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1690, 12
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Eur.
511
1690,12
Mercure
<36623738500017
<36623738500017.
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE 1690 .
A PARIS ,
GALERIE - NEUVE DU PA LAIS.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt- cinq fols en Parchemin..
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL GUER OUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. LX XX X ,
AVEC PRIVILEGE DU ROr.
Bayerische
StaatsbibRothek
München
A V I.S.
Velquesprieresqu'on airfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'il y a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent, & fur
A ij
AVIS.
1
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laifferapas d'avoir le Mercure longsemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
AVIS,
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft impri
me , outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le prefent ,
ils rejettent la faute du retardement
Sur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce .
retardement par la voye dudit Sieur
Guerout, puis qu'il fe charge de fairr
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content .
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1690.
W E Regne du Roy eſt
fi remply demerveil
les , qu'il ne faut pas
s'étonner files Dames qui
ont naturellement l'efptit de
licat , cherchent avec foin à
pour
fe rendre habiles chan-
A iiij
8 MERCURE
Leurs
ter plus dignement les loüanges
d'un fi grand Monarque .
Ouvrages réuffiffent
tous les jours fur cette matie-
& la fatisfaction que vous
me marquez avoir receuë de
ceux que je vous envoyay le
mois paffé de Madame de
Chevry , & de Madame de
Pringy , m'oblige à rendre.
juftice ce mois cy à Madame
de Garfanlans , en commençant
cette Lettre par des Vets
de fa façon . Je fuis affurê que
vous les lirez avec plaifir.
GALANT. ୨
52525552:
222252255
G
AU ROY.
Rand Roy , pour qui le Ciel ne
fait que des miracles ,
Qui fus promis par tant d'Oracles,
Le Seigneur t'a comblé de benedictions.
Sa droite qui toujours te couronne de
gloire
Forme ton ame aux grandes actions,
Il te conduit de victoire en victoire.
Il afoumis un grand Peuple à tes
loix
Il emprunte ton bras pour proteger
les Rois ,
De fa puiffante main pour toy fi
liberale ,
10ΙΟ MERCURE
1
Il veut pour ton bonheur, & la gloire
des Lis ,
Benir inceffamment ta FamilleRoyale.
Il te donne un Heros en te donnant
un Fils ,
Un Fils dont les effais , comme autant
de prodiges ,
Font voir qu'il fuit en tout tes glorieux
veftiges ,
Qu'ilfait dans les perils s'expofer
fans terreur,
Et dans les grands exploits imiter ta
valeur.
Sur luy comme fur toy l'Auteur de la
Nature
Répand fes graces fans mefure ,
Et toujours propice à nos voeux ›
Fait qu'en ton Petit-fils , un'es pas
moins heureux.
Déja fon jeune coeur qui ne tend
qu'à la gloire,
GALANT. II
Sent qu'il a pris naiſſance aufein de
la Victoire
Et brûlant du defir d'imiter fes
Ayeux ,
Ilfe porte aux vertus qu'on admiroit
en eux.
Dans fes nobles ardeurs ‹ à la gloire
animées ,
S'il pouvoit prévenir le cours defes
années,
Etjoindre àfon grand coeur laforce
de fon bras ,
Tu le verrois bientoft au milieu des ·
combats
Egaler des Cefars l'invincible vail-
Lance ,
Etendre chaque jour ta gloire & ta
puissance ,
Et toujours triomphant , aprés avoir
Joumis
Juſqu'au delà des Mers , tes plus
fiers Ennemis ,
12 MERCURE
Et porté ton grand nom jusqu'à l'au
tre Hemisphere ,
Venir fur les pas de fon Pere ,
Apporter à tes pieds fes glorieux lauriers
,
Borner dans fes travaux guerriers
Ses plus ardens defirs à celuy de te
plaire ,
Et content comme luy de vivre fous
ta loy
Te donner le plaifir de te voir le
Grand-pere
D'un Petit -fils digne de toy.
De fi grandsfentimens dans un age
Li tendre >
Montrent dés à present ce qu'on en
peut attendre ,
Mais de fon foible bras la naissante
vigueur
Sufpend les defirs de fon coeur.
Cependant, a grand Roy , pourformer
Sajeunelle
2
GALANT.
13
Ces Maiftres par tes foins choifis fi
prudemment , ( nement.
Sont l'admirable effet de ton difcer
Il faut d'un Gouverneur que la haute
fageffe ,
Et que d'un Precepteur le Zele & le
Sçavoir,
Aux vertus des Heros qu'un Prince
doit avoir,
Foignent les vertus exemplaires .
Tu reconnois en eux ces rares qualitez
>
Quand tu les mets à fes côtez
Comme deux Anges tutelaires ,
Dont lesfoins & l'activité ,
Four & nuit vers le Ciel portent fa
pieté.
Pour rendre un Petit -fils digne de
fon Grand-pere,
(rieux
Et conduire fes pas au chemin glooù
l'on a vû marcher fes Auguftes
Ayeux,
14 MERCURE
Grand Roy , que pouvois- tu mieux
faire ?
Toy qui donnes aux Rois le pouvoir
fouverain ,
Et qui fais de Louis le bonheur & la
gloire ,
Puis qu'il t'a plû , Seigneur , en luy
prêtant ta main ,
Luy donner en dix jours une double
victoire,
Combats encor pour luy ; détruis ces
noirs deffeins
Qui luy font declarer la guerre ,
Et de Jes Ennemis fur l'onde & fur
la terre ,
Rens les efforts inutiles & vains.
Tu fçais comme en toy feul il met
Son esperance ;
Tourne toujours vers luy ton regard
paternel ,
T
GALANT .
Exauce les voeux de la France,
En le faifant jouir d'un bonheur
éternel.
La Bataille de Fleurus n'eft
pas un évenement nouveau,
mais l'Ode que vous allez lire
fur cette Bataille fera nouvelle
pour vous , puis que
l'Auteur n'en a laiffé courir
aucune copie. Elle eft de M
?
Roubin , de l'Academic
Royale d'Arles , qui fut député
de la Ville il y a quel
ques années , pour preſenter
au Roy l'eftampe del'Obeliſque
qu'on avoit trouvé lous
des ruines , & qu'elle a fair
16 MERCURE
élever dans une de fes Places
publiques , en y faifant mettre
un Soleil dans la pointe ,
& quatre Infcriptions en bas .
Je croy vous avoir mandé en
ce temps
là que M ' Roubin
qui prefenta cette Eftampe,
fut ennobly par Sa Majefté
en confideration de la Ville
d'Arles , & de fon merite
particulier.
GALANT. 17
55 255222 522225SSSS
SUR LA BATAILLE
de Fleurus
,
O DE.
Nfatigable Meßagere ,
INQui fans perdre un moment
de temps ,
La Trompette à la main , vas d'une
aile legere
Publier les faits éclatans
Hate-toy de partir , fidelle Renom
mée,
Toy qui de longuemain dois eftre
accoûtumée
A conter des François les Exploits
inoüis,
Va du grand Luxembourg celebrer
la victoire,
Decemb. 1690. B
18 MERCURE
Et montrant noftre France au comble
de fa gloire ,
Fais partout retenir le grand nom
de LOVIS.
S
Ce fut dans cette vafte plaine
Qui porte le nom de Fleurus ,
Que parut à nosyeux la deplorable
Scene
Qui rend nos Ennemis confus.
Ce fui-là que
querelle
Valdek appuyant la
D'un Prince furpateur , fcelerat,
infidelle ,
Recent le coup fanglant de ce mortel
affront.
C'est là que Luxembourg, le vengeur
de leurs crimes ,
Immolant à fon bras mille & mille
Victimes
D'un Laurier immortel s'eft couronné
le front.
GALANT. 19
S
Tels que dans un Amphiteatre
On voit deux Lions furieux,
S'obferver tour à tour avant que de
fe battre
Ne fe menaçant que des yeux ;
Tels on vit . les deux Chefs de deux
groffes Armées ,
D'une pareille ardeur fierement
animées ,
(T
Sufpendre en fe voyant l'effet de
leur couroux
Mais ne pouvant long-temps demeurer
en balance ,
On donne le fignal , l'un & l'autre
s'avance ,
Et fur fon Ennemy fait tomber
mille coups.
D'abord par le plomb homicide
Les Bataves font terraſſez»
Bij
20 MERCURE
Et malgré cette grefle invisible &
rapide ,
Leurs rangs font bien-toft remplacez
On voit ces vieux Soldats
Troupes aguerries »
> ces
Et par tant de combats au carnage
nourries ,
Soûtenir tout le feu de cette occafion
,
Et des premiers Romains imitant la
pratique ,
Se faire un point d'honneur de
mourir à l'antique
Et perir avec ordre , & fans confufion

Cependant , quand l'airain qui
tonne
Vomit fes globes emflamm : z
GALANT 21
Cet éclair impreveu tout d'un coup
les êtonne ,
Et furprend leurs yeux allarmez ,
L'atteinte de leurs coups eft terrible
& fanglante,
Et des fiers Ennemis la valeur impuiffante
Dans un mal fi preſſant ne les peut
fecourir s
Le feu de nos Canons leur fait bien,
du ravage
,
Et le Soldat qui peut éviter get
orage ,
Du moins n'eft pas exempt de la
peur de mourir.
2
Le Dieu Mars au Siecle où nous
Sommes
N'a point d'inftrument plus mortel,
Et l'art pernicieux de deftruire les
•&hommes
22 MERCURE
N'inventa jamais rien de tel.
Si-toft qu'un bout de mefche appuyé
Sur la poudre ,
Fait éclater ce feu qui reffemble à
la foudre ,
Et qu'on peut appeller la terreur des
combats ,
Les plus affreux carreaux que lance.
le tonnerre,
Quandle Ciel indigné nous declaré
la guerre ,
Caufent moins d'épouvante, & font.
moins de fracas.
C'est par ces horribles tempeftes,
Et par leurs affauts redoublez,
Que ces gros Bataillons , ces corps
à tant de teftes ,
Se virent enfin accablez.
Toutesfois leur malheur augmentant
leur courage
GALANT. 23
Ils auroient du combat difputé l'az
vantage ,
C
Et d'un fi rude choc foutenu tour.
l'effort's
Mais du Maine,fuivi de fis Trompes
guerrieres ,
Enfonçant de leurs rangs les vivan
tes barrieres,
Y porta la terreur , le defordre & la
mort.

Que deviendrace jeune Alcide
Au milieu de tant d'Ennemis ?
Il court avec ardeur où la gloire le
guide ,
*
Et fon coeur fe croit tout per
mis.
A force d'effuyer ou la flâme , ou
képée ,
Sa valeur à la fin alloit estre trompée
,
24 MERCURE
Et de tant d'ennemis rien ne l'euft
garanti ,
Si Mars qui le connut à tant d'illuftres
marques ,
Voulant fairefa Cour au plus grand
des
Monarques
,
N'euft respecté le Sang dont il eftois
forti.
20
Là recommença le carnage
Avec tant de bruit & d'horreur,
Qu'on euft dit à le voir que l'ardeur
de courage
T regnoit moins que la fureur.
Là nos fiers Efcadrons, de leur Infanterie
Font une fi cruelle & rude boucherie
,
Que le fang en tous lieux ruiffelle
à gros bouillons.
Enfin
GALANT. 25
Enfin de tant d'endroits on la percè,
on la taille ,
Qu'on voit en moins de rien dans
le champ de Bataille..
De mille bras coupez aplanir les fil
lons.
S
>
Contente d'un tel facrifice
La mort vole de rang en rang:
Et fur` ees malheurenx exerçant fa
justice,
Semble fe baigner daus le fang.
On entend des Bleffez les cris épou
vantables
,
On entend des Mourans les plaintes
lamentables ,
Onne voit d'autre objet que laflâme
& le fer ;
Tout l'air eft obfcurcy d'une épaiffe
fumée,
Decembre 1690. C
26 MERCURE
Le defordre , le bruit , & l'effroy de
l'Armée ,
Tout peint de toutes parts les horreurs
do l'Enfer...
S
Le Dieu du Fleuve affez tranquille
Dormoitfur un lit de rofeaux
Et laiffoic tout le long d'une plaine
fertile
Couler le criftal de fes eaux ,
Quandfes flots tout d'un coup devenus
plus rapides
Par le débordement que font tant
d'homicides
De fa courfe on luy vit redoubler les
efforts ,
Et fa frayeur hâtant fa lenteur naturelle
Il s'enfuit tout en trouble en porter
la nouvelle
GALANT.1 27
Aux Peuples affligez dont il lave les
bords.
Pour toy, ne te plains à perſonne,
Fleurus , de tes champs defolez
Le Deftin de laguerre aujourd'huy te
redonne
Tous les biens que l'on t'a volez
Bientoft par tant de morts ta campagne
engraißée,
Du degaft de fes bleds fera récompensée
Ta perte va tourner à ton utilité.
Confole-toy voyant ta future abondance
Et malgré nos debats , ne crains pas
que la France
Soit jalouſe à ce prix de ta felicité.
$
Voila quelle fut la journée
Dont Fleurus reçoit gant d'éclat ,
Cij
28 MERCURE
Quelle fut de Valdek la triſte deſt
née
Dans ce memorable combat!
Nous ne pouvions le vaincre avec
plus d'avantage ;
Outre les Etendarts , les Drapeaux,
le Bagage ,
Huit mille Prifonniers enlevez à la
fois ;
Plus de dix mille Morts dont la
plaine eft couverte ,
Cinquante Canons pris, font fonner
cette perte,
Et pour la bien prouverfont des témoins
de poids,
2
Mais dans les faveurs de Bellonne
Les mauxfuivent les biens deprés,
Et Mars defes lauriers ne fait point
de couronne ,
Qu'il n'y mefle un brin de Ciprés.
GALANT. 29
Du Meis , Gournay , Soyecour , gens
d'élite & de margne ,
M Payerent en ce jour le tribut à la
Parque,
Avec une fierté qu'on ne peut trop
prifer.
Villarceaux , Nogaret , en tombant
pelle-mele,
De mesme que Juſſac, sous une af
freufe grefle ,
Trouverent par leur mort à s'immortalifer.
S
Dalegre, Caftres, & Ximene
Tout percez du plomb , ou du
fer ,
Ne peuvent acquerir le triomphe
fans peine
Ainfi que Vivans & Greder .
C'est par là que le Ciel qui regle tout
en Maistre ,
Ciij
30 MERCURE
C
Aux fiecles à venir voulut faire
connoiftre
Que la France doit sont à fe propre
3
vertu ,
Et que fi tant d'éclat aujourd'huy
l'environne
Elle a par fa valeur merité fa Cou
ronne ,
Et n'a point triomphé fans avoir
combattu
Ah ! je t'allois faire an outrage ,
Comment ay -je pu t'oublier ,
Jeune & vaillanı Bonzols , toy , de
qui le courage
Fit trois fois l'Ennemy plier ?
Que ionfort glorieux parut digne
d'envie !
Au mépris de ton fang, aw peril de
ta vie
On te vit en Heròs affronter les ha-
Zards ;
GALANT.
31
Ces nobles coups d'effay font dignes
de l'Hiftoire s
Et tu vas preceder au Temple de
memoire
Tous ceux qu'on te voit fuivre au
Service de Mars.
S
Ceft affez , illuftre Courriere,
Fetarefte icy trop longtemps.
·Va , cours en diligence achever ta
carriere ,
Sur le bord du Pôje t'attends .
Redouble fi tu peux les élans de tå
courfe
De l'Aurore au Couchant , du Midy
jufqu'à l'ourſe ,
Va conter des François les exploits
inoüis ;
Va dugrand Luxembourg publier in
victoire,
C iiij
32 MERCURE
Et montrant noflre Frante au comble
de fa gloire ,
Fais par tout retentir le grand nom
de LOVIS.
Il eſt vray , Madame , que
dans ma derniere Lettre , en
vous apprenant la mort de
Madame la Marquife de Hauterive
, je vous marquay Leulement
qu'elle s'appelloit Eleonor
de Volvire , & qu'elle
eftoit Fille de Mr le Marquis
de Ruffec , faus entrer dans
aucun détail de fa Maifon .
Puis que vous en voulez fçavoir
davantage , je vous diray
qu'Ingelelme de Volvire ,
GALANT.
33
Vicomte de Thoars , vivoit
l'an 1020. & que c'eft de luy
qu'eftoit defcendu Maurice,
Seigneur de Volvire , Pere
d'Hervé II. du nom , Seigneur
de Volvire , de Nicul ,
de Chasteauneuf , de Roche-
Servieres, qui époufa Eleono
re , Heritiere de Ruffec, iffuë
des premiers Comtes d'Angoulefme.
Ils eurent . Maurice
II. Seigneur de Volvire ,
Baron de Ruffec , marié l'an
1403. avec Marie de Bafoches .
De ce mariage fortit Joachim
, Seigneur de Volvire ,
Baron de Ruffec , qui prit
34 MERCURE
alliance en 1430. avec Marguerite
de Belleville Dame
de Comporté & d'Ardenne. Il
en cut Jean de Volvire II. du
nom , Baron de Ruffec marié
en 1456. avec Catherine
de Comboru , & Françoife
de Volvire , qui époufa Joachim
Rouaut , Seigneur de
Gamaches Maréchal de
France . Jean fut Pere de
François de Volvire ; Baron
de Ruffec , & de Charles de
Volvire , Seigneur de Courret
, qui a fait les Branches
des Seigneurs du Courret
Dauvat & du Vivier en An
GALANT.
35
goumois . François fut marié
quatre fois ; la premiere à N.
de Guyenne , Fille naturelle
de Charles, Duc de Guyenne,
Fils du Roy Charles VII . &
de N. de Chambes de Mont
foreau , Veuve de Louis
d'Amboife , Vicomte de
Thoars ; la feconde à Jeanne
de la Rochefoucault ; la troi
fiéme à Françoife d'Amboife,
& la derniere à Anne Chaftelier.
Il laiffa de Françoife
d'Amboife René de Volvire ,
Baron de Ruffec , qui de Catherine
de Rohan , Dame du
Bois de la Roche , de Sainte36
MERCURE
Brice & de Sens, eut Philippe
de Volvire , Baron de Ruffec .
Capitaine de cinquante hom .
mes d'armes , Chevalier de
l'Ordre du S. Efprit, Gouverneur
de Xaintonge , Angou .
mois & Aunis , marié avec
Anne de Daillon du Lude .
De ce mariage fortirent Phi
lippes de Volvire II . du nom ,
Marquis de Ruffec , & Henry,
Vicomte du Bois de la Roche
en Bretagne , qui a fait branche.
Philippes époufa Amerie
de Rochechouart - Mortemar,
& il en eut Henry de
Volvire , mort fans avoir efté
GALANT. 37
marié ; Jeanne de Volvire ,
Abbeffe de Saint Laurens' de
Bourges , & Eleonore de
Volvire , dont je vous parlay
dés l'autre mois. Elle a cu
quatre enfans , fçavoir Charles
de Laubefpine , Marquis
de Chafteauneuf fur Cher ;
Charlote de Laubefpine
Femmende Claude Duc de
Saint Simon , Pair de France ;
Marie- Anne de Laubefpine ,
Veuve de Louis de Harlay ,
Marquis de Chanvalon . &
Philippe de Laubeſpine ,
Comte de Sagonne , mort
fans enfans de fa Femme
38 MERCURE
Catherine- Sylvie do Bigny-
Aifnay. Les Armes de Ruffece
font , burelé d'or & de gueules à
que tous les Defcendans du
mariage d'Hervé , Seigneus
de Volvire , & d'Eleonore do
Ruffec ont toujours por
técs.
Jo yous envoye un Ouvra
ge dont le hazard m'a fait
recouvrer une copie . Je n'en
connois point l'Auteur.Comme
il n'y a rien qui contribuë
davantage à fouftenir un
eftat que l'eſtroite obſerva.
tion des Loix , vous ferez fans
doute bien aife de voir com
GALANT.
39
ment cette importante matiere
eft traitée,
222$2552 5E55E52TZ
DISCOURS
SUR LA LOY.
LOY est au corps Po
Llitique , ce que la raison
eft à l'homme. Tant qu'elle
regle fes actions , tant qu'elle.
anime fes mouvemens & qu'elle
guide fes démarches , les paffions
n'ont point de prifefur fon efprit.
Ileft également à l'épreuve , &
40 MRECURE
contre la douceur des unes ,
contre la violence des autres ,
fi quelquefois elles donnent atteinte
àfon courage , ce n'est que
pour le mieux affermir. Il en eft
de mefme de la Loy.Tandis qu'on
Se foûmet à fes décifions &
qu'onfuit fes ordonnances , on
goûte avec plaifir les fruits de
Jon induftrie & de fes travaux,
& fi quelquefois nous fommes
trouble dans nos biens , ne nous
les affeure - t'elle pas davantage
par l'Arreft qu'elle prononce en
noftre faveur ? La Loy eft donc
au corps politique ce que
fon eft à l'homme , nonfeulement
la rain
GALANT.
41
par leurs effets reciproques , mais
auffs par rapport à leur fin.
Quelle a efté celle que
Dieu a
enë en douant l'homme de raifon
, fi ce n'est pour l'élever à la
felicité eternelle ? De mefme , la
fin que
le Prince fe propofe , en
donnant des Loix à fes peuples ,
c'eft de leur procurer une felicité
temporelle. C'eft cettefoùmiffion,
Meffieurs de l'homme à la raison,
du Citoyen à la Loy , pour
vous rendre heureux , que je taf
cheray de vous perfuader , & fi
ce n'eft pas avec toute l'eloquence
que demande un tel fujet , ce
fera du moins avec le plus de fo
Decemb. 1690 . D
42 MERCURE
lidité que nous pourrons.
La raifon , cette portion de la
Divinité, a efté laiẞée à l'homme
aprés fa cheute , non feulement
pour le diftinguer des beftes, mais
afin qu'il paft reparers en s'y
foumettant entierement . la perte
qu'il avoit faite de fon immortalité
, parce qu'il n'avoit point
voulu s'y foûmettre, affectant une
indépendance injurieuse à fon
Createur , prejudiciable à fa
pofterité . Voila donc la condition
à laquelle Dieu a attaché lebon
beur de l'homme Auffi éprou
vons- nous tous les jours , Meffieurs
qu'un homme n'est hex-
3
GALANT.
43
reux qu'autant qu'il foûmet fon
efprit à fa raifon. Heureufe neceffité
, qu'il faille quefes actions
foient raisonnables pour estre
juftes , mais neceffité qui ne contraint
point fa liberté , qui au
contraire n'est veritable liberté
que quand elle est conforme àfa
raiſon !
Ge que je dis de la raifon , ne
puis- je pas l'adopter à la Loy ,
cette portion de la Royauté : &
cela avec d'autant plus de convenance
que le fondement de la
Loy est la raison ? C'est pourquoy
fi la foùmiſſion de l'homme
àfa raifon fait tout fon bonheur,
Dij
44 MERCURE
lafoûmiffion du Citoyen à la Loy
doit auſſi le rendre heureux ,
comme cette foumiffion d'esprit à
fa raifon ne bleffe point le franc
arbitre de l'homme , de mefme le
Citoyen n'eft pas moins libre
quand il obeit aux Loix. Au
contraire , dés qu'il ne s'y foûmet
point, ne devient-t'il pas l'esclave
de la Iuftice & des Loix l'ofe
avancer plus , que l'homme ceffe
d'eftre homme , dés qu'il ceffe
d'eftre foumis àfa raifon , comme
le Citoyen ceffe d'eftre bon Citoyen
dés qu'il ceffe d'eftre foumis
à la Loy. En effet , Meffieurs,
un homme tirannifé defa paffion.
GALANT 45
Cemporté par le torrent de fes
vices qu'est ce autre chofe
qu'un monftre dans la Morale,
comme c'en feroit un dans la Politique
fi un Sujet fe revoltoit
contre la Loy, & dans la nature,
fi un membre n'efloit pas foumis
à fon chef ? Ce n'est que dans
cette fubordination des caufes
Superieures inferieures que le
monde fubfifte & ce ne peut
eftre non plus que dans cette fubordination
de la raison à l'esprit,
de l'esprit à la Loy , que
l'homme , qui est le petit monde,
peut fubfifter autrement le
monde retourneroit dans fon prez
46 MERCURE
mier cahos , l'homme dans fon
premier neant.
Mais afin que noftre
foumiffion
nous rende toujours heureux , il
faut qu'elle foit continuelle ; car
comme celuy- là ne feroit pas jufte
qui feroit une action de juftice
fans en avoir l'habitude ; de mefme
un homme qui foumetroit fon
efprit à fa raifon par intervalle
ou par caprice , ne peut pas
fe dire beureux parce qu'il n'est
pas toujours
raifonnable ; non
plus qu'un Citoyen ne feroit pas
veritable Citoyen s'il ne fe fou
mettoit en tout temps aux Loix
qui luy font preferites . Loin d'i
GALANT. 47
ey cette vaine maxime que ceux
qui ont l'autorité font tant valoir
, qu'il faut que leur volonté
tienne lieu de raifon , oomme fi
eftant corrompue & aveugle,
elle pouvoit fe paffer d'un guide
fi neceffaire pour en regler les
mouvemens defordonnez, comme
fi enfin elle pouvoit faire aucune
bonne actionfans elle, quoyqu'elle
faffe defi méchantes.Loin auffi
cette autre maxime , que les Loix
menacent les Grands & puniffent
les Petits , comme fi les uns
&les autres ne leur estoient pas
égalementfoumis , & que
torité du Souverain ne fuſt pas
en
L'au
48 MERCURE
intereẞée à les faire obferver
fans reftriction , exception , ny
diftinction.
Si la Religion mefme a toujoursfubfifté
, ce na efté que par
cette continuelle foumiffion de
l'efprit de l'homme à fa raison,
& defa raifon à la foy, & ce
deffaut de foumiffion n'a- t'il pas
efté la caufe de tant de Schifmes
d'Herefies qui ont fi mifera
blement dechiré l'Eglife ? Et
encore une preuve du veritable
retour de nos Freres égarez ,
n'est-ce pas une veritable foumiffion
de leur efprit à leur rai
fon 5 de leur raifon à la foy ?
.De
GALANT
49
.
De mefme fi les Eftats ont
fleury , c'estoit à cause que les
peuples eftoient toujours foumis
aux Loix, & une marque de
leur decadence n'a- ce pas efté
quand les Loix ont effé ou me
prifées ou violées impunement ?
Je vous en prens à témoins , Peuples
autrefois les plus illuftres
les plus puiffans de la terre.
A quoy attribuer tant de Victoires
qui vous rendirent prefque
les Maiftres de l'Univers,
fi ce n'eft à la difcipline exacte
qui vous faifoit continuellement
Joumettre vos Soldats aux Loix
Militaires jufque-là qu'un
Decembre 1690. E
50 MERCURE
d'entre vous eut la cruauté
que
-
de faire mourir fon Fils , quoy
Victorieux , mais qui ne
l'avoit esté que parfa defobeiffance
aux Loix , tant ils eftoient
prevenus qu'il eftoit plus necef
faire de s'y fous- mettre pour
conferver ou conquerir des Provinces,
que non pas de vaincre .
Dans la Politique , eftiez- vous
moins religieux à vous foumettre
aux Loix , quoy qu'elles
fuffent & dures & de fang,
comme dit Tertullien ? Mais
Meffieurs , fans aller fi loin ,
quoy attribuer ce prodigieux accroiffement
où la France fe voit
à
GALANT.
51
aujourd'huy fous le plus grand
de fes Rois , fi ce n'est à une
entiere & continuelle foumiffion
de nos eefprits , aux Loix
que
la
fagefje de ce Prince abien voulu
nous prefcrire ? A quoy attribuer
auffi ces furieuses fecouffes de
Ligues, de Seditions & de Guerres
Civiles qui l'ont f fouvent
ébranlée, fi ce n'est au refus que
l'on fafoit d'observer les Loix?
Que le fouvenir de ces temps
facheux où l'autorité meprifee la
violence exercée , les Loix abolies,
ont fait fouvent pancher ce
floriffant Eftat vers fa ruine, ne
ferve qu'à montrer la neceffité de
E ij
<2 MERCURE
Le foumettre toujours aux Loix,
puifque fon infraction a causé
tant de maux . Si la fin
des Loix eft noftre bonheur ,
nous y devons tous concourir en
nous y foumettant , non feulement
par rapport à nous , mais
auffi par rapport au Legiſlateur
dont noftre foumiffion fait la
gloire.
A ce noble caractère vous
jugez bien , Meffieurs , que c'est
du Roy que j'entens parler , &
fi aujourd'huy je ne vous entretiens
point de fon amour pour fes
Peuples , c'eft que les Loixfont
le feulfujet de mon difcours, &
GALANT
53
"
quefon amour eftantfans bornes,
eft par confequent fans Loix.
Qu'y a- t'il donc de plus glorieux
pour ne plus fufpendre
veftre attente & l'effet de noftre
foumiffion à fes Loix , que de
voir qu'un Roy außi grand par
fes infortunes, que par fes Eftats,
foit venu demander iustice à
LOUIS LE GRAND contre
un Prince qui auroit deu eftre
fenfible aux coups terribles ,
mais justes d'un Roy vengeur,
s'il eftoit encore fenfible ou à la
nature , ou à l'honneur ,, & s'il
efe rend pas tout àfait , ce
n'est que pour fervir de plus
ne
E iij
54 MERCURE
éclat au triomphe de LOUIS
LE GRAND. Qu'y a- t'il de
plus glorieux que de voir un
Prince qui devroit plutost avoir
fuivyfon devoir & fon intereft,
que la paffion des autres dont
eft aujourd'huy la victime
eftre bien toft reduit à venir
implorer la clemence de LOUIS
LE GRAND , puis qu'il ne
peut plus laffer fes armes victorieufes
, qui fe font jour au travers
des Alpes & des Monts-
Pirenées , à tout autre inacceffibles
? Qu'y a - t'il enfin de plus
glorieux que LOUIS LE.
GRAND forme un Heros en
GALANT. 55
le nommant pour executer fes
ordres, qui font, allez , voyez &
vainquez ? Quelle reponse à
des ordres fi preffans , veni ,
vidi , vici ? Si ces paroles executées
avec tant de promptitude
vousfurprennent, elles furprirent
bien davantage nos Ennemis qui
en reffentirent les prodigieux
effets. Le champ de Bataille
dont nous fommes demeurez les
maiftres , le nombre des morts &
des prifonniers que nous avons
faits , la quantité des Drapeaux
que nous avons remportez ,
nom de LOUIS LE GRAND
le
qui leur a fait prendre la fuite,
E iiij
56 MERCURE
font des marques trop éclatantes
pour ne fe pas refouvenir éternellement
de cette fameufe
journée , où il plut
il plut au Dieu des
Armées de benir les Armes vic
torieufes de Sa Majefié fur
la Sambre. Ce qu'il y a de
plus glorieux , écoutez - le. C'est
de voir LOUIS LE GRAND
ceder la Victoire avec tout l'honneur
qui l'accompagne , à fon
incomparable Fils noftre Dauphin
, dont Dieu n'a donné le
Pere à la France »
que pour
fervir de modele à fon Fils ,
afin de le rendre un Heros parfait.
GALANT.
57
Vous eftonnez- vous , Meffieurs
, aprés cela, fi à l'imitation
de LOUIS LE GRAND fes
premiers coups d'effay font des
Victoires , & fi fur le Rhin il a
arresté , repousé renversé les
projets de toute l'Allemagne , dont
les Princes fe tenoient déja affeude
la Victoire par le grand
nombre de troupes raffemblées de
toutes parts , fans fonger que ce
jeune Heros vaut luy feul toute
une armée. S'il ne leur a point
fait fentir fa valeur cette Ċampagne
, c'eft qu'il ne les a point
voulu furprendre , parce qu'ils ne
l'attendoient point , & qu'il a
rez
*
8 MERCURE
voulu leur donner auffi le temps
d'attirer quelqu'autre
Potentat
dans leur party , afin qu'eftant
tous joints enfemble , ils puiffent
par leur défaite rehauffer le luftre
de fon Triomphe, l'éclat defa
Victoire.
M Dagueffeau fils de M
Dagueffeau Confeiller d'Eſtat,
d'un tres grand merite , &
d'une tres -grande reputation
,
a achepté la troifiéme Charge
d'Avocat General au Parlement.
Il a exercé pendant
huit mois celle d'Avocat du
Roy au Chastelet , avec un
applaudiffement fi univerfel,
r
GALANT. 59
que ce Corps ne l'en voit for
tir qu'avec chagrin.Quoy
qu'il
n'ait pas encore vingt- trois
ans , on ne peut avoir plus
d'érudition
, ny fçavoir
plus
à fond tout ce qui regarde
l'employ
dont il ſe meſle. Je
ne parle icy qu'aprés
le public
, & je ne donnerois
pas
tant de loüanges
à un homme
fi peu avancé en âge , fi ce
que je dis n'eftoit
connu d'u
ne infinité
de gens .
Le Mardy 21. du mois paffé
Feſte de la Preſentation de la
Vierge , Mademoiſelle de
Maupeou fille de M'de Mau60
MERCURE
peou , Maiftre des Comptes,
Prit l'habit en l'Abbaye de
faint Antoine des Champs, où
Madame de Pontchartrain , fa
Coufinegermaine ,affifta . Elle
eftoit dans l'Abbaye avec Madame
la Prefidente Croifet, &
plufieurs autres Dames de
qualité . Mª l'Abbé de Champigny,
nommé à l'Evefché de
Valence, officia , & M. l'Abbé
de la Rongere fit la Predication
. L'Affemblée eftoit
nombreuſe , & de perfonnes
diftinguées . Le tout fe paffa
avec un ordre digne de la
conduite de M' de Maupeou.
GALANT. 61
Voicy une nouvelle Lettre
Edu Berger de Flore , c'eſt à
dire , la fuite de celles que
vous avez déja veuës , & dont
vous m'avez tefmoigné avoir
receu tant de fatisfaction.
- SS25ESSZZZSSZ SZZZ
A LA BELLE
MARTHESIE.
NAyant
eu , Madame,
qu'une feule Inclination
dans la troifiéme & dans la
quatriéme Societé , où l'on
me fit l'honneur de me rece62
MERCURE
voir , je ne vous en écriray
qu'une feule Lettre . Cette
troifiéme Societé fut appellée
, L'Empire des Graces , ou
les Galans. Le ruban en eftoit
gris - de- lin , & la Deviſe , Plûtoft
mourir que de changer. Elle
tenoit du Paftoral comme la
premiere , & la qualité de
Berger s'y confondant le plus
fouvent avec celle de Galant,
en prenoit la place . Les Cavaliers
& les Dames ne fe fervoient
neanmoins que de
leurs noms de Baptefme mais
on les déguiſa un peu , pour
leur ofter ce qu'ils auroient
GALANT 63
eu de trop populaire , & fuivant
cet ufage , Arthenice fut
le nom de la Belle que j'aimay.
Les commencemens de
noftre connoiffance eurent
quelque chofe d'affez fingulier
, en voicy l'hiſtoire. Un
de mesintimes Amis du voifinage
de Paris , avec qui j'avois
lié partie pour le voyage
d'Allemagne , m'avoit donné
rendez -vous à une Ville éloignée
de quatorze ou quinze
lieuës de chez moy. Comme
j'y allois au jour prefcrit entre
nous, jour de Dimanche ,
& que je n'en eftois plus qu'à
64 MERCURE
une petite demy-lieuë , le
dernier coup de l'Office divin
qui fonnoit dans un Village
où je paffois , m'obligea de
mettre pied à terre pour l'entendre.
Je vis dans le Temple
une jeune Blonde à teint vermeil
, dont les beaux. yeux ,
le grand éclat , la jolie taille ,
& d'autres agrémens relevez
par une robe de damas bleucelefte
, me la firent preſque
prendre pour l'Ange du San-
&uaire, tant elle me fembloit
aimable . La curiofité de fçavoir
qui elle eftoit, me donna
envie de dîner avec le Paſteur
1
GALANT. 65
- vis
pour en apprendre de feures
nouvelles. L'ayant donc joint
aprés le Sacrifice , je l'emmenay
chez mon Hofte , & j'en
receus les éclairciffemens
que
je fouhaitois . Ils furent fui .
d'un autre avertiffement.
Il me dit qu'il devoit
arriver ce jour- là en ce mefme
lieu une belle Brune , qui
effaçoit de toutes manieres
la belle Blonde ; que j'avois
vû l'Aurore , mais qu'il me
reftoit à voir le Soleil ; & fur
ce que je luy répondis que
c'eftoit donc un Soleil en
Eclipfe , puis que celle qu'on
Decembre 1690.
F
66 MERCURE
attendoit eftoit brune , il me
repliqua que fi je raillois de
fon expreffion; je ne raillerois
pas de la chofe exprimée , fi
je la voyois ; que les charmes
de cette Belle n'entendoient
point raillerie, & qu'ils étoient
fi propres à la faire aimer , qu'à
moins que d'avoir de grands
engagemens ailleurs , on refiftoit
vainement à leur puiffance.
Il m'en fit enfuite le
portrait , & m'en conta tant
de belles chofes, qu'il m'infpira
une forte envie de la
connoiftre. Ainfi mes oreilles
furent , pour ainſi dire ,
GALANT. 67
les premieres bréches par où
l'amour de cette Inconnuë
entra dans mon coeur. Je me
refolus donc de coucher en
ce Village , fi mon Amy
n'eftoit pas encore arrivé à la
Ville , & je ne fus pas trop
faché de n'en aprendre point
de nouvelles , aprés en avoir
fait demander à l'endroit où
il devoit loger. Le Pafteur me
mena l'apréſdînée rendre vifite
à la belle Blonde , & à
fon Pere , qui eftoit un des
Seigneurs du lieu . Ce Gentilhomme
tres honnefte & trespreffant,
receut ma civilité de
Fij
68 MERCURE
bonne grace , & m'engagea
mefme à fouper chez luy, &
fur ce qu'il m'affura qu'il me
donneroit bonne compagnie ,
je jugeay fans me cromper,
qu'il entendoit parler de la
belle Brune , de fon Frere , &
de leur Mere , qui devoient
arriver enſemble , comme le
Pasteur me l'avoit dit , &
cette confideration eut tout
pouvoir fur moy . J'eus donc
ce foir- là le plaifir de la voir ,
& de manger avec elle , &
j'apperceus tant de charmes
en toute fa perfonne, tant de
graces en toutes les manieres ,
GALANT. 69
& tant d'efprit en toutes fes
paroles, que ce ne fur pas fans
raifon que j'ajoûray dans la
fuite du temps ces quatre Vers
à beaucoup d'autres que l'amour
m'infpira pour elle.
Sans la voir j'aimay fes appas,
Mais la voyant fi belle & fi parfaite,
Que ne fis-je pas ?
Pardon , grands Dieux , je l'adoray
tout bas
La foirée fe paffa à chanter,
à danfer , à jouer à divers pctits
jeux , & à m'inftruire de
la galanterie des Dames du
pays qui avoient formé la So70
MERCUR
E
cieté que j'ay marquée , &
changé le nom de cette belle
Brune en celuy d'Arthenice ,
comme celuy de la belle Blonde
en celuy d'Amire. Elles me
dirent enfuite qu'elles vouloient
m'en mettre , me demanderent
mon nom , le
changerent en celuy d'Antione
, & tefmoignerent de
fouhaiter que mon amy ne
vinſt pas fi- toft au rendezvous,
qu'il l'avoit promis , s'il
pretendoit m'emmener , afin
que je paffaffe le Carnaval
avec elles . Il eftoit du Mardy
fuivant en huit jours . C'eftoit
GALANT
. 71
bien du temps , neantmoins
leur fouhait fut accompli, &
au delà . Je vis donc les Day
mes & les Cavaliers de la Societé
; Dames fort jolies , Cavaliers
bienfaits , & j'en fus
receu & regalé . Le plaifir que
je trouvois auprés de toutes
ces galantes perfonnes, fit que
je leur tefmoignay
plus d'une
fois la peine que j'aurois
à m'en feparer ; & comme
une Veſtale , amie , parente
, & compagne
nice que je traitois de ma petite
Sainte , s'apperçeut
dans
une rencontre que je ne difois
d'Arthe72
MERCURE
rien de cette peine à fon ai
mable Coufine , elle me demanda
tout bas fi elle n'y
avoit pas un peu de part.
Cette demande me femblant
de bon augure , je luy répondis
qu'elle en feroit bien toft
éclaircie ; & fur cela ;
prenant
des
Tablettes qu'elle tenoit ,
j'y écrivis comme en badinant
ce qui fuit .
Le moyen que je quitte un objet
fi charmant ,
A qui tant de beautez attirent tant
d'hommages ?
Ab ! j'en mourray dés le mefme
moment.
Qne
GALANT.
73
Que ne puis-je à fes pieds borner
tous mes voyages!
Je luy rendis enfuite fes Tablettes
qu'elle eut bien de la
peine à fouftraire à la curiofité
des Dames qui m'avoient
veu écrire . Arthenice fut la
derniere à les demander , &
la premiere à les obtenir ,
comme privilegiée , mais elle
ne lût pas ce qu'elle y trouva
fans redoubler fon vermillon,
ce qui fir juger qu'elle y avoit
intereft. Incertain fi ce redoublement
de couleur marquoit
de la colere ou quelque émotion
favorable , je garday un
Decembre 1690 G
74 MERCURE

filence inquiet qui fut auffi
obfervé . Arthenice
effaça ce
qu'elle avoit lû , & me demanda
pourtant
fi je m'en
fouviendrois bien. Ces paroles
aufquelles je donnay une
explication
avantageuſe
, dif-
&
fiperent ma crainte , & rappellerent
ma joye ; & l'on
prefuma fur tous ces mouvemens
qu'il y avoit du myſtere
dans ce que j'avois eſcrit ,
de l'intelligence entre la charmante
Brune & moy , de forte
qu'une de ces Dames . me jugeant
amoureux , & mefurant
mon amour à la bonté naGALANT.
75

1
turelle d'Arthenice ,auffi bien
qu'à fa beauté , fit par je ne
fçay quel motif , deux couplets
de chanfon qu'elle apprit
à la Societé , & qui vinrent
bientoft à mes oreilles ;
les voicy.
Si le Berger Antione
Eftoit Roy de l'Univers
Ii priferoit moins fon Throne
Qu'il n'eftimeroit fes fers.
Auffi le joug d'Athenice
A de fi charmans liens ,
Qu'on ne peutfans injuftice
Luy preferer d'autres biens.
Cette declaration publique de
Gij
76 MERCURE
mes fentimens ne me caufa
pas peu de furpriſe. Les démentir
, ç'auroit cfté offenfer
l'amour & la Belle . Le parti
que je pris fut de laiffer dire,
& d'aller toûjours mon train ;
& Arthenice en ufa de méme
quand elle en fut avertie . Cette
Belle avoit dans l'efprit beaucoup
de difcernement & de
jufteffe ; & vous fçavez , Madame,
que ce font les fources du
bon jugement & de la bonne
conduite ; auffi eftoit- elle bonne
douce, fage & honnefte .
La connoiffance de ces heureufes
qualitez qui s'augmenGALANT
77
je
toit en moy à mesure que
la voyois , me faifoit avoir
pour elle du moins autant
d'eftime que d'amour ; mais
tandis que je me laiffois embrafer
d'un fi beau feu , j'appris
par une lettre de mon
Amy qu'il avoit eſté bleſſé à la
chaffe par une chute de che- "
val , & qu'il avoit befoin de
fept ou huit jours de repos
pour la guerifon , aprés quoy
il ne manqueroit pas de me
venir joindre au rendez- vous,
fi je voulois l'y attendre. Ce
temps cftant expiré , il m'écrivit
que fon mal eftoit plus
G iij
78 MERCURE
grand qu'on ne l'avoit cru
dans le commencement
, qu'il
ne fçavoit plus quand il pourroit
monter à cheval , que je
l'excufaffe
& le plaigniffe
.
Je fus fafché avec raifon
de l'incommodité
de mon
Ami ; mais je fus bien aife de
la rupture de noftre voyage .
La veuë d'Arthenice
me touchoit
plus que n'auroit fait
celle d'une Reine , & mon
efprit prevenu de fon merite,
me faifoit trouver plus de
charmes auprés d'elle , que je
n'en aurois rencontré parmy
toutes les belles d'Allemagne
.
GALANT. 79
1
1
Le temps vint neantmoins
qu'il fallut me refoudre à la
quitter.Le Gentilhomme chez
qui j'avois foupé d'abord
avoit voulu dés ce temps- là
que je priffe mon logement
chez luy , dans l'attente de
mon amy ; & quelque raifon
que j'euffe employée pour
m'en deffendre , fa civilité
empreffée l'avoit emporté
fur ma refiftance , fi bien
que
n'ayant plus d'amy à attendre
, il me reftoit de prendre
congé d'un Gentilhomme fi
obligeant , & enfuite de la Societé
galante ; mais il arriva
G iiij
80 MERCURE
un autre évenement peu attendu
. La mere d'Arthenice
dont la conduite n'eftoit pas.
commune , me voyant fur le
point de mon depart , m'engagea
à l'accompagner jufqu'à
une Ville éloignée de fix
lieuës de celle de mon rendez
- vous , où elle avoit une
maifon meublée & quelques
affaires . Elle me donna place
dans fon caroffe auprés de fa
fille , & quand nous fufmes
arrivez où nous allions , elle
youlut abfolument que je logeaffe
chez elle , comme j'avois
logé chez le GentilhomGALANT.
81
me fon ami ; & me retint ,
comme luy , quinze jours entiers.
Je vous laiffe à penfer
Madame , combien ces violences
m'eftoient douces , &
combien de fois je repetay en
moy-mefme ces vers que j'a
vois appris de mon Frere .
Au commencement des amours
Voir à toute heure ce qu'on aime,
C'est le plaifir le plus doux de nos
-jours,
C'est un plaifir extréme .
Que ne peut- il durer toujours !
Ce qui eft bien fingulieren
toute cette avanture , & ce
que peut- eftre vous aurez un
82 MERCURE
peu de peine à croire , quoy
que veritable, c'eft qu'aucune
de ces obligeantes Perfonnes
ne fçavoit qui j'eſtois , parce
que mon Amy & moy eſtions
convenus de nous dire Parifiens
, & de voyager inconnus
, & fuivant cette refolu .
tion , j'avois pris à mon départ
de chez moy , un nom
different de celuy que j'avois
accoutumé de porter , avec
ordre à un homme qui me
fuivoit de ne me point appel
ler autrement ; & je parlois
fi fouvent de Paris , où j'avois
déja demeuré quelques anGALANT.
83
nées , & fi peu de tous les
autres lieux , qu'il n'y avoit
pas fujet de juger que je fuffe
d'un autre endroit. Avant
neanmoins que de m'éloigner
d'Arthenice , je me fis connoiftre
à elle , & par fon confeil
, à fa Mere . Cette Dame
me retint encore quelques
jours aprés cette connoiflance,
& m'aflura qu'elle fe rendroit
bientoft à une Terre
qu'elle avoit à cinq lieuës de
chez moy , où elle auroit
bien de la joye de me revoir;
& cette douce affuranceaprés
un procedé fi obligeant, n'ai84
MERCURE
da pas peu à ma confolation ;
lors qu'il me fallut feparer de
fon aimable Fille .
Je trouvay à mon retour
dans ma contrée , d'où j'ecrivis
fous mon nom ordinaire
au Gentilhomme qui
m'avoit fi bien receu , qu'il
s'y eftoit étably une nouvelle
Societé fous le titre de l'Ordre
des Fidelles. Sa couleur
eftoit le bleu , & fa Devife ,
-Plutoft mourir que d'eftre à deux .
L'heroïque y eftoit meflé au
Paſtoral , & on y avoit élevé
les Dames à la dignité de
Princeffes ; mais pour conteGALANT.
8
nir les Cavaliers dans le devoir
, on avoit voulu qu'ils
gardaffent le rang de Bergers.
Les uns & les autres n'eurent
pas peu de furpriſe de me
revoir fi toft , aprés avoir
cru me perdre pour longtemps
. Ils me receurent à bras
ouverts ; & comme on fe fervoit
dans la Societé des noms
de Maiſon avec un peu de
déguiſement , je fus nommé
Eveninde ; & Arthenice qui
voulut en eftre auffi , dés que
je luy en eus appris la nouvelle
, dans la Terre où fa
Mere avoit promis de venir ,
86 MERCURE
fut appellée Ferubele ; & peu
de temps aprés qualifiée
l'Heroine , à caufe de fa noble
taille & de fes grands airs .
Quelques- uns pourtant l'appellerenr
fimplement Pluf
fide , du nom de cette jolie
Terre ; & ce nom eftant en
faveur auprés d'elle , fut celuy
que j'employay dans la
plufpart des Billets , des Vers ,
& des Pieces galantes que je
fis pour luy marquer mon
amour ou mon eftime .
On convint dans cette Societé
que chacun travailleroit
à fon propre Portrait, en
GALANT . 87
Profe ou en Vers , à fon choix ,
& qu'il exprimeroit fon exterieur
, fon humeur, & fa façon
d'aimer , le tout d'un
air fimple, mais accompagné
de fincerité; aprés quoy tous
les Portraits feroient propoféz
à l'Ordre , par forme d'Enigme
, pour éprouver fi l'on
reconnoiftroit les perfonnes
qu'ils reprefenteroient, & que
tous ceux qui auroient cet
avantage, ſeroient mis au Trefor
public , & les autres au
rebut , avec commandement
à leurs Auteurs d'étudier à fe
mieux connoiftre , & de fe
88 MERCURE
copier plus fidellement , fous
peine de difgrace . Il fallut
donc fatisfaire à cette con.
vention , & voicy la maniere
dont je m'en acquittay . Mais
il faut que je vous apprenne
auparavant, que certains ennemis
couverts voulant décrediter
mon amour auprés de
Ferubele ou de Pluffide, comme
il vous plaira que je l'appelle
, firent courir dans la
Societé les Vers qui fuivent.
Ne proteftez pas tant
Que vous eftes conftant.
Croyez- nous , Eveninde,
C'est pour vous un mauvais party;
GALANT. 89
Deux bons témoins , Clione & Rofelinde
,
Vous en pourroient donner un juſte
démenty.
Ce malicieux reproche fut
caufe que je m'expliquay fur
ma façon d'aimer , avec plus
d'étendue & de clarté que je
n'euffe fait . Tout le refte eft
de l'air fimple qu'on avoit
prefcrit .
Je ne fuis beau ny laid ; blanc ny .
noir ; gras ny maigre ;
Grand ny petit fluet ny gros i
D'efprit ny trop doux, ny trop aigre ,
Des débauchez , ny des devots ;
Enjoué , ny mêlancolique ,
Decemb. 1690 . H
90 MERCURE
-Rampant ny vain ; point fourd, ny
vetilleur ;
Aveugle , ny critique ;
Muet , ny grand parleur.

Je fuis d'humeur à ne chercher qu'à
plaire ,
Secret, difcret , officieux ;
Affez perfuafif, affez propre à tout
faire,
Peu credule , peu curieux ;
Senfible à la reconnoiffance ,
Ennemy du menfonge & de la mé.
difance i
Pour les abfens rempli de charité ;
Un peu prompt , un
taire,
peu
volon-
Prenant gouft à la nouveauté ;
Au refte, bon , franc &fincere.
S
Pour ma façon d'aimer,
GALANT.
91
Elle eftflatenfe , complaisante ,
Souple , foigneufe infinuante,
Et qui prend garde à ne pas alarmer
Le coeur qu'elle veut enflammer..
2
Elle joint à cette prudence
Beaucoup de fermeté ,
Grand respect , grande patience ,
Une exacte fidelité ,
Un grand panchant à la perfeverance.
Mais s'il advient que mon amour
Dans le temps du tendre retour,
Connoiffe que la Belle
Que jefersfans partage , ait l'efprit
infidelle,
Et les mefmes bonte pour d'autres
que pour moy
H ij
92 MERCURE
Aprenez ce que fait alors le petit
drole.
Se riant de ma bonne foy ,
Il prendfon effor & s'envole ,
Fay beau le rappeller , il cherche un
autre employ .
Ce n'eft pas tout ce qui fe paffe ,
Le dédain en fecret vient occuper fa
C place ,
Et dans fes interefts fçait fi bien
m'engager,
Qu'il change tous mes feux
glace
Et mefme forceroit mon coeur de negliger
La Maitreffe la plus humaine ,
Avec tous fes attraits , fes douceurs
&fes ris,
Fuft- elle auffi belle qu'Helene ,
Et moy , plus heureux que Paris:
GALANT.
93
Sន
Je ceffe ainfi d'aimer l'Amante qui
s'enflame
D'une double & trompeuse
flame ;
Et comme en vain l'on va contre
P'humeur
,
Honneftement , fans fracas , fans
aigreur,
Sans rien dire qui l'intereſſe ,
Dans fon tort je la laiffe
Et puis , pourfuir l'oifiveté ,
Et fuivre en mefme temps l'Aftre
qui me domine ,
Je m'attache auffi- toft à quelqu'autre
Beauté ,
Vers quije trouve que m'encline
L'efprit , la douceur , on la
mine.
2
Ce n'est pourtant qu'aprés avoir·
conçeu ,
94 MERCURE
D'un plus heureux fuccez la flatteuſe
eſperances
Mais j'ay toûjours efté deceu ,
Et la deception a fait mon inconftance.
S
Prefentement je croy mieux que jamais
Que l'Ange qui m'enchante aujourd'huy
parfes traits ,
Scaura bien empefcher que j'erre
davantage ;
Et qu'à la honte des objets
Qui n'ont pû megarder , avec tous
Leurs attraits ,
Sa conduite modefte &ſage ,
Fixera mon efprit volage ;
Et qu'ainfi ceffant de changer ,
Je feray hautement connoiftre
Que fi je fus leger ,
On me donnoit fujet de l'eftre.
GALANT.
95
2
Voila quel eft l'original ,
Le réformer , ce feroit une affaires
Si ma fincerité pour luy retourne
en mal,
Je ne veux point tromper , je n'y
Scaurois que faire.
La Societé n'eut pas plutoft
oüy la lecture de ce Portrait
que chacun s'écria , c'eft
Eveninde ; & c'en fut affez
pour le faire paffer pour bon ,
& faire ordonner qu'il
pour
feroit mis au trefor public ;
& en verité il a encore aujourd'huy
tant de mon air & de
mes traits , qu'on peut dire
qu'il n'eftoit pas flatré.
96 MERCURE
rer
le
7
Comme c'eftoit la mode
en ce temps- là dans ce payscy
, de ne point faluer la fanté
des Dames fans fracas , je
veux dire, fans caffer le verre ,
fuft il de Venife , ou fans ticoup
de piſtoler , le
grand nombre de verres caf
fez pour Ferubele donna occafion
à une piece galante affez
bien tournée , de la façon
d'un Berger de mes amis .
C'eftoit un compliment en
vers qu'il fuppofoit s'adreſfer
à cette Belle de la part
de cinq ou fix Maiftres de
Verreries pour la remercier
du
GALANT. 97
"
du grand debit qu'elle leur
caufoit où aprés avoir faic
mille voeux pour la fanté qui
leur eftoit fi utile , ils témoignoient
fouhaiter que
chacune de fes Compagnes
fuft auffi aimable & auffi aimée
qu'elles pour s'attirer
d'auffi frequens fouvenirs de
fes Amans , avec de pareils
facrifices. On m'a pris la copie
que j'avois de cette piece,
& je vous en dis le fujer , parce
qu'il me femble affez ingenieux
& affez plaifant .
Mes avantures avec Ferubele
eurent un affez long
Decembre 1690.

I
98 MERCURE
cours ; cout contribuoit
à les
entretenir. Quatre ou cinq
lieues de diftance qu'il y avoit
entre nos habitations
, fembloient
ne m'éloigner
d'elle
que pour augmenter
le defir
que j'avois d'en approcher
;
les frequentes abfences qui interrompoient
le plaifir que
j'avois de la voir , fervoient
mefme à le rendre plus grand ;
& une Campagne
en Flandre ,
avec deux voyages
à Paris ne
m'ayant pas empeſché de retourner
auprés d'elle avec tout
l'amour que j'en avois emporté
, elle fe trouva fi conGALANT.
99
vaincuë de ma conftance ,
qu'elle n'eut plus fujet d'en
douter . Sa Mere me témoignoit
toutes fortes de bontez
, me donnoit par tout des
loüanges que je ne meritois
pas , me recevoit avec joye ,
me regaloit avec une honnefte
abondance , me retenoit
avec empreffement , &
me faifoit toûjours promettre
de revenir au plutoft chez
elle, toutes les fois que la bienfeance
m'obligeoit d'en par
tir ; mais divers fentimens in .
tereffez la rendoient ennemie
de toute conclufion , & par
I ij
100 MERCURE
fes delais la fin de mes avantures
arriva lors qu'on y penfoit
le moins. Sa Fille fut en
levée pendant une violente
maladie où j'eftois tombé à
Paris dans un troifiéme voyage
, & qui me tenoit encore
en Province depuis mon retour.
Cet événement , Madame
, ne contribua pas à ma
guerifon , comme vous le jugez
bien ; car quel moyende
fçavoir la perfonne qu'on
aime entre les mains d'un Ri .
val , enfermée, & comme prifonniere
dans une Citadelle
éloignée , de Ville Frontiere
GALANT. ΙΟΙ
&
Maritime où il a tout pouvoir
, fans prendre à partie le
Ciel & la Terre ? Ce Rival
avoit épousé la Blonde dont
je vous ay parlé ; & la mort
la luy ayant ravie , il avoit eu
recours à fa Compagne
qui
eftoit alors au mefme lieu où
je l'avois veuë la premiere fois,
pour en reparer avantageuſement
la perte , par fa poffef
fion ; & fur fon refus il l'avoit
arrachée
de la maifon de
fa Mere pendant fon abſence,
& fait conduire dans l'endroit
que je viens de vous marquer.
Cette Mere courut aprés, fans
I iij
102 MERCURE
garder de mefures, & fa courfe
ne retourna qu'à ſa confufion
. Elle fut arreftée , & le
defir de ravoir fa liberté luy
coûta fon confentement
pour
le mariage de fa Fille. Il y eut
un peu plus de refiftance de
la part de cette Belle , mais fa
fermeté ne fut pas de durée ,
& un mois fut à peine écou
lé , qu'elle paffa des mains de
mon Rival entre fes bras , je
veux dire qu'elle l'epoufa.
La nouvelle
que j'en receus
me caufa une douleur que
vous pouvez mieux vous imaginer
que je ne la pourrois de-
2
GALANT.
163
peindre .Tout ceque je vous en
puis dire, c'eftque dans ce malheur
defolant & fans remede ,
elle me fir prendre la refolution
de ne plus penfer à aucun
engagement qui tiraft à
confequence , ce que j'ay fort
obfervé depuis ce temps-là ,
& ce que je tiendray toute
ma vie. Difpenfez moy ,
Madame , de vous en rien apprendre
davantage , & épargnez
de triftes reffouvenirs
à Voftte , &c.
·
Il n'y a rien de plus eftimé
que les Fables de M' de la
I iiij
104 MERCURE
Fontaine , & c'eft avec beaucoup
de juftice , puis que
tout ce qui a paru de luy en
ce genre , peut eftre appellé
inimitable . Vous verrez par
la lecture de celle que je vous
envoye , que malgré l'excufe
qu'il prend fur fon.
âge , les années n'ont rien
diminué en luy de ce feu
d'efprit qui luy a fait faire
tant d'agreables Ouvrages .
GALANT 105.
$2525552:222252255
LES COMPAGNONS
D'ULISS E ..
A Monfeigneur le Duc
de Bourgogne.
Rince , l'unique objet de tons
les Immortels , PR
Souffrez que mon encens parfume
vo's Autels.
Je vous offre un peu tard ces prefens
de ma Mufe ,
Les ans& mes travaux me fervi-··
ront d'excuse.
Mon efprit diminuë , au licu qu'à
chaque inftant
On apperçoit le vostre aller en augmentant.
106 MERCURE
Il ne va pas , il court , & femble
avoir des aifles.
Le Heros dont il tient des qualitez fi
belles ,
Dans le métier de Mars brûle d'en
faire autants
Il ne tient pas à luy que forçant la
victoire ,
Il ne marche à pas de Geant
Dans la carriere de la gloire.
Quelque Dieu le retient : c'eft noftre
Souverain ,
Luy qu'un mois a rendu maistre &
vainqueur du Rhin.
Cette rapidité fut alors neceffaire;
Peut- eftre elle feroit aujourd'huy témeraire
,
Je m'en tais ; auffi-bien les Ris & les
Amours
Ne font pasfoupçonnez d'aimer les
longs difcours .
GALANT. 107
De ces fortes de Dieux voftre Cour
Se compofe ,
Ils ne vous quittent point ; ce n'eft
pas qu'aprés tout
D'autres Divinite
haut bout
n'y tiennent le
Le Sens & la Raifon y reglent toute
chofe. S
Confultez ces derniers fur unfait où
les Grecs ,
Imprudens, & peu circonfpects,
S'abandonnerent à des charmes
Qui métamorphofoient en Beftes les
Humains.
Les Compagnons d'Uliffe, aprés dix
ans d'alarmes ,
Erroient au gré du vent, de leur fort
incertains.
Ils aborderent un rivage
Où la Fille du Dieu du jour,
Circé , tenoit alors fa Cour.
108 MERCURE
Elle leur fit prendre un breuvage
Delicieux , mais plein d'un funefte
poison.
D'abord ils perdent la raison ,
Quelques momens après leur corps
& leur visage
Prennent l'air & les traits d'Animaux
differens .
W
(phans,
Les voila devenus Ours , Lyons , Ele-
Les uns fous une maſſe énorme ,
Les autres fous une autre forme .
Il s'en vit de petits , exemplum
ut Talpa.
Le feul Uliffe en échapa.
Il fceut fe défier de la liqueur trai-
•Streffe
Comme il joignoit à la fageſſe
La mine d'un Heros , & le doux
entretien ,
Ilfit tant que l'Enchantereffe
Prit un autre poison peu different
du fien.
GALANT. 1c9
S
Une Deeffe dit tout ce qu'elle a dans
l'ame,
Celle- cy declara fa flâme ;
1
Uliffe eftoit trop fin pour ne pas
profiter
D'une parcille conjoncture.
Il obtint qu'à fes Grecs on rendroit
leur figure.
Mais la voudront-ils bien , dit la
Nymphe , accepter ?
Allez le propoferde ce pas à la Troupe.
Uliffe y court, & dit; l'empoisonneuse
Coupe
A fon remede encor , & je viens
vous l'offrir .
Chers Amis , voule-z vous hommes
redevenir ?
On vous rend déja la parole.
Le Lyon dit , penfant rugir.
110 MERCURE
Je n'ay pas la tefte fi folle.
Moy , renoncer aux dons que je viens
d'acquerir ?
Faygriffe & dent, & mets en pieces
qui m'attaque ,
Fe fuis Roy ; deviendray -je nn Citadin
d'Ithaque ?
Tu me rendrois peut- eftre encor fimple
Soldat;
Je
ne veux point changer d'eftat.
$
Vliffe du Lyon court à l'Ours. Eh
men Frere ,
Comme te voila fait ! je t'ay veu fi
joly.
Ah vrayment , nous y voicy,
Reprit l'Ours à fa maniere.
Comme me voila fait ? comme doit
eftre un Ours.
Qui t'a dit qu'une forme eft plus
que l'autre ? belle
GALANT. III
Fe
Eft-ce à la tienne à juger de la
noftre ?
me rapporte aux yeux d'une Ourſe
mes amours .
Te deplais -je? va t'en , fuy ta route ,
& me laiffe.
Je vis libre , content , fans nulfoin
qui me preffe ,
Et te dis tout net & tout plat ,
Je ne veux point changer d'eftat.
2 .
Le Prince Grec , au Loup vapropofer
l'affaire..
Il luy dit au hazard d'un femblable
refus
Camarade , jefuis confus
Qu'une belle & jeune Bergere
Conte aux Echos les appetits gloutons
>
Qui t'ont fait manger fes Moutons
.
112 MERCURE
Autrefois on t'euft veu fanver Sa
Bergerie ,
Tu menois une bonneste vie.
Quitte ces bois , & redevien ,
Au lieu de Loup , homme de bien.
En eft-il, dit le Loup ? Laiffons cette
matiere.
Tu t'en viens me traitter de Befte
carnaciere. Av
Toy qui parles , qu'es-tu ? N'auriezvous
pas fans moy
Mangé ces Animaux que plaint tout
le Village ?
?
Sij'estois homme , par tafoy,
Aimerois-je moins be carnage
Pour un mot quelquefois vous vous
étranglez- tous.
Ne vous eftes - vous pas l'un à l'autre
des Loups ?
1
Tout bien confideré , je te soutiens
enfomme ,
GALANT. 113
Quefcelerat pour fcelerat ,
Il vaut mieux eftre un Loup qu'un
Homme >
Je ne veux point changer d'eftat.
Uliffe fit à tous une mefme femonce ,
Chacun d'eux fit mefme réponse,
Autant le grand que le petit.
e
La liberté , les bois nivre leur
petit ,
ap-
C'eftoit leurs delicesfupremes ,
Tous renonçoient au los des belles
actions ;
Ils croyoient s'affranchir fuivant
leurs paffions
Ils eftoient efclaves d'eux mefmes.
S
Prince , j'aurois voulu vous choisir
un fujet ,
Où je puffe mefler le plaisant à l'u
tile.
Decemb. 1690 . K
!
114 MERCURE
C'eftoit fans doute un beau projet,
Si la chofe euft efté facile.
Les Compagnons d'Uliffe enfin fe
font offerts s
Ils ont force pareils en ce bas univers
,
Gens à qui j'impofe pour peine ,
Voftre cenfure & voftre haine.
Vous raiſonnez fur tout ; les Ris &
les Amours ,
Tiennent fouvent chez vous defolides
difcours.
Je leur veux propofer bien-toft une
matiere ,
Noble , d'un tres grand Art , convenable
aux Heros ,
C'est la loüange ſes propos
Sont faits pour occuper voftre ame
toute entiere.
GALANT. 115
Vous ferez fans doute contente
de l'Air nouveau , dont
vous allez lire les paroles. Il
eft de la compoſition d'un
de nos meilleurs Maiſtres de
Mufique.
AIR NOUVEAU.
C
Omment , maraut • comment,
coquin ,
Tu meles de l'eau dans mon vin,
Difoit un gros Yvrogne à ſon Valet
Champagne.
Que t'importe fi de mon bien
Je fais de ma maiſon un païs de
Cocagne ,
Puis qu'il ne t'en coute rien ?
Kij
116 MERCURE
En vous parlant dans ma
Lettre de Novembre , des
Cartes des Etats de Piedmont
& de Savoye , qui ont eſté
données au Public par le St
Nolin , je me fouviens bien
que je vous dis qu'il y avoit
ajouté une defcription Hiftorique
& Geographique.
Pour fatisfaire voftre curiofité
fur cette defcription
, je
yous diray que dans celle qui
cft Hiftorique
on trouve
l'Hiftoire de l'établiffement
de la Maifon de Savoye dans .
fes Etats
<
& qu'il fait voir
par ordre Genealogique que
GALANT. 17
depuis fept cens ans qu'elle a
commencé , elle ne s'eft aggrandie
qu'autant qu'elle a
pris d'attachement pour la
France , d'où l'on peut tirer
une confequence prefque infaillible
, qu'elle ne peut perdre
cet attachement fans courir
à fa ruine. Je ne m'arrefteray
point à vous marquer les
temps differens , où elle s'eft
mife en poffeffion des divers
Etats qu'elle poffede , & fans
fuivre le detail que l'Auteur
en fait , j'en prendray feulement
ce qui regarde la protection
qu'ont donnée nos Rois
118 MERCURE
aux Comtes & Ducs de Savoye
pour leur aggrandiſſement.
Dés l'an 1030. Humbert
s'étendit dans le Chablais &
dans le Vallais par l'appuy
qu'il eut de Rodolphe , Roy
de Bourgogne..
Le mariage d'Oddọn qui fur
fait en 1033 avec l'heritiere
Adelaïs de Suze , fit reconnoiftre
fa domination au delà
des Monts , & luy donna le
titre de Marquis en Italie , de
Suze , Seigneur d'Aouſte , &
Duc de Turin. Les Hiftoriens
de Savoye conviennent que
GALANT . 119
les Marquis de Suze tenoient
ces Etats en Fief de la Couronne
de France .
Humbert II . fut le premier
qui prit le titre de Prince de
Piémont. Il nomma fon Fils
Amé III. Comte de Turin ,
fous pretexte de la fucceffion
d'Imilie , Ducheffe de Turin,
Soeur d'Adelaïs , ce qui irritant
Alix fa Fille , Reine de
France , Femme de Loüis le
Gros , qu'il vouloit priver de
cette fucceffion , elle fit
entrer une Armée en Savoye
, où elle auroit fait de
grands degafts , file Roy120
MERCURE

Louis le Jeune ne l'euft pas
fait retirer . Il le fit , parce
qu'Amé III. luy faifoit fa
Cour , & ce Prince l'accompagna
enfuite aux Croiſades..
Cet Amé III . prit le titre de
Comte de
Bourgogne & de
Lombardie , fur ce que la Savoye
faifoit partie de la Bourgogne
, & Turin de la Lombardie
, & fut le premier qui
employa le terme , Par la
grace de Dieu.
Boniface fit
connoistre par
fa cheute combien il eft dangereux
de fe brouiller avec les
François , puis qu'il luy en
couta
3
GALANT. ΙΣ
couta fes Eftats, & qu'il mourut
Prifonnier de guerre à
Turin en 1263. pour eftre entré
dans la Ligue que fit
Manfroy , Roy de Naples ,
contre Charles d'Anjou .
Il arriva le contraire à
Thomas II qui fuivit l'exemple
d'Amé III. en s'attachant
à la France . Saint Louis luy
fit époufer l'Heritiere de
Flandre en 1236. & les Aftefans
l'ayant fait prifonnier
de guerre , il les obligea de
le mettre en liberté.
Philippe , l'un des Deſcendaus
de Thomas III . Fils de
Decembre 1690. L
122 MERCURE
Thomas II . pour eſtre entré
dans les interefts de Charles
de France , Roy de Sicile , fut
marié avec lfabelle de Ville-
Hardouin
, Heritiere
de la
Principauté
d'Achaïe , & de
la Morée .
L'attachement que Louis ,
Petit-fils de ce Philippe , eut
pour la Maiſon de France , luy
fit obtenir de Louïs d'Anjou
lesComtez d'Oleano & de Pefquaire
avec de grands biens
dans le Royaume deNaples , &
la promeffe du Comté de Vintimille,
parce qu'il s'unit pour
le Roy au Maréchal de Boucicaut
contre les Genois .
GALANT.
123
On ne peut mieux faire
voir combien la bienveillance
de la France a toujours efté
utile aux Princes de Savoye ,
que par l'exemple de Pierre ,
Frere de Thomas II . qui cut
la
Savoye pour fon partage.
Il s'appropria ceux de fes autres
Freres & de fes Soeurs &
entre autres de Beatrix , Mere
de la Reine Marguerite , Femme
de Saint Louis , & de Beatrix
, Femme de Charles
d'Anjou , & parce qu'il s'eftoit
toujours tenu en intelligence
avec les François, il ne
fut troublé ny pour les droits,
Lij
124 MERCURE
la
ny pour ceux d'Alix , ny
mefme
pour d'autres
que
Couronne de France avoit acquis.
Amé IV . furnommé le
Comte Verd , par fon mariage
avec Bonne de Bourbon ,
qui luy fit prendre un attachement
inviolable avec la
France , trouva moyen de
porter fa domination au delà
des Monts fans aucun obftacle
, & fes plus grands Ennemis
, Humbert Dauphin , en
donnant le Dauphiné à Philippe
de Valois , & Frederic
de Saluces , en faifant homGALANT.
125
mage à Charles V. ne purent
jamais venir à bout de le
broüiller avec ces deux Rois.
Il obtint meſme du Dauphin
les Baronnies de Faucigny &
de Gex, par le Traité de Paris,
fait en 1355. & ne reccut aucun
trouble pour les droits de Philippe
Duc d'Orleans Fils du
Roy Philippe de Valois , fur
la Savoye , comme Donataire
de Jeanne de Savoye , qui
avoit épousé Jean III . Duc de
Bretagne .
Amé VII. dit le Rouge,
s'eftant emparé en 1388. du
Comté de Nice , deVintimille ,
Liij
26 MERCURE
de Barcellonette & des lieux
voifins , pendant les broüilleries
de Charles de Duras & de
Louis d'Anjou, la Reine Marie
d'Anjou , Comteffe de Provence
en fit fes plaintes , &
l'on fufpendit par des treves à
luy en faire raifon à caufe de
l'attachement duComte Rouge
à la Cour de Charles VI.
de forte que les Princes de
Savoye ont eu par là toutes
fortes d'avantages
.
Amé VIII qui fut le premier
créé Duc de Savoye en
1416. par l'Empereur
Sigifmon,
n'y ayant cu auparavant
GALANT. 127
que
des Comtes , obtint d'O.
do de Villars fes droits fur
Geneve , & ceux d'Humbert
de 'Thoire fur la Breffe , à la
recommandation de Jean Fils
de France à qui il s'eftoit attaché
.
Louis fon Aifné, Prince de
Piedmont , qui eft un titre
que les Aînez de la Maiſon
de Savoye ont toûjours porté
depuis , obtint de Louis de
France Dauphin la Seigneurie
directe de Faucigny pour fes
pretentions fur le Valentinois
, Diois & Forcalquier, &
fit un accord
pour
l'homma
Liiij
128 MERCURE
ge que les Marquis de Saluces
firent depuis au Dauphin .
En 1452. fçachant que le Roy
Charles VII . eftoit indigné
contre luy, & jugeant qu'il
ne pouvoit éviter la ruine de
fa Maiſon s'il ne l'appaifoit
,
il courut jufqu'en Foreſt au
devant de ce Monarque
. , &
pour affurance de fon attachement
, il luy remit fes
Troupes & fa Perfonne
& fit tout
ce que Charles
voulut
, de forte que le Roy
fit deux mariages . Il donna
Yoland fa Fille à Amé , Fils
du Duc Louïs , & prit CharGALANT.
129
lote , Fille de ce Duc
pour fon Fils Louis Dauphin.
Le Duc connoiffoit fi bien
de quelle importance il luy
eftoit de fe menager avec la
France , que quoy que le
Dauphin fuft fon Gendre ,
il luy refufa du fecours pendant
tout le temps qu'il fut
mal avec le Roy fon Pere , &
quand ce mefme Dauphin fut
devenu Roy fous le nom de
Louis XI . nonobſtant la parenté
& les interefts de la
Maifon de Bourgogne, & des
autres Princes du Sang , il ne
voulut point eftre de la Ligue
130 MERCURE
appellée du Bien public , dont
il avertit fon Gendre . Il avoit
mefme tant de déference pour
nos Rois , que Charles VII.
ayant témoigné que le mariage
de Louis fon fecond Fils
avec Anne d'Ecoffe ne luy
plaifoit pas , il la renvoya
ce qui fut caufe que Louis
époufa en 1458. Charlote , He
ritiere du Royaume de Chipre
, l'un des plus beaux ornemens
de la Maifon de
Savoye.
Amé IX . Fils de Louïs , comprenant
que c'étoit avec beau
coup de raifon que le Duc fon
GALANT .
131
Pere n'avoit jamais voulu fe
détacher des interefts de la
France , fe declara pour Loüis
XI . contre les Princes liguez.
Il en fut recompenſé par l'ap .
puy qu'il en receut auffibien
que fa Femme & fes Enfans
, contre les Comtes de
Geneve & de Breffe . Auffi les
Hiſtoriens Savoyards conviennent-
ils que la Maiſon'de
Savoye le fuſt trouvée en peril
d'eftre ancantic dans cette
guerre , fi elle euft eu une
protection moins puiffante.
Anne , Fille de ce Duc , fut
dotée par Louis XI. & elle
132 MERCURE
cut entre autres biens les
Comtez de Rouffillon & de
Cerdagne . On la maria à Frederic
d'Arragon , qui fut
Roy de Naples .
Philibert I. Succeffeur d'Amé
, eut pour Curateur le
mefme Louis XI . qui le garantit
des pieges de fes Parens
& de fes Sujets rebelles ,
& qui enfuite fut Tuteur de
Charles en 1482. Ce dernier
fe menagea fi bien avec le
Roy Charles VIII . que ce
Monarque ne voulut point fe
declarer contre luy dans les
démeflez qu'il eut avec les
GALANT.
133
Marquis de Saluces , quoy que
ceux- cy fuffent Vaffaux de la
France. Le Roy fut Parrain
de fon Fils Charles Jean. Amé ,
qu'il laifa Pupille . Blanche de
Montferrat , fa Mere , ayant
efté declarée Regente, s'affura
toûjours la protection de ce
Monarque , en forte que fes
Ennemis ne luy purent nuire.
Philippe épousa Marguerite
de Bourbon , & le devoüemenr
entier qu'il eut
pour la France , luy fit obtenir
de Louis XI. le Comté
de Lauragais , quantité de
Terres , de fort groffes pen134
MERCURE
& Caftelfions
, & les plus grandes
Charges du Royaume . Charles
VIII. fon Fils ayant conquis
le Royaume de Naples :
luy donna les Comtez d'Alifio
, Terre- neuve , le Cha .
fteau S. Ange
Dragon . Louïfe , Fille de
Philippe , ayant cfté mariée
au Comte d'Angouleſme ,
fut Mere de François I. &
Philippe Comte de Genevois,
l'un de fes Fils , poffeda de
grands biens en France où il
fit la branche des Ducs de
Nemours .
Philibert II . élevé auprés
GALANT. 135
&
du Roy Charles VIII. eut une
Compagnie d'Armes
vingt mille écus de penfion
de Louis XII. fur le Milanez
avec d'autres avantages.
Charles III. qui fucceda à
Philibert mort fans Enfans ,
cut des penfions de François
I. qui ne parla point des droits
de Louife de Savoye fa Mere,
& Soeur aînée de ce Duc ,
tant qu'il le vît attaché aux
interefts de la France , mais fitoft
qu'il eût fait des brigues
avec l'Empereur Charles-
Quint qui en eftoit l'ennemi ,
& qui pour l'attirer luy don136
MERCURE
na l'inveftiture du Comté
d'Aft , & du Marquifar de
Ceve, François I. luy demanda
l'heritage de fa Mere , & foumit
Turin avec la plus grande
partie de fes Etats . Ce fut
une occafion à ceux de Geneve
& de Laufane , de s'aliener
du Duc , & aux Ber-
Fribourgeois , Valenois
,
fans
& autres
Suiffes
, de s'emparer
du
Chablais
.
Aprés
avoir
tant
perdu
pour
s'eftre
mis
du
party
de
la Maifon
d'Auftriche
, il eut
le chagrin
de
fe voir
debouté
par
l'Empere
r de fa pretention
fur
le
u
GALANT. 137

par
là Montferrat. Il connur
que dans les belles promeffes
qu'on luy avoit faites on n'avoir
eu pour tout but que de
le broüiller avec la France ,
afin qu'il fuft plus aifé de
ruiner la Maiſon de Savoye.
Emanuel Philibert connoiffant
que la protection de
nos Rois eftoit un avantage
qu'il devoit preferer à ceux
dont les Auftrichiens le flatoient
, époufa en 1559. Marguerite
Soeur du Roy Henry
II qui le reftablit dans fes
Eftats , à la referve de Turin ,
Pignerol , Quiers , Chivas , &
Decembre 1590. M
138 MERCURE
Villeneuve d'Aft , qu'il retint
juſqu'à la déciſion des droits
de Louife de Savoye & autres.
Ce Duc prit fi bien fon
temps , en fe rangeant du
party de François II. pendant
les Guerres Civiles , que toutes
ces Places luy furent remifes
hormis Pignerol ; mais
le Duc continua toujours à
faire paroiftre tant d'attachement
pour la France, qu'ayant
efté voir le Roy Charles I X.
à Lyon , & en fuite ayant receu
le Roy Henry III . dans
fes Etats à fon retour de Pologne
avec tous les honneurs

GALANT. 139
qu'on luy pouvoit rendre , il
obtint en 1574. Pignerol , la
P.rroufe & Savillan , ce qui
obligea l'Eſpagne à luy rendre
Aft & Sant - Ja ; les Bernois
à relacher le Pays de
Gex avec tout ce qu'ils avoient
pris au delà du Lac de
Geneve , & les Valefans à luy
remettre ce qu'ils occupoient
dans le Chablais.
La Maifon d'Auftriche
ayant amufé Charles Emanuel
I. qui eftoit encore jeune
, par des Declarations
de
l'Empire fur la prefeance fur
les autres Princes d Italie , le
Mij
140 MERCURE
4
pouſſa , pendant les revolu
tions de la France , à s'emparer
du Marquiſat de la Saluces
, & à entrer armé en
Provence, en luy faiſant prefumer
qu'il autoit part au debris
de la Couronne
, mais
enfin le voyant trompé par
les Efpagnols , & fes Etats
envahis par les François & les
Suiffes , il fut contraint en
1601. de ceder à Henry I V.
la Breffe , le Bugey , Valromey
, Gex & le Rhone pour
le feul Marquifat de Saluces ,
& renonçant aux Alliances
de la Maifon d'Autriche qui
GALANT. 141
luy avoient eſté ſi fatales , il
maria Victor Amé fon Aîné
avec Chriftine de France , &
Thomas avec Marie de Bourbon.
L'appuy de cetteCouronne
fut caufe qu'il s'aggrandit
fur la Riviere de Genes par
des droits acquis des Carretti
, & qu'il s'étendit dans le
Montferrat malgré l'oppofition
des Eſpagnols . Cependant
s'eftant encore embarqué
imprudemment avec eux
contre les Gonzagues de Nevers
protegez par Loüis
XIII. il vit fes Etats tout de
nouveau envahis par les Fran142
MERCURE
çois & par les Auftrichiens
mefmes
, qui pour recompenfe
de s'eftre attaché à eux , le
traiterent en Vaffal . Il fut fi
touché de ce mépris qu'il en
mourut de douleur.
·
Victor Amé voyant les
malheurs qui accabloient fa
Maifon lors qu'elle eftoit mal
avec la France , laiſſa regler
toutes chofes au Roy fon
Beaufrere , à qui il ceda fecretement
Pignerol , la Perroufe
avec les Finages , & par ce
moyen il fut retabli . Louis
XIII. luy fit donner Albe
& l'Albefan, outre Trin & la
GALANT. 143
partie du Mont-ferrat qui eft
deça le Pô, qu'il luy fit laiffer
en 1631. par le Traité de Querafque
, & le nomma pour
fon General . Chriftine fa femme
porta en la Maiſon de
Savoye le titre de Madame
Royale, ce qui fut caufe qu'il
prit celuy d'Alteffe Royale ,
& de Roy de Chipre. Il commeeça
à fermer la Couronne
, & eut les honneurs
Royaux dans la Cour de
France.
Charles Emanuel II. n'eut
d'autre protection contre les
Princes fes Oncles qui l'atta144
MRECURE
querent pendant fa minorités
que l'appuy que la France luy
donna . Elle luy fit rendre
Verceil par la Paix des Pirenées
, avec ce que les Ef
pagnols luy reſtoient , de forte
qu'il fe trouva poſſeſſeur
paifible de cinq Duchez , de
trois Principautez
, de quatte
Marquifats
, de fix Comtez
qui eftoient autrefois des Souverainetez
particulieres
, avec
deux Archevefchez
,
Evefchez
, plus de quarante
riches Abbayes , mille Feudataires
, cent Villes fermées , &
plufieurs
Places confideraonze
bles,
GALANT. 145
bles , Chafteaux & Palais . Ce
Prince recommanda tres- for.
tement à Madame Royale , '
Jeanne Baptifte , Princeffe de
Nemours fa Femme , & à '
Victor Amé II . fon Fils unique
, de ne fe détacher jamais
des interefts de la France . Madame
Royale l'a fait pendant '
la minorité du Duc fon Fils,
& par là elle a confervé fes
Etats en paix au milieu des
guerres entre la France & la
Maifon d'Auftriche . Aprés
la rupture du mariage de ce
jeune Prince avec l'Infante,
Heritiere préfomptive de la
Decembre 1690 N
146 MERCURE
Couronne de Portugal , qu
elle avoit fait agréer au Roy,
& qui fut rompu par les mauvais
confeils des Emiffaires
des Auftrichiens , qui en détournerent
le Duc , par la
crainte qn'ils avoient de trouver
en luy un trop puiffent
voifin en Italie & en Efpagne
, elle luy procura l'Alliance
de Mademoiselle , que
le Roy traita comme ſa Fille ,
& qui fut un gage de l'attachement
de la Savoye avec
la France ; mais enfin les Auftrichiens
qui ont leurs veues,
ont fi bien fait par leurs ftra
GALANT. 147
.
tagemes ordinaires , & par de
vaines promeffes d'aggrandiffement
& d'honneurs , qu'ils
ont precipité ce jeune Prince
dans les malheurs où nous
le voyons ; de forte que fes
Eftats font en proye , non
feulement à toutes les Nations
, mais encore aux Heretiques
, quoy qu'il en cult
d'abord chaffe les Barbets
par le fecours que Sa Majefté
luy donna .
Voilà , Madame , une partie
de ce qui fe trouve dans ›
la Defcription Hiftorique des
Cartes du S Nolin, dont vous
Nij
148 * MERCURE
m'avez demandé l'éclairciffement.
Celle qui eft Geogra
phique fait connoiftre que par
la Savoye on entend tous les
pays de deçà les Monts , où
l'on parle François , & par
le Piémont , ce qui eft par
delà , où l'on parle Italien.
On y voit que la Savoye contient
les Duchez de Savoye,
de Genevois , & de Chablais,
les Comrez de Maurienne &
de Tarentaife , avec la Baronnie
de Faucigny ; que la Ville
de Chambery eft Capitale ,
non feulement du Duché de
Savoye, mais de tous les Etats
GALANT. 149
I
22
en deçà des Monts ; que le
Genevois qui eft une partie
des anciens Allobroges, auffrbien
que le Duché de Savoye,
avoit autrefois Geneve pour
Capitale , mais que cette Ville
s'eftant feparée de l'Eglife
Romaine en 1535. l'Evefque
& le Chapitre de S. Pierre
qui eſtoir la Cathedrale, font
leur refidence à Annecy fur
le Lac du mefme nom ; que
le Chablais ; Pays des anciens
Antuates , ou Nantuates
pour Capitale la Ville de
Thonon , fur le Lac de Geneve;
que la Maurienne eft un
a
Niij
ISO MERCURE
Pays que les Peuples Garocel
& les Brannovices ont autrefois
habité qué la Taren
taife , dont S.Pierre de Moufiers
eft la Capitale , a efté
habitée par les Centrons, Peu
ples de la Viennoife cinquiéme
,& que le Faucigny estoie
le Pays des Focunates.
1
La mefme defcription fair
voir que le Piémont comprend
tout ce qui eft au delà
des Monts , c'eſt à dire , la
Principauté de Piémont › qui
a Turin pour fa Capitale elle
T'eftoit autrefois des Tauriniens
) le Marquifat de Suze,
GALANT. 151
T
dont la Ville de ce nom eft
fituée dans le centre des Vallées
, & au bout des defcentes
du Mont Genevre & du
Mont Cenis . ( On tient que
c'eftoitla Ville principale du
Roy Cottius , dont les Montagnes
voifines ont pris le
nom de Cotties ) le Marquifat
d'Yvrée , dont la Jurifdiction
s'étend dans le Cana
vez ; le Duché d'Aoufte, qui
eftoit la grande route des
Gaules en Italie, dont on voit
encore des Monumens admirables,
& entre autres la Montagne
coupée , entre Donax
N iiij.
12 MERCURE
3
30
Bard, qu'on croit eftre um
ouvrage d'Annibal ; la Seigneurie
de Verceil , dont la
Ville de ce nom a toujours
efté une Place d'armes ; le
Montferrat Savoyard , dont
Trin eft la Capitale , le Com-
-té d'Aft, qui tire fon nom de
la Ville Capitale d'Aſt ( c'eftoit
autrefois une Ville des
Liguriens Bagiens , ) le Marquifat
de Ceve , auprés des
Langhes , Pays où les Terres
font fiefs de l'Empire; Oneille
avec Marro , Vallée fur
le coſte de Genes , qui eut le
titre de Principauté lors qu
GALANT.
153
elle fut
donnée pour
appanagerà
Emanuel
- Philibert
III.
Fils de Charles- Emmanuel
I.
le Pays de Tende , paffage
de Piedmont
au Comtat
de
Nice , & le Marquifat
de Saluces
, entre le
Dauphiné &
le Piémont
, dont on tient
que la Ville de ce noma efté
baſtic par les Saliens,
Si on examinoit bien toures
les traverfes où l'on s'expoſe
en aimant , on n'auroit
point affez de courage pour
le refoudre à les effuyer ; mais
on s'embarque fur l'apparence
d'un fuccez heureux , &
1<4 MERCURE
quand le coeur s'eft une fois
laiffe prendre , les remedes
les plus violens ne l'arrachent
point aux impreffions fla
teufes qui s'y font formées.
Un Cavalier d'un fort grand
merite en a fait l'épreuve
depuis quelque temps. Il
voyoit avec affez d'affidui
té une Dame dont le tour
=
d'eſprit luy avoit plû. Elle
Favoit vif , delicat & infinuant
, & comme il n'en 2
manquoit pas , il trouvoje
dans fa converfation un char.
me engageant qui l'obligeoir
à luy rendre tous les foins qui
GALANT. 155
peu
peuvent marquer la plus forte
cftime. Elle fut fuivic en
de temps d'une amitié
fort étroite , & la Dame y
répondit avec d'autant plus
de joye , qu'ayant une Fille
de dix fept à dix huit ans ,
elle fe flatta de venir à bout
de la faire époufer au Cavalier.
Il avoit du bien , eftoit
parfaitement honnefte hom
me , & ce qui plaifoit en luy
• plus que toutes chofes , un
: excellent naturel l'avoit dégagé
des airs ridicules que fe
donnent aujourd'huy
la plufpart
des jeunes gens. Comme
156 MERCURE
(
il aimoit fort la Mere , il eur
pour la Fille toutes les honneftetez
qu'on pouvoit attendre
de fa
complaifance . Elle
avoit de la beauté & fi lanature
Peuft rendue capable de
profiter des leçons qu'on luy
donnoit , elle auroit pu la
faire valoir & une autre
qu'elle s'en feroit forvie utilement
; mais elle n'avoit
aucun talent pour l'efprit ,
& rien n'eftant animé ny dans
fes traits , ny dans fa perfonne
, quand on la voyoit , il
n'y avoit que les yeux qui
fuffent contens . Ainfi la Da
.
GALANT.
157
1
me eut beau ménager le Ca
valier , elle ne put luy rien
mettre dans le coeur , & ce
qui luy donna le plus de chagrin
,c'eft que s'eftant rencontré
chez elle trois ou quatre
fois dans le temps qu'une
Dame y eftoit venue avec une
Fille fort aimable qu'elle avoit
, elle s'apperceut qu'il
prenoit plaifir à l'entretenir ,
& trouva dans fes regards je
ne fçay quoy de brillant qui
eftoit la marque d'une paffion
naiffante. Elle crut d'abord
que la feule honneftété l'engagcoit
aux manieres obli18
MERCURE
geantes qu'il avoit pour
eftant difficile à un Cavalier
qui a veu le monde , de ne ,
pas montrer pour une jolie
perfonne certains fentimens
d'eftime empreffée qui ne font
fouvent que d'un Galanthomme
, & où l'amour n'a
relle ,
aucune part ; mais quand elle
cur découvert qu'il luy rendoit
d'affez frequentes vifites
elle demeura perfuadée
qu'il yavoit du deffein , puif
qu'il en faifoit miftere , luy
qui n'avoit rien de caché pour
elle , & fur le reproche qu'el
le luy en fit , il luy avoüa de
GALANT. 159
4
ceton d'Amant qui fait encore
plus entendre que l'on
ne peut exprimer , qu'il ne
croyoit point qu'il fuft un
bonheur plus grand que celuy
de fe faire aimer d'une
perfonne, en qui l'humeur &
l'esprit répondoient à la beauté,
& pour qui les Graces.
fembloient avoir épuisé tout
ce qu'elles ont de plus touchant.
Un épanchement de
coeur fi vif & fi naturel qui
faifoit voir combien il eftoit
charmé , jerta la Dame dans
un chagrin incroyable . Elle
eftoit au defefpoir de voir
160: MERCURE
qu'une autre cuft gagné en
peu de tems , & peut- être fans.
étude , ce que fa Fille avoit
inutilement tâché de s'acquerir
par tous les foins qu'elle
luy avoit fait prendre , & quoy
qu'il y cuft de l'injuftice , elle
refolut dés ce moment de tra
verfer de tout fon pouvoir
les pretentions du Cavalier .
La diffimulation luy paroif- .
fant neceffaire pour réuffir
dans fon entrepriſe , elle cacha
fon dépit , & prenant un
air tranquille qui dementoit
l'agitation dont fon ame eftoit
remplie , elle dit au Cavalier
GALANT. 161
qu'elle ne pouvoit difconvenir
que la Demoiſelle dont
illuy parloit n'cuft tout le merite
qui pouvoit engager
honnefte homme , mais qu'il
devoit prendre garde à ne
fe pas embarquer imprudem
ment qu'elle avoit un Pèrè
d'une humeur facheufequi
pretendoit que les les gens de
robe étoient les feuls qui pouvoient
faire fortune , & qu'
elle craignoit qu'il n'euft de
la peine à confentir à marier
fa Fille avec un homme d'épée
qui loin d'amaffer du
bien , ne pouvoir fe difpenfer
Decembre
1690 .
162 MERCURE
de faire de la dépenfe . Le Ca
valier répondit qu'il n'avoie
encore fongé qu'à fe mettre
bien dans l'efprit de la Mere:
& de la Fille ; que de la maniere
qu'il eftoit reçû de l'une
& de l'autre, il avoit fujet de:
croire qu'il ne leur déplaifoit
pas ; que la Fille luy marquoic
affez d'eftime pour luy faireprefumer
qu'il y avoit dans
fon coeur , tout ce qu'il pouvoit
y fouhaitter de difpo .
fitions favorables aux fentimens
qu'il luy vouloit infpi
rer, & qu'eftant de leurs incimes
amies , il ne doutait
GALANT. 163.
7
point qu'elle n'achevaſt avec
fuccez ce qu'il avoit affez
heureufement commencé , fi
elle vouloit entrer dans fes
interefts , & prendre fur elle
la conduite de l'affaire . La
Dame continua de diffimuler,
& crut ne pouvoir parvenir
plus feurement à fes fins qu'en
luy promettant de faire ce
qu'il demandoit. Ainfi elle
fo chargea de la declaration
envers la Mere & la Fille , &
Ja joye qu'elles luy en témoignerent
ne luy laiffant aucun
lieu de leur donner un confeil
contraire à leurs fenti-
Oij
164 MERCURE
mens , elle fe contenta de leur
demander , fi elles croyoient
que le Pere de la Belle duft
approuver cet engagement.
La Mereluy avoua qu'il commençoit
à fe plaindre des vifites
qu'elles recevoient du
Cavaliers & la pria de vouloir
bien comme d'ellemême
,
fonder fon efprit fur ce mariage
, & le menager de telle
fotte qu'elle le previnſt favorablement
. La Dame accepta
la commiffion
, & comme
selle eftoit adroite , en uy
vantant le merite & des belles
qualiteż du Cavalier , elle
GALANTA 165
Iuy laiffoit , entrevoir beau
coup de chofes qui devoient
le détourner de cette allian
ce. Il s'emporta comme elle
vouloit qu'il fift , & dit que
fa femme avoit beau faire,
que le Cavalier n'eftoit point
un homme qui luy convinft,
qu'il feroit toûjours le Maî
tre , & qu'il trouveroit bien
moyen d'empefcher qu'on
n'empoifonnaft l'efprit de fa
Fille La Dame álla rendre
compte de la converfation
qu'elle venoit d'avoir avec
luy , & aprés avoir exageré
fon emportement, elle ajoûta
166 MERCURE
qu'elle s'eftoit enfin avifée de
luy parler fur le mefme ron ,
& qu'à force de le quereller ,
elle l'avoit rendu ples traitable
qu'ainfi fi la Mere l'en
croyoit quand il uferoit
d'autorité , elle luy laifferoit
dire tout ce qu'il voudroit
fans s'en étonner , & foutiendroit
l'entrepriſe d'un air refolu
qui affeurement le mettroit
à la raifon.. La Mere la
crut & gaſta tout . La refiftan
ce le fit aller jufqu'à la fu
reur ; il interdit fa maifon au
Cavalier , & commanda fi›
abfolument à tous fes valers
GALANT. 167
de luy refufer l'entrée, qu'on
ne put fe difpenfer de luy
obeit. Le Cavalier accablé
de fon malheur , n'y put ap
porter d'autre remede que de
conjurer la Dame chez qui il
avoit connu la Belle , de luy
donner du fecours dans une
occafion fi embaraffante. Ellor
feignit d'eftre fenfible à fon
déplaifir , & les deux Amans
fe virent trois ou quatre fois
chez elle en prefence de la
Mere , qui fut témoin de la
foy qu'il fe donnerent , &
des fermensreciproques
qu'ils
fe firent de fouftenir leur en
168 MERCURE
gagement. Le Pere averty de
ces entreveuës entra dans une
colere qu'il fut impoffible
d'appaifer. Il tint la Mere &
la Fille comme prifonnieres
,
& ne leur laiffa la liberté de
fortir que dans la neceffité ,
& toujoursfuivies d'un efpion
qui les obfervoiť. Une vie ft
dure qu'elles menerent pen .
dant quelque temps , obligea
le Cavalier qui en eftoit caufe
, de prendre la refolution
de s'éloigner. C'eftoit l'unique
moyen de les tirer de ca
ptivité & d'ailleurs il s'affu-
Foir par là le plaifir de pou
voir
GALANT. 169
voir s'entretenir par Lettres
avec fa Maiftreffe , en attendant
que le temps cuft apporté
quelque changement à
leurs affaires, Il luy écrivit un
Billet d'adieu fort tendre , &
le laiffa entre les mains de la
Dame, qui fe chargea de luy
en faire tenir la réponſe . Il la
receut à Lion , où il alla faire
un fejour de quelques mois,
& les nouvelles affurances de
fidelité que la Belle luy donnoit
affez fouvent , furent
un foulagement ſenſible au
déplaifir de ne la point voir.
Dans ce tems là il fit connoif-
Decembre 1690 . P
170 MERCURE
fance avec un Gentilhomme
Provençal , que quelque intereft
à demeler avoit amené
dans la mefme Ville , & qui
eftoit fur le point de partir
pour Rome. Le Cavalier devenu
de fes amis , & toûjours
contraint de s'abfenter , ſe fit
un plaifir de l'accompagner
dans ce voyage. Il l'écrivit à
la Dame , & la pria qu'il puſt
trouver de fes Lettres dans
trois ou quatre Villes , où ils
cftoient refolus de s'arrefter.
Elle fut exacte à luy répondre
, mais fans lettres de la
Belle , qu'elle luy manda
GALANT 171
a
eftre attaquée d'une fiévre
lente , qui luy oftoit la force
d'écrire. Le Cavalier alarmé
écrivit fur l'heure à l'une &
à l'autre les chofes les plus
touchantes , & quand il fut à
Venife , il receut une autre
Lertre , par laquelle la Dame
luy apprenoit que la Belle
avoit efté à l'extremité , mais
que la jeuneffe l'ayant fauvée,
fes forces commençoient à fe
rétablir
; que fa maladie n'avoit
point eu d'autre cauſe
que les perfecutions de fon
Pere , qui vouloit luy faire
époufer un homme riche , &
Pij
172 MERCURE
fort touché de fes charmes ,
& que ne voyant aucun
moyen de fe difpenfer de luy
obeir , fi elle vouloit fe garantir
de fes mauvais traitemens
, elle l'avoit priée de le
difpofer à la nouvelle de ce
mariage ; qu'auffi - bien rien
n'eftant capable de tirer fon
Pere de l'enteftement où il
eftoit , une plus longue conftance
feroit inutile , & ne
ferviroit qu'à les rendre tous
deux malheureux , puis qu'-
elle ne voyoit aucun jour à
efperer une meilleure fortune.
Cette nouvelle mit le Caya,
GALANT. 173
lier dans une douleur incon
cevable . Elle parut malgré
luy , & pour effayer de l'adoucir
, il conta à fon Amy'
fon engagement avec la Belle,
& l'ingratitude dont elle
payoit la plus forte paffion
qu'on cuft jamais euë . Le Pro
vençal luydit tout ce qu'il put
de plus confolant , &
tirer de fon chagrin , il luy fit
prendre tous les divertiffemens
du Carnaval , qui font
toûjours fort grands à Venife .
Els allerent enfuite à Rome,
& un mois aprés qu'ils y fu-
Bent arrivez , la Dame fit fçapour
le
Pij
174· MERCURE
voir au Cavalier , non feulement
que fa Maistreffe eftoit
mariée , mais qu'ayant vaincu
Faverfion qu'elle avoit d'abord
montrée pour celuy qui
la devoit époufer , elle vivoit
fi contente , qu'il ſembloit
que rien n'approchaft de
fon bonheur. Ce dernier article
le toucha fenfiblement.
La tendreffe qu'il gardoit toû
jours pour elle , devoit l'obliger
à fouhaiter qu'elle fuft
heureufe , mais il regardoit
comme un outrage , qu'elle
fe fuft confolée fi toft de fa
perte , & il cuft voulu que le
GALANT. 175
temps feul fuft venu à bout
de ce changement . Il demeu
ra plus d'un an à Rome , &
tout ce qu'il y vit de rare &
de curieux, & les plaifirs mefme
qu'il tâcha d'y prendre ,
furent incapables d'affoiblin
les impreffions trop fortes
que cette aimable perfonne
avoit faites fur fon coeur. Le
temps où il devoit repaffer
en France eftant venu , le Provençal
l'engagea à luy don,
ner quelques mois pour le
divertir dans fa Province , où
il luy fit voir tout ce qu'il
avoit & d'Amis & de Parens,
Piiij
176 MERCURE
& entre autres une jeune
Soeur tres -bien - faite , demeu
rée veuve fans aucuns enfans,
& avec beaucoup de bien . La
connoiffance qu'elle cut en
fort peu de temps des qualitez
eftimables qui avoient
rendu le Cavalier fi fort amy
de fon Frere , la fit entrer
dans fes mefmes fentimens .
Elle luy voulut du bien , &
les avances qu'elle luy fit , &
qui l'obligerent à avoir pour
elle de fort grands égards ,
amenerent infenfiblement les
chofes au point, qu'il fut aifé
de s'appercevoir qu'elles fi
GALANT. 177
niroient par le Mariage . Let
Frere favorifa de tout fon
pouvoir les difpofitions où il
vit fa Soeur pour fon Amy,
& le Cavalier à qui il reftoit
toûjours des fouvenirs qui
nuifoient à fon repos , crut
qu'il ne pouvoit mieux faire
pour s'en dégager entierement
, que d'époufer cette
jolie Veuve. Ainfi l'affaire le
fic avec des avantages fort
confiderables pour fa fortune,
& comme il entretenoit toû
jours commerce de Lettres
avec fon Amie , qui luy écrivoit
de temps en temps , il
178 MERCURE
·
luy fit part de cette nouvelle .
La Dame alla auffi roft la dire
à la Belle pour qui il avoit
eu tant d'amour , & par la ré--
ponſe elle luy en fit un compliment
de fa part . Elle luy :
manda en même temps qu'el-:
le marioit fa Fille à un Gentil-
homme de Province , qui
l'emmenoit
à trente licües de
Paris à une Terre où ellefe refolvoit
d'aller avec eux pour y
demeurer, ce qui pourroit luy
ofter les occafions commodes
de luy écrire fouvent . Ce fut
la derniere Lettre qu'il en re- s
ceut , & il s'en feroit confolé,
GALANT.
179
fans peine , s'il euft trouvé
dans le mariage la tranquillité
qu'il s'eftoit promife , mais
quoy que fa Femme fuſt fort
bien faite & aimable de fa
perfonne , elle eftoir d'une
humeur fi inegale , & quel
quefois fi capricieuſe , qu'il
ne pouvoit s'en accommo
der . Ses défauts luy remettoient
plus vivement dans
l'efprit les manieres engageantes
de la Belle qui luy avoit
manqué de parole , & il s'en
faifoit malgré luy un portrait
flatteur , qui entretenant fa
paſſion , le rendit encore plus
180 MERCURE
malheureux qu'il n'eſtoit a
vant qu'il cuft épousé la Veuve.
Il devora fon chagrin
pour ne point donner fujet
de faire des contes , & par
des honneftetez qui auroient
gagné tout autre efprit que le
fien, il deroba ce qu'il foufroït
tous les jours , à la connoiffance
de ceux qui en auroient
pû tirer avantage
.
vefcut deux ans dans cette
contrainte, & il y auroit vefcu
toute fa vie , fr un mal auffi
violent qu'il fut impreveu
n'euft emporté la Dame en
fix jours. Il fit dans fa mort
Il
GALANT. 181
tout ce que doit faire un honnefte
homme. , & lors qu'il
cut reglé fes affaires avec fon
amy , Heritier en partie de
cette Soeur , parce qu'elle n'avoit
point laiffé d'enfans , il
revint à Paris , aprés une abfence
de quarte années , fort
refolu de vivre pour luy , &
de renoncer à tous les engagemens
qui luy pourroient
eftre propofez . Quoy qu'il
fentift dans fon coeur beaucoup
de reftes d'une paffion
mal étoufée , qui pouvoit fe
Leveiller à la veuë de celle qui
Juy avoit donné tant d'a182
MERCURE
mour ,le premier deffein qu'il
fit , fut de la voir au moins
une fois pour luy reprocher
fon inconftance. Il n'y avoit
que deux jours qu'il eftoit
arrivé , lors qu'entrant dans
une Eglife , il y vit beaucoup
de monde affemblé pour le
mariage d'une jeune Demoifelle
, dont il entendit vanter
la beauté & le merite. Il
s'avança par la fimple curiofité
de voir fon vifage , &
demeura fort furpris , lors
qu'il reconnut l'aimable perfonne
qui avoit cfté toûjours
fi profondement gravée dans
GALANT. 183
fon coeur. Il s'adreffa à elle
auffi toft , & dans le temps
que le Preftre alloit commencer
la ceremonie , tout hors
de luy mefme , & ne fçachant
prefque ce qu'il faifoit,
il luy demanda d'un ton qui
fit accourir tous ceux qui fe
trouverent alors dans l'Eglife
, s'il eftoit poffible qu '
au prejudice de tant de fermens
qu'ils s'eftoient faits
l'un à l'autre , elle vouluſt renoncer
à ce que fa foy cxfgeoit
d'elle . La voix & la
veuë du Cavalier la fraperent
tellement, qu'ellefe laiffa tom184
MERCURE
ber fans aucune connoiffan
£e , & tout ce qu'on fit dans
ce moment pour la faire revenir
, ayant efté inutile , il
fallut la reporter toute éva
nouie dans la maifon de fa
Mere , au grand déplaifir de
fon Amant , qui ne fçavoit
que penfer d'un évenement
fi peu attendu . Le Cavalier
fuivit ceux que cet accident
attira chez elle , & faiſant reflexion
que par un bonheur
extraordinaire
le veuvage les
avoit mis l'un & l'autre en
mefme remps dans la liberté
de s'époufer, il ne fe put refu
GALANT. 185
fer à de douces
efperances ,
qui augmenterent
quand il
cut appris que le Pere de la
Belle eftoit mort depuis un
an. On ne fongea d'abord
qu'à la retirer de l'eftat où
elle eftoit , & quand elle fut
revenue à elle , & que tous
les gens fufpects eftant fortiss
il fut queftion de fçavoir du
Cavalier
pourquoy il avoit
fait un fi grand éclat , puis
qu'il eftoit marié , le noeud
de l'intrigue
fe developa
fans aucune peine . Il conta
tout ce qui luy estoit arrivé
depuis fon retour de Rome
Decemb. 1690.
"
Q
186 MERCURE
*
& mit la Belle dans une fur
prife extraordinaire , en luy
difant qu'il avoit payé bien
cher les deux années de fon
mariage, & que rien n'auroit
pû eftre affez fort pour luy
faire prendre un pareil engagement
, fi le defeſpoir de la
fçavoir mariée contre la promeffe
que fa Mere avoit bien
voulu qu'elle luy euft faite
en termes fi folemnels , de
n'eftre jamais à d'autre qu'à
luy, ne l'euft porté à ellayer
ce cruel moyen de fe défaire
d'une paffion qui ne luy laiffoit
aucun repos. La Belle
GALANT. 187
fort étonnée luy demanda
par quelle injuſtice il l'accufoit
d'avoir oublié ce qu'ils
s eftoient reciproquement
promis , & le furprit à fon
tour en l'affurant qu'il la retrouvoit
telle qu'il l'avoit laif
fée, & qu'elle avoit eu befoin
de beaucoup de temps pour
fe refoudre fur fon exemple , à
donner fon confentement au
mariage dont il venoit d'empefcher
la conclufion . Ce qu'
elle difoit eftant de fait , &
ne pouvant eftre conteſté, on
vint à un éclairciffement plus
Qij
188 MERCURE
particulier , qui fit connoiftre
que tout ce que le Cavalier &
la Belle avoient fouffert par
le chagrin de leur inconſtance:
reciproque , dont ils avoient
eu fujet de ne pas douter ,
leur avoit cfté caufé par la
perfidie de la Dame leur commune
Amie , qui avoit mis
en ufage toutes fortes d'artifices
pour venir à bout de les
defupir. Tandis qu'elle écrivoit
fauffement au Cavalier
que fa Maistreffe eftoit ma
riée , elle fupprimoit toutes
las Lettres qu'elle recevoit de
luy pour cette belle PerfonGALANT.
189
ne , à qui elle en montroir
d'autres d'un caractere inconnu,
par lesquelles on luy ap
prenoit qu'il eftoit éperdu
ment amoureux d'une Italienne
qui l'occupoit tout en
tier. Ces Lettres qu'elle avoit
Fadreffe de fuppofer, eftoient,
difoit elle , d'un de fes Parens
qu'elle avoit à Rome , &
elle faifoit valoir pour un
grand fervice auprés de la
Belle , le foin qu'elle prenoit
d'empefcher que fon coeur ne
fuft la dupe de la confiance
qu'elle avoit aux protefta
tions de fidelité qu'on luy
P
P
190 MERCURE
avoit faites. Cela joint au filence
du Cavalier, & à la nou
velle qu'elle eut quelques
mois aprés par plus d'une
¿
voye , qu'il avoit époufé la
Provençale , la fit refoudre à
oublier un ingrat qui avoit
manqué à fes fermens avec
tant de lâcheté. Le Cavalier
apporta dés ce jour mefme
toutes les Lettres qu'il
avoit receuës de fa maladie
, du deffein qu'elle avoit
fait de ne plus fonger à luy,
& enfin de fon mariage
avec la cruelle circonftance
, qu'elle y trouvoit un
"
GALANT. 191
bonheur parfait . On jugea
par là des juftes fujets de defefpoir
qu'il avoit cus , & il
fut fi bien juſtifié , que la
Belle ne put s'empêcher de reprendre
tout l'amour qu'elle
avoit eu autrefois pour luy .
Cependant elle s'eftoit promife
à un autre , & un Contrat
de mariage figné eftoit
une chofe embarraflante.Heureufement
elle avoit affaire à
un homme genereux , à qui
on fit entendre raison . Quoy
qu'il trouvaft fa perfonne toute
aimable , il vouloit avoir
fon coeur , & jugeant bien ,
192 MERCURE

aprés qu'on luy cut appris
toute l'avanture , qu'il luy
feroit impoffible d'en bannir
le Cavalier , il confentità
leur mariage , qui fut fait
huit jours aprés avec une éga
le fatisfaction des deux partics.
Vous aurez fans doute enrendu
dire que le Roy d'Angleterre
, touché de ce qu'on
publie de la fainteté des Religieux
de la Trappe , qui vivent
dans toute l'aufterité de
leur ancienne Inftitution, s'eft
fait un plaifir d'aller à cette
Abbaye pour voir par luymefme
GAALNT. 193
mefme ce que le feul recit
qu'on en fait donne fujet
d'admirer. Il y alla accompagné
de Mr le Maréchal de
Bellefond , qui a demeuré
longtemps dans cette Maiſon.
C'eft ce qui a donné lieu à M
de Chavigny,qui en eft Abbé,
& qui eft caufe que cette étroite
Reforme y eft obfer
vée , d'écrire la Lettre que
vous allez lire.
Decembre 1690.
R
194 MERCURE
SESESSS2 :222252255
A M LE MARESCHAL
de Bellefond,
J
E fuis bien faché , Monſeigneur
, de ce que vouspartiftes
de la Trappe, fans que j'euffe
pú vous entretenir un moment
fur le fujet du Roy d'Angleterre,
Fe fis pour cela tout ce qui me fut
poffible,mais je ne pus pas en trov
ver le temps. Je mourois d'envie
de vous dire ce que j'avois remarqué
dans ce Prince , fi digne
du respect & de la veneration
des Gens de bien . Je vous avoué,
GALANT. 195
une
Monfeigneur , que je luy vis
un fond de pieté & de Religion ,
qni me furprit , un dégagement
de toutes les chofes du monde
une refignation à la volonté
de Dieu, qui ne peut estre qu'un
pur effet defa grace
impreffion de fon S. Efprit. Il
connoist parfaitement la grandeur
& l'étendue defa difgrace, quand
il la regarde avec des venes bumaines
; mais le ſentiment qu'il
en a , ne luy fert que de matiere
pour offrir à Dieu un perpetuelfan
crifice, s'attirer par là toute la
protection dont il a beſoin , dans
une infortune fi complete & fi
Rij
196 MERCURE
achevée. On ne sçauroit ne point
voir que ce quifaitfa confolation,
c'est qu'il estperfuadé que ce qu'il
perd , il ne l'avoit que pour peu
de momens , qu'il falloit toft on
tard en fouffrir la privations
mais que ce qu'il attend est éternel,
puis que le Sauveur luy prépare
uneCouronne qui ne connoist
point de changement , & qui ne
peut luy eftre ostée , ny par la
malignité des Demons , ny par
la confpiration des hommes. Fay
admiré la moderation & la rete
nuë avec laquelle il parle de fes
Ennemis; il ne fort pas un mot de
fa bouchequi ne foit en celafelon
GALANT. 197
les regles les plus exactessla nature
n'a nullepart à ce qu'il en dit,
tous les mouvemens en font arrétez.
C'est affurément ce qui n'eft
point dans la puiffance de l'hom
me, on nepeut douter que Dieu
en ce moment nefoit entierement
le maistre de fon coeur. Rien n'égale
la vivacité de fa foy, &
Pardeur de fon Zele , pour les
interefts de l'Eglife & pour le
fervice de F. C. & il s'effime.·
heureux dans fon malheurs de ce
qu'il l'a jugé digne de fouffrir
quelque chofe pour la gloire de
fon nom. Il fçait & reffent que
La perfecution eft le caractere de
Rij
198 MERCURE
ceux qui luy appartiennent.
Nous le vifme's vous vous en
fouvenez , Monseigneur , s'approcher
de la Sainte Table avec
unepiete qui n'est pas ordinaire.
Ilpria Dieu pendant l'Office
la grande Meffe toute entiere »
fans interruption d'un instant. Il
quitta le drap de pied fur lequel
il eftoit , il fe mit fur la derniere.
marche de l'Autel , rejetta le
carreau qu'on luy prefenta. Ilyj
eur dans le meſme temps une circonstance
qui merite d'eftre remarquée.
Comme on luy donna
la fainte Hofties le Choeur chantá
ce qu'on appelle la Communiou
4
GALANT. 199
a
de la Meffe qui ne pouvoit eftre
plus jufte nyplus expreffe, quand
elle auroit esté faite à deffein.
Confundantur fuperbi , quia
injufte iniquitatem fecerunt
in me , ego autem exercebor
in mandatis tuis. Que les fi
perbes foient confondus en punition
de l'injustice avec laquelle
ils m'ont traité & pour moy
Seigneur, ma
me foumettre à vos ordonnan
ces .
conf
fera de
• Ce qu'il ༧y a de principal, c'eft
que toute cette conduire paroift
visiblement appuyée fur les veritables
principes , j'entens fur la
R iiij
200 MERCURE
confiance dans la bonté de Dieu,
fur une conviction ferme que
toutes les chofes qui paffent ne
meritent pas d'eftre defirées de
ceux qui vivent dans l'efperance
des biens qui ne pafferont jamais.
Il faut avouer, Monfeigneur,
que
l'estat où nous voyons ce
Prince infortune , donne une
grande idée de la vanité de ce
qu'ily a icy bas de plus éclatant,
& tout enfemble , de l'immenfué
de la mifericorde de Dieu.
Onapperçoit lepremier dans l'audace
de l'Ufurpateur & dans
la cheute impreveuë de ce grand
Roy , dans la revolte de fes
GALANT 201
peuples & dans la perfidie de
Les Serviteurs & l'autre dans
la fermeté avec laquelle il a
porté le poids d'une difgrace qui
l'auroit cent fois accablé , fi la
main toute puiſſante de Dieu ne
l'avoit garanti de ce malheur.
Heureux celuy qui connoift l'incertitude
des chofes humaines ,
mais plus heureux celuy , qui ne
fe contente pas de la simple spe
culation , qui prend foin de
regler fes voyes fur cette connoiffance,
dont le bon ufage eftfi
rare & ft neceſſaire ! Je vous
puis affurer , Monfeigneur , que
s'il a trouvé quelque confolas
202 MERCURE
tion parmi nous comme il nous
l'a témoigné , il nous a laiffe
une édification dont nous ne perdrons
jamais la memoire. Aprés
le Roy , que Dieu a gravé dans
nos coeurs, tout ce qui touche
fa Perfonne facrée , il y tiendra
tes premieres places. Je dois cela
à tantde grandes qualitez qu'il
a receues de Dieu , à fa perſecution
, àfon attachement inflexible
à la défenfe de la Foy. Je
le dois auffi à toutes les marques
qu'il m'a données d'une bonté
dont je n'eftois pas digne.
Voilà , Monfeigneur , une partie
de ce que j'avois à vous dire
GALANT. 203
que je n'ay pû m'empêcher
de vous écrire pour ma propre
fatisfaction. Il ne me reste qu'à
vous demander la continuation
de l'honneur de vos bonnes graces
Dous protester que c'eft .
avec toute la fincerité & le ref
pect poffible que je fuis vostre
tres- humble & tres- obeiffart
Serviteur. F. ARMAND - JEAN,
Abbé de la
Trappe..concl
La Trappe eft une Abbaye :
fituée dans le Diocele de Sez
au Pays du Perche. Rotrou ,
Comte du Perche , qui la
fonda en
1140. à l'honneur
204 MRECURE
de la Vierge y appella des
Religieux de l'Ordre de Cifteaux
, qu'il tira du Breuif
Saint Benoift , Abbaye du
Diocefe d'Evreux , & donna
à celle- cy le nom de Noftre-
Dame de la Trappe . Cette
Maifon a depuis embraffé l'étroite
Obfervance , qne quelques
Monafteres de Bretagne,
de Normandie , & du Maine
s'eftoient propofé de fuivre
fur les anciens ufages de la
plus auftere Règle de S. Be
noift,&le genre devie qu'ont
choifi les Religieux de la
Trappe eft fi parfait , qu'on
GALANT. 205
"
peut dire que ce font pluſtoft
des Anges fur terre , que des
hommes fujets aux mefmes
miferes que nous . Ils font fans
ceffe occupez de Dieu , &
élevez au deffus de toutes les
foibleffes de la nature. Tous
les jours fe paffent en travail,
en prieres , en lectures & en
meditations . Ces lectures ne
fe font point dans leurs cel
Jules , mais en commun fous
les Cloiftres du cofté où font
les bans , & cela avec une telle
modeftie , que chacun
trouve dans la contenance de
fon Frere le modelle & la
206 MERCURE
à
regle de la fienne. Aprés une
courte priere qu'on fait à genoux
pour invoquer le Saine
Efprit quand on y eft arrivé,
hi c'est quelque endroit du
nouveau Teftament qu'on
choifit pour lire , on demeure
genoux , & à demy découvert
au moins , pendant le
temps que l'on employe à
cette lecture. Chaque Religieux
peut s'affeoir aprés qu'il
a leu ce qu'il vouloit lire pour
le repaffer dans fon efprit,& y
faire fes reflexions , & alors
il est couvert. Pour l'ancien
Teftament , on n'en lit que
GALANT. "207
7
les premieres lignes à genoux,
& on fe couvre toûjours
quand on eft affis . Il n'eft
point permis de fe promener
dans les Cloitres , où l'on
garde un perpetuel filence
fans qu'aucune neceffité puiffe
obliger de le rompre. On
n'y fait mefme aucun figne,
fi ce n'eft qu'il faille en faire
fortir quelqu'un à qui on a
affaire . Si on y écrit , ce ne
doit cftre que des chofes faintes
& on ſe fest pour cela
des pulpitres & des tables
communes. Les Hoftes ne font
jamais conduits à l'Eglife par
208 MERCURE
les Cloiftres , & s'il en arrive
quelqu'un à qui on n'en puif
fe refufer l'entrée à caule de
fa haute qualité , le Portier
fonne quatre ou cinq coups
de la groffe Cloche , pour
donner avis de fa venue , &
auffi toft les Religieux quittent
les Cloiftres pour fe retirer
dans le Chapitre, C'eſt là
qu'ils fe rendent pour dire
feurs coulpes , ou pour eftre
proclamez . Dire fes coulpes,
c'eft s'accufer des fautes exterieures
que l'on a commifes,
contre la Regle, les couftumes
de la Maifon, & les reglemens

GALANT. 209
*
particuliers du Superieur.
Ceux à qui il ordonne de ve.
nir les dire , fe prefentent
devant luy , & fe tiennent
profternez jufqu'à l'ordre
qu'il leur donne de fe relever.
Il commence par les plus anciens
, & les jours fuivans il
continue les coulpes où elles
font demeurées le jour préce
dent , jufqu'à ce que tous les
Religieux les ayent dites.
En cette action ils font entierement
découverts ; ils ont
les bras abaiffez , & doivent
parler d'un ton affez haur
pour eftre entendus de tous .
A
Decembre 1690 . S
210 MERCURE
Les Freres fe proclament auffi
les uns les autres , c'eft- à- dire ,
découvrent les fautes qu'ils
ont remarquées dans leurs
Freres,& c'eft le Superieur qui.
regle le nombre de ceux qui
doivent le proclamer. Il n'eft
pas permis de proclamer fur
des foupçons , fur des doutes
ou fur des rapports ; on ne
doit parler que des fautes que
l'on fçait pour les avoir veuës
ou entendues , & on les expofe
fuccinctement & d'une
maniere fimple, en la maniere
qu'a paru la chofe, Celuy qui
cft proclamé fe profterne à
GALANT 211
"
fa place fi toft qu'il s'entend
nommer , & demeure en cette
poſtures jufqu'à ce que le
Superieur le faffe lever . Alors
il vient devant luy , & aprés
une profonde inclination ,
il écoute en filence la faure
dont on l'accufe . Loin qu'it
fe puiffe excufer , quand mef
me il fe reconnoiftroit innocent,
on regarderoit comme
une faute irremiffible , & qui
meriteroit un tres- rude chaftiment
, fi par quelque pa
role ou par quelque figne il
témoignoit dans le Chapitre
qu'il n'cuſt pas commis la
Sij
212 MERCURE
faure dont un de fes Freres l'a
proclamé , & s'il arrive que
quelqu'un s'excufe , outre la
fovere penitence que luy impofe
le Superieur , tous les
Religieux feprofternent, pour
reparation d'une fingrande
faute, & pour en donner plus
d'horreur . On ne parle dans
le Chapitre que pour s'accu
fer , ou pour proclamer quelqu'un
, ou pour répondre au
Superieur. Le mefme Religieux
peut - eftre proclamé
trois differentes fois en un
mefme jour par trois de fes
Freres , & ce jour- là , il ne
1-
GALANT. 213
peut proclamer ceux dont il
a efté proclamé . Le Chapitre
des coulpes fe tient tous les
jours , à l'exception des Dimanches
& des Festes qu'ils
appellent degarde . La rigueur
du filence qui interdit fi abfo-
Tument toutéforte de difcours
entre les Freres , empêche
qu'on ne s'entretienne hors
du Chapitre des fautes quer
l'on y a entenduës , ny que
l'on s'en plaigne à ceux qui
les ont fait connoiftre . D'ail
leurs , l'union qui eft entre
ces vertueux Solitaires , &
la charité fincere & pure
.
%
214 MERCURE
qu'ils ont feule en veue dans
ces mutuelles accufations , ne
permettent pas qu'aucun des
Religieux faffe paroiſtre , méme
par le moindre figne ,
qu'il n'eft pas content qu'on
l'ait accufé , & fi quelqu'un
d'eux eftoit tombé dans und
faute de cette nature , ibauroit
fix jours de fuite la Difci
pline dans le Chapitre. La
nourriture des Religieux confifte
en Legumes , Racines ,
Herbes & Laitage pour les
portions de la Communauté
.
On n'y fert jamais de Poiffon,
& l'on n'en donne pas mefGALANT
. 215
me aux infirmes , mais feument
des oeufs. Les legumes
qu'on leur fere , ce font des
Lentilles , des Pois , des Fe
ves & des Aricots . On enles
Racines des tend
par
Carrotes , des Betraves , des,
Tartoufes & des Navets , à!
quoy on joint les Citrouilles.
Le Laitage , c'eft de la Boullie
, & du gruau d'Orge ou
d'Avoine , & les Laitues &
l'Ofeille en portion , font ce
qu'ils appellent Herbes. On
ne fert jamais de Beurre , &
on n'en met point dans les
portions. Le Potage , les Sal216
MERCURE
lades & le Lait cru paffent
pour une portion , & on la
fert toujours le plus fimplement
qu'on peut , chaque
chofe en fon efpece. Le pain
que l'on donne eft toujours
cuit du jour precedent , &
l'on n'en fert point de blanc
à la Communauté , non pas
mefme aux Hoftes. Il n'entre
jamais de vin au Refectoir ,
ny mefme à l'Infirmeric pour '
quelque foibleffe que ce foit,
fi ce n'eft qu'il fuft neceffaire
d'en donner un peu par forme
de remede , dans quelque défaillance
paffagere . On uſe
feulement
GALANT.
217
feulement de Cidre ou de
Biere , dont on ne donne jamais
plus d'une chopine, me
fure de Paris à chaque repas.
A difnet on peut fervir quel
que peu de fruits excepté les
jours de jeûnes d'Eglife, & les
Vendredis, mais pour du fro
mage , on n'en donne jamais
qu'à fouper y lavec la falade
& le lait clair, & non pas avec
de la bouillierou des herbes
cuires. Durant l'Avent le
Carefme , les jours de jeû
nes d'Eglife , & tous les Ven
dredis de l'année , à l'excep
tion du temps Pafchal , &
Decembre 1690 T
218
MERCURE
i
de la veille de la Pentecofte
, tout eft au fel & à
l'eau on ne fert aucun laitage
, & on no net point de lait
dans les portions . On peut
pourtant donner du laitage le
premier Dimanche de l'Avent
& aux Quatre temps de
la Pentecofte mais on s'en
abftient le Lundy & le Mardy
qui précedent le Mecredy des
Cendres, & on ne fert point
d'oeufs aux Infirmés dans le
Refectoir, non plus que pendant
tout le Carefme . On ne
fert qu'une portion à difner
les trois premiers Vendredis
GALANT
219

de ce faint temps , & les autres
Vendredis on jeûne au
pain & à l'eau , fans rien du
tout davantage. Dans le
temps
de Pafques , on donne à fouper
de la boüillie , ou des
herbes cuites , &
quelquefois
de la falade ; mais aprés ce
temps jufqu'à
l'Exaltation
,
on ne fert que de la falade ,
ou du lait caillé, ou des betraves
, ou des cardes en falade.
A la Collation , on donne
deux onces de pain les
jours de jeûnes de l'Ordre
& une once aux jours de jeû
nes d'Eglife , & environ deux
Tij
220 MERCURE
fois à boire , fans fruit , ny
quelque autre chofe que ce
foit . On ne couvre ny ne réchauffe
aucune portion dans
le Refectoir , & on n'y fert
rien d'extraordinaire , pour
quelque occafion que ce puiffe
eftre , de Profeffion , de premiere
Meffe , ou de quelque
Fefte . Comme on ne fe fert
point de nappes fur les tables ,
chacun étend fa ferviette devant
foy, On ne demeure
point dans fa Cellule hors le
temps de la nuit , fans quelque
neceffité particuliere ,
comme pour la balayer , &
GALANT. 221
femblables chofes , les lectures
fe faifant dans les Cloiftres ,
& les prieres dans l'Eglife .
On garde un perpetuel filence
au Chaufoir , où l'on fe
chauffe debout , & jamais le
dos tourné au feu . On n'y
demeure chaque fois qu'autant
que la neceffité le demande
, & on n'y va pas
fouvent. Le temps de la Conference
eft pour ces Religieux
, ce que l'on appelle
ailleurs,Temps de recreation .
Quand chacun eft à fa place,
dans le mefme ordre que l'on
eft au Choeur,le Superieur fait
Tiij
220 MERCURE
l'ouverture de la Conference
en avertiffant celuy auquel elleeft
demeurée le jour précedent
. En même tems ce Religieux
rapporte en peu de mots
& avec fimplicité ce qui luy a
paru de plus édifiant , & de
plus capable de porter à Dieu ,
foit dans les lectures particulieres
, foit dans celles qui ont
efté faites en public . La Conference
n'eft jamais de plus
d'une heure , & le Superieur
effaye d'y faire parler le plus
grand nombre de Religieux
qu'il peut . On n'admet jamais
dans ces Conferences , fous
GALANT.
225
quelque pretexte que ce foit,
aucune perfonne de dehors ,
foit Religieux foit Secul
liers. Quoy que le Spaciment
qui a efté étably pref
que dans toutes les Congregations
& Obfervances
Monaftiques pour delaffer
l'efprit des Religieux
ait
efté retranché à ceux de la
Trappe , on ne laiffe pas quelquefois
de leur permettre de
fortir tous enfemble pour aller
tenir la Conference dans
les bois.Quand cela arrive, ce
qui ne fe fait tout au plus que
quatre ou cinq fois l'année ,
Tiiij
224 MERCURE
&
ils fortent au fon de la Clo
che du Chapitre, tous en filence
un livre à la main
le Superieur à la tefte . Ils
vont en quelque endroit du
bois , où ils s'écartent de cent
pas les uns des autres , hors de
la rencontre des Seculiers , &
aprés avoir paffé dans la folitude
environ une heure &
demie , ils fe raffemblent au
fignal que donne le Superieur
, & tiennent leur conference
en la maniere ordinaire.
Ils difent , chacun à
fon tour , ce que l'Efprit de
Dicu leur à pû mettre dans
GALANT. 225
le coeur, & le Superieur, ayans
enfuite frapé de la main , ils
s'en retournent tous en filence
au Monaftere. Il y a trois
heures de travail tous les
jours , une heure & demie le
matin , & autant l'aprefdinée .
Chaque Religieux s'yemploye
felon l'ordre qu'il en reçoit
du Superieur , foit dans le
jardin, qui eft le fond de leur
vic , foit à faire les leffives
curer les étables , & aider
les Convers dans leurs Ouvrages.
On y garde un exact
filence , le Superieur même
n'y parlant que le moins qu'il
-
226 MERCURE
peut , & dés qu'on entend la
fin du travail , on quitte tout,
& on laiffe mefme imparfair
ce qu'on avoit commencé , fi
ce n'eft , qu'il fut neceffaire
de dégager quelque outil › de
ramaffer les ordures du lieu
ou l'on balayoit , d'achever
de couper du pain pour les
potages , ou de nettoyer la
vaiffelle. Quand il vient quel
que hofte que la charité & la
pieté veulent qu'on reçoive ,
le Portier luy ouvre la porte
aprés avoir dit Deo gratias, &
Le met à genoux en s'inclinant
profondement
devant luy .
GALANT . 227
En fuite il dit Benedicite en fa
.
prefencepar maniere de falutation
;aprésquoy il le fait entrer
dans une petite Salle voutée ,
le priant de vouloir bien attendre
qu'il ait efté avertir
le P. Abbé de fon arrivée.
Le P. Abbé ayant receu cet
avis , donne ordre à celuy
qu'il a deſtiné pour la reception
des . Hoftes , de l'aller
recevoir , ce qu'il fait en le
faluant profondement , ou fe
mettant à genoux devant luy,
& en fuite il le conduit à
l'Eglife , où il luy donne de.
l'eau benifte , & fe tient un
228 MERCURE
.
peu derriere luy durant fa
priere. Cela fait , aprés un
figne de Croix , il le mene
à l'Appartement
qu'il doit
occuper , où il luy fait la
lecture de quelque Livre de
.pieté. Depuis que le Portier
a receu les Hoftes à leur entrée
, il ne leur parle plus fans
une neceffité particuliere
,que
lors qu'ils s'en vont. On les
traite honneftement
, & proprement
, fans leur fervir que
les viandes communes du Refectoir
, aufquelles on ajoûte
feulemeut des oeufs & du
beurre. Le Superieur
ne manGALANT.
229
ge point avec eux , & on ne
parle point à leur table , mais
on y lit quelque Livre de
pieté pendant le repas . Si
quelque Religieux eft interrogé
par quelqu'un des Hoftes
qui l'ait rencontré , il luy
fait une inclination avec ref
pect en baiffant la veüe , &
fe retire fans le regarder ny
luy répondre . Voilà , Madame
, une partie des Regle
mens de l'Abbaye de Nôtre-
Dame de la Trappe . Je ne,
doute point qu'en fongeant
avec quelle exactitude ces
faints Religieux les obfervent,
f
230 MERCURE
vous n'admiriez les effets in
comprehenfibles dela Grace ,
qui les élevant au deffus de
tout ce qui eft de la terre, les
tient dans une contemplation
continuelle des chofes du

Ciel . Avoüez que la tranquillité
dont ils jouiffent par le
calme que leur donne le plaifir
d'être fans ceffe occupez de
Dieu , a des douceurs que ne
gouftent point les Grands du
monde , & beaucoup moins
ceux qui ont acquis leur gran- -
deur par des voyes illegirimes .
Il ne fe peut que vous
n'ayez entendu parler de la
GALANT. 231
Harangue faite par le Prefident
de la Tour , Envoyé Extraordinaire
du Duc de Savoye
vers le Prince d'Orange , dans
la premiere audience qu'il eut
de ce Princele 12.du mois paffé.
Elle a furpris tous les gens
de bien. Auffi feroit-il fort
difficile de trouver une piece
femblable dans aucune Hif
a
toire eftant inoüy qu'un
Prince Chreftien ait parlé de
la forte à un Ufurpateur qui
n'eft monté ſur le Trône que
pour perfecuter la Religion
Catholique dans les Etats
qu'il a envahis , & où il n'en
232 MERCURE
a juré la ruine , que parce
qu'un legitime Souverain en
laiffoit l'exercice libre , com-:
me de toutes les autres Religions:
Avant que de répondre
à tous les points de cette
Harangue il fera bon que
yous la voyiez entiere , afin
qu'on ne puiſſe m'accuſer d'avoiremployé
des termes qu'-
on n'y trouve pas. Voicy
comment elle a efté imprimée
en Angleterre & en Hol ,
lande.ô Talad bracia Dala
Sire, Son Alteffe Royale felicite
Voftre Sacrée Majefté de fon
glorieux avenement à la CouGALANT.
233
ronne , deuë à ſa naiſſance
meritée par fa vertu &Soutenuë
par fa valeur . La Provi
dence l'avoit destinée à vostre
refte facrée , pour l'accompliffement
de fes deffeins eternels , qui
aprés une longue patience tendent
toujours à fufciter des
Ames choifies , pour reprimer la
violence, proteger la justice .
Les merveilleux commencemens
de vostre regne font des prefages
affeurez des Benedictions que le
Ciel prépare
à la droiture de
vos intentions , qui n'ont point
d'autre but que de rendre la
premiere grandeur à ce floriſſant
Decemb. 1690. V
234 MERCURE
Royaume de rompre les chaî
nes dont l'Europe eft prefque
accablée . Ce magnanime deffein,
digne du Heros de noftre Siecle
, remplit d'abord Son Alteffe
Royale d'une joye indicible »mais
Elle fut contrainte de la tenir
refferrée dans le fecret de fon
coeur , & fi Elle a pû la faire
éclater dans la fuite , Elle en a
l'obligation au nom m.fme.de
Voftre Majesté , qui a fait concevoir
des efperances de liberté
le Traité que
aprés tant d'années de fervitude.
Mes paroles,
j'ay figné à la Haye avec le
Miniftre de Voftre Majestés
GALANT. 235
n'expriment que foiblement la
paffion qu'a mon Maistre de s'unir
avec Voftre Majesté par un
attachement inviolable àfon fervice
. L'honneur , Sire , qu'il a
de vous appartenir, a formé les
noeuds de cette union ; le refpect
infiny qu'il a pour Voftre Perfonne
Sacrée les a ferrez plus
étroitement , la protection que
vous luy accordez avec tant
de generofité achevera de les rendre
indiffolubles. Ce font les
fentimens finceres de Son Alteffe
Royale , aufquels je n'oferois rien
meler du mien ; car quelque ar
dent que foit le zee, & quelque
Vij
236 MERCURE
profonde que foit la veneration
que j'ay pour la gloire de Voftre
Majefté , je ne sçaurois mieux
m'en expliquer que par unfilence
de respect d'admiration
.
Aprés vous avoir fait voir
ce difcours entier , qui a foulevé
tous les veritables Catholiques
, j'y répondray
par
Articles , comme je fis il y
a quelques mois au libelle qui
parut fous le nom d'une Lettre
écrire à Sa Sainteté par
le Roy d'Eſpagne
.
Sire , Son Alteffe Royale felicite
Voftre Sacrée Majesté.
Je ne dis rien de ce mot ,
GALANT. 237
Sacrée Majefte. On ne peut
le lire fans en concevoir toute
l'indignation qu'il doit
faire naiftre , & je voy que
chacun fe reprefente là - deffus
tout ce que j'en pourrois
dire.
De fon glorieux avenement à
la Couronne. On pouvoit dire
que cet avenement a cfté
heureux, qu'il eft l'effet d'une
intrigue bien conduite , & de
la profondeur d'un efprit
ambitieux , qui facrifiant tout
pour regner , y reuffit plûtoft
qu'un autre , parce qu'il
employe toutes fortes de
238 MERCURE
moyens, & que pourveu qu'il
occupe un trône pendant fa
vie il ne fe met point enpeine
fi fon entrepriſe ne l'expofefil
ra point à eftre l'horreur des
gens de bien , & fila poſterité
ne le mettra pas au rang des
criminels, & des ufurpateurs
dans l'hiſtoire des Etats mefmes
où il aura regné, Ainfi
on ne peut dire qu'un évenement
foit glorieux à celuy qui
n'a pu venir à bout de ſes deffeins
qu'en facrifiant la gloire.
Deue à fa naiffance. Il
auroit fallu que ceux qui
avoient droit de fucceder à la
GALANT. 239
Couronne avant luy , fuffent
morts,pour pouvoir dire qu'el
le luy fuft deue. Si tous ceux
qui peuvent efperer un trône
vouloient s'y placer avant que
les heritiers qui ont un droit
legitime d'y monter l'euffent
remply , on ne verroit
que des guerres civiles dans
tous les Etats du monde , &
comme cet exemple eft pernicieux,
& qu'il regarde tous
les Souverains , tous les Potentats
devroient fe liguer
contre un particulier qui
donne de fi dangereux exemples
aux ambitieux qui fa,
240 MERCURE
3
crifient pour regner. juſqu'à
leur religion , fi l'on peut dire
qu'il y en ait dans le coeur
de ceux qui non feulement
font prefts d'embraffer toutes
celles qui leur font utiles ,
mais qui pour le bien de leurs
affaires font profeffion de
trois ou quatre à la fois.
Meritée par fa vertu. Le
Prince d'Orange à deu rougir
de s'entendre dire en face
qu'il avoit merité la Couronne
parfa vertu , & il auroit cu fujer
de croire qu'un Prince qui
n'auroit pas efté auffi embarqué
dans la guerre prefente
que
GALANT. 241
que l'eft le Duc de Savoye , fe
feroit mocqué de luy en le
traittant de vertueux Il a cu
la politique de ne pas mefme
affecter d'avoir de la vertu ,
parce que les traiftres , & les
fcelerats qui fe fontdonnez à
luy pour trahir leur Souverain
& leur patrie , n'auroient
pas deu le faire s'ils l'avoient
crû affez honnefte homme ;
pour eftre capable de quelque
remords , & de les regarder
un jour comme des perfides
qui meriteroient d'eftre
punis. Enfin rien ne choque
plus le fens conmun que l'é-
Decembre 1690. X
242 MERCURE
loge de la vertu dans le Prince
d'Orange , & de dire que c'eft
par là qu'il a merité un trône,
où pendant qu'un jufte poffcffeur
le rempliffoit
, perfonne
ne pouvoit monter fans commettre
tous les crimes necef
faires pour arracher avec violence
ce qui n'eft pas deu.. !
Soutenue parfa valeur. Lq
Prince d'Orange n'a point
merité la Couronne d'An
gleterre par fa valeur , & fa
valeur ne l'a point foutenuë.
Il n'a fait que paffer la
mer , & traverfer toute l'Angleterre
jufque à Londres,
GALANT 243
Sila'a pas morite cetre Couronne
pallifa valeur cette
valear pretendue n'a pas non
plus fervi à le maintenir fur
ce Trône ufurpé, & l'Angleterre
plus fait de pertes depuis
qu'ily left entré plus cffuyé
d'affronts , & plus donné
d'argent qu'elle n'avoit
fait fous des derniers regnes.
L'Irlande qui luy coute des
millians, a veu perir pendant
un hiver des milliers d'hom-.
mes que les maladies ont empartez,
fans qu'ilsayent donné
un coup. Le Prince d'O.
range pour avancer fes affai
X ij
244 MERCURE
res ,y a paffé enfuites & il
a donné une Bataille qui n'a
cfté ny gagnée , ny perdue
par aucun des deux Partis ,
mais qui luy a couté bien
plus cher qu'au Roy d'Angleterre
, puis qu'il y a perdu
M' de Schomberg
, le Colonel
qui avoit défendu Londondery,&
plufieurs Officiers
de marque, cequi mit une telle
confternation
dans fes Troupes,
& l'abbatit tellement ,
qu'il demeura dans l'inaction
pendant tout l'EЯé . Certe in.
action alla jufqu'à mettre fort
longtemps toute l'Europe en
GALANT: 245
1
doute s'il vivoit encore. On
ne peut pas affeurer que fa
valeur triomphoit pendant
qu'il n'agiffoit pas , & l'on ne
peut pas dire què de Prince
s'eftoit repofé pendant tout
l'Eté pour faire quelque
chofe d'éclatant en Autom
ne, puis qu'il cut non feule
ment la honte de lever le Sicged
ge de Limeric , où il eftoit
en perfonne , mais le chagrin
d'y avoir veu perir plus de
fix mille hommes . C'eft aprés
cette perte & cette honte qu'il
eft retourné en Angleterre ,
où fes Amis firent des feux
X iij
246 MERCURE
de joye pour exciter le Peu
ple apeno faite , mais ce fut
pour marquer qu'ils fe réjouïl
foient de fon reodur ; & non
à caufe de fes conqueftes
,puis
qu'il n'avoit pris que des Pla
ces ouvertes, & qu'il avoit
efté forcé de lever le Siege
qu'il avoit mis deyant deox
Places fortes , Athlone &
Limeric. Voilà les progrés
que la valeur du Princed O
range a fairs en Irlande, rant
qu'il y a efté en perſonnel
A infi ce n'eft pas parler jufte
que de dire que fa valeur a
foutenu l'Angleterre
, puis
GALANT. 247
que depuis que ce Prince y a
paffé , la gloire de la Nation
a efté cruellement mortifiée .
Elle a eu part à la défaite de
l'Armée de fes Alliez à Fleurus,
dont elle a partagé la honte
à proportion des Troupes
qu'elle y avoir.L'affront que la
Nation a receu fur mer, a efté
beaucoup plus conſiderable .
Il n'eft pas necellaire d'entrer
dans aucun détail pour le faire
connoiftre. Le proces que
l'on fait à l'Amiral d'Angleterre
en dit affez là- deffus.
Enfin loin que cette valeur
du Prince d'Orange , tant
X mij
248 MERCURE
vantée par l'Envoyé de Savoye
dans fa harangue , air donné
de l'éclat à un Royaume fi
Horiffant avant l'ufurpation
de ce Prince , il a perdu tous
fes avantages. L'Angleterre
en paix fous le regne de fes
legitimes Souverains , n'avoit
pas befoin pour ſe maintenir
de donner d'argent à aucune
Nation ; elle en recevoit plû
toft , & ſon alliance eftoit
recherchée avec empreffe .
ment de tous les Potentats
de l'Europe , mais elle eft aujourd'huy
contrainte à lever
des fubfides , pour les tenir
GALANT. 249
armez contre la France . Elle
a perdu fous le Prince d'O
range jufqu'à la pensée dont
elle fe flatoit , de poffeder
l'Empire de la mer. Elle a
tremblé jufque dans fon centre
par la crainte qu'elle a euë
des defcentes, & l'on ne parle
plus chez elle que d'impofts,
non pour faire des conqueftes
, mais pour empêcher
que l'on n'en faffe fur elle.
Jugez fi l'on peut dire aprés
cela , que la valeur du Prince
d'Orange a foutenu l'ancien
éclat de la Couronne d'Angleterre.
250 MERCURE
La Providence l'avoit defti
née à Vostre Tefte Sartée pour
l'accompliffement de fes deffeins
éternels. On ne peut dire à
un homme que la Providence
l'a choify pour l'accom
pliffement de fes deſſeins
éternels , fans le croire dans
la bonne voye , & il n'y a
qu'un Proteftant qui puiffe
parler ainfi d'un Proteftant ,
& un Catholique d'un Catholique
encore feroit . ce
aux uns & aux autres porter
la Aaterie au plus haut point,
quand même on parleroit
d'un homme détaché du
GALANT 255
monde , & dont la vie aufte
re luy auroit attiré l'estime
de toutes les Nations ; mais
rien n'eft plus contraire au
bon fans , pour ne pas me fervir
du motode ridicule
que d'entendre dire d'un
bomme auffi attaché au mon
de que le Prince d'Orange
tout ce qu'on pourroit dire,
du plus vertueux , & de voir
qu'on le regarde feul fur la
verre comme l'élû de Dicu
pour accomplir les deffeins
éternels de la Providence . Il
y a la dedans de l'impieté
& une flaterie fi outrée , qu'el,
le doit faire rougir , & celuy
22 MERCURE
qui encenfe , & ecluy qui reçoit
l'encens.
Qui aprés une longue patien
de tendent toujours a ſuſciter des
Ames choifies pour reprimer la
violence & protéger la juſtices
Il entend parler des deffeins
de Dieu , & comme ceux du
Prince d Orange ne tendent
qu'à s'affermir dans un Trô .
ne ufurpé , ainfi qu'à étouffer
la Religion Catholique en
Angleterre , parce qu'il craint
que fon regne ne foit troublé
par les Catholiques , l'Envoyé
du Duc de Savoye ne peut
dire ce qu'il avance , fans eftre
GALANT 253
perfuadé que les deffeins de
Dicu fone qu'on détrône les
Rois legitimes , & qu'on
ancantiſſe la Religion Catholique,
ce qui ne peut eftre,
Dieu ne voulant pas qu'on
attente fur les Qints quand
mefme ils feroient chargez
de crimes. J'ay traité cette
matiere dans mes dix Volu ,
mos des affaires du temps,
Les merveilleux commencemens
de Voftte Regne font des
prefages affurez des benedictions
que le Ciel prepare à la droit
ture de vos intentions, qui n'ont
point d'autre but que
de rendre
254 MERCURE
S
11 to premiere grandeup at de flot
vi Bans Royaume de rompre
visant
les chaînes , dont l'Europei eft
préfque accablée.!! Dürne tr
Je vous ay deja parlé des
commencemens duu regne
dus Prince Orange 3 " qui
font les pertes qu'il am faites
en Irlande , en Flandre ,
& fur Mer . Cependant on
peut dire qu'il y a quelque
chofe de merveilleux dans le
commencement de fon regne
, puifqu'il gouverne arbitrairement
une Nation qui a
voit toûjours apprehendé le
pouvoir arbitraire , qu'il l'oGALANT
255
f
blige à voir fes pertes & fa
honte fans murmurer qu'en
fecret, & qu'il luy a fait plus
donner d'argent en deux ans,
que les Rois legitimes n'en
ont cu en vingt. Voilà ce que
l'Envoyé de Savoye appelb
le rendre la premierę gran
deur au Royaume d'Angle
tetre , qu'il dit cftre florif
fant , quoyqu'il le fort beau
coup moins depuis l'ufurpa
tion du Prince d'Orange, qu'il
fouffre en fon commerce, que
fon fang fo répande de tous
coftez , & que fes Finances
paffent les Mers. Je ne dis
C

256 MERCURE
rien des benedictions du Ciel,
& de la droiture des intentions
de ce mefme Prince. Si
l'on juge des benedictions du
Ciel par l'état où le trouve
l'Angleterre , & de ladroiture
des intentions du Prince d'Orange
par les actions , on ne
trouvera pas beaucoup de verité
dans les paroles de l'Envoyé
de Savoye. Il dit que le Prince
d'Orange n'a point d'autre
but que do rompre les chaifnes,
dont toute l'Europe eft
prefque accablée. Comme
l'ufage eft de crier contre la
France fans fçavoir ce que
GALANT 257
L'on dit, il y a
apparence qu'on
veut dire que c'est elle qui
a préfque accablé l'Europe
de chaifnes , & on luy fait
beaucoup
d'honneur de publier
qu'en fe défendant contre
toute l'Europe , elle foit
encore affez puiffante pour la
mettre aux fers. Le dépit
qu'on a de n'y pouvoir mettre
cette France triomphante,
fait dire qu'elle accable l'Europe
de chaifness
afin de la
rendre odieufe , & comme fi
ce n'eftoit pas affez que deux
cens Puiffances liguées contre
une, on fait ce qu'on peut
Decemb. 1690. Y
258 MERCURE
pour en triompher par les
Ecrits les plus crvenimez, ne
pouvant la vaincre par la force
des armes .
Ce magnanime deffein digne
du Heros de noftre fiecle. Ce
difcours ne fe dément point,
& la flateriel s'y trouve par
tout outrée d'une égale force.
Ce deffein fi magnanime qu'il
marque eftre digne d'un Heros
, eft un crime déteftable,
entierement éloigné du caratere
des Heros , & quand
l'Envoyé de Savoye l'approu
ve au nom de fon Maiftre,
il fait voir que fon Maiſtre
GALANT. 259
approuve une ufurpation ,
digne d'eftre mife au premier
rang parmy les attentats
les plus criminels , puis
qu'il ne s'agiffoit pas feu
lement d'ufurper un trône ,
mais de le ravir à un Beaupere
, & à un Oncle , dont il
n'avoit nul fujet de fe plaindre
, & à qui il avoit envoyé
faire des proteftations d'une
amitié inviolable dans le
temps qu'il cabaloit pour le
detrôner, Voilà le caractere
de celuy que l'Envoyé de Savoye
appelle le Heros de nostre
Siecle, & qu'il met au deffus de
Y ij
260 MERCURE
4
tous les Potentats de l'Euro
pe. Il faut qu'il les eftime
bien pcu s'il croit le Prince .
d'Orange le plus honneſte
homme de tous ceux qui font
affis fur le Trône .
Remplit d'abord Son Alieffe
Royale d'une joye indicible.
C'eſt à dire, que le Duc de Savoye
eut une foye indicible
de voir détrôner un Roy legitime
. & Catholique par un
Prince Proteftant.
Mais il fut contraint de la
tenir refferrée dans le fecret
de fon coeur, s'il a pú la faire
éclater dans la fuite soil en a
GALANT. 16
l'obligation au nom mesme de
Vostre Majefté , qui a fair
concevoir des efperances de liberté
aprés tant d'années de fervitude.
Ces paroles & les fuivan,
tes decouvrent imprudemment
que le Duc de Savoye
n'a cu deffein que d'amufer
le Roy , par mille & mille
paroles qu'il luy a données , &
que lors qu'il affuroit Sa Majefté
au commencement de
1 Eté dernier , d'une fidelité
inviolable , il y avoit deux
ans qu'il avoit refolu de
faire le contraire , puis que
fon Envoyé dit pour luy
262 MERCURE
dans l'article que vous ve.
nez de lire , qu'il n'avoit pû
faire éclater d'abord la joye.
Le mot de d'abord explique fi
clairement les intentions , &
ecluy de refferrer marque fi
bien fes deffeins cachez , qu'il
ne faut que lire pour eftre
bien perfuadé de la verité que
l'Envoyé de Savoye a voulu
faire connoiftre au Prince
d'Orange , mais quand il fe
feroit efforcé de la cacher,
comme il a fait , pour ne la
mettre publiquement au jour,
que quand l'occafion favora
ble s'en feroir offerte, on en a
GALANT 263
eu des preuves convaincantes
depuis que la guerre
cft commencée , & l'on a
trouvé dix mille moufquets
en divers endroits de fes Etats
aufquels ce Prince faifoit
travailler fecrettement
depuis deux ans. Il en faifoit
fournir aux Vaudois qui
avoient repaffé fans armes ce
qui faifoit croire qu'elles leur
avoient cfté fournies par
Meffieurs de Geneve . Mille
chofes de cette nature qu'on
découvre tous les jours, font
voir qu'il y a long- temps que
Tous les Princes Confederez
264 MERCURE
avoient commencé à ſe liguer
contre le Roy , & qu'on doit
admirer la prudence & la con
duite avec laquelle il a fceu
detourner tant d'orages , qui
fe preparoient à éclater de
toutes parts.
Mes poroles , le Traité que
jay figné à la Haye avec le
Miniftre de voftre Majefté. On
voit par là qu'un Prince Catholique
a figné un Traité
avec un Ufurpateur Proteftant
, qui n'eft monté ſur le
Trône qu'en promettant d'élever
la Religion Proteftante
fur les ruines de la Catholi
que,
GALANT. 265
que , à quoy le Duc de Savoye
contribue en armant les
Vaudois
, en permettant
le
libre exercice du Calvinifme
dans fes Etats , & en faifant
faire des Collectes pour ceux
qui le profeffent, jufque dans
Thurin, Prodige nouveau
chez un Prince d'Italie &
dans un Etat fujet à l'Inquifition
!
Mes paroles n'expriment que
foiblement la paffion qu'a mon
Maistre de s'unir à voftre Majefté
par un attachement invio-
Table à fon fervice . Jamais
Sujet n'a parlé avec plus de
Decembre 1690. Ꮓ
266 MERCURE
foumiffion à fon Souverain ,
& jamais Duc de Savoye n'eſt
ainfi defcendu de fa grandeur
.
L'honneur , Sire , qu'il a de
vous appartenir a formé les
premiers noeuds de cette union .
Ce mot d'honneur marque un
grand abaiffement dans un
Duc de Savoye devant un Ufurpateur.
Si le Duc de Savoye
s'unit au Prince d'Orange
comme fon Parent , le Prince
d'Orange , comme Gendre &
Neveu du Roy d'Angleterre,
devoit s'unir à luy pour le
défendre contre fes Ennemis,
GALANT. 267
la
au lieu de fe joindre eux
pour l'attaquer .
Le refpect infiny qu'il a pour
vostre perfonne facrée , les a
ferrez plus étroitement ,
protection que vous luy
dez avec tant de generofité,
achevera de les rendre indiffolubles.
Le refpect infini du
accor
Duc de Savoye , pour la perfonne
facrée du Prince d'Orange
, & la protection qu'il
avoue tenir de la generofité
de ce Prince , font des termes
qui ne feront jamais reconnoiftre
la grandeur de la Maifon
de Savoye. Cependant ce
Z ij
268 MRECURE
font les fentimens de Son
Alteffe Royale , comme il eft
marqué par ces paroles , ce
font les fentimens de Son Alteffe
Royale. Je ne dis rien du refte ;
il eft de l'Envoyé qui parle
en fon nom , & qui ayant
épuifé tous les termes de fou
miffion pour les dire au nom
de fon Maiftre , n'en trouve
plus qui marquent avec affez
de refpect combien il eft luymefme
dévoué au Prince
d'Orange.
Tout ce difcours fait voir
que le Duc de Savoye s'eftant
engagé mal à propos
dans la
GALANT. 269
guerre prefente , & voyant
une partie de fes Etats perdue
, & l'autre en grand danger
de fe perdre , s'eft refolu
å donner au Prince d'Orange
des louanges exceffives , aux
dépens de fa fierté , & de la
grandeur de la Maiſon de Savoye
, pour en tirer tout le
fecours qu'il pourroit . Il fe
fert de cette voye , parce qu'il
fçait que dans la fituation où
font les affaires du Prince
d'Orange , on ne le peut flater
d'une maniere plus agreable,
qu'en faifant voir à toute la
terre qu'on le regarde comme
Z iij
270 MERCURE
un Monarque legitime.Enfin
l'Ufurpateur promet tout à
ceux qui conviennent avec
luy d'en ufer de cette forte,
afin d'êbloüir par là les Peuples
d'Angleterre , & d'affermir
fon autorité .
Ce qui a déja commencé
à fe paffer en Transilvanie
depuis que les Turcs ont repris
Belgrade , a obligé le S
de Fer de donner au public
une Carte nouvelle de cette
Principauté .Elle regarde cinq
Nations , Hongrois , Sicules ,
Saxons , Moldaves , & Valaques
, & elle eft fubdiviféc
GALANT. 271
par Quartiers . C'est la plus .
curieufe & la plus correcte
qui ait encore paru de ce Pays
là. On y trouve les diverfes
toutes que tiennent les Armées
du Prince Loüis de Bade
, & du Comte Tekali. Il
doit mettre en vente le mois
prochain fon Theatre de la
Guerre, & fes Frontieres de
France & d'Italie . Ce font
des Cartes d'une invention'
nouvelle , dont je vous entretiendray
la premiere fois.
Je vous envoye la Medaille
du Pape Alexandre VIII.
Elle n'a efté frapée que depuis
Z iiij
272 MERCURE
fon
Exaltation au
Pontificat.
Le Roy ayant donné l'Ab
baye des Ayes en
Dauphiné
à Dame
Efperance de Saint
Paul de
Preville , elle en prit
poffeffion le 21. du dernier
mois , jour de la
Prefentation
de la Vierge. Cette Abbaye
cft, de l'Ordre de
Cifteaux à
deux licües de
Grenoble , &
les Dames dont la
Communauté
eft
compofée , ne font
pas moins
confiderables
par
leur pieté que par leur naiffance.
La
nouvelle Abbeffe
dont je vous parle , eft Petire-
Niece de celle dont elle rem
"
GALANT. 273
plit la place , & elle avoit tel
lement gagné les coeurs de
toutes les Religieufes de cette
Maiſon par fa vertu & par
mille belles qualitez qui la
rendent tres- digne d'y commander
, qu'on ne peut mar
quer plus de joye qu'elles ont
fait du choix de Sa Majefté.
Le jour que fe fit la ceremonie
de fa prife de poffeffion ,
Madame Morard Prieure la
complimenta à la Grille à la
tefte de toute la Communauté,
avant qu'elle entraſt dans
le Monaftere, & enfuite M
l'Abbé Canel , deputé pour
274 MERCURE
l'inftaler , la conduifit au Cha
pitre , & la mit dans fa Chaite
Abbatiale , où elle receut les
foumiffions qui luy eftoient
deués. Le foir , tout le Monaftere
fur illuminé par les
foins des Religieufes , & le
lendemain on chanta folemnellement
une Meffe du Saint
Efprit avec concert & fimphonie
. Cette Dame eft Fille
de Meffire Jean Baptifte de
Girard de Saint Paul , & elle
a deux Freres dans le fervice ,
l'un Lieutenant aux Gardes ,"
& l'autre Capitaine dans le
Regiment d'Humieres . JeanGALANT.
275
de Saint Paul , leur Trifayeul
eftoit Capitaine d'une Compagnie
d'Ordonnance
, & fut
emporté d'un coup de Canon .
Leur Bifayeul, nommé Balthazar
, fut Colonel d'un Regiment
, Gouverneur de Mezicres
, & de Charleville , & Marechal
de Bataille . Il fut tué
devant Thionville aprés avoir
fait tout ce qu'on pouvoit
attendre d'un vaillant homme
fans avoir voulu recevoir
le quartier que luy offroit
Picolomini , General de
l'Armée ennemic . François
de Saint Paul leur Aycul , Co276
MERCURE
lonel du Regiment de fon
Pere , & Marechal de Camp ,
receut au Siege de Rofe vingtcinq
coups de Piques ou d'autres
Armes , en montant
l'affaut à la tefte de fon Re- :
giment , & ne pouvant plus
fe tenir debout à caufe de fes
bleffures , il combatit à genoux
l'épée à la main juſqu'à
fon dernier foupir. Ce que je
vous dis fait un affez bel éloge
pour ceux de cette Famille
, & quand les faits parlent ,
on n'a pas befoin d'y rien ajoûter
.
M ' de Chamilly , Fils de feu
GALANT. 277
M² de Chamilly, qui s'eftoit
acquis une fi haute reputation
dans le monde , & que
Monfieur le Prince regardoit
comme un des plus habiles
dans le métier de la guerre ,
vient d'époufer Mademoifelle
Poncet. Elle eft Fille de
Mr Poncet , Prefident au
Grand Confeil , Fils de M
Poncet , Confeiller d'Eftat ,
illuftre par beaucoup d'actions
de juftice , qui luy one
fait meriter une eftime generale
, & parent de M ' le Chancelier
Seguier . Mademoiſelle
Poncer à tout ce qu'il faut
278 MERCURE
pour plaire , & M ' de Chamilly
marche fur les pas
S
Ms fon Pere .
de
On vient de conclurre un
autre mariage, qui fait voir ce
que peut l'amour perfeverant,
& la bonté paternelle . Le Roy
en a fceu bon gré à toutes les
parties , & toute la Cour en
a témoigné une extrême joye .
Ce mariage eft celuy de Mile
Marquis de Villequier, Fils de
M' le Duc d'Aumont , avec
Mademoiſelle de Pienne . On
ne peut dire
trop de bien de
l'un & de l'autre. J'ay parlé de
ce qui les regarde dans ma derGALANT
279
niere Relation du Carroufel ,
M' Torf , Gentilhomme
Ordinaire de la Maifon du
Roy , & originaire de Valaquie
, eft mort au commencement
de ce mois . Il avoit
cfté élevé Page de feu M ' le
Maréchal de Caftelnau , puis
s'eftant mis dans la Cavalerie
, il eftoit devenu Capitaire
dans le Regiment de
Crequi . Il a efté enfuite Exempt
des Gardes du Corps,
& enfin Gentilhomme Ordinaire.
Cette Charge ayant
vaqué par fa mort , elle a efté
donnée à Mr Racine , Trefo280
MERCURE
la
rier deFrance , celebre par tane
d'excellens Ouvrages que le
Public a vûs de luy, & par
fameufe Hiftoire qu'il referve
pour la pofterité . Il eſt inutile
de rien dire d'un homme
fi connu , dont les louanges
font dans la bouche de tout
le monde, & qui au ſentiment
des plus critiques , eft digne
de fa réputation.Beaucoup en
ont qui ont fait peu de choſe
pour la meriter , & d'autres
en manquent qui feroient
dignes d'une plus heureuſe
deftinée . Tous les gens de
Lettres doivent cftre rayis du
GALANT 281
prefent qui vient d'eftre fait à
Mr Racine , puis que l'honneur
en rejallit en quelque
forte fur eux.
Meffire Antoine de Charry
, Comte des Gouttes, Seigneur
de Maifon- fort , & Capitaine
d'un Vaiffeau du Roy ,
mourur à Toulon fur la fin
d'Octobre . Il eftoit d'une ancienne
Maifon de Bourbonnois
, & l'un de ceux , qui
pafferent le Détroit avec M
le Comte de Chasteaurenaud
à la veuë de vingt & un Vaiffeaux
ennemis , qui n'oferent
attaquer , quoy qu'ils ne
Decembre 1690.
A a
les
282 MERCURE
fuffent que cinq . Ils alloient
joindre l'Armée Navale , &
fe trouverent au Combat
qui fur gagné , contre les
Anglois & Hollandois joints
enfemble. Le feu Commandeur
des Gouttes , Capitaino
auffi d'un Vaiffeau du Roy ,
qui mourut de maladie au
mois de Decembre 1688 .
dans le Chasteau de Moulins,
cftoit fon Frere . Il laiffe trois
Garçons de Dame Silvic.
Guillaud de la Morte fa Femme,
qu'il avoit épousée en
1681. Elle cft Fille de feu M.
Charles Guillaud de la Mot
·
GALANT 283
te , Capitaine du Chateau de
Moulins , Baron de Boucé ,
grand Bailly de Caffel , Co-

Ionel du Regiment d'Anguien
& Lieutenant general
des Armées de Sa Majefté ,
mort en Catalogne en 1684.
La Terre des Gouttes a efté
portée dans la Maiſon . de
Charry par Dame Claude
des Gouttes, mariée à Meffire .
Jacques de Charry , Seigneur .
de Maiſon- fort , Aycul du .
Comte des Gouttes qui vient
de mourir. Elle eftoit Sour
du Commandeur des Gout .
tes Grand Prieur d'Auver.
A a ij
284 MERCURE
gne , & feul Lieutenant ge
neral de l'Armée Navale de
Sa Majefté , qui mourut en
1649 .
*
Le 12. de ce mois, Meffire
François de Choiſeul Marquis
de Praflain , mourut à Praflain
en Champagne , âgé de foi I
xante & dix- huit ans . Il eftoita
Lieutenant de Roy en Champagne,
Gouverneur de Troyes,
& Maréchal des Camps &
Armées de Sa Majesté. La
Maifon de Choifeul tresnoble
& tres ancienne , vient
de Raynier I. du Nom , S de
Choifcul, qui vivoit en 1960, à
1
GALANTM 285
& dont le nom s'eft confervé
en plufieurs chartes. Nicolas
de
Choifeul fieur de Pralain,
connu fous les Regnes de
Louis XII. & de François I.
laiffa Ferry de Choiſeul I. du
nom , fieur de Pralain & du
Pleffy, Chevalier de l'Ordre
du Roy , qui mourut d'une
bleffure à la bataille de Jarnac
en 1569. Il eut d'Anne de Bethune
, Vicomteffe de Chavignon
, Charles de Choifeul
Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy', Capitaine
des Gardes de Henry
IV & Gouverneur de Xain286
MERCURE
tonge & du Pays d'Aunix; &
Ferry de Choiteul I I. du
nom , Charles de Choifeul ,
Maréchal de France , époufa
en 1591. Claude de Cazillac ,
& en eut François de Choi
feul , dont je vous apprens la
mort. Ferry II du nom fit
l'autre branche de cette Maifon
, & ayant époufé Magdeleine
Barthelemy
, il en cut
quatre Fils & trois Filles . Cefar
Duc de Choiseul , Pair &
Maréchal de France , Comte
du Pleffy Praflain , fut l'aifné
des Fils. Il eftoit Chevalier
des Ordres du Roy , Sur- InGALANT.
287
tendant de la Maifon , & Premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , &
mourut le 23. Decembre 1675.
Alexandre de Choifeul , Comte
du Pleffy fon Fils , receu en
furvivance de la Charge de
Premier Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , fut
tué d'un coup de canon en
1672. à la priſe d'Arnhem
laiffant de Marie de Bellenave
qu'il avoit épousée en 1659.
Cefar Augufte de Choifcul ,
tué au Siege de Luxembourg.
Les Dames font aujour
>
288 MERCURE
d'huy capables de tout , & fi
la delicateffe de leur cfprit
leur fait produire fans peine
des Ouvrages tendres & galans
, Mademoiſelle Bernard
vient de faire voir qu'elles
fçavent pouffer avec force les.
fentimens heroïques , & foutenir
noblement le caractere
Romain . C'eſt elle qui a fait
la Tragedie de Brutus , dont
les reprefentations attirent de
fi grandes Affemblées . Il y a
deux ans qu'elle fit jouer une
autre Piece appellée Laodamie,
qui couta des larmes à
tous les coeurs tendres . Elle
écrit
GALANT 289
écrit en Profe avec la mefme
juſteſſe qu'elle fait en Vers, &
il n'y a rien de mieux penfé
que les deux Nouvelles qu'
elle a données au Publie, l'une
fous le titre d'Eleonor d'Furée ,
& l'autre fous celuy du Comte
d'Amboise.
Vous avez veu la premiere
partie des Satyres de Juvenal,
trduites en Vers par Mr le
Prefident de Silvecave . La feconde
fe doit debiter au
commencement du mois prochain
, avec les mefmes Remarques,
dont vous avez efté
fi contente. Elles font tres-
· Decembre 1690 Bb
290 MERCURE
curieufes, & donnent l'intelli
gence de beaucoup de chofes,
dont l'ufage eftoit commun
chez les Anciens. Ce Livre
fe trouve chez le ficur Pepie ,
à l'Image S. Bafile , & chez
le S ' Guerout , Galerie- neuve,
du Palais
,phon
Vous avertirez , s'il vous
plaiſt , ceux de vos Amis que
vous fçaurez qui travaillerone
fur les Sujets propofez par
l'Academic Françoiſe
, pour
les prix qu'elle doit diftribuer
le 25. d'Aouft de l'année
prochaine
, que je me fuis trompé
en vous mandant , qu'il
GALANT 291
falloit que leurs Ouvrages
fuffent envoyez avant le premier
jour de May. Il fuffic
qu'ils foient receus dans la fin
de ce mefme mois de May,
c'eſt- à- dire , avant le premier
jour de Juin.
Je vous envoye une Lettre
fur les Affaires du Temps .
Elle eft digne d'éftre veuë
& merite les reflexions que
Vous y ferez.
B bij
292 MERCURE
LETTRE
Du S Vander - Boden , au
-S Embrux, à Hambourg.
el dom smler $2
Velque que chofe que vous
me puiffe reprefenter
,
monin cher Amy , fur le peu de
fatisfaction
que j'auray à me
retirer à Hambourg
, où la ruine
entiere du Commerce ne laiffe
entendre
que des plaintes
& des
gemiffemens
du malheureux
état
où chacun
fe trouvependant
cette
cruelle
guerre
, j'aime
encore
mieux m'expofer
à tout ce qui
pus paroist
le plus facheux
;
GALANT 293
que d'eftre icy le témoin oculaire
de l'extravagance
de ceux qui
gouvernent nos principales Villes
, & que je vois non feulement
courir aveuglement
à l'esclavage
, mais y entraifner encore tous
leurs Compatriotes
, avec autant
de fureur & d'emportements
que
ceux qui les ont précedez depuis
l'établiffement
de laRepublique
,
ont fait paroiftre de courage e
de fermeté , tart à procurer la
liberré des Provinces , qu'à la
maintenir contre les attentats de
ceux qui ont voulu ufurper fur
elle une domination
abfolue . Je
vous avoue que je ne puis voir
Bb iij
294 MERCURE
d'un ail fec & d'un eſprit tranquille
, ces grands
paratif:
15
ces dépenses exceffives , qui vont
achever d'épuifer noftre Etat ,
pour recevoir un Prince qui ne
vient chez nous , que pour nous
mettre les fers aux pieds & aux
mains ; car enfin quoy que le
pretexte de fa venuefoit d'exciter
ceux de nos Alliez que les
mauvais fuccés de la Campagne
derniere pourroient porter à la
Paix, à continuer une guerre
qui caufe la ruine de toute l'Europe
& qui ne peut jamais.
estre avantageuſe à noftre Patrie
. Neanmoins , fi jen dois
GALANT
295
croire ce qui m'a efté dit confidemment
de fes deffeins , par un
de ceux qui font les plus dévouez
à fes interefts , nous le verrons
bien tost employer toute forte de
moyens pour faire changer fa
qualité de Stathouder en celle de
Comte de Hollande , & joindre
nos Provinces à la Couronne
d'Angleterre. Il est vray que
pour nous confoler , on nous fait
entendre que nos Deputez en
Brabant doivent faire un Traité
avec le Gouverneur des Pays-
Bas , qui nous donnera des poftes
confiderables fur l'Efcant , &
que nostre Prince n'aura pas de
Bb iiij
296 MERCURE
peine à fe rendre maistre , dans
peu de temps , des principales
Villes du Roy Catholique , dont il
a d'autant plus de raifon de s'affurer,
qu'elles ont , à ce qu'on
nous dit, un grand panchant à
fe révolter , & à prendrele parti
des François , voyant bien qu'-
elles n'ont plus d'autre moyen de
conferver leur Religion,
biens , que de fecouer le joug des
Espagnols & de fe mettre fous
la protection de la France , qui
traite fort benignement toutes
les Villes qu'elle a conquifes.
Mais de quelle utilité nous pour
ra eftre le meilleur fuccés de co
leurs
GALANT: 297
{4
projet ne tend- il pås plûtoft
à la ruine de noftre liberté& de
noftre commerce , que
bieni
l'on voit
que ce Prince veut tranf
porter en Angleterre , aprés nous
avoir ôté toutes nos forces &
tout noftre argent ? En un mot
mon cher Amy , je fuis né Republicain
, ne puis vivrefous
une domination arbitraire, &
ufurpée par violence. Ainfi, puis
que la Republique n'a plus la
force de fe foutenir , je ne veux
pas eftre accablé fous fes ruines
je pars dans ce moment pour
aller vous trouver.
A Amfterdam le 20 , Novembre 1690 .
298 MERCURE
Il n'y a rien dans cette Letfre
touchant l'ambition du
Prince d'Orange qui ne puiffe
devenir veritable , & s'il ne
l'execute pas , c'eſt que l'heure
ne fera pas encore venue. Il
protefte pour cacher ſes deffeins
qu'il n'en veut point à
la Hollande . Ses Manifeftes
tenoient le mefme langage
lors qu'il a paffé en Angle
terre ; ainfi on ne luy fèra
pas grand fort quand on foup
çonnera fon ambition de ne
laiffer échaper que ce qu'il ne
peut prendre. Je veux croire
qu'il laiffera encore cette anGALANT
299
née la Hollande en repos . Il
luy fuffit que les guerres l'affoibliffent
, & qu'elles épui
fent fes Finances. Il luy fera.
plus aifé enfuite d'executer.
Les projets. Il va toujours par
provifion mettre des Troupes
dans les Places qui ne répondront
qu'à luy , fortifier:
les efprits de ceux qui balancent
à prendre fon party
raffurer fes Amis qui trahif
fent leur Patric , & en faire
de nouveaux . Il prend fes
mefures de loin , & s'il s'cft
rendu maiſtre de
l'Angleterre
dont il devoit moins pene- 4
300 MERCURE
trer l'interieur que celuy de
la Hollande , il y a lieu de
croire que la Hollande , dont
il connoift mieux la politique,
les forces , & le fond
des efprits , ne luy échapera
pas , & qu'aprés qu'il aura
fait placer fes Creatures dans
toutes les premieres Charges,
il n'aura pas de peine à fe
faire reconnoiftre Souverain
par ceux qui tiendront tout
de luy
Je vous tiens parole , &
vous envoye un détail de ce
qui s'eft paffé à l'Armée d'I
talie , depuis le dernier Octo
GALANT. 301
bre jufques au 18. du mois
paffé. Vous le trouverez nonveau
, puis qu'il n'en a point
paru dans les Nouvelles pu
bliques dia on syovn?
Lo vingt- feptiéme Octo
bre l'Armée de M de Ca
tinat decampa de Raconis
pour venir à Lanufque , & le
lendemain elle marcha pour
paffer le Pô . Il y avoit cin
quanto neuf jours qu'elle
eftoit campée à Raconis , &
celle de M de Savoye à Moncallier
, fans qu'elle en cuſt
fait aucun mouvement
, quoy
quelle euſt receu 6000 hom702
MERCURE
mes de renfort de Troupes
Allemandes , & qui ne luy
ont fervi qu'à manger davan
tage fon pays , puiſque M
de Savoye ne s'elt oppofé à
aucune des entreprifes que
M de Carinat a faites , &
qu'il a eu le chagrin de voir
bruler Cerifoles , Auterive
& plufieurs autres endroits
où il avoit envoyé les ordres
pour y faire retrancher des
payfans qu'il croyoit par là
garantir de contribution.
L'Armée de Mr de Catinat
marcha fur deux colomnes, &
arriva d'affez bonne heure à
GALANT . 303
gros Enncuye, qui eſt un affez
village , où il y avoit nombre
de payfans retranchez . Illes
fit attaquer , & les força fans
perdre que deux Grenadiers .
Quelques uns des Payfans furent
tuez , & l'on brula le
Village . Le lendemain premierNovembre
,l'Armée continua
fa marche pour venir à
Grozillane » & M ' de Catinat
marcha pour atraquer Barge ,
petite Ville dans les Montagnes
où ils où il y avoit 2000 .
hommes
de troupes commandées
par le Colonel Locher
Mile Marquis du
304 MERCURE
Pleffis Belliere commandoit.
Il avoit huit Compagnies de
Grenadiers & 1500. hommes
de pied fous les ordres de M
de Pompone. Des detachemens
des Dragons de l'Ar
mée & les Regimens de Gra
mont & de Catinat eftoient
pour foutenir. M ' de Catinar
à leur tefte , & M² du Pleis
devoient faire attaquer Barge
par trois endroits auffi toft
qu'il auroit cfté reconnu par
M' Lapara l'un des Ingenieurs
de l'Armée , ce qui fut exc
cuté avec tant de vigueur
qu'on força tout ce qu'on
C
GALANT 305
4
Ils
trouva d'ennemis retranchez
dans tous les poftes des environs
de cettel Place.
forent houreux de ce qu'ils
purent gagner les Montagnes,
car one les pourfuivit pefle
melle dans laVille qu'on brula
entierement, parce qu'elle fervoit
d'azile aux Barbets. Le
Baron de Loupian y fut tué
avec quelques Grenadiers &
Dragons. Le jour fuivant,
1'Armée marcha à la Mirandole
& on alla bruler Bi
biane & Luzerne . Pendant
toutes ces expeditions l'Ar
mée de Made Savoye eftoit
Decembre 1690. Cc
306 MERCURE
tranquille aux environs de
Turin & comproit que M²
de Catinar alloit remener fon
Armée en quartier. Il eft vray
qu'il fit defiler toute la Cavalerie
& fes Dragons du cô
té du Dauphiné , & negarda
que les Bataillons de Trous
pes de Campagne avec le Re
giment de Bourgogne
com
mandé par M Daligny qui
le deftina pour aider à la marg
che du canon qu'il fic partir
de Pignerol le 3. Novembre
pour aller à Chaumontes
ce
qui donna lieu de croire à
Mr de Savoye que l'on pour
GALANT. 307
roit bien faire le fiege de Suze,
& parce que le Marquis de
Larré affembloit un corps
d'Infanterie à Briançon , cela
fut caufe que M' de Savoye fit
faire chemens au Pas
de Suze , & au Pas de l'Afnes
& mit du monde au Fort de
Gellas. Tous ces Poftes luy
parurent impenetrables, mais
Mb de Catinat avec les Brigades
de du Pleffis Belliere ,
Grancé & Robecq , decampa
des environs de Pignerol le
6. & arriva à Feneftrelle . La
lendemain il en partit & etant
venu au village du Scau
Ccij
308 MERCURE
-
il y laiffa toutes ces brigades,
& ne mena avec luy qu'un
détachement de Jarzé, com
mandé par le Colonel & les
Grenadiers de l'Armée. Il
monta à pied toute la journée
à la tefte de fes Troupes depuis
ce village , & arriva à ce
luy de Barbouts, qui eſt à une
demy-lieue du Col de la Feneftre
, où les ennemis eftoient
retranchez . M de Catinat
alla les reconnoiftre, accompagné
de M¹ le Prince de Turenne
& de Mr de Liancourt .
Il fit gagner les hauteurs par
M le Marquis de Jarzé qui
GALANT
309
y coucha dans la neige juf
qu'à la ceinture. Le 9. au matin,
les Brigades de du Pleſſis,
Grancé & Robec fe mirent
en marche , & aprés avoir
grimpé fix heures , elles arriverent
au Col de la Feneftre
que les ennemis abandonnerent
pour aller renforcer
le Col du Colet, qui eft à une
lieuë de Suze . M. de Catinat
fit defiler l'Infanterie , & à
la veuë du Col du Coletil s'aperceut
que les ennemis vouloient
occuper leshauteurs qui
aboutiffent au Pas de Suze . Il
détacha encore le Marquis de
210 MERCURE
Jarzé pour aller fe pofter fur
ces hauteurs , ce qu'il execu
ta parfaitement bien , & on
arriva au Col du Colet où les
ennemis eftoient affez bien re
tranchez . M de Catinat less
fit attaquer par les Compa
gnies de Grenadiers qu'il avoit
avec luy . Les ennemis ne
firent que tres- peu de refi- s
ftance , & abandonnerent cen
poftea On fit défiler toute l
I'Infanterie par ce Col , & àp
la nuit on arriva à la portée
du canon de Suze. Ccamef
me foir Mt de Larré arriva ab
Gellas & difpofa toute la
GALANT M3115
nuit fes Troupes pour forcer
celles qui gardoient le Pas de
Suze ; mais comme les feux
que l'Armée de Mr de Cati
nat faifoit, firent connoiftres
aux ennemis qu'il eftoit arrivé
devant Suze , & qu'il net
manqueroit pas de les couper
en forçant le Pas de l'Afne, ils
abandonnerent le retranchement
du Pas de Suze & len
Foro Gellas , & Mide Catinat
qui marcha au Pas de l'Afne
le trouva auffi abandonné.
Toutes les Troupes de M
de Savoye pafferent au travers
de Suze, & rejoignirent
312 MERCURE
fon armée qui eftoit à une
lieuë & demie de là. On
ne fongea qu'à commencer
Pattaque de la Citadelle ,
où les Habitans s'eftanti
veus abandonnez apporte
rent les clefs à Mr de Catinat.
Il denna fes ordres pour
y prendre les poftes neceffaires
, & y mit Male Mar
quis du Pleffis Belliere pour
commander. Ce Marquis eft
remply d'activité , & d'intelligence
. Le 10. Novembre
on prit des poftes aux endroits
les plus voifins de la
Citadelle . Les Ennemis faifoient
GALANT.
313
foient de là grand feu de Canon.
M de Catinat qui vouloit
preffer l'attaque de la
Place , & ne pas donner le
temps au Comte de Lofze qui
y commandoit , de fe reconnoiftre
, ordonna à M" Lapara
, Ingenieur , de la reconnoiftre
afin d'ouvrir la Tranchée.
Il le fit , & trouva qu'on
n'y pouvoit faire d'attaques
que par une tefte où il n'y
avoit que du Roc , & quelques
cavains. On ouvrit la
Tranchée le 11. Ce fut le Regiment
de Sault avec quantité
de facs à terre & de ga
Decemb. 1690 . Dd
314 MERCURE
bions , & nonobftant l'ingratitude
du terrain on ne
Taiffa pas d'approcher les Ennemis
de cinquante pas . Ils
firent grand feu de Canon &
de Moufqueterie , & tuerent
un Capitaine du Regiment de
Jarzé , nommé du Chaunoy ,
& un Lieutenant qui fut extremement
regreté . M' de
Catinat vifitoit les approches
avec Mrs de Turenne & de
Liancourt, dans le temps que
cct Officier fut tué . Le lendemain,
on travailla à grimper
deux pieces de Canon fur
un rocher , & on les y mit en
GALANT. 315
batterie. Elles tirerent l'apréf
dînée pour rompre un pont
qui venoit à une petite demy-
Lune qui couvroit la porte.
On travailla fort utilement
la nuit fuivante , & l'on s'établit
en bien des endroits tout
prés de la demy Lune . Au
point du jour , les Ennemis
jetterent nombre de Grenades
, dont l'une mit le feu à
leurs propres poudres , ce qui
leur caufa un grand defordre.
Il y cut vingt hommes brûlez
, & un de leurs meilleurs
Officiers bleffé . Noftre Canon
commença à tirer , & à
Dd ij
316 MERCURE
faire quelque degaft dans la
Place. On fe difpofoit à attaquer
la nuit la demy- Lune ,
& à fe loger dans tous les cavains
& toutes les roches qui
tenoient au plus prés de la
Place , pour y attacher des
Mineurs ; mais fur le foir du
13. le Comte de Lofze fit battre
la chamade , & demanda
à parlementer. On donna
deux Oftages de part & d'autre
, & M' de Catinat envoya
dans la Place M Lapara qui
eftoit de jour aux attaques.
Aprés plufieurs allées & venuës
, caufées par le Comte
GALANT. 317
de Lofze qui vouloit avoir
des nouvelles de M' de Savoye
, la capitulation fut ſignée
à minuit , & apportée
par M' Lapara àM ' de Catinat
pour la ratifier. Le Comte de
Lofze & fa Garnifon fortirent
le lendemain 14. avec armes
& bagages , tambour battant,
méche allumée , trois pieces
de Canon de fonte , & la moitié
de leurs munitions de
guerre. Cette Garniſon eftoit
de quatre cens cinquante
hommes. On la conduifit à
l'Armée de Mr de Savoye ,
qui fut témoin de la redu
Dd iij
318 MERCURE
tion de cette importante
Place , puis qu'il n'en eftoit
qu'à une lieuë & demie . M¹ le
Prince de Turenne , & Me de
Liancourt fe diftinguerent
dans tous les endroits , car on
auroit peine àconcevoir quelles
montagnes il a fallu paffer
pour arriver devant Suze , &
avec combien de difficultez
on en eft venu à bout. La valeur
& l'intrepidité que les
Troupes du Roy on fait ра-
roiftre font des chofes incroyables
. Mr le Comte de
Robec , M le Comte de Grancé
, & M du Pleffis Belliere
GALANT. 319
s'y font extremement diftinguez.
M le Marquis de Jarzé
y a fait des merveilles , &
tous les Colonels d'Infanterie
y ont acquis beaucoup de
gloire. On n'a perdu que
tres peu de monde dans toutes
ces expeditions. Cette
Place en devoit bien coûter
davantage , elle eft tres bon
ne , & facilitera l'entrée en
Piedmont . Mr de Crey y a
commandé l'Artilleric toute
campagne , & s'eft diftingué
par tout , auffi bien que
M d'Arenne Major general;
mais il cft malaifé de mal-
Dd iiij
la
320 MERCURE
faire quand on eft conduit
par Mr de Catinat . M ' de
Corerne, fon Ayde de Camp,
& Mr de Granville fe font
auffi diftinguez . M ' de Bouchu
Me des Requeftes & Intendant
de l'Armée a donné
tous fes foins aux Bleffez ,tant
en Savoye qu'à l'Armée, dans
les Montagnes & à tous les
Cols ou l'on a forcé les cancmis.
Toutes les troupes ont
été fort contentes de fes foins .
M de Feuquieres eſtant
party le 6. de ce mois de Pignerol
, entra dans Luzerne
Le lendemain au point du
GALANT. 321
jour , & furprit environ deux
cens Barbets du Regiment de
Loches , dont la plufpart furent
paffez au fil de l'épée .
On prit tous les équipages de
ce Regiment , & les Dragons
qui ont fait cette expedition
fe font tous enrichis. M' de
Feuquieres envoya en mefme
temps quatre Compagnies de
Grenadiers pour enlever un
autre pofte dans lequel on l'avoit
affuré qu'il y avoit trois
Compagnies , mais il ne s'y
trouva que tres peu de monde
, & ce pofte fut enlevé.
Sur les deux heures aprés
322 MERCURE
midy du mefme jour, on vint
dire à M de Feuquieres qu'il
paroiffoit à la portée du canon
un gros corps de Troupes
ennemies. Il ne put raffembler
que foixante Dragons,
les chevaux des autres
cftant trop fatiguez à cauſe.
de la coutfe qu'ils avoient
faire. Il fortit avec ce petit
nombre , & trouva que c'é
toient deux mile Chevaux , &
deux mille hommes d'Infanterie
qui foutenoient un gros
Fourage. Il prit neanmoins fi
bien fon temps , que lors qu'-
ils fe retirerent, il leur enfonça
GALANT. 323
trois troupes l'une aprés l'autre
, leur fit quitter une gran
de quantité de Boeufs qu'ils
avoient pris , leur tua plus de
trente hommes , & en prit
vingt- cinq qui eftoient fort
bien montez , fans qu'il luy
en ait couté que fon cheval
qui eut un coup de moufquer
dans le ventre.
Ceux qui ont trouvé le mot
de l'Enigme du dernier mois ,
qui eftoit le Coq d'un Clocher,
font Ms Dupont Corbet
d'Avranches ; Thomas Maî
tre de penſion au Faux - bourg
S, Antoine Gillet , M A324
MERCURE
:
,
potiquaire à Moulins ; Lan
glois Avocat M. River de
Teoferet de la rue Bardubec
; Benoist Girardot dit la
Villette , de la rue de la
vicille Monnoye ; Antoine
Richer rüe S. Martin : Jean
Noël de la mefme rue &
Louis Thiriet : Ydrenreb de
la rue de Mouffi ; Claude
Richard de Compiegne
;
Louis Capperón S du Pleffis
; Thieux Jean Michel le
Vert Avignonnois , de la rue
Quainquempoix , Charles le
Jeune du Cloiftre S. Benoift;
Jean Craffous dit grande Fi
GALANT. 325
gure ; C. Hutuge d'Orleans ;
Dra, rue de la grande Fripe-.
rie ; René Lorilat aux deux
pots ; Claude de la Beaume
Ecuyer chez Mr l'Abbé de
Fourille ; Tiby de la mefme
Maifon ; Corteret de Villiers
Commis aux Aydes ; Lompré
& Mademoiſelle Guichard
; l'Amant inconnu de
la plus aimable Mademoifelle
Vaugere de Blois ; le bel
Amant heureux de la rue de
le Harpe ; le beau Cavalier
& fa belle Dame de la rue
du Renard ; l'Endimion de la
jeune Diane l'Amant indi326
MERCURE
1
fcret de la rue des Maturins :
le Pere de la belle Famille de
la rue de la Draperie : le Pere
& l'Illuftre Fille d'Angers :
l'homme fort du Pré S. Gervais
le Galant Papa des
Hayes : l'Amant couroucé
prés des Cordeliers : le Berfecret
de la rue S .. Louis :
le Moins heureux en effet
qu'en imagination ; l'Amant
en fecret de la rue Geoffroylafnier
le Voifin de l'aimable
couple de Soeurs de la
rue S Julien des Menestriers:
le Courtifan difgracié de la
belle Defpont rue des Marger
GALANT . 327
1
moufets : l'Epoux futur de
F'aimable Brune de la Ráquette
; le Brailleur de l'Ifle
noftre Dame : de la Lande de
Roüen: Vaudelle de la rue S.
Martin , & la Charmante
Niece de la rue de Seine le
Favori reconcilié de la belle
Manon de la rue des Blancs-
:
manteaux le Galant & fpi
rituel Abbé de Monfort Lamaury
: le temperé Alcidon
du mefme licu : l'Aimable
& fage Druide de la Ville de
Houdan , & le Chevalier
Celefte fon Frere. Mefde .
moifelles des Chapelles Hi328
MERCURE
l'Aimable C. P. de bert :
Courlon : l'Aimable Couple
de Soeurs de la rue S. Julien
des Meneftriers : l'Aimable
Reveufe de la Ville d'Eu :
l'Aimable Demoiselle Drevoies
rue de la Truanderie ;
l'Aimable Fleur du Pré de l'a
rue de Buffi : la Cruelle au Piquet
de la place de Sorbonne
, & le complaifant Allemant
: là charmante Mayon
Penfionnaire de la Vifitation
de Compiegne : la Charman
te Louife Favé de la rue S.
Martin : la charmante & tou
te aimable Jeanne Savin
A
&
GALANT. 329
Pincomparable Louiſe Bliette
l'Agreable Michel Hajet
de la rue aux Ours : l'Incom
parable Marguerite Geoffienne
la Belle Mariane de la
A
Place Dauphine la Charmante
Brune des trois Rois
de Compiegne , la Spirituelle
yeuve Savin de la rue S. Martin
: la Gentille Cornille du
Coq S. Mederic , l'Indifferente
Demoiſelle des Champs
de Corbeille Charmant petit
couple de la rue des Carmes
de Caën Marion la Raviffante
de la rue des Quais ;
& le beau petit Ange de la
:
Decemb. 1690 . E c
330 MERCURE
:
rue des Segrais de la mefme
Ville la Brune conftante de
la rue de Grenelle la Precieufe
des Balances de la rue S.
Denis : l'Autrice de feize ans
du Mont- Veftalin : la petite
Commere de la rue Comteffe
d'Artois ; la groffe Tante
de la rue des Lions ; la
Groffe de la rue de la Draperie
& Madame de la Cou
que du mefme lieu .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , qui ne vous donnera
que la peine de bien calculer
pour en découvrir le
fens.
GALANT. 331
$2525552 :222252255
ENIGME.
Vi que tu fois qui crois calculer
bien ,
J'entreprens aujourd'huy de te faire
la nique ,
Est'apprendre une Arithmetique,
Où le Diable ne connoift rien.
2
Sans rien ajoûter ny rabattre,
Quatre fois trois font vingt, comme
quinze font fix ;
De mefme trente -fept font dix;
Cependant tout ne fait que quatre.
Vous devez eftre contente
de l'Air nouveau dont
Ecij
332 MERCURE
Vous allez lire les paroles
puis qu'il eft de la failon ,
AIR NOUVEAU
A.Α
Ffreux Hyver , tu bannis de
ces lieux
L'émail des fleurs & l'aimable
verdure >
Tu viens dépouiller la Nature
De fes ornemens précieux.
Mais c'est un changement qui ne
Sçauroit me nuire ,
Puis
que
le teint de ma Philis
Fait voir des Rofes & des Lis
Que ta rigueur ne peut dêtruire.
Tous les preparatifs pour
la reception du Prince d'Orange
en Hollande devoient
333
le ce
mbade
ce
ur les
bligé
de fes
r les
I l'on
igues
tours
&
: ammandant
gent
efts ,
tous
332
I
Vous a
puis qu
ΑΠ
Aff
L'émail
Tu vie
De fes
Mais c'eft
Sca
Puis q
Fait v
Que
th
Tous
la recept
range en
GALANT.
333
eftre achevez le 28. de ce
mois. On a efté fort embaraffé
de quelles actions de ce
Prince on fe ferviroit pour les
Peintures , & on a cfté obligé
d'avoir recours à celles de fes
Anceftres pour remplir les
Arcs de Triomphe. Si l'on
avoit pu prendre les intrigues
fecrettes , tous les detours
d'une politique perfide , &
tous les replis d'un coeur ambitieux
, on n'auroit pas manqué
de matiere . Pendant
qu'on depenfe de l'argent
pour travailler à ces apprefts ,
les François en tirent de tous
334 MERCURE
les Etats qui appartiennent
au Roy d'Espagne dans les
Pays- Bas, & tandis qu'on prepare
des feux de joye , les
François , felon l'ufage de la
Guerre , en allument d'aurres
par tout où l'on refufe de
payer des contributions , &
le bruit de leurs executions
militaires
retentit jufque
dans la Haye . Les Moulins de
Mons ont efté brulez par
Mr le Marquis de Crequi audelà
de la Hraifne , & ceux
d'en deçà par M¹ de Precontal.
M le Marquis de Villars,
s'eft avancé jufques à Lom-
{
GALANT. 335
bec , & a fait piller beaucoup
de Villages & mettre le feu à
plufieurs maifons de ceux qui
font fituez entre Bonbec &
Hall Un des grands Fauxbourgs
de Louvain a cfté brulé
par M de Bouflers avec
plufieurs Villages à droite, &
à gauche , & M de Ximenes
en a brulé quantité d'autres
vers Bruxelle , ce qui a caufé
tant de frayeur que de toutes
parts on a apporré de l'argent
, ou envoyé des Otages,
& qu'on eft venu trouver M
de Bouflers pour convenir
avec luy , des crontributions
336 MERCURE
3
par tout le Brabant . Les Etats
de Namur ont auffi envoyé
des Orages , pour ce qui eft
dû par les Villages de leur
dépendance. Je n'entre point
dans le détail particulier
de
toutes ces executions , & je
ne vous en parle que pour
faire voir qu'on a peu de fujet
de fe réjouir à la Haye ,
puis que les Alliez ne peuvent
eftre fi vivement repouffez
par tout par les François,
fans que la Hollande
, qui
paye la plus grande partie
des frais de cette guerre , fe
reffente de tous ces mauvais
fuccés.
GALANT. 337
fuccés . En effet elle fe voit
fur le point de perdre le peu
de liberté qui luy refte. C'eſt
pour entretenir la guerre qui
l'affoiblira peu à peu , que le
Prince d'Orange doit conferer
à la Haye avec les Alliez
ou leurs Plenipotentieres . Ils
vont tous travailler pour luy,
& contre cette Republique
ainfi que contre eux mefmes.
Ce Prince all'art de perfuader,
& les plus obftinez ſe rendront
à fes raifons , quand ils
les verront appuyées de l'argent
d'Angleterre . Ils ne regarderont
que le comptant, &
Decembre
1690. Ff
338 MERCURE
le prefenc fans faire reflexion
fur les fuites , & fans fonger
que pour avoir un peu d'argent,
ils trouveront à la fin de
la Campagne leurs Troupes,
ruinées , leurs pays defolez,
& les Turcs rétablis dans
les Places qui ont tant couté
de fang à retirer de leurs
mains.
Madame la Ducheffe eft
accouchée d'une Fille, ce qui
a caufé beaucoup de joye
dans toute la Maiſon Royale.
Elle auroit efté encore plus
grande fi cette Princeffe cuft
cu un Fils , mais fes premieres
GALANT. 339
couches donnant lieu d'efperer
d'autres enfans , on a fujet
de s'en réjouir.
Je vous ay dit dans cette
Lettre que le mariage de M
le Marquis de Villequier avec
Mademoiſelle de Piennes
avoit cfté conclu , & je dois
vous dire prefentement que
c'eft une affaire confommée,
M ' le Duc d'Aumont donna
ce jour - là qui fut le 17. un
magnifique fouper . Ml'Archevefque
de Reims en donna
un autre le lendemain , &
Madame la Chanceliere le
Tellier doit défrayer les Ma-
F fij
340 MERCURE
ricz pendant fix femaines.
Je fuis , Madame , Voftre
&c.
A Paris ce 31. Decembre 1690.
La Defolation des Joueuses,
que l'on a renouvellée , & qui
attire des Affemblées fi nombreuſes
, fe debite chez le Steur
Guerout , Libraire , Salle-neuve
du Palais.
55 255222 52222SSSS
TABLE.
P
Relude.
@de.
Vers pour le Roy.
9
17
Nouvel article touchant la mort de
Madame la Marquise de Hauterive.
Difcours fur la Loy.
32
39
Mr Dagueffeau eft pourveu d'une des
Charges d'Avocat General au Parlement
. 58
Ceremonie faite à l'Abhaye S. An-
10ine des Champs. 59
Troifiéme Lettre en Profe & en vers
du Berger de Flore .
6r
Fable nouvelle de Mr de la Fontaine.
103
Ff iij
TABLE .
Protection donnée par les Rois de
France aux Comtes & Ducs de
Savoye.
Hiftoire.
116
155
>
Lettre de Mr l'Abbé de la Trappe ,
avec plufieurs particularitez touchant
cette Abbaye. 192
Harangue de l'Envoyé de Savoye au
Prince d'Orange , avec une réponse
à cette Harangue. 230
Nouvelle Carte de Transilvanie . 270
Prife de poffeffion de l'Abbaye des
Aydes en Dauphiné.
Mariages.
272
276
Morts , & Charge de Gentilhomme
Ordinaire de la Maison du Roy
donnée à Mr Racine .
Tragedie de Brutus.
279
287
Lettre d'un Hollandois à un de fes .
Amis à Hambourg.
Fournal de l'Armée d'Italie.
292
300
TABLE.
Nouvelle expedition faite par Mr
de Feuquieres.
Article des Enigmes .
320
323
Voyage du Prince d'Orange en Hollande.
332
Accouchement de Madame la Du-
338
cheffe ,
Mariage de M. le Marquis de Villequier
& de Mademoiselle de Piennes.
Fin de la Table.
339
L
Avis pourplacer les Figures .
'Air qui commence par , Comment
, maraut , comment , coquin,
doit regarder la page 115 .
La Medaille doit regarder la page
271 .
L'Air qui commence par, Affreux
Hyver, tu bannis, &c. doit regarder
la page 232.
Extrait du Privilege du Roy.
PARA
AR Grace & Privilege du Roy, donné à
Chaville, le 18. Iuillet 1683. Šigné, Par
le Roy en fon Confeil , IUNQUIERES, Il cft
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer,vendre
& debiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Relations ,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprime ur qu'il
voudra choifir ; Et defenſes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'orne .
ment d'iceluy , ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans, ainſi que
plus au long il eft porté efdites Lettres .
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14 .
Septembre 1683. Signé ANGOT, Syndic .
Ledit Sieur DEVIZE' a cedé fon droit du
prefent Privilege à Michel Guerout , Libraire
› pour en jouir fuivant l'accord fait
entr'eux .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le