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511-16 90, 9
Mercure
<36623738440014
<36623738440014
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE 1690 .
A PARIS ,
GALERIE-NEUVE DU PALAIS,
Nodone
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
.
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
E: MICHEL GUEROUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . LXXX X ,
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent, &fur
A ij
AVIS.
"
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port, s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite pre-
(entement le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eſt toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
A VIS.
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
Sur le Libraire en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
›
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers.
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mesme chofe gene-
>
ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront .
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont on aura tout lieu d'eftre..
content.
MEREVRE
GALANT
SEPTEMBRE 1690 .
L
A
conjoncture prefente
des affaires fait
meriter tint de
loüanges au Roy , & ce Monarque
en reçoit de tant déloquentes
Plumes, que je croy
devoir commencer ma Lettre
A iiij
8 MERCURE
en vous faifant part de leurs:
productions . L'illuftre Madame
des Houlieres ne s'eft
pas teuë fur fes dernieres Vitoires.
Je ne vous vanteray
point les Vers que vous allez
lire. On n'en voit point d'elle
qui ne répondent à la réputation
qu'elle s'eft acquife.
off of ofcafe ofcofrafc of off of of of je de off of off of of
STANCES
Sur les Victoires du Roy.
IRREGULIERES
Fille Ille du Ciel , aimable Paix,
Vous qui de tous les biens eftes toujoursfuivie
,
Vous que l'aveugle erreur & lajaloufe
envie
GALANT.
9
Ont voulu d'icy-bas exiler pour jamais
:
LOVIS eft triomphantfur la terre &
Sur l'onde,
C
Ses nombreux Ennemis font confus,
font défaits .
Il va vous redonner au monde.
S
Si les fecrets du Ciel fe peuvent
penetrer,
Les glorieux fuccés qu'il accorde à
fes armes
Forceront la difcorde & l'envie à
rentrer
Dans ces lieux deftinez à d'éternelles·
larmes.
Ouy , jeprevoy qu'avant le temps,
Où les Roffignols par leurs chants
Font retentir les bois de plaintesamoureuſes
,
Vous defcendrez icy du celefte fejour;
10 MERCURE
Plus fes armes feront heureufes,
Plûtoft vous ferez de retour.
2
Entre les bras de la Victoire
On a vû ce Heros déja plus d'une
fois ,
Pour n'écouter que vostre voix , 1
Impoſer filence à fa gloire.
Son ame au deffus des faveurs
Que fait l'inconftante Deeffe ,
N'a point ce dur orgueil ny ces lâches
rigueurs ,
Qui mettent le comble aux mal--
heurs
D'un Ennemy forcé d'avoüer fa foibleſſe
,
Vice des vulgaires vainqueurs.
Icy la mefme main qui terraffe , releve,
Et toujours de Louis le triomphe
s'acheve
Par le retour de vos douceurs.
GALANT. IL
2
Plus àfes Peuples qu'à luy-même,
Il ne voit qu'à regret ce qu'ils font
aujourd'huy,
Et ces Peuples inftruits à quel point.
il les aime ,
Goûteroient un plaifir extrême
A donner tous leurs biens & tout .
leurfang pour luy.
Il voudroit qu'au milieu de ces brillantes
feftes ,
Qu'enfante un doux loifir dans les
lieux où vous eftes ,
Tous fes Sujets puffent vieillir.
Ce genereux foucy fans ceffe l'accompagne
,
Des Conqueftes qu'il fait, des Batailles
qu'ilgagne ,
Tous eftes le feulfruit qu'il pretend
recueillir,
12 MERCURE
&
De rage & de douleur je les voy qui
fremiffent
Au bruit de fes fameux exploits,
Ces fiers Princes qui vous haïffent
,
Et qui foulant aux pieds toutes fortes
de loix ,
Pour un Ufurpateur trahiſſent
Leur gloire & l'intereft des Rois.
La terre a bû le fang de leurs meil
leures Troupes ,
La mer , malgré les vents qui com- ·
battoient pour eux,
Pele mele a receu , Vaiffeaux , Canors
, Chaloupes ,
Soldats & Matelots, dans fes gouffres
affreux.
Goutez, charmante Paix , une douce
vangcance
Du mépris qu'ils ont fait de vos plus
facrez nauds,
GALANT. 13
Vous ferez la ressource & l'unique
efperance
De leur monftruenfe Alliance
Qu'a cimentée un crime heureux.
Voicy d'autres Ouvrages
de Vers fur cette mefme matiere.
Les trois premiers Sonnets
font de M Boyer , de
l'Academic Françoife : le quatriéme
, de M' le Clerc , de la
mefme Academie , & le cinquiéme
, de Mr de Liniere.
14 MERCURE
LE ROY
A SON PEUPLE.
C
Her Peuple , à m'obeirfi prompt
&fifidelle
Vous qui me confacre
& vos bras ,
& vos biens
Vous en qui le courage & l'ardeur
d'un beau zele
Me donnent des Heros autant que
de Soldats.
2
Soûtenons jufqu'au bout une illuftre
querelle ;
Que toutfoit contre moy , que contre
mes Etats
Il s'éleve une Ligue injufte & criminelle
,
Le Ciel & mes Sujets ne me manquerontpas.
GALANT.15
S
Nous vaincrons , & la Paix qui
Suivra la victoire,
Ramenant l'abondance au milieu de
la gloire ,
Fera de nofre fort Rois & Peuples
jaloux.
Toutes les Nations environt à la
France
Un Roy , dont voftre Zele augmente
la Puiffance,
Tous les Rois m'environt des Sujets
comme vous.
Sur la défaite des Flores Angloife
& Hollandoiſe .
Euples jaloux , voyez quelles
morts quel carnage
Viennent d'enfanglanter l'un l'au
tre Element:
16 MERCURE
Un Roy vangeur des Rois a puny
vostre rage ;
Malheur à qui s'expoſe à son ref
Sentiment.
S
Au lâche Ufurpateur vous ouvrez
un paffage ,
Vous l'élevez au Trône ; il regne
impunément ;
Louisfur vos Vaiffeaux a vangé cet
outrage.
Quel horrible debris ! quel vafte
embrafement !
S
Humiliez , confus aprés cette dif
grace,
Oferez- vous encor , pleins de la même
audace ,
Difputer avec nous de l'Empire des
Eaux ?
S
GALANT
17
Dés que Louis poursuit la peine de
vos crimes ,
L'Ocean vous voit fuir, voit brûler
vos Vaisseaux,
Et pour les engloutir, luy prête fes
abiſmes.
Sur la Victoire remportée
en Savoye .
AU RO Y.
Ve le Ciel fait pour vous de
miracles vifibles !
O
Grand Roy , la Ligue en vain redouble
fes efforts ;
Rien ne peut ébranler vos forces invincibles
;
Rien ne peut épuifer vos immenfes
trefors.
Sept. 1690.9
B
18 MERCURE
S
Le zele des François rend vos armes
terribles :
Une fi noble ardeur leur donne des
transports
Qui leur font penetrer des lieux
inacceffibles ,
Et couvrir des rochers d'une moiffen
de morts.
2
Que ce triomphe est beau ! mais qu'il
s'augmente encore ,
Quand de vostre Grandeur ,
l'Univers adore ,
que
Lefurprenant éclat ne vous éblouit
pas!!
2
Loin de vous élever par ces grands ,
avantages ,
Vore coeur reconnoist par d'affidus
hommages
GALANT. 19
L'invifiblefecours qui foutient voftre
brass
Sur les heureux fuccés des
armes du Roy:
Non
On , ne vous laffez point d'étaler
voftre joye ,
Peuples trop fortunez fous les loix
de LOVIS ,
Vous ne devez qu'à luy ces fuccés
inouïs ,
Et ces profperitez que le Ciel vous
envoye.
2
De plus de Potentats que l'on n'en
vid à Troye
Les complots forcenez ſont presque
"évanouis ,
Et l'aveugle fureur dont ils font
éblouis
Bij
20 MERCURE
A de nouveaux lauriers n'a fair
qu'ouvrir la voye.
$
Quel Hercule jamais égalanôtre Roy?
Seul dans tout l'Univers défenseur
de la Foy
Du Dieu des Combattans il lance le
tonnerre.
$
Ses Ennemis par tout en reffentent
tes traits ,
Et les ayant domptez par une jufte
guerre ,
Il doit encor bien- toft leur impofer
la Paix.
Sur le mefme fujet..
Edez , fiers Ennemis , noftre
tonnerre gronde :
Tous ceux qui pretendoient nous
donner de l'effroy
GALANT. 21
Koudroient eftre avec nous dans une
paix profonde
Es venir en tremblant recevoir noftre
loy.
2
Nous sommes triomphansfur la terre.
&fur l'onde ,
Noftre vigueur éclaté , on nous craint,
& je croy
Que la Franceferoit la Maiſtreſſe du
monde,
Si c'eftoit le defir de noftre Augufte
Roy
S.
Luxembourg à Fleurns fa vaillance
déploye ;
Le hardy Catinatfe fignale en Savoyèe
Et Tourville fur mer amis l'Anglois,
à bas.
2.
Quay que ces trois grands Chefs ho .
norent nos Hiftoires,
22 MERCURE
Ce n'est ny leur fçavoir, ny leur coeur,
ny leur bras ,
Mais l'efprit de LO VIS qui gagne les
Victoires.
J'ajoûte à ces cinq Sonnets
un Madrigal de M Petit de
Rouën .
D
Fais
AU ROY.
Ivin LOVIS, que la Vi-
Etoire
Atoujours fuivy pas à pas,
Et qui prenant toute la gloire
que les autres n'en ont pas..
Quelle est la force de ton bras!
Toute l'Europe conjurée
Sous ce bras fe trouve atterrée
Dans toutesfortes de combats -
GALANT. 23
Mais faut-il que l'on s'en étonne?
Celuy du Tout-puiſſant affermit ta
Couronne ,
Et voyant qu'on pretend abattre fes
Autels ,
Te feconde, animé d'une jufte van--
geance.
Contre une fuprême Puiſſance ,
Que peuvent de fimples Mortels ??
Je vous envoye l'Ouvra
ge , dont vous avez entendu
parler fi-avantageufement &
que vous avez tant fouhairé
de voir. J'aurois fatisfait plûtoft
voftre curiofité , fi l'empreffement
qu'on a de l'avoir,
n'en avoit pas rendu les copies
fort rares..
24 MERCURE
2225555525 2552225
JUSTIFICATION
Des Colonels & des Capitaines
du Pays des Grifons
QUI SERVENT LE ROY
DE FRANCE
,
Contenue dans une Lettre écrite
aux Chefs des trois Ligues
des Grifons .
PAR J. B. STOPPA.
M
ESSIEURS ,
J'efpere que vous ne trou
verez pas mauvais qu'en con
fervant le refpect que je vous
dois,
GALANT 25
९
18
dois , comme aux Chefs &
Députez des trois Ligues affemblez
en Diete , je vous
dife mon fentiment fur la
Lettre que vous m'avez fait
l'honneur de m'écrire , de
Davas le Septembre dernier,
laquelle ne m'a efté renduë
que depuis trois ſemaines . Je
ne m'étonne pas que le Roy
Catholique vous ait fait folli
citer , en vertu de l'Article
dixième du Capitulat
, que
vous avez inferé tout du long
dans voſtre Lettre , de rappeller
les Officiers du Païs qui
font en France au fervice du
Septembre 1690 .
C
26 MERCURE
Roy ; mais bien que la plufpart
d'entre Vous , qui avez
affifté à cette Afſemblée,ayez
des engagemens avec les Efpagnols
, je fuis furpris de ce
que vous leur avez accordé
cette demande , qu'ils n'ont
pas eu raifon de vous faire ,
& que vous pouviez juftement
leur refufer . Vous fçavez
mieux que moy que dés
que ce Traité fut fait , on le
condamna hautement dans le
Païs , fur le fimple bruit de
ce qu'il contenoit ; que les
Députez qui l'avoient figné,
n'oferent le faire voir , fur
GALANT
27
Tout à caufe de ce qu'il y
avoit de conrraire aux interefts
de la France ; qu'il n'y
a qui que ce foit de ceux du
Païs qui en ait vu l'Original,
que l'on croit avoir eſté ſupprimé
par les Espagnols , &
qu'il n'a jamais eſté ratifié ,
ny par le Roy d'Eſpagne , ny
par les Députez affemblez en
Diete . Je fçay bien qu'il a eſté
executé en plufieurs Articles
pour l'avantage que l'on a
tiré de part & d'autre pour le
commerce ; mais il eft conftant
que
long
- temps
on
n'a
point
eu
durant un fort
Cij
28 MERCURE
fi
d'égard à l'Article dixième
de ce Traité, non plus que
jamais il n'avoit esté fait . Il
ne faut que le lire pour eftre
convaincu de cette verité.
t:
Toutes les fois que Nous des
trois Ligues aurons de nos
Troupes au fervice de quelque
Prince , Potentat , Republique ·
ou Eftat , qui voudroient envabir
les terres de Sa Majesté , en
ce cas nous ferons obligez de
rappeller nos Soldats ,
leur ordonner expreffement fur
des peines feveres , de mort &
de confifcation de biens , qu'ils
agent promptement à fe retirer
&
de
GALANT.
29
ج و ن
en leur Pays , & à quitter
inceffamment le fervice dudit
Prince & qu'ils fe gardent
d'endommager les Eftats de Sa
Majefté , fous quelque pretexte :
que ce puiffe estre. Et de plus
pour plus de feureté , & pour
plus grand éclairciffement , toutes
les fois que l'on fera des le
vées dans le Pays , pour quelque.
Prince que ce foit , & qu'elles .
fortiront de la Patrie , Nous
donnerons ordre exprés aux Soldats
& aux Colonels qui les
commandent , que dans aucune
maniere , ny dans aucun temps,
ils n'aillent point directement ,
4
4.
Ciij
30 MERCURE
>
& ne s'affocient à aucunes Trou
pes , de quelque qualité qu'elles
foient qui voudroieut attaquer
les Etats de Sa Majeſté › leur
impofant les mefmes peines ›
les executant à toute rigueur, & -
Leur faifant fçavoir ces engagemens
& cette Capitulation , afin
que dans aucun temps , les Colonels
. Copitaines & Soldats
Grifons n'en puiffent pretendre
caufe d'ignorance.
Get Article , comme vous
voyez , contient deux points .
Le premier ; que les Ligues.
du Pays ne doivent point
permettre que leurs Troupes.
GALANT.
31
fervent un Prince pour attaquer
les Eftats du Roy d'Ef
pagne , & qu'ils doivent rappeller
leurs Troupes , & leur
commander fur peine de la
vie & de confifcation de leurs
biens , de quitter le ſervice de
ce Prince- là , & de retourner
dans leur Païs . Le fecond
point eft , que toutes les fois
qu'on fait des levées pour le
fervice de quelque Prince que
ce foit , l'on défendra expreffément
aux Soldats & aux
Colonels qui les conduiront ,
d'attaquer les terres du Roy
d'Efpagne , fur les mefmes
Ciiij
32 MERCURE
peines , & qu'on fera fçavoir:
cette Capitulation & accord
à tous les Capitaines & Soldats
, afin qu'aucun n'en pretende
caufe d'ignorance . Je.
vous demande , MESSIEURS ,
fi vous avez executé ou l'un
ou l'autre de ces deux points.
Lors que ce Capitulat fut fait,
Vous ne rappellâtes point les
Troupes du Pays qui estoient
en France pendant qu'elle
avoit la guerre contre l'Efpagne.
Tant s'en faut . Vous,
permiftes quelques années a‹
prés à M's Planta , Bouël &
Tfcharner, de lever des ComGALANT.
33
*
pagnies pour les mener en
France, fans leur faire défenfe
de fervit contre l'Efpagne.
Vous n'avez pas fait non plus
cette défenſe à M" Jacques du
Mont & Eftienne Bouël , lors
qu'ils menerent en France les
Compagnies qu'ils avoient
levées au Païs pour le fervice,
du Roy . Je ne croy pas que
pendant la guerre , qui a efté
entre les deux Couronnes 2
jufqu'à la Paix des Pirenées ,
lesEfpagnols vous ayent follicitez
en vertu de ce pretendu
Traité , de rappeller les Offi
ciers du Païs qui estoient en
34 MERCURE
France , ou s'ils vous ont fait
cette demande , vous l'avez
trouvée fi peu jufte que vous
n'avez pas jugé à propos de
la leur accorder. Vous avez
permis à nos Compagnies de
fervir en France fans les engager
à quitter ce fervice &
a revenir au Pays . Il y a quatorze
années que j'eftois à
Meffine avec mon Regiment.
L'Ambaffadeur d'Efpagne qui
eftoit au Païs , fit alors un
grand bruit ,fe plaignant hautement
que vous aviez 'fouffert
que nous euffions paſſé la Mer
pour aller foûtenir un Peuple .
GALANT.
35
qui s'eftoit foulevé contrefon
Roy. Vous cultes cependant
fi peu d'égard à fes
plaintes , que vous ne trouvâtes
pas à propos de nous écrire
pour nous témoigner au,
cun mécontentement à cet
égard. Je fçay bien que pendant
la guerre qui eſtoit il y
a douze années entre les deux
Couronnes , vous avez à la
follicitation des Eſpagnols ,
écrit à quelques Officiers du
Païs , de ne pas fervir contre
le Roy d'Eſpagne ; mais vous
ne leur avez témoigné aucun
reffentiment de ce qu'ils n'ont
36 MERCURE
point eu d'égard à vos Let
tres ny aux ordres que vous
leur avez donnez . Quoy qu'il
en foit , il ne vous eft jamais
arrivé d'écrire , comme vous
avez fait depuis peu , à tous
les Officiers Grifons qui font
en France de quitter le fervice
, & de fe retirer au Païs.
Tout le monde n'auta- t - il
pas fujet d'eftre furpris de ce
que vous vous cftes avifez ,
l'an 1689. d'executer l'Article
d'un Traité fait l'an 1639 ,
c'eft à dire cinquante ans auparavant
, & qui jufques icy
n'avoit point efté executé ,
GALANT .
37
L'Ambaffadeur d'Espagne qui
eftoit dans le Païs , & qui
eftoit fort vigilant pour les
interefts de fon Maiftre, n'auroit
pas manqué de vous engager
dés lors à faire revenir
vos Officiers qui estoient en
France , s'il avoit cru avoir le
droit de vous le demander.
Je ne voy pas pourquoy il ne
nous fera pas permis de continuer
à fervir le Roy comme
les autres Officiers ont eu la
liberté de le fervir depuis que
ce pretendu Traité a cfté fait .
Mais ce qui eft de plus furprenant
, c'est que vous avez
38 MERCURE
adreffé vos Lettres de rappel
aux Officiers qui ont des
Compagnies, lefquelles n'ont
pas efté levées dans le Païs.
Il eſt conſtant que quand il
n'y auroit rien à redire à ce
Traité , & que vous voudriez
executer cet Article à la rigueur
, il ne vous donne le
droit que de rappeller les
Officiers qui commandent les
Troupes levées dans le Pays.
Nous ferionsbien malheureux
fi nous n'avions pas la même
liberté qu'ont tous les particuliers
de noftre Etat , d'aller
par tout où ils peuvent trouGALANT.
39
ver leur avantage. Tous nos
Predeceffeurs ont confervé
cette liberté, d'aller fervir tels
Princes ou Etats de l'Europe ,
qu'il leur a plu , fans aucune
reftriction . Nous fommes vos
-Compatriotes & non pas vos
Sujets , & vous ne devez pas
entreprendre de nous ofter
un droit qui nous appartient
par noftre naiſſance , comme
membres d'un Etat libre de
fervir tous Rois ou Princes ,
fans en excepter aucun , que
les Ennemis de noftre Etat.
Mais outre noftre iutereft , je
ne puis m'empefcher de vous
5
40 MERCURE
dire , Meffieurs , que je fuis
extremement furpris de ce
que vous n'avez point eu d'égard
à celuy de ce grand Roy
que nous fervons . Il eſt le plus
ancien Allié de noftre Repu
blique ; & depuis plufieurs
Siecles nos Anceftres ont
donné des Troupes pour
fervice de la France . Dés l'année
585. ils en donnerent au
Roy Chilperic contre les
Lomdards ; en faveur de
l'Empereur Maurice ; en l'année
616. au Roy Theodebert
conrre Theodoric Roy
de Bourgogne ; à Charles
le
GALANT 41
Martel , à Pepin , à Charlemagne
, & à Charles le
Gros
, lors qne les Prede
ceffeurs de Hugues Caper
eftoient Ducs & Gouverneurs
du pays des Griſons . Louis
XI.avoit auffi de nos Troupes
dans la conquête de la Bourgogne
; Charles VIII . dans
celle du Royaume de Naples ,.
& Louis XII . dans celle du
Duché de Milan . François
Premier , en a eu de même, &
ily a 150. années que ceRoy fir
un Traité de Paix & d'Alliance
perpetuelle , avec vos Li
Septembre 1690.
D
42 MERCURE
3
gues , auffi bien qu'avec les
Suiffes . Tous fes Succeffeurs.
en ont eu jufques à Louis.
XIV. C'eſt une chofe fort
étrange , que vous nous vou
liez ôter à prefent la gloire
qu'ont eue ceux denôtre Nation
depuis tant de Siecles , de
fervir le plus grand Roy de
tous fes Preceffeurs , auffibien
que de toute la Chrêtienté
, & que vous vouliez
entreprendre
de rompre par
vôtré pretendu Capitulat , ce.
Traité de Paix perpetuelle ,,
que nos fages Predeceffeurs
avoient fait. Il ne me fera pas
GALANT
43
difficile de prouver qu'il n'étoit
pas dans le pouvoir d'un
petit nombre de Députez ,
1. non autorifez , de faire ce
nouveau Traité , directement
contraire à celuy qui eftoit
fait depuis fi long- temps , &
- qui devoit toujours durer.
C'est ce qui paroistra évidem
ment dans un Memoire que
je feray fur ce fujet , par leaquel
on verra le prejudice
que le Roy fouffre par ce Capitulat
, qui le prive du fecours
de nos Troupes, & du
droit des paffages de noftre
pays. Je me contenteray pour
Dij
44 MERCURE
le prefent de vous faire remarquer
la difference du traitement
que vous avez receu
du Roy de France & du Roy
d'Eſpagne , par laquelle vous
jugerez fi vous avez eu raiſon
de renoncer à l'allience du
Roy Tres- Chreftien , pour
en contracter une nouvelle f
étroite avec le Roy Catholique.
Le Roy d'Espagne fit
bâtir en 1612, le Fort de
Fuentes , fur les frontieres de
voftre Eftat , pour réüffir
dans le deffein qu'il avoit de
vous mettre fous le joug , &
de vous tenir en fervitude,
GALANT. 45
$
Quelques années aprés il fit
foulever vos Sujets , par le
moyen des Troupes qu'il fir
entrer dans le pays, lefquelles
Arent un maffacre cruel de
ceux de la Religion , & occuperent
la Valtoline & le Comté
de Chiavennes . Que fit
Louis XIII dans cette occafion
? Il envoya le Marefchal
de Baffompierre , en qualité
d'Ambaffadeur
naire , auprés du Roy d'Efpar
gne , pour l'engager à vous
rendre ces terres , & pour
établir les chofes fur le pied
qu'elles elloient l'an 1619.
Extraordi46
MERCURE
•
C'eſt ce qui fut ftipulé par le
Traité de Madrid , l'an 1621.
que le Gouverneur de Milan ,
ne voulut jamais executer : ce
qui obligea le Roy d'envoyer
M' le Marquis de Coeuvres,
avec une Armée pour prendre
vos terres , que les Efpagnols
occupoient. Il les prit,
& les en chaffa , & ayant mis
en dépôt les Forts qu'on y
avoit fait bâtir , il fortit du
pays avec les Troupes , fur
l'affeurance qu'on luy avoit
donnée qu'on démoliroit ces
Forts , & que l'on vous remettroit
en poffeffion deces
GALANT.
47€
terres. Mais le Roy , voyant
que les Espagnols les avoient
Occupées de nouveau , y envoya
M le Duc de Rohan ,..
avec une Armée , qui s'en
rendit encore le maiftre , &
qui les en chaffa uue feconde
fois . Vous ne pouvez pas
difconvenir que ce ne foit
Louis XIII. qui par fa protection
& par le fecours de
fes Troupes , vous a confervé
la liberté , & qui a recouvré
les terres que les Espagnols.
avoient ufurpées fans aucun
droit , & dont ils vouloient
Vous ôter pour jamais la pof48
MERCURE
feffion & la fouveraineté . Jugez
aprés cela fi vous pouviez
honneftement , en oubliant
tous les bienfaits de ce grand
Roy , qui avoit dépensé des
fommes immenfes pour vous
delivrer de la domination des
Espagnols , faire un Traité
par lequel vous renoncez à
fon Alliance , & le privez de
tous les avantages qu'il avoit
de tirer des Troupes du Pays ,
& des droits des paffages qui
luy eftoient dûs à caufe de la
ceffion que François I. vous
avoit faite de la Valtoline , &
du Comté de Chiavennes
,
qu i
GALANT. 49
qui eſtoient des dépendances
du Daché de Milan ; & vous
donnez, par ce méme Traité,
tous ces avantages au Roy
d'Espagne , qui avoit envahi
& ravagé voſtre Eftat , excité
& fomenté la rebellion de
vos Sujets , & qui n'a rien
épargné pour les empefcher
de retourner fous vôtre Domination
, & pour leur laiffer
la fouveraineté du Pays , laquelle
vous appartenoit de
droit. Si vous aviez fait réflexion
fur les grandes obligations
que vous aviez à la
France , vous n'auriez pas pris
Septembre 1690.
E
50 MERCURE དo
le parti de nous donner ordre
de nous retirer du fervice du
Roy , fur tout dans cette
conjoncture de la guerre qu'il
a , contre l'Empire , l'Espagne,
l'Angleterre & la Hollande.
Quand vous n'auriez aucune
reconnoiffance des bienfaits
que vous avez receus de fa
Couronne , yous devriez au
moins craindre que ce Roy
ne vous faffe reffentir un jour
les effets de fon indignation
,
d'avoir pris fi hautement ,
contre luy le party du
Roy d'Efpagne . De plus ,
fi vous avez quelque égard &
>
GALANT.
quelque confideration pour
nous vous devez nous dif
penfer de faire une action
fi contraire à noftre devoir ,
& qui nous couvriroit de
honte & de confufion . En
effet , nous ferions coupables
d'une grande ingratitude
& lâcheté , fi aprés
avoir fervy le Roy plufieurs
années pendant la Paix , nous
quittions le fervice , à prefent
qu'il à une guerre fi violente
à foûtenir. Mais outre
noftre honneur , noftre
intereſt meſme nous empêche
d'abandonner des Emplois
E ij
52 MERCUR
E
qui nous font avantageux ,
pour retourner au Pays , y
vivre dans une honteufe oifiveté.
Quand nous pourrions
honneftement prendre party
avec le Roy d'Eſpagne , nous
n'aurions garde de nous engager
dans un fervice fi décrié
& fi ruineux pour nos
Troupes. Vous n'avez pas
oublié , que le Regiment que
vous donnâtes aux Eſpagnols
il y a plus de vingt- cinq ans ,
perit en moins de deux années
faute de fubfiftance ; que pendant
tout le temps qu'il fut
en Efpagne il ne receut pas
GALANT.
53
la dixième partie de la folde
qui luy eftoit deuë , & qu'
enfin on acheva de le perdre.
par une longue marche qu'on
luy fit faire fans neceffité ,
d'une extremité de l'Eſpagne
à l'autre , dans les plus grandes
chaleurs de l'Eſté , n'ayant
que du pain pendant plufieurs
mois , & fouvent n'en ayant
point du tout, & que de deux
mille hommes dont il eftoit
compofé, il n'en revint pas
trois cens au pays . Aprés une
fi fâcheufe experience , je ne
croy pas qu'il y ait des perfonnes
affez hardies pour
+
E iij
54 MERCURE
s'expofer à recevoir un fi
mauvais traitement ;outre que
les Eſpagnols mefmes ne demandent
aucun corps de
Troupes de la Nation , ou
parce qu'il ne leur convient
pas , ou parce qu'ils ne font
pas en eftat de les payer . Il n'y
a que le Roy feul , de tous les
Princes & Eftats de l'Europe,
qui ait le moyen d'entretenir
à fa folde un fi grand corps
de Troupes de noftre Nation ,
& de les payer fi regulierement
, que depuis plus de
trente années on ne nous a
pas fait perdre un feul denier.
GALANT.
55
Nous ne portons point d'envie
au profit que plufieurs
d'entre vous tirez de la part
que vous avez à ces douze
Compagnies , de cinquante
hommes chacune , qui font
entretenues dans l'Eftat de
Milan. Nous ne vous envions
pas non plus les penſions que
plufieurs d'entre vous tirent
du Gouverneur de ce Duché;
mais nous vous fupplions de
nous laiffer joüir des avantages
que nous tirons de l'Employ
que nous avons en France.
Si vous n'eftiez fort préoc
cupez de la paffion que vous
E
iiij .
56 MERCURE
avez pour les interefts du
Roy d'Espagne , vous devriez
vous réjouir d'avoir cinq Colonels
, plufieurs Capitaines ,
& un grand nombre d'Offciers
, tous du Pays , dans le
fervice de France . Après avoir
parlé en general pour l'intereft
de tous les Officiers du
Pays, permettez- moy de vous
dire un mot de ce qui me regarde
en particulier . Vous
fçavez que je ne fuis.
ny élevé dans le Pays , & que
je n'y ay prefque jamais fait
pas né
aucun fejour. Il
ya trente années
que je fuis étably en
GALANT.
ST
France , que je confidere à
prefent comme ma patrie . Il
y en a vingt- quatre que je
fers le Roy : j'ay un Regiment
& trois Compagnies , & j'ay
l'honneur de fervir de Brigadier
dans fes Armées . Je vous
demande , Meffieurs , fi je
puis ou fi je dois quitter un
établiffement fi confiderable
pour me retirer dans un Pays,
y vivre fans employ & fans
Occupation , dans une triſte
folitude. Aprés avoir tiré de
fi grands avantages des Charges
que j'ay cues plufieurs années
en temps de Paix , bien
58 MERCURE
loin de me retirer pendant
la guerre, mon honneur, mon
devoir & ma reconnoiffance,
m'engagent d'achever ce qui
me refte de vie au fervice du
Roy. Je ne dois pas oublier
de vous reprefenter qu'il eft
fort furprenant que vous
preffiez à prefent l'execution
ย
d'un Article du Traité de
l'an 39. puis que les Espagnols
ne croyoient pas que ce Traité
duſt eſtre executé lors que
l'on fit en l'an 60. le Traité
des Pyrenées . C'est ce qui
paroift évidemment par l'Article
103. de ce dernier Traité,
GALANT..
59
dont voicy les termes.
Les differends furvenus au
Pays des Grifons fur le fait de
la Vaitoline , ayant diverfes fois
obligé les deux Rois & plufieurs
autres Princes de prendre les armes
, pour éviter qu'à l'avenir
ils ne puiffent alterer la bonne
intelligence de leurs Majestez ,
il eft accordé que dans fix mois
aprés la publication du prefent
Traité , & aprés qu'on aura efté
informé de part d'autre de
l'intention des Grifons touchant
L'obfervation des Traitez cy devant
faits, ilfera convenu amiablement
entre les deux Couron60
MERCURE
•
το
nes de tous les interefts qu'elles
peuvent avoir en cette affaire , de
que pour cet effet chacun defdits
Seigneurs Rois donnera pouvoir
fuffifant d'en traiter ,
Ambaffadeur qu'il envoyera
la Cour de l'autre , aprés la pue
blication de la Paix.
à
à
Je feray, les reflexions neceffaires
fur cet Article dans le
Memoire dont j'ay parlé cydeffus.
Je me contenteray
pour le prefent de dire que
files Efpagnols avoient jugé
que ce Capitulat duft cftre
obfervé , ils n'auroient pas
accordé dans cet Article ,
var
am
Co
ama
An
parce
FORT
avan
s'ils
xecu
ne
qu
que
GALANT. 61
qu'aprés qu'on feroit informé
de l'intention des Grifons
touchant les Traitez cy- devant
faits , l'on conviendroit
amiablement entre les deux
Couronnes de l'intereft qu'elles
pouvoient avoir dans cette
affaire. Je conviens que cet
Article n'a pas efté executé ,
parce que les Espagnols auroient
efté privez de tous les
avantages dont ils joüiffent,
s'ils en avoient demandé l'e
xecution. La France mefme
ne l'a pas demandée , parce
qu'il ne luy importoit pas
que les Efpagnols , en temps
62 MERCURE
de Paix , cuffent tous ces
avantages . Je fçay bien qu'en
temps de guerre , où tous les
Traitez font rompus , il ne
faut pas demander que cet
Article foit executé . Il fuffic
que je vous aye fait voir que
les Efpagnols , dans le temps
du Traité des Pyrenées , ne
pretendoient pas que l'Article
139. fuft executé; Cependant
vous voulez à prefent le
faire valoir , quoy qu'il n'ait
jamais efté exécuté à l'égard
de cet Article dixiéme dont
il eſt queſtion. Trouvez bon
enfin que je vous prie de faire
GALANT.
63
reflexion fur la qualité de
plufieurs des Deputez qui ont
compofé la Dietę dont nous
avons receu les ordres de nofre
rappel . Vous fçavez qu'il
eft porté expreffement par le
Keffelbrief & par les Articles
de la reforme qui a eſté faite
depuis quelques années , qu'-
aucune perfonne qui a des
penfions ou qui eft au ſervice
de quelque Prince , quel
qu'il foit ne pourra entrer
en Diete . Vous n'igno
rez pas que plufieurs de
ceux qui ont efté Députez à
Davas , ont part aux Com-
>
64 MERCURE
que
pagnies du Pays , où tirent
des penfions du Roy d'Elpagne.
Il s'enfuit de là la
Diete n'étant pas compofée
de perfonnes capables d'y affifter
comme Députez , elle
n'a pas eu l'autorité de nous
donner aucun ordre qui nous
engage à luy obeïr. Ĉomme
dans ce cas il s'agit de l'intereft
des deux Couronnes
,
nous avons raifon de confiderer
ceux qui ont des engagemens
avec les Espagnols
comme nos parties ; & par confequent
nous ne devons pas
les recevoir pour nos Juges .
GALANT.
65
:
Mais fi l'on veut fuivant les
Statuts & Loix du Pays , convoquer
une Diete , qui foit
composée de perſonnes def
-
intereffées , non fufpectes ,
& qui n'ayent d'attachesment
à aucun Prince étran
ger , fi l'on nous y cite , nous
y comparoiftrons , ou nous y
envoyerons des perfonnes
pour reprefenter nos raiſons .
Nous ne doutons pas que nous
ne faffions approuver noftre
conduite & la refolution que
nous avons priſe de continuer
à fervir le Roy. Nous efperons
même de reüffir à per-
Septembre 1690 .
.
}
F
66 MERCURE
fuader à cette Aſſemblée, qu'il
eft de la gloire & de l'intereſt
de noftre Nation de fe tirer
de la fervitude des Espagnols,
de renoncer à tous les engagemens
qu'on a pris mal à propos
avec eux
contraires au
Traité de Paix perpetuelle
qu'on a avec la France , &
qu'il eft neceffaire de le rétablir
& de le confirmer. Vous .
pourrez par ce moyen engager
le Roy à vous donner les .
mêmes marques de fa protec
tion & de fa bien- veillance
Royale que vous avez receuës
de Louis XIII . de glorieute
GALANT. 67
memoire , & vous n'aurez pas
fujet de craindre les menaces
que le Gouverneur de Milan
vous fait , de vous affamer en
deffendant la traite des bleds
pour le Païs , parce que le Roy
pourra vous en faire avoir
autant que vous en aurez de
befoin, d'un côté par l'Alface,
& de l'autre par l'Estat de
Venife . Si vous n'approuvez
pas ces fentimens , MESSIEURS,
j'en auray bien du déplaifir ,
mais je vous croy trop juftes
pour exiger que nous facrifirons
à la paffion que vous avez
pour le parti d'Eſpagné,
Fij
68 MERCURE
noftre bonheur, nos intereſts,
& tous les avantages que nous
tirons du fervice du Roy. Je
ne laifferay pas de conferver
toujours une veritable affection
pour le Païs , beaucoup
d'eftime pour vous , & d'être
avec refpect ,
MESSIEURS ,
Voftre tres- humble & tres .
obeiffant ferviteur,
J. B. STOPPA
.
A Paris le 15..
Avril 1690.
GALANT. 69
5.
REMARQ U E S
Sur l'Article 103. du
Traité des Pirenées , &
fur trois autres Articles
du Traité fait entre les
Espagnols & les Grifons.
l'an
1639.
Ja
E crois avoir prouvé par
des raifons invincibles, dans
la Lettre que j'ay écrite à
Meffieurs les Chefs des Ligues
des Grifons , qu'ils n'ont pas
eu le droit en vertu de l'Arti70
MERCURE
cle dixième du Traité fait
avec les Eſpagnols l'an 39. de
rappeller les Officiers du Pays
qui font au fervice du Roy.
Bien qu'il foit inutile de rie.n
ajoûter à cet égard , j'ay cc.
pendant jugé , que pour donner
une entiere connoiffance
des affaires des Grifons par
rapport à la France , & pour
faire voir l'intereft que cette
Couronne a dans ce Pays- là ,
il eftoit neceffaire de faire
quelques Remarques fur ce
pretendu Traité , auffi bien
que fur Article 103. de celuy
des Pyrenées , où il eft
GALANT 71
parlé des differends furvenus .
entre les deux Couronnes fur
le fait de la Valtoline . Je
commenceray à faire mes reflexions
fur cet Article , lefquelles
me fourniront des
raifons convaincantes
pour
faire voir que ce Traité de
ar l'an 39. ne doit point avoir
7.
ce
r
lieu.
e
ARTICLE CIII.
Du Traité des Pyrenées .
Les differensfurvenus au Pays
des Grifons fur le fait de la
Valtoline , ayant diverfes fois
72 MERCURE
obligé les deux Rois & plufieurs
autres Princes de prendre les
armes , pour éviter qu'à l'avenir
ils ne puiffent alterer la bonne
intelligence de leurs Majeſtez, il
a efté accordé dans fix mois
aprés la publication du prefent
Traité , & aprés qu'on aura efté
informé de part & d'autre de
que
l'intention des Grifons touchant
l'obfervation des Traitez cy
devant faits , il fera convenu
amiablement entre les deux Couronnes
de tous les interefts qu'elles
peuvent avoir en cette affaire,
& que pour cet effet chacun
defdits Seigneurs Rois donnera
pouvoir
GALANT. 73
pouvoir fuffifant d'en traiter
Ambaffadeur
qu'il envoyera à
Ja Cour de l'autre , aprés la publication
de la Paix,
Il ne faut pas s'étonner fi
l'Eſpagne n'a pas preffé l'execution
de cet Article . Elle
fçavoit bien que quand on
viendroit à examiner le Trai
té qu'elle a fait avec les Grifons
l'an 1639. la France n'au-
1 roit pas fouffert qu'on l'cuſt
fruftrée , en vertu de ce Traité
, des droits & intereſts qu'-
elle avoit en ce Pays , & que
l'Espagne joüift paisiblement
en vertu de ce mefme Traité,
Septembre 1690.
G
74 MERCURE
de tant d'avantages qui ne luy
cftoient point dûs. Comme.
en temps de Paix il n'importoit
pas beaucoup à la
France que l'Efpagne jouift
de tous ces avantages , & que
pendant la guerre , l'Eſpagne
n'avoit jamais jufques icy
pretendu d'executer à la rigueur
les Articles du Traité
de l'an 39. qui font préjudiciables
à la France , elle ne
s'eft pas mife en peine de faire
executer ce qui avoit esté ſtipulé
dans cet Article 103. du
Traité des Pirenées . Si l'on
avoit demandé l'intention
GALANT. 75
རBྦཀཀËཡྰྑ་
Que
des Grifons touchant l'obfervation
des Traitez cy- devant
faits , le Traité de l'an 39. auroit
efté entierement aboly,
ou plûtoft declaré nul .
Les Efpagnols n'auroient
pas ftipulé dans cet Article
103.qu'il feroit convenu amiablement
entre les Couronnes,
τέ de l'intereft qu'elles pouvoient
avoir dans les Traitez
cy- devant faits , s'ils avoient
cru que celuy de l'an 39. fuſt
en fa force , & duft fubfifter.
Hi.
ne
re
u
1
7.
que
les Gri-
Il paroift de là
fons ne peuvent pas juftement
avoir une autre opinion
Gij
76 MERCURE
touchant la force de ce Traité
de l'an 39. que celle que les
Efpagnols en avoient l'an
1660. lors que celuy des Pirenées
fut fait D'ailleurs , il n'y
a pas d'apparence que la France
vouluft confentir amiablement
que le Traité de l'an 39 .
demeuraft en fa force , puis
qu'il luy eft fi contraire , &
tout entier à l'avantage de
l'Efpagne.
Le Roy tiroit
auparavant
trois avantages du Pays des
Grifons. Il avoit feul la poffeffion
& difpofition de ces
paffages . Il en tiroit des TrouCALANT.
77
ar
t
1.
15
L
e
pes pour fervir fans diftintion
contre l'Espagne
, &
contre tous les Princes & Etats
, & il avoit une Alliance
& Paix perpetuelle
avec les
Grifons
. L'Espagne
par trois
Articles de ce Traité de l'an
39. l'a privé de tous ces avan
tages . Par l'Article fixième
elle fe fait ajuger la poffeffion
des paffages de ce Pays-là .
Par l'Article dixiéme elle engage
les Grifons à ne point
donner de Troupes
à aucun
Prince pour fervir contre
l'Eſpagne . Par l'Article vingtiéme
les Grifons s'engagent
à
Giij
78 MERCURE
ne renouveller plus l'alliance
avec la France lors qu'elle fera
expirée. Il eft aifé de faire
voir l'injuftice de ces Articles
, & le préjudice que le
Roy en fouffre.
ARTICLE Vİ.
Du Traité de l'an 1639.
Sa Majefté Catholique de
mandant aux Seigneurs Grifons
le paffage pour faire paffer par
leur Pays des
gens de guerre
pour la confervation defes Etats,
les Seigneurs Grifons ne pourront
le leur refufer, feront
obligez de l'accorder.
GALANT. 79
Pour faire voir l'injuftice
de cet Article , il faut examiner
le droit & l'intereft que la
France a fur les paffages du
Pays des Grifons . Ilfuffit pour
eet effet , de remarquer que la
Valtoline , & le Comté de
Chiavennes , eftoient anciennement
des dépendances du
Duché de Milan , & que les
Grifons , qui eftoient à la
folde de François I. lors qu'il
alla à la conquefte de ce Duché
, eftant en poffeffion de
ces terres , quand ce Roy fur
fait prifonnier à la Bataillé de
Pavie , les ont toujours gar
G iiij
8% MERCURE
dées, comme les Suiffes ont
gardé Lugan , Lucarne , Bel-
Finzone & Mendris , qui font
des Bailliages au delà des
Monts, & qui faifoient par,
tie du Duché de Milan . Fran,
çois I. eftant en liberté , & de
retour en France , donna &
ceda aux Grifons la Valtoline
& le Comté de Chiavennes ,
avec cette expreffe condition,
que les Grifons ne pourroient
difpofer des paffages de ces
lieux - là , qu'en fa faveur , ou
en faveur de ceux qu'il voudroit
, d'où il paroift que
France a un jufte droit furces
la
GALANT. &
paffages , fondé fur le don &
ceffion qu'elle en a fait aux
Grifons. La France a toujours
jouy de ce droit , fans que
I'Espagne ait jamais pretendu
le luy ôter jufques au temps
du fufdit Traité.
L'intereft de la France ne
confifte pas à avoir ces paffages
pour y faire paffer fes
Troupes , lors qu'elle veut en
envoyer en Italic , fur tout à
prefent qu'elle a Pignerol ;
les paffages du Mont- Senis
, du Mont Genevre , &
autres , luy font plus commodes
; mais la France a in
82 MERCURE
tereft d'ôter ces paffages aux
Efpagnols , par le moyen defquels
ils peuvent faire paffer
des Troupes d'Allemagne en
Italie & d'Italie en Allemagne.
Il n'y a que deux paffages
qui puiffent leur fervir pour
cet effet , fçavoir celuy des
Grifons , & celuy des petits
Cantons , qui leur eft incommode
pour plufieurs raifons .
Premierement , parce qu'il
eft plus éloigné , & qu'il faut
paffer par d'autres Etats avant
que d'y arriver.
En fecond lieu parce qu'il
GALANT. 83
ne leur eft permis de paffer
dque deux cens hommes à la
affois , & fans armes , & qu'ils
font par confequent obligez
de les faire porter fur des
chevaux ; au licu que les Ef
gpagnols font paffer par le Païs
des Grifons , des Regimens
entiers d'Infanterie & de Ca..
valerie , tous armez ; d'où
vient que quand ils ont befoin
d'un prompt fecours , le
paffage des petits Cantons ne
วน !
des
S.
'il
ut
Ext
Ieur
peur
fervir.
En troifiéme lieu , parce
que les petits Cantons font
payer un Ducat par tefte pour
84 MERCURE
tous les Soldats qu'on veut
faire paffer fur leurs terres , au
lieu qu'il n'en coûte rien du
la feule nourriture ,
tout que
en les faifant paffer par le
Pays des Grifons . D'où vient
que depuis que les Efpagnols
font en poffeffion du paffage
des Grifons , ils ne fe font
jamais fervis de celuy des petits
Cantons , & ils fe font
fervis fouvent & fort utilement
de celuy du Pays des
Grifons. Lors que Pavic eftoit
afficgée par les Armes du
Roy, l'an 1655. les Espagnols
firent paffer d'Allemagne en
GALANT:
85
Tralie par le Pays des Griſons,
un corps de Troupes , & ce
fut ce renfort que receut. le
Marquis de Caracene , qui
obligea le Prince Thomas de
lever le Siege de Pavie ; d'où
il paroift que la France avoit
un notable intereft de faire
executer l'Article 103. du
Traité des Pirenées . Comme
les Eſpagnols ne font en poffeffion
de ce paffage du Pays
des Grifons , qu'en vertu de
l'Article fait l'an 1639. pendant
la
·
guerre entre les deux
Couronnes , il feroit jufte ,
fuivant cet Article , que les
86 MERCURE
chofes fuffent rétablies en
l'eftat où elles eftoient l'an
1617. & que la France cuft
feule la difpofition de ces
paffages , comme elle luy appartient
de droit.
ARTICLE X.
• Toutes les fois que Nous des
trois Ligues aurons de nos Troupes
au fervice de quelque Prince,
Potentat, Republique ou Eftat,
qui voudroient envahir les terres
de Sa Majesté ; en ce cas nous
ferons obligez de rappeller nos
Soldats de leur ordonner expreffement
fur des peinesfeveres,
de mort & de confifcation de
biens , qu'ils ayent promtement
GALANT. 87
àfe retirer en leur Pays , à
quiter inceffamment le fervicedudit
Prince, qu'ils fegardent
d'endommager les Eftats de Sa
Majefte , fous quelque pretexte
que ce puiffe eftre. Et de plus,
pour plus de feureté pour
plus grand éclaircißement , toutes
les fois que l'on fera des levées
dans le Pays , pour quelque Prin
ce* que ce foit, & qu'elles fortiront
de la Patrie , Nous donnerons
ordre exprés aux Soldats
aux Colonels qui les commandent
que dans aucune maniere,
ny dans aucun tems , ils n'aillent
directement , & ne s'affo88
MERCURE
cient à aucunes Troupes , de
quelque qualité qu'elles foient,
qui voudroient attaquer les Eftuts
de Sa Majesté; leur impofant
les mefmes peines , & les
executant à toute riguenr , &
leur faiſant fçavoir cet engagement
& cette capitulation, afin
que dans aucun tems , les Colonels
"
Capitaines Soldats
Grifons n'en puiffent pretendre
cauſe d'ignorance.
J'ay fait voir dans la Lettre
que j'ay écrite à Meffieurs les
Chefs de nôtre Pays , que cet
Article qui deffend de donner
des Troupes pour fervir
GALANT. 89
contre l'Eſpagne n'avoit jamais
efté executé ; que
; que lors
même qu'il fut fait, quoy que
les deux Couronnes fuffent en
guerre , bien loin de rappeller
les Troupes du Païs qui fervoient
en France contre 1 Ef
pagne , on avoit permis l'am
1647. à M Planta , Bouël
& Tcharner de lever des
Compagnies au Pays pour les
mener en France afin de
fervir contre l'Espagne , fans
leur faire aucune deffenfe
d'attaquer les Villes de cette
Couronne en Flandre . Der's
plus , les Capitaines Grifons
Septembre 1690 .
H
90 MERCUR E
qui fervent le Roy , ont fait
venir de tems en tems & à petites
Troupes, des Soldats du
Pays qui leur ont fervy avec
d'autres à compofer des Compagnies
entieres , & ils en ont
toujours tiré des recrues pour
les entretenir. J'ay fait voir
encore que cet Article eft directement
contraire au Traité
de Paix perpetuelle des Grifons
avec le Roy; à l'Alliance
particuliere laquelle . duroit
encore;à la liberté qu'ont euë
les Grifons de donner des
Troupes au Roy, depuis plufieurs
Siecles pour fervir inGALANT.
91
differemment contre tous
Princes , & à la pratique non
interrompue prefque de deux
cens ans , par laquelle on a
vû que les Grifons ont donné
de rêms en tems des Troupes
à la France pour attaquer les
terres du Roy d'Espagne . Je
me fuis étendu fi au longfur
cet Article dans ma Lettre à
Meffieurs les Chefs du Pays,
que je crois inutile de rien
ajouter là dellus .
ARTICLE X X.
Du Traité de l'an 1639 .
··Lefdits Seigneurs Grifons pro
mettent de ne point renouveller
Hij
92 MERCURE
l'Alliance qu'ils ont avec laFranzce
lors qu'ellefera expirée, s'ily
aguerre entre les deux Couronnes;
s'ils la renouvellent , que ce
doit eftre avec cette declaration
expreffe qu'elle fera fufpenduë
fans vigueur pendant que
les deux Couronnes feront en
guerre.
Cet Article eft auffi directement
contraire , tant au Traité
de Paix perpetuelle que les
Grifons avoient avec le Roy,
qu'au Traité d'Alliance particuliere
dont le terme n'eftoit
pas encore expiré . Les Grifons.
ne pouvoient contracter cetGALANT.
193
་
tc Alliance particuliere avec
les Eſpagnols fans violer le
Traité de Paix perpetuelle
auffi-bien que celuy de l'ALliance
particuliere
qu'ils
avoient
avec le Roy.
Il paroît que ces trois Articles
, à fçavoir le fixième , le
dixiéme
& le vingtiéme
du
Traité
de l'an 1639. fait entre
les Efpagnols
& les Grifons ,
font fort prejudiciables
aux
intereſts
du Roy, puiſqu'il
efté accordé
dans l'Article
103 du Traité des Pyrenées
;
que les deux Couronnes
conviendroient
amiablement
de
94 MERCURE
l'intereft qu'elles avoient dans
cette affaire. Le Roy avoit
droit de faire caffer ces trois
Articles , & de faire rétablir
les choſes dans l'état auquel
elles eftoient auparavant . Je
fçay bien qu'il n'eft pas têms
pendant la guerre , que les
Traitez font rompus , d'en
faire executer un qui ne l'a
pas efté pendant la Paix. Il
fuffit que j'aye fait voir le tort
qu'on a fait au Roy par le
Traité de l'an 39. Il fçaura
bien le faire reparer en fon
têms, & faire valoir fon droit.
Il ne faut
pas s'eftonner file
.
GALANT.
95
Roy n'a pas jugé neceffaire
de faire executer cet Article
103. du Traité des Pyrenées ,
pour faire caffer ce Traité
de l'an 39. Il n'y avoit aucun
égard , &ille confideroit.comme
s'il n'avoit pas eſté fair,
parce que les Grifons ne l'avoient
pas ratifié , ny pris foin
de faire executer,ny dés qu'il
fut fait, ny jamais jufques icy ,
l'Article dixiéme le plus im...
portant de ce Traité , qui
porte que les Troupes du
Pays ne doivent pas fervic
contre l'Espagne . St les Grifons
veulent faire valoir cetta
96 MERCURE
deffenfe ; qui eft- ce qui peut
douter que le Roy ne trouve
moyen de leur faire fentir un
jour les effets de fon indignation
, d'avoir rompu le Traité
de Paix perpetuelle , & de luy
declarer la guerre en retirant
leurs Troupes , pour empécher
qu'elles ne fervent contre
le Roy d'Espagne , qui eft
fon ennemy ? Si la fituation
de leurs Pays , qui touche l'Etat
de Milan , les engage de
garder des mefures avec l'Efpagne
, ne font- ils pas obligez
d'en garder aufſi avec la
France , en confideration de
l'ancienne
GALANT.
97
l'ancienne Alliance qu'ils ont
avec cette Couronne
, & des
grands biens- faits qu'ils en
ont receus ! Ils devroient au
moins conferver une exacte
neutralité entre les deux Rois .
Le Roy de France ne trouvera
pas mauvais , & ne recevra pas
grand préjudice que les Grifons
laiffent aux
Eſpagnols les
douze
Compagnies de
hommes qu'ils ont dans l'Eftat
de Milan. Il ne craint
pas même qu'ils leur en donnene
un plus grand nombre,
parce qu'il fçait bien que
leurs
Finances ne leur per-
Septembre 1690 .
I
so .
98 MERCURE
mettent pas d'entretenir & de
payer un Corps de Troupes
de nôtre Nation . Mais ce
feroit une chofe fort étrange
que les Grifons entrepriffent
d'engager les Officiers du
Pays , à quiter le ſervice du
Roy, qui les paye fi regulie
rement, auffi bien que ce prodigieux
nombre de Troupes
de tant de differentes Nations
, & de fes Sujets, qu'il a
fur pied.
Le reſpect & la veneration
que l'on garde pour la Mcmoire
de M' le Duc de MonGALANT
99
› taufier luy a fait rendre
tous les honneurs qui êtoient
deus à une perfonne d'un
merite auffi generalement reconnu
que le fien l'eftoir .
Auffi les
rares vertus qui
l'ont fait admirer pendant fa
vie . ont receu aprés la mort
les juftes Eloges qu'elles meritoient
, dans deux Oraifons
Funebres , prononcées avec
l'applaudiffement
de deux
Affemblées nombreuſes , l'une
le 11.du moispaffé dans l'Eglife
des Carmelites du
Fauxbourg
Saint Jaques, par M l'Abbé
Flechier , nommé à l'Evefché
S
I ij
Joo MERCURE
de Nifmes , & l'autre le 19.
du mefme mois dans l'Eglife
de S. Germain l'Auxerrois fa
Paroiffe , par M' l'Abbé Ancelme.
Comme ces deux excellentes
Pieces font fi bien
liées chacune dans fes parties ,
qu'on n'en pourroit détacher
aucun endroit fans luy faire
perdre beaucoup de fa force ,
je me contenteray de vous
dire qu'elles ont efté l'une
& l'autre données au Public ,
& qu'ayant eu beaucoup de
fuccés , il y a grande apparence
qu'on ne fara pas longremps
fans les envoyer dans
#
GALANT . ICI
voftre Province. Cependant
pour ne vous pas priver du
plaifir de voir ce qui s'eft
fait à la gloire de ce Duc ,
dont les grandes qualitez ont
fait tant de bruit dans tout
le Royaume , je vous envoye
un Ouvrage de Madame
des Houlieres , fur le malheur
arrivé aux Mufes , qui
en le perdant , ont perdu leur
Protecteur.
i
I iij
102 MERCURE
T
§ 2552225222255SSS
SUR LA MORT
De Mile Duc de Montaufier.
I DILLE
Ur le bord d'un ruiſſeau pai-
So
Sible
Olimpe fe livroit à de vives douleurs
,
Et malgré fes autres malheurs
Au fort de Montaufier attèntive &
fenfible ,
Difoit en répandant des pleurs :
Qu'allez- vous devenir , belles Infortunées
,
Mufes, qu'il protegea dés fes jeunes
années ?
GALANT. 103
Qu'allez- vous devenir , Heroïques
Vertus ,
Vous qui tremblantes , éplorées,
Aprés vos Temples abbatus ,
Chez luy vous eftiez retirées ?
Les titresprécieux dontfurent revêtus
Ces Grecs & ces Romains , ornemens
de l'Hiftoire
,
Sont dûs à ce Heres d'immortelle
memoire ,
Qui par des fentiers peu battus.
Marcha d'un pas égal vers lafolide
gloire.
2
Mufes , Vertus , helas ! qui fera voftre
appuy ?
Et qui regardera comme d'affreux
Spectacles
Voftre mifere & voftre ennuy ?
Qui vous écoutera ? Qui voudra
comme luy
I iiij
104 MERCURE
Vous conduire à travers d'innom
brables obftacles
Au grand Roy qui regne aujourd'buy
?
Ah , qu'une telle perte ouvre de
precipices !
Qu'elle va vous livrer à d'injuftes
caprices !
Que de dédains, que de dégoufts ?
Mafes , Vertus , helas ! l'Ignorance
ules Vices
Peut-etre par fa mort triompheront
de vous.
2
Injustice de la Nature !
Les arbres dont l'ombrage embellit
ces cofteaux ,
Ne craignent point des ans l'irreparable
injure ;
Leur vieilleffe ne fert qu'à les rendre
plus beaux.
GALANT. 105
Aprés avoir d'un fiecle achevé la
mesure ,
Ils paffent bien avant dans des fiecles
nouveaux.
Où voit-on quelque homme qui
dure
Autant que
les fapins , les chefnes,
les ormeaux ?
S
Mais pourquoy m'amufer dans ma
douleur mortelle
Afaire à la nature une vaine querelle
?
Arbres qui vivezplus que nous
Foüiffez d'un deftin fi doux ;
Fay bien d'autres fujets de murmurer
contr'elle.
Puis-je voir fans blâmer des ordres
fi cruels ,
Qu'un de ces indignes Mortels
ue dans fa pareffe elle forme Que
106 MERCURE
De ce qu'elle a de plus mauvais,
Plus tard qne Montaufier s'en.
dorme
De ce fatal fommeil qui ne finit
jamais ?
Un excés de douleur & de delica.
teffe
Porte ma colere plus loin.
Tout homme , quel qu'il foit , dont
elle a pris le foin
De conduire la vie à l'extrême vieilleffe
,
Quand il s'offre à mes yeux les
bleffe.
Non , je nefçaurois plus fouffrir
Que dela fin d'un fiecle icy quel
qu'un approche,
Sans luy faire un fecret reproche
Du long-temps qu'il eft à mourir.
S
GALANT. 107
Vous , qu'avec une ardeur fincere
F'invoquois pour fauver une Tefte fi
chere ,
Dieux , quelquefois ingrats &
Sourds !
Seize luftres entiers ne firent pas le
Cours
D'une vie également belle ,
Et qui devoit durer toujours
Si le merite eftoit un affeuré fecours
Contre une loy dure & cruelle.
Vous ne vouliez pas que fon coeur
Euft le plaifir de voir ce Prince dont
l'enfance
Fut confiée à fa prudence ,
Une feconde fois Vainqueur
Des fieres Nations
que
l'Envie &
[ Erreur
Ofent armer contre la France.
Vous eftes fSaattiissffaaiittss. Les barbares
efforts
108 MERCURE
De la Déeffe qui delie
Les invifibles nauds qui joignent
l'ame au corps,
Ont fait quefur les fombres bords
Montaufier a rejointfa divine Julie.
Tous deux malgré cette Eau qui fait
que tout s'oublie ,
Sentent encor de doux tranſports ;
Et tous deux font fuivis de as illuftres
Morts ,
Qui dans unefaifon aux Muſes plus
propice ,
Firent de leurs charmans accords
Retentirfi longtemps le Palais d'Artenice
,
Tandis que des grands noms du Heros
que je plains
Aux fiecles à venir on transmet la
memoire ,
Et que les plus fçavantes mains
Elevent à l'envi des Temples à fa
gloire.
GALANT 109
Mr le Clerc , de l'Academie
Françoife , s'eft auffi adref,
fé aux Mufes dans un Sonnet
dont la perte que nous avons
faite de M de Montaufier ,
luy a fourny la matiere . II
eft trop beau pour ne vous
en pas envoyer une Copie.
SONNE T.
Ontaufier ne voit plus la lumiere
du jour,
Mufes , que fon trepas a fi fort de
folées ,
A l'honneur de fon nom dreſſez des
Maufolées,
Dignes de fa vertu , dignes de vostre
amour.
110 MERCURE
[
2
Dés fes plusjeunes ans il vous faifoit
la cour,
Et quand de nos Climats Mars vous
eut exilées ,
On vous y vid bien - toft par fesfoins
rappellées ,
Accommoder vos chants aufier bruit
du tambour.
S
Que nos derniers Neveux , par voftre
miniftere ,
Apprennent à quel point il fut jufte
&fincere
Vaillant & liberal , fage : actif,
éclairé.
$
>
Mais non , LOVIS a fait son vray
Panegyrique ,
Quand pour former d'un Fils le
courage heroïqne ,
GALANT III
A fes plus grands Sujets fon choix
l'a préféré.
Quoy que nous foyons
dans une ſaiſon fort éloignée
du Printemps , je ne puis
m'empefcher de vous faire
part d'un Air qui fut fait lors
qu'on partit pour ſe rendre
en Flandre & en Allemagne.
Comme la Campagne n'eft
pas encore achevée, je le croy
affez du temps pour vous
l'envoyer , puifque les paroles
marquent la peine que foufrent
nos Belles d'eftre feparées
de leurs Amans . Cet Air
112 MERCURE
eft de la compofition de M¹
Capus , Maistre de Mufique
fort eftimé , & étably à Dijon.
AIR NOUVEAU.
A pluspourmoy de charmes.
H , Printemps , ton retour n'a
Le cher objet de mes tendres defirs
S'éloigne de mes yeux malgré tous
mes foupirs ,
Moins fenfible à l'amour qu'à la fureur
des armes.
Ah , Printemps , ton retour n'a plus
pour moy de charmes.
Il ramene en ces lieux lesJeux &
les plaiſirs ,
Il fait naiftre les fleurs & voler les,
Zephirs,
Ah Prin
Fiet
a
S
O
mer Le
½
de
mes
yeur
malgre
tours
siblea
Printems
ton
de ch
1
Firs ilf
$
crain ter
m
retour
n
ces
lieux
les
jeux
les
zephirs
et
dansmon
Fourn'a
pour
moi
plus
d
I12
J
cher
ob
es sou pir
na pour
et
les
coeur
ch:
GALANT. 113
Et dans mon coeur il met le trouble
& les alarmes.
Ah, Printemps , ton retour n'a plus
pour moy de charmes.
Comme les Victoires du
Roy ont continué , on a fait
de nouvelles réjoüiffances .
dans toutes les Villes , &
celle d'Agen n'a rien épargné
ponr faire voir combien
elle s'intereffoit fenfiblement
aux avantages que l'Armée
Navale de Sa Majesté a
remportez fur celle des Anglois
& des Hollandois . Le 7.
du mois paffé , jour choiſi
pour en rendre graces à Dieu,
Septem bre 1690. K
114 MERCURE
Mr l'Evefque d'Agen fit ri
chement tapiffer une grande
Galerie qui eft dans la court
de l'Eveſché . Un grand Bufte
du Roy fut exposé au milieu
fous un magnifique Dais , &
la nuit eftant venue, on alluma
un nombre prefque infiny
de lumieres qui illuminerent
toute cette Galerie , avec de
grands flambeaux de circ
blanche aux coftez du Bufte .
Pendant tout ce jour & toute
la nuit, on regala de vin & de
plufieurs mets tous ceux qui
fe prefenterent. Le Corps de
Ville fit mettre toute la BourGALANT.
IIS
geoific fous les armes , avec
lesCapitaines & les Sergens de
quartier, qui affifterent au feu
de joye. Il fut allumé aprés
que l'on cut chanté le Te
Deum dans la Cathedrale , &
ce fut un feu continuel de
Moufqueterie & de Canon .
M'Albengue fit une Compagnie
particuliere de cinquante
jeunes hommes des mieux
faits de la Ville , chacun avec
fon Moufquet. lls firent un
tres grand feu , & enfuite il
les traita tous magnifiquement
. Mr Bru , Procureur Sin .
dic de l'Hoftel de Ville , fe
Kij
116 MERCURE
fit diftinguer par la reprefentation
d'une Armée Navale ,
en relief fufpenduë en l'air.
A l'entrée de la ruë de Garonne
où il loge , ilavoit faiɛ
élever un grand portique couvert
de laurier , au couronnement
duquel on voyoit un
grand Tableau , où le Roy
eftoit peint à cheval, foulant
fes Ennemis à fes pieds . Au
deffous de ce Tableau, il y en
avoit trois autres moins
grands , qui reprefentoient
admirablement bien trois
combats de mer ; l'un devant
l'Ile de With , l'autre de M
GALANT. 117
le Marquis de Villette , & ls
dernier de l'Armée Navalc
du Roy, qui en pourſuivant
les Ennemis les obligeoit de
mettre le feu à leurs Vaiffeaux.
Ces trois Tableaux qui
eftoient tres- bien faits , & entourez,
ainsi que celuyduRoy,
de guirlandes de laurier & de
fleurs , avec les Infcriptions
de chaque combat , faifoient
un fort bel effet . Aux deux
angles du Tableau du premier
combat de mer , qui fe
rencontroit au milieu du Porsique
, & qui cftoit plus grand
que les deux autres , on avoir
118 MERCURE
attaché deux petits Navires
en relief ornez de toutes leurs
voiles , cordages , ancres, guidons
& banderoles . Si-toft
qu'on eftoit entré dans ce
Portique , on voyoit en l'air
un gros Vaiffeau , nommé le
Soleil , où fix perfonnes auroient
pû le mettre fort faci -
lement leftoit peint & doré,
garny de quatre- vingt pieces
de Canon , avec le Pavillon
blanc aux Armes de France ,
& toutes les voiles de tafetas
de la Chine . Tous les
Guidons & banderoles de
differentes couleurs eftoient
GALANT: 119
auffi de taffetas, & on voyoit
fur les mafts & fur les cor
dages quantité de figures en
boffe ronde , tant Officiers
& Soldats , que Matelots qui
grimpoient aux cordages . Ce
Vaiffeau eftoit fuivy d'un autre
moins grand , nommé le
Terrible , proprement fait , &
avec foixante pieces de Canon.
Il y avoit enfuite douze
autres Vaiffeaux en boffe auffi
bien équipez , portant tous
Pavillon bleu. Ces Vaiffeaux
vinrent la nuit attaquer le
Soleil & le Terrible , qui firent
un fi grand feu fur l'Ef
120 MERCURE
cadre bleue , qu'ils en brûlerent
quatre, en prirent un, &
mirent le refte en fuite. Ce
combat fe fit à la clarté de
quatre- vingt grandes lanternes
aux Armes du Roy ,
fleurdelifées & femées d'L
couronnées , qui cftant placées
avec fimetrie, éclairoient
toute la ruë. La Fefte fe termina
par des danfes & des
feux particuliers qu'on fic
dans toute la Ville . Chaque
Magiftrat Prefidial fit la danfe
de fon quartier ; chaque
Conful fit la mefme chofe, &
toutes ces danfes alloient
dans
GALANT. 121
dans la court de l'Evefché,
où inceffamment l'on verfoit
à boire à tous ceux qui en
vouloient . Le Procureur Sin.
dic , qui fut occupé tour ce
jour- là à donner fes ordres
pour la repreſentation du
Combat Naval , fit allumer de
nouveau le lendemain au foir
toutes les Lanternes de fa ruë,
& ſe mit à la tefte de tout fon
quartier , qui fit une danſe ſi
nombreuſe , qu'elle fe multiplia
auffi- toft en huit autres
danfes.
Je ne vous parleraypoint d'un
Feu d'artifice qui a eſté fait à
Septembre 1690.
...L
122 MERCURE
·
par
Uzez dans la mefme occafion
l'ordre de M ' l'Evefque
,
ny d'un Soupé magnifique
de
cinquante
Couverts
, qu'il
donna enfuite à toute la Nobleffe
du Pays. Je vous diray
feulement
que le bruit de
cette Feſte ayant attiré un
fort grand nombre de nouveaux
Convertis
, la Cathedrale
s'en trouva toute remplie
dans le temps du TE DEUM .
Il fut chanté en Mufique
en prefence des Corps. de Ville
& de Juftice , & ce Prelat
avant que de fe reveſtir de fes
habits Pontificaux
, alla s'affeoir
au Fauteuil
dont il fe
GALANT. 123
fert ordinairement pour entendre
le Sermon , & fit le
difcours qui fuit.
M
ESSIEURS,
Après avoir fouvent réuny
nos voeux dans cette Eglife pour
la profperité des Armes du Roy,
il est bien juste que nous y réuniffions
aujourd'huy nos prieres
&nos voix pour rendre graces
à Dieu qui les a exaucées par
le fuccés des deux plus grandes
plus completes Victoires, dont
il ait jamais favorisé l'Empire
du Fils aifné de fon Eglife . Je
Lij
124 MERCURE
ne fçay cependant , Meffieurs ,fi
nos premieres actions de graces
ne feroient pas mieux employées
pour la confervation de la vie &
de la fanté du plus heureux &
du plus fage de tous les Conquerans,
Louis le Grand , noftre Augufte
Monarque ; car quoy qu'il
nous foit infiniment glorieux &
avantageux dans les conjonctures
prefentes , d'avoir mis en fuite
quarante mille hommes , d'eftre
demeurez maistres du champ de
Bataille , de leur avoir enlevé
Bagage , Canons , Drapeaux, &
d'avoir jetté la confufion & le
defordre dans ce puiffant Corps
GALANT. 125
de Troupes , que tous les Princes
de l'Europe conjure contre
nous , avoient formé pour porter
le fer & le feu jufque dans le
oeur de la France ; quoy qu'il
foit encore beaucoup plus honorable
à la Nation , & plus
honteux à nos fuperbes Ennemis
, que nostre Flote , maistreffe
des deux mers , ait fait rougir
l'Ocean du fang des Anglois &
des Hollandois, couvert toute la
cofte du débris de ces deux puiffantes
Flotes , qui faifoient l'ef
perance de tout le party , & qui
Je font veues contraintes par
defefpoir de bruler & de couler
Liij
126 MERCURE
à fond leurs propres Vaiffeaux,
pour fe confoler de leur perte par
l'honneur imaginaire de n'avoir
pery que
cependant , Meßicurs , fans
craindre de ne paroiftre pas affez
de leur
propre
main ;
fenfible à ces faveurs du Ciel, je
publieray hautement que prefe
rablement à ces victoires furprenantes
, il faut benir l'aimable.
Providence de Dieu fur nous,s
qui nous comble de toutes ces
faveurs en nous confervant la
perfonne du Roy, qui comme un
fage Pilote , & comme un Monarque
accompli , par l'application
continuelle qu'il apporte aux
GALANT. 127
affaires de l'Etat , comme à celles
de la guerre par les ordres qu'il
donne aux Armées de terre comme
à celles de mers femble tenir
d'une main le gouvernail de fes
Vaiſſeaux , & de l'autre les rênes
de fon Empire , également
admirable & terrible fur la mer
&fur la terre , à la tefte de fes
Troupes dans le fecret du
Cabinet. Car enfin quel remerciement
ne doit - on point au Ciel
pour la confervation d'une perfonne
fi neceffaire au falut de
fon Roume , dont la profonde
Sageffe occupée fans relâche de
tous nos befoins , attentive à
•
Liiij
128 MERCURE
toutes nos neceffitez , appliquée
à découvrir à déconcerter tous
les deffeins que la jalousie , lafu
la perfidie de nos
reur
Ennemis avoient formez contre
La France , s'étend également
fur la Meufe &fur le Rhin ,
dans la Savoye dans le Piedmont
, fur la Catalogne & fur
la Flandre , fur la Mediterranée
comme fur l'Ocean , équipant
des Flotes & fortifiant des
Places , imprimant aux Soldats
la noble ardeur dont ils paroif
fent animez entretenant la
paix , la feureté & la tranquillité
dans toutes les parties defon
GALANT 129
Royaume ; bonheur dont nous
joüiffons dans nos montagnes,
dont nos Alliez reffentent les
effets jufqu'à l'extremité de l'Europe
? C'est à la veuë de ces
merveilles de ces prodiges &
furprenans , que je ne puis m'empefcher
d'employer pour Louis le
Grand les paroles que le Saint
Esprit femble nous mettre aujourd'huy
luy- même dans la bouche
: Sapientia ædificavit fibi
domum
, fubdidit
fibi gentes,
fuperborum
& fublimium
colla propriâ virtute calcavit
. La fageffe de Louis , le Sa-
Tomon de la France , luy a báty
-
130 MERCURE
une maifon d'une magnificence
fans pareille ; mais pour une qu'-
elle luy a faite , elle luy en a fait
rétablir mille pour le Sauveur du
monde. Cette fageffe luy a foumis
cent differens Peuples armez
contre luy . Enfin cette mefme
fageffe a feeu humilier ces Teftes
fuperbes , ces fiers Ennemis ,
ces Rois de la mer de la terre,
fans emprunter d'autres forces
que les fiennes.
&
Peut- on ne pas admirer la
grandeur d'ame de ce Heros , né
pour la felicité de l'Univers, qui
dans les plus preffans befoins de
fon Royaume, attaqué par toutes
GALANT. 131
les Puiffances de l'Europe , fe fais
un devoir de partager fes forces
pour ne pas manquer à un Souverain
legitime , depoſſedé par
un injufte Ufurpateur, & abandonné
lachement de ceux mefmes
que la fidelité & la Religion devoient
luy attacher le plus fortement?
Luy feul le retire : le confole,
lefouftient, & tandis que les
autres Princes oublient leurs veritables
intereſts pour foûtenir
Ufurpateur, il n'épargne rien
pour le rétablir fur le Trone , per
fuadé que lagloire defouftenir une
Couronne eft plus grande que
de la porter. Peut- on ne pas admirer
la pieté fincere & relicelle
132. MERCURE
gieuſe de Louis le Grand , dont
les deffeins toujours pacifiques
religieux , n'ont jamais fait
prendre les armes que pour eftre
en eftat d'affurer les Temples &
les Autels du Dieu des Armées,
& qui malgré toutes les veuës
d'une politique intereẞée , a donné
la paix à l'Europe , quand il
a cru qu'elle pouvoit eftre funefte
aux Ennemis du Sauveur &
de la Religion , content de foutenir
aujourd'huy cette fanglante
guerre , fans aucun autre intereft
que celuy d'achever de les abattre
& de les confondre ?
Mais pourquoy neparler que
GALANT. 133
d'admiration d'étonnement
la veuë de tant de merveilles ?
Eft-ce un miracle nouveau que
nous voyons ? N'est- ce pas le
bonheur ordinaire de Louis le
Grand? Les autres années de
fon regne ont - elles efté moins admirables
? La force & la justice
de fes armes n'a -t- elle pas toujours
efté redoutable à fès Ennemis
, favorable
à fes Alliez ,
terrible à chacun de ces mefmes
Princes qui ne font raffemblez
que pour donner une plus grande ·
étendue à fes triomphes , es un
plus grand éclat à fa gloire ?
Pourquoy donc fe récrierfur fes
134 MERCURE
dernieres victoires , qui ne font
qu'une fuite d'une infinité d'autres,
une continuation des
benedictions que la Religion luy
attire? Que dis-je ? C'eſt à l'É
glife à fe récrier, & à confacrer
des victoires fi neceffaires à la
confervation de la Foy & à
l'extinction de l'Herefie . C'eft
à elle à celebrer des victoires qui
ôtent les armes aux Ennemis
étrangers , qui les font tomber
des mains des Ennemis domeftiques
, dont la révolte &la
fureur font toute l'efperance des
Conjurez des victoires qui rompent
les mesures de nos perfides
;
GALANT. 135
=
Alliez de nos voisins infidelles
, qui malgré la conſpiration
de tant d'adverfaires , ou=
vrent un chemin à la Paix qu'ils
feront bien-toft contraints de demander;
trop heureux de recou
rir à la clemence de celuy dont
ils redoutent fi fort le pouvoir ,
d'eftre affurez par plus d'une
experience , que jamais la fortune
ne luyfait oublier fa bonté.
Le Traité avantageux que Sa
Majefté offre au Duc de Savoye
, en est une nouvelle preuve,
dont la memoire fera éternelle .
L'Hiftoire la confervera comme
un monument de la puiſſance tt)
136 MERCURE
de lagenerofité de Louis le Grand,
de fa puiflance , ayant pu d'abord
fe faire juftice , le perdre
& l'abifmer ; de fa generofité ,
ayant bien voulu luy faire grace
luy pardonner auffi 10ft qu'il
aura témoigné fon déplaiſir.
Elevez donc vos voix, Chantres
, Muficiens. Que ces voûtes
retentiffent de vos Cantiques
d'allegreffe , Peuple fidelle . Animez
vos coeurs d'un Zele tout
nouveau , Ecclefiaftiques , Prefires
, Miniftres deF. C. rédoublez
vos prieres; elles monteront
comme un encens odoriferant
vers le Trône du Dieu des ArGALANT.
137
de la mées , en action de graces
confervation de l'augufte Perfonne
de noftre invincible Monarque
, des deux celebres
Victoires qui nous en promettent
beaucoup d'autres, & qui ne nous
laiffent plus rien à defirer qu'une
prompte & heureufe Paix , que
LOUIS donnera encore une
fois à toute l'Europe.
La Ville de Mende , dans
le Givaudan , Province du
Gouvernement de Languedoc
, n'a pas monftré moins
de zele, qu'Agen & Vzeż.
: Les Chanoines de la Colle
M
Septembre 1690 .
138 MERCURË
giale de tous les Saints firent
dreffer un Feu de joye dans
beur court avec toute la magnificence
poffible . Ils s'y
rendirent
tous en Surplis
& en Aumuffes ayant leur
Doyen à leur tefte , & tenant
chacun un Cierge de cire
blanche à la main , & aprés
avoir chanté le Te Deum , &
commencé le Veni Creator ,
ils allumerent ce Feu à ces
paroles , Accende lumen fenfibus.
Entre les Particuliers de
la Villa , M' de Reverſac ,
Treforier de France en la Geacralité
de Montpellier
qui
GALANT. 139
eftoit alors à Mende avec fa
Famille, fe diftingua par un feu
d'artifice fort agreable . Il fut
allumé devant fa maiſon au
bruit de fixMufettes, de douze
Violons, de quatre Trompetes,
& d'une affez grande Mouf
queterie . Le Bal fucceda à ce
divertiffement , & la Compagnie
groffit de telle forte en
fort peu de temps , qu'on fut
obligé de danfer dans une
court extrémement ſpatieuſe .
Douze Maſques fuperbement
veftus , y vinrent accompagnez
d'une bande de Violons,
& par les fauts furprenans
Mij
140 MERCURE
qu'ils firent , il fut aifé de
connoiftre que c'eſtoit une
Troupe de Comediens nouvellement
arrivée . Ces rejouïffances
durerent jufqu'au
jour.
On en fit de fort grandes à
Nogent le Roy le 23. de Juillet
, pour la Victoire remportée
à Fleurus par l'Armée
du Roy , & elles furent renouvellées
le 30. du meſme:
mois pour la défaite des Flo- «
tes Angloife & Hollandoife .
Deux Compagnies de Bourgeois
formerent une efpece de:
Bataillon, qui fut fuivy d'une
GALANT. 141
5
Compagnie de Cadets , chacun
de huit à neuf ans , tous
bienfaits
& propres
. Elles
marcherent au bruit des Fi
fres, des Violons , des Tambours
, & des Trompettes
, &
allerent fe ranger prés de
l'Eglife en deux lignes para-
Telles . Aprés que l'on cûts
chanté le TE DEUM , pendant
lequel tout le Canon fut
tiré , les Compagnies
defi
lerent, & monterent au Chaf
teau , ayant Meffieurs de la
Juſtice à leur tefte . Elles fe
placerent dans l'Hippodrome
, qui fait face à un fuper-
-
142 MERCURE
les
be Perron du mefme Chaf
teau , & le jeune Fils de M'
le Marquis de Biron , Gendre
de Madame la Comteffe de
Nogent , alluma le Feu avec
une grace qui le fit admirer
de tout le monde , aprés quoy
Moufquetaires , Fuzeliers,
& autres, firent une décharge
de toutes leurs Armes . Mr le
Bailly tint ce,foir- là table ouverte
, & M's de Brehainville,
de Sainte Joye , Leger , Vaillant
& Boucher , qui commandoient
les Milices , figna
lerent leur adreffe par les divers
mouvemens qu'ils leur
GALANT. 143
firent faire.
L'épanouiffement
de la joye fut fi grand parmy
le Peuple , qu'on tira pendant
la nuit plus de mille
coups d'Armes à feu. Les
Dames mêmes fe montrerent
Amazones , & fe firent un
plaifir de tirer le Piſtolet .
II s'eft fait auffi une grande
réjoüiſſance à Marſeille pour
les avantages qu'ont remportez
les Armes du Roy . Elle
fut ordonnée par M' d'Arvieux
, Commandant de la
Milice de quatre quartiers du
terroir de cette Ville-là , dans
la Paroiffe de Noftre- Dame
&
144 MERCURE
de Grace , joignant la terre du
Caner . Aprés les actions de
graces renduës à Dieu , il fit
mettre en ordre fa Compagnie
, compofée de trois cens
hommes, marcha à leur teſte,
& paffant trois fois devant le
Portrait du Roy qui cftoit
für le Portail de l'Eglife , il le
falua de fa pique en trois diverfes
manieres. La mefme
chofe fut faite par
Officiers , & par M d'Arvieux
fon Fils , qui eft fon
Enſeigne , & qui falua auffi
du Drapeau . Cette Compagnie
s'eftant remife à fon preles
autres
mier
GALANT. 145
mier pofte , on tira devant
l'Eglife trente fix Boëtes , &
les Soldats firent trois dé--
charges de leurs Moufquets .
Après cela, Mt d'Arvieux
leur commanda de mettre les
armes à terre, de tirer l'épée ,
& de la tenir haur élevée en
figne de la promeffe qu'ils
faifoient devant Dicu de
donner leur vie pour le fervice
de Sa Majeſté , & pour la
défenſe de la Foy. Il les fit
enfuite défiler par quatre , &
ils marcherent autour de fes
dépendances , faiſant un feu
continuel pour marquer leur
Septembre 1690 .
N
>
146 MERCURE
joye. Ils fe rendirent encore
dans le mefme ordre à l'Eglife
devant laquelle ils allumerent
un grand Feu avec
toutes les ceremonies qui fe
pratiquent dans les occafions
de cette nature . La Fefte fut
terminée par les Vigiles des
Morts , & par d'autres Prieres
qu'on fit pour le
mes de tant de Braves qui ont
répandu leur fang dans une
guerre qu'on peut appeller de
repos
des AReligion
, puifque la France
fouftient la Foy Catholique
contre un fort grand nombre
d'Alliez qui cherchent à la
détruire.
GALANT. 147
Les mefmes réjouiffances
ont efté faites à Toulon , où
l'on a chanté le TE DEUM
dans la Cathedrale avec beaucoup
de ceremonic . Entre les
Particuliers qui ont fignalé
leur zele dans cette rencontre
on peut dire que M ' Mallard
s'eft diftingué . Il fit parer
magnifiquement l'Eglife des
Peres Auguftins Defchauffez
qui eft la plus belle de la
Ville. On y voyoit un Por
trait du Roy repreſenté avec
fa Cotte d'Armes , & au deffous
ces paroles , Cunctis fufficit,
& necat omnes , pour
Nij
148 MERCURE
faire entendre, que quoy qu'il
foit feul à combattre tous les
Souverains de l'Europe liguez
contre luy, il ne laiffe pas de
les furmonter. Sous ce Portrait
eftoient d'un cofté les
Armes de France avec ces
mots Terraque Marique
triumphant, & de l'autre celles
de la Ville de Toulon , qui
font d'azur à une Croix d'or.
Ces paroles fe lifoient autour ,
Fidum femper erit Regique
Deoque Tolonum , pour marquer
la fidelité que Toulon
garde inviolablement
à Dieu
& au Roy. Le matin du 13.
GALANT. 149
du mois paffé , jour choify
pour cette Fefte , le Pere Raphaël
, Prieur du Convent,
celebra une Meffe folemnelle ,
Aprés Vefpres , les Religieux,
ayant chacun un Flambeau à
la main, firent une Proceffion
où l'on porta l'Image miraculeufe
de noftre Dame de
Montaigu . Le foir , les Violons
au dedans , & les Tambours
& les Fifres au dehors ,
firent connoiftre qu'on alloit
chanter le TE DEUM. Cette
ceremonie eftant achevée, le
Pere Prieur , accompagné de
plufieurs Religieux portant
Niij
150 MERCURE
certe
des Flambeaux , alla benir &
allumer le Feu de joye qui
avoit efté dreffé entre l'Eglife
, & la Maifon de M
Mallard . Je ne vous dis
rien des illuminations qui
eftoient aux feneftres , & en.
d'autres endroits de
Maifon, ny du regale qu'il fic
ce foir là à fes Amis .
Le 23. du mois paffé , on fit
à Cologne , dans l'Eglife Ca
thedrale , un Service folemnel
pour Madame la Dauphine
. Tous les Ecclefiaftiques
de ce Dioceſe s'y trouverent
avec les Religieux de
GALANT . IȘI
tous les ordres. L'Office s'y
fit en Mufique , & on y entendit
toutes fortes d'Inftrumens.
Les Timbales & les
Trompettes étoient couvertes
de frife noire. Un tres- grand
nombre de cierges brûloient
dans des chandeliers d'argent
tout autour du Maufolée . Le
cercueil eftoit couvert de
drap noir , avec un carreau
de velours noir bordé d'argent.
On avoit pofé fur ce
carreau une Couronne d'or
enrichie de Diamans , & on
voyoit au deffus une reprefentation
de Mort qui volti-
Niiij
152 MERCURE
geoit . La Meffe fut celebréc
par un Evefque , & les Bourguemeftres
les Magiftrats ,
& tout ce qu'il y avoit à Cologne
de perfonnes confiderables
affifterent à cette lugubre
Ceremonie . Aprés la
Meffe , l'Evefque & les Prelats
s'avancerent vers le Maufolée
, fuivis des Chanoines
qui avoient de longues robes
de velours rouge & des furplis
par deffus . On fit les encenfemens
, & le tout le termina
par des chants lugubres.
Mi le Prevoft a foûtenu
GALANT. K
蝉
rs
depuis peu de temps au Cok
lege Mazarin , des Thefes de
Mathematique fur l'Archite
ature Militaire . Comme elles
eftoient dédiées à M's les Prevoft
des Marchands & Echevins
de Paris , ils firent l'honneur
au Soûtenant d'y vouloir
bien affifter en Corps .
Ces Thefes eftoient imprimées
en livre , & dans ce li
vre on avoit reprefenté l'Hoftel
de Ville , avec la marche
de fes Officiers . Il contenoit
plufieurs autres Tailles- douces
, fuivant les fujets qui devoient
fervir de matiere à la
154 MERCURE
'
difpute . L'Aſſemblée für illuftre
& fort nombreufe , & le
Soutenant s'attira une approbation
generale par les répon
fes. On diftribua dans l'Af
femblée une Ode Latine , faite
par M le Comte , à l'honeur
de ceux à qui les Thefes
eftoient dédiées . Je vous en
envoye la traduction . Elle eſt
d'un des plus heureux Geniess
de l'Academie Françoiſe
.
GALANT. 155
A MESSIEURS
Les Prevoft des Marchands
& Echevins de la Ville
de Paris .
F
Ourcy, puis qu'en tous lieux
par tes travaux utiles ,
De Paris abaque jour s'augmente la
Splendeur,
Et qu'enfin la Reine des Villes
Par toy voit fa beauté répondre àfa
grandeur.
Donne trève à tes foins,fuis la voix
qui t'appelle
Au plaifir innocent de nos doctes
Combats i
156 MERCURE
Et vous qu'anime un mesme Zele,
Son fidelle coonfeil, accompagnezfes
pas..
G
Là ne s'agitent point ces difputes fri
voles ,
O à la raison trop vive obfcurcit le
difcours ,
Etfur un vain jeu de paroles
Se debat & s'égare en mille faux
détours.
3.
Mais là brille cet art à qui tout cft
poffible ,
Qui ceint une cité d'invincibles
remparts ,
Et qui d'un mur inacceffible
Porte, comme il luy plaiſt, la mort de
toutes parts...
S
On y voit un Enfant , d'une main
intrepide,
GALANT.
157
Allumer les Canons dont il eft entouré
;
Déjafon adreffe homicide
Menace l'Ennemy d'un trépas affure.
2
C'est avec ce bel Art que fans eftre
nombreuſe
Une Troupe refifte à mille efforts
divers ,
Et que la France belliqueufe
Sous le bras de LOVISfait trembler
l'Univers.
&
Par ce bel Art , Fleurus deformais
fi celebre,
A vû fes champs couverts d'une
moiffon de morts ,
Et du fang des Peuples de l'Ebre
La Meuse épouvanite a vû rougir
fes bords.
2.
158 MERCURE
x
Par luy de nos Guerriers l'heroïque
Vaillance
A lancé fur les mers cent foudres
irritez,
Et des Ennemis de la France
Fait voler en éclats les flotantesCitez.
S
Quelfracas ! & combien fur l'onde
lumineuse
Periffent par le feu de Superbes
Vaiffeaux !
Tout brûle, & la flame orgueilleufe
S'applaudit de regner fur l'empire
des eaux.
S
Les reftes malheureux de ces triftes
naufrages
Vont heurter les rochers effrayez &
Surpris ,
Et la mer avec fes rivages,
Toute avare qu'elle eft , partage le
débris.
GALANT. 159
$
Les Enfans d'Albion . malgré leur
arrogance ,
En ont tremblé
d'horreur , & par ces
grands exploits
Ont vi
commencer la vangeance
De leur noir attentatfur la Pourpre,
des Rois.
Il paroift un Livre nouveau ,
intitulé , Les Philofophes à l'encan.
Il contient deux Dialo
gues , dont l'un eft traduit
de Lucien. Ce premier Dialogue
renferme ce qu'il y a de
plus particulier
à dire de la
doctrine de
Pythagore , de
Diogene , d'Ariftippe , de
Democrite , d'Heraclite , de
160 MERCURE
Socrate , d'Epicure , de Chryfippe,
d'Ariftote, & de Pyrrhon.
Il eft accompagné de
remarques fort utiles pour
l'intelligence de beaucoup de
chofes , & il y en a de meſ
me fur le fecond Dialogue,
qui eft purement du Tradu
teur. Il a continué la ma
tiere , afin de parler des autres
Philofophes celebres dont
Lucien n'a rien dit. Ainfi en
lifant ce Livre avec les Remarques
, on apprend la vie
de tout ce qu'il y a eu de Philofophes
confiderables dans
l'Antiquité.
GALANT. 161
Mi l'Abbé de Pezene a
fatisfait l'empreffement du
Public , en permettant au S
Coignard Libraire , de faire
imprimer l'excellent Panegyrique
de S. Louis , qu'il prononça
le 25. du mois paffé ,
dans la Chapelle du Louvre.
Heft en vente depuis quelques
jours , & je vous l'envoye.
Je fuis affuré que vous
trouverez dans cet Ouvrage
tout ce que l'éloquence la
plus fine peut fournir de vif
à un efprit delicat, qui poffede
parfaitement fa matiere , &
qui fçait toujours s'en rendre
Septembre 1690.
O
162. MERCURE
maiftre Lifez, Madame . Tout
ce que je vous dirois ne ferviroit
qu'à retarder le plaifir
que vous recevrez de cette
lecture .
que
Les actions merveilleufes du
Roy , ont tant de rapport à
celles de S. Louis , que le Pane
gyrique de l'un emporte prefneceffairement
le Panegy
rique de l'autre. C'est ce qui
fit dire le jour de la Fefte de ce
Saint , au Pere de S. Martin
Jefuite , Profeffeur de Rethorique
, lors qu'eftant monté
en Chaire dans l'Eglife de .
I'Hofpital general de la Ville
"
1
GALANT. 163
de Perigueux , il en commença
l'éloge. Ne croyez point que
je puiffe feparer les louanges
qu'on leur doit. Vous reconnoi-
Atrez Louis le Grand , dans
ce que je vous diray de plus
merveilleux de la vie de Saint
Loüis , & vous trouverez les
images fenfibles des vertus de
S. Louis dans les actions de Louis
le Grand. Ce Pere fit enfuite
la divifion de fon difcours ,
en difant que S. Loüis avoit
fait triompher la Religion
dans luy mefme , dans fes
Etats , & dans les Royaumes
étrangers ; dans luy - mefme,
ojj
164 MERCURE
*
par fon application à praciquer
les vertus les plus heroïques
du Chriftianifme ; dans
Les Etats, par la fageffe & par
fa douceur à ramener à leur
devoir ceux de fes Sujets que
- l'erreur & le vice avoient eu
le pouvoir d'en éloigner ; &
dans les Royaumes étrangers,
par fon courage & fon zele à
défendre la Religion contre
les Infidelles qui avoient cherché
à la détruire. Tout cela
fut accompagné de preuves
auffi fenfibles que fortes , &
lors qu'il les cut finies Je
n'auray pas de peine , ajoû
V
CALANT . 165-
ta - t - il à vous faire entrer
dans ma penſée. Penetrez de
tout ce que le Roy fait tous les
jours de grand pour les interefts
de la veritable Religion , vous
avez déja mis dans votre esprit
à la place du Saint dont je vous
parlois , le pieux Monarque
dont je devois vous parler . La
moderation de l'un , fa charité,
fa douceur,fa juftice ,fa modeftie,
fa clemence, fafageffe , fa piete,
fon Zele , qui fe font prefentées
à vos yeux en mefme temps
queje vous marquois les vertus
de l'autre , vous ont déja fait
I juger de la conformité de leur
166 MERCURE
de
vie , & vous n'avez pas creu
qu'il fuft une copie plus fidelle
du triomphe que la Religion a
remportéfous le regne de S. Lcüis ,
que le triomphe qu'elle remporte
aujourd'huy fous le regne
Louis le Grand. En effet, quelle
force n'a pas deu avoir la Religionfur
le coeur de cc Monarque,
pour l'arrester tant de fois au
milieu de fes Victoires ?Rappellez
dans vostre esprit ce que
nos Ennemis àſa moderation . Il
pouvoit tout attaquer & tout
vaincre. Sa prefence renversoit
les murs des plus fortes Places.
Les Provinces entieres preve--
doivent
GALANT.
167
noient fes deßeins en fe foumettant
à fon Empire , & dans
la rapidité de fes Conquestes ,
invincible à tout autre , il fe
furmonta luy mefme , & mettant
des bornes à fa
puiffance , que
toute l'Europe enfemble ne pouvoit
arrefter, il donna la Paix
à fes voisins , & par une generofité
inouie , il leur rendit de
fortes Places qu'il leur euft eflé
impoffible de reprendre. Le
Pere de Saint Martin s'érendit
fur les autres marques
de cette mefme moderation
que le Roy a données en tant
de rencontres . Il parla de fa
x
168 MERCURE
douceur , de fa clemence , de
fa modeftie dans les plus
grandes profperitez de fon
regne , de fa charité, & de ſa
tendreffe pour les Pauvres ,
qui paroift par ces Höfpitaux
baftis dans toutes les Villes
par fes foins , & fondez la
plufpart de fes propres revenus.
Il parcourut les autres
vertus , & paffant à ce que
Roy a fait dans fon Royaume
pour détruire l'herefic
pour réformer les moeurs de
fes Peuples ; Ce Monarque,
dit-il a toujours efté à la testè
de fes Armées, ou à la tefte defon
le
&
Confeil
GALANT. 169
I
1
il
Confeil, pour estre l'ame de l'un
par la fuperiorité de fon genie
& pour donner le mouvement
aux autres par fa prudence &
par fon courage , mais partout
a eu en veuë la Religion qui a
efté la directrice de fes Confeils,
lame de fes Loix , & le motif
defes entreprises. S'il a combatu,
ce n'a tfté que pour mettre fes
Ennemis hors d'eftat de traverfer
fes pieuxdeffeins , & s'il a donné
la Paix à l'Europe dans le
temps que fa valeur & fa for
tune fembloient luy promettre de
nouveaux Royaumes , ce n'a efté
que pour affermir davantage le
Sept. 1690 .
Р
170 MERCURE
nousfom-
Royaume de F. C. dans le fien.
N'est- ce pas à luy que nous
mes redevables de cesfages Reglemens
, qui ont fait que la
guerre , qui estoit la mere du
libertinage eft devenuë l'Ecole de
la vertu , & que les blafphemes
, les larcins , les excés da
jeu de la débauche y font punis
fort feverement ? Enfin les
Eglifes pourveues de Pafteurs fi
vigilans les Barreaux de Fuges
fi integres , les Villes fi bien poli
cées , Is beaux Arts cultivez,
tant d'établiffemens de pieté pour
l'un & pour l'autre fexe , mais
fur tout l'herefie détruite , fes
>
GALANT. 171
Temples renverfez, tant de milliers
d'Enfans de l'Eglife égarez
ramenez dans le fein de leur
mere , ne font- ils pas le plus glorieux
triomphe de la Religion ,
& pouvons nous affez loüer la
fageffe d'un Monarque qui afçen
prendre de fi juftes mesures, pour
bannir ainſi l'erreur & le vice,
&faire regner la vertu dans fes
Estats ? Il vint delà au troifiéme
raport de fa Majefté avec
Saint Louis , & pour montrer
que le zele du Roy avoit la
mefme étendue que celuy de
ce Saint,puifqu'à fon exemple
il fait triompher la Religion
Pij
172 MERCURE
dans les Royaumes Eftrangers
, il parla d'abord de ce
qu'il a fait pour elle hors de
fes Eftats dés le commence.
ment de fon regne , des Ambaffades
qu'il a envoyées en
Perfe & dans l'Orient , des
prefens qu'il a faits , & des
Lettres qu'il a écrites à tant
de Rois & de Princes infidelles
,pour
les
engager à fouffrir
dans leur Pays les Predi
cateurs de l'Evangile , des ordres
qu'il donne continuellement
à fon Ambaffadeur à la
Porte , de fe fervir de toute
fon autorité dans cette Cour
GALANT. 173
Ji
afin d'obtenir en faveur des
Fidelles de la Paleſtine tous
les Privileges dont ils ont befoin
pour conferver & avancer
la Religion Chreftienne .
Aprés beuucoup d'autres
chofes , à quoy m'arreftay je,
continua- t- il ? Ce qui fe paſſe
depuis deux ans fous les yeux
de tout le monde, ne nous fait- il
pas voir Louis le Grand tel qu'il
Ito eft ? A-t-il jamais paru à nos
Ennemis fi puiffant qu'il le pa
eroift dans cette guerre qu'il foùtient
contre les efforts de toute
our l'Europe ? Nous a- t - il jamais
Cou paru fi Chreftien, fi attaché aux
To
2
P iij
174 MERCURE
interefls de l'Eglife, & fi Zelé
defenfeur de la Religion ? Il a
combatu autrefois pour l'Estat ,
pour luy mefme , fi vous
voulez , lors dans la rapidité
de fes Victoires , les plus
fortes Places ont cedé à fa
que
valeur, & que mille & mille
Ennemis vaincus ont porté la
terreur de fon fon nom jusqu'aux
extremite
de la terre. Icy
la guerre est toute fainte , c'eft
pour le Ciel qu'il comhat , &
il n'a point d'Ennemis
qui ne
foient les Ennemis de la Religion
. Les uns fefont depuis longtemps
declarez contre elle ou
GALANT. 175
vertement. Les autres fe font li
guez avec les premiers , tous
ont juré fa perte , quoy que par
des veues differentes qui ne fervent
qu'à les rendre plus coupa
bles. Combien de fois avons - nous
dit qu'il eftoit luy feul l'appuy
de la Religion, & que fans luy
elle alloit prefque s'éteindre par
Les derniers efforts que vient de
faire l'Enfer , pour fe vanger
des pertes que la pieté du Roy
luy a fait fouffrir ! Jusqu'où
n'avez vous par porté vostre fureur
, Anglois rebelles , pouffez
par ce Prince ambitieux que
vous avez mis fur le Trône de
Piiij
176 MERCURE
voftre Roy legitime ? A quels
excés ne vous feriez- vous pas
abandonnez , fi Louis le Grand
n'euft fervy d'afile & de défenfe
à cet augufte Fugitif ? Tu
te préparois déja des triomphes ,
audacieuſe Herefie , qui as causé
tant de malheurs à l'Europe 2
Tu ne te promettois pas moins
que de rentrer armée dans la
France , de t'y rétablir par
Les voyes cruelles qui t'y ont fait
faire autrefois de fi grands ravages.
C'est ce que tu attendois
de ces fauffes Propheties qui animoient
tes indignes Sectateurs
ou plutoft , c'est ce que fembloient
GALANT. 177
te devoir faire efperer tant de
Princes Chreftiens liguez enfemble
pour tes interefts , & qui ont
abandonné lachement un Roy
perfecuté pour la justice , aprés
avoir trahy leur confcience &
leur foy poar fe joindre à l'Ufurpateur
de fes Etats. Mais
tremble malgré tes puiſſantes
Ligues. LOUISfeul qui entreprend
la défenfe d'un Roy détrôné
pour fa Religion , portera
fur toy le coup qui doit achever.
ta perte, plus in as cru avoir
de forces pour detruire la
Religion , plus la vraye Religion
= en trouvera dans l'appuy de ce
vraye
178 MERCURÉ
grand Prince, pour triompher
des inutiles efforts que tant d'Alliez
ofent faire en ta faveur. Il
finit avec une fatisfaction entiere
de fon Auditoire, par des
voeux pour la confervation de
la Perfonne facrée de Sa Majefté,
& pour l'heureux fuccés
de fes armes .
La Ville & la Cour de
Montpellier ayant fait chanter
le Te Deum pour les Vi-
&toires du Roy , la veille du
jour où l'on celebre la Feſte
de Saint Ignace , le lendemain
M' l'Abbé Plomer qui prononça
le Panegyrique de ce
GALANT. 179
Saint , dans l'Eglife des Peres
Jefuites , le finit par ces paroles.
Etes- vous fatisfaits ,Chreftiens
, de mon miniftere , & me
refte - t-il quelque chofe à dire
pour finir ce difcours ? Ah , Seigneur
, voftre Peuple , la joye fur
le vifage & la reconnoiffance ·
dans le coeur, m'oblige encore de
publier icy avec le Prophete vos
infinies mifericordes , pour avoir
mis les Nations à nos pieds , &
foumis les Peuples à noftre puiffance
: Rex magnus fubjecit
populos nobis , & gentes fub
pedibus noftris. Que Jerufa
= lem donc fe réjouiffe ! que les
180 MERCURE
Filles de Sion inventent mille
chants nouveaux : Omnes gentes
plaudite manibus , jubilate
Deo in voce exultationis.
L'Hydre conjurée contre
nous vient de recevoir le coup
fatal de fa mort , par le brás
également victorieux redou
table de Louis le Grand , noftre
invincible Monarque. La formidable
Statue de Nabuchodo
nofor vient d'eftre renversée ; les
murs de Ferico font abattus . Datam
& Abyron , cette troupe
orgueilleuse de Factieux , cette
Ligue infernale vient d'eftre diffpée.
Les ingrats Gabaonites
GALANT. 181
font défaits ; les Ammonitesfont
en fuite ; les Moabites font detruits
; les Philistins font en dé
route. Goliat eft terraßé, Amalec
eft vaincu , & par un comble
de bonheur l'Armée entiere de
Pharaon vient d'eftre fubmergée.
Quelle gloire pour Louis !
quel triomphe pour l'Eglife ! quel
fujet de honte de confufion
pour tous nos Ennemis ! Graces
éternelles vous foient donc renduës
, ô mon Dieu , pour de fi
grandes victoires p , our tant de
bienfaits receus ! Combattez
toujours pour ce Monarque dont
le regne eft fi utile à l'Eglife , fi
182 MERCURE
que
glorieux à la Religion , fi avantageux
à la France . Mais , Seigneur,
en beniffant les armes du
Pere , n'oubliez pas celles du
Fils. Faites l'un & l'autre
travaillant de concert pour foûtenir
voftre gloire fur la terre ,
ils puiffent un jour comme Saint
Ignace , en recevoir la récompenfe
dans le Ciel. Ce font, Seigneur,
les voeux de tout ce Peuple , qui
demande vostre benediction.
On a reprefenté cette année
, felon la coutume , fur le
Theatre du College Royal &
Archiepifcopal de Bourbon
GALANT. 183
des Peres Jefuites de Rouen ,
uneTragedie pour la diſtribution
des Prix fondez par MTS
du Patlement de Normandie.
Le fujet eftoit Idomenée, Roy
de Crete , qui à fon retour
du Siege de Troye , fut battu
d'une fi forte tempefte , que
pour appaifer la colere des
Dieux qu'il croyoit avoir ir-
Eritez , il promit de leur immoler
la premiere chofe vivante
qui s'offriroit à ſes yeux
fur le rivage de Crete . Il y
vit d'abord fon Fils unique ,
appellé Idée , & lors qu'il
voulut le facrifier , la Reine
184 MERCURE
La Femme s'y oppofa. Elle
s'eftoit engagée à le marier
avec . Electre , Fille d'Agamemnon
, qui s'eftoit retirée
en l'Ile de Crete aprés la
mort de fon Pere . Les Sujets
d'Idomenée ne pouvant fouffrir
la mort de ce jeune Prince
, entreprirent de le faire
regner en chaffant ce Roy ,
mais il fe déroba fecretement
tandis qu'on preparoit toutes
chofes dans le Temple pour
fon mariage , & afin de détourner
la vangeance des
Dieux de deffus la tefte de
fon Pere , il s'immola luyGALANT.
185
mefme ; & fe rendit la Victi
me & le Sacrificateur , fans
que fon deffein euft efté connu
ny de la Reine fa Mere, ny
de la Princeffe Electre . Cette
Tragedie eftoit du Pere d'E
pineul , Regent de Rethorique
, & fut reprefentée avec
beaucoup de magnificence ,
par les meilleurs Acteurs
d'entre la jeuneffe de ce College
. Chaque Acte eftoit fuivy
de Balets differens , où les
Paffions parurent fous les
fimboles de la crainte , du
defefpoir , de la trifteffe , de
l'efperance & de la joye . Ils
e Septembre 1690.
186 MERCURE
furent danfez par les plus habiles
Danfeurs de l'Opera étably
à Rouen depuis peu d'années
, & par les Maistrės de
danfe de la Ville . Ce grand
Spectacle finit par la diftribution
des Prix , où les Enfans
des perfonnes les plus
qualifiées eurent bonne part.
Le Fils de M ' de Brinon ,
Confeiller au Parlement , en
remporta cinq en Rhetorique.
Le Fils de M de Machonville
, Prefident en la Chambre
des Comptes , en remporta
deux . Le Fils de M ' d'Orgeville
, Prefident au Mortier,
GALANT 187
en cut un , & le Fils de Mr de
S. Gervais Confeiller , un autre
; chacun en fa Claffe.
Je vous envoye le revers
d'une Medaille de la vie du
Roy , on vous trouverez la
Prife de Bude. On voit au
deffus un Soleil avec ces paroles
, Me ftante triumphant ,
c'eft à dire , que lore que le
Roy n'a point les armes à la
main , les Allemans triomphent
des Turcs . Rien n'eft
plus conftant , & le contraire
fe voit dans la perte qu'ils
ont faite, le premier jour de
Cette année, & dans celle
Qij
188 MERCURE
qu'ils viennent de faire en
Tranfilvanie. Cependant ils.
n'ont pu jouir de leur bonheur
, & ils ont mieux aimé
fe liguer contre la France , &
forcer Sa Majesté à reprendre
les armes aprés les avoir quittées
en faveur de la Chreftienté
que de voir augmenter
les Conqueftes qu'ils avoient
commencé à faire fur les Ennemis
de la Foy . Ils ont af
furé par là de nouveaux
triomphes à ce grand Monarque
, & l'on peut dire avec
Beaucoup de raifon à ſon
avantage , ce que M de Con
GALANT. 189
damine , Receveur des Finances
à Nevers, a heureuſement
exprimé dans ce Sonnet .
Ο
AU ROY.
Ve de gloire à la fois éclate
fur ta tefte !
Que d'Ennemis vaincus cedent à
ton pouvoir !
L'Allemagne à l'aspect de tes. Dra's
peaux s'arrefte ,
Et le Belge dompté n'ofe fe faire
voir.
2
A marcher contre toy le Savoyard
s'apprefte ;
El s'allie aux Lombards , flaté d'um
vain espoirs
190 MERCURE
Mais bien-toft fes Sujets deviennent
ta conquefte,
Etfoumis à tes loix te marquent lear
devoir.
2
Ayant vu le Batave & l'Anglois
difparoiftre ,
L'Ocean effrayé te reconnoist pour
Maistres
Grand Roy , que reste-t- il aprés de
tels exploits ?
2
Tont cede à ta valeurfur la serre &,
fur l'onde ,
Ton nom est reveré des Peuples
des Rois ;
Pour le rendre plus grand eft-il encore
un Monde?
Le Roy n'eft pas moins
grand par fes manieres geneGALANT
191
reufes , que par la force de fes
armes . -Je ne loüe jamais ce
Prince , que je ne
rapporte
un fait qui convienne
à la
loüange . Ainfi je vous diray
que le procedé
de Monfieur
le Duc de Savoye n'a point
empêché
que Sa Majeſté n'air
envoyé des ordres dans toutes
les Provinces & dans toutes
les Villes où les Ambaffadeurs
de Savoye
devoieut
paffer , afin de leur faire rendre
les honneurs
accoutumez .
Cela cft caufe qu'ils y ont
receu des complimens
accompagnez
des prefens
de
192: MERCURE
chaque Ville. Ces fortes de
harangues n'étoient pas aifées
à faire ; & il falloit avoir de
l'efprit pour s'en tirer . C'eſt
ce qu'a fait avec éclat Mr de
la Porte , Lieutenant en l'Eletion
de Mâcon. Le compliment
qu'il fit à M' le Marquis
Dogliani cut tant d'applaudiffement
, que malgré fa
modeftie il fut obligé d'en
donner une copie . Elle eft
tombée entre mes mains , &
je vous l'envoye. Il faut pour
en bien juger , examiner la fi
tuation des affaires ..
MON
GALANT.
193
MONSEIGNEUR ,
Les Officiers en l'Election de
Mafcon , en venant icyfuivant
les ordres de Sa Majesté, affurer
Voftre Excellence de leur treshumble
respect pour fa perfonne,
trouvent en mefme temps un
moyenfort agreablepour concilier
leur de voir avec leur inclination.
Il leurfuffifoit d'avoir apprispar
la voixpublique ce qui s'eftpaßé
dans le cours de voftre importante
Ambaffade. Ils font perfuadez
qu'il ne falloit pas un Genie
d'un ordre inferieur au votre
pour meriter l'eftime & l'agré
Sept. 1690 .
R
194 MERCURE
ment du plus grand Roy de la
Terre , dans des negociations fi
pleines de difficultez
de conjonctures
facheuses, qui auroient
feulement effrayer , mais
u non
&
encore rebuter & décourager les
efprits les plus accoutumez à
traiter avec les Souverains , du
repos e de la fortune
de leurs
Etats . Cependants
Monfeigneur
,
nous avons veu avec autant de
la
joye que d'étonnement
, que
grandeur
du peril , & la difficulté
de l'entreprise
n'ont fervy
qu'à redoubler
voftre vigilance
voftre activité. Nousfeavons
que cette fageffe confommée
qui
GALANT 195
&
prefide à toute voftre conduite ,
a trouvé heureusement le fecret
de ne manquer en rien , ny au
respect & à la haute estime que
vous avez toujours fait paroiftre
pour la perfonne facrée de Sa
Majesté, ny au Zele & à la
fidelité qu'attendoit de vous le
Prince qui venoit de dépofer avec
tant de confiance entre vos mains
les interefts les plus precieux &
les fecrets les plus importans ,foit
pour fa propre gloire , foit pour
la felicité de fes Sujets. Ils ont
lieu d'esperer que ce Genie qui
= fufpendu pendant plufieurs mois
le bras foudroyant d'un Heros
Rij
196 MERCURE
que
juftement irrité trouvera encore
les moyens de le defarmer , &
que vos fages confeils redonne.
ront aux Peuples foumis à la
domination de S. A.R. le calme
la tranquillité dont ils avoient
heureusement jouy , tandis
le Demon de la difcorde n'avoit
pú troubler le concert & l'union
que des alliances fi augustes ,
faintes , & fi fouvent renouvellées
devoient rendre éternelles &
indiffolubles.En attendant ,Mon-
Seigneur, un évenement conforme
à des pronostics fi heureux , dont
nous verrons l'accompliſſement
avec d'autant plus de joye , que
GALANT. 197
!
nostre climat eft plus voisin du
voltre , irouvez bon que nou
vous affurions que ce font là nos
Fentimens les plus finceres ; que
cette Province ayant retenty plufieurs
fois des éloges & des ap
probations de Sa Majesté fur
vostre fage conduite , nous ne
fommes que des Echos fidelles
Ja voix facrée, & que dans tout
ce grand Royaume qui a Phonneur
de vivre fous fon Empire
vostre Excellence ne trouvera
perfonne qui ait pour elle une
plusparfaite veneration quesesc.
Il y avoit deux Ambaffadeurs
de Savoye en France ,
R iij
198 MERCURE
& M le Prefident de Pro-
3
vane venoit relever Mr Dogliani
, lors que les affaires ſe
font brouillées . Le Roy leur
a donné à chacun un Gentilhomme
ordinaire de fa
Maifon pour
les accompa
gner , & huit Moufquetaires
auffi à chacun . commandez
par un Brigadier , pour les
conduire . M de S. Olon cft
auprés de M' le Marquis Dogliani,
& Mr du Libois cft au
prés de M de Provane.
Il n'y a rien dont les Femmes
ne foient capables quand
elles font poffedées de l'ar
GALANT . 1gg
deur de fe va
vanger , & vous
tomberez d'accord de ce que
je dis , quand vous fçaurez
l'avanture dont je vais vous
faire part. Une jeune Demoi
3I felle , dont la fortune eftoit
mediocre, faifoit valoir à fon
avantage les agrémens qu'elle
avoir dans fon efprit & dans
=
avoit
conne
. L'envie
de
plaifa
re ne laiffoit languir aucun ,
de fes charmes , & ce qu'ils
avoient de vif eftoit foutenu
de manieres engageantes , qui
prévenoient favorablement
pour elle les moins indulgens
fur le merite . Sa Mere'
Riiij.
200 MERCURE
qui luy fouhaitoit un party
avantageux , n'eftoit pas fâchée
qu'elle vift du monde.
Elle efperoit que parmy la
foule il fe trouveroit quelque
étourdy qui donneroit
dans le mariage ; & cela feroit
fans doute arrivé, fi pour
fon malheur une Dame de
Province , veuve depuis dixhuit
mois , ne fuft pas venue.
demeurer dans fon quartier.
C'eftoit une de ces Femmes
que des traits mignons & délicats
font long- temps paroître
jeunes, & qui fe dérobent
des années fans peine , fi on
GALANT. 201
ב
ne les fuit de prés . Elle eftoit
brillante dans tout ce au
faifoit ou difoit , & un enjouement
d'humeur & d'efprit
qui animoit fa beauré , la
faifoit aimer auffi- toft qu'on
l'avoit veuë. Le voifinage luy
ayant fait connoiftre la De
moifelle , forma entre - elles
une liaiſon qui les rendoit
prefque infeparables . La belle
eftoit charmée d'avoir une
Amie, dont l'attachement ne
luy pouvoit qu'eftre avantageux
, mais elle ne fongeoit
pas que la Dame eftant coquette
, elle fe donnoit une
202 MERCURE
Rivale , qui luy devoit enle
ver la plufpart de fes Amans .
En effet , le Dame ayant trou
vé chez cette jeune perfonne
des gens bienfaits , & qui a
voient de l'efprit , elle fe fir
un plaifir de leur faire voir
que tout fon merite ne confiftoit
pas dans fa beauté . Elle
leur difoit mille chofes agrea
bles , & cut pour eux je ne
fçay quoy de fi prévenant ,
l'honnefteté
les engagea
infenfiblement
à la voir chez
elle ; mais fi d'abord leur deffein
ne fut que de luy rendre
quelques vifites de civilité
que
GALANT 203
Paccueil qu'ils receurent leur
fut une amorce pour redou
bler leurs empreffemens. Ses
complaifances cftoient employées
fià propos , qu'il fem
bloit qu'elles partiffent du
coeur plutoft que de l'habitude
qu'elle s'eftoit faite d'en
avoir pour tout le monde.
Joignez à cela un charme au
deffus de tout. Elle n'avoit
point d'enfans , & joüiffoit
de quinzo à vingt mille livres,
de rente. Ainfi chacun fe.
croyant favorifé , s'abandonnoit
à des eſperances ,& les affiduitez
où les engageoit leur
204 MERCURE
la
nouvelle paffion , affoibliſſang
leurs foins pour la Belle ,
mirent dans un chagrin qu'elle
ne put déguifer.. Elle fit
force plaintes à la Dame, qui
luy ayant protefte qu'elle n'avoit
aucune penfée de luy
ofter ſes Amans , & que fon
deffein eftoit de vivre toujours
indépendante , la conjura
ra d'eftre à tous momens
chez elle , afin qu'eftant témoin
de tout ce qu'elle feroit,
elle puft connoiftre qu'elle ne
cherchoit qu'à fe divertir par
d'agreables converfations,fans
que ſon coeur prift la moindre
GALANT 205
part aux chofes qui luy étoient
dites. Elle luy parloit felon
fes vrais fentimens, Le bien
qu'elle avoit eftant fort confi
derable , elle dédaignoit
tou
se autre fortune , & les plus
grands avantages ne l'auroient
pasobligée à renoncer à l'heu
reux état deVeuve ; mais quoy
qu'elle fuft fort refoluë à ne
fe donner jamais un maiftre ,
elle eftoit bien aife de voir
qu'on luy fift la cour , & d'en>
tendre dire qu'elle eftoitaima
ble. Cependant pour fatisfai
re la Belle qui continuoit fes
plaintes , elle fe fit une loy
206 MERCURE
d'aller tous les jours chez elle.
afin de luy ramener tous les
Amans. Cette conduite leur
fit reprendre leurs premieres
affiduitez ; mais la Belle n'y
trouva pas mieux fon compto
Elle s'apperceut bien- toft que
c'eftoit la Dame qui les attiroit,
& le dépit qu'elle en cut
la rendant fouvent de méchante
humeur , luy fit prendre
un efprit aigre qui leur
caufa de frequentes broüilleries.
Leur amitié en fut alterée
; & quoy que la Dame confervaft
toujours pour cette aimable
perfonne les dehors les
ナ
GALANT
207
plus honneftes , la Belle n'eut
pas tant de moderation . Elle
commença à diminuer autant
qu'elle put le merite de la Veuve
& s'appliquant à exami- ·
ner tous les defauts , elle s'attachafur
toutà ce qui eft l'en
droit fenfible des Femmes , Elle
infinua qu'il eftoit aifé de
voir que
l'art reparoit ce que
fon âge déja avancé luy avoit
fait perdre , & le hazard luy
ayant donné la connoiffance
d'un Gentilhomme de la même
Ville dont eftoit la Dame,
fur ce qu'il luy dit qu'il falloit
qu'il y eût du moins vinge
208 MERCURE
ans qu'elle cuſt efté mariée,
elle fit fi bien qu'elle l'enga
gea à faire venir un extrait de
fon Baptefme. Elle ne l'eut pas
fitoft entre les mains , qu'elle
en fit courir fous main diver
fes copies , par lefquelles il é
toit juftifié que la Veuve qui
ne fe donnoit que vingt- cinq
ans , en avoit prés de quaran
te. Rien ne luy pouvoit caufer
un plus fenfible chagrin .
Auffi fut- elle picquée vives
ment de cet outrage ; mais
comme elle avoit beaucoup
d'efprit , elle n'en fit rien paroiftre
, & tournant la chofe
4
GALANT 209
en plaifanterie, afin de tâcher
de faire croire que la calomnic
eftoit trop vifible pour fe mettre
en peine de la repouffer,
elle chercha feulement qui
luy avoit fait une fi fanglante
picee. Il ne luy fallut pas une
fort longue application, pour
découvrir ce qu'elle avoitenvie
de fçavoir. Quelques- uns
de fes Amans , que rebuta le
peu d'apparence qu'ils virenc
à réüffir auprés d'elle , ayant
commencé à dite pour juftifier
leur defertion , qu'ils
voient trouvé fur fon vilage
quelque chofe de férry, qu'ils
Septembre 1690.
S
210 MERCURE
n'y avoient pas remarqué d'a
bord la Belle s'applaudir de
fon triomphe , & quelques,
mors qu'ils luy échaperent, &,
qu'on raporta en même temps
à la Dame , luy fitent connoître
avec certitude d'où eftoit,
party le coup qui l'avoit fra
pée fi rudement. Elle feignit,
neanmoins de l'ignorer , & fort,
refoluë d'en tirer vangeance
par toutes fortes de voyes , elle
en attendit l'occafion fans
rien changer dans fes manicres
d'agir . La Belle ne laiffa
pas de s'appercevoir qu'elle.
faifoit fon plaifir plus que ja
GALANT ZIF
"
mais de luy ofter toujours
quelque Amant , & jugeant
bren qu'il luy feroic malaifé
de jouir de fes conqueftes tant
3 qu'elle auroit pour voifine
une Amie fi redoutable , elle
changea de quartier , afin que
l'éloignement
rompiſt leur
commerce. Il fit l'effet qu'elle
* en avoit elperé , mais quoy
que la Dame la vift rarement,
elle n'en nourrit pas moins
la haine fecrete qu'elle avoit
conceue pour elle , & qui re
doubloit de jour en jour dans
fon coeur le defir de fe vanget
dece qu'elle avoit décou
a
Sij
212 MERCURE
vert fon âge. Six mois fe pafferent
fans qu'elle en pult
trouver les moyens ; mais enfin
aprés ce temps , quelqu'un
Juy vint dire qu'un Cavalier
fort bien fait, & qui avoit
beaucoup plus de bien qu'elle
n'en pouvoit pretendre.s'étoit
arraché à luy rendre quelques
foins , & qu'elle avoit fi bien
ménagé l'amour qu'elle luy
avoit fait prendre , que le mariage
devoit le faire dans fort
peu de jours. La Dame ſe mit
auffi toft en tefte de n'épar
gner rien pour l'empêcher ,
& fans perdre temps , elle
2
•
GALANT 213
rendit une vifite à la Belle,
.comme pour luy faire compliment
fur fon heureufe fortune
, mais en effet pour fçavoir
l'eftat où eftoient les
chofes , afin de refoudre enfuite
ce qu'elles croiroir le
plus à propos de faire. L'affu
rance qu'elle luy donna de la
part qu'elle venoit prendre
bafon bonheur , parut cftre
accompagnée de tant de finfo
ecrité , & elle employa pour
Ken convaincre des manieres
fi flatcufes , qu'elle fit tomber
la Belle dans tous les pancaux
qu'elle luy tendit. Elle apprie
214 MERCURE
qu'il
d'elle qu'elle n'avoit engage
le Cavalier qu'en luy mar
quant tout l'amour dont elle
eftoit veritablement touchée ;
I avoit eu d'abord quel
que peine à fe contenter du
peu de bien qu'elle avoit ,
mais qu'il avoit enfin paffé
par deffus , & que l'affaire fe
roit déja terminée fi fa Mere
n'avoit pas formé quelque
conteftation fur les avantages
qu'il luy devoit faire . Ce fur
en dire afez à la Dame pour
luy faire voir que le Cava-
Her feroit fenfible à des rai
fons d'intereft. Elle fortig
GALANT 215
I
avant qu'il fut arrivé , & le
vit defcendre de Carroffe dans
le mefme temps qu'elle montoit
dans le fien . Sa bonne
mine , & le portrait qu'on luy
avoit fait de fon merite , la
confirmerent dans la refolution
de ſe facrifier plûtoſt
elle mefme , que de ne fe
pas
vanger de l'outrage que luy
avoit fait la Belle en luy rendant
toutes fes années . Elle
alla trouver une de fes
intimes Amies qui pouvoit
beaucoup fur l'efprit du Cavalier
, & aprés l'avoir priée
d'ufor des plus fortes remon
216 MERCURE
onces pour le détourner
d'un mariage qui ruinoit fa
fortune , elle l'autorifa à luy
déclarer , en cas qu'il falluft
ch venir là , que fi une affez
jolie perfonne , & cent mille
francs qu'on luy donneroit
le pouvoient accommoder
on le conduiroit en lieu ou
il auroit tout fujet d'eftre
content . La Veuve avoit de
Faverfion pour un fecond
mariage , mais elle aimoit
mieux s'y affujettir que d'en
durer que la Belle fuft heureufe
. Le Cavalier ne fut ébranlé
que par l'intereſt. II
avoit
GALANT 217
avoit peine à quitter une per
fonne qui l'aimoit fincererement
, & à qui il avoit fait
les plus forts fermens de n'e-
1ftre jamais qu'à
elle ; mais !
luy fut impoffible de tenir
contre les cent mille francs.
Ainfi il fe laiffa mener chez
la Veuve dont il connoiffoit
& le bien & la perfonne . Il
trouvoit tant d'avantages
dans l'offre qu'on luy faifoit,
O qu'il avoit peine à concevoir
fon bonheur. La Dame de
efon cofté ne fe fentoit point
ede joye lors qu'elle fongcoit
au defefpoir où elle alloic
Septembre 1690.
T
218 MERCURE
plonger ſa Rivale . On fit
dreffer le Contrat , & le ma
iage s'eftant fait deux jours
aprés , fans que perſonne en
cuft pu rien découvrir ,
premier foin de la Dame fur
d'en informer la Belle ,
par
un Billet qui l'embarafla . Il
contenoit feulement qu'elle
fe croyoit obligée de luy ap
prendre qu'une Femme de
quarante ans qui feroit riche,
l'emporteroit
toujours aifément
fur une Fille de dixhuit
, qui feroit fans bien.
Quoy que la Belle ne puft
bien comprendre ce que vous
1
GALANT 219
31
YOU
loit dire le Billet, elle ne laiffa
pas de trembler . Ses allarmes
furent d'autant plus cruelles ,
que le Cavalier fur un pretexte
d'affaire preffée , n'avoit pu
trouver depuis deux jours le
temps de la voir . Jugez de
fon déplaifir lors qu'elle eut
receu l'avis de fa perfidie. Elle
eut tout le loifir de fe repence
que la jaloufie luy tir de ce que cet
avoit fait faire, & connut à
fes dépens combien les Femmes
font vindicatives , puis
qu'elle fut convaincuë par
avantages que la Dame avoit
faits au Cavalier , & par la
les
Tij
220 MERCURE
prompte refolution qu'elle a
voit priſe de changer d'eftar ,
qu'elle ne s'eftoit portée à ce
mariage que par le plaifir de
rompre le fien.
Comme vous m'avez tou
jours témoigné beaucoup d'eftime
pour tout ce qui vient
du fçavant My de Comiers ,
que bien des gens appellent
le Didime de noftre Siecle
voicy un article de cet illuftre
Aveugle , concernant d'his
ftoire des Vaudois ou Barbetss
dont je vous ay parlé dans une
de mes Lettres precedentes ,
qui convient affez aux affaires
GALANT. 221
D
de ce temps , & je le laiffe
dans les termes qu'il a efté
écrit par l'Auteur. Aprés la
mort du Pape Adrien IV . arrivée
le premier jour de Septembre
iis . Roland de Sienne
fut éleu Pape fous le nom
d'Alexandre III par vingt-
& bn Cardinaux . Trois autres
Cardinaux élurent Octaviens
Romain; qui prit le nom de
Victor IV. Cet Antipape fut
appuyé par l'Empereur Fride-
Die & reconnu par toute l'Alu
lemagne. Les Factieux luy
donnerent pour fucceffeur en
165 Guy de Creme , qui prie
Tiij
223 MERCURE
le nom de Pafcals III , & qui
couronna deux ans aprés Frideric
& l'Imperatrice Beatrix
fa Femme , dans l'Eglife de
Saint Pierre de Rome . I'mou
fut en 1170. & ceux de fa Fac
tion éleurent Jean , Evefque
de Frefcati , fous le nom de
Calixte III. Cependant Ale
xandre III, ne fe trouvant
point en feureté en Italie , où
I'Empereur fe rendoit Maître
des Places , n'eur dans fon af
fliction d'autre retraite que
celle qu'avoient eue fes Predeceffeurs
en France . Il fe refugia
auprés de Louïs le Jeu,
GALANT 223
甫
ne , d'où il fut rappellé par
les Romains. Alors Calixte fe
wint jetter à fes pieds , & le
Schifme eftant finy aprés une
cruelle guerre qui avoit duré
dix huit ans , le Pape Alexandre,
qui eftoit dans la vingtiéme
année de fon Pontificat
Afit ouvrir le 5. jour de Mars
Wde lannée 1179. le Concile,
tenu dans Rome dans la Bafilique
de Conftantin , dite de
វ Latran. Ce Concile , qui eft le
troifiéme de ce nom , fut com.
Ppofé de trois cens Prelats ,tant
e d'Europe que d ' A fic . Les principaux
motifs qu'eut ce Pape
Tiiij
224 MERCURE
de faire tenir ce Concile , furtent
premierement pour re
gler l'élection du Souverain
Pontife , ordonnant pour cet
effet qu'il ne pourroit cftre
éleu à l'avenir que par les deux
tiers des voix des Cardinaux
du Conclave. Le fecond motif
fut contre les herefies des
Vaudois ou Albigeois , qui
faifoient grand bruit dés
l'aunée 1170. Ce Concile dans
fon dernier Canon , qui eft le
2.7 . prononça anatheme contre
ces Heretiques , & contre
ceux qui les fouffroient , les recevoient
ou les protegeoients
.
GALANT. 225
d'où il eft facile de conclure,
que Lours le Grand , Filsaîné de
Eglile , qui n'a rien é pargné
pour l'extirpation
de ces mêmes
Heretiques , a le Dieu des
Armées dans fes interests , &
que le Bras du Tout- puiffanc
combat pour luy. C'eft pour
quoy on ne doit pas cftre furpris
que Dieu fouftenant fes
Armes , il remporte fur mer &
dfur terre de continuelles victoires
fur un monde d'ennemis
. Il eft auffi d'une confequence
neccffaire , que Mrle
2
Est Duc de Savoye
, qui protege
ces Barbets , & leur fournit
226 MERCURE
des munitions de guerre & de
bouche , ne peut estre que
malheureux , ayant encouru
l'anatheme foudroyé par ce
troifiéme Concile de Latran,
dont voicy les termes . Quia
in Gafconia , Albegefio & partibus
Tolofanis & aliis locis , ita
hæreticorum, quos alij Catharos
alij Patrinos , alij Publicanos ,
alij aliis nominibus vocant , in
valuit damnata perverfitas , &c.
Eos & defenfores eorum & receptores
arathemati decernimus.
fubjacere ; & fub anathemate
probiber bemus ne quis eos in domibus
vel in terra fua tenere ,
GALANT 227.
你
vel fovere vel negotiationem
cum eis exercere præfumat ....
Cunctis autem fidelibus in remif
fionem peccatorum injungimus
ut fe viriliter illis opponant
contra eos armis populum
Chriftianum tueantur , confifcen
que corum bona , & liberum
fut principibus bujufmodi homines
fubjicere fervituti Nous voyons
depuis deux mois l'effet de
cet anatheme, puifque la protection
que Monfieur le Duc
de Savoye a bien voulu donner
aux Vaudois , luy a attiré
toutes fortes de malheurs.
228 MERCURE
Mefire François Camusde
la Magdeleine Chancelier
Theologal de l'Eglife de Saint
Garien de Tours , Prieur de
Melenne de Chinon , Sainte
& de S. Clement lez Craon ,
& Docteur de la Maifon &
Societé de Sorbonne , mourut
for la fin du mois paffé .
Il a paru fur les Bancs avec
diftinction , eftant un des pre
miers qui ait foutenu contre
les opinions de Janfenius , & al
remply fort longtemps les
meilleures Chaires de Paris.
Il eftoit depuis unaffez grand
nombre
re d'années , GrandCALANT.
229
ב
Vicaire de l'Archevêché de
Tours, où il avoit acquis l'approbation
de tout le monde.
M l'Archevêque de Paris
l'honoroit d'une cftime particuliere,&
il avoit lié une ami
tié fort étroite avec M'I'Abbé
de la Trappe . Il eftoit Frere
de M Camus dont je vous ay
parlé plufieurs fois ; Içavoir,
de M Camus Deftouches ,
Contrôleur General d'Artillerie
, mort en 1679. de M
Camus du Clos , auffi Contrôleur
General d'Artillerie ,
mort en 1681. de M Camus
de Beaulieu , qui joüit pre230
MERCUR
E
fentement de ce mefme employ
, & de M Camus du
Morton , Gouverneur de Belfort.
Le 5. de ce mois , Meffire
Louis de la Baume de la Suze,
Evefque de Viviers , mourut
dans fon Diocefe , aprés avoir
receu les Sacremens avec une
tres - grande refignation aux
ordres de Dieu . Il paffoit
pour le plus ancien Evefque
de la Chreftienté
, ayant elté
nommé en 1613. par le Roy
Louis XIII. Il obrint fes
Bulles en 1615. & fut donné
pour Coadjuteur en 1618 , à
GALANT 231
Jean de l'Hoftel , Evefque de
Viviers, & facré le 14.May Evéque
de Pompeiopolis . Il lay
fucceda dans cet Evefché en
1621. & il a toujours gouverné
ce Dioceſe depuis ce temps
là avec beaucoup de fageffe.
Viviers eft.une Ville de France
prés du Rhône , Capitale de la
petite Province du Vivarets.
Quoy qu'elle foit tres ancien
ne , elle n'a pas toujours efté
Ville Epifcopale . C'eftoit autrefois
Abs , où l'on voit encore
de fuperbes restes d'antiquité
. Cette Ville ayant efte
ruinée par Crocus , Roy des
232 MERCURE
Allemans, vers l'an 430. le Siege
fut transferé àViviers, dont
l'Evefque prend le titre de
Comte deViviers , & de Prince
de Donfere & de Cháſteauneuf.
La Maifon de la Baume
dela Suze, dont eftoit ce vieux
Prelatieft une des plus nobles
& des plus anciennes du Dauphiné
. Au commencement
du dernier ficcle , Pierre de la
Baume s'acquit beaucoup de
reputation , & cut pour Fils
Roftaing , Evefque d'Orange,
mort en sss. Guillaume de
la Baume , fort confideré par
fon credit , fut Pere de FranGALANT
233
çois , Chevalier des Ordres du
Roy , & Lieutenant General
en Provence , qui en 1587.
enleva Montelimar aux Pretendus
Reformez , Ceux- cy
le reprirent peu de temps
aprés. Le Comte de la Suze
fut tué dans cette attaque
, &
Roftaing de la Baume , fon
Fils y demeura prifonnier. Il
l'avoit cu de Françoiſe de
Levy , Fille de Gilbert , Comte
de Vantadour . Roftaing de
Ja Baume époufa Magdeleine
Defprez - Montpezat » Fille
d'Emanuel Philibert , Marquis
de Villats , & d'Henriette
Septembre 1690.
V
234 MERCURE
de Savoye , & il cur Honoré
de la Baume , tué au ſervice
de nos Rois . Il époufa en ſecondes
Noces Catherine de
Breffieu Meüillon , Fille de
François , S de Breffieu , & de
ce mariage fortirent entreautres
Enfans , Anne de la
Baume , Comte de Rochefort,
& Louis- François , Evefque
de Viviers , dont je vous apprens
la mort. Anne de la
Baume époufa Catherine de
la Croix Chevrières , & il en
a cu François , Comte de lá
Suze , Anne- Triſtan, Evefque
de Tarbes , Gafpard- Joachim,
-
L
GALANTM 235
& une Fille qui s'est faite Re
ligieufe.in Aurlongtinā
Dame Claude Nompar de
Caumont de la Force , mous
rut auffi le 12 de ce mois au
Chateau de Briquemault lez
Chaſtillon für Loin. Elle étoit
Fille de M le Marquis de Caftelmoron
, Petite Fille de Jac-
7ques Nompar de Caumont,
Duc de la Force Pair & Ma
réchal de France , mort en
1652. & Niéce d'Armand
Nompar de Caumont Duc de
la Force qui fut fait Maret
chal de France aprés la mort
de Jacques Nompar de Cau
Vij
236 MERCURE
mont fon Pere. Elle avoit cfté:
élevée dans la Religion de
Calvin avec beaucoup d'application
, & for inſtruite des
veritez Catholiques par les
foins du Pere Faulques , Cha
noine Regulier de Sainte Geneviefve
de Paris , & Pricur
de Briquemault. Il eut avec
elle plufieurs conferences fur
ce fujer , & enfin Mỹ l'Eveſ
que de Poitiers , nommé à
l'Archévefché
de Sens , acheva
de l'éclaircir fur ce qui
pouvoit luy refter de doutes,
& elle fit l'abjuration de fes
erreurs en 1685. entre les mains
GALANT 237
H V
ade M'Evefque de Toulon ,
ainficque Mefire Marc Augufte
de Briquemault , de l'ancienne
Maifon des Briquemault
, fi confiderable dans
le dernier Siccle, qu'elle avoit
1 époufé quelques années avant
fa converfion. Depuis ce
temps - là , on la veue fidellement
attachée aux devoirs de
la Religion Catholique , dont
elle a pratiqué jufqu'à la mort
tous les exercices avec beaucoup
de zele & d'exactitude !
Lamaladie dont elle eft mor
to a elté de peu de jours ; mais
on peut dire que tous les mo238
MERCURE
fe
mens en ont efté précieux . Sitoft
qu'elle en eut fenty la premiere
attaque , elle fit appeller
Mt le Prieur de Briquemault
, en qui elle avoit une
entiere confiance , & lors qu'il
luy cut appris qu'elle devoit
preparer à mourir , elle s'y
difpofa en femme veritable
ment Chrétienne . Ellerenonça
dés ce moment à tous les
objets qui la pouvoient atta
cher , & donnant toutes fes
penfees à l'affaire de fon falur,
elle receut les Sacremens de
L'Eglife , avec une pieté qui
édifia tous les affiftans. Sa
GALANT. 239
mort qui eft regretée de tou
te la Province , laiffe aux nou
veaux Convertis un grand c
xemple de Religion.
4
Il me reste à vous parlen
d'une mort arrivée le a de
ce mois , & qui fait grand
bruit dans toute l'Europe .
C'est celle de Philippes Guil
laume , Electeur Palatin &
Duc de Neubourg . Ila cu forr
grande part à la guerre qui eft
aujourd'huy fallumée , puis
qu'ayant fuccedé en 16.85,
comme plus prochain heri
tier , à l'Electorat vacant par
la mort de Charles Electeur
240 MERCURE
Palatin , Frere de Madame ,
qui n'a point laiffé d'Enfans,
il n'a point voulu payer à cette
Princeffe ce qui luy appartenoit
pour des droits inconteftables.
Ce refus injufte
ayant obligéle Roy d'envoyer
des Troupes dans le Palati
nat aprés beaucoup de remifes
, cet Electeur refolut de
s'en vanger , & pour en venir à
bout, il tourna fi bien l'efprit
de l'Empereur dont il eftoit
Beaupere , qu'il le fit entrer
dans la ligue pour foûtenir le
Prince d'Orange aux dépens
de la Religion Catholique en
Angleterre.
GALANT 241
I
Angleterre. Ainfi il ne fe mit
pas en peine des malheurs
qu'il attiroit fur toute l'Eu
rope, pourveu que fes interefts
fuffent à couvert, & qu'il
s'exemptaft de fatisfaire Madame.
C'eftoit un efprit fort
dangereux, & que tout le mon
de connoiffoit pour tel . Il s'étoit
fait Chef du Confeil de
l'Empereur & aprés avoir
allumé la guerre , il l'a maintenue
par les grandes alliances
qu'il a faites . Il nâquit en
1615 & épousa en premieres
noces Anne Catherine Conftance
, Fille de Sigifmonda
Septembre 1690 .
X
242 MERCURE
III Roy de Pologne , morte
le 7. Octobre 1651. Comme il
n'en eut point d'Enfans , il
prit une feconde alliance en
1653. avec Elifabeth Amelie
de Heffe Darmstadt , Fille du
Landgrave George , & de Sophie
Eleonor de Saxe . Elle fe
fit Catholique peu aprés fon
mariage , & l'a rendu Pere de
dix fept Enfans , huit Garçons
& neufFilles. Jean Guillaume
Jofeph Ignace, Prince de Neubourg
, & prefentement Electeur
Palatin , épousa en 1678.
Marie Anne Jofeph d'Autriche
, Fille de l'Empereur Fer
GALANT. 243
dinand III. & d'Eleonor de
Gonzague fa troifiéme Femme.
Ainfi il eft Beaufrere de
l'Empereur Leopold, & il l'eft
deux fois, puifque l'Empereur
a épousé en 1676. Anne Ma-"
rie Jofeph fa Soeur ; & l'aifnée
des Filles de Philippes
Guillaume , Electeur Palatin ,
qui vient de mourir . Il en a
marié trois autres , la premicre
au Roy d'Espagne , la feconde
au Roy de Portugal ,
& la troifiéme au Prince de
Parme. Il y en a encore une
accordée au Prince Jacques ,
Fils du Roy de Pologne . Ses
X ij
244 MERCURE
autres Fils font Volfgang-
Gaillaume né en 1659. Louis-
Antoine né en 1660. Charles-
Philippes né en 1661. Alexan-
-
dre - Sigifmond né en 1663.
François- Louis né en 1664.
Frederic Guillaume né, en
1665 & Philippes Guillaume-
Augufte né en 1668. Vous
fçavez que la Maifon de
Neubourg eft une branche
de celle de Baviere , & qu'elle
eft l'aifuée de Deux - ponts ,
qu'elle quitta en 1569 Je croy
vous avoir déja marqué dans
quelqu'une de mes Lettres ,
qu'Eftienne , Fils puifné de
l'Empereur Robert le Petit ,
GALANT 245
cut Frederic & Louis le Noir.
Ce dernier laiffa Alexandre le
Boiteux , Duc de Deux ponts,
Pere de Louis II . qui eut Volfgang.
Ce Volfgang, Duc de
Deux- ponts, eut le Duché de
Neubourg , qui fut le titre de
Philippes- Louis , fon Fils aif
né. Celuy- cy mourut en 1624 .
& laiffa Volfgang Guillaume,
Duc de Neubourg , qui s'eftant
fait Catholique en 1614.
eut grande part aux affaires
d'Allemagne , & foûtint une
longue guerre pour la fuccef
fion deCleves au droit d'Anne
fa Mere , Fille de Guillaume,
X iij
246 MERCURE
Duc de Cleves . Il laiffa de fon
premier mariage avec Magdeleine
, Fille de Guillaume ,
Duc de Baviere , Philippes-
Guillaume , Duc de Neubourg
, & Electeur Palatin ,
mort le 2. de ce mois , comme
je l'ay déja dit au commencement
de cet Article .
J'ay oublié de vous dire que
dans le temps que le Prince
Michel Koribut Wiefnowif
ki fut élu Roy de Pologne ,
aprés la démiffion de Jean
Cafimir Sa Majesté s'employa
pour faire tomber cette
Couronne fur la tefte du Duc
GALANT.
247.
de Neubourg. Elle donna
auffi l'Abbaye de Fefcamp
à un des Princes fes Fils , fans
que de fi grands bienfaits
ayent pû fervir qu'à le ren--
dre plus ingrat.
Vous avez oüy parler de la
défaite d'un Convoy en Irlande
. Les Ennemis l'envoyoient
au Siege de Limeric.
Je ne puis vous en donner
un plus fidelle détail ,
qu'en vous envoyant une copie
de la Lettre qui a efté écrite
à M le Duc de Tirconel, par
celuy mefme qui a fait l'ac-
X iiij .
248 MERCURE
·
tion. C'eſt un tres habile
Commandant , qui a fervy
dans plufieurs Campagnes
fous feu M' de Turenne.
JⓇ
Banaghar 13. Aouſt 1690 .
E fuis arrivé ce matin à la
pointe du jour , avec ma petite
Brigade victorieuse , aprés
avoir entierement défait l'Ennemy.
Hier fur les deux heures
du matin , nous le joignîmes à
un mille & demy au delà de
Luten. Nous attaquâmesd'abord
la garde qui eftoit de trois Compagnies
de la Batterie , appuyées
de quelque Infanterie & Drag
GALANT. 249
gons. Aprés une foible réfiftance
elle fut défaite , prefque toute
taillée en pieces avec tous les
Canonniers Officiers de l'Artillerie
. Il n'y eut de noftre cofté
que deux ou trois Soldats de
tuez & quatre ou cing de
bleffez. Nous trouvâmes huit
pieces de Canon , que nonfeule
ment nows fifmes crever , mais
nous en filmes auffi fauter les
afufts , à l'exception d'un feul
qui n'eftoit pas en eftat de fervir.
Il y avoit cent cinquante- trois ,
tant charettes
que
"
chariots chargez
de poudres , de proviſions,
de toutes fortes d'Uftenciles
250 MERCURE
neceffaires , avec dix - huit Bateaux
de cuivre , & douze
grands chariots chargez de pain
de bifcuit. Enfin, pour ce qu'il
y en avoit , c'eftoit le plus beau
train d'Artillerie qu'on ait vú.
Il fauta en l'air , & fut brûlé.
Nos gens firent un grand butin,
& emmenerent trois ou quatre
cens chevaux . Je ne doute point
que cela n'oblige les Ennemis à
lever le Siege. Ils avoient envoyé
douze cens chevaux &
Dragons fous le commandement
de Villers , pour nous couper che
min . Ils n'estoient qu'à trois
milles de nos gens quand j'en
GALANT. 251
d'auappris
la nouvelle , ce qui m'obligea
à faire une diligence extraordinaire
; car de leur costé
s'ils fe fuffent haftez , nous aurions
tres- mal passé noftre temps .
Depuis que je fuis party
prés de voftre Excellence , nous
avons marché continuellement ,
fans débrider. Foignez à cela
le manquement de provifions .
C'est ce qui mefit haſter la marche
, que nous avons , graces à
Dien, achevée avec beaucoup de
facilité. Je fuis voftre , & c.
SARSFIELD .
252 MERCURE
Comme fouvent un bonheur
en attire un autre , l'a-
Etion qui fuit fe paffa quelque
temps aprés celle dont vous
venez de voir le détail . Le
Prince d'Orange fit attaquer
une Redoute qui estoit au
pied du glacis de Limeric.
Elle fut prife aprés avoir cfté
défendue longtemps & vaillamment
par M' de Boiffeleau ,
qui commande dans la Place .
Il en fit fortir douze cens
Maiftres qui chargerent &
renverferent la Cavalerie des
Ennemis , & en tuerent beaucoup.
L'Infanterie en fortit
GALANT. 253
auffi , & ayant pouffé celle
du Prince d'Orange , elle l'éloigna
du chemin couvert
d'où elle s'eftoit approchée.
Le combat dura quatre heures
. Les Irlandois firent des
Prifonniers , mais il leur fut
impoffible de regagner la Redoure.
Cette occafion couta
au Roy d'Angleterre trente
Officiers , & environ deux
cens cinquante Soldats tuez
ou bleffez . La perte que les
Ennemis avoient faite les
ayant mis dans une grande
confternation , ils n'avancerent
pas leur tranchée cette
-
254 MERCURE
nuit-là. La Batterie que le
Prince d'Orange avoit fait
dreffer contre la muraille de
la Ville , eftoit de dix pieces
de Canon , dont il y en avoit
quatre de quatre livres de
balle , & fix de douze . Ce
Canon ayant fait bréche , M'
de Boiffeleau fit faire un retranchement
derriere des coupures
à la droite & à la gauche
de la bréche , & dreffer
une Batterie de trois groffes
pieces de Canon qui la flanquoit.
Il fit auffi couper le
chemin couvert à la droite &
à la gauche de l'endroit par
GALANT. 255
où il jugea que les Ennemis
l'attaqueroient pour aller à
l'affaut , ce qu'ils firent le 6 .
de ce mois. Ils commanderent
trois Baraillons des François
qu'ils ont parmy leurs Troupes
, quatre de Danois , un de
Brandebourg , & le Regiment
des Gardes du Prince d'O .
range , avec un détachement
de tous les Grenadiers de fon
Armée. Leur grand nombre
& un gros feu de Grenades ,
obligerent les Affiegez à fe
retirer derriere leurs traverſes
du chemin couvert , où ils
firent ferme , mais leur refi256
MERCURE
ftance ne put empefcher les
Ennemis de s'en rendre maiftres,
& de monter à la bréche.
Il y eut mefme plufieurs Officiers
de Grenadiers qui entrerent
dans la paliffade , & qui
donnerent jufques au retranchement
, mais ils y trouverent
un tres-grand feu . Les
trois pieces de Canon chargées
à cartouche qui batoient
la bréche , firent un fi grand
carnage des Affiegeans , qu'ils
furent contraints d'abandonner
l'attaque du retranchement.
Mr de Boiffeleau voulant
épargner la poudre , fit
GALANT. 257
• monter des Officiers de fon
Regiment , avec des Soldats
choifis pour les chaffer l'épée
à la main , ce qu'ils firent avec
beaucoup de valeur . D'ailleurs
, les coups de Grenades , &
de bombes les incommodant
fur le logement qu'ils vouloient
faire , ils n'eurent point
d'autre party à prendre que
celuy de fe retirer fort brufquement.
Les Affiegez reftez
à la garde des traverſes du
chemin couvert , voyant les
ennemis chaffez de la bréche,
fortirent fur ceux qui gardoient
le pofte de la contref
Septembre 1690 .
Y
258 MERCURE
carpe , & le chemin couvert
qu'ils avoient forcé . Ils les
pouſferent d'une maniere fort
vigoureufe , & ce fut inutilement
que les Officiers des Ennemis
voulurent rallier les
Soldats à coups de plat d'épée.
Ils n'en purent venir à bout,
& il y en eut un fi grand
nombre de tuez , que le che
min couvert & la contrefcarpe
fe trouverent remplis de
corps morts. La perte a cfté
du moins de quinze cens hommes
de leur cofté. Ils avoient
fait un retranchement entre
la tefte de la tranchée des
1
GALANT. 249
Affiegez & de leur chemin
couvert ; mais M' de Boiffeleau
les en fit chaffer à la bru
ne à coups d'épées & de piques.
C'eftoit un logement
où il y avoit foixante Soldats.
Il y eut environ deux
cens hommes tuez ou bleffez
du cofté des Affiegez . M' de
Beaupré , Lieutenant Colonel
du Regiment de Boiffeleau ,
fut tué fur la bréche , & M
d'Arpentigny qui en eft Major
, fut bleffé à mort . Les
Ennemis laifferent deux cens
outils à remuer la terre , dont
on manquoit dans la Place ,
Y ij
260 MERCURE
avec pluſieurs juftaucorps &
quantité d'armes. Les Irlandois
ont fait paroiſtre beaucoup
de valeur , & il y a eu
deux Officiers Ennemis pris
fur la bréche, l'un François, &
l'autre Ecoffois .
Je vous ay déja parlé des
Heretiques Vaudois ou Barbets
qui habitent quelques
Vallées du Piemont. Le fieur
Nolin vient de donner au Public
une Carte tres- exacte de
cesVallées. Elle vous fera con
noiftre les endroits où ces Heretiques
fe font le plus fortifiez
dans le temps qu'on les a ·
GALANT 361
t
vigoureufement pourſuivis.
Cette Carte eft accompagnée
d'une Defcription tres - curieufe
faite par un des fçavans
Hommes de noſtre temps ;
on y a marqué ce qui leur
cft arrivé de plus confidera .
ble depuis plus de cinq Siecles
jufques à prefent , & même
les avantages que les Armées
victorieufes du Roy y
ont remportez depuis peu. ,
Le fieur Nolin chez qui on la
trouve , fur le Quay de l'Horloge
du Palais , doit donner
dans quelque temps une Carte
des Etats de Savoye en deux
262 MERCURE
feuilles qui fera une des
meilleures & des plus amples
qui ayent encore paru en
France.
Rien ne pouvoir eftre plus
avantageux aux Turcs que la
Ligue où l'Empereur eft entré.
contre la France , puifque
l'Armée qu'il eft obligé d'entretenir
fur le Rhin , non feu- :
lement ne luy permet pas de
continuer fes Conqueftes dans
la Hongrie , mais qu'elle expofe
mefme les Places conquifes
à fe remettre fous la domination
de ces Ennemis du
nom Chreftien. Le Grand ViGALANT.
263
fir eftant party de Sophie à la
tefte de l'Armée Ottomane ne
s'eft pas plûtoft montré devant
Pirot que la Place a cfté
obligée de capituler . Les nouvelles
portent
portent , qu'il alla delà
inveftir Niffa , & que le 16.
du mois pafle il fit ouvrir la
tranchée . Le 21. de ce mefme
mois , il y eut un grand
Combat entre les Troupes
Imperiales , & un Corps de
Tartares , de Walaques , de
Tranfilvains , & de Hongrois
Mécontens , qui ont pris les
armes en faveur du Comte
Tekeli , que le Grand Seigneur
264 MERCURE
a declaré Prince de Tranfilvanie
en la place du Prince
Michel Abaffi , mort depuis
quatre ou cinq mois . Ce
Comte devant aller prendre
poffeffion de ces Etats , où il
eft fort fouhaité par les Peuples
, à caufe qu'il profeffe
leur Religion , le General
Heufler , qui avoit mis environ
cinq mille hommes
de Milices du Pays , pour
garder le principal paffage
de Walaquie en Tranfilvanie ,
fe rendit en un endroit par
lequel on l'avoit affuré que
le Comte Tekeli devoit
venir.
GALANT 265
I
venir. Comme il y alla accompagné
des Comtes de
Noirkerme, de Patz , de Magni
& de Pulizani , qui ef
toient chacun à la tefte de
leurs Regimens , & foutenus
par d'autres Troupes reglées,
& que s'eftant pofté fort
avantageufement , il avoit
rangé fes Troupes en ordre
C de bataille , il crut hazarder
peu
3
"
de chofe à le combattre.
Cependant les guides dont le
Comte Tekeli le fervit , luy
firent prendre une autre rou
te , par des Bois , des défilez
& des montagnes escarpées ,
Septembre 1690 .
Z
266 MERCURE
fi peu praticables , que la Ca
valerie fut obligée de mettre
pied à terre , & de mener les
chevaux par la bride . Les
Coureurs de l'Armée Impe
riale n'ayant pu rien découvrir
d'une marche fi fecreté,
il fit un détachement
qui prit
les Imperiaux par derriere, &
l'attaque fut fi rude , que
ceux -cy fe trouvant envelopez
avant qu'on leur cuſt
donné le temps de fe reconnoiftre,
fe laifferent enfoncer
de toutes parts . Les Allemans
fe défendirent avec affez de
vigueur , quoy qu'ils fe vifGALANT
267
fent abandonnez par les Tranfilvains
, qui prirent d'abord
la fuite fans avoir tiré un feul
coup ; mais leur reſiſtance fut
inutile , & aprés avoir perdu
la pluſpart des Generaux , & -
plus de trois à quatre mille
hommes, ils furent contraints
de fe retirer avec précipitation
. Les Comtes de Noirkerme
, de Magni & de Pulizani
demeurerent fur la place,
ainfi que le S ' Teleki , premier
Miniftre du défunt Prince de
Tranfilvanic. Le General
Heufler cut fon cheval tué, &
dans le temps qu'il fe fauvoit
Zij
268 MERCURE
à Cronstadt , les Hongrois le
reconnurent & le firent prifonnier
. On le mena au Comte
Tekeli , dont il n'attendoit
qu'un rigoureux traitement ,
aprés les efforts qu'il a faits.
depuis longtemps pour ſe ſaifir
de luy , & le mettre au
pouvoir de l'Empereur. Il en
receut pourtant des honneftetez
qui le furprirent d'autant
plus , qu'il n'avoit pas
lieu de les efperer . Le Marquis
Doria fut fait auffi prifonnier
par les Tartares , &
comme fa prifon cuſt eſté
trop dure parmy ceux, le Com-
1
GALANT 269
te Tekeli eut foin de le racheter.
Le Comte Serini ,fon
Lieutenant Colonel ,fe fauva à
Hermanſtadt, & fut en grand
peril d'eftre pris. Les moindres
Regimens Imperiaux
font de quinze cens hommes,
& puis qu'il demeure pour
conftant qu'il n'en eft pas
refté quatre cens de quatre ,
il faut neceffairement que la
perte des Imperiaux ait cfté
fort grande. On ne peut
guere douter que la défaite
de ces quatre Regimens
n'ait efté entiere , aprés la
perte des quatre Colonels ,
Z iij
270 MERCURE
*
tuez ou faits prifonniers. Les
Tranfilvains qui combatoient
à regret contre le Comte
Texeli qu'ils fouhaitoient
pour leur Prince , l'ont
joint prefque tous depuis
fa victoire. On dit qu'eftant
allé vers Cronstadt , il s'eft
déja rendu maistre de la pluf
part des Villes , qui n'attendoient
qu'une favorable occafion
pour rentrer fous l'obeiffance
de la Porte.La Tranfilvanic
eft une partie de l'ancienne
Dace , ayant la Moravie
au Levant , la Walaquie
au Midy , le Mont Carpathe
GALANT 271
au Septentrion , & la Hongric
au Couchant. Les Romains
qui s'en rendirent les
maiftres fous Trajan , luy donnerent
ce nom à caufe des
Foreſts qui l'environnent. Les
Saxons l'ont habitée autrefois,
& les fept Villes qu'ils
y ont baſties font caufe que
les Allemans l'appellent Sibenburgen.
Dans la fuite des
temps cette Principauté fe
trouva unie au Royaume de
Hongrie , d'où elle fut feparée
en 1541. Aujourd'huy
les Princes font électifs , &
payent tribut au Turc .
Z iiij
272 MERCURE
Voicy les noms de ceux
qui ont expliqué l'Enigme
du dernier mois , fur le Balay
qui en eftoit le vray fens.
M's Bouchet , ancien Curé de
Nogent le Roy; Euſtache , Abbé
de Sainte Catherine de
Poitiers ; des Effars : de Boifchalant
de la ruë de la Tifferanderie
: Thomas Maiſtre
de Penfionau Fauxbourg faint
Antoine C. Hutuge d'Orleans
: Jacques de Norman
die : Gibourg & du Cheſne
' Huiffiers au Chafteler : Pierre
le More : Jean Vicillot : Cotteret
de Villiers Commis aux
1
GALANT. 273
Aydes , Mefnard Marchand :
Antoine Richer : Rougemont
ruë Saint Martin : Cipiere de
1 Bordeaux : Bellet de Sainte
Foy : Gatin de Blaye Vaudelle
& de la Lande , de la ruë
Saint Martin : La charmante
Louifon : La fpirituelle Nanón
de la Croix de Beaulieu :
la charmante Nanon Robier
de Levroux ; la jeune Mariée
de la ruë de Bourrej, & lá
plus jolie Marchande de la
mefme ruë de la Ville de
Chartres : le Pigeon Ramier
de Saint Martial : l'Amant
du mois de Septembre , &
274 MERCURE
l'aimable Mademoiſelle Pierre
Benite de Lion : L'aimable
couple de Soeurs de la ruë
Saint Julien des Meneftriers :
M. Foulon , & la charmante
L. Favé de la ruë S. Martin :
l'aimable veuve Vinot , de la
ruë Tranfnonain : & la charmante
Michele Faiet de la ruë
aux Ours.
Ce mot de Balay , a cfté
trouvé de bien du monde :
mais quoy que l'Enigme ait
paru aifée à expliquer , il y a
eu beaucoup de perfonnes embaraffées
par le dernier Vers.
L'Auteur fait entendre qu'il
GALANT . 275
ne faut
yeux
pas fe donner beaucoup
de peine à chercher le
mot , puis qu'il eſt devant les
du Lecteur. Cela veut
dire qu'en joignant enſemble
la premiere lettre de chaque
Vers , on trouve que ces fept
lettres font. Un Balay.
L'Enigme qui fuit cft du
mefme Auteur , qui fe plaiſt
toûjours à cacher fon nom.
ENIGME.
V
'N Laboureur peut toûjours
efperer
Du grain qu'il a femé la recolte abondante
;
276 MERCURE
Mais je cultive un Champ que j'ay
beau labourer ,
Il ne rapporte rien de tout ce que j'y
plante..
Je travaille
S
pour
des
ingrats ,
Qui n'ont de mon labeur nulle réconnoiffance
i
Mais fi de ce travail ils ne me
payent pas ,
Fen fçais fort bien tirer d'ailleurs
La recompense.
S
4
Dans mon employ , fouvent ,
& de deffein ,
Je fais coucher le Fils avec fa
Mere ,
Le Frere avecfa Sæeur , la Fille avec
fon Pere,
Et la Confine avecque fon Coufin.
GALANT. 277
2
Rimer n'eft pas mon exercice
Fe m'y prendrois tout de travers
;
Mais ceux à qui je rends fervice
Font naturellement bien - toft aprés
des Vers.
S
Aux Parens , aux Amis , & mefme
en leur prefence ,
On me voit enlever ce qu'ils ont de
plus cher,
Sans qu'ils fe mettent en defence
Pour m'empefcherde le leur arracher.
2
Mon Ouvrage, quoy que penible,
Ne me chagrine point pourtant,
Toujours il s'acheve en chantant,
278 MERCURE
Bien loin qu'à fafatigue on me trouve
fenfible.
2
De ma profeſſion ſi l'on fait peu
cas >
de
Abus ; car fur ce point à bon droit
je m'obstine ,
Qu'on devroit luy donner le pas
Immediatement aprés la Medecine.
Le fecond Air nouveau que
je vous envoye , & dont vous
allez lire les paroles , eft le
dernier que vous aurez de M'
de Bacilly. Il est mort depuis
trois jours. Ses Ouvrages ont
fait connoître la beauté de fon
genie , & comme ils font fon
éloge,je n'y dois rien ajoûter .
GALANT. 279
AIR NOUVEAU.
Jay paßse deux jours fans vous'
voir. Il les intitule
278
MERCURE
Bien
loin qu'à
fa fatigue
on me trouve
fenfible
.
coeur remier sermentLors
D
on senle plus tendre on
se rendre
i
vnjn je
49
V
1
fait connoître
la beaute
uv
genie
, & comme
ils font fon
éloge
,je n'y dois rien ajoûter
.
VI
2
S
0
GALANT. 279
AIR NOUVEAU.
V
N coeur ne doit jamais fe rendre
Sur la foy d'un premier ferment.
Lors que
l'on s'engage aisément,
Souvent de l'Amant le plus tendre
On fait un infidelle Amant.
Voicy plufieurs couplets de
Chanfon , qui apparemment
feront auffi bien receus dans
vôtre Province qu'ils l'ont été
à Paris . Ils font de M' Diereville
, qui les a faits fur l'Air,
Fay paßé deux jours fans vous
voir. Il les intitule
280 MERCURE
PLAINTES
des Hollandois , défaits fur
mer & fur terre.
O
Ciel ! quel eft nôtre malheur
Sur mer commefur terre !
LOUIS en tous lieux eft vainqueur,
Tout cede à fon tonnerre. ·
Helas ! faut-il comme à Fleurus
Nous voir encor icy vaincus ?
2
Luxembourg, ce vaillant Heros,
Y parut en Alcide ;
Et Tourville deffus les flots ,
N'eft pas moins intrepide.
Helas ! aprés ces deux combats
Que vont devenir les Etats ?
2
Les Anglois croyoient fur les Mers
E
H
V
GALANT. 281
Avoir un grand empire ,
Et qu'aucuns Rois de l'Univers
N'ofoient leur contredire.
Helas ! LOUIS leur fait trop voir
Qu'ils fe flattoient d'un vain pouvoir.
S
Vainement nous eftions unis
Pour conjurerfa perte ;
Nous n'enfommes que mieux punis,
Noftre Flotte eft deferte.
Helas malgré tous nos efforts,
Il nous bat jufque dans les Ports.
S
Nous voguons de tous les coftez
Sans trouver un azile';
Nous fommes par tout arrestez,
Rien n'échape à Tourville.
Helas ! en vain nous le fuyons ,
Il nous brûle & nous coule à fonds.
A a
Sept. 1690 .
282 MERCURE
Ah ! que LOUIS eft bienfervy
Sur la Terre &fur l'onde !
Chacun le veut rendre à l'envy
Le plus puiffant du Monde.
Helas ! quelle rage pour nous
Quand nous voulons l'accabler tous!
Que nous fert de voir aujourd'huy
Toute l'Europe en Ligues ?
Rien ne réuffit contre luy,
Il rompt toutes nos brigues.
Helas ! tout ce qu'on entreprend
Nefert qu'à le rendre plus grand.
ន
7
Voy tous les maux que tu nous fais,
Maudit Prince d'orange ;
Crains à ton tour de tes forfaits
Que le Ciel ne fe vange.
Helas ! nous reffentons des coups
GALANT. 283
Que tu merites mieux que nous .
S
Şous une libre & douce loy
Nous vivions fans traverse ;
Falloit-il pour te faire Roy
Rompre noftre Commerce ?
Helas nous en fommes plus gueux,
Et tu n'en es pas plus heureux.
&
La cheute eft le fort des Tyrans,
Tu nefçaurois le croire,
Quand tu veux comme les Titans
Porter fi haut ta gloire.
Helas ! puiffes-tu l'éprouver
Du Trône où tu fceus t'élever.
Je vous manday la derniere
fois que M l'Abbé de Poudens
avoir efté nommé à l'Evefché
d'Aqs Je me fuis trom,
A a ij
284 MERCURE
pé c'eft Mr l'Abbé d'Abadie
d'Arboucave . Cette Maifon
eft fort ancienne, & a occupé
fous les Rois de Navarre les
premieres Charges de l'Etat .
Celle de Chancelier y eftoit
encore fous Jean d'Albret .
.Elle a confervé cette fplen
deur jufqu'aux troubles que
l'Herefie excita dans le Bearn
le Siecle paffé. La Reine Jeanne
y ayant défendu l'exercice
de la Religion Catholique , le
Baron d'Abadic renonça à fes
emplois , & quitta la Cour
pour fe retirer à Maflac, Bourg
prés d'Orthés en Bearn. Ily
GALANT. 285
y
choifit un endroit caché pour
faire baftir une Chapelle où
l'on celebroit fecretement le
divin Office , & qui eft enco-
Ere un illuftremonument
de fa
picté.LaReineJeanne en ayant
efté informée , il crut devoir fe
mettre à couvert de fes violences
. Cela l'obligea de tranf
planter fa famille en Guyenne
, où elle demeura plufieurs
années dans quelques terres
qu'elle y poffede encore aujourd'huy
Enfin Henry IV.
ayans fait abjuration de feserreurs
, ce grand Roy ne trou
va point de fujet plus propre
286 MERCURE
pour rétablir la Religion Catholique
en Bearn , que Jean
Pierre d'Abadie , qui avoit
fervy plufieurs années auprés
de Sa Majefté en qualité de
Confeiller d'Eftat . C'eftoit
un homme fçavant , mais encore
plus recommandable par
fa pieté. Ce Monarque le nom.
ma Evêque de Lefcar en 1600 .
Il yavoit plus de trente années
que cette Province gemiffoit
fous le joug desHereriques
, &
il fembloit que les maux qu'
ils y avoient faits fuffent fans
remede. Cependant
ce fage
Prelat, fans procés , fans vio-
I
GALANT
. 287
lence , & par la feule force de
fa parole , trouva le fecret de
rendre à l'Eglife une partie de
fes biens & de fes enfans. Il
auroit fans doute pouffé les
chofes plus loin s'il ne fuft
pas mort dans la neuviéme
année de fon Pontificat
. Arnaud
d'Abadie
, un de ſes Anceftres
, qui avoit auffi efté
nommé Evefque de Lefcar en
1428 avoit beaucoup
travaillé
à l'accroiffement
de la Rede
ligion
, dans
le peu
temps
qu'il
remplit
ce Siege
. Mais
M. l'Abbé
d'Abadie
, nommé
à l'Evcfché
d'Aqs
, femble
1
288 MERCURE
avoir encore enchery fur l'un
& l'autre . Il y a déja longtemps
qu'il fait fon unique
application de ramener à l'Eglife
ceux qu'en avoit feparez
le malheur de leur naifance.
Ila
ب آ
2
parcouru quatre Dioceſes,
où il a fait des fruits merveil
leux . Mi le Baron d'Arboucave
, fon Frere aifné , a creu
auffi qu'il convenoit à toutes
fortes d'états de travailler à
la propagation
de la Foy . I
fut nommé
par le Roy en
1682. pour affifter en qualité
de Commiffaire
de Sa Majefté
, au Synode des Pretendus
Reformez
,
GALANT. 289 .
Reformez , & il y fit fi bien
fon devoir , que c'est le dernier
qu'ils ayent tenu
Bearn, Il y a des Familles heureufes
, où certaines vertus
font naturelles
en
& paffent
des Peres aux Enfans
fans nulle interruption . Telle
weft celle d'Abadie d'Arboucave.
Le zele pour la Religion
Catholique y a regné
de tout temps , & c'est ce qui
en releve beaucoup plus l'éclat
que l'ancienneté , les alliances
confiderables, les hautes
dignitez, & le grand nombre
d'Officiers de Pere en Fils ,
Septembre 1690. Bb
290 MERCURE
a
prefque tous ceux de cette
Maifon ayant porté les armes
, & plufieurs ayant efté
tuez au fervice de leur Prince .
Il y a eu mefme deux Capitaines
de ce nom , morts dans
ce fiecle ; l'un au Siege de la
Rochelle, & l'autre à la Bataille
de Norlinghen . La Me
re de Mr l'Abbé d'Abadie,
eft Soeur de Mr l'Evefque de
Tarbes , & du Pere de M' le
Vicomte de Poudens , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie,
qui s'eft fi bien ſignalé
à Lucerne. Il n'eft pas Frere
d'un Prefident de Pau.comGALANT
291
me je me fouviens de vous
l'avoir dit , mais Beau- frere ,
ayant épousé une Soeur de M
le Marquis de Gaffion , Prefident
à Mortier dans ce Parlement.
Je vous ay auffi mandé que
M'de Vignacourt qui vient
d'eftre éleu Grand- Maiftre de
Malte , eftoit âgé de 78. ans.
Il n'eft que dans fa 72. année,
eftant né le 13. Février 1619 .
Il eft originaire de Picardie,
& Fils de Meffire Adrien de
Vignacourt , premier Gentilhomme
de la Chambre du
Roy Henry IV. Capitaine
Bb ij
292 MERCURE
de cent hommes d'armes des
Ordonnances de Sa Majefté ,
& de Dame Loüife de Saint-
Perier , & propre Neveu de
Meffire Allophe , & non pas
Adolphe de Vignacourt, éleu
Grand Maistre de Malte en
1601. & mort en 1622. comme
je vous l'ay déja dit .
Vous vous fouvenez fans
doute d'une perfonne dont
je vous ay déja parlé dans une
de mes Lettres . C'eft de M'
Thiers , Preftre du Dioceſe
de Gap , qui ayant employé
les premieres années de la vie
à défendre une mauvaiſe cauGALANT.
293
fe , s'eft donné à l'Eglife pour
en défendre une bonne. Je
vous ay dit qu'il avoit paru
en public diverfes fois à Charenton
; & comme fa conyerfion
fut fincere , il ne fut pas
plûtoft Catholique , qu'il fe
mit en eftat de travailler à la
converfion des autres . C'eft
luy qui faifoit ces utiles Conferences
des nouveaux Catho.
liques de la Paroiffe de S. Sulpice
. Peu de temps aprés il
fut envoyé dans les Miffions.
qui fe firent par l'ordre du
Roy pour l'inftruction des
Nouveaux Convertis de
Bb iij
294 MERCUR
É
Xaintonge & de la Rochelle.
Vous fçavez que depuis quelque
temps ces Miffions ont
efté fufpendues . C'est ce qui
luy fit prendre
le party d'aller
au Seminaire , pour fe dif
pofer à recevoir les Ordres
facrez . Comme fon Evefque
avoit efté particulierement
informé de fa conduite , il
luy permit de fe faire Preftre .
Il dit fa premiere Meffe à
S.Barthelemy.Tout
le Choeur
eftoit ple de nouveaux Catholiques
de bonne foy , qui
communierent
de fa main ,
& qui pleuroient de joye de
GALANT 295
le voir à l'Autel , aprés l'avoir
veu dans la Chaire de menfonge.
Depuis ce temps - là il
a prefché dans les principales
Paroiffes de Paris avec beaucoup
d'approbation ; & comme
il doit prefcher les Dominicales
des mois d'Octobre
& de Novembre dans celle de
S. Sauveur , je ne manqueray
pas de vous mander quel
en fera le fuccés .
J'ay encore quelques morts
à vous apprendre. Celle de
Mr le Chevalier Daunet arriva
le 18. du mois paffé . Il
eftoit Fils de M' le Baron
Bb iiij
296 MERCURE
Daunet , tué au fervice du
Roy fous feu M' de Turenne ,
& avoit cfté élevé Page de
Monfieur le Duc , qui luy
avoit donné une Lieutenance
dans fon Regiment . Il laiſſe
deux Freres . Son Aîné eft
Lieutenant de la Colonelle ,
& Capitaine dans le Regiment
de Bourbon , & le Cadet eft
Enſeigne dans la Marine ,
་་
4
Meffire Pierre Gaucher de
Sainte Marthe , Seigneur de
Meré fur Indre & des Lionnieres
, Maiftre d'Hoftel du
Roy , & Hiftoriographe de
France , eft mort auffi depuis
GALANT. 297
t
peu de temps. Il a fait part
au Public de divers Ouvrages
fur l'Hiftoire , ainſi que
fes Anceftres , qui nous ont
donné l'Hiftoire Genealogique
de la Maifon de France
, & de fes Alliances , &
Hitioire des Archevêques,
- Evêques & Abbez de l'Eglife
de France . Cette Famille
originaire de Poitou ,
porte d'argent à la face fuzelée
de trois pieces & deux demies
de fable au chef de même.
Il en eft forty plufieurs Capitaines
, qui ont fignalé leur
valeur en diverfes occafions ,
298 MERCURE
2
des Confeillers au Parlement
& à la Cour des Aydes de
Paris des
Lieutenans gene
raux à Poitiers , Maiftres des
Eaux & Foreſts , non ſeulement
recommandables par
leurs fervices , mais auffi la
plufpart s'eftant fait diſtinguer
dans les belles Lettres
par les Ouvrages qu'ils ont
compofez. M ' de Sainte Marthe
, General des Peres de l'O.
ratoire , eft frere de M' de
Sainte Marthe qui vient de
mourir; & M' de Sainte Marthe
, Confeiller de la Courdes
Aydes, & Garde de la Biblio
GALANT. 299
theque du Roy à Fontainebleau
, eft d'une des branches
de cette Famille .
Ces morts ont efté fuivies
de celle de M' l'Abbé le Jau
de Chamberjoft . Ceux de cette
Famille , qui cft originaire
# d'Anjou , eftoient Seigneurs
Edu Pleffis au Jau dés l'an 1262.
Depuis ils ont efté Seigneurs
de Chamberjoft en Gaftinois,
par le mariage de Maurice le
Jau, Gouverneur de Milly ,vivant
en 1470. avec l'Heritiete
deChamberjoft. L'Abbé dont
je vous apprens la mort , avec
fes deux Freres , Jean - Henry
300 MERCURE
le Jau , Seigneur de Chamberjoft
, & François le Jau ,
Enfeigne aux Gardes , puis
Sous- Brigadier des Moufquetaires
du Roy , font Fils de
Henry le Jau , Seigneur de
Montaquoy , & d'Anne de
Morgues de S. Germain , def
cendue des de Morgues , Barons
de S. Germain le Prade
prés le Puy en Velay , & de
Pilluftre Famille de Montholon
le Jau . Ils portent de gueu
les à trois Lozanges d'argent.
Il faut vous parler de la
derniere affaire qui s'eft paffec
GALANT. 30
en Savoye , où M' de Sales ,
& M le Comte de Bernex
commandoient un Corps
qu'on n'avoit pu joindre , à
caufe de la parfaite connoiffance
qu'ils ont du pays , &
de la facilité que leur donnent
les montagnes d'échaper
à ceux qui les pourfuivent.
M' de Thoy partit de
Chambery où il commande
avec deux Bataillons Irlandois
, & M' de S. Ruth marcha
de fon cofté avec deux
autres ,
& un Regiment de
Cavalerie
, pendant que M
de Vins avec les Dragons de
302 MERCURE
Bretagne & un détachement
d'un Regiment de Cavalerie,
vint d'Anecy ; de forte qu'ils
fe trouverent rous trois fur
les bords de l'Ifere , où deux
petites pieces de Canon les
joignirent le lendemain . M'
de S. Ruth eftant allé vifiter
les chemins , trouva Mr de
Sales pofté fur un rocher qui
va à la grande montagne
de
l'Ifere . Il ordonna à M de
Thoy de paffer la nuit au
pied de cette montagne avec
le Regiment de Bretagne &
cent Irlandois
, pour empêcher
que M' de Sales n'échaGALANT.
303
past. Il l'obferva pendant
toute la nuit , & remarqua
qu'il occupoit encore le mêmepofte
à la pointe du jour.
M de S. Ruth eftant arrivé
à fept heures du matin avec
de l'Infanterie , ordonna les
artaques , fçavoir l'une par le
Regiment Irlandois de Moncaffel
, à la tefte duquel ce
Milord fe mit avec M de
Thoy , & une autre fur la
droite commandée par M ' de
Vins avec fes Dragons . On
marcha aux Ennemis , qui
aprés avoir fait un grand feu,
voyant qu'on les approchoit
304 MERCURE
de prés , prirent la fuite. Il y
en cut plufieurs de tuez. M
de Sales fut fait prifonnier ,
& Milord Moncaffel fut bleffé
. On marcha au retranchement
où eftoit M ' de Bernex ,
mais dés que les Irlandois curent
gagné le deffus de la
montagne , il prit le party de
fe retirer en Piedmont . On
le pourfuivit jufque fur la
montagne appellée de Saint
Bernard , où l'on demeura
quelque temps. Il n'y a plus
que Montmelian dans toute
la Savoye qui ne foit pas au
Roy; mais felon toutes les
GALANT. 305
S
appatences cette Place tombera
bien - toft d'elle- mefme ,
fans qu'il en coufte de fang.
Voicy un détail exact
de tout ce qui s'eſt paſſé en
Flandre pendant tout le mois
paffé & celuy- cy. Depuis la
Bataille de Fleurus , les Ennemis
ont efté immobiles , &
n'ont point quitté le Camp
qu'ils avoient pris du cofté de
Bruxelles
, jufqu'à ce que Mr
l'Electeur
de Brandebourg
les
ait joints avec les Troupes,
Ce fut au commencement
d'Aouft. Ils vinrent alors
camper à Genape , à plus de
Septembre 1690. Cc
306 MERCURE
quinze lieuës de Kevrin , où
noftre Armée eftoit campée
depuis le 21. de Juillet . Il ne
s'eft rien fait de confiderable
pendant ce campement. Les
fourages ont efté ordinaires,
& les convois que l'on tiroit
de Valenciennes , n'avoient
mefine befoin d'efcorte.
On quitta le Camp de Kevrin
le s . d'Aouft , pour venir
à Hans , où l'Armée a demeuré
tranquillement jufques
au 10. de ce mefme mois.
Elle décampa ce jour-là pour
aller occuper le Camp de
Henfics , & y confumer le
pas
GALANT. 307
fourage qui s'y trouvoit Ce
Campfut de neufjours . Le 19.
l'Armée décampa forr matin,
fur un avis que M ' de Luxembourg
receut que les Ennemis
avoient fait quelque mouvement,
& elle vint camper
Pervels , où elle demeura trois
jours entiers , & en partit le
23. pour aller à Blequi ,. où elle
refta jufqu'au 29. Le 25. jour
de S. Louis , M ' de Luxembourg
fit faire un grand fou
rage aux portes de Mons ,
pendant lequel il fit démolir
l'Abbaye de Cambron . Le
lendemain , l'Armée cftang
1
Cc ij
08 MERCURE
rangée en bataille , & faifant
face à Mons , on fit trois décharges
generales de l'Artil.
lerie , & les Troupes en firent
aurant ,
"
en réjoüiffance du
gain de la Bataille de Stafarde
. Les Ennemis eftoient vcnus
de Genape camper à Nôtre
Dame de Hall , & Mr de
Luxembourg voulant s'approcher
d'eux , & s'avancer dans
leur pays , pour augmenter les
contributions , & achever le
deffein qu'il avoit de démolir
les lieux où ils devoient mettre
des Troupes en garnifon
pendant l'hiver, fit décamper
GALANT. 309
l'Armée le 29. à une heure
aprés minuit, afin de pouvoir
arriver de bonne heure à
Leffines , parce qu'il avoit cu
avis que les Ennemis avoient
réfolu d'y venir camper.
L'Armée n'en rencontra aucun
dans fa route , quoy qu'-
elle paffaft à la portée du Canon
d'Ath . Mr de Luxembourg
marqua luy- meſme le
Camp que l'Armée y occupe
aujourd'huy. Le 31. qui cftoic
deux jours aprés l'arrivée de
l'Armée, il fit démolir les murailles
& les portes de la Ville,
quoy que les Ennemis n'en
210 MERCURE
fuffent qu'à quatre heures , &
par confequent à portée de
Grammont, de Ninove, & de
Brene- le-Comte. Cependant
Mr de Luxembourg ne laiffa
pas de faire démolir & rafer
tous les dehors de ces Villes,
fans que les Ennemis paruſ
fent.
Pendant que le Camp eftoit
à Pervels , Mr de Bouflers fe
détacha avec quelques Bataillons
& Efcadrons
彝
pour aller
du colté de la Meufc. Ce détachement
fut remplacé au
Camp de Blequi , où le détachement
que commandois
GALANT. 311
M de Rivarole joignit l'Armée
; mais ce Commandant
eut ordre d'aller joindre le
Corps que commande Mª de
Maulevrier. Depuis qu'on eft
à Leffines , on a détaché trois
Regimens ; fçavoir , Dauphiné
, l'Ile de France , & un au
tre pour aller du coſté des
Lignes . Ce détachement joignit
M de Maulevrier au
Camp d'Oftigny . Depuis qu'-
on cft campé à Leffines les
Ennemis fe font éloignez , &
on a fair fans obftacle la demolition
de toutes les petites
Villes où ils avoient deffein
312 MERCURE
de laiffer des Troupes en quartier
d'hyver. Nos Fourages
ont efté d'ailleurs prefque tous
fort infultans , puifqu'on a
fouvent pris ceux qu'ils deſtinoient
pour eux- mêmes.
Le 20. de ce mois , on alla à
quatre lieues du Camp faire
un autregrand fourage . Toute
nôtre Cavalerie marcha avec
du Canon ; mais il n'arriva
rien,quoy que l'Armée des Ennemis
fourrageaft à une heure
de la noftre . On connoiſt par
toutes ces chofes la grande
perte qu'ils ont faite à la Bataille
de Fleurus, puifque leurs
Armées
GALANT
313
15
Armées & la noftre vivent
dans leur pays , dont ils n'ont
pas efté mefme en eftat de
nous chaffer , quoy qu'ils
ayent efté renforcez d'une
Armée entiere , avec laquelle
ils devoient eftre beaucoup
fuperieurs en forces . Ainfi ils
n'ont pas raifon de publiet
que nous n'avons tiré nul
avantage de la Bataille de
Fleurus , puis que nos Troupes
font chez eux , que nous
démoliffons leurs Places , &
que deux Armées qui devoient
faire feparément des
Sieges , n'en ont ofé entre-
Dd
Septembre 1690 .
314 MERCURE
prendre aucun depuis leur
jonction .
Il y a de differentes manieres
de fe faire la guerre . Les plus
ordinaires font de donner des
Batailles , ou de faire des Sie
ges. Les deux parties perdent
dans l'une & dans l'autre. Il
elt vray que la perte du vainqueur
n'eſt pas égale à celle
qu'il fait fouffrir à fes
Ennemis ; mais la victoire
ne laiffe pas de luy couter
quelque fang. Il y a une troifiéme
maniere toute admirarable
, & qui demande qu'un
General ait une parfaite inGALANT.
315
7
telligence du métier de la
Guerre. C'est celle de fçavoir
par d'heureux campemens fatiguer
fon Ennemy , ruiner
fon pays , vivre à fes dépens,
luy porter la famine chez luy
mefme , lors qu'on ne manque
de rien dans fes Etats , &
luy faire finir la Campagne
avec autant de perte que s'il
en eftoit venu à un combat,
fans qu'on ait fouffert de fon
cofté le dommage , que le
Vainqueur mefme ne peut
éviter lors qu'on gagne une
Bataille de vive force. Il cft
aifé de voir à quoy doit con-
Dd ij
316 MERCURE
.
clure ce raifonnement, puis
que Monfeigneur le Dauphin
vient d'executer tout ce que
je viens de dire. Jamais on
n'a veu d'activité pareille à
celle de ce jeune Prince . Il a
toujours agy depuis qu'il eft
à la tefte de fes Troupes , &
s'eft acquitté de toutes les
fonctions d'un grand General
,comme vous pouvez voir
par fes divers Campeinens ,par
tous les mouvemens qu'il a
faits pendant ce mois , & par
une infinité de chofes dignes
d'eftre remarquées , & qui
font connoiftre ce qu'on peut
GALANT. 317
efperer d'un Prince genereux,
bon , jufte , & liberal.cosulk
Le 1. de Septembre , toute
fon Armée vint camper à
Ettemheim .
Le
3. une partie de l'Armée
campa à Kentſinghen
.
Le 4. elle arriva dans la
plaine de Veuill. Le quartier
du Roy fut marqué à Endinghen,
où les logemens fe trouverent
affez commodes ; &
le pays tres abondant en toutes
chofes . L'Armée y fut
campée fur deux lignes paralelles
tant que la
veuë
pouvoit
porter dans cette plaine,
D deiij
318 MERCURE
4
où l'on ne voit pas un feul
buiffon . Il faut paffer la Riviere
d'Elts pour y arriver, &
cette Riviere eft gayable en
trois endroits. On propofa à
Monfeigneur d'y faire des
Redoutes , & de mettre du
Canon en ces trois endroits ;
mais ce Prince n'y voulut pas
confentir , ny mefme qu'on
rompit les guez , .afin que les
Ennemis euffent plus de faci
lité pour venir à luy.
Le 6 Monfeigneur alla
vifiter la gauche & la tefte de
fon Camp , le long de la Riviere
d'Elts jufqu'au bord du
Rhin.
GALANT.
༢I9
Le 7. & le 8. on fit des fourages
dans des lieux où les
Ennemis en auroient pû prendre
s'ils fe fuffent avancez .
Le premier de ces deux
jours , Monfeigneur monta à
cheval dés huit heures du matin
, & ne revint qu'à onze
du foir. Ce Prince fortit par
le chemin de Fribourg , &
rentra par celuy de Brifac . Il
fe promena fur toutes les hauteurs
qui font entre ces Places
, & paffa en revenant par
un marais affez difficile . Le
mefme jour un Trompete de
la Chambre nommé Beaupré,
Dd iiij
320 MERCURE
revint de Mayence , d'où il
rapporta que le Gouverneur
luy avoit dit, que quand on
fçauroit où eftoit l'Armée de
Monfeigneur , M¹ de Baviere
iroit le trouver. LeTrompete
répondit que fi M de Baviere
eftoit fur les Terres de France,
Monfeigneur l'auroit trouvé
il y a longtemps. Si les Ennemis
avoient eu une veritable
envie de le joindre , cela
leur auroit fait faire des efforts
qui auroient pu leur réuffir ,
Monfeigneur ayant demeuré
plufieurs jours dans un meſme
Camp, & en ayant mefme
GALANT . 321
paffé huit entiers dans celuy
de Veuill. S'ils le trouvoient
trop avantageufement
campé , c'eftoit à eux à prendre
leurs mesures de bonne
heure , pour empefcher qu'il
ne fift de fi bons campemens .
Il eftoit fur leurs Terres , ils
le devoient chercher, & faire en forte
quite
p
fuft pas
fi
commodement . Du refte , il
pouvoit cftreattaqué par tout,
puis qu'il n'eftoit fous le Canon
d'aucune Place. Les Ennemis
avoient l'avantage du
campement dans les Batailles
de Fleurus & de Stafarde , &
322 MERCURE
1
cependant ils ont efté attaquez
& battus.
Le 8. un rendu qui eftoit
party du Camp des Ennemis
le 7. à quatre heures du foir,
affura qu'ils eftoient toujours
au delà d'Offembourg. 11
ajoûta que leur Armée avoit
beaucoup fouffert dans cette
marche, & qu'ils avoient elté
fept à huit jours fans pain ,
vivant de racines & de mauvais
fruits.
Le 9. un de nos Partis rapporta
dés quatre heures du
matin, qu'il avoit veu la tefte
de l'Armée de M' de Baviere
GALANT. 323
auprés des Chasteaux de Molberg.
Le mefme jour , deux
à trois cens des Ennemis fe
rendirent à Strasbourg, & dis
rent que l'Armée devoit
marcher ce jour là , & pour,
Foit paffer derriere les Montagnes
, n'ayant point de fourages
où elle eftoit . Tous les
gros Bagages & les Carroffes
marcherent ce mefme jour
avec eſcorte pour fe rendre en
deux jours fous les Contrefcar .
pes de Brifac à quatre lieuës
du Camp . Le mefme jour tous
les ponts de deffus la petite
Riviere d'Elts , tant ceux que
324 MERCURE
l'on y avoit faits pour paffer
l'Armée, que ceux que l'on
y avoit trouvez , hors celuy
de la petite Ville de Kentfi
ghen , furent entierement
rompus.
Le 10. on fe leva dés trois
heures du matin pour partir
comme on avoit dit à l'ordre,
dans l'efperance qu'on auroit
des nouvelles des Ennemis
par un party qu'on avoit envoyé
, mais on n'en cut point,
ece qni fit croire qu'ils étoient
encore éloignez ; mais on en
receut par Strasbourg de M'
de Chamilly qui manda
CALANT. 325
qu'ils eftoient encore prés
d'Offembourg , & qu'ils n'avoient
point marché. Il fut
refolu que l'Artillerie & l'Infanterie
décamperoient ; ce
qui fut executé.
pc-
La nuit du 10. M' de Maf
felle, Lieutenant Colonel, retourna
au Camp , & dit à
Monfeigneur que les Ennemis
eftoient campez
à la
tite Ville d'Altemheim , où
eftoit la gauche de leur Armée
, & la droite au Château
de Molberg ; Qu'il parooit
y avoir deux lignés ; Que la
feconde eftoit éloignée de la
326 MERCURE
premiere de la portée du fufil
, & que ce pouvoit eftre
les
troupes
de Saxe. Une heure
aprés un Dragon rendu dit
à peu prés la meſme choſe .
Il ajouta feulement qu'il y
avoit fept jours qu'ils manquoient
de pain , celuy qu'on
leur avoit diftribué étant tout
pourry qu'ils mangeoient
quantité de citrouilles & de
'fruits, dont il y a abondance
dans le pays.
V
Monfeigneur voyant que
le Ennemis n'ofoient avancer
, envoya pour les attrér
tous les gros bagages fous BriGALANT.
327
fac , fit marcher l'Artillerie,
& décamper l'Infanterie , &
ordonna que tout fuft preft
Te lendemain à la generale
pour partir.
Cependant on fceut que les
Ennemis avoient un gros
corps de troupes campé à
trois quarts de lieuë de Kentfinghen
, & à une grande.
lieue du Camp de Monfeigneur.
Ce Prince monta
cheval pour
les aller reconnoiftre
, & fut fuivy de tout
ce qui fe trouva dans le Quar .
tier general.Il donna ordre de
faire revenir le Canon & l'In328
MERCURE
fanterie ce qui fut promprement
executé , & l'Armée
fe mit en Bataille en for
tant des Tentes . Monſeigneur
obferva toutes leurs démar
ches ; & comme il leur laiffa
remarquer tranquillement la
maniere dont eftoit poftéc
fon Armée , on ne douta
point , fachant les difcours
que M' de Baviere tenoit à fes
troupes , qu'on ne fuſt atta .
qué le lendemain.
Le 12. bien loin d'en venir
aux mains , les Ennemis ne fi
rent aucun mouvement pour
s'approcher ; ce qui mortifia
GALANT. 329
fort nos Troupes , & fit refoudre
Monfeigneur à partir
le lendemain , afin de fe rendre
dans la Plaine de Staufen ,
pour prévenir les Ennemis.
qui avoient deffein d'y aller,
& pour les empêcher de joüir
des avantages qu'ils auroient
pû tirer d'un pays qui n'avoit
point efté fouragé.
Le 13. avant que l'Armée
decampaft, le feu prit fur les
trois ou quatre heures du matin
au quartier de Mele Duc
de Vendofme
. Il y eut dix ou
douze maifons brûlées avec
quelques équipages . Monfei-
Septembre 1690.
Ec
330 MERCURE
4
gneur envoya auffi toft de
T'argent à M' de la Grange Intendant
d'Alface
. pour reparer
ce dommage . Ce jour là,
on n'eut aucunes nouvelles
des Ennemis
, quoy qu'il y
euft plufieurs Partis en campagne
. Monfeigneur
fit décamper
fon Armée fur les fept
ou huit heures du matin, tambour
batant, & marchant fur
trois colomnes ; l'Infanterie
-eftoit au milieu . Monseigneur
vifita toutes les Colomnes avant
que l'Armée matchaſt ,
& fit retirer l'Infanterie
de
quelques poftes qu'elle occu-
A
GALANT 331
5
poit. Si les Ennemis avoient
voulu joindre , il leur eftoit
aifé de donner fur l'Arrieregarde.
Monfeigneur occupa
ce Pofte avec la Maifon du
Roy. L'Armée campa ce foir
là à Akeren à une petite lieuë
de Brifac. Un Lieutenant des
Compagnies franches d'Alface
fit pendant la marche
quelques prifonniers , qui dirent
que les Ennemis pe penfoient
point à nous attaquer;
qu'ils fouffroient beaucoup ;
que les Païfans des Montagnes
leur avoient tué plus de
mille de leurs Fourrageurs
, &
›
E c
ij
332 MERCURE
que l'Electeur de Saxe menaçoit
toûjours de les quit-.
ter , difant qu'il ne vouloit
pas que fon Armée perift de
mifere dans des Montagnes
& de fort mauvais chemins .
Le 14. on décampa d'Axeren
pour venir à Mengen en.
tre Brifac & Strasbourg.Monfeigneur
alla en partant fe
promener à Brifac. Il fit le
tour de la vieille Ville , &
defcendit au bas d'un Baſtion
par une Eclufe nouvelle , qui
a cité faite depuis que la Cour
y a paffé . On apprit ce jourlà
que l'Armée Ennemie étoit
GALANT 333
穸
campée proche de l'Abbaye
de Schufteren. Le quartier de
Mengen s'eft trouvé fort bon,
& le pays abondant.
Le 16.Monfeigneur alla voir
Fribourg , qui luy paruc une
des plus furprenantes , & des
plus fortes Places qu'il y ait
en Europe .
Le 18. ce Prince fit la reveuë
de fa Cavalerie . On eut nouvelles
le mefme jour , que Jes
Ennemis avoient pris le party
de paffer derriere les Montagnes
, & qu'ils alloienr fe pofter
devant Rinfeld , dans la
crainte qu'on ne l'affiegeaft.
334 MERCURE
.
Ils
marchoient par un pays
terrible , & leur
marche
devoit
eftre de
quatorze
jours.
Le 19.
Monfeigneur
fit la
reveuë de fon
Infanterie , qui
luy fembla
plus
belle
qu'elle
n'étoit lors qu'il la vit en arrivant
à Lampſem
, & à Vake-
3
nem .
L'Armée devoit
décamper
le 22. ou le 23. pour
avancer
vers
Stauffen , & pour prendre
les devans , fi les Enne-
177
mis
rentroient par
les
gorges
des
Montagnes ; car on a receu
avis que leur Armée a
marché au delà de la Foreft
GALANT.
335
& Montagne noire . On croit
que c'eft pour fubfifter
plus
aifément dans ces gorges
, &
qu'ils ont deffein de rentrer
dans le Brifgau.
On a fccu par les deferceurs
, & par les prifonniers
qu'on a faits fur eux que la
mefintelligence regnoit toujours
entre les Ducs de Saxe
& de Baviere , & que le premier
vouloit retourner vers
Hailbron , voyant qu'ils avoient
tant de peine à ſubſifter
dans un pays que noftre
Armée a mangé , ayant toû
jours fceu prendre les devans.
336. MERCURE
Monfeigneur aprés avoir
fejourné huit jours dans le
Camp de Mengen , alla cam
per le 22. dans la plaine de
Neubourg. Le quartier general
eft à Oberiflenlen . Ce
Prince prit cette refolution fur
ce qu'il avoit fceu que les Ennemis
avoient marché par
vallée de Loor & de Valkrik,
& paffé derriere les Montagnes
, comme s'ils euffent
voulu entrer dans cette plaine
de Neubourg
par les gorges
.
qui y conduifent , ou s'appro
cher de Rhinfeld , mais il n'avoit
point encore cu de noula
velles
GALANT. 337
velles le 24. qu'ils vouluffent
paffer les Montagnes qui les
feparent de luy. On trouva
feulement en arrivant un Par
ty dans la montagne de no,
ftre coſté , & Monſeigneur
le fit pouffer par une partie de
ceux qui le fuivoient , lors
qu'il voyoit la fituation du
Camp pour le faire luy- mefme
.Les foins que le donne cet
infatigable Prince ne le peuvent
comprendre que par
ceux qui le voyent agir. Rien
ne luy échape, & il entre dans
les détails des moindres chofes
comme des plus impor
Septembre 1690. Ff
338 MERCURE
tantes . Il donne ordre à tout,
& voit luy- même chaque jour
tout ce qui doit eſtre veu d'un
bon General . Ses liberalitez fe
répandent fur tous ceux qui
meritent quelque récompenfe
, quelque fecours , ou melme
quelque charité , & fi l'on
pouvoit recueillir toutes les
chofes qu'il a'dités en beaud'occafions
, on verroit
que perfonne n'a parlé plus
jufte ny avec plus de pru
dence fur toutes fortes de ful
jers .
совр
jlfo
Le 26. l'Armée de ce
Prince occupoit le mefme
GALANT. 339
Camp, & l'on croyoit qu'elle
y reſteroit encore cinq ou fix
jours pour confumer les fourages
,dont il n'y avoit guere
plus que ce qu'il en falloit
pour ce temps- là ansainna
La Republique de Venife , fage
& prudente , & qui allant toujours
fon chemin , ne s'embaratle que
des chofes qui la touchent , vient
d'emporter Napoli de Malvafie ,
fans s'eftre rebutée de la longueur
du Siege de cette Place , qu'elle a
commencé il y a déja deux ans.
C'eftIt un Port de mer dans la Morée
, auffi - bien que Napoli de Romanie
, dont les Venitiens s'e
ftoient déja rendus maiftres. M.
Cornaro , Capitaine General qui
Ff
ij
TIPS TMAJAD
TIDE
240 MERCUREnsion
commandoit à ce Siege , fit battre.
au commencement du mois paffé
le Fauxbourg & la Palanque, avec
quatre pieces de Canon , & tandis
qu'il faifoit encore travailler à quel
ques Ouvrages qui devoient faire
apprehender aux Affiegez de he
pouvoir refifter encore long- temps ,.
on alla par fon ordre leur faire- de
nouvelles propofitions , pour tâcher
de leur faire prendre la refolution
de fe rendre Ils répondirent
qu'ils n'eftoient pas encore fi pref
fez qu'on les croyoit, & continuerent
à fouftenir les efforts des Af
fiegeans , mais enfin ils craignirent
que leur opiniaftreté he caufaft leur
perte , & capitulerent. Les principales
conditions de la capitulation,
urent qu'ils pourroient fortir avec
curs armes, & tout ce qu'ils pour
A- ·
GALANT. 341 I
roient emporter. Cela fut exécuté
le 21 Aouft . Ils eftoient au nombre
de 940. dont il n'y avoit que trojs
cens hommes de Troupes reglées .
On les embarqua fur trois Vaiffeaux
Venitiens pour eftre menez
à la Canée. Onze Renegats &
treize Efclaves qu'ils laifferent dans
la Place , furent mis en Liberté: On
y trouva beaucoup de munitions de
guerre , fçavoir 35. pieces de Canon
de fonte, & 37. de fer , trois
Mortiers , 70. Barils de Poudre,
440. de Biſcuit , & un grand nom
bre de Bombes.
Mr de Chambonas, Evefque de
Lodeve, a cfté nommé à l'Eveſché
de Viviers. Il eft Neveu du vieux
Prelat à qui il fuccede , & comme
il avoit cu depuis long temps la
conduite de ce Dioceze à caufe du
44
Ffiij
342 MERCURE
grand âge de M. fon Oncle le Roy
a jugé que la continuation de fes
foins ne pouvoit eftre que d'un
fort grand avantage pour cette
Eglife. Je fuis , Madame , vostre,
& c.
A Parrs ce 30 Septembre 1690.
Gi.
On affure que la gangrene s'eft
mife dans la playe du Prince d'O
range. Je ne vous garantis pas
cette Nouvelle , mais je la tiens
d'un lieu qui devroit le faire croire.
On dit auffi que les Troupes de ce
Prince ayant donné un fecond
affaut à Limeric , ont efté repouf
fées avec beaucoup de perte,
Le SrGueront avertit qu'en debiSGALANT.
br 343
tant le Mercure , il debitera auſſi au
commencement de chaque
La
Pierre de touche politique , qui a
commencé à paroistre depuis plus
d'un an. Cet ouvrage eft fi connu,
qu'il feroit inutile d'expliquer en
quoy il confifte.
$255222522225555S
TABLE.
9803
Rélude
PRStances ds Me des Houlieres. 8.
Sonnets. 13
22
Madrigal.
Fuftification
des Colonels & des Capitaines
du pays des Grifons qui
fervent le Roy de France, contenuë
dans une Lettre écrite aux trois
Chefs des trois Ligues des Grifons,
par F. B. Stoppa.
Tu
23
Oraifons funebres faites pour M. de
Montaufier.
Idille de Madame des Houlieres fur
la mort de ce Dac.
102
109 Sonnet fur le mefme fujet.
Réjouiffances faites en plufieurs Villes
du Royaume pour les dernieres
2267 ABLE. 13253
Conquestes du Roy , avec un dif-
› cours prononcé par M. l'Evefque
d'Uzez far le mesme fujet. 113
Service fait à Cologne pour le repos
de l'ame'de Me la Dauphine. 150
lar
Thefes de Mathematique foutenues
au College Mazarin.
Les Philofophes a l'encan .
Panegyrique de S. Louts , prononcé
devant l'Academic Françoifes 161
Fragment du Panegyrique du mefme
Saint prononce par le Pere de
S. Martin Jefuite.
19
162
Autre Fragment de M.l'Abbé Plo
met. 148
Divertiffement reprefenté fur le
Theatre de Bourbon à Rouen, 182
Sonnet.
Manieresreufes
du
Roy
.
190
Compliment fait par M. de la Porte,
Lieutenant en l'Election de MafTABLE.
con , à M. Dogliani , Ambaſſadeur
de Savoye.mozaz ok willow.193
Hiftoire.
00
198
Article curieux touchant les affaires
du
temps
Morts .
Nouvelles d'Irlande.
228
P
zolga
M ob 1220
WNER
247
les Barbets ou Vaudois . 260.
Carte des Vallées de Piedmont habitées
par
Defaite des Imperiaux en Tranfilvanie.
Article des Enigmes: {
262
272
Divers couplets de Chanſon ,fur l'air
de J'ay paffe deux jours fans vous
280 voir.
Erreurs du dernier Mercure corri-
283
gées.
Mr Thiers dit fa premiere Meffe à
S. Barthelemy , à laquelle plufieurs
nouveaux. Convertis communient.
298
TABLE
Autre article de Morts. MMá
295
Nouvelles de Savoye. 300
Nouvelles de Flandre. 305
Nouvelle
d'Allemagne.
317
Prife de Naples de Malvafie. 339
M. de Lodeve eft nommé à l'Evêché
de Viviers.
Fin de la Table .
340
200v znalez
s
A amiering a b 6021275
+3(1 )
PA MAJAD
L
Avis pourplacer les Figures,
Air qui commence par Ab,
Printemps ton retour , n'a plus,
doit regarder la page 112.
.
La Medaille doit regarder la
#
page 184.24
L'Air qui commence par, Un coeur
ne doit jamais fe rendre , doit regarder
la page 279:
Mercure
<36623738440014
<36623738440014
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE 1690 .
A PARIS ,
GALERIE-NEUVE DU PALAIS,
Nodone
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
.
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
E: MICHEL GUEROUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . LXXX X ,
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent, &fur
A ij
AVIS.
"
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port, s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite pre-
(entement le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eſt toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
A VIS.
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
Sur le Libraire en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
›
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers.
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mesme chofe gene-
>
ralement de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront .
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont on aura tout lieu d'eftre..
content.
MEREVRE
GALANT
SEPTEMBRE 1690 .
L
A
conjoncture prefente
des affaires fait
meriter tint de
loüanges au Roy , & ce Monarque
en reçoit de tant déloquentes
Plumes, que je croy
devoir commencer ma Lettre
A iiij
8 MERCURE
en vous faifant part de leurs:
productions . L'illuftre Madame
des Houlieres ne s'eft
pas teuë fur fes dernieres Vitoires.
Je ne vous vanteray
point les Vers que vous allez
lire. On n'en voit point d'elle
qui ne répondent à la réputation
qu'elle s'eft acquife.
off of ofcafe ofcofrafc of off of of of je de off of off of of
STANCES
Sur les Victoires du Roy.
IRREGULIERES
Fille Ille du Ciel , aimable Paix,
Vous qui de tous les biens eftes toujoursfuivie
,
Vous que l'aveugle erreur & lajaloufe
envie
GALANT.
9
Ont voulu d'icy-bas exiler pour jamais
:
LOVIS eft triomphantfur la terre &
Sur l'onde,
C
Ses nombreux Ennemis font confus,
font défaits .
Il va vous redonner au monde.
S
Si les fecrets du Ciel fe peuvent
penetrer,
Les glorieux fuccés qu'il accorde à
fes armes
Forceront la difcorde & l'envie à
rentrer
Dans ces lieux deftinez à d'éternelles·
larmes.
Ouy , jeprevoy qu'avant le temps,
Où les Roffignols par leurs chants
Font retentir les bois de plaintesamoureuſes
,
Vous defcendrez icy du celefte fejour;
10 MERCURE
Plus fes armes feront heureufes,
Plûtoft vous ferez de retour.
2
Entre les bras de la Victoire
On a vû ce Heros déja plus d'une
fois ,
Pour n'écouter que vostre voix , 1
Impoſer filence à fa gloire.
Son ame au deffus des faveurs
Que fait l'inconftante Deeffe ,
N'a point ce dur orgueil ny ces lâches
rigueurs ,
Qui mettent le comble aux mal--
heurs
D'un Ennemy forcé d'avoüer fa foibleſſe
,
Vice des vulgaires vainqueurs.
Icy la mefme main qui terraffe , releve,
Et toujours de Louis le triomphe
s'acheve
Par le retour de vos douceurs.
GALANT. IL
2
Plus àfes Peuples qu'à luy-même,
Il ne voit qu'à regret ce qu'ils font
aujourd'huy,
Et ces Peuples inftruits à quel point.
il les aime ,
Goûteroient un plaifir extrême
A donner tous leurs biens & tout .
leurfang pour luy.
Il voudroit qu'au milieu de ces brillantes
feftes ,
Qu'enfante un doux loifir dans les
lieux où vous eftes ,
Tous fes Sujets puffent vieillir.
Ce genereux foucy fans ceffe l'accompagne
,
Des Conqueftes qu'il fait, des Batailles
qu'ilgagne ,
Tous eftes le feulfruit qu'il pretend
recueillir,
12 MERCURE
&
De rage & de douleur je les voy qui
fremiffent
Au bruit de fes fameux exploits,
Ces fiers Princes qui vous haïffent
,
Et qui foulant aux pieds toutes fortes
de loix ,
Pour un Ufurpateur trahiſſent
Leur gloire & l'intereft des Rois.
La terre a bû le fang de leurs meil
leures Troupes ,
La mer , malgré les vents qui com- ·
battoient pour eux,
Pele mele a receu , Vaiffeaux , Canors
, Chaloupes ,
Soldats & Matelots, dans fes gouffres
affreux.
Goutez, charmante Paix , une douce
vangcance
Du mépris qu'ils ont fait de vos plus
facrez nauds,
GALANT. 13
Vous ferez la ressource & l'unique
efperance
De leur monftruenfe Alliance
Qu'a cimentée un crime heureux.
Voicy d'autres Ouvrages
de Vers fur cette mefme matiere.
Les trois premiers Sonnets
font de M Boyer , de
l'Academic Françoife : le quatriéme
, de M' le Clerc , de la
mefme Academie , & le cinquiéme
, de Mr de Liniere.
14 MERCURE
LE ROY
A SON PEUPLE.
C
Her Peuple , à m'obeirfi prompt
&fifidelle
Vous qui me confacre
& vos bras ,
& vos biens
Vous en qui le courage & l'ardeur
d'un beau zele
Me donnent des Heros autant que
de Soldats.
2
Soûtenons jufqu'au bout une illuftre
querelle ;
Que toutfoit contre moy , que contre
mes Etats
Il s'éleve une Ligue injufte & criminelle
,
Le Ciel & mes Sujets ne me manquerontpas.
GALANT.15
S
Nous vaincrons , & la Paix qui
Suivra la victoire,
Ramenant l'abondance au milieu de
la gloire ,
Fera de nofre fort Rois & Peuples
jaloux.
Toutes les Nations environt à la
France
Un Roy , dont voftre Zele augmente
la Puiffance,
Tous les Rois m'environt des Sujets
comme vous.
Sur la défaite des Flores Angloife
& Hollandoiſe .
Euples jaloux , voyez quelles
morts quel carnage
Viennent d'enfanglanter l'un l'au
tre Element:
16 MERCURE
Un Roy vangeur des Rois a puny
vostre rage ;
Malheur à qui s'expoſe à son ref
Sentiment.
S
Au lâche Ufurpateur vous ouvrez
un paffage ,
Vous l'élevez au Trône ; il regne
impunément ;
Louisfur vos Vaiffeaux a vangé cet
outrage.
Quel horrible debris ! quel vafte
embrafement !
S
Humiliez , confus aprés cette dif
grace,
Oferez- vous encor , pleins de la même
audace ,
Difputer avec nous de l'Empire des
Eaux ?
S
GALANT
17
Dés que Louis poursuit la peine de
vos crimes ,
L'Ocean vous voit fuir, voit brûler
vos Vaisseaux,
Et pour les engloutir, luy prête fes
abiſmes.
Sur la Victoire remportée
en Savoye .
AU RO Y.
Ve le Ciel fait pour vous de
miracles vifibles !
O
Grand Roy , la Ligue en vain redouble
fes efforts ;
Rien ne peut ébranler vos forces invincibles
;
Rien ne peut épuifer vos immenfes
trefors.
Sept. 1690.9
B
18 MERCURE
S
Le zele des François rend vos armes
terribles :
Une fi noble ardeur leur donne des
transports
Qui leur font penetrer des lieux
inacceffibles ,
Et couvrir des rochers d'une moiffen
de morts.
2
Que ce triomphe est beau ! mais qu'il
s'augmente encore ,
Quand de vostre Grandeur ,
l'Univers adore ,
que
Lefurprenant éclat ne vous éblouit
pas!!
2
Loin de vous élever par ces grands ,
avantages ,
Vore coeur reconnoist par d'affidus
hommages
GALANT. 19
L'invifiblefecours qui foutient voftre
brass
Sur les heureux fuccés des
armes du Roy:
Non
On , ne vous laffez point d'étaler
voftre joye ,
Peuples trop fortunez fous les loix
de LOVIS ,
Vous ne devez qu'à luy ces fuccés
inouïs ,
Et ces profperitez que le Ciel vous
envoye.
2
De plus de Potentats que l'on n'en
vid à Troye
Les complots forcenez ſont presque
"évanouis ,
Et l'aveugle fureur dont ils font
éblouis
Bij
20 MERCURE
A de nouveaux lauriers n'a fair
qu'ouvrir la voye.
$
Quel Hercule jamais égalanôtre Roy?
Seul dans tout l'Univers défenseur
de la Foy
Du Dieu des Combattans il lance le
tonnerre.
$
Ses Ennemis par tout en reffentent
tes traits ,
Et les ayant domptez par une jufte
guerre ,
Il doit encor bien- toft leur impofer
la Paix.
Sur le mefme fujet..
Edez , fiers Ennemis , noftre
tonnerre gronde :
Tous ceux qui pretendoient nous
donner de l'effroy
GALANT. 21
Koudroient eftre avec nous dans une
paix profonde
Es venir en tremblant recevoir noftre
loy.
2
Nous sommes triomphansfur la terre.
&fur l'onde ,
Noftre vigueur éclaté , on nous craint,
& je croy
Que la Franceferoit la Maiſtreſſe du
monde,
Si c'eftoit le defir de noftre Augufte
Roy
S.
Luxembourg à Fleurns fa vaillance
déploye ;
Le hardy Catinatfe fignale en Savoyèe
Et Tourville fur mer amis l'Anglois,
à bas.
2.
Quay que ces trois grands Chefs ho .
norent nos Hiftoires,
22 MERCURE
Ce n'est ny leur fçavoir, ny leur coeur,
ny leur bras ,
Mais l'efprit de LO VIS qui gagne les
Victoires.
J'ajoûte à ces cinq Sonnets
un Madrigal de M Petit de
Rouën .
D
Fais
AU ROY.
Ivin LOVIS, que la Vi-
Etoire
Atoujours fuivy pas à pas,
Et qui prenant toute la gloire
que les autres n'en ont pas..
Quelle est la force de ton bras!
Toute l'Europe conjurée
Sous ce bras fe trouve atterrée
Dans toutesfortes de combats -
GALANT. 23
Mais faut-il que l'on s'en étonne?
Celuy du Tout-puiſſant affermit ta
Couronne ,
Et voyant qu'on pretend abattre fes
Autels ,
Te feconde, animé d'une jufte van--
geance.
Contre une fuprême Puiſſance ,
Que peuvent de fimples Mortels ??
Je vous envoye l'Ouvra
ge , dont vous avez entendu
parler fi-avantageufement &
que vous avez tant fouhairé
de voir. J'aurois fatisfait plûtoft
voftre curiofité , fi l'empreffement
qu'on a de l'avoir,
n'en avoit pas rendu les copies
fort rares..
24 MERCURE
2225555525 2552225
JUSTIFICATION
Des Colonels & des Capitaines
du Pays des Grifons
QUI SERVENT LE ROY
DE FRANCE
,
Contenue dans une Lettre écrite
aux Chefs des trois Ligues
des Grifons .
PAR J. B. STOPPA.
M
ESSIEURS ,
J'efpere que vous ne trou
verez pas mauvais qu'en con
fervant le refpect que je vous
dois,
GALANT 25
९
18
dois , comme aux Chefs &
Députez des trois Ligues affemblez
en Diete , je vous
dife mon fentiment fur la
Lettre que vous m'avez fait
l'honneur de m'écrire , de
Davas le Septembre dernier,
laquelle ne m'a efté renduë
que depuis trois ſemaines . Je
ne m'étonne pas que le Roy
Catholique vous ait fait folli
citer , en vertu de l'Article
dixième du Capitulat
, que
vous avez inferé tout du long
dans voſtre Lettre , de rappeller
les Officiers du Païs qui
font en France au fervice du
Septembre 1690 .
C
26 MERCURE
Roy ; mais bien que la plufpart
d'entre Vous , qui avez
affifté à cette Afſemblée,ayez
des engagemens avec les Efpagnols
, je fuis furpris de ce
que vous leur avez accordé
cette demande , qu'ils n'ont
pas eu raifon de vous faire ,
& que vous pouviez juftement
leur refufer . Vous fçavez
mieux que moy que dés
que ce Traité fut fait , on le
condamna hautement dans le
Païs , fur le fimple bruit de
ce qu'il contenoit ; que les
Députez qui l'avoient figné,
n'oferent le faire voir , fur
GALANT
27
Tout à caufe de ce qu'il y
avoit de conrraire aux interefts
de la France ; qu'il n'y
a qui que ce foit de ceux du
Païs qui en ait vu l'Original,
que l'on croit avoir eſté ſupprimé
par les Espagnols , &
qu'il n'a jamais eſté ratifié ,
ny par le Roy d'Eſpagne , ny
par les Députez affemblez en
Diete . Je fçay bien qu'il a eſté
executé en plufieurs Articles
pour l'avantage que l'on a
tiré de part & d'autre pour le
commerce ; mais il eft conftant
que
long
- temps
on
n'a
point
eu
durant un fort
Cij
28 MERCURE
fi
d'égard à l'Article dixième
de ce Traité, non plus que
jamais il n'avoit esté fait . Il
ne faut que le lire pour eftre
convaincu de cette verité.
t:
Toutes les fois que Nous des
trois Ligues aurons de nos
Troupes au fervice de quelque
Prince , Potentat , Republique ·
ou Eftat , qui voudroient envabir
les terres de Sa Majesté , en
ce cas nous ferons obligez de
rappeller nos Soldats ,
leur ordonner expreffement fur
des peines feveres , de mort &
de confifcation de biens , qu'ils
agent promptement à fe retirer
&
de
GALANT.
29
ج و ن
en leur Pays , & à quitter
inceffamment le fervice dudit
Prince & qu'ils fe gardent
d'endommager les Eftats de Sa
Majefté , fous quelque pretexte :
que ce puiffe estre. Et de plus
pour plus de feureté , & pour
plus grand éclairciffement , toutes
les fois que l'on fera des le
vées dans le Pays , pour quelque.
Prince que ce foit , & qu'elles .
fortiront de la Patrie , Nous
donnerons ordre exprés aux Soldats
& aux Colonels qui les
commandent , que dans aucune
maniere , ny dans aucun temps,
ils n'aillent point directement ,
4
4.
Ciij
30 MERCURE
>
& ne s'affocient à aucunes Trou
pes , de quelque qualité qu'elles
foient qui voudroieut attaquer
les Etats de Sa Majeſté › leur
impofant les mefmes peines ›
les executant à toute rigueur, & -
Leur faifant fçavoir ces engagemens
& cette Capitulation , afin
que dans aucun temps , les Colonels
. Copitaines & Soldats
Grifons n'en puiffent pretendre
caufe d'ignorance.
Get Article , comme vous
voyez , contient deux points .
Le premier ; que les Ligues.
du Pays ne doivent point
permettre que leurs Troupes.
GALANT.
31
fervent un Prince pour attaquer
les Eftats du Roy d'Ef
pagne , & qu'ils doivent rappeller
leurs Troupes , & leur
commander fur peine de la
vie & de confifcation de leurs
biens , de quitter le ſervice de
ce Prince- là , & de retourner
dans leur Païs . Le fecond
point eft , que toutes les fois
qu'on fait des levées pour le
fervice de quelque Prince que
ce foit , l'on défendra expreffément
aux Soldats & aux
Colonels qui les conduiront ,
d'attaquer les terres du Roy
d'Efpagne , fur les mefmes
Ciiij
32 MERCURE
peines , & qu'on fera fçavoir:
cette Capitulation & accord
à tous les Capitaines & Soldats
, afin qu'aucun n'en pretende
caufe d'ignorance . Je.
vous demande , MESSIEURS ,
fi vous avez executé ou l'un
ou l'autre de ces deux points.
Lors que ce Capitulat fut fait,
Vous ne rappellâtes point les
Troupes du Pays qui estoient
en France pendant qu'elle
avoit la guerre contre l'Efpagne.
Tant s'en faut . Vous,
permiftes quelques années a‹
prés à M's Planta , Bouël &
Tfcharner, de lever des ComGALANT.
33
*
pagnies pour les mener en
France, fans leur faire défenfe
de fervit contre l'Efpagne.
Vous n'avez pas fait non plus
cette défenſe à M" Jacques du
Mont & Eftienne Bouël , lors
qu'ils menerent en France les
Compagnies qu'ils avoient
levées au Païs pour le fervice,
du Roy . Je ne croy pas que
pendant la guerre , qui a efté
entre les deux Couronnes 2
jufqu'à la Paix des Pirenées ,
lesEfpagnols vous ayent follicitez
en vertu de ce pretendu
Traité , de rappeller les Offi
ciers du Païs qui estoient en
34 MERCURE
France , ou s'ils vous ont fait
cette demande , vous l'avez
trouvée fi peu jufte que vous
n'avez pas jugé à propos de
la leur accorder. Vous avez
permis à nos Compagnies de
fervir en France fans les engager
à quitter ce fervice &
a revenir au Pays . Il y a quatorze
années que j'eftois à
Meffine avec mon Regiment.
L'Ambaffadeur d'Efpagne qui
eftoit au Païs , fit alors un
grand bruit ,fe plaignant hautement
que vous aviez 'fouffert
que nous euffions paſſé la Mer
pour aller foûtenir un Peuple .
GALANT.
35
qui s'eftoit foulevé contrefon
Roy. Vous cultes cependant
fi peu d'égard à fes
plaintes , que vous ne trouvâtes
pas à propos de nous écrire
pour nous témoigner au,
cun mécontentement à cet
égard. Je fçay bien que pendant
la guerre qui eſtoit il y
a douze années entre les deux
Couronnes , vous avez à la
follicitation des Eſpagnols ,
écrit à quelques Officiers du
Païs , de ne pas fervir contre
le Roy d'Eſpagne ; mais vous
ne leur avez témoigné aucun
reffentiment de ce qu'ils n'ont
36 MERCURE
point eu d'égard à vos Let
tres ny aux ordres que vous
leur avez donnez . Quoy qu'il
en foit , il ne vous eft jamais
arrivé d'écrire , comme vous
avez fait depuis peu , à tous
les Officiers Grifons qui font
en France de quitter le fervice
, & de fe retirer au Païs.
Tout le monde n'auta- t - il
pas fujet d'eftre furpris de ce
que vous vous cftes avifez ,
l'an 1689. d'executer l'Article
d'un Traité fait l'an 1639 ,
c'eft à dire cinquante ans auparavant
, & qui jufques icy
n'avoit point efté executé ,
GALANT .
37
L'Ambaffadeur d'Espagne qui
eftoit dans le Païs , & qui
eftoit fort vigilant pour les
interefts de fon Maiftre, n'auroit
pas manqué de vous engager
dés lors à faire revenir
vos Officiers qui estoient en
France , s'il avoit cru avoir le
droit de vous le demander.
Je ne voy pas pourquoy il ne
nous fera pas permis de continuer
à fervir le Roy comme
les autres Officiers ont eu la
liberté de le fervir depuis que
ce pretendu Traité a cfté fait .
Mais ce qui eft de plus furprenant
, c'est que vous avez
38 MERCURE
adreffé vos Lettres de rappel
aux Officiers qui ont des
Compagnies, lefquelles n'ont
pas efté levées dans le Païs.
Il eſt conſtant que quand il
n'y auroit rien à redire à ce
Traité , & que vous voudriez
executer cet Article à la rigueur
, il ne vous donne le
droit que de rappeller les
Officiers qui commandent les
Troupes levées dans le Pays.
Nous ferionsbien malheureux
fi nous n'avions pas la même
liberté qu'ont tous les particuliers
de noftre Etat , d'aller
par tout où ils peuvent trouGALANT.
39
ver leur avantage. Tous nos
Predeceffeurs ont confervé
cette liberté, d'aller fervir tels
Princes ou Etats de l'Europe ,
qu'il leur a plu , fans aucune
reftriction . Nous fommes vos
-Compatriotes & non pas vos
Sujets , & vous ne devez pas
entreprendre de nous ofter
un droit qui nous appartient
par noftre naiſſance , comme
membres d'un Etat libre de
fervir tous Rois ou Princes ,
fans en excepter aucun , que
les Ennemis de noftre Etat.
Mais outre noftre iutereft , je
ne puis m'empefcher de vous
5
40 MERCURE
dire , Meffieurs , que je fuis
extremement furpris de ce
que vous n'avez point eu d'égard
à celuy de ce grand Roy
que nous fervons . Il eſt le plus
ancien Allié de noftre Repu
blique ; & depuis plufieurs
Siecles nos Anceftres ont
donné des Troupes pour
fervice de la France . Dés l'année
585. ils en donnerent au
Roy Chilperic contre les
Lomdards ; en faveur de
l'Empereur Maurice ; en l'année
616. au Roy Theodebert
conrre Theodoric Roy
de Bourgogne ; à Charles
le
GALANT 41
Martel , à Pepin , à Charlemagne
, & à Charles le
Gros
, lors qne les Prede
ceffeurs de Hugues Caper
eftoient Ducs & Gouverneurs
du pays des Griſons . Louis
XI.avoit auffi de nos Troupes
dans la conquête de la Bourgogne
; Charles VIII . dans
celle du Royaume de Naples ,.
& Louis XII . dans celle du
Duché de Milan . François
Premier , en a eu de même, &
ily a 150. années que ceRoy fir
un Traité de Paix & d'Alliance
perpetuelle , avec vos Li
Septembre 1690.
D
42 MERCURE
3
gues , auffi bien qu'avec les
Suiffes . Tous fes Succeffeurs.
en ont eu jufques à Louis.
XIV. C'eſt une chofe fort
étrange , que vous nous vou
liez ôter à prefent la gloire
qu'ont eue ceux denôtre Nation
depuis tant de Siecles , de
fervir le plus grand Roy de
tous fes Preceffeurs , auffibien
que de toute la Chrêtienté
, & que vous vouliez
entreprendre
de rompre par
vôtré pretendu Capitulat , ce.
Traité de Paix perpetuelle ,,
que nos fages Predeceffeurs
avoient fait. Il ne me fera pas
GALANT
43
difficile de prouver qu'il n'étoit
pas dans le pouvoir d'un
petit nombre de Députez ,
1. non autorifez , de faire ce
nouveau Traité , directement
contraire à celuy qui eftoit
fait depuis fi long- temps , &
- qui devoit toujours durer.
C'est ce qui paroistra évidem
ment dans un Memoire que
je feray fur ce fujet , par leaquel
on verra le prejudice
que le Roy fouffre par ce Capitulat
, qui le prive du fecours
de nos Troupes, & du
droit des paffages de noftre
pays. Je me contenteray pour
Dij
44 MERCURE
le prefent de vous faire remarquer
la difference du traitement
que vous avez receu
du Roy de France & du Roy
d'Eſpagne , par laquelle vous
jugerez fi vous avez eu raiſon
de renoncer à l'allience du
Roy Tres- Chreftien , pour
en contracter une nouvelle f
étroite avec le Roy Catholique.
Le Roy d'Espagne fit
bâtir en 1612, le Fort de
Fuentes , fur les frontieres de
voftre Eftat , pour réüffir
dans le deffein qu'il avoit de
vous mettre fous le joug , &
de vous tenir en fervitude,
GALANT. 45
$
Quelques années aprés il fit
foulever vos Sujets , par le
moyen des Troupes qu'il fir
entrer dans le pays, lefquelles
Arent un maffacre cruel de
ceux de la Religion , & occuperent
la Valtoline & le Comté
de Chiavennes . Que fit
Louis XIII dans cette occafion
? Il envoya le Marefchal
de Baffompierre , en qualité
d'Ambaffadeur
naire , auprés du Roy d'Efpar
gne , pour l'engager à vous
rendre ces terres , & pour
établir les chofes fur le pied
qu'elles elloient l'an 1619.
Extraordi46
MERCURE
•
C'eſt ce qui fut ftipulé par le
Traité de Madrid , l'an 1621.
que le Gouverneur de Milan ,
ne voulut jamais executer : ce
qui obligea le Roy d'envoyer
M' le Marquis de Coeuvres,
avec une Armée pour prendre
vos terres , que les Efpagnols
occupoient. Il les prit,
& les en chaffa , & ayant mis
en dépôt les Forts qu'on y
avoit fait bâtir , il fortit du
pays avec les Troupes , fur
l'affeurance qu'on luy avoit
donnée qu'on démoliroit ces
Forts , & que l'on vous remettroit
en poffeffion deces
GALANT.
47€
terres. Mais le Roy , voyant
que les Espagnols les avoient
Occupées de nouveau , y envoya
M le Duc de Rohan ,..
avec une Armée , qui s'en
rendit encore le maiftre , &
qui les en chaffa uue feconde
fois . Vous ne pouvez pas
difconvenir que ce ne foit
Louis XIII. qui par fa protection
& par le fecours de
fes Troupes , vous a confervé
la liberté , & qui a recouvré
les terres que les Espagnols.
avoient ufurpées fans aucun
droit , & dont ils vouloient
Vous ôter pour jamais la pof48
MERCURE
feffion & la fouveraineté . Jugez
aprés cela fi vous pouviez
honneftement , en oubliant
tous les bienfaits de ce grand
Roy , qui avoit dépensé des
fommes immenfes pour vous
delivrer de la domination des
Espagnols , faire un Traité
par lequel vous renoncez à
fon Alliance , & le privez de
tous les avantages qu'il avoit
de tirer des Troupes du Pays ,
& des droits des paffages qui
luy eftoient dûs à caufe de la
ceffion que François I. vous
avoit faite de la Valtoline , &
du Comté de Chiavennes
,
qu i
GALANT. 49
qui eſtoient des dépendances
du Daché de Milan ; & vous
donnez, par ce méme Traité,
tous ces avantages au Roy
d'Espagne , qui avoit envahi
& ravagé voſtre Eftat , excité
& fomenté la rebellion de
vos Sujets , & qui n'a rien
épargné pour les empefcher
de retourner fous vôtre Domination
, & pour leur laiffer
la fouveraineté du Pays , laquelle
vous appartenoit de
droit. Si vous aviez fait réflexion
fur les grandes obligations
que vous aviez à la
France , vous n'auriez pas pris
Septembre 1690.
E
50 MERCURE དo
le parti de nous donner ordre
de nous retirer du fervice du
Roy , fur tout dans cette
conjoncture de la guerre qu'il
a , contre l'Empire , l'Espagne,
l'Angleterre & la Hollande.
Quand vous n'auriez aucune
reconnoiffance des bienfaits
que vous avez receus de fa
Couronne , yous devriez au
moins craindre que ce Roy
ne vous faffe reffentir un jour
les effets de fon indignation
,
d'avoir pris fi hautement ,
contre luy le party du
Roy d'Efpagne . De plus ,
fi vous avez quelque égard &
>
GALANT.
quelque confideration pour
nous vous devez nous dif
penfer de faire une action
fi contraire à noftre devoir ,
& qui nous couvriroit de
honte & de confufion . En
effet , nous ferions coupables
d'une grande ingratitude
& lâcheté , fi aprés
avoir fervy le Roy plufieurs
années pendant la Paix , nous
quittions le fervice , à prefent
qu'il à une guerre fi violente
à foûtenir. Mais outre
noftre honneur , noftre
intereſt meſme nous empêche
d'abandonner des Emplois
E ij
52 MERCUR
E
qui nous font avantageux ,
pour retourner au Pays , y
vivre dans une honteufe oifiveté.
Quand nous pourrions
honneftement prendre party
avec le Roy d'Eſpagne , nous
n'aurions garde de nous engager
dans un fervice fi décrié
& fi ruineux pour nos
Troupes. Vous n'avez pas
oublié , que le Regiment que
vous donnâtes aux Eſpagnols
il y a plus de vingt- cinq ans ,
perit en moins de deux années
faute de fubfiftance ; que pendant
tout le temps qu'il fut
en Efpagne il ne receut pas
GALANT.
53
la dixième partie de la folde
qui luy eftoit deuë , & qu'
enfin on acheva de le perdre.
par une longue marche qu'on
luy fit faire fans neceffité ,
d'une extremité de l'Eſpagne
à l'autre , dans les plus grandes
chaleurs de l'Eſté , n'ayant
que du pain pendant plufieurs
mois , & fouvent n'en ayant
point du tout, & que de deux
mille hommes dont il eftoit
compofé, il n'en revint pas
trois cens au pays . Aprés une
fi fâcheufe experience , je ne
croy pas qu'il y ait des perfonnes
affez hardies pour
+
E iij
54 MERCURE
s'expofer à recevoir un fi
mauvais traitement ;outre que
les Eſpagnols mefmes ne demandent
aucun corps de
Troupes de la Nation , ou
parce qu'il ne leur convient
pas , ou parce qu'ils ne font
pas en eftat de les payer . Il n'y
a que le Roy feul , de tous les
Princes & Eftats de l'Europe,
qui ait le moyen d'entretenir
à fa folde un fi grand corps
de Troupes de noftre Nation ,
& de les payer fi regulierement
, que depuis plus de
trente années on ne nous a
pas fait perdre un feul denier.
GALANT.
55
Nous ne portons point d'envie
au profit que plufieurs
d'entre vous tirez de la part
que vous avez à ces douze
Compagnies , de cinquante
hommes chacune , qui font
entretenues dans l'Eftat de
Milan. Nous ne vous envions
pas non plus les penſions que
plufieurs d'entre vous tirent
du Gouverneur de ce Duché;
mais nous vous fupplions de
nous laiffer joüir des avantages
que nous tirons de l'Employ
que nous avons en France.
Si vous n'eftiez fort préoc
cupez de la paffion que vous
E
iiij .
56 MERCURE
avez pour les interefts du
Roy d'Espagne , vous devriez
vous réjouir d'avoir cinq Colonels
, plufieurs Capitaines ,
& un grand nombre d'Offciers
, tous du Pays , dans le
fervice de France . Après avoir
parlé en general pour l'intereft
de tous les Officiers du
Pays, permettez- moy de vous
dire un mot de ce qui me regarde
en particulier . Vous
fçavez que je ne fuis.
ny élevé dans le Pays , & que
je n'y ay prefque jamais fait
pas né
aucun fejour. Il
ya trente années
que je fuis étably en
GALANT.
ST
France , que je confidere à
prefent comme ma patrie . Il
y en a vingt- quatre que je
fers le Roy : j'ay un Regiment
& trois Compagnies , & j'ay
l'honneur de fervir de Brigadier
dans fes Armées . Je vous
demande , Meffieurs , fi je
puis ou fi je dois quitter un
établiffement fi confiderable
pour me retirer dans un Pays,
y vivre fans employ & fans
Occupation , dans une triſte
folitude. Aprés avoir tiré de
fi grands avantages des Charges
que j'ay cues plufieurs années
en temps de Paix , bien
58 MERCURE
loin de me retirer pendant
la guerre, mon honneur, mon
devoir & ma reconnoiffance,
m'engagent d'achever ce qui
me refte de vie au fervice du
Roy. Je ne dois pas oublier
de vous reprefenter qu'il eft
fort furprenant que vous
preffiez à prefent l'execution
ย
d'un Article du Traité de
l'an 39. puis que les Espagnols
ne croyoient pas que ce Traité
duſt eſtre executé lors que
l'on fit en l'an 60. le Traité
des Pyrenées . C'est ce qui
paroift évidemment par l'Article
103. de ce dernier Traité,
GALANT..
59
dont voicy les termes.
Les differends furvenus au
Pays des Grifons fur le fait de
la Vaitoline , ayant diverfes fois
obligé les deux Rois & plufieurs
autres Princes de prendre les armes
, pour éviter qu'à l'avenir
ils ne puiffent alterer la bonne
intelligence de leurs Majestez ,
il eft accordé que dans fix mois
aprés la publication du prefent
Traité , & aprés qu'on aura efté
informé de part d'autre de
l'intention des Grifons touchant
L'obfervation des Traitez cy devant
faits, ilfera convenu amiablement
entre les deux Couron60
MERCURE
•
το
nes de tous les interefts qu'elles
peuvent avoir en cette affaire , de
que pour cet effet chacun defdits
Seigneurs Rois donnera pouvoir
fuffifant d'en traiter ,
Ambaffadeur qu'il envoyera
la Cour de l'autre , aprés la pue
blication de la Paix.
à
à
Je feray, les reflexions neceffaires
fur cet Article dans le
Memoire dont j'ay parlé cydeffus.
Je me contenteray
pour le prefent de dire que
files Efpagnols avoient jugé
que ce Capitulat duft cftre
obfervé , ils n'auroient pas
accordé dans cet Article ,
var
am
Co
ama
An
parce
FORT
avan
s'ils
xecu
ne
qu
que
GALANT. 61
qu'aprés qu'on feroit informé
de l'intention des Grifons
touchant les Traitez cy- devant
faits , l'on conviendroit
amiablement entre les deux
Couronnes de l'intereft qu'elles
pouvoient avoir dans cette
affaire. Je conviens que cet
Article n'a pas efté executé ,
parce que les Espagnols auroient
efté privez de tous les
avantages dont ils joüiffent,
s'ils en avoient demandé l'e
xecution. La France mefme
ne l'a pas demandée , parce
qu'il ne luy importoit pas
que les Efpagnols , en temps
62 MERCURE
de Paix , cuffent tous ces
avantages . Je fçay bien qu'en
temps de guerre , où tous les
Traitez font rompus , il ne
faut pas demander que cet
Article foit executé . Il fuffic
que je vous aye fait voir que
les Efpagnols , dans le temps
du Traité des Pyrenées , ne
pretendoient pas que l'Article
139. fuft executé; Cependant
vous voulez à prefent le
faire valoir , quoy qu'il n'ait
jamais efté exécuté à l'égard
de cet Article dixiéme dont
il eſt queſtion. Trouvez bon
enfin que je vous prie de faire
GALANT.
63
reflexion fur la qualité de
plufieurs des Deputez qui ont
compofé la Dietę dont nous
avons receu les ordres de nofre
rappel . Vous fçavez qu'il
eft porté expreffement par le
Keffelbrief & par les Articles
de la reforme qui a eſté faite
depuis quelques années , qu'-
aucune perfonne qui a des
penfions ou qui eft au ſervice
de quelque Prince , quel
qu'il foit ne pourra entrer
en Diete . Vous n'igno
rez pas que plufieurs de
ceux qui ont efté Députez à
Davas , ont part aux Com-
>
64 MERCURE
que
pagnies du Pays , où tirent
des penfions du Roy d'Elpagne.
Il s'enfuit de là la
Diete n'étant pas compofée
de perfonnes capables d'y affifter
comme Députez , elle
n'a pas eu l'autorité de nous
donner aucun ordre qui nous
engage à luy obeïr. Ĉomme
dans ce cas il s'agit de l'intereft
des deux Couronnes
,
nous avons raifon de confiderer
ceux qui ont des engagemens
avec les Espagnols
comme nos parties ; & par confequent
nous ne devons pas
les recevoir pour nos Juges .
GALANT.
65
:
Mais fi l'on veut fuivant les
Statuts & Loix du Pays , convoquer
une Diete , qui foit
composée de perſonnes def
-
intereffées , non fufpectes ,
& qui n'ayent d'attachesment
à aucun Prince étran
ger , fi l'on nous y cite , nous
y comparoiftrons , ou nous y
envoyerons des perfonnes
pour reprefenter nos raiſons .
Nous ne doutons pas que nous
ne faffions approuver noftre
conduite & la refolution que
nous avons priſe de continuer
à fervir le Roy. Nous efperons
même de reüffir à per-
Septembre 1690 .
.
}
F
66 MERCURE
fuader à cette Aſſemblée, qu'il
eft de la gloire & de l'intereſt
de noftre Nation de fe tirer
de la fervitude des Espagnols,
de renoncer à tous les engagemens
qu'on a pris mal à propos
avec eux
contraires au
Traité de Paix perpetuelle
qu'on a avec la France , &
qu'il eft neceffaire de le rétablir
& de le confirmer. Vous .
pourrez par ce moyen engager
le Roy à vous donner les .
mêmes marques de fa protec
tion & de fa bien- veillance
Royale que vous avez receuës
de Louis XIII . de glorieute
GALANT. 67
memoire , & vous n'aurez pas
fujet de craindre les menaces
que le Gouverneur de Milan
vous fait , de vous affamer en
deffendant la traite des bleds
pour le Païs , parce que le Roy
pourra vous en faire avoir
autant que vous en aurez de
befoin, d'un côté par l'Alface,
& de l'autre par l'Estat de
Venife . Si vous n'approuvez
pas ces fentimens , MESSIEURS,
j'en auray bien du déplaifir ,
mais je vous croy trop juftes
pour exiger que nous facrifirons
à la paffion que vous avez
pour le parti d'Eſpagné,
Fij
68 MERCURE
noftre bonheur, nos intereſts,
& tous les avantages que nous
tirons du fervice du Roy. Je
ne laifferay pas de conferver
toujours une veritable affection
pour le Païs , beaucoup
d'eftime pour vous , & d'être
avec refpect ,
MESSIEURS ,
Voftre tres- humble & tres .
obeiffant ferviteur,
J. B. STOPPA
.
A Paris le 15..
Avril 1690.
GALANT. 69
5.
REMARQ U E S
Sur l'Article 103. du
Traité des Pirenées , &
fur trois autres Articles
du Traité fait entre les
Espagnols & les Grifons.
l'an
1639.
Ja
E crois avoir prouvé par
des raifons invincibles, dans
la Lettre que j'ay écrite à
Meffieurs les Chefs des Ligues
des Grifons , qu'ils n'ont pas
eu le droit en vertu de l'Arti70
MERCURE
cle dixième du Traité fait
avec les Eſpagnols l'an 39. de
rappeller les Officiers du Pays
qui font au fervice du Roy.
Bien qu'il foit inutile de rie.n
ajoûter à cet égard , j'ay cc.
pendant jugé , que pour donner
une entiere connoiffance
des affaires des Grifons par
rapport à la France , & pour
faire voir l'intereft que cette
Couronne a dans ce Pays- là ,
il eftoit neceffaire de faire
quelques Remarques fur ce
pretendu Traité , auffi bien
que fur Article 103. de celuy
des Pyrenées , où il eft
GALANT 71
parlé des differends furvenus .
entre les deux Couronnes fur
le fait de la Valtoline . Je
commenceray à faire mes reflexions
fur cet Article , lefquelles
me fourniront des
raifons convaincantes
pour
faire voir que ce Traité de
ar l'an 39. ne doit point avoir
7.
ce
r
lieu.
e
ARTICLE CIII.
Du Traité des Pyrenées .
Les differensfurvenus au Pays
des Grifons fur le fait de la
Valtoline , ayant diverfes fois
72 MERCURE
obligé les deux Rois & plufieurs
autres Princes de prendre les
armes , pour éviter qu'à l'avenir
ils ne puiffent alterer la bonne
intelligence de leurs Majeſtez, il
a efté accordé dans fix mois
aprés la publication du prefent
Traité , & aprés qu'on aura efté
informé de part & d'autre de
que
l'intention des Grifons touchant
l'obfervation des Traitez cy
devant faits , il fera convenu
amiablement entre les deux Couronnes
de tous les interefts qu'elles
peuvent avoir en cette affaire,
& que pour cet effet chacun
defdits Seigneurs Rois donnera
pouvoir
GALANT. 73
pouvoir fuffifant d'en traiter
Ambaffadeur
qu'il envoyera à
Ja Cour de l'autre , aprés la publication
de la Paix,
Il ne faut pas s'étonner fi
l'Eſpagne n'a pas preffé l'execution
de cet Article . Elle
fçavoit bien que quand on
viendroit à examiner le Trai
té qu'elle a fait avec les Grifons
l'an 1639. la France n'au-
1 roit pas fouffert qu'on l'cuſt
fruftrée , en vertu de ce Traité
, des droits & intereſts qu'-
elle avoit en ce Pays , & que
l'Espagne joüift paisiblement
en vertu de ce mefme Traité,
Septembre 1690.
G
74 MERCURE
de tant d'avantages qui ne luy
cftoient point dûs. Comme.
en temps de Paix il n'importoit
pas beaucoup à la
France que l'Efpagne jouift
de tous ces avantages , & que
pendant la guerre , l'Eſpagne
n'avoit jamais jufques icy
pretendu d'executer à la rigueur
les Articles du Traité
de l'an 39. qui font préjudiciables
à la France , elle ne
s'eft pas mife en peine de faire
executer ce qui avoit esté ſtipulé
dans cet Article 103. du
Traité des Pirenées . Si l'on
avoit demandé l'intention
GALANT. 75
རBྦཀཀËཡྰྑ་
Que
des Grifons touchant l'obfervation
des Traitez cy- devant
faits , le Traité de l'an 39. auroit
efté entierement aboly,
ou plûtoft declaré nul .
Les Efpagnols n'auroient
pas ftipulé dans cet Article
103.qu'il feroit convenu amiablement
entre les Couronnes,
τέ de l'intereft qu'elles pouvoient
avoir dans les Traitez
cy- devant faits , s'ils avoient
cru que celuy de l'an 39. fuſt
en fa force , & duft fubfifter.
Hi.
ne
re
u
1
7.
que
les Gri-
Il paroift de là
fons ne peuvent pas juftement
avoir une autre opinion
Gij
76 MERCURE
touchant la force de ce Traité
de l'an 39. que celle que les
Efpagnols en avoient l'an
1660. lors que celuy des Pirenées
fut fait D'ailleurs , il n'y
a pas d'apparence que la France
vouluft confentir amiablement
que le Traité de l'an 39 .
demeuraft en fa force , puis
qu'il luy eft fi contraire , &
tout entier à l'avantage de
l'Efpagne.
Le Roy tiroit
auparavant
trois avantages du Pays des
Grifons. Il avoit feul la poffeffion
& difpofition de ces
paffages . Il en tiroit des TrouCALANT.
77
ar
t
1.
15
L
e
pes pour fervir fans diftintion
contre l'Espagne
, &
contre tous les Princes & Etats
, & il avoit une Alliance
& Paix perpetuelle
avec les
Grifons
. L'Espagne
par trois
Articles de ce Traité de l'an
39. l'a privé de tous ces avan
tages . Par l'Article fixième
elle fe fait ajuger la poffeffion
des paffages de ce Pays-là .
Par l'Article dixiéme elle engage
les Grifons à ne point
donner de Troupes
à aucun
Prince pour fervir contre
l'Eſpagne . Par l'Article vingtiéme
les Grifons s'engagent
à
Giij
78 MERCURE
ne renouveller plus l'alliance
avec la France lors qu'elle fera
expirée. Il eft aifé de faire
voir l'injuftice de ces Articles
, & le préjudice que le
Roy en fouffre.
ARTICLE Vİ.
Du Traité de l'an 1639.
Sa Majefté Catholique de
mandant aux Seigneurs Grifons
le paffage pour faire paffer par
leur Pays des
gens de guerre
pour la confervation defes Etats,
les Seigneurs Grifons ne pourront
le leur refufer, feront
obligez de l'accorder.
GALANT. 79
Pour faire voir l'injuftice
de cet Article , il faut examiner
le droit & l'intereft que la
France a fur les paffages du
Pays des Grifons . Ilfuffit pour
eet effet , de remarquer que la
Valtoline , & le Comté de
Chiavennes , eftoient anciennement
des dépendances du
Duché de Milan , & que les
Grifons , qui eftoient à la
folde de François I. lors qu'il
alla à la conquefte de ce Duché
, eftant en poffeffion de
ces terres , quand ce Roy fur
fait prifonnier à la Bataillé de
Pavie , les ont toujours gar
G iiij
8% MERCURE
dées, comme les Suiffes ont
gardé Lugan , Lucarne , Bel-
Finzone & Mendris , qui font
des Bailliages au delà des
Monts, & qui faifoient par,
tie du Duché de Milan . Fran,
çois I. eftant en liberté , & de
retour en France , donna &
ceda aux Grifons la Valtoline
& le Comté de Chiavennes ,
avec cette expreffe condition,
que les Grifons ne pourroient
difpofer des paffages de ces
lieux - là , qu'en fa faveur , ou
en faveur de ceux qu'il voudroit
, d'où il paroift que
France a un jufte droit furces
la
GALANT. &
paffages , fondé fur le don &
ceffion qu'elle en a fait aux
Grifons. La France a toujours
jouy de ce droit , fans que
I'Espagne ait jamais pretendu
le luy ôter jufques au temps
du fufdit Traité.
L'intereft de la France ne
confifte pas à avoir ces paffages
pour y faire paffer fes
Troupes , lors qu'elle veut en
envoyer en Italic , fur tout à
prefent qu'elle a Pignerol ;
les paffages du Mont- Senis
, du Mont Genevre , &
autres , luy font plus commodes
; mais la France a in
82 MERCURE
tereft d'ôter ces paffages aux
Efpagnols , par le moyen defquels
ils peuvent faire paffer
des Troupes d'Allemagne en
Italie & d'Italie en Allemagne.
Il n'y a que deux paffages
qui puiffent leur fervir pour
cet effet , fçavoir celuy des
Grifons , & celuy des petits
Cantons , qui leur eft incommode
pour plufieurs raifons .
Premierement , parce qu'il
eft plus éloigné , & qu'il faut
paffer par d'autres Etats avant
que d'y arriver.
En fecond lieu parce qu'il
GALANT. 83
ne leur eft permis de paffer
dque deux cens hommes à la
affois , & fans armes , & qu'ils
font par confequent obligez
de les faire porter fur des
chevaux ; au licu que les Ef
gpagnols font paffer par le Païs
des Grifons , des Regimens
entiers d'Infanterie & de Ca..
valerie , tous armez ; d'où
vient que quand ils ont befoin
d'un prompt fecours , le
paffage des petits Cantons ne
วน !
des
S.
'il
ut
Ext
Ieur
peur
fervir.
En troifiéme lieu , parce
que les petits Cantons font
payer un Ducat par tefte pour
84 MERCURE
tous les Soldats qu'on veut
faire paffer fur leurs terres , au
lieu qu'il n'en coûte rien du
la feule nourriture ,
tout que
en les faifant paffer par le
Pays des Grifons . D'où vient
que depuis que les Efpagnols
font en poffeffion du paffage
des Grifons , ils ne fe font
jamais fervis de celuy des petits
Cantons , & ils fe font
fervis fouvent & fort utilement
de celuy du Pays des
Grifons. Lors que Pavic eftoit
afficgée par les Armes du
Roy, l'an 1655. les Espagnols
firent paffer d'Allemagne en
GALANT:
85
Tralie par le Pays des Griſons,
un corps de Troupes , & ce
fut ce renfort que receut. le
Marquis de Caracene , qui
obligea le Prince Thomas de
lever le Siege de Pavie ; d'où
il paroift que la France avoit
un notable intereft de faire
executer l'Article 103. du
Traité des Pirenées . Comme
les Eſpagnols ne font en poffeffion
de ce paffage du Pays
des Grifons , qu'en vertu de
l'Article fait l'an 1639. pendant
la
·
guerre entre les deux
Couronnes , il feroit jufte ,
fuivant cet Article , que les
86 MERCURE
chofes fuffent rétablies en
l'eftat où elles eftoient l'an
1617. & que la France cuft
feule la difpofition de ces
paffages , comme elle luy appartient
de droit.
ARTICLE X.
• Toutes les fois que Nous des
trois Ligues aurons de nos Troupes
au fervice de quelque Prince,
Potentat, Republique ou Eftat,
qui voudroient envahir les terres
de Sa Majesté ; en ce cas nous
ferons obligez de rappeller nos
Soldats de leur ordonner expreffement
fur des peinesfeveres,
de mort & de confifcation de
biens , qu'ils ayent promtement
GALANT. 87
àfe retirer en leur Pays , à
quiter inceffamment le fervicedudit
Prince, qu'ils fegardent
d'endommager les Eftats de Sa
Majefte , fous quelque pretexte
que ce puiffe eftre. Et de plus,
pour plus de feureté pour
plus grand éclaircißement , toutes
les fois que l'on fera des levées
dans le Pays , pour quelque Prin
ce* que ce foit, & qu'elles fortiront
de la Patrie , Nous donnerons
ordre exprés aux Soldats
aux Colonels qui les commandent
que dans aucune maniere,
ny dans aucun tems , ils n'aillent
directement , & ne s'affo88
MERCURE
cient à aucunes Troupes , de
quelque qualité qu'elles foient,
qui voudroient attaquer les Eftuts
de Sa Majesté; leur impofant
les mefmes peines , & les
executant à toute riguenr , &
leur faiſant fçavoir cet engagement
& cette capitulation, afin
que dans aucun tems , les Colonels
"
Capitaines Soldats
Grifons n'en puiffent pretendre
cauſe d'ignorance.
J'ay fait voir dans la Lettre
que j'ay écrite à Meffieurs les
Chefs de nôtre Pays , que cet
Article qui deffend de donner
des Troupes pour fervir
GALANT. 89
contre l'Eſpagne n'avoit jamais
efté executé ; que
; que lors
même qu'il fut fait, quoy que
les deux Couronnes fuffent en
guerre , bien loin de rappeller
les Troupes du Païs qui fervoient
en France contre 1 Ef
pagne , on avoit permis l'am
1647. à M Planta , Bouël
& Tcharner de lever des
Compagnies au Pays pour les
mener en France afin de
fervir contre l'Espagne , fans
leur faire aucune deffenfe
d'attaquer les Villes de cette
Couronne en Flandre . Der's
plus , les Capitaines Grifons
Septembre 1690 .
H
90 MERCUR E
qui fervent le Roy , ont fait
venir de tems en tems & à petites
Troupes, des Soldats du
Pays qui leur ont fervy avec
d'autres à compofer des Compagnies
entieres , & ils en ont
toujours tiré des recrues pour
les entretenir. J'ay fait voir
encore que cet Article eft directement
contraire au Traité
de Paix perpetuelle des Grifons
avec le Roy; à l'Alliance
particuliere laquelle . duroit
encore;à la liberté qu'ont euë
les Grifons de donner des
Troupes au Roy, depuis plufieurs
Siecles pour fervir inGALANT.
91
differemment contre tous
Princes , & à la pratique non
interrompue prefque de deux
cens ans , par laquelle on a
vû que les Grifons ont donné
de rêms en tems des Troupes
à la France pour attaquer les
terres du Roy d'Espagne . Je
me fuis étendu fi au longfur
cet Article dans ma Lettre à
Meffieurs les Chefs du Pays,
que je crois inutile de rien
ajouter là dellus .
ARTICLE X X.
Du Traité de l'an 1639 .
··Lefdits Seigneurs Grifons pro
mettent de ne point renouveller
Hij
92 MERCURE
l'Alliance qu'ils ont avec laFranzce
lors qu'ellefera expirée, s'ily
aguerre entre les deux Couronnes;
s'ils la renouvellent , que ce
doit eftre avec cette declaration
expreffe qu'elle fera fufpenduë
fans vigueur pendant que
les deux Couronnes feront en
guerre.
Cet Article eft auffi directement
contraire , tant au Traité
de Paix perpetuelle que les
Grifons avoient avec le Roy,
qu'au Traité d'Alliance particuliere
dont le terme n'eftoit
pas encore expiré . Les Grifons.
ne pouvoient contracter cetGALANT.
193
་
tc Alliance particuliere avec
les Eſpagnols fans violer le
Traité de Paix perpetuelle
auffi-bien que celuy de l'ALliance
particuliere
qu'ils
avoient
avec le Roy.
Il paroît que ces trois Articles
, à fçavoir le fixième , le
dixiéme
& le vingtiéme
du
Traité
de l'an 1639. fait entre
les Efpagnols
& les Grifons ,
font fort prejudiciables
aux
intereſts
du Roy, puiſqu'il
efté accordé
dans l'Article
103 du Traité des Pyrenées
;
que les deux Couronnes
conviendroient
amiablement
de
94 MERCURE
l'intereft qu'elles avoient dans
cette affaire. Le Roy avoit
droit de faire caffer ces trois
Articles , & de faire rétablir
les choſes dans l'état auquel
elles eftoient auparavant . Je
fçay bien qu'il n'eft pas têms
pendant la guerre , que les
Traitez font rompus , d'en
faire executer un qui ne l'a
pas efté pendant la Paix. Il
fuffit que j'aye fait voir le tort
qu'on a fait au Roy par le
Traité de l'an 39. Il fçaura
bien le faire reparer en fon
têms, & faire valoir fon droit.
Il ne faut
pas s'eftonner file
.
GALANT.
95
Roy n'a pas jugé neceffaire
de faire executer cet Article
103. du Traité des Pyrenées ,
pour faire caffer ce Traité
de l'an 39. Il n'y avoit aucun
égard , &ille confideroit.comme
s'il n'avoit pas eſté fair,
parce que les Grifons ne l'avoient
pas ratifié , ny pris foin
de faire executer,ny dés qu'il
fut fait, ny jamais jufques icy ,
l'Article dixiéme le plus im...
portant de ce Traité , qui
porte que les Troupes du
Pays ne doivent pas fervic
contre l'Espagne . St les Grifons
veulent faire valoir cetta
96 MERCURE
deffenfe ; qui eft- ce qui peut
douter que le Roy ne trouve
moyen de leur faire fentir un
jour les effets de fon indignation
, d'avoir rompu le Traité
de Paix perpetuelle , & de luy
declarer la guerre en retirant
leurs Troupes , pour empécher
qu'elles ne fervent contre
le Roy d'Espagne , qui eft
fon ennemy ? Si la fituation
de leurs Pays , qui touche l'Etat
de Milan , les engage de
garder des mefures avec l'Efpagne
, ne font- ils pas obligez
d'en garder aufſi avec la
France , en confideration de
l'ancienne
GALANT.
97
l'ancienne Alliance qu'ils ont
avec cette Couronne
, & des
grands biens- faits qu'ils en
ont receus ! Ils devroient au
moins conferver une exacte
neutralité entre les deux Rois .
Le Roy de France ne trouvera
pas mauvais , & ne recevra pas
grand préjudice que les Grifons
laiffent aux
Eſpagnols les
douze
Compagnies de
hommes qu'ils ont dans l'Eftat
de Milan. Il ne craint
pas même qu'ils leur en donnene
un plus grand nombre,
parce qu'il fçait bien que
leurs
Finances ne leur per-
Septembre 1690 .
I
so .
98 MERCURE
mettent pas d'entretenir & de
payer un Corps de Troupes
de nôtre Nation . Mais ce
feroit une chofe fort étrange
que les Grifons entrepriffent
d'engager les Officiers du
Pays , à quiter le ſervice du
Roy, qui les paye fi regulie
rement, auffi bien que ce prodigieux
nombre de Troupes
de tant de differentes Nations
, & de fes Sujets, qu'il a
fur pied.
Le reſpect & la veneration
que l'on garde pour la Mcmoire
de M' le Duc de MonGALANT
99
› taufier luy a fait rendre
tous les honneurs qui êtoient
deus à une perfonne d'un
merite auffi generalement reconnu
que le fien l'eftoir .
Auffi les
rares vertus qui
l'ont fait admirer pendant fa
vie . ont receu aprés la mort
les juftes Eloges qu'elles meritoient
, dans deux Oraifons
Funebres , prononcées avec
l'applaudiffement
de deux
Affemblées nombreuſes , l'une
le 11.du moispaffé dans l'Eglife
des Carmelites du
Fauxbourg
Saint Jaques, par M l'Abbé
Flechier , nommé à l'Evefché
S
I ij
Joo MERCURE
de Nifmes , & l'autre le 19.
du mefme mois dans l'Eglife
de S. Germain l'Auxerrois fa
Paroiffe , par M' l'Abbé Ancelme.
Comme ces deux excellentes
Pieces font fi bien
liées chacune dans fes parties ,
qu'on n'en pourroit détacher
aucun endroit fans luy faire
perdre beaucoup de fa force ,
je me contenteray de vous
dire qu'elles ont efté l'une
& l'autre données au Public ,
& qu'ayant eu beaucoup de
fuccés , il y a grande apparence
qu'on ne fara pas longremps
fans les envoyer dans
#
GALANT . ICI
voftre Province. Cependant
pour ne vous pas priver du
plaifir de voir ce qui s'eft
fait à la gloire de ce Duc ,
dont les grandes qualitez ont
fait tant de bruit dans tout
le Royaume , je vous envoye
un Ouvrage de Madame
des Houlieres , fur le malheur
arrivé aux Mufes , qui
en le perdant , ont perdu leur
Protecteur.
i
I iij
102 MERCURE
T
§ 2552225222255SSS
SUR LA MORT
De Mile Duc de Montaufier.
I DILLE
Ur le bord d'un ruiſſeau pai-
So
Sible
Olimpe fe livroit à de vives douleurs
,
Et malgré fes autres malheurs
Au fort de Montaufier attèntive &
fenfible ,
Difoit en répandant des pleurs :
Qu'allez- vous devenir , belles Infortunées
,
Mufes, qu'il protegea dés fes jeunes
années ?
GALANT. 103
Qu'allez- vous devenir , Heroïques
Vertus ,
Vous qui tremblantes , éplorées,
Aprés vos Temples abbatus ,
Chez luy vous eftiez retirées ?
Les titresprécieux dontfurent revêtus
Ces Grecs & ces Romains , ornemens
de l'Hiftoire
,
Sont dûs à ce Heres d'immortelle
memoire ,
Qui par des fentiers peu battus.
Marcha d'un pas égal vers lafolide
gloire.
2
Mufes , Vertus , helas ! qui fera voftre
appuy ?
Et qui regardera comme d'affreux
Spectacles
Voftre mifere & voftre ennuy ?
Qui vous écoutera ? Qui voudra
comme luy
I iiij
104 MERCURE
Vous conduire à travers d'innom
brables obftacles
Au grand Roy qui regne aujourd'buy
?
Ah , qu'une telle perte ouvre de
precipices !
Qu'elle va vous livrer à d'injuftes
caprices !
Que de dédains, que de dégoufts ?
Mafes , Vertus , helas ! l'Ignorance
ules Vices
Peut-etre par fa mort triompheront
de vous.
2
Injustice de la Nature !
Les arbres dont l'ombrage embellit
ces cofteaux ,
Ne craignent point des ans l'irreparable
injure ;
Leur vieilleffe ne fert qu'à les rendre
plus beaux.
GALANT. 105
Aprés avoir d'un fiecle achevé la
mesure ,
Ils paffent bien avant dans des fiecles
nouveaux.
Où voit-on quelque homme qui
dure
Autant que
les fapins , les chefnes,
les ormeaux ?
S
Mais pourquoy m'amufer dans ma
douleur mortelle
Afaire à la nature une vaine querelle
?
Arbres qui vivezplus que nous
Foüiffez d'un deftin fi doux ;
Fay bien d'autres fujets de murmurer
contr'elle.
Puis-je voir fans blâmer des ordres
fi cruels ,
Qu'un de ces indignes Mortels
ue dans fa pareffe elle forme Que
106 MERCURE
De ce qu'elle a de plus mauvais,
Plus tard qne Montaufier s'en.
dorme
De ce fatal fommeil qui ne finit
jamais ?
Un excés de douleur & de delica.
teffe
Porte ma colere plus loin.
Tout homme , quel qu'il foit , dont
elle a pris le foin
De conduire la vie à l'extrême vieilleffe
,
Quand il s'offre à mes yeux les
bleffe.
Non , je nefçaurois plus fouffrir
Que dela fin d'un fiecle icy quel
qu'un approche,
Sans luy faire un fecret reproche
Du long-temps qu'il eft à mourir.
S
GALANT. 107
Vous , qu'avec une ardeur fincere
F'invoquois pour fauver une Tefte fi
chere ,
Dieux , quelquefois ingrats &
Sourds !
Seize luftres entiers ne firent pas le
Cours
D'une vie également belle ,
Et qui devoit durer toujours
Si le merite eftoit un affeuré fecours
Contre une loy dure & cruelle.
Vous ne vouliez pas que fon coeur
Euft le plaifir de voir ce Prince dont
l'enfance
Fut confiée à fa prudence ,
Une feconde fois Vainqueur
Des fieres Nations
que
l'Envie &
[ Erreur
Ofent armer contre la France.
Vous eftes fSaattiissffaaiittss. Les barbares
efforts
108 MERCURE
De la Déeffe qui delie
Les invifibles nauds qui joignent
l'ame au corps,
Ont fait quefur les fombres bords
Montaufier a rejointfa divine Julie.
Tous deux malgré cette Eau qui fait
que tout s'oublie ,
Sentent encor de doux tranſports ;
Et tous deux font fuivis de as illuftres
Morts ,
Qui dans unefaifon aux Muſes plus
propice ,
Firent de leurs charmans accords
Retentirfi longtemps le Palais d'Artenice
,
Tandis que des grands noms du Heros
que je plains
Aux fiecles à venir on transmet la
memoire ,
Et que les plus fçavantes mains
Elevent à l'envi des Temples à fa
gloire.
GALANT 109
Mr le Clerc , de l'Academie
Françoife , s'eft auffi adref,
fé aux Mufes dans un Sonnet
dont la perte que nous avons
faite de M de Montaufier ,
luy a fourny la matiere . II
eft trop beau pour ne vous
en pas envoyer une Copie.
SONNE T.
Ontaufier ne voit plus la lumiere
du jour,
Mufes , que fon trepas a fi fort de
folées ,
A l'honneur de fon nom dreſſez des
Maufolées,
Dignes de fa vertu , dignes de vostre
amour.
110 MERCURE
[
2
Dés fes plusjeunes ans il vous faifoit
la cour,
Et quand de nos Climats Mars vous
eut exilées ,
On vous y vid bien - toft par fesfoins
rappellées ,
Accommoder vos chants aufier bruit
du tambour.
S
Que nos derniers Neveux , par voftre
miniftere ,
Apprennent à quel point il fut jufte
&fincere
Vaillant & liberal , fage : actif,
éclairé.
$
>
Mais non , LOVIS a fait son vray
Panegyrique ,
Quand pour former d'un Fils le
courage heroïqne ,
GALANT III
A fes plus grands Sujets fon choix
l'a préféré.
Quoy que nous foyons
dans une ſaiſon fort éloignée
du Printemps , je ne puis
m'empefcher de vous faire
part d'un Air qui fut fait lors
qu'on partit pour ſe rendre
en Flandre & en Allemagne.
Comme la Campagne n'eft
pas encore achevée, je le croy
affez du temps pour vous
l'envoyer , puifque les paroles
marquent la peine que foufrent
nos Belles d'eftre feparées
de leurs Amans . Cet Air
112 MERCURE
eft de la compofition de M¹
Capus , Maistre de Mufique
fort eftimé , & étably à Dijon.
AIR NOUVEAU.
A pluspourmoy de charmes.
H , Printemps , ton retour n'a
Le cher objet de mes tendres defirs
S'éloigne de mes yeux malgré tous
mes foupirs ,
Moins fenfible à l'amour qu'à la fureur
des armes.
Ah , Printemps , ton retour n'a plus
pour moy de charmes.
Il ramene en ces lieux lesJeux &
les plaiſirs ,
Il fait naiftre les fleurs & voler les,
Zephirs,
Ah Prin
Fiet
a
S
O
mer Le
½
de
mes
yeur
malgre
tours
siblea
Printems
ton
de ch
1
Firs ilf
$
crain ter
m
retour
n
ces
lieux
les
jeux
les
zephirs
et
dansmon
Fourn'a
pour
moi
plus
d
I12
J
cher
ob
es sou pir
na pour
et
les
coeur
ch:
GALANT. 113
Et dans mon coeur il met le trouble
& les alarmes.
Ah, Printemps , ton retour n'a plus
pour moy de charmes.
Comme les Victoires du
Roy ont continué , on a fait
de nouvelles réjoüiffances .
dans toutes les Villes , &
celle d'Agen n'a rien épargné
ponr faire voir combien
elle s'intereffoit fenfiblement
aux avantages que l'Armée
Navale de Sa Majesté a
remportez fur celle des Anglois
& des Hollandois . Le 7.
du mois paffé , jour choiſi
pour en rendre graces à Dieu,
Septem bre 1690. K
114 MERCURE
Mr l'Evefque d'Agen fit ri
chement tapiffer une grande
Galerie qui eft dans la court
de l'Eveſché . Un grand Bufte
du Roy fut exposé au milieu
fous un magnifique Dais , &
la nuit eftant venue, on alluma
un nombre prefque infiny
de lumieres qui illuminerent
toute cette Galerie , avec de
grands flambeaux de circ
blanche aux coftez du Bufte .
Pendant tout ce jour & toute
la nuit, on regala de vin & de
plufieurs mets tous ceux qui
fe prefenterent. Le Corps de
Ville fit mettre toute la BourGALANT.
IIS
geoific fous les armes , avec
lesCapitaines & les Sergens de
quartier, qui affifterent au feu
de joye. Il fut allumé aprés
que l'on cut chanté le Te
Deum dans la Cathedrale , &
ce fut un feu continuel de
Moufqueterie & de Canon .
M'Albengue fit une Compagnie
particuliere de cinquante
jeunes hommes des mieux
faits de la Ville , chacun avec
fon Moufquet. lls firent un
tres grand feu , & enfuite il
les traita tous magnifiquement
. Mr Bru , Procureur Sin .
dic de l'Hoftel de Ville , fe
Kij
116 MERCURE
fit diftinguer par la reprefentation
d'une Armée Navale ,
en relief fufpenduë en l'air.
A l'entrée de la ruë de Garonne
où il loge , ilavoit faiɛ
élever un grand portique couvert
de laurier , au couronnement
duquel on voyoit un
grand Tableau , où le Roy
eftoit peint à cheval, foulant
fes Ennemis à fes pieds . Au
deffous de ce Tableau, il y en
avoit trois autres moins
grands , qui reprefentoient
admirablement bien trois
combats de mer ; l'un devant
l'Ile de With , l'autre de M
GALANT. 117
le Marquis de Villette , & ls
dernier de l'Armée Navalc
du Roy, qui en pourſuivant
les Ennemis les obligeoit de
mettre le feu à leurs Vaiffeaux.
Ces trois Tableaux qui
eftoient tres- bien faits , & entourez,
ainsi que celuyduRoy,
de guirlandes de laurier & de
fleurs , avec les Infcriptions
de chaque combat , faifoient
un fort bel effet . Aux deux
angles du Tableau du premier
combat de mer , qui fe
rencontroit au milieu du Porsique
, & qui cftoit plus grand
que les deux autres , on avoir
118 MERCURE
attaché deux petits Navires
en relief ornez de toutes leurs
voiles , cordages , ancres, guidons
& banderoles . Si-toft
qu'on eftoit entré dans ce
Portique , on voyoit en l'air
un gros Vaiffeau , nommé le
Soleil , où fix perfonnes auroient
pû le mettre fort faci -
lement leftoit peint & doré,
garny de quatre- vingt pieces
de Canon , avec le Pavillon
blanc aux Armes de France ,
& toutes les voiles de tafetas
de la Chine . Tous les
Guidons & banderoles de
differentes couleurs eftoient
GALANT: 119
auffi de taffetas, & on voyoit
fur les mafts & fur les cor
dages quantité de figures en
boffe ronde , tant Officiers
& Soldats , que Matelots qui
grimpoient aux cordages . Ce
Vaiffeau eftoit fuivy d'un autre
moins grand , nommé le
Terrible , proprement fait , &
avec foixante pieces de Canon.
Il y avoit enfuite douze
autres Vaiffeaux en boffe auffi
bien équipez , portant tous
Pavillon bleu. Ces Vaiffeaux
vinrent la nuit attaquer le
Soleil & le Terrible , qui firent
un fi grand feu fur l'Ef
120 MERCURE
cadre bleue , qu'ils en brûlerent
quatre, en prirent un, &
mirent le refte en fuite. Ce
combat fe fit à la clarté de
quatre- vingt grandes lanternes
aux Armes du Roy ,
fleurdelifées & femées d'L
couronnées , qui cftant placées
avec fimetrie, éclairoient
toute la ruë. La Fefte fe termina
par des danfes & des
feux particuliers qu'on fic
dans toute la Ville . Chaque
Magiftrat Prefidial fit la danfe
de fon quartier ; chaque
Conful fit la mefme chofe, &
toutes ces danfes alloient
dans
GALANT. 121
dans la court de l'Evefché,
où inceffamment l'on verfoit
à boire à tous ceux qui en
vouloient . Le Procureur Sin.
dic , qui fut occupé tour ce
jour- là à donner fes ordres
pour la repreſentation du
Combat Naval , fit allumer de
nouveau le lendemain au foir
toutes les Lanternes de fa ruë,
& ſe mit à la tefte de tout fon
quartier , qui fit une danſe ſi
nombreuſe , qu'elle fe multiplia
auffi- toft en huit autres
danfes.
Je ne vous parleraypoint d'un
Feu d'artifice qui a eſté fait à
Septembre 1690.
...L
122 MERCURE
·
par
Uzez dans la mefme occafion
l'ordre de M ' l'Evefque
,
ny d'un Soupé magnifique
de
cinquante
Couverts
, qu'il
donna enfuite à toute la Nobleffe
du Pays. Je vous diray
feulement
que le bruit de
cette Feſte ayant attiré un
fort grand nombre de nouveaux
Convertis
, la Cathedrale
s'en trouva toute remplie
dans le temps du TE DEUM .
Il fut chanté en Mufique
en prefence des Corps. de Ville
& de Juftice , & ce Prelat
avant que de fe reveſtir de fes
habits Pontificaux
, alla s'affeoir
au Fauteuil
dont il fe
GALANT. 123
fert ordinairement pour entendre
le Sermon , & fit le
difcours qui fuit.
M
ESSIEURS,
Après avoir fouvent réuny
nos voeux dans cette Eglife pour
la profperité des Armes du Roy,
il est bien juste que nous y réuniffions
aujourd'huy nos prieres
&nos voix pour rendre graces
à Dieu qui les a exaucées par
le fuccés des deux plus grandes
plus completes Victoires, dont
il ait jamais favorisé l'Empire
du Fils aifné de fon Eglife . Je
Lij
124 MERCURE
ne fçay cependant , Meffieurs ,fi
nos premieres actions de graces
ne feroient pas mieux employées
pour la confervation de la vie &
de la fanté du plus heureux &
du plus fage de tous les Conquerans,
Louis le Grand , noftre Augufte
Monarque ; car quoy qu'il
nous foit infiniment glorieux &
avantageux dans les conjonctures
prefentes , d'avoir mis en fuite
quarante mille hommes , d'eftre
demeurez maistres du champ de
Bataille , de leur avoir enlevé
Bagage , Canons , Drapeaux, &
d'avoir jetté la confufion & le
defordre dans ce puiffant Corps
GALANT. 125
de Troupes , que tous les Princes
de l'Europe conjure contre
nous , avoient formé pour porter
le fer & le feu jufque dans le
oeur de la France ; quoy qu'il
foit encore beaucoup plus honorable
à la Nation , & plus
honteux à nos fuperbes Ennemis
, que nostre Flote , maistreffe
des deux mers , ait fait rougir
l'Ocean du fang des Anglois &
des Hollandois, couvert toute la
cofte du débris de ces deux puiffantes
Flotes , qui faifoient l'ef
perance de tout le party , & qui
Je font veues contraintes par
defefpoir de bruler & de couler
Liij
126 MERCURE
à fond leurs propres Vaiffeaux,
pour fe confoler de leur perte par
l'honneur imaginaire de n'avoir
pery que
cependant , Meßicurs , fans
craindre de ne paroiftre pas affez
de leur
propre
main ;
fenfible à ces faveurs du Ciel, je
publieray hautement que prefe
rablement à ces victoires furprenantes
, il faut benir l'aimable.
Providence de Dieu fur nous,s
qui nous comble de toutes ces
faveurs en nous confervant la
perfonne du Roy, qui comme un
fage Pilote , & comme un Monarque
accompli , par l'application
continuelle qu'il apporte aux
GALANT. 127
affaires de l'Etat , comme à celles
de la guerre par les ordres qu'il
donne aux Armées de terre comme
à celles de mers femble tenir
d'une main le gouvernail de fes
Vaiſſeaux , & de l'autre les rênes
de fon Empire , également
admirable & terrible fur la mer
&fur la terre , à la tefte de fes
Troupes dans le fecret du
Cabinet. Car enfin quel remerciement
ne doit - on point au Ciel
pour la confervation d'une perfonne
fi neceffaire au falut de
fon Roume , dont la profonde
Sageffe occupée fans relâche de
tous nos befoins , attentive à
•
Liiij
128 MERCURE
toutes nos neceffitez , appliquée
à découvrir à déconcerter tous
les deffeins que la jalousie , lafu
la perfidie de nos
reur
Ennemis avoient formez contre
La France , s'étend également
fur la Meufe &fur le Rhin ,
dans la Savoye dans le Piedmont
, fur la Catalogne & fur
la Flandre , fur la Mediterranée
comme fur l'Ocean , équipant
des Flotes & fortifiant des
Places , imprimant aux Soldats
la noble ardeur dont ils paroif
fent animez entretenant la
paix , la feureté & la tranquillité
dans toutes les parties defon
GALANT 129
Royaume ; bonheur dont nous
joüiffons dans nos montagnes,
dont nos Alliez reffentent les
effets jufqu'à l'extremité de l'Europe
? C'est à la veuë de ces
merveilles de ces prodiges &
furprenans , que je ne puis m'empefcher
d'employer pour Louis le
Grand les paroles que le Saint
Esprit femble nous mettre aujourd'huy
luy- même dans la bouche
: Sapientia ædificavit fibi
domum
, fubdidit
fibi gentes,
fuperborum
& fublimium
colla propriâ virtute calcavit
. La fageffe de Louis , le Sa-
Tomon de la France , luy a báty
-
130 MERCURE
une maifon d'une magnificence
fans pareille ; mais pour une qu'-
elle luy a faite , elle luy en a fait
rétablir mille pour le Sauveur du
monde. Cette fageffe luy a foumis
cent differens Peuples armez
contre luy . Enfin cette mefme
fageffe a feeu humilier ces Teftes
fuperbes , ces fiers Ennemis ,
ces Rois de la mer de la terre,
fans emprunter d'autres forces
que les fiennes.
&
Peut- on ne pas admirer la
grandeur d'ame de ce Heros , né
pour la felicité de l'Univers, qui
dans les plus preffans befoins de
fon Royaume, attaqué par toutes
GALANT. 131
les Puiffances de l'Europe , fe fais
un devoir de partager fes forces
pour ne pas manquer à un Souverain
legitime , depoſſedé par
un injufte Ufurpateur, & abandonné
lachement de ceux mefmes
que la fidelité & la Religion devoient
luy attacher le plus fortement?
Luy feul le retire : le confole,
lefouftient, & tandis que les
autres Princes oublient leurs veritables
intereſts pour foûtenir
Ufurpateur, il n'épargne rien
pour le rétablir fur le Trone , per
fuadé que lagloire defouftenir une
Couronne eft plus grande que
de la porter. Peut- on ne pas admirer
la pieté fincere & relicelle
132. MERCURE
gieuſe de Louis le Grand , dont
les deffeins toujours pacifiques
religieux , n'ont jamais fait
prendre les armes que pour eftre
en eftat d'affurer les Temples &
les Autels du Dieu des Armées,
& qui malgré toutes les veuës
d'une politique intereẞée , a donné
la paix à l'Europe , quand il
a cru qu'elle pouvoit eftre funefte
aux Ennemis du Sauveur &
de la Religion , content de foutenir
aujourd'huy cette fanglante
guerre , fans aucun autre intereft
que celuy d'achever de les abattre
& de les confondre ?
Mais pourquoy neparler que
GALANT. 133
d'admiration d'étonnement
la veuë de tant de merveilles ?
Eft-ce un miracle nouveau que
nous voyons ? N'est- ce pas le
bonheur ordinaire de Louis le
Grand? Les autres années de
fon regne ont - elles efté moins admirables
? La force & la justice
de fes armes n'a -t- elle pas toujours
efté redoutable à fès Ennemis
, favorable
à fes Alliez ,
terrible à chacun de ces mefmes
Princes qui ne font raffemblez
que pour donner une plus grande ·
étendue à fes triomphes , es un
plus grand éclat à fa gloire ?
Pourquoy donc fe récrierfur fes
134 MERCURE
dernieres victoires , qui ne font
qu'une fuite d'une infinité d'autres,
une continuation des
benedictions que la Religion luy
attire? Que dis-je ? C'eſt à l'É
glife à fe récrier, & à confacrer
des victoires fi neceffaires à la
confervation de la Foy & à
l'extinction de l'Herefie . C'eft
à elle à celebrer des victoires qui
ôtent les armes aux Ennemis
étrangers , qui les font tomber
des mains des Ennemis domeftiques
, dont la révolte &la
fureur font toute l'efperance des
Conjurez des victoires qui rompent
les mesures de nos perfides
;
GALANT. 135
=
Alliez de nos voisins infidelles
, qui malgré la conſpiration
de tant d'adverfaires , ou=
vrent un chemin à la Paix qu'ils
feront bien-toft contraints de demander;
trop heureux de recou
rir à la clemence de celuy dont
ils redoutent fi fort le pouvoir ,
d'eftre affurez par plus d'une
experience , que jamais la fortune
ne luyfait oublier fa bonté.
Le Traité avantageux que Sa
Majefté offre au Duc de Savoye
, en est une nouvelle preuve,
dont la memoire fera éternelle .
L'Hiftoire la confervera comme
un monument de la puiſſance tt)
136 MERCURE
de lagenerofité de Louis le Grand,
de fa puiflance , ayant pu d'abord
fe faire juftice , le perdre
& l'abifmer ; de fa generofité ,
ayant bien voulu luy faire grace
luy pardonner auffi 10ft qu'il
aura témoigné fon déplaiſir.
Elevez donc vos voix, Chantres
, Muficiens. Que ces voûtes
retentiffent de vos Cantiques
d'allegreffe , Peuple fidelle . Animez
vos coeurs d'un Zele tout
nouveau , Ecclefiaftiques , Prefires
, Miniftres deF. C. rédoublez
vos prieres; elles monteront
comme un encens odoriferant
vers le Trône du Dieu des ArGALANT.
137
de la mées , en action de graces
confervation de l'augufte Perfonne
de noftre invincible Monarque
, des deux celebres
Victoires qui nous en promettent
beaucoup d'autres, & qui ne nous
laiffent plus rien à defirer qu'une
prompte & heureufe Paix , que
LOUIS donnera encore une
fois à toute l'Europe.
La Ville de Mende , dans
le Givaudan , Province du
Gouvernement de Languedoc
, n'a pas monftré moins
de zele, qu'Agen & Vzeż.
: Les Chanoines de la Colle
M
Septembre 1690 .
138 MERCURË
giale de tous les Saints firent
dreffer un Feu de joye dans
beur court avec toute la magnificence
poffible . Ils s'y
rendirent
tous en Surplis
& en Aumuffes ayant leur
Doyen à leur tefte , & tenant
chacun un Cierge de cire
blanche à la main , & aprés
avoir chanté le Te Deum , &
commencé le Veni Creator ,
ils allumerent ce Feu à ces
paroles , Accende lumen fenfibus.
Entre les Particuliers de
la Villa , M' de Reverſac ,
Treforier de France en la Geacralité
de Montpellier
qui
GALANT. 139
eftoit alors à Mende avec fa
Famille, fe diftingua par un feu
d'artifice fort agreable . Il fut
allumé devant fa maiſon au
bruit de fixMufettes, de douze
Violons, de quatre Trompetes,
& d'une affez grande Mouf
queterie . Le Bal fucceda à ce
divertiffement , & la Compagnie
groffit de telle forte en
fort peu de temps , qu'on fut
obligé de danfer dans une
court extrémement ſpatieuſe .
Douze Maſques fuperbement
veftus , y vinrent accompagnez
d'une bande de Violons,
& par les fauts furprenans
Mij
140 MERCURE
qu'ils firent , il fut aifé de
connoiftre que c'eſtoit une
Troupe de Comediens nouvellement
arrivée . Ces rejouïffances
durerent jufqu'au
jour.
On en fit de fort grandes à
Nogent le Roy le 23. de Juillet
, pour la Victoire remportée
à Fleurus par l'Armée
du Roy , & elles furent renouvellées
le 30. du meſme:
mois pour la défaite des Flo- «
tes Angloife & Hollandoife .
Deux Compagnies de Bourgeois
formerent une efpece de:
Bataillon, qui fut fuivy d'une
GALANT. 141
5
Compagnie de Cadets , chacun
de huit à neuf ans , tous
bienfaits
& propres
. Elles
marcherent au bruit des Fi
fres, des Violons , des Tambours
, & des Trompettes
, &
allerent fe ranger prés de
l'Eglife en deux lignes para-
Telles . Aprés que l'on cûts
chanté le TE DEUM , pendant
lequel tout le Canon fut
tiré , les Compagnies
defi
lerent, & monterent au Chaf
teau , ayant Meffieurs de la
Juſtice à leur tefte . Elles fe
placerent dans l'Hippodrome
, qui fait face à un fuper-
-
142 MERCURE
les
be Perron du mefme Chaf
teau , & le jeune Fils de M'
le Marquis de Biron , Gendre
de Madame la Comteffe de
Nogent , alluma le Feu avec
une grace qui le fit admirer
de tout le monde , aprés quoy
Moufquetaires , Fuzeliers,
& autres, firent une décharge
de toutes leurs Armes . Mr le
Bailly tint ce,foir- là table ouverte
, & M's de Brehainville,
de Sainte Joye , Leger , Vaillant
& Boucher , qui commandoient
les Milices , figna
lerent leur adreffe par les divers
mouvemens qu'ils leur
GALANT. 143
firent faire.
L'épanouiffement
de la joye fut fi grand parmy
le Peuple , qu'on tira pendant
la nuit plus de mille
coups d'Armes à feu. Les
Dames mêmes fe montrerent
Amazones , & fe firent un
plaifir de tirer le Piſtolet .
II s'eft fait auffi une grande
réjoüiſſance à Marſeille pour
les avantages qu'ont remportez
les Armes du Roy . Elle
fut ordonnée par M' d'Arvieux
, Commandant de la
Milice de quatre quartiers du
terroir de cette Ville-là , dans
la Paroiffe de Noftre- Dame
&
144 MERCURE
de Grace , joignant la terre du
Caner . Aprés les actions de
graces renduës à Dieu , il fit
mettre en ordre fa Compagnie
, compofée de trois cens
hommes, marcha à leur teſte,
& paffant trois fois devant le
Portrait du Roy qui cftoit
für le Portail de l'Eglife , il le
falua de fa pique en trois diverfes
manieres. La mefme
chofe fut faite par
Officiers , & par M d'Arvieux
fon Fils , qui eft fon
Enſeigne , & qui falua auffi
du Drapeau . Cette Compagnie
s'eftant remife à fon preles
autres
mier
GALANT. 145
mier pofte , on tira devant
l'Eglife trente fix Boëtes , &
les Soldats firent trois dé--
charges de leurs Moufquets .
Après cela, Mt d'Arvieux
leur commanda de mettre les
armes à terre, de tirer l'épée ,
& de la tenir haur élevée en
figne de la promeffe qu'ils
faifoient devant Dicu de
donner leur vie pour le fervice
de Sa Majeſté , & pour la
défenſe de la Foy. Il les fit
enfuite défiler par quatre , &
ils marcherent autour de fes
dépendances , faiſant un feu
continuel pour marquer leur
Septembre 1690 .
N
>
146 MERCURE
joye. Ils fe rendirent encore
dans le mefme ordre à l'Eglife
devant laquelle ils allumerent
un grand Feu avec
toutes les ceremonies qui fe
pratiquent dans les occafions
de cette nature . La Fefte fut
terminée par les Vigiles des
Morts , & par d'autres Prieres
qu'on fit pour le
mes de tant de Braves qui ont
répandu leur fang dans une
guerre qu'on peut appeller de
repos
des AReligion
, puifque la France
fouftient la Foy Catholique
contre un fort grand nombre
d'Alliez qui cherchent à la
détruire.
GALANT. 147
Les mefmes réjouiffances
ont efté faites à Toulon , où
l'on a chanté le TE DEUM
dans la Cathedrale avec beaucoup
de ceremonic . Entre les
Particuliers qui ont fignalé
leur zele dans cette rencontre
on peut dire que M ' Mallard
s'eft diftingué . Il fit parer
magnifiquement l'Eglife des
Peres Auguftins Defchauffez
qui eft la plus belle de la
Ville. On y voyoit un Por
trait du Roy repreſenté avec
fa Cotte d'Armes , & au deffous
ces paroles , Cunctis fufficit,
& necat omnes , pour
Nij
148 MERCURE
faire entendre, que quoy qu'il
foit feul à combattre tous les
Souverains de l'Europe liguez
contre luy, il ne laiffe pas de
les furmonter. Sous ce Portrait
eftoient d'un cofté les
Armes de France avec ces
mots Terraque Marique
triumphant, & de l'autre celles
de la Ville de Toulon , qui
font d'azur à une Croix d'or.
Ces paroles fe lifoient autour ,
Fidum femper erit Regique
Deoque Tolonum , pour marquer
la fidelité que Toulon
garde inviolablement
à Dieu
& au Roy. Le matin du 13.
GALANT. 149
du mois paffé , jour choify
pour cette Fefte , le Pere Raphaël
, Prieur du Convent,
celebra une Meffe folemnelle ,
Aprés Vefpres , les Religieux,
ayant chacun un Flambeau à
la main, firent une Proceffion
où l'on porta l'Image miraculeufe
de noftre Dame de
Montaigu . Le foir , les Violons
au dedans , & les Tambours
& les Fifres au dehors ,
firent connoiftre qu'on alloit
chanter le TE DEUM. Cette
ceremonie eftant achevée, le
Pere Prieur , accompagné de
plufieurs Religieux portant
Niij
150 MERCURE
certe
des Flambeaux , alla benir &
allumer le Feu de joye qui
avoit efté dreffé entre l'Eglife
, & la Maifon de M
Mallard . Je ne vous dis
rien des illuminations qui
eftoient aux feneftres , & en.
d'autres endroits de
Maifon, ny du regale qu'il fic
ce foir là à fes Amis .
Le 23. du mois paffé , on fit
à Cologne , dans l'Eglife Ca
thedrale , un Service folemnel
pour Madame la Dauphine
. Tous les Ecclefiaftiques
de ce Dioceſe s'y trouverent
avec les Religieux de
GALANT . IȘI
tous les ordres. L'Office s'y
fit en Mufique , & on y entendit
toutes fortes d'Inftrumens.
Les Timbales & les
Trompettes étoient couvertes
de frife noire. Un tres- grand
nombre de cierges brûloient
dans des chandeliers d'argent
tout autour du Maufolée . Le
cercueil eftoit couvert de
drap noir , avec un carreau
de velours noir bordé d'argent.
On avoit pofé fur ce
carreau une Couronne d'or
enrichie de Diamans , & on
voyoit au deffus une reprefentation
de Mort qui volti-
Niiij
152 MERCURE
geoit . La Meffe fut celebréc
par un Evefque , & les Bourguemeftres
les Magiftrats ,
& tout ce qu'il y avoit à Cologne
de perfonnes confiderables
affifterent à cette lugubre
Ceremonie . Aprés la
Meffe , l'Evefque & les Prelats
s'avancerent vers le Maufolée
, fuivis des Chanoines
qui avoient de longues robes
de velours rouge & des furplis
par deffus . On fit les encenfemens
, & le tout le termina
par des chants lugubres.
Mi le Prevoft a foûtenu
GALANT. K
蝉
rs
depuis peu de temps au Cok
lege Mazarin , des Thefes de
Mathematique fur l'Archite
ature Militaire . Comme elles
eftoient dédiées à M's les Prevoft
des Marchands & Echevins
de Paris , ils firent l'honneur
au Soûtenant d'y vouloir
bien affifter en Corps .
Ces Thefes eftoient imprimées
en livre , & dans ce li
vre on avoit reprefenté l'Hoftel
de Ville , avec la marche
de fes Officiers . Il contenoit
plufieurs autres Tailles- douces
, fuivant les fujets qui devoient
fervir de matiere à la
154 MERCURE
'
difpute . L'Aſſemblée für illuftre
& fort nombreufe , & le
Soutenant s'attira une approbation
generale par les répon
fes. On diftribua dans l'Af
femblée une Ode Latine , faite
par M le Comte , à l'honeur
de ceux à qui les Thefes
eftoient dédiées . Je vous en
envoye la traduction . Elle eſt
d'un des plus heureux Geniess
de l'Academie Françoiſe
.
GALANT. 155
A MESSIEURS
Les Prevoft des Marchands
& Echevins de la Ville
de Paris .
F
Ourcy, puis qu'en tous lieux
par tes travaux utiles ,
De Paris abaque jour s'augmente la
Splendeur,
Et qu'enfin la Reine des Villes
Par toy voit fa beauté répondre àfa
grandeur.
Donne trève à tes foins,fuis la voix
qui t'appelle
Au plaifir innocent de nos doctes
Combats i
156 MERCURE
Et vous qu'anime un mesme Zele,
Son fidelle coonfeil, accompagnezfes
pas..
G
Là ne s'agitent point ces difputes fri
voles ,
O à la raison trop vive obfcurcit le
difcours ,
Etfur un vain jeu de paroles
Se debat & s'égare en mille faux
détours.
3.
Mais là brille cet art à qui tout cft
poffible ,
Qui ceint une cité d'invincibles
remparts ,
Et qui d'un mur inacceffible
Porte, comme il luy plaiſt, la mort de
toutes parts...
S
On y voit un Enfant , d'une main
intrepide,
GALANT.
157
Allumer les Canons dont il eft entouré
;
Déjafon adreffe homicide
Menace l'Ennemy d'un trépas affure.
2
C'est avec ce bel Art que fans eftre
nombreuſe
Une Troupe refifte à mille efforts
divers ,
Et que la France belliqueufe
Sous le bras de LOVISfait trembler
l'Univers.
&
Par ce bel Art , Fleurus deformais
fi celebre,
A vû fes champs couverts d'une
moiffon de morts ,
Et du fang des Peuples de l'Ebre
La Meuse épouvanite a vû rougir
fes bords.
2.
158 MERCURE
x
Par luy de nos Guerriers l'heroïque
Vaillance
A lancé fur les mers cent foudres
irritez,
Et des Ennemis de la France
Fait voler en éclats les flotantesCitez.
S
Quelfracas ! & combien fur l'onde
lumineuse
Periffent par le feu de Superbes
Vaiffeaux !
Tout brûle, & la flame orgueilleufe
S'applaudit de regner fur l'empire
des eaux.
S
Les reftes malheureux de ces triftes
naufrages
Vont heurter les rochers effrayez &
Surpris ,
Et la mer avec fes rivages,
Toute avare qu'elle eft , partage le
débris.
GALANT. 159
$
Les Enfans d'Albion . malgré leur
arrogance ,
En ont tremblé
d'horreur , & par ces
grands exploits
Ont vi
commencer la vangeance
De leur noir attentatfur la Pourpre,
des Rois.
Il paroift un Livre nouveau ,
intitulé , Les Philofophes à l'encan.
Il contient deux Dialo
gues , dont l'un eft traduit
de Lucien. Ce premier Dialogue
renferme ce qu'il y a de
plus particulier
à dire de la
doctrine de
Pythagore , de
Diogene , d'Ariftippe , de
Democrite , d'Heraclite , de
160 MERCURE
Socrate , d'Epicure , de Chryfippe,
d'Ariftote, & de Pyrrhon.
Il eft accompagné de
remarques fort utiles pour
l'intelligence de beaucoup de
chofes , & il y en a de meſ
me fur le fecond Dialogue,
qui eft purement du Tradu
teur. Il a continué la ma
tiere , afin de parler des autres
Philofophes celebres dont
Lucien n'a rien dit. Ainfi en
lifant ce Livre avec les Remarques
, on apprend la vie
de tout ce qu'il y a eu de Philofophes
confiderables dans
l'Antiquité.
GALANT. 161
Mi l'Abbé de Pezene a
fatisfait l'empreffement du
Public , en permettant au S
Coignard Libraire , de faire
imprimer l'excellent Panegyrique
de S. Louis , qu'il prononça
le 25. du mois paffé ,
dans la Chapelle du Louvre.
Heft en vente depuis quelques
jours , & je vous l'envoye.
Je fuis affuré que vous
trouverez dans cet Ouvrage
tout ce que l'éloquence la
plus fine peut fournir de vif
à un efprit delicat, qui poffede
parfaitement fa matiere , &
qui fçait toujours s'en rendre
Septembre 1690.
O
162. MERCURE
maiftre Lifez, Madame . Tout
ce que je vous dirois ne ferviroit
qu'à retarder le plaifir
que vous recevrez de cette
lecture .
que
Les actions merveilleufes du
Roy , ont tant de rapport à
celles de S. Louis , que le Pane
gyrique de l'un emporte prefneceffairement
le Panegy
rique de l'autre. C'est ce qui
fit dire le jour de la Fefte de ce
Saint , au Pere de S. Martin
Jefuite , Profeffeur de Rethorique
, lors qu'eftant monté
en Chaire dans l'Eglife de .
I'Hofpital general de la Ville
"
1
GALANT. 163
de Perigueux , il en commença
l'éloge. Ne croyez point que
je puiffe feparer les louanges
qu'on leur doit. Vous reconnoi-
Atrez Louis le Grand , dans
ce que je vous diray de plus
merveilleux de la vie de Saint
Loüis , & vous trouverez les
images fenfibles des vertus de
S. Louis dans les actions de Louis
le Grand. Ce Pere fit enfuite
la divifion de fon difcours ,
en difant que S. Loüis avoit
fait triompher la Religion
dans luy mefme , dans fes
Etats , & dans les Royaumes
étrangers ; dans luy - mefme,
ojj
164 MERCURE
*
par fon application à praciquer
les vertus les plus heroïques
du Chriftianifme ; dans
Les Etats, par la fageffe & par
fa douceur à ramener à leur
devoir ceux de fes Sujets que
- l'erreur & le vice avoient eu
le pouvoir d'en éloigner ; &
dans les Royaumes étrangers,
par fon courage & fon zele à
défendre la Religion contre
les Infidelles qui avoient cherché
à la détruire. Tout cela
fut accompagné de preuves
auffi fenfibles que fortes , &
lors qu'il les cut finies Je
n'auray pas de peine , ajoû
V
CALANT . 165-
ta - t - il à vous faire entrer
dans ma penſée. Penetrez de
tout ce que le Roy fait tous les
jours de grand pour les interefts
de la veritable Religion , vous
avez déja mis dans votre esprit
à la place du Saint dont je vous
parlois , le pieux Monarque
dont je devois vous parler . La
moderation de l'un , fa charité,
fa douceur,fa juftice ,fa modeftie,
fa clemence, fafageffe , fa piete,
fon Zele , qui fe font prefentées
à vos yeux en mefme temps
queje vous marquois les vertus
de l'autre , vous ont déja fait
I juger de la conformité de leur
166 MERCURE
de
vie , & vous n'avez pas creu
qu'il fuft une copie plus fidelle
du triomphe que la Religion a
remportéfous le regne de S. Lcüis ,
que le triomphe qu'elle remporte
aujourd'huy fous le regne
Louis le Grand. En effet, quelle
force n'a pas deu avoir la Religionfur
le coeur de cc Monarque,
pour l'arrester tant de fois au
milieu de fes Victoires ?Rappellez
dans vostre esprit ce que
nos Ennemis àſa moderation . Il
pouvoit tout attaquer & tout
vaincre. Sa prefence renversoit
les murs des plus fortes Places.
Les Provinces entieres preve--
doivent
GALANT.
167
noient fes deßeins en fe foumettant
à fon Empire , & dans
la rapidité de fes Conquestes ,
invincible à tout autre , il fe
furmonta luy mefme , & mettant
des bornes à fa
puiffance , que
toute l'Europe enfemble ne pouvoit
arrefter, il donna la Paix
à fes voisins , & par une generofité
inouie , il leur rendit de
fortes Places qu'il leur euft eflé
impoffible de reprendre. Le
Pere de Saint Martin s'érendit
fur les autres marques
de cette mefme moderation
que le Roy a données en tant
de rencontres . Il parla de fa
x
168 MERCURE
douceur , de fa clemence , de
fa modeftie dans les plus
grandes profperitez de fon
regne , de fa charité, & de ſa
tendreffe pour les Pauvres ,
qui paroift par ces Höfpitaux
baftis dans toutes les Villes
par fes foins , & fondez la
plufpart de fes propres revenus.
Il parcourut les autres
vertus , & paffant à ce que
Roy a fait dans fon Royaume
pour détruire l'herefic
pour réformer les moeurs de
fes Peuples ; Ce Monarque,
dit-il a toujours efté à la testè
de fes Armées, ou à la tefte defon
le
&
Confeil
GALANT. 169
I
1
il
Confeil, pour estre l'ame de l'un
par la fuperiorité de fon genie
& pour donner le mouvement
aux autres par fa prudence &
par fon courage , mais partout
a eu en veuë la Religion qui a
efté la directrice de fes Confeils,
lame de fes Loix , & le motif
defes entreprises. S'il a combatu,
ce n'a tfté que pour mettre fes
Ennemis hors d'eftat de traverfer
fes pieuxdeffeins , & s'il a donné
la Paix à l'Europe dans le
temps que fa valeur & fa for
tune fembloient luy promettre de
nouveaux Royaumes , ce n'a efté
que pour affermir davantage le
Sept. 1690 .
Р
170 MERCURE
nousfom-
Royaume de F. C. dans le fien.
N'est- ce pas à luy que nous
mes redevables de cesfages Reglemens
, qui ont fait que la
guerre , qui estoit la mere du
libertinage eft devenuë l'Ecole de
la vertu , & que les blafphemes
, les larcins , les excés da
jeu de la débauche y font punis
fort feverement ? Enfin les
Eglifes pourveues de Pafteurs fi
vigilans les Barreaux de Fuges
fi integres , les Villes fi bien poli
cées , Is beaux Arts cultivez,
tant d'établiffemens de pieté pour
l'un & pour l'autre fexe , mais
fur tout l'herefie détruite , fes
>
GALANT. 171
Temples renverfez, tant de milliers
d'Enfans de l'Eglife égarez
ramenez dans le fein de leur
mere , ne font- ils pas le plus glorieux
triomphe de la Religion ,
& pouvons nous affez loüer la
fageffe d'un Monarque qui afçen
prendre de fi juftes mesures, pour
bannir ainſi l'erreur & le vice,
&faire regner la vertu dans fes
Estats ? Il vint delà au troifiéme
raport de fa Majefté avec
Saint Louis , & pour montrer
que le zele du Roy avoit la
mefme étendue que celuy de
ce Saint,puifqu'à fon exemple
il fait triompher la Religion
Pij
172 MERCURE
dans les Royaumes Eftrangers
, il parla d'abord de ce
qu'il a fait pour elle hors de
fes Eftats dés le commence.
ment de fon regne , des Ambaffades
qu'il a envoyées en
Perfe & dans l'Orient , des
prefens qu'il a faits , & des
Lettres qu'il a écrites à tant
de Rois & de Princes infidelles
,pour
les
engager à fouffrir
dans leur Pays les Predi
cateurs de l'Evangile , des ordres
qu'il donne continuellement
à fon Ambaffadeur à la
Porte , de fe fervir de toute
fon autorité dans cette Cour
GALANT. 173
Ji
afin d'obtenir en faveur des
Fidelles de la Paleſtine tous
les Privileges dont ils ont befoin
pour conferver & avancer
la Religion Chreftienne .
Aprés beuucoup d'autres
chofes , à quoy m'arreftay je,
continua- t- il ? Ce qui fe paſſe
depuis deux ans fous les yeux
de tout le monde, ne nous fait- il
pas voir Louis le Grand tel qu'il
Ito eft ? A-t-il jamais paru à nos
Ennemis fi puiffant qu'il le pa
eroift dans cette guerre qu'il foùtient
contre les efforts de toute
our l'Europe ? Nous a- t - il jamais
Cou paru fi Chreftien, fi attaché aux
To
2
P iij
174 MERCURE
interefls de l'Eglife, & fi Zelé
defenfeur de la Religion ? Il a
combatu autrefois pour l'Estat ,
pour luy mefme , fi vous
voulez , lors dans la rapidité
de fes Victoires , les plus
fortes Places ont cedé à fa
que
valeur, & que mille & mille
Ennemis vaincus ont porté la
terreur de fon fon nom jusqu'aux
extremite
de la terre. Icy
la guerre est toute fainte , c'eft
pour le Ciel qu'il comhat , &
il n'a point d'Ennemis
qui ne
foient les Ennemis de la Religion
. Les uns fefont depuis longtemps
declarez contre elle ou
GALANT. 175
vertement. Les autres fe font li
guez avec les premiers , tous
ont juré fa perte , quoy que par
des veues differentes qui ne fervent
qu'à les rendre plus coupa
bles. Combien de fois avons - nous
dit qu'il eftoit luy feul l'appuy
de la Religion, & que fans luy
elle alloit prefque s'éteindre par
Les derniers efforts que vient de
faire l'Enfer , pour fe vanger
des pertes que la pieté du Roy
luy a fait fouffrir ! Jusqu'où
n'avez vous par porté vostre fureur
, Anglois rebelles , pouffez
par ce Prince ambitieux que
vous avez mis fur le Trône de
Piiij
176 MERCURE
voftre Roy legitime ? A quels
excés ne vous feriez- vous pas
abandonnez , fi Louis le Grand
n'euft fervy d'afile & de défenfe
à cet augufte Fugitif ? Tu
te préparois déja des triomphes ,
audacieuſe Herefie , qui as causé
tant de malheurs à l'Europe 2
Tu ne te promettois pas moins
que de rentrer armée dans la
France , de t'y rétablir par
Les voyes cruelles qui t'y ont fait
faire autrefois de fi grands ravages.
C'est ce que tu attendois
de ces fauffes Propheties qui animoient
tes indignes Sectateurs
ou plutoft , c'est ce que fembloient
GALANT. 177
te devoir faire efperer tant de
Princes Chreftiens liguez enfemble
pour tes interefts , & qui ont
abandonné lachement un Roy
perfecuté pour la justice , aprés
avoir trahy leur confcience &
leur foy poar fe joindre à l'Ufurpateur
de fes Etats. Mais
tremble malgré tes puiſſantes
Ligues. LOUISfeul qui entreprend
la défenfe d'un Roy détrôné
pour fa Religion , portera
fur toy le coup qui doit achever.
ta perte, plus in as cru avoir
de forces pour detruire la
Religion , plus la vraye Religion
= en trouvera dans l'appuy de ce
vraye
178 MERCURÉ
grand Prince, pour triompher
des inutiles efforts que tant d'Alliez
ofent faire en ta faveur. Il
finit avec une fatisfaction entiere
de fon Auditoire, par des
voeux pour la confervation de
la Perfonne facrée de Sa Majefté,
& pour l'heureux fuccés
de fes armes .
La Ville & la Cour de
Montpellier ayant fait chanter
le Te Deum pour les Vi-
&toires du Roy , la veille du
jour où l'on celebre la Feſte
de Saint Ignace , le lendemain
M' l'Abbé Plomer qui prononça
le Panegyrique de ce
GALANT. 179
Saint , dans l'Eglife des Peres
Jefuites , le finit par ces paroles.
Etes- vous fatisfaits ,Chreftiens
, de mon miniftere , & me
refte - t-il quelque chofe à dire
pour finir ce difcours ? Ah , Seigneur
, voftre Peuple , la joye fur
le vifage & la reconnoiffance ·
dans le coeur, m'oblige encore de
publier icy avec le Prophete vos
infinies mifericordes , pour avoir
mis les Nations à nos pieds , &
foumis les Peuples à noftre puiffance
: Rex magnus fubjecit
populos nobis , & gentes fub
pedibus noftris. Que Jerufa
= lem donc fe réjouiffe ! que les
180 MERCURE
Filles de Sion inventent mille
chants nouveaux : Omnes gentes
plaudite manibus , jubilate
Deo in voce exultationis.
L'Hydre conjurée contre
nous vient de recevoir le coup
fatal de fa mort , par le brás
également victorieux redou
table de Louis le Grand , noftre
invincible Monarque. La formidable
Statue de Nabuchodo
nofor vient d'eftre renversée ; les
murs de Ferico font abattus . Datam
& Abyron , cette troupe
orgueilleuse de Factieux , cette
Ligue infernale vient d'eftre diffpée.
Les ingrats Gabaonites
GALANT. 181
font défaits ; les Ammonitesfont
en fuite ; les Moabites font detruits
; les Philistins font en dé
route. Goliat eft terraßé, Amalec
eft vaincu , & par un comble
de bonheur l'Armée entiere de
Pharaon vient d'eftre fubmergée.
Quelle gloire pour Louis !
quel triomphe pour l'Eglife ! quel
fujet de honte de confufion
pour tous nos Ennemis ! Graces
éternelles vous foient donc renduës
, ô mon Dieu , pour de fi
grandes victoires p , our tant de
bienfaits receus ! Combattez
toujours pour ce Monarque dont
le regne eft fi utile à l'Eglife , fi
182 MERCURE
que
glorieux à la Religion , fi avantageux
à la France . Mais , Seigneur,
en beniffant les armes du
Pere , n'oubliez pas celles du
Fils. Faites l'un & l'autre
travaillant de concert pour foûtenir
voftre gloire fur la terre ,
ils puiffent un jour comme Saint
Ignace , en recevoir la récompenfe
dans le Ciel. Ce font, Seigneur,
les voeux de tout ce Peuple , qui
demande vostre benediction.
On a reprefenté cette année
, felon la coutume , fur le
Theatre du College Royal &
Archiepifcopal de Bourbon
GALANT. 183
des Peres Jefuites de Rouen ,
uneTragedie pour la diſtribution
des Prix fondez par MTS
du Patlement de Normandie.
Le fujet eftoit Idomenée, Roy
de Crete , qui à fon retour
du Siege de Troye , fut battu
d'une fi forte tempefte , que
pour appaifer la colere des
Dieux qu'il croyoit avoir ir-
Eritez , il promit de leur immoler
la premiere chofe vivante
qui s'offriroit à ſes yeux
fur le rivage de Crete . Il y
vit d'abord fon Fils unique ,
appellé Idée , & lors qu'il
voulut le facrifier , la Reine
184 MERCURE
La Femme s'y oppofa. Elle
s'eftoit engagée à le marier
avec . Electre , Fille d'Agamemnon
, qui s'eftoit retirée
en l'Ile de Crete aprés la
mort de fon Pere . Les Sujets
d'Idomenée ne pouvant fouffrir
la mort de ce jeune Prince
, entreprirent de le faire
regner en chaffant ce Roy ,
mais il fe déroba fecretement
tandis qu'on preparoit toutes
chofes dans le Temple pour
fon mariage , & afin de détourner
la vangeance des
Dieux de deffus la tefte de
fon Pere , il s'immola luyGALANT.
185
mefme ; & fe rendit la Victi
me & le Sacrificateur , fans
que fon deffein euft efté connu
ny de la Reine fa Mere, ny
de la Princeffe Electre . Cette
Tragedie eftoit du Pere d'E
pineul , Regent de Rethorique
, & fut reprefentée avec
beaucoup de magnificence ,
par les meilleurs Acteurs
d'entre la jeuneffe de ce College
. Chaque Acte eftoit fuivy
de Balets differens , où les
Paffions parurent fous les
fimboles de la crainte , du
defefpoir , de la trifteffe , de
l'efperance & de la joye . Ils
e Septembre 1690.
186 MERCURE
furent danfez par les plus habiles
Danfeurs de l'Opera étably
à Rouen depuis peu d'années
, & par les Maistrės de
danfe de la Ville . Ce grand
Spectacle finit par la diftribution
des Prix , où les Enfans
des perfonnes les plus
qualifiées eurent bonne part.
Le Fils de M ' de Brinon ,
Confeiller au Parlement , en
remporta cinq en Rhetorique.
Le Fils de M de Machonville
, Prefident en la Chambre
des Comptes , en remporta
deux . Le Fils de M ' d'Orgeville
, Prefident au Mortier,
GALANT 187
en cut un , & le Fils de Mr de
S. Gervais Confeiller , un autre
; chacun en fa Claffe.
Je vous envoye le revers
d'une Medaille de la vie du
Roy , on vous trouverez la
Prife de Bude. On voit au
deffus un Soleil avec ces paroles
, Me ftante triumphant ,
c'eft à dire , que lore que le
Roy n'a point les armes à la
main , les Allemans triomphent
des Turcs . Rien n'eft
plus conftant , & le contraire
fe voit dans la perte qu'ils
ont faite, le premier jour de
Cette année, & dans celle
Qij
188 MERCURE
qu'ils viennent de faire en
Tranfilvanie. Cependant ils.
n'ont pu jouir de leur bonheur
, & ils ont mieux aimé
fe liguer contre la France , &
forcer Sa Majesté à reprendre
les armes aprés les avoir quittées
en faveur de la Chreftienté
que de voir augmenter
les Conqueftes qu'ils avoient
commencé à faire fur les Ennemis
de la Foy . Ils ont af
furé par là de nouveaux
triomphes à ce grand Monarque
, & l'on peut dire avec
Beaucoup de raifon à ſon
avantage , ce que M de Con
GALANT. 189
damine , Receveur des Finances
à Nevers, a heureuſement
exprimé dans ce Sonnet .
Ο
AU ROY.
Ve de gloire à la fois éclate
fur ta tefte !
Que d'Ennemis vaincus cedent à
ton pouvoir !
L'Allemagne à l'aspect de tes. Dra's
peaux s'arrefte ,
Et le Belge dompté n'ofe fe faire
voir.
2
A marcher contre toy le Savoyard
s'apprefte ;
El s'allie aux Lombards , flaté d'um
vain espoirs
190 MERCURE
Mais bien-toft fes Sujets deviennent
ta conquefte,
Etfoumis à tes loix te marquent lear
devoir.
2
Ayant vu le Batave & l'Anglois
difparoiftre ,
L'Ocean effrayé te reconnoist pour
Maistres
Grand Roy , que reste-t- il aprés de
tels exploits ?
2
Tont cede à ta valeurfur la serre &,
fur l'onde ,
Ton nom est reveré des Peuples
des Rois ;
Pour le rendre plus grand eft-il encore
un Monde?
Le Roy n'eft pas moins
grand par fes manieres geneGALANT
191
reufes , que par la force de fes
armes . -Je ne loüe jamais ce
Prince , que je ne
rapporte
un fait qui convienne
à la
loüange . Ainfi je vous diray
que le procedé
de Monfieur
le Duc de Savoye n'a point
empêché
que Sa Majeſté n'air
envoyé des ordres dans toutes
les Provinces & dans toutes
les Villes où les Ambaffadeurs
de Savoye
devoieut
paffer , afin de leur faire rendre
les honneurs
accoutumez .
Cela cft caufe qu'ils y ont
receu des complimens
accompagnez
des prefens
de
192: MERCURE
chaque Ville. Ces fortes de
harangues n'étoient pas aifées
à faire ; & il falloit avoir de
l'efprit pour s'en tirer . C'eſt
ce qu'a fait avec éclat Mr de
la Porte , Lieutenant en l'Eletion
de Mâcon. Le compliment
qu'il fit à M' le Marquis
Dogliani cut tant d'applaudiffement
, que malgré fa
modeftie il fut obligé d'en
donner une copie . Elle eft
tombée entre mes mains , &
je vous l'envoye. Il faut pour
en bien juger , examiner la fi
tuation des affaires ..
MON
GALANT.
193
MONSEIGNEUR ,
Les Officiers en l'Election de
Mafcon , en venant icyfuivant
les ordres de Sa Majesté, affurer
Voftre Excellence de leur treshumble
respect pour fa perfonne,
trouvent en mefme temps un
moyenfort agreablepour concilier
leur de voir avec leur inclination.
Il leurfuffifoit d'avoir apprispar
la voixpublique ce qui s'eftpaßé
dans le cours de voftre importante
Ambaffade. Ils font perfuadez
qu'il ne falloit pas un Genie
d'un ordre inferieur au votre
pour meriter l'eftime & l'agré
Sept. 1690 .
R
194 MERCURE
ment du plus grand Roy de la
Terre , dans des negociations fi
pleines de difficultez
de conjonctures
facheuses, qui auroient
feulement effrayer , mais
u non
&
encore rebuter & décourager les
efprits les plus accoutumez à
traiter avec les Souverains , du
repos e de la fortune
de leurs
Etats . Cependants
Monfeigneur
,
nous avons veu avec autant de
la
joye que d'étonnement
, que
grandeur
du peril , & la difficulté
de l'entreprise
n'ont fervy
qu'à redoubler
voftre vigilance
voftre activité. Nousfeavons
que cette fageffe confommée
qui
GALANT 195
&
prefide à toute voftre conduite ,
a trouvé heureusement le fecret
de ne manquer en rien , ny au
respect & à la haute estime que
vous avez toujours fait paroiftre
pour la perfonne facrée de Sa
Majesté, ny au Zele & à la
fidelité qu'attendoit de vous le
Prince qui venoit de dépofer avec
tant de confiance entre vos mains
les interefts les plus precieux &
les fecrets les plus importans ,foit
pour fa propre gloire , foit pour
la felicité de fes Sujets. Ils ont
lieu d'esperer que ce Genie qui
= fufpendu pendant plufieurs mois
le bras foudroyant d'un Heros
Rij
196 MERCURE
que
juftement irrité trouvera encore
les moyens de le defarmer , &
que vos fages confeils redonne.
ront aux Peuples foumis à la
domination de S. A.R. le calme
la tranquillité dont ils avoient
heureusement jouy , tandis
le Demon de la difcorde n'avoit
pú troubler le concert & l'union
que des alliances fi augustes ,
faintes , & fi fouvent renouvellées
devoient rendre éternelles &
indiffolubles.En attendant ,Mon-
Seigneur, un évenement conforme
à des pronostics fi heureux , dont
nous verrons l'accompliſſement
avec d'autant plus de joye , que
GALANT. 197
!
nostre climat eft plus voisin du
voltre , irouvez bon que nou
vous affurions que ce font là nos
Fentimens les plus finceres ; que
cette Province ayant retenty plufieurs
fois des éloges & des ap
probations de Sa Majesté fur
vostre fage conduite , nous ne
fommes que des Echos fidelles
Ja voix facrée, & que dans tout
ce grand Royaume qui a Phonneur
de vivre fous fon Empire
vostre Excellence ne trouvera
perfonne qui ait pour elle une
plusparfaite veneration quesesc.
Il y avoit deux Ambaffadeurs
de Savoye en France ,
R iij
198 MERCURE
& M le Prefident de Pro-
3
vane venoit relever Mr Dogliani
, lors que les affaires ſe
font brouillées . Le Roy leur
a donné à chacun un Gentilhomme
ordinaire de fa
Maifon pour
les accompa
gner , & huit Moufquetaires
auffi à chacun . commandez
par un Brigadier , pour les
conduire . M de S. Olon cft
auprés de M' le Marquis Dogliani,
& Mr du Libois cft au
prés de M de Provane.
Il n'y a rien dont les Femmes
ne foient capables quand
elles font poffedées de l'ar
GALANT . 1gg
deur de fe va
vanger , & vous
tomberez d'accord de ce que
je dis , quand vous fçaurez
l'avanture dont je vais vous
faire part. Une jeune Demoi
3I felle , dont la fortune eftoit
mediocre, faifoit valoir à fon
avantage les agrémens qu'elle
avoir dans fon efprit & dans
=
avoit
conne
. L'envie
de
plaifa
re ne laiffoit languir aucun ,
de fes charmes , & ce qu'ils
avoient de vif eftoit foutenu
de manieres engageantes , qui
prévenoient favorablement
pour elle les moins indulgens
fur le merite . Sa Mere'
Riiij.
200 MERCURE
qui luy fouhaitoit un party
avantageux , n'eftoit pas fâchée
qu'elle vift du monde.
Elle efperoit que parmy la
foule il fe trouveroit quelque
étourdy qui donneroit
dans le mariage ; & cela feroit
fans doute arrivé, fi pour
fon malheur une Dame de
Province , veuve depuis dixhuit
mois , ne fuft pas venue.
demeurer dans fon quartier.
C'eftoit une de ces Femmes
que des traits mignons & délicats
font long- temps paroître
jeunes, & qui fe dérobent
des années fans peine , fi on
GALANT. 201
ב
ne les fuit de prés . Elle eftoit
brillante dans tout ce au
faifoit ou difoit , & un enjouement
d'humeur & d'efprit
qui animoit fa beauré , la
faifoit aimer auffi- toft qu'on
l'avoit veuë. Le voifinage luy
ayant fait connoiftre la De
moifelle , forma entre - elles
une liaiſon qui les rendoit
prefque infeparables . La belle
eftoit charmée d'avoir une
Amie, dont l'attachement ne
luy pouvoit qu'eftre avantageux
, mais elle ne fongeoit
pas que la Dame eftant coquette
, elle fe donnoit une
202 MERCURE
Rivale , qui luy devoit enle
ver la plufpart de fes Amans .
En effet , le Dame ayant trou
vé chez cette jeune perfonne
des gens bienfaits , & qui a
voient de l'efprit , elle fe fir
un plaifir de leur faire voir
que tout fon merite ne confiftoit
pas dans fa beauté . Elle
leur difoit mille chofes agrea
bles , & cut pour eux je ne
fçay quoy de fi prévenant ,
l'honnefteté
les engagea
infenfiblement
à la voir chez
elle ; mais fi d'abord leur deffein
ne fut que de luy rendre
quelques vifites de civilité
que
GALANT 203
Paccueil qu'ils receurent leur
fut une amorce pour redou
bler leurs empreffemens. Ses
complaifances cftoient employées
fià propos , qu'il fem
bloit qu'elles partiffent du
coeur plutoft que de l'habitude
qu'elle s'eftoit faite d'en
avoir pour tout le monde.
Joignez à cela un charme au
deffus de tout. Elle n'avoit
point d'enfans , & joüiffoit
de quinzo à vingt mille livres,
de rente. Ainfi chacun fe.
croyant favorifé , s'abandonnoit
à des eſperances ,& les affiduitez
où les engageoit leur
204 MERCURE
la
nouvelle paffion , affoibliſſang
leurs foins pour la Belle ,
mirent dans un chagrin qu'elle
ne put déguifer.. Elle fit
force plaintes à la Dame, qui
luy ayant protefte qu'elle n'avoit
aucune penfée de luy
ofter ſes Amans , & que fon
deffein eftoit de vivre toujours
indépendante , la conjura
ra d'eftre à tous momens
chez elle , afin qu'eftant témoin
de tout ce qu'elle feroit,
elle puft connoiftre qu'elle ne
cherchoit qu'à fe divertir par
d'agreables converfations,fans
que ſon coeur prift la moindre
GALANT 205
part aux chofes qui luy étoient
dites. Elle luy parloit felon
fes vrais fentimens, Le bien
qu'elle avoit eftant fort confi
derable , elle dédaignoit
tou
se autre fortune , & les plus
grands avantages ne l'auroient
pasobligée à renoncer à l'heu
reux état deVeuve ; mais quoy
qu'elle fuft fort refoluë à ne
fe donner jamais un maiftre ,
elle eftoit bien aife de voir
qu'on luy fift la cour , & d'en>
tendre dire qu'elle eftoitaima
ble. Cependant pour fatisfai
re la Belle qui continuoit fes
plaintes , elle fe fit une loy
206 MERCURE
d'aller tous les jours chez elle.
afin de luy ramener tous les
Amans. Cette conduite leur
fit reprendre leurs premieres
affiduitez ; mais la Belle n'y
trouva pas mieux fon compto
Elle s'apperceut bien- toft que
c'eftoit la Dame qui les attiroit,
& le dépit qu'elle en cut
la rendant fouvent de méchante
humeur , luy fit prendre
un efprit aigre qui leur
caufa de frequentes broüilleries.
Leur amitié en fut alterée
; & quoy que la Dame confervaft
toujours pour cette aimable
perfonne les dehors les
ナ
GALANT
207
plus honneftes , la Belle n'eut
pas tant de moderation . Elle
commença à diminuer autant
qu'elle put le merite de la Veuve
& s'appliquant à exami- ·
ner tous les defauts , elle s'attachafur
toutà ce qui eft l'en
droit fenfible des Femmes , Elle
infinua qu'il eftoit aifé de
voir que
l'art reparoit ce que
fon âge déja avancé luy avoit
fait perdre , & le hazard luy
ayant donné la connoiffance
d'un Gentilhomme de la même
Ville dont eftoit la Dame,
fur ce qu'il luy dit qu'il falloit
qu'il y eût du moins vinge
208 MERCURE
ans qu'elle cuſt efté mariée,
elle fit fi bien qu'elle l'enga
gea à faire venir un extrait de
fon Baptefme. Elle ne l'eut pas
fitoft entre les mains , qu'elle
en fit courir fous main diver
fes copies , par lefquelles il é
toit juftifié que la Veuve qui
ne fe donnoit que vingt- cinq
ans , en avoit prés de quaran
te. Rien ne luy pouvoit caufer
un plus fenfible chagrin .
Auffi fut- elle picquée vives
ment de cet outrage ; mais
comme elle avoit beaucoup
d'efprit , elle n'en fit rien paroiftre
, & tournant la chofe
4
GALANT 209
en plaifanterie, afin de tâcher
de faire croire que la calomnic
eftoit trop vifible pour fe mettre
en peine de la repouffer,
elle chercha feulement qui
luy avoit fait une fi fanglante
picee. Il ne luy fallut pas une
fort longue application, pour
découvrir ce qu'elle avoitenvie
de fçavoir. Quelques- uns
de fes Amans , que rebuta le
peu d'apparence qu'ils virenc
à réüffir auprés d'elle , ayant
commencé à dite pour juftifier
leur defertion , qu'ils
voient trouvé fur fon vilage
quelque chofe de férry, qu'ils
Septembre 1690.
S
210 MERCURE
n'y avoient pas remarqué d'a
bord la Belle s'applaudir de
fon triomphe , & quelques,
mors qu'ils luy échaperent, &,
qu'on raporta en même temps
à la Dame , luy fitent connoître
avec certitude d'où eftoit,
party le coup qui l'avoit fra
pée fi rudement. Elle feignit,
neanmoins de l'ignorer , & fort,
refoluë d'en tirer vangeance
par toutes fortes de voyes , elle
en attendit l'occafion fans
rien changer dans fes manicres
d'agir . La Belle ne laiffa
pas de s'appercevoir qu'elle.
faifoit fon plaifir plus que ja
GALANT ZIF
"
mais de luy ofter toujours
quelque Amant , & jugeant
bren qu'il luy feroic malaifé
de jouir de fes conqueftes tant
3 qu'elle auroit pour voifine
une Amie fi redoutable , elle
changea de quartier , afin que
l'éloignement
rompiſt leur
commerce. Il fit l'effet qu'elle
* en avoit elperé , mais quoy
que la Dame la vift rarement,
elle n'en nourrit pas moins
la haine fecrete qu'elle avoit
conceue pour elle , & qui re
doubloit de jour en jour dans
fon coeur le defir de fe vanget
dece qu'elle avoit décou
a
Sij
212 MERCURE
vert fon âge. Six mois fe pafferent
fans qu'elle en pult
trouver les moyens ; mais enfin
aprés ce temps , quelqu'un
Juy vint dire qu'un Cavalier
fort bien fait, & qui avoit
beaucoup plus de bien qu'elle
n'en pouvoit pretendre.s'étoit
arraché à luy rendre quelques
foins , & qu'elle avoit fi bien
ménagé l'amour qu'elle luy
avoit fait prendre , que le mariage
devoit le faire dans fort
peu de jours. La Dame ſe mit
auffi toft en tefte de n'épar
gner rien pour l'empêcher ,
& fans perdre temps , elle
2
•
GALANT 213
rendit une vifite à la Belle,
.comme pour luy faire compliment
fur fon heureufe fortune
, mais en effet pour fçavoir
l'eftat où eftoient les
chofes , afin de refoudre enfuite
ce qu'elles croiroir le
plus à propos de faire. L'affu
rance qu'elle luy donna de la
part qu'elle venoit prendre
bafon bonheur , parut cftre
accompagnée de tant de finfo
ecrité , & elle employa pour
Ken convaincre des manieres
fi flatcufes , qu'elle fit tomber
la Belle dans tous les pancaux
qu'elle luy tendit. Elle apprie
214 MERCURE
qu'il
d'elle qu'elle n'avoit engage
le Cavalier qu'en luy mar
quant tout l'amour dont elle
eftoit veritablement touchée ;
I avoit eu d'abord quel
que peine à fe contenter du
peu de bien qu'elle avoit ,
mais qu'il avoit enfin paffé
par deffus , & que l'affaire fe
roit déja terminée fi fa Mere
n'avoit pas formé quelque
conteftation fur les avantages
qu'il luy devoit faire . Ce fur
en dire afez à la Dame pour
luy faire voir que le Cava-
Her feroit fenfible à des rai
fons d'intereft. Elle fortig
GALANT 215
I
avant qu'il fut arrivé , & le
vit defcendre de Carroffe dans
le mefme temps qu'elle montoit
dans le fien . Sa bonne
mine , & le portrait qu'on luy
avoit fait de fon merite , la
confirmerent dans la refolution
de ſe facrifier plûtoſt
elle mefme , que de ne fe
pas
vanger de l'outrage que luy
avoit fait la Belle en luy rendant
toutes fes années . Elle
alla trouver une de fes
intimes Amies qui pouvoit
beaucoup fur l'efprit du Cavalier
, & aprés l'avoir priée
d'ufor des plus fortes remon
216 MERCURE
onces pour le détourner
d'un mariage qui ruinoit fa
fortune , elle l'autorifa à luy
déclarer , en cas qu'il falluft
ch venir là , que fi une affez
jolie perfonne , & cent mille
francs qu'on luy donneroit
le pouvoient accommoder
on le conduiroit en lieu ou
il auroit tout fujet d'eftre
content . La Veuve avoit de
Faverfion pour un fecond
mariage , mais elle aimoit
mieux s'y affujettir que d'en
durer que la Belle fuft heureufe
. Le Cavalier ne fut ébranlé
que par l'intereſt. II
avoit
GALANT 217
avoit peine à quitter une per
fonne qui l'aimoit fincererement
, & à qui il avoit fait
les plus forts fermens de n'e-
1ftre jamais qu'à
elle ; mais !
luy fut impoffible de tenir
contre les cent mille francs.
Ainfi il fe laiffa mener chez
la Veuve dont il connoiffoit
& le bien & la perfonne . Il
trouvoit tant d'avantages
dans l'offre qu'on luy faifoit,
O qu'il avoit peine à concevoir
fon bonheur. La Dame de
efon cofté ne fe fentoit point
ede joye lors qu'elle fongcoit
au defefpoir où elle alloic
Septembre 1690.
T
218 MERCURE
plonger ſa Rivale . On fit
dreffer le Contrat , & le ma
iage s'eftant fait deux jours
aprés , fans que perſonne en
cuft pu rien découvrir ,
premier foin de la Dame fur
d'en informer la Belle ,
par
un Billet qui l'embarafla . Il
contenoit feulement qu'elle
fe croyoit obligée de luy ap
prendre qu'une Femme de
quarante ans qui feroit riche,
l'emporteroit
toujours aifément
fur une Fille de dixhuit
, qui feroit fans bien.
Quoy que la Belle ne puft
bien comprendre ce que vous
1
GALANT 219
31
YOU
loit dire le Billet, elle ne laiffa
pas de trembler . Ses allarmes
furent d'autant plus cruelles ,
que le Cavalier fur un pretexte
d'affaire preffée , n'avoit pu
trouver depuis deux jours le
temps de la voir . Jugez de
fon déplaifir lors qu'elle eut
receu l'avis de fa perfidie. Elle
eut tout le loifir de fe repence
que la jaloufie luy tir de ce que cet
avoit fait faire, & connut à
fes dépens combien les Femmes
font vindicatives , puis
qu'elle fut convaincuë par
avantages que la Dame avoit
faits au Cavalier , & par la
les
Tij
220 MERCURE
prompte refolution qu'elle a
voit priſe de changer d'eftar ,
qu'elle ne s'eftoit portée à ce
mariage que par le plaifir de
rompre le fien.
Comme vous m'avez tou
jours témoigné beaucoup d'eftime
pour tout ce qui vient
du fçavant My de Comiers ,
que bien des gens appellent
le Didime de noftre Siecle
voicy un article de cet illuftre
Aveugle , concernant d'his
ftoire des Vaudois ou Barbetss
dont je vous ay parlé dans une
de mes Lettres precedentes ,
qui convient affez aux affaires
GALANT. 221
D
de ce temps , & je le laiffe
dans les termes qu'il a efté
écrit par l'Auteur. Aprés la
mort du Pape Adrien IV . arrivée
le premier jour de Septembre
iis . Roland de Sienne
fut éleu Pape fous le nom
d'Alexandre III par vingt-
& bn Cardinaux . Trois autres
Cardinaux élurent Octaviens
Romain; qui prit le nom de
Victor IV. Cet Antipape fut
appuyé par l'Empereur Fride-
Die & reconnu par toute l'Alu
lemagne. Les Factieux luy
donnerent pour fucceffeur en
165 Guy de Creme , qui prie
Tiij
223 MERCURE
le nom de Pafcals III , & qui
couronna deux ans aprés Frideric
& l'Imperatrice Beatrix
fa Femme , dans l'Eglife de
Saint Pierre de Rome . I'mou
fut en 1170. & ceux de fa Fac
tion éleurent Jean , Evefque
de Frefcati , fous le nom de
Calixte III. Cependant Ale
xandre III, ne fe trouvant
point en feureté en Italie , où
I'Empereur fe rendoit Maître
des Places , n'eur dans fon af
fliction d'autre retraite que
celle qu'avoient eue fes Predeceffeurs
en France . Il fe refugia
auprés de Louïs le Jeu,
GALANT 223
甫
ne , d'où il fut rappellé par
les Romains. Alors Calixte fe
wint jetter à fes pieds , & le
Schifme eftant finy aprés une
cruelle guerre qui avoit duré
dix huit ans , le Pape Alexandre,
qui eftoit dans la vingtiéme
année de fon Pontificat
Afit ouvrir le 5. jour de Mars
Wde lannée 1179. le Concile,
tenu dans Rome dans la Bafilique
de Conftantin , dite de
វ Latran. Ce Concile , qui eft le
troifiéme de ce nom , fut com.
Ppofé de trois cens Prelats ,tant
e d'Europe que d ' A fic . Les principaux
motifs qu'eut ce Pape
Tiiij
224 MERCURE
de faire tenir ce Concile , furtent
premierement pour re
gler l'élection du Souverain
Pontife , ordonnant pour cet
effet qu'il ne pourroit cftre
éleu à l'avenir que par les deux
tiers des voix des Cardinaux
du Conclave. Le fecond motif
fut contre les herefies des
Vaudois ou Albigeois , qui
faifoient grand bruit dés
l'aunée 1170. Ce Concile dans
fon dernier Canon , qui eft le
2.7 . prononça anatheme contre
ces Heretiques , & contre
ceux qui les fouffroient , les recevoient
ou les protegeoients
.
GALANT. 225
d'où il eft facile de conclure,
que Lours le Grand , Filsaîné de
Eglile , qui n'a rien é pargné
pour l'extirpation
de ces mêmes
Heretiques , a le Dieu des
Armées dans fes interests , &
que le Bras du Tout- puiffanc
combat pour luy. C'eft pour
quoy on ne doit pas cftre furpris
que Dieu fouftenant fes
Armes , il remporte fur mer &
dfur terre de continuelles victoires
fur un monde d'ennemis
. Il eft auffi d'une confequence
neccffaire , que Mrle
2
Est Duc de Savoye
, qui protege
ces Barbets , & leur fournit
226 MERCURE
des munitions de guerre & de
bouche , ne peut estre que
malheureux , ayant encouru
l'anatheme foudroyé par ce
troifiéme Concile de Latran,
dont voicy les termes . Quia
in Gafconia , Albegefio & partibus
Tolofanis & aliis locis , ita
hæreticorum, quos alij Catharos
alij Patrinos , alij Publicanos ,
alij aliis nominibus vocant , in
valuit damnata perverfitas , &c.
Eos & defenfores eorum & receptores
arathemati decernimus.
fubjacere ; & fub anathemate
probiber bemus ne quis eos in domibus
vel in terra fua tenere ,
GALANT 227.
你
vel fovere vel negotiationem
cum eis exercere præfumat ....
Cunctis autem fidelibus in remif
fionem peccatorum injungimus
ut fe viriliter illis opponant
contra eos armis populum
Chriftianum tueantur , confifcen
que corum bona , & liberum
fut principibus bujufmodi homines
fubjicere fervituti Nous voyons
depuis deux mois l'effet de
cet anatheme, puifque la protection
que Monfieur le Duc
de Savoye a bien voulu donner
aux Vaudois , luy a attiré
toutes fortes de malheurs.
228 MERCURE
Mefire François Camusde
la Magdeleine Chancelier
Theologal de l'Eglife de Saint
Garien de Tours , Prieur de
Melenne de Chinon , Sainte
& de S. Clement lez Craon ,
& Docteur de la Maifon &
Societé de Sorbonne , mourut
for la fin du mois paffé .
Il a paru fur les Bancs avec
diftinction , eftant un des pre
miers qui ait foutenu contre
les opinions de Janfenius , & al
remply fort longtemps les
meilleures Chaires de Paris.
Il eftoit depuis unaffez grand
nombre
re d'années , GrandCALANT.
229
ב
Vicaire de l'Archevêché de
Tours, où il avoit acquis l'approbation
de tout le monde.
M l'Archevêque de Paris
l'honoroit d'une cftime particuliere,&
il avoit lié une ami
tié fort étroite avec M'I'Abbé
de la Trappe . Il eftoit Frere
de M Camus dont je vous ay
parlé plufieurs fois ; Içavoir,
de M Camus Deftouches ,
Contrôleur General d'Artillerie
, mort en 1679. de M
Camus du Clos , auffi Contrôleur
General d'Artillerie ,
mort en 1681. de M Camus
de Beaulieu , qui joüit pre230
MERCUR
E
fentement de ce mefme employ
, & de M Camus du
Morton , Gouverneur de Belfort.
Le 5. de ce mois , Meffire
Louis de la Baume de la Suze,
Evefque de Viviers , mourut
dans fon Diocefe , aprés avoir
receu les Sacremens avec une
tres - grande refignation aux
ordres de Dieu . Il paffoit
pour le plus ancien Evefque
de la Chreftienté
, ayant elté
nommé en 1613. par le Roy
Louis XIII. Il obrint fes
Bulles en 1615. & fut donné
pour Coadjuteur en 1618 , à
GALANT 231
Jean de l'Hoftel , Evefque de
Viviers, & facré le 14.May Evéque
de Pompeiopolis . Il lay
fucceda dans cet Evefché en
1621. & il a toujours gouverné
ce Dioceſe depuis ce temps
là avec beaucoup de fageffe.
Viviers eft.une Ville de France
prés du Rhône , Capitale de la
petite Province du Vivarets.
Quoy qu'elle foit tres ancien
ne , elle n'a pas toujours efté
Ville Epifcopale . C'eftoit autrefois
Abs , où l'on voit encore
de fuperbes restes d'antiquité
. Cette Ville ayant efte
ruinée par Crocus , Roy des
232 MERCURE
Allemans, vers l'an 430. le Siege
fut transferé àViviers, dont
l'Evefque prend le titre de
Comte deViviers , & de Prince
de Donfere & de Cháſteauneuf.
La Maifon de la Baume
dela Suze, dont eftoit ce vieux
Prelatieft une des plus nobles
& des plus anciennes du Dauphiné
. Au commencement
du dernier ficcle , Pierre de la
Baume s'acquit beaucoup de
reputation , & cut pour Fils
Roftaing , Evefque d'Orange,
mort en sss. Guillaume de
la Baume , fort confideré par
fon credit , fut Pere de FranGALANT
233
çois , Chevalier des Ordres du
Roy , & Lieutenant General
en Provence , qui en 1587.
enleva Montelimar aux Pretendus
Reformez , Ceux- cy
le reprirent peu de temps
aprés. Le Comte de la Suze
fut tué dans cette attaque
, &
Roftaing de la Baume , fon
Fils y demeura prifonnier. Il
l'avoit cu de Françoiſe de
Levy , Fille de Gilbert , Comte
de Vantadour . Roftaing de
Ja Baume époufa Magdeleine
Defprez - Montpezat » Fille
d'Emanuel Philibert , Marquis
de Villats , & d'Henriette
Septembre 1690.
V
234 MERCURE
de Savoye , & il cur Honoré
de la Baume , tué au ſervice
de nos Rois . Il époufa en ſecondes
Noces Catherine de
Breffieu Meüillon , Fille de
François , S de Breffieu , & de
ce mariage fortirent entreautres
Enfans , Anne de la
Baume , Comte de Rochefort,
& Louis- François , Evefque
de Viviers , dont je vous apprens
la mort. Anne de la
Baume époufa Catherine de
la Croix Chevrières , & il en
a cu François , Comte de lá
Suze , Anne- Triſtan, Evefque
de Tarbes , Gafpard- Joachim,
-
L
GALANTM 235
& une Fille qui s'est faite Re
ligieufe.in Aurlongtinā
Dame Claude Nompar de
Caumont de la Force , mous
rut auffi le 12 de ce mois au
Chateau de Briquemault lez
Chaſtillon für Loin. Elle étoit
Fille de M le Marquis de Caftelmoron
, Petite Fille de Jac-
7ques Nompar de Caumont,
Duc de la Force Pair & Ma
réchal de France , mort en
1652. & Niéce d'Armand
Nompar de Caumont Duc de
la Force qui fut fait Maret
chal de France aprés la mort
de Jacques Nompar de Cau
Vij
236 MERCURE
mont fon Pere. Elle avoit cfté:
élevée dans la Religion de
Calvin avec beaucoup d'application
, & for inſtruite des
veritez Catholiques par les
foins du Pere Faulques , Cha
noine Regulier de Sainte Geneviefve
de Paris , & Pricur
de Briquemault. Il eut avec
elle plufieurs conferences fur
ce fujer , & enfin Mỹ l'Eveſ
que de Poitiers , nommé à
l'Archévefché
de Sens , acheva
de l'éclaircir fur ce qui
pouvoit luy refter de doutes,
& elle fit l'abjuration de fes
erreurs en 1685. entre les mains
GALANT 237
H V
ade M'Evefque de Toulon ,
ainficque Mefire Marc Augufte
de Briquemault , de l'ancienne
Maifon des Briquemault
, fi confiderable dans
le dernier Siccle, qu'elle avoit
1 époufé quelques années avant
fa converfion. Depuis ce
temps - là , on la veue fidellement
attachée aux devoirs de
la Religion Catholique , dont
elle a pratiqué jufqu'à la mort
tous les exercices avec beaucoup
de zele & d'exactitude !
Lamaladie dont elle eft mor
to a elté de peu de jours ; mais
on peut dire que tous les mo238
MERCURE
fe
mens en ont efté précieux . Sitoft
qu'elle en eut fenty la premiere
attaque , elle fit appeller
Mt le Prieur de Briquemault
, en qui elle avoit une
entiere confiance , & lors qu'il
luy cut appris qu'elle devoit
preparer à mourir , elle s'y
difpofa en femme veritable
ment Chrétienne . Ellerenonça
dés ce moment à tous les
objets qui la pouvoient atta
cher , & donnant toutes fes
penfees à l'affaire de fon falur,
elle receut les Sacremens de
L'Eglife , avec une pieté qui
édifia tous les affiftans. Sa
GALANT. 239
mort qui eft regretée de tou
te la Province , laiffe aux nou
veaux Convertis un grand c
xemple de Religion.
4
Il me reste à vous parlen
d'une mort arrivée le a de
ce mois , & qui fait grand
bruit dans toute l'Europe .
C'est celle de Philippes Guil
laume , Electeur Palatin &
Duc de Neubourg . Ila cu forr
grande part à la guerre qui eft
aujourd'huy fallumée , puis
qu'ayant fuccedé en 16.85,
comme plus prochain heri
tier , à l'Electorat vacant par
la mort de Charles Electeur
240 MERCURE
Palatin , Frere de Madame ,
qui n'a point laiffé d'Enfans,
il n'a point voulu payer à cette
Princeffe ce qui luy appartenoit
pour des droits inconteftables.
Ce refus injufte
ayant obligéle Roy d'envoyer
des Troupes dans le Palati
nat aprés beaucoup de remifes
, cet Electeur refolut de
s'en vanger , & pour en venir à
bout, il tourna fi bien l'efprit
de l'Empereur dont il eftoit
Beaupere , qu'il le fit entrer
dans la ligue pour foûtenir le
Prince d'Orange aux dépens
de la Religion Catholique en
Angleterre.
GALANT 241
I
Angleterre. Ainfi il ne fe mit
pas en peine des malheurs
qu'il attiroit fur toute l'Eu
rope, pourveu que fes interefts
fuffent à couvert, & qu'il
s'exemptaft de fatisfaire Madame.
C'eftoit un efprit fort
dangereux, & que tout le mon
de connoiffoit pour tel . Il s'étoit
fait Chef du Confeil de
l'Empereur & aprés avoir
allumé la guerre , il l'a maintenue
par les grandes alliances
qu'il a faites . Il nâquit en
1615 & épousa en premieres
noces Anne Catherine Conftance
, Fille de Sigifmonda
Septembre 1690 .
X
242 MERCURE
III Roy de Pologne , morte
le 7. Octobre 1651. Comme il
n'en eut point d'Enfans , il
prit une feconde alliance en
1653. avec Elifabeth Amelie
de Heffe Darmstadt , Fille du
Landgrave George , & de Sophie
Eleonor de Saxe . Elle fe
fit Catholique peu aprés fon
mariage , & l'a rendu Pere de
dix fept Enfans , huit Garçons
& neufFilles. Jean Guillaume
Jofeph Ignace, Prince de Neubourg
, & prefentement Electeur
Palatin , épousa en 1678.
Marie Anne Jofeph d'Autriche
, Fille de l'Empereur Fer
GALANT. 243
dinand III. & d'Eleonor de
Gonzague fa troifiéme Femme.
Ainfi il eft Beaufrere de
l'Empereur Leopold, & il l'eft
deux fois, puifque l'Empereur
a épousé en 1676. Anne Ma-"
rie Jofeph fa Soeur ; & l'aifnée
des Filles de Philippes
Guillaume , Electeur Palatin ,
qui vient de mourir . Il en a
marié trois autres , la premicre
au Roy d'Espagne , la feconde
au Roy de Portugal ,
& la troifiéme au Prince de
Parme. Il y en a encore une
accordée au Prince Jacques ,
Fils du Roy de Pologne . Ses
X ij
244 MERCURE
autres Fils font Volfgang-
Gaillaume né en 1659. Louis-
Antoine né en 1660. Charles-
Philippes né en 1661. Alexan-
-
dre - Sigifmond né en 1663.
François- Louis né en 1664.
Frederic Guillaume né, en
1665 & Philippes Guillaume-
Augufte né en 1668. Vous
fçavez que la Maifon de
Neubourg eft une branche
de celle de Baviere , & qu'elle
eft l'aifuée de Deux - ponts ,
qu'elle quitta en 1569 Je croy
vous avoir déja marqué dans
quelqu'une de mes Lettres ,
qu'Eftienne , Fils puifné de
l'Empereur Robert le Petit ,
GALANT 245
cut Frederic & Louis le Noir.
Ce dernier laiffa Alexandre le
Boiteux , Duc de Deux ponts,
Pere de Louis II . qui eut Volfgang.
Ce Volfgang, Duc de
Deux- ponts, eut le Duché de
Neubourg , qui fut le titre de
Philippes- Louis , fon Fils aif
né. Celuy- cy mourut en 1624 .
& laiffa Volfgang Guillaume,
Duc de Neubourg , qui s'eftant
fait Catholique en 1614.
eut grande part aux affaires
d'Allemagne , & foûtint une
longue guerre pour la fuccef
fion deCleves au droit d'Anne
fa Mere , Fille de Guillaume,
X iij
246 MERCURE
Duc de Cleves . Il laiffa de fon
premier mariage avec Magdeleine
, Fille de Guillaume ,
Duc de Baviere , Philippes-
Guillaume , Duc de Neubourg
, & Electeur Palatin ,
mort le 2. de ce mois , comme
je l'ay déja dit au commencement
de cet Article .
J'ay oublié de vous dire que
dans le temps que le Prince
Michel Koribut Wiefnowif
ki fut élu Roy de Pologne ,
aprés la démiffion de Jean
Cafimir Sa Majesté s'employa
pour faire tomber cette
Couronne fur la tefte du Duc
GALANT.
247.
de Neubourg. Elle donna
auffi l'Abbaye de Fefcamp
à un des Princes fes Fils , fans
que de fi grands bienfaits
ayent pû fervir qu'à le ren--
dre plus ingrat.
Vous avez oüy parler de la
défaite d'un Convoy en Irlande
. Les Ennemis l'envoyoient
au Siege de Limeric.
Je ne puis vous en donner
un plus fidelle détail ,
qu'en vous envoyant une copie
de la Lettre qui a efté écrite
à M le Duc de Tirconel, par
celuy mefme qui a fait l'ac-
X iiij .
248 MERCURE
·
tion. C'eſt un tres habile
Commandant , qui a fervy
dans plufieurs Campagnes
fous feu M' de Turenne.
JⓇ
Banaghar 13. Aouſt 1690 .
E fuis arrivé ce matin à la
pointe du jour , avec ma petite
Brigade victorieuse , aprés
avoir entierement défait l'Ennemy.
Hier fur les deux heures
du matin , nous le joignîmes à
un mille & demy au delà de
Luten. Nous attaquâmesd'abord
la garde qui eftoit de trois Compagnies
de la Batterie , appuyées
de quelque Infanterie & Drag
GALANT. 249
gons. Aprés une foible réfiftance
elle fut défaite , prefque toute
taillée en pieces avec tous les
Canonniers Officiers de l'Artillerie
. Il n'y eut de noftre cofté
que deux ou trois Soldats de
tuez & quatre ou cing de
bleffez. Nous trouvâmes huit
pieces de Canon , que nonfeule
ment nows fifmes crever , mais
nous en filmes auffi fauter les
afufts , à l'exception d'un feul
qui n'eftoit pas en eftat de fervir.
Il y avoit cent cinquante- trois ,
tant charettes
que
"
chariots chargez
de poudres , de proviſions,
de toutes fortes d'Uftenciles
250 MERCURE
neceffaires , avec dix - huit Bateaux
de cuivre , & douze
grands chariots chargez de pain
de bifcuit. Enfin, pour ce qu'il
y en avoit , c'eftoit le plus beau
train d'Artillerie qu'on ait vú.
Il fauta en l'air , & fut brûlé.
Nos gens firent un grand butin,
& emmenerent trois ou quatre
cens chevaux . Je ne doute point
que cela n'oblige les Ennemis à
lever le Siege. Ils avoient envoyé
douze cens chevaux &
Dragons fous le commandement
de Villers , pour nous couper che
min . Ils n'estoient qu'à trois
milles de nos gens quand j'en
GALANT. 251
d'auappris
la nouvelle , ce qui m'obligea
à faire une diligence extraordinaire
; car de leur costé
s'ils fe fuffent haftez , nous aurions
tres- mal passé noftre temps .
Depuis que je fuis party
prés de voftre Excellence , nous
avons marché continuellement ,
fans débrider. Foignez à cela
le manquement de provifions .
C'est ce qui mefit haſter la marche
, que nous avons , graces à
Dien, achevée avec beaucoup de
facilité. Je fuis voftre , & c.
SARSFIELD .
252 MERCURE
Comme fouvent un bonheur
en attire un autre , l'a-
Etion qui fuit fe paffa quelque
temps aprés celle dont vous
venez de voir le détail . Le
Prince d'Orange fit attaquer
une Redoute qui estoit au
pied du glacis de Limeric.
Elle fut prife aprés avoir cfté
défendue longtemps & vaillamment
par M' de Boiffeleau ,
qui commande dans la Place .
Il en fit fortir douze cens
Maiftres qui chargerent &
renverferent la Cavalerie des
Ennemis , & en tuerent beaucoup.
L'Infanterie en fortit
GALANT. 253
auffi , & ayant pouffé celle
du Prince d'Orange , elle l'éloigna
du chemin couvert
d'où elle s'eftoit approchée.
Le combat dura quatre heures
. Les Irlandois firent des
Prifonniers , mais il leur fut
impoffible de regagner la Redoure.
Cette occafion couta
au Roy d'Angleterre trente
Officiers , & environ deux
cens cinquante Soldats tuez
ou bleffez . La perte que les
Ennemis avoient faite les
ayant mis dans une grande
confternation , ils n'avancerent
pas leur tranchée cette
-
254 MERCURE
nuit-là. La Batterie que le
Prince d'Orange avoit fait
dreffer contre la muraille de
la Ville , eftoit de dix pieces
de Canon , dont il y en avoit
quatre de quatre livres de
balle , & fix de douze . Ce
Canon ayant fait bréche , M'
de Boiffeleau fit faire un retranchement
derriere des coupures
à la droite & à la gauche
de la bréche , & dreffer
une Batterie de trois groffes
pieces de Canon qui la flanquoit.
Il fit auffi couper le
chemin couvert à la droite &
à la gauche de l'endroit par
GALANT. 255
où il jugea que les Ennemis
l'attaqueroient pour aller à
l'affaut , ce qu'ils firent le 6 .
de ce mois. Ils commanderent
trois Baraillons des François
qu'ils ont parmy leurs Troupes
, quatre de Danois , un de
Brandebourg , & le Regiment
des Gardes du Prince d'O .
range , avec un détachement
de tous les Grenadiers de fon
Armée. Leur grand nombre
& un gros feu de Grenades ,
obligerent les Affiegez à fe
retirer derriere leurs traverſes
du chemin couvert , où ils
firent ferme , mais leur refi256
MERCURE
ftance ne put empefcher les
Ennemis de s'en rendre maiftres,
& de monter à la bréche.
Il y eut mefme plufieurs Officiers
de Grenadiers qui entrerent
dans la paliffade , & qui
donnerent jufques au retranchement
, mais ils y trouverent
un tres-grand feu . Les
trois pieces de Canon chargées
à cartouche qui batoient
la bréche , firent un fi grand
carnage des Affiegeans , qu'ils
furent contraints d'abandonner
l'attaque du retranchement.
Mr de Boiffeleau voulant
épargner la poudre , fit
GALANT. 257
• monter des Officiers de fon
Regiment , avec des Soldats
choifis pour les chaffer l'épée
à la main , ce qu'ils firent avec
beaucoup de valeur . D'ailleurs
, les coups de Grenades , &
de bombes les incommodant
fur le logement qu'ils vouloient
faire , ils n'eurent point
d'autre party à prendre que
celuy de fe retirer fort brufquement.
Les Affiegez reftez
à la garde des traverſes du
chemin couvert , voyant les
ennemis chaffez de la bréche,
fortirent fur ceux qui gardoient
le pofte de la contref
Septembre 1690 .
Y
258 MERCURE
carpe , & le chemin couvert
qu'ils avoient forcé . Ils les
pouſferent d'une maniere fort
vigoureufe , & ce fut inutilement
que les Officiers des Ennemis
voulurent rallier les
Soldats à coups de plat d'épée.
Ils n'en purent venir à bout,
& il y en eut un fi grand
nombre de tuez , que le che
min couvert & la contrefcarpe
fe trouverent remplis de
corps morts. La perte a cfté
du moins de quinze cens hommes
de leur cofté. Ils avoient
fait un retranchement entre
la tefte de la tranchée des
1
GALANT. 249
Affiegez & de leur chemin
couvert ; mais M' de Boiffeleau
les en fit chaffer à la bru
ne à coups d'épées & de piques.
C'eftoit un logement
où il y avoit foixante Soldats.
Il y eut environ deux
cens hommes tuez ou bleffez
du cofté des Affiegez . M' de
Beaupré , Lieutenant Colonel
du Regiment de Boiffeleau ,
fut tué fur la bréche , & M
d'Arpentigny qui en eft Major
, fut bleffé à mort . Les
Ennemis laifferent deux cens
outils à remuer la terre , dont
on manquoit dans la Place ,
Y ij
260 MERCURE
avec pluſieurs juftaucorps &
quantité d'armes. Les Irlandois
ont fait paroiſtre beaucoup
de valeur , & il y a eu
deux Officiers Ennemis pris
fur la bréche, l'un François, &
l'autre Ecoffois .
Je vous ay déja parlé des
Heretiques Vaudois ou Barbets
qui habitent quelques
Vallées du Piemont. Le fieur
Nolin vient de donner au Public
une Carte tres- exacte de
cesVallées. Elle vous fera con
noiftre les endroits où ces Heretiques
fe font le plus fortifiez
dans le temps qu'on les a ·
GALANT 361
t
vigoureufement pourſuivis.
Cette Carte eft accompagnée
d'une Defcription tres - curieufe
faite par un des fçavans
Hommes de noſtre temps ;
on y a marqué ce qui leur
cft arrivé de plus confidera .
ble depuis plus de cinq Siecles
jufques à prefent , & même
les avantages que les Armées
victorieufes du Roy y
ont remportez depuis peu. ,
Le fieur Nolin chez qui on la
trouve , fur le Quay de l'Horloge
du Palais , doit donner
dans quelque temps une Carte
des Etats de Savoye en deux
262 MERCURE
feuilles qui fera une des
meilleures & des plus amples
qui ayent encore paru en
France.
Rien ne pouvoir eftre plus
avantageux aux Turcs que la
Ligue où l'Empereur eft entré.
contre la France , puifque
l'Armée qu'il eft obligé d'entretenir
fur le Rhin , non feu- :
lement ne luy permet pas de
continuer fes Conqueftes dans
la Hongrie , mais qu'elle expofe
mefme les Places conquifes
à fe remettre fous la domination
de ces Ennemis du
nom Chreftien. Le Grand ViGALANT.
263
fir eftant party de Sophie à la
tefte de l'Armée Ottomane ne
s'eft pas plûtoft montré devant
Pirot que la Place a cfté
obligée de capituler . Les nouvelles
portent
portent , qu'il alla delà
inveftir Niffa , & que le 16.
du mois pafle il fit ouvrir la
tranchée . Le 21. de ce mefme
mois , il y eut un grand
Combat entre les Troupes
Imperiales , & un Corps de
Tartares , de Walaques , de
Tranfilvains , & de Hongrois
Mécontens , qui ont pris les
armes en faveur du Comte
Tekeli , que le Grand Seigneur
264 MERCURE
a declaré Prince de Tranfilvanie
en la place du Prince
Michel Abaffi , mort depuis
quatre ou cinq mois . Ce
Comte devant aller prendre
poffeffion de ces Etats , où il
eft fort fouhaité par les Peuples
, à caufe qu'il profeffe
leur Religion , le General
Heufler , qui avoit mis environ
cinq mille hommes
de Milices du Pays , pour
garder le principal paffage
de Walaquie en Tranfilvanie ,
fe rendit en un endroit par
lequel on l'avoit affuré que
le Comte Tekeli devoit
venir.
GALANT 265
I
venir. Comme il y alla accompagné
des Comtes de
Noirkerme, de Patz , de Magni
& de Pulizani , qui ef
toient chacun à la tefte de
leurs Regimens , & foutenus
par d'autres Troupes reglées,
& que s'eftant pofté fort
avantageufement , il avoit
rangé fes Troupes en ordre
C de bataille , il crut hazarder
peu
3
"
de chofe à le combattre.
Cependant les guides dont le
Comte Tekeli le fervit , luy
firent prendre une autre rou
te , par des Bois , des défilez
& des montagnes escarpées ,
Septembre 1690 .
Z
266 MERCURE
fi peu praticables , que la Ca
valerie fut obligée de mettre
pied à terre , & de mener les
chevaux par la bride . Les
Coureurs de l'Armée Impe
riale n'ayant pu rien découvrir
d'une marche fi fecreté,
il fit un détachement
qui prit
les Imperiaux par derriere, &
l'attaque fut fi rude , que
ceux -cy fe trouvant envelopez
avant qu'on leur cuſt
donné le temps de fe reconnoiftre,
fe laifferent enfoncer
de toutes parts . Les Allemans
fe défendirent avec affez de
vigueur , quoy qu'ils fe vifGALANT
267
fent abandonnez par les Tranfilvains
, qui prirent d'abord
la fuite fans avoir tiré un feul
coup ; mais leur reſiſtance fut
inutile , & aprés avoir perdu
la pluſpart des Generaux , & -
plus de trois à quatre mille
hommes, ils furent contraints
de fe retirer avec précipitation
. Les Comtes de Noirkerme
, de Magni & de Pulizani
demeurerent fur la place,
ainfi que le S ' Teleki , premier
Miniftre du défunt Prince de
Tranfilvanic. Le General
Heufler cut fon cheval tué, &
dans le temps qu'il fe fauvoit
Zij
268 MERCURE
à Cronstadt , les Hongrois le
reconnurent & le firent prifonnier
. On le mena au Comte
Tekeli , dont il n'attendoit
qu'un rigoureux traitement ,
aprés les efforts qu'il a faits.
depuis longtemps pour ſe ſaifir
de luy , & le mettre au
pouvoir de l'Empereur. Il en
receut pourtant des honneftetez
qui le furprirent d'autant
plus , qu'il n'avoit pas
lieu de les efperer . Le Marquis
Doria fut fait auffi prifonnier
par les Tartares , &
comme fa prifon cuſt eſté
trop dure parmy ceux, le Com-
1
GALANT 269
te Tekeli eut foin de le racheter.
Le Comte Serini ,fon
Lieutenant Colonel ,fe fauva à
Hermanſtadt, & fut en grand
peril d'eftre pris. Les moindres
Regimens Imperiaux
font de quinze cens hommes,
& puis qu'il demeure pour
conftant qu'il n'en eft pas
refté quatre cens de quatre ,
il faut neceffairement que la
perte des Imperiaux ait cfté
fort grande. On ne peut
guere douter que la défaite
de ces quatre Regimens
n'ait efté entiere , aprés la
perte des quatre Colonels ,
Z iij
270 MERCURE
*
tuez ou faits prifonniers. Les
Tranfilvains qui combatoient
à regret contre le Comte
Texeli qu'ils fouhaitoient
pour leur Prince , l'ont
joint prefque tous depuis
fa victoire. On dit qu'eftant
allé vers Cronstadt , il s'eft
déja rendu maistre de la pluf
part des Villes , qui n'attendoient
qu'une favorable occafion
pour rentrer fous l'obeiffance
de la Porte.La Tranfilvanic
eft une partie de l'ancienne
Dace , ayant la Moravie
au Levant , la Walaquie
au Midy , le Mont Carpathe
GALANT 271
au Septentrion , & la Hongric
au Couchant. Les Romains
qui s'en rendirent les
maiftres fous Trajan , luy donnerent
ce nom à caufe des
Foreſts qui l'environnent. Les
Saxons l'ont habitée autrefois,
& les fept Villes qu'ils
y ont baſties font caufe que
les Allemans l'appellent Sibenburgen.
Dans la fuite des
temps cette Principauté fe
trouva unie au Royaume de
Hongrie , d'où elle fut feparée
en 1541. Aujourd'huy
les Princes font électifs , &
payent tribut au Turc .
Z iiij
272 MERCURE
Voicy les noms de ceux
qui ont expliqué l'Enigme
du dernier mois , fur le Balay
qui en eftoit le vray fens.
M's Bouchet , ancien Curé de
Nogent le Roy; Euſtache , Abbé
de Sainte Catherine de
Poitiers ; des Effars : de Boifchalant
de la ruë de la Tifferanderie
: Thomas Maiſtre
de Penfionau Fauxbourg faint
Antoine C. Hutuge d'Orleans
: Jacques de Norman
die : Gibourg & du Cheſne
' Huiffiers au Chafteler : Pierre
le More : Jean Vicillot : Cotteret
de Villiers Commis aux
1
GALANT. 273
Aydes , Mefnard Marchand :
Antoine Richer : Rougemont
ruë Saint Martin : Cipiere de
1 Bordeaux : Bellet de Sainte
Foy : Gatin de Blaye Vaudelle
& de la Lande , de la ruë
Saint Martin : La charmante
Louifon : La fpirituelle Nanón
de la Croix de Beaulieu :
la charmante Nanon Robier
de Levroux ; la jeune Mariée
de la ruë de Bourrej, & lá
plus jolie Marchande de la
mefme ruë de la Ville de
Chartres : le Pigeon Ramier
de Saint Martial : l'Amant
du mois de Septembre , &
274 MERCURE
l'aimable Mademoiſelle Pierre
Benite de Lion : L'aimable
couple de Soeurs de la ruë
Saint Julien des Meneftriers :
M. Foulon , & la charmante
L. Favé de la ruë S. Martin :
l'aimable veuve Vinot , de la
ruë Tranfnonain : & la charmante
Michele Faiet de la ruë
aux Ours.
Ce mot de Balay , a cfté
trouvé de bien du monde :
mais quoy que l'Enigme ait
paru aifée à expliquer , il y a
eu beaucoup de perfonnes embaraffées
par le dernier Vers.
L'Auteur fait entendre qu'il
GALANT . 275
ne faut
yeux
pas fe donner beaucoup
de peine à chercher le
mot , puis qu'il eſt devant les
du Lecteur. Cela veut
dire qu'en joignant enſemble
la premiere lettre de chaque
Vers , on trouve que ces fept
lettres font. Un Balay.
L'Enigme qui fuit cft du
mefme Auteur , qui fe plaiſt
toûjours à cacher fon nom.
ENIGME.
V
'N Laboureur peut toûjours
efperer
Du grain qu'il a femé la recolte abondante
;
276 MERCURE
Mais je cultive un Champ que j'ay
beau labourer ,
Il ne rapporte rien de tout ce que j'y
plante..
Je travaille
S
pour
des
ingrats ,
Qui n'ont de mon labeur nulle réconnoiffance
i
Mais fi de ce travail ils ne me
payent pas ,
Fen fçais fort bien tirer d'ailleurs
La recompense.
S
4
Dans mon employ , fouvent ,
& de deffein ,
Je fais coucher le Fils avec fa
Mere ,
Le Frere avecfa Sæeur , la Fille avec
fon Pere,
Et la Confine avecque fon Coufin.
GALANT. 277
2
Rimer n'eft pas mon exercice
Fe m'y prendrois tout de travers
;
Mais ceux à qui je rends fervice
Font naturellement bien - toft aprés
des Vers.
S
Aux Parens , aux Amis , & mefme
en leur prefence ,
On me voit enlever ce qu'ils ont de
plus cher,
Sans qu'ils fe mettent en defence
Pour m'empefcherde le leur arracher.
2
Mon Ouvrage, quoy que penible,
Ne me chagrine point pourtant,
Toujours il s'acheve en chantant,
278 MERCURE
Bien loin qu'à fafatigue on me trouve
fenfible.
2
De ma profeſſion ſi l'on fait peu
cas >
de
Abus ; car fur ce point à bon droit
je m'obstine ,
Qu'on devroit luy donner le pas
Immediatement aprés la Medecine.
Le fecond Air nouveau que
je vous envoye , & dont vous
allez lire les paroles , eft le
dernier que vous aurez de M'
de Bacilly. Il est mort depuis
trois jours. Ses Ouvrages ont
fait connoître la beauté de fon
genie , & comme ils font fon
éloge,je n'y dois rien ajoûter .
GALANT. 279
AIR NOUVEAU.
Jay paßse deux jours fans vous'
voir. Il les intitule
278
MERCURE
Bien
loin qu'à
fa fatigue
on me trouve
fenfible
.
coeur remier sermentLors
D
on senle plus tendre on
se rendre
i
vnjn je
49
V
1
fait connoître
la beaute
uv
genie
, & comme
ils font fon
éloge
,je n'y dois rien ajoûter
.
VI
2
S
0
GALANT. 279
AIR NOUVEAU.
V
N coeur ne doit jamais fe rendre
Sur la foy d'un premier ferment.
Lors que
l'on s'engage aisément,
Souvent de l'Amant le plus tendre
On fait un infidelle Amant.
Voicy plufieurs couplets de
Chanfon , qui apparemment
feront auffi bien receus dans
vôtre Province qu'ils l'ont été
à Paris . Ils font de M' Diereville
, qui les a faits fur l'Air,
Fay paßé deux jours fans vous
voir. Il les intitule
280 MERCURE
PLAINTES
des Hollandois , défaits fur
mer & fur terre.
O
Ciel ! quel eft nôtre malheur
Sur mer commefur terre !
LOUIS en tous lieux eft vainqueur,
Tout cede à fon tonnerre. ·
Helas ! faut-il comme à Fleurus
Nous voir encor icy vaincus ?
2
Luxembourg, ce vaillant Heros,
Y parut en Alcide ;
Et Tourville deffus les flots ,
N'eft pas moins intrepide.
Helas ! aprés ces deux combats
Que vont devenir les Etats ?
2
Les Anglois croyoient fur les Mers
E
H
V
GALANT. 281
Avoir un grand empire ,
Et qu'aucuns Rois de l'Univers
N'ofoient leur contredire.
Helas ! LOUIS leur fait trop voir
Qu'ils fe flattoient d'un vain pouvoir.
S
Vainement nous eftions unis
Pour conjurerfa perte ;
Nous n'enfommes que mieux punis,
Noftre Flotte eft deferte.
Helas malgré tous nos efforts,
Il nous bat jufque dans les Ports.
S
Nous voguons de tous les coftez
Sans trouver un azile';
Nous fommes par tout arrestez,
Rien n'échape à Tourville.
Helas ! en vain nous le fuyons ,
Il nous brûle & nous coule à fonds.
A a
Sept. 1690 .
282 MERCURE
Ah ! que LOUIS eft bienfervy
Sur la Terre &fur l'onde !
Chacun le veut rendre à l'envy
Le plus puiffant du Monde.
Helas ! quelle rage pour nous
Quand nous voulons l'accabler tous!
Que nous fert de voir aujourd'huy
Toute l'Europe en Ligues ?
Rien ne réuffit contre luy,
Il rompt toutes nos brigues.
Helas ! tout ce qu'on entreprend
Nefert qu'à le rendre plus grand.
ន
7
Voy tous les maux que tu nous fais,
Maudit Prince d'orange ;
Crains à ton tour de tes forfaits
Que le Ciel ne fe vange.
Helas ! nous reffentons des coups
GALANT. 283
Que tu merites mieux que nous .
S
Şous une libre & douce loy
Nous vivions fans traverse ;
Falloit-il pour te faire Roy
Rompre noftre Commerce ?
Helas nous en fommes plus gueux,
Et tu n'en es pas plus heureux.
&
La cheute eft le fort des Tyrans,
Tu nefçaurois le croire,
Quand tu veux comme les Titans
Porter fi haut ta gloire.
Helas ! puiffes-tu l'éprouver
Du Trône où tu fceus t'élever.
Je vous manday la derniere
fois que M l'Abbé de Poudens
avoir efté nommé à l'Evefché
d'Aqs Je me fuis trom,
A a ij
284 MERCURE
pé c'eft Mr l'Abbé d'Abadie
d'Arboucave . Cette Maifon
eft fort ancienne, & a occupé
fous les Rois de Navarre les
premieres Charges de l'Etat .
Celle de Chancelier y eftoit
encore fous Jean d'Albret .
.Elle a confervé cette fplen
deur jufqu'aux troubles que
l'Herefie excita dans le Bearn
le Siecle paffé. La Reine Jeanne
y ayant défendu l'exercice
de la Religion Catholique , le
Baron d'Abadic renonça à fes
emplois , & quitta la Cour
pour fe retirer à Maflac, Bourg
prés d'Orthés en Bearn. Ily
GALANT. 285
y
choifit un endroit caché pour
faire baftir une Chapelle où
l'on celebroit fecretement le
divin Office , & qui eft enco-
Ere un illuftremonument
de fa
picté.LaReineJeanne en ayant
efté informée , il crut devoir fe
mettre à couvert de fes violences
. Cela l'obligea de tranf
planter fa famille en Guyenne
, où elle demeura plufieurs
années dans quelques terres
qu'elle y poffede encore aujourd'huy
Enfin Henry IV.
ayans fait abjuration de feserreurs
, ce grand Roy ne trou
va point de fujet plus propre
286 MERCURE
pour rétablir la Religion Catholique
en Bearn , que Jean
Pierre d'Abadie , qui avoit
fervy plufieurs années auprés
de Sa Majefté en qualité de
Confeiller d'Eftat . C'eftoit
un homme fçavant , mais encore
plus recommandable par
fa pieté. Ce Monarque le nom.
ma Evêque de Lefcar en 1600 .
Il yavoit plus de trente années
que cette Province gemiffoit
fous le joug desHereriques
, &
il fembloit que les maux qu'
ils y avoient faits fuffent fans
remede. Cependant
ce fage
Prelat, fans procés , fans vio-
I
GALANT
. 287
lence , & par la feule force de
fa parole , trouva le fecret de
rendre à l'Eglife une partie de
fes biens & de fes enfans. Il
auroit fans doute pouffé les
chofes plus loin s'il ne fuft
pas mort dans la neuviéme
année de fon Pontificat
. Arnaud
d'Abadie
, un de ſes Anceftres
, qui avoit auffi efté
nommé Evefque de Lefcar en
1428 avoit beaucoup
travaillé
à l'accroiffement
de la Rede
ligion
, dans
le peu
temps
qu'il
remplit
ce Siege
. Mais
M. l'Abbé
d'Abadie
, nommé
à l'Evcfché
d'Aqs
, femble
1
288 MERCURE
avoir encore enchery fur l'un
& l'autre . Il y a déja longtemps
qu'il fait fon unique
application de ramener à l'Eglife
ceux qu'en avoit feparez
le malheur de leur naifance.
Ila
ب آ
2
parcouru quatre Dioceſes,
où il a fait des fruits merveil
leux . Mi le Baron d'Arboucave
, fon Frere aifné , a creu
auffi qu'il convenoit à toutes
fortes d'états de travailler à
la propagation
de la Foy . I
fut nommé
par le Roy en
1682. pour affifter en qualité
de Commiffaire
de Sa Majefté
, au Synode des Pretendus
Reformez
,
GALANT. 289 .
Reformez , & il y fit fi bien
fon devoir , que c'est le dernier
qu'ils ayent tenu
Bearn, Il y a des Familles heureufes
, où certaines vertus
font naturelles
en
& paffent
des Peres aux Enfans
fans nulle interruption . Telle
weft celle d'Abadie d'Arboucave.
Le zele pour la Religion
Catholique y a regné
de tout temps , & c'est ce qui
en releve beaucoup plus l'éclat
que l'ancienneté , les alliances
confiderables, les hautes
dignitez, & le grand nombre
d'Officiers de Pere en Fils ,
Septembre 1690. Bb
290 MERCURE
a
prefque tous ceux de cette
Maifon ayant porté les armes
, & plufieurs ayant efté
tuez au fervice de leur Prince .
Il y a eu mefme deux Capitaines
de ce nom , morts dans
ce fiecle ; l'un au Siege de la
Rochelle, & l'autre à la Bataille
de Norlinghen . La Me
re de Mr l'Abbé d'Abadie,
eft Soeur de Mr l'Evefque de
Tarbes , & du Pere de M' le
Vicomte de Poudens , Colonel
d'un Regiment d'Infanterie,
qui s'eft fi bien ſignalé
à Lucerne. Il n'eft pas Frere
d'un Prefident de Pau.comGALANT
291
me je me fouviens de vous
l'avoir dit , mais Beau- frere ,
ayant épousé une Soeur de M
le Marquis de Gaffion , Prefident
à Mortier dans ce Parlement.
Je vous ay auffi mandé que
M'de Vignacourt qui vient
d'eftre éleu Grand- Maiftre de
Malte , eftoit âgé de 78. ans.
Il n'eft que dans fa 72. année,
eftant né le 13. Février 1619 .
Il eft originaire de Picardie,
& Fils de Meffire Adrien de
Vignacourt , premier Gentilhomme
de la Chambre du
Roy Henry IV. Capitaine
Bb ij
292 MERCURE
de cent hommes d'armes des
Ordonnances de Sa Majefté ,
& de Dame Loüife de Saint-
Perier , & propre Neveu de
Meffire Allophe , & non pas
Adolphe de Vignacourt, éleu
Grand Maistre de Malte en
1601. & mort en 1622. comme
je vous l'ay déja dit .
Vous vous fouvenez fans
doute d'une perfonne dont
je vous ay déja parlé dans une
de mes Lettres . C'eft de M'
Thiers , Preftre du Dioceſe
de Gap , qui ayant employé
les premieres années de la vie
à défendre une mauvaiſe cauGALANT.
293
fe , s'eft donné à l'Eglife pour
en défendre une bonne. Je
vous ay dit qu'il avoit paru
en public diverfes fois à Charenton
; & comme fa conyerfion
fut fincere , il ne fut pas
plûtoft Catholique , qu'il fe
mit en eftat de travailler à la
converfion des autres . C'eft
luy qui faifoit ces utiles Conferences
des nouveaux Catho.
liques de la Paroiffe de S. Sulpice
. Peu de temps aprés il
fut envoyé dans les Miffions.
qui fe firent par l'ordre du
Roy pour l'inftruction des
Nouveaux Convertis de
Bb iij
294 MERCUR
É
Xaintonge & de la Rochelle.
Vous fçavez que depuis quelque
temps ces Miffions ont
efté fufpendues . C'est ce qui
luy fit prendre
le party d'aller
au Seminaire , pour fe dif
pofer à recevoir les Ordres
facrez . Comme fon Evefque
avoit efté particulierement
informé de fa conduite , il
luy permit de fe faire Preftre .
Il dit fa premiere Meffe à
S.Barthelemy.Tout
le Choeur
eftoit ple de nouveaux Catholiques
de bonne foy , qui
communierent
de fa main ,
& qui pleuroient de joye de
GALANT 295
le voir à l'Autel , aprés l'avoir
veu dans la Chaire de menfonge.
Depuis ce temps - là il
a prefché dans les principales
Paroiffes de Paris avec beaucoup
d'approbation ; & comme
il doit prefcher les Dominicales
des mois d'Octobre
& de Novembre dans celle de
S. Sauveur , je ne manqueray
pas de vous mander quel
en fera le fuccés .
J'ay encore quelques morts
à vous apprendre. Celle de
Mr le Chevalier Daunet arriva
le 18. du mois paffé . Il
eftoit Fils de M' le Baron
Bb iiij
296 MERCURE
Daunet , tué au fervice du
Roy fous feu M' de Turenne ,
& avoit cfté élevé Page de
Monfieur le Duc , qui luy
avoit donné une Lieutenance
dans fon Regiment . Il laiſſe
deux Freres . Son Aîné eft
Lieutenant de la Colonelle ,
& Capitaine dans le Regiment
de Bourbon , & le Cadet eft
Enſeigne dans la Marine ,
་་
4
Meffire Pierre Gaucher de
Sainte Marthe , Seigneur de
Meré fur Indre & des Lionnieres
, Maiftre d'Hoftel du
Roy , & Hiftoriographe de
France , eft mort auffi depuis
GALANT. 297
t
peu de temps. Il a fait part
au Public de divers Ouvrages
fur l'Hiftoire , ainſi que
fes Anceftres , qui nous ont
donné l'Hiftoire Genealogique
de la Maifon de France
, & de fes Alliances , &
Hitioire des Archevêques,
- Evêques & Abbez de l'Eglife
de France . Cette Famille
originaire de Poitou ,
porte d'argent à la face fuzelée
de trois pieces & deux demies
de fable au chef de même.
Il en eft forty plufieurs Capitaines
, qui ont fignalé leur
valeur en diverfes occafions ,
298 MERCURE
2
des Confeillers au Parlement
& à la Cour des Aydes de
Paris des
Lieutenans gene
raux à Poitiers , Maiftres des
Eaux & Foreſts , non ſeulement
recommandables par
leurs fervices , mais auffi la
plufpart s'eftant fait diſtinguer
dans les belles Lettres
par les Ouvrages qu'ils ont
compofez. M ' de Sainte Marthe
, General des Peres de l'O.
ratoire , eft frere de M' de
Sainte Marthe qui vient de
mourir; & M' de Sainte Marthe
, Confeiller de la Courdes
Aydes, & Garde de la Biblio
GALANT. 299
theque du Roy à Fontainebleau
, eft d'une des branches
de cette Famille .
Ces morts ont efté fuivies
de celle de M' l'Abbé le Jau
de Chamberjoft . Ceux de cette
Famille , qui cft originaire
# d'Anjou , eftoient Seigneurs
Edu Pleffis au Jau dés l'an 1262.
Depuis ils ont efté Seigneurs
de Chamberjoft en Gaftinois,
par le mariage de Maurice le
Jau, Gouverneur de Milly ,vivant
en 1470. avec l'Heritiete
deChamberjoft. L'Abbé dont
je vous apprens la mort , avec
fes deux Freres , Jean - Henry
300 MERCURE
le Jau , Seigneur de Chamberjoft
, & François le Jau ,
Enfeigne aux Gardes , puis
Sous- Brigadier des Moufquetaires
du Roy , font Fils de
Henry le Jau , Seigneur de
Montaquoy , & d'Anne de
Morgues de S. Germain , def
cendue des de Morgues , Barons
de S. Germain le Prade
prés le Puy en Velay , & de
Pilluftre Famille de Montholon
le Jau . Ils portent de gueu
les à trois Lozanges d'argent.
Il faut vous parler de la
derniere affaire qui s'eft paffec
GALANT. 30
en Savoye , où M' de Sales ,
& M le Comte de Bernex
commandoient un Corps
qu'on n'avoit pu joindre , à
caufe de la parfaite connoiffance
qu'ils ont du pays , &
de la facilité que leur donnent
les montagnes d'échaper
à ceux qui les pourfuivent.
M' de Thoy partit de
Chambery où il commande
avec deux Bataillons Irlandois
, & M' de S. Ruth marcha
de fon cofté avec deux
autres ,
& un Regiment de
Cavalerie
, pendant que M
de Vins avec les Dragons de
302 MERCURE
Bretagne & un détachement
d'un Regiment de Cavalerie,
vint d'Anecy ; de forte qu'ils
fe trouverent rous trois fur
les bords de l'Ifere , où deux
petites pieces de Canon les
joignirent le lendemain . M'
de S. Ruth eftant allé vifiter
les chemins , trouva Mr de
Sales pofté fur un rocher qui
va à la grande montagne
de
l'Ifere . Il ordonna à M de
Thoy de paffer la nuit au
pied de cette montagne avec
le Regiment de Bretagne &
cent Irlandois
, pour empêcher
que M' de Sales n'échaGALANT.
303
past. Il l'obferva pendant
toute la nuit , & remarqua
qu'il occupoit encore le mêmepofte
à la pointe du jour.
M de S. Ruth eftant arrivé
à fept heures du matin avec
de l'Infanterie , ordonna les
artaques , fçavoir l'une par le
Regiment Irlandois de Moncaffel
, à la tefte duquel ce
Milord fe mit avec M de
Thoy , & une autre fur la
droite commandée par M ' de
Vins avec fes Dragons . On
marcha aux Ennemis , qui
aprés avoir fait un grand feu,
voyant qu'on les approchoit
304 MERCURE
de prés , prirent la fuite. Il y
en cut plufieurs de tuez. M
de Sales fut fait prifonnier ,
& Milord Moncaffel fut bleffé
. On marcha au retranchement
où eftoit M ' de Bernex ,
mais dés que les Irlandois curent
gagné le deffus de la
montagne , il prit le party de
fe retirer en Piedmont . On
le pourfuivit jufque fur la
montagne appellée de Saint
Bernard , où l'on demeura
quelque temps. Il n'y a plus
que Montmelian dans toute
la Savoye qui ne foit pas au
Roy; mais felon toutes les
GALANT. 305
S
appatences cette Place tombera
bien - toft d'elle- mefme ,
fans qu'il en coufte de fang.
Voicy un détail exact
de tout ce qui s'eſt paſſé en
Flandre pendant tout le mois
paffé & celuy- cy. Depuis la
Bataille de Fleurus , les Ennemis
ont efté immobiles , &
n'ont point quitté le Camp
qu'ils avoient pris du cofté de
Bruxelles
, jufqu'à ce que Mr
l'Electeur
de Brandebourg
les
ait joints avec les Troupes,
Ce fut au commencement
d'Aouft. Ils vinrent alors
camper à Genape , à plus de
Septembre 1690. Cc
306 MERCURE
quinze lieuës de Kevrin , où
noftre Armée eftoit campée
depuis le 21. de Juillet . Il ne
s'eft rien fait de confiderable
pendant ce campement. Les
fourages ont efté ordinaires,
& les convois que l'on tiroit
de Valenciennes , n'avoient
mefine befoin d'efcorte.
On quitta le Camp de Kevrin
le s . d'Aouft , pour venir
à Hans , où l'Armée a demeuré
tranquillement jufques
au 10. de ce mefme mois.
Elle décampa ce jour-là pour
aller occuper le Camp de
Henfics , & y confumer le
pas
GALANT. 307
fourage qui s'y trouvoit Ce
Campfut de neufjours . Le 19.
l'Armée décampa forr matin,
fur un avis que M ' de Luxembourg
receut que les Ennemis
avoient fait quelque mouvement,
& elle vint camper
Pervels , où elle demeura trois
jours entiers , & en partit le
23. pour aller à Blequi ,. où elle
refta jufqu'au 29. Le 25. jour
de S. Louis , M ' de Luxembourg
fit faire un grand fou
rage aux portes de Mons ,
pendant lequel il fit démolir
l'Abbaye de Cambron . Le
lendemain , l'Armée cftang
1
Cc ij
08 MERCURE
rangée en bataille , & faifant
face à Mons , on fit trois décharges
generales de l'Artil.
lerie , & les Troupes en firent
aurant ,
"
en réjoüiffance du
gain de la Bataille de Stafarde
. Les Ennemis eftoient vcnus
de Genape camper à Nôtre
Dame de Hall , & Mr de
Luxembourg voulant s'approcher
d'eux , & s'avancer dans
leur pays , pour augmenter les
contributions , & achever le
deffein qu'il avoit de démolir
les lieux où ils devoient mettre
des Troupes en garnifon
pendant l'hiver, fit décamper
GALANT. 309
l'Armée le 29. à une heure
aprés minuit, afin de pouvoir
arriver de bonne heure à
Leffines , parce qu'il avoit cu
avis que les Ennemis avoient
réfolu d'y venir camper.
L'Armée n'en rencontra aucun
dans fa route , quoy qu'-
elle paffaft à la portée du Canon
d'Ath . Mr de Luxembourg
marqua luy- meſme le
Camp que l'Armée y occupe
aujourd'huy. Le 31. qui cftoic
deux jours aprés l'arrivée de
l'Armée, il fit démolir les murailles
& les portes de la Ville,
quoy que les Ennemis n'en
210 MERCURE
fuffent qu'à quatre heures , &
par confequent à portée de
Grammont, de Ninove, & de
Brene- le-Comte. Cependant
Mr de Luxembourg ne laiffa
pas de faire démolir & rafer
tous les dehors de ces Villes,
fans que les Ennemis paruſ
fent.
Pendant que le Camp eftoit
à Pervels , Mr de Bouflers fe
détacha avec quelques Bataillons
& Efcadrons
彝
pour aller
du colté de la Meufc. Ce détachement
fut remplacé au
Camp de Blequi , où le détachement
que commandois
GALANT. 311
M de Rivarole joignit l'Armée
; mais ce Commandant
eut ordre d'aller joindre le
Corps que commande Mª de
Maulevrier. Depuis qu'on eft
à Leffines , on a détaché trois
Regimens ; fçavoir , Dauphiné
, l'Ile de France , & un au
tre pour aller du coſté des
Lignes . Ce détachement joignit
M de Maulevrier au
Camp d'Oftigny . Depuis qu'-
on cft campé à Leffines les
Ennemis fe font éloignez , &
on a fair fans obftacle la demolition
de toutes les petites
Villes où ils avoient deffein
312 MERCURE
de laiffer des Troupes en quartier
d'hyver. Nos Fourages
ont efté d'ailleurs prefque tous
fort infultans , puifqu'on a
fouvent pris ceux qu'ils deſtinoient
pour eux- mêmes.
Le 20. de ce mois , on alla à
quatre lieues du Camp faire
un autregrand fourage . Toute
nôtre Cavalerie marcha avec
du Canon ; mais il n'arriva
rien,quoy que l'Armée des Ennemis
fourrageaft à une heure
de la noftre . On connoiſt par
toutes ces chofes la grande
perte qu'ils ont faite à la Bataille
de Fleurus, puifque leurs
Armées
GALANT
313
15
Armées & la noftre vivent
dans leur pays , dont ils n'ont
pas efté mefme en eftat de
nous chaffer , quoy qu'ils
ayent efté renforcez d'une
Armée entiere , avec laquelle
ils devoient eftre beaucoup
fuperieurs en forces . Ainfi ils
n'ont pas raifon de publiet
que nous n'avons tiré nul
avantage de la Bataille de
Fleurus , puis que nos Troupes
font chez eux , que nous
démoliffons leurs Places , &
que deux Armées qui devoient
faire feparément des
Sieges , n'en ont ofé entre-
Dd
Septembre 1690 .
314 MERCURE
prendre aucun depuis leur
jonction .
Il y a de differentes manieres
de fe faire la guerre . Les plus
ordinaires font de donner des
Batailles , ou de faire des Sie
ges. Les deux parties perdent
dans l'une & dans l'autre. Il
elt vray que la perte du vainqueur
n'eſt pas égale à celle
qu'il fait fouffrir à fes
Ennemis ; mais la victoire
ne laiffe pas de luy couter
quelque fang. Il y a une troifiéme
maniere toute admirarable
, & qui demande qu'un
General ait une parfaite inGALANT.
315
7
telligence du métier de la
Guerre. C'est celle de fçavoir
par d'heureux campemens fatiguer
fon Ennemy , ruiner
fon pays , vivre à fes dépens,
luy porter la famine chez luy
mefme , lors qu'on ne manque
de rien dans fes Etats , &
luy faire finir la Campagne
avec autant de perte que s'il
en eftoit venu à un combat,
fans qu'on ait fouffert de fon
cofté le dommage , que le
Vainqueur mefme ne peut
éviter lors qu'on gagne une
Bataille de vive force. Il cft
aifé de voir à quoy doit con-
Dd ij
316 MERCURE
.
clure ce raifonnement, puis
que Monfeigneur le Dauphin
vient d'executer tout ce que
je viens de dire. Jamais on
n'a veu d'activité pareille à
celle de ce jeune Prince . Il a
toujours agy depuis qu'il eft
à la tefte de fes Troupes , &
s'eft acquitté de toutes les
fonctions d'un grand General
,comme vous pouvez voir
par fes divers Campeinens ,par
tous les mouvemens qu'il a
faits pendant ce mois , & par
une infinité de chofes dignes
d'eftre remarquées , & qui
font connoiftre ce qu'on peut
GALANT. 317
efperer d'un Prince genereux,
bon , jufte , & liberal.cosulk
Le 1. de Septembre , toute
fon Armée vint camper à
Ettemheim .
Le
3. une partie de l'Armée
campa à Kentſinghen
.
Le 4. elle arriva dans la
plaine de Veuill. Le quartier
du Roy fut marqué à Endinghen,
où les logemens fe trouverent
affez commodes ; &
le pays tres abondant en toutes
chofes . L'Armée y fut
campée fur deux lignes paralelles
tant que la
veuë
pouvoit
porter dans cette plaine,
D deiij
318 MERCURE
4
où l'on ne voit pas un feul
buiffon . Il faut paffer la Riviere
d'Elts pour y arriver, &
cette Riviere eft gayable en
trois endroits. On propofa à
Monfeigneur d'y faire des
Redoutes , & de mettre du
Canon en ces trois endroits ;
mais ce Prince n'y voulut pas
confentir , ny mefme qu'on
rompit les guez , .afin que les
Ennemis euffent plus de faci
lité pour venir à luy.
Le 6 Monfeigneur alla
vifiter la gauche & la tefte de
fon Camp , le long de la Riviere
d'Elts jufqu'au bord du
Rhin.
GALANT.
༢I9
Le 7. & le 8. on fit des fourages
dans des lieux où les
Ennemis en auroient pû prendre
s'ils fe fuffent avancez .
Le premier de ces deux
jours , Monfeigneur monta à
cheval dés huit heures du matin
, & ne revint qu'à onze
du foir. Ce Prince fortit par
le chemin de Fribourg , &
rentra par celuy de Brifac . Il
fe promena fur toutes les hauteurs
qui font entre ces Places
, & paffa en revenant par
un marais affez difficile . Le
mefme jour un Trompete de
la Chambre nommé Beaupré,
Dd iiij
320 MERCURE
revint de Mayence , d'où il
rapporta que le Gouverneur
luy avoit dit, que quand on
fçauroit où eftoit l'Armée de
Monfeigneur , M¹ de Baviere
iroit le trouver. LeTrompete
répondit que fi M de Baviere
eftoit fur les Terres de France,
Monfeigneur l'auroit trouvé
il y a longtemps. Si les Ennemis
avoient eu une veritable
envie de le joindre , cela
leur auroit fait faire des efforts
qui auroient pu leur réuffir ,
Monfeigneur ayant demeuré
plufieurs jours dans un meſme
Camp, & en ayant mefme
GALANT . 321
paffé huit entiers dans celuy
de Veuill. S'ils le trouvoient
trop avantageufement
campé , c'eftoit à eux à prendre
leurs mesures de bonne
heure , pour empefcher qu'il
ne fift de fi bons campemens .
Il eftoit fur leurs Terres , ils
le devoient chercher, & faire en forte
quite
p
fuft pas
fi
commodement . Du refte , il
pouvoit cftreattaqué par tout,
puis qu'il n'eftoit fous le Canon
d'aucune Place. Les Ennemis
avoient l'avantage du
campement dans les Batailles
de Fleurus & de Stafarde , &
322 MERCURE
1
cependant ils ont efté attaquez
& battus.
Le 8. un rendu qui eftoit
party du Camp des Ennemis
le 7. à quatre heures du foir,
affura qu'ils eftoient toujours
au delà d'Offembourg. 11
ajoûta que leur Armée avoit
beaucoup fouffert dans cette
marche, & qu'ils avoient elté
fept à huit jours fans pain ,
vivant de racines & de mauvais
fruits.
Le 9. un de nos Partis rapporta
dés quatre heures du
matin, qu'il avoit veu la tefte
de l'Armée de M' de Baviere
GALANT. 323
auprés des Chasteaux de Molberg.
Le mefme jour , deux
à trois cens des Ennemis fe
rendirent à Strasbourg, & dis
rent que l'Armée devoit
marcher ce jour là , & pour,
Foit paffer derriere les Montagnes
, n'ayant point de fourages
où elle eftoit . Tous les
gros Bagages & les Carroffes
marcherent ce mefme jour
avec eſcorte pour fe rendre en
deux jours fous les Contrefcar .
pes de Brifac à quatre lieuës
du Camp . Le mefme jour tous
les ponts de deffus la petite
Riviere d'Elts , tant ceux que
324 MERCURE
l'on y avoit faits pour paffer
l'Armée, que ceux que l'on
y avoit trouvez , hors celuy
de la petite Ville de Kentfi
ghen , furent entierement
rompus.
Le 10. on fe leva dés trois
heures du matin pour partir
comme on avoit dit à l'ordre,
dans l'efperance qu'on auroit
des nouvelles des Ennemis
par un party qu'on avoit envoyé
, mais on n'en cut point,
ece qni fit croire qu'ils étoient
encore éloignez ; mais on en
receut par Strasbourg de M'
de Chamilly qui manda
CALANT. 325
qu'ils eftoient encore prés
d'Offembourg , & qu'ils n'avoient
point marché. Il fut
refolu que l'Artillerie & l'Infanterie
décamperoient ; ce
qui fut executé.
pc-
La nuit du 10. M' de Maf
felle, Lieutenant Colonel, retourna
au Camp , & dit à
Monfeigneur que les Ennemis
eftoient campez
à la
tite Ville d'Altemheim , où
eftoit la gauche de leur Armée
, & la droite au Château
de Molberg ; Qu'il parooit
y avoir deux lignés ; Que la
feconde eftoit éloignée de la
326 MERCURE
premiere de la portée du fufil
, & que ce pouvoit eftre
les
troupes
de Saxe. Une heure
aprés un Dragon rendu dit
à peu prés la meſme choſe .
Il ajouta feulement qu'il y
avoit fept jours qu'ils manquoient
de pain , celuy qu'on
leur avoit diftribué étant tout
pourry qu'ils mangeoient
quantité de citrouilles & de
'fruits, dont il y a abondance
dans le pays.
V
Monfeigneur voyant que
le Ennemis n'ofoient avancer
, envoya pour les attrér
tous les gros bagages fous BriGALANT.
327
fac , fit marcher l'Artillerie,
& décamper l'Infanterie , &
ordonna que tout fuft preft
Te lendemain à la generale
pour partir.
Cependant on fceut que les
Ennemis avoient un gros
corps de troupes campé à
trois quarts de lieuë de Kentfinghen
, & à une grande.
lieue du Camp de Monfeigneur.
Ce Prince monta
cheval pour
les aller reconnoiftre
, & fut fuivy de tout
ce qui fe trouva dans le Quar .
tier general.Il donna ordre de
faire revenir le Canon & l'In328
MERCURE
fanterie ce qui fut promprement
executé , & l'Armée
fe mit en Bataille en for
tant des Tentes . Monſeigneur
obferva toutes leurs démar
ches ; & comme il leur laiffa
remarquer tranquillement la
maniere dont eftoit poftéc
fon Armée , on ne douta
point , fachant les difcours
que M' de Baviere tenoit à fes
troupes , qu'on ne fuſt atta .
qué le lendemain.
Le 12. bien loin d'en venir
aux mains , les Ennemis ne fi
rent aucun mouvement pour
s'approcher ; ce qui mortifia
GALANT. 329
fort nos Troupes , & fit refoudre
Monfeigneur à partir
le lendemain , afin de fe rendre
dans la Plaine de Staufen ,
pour prévenir les Ennemis.
qui avoient deffein d'y aller,
& pour les empêcher de joüir
des avantages qu'ils auroient
pû tirer d'un pays qui n'avoit
point efté fouragé.
Le 13. avant que l'Armée
decampaft, le feu prit fur les
trois ou quatre heures du matin
au quartier de Mele Duc
de Vendofme
. Il y eut dix ou
douze maifons brûlées avec
quelques équipages . Monfei-
Septembre 1690.
Ec
330 MERCURE
4
gneur envoya auffi toft de
T'argent à M' de la Grange Intendant
d'Alface
. pour reparer
ce dommage . Ce jour là,
on n'eut aucunes nouvelles
des Ennemis
, quoy qu'il y
euft plufieurs Partis en campagne
. Monfeigneur
fit décamper
fon Armée fur les fept
ou huit heures du matin, tambour
batant, & marchant fur
trois colomnes ; l'Infanterie
-eftoit au milieu . Monseigneur
vifita toutes les Colomnes avant
que l'Armée matchaſt ,
& fit retirer l'Infanterie
de
quelques poftes qu'elle occu-
A
GALANT 331
5
poit. Si les Ennemis avoient
voulu joindre , il leur eftoit
aifé de donner fur l'Arrieregarde.
Monfeigneur occupa
ce Pofte avec la Maifon du
Roy. L'Armée campa ce foir
là à Akeren à une petite lieuë
de Brifac. Un Lieutenant des
Compagnies franches d'Alface
fit pendant la marche
quelques prifonniers , qui dirent
que les Ennemis pe penfoient
point à nous attaquer;
qu'ils fouffroient beaucoup ;
que les Païfans des Montagnes
leur avoient tué plus de
mille de leurs Fourrageurs
, &
›
E c
ij
332 MERCURE
que l'Electeur de Saxe menaçoit
toûjours de les quit-.
ter , difant qu'il ne vouloit
pas que fon Armée perift de
mifere dans des Montagnes
& de fort mauvais chemins .
Le 14. on décampa d'Axeren
pour venir à Mengen en.
tre Brifac & Strasbourg.Monfeigneur
alla en partant fe
promener à Brifac. Il fit le
tour de la vieille Ville , &
defcendit au bas d'un Baſtion
par une Eclufe nouvelle , qui
a cité faite depuis que la Cour
y a paffé . On apprit ce jourlà
que l'Armée Ennemie étoit
GALANT 333
穸
campée proche de l'Abbaye
de Schufteren. Le quartier de
Mengen s'eft trouvé fort bon,
& le pays abondant.
Le 16.Monfeigneur alla voir
Fribourg , qui luy paruc une
des plus furprenantes , & des
plus fortes Places qu'il y ait
en Europe .
Le 18. ce Prince fit la reveuë
de fa Cavalerie . On eut nouvelles
le mefme jour , que Jes
Ennemis avoient pris le party
de paffer derriere les Montagnes
, & qu'ils alloienr fe pofter
devant Rinfeld , dans la
crainte qu'on ne l'affiegeaft.
334 MERCURE
.
Ils
marchoient par un pays
terrible , & leur
marche
devoit
eftre de
quatorze
jours.
Le 19.
Monfeigneur
fit la
reveuë de fon
Infanterie , qui
luy fembla
plus
belle
qu'elle
n'étoit lors qu'il la vit en arrivant
à Lampſem
, & à Vake-
3
nem .
L'Armée devoit
décamper
le 22. ou le 23. pour
avancer
vers
Stauffen , & pour prendre
les devans , fi les Enne-
177
mis
rentroient par
les
gorges
des
Montagnes ; car on a receu
avis que leur Armée a
marché au delà de la Foreft
GALANT.
335
& Montagne noire . On croit
que c'eft pour fubfifter
plus
aifément dans ces gorges
, &
qu'ils ont deffein de rentrer
dans le Brifgau.
On a fccu par les deferceurs
, & par les prifonniers
qu'on a faits fur eux que la
mefintelligence regnoit toujours
entre les Ducs de Saxe
& de Baviere , & que le premier
vouloit retourner vers
Hailbron , voyant qu'ils avoient
tant de peine à ſubſifter
dans un pays que noftre
Armée a mangé , ayant toû
jours fceu prendre les devans.
336. MERCURE
Monfeigneur aprés avoir
fejourné huit jours dans le
Camp de Mengen , alla cam
per le 22. dans la plaine de
Neubourg. Le quartier general
eft à Oberiflenlen . Ce
Prince prit cette refolution fur
ce qu'il avoit fceu que les Ennemis
avoient marché par
vallée de Loor & de Valkrik,
& paffé derriere les Montagnes
, comme s'ils euffent
voulu entrer dans cette plaine
de Neubourg
par les gorges
.
qui y conduifent , ou s'appro
cher de Rhinfeld , mais il n'avoit
point encore cu de noula
velles
GALANT. 337
velles le 24. qu'ils vouluffent
paffer les Montagnes qui les
feparent de luy. On trouva
feulement en arrivant un Par
ty dans la montagne de no,
ftre coſté , & Monſeigneur
le fit pouffer par une partie de
ceux qui le fuivoient , lors
qu'il voyoit la fituation du
Camp pour le faire luy- mefme
.Les foins que le donne cet
infatigable Prince ne le peuvent
comprendre que par
ceux qui le voyent agir. Rien
ne luy échape, & il entre dans
les détails des moindres chofes
comme des plus impor
Septembre 1690. Ff
338 MERCURE
tantes . Il donne ordre à tout,
& voit luy- même chaque jour
tout ce qui doit eſtre veu d'un
bon General . Ses liberalitez fe
répandent fur tous ceux qui
meritent quelque récompenfe
, quelque fecours , ou melme
quelque charité , & fi l'on
pouvoit recueillir toutes les
chofes qu'il a'dités en beaud'occafions
, on verroit
que perfonne n'a parlé plus
jufte ny avec plus de pru
dence fur toutes fortes de ful
jers .
совр
jlfo
Le 26. l'Armée de ce
Prince occupoit le mefme
GALANT. 339
Camp, & l'on croyoit qu'elle
y reſteroit encore cinq ou fix
jours pour confumer les fourages
,dont il n'y avoit guere
plus que ce qu'il en falloit
pour ce temps- là ansainna
La Republique de Venife , fage
& prudente , & qui allant toujours
fon chemin , ne s'embaratle que
des chofes qui la touchent , vient
d'emporter Napoli de Malvafie ,
fans s'eftre rebutée de la longueur
du Siege de cette Place , qu'elle a
commencé il y a déja deux ans.
C'eftIt un Port de mer dans la Morée
, auffi - bien que Napoli de Romanie
, dont les Venitiens s'e
ftoient déja rendus maiftres. M.
Cornaro , Capitaine General qui
Ff
ij
TIPS TMAJAD
TIDE
240 MERCUREnsion
commandoit à ce Siege , fit battre.
au commencement du mois paffé
le Fauxbourg & la Palanque, avec
quatre pieces de Canon , & tandis
qu'il faifoit encore travailler à quel
ques Ouvrages qui devoient faire
apprehender aux Affiegez de he
pouvoir refifter encore long- temps ,.
on alla par fon ordre leur faire- de
nouvelles propofitions , pour tâcher
de leur faire prendre la refolution
de fe rendre Ils répondirent
qu'ils n'eftoient pas encore fi pref
fez qu'on les croyoit, & continuerent
à fouftenir les efforts des Af
fiegeans , mais enfin ils craignirent
que leur opiniaftreté he caufaft leur
perte , & capitulerent. Les principales
conditions de la capitulation,
urent qu'ils pourroient fortir avec
curs armes, & tout ce qu'ils pour
A- ·
GALANT. 341 I
roient emporter. Cela fut exécuté
le 21 Aouft . Ils eftoient au nombre
de 940. dont il n'y avoit que trojs
cens hommes de Troupes reglées .
On les embarqua fur trois Vaiffeaux
Venitiens pour eftre menez
à la Canée. Onze Renegats &
treize Efclaves qu'ils laifferent dans
la Place , furent mis en Liberté: On
y trouva beaucoup de munitions de
guerre , fçavoir 35. pieces de Canon
de fonte, & 37. de fer , trois
Mortiers , 70. Barils de Poudre,
440. de Biſcuit , & un grand nom
bre de Bombes.
Mr de Chambonas, Evefque de
Lodeve, a cfté nommé à l'Eveſché
de Viviers. Il eft Neveu du vieux
Prelat à qui il fuccede , & comme
il avoit cu depuis long temps la
conduite de ce Dioceze à caufe du
44
Ffiij
342 MERCURE
grand âge de M. fon Oncle le Roy
a jugé que la continuation de fes
foins ne pouvoit eftre que d'un
fort grand avantage pour cette
Eglife. Je fuis , Madame , vostre,
& c.
A Parrs ce 30 Septembre 1690.
Gi.
On affure que la gangrene s'eft
mife dans la playe du Prince d'O
range. Je ne vous garantis pas
cette Nouvelle , mais je la tiens
d'un lieu qui devroit le faire croire.
On dit auffi que les Troupes de ce
Prince ayant donné un fecond
affaut à Limeric , ont efté repouf
fées avec beaucoup de perte,
Le SrGueront avertit qu'en debiSGALANT.
br 343
tant le Mercure , il debitera auſſi au
commencement de chaque
La
Pierre de touche politique , qui a
commencé à paroistre depuis plus
d'un an. Cet ouvrage eft fi connu,
qu'il feroit inutile d'expliquer en
quoy il confifte.
$255222522225555S
TABLE.
9803
Rélude
PRStances ds Me des Houlieres. 8.
Sonnets. 13
22
Madrigal.
Fuftification
des Colonels & des Capitaines
du pays des Grifons qui
fervent le Roy de France, contenuë
dans une Lettre écrite aux trois
Chefs des trois Ligues des Grifons,
par F. B. Stoppa.
Tu
23
Oraifons funebres faites pour M. de
Montaufier.
Idille de Madame des Houlieres fur
la mort de ce Dac.
102
109 Sonnet fur le mefme fujet.
Réjouiffances faites en plufieurs Villes
du Royaume pour les dernieres
2267 ABLE. 13253
Conquestes du Roy , avec un dif-
› cours prononcé par M. l'Evefque
d'Uzez far le mesme fujet. 113
Service fait à Cologne pour le repos
de l'ame'de Me la Dauphine. 150
lar
Thefes de Mathematique foutenues
au College Mazarin.
Les Philofophes a l'encan .
Panegyrique de S. Louts , prononcé
devant l'Academic Françoifes 161
Fragment du Panegyrique du mefme
Saint prononce par le Pere de
S. Martin Jefuite.
19
162
Autre Fragment de M.l'Abbé Plo
met. 148
Divertiffement reprefenté fur le
Theatre de Bourbon à Rouen, 182
Sonnet.
Manieresreufes
du
Roy
.
190
Compliment fait par M. de la Porte,
Lieutenant en l'Election de MafTABLE.
con , à M. Dogliani , Ambaſſadeur
de Savoye.mozaz ok willow.193
Hiftoire.
00
198
Article curieux touchant les affaires
du
temps
Morts .
Nouvelles d'Irlande.
228
P
zolga
M ob 1220
WNER
247
les Barbets ou Vaudois . 260.
Carte des Vallées de Piedmont habitées
par
Defaite des Imperiaux en Tranfilvanie.
Article des Enigmes: {
262
272
Divers couplets de Chanſon ,fur l'air
de J'ay paffe deux jours fans vous
280 voir.
Erreurs du dernier Mercure corri-
283
gées.
Mr Thiers dit fa premiere Meffe à
S. Barthelemy , à laquelle plufieurs
nouveaux. Convertis communient.
298
TABLE
Autre article de Morts. MMá
295
Nouvelles de Savoye. 300
Nouvelles de Flandre. 305
Nouvelle
d'Allemagne.
317
Prife de Naples de Malvafie. 339
M. de Lodeve eft nommé à l'Evêché
de Viviers.
Fin de la Table .
340
200v znalez
s
A amiering a b 6021275
+3(1 )
PA MAJAD
L
Avis pourplacer les Figures,
Air qui commence par Ab,
Printemps ton retour , n'a plus,
doit regarder la page 112.
.
La Medaille doit regarder la
#
page 184.24
L'Air qui commence par, Un coeur
ne doit jamais fe rendre , doit regarder
la page 279:
Qualité de la reconnaissance optique de caractères