Goa, eftoit actuellement
affiege pendant nofire
fejour de Madras ; mais il fe
-
&
défendoit toujours vigoureufe
ment.Cette guerre avoit donné de
nouveaux sujets de mécontentement
entre les Anglois les
Hollandois ; car les Vaiffeaux
des Mogors n'ofant plus forsir
en mer , les Peuples eftoient obligez
de prefter des Vaiffeaux
Hollandois pour faire leur com-
1
I ij .
100 MERCURE
merce leurs Convois , & les
Anglois pretendoient avoir droit
fur ces Vaiffeaux , ou du moins
fur les effets de leurs Ennemis .
Ces nouvelles femences de guerre
jointes aux anciennes faifoient
que les Anglois s'attendoient à
recevoir pour Nouvelles la De
claration de la guerre entre la
Compagnie Angloife & celle de
Hollande. C'eft ce qui obligea les
Marchands qui équipoient des
Vaiffeaux pour la Chine , de
differer leur depart un mois au
delà de la faifon ordinaire . Enfin,
M Fifiel , Gouverneur de
Madras nous donna paffage fur
GALANT. ICI

un petit Vaiffeau d'un Anglois,
nommé M Eldrich . Ce Capitaine
fit d'abord quelque difficulté
de nous prendre , fur un
bruit qui s'eftoit répandu qu'un
Miffionnaire François s'eflant
gliẞé dans la Chine par Cantom,
Gouverneur de Macao avoit
menacé de confifquer le Vaiffeau
Anglois qui l'avoit porté ; mais
M le Gouverneur qui nous a
fait toujours des honneftetez ,
ayant veu des Lettres
Majefte nous avoit fait l'honneur
de nous donner , diffipa fa
vaine frayeur. Nous nous embarquames
le dernier de May
que
Sa
I iij
102 MERCURE
1689. un Vaiffeau François
partit du Port- Louis au mois
d'Octobre 1683. & arriva à Pontichery
. Noftre Capitaine ayant
appris par là qu'il ne fe parloit
point
de guerre
entre
entre
l'Angle
terre
& la Hollande
, non plus qu'entre
la France
& les Epartit
en toute
feureté tats ,
le 4. Juin. Nous traversa
mes en dix jours tout le Golphe
de Bengale, mais les calmes
nous retinrent depuis par le
travers d'Achem jufqu'à Malaque
prés d'un mois , de forte que
nous mouillames devant cette
Place le 11. de Juillet. Nous
GALANT. 103
d'un Mar- eftant informe
chand Portugais de Malaque qui
vint fur notre bord, nous n'ap
primes aucune nouvelle de guerre,
Comme il nous
nousfalloit neceffairement
faire faire à Malaque des
habits à la Chinoife , fans quoy
nous ne pouvions entrer dans la
Chine , nous nous adreffames a
M' le Chabandar, pourfçavoirfi
Mr le Gouverneur voudroit bien
nous permettre d'entrer dans la
Ville, pour y acheter les chofes
neceffaires à notre voyage. M
le Gouverneur nous fit répondre
que nous pouvions entrer deftre
en toutefeureté dans la Ville pour
I iiij
104 MERCURE
,
y faire ce que nous voudrions ,
deux heures aprés nous ayant
fait venir chez luy , il nous mit
entre les mains du Major de la
Place qui nous declara que ΜΕ
le Gouverneur nous retenoit prifonniers
de guerre , parce que
quelque Vaiffeau de la Compagnie
verant aux Indes avoit efté
pris par des Vaiffeaux de Dunkorque.
On nous mit dans le
Corps de Garde d'un Baftion
nommé fous les Portugais des
onze mille Vierges , & depuis
par les Hollandois Henriette .
C'est là qu'on nous a gardez tresétroitement
pendant fept mois ,
GALANT .
105
fans nous laiffer fortir ny parler.
qu'à tres- peu de perfonnes , en
prefence d'un Sergent qui devoit
entendre tout ce qui fe difoit ;
encore falloit - il avoir la permiffion
du Gouverneur ou du Major
; on nous permettoit bien encore
moins d'écrire . Nous eûmes
au moins cette petite confolation
d'avoir prefque toûjours devant
nos yeux la Tour & ce qui refte
de la fameufe Eglife de Notre-
Dame du Mont , où le grand
Saint François Xavier a fait
tant d'actions & de predictions
miraculeufes . Ce Clocher fert encore
de Tour aux Hollandois , qui
106 MERCURE
ont basty leur temple à la place
de l'Eglife , c'est là qu'ils arborent
leur Pavillon . La confor
mité que nous avions avec ce
grand Apoftre des Indes , qui fut
auffi empêché d'aller à la Chine
par un Gouverneur de Malaque ,
nous fit bien encore mieux comprendre
que les meilleurs deffeins
font ruinezpar les intereſts temporels.
Mle Gouverneur nous
ayant fait fortir fur le Rampart
un jour qu'il faifoit la viſite de
fa Place , troisfemaines aprés que
l'on nous eut arréte , nous dit
guerre n'eftoit pas encore
declarée entre la France & la
que
la
GALANT . 107
Hollande, qu'il ne nous retenoit
pas comme prifonniers de
guerre , mais qu'il attendoit des
ordres de Batavia , & qu'il efperoit
que M le General nous
laißeroit achever noftre Voyage.
Nous n'en fumes pas pour cela
plus au large dans la fuite. Ce
Gouverneur ajouta qu'il avoit
receu une Lettre de Mr de Lionne,
Evêque, en noftre faveur . En
effet Mi l'Abbé de Lionne , nommé
Evêque de Rofalie , qui avoit
attendu auffi bien que nous un`
mois à Madras le temps de l'embarquement
pour la Chine , paffa
quelques jours aprés nostre arri108
MERCURE
vée. Il eftoit fur un grand Vaif
feau que de riches Juifs venus de
Bordeaux d'Angleterre à
Madras , envoyoient à la Chine
à Emoüy. M de Rofalie avoit
avec luy M Pin qui a déja de
meuré plus de dix ans à la Chine,
& qui eftoit revenu en Fevrier
1689. à la Cofte pour les affaires
de la Miffion. Ces Meffieurs pro
fiterent de noftre malheur , qui
leur apprit les premieres nouvelles
de la guerre , car la premiere expedition
eftpeut- eftre une desplus
confiderables qu'ayent fait M'S
de la Compagnie dans les Indes;
c'est d'avoir arrefté par ſurpriſe
GALANT. 109
deuxpauvres Miffionnaires . M
de Lionne laiffa une lettre quifut
renduë au Gouverneur aprés le
départ du Vaiffeau. M' Gravé
M' Raffet, deux autres Miffionnaires
François paſſerentpref
que en mefme temps fur un petit
Vaiffeau que les mefmes Juifs
envoyoient à Cantom . Ils nous
écrivoient une Lettre , mais M
le Gouverneur ne jugea pas
-propos de nous la laiffer voir.
Nous trouvafmes cependant le
moyen de leur faire glisser un
Billet , par lequel nous les prions,
quand ils feroient arrivez à
Cantom , d'avertir le P. Fonà
110 MERCURE
&
de
tenay de noftre difgrace
d'avoir foin en attendant ,
tout ce qui nous refteroit encore
dans le Vaiffeau de Mª Eldrich ,
car nous ne voulûmes rien faire
débarquer à Malaque, qu'un peu
de linge, & quelques Livres.
Je ne dois pas oublier icy l'obligation
que nous avons à un bon
Catholique de Malaque nommé
Francifco Rodrigo & àfa Famille
; car fi ces bonnes gens
malgré leur pauvreté , n'euſſent
entrepris de nous nourrir du peu
que Meffieurs de la Compagnie
nous fourniffoient , nous euffions
eftébien en peine pour noftre fubGALANT.
III
.
fiftance. Malaque est lepays de
toutes les Indes où il fait le plus
cher vivre. Les Hollandois pour
attirer tout le commerce à Batavia
, ont ruiné celuy de Malaque
, quoy que ce foit la Place
la mieux fituée des Indes pour
un grand commerce. Ily a encore
a Malaque environ neuf cens
Catholiques , tous Portugais des
Indes , entrétenus par un bon
Preftre dc Goa qui s'y tient inconnu
aux Hollandois , qui font
payer de groffes amendes à ces
pauvres gens quand ils lesfurprenent
à faire des Affemblées , ou a
faire dire la Meffe en quelque

+
112 MERCURE
maiſon , comme il eftoit arrivé
quelque temps auparavant à nôtre
Francifco Rodrigo , qui avoit
efté condamné
à payer
deux cens
écus , parce qu'il avoit prêté fa
maiſon , comme il fait encore
fouvent à ces faints Miniſteres .
Cette rigueur n'est que pour les
Catholiques , car les Mahometans
y ont leurs Temples, où ils
exercent librement leurs fauffes
Religions . Le grand loifir que
nous avions dans la priſon, nous
fit naiftre la pensée de faire des
Obfervations
quoy que nous
n'euffionsprefque ni inftrumens ni
commodité pour regarder le Ciela
1

´GALANT. 113
le
qui eft d'ailleurs prefque toujours
couvert à Malaque, ce qui con
tribuë beaucoup à en faire le
pays le plus temperé du monde ,
・quoy qu'il foit prefque fous la
Ligne. Avec un peu de travail
nous ne laiẞames pas de prendre
la latitude de Malaque par
Soleil , & fa longitude par diverfes
immerfions du premier Satellite
de Jupiter. Nous prifmes
auffi la declinaifon & l'afcenfion
droite de la plupart des
Etoiles du Sud , où l'on voit des
endroits du Ciel qui femblent
·P'emporter fur tout ce que nous
voyons vers le Nord . La grande
Janvier 1691.
K
114 MERCURE
Comete qui parut au mois de
•Decembre dernier vers le mef
me cofté du Sud , nous donna encore
de l'occupation. La longitude
auffi-bien que la latitude de
Malaque, ne s'eft pas trouvée la
mefme qu'elle eft marquée dans
les Cartes , qui ont par confequent
befoin d'eftre un peu corrigées.
Noftre Capitaine Anglois nous
eftant venu voir à fon retour de
la Chine , nous dit qu'un jeune
Peintre de Paris , appellé Francard,
âgé dedix -fept à dix- huit
ans, que nous avions avec nous
dans fon Vaiffeau , à qui nous
GALANT 115
avions confié tout ce que nous y
laiffames, ayant efte attiré à terre
par les Portugais de Macao, avoit
eſté arreſté priſonnier par le
Gouverneur de cette Place ,
& renvoyé à Goa. Comme les
Vaiffeaux qui vont pour Cantom,
font obligez de moüiller devant
les Illes de Macao , les
Miſſionnaires Françoisfunt par là
expofez aux infultes des Portugais,
quoy qu'ilfemble qu'ils n'en
veulent qu'à laNation ; car ils
pouvoient bien fçavoir que c'é
toit un jeune feculier & nulle
ment Miffionnaire qu'ils arrétent
, cependant prifonnier tan
Kij
116 MERCURE
dis que les Anglois , les Hollandois
, & les autres Nations , entrent
par tout avec toute forte de
liberté. On dit que les Portugais
le prirent d'abord pour un Cardinal
, ou au moins pour un Evéque
déguifé , mais je crois que c'est
pour rire. Pour nos inftrumens &
·les autres chofes que nous avions
dans le Vaisseau de M Eldrich,
il nous dit que quoy que fon deffein
fuft de nous les raporter à
Malaque, ou à la cofte de Coromandel
, il avoit efté contraint
de les laißer prendre à M³ Hyel,
frere duGouverneur de Madras,
qui eftoit venu de la part de M
.
GALANT. 117
Gravé la veille de fon départ de
la Chine , avec une lettre écrite
de noftre main , par laquelle nous
priions ceMifionnaire de prendre
toutes nos affaires. Pour ce qui
eft du premier article de la detention
du jeune Peintre , nous en
fçavions déja une partie ; car
nous avions veu paffer dans le
Port de Malaque le Vaiffean
qui le portoit prifonnier à Goa ,
où il avoit trouvé moyen de
fairefçavoir , quoy que fort confufement
, unepartie defes avantures.
Quant à ce qui eft de nos
inftrumens, ilfallut nous en raporter
à la parole de noftre Capi
de
nous
118 MERCURE
taine . Il nous dit encore que les
Chinois de Cantom avoient mis.
lefceaufur la maifon des Miffionnaires
François , difant que c'étoit
une Facturie fous l'apparence
d'une Eglife , mais que M Kemener
Miffionnaire avoit diffipé
cet orage par fa prudence , & à
la faveur de quelques prefens ,
ce qui eftoit apparemment le but
de ces avides Chinois . Nous avions
appris avant noftre départ
de Pontichery la mort du R. P.
Tiffanier. Pour le R. P. Greflon,
M' Pin nous dit qu'il l'avoit
Laiffe plein de fantédans la plus
heureufe vieilleffe du monde , éga-
1
!
GALANT. 19
lement aimé des Miffionnaires
&des Chreftiens.
autres
Au mois deJanvier ; les Hollandois
furent obligez de faire ·
un détachement de leur Garnifon,
qui n'est que d'environ deux
cens hommes , pour aller chaſſer
quelques Malbuys
du Royaume de Pera , qui af
fiegeoient une vingtaine de Hollandois
dans une Ifle à l'embouchure
de la Riviere de Pera.
Cette Ifle s'appelle Ding Ding.
C'est une des Ifles Sambylon ,
dont il eft parle dans la fameu
Se victoire que les Portugais
remporterentfur les Achenois du
120 MERCURE
que
les
temps de Saint François Xavier,
Les Hollandois y ont une mai-
Jon affez forte , non pas tant
pour le peu qu'ils tirent du
Royaume de Pera , que pour
empefcher , comme ils font en
beaucoup d'autres lieux ,
Européens ne s'y établiffent , à
caufe de la commodité du détroit
de Malaque. On fit auſſi en mime
temps un autre détachement
pour aller donner la chaffe à quel
ques petits Corfaires qui estoient
vers la Riviere de Micar , qui
eft, je croy , celle oùſe retirerent
autrefois les Achenois après avoir
infulté Malaque . Les uns
les
GALANT. 121
les autres de ces Sauvages furent
bien- toft dißipez ; mais les
Hollandois firent bien d'autres
preparatifs à Malaque pour la
Cofte de Coromandel . Outre qua
tre gros Vaiffeaux venus du Japon
chargez d'or , de cuivre, &
d'autres marchandifes, il en vint
fix ou fept de Batavia avec des
Soldats. Nous ne pûmes fçavoir
fi c'eftoit fimplement pour efcorter
ces Vaiffeaux du Japon qui
alloient à la Coste & à Ceylon,
ou pour aller chercher les François,
qui eftoient , difoit - on , dans
la Riviere de Bengale . Nous ne
fçavions pas fi les François
Janvier 1691 .
L
122 MERCURE ་
eftoient feulement ceux qui ef
toient venus à l'Ifle de Fonceland
, comme j'ay dit plus
haut, & qui n'ayant pas trouvè
là leur affaire , s'eftoient retirez
bien-toft aprés , & s'en
eftoient retournez à Bengale ,
aprés s'eftre rafraifcbis à Achen ,
ou s'il n'en eftoit point venu de
nouveaux de France . Un Portugais
qui avoit briséfon Vaiffeau
prés de Ceylon en allant de Goa
à Macao quien eftoit allé
acheter un autre à Palicate , qui
n'eft pas loin de Pontichery , nous
affura qu'il n'eftoit arrivé aucun
Vaiffeau de France à la Cofte s
GALANT. 123
mais je ne compte quere fur ces
nouvelles. Ce qui eft feur , c'est
qu'une Galiote Hollandoife arri
va au mois de Janvier 1690, à
Malaque. Elle venoit de Bengale
, & on difoit qu'elle s'eftoit
à peine fauvée des mains des
François , pour venir avertir
qu'ils estoient fortifiez dans cesse
Riviere. Les dix Vaiffeaux affemblez
àMalaque devaient par
tir au commencement de Février
M' de Sainte-Marie , Officier
Françoss , pris au Cap fur la
Normande qui estoit fur
un de ces Vaiffeaux nommé le Cafrocom
› nous vini voir fur le
2
Lij
124 MERCURE
a
Vaiffeau nommé le Vicopsée
qui partit le 4. de Fevrier pour
Batavia. Nous ne mifmes que
onze jours dans le voyage. On
nous dit d'abord à Batavia , que
quoy que nous fuffions tous deux
malades , on ne nous debarqueroit
de Vicopfee que pour nous
mettre dans les Vaiffeaux qui feroient
bien- toft voile pour l'Europe.
On nous fit pourtant venir
à terre fept ou huit jours aprés.
On nous mit à l'Hofpital , où à
la prifonprés qui eftoit fort étroite
, on avoit affez foin de nous.
M Clarius Miniftre nous vint
voir de la part de M le Gene
GALANT. 125
--
val. Nous nous fervismes de la
bonne volonté de ce Ministre
qui estfort honnefte homme pour
prefenter nos faire traduire
Requestes à M le General & au
Confeil. Comme Mr le General
Jean Champhuits est fort incommodé
& prefque hors d'état d'agir
, it falut nous adreffer conjoir-
`tement au General & au Confeil,
mais quelquesfortes protefta
tions que nous puffions faire par
diverfes fois , on n'y eut aucun
·égard , & l'on nous embarqua
malgré nous le 13. de Mars fur
le Prince- Lave ,grande Flute qui
fit voile pour la Chambre de
Liij
126 MERCURE
part
de
Delfs le 16. du mefme mois, aveč
trois autres Vaiffeaux qui estoient
pour les Chambres de Rotterdam,
de Horn & de Neufe . Mr Clas
rius nous promit de la
Mes du Confeil que rien ne nous
manqueroit dans le Vaiffeau.
Cependant quand nous y fumes,
Le Capitaine nous dit qu'il avoit
ordre de nous traiter comme les
Matelots , & quoy que nous le
fiffions prier par un de fes amis
nommé M de Glin, de vouloir
vien prendre noftre argent pour
nous faire manger avecfes Pilotes,
il dit qu'il ne pouvoit pas aller
contre fes ordres. C'est à ce M
GALANT. 127
Nicolas de Glin , natif de Namur
& tres -bon Catholique , que
nous avons les dernieres obligations
; car c'est à la faveur des
rafraichiffemens qu'il nous apor- .
ta luy mefme dans le bord , que
nous avons fupporté les fatigues
la difette d'un filong voiage.
On ne nous permit pas de mettre
pied à terre au Cap où nous paffames
au mois de fuin , & nous
avons enfin heureusement moüillé
à l'embouchure de la Meuze
le 8. Octobre, aprés avoirfouffert
un peu de froid par 63. degrez
Nord où il nous a fallu paffer.
Liiij
128 MERCURE
On a choifi quatre- vingtdeux
Lieutenans de Vaiffeau ,
pour commander
un pareil
nombre de Compagnies qui
ont efté créées nouvellement
.
Elles font de cent hommes
chacune. Le Roy en donne
foixante & dix à chaque Capitaine
, & ils font obligez de
lever le refte. Il leur eft permis
de prendre des Caders ,
parmy lefquels on choiſira
des Lieutenans de Fregate &
de Brulot ; de mefme qu'on
prend des Enfeignes & Lieutenans
de Vaiffeaux parmy les
Gardes deMarine.
L'avantage
11
GALANT. 129
eftant confiderable doit leur
en faire trouver beaucoup.
Voicy les noms des Lieutenans-
Capitaines des quatrevingt-
deux Compagnies.
A BREST.
Compagnies
de Port.
M's Des Blottiers .
Champagner.
Des Boisdairs.
Du Coudray S. Genic .
Feuquerolle.
Du brolloy
.
D'Eſtienne .
Eterac .
De
Burques.
D'Amnancourt
.
130 MERCURE
Gedoüin .
De Bellocier.
Du Rivau de Bauvau ,
De Clancleu de Salins .
De
Longruë.
De
Grancey .
De Toujouves.
De Saint- Pierre .
Du Tartre.
De Villeray.
De Francines .
Du Coudray .
De Gourdon .
De Seve.
De Potoy.
De Loubes.
Taormines .
GALANT. 13
De Sourelles.
Compagnies des Galeres incorporées
au Port.
M's de Baroife .
De Caffaro .
De Bellicour.
De Teviniere.
De Poudens.
De Courcy.
Du Bart de Marolles.
AU PORT-LOUIS.
Mrs de Lachenaut.
De Marall
Se iviatonics.
De la Goudiniere.
De Barny .
De
Changé.
De Berulle .
123 MERCURE
De Bochart ,
De Roquefcüille.
A ROCHEFORT.
Mrs du Roflau .
De Martel.
De
Roquart.
Du Mahes .
De S. Paul .
Defgranges.
Du Roffel.
De S. André .
De Caumont.
DeS.
Eugene
De Gramari.
De S.
Loup.
Des Roches
.
Audifredy
.
GALANT. 133
De la Roque.
De Vigeun .
De Courbon
.
De S. Abre .
AU HAVRE.
Mrs de
Languetor.
De Chamillard ,
De Montagnes.
De Buquet
A DUNKERQUE.
.
Mis de Gratien .
De Marfonet,
Des Cartes.
De Bonnemie.
De Benneville.
A TOULON,
Mrs de Godimare .
134 MRECURE
De Geoffroy.
Des Grebin.
De Carqueranne .
DeSimona .
Du Quefnet.
De Burques , Cader .
De Beauffier.
De Boisjoly.
De Baudimare.
De la Motte- Chabannes.
De Moras.
Quoy que ceux dont vous
venez de lire les noms demeurent
toujours Lieutenans de
Vaiffeau, on n'a pas aiffé d'en
créer encore quatrewingt avec ›
cent dix ou douze Enfeignes,
GALANT. 135.
& cent Gardes Marine . Il s'en
prefentoit un bien plus grand
nombre, mais on n'a pas jugé
à propos d'en faire dayantage
cette année.
J'ay tort, Madame, & vous
avez raifon de vous plaindre ,
de ce que fçachant combien
vous cftimez tout ce qui part
de la Plume de M' Perrault,
je ne vous ay pas envoyé les
Vers qu'il fit l'Automne dernier
pendant qu'il eftoit à
Troyes, & qu'il adreffa à M's
de l'Académie Françoiſe . Puis
qu'ils font encore nouveaux
pour vous , je répare avec
136 MERCURE
beaucoup de plaifir la negli
gence dont vous m'accufez.
SS2525522252
22255
A MESSIEURS
DE L'ACADEMIE
ILLY
FRANCOISE
15
ODE
.
LLVSTRE & docte Compagnie ,
Où les richeffes dufçavoir
Et les dons facrez du genie
Au plus haut degréfe font voir s
Dù brille la même lumiere
Dont Romefe montra fifiere
Quand le monde adorafes loix ;
Et la même delicateffe ,
Dont la fage &fçavante Grece
Sefit tant d'honneur autrefois.
GALANT. 137
Soit que le devoir vous engage,
Sufpendant vos emplois divers ,
A polir enſemble un langage
Que doit parler tout l'Univers ;
Soit qu'au feu divin qui l'inſpire
Chaque efprit fe laiffe conduire ,
Et que d'un vol precipité
L'Eloquence ou la Poëfie
Par la route qu'il a choifie ,
Le mene à l'Immortalité.
S
>
Souffrez que pressé de mon Zele,
Et pour contenter mon defir,
Je vous rende un compte fidelle
Des doux momens de mon loifir ;
Loifir qu'aprés de longues peines,
Qu'aprés mille esperances vaines,
Chez vous enfin jay rencontré ;
Loifir que charment les delices
De vos innocens exercices ,
Et que je leur ay consacré.
Janvier 1691.
M
138 MERCURE
Dans le beau climat où la Seine
N'eft encor qu'un jeune Ruisseau,
Qui parmy les prez fe promene,
Et les embellit defon eaus
Dont les campagnes fortunées
Se couvrent toutes les années
Des plus abondantes moiſſons,
Et dont les brulantes collines
Donnent aux cabanes voisines
La plus exquife des boiſſons.
S
Libre de tous foins inutiles,
Et de ces chagrins devorans
Qui font au fein desgrandes villes
Mouvoir tant d'hommes differenss
Fadmire dans leur beauté pure ,
Les merveilles de la Nature,
Ses biens , fa force , ſa grandeur,
Son agilante quietude..
Et fa pieuſe exactitude.
A rendre gloire àſon Auteur,
GALANT. 139
Quand l'Aftre du jourfe rallume,
Et que fur le haut des fillons ,
Fapperçois la Terre qui fume
Au premier feu defes rayons ;
Lorfque cette vapeur grofficre
Se confond avec la lumiere ,
Il me femble voir un encens ,
Qui des plaines, montant parondes
Vers le Ciel qui les rend fecondes,
Luy portent leurs voeux innocens,
S
Les Habitans des forefts fombres,
De mille couleurs émaillez ,
"
Auffi-toft qu'en chaffant les ombres
L'Aurore les a reveillez ,
Ne ceßent par reconnoiſſance
De chanter fa magnificence,
Et de l'en faire fouvenir
Par la beauté de leur plumager
Et par la douceur du ramage
Qu'il leur donne pour le benir.
Mij
140 MERCURE
Icy les fillons reverdiſſent
Des grains qu'ils retenoient cachez,
Plus loin j'en voy qui fe noirciſſent
Sous le foc qui les a tranchez.
De tous coffez les granges pleines
De la riche toifon des plaines
Rendent cette agreable odeur,
Qu'au frais d'une belle foirée,
Exhale la moiffon dorée
D'un champ qu'a beni le Seigneur.
2
Icyfous un toit de feuillages
Le traiftre chant de l'oiseleur
Contraint les Hoftes des bocages.
D'y venir chercher leur malheur.
Làfous un Saule qui le cache,
Le Pefcheur que l'espoir attache,
Fette fes trompeurs hameçons ;
Mais en tous ces lieux la malice
Ne deçoit par fon artifice
Que les Oiseaux & les Poiffons.
GALANT. 141
de la
pensée
Lors
que des yeux
Je parcours les autres Etats,
où dans fa fureur infensée
La guerre fait tant de degats ,
Aprés que d'une ardeur extréme
Fay beny l'Effence Suprême
2
Qui loin de nous chaffe ces maux,
Fe benis le Prince admirable ,
Par qui fa bonté favorable
Nons conferve un fi doux repos.
S
Seigneur , d'eft ce Prince fi fage
Que tu prisplaifir à former ,
Pon ne peut , eftant ton image ,
Ny trop craindre , ny trop aimer,
A qui dés fa plus tendre enfance
Le foin du bonheur de la France .
A de ta part efté commis ,
Que feul tu charges de ta cauf,
Que feul ta providence oppofe
Aux efforts de tes Ennemis .
142 MERCURE
Pour montrer à toute la Terre
Que fon intereft eft le tien ;
Que dans tout le cours de la guerre
Tuferas fon ferme foûtien,
Par une victoire fameuse ,
Et de la Sambre & de la Meufe
Il a déja rougi les flots ,
Et plein d'une jufte colere
Puny le Batave & l'Ibere
De leurs vains & jaloux complots.
S
Ses Flotes toujours intrepides,
Et que revere l'Univers ,
Ont chaẞé des plaines liquides
Les orgueilleux Tirans des mers 3
Ils ont vu leurs Nefs triomphantes,
Sous l'effort des bombes tonnantes
Se brifer ainfi que roseaux ,
Et leurs fieres poupes dorées
Des feux à demy devorées ,
Se cacher dans le fein des eaux.
GALANT. 143
Au pied des Alpes fourcillenfes,
Unjeune Prince ambitieux, &f
De nos armes victorieuſes
Veut troubler le cours glorieux.
Mais bien- toft malgréfon audace
Du puiffant bras qui le terraffe A
Ilfent quelle est la pefanteur,
Et combien on eft temeraires,
Quand on fe fait un adverfaire
De fon unique Protecteur.
2
Cependant une affreuse Armée
Toute de fer , toute d'airain,
Contre nous de rage animée,
Couvre les rivages du Rhin ;
Leur effroyable cimeterre ·
D'une horrible &fanglante guerre
Nous a le malheur annoncé ,
Et noftre feconde efperance
Lejeune LOVIS qui s'avance
En eft fierement menacé...
4 4 MERCURE
C
Mais d'une fi frivole audace
Le vain orgueil ne l'emeut pas,
Et le Guerrier& fa menace
Difparoiffent devant les pas.
Le vifeclat qui l'environne
Les éblouit & les étonne ,
Leur glace le bras & le coeur,
Et je voy que fa propre gloire
Luy va derober la victoire
Que luypreparoit fa valeur.
$
Seigneur,acheve, & fais connaître
L'erreur de ces Princesjaloux,
Que la fplendeur de notre Maître
Afeule elevez contre nous .
Fais leur voir, que dans leur colere,
Avec le Batave & l'ibere
I!sfefont affemblez en vain ;
Que leur force n'est que foibleffe,
Et que la grandeur qui les bleſſe
Eft un ouvrage de ta main.
Sur
GALANT. 145
Sur le Tiran , dont l'Angleterre
A fubi lejoug rigoureux ,
L'horreur du Ciel & de la Terre ,
Je ne daigne former des voeux.
Affez tajuftice irritée
A le perdre eft follicitée ,
Sous ton bras il va fuccomber;
Et ta foudre des longtemps prefe
Qui gronde & roule furfa tefte
N'attend que l'heure de tomber.
Le 24. du mois paffé , Veille
de la Fefte de Noël , Leurs
Alteffes Royales Monfieur &
Madame , accompagnées de
Monfieur le Duc de Chartres
& de Mademoiſelle , fe ,
rendirent en l'Eglife des Peres
Theatins , où Elles affifterent
Fanvier 1691.
N
146 MERCURE
à la folemnité qui s'y fit pour
la clofture de la neuvaine des
Couches de la Vierge . Le Pere
Bourfault, jeune Religieux de
cette Maiſon, y fit à Monfieur
le compliment que vous
allez lire. Il fut extrémement
applaudy , & trouvé digne
d'un nom que M' Bourfault
fon Pere a rendu fameux par
beaucoup d'Ouvrages .
7 CONSEIGNEUR,
Il n'estoit pas neceffaire d'apprendre
à cette Affemblée que le
Seigneur doit arriver aujour
GALANT . 147
d'huy que demain on verra
fa gloire. L'bumiliation où elle
voit Vostre Alteffe Royale annonce
affez que l'Enfant qui doit
naistre cette nuit eft le Maiftre
abfolu de toutes les Couronnes
du monde. Ce n'est que devant
la Majefté de Dieu , que les
Princes de l'Augufte Maifon
de France font gloire de flechir
les genoux. Le Sang dont ils
ont l'honneur de fortir tient un
fi haut rang parmy les Monarques
de la Terre , qu'ils naiffent
pour foumettre les autres
Puiffances, & pour n'estre foudevant
le Roy des Rois .
mis
que
Nij
148 MERCURE
Que cette foumiſſion
, Monſeigneur
, vous acquiert de gloire ,
& que le Divin Enfant qui prévoit
l'ingratitude
des hommes
qu'il rachete par l'excés de fon
amour , trouve de confolation
dans la fainie impatience
que
vous avez de le recevoir ! La
pieufe Reine à qui V. A. R. doit
le jour , & dont les vertus ont
merité de la justice de Dieu une
Couronne
immortelle
, a tracé à
fa Pofterité le chemin que vous
enfeignez à la vostre . Tant qu'il
aplû à Dieu qu'elle fust l'exemple
des Reines , le modelle des
l'édification des
Veuves
GALANT. 149
Fidelles , elle n'ajamais manqué
de venir dans ce facré lieu adorer
Jefus naifant. V. A. R. la
imitée ; & de generation en ge..
neration les Princes qui naistront
de vostre Sang vous imiteront. »
Courtifans, qui avez coutume
d'étudier l'inclination des Princes
,pour regler voftre conduite
fur la leur, & qui fouvent encenfez
leurs defauts pour ley
engager à autorifer les voftres
, vous n'aurez pas la malheureuſe
fatisfaction de trouver
icy ce que vous cherchez.
Il n'y a que des vertus à admirer.
Dames mondaines , qui croyez
Nij
150 : MERCURE
que vostre delicateffe vous dif
penfe de rendre vos hommages à
la Creche de Fefus ; venez voir
la plus augufte de toutes les Da-.
mes par fa naiffance , la plus
digne de l'estre par fon merite
partager avec la Mere de Dieu
la glorieufe qualité de ſa Servante.
Et vous tiedes Chreftiens ,
qui voyez le digne Frere du premier
Monarque du monde , fi ardent
à témoigner fon zele à l'a- ,
dorable Enfant qui abandonne
Le Ciel pour la Terre , & quitte
la gloire éternelle pour vous l'ac-.
querir , quelles excuſes pourrez-.
vous avoir quand il ne trouvera,
GALANT. 151
difpofez à rece
pas vos coeurs dif
a
voir les graces qu'il y vient répandr
:?
Pardonnez- moy , Monleigneur
, fi en prefence de V. A.
Royale il m'est échapé d'adreſſer
ma parole ailleurs ; je voulois
animer ces Chrestiens par l'exemple
de voftre pieté, & les engager
à joindre leurs voeux à vos
prieres, pour attirer fur la Fran
ce toutes les benedictions dont la
Naiffance du Sauveur est accompagnée.
Sous le Regne de l'invincible
Monarque
à qui la qualité
de Tres- Chreftien est fi bien
deuë , puis qu'il est aujourd'huy .
Niiij
152 MERCURE
le feul , & l'inébranlable appuy
du nom Chreftien, il femble que
la Terre où nous avons l'avan-
Dien tage de vivre, foit celle que
avoit autrefois promife
à fon
Peuple
. Les horreurs
de la guerre
ne font que pour les Ennemis
qui nous la declarent ; & la
France attaquée en tant d'endroits
par l'ambition & par l'Herefie
fe conferve dans toute l'éten
duë de fes limites , & dans toute
L'integrité defa Religion. Quelle
difference de ces paifibles Climats
à ces Pays de fedition & de revolte
, où les Loix de la Nature.
font éteintes , les privileges
GALANT.
153
du Sang violez , où le culte de
Dieu eft aboly, & l'impie té triomphante
, pour tout dire en un
mot , où les vertus deviennent des
crimes à punir les crimes des
vertus à recompenfer ! Tel , &
plus horrible encore que toutes les
peintures qu'on en peut faire , eft
le coupable Royaume fur qui un
Vfurpateur vange tant de Sacrileges
, de Parricides, & qui
aprés avoir fervi d'inftrument à
la colere de Dieu , fera puny des
Sacrileges du Parricide qu'il
commet luy- mefme. Qu'il ne s'attende
plus à une mors auffs glorieufe
que celle dont il fut mena154
MERCURE
cé devant Caffel , lors qu'aprés læ
défaite entiere de fon Armée ,fa
fuite le déroba au bras victorieux
de V. A. R. Les Tyrans ne doi
vent pas mourir comme les Heros ;
le Diadême qu'il s'eft osé met
trefur la tefte , est moins la Couronne
d'un Roy, qué celle d'une
victime dont la fuftice du Ciel
demande un memorable facrifice .
Princes timides qui luy prétez
vostre appuys ou plustoft qui allez
avec indignité mandier le fien ,
Dieu a mis un Monarque fur la
Terre à qui les grands évenemens
font refervez. Si aider à perfe -s
cuter un Roy legitime vousparcit
GALANT ISS
un effort digne de vous , LOUIS
LE GRAND fera voir que le.
proteger , luy donner un azile, &.
le rétablir dans fes Etats , font
des actions dignes de luy . C'est à
vous , mon Dieu , à donner voftre
benediction aux équitables deffeins
d'un Monarque qui ne com-.
que pour étendre voftre culte,
pourfaire fantifier votre nom .
Tous les Princes de cette Royale ,
Famille font d'infatigables défen- .
feurs de vostre gloire , toujours
prefts à cimenter de leur Sang les
facrez Autels où ilsfont bumiliez
dans la refpectueufe attente du
Verbe qui s'est fait Chair, pour
bat.
156 MERCURE
venir hahiter parmi les hommes :
Si les Bergers qui furent les pre..
miers à la Creche de voftre adorable
Fils, attirerent fur eux les
premieres graces de fa Naiſſance,
voicy, mon Dieu , vos images
les plus parfaites, qui previennent.
le Cantique des Anges pour meri
ter vos premieres benedictions.
Répandez , Divin Sauveur , répandezfur
ces illuftres Teftes toute
la plenitude de vos graces , t).
naiffe pour eſtre leur felicité
en ce monde , & dans l'autre leur
beatitude éternelle .
GALANT. 157
La fincerité eſt un grand
charme pour gagner les
coeurs bienfaits, & quand elle
accompagne
l'amour , elle en
ferre les noeuds fi étroitement
qu'il n'y a rien qui les
puiffe rompre, Un Cavalier
fort bienfait , & dont les
manieres nobles fouftenoient
avec beaucoup d'avantage ,
celuy qu'il tiroit de fa naiffance
, aprés fept ou huic
Campagnes
où il ne s'eftoit
tiré d'affaires que par le gain
qu'il faifoit au jeu , refolut
de voir fi quelque heureux
mariage ne pourroit point le
158 MERCURE
mettre en cftat de reparer ce
qui luy manquoit du cofté
de la fortune. Il eftoit Cader,
& né dans une Province où la
plufpart des Ainez emportent
prefque tout le bien de
leur Maifon . Ainfi il n'avoit
cu que tres peu de chole des
fucceffions de fon Pere & de
fa Mere & ayant trouvé des
Achepteurs , il vint à Paris
avec une fomme affez forte
pour y pouvoir fubfifter avec
éclat pendant une année .
Comme il eftoit fort galant,
& qu'il avoit autant que perfonne
, ce que l'on appelle
GALANT. 159
cfprit du monde, il s'imagina
qu'en prenant les Airs d'un
homme aifé , il reüffiroit à
éblouir quelque richeVeuve,
qui en l'époufant partageroit
fon bien avec luy. Il cftoit
fort refolu de ne point s'arrefter
à l'âge, & la plus vieille
luy paroiffoir mefme la plus
propre à fon deffein , parce
qu '' elle devoit eftre plus aifée
à prendre , & qu'il auroit
moins de temps à vivre avec
elle . Dans cet efprit il fe mir
en équipage , prit un train
fott propre, & un ancien Valet
de Chambre en qui il a
160 MERCURE
voit une confiance entiere,
ayant inftruit fon Cocher &
fes Laquais de fes pretenduës
richeffes , il n'eut point à
craindre qu'aucun d'eux puft
découvrir qu'il n'eftoit pas ce
qu'il paroiffoit. Ses domeftiques
eftant habillez , & le
Carroffe choifi , il s'accommoda
d'un Appartement fort
bien meublé dans un Hoftel
Garny des plus renommez , &
le hazard voulut que dix jours
aprés une jeune Veuve de
Province , qui changea de
logement , en arreſta un dans
le mefme Hoftel . Elle ne
GALANT. 161.
l'eur
par
fi- toft occupé , qu'il
pas
luy fit demander permiffion
de luy rendre fes devoirs . Il
en fut receu fort civilement,
& il connut dés fa premiere
vifite qu'elle n'étoit pas
pas moins
cftimable par fon efprit que
fa beauté. C'eftoit une:
brune tres - agréable , & qui
faifoit une affez belle figure ,
ayant Caroffe & un train honnefte
. Elle eftoit depuis fix.
mois à Paris , où la pourfuite.
d'un procez fort important
ne la laiffoit pas fans exercice .
Comme naturellement on aime
à fervir les Dames , & fur
Fanvier 1691.
162 MERCURE
tout celles qui portent dans
leur perfonne des recomman-.
dations favorables , le Cavalier
luy offrit fes foins auprés de
fes Juges . Il vous eft ailé de
croire qu'on les accepta avec
plaifir , puis que c'eſt là le ſenfible
des Plaideurs , & que par
plufieurs raifons il y alloit de.
la gloire & des avantages de
la belle Veuve de venir à bour
de fon entrepriſe. Le Cavalier.
entra dans fes interefts avec
d'autant plus d'empreffement ,
qu'ayant appris par le rapport
de fes gens qu'elle eftoit fort
riche ; car les domeſtiques ne

GALANT. 163
manquent jamais de fe dire
l'un à l'autre ce qu'ils fçavent
de leurs Maiftres , il
connut en peu de jours que
tout ce qu'il luy difoit de fateur
& d'obligeant commençoit
à faire impreffion fur fon
coeur . Ainfi il eut lieu de fe
flater , que s'il s'intriguoit
affez pour contribuer à luy
faire gagner fon procés , la
reconnoiffance
pourroit fe
joindre à l'amour , & pro
duire en fa faveur ce qu'il
attendoit de fon Etoile . Cette
penfée luy fit redoubler fes
diligences auprés des Avocats
O ij
164 MERCURE
& des Procureurs , & le compte
qu'il avoit à luy en ren
dre luy donnant occafion de
la voir à tous momens , il fe
fervit fi bien du talent de
perfuader tout ce qu'il vouloit
, qu'en eftant effectivement
tres amoureux , il la
convainquit de toute la force
de fa paffion. Deux mois fe
pafferent dans les témoignages
reciproques d'un amour
naiffant, & dont le progrés ne
pla:foit pas moins à l'un qu'à
T'autre , & quand le Cavalier
le crut affez affermy pour fe
pouvoir déclarer, il s'expli
GALANT. 165
qua avec des termes fi paffionnez
, qu'il eftoit aifé de voir
que le coeur s'accordoit avce
la bouche . La Dame , dont la
Demoiſelle s'eftoit informée
fous main de la naiffance & du
bien du Cavalier , n'en avoit
rien appris que de fortavantageux,&
les apparences répondant
à ce qu'on luy en difoir, *
elle ne pût fe défendre de luy
témoigner que fa declaration
luy faifoit plaifir , mais avant
que la chofe allaft plus loin,
elle voulut fortir d'un fcrupule
, & fçavoir du Cavalier
Lelle pouvoit fe croire affez166
MERCURE
fortement aimée, pour ne devoir
point apprehender qu'il
entraft dans fon amour aucune
autre veuë que celle de
l'amour mefme . Il luy protefta
que fon feul merite en :
eftoit la caufe , & aprés qu'elle :
cut receu cette aflurance
, elle fe crut obligée de
luy apprendre qu'en fe réfolvant
à l'époufer , il devoit
compter fur un bien tresmediocre
; que le Carroffe &
tour l'équipage qu'il luy
voyoit, n'eftoient point à elle ;
qu'un Oncle au nom de qui
le procés qu'elle pourfuivoir
GALANT. 167.
avoit esté intenté , fourniſſoit
à toute cette dépenfe ; que
luy voyant une affez jolie figure
, il avoit voulu qu'elle .
l'euft accompagné à Paris ,
perfuadé qu'une agreable per
fonne eftoit toujours écoutée .
favorablement des Juges; qu'
une Fille unique qu'il avoit ,
& qui eftoit un fort grand
party , avoit confenty pendant
fon abfence à fe laiffer
enlever d'un Convent où il:
l'avoit mife à ſon départ ; que
ce malheur l'avoit rappellé ,
& luy caufoit de grands embartas
, parce qu'il avoit affai168
MERCURE
re à un Parent du Gouver :
neur de la Province qui avoit
beaucoup d'Amis , & qu'il
devoit revenir fi- toft qu'il fe :
feroit mis en eftat de tirer
raifon du Raviffeur. Le Cavalier,
dont la confidence qu'-
on luy faifoit , renverfdit les .
efperances , en eur un chagrin .
qu'il luy fut impoffible de furmonter.
Il parut tour à coup
fur fon vifage , & la Dame
s'appercevant de fon trouble,
luy dit qu'elle voyoit bien
qu'il eftoit fait comme tous
les autres hommes , & que
l'amour qu'il luy proteftoit ,
n'eftoit
GALANT. 169
n'eftoit pas auffi defintereffé
qu'il vouloit le faire croire .
Le Cavalier qui avoit le coeur
veritablement touché, luy dit
qu'elle luy faifoit beaucoup
d'injustice , puis qu'il eftoit
preft de l'époufer , s'il luy
falloit cette marque de l'entier
pouvoir qu'elle avoit fur
luy , mais qu'aprês ce qu'elle
venoit de luy avouer , il
croyoit que fon honneur l'o.
bligeoit de luy patler fans déguiſement.
Là - deffus il luy
rendit fincerité pour fincerité
, & l'ayant inftruite de
l'eftat de les affaires , il luy
Fanvier 1691.
P
=
170 MERCURE
+
dit que c'eftoit à elle à examiner
fi ayant tous deux
de la naiſſance fans aucun
moyen de la foutenir , ils de
voient hazarder un mariage
dont les fuites ne pourroient
que les rendre malheureux ;
que non feulement il eftoit
fans bien , mais qu'il ne pou
voit pas mefme efperer la
moindre fucceffion ; qu'à la
verité fon Aîné eftoit fort
riche , mais qu'outre qu'il n'eftoit
pas encore dans un âge
extremement avancé, il avoit
deux Fils d'une fanté vi→
goureufe , & qu'ayant pour
GALANT. 171
elle autant d'eftime qu'il avoit
d'amour, il fe reprocheroit
toute fa vie comme un fort
grand crime, d'avoir abuſé de
fa complaifance, quand même
elle voudroit bien luy facrifier
tour fon repos. La Dame
ne put s'empefcher de faire
paroiftre à fon tour ſa ſurpriſe
& fon chagrin. Elle n'avoit
attendu rien moins que cette
feconde declaration , & il
eftoit extraordinaire que faifant
tous deux leur bonheur
de leur amour , ils fe trouvalfent
également dans une fituation
malheureuſe qui les
Pij
172 MERCURE
fe
mettoit hors d'état de rien faire
l'un pour l'autre. Aprés a
voir railonné long temps fur
leur avanture , ils ne purent
cacher qu'il falloit qu'ils renonçaffent
aux efperances flateufes
qui avoient formé leur
engagement , mais il leur fut
impoffible de renoncer aux
fentimens de tendreffe dont
ils s'eftoient fait l'aveu , &
fans fçavoir à quoy pourroit
aboutir leur paffion , ils fe promirent
de s'aimer toûjours .
Le Cavalier redoubla fes foins
pour fervir l'aimable Veuve ,
& ille fit fi utilement qu'il
GALANT.
173
mit fon procez en état d'eftre
gagné , Quoy qu'il ne confervaft
plus aucune preten
tion fur le mariage où il avoit
crû d'abord la conduire , il ne
laiffoit pas d'avoir pour elle
les mefmes empreſſemens
, &
non feulement il ne voyoit
qu'elle , mais il auroit refufé
un party confiderable s'il s'étoit
offert. La Dame de fon
cofté trouvoit un charme fenfible
dans le plaifir de le voir,
& malgré la certitude qu'ils
pouvoient avoir de n'eftre
jamais unis , il cuft efté diffi
cile de trouver dans l'union
Piij
174 MERCUR
de deux coeurs un attachement
plus veritable . L'Oncle
arriva dans ce mefme temps,
& revint fort indigné de ce
que le trop grand credit du
Raviffeur de fa Fille l'avoit
obligé de fouffrir fon mariage,
mais quoy qu'il en cuft figné
le contract , il avoit gardé
pour l'un & pour l'autre un
efprit d'aigreur qu'ils avoient
tâché inutilement de luy faire
perdre . Son reffentiment
éclatoit fur tout contre fa Fille,
qui ayant permis qu'on
l'enlevaft , luy avoir donné un
Gendre qu'elle fçavoit bien
GALANT. 175
qu'il n'agréoit pas. Cependant
il ne laiffa pas à fon retour
d'apprendre avec joye ce qu'il
devoit aux foins de fa Niece ,
par qui fon procez avoit efté
mis dans l'heureux état où il
le trouvoit . Il luy en fit des
remercimens tels que demandoit
la tendre amitié qu'il
avoit pour elle , & ayant efté
informé en mefme temps du
fecours que le Cavalier luy
avoit preſté , il luy en marqua
fa reconnoiffance par mille
offres de fervice . Comme il
le voyoit fouvent , & que le
merite qu'il luy connut, aug-
P iiij
176 MERCURE
mentoit pour luy de jour en
jour par les bons offices qu'il
luy rendoit auprés de ſes Juges
, il ne put condamner la
Liaiſon qu'il remarqua bien
qui s'eftoit formée entre luy
& la Niece pendant fon ab
fence. La Dame ne luy cacha
point qu'elle avoit beaucoup
d'eftime pour le Cavalier , &
fans entrer dans aucun détail
de ce qui s'eftoit paffé entre
eux , elle fe contenta de luy
dire
que quand il auroit
pour elle les fentimens les
plus favorables , il luy feroit
inutile de les écouter , puis
GALANT. 1-7
qu'il n'eftoit pas plus riche
qu'elle ,& que le manque de
bien eftoit le plus fort obſta
cle que puft rencontrer l'amour.
La matiere ne fut pas
pouffée plus loin. Il s'ecoula
encore quelque temps , & le
Cavalier continuant à s'intereffer
avec ardeur pour l'Oncle
de l'aimable Veuve , il
obtint Arreft, & cut gain en
tier de caufe. Il s'agiffoit de
cinquante mille écus , dont il
fut payé partie en argent
comptant , & partie en heritages
qui eftoient aſſez à la
bienfeance. Lorsqu'il eut re
178 MERCURE
2
glé toutes les affaires , le defir
de fe vanger de fa Fille le
preffant de plus en plus , il
declara à fa Niece , pour qui
il avoit toujours marqué une
tendreffe fort particuliere
, que
fur l'argent qu'il venoit de
recevoir,il luy deftinoit vingt
mille écus , & qu'il vouloit
Outre ce prefent , luy faire
la donation d'une Terre qui
en valoit bien encore dix mille
, à condition qu'elle fe
choifiroit
un Mary avant
que de retourner dans la Province,
l'affurant qu'il confentiroit
à tout, pourveu
que
GALANT. 179
મે
fon coeur fuft fatisfait . C'eftoit
luy en dire affez ; auffi
ne balança -t - elle point à
choifir le Cavalier.Il fut agréé
de l'Oncle , & le mariage fe
conclut en peu de jours . Ils
allerent avec luy dans la Province
, où les vingt mille écus
furent employez en fonds
fans que le Gendre ofaft murmurer
de cette donation . Så
fucceffion devoit eftre encore
fi confiderable
que fa Fille &
luy s'eftimerent fort heureux
de ce qu'il promit enfin d'oublier
l'enlevement
. Les Maricz
goûterent toutes les dou180
MERCURE
ceurs dont une union parfaite
peut faire jouir deux tendres
Amans, & un an aprés
la Dame fut récompenfée de
fa generofité. Le Frere du
Cavalier qui avoit deux Fils,
eur le malheur de les perdre
dans la Journée de Fleurus
& la douleur qu'il en reffen,
tit fut fi violente , qu'il en
mourut peu de temps aprés.
Ainfi le Cavalier ayant herité
de tous les biens , eut le
plaifir de mettre la Dame en
eftat de s'applaudir du facrifice
qu'elle luy avoit fait de
La fortune .
GALANT. 181
Rien n'ayant paru'à toutes
les perfonnes d'efprit choquer
davantage le bon fens
que la Harangue faire au
Prince d'Orange , par le Prefident
de la Tour , Envoyé
Extraordinaire de Savoye , j'y
fis réponfe le mois paffé pour
fatisfaire à l'empreffement du
Public qui la demandoit.
Comme la matiere eftoitample,
il parut une autre réponfe
quinze jours aptés , & je
vous l'envoye , eftant perfuadé
que quoy qu'elle foit beaucoup
meilleure que
ne , vous ne laifferez pas
la miende
182 MERCURE
rendre juftice à mon zele.
52525552-222252255
LETTRE
D'un Gentilhomme François,
à un de fes Amis refugié en
Angleterre, fur la Harangue
du Prefident de la Tour
MONSIEUR ONSIEUR,
Quand vous nous avez envoyé
la Harangue du Prefident de la
Tour nous avons compris ce
qu'apparemment vous n'ofiez nous
mander , que vous vouliez nous
GALANT. 183
faire rire , ou plutoft nous faire
pitié. Il n'y a pas eu en effet depuis
long- temps une production
plus ridicule que cette Harangue,
& je m'étonne que vôtre Cour en
ait fait une maniere de triomphe ,
en la faifant imprimer en François
en Anglois , comme une
piece fort rare. Elle l'eft veritablement
, mais c'est par la bizarrerie
des penfees & des expreffions
plus dignes du perfonnage qui l'a
prononcée , que du Prince du nom
duquel il a vray -femblablement
abufé, car nous nepouvons croire
qu'en quelque mauvais état que
foient les affaires de Mª le Ďuc
184 MERCURE
de Savoye , il ait pú s'abaiffer
jufqu'à fe vanter publiquement
de l'honneur qu'il a d'appartenir
au Prince d'Orange , luy
demander la protection , l'affurer
d'un attachement invio
lable à fon fervice , & d'un
refpect infini pour fa perfonne
facrée. Duy , Monfieur, nous
avons peine à croire que S. A. R.
qui a toûjours foûtenu fon rang
avec tant de dignité à l'égard des
Teftes couronnées , à meilleur titre
que celle du Prince d'Orange , ait
pu mettre desparoles fi baßes &
fi indignes dans la bouche de fon
Envoyé. Nous croyons de plus
GALANT. 185
que dans toute la Cour de Savoye
il nefe feroit pas trouvé un hom
me de qualité ou de vertu , qui
euft voulu , en prononçant une
demi-page de mauvais François,
donner lieu de croire qu'il n'a ny
bon fens , ny religion , ny fenfibilité
pour l'honneur de fon Maitre.
Il falloit donc un Miniftre
d'un ordre tout different pour
donner cette Comedie au public.
Ne vous fouvenez- vous pas d'avoir
veu ici des Savoyards de
toutes façons ? Vousfçavez qu'il
y en a qui font bons à quelque
chofe , & je m'étonne que parmi
les moyens de ruiner la France ,
Janvier 1691. e
186 MERCURE
les Politiques de Hollande ont
oublié celuy d'obliger le Duc de
Savoye à les rappeller , pour la
priver d'un fecours auffi neceffaire
que celui des Ramonneurs de
cheminées. Il y en a de faineants
qui courent les rues , chargez
d'une groffe boete remplie de
Marionnetes , de petites machines
propres à amufer des enfans.
Le Savoyard a une chanfon
auffi ridicule que fa machine.
Dieu , la Vierge , les Saints
y font mélez à propos de rien , la
mufique répond à toute la piece
& quand elle eft finie , il demande
l'aumône. Pardonnez
- moy
GALANT. 187
vous
cette ridicule comparaison ; mais
nous ne voyons point de ces Savoyards
, qu'ils ne nous faßent
penfer à cette honteuse Ambassade.
Quand le Prefident de la Tour
eft arrivé en Hollande ,
fçavez avec quels airs importans
il y a paru , & les projets
dont il amufoit les Miniftres des
Alliez , devant lefquels ilfaifoit
marcher avec le bout du doigt
ces Armées imaginaires qui devoient
entrer dans le coeur de la
France . Le jeu auroit efté plus
beau , fi la bataille de Staffarde
n'avoit fort déconcerté toute la
machine. Enfin il a demandé de
Qij
188 MERCURE
a
a
l'argent , & il en a obtenu aſſez
pourpayerfon gifte en Hollande ,
& faire boire les Miniftres des
Alliez à lafanté du Prince d'Orange
. Enfuite il est paffé en
Angleterre , & c'est là qu'il
chanté la chanfun. Un des principaux
traits de l'éloquence de ces
Savoyards , est de donner de
beaux noms à ceux qu'ils amu
fent. Monfeigneur , mon brave
Prince , font des qualit
qu'ils donnent au premier venu ,
comme le Prefident de la Tour
n'a pas épargné les titres bizarres
& extravagans
, que
le Prince
d'Orange luy mefms , avec le
GALANT. 189
ene
bon fens qu'il a , ne peut avoir
entendus qu'avec mépris . Je
doute pas qu'il n'en ait ry de
tout fon coeur , fur tout quand il
l'a veu tomber fur les Decrets.
Eternels de la Providence. Il a
enfin demandé de l'argent , mais
ce n'est pas chez les grands Seigneurs
que ces fortes de gens ga
gnent leur vie. Ainfi il est réve
nu les mains vuides , & voilà
noftre comparaiſon achevée. L'idée
en eft ridicule , je vous l'avoie,
mais ne vous enfâchez pas,
je vous prie,car finous examinons.
la Harangue plus ferieufement, il
ý a bien d'autres chofes à dire.
2
190 MERCURE
L'affectation bizarre avec la
quelle il s'eft fervy à chaque periode
du mot de Perfonne facrée
, facrée Majefté , Tefte
facrée , qui n'est pas dans l'ufage
de la langue dans laquelle il
parlé , eft- elle fupportable ? On
voudroit bien luy demander comment
cette Tefte qui n'estoit rien
moins que facrée, ily a trois ans,
l'eft devenue. Est- ce par la benediction
de ces Evefques
, avec
qui l'Archevefque
de Cantorbery
les autres bons Proteftans ne
veulent avoir aucune communion
? Si c'eft cela qu'il a voulu
dire , il a bien fait de quitter la
GALANT. 191

Soutane , car ce n'eft pas eftre Catholique
que de parler ainfi .
Il felicite le Prince d'Orange
au nom dn Duc de Savoye , fur
fon glorieux avenement à la
Couronne , deuë à fa naiffance
, meritée par ſa vertu , &
foûtenuë par fa valeur . Les
trois points de ce Sermonfont fort
justes , puis que la vertu
valeur y ont autant de part que
la naiſſance. Si le Prince d'Orange
aime tant la justice ,
la droiture de fes intentions
foit auffi grande que le dit fon
Panegyrifte , s'il eft fenfible à
tous les maux que fon feul inte.
que
la
192 MERCURE
a
les
auffi
reft caufe dans toute la Chreftien
té, qu'il mette le premier article
en arbitrage , pour faire jugerpar
qui il voudra , mefme par
Anglois ,fi fa naiffance luy donne
un titre legitime à la Couronne
qu'il a ufurpée. On eft bien affuré
qu'il n'oferoit le faire;
le droit que luy donnefa naiffance
ne fera jamais un obſtacle à la
Paix.Les Souverains qui fe trouvent
engage à foutenir fa caufe
reconnoiftroient bien - toft quel
intereft ils auroient à ne pas autorifer
une femblable ufurpation,
contraire à toutes les Loix ,
peu conforme à celles d'Angle
fi
terre,
GALANT. 193
terres qu'il les a fallu caffer tou
tes , pour le faire entrer comme
par la bréche , e en faire de
nouvelles , qui ne peuvent fubfi.
"
fter
que
nerale
,
comme
celle
que
nous
voyous
prefentement
, &
qu'il
auroit
luy
mefme
un
intereft
preffant
de détruire
, s'il
devenoir
paifible
poffeffeur
de la Couronne
.
Voila
le titre
defa
naiffance
; celuy
de
fa
vertu
eft
à peu
prés
auffi
bon
. Mais
quand

de la
Tour
parle
de vertu
, ou
il n'en
connoift
pas
le nom
, ou
il l'employe
dans
cette
fignification
vafte
de
la Langue
Italienne
, qui
Janvier
1691.
R
dans une révolution ge
194 MERCURE
comprend la vertu & le vice
l'industrie bonne ou mauvaise
qui ne convient pas plus au
Heros , qu'au Joueur de gobelets
& au Coupeur de bourfes.
Il est vray que quand des
Bandits , des Barbets , des Rebelles
de Mondovi , des Miniftres
armez deviennent à la mode,
comme ils font prefentement en
Piedmont , la vertu du Prince
d'Orange peut fraper les yeux.
Perfonne cependant ne s'avifa à
la mort de Charles II. que cette
vertu le duft faire parvenir à la
Couronne à l'exclufion de l'Heritier
legitime , qui estoit alors
GALANT. 195
Catholique auffi declaré qu'il l'eft
prefentement . Cette vertu fut fi
bien oubliée , que perſonne ne ſe
plaignit du tort qu'on luy avoit
fait , & il n'ofa luy mesme s'en
plaindre. Quand enfin il ajoute
que cette Couronne ufurpée eft
foutenue parfa valeur , ilfemble
qu'il s'eft voulu moquer de luy.
Où font donc ces exploits mili-
· taires ? Est-on grand Capitaine
pour avoir fceu débaucher une
Armée, tourner les armes d'un
Peuple furieux contre un Roy
legitime pour avoir profité de
la terreur panique de quelques
Troupes à la Fournée de Boine ,
Rij
196 MERCURE
*
*
& pour avoir levé prudemment
Le Siege de Limerik car voila
tous fes exploits militaires depuis
qu'il est en Angleterre ? Non ,
Monfieur, ce ne font pas là les
beaux endroits de voftre Heros.
Qu'ilfoit brave de fa perfonne
tant qu'ilplaira à ceux qui l'admirent,
fi ce n'eftoit que par ce
titre qu'il euft difputé la Couronne
au Roy fon Beau-pere , il ne
l'auroit pas plutost obtenuë que
par fa naiffance & parfa veriu.
Mais cet exorde n'est rien en
comparaifon de ce qui fuit. Vous
n'avez pas eu depeine à connoifire
par le commencement de cette
GALANT. 197

Harangue , que l'Auteur eft fort
mauvais Theologien , vous en
ferez encore plus perfuadé par
la faite.
La Providence, dit - il, avoit
deftiné la Couronne à voftre
tefte facrée pour l'accomplif
fement de fes deffeins éternels
, qui aprés une longue
patience tendent toujours à
fufciter des Ames choifies ,.
pour reprimer la violence &
proteger la justice. S'il ya du
fens dans cesgrands mots, c'eft que
ge
l'avenement du Prince d'Oranà
la Couronne , est un effet de
la providence de Dieu , fans les
Riij
198 MERCURE
ordres duquel il n'arrive rien en
ce monde ; mais ce n'eft pas ce que
l'Envoyé de Savoye a voulu
dire. Il a voulu parler d'une vocation
toute particuliere ) mid
raculeuse , fans laquelle en effet
le Prince d'Orange auroit en encore
long- temps à attendre l'ac.
compliffement de ces deffeins éternels
. Elle trouvoit un obstacle
invincible dans les Preceptes du
Decalogue, dans les principes de
L'équité naturelle , dans toutes les
loix divines & humaines , que la
difference des Religions n'a jaenfin
dans les mais détruites,
loix particulieres de l'Angleterre.
GALANT. 199
Il a genereufementfurmonté tous
ces obftacles , c'est en quoy
cette vocation a des caracteres
merveilleux ,&peut eftre comparée
à celle d'Attila , pour la
qualité de Fleau de Dieu, à celle
de Cromvvel, & d'autres fem
blables Vaiffeaux de fa colere.
Ce n'est pourtant pas l'idée qu'il
nous pretend donner du Prince
d'Orange , qu'il reprefente com
me une ame choiſie , c'est à dire ,
un élu & un predeftiné , qui n'a
•fait qu'executer les decrets éternels
de la Providence . Il falloit
d'abord nous faire voir que
Les Commandemens de Dieu &
R iiij
200 MERCURE
toutes les Loixn'effoientpas faites
pour luy , mais pour les ames vul→
gaires , qui n'agiffent que par les
maximes fimples & groffieres de
l'Evangile , & de l'équité naturelle
, qui n'ofent faire à autruy
ce que nous ne voudrions pas
qu'on nous fist, qui craignent un
Dieu vangeur de la Foy & des
fermens violez, & qui honorent
lours peres & leurs meres. On
vouera au moins que ce n'est pas
par ce chemin batu du Chriftianifme
, ni mefme des vertus morales
, que Dieu a conduit le Heros
de la Ligue à l'accompliſſement
de ces deffeins éternels , fa
GALANT. 201
oppofez à fa volonté, declarée par
Fefus - Chrift fon Fils & par fes
Apoftres. Il ne faut pas non plus
oublier que cet inftrument extraordinaire
des deffeins de Dieu,
n'eft pas dans le fein de l'Eglife
Catholique , hors de laquelle vous
fçavez que nous ne connoiſſons
point d'elus , ny d'ames choifies ,
mais des reprouvez › instrumens
de la colere de Dieu » pour punir
les crimes , qualité que peut - eftre
perfonne ne peut difputer au He
ros de nostre Harangueur. Mais
fans s'arrefterfur cet article , fuppofons
que nous parlons à des Protestans
, c'est à dire , à ceux qui
202 MERCURE
ont la confcience affez large, pour
croire que ce procedé puiffe s'aci
corder avec les regles de la Morale
Chreftienne , car vous fçavez
que tous n'en conviennent pas.
Nous leur demandons, fi dépouiller
fon pere & fa mere , opprimer
le pupille , violer les fermens , &
prendre le bien d'autruy , nefont
pas
des actions contraires au Decalogue
, & à la Loy naturelle.
Voilà le droit, & ils n'en peuvent
difconvenir , ny par confequent
que ce ne foient des crimes
execrables , dignes de la colere de
Dieu , de l'horreur de tous les
Chreftiens. Le Roy d'Angleterre
C
GALANT. 203
n'eft- il pas dépouillé , opprime',
pillés chaffé par fa Fille & par
Jon Gendre ? Les Anglois n'ontils
pas violé tous les fermens les
plusfacrez, puisqu'en les preftant
ils ont declaré par des claufes expreffes,
qu'ils parloient fans équivoque
ny restriction mentale, &
qu'aucune autorité ne les en pouvoit
difpenfer ? La Couronne
d'Angleterre n'est- elle pas entre
les mains d'un Eſtranger , qui
felon les Loix du pays n'y a pas
plus de droit qu'il en avoit il y a
trois ans ? Voilà le fait , & par
la confequence qui eft aifée à tirer,
il paroift que tout cela eft contre
204 MERCURE
la volonté de Dieu , & contre.
toutes les Loix divines & humaines.
Cependant le Prefident
de la Tour vient nous affurer à
la face de toute l'Europe , que ce
tiffu de crimes énormes , et l'accompliffement
des deffeins de Dien
fur une ame choife. Ce n'est pas
des deffeins conformes à fa volonté
marquée par les Ecritures,
&par confequent il enfaut chercher
une autre directement contraire.
Sur quoy peu - lle donc
eftre appuyée , fi ce n'est fur les
Refultats de la Convention , qui
mefme n'ayant eftéfaits qu'aprés
coup , ne peuventrectifier par un
GALANT
205
a :
effet retroactif, le crime qui les
precedez ou fur les compli
mens de l'Empereur , du Roy
d'Espagne , des autres Alliez,
# fur le certificat du Prefident
de la Tour. Si un Ange defcendu
du Ciel nous venoit dire qu'il
ne faut pas honorerfon pere
fa mere , qu'on peut violer les
fermens, prendre le bien d'au
truy, vous fçavez que felon S.
Paul nous devrions luy dire , anatheme
. Imaginons- nous qu'il
en vient un qui nous dit : Mes
enfans , faites comme cette
ame choifie , le Prince d'Orange.
Quand vôtre Beau206
MERCURE
pere vivra plus que vous ne
voudrez , quand il naiftra de
petits Beaufreres incommodes
, qui vous excluent d'une
fucceffion fur laquelle vous
aurez compté, chaffez- le de fa
maiſon , prenez fon bien , laiffez
crier l'enfant , Dieu vous
benira. Cela luy déplaifoit autrefois
, mais il a changé d'avis.
Qui pourroit douter que ce
ne fuft un Ange de tenebres ? Cependant
voilà ce que nous disent
depuis deux ans , des gens qui
affurement ne font pas des Anges:
qui aprés toutes les extravagances
qu'ils ont publiées , ne peu
GALANT. 207
vent paffer que pour des foux
furieux quifont traitez pour
tels par leurs propres Confreres.
Enfin c'eft ce que le Ministre de
Savoye s'eft approprié , & qu'il
a pris comme le fondement defa
Harangue. Quand il fe feroit
dix mille miracles en faveur d'un
procedé fi odieux fi contraire
au Chriftianifme , & à toutes les
Loix , la foy nous obligeroit à les
regarder comme ceux que l'Antechrift
fera quelque jour : mais ils
ne devroient pas nous faire douter
de la vérité de la Religion &
des Commandemens de Dieu ,
qu'il renverse . Fugez donc de ce
208 MERCURE
que nous devons penfer , quand
on n'a point d'autres miracles à
nous alleguer , que les merveilleux
commencemens de fon
regne , qui font des prefages
affurez des benedictions que
Le Ciel prepare à la droiture
de fes intentions. Ces commencemens
n'ont rien de miraculeux,
puis qu'il n'y a rien de plus éloigné
du miracle , que de voir les
Anglois revoltez fans fujet contre
leurs Rois legitimes . C'en feroit
un de les voir fidelles & contents
du meilleur état de leurs affaires.
Les autres effets miracu-.
leux & les benedictions que ce
GALANT. 209
de
Heros leur a attirées , font la
perte d'une partie de la Hongrie ,
la defolationdes Pays - Bas
toute l'Allemagne ; voila celles de
la Ligue , & pour l'Angleterre ,
des taxes infuportables , la ruine
du commerce , la perte honteufe
d'une bataille Navale , la defolation
generale des Provinces ,
renversement de toutes les
Loix. Ce font là les premieres
benedictions ; fi le Ciel me-
&
fure celles qu'il leur prepare dans
la fuite felon la droiture des intentions
du Prince d'Orange , ils
n'ont qu'à s'armer de patience.
S'il y a des Catholiques affe
Janvier 169 1 .
le
S
210 MERCURE
fimples , pour demander à Dieu
qu'il beniffe les deffeins des En
nemis de leur Eglife ; s'ily a des
Protestants affez enteftez pour.
faire de femblables prieres , nous
fommes perfuadez qu'à moins
qu'ils n'ayent perdu l'efprit , ils
demandent toute autre chose qu'-
un bonheur proportionné
à la
droiture des intentions d'un homme,
qui a une confcience pour
l'Angleterre , une pour l'Ecoffe
une pour la Hollande , & une
pour les Pays Etrangers.Croyezvous
qu'il y ait quelque Fanatique
affez hors de fens , pour demander
à Dieu une Fille fembla
GALANT.M 211
VORS
ble à cette Princeſſe , qui fair
monter avec elle la vertu fur le
Trône , comme luy a dit le Prefident
de la Tour Croyez- vo
que les Flamans , les Hollandois ,
les Allemans s'accommodent longtemps
des benedictions que leur a
attirées le commencement de ce
glorieux regne : & que les Anglois
ne foient pas fort las de celles
dont il les a comblez? Vous
en ſcavez aſſez de nouvelles.
Vous avez veu l'état floriffant
du Pays avant la revolution ;
vous en connoiffez la difference,
vous pouvez juger s'il eft preft
de fe voir rétably dans fa pre-
Sij
212 MERCURE
>
miere grandeur ; car pour rompre
les chaifnes dont l'Europe
eftoit accablée , qui est
le magnanime deffein du Heros
de noftre ficcle , c'est à
dire abaiffer la puissance de
la France , c'est un article fur
lequel les decrets éternels revetez
à vos Vifionnaires , ne nous
difent encore rien, ¿ª vous m'a »
vouerez que trois Batailles perdues
l'année derniere , font de
grandes épreuves pour la foy des
Alliez , s'ils en ont fur de femblables
Propheties. Mais y at-
il chaînes & fervitude pareille
àcelle qu'ils ont à fouffrir de ce
GALANT. 213
luy qu'ils regardent comme leur
Liberateur? Ne les traite- t- il
pas avec toute la hauteur poffible
, ne facrifie-t - il pas tous
leurs interefts aux fiens ? L'Empereur
luy doit déja la perte d'une
partie de la Hongrie, les Princes
& Etats de l'Empire la ruine
de leurs Pays ; les Hollandois fe
wanteront- ils qu'il a rompu leurs
chaînes , celles dont Mr le
Disc de Savoye s'eft chargé,fontelles
moins pefantes que celles
dont il a pretendu le delivrer ?
·Car enfin , Monfieur , quelles
eftoient ces chaînes , fi ce n'est
qu'il vouloit perir , & que ne

214 MERCURE
pouvant l'empefcher avec raifon
on vouloit l'en empêcher par une
contrainte falutaire ? Mais la
France a- t- elle jamais exige de
luy des baffeffesfemblables à celles
qu'il fait fans aucun profit ?
Luy a t on fait autant de mal
dans le temps mefme qu'on pouvoit
ne le plus ménager que luy
en ont fait ces Troupes auxiliai
res qui luy ont rendu fi peu de
fervice ? Y a-t-il fervitude pareille
à celle de renoncer à fon
rang, pour fléchir le genoüil devant
l'Idole de la Ligue , & de
traiter de Sacrée Majesté celuy
qu'il auroit il y apeu de temps
GALANT. 215

bonoré en le traitant de Coufin?
Enfin y a- t- il chofe plus indigne
que ce qu'on luy fait dire touchant
la joye qu'il a efté concraint
de referrer dans fon
coeur , qu'il n'a fait éclater
que par les efperances de liberté
le feul nom du
que
Prince d'Orange luy a fait
concevoir aprés tant d'années
de fervitude ? Quoy, un Minif
tre qui doit couvrir les foibleffes
de fan Maistre, a la hardieffe de
le faire paffer publiquement pour
un fourbe & pour un traiftre !
Mais il a cru que comme la tra
hifon le mépris dès Traitez a
"
216 MERCURE
efté le premier pas que chacun des
Confederez a fait en entrant
dans la Ligue , il ne falloit pas
que cet avantage manquaft àfon
Maistre. Voila , Monfieur ,les
principales reflexions que nous
avons faites icyfur cette Harangue.
L'Empereur & le Roy d'Ef
pagne ont complimenté le Prince
d'Orange par leurs Lettres & par
leurs Miniftres ; mais au moins
ils ont gardé des mesures , & ils
y ont fait couler quelques expreffions
en faveur de la Religion
Catholique, pour faire croire aux
fimples qu'ils ne la perdoient pas
de vene, Ils n'ont pas employé
des
·
GALANT. 217
des termes manifeftement heretiblafphematoires
, & mê- ques,
me le Roy d'Espagne a mandé au
Pape , qu'un des deffeins de la
Ligue, eftoit l'exaltation du Saint
Siege. Il eft vray que jusqu'à
prefent tout ce qu'on a vû qui
euft rapport à ce deffein , a esté
que les Soldats du Prince d'Orange
ont bû à la fanté d'Innocent
XI . mais vous avez vû il
n'y a que quinze jours brufler
Alexandre VIII. Enfin ils ont
confervé quelque ombre de leur
dignité, & ils ont remply le papier
de louanges vagues ,
gures et de préfages , dont nous
Janvier 1691.

d'au218
MERCURE
n'avons pas encore veu beaucoup
d'effet. Auffi aprés avoir eu fipeu
de fuccés heureux , & tant de
malheureux , on voit que les Harangues
qui en étoient remplies ,
deviennent elles-mefmes d'heureux
préfages de l'avenir. C'est
Le jugement qu'a fait de celle- cy
un Auteur qui depuis deux ou
trois ans s'eft mis fur les rangs ,
qui croit estre grand Politique ,
parce que fon Libraire le croit.
Sed qui me vendit Bibliopola putat.
Il fuffit , dit-il , de dire du mérite
de ces deux pieces , qu'elles
ont efté generalement ap
plaudies & receuës avec l'aGALANT
219
grément du gouft public.
On a trouvé les traits & les
caracteres touchez d'une maniere
noble qui excite de
grandes idées & éleve l'efprit.
Ily a plus de chofes que de paroles
, plus de force que d'ornement
. Joignez à cela la difpofition
favorable du public
pour les caracteres qui y font
pas diffi- dépeints . Il ne fera
cile de trouver la caufe de
cet applaudiffement
general,
mais il n'eſt pas fi aisé de
l'expliquer que de le fentir.
Il ne faut pas s'étonner que des
gens enteftez du Prince d'Oran-
Tij
220 MERCURE
ge reçoivent avec l'agrément
de leur gouft ( pour fe fervir
de fon expreffion bizarre , ) la
Harangue d'un Ministre Catholique
conceuë en des termes qui ne
peuvent s'accorder avec la Religion
defon Prince ; qu'on voye
avec plaifir une petiteCour la plus
fiere qui fuft jamais , ramper
vant une puiffance âgée de moins
de trois ans , qui a pour fondement
la fidelité des Anglois ,
la fervitude des Hollandois , &
l'union de plufieurs Princes , dont
les interefts n'ayant jamais esté
les mefmes , peuvent fe feparer
avec plus de facilité qu'il n'y en
deGALANT.
221
a eu à les réunir. Il feroit diffi
cile comme il dit , d'expliquer
les caufes de cet applaudiffement
fi on les examinoit ferieufement:
mais il n'est pas difficile de leſentir
, la penfee eft auffi nouvelle
que la phrafe ) : car il ne faut
avoir
que des
oreilles
. Pour
la
caufe
, comment
n'auroit
- on
pas
ry
d'une
telle
Harangue
prononcée
par
un
homme
d'une
figure
peu
propre
à attirer
le reſpect
, &)
qui
dit
autant
d'impertinences
que
de paroles
? Fe laiffe
le reste
de
ces
reflexions
qui
roulent
fur
des
penfees
fauffes
&
des
riens
, revestus
de
paroles
impropres
&
Tiij
222 MERCURE
inutiles ; jugez- en , Monfieur,
Toutes ces idées , ( il parle du
Prince d'Orange ) le prefentent
aux yeux du public , à la lecture
du difcours , & font qu'on
eft également touché de la
fouffrance du Prince , qui eſt
reduit à demander du fccours.
Perfonne n'en doute . )
& de la generofité du Monarque
qui embraffe fa défenfe.
Il faut en attendre les
effets Quelque corruption
qu'il y ait parmi les hommes,
les grands fentimens attirent le
refpect & l'admiration . (Cela
n'eft pas toujours vray, & s'il
GALANT. 223
veut parler du Prince d'Orange,
rien n'est plus faux , fi ce n'est
que par ces grands fentimens ,
il ne veuille entendre ce que Machiavel
appelle , Effer honorevolmente
trifto. ) Et la vertu
n'eft jamais fi belle , que lors
qu'elle éclate avec la dignité
fouveraine. Voilà affurement
une belle maxime , felon laquelle
la vertu aura befoin d'eftre foutenuë
de la fortune ; mais il n'a
pas tant de tort en l'appliquant
à fon Heros à qui une pareille
dignité eftoit neceffaire , non pas
pour eftre , mais pour paroiftre
vertueux à ceux qui peuvent
Tiiij
224 MERCURE
envier fa grandeurs mais qui ne
luy envieront jamais fa vertu .
On fe fait honneur d'imiter
les maximes de ceux dont on
ne peut imiter la puiffance ,
& de s'égaler par là en quelque
maniere à la grandeur de
fon Souverain. Que veut - il
dire ? On n'imite ny les maximes,
ny la puiffance ; mais s'il
parle du Duc de Savoye , il nous
aprend que ne pouvant s'égaler
en puiffance au Prince d'Orange,
il agit felon fes maximes . Voilà
un beau Panegyrique , Veut- il
porter la pointe de fa penfée jufqu'à
nous faire entendre qu'il le
GALANT. 225
regarde comme fon Souverain?
Ilest vray qu'il luy a parlé comme
auroit pu faire un Prince tributaire
; mais enfin quel rapport
ont tous fes grands axiomes qui
nefont que des jeux de mots avec
la Harangue du Prefident de la
Tour , dans laquelle il ne paroift
ny Religion , ny vertu , ny grandeur,
ny fens commun ? Il faudra
le chercher en d'autres chofes
qu'il dit que l'imagination des
Lecteurs fuppléra. C'est donc
à l'imagination qu'il faut avoir
recours poury trouver toutes ces
merveilles : car affurement le ju
gement & la droite raifon n'y
>
226 MERCURE
trouvent rien que d'abominable
de ridicule. Je fuis perfuadés
Monfieur, que quelque intereft
que vostre état prefent vous faffe
prendre à la fortune du Prince
d'Orange
, vous avez fait de
cette piece le mefme jugement
que nous , vous conviendrez
,
comme je crois , que cette propofi
sion eft un peu plus vraye que
celle de voftre Politique
, que
quelque coruption
qu'il y ait
parmi les hommes
, des fentimens
auffi bas attirent
le
mépris l'indignation
, & que
La baffeßse n'estjamais plus grande
que quand elle est faite par
GALANT 227
un Souverain à un Ufurpateur.
Fe fuis.
Le 1. Janvier 169 1 .
Je vous ay parlé amplement
de la Figure de Marbre que
M ' du Bois Guerin a fait
faire , & que vous voyez dans
cette Eftampe . Lors qu'elle
fut achevée , il fit fraper des
Medailles de la grandeur de
celles qui y font gravées . Il
y en a quatre en or qu'il a
données au Roy , à Monfeigneur
le Dauphin , & à Monfieur
, & plufieurs autres d'argent
qu'il a diftribuées aux
228 MERCURE
Perfonnes les plus confiderables
de la Cour . Ce genereux
Suet , plein de zele pour la
grandeur de fon Prince , ne
s'eft pas contenté de faire
fraper des Medailles ; il vient
auffi de faire faire une Eftam-
"
pe du mefme Ouvrage , de
la hauteur d'une coudée .
Le 10. de ce mois , Mr de
Fourcy , Maiftre des Requeftes
, & Fils de M ' de Fourcy ,
Prevoft des Marchands , épouſa
Medemoiſelle de Villers
, qui eft une grande Hetiere
de Bourgogne . Les Noces
fe firent chez M ' le ChanGALANT.
229
celier .
J'ajoûteray à cecy que
le Pape vient de donner un
illuftre
témoignage
de l'eftime
qu'il fait de ce digne Chef
de la Juftice , en donnantgratis
à M. l'Abbé de Fourcy , Frere
du Maistre des Requeftes,
les Bulles de l'Abbaye de
S.
Vandrille . C'eſt un prefent
de plus de dix mille écus,
auquel Sa Sainteté
a bien
voulu joindre
l'Indult
des
Cardinaux , qui eft une grace
que les Papes n'accordent
guere qu'aux Princes.
E
M' d'Amfreville , Licurenant
General de la Marine ,
230
MERCURE
qui a merité
ce grand
Employ
par de longs
fervices
,
par beaucoup
de valeur
& par une experience
que
plufieurs
évenemens
où l'on
peut dire qu'il a paru tout
entier, ont toujours
fortifiée
pour fa gloire
, a épouſé
dede
temps
puis peu
feifelle de l'Ifle- Marie, fecon-
Mademoi
.
de Fille de M le Maréchal
de
Bellefond
, dont il est proche
parent.Mademoiſelle
de l'Ifle-
Marie joint une grande vertu
& beaucoup
d'agrément
& de
beauté à une éducation
merveilleufe
, qu'elle a receuë
GALANT. 231
"
d'une Mere toute remplie de
fageffe , toujours égale dans
la bonne & la mauvaife fortune,
& qui a une pieté exemplaire
, dont rien n'a jamais
efté capable de la détourner.
Les grandes qualitez de M le
Maréchal de Belfond font
connues de tour le monde.
L'Italie, l'Allemagne , & l'Efpagne
en peuvent rendre de
glorieux témoignages . Il eft
plein d'efprit , de valeur , &
d'experience à la guerre , admirable
dans la focicté civile,
& encore plus recommandable
par une devotion qui le
232 MERCURE
détache fans peine de tout ce
qui pourroit estre contraire
à fon falut , & qui luy fait
faire les plus grands exploits,
de la mefme forte
foient les premiersChreftiens ,
que le devoir & l'amour qu'ils
que
faiavoient
pour leur Prince faifoient
agir , & qui estoient
toujours prefts de mettre leurs
dignirez & leurs plus grands
avantages au pied de la Croix,
eftant inceffamment
occupez
de leur falut , & du foin de
celuy des autres .
J'ay à vous apprendre un
troifiéme mariage, c'eft celuy
GALANT. 233
de M' d'Vfcé , Fils de M'de
Valentiné, Controleur General
de la Maifon du Roy, avec
Mademoiſelle deVauban. On
ne peut rien defirer dans la
perfonne du Marié. Il a tout
l'efprit , & toute la fageffe
poffible , & n'ignore rien de
ce qui peut perfectionner
un galant homme. Lors qu'il
a fuivy Monfeigneur à la
Guerre, pour faire auprés de ce
Prince la Charge de Contrôleur
General , M' de Vauban
a pû voir qu'il ne feroit
en peril , en avançant la prife
d'une Place , de n'eftre pas
Fanvier 1691.
V
pas

234
MERCURE
fecouru de celuy qu'il avoit
deffein de faire fon Gendre .
Il ne falloit pas auffi une mediocre
vertu pour eftre digne
'du choix d'un homme fi é.
clairé , & loüable par fa fincerité,
par la bonté, & par un
zele pour le Roy qui égale fon
defintereffement . Auffi n'eftil
pas moins redouté de ſes
Ennemis qu'eftimé en France ,
M' de Valentiné a beaucoup
merité de ceux qui l'ont connu
, & a joint à tout ce qui
l'a diftingué dans fes Emplois
une politeffe & une magnificence
digne du Maistre qu'il
GALANT .
235
fert. Madame deValentiné eft
une des Femmes de noftre
fiecle qu'on admire davantage
. On n'en a point vû une
qui cuft plus de beauté ny
une vertu plus folide. Son
efprit naturellement bon, eft
orné de tout ce qui peut le
agreable.rendre Elle eſt aimée
de tous ceux qui la connoiffent,
& qui ne peuvent la voir
fans avoir pour elle une eftime
que l'on n'a pas ordinairement
pour celles qui ont
un moindre merite que celuy
que Mr de Vauban luy a reconnu
. Auffi luy a- t- il confié
Vij
236 MERCURE
fa Fille dés fes plus tendres
années,afin que l'avantage de
fon éducation luy fuft une
feureté pour tout le merite
qu'il luy fouhaitoit.
M' Brunet de Monforan a
efté receu Prefident à la
Chambre des Comptes de Paris.
La reputation qu'il s'eft
acquife au Parlement , où il
a efté Confeiller à la Quatriéme
des Enqueftes ; fon
merite connu de tout le
monde , fes manieres honneftes
, & l'amour qu'il a pour
les belles Lettres , luy ont ac-'
quis une cftime generale. Il
GALANT.
237
eft Frere de Mr Brunet , Garde
du Trefor Royal .
L'ancienne Eglife du Village
de S. Leu lez Taverny dans
le Duché d'Anguien , autrefois
de Montmorency , eftant
fort éloignée du Village &
par là extrémement incommode
aux Habitans fur tout
en Hyver , a efté demolie ,
& on en a édifié une nouvelle
au milieu de ce Village .
La premiere Pierre en fut pofée
le 4. d'Avril de l'année
derniere par l'ordre de S. A. S.
Monfieur le Prince, quia bien
voulu contribuer au bien &
238 MERCURE
0
à l'utilité des Habitans de fon
Duché. Ce fut fon Bailly
d'Anguien qui la pofa , & les
Armes & toutes les qualitez
de Son Alteffe Sereniffime furent
gravées fur une feüille
de cuivre , afin d'en conferver
-la memoire. La Ceremonic fe
fit avec beaucoup de folemnité
, au fon des Tambours
& des Boëtes , & la liberalité
ordinaire de Son Alteffe
ferépandit abondamment
fur les Ouvriers par une diftribution
d'argent qu'il fit
faire. Lors que la nouvelle
Eglife fut achevée de baſtir ,
GALANT. 239
Mr l'Archevefque de Paris en
ayant permis la Dedicace ,
M l'Evefque de Bethleem en
commença la Ceremonie le 6.
de Novembre dernier par la
préparation des Reliques pour
paffer fous les Autels , & le
lendemain elle fut continuéc
à fept heures du matin, & fuivie
d'une grande Meffe celebrée
Pontificalement par ce
Prelat. Les Pains benits de Son
Alteffe Sereniffime y furent
prefentez par le Bailly d'Anguien
qui avoit fait diſtribuër
tout ce qui pouvoit être neceffaire
pour rendre ce jour des
140 MERCURE
plus folemnels.Il étoit accompagné
des Gardes du Duché
qui firent leur décharge au fon
des Trompettes & des Tambours.
Il y cut l'aprefdinée
Predication par M' l'Abbé
Chauffau , & cette Fefte finit
par une Proceffion où Mr.
T'Evefque de Bethleem porta
le Saint Sacrement. Le concours
de peuples qui font venus
vifiter cette Egliſe de toutes
- parts , tant que l'Octave a
dure , eft quelque chofe d'extraordinaire
. Pendant tout
ce temps il s'eft fait de nouvelles
diftributions d'argent
par
GALANT. 241
par l'ordre de Monfieur le
Prince , & tous les Curez des
Villages des environs y fonc
venus en Proceffion .
M' l'Abbé du Bois a efté
pourveu de l'Abbaye d'Airvaux,
Dioceſe de la Rochelle .
Il avoit efté choisi par feu M²
de S. Laurent, pour luy aider
à enfeigner la Langue Latine .
à Monfieur le Duc de Chartres
. Aprés fa mort, Monfieur
qui avoit approuvé ce choix ,
le fit demeurer auprés de cè
jeune Prince , qui n'a pas peu
profité avec un tel Precepteur;
auffi ne peut- on le voir , ny
Fanvier 1691.
X
242 MERCURE
l'entendre, fans avoir une opinion
fort avantageufe de celuy
dont il a pris les leçons.
Le Lundy , premier jour de
cette année , Ms les Chanoines
de l'Eglife Royale & Col
legiale de S. Thomas du Louvie
ayant fccu que Meffire
Omer de Champin , Docteur
de la Faculté de Paris , de la
Maiſon de Navarre, Doyen &
Chanoine de leur Eglife , étoit
mort fubitement fur les quatre
heures du matin , s'affemblerent
aprés Matines dans
leur Sacriftic , au fon de la
Cloche, & en eftant partis en
GALANT 243
Corps ils allerent àla chambre
du défunt , où eftant arrivez ,
ils luy rendirent les devoirs de
la pieté Chreftienne envers les
Morts. Ils fe mirent tous à
genoux , dirent un De pro
fundis & fa Collecte , luy jer
terent de l'Eau benite , & fe
retirerent. Aprés la grand
Meffe ils s'affemblerent enl
core au fon de la Cloche en
leur Chapitre , pour deliberer
de l'élection d'un Doyen fuil
vant l'ancien uſage , & convinrent
d'y proceder le len
demain , jour ordinaire de
leur Affemblée Capitulaire.
X ij
244 MERCURE
Ce jour-là , aprés la Meffehaute
du Saint Efptit qui fut
celebrée par l'ancien Chanoine
, ils monterent au Chapitre
au fon de la cloche , où
eftant tous affemblez au nombre
de dix qui le compofent
,
le mefme ancien Chanoine
commença le Veni Creator.
Les autres continuerent les
verfets alternativement , &
enfuite ils propoferent l'élection.
On convint de la voye
du Scrutin par Billets , fur
lefquels eftoient écrits de la
main du Greffier , les noms
de tous les Chanoines. Ces
GALANT 245
noms ayant efté diftribuez en
prefence de deux Officiers de
Î'Eglife qu'on appella pour
témoins , on dit encore une
fois le Veni Creator, à genoux
,
& enfuite chacun felon fon
rang de reception paſſa devant
le Bureau , & mit dans
la bourſe fon nom plié . On
compta les noms , & à l'ouverture
faite en prefence des
Chanoines & des Témoins ,
tous debout autour du Bu
reau, il ſe trouva que Mr d'Aquin
, l'un des Chanoines , &
Abbé Commandataire
de
l'Abbaye de Saint Laurent ,
C
X iij
246 MERCURE
eut le plus grand nombre de
fuffrages. On en dreffa l'Acte
d'élection qu'il accepta , &
on députa mois Chanoines
pour aller avec luy en demander
la confirmation à M
l'Archevefque , felon la cou
tume. Ils fe rendirent le jour
fuivant au Palais Archiepif
copal , & luy prefenterent une
requeſte fignée de tous les
Chanoines , par laquelle ils
fupplioient ce Prelat , de confirmer
cette élection . M' l'Archevefque
, qui fait tout avec
beaucoup de circonfpection,
ayant veu le procés verbal , &
GALANT. 247
jugeant l'élection bien & canoniquement
faite , en donna
l'acte de confirmation en darte
du 13. Le Lundy 15. de ce
mois , jour ordinaire du Chapitre
, M d'Aquin prefenta
la confirmation
à la Compagnie
, requerant d'eftre mis en
poffeffion . Apiés cela il fe retira
, & la lecture de l'acte de
confirmation ayant eſté faite,
les Chanoines conclurent de
luy accorder ce qu'il demandoit.
M' d'Aquin cftant rentré
, s'acquitta des ceremonies
accoutumées , & prefta le
ferment à genoux , entre les
X iiij
248 MERCURE
mains de l'ancien Chanoine,
qui eftoit debout , les autres
affis . Enfuite ils defcendirent
tous à l'Eglife , où l'ancien
Chanoine luy prefenta de
l'Eau benite , & le conduifit
au grand Autel. Tous les autres
Chanoines les accompagnerent
, & aprés la priere fur
le Marche-pied de l'Autel , le
nouveau Doyen y monta , le
baifa , le toucha de la main
droite , & revint au Choeur
où il toucha auffi le Livre du
grand Pupitre. I tinta la
Cloche , & fut inftallé en la
premiere des hautes Chaires
}
GALANT. 249
du cofté droit. De là ils allerent
tous en la maifon Decanale
luy en faire montre pour
acte de poffeffion; aprés quoi
on remonta au Chapitre où il
fut placé dans la Chaire de
Doyen . Il embraffa fes Confreres
, & on fit fonner les
Cloches lors qu'il defcendit.
Le Greffier ayant publié l'élection
fuivant l'uſage , le
nouveau Doyen commença
le . Te Deum , que les Chanoines
continuerent avec l'Orgue
, & il defcendit de fa place
Decanale au milieu du
Choeur , pour dire à la fin
250 MERCURE
l'Oraifon , Progratiarum actione,
& l'on finit par l'antienne
& l'Oraifon de S. Thomas
Martyr, Archevefque de Cantorbery
, Patron de cette Eglife.
J'ay cru devoir vous faire
part de tout ce qui s'eſt paflé
à cette Election , afin qu'en
vous apprenant les Ceremonies
qui fe pratiquent dans
les occafions
de cette nature,
je puffe vous faire voir que
la pieté y accompagne l'ore
dre. Le Chapitre de S. Thomas
du Louvre vit avee unc
regularité qui peut fervit d'eGALANT.
251
xemple à beaucoup d'autres.
L'union regne parmy fes Chanoines,
& quand il a eſté queftion
de faire un Doyen , ils
fe font trouvez tous dignes de
remplir cette place . Ainfi il
a efté beaucoup plus glorieux
à M² d'Aquin de l'emporter
fur tant de perfonnes de merite
. Le fien feul a follicité pour
luy, & l'on n'en doutera pas
quand on fongera que l'Election
s'eft faite le lendemain
de la mort du feu Doyen.
M d'Aquin eft Frere de M
d'Aquin , premier Medecin
du Roy , & pendant tout , le
F
252 MERCURE
temps qu'il a efté Chanoine ,
il s'eft acquis l'eftime de fes
Confreres , avec une diftin..
ction qui luy a fait meriter
le choix qu'ils ont fait pour
le mettre à leur tefte. M
Champin dont il templit à
prefent la place , s'eſtoit “ auſſi
acquis beaucoup d'eftime parmy
eux. Il eftoit Coufin de
M' Talon, cy - devant Avocat
General, & prefentement Prefident
à Mortier .
Je crois , Madame , que je
ne puis rien faire de mieux
pour répondre à ce que je
fçay que vous attendez de
GALANT. 253
part
my
moy , que de vous faire
de toutes les chofes qui s'écrivent
fur les affaires du
temps . Voicy encore une
Lettre fort curieufe fur cette
matiere , & que l'on peut dire
entierement
de faifon.
旋转
254 MERCURE
sesessse:22ZZSÉZSS
LETTRE
De l'Envoyé d'Angleterre à
la Haye , au Marquis de
Carmarten.
MILORD ,
Fe fuis obligé de vous dépêcher
ce Courier pour vous informer de
la difpofition prefente de cette Affemblée
, afin que vous en puiffiez
rendre un compte exact au Roy
nôtre Maître, & qu'il prenne les
GALANT. 255
mesures neceffaires pour pouvoir
contenter les Miniftres des Alliez
àfon arrivée; car il nefautpas efperer
que nous les puiffions dorénavant
retenir dans nos interefts
auffi facilement que nous avons
faitjufqu'a prefent. Labaine qu'
ils avoient cotre laFrancefuffifoir
pour les faire concourir aveuglément
à l'execution de nos projets.
La feule efperance que nous leur
donnions d'employer contre cette
Couronne toutes les forces d'Angleterre
de Hollande auffi- toft
que nous ferions paiſibles poffeffeurs
de la Grand' Bretagne ,
leur afait faire pendant ces deux
256 MERCURE
dernieres Campagnes , des efforts
extraordinaires , pour occupet toutes
les forces de la France , tant
fur le Rhin que dans la Flane
dre , nous faciliter la Conquéte
de l'Irlande ; mais à prefent
qu'ils font entierement épuifez
d'argent , qu'ils perdent toute
esperance de remporter aucun
avantage fur un Roy auffi puif-
Jant qu'eft le Roy Tres - Chreftien ,
nous n'entendons plus ici que des
reproches menaçans ; & ceux des
Alliez qui me font le plus de peine
, font
font les Miniftres de l'Empereur
du Roy Cathelique
nous difant qu'ils ont tout facriGALANT.
257
fié pour noftre feul avantage; que
rien n'estoit plus cher à la Maifon
d'Autriche que d'abufer les
Peuples de la fauffe opinion de
fon Zele ardent pour la Religion,
qu'elle s'est toujours fervie d'un
pretexte fi fpecieux pour cou
vrir les deßeins qu'elle formoit
pour fon agrandiffement ; que
cependant , ces confiderations ,
qui avoient efté juſqu'à preſent
eftimées les maximes fondamen
tales de fa Politique , n'ont pas
empêché qu'elle n'ait donné les
moyens à noftre Prince d'arracher
la Couronne au Roy fon
Beaupere , qui ne peut attribuer
Janvier 1691. Y
258 MERCURE
fon malheur & la revolte de fes
Sujets qu'à l'attachement qu'il
a pour cette mefme Religion , dont
il fait profeffion, & pour laquelle
les Cours de Vienne & de Madrid
avoient toujours paru fize
lées. Ils ajoûtent à ces reproches
la perte de la plus grande partie
de la Hongrie dans le temps qu'ils
pouvoient efperer de pouffer leurs
Conquestes jufqu'à Conftantinople
, la defolation & la ruine entiere
des Pays- Bas Catholiques,
la dépense exceffive qu'ils ont efté
oblige de faire pour entretenir
de nombreufes Armées, & le pen
de fruit qu'ils en ont resiré,
GALANT . 259
n'ayant pû faire paſſer le Rhin
à leurs Troupes pour prendre des
quartiers d'Hyver ailleurs que
dans leurs propres Pays . Ils di
fent auffi que la Guerre qui s'eft
faite ces deux dernieres Campagnes
, ayant beaucoup ralenty la
haine reciproque, on pourroit facilement
convenir d'une bonne
Paix,fil'interest de noftre Maitre
n'y apportoit le principal ob
stacle , & qu'ainsi ne s'agiffant
dans cette Guerre que de fon établiffement,
il eftjuftequeles Anglois
lesHollandois,qui en font les
promoteurs, non feulement fourniffent
tout ce quifera neceßaire,
Yij
260 MERCURE
pour la continuer ; mais auffi qu'
ils dedommagent tous les Princes
& les Etats qui embraſſent leur
party , de tout ce qu'il leur en
a coufté pour la foutenir. Enfin,
Milord, ils ne feignent pas
de dire , quefi nous ne leur donnons
une prompte entiere fatisfaction
, ils fçauront bien trou
ver les moyens de mettre fin à
une Guerre qui ne peut tourner
qu'à leur defavantage. Mais
fi les plaintes des Catholiques
vous donnent quelque inquietu
de , celles des Princes Proteftans.
& qui ont toûjours esté les plus
dévouez à nos interefts , ne vous
GALANT. 261
feront pas moins de peine. Ils me
difent que l'abbattement de la
puissance de France eft une chimere
qui ne doit faire aucune impreffion
fur des Princes bien fen-,
fez qu'il leurfera toûjours fort
aifé d'entretenir une bonne correspondance
avec cette Couronne,
quand ils voudront fe reconcilier
avec elle ; que cette Guerre n'a
fervi jufqu'à prefent qu'à l'établiffement
de noftre Prince , & à
l'augmentation de l'autorité de
↓ Empereur à leur préjudice; qu'ils
n'ont pour leur part que des dépenſes
exceffives, & beaucoup
audeffus du peu de fubfides qu'ils
262 MERCURE
d'un
ont tiré que ce qu'ils ont fait
pour appuyer ce qu'ils appellent,
la Rebellion d'Angleterre , &
l'Ufurpation du Trône , ne peut
eftre que d'un tres-mauvais exemple
pour leur pofterité , & autorifer
tous les Peuples mécontens
Gouvernement àfe revolter
contre leur Souverain,& à faire
reconnoistre par force celuy qu'ils
auront choifi : Qu'en un mot ils
ont facrifié à un Prince ingrat
leur veritable intereft , leur propre
feureté , mefme leur gloire ,
qu'au lieu de leur faire part
des dons immenfes qu'il a recens
du Parlement d'Angleterre &
GALANT. 263
de leur marquer fa reconnoiffan
ce par des liberalitez convena
bles à ce qu'ils ont fait pour luy,
il ne leur a pasfeulement fair
donner ce qui leur eft neceffaire
pour entretenir leurs Troupes, quoi
qu'elles n'ayent efte employées que
pour luy faciliter les moyens d'u-
Jurper la Couronne d'Angleterre ,
& qu'il ait tire plus d'argent
des Peuples en deux années de
temps , qu'ils n'en ont accordé en
dix ans à leur Roy legitime ; que
s'il veut avoir des amis pour con
tinuer la Guerre avec luy, ilfaut
qu'il ouvre fes coffres qui doivent
eftre bien remplis à prefent ,"
264 MERCURE
& qu'ils les paye liberalement
pour le paßé pour l'avenir;
qu'enfin il ne manque pas de
Troupes en Angleterre & en
Hollande pour fe faire obeir ,
& qu'il fçait affez les moyens
de tirer des Peuples autant d'argent
qu'il en voudra. Je vous
affure , Milord , que je n'ay
rien obmis pour leur faire prendre
patience, les porter à employer
encore cette Campagne
leurs Troupes & leur argent à la
défense de ce que nous appèllons
la Cauſe commune
& qu'ils
nous difent en face n'eftre que
celle de la révolte , directement
GALANT. 265
ment opposée à l'intereft public
de tous les Souverains . Fe leur
ay reprefente que l'Irlande eftant
à cette heure entierement fubju
guée , toutes les forces des trois
Royaumes pourroient paffer
Flandre pour faire la guerre à
la France plus vigoureuſement
que par le paffé ; mais je vous
avoue , Milord qu'ils m'ont
fait une huéefur noftre conquefte
d'Irlande, comme fi je leur avois
dit la chofe du monde la plus
abfurde, & l'un d'eux a eu la
hardieffe de me dire qu'on entendoit
bien parler de ce que font
les Troupes de Cavalerie & de
Janvier 1691.
*

266 MERCURE
Dragons du Roy Jacques , qui
font répandues dans les Comtez
de Slego,de Bofcomon ,de Mayo,
de Galloway , de Clare , de Limerik,
& de Kerry ; que
fanterie dudit Roy qui et en
Garnifon dans les Places de
Slego , de James- Tovvne ,
Athlone , Banaker , Portumni ,.
l'In-
Killilon, Limmerik, & Galloway,
fait auffi parler d'elle , mais que
les noftres ne donnent pas feulement
le moindrefigne de vie; qu'à
peine fçait- on qu'ily en a dans
Cork , Kingfall & Dublin , qui
bien loin d'agir comme fi nous
eflions maiftres du pays , n'ofent
GALANT. 267
pasfeulementfortir de leurs Garnifons
; que cependant les Troupes
Papistes plus aguerries qu'elles
n'estoient l'année derniere,
plus accoutumées à fouffrir qu'-
aucune autre Nation , & Zelées
pour la Religion au delà de toute
expreffion , font en eftat de reprendre
ce qu'elles ont perdu
que le peu qui nous restera de
gens aprés toutes les grandes pertes
que les maladies nous ont
causées , le rappel des treize
Regimens qui doivent inceffamment
repaſſer en Angleterre , ne
fera pas difposé à réſiſter aux
entreprises que les Irlandois réu-
Zij
268 MERCURE
nis fous la puissance du Roy
Facques , auront la liberté de
faire dans toute l'étendue de l'Irlande
, & que quand mefme nofre
Maistre feroit paffer en
Flandre tout ce qu'il a prefentement
de Troupes entretenues aux
dépens de l'Angleterre , non feulement
la France auroit encore
des forcesfuperieures à celles des
Alliez les Papiftes chafferoient
entierement les Proteflans
de l'Irlande , mais d'ailleurs les
Anglois
roient bien fe defabufer ,
rentrer fous l'obeiffance dudit
RoyJacques , que vous savez
les Ecoffois pourGALANT.
269
que la plupart d'entre eux trouvent
moins rude que celle d'à
prefent. Je craindrois , Milord ,
de vous ennuyer de tous leurs
raifonnemens ; mais quelque bon
ufage que j'aye fait de tout ce
que vous m'avez écrit pour les
amufer ,je vous avoue qu'ils ont
de fi fortes raifons de pretendre
que c'est à nous à faire tous les
frais de la guerre , qu'il ne me
refte rien à leur repliquer , ny
d'autres moyens de les appaifer,
que l'efperance que je leur
donne , que de gré ou de force ,
nous tirerons de l'Angleterre ou
de la Hollande tout le fond ne-
Z iij
270 MERCURE
la
ceffaire , non feulement pour
continuation de la guerre , mais
auffipour les rembourfer des dépenfes
qu'ils ont faites pour noftre
intereft . Fe fuis , &c•
A la Haye le 20. Decembre 16 901
Mr le Marquis de Feuquieres
fçachant que les Ennemis
avoient mis dans Benaf
que une Compagnie du Regiment
des Gardes du Duc
de Savoye , marcha la nuit
du 5. au 6.de ce mois , avec
cinq cens Chevaux & deux
cens Grenadiers en croupe ,
& fit mener deux petards . Il
GALANT.
271
Carriva un peu avant le jour,
fit une attaque , & la pouffa
de maniere , qu'une heure &
demie aprés fes petards fe
trouverent en eftat , de forte
la Garniſon , au lieu de
que
fe défendre plus longtemps ,
fe rendit , & tous ceux qui la
compofoient furent faits prifonniers
de guerre. M de
Feuquieres . amena toute la
Compagnie des Gardes avec
fes Officiers . Elle, eftoit
commandée par le Marquis
d'Angrone , qui en eft Capitaine.
Le jour eftant venu ,.
Mr de Feuquieres ſe mit en
Z iiij
272 MERCURE
Bataille dans la plaine de
Millefleurs , d'où il envoya
brûler un pofte qui n'eft pas
tout à fait à un mille de Turin
, & aprés avoir attendu
plus de trois heures pour voir
fi neuf cens Chevaux qui eftoient
à Rivoli & à Veillanc
voudroient ſe vanger de l'expedition
qu'il venoit de faire,
il fe retira , lors qu'il eut reconnu
que les Ènnemis ne
faifoient aucun mouvement
qui marquaft qu'ils cuffent
deffein de venir à luy. Tous
les lieux qui avoient juſques
alors refufé les Contributions
GALANT. 273
s'y font foumis , & l'Arméc
ennemie qui a campé il y a
quelques jours dans la plaine
de Pignerol, n'a ofé prendre
aucunsquartiers au deçà du Pô.
Depuis ma derniere Lettre
nous avons perdu quelques
perfonnes confiderables, dont
voicy les noms.

Meffire Charles Ripault ,
Seigneur de Veüilly . Il eftoit
fils de Charles Ripault , Seigneur
de Veüilly , & de Marie
du Texier , & avoit efté
receu Confeiller au Parlement
de Paris en 1642. Son Aycul,
Michel Ripault , Seigneur de
274 MERCURE
3
Veüilly , Prefident aux Enqueftes
de ce même Palement,
avoit épousé Marthe le Jay ,
Soeur de Nicolas le Jay , Seigneur
de la Maifon Rouge ,
qui en eftoit premier Prefident.
Chriftophe Ripault fon
Bifayeul y avoit efté receu
Confeiller en 1552. Ripaule
porte de gueules au Sautoir échiqueté
d'argent et d'azur, cantonné
de quatre Fleurs de Lys d'or.
Meffire Eftienne de Sain
tot . Il eftoit de la Grand'
Chambre , & avoit efté receu
Confeiller au Parlement
en 1624.
Cette Famille a
GALANT. 275
donné des Officiers au Parlement
de Paris , & plufieurs
Maiftres des Ceremonies de
France, qui fe font tres - dignement
acquitez des fonctions
de leurs Charges fous le regne
du feu Roy , & fous celuy de
Loüis le Grand, ce que continue
encore de faire aujourd'huy
M' de Sainctor , Maiſtre
des Ceremonies. Mr Eftienne
de Sainctot , Abbé de Ferriere
, receu Confeiller Clerc
au Parlement en 1674. eft de la
mefine Famille. De Sainctor
potte d'or à la face d'azur char
gée en coeur d'une Fleur de Lys
276 MERCURE
d'or , accompagnée de deux Rofes
de gueules en Chef, & d'une
Teste de More bandée d'argent
en pointe.
Dame Anne d'Arnaud de
la Caffagne , Baronne de Pougée
. Elle eftoit Veuve de
Marc-Antoine de Gregoire ,
Comte de Montpeiroux
Marechal des Camps & Armées
du Roy.
>
Comme jamais la France
ne s'eft veuë dans un fi haut
degré de grandeur que fous
le regne de LOUIS LE
GRAND , auffi n'a- t - elle
jamais montré tant de zele
GALANT. 277
Le
pour aucun de fes Souverains ,
qu'elle en fait paroiftre pour
cet Augufte Monarque.
foin qu'elle prend de tranſmettre
fa gloire à la pofterité fe
remarque dans le grand nombre
de fes Figures Equeftres ,
aufquelles la plufpart des Provinces
du Royaume ont fait
travailler pour fondre en
bronze . Les Etats de Bourgogne
ne pouvoient manquer
d'eftre les premiers à marquer
les fentimens de leur profonde
veneration pour Sa Majefté
, puis qu'ils avoient de-
Ies vant yeux l'exemple d'un
278 MERCURE
du
Prince du Sang, dont il feroit
difficile d'exprimer le zele ,
& la paffion pour la gloire
Roy. Ils ont eu le bonheur
d'avoir pour leur Ouvrage un
des plus fameux Ouvriers ,
puis que Son Alteſſe Sereniffime
a choifi pour cela feu
M' le Hongre qui a fait la
belle Figure de l'Air , que
l'on admire à Verfailles , &
qui a remporté le prix fur
toutes celles qui font dans ce
fuperbe Palais . Son dernier
ouvrage a répondu à l'attente
qu'on avoit de fon heureux
Genie , & l'empreffement
GALANT. 279
qu'il voyoit dans un Prince
fi zelé , & qui fouhaitoit
de voir cet ouvrage
dans la derniere perfection ,
luy a fait redoubler fes foins.
pour le mettre en cet état;
de forte que l'on peut dire
que c'est un ouvrage qui cft
achevé jufque dans les moindres
ornemens , dont il eft
beaucoup plus remply que
les autres de cette nature. M'
le Hongre tomba malade le
jour même qu'il le finit .Comme
il n'eft point relevé de fa
maladie , cet ouvrage n'a efté
fondu qu'aprés fa mort , en
280 MERCURE
T
quoy la Famille a heureufementreüffi
par fes foins,& par
le choix qu'elle a fait des plus
habiles fondeurs . Cela s'eft
fait a deux fois . Il y a déja
plufieurs mois que la Figure
du Roy eft fondue , & le
Cheval qui l'a efté ſeulement
depuis deux mois , a fait voir
qu'on vient aujourd'huy
a
bout en France
de ce qu'on
n'auroit
osé entreprendre
avant
le regne du Roy. Ainfi
les Etats de Bourgogne
auront
l'avantage
d'avoir fait faire à
la gloire de ce Monarque
un
Ouvrage digne de l'ancienne
GALANT. 281
Grece & de l'ancienne Rome,
& la Ville de Dijon aura celuy
de l'avoir dans fon Enceinte.
Ses Habitans, en regardant
dans les ficcles futurs
la Figure d'un Roy qui
fait la terreur de l'Europe ,
& l'admiration de l'Univers,
longeront en mefme temps
qu'ils la doivent aux foins
d'un Prince du mefme fangdont
les archives de la Province
conferveront la memoire,
à caufe de fon attachement
la
pour la gloire & pour perfonne
du Roy , & de fonaffeation
pour le pays.
Fanvier 1691.
A a
282 MERCURE
Les nouvelles certaines que
l'on a receuës depuis quelques
jours de Canada nous
font connoiftre que l'on ne
doit guere ajoûter foy à celles
que l'on imprime dans les
Pays Etrangers. Selon leurs
Gazettes , Quebec avoit eſté
pris par les Anglois , & il n'y
a rien de vray en cela que les
efforts inutiles que les Anglois
ont faits pour le prendre.
Ils vinrent , moüiller devant
cette Place le 16. Octobre
dernier , & le 22, ils furent
contraints de regagner
leurs Vaiffeaux. Avant que
GALANT. 283
d'entrer dans le détail de cette
entrepriſe , il faut vous
dire que la Riviere de Saint
Laurent forme un fort grand
Baffin , & qu'elle defcend
à Quebec par un feul Canal
. Elle fe divife en deux
bras à l'Ile d'Orleans , deux
licues au deffous. L'un paffe
au Nord , entre cette Ifle
& la Cofte de Beaupré , &
l'autre au Sud entre cette
mefme Ifle & le Pont de Levy.
C'est ce qui forme ce
grand Baffin où la Flotte Ennemic
moüilla du cofté de
Beauport qui n'eft ſeparé de la
A a ij
284 MERCURE
Cofte de Beaupré que par le
Saut de Monmorency
, dont
la chute fait la plus belle Nape
d'eau du monde Beauport eft
à une lieuë de Quebec , avec
une petite Riviere entre deux,
que les Ennemis pafferent à
gué en baffe marée. Quebec
eft placé vis- à-vis la pointe de
Levy, un peu au deſſus. Il eſt
eft divifé en haute & en baffe
Ville , qui n'ont communication
enſemble que par un
feul chemin affez efcarpé. Les
Eglifes & toutes les Communautez
font dans la haute-
Ville, le Fort eft fur la CroupGALANT
285
pe de la Montagne , & coinmande
la baffe ,où font les
plus belles Maiſons & ou demeurent
tous les Marchands.
Le Palais qu'occupe M
l'Intendant , eft prefque detaché
de tout le refte de la
Ville . Il eft fitué ſur la gauche
fur le bord de la petite
Riviere, & au bas de la Cofte.
Les Fortifications que M
le Comte de Frontenac, Gou.
verneur du Canada , avoit fait
faire , y commençoient , &
-remontoient du cofté de la
haute- Ville qu'elles entouroient,
& elles venoient finir
286 MERCURE
à la chute de la Montagne
du cofté du Fort , à l'endroit
nommé le Cap au Diamant . Il
avoit continué auprés du Pa
lais une paliffade tout le long
de la Grève , qui venoit gagner
au deffous de l'Hofpital,
jufqu'à la clofture du Seminaire
, & fe perdoit à des
Rochers inacceffibles . Il
avoit au deffus une autre paliffade
qui joignoit au meſme
endroit que l'on nomme le
Saut au Matelot , où l'on
avoit mis unc , Batterie de
trois Pieces de Canon . L'autre
Batterie eftoit à la droi
GALANT. 287
,
te. Il y en avoit deux à la
baffe Ville de trois Pieces
de dix- huit livres de Balles
chacune , & toutes deux poftées
au milieu de celles d'enhaut
. Les endroits ouverts, &
où il n'y avoit point de portes
eftoient baricadez de
bonnes poutres & de batriques
pleines de terre . Le chemin
de la baffe à la haute-
Ville eftoit coupé par trois
differens retranchemens de
bariques & de facs à terre.
On fit depuis l'attaque une
autre Batterie au mefme Saut
au Madelot , un peu plus fur la
288 MERCURE
droite que la premiere. On en
fit auffi une à la porte, qui va
à la petite riviere. Il y avoit
quelques petites Pieces difpofées
autour de la haute-
Ville , particulierement fur
la butte d'un Moulin qui
fervoit de Cavalier. Voila
de quelle maniere la Ville
eftoit difpofée lors que les
Anglois y vinrent . Leur
Flote eftoit compofée de trente
quatre voiles , dont il n'y
avoit que quatre gros Vaiffeaux
, & quatre autres un
peu moindres. Le refte eftoit
Caïques , Barques , Brigantins,
ou
GALANT. 289
ou Flibots, par my
leſquels on
dit qu'il y avoit auffi quelques
Brulots . Les petits Baſtimens
fe rangerent
du cofté
de la cofte de
Beauport , &
les gros tinrent un peu plus
le large Le Lundy 16. Octobre
, fur les dix heures , une
Chaloupe qui portoit pavillon
blanc à fon avant ,
partit
de
l'Admiral & vint à terre.
Quatre Canots allerent au devant
portant
mefme pavillon .
Ils la joignirent
prefqu'à la
moitié du chemin , & ils
trouverent un Trompette qui
accompagnoit
l'Envoyé
du
Fanvier 1691.
Bb
y
290 MERCURE
A
General. Il fut mis feul dans
les Canots. On luy banda les
yeux , & on le conduifit à
Mr le Gouverneur , auquel il
prefenta une Lettre du Commandant
des Ennemis , par
laquelle il luy marquoit , au
nom de leurs tres - excellentes
Majeftez Guillaume & Marie ,
Roy & Reine d'Angleterre ,
d'Ecoffe & d'Irlande , Défen
feurs de la Foy , que pour éviter
l'effufion du fang, il cuft
à luy rendre fans aucune démolition
, les Forts & Chafteaux
qui reconnoiffoient fes
ordres , avec menaces , s'il ne
GALANT. 291
fe foumettoit à la Couronne
d'Angleterre , de le faire repentir
du refus qu'il en feroit.
La Lettre qui eftoit en Anglois
ayant efté expliquée ,
I Envoyé tira une Montre de
fa poche, & faifant voir à M
de Frontenac qu'il eftoit dix
il luy demanda
heures
renvoyer
qu'il le vouluft
onze précifes avec la réponſe.
Ce zelé Gouverneur
luy repliqua qu'il ne le froit
pas tant attendre , & qu'il
pouvoit aller dire à fon General
, qu'il ne connoiffoit
point d'autre Roy d'Angle-
Bb ij
292 MERCURE
terre que le Roy Jacques II .
qui eftoit en France ; & luy
montrant là deffus quantité
dOfficiers qui estoient autour
de luy, il ajoûta que quand il
feroit d'humeur à vouloir fe
rendre , tant de braves gens
qui eftoient prefts de donner
leurs vies pour le fervice de Sa
Majefté , n'y confentiroient
jamais ; que pour le Prince
Guillaume qu'il nómoit Roy
d'Angleterre , il ne pouvoir
concevoir comment il ofoit
luy donner le titre de Défenfeur
de la Foy, puis qu'il détruifoit
les Loix & les PrivileGALANT.
293.
ges du Royaume , & renverfoit
la Religion Anglicane .
Ce difcours ayant furpris &
meſme alarmé l'Envoyé , il
demanda fi l'on ne vouloit
pas luy donner de réponſe
par écrit ; à quoy M ' le Gouverneur
repartit qu'il n'en avoit
aucune à faire à fon General
que par la bouche de
fes Canons. L'Envoyé fut
congedié aprés cela . On luy
rebanda les yeux , & il fut
remené dans les mefmes
Canots à fa Chaloupe . Sur les
quatre heures aprés midy, M
de Longueil revenant avec fes
V
Bb iij
294
MERCURE
par
Sauvages , accompagné de
M³ de Maricour fon Frere , qui
arrivoit de la Bayç d'Hudſon ,
dans le Navire commandé
le Sieur de Bonaventure,
fut averty affez à temps pour
ne point tomber entre les
mains des Anglois . Il s'échapa
le long de la Flote ; &
quelques Chaloupes fe détacherent
pour le charger , mais
il gagna terre , & les receut à
coups de fufil ; ce qui obligea
ces Chaloupes de retourner
à leurs Navires , aprés avoir
efté faluées en paffant par des
Habitans de Beauport , qui
GALANT 295
eftoient fur la grève Le Mardy
17. une Barque chargée de
monde alla du cofté de terre ,
entre Beauport & la petite
Riviere. On y efcarmoucha
affez longtemps aprés qu'elle
eut échoué , & on l'auroit attaquée
s'il n'avoit pas fallu
fe mettre dans l'eau jufqu'à
la ceinture . Le Mécredy 18 .
fur les deux heures , on vit
prefque toutes les Chaloupes
chargées de monde gagner le
mefme endroit où certe Barque
avoit échoué le jour
précedent. Comme on étoit
incertain du lieu où les
Bb iiij
7
296 MERCURE
Ennemis feroient leur def
cente, il y avoit peu de monde
de ce cofté- là. On détacha
la plufpart des Habitans
de Montreal & des trois Rivieres
, & ceux qui fe trouve
rent les plus propres pour,
efcarmoucher. Les Ennemis.
cftoient déja à terre au nombre
de deux mille, & s'eftoient
rangez en bataille avant l'arrivée
du
détachement
, qui n'eftoir
au plus que de trois cens
hommes
, en
comptant
la
jonction de quelques Habitans
de Beauport , qui ne demeurerent
pas tous . Comme
'
GALANT. 297
le terrain eft fort difficile ,
plein de broffailles & de ro
chers , & que dans la baffe
marée on a de la vafe jufqu'à
my.jambe , ils eftoient
divifez en plufieurs petits
pelotons , & attaquoient ,
fans tenir prefque aucun or
dre & à la maniere des Sauvages
, ce gros Corps
qui
eftoit fort ferré. Ils firent
plier un Bataillon , & le
contraignirent d'aller regagner
la queue. Le Feu dura
plus d'une heure . Les François
voltigeoient inceffamment
autour des Ennemis
298 MERCURE
d'arbre en arbre , & ainfi les
furieuſes décharges qu'on
faifoit fur eux ne les incommodoient
pas beaucoup , au
licu qu'ils tiroient à coup feur
fur des gens qui eftoient tous
en un Corps . Mr le Gouverneur,
fit paffer un Bataillon de
Troupes pour affurer leur
retraite . On perdit dans
cette occafion , Mr le Chevalier
de Clermont , Capitaine
Reformé qui avoit fuivy avec
d'autres Officiers comme
Volontaire ; il s'engagea un
peu trop avant & ne pût fe
retirer. Le Fils de M de la
GALANT. 299
Touche , Seigneur de Champlain
fut auffi tué , & M
Juchereau de Saint Denis , âgé
de plus de foixante ans qui
commandoit la Milice de
Beauport eut le bras caffé . Les
Bleffez furent feulement au
nombre de dix ou douze , &
les Ennemis perdirent 150..
hommes, au rapport d'un Habitant
qui vifita la nuit le
champ de Bataille . Sur le foir,
leurs quatre plus gros Navires
vinrent moüiller devant Quebec.
Le Contre- Admiral qui
portoit Pavillon bleu , fe pofta
un peu fur la gauche , prefque
300 MERCURE
vis- à - vis du Saut au Matelot.
L'Admiral eftoit fur la
droite , le Vice Admiral un
peu au deffous , tous deux visà-
vis la Baffe Ville , & le
quatrième qui portoit la fla
me de Chef d'Efcadre , fe tira
un peu plus du cofté du Cap:
au Diamant. Les François les
faluerent les premiers , & enfuite
ils commencerent leurs
Canonnades affez vigoureuſement
, on leur répondit de
même. Les Ennmis ne tirerent
prefque point fur la haute-
Ville ce foir- là. Le Fils d'un .
Bourgeois fut tué. Il y en cut
GALANT: 301

un autre bleffé , & M de
Vieux-pont eut fon Fuzil
emporté du mefme coup , &
enfuite le bras demis. Les
coups de Canon cefferent de
part & d'autre fur les huit
heures.
Le Jeudy 19. à la pointe du
jour, les François recommenccrent
encore les premiers. Il
fembloit que les Ennemis
cuffent un peu rallenty leur
feu. Le Contre Admiral qui
avoit tiré le plus vigoureuſement
, fe trouva fort incommodé
par
Saut
au
Matelot
, & celle
les Batteries du
302 MERCURE
;
d'embas , du cofté de la
gauche auffi fut - il obli
gé à relafcher le premier.
L'Admiral le fuivit d'affez
prés , mais avec beaucoup
de precipitation . Il
avoit receu plus de vingt
Boulets dans le Corps de fon
Vaiffeau , & il y en avoit
plufieurs qui l'avoient percé
à l'eau. Toutes fes mancuvres
eftoient coupées , fon
grand Maft prefque caffé , er
forte qu'il avoit cfté obligé
de mettre des Jumelles.
Quantité de gens y avoient
cſté bleſſez, & pluſieurs tuez.
#
en
GALANT.
303
La
crainte qu'il cut de recevoir
encore
quelques coups
de
Canon qui
l'achevaffent ,
fut caufe qu'il fila tout le
Cable de fon ancre , l'aban- .
donna , & fe retira fort en defordre
. Les deux autres tinrent
encore
quelque
temps .
mais fans tirer , & fur les cinq
heures du foir , ils allerent fe
mettre à l'abry
dans l'Anfe
des Meres , prés le Cap au Diamant
, où ils fe radouberent
le mieux
qu'ils
purent . On
avoit envoyé dans cette Anfe
un
détachement
pour les
obferver , & comme on leur
304 MERCURE
tua quelques hommes en tirant
de terre , ils furent con--
traints de moüiller hors la
portée du Fufil .
Le Vendredy M's de Longucil
& de Sainte Helene
avec quelques François com.
mencerent à eſcarmoucher
fur les deux heures aprés midy
contre la tefte de l'Armée
des Ennemis, qui marchoit en
bon ordre le long de la petite
Riviete. Ils firent plier
leurs gens detachez qui fe rejoignirent
à leur gros . Le
combat fut affez long- temps
opiniaftré , les François le
GALANT
305
fouftenant avec beaucoup de
courage. Cependant M le
Gouverneur avoit fait mettre
en bataille trois bataillons
de troupes du cofté d'endeçà
de la Riviere, & il eftoit à leur
tefte preft à recevoir les Ennemis
, s'ils en avoient voulu
tenter le paffage . La retraite
fut faite en bon ordre , mais
par malheur M'de S Helene
cut la jambe caffée d'un coup
de Fufil . M' de Longucil fon
Frere, qui l'année derniere cut
un bras caffé au combat de la
Chine , receut une contufion
au coſté , & auroit eſté tué
Janvier 1691.
Cc
206 MERCURE
5.
"
fans fa corne à poudre qui fe
va
a lendroit où donna la
balle . Il y eut deux autres
hommes bleffez , autant de
tuez , & les Ennemis tirerent
quelques volées de Canon
fans aucun effet.Ils en envoye
rent auffi en l'endroit où les
Troupes eftoient en bataille ,
ce qui fit connoistre qu'ils en
avoient mis à terre . On leur
répondit de la batterie qui
eftoit à la porte de la petite
Riviere . Ils mirent enfuite le
feu à quelques Granges , ce
que l'on ne pouvoit empêcher
& tuerent quelques Beftiaux
GALANT 307
"
qui eſtoient dans la campagne
& qu'ils transporterent
à leurs
Navires. Ils perdirent encore
beaucoup de monde dans cette
feconde occafion .
Le Samedy 21. Mr de Villieu ,
Lieutenant reformé qui avoit
demandé à M' le Gouverneur
un petit détachement de Soldats
de bonne volonté , alla
du cofté où cftoient campez
les ennemis. M' de Cabanac
& du Clos de Beaumanoir fortirent
auffi avec d'autres petits
détachemens . Mr de Villicu
commença l'efcarmouche fur
les deux heures aprés midy.
rs
Cc ij
308 MERCURE
İl attira les ennemis dans fon
embulcade,& fe maintint fort
long- temps . Ils firent un détachement
pour l'entourer, &
ce détachement ennemy fut
chargé par une autre embufcade
des Habitans de Beau .
port , de Beaupré & de l'Ifle
d'Orleans . Mis de Cabanac
& de Beaumanoir donnerent
auffi de leur cofté . Les François
qui efcarmouchoient toû
jours en perdant le terrain ,
firent ferme lors qu'ils ſe furent
tous rejoints à une maifon,
où il y avoit fur une hauteur
quantité de paliffades,derGALANT.
309
riere lefquelles ils tiroient . Le
combat dura jufqu'à la nuit ,
& les gens frais que les ennemis
y envoyoient toûjours , ne
fervirent qu'à augmenter leur
perte qui fut fort confiderable.
La nuit dont la pluye redoubla
l'obfcurité, leur donna
moyen d'enlever leurs morts,
&empêcha de connoître le defordre
où ils eftoient . Il fut tel
qu'ils fe fervirent de cet avantage
pour le rembarquer. M
de Villieu & les Habitans , ne
le fccurent que le lendemain
Dimanche au point du jour.
Les Sauvages qui faifoient la
310 MERCURE
decouverte trouverent cinq
pieces de Canon , cent livres
de poudre , & quaranre à cinquante
boulets abandonnez .
Ceux de Beauport & de Beaupré
s'en faifirent . Plufieurs
Chaloupes tenterent de mettre
des
gens à terre pour les
reprendre , mais ils furent repoulez
. M ' de Monic Capitaine
eftoit forty le jour precedent
avec cent hommes ;
il avoit fait un fort grand cir
cuit pour s'aller jetter dans
Beauport , & ne s'eftoit pû
trouver au combat. Mr de
Frontenac le fit demeurer à
GALANT.
311
quelque diftance du Camp des
Habitans , pour les foultenir
en cas d'une nouvelle defcente
. Ils fe faifoient fort de 7
garder leur pofte avec deux
pieces qu'on leur avoit laiffées
; les trois autres furent
amenées à Quebec le mefme
jour. L'aprésdifnée les deux
Navires qui eftoient dans
l'Anfe des Meres , mirent à la
voile pour aller rejoindre la
Flote. On les falua à boulets
en paffant , & ils repondirent
fans faire grand mal.
Le Lundy 23. M's de Subereufe
& Dorvilliers , Capitaines
312 MERCURE
partirent à la tefte de cent
hommes pour s'aller jetter
dans l'Ile d'Orleans . M' de
Villieu avoit auffi receu ordre
de defcendre au Cap Tourmente
audeffus de la cofte de
Beaupré. On jugeoit bien que
les Ennemis nous quitteroient
bien-toft, & on craignoit leur
defcente en ces endroits-là .
Ils mirent à la voile le foir ,
& fe laifferent porter au courant
; mais quelques - uns
n'ayant pû trouver de bon
moüillage furent obligez de
relâcher. Ils difparurent enfin
tous le lendemain Mardy
fur
GALANT. 313
fur les dix heures du matin ,
& allerent moüiller à l'Arbrefec.
Mademoiſelle de la
Lande , qui eftoit prifonniere
fur l'Amiral , voyant qu'ils
fe difpofoient à retourner en
leur pays , fit demander au
General Phips par un Interprete,
s'il vouloit l'y mener, &
laiffer à Quebec quantité de
fesComparriotes qui y étoient
prifonniers ; qu'elle efperoit
que fi on propofoit de faire
une échange , cette negociation
pourroit réuffir . Elle fut
elle- mefme envoyée fur fa
parole pour faire cette propo
Fanvier 1691.
Dd
214 MERCURE
fition.M ' le Gouverneur l'accepta
, eftant bien aife de la
recouvrer avec fa Fille , auffibien
que M' de Grandville ,
& M Trouvé , Preftre , qui
avoit cfté pris au Port Royal,
& qu'ils avoient emmené avec
quelques autres Prifonniers
de l'Acadie , efperant qu'ils
leur feroient d'une grande
utilité aprés la prife du Pays.
Elle s'enretourna fort joyeuſe
à bord de l'Amiral . Les Prifonniers
Anglois qu'on vouloit
rendre furent afemblez
le foir mefme. Ce n'eftoit
que des Femmes & des EnGALANT.
315
fans , & il n'y en avoit pas
un de confiderable que le Capitaine
Denis qui commandoit
dans le Fort que le St de
Portneuf avoit pris . Il y avoit
auffi les deux Filles de fon
Lieutenant qui fut tué , & quo
Mr le Gouverneur avoit rachetées
des Sauvages Midame
l'Intendante avoit racheté
auffi une petite Fille de neuf
ou dix ans affez jolie , qu'elle
rendit . M' de la Valiere , Capitaine
des Gardes de M ' de
Frontenac,fut chargé de cette
échange. Il fe rendit à terre
le Mercredy matin , vis à vis
Dd ij
316 MERCURE
l'endroit où les Anglois ef
toient mouïllez. La negociation
dura tout le jour. Un
Miniftre avoit paffé à terre ,
& on trouva le fecret de le
garder fur les difficultez qu'-
on faifoit de rendre Mr Trouvé.
Enfin tout fut échangé
de bonne foy. Les François y
gagnerent , puis que le nombre
deleurs Prifonniers eftoit
plus grand que celuy des Anglois
, & qu'en rendant des
Enfans , ils curent des hommes
faits & en eftat de fervir.
Les Ennemis garderent deux
de nos Pilotes, qu'ils promiGALANT.
317
rent de mettre à terre lors
qu'ils auroient paffé les dangers
de la Riviere .
Dans le mefme temps quelques
Sauvages Abenaguis arri
verent de l'Acadie , & dirent
qu'ils avoient efté dans un
Village de Loups , où ils a
voient apris que les Anglois
avoient eu du deffous
par mer
en France
; que la petite
verole
avoit
fait mourir
quatre
cens Iroquois
& cent Loups
,
& qu'il n'eftoit
resté que feize
hommes
dans
le grand
Village
des Loups
; que dans une
occafion
où les Anglois
a-
Dd iij
318 MRECURE
voient témoigné defirer faire
la paix avec les Abenaguis
les derniers leur avoient répondu
, que ny eux , ny leurs
enfans , ny les enfans de leurs
enfans , ne feroient jamais de
paix avec des gens qui les avoient
fi fouvent trompez ;
& qu'enfin depuis deux mois
les Canidas avoient défait
cent foixante & dix Anglois ,
& trente Loups .
Le Vendredy 27. trois hommes
arriverent de la Baye S.
Paul , & rapporterent qu'ils
avoient efté à deux Navires
François qui eſtoient preſts à
GALANT . 319
par
paffer le Détroit de l'Ifle aux
Coudrés , qu'ils les avoient
avertis que la Flotte Angloife
eftoit devant Quebec , &
qu'ils avoient apris d'eux ,
qu'ils devoient eftre fuivis
huit autres Vaiffeaux avec lefquels
ils eftoient partis de la
Rochelle.Peu de temps aprés,
des Canots que M le Gouverneur
tenoit exprés fur les
Coftes , leur confirmerent ce
que ces trois hommes leur
avoient dit . Un troifiéme
Navire , nommé le glorieux ,
fut averty de la meſme chofe ,
& on a cu avis qu'il fe prepa
Dd iiij
320 MERCURE
roit à entrer dans la Riviere
de Saguenay pour s'y cacher
jufqu'à ce que la Flotte Ennemis
cuft paffe.
Le Dimanche 29. les rejoüiffances
furent faites àQue
becavec beaucoup d'appareil .
Le grand Pavillon de l'Amiral
, & un autre que Mr de
Porneufavoit pris à l'Acadie,
furent portez à l'Eglife au
fon des Tambours . M' l'Evefque
y chanta le Te Deum,
& Fon fit enfuite une Proceffion
folemnelle en l'honneur
de la Vierge, Patronne du Pays.
Toutes les troupes cftoient
GALANT.
321
fous les armes . On a inftitué
à perpetuité une Feſte ſous le
nom de Noftre Dame des
Victoires , & l'Eglife que l'on
a commencée à la Baffe - Ville
eft dediée fous ce même nom,
pour eftre une marque éternelle
de la protection que les
François ont receuë du Ciel
dans cette attaque . Le Feu de
joye fut allumé à l'entrée de
la nuit par M le Gouverneur,
au bruit de plufieurs decharges
du Canon & de la
Moufqueterie , & l'on n'oublia.
pas à faire tirer plufieurs
fois les Pieces qui avoient eſté
322 MERCURE
prifes fur les Ennemis. Le 12 .
Novembre on aprit que les
trois Navires François qui
avoient paru à l'lfle aux
Coudres , eftoient entrez
dans le
Saguenay ;
qu'aprés
avoir veu paffer devant eux
la Flotte ennemie , ils eftoient
fortis de ce Fleuve , & qu'ils
n'eftoient pas loin de Quebec.
Le Sieur François de Xavier
y vint moüiller le 15. la
Fregate nommée la Fleur de
May , le 16. & le 17. le Glorieux
. Toutes ces nouvelles
ont efté apportées par Mr de
Villebon,que M ' le Comte de
1
GALANT.
323
Frontenac a depefché à la
Cour. Il est venu dans un petit
Baſtiment qui a fait la traverfe
en cinquante- cinq jours,
& qui arriva au Port Louis
le 19. de ce mois .
Le fens de l'Enigme du mois
paffé ne confiftoir qu'à trouver
le nombre des lettres de
chaque mot . Trois eft comcompofé
de cinq lettres , &
quatrefois trois en font vingt.
Quinze a fix lettres , & le mot
tout n'en a que quatre. Ceux
qui ont developé ce miſtere ,
font M's François de Lions
Ecuyer , Seigneur de Theu324
MERCURE
ville , Confeiller & Procureur
du Roy à Pontoife ; Cordelier
, Vicaire de S. Nicolas des
Champs Gaillardin , Chirurgien
Juré à la Roche : Oudin
Curé de Cuffy lez Forges : le
petit Beraud du Parc de Marfeille
de Baignolles Gardemarreau
des Eaux & Forefts
de Dreux de Paulton du
Marchis de Nantes :Colibeaux
Regent à Avranches : Godefroy
Regent de Rhetorique
au College de la mefme Ville,
& du Pont Corbet du meſme
fiçu : de Bruxelles , Principal
du College de ChasteauGALANT.
325
Thierry de la Chaintre de
Rennes : Yvelin Capitaine s
Paillet Auvray : le Cointre :
Croüen devant l'Hoftel de
Ville deChartres : Ifambert de
la rue Comteffe d'Artois :
Conftance de la rue des Prouvaires
: Diereville : de Lautriche
: Tarmulot : l'Efprit mediocre
de Lion : le Mofcovite
Anglois : le Commiffaire des
Emblêmes : la Rambauche :
Meriel de Caën : le Cenobite
de la rue S. Martin : Pillecoeur
de la Place de Sorbonne :
Themistocle : Tamirifte dela
rue de la Cerifaye : le Phenix
326 MERCURE

des Orphelins d'Orleans : Cotteret
de Villiers le Solitaire
de la rue S. Mederic : le Compere
de la belle Blonde nommée
M. M.: le Reclus du
Fauxbourg S. Jacques : l'aimable
Lorrain de Bourg en
Breffe l'Indifferente
en paroles
les Mariez du 22 Jan- :
vier de la rue du Por d'Estain
de Soiffons
:
leur meilleur
Amy ; la Scrupuleufe Vertu
de Leitere le petit Amant
Imaginaire & difgracié de la
plus charmante des trois
Soeurs de l'Hoftel de Charoft:
l'Heureux en Intrigues de la
GALANT. 327
rue de la Harpe : le Jaloux de
la rue neuve S. Mederic : le
pauvre Nouvellifte des belles
Amourettes de la mefme ruc:
Blandre S ' de Bras de Fer &
fa Blonde : l'Amant inconfolable
de la Province de Bourgogne
: la petite Henriette de
la rue Caffette : le St de Broquillon
& fa grande & petite
Commere de la rue S. Martin ;
le Fidelle Inconftant & l'aimable
Infidelle prés la fontaine
de la Herfe : Mefdemoifelles
Auvray : le Cointre :
Gourlin : la Spirituelle & toute
charmante Louife Favé de
328 MERCURE
la rue S. Martin : Mariane de
la rue des Carmes de Caën :
Chicaneau vis à vis de l'Oratoire
à Rouen : Parfeval de
Nogent le Rotrou & fon Amant
la plus Aimable des
Coufines : la plus Coquette
des fix aimables infeparables
de la rue Aubriboucher : l'Invincible
Bellier de la mefme
rue le brave Savar de la rue
d'Argenteuil le Docteur
Verfeville : la charmante Brunette
devant le petit S. Antoine
: la trop aimable & aimée
Veuve de la ruedu petit
Lyon : l'aimable couple de
:
:
.
GALANT. 329
doeurs de la rue de S. Julien
des Meneftriers : la charmante
& incomparable Amarillis
de la rue des Utfules : la Marquife
à l'Anagrame Pure Image
de vertu : Loüife Lucie de
Chaftillon en Barois : le Berger
à l'Anagrame Siecle d'A
mour : Diane d'Alcleon : la
Bergere Aimantée : la Princeffe
au Roy de Trefle : & la
Nimphe aux jours filez de
foye : la belle Catin de la rue
Guillebert la belle Lolotte
de Picardie & les belles Brunes
avec leurs Amans de la
rue du Parc- Royal : le Pro-
Fanvier 1691.
6
Ec
330 MERCURE
:
phete Helie, rue S. Denis : du
Buiffon Grujetout : le Preneur
de Café , & les Fuyards
du Pont- neuf de Falaife : M.
le Docteur : la groffe Bourgeoife
de la Chaffe Royale ,
Pont au Change : l'inconfolable
Veuf & le Cavalier Fillent
, tous deux de Falaife :
l'Amant fatisfait du Pont au
Change Mimon Avocat à
Moulins:Jean Michel le Vort
Avignonnois : la charmante
Manon, fa Compagne , & l'aimable
couple de Soeurs de
vis à vis la rue Hamon de
Caen le S M. Hervieux &
GALANT. 331
fon aimable Epoufe , de la
mefme Ville : la trop fiere
Marote , & la belle Madelon ,
l'une proche le Tripot , &
l'aurre de la rue du Guer de
Caën .
La nouvelle Enigme que je
vous cuvoye eft de M Ilambert.
52525552:222252255
ENIGME.
'Ay beau changer fort fouvent
J' de
figure
Ee ij
332 MERCURE
Les foins de l'art changent peu ma
nature-
Je m'accommode en vain aux efprits
differens ,
Ċeux mesme à qui je fais des plaifirs
affez grands ,
Quoy qu'en parlant de moy quelqu'un
toujours s'en louë.
Quand j'approche me font la
suoue ,
Comme à quelque chose d'affreux.
Enfin mon fort est étrange & facheux.
Jefers à tout le monde , & ne plais
à perfonne,
On me trouve méchaute , &pourtant
je fuis bonne.
Je vous envoye un fecond
Air nouveau dont les paroles
GALANT. 333
font de M' Rabiet d'Antelpine.
Elles ont efté mises en
chant par M Montailly.
AIR NOUVEAU.
N
on , l'hyver n'eft plus en
ces lieux.
Il est vray que nos prez´ont perdu
leur verdure ,
Nos ruiffeaux leur murmure,
Et nos Oifeaux leur chant delicieux.
Mais , belle Iris , quand j'y voy
vos beaux yeux
Ranimer toute la nature ,
La plus rigoureuſe froidure
N'a plus pour moy rien de fa
cheux.

34 MERCURE
Il partit le 9. de ce mois un
grand Convoy pour l'Irlande ,
avec plufieurs Anglois & Irlandois
fidelles , le tout escorté
par huit ou neuf Vaiffeaux de
guerre , que commande M
le Marquis de Nefmond ,
Chef d'Efcadre. Le mauvai
temps fit relâcher à Brest
deux Baftimens qui repartiient
le 17. avec trois Vaiffeaux
de Guerre, nouvellement arrivez
de Rochefort. Mr le
Baron de Paliere les commandoit.
GALANT. 335
5.
1
1
M' du Bois , qui s'eft acquis
tant de gloire par fon excellente
traduction des Lettres
de S. Auguftin , nous a donde
temps
celles

depuis peu
des Offices
de Ciceron
. Il l'a faite
fur la nouvelle
Edition
Latine
de Grævius
, & il l'a diviféc
comme
luy par Chapitres
, afin
de foulager
le Lecteur
, avec
des
Sommaires
à la tefte
de
chaque
Chapitre
. Cette
Traduction
eft fort
eftimée
, & on
peut
tirer
une
fort
grande
utilité
des
Notes
dont
elle
eft
accompagnée
. Les
plus
importantes
, pour
me fervir
des
326 MERCURE
termes qu'on trouve dans la
Preface , font celles qui vont
à demefler & à rectifier certalns
fentimens de la Philofophie
Payenne , où il y a
quelque forte de verité , mais
qui ont besoin d'eftre reduits
aux principes de la Religion
Chreftienne . Les autres ne
font que pour donner un plus
grand jour à ce que la feule
clarté de la Traduction ne
pouvoit affez éclaircir , pour
faire connoiftre les lieux ou
les actions dont Ciceron parle
en beaucoup d'endroits de
cer Ouvrage , & pour fuppléer
GALANT. 337
*
pléer en d'auttes certains
faits , dont la coonoiffance
eft neceffaire pour les bien
entendre. Ce Livre fe debite
chez le S Coignard , rue S.
Jacques à la Bible d'Or , &
chez le S Guerout , Galerie
neuve du Palais.
On trouve auffi chez le St
Guerout , le Grand Tarif des
Monnoyes Nouvelles . Il n'y a
rien de plus commode , &
même de plus neceffaire, puis
que ce Tarif contient la Reduction
en livres de toutes
1
Ifortes de nombres de Loüis
d'Or à douze livres dixi fols,
Ff
Fanvier 1691.
338 MERCURE
& de Louis d'argent à trois
livres fix fols ; en forte que fi
on vous apporte, par exemple,
foixante-quatorze Louis d'or,
ou d'argent , vous trouverez
fur l'heure , par le moyen de
ce Tarif, que les uns valent
925. livres , & les autres 244.
livres 4 fols ; le refte de mefme
, depuis un Ecu , pour les
Louis d'Argent jufques à un
Million , & depuis un Louis
d'Or juſqu'à douze Millions
cinq cens mille livres.

En vous parlant le mois
paffé de la Lettre écrite à M
le Maréchal de Belfond, fur le
GALANT. 339
Voyage que le Roy d'Angleterre
a fait à la Trape , je
yous ay dit qu'elle eftoit de
Mr l'Abbé de Chavigny , Abbé
de la Trape. Il eft vray
que M' l'Abbé de la Trape
eft de cette Famille , mais il ·
porroit le nom d'Abbé de
Ranfé , tant qu'il a demeuré
dans le monde. Je fuis , Madame
, Voftre , & c .
A Paris , ce 31. Ianvier 1691.
SS25ESS22252 22255
TABLE.
Relude.
Sonnet. &
Lettre d'un Prelat Flamand à
un Confeiller d'Etat en Espa
gne.
Morts,
111
136
Origine des Religieufes de Beaumont
prés Tours. 42
La Conquefte de la Savoye › Eglogue
47
Reception des deux nouveaux
Prefidens à Mortier , des
deux Avocats Generaux au
TABLE.
Parlement.
70
Rg
Lieutenances de Roydu pays de
la Marche , de
Xaintonge &
d'Angoumois
données par le
Roy.
73
Lettre contenant plufieurs nouvelles
des Indes .
75
Noms de quatre - vingt - deux
Lieutenans de Vaiffeau à qui
le Roy a donné des Compagnies
.
128
Ode à M's de l'Academie Francoife.
135-
Compliment fait à Monfieur par
le Pere Bourfault , Theatin.
Hiftoire
146
157
Ff iij
TABLE.
Lettre d'un Gentilhomme François
a unde fes Amis refugié
en Angleterre ,fur la Haran
gue du Prefident de la Tour.
121
228
Benefices donnez 241
Mariages.
Lettre de l'Envoyé d'Angleterre
à la Haye au Marquis de
Carmarten. 264
Belle action de M' le Marquis
de Fenquieres..
270
Autre Article de Morts .
273
Monument à la gloire du Roy.
276
Relation de Canada. 282
Article des Enigmes .
323
TABLE .
Convry party pour l'Irlande:
334
Livres
nouveaux, 335
Fin de la Table.
L
Avis pourplacer les Figures.
'Air qui commence par , Charmante
Aurore enfin te voilà de
retour , doit regarder la page 70 .
La Medaille doit regarder la page
227.
L'Air qui commence par , Nom
l'Hyver n'eft plus , &c. doit regarder
la page 333.
i
Extrait du Privilege du Roy.
Pchaville, le 13. Iuillet 1683. Šigné, Par
AR & Privilege du Roy, donné à
le Roy en fon Confeil , IUNQUIERES, Il eft
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer , Sieu-
Devizé, de continuer de faire imprimer, ven
dre & debiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Relations,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir , Et defenfes font faites à tous!
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'orne.
ment d'iceluy, ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainſi que
plus au long il eft porté efdites Lettres .
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14 .
Septembre 1683. Signé ANGOT, Syndic .
Ledit Sieur Divizs' a cedé fon droit du
prefent Privilege à Michel Guerout , Libraire
, pour en jouir fuivant l'accord fait
entr'eux.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le