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Eur
51122
1650,11
Mercure
<36623738530013
<36623738530013
Bayer. Staatsbibliothek
33

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
NOVEMBRE 1690.
A PARIS ,
GALERIE - NIUVE DU PALAIS.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice . •
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
Et MICHEL GUEROUT , Galerie-neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . LXXX X.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Se de Ge
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les
Memoires qu'on envoye pour
ce Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft cauſe qu'il y a
de temps en temps quelques-uns de
ces Mémoires dont on ne fe peutfervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de
licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent, & fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.

Le fieur Guerout qui debite pre-
Lentement le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mows. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
AVIS.
-
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi- toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
Sur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS.
porter à la poſte ou aux Meſſagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera ,foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent
à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content .
,
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1690.
E vous l'ay déja dit
plufieurs fois , Madame,
chacun s'empreffe
à louer le Roy ; mais qui
pourroit s'empêcher de le
loüer , aprés les grandes chofes
qu'il a faites , & qu'il
A iiij
8 MERCURE
continue encore tous les jours
de faire pour les avantages de
la Ftance , & pour l'intereft
de la veritable Religion ? On
ne fe contente pas dans les
Cloiftres de renouveller à
toute heure les prieres qu'on
y fait à Dieu pour la confervation
de fa Perfonne facrée
; ceux qui ont quelque
talent fatisfont leur zele en
le confacrant à fon éloge , &
les Filles mefme fe font un
plaifir de l'employer pour un
fi noble taavail. L'Eglogue
que vous allez lire en eft une
preuve. Elle eſt de Madame
GALANT. 9
>
deChevty,Religieufe de l'Abbaye
de S. Pierre de Lyon ,
dont vous fçavez que Madame
de Chaulnes eft Abbeffe .
Cette illuftre Fille dont on
ne peut trop vanter le merite,
poffede prefque toutes les
fciences la Langue Latine
& l'Eſpagnole , le Droit Civil,
la Geometric, la Philofophic &
la Mufique , fans parler de la
connoiffance qu'elle a du Blafon
& de la Geographie. Il
femble que la Poëfie luy foit
naturelle , & vous en ferez
aifément perfuadée en lifant
fes Vers. Les grands fervices
10 MERCURE
,
qu'elle a rendus à la Maiſon
où elle eft Religieufe
, la
font fort confiderer de certe
Communauté , dont elle eft
prefentement Grande Prieure ;
& pour ſa naiſſance Vous
conviendrez que rien ne luy
manque de ce cofté - là , puis
qu'elle eft Fille de M ' le Prefident
de Chevry, & Petite-
Fille d'un Secretaire des Ore
dres de Sa Majesté .
GALANT. II
222252552 52552525
LOUIS LE GRAND.
EG LOGUE.
PHILIS , CLIMENE , IRIS .
SUR
VR les bords d'un ruisseau dont
l'onde toujours pure
Coule parmy les fleurs d'un pré delicieux
,
Le Troupeau de Philis erroit à l'avanture,
Et fans fe défier du Loup malicieux,
Paiffoit confidemment la fraiche &
tendre herbette ,
Pendant
que fur fa Mufette
La Bergere faifoit retentir tous les
Bois
12 MERCURE
Des incroyables faits du plus puiſſant
des Rois.
Ses doux accens attirerent Climene,
Qui laiffant fes Moutons fans guide
dans la plaine
Vint àfes chants joindre fes doux
accords ›
Et la charmante Iris
approuvant
leurs transports ,
Promit un flageolet d'ambre blanc.
comme Tvoire,
A qui chanteroit mieux la gloire
Et les vertus du Grand Louis .
Alors fans invoquer les Filles de
Memoire ,
Philis reprit ainfifes exploits inoüis.
Fe
PHILIS.
D'une jufte ardeur animée
veux unir mes chants à l'éclatante
voix
Que la fidelle Renommée
GALANT.
13
Fait entendre en tous lieux jufqu'au
fond de nos Bois,
A l'honneur du plus jufte & plus
fage des Rois ;
Mais,Seigneur, de ce grand Athlete
Dont le bras glorieux ne combat que
pour toy >
Oferay-je chanter les faits fur ma
Mufette ,
Si tu ne tejoins avec moy
Pour louer dignement ce foutien de
ta Loy ?
CLIMEN E.
Chanter le Grand Loüis ! Une telle
entrepriſe
Feroit craindre Apollon pour fa Lyre
& sa voix.
Quoy ! fur mon chalumeau chanter
ces grands exploits
Qui font trembler le Rhin , le Tage
& la Tamife !
14 MERCURE
Seigneur, dont ce jufte Vainqueur
Seul contre l'Universfçait défendre
la gloire ,
Donne-moy ton efprit pour chanter
fon Hiftoire ,
Et m'échauffe du feu dont tu brûles
Son coeur.
PHILIS.
Autrefois la feule tendresse
Infpiroit les chants parmy nous.
Philene abfent , Tircis jaloux,
Et Licidas content de fa Maiftreffe
,
Chantoient differemment leur fort
cruel , ou doux ;
Mais l'exemple & les loix de Loüis
l'invincible
Calment toutes les paffions :
Et noftre coeur n'eft plus fenfible
Qu'à la gloire qui fuit fes grandes
actions.
GALANT.
15
Nous luy confacron's nos Mufettes,
Nos Chalumeaux , nos chansonnettes
,
Et l'on n'entendra plus retentir nos
Echos
Que du nom glorieux de ce fameux
Heros.
CLIMEN E.
Alcide dont la Renommée
Vante encor aujourd'huy les travaux
glorieux ,
Ayant vaincu le Lion de Nemée,
De fa dépouille orna fon front victorieux
,
Pour porter le témoin de fa gloire en
tous lieux ;
Mais l'Augufte Louis qui par quel
que conqueste ,
Peut compter tous fes jours , fes heures
&fes ans,
Content de couronnerfa tefte
16 MERCURE
Des Lauriers immortels qu'il moiſſon-
-ne en tout temps.,
Et laẞé de cueillir tous les fruits de
la gloire ,
Enrichitfes Ennemis
Des biens qu'il a receus des mains de
la victoire,
Lors qu'ilsfont vaincus oufoumis.
PHILIS.
On a chanté les combats de Perfée
Andromedefauvée , un Monftre mis
à bas ,
La tefte de Medufe à fes pieds renversée
,
Le fatal changement de Phinée &
d'Atlas ;
La mort du jeune Atis & du fier
Licabas ,
Ont laiẞé fa valeur tracée
Dans tous les Africains climats 5
GALANT. 17
Mais par le grand Louis fa gloire eft
effacée.
De l'Eglife exposée au Monftre de
l'Erreur
La Foy timide & languiffante ,
Sur le point de perir fe revoit
triomphante
Par l'unique fecours de ce puffant
Vainqueur.
Il luy rend tout l'éclat de fa vertu
naiffante ,
Et détruit pour jamais ce Monftre
plein d'horreur ,
Dont elle alloit reſſentir la fureur.
L'Univers pour couvrir cette immortelle
gloire
En vain donne à l'Erreur un criminel
fecours ,
Ce grand Roy né pour vaincre &
triompher toujours ,
Nov. 1690. B
18 MERCURE
Par leur défaite augmente fon
hiftoire >
Et le calme heureux de nos jours .
Tous leurs efforts font inutiles
Contre fon bras victorieux ,
Et comme des rochers , ils font tous
immobiles
Au Seul aspect de fon front gloritux.
CLIMENE.
Le Soleil tous les jours fortant du
fein de l'onde
Dore de fes rayons nos champs & nos
cofteaux ,
Et nous devons à fa chaleurfeconde
Les richeffes de nos Hameaux ;
Mais laẞé d'éclairer le monde ,
Tous les foirs on le voit fe coucher
dans les eaux .
L'Aftre qui prefide à la France
Eclaire en tout temps , en tous lieux;
GALANT. 19
Sa continuelle influence
Donne à tout l'Univers une heureuſe
abondance ,
Et les noires vapeurs des efprits envieux
,
Loin d'obſcurcir ſon éclatantegloire,
Contre fon gré luy font naiftre toujours
Quelque fujet de nouvelle victoire,
Et nous marquent ainfi les minutes
du cours
De ce Soleil qui fait leurs mauvais
jours.
PHILIS.
Soleil, redouble ta lumiere ,
Eclaire en mefme temps tous les climats
divers ,
Puis que le monde entier eft la vaſte
carriere
Où Louis eft aux mains avec tout
l'Univers.
Bij
20 MERCURE
Il dompte icy l'Erreur &furmonte
le vice ,
Sur l'onde il fait perir les Anglois
revoltez
Là du fang des Germains domptez
A l'Eglife trahie il fait un facrifice.
Les perfides Liguriens ,
L'infidelle Batave , & les Iberiens
Renversez fur l'arene éprouvent fa
justice.
Enfin ce grand Vainqueur les ayant
tous foumis ,
Preft encor à dompter de plus fiers
Ennemis ,
Revient fans eftre las au milieu de
la lice.
CLIMEN E.
Quandj'ay veu des Mortels la
loufe fureur
ja-
Armer de toutes parts fur la terre
&Sur l'onde ,

GALANT. 21
Pour rétablir cette fatale Erreur
Que l'immortel Louis vient de bannir
du monde ,
Mon coeur, je le confeffe ,
de peur ;
eftoit faifi
Mais quand je vois ces Encelades
Qui vouloient attaquer les Cieux,
Tomber triftement à nos yeux ,
Ecrafez fous leurs efcalades,
Et de leur débris malheureux
Elever un trophée à mon Roy genereux
,
Alors mon ceur rougit de fa trif
teffe ,
Et me fair chanter mille fois
Qu'on ne peut craindre fans foibleſſe,
Pour celuy dont le nom fait trembler
tous les Rois.
PHILIS.
Mortels , dont le jaloux caprice
22 MERCURE
Vous a fait éprouver le couroux de
Louis,
Ouvrez enfin les yeux par la haine
éblouis ,
Etforcez la clemence à calmer Sa
justice.
Cette noble fierte qui brille dans fes
yeux ,
L'éclat de fon front glorieux ,
Cette bouche qui rend tant d'Arrefts
équitables ,
Et dont les juftes loix fatales aux
coupables ,
Ne laiffent point d'innocent malheureux
;
Cette main fi feconde en bienfaits
genereux ,
Ce bras fameux par cent mille conqueftes,
Meurtrier innocent de tant d'illuftres
teftes,
GALANT
23
Ces pieds dont tous les pas font naifre
des lauriers
Arrofez du beau fang des plus fameux
Guerriers ,
Enfin , ce coeur chretien , grand ,
magnanime , tendre ,
Ne font-ils pas affezcomprendre ,
Que malgré vos efforts divers ,
Louis feul a droit de pretendre
A l'Empire de l'Univers ?
CLIMEN E.
Le doux Printemps voit moins
d'herbes fleuries
Dans nos agreables prairies ,
L'Efté voit moins d'épics dans nos
fertiles champs
L'Automne a moins de fruits &
l'Hiver moins de glaces ,
Qu'on ne voit de lauriers fur les
heureuſes traces
Du Royal fujet de nos chants.
24 MERCURE
Tout cede à l'effort de fes armes ,
Et fous luy le Soldat fans crainte &
fans alarmes,
Affronte les perils & brave les ha-
Zards.
Helas ! s'il combattoit fous les doux
étendarts ,
Que tous les coeurs feroient à
plaindre !
Iln'y feroit pas moins à craindre
Qu'il l'eft fous les drapeaux de
Mars.
C'eftoit ainfi que les Bergeres
A l'ombre des Ormeauxfur les vertes
fougeres
Charmoient par leurs recits les plus
triftes Echos ,
Quand le Soleil achevantfa cariere
Eteignit dans les eaux fa brillante
lumiere ,
Et
GALANT. 25
Et les força de chercher le repos.
Alors Iris offrit le prix de la victoire
A la fage Philis , mais de la fauſſe
gloire
Songrand coeur n'eftant point fur
pris ,
Elle luy dit en refufant ce prix;
Si j'ay fceu bien louer le Heros de la
France ,
Cet avantage , Iris , m'eft trop de
récompenfe ;.
F'abandonnay dés ma plus tendre
enfance
Les faux biens & les vains honneurs
,
? Ces feducteurs de l'innocence
Qui corrompent fouvent jusqu'aux
plus nobles canrs. C
Fay toujours fuy l'éclat dont la
gloire eft fuivie,
Nov.
1690.
C
26 MERCURE
Et fans ambition , fans amour , fans
defirs ,
Je paffe dans ces lieux üne tranquille
vie ,
Dont la vertu fait les plaifirs.
Elle feule eft l'objet & le fruit de
mes veilles >
Et quand par cent modes divers
Du Grand Louis je chante les merveilles
,
Bergere , ce n'est pas pour flater les
oreilles ,
Mais pour laiſſer àjamais dans mes
Vers
Son exemple à tout l'Univers .
Les Animaux ne font
pas indignes d'eftre écoutez
quand ils parlent de bon fons,
& comme ceux que je vais
GALANT. 27
·
vous faire entendre ne difent
rien qui ne paroiffe raiſonnablement
penfé , vous ne ferez
pas fachée que je vous faffe
part de leur entretien . Si j'en
connoiffois l'Auteur , je luy
rendrois , en vous apprenant
fon nom la juſtice qu'il
merite.
,
52525552:222252255
DIALOGUE.
LE LOUP, LE RENARD.
LE LOUP.
On jour , mon Compere
le Renard.
Bie
Qu'avez -
Cij
28 MERCURE
vous , que je vous vois tout
en colere ?
LE RENA R D.
J'ay bien fujet de l'eftre.
Un miferable Lion qui fe dit
le Roy de tous les Animaux ,
fe laiffe conduire en prifon
comme un fot , par le Berger
Azeuglin , qui luy a mis fon
jufte- au- corps fur la teſte, &
fans avoir l'efprit de le fecoüer
, il marche par tout
où il plaift à ce Berger de le
traifner.
.
LE LOUP .
Voilà un vilain Animal . Il
n'a pas voftre fineſſe , mon
Compere.
GALANT. 29
LE RENARD.
Ny voftre adreffe auffi ,
mon Compere le Loup , pour
courir à la proye ; car que
vous foyez faoul , vous avez
toujours le boyau vuide , &
preft à bien faire ; & luy au
contraire , il ne fort jamais
de fa tanniere , que lors qu'il
manque de provifions, & qu'il
n'a pas l'eftomac plein ..
LE LOUP.
Il est bon cependant d'avoir
de la prévoyance , & de
fonger à l'avenir . Mais comment
eft ce que ce Berger l'a
pû prendre ?
C iij
30 MERCURE
ay
LE RENARD .
Je vais vous le dire , j'en
efté le témoin . J'eftois fur
un rocher tres- élevé , d'où
je découvrois fort avant dans
la plaine , lors que je vis le
Lion venir bondiffant de colere
contre le Berger pour le
devorer. Ce Berger n'avoit
pour armes que fa houlettes
& il gårdoit paifiblement fes
Troupeaux avec fes chiens ,
ne fe doutant pas que le Lion
vouluft l'attaquer. Un autre
Lion furvint. Le premier attaqua
le Berger, qui luy jetta
fon jufte-au-corps fur la tefte.
GALANT.
31
Les chiens pourſuivirent l'autre
Lion. Le premier qui ne
voyoit plus à fe conduire ,
parce que le jufte - au - corps
luy fermoit les yeux , demeura
comme immobile, & donna
la hardieffe à Azeuglin de
luy entourer la tefte de fon.
jufte- au corps, afin de le traifner
aprés luy. Ce miferable
s'eft ainfi laiffé mener où le
Berger a voulu , & l'autre
Lion a pris la fuite , faiſant
neanmoins contenance de
marcher gravement tant qu'il
a cru qu'on le pouvoit voir ,
& lors qu'il a efté proche du
C iiij
32 MERCURE
lieu où j'eftois , il a eu une
telle crainte , que courant de
toute fa force, il s'eft jetté
de rocher en rocher , & il
luy en a couté la vie.Ne voila
pas une belle espece de Roy ?
Je le renonce de bon coeur ,
& je veux en prendre un autre
.
LE LOUP.
Je ne l'ay jamais voulu reconnoiftre
pour le mien , car
eftant toujours en colere , il
n'eſt pas capable de commander
, n'y ayant rien de fi
contraire au bon fens & aux
Lages confeils , qu'une paffion
GALANT.
33
de furie &
d'emportement .
LE RENARD
.
Il eſt à propos cependant
d'en avoir un , car la fubordination
cft neceffaire dans
le monde , & fans elle il tomberoit
dans fon premier
cahos .
LE LOUP.
J'en conviens , & fi j'en
cftois cru , nous choifirions le
Coq. Comme il ne luy faut
que fon feul chant pour terraffer
le Lion , il me femble
fort raifonnable de prendre
pour Roy celuy qui le reduit
à le craindre .
34 MERCURE
par
LE RENARD .
J'en ay veu l'experience , &
ce choix me convient affez
la raifon , quoy que peu
par l'intereft ; car le Coq eft
toujours éveillé , & il m'empêche
fouvent de prendre.
mon gibier , qu'il avertit par
fon chant de prendre garde
à foy. Mais l'Aigle pourra
bien s'y oppofer .
LE LOUP .
Bon , l'Aigle. Ne fçavezvous
pas qu'elle a maintenant
le bec fi grand & fi courbé,
qu'elle ne le peut ouvrir pour
prendre fa nourriture ? Un
GALANT.
35
Roy qui meurt de faim pour
s'eftre mis hors d'eftat de pouvoir
manger , n'eft pas digne
d'eftre Roy. L'on ne fouffre
point d'Aigle au Royaume
où nous fommes , par le mépris
que
l'on a pour
elle.
LE RENARD .
·
Elle eft pourtant propre à
une chofe ; c'eft qu'on luy
ofte la cervelle & le fiel, pour
éclaircir la veuë des autres ,
que la pauvre beſte de forte
cft prefque toujours écervevelée
& éventrée , pour donner
à fes ennemis une veuë
plus perçante & plus étenduë .
36 MERCURE
LE RENARD.
Nous n'avons donc point
à balancer fur le choix du
Coq, qui naturellement a une
veuë admirable , & qui veille
continuellement fur fes
Compagnons . Aufſi bien les
Romains ne combattoient
l'euffent
jamais qu'ils ne
confulté , pour fçavoir ſi leur
entrepriſe auroit un fuccés
heureux
LE LOUP .
Puis qu'il commande au
Lyon, & qu'il a mefme comnandé
par ces Augures à
cux qui commandoient à
GALANT . 37
toute la Terre , il eft juſte
qu'il ait fur nous l'authorité
Souveraine. Mais combien
vois-je d'Animaux & d'Oiſeaux
venir à nous!
LES ANIMAUX .
Bonjour , nos comperes ?
Nous vous cherchion's ayant
remarqué que vous manquiez
feuls àl'Affemblée que nous
venons de tenir pour l'élection
d'un Roy , car nous " en
voulons un qui foit entierement
digne de regner fur
nous.
LE RENARD.
Nous raiſonnions fur cette
mefme matiere .
38 MERCURE
LES ANIMAUX.
Il paroift que le deftin nous
ait inſpirez les meſmes ſentimens.
Suivons donc le mouvement
qu'il nous donne . Et
fur qui jettiez vous les yeux?
LE LOUP.
Sur le Coq qui cft toujours
éveillé le premier. Il a la
tefte levée vers le Ciel felon
les ordres duquel il fe conduit.
Il eft grave fans orgueil
, majestueux fans affectation
, brave , genereux , &
pourveu de toutes les qualitez
qui peuvent faire ungrand
Roy.
GALANT.
39
LE LYON.
Je m'oppose à cette élection
& vous ne
pouvez
me detrôner fans commettre
une injustice .
LES AMIMAUX.
Nous ne fouffrirons jamais
qu'un Roy comme vous nous
commande . Vous craignez le
feu ; vous ne sçauricz fupporter
le chant du Coq , & vous
cftes un glorieux craintif.
LE LYON.
Mais les Rois ne vont pas
au combat , & le feu par
confequent ne doit pas eftre
un empefchement
legitime à
40 MERCURE
me laiffer jouir de la Royauté.
LES OISEAUX.
Nous ne voulons point de
Roy faincant. Le Coq fe bat
à outrance , & lors qu'il a
remporté la victoire , il eſt
preft à recommencer . Si fon
ennemy veut encore chanter,
il le pourfuit jufqu'à ce qu'il
ne dife plus mot . Nous le
choififfons pour noſtre Roy.
LES ANIMAUX.
Ouy , c'est un Arreſt irrevocable.
Le Coq fera noftre
Souverain , & nous n'en
reconnoiftrons point d'autre
GALANT .
41
fur la terre & dans l'air . Vive
le Coq, Vive le Coq. Que le
Ciel luy donne toutes les chofes
neceffaires pour la conduite
de fon Empire , avec
une vie heureufe , & longue de
plufieurs ficcles.
Je vous envoye une Lettre.
dont le hazard m'a fait recouvrer
une copie. Elle fut
écrite à Mr le Cardinal de
Forbin , lors que Sa Sainteté
l'éleva à cette éminente Dignité
, & contient tant de
chofes curieufes fur les ma
tieres du remps , que je me.
Novembre 1690 D
42 MERCURE
tiens affuré que vous la lirez
avec plaifir.
M
ONSEIGNEUR ,
Comme vous m'avez fait
l'honneur jusques à prefent de
me donner des marques de voftre
bienveillance avec quelque diftinction,
je mefens obligé de mon
cofté de me distinguer du public
dans les
témoignages de majoye
fur le triomphe que vous remportez,
car vous triomphez de vos
Ennemis des obftacles qui ont
empê hé depuis treize ans que
vous n'ayez esté Cardinal. Je
GALANT.
43
fouhaiterois pourtant n'avoir
rien à faire de plus que le gros
de la Cour des Provinces ,
qui prenant part à vostre exaltation
, fe contentent d'applaudir
des yeux de la voix , 世
de charger le Triompbateur de
benedictions & de loüanges , mais
mon devoir m'engage à prendre
la plume , & ne pouvant qu'en
tremblant jetter les yeux fur ce
que vous eftes , il faut pour me
raffurer que je n'y trouve rien de
nouveau , qui m'effraye ou m'éblouiffe
.
En effet , Monseigneur , ce
n'eft point une nouvelle Emi-
Dij
44 MRECURE
nence. Vous l'aviez déja toute
entiere , & il n'y manquoit que
nom & la couleur, qui ne font
fouvent que des accidens trompeurs
qui font paroiftre les chofes
& les perfonnes ce qu'elles ne
font pas. Toute la fubftance d'un
Cardinal eftoit renfermée dans
le fond de cet homme extraordinaire
, qui agit avec tant d'éclat
depuis tant d'années dans les
Cours les plus difficiles de l'Europe,
de forte quefi les Chapeaux
rouges fe font de la pourpre des
Pontifes & des Rois , je veux
dire de leurs alliances
faveurs ; de leurs Negociations
de leurs
GALANT.
45
ن و م

de leurs Ambaffades ; de leur
Politique de leur Religion ,
vous aviez, Monfeigneur , une
fi forte teinture de tout cela
que vous eftiez dans l'eftime des
hommes ce que vous eſtes maintenant
dans les registres publics
de la Renommée . Il n'y avoit
prefque plus que les Anges de
nos Eglifes qui pouvoient interroger
celuy de Beauvais , &
luy demander refpectueusement,
Quare ergo rubrum non eft
veſtimentum tuum? Ifayæ 63.
Vous ne pouviez pas leur répondre
que vous estiez tout feul
fans fecours àfouler le pref46
MERCURE
foir du Vatican , dont on a tant
de peine à faire fortir goutte
la liqueur goutte
à
les infufions
qui donnent la couleur ſacrée
du Martire aux ornemens
de cette éminente Dignité. Bien
loin de dire , Torcular calcavi
folus, vous aviez les plus gran.
des Puiffances qui mettoient la
main à la rouë, & remuoient
la machine. Rome n'a pû reſiſter
à deux Rois , dont l'un eft du
cofté du Nord le Boulevard de
la Chreftienté , & l'autre eft de
tous cofiez le Défenseur de la
Religion Catholique , contre les
Heretiques de toutes les Nations
GALANT. 47
qui font liguez ensemble pour
la combattre l'aneantir. On
ne pouvoit donc pas avec bonncur
refuser à ces deux Princes
un Chapeau qui puft couronner
la fidelité les fervices de leur
Miniftre. Le grand Sobieski que
vous avez fait Roy , vous auroit
fait volontiers Pape , fi vous
euffiez esté papable & du Sacré
College ; mais Louis le Grand
qui s'eftoit fervy de vous pour
le faire Roy , luy eftoit encore
neceffaire pour vous faire Cardinal.
Sa Majesté Polonoife
enft perdu fa voix , fi celle de
France ne l'euft renforcée, & ce
си
48 MERCURE
qui fait la rareté d'une telle promotion,
c'eft de voir qu'un feul
Prelat y brille entre dix Italiens
. Velut inter ignes Luna
minores .
La comparaifon eft aſſez juſte,
puis que c'eft dans la nuit de nos
broüilleries avec la Cour de Rome
, qu'elle vous a posé au haut
de fon firmament, & que fi le
nombre des Estoiles eft plus grand,
la clarté de la Lune eft plus forte
&plus vifible. Tous les Peuples
voyent avec admiration , que
dans une creation qui femble
n'eftre faite que pour la Ñation
dominante dans le Conclave, on
ait
GALANT.
49
·
ait fait entrer uniquement un
Pair de France , l'illuftre Forbin
de Fanfon , comme pour le diftinguer
par une exception fi glo .
rieufe des Evefques de tous les
autres Royaumes qui pouvoient
I pretendre , & par là , Mon-
Seigneur , vous n'estes pas feulement
un Cardinal d'élite, mais
d'une élection toute finguliere &
tres exquife , telle que
l'ordonneroit au Pape . Lectiffimos
tantùm fibi Cardinales
adcifcat , quoy qu'il ajoute au
mefme endroit qu'il doit les appeller
& choifir de toutes les Nations
de la Chreftienté. Ex om-
Novembre 1690.
le Concile
E
50 MERCURE
5༠
nibus Chriftianitatis Nationibus.
Conc. Trid . feff. 24 .
Li-
Le Saint Efprit , qui eft le Directeur
des Papes des Conciles
, n'a pas permis que l'on ait
confideré ny l'Empire ny l'Eſpagne
, dans un temps où des Princes
Catholiques ont fait une
gue fi funeste à l'Eglife Romaiqu'ils
ont entrepris de ruiner
par les puiffances mefme de
l'Empire Romain , & par leurs
confederations avec tous les Protestans
de l'Europe . C'eust esté
une étrange promotion , de leur
donner des Cardinaux qui ferviroient
dans leurs Cours &
ne,
GALANT.
51
dans leurs Confeils à fortifier
l'Apostafie des Allemans , l'Atheifme
des Hollandois , l'Anarchie
des Anglois , la defolation
que leur Alliance peut produire.
La pourpre de l'Eglife
n'est faite que pour ceux qui en
doivent estre les Martirs &
non pas pour ceux qu'il eft à
craindre d'en voir les perfecu
teurs .
Il falloit distinguer la France
en cette occafion , puis qu'elle
fouffre effectivement la perfecution
& le Martire de toutes les
Couronnes pour la caufe de la
Religion . Mais comme il n'y a
E ij
52 MERCURE
rien de fortuit à l'égard de la
Providence Divine , qui difpofe
de tout avec une fageffe d'ordre,
de poids & de mesure pourquoy
ne dirons-nous pas qu'elle a fait
tomber le fort fur vous , Monfeigneur
, je veux dire , fur un
Cardinal Evefque de Beauvais,
qui puiffe reparer dans nostre
fiecle , les injures & les dommages
, qu'un autre Cardinal , fon
Predeceffeur , fit à l'Eglife Catholique
dans le fiecle precedent?
La rencontre en est belle &
curieufe . Le Cardinal de Chastillon
fe fignalaparticulierement
en Angleterre au fervice d'une
GALANT.
53
fauffe Reine , que fa naiſſance
illegitime excluoit de la Couronne,
il l'aida malheureuſement
par fes confeils & par fon ministere
, à établir le Calvinifme,
pour la Religion fuperieure &
dominante de fon Eftat. Mais
le Cardinal de Forbin vient
aprés luy au fecours du veritable
legitime Royd'Angleterre,
qui veut y rétablir les Verite
Catholiques , en formettant au
Chef de l'Eglife cette Teste
royale dont l'Herefie se faifoit
une Idole , un Chef de l'E
glife Anglicane.
C'est à ce grand Ouvrage que
E iij
54 MERCURE
Voftre Eminence femble eftre
deftinée. Il falloit un François
pour remontrer au Pape & au
Saint Siege ce que les Italiens
n'auroient peut eftre pas la liberté
de luy dire , que fi l'Angleterre
eft feudataire du Saint Siege , il
doit la défendre , comme tout
Seigneur doit protegerfon Vaffal;
que les Souverains font obligez
de droit naturel & divin d'employer
au falut des Peuples les
tributs qu'ils en tirent , & que
c'eft pour cela qu'on les leurpaye;
que par confequent le denier de
Saint Pierre , que l'Angleterre
Chreftienne payoit par forme de
GALANT
55
tribut & de cens , aux termes
d'argent , pour
de leurs Ordonnancrs , Cenſus
Romæ debitus , eft un Titre
incontestable qui donne droit au
Roy & à fes Sujets Catholiques
de la Grand' Bretagne , de demander
à Rome des fecours
d'hommes
foûtenir le Royaume & la Religion
que les Heretiques oppriment
; qu'il ne faut donc pas
regarder les Ambaffadeurs de ce
Prince comme des Etrangers qui
veulent impetrer des graces , ou
des Pelerins qui vont gagner des
Indulgences , mais comme des
Enfans des Domestiques de
E iiij
<6 MERCURE
la Foy de Saint Pierre , qui luy
demandent l'intereft & le profit
de tant de millions de deniers
qui luy ont efté fournis depuis
plus de huit cens ans ; qu'en
vain le Martirologe & le Bre
viaire Romain donnent à Saint
Gregoire le Grand le titre d'Apoftre
des Anglois , fi le Pape
qui jouit defa fucceffion ne veut
pas conferver l'honneur de ce
titre , & foûtenir cette conquête,.
mais s'ils ont efté dans les filets
des Pefcheurs d'bommes , ils ont
befoin prefentement d'eftre repris
conquis de nouveau par les
finances des Pontifes des Roiss
GALANT.
57
Que ce Pontife Souverain doit
bien prendre garde que les Rois
mefme ne l'empefchent de faire
fon devoir en de pareilles occafions
, où le grand éclat des Couronnes
fait fouvent taire &
éclipfer l'Oracle du Grand Prefire,&
que
la meilleure preuve
qu'il puiffe donner aux Nations
de fon entiere application à ce
que demande un miniftere fi
faint, c'eft de demefler feurement
les fauffes raifons d'Eftat d'avec
les interefts de la Religion , pour
laquelle feulement la Chaire de
S. Pierre eft le premier Trône de
l'Eglife où refide cette Princi58
MERCURE
pautéque lesPeres luy attribuent,
Potiorem principalitatem
.
Tert. lib. 30. ad Hæ . Qu'enfin
( c'eft icy , Monfeigneur ,
le dernier mot, & le plus hardy)
fi Sa Sainteté veut feparer le
vil d'avec le précieux , & débaraffer
la Politique d'avec la
Religion non feulement Elle
connoiftra , mais Elle fera connoistre
& fentir à l'Empereur
& au Confeil d'Espagne , plùtost
qu'à fon Roy qui n'est pas
capable de le connoistre de le
fentir , que la Maifon d'Autriche
eft fatale à la Religion Catholique
en Angleterre, qu'aprés l'avoir
,
GALANT.
59
chaẞée de ce Royaume par les intrigues
de Charles- Quint , elle
empêche maintenant par l'ambition
de Leopold I.fon Petit Neveu,
qu'elle n'y foit rétablie &
confervée, au lieu que la France
femble avoir efté prédestinée pour
fauver l'Angleterre du Schifme
& de l'Herefie , puis que François
Premier fit de fi grands efforts
d'amitie & de fageſſe pour
empêcher qu'elle n'y tombaft
que Louis XIV. tâche de la rele
ver par de fi terribles efforts de
magnificence de puiffance.
Ne dis-je pas bien , Monfeigneur
, fi je dis vray , puiſque
60 MERCURE
tout l'Vnivers qui a veu le paßé
avec horreur, & l'a déposé dans
les Annales
voit encore le
prefent avec indignation ? Tout
le monde
convient que le Saint
Siege alla un peu trop vifte dans
le dernier Siecle
mais peuteftre
y a-t- il fujet de s'eftonner
que dans celuy cy il agiffe avec
lenteur pour fecourir trois
Royaumes , que leur legitime
Roy eftoit fur le point de ramener
à fon obeiffance . Il paroiſt
mefme que par un excez de

d'indulgence hu- prudence
maine , il laiffe fortifier le party
de
l'Vfurpateur , en foufrant
GALANT. 61
le Roy des que l'Empereur
Romains , qui ne font faits que
pour defendre l'Eglife Romaine ,
s'allient avec ce nouveau Chef
des Proteftans , pour diffiper les
Catholiques Romains qui ref
tent dans l'Angleterre , dans
l'Ecoffe & dans l'Irlande.
C'eft affeurement une operation
du miftere d'iniquité qui
meriteroit que les Pontifes &
les Rois y fiffent quelque attention.
Des deux Epées que trouva
Saint Pierre dans la Maifon où
fon Maiftre celebroit la Pafque,
Maifon qui reprefentoit l'Eglife,
puifque le Sauveur du monde y
62 MERCURE
fait
faifoit fon facrifice , & inftituoit
les Sacremens. Ecce duo gladij
, fatis -ft. Luc 21. De ces
deux Glaives , dis-je , la Maifon
d'Auftriche a frapé
mourir la Religion Catholique
dans la grande Bretagne. Elle
luy donna le coup de la mort par
le glaive spirituel de l'excommunication
, que la faction de
fes Cardinaux fit fulminer contre
Henry VIII. Roy d'Angleterre,
avec une precipitation auſſi imprudente
auffi maligne que
nous la lifons dans l'Hiftoire ,
& comme fi ce premier coup ne
fuffifoit pas , elle luy en donne
GALANT 63
aujourd'huy un autre aprés fa
mort , par le glaive de tous les
Princes Heretiques armez contre
Facques II. qu'ils veulent
dépouiller de fes Etats,parce qu'il
s'eft déclaré Catholique . L'Empereur
& le Roy d'Espagne ne
font- ils pas de la confpiration ,
quand on voit leurs Ambaſſadeurs
congratuler le Prince d'Orangé
fur fon avenement à la
Couronne? N'est- ce pas, aux termes
de l'Ecriture , courir avec le
Larron , au lieu de luy courir
fus ? N'est- ce pas, aux termes des
Bulles , fe declarer fauteurs de
l'Herefie & Ennemis des Papes,
64 MERCURE
puis que l'Ufurpateur
à declaré
luy-mefme par fon Manifefte ,
qu'il n'eftoit entré dans le Royaume
d'Angleterre
, & qu'il ne
prenoit cette Couronne que pour
abolir le Papifme , maintenir la
Religion Anglicane , & défendre
les Proteftans ? Peut-on s'imaginer
que desPrinces qui affectent
le nom de Catholiques comme
un titre d'excellence , tiennent
un procedé fi injufte ? Rome fans
doute en gemit , & les remontrances
qu'elle a faites au Roy
d'Espagne pour le porter à faire
la Paix , en font une marque
.
Auffi fe doit-elle fouvenir que
GALANT. 65
que
les Rois
dans le temps que l'Empereur
Charles-Quint tint le Pape emprifonné
par une Armée de Lutheriens,
il n'y eut
de France & d'Angleterre , François
I. & Henry VIII. qui travaillerent
efficacement à délivrer
& la Ville Sainte , & le Saint
Pere , qui auroient bonne grace
en ce temps- cy de rendre la
pareille à leurs anciens Liberateurs.
Toutefois les autres Nations
du Confiftoire
ne manquent pas
d'excufer leurs Souverains , &
les Souverains mefmes font ft
honteux des reproches qu'on leur
Nov.
1690.
F
66 MERCURE
de
fait, qu'ils publient par tout dans
leurs Declarations
que la guerre
qu'ils ont allumée , n'eſt point
une guerre que l'intereft de la
Religion ait causée . Il faudroit
donc pour les en croire, étouffer
la raison , crever les yeux
toute l'Europe , qui ne s'eft remuée
que depuis que le Roy
d'Angleterre
s'est rendu Caiholique
, & que Louis le Grand a
voulu montrer qu'il eftoit tres-
Chrestien , en aboliſſant dans
tous fes Etats la Religion Pretenduë
Reformée . Mais enfin la
feule Maifon d'Austriche est fi
religieufe , qu'elle ne veut point
GALANT. 67
toucher à la Religion . Ce n'est
point fon deffein , & elle n'a
nulle intention de nuire à l'Eglife
Romaine , en fe joignant au
Prince d'Orange & aux Hollandois
, qui la veulent exterminer.
Elle n'y penfe point actuellement
dans tout ce qu'elle fait . Ainfi
ce n'eft point un peché pour elle,
ou tout au plus , ce n'est qu'un
peché Philofophique , dont les
impies font des chansons , & les
Sçavans des fujets de Controverfes
. N'allons plus chercher ce
peché dans les Ecoles . Ne l'imputons
plus aux Theologiens qui
le déteftent. C'est à la Cour de
Fij
68 MERCURE
Vienne & de Madrid qu'on le
foutient , & qu'on le pratique
innocemment.
L'Electorat de Cologne , qui
eft une Principauté facrée , où
il n'y a que le Saint Eſprit qui
ait droit de mettre un Evefque
par une élection canonique , fera
mis en proye à l'esprit & aux
Puiffances du monde qui violeront
fur cela toutes les Loix divines
humaines . Les Princes
Chreftiens en viendront à des
guerres fanglantes . Les Princes
Separez & rebelles à l'Eglife,
s'uniront contrc leur Mere . Les
Infidelles en releveront leurs
#
GALANT. 69
forces pour rentrer dans laChreftienté,
d'où ils venoient d'eftre
chaffez par des victoires miraculeuses,
par l'argent beny de
la Chambre Apoftolique
. Enfin
on ne sçauroit dire ny comprendre
combien la Religion Catholique
fouffre en tous lieux par
les fuites funeftes d'une fifuperbe
aveugle politique ; & pour
en difculper l'Empereur & le
Roy d'Espagne , c'eſt aſſez de
dire qu'en tout cela , dont ils
font les Auteurs & les Inftrumens,
ils n'en veulent ny à
l'Eglife, ny à la Religion, qu'ils
n'en ont pas la moindre pensée ,
70 MERCURE
&qu'en commettant ces pechez,
ou en y cooperant , ils n'agiffent
qu'en Philofophes & en gens
raisonnables , pour défendre , con-
Server l'Empire , & humilier les
Ennemis de leur augufte Maifon.
Mais on ne fe jouë pas ainfi
de Dieu par des abftractions metaphifiques.
Les Italiens & les
Romains pourroient avoir leurs
raifons pour ne fe pas élever
contre ces fauffes maximes , &
j'ay lieu de dire
que
c'est un
coup de la Providence d'avoir
donné dans cette conjoncture un
Cardinal Evefque de Beauvais,
GALANT. 71
un Cardinal amy & confident
du Pape ,pour agir divinement
& avec de fi justes proportions
reparer les fautes du fiecle
paßé , à remplir les vuides du
dernier Pontificat , & à avancer
les heureux effets des honnes
efperances de celuy- cy , par les
fages confeils que Voftre Eminence
pourra donner à Sa Saintrté.
C'est là , Monfeigneur , ce
que j'estime le plus dans votre
exaltation , qui ne feroit que
vanité fi elle n'estoit pas utile à
la Sainte Eglife , pour le respect
de laquelle je feray encore davantage
à l'avenir , par un
72 MERCURE
redoublement de zele de
fidelité , Voftre tres , &c .
L'Air nouveau que je vous
envoye eft de la compofition
d'un fort habile homme.
Vous demeurerez d'accord
de fa beauté quand
vous en aurez parcouru les
notes . Les paroles font d'une
perfonne de qualité .
AIR NOUVEAU.
E
N vain j'ay cru pouvoir rompre
ma chaine,
C'est mon deftin de Soupirer pour
vous.
Fe
GALANT.
73
Je ne m'oppofe plus au panchant qui
m'entraine
Loin de me plaindre encor de l'excés
de ma peine
Je meplaindray toujours de l'injuste
[ couroux 1
Qui me fit préferer les fureurs de
la haine
Aux plaisirs d'un Amant fi charmant
fi doux.
En vain jay cru pouvoir rompre
ma chaine
C'est mon deftin de foupirer pour
vous.
Vous fçavez , Madame ,
quelle grande conteſtation
s'eft émeue il y a déja quelques
années entre les Sçavans
Novembre 1690 . G
74 MERCURE
au fujet d'un Poëme intirulé ,
Le Siecle de Louis le Grand , de
Mr Perrault de l'Academic
Françoife. Le fieur Coignard,
Libraire , a donné au public
depuis ce temps-là deux Volumes
du Paralelle des Anciens
des Modernes , du meſme
Auteur , & ces Ouvrages
ont efté attaquez par un Poëte
Hollandois fous le nom de
Montmor. C'eft cert Critique
qui a donné lieu à M¹ de
Vin , dont vous connoiffez
T'heureux genic par plufieurs
galantes pieces que je vous en
ay déja envoyées ,de faire le
GALANT. 75
Dialogue que vous allez lire.
Il eſt entre Apollon , & la
Mufe Polimnic
, qui parle au
nom de toutes les autres .
NOS
POLIMNIE.
Ous nous jettons , Seigneur ,
toutes à vos genoux ,
Et nous vous demandons juſtice.
APOLLON.
Relevez- vous , mes Soeurs, parlez ,
expliquez- vous ,
Etfeachez qu'Apollon propice
Entre , comme il le doit , dans tous
vos interefts.
Quelsfont vos Ennemis,ou publics ,
ou fecrets ?
De qui vous plaignez- vous , & quel
témeraire ofe
Gij
76 MERCURE
·Sans craindre ma colere , à mes yeux
infulter
Les Filles du grand Jupiter ?
Du trouble où je vous vois quelle eft
enfin la caufe ?
POLIM NIE .
Il ne falloit pas moins pour en finir
le cours
Que l'offre de vostre fecours .
Nous allons reprendre courage ,
Et nous en craignons moins l'outrage
Qu'on nous fait depuis quelques
jours.
Malgré l'épais broüllard , & les va
peurs groffieres
Qui couvrent en tout temps le Batave
Climat ,
Nous n'avons pas laiẞé d'y porter
nos lumieres.
Cependant ce Pays fombre , & tou-
' jours ingrat ,
GALANT. 77
Loin de nous en montrer quelque
reconnoiffance ,
;
Ne s'en fert qu'à nous décrier ;
Et Montmor vient de publier
Qu'il ne fort plus de nous qu'une
froide Eloquence.
Il eft vray que cet entefté
Nousfait encor l'honneur de croire
Qu'autrefois nous eûmes la gloire
D'inspirer à l'Antiquité
Ces traits vifs , cette politeffe,
Ce gouft fin , ce bonfens , cette delicatele
Qu'on voit briller dans fes ef
crits :
Mais ilfoutient que la vieilleffe
Qu'il nous donne , & qu'il traite
avec tant de mépris ,.
A fait fentir à nos efprits
La perte du beau feu qu'avoit noftre
jeuneffe.
G`iij
78 MERCURE
ilfemble , fi l'on veut s'en rapporter
à luy ,
Que l'Hiver ait fur nous versé
toute fa glace ,
Et qu'inutilement Hefiode aujour
d' buy
S'endormiroit fur le Parnaffe .
Tel eft l'impertinent difcours
De ceux qui fecs , & fans genie,
Sur ce qu'on voit de bon répandent
tous les jours
Le venin de leur jalousie,
Et fe vangent par là du malbeureux
fuccés
Des fots Ouvrages qu'ils ont faits .
Cependant fi leur medifance
Dans le monde une fois trouve quelque
créance ,
Adieu les fuprêmes honneurs
Que nous ont juſqu'icy rendus tous
les Auteurs.
GALANT 79
Nous feront-ils , helas ! le moindre
Sacrifice ?
Ils en croirontplus leur caprice
Que lesfalutaires ardeurs
Qu'on puife dans noftre fontaine,
Et nous refuferont les glorieux tributs
Qu'ils ont toujours payez àſon eaù
Souveraine.
Qui voudrafe donner la peine
D'y chercher un fecours qu'on traitera
d'abus ?
Qui nous invoquera ? Perfonne
Ne s'avifera plus de nous offrir des
voeux ,
Et des beaux Arts ( quel coup ! j'en
tremble, j'en friffonne ) 1
Peut- eftre que chacun fe fera d'autres
Dieux .
Il me femble déja que l'on nous
abandonne ,
G iiij
80 MERCURE
Que l'on nefonge plus à nous ,
Et que nostre fejour , devenu folitaire
,
Sans Encens fans Autels , n'eft plus
que le repaire
-Des Ours , des Lions & des Loups .
APOLLO N.
Le mai n'eft pas encor fi grand qu'on
s'imagine,
Raffeurez- vous , mes Soeurs , Montmor,
& fes pareils , wow
Pour vous nuire , tiendront d'inutiles
confeils ,
Et quoy que du Parnaffe ils tententla
ruine ,
C
Ils ne font pas fi dangereux,\
Que leurs traits mal lancez ne
retombent fur eux:
Autant, & plus que vous , leur audace
m'offenfe,
Et je les traiterois comme des Mar-
Syas
GALANT . 81
S'ils eftoient dignes de mon bras :
Mais plein d'une reconnoiffance
Qui doit confondre ces ingrats ,.
Vn de nos Favoris travaille à sa
deffenfe ,
Et Perrault que j'ayfçeu remplir de
tous mes feux ,
Eft un Athlete vigoureux ,
Et tel que d'Apollon exige la vengeance.
Ils ont desja fenty ce que pefent fes
coups ;

Sa plume & polie , &féconde
Commence à détromper le monde
Des contes que l'onfait de vous.
Chacun fçait que de la vieilleffe
La froideur & l'infirmité.
N'attaquent point une Déeffe ,
Et qu'une éternelle jeunesse
Eft le fruit precieux de l'immortalité.
82 MERCURE
Chacun fçait que toujours & vives,
&folides ,
Vous pouvez aujourd'huy, comme
dans les vieux temps :
>
Faire , malgré ces médifans ,
Des Sophocles , des Euripides,
Des Plines , des Saphos , des Longins
, des Varrons ,
Des Ariftotes , des Euclides,
Des Horaces , des Thucidides ,
Des Terences , des Cicerons
Des Luciens , des Praxiteles
Des Virgiles , & des Appelles.
onfçait qu'autant de fois qu'on ver.
ra des Heros
Amateurs de nos jeux , affables ,
liberaux
Et tels qu'en poffede un la
reufe France ;
trop
beu-
On ne manquera pas de fublimes.
Efprits ;
GALANT .
83
Que vos feux, & leurs dons unis.
En produifent en abondance ,
Et quefans la douce efperance
D'eftre unjour honorez de ces glorieux
dons ,
Plufieurs qui negligeoient vos inf
pirations ,
Auroient languy toute leur vie
Dans une molle oifiveté ;
Ce prix de leurs travaux réveille
leur genie ,
A mieux faire par là l'on fe fent
excité ,
Et chacun, cherchant à leur plaire,
Redoublefes efforts , &pour en obtenir
La recompenfe qu'il efpere ,
Leur confacre fes foins , fes veilles,
fon loifir.
On fçait ce que valut autrefois à la
Grece
84 MERCURE
D'Alexandre le Grand la prodigue
Largeffe,
Et que jamais l'efprit dans cet heureux
Climat
Ne fut plus éclairé , plus fort , plus
delicat.
Famais Rome fe trouva- t-elle
Plus docte, plus polie, & plus Spirituelle
Que fous les deux premiers Cefars
?
Cette tendreffe liberale
Que le Pere & le Fils * eurent pour
les beaux Arts,
Les y fit cultiver d'une ardeur fans
égale ,
Et leurfecours peut-eftre autant que
fa valeur,
Fufqu'au point qu'on l'a veuë éleva
Ja grandeur.
Augufte fut adopté par Jules Celar .
GALANT. 85
Ne leur doit-elle pas la fameuse Eneide
,
Les Plaintes , les Amours, & les Fables
d'Ovide ,
Le delicat Horaces & tant d'Auteurs
divers ,
Quifoit en Profe , foit en Vers,
Ont rendufa gloire immortelle ,
Et dont le gouft fi fin fert encor de
modelle ?
Le Fils fur tout en leurfaveur
De fon Trône fouvent fe plaifoit à
defcendre.
Rome vit fans chagrin defon grand
Empereur
Fufqu'à l'excés fur eux les bienfaits
Je répandre ,
Et quelques - uns mefme d'entre
eux
Se trouverent affez heureux ,
Pourjouir de fa confidence .
86
MRECURE
On fçait enfin que dans la France
Louis que le Ciel aime , & qui nous
aime auffi ,
Aparfes Penfions , par leur douce
influence
Plus fait pour nous quejusqu'icy
N'ont fait tous ces Heros que vante
tant l'Hiftoire.
Tout grand qu'il eft , & plus qu'Alexandre
& Cefar
De proteger les Arts dédaigne-t-il la
gloire,
Et ce favorable regard
Qu'il jette fur l'Academie ,
N-a-t-il
pas des
François porté le
beau
genie
Jusqu'au point d'effacer ce que firent
jadis
Les Grecs, & les Romains quand ils
furent polis ?
C'est par là que chez eux ont brillé
les
Molieres,
GALANT:
87
Les Voitures, les Ablancours,
Et qu'éclairé de vos lumieres
Voftre beau Sexe mefme y fait voir
en ces jours
Des Scuderis , des Deshoulieres.
POLIMNI E.
Ces Dames as Parnaffe, il eft vray ,
font honneur ,
Et pleines qu'elles font de toute nofire
ardeur,
Leurs Ecrits ſeuls devroient fuffire
Pour confondre nos Ennemis.
Ceux de Sapho font- ils plus vifs ,
ou plus polis ,
Et de ce fiecte enfin qui les force à
médire ?
APOLLO N.
Tel qu'il fut autrefois Apollon l'eft
encor s
Ainfi méprifons de Montmor
L'ennuyeufe critique , la fade Satire.
88 MERCURE

L'opiniaftre erreur qui l'attache aux
vieux temps
N'a
pour elle
que peu
de
genss
Et chacun, quoy qu'il puiffe dire,
Ouvre, & prefte l'oreille à la voix
du bon fens.

Athenes, comme Rome , en a fourny
fans doute ,
Mais fans prévention pour peu
que l'on l'écoute ,
Croira-t-on qu'en ces lieux trouvant
trop de douceurs ,
Il n'ait pu fe refoudre à ſe produire
ailleurs ?
Lors qu'à l'antiquité ce fiecle rend
justice ,
Par quel injurieux caprice
Refufe - t-on aux beaux efprits
Qui regnent dans la France, &fur
tout dans Paris ,
Celle qui leur eft deuë ,
fi ere Athenes,
ن م
que
la
GALANT. 89
Plus équitable, que Montmor ,
Elle-mefme rendroit à tant de nobles
veines ?
Faut- il, pour le preffer plus fort,
Diffiper les fombres nuages
Doni un dépit jaloux envelope fes
yeux ,
Et, comme aux Ecoliers ; faire à cet
envieux ,
Comprendre , & remarquer la beauté
des Ouvrages
+
Des Racines , des Despréaux ,
Des Patrus , des Le -Bruns , des
Mignards, des Corneilles.
Mais fans de tant d'Auteurs
nouveaux
M'étendre fur les doctes veilles,
Que ne veulent pas voir ces efprits
mécontens ,
Ou qui font au deffus de leur intelligence
Nov.
1690. H
90 MERCURE
Sans , dis -je , perdre en vain &fa
peine , & fon temps
A leur en expliquer la force &
l'exellence
,
Perrault écrit pour Nous , & fes
heureux talens
Suffifent feuls pour prouver que
France
la
Egale en leur bon gouft les ficcles
précedens.
Sa netteté , fa politeffe ,
Ses traits vifs & brillans , fon
gouſt fin , Sajuſteſſe,
Tout cela de Montmor a fceu bleffer
les yeux.
Quels que foient ſes efforts , ſa
plume languiffante
We peut en approcher , c'eft en vain
qu'il le tente ,
Et dans fon defefpoir , de ce lâche
envieux
GALANT .
91
La trop ingenieuſe & jalouſe
malice
Par un trop injufte artifice ,
Détournefur l'antiquitér
Le legitime encens qu'à Perrault il
refufe ,
-
Et par cefaux trait d'equîcê ,
D'en avoir peu pour luy ne craint
pas qu'on l'accufe.
On en ufa toujours ainsi ,
Et des ficcles paffez comme de celuycy
Telle fut l'adroite manie.
Horace , le plus beau genie
Que Rome vit chez elle , eut auffi
fon Montmort ;
"
Tout habile qu'il fut le celebre
Mecene
A gouverner l'Empire eut mefme
moins de peine
Qu'à l'exemter de cet indignefort.
Hij
92 MERCURE
L'injustice toujours bizarre
Ne vantoit de fon temps que Sapho,
que Pindare ;
Toute la gloire eftoit pour eux ,
On envioit la fienne, & ceux cy
dans la Grece ,
Lors qu'ils y prodiguoient leur fçavante
richeffe ,
Avante
Ne fe virent-ils pas préferer leurs
Ayeux ?
Tant que vefcut le grand Homere,
Sur fa mendicité jetta-t- elle un
regard ?
Cette ingrate prit elle part
A fa longue & dure mifere ?
Non , ce ne fut qu'aprésfa mort
Que fept Villes en concurrence :
Difputant, mais trop tard, l'honneur
de fa naissance,
S'en firent un illustre fort.
Laiffons donc à Perrault lefoin de
noftre gloire,
GALANT
93
Nous ne pouvions la mettre en de
meilleures mains ;
Et que les Filles de Memoire
Calmant leurs fenfibles chagrins,
S'appreftent au pluftoft à chanter fa
Victoire.
Mr le Commandeur de
Barbantane , Vicaire General
du Grand Prieuré de Touloufe
, de l'Ordre de Saint
Jean de Jerufalem , ayant appris
que M le Commandeur
de Vignacour avoit eſté élcu
Grand Maiftre de Malthe , en
fit paroiftre fa joye par des
illuminations qu'il fit faire
devant la Maiſon , & par un
94 MERCURE
·
grand Feu d'artifice qui fut
tiré au bruit des Fifres , des
tambours & des hautbois .
Tous les Chevaliers & Commandeurs
des environs s'y
rendirent , & enfuite il leur
donna un tres magnifique
repas , où tout ce qu'il y avoit
de perfonnes de qualité
furent conviées. Toutes les
nouvelles qu'on reçoit de
Malte portent que jamais
élection n'a efté plus applaudie.
Quoy que cet Ordre foit
compofé de diverſes Langues
ou Nations , dont chacune
peutfaire fa brigue particu
GALANT.
95
liere , tous les fuffrages furent
donnez à M' de Vignacourt
fans aucun partage , & mef
me , comme je croy vous l'avoir
déja mandé , on commença
à luy rendre en
quelque forte les honneurs
qui font deûs au rang de
Grand Maiſtre, trois ou quatre
jours avant la mort de Dom
Gregorio Caraffa ſon Predeceffeur.
Il yavoit huitLangues
dans l'Ordre, avant le Schifme
de Henry VIII . & l'Angleterre
faifoit la fixiéme . Son Chef
eftoit . Grand Turcopolier de
la Cavalerie , mais il n'y en
96 MERCURE
a que fept prefentement . La
premiere eft celle de Provence
, & le titre de Grand
Commandataire
de la Religion
eft attaché à ſon Chef.
La feconde , qui eft celle
d'Auvergne , a pour Chef le
Maréchal de l'Ordre. La
troifiéme eft celle de France,
& fon Chef eft Grand Hofpitalier.
L'Italie fait la quatriéme
Langue,& a pour Chef
l'Amiral . La Charge de grand
Confervateur eft poffedée par
le Chef de la cinquième,
qui eft celle d'Arragon . La
fixième est d'Allemagne , &
fon
GALANT.
97
,
fon Chef eft Grand Bailly.
Le Chef de la feptiéme , qui
eft la Caſtille eft Grand
Chancelier. Il n'y a point
d'Ordre plus illuftre dans
toute la Chreftienté , & l'on
n'y fçauroit cftre receu qu'en
faifant des preuves de Nobleffe
de quatre races , tant
du cofté paternel , que du
maternel . Il faut auffi avoir
vingt ans , & cftre né de legitime
mariage. On ne laiffe
pourtant pas d'y admettre les
Fils naturels des Rois & des
Princes. Il n'y a que les
Grand Croix, entre tous les
Novembre 1690 .
I
98 MERCURE
the. Il
Chevaliers , qui puiffent pretendre
à la dignité de Grand-
Maiftre , qui eft leur Superieur
& le Souverain de Maly
aa auffi parmy eux des
Chevaliers Servans , que l'on
prend dans les bonnes Familles
, & le courage des uns &
des autres femble s'augmenter
de jour enjour dans les dangers
continuels où ils fe trouvent,
en faifant la guerre aux Barbares
, & en confondant fouvent
la fierté des Ochomans .
Je me fouviens que vous m'avez
demandé dans quelqu'u
ne de vos Lettres , pourquoy
GALANT. 99
ils ont efté appellez Hofpitaliers
de S. Jean de Jerufa
lem . C'eſt le nom qu'ils eurent
lors que cet Ordre commença
à s'établir. Il fut
peu
de chofe dans fon origine .
Quelque temps avant que
Godefroy de Bouillon entre .
prift la conqueste de la Terre-
Sainte , des Marchands de
Melfe , Ville du Royaume
de Naples , qui negocioient
dans le Levant , obtinrent du
Calife d'Egypte , moyennant
certain tribut qu'ils s'oblige
rent de luy payer tous les ans,
la permiffion de baſtir dans
I ij
100 MERCURE
Jerufalem une Maifon où ils
pourroient fe loger , ainfi
que tous ceux de leur Pays
qui feroient le voyage de la
Palestine. Ce premier avantage
leur donna lieu d'en folliciter
un autre , qu'on leur
accorda pareillement . Ce fut
de faire baftir deux Eglifes ,
l'une dediée à la Vierge , pour
les hommes , & l'autre à Sai
te Magdeleine , pour les Fem--
mes , & les Pelerins y estoienr
receus avec une charité digne
de leur zele. Quelques autres
qu'un fi pieux exemple toucha,
fe joignirent à eux pour
GALANT. IOI
exercer des emplois fi faints ,
& cela fut caufe que l'on fonda
une Eglife fous l'invocation
de Saint Jean, & que l'on
baftit un Hoſpital où l'on
avoit un fort grand foin des
Malades. Dans le temps que .
les Chreftiens que comman
doit le fameux Godefroy de.
Bouillon , fe rendirent maif..
tres de Jerufalem , qui fut la
derniere année de l'onziéme
fiecle , le Bienheureux Gerard
de Martiguez , en Provence ,
eftoit Directeur de cet Hof
pital . La fainteté de ſa vie ,
& le zele qu'il montroit à re-
I iij
102 MERCURE
cevoir tous les Etrangers qui
vifitoient les Saints Lieux ,
fut une chofe fi édifiante , que
les Rois de Jerufalem firent
gloire de travailler avec foin
à établir ceux qui paſſoient
leur vie à faire de fi bonnes
oeuvres. Ils prirent le nom
d'Hofpitaliers , & des habits
noirs avec une croix à huit
pointes . Outre les trois voeux
de Religion , ils firent celuy
de recevoir & de defendre
tous les Pelerins qui auroient
la devotion de venir dans les
Saint Lieux . Il falloit pour
cela tenir les paffages libres ,
GALANT. 103
& les garantir dans leurs
voyages des courſes des Infidelles.
On ne le pouvoit fans
prendre les armes , & les affitances
que ces Hofpitaliers
s'obligerent de leur donner ,
par la fondation qu'ils firent
en 1104. fous le regne de Baudoüin
I. les engagea à fe renferendre
hommes de guerre
. Cet
employ
ayant
attiré
beaucoup
de Nobleffe
, leur
fit prendre
le nom
de Chevaliers
, mais
fans
rien
changer
dans
leur
projet
, qui fut toujours
de
regarder
comme
des Ennemis
irreconciliables
ceux
qui
I iiij
.
104 MERCURE
l'estoient de la Foy Chreftienne.
Gerard leur
ayant
dreſſé
des Statuts
, mourut
en 1118
.
& Remond
du Puy
, fon Succeffeur
, n'oublia
rien pour
les maintenir
. Saladin
, Roy
de
Syrie
& d'Egypte
, aprés
avoir
remporté
plufieurs
victoires
fur les Chrêtiens
, prit enfin
Je- rufalem
en 1187
fous
le regne
de Guy
de Lufignan
, qui
en
étoit
devenu
Roy
, ch époufant
Sibille
, Fille
du Roy Amaulry
& d'Agnés
de Courtenay
.
La prife
de cette
Ville
ayant
obligé
les Hofpitaliers
d'en fortir
, ils fe rendirent
à MarGALANT.
105
gat , & enfuite à Prolemaïde,
autrement Saint Jean d'Acre ,
que le Sultan Melec- Serafprit
d'affaut le 19. May 1291. malgré
la vigoureufe refiftance
des Chevaliers , qui la défendirent
avec toute la valeur
imaginable. Peu de temps
aprés , Guy de Lufignan ayanr
acheté l'Ifle de Chipre de Richard
Roy d'Angleterre , qui
l'avoit prife fur Ifaac Commene,
homme cruel , & abandonné
à toutes fortes de crimes
, y donna retraite aux-
Chevaliers de Jerufalem , &
ils y demeurerent jufqu'en
106 MERCURE
1310. Cette mefme année , ils
prirent Rhodes fur les Sarrafins
qui l'avoient enlevée aux
Empereurs de Conſtantinople .
C'est une Ifle d'Afie , dans la
Mer Mediterranée , avec une
Ville du même nom. Elle a
efté autrefois fameufe par le
Coloffe Ouvrage de Charés,
Difciple de Lifippus, qui a êté
eftimé une des fept Merveil
les du monde . C'eftoit une
Statue du Soleil, dont la hauteur
alloit à foixante & dix
coudées Un tremblement de
terre l'ayant renverfée , Mahuvias
, Soudan d'Egypte ,
GALANT. 107
en fit charger foixante & douze
Chameaux . La prife de
Rhodes apporta beaucoup de
gloire à Foulques de Villaret,
François , Grand - Maiftre de
l'Ordre , qui fut le Chef de
cette entreprife. Tous les efforts
que les Infidelles firent
depuis pour recouvrer un pofte
fi avantageux , ne ſervirent
qu'à augmenter la gloire
des Chevaliers , qui prirent
le nom de Chevaliers de
Rhodes. Ils en demeurerent
maiftres , & Mahomet II .
Empereur des Turcs , en forma
le Siege inutilement en
108 MERCURE
1
1480. Pierre d'Aubuffon , alors
Grand Maistre de Malthe , le
foutint pendant trois mois
avec un courage extraordinaire,
& força enfin les Turcs
de fe retirer avec perte de la
plufpart de leurs Troupes. Ils
n'auroient pas mieux réuffi en
1522. lors quesoliman II.fit attaquer
cettePlace par une puiffante
Armée , fi les Chevaliers
n'euffent pas efté trahis. L'ca
xemple de leur Grand Maiſtre
Philippes Villiers , de l'Ifle-.
Adam , de la Langue de France,
leur avoit fait donner des
preuves de valeur fi peu comGALANT
109
munes , que les Turcs aprés
de fort grandes pertes étoient
prefts de renoncer à leur entreprife
, lors que les avis que
leur fit donner André d'Amarat
, Portugais , Chancelier
de l'Ordre , les engage-
-rent à y perfifter . La part qu'il
avoit à tous les Confeils luy
avoit appris par où la Place
eftoit foible , & pour ſe vanger
du tort qu'il pretendoit
qu'on luy avoit fait , en luy
preferant l'Ifle Adam , fon
Ennemy , en la Dignité de
Grand Maiftre, il faifoit fçavoir
à Soliman tout ce qui
110 MERCURE
pouvoit fervir au fuccez de
fon deffein. Sa trahiſon ayant
efté découverte , il cut la
tefte coupée le 30. d'Octobre ,
mais cela n'empeſcha
pas que
les Infidelles ne pourſuiviſſent
le fiege . Ils avoient cfté trop
bien informez de toutes choque
la fes pour ne pas voir
Place ne pourroit encore tenir
long- temps. Ils ne purent
neantmoins l'affujettir que
fur la fin de Decembre. Solyman
y fit fon entrée le jour
de Noël , & l'eftime que la
vigoureuſe reſiſtance de l'Iſle-
Adam luy avoit fait prendre
GALANT.
III
pour fa valeur , l'obligea
à le vifiter dans fa maifon ,
& à luy offrir de grands
avantages s'il vouloit bien
refter avec luy. L'Ifle- Adam
les refufa genereufement
, &
alla paffer l'hyver en Candie
avec les Chevaliers
, & quatre
mille Habitans qui le fuivirent
, tant de l'Ile de
Rhodes
, que des autres lieux
de fa dépendance . Il n'avoit
qu'une Voile déploiée , qui
repreſentoit une nôtre- Dame
me de Pitié , avec ces mots,
Afflictis fpes unica rebus . Il
alla enfuite à Naples , & de là
112 MERCURE
à Orviete , d'où il vint demeurer
à Viterbe que le Pape
Adrien VI. donna à l'Ordre ..
Les Chevaliers y trouverent
leur retraite jufqu'en 1530 .
que l'Empereur Charles -
Quint leur offrit l'Ile de
Malthc
·
› pour mettre
à
couvert fon Royaume de
Sicile. Ils l'accepterent , &
prirent le nom de Chevaliers
de Malthe , du confentement
de tous les autres Princes
Chreftiens , dans les terres
defquels leur Ordre avoit des
poffeffions . Soliman qui étoit
venu à bout de foufmettre
Rhodes , ſe flata d'aGALANT.
113
voir le mefme fuccez en affiegeant
Malthe. Il la fit attaquer
pendant quatre mois en
1566. & la defcente fut faite
dans l'Isle le 17. May par
Mustapha , Bacha de Bude.
Piali Bacha eftoit Amiral , &.
le fameux Dragut, & le vieux
Occhiali , qu'une infinité
de Pyrateries avoient rendus
redoutables , l'efſtoient venus
joindre avec les Corfaires
d'Afrique. Cependant le
Grand Maiftre Jean de la Valete
Parifot , fecondé de fes
braves Chevaliers, défendit la
Place avec tant de valeur &
Novembre 1690 . K
114 MERCURE
de conduite , que quoy que
Fort Saint Elme euft efté
pris , & que Saint Michel &
le Bourg cuffent efté tous
deux mis en poudre , il força
les Infidelles à fe retirer, aprés
qu'ils eurenc perdu ſoixante
& dix huit mille coups de
Canon , quinze mille Soldats ,
& huit mille Matelots . Depuis
ce temps là , on a pris
foin de fortifier la Ville &
l'ifle . Elle eft bordée de divers
Chafteaux , & de bons
havres qui en defendent l'entrée
aux Ennemis . Ses Villes
font Malthe ou la Valete, la
GALANT.
Cité, le Bourg & Saint Michel
ou la Sangle , avec les
Chasteaux Saint- Ange &
Saint Elme. Le nom de la
Valete a efté donné à Malthe
par le Grand Maistre de ce
nom qui la fit baftir, & comme
le Grand Maiftre de Vignacour
, Oncle de celuy qui
vient d'eftre éleu , y a fait
porter des eaux par un Aqueduc
de quatre milles de long,
cela a fait dire que le Grand
Maiftre de la Valete a fait le
corps de la Ville - neuve , mais
que Vignacour luy a donné
la vie , en y faifant venir de
K ij
116 MERCURE
l'eau , qui eft la chofe la plus
neceffaire à une Ville de
Guerre. Les
avantages que
Malthe a receus du Gouvernement
de l'Oncle, font tout
efperer de l'adminiſtration du
Neveu , & fes grandes qualitez
jointes à cet heureux fouvenir
, le font voir dans cette
éminente Dignité avec l'applaudiffement
de toute l'Ifle.
Puifque je vous en ay parlé fi
amplement , j'ajouteray ce
que l'on rapporte de Saint
Paul lors qu'il s'y ſauva aprés
avoir fait naufrage. Il
fit mettre le feu à quelques
GALANT 117
brouffailles afin de pouvoir
faire fecher fes habits , & il
en fortit un Serpent , qui
s'attacha à fa main fans le
bleffer . Il benit enfuite l'Ifle,
& l'on tient que par un effet
de cette Benediction tous les
Reptiles , de quelque efpece
qu'ils foient , ny gardent aucun
venin , en forte que fi
l'on y en apporte d'ailleurs ,
ils n'ont pas fitoft touché la
terre de Malthe , qu'ils ceffent
d'eftre nuifibles .
Les matieres de la guerre
ayant remply depuis fort
longtemps la plus grande
118 MERCURE
partie de chacune de mes Lettres
, beaucoup d'Ouvrages
galans n'ont pû y entrer . En
voicy un du Berger de Flore ,
dont le nom vous eft connu .
Vous avez déja veu une de ſes
Lettres , par laquelle il rend
compte à une Dame , d'une
premiere Societé qu'il a faite.
Celle- cy en eft la ſuite , c'eſt
à dire qu'il inftruit la meſme
Dame d'un engagement nouveau
qu'on luy a fait prendre.
GALANT. 119
222252552 52552525
A LA BELLE
MARTHE SIE.
P
Our continuer , Madame
, les éclairciffemens
que j'ay commencé à vous
donner , vous fçaurez que la
feconde Societé dont je fus ,
s'appelloit L'Empire de Flore ,
ou des Fleurs. Sa Devife eftoit,
N'afpirons qu'à fleurir; fur quoy
une des Belles qui avoit l'efprit
enjoüé , fit les Vers qui
fuivent.
120 MERCURE
Ne caufons point de mauvais
bruits ,
Plaifons nous au Printemps,gardonsnous
de l'Automne ;
Aimons les Fleurs , fuyons les
fruits ,
Pour noftre honneur Flore l'ordonne
;
Etfi l'amour en prenoit du foucy,
Il ne faut point que l'on façonne
;
Nous devons le bannir d'uy.
Chaque Dame s'y donna
un nom de Fleur ; & les Cavaliers
en prirent de ſemblables
ou d'approchans . J'eftois
à Paris lors que cette Cour
Imperiale commença à s'établir,
GALANT. 121
blir , & quand j'arrivay au
Pays , la Societé m'ayant receu
, je me declaray pour la
Belle qui avoit fait les Vers
que je viens de rapporter . Elle
s'appelloit lione , & elle avoit
pris le nom de Lumiere . Ce
nom ne feyoit pas mal à la
vivacité de fes yeux & de fon
efprit. L'affurance qu'on me
donna qu'elle n'eftoit point
deftinée au Monaftere , &
qu'elle n'avoit point encore
d'engagement , me fit entreprendre
avec plus de hardieffe
le deffein de la fervir . Voicy
le moyen que je pris pour luy
Novembre 1689. L
122 MERCURE
declarer que je l'aimois . Il fut
trouvé affez fingulier, & toutà
fait propre à tromper le jaloux
le plus foupçonneux du
monde . On avoit fait une
loy dans cet Empire , qui défendoit
aux Dames de refufer
des Fleurs , de quelque part
qu'elles vinffent. J'envoyay
donc un bouquet à Clione ,
fous la faveur de cette loy ,
avec une humble priere de le
regarder comme un Chiffre ,
qui luy apprendroit mot à
mot ce que je faifois pour
elle. Nous eftions alors au
Printemps , & ce bouquet
GALANT. 123
1
eftoit compofé de Fleurs toutes
printannieres, à la referve
d'une feule. Il y avoit au haut
une Jonquille & un Ellebore;
au milieu , de la Violette , de
la fleur d'Orange, du Violier,
& un Soucy ; & au bas , une
Anemone , une Iris , du Muguet
& de l'Epatique. Ces
Fleurs eftoient entremeflées
de verdure, pour en adoucir le
mélange un peu bizarre, comme
auffi pour marquer l'ef
perance que j'avois qu'on
les recevroit favorablement.
Clione qui ne manquoit pas
de curiofité , & que mon
Lij
124 MERCURE
compliment avoit piquéc
d'intereft , s'attacha auffit oft
à examiner ces Fleurs , pour
reconnoiftre ce que je voulois
dire ; & clle ne les confidera
pas longtemps fans le deviner.
Ce fut en jugeant , comme
elle fit , qu'à prendre la.
premiere lettre du nom de
chaque Fleur, fans avoir égard
aux bb > que quelques- uns
mettent devant Ellebore &
Epatique, les deux Fleurs d'en
haut fignifioient je , les quatre
fuivantes, vous , & les quatre
dernieres , aime ; & qu'-
ainfi le bouquet exprimoit
GALANT.
125
ees mots , je vous aime . Cette
declaration qui la furprit agreablement
, luy parut trop
galante pour s'en offenfer .
Auffi ne s'en plaignit - elle
pas ; mais pour me faire connoiftre
qu'elle l'entendoit ,
fans pourtant la vouloir entendre
, elle me répondit par
cet in promptu
.
Qui l'auroitjamais cru ? Les Fleurs
Sçaven parler
>
Un Bouquet me dit , Je vous
aime.
Ca ma reconnoiſſance , il fe faut
Signaler,
Beau Bouquet,je t'en dis de même.
L iij
126 MERCURE
Ces Vers me furent rappor
tez par la mefme perfonne
qui luy avoit porté mon prefent
; mais comme ce n'eftoit
pas mon compte qu'elle aimaſt
les productions de Flore,
fans en aimer le Berger , ) e
luy repliquay auffitoft de.la
forte.
Le Bouquet n'eft qu'un truchement,
Il vous a dit que je vous aime ;
Si voſtre bonté veut éclater noblement,
Pour moy vous en direz de mes
me.
$
Je le fouhaite , objet charmant ,
Plus qu'un ambitieux ne fait le
Diadême ;
GALANT 127
Et je croy qu'on ne peutjamais trop
ardemment
Souhaiter un bonheur extrême.
2.
S'il vous plaifoit d'oüir mes voeux,
Je vous comparerois avec les Immortelles
,
Et vous verrie mon coeur payer de
mille feux
La moindre de vos étincelles.
Vous avez cent fortes d'appas,
Voftre tcint pour charmer mele les
lis aux rofess
Mais tout cela n'eft rien fe l'amour
n'en est pas .
Luy feul donne le prix aux chofes.
S
En y penfant pensez à moy ,
La probité me plaift , je vousferay
fidelle.
L iiij
128 MERCURE
Je fçay de plus unir la conftance à
lafoy ›
F'auray pour vous une amour éternelle.
S
Voulez- vous que l'on foit difcret,
Soumis , refpectueux
, tendre ,fenfible
&fage ?
Toutes ces qualitez entrent dans mon
portrait ,
Et quelque chofe davantage.
2
Je fçayfur toutes les faveurs
Garderfans mecontraindre un éternel
filence ;
Vous pouvez m'accorder de legeres
douceurs
Four en faire l'experience.
2.
Mon Bouquet vous a dit l'amour
GALANT. 129
Que vos yeux , que vos traits , que
voftre efprit me donne ;
à le nourrir , puis qu'il vous
doit le jour ,
Songez
Je n'en diray rien à perfonne .
Il n'eftoit pas difficile de
perfuader à cette Belle qu'on
l'aimoit . Elle avoit tropbonne
opinion d'elle.mefme pour
en douter. 11 ne me fallut
donc pas beaucoup de proteftations
& de temps pour la
convaincre de ma tendreffe ,
& c'en fur affez pour l'obli .
ger d'en avoir pour moy.
Nous vefcumes en repos deux
ou trois mois fort fatisfaits
130 MERCURE

·
l'un de l'autre mais enfin je
remarquay par hazard une
grande intelligence qui fe
formoit entre elle & un de
nos Bergers , fans qu'elle m'en
dift aucune chofe . Son filence
me femblanr une trahiſon ,
j'en fouffris une douleur tresſenſible
, jamais Filis ne m'en
avoir caufé de femblable . Je
m'en plaignis à une de fes Amies
qui eftoit auffi la mienne
. Elle luy en fit de doux
reproches. Clione en fut tou,
chée , & elle effaya de faire
ceffer mes plaintes par l'éloi
gnement de leur caufe. Le
GALANT 131

calme revint donc dans mon
efprit, mais il n'y dura guere ;
l'infidelle retourna à fa nouvelle
conquefte , & ufa de
toutes fortes d'artifices pour
m'ébloüir , parce qu'elle n'avoit
pas envie de me perdre.
J'en fus averty de bonne part,
& alors le dépit me la fit
quitter tout à fait , fans m'en
plaindre davantage . Une autre
Belle qui l'effaçoit par
des brillans beaucoup plus
propres à charmer que les
fiens, étoit entrée depuis quel
ques jours dans noftre Societé
Je me rangeay fous fon

132 MRECURE
Empire, dans l'efperance d'un
plus heureux fuccés . Cette
Belle prit d'abord le nom de
Rofe , & ce nom ne convenoit
pas mal à l'éclat de fon teint
extrémement vermeil '; mais
elle le quitta bien- toft pour
prendre celuy de Rofelinde ,
qui luy fembla plus agreable.
Elle joüa affez bien fon perfonnage
auprés de moy , dans
les commencemens de mon
amour , pour me perfuader
qu'elle eftoit dela nature des
Rofes , & que fi elle avoit
beaucoup de douceur , il n'en
falloit pas abufer ; qu'elle
GALANT. 133
avoit des épines à fa garde ,
& qu'il eftoit dangereux de
s'y jouer avec trop de familiarité
, mais je
m'apperceus
bien- toft qu'elle eftoit auffi
facile à toucher que les Acurs
qui n'ont aucune défenſe , &
qu'elle fe fentoit mefme du
fang amoureux de la Déeffe
de qui les rofes ont tiré leur
couleur vermeille . Elle me
permit de rendre . plufieurs
témoignages publics de fes
charmes & de mon amour ,
& en voicy un des plus
forts .
134 MERCURE
2
Que Rofelinde a de beautez!
Que de coeurs en font enchantez!
Que d'esclavesfous fon empire !
Son teint vermeil & delicat
Brille d'un merveilleux éclat,
Tout le monde l'admire.
$
Les traits qui partent de ses yeux ,
Portent leur flame en mille lieux
Avec une douceur extrême ;
On ne sçauroit fe garantir
D'une ardeur fi douce à fentir,
Et tout le monde l'aime .
Je
S
Pour moy , j'adore fon efprit ,
S'il me captive , il me ravit ;
ne vois rien qui luy reſſembte;
Tout le monde luyfait la cour ,
Mais j'ay pour elle plus d'amour
Que tout le monde enſemble .
GALANT .
135
Rofelinde aimoit l'encens
& le bruit ; elle me fceut bon
gré de ces Vers , & elle les fit
mefme mettre en air , afin
qu'on les puft chanter par
tout. Comme elle ne manquoit
pas d'Amans lors que je
luy voüay mes fervices , je ne
manquay pas auffi de Rivaux ;
mais l'affeurance qu'on me
donna , qu'aucun n'eftoit favorifé
d'elle , fut une des raifons
qui m'y attira . Il ſembla
dans la fuite du temps , à l'entendre
dire , & à la voir faire,
qu'elle me voyoit de meilleur
il que les autres ; & un de
oeil
1
136 MERCURE
mes Amis s'avifa de m'en feliciter
, elle me le faifoit accroire
auffi . Je fuis de bonne
foy ; & il n'eft rien de fi propre
à furprendre la créance
des plus incredules , que ce
qui flare, & que l'on fouhaite.
Je me laiffay donc aller à cette
opinion de preference , & je
m'en fis un grand fujet de
gloire & de bonheur . Toutefois
j'appris bien toft qu'elle
témoignoit autant de bontez
à d'autres qu'à moy , & je
connus mefine qu'elle ne s'en
cachoit pas trop . Cette connoiffance
me caufa du chaGALANT.
137
grin & du refroidiffement,on
n'aime pas à eftre trompé . Je
conceus dés lors le deffein de
retirer mon coeur de la preffe,
& de le placer ailleurs . Rofelinde
avoit beaucoup de penetration
, elle s'en apperçeut
, & me dit là- deffus qu'-
elle ne s'eftonneroit pas quand
je la quitterois malgré toutes
les proteftations de fidelité &
de conftance que je luy avois
faites , mais que je pouvois
m'affurer de ne pas mieux
ttouver mon compte autrepart
qu'auprés d'elle. Je luy
répondis qu'elle avoit bien de
Novembre
, 1690. M
138 MERCURE
la malice de me vouloir ofter
l'efperance aprés m'avoir ofté
le repos. Vous vous flattez ,
me repliqua t- elle , & je
veux vous defabuſer, afin que
vous conferviez du moins le
fouvenir de ma franchiſe , s'il
vous arrive d'oublier les autres
qualitez , qui m'ont tant
de fois attiré vos loüanges
.
Chaque fexe , continua- telle,
a fes defauts particuliers
, & je
laiffe à juger lequel du voftre
ou du mien a les plus grands ;
mais j'ay reconnu , & il n'eſt
que trop vray, que les femmes
font beaucoup plus ſujertes à
l'infidelité , qu'à l'inconftanGALANT.
139
ce ; & les hommes au contraire
, plus fujets à l'inconftance
qu'à l'infidelité ; & ce
qui eft affez fingulier , c'eſt
que cette difference est l'effet
d'un meſme principe , puis
qu'il refulte de la qualité de
fociable , que la nature a
également donnée aux hommes
& aux femmes . La raifon
des femmes vient de ce
que chacune d'elles a intereft
de s'acquerir plufieursAmans,
afin que l'un l'entretienne ,
tandis que l'autre garde le filence
, & qu'ainfi elle ne languiffe
pas dans l'oifiveté . La
Mij
140 MERCURE
raifon des hommes naift de
ce que c'eſt affez d'une Belle
, pour épuifer toutes les
douceurs d'un Amant , &
que quand cet Amant eſt au
bout de fon rollet, & n'a plus
rien de nouveau à conter à fa
Belle , il defire auffi toft d'en
rencontrer une autre qui l'efcoute
, à caufe de la demangeaifon
qu'il a de recommencer
un entretien qui luy
plaift . Ainfi chaque fexe a
une raiſon naturelle , qui le
rend excufable dans fa conduite,
quelque plainte qu'on
en faffe , & quelque peine
GALANT. 141
qu'on en fouffre , & comme
je vous excuferay fi vous me
quittez , vous ne devez pas
me condamner , fi en vous
aimant j'en aime encore d'autres
. Il me femble meime
qu'il devroit fuffire
pour
Vôtre
repos & pour
vôtre
gloire,
que je vous aimaffe , fans
vous faire un fujet d'inquietude
& de rebut, de ce que
vous n'eftes pas le feul que
j'aime . Je ne pus m'accommoder
de ce raifonnement
,
ny de ce procedé ; le partage
du coeur me déplaiſt ; je n'aimois
qu'elle , je voulois eftre
142 MERCURE

aimé de mefme ; & comme
je connus par cette naïve expreffion
de fes fentimens , que
cela n'eftoit pas faiſable , je
la remerciay de fa franchife
& de fon amour . Neantmoins
tout mon dépit ne put empeſcher
que
fa fincerité ne me
pluft , & ne voulant pas ceffer
de la voir , quoy que je
ceffaffe de l'aimer , je luy envoyay
ces Vers.
Vous raifonnez trop bien , & vous
aimez trop mal,
La Belle, adieu, je romps ma chaine.
Je ne puis en amour Supporter un
égal,
GALANT. 143
Vous m'en donnez une douzaine,
Vous fuivez votre humeur , je vais
fuivre la mienne.
Pourtantpoint de rancune entre nous ,
s'il vous plaift ,
On fe peut voir fans intereft,
Sans paffion ny d'amour , ny de
baine.
Ma perte eft peu de chofe , & pour
la reparer
D'une façon qui vous contente,
Je vais ardemment defirer
Que chaque jour le Ciel ang
mente
Le nombre des Amans fouples , foumis
& doux,
Qui Soupirent pour vous.
En aurez- vous affez d'une trentaine
?
Mes voeux iront plus loin , fi vous
Le fouhaitez i
144 MERCURE
Mais c'eft tout ce qu'en eut jadis la
belle Helene ,
La Reine des Beautez.
Un Frere unique que j'avois
alors , fe mit de nôtre focieté ,
& y fut nommé le Bergerfleurifte.
Il faifoit de la Profe &
des Vers , comme moy , c'eſt
à dire , à la Cavaliere , fans
beaucoup de recherche ; &
c'eft fous ce nom que plufieurs
Pieces que j'avois de luy
ont paru
dans le Mercure , &
qu'y paroiftront encore celles
qui me reftent de fa façon ,
puis qu'on les trouve affez.
galantes
GALANT. 145
celle
que
galantes pour y avoir place.
Il y a déja quelques années
qu'il ne vit plus que dans ma
memoire, mais il n'y mourra
qu'avec moy. Jamais amitié
ne fut plus forte que
nous avions l'un pour l'autre .
La belle Cloris , & la Nimphe
des Bruyeres qu'il aima fucceffivement
, eftoient de la
mefme Societé , & ne contribuerent
pas peu par leurs
charmes à la rendre floriffante.
Cloris y eut le nom d'Immortelle
, & la Nimphe des
Bruyeres celuy de Lis ou de
Liliane. Il a affez fait éclater
Novembre 1690 . N
146 MERCURE
leur merite , pour me donner
lieu de n'en rien dire davantage
, & puis, Madame , il ne
s'agit pas de fa vie galante ,
mais de celle de voſtre , & c.
LE BERGER DE FLORE .
Je vous ay déja envoyé di .
vers Ouvrages de Madame
de Pringy , qui vous ont fait
voir que non feulement elle
a de l'efprit brillant , comme
il s'en rencontre en beaucoup
de Dames qui fçavent fe diftinguer
de leur Sexe , mais
que l'Eloquence eft un talent
qu'on ne peut luy conteſter.
GALANT. 147
Le Difcours que vous allez
lire , & qui eft encore de fa
façon , n'affoiblira pas l'opinion
avantageufe que vous
avez conceuë d'eile . Il eft du
temps , & la matiere n'en
fçauroit cftre plus noble.
55 255222 5222255SS
A LA GLOIRE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Sur fon retour d'Allemagne .
Nfin le plus grand des Rois
voit tous fes Ennemis dé- E
Nij
148 MERCURE
faits , foumis
vaincus . Le
Lion eft terraße , l'Aigle abbatue
L'envie vient d'enchainer
>
ceux qu'elle avoit feduits , &
tous les efforts de ces Princes
injuftes n'ont fervy qu'à les couvrir
de honte & de confusion .
LOUIS feul victorieux , fage
paifible ,fe voit couronné de
gloire & de bonheur & dans
le fein de fes Etats , il s'occupe à
contempler le Ciel qui le benit.
Il voit du haut de fa grandeur,
l'abbaiffement inoüy de ceux qui
le vouloient outrager, & il offre
toutes fes victoires à Dieu feul
qui les luy procure . Toute l'EuGALANT.
149
rope liguée pour attaquer la
France , la guerre univerfelle
qui la menaçoit , ce gros d'Ennemis
affemblez pour refoudre fa
perte , tout eſt accablé. La puiffance
de noftre Monarque a diffipé
en un moment tous ces projets,
depuis fi longtemps concertez,
& Son Augufte Fils qui
fait éclater fa valeur par fes
victoires, a dans cette occafion
moderé fon courage par sa foumiffion
, & n'a voulu donner
la mort à aucun de ceux à qui
fa prefence donnoit du repentir.
Il revient, ce Heros redoutable,
goûter dans ce fejour de paix,
N iij
150 MERCURE
le repos de l'admiration . Admi
ration qu'il donne & qu'il ref
fent ; qu'il donne à tout le monde,
& qu'il reffent pour noftre
Augufte Monarque. L'on ne
fçauroit trop admirer ce jeune
Prince , qui fçait vaincre &
charmer l'Univers . Il vient d'accabler
parfa prudence , par fon
courage par fa force , & il
charme par fa vertu , par fa
bonté, & par fes dons . Ila porté
la terreur aux coeurs troublez
par l'injuſtice , & il rapporte la
joye aux coeurs charmez de fes
vertus. Ilfçait plaire étonner.
Il est tout enſemble un Heros
&
GALANT.
151
redoutable & un Prince charmant
, l'on ne fçait fi l'on doit
s'écrierfur fa valeur , ou s'applaudir
fur fa bonté . Rien de fi
haut que fon courage , rien de
plus beau que fa foumiffion , rien
de fi éclatant que fes victoires ,
rien de plus charmant que fa
douceur ; enfin rien de plus digne
d'admiration que fa perfonne.
Mais comment pouvoir décrire
les effets d'une fi noble caufe
? Toutes ces impreffions de
crainte d'amonr qu'il fait
naiftre dans les coeurs , ces troubles
, ces agitations , ces terreurs
que les Ennemis ont reffenties ,
N iiij
152 MERCURE
ces joyes , ces defirs , ces refpects
, ces tranfports que les Peuples
François reffentent,font des
merveilles qui charment tout le
monde , mais que l'on ne peut dépeindre,
c'est l'effet de la valeur
& de la bonté de ce Prince
admirable. L'admiration eft un
étonnement de l'ame qui l'arrête,
luy fait contempler l'objet
qui l'a furprife. Quand de grandes
vertusfe prefentent en foule
pour l'éblouir, elle fixe fon regard
fur cette maffe d'objets qui luy
plaifent , & la grandeur de leur
beauté luy fait marquer avec
plaifir ce qu'elle ne peut expriGALANT.
153
que
mer qu'avec peine . Voila ce què
nous fentons pour ce jeune Heros
la France admire. On eft
Surpris de fa valeur & de fa
bonté, on le contemple, on l'aime,
& nos marques d'affection font
autant de voix qui l'applaudif
fent & le louënt , au deffaut de
nos expreffions. Qui peut mieux
meriter l'admiration que celuy
qui la caufe dans un âge où d'autres
à peine la connoiffent ,
qui la peut mieux concevoir que
ceux qui reffentent les bonte
qu'ils admirent ? Dans les fiecles
paffez les Princes les plus admirables
n'ont eu que des vertus
154 MERCURE
militaires pour les vertus douces
& infinuantes , on les ignoroit
; mais aujourd'huy la clemence
n'eft point feparée de la
valeur, nôtre Augufte Dauphin
nous fait voir l'affemblage
de mille vertus opposées ,
nous aprend en cent manieres
qu'il eft l'admirable Copie de
Louis le Grand, de ce Prince qui
fait éclater par puiflance un regne
merveilleux par bonté, qui abat
l'orgueil par la honte , qui eft
toujours preft d'accorder le repos
par mifericorde , de confondre
par bonté ceux qu'il vient d'accabler
par juftice , qui eft remply
GALANT. 155
de fageffe & de vertus , & qui
rend fa gloire éclatante & éternelle.
Vous , Prince Augufte ,
qui admirezfans ceffe nôtre parfait
Monarque , fes faits inouis
vous charment vous enlevent.
Vous regardez fa vie comme le
modele le plus beau , le plus fur- ·
prenant , le plus achevé, & vous
l'imitez cependant , comme l'exemple
le plus aisé à fuivre.
Vous louez fans ceffefes actions
merveilleufes par l'application
que vous apportez à vousy conformer
, & vous faites fa joye
par vos vertus , comme il fait
vos vertus par fon exemple.
156 MERCURE
Que ne puis-je icy , en dépeignant
voftre admiration , en décrire
la caufe ! Mais toute l'éloquence
des hommes ne fuffiroit
pas pour en venir à bout. Le
Portrait de Louis le Grand eft.
une entreprise qui furpaffe les
forces des plus habiles . L'affemblage
des verius & des grandes
qualitez qu'il renferme dans fon
Augufte Perfonne, eft un objet
que l'on imagine , que l'on con ..
çoit,que l'on admire,mais que l'on
ne peut comprendre. Vous , grand
Prince , qui avez receu de ce
Heros le noble Sang qui vous
anime , vous qui fuivez les
GALANT. 157
traces éclatantes dans lesquelles
il marche , vous qui admirez
par effet la brillante gloire qui
le couvre , calmez voftre ardeur
guerriere, & joüiffez un moment
du glorieux repos où fa prefence
vous attire avant que d'accabler
ceux que vos vertus épouvantent
,
reux Peuples qui vous admirent
.
protegez les heu-
Le Roy ayant honoré feu
M' le Prince Charles de Lorraine
de fon cftime , & en
ayant fouvent parlé avec éloge
, j'en fis un de ce Prince
158 MERCURE
aprés fa mort , qui devoit
eftre accompagné de fon
Portrait , mais comme je n'en
avois pas alors de Medaille
bien travaillée , ny qui luy
reffemblaſt affez , j'ay attendu
jufqu'à aujourd'huy à vous
l'envoyer . Le revers vous fait
voir que ce Prince triomphoit
des Turcs avec autant de rapidité
, que les Turcs triomphent
aujourd'huy des Allemans.
Rien n'eft fi.commun que
les Vers , & rien n'eft fi rare
que d'en trouver de bons .
Parmy unc infinité de perGALANT.
159
į
fonnes qui font leur plaifir
de cette occupation , à peine
en voit - on cinq ou fix qui fe
diftinguent. Si j'ofe mefler
mon fentiment avec celuy
de plufieurs perfonnes , du
jugement defquelles on ne
fçauroit appeller, M ' de Senecé
, premier Valet de Chambre
de la feuë Reine , doit
eſtre mis de ce nombre . Vous
en jugerez par l'Idille de fa
façon que je vous envoye.
Le fujet qu'il a pris eft fort
fterile , de forte qu'il a eu be
foin de beaucoup d'invention
, qui eft une des prin160
MERCURE
1
cipales parties de la Poëfie .
Ses pensées font belles` , bien
foutenues , & noblement exprimées
, & fes Vers ont un
tour aifé qui fait plaifir. Il
feroit à fouhaiter qu'il en
vouluft faire fouvent, Il eſt à
Mafcon , d'où il a envoyé fon
Idille à Madame Deshoulieres
, en luy écrivant ce
que vous allez lire . Je croy
que vous ne ferez pas fachée
de voir comment
parle en
Profe un homme qui fait
paroiftre tant d'efprit en Vers.
GALANT. 161
I
A Mafcon. 16. Nov. 1690
Ermettez- moy , Madame ,
de vous dire , que je fuis
de l'hameur de ces Héros de Comedie
, qui dans les plus grandes
adverfitez, confervent toujours la
fierté de leur rang, & la fermeté
de leur courage . Cela veut dire,
que tout exilé que je fuis du
Royaume de l'efprit , & du bon
fens , je me fouviens toujours
que j'ay eu l'honneur d'estre
connu de vous, & d'avoir quelque
part en voftre estime. C'est
un avantage que je ne puis jamais
oublier ; mais , Madame,
Novembre
1690. O
162 MERCURE
comme vous n'avezpas les mef
mes raisons de penser à moy , je
ne puis refifter à la tentation de
vous en rappeller le fouvenir. Il
eft trop doux , il est trop glorieux,
pour pouvoir le negliger , de tenir
quelque place dans vostre esprit,
dans vostre memoire , parmy
ces idées brillantes,&fpirituelles,
quir font les delices & l'admiration
de tout ce qui parle
François , je veux dire , de la
plus polie , de la plus nombreufe
partie de la terre . Les .
agréables épanchemens de vostre
beureux genie , viennent fouwent
jufqu'à nous de plufieurs
·
GALANT. 163
façons. Je vous avouë neantmoins
que tout charmé que j'en
fuis , je le ferois encore davantage
, s'il en venoit quelque
chofe en droiture de vous à moy .
Je vous fuplie , Madame , d'ouvrir
en ma faveur les Trefors
de voftre Cabinet, & de croire
que je conferve encore affez de
goust , pour faire d'un pareil
prefent , fi vous avez la bonté
de m'en enrichir , tout le cas
qu'il meritera. Pour exciter votre
liberalité par la mienne , je
vous envoye un Idille de ma
façon, femblable en cela au Roy.
de Perfe , quifelon le recit des
O ij
164 MERCURË
Voyageurs envoye ordinairement
aux Gouverneurs de fes
Provinces
, quand ilsfe font
enrichis , quelque méchante vefte
des Indes , pour tirer de leur re-
Connoiſſance un prefent de deux.
ou trois mille Tomans. Au fond,
dans un pareil échange , qui
pourroit jamais vous fournir une
juste compenfation ? En tout cas,
quelque party que vous prenieZ,
j'auray toujours obtenu une partie
de ce que jefouhaite,puifque je
vous auray fait reffouvenir que
je fuis , Madame, avec beaucoup
d'admiration
de reſpects
Voftre tres, &c.
GALANT. 165
S2S25552:222252255
LES GRANDES EAUX .
14
IDILL E.
A Sône, fi tranquille autrefois
dans fa course ,
Répand avec fes eaux l'épouvante
& l'horreur.
Les Peuples voifins de fa fource
Ont à fon coeurpaiſible inſpiré leur
fureur.
Son énorme étenduë excitant la terreur
Du Deluge à nos yeux réveille les
idées >
Et vomit à flots écumans
Sur nos campagnes inondées
La colere des Allemans.
On voit enfewelir les herbes
166 MERCURE
Sous un obfcur limon de leur beauté
jaloux ,
Et l'humble Flore aux Nayades
Superbes
Demande retraite à
genoux.
Zephir le doux Zephir , toujours
tendre & fidelle
Fait pour la fecourir un effort impuiſſant
;
Des cruels Aquilons le couroux fremiant
Luy livre une guerre mortelle ,
Il fuccombe , & contraint d'abandonner
fa Belle >
Il fe retire en
gemiſſant .
S
Ces arbres , autrefois l'ornement de
la
plaine ,
Quifur leur taille de Geant
Fondoient leur efperance vaine,
A nos yeux étonnez font reduits
au neant.
GALANT. 167
-Leur teftes d'écume fouillées
Aux Aftres pluvieux prefentent triftement
,
Au lieu de bras , leurs branches
dépouillées ,
Miferable jouet des ondes &du vent
Nes timides Bergers, dont l'ignorance
obfcure
Oppose un nuage
à leurs yeux s
Prennent le cours de la nature
Pour une vangeance des Dieux,
Et fatiguant les airs par
voeux ,
d'inutiles
S'imaginent qu'au Ciel ils ont fait
quelque injure ,
Et qu'il leur fait l'honneur d'eftre
irrité contre eux.
Leur ame par l'effroy, Servilement
contrainte ,
Aux emplois de l'amour n'ofe plus
s'exercer.
168 MERCURE
A peine leur tremblante crainte
Laiffe échaper ce nom fi doux à pro
noncer ;
Ou s'ils rifquent encor dans leur douleur
profonde
D'invoquer ce Dieu reveré,
C'est pour le conjurer de préserver le
monde
Du Cabos dont il l'a tiré.
S
Pendant que tout ce qui refpire
Attend dans fa retraite un temps
plus adoucy ,
Achante feul, preßé defon martire,
Anos rivages fourds va conter fon
foucy.
Le retour defiré de l'aimable Climene
Par ce ravage affreux ſo trouve retardé
Et le trifte Berger pour soulager fa
peine,
Par
GALANT. 169

Par fon feul defefpoirguidé ,
Sans crainte d'attirer fa haine,
Chaque jour la reproche au Fleuve
débordé.
S
-Va , dit-il , tn n'es plus cette paifiblesône
2. De qui les bords delicieux
Meritoient de porter le Trône
Du plus agreable des Dieux.
Qu'eft devenue , helas , cette pudeur
modefte
Qui referroit tes eaux dans ton
étroit canal ?
D'où te vient le defir funefte
D'affecter la grandeur qui te convientfi
mal ?
Voy de combien de maux ton orgueil
eft coupable ,
Tu fais dans leur naiſſance avorter
nos Moiffons ,
Novembre
1690.
P
170 MERCURE
<Tu couvres les herbes de fable ,
Au fommet des Ormeaux tu guindes
les Poiffons ,
Tu fais ceffer nos jeux , & nos tendres
chansons ,
Tu bannis nos Tronpeaux de la fertile
plaine ,
Tu dégarnis tes bords de leur plus
doux espoir,
Cesjeunes arbriffeaux que ton couroux
entraine ,
3
Et pour te dire enfin ton crime le
plus noir ,
Tu t'oppoles , cruelle , au retour de
Climene.
Ou fçait affez le fujet de ta haine;
Il me fouvient du temps où fur tes
riches bords
Cette Eeauté dont mon ame eft
ravie ,
Etaloit fes brillans trefors
GALANT: 171
Qui te faifoient fecher d'envie.
On te voyoit alors au travers des
rofeaux
D'un oeil jaloux, d'un airfauvage,
Examiner en vain les traits de fon
vifaga,
Et courir de honte & de rage
Te cacher dans le fond des eaux.
C'est l'offense qui i'a pouẞée.
A ce zerrible
emportement ,
Et le chagrin d'eftre effacée
Ne fe pardonne point chez le sexe
charmant.
Eh bien ; pourfignaler cette illuftre
vangeance,
Porte , porte en tous lieux le ravage
&l'horreur,
Cours, & va dire à la Provence
Que tu furpasses en fureur
Le Drac , la Drome & la Durance,
Tandis qu'aux Echos d'alentour
Pij
172 MERCURE
A cris perçans ma trifte voix declare
Que tu peux difputer l'honneur
d'eftre barbare
Aux Fleuves fans pitié de l'infernal
Sejour.
Ecoute-moy , Cefar , s'il peut refter
aux Ombres
Des chofes de la terre un curieux
Soucy s
Ouy, fi l'on doute encor dans les
Royaumes fombres ,
D'un ancien embarras tu vas eftre
éclaircy.
Tu doutois où le cours de la Sône
l'entraine
>
Lors que tu remarquois fi peu de
mouvement
Aux claires eaux qu'elle promene.
Helas ! tout eft changé , Cefar , pour
mon tourment
GALANT. 173
<
Elle court s'opposer à mon contentement
,
Elle court empefcher le retour de
Climene.
Une vaine oftentation,
Ne fait point qu'à grands pas elle
quitte fa fource ,
Pour montrer les tresors , amaffez
dans fa courſe ,
Au farouche mary qui l'attend à
Lyon.
Ce n'eft point pour s'unir d'une immortelle
chaîne
Afon impetueux Amant ,
Qu'elle court fi rapidement ;
Elle court éloigner un bien-heureux
moment ,
Elle court prolonger l'absence de Climene.
Tout ce que nous a raconté
La fabuleuse Antiquité ,
Piij
174 MERCURE
Des Dieux qui dans les Eaux exerçoient
leur empire ,
N'eft qu'une pure fiction,
Que controuva pour nousfeduire
La vaine fuperftition.
Qu'on ne me cite point le conte ridicule
D'Alphée à qui tant de detours ,
Livrerent à la fin l'objet de fes
Amours ,
Non plus qu'Achelous écorné
Hercule.
Ah ! d'aucune divinité
par
Le fond des Eaux n'eft habité ,
Ou s'il en eft parmi les ondes ,
Jamais l'Amour, pour mon malheur
,
Nefit dans leurs grottes profondes
,
De fes feux bien-faifants penetrer
la chaleur ?
GALANT. 175
2
ل
De ces fantafques Dieux la poitrine
glacée
L'inexorable coeur ( foit dit fans
blafphemer. )
L'ame de couroux herißée,
Sont un fujet peu propre à s'enflamer.
La Sone me le fait comprendre ,
Par l'outrageant excés de fes débordemens.
Helas ! quand on a le coeur tendre,
on eftfavorable aux Amans.
Rentrez dans votre lit, orgueilleufe
Riviere ,
Après tant defoupirs fi vainement
pouffez,
Climene reviendra fur vos bords
délaiffez
De fes beaux yeux répandre la
lumiere.
Piiij
176 MERCURE
Que vous aurez d'Autels, Divinité
trop fiere ,
Que d'encens fi vous nous rendez
Cette prefence fi cherie !
Le bizarre plaifir de noyer la Prairie
Vaut-il les biens que vous per
dez ?
Ainfi le malheureux Achante
Mêle aux plaintes qu'il fait mille
tendres foupirs.
Des larmes qu'il répand l'amas des
caux s'augmente ,
Luy-mefme innocemment retardefes
plaifirs.
L'Amour l'entend, le plaint , &
partage la nuë
D'un trait de fes feux éclatans,
Et la face des Cieux fe montrant
toute nuë,
GALANT. 177
S
·
Luy fait efperer du beau temps.
Comme l'ouverture du Jubilé
ne s'eft faite dans le
Dioceſe de Roüen que fur la
fin du mois d'Octobre dernier
, Madame d'Ableiges ,
qui fait toujours de grandes
charitez , & qui ne fe plaift
qu'aux exercices de pieté , a
voulu répandre fur les Paroiffes
dont elle eft Dame , des
benedictions particulieres par
une Miffion qu'elle y a fair
faire à fes dépens , dans le
temps mefme que le S. Pere,
à fon avenement au Pontifi
178
MERCURE
cat, a répandu des graces generales
fur tous les Peuples .
Il n'y a perfonne qui ne connoiffe
le merite & la vertu de
cette Dame. Elle eft Fille de
Mr de
Courchamps , Soeur du
Maiftre des
Requeſtes de ce
nom , qui a épousé la Fille de
Ms le
Preſident de Bailleul ,
& Femme de M' de
Maupeou ,
Seigneur d'Ableiges , Maiftre
des Requeftes , & cy- devant
Confeiller au
Parlement , Petit-
fils du fameux M' de Maupeou
, Controlleur
general des
Finances , fous le regne de
Henry IV. & qui eftoit Fils
GALANT. 179
C
de
d'un autre de Maupcou ,
Confeiller d'Etat. Il eft Cou
fin Germain de Madame de
Pontchartrain , & le fixiéme
de Pere en Fils Seigneur d'Ableiges
, qui eft un tres beau
Chafteau , où les Rois Henry
IV . & Louis XIII . alloient
fouvent. Cette Miffion commença
le 23. d'Octobre , &
finit le 7. de ce mois . Six Ecclefiaftiques
des Miffions Etrangeres
y ont fait pendant
ce temps tous les exercices
d'une Miffion reglée . L'un
es d'eux faifoit la Priere dés
cinq heures du matin , avec
1,
u,
IC
t
180 MERCURE
unc inftruction qui duroit
une heure ; enfuite on difoit
la Meffe , & un autre faifoit
le Catechifme pour les Enfans
jufqu'à neuf heures. A
dix heures on chantoit la
grand' Meffe. Sur les quatre
heures du foir , on faifoit un
autre Catechisme , & il y
avoit Sermon à fix heures ,
aprés quoy on donnoit la Benediction
du S. Sacrement.
Madame d'Ableiges
, quoy
que d'une fanté fort delicate,
ne laiffoit pas de fe trouver
Ia premiere à tous ces exercices.
Six Confeffeurs extraor
GALANT. 181
dinaires ne pouvoient qu'à
i peine fuffire à confeffer les
Peuples qui cftoient attirez
la
pieté
1
!
de
toutes parts par
9
des Miffionnaires . Mr de Canapville
, Confeiller Clerc au
Parlement de Roüen &
Grand Archidiacre du Vicariat
de Pontoiſe , animoit
cette Miffion par fon exem
ple , & par les belles Prédications
qu'il y faifoit . Il ferma
le Jubilé & la Miffion par un
Difcours tres - touchant , &
fit une Proceffion où tous les
Curez & Preftres des Paroiffes
voisines affifterent en ſur182
MERCURE
plis. On porta le Saint Sacrement
dans la Chapelle du
Chafteau d'Ableiges , qui
pourroit paffer pour une belle
Eglife paroiffiale par la grandeur
de fon Vaiffeau , & par
la beauté de fes ornemenens
.
Tous les endroits par où l'on
paffa eftoient tendus , & plus
de deux mille perfonnes fe
trouverent à cette Proceffion .
L'Evêché de Lodeve eſtant
demeuré vacant par la nomination
de Mr de Lodeve à
celuy de Viviers , le Roy l'a
donné à M' l'Abbé de Phelyppeaux
, Coufin Germain
GALANT. 183
mainde M' de Pontchartrain,
& proche parent de M' de
Chateauneuf. Il a efté pendant
cinq années Agent du
Clergé , où il a donné de
tres - grandes marques de conduite
& de fageffe . Il eft Fre-
S re de M¹ Phelyppeaux , Briga
dier des Camps & Armées du
Roy , & Colonel d'un Regiment
de Dragons . Lodeve eft
vers les frontieres de Roüergue
, à neuf lieuës d'Agde.
La Ville eft baftie entre des
Montagnes , prés des Rivicres
de Lergue & de Solondre,
qui fe jettent dans l'Eraut .
t
184 MERCURE
L'Evefque fe dit Comte de
Montbrun , qui eſt un Chafteau
prés de la Ville. On
affeure que huit cens Gentilshommes
ont relevé autrefois
de cet Evefché , qui en fut
furnommé le Noble. Il cft
Suffragant de Narbonne.
L'Abbaye de Lefcaldieu a
efté donnée à Ms l'Abbé Bidal
, qui a efté Reſident pour
le Roy à Hambourg . Il eſt
Frere de feu M' le Baron
d'Asfeld , qui a
la Ville de Bonn.
défendu
Mr Cottin, Curé de Marly,
a efté pourveu de l'Abbaye
GALANT. 185
ר
a
i
11
de Clairfais , & M' Ricard ,
Directeur de la Communauté
Royale de Saint Cir , a cu
celle de Billion .
Le Roy a fait choix du
Pere Henry Denis , Religieux
de Saint Aubert de Cambray ,
pour le faire Abbé Regulier
de cette mefme Maiſon , &
Dame Victoire Chriſtine
Dauvet des Marets, a efté faite
Abbeffe du Mont - Noftre-
Dame de Provins . Elle cftoit
4 Superieure de cette Commu-
A
n
t
·
nauté , & Soeur de la défunte
Abbeffe de cette Maiſon'.
Sa Majeſté a eu égard à la
Novembre 1690. e
186 MERCURE
pieté de tous ceux que je vous
nomme , en les pourvoyant
de ces Abbayes.
Il n'y a point de moyenplus.
feur pour réüffir en amour,
que de fçavoir bien aimer. La
veritable tendreffe tient licu
du plus grand merite, & pour
veu qu'on puiffe venir à bout
de perfuader que les affeurances
qu'on en donne font finceres
, le coeur le plus fier fe
laiffe gagner. On peut dire
mefme qu'il fe rend avec
d'autant moins de peine , que.
ce genre de merite eft devenu
GALANT. 187
A
rare , & que la plupart des
hommes font gloire aujour
! d'huy d'eftre trompeurs . Un
Cavalier qui faifoit fa principale
vertu de la bonne foy,
& qui ayant paffé jusques à
trente ans à étudier les de-
15
a
ט
t
7.
EC
ht
-U
fauts des autres pour s'empefcher
d'y tomber , eftoit forty
de cet âge où le feu de la jeuneffe
femble autorifer beaucoup
de folies , eut quelque
penfée de fe marier, & s'attacha
pour cela auprés d'une
Veuve qui par fa conduite ,
toujours reguliere, s'eftoit acquis
une cftime generale . Il
Q ij
188 MERCURE
fut écouté favorablement , &
les foins qu'il luy rendit luy
faifant connoiftre que fon
coeur cftoit touché, eurent le
fuccez qu'il en avoit attendu .
La Dame fe monftra fenfible
à fa paffion , & une Amie
qu'elle confultoit en toutes
chofes , ayant approuvé fon
choix , il ne fut plus queftion
que de dreffer le Contrat de
mariage. Les Articles ne furent
pas difficiles à regler . Le
Cavalier l'en laiffa maiftreffe,
& ne voulant du bien que
pour elle , il ne chercha que
ce qui pouvoit luy faire plai
GALANT . 189
1
fir . Des manieres fi genereufes
& fi defintereffées redoublant
l'estime qu'elle avoit pour
luy, augmenterent
en meſme
temps fon amour , & il cut
peut-eftre efté malaifé devoir
une liaiſon plus tendre que
S celle que la fympathic de
leurs humeurs forma entreeux
en fort peu de temps.
C'eftoit en l'un & en l'autre
1
+
beaucoup de douceur &
d'honnefteté
, & fans qu'il y
cuft ny d'empire pris , ny de
complaifance trop foumife,
ils fe rencontroient toujours
dans les mefmes fentimens,
190 MERCURE
& ne fouhaitoient qu'une
mefme choſe. Ainfi l'Amie
de la Dame l'eftant auffi
devenue du Cavalier , n'avoit
point à craindre d'eſtre employée
à prononcer fur ces
petits differedns qui ont coûtume
de naiftre entre les perfonnes
qui s'aiment le plus.Ils
n'avoient jamais à luy parler
que du plaifir qu'ils prenoient
à fe donner des marques d'une
vraye tendreffe , & le Cavalier
fur tout s'en expliquoit
avec elle d'une maniere fi vive
, que charmée des fentimens
qu'il luy découvroit, &
GALANT. 191
1 .
es
Λ
4.
2 .
toujours plus penetrée de fes
bonnes qualitez , elle ne ceffoit
d'applaudir la Veuve ſur
fon heureuſe fortune. Le jour
eftoit pris pour le mariage, &
le Cavalier qui le voyoit pro
che, monftroit une joye qu'on
ne fçauroit exprimer , quand
la Dame tomba tout à coup
dans un mal preffant qui fut
nt jugé devoir eftre long , s'il
n'eftoit pas dangereux . Ce
fut pour luy uu accablement
qui alla jufqu'à l'excez . Il fit
venir Medecins fur Medecius
, comme fi le nombre
cuft deu avancer la guerifon
s
er
nc
&
192 MERCURE
mais tout leur Art fut une
refource qu'il employa inutilement.
La malignité de la
maladie l'emporta fur les remedes
, & il fallut changer
l'appareil des noces en celuy
des funerailles Rien n'eft
comparable à la douleur que
fit voir le Cavalier. Il ne la
foulagea point par de vains
regrets , ny par cette abondance
de larmes que les yeux
fourniffent dans les afflictions
mediocres ; il en fut entierement
occupé , & parut pendant
quelques jours comme
privé de tout fentiment. On
avoit
GALANT. 193
C
as
7.
X
S
c.) .
1-
02
avoit beau luy parler , il fembloit
ne rien entendre de
tout ce qu'on luy diſoit , &
fes yeux diftraits marquoient
je ne fçay quoy de funefte
qui faifoit peine à tous ceux
qui jugeoient de la grandeur
de fon déplaifir par la connoiffance
qn'ils avoient de ..
l'excez de fon amour. Enfin
quand à force de le plaindre
fes Amis l'eurent engagé à
's'expliquer avec eux du triſte
eftat où il fe trouvoit reduit,
fes pleurs commencerent à
couler , & il leur dit enfuite
les chofes du monde les plus
Novembre 1690. · R
194 MERCURE
touchantes fur la perte qu'il
venoit de faire. On n'adoucit
fa douleur qu'en l'approu
vant dans toute fa violence ,
& comme il vouloit qu'elle
fuft connuë de tout le mon:
de , quoy qu'il fuft contre
l'ufage d'en donner publiquement
des marques exterieures
, il prit le deüil , &
le fit prendre à ſes gens ,
comme fi le mariage avoit
efté accomply , & qu'il cuſt
veritablement perdu fa Femme,
& non pas une Maiftreffe .
Vous jugez bien qu'il renonça
à tous les plaifirs, & qu'il
GALANT. 195
C
n'y eut rien pour luy de
plus agreable que la folitude.
Il ne la rompoit que pour certaines
perfonnes avec qui il
pouvoit s'entretenir fans contrainte
, de ce qui cftoit gravé
fi profondement dans fon
fouvenir. Il voyoit fur tout
l'Amic de la Veuve , & alloit
fouvent pleurer avec elle ce
que fes larmes ne pouvoient
Et luy rendre. Elle admiroit tous
les jours de plus en plus la
conftance d'un amour qui
fembloit braver la mort , &
dont le temps n'avoit encore
pû amoindrir la force, Il y
'
il
Rij
196 MERCURE
avoit déja plus d'un an qu'il
paffoit fa vie dans les foupirs,
toujours temply de fa chere
veuve, &en parlant à tous ceux
qui avoient encore quelque
commerce avec luy . Enfin
fe trouvant un jour avec une
Dame en qui il avoit de la
confiance , & qu'il ne pouvoit
le difpenfer de voir quelquefois
, aprés qu'elle cut
écouté à l'ordinaire ce qu'il
avoit à luy conter de lugubre,
elle tâcha de luy infpirer
d'autres fentimens que ceux
qui l'entretenoient dans les
reflexions chagrinantes qu'il
GALANT. 197
la
1
F
faifoit fans ceffe . C'étoit une
de ces Femmes qui font nées
pour obliger , & qui n'aimant
que la joye , ne peuvent fouffrir
que leurs Amis fouffrent.
Elle luy dit agreablement que
l'Amie de fa défunte Maiftreffe
, à qui il rendoit de fi
frequenres vifites , avoit une
Fille toute aimable , & bien
plus capable que fa Mere ,
d'adoucir ſes déplaifirs ; qu'-
elle avoit du bien, de l'efprit,
de la fageffe , & que s'il vouloit
la croire , au lieu de fou
pirer pour une Ombre qui ne
pouvoit luy en fçavoir aucun
R iij
198 MERCURE
gré ; il foupireroit pour une
jolie Perfonne qui pouvoit
luy rendre foupirs pour foupirs
; que la première année
de fon deüil eftoit expirée ,
que les pleurs ne nous
pouvant redonner ce qui
eftoit perdu fans reffource , il
falloit laiffer les Morts en
paix , & chercher à vivre avec
les Vivans . Le Cavalier rejetta
d'abord certe propofition
comme un crime de leze memoire
dont il eftoit incapable
, & pretendit qu'il eftoit
de fon ' honneur de preferer
le fouvenir de la Veuve ,
GALANT. 199
quelque inutile qu'il fuft , à
tout ce que pouvoit avoir de
douceurs le mariage le mieux
afforty ; mais la Dame , qui
joignoit à l'enjouement toute
l'adreffe qui eft neceffaire pour
C
1
réuffir dans une entreprife , le
tourna.fi bien de tous coftez,
qu'elle luy fit avouër que la
Demoiſelle dont elle parloit
avoit un merite fingulier , &
qu'il croyoit qu'un Mary feroit
heureux avec elle . Elle
l'engagea infenfiblement à
raifonner fur tous les obftacles
qui fe pouvoienr rencon
trer dans cette affaire , & ce-
Riiij
200 MERCURE

luy qui l'embaraffoit le plus ,
s'il avoit à y fonger , c'eftoit
le perfonnage d'Amant où il
faudroit fe refoudre pour
s'acquerir le coeur de la Belle,
& qu'il luy feroit honteux de
faire aprés avoir paru fi longtemps
inconfolable . La Dame
n'eut pas de peine à luy
applanir la difficulté . Elle luy
dit qu'il feroit jufte qu'on le
difpenfaft des formalitez accoûtumées;
qu'il fuffifoit qu'il
fceuft bien aimer pour eftre
affeuré de plaire , & qu'un
homme qui avoit pleuré une
Maiftreffe pendant plus d'un
GALANT 201
an , devoit eftre cru plein
d'amour fur la parole , en
quelque lieu qu'il fe declaraſt ,
fans qu'on fuft en droit d'en
exiger de plus grandes preuves
; qu'elle fe chargeoit de
tout , & qu'elle eftoit feure
qu'on ne demanderoit point
de plus forte caution des affurances
qu'elle donneroit
pour luy , que fa conſtance
qui eftoit connue. Le Cavalier
ne donna point fon confentement
à ce que la Dame fe
montroit preſte à faire pour
luy , mais auffi il ne luy dit
rien pour l'en empefcher.
202 MERCURE
Ainfi la Dame alla trouver
dés le lendemain la Mere de
la jeune Demoifelle , & luy
découvrit la penſée qu'elle
avoit cuë. Elle la trouva
dans des difpofitions fi favo
rables pour le Cavalier , par
toute la connoiffance qu'elle
avoit de fon merite , qu'il ne
fut plus question que de fçavoir
fi fa Fille n'auroit point
d'averfion pour ce mariage .
Elle n'en marqua aucune , &
comme elle avoit l'efprit
folide , tout avoit contribué
à la détromper de ces jolis
hommes, qui fiers du brillant
GALANT 203
de la jeuneffe , en regardent
les defauts comme des vertus
utiles à pratiquer . Sa beauté
& les agrémens de fa perfonne
luy avoient attiré depuis
deux ans cinq ou fix Amans
de cette efpece , qui tous, plus
fous les uns que les autres ,
avoient déferté , aprés avoir
fait paroistre des tranfports
d'amour au delà de tout ce
qu'on peut s'imaginer . Leur
conduite évaporée , & le peu
de fermeté qu'ils avoient cu
à foûtenir leurs premieres
proteftations , luy avoit fait
voir avec admiration la fide204
MERCURE
·
lité du Cavalier , que la mort
meſme, malgré l'averfion que
l'on a pour tout ce qui peut
en offrir l'image , avoit efté
incapable d'ébranler Des fentimens
fi peu ordinaires l'avoient
portée à l'eſtime , &
de la maniere qu'elle en eftoit
prévenue , fon coeur n'avoit
pas beaucoup de chemin à faipour
aller juſqu'à l'amour.
Tout le trouvant ainfi difpofé,
la Dame qui avoit commencé
à nouér l'intrigue, la conduifit
avec tant d'adreffe , que le
Cavalier fut obligé de foufcrire
à tout. Il eftoit en comGALANT.
205
merce d'amitié avec la Mere,
il ne s'agiffoit que d'aimer
la Fille d'une maniere plus
tendre , & il ne pouvoit dif
convenir qu'elle n'en fuft digne.
La feule crainte qui le
retenoit , c'eftoit de montrer
trop de foibleffe , & la Dame
l'affranchit de cette espece
de honte en luy épargnant
la peine de fe declarer. Elle
dit pour luy tout ce qu'il
auroit dû dire; la Mere agréa,
& la Fille confentit, en forte
que comme il eftoit déja accouftumé
à les voir fouvent,il
ne fut point engagé à rendre
206 MERCURE
de plus grands foins , mais
feulement à donner à l'entretien
une plus douce matiere.
On luy permit toute
fois de n'en pas changer toujours
, & quand il laiffoit échaper
le nom de fa chere
Veuve , on applaudiffoit au
plaifir fenfible qu'il témoignoit
prendre à s'en fouvenir.
Enfin la Belle ayant adoucy
les triftes idées qu'il en confervoir
, il luy fit paroistre
tout ce que l'amour le plus
délicat a de touchant , &
comme elle eftoit fort convaincue
qu'il fçavoir mieux
>
GALANT. 207
1
aimer que tout autre , elle y
répondit d'une maniere dont
il eut tout lieu d'eftre content
. Cette paſſion prenant
tous les jours de nouvelles
forces dans l'un & dans l'autre
, la Mere jugea à propos
de ne pas attendre plus longtemps
à faire le mariage,
mais ce n'eftoit pas affez que
cette affaire luy pleuft , il
falloit encore que fon mary.
l'approuvat , & toute l'adreſſe
qu'elle fceut mettre en ufage,
n'en pût obtenir le confente- .
ment dont elle s'eftoit flatée,
Ce n'eft pas qu'il n'eftimaft
208 MERCURE
fort le Cavalier ; il en connoiffoit
tout le merite , mais
foit que n'ayant regardé juf
ques alors les vifites affidues
que comme celles d'un homme
qui venoit fe confoler
chez des perfonnes Amies, il
fuft faſché qu'on cuft pouffé
les chofes fi loin fans l'en
avoir confulté , foit qu'il cuft
des veuës plus avantageufes
pour fa Fille qui eftoit unique
, il s'obftina , malgré les
confeils de tous fes Amis , à
ne vouloir point entendre
parler de ce mariage . Il fallut
GALANT. 209
1
mefme pour le contenter,
que le Cavalier s'abſtinſt de
venir chez luy. Cette contrainte
luy auroit efté infupportable
fi la Belle qui partageoit
fenfiblement fes chagrins
, ne luy euft promis une
conftance à l'épreuve de tou
tes fortes d'attaques. Elle
tâcha pendant quelque-temps
par fes complaifances d'adoucir
l'efprit aigry de fon Pere ,
& voyant qu'il s'obtinort
à luy propofer toujours
quelque autre party , elle crut
ne pouvoir rien faire de
mieux? pour fe tirer de l'em-
Novembre 1690 . S
210 MERCURE
barras du refus , que de s'enfermer
dans un Convent . Il
fut fort furpris d'apprendre
qu'elle s'y eftoit retirée , &
alla luy demander auffi- rost
ce qui avoit pû l'obliger d'en
ufer ainfi La Belle luy répondit
que puis qu'elle eftoit
affez malheureuſe pour ne
pouvoir plus conferver fans
luy déplaire l'engagement
que le merite & la maniere
d'aimer du Cavalier luy avoient
fait prendre , elle fe
vouloit détacher du monde ;
qu'il eftoit vray qu'elle ne ſe
fentoit point encore une voGALANT.
211 .
cation affez forte pour fonger
fitoft à changer d'habit,
mais que fi les exemples de
ferveur & de pieté qu'elle auroit
devant les yeux à toute
heure, ne luy en pouvoient inf
pirer l'envie , elle eftoit du
moins fort refoluë de paffer
fes jours dans cette retraite ,
où elle vivroit tranquillement,
& fans aucun trouble de
coeur ny d'efprit . Elle dit cela
d'un ton fi ferme, que comme
elle tint le mefme langage
pendant plus d'un mois , le
Pere craignit qu'elle ne fe fift
Religieufe. L'extréme ten-
·
Sij
212 MERCURE
dreſſe qu'il avoit pour elle ne
pouvoit
cet eftat , quelque parfait qu'il
puft eftre , & n'ayant aucun
fujet raifonnable de ne pas
vouloir le Cavalier pour fon
Gendre, il aima mieux renonçer
à l'empire paternel qu'à
la fatisfaction
de pouvoir enfin
marier fa Fille . Vous jugez
bien qu'aprés qu'il luy cut
promis le confentement qu'il
luy avoit toujours refufé , il
n'eut pas de peine à la tirer
du Convent . Le mariage fe
peu de jours aprés , & on
peut dire qu'il n'y en a point
s'accommoder de
fir
GALANT . 213.
de plus heureux, puifque rien
n'approche de l'union qui s'y
trouve .
Le St Chevillard qui a mis
au jour la Carte des Armes
des Archevefques & Evefques
de France , vient de donner
au Public celle des Armes des
Chanceliers & Gardes des
Sceaux , depuis le regne de
Saint Louis jufqu'à celuy de
Sa Majesté , commençant à
Frere Guerin , Chevalier de
S. Jean de Jerufalem , & Evef
que de Senlis . Il fe rencontre
fous le Manteau cent cinq
Ecuffons , dont il y en a trois

214 MERCURE

des Rois Henry IV. Loüis
XIII. & Louis XIV. qui ont
tenu les Sceaux par euxmefmes
, en faifant . fceller
les Arreſts obtenus par leurs
Sujets , aufquels ils rendoient
la juftice en Peres. Les
cent deux autres Ecuffons
font d'autant de grands Perfonnages
choilis par nos
Rois, pour remplir cette premiere
Charge de la Juftice .
Il y en a deux qui ont esté
Papes , Martin IV . Chance
lier , & Clement VI . Garde
des Sceaux. Ce dernier eftoit
de la Maifon de Rofiers, alliée
,
GALANT. 215
à celle de Canillac . Il y en a
auffi douzeCardinaux illuftres
également par leur naiffance
& par leur merite , vingt- fix,
tant Archevefques qu'Evelques
, & plufieurs autres Perfonnes
confiderables d'Epée
& de Robe. Chaque Ecuffon
eft couvert des ornemens qui
conviennent à leurs caracteres
& l'on diftingue les
Chanceliers par le Mortier,
& les Gardes des Sceaux par
le Cafque & les Lambrequins .
Cette Carte , qui eft dediée à
M' le Chncelier Boucherat,
fe vend chez l'Auteur , ruë
>
216 MERCURE
du Four , Faux- bourg Saint
Germain , au Chariot d'or,
& chez le fieur Guerout Libraire,
Salle neuve du Palais.
Pour la Carte du Blafon du
Clergé qui a efté donnée au
public par le mefme Auteur,
on travaille à la graver de
nouveau pour la rendre plus
exacte. Je vous en parlay dans
le tem ps qu'elle commença
à paroiftre.
L'Effence
Styptique pour
arrefter le fang , inventée
par M Denis Medecin
, a
faittant de bruit depuis un
fort grand nombre d'années,
que
GALANT.
217
faire
que je ne vous en parle aujourd'huy
qu'afin de vous
part de ce qu'elle vient
de produire chez Mile Boults ,
Maiftre des
Requeftes , où le
fieur de
Frouville fe
trouvant
preffé d'un mal de tefte continuel
, appella un
Chirurgien,
& fe fit ouvrir l'artere de
la temple.
L'ouverture fut
grande , & la faignée fort
bien faite , mais
comme le .
fang qui
s'écouloit à travers
les compreffes & les bandes ,
.fit
remarquer quelques jours
aprés , que l'artere n'eftoit
pas refermée , trois Chirur-
Novembre 1690.
T
218 MERCURE
giens y travaillerent pendant
un mois l'un aprés l'autre,
& ils y firent divers bandages
, avec les applications du
bouton ordinaire du Vitriol ,
& les emplaftres de Bole ,
ce qui ne put empefcher que
l'Anevrisme ne fe formaſt ,
& que le fang ne fiſt de frequentes
éruptions. Enfin on
fut obligé d'avoir recours
à l'Effence Styptique , & fi
toft qu'on en cut mis quelques
goutes avec une compreffe
fur l'artere , elle fe .
ferma, & on n'en a point veu
depuis fortir de fang, la playe
GALANT. 219
s'eftant tout a fait cicatrifée.
On s'eft fervy de la meſme
Effence avec fuccez pour ar
refter le fang de la Mere le
Févre , âgée de foixante &
treize ans ,
ancienne Superieure
des Religieufes de
Sainte Catherine , à qui un
Chirurgien , en la faignant
du bras , avoit ouvert l'artere
au lieu de la veine , en forte
qu'on eftoit preft de luy
faire l'operation facheufe de
l'Anevrifme , qui avoit efté
refoluë par les Chirurgiens
que l'on avoit confultez fur
cet accident. Ce fut en 1673 .
Tij
220 MERCURE
que cette Effence fut inventée
par M. Denis. Il en fit
quantité d'experiences dans
des conferences publiques
qu'il faifoit alors , dans l'Academie
Royale des Sciences
, & à la Cour meſme , en
prefence de Monfeigneur le
Dauphin. Le bruit que firent
ces experiences & la reputation
qu'elles luy acquirent,
furent caufe que Charles II .
Roy d'Angleterre le manda
pour voir les effets furprenans
de cette Effence, & aprés qu'il
l'eut veu reüffir parfaitement
fur plufieurs arteres ouvertes,
GALANT. 221
fur des bras & des jambes de
plufieurs bleffez qu'on eftoit
obligé de couper, fur des
Mamelles qu'on extirpa pour
en arracher des Cancers ; M'
Denis luy en communiqua le
fecret. Sa Majesté Britannique .
la fit preparer en fa prefence
dans fon Laboratoire , & en
envoya fur tous les Vaiffeaux
de fa Flotte. Les Chirurgiens
fauverent par l'ufage de cette
eau une infinité de bleffez
qui feroient morts en perdant
tout leur fang. On s'en
eft depuis fervy fort heureufement
en France pour des
Tiij
222 MRECURE
faignemens de nez qu'on ne
pouvoit arrefter par d'autres
remedes , pour des crachemens
de fang , pour des faignées
où l'artere ſe trouvoit
picquée , pour des jambes &
des bras coupez , & pour des
femmes groffes bleffées .
Il auroit efté à fouhaiter
qu'on eûr pû trouver quelque
remede auffi infaillible pour
guerir M' le Marquis de Seignelay
, qui depuis quelques
années avoit une fanté affez
imparfaite , & fouvent interrompuë
. Il est mort àVerſailles
le 3. de ce mois , dans l'un
des quatre Pavillons deſtinez
GALANT . 223
aux quatre Secretaires d'Etat .
Ce fut M de la Mothe Fenequi
luy annonça qu'il n'avoit
fort peu de temps
plus que
à vivre , ce qui le devoit
d'autant plus furprendre, que
deux jours auparavant ayant
trvaillé huit heures avec fes
Commis , il s'eftoit cru entic-
-rement échapé . Il receut cette
nouvelle avec toute la refignation
poffible , & fit un.
adieu tres- touchantàMadame
de Seignelay , qui a efté affligée
de cette mort au delà de
tout ce qu'on en peut croire .
Son corps ayant efté ouvert ,
Tiiij
224 MERCURE
on luya trouvé une douzaine
de petites glandes extremement
dures daus la poitrine ,
& quelques autres qui com .
mençoient à fe former dans
les reins . Il avoit le poumon
attaché aux coftes , & tout
fon fang eftoit congelé . Son
eftomac eftoit fi dur , qu'on
a cu de la peine à l'entamer .
Il eftoit Fils de feu Meffire
Jean Baptifte Colbett, Miniftre
& Secretaire d'Etat, dons
les grands fervices rendus à Sa
Majefté, par le rétabliſſement
de fes Finances , feront toujours
un fort grand ſujet de
gloire pour ceux de cette MaiGALANT
. 225
fon , M le Coadjuteur de
Rouen ,M ' leMarquis de Blainville
, Grand - Mailtre des Ceremonies
, & M. l'Abbé Colbert,
font les feuls Freres qu'il laiffe
, M le Bailly Colbert , &
Mile Comte de Sceaux ayant
efté ruez dans les deux dernieres
Campagnes , l'un &
l'autre à la tefte du Regiment
de Champagne , dont ils ont
efté Colonels fucceffivement.
Mr le Marquis de Seignelay
avoit cfté marié deux fois ; la
premiere à Mademoiſelle
d'Alegre , riche Heritiere ,
dont il n'eut qu'une Fille ,
qui mourut peu de temps
226 MERCURE
aprés qu'elle fut née , de forte
que tout ce grand bien eft
retourné aux Heritiers de la
Maifon d'Alegre . Son fecond
mariage a cflé avec Mademoiſelle
de Matignon , d'une
Maifon auffi illuftre par ellemefme
, que par les grandes
alliances qu'elle a faites . Elle
eft originaire de Bretagne, où
elle avoit le nom de Gouyon .
Elle le changea pour celuy
de
Matignon , qui estoit
ancien dans la Famille de
Marguerite de Mauny , Dame
de Thorigny en Normandie
, qui épousa Jean de
Gouyon . Jacques de MatiGALANT.
227
gnon , Comte de Thorigny,
Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy , &
Gouverneur de Guienne , rendit
de tres- grands fervices à
l'Etat , & laiffa de Françoiſe
de Daillon , Fille aifnée de
Jean Comte du Lude , Odet
de Matignon , Comte de
Thorigny , Chevalier des
Ordres du Roy , & Lieutenant
general au Gouvernement
de Normandie , qui
fervit aux Combats d'Arques,
d'Ivry , & aux Sieges de
Roüen , de Lifieux , d'Alençon
, de Laon & de Dijon .
228 MERCURE
Charles de Matignon , Chevalier
des Ordres du Roy , &
Lieutenant general en Baffe-
Normandie , épousa en 1596 .
Eleonor d'Orleans , Fille puifnée
de Leonor , Duc de Longueville
, & il en eut entre
autres Enfans François de
Matignon , Comte de Thorigny
& de Gaffé , Marquis
de Lonré , Chévalier des Ordres
du Roy , & Lieutenant
general en Baffe - Normandie .
Ce dernier fut Pere de Henry
de Matignon,Comte de Tho
rigny , Lieutenant general en
Baffe -Normandie , qui de
GALANT. 229
Françoiſe le Tellier, Fille uníque
& Heritiere de François
S de la Luthumiere , a eu plufieurs
Enfans . Madame la
Marquife de Seignelay eft
fa Fille . Elle eft demeurée
Veuve avec cinq Garçons
dont l'Aifné , que l'on appelle
Marquis de Lonré, âgé
de fept à huit ans ,
vient
d'eftre receu en furvivance
de la Charge de Maistre de
la Garderobe, que poffede Mr
le Marquis de la Salle .
M' de Seignelay avoit eu
toutes les Charges & tous les
Emplois de feu M² Colbert ,
230 MERCURE
à l'exception de la Surinten
dance des Baſtimens , qui fut
donnée à M' de Louvois , &
il fut fait Miniftre d'Etat il
y a environ un an . On ne peut
guere l'eftre plus jeune , puis
qu'il n'eftoit encore que
dans
fa trente- huitième année .
Tout cela cftant demeuré
vaccant par fa mort
Roy qui connoift parfaitoute
l'étenduë du
genie de ceux qui ont l'honneur
d'approcher ſouvent de
fa Perfonne , fatisfait des fervices
que Mr de Pontchartrain
luy rend dans l'adminiftratement
le
GALANT.
231
tans,
tion de fes Finances , & le ju
geant capable d'exercer encore
des Emplois plus imporl'a
declaré Miniftre d'Etat
, & luy a donné en meſme
temps la Charge de Secretaire
d'Etat,qui eftoit à remplir, avec
toutes fes dépendances fur
ce qui regarde la Marine , &
la Garde des Pierreries de la
Couronne . On peut dire que
ce choix a efté applaudy do
toute la France , & qu'il n'y
a perfonne qui n'ait veu avec
plaifir une fi grande Charge
rentrer dans la branche par
laquelle elle a commencé à
232 MERCURE
eftre dans cette Maiſon . Paul
Phelypeaux , Seigneur de
Pontchartrain , Ayeul de M
le Contrôleur General, ayant
efté honoré par le Roy Henry
le Grand d'une femblable
Charge , qu'il exerça avec
gloire & avec diftinction jufqu'en
1621. qu'il mourut à
Caftel Sarrafin âgé feulement
de cinquante- deux ans, ayant
fuivy le Roy Louis XIII . au
Siege de Montauban. Remond
Phelypeaux fon Frere,
Seigneur d'Herbaut, luy fucceda
dans l'employ de Secretaire
d'Etat , le s.Novembre
GALANT.
233
de la meſme année , & n'ayant
pû refifter , à caufe de fon
grand âge , aux fatigues du
Voyage que le Roy fit en
Italie , durant une faifon tresfacheufe
, il mourut à Suze
le 2. May 1629. Loüis Phelypeaux
fon Fils , Seigneur de
la Vriliere & de Chafteau-.
neuf fur Loire , fut trouvé
digne de remplir . fa Charge ,
dont on luy accorda les
Provifions le feiziéme Juin
fuivant. Louïs
Phelyppeaux ,
fon aîné , fut receu Secretaire
d'Etat en furvivance le 15. Avril
1654. & en 1669. Baltha-
Novembre 1690. V
234.MERCURE
zar Phelypeaux , Marquis de
Chafteauneuf , puifné de
Louis , fut encore receu en
furvivance de la mefme Charge
, qu'il exerce aujourd'huy
fi dignement . Ainfi M de
Pontchartrain qui vient d'avoir
celle que M'de Seignelay
poffedoit , eft le fixiéme du
nom de Phelypeaux qui en ait
efté pourveu , &par ce choix
de Sa Majefté il fe trouve prefentement
deux de ces importantes
Charges dans cette
Maiſon.
Mr de Louvois a efté nommé
Ordonnateur des FortifiGALANT.
235
cations des Places Maritimes,
& des anciennes Fortifications
, qui font un certain
nombre de Places qui estoient
demeurées à M¹ de Seignelay,
parce que feu Mr Colbert les
avoit . Il a efté auffi fait Grand
Maistre des Haras , & Directeur
de la Manufacture des
Draps.Sa maniere & la facilité
avec laquelle il s'acquitte des
grands emplois dont il plaiſt
au Roy de fe repofer fur luy ,
fait voir avec quel heureux
fuccés il peut foutenir le
poids des affaires.
La Charge de Comman-
V ij
236 MERCURE
deur & Grand Treforier des
Ordres du Roy , qu'avoit le
mefme M de Seignelay , a
eſté donnée à M' le Marquis
de Croiffy , fon Oncle , Miniftre
& Secretaire d'Etat .
Voicy les noms de quelques
Perfonnes diftinguées qui
font auffi mortes ce mois- cy .
Mr le Marquis de Marcilly.
Il eftoit d'une des meilleures
& des plus anciennes
Maifons de Champagne , Neveu
de feu M ' le Maréchal
de Schulemberg , & le plus
ancien Lieutenant General
des Armées du Roy. Il avoit
GALANT. 237
fervi fort longtemps en Catalogne
, où il époufa une
Veuve tres- riche , & de la
premiere qualité du Pays . Il
eftoit Frere de M' le Vicomte
de Marcilly , Gouverneur &
Capitaine du Bois de Boulogne
, & de Mademoiſelle de
Marcilly , fameufe par fa
pieté .
Mr le Comte de Jarnac,
Chef du Nom & des Armes
de la Maifon de Chabot , qui
a donné de fi grands hommes
à l'Eftar. Elle eft connue de
puis Guillaume Chabor , qui
vivoit en 1040. Louis Cha238
MERCURE
1
bot mort en 1422. avoit époufé
Marie de Craon , Dame de
Montcontour & de Jarnac.
Renaud Chabot fon Fils , Sieur
de Jarnac, eut de François de
la Rochefoucaud , Renaud II.
marié à Ifabelle de Roche-

chouart, Dame de Brion . De
ce mariage fortit Jacques Chabot
, Sieur de Jarnac & de
Brion , qui de Madeleine de
Luxembourg , Fille de Thibaut,
Sieur de Fienne , laiffa
Charles Chabot Sieur de Jarnac
, Chevalier de l'Ordre du
Roy, Pere de Guy Chabot,
Chevalier du mefme Ordre.
GALANT. 239
Ce fut à celuy- cy que le Roy
Henry II . permit ce fameux
Combat en champ clos qu'il
fit en 1547. dans le Parc de
Saint Germain en Laye , contre
François de Vivonne ,
Sieur de la Chaftaigneraye.
Aprés qu'il eut gagné la Victoire,
il parla fi fagement, que
le Roy le fit monter fur l'Echafaut
où il avoit cfté témoin
du combat pour luy
dire , qu'il avoit combatu en
Cefar , & parlé en Ciceron . Il
mourut dans un âge extré
mement avancé , laiffant Leo
nor Ghabot , Comte de Jar249
MERCURE
nac , qui époufa Marguerite
de Durefort , & en cut Guy
Chabot II . du Nom , Comte
de Jarnac , qui prit alliance
avec Marie de la Rochefoucaud.
L'Ainé de leurs enfans
fut Louis Chabot , qui
ayant époufé Catherine de la
Rochebeaucourt , laiffa pour
Fils Guy Henry Chabot
Comte de Jarnac . Celuy- cy
s'allia avec Marie Claire de
Crequi,Fille d'Adrien , Sicur de
la Creffonniere, & fut Pere de
Mr le Comte de Jarnac qui
vient de mourir, & qui avoit
époufé la Soeur de M te
"
Prince
GALANT. 241
Prince de Guimené , Dame
d'Honneur de Mademoiselle .
Jacques Chabot que je vousay
dit avoir époufé Madeleine de
Luxembourg , en eut un fecond
Fils ; fçavoir Philippes
Chabot, Amiral de France ,
qui a fait la branche des Comtes
de Charny, & Marquis de
Mirebeau .

Mr le Comte de Bethune :
Heftoit ainé du Marquis du
mefme Nom qui eft en Pologne,
& avoit épousé Ma
ric- Anne Dauver des Ma
rets. Je vous ay fi fouveng
parlé de la Maifon de Bethu
Novembre 1690. X
242
MERCURE
ne , que je ne vous en diray
rie naujourd'huy.
Dame Eleonor de Volvire..
Elle eftoit Fille du Marquis
de Ruffec , & veuve de Meffire
François de Laubefpine
de Chasteauneuf, Marquis de
Hauterive , Licurenant General
des Armées du Roy , General
de l'Infanterie Françoiſe
aux Pays - Bas , & Gouverneur
de Breda , qui mourut en
1670. âgé de 84. ans . M de
Laubefpine, Garde des Seaux
de France , eftoit fon Frere .
Sa Veuve eft morte dans fa
quatre - vingt -fixiéme anGALANT.
243
née, ayant fait voir jufqu'au
dernier moment de fa vie unc
grande fermeté d'efprit , &
une pieté folide. Elle a eu
trois enfans , qui font M' le
Marquis de Chasteauneuf
fur Cher , Madame la Ducheffe
de Saint Simon &
Madame la Marquife de
Chanvalon , Veuve de M le
Marquis de Chanvalon , Neveu
de M² l'Archeveſque de
Paris.
Dame Marie Madeleine de
Suramond , Fille de feu Louis
de Surámond , Prefident des
Treforiers de France en Au-
X ij
244 MERCURE
vergne , & de Marie Chaffebras,
& Veuve de Meffire Nicolas
le Clerc de Leffeville,
Seigneur de Thun & le Mefnil
, Maistre des Comptes . Elle
Laiffe deux enfans , fçavoir
Meffire Nicolas le Clerc de
Leffeville
, Seigneur
du Mcfnil,
Prefident
en la cinquième
Chambre
des Enqueftes
, &
Dame Anne le Clerc de Leffeville
Femme
de Meffire
Guillaume
de Seve , Premier
Prefident
au Parlement
de
Mets. Feu M' de Leffeville
eftoit Frere d'Euftache
de
Leffeville
, Evefque de CoufGALANT.
245
tance , & Fils de Nicolas le
Clerc de Leffeville , Doyen
des Maiftres des Comptes
à
Paris. Je vous ay parlé dans
mesautres Lettres de tous ceux
de cette Famille. Leffeville
porte d'azur à trois Croiſfans
montant d'or , à la bordure endeutée
de
mesme.
Dame Elizabeth du Pré
Veuve de Meffire Jacques
Amelot, Marquis de Mauregard
, Amelot le Meſnil , &
la Planchette, premier Prefident
en la Cour des Aides .
Elle a eu deux Fils & unc
Fille . Les Fils font Jacques
X iij
246 MERCURE
CharlesAmelot, premier Prefident
de la Cour des Aides ,
mort fans alliance , & Charles
Amelot , Marquis de Mauregard
Amelot , Seigneur du
Mefnil & la Planchette, à prefent
Prefidenten la troifiéme
Chambre des Enquestes du
Parlement de Paris . Feu MTC
Jacques Amelot, premier Pre,
fident en la Cour des Aides ,
eftoit Fils de Jacques Amelot ,
Seigneur de Carnetin ,Mauregard-
Amelot & le Mefnil ,
Prefident aux Requeſtes du
Palais , & Petit - fils de Jean
Amelot , Maistre des RequeGALANT.
247
ftes & Prefident aux Enqueftes
du Parlement de Paris .
Cette Famille des Amelor qui
a donné des Archevefques ,
grand nombre de Maiftres des
Requeftes , Prefidens & Confeillers
au Parlement , Grand
Confeil , & autres' Compagnies
Superieures , a fait trois
Branches.La premiere eft celle
des Marquis de Mauregard-
Amelot ; la feconde celle des
Marquis de Gournay , & la
troifiéme , celle des Seigneurs
de Chaillou & Bifeüil. Elle
porte d'azur à trois coeurs d'or
furmontez d'un Soleil de même.
X
iiij
248 MERCURE
Quand je vous parlay le
mois paffé de la mort de M
le Duc de Luynes , je ne fçavois
point qu'il avoit eu d'autres
Filles que feu Madame
la Princeffe de Guimené, Madame
la Princeffe de Bournonville
, & Madame la Comteffe
de Veruë. Il y en a une
quatrième, qui s'appelle Jeanne
- Therefe Pelagie d'Albert,
& qui a este mife dés l'âge de
deux ans auprés de Madame
de Chaulnes , Soeur de M' le
Duc de Chaulnes , Ambatfadeur
Extraordinaire à Rome,
fa Tante à la mode de Bretat
GALANT
249
gne , Abbeffe de l'Abbaye
Royale de Poiffy . Cette jeune
Demoiselle , qui eft âgée de
quatorze à quinze ans , eft
d'un efprit vif & delicat . Cela
joint à l'éducation qu'elle a
receuë de Madame de Chaunes
, Dame dont les grandes
qualitez ne peuvent eftre affez
eftimées, eft une affurance
qu'elle fe fera diftinguer par
fa vertu & par fon merite
comme elle fe fait diftinquer
-par fa beauté.
Mr de la Fite , Lieutenant
des Gardes du Corps , & qui
a vieilly dans le fervice ,ayant
demandé à fe retirer , a rendu
250 MERCURE
J
fon Gouvernement de Guife
au Roy. Sa Majesté l'a donné
à M de Brifac , Major des
Gerdes du Corps, & a gratifié
le Fils deM de la Fire,Exempi
dans les mefmes Gardes , de
celuy de Pequets , qu'avoit
M ' de Brifac.
Le Gouvernement de la
Ville & Chasteau de Baugé
en Anjou , a eſté donné à M³
de Saint Offange , Capitaine
au Regiment de la Marine ,
par la démiffion de M ' Courtin
fon Beau - pere. La Maiſon
de Saint Offange eft fort ancienne
, & s'eft diftinguée
GALANT. 251
dans les Provinces de Bretagne
, Anjou & Poitou . Il en eft
forti des Maréchaux de Camp,
des Colonels , des Capitaines,
des Pages de la Chambre du
Roy & plufieurs Chevaliers
de Malthe. Elle a poffedé les
Terres de la Fropiniere , la
Sauvagiere , la Jaille , Heurtault
& Daviré . Ses alliances
font confiderables . puis qu'-
elle en a avec les Maifons
d'Appelvoifin,Criffé- Turpin,
Aubigné , Clermont , Maillé,
Jarzé , Beaumont & Coigné.
Elle porte d'azur au Chevron
d'argent , accompagné de trois
252 MERCURE
moletes de mefme. La Famille
des Courtin vient du Maine,
& a donné plufieurs Commandeurs
& Chevaliers de
Malthe ,
Ambaſſadeurs , Colonels,
Capitaines aux Gardes ,
Confeillers d'Etat , Maistres
des Requeftes , Intendans de
Juftice , & Confeillers au Parlement
, employez en plufieurs
Negociations d'Etat . Elle porte
d'azur à trois Croiffans d'or.
Toute l'Europe liguée con.
tre le Roy depuis deux ans ,
n'empefche point que tout
ne marche en France d'un pas
égal. Les feuls Etats de nos
GALANT.
253
Ennemis fe reffentent de la
guerre , & la magnificence
qui eft ordinaire aux Opera ,
femble avoir augmenté cette
année , dans celuy d'Enée &
de Lavinie , qui vient de paroiftre.
En effet on ne peut
rien voir de plus fomptueux
que les habits & les decorations
, le tout du deffein de
M³Berrin. La Mufique eft de
Mr. Colaffe, dont je vous ay
parlé plufieurs fois . Il a déja
fait trois Opera depuis la mort
de M' de Lully, & la beauté
de la Mufique de ce dernier
fe fait tellement fentir , que
254 MERCURE
l'on fe récrie à haute voix dés
le Prologue, ce qui n'arrive ordinairement
qu'aux endroits
de paffion qui entrainent
l'Auditeur. Les paroles font
de M de Fontenelle , & le
titre de cet Opera vous fait
connoistre qu'il a tiré ſon ſujet
de ce que Virgile rapporte
du differend d'Enée & de
Turnus , qui afpiroient l'un
& l'autre à épouſer Lavinie.
On ne peut douter qu'un Ouvrage
de fa façon ne foit plein
d'efprit , aprés l'applaudiſſement
general qu'ont receu
tous les Livres qu'il a donnez
GALANT. 255

4
au Public. Il eft cependant
bien malaifé de conrenter
tous les goufts dans les chofes
de cette nature , qui eftant .
compofées de differentes parties,
ne plaifent qu'autant que
chaque gouft particulier eft
fatisfait.
Cet Article de l'Opera
m'engage à vous envoyer
des paroles que M² Tonti a
faites pour un Concert, & qui
ont efté extremement applau
dies . Vous fçavez qu'il a beaucoup
de talent pour ces fortes
d'Ouvrages . La matiere
yous en plaira , puis qu'elle
256 MERCURE
regarde le Roy . C'eſt une maniere
de Prologue , où il fait
parler Mars , la France & la
Renommée .
L
MARS.
Ors que dans mon couroux je
commande à la Parque
De ravager tout l'Univers ,
A l'abry des Lauriers d'un Auguſte
Monarque ,
Les Bergers de ces lieux font mille
doux concerts .
LA FRANCE.
La gloire de Loüis remplit toute la
Terre ,
Le cours de fon bonheur ne finira
jamais ,
Ilfaitgoûter icy les douceurs de la
Paix
GALANT. 257
Lors que tout fe reffent des fureurs
de la
guerre.
LA REN OM MEE.
D'un grand Prince trahy , privé de
fes Etats ,
Il va rétablir la Couronne;
Il remplit le devoir de tous les Potentats
Par les puiffans fecours que fans ceffe
il luy donne.
MARS.
Déja de ce Heros les fameux Combattans
Surfes fiers Ennemis remportent la
victoire ,
Et la Sambre & le Pô font retentir
la gloire
De fes faits éclatans.
LA RENOM ME'E.
On voit à fa valeur obeir la fortune,
Novembre 1690. Y
1258 MERCURE
Contre fes grands projets les vents
s'arment en vain :
Ilfoumet àfes loix l'Empire de Neptune,
Il en eft aujourd'huy l'unique Souverain.
LA FRANCE.
Mon illuftre Dauphin par fes vaftes
conqueftes
Va remplir les vaux des François.
Bergers, preparez-luy mille nouvelles
Feftes ,
Meflez des fons guerriers au doux
chant de vos voix .
MARS, LA FRANCE
ET LA RENOMME'E .
Bergers , preparez-luy mille nouvelles
Feftes ,
Meflez des fons guerriers au doux
chant de vos voix.
GALANT. 259
Voicy d'autres Vers du
mefme M' Tonti , dont un
de fes Anceftres a efté le
premier qui ait, propofé
l'établiffement
de la Tontine
.

SUR LA TONTINE.
To
Oy , qui de mes Ayeux tires ton
origine ,
Aux deffeins d'un grand Roy tu vas
fervir, Tontine.
Va ,feconde aujourd'huy lajuftè intention
Des fidelles Auteurs de ton invention.
La Ieuneffe bouillante ,
Es la Vieilleffe lente
Yij
260 MERCURE
Defirent de te voir dans ta perfe-
Etion.
Les biens que tu promets à tout Sexe,
à tout âge,
Vont remplir tous les voeux
Le Riche , l'Indigent , l'Ignorant &
le Sage ,
Pourront également esperer l'avantage
De jouir d'un deftin heureux.
Louis fera par toy renaitre dans
la France
Les fiecles fortunez,
où l'on goûtoit dans l'innocence,
Et les plaifirs & l'abondance
Qu'à nos premiers Parens le Ciel
avoit donnez:
L'efperancefera commune
Dans tous les biens de lafortunes
Et par un miracle certain ,
On ne fentira plus la mifere impor
tune,
GALANT 261
Qui maltraite le genre humain.
Toy qui de mes yeux tires ton origine
,
A tous ces grands deffeins tu vas
Servir , Tontine .
Le Sieur Nolin,connu par les
bonnes Cartes qu'il a mifes
au jour depuis quelques années
, vient de dōner au public
celle des Eftats de Savoye &
de Piedmont. Il a recueilly divers
Memoires curieux pour
la rendre exacte. La plufpart
luy ont ef
%donnez par une
Perfonne que fa qualité ne
diftingue
pas moins que fon
édition, & qui a une con262
MERCURE
Poiffance particuliere de ce
Pays.la. Cette mèſme Perfonne
qui fcait bien l'Histoire
de la Maifon de Savoye , a
cru devoir ajouter à cette
Carte une defcription Hiſtorique
& Geographique qui a
efté trouvée tres- curieufe. Le
Roy à qui l'Ouvrage eft dedié,
l'a honoré de fon approbation
, & cela fuffit . On a
joint une Table Alphabetique
à cette Carte , afin qu'on
trouve aifément tous les
noms qu'on a cfté obligé d'y
employer. Elle fera d'un
grand fecours Jà ceux qui
GALANT. 263
veulent voir tout d'un coup
& fans peine les Places dont il
eft parlé dans les Relations
Journalieres.
L'on trouve auffi chez le
Sieur Nolin fur le Quay de
l'Horloge du Palais, une nouvelle
Carte generale d'Italie
que l'on a renduë fott curieufc
par des obfervations particulieres.
L'on y a mis tous
les Archevefchez & les Evefchez
, ce qui n'eſt pas
d'autres Cartes de ce Pays ,
quoy que beaucoup plus
grandes. Elle eft dreffée fur
les Memoires de Mr Cantel
fur
264 MERCURE
qui eft un des plus habiles
Geographes de noftre temps
& des plus laborieux. Le
Sieur Nolin fait graver la
Carte de la Lombardie du même
Auteur , qui pourra eftre
neceffaire fi les Efpagnols de
l'Estat de Milan continuent
à donner du fecours aux Savoyards.
Sa Majefté en confideration
des grandes dépenſes
qu'il fait , luy a accordé le
Privilege de faire graver les
Cartes de M Cantel , avec
défenſes de copier aucune de
celles qu'il aura fait faire.
Le Lundy 13. de ce mois.
l'ouverture
GALANT. 265
l'ouverture du Parlement fe
fit avec les ceremonies. ordinaires.
Ml'Archevefque avoit
êté prié de dire la Meffe,
& comme il eft Archevefque
de Paris , & Duc & Pair , on
a fait des chofes à fon avantage
qui n'ont point accoûtumé
d'eftre pratiquées. M
le Premier Prefident alla le
prendre au Palais Archiepif
copal , & ne voulut point
accepter la droite , mefme
dans le Carroffe de ce Prelat.
L'Evefque qui officie dans ce
jour de folemnité , n'a ordinairement
que deux Chape-
Novembre 1690. Ꮓ
266 MERCURE
lains pour Diacre & Sous-
Diacre ; & M'S de la Sainte
Chapelle nommerent deux
Chanoines de leur corps
pour luy en fervir. Pendant
l'Office , le Chantre de la
Sainte Chapelle fe promena
>
avec. fon Bafton. Aprés la
Mcffe , Mr le Premier Prefi
dent en remerciant M
l'Archevefque , fit le Portrait
d'un grand Prélat , par rapport
à toutes les grandes qualitez
, qui diftinguent éminemment
Mr de Paris , & fit
connoiftre
par là le juſte diſ
cernement du Roy , qui ac
GALANT. 267
compagne de tant de graces
l'eftime dont il l'honore. M
l'Archevefque en répondant
à ce remerciment avec l'éloquence
qui luy eft fi naturelle
, fit l'Eloge d'un parfait
Magiftrat , qui fut reconnu
fans peine dans Mr le premier
Prefident , élevé auffi par un
juſte choix du Roy , à la
Dignité de Chef du plus Augufte
des Parlemens. Avant la
Meffe que dit Mr l'Archevêque,
M's de la Sainte Chapelle
luy avoient efté faire compli
ment dans laSacriftie du Palais .
Le mefme jour, M.le Ca-
Z ij
268 MERCURE
mus , Premier Preſident de la
Cour des Aides , parla comme
de couftume , aux Avocats
& aux Procureurs , avec
la gravité d'un grand Magiftrat.
Enfuite M Bignon ,
Avocat General en la mefme
Cour, & Fils de Mr Bignon,
Confeiller d'Eftat, fit un dilcours
fur le travail continuel
des, Magiftrars. Il commença
en difant que tous les hommes
eftoient nez pour travailler,
& aprés l'avoir prouvé , il
fit voir quel eftoit le travail
de l'homme de Robe & de
l'homme d'Epée , & que ceGALANT.
269
luy de l'homme de Robe
eftoit beaucoup plus grand ,
puis qu'il travailloit toujours,
au lieu que les fatigues de
l'homme d'Epée , ceffoient
dans les temps de paix . Il fit
l'Eloge de Mile Camus , Premier
Prefident , qui fuit le
repos , & paffa delà à celuy
du Roy , qui veillant fans
ceffe au bien de fes Peuples,
& à la grandeur de fon Eftar,
faifoit fa gloire de ſouſtenir
un travail qui n'avoit point
de relafche .
L'ouverture des Audiences
n'avoit accouftumé de fe faire
Z iij
270 MERCURE
au Parlement que trois femai
nes aprés celle de la Saint
Martin, & l'on attendoit qu'il
y cuft une semaine franche ,
c'eft à dire fans Feftes ordinaires,
ou du Palais ; mais M
le premier Preſident donne
moins de temps, & l'on n'a
cfté cette année qu'une fe
maine fans entrer. Ainfi cette
ouverture fe fit le Lundy 20.
de ce mois. M' de la Moignon
parla fur la Loy, dont il fit
voir la force & la neceffité
qu'il y avoit de la fuivre . Il
dit qu'elle eftoit au corps
Bolitique , ce que la raifon
GALANT 271
eft à l'homme ; que le Roy
qui faifoit les Loix s'y fousmettoit
, & qu'on voyoit par
les defordres qui regnoient
chez des Peuples voifins , ce
qu'il leur couftoit de fe revolter
contre la Loy . Il ajoûta
qu'elle eftoit fondée fur
la Religion ce qui luy
donna fujet d'entrer dans les
grandes chofes que Sa Majefté
a faites pour la Religion
Catholique. M le premier
Prefident parla fur l'avantage
de la Profeffion des Avocats,
& fur l'eftime que l'on en
faifoit. Il dit qu'il falloit
Z iiij
272 MERCURE
qu'ils retranchaffent les Pre
ludes dans les petites Caufes,
& ces longs difcours qui ne
doivent preceder que les Caufes
d'appareil ; qu'ils s'inftruififfent
à fond des raifons de
leurs Parties , & de celles des'
Parties adverfes , & qu'ils leur
donnaffent de bons confeils,
fans les détourner jamais de
s'accommoder,s'ils en avoient
le deffein .
a
Le Mercredy fuivant , jour
de la Mercuriale , Mr de la
Briffe , Procureur General ,
commença par fouhaiter d'avoir
les qualitez de l'Illuftre
GALANT.
273.
pen-
Magiftrat qui avoit exercé fa
Charge avant luy avec tant
de gloire , & aprés avoir dit
qu'il avoit befoin du mefme
Flambeau dont les lumieres
l'avoient fi bien éclairé
dant fa courſe , il fit l'Eloge
de tous les premiers Prefidens
qui avoient efté choifis
par le Roy, dont il apoftropha
les Fils ou proches Parens
qui font dans le Parlement.
Il commença
par M
Molé, & continua jufqu'à Mr
de Harlay , aujourd'huy
premier
Prefident, dont il reprit
l'éloge, en difant que c'eftoit
274 MERCURE
l'homme jufte & l'homme de
bien . Il fit un Portrait de tout
ce qui s'eft paffé dans la guerre
prefente, montra jufqu'où
alloit la grandeur du Roy, &
dit que fi on pouvoit le voir
dans l'interieur , on le verroit
encore plus grand qu'il ne paroift.
Mr le premier Prefi .
dent reprit toute la derniere
Campagne , commençant par
Monfeigneur le Dauphin qui
• a repouffé une multitude
d'Ennemis . Il parla de la
Bataille gagnée par Mr le Duc
de Luxembourg , du Combat
Naval, dont l'avantage remGALANT.
275
0
1
porté par l'Armée du Roy,
l'avoit rendu Maiftre de la
Mer , de l'affaire de Savoye ,
& il finit en difant qu'ils fe
fe devoient eftimer heureux
d'avoir pû felon leurs fortunes
contribuer à la grandeur
de Sa Majesté , & au bonheur
de l'Eſtar.
Le vray mot de l'Enigme
du dernier mois eftoit le Marteau
d'une porte , & non pas
la Cloche , comme beaucoup
l'ont cru. Ceux qui ont trouvé
ce mot , font Mrs le Lieu
tenant general de Provins &
fa Belle-Niece : Berthier de
276 MERCURE
:
Mornay & la belle du Foix ;
du Pont Corbet d'Avranche :
Langlois Avocat au meſme
lieu Gaillard Avocat , ruc
Grenier S. Lazare : le Chevalier
de Morange , rue Vieillemonnoye
: Henry Capperon
S' de Chaftenay , rue des Meneftriers
; Antoine Riché de
la rue Saint Martin : Nicolas
Vieillot rue Montorgueil :
Chauvin de Levroux ; Aubert
de l'Epinay du Mans : Corteret
de Villiers , Commis aux
Aydes : Jean le Maire rue S.
Paul Jacques de Normandie
Huiffier au Chafteler : Jean
1
GALANT. 277
1
Noël rue S. Martin : Claude
Manfienne, Place Dauphine :
Defcoutures Tabarie : Michel
Hervieux & fon aimable E
#poufe : Danet Pere & Fille ,&
la Motte Huiet, tous de Caën:
Gille Me de Moulins:Richard
Dumont Directeur des Poftes
de Chasteau - Thietry : de l'Ifle
le Voyageur rue Galande :
Salus rue de la Tifferanderie :
Vendrefec : Gueret , & fon
aimable Epoufe & fon parfait
Amy Jean Craffon dit la
grand' Figure : Philibert Naudot,
de la Roche : Gaillardin
le Pere, du mefme lieu : Ger278
MERCURE
main de Bolaftre : Filleul le
jeune la Fontaine, Commis
au Bureau du Tabac de Saint
:
Malo : le petit Hautpont : du
Four : Bonnefoy B. de Saint
Jacques de la Boucherie : C.
Hutuge d'Orleans : le Romain
de Montauban
"
le Porte-

manteau de Strasbourg : le
Voifin de l'aimable couple
de Soeurs de la rue S. Julien
des Meneftriers : l'Amant
congedié du Pont au change :
l'Amant caché de fon aimable
Blonde : le Solitaire de
l'Arfenal les Efprits de la
Couture - Sainte Catherine:
GALANT
279
1
T
I
1
Miles Bellin rue S. Germain
l'Auxerrois : Doze , prochela
Fontaine S. Innocent : l'heureux
Jaloux de la rue Neuve
S.Mederic : l'Amant banal ,
de la pointe de l'Ifle : M¹ Rouf
fel , Marchand : les Mufes
Normandes ; la nouvelle mariée
, ou la belle Uranic de la
rue S. Honoré ; les trois Graces
de la rue des Bourdonnois;
Geneviève & fa bonne Amic
du coin de la rue aux Fers :
Manon de la rue Dauphine:la
charmante Brune de la rue
Grenier S. Lazare : l'aimable
Veuve de la rue du petit Lion:
280 MERCURE
la charmante Manon Penfionnaire
de la Vifitation deCompiegne
: la plus fpirituelle des
Demoifelles de Corbeil : les
deux aimables & charmantes
Soeurs la charmante & agreable
le Maferie du mefme lieu :
la charmante Berule de la ruë
du Bout du monde : la charmante
Veſel du Fauxbourg
S. Germain : la charmante
Manon de la rue, S. François
do S. Malo ; la Precieuſe du
Quay de Gefvre ; la petite
Nanon Guillou : la belle Simone
d'auprés l'Hotel de
Ville de Lifieux :Manon GanGALANT.
281
.
don : l'aimable Angelique
Manfienne de la Place Dauphine:
la belle Marguerite de
Mouffy : Marie Foulon , rue
S. Martin : la trop aimée &
trop aimable de Launay : l'ai.
mable Loüife Favé rue Saint
Martin la charmante Michelle
Huiet , rue aux Ours :
l'agreable Veuve Vinot : l'aimable
couple de Soeurs de
Caën : l'inconftante & fiere
Marote : la Dame Marie & la
charmante Manon du mefme
licu la groffe Commere de
la rue S. Jacques.
Novembre 169
:
A a
382 MERCURE
Je vous envoye une Enig
me nouvelle qui merite bien
l'application de vos Amies.
52525552-222252255
ENIGME.
E ne vois jamais rien , cependant
jour&nuit
I ne
Je fuis au guet, fans craindre vent
ny pluye ;
Quoy qu'on dife de moy , fort peu
je m'en foucie ;
Carje fuis au deus du bruit.
S
Si le rangque je tiens peut donner
de l'envie ,
Du moins j'ofe bien me vanter
GALANT. 283
Que l'homme le plus fierjamais par
jalousie
N'entreprendra de me le contefter.
$
Je fuis toujours fi bien en garde,
Que ce n'est qu'en tremblant qu'on
ofe m'approcher,
Et le plus refolu , fans vouloir me
toucher
Seulement de loin me regarde.
20
Mon corps , quoy que fort gros , Se
remue aifément ;
Toujours fobre, jamais je ne fais de
débauche s
Auffi je fais alaigrement bet
Le demy tour à droit , le demy tour
à gauche.
S
Aux endroits les plus frequente
A a ij
284 MERCURE
On me voit à Paris tourner de tous
coftez,
Sans craindre , comme font les Coquets
& Coquettes ,
Ny les crottes , ny les charettes.
S
De mon pofte jamais je ne fuis en
nuyé ;
C'est pourquoy, quelque temps qu'il
faffe,
Je conferve toujours ma place,
Et refte fur un mefme pied.
Les paroles que vous allez
lire , & que je vous envoye
notées , ont efté mifes en Air
par M de Montailly , Eleve
de feu Mr le Camus . M' de
Bacilly , qui connoifſoit parGALANT.
285
faitement fon genie , eftimoit
fort les
Ouvrages .
AIR NOUVEAU.
E
Cho , qui dans ces lieux redis
à tout moment
Lesfermens que me fait Climene,
De ne briferjamais fa chaine,
Ceffe de me flater d'un bonheur fi
charmant.
Je fçay trop que cette Infidelle
Aime un autre Berger que moy.
Helas ! que t'ay-je fait pour vouloir
avec elle
3 Tromper mon amour & mafoy.
Le 23. de ce mois , on enregiftra
au Parlement un Edit
268 MERCURE
du Roy , qui porte creation
de quelques nouvelles Charges
. Comme les dépenſes exceffives
que Sa Majesté fe
trouve obligée de faire pour
garantir fon Royaume du
grand nombre d'Ennemis qui
fe font liguez pour l'attaquer,
l'engagent à chercher des
fonds extraordinaires
pour
ſuppléer au defaut de fes revenus
, la grandeur du reffort
qui eft refté au Parlement de
Paris , avoit fait renouveller
la propoſition d'en créer d'autres
dans fon étenduë , ou
d'attribuer à de nouvelles Ju
GALANT . 287
rifdictions la connoiffance de
quelques affaires qui luy a cfté
donnée dés les premiers
temps de fon établiſſement ;
mais le Roy a eftimé qu'il étoit
plus convenable au bien
de fon fervice , de n'affoiblir,
aucune des prérogatives d'un
Parlement qui eft le premier
Tribunal de fa Juftice , & le
Siege où ce Monarque la rend
luy- mefme dans les plus importantes
affaires. Ainfi ne
pouvant fe paffer d'une partie
des fonds que cette propofi
tion executée auroit pû produire
pour l'aider dans la
288 MERCURÈ
1.
a
"
Campagne prochaine à foutenir
les efforts de tant de
Princes unis , & encore plus
animez contre la France par
les heureux fuccez de fes Armes
, Sa Majefté qui a reconnu
qu'Elle pouvoit avec
moins d'inconvenient
augmenter
le nombre des Officiers
d'une Compagnie , où
l'on rend la juftice avec autant
de defintereſſement
, que
de lumiere & d'exactitude
, a
créé par fon Edit perpetuel &
irrevocable deux Offices dc
Prefident dans ce Corps Augufte,
feize Confeillers Laics,
dont
GALANT. 289
dont quatorze feront départis
dans les Chambres des Enqueſtes
, & deux dans celles
des Requeftes du Palais , un
troifiéme Avocat General, un
Avocat pour plaider au nom
du Royaux deux Chambres
des Requeftes les Caufes qui
feront fujettes à communication
; quatre Commis pour
dreffer dans le Stile accoûtumé
, & écrire de leur main
fans le miniftere d'aucun
Clerc , fous les deux Greffiers.
fervant à la Grand Chambre,
les minutes des Arrefts rendus
fur Requeſte , appointe
Novembre 1689. Bb
290 MERCURE
mens à mettre , & Inftances
appointées en droit you au
Confeil ; un Commis pour
faire les mefmes fonctions
fous les Greffers de la Tour
nelle cinq pour les cinq
Chambres des Enqueftes ; un
pour les Requeftés de l'Ho »
ftel , & deux pour celles du
Palais ; un Commis pour
communiquer
les Minutes
des Arrefts dépofez au Greffe,
les Regiftres de la Cour , &
les declarations
de dépens , &
quatre Huiffiers en la mefme
Cout. Ceux qui fetont pourveus
de ces Charges , jou
GALANT
291
raux ,
&
V
ront des mefmes honneurs ,
autofitez , privileges, exemptions,
droits, profits & émolumens
dont jouiffent ceux
qui en ont de pareilles . Ceuxdesa
Prefidens , Confeillers
Avocats & Procureurs Genes
Greffiers en chef, des
quatre Notaires & Secrétaires
du Parlement,premier & principal
Commis au Greffe Civil ,
qui font prefentement pourvûs,
qu qui le feront à l'avenir,
quoy qu ils ne foient pas de
race noble , enſemble leurs
Veuves demeurées en viduité,
& leurs Enfans de l'un & de
Bb ij
292 MERCURE
l'autre fexe , feront reputez
Nobles , & joüiront comme
tels de tous les droits & privileges
attribuez aux autres
Nobles du Royaume , pourveu
qu'ils ayent fervi vingt
ans , ou qu'ils meurent reveftus
de leurs Offices; & pour
gratifier en particulier les Pre
fidens & Avocats Generaux
du Parlement de Paris , le Roy
a fixé le prix des Charges de
Prefident à cinq cens mille
livres , au lieu de trois cens
cinquante mille livres , & celles
des Avocats Generaux à
cette derniere fomme, au lieu
GALANT. 293
de trois cens mille livres , à
quoy la fixation en avoit déja
efté augmentée
.
M' Dorat , Doyen de la
Grand Chambre , ayant fceu
Fintention de Sa Majesté fur
cette création , en fit rapport
à la Compagnie , & conclut
qu'il falloit remercier le Roy
de leur avoir donné le moyen
de contribuer à fa grandeur ,
& aux befoins de l'Etat felon
leur fortune , de mefme que
la Nobleffe y contribuoit en
répandant fon fang tous les
jours pour fon fervice . On
trouvera peu de pareils en-
Bb iij
294 MERCURE
droits dans les Hiftoires des
autres Regnes . L'empreffement
d'avoir de ces Charges
eft fi grand , qu'à peine a- t-on
formé le deffein de les créer,
qu'elles onr efté arrestées.
Mr de Menars & M Talon
ont eu l'agrément des deux
Charges de Prefident au Mortier
, & M de Harlay , Fils
de Mr le premier Preſident , a
eu celuy de la Charge d'Avocat
General de Mr Talon .
L'Intendance de Paris qu'a
voit M'de Menars eftant par
là demeurée vacante , elle a
efté donnée àM Phelypeaux,
GALANT. 295
I
Maiftre des Requeſtes , &
Frere de M de Pontchartrain.
On a auffi créé deux Prefidens
quatre Maistres des
Comptes, quatre Correcteurs,
& quatre Auditeurs. La
Chambre des Comptes a té
moigné fon zele pour le Roy
dans cette création , ainli
qu'avoit fait le Parlement ,
& on ne s'eft pas moins empreffe
pour eftre pourveu de
ces Charges. Celles de Prefi
dent ont efté données , l'une
à M de Boiflandry , Petit fils
de M le Chancelier d'Ali-
Bb iiij
296 MERCURE
&
gre , qui a épousé la Fille de
Mr Turgot de S. Clair
l'autre à M' le Tellier , Confeiller
au Parlement. Il fuffic
de le nommer pour vous le
faire connoiftre. Sa Majesté
en a fixé le prix à trois cens
mille livres , au lieu de deux
cens mille livres , à quoy la
derniere fixation avoit efte
faite...
Je puis vous fatisfaire , Madame
, fur ce que vous me
demandez des Sauterelles ,
que toutes les Nouvelles pu
bliques difent avoir caufé de
fi grands dommages en plu
GALANT 297
fieurs Provinces de Pologne ,
puifque j'en ay vû une qui a
efte envoyée à M`l'Abbé de
Saint Uffans . Elles fe font répanduës
jufque dans la Lithuanie
en une fi prodigieu-
3 fe quantité , que l'air en a efté
1 tout obfcurcy , & la terre
toute couverte comme d'un
drap noir . Elles ont paru dans
l'Ukraine , mais fur tout dans
laRuffic, où cesInfectes volans
font venus comme en trois
corps par trois endroits dif
ferens . L'un y eft entré par les
côtez des montagnes de Hon
grie , l'autre eft allé à l'armée
P
298 MERCURE
Polonoife qu'il a comme af
fiegée , & le troifiéme qui ve
noit de Volhinie , a paffé à
droite de Leopold . Cet Animal
à fix jambes , le corps de
couleur noiraftre , & la tefte
faite à peu prés comme celle
d'un cheval . Ses aîles qu'il
a au nombre de fix & affez
longues , font de couleur de
blanc fale, & toutes couchées
les unes fur les autres . Il y en
a quatre , toutes parfemées de
petites taches, qui y font com
me une petite efpece de bro
derie, & ces taches forment
des Lettres Hebraïques , où
GALANT. 299
l'on pretend qu'un Rabin ait
·leu Saaphel, mot Hebreu , qui
fignifie en noftre langue , colere
de Dieu . Les deux autres
font toutes unies , & l'on n'y
decouvre aucune tache . En
certains endroits de la Pologne
, où ces Sauterelles font
mortes les unes fur les autres
il s'en eft trouvé juſqu'à quatre
pieds de hauteur. Celles
qui font demeurées vivantes
fe font perchées fur les arbres
en fi grand nombre , qu'elles
en ont fait plier les branches
jufqu'à terre . Elles ont rongé
les herbes jufqu'à la racine , &
300 MERCURE
mangé les bleds qui commençoient
à pouffer, en forte qu'il
a fallu femer de nouveau . Les
Boeufs qui en ont mangé parmy
l'herbe , en font crevez
auffi - toft, & comme l'air s'en
trouve infecté , parce que les
pluyes les ont prefque toutes
fait mourir , ceux du pays
craignent fort qu'une chofe
fi extraordinaire , ne foit fuivic,
ou de peſte ou de faminc.
L'Academie Françoife a fait
publier que le 25. d'Aouſt de
l'année prochaine , jour de S.
Louis , elle donnera le prix
GALANT. 301
d'Eloquence fondé par feu
M' de Balzac, à celuy qui au
ra fait le meilleur Difcours
fur le zele de la Religion , fuivant
ces paroles , Zelus domus
tua comedit me. Ce Difcours
ne doit eftre tout au
plus que d'une demy- heure.
de lecture. Elle donnera le
mefme jour le prix de Poëfic
à celuy qui aura le mieux
réuffi à faire voir, Que le Roy
feul en toute l'Europe défend &
protege le droit des Rois , à quoy
on pourra joindre tel autre
fujet de loüange pour Sa Majefté
qu'on voudra choifir .
302 MERCURE
Les Oavrages de Poëfie ne
doivent point exceder cent
vers , & doivent finir par une
courte priere à Dieu pour le
Roy. On peut traiter ce ſujet
ou en vers croifez , comme
ceux des Odes & des Stances,
on en Vers Alexandrins.Ceux
qui pretendront aux prix, erivoyeront
leurs pieces à M
l'Abbé Regnier Defmarefts,
Secretaire perpetuel de l'Academic
, ou au fieur Coignard
Libraire de la mefme
Academie, rue Saint Jacques,
à la Bible d'or , avant le premier
jour de May , parce
GALANT 303
qu'on ne les recevra qu'inclufivement
jufqu'au dernier
jour d'Avril.
07
Puifquevous trouvez que je
vous ay parlé trop confufemend
de la Maifon de 1
Baume de Suze dans le temps
que je vous appris la mort de
MP'Evefque de Viviers , je
reprendray cet Article pour
y ajouſter ce que je croy qui
fatisfera voftre curiofité . Ce
Prelat qui avoit efté nommé
Epifcopat dés l'année
1613. ayant befoin de fecours
dans fes dernieres années à
caufe de fon grand age, avoit
304 MERCURE
employé Meffire Charles de
la Garde de Chambonas , Evefque
de Lodeve, fon Nevcu,
à la conduite de fon Dioceſe,
& ce Prelas y avoit travaillé
plufieurs années avec beaucoup
de zele & de foin pour
les avantages de la Religion .
Auffi le Roy en le nommant
à l'Evefché de Viviers aprés
la mort de Meffire Louis François
de la Baume de Suze,
fon Oncle, luy dit qu'il avoit
plus confulté l'intereft de la
Religion que celuy dece
Prolat ; & en effet il peut la
fervir beaucoup plus utile,
GALANT. 205
J
A
L
ment à Viviers , que dans
l'Evefché de Lodeve, où il n'y
a point de Proteftans . Quanc
à la Maiſon de la Baume de
Suze , il y a trois cens cinquante
ans que Louis de la
Baume épousa Antoinette de
Saluces . Elle mit la Terre de
Suze dans cette Maiſon , qui
prouve fix generations au
deffusde celle là . François de
la Baume tué en 1987. quand
les Pretendus Reformez repri
rent Montelimar , s'eft veu en
mefme temps Lieutenant de
Roy en Dauphiné, Commandant
en chef pour le Pape
Novembre 1690 . Cc
306 MERCURE
**
dans le Comtat Venaiffin ,
Gouverneur de Provence ,
Amiral de France , & Chevalier
des Ordres du Roy. It
avoit époufé Françoiſe de
Levy, Fille de Gilbert , Comte
de Vantadour , & il en cut.
Roftain de la Baume qui
époufa en premieres noces
Madeleine Desprez Montpe
zat , Fille d'Emanuel Phili
bert , Marquis de Villars &
de Henriette de Savoye, dont
il cut Honoré de la Baume, tué
au Service de nos Rois . Il
époufaen fecondes noces Catherine
de Breflicux Neüil.
GALANT. 307
lon, & de ce mariage for
tirent Anne de la Baume , & *
Louis François Evelque de
Viviers à qui Mr de Lodeve
viene de fucceder. Anne del
la Baume prit alliance avec
Catherine de la Croix- Che
vrieres , dont il a eu trois Fils
& une Fille qui s'est faite
Religieufe . Louis François
de la Baume , Comte de la
Suze , qui eft l'aifné des trois
Fils , s'eft marié avec Hippolire
de Montiers de Merinville,
dont il a eu un Fils qui
cft mort. Ce Seigneur a toujours
vécu , & vit encore a
Ċc ij
308 MERCURE
vec une grande diſtinction .
Le fecond , appellé Gafpard
Joachim , a fait dix -fept out
dix-huit Campagnes
avec
beaucoup de reputation & de
gloire , fous le nom de Chevalier
de Suze , mais voyant
que Louis François fon Ainé
n'avoit point d'Enfans , il ſe
maria , & prit le nom de
Marquis de Breffieux , qui
eftoit une Terre de fon partage
. De fon mariage avec
Marthe d'Albon de Saint For- >
geux , Maifon du Lyonnnois
illuftre & connue , font fortis
deux Garçons & une Fille
+
1
GALANT 309
-
let
qui font encore tout jeunes.
Le troifiéme , Anne Trif
tan , nommé d'abord par
Roy Evefque de Tarbe , &
peu de temps aprés Evefque
de Saint Omer, fut fait Archevefque
d'Auch en 1684 .
Le Prince d'Orange ayant
manqué la conquefte d'Irlan
de , & voyant les avantages
que les armes du Roy ont
remportez fur mer & fur terre
pendant toute la Campagne ,
& les progrés des Turcs contre
les Imperiaux , a cru avec
jufte raifon que les Allicze
ouvriroient les yeux , & que
210 MERCURE
laffez d'une guerre qui ne fere
qu'à les ruiner , & qui n'eft
utile qu'à ce Prince, ils pour
roient traiter avec la Frances.
puis qu'ils font hors d'espoir
del'entamer. C'est pour cela
qu'il a mis en ufage toute fa
politique , en quoy il excelle
pour le malheur de l'Europe;
& pour mieux éblouir fes
Alliez , & les engager à faire
de nouveaux efforts pendant .
la. Campagne prochaine , il
cft convenu avec les Amis
qu'il a dans le Parlement
d'Angleterre , qu'on luy accorderoit
cinquante - deux
GALANT.
311
I
1 millions, afin de faire voir
qu'il eftoit en eftat de foute
nir la guerre , & de payer
ceux qu'ily a engagez ; mais
il eft demeuré d'accord en
meſme temps qu'on luy don
neroit les fonds pour un prix
plus haut qu'ils ne doivent
rapporter , & il y sont a tel
qui luy vaudra fix fois moins
que la fomme pour laquelle
il le reçoit. Cependant on
murmure beaucoup en An
gleterre,mais on n'ofe éclater;
on écrit , mais on fe cache.
Le commerce ne fournit
1. point dequoy payer les gross
312 MERCURE
fubfides. Les François qu'on
croyoit ruiner en ceffant de
trafiquer avec eux , ont plus
fait de prifes que l'on n'en a
fait für eux . On ne voit point
que les affaires du Royaume
ayent changé de face . Chacun
y vit comme auparavant,
& tout ce qu'il y a de nouveau
en Angleterre, c'est que
les fubfides y font dix fois
plus forts qu'ils n'ont eſté
Tous les Rois legitimes; qu'on
n'y parle que de levées d'argent
, qu'on n'eft occupé qu'à
chercher les moyens d'en
trouver , & ce qu'il y a de plus
chagrinant
GALANT. 313
chagrinant pour les peuples ,
c'cft que non feulement ils
font accablez d'impofts, mais
qu'ils ne voyent pas de quelle
utilité peut eftre cette guerre
à une Ifle , qui dans la fituation
qù font les affaires
de l'Europe , ne peut étendre
fes conqueftes hors de chez
elle, & qui n'en pourroit faire
fans qu'elles fuffent à charge
à l'Etat , par les Troupes &
les convois qu'il y faudroit
fans ceffe envoyer . Mais le
Prince d'Orange ne regarde
plus l'intereft de la Nation ;
& comme il faut que les Ufur-
Novembre 1690.
&
Dd
314 MERCURE
pateurs foient toujours armez
pour le maintenir , il en cou,
tera toujours à l'Angleterre
pour payer des Troupes , qui
ferviront à la tenir captive
tant que le Prince d'Orange
regnera.o
Aprés la prife de Belgrade,
le Bacha de la Boffine alla
avec quelques Milicesſe camper
devant Effek , pour voir
fi la terreur n'obligeroit point
les Imperiaux d'abandonner
cette Place , comme ils ont
fait beaucoup d'autres , mais
ayant reconnu qu'on avoit
refolu de la défendre , il s'eft
GALANT. 315
retiré avec fes Troupes. Le
Grand Vifir eftoit trop habile
poury venir , avant que d'avoir
mis Belgrade en eftat de
défenfe , d'avoir fait lever le
Blocus de deux Places impor
tantes , d'avoir donné du fer
cours à Tekeli , & d'avoir fait
repofer fes Troupes, puis qu'il
y en a dans fon Armée qui
ont fait prés de mille lieuës.
Il faut manquer de bon fens
pour croire que s'il avoit affiege
Effek , il ne l'euft pas
emporté. Les Imperiaux n'en
doutent pas , & ils en avoient
miné les Fortifications pour
>
Dd ij
316 MERCURE
J
les faire fauter à fon approche
.
Comme j'efpere vous envoyer
un Journal de ce qui
s'eft fait pendant cetre Campagne
en Italic , plus curieux
que ce que je vous en ay dit à
mefure que les chofes fe font
paffées , je n'entreray point
aujourd'huy dans le détail de
la prife de Suze. Je me contenteray
de vous dire que
toutes les Lettres portent que
ce devoit cftre une tres -groffe
affaire , & qu'il doit cftre
bien avantageux & bien glorieux
aux armes du Roy ,
GALANT. 317
d'avoir fait en vingt quatre
heures une conqueſte fi importante
& fi difficile.
A Paris ce 30. Novembre 1690 .
Dd iij
5$ 255222 522225555
P
TABLE.
Relude.
Eglogue
.
H
Le Loup & le Renard , Dialo
27
gue.
Lettre fur les matieres du Temps.
41
Dialogue d'Apollon; & de Polimnie.
75
Ordre de S. Jean de Jerufalem.
93
Lettre en Profe en Vers.
117
TABLE.
Eloge de Monfeigneur le Daïphin
par Madame de Pringy,
147
Lettre à Madame Deshoullieres,
158
Idille.
Miffion.
265
177
Benefices donnez par le Roy.
182
Hiftoire.
Carte des Armes des Chanceliers
de France.
186
213
Effence pour arrefter le fang.
tess216
Mort de M. de Seignelay, avec
la diftribution de toutes fes
Charges emplois.
222
TABLE.
Morts.
236
Gouvernemens donnez par le
Roy.
249
Opera nouveau. 250
Prologue.
255
Vers fur la Tontine. 259
Cartes nouvelles . 261
Ouverture du Parlement avec
tout ce qui s'eft paßé à cette
occafion .
Article des Enigmes.
264
275
Edit du Roy, portant creation de
nouvelles Charges au Parlement
, avec les noms de ceux
qui doivent remplir plufieurs
de ces Charges. 285
Sauterelles qui ont caufé de
TABLE.
grands dommages en plufieurs
Provinces de Pologne
Prix propofez par l'Academie
Françoife
Nouvelles
d'Angleterre
296
300
309
Le Bacha de la Boffine fe prefente
devant Effek, avec les
Milices du Pays
Affaires d'Italie.
Fin de la Table.
314
316
Avis pour placer les Figures .
L'A
' Air qui commence par , En
vain j'ay cru pouvoir rompre
.doit regarder la page 72.
La Medaille doit regarder la page
157.
L'Air qui commence par , Echo
qui dans ces bois, &c. doit regarder
la page 285.
Extrait du Privilege du Roy
PChaville, le 18. Iuillet 1683. Sigué, Par
AR Grace & Privilege du Roy, donné à
le Roy en fon Confeil , IUNQUIERES, Il eft
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer,vendre
& debiter le Livre intitulé , MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Relations ,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir , Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'orne.
ment d'iceluy , ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans , ainfi que
plus au long il eft porté efdites Lettres.
Regiſtré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14 .
Septembre 1683. Signé ANGOT , Syndic .
Ledit Sieur DEVİZE' a cedé fon droit da
prefent Privilege à Michel Guerout , Libraire
pour en jouir fuivant l'accord fait
entr'eux.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le