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Picquefie
**
juncti
BIBLIOTH
" Las
Faricines ".
S J
30
CHANTILLY
JERS
DOM.S.ALO !
SA
CIENS
MERCURE
GALANT
LE
DEDIE A MONSEIGNEUR
DAUPHIN
A
OUST 1696.
A
PARIS ,
GALERIE-NEUVE DU PALAIS,
Nodonnera
ONnouveau
N donnera toujours un Volum
du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juſtice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E MICHEL GUER OUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC . LXXX X
'AVEC PRIVILEGE DU ROY,
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'il y a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , é
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent, &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite pre-
[entement le Mercure , aa
rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne .
il fera partir les paquets de ceux.
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
}
1 AVIS.
par
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toujours fort tard
deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il lefera toujours quel-
・ques jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
Jur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
lespaquets luy-mefme & de les faire
.
.
A iij
A VIS .
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
it les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eſtre
content.
MERCVRE
GALANT
A OUST 1690 .
N voit aujourd'huy
ce qu'on n'a point
veu dans les autres
Siecles. Les merveil
les de la vie du Roy font fi
furprenantes & en fi grand
nombre , qu'elles font l'objet
A
iiij
8
MERCURE
de toutes les
actions publiques
, & fourniffent fans ceffe
des fujets
nouveaux aux Academies
de France pour le's
ouvrages d'efprit qu'elles propofent.
Celle
d'Angers avoit
donné pour fujet de profe ,
le
difcernement de ce grand
Monarque, touchant le choix.
qu'il a fait des perfonnes aufquelles
il a confié l'éducation
de Monſeigneur
le Duc de
Bourgogne , & le prix a efté
remporté
par M de la Grange
, Avocat au Parlement :
Celuy de Vers eftoit la
rection que donne Sa Majeſté
pro
.
GALANT.
9
!
au Roy d'Angleterre. Com
me il n'y a rien de plus genereux
, vous ferez fans doute
bien- aife de voir comment
Ml'Abbé Maumenet a traité
cette matiere . C'eft luy qui a
merité le prix de Poëfie , &
voicy la piece qui l'a rem
porté.
SUR LA PROTECTION
Que le Roy donne à Sa
Majefté Britannique
.
й
ANS les champs ennemis
LOVIS couvert de gloire
Eut à peine achevé le cours defa
victoire,
10 MERCURE
Qu'immolant à Dieu feul la force
defon bras
Il vint chaffer l'Erreur du fein de
fes Etats.
Elle cede à fes coups , & le coeur
plein de rage,
'épargnons point , dit- elle
Prince qui m'outrage,
, un
Defarmée , & contrainte à quitter
ces beaux lieux ,
où j'ay sceu réſiſter à ſes puiſſans
Ayeux,
Allons pour luy livrer une cruelle
guerre
Exciter la Hollande , & la fiere .
Angleterre ,
Et dans tous les climats à mon culte
foumis ,
Armer en ma faveur mille bras ennemis.
Ceux mefme dont la foy s'oppose à
mes maximes,
12
GALANT . II
Uniront contre luy leurs couroux
legitimes
Et dans cette union trouvant unferme
appuy ,
Fe bravery bien-toft qui me brave
aujourd'huy.
C'eft ainfi qu'elle parle , &foudain
la perfide
Porte au coeur d'un Tiran fa fureur
parricide ,
Le flate avec adreffe , & l'anime à
tenter
Le plus noir des forfaits qu'elle ofa
projetter.
Prince , à qui mes Autels font plus
chers que ta vie >
Dit- elle , tu me vois par deux Rais
poursuivie.
L'un a déjafoumis au Pontife Romain
De fidelles Sujets élevez dans mon
Sein
12 MERCURE
Et l'autre s'affurant d'imiter fes
exemples ,
S'appreste à renverser mes Autels &
mes Temples ,
Mais fon Peuple conftant à me garder
la foy
D'un fi foible ennemi n'écoute plus
la loy.
Profite du moment où ton ardeur
guerriere
Peutfe frayer au Trône une illuftre
carriere ;
A feconder tes foins mon zele eft
préparé ,
Et j'ofe ten promettre un fuccés
affuré.
Ne crains pas d'attenterfur les droits
d'un Beau-pere ;
oùje parle , la loy , lefang, tout fe
doit taire ,
Et quand de mes Autels l'honneur
eft combatu , C
GALANT.
13
La violence eft jufte , & le crime eft
vertu.
Il écoute, & rempli d'une fecrete
joye
A defi noirs confeils fon coeur fe
livre en proye >
Et moins vaillant Guerrier , que
Prince fcelerat ,
Il fe montre au complot plus adroit
qu'au combat.
Que vois-je , ô Dieu ! déja fa fureur
inhumaine
Détrônefon Beau- pere , & poursuit
une Reine ,
Qui les larmes aux yeux fuyant
avec fon Fils ,
Vient chercher un afile en l'Empire
des Lis.
A quel excés de maux les verroiton
en bute
Ces Princes malheureux qu'un Tiran
perfecute ,
14 MERCURE
Si le plus grand des Rois fenfible à
leurs malheurs
N'en euft par mille foins adoucy les
rigueurs ?
LOVIS, dont les vertus ne font
jamais Beriles,
Ne bornepoint fon Zele à des voeux
inutiles ,
Il paffe en mefme temps des difcours
aux effets ,
En formant des Soupirs il répand
des bienfaits.
Luyfeul de tous les Rois que l'Europe
nous vante >
Leur tend dans la disgrace une main
careſſante ,
Leur offre fon Palais , fes trefers,
fes Soldats,
Et femble partager avec eux fes
Etats.
Qui peut voirfans l'aimer ce Vainqueur
magnanime ,
GALANT. IS
Cedant aux doux tranſports dont fa
bonté l'anime ,
Mettre à les confoler l'éclat de fes
grandeurs ,
Ee s'affliger luy-mefme en effuyant
leurs pleurs ?
Certes , ouje me trompe , ou jamais
la Victoire ,
Loüis , n'a fur ton front fait briller
tant de gloire,
Quand fidelle à te fuivre en cent
combats divers,
On la vit fur tes pas alarmer l'Univers.
Au bruit de cent exploits dignes de
ta vaillance ,
Nos efprits admiroient l'effet de ta
vengeance ,
Mais quand ton bras foutient des
Princes opprimez ,
Nos coeurs & nos efprits également
charme
16 MERCURE
Admirent encor plus cette tendreffe
extrême,
Qui comble de bienfaits un Roy
fans Diadême ;
Etc'est pour nous , grand Prince, un
Spectacle plus doux.
Que celuy des bienfaits que tu répans
(ur nous ;
Plus que nos intereſts ta gloire nous
eft chere.
Digne exemple des Rois , tu veux
eftre leur Pere.
Quel fort plus glorieux , que toy.
Heul aujourd'huy .
Sois de leurs droits facrez l'ornement
& l'appuy !
Mais quefera-ce un jour , quand loin
du bruit des armes.
La foy des faints Autels étalera`fes
charmes ,
Et qu'à tous les mortels cette Fille
des Cieux
"J
GALANT. 17
Fera de tes vertus le récit glorieux?
Alors ils apprendront de fa bouche
immortelle ,
Qu'en combattant pour nous tu
combattis
pour
elle >
Et que ton bras vainqueur défendit
à la fois
Le Sceptre , les Autels , la Nature
& les Loix.
Peuples, s'écrira-t-elle, & vous fçasvans
Orphées,
Vous ne luy dreſſez point d'affez
Je vais
dignes trophées.
graver may mesme au celefte
Som Sejour,
Ce qu'il m'a témoigné de tendresse
& d'amour.
:
Surpris à cet afpect le Germain infidelle
Verra fon front couvert d'une honte
éternelle ,
Aouft 1690 .. B
18 MERCURE
.
Et tomber pour jamais les fuperbes
lauriers
Dont n'aguere il a vû couronnerfes
Guerriers.
Vainqueur de l'Ottoman , quand tout
le favorife
י
A de vils interefts il immole l'Eglife
;
Un fier Usurpateur , un Fils dénaturé,
Loin d'attirer fa haine , en eftplus
reveré. ·
Prens ta foudre , LOVIS , marche où
la Foy te guide ,
Remporte en la fuivant un triomphe
folide,
Et rappelle bien-toft les douceurs de
la Paix .
Que l'Europe fans toy ne reverroit
jamais.
>
GALANT 19
PRIERE POUR LE ROY.
Sig
Eigneur , je viens aux pieds de
tesfacrez Autels,
Tinvoquer enfaveur du plus grand
des mortels ;
Quand il s'arma pour noustufoutins
fa vaillance.
Aujourd'huy que la gloire eft fon
unique objet ,
Que du Trofne & dufangfon bras
prend la défenfe ,
Seigneur , benis encore un fi jufte
projet ,
Et rien ne sçauroit mieux ſignaler
ta puissance.
Le Roy eft fi tendrement
aimé de fes Sujets , que je croy
qu'il n'y en aura aucun qui
Bij
20 MERCURE
n'entre avec une forte ardeur
dans le fentiment de celuy
qui a compofé cette autre
Priere . Elle est toute de ver,
fets des Pfeaumes , & l'Auteur
explique d'abord fon
deffein par celuy- cy .
"
Mon coeur pouffe avec ardeur
la parole fainte . C'est pour
le Roy queje compofe ce Cantique.
Pf. 44. V. I.
PRIERE POUR LE ROY,
tirée des Pfeaumesdu Roy
Prophere.
O
Ve le Seigneur vous
exauce au jour de l'af
CALANT. 21
•fliction ; que le Dieu de Facob
vous protege. Pf. 19. 1 .
Le Seigneur eft celuy qui
vous garde ; le Seigneur vous
couvre de fon ombre '; c'est luy
qui vous tient par la main. PL.
12.0. 5 .
C'eft luy feul qui vous déli
vrera de tous vos Ennemis , & il
ne permettra pas que leur entreprife
foit contraire à vos deffeins.
45. I
Vous accomplirez les defirs
defon coeur, & vous ne rejetterez
point les prieres qu'il vous
offre. 20.2.
Ilfe rejoüira , Seigneur » dans.
22 MERCURE
voftre force , quelle fatisfac=
tion ne reffentira- t'il pas de la
protection qu'il reçoit de vous ?
20. I.
Que fes Ennemis n'ayent
point de droit fur luy , & que
le mechant ne puiffe jamais luy
faire aucun mal. Pf. 88 , 22.
Seigneur , faites maintenant
profperer le règne de noftre Roy,
Que vostre main luy preſte ſecours
que vostre bras le
fortifie . 117. 24.
O Monarque invincible , vôtre
mainfe ferafentir à tous vos
Ennemis , & le Seigneur vous
élevera audeffus de tous les Rois
de la Terre. 20. 8.
GALANT. 23
Que les Nationsfoient émeües
tant qu'elles voudront , il n'y a
point de force capable de l'ébranler
, parce que la main du Seiò
gneur eft fon bouclier › & qu'il
eft en la garde du Saint d'Ifraël.
45.
6.
Voftre protection
l'a mis dans
·· un grand éclat , & vous l'avez
comblé d'honneur
& de gloire.
20. S.
Le Seigneur des Armées foit
avec vous ; le Dieu de Jacob
foit voftre fortereffe & voftre
défense. 45. 7.
Nous vous fouhaitons les be-
· nedictions du Seigneur ; la Sei24
MERCURE
*
2
gneur eft le Tout-puiſſant ; c'eft
luy qui vous protegera. 117.25.
Vous aimez la justice , vous
-haiffez l'iniquité ; c'estpourquoy
le Seigneur vous a facré d'une
huile de joye d'une maniere
plus excellente que tous ceux qui
vous ont precedé. 44.9 .
Ajoutes, Seigneur , jour fur
jour à la vie de nostre Roy , &
que la fuite de fes années foit
d'une longue durée. 60. 6.
Seigneur confervez ſa Famille
pour toujours , & que la
durée de fon Trône dure autant
que tous les fièclesà venir. 88. 29.
Seigneur , vous eftès tout plein
de
GALANT 25
de bonté , defendez noſtre cauſe
contre ceux qui nous tourmentent
, combattez ceux qui nous
font la guerre. 34. I.
La
France ne peut
manquer
d'eftre
heureufe , puis que le
Roy paroift
fatisfait
du zele
de fes Sujets. C'eft fur cela
que M Perrault
, de l'Academie
Françoiſe
, a fait le Madrigal
que vous allez lire .
LOVIS , quand la Hollande & la
fiere Angleterre
Ont flechyfous les coups de ton puiffant
tonnerre
Et que toute l'Europe en a tremblé
d'effroy ,
Aouft
1690 . C
26 MERCURE
que ton bonheur vient d'avoir
fous ta loy
Tu dis
Le meilleur Peuple de la terre.
Ah , combien dans le temps d'une
fi rude guerre ,
Sommes-nous plus heureux d'avoir
un fi grand Roy !
*
J'oubliay le mois paffé de
vous dire , qu'on a celebré
cette année les Jeux Floraux
à Toulouſe felon la coûtume
, & que M. l'Abbé d'Auf,
fonne , Frere de M d'Auffonne
, Avocat General dans
le Parlement de Languedoc ,
& Mrs Gay & Pagés y ont
remporté les Fleurs.
On avoit fait bruit de
GALANT 27
deux pierres d'une groffeur
extraordinaire, tirées de deux
& que > Cadavres humains
M: Tolet avoit veuës , l'une
à Saint Omer en 1682.chez les
Peres Jefuites Anglois , &
l'autre à Paris en 1689. La
premiere pefoit vingt - huit
onces , & la feconde qui en
pefoit trente - deux & fix
dragmes , avoit efté apportée
d'Ecoffe. Cependant ny l'une
ny l'autre n'approche de la
groffeur de celle qui s'eft
trouvée dans la veffie d'un
homme mort icy au mois de
Juin dernier dans l'Hôpital
Cij
28 MERCURE
de la Charité des Hommes.
Elle pefoit cinquante - deux
onces. Tout Paris l'a veuë .
avec admiration .
.
La Fable qui fuit eft trop
du temps pour ne vous l'envoyer
pas . Elle eft de M
Nault , qui avoit l'honneur
d'eftre du Confeil de feu
Monfieur le Prince.
LES LYONS ET L'AIGLE.
Ing Lions ennemis des douceurs
de la Paix ,
Cing
Ne voulurentplus deformais
Demeurer enfermez dans leurs fombres
tanieres ,
Et jaloux des grandeurs & des verus
guerrieres
GALANT. 29
Du plus grand Potentat quifait dans
l'Univers
Il va nous mettre dans les fers,
Dirent-ils , fi tous cing ensemble
Par la gloire qui nous aſſemble
Nous ne liguons les plusfiers animaux
Pour aller defoler fon peuple & fes
troupeaux.
Ce Prince que le monde adore ,
Et qui, d'où fe leve l'Aurore
Fufques au coucher du Soleil,
Ne fçauroit trouverfon pareil,
Regne fur la terre & fur l'onde,
Ravage & détruit tout le monde,
Brûle fur les rives du Rhin
Les Provinces du Palatin,
Et bien-toft mefme la Baviere ,
Si nous ne prenons foin d'y mettre
quelque fin ,
Afes exploitsfervira de matiere.
Chiij
30 MERCURE
Appellons avec nous les Loups , les
Leopards ,
Hurlons & rugiffons , courons de
toutes parts,
Et fi nous le pouvons , excitons le
tonnerre
Aluyfaire avec nous une fanglante
guerre.
Peut- eftre qu'attaqué par de tels ennemis
,
Nous verrons qu'à son tour il nous
fera foumis.
Un deffein genereux , quoy qu'il
foit témeraire,
Afouvent du bonheur fur le party
contraire.
La révolte eft concluë , & d'un commun
accord
Du paffage du Rhin l'un d'entre-eux
Se fait fort;
L'autre dit ; & pour moy, je porteray
la guerre
GALANT:
31
Fufques au Souverain des Etats
d'Angleterre ,
L'autre j'irriteray les Princes d'alentour.
Les derniers; &pour nous ,ravageant
tourà tour
Les lieux qui font icy les témoins
de fa gloire,
·
Nous en effacerons à jamais la memoire.
( espoir ,
Ils cabalent tous cing , & fur ce fol
Par tout où s'étend leurpouvoir,
Ils excitent divers orages.
D'une mer en fureur ils paffent les
rivages.
Tout fuit de leurs deffeins l'injufte
emportement ,
Rien de plus fortuné pour un commencement.
Dés le premier exploit l'un détrône
wn Monarque ,
Cij
32 MERCURE
Mais dans les decrets de la Parque,
Il eftoit deftiné
Que le Coq de la France
Par tout de leurs projets
confondroit
l'arrogance ,
Et que par le fameux Heros du
Dauphiné
on châtieroit le party mutiné.
Ainfi le Lion d'Auftrafie
Au premier chant du Coq meurt de
paralifie.
Les autres fuyant dans leurs trous
Tâchent d'éviter fon couroux.
Mais de l'Aigle l'andace extrême
Veut s'en mêler de mesme ,
Et dit ; je porteray des coups
Qu'on ne pourra me rendre.
Le Soleil fans attendre
Qu'elle cuft entierement achevé fon
difcours ,
D'un projet infolent veut arrefter le
Cours.
GALANT.
33
Il affemble fes feux fur cette Aigle
legere
Qui voulantfe guinder auprés de
fa lumiere ,
Sentit pour fon malheur
La plus forte &cuifante ardeur.
Ses crisparmy les airs le firent bien
connoiftre.
Ah , dit-elle , pourquoy s'adresser à
fon Maiftre ?
Apprenez , o Mortels
mourante voix
› par ma
Que tout doit obeir à l'Empire François.
Les avantages que le Roy
a remportez fur terre & fur
mer par les deux grandes Batailles
que M le Maréchal
Duc de Luxembourg , & M
34 MERCURE
le Comte de Tourville ont
gagnées le mois paffé , ont
donné lieu a quantité d'ou
vrages de Vers , que l'abondance
des nouvelles importantes
dont j'ay à vous faire
part ne me permet pas d'employer
dans cette Lettre . Ainfi
je me contente de vous envoyer
un Virclay que M
Marcel a fait fur ces deux
Victoires . Le fameux M!
Dambruys y a fait un Air en
Vaudeville .
VIRELA Y.
Qu'on chante à la Cour , à la Ville,
Vive Luxembourg , &Tourville !
TTTPS
39
"Our
?!!
w'A-
3.
Tou
I de
leur
voit
du
nomes
:
ent,
34 I
le Co
gagné
donné
vrages
dance
tantes
part
n
ployer
fi je n
voyer
Marce
Victo
Damb
Vaude
Qu'0
Vive La
GALANT. 35
Qu'on chante à la Ville , à la Cour ,
Vive Tourville , & Luxembourg !
S
Luxembourg plus vaillant qu'Achille
Défit nos Ennemis par
mille ,
Et le fier Tourville à fon tour ,
Sur les eaux fait le Luxembourg.
Qu'on chante à la Cour, &c.
Vous avez fceu par les Nou
velles publiques que M. de
Chafteauneuf , Ambaffadeur
de France à la Porte , avoit
eu fa premiere Audience du
Grand Seigneur à Andrinople.
Un des Gentilshommes
de fa fuite qui eftoit prefent,
36 MERCURE
ayant écrit icy à un de fes
Amis , toutes les ceremonies
que l'on
y a obfervées , une
copie de fa Lettre m'eft tombée
entre les mains , & je
vous l'envoye,
A Andrinople , ce 8. May 1690 ..
Co
que
Omme il ne s'eftrien paßé
dans noftre route , qui
meritaft voftre curiofité , j'ay
voulu attendre à vous écrire
Ml'Ambaſſadeur
cust eu Audience
de Sa Hauteffe. On nous
avoit envoyé toutes les voitures
neceſſaires pour nous rendre à
Andrinople , tant pour les équi
GALANT.
37
S
pages , que pour la Maifon de
M. l'Ambaffadeur
, & mesme
S pour tous ceux de la Nation ,
dont il a esté accompagné. Nous
fommesarrivez icy heureufement
en dix jours, & avons toujours
esté logez dans les Serrails du
Grand Seigneur , ou du particulier.
Pour éviter la confufion
, nous nous feparions en
chambres
, chacune de quatre
perfonnes ; & quoy que dans
ces fortes de voyages , on foit
obligé de porter jufqu'au charbon
, tout nous a esté fourny
auffi abondamment que fi nous
avions esté au Palais de France
38 MERCURE
Trois jours aprés noftre arrivée,
on diftribua la paye aux fanif
faires dans le Serrail , & aux
Spahis chez le Grand Vifir.
Cela parut d'autant plus noùveau
qu'il y avoit neuf mois
qu'on ne l'avoit faite . Pendant
l'on tenoit le Divan , &
que
que l'on comptoitfeize cens bour-
Jes , qui font huit cens mille écus,
on mangea le Pillaud , dont il
y avoit un fort grand nombre de
plats dans la Court. C'est un
mets composé de Ris cuit avec du
bouillon . Enfuite ils coururent de
toutes leurs forces prendre les
bourfes qui eftoient deftinées pour
GALANT.
39
chaque Compagnie. Le Vifir a
retranché plus de trois mille
payes-mortes , ne voulant payer
que ceux qui fervent. Les François
qui fe trouverent à cette
Ceremonie , receurent de grandes
honnestetez des Officiers de la
Porte , qui prirent foin de les
faire placer commodement , afin
qu'ils puffent tout voir.Le Grand
Seigneur fort du Serrail regulierement
tous les Vendredis ,
allerfaire fa priere dans quelque
Mofquée de la Ville . Il y va
d'une maniere fort modefte , &
n'a qu'environ cent perfonnes à
fa fuite. Il voit agreablement les
pour
40 MERCURE
Etrangers qui ont de l'empreſſement
pourfe rencontrer fur fon
paffage . C'est un Prince qui a
la phifionomie d'un parfait honnefte
homme. On ne doit pas
s'étonner s'il aime tant àfortir,
aprés avoir efté enfermé plus de
quarante ans. On ne s'est point
trompé dans la bonne opinion
qu'on a euë d'abord de la conduite
du Grand Vifir Kuproli . Il
employe tous fes foins à rétablir
les affaires & comme il n'en
trouve point de plus importantes
que la guerre, & qu'il la
veut foûtenir , il ne fut pas plûtoft
élevé à cette premiere digniGALANT
•
41
té de l'Empire qu'il envoya
trente mille Sequins au Comte
Tekelipourpayer fes Troupes, &
cinquante mille à Alger ,Tunis
Tripoli , pour les obliger de four-
5 nir cette Campagne le plus de
Vaiffeaux qu'ils pourroient donner:
On avoit envoyé querir.
MeZomorto qui a commandé
dans Alger , afin de le faire Capitan
Pacha , mais il a prié qu'on
le difpenfast de remplir ce poste,
en reprefentant au Grand Vifir ,
que ce feroit donner un pretexte
à ceux d'Alger, pour n'envoyer
pas leurs Vaiffeaux cette Campagne.
Le S Gallot , Italien, qui
Aouft 1690 .
4
D
42 MERCURE
fervoit les Venitiens devant Ne
grepont , & quifauva cette Pla
ce , s'y estant jetté fur quelque
mécontentement qu'il avoit receu,
a pris le Turban, & fait travailler
icy à des Bombes .
Le 3. Mars , on vit arriver
trente- deux mulet's chargez d'or.
du tribut d'Egipte. Hs avoient
deux cens Spahis pour escorte.
Le 8. l'Empereur des Tartares,
que l'on appelle le Kam , arriva
en cette Ville , & on luy rendit
d'autant plus d'honneurs , qu'il
venoit de défairefept mille hommes
en Bofnie , outre beaucoup
d'autres avantages qu'il a rem- \
GALANT. 43
portez l'hyver dernier fur les
Allemans , en Tranfilvanie
&
en Hongrie . Le Grand Vifir l'alla
recevoir à deux licües d'Andrinople
, avec environ fix mille
hommes , tous les Grands de
la Porte . La magnificence Turque
parut ce jour- là en beaux
chevaux
en fuperbes harnois
. Deux mille Tartares l'accompagnoient
. Quatre jours aprés
qu'il fut arrivé , il rendit vifite
au Grand Seigneur , qui luy
donna une veste de Samoure, avec.
un Bonnet garny de pierreries ,
de deux aigrettes , qui font
d'honneur de cette
les
marques
Dij
44 MERCURE
Cour. Son Vifir eftant venu
chez M. l'Ambaffadeur , luy
fit connoistre que l'Empereurfon
Maistreferoit ravy de le voir. Il
fut convenu que le Kam le rece--
uroit avec les mefmes honneurs
qu'il rend au Vifir ; mais M³
l'Ambaffadeur , qui n'avoit pas
encore eu fon audience publiquedu
Grand Seigneur , ne voulut
point faire cette vifite en ceremonie.
Ainfi il y alla accompagné
feulement de quelques- uns
de fes Gentilshommes . C'est un
Prince d'unfort grand merite ,
honnefte & civil , & qui ne
tient rien du Tartare que
les
GALANT.
45
$
+
nom . Il fera icy jufqu'au mois
de May , qu'il partira avec le
Vifir pour aller commander l'Armée
en Hongrie , où ils doivent
eftre joints par foixante mille
Tartares. Ses Peuples font fous
la protection du Grand Seigneur,
& s'il arrivoit qu'il n'y cuftplus
aucun Prince du fang Othoman,
ce feroit luy qui fuccederoit à
l'Empire Turc . C'est ce qui eft
caufe qu'une tres-grande union
s'est établie entre les deux Nas
tions , qui ont des inclinationsdifferentes
, quoy qu'elles profeffent
la mefme Religion .
Le Samedy Saint 25. Mars,
46 MERCURE
M: l'Ambassadeur cut fon audience
publique du Grand Vifir,
qui l'envoya prendre le matin
fon Palais par deux deſes premiers
Officiers , & pour luy marquer
l'estime qu'il en faifoit , il
luy fit mener quarante chevaux.
Ce font dix de plus que de coûtume
. L'Aga & les quatre Faniffaires
de fon Excellence commencerent
la marche . Sa Maifon
fuivit , le Maistre d'Hôtel eftant
la teste de quatre Valess de
Chambre , de vingt- deux Valets
de pied habillez d'écarlate avec
un grand galon d'or. On voyoit
enfuite une Chaife à porteursfort.
(
GALANT 47
.
magnifique, les Carroffes n'eftant
point d'ufage en ce Pays - cy &
fix chevaux de main en houffes
brodées d'or , conduits par autant
de Palfreniers veftus à la
Grecque. Huit Drogmans on
Interpretes precedoient M. l'Ambaffadeur
, qui parfon air agrea-.
ble få bonne mine attiroit fur luy
les
yeux
d'une
infinité
de
peuple, dont toutes les ruës étoient
bordees . L'Ambaſſadeur de Hollande
eftoit dans une maison der
riere une Falousie , d'où il nous :
voyoit paffer fans eftre veu . Environ
cinquante hommes à chevali
parmy lefquels ſe trouver
48 MERCURE
rent les principaux de la Nation.
Françoife fermoient cette marche.
Deux Compagnies de Janifaires
eftoient rangées en haye
devant la Maifon du Grand
Vifir toute fa Cour estoit à
la Chambre d'Audience
pour y
recevoir M. l'Ambaffadeur . Le
Grand Vifir y entraprefque dans
le mesme temps par une autre
porte , & ces deux Miniftres
s'estant faluez reciproquement
,
s'affirent fur deux tabouretsfemblables
, placez vis à vis l'un
de l'autre fur le Sofa . On ne
parla point d'affaires dans cette
premiere audience , qui eft toû
jours
GALANT. 49
jours courte , & qui ne fe paffe
qu'en complimens . M. de Châteauneufremit
la Lettre du Roy
entre les mains du Vifir , qui la
recent avec de grandes marques
de refpect. Elle eftoit dans une
bourſe de fatin cramoify. Cela
eftantfait , on apporta les rafraî
chiffemens ordinaires de confitures
, de Sorbet , de Caffe , & de
parfums d'ambre. Le toutfut fervi
également à ces deux Miniftras
, & enfuise on prefenta une
uefte fort riche à M. l'Ambaffadeur
; & on en diſtribua
trenie autres à ceux de fa fuite
qui furent appellez par un Drog-
Aouft 1690 . E
so MERCURE
a
man. Aprés qu'il eut pris congé
du Grand Vifir, il s'en retourna
à fon Palais dans le mefme ordre
qu'il eftoit venu, & il y trouva
trente Joueurs d'Inftrumens de ce
Ministre , Hautbois , Flûtes ,
Trompettes , Timbales , Pfalterions
& autres , qui s'accor
doient tous fi bien , que cette
Mufique nous parut fort agreable.
Le 27. le Grand Viſir fit fortirfes
queues de cheval avec de
grandes ceremonies . C'est une
marque qu'il va commander
l'Armée , cela fait que tous
ceux qui font deſtine pour
le
GALANT.
51
:
:
fervir , fe preparent à le fuivre.
On fit la priere e le facrifice accoûtumé.
L'origine de ces queues
vient de ce que du temps deBaja-
Zet, l'Armée eftant en déroute,
ayant perdu fes Etendards , un
Officier s'avifa defaire couper la
queueàfon cheval, & de la mettre
au bout d'une pique . Les Fuyards
qui virent cette nouveauté ,
qui comprirent pourquoy elle fe
faifoit , en eurent honte. Ils fe
rallierent &
retournerent fi vi-
• goureusement à la charge qu'ils
regagnerent les Etendards qu'ils
3 avoient perdus. C'eft en memoire
de cette action
l'on
que
E ij
52 MERCURE
joursfervy des queuës depuis ce
temps- là . Le Grand Seigneur en
afept , & le Grand Vifir trois.
Le 29. M: de Chasteauneuf
eut audience de Sa Hauteffe . Il
luy avoit envoyéfes prefens dés
le matin par vingt Efclaves . Ils
confiftoient en un tapis de la Savoniere
, de fept aunes de long
d'une beauté extraordinaire ;
en des pendules d'une invention
nouvelle du fameux M. Turet;
en quantité de vestes de drap de
brocard d'or de fatin , & en
divers Ouvrages d'horlogerie . La
Maifon de M.l'Ambaſſadeur
marcha dans le mefme ordre que
GALANT. 53
lors qu'on alla chez le Vifir. Le
Chaoux Bachi , & le Chaoux
Terkabachi vinrent prendre fon
Excellence avec quarante chevaux
en houffes brodées d'or, &
qui avoient des brides d'argent
garnies de pierreries. Quatre
Compagnies deFaniffaires étoient
rangées en haye au dehors du
Serrail. Le Grand Maistre des
Ceremonies attendoit M. l'Ambaſſadeur
à la porte. Eors qu'il
eut mis pied à terre , on le conduifit
fur un petit Sofa , où ilfe
fut à peine repofé quelques momens
, que le Capigiolakagi
le Chaoux Bachi arriverent por-
&
E iij
54 MERCURE
tant de grands baftons d'argent ,
le conduifirent à la Salle du
l'on avoit affemblé.
Divan
que
Le Grand Vifir fe leva , & fit
deux paspour le recevoir. Aprés
quelques complimens , M: l'Ambaffadeur
s'affit fur un tabouret
de velours , & le Divan continua.
On y plaida quelques
cauſes elles furent jugées avec
un tres-grand filence . Sitoft
qu'on eutfiny le Divan , on
couvrit quatre tables qui furent
fervies également. L'une eftoit
pour M. l'Ambaffadeur le
Vifir qui mangerent feuls . Les
trois autres furent tenuës par
le
GALANT. 55
Nichangis , le Tefterdar , & le
TerfierFuiny , quifont le Chancelier
, le Treforier & le Controleur
General de l'Empire. On
fervit chair & poiſon , & environ
trente plats les uns aprés les
x autres. Il y avoit de tres- bons
mets , s'ils n'avoient pas eftéfi
ambrez , fur tout une foupe de
pois chiches & de noifettes ,
nous nous en ferions beaucoup
mieux accommodeZ . Comme les
couteaux & les fourchettes ne
font point d'ufage en ce Pays- cy,
il nous fallut déchirer la viande
avec les doigts. Le forbet que
l'on nous donna à boire eftoit fi
E
iiij
56 MERCURE
mufqué , que nous avions grande
impatience d'eftre de retour au
Palais de France pour boire du
vin. Nous fufmes dix feulement
qui eufmes l'honneur de manger
aux tables. Tous les autres de la
fuite jufques aux Valets de pied
mangerent dans l'Office , ce qui
fe fit contre la coûtume . Le Grand
Seigneur eftoit àfa feneftre grillée
qui voyoit tout ce qu'on faifoit
dans la Salle. Peu de temps aprés
que l'on eut difné , le Capigiolakagi
& le Chaoux Bachi ,
toûjours avec leurs Batons d'argent,
vinrent prendre M. l'Ambaffadeur
, qui en fortant faluas
GALANT.
37
le Grand Vifir. Ce Miniftre fe
leva pour luy rendre fon falut ,
ce que
la fierté Othomane l'empefche
ordinairement de faire .
Son Excellencefut conduite à la
porte de la Salle d'Audience ,
où un riche Caffetan luyfut donné.
On en diftribua trente autres
à ceux de fa fuite , &fuivant
la mauvaise coutume du Pays ,
deux Capigi- Bachi , qui font les
Gentilshommes de Sa Hauteffe ,
prirent M l'Ambaſſadeur par
deffous les bras pour l'introduire
dans la Salle . Le Grand Seigneur
eftoit affis fur un Trône ,
ou espece de Sofa , entouré de
58 MERCURE
t
couffins brodez d'or , parfemez
de perles & enrichis de quantité
de pierreries . Il avoit une Vete
magnifique, &fon Turban eftoit
garny de Diamans, & de deux
Aigrettes. Ml'Ambaſſadeur entra
dans la Salle les pieds chauf
fez, ce que jamais Ambassadeur
n'avoit fait. Il fit fa harangue
avec beaucoup d'éloquence ,&
fur l'interpretation qu'en fit le S
Fornetty , premier Drogman , le
Grand Seigneur en futfi touché,
qu'il y répondit par fa bouche ,
quoy que ce foit toûjours le Vifir
qui faffe cette réponse . Il n'y eut
que ceux qu'on avoit admis aux
)
GALANT. 59
J
E
tables qui eurent l'honneur de
faire la reverence au Sultan .Fe
fus de ce nombre , mais les Čapigi-
Bachi qui me tenoient par
deffous les bras , me laifferent fi
peu de temps dans la Salle , que je
n'y pus rien obferver que ce que
je viens de vous dire. On n'eft
pas d'accord icy touchant les rai
fons qui font qu'on mene les Etrangers
par deffous les bras dans
les audiences . Les uns difent que
c'eft pour leur faire plus d'honneur,
les autres , pour les obliger
à faire la reverence plus bas .
Pour moy , je croy qu'on en uſe
ainfi par la crainte que l'on a
60 MERCURE
que quelqu'un
d'eux ne s'écarte
dans l'appartement
des Femmes .
L'audience
eftantfinie, M. l'Ambaſſadeur
trouvá dans la Cour
tous les Officiers & Grands de la
Porte , par une distinction
particuliere, les ruës furent bordées
de Fanifaires jusqu'à fon
Palais.
Le mefme jour 29. Mars, il
alla rendre vifite au Mufii , qui
n'eft pas moins confideré en ce
Pays, que le Pape l'eft dans tous
les Royaumes Catholiques . Sa
Maifon marcha avec environ
trente hommes à cheval. Ce venerable
vieillard , pour Le receGALANT.
61
น
JON
voir avec plus d'honneur que fes
Predeceffeurs n'en avoient rendu
à aucun Miniftre de fon caractere
, ne voulut point fe trou .
ever affis quand fon Excellence
entreroit , & fe tint dans une
chambre jufqu'à ce qu'Elle fut
entrée & affife . Il vint enfuite
s'affeoir fur des carreaux vis à
vis de M. l'Ambassadeur , qui
u luy dit qu'il ne
devoit
pas
eftre Surpris de l'empressement
qu'il avoit eu de voir une per-
Jonne d'une vertu fi éminente ,
l'Empereur fon Maistre
01
13
1 &
que
eftant
informé
de fon
grand
merite
, l'avoit
chargé
de le voir
,
62 MERCURE
de luy rendre une Lettrequ'il
luy prefenta dans une bourse de
Satin. Le Mufti la recent avec
de grandes marques de respect ,
&la tenant toujours en la main,
il luy dit , Je fuis bien obligé
à l'Empereur de France , le
plus ancien de nos Amis . Je
fouhaite que fon regne
foit
de longue durée , & comblé
de toute forte de bonheur ,
Aprés quelques autres complimens
de part d'autre , la col
&
lation fut fervie , à fon Excellence
feulement. Le Mufti eft
la feconde perfonne de l'Empire.
Il ne fe peut faire aucun
GALANT. 63
ec
il changement , ny guerre ny paix,
fans qu'il y confente . Celuy- cy
affecte une fi grande humilité,
qu'il prend toujours le titre de
Pauvre , quoy qu'il ait plus de
huit cens mille écus de rente. Sa
emaifon n'eft pas mieux meublée
la cellule d'un Capucin , mais
il ne laiffe pas d'avoir dans fon
Serrail les plus belles Femmes de
l'Empire.
= que
M..l'Ambaſſadeur continuant
fes vifites , alla le 16. Avril voir
le Caimacan qui eft comme le
Gouverneur & le Commandant
en l'absence du Vifir. Il n'y en
a que deux dans l'Empire , l'un
64 MERCURE
icy , & l'autre à Conftantinople.
Ce font toujours les gens du plus
grand merite qui font choifis pour
remplir ces Charges. Cette vifite
fut plus longue que toutes les
autres , parce que M. l'Ambaffadeur
trouva beaucoup d'ef
prit de politeffe dans le Caimacan
, qui luy dit mille chofes
obligeantes de Sa Majesté, n'oubliant
rien pour l'engager à le
voir fouvent. La Collation avec
le parfum fut fervie‹ à l'ordinaire.
Comme rien n'échape à
M. l'Ambaffadeur de tout ce
qui regarde la gloire du Roy &
l'intereft de la Religion , il a obGALANT.
65
285
ce
tenu un Commandement pour
faire défervir l'Eglife de Saint
Ragoufe par les Peres Jacobins.
C'eftoit la feule qui fuft en cette
Ville . Elle eftoit vacante depuis
trois ans , les Turcs avoient
deffein de laprendre pour enfaire
une Moſquée.
On a fait icy l'épreuve de
cent cinquante piecesCanon
d'environ une livre & demie de
balle ,
nouvellement fabriquées
pour fervir cette Campagne . Elles
font montées fur deux petites,
roues qu'un cheval peut traifner
par tout . L'ufurpation du Saint
Lieu de Jerufalem , autrement
Aout 1690 . F
66 MERCURE
&
appellé la Terre- Sainte , que
le Patriarche Grec avoit faite
depuis Sultan Amurat , für les
Religieux de Saint François qui
en estoient en poffeffion depuis
plufieurs fiecles, a toujours paru
d'une fi grande importance pour
la Religion Catholique , que la
pieté du Roy fe trouvoit blessée,
de laffer le foin de ses Lieux
facre à d'autres qu'à ces bons
Religieux dont il eft le Prote-
Eteur , auffi bien, de toutes
les Eglifes du Levant. C'est ce
qui a fouvent obligé ce Prince
de faire faire de grandes inftances
par fes Ambaffadeurs à la
que
GALANT. 67
Porte pour en avoir la restitution
, mais cette Cour ayant tou-
I jours differé à l'accorder , cette
irrefolution a donné lieu à plufieurs
contestations de part &
d'autre. Les Grecs difoient , que
·comme Sujets du Grand Seigneur,
-ils devoient eſtre preferez à des
Etrangers , qui attireroient un
~jour
La guerre dans le pays pour
1 en faire la conquefte . Cette raifon
estoit foutenue par de groffes
fommes qu'ils diftribuoient chaque
année aux Grands de la
Porte , ce qui les a maintenus
jufqu'à prefent dans cette ufur-
•pation mais M. l'Ambaffadeur
Fij
68 MERCURE
a
fi bien profité de la conjoncturesa
conduit cette affaire avec
tant de prudence , que le Grand
Seigneur n'a pu enfin refufer au
·Roy la reftitution de tous les
Saints Lieux. Ainfi fon Excellence
a fait en un mois ce que
l'on n'avoit pu faire en cinquante
ans. L'Ambaſſadeur·
d'Angleterre & celuy de Hol
lande ont employé tous leursfoins
pour empefcher que cette nego-.
ciation ne réuſſift. Ils ont répandu
de faux bruits , & fupposé mefme
des Gazettes qu'ils ont fait·
courir jufque dans le Sérrail du
Vifir , par lesquelles ils vouloient
GALANT. 69
B
d
3.
5
骷
perfuader à ce Miniftre , que la
France faifoit une Tréve de
quatre ans avec les Allemans ,
ce qu'il pouvoit prévenir par une
paix avec l'Empereur , mais bien
loin d'avoir donné aucune croyan
ce à cesfupofitions, leVifir eft tellement
prévenufur les faux avis
qu'on luy fait donner , qu'il y a
fort peu de jours qu'il dit à l'Aga
des Faniffaires
, que de toutes
les nouvelles
qui fe répandoient
,
il ne falloit croire que celles qu'on
publioit chez l'Ambaſſadeur
de
France.
Le 2. de May , fon Excellence
prit fon audience de congé
70 MERCURE
}
du Grand Vifir , qui l'envoya
prendre à fon Palais par le
Chaoux Bachi avec des chevaux.
Ilfut receu avec les mêmes
honneurs qu'à la premiere
audience , & le mefme nombre
de Caffetans fut diftribué. Aprés
quelques complimens le Vifir remit
entre les mains de fon Excellence
la Lettre que le Grand
Seigneur a écrite au Roy. Elle
rftoit dans une bourse de brocard.
Il luy remit auffi le Commandement
pour la reftitution des
Saints Lieux de Jerufalem »
dans une bourse d'environ trois
pans de long.
GALANT. 71
Le Comte de Feudor , Beaufrere
de Tekeli , & fon Lieutenant
General, est venu en cette
Ville , comme il eft Catholique
, il s'est rendu fouvent au
- Palais de France poury entendre
La Meffe. Tout fe difpofe pour
l'ouverture de la Campagne . Les
Troupes viennent de toutes parts,
de jour en jour on attend
celles d'Egipte . Le Bacha d'Afferou
qui eft nommé Seraskier
en Hongrie , eft arrivé. On efpere
beaucoup de fa conduite . Le
Grand Vifir pretend avoir cent
mille hommes , outre les Tartares.
72 MERCURE
1
Il n'y a point de Ville dans
le Royaume où l'on n'ait fait
des réjouiffances
pour les Vitoires
remportées fur terre &
fur mer par les Armées de Sa
Majefté . Je vous parleray feulement
de quelques unes , ne
pouvant groffir ma Lettre de
ces fortes de Relations, à caufe
des Nouvelles indifpenfables
qui doivent y trouver
place. La Ville de Nevers
donna des marques de fa joye
le 20. du mois paffé par un
feu d'artifice dreffé dans la
Place Ducale , auquel M Daquin
, Intendant de la Province,
ལ་
GALANT. 73
1
vince , mit le feu , à la tefte
des Echevins . Le Te Deum
avoit efté chanté auparavant
dans la Cathedrale de Saint
Cir , par
M.
l'Evefque
&
fon
Chapitre
en
prefence
de
tous
les
Corps
de
la
Ville
,
&
de
plufieurs
Religieux
de
chaque
Convent
.
La
Compagnie
des
Chevaliers
de
la
Butte
,
compofée
des
perfonnes
les
plus
diftinguées
au
nombre
de
deux
cens
,
s'croient
mis
fous
les
armes
pour
affiſter
à cette
ceremonie
. Les
Bourgeois
de
la
Ville
firent
une
Compagnie
feparée
de
Aoust
1699
.
G
74 MERCURE
plus de quatre cens hommes ,
& demeurerent
armez pendant
tout le jour . Il y cut depuis
fix heures du matin jufqu'à
minuit des rafraichiffemens
à la porte de M de la
Condamine , Receveur des
Tailles de l'Election de Nevers
, & une fontaine de vin y
coula pendant tout ce temps.
On avoit écrit ces Vers fur
le haut en Lettres d'or .
Peuples ,finiffez vos ennuis,
Vous allez voir finir la guerre .
Nefçavez- vous pas que Louis
A vaincufur mer &fur terre. ?
Vis à vis le jet de la fontaine
GALANT.
75
1
4
I'
de vin qui alloit jufqu'au milieu
de la ruë , on avoit mis
un vaiffeau pour le recevoir,
& c'eſtoit là que le Peuple en
alloit puifer. Ces quatre autres
Vers y eftoient écrits.
Par des profperitez l'une à
l'autre
enchaifnées
Une double Victoire a couronné
LOUIS.
Ainfi coulent toujours fes heureufes
années ;
Ainfi coule par tout le fang des
Ennemis .
M : de la Condamine accompagna
cette Fefte d'une
Collation fort propre qu'il
G ij..
76 MERCURE
donna à M & à M. l'Intendante
avec toute forte de liqueurs.
Le foir il y cut quantité
de fufées tirées fur la Riviere
de l'autre cofté de fa
maiſon , aux feneftres de laquelle
on vit des Illuminations
, ainfi qu'autour de la
fontaine de vin.
Le 23. du meſme mois , on
donna à Noyon les mefmes
marques de joye. La difpofition
du Feu d'artifice fut faite
de cette maniere . La France
eftoit repreſentée en Pallas
, fur un piedeſtal garny
d'une balustrade . Elle tenoit
GALANT.
77.
une pique d'une main , & de
l'autre un bouclier , fur lequel
on lifoit ces paroles , Ludovico
Magno , femper victori ,
novis palmis nuper inclito . A
l'une des faces du piedeſtal
eftoit pour Deviſe , Territá
Europa, recreatâ Gallia , triumphante
Ecclefia. A la feconde ,
Duabus arcibus ad Sabim prima
impreßione expugnatis . A la
troifiéme, Duobus deletis exercitibus
, relatis manubiis . A la
quatrième , Fufis , fugatis ad
Sabim Batavis , Anglis ; Germanis
. Aux quatre coins du
piedeſtal l'on avoit repreſen-
Giij
78 MERCURE
té autant de Figures ; fçavoir
un Eſpagnol , un Hollandois ,
un Anglois , & un Suedois ,
chacun avec fa Devife.
Un peu avant que l'on allumaft
le feu , les quatre Compagnies
des quartiers eftant
arrivées fur la Place , Ms Sezille
& Martine , premier &
fecond Echevin, fe rendirent à
L'Evefché ,
pour accompagner
Meffire François de Clermont,.
Abbé de Tonnerre , Grand-
Vicaire de ce Diocefe , &
Neveu de M. l'Evefque de
Noyon , invité par MS de
Ville à cette ceremonie . Il fuc.
GALANT 79
de
receu à la premiere porte
l'Hoſtel de Ville par M Bellot
Maire , & par M Caffe
& de Targuy , Echevins , &
monta à la Chambre de Vil
le , où eftoient M. de Lille-
Adam , Lieutenant de Roy ,
& M¹ de Charmeluë , Lieutenant
Civil , auffi invitez ,
qui vinrent au devant de luy
à la porte de l'efcalier ; aprés
quoy la marche fe fit en cet
ordre. Les Gardes du Gouvernement
& Sergens de Vil-
.le , tenant chacun un flambeau
allumé , eftoient prece
dez des Violons , & autres
G iiij
80
MERCURE
Inftrumens , & enfuite M le
Grand - Vicaire en manteau
long marchoit feul . Il eftoit
fuivi de M: le Lieutenant de
Roy, de M. le Lieutenant
Civil , & de Mi le Maire , tous
trois fur la mefme ligne . Les
quatre Echevins en faifoient
deux autres , & le Procureur
du Roy , le Greffier , & l'Argentier
fermoient la marche ,
ayant derriere eux deux Gardes
& deux Valets de Ville .
On fit trois tours dans cet
ordre autour du Feu préparé,
& au dernier , le Procureur
du Roy preſenta un flambeau
GALANT. 81
allumé à M l'Abbé de Clermont
, & il en fut preſenté
d'autres ,a M' de Lille- Adam
par un des Gardes , & à M's le
Lieutenant Civil , Maire &
Echevins par les Sergens de
Ville , en forte qu'ils mirent
enfemble le feu à huit endroits
difpofez pour cet effet,
ce qui fe fit aux acclamations
du Peuple , & aux cris reiterez
de Vive le Roy . Aprés cela
tous ces Meffieurs fe rendirent
dans le mefme ordre à
la porte de l'Hoſtel de Ville,
où ils receurent le falut des
Compagnies qui firent trois
82 MERCURE
décharges , & ils monterent
enfuite dans la Chambre de
Ville . Ils y trouverent la Collation
préparée . Les Officiers
des quartiers y avoient eſté
invitez , & l'on but la fanté
du Roy au bruit de plufieurs
décharges de Moufqueterie .
Ce mefme jour , il y eut
Auxerre des Illuminations.
dans toutes les rues , mais
principalement depuis le
quartier de la Cloche bleue
jufques au puits de la Verité.
On y vit un Efculape , un
Jupiter foudroyant, un Apol
lon , & d'autres Figures , felon
GALANT 83
les divers deffeins de ceux qui
vouloient faire paroiſtre leur
joye,
On ne s'eft pas montré
moins zelé à Chalons en
Champagne. Tous les Corps
S de la Ville fe trouverent au
Te Deum qui fut chanté par
M: l'Evefque dans l'Eglife
Cathedrale; aprés quoy celuy
de Ville ayant ce Prelat à fa
tefte , fe rendit dans la Place
publique , & mit le feu à un
artifice que l'on y avoit dreffé.
Cela fe fit au bruit des Hautbois
& des Trompettes
, &
de la décharge generale de
84. MERCURE
la Moufqueterie des Bourgeois.
Ils firent des feux dans
toutes les rues , & les fontaines
de vin coulerent pendant
tout le jour .
M de Langlade , Lieutenant
General du Prefidial d'Evreux
, n'a épargné aucune
dépense pour fe diftinguer
dans toutes les occafions ou
il s'efttagy de foutenir dignement
le pofte où il eft. Ainſt
dans toutes les Affemblées &
les convocations de la Nobleffe
, il a toujours tenu une
table proprement fervie , &
dans les réjouiffances qui ont
GALANT. 85
efté faites pour les victoires
du Roy , les Canons tirez &
les fontaines de vin ont efté
les moindres marques qu'il
ait données de fa joye.
Les Communautez n'ont
pas efté moins ardentes à faire
voir la part qu'elles prennent
à l'heureux fuccés des armes
de Sa Majefté: Les Benedictins
de Seez en Normandie ,
en ont donné un exemple.
Ils chanterent le Te Deum lc'
25. de Juillet avec beaucoup
de folemnité , & cette Fefte
fut annoncée le jour precedent
par le bruit des Canons
34 MERCURE
le Comte de Tourville ont
gagnées le mois paffé , ont
donné lieu a quantité d'ou
vrages de Vers , que l'abondance
des nouvelles importantes
dont j'ay à vous faire
part ne me permet pas d'employer
dans cette Lettre . Ainfi
je me contente de vous envoyer
un Virclay que M
Marcel a fait fur ces deux
Victoires . Le fameux M!
Dambruys y a fait un Air en
Vaudeville .
VIRELA Y.
Qu'o' on chante à la Cour , à la Ville,
Vive Luxembourg , & Tourville !
OMY
?
# 6- le
1x
ej
aine
in
les
lop u
ca-
VOIC CC
er
In
ert
mes
C.
86 MERCURE
& par le carrillon de toutos
leurs cloches qui font en
grand nombre. La ceremonie
commença aprés les Vefpres.
Toutes les perfonnes de
confideration furent placées
dans les hautes chaifes du
Choeur , & les Dames trouverent
des Sieges preparez
pour elles aux deux coftez
de l'Autel. Aprés qu'on cut
rendu graces
à Dieu des avantages
que nous avons
remportez , on alla en proceffion
allumer un feu dreffé
dans le parvis de l'Eglife . Le
bruit du Canon , des TamGALANT.
87
bours & des Trompettes , répondoit
aux Violons & au
carrillon des Cloches. La réjoüiffance
fe termina par une
Collation qu'on donna aux
hommes dans le Monaſtere ;
& aux Dames dans une Maifon
d'emprunt. On fit une
grande diftribution de pain
& de vin au peuple , & les
Pauvres ne furent point oublicz
.
L'amour eft difficile à cacher
, & fouvent tout ce
qu'il ne foit connu
qu'on fait pour empefcher
qu'à le faire mieux paroiftre.
ne fert
88 MERCURE
L'inutile precaution de la
Linote dans la Fable que
vous allez lire en eft unc
preuve. Elle m'a efté envoyée
de Poitou fous le nom du
Paftor Fido.
222252552 52552525
LE MOINE AU
ET LA LINOTE.
Da
Ans une agreable Voliere
où l'on voit cent Oiseaux
divers ,
Qui de mille chansons font retentir
les airs
D'une ravissante maniere ,
Se trouvoit unjeune Moineau
GALANT. 89
Qui dédaignant tous ceux de fon
eSpece
Epris par un inftinct nouveau ,
D'une Linote qui le bleſſë ,
Prés d'elle voltigeoit fans ceffe
Et tâchoit de paroiftre beau ,
Afin qu'elle vouluft devenirfa Maitreffe.
La Linote de fon cofté
Que le mefme panchant entraine,
Partageant en fecret fon amoureuse
peine
N'affecte point de cruauté.
ន
Ainfi ces deux Oiseaux de differente
espece
Se prennent par le coeur avecque tant
d'amour
Qu'il nefe paffe point dejour
Que contraints de ceder à l'ardeur
qui les preffe ,
Aouft
1690. H
90 MERCURE
Ils ne fe donnent tour à tour
Quelque marque de leur tendreffe..
La Linote hait les Linots.
Et fi quelqu'un d'eux fe prefente,
Elle luy dit, quelque doux air qu'il
chante,
Qu'il l'importune & trouble fon
repos ,
Et fans l'heureux Moineau , rien ne
la rend contente.
Elle voudroit tirliter comme luy
Et le Moineau ,fiffler comme elle .
Si l'un de fon jargon fait leçon au--
jourd'huy
Demain l'autre du fien en fait une :
nouvelle.
En s'inftruifant ainfi tous deux ;
A toute heure de leur ramage » .
Ils font un inconnu langage
Qui leurfert à couvrir leurs fecrets
amoureux ,
CALANT. 91
Et que perfonne n'entend qu'eux.
Affez long- temps par cette adreſſe
Leurs feux avoient effé cachez.
De tout ce qu'ils fentoient ilsfe par.
loient fans ceffe ,
Sans quejamais témoin les en cuft
empeſchez ;
Mais l'amour,quand il eft extrême,
Bien fouventfe trahit luy-mefme.
S
Unjour eftant dans un reduit
Où les amene leur tendreſſe ,
Eloignez des oifeaux , n'entendant
aucun bruit,
( carreffe.
Chacun d'eux fe difpofe à se faire
Le Moineau fans retardement
Prés la Linote bat des aifles ,
Et luy jure amoureufement
Que fes ardeurs feront fidelles.
Aprés qu'elle a receu ce tendre compliment,
Hij
92 MERCURE
Ce font promeffes mutuelles
De s'aimer eternellement.
Rien n'approchoit de leur contentement
,
Quand une Linote perchée
Sous un feuillage épais qui la tenoit
cachée,
Ayant entendu leurs difcours ;
Ah, dit-elle , peut- on croire ce qui fe
paffe ?
Une Linotte avoir l'ame fi baſſe
Qu'un Moineau foit l'objet defes
amours !
&
D'un reproche fi dur la pauvrete -
accablée
Demeure interdite & troublée.
De fa Compagne elle craint le ca
quet,
Et depeurqu'elle n'aille ailleursfaire
une histoire
GALANT.
93
" Qui luy pourroit attirer un bouquet
De mechante odeur pour fa gloire,
Elle veut par precaution
Semer des bruits qui reffentent la
fable,
Pour donner à fa paffion
Un tour qui luy foit favorable.
Elle court aux endroits ou d'un com
mun concours
Les oifeauxfe trouvent ensemble.
Là d'un air affeuré ,fans que la voix
luy tremble ,
Elle leurfait en riant ce difcours.
S
Ecoutez,Linots & Linotes
Gruans , Pinçons , Chardonnerets,
Roffignols , Tarins , foyez prefts
A celebrer mon nom fur vos plus
belles notes ,
Phis que par un deßein Surprenant
& nouveau
94 MERCURE
Queje mefuis mis en la tefte ,
Fay fait aujourd'buy la conqueste
Du plus beau des objets , c'est un
jeune Moineau
Qui pour me plaire à tout s'apprefte.
Depuis quelques momens une folaftre
.
Soeur
M'en vient de faire le reproche
Et pretend que quand il m'aproche
Il me fait palpiter le coeur.
It eft vray qu'elle a pû m'entendre,
Luy dire en badinant fur fes fades
douceurs
Que j'aimois à luy voir un coeur
facile à prendre ,
Mais moy , queje réponde àfesfolles
ardeurs ,
O l'avantageuſe partie ,
Et que le sujet feroit beau !
Admirez entre vous l'étroite fimpatie
GALANT. 95
Du coeur d'une Linote & du coeur
d'un Moineau.
2
A ces mots dits d'une voix fieres.
Pleine de confiance elle fort en chan
tant ;
Mais les oifeaux penfant à fondfur
la matiere
En jugent d'une autre maniere
Que la Linote ne l'entend.
Chacun reflechiffant fur les chofes
paffées
Sans fe contraindre en rien explique
fes pensées.
L'un dit qu'il les a veus souvent
Dans des lieux retirez fe parler en
cachette ;
L'autre qu'il les a veus l'un l'autre
Se fuivant,
Et percherfur mefme buchette.
Quelques-uns des Linots jaloux
96 MERCURE
Citent contr'eux de fecrets rendez
vous ,
Ces circonstances & leurfuite
Font que de la Linote on blafme la
conduite.
S
Là deffus entrent deux Moineaux,
De ces Moineaux à hautes hupes ,
Rigides Genfeurs des Oiseaux
Qui tâchent à trouver des Dupes..
Si - teft qu'ilsfont entrez , un Bruang:
leur fait part
De la matiere qui ſe traite.
Il dit qu'une Linote à l'ame ſi mal--
faire
Que fans avoir aucun égard
A ce qu'elle fe doit non plus qu'à
fon espece ,
Elle trouve un Moineau digne defa
tendreffe.
Ab
GALANT. 97
ل ا
7
Ab , Meffieurs les Moineaux , dit
alors un Pinçon ,
Vous agißez d'une façon
A vous faire affommer par tous les
Volatilles.
Eft- ce là la belle leçon
Que vousfaites dans vosfamilles ?
Envoyez- vous vos gens de buiffon
en buiſſon
Courir par tout comme desdrilles ,
Pour nous ravir ainfi nos Femmes
& nos Filles ?
Les deux graves Moineaux de ce
difcours piquez,
Répondent au Pinçons Pinçon, vous
nous choquez,
Vous faites de nous peu d'estime ,
Et raifonnez en Ecolier,
D'attribuer à tous un crime
Commis par un particulier.
Aouft 1690.
98 MERCURE
$
Ma foy , chacun de vous court à
ce qu'il fouhaite ,
Reprend auffi-toft l'Allouete ,
Etpeut-eftre eft-ce un de vous deux
Qui captivez le coeur de ma fæur la
Linote ,
Et qui cachant vos foupirs & vos
feux ,
Venez encore icy pour attraper la
fotte.
&
Sans doute c'est un d'eux , opine
le Tarin ,
Fe vis fous vostre habit hier au ſoir
à la brune
Un Oifeau de bonne fortune ,
Qui luy foûmettoit fon deftix .
2
C'est un mensonge , dit la Pie ,
Fe connois ces Moineaux , ils font
de bonne vie ,
GALANT. 99
1-
Et n'ont rien de l'esprit coquet.
Il eft vray , dit le Perroquet ,
Je fuisfort affeuré que l'un & l'au
tre eft fage ,
Le fait dont il s'agit ne les regarde
pas,
Fe puis en rendre témoignage ,
Mieux qu'un autreje fçay le car.
Jay veu , mesme à plusieurs reprifes
,
Un autre Moineau que ceux- cy
Carreffer la Linote , & d'un air radoucy
La flater , l'appafter , luy porter des
cerifes.
Mefieurs. Eh , bien , Meffieurs , l'entendezvous
,
Dit le Moineau de haute lice ?
Ce Temoin oculaire est bien fort en
Justice,
I ij
100 MERCURE
Et nous doit faire croire incapables
des coups
Qui procedent de la malice
De certains Moineaux dont le vice
Les a fait chaffer d'avec nous.
$
Aprés cela tout garde le filence ,
On voit les deux Moineaux traiteZ
de reverence ,
Comblez d'honneur par chaque
[ Moineau Oifeau ,
Et la feule Linote & l'amoureux
Demeurent dans la medifance .
Cecy prouve avec évidence ,
Qu'en fait de tendre paffion
Prevenir les efprits c'eft manquer de
prudence ,
Et que fouvent trop de precaution
De ce qu'on croit cacher fait avoir
connoiffance.
GALANT. IOI
7
i
Il y a peu de perfonnes qui
ayent mieux merité qu'on
honoraft leur memoire par
des Eloges funebres , que feu
Mr. le Duc de Montaufier .
L'Etat luy eftoit redevable de
l'éducation d'un Prince qui
marche fur les traces de Loüis
le Grand , c'est tout dire. Les
belles Lettres luy devoient
beaucoup tous les honneftes
gens luy avoient obligation ,
& M. l'Abbé Fléchier , de
l'Academie Françoiſe , nommé
à l'Evefché de Nifmes ,
eftoit de ce nombre . Il avoit
demeuré pendant un fort
I iij
102 MERCURE
grand nombre d'années auprés
de ce Duc , & comme
il ne l'avoit quitté que pour
rendre à fon Troupeau ce
qu'il luy devoit , il reprenoit
fon premier attachement
quand il revenoit de fon Eglife
, ce qui faifoit un veritable
plaifir à Mode Montaufier,
qui n'avoit point de plus
grande confolation que d'eftre
avec ce Prelat , qu'il faifoit
entrer dans ce qu'il penfoit
de plus fecret . M : de Nifmes
le connoiffant tres- parfaitement
, & n'ignorant rien,
de ce qui fe paffoit au fond
GALANT. 103.
+
I de fon coeur qu'il avoit
étudié par une longue habitude
, ne pouvoit faire une
# Oraiſon funebre de ce Duc
qui ne fuft tres-jufte , puis
qu'il ne la faifoit pas fur des
memoires , dont la pluſpart
font remplis de flaterie , mais
fur des chofes qu'il connoiffoit
par luy- mefme , & que
la verité luy fourniffoit à l'avantage
d'un homme qui toute
fa vie avoit fait profeffion
d'eftre fincere. Il la prononça
le 1. de ce mois dans l'Eglife
des Carmelites du Fauxbourg
SJacques , où repofe le corps
I iiij
104 MERCURE
de M: le Duc de Montaufier.
L'Affemblée y fut nombreu
fe , tant pour entendre l'Eloge
de ce Duc , qui eftoit dans
une eftime generale.que parce
que celuy qui la devoir faire
excellant dans ces fortes d'Ouvrages
, on eftoit perfuadé
qu'il n'oublieroit rien pour
bien mettre dans fon jour
le merite de fon bienfaiteur,
qu'il connoiſſoit à fond , &
qui luy fourniffoit une ample
matiere , de la beauté de laquelle
tout le public demeuroit
d'accord. Auffi cette action
a- t- elle répondu à l'atz
GALANT. 105
=
1
E
tente que tout le monde en
avoit , à l'éloquence de l'O-
& aux grandes qua- rateur
litez de l'Illuftre Duc dont
il avoit entrepris l'Eloge .
Vous devez avoir appris la
mort de Madame de Beauvais
. Elle eftoit Fille de Ma-
>
premiere
dame Filandre
Femme de Chambre de la feuë
Reyne Mere du Roy , à qui
elle avoit fuccedé dans cette
Charge. Comme elle s'eftoit
acquis les bonnes graces de
cette Princeffe , elle fit M : de
Beauvais fon Mary , Confeiller
d'Eftat au commence106
MERCURE
ment de la Regence , & il a
longtemps fervy dans le Confeil.
Madame de Beauvaiseftoit
née avec un efprit fort
infinuant. Les faveurs qu'elle
a receuës de la Reyne pendant
ſa vie , ont efté des preuves
de fon merite , & celles
que le Roy luy a continuées
jufques à fa mort , ne permettent
à perfonne d'en douter.
Elle a eu beaucoup d'Enfans.
Ceux qui fe font mis dans
le
party
de l'Eglife y ont remply
leurs devoirs. Mile Baron
de Beauvais , Maiftre d'Hoſtel
du Roy dés fon enfance , &
GALANT. 107
7
S
t
S
Capitaine de Boulogne & de
la Muette , eft le feul qui paroift
prefentement dans le
monde. L'approbation
que
Sa Majesté luy donne , fait
connoiftre ce qu'il vaut , & il
a luy feul mille qualitez , qui
pourroient faire honneur à
plufieurs . Il a une Soeur dans
le Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Challiot , qui
aprés avoir efté le charme de
la Cour , & avoir fervy la
Reyne Mere en qualité de
premiere Femme de Chambre
jufqu'à fon dernier foupir , fe
retira dans cette Commu108
MERCURE
nauté , & y confacra au pied
des Autels une fomme confiderable
qu'elle avoit receuë
de Sa Majefté , & qui avec
une vertu à l'épreuve de tout,
& des qualitez admirables
dans toute fa perfonne ,aurois
pû luy fervir dans le monde ,
à choisir un party des plus
avantageux.
Les Curieux de Cartes font
obligez à M. de Fer. Il n'y a
perfonne qui en mette plus
au jour , ny qui s'attache dag
vantage , & avec plus de foin
pour donner quelque choſe
de nouveau. Il vient de metGALANT
. 109
tre en vente une Carte d'Irlande,
dont tous les Connoiffeurs
font fort fatisfaits. C'eft
la premiere feuille d'un grand
Ouvrage , intitulé l'Europe ,
qui doit eftre en vingt feüilles
. Les dix- neuf autres feront
fur le mefme pied , & fur la
mefme échelle que celle d'Irlande
. Il a commencé auffi à
Ffaire le debit d'un Livre qui
a pour titre , Costes de France
fur l'Ocean & fur la mer Mediteranée,
divifées en Capitaineries
Gardes- coftes . Les Cartes
de ce Livre ont efté dreffées
par l'ordre & fous le Miniſte
110 MERCURE
cmre
du Cardinal de Richelieu,
par M Taffin , Commiffaire
des Guerres , Geographe de
Sa Majefté , & l'un des plus
habileshommes de fon temps.
Son Livre eftoit devenu fort
rare , & quelques perfonnes
l'ayant demandé avec
preffement , parce que ces
Cartes font les plus exactes
qui ayent encore paru gravées
, on a jugé à propos d'en
faire une nouvelle Edition ,
dans laquelle on a ajoûté un
nouveau Titre , une Figure
ou Bouffole , avec le nom des
Vens en fix Langues , à l'uſage
GALANT. III
i
ב
de l'Ocean & de la Mer Mcditerranée
. On a augmenté
les Coftes des divifions des
Capitaineries Gardes coftes ,
des pofitions qui les compo
fent , du nom des Rivieres ,
& de beaucoup d'autres cho .
fes curieufes répandues dans
le corps de l'Ouvrage . Le
difcours a efté changé, & augmenté
des defcriptions des
Vents , des Mers , & du nouveau
Canal de Languedoc, &
Mc Gregoire Mariette , connu
par plufieurs Ouvrages , &
par la Table qu'il a dreffée
des divifions du Firmament ,
112 MERCURE
a beaucoup de part au changement
& à l'augmentation
de l'ancien Ouvrage de M
Taffin. Celuy qui fe debite
aujourd'huy eft précedé de
trente Cartes particulieres ,
devant lefquelles eft une
grande Carte generale de toutes
les Coftes de France ,
eft marquée l'étenduë de chacune
de ces Cartes , qui font
fur un mefme pied , c'eſt à
dire qu'elles font d'une même
proportion , que l'échelle
d'une feule fervir à toupeut
tes , & qu'eftant jointes enfemble,
elles compoſeront une
où
GALANT. 113
D
ב ס
grande Carte . On a marqué
dans celle dont je vous parle
les coftes avec les Dunes , les
Montagnes & les Caps ou
#pointes, les Rivieres qui fe déchargent
dans la Mer , les Villes,
Bourgs &Villages qui font
deffus & aux environs , les
Golphes , Havres ou Ports ,
les rades ou ancrages qui font
reprefentez par de petites ancres
; les bancs de fable par
des amas de points , les écücils
par de petites croix , les
pro
fondeurs de la Mer par des
chiffres enfin les Illes détachées
des coftes . Le difcours
Aouft 1690..
K
114 MERCURE
qui accompagne
ces Cartes.
eft tres- utile. Il explique exac
tement tout ce qui peut eftre
avantageux
à la navigation.
des coftes & Mers de France ,
& apprend la qualité de la
cofte du Havre ou Port , les.
bancs de fable qui s'y rencontrent
, par où on y entre ,
la qualité des Baftimens
qui
y peuvent demeurer, de quels
vents ils y font à couvert ,
détour qu'il faut prendre
pour éviter les hazards , la
facilité qu'il y a de les aborder
, & ce qui eft particulier
à chaque Port & Havre , Cet
le
GALANT. 115
Ouvrage eft divifé en deux
parties. Dans la premiere il
cft traité de l'introduction
à
la defcription des coftes de
France , & dans la feconde des
Mers & des mefmes coftes .
L'an 1676. le Roy fit un Reglement
pour la divifion des
Capitaineries
Gardes - coftes
de fon Royaume , pour marquer
l'étendue que chacune
doit avoir ; & comme il n'eft
fait dans ce Reglement nulle
mention des coftes de Bretagne
& de Provence , on ne
doit pas s'étonner fi ces deux
Provinces fe trouvent dans ce
Kij
16 MERCURE
Livre fans divifion , confor
mement au refte des autres
coftes. On a mis deux Tables
fur la fin de ce Livre. L'une
eft des Amirautez & de leurs
dépendances , & l'autre des
Capitaineries Gardes - coftes ,,
au nombre de cinquante &
une. Le lieu de la refidence
du Capitaine eft marqué dans
les Cartes par un double Etendart
, & les lieux qui en
dépendent par un fimple..
Get Ouvrage auffi curieux.
qu'utile fe vend chez le St
de Fer , fur le Quay de l'Hor
loge , à la Sphere Royale..
>
GALANT. 117
5
M du Puys , Avocat au
Parlement , vient de donner
au Public un Livre d'une
grande utilité, non feulement
s pour les Negocians, mais pour
tous ceux qui ont à prendre ou
à donner des Lettres de change,&
neceffaire fur tout à ceux.
qui en doivent connoiſtre, en
cas de conteftation, foit pour
en éclaircir les differends,foic
-pour les juger. Il a pour titre,
L'Art des Lettres de change ,
fuivant l'ufage des plus celebres
Places de l'Europe , & contient
tous les droits & toutes les
obligations des Tireurs,Don-
.
118 MERCURE
neurs de valeur , Endoffeurs ,
Porteurs , Accepteurs , &
Payeurs de Lettres de changes
avec l'application des Loix ,
des Ordonnances & des Reglemens
, les Queſtions les
plus imporantes qui n'ont
point encore efté traitées , &
les Arrefts les plus celebres
rendus fur cette matiere. Cet
Ouvrage , où elle ſe trouve
expliquée dans toute fon étendue
, eftoit d'autant plus
à fouhaiter , que le Negoce
produit feul plus de Procés ,
que tous les autres actes de
la vie civile enſemble , eftant
GALANT. 119
certain que les Juges & Con
fuls , & les autres Tribunaux:
du Commerce dans chaque
Ville , rendent plus de Jugemens
, que les Prefidiaux qui
y font établis . Cependant la
Jurifprudence du Commerce
1 eft fort incertaine dans le
Royaume, & particulierement
fur le fait des Lettres de change
, qui en eft la plus confiderable
partie, quoy qu'il n'y ait
prefque perfonne qui ne prenne
ou ne donne , n'envoye ou
ne reçoive, ne paye ou n'exige
le payement de ces fortes de
Lettres . Il femble que ce foit
120 MERCURE
un miftere qui ne puiffe eftre
entendu que par les Banquiers,
& il arrive la plupart du
temps que lors que les caufes
de cette nature font portées
aux Parlemens par appel , les
Juges demandent l'avis des
Negocians , de qui ils ne reçoivent
pas quelquefois de
feures lumieres , parce que
ceux qu'ils confultent , confiderant
l'affaire par des veuës
3:
differentes , ou d'égalité d'intereſt
, ou d'acception de perfonnes
, ou de juftice , font
fouvent de contraire opinion,
appuyez respectivement fur
des
GALANT. 121
des raifons vrayes ou appa
erentes , dont les Magiftracs
ont peine à faire le difcerne
ment. Cela ne le fait qu'à
caule que nos Jurifconfultes
François ne s'eitant point ap
pliquez à traiter cette maticre
, comme ils font toutes les
autres qui produisent les procés
, on ne connoift point la
nature du Contract des Let-
Etres de change , ny les prin-
1 cipes qu'il faut fuivre pour
décider les conteftations qu'-
elles font naiftre . Pour remedier
à ce defordre , 1 Auteur
ta ramaffé toutes les plus cu-
Aouft 1690. L
122 MERCURE
rieufes remarques qui peuvent
éclaircir les doutes dans le fait
& dans le droit , pour donner
un Ouvrage plus univerfel ,
plus jufte & plus folide que
tous ceux qui ont paru juſ
qu'icy fur la matiere qu'il
traite. Les propofitions qu'il
avance y font appuyées des
Ordonnances , des Loix , des
Arrefts , ou des fentimens
des Auteurs les plus celebres,
particulierement des décifions
de la Rote de Gennes ,
& de Sigifmond Scarcia , Jurifconfulte
Romain , quia efté
Auditeur de Rote dans la
GALANT. 123
V
mefme Ville , & dans plu
fieurs autres des plus confiderables
d'Italie . Comme il n'à
pas voulu qu'on le cruſt fur
fa parole , & que d'ailleurs il
luy a paru qu'il n'y avoit rien
de plus incommode qu'un
Ouvrage entre- coupé de citations
, fur tout dans une ma
tiere de Commerce , où beaucoup
de ceux qui entendent
bien le fait , n'entendent pas
le Latin , il a obvié à ces inconveniens
en faifant le fien
d'un ftile fuivy , comme fi
tout ce qu'il propofoit eftoit
de luy-mefme , & mettant
1
Lij
124 MERCURE
fidellement les citations à la
marge. Il l'a divifé en dixhuit
Chapitres , oùfont refoluës
toutes les difficultez qui
peuvent eftre formées , tane
fur les diverfes formes des
Lettres de change, les perfonnes
qui y entrent , les differens
termes de payement , les
differentes manieres d'en declarer
la valeur , & les Lettres
miffives qui s'écrivent à cette
occafion , que fur les acceprations
des mefmes Lettres de
change, & les diligences que
les Porteurs doivent faire faute
de payement à l'échéance .
GALANT. 125
Le S Quinet , Libraire au
Palais , debite un Livre nouveau
, qui eft d'une nature
bien differente de celuy dont
je viens de vous parler. Il a
pour titre , Les difgraces des
Amans, & il ne faut pas Vous
en dire davantage pour vous
faire voir qu'il eft purement
de galanterie . L'Auteur affure
que toutes les intrigues en
font veritables , & qu'il n'a
point eu d'autre deffein en les
publiant que de faire connoiftre
jufqu'où nous mene l'amour,
& combien les effets
qu'il produit font dangereux..
Liij
126 MERCURE
Il propofe & refout agréablement
plufieurs queſtions
galantes, & les fentimens ou
maximes qu'on trouve dans
cet Ouvrage , ne feront pas
fans utilité pour ceux qui
avant que de s'engager à ai
mer, voudront faire reflexion
que quelques douceurs que
nous promette l'amour , il
n'eft l'occupation que de ceux
qui n'en ont point. C'eft ce
que marque l'Auteur dans
une de ces maximes.
Il faut cependant demeurer
d'accord que la beauté a
des charmes aufquels il eft
GALANT. 127
D
malaiſé de reſiſter , mais on
doit convenir en même temps
que lors que la paffion où l'on
s'abandonne cft uniquement
1 fondée fur l'éclat d'un beau
vifage , fans que l'on y faffe
entrer ny
la douceur de l'ef
prit , ny l'agrément de l'humeur,
comme elle eft fort violente
, elle n'est jamais de
longue durée. C'est dequoy
une jeune Demoiſelle aimable
par mille endroits , a
fait l'épreuve depuis quelque
temps . Elle avoit le teint fort
vif, & toute la regularité de
traits qu'on peut fouhaiter
Y
A
L iiij
128 MERCURE
dans une belle perfonne. Un
Cavalier dont les bonnes qualitez
répondoient au bien &
à la naiſſance , s'en eftant laiffé
toucher, voulut connoiftrede
prés ce qui luy plaifoit de
loin. Il trouva moyen de
s'introduire chez elle . Sa Mcre
, de qui elle dépendoit, jugeant
party avantageux
pour fa Fille , receut fes vifires
avec beaucoup de plaifir,
& f quelque chofe luy fit
peine , ce fut de voir que
pendant trois mois de foins &
de devoirs affez affidus , tout
l'amour du Cavalier fe bor
GALANT 129
Enoit à des louanges , fans
qu'il paruft avoir deffein de
fe declarer. Il trouvoit la Belle
1 incomparable , & fes regards
eftoient fi paffionnez , qu'ils
faifoient entendre tout ce
qu'il ne difoit pas , mais ce
n'eftoit point affez ; on vouloit
qu'il s'expliquaft , & it
differoit toujours à le faire.
Ses reflexions caufoient fon
filence. Il enviſageoit le mariage
comme un lien d'autant
plus facheux, qu'on ne le peut
Fompre quand il eft mal afforty
, & afin de n'eftre pas ex
pofé à ſe repentir inutilement,
130 MERCURE
il avoit voulu fe défendre des
furpriſes que la beauté fait
prefque toujours quand on ne
fait pas agir fa raiſon , pour
ne chercher dans la Belle que
le folide merite , & ce que le
temps ne fçauroit ofter. II
l'y rencontra heureuſement.
Cette charmante perfonne a
voit l'efprit auffi aifé qu'agreable
, beaucoup de dou-
་
ceur dans fes manieres , &2
tant d'honnefteté & de complaifance
dans toutes les chofes
où il luy étoit permis d'en
avoir qu'elle alloit mefme
au delà de ce qu'on pouvoit
GALANT. 131
#raifonnablement
fouhaiter
d'elle . Le Cavalier qui s'atta-
I choit à l'étudier , n'eut pas
efté plûtoft convaincu par
l'égalité de fon humeur , &
la nobleffe de fes fentipar
mens , que les avantages qu'-
elle avoit receus de la nature,
eftoient beaucoup au deffous
de ceux qu'elle ne devoit qu'à
elle-mefme , qu'il s'abandonna
à tout fon amour . Il luy
en fit une peinture fort vive,
& en luy marquant que tout
fon bonheur dépendoit d'elle,
il la conjura de vouloir en
décider , fans écouter que fon
132 MERCURE
feul panchant fur la réponſe
qu'il la prioit de luy faire. La
Belle qui l'eftimoit luy fic
paroiftre beaucoup de reconnoiffance
pour les favorables
fentimens qu'il luy venoit
d'expliquer, & luy dit enfuite,
d'une maniere auffi obligeante
que modeſte, que s'agiſfant
d'une liaiſon pour toute la
vie , elle vouloit luy donner
plus de temps qu'il n'en prenoit
, pour examiner fi un peu
de brillant qu'il luy trouvait
n'avoit point fait de furpriſe à
La raifon ; qu'elle luy avoit entendu
parler d'un voyage do
GALANT. 133
trois mois qu'il ne pouvoit
s'empêcher de faire pour quelques
affaires importantes,quelle
vouloit qu'il fiſt ce voyage
avant que de prendre un plus
fort engagement en fe déclarant
avec la Mere ; que l'éloi
gnement diminuant les ob
jers , ce merite qu'il croyoit
fi grand en elle pourroit luy
paroiftre peu de chofe ; que
s'il eftoit capable de s'en dégoûter
, il valoit mieux qu'il
prift ce dégouft tandis qu'il
y auroit du remede , & que
fàfon retour il luy rappor
toit le melme coeur & les
¹34 MERCURE
mefmes fentimens ; elle connoiffoit
affez le prix des chofes
, pour ne luy pas donner
fujet de fe repentir de l'avoir
aiméc. Le Cavalier trouva
cet arreft fort rude , mais il
cut beau la prier de fouffrir
qu'il l'époufaft avant que de
faire fon voyage où elle l'auroit
accompagné , elle exigea
cette épreuve de fa conftance,
& l'obligea de partir fans autre
affeurance que celle que
luy donnoit un fi fage procedé.
La Mere trouva beaucoup
à redire à celuy du Cavalier.
Elle pretendit qu'aGALANT.
135
0
vant que de s'éloigner il devoit
luy avoir parlé d'affaires,
& blafma fa fille du trop de
o precaution qu'elle prenoit ,
pour s'affeurer fi fon amour
icftoit veritable. La Belle n'en
changea pas de conduite.
Quoy qu'elle en receuft fort
fouvent des Lettres , & qu'elle
ne
fuft
pas fachée
d'y
trouver
des
marques
d'une
vio- lente
paffion
, elle
ne chercha point
à la foûtenir
par
fes
reponſes
. Au
contraire
elle
af- fecta
de
luy
écrire
rarement
,
& obferva
mefme
en
luy
écri vant
de
n'employer
point
de
136 MERCURE
termes qui luy découvriffent
trop la joye qu elle fe faitoit
de le voir aimée . Le Cavalier ,
que la comance de fon
caractere laiffoit tranquille
fur les fentimens
qu'il luy
pouvoit avoir infpirez , paffa
par deffus beaucoup de chofes
qui auroient tiré les affaires
en longueur , afin de pouvoir
hafter fon retour , & fon abfence
n'avoit plus enfin que
peu de jours à durer , quand
un Marquis , mailtre de fon
bien & de fa perfonne
, quoy
qu'il cuft à peine vingt cinq
ans, ayant rencontré la Belle
་་
GALANT.
137
chez une Dame qu'il voyoit
1 de temps en temps , fut fifur-
0 pris de l'éclat de fa beauté ,
qu'il s'écria plufieurs fois qu'il
0 ne pouvoit croire qu'il y cuft
rien qui en approchaft . Il fe
plaça auprés d'elle , la regarda
attentivement , & aprés luy
avoir dit beaucoup de douceurs
avec une maniere d'extafe
qui avoit quelque chofe
de fingulier , il luy déclara
qu'il la chercheroit par tout
& qu'il fentoit bien qu'il
eftoit de fon étoile de luy
confacrer.tous les momens de
la vie. La Belle foûtint cette
Aouſt 1690.
M
138 MERCURE
déclaration avec efprit , & la
traitant de plaifanterie , elle
fit voir qu'elle eftoit accoûtumée
à recevoir des loüanges.
Cependant le Marquis
eftant du nombre de ces jeunes
étourdis qui s'abandonnent
fans reflexion aux fentimens
qui leur font plaifir ,
alla chez la Belle dés le lendemain.
Il continua fon emportement
d'amour , & il s'en
'rendit fi pcu le maiftre , que
quatre longues vifites qu'il
ne put s'empefcher de luy
rendre en quatre jours , ayant
obligé la Mere à luy venir
GALANT. 139
ན་
ב
dire le cinquième jour que fa
Fille le prioit de la difpenfer
de fe laiffer voir , parce que
des foins fi affidus ne pouvoient
faire de méchants
que
effets pour fa réputation , il
luy répondit fans balancer
que cette raifon de refufer fes
vifites n'eftoit pas valable ,
puis qu'il eftoit dans le def
lein d'époufer fa Fille & qu'il
figneroit quand on voudroit
un Contrat de mariage . Une
refolution fi prompte étonna
la Mere .Elle cut de la peine
s'imaginer d'abord que le
Marquis parlaft ferieuſement ,
Mij
140 MERCURE
mais il luy dit tant de fois la
mefme chofe , & aprés luy
avoir déclaré fon bien , & l'avoir
laiffée maiftreffe des conditions
qu'elle pourroit demander
pour les avantages de
fa Fille , il la conjura fi inftamment
de le vouloir accepter
pour Gendre , qu'enfin ne
doutant plus qu'il ne fouhaitalt
veritablemenr le mariage
qu'il luy propofoit elle luy
donna parole de n'épargner
aucuns foins pour le faire
réüffir . Quoy qu'elle luy répondift
en quelque façon du
fuccés , elle ne laiffa pas da le
GALANT. 141
•
preparer à y trouver de l'ob
ftacle par le trop de delicareffe
de fa Fille , qui ne feroit
pas fi prompte que luy à fe
refoudre fur une affaire de
cette importance . Elle luy
dit mefme qu'il y avoit plus
de fix mois qu'elle eftoit aimée
d'un Cavalier qu'elle avoit
laiffé s'éloigner pour un
temps confiderable , fans avoir
voulu luy découvrir les
fentimens qu'elle avoitpour
luy, & qu'il devoir eftrebientoft
de retour , mais qu'elle
ne doutoit point qu'il ne
l'emportaft fur ce Rival au142
MERCURE
prés de fa Fille s'il avoit de la
conftance , & fi
*
*
par fes foins
il prenoit
autant
de peine
à
gagner
fon
coeur
, qu'elle
en
prendroit
à luy faire
perdre
les impreffions
qu'elle
avoit
déja
receuës
. Le
Marquis
l'ayant
affeurée
en termes
fort
vifs que rien
n'approchoit
de
fon amour
, la conjura
d'appuyer
les interefts
& prit
congé
d'elle
, voulant
luy laiffer
temps
de tourner
les chofes
favorablement
pour
luy
.
La Belle
, quoy
que
fachée
de
trouver
fa mere
dans
le party
du Marquis
, ne s'alarma
point
le
GALANT 143
de fa paffion . Elle luy parut
trop violente pour pouvoir
durer, & perfuadée qu'elle ne
refifteroit à aucune épreuve,
elle le receuft le lendemain
avec l'honnefteté qui cftoit
deue à un Amant declaré ,
mais fans luy vouloir donner
d'efperance qu'aprés que le
temps leur auroit fait voir s'il
y avoit entr'eux affez de rapport
d'humeur pour leur permettre
de croire qu'ils feroient
nez l'un pour l'autre . Le Mar
quis pretendit cftre affez informé
du merite de la Belle ,
& ne put voir fans murmure
144 MERCURE
qu'elle
ne fuft pas affez touchée
des fentimens
qu'il luy
expliquoit
, pour balancer
à
les recevoir
auffi agreablement
qu'il l'avoit
creu ; mais ſi
l'effay
qu'elle
en voulut
faire
luy caufa quelque
chagrin
, le
Cavalier
qui revint
plus amoureux
qu'il n'eftoit
party, fut inconfolable
. Non feulement
il fe voyoit
un Rival par
qui fes deffeins
alloient
eftre
traverſez
, mais un Rival
qui
avoit gagné
l'efprit
de la Mere.
La Belle le raffeura
en luy
témoignant
que la fermeté
de
fes fentimens
l'avoit
touchée
,
&
GALANT. 145
& qu'il ne devoit rien crain
dre des foins du Marquis , qui
l'avoit aimée avec trop d'emportement
pour ne fe pas re-
#buter des longues épreuves,
où elle eftoit refoluë de met.
tre fa paffion . Cette affeuerance
diminua fort le chagrin
du Cavalier , quoy que le recardement
que ces épreuves
devoient mettre à fon bonheur
fuft une chofe qui luy
donnoit beaucoup à fouffrir.
Le Marquis qui eftoit encore
tout plein des premiers tranf
ports de fon amour , en continua
les empreffemens avec
Aoust 1690 .
N
146 MERCURE
beaucoup de chaleur , & il
parut mefme que la concur
rence du Cavalier cut quelque
part au deffein qu'il pric
de n'oublier rien pour fe faire
aimer, mais ces empreffemens
n'allerent pas loin . La Belle
ayant commencé à fe mal
porter , donna tout à coup
des marques qu'elle alloit avoir
une dangereufe maladie.
Le Marquis la vint voir le
lendemain à fon ordinaire ,
& lors qu'on luy cut appris
que la petite verole s'eftoit
déclarée , il montra tant de
furprife & le retira fi promp-
3
GALANT. 147
२
tement qu'on n'eut pas de
peine à s'appercevoir que la
peur le faifoit fuir, Le Cavalier
qui arriva un moment
aprés , receut cette facheufe
nouvelle avec toute la douleur
qu'on fe peut imaginer.
Il fit cent queftions à la fois
fur les accidens du mal de la
Belle , & quoy qu'on puſt
faire pour l'empefcher d'entrer
dans fa Chambre , il fut
impoffible d'en venir à bout .
Il ne
l'abandonna point pendant
cette maladie & ces
preuves de tendreſſe gagne
emailis ech s Nijb.
148 MERCURE
rent fi bien fon coeur , que
quand elle n'auroit pas elté
prevenuë en fa faveur , elle
n'auroit pû fans injuſtice re
fufer à fon amour le prix qui
luy estoit deu . Le Marquis fe
contenta d'envoyer chez elle
tant qu'on la crut en quelque
peril , & ayant fceu ce que le
Cavalier avoit fait , il connut
bien que n'ayant pas fait
la mefme chofe , il luy feroit
inutile de vouloir continuer
à luy difputer la préference .
D'ailleurs il avoit peine à s'imaginer
que la Belle duft
eftre à couvert des ordinaires
GALANT.' 149
t
effets de la petite verole , &
quand ce mal ne luy auroit
ny changé les traits ny groffi
le teint , il ne pouvoit fonger
aux rougeurs qu'il verroit
fur fon vifage , fans en eftre
dégoûté Ainfi ſon amour
s'éteignit entierement , & il
laiffa la Mere & la Fille dans
l'entiere liberté de rendre
juſtice au Cavalier . La Belle
l'époufa un mois aprés qu'elle
fut gueric , & à prefent que
fes rougeurs font paffées , elle
eft auffi-belle & auffi brillante
qu'elle l'a jamais efté .
Le Vendredy 11. de ce mois,
Niij
150 MERCURE
M le Duc de Charoft prit
feance au Parlement en qualité
de Pair de France. Je ne
vous repeteray point de quelle
maniere fe font ces receptions
ny ce qui fe pratique
e dans les ceremonies de
cette nature . Je vous en ay
déja entretenue plufieurs fois,
& vous ay marqué qu'on y
fait l'Eloge de ceux qu'on
reçoit . Celuy de M: de Charoft
n'eftoit pas difficile à
faire . Sa fageffe & fa pieté font
exemplaires , & brillent d'autant
plus à la Cour , que ces.
vertus ne font pas communes
GALANT
151
dans le fejour de la joye, des
plaifirs , de la grandeur ,
& de
la magnificence , & que de
pareils exemples font fort à
fouhaiter dans les Cours,pour
exciter la jeuneffe à prendre
les impreffions qui la condui
fent aubien . Ce Duc eft Gou
verneur de Calais , & a fervi
long-temps en qualité de Capitaine
des Gardes du Corps .
de Sa Majefté , mefme du
vivant de M. le Duc de Charoft
fon Pere. Il a auffi fervi'
dans les Armées , où il a receu
une bleffure tres- dangereufe
dans les reins . Enfin les fervi-
N iiij
152 MERCURE
ces luy ont fait meriter le glorieux
employ de Lieutenant
General , & il a fervi en cette
qualité . Le Roy dit à Madame
la Ducheffe de Charoft , lors
quelle voulut le remercier
de la grace qu'il avoit faite à'
Mr. le Duc de Charoft fon
Mary , que ce n'estoit point une
grace , mais une dette dont il
s'eftoit acquitté.
Ml'Archevefque de Paris
eftant Duc depuis longtemps,
Sa Majefté luy dit qu'il falloit
qu'il fe fift recevoir Pair , &
qu'Elle donneroit là - deffus
fes ordres à M le premier PreGALANT
. 153
fident. Cela fe fit le Samedy
19. de ce mois avec les ceremonies
accoutumées. Je vous
ay parlé tant de fois du rare
merite de cet illuftre Prelat
que je ne repeteray point ce
qui eft connu de toute la
France.
Je croyois que je n'aurois
plus à vous parler de ce qui
s'eft fait dans les Provinces
pour les Victoires du Roy ,
mais l'article que vous allez
voir et trop important pour
le paffer fous filence . M. le
Comte de Broglio , Licutenant
General de fes Armées,
154 MERCURE
& Commandant en chef
pour Sa Majesté en Languedoc
, envoya fes ordres dans
routes les Villes principales
de cette Province , pour
faire faire des réjouiffances
públiques , & choifit le Di
manche 30. du mois paffe
pour le Feu de joye qui devoit
fe faire à Montpellier.
La Place de Peyrou , qui eft
parfaitement belle par fon
étendue & fa fituation , puis
qu'on y voit la Mer d'un côté,
& de l'autre une grande Plaine
plantée d'Oliviers , fut le lieu
qu'on choifit pour le dreffer .
GALANT. 155
On y avoit élevé une décoay
ration de douze toifes de haut,
& de dix de large , qui reprefentoit
la façade du Temple
de Mars. Il eftoit orné d'un
ordre
d'architecture Dorique
avec trois portes , & l'on y
montoit par trois grands degrez.
Sur le fronton de la
porte du milieu s'élevoit une
Pyramide pleine de chifrès &
de Fleurs de lis , à la pointe
de laquelle eftoit un Soleil ,
avec cette Infcription fur le
Piedeftal, Victori Gentium , &
au deffous ces deux Vers Latins.
2
156. MERCURE
Victori quondam Marti quæ
Templa Vetuftas
Voverat ,hac Lodoix dignior
hofpes habet.
Un Cartouche où l'on avoit
peint le Char du Soleil montant
fur le Zodiaque,fe voyoit
fur le fronton , & l'on y lifoit
ces mots..
Rapido contrarius evehor orbi.
Ce Char qu'Ovide fait monter
rapidement contre le
mouvement des cercles dont
les Cieux font compofez , reprefentoit
parfaitement le
Roy qui vient à bout de tant
de Puiffances unics contre
GALANT. 157
luy , & force avec une rapidité
extraordinaire tout ce
qui s'oppose à la valeur de
fon bras.
་
Dans la frife , au deffus de
la grande porte, il y avoit un
Soleil & deux nuées au deffous
, l'une plus petite &
moins élevée , qui eſtoit oùverte
, & d'où il eftoit forty
des foudres qui avoient abatu
des hommes & des chevaux
que l'on voyoit étendus à
terre. L'autre , plus élevée &
plus groffe , n'eftoit pas encore
ouverte , & l'on y lifoit
cos autres mots. Tenet majora
158 MERCURE
tonantis fulmina Le Soleil qui
eft la Devife du Roy , le reprefentoit
dans ce Tableau, &
la plus groffe nuée que ce Soleil
élevoit , & qui n'eftoit
pas encore ouverte , eftoit la
Figure de Monfeigneur le
Dauphin , parce que l'Armée
qu'il commande en Allemagne
, n'a pû joindre encore
les Ennemis. La feconde de
ces nuées de laquelle il eftoir
forty des foudres , avoit eſté
mile pour faire entendre, que
Monfieur le Duc du Maine
s'eft fignalé par fa valeur &
par fa conduite avec beau
GALANT. K9
coup de diftinction
à la Bataille
de Fleurus.
Sur les deux portes à coſté
de la grande eftoient deux
autres Tableaux. On voyoit
dans le premier un jeune Lion,
fier & animé par la victoire,
pourfuivant un Leopard à demy
déchiré & un vieux Lion.
Ce jeune Lion reprefentoit
encore Monfieur le Duc du
Maine , qui a défait les Anglois
figurez par le Leopard,
& les Hollandois par le vieux
Lion . On luy appliquoit ce
commencement de Vers , Inflat
vi patria, dont fe fert Vir160
MERCURE
gile pour exprimer
la valeur
du jeune Pirrhus
, en la comparant
à celle d'Achille
fon
Pere. Dans l'autre Tableau
eftoit peint un Aigle fondant
fur plufieurs
oiſeaux
de proye
avec ces mots , Dignas Fove
concipit
iras.
Ces deux portes eftoient
ornées de deux pilaftres chacune
, dont le fond eftoit d'azur,
femé de Fleurs de lis d'or,
Tableaux .
chargé de quatre
Le premier reprefentoit un
Soleil dont les rayons alloient
fraper un miroir ardent, qui
les reflechiffoit fur des VaifGALANT.
161
feaux qu'ils bruloient , avec
ces mots , Nec minor hic radiis ,
pour faire entendre que le
Roy eft également heureux
& puiffant par tout. Dans le
fecond on voyoit un édifice
foutenu par plufieurs colomnes
dont l'une eftoit abatuë.
On y lifoit ces paroles , Trahet
una ruinam. Le troifiéme
eftoit un Soleil & un Arc- enciel
au deffous , avec ces mots,
Sic orbem componet. L'Arc- enciel
eft le fimbole de la paix,
& chacun fçait que le Roy
par une grandeur d'ame , &
une generofité fans exemple,
Aouſt 1690. Ο
162 MERCURE
a declaré , que plus il gagne
roit de victoires , plus il feroit
porté à finir la guerre .
Dans le quatriéme tableau
paroiffoit un vieux Prophete ,
qui d'un cofté montroit des
Vaiffeaux en fen
& de l'au
tre un Champ de bataille tour
couvert de morts . On avoir
écrit ces mots au bas , Hac
vera futuri omina . Par ce Prophere
on entendoir du Mou
lin dont la ridicule Prophetie
avoit abufe quantité de
gens , qui doivent prefentement
revenir de leur erreur ,
puis qu'ils voyent des évene
GALANT. 163
mens tout à fait contraires à
fes chimeriques predictions.
Toute l'architecture de cette
décoration eftoit ornée de
lauriers . Sur le fronton à chaque
cofté de la pyramide &
fur les coins , on avoit élevé
des trophées d'armes , & le
Temple étoit remply de quantité
de feux d'artifice.
L'aprés dinée dujour qu'on
avoit choify pour cette réjoüiffance
, les Compagnies
de la Bourgeoifie de la Ville
qui eftoit fous les armes , &
qui faifoient un corps de
douze cens hommes , mar-
O ij
164 MERCURE
cherent dans les ruës , & firent
plufieurs décharges. Il y
avoit auffi deux cens jeunes
hommes à cheval tres-bien
montez & tres- propres , avec
des timbales & des trompettes
de la livrée des Confuls de
mer qui s'eftoient mis à leur
tefte . Sur les cinq heures , M
le Comte de Broglio partit de
fon Hôtel avec M de Bavilles
Intendant de laProvince,pour
fe rendre en l'Eglife Cathe
drale. Il fut precedé de fa
Compagnie des Gardes , &
accompagné des Officiers des
Troupes , & des GentilshomGALANT.
165
>
mes de la Campagne & de
la Ville , qui s'eftoient rendus
auprés de luy. La ruë
qui conduit de fon Hôtel
à l'Eglife , où eftoient déja
toutes les Dames , ainfi que
la Cour des Aydes en robes
rouges les Treforiers de
France , le Prefidial & les
autres Corps de Justice avec
les Confuls , fe trouva bordée
des deux coftez des Compagnies
des Bourgeois. Il fe
plaça au milieu du Choeur fur
un Prié- Dieu magnifique , &
l'on commença le TE DEUM
qui fut chanté en Mufique
166 MERCURE
*
avec beaucoup de folemnité.
Le Ceremonie étant achevée
, Mile Comte de Broglio
retourna à fon Hoftel
dans le même ordre qu'il étoit
party. Toutes les Sales &
toutes les chambres eftoient
remplies de tables de jeu , &
la nuit ne commença pas fi
toft à paroiftre , qu'il fe fit
un nouveau jour dans la Ville
par la quantité de feux que.
Fon alluma partout , & par
les illuminations qui éclairerent
toutes les Feneftres des
Maifons . Il y en avoit une
tres-grande fur tout le devant
GALANT. 167
de l'Hoftel de Mle Comte
de Broglio , & fur la porte
eftoit un
cartouche avec fes
Atmes , qui font un Sautoir
ancré dont l'une des ancres
entroit dans le vuide d'une
-Croix vuidée , clechée & pommetée.
Ce font les Armes de
la
Province de
Languedoc.
Les
Confuls de la Ville y
avoient fait mettre ce Cartouche
, avec ces mots , A tempe
frate tuetur , pour faire entendre
que M. le Comte de Broglio
tient toute cette Province
dans un tres - grand calme
par les foins
extraordinaires
STY
W
168 MERCURE
qu'il fe donne , & par fa vigilance
à prévenir ce que
quelques nouveaux Convertis
mal intentionnez auroient pu
tenter . Sur les neuf heures du
foir , il fortit de fon Hoftel
dans l'ordre fuivant pour aller
à la Place de Peyrou . Six
Pertuifaniers habillez de la
livrée de la Ville , avec leurs
pertuifanes , & chacun un
flambeau à la main , mar
choient à la tefte deux à deux,
fuivis de quatre Valets du
Guet portant la meſme livrée .
Aprés cux venoient les Tam ,
bours & les Hautbois de la
Ville ;
GALANT. 169
Ville ; enfuite fix Eloudiers
ou Maffiers , avec des robes
de la même livrée , & chacun
un flambeau de cire blanche.
Ils precedoient le Capitaine
du Guet , aprés lequel on
voyoit paroiftre la Compagnie
des Gardes de M le
Comte de Broglio, avec leurs
Cafaques & leurs Carabines
fur l'épaule , ayant à leur tefte
des Hautbois & d'excellens
Violons. Douze Laquais, chacun
avec un flambeau de cire
blanche à la main , precedoient
ce Comte. Le Lieutenant
de Roy de la Ville eftoit
Aoust 1690.
P
170 MERCURÉ
à fa gauche , & enfuite les
Confuls avec leurs robes . Il
y
avoit un grand nombre d'Officiers
& de Gentilshommes
de la Province devant & der--
riere luy. En arrivant à la Place
, il y trouva toutes les Compagnies
de Bourgeoifie foust
les armes bordant la haye de
chaque cofté , & un Eſcadron
de la jeuneffe de la Ville avec
les Confuls de Mer à leur
tefte . Il fut receu au bruit des
Timbales , des Trompettes
,
des Tambours , & de la Moufqueterie
, & aprés qu'il cut
mis le feu à un Bucher que
l'on avoit élevé entre la porte
GALANT. 171
de la Ville & le Feu d'artifice
dans le milieu de la Place , il
fe rendit fur le rempart qui
regne tout le long du Palais ,
où on luy avoit preparé une
place , ainfi que pour toutes
les Dames, les Officiers, & les
Gentilshommes de fa Suite.
Mr. le premier Preſident de la
Cour des Aides , dont le zele
pour le fervice du Roy eſt
affez connu, avoit pris le foin
de faire orner ce rempart de
tapis& de feüillées, & il eftoit
d'ailleurs éclairé par tant de
lumieres, qu'elles jettoient un
éclat pareil à celuy du feu d'ar-
Pij
172 MERCURE
tifice ,qui eftoit veu d'un cofté
par ceux qui estoient dans la
Place , tandis qu'ils voyoient
de l'autre , à la faveur de cette
illumination, toutes les Dames
qui occupoient le rempart.
Si- toft que Mile Comte de
Broglio fut placé , on mit le
feu à l'Artifice qui eftoit par
faitement bien entendu , &
qui eut tout le fuccés que
l'on pouvoit fouhaiter . La
Bourgeoific & l'Eſcadron des
Confuls de Mer , firent plufieurs
décharges pendant qu'il
joüoit. Quantité de Boëtes
furent tirées , & l'on fit à la
Citadelle une feconde déGALANT
173
euë
charge de l'Artillerie . Ce
bruit joint aux acclamations.
du Peuple redoubloit la joye
que tout le monde avoit cue
des grandes Victoires de Sa
Majefté. Aprés que l'on cut
joüy de ce divertiffement ,
toute la Compagnie fe rendit
à l'Hoftel de M. le Comte de
Broglio , où l'on trouva une
Fefte des plus magnifiques
.
Dans un Jardin qui regne
long d'une Salle baffe , tout
paliffadé de Lauriers & de
Grenadiers , & bordé tout autour
de quantité d'Orangers
,
cftoient difpofées
cinq granle
P iij
174 MERCURE
des Tables , l'une au milieu ,
& les quatre autres dans les
quatre coins. Toutes les paffades
eftoient garnies de
lumieres avec des Devifes à
la loüange du Roy , & ces
lumieres jointes à celle que
rendoient un nombre infiny
de Bougies qui eftoient dans
des Luftres attachez à une
grande Tente qui couvroit
tout le Jardin , faifoient une
clarté extraordinaire . Au def
fus des paliffades , on avoit
dreffé un Orchestre pour les
Violons & les Hautbois , &
des Amphitheatres pour le
GALANT. 175
papeuple
, qui regnoient tout
le long des paliffades . Toutes
les Dames qui eftoient en fort
grand nombre , & d'une
rure magnifique , fe placerent
avec une partie des hommes
aux tables qui eftoient dans
le Jardin , & qui furent fervies
de tout ce qu'on peut s'imaginer
de plus exquis , avec
une delicateffe & un ordre
furprenant . Le reste des hommes
alla dans une Salle feparée
du Jardin par une grande
Galerie , aux deux bouts de
laquelle on avoit placé un
buffet magnifique , ce qui fai-
P iiij
176 MERCURE
foit un tres bel effet , & un
grand dégagement . Cette Salle
eftoit auffi parfaitement
bien éclairée , & il y avoit
trois grandes tables fervies
avec la mefme abondance &
la mefme propreté que les
tables du Jardin. Le Bal fucceda
à ce fuperbe foupé , il
dura jufques à deux heures
aprés minuit . Les Dames y
Parurent extremement par
leur danſe , leur ajustement
& leur beauté , & pour fatisfaire
tout le monde , il y avoit
des tables de Jeu dans
plufieurs Chambres , afin que
GALANT. 177
5
ceux qui fe lafferoient du Bal ,
cuffent moyen de fe divertir
d'une autre maniere . Tous
ceux qui fe font trouvez à
cette Fefte demeurent d'accord
qu'on n'en fçauroit faire
une plus galante ny mieux
entendue .
Comme M le Maréchal
Duc de Luxembourg eſt Gouverneur
de Champagne , on
a fait de grandes réjoüffances
dans toute , cette Province ,
pour la Victoire qu'il a remportée
, & fur tout à Troyes
qui en eft la Capitale. Je ne
vous diray rien du Feu d'ar178
MERCURE
tifice qui fut élevé par les
foins de M. de Ville , & qui
réuffit admirablement. Je me
contenteray de vous faire
part de quatre Devifes qui
ont paru dans fa decoration .
La premiere eftoit fur les Atmes
de Luxembourg, qui font
une croix chargée d'un écuffon
où l'on voit un Lion . On
avoit mis ces mots au deffous,
Tutatur grêmioque hæret , parce
que la guerre que foutient la
France , eft une guerre de Religion
. La feconde eftoit fur
les mefmes Armes . On y
voyoit un Lion courant aprés .
GALANT . 179
t
h
une troupe de beftes feroces
dont il avoit déja renversé une
partie , & dont il poursuivoit
l'autre de fort prés , avec ces
i paroles , Auget fi tardat turba
triumphum. La troifiéme eftoit
un Soleil & des Alerions qui
fe regardoient
, avec ces mots,
Durant, referuntque
genus . Les
Alerions font les Armes de
Montmorency
, dans la Maifon
duquel celle de Luxembourg
eft entrée . La quatriéme
eftoit la foudre tombant
fur des gens qui cherchoient
à fe cacher , avec ces mots ,
Ineluctabile telum . Ces Devifes
180 MERCURE
venoient du College de
Troyes . Vous fçavez , je croy ,
qu'il eft tenu par les Peres de
l'Oratoire.
Les Particuliers n'ont pas
efté moins fenfibles aux glorieux
fuccés des Armes de Sa
Majefté que les Communautez
& les Villes . Mile Comte
de Bouligneux en ayant eu
la nouvelle à
Bouligneux , y
fit chanter le Te Deum , qui
fut accompagné
d'un Feu
d'artifice , & de la décharge de
vingt pieces de Canon Ổn fit
par fon ordre une grande di-
Aribution d'argent , & les
GALANT. 181
25
Habitans ne fe contentant
pas de crier Vive le Roy, joignirent
mille loüanges à ces
cris de joye.
M. de Schomberg a fait
affez de bruit pendant fa vie,
pour meriter qu'on parle de
luy aprés fa mort . Il auroit
pû finir les jours plus glorieufement
qu'il n'a fait, quoy
qu'il foit mort dans le lit
d'honneur , c'eſt à dire, quoy
qu'il foit mort les armes à la
main. Dans le combat qui
fut donné en Irlande le 1. du
dernier mois , il s'eftoit trop
avancé pour reconnoiftre les
182 MERCURE
mouvemens des Troupes du
Roy d'Angleterre . Comme
le peril paroiffoit grand, on le
preffa de fe retirer , mais il
n'en voulut rien faire , & receur
un coup de Moufquet
dans le col , trois de fabre fur
la tefte , & un dans le vifage.
On le couvrit auffi - toft , de
crainte que le bruit de fa
mort venant à fe répandre ,
fes Troupes ne perdiffent courage
. Je vous ay dit beaucoup
de chofes touchant fon engagement
avec le Prince d'orange
, dans mes dix volumes
des Affaires du temps . Ainfi
GALANT. 183
dje paffe à ce qui regarde fa
Maifon . Il s'appelloit Frede
ric , & eftoit Comte du Saint
Empire & de Merrola en Portugal
, Seigneur de Coubert ,
Vitry , Soignoles , Barneaux ,
Tancarville , &c . Baron de
Laberffen & d'Altorf, Milord
Tetfort en Angleterre , &
Grand de Portugal . Il fut fait
Maréchal de France le 30 .
Juillet 1675. & il a efté General
des Armées du Roy en Catalogne
& Rouffillon , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , & Gouverneur
de S. Guillain , Bergue , Gra184
MERCURE
veline , Bourbourg , Furne ,
Dixmude, & Pays circonvoifins
. Il a cfté auffi Capitaine
general , & Gouverneur de
la Province d'Alenteio en
Portugal , General du meſme
Royaume , & de toutes les
Nations Etrangeres , qui l'ont
fecouru pendant la guerre.
Les fervices qu'il avoit rendus
à cette Couronne contre
l'Espagne juſques à la Paix ,
luy en avoient fait meriter
une penfion viagere de ſeize
mille Cruzades
, tant pour
luy que pour les Enfans . Il
avoit auffi un Brevet qui luy
GALANT. 185
t
attribuoit en France tous les
honneurs, prérogatives & privileges
attachez à la dignité
Le de Duc & Pair, à la referve
е de la feance au Parlement.
1 Ce Brevet eftoit femblable à
celuy de M le Prince d'Epi-
S noy , & il en avoit eu la furvivance
pour le Comte Menard
de Schomberg , ſon ſecond
Fils , qu'il regardoit
comme fon aîné . Ce fut luy
qui fit lever le Siege de Maftrik
au Prince d'Orange , en
31677. Enfin, aprés avoir cfté
Gheral en Angleterre des
trois Royaumes de Sa Majefté
2.Aoust 1690 Q
186 MERCURE
Britannique , il s'eftoit mis
du Prince d'Orange
,
du
party
abandonnant les interefts du
Roy Tres-Chreftien, & ceux
du Roy d'Angleterre,fes bienfaicteurs.
Menard , Comte de
Schomberg , fon Pere , eftoit
grand Maréchal du haut &
bas Palatinat , Gouverneur
de la Province & de la Ville
de Juliers & Cleves , commandant
au Siege de cette
Place le fecours d'Allemagne
, Ambaffadeur extraordinaire
en Angleterre , pour
faire le mariage de la Princeffe
avec le Prince Electoral
Palatin , & deftiné trois mois
GALANT 187
X
7.
avant fa mort pour comman
der l'Armée de ce Prince ,
lors qu'il marcha en Boheme
où il fut élu Roy. Sa Mere ,
Anne Dudley , eftoit Fille
de Milord Edouard Dudley ,
Pair & fecond Baron d'Angleterre.
Son Aycul a fervy
la France , ayant amené au
Roy Henry IV. des Troupes
qu'il avoit levées à ſes defpens.
La Maiſon de Schomberg
fortie de celle des Ducs
de Cleves , a donné deux
Electeurs de Mayence , & un
grand Commandeur de l'Ordre
Teutonique. Theodoric
Q ij
188 MERCURE
de Schomberg , qui ſe diſtingua
à la Bataille d'Ivry , cftoit
de cette Maifon , & c'eſt de
luy qu'elle a herité de la Terre
de Sarguemunde en Lorraine,
dont le dernier Duc Charles
de Lorraine s'empara fans
rembourfer les deniers pour
lefquels il la leur avoit laiffée,
à la referve de la Fortereffe de
Birche , que Theodoric de
Schomberg avoit afficgée &
prife avec des Troupes qu'il a- ,
voit encore levées à fes defpens.
M le Maréchal de
Schomberg avoit époufé en
premieres noces Elifabeth de
GALANT 189
C
=
5
Schomberg fa Coufine , & en
fecondes , Sufanne d'Aumale
de Haucourt. Il a eu plufieurs
enfans de fon premier mariage
. Frederic de Schomberg
5 marié en Allemagne , & qui
commandoit les Troupes Angloifes
en Portugal , eft fon
Aifné. Il cft boiteux , & à
caufe de cela il avoit fait met
tre pour Devife dans fes Erendards
, Attendez le Boiteux. Le
Comte Menard de Schomberg,
fon fecond Fils ,
Maréchal de Camp en France,
&a épousé une Fille naturelle
du défunt Electeur Palatin
eftoit
190 MERCURE
*
Pere de Madame. Le Comte
Charles de Schomberg , fon
troifiéme Fils , a fervy de Brigadier
de Cavalerie en France .
Il en a eu deux autres tuez ,
l'un au Siege de Valenciennes
à une fortie , au cofté de
fon Pere qui fut tout couvert
de fa cervelle. Il s'appelloir
Othon de Schomberg. L'autre
qu'on nommoit Henry , fut
pris au Combat que le Marquis
de NogentVaubrun donna
en Flandre. Il avoit percé
trois Escadrons , & il fut bleffé
de
quatre coups dont il mourut
à Bruxelles. Le feul qui
GALANT. IgI
I
&
1
refte des autres branches de
cette Maiſon , eft prefentement
Gentilhomme de la
Chambre de l'Empereur.
Son Pere eft mort Ambaffadeur
de Sa Majesté Imperiale
à Madrid , & fon cadet fut
tué à la Bataille de Leipfic ,
eftant tout enſemble General
de la Cavalerie & de l'Artillerie
pour l'Empereur . Schomberg
porte de fable à l'écu d'argent
en abyme aux bâtonsfleurdelifez
d'or , paſſez en croix &
en fantoir , qui eft de Schomberg
, & fur le tout , d'argent
an Cavalier armé de fable pour
192 MERCURE
la Ville & Comté de Mertola,
Grandat de Portugal .
La Lettre qui fuit vous apprendra
ce qui s'eft paffé fur
mer depuis le Combat Naval.
De la Rade de Torbay , ce 8. Aouft 1690.
T
Ous les Bleffez de l'Arune
partie des mée,
Malades ayant esté débarquez
au Havre à Honfleur, &
&
les Vaiffeaux raccommodes
des dommages du dernier Combat
, & pourveus de rafraichiffemens
, on travailla à distribuer
à chaque Vaiſſeau le remplacement
GALANT. 193
#placement de Matelots & de
Soldats qui leur manquoient . On
les tira des petits Vaiſſeaux deftinez
à defarmer au Havre, &
on les fournit de poudre & de
boulets pour un fecond Combat.
M. le Marquis de Chasteaumorant
, Neveu de noftre General,
fait Capitaine , revint de la
Cour, & aporta de nouveaux ordres
, fuivant lefquels M. de
Tourville fit un détachement de
cinq aiffeaux de guerre les meilleurs
voiliers de l'Armée ,fous le
commandement
de M le Cheva-
Lierde Chafteaumorant
fon autre
neveu,pour aller croiſer à la hau-
Aouft
1690 . R
194 MERCURE
teur de l'Ile de VVith , & de
Porthmouth , d'où ils retournerent
trois jours aprés avec une
Prife Hambourgoife chargée de
fel. Le 27. M: le Major general
Raimondi , que M. de Tourville
avoit envoyé à la Cour ,
joignit l'Armée , avec des ordres
pour faire deux détachemens
confiderables. Le premier eft
de cinq Vaiffeaux de guerre
& de deux Brulots, destiné pour
l'Irlande , fous les ordres de M
le Marquis d'Amfreville , Lieutenant
general , qui a quittéfon
Vaiffeau le Magnifique , de
trois ponts, pour prendre le CourGALANT.
195
S
"
tifan de foixante-quatre pieces
de Canon , que commandoit M
de Pointis , qui monte à prefent
le Magnifique . Le fecond est d'un
pareil nombre de Vaiffeaux ,fous
tes ordres de M. de Relingue,
Chef d'Efcadre , qui quitte fon
Vaiffeau de trois ponts le Fier ,
pour prendre le Serieux , qui eft
celuy de M le chevalier de
Belfontaine , de foixante deux
pieces de canon , à qui il remet
le Fier. Son Efcadre eft destinée
pour croifer à l'entrée de la Manche
du cofté du Pas de Calais où
trois Vaiffeaux de Dunkerque
le doivent joindre , & enfuite
Rij
196 MERCURE
Se rendre à l'Armée ,fuivant les
avis qu'il aura de la fortie de la
Riviere de Londres , & de l'entrée
dans la Manche de celle des
Ennemis , qu'il a ordre d'obferver
pour en venir rendre compte
à noftre General. Il y eut auffi
un autre petit détachement de
deux Vaiffeaux , le Furieux &
l'Arrogant, pour aller à la Houque
joindre les Galeres , & les
escorter jufques au gros de l'Armée.
Chacune de ces Efcadres ayant
appareillé le 29. conjointement
avec toute l'Armée de la Rade
du Havre , fit fa route où elles
GALANT 197
e
ont à fe rendre , pendant que
le gros fit celle de la cofte d'Angleterre
, les vents eftant à l'Est.
Pour nous , nous mifmes le cap à
l'Oüeft- Nord Eft, & arrivâmes
le 30. au matin à la hauteur de la
7 Houque , où nous envoyámes le
Brigantin des Galeres leur faire
fçavoir que nous les attendions
fous voiles. Elles nous joignirent
à midy au nombre de quinze ,
commandées par M le Chevalier
de Noailles , Lieutenant General
, fous luy M le Commandeur
de la Bretefche , & M
du Viviers , Chefs d'Efcadres.
Sur le foir du mefme jour , nous
R iij
198 MERCURE
rejoignifmes conjointement le
gros de l'Armée , où les Galeres
(aluerent M. de Tourville , qui
leur rendit le falut coup pour
coup.
La nuit du 30. au 31. ſe paſſa
avec tres-peu de vent , à la faveur
duquel nous ne fifmes que
refouler la Marée. Le 31. les
vents fauterent au Sud- Eſt , à
midy au Sud , & fur le foir au
Sud-Ouest , rafraichiffant beaucoup
avec grains & pluyes , ce
qui incommodoit fort les Galeres
, qui firent force de voiles
pour chercher l'abry de la Baye
de Torbay , qu'elles prirent fort
GALANT.
199
A
e
à propos fur le minuit , car le
-refte de la nuit fut fort rude .
Les vents s'eftant rangez à
l'Oüeft Sud- Ouest , le reste de
l'Armée y arriva le lendemain.
1. d'Aouft , &y fut toute moüil.
lée à midy par les vingt braffes
d'eau , fond de fable vafeux. Le
reste de la journée fut occupé à
regler les détachemens des Chaloupes
de chaque Vaiffeau , qui
fe trouverent au nombre de
rante- huit, armées pour une def
cente. Il y avoit dans chacune
trente-fept hommes , dont vingt
doivent defcendre , tous les Gar
des - marines de chaque Bord
qua-
Rij
200 MERCURE
compris. Chaque Chaloupe eftoit
commandée par le Lieutenant en
fecond & un Enfeigne du Vaiffeau
, & celles de chaque Efeadre
par le Capitaine du Bord du
Chefd'Efcadre . Ainfi il fe trouve
neuf Capitaines à la tefte
de ce détachement , & quelques
autres détachez de ceux qui ont
fervy par terre , & dont l'expe
rience eft crue neceffaire . Celuy
des Galeres eft de trente Soldats
par chaque Galere qui doivent
defcendre leurs Chaloupes
font auffi commandées par un
Lieutenant & un Enfeigne .
Vous obferverez que les EnfeiGALANT
201
n
t
gnes des Vaiffeaux & de Galeres
ont ordre de ne point defcendre ,
de garder chacunfa Chaloupe
pendant la defcente , afin qu'il
n'arrive point de defordre . Ce
detachement
tant des Galeres
que des Vaiffeaux , peut monter
à 1800. hommes de Troupes
d'élite, & qui en battroient plus
de trois mille. Le Comte d'Etrées ,
Vice- Amiral du Ponant , a le
commandementgeneral du détachement
, & M du Viviers ,
Chef d'Efcadre des Galeres , &
M. de Raimondy , Major general
, font les deux Generaux
fous luy. Les Capitaines qui
202 MERCURE
commandent le détachement
des trois Efcadres font , M. de
Perinet , l'Efcadre blanche , M
de Colombe , l'Efcadre blanche
&bleuë , & M de Certau ,
l'Efcadre bleuë. Les Capitaines
qui commandent les détachemens
des trois divifions de chaque Efcadrefont
,pour la blanche , M²
de Lagnon , la Luzerne , & le
Marquis deChateaumorant ;pour
l'Eſcadre blanche & blenë , M.S
de Lhery , Courbon - blenac &
Saujon , & pour la bleuë , Ms
le Motheux , Darginy & le
Comte d'Aunay . Les Capitaines,
commandant les Grenadiers des
GALANT. 203
f
trois Efcadres font M. d'Ofdmont
, Efcadre blanche , M de
Chavigny , Efcadre blanche &
bleue , M le Vicomte de Coetlogon
, Efcadre bleuë. Le Capitaine
du débarquement eft M.
de Bel- Arce, & les Majors des
Efcadresfont, M. ChaviZeau
de la blanche ; M. de Blenac ,
de la blanche e blenë, & M²
de Baujeu , de la bleuë.
C
-
Cette Lettre contient auffi
ce qui s'est fait à Tingmouth,
mais quoy que cet article y
foit bien touché , je ne veux
point vous le donner d'un
204 MERCURE
feul homme qui n'a point
débarqué , mais pour vous
en faire un ample détail où
aucune circonftance ne foit
oubliée , je vais le tirer des
Relations de plufieurs , dont
quelques uns ont efté à l'action
. M. de Tourville ayant
efté vifiter les coftes d'Angleterre
des environs de Torbay
où l'on pouvoit faire une defcente
, reconnut que les Chaloupes
pouvoient aborder à
Tingmouth . Il y avoit douze
Vaiffeaux Anglois dans cette
Baye , & cela fit prendre la
refolution d'y aller
pour les
GALANT. 205
ר ז
1 bruler. Ainfi le 4. de ce mois
toutes les Chaloupes armées
fe rendirent aux Galeres defit
tinées pour les remorquer ,
Schacune felon fa divifion , &
tout ce détachement quitta
- le gros de l'Armée fur les dix
theures du foir Les Galeres
marchoient fur deux Colomnes
, toutes les Chaloupes &
les Caiques au milieu, & elles
mouillerent la nuit du 4.au 5.
à la demi- portée du Canon
du Bourg de Tingmouth. Si
toft que le jour parut, on vic
= fur une plage qui eft entre le
Bourg & la Mer, environ cent
1
206 MERCURE
•
cinquante Cavaliers , & deux
cens hommes d'Infanterie , le
tout de milice , & les Galeres
qui s'eftoient rangées fort
prés du rivage ayant tiré un
coup de Canon , ces Troupes
fe retirerent dans leur retranchement
qui eftoit avantageufement
fitué , & où il y
avoit trois pieces de Canon ,
& trois Pavillons Anglois
,
éloignez de cent cinquante
pas l'un de l'autre . Les Galeres
tirerent encore cinq ou fix
coups de Canon , & en mefme
temps on fit la defcente.
ME le Comte d'Eftrées fauta
GALANT 207
10
De
1
le premier à terre , tout le
monde le fuivit , & nos gens
s'eftant mis en Bataille fur la
Marine , marcherent droit au
retranchement des Ennemis.
La frayeur les avoit pris , &
s'eftant retirez d'abord derriere
les Arbres des Maiſons
0 les plus éloignées , on les apperçeut
bien- toft aprés qui
gagnoient la Montagne en
grande hafte. M : le Comte
d'Eftrées jugea à propos de fe
rendre maiſtre d'un Temple
& de quelques Maiſons qui
eftoient à l'autre bout du retranchement
, ce qui fut exe208
MERCURE
cuté par M. de Pointis , avec
cent cinquante Grenadiers ,
fans beaucoup de refiftance,
& comme de ces endroits on
voyoit la Baterie des Ennemis
à revers , ils l'abandonnerent
, quoy que leurs trois
Canons battiffént en flanc la
Place où fe faifoit la defcente.
Le reste des Troupes des
Vaiffeaux & des Galeres ayant
debarqué , on s'empara du retranchement
, ce qui estoit
demeuré de Cavalerie &
d'Infanterie
. Angloife ayant
pris la fuite. On enleva les
trois Pavillons & les trois
GALANT•
209
5.
Pieces de Canon , & lors que
s cela fut fait , on fe faifit de
toutes les avenues, & de toutes
les Portes par où les Ennemis
- pouvoient revenir dans le
Bourg pour traverser le rembarquement.
En même temps
e
2
2 on fit un détachement pour
aller brûler les douze Vaiffeaux
qui eftoient dans le
Port. Il y en avoit un tout
neuf de quarante Pieces de
Canon portant au grand Maſt
le Pavillon d'Angleterre
, du
orang de ceux qu'on appelle
Yachs, deux de trente, & un
de vingt- quatre , armez en
Aoust 1690.
S
210 MERCURE
guerre. Les huit autres étoient
ou Fluftes ou Baftimens
Marchands
. chargez de cuir,
de draps & de bas . Ces douze
Vaiffeaux furent brûlez , &
nos Troupes fe rembarquerent
enfuite dans le mefme ordre
qu'elles eftoient defcenduës ,
ayant emporté dans les Galeres
le Canon & les Etendards
, que les Ennemis avoient
laiffez dans leur retranchement
. Il y aa une barre
à l'entrée du Port , qui affeche
en baffe mer, & cela penfa
faire demeurer
une de nos
Chaloupes , le Capitaine de
GALANT. 211
1
Brulot qui avoit efté commandé
pour bruler ces Vaiffeaux
, n'ayant pas voulu quitter
, qu'il ne les cuft veus confumez
entierement , mais on
la tira à force de bras. Tout
cela fe fit en cinq heures de
temps , & prefque à la veuë
de fix mille hommes de
Troupes reglées des Ennemis,
qui n'étoient qu'à trois quarts
de lieuë de là , & dont mefme
on voyoit quelques Bataillons
. Ce qui contribua beaucoup
à rendre cette execution
fi facile , fut une fauffe alarme
qu'on donna pendant
Sij
212 MERCURE
toute la nuit du cofté de Torbay
, avec huit ou dix Chaloupes
pleines de Moufquetaires
qui avoient des meches
allumées. Cette rufe obligea
les Ennemis à envoyer la plus
grande partie de leurs Troupes
de ce cofté - là . Quelques
ordres qu'euft donnez M' le
Comte d'Estrées , qui commandoit
la defcente en chef ,
ily cut quinze ou vingt Maifons
des moins confiderables
pillées & brulées . Tout ce
que les Soldats & Matelots
avoient pris leur fut ofté , &
on le brula à la tefte des
GALANT. 213
Troupes avant le rembarque.
ment , qui fut fait dans un
grand ordre , & fans que nous
cuffions perdu un feul homme.
Les Ennemis perdirent
fort peu de monde de leur
cofté , à cauſe du peu de refiftance
qu'ils firent . On fir
fept prifonniers que M. de
Bonrepaux interrogea . Ils dirent
que tous ceux qui formoient
cette Milice , n'y étoient
que malgré eux , &
dans la crainte qu'on ne les
déclaraft Amis du Roy d'Angleterre.
J'ay attendu à vous parler
214 MERCURE
des Galeres qu'elles fuffent en
Mer , & qu'elles cuffent commencé
d'agir. Elles font au
nombre de quinze , & on
avoit eu deffein de les baftir
à Bordeaux , mais parce qu'il
n'y avoit ny materiaux ny arfenal
, il fut ordonné qu'elles
feroient faites à Rochefort .
C'eſt le lieu qui s'est trouvé
le plus propre pour cela. Elles
ne font pas fi longues que les
Galeres du Levant , mais elles
font plus larges , ce qui les
rend femblables en quelque
façon aux Galeaffes . Elles ont
164. pieds de quille & vingtGALANT.
215
quatre bancs , au lieu que celles
de Marfeilles n'ont que
vingt bancs , & 144. pieds de
quille. Celles - cy ont autant
de Canons à la prouë qu'à la
poupe , & font plus hautes au
deffus de l'eau , & par confequent
il a fallu leur donner de
plus longues rames . Elles ont
vingt hommesà la chiourme
plus que celles du Levant , &
unhomme par banc davanta
ge,& on les a renforcées & fortifiées
d'ailleurs . Les emboucheures
de la Garonne , de la
Seudre , de la Charante & de
la Loire , ainsi que la Mer de
216 MERCURE
puis la Tremblade jufqu'à
Breft , font admirablement .
bonnes pour la navigation
de ces Galeres qu'on n'y a
point veues depuis cent ans .
Il n'y a que le Roy leul capable
de faire une fi grande
dépenfe en fi peu de temps ,
& il fera difficile qu'il ne fe
paffe encore bien des années ,
avant que les Anglois & les
Hollandois puiffent établir
de ces fortes de Vaiffeaux .
Je vous ay entretenuë de
la Paix qui a efté concluë avec
les Algeriens . Mehemet
Elemin , leur Envoyé , eftant
venu
GALANT. 217
a
S
"
J.
venu icy en demander la ratification,
fut prefenté au Roy
par M: le Marquis de Seignelay
le 26. du dernier mois
dans la grande Galerie de Verfailles
, & fit à Sa Majeſté la
harangue que vous allez lire .
ME de la Croix le Fils l'intèrpreta.
·
TRES PUISSANT ,
tres - majestueux , & tresredoutable
Empereur Dieu
veüille conferver V. Majefté
avec les Princes de fon
Sang , & augmenter d'un à
Aouft 1690.
T
218 MERCURE
mille les jours de voſtre
beau regne
.
H
vi-
E fuis envoyé, ô tres-magnifique
Empereur , toujours vi
torieux, de la part des Seigneurs
du Divan d'Alger, & du tresilluftre
Dey, pour me profterner
devant le Trône Imperials de
Voftre Majuté , cơ pour lay tế
moigner l'extrême joye qu'ils ont
reffentie de ce qu'Elle a en la
bonté d'agréer la publication de
la Paix qui vient d'eftre concluë
entre fes Sujets & ceux du
Royaume d'Alger. Les Generaux
les Capitaines , tant de terre
GALANT 219
que de
›
de mer , m'ont choifi , Sire
d'un commun confentement, nonobftant
mon infuffifance pour
avoir l'honneur d'entendre de la
bouche facrée de V. Majefté la
ratification de cette Paix , eftant
perfuadez que c'eft de cette paroleroyale
que dépendfon éclat &fa
durée, quifera, s'il plaift à Dieu .
éternelle. Ils m'ont ordonné d'af .
furer V. Majesté de leur tres-,
profond respect, & de luy dire
qu'il n'y a rien au monde qu'ils
faffent pour tacher de fe rendre
dignes de fa bien- veillance.
= Ils prient Dieu qu'il luy donne
la victoire fur tant d'Ennemis
Tij
220 MERCURE
de toutes fortes de Nations qui
fefont liguées contre Elle, & qui
feront confondues par la vertu
des miracles de Jefus , & .de
Maric , pour le droit defquels
nous fçavons que vous combattez.
Je prendray , Sire , la liberté
de dire à Voftre Majefté ,
qu'ayant eu l'honneur de fervir
long temps à la Porte Othomane,
à la veuë de l'Empereur des
Mufulmans, il ne me reftoit pour
remplir mes defirs , que
de faire
la reverence à un Monarque,
qui non feulement par ſa valeur
heroique mais encore par fa
prudence confommée s'est rendu
>
GALANT. 221
6 .
+
"
霉
.A.
le plus grande le plus puiffant
Empereur de toute la Chreftiente,
l'Alexandre e le Salomon de
fon fiecle , & enfin l'admiration
de tout l'Univers. C'est donc
pour m'acquitter de cette Com
miffion , qu'aprés avoir demandé
pardon. à V. Majesté avec les
Tarmes aux yeux & avec une
entiere foumiffion au nom de mes
Superieurs & de toute noftre
Milice , à caufe des excés commis
pendant la derniere
guerre ,
l'avoir priée de les honorer
de fa premiere bonté , j'ofe lever
les yeux en haut, & luy prefenter
la Lettre des Chefs de no-
篇
Tiij
222 MERCURE
fire Divan , en y joignant leur
tres- humble requeste dont je fuis
chargé , comme ils efperent
qu'Elle voudra bien avoir égard
à leur priere, il n'y a point de
doute qu'ils ne faffent éclater
dans les climats les plus éloignez
la gloire , la grandeur & la generofite
de V. Majefté , afin que
les Soldats & les Peuples penetrezde
fon incomparable puiffance
foient fermes e constans
a obferver exactement "jufqu'à
la fin des ficles les conditions
de la Paix qu'Elle leur a donmée.
Je ne manqueray pas auffi,
Va Majesté me le permet de
a
GALANT. 223
rendre compte à l'Empereur Ottoman
mon Maistre , dont j'ay
l'honneur d'eftre connu , des viactoires
que jay appris avoir efté
remportées par vos Armées de
terre de merfur tous vos Enanemis
, & de prier Dieu qu'il
continue vos triomphes . Au refte
• toute noftre esperance dépend des
ordres favorables de Vostre Maajesté.
Le Roy répondit qu'il recevoit
agréablement les affurances
que cet Envoyé luy
donnoit des bonnes inten .
tions de fes Maiftres à maintenirune
parfaite union avec
Tij
324 MERCURE
fes Sujets ; qu'il eftoit bienaife
d'entendre ce qu'il venoit
de luy dire de leur part; qu'il
confirmoit le Traité de Paix
qui leur avoir efté accordé en
fon nom ; que ce qui s'eftoit
paffé feroit oublié , & que
pourveu qu'ils fe comportaf
fent de la maniere qu'ils de .
voient , ils pouvoient s'affurer .
que l'amitié & la bonne intelligence
s'augmenteroient
toujours de plus en plus , &
qu'ils en verroient les fruits .
Le 14. de ce mois , le mefme
Envoyé d'Alger fit la haran--
GALANT. 225
gue qui fuir , au Roy de la
Grand
'
Bretagne
.
TRES HAUT , TRES-
20 Magnanime , & tres- Excellent
Roy , Dieu conferve
toûjours à Voftre Majefté
cette grandeur d'ame qui
doit éternifer fon Regne ,
& preferve de tous dangers
Voftre Augufte &
Royale Famille .
L
Affection dont Voftre Majeffé
honore depuis fi longtemps
la Republique d'Alger , a
porté le tres-Illuftre & Magni226
MERCURE
que
•fique Dey mon Maistre , ainst
tous les Seigneurs de noftre
Divan , à m'ordonner de venir
rendre mes profonds refpects aux
-eftriers de Voftre Majefté, &
de vous affeurer , SIRE , que
leur intention eft de maintenir
i à jamais la paix & l'amitié
qu'ils ont contractée avec Elle.
Ils ont appris Sires avec un
tres -fenfible déplaifir la lâcheré
laquelle un grand nombre
de fes Sujets fe font laiffé corrompre
aux pourfuites franduleufes
de fes Ennemis , & oubliant
que les Rois font l'ombre
dela Divinité , ils font tomber
Avec
$
GALANT 227
#
dans une felonie. qui marque
leurfront d'un opprobre eternel
au regard de Voftre Majesté.
Comme il n'eft que trop évident
que les guerres que le tres-puiffant
& le tres- invincible Empereur
de France & Voftre Majefté
ont entreprises,font les effets
I de la
de la vengeance que Dieu vent
prendre de cette multitude feditieuse
, & de ces Ufurpateurs
dont les Sectes impies ont corrompu
la faine Doctrine des Livres
de Dieu , nous efperons que
Voftre Majesté fera bien-toſt en
eftat de faire triompher la justice
deſa caufe , en remontantfur be
228 MERCURE
Trône de fes Ancestres pour y
briller derechef comme le Soleil
dans le centre de la Magnificenee.
L'Antiquité nous fournit
tant d'exemples de femblables
revolutions dont les Auteurs
ont efte punis , qu'elles ne doivent
plus paffer dans le monde
pour une nouveauté. N'a- t-on
pas veu les Juifs , qui par leur
fedition contre Fefus leur Roy ,
Seigneur de toutes les Creatures ,
fe font non feulement mis aux
pieds les ceps de la malediction ,
mais encore fe font rendus le
mépris de tous les peuples de l'Univers
? Auffi Voftre Majesté
GALANT. 229
ques ,
doit regarderfon Ennemy.comme
l'on regarde l'impie Pharaon ,
qui pouffa fon infolence_jufqu'à
fe faire adorer comme Dieu , ne
ceffant de perfecuter les Prophetes
, & par fes mauvaiſes
intrigues & inventions diabolide
détrôner plufieurs
grands Rois ; mais à mefme temps
Elle doit envisagerfa fin abominable
, puis que Dieu faifant é
clater les effets de fon jufte couroux
, priva cet infidelle de fon
Trône , precipitafon corps &fon,
ame dans un abifme de malediction
, enfin l'extermina enforte
qu'à peine paroiffoit - il que
2.
230 MERCURE
ce pernicieux Tiran eušt jamais
eftéfur la terre . Oüy's Sires cette
petite abfence de Voftre Majesté
eftant une preuve incontestable
de fa fermeté à maintenir la veritable
Loy de Jefus dans fa pureté
, nous pouvons avec une efpece
de certitude nous promettre
qu'Elle verra dans peu de temps
renaiftre de tous coftez lesforces
defon Sceptre, & éclater de nouveau
la fplendeur de ſa Couronne.
C'est ce qu'on doit efperer
de la parfaite union , qui paroift
´aujourd'huy avec tant de generofité
& d'amitié entre le trespuiffant
Empereur de France &
1
GALANT. 231½
Voftre Majefté. Nous prions.
Dieu de vous faire goûter àl'un
er à l'autre les fruits de voftre
grand courage , vous prefervant
fur terre & fur mer des trahisons
infames de vos Ennemis , & dè
donner par vos victoires la joye
aux amis de voſtre profperité.
Je fupplie Voftre Majesté d'eftre
perfuadée que nous fommes de ce
nombre , & que nous donnerons
dans toutes les occafions enface
des Amis & des Ernemis , des
marques de nostre amitié & de
la fermeté de la Paix que nous
aurons avec tous vos fidelles Sujets
, comme nousfommes obli-
ン
232 MERCURE
gez de faire connoistre à tout le
monde la grande estime que nous
confervons pour les Royales vertus
de Vostre Majesté , & les
voeux que nous faisons pour fon
rétabliſſement. C'est avec un
grand plaisir que j'ay l'honneur
de me prosterner devant Elle , '
& de luy témoigner le zelo ardent
que nous aurons toûjours
pour fon fervice , efperant que
Vostre Majesté aura la bonté de
l'agréer & de nous honorer de lá
continuation de fon affection .
Cette Harangue doit fervir
d'une belle leçon aux Princes
GALANT 233
liguez , & faire apprehender
aux Anglois , & fur tout au
Prince d'Orange , les effets de
la Juftice de Dieu.
Le 15. de ce mois , le Corps.
de Ville s'eftant affemble ,
Mile Prefident de Fourcy fut
encore continué Prevoft des
Marchans. C'eſt la troifiéme
élection qui s'eft faite en fa.
faveur. Il y cut auffi de nouveaux
Echevins élus à la place
de MS Bellier & Marefcal.
Ce furent Mr- Chauvin, Quartenier
, & Savalet , Notaire
au Chafteler . M de Poiffi ,
Confeiller au Parlement , &
Aouft 1690 . V
234 MERCURE
Fils de Mile Prefident de
Maifons , cftant allé le 22.
prefenter le Scrutin au Roy
pour faire prefter le ferment
accoutumé , parla en ces termes
à Sa Majesté. o my chi
SIRE ,
9.
La Capitale de vostre Royaume
penetrée d'amour & de veneration
pour Vostre Majefté ,
vient luyprefenter les nouveaux
Magistrats deftinez à l'honneur
immortel de voir leurs noms
écrits dans les Annales de vostre
Regne. Quel Regne & quel enshaifnement
de glorieuſes & de
GALANT. 235
conftantes profperitez ! Nous ne
cefferions , Sire , de nous écrier
fur tant de merveilles , fi Voftre
• Majefté ne nous y avoit tellement
accoutumez , qu'à peine
l'habitude nous permet- elle les
premiers mouvemens de la furprife
. Eh , comment se troubleroit
l'ordre de vos projets ? La
J
prudence y prefide , vous af
fervit la fortune . Par où vien
droit à s'interrompre le cours de
vos triomphes La Victoire qui
nofa jamais balancer devant
vous reconnoift à la condui
te de vos Armées le veritable
Chef qui les anime . L'ingra-
V jj,
236 MERCURE
titude & l'envie euffent- elles
groffir encore le nombre de
nos Ennemis , ils fe briferont
tous enfemble Sire, contre voftre
fageffe . Si le prefage leur paroift
fufpect, qu'il's confultent une Republique
leur alliée , ils appren
dront d'elle à quel prix ils peu
vent faire entrevoir leurs éten
darsfur nos frontieres . Je n'en
attefte pas moins hardiment cette
Nation fiere & rebelle qui fe
vantoit de poffeder feule l'Eme
pire des Mers , & qui pour fe
l'affermir contre vous n'a pas de
daigné le fecours de fa Rivale,
L'une &l'autre avoйeront que
0
GALANT 237
#
malgré la jonction de leurs forces
» elles n'ont pû derober au
• vainqueur les débris de leurs
• Flôtes diffipées que par les
plus cruelles refources qu'infpirent
la rage & le defefpoir. Fe
touche fans y penfer à des évenemens
qui paffent de bien toin
laportée de ma voix, Peut- estre
außi s'estonnera - t - on qu'une
Wille fi feconde en fameux genies
m'ait pris pour fon interprete :
mais , SIRE , le miniftere
qu'elle me confie aujourd'huy
appartient au zele plûtost qu'à
l'Eloquence. Mon coeur en ce moment
garantit lajustice du choix
M4
238 MERCURE
1
qui m'honore & peu s'enfaut,
SIRE , que dans l'ardeur qui
me transporte , je ne m'oublie
jufqu'à défier vos bien faits , de
me dévouer plus religieufement
à Voßre Perfonne facrée.
Je vous ay déja envoyé un
grand nombre de Medailles
touchant la vie de noftre
Augufte Monarque, & mon
deffein eft de les faire graver
toutes. Ainfi celle que je vous
envoye aujourd'huy eft de ce
nombre. Elle fut frappée en
1661. & marque la paix que le
Roy donna aux voeux de
170046 $5
2 660 BON 2,65 jam
stored br
23.CRISTES
PACEM
3 0
PREFERRE
VOTA ORBIS
1668.
TRIVMPHIS
smoke onloma ,pe cit qe
"
LDolinarfecit
4:
P
andmen
ه ل ل ا ن ا م ا ن ی ا
GALANT. 239
FEurope dans le temps de fon
mariage. Quelques Souverains
ont pu l'accorder au
milieu de leurs triomphes,
mais il n'y a eu jamais que
le Roy , qui l'ait donnée tant
de fois , toûjours triomphant,
& toûjours en eftat de faire
de nouvelles conqueftes, mal
gré les jaloux efforts de plu
Lieurs Ennemis liguez enfemble.
Le Roy d'Angleterre alla
la femaine paffée à l'Obfer
vatoire , & dit en y entrant,
Qu'il venoit voir ces Meẞieurs
dont on parloit par tout. Il fur
240 MERCURE
d'abord conduit dans une
tour orientale , & on luy fit
voir comment fe faifoient les
ObfervationsAftronomiques.
Ce Prince s'arrêta longtemps
à confiderer divers Inftrumens
, les Lunettes , les Ni
veaux & les Pendules. Aprés
cela on luy montra comment
on fe fervoit des Verres de
Lunettes fans tuyau , parce
que l'on a des Verres fi grands
qu'on ne leur peut donner
des tuyaux , qui fe trouvent
droits , jufqu'à cent ou deux
cens pieds. On luy fit voir
enfuite de ce meſme cofté un
Planifphere
GALANT. 241
1
S
Planiſphere dont il fe fit expliquer
tous les ufages Ce
Monarque fut conduit de là
dans la tour occidentale de
ce rez de chauffée , où il vit
la grande Carte dont j'ay parlé
fort au long dans les Volumes
de l'Ambaffade de
Siam en France. Il parla longtemps
fur les Voyages de
Mer dont il dit plufieurs par
ticularitez , ainfi que fur les
Obfervations qu'il avoit fait
faire , mefme fur la variation
des variations de l'Aimant.
Au fortir de cet appartement
de M de Caffini il monta
Aouft1690.
"
X
242 MERCURE
dans la tour occidentale du
fecond appartement, où il vit
des effets du Miroir ardent ,
qu'on avoit tiré du Cabinet
des Machines pour l'expofer
"
au Soleil , où il fondit une
piece de trente ſols auffitoft
qu'elle eut rencontré le foyer
de ce Miroir . Ce Prince vit
les Niveaux dont on s'eft fervi
à mefurer la riviere d'Eure,
& en fortant de cet appartement
de M Sedileau , il entra
dans le Cabinet des Machines
, où il s'arrefta longtemps
fur celles qui montrent
toutes les Eclipfes qui
GALANT. 243
!
ont efté & qui feront , & fur
les Machines qui font voir
quelle eft la difpofition des
Planetes à telle heure qu'on
la demande . Il examina enfuite
les differens modelles des
1 Machines à élever de l'eau ,'
& parlant de plufieurs Machines
pour fervir à la meſme
élevation qui luy estoient
connues , il fit voir qu'il avoir
une parfaite connoiffance des
forces mouvantes . M Couplet
luy montra enfuite unPont de
fon invention , qui fans charroy
, fans compagnie d'Ouvriers,
fans avoir des morceaux
X ij
244 MERCURE
debois plus que de trois ou
quatre pieds , portez par cin
quante hommes venant feparément,
peut eftre bâty enune
heure de temps , fur une Riviere
de huit ou neuf toifes ,
fans eftre appuyé aucunement,
ny fur le fond ny fur le cou
rant de cette Riviere . Le Roy
d'Angleterre s'arrêta àce Pont,
demanda de qui il eftoit , &
dit aprés avoir fait plufieurs
remarques fur fa conftruction
, qu'il croyoit que l'execution
en eftoit facile . Comme il y a de
tout dans ce Cabinet , il fe fit
donner des modelles de CaGALANT.
·
245
beftans , difant qu'il en avoit
fait faire beaucoup pour tirer
les ancres. Aprés avoir examiné
ceux qu'il ſe fit donner,
il parla de la maniere de quel-
5ques autres qu'il a fait faire , &
monta de là fur la Terraffe.
haute , d'où il fit voir à ces
Meffieurs un lieu , où il avoit
autrefois commandé pendant
les guerres deParis. Il prit plaifir
à entendre toutes les obfervations
que M. Sedileau a faites
pour
déterminer la quan- ,
tité d'eau qui tombe en un an
fur la terre , & la quantité qui
s'en évapore. Sa Majesté entra
X. iij
246 MERCURE
à l'Obfervatoire à neuf heures
du matin , & en fortit à
prés d'une heure . Elle dit en
partant , que le Roy avoit grande
raifon de louerfon Affemblée
de Sçavans. Il fit enfuite l'honneur
à M l'Evefque d'Autun
d'aller difner chez luy.
On a eu nouvelles que Dom
Gregorio Caraffa , Grand-
Maitre de la Religion de
Malte , eftoit mort le 21. du
mois paffé, aprés une maladie
de peu de jours. Il avoit 75.
ans, & s'eftoit trouvé en 1656 .
au combat des Dardanelles
avec les fept Galeres de la ReGALANT.
247
1
ligion dont il eftoit General.
lly joignit Laurent Marcel-
7 lo qui commandoit celles de
Venife , & il en prit pour fa
part quatorze des Ennemis ,
qu'il amena dans le Port de
Malte . Il eftoit Fils de Jerôme
Caraffa , Prieur de la
Boccella en Calabre , & fut
éleu Grand Maiftre en 1680 .
Je vous parlay amplement en
ce temps là des ceremonies
qui s'obfervent dans ces fortes
d'élections
. Ainfi pour
éviter une repetition inutile,
je vous diray feulement aujourd'huy
que trois jours aprés
X iiij
248 MERCURE
fa mort, c'est à dire le 24 : de
Juillet , M le Commandeur
de Vignacourt , Grand Treforier
de l'Ordre , fut éleu
pour remplir fa place . Ce qu'il
y eut de bien remarquable ,
c'eft que toutes les Nations
differentes dont l'Ordre de
Malte eft compofé , y concoururent
unanimement . Il
eft vray que l'union des trois
Langues de France , avec celle
d Allemagne , & une partie
de celle d'Italie & d'Arragon
,
donna un grand branle aux
autres . Cette élection a eu
quelque chofe de bien fingu
GALANT 249
EX
lier , en ce que le mefme jour
qu'on apporta les derniers Sacremens
au Grand Maiftre
Caraffa , Male Commandeur
de Vignacourt receut les fou
miffions de tout le monde, &
fut vifité de tous les Grands-
Croix , & mefme de ceux qui
eftoient le plus fur les rangs
de forte que l'on peut dire
qu'il a efté reconnu Grand-
Maiftre du vivant de fon Predeceffeur
, & que la ceremonie
du jour de fon élection.
n'a efté qu'une fimple forma
lité pour confirmer celle que
le Public avoit déja faire.
250 MERCURE
Loin d'avoir eu rien de tu
multueux , il femble qu'elle
ait reconcilié tous les efprits,
& coupé racine à toute forre
de divifions. Tous les honneftes
gens s'en font réjoüis,
& les Peuples dont les plus
anciens fe fouviennent de
T'heureux regne d'Adolphe de
Vignacour,fon Oncle ,
éleu en 1601. & mort en 1622.
font des voeux pour voir
celuy du Neveu d'une auffi
longue durée . Ce fut cet Adolphe
de Vignacourt , qui à
la priere de l'Univerfité de
Paris , fit prefent à la Maifon
GALANT 251
1.
5,
C
S
& Societé de Sorbonne , du
pied gauche de Sainte Euphemie
, Vierge & Martire , qui
de Calcedoine avoit esté apporté
à Rhodes , & de Rhodes
à Malte . Le nouveau
Grand- Maiftre qui eft âgé de
ans , a déja choifi les Officiers
. Il a nommé M. le Commandeur
de Luxembourg , de
la Langue de France , pour
fon Maistre d'Hoftel , & Mr
le Commandeur de St Oüen
de Champigny , pour fecond
7 ans , a
Maistre d'Hoftel . M le Commandeur
de Méchatin , de la
Langue d'Auvergne , eft fon
252 MERCURE
Chambrier Major , M le
Commandeur de St Andiol ,
de la Langue de Provence ,
eft fon premier Ecuyer, & Mc,
le Chevalier de Lufignan-
Lezé , de la Langue de France ,
à la Charge de Secretaire de
fes Commandemens. Si- toft.
que M le Bailly de Hautefeuille,
Ambaffadeur Extraordinaire
de Malte , eut appris
la mort du Grand Mailtre
Caraffa , il alla en donner avis
au Roy à Marly , & le 23. de
ce mois , il eut audience de Sa
Majefté à Versailles , pour luy
faire part de l'Election du
GALANT 253
nouveau Grand -Maiftre .
Mile Comte de Teffé ayant
eu ordre de commander fur
la Mofelle un Camp volant
de deux mille Chevaux , refolut
de faire une courfe dans
le Duché de Juliers pour faire
contribuer le Pays , qui jufquelà
n'avoit voulu rien payer.
Il falloit combattre les Troupes
de Munter & de Neubourg
qui y étoient campées,
ce qui luy fit prendre des mefures
avec M le Marquis
d'Harcourt
, aprés quoy il
partit avec fa Cavalerie , &
M de Gaffion luy amena de
254 MERCURE
?
Mont- Royal le Regiment de
Dragons de M: le Chevalier
de Gramont . M: le Marquis
d'Harcour ayant de fon
cofté tiré environ mille Dragons
des Garniſons du Païs
de Luxembourg , ils fe trouverent
aprés trois jours de
marche, à plus de vingt lieuës
d'où ils eftoient partis , & en
Bataille dans la Plaine de Juliers
à deux petites lieuës des
Generaux Schwart & Bek ,
qui par l'extrême diligence
que fit M de Teffé , ne purent
eftre affez informez fi ce qui
eftoit arrivé de trois coftez
GALANT. 255
t
I
differens eftoit nombreux . Les
feux qu'il fit faire les ayant
avertis qu'il eftoit en Bataille
dans la Plaine , les Gardes ,
que les Gens qu'il déta- ain fi
,
cha fur cux ne les laifferent
plus douter de ce qu'ils avoient
commencé à croire.
On entendit battre leur
generale
au matin , & les partis
qu'envoya ME de Teffé l'af
furerent qu'ils fe preparoient
à marcher. Leur Camp eftoit
compofé de huit Bataillons ,
de 2500. chevaux & de 22 .
pieces d'Artillerie. M de
Teffé fit commencer fes exe256
MERCURE
cutions à la pointe du jours
& l'on brula tous les Villages
qui eftoient dans cinq lieues
de païs , les plus beaux du
monde , depuis Barvenik jufqu'à
une lieue par delà Du
ren . Cinq cens Chevaux des
Ennemis parurent , & coftoyerent
les nostres pendant tout
le jour , fans les approcher ;
de forte que M de Teffé pour
attendre fes détachemens , fe
mir en Bataille dans la Plaine
de Duren. Ses executions étant
faites , il ne crut pas qu'il
fuft à propos d'y demeurer.
C'eſtoit affez qu'il cuſt donGALANT.
257
né aux Ennemis pendant tout
le jour une entiere facilité de.
combattre. Il fit paffer la
Roure à fes Troupes fans autre
oppofition que celle de
quelques Partis de la Garnifon
de Duren , qui furent repouffez
vivement jufque dans.
la Barriere de la Ville . M le
Marquis d'Acher , Capitaine
de Dragons dans Gramont ,
tua d'un coup d'épée un Major
des Troupes de Neubourg.
Une heure aprés ces mefmes
cinq cens Chevaux feurs de
leur retraite , s'approcherent
de nos Efcadrons , & firent
Aoust 1690..
Y
Y
1
258 MERCURE
mine de les vouloir attaquer,
M de Teffé ne voulut d'abord
leur
répondre que par
quelques
Carabiniers
; mais
enfin l'impatience le prit , &
tout d'un d'un coup il détacha fix
Efcadrons qui les joignirent
& qui les fuivirent de fi prés
au delà de la mefme Barriere ,
que M: le Marquis d'Acher
& fix Cavaliers entrerent dans
porte pefle- mefle avec les
Ennemis . M le Marquis du
Terrail fit plufieurs
prifonla
niers à la Barriere , & on leur
tua prés de 80. hommes , fans
autre perte de noftre cofté
CALANT. 259
4
que de ſept ou huit Cavaliers
& de huit ou dix chevaux .
Vingt Soldats qui ne purent
rentrer dans la Ville , fe fau.
verent dans une Abbaye fous
la portée du demy Canon .
M. de Teffé les fit attaquer
par Mi le Chevalier de Gramont
qui brula cette Abbaye .
Il n'y eut que dix hommes
qui fe fauverent de l'embrafement.
Ils fe jetterent par les
feneftres & on leur donna
quartier.Aprés cela nos Troupes
reprirent leur marche par
le païs de Limbourg , où M
d'Aix la Chapelle envoyerent
›
Y ij
260 MERCURE
des oftages pour les contri
butions paffées & à venir ,
dont ils n'avoient pas voulu
compofer . Nos détachemens
mirent le feu en divers endroits
jufqu'aux portes de
Maftrik , & emmenerent les
Mayeurs des environs pour
fervir d'oſtages. On tient que
M: de Teffé en a amené de
La courſe pour quatre cens
mille écus. Cette action eft
fi furprenante , qu'on ne la
peut regarder fans étonnement.
Les Ennemis mefmes
Font, trouvée fi extraordinaire
& en ont parlé tant de
GALANT. 261 .
fois dans leurs nouvelles pu
rbliques , que fans ce qu'ils enont
dit , on auroit peine à
S croire une fi grande execution
au milieu du Païs en
nemy , & fi prés d'une Armée.
qui le devoit deffendre de cette
infulte...
Le Roy a efté fi fatisfait de
fa petite Gendarmerie qu'il.
l'a
confiderablement
, augmentée
. Elle n'eftoit que de
douze Compagnies , & elle,
eft prefentement de feize
Sa Majeſté en ayant créé une
nouvelle de Gendarmes
,
une autre de Chevaux. Legers
262 MERCURE
de
de Monfeigneur
le Duc d'Anjou
, & deux autres femblables
, l'une de Gendarmes , &
l'autre de Chevaux - Legers
Monfeigneur
le Duc de Berry.
Chaque Compagnie n'eſtoit
que de cinquante Gendarmes
ou Chevaux Legers ,
& de deux Maréchaux
des
Logis , ce qui faifoit feulement
quatre Escadrons, & à
l'avenir chaque Compagnie
fera de foixante & feize Gendarmes
ou Chevaux- Legers ,
de quatre Maréchaux des Lo
gis , de deux Trompettes
&
d'un Timbalier , & on en fera
GALANT. 263.
huit Efcadrons, deux Compagnies
fuffifant pour en faire
un. Voicy les noms des nouveaux
Officiers qui entrent'
dans cette Gendarmerie.
M' de la Berange, cy- devant
Maréchal des Logis des Gendarmes
du Roy , cft Sous-
Lieutenant des Gendarmes
Bourguignons , & M ' de Pierre-
court en eft Enfeigne .
M: Deftin eft Lieutenant des
Gendarmes Dauphins , &
M: Defpinac Sous- Lieutenant.
Ce dernier eftoit Capitaine
de Cavalerie .
M. de Toiras , Colonel du
264 MERCURE
Regiment de Condé, eft Lieutenant
des Chevaux - Legers
Dauphins . M' de Bethomas
en eft Sous- Lieutenant , &
Mr le Chevalier de Toiras
Guidon . Ce dernier eftoit
Major da Regiment de Con
dé , & M de Béthomas , Exempt
des Gardes du Corps .
M de Virieu , qui eftoit
Sous - Lieutenant des Gendarmes
d'Anjou , eft Lieutenant
des Gendarmes de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
& M. d'Iliers Sous-
Lieutenant. Il eftoit Enfei
gne de Gendarmerie,
M
GALANT. 265
t
Mr de Saint-Sens , Enfeigne
des Gardes du Corps , cft Licutenant
des Chevaux- Legers
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne, & M de Méziere,
Capitaine de Cavalerie , en eft
fous Lieutenant .
*
M de Beaujeu , qui eftoit
Lieutenant Colonel du Regiment
du Maine, eft fous- Licu .
tenant des Gendarmes d'Anjou
i
M de Virville , cy. devant
dans la Gendarmeric, eft Lieutenant
des Gendarmes de
Berry, & M de Sebville,Sous-
Aouft1690.
Z
266-MERCURE
Lieutenant . Il eftoit Exempt
des Gardes unistadas
M' de Keroüel , qui teftoit ;
auffi dans la Gendarmerie, eft
Lieutenant des Chevaux Le
gers de Berry.ust follo
M'de Druy le Cadet , qui
eftoit Exempt des Gardes , eft
Major de la Gendarmerie , avec
un brevet de Sous Licu
tenant. , now b.M
Mr de Joncas , Exempt des
Gardes, eft Lieutenant de Roy
de la Baftille avec quatre
mille livres d'appointement.
Mr le Marquis d'Urfé . En
feigne des Gardes du Corps ,
en a efté fait Lieutenant à la
GALANT. 267
place de M de S. Rhut qui
eft Lieutenant General
M² de Marfilli- Martainyille
, à qui le Roy venoit de
donner le Regiment de Bersillac
, a efté fait Enfeigne de
fes Gardes , à la place de M
fle Marquis d'Urfe , &fon Regimenta
efté donné à M' le
Comte de Naſſau.
· M de Chaſeron , Exempt
des Gardes du Corps , en a
efté fait Enfeigne à la place
de M¹ de Saint- Sens , que l'on
a fait Lieutenant desChevaux-
Legers de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne .
Z ij
268 MERCURE
Peu de temps aprés que Sa
Majefté
cut nommé
ces Officiers
, Elle nomma
ceux qui
doivent
compoſer
la Maiſon
de Monfeigneur
le Duc d'Anjou.
M ' le Duc de Beauvilliers
,
M: l'Abbé
de Fenelon
, & M
l'Abbé
Fleury, ferviront
auprés
de ce Prince,en la meſme
qualité
qu'ils ont de Gouverneur
, de Precepteur
» & de
Sous- precepteur
aupres
Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
. Je ne vous repeteray
point ce que je vous dis de
chacun
d'eux il y a un an , lors ya
de
que le Roy les nomma pour
ces glorieux emplois .
GALANT 269
J
ry ,
M' le Marquis de Somme-
Fils de M le Marquis de
Male
Sommery , Meftre de Camp
du Regiment d'Infanterie de
7 feu Monfieur le Duc d'Orleans,
Capitaine de Chambor,
& Neveu de feu M' Colbert,
a efté nommé Sous gouver
neur de Monfeigneur le Dac
d'Anjou . Il eft fage , d'une
difcretion admirable , & il a
pris dans les Familles où il eft
allié , cette pieté & cette droiture
dont on y fait une par,
ticuliere profeffion . Son courage
n'a
moins paru
pas moins paru dans
les emplois qu'il a eus à la
xvz jij
270 MERCURE
guerre , & il en porte d'honorables
marques
.
M² l'Abbé de Langeron a
efté fait Lecteur. Il eft Fils de
feur M de Langeron , premier
Gentilhomme
de la Chambre
de Monfieur le Prince . Ma
dame fa Mere eft Dame
d'honneur
de Madame la
Princeffe . Il fait beaucoup ,
& s'eft appliqué dés fa plus
tendre jeunelle aux Ouvra
ges de pieté. Ha paru avec
une grande diſtinction dans
pluficuts Miffions qui fe
font faites pour la conver
fion des Pretendus Refor
GALANT. 271
mez , & a toujours eu pour
M ' l'Evefque de Meaux un
attachement digne du merite
de ce grand Prelat , auprés de
qui il a puilé une partie de
ces lumieres , qu'il a répandues
depuis fi utilement dans
les dieux où fa charité l'a
porté pour tirer d'erreur les
R
Heretiques , wet a errent
Les autres Officiers de la
Maifon de
Monseigneur le
Duc d'Anjou , font Mrs de
Cando & de Louville , Genilshommes
de la Manche ;
M de la Roche , premier
Valet de Chambre ; Mr Her-
Z
iiij
27½ MERCURE
1
fan premier Valet de Garderobe
, & M de Boisbrun ,
Porte-arquebufe. Le choix du
Roy eft un grand fujet déloge
poureux , puis qu'on sçaic
affez que Sa Majesté ( nes met
auprés de ce jeune Prince, que
des perfonnes d'une fageffe
& d'une probité reconnuësmi
Ml'Abbé de Verneüil .
Neveu de Md'Archevefque
de Touloufe , & del Mide
S. Poüange & de Villacerfa
cfté nommé à l'Archidiaconé
de Toulouſe , vacant en rega
le. Il eftoit de la dernière
Affemblée du Clergé . Je ne
8
GALANT
. 273
vous dis rien de fon merite.
Ces choix ne tombent que
fur des perfonnes qui en ont
beaucoup. buerg 60
JsJe vous parlay il y a quel
que temps d'une Abbaye que
MB'Abbé Berpier avoit au
1 Mans, & qu'il remit entre les
mains du Roy , afin de mener
une vie plus retirée . Elle a
cftél donnée à M¯bl'Abbé
Baudin ,Beaufrere de M Manfard
premier Architecte , &
Intendance des Baftimens de
Sa MajeſtéonVa wolpo
Je vous dis auffi il ya quel
ques mois que M le Duc de
274 MERCURE
Bournonville ayant pris l'Or
dre de Preftrife , de Roy luy
avoit donné l'Abbaye de Sa
vigny. Ce mefme Duc voulane
aujourd'huy vivre encore
d'une maniere plus détachéc
du monde . a remis certe
grande Abbaye entre les mains
de Sa Majesté , qui en a gratifié
M. le Cardinal de For
90 Indobit bin.
- Depuis
que les Troupes
de
P'Electeur
de
Brandebourg
le
font jointes
avec celles des
Hollandois
que commande
le Prince de Waldec
, le bruit
s'eftoit
répandu
que les Gene-
11
GALANT. 275
raux cherchoient à combatre,
mais il s'eft fort diffipé, & on
ne croit plus qu'ils ayent ce
deffein . Leur Armée eftoit
encore le 26. de ce mois à
Noftre Dame de Hall à
quatre
ou cinq heures de la noftre.
Le 24. on alla fourager
Ijufqu'aux portes d'Ath &
pendant ce temps , M le
Maréchal Duc de Luxem
bourg fit rafer les murailles,
les portes , & tous les poftes.
forts de l'Abbaye de Cambron
, qui eft à une lieuë de
cette Place. On fit jouer la
Mine pour faire fauter une
276 MERCURE
porte fortifiée & voutée &
tout auroit efté démoly avec
le Canon , files Moines n'cuf
fent offert de le faire faire
cux mefmes inceffamment
pour éviter les accidens
qui
pouvoient arriver des boulets
perdus. M de Luxembourg
leur accorda ce qu'ils deman
derent fur cet article , & ils
donnerent
deux oftages pour
affeurance de leur parole . Mr
l'Abbé Riquetti avoit efté le
l'ordre de ce Gene-
30 sem matin par
ral faire
affembler
la Communauté
pour leur declarer que
l'intention du Roy eftoit que
GALANT 277
ཟ།
53100V
l'on oftast à cette Abbaye
tout ce qui avoit fervy l'année
derniere aux Ennemis
pour s'y retrancher & fortifier
durant le temps qu'ils y
furent en garnifon , afin qu'à
l'avenir on ne puft plus y
mettre de Troupes. Cela les
avoit étonnez d'abord , mais
ils ne purent refufer de fe
foûmettre.
211
Monfieur le Duc de Savoye
a permis aux Miniftres de la
Religion Pretenduë
Reformée
de prefcher dans tous
fes Etats , dont il n'a excepté
que la feule Ville de Turin .
278 MERCURE
C'est une grande nouveauté
dans un pays d'Inquifition
& qui fait murmurer toute
l'Italic. Comme ce Prince
a cu depuis ce temps - là
tous les malheurs que vous
allez voir la plupart de fes
Sujets difent hautement que
la protection qu'il donne aux
Herériques on cft cauſe . Il eſt
certain que celle de Dieu pa
toiſt viſiblement pour le Roy,
puis qu'avec les feules Troupes
il a remporté un grand
nombre d'avantages en Savoye
& en Piedmont , contre
les Armées d'Efpagne & de
GALANT. 279
Savoye , quelques Troupes
Allemandes & Suiffes , les
Vaudois , & quelques Refu
giaz François. On fe ligue
par tout contre ce Monarque,
& il femble que ces Ligues
I ne fe font que pour faire
mieux éclater fa gloire , puis
a que plus il ap d'Ennemis à
combattre , plus fes triomphes
augmentent. Ce qui doit
la plus furprendre dans le
progies des armes de France
en Italie , c'est que le Roy
n'eftoit point préparé , lors
qu'on ouvrit la Campagne , à
foutenir les efforts de tant
(
#
4
280 MERCURE
d'Ennemis de ce cofté- là.
Cependant il les a bartussen
differentes rencontres ; lik a
pris des Places , & gagné une
Bataille avant la fin dorcetre
melme Campagne. Ma derniere
Lettre eftoit remplie de
quantité d'avantages rempor
tez pendant le mois de Juiller.
Vaicy ceux de ce mois.
cy.
150101 29
Le 2. d'Aouft fur les dix
heures du foir , Mde Catinat
ayant fait partir fos Troupes
du Camp de Brillane , d'oùtik
décampa tranquillement
fans
aucun obftacle des Ennemis
GALANT 281
7
qui eftoienr fort prés delà ,
leur fit faire une marche de
124 heures , encore plus peni
ble qu'elle ne fut longue.
Avant que d'arriver à Caours
qu'il avoit refolu d'attaquer
trouva à un défilé au pied
d'une Chapelle , des Païfans
quis y estoient retirez , & qui
firent un affez grand feu . Il
les fit forcer & ils furent paffez
au fil de l'épée . Une partic
de fes Troupes arriva le foir
du 30 devant Caours , & le
Befters'y rendit le lendemain
fur les dix heures du matin
ainfique, l'Artillerie. Cette
Aoust 1620..
A a
282 MERCURE
Place eft entre Villefranche
& Saluffe dans une Plaine fur
la gauche de Pignerol & à un
mille du Pô La Plaine eft
petite , & la Ville qui eft au
pied d'une Montagne n'eft
point commandée. Il y a un
Château fur la cime , dont il
ne reste prefque plus rien.
Cependant Faffiette , & les.
retranchemens
qu'on y avoit
faits auffi bien qu'à la Ville ,
ne laiffoient pas de donner
lieu de les défendre , d'au
tant plus que ceux de la Ville
avoient une retraite affeurée
fur la Montagne , où il y a
GALANT 283
F
J
voit une espece de pâté qui
auroit fait tuer beaucoup de
monde fi les Ennemis
s'y fuffent mieux défendus .
A peine M' de Catinat furil
arrivé devant la Place ,
qu'il alla luy-mefme la reconnoiftre.
Il la fit fommer.
les à la pointe du jour , &
fur le refus que la Garnifon
fit de fe rendre , il détacha
pour l'attaque trois cens
Grenadiers & quatre cens
Fufcliers commandez par
M de Chamarante & de
Chafteau - renault , qui êtoient
foûtennus d'un pe-
Aa ij
284 MERCURE
tit détachement fous les or
dres de M' le Comte de Montignac
compofé des Grena
diers de fon Regiment , de
ceux de Cambrefisi & de
trois cens Fufeliers . Lerefte
des Troupes demeura.campé
à un quart de licue de la Place.
Elle fut battue par l'endroit
le plus fort avec quatre pieces
de Canon Tous les rétran
chemens qui fervoient de de
hors , furent d'abord renverfez
. On rompit la porte &
l'on abatit prés de trente toie
fes de muraille. Ceux qui défendoient
la bréche eurent
GALANT +285
beau faire feu fur les nôtres.
L'attaque alla fi viſte que
la Ville fut emportée en un
quart d'heure par les deux
premiers détachemens. Les
Grenadiers y bentrerent les
premiers , & furent auffi toft
fuivis du refte des Troupes.
es efforts que fiffent
Quelques efforts
les Officiers pour le rendre
maiſtres de la fureur du Sol
datables Loix de la Guerre
l'emporterent , & la plufpare
des Soldats des Officiers &
des Habitans furent paſſez au
fil depl'épée. On mit le feu
ala Ville aprés qu'elle cut
286 MERCURE
efté quelque temps abandon
née au pillage . Il y avoit de
dans un détachement , de
Troupes reglées , comman
dées par des Officiers du Regiment
de Montferrat . Il y a
voit auffi des Milices de Mon
dovi & quantité de Barbers.
Ceux qui échaperent fe reri
rerent dans le Château qui
eftoit fur la Montagne , où
l'on croyoit qu'ils duffent
faire une vigoureufe défenfe.
Comme ce n'eftoit pas un
poste qu'on cuft deffein de
garder , & que d'ailleurs les
Ennemis n'y pouvoient fub.
GALANT. 287
fifter plus de deux jours, M
de Catinat qui vouloit épar
gner fon monde , & qui ne
jugeoit pas que le Chasteau
puft eftre facilement infulté,
n'avoit pas refolu d'en faire
faire l'attaque. Ainfi ayant
donné ordre que les Froupes
fe retiraffent de la Ville que
l'on voyoir toute en feu , il les
firrepaître Pendant ce tempslà
on s'apperceut que la
Montagne eftoit infultable
par deux endroits , & que les
Ennemis qui ne croyoient pas
pouvoir cftre attaquez , bravoient
nos Troupes . M' de
288 MERCURE
reto
Catinat changea auffi - toft de
& chargea Mª de
Montignac avec fon troifiéme
détachement qui n'avoir
point encore combatu , d'aller
à cette expedition . Les Troupes
des deux autres détache.
mens qui venoient de pren
dre la Ville , n'eurent pas plû.
toft connu que cette attaque
eftoit refolue , que fans at
tendre aucun ordre elles monterent
avec une espece de fui
reur , qui leur laiffaz à peine
le temps de fe mettre en or
dre de bataille . Lés Ennemis
firent d'abord affez bonne re
fiftance ,
f
GALANT 289
mais leur fermeté
fiftance ,
devint inutile . Ils furent for-
6
cez & paffez auffi au fil de
l'épée ,, à l'exception de qua
tre- vingt , entre lefquels fe
trouverent le Gouverneur , le
Commandant des Troupes ,
le Major , quelques Officiers ,
& quelques femmes , qu'on
cut de la peine à dérober aux
Soldats qui ne faifoient quartier
à perfonne. Ainfiil y cut
au moins huit cens hommes
tuez en cette feconde affaire ,
parce que plus de trois cens
des Habitans de la Ville s'étoient
retirez dans le Châ-
Aoust 1690.
Bb
290 MERCURE
teau . On y perdit un Capitaine
du Regiment de Grancé
, nommé M de Raucourt ,
qui s'eftoit diftingué en pluficurs
occafions , & particulierement
dans Bonn , & un
Capitaine de Cambrefis . Mr
de Courouge , Aide de Camp.
de M' de Catinat , fut tué auprés
de luy , ce General s'étant
toûjours trouvé où le
peril eftoit le plus grand . Il
entra dans la Ville auffi toft
que les Grenadiers & les Dragons
, & ne quitta point les:
Troupes fur la Montagne . M'
de Joigny , Capitaine , qui
GALANT. 291
commandoit les Grenadiers ,
1a efté bleffé . On n'a perdu que
vingt ou vingt- cinq Soldats
dans ces deux expeditions ,
qui ont efté faites avec certe
u ardeur qui empefche les Fran-
Açois d'envifager le peril quand
il s'agit de fervir leur Prince . 11
Le 12. M' le Comte de Bernex
fe retira de Chambery où
il commandoit, fur l'avis qu'il
eut que M' de S. Ruth , venu
du cofté de Champarlain ,
eftoit arrivé devant la Place,
ainfi que M' de Varennes, dut
cofté des Echelles , & qu'on
avoit déja fait braquer quet-
Bb ij
292 MERCURE
•
ques pieces de Canon . M¹ de
S, Ruth apprenant
qu'elle
cftoit abandonnée
, fit entrer
dans la Ville quatorze
cens
Irlandois
qu'il y mit en gar
nifon , laiffant M le Marquis
de Thoy , Brigadier
, pour y
commander
. Il mit auffi o
quatre
cens Irlandois
dans le
Chafteau
. Chambery
, comme
vous le fçavez , eft la Capitale
de Savoye. Elle eft affez grande
, & fituée fur la petite Riviere
d'Orbanne
, dans une
Plaine environnée
de collines.
C'eftoit l'ancien fejour
des Ducs Il y a un Parlement
GALANT. 293
IN
ㄣ
2
que l'on appelle Senat , compofé
de quatre Prefidens &
de quinze Senateurs . Il y a
auffi une Chambre des Comptes
, compofec de Prefidens,
Auditeurs , & des Generaux
& Treforiers des Finances de,
Savoye.
Annecy fuivit l'exemple de
Chambery , & n'eut pas plûtoft
appris la reddition de
cette Place , qu'elle receut les
Troupes du Roy. C'eft une
autre Ville de Savoye fur un
Lac de mefme nom , qui a
quatre ou cinq licues de longucur
, & un peu plus d'une
Bb iij
294 MERCURE
demi -lieue de largeur , entre
des montagnes prefque toujours
couvertes de neiges .Elle
cft aujourd'huy la retraite de
l'Evefque & du Chapitre de
Geneve , & le lieu de l'exil de
cette Eglife , que l'Herefie en
chaffa en 1535. fous Pierre de
la Baume qui avoit alors la
conduite de ce Diocefe ,
Je viens d'apprendre que
Rumilly , autre Ville de Savoye
, n'ayant point voulu fe
rendre , a efté emporté d'affaut.
Tout le refte de ce Du
ché fe foumer. Trois mille
hommes de Milices , & cinq
GALANT. 295
cens Refugiez quis défen ,
doient la Riviere de Larue qui
n'eft point gayable , fe font
retirez à l'approche de M² de
S. Ruth. Tout ce Corps s'eft
diffipé , & une partie des Proteftans
a paffé en Piedmont ,
ne fçachant pas encore la Bataille
gagnée par
l'Armée de
France , qui s'eftoir donnée
dans le mefme temps qu'on
les poufoit en Savoye . Les
Habitans & la Nobleffe viennent
fe foumettre de tous
coftez , & il fuffit pour cela
que nos Troupes fe prefentent.
La Cour a confirmé à
Bb iiij
296 MERCURE
Mi le Marquis de Thoy le
commandement des Troupes
qui font dans Chambery. Il a
demandé par grace qu'il puft
fe trouver dans toutes les occafions
où il y auroit à combattre
, ce qui luy a efté accordé.
Il fervoit de Brigadier
dans les expeditions dont je
viens de vous parler.
M de Parelle , Maréchal de
Camp de Monfieur le Dac
de Savoye , eftant arrivé trop
tard pour fecourir Caours ,
prit fa marche dans les Mon
tagnes à l'infceu de M de
Catinat , & fe rendit à la
GALANT 297
gorge de la Vallée de Lucer
ne dans le deffein d'envez
loper Mr de Feuquieres avec
cinq ou fix mille hommes
ramaffezondu Regiment de
Montferrata
de Payfans , de
Milices du Mondovi
, Layne
& Barbers , & une Compagnie
des Gardes de Son Alteffe
Royale de Savoye , avec un
Regiment de Dragons verts .
Le 6. de ce mois . au foir il
arriva à la portée de Brique
xas . Mode Feuquieres avoit
fait partir le matin du mefme
jour cinquante Chariots char
gez de munitions de bouche ,
298 MERCURE
& quelques reftes de Lucerne .
Les cinquante Chariots arri
verent fort heureufement à
Pignerol . Les Troupes qui étoient
avec M' de Feuquieres
faifoient en tout 2600. hommes
, la plufpart Milices hors
le Regiment de Dragons de
Saillis . Comme on devoit
mettre le feu dans Lucerne
la nuit du 6. au 7. & fe retirer
le 8. M' de Saillis demanda à
M de Feuquieres la permiffion
d'envoyer les Equipages
de fon Regiment à Pignerol
dans l'efperance qu'ils arriveroient
avec le mefme bonGALANT.
299
heur
que
les Chariots. Ces
équipages partirent le 7. à la
pointe du jour , & tomberent
au deffous de Briqueras dans
l'embufcade de M'de Parelle.
Cinquante Dragons qui les
efcortoient furent taillez en
pieces , & il ne s'en fauva que
quatre , dont deux fe rendirent
à Pignerol , & les deux
autres au Regiment . M de
Saillis , campé à une demy .
lieuë de là fous Lucerne,ayant
efté averty de cette avanture ,
fit monter à cheval les neuf
Compagnies de fon Regiment
qu'il avoit avec luy , &
કે
1
"
300 MERCURE
*
courut au lieu où elle venoit
de fe paffer . Comme il n'entendit
plus tirer , il envoya
un Maréchal des Logis &
quinze Dragons à Briqueras
pour en fçavoir des nouvelles .
M' de Parelle qui s'en eftoit
rendu maiftre , à la reſerve de
l'Eglife , où cent hommes de
la Garnifon de Pignerol s'étoient
retranchez pour favorifer
les Convois de Lucerne.
à cette Place , les fit paffer au
fil de l'épée dés qu'ils y furent
entrez . M de Saillissimpatientant
de ne rien apprendre
, refolut d'aller luy- mefGALANT
301
me à Briqueras , & fut fort
furpris d'y trouver les Ennemis
, & de voir que de toutes
les feneftres des Maifons on
tiroit fur luy. Il fut d'abord
bleffé au bras , & receut un
autre coup qui luy effleuroit
le ventre , mais ces deux bleffures
ne l'empefcherent point
d'agir Il eftoit alors huit heu
res du foir. Il fit avancer fon
Regiment , & ordonna à un
Capitaine nommé M de Lef
tang , déja bleffé d'un coup
de moufquet , de fe jetter avec
cinquante Dragons , dans l'Eglife
que défendoient nos
302 MERCURE
cent hommes de la Garnifon
de Pignerol . M de Parelle
les fit fommer deux fois de
fe rendre , & ils répondirent
qu'ils ne demandoient point
de quartier , parce qu'ils étoient
refolus de n'en point
faire. M' de Saillis voulut s'épauler
de la paliffade de l'Eglife
, mais il eftoit tellement
veu de toutes les feneftres
voifines , qu'aprés avoir perdu
vingt ou trente Dragons &
quelques chevaux , il fe gliffa
à la faveur de la nuit , jufque
fous des Halles , où les
foûtiens de pierre de taille
CALANT. 303
garantifoient un peu fes Dragons
, aufquels il fit mettre
pied à terre. M' de Parelle
effaya trois fois de le charger,
mais il trouva tant de refif
tance qu'il crut qu'il valoit
mieux le laiffer dans Briqueras
, & aller chercher Mi de
Feuquieres. Dés la pointe du
jour , M de Saillis , qui avoit
paffé toute la nuit à efcarmoucher,
commença à vouloir
chaffer ceux qui l'incommodoient
& qui tiroient des
Maifons. Il fit mettre le feu
à une puis à une autre , &
enfuite à une troifiéme , &
304 MERCURE
à mesure que l'embraſement
en chaffoit les Ennemis , ils
eftoient tuez par fes Dragons.
Cela dura jufqu'à quatre heures
du foir , que M de Saint
Silveftre parut. Il vint fur la
s'étoit répandue
au Camp , de l'embarras
où fe trouvoit M de Saillis ,
& lors qu'il arriva à Briqueras
il n'y avoit plus que deux cens
Barbets ou Mondovis. On en
avoit déja tué plus de cinq
cens . Il acheva de les mettre
en pieces , & de dégager ce
Colonel . On ne referva que
dix prifonniers , & il y cut fixnouvelle
qui
ur
GALANT. 305
I
vingt Dragons de fon Regiment
tuez ou bleffez , Il receur
deux coups , comme je
vous l'ay déja marqué , M
de Leftang un de moufquet
dans le corps & Mr de l'Efchelle
un dans le crane fur le
haut de la tefte. Il y eut trois
Lieutenans de tuez & cinq de
bleffez
.
Cependant M'de Feuquieres
fut d'autant plus inquiet
de n'apprendre aucunes nouvelles
de M² de Saillis , qu'il
voyoit Lucerne entourée de
coftez, & des Troupes
tous.c
qui
s'eftoient
jointes
aux
Bar-
G.c.
Aouft 1699.
306 MERCURE
bets . A la tefte de la Ville qui
eft beaucoup plus longue que
large , il y a une montagne
affez droite , mais d'une petite
élevation . Sur le fommet de
cette montagne qu'occupoit
un Regiment de Milice , eftoit
une Redoute que nous avions
ruinée. M de Feuquieres eftant
party de Lucerne avec
douze cens hommes , n'en fut
pas plûtoft dehors , que ceux
qu'il y avoit laiffez furent attaquez
par des Barbets & des
Mondovis , qui repoufferent
ceux qui gardoient la montagne
jufqu'à leurs barraques
GALANT. 307;
dans la Ville, qui eftoit toute
rafée. Il revint fort à propos
pour foutenir le choc des
Barbets ; mais en mefme
--
temps il vit paroiftre M ' de
Parelle fur les hauteurs avec
cinq ou fix mille hommes.
Il fe retrancha le mieux qu'il
put avec quelques pierres du
démoliffement
qui luy fervi
rent de barriere , & fit couler
le Regiment de Poudens
fe refaifir de la monta- pour
gne , d'où l'on incommodoir
beaucoup ceux qui eſtoient
dans la Ville. Mr de Poudens
fit un fort grand feu , repoufla
Cc ij
38 MERCURE
les Ennemis , & quand ceux
qu'il commandoit n'eurent
plus de poudre, ils ſe ſervirent
de leurs épées , & quoy
que gens de Milices, ils firent
tout, ce que les Troupes les
plus aguerries auroient pu
faire, & chafferent les Barbers
depuis le pied de la montagne
jufqu'au haut , où ils pafferent
la nuit . Cette fermeté étonna
les Ennemis , qui s'appro
choient quelquefois , mais fans
ofer faire aucune entreprife.f
Pendant ce temps,M de Feu
quieres, avec un Ingenieur qui
avoit le foin de la démolition
GALANT. 309 .
de tous ces poftes , refolue
de quitter Lucerne , & de fe
retirer fous le Fort de la Tour
qui n'avoit pas encore fauté.
Il fir emporter tous les Mala
des & toutes les munitions ,
fit fauter le Magafin , faper
les murailles de la Ville , &
enfuite fe retira fous le Fort.
A la pointe du jour , il vit
paroiftre des Troupes qui veà
luy , & qu'il creut.
naient
3
d'abord eftre ennemies . C'eftoit
M de S. Silveftre , qui
aprés avoit delivré M de
Saillis , amenoit à fon fecours
quatre cens Fantaffins,autanc
310 MERCURE
de Dragons , trois cens Cavaliers
, & huit Compagnies de
Grenadiers . Il tenoit l'arrieregarde
, & quoy qu'il fuſt tou
jours attaqué en queue , en
flanc & par tout , il fit fi bonne
contenance qu'on ne le
put entamer. M' de Feuquieres
cut beaucoup de joye de
l'arrivée d'un fecours , avec
lequel il pouvoit entreprendre
quelque chofe . Il fit prendre
les armes à fes Troupes ,
& celles de Lucerne en firent
autant. Le Canon fortit de
la Tour , & fe miten marche.
Les Ennemis eftant defcendus
GALANT. 211
•
,
en foule pour charger nos
Troupes furent receus vigoureufemenr
, & l'on en renverfa
un fort grand nombre.
Il fut question de faire retraite.
On fit fauter le Fort de la
Tour , avec un Moulin qui
avoit cfté miné. Aprés qu'on
eut fait un quart de lieuë , les
Ennemis embufquez dans
trois Maiſons , & bordant
une haye au bas de laquelle
eft un chemin creux par
ou nos Troupes eftoient forcées
de paffer, firent un grand
feu pendant un quart-d heure
fur noftre Arriere- garde . Ils
312 MERCURE
eftoient plus de huit cens
hommes. Le Regiment de
Boiffiere , ayant à fa tefte
M' de Barte , Lieutenant Co.
lonel les chaffa du pofte qu'ils
occupoient , avec perte de
quarante ou cinquante hommés.
Un détachement des
Ennemis qui s'attacha au Canon
, en prit une piece , l'effieu
où elle eftoit attelée s'eſtant
rompu , mais elle fur
reprife auffi- toft , & chargée
fur une charette . Monfieur le
Duc de Savoye , fur les avis
qu'il receut de l'eftat de cette
affaire, creut Mde Feuquieres
perdu,
GALANT 313
perdu , ce qui l'obligea de
paffer le Pô fur les trois Ponts
qu'il a au deffus de Pancalier.
Les Eſpagnols vinrent paffer
au deffous de Vigon fur des
Chariots qui formerent un
autre Pont ; mais fi ces mouvemens
firent croire d'abord
à ce Prince qu'il entoureroit
fi bien l'Armée de M² de
Catinat , qu'elle ne pourroit
éviter d'eftre batuë, il connut
bien- toft qu'il s'eftoit trom.
pé. Les Ennemis , au nombre
de plus de huit mille hom
mes ,, fuivirent nos Troupes
deux lieuës juſqu'à ce qu'elles
Aoust 1690.
Dd
314 MERCURE
cuffent paffé l'Epelle , en les
attaquant toûjours avec peu
de fruit puis que M' de Feu
quieres ne perdit pas 150.
hommes dans fa retraite . On
ne peut rien dire à fa loüange,
finon que c'eft le mefme M
de Feuquieres , qui l'année
derniere fut fait Maréchal de
Camp aprés s'eftre diftingué
dans le Palatinat . M'de Poudens
a beaucoup contribué à
faire fuir les Barbets qui é
toient venus attaquer Lucerne
. De vingt Officiers qu'il
y avoit dans fon Regiment ,
il y en a eu feize tuez ou blefGALANT.
315
fez avec quatre-vingt Soldats .
Cette action & celle de Briqueras
nous ont coûté prés de
fix cens hommes. On croit
que la perte des Ennemis
monte à plus de deux mille
cinq cens . M' du Lac , Colonel
de Bourbonnois , a efté
bleffé aux reins , & fon Lieutenant
Colonel à la jambe ,
Le Regiment de Quinfon a
perdu plufieurs de fes Officiers
, & 140. Soldats.
Made Catinat vient de
conronner par une Bataille
toutes les actions de vigueur
& de prudence qu'il a faites
Dd ij
316 MERCURE
depuis la declaration de la
guerre entre la France & la
Savoye. Jamais on n'en avû
un fi grand nombre en fi peu
de temps , & il femble que
fes Troupes n'ayent fait au
cun pas que pour marcher à
la Victoire , tant iba pris de
juſtes meſures pour les avantages
continuels qu'il a remportez.
Enfin il a voulu en
venir à une affaire generale
& il y a engagé les Ennemis,
comme , & quand il a voulu.
Il eftoit fi affuré que le fuccés
répondroità fes deffeins, qu'il
avoit mandé au Roy tout ce
GALANTM 317
qui arriveroit de cette derniereaction
, de forte que huic
jours avant la Bataille, Sa Majefté
eftoit prefque feure du
Triomphe que fes Troupes
remporteroient, & des mouvemens
qu'elles devoient faire
pour s'acquerir cette gloire.
Made Catinat a esté attaquer
les Ennemis jufque chez eux,
quoy qu'ils fuffent plus forts
que luy. Il fit faire beaucoup
de fafcines , & ne s'en cacha
point. Au contraire il affecta ,
afin de les mieux tromper ,
de faire dire par tout qu'il
avoit deffein de faire un Sic-
Dd iij
218 MERCURE
ge , mais en effet il ne fe muniffoir
cainfi denfafcines que
pour les jetrer dans le marais
où il a paffé pour l'action
dont je vais vous faire part.
Sa refolution cftano prife de
longue- main , auffi bien que
fes mefures , il laiffa fes gros
bagages & fon gros Canon à
Pignerol, & fe fervit de plufieurs
chariots des Officiers ,
pour conduire des Pieces de
Campagne à l'Armée . Je ne
fçay fi vous ferez auffi contentes
qu'à l'ordinaire denda
Relation que je vais vous fai
re de cette Bataille ; elle fera
GALANT 319
plus fuccinte que celles que
jay accoutumé de vous envoyer,
puis que je ne la commence
que le dernier jour du
mois ; qui eft celuy s où ma
Lettre doit partinusLao raiſon
eft qu'il n'en eft pas arrivé de
Relations avant ce temps- là.
Ainfi je me fers des premie
res quis tombent entre mes
mains, fans avoir le temps , je
ne dis pastede les examiner
toutes , mais mefme de les
line. Cela fera caufe que je me
rencontreray peut eftre avec
ceux qui en donneront au
Public en mefme temps. En
Dd iiij
320 MERCURE
tout cas , ce fera la premiere
fois que cela me fera arrivé ,
& vous me le pardonnerez ,
puis que je ne le fais que pour
fatisfaire vostre impatience.
Avant que j'entre dans le détail
de la Bataille , je croy
qu'il eft à propos de vous en
faire voir l'ordre . Vous le
trouverez dans cette Planche .
Le 17. à fix heures du ma
tin , les Troupes du Roy décamperent
de Caours . Il y avoit
trois jours qu'on difoit
publiquement qu'on leur
vouloit faire paffer le Pô , &
la veille à l'ordre on ordonna
Bhara
.
32
to
fo
&
ndLat
A
tai
qu
fai
tro
.91.
Cpeysur diy contest,
I
tin
car
voi
pul
VOL
la v
2 mo
GALANT. 321
1
le décampement , qui fut fait
tambour battant avec tout le
bruit qui accompagne
les
marches qui fe font fans
crainte. On arriva à Saluces
fur les quatre heures aprés
midy de ce mefme jour . C'est
une Ville au delà du Pô bien
plus importante que Caours,
fituée fur une hauteur , avec
un Chateau qui commande
toute la Plaine , adoffé contre
une montagne , & où il y
avoit du moins cinq mille
hommes , tant Barbets , que
deux Bataillons de Troupes
reglées , fous les ordres du
322 MERCURE
Marquis de Martignan . M' de
Catinat détacha auffi - toft M
de Grancey avec la Brigade
pour attaquer un affez grand
nombre de ces Milices qui avoientpris
des poftes auprés de
la Ville . Les Ennemistirerent
fur les nostres quelques coups
de Faucouneau , & firent un
grand feu des vignes qui étoient
fur la montagne
, mais
enfin ils furent contraints de
fe retirer. Cette action dura
environ deux heures . Mele
Marquis de Vicupont, qui n'e .
ftoit Colonel du Regiment
de Bourbon que depuis deux
GALANT. 323
DJ
jours , y fut tué , & M de
Chateauregnaut receut un
I coup de Moufquet au travers
I du corps . Pendant ce temps ,
- M'de Catinat qui faifoit pal
fer le Pô au refle de fon Ar .
mée & à fon Bagage , receut
avis de M de Montgommery
qui couvroit noftre mar .
che for la gauche, qu'il voyoir
paroiftte la tefte de celle des
Ennemis . M de Catinat y
reconnoiftre
luycourut
pour
mefme la chofe , & on luy
din que ce n'eftoit qu'un
Corps de quelques Efcadrons
qui avoit voulu tâter noftre
324 MERCURE
Arriere-garde. On eftoir preft
fur cela de continuer ce qu'on
avoit refolu d'entreprendre
fur Saluces , lors que l'on fuc
affuré que l'avis de M de
Montgommery eftoit verita
ble, & que toute l'Armée des
Ennemis s'avançoir . M de
Catinat quitta fon premier
deſſein , & fit repaſſer le Pô
aux Troupes qui eftoient au
delà , ce qui dura jufques à
minuit, Le reste du temps fut
employé à mettre l'Armée
en bataille fur deux Lignes,
On fit retirer les Bagages &
l'Artillerie qu'on mit dans le
GALANT. 325.
Corps de referve , & l'on en
donna la garde au Regiment
de Jofreville , Cavalerie , &
à ceux de Dragons de Lan
guedoc , de la Boiffiere , de
Kaiffon & du Lac , bonnes
Milices. On paſſa la nuir fous
les armes, & à donner les
ordres pour les Equipages .
Le matin , un Payfan qui fut
pris affura qu'il n'y avoit que
les Troupes de Monfieur de
Savoye qui avoient paru , &
que les Efpagnols avec M de
Louvignies eftoient demeurez
à Villefranche . Cela fut
**
caufe que Mode Catinat re326
MERCURE
commença à faire quelques
détachemens pour Saluces ,
mais dans ce moment ayant
cfté averty que M de Saint
Silveftre avoit engagé l'affaire
fur la droite avec un Efcas.
dron de Fimarcon, da Brigade
de Montgommery , & le Regiment
de Dragons du vieux
Languedoc , il contremanda
les détachemens, & donna fes
ordres. M de Quinçon cut
la gauche , & M de Feuquie
res le Corps de Bataille où
eftoit l'Infanterie , & lors qu'il
vit les Lignes en bon cftat
pour marcher , il alla devant,
GALANT 327
trouva
les Ennemis
campez
fort
avantageufement
. Ils
avoient
le Pô & un Marais
fur
leur gauche
, & un petit Ruiffeau
avec un autreMarais
prefque
impraticable
à leur droite
,
n'occupant
qu'un front de
cinq ou fix Eſcadrons par où
l'on pouvoit aller à eux . Ils s'étoient
emparez de deux Caffines
, qui nous cftoient abfolument
neceffaires pour le gain
de la Bataille , & d'où ils faifoient
un fort grand feu. Il
fur effuyé par M de Saint Silveftre
qui les en chaffa , mais
ilen fut chaffé à ſon tour ,
328 MERCURE
n'ayant point encore affez de
monde , & cela jufqu'à deux
fois , parce que les Ennemis
y avoient la plus grande partie
de leur Infanterie
, avec
du Canon , dont il ne paroiffoit
que trois pieces . Il ne fir
pas grand effet , & il n'y eut
que le Regiment de Languedoc
qui fouffrit beaucoup.
Toute noftre Infanterie eftant
arrivée avec noftre Artilleric
qui confiftoit en feize pieces
de Canon , M' de Grancé cut
ordre d'attaquer la gauche des
Ennemis , qui eftoit couverte
par un Marais tres - difficile à
GALANT.1
329
de le
,
franchir
. Il ne laiffa p
paller
avec fon Regiment
, le
Bataillon
de Bourbon
& celuy
de Hainaut
, commandé
par
M de Pompone
, & prenant
les Ennemis
en flanc , il les
pouffa
vigoureufement
. Pendant
ce temps
, M de Catinat
ordonna
à M le Prince
de
Robecq
de s'avancer
avec fon
Bataillon
, & ceux d'Artois
&
de Flandre
qui compoſoient
fa Brigade
, & d'attaquer
les
deux Caffines
que les Ennemis
avoient
fortifiées
par le Bataillon
des Gardes
de M de
Savoye
, celuy
de Villanova
,
Aoust 1690. Ec
"
330 MERCURE
& celuy du Duc de Saint
Pierre . Ils y allerent , & firent
l'attaque par trois endroits
differens . Les Ennemis les receurent
avec un feu auffi
violent qu'on en puiffe faire .
On mit fix pieces de noftre
Canon à gauche de la Cleriere
au travers de laquelle
on voyoit le front qu'ils occupoient
, & huit autres pieces
à la gauche . Cela fit un
feu croifé qui les foudroya
d'une telle forte , qu'on s'apperceut
qu'ils perdoient le
terrain , & fe reaverfoient fur
leur droite . Cette attaque du
GALANT. 331
ว
9
ra plus d'une groffe heure &
demics; & enfin les noftres
fe rendirent maiftres des deux
Caffines Ce font des Maifons
en spleine Campagne que
nous appellons ordinairement
des Fermes . Dans ce
emps- là , Mr de Catinat fit
fonner la charge . La Cavalerie
& les Dragons s'avancerents
on approcha le Canon ,
& le tout enfemble donna fi
violemment , que les Ennemis
commencerent à lâcher pied .
Leur feconde ligne de Cavalericis'avança
& on
verfa jufqu'au Pô , que quelauch-
"
ཟ་
Ecij
332 MERCURE
ques-uns des noftres pafferent
avec
se
Fuyards . M de Catinat
les fit revenir à Stafarde,
Abbaye de M le Cardinal
d'Eftrées qu'ils avoient à leur
droite , & où ils avoient laiffé
un grand nombre de Bleffez .
On revint fur le champ de
Bataille , où l'on trouva douze
pieces de Canon , beaucoup
de munitions de guerre , &
peu d'équipage , les Ennemis
n'en ayant point amené . Ils
ont perdu prefque toute lajeu.
neffe de Turin , & l'on fait
monter les Morts à prés de
quatre mille . Nous avons fait
GALANT 333
12. à 13. cens Prifonniers. On
tient que Mr de Louvignies a
efté bleffé à la cuiffe , & que
Monfieur de Savoye,en fe retirant
dans une Chaife roulante
penfa eftre emporté
d'une volée de Canon . Mr de
Monafterole , Lieutenant de
fes Gardes du Corps , & Mr
de Fouville , Capitaine au Regiment
de fes Gardes , ont
efté pris , avec beaucoup de
gens de diftinction , dont on
ne fçait pas encore les noms.
On les à renvoyez fur leur
parole aprés leur Maiſtre , à
condition de revenir dans
334 MERCURE
rs
cinq jours. Mr le Comte de
Beüil a efté tué avec plufieurs
Colonels . Nous avons perdu
environ cent cinquante
hommes , & cu quatre cens
bleffez entre lefquels il y
a beaucoup d'Officiers , entre
autres M de Pelleport ,
& du Bourdez , Lieutenant
Colonel de Perigord , dangereufement
; M de Montgommery
& de Liancourt, au
bras ; M de la Lande , à la
jambe ; M le Marquis d'Ef
cau , Colonel d'Artois , à la
tefte ; Mr d'Apremont , Licu
tenant Colonel de Cleram"
GALANT 335
baut, au cofté; M² Chartogne,
Lieutenant Colonel d'Artois,
les deux cuiffes percées ; M
de Montignac , au bras fans
fracture , Mr de S, Marc , &
M de Ferile , Aide de Camp
de M' de Catinat , ce dernier
une contufion au deffous de
la mammelle . Mr Mongez ,
Licutenant Colonel de Montgommery
, & le Major de ce
mefine Regiment , ont efté
tuez , ainfi M ' de la Roque
"
che- Aimon, & le Frère de MF
de la Lande , Capitaine de
Dragons . Le Regiment de Ro
becq a efté des plus maltrai
336 MERCURE
unc
tez . Mule Prince de Robeeg,
outre une rude bleffure cau
talon , a eu une groffe contufion
à la jambe, & fon cheval
bleſſé à la tefte , fon Major
bleffé en deux endroits ,
un Capitaine tué , quatre blef
fez , fon Enfeigne Colonel ,
un coup au travers du corps,
le Sous lieutenant des Grenadiers
, les deux cuiffes porcées,
& quelques Lieutenans aufli
bleffez. Ce qui eft refténde
l'Armée des Ennemis s'eft
retiré en fort grand defordre
jufqu'à Morette , & de là à
Cramagnole , où l'on tient
oger facque
GALANT 337
que Monfieur le Duc de Savoye
raffemble fes Troupes.
Ce Prince a toujours efté à
la tefte de fon Armée pendant
le Combat , d'où il ne
s'eft retiré que lors qu'il a perdu
toute efperance de vaincre .
La nuit du 18.au 19. le Gou
uerneur de Saluces & les Payfans
fortirent de cette Place )
& le 19 , fur les cinq heures du
foir , les Sindics en apporterent
les clefs à M" de Catinat.
Le mot de l'Enigme du
mois paffé , qui eftoit le Jeu
de Paume , a cfté trouvé par
Aouft 1690. Ff
338 MERCURE
Ms Duval de S. Germain en
Laye de Blarat de l'Academie
d'Angers : Gibourg & du
Chefne , Huiffiers au Chafte
let : Claude Manfienne de la
Place Dauphine : Richer
ner, ruë
S. Martin de Tavane de la
Marine, & de Mondefir ,Offi
cier de Cavalerie : le jeune
Chevalier de Pontorfon : Pipi
le petit Hollandois ; Jean Bougemont
de la rue S. Martin :
l'Amy malheureux de llaabelle
Cafuifte l'indifferent Aris :
le More Cabaretier : Cotterot
de Villiers ; par Mefde
moifelles Malingre de la rue
GALANT 220
339
de la Salle de S. Germain en
Amics infe-
Laye les deux
parables de la rue des deux
Boules : la charmante Mi-
• chelle Haiel de la rue Montmorency
: l'aimable Niece de
la fpirituelle Tante de l'Echelle
du Temple : la petite
Brune du Pont Saint Michel :
l'aimable couple de Soeurs de
la fue S. Julien des Menef
VID
triers .
L'Auteur de l'Enigme nouvelle
que je vous envoye , n'a
pas cu deffein d'en cacher le
mpuis qu'il affure qu'il
eft devant les yeux du Le-
&teur. Ffij
340 MERCURE
ENIGMES
UN
Ne main Roturiere affez fouvent
m'exerce.
Né dans les Bois , en ville j'ay
commerce,
Bienfouvent employé dans le Palais
d'un Roy.
A-t-on fait ce qu'on veut de moy,
L'on me met auſſi- ioſtſans façon à la
porte!
A connoiftre mon nom fi ton defir te
porte ,
Y a-t-il rien , Lecteur qui foit plus
devant toy ? 2091 ADD
Labadie darbou
caue
M l'Abbé p
a
efté nommé à l'Evefché
GALANT. 341
d'Ags .
Le 25. d
Le de ce mois , la Fefte de
Saint Louis fut folemnifée à l'ordinaire
par Mrs de l'Academie Françoife
dans la Chapelle du Louvre.
M.J'Abbé de la Vau , l'un des Academiciens
, celebra la Mefle , pendant
laquelle, un fort grand Choeur
de Mufique chanta un Motet de
la compofition de M. Oudot , &
M. l'Abbé de Pezene prononça en-
Ff iij
342
MERCURE
funge la Bangerziene de baint. J'af
foiblirais a force de fes pencée
& le noble rour qu'in jeur donna
Je Voulois faire icy un extrait de
on generals &
vous marquer combien rout
monde en fut fatisfait , du en vous
'envoyant la copie d'un Biller qu '
kongne d'efprit échine le lendes
main à M. l'Abbé du Fay foredra
action. En voicy les termes.
Donnez- moy la connoiffance de M.
Abbé de Pezene , & vous me fer
rez un plaifir fingulier. F'honore fa
vertu , j'admire la delicateffe de fon
genie , & j'avoue auec tout le mon
de , qu'il donna bier les regles d'un
Art , dont il est l'Inventeur. Sans
fortir defon fujet , & dans un dif
Cours tout Chretien , il fit Eloge de
རྟོགསན་ ཚེ
GALANT: 343
Saint Louis , du Roy , de l'Academie,
lefien. Ibfit auffi connoistre qu'il eft
des termes heureux dont l'expreffon
force la volonté de croire les vexitez
quis paroiffent des prodiges.
Laffemblée lay applaudit par un
dou murmate fans éclat , tant elle
apprehendoit de perdre une de fes
paroles. Cette piece merite d'eftre tra
duite en toutes fortes de Langues , la
modefie de l'Auteur n'en doit point
empeſcher l'impreffion ; & pour moy ,
de la part de tous les beaux efprits
je vous conjure d'y employer voftre,
credit , il doit eftre grandpar rapport
à l'amitie mutuelle qui eft entre
vour al snot as group
A
On m'envoye tout prefentement,
une copie de la Relation de M. de
Feuquieres , touchant la Victoire,
remportée par l'Armée du Roy fur
Ffiiij
344 MERCURE
les Troupes de Monfieur le Duc de
Savoye, Comme elle eft plus éten
duë que celle que j'ay faite fur les
diverfes Lettres que l'on a receuës
de cette affaire, je vous en fais part,
afin que vous n'en ignoriez aucune
circonftance . Sa modeftie l'ayant
empefché de parler de luy , je croy
que vous luy rendrez la mefme
Justice qu'il rend aux Officiers dont
parlez stick oui taq sup
796 Ce 20. Aouft 1696, Jorband not 38
SU
Uivant l'ordre de la Cour que
M. de Catinat avoit receu de
chercher les occafions de combat-"
tre l'Armée ennemie , ce qu'il eftoit
impoffible de faire pendant qu'elle
demeuroit dans fon Camp de Villefranche
, où elle eftoit bien retranchée
, il fut refolu de faire quelque
entrepriſe qui obligeaft les Enhemis
GALANT 345
m
à fe dépofter , & de tâcher de prendre
dans leur mouvement l'occafion de
leur donner Bataille. Pour cela ,
aprés avoir pris durant plufieurs
jours les précautions, neceffaires
pour nous pourvoir de vivres pour
dix ou douze jours , afin de n'avoir
pas befoin d'eftre prés de Pignerol
pendant tout ce temps - là , on marcha
le 17. Aouft du Camp des Oc
quets, & par une marche fort belle
& fort hardie , prêtant le flanc aux
Ennemis , nous vinfmes à Saluces
que nous avions
refolu
de
ces
forcer
malgré plus de trois mille hommes
que les Ennemis y avoient jertez ,
afin de faire de cette Ville un lieu
feur pour nos vivres , & un pofte
au delà du Pô qui nous mist en
eftat de nous paffer de Pignerol.
M. de S. Silveftre cftant de jour,
346 MERCURE
eut foin du Camp, soje fus chargé
de prendre les hauteurs autour de
Ja Ville. Ty marchay pour cet effet
avec la Brigade de Grancé, pour occuper
une hauteur qui eft abfolu¬
ment fur la Ville , & furlaquelle les
Ennemis avoientjetté beaucoup de ,
monde. Elle fut attaquée par les
Bataillons de Grancé , Bourbon ,
& Hainaut , commandez par M. de.
Pompone , & emportée avec perte,
des Ennemis, parce qu'ils voulurens
défendre des collines & des poftes
qu'ils avoient dans des vignes dont ,
cette hauteur eft couverte . De noftre
cofté, M. le Marquis de Vieux-,
pont, à qui Monfieur le Duc venoit
de donner fon Regiment , & qui
n'avoit efté receu que la veille , y
fut tué , & il y eut quelques autres ,
Officiers bleffez. En mefme temps
*
GALANT 347
*
રે
nous occupions le Fauxbourg , dont
les maifons eftoient à vingt pas au
plus des murailles de la Ville , qui
font mauvaiſes , & les Bataillons de
Cambrefis & de la Garde , Milice
de Montauban , eftoient occupez à
cela . Comme M. de Catinat & moy
reconnoiffions les endroits où nous
pourrions attacher des Mineurs , M.
de Chateaurenaud , Colonel de
Cambrefis , qui eftoit avec nous ,
futbleflé d'un coup qui luy prend à
l'épaule gauches & duy for entre
laufix & feptiéme cofte du coûté
droit Comme ce coup ne luy caffe
rien , on croit qu'il s'en tirera.
Dans le temps que nous eſtions
occupez à Saluffes , M. de Monte
gommery qui avec 400. chevaux
couvroit nôtre marche, envoya plufieurs
Officiers les uns fur les autres 3..
348 MERCURE
ǎ M. de Catinat , pour l'avertir
que l'Armée Ennemie paroiffoit.
M. de Catinat y alla mais comme
les Ennemis n'arrivoient que par
une tefte qui eftoit couverte à deur
droite par des Rivieres & des Marais,&
à la gauche par le Pô, & des
Marais quque les débordemens du
Pô forment , on ne put du reſte de
la journée juger fi c'eftoit toute
l'Armée Ennemie , ou fi ce n'eftoit
qu'un gros party qui fuft venu pour
tâcher à profiter de noftre Arierre
garde en paflant le Pô , qui ab fort
peu d'eau vis à vis de Saluces. ob sin
Cependant comme il n'y avoie
que la Brigade de Grancé , les Gardes
de Cavalerie & une partie de
l'Artillerie & ordes Bagages qui
euffent paffé cette Riviere , je fas
chargé de faire repaffer tout cela ,
GALANT- 1 349
& aprés avoir retiré tous les poftes
d'Infanteries, de la ramener pren
dre fon pofte fur la ligne , ce qui
fut executé. Ainfi nous paffames
en bataille toute la nuit du 17. au
18.fans fçavoir furement fi ce corps
des Ennemis qui s'opiniatroit à demeurer
devant nous , eftoit feule
ment un gros party ,comme je vous
l'ay marqué , où toute leur Armée ;
mais pourtant prefumant plûtoft
que ce fuft toute l'Armée , à caufe
que ces Troupes fe tenoient trop
prés de nous . La nuit ne nous éclaircit
de rien , parce qu'ils le retirerent
un peu en arriere , & que
comme le Marais tourne , ce ter
rain que l'Armée Ennemie occu
poit fe cachoit à nos yeux. Nous
netpumes d'ailleurs en eftre éclair
cis par les partis que nous en,
350 MERCURE
voyâmes par la droite & par T
gauche pour tâcher d'envoir le
revers , à caufe que par noftre
droite , le Pô & les Marais qui Favoiſinent
font fort couverts de Bois,
& que par la gauche l'Abbaye de
Stafarde qui eft à M. le Cardinal
d'Eftrées & Four Mi de Savoye
avoit mis fon quartier , eft auffi un
pays fort couvert . Le 18. au matin
nous entendiſmes beaucoup battre
& tirer dans l'Armée Ennemie , fans
pouvoir démesler fi ce bruit avan
çoit préciſement à nous. Tantoft
cela nous paroiffoit, & tantoſt nous
éroyions que ce bruit couloit vers
noftre gauche comme pour donner
la main aux Alpes , & nous ofter la
communication avec Pignerol. La
peine que nous avions à demefter
ces mouvemens des Ennemis , veGALANT
35x
4
*
noit de ce que je vous ay fait re
marquer que le terrain qu'ils occu
poient tournoit entre les deux
Marais, & qu'ainfi nous entendions
les tambours & les coups des Sol
dats qui déchargeoient leurs armes
à la droite & à la gauche, Enfin
un Party que nous envoyafmes en
tefte , commandé par M. de Chaban
, nous éclaircit en fort peur de
temps , car il n'eut pas efté un
quart d'heure dehorsqu'il trouva la
tefte des Ennemis. M. de Carinat
poulla à ce Party avec M. de Saint
Silveftre & moy. Nous vilmes un
gros Corps qui rempliffoit tout le
terrain entre les deux Marais capa
ble de contenir fept ou huit Bataillons,
& autant d'Efcadrons, & neus
démeflames plufieurs lignes de
Troupes derriere celle -là . Pour en
F
352 MERCURE
eftre encore mieux éclaircy , M. de
Carinat envoya chercher M. de
Mongommery avec toute l'aifle
droite de Cavalerie & de Dragons,
pour pouffer quelque Cavalerie que
les Ennemis avoiht jettée devant
eux , ce qui fut executé , mais le
terrain que nous lleuer ufilrmess lafcher
for
ne fervit qu'à nous découvrir leur
Infanterie & à nous faire connoiftre
que c'eftoit l'Armée ennemie entiere
; de quoy nous fufmes encare
affurez par un Gendarme de M. de
Savoye , qui fut pris & conduit à
M. de Catinat , qui ne fceut pas
plutoft feurement que toute l'Armée
ennemie eftoit là , qu'il refo
lut de la combattre , & pour cela
il fit refter M. de S. Silveftre avec
l'aifle droite où elle s'étoit avancée ,
& me ramena avec luy à l'Armée
GALANT. 353
pour la faire marcher. Comme j'ay
l'honneur de commander l'Infanterie
, je fus chargé par M. de Catinat
du foin de la faire marcher
aux Ennemis en rempliffant toujours
tout le terrain que je pourrois
occuper entre les deux marais ,
n'ayant fur ma droite que le Meftre
de Camp general de Dragons.
L'aille gauche de Cavalerie & de
Dragons fut commiſe aux foins de
M de Quinfon, qui naturellement
a fon pofte à l'aifle gauche ; &
Artillerie fe partagea dans les intervalles
de l'Infanterie. Je mar
chay donc prefque toujours fur trois
lignes d'Infanterie , ayant pour Bri
gadier de la droite M'de Medavy , à
la gauche M. le Prince de Robecq ,
& en feconde ligne M. du Pleffis
Belliere . Lors que nous fulmes prés
Aoust 1690. Gg
354 MERCURE
trouvafmes
des Ennemis nous
qu'ils avoient jetté deux Bataillons.
dans les endroits du marais de noftrer
droite, où la connoiffance
qu'ils avoient de ce lieu leur avoit
fait remarquer que le terrain eftoit,
le meilleur & qu'à leur droite qui
eftoit noftre gauche il y avoit plufieurs
grofles Caffines qui estoient ,
remplies de gros Bataillons , dont
ceux qui eftoient fur la ligne, & qui
de leur feu foûtenojent lesCaffines,
& , en estoient foutenus , avoient
devant eux ou des hayes ou des
chevaux de frife , a la mode des
Loupes de l'Empereur en Hongrie.
Cette difpofition eftoit terrible as
voir & ces poftes eftoient admirables
pour nos Ennemis. Cependant P
noftre General refolur de les arta- s
quer, & pour cela quoy que nous ne
१
GALANT 35t
connuſſions pas le marais de noftre
droite , que nous y viffions , outre
les deux Bataillons des Ennemis
pofteż quantité de Paylans armez
qui le rempliffoient , & que ceux
que l'on y envoya le fonder nous le
rapportaffent fort difficile à paffer,
M. de Medavy eut ordre d'y entrer
avec fon bataillon & celuy de Bourbon
, pour tâcher d'en chaffer les
Ennemis , & par là fe pofter dans
leur flanc gauche . En même temps
je fis remplacer ce vuide par les Bataillons
de Perigord & de la Garde,
qui n'avoient pù trouver place fur
la Ligne , & par là Hainaut que
-commandoit M. de Pompone , fe
trouva à la droite de la Ligne. Dést
que cela fut fait , on s'ébranla pour
attaquer de front l'Armée ennemie
,en paffant par les intervalles
Gg ij
356 MERCURE
de noftre aifle droite del Cavalerie
qui avoit déja chargé plufieurs fois,
& M.de Robecq avec la Brigade de
l'aifle gauche , s'avança pour aller
attaquer les Caffines. Les Ennemis
avoient en premiere ligne des Efcat
drons de Cavalerie & Dragons
tant de Savoye que d'Efpagne , &
du Prince Eugene , dont les derniers
les avoient joints depuis deux jours,
& leur Infanterie de premiere ligne
eftoit , tant à leur droite dans des
Caffines & leur voifinage , qu'à
leur gauche dans des hayes , fur le
bord du marais , d'où elle protegeoit
les Bataillons qui eftoient dans les
marais , & les Dragons qui eftoient
dans la plaine , & cette Infanterie
avoit trois pieces de Canon devant
elle , &
Portée
Outre cela , à une demie
portée de fufil en tefte , un foffe
GALANT 357
fort difficile à paffer. Quoy que
dans cette difpofition , nous mar
châmes à eux. Les Regimens de
Grancé & de Bourbon , malgré les
difficultez du marais , arriverent a
l'Infanterie ennemie qui le gardoit ,
en meſme temps que Hainaut arrivoit
à l'Infanterie de la gauche des
Ennemis qui eftoit dans les hayes.
Le refte de la ligne jufques à la
gauche ou M. de Kobecq avoit
faire aux Caffines , fe trouva chargeant
les Ennemis. Le combat fut
fort rude & long. Cependant M'de
Medavy avec les deux Bataillons
penetra le marais. M. de Pompone
avec fon Regiment dépofta les Ennemis
d'une partie de la haye , &
fe trouva à hauteur de leurs trois s
picces de canon & de la ligne de
Dragons . Cela n'alla pas fi vifte fur )
348 MERCURE
ر
le tefte la ligne parce que les dif
ficultez du foffé firent que les Regimens
de Dragons du Mefire de
Camp, de la Lande , Fimarcon , &
Catinat , ne purent pas le paffer fi - s
toft. Quant aux Caffines que noftre
gauche attaquoit, les premieres emportéés
, ne nous donnoient pas les
autres , qui fe trouvoient appuyées ,
de toute la ligne des Ennemis. Ainſi
le, Combat durant trop en ce lieulà,
on y fit avancet les Bataillons de
la feconde ligne , qui comme elle
avoit à traverser une ligne de Ca- ă
valerie formée derriere noftre premiere
ligne d'Infanterie , ne pou
voir arriver fi promptement qu'ent .
l'euft defiré. Pendant ce temps-làsa
nos Dragons de la premiere ligne, & .
les Bataillons de Hainaut , la Garde
& Perigord , par des efforts extra .
GALANTM39.
ordinaires firent aflez perdre de
terrain aux Ennemis pour que nous
nous rendiſſons Maiftres de trois
pieces de Canon. Dans ce mefme,
temps , le noftre qui avoit marché,
d'abord à la tefte de l'Infanterie,
qu il avoit fait merveilles , perça
Doftre ligne de Cavalerie qui eftoit,
derriere la premiere ligne d'Infan
terie , vint le mettre à la tefte.
de l'Infanterie proche des trois Pieces
de Canon prifes a la portée du
Pistolet des Ennemis , qui par le
terrain qu'ils avoient perdu , n'avoient
fait qu'en trouver un plus.
eftendu remply de gros Bataillons,
dont la contenance eftoit fort bon-y
ne , & où ils avoient encore du
Canon. Toute noftre ligne qui fen
trouvoit avancée fouffrait beau- i
coup tant parce qu'elle eftoit de-4
›
360 MERCURE
bordée à la droite par des Bataik
alad
lons poftez dans les hayes le long
du Marais , que par qué toute flifan
terie du front de la ligne des Ennemis
, & par celle qui occupòit les
Caffines de leur droite, & les hayes
Teleshayes
qui alloient juſque vers le milieu
de leur ligne , & qu'outre cela, des
Efcadrons cuiraffez fouftenoient
encore cette Infanterie.oCependant
elle foûtint les efforts des Ennemis
avec une vigueur extraordinaire
, & donna le temps à l'Infanterié
de la feconde ligne d'artiver.
Le Regiment de la Satre marcha
pour foutenir Perigord . Celuy de
Clerembant attaqua la groffe Caffine
ou les Ennemis avoient le Re
giment de la Croix blanche , & un
Bataillon des Gardes de M. de Sa³
voye, & le Regiment du Ples avec
lc
GALANT. 361
le reftede fa Brigade ,foûtint la Brigade
d'Artois qui avoit eu affaire avec
eux aux Caffines & Hayes qui
eſtoient tout à fait à noftre gauche.
Dans cette difpofition , tout donna
avec une furie fi extraordinaire
que toutes les Caffines furent emportées
, les Ennemis malgré les
hayes , & tous les Chevaux de
frife pouffez leur ligne de
Cavalerie & de Dragons renversée ,
& les hayes de noftre droite occupées
par les Regimens de Hainault,
Grancé & Bourbon , qui dans ce
temps- là , ayant achevé de chaffer
les Ennemis du Marais , fe rendirent
maiftres de la haye qui le
bordoit , & marcherent l'épée à la
main aux Bataillons qui fe trouve
rent prés d'eux. Depuis cette charge
Aouſt 1699, 1matting Hh
362
ME
eres
, on ne dom
qui fut ddeess pplluuss
plus aux Ennemis le temps de rallier
leur Infanterie . Elle fut ren
verfée b
par noftre droite dans les
Bois qui font le long du Pô , par lef- >
quels Tunes parties s'eftsfauvée par
noftre gauche dans les marais quiun
font proche l'Abbaye de Sta-
T
farde & leur Cavalerie pouffée juf b
quesau delà du Pô proche Villes &
franche. Dans ce chemin , de douzeM
pieces de Canon que les Ennemisin
avoient I
vau commencementC
Combat , nous en avons pris onze.
La douziéme aceſté :
38
Ponze.319
jettée dans le Pôzen quelque en- ***
droit où nous ne l'avons pu trouup
ver. Nous leur avons pris auff
toutes leurs poudres , quantité de
Caiffons & leurs Equipages qui
n'eftoient pas fort nombreux ,
ab lup , ensqu¤ sonh¶ si pan0991
de
15
GALANT 363up
d'Etendartiko
à caufe qu'ils les avoient daiffez ala
Villefranche. Il y en a pourtantl
de ceux de Monfieur de Savoye , w
& environ 1200. beau
coup & Drapeauxlap
quantité d'Officiers , tant deson
Troupes de Savoye que de celles
d'Espagne ,dont je remets les noms
à la Life qui en fera envoyée par D
M. de Catinat. Ce que les Prifon /A
niers nous ont dit de deurs Bleffez
& Morts eft, que M. de Louvignies v
eſt bleflé , un des Favoris de Son
Alteffe Royale , Colonel du Regis
ment de Savoye , nommé le Mar 9
quis de Bueil , tué le Fils din Viceb
Roy de Naples tué. Voilà ce quesv
j'en fçay aujourd'huy . On dir quesos
Monfieur de Savoye s'eft retiré
d'affez bonne heure. Nous y avons` ~
reconnu le Prince Eugene , qui de-
Hh ij
364 ?
MERCURE
puis le commencement de la Bataille
a toujours brillé , & a fait
Arriere- garde avec les Gardes &
Gendarmes de Monfieur de Savoye
qui n'ont eſté rompus que fort
proche du Pô lis l'auroient efte
beaucoup plûtoft , & leur Cavalerie
bien plus endommagée , fi elle n'avoit
pas efté dans fa retraite conti
nuellement protegée des bois &
Amarais dont j'ay parle , dans lef
quels leur Infanterie s'eftoit jettée ,
& d'où elle faifoit feu , & où la
sanoftre ne pouvoit arriver affez
vifte pour ouvir abfolument la
Plaine à noftre Cavalerie
plus d'u-
3 ne demy-lieue durant , la Plaine
un'ayant pas de large dequoy mettre
is plus de fix ou fept Eſcadrons de
front. Cette Victoire eft grande &
complete, & nous n'avons ny OffGALANT
365
bez
H
+for
ciers Generaux , ny Brigadiers , ny
Colonels tuez , mais beaucoup de
bleffez. M. de Catinar a euphufieurs
coups dans fes habits , fans
qu'il y en ait aucun qui l'ait frapé ,
outre qu'il a fait tout ce qu'un hasil
bile General peut faire de bien de
fa tefte, tant pour parvenir aux fins
de dépofter les Ennemis afin de les
pouvoir combattre , que pour
les
battre lors qu'il en a trouvé l'occafion
. Ce que je fçay , c'eft qu'il eſt
affurément le plus dur homme au
feu que j'aye jamais vû . M. de S
Silveftre a fait des mestant
en engageant l'affaire au commencement
avec la Brigade de Montgommery
, que dans le refle de la
journée , où il a eu un cheval tué
fous luy, M.de Quinfony a parfaitement
bien fait , & a efté heureux
yn znova nech Hh iij
~ 366
MERCURE
ont
JU860031
61.91000S,
en tout . Le refte des Officiers y
combattu avec une valeur &
une conduite fort grande. M. de
Montgommery y a eu le bras gauthe
caffé & deux groffes conta-
7ions. M. de Pelleport , un coup de
moufquet qui
qui luy prend au deffus
de l'aine droo 3D TO EME
& fort de
my l'autre coſté du ventre . M. de Robecq
, deux coups , l'un au talon ,
& l'autre à la jambe , fort heureux,
ME
HOLY
un coup de moufquet
qui luy perce la joue au deffous de
1'oreille M. de Montignac un
coup qui luy perce le bras gauche
fans le caffer. M. de Liancourt , un
coup leger au bras. Des Lieute
JOLAM
ins
Colony
celuy
de Grancé
,
nommé du Chaftel , bleife bleffe Charnd
the ahrɔy ši
togne d'Artois les deux cuiffes
percées ; Deherede la Sarre , legerement
bleffe Alpremont de Cle
GALANT
367
ཁོརྣཔ་
rembaut , un coup à l'épaule le
Lieutenant Colonel de Mongom-
5M nommé Mongé FUENT
mery, nommé Mongé tué. Dú
refte des Capitaines , je n'en ay pas
encore la Lifte je fçay pourtant
le Chevalier de la Roche -Aymon ,
preraner
Major de
Mongommery
, we le
Fils de M. de Servon , tué
o de
Myde
Prie , Parent de Me la Marechale
de la Mothe , tué ; le Chevalier du
Bourder,Lieutenant Colonel de Pe
rigord, fort blefléainfi que le Chevalier
de Villerville , Capitaine dans
le Mestre de Camp de Dragons
er curte
& Moneran , Lieutenant Colonel
de Cambrefis . Percy , Major de la
Sarre , la jambe caffée ; S. Pierre Ma-
" jor de Robec , bleffé ; la Rianderie
dans Robec , la cuiffe caffee fort
haut ; la Fare, Capitaine dans Bourbon
, tué . Voilà ce que je ſçay d'Ofin
Simer
Hhi
268 MERCURE
fait
ficiers tuez ou bleffez. Il faut dire
en general que l'Infanterie
des chofes furprenantes , non feulement
lors qu'elle à attaqué mais
en foûtenant un gros feu. Il y aleu
des Bataillons qui ont charge plus
fieurs fois avant que d'emporter de
qu'ils attaquoients fans fe rebuter
pour cela , & ont retourné juſqu'à
ce qu'ils ayent forcé les Ennemis.
Nous avons paſé la nuit du 18. au
19. fur le Champ de Bataille , &
marché enfuite à Saluces que toures .
les Milices de M. de Savoye ont
abandonné de forte que les Ha
birans ont ouvert les portes à M.
de Catinar , qui fait féjournerl'Art
mée aujourd'huy tant pour établir
les
Bletlez
dans
Sakiceso que pour
donner ordre aux fubfiftances
afin de fe pouffer en avant , & fe
GALANTM 369.
3
mettre en eſtat en remarchant aux aux
Ennemis de les obliger à nous.
laiffer les Maiftres de la Cam
pagne, supelle & all'up zrol momsk
Les Armes du Roy ont conquis
fur Monfieur de Savoye le Cha
Blais , le Genevois , la Maurienne
& le Focigay , & felon toutes les
apparences elles ont foumis il y a
déja quelque temps 3 la Tarantaife .
ou nos Troupes doivent eſtre entrées?
Mrs de Geneve ont envoyé
des Depurez à M. de Saint Rhut
pour luy faire compliment fur ces .
Conqueftes, olan ngobies
WM. de Bouflers a efté detache
de 4'Armée de M. de Luxembourg
pour aller entre Sambre & Meuſe.
Ces jours paffez les Ennemis , qui
font toujours à Hally & à Braine
firent un détachement de quinze
་་
370 MERCURE
en
cen's Maitrescu
qui
portoient e
croupe un pareil nombre de Fan.
F162090 2101.249 115 6. talins dans le deffein de venir
forcer noftre retranchement
au
deffus d'Ipres , mais M. de Montbron
qui y commande en ayant
KUD 210 22
effé averry à temps , tira des Troupes
des Garnifons voifines pour
aller à leur rencontre
ce que les
Ennemis ayant fçu , ils s'en
nerent. Les Brandebourgs qui
eftoient plus de 15000. hommes , &
plus de 60000.bouches enFemmes ,
Enfans & Chevaux , ont entierement
defolé les endroits
ont
endroits
retour
Bruxelles,
par
où ils ont paffé
. Ils ont
mefme
brûlé
un
gros
Village
proche
de de forte
que
Lon
font
fait bien
a peut
dire
qu'ils
achepter
fé
achepter par tous les
ravages qu'ils ont faits. On peut
connoiftre par- là que la venue de
GALANT 371
l'Electeur de Brandebourg eftant
f dommageable aux Ennemis › il
n'eft pas fort neceffaire de leur
donner Bataille pendant qu'ils fe
ruinent eux-mefmes en defolant le
Pays qui les doit faire fubfifter. Ce
posan
eft pas que M. de Luxembourg
Bit recules au contraire il s'eft to
n
bases
1000 2900 OV ZICHEW
tourjours
prefenté , mais M. de Brandebourg
n'eft pas venu pour com
batre. Si fes Troupes eftoient
payées il les rifqueroit
mais nayant pas
nores
davantage,
touché tout l'argent
qui luy eft deû , il ne pourroit
pas , fi les François le batoient,
remettre facilement une autre
'Armée fur- pied , & c'eft ce qui luy
fait conferver la fienne . Mde
Maulevrier et toujours avec fon
petit Camp à Dotignies en deça
des lignes . & M. de la Vallette
+
372 MERCURE
*
avec le lien fous Menin .
M. de Guifcar , Gouverneur de
Dinant eftant forty de la Place
avec une partie de fa Garnifon , &
ayant efté joint par des détachemens
de plufieurs Garnifons des
environs , a efté à la tefte de cing:
ou fix mille hommes bruler autour
de Bruxelles fept ou huis Vil
lages , qui n'ont point voulu payerles
contributions dont ils eftoient
convenus. Quoy que l'Armée Ennemie
en fuft proche , elle n'a point
fait de détachemens pour les défendre
, apprehendant d'eftre attaquée
pendant ce temps -là par M.
de Luxembourg , qui avoit en effet
refolu de la combattre , fi elle euft!
• fait quelque mouvement.
Le 1. de ce mois , l'Armée que
5. Monſeigneur le Dauphin commanGALANT-
1 373
de s'approcha de Landau , & vint
fur le foir à Offemback. M. de
Baviere eftoit campé à Dourlach
avec la fienne , fans qu'elle euft
encore efte jointe par celle de l'Edont
une partie
de c
lecteur
話
des Troupes eftoit arrivée aux environs
de Heilbron. Cependant
M. le Duc de Villeroy qui commandoit
un detachement campé
fur le Fort Louis du Rhin , paſſa
cette Riviere avec mille Chevaux,
& cinq cens hommes de pied, &
défit un Party de Huffars qu'il
rencontra. Il y en eut un grand
nombre tuez ou bleffez , & vingtcing
qui furent faits prifonniers.
Le 17 Monfeigneur paffa le Rhin.
Jamais on n'a monftré tant de
Joye qu'en fit paroiftre toute fon
Armée , au moment qu'elle receut
a
374 MERCURE
SU!
L'ordre pour ce paffage. Elle en
fut fi penetrée , que tous les mainsb
malades
, ( car il y en a toujours parmy
des Troupes nombreufes) , parurent
fe bien porter ; & en effet la penſée
qu'ils eurent qu'ils pourroient voir
l'Ennemy dans un Combat , leur
donna des forces , & Monſeigneur
écrivit au Roy, qu'il n'y avoitplus
de Malades dans fon Armée depuis
qu'il avoit passé le Rhin . L'envie
d'en venir aux mains a efté po
QUEMO
nca
10539!
is a refte barrist
pouf
fée fi loin , que ce Prince a receu
plufieurs Placets fort ferieux & bien
raiſonnez
, par lefquels les Troupes
,
Le fuplient avec toute la foumiffion
poffible , & tout lerefpect qui luy
eft deû de vouloir bien éprouver
par une Bataille Pardeur don
qu'ils
ont fous fes ordres pour le fervice
du Roy, Il a deffendu
fur peine
GALANT V375
de la vie, de brûler, tuer, & violer
dans le Pays Ennemy , de forte
que l'on n'a brûlé qu'un feul Vil.
lage proche de Steimbach , parce
que les Payfans avoient tiré fur les
Troupes de Sa Majefté . Le lende
main que ce Prince cut paflé le
Rhin , il détacha Monfieur lesb
Prince de Conty avec mille Fuze
liers , & quelque Cavalerie , pour
aller faire un fourrage à un Villagep
fermé de bonnes Barricades , & ou
il y avoit quelques Pieces de Canon.
M. le Marquis de Nangis
receut un coup de moufquet à la s
tefte dans l'attaque de la droite, &
il en eft mort depuis. La gaucheg
fut attaquée par M. le Comte des
Cruffol , & la vigueur avec laquelle ev
on poufla les Ennemis, les obligea co
de quiter leur pofte. COOnn les pour b
376 MERCURE
fuivit dans la montagne, & enfuite
on fe rendit maiftre d'une redoute
où il y avoit du Canon , & de tous
les lieux où fe devoit faire le fou
rage. Cela ne fe paffa pas lans
qu'ils perdiffent beaucoup de monde
; la perte fut legere de noftre
cofté. Le 25jour de S.Louis, Monfieur
de Baviere envoya un Bboouuquer
à Monſeigneur par deux
Trompettes , & Monfeigneur l'envoya,
remercier le lendemain. Les
Troupes de Saxe & de Heffe,
& plufieurs Corps des Alliez ont
joint Monfieur de Baviere , & M
le Marquis d'Uxelles a amené à
Monfeigneur les Troupes qu'il com
mandoit. Ce Prince campa le 26.
à Urlaf , le 27. à Zufweir prés
d'Offenbourg , où il réjoignit l'Infanterie
, & le 28. à Schutteren
GALANT 377
d'où il devoit aller camper deffus
& au delà de la petite Riviere :
d'Eltz , entre Cappel & Kentzingen.
Le 26 les Electeurs de Baviere
& de Saxe camperent à Etlingen
un peu en deça de Dourlac. Ainfi
les deux Armées effoient à dix:
huit heures l'une de l'autre .
*
Monfieur de Savoye a eu nouvelle
que les Troupes d'Espagne
ont fuy jufques à Milan . Il demande
un homme à chaque Famille
; il s'eft retiré à Montcallier .
M. de Catinat eft luces , où il a lain y de Sa
cens
hommes , pour aller
du cofté de
Savillan
, & enfuire à Cazal . On
vient d'apprendre
que cette derniere
Place s'eft rendue.
Te
fçay que
vous
attendez
que
rous
parle
du
Prince
d'Orange
, & je
Aouft
1690
.
Li
378 MERCURE
cours
Vous avoue que cet Article n'eft pas
peu embaraffant. J'avofs “ amallé peridant
totit le mofs un très grand nom
bre de conjectures dont on pouvoit
inferer la mort avec beaucoup de
vray-femblance , mais il femble qu'il
ya prefentement plus de fajet de
croire qu'il Preefntt vivant. On allure
que le de ventre dont il eftoit
attaqué au débarquement en Ir
lande s'eftant tourné en diffenterie ;
il a efté pendant un mois à l'extremite
, & il y en a qui foutiennent,
que les mouvemens qui furent caufez
Londres par la perte de la Bataille
Nayale l'ayant allarmé il avoit quic
te l'Armée incognito , afin de ne pas
encourager celle du Duc de Tirconel
par fon départ , pour aller avec fes
Amis , & quelques Troupes qu'il avoit
refolu de faire paffer en Angleterre,
empefcher que Londres ne fe foules
vaft .& que l'exemple de cette Ville .
´n'entraînaft le refte du Royaume , fur
tout les François y faifoient une
&
T
GALANM 379
455
defcente , mais que fur le point de
s'embarquer ayant recen des Lettres
de la fincelle
d'Oray
&fa N Mar.
quoient qu'il n'y avoit rien à craindre
& qu'il pouvoit achever fa conquefte
d'Irlande , il s'en eftoit retourné,
Quoy qu'il en foit , tous les Couriers
qur reviennent d'Irlande , allurent
qu'il eft á la teſte de fon Armée , &
qu'il doit à prefent avoir affiegé Limerich.
Je ne vous dis pas qu'on doive
ajoûcer foy à ce qu'ils difent,
mais je vous fais part de ce qu'ils
rapportentent Vous apprendrez peuteftre
d'autres nouvelles avant que
vous
receviez ma Lettre . M. de
Laufun eft à Gallovvay avec les Troue
57
pes
dede
France
, où
il
le
propofe
de
faire
une
refiftance
vigoureufe
,
&
d'où
il pourra
le
retirer
par
mer
lors
qu'il
le jugera
à propos
,
Madame
la
a
Ducheffe
de
Tirconel
eft
arrivée
à
Breft
avec
plufieurs
Dames
Irlandoifer
. En
vous
donnant
lieu
de
conje
ansiolie y copia or
380 MERCURE
Sturer que le Prince d'Orange cftovivanty
jelne pluis pas la plus commune
opinion mais je me conforme ali
fentiment de ceux qui doivent eftre
les mieux inftruits , ou qui fe mettent
le moins en peine de fa more.En effet ,
qu'importe à la France , au milieu de --
les triomphes qu'elle ait un Ennemy
de plus ou de moins Elle eft aprote-...
gée du Ciel , & défend la cauſe de
Dieu & la gloires des Autels que les
Ennemis cherchent à détruire , puis
qu'ils font rendredes actions de graces
Dieu pour les victoires remportées
fur la Religion Catholique . C'eſt un
fait qui a efté connu par les Te Deum
qui fe font chantez pour la premiere
victoire du Prince d'Orange en Irlan -...
de. On dira que ce Prince la permet
dans ce Royaume-là mais derin'eft
que pour la détruire auffi - bien que
dans toute l'Angleterre , quand il en
fera paifible poffeffeur. La liberté qu'-
elle y avoir , et ce qui luy a fervi deGALANTI
0281
pretexte pour envahir les trois Royau
mes. Ainfi cette guerre queles Princes
liguez ont fomentée avec luy , eft une
guerre de Religion , & le Roy nedoir
point apprehender fes Ennemisen
défendant contre eux la caufe de Dieu..
Auffice Monarque a t- il écouté le
premier bruit de la mort du Princed'Orange
avec une fage indifference .
Ha blâmé les réjouiffances qui fe font
faites dés qu'il les a fceues , & il a dit
qu'il ne falloit pas fe réjouir de la mort··
d'un homme. Comment auroient- elles .
pa eftre commandées comme les Nouvelles
publiques Etrangeres l'ont dit ,
puis que de bruit de cette mort ne
s'eftant répandu à Paris qu'à minuit ,
les feux parurent dans le même inftant ?
Elles auroient velte plus loin le lendemain
fi on ne l'euft empefché , mais il
femble qu'elles fe foient faites pat permiffion
du Cieb , pour faire voir aux..
Sujets de tous les Princes liguez , que
la France n'eftoit pas prefte à fe fou
282 MERCURE
gc
lever , comme ils , leur avoient voulu :
faire croire dés que le Prince d'Orah
auroit roit paru en armes contre elle,
& que jamais Sujets n'ont tant aimé
leur Prince que font les François . Je
fuis, & c ..
A Paris ce 31. Aouſt 1690.
En vous pariant de la mort de Ma
dame de Beauvais , jay
oublie de a
dire que Mademoiselle de Beauvais , fa
Fille , avoit époufe feu Mr le Marquis ·
de Richelieu. MegirkaM
Rien ne varié plus que la Nouvelle
de la mort du Prince d'Orange, tous
les Couriers difoient il y a trois jours
qu'il eftoit en vie ; toutes les Lettres
portent aujourd'huy qu'il eft mort . La
Cour qui eftoit fort éloignée d'y ajoû
ter foy , femble avoir du panchant à
le croire , mais ceux qui font parles
affirmativement le Roy & les Minif
tres, ne difent pas la verité , puis qu'il
eft conftant qu'il n'eft rien forti de
leur bouche qui donne une entiere cer
ЯЯНЯЕМ 383
1
titude ; ny du paar , ny du contre. nyala
ve
Mais peut- eftre, qu'on fera mieux éclaircy
favant que vous recevicz ma
Lettre, pay 100fn ajaju? alamet oup
P
TABLE
Rélude
re
Vers qui ont remporte le Prix à
Academie d Angers . 225030 .9
Priere pour le Roy , tirée des Pfeaumes
du Roy Prophete
20
25
Madrigal.
Prix remportez auxFeux Florgaux
sude Toulouze pamit ub som al 26
Pierres d'une groffeur extraordinaire
tirées de quelques corps humains.
gdom AS u
27
28 Les Lions & Aigle , Fable.
Lettre contenant un détail de la reception
faite à la Porte à M. de
Chateauneuf Ambaſſadeur de
France. noptions
115 11
Réjouiffancesfaites enplufieursvilles
33
AUTRE
du Royaume , pour les Victoires
remportéesfurterre & fur merpar
les Armées de Sa Majesté.
72.
Le Moineau& la Linote, Fable. 88.
Oraifon funebre faite par M. l'Evef
que de Nifmes
Mort de Me de Beauvais
101
τος
108
Nouveaux Ouvrages de Geographie
debitez par M. de Fer.
Mr. de Fer.
L'Art des Lettres de Change" , "fuivantl'ufage
des plus celebres Places
de l'Europe. ****117
125.
126
Les difgraces des Amans
Hiftoire.
M. le Duc de Charoft & M.I' Archevefque
de Paris ,font receus Pairs
au Parlement. R
149-
Saites des Réjouiffances faites pour
les Victoires du Roy 153
Mort de M. le Maréchal de Schom--
berg.
181
Journal
TABLE.
Journal de tout ce qu'a fait la Flote
de France depuis le Combat Naval
, avec la defeription des Ga-
192 leres
Harangues faites au Roy , & au Roy
d'Angleterre par l'Envoyé d'Al-
216
tyger.
Harangue faite au Roy en luy prefentant
le Scrutin , pour faire prêter
le ferment aux nouveaux Échevinsanla
233
Mort du grand Maifre de Malte
246
avec l'Election d'un nouveau grand
Maiftre.
Détail de la Courfe faite par M. le
Comte de Teffé dans le Pays de
Fulliers.
Augmentation faite par le Roy dans
La petite Gendarmerie , avec les
noms des nouveaux officiers de
ssage Corps ..
2153
201
Officiers nomme pour compoſer la
nommez
Aouft 1690.
Kk
TABLE.
с
Maifon de Monfeigneur le Duc
pay well:08:288.
d'Anjou
-Benefices
donne
par le Roys
2172.
Démolition
des Fortifications
de l'Abbaye
de Cambron
. ma
274
-Prife
de Caours
.
Redition
de Chamberry
, Annecy
&
Rumilly
.
277
291
-Affaire de Lucerne & de Briqueras..
296
Détail de la Bataille gagnée en Piedmont
par M. de Catinat.
Article des Enigmes.
315
337
Fefte de S. Louis celebrée par l'Academie
Françoife. 341
Autre Relation du Combat donné en
Piedmont par M. de Catinat , faite
par M. de Feuquieres.. 3433
Conqueftes faites dans la Savoye
par les armes duRoy.
Nouvelles de Flandres.
369
2.69
TABLE
13 Nouvelles d'Allemagne,
Nouvelles de Piedmont.
Nouvelles dirlande.
ste
Fin de la Table.
the dongly traine
My
sårdalsa
grunt & pack
37&
377
377
12
Avis pourplacerles Figures.
LA
Air qui commence par, Qu'on
chante à la Cour , à la Ville ,
doit regarder la page 34.
La Figure doit regarder la page
238..
L'Ordre de Bataille doit regarder
la page 320.
Mr.Jean
Dumesnil
**
juncti
BIBLIOTH
" Las
Faricines ".
S J
30
CHANTILLY
JERS
DOM.S.ALO !
SA
CIENS
MERCURE
GALANT
LE
DEDIE A MONSEIGNEUR
DAUPHIN
A
OUST 1696.
A
PARIS ,
GALERIE-NEUVE DU PALAIS,
Nodonnera
ONnouveau
N donnera toujours un Volum
du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juſtice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E MICHEL GUER OUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC . LXXX X
'AVEC PRIVILEGE DU ROY,
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'il y a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , é
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent, &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite pre-
[entement le Mercure , aa
rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne .
il fera partir les paquets de ceux.
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
}
1 AVIS.
par
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toujours fort tard
deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il lefera toujours quel-
・ques jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
Jur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
lespaquets luy-mefme & de les faire
.
.
A iij
A VIS .
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
it les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eſtre
content.
MERCVRE
GALANT
A OUST 1690 .
N voit aujourd'huy
ce qu'on n'a point
veu dans les autres
Siecles. Les merveil
les de la vie du Roy font fi
furprenantes & en fi grand
nombre , qu'elles font l'objet
A
iiij
8
MERCURE
de toutes les
actions publiques
, & fourniffent fans ceffe
des fujets
nouveaux aux Academies
de France pour le's
ouvrages d'efprit qu'elles propofent.
Celle
d'Angers avoit
donné pour fujet de profe ,
le
difcernement de ce grand
Monarque, touchant le choix.
qu'il a fait des perfonnes aufquelles
il a confié l'éducation
de Monſeigneur
le Duc de
Bourgogne , & le prix a efté
remporté
par M de la Grange
, Avocat au Parlement :
Celuy de Vers eftoit la
rection que donne Sa Majeſté
pro
.
GALANT.
9
!
au Roy d'Angleterre. Com
me il n'y a rien de plus genereux
, vous ferez fans doute
bien- aife de voir comment
Ml'Abbé Maumenet a traité
cette matiere . C'eft luy qui a
merité le prix de Poëfie , &
voicy la piece qui l'a rem
porté.
SUR LA PROTECTION
Que le Roy donne à Sa
Majefté Britannique
.
й
ANS les champs ennemis
LOVIS couvert de gloire
Eut à peine achevé le cours defa
victoire,
10 MERCURE
Qu'immolant à Dieu feul la force
defon bras
Il vint chaffer l'Erreur du fein de
fes Etats.
Elle cede à fes coups , & le coeur
plein de rage,
'épargnons point , dit- elle
Prince qui m'outrage,
, un
Defarmée , & contrainte à quitter
ces beaux lieux ,
où j'ay sceu réſiſter à ſes puiſſans
Ayeux,
Allons pour luy livrer une cruelle
guerre
Exciter la Hollande , & la fiere .
Angleterre ,
Et dans tous les climats à mon culte
foumis ,
Armer en ma faveur mille bras ennemis.
Ceux mefme dont la foy s'oppose à
mes maximes,
12
GALANT . II
Uniront contre luy leurs couroux
legitimes
Et dans cette union trouvant unferme
appuy ,
Fe bravery bien-toft qui me brave
aujourd'huy.
C'eft ainfi qu'elle parle , &foudain
la perfide
Porte au coeur d'un Tiran fa fureur
parricide ,
Le flate avec adreffe , & l'anime à
tenter
Le plus noir des forfaits qu'elle ofa
projetter.
Prince , à qui mes Autels font plus
chers que ta vie >
Dit- elle , tu me vois par deux Rais
poursuivie.
L'un a déjafoumis au Pontife Romain
De fidelles Sujets élevez dans mon
Sein
12 MERCURE
Et l'autre s'affurant d'imiter fes
exemples ,
S'appreste à renverser mes Autels &
mes Temples ,
Mais fon Peuple conftant à me garder
la foy
D'un fi foible ennemi n'écoute plus
la loy.
Profite du moment où ton ardeur
guerriere
Peutfe frayer au Trône une illuftre
carriere ;
A feconder tes foins mon zele eft
préparé ,
Et j'ofe ten promettre un fuccés
affuré.
Ne crains pas d'attenterfur les droits
d'un Beau-pere ;
oùje parle , la loy , lefang, tout fe
doit taire ,
Et quand de mes Autels l'honneur
eft combatu , C
GALANT.
13
La violence eft jufte , & le crime eft
vertu.
Il écoute, & rempli d'une fecrete
joye
A defi noirs confeils fon coeur fe
livre en proye >
Et moins vaillant Guerrier , que
Prince fcelerat ,
Il fe montre au complot plus adroit
qu'au combat.
Que vois-je , ô Dieu ! déja fa fureur
inhumaine
Détrônefon Beau- pere , & poursuit
une Reine ,
Qui les larmes aux yeux fuyant
avec fon Fils ,
Vient chercher un afile en l'Empire
des Lis.
A quel excés de maux les verroiton
en bute
Ces Princes malheureux qu'un Tiran
perfecute ,
14 MERCURE
Si le plus grand des Rois fenfible à
leurs malheurs
N'en euft par mille foins adoucy les
rigueurs ?
LOVIS, dont les vertus ne font
jamais Beriles,
Ne bornepoint fon Zele à des voeux
inutiles ,
Il paffe en mefme temps des difcours
aux effets ,
En formant des Soupirs il répand
des bienfaits.
Luyfeul de tous les Rois que l'Europe
nous vante >
Leur tend dans la disgrace une main
careſſante ,
Leur offre fon Palais , fes trefers,
fes Soldats,
Et femble partager avec eux fes
Etats.
Qui peut voirfans l'aimer ce Vainqueur
magnanime ,
GALANT. IS
Cedant aux doux tranſports dont fa
bonté l'anime ,
Mettre à les confoler l'éclat de fes
grandeurs ,
Ee s'affliger luy-mefme en effuyant
leurs pleurs ?
Certes , ouje me trompe , ou jamais
la Victoire ,
Loüis , n'a fur ton front fait briller
tant de gloire,
Quand fidelle à te fuivre en cent
combats divers,
On la vit fur tes pas alarmer l'Univers.
Au bruit de cent exploits dignes de
ta vaillance ,
Nos efprits admiroient l'effet de ta
vengeance ,
Mais quand ton bras foutient des
Princes opprimez ,
Nos coeurs & nos efprits également
charme
16 MERCURE
Admirent encor plus cette tendreffe
extrême,
Qui comble de bienfaits un Roy
fans Diadême ;
Etc'est pour nous , grand Prince, un
Spectacle plus doux.
Que celuy des bienfaits que tu répans
(ur nous ;
Plus que nos intereſts ta gloire nous
eft chere.
Digne exemple des Rois , tu veux
eftre leur Pere.
Quel fort plus glorieux , que toy.
Heul aujourd'huy .
Sois de leurs droits facrez l'ornement
& l'appuy !
Mais quefera-ce un jour , quand loin
du bruit des armes.
La foy des faints Autels étalera`fes
charmes ,
Et qu'à tous les mortels cette Fille
des Cieux
"J
GALANT. 17
Fera de tes vertus le récit glorieux?
Alors ils apprendront de fa bouche
immortelle ,
Qu'en combattant pour nous tu
combattis
pour
elle >
Et que ton bras vainqueur défendit
à la fois
Le Sceptre , les Autels , la Nature
& les Loix.
Peuples, s'écrira-t-elle, & vous fçasvans
Orphées,
Vous ne luy dreſſez point d'affez
Je vais
dignes trophées.
graver may mesme au celefte
Som Sejour,
Ce qu'il m'a témoigné de tendresse
& d'amour.
:
Surpris à cet afpect le Germain infidelle
Verra fon front couvert d'une honte
éternelle ,
Aouft 1690 .. B
18 MERCURE
.
Et tomber pour jamais les fuperbes
lauriers
Dont n'aguere il a vû couronnerfes
Guerriers.
Vainqueur de l'Ottoman , quand tout
le favorife
י
A de vils interefts il immole l'Eglife
;
Un fier Usurpateur , un Fils dénaturé,
Loin d'attirer fa haine , en eftplus
reveré. ·
Prens ta foudre , LOVIS , marche où
la Foy te guide ,
Remporte en la fuivant un triomphe
folide,
Et rappelle bien-toft les douceurs de
la Paix .
Que l'Europe fans toy ne reverroit
jamais.
>
GALANT 19
PRIERE POUR LE ROY.
Sig
Eigneur , je viens aux pieds de
tesfacrez Autels,
Tinvoquer enfaveur du plus grand
des mortels ;
Quand il s'arma pour noustufoutins
fa vaillance.
Aujourd'huy que la gloire eft fon
unique objet ,
Que du Trofne & dufangfon bras
prend la défenfe ,
Seigneur , benis encore un fi jufte
projet ,
Et rien ne sçauroit mieux ſignaler
ta puissance.
Le Roy eft fi tendrement
aimé de fes Sujets , que je croy
qu'il n'y en aura aucun qui
Bij
20 MERCURE
n'entre avec une forte ardeur
dans le fentiment de celuy
qui a compofé cette autre
Priere . Elle est toute de ver,
fets des Pfeaumes , & l'Auteur
explique d'abord fon
deffein par celuy- cy .
"
Mon coeur pouffe avec ardeur
la parole fainte . C'est pour
le Roy queje compofe ce Cantique.
Pf. 44. V. I.
PRIERE POUR LE ROY,
tirée des Pfeaumesdu Roy
Prophere.
O
Ve le Seigneur vous
exauce au jour de l'af
CALANT. 21
•fliction ; que le Dieu de Facob
vous protege. Pf. 19. 1 .
Le Seigneur eft celuy qui
vous garde ; le Seigneur vous
couvre de fon ombre '; c'est luy
qui vous tient par la main. PL.
12.0. 5 .
C'eft luy feul qui vous déli
vrera de tous vos Ennemis , & il
ne permettra pas que leur entreprife
foit contraire à vos deffeins.
45. I
Vous accomplirez les defirs
defon coeur, & vous ne rejetterez
point les prieres qu'il vous
offre. 20.2.
Ilfe rejoüira , Seigneur » dans.
22 MERCURE
voftre force , quelle fatisfac=
tion ne reffentira- t'il pas de la
protection qu'il reçoit de vous ?
20. I.
Que fes Ennemis n'ayent
point de droit fur luy , & que
le mechant ne puiffe jamais luy
faire aucun mal. Pf. 88 , 22.
Seigneur , faites maintenant
profperer le règne de noftre Roy,
Que vostre main luy preſte ſecours
que vostre bras le
fortifie . 117. 24.
O Monarque invincible , vôtre
mainfe ferafentir à tous vos
Ennemis , & le Seigneur vous
élevera audeffus de tous les Rois
de la Terre. 20. 8.
GALANT. 23
Que les Nationsfoient émeües
tant qu'elles voudront , il n'y a
point de force capable de l'ébranler
, parce que la main du Seiò
gneur eft fon bouclier › & qu'il
eft en la garde du Saint d'Ifraël.
45.
6.
Voftre protection
l'a mis dans
·· un grand éclat , & vous l'avez
comblé d'honneur
& de gloire.
20. S.
Le Seigneur des Armées foit
avec vous ; le Dieu de Jacob
foit voftre fortereffe & voftre
défense. 45. 7.
Nous vous fouhaitons les be-
· nedictions du Seigneur ; la Sei24
MERCURE
*
2
gneur eft le Tout-puiſſant ; c'eft
luy qui vous protegera. 117.25.
Vous aimez la justice , vous
-haiffez l'iniquité ; c'estpourquoy
le Seigneur vous a facré d'une
huile de joye d'une maniere
plus excellente que tous ceux qui
vous ont precedé. 44.9 .
Ajoutes, Seigneur , jour fur
jour à la vie de nostre Roy , &
que la fuite de fes années foit
d'une longue durée. 60. 6.
Seigneur confervez ſa Famille
pour toujours , & que la
durée de fon Trône dure autant
que tous les fièclesà venir. 88. 29.
Seigneur , vous eftès tout plein
de
GALANT 25
de bonté , defendez noſtre cauſe
contre ceux qui nous tourmentent
, combattez ceux qui nous
font la guerre. 34. I.
La
France ne peut
manquer
d'eftre
heureufe , puis que le
Roy paroift
fatisfait
du zele
de fes Sujets. C'eft fur cela
que M Perrault
, de l'Academie
Françoiſe
, a fait le Madrigal
que vous allez lire .
LOVIS , quand la Hollande & la
fiere Angleterre
Ont flechyfous les coups de ton puiffant
tonnerre
Et que toute l'Europe en a tremblé
d'effroy ,
Aouft
1690 . C
26 MERCURE
que ton bonheur vient d'avoir
fous ta loy
Tu dis
Le meilleur Peuple de la terre.
Ah , combien dans le temps d'une
fi rude guerre ,
Sommes-nous plus heureux d'avoir
un fi grand Roy !
*
J'oubliay le mois paffé de
vous dire , qu'on a celebré
cette année les Jeux Floraux
à Toulouſe felon la coûtume
, & que M. l'Abbé d'Auf,
fonne , Frere de M d'Auffonne
, Avocat General dans
le Parlement de Languedoc ,
& Mrs Gay & Pagés y ont
remporté les Fleurs.
On avoit fait bruit de
GALANT 27
deux pierres d'une groffeur
extraordinaire, tirées de deux
& que > Cadavres humains
M: Tolet avoit veuës , l'une
à Saint Omer en 1682.chez les
Peres Jefuites Anglois , &
l'autre à Paris en 1689. La
premiere pefoit vingt - huit
onces , & la feconde qui en
pefoit trente - deux & fix
dragmes , avoit efté apportée
d'Ecoffe. Cependant ny l'une
ny l'autre n'approche de la
groffeur de celle qui s'eft
trouvée dans la veffie d'un
homme mort icy au mois de
Juin dernier dans l'Hôpital
Cij
28 MERCURE
de la Charité des Hommes.
Elle pefoit cinquante - deux
onces. Tout Paris l'a veuë .
avec admiration .
.
La Fable qui fuit eft trop
du temps pour ne vous l'envoyer
pas . Elle eft de M
Nault , qui avoit l'honneur
d'eftre du Confeil de feu
Monfieur le Prince.
LES LYONS ET L'AIGLE.
Ing Lions ennemis des douceurs
de la Paix ,
Cing
Ne voulurentplus deformais
Demeurer enfermez dans leurs fombres
tanieres ,
Et jaloux des grandeurs & des verus
guerrieres
GALANT. 29
Du plus grand Potentat quifait dans
l'Univers
Il va nous mettre dans les fers,
Dirent-ils , fi tous cing ensemble
Par la gloire qui nous aſſemble
Nous ne liguons les plusfiers animaux
Pour aller defoler fon peuple & fes
troupeaux.
Ce Prince que le monde adore ,
Et qui, d'où fe leve l'Aurore
Fufques au coucher du Soleil,
Ne fçauroit trouverfon pareil,
Regne fur la terre & fur l'onde,
Ravage & détruit tout le monde,
Brûle fur les rives du Rhin
Les Provinces du Palatin,
Et bien-toft mefme la Baviere ,
Si nous ne prenons foin d'y mettre
quelque fin ,
Afes exploitsfervira de matiere.
Chiij
30 MERCURE
Appellons avec nous les Loups , les
Leopards ,
Hurlons & rugiffons , courons de
toutes parts,
Et fi nous le pouvons , excitons le
tonnerre
Aluyfaire avec nous une fanglante
guerre.
Peut- eftre qu'attaqué par de tels ennemis
,
Nous verrons qu'à son tour il nous
fera foumis.
Un deffein genereux , quoy qu'il
foit témeraire,
Afouvent du bonheur fur le party
contraire.
La révolte eft concluë , & d'un commun
accord
Du paffage du Rhin l'un d'entre-eux
Se fait fort;
L'autre dit ; & pour moy, je porteray
la guerre
GALANT:
31
Fufques au Souverain des Etats
d'Angleterre ,
L'autre j'irriteray les Princes d'alentour.
Les derniers; &pour nous ,ravageant
tourà tour
Les lieux qui font icy les témoins
de fa gloire,
·
Nous en effacerons à jamais la memoire.
( espoir ,
Ils cabalent tous cing , & fur ce fol
Par tout où s'étend leurpouvoir,
Ils excitent divers orages.
D'une mer en fureur ils paffent les
rivages.
Tout fuit de leurs deffeins l'injufte
emportement ,
Rien de plus fortuné pour un commencement.
Dés le premier exploit l'un détrône
wn Monarque ,
Cij
32 MERCURE
Mais dans les decrets de la Parque,
Il eftoit deftiné
Que le Coq de la France
Par tout de leurs projets
confondroit
l'arrogance ,
Et que par le fameux Heros du
Dauphiné
on châtieroit le party mutiné.
Ainfi le Lion d'Auftrafie
Au premier chant du Coq meurt de
paralifie.
Les autres fuyant dans leurs trous
Tâchent d'éviter fon couroux.
Mais de l'Aigle l'andace extrême
Veut s'en mêler de mesme ,
Et dit ; je porteray des coups
Qu'on ne pourra me rendre.
Le Soleil fans attendre
Qu'elle cuft entierement achevé fon
difcours ,
D'un projet infolent veut arrefter le
Cours.
GALANT.
33
Il affemble fes feux fur cette Aigle
legere
Qui voulantfe guinder auprés de
fa lumiere ,
Sentit pour fon malheur
La plus forte &cuifante ardeur.
Ses crisparmy les airs le firent bien
connoiftre.
Ah , dit-elle , pourquoy s'adresser à
fon Maiftre ?
Apprenez , o Mortels
mourante voix
› par ma
Que tout doit obeir à l'Empire François.
Les avantages que le Roy
a remportez fur terre & fur
mer par les deux grandes Batailles
que M le Maréchal
Duc de Luxembourg , & M
34 MERCURE
le Comte de Tourville ont
gagnées le mois paffé , ont
donné lieu a quantité d'ou
vrages de Vers , que l'abondance
des nouvelles importantes
dont j'ay à vous faire
part ne me permet pas d'employer
dans cette Lettre . Ainfi
je me contente de vous envoyer
un Virclay que M
Marcel a fait fur ces deux
Victoires . Le fameux M!
Dambruys y a fait un Air en
Vaudeville .
VIRELA Y.
Qu'on chante à la Cour , à la Ville,
Vive Luxembourg , &Tourville !
TTTPS
39
"Our
?!!
w'A-
3.
Tou
I de
leur
voit
du
nomes
:
ent,
34 I
le Co
gagné
donné
vrages
dance
tantes
part
n
ployer
fi je n
voyer
Marce
Victo
Damb
Vaude
Qu'0
Vive La
GALANT. 35
Qu'on chante à la Ville , à la Cour ,
Vive Tourville , & Luxembourg !
S
Luxembourg plus vaillant qu'Achille
Défit nos Ennemis par
mille ,
Et le fier Tourville à fon tour ,
Sur les eaux fait le Luxembourg.
Qu'on chante à la Cour, &c.
Vous avez fceu par les Nou
velles publiques que M. de
Chafteauneuf , Ambaffadeur
de France à la Porte , avoit
eu fa premiere Audience du
Grand Seigneur à Andrinople.
Un des Gentilshommes
de fa fuite qui eftoit prefent,
36 MERCURE
ayant écrit icy à un de fes
Amis , toutes les ceremonies
que l'on
y a obfervées , une
copie de fa Lettre m'eft tombée
entre les mains , & je
vous l'envoye,
A Andrinople , ce 8. May 1690 ..
Co
que
Omme il ne s'eftrien paßé
dans noftre route , qui
meritaft voftre curiofité , j'ay
voulu attendre à vous écrire
Ml'Ambaſſadeur
cust eu Audience
de Sa Hauteffe. On nous
avoit envoyé toutes les voitures
neceſſaires pour nous rendre à
Andrinople , tant pour les équi
GALANT.
37
S
pages , que pour la Maifon de
M. l'Ambaffadeur
, & mesme
S pour tous ceux de la Nation ,
dont il a esté accompagné. Nous
fommesarrivez icy heureufement
en dix jours, & avons toujours
esté logez dans les Serrails du
Grand Seigneur , ou du particulier.
Pour éviter la confufion
, nous nous feparions en
chambres
, chacune de quatre
perfonnes ; & quoy que dans
ces fortes de voyages , on foit
obligé de porter jufqu'au charbon
, tout nous a esté fourny
auffi abondamment que fi nous
avions esté au Palais de France
38 MERCURE
Trois jours aprés noftre arrivée,
on diftribua la paye aux fanif
faires dans le Serrail , & aux
Spahis chez le Grand Vifir.
Cela parut d'autant plus noùveau
qu'il y avoit neuf mois
qu'on ne l'avoit faite . Pendant
l'on tenoit le Divan , &
que
que l'on comptoitfeize cens bour-
Jes , qui font huit cens mille écus,
on mangea le Pillaud , dont il
y avoit un fort grand nombre de
plats dans la Court. C'est un
mets composé de Ris cuit avec du
bouillon . Enfuite ils coururent de
toutes leurs forces prendre les
bourfes qui eftoient deftinées pour
GALANT.
39
chaque Compagnie. Le Vifir a
retranché plus de trois mille
payes-mortes , ne voulant payer
que ceux qui fervent. Les François
qui fe trouverent à cette
Ceremonie , receurent de grandes
honnestetez des Officiers de la
Porte , qui prirent foin de les
faire placer commodement , afin
qu'ils puffent tout voir.Le Grand
Seigneur fort du Serrail regulierement
tous les Vendredis ,
allerfaire fa priere dans quelque
Mofquée de la Ville . Il y va
d'une maniere fort modefte , &
n'a qu'environ cent perfonnes à
fa fuite. Il voit agreablement les
pour
40 MERCURE
Etrangers qui ont de l'empreſſement
pourfe rencontrer fur fon
paffage . C'est un Prince qui a
la phifionomie d'un parfait honnefte
homme. On ne doit pas
s'étonner s'il aime tant àfortir,
aprés avoir efté enfermé plus de
quarante ans. On ne s'est point
trompé dans la bonne opinion
qu'on a euë d'abord de la conduite
du Grand Vifir Kuproli . Il
employe tous fes foins à rétablir
les affaires & comme il n'en
trouve point de plus importantes
que la guerre, & qu'il la
veut foûtenir , il ne fut pas plûtoft
élevé à cette premiere digniGALANT
•
41
té de l'Empire qu'il envoya
trente mille Sequins au Comte
Tekelipourpayer fes Troupes, &
cinquante mille à Alger ,Tunis
Tripoli , pour les obliger de four-
5 nir cette Campagne le plus de
Vaiffeaux qu'ils pourroient donner:
On avoit envoyé querir.
MeZomorto qui a commandé
dans Alger , afin de le faire Capitan
Pacha , mais il a prié qu'on
le difpenfast de remplir ce poste,
en reprefentant au Grand Vifir ,
que ce feroit donner un pretexte
à ceux d'Alger, pour n'envoyer
pas leurs Vaiffeaux cette Campagne.
Le S Gallot , Italien, qui
Aouft 1690 .
4
D
42 MERCURE
fervoit les Venitiens devant Ne
grepont , & quifauva cette Pla
ce , s'y estant jetté fur quelque
mécontentement qu'il avoit receu,
a pris le Turban, & fait travailler
icy à des Bombes .
Le 3. Mars , on vit arriver
trente- deux mulet's chargez d'or.
du tribut d'Egipte. Hs avoient
deux cens Spahis pour escorte.
Le 8. l'Empereur des Tartares,
que l'on appelle le Kam , arriva
en cette Ville , & on luy rendit
d'autant plus d'honneurs , qu'il
venoit de défairefept mille hommes
en Bofnie , outre beaucoup
d'autres avantages qu'il a rem- \
GALANT. 43
portez l'hyver dernier fur les
Allemans , en Tranfilvanie
&
en Hongrie . Le Grand Vifir l'alla
recevoir à deux licües d'Andrinople
, avec environ fix mille
hommes , tous les Grands de
la Porte . La magnificence Turque
parut ce jour- là en beaux
chevaux
en fuperbes harnois
. Deux mille Tartares l'accompagnoient
. Quatre jours aprés
qu'il fut arrivé , il rendit vifite
au Grand Seigneur , qui luy
donna une veste de Samoure, avec.
un Bonnet garny de pierreries ,
de deux aigrettes , qui font
d'honneur de cette
les
marques
Dij
44 MERCURE
Cour. Son Vifir eftant venu
chez M. l'Ambaffadeur , luy
fit connoistre que l'Empereurfon
Maistreferoit ravy de le voir. Il
fut convenu que le Kam le rece--
uroit avec les mefmes honneurs
qu'il rend au Vifir ; mais M³
l'Ambaffadeur , qui n'avoit pas
encore eu fon audience publiquedu
Grand Seigneur , ne voulut
point faire cette vifite en ceremonie.
Ainfi il y alla accompagné
feulement de quelques- uns
de fes Gentilshommes . C'est un
Prince d'unfort grand merite ,
honnefte & civil , & qui ne
tient rien du Tartare que
les
GALANT.
45
$
+
nom . Il fera icy jufqu'au mois
de May , qu'il partira avec le
Vifir pour aller commander l'Armée
en Hongrie , où ils doivent
eftre joints par foixante mille
Tartares. Ses Peuples font fous
la protection du Grand Seigneur,
& s'il arrivoit qu'il n'y cuftplus
aucun Prince du fang Othoman,
ce feroit luy qui fuccederoit à
l'Empire Turc . C'est ce qui eft
caufe qu'une tres-grande union
s'est établie entre les deux Nas
tions , qui ont des inclinationsdifferentes
, quoy qu'elles profeffent
la mefme Religion .
Le Samedy Saint 25. Mars,
46 MERCURE
M: l'Ambassadeur cut fon audience
publique du Grand Vifir,
qui l'envoya prendre le matin
fon Palais par deux deſes premiers
Officiers , & pour luy marquer
l'estime qu'il en faifoit , il
luy fit mener quarante chevaux.
Ce font dix de plus que de coûtume
. L'Aga & les quatre Faniffaires
de fon Excellence commencerent
la marche . Sa Maifon
fuivit , le Maistre d'Hôtel eftant
la teste de quatre Valess de
Chambre , de vingt- deux Valets
de pied habillez d'écarlate avec
un grand galon d'or. On voyoit
enfuite une Chaife à porteursfort.
(
GALANT 47
.
magnifique, les Carroffes n'eftant
point d'ufage en ce Pays - cy &
fix chevaux de main en houffes
brodées d'or , conduits par autant
de Palfreniers veftus à la
Grecque. Huit Drogmans on
Interpretes precedoient M. l'Ambaffadeur
, qui parfon air agrea-.
ble få bonne mine attiroit fur luy
les
yeux
d'une
infinité
de
peuple, dont toutes les ruës étoient
bordees . L'Ambaſſadeur de Hollande
eftoit dans une maison der
riere une Falousie , d'où il nous :
voyoit paffer fans eftre veu . Environ
cinquante hommes à chevali
parmy lefquels ſe trouver
48 MERCURE
rent les principaux de la Nation.
Françoife fermoient cette marche.
Deux Compagnies de Janifaires
eftoient rangées en haye
devant la Maifon du Grand
Vifir toute fa Cour estoit à
la Chambre d'Audience
pour y
recevoir M. l'Ambaffadeur . Le
Grand Vifir y entraprefque dans
le mesme temps par une autre
porte , & ces deux Miniftres
s'estant faluez reciproquement
,
s'affirent fur deux tabouretsfemblables
, placez vis à vis l'un
de l'autre fur le Sofa . On ne
parla point d'affaires dans cette
premiere audience , qui eft toû
jours
GALANT. 49
jours courte , & qui ne fe paffe
qu'en complimens . M. de Châteauneufremit
la Lettre du Roy
entre les mains du Vifir , qui la
recent avec de grandes marques
de refpect. Elle eftoit dans une
bourſe de fatin cramoify. Cela
eftantfait , on apporta les rafraî
chiffemens ordinaires de confitures
, de Sorbet , de Caffe , & de
parfums d'ambre. Le toutfut fervi
également à ces deux Miniftras
, & enfuise on prefenta une
uefte fort riche à M. l'Ambaffadeur
; & on en diſtribua
trenie autres à ceux de fa fuite
qui furent appellez par un Drog-
Aouft 1690 . E
so MERCURE
a
man. Aprés qu'il eut pris congé
du Grand Vifir, il s'en retourna
à fon Palais dans le mefme ordre
qu'il eftoit venu, & il y trouva
trente Joueurs d'Inftrumens de ce
Ministre , Hautbois , Flûtes ,
Trompettes , Timbales , Pfalterions
& autres , qui s'accor
doient tous fi bien , que cette
Mufique nous parut fort agreable.
Le 27. le Grand Viſir fit fortirfes
queues de cheval avec de
grandes ceremonies . C'est une
marque qu'il va commander
l'Armée , cela fait que tous
ceux qui font deſtine pour
le
GALANT.
51
:
:
fervir , fe preparent à le fuivre.
On fit la priere e le facrifice accoûtumé.
L'origine de ces queues
vient de ce que du temps deBaja-
Zet, l'Armée eftant en déroute,
ayant perdu fes Etendards , un
Officier s'avifa defaire couper la
queueàfon cheval, & de la mettre
au bout d'une pique . Les Fuyards
qui virent cette nouveauté ,
qui comprirent pourquoy elle fe
faifoit , en eurent honte. Ils fe
rallierent &
retournerent fi vi-
• goureusement à la charge qu'ils
regagnerent les Etendards qu'ils
3 avoient perdus. C'eft en memoire
de cette action
l'on
que
E ij
52 MERCURE
joursfervy des queuës depuis ce
temps- là . Le Grand Seigneur en
afept , & le Grand Vifir trois.
Le 29. M: de Chasteauneuf
eut audience de Sa Hauteffe . Il
luy avoit envoyéfes prefens dés
le matin par vingt Efclaves . Ils
confiftoient en un tapis de la Savoniere
, de fept aunes de long
d'une beauté extraordinaire ;
en des pendules d'une invention
nouvelle du fameux M. Turet;
en quantité de vestes de drap de
brocard d'or de fatin , & en
divers Ouvrages d'horlogerie . La
Maifon de M.l'Ambaſſadeur
marcha dans le mefme ordre que
GALANT. 53
lors qu'on alla chez le Vifir. Le
Chaoux Bachi , & le Chaoux
Terkabachi vinrent prendre fon
Excellence avec quarante chevaux
en houffes brodées d'or, &
qui avoient des brides d'argent
garnies de pierreries. Quatre
Compagnies deFaniffaires étoient
rangées en haye au dehors du
Serrail. Le Grand Maistre des
Ceremonies attendoit M. l'Ambaſſadeur
à la porte. Eors qu'il
eut mis pied à terre , on le conduifit
fur un petit Sofa , où ilfe
fut à peine repofé quelques momens
, que le Capigiolakagi
le Chaoux Bachi arriverent por-
&
E iij
54 MERCURE
tant de grands baftons d'argent ,
le conduifirent à la Salle du
l'on avoit affemblé.
Divan
que
Le Grand Vifir fe leva , & fit
deux paspour le recevoir. Aprés
quelques complimens , M: l'Ambaffadeur
s'affit fur un tabouret
de velours , & le Divan continua.
On y plaida quelques
cauſes elles furent jugées avec
un tres-grand filence . Sitoft
qu'on eutfiny le Divan , on
couvrit quatre tables qui furent
fervies également. L'une eftoit
pour M. l'Ambaffadeur le
Vifir qui mangerent feuls . Les
trois autres furent tenuës par
le
GALANT. 55
Nichangis , le Tefterdar , & le
TerfierFuiny , quifont le Chancelier
, le Treforier & le Controleur
General de l'Empire. On
fervit chair & poiſon , & environ
trente plats les uns aprés les
x autres. Il y avoit de tres- bons
mets , s'ils n'avoient pas eftéfi
ambrez , fur tout une foupe de
pois chiches & de noifettes ,
nous nous en ferions beaucoup
mieux accommodeZ . Comme les
couteaux & les fourchettes ne
font point d'ufage en ce Pays- cy,
il nous fallut déchirer la viande
avec les doigts. Le forbet que
l'on nous donna à boire eftoit fi
E
iiij
56 MERCURE
mufqué , que nous avions grande
impatience d'eftre de retour au
Palais de France pour boire du
vin. Nous fufmes dix feulement
qui eufmes l'honneur de manger
aux tables. Tous les autres de la
fuite jufques aux Valets de pied
mangerent dans l'Office , ce qui
fe fit contre la coûtume . Le Grand
Seigneur eftoit àfa feneftre grillée
qui voyoit tout ce qu'on faifoit
dans la Salle. Peu de temps aprés
que l'on eut difné , le Capigiolakagi
& le Chaoux Bachi ,
toûjours avec leurs Batons d'argent,
vinrent prendre M. l'Ambaffadeur
, qui en fortant faluas
GALANT.
37
le Grand Vifir. Ce Miniftre fe
leva pour luy rendre fon falut ,
ce que
la fierté Othomane l'empefche
ordinairement de faire .
Son Excellencefut conduite à la
porte de la Salle d'Audience ,
où un riche Caffetan luyfut donné.
On en diftribua trente autres
à ceux de fa fuite , &fuivant
la mauvaise coutume du Pays ,
deux Capigi- Bachi , qui font les
Gentilshommes de Sa Hauteffe ,
prirent M l'Ambaſſadeur par
deffous les bras pour l'introduire
dans la Salle . Le Grand Seigneur
eftoit affis fur un Trône ,
ou espece de Sofa , entouré de
58 MERCURE
t
couffins brodez d'or , parfemez
de perles & enrichis de quantité
de pierreries . Il avoit une Vete
magnifique, &fon Turban eftoit
garny de Diamans, & de deux
Aigrettes. Ml'Ambaſſadeur entra
dans la Salle les pieds chauf
fez, ce que jamais Ambassadeur
n'avoit fait. Il fit fa harangue
avec beaucoup d'éloquence ,&
fur l'interpretation qu'en fit le S
Fornetty , premier Drogman , le
Grand Seigneur en futfi touché,
qu'il y répondit par fa bouche ,
quoy que ce foit toûjours le Vifir
qui faffe cette réponse . Il n'y eut
que ceux qu'on avoit admis aux
)
GALANT. 59
J
E
tables qui eurent l'honneur de
faire la reverence au Sultan .Fe
fus de ce nombre , mais les Čapigi-
Bachi qui me tenoient par
deffous les bras , me laifferent fi
peu de temps dans la Salle , que je
n'y pus rien obferver que ce que
je viens de vous dire. On n'eft
pas d'accord icy touchant les rai
fons qui font qu'on mene les Etrangers
par deffous les bras dans
les audiences . Les uns difent que
c'eft pour leur faire plus d'honneur,
les autres , pour les obliger
à faire la reverence plus bas .
Pour moy , je croy qu'on en uſe
ainfi par la crainte que l'on a
60 MERCURE
que quelqu'un
d'eux ne s'écarte
dans l'appartement
des Femmes .
L'audience
eftantfinie, M. l'Ambaſſadeur
trouvá dans la Cour
tous les Officiers & Grands de la
Porte , par une distinction
particuliere, les ruës furent bordées
de Fanifaires jusqu'à fon
Palais.
Le mefme jour 29. Mars, il
alla rendre vifite au Mufii , qui
n'eft pas moins confideré en ce
Pays, que le Pape l'eft dans tous
les Royaumes Catholiques . Sa
Maifon marcha avec environ
trente hommes à cheval. Ce venerable
vieillard , pour Le receGALANT.
61
น
JON
voir avec plus d'honneur que fes
Predeceffeurs n'en avoient rendu
à aucun Miniftre de fon caractere
, ne voulut point fe trou .
ever affis quand fon Excellence
entreroit , & fe tint dans une
chambre jufqu'à ce qu'Elle fut
entrée & affife . Il vint enfuite
s'affeoir fur des carreaux vis à
vis de M. l'Ambassadeur , qui
u luy dit qu'il ne
devoit
pas
eftre Surpris de l'empressement
qu'il avoit eu de voir une per-
Jonne d'une vertu fi éminente ,
l'Empereur fon Maistre
01
13
1 &
que
eftant
informé
de fon
grand
merite
, l'avoit
chargé
de le voir
,
62 MERCURE
de luy rendre une Lettrequ'il
luy prefenta dans une bourse de
Satin. Le Mufti la recent avec
de grandes marques de respect ,
&la tenant toujours en la main,
il luy dit , Je fuis bien obligé
à l'Empereur de France , le
plus ancien de nos Amis . Je
fouhaite que fon regne
foit
de longue durée , & comblé
de toute forte de bonheur ,
Aprés quelques autres complimens
de part d'autre , la col
&
lation fut fervie , à fon Excellence
feulement. Le Mufti eft
la feconde perfonne de l'Empire.
Il ne fe peut faire aucun
GALANT. 63
ec
il changement , ny guerre ny paix,
fans qu'il y confente . Celuy- cy
affecte une fi grande humilité,
qu'il prend toujours le titre de
Pauvre , quoy qu'il ait plus de
huit cens mille écus de rente. Sa
emaifon n'eft pas mieux meublée
la cellule d'un Capucin , mais
il ne laiffe pas d'avoir dans fon
Serrail les plus belles Femmes de
l'Empire.
= que
M..l'Ambaſſadeur continuant
fes vifites , alla le 16. Avril voir
le Caimacan qui eft comme le
Gouverneur & le Commandant
en l'absence du Vifir. Il n'y en
a que deux dans l'Empire , l'un
64 MERCURE
icy , & l'autre à Conftantinople.
Ce font toujours les gens du plus
grand merite qui font choifis pour
remplir ces Charges. Cette vifite
fut plus longue que toutes les
autres , parce que M. l'Ambaffadeur
trouva beaucoup d'ef
prit de politeffe dans le Caimacan
, qui luy dit mille chofes
obligeantes de Sa Majesté, n'oubliant
rien pour l'engager à le
voir fouvent. La Collation avec
le parfum fut fervie‹ à l'ordinaire.
Comme rien n'échape à
M. l'Ambaffadeur de tout ce
qui regarde la gloire du Roy &
l'intereft de la Religion , il a obGALANT.
65
285
ce
tenu un Commandement pour
faire défervir l'Eglife de Saint
Ragoufe par les Peres Jacobins.
C'eftoit la feule qui fuft en cette
Ville . Elle eftoit vacante depuis
trois ans , les Turcs avoient
deffein de laprendre pour enfaire
une Moſquée.
On a fait icy l'épreuve de
cent cinquante piecesCanon
d'environ une livre & demie de
balle ,
nouvellement fabriquées
pour fervir cette Campagne . Elles
font montées fur deux petites,
roues qu'un cheval peut traifner
par tout . L'ufurpation du Saint
Lieu de Jerufalem , autrement
Aout 1690 . F
66 MERCURE
&
appellé la Terre- Sainte , que
le Patriarche Grec avoit faite
depuis Sultan Amurat , für les
Religieux de Saint François qui
en estoient en poffeffion depuis
plufieurs fiecles, a toujours paru
d'une fi grande importance pour
la Religion Catholique , que la
pieté du Roy fe trouvoit blessée,
de laffer le foin de ses Lieux
facre à d'autres qu'à ces bons
Religieux dont il eft le Prote-
Eteur , auffi bien, de toutes
les Eglifes du Levant. C'est ce
qui a fouvent obligé ce Prince
de faire faire de grandes inftances
par fes Ambaffadeurs à la
que
GALANT. 67
Porte pour en avoir la restitution
, mais cette Cour ayant tou-
I jours differé à l'accorder , cette
irrefolution a donné lieu à plufieurs
contestations de part &
d'autre. Les Grecs difoient , que
·comme Sujets du Grand Seigneur,
-ils devoient eſtre preferez à des
Etrangers , qui attireroient un
~jour
La guerre dans le pays pour
1 en faire la conquefte . Cette raifon
estoit foutenue par de groffes
fommes qu'ils diftribuoient chaque
année aux Grands de la
Porte , ce qui les a maintenus
jufqu'à prefent dans cette ufur-
•pation mais M. l'Ambaffadeur
Fij
68 MERCURE
a
fi bien profité de la conjoncturesa
conduit cette affaire avec
tant de prudence , que le Grand
Seigneur n'a pu enfin refufer au
·Roy la reftitution de tous les
Saints Lieux. Ainfi fon Excellence
a fait en un mois ce que
l'on n'avoit pu faire en cinquante
ans. L'Ambaſſadeur·
d'Angleterre & celuy de Hol
lande ont employé tous leursfoins
pour empefcher que cette nego-.
ciation ne réuſſift. Ils ont répandu
de faux bruits , & fupposé mefme
des Gazettes qu'ils ont fait·
courir jufque dans le Sérrail du
Vifir , par lesquelles ils vouloient
GALANT. 69
B
d
3.
5
骷
perfuader à ce Miniftre , que la
France faifoit une Tréve de
quatre ans avec les Allemans ,
ce qu'il pouvoit prévenir par une
paix avec l'Empereur , mais bien
loin d'avoir donné aucune croyan
ce à cesfupofitions, leVifir eft tellement
prévenufur les faux avis
qu'on luy fait donner , qu'il y a
fort peu de jours qu'il dit à l'Aga
des Faniffaires
, que de toutes
les nouvelles
qui fe répandoient
,
il ne falloit croire que celles qu'on
publioit chez l'Ambaſſadeur
de
France.
Le 2. de May , fon Excellence
prit fon audience de congé
70 MERCURE
}
du Grand Vifir , qui l'envoya
prendre à fon Palais par le
Chaoux Bachi avec des chevaux.
Ilfut receu avec les mêmes
honneurs qu'à la premiere
audience , & le mefme nombre
de Caffetans fut diftribué. Aprés
quelques complimens le Vifir remit
entre les mains de fon Excellence
la Lettre que le Grand
Seigneur a écrite au Roy. Elle
rftoit dans une bourse de brocard.
Il luy remit auffi le Commandement
pour la reftitution des
Saints Lieux de Jerufalem »
dans une bourse d'environ trois
pans de long.
GALANT. 71
Le Comte de Feudor , Beaufrere
de Tekeli , & fon Lieutenant
General, est venu en cette
Ville , comme il eft Catholique
, il s'est rendu fouvent au
- Palais de France poury entendre
La Meffe. Tout fe difpofe pour
l'ouverture de la Campagne . Les
Troupes viennent de toutes parts,
de jour en jour on attend
celles d'Egipte . Le Bacha d'Afferou
qui eft nommé Seraskier
en Hongrie , eft arrivé. On efpere
beaucoup de fa conduite . Le
Grand Vifir pretend avoir cent
mille hommes , outre les Tartares.
72 MERCURE
1
Il n'y a point de Ville dans
le Royaume où l'on n'ait fait
des réjouiffances
pour les Vitoires
remportées fur terre &
fur mer par les Armées de Sa
Majefté . Je vous parleray feulement
de quelques unes , ne
pouvant groffir ma Lettre de
ces fortes de Relations, à caufe
des Nouvelles indifpenfables
qui doivent y trouver
place. La Ville de Nevers
donna des marques de fa joye
le 20. du mois paffé par un
feu d'artifice dreffé dans la
Place Ducale , auquel M Daquin
, Intendant de la Province,
ལ་
GALANT. 73
1
vince , mit le feu , à la tefte
des Echevins . Le Te Deum
avoit efté chanté auparavant
dans la Cathedrale de Saint
Cir , par
M.
l'Evefque
&
fon
Chapitre
en
prefence
de
tous
les
Corps
de
la
Ville
,
&
de
plufieurs
Religieux
de
chaque
Convent
.
La
Compagnie
des
Chevaliers
de
la
Butte
,
compofée
des
perfonnes
les
plus
diftinguées
au
nombre
de
deux
cens
,
s'croient
mis
fous
les
armes
pour
affiſter
à cette
ceremonie
. Les
Bourgeois
de
la
Ville
firent
une
Compagnie
feparée
de
Aoust
1699
.
G
74 MERCURE
plus de quatre cens hommes ,
& demeurerent
armez pendant
tout le jour . Il y cut depuis
fix heures du matin jufqu'à
minuit des rafraichiffemens
à la porte de M de la
Condamine , Receveur des
Tailles de l'Election de Nevers
, & une fontaine de vin y
coula pendant tout ce temps.
On avoit écrit ces Vers fur
le haut en Lettres d'or .
Peuples ,finiffez vos ennuis,
Vous allez voir finir la guerre .
Nefçavez- vous pas que Louis
A vaincufur mer &fur terre. ?
Vis à vis le jet de la fontaine
GALANT.
75
1
4
I'
de vin qui alloit jufqu'au milieu
de la ruë , on avoit mis
un vaiffeau pour le recevoir,
& c'eſtoit là que le Peuple en
alloit puifer. Ces quatre autres
Vers y eftoient écrits.
Par des profperitez l'une à
l'autre
enchaifnées
Une double Victoire a couronné
LOUIS.
Ainfi coulent toujours fes heureufes
années ;
Ainfi coule par tout le fang des
Ennemis .
M : de la Condamine accompagna
cette Fefte d'une
Collation fort propre qu'il
G ij..
76 MERCURE
donna à M & à M. l'Intendante
avec toute forte de liqueurs.
Le foir il y cut quantité
de fufées tirées fur la Riviere
de l'autre cofté de fa
maiſon , aux feneftres de laquelle
on vit des Illuminations
, ainfi qu'autour de la
fontaine de vin.
Le 23. du meſme mois , on
donna à Noyon les mefmes
marques de joye. La difpofition
du Feu d'artifice fut faite
de cette maniere . La France
eftoit repreſentée en Pallas
, fur un piedeſtal garny
d'une balustrade . Elle tenoit
GALANT.
77.
une pique d'une main , & de
l'autre un bouclier , fur lequel
on lifoit ces paroles , Ludovico
Magno , femper victori ,
novis palmis nuper inclito . A
l'une des faces du piedeſtal
eftoit pour Deviſe , Territá
Europa, recreatâ Gallia , triumphante
Ecclefia. A la feconde ,
Duabus arcibus ad Sabim prima
impreßione expugnatis . A la
troifiéme, Duobus deletis exercitibus
, relatis manubiis . A la
quatrième , Fufis , fugatis ad
Sabim Batavis , Anglis ; Germanis
. Aux quatre coins du
piedeſtal l'on avoit repreſen-
Giij
78 MERCURE
té autant de Figures ; fçavoir
un Eſpagnol , un Hollandois ,
un Anglois , & un Suedois ,
chacun avec fa Devife.
Un peu avant que l'on allumaft
le feu , les quatre Compagnies
des quartiers eftant
arrivées fur la Place , Ms Sezille
& Martine , premier &
fecond Echevin, fe rendirent à
L'Evefché ,
pour accompagner
Meffire François de Clermont,.
Abbé de Tonnerre , Grand-
Vicaire de ce Diocefe , &
Neveu de M. l'Evefque de
Noyon , invité par MS de
Ville à cette ceremonie . Il fuc.
GALANT 79
de
receu à la premiere porte
l'Hoſtel de Ville par M Bellot
Maire , & par M Caffe
& de Targuy , Echevins , &
monta à la Chambre de Vil
le , où eftoient M. de Lille-
Adam , Lieutenant de Roy ,
& M¹ de Charmeluë , Lieutenant
Civil , auffi invitez ,
qui vinrent au devant de luy
à la porte de l'efcalier ; aprés
quoy la marche fe fit en cet
ordre. Les Gardes du Gouvernement
& Sergens de Vil-
.le , tenant chacun un flambeau
allumé , eftoient prece
dez des Violons , & autres
G iiij
80
MERCURE
Inftrumens , & enfuite M le
Grand - Vicaire en manteau
long marchoit feul . Il eftoit
fuivi de M: le Lieutenant de
Roy, de M. le Lieutenant
Civil , & de Mi le Maire , tous
trois fur la mefme ligne . Les
quatre Echevins en faifoient
deux autres , & le Procureur
du Roy , le Greffier , & l'Argentier
fermoient la marche ,
ayant derriere eux deux Gardes
& deux Valets de Ville .
On fit trois tours dans cet
ordre autour du Feu préparé,
& au dernier , le Procureur
du Roy preſenta un flambeau
GALANT. 81
allumé à M l'Abbé de Clermont
, & il en fut preſenté
d'autres ,a M' de Lille- Adam
par un des Gardes , & à M's le
Lieutenant Civil , Maire &
Echevins par les Sergens de
Ville , en forte qu'ils mirent
enfemble le feu à huit endroits
difpofez pour cet effet,
ce qui fe fit aux acclamations
du Peuple , & aux cris reiterez
de Vive le Roy . Aprés cela
tous ces Meffieurs fe rendirent
dans le mefme ordre à
la porte de l'Hoſtel de Ville,
où ils receurent le falut des
Compagnies qui firent trois
82 MERCURE
décharges , & ils monterent
enfuite dans la Chambre de
Ville . Ils y trouverent la Collation
préparée . Les Officiers
des quartiers y avoient eſté
invitez , & l'on but la fanté
du Roy au bruit de plufieurs
décharges de Moufqueterie .
Ce mefme jour , il y eut
Auxerre des Illuminations.
dans toutes les rues , mais
principalement depuis le
quartier de la Cloche bleue
jufques au puits de la Verité.
On y vit un Efculape , un
Jupiter foudroyant, un Apol
lon , & d'autres Figures , felon
GALANT 83
les divers deffeins de ceux qui
vouloient faire paroiſtre leur
joye,
On ne s'eft pas montré
moins zelé à Chalons en
Champagne. Tous les Corps
S de la Ville fe trouverent au
Te Deum qui fut chanté par
M: l'Evefque dans l'Eglife
Cathedrale; aprés quoy celuy
de Ville ayant ce Prelat à fa
tefte , fe rendit dans la Place
publique , & mit le feu à un
artifice que l'on y avoit dreffé.
Cela fe fit au bruit des Hautbois
& des Trompettes
, &
de la décharge generale de
84. MERCURE
la Moufqueterie des Bourgeois.
Ils firent des feux dans
toutes les rues , & les fontaines
de vin coulerent pendant
tout le jour .
M de Langlade , Lieutenant
General du Prefidial d'Evreux
, n'a épargné aucune
dépense pour fe diftinguer
dans toutes les occafions ou
il s'efttagy de foutenir dignement
le pofte où il eft. Ainſt
dans toutes les Affemblées &
les convocations de la Nobleffe
, il a toujours tenu une
table proprement fervie , &
dans les réjouiffances qui ont
GALANT. 85
efté faites pour les victoires
du Roy , les Canons tirez &
les fontaines de vin ont efté
les moindres marques qu'il
ait données de fa joye.
Les Communautez n'ont
pas efté moins ardentes à faire
voir la part qu'elles prennent
à l'heureux fuccés des armes
de Sa Majefté: Les Benedictins
de Seez en Normandie ,
en ont donné un exemple.
Ils chanterent le Te Deum lc'
25. de Juillet avec beaucoup
de folemnité , & cette Fefte
fut annoncée le jour precedent
par le bruit des Canons
34 MERCURE
le Comte de Tourville ont
gagnées le mois paffé , ont
donné lieu a quantité d'ou
vrages de Vers , que l'abondance
des nouvelles importantes
dont j'ay à vous faire
part ne me permet pas d'employer
dans cette Lettre . Ainfi
je me contente de vous envoyer
un Virclay que M
Marcel a fait fur ces deux
Victoires . Le fameux M!
Dambruys y a fait un Air en
Vaudeville .
VIRELA Y.
Qu'o' on chante à la Cour , à la Ville,
Vive Luxembourg , & Tourville !
OMY
?
# 6- le
1x
ej
aine
in
les
lop u
ca-
VOIC CC
er
In
ert
mes
C.
86 MERCURE
& par le carrillon de toutos
leurs cloches qui font en
grand nombre. La ceremonie
commença aprés les Vefpres.
Toutes les perfonnes de
confideration furent placées
dans les hautes chaifes du
Choeur , & les Dames trouverent
des Sieges preparez
pour elles aux deux coftez
de l'Autel. Aprés qu'on cut
rendu graces
à Dieu des avantages
que nous avons
remportez , on alla en proceffion
allumer un feu dreffé
dans le parvis de l'Eglife . Le
bruit du Canon , des TamGALANT.
87
bours & des Trompettes , répondoit
aux Violons & au
carrillon des Cloches. La réjoüiffance
fe termina par une
Collation qu'on donna aux
hommes dans le Monaſtere ;
& aux Dames dans une Maifon
d'emprunt. On fit une
grande diftribution de pain
& de vin au peuple , & les
Pauvres ne furent point oublicz
.
L'amour eft difficile à cacher
, & fouvent tout ce
qu'il ne foit connu
qu'on fait pour empefcher
qu'à le faire mieux paroiftre.
ne fert
88 MERCURE
L'inutile precaution de la
Linote dans la Fable que
vous allez lire en eft unc
preuve. Elle m'a efté envoyée
de Poitou fous le nom du
Paftor Fido.
222252552 52552525
LE MOINE AU
ET LA LINOTE.
Da
Ans une agreable Voliere
où l'on voit cent Oiseaux
divers ,
Qui de mille chansons font retentir
les airs
D'une ravissante maniere ,
Se trouvoit unjeune Moineau
GALANT. 89
Qui dédaignant tous ceux de fon
eSpece
Epris par un inftinct nouveau ,
D'une Linote qui le bleſſë ,
Prés d'elle voltigeoit fans ceffe
Et tâchoit de paroiftre beau ,
Afin qu'elle vouluft devenirfa Maitreffe.
La Linote de fon cofté
Que le mefme panchant entraine,
Partageant en fecret fon amoureuse
peine
N'affecte point de cruauté.
ន
Ainfi ces deux Oiseaux de differente
espece
Se prennent par le coeur avecque tant
d'amour
Qu'il nefe paffe point dejour
Que contraints de ceder à l'ardeur
qui les preffe ,
Aouft
1690. H
90 MERCURE
Ils ne fe donnent tour à tour
Quelque marque de leur tendreffe..
La Linote hait les Linots.
Et fi quelqu'un d'eux fe prefente,
Elle luy dit, quelque doux air qu'il
chante,
Qu'il l'importune & trouble fon
repos ,
Et fans l'heureux Moineau , rien ne
la rend contente.
Elle voudroit tirliter comme luy
Et le Moineau ,fiffler comme elle .
Si l'un de fon jargon fait leçon au--
jourd'huy
Demain l'autre du fien en fait une :
nouvelle.
En s'inftruifant ainfi tous deux ;
A toute heure de leur ramage » .
Ils font un inconnu langage
Qui leurfert à couvrir leurs fecrets
amoureux ,
CALANT. 91
Et que perfonne n'entend qu'eux.
Affez long- temps par cette adreſſe
Leurs feux avoient effé cachez.
De tout ce qu'ils fentoient ilsfe par.
loient fans ceffe ,
Sans quejamais témoin les en cuft
empeſchez ;
Mais l'amour,quand il eft extrême,
Bien fouventfe trahit luy-mefme.
S
Unjour eftant dans un reduit
Où les amene leur tendreſſe ,
Eloignez des oifeaux , n'entendant
aucun bruit,
( carreffe.
Chacun d'eux fe difpofe à se faire
Le Moineau fans retardement
Prés la Linote bat des aifles ,
Et luy jure amoureufement
Que fes ardeurs feront fidelles.
Aprés qu'elle a receu ce tendre compliment,
Hij
92 MERCURE
Ce font promeffes mutuelles
De s'aimer eternellement.
Rien n'approchoit de leur contentement
,
Quand une Linote perchée
Sous un feuillage épais qui la tenoit
cachée,
Ayant entendu leurs difcours ;
Ah, dit-elle , peut- on croire ce qui fe
paffe ?
Une Linotte avoir l'ame fi baſſe
Qu'un Moineau foit l'objet defes
amours !
&
D'un reproche fi dur la pauvrete -
accablée
Demeure interdite & troublée.
De fa Compagne elle craint le ca
quet,
Et depeurqu'elle n'aille ailleursfaire
une histoire
GALANT.
93
" Qui luy pourroit attirer un bouquet
De mechante odeur pour fa gloire,
Elle veut par precaution
Semer des bruits qui reffentent la
fable,
Pour donner à fa paffion
Un tour qui luy foit favorable.
Elle court aux endroits ou d'un com
mun concours
Les oifeauxfe trouvent ensemble.
Là d'un air affeuré ,fans que la voix
luy tremble ,
Elle leurfait en riant ce difcours.
S
Ecoutez,Linots & Linotes
Gruans , Pinçons , Chardonnerets,
Roffignols , Tarins , foyez prefts
A celebrer mon nom fur vos plus
belles notes ,
Phis que par un deßein Surprenant
& nouveau
94 MERCURE
Queje mefuis mis en la tefte ,
Fay fait aujourd'buy la conqueste
Du plus beau des objets , c'est un
jeune Moineau
Qui pour me plaire à tout s'apprefte.
Depuis quelques momens une folaftre
.
Soeur
M'en vient de faire le reproche
Et pretend que quand il m'aproche
Il me fait palpiter le coeur.
It eft vray qu'elle a pû m'entendre,
Luy dire en badinant fur fes fades
douceurs
Que j'aimois à luy voir un coeur
facile à prendre ,
Mais moy , queje réponde àfesfolles
ardeurs ,
O l'avantageuſe partie ,
Et que le sujet feroit beau !
Admirez entre vous l'étroite fimpatie
GALANT. 95
Du coeur d'une Linote & du coeur
d'un Moineau.
2
A ces mots dits d'une voix fieres.
Pleine de confiance elle fort en chan
tant ;
Mais les oifeaux penfant à fondfur
la matiere
En jugent d'une autre maniere
Que la Linote ne l'entend.
Chacun reflechiffant fur les chofes
paffées
Sans fe contraindre en rien explique
fes pensées.
L'un dit qu'il les a veus souvent
Dans des lieux retirez fe parler en
cachette ;
L'autre qu'il les a veus l'un l'autre
Se fuivant,
Et percherfur mefme buchette.
Quelques-uns des Linots jaloux
96 MERCURE
Citent contr'eux de fecrets rendez
vous ,
Ces circonstances & leurfuite
Font que de la Linote on blafme la
conduite.
S
Là deffus entrent deux Moineaux,
De ces Moineaux à hautes hupes ,
Rigides Genfeurs des Oiseaux
Qui tâchent à trouver des Dupes..
Si - teft qu'ilsfont entrez , un Bruang:
leur fait part
De la matiere qui ſe traite.
Il dit qu'une Linote à l'ame ſi mal--
faire
Que fans avoir aucun égard
A ce qu'elle fe doit non plus qu'à
fon espece ,
Elle trouve un Moineau digne defa
tendreffe.
Ab
GALANT. 97
ل ا
7
Ab , Meffieurs les Moineaux , dit
alors un Pinçon ,
Vous agißez d'une façon
A vous faire affommer par tous les
Volatilles.
Eft- ce là la belle leçon
Que vousfaites dans vosfamilles ?
Envoyez- vous vos gens de buiffon
en buiſſon
Courir par tout comme desdrilles ,
Pour nous ravir ainfi nos Femmes
& nos Filles ?
Les deux graves Moineaux de ce
difcours piquez,
Répondent au Pinçons Pinçon, vous
nous choquez,
Vous faites de nous peu d'estime ,
Et raifonnez en Ecolier,
D'attribuer à tous un crime
Commis par un particulier.
Aouft 1690.
98 MERCURE
$
Ma foy , chacun de vous court à
ce qu'il fouhaite ,
Reprend auffi-toft l'Allouete ,
Etpeut-eftre eft-ce un de vous deux
Qui captivez le coeur de ma fæur la
Linote ,
Et qui cachant vos foupirs & vos
feux ,
Venez encore icy pour attraper la
fotte.
&
Sans doute c'est un d'eux , opine
le Tarin ,
Fe vis fous vostre habit hier au ſoir
à la brune
Un Oifeau de bonne fortune ,
Qui luy foûmettoit fon deftix .
2
C'est un mensonge , dit la Pie ,
Fe connois ces Moineaux , ils font
de bonne vie ,
GALANT. 99
1-
Et n'ont rien de l'esprit coquet.
Il eft vray , dit le Perroquet ,
Je fuisfort affeuré que l'un & l'au
tre eft fage ,
Le fait dont il s'agit ne les regarde
pas,
Fe puis en rendre témoignage ,
Mieux qu'un autreje fçay le car.
Jay veu , mesme à plusieurs reprifes
,
Un autre Moineau que ceux- cy
Carreffer la Linote , & d'un air radoucy
La flater , l'appafter , luy porter des
cerifes.
Mefieurs. Eh , bien , Meffieurs , l'entendezvous
,
Dit le Moineau de haute lice ?
Ce Temoin oculaire est bien fort en
Justice,
I ij
100 MERCURE
Et nous doit faire croire incapables
des coups
Qui procedent de la malice
De certains Moineaux dont le vice
Les a fait chaffer d'avec nous.
$
Aprés cela tout garde le filence ,
On voit les deux Moineaux traiteZ
de reverence ,
Comblez d'honneur par chaque
[ Moineau Oifeau ,
Et la feule Linote & l'amoureux
Demeurent dans la medifance .
Cecy prouve avec évidence ,
Qu'en fait de tendre paffion
Prevenir les efprits c'eft manquer de
prudence ,
Et que fouvent trop de precaution
De ce qu'on croit cacher fait avoir
connoiffance.
GALANT. IOI
7
i
Il y a peu de perfonnes qui
ayent mieux merité qu'on
honoraft leur memoire par
des Eloges funebres , que feu
Mr. le Duc de Montaufier .
L'Etat luy eftoit redevable de
l'éducation d'un Prince qui
marche fur les traces de Loüis
le Grand , c'est tout dire. Les
belles Lettres luy devoient
beaucoup tous les honneftes
gens luy avoient obligation ,
& M. l'Abbé Fléchier , de
l'Academie Françoiſe , nommé
à l'Evefché de Nifmes ,
eftoit de ce nombre . Il avoit
demeuré pendant un fort
I iij
102 MERCURE
grand nombre d'années auprés
de ce Duc , & comme
il ne l'avoit quitté que pour
rendre à fon Troupeau ce
qu'il luy devoit , il reprenoit
fon premier attachement
quand il revenoit de fon Eglife
, ce qui faifoit un veritable
plaifir à Mode Montaufier,
qui n'avoit point de plus
grande confolation que d'eftre
avec ce Prelat , qu'il faifoit
entrer dans ce qu'il penfoit
de plus fecret . M : de Nifmes
le connoiffant tres- parfaitement
, & n'ignorant rien,
de ce qui fe paffoit au fond
GALANT. 103.
+
I de fon coeur qu'il avoit
étudié par une longue habitude
, ne pouvoit faire une
# Oraiſon funebre de ce Duc
qui ne fuft tres-jufte , puis
qu'il ne la faifoit pas fur des
memoires , dont la pluſpart
font remplis de flaterie , mais
fur des chofes qu'il connoiffoit
par luy- mefme , & que
la verité luy fourniffoit à l'avantage
d'un homme qui toute
fa vie avoit fait profeffion
d'eftre fincere. Il la prononça
le 1. de ce mois dans l'Eglife
des Carmelites du Fauxbourg
SJacques , où repofe le corps
I iiij
104 MERCURE
de M: le Duc de Montaufier.
L'Affemblée y fut nombreu
fe , tant pour entendre l'Eloge
de ce Duc , qui eftoit dans
une eftime generale.que parce
que celuy qui la devoir faire
excellant dans ces fortes d'Ouvrages
, on eftoit perfuadé
qu'il n'oublieroit rien pour
bien mettre dans fon jour
le merite de fon bienfaiteur,
qu'il connoiſſoit à fond , &
qui luy fourniffoit une ample
matiere , de la beauté de laquelle
tout le public demeuroit
d'accord. Auffi cette action
a- t- elle répondu à l'atz
GALANT. 105
=
1
E
tente que tout le monde en
avoit , à l'éloquence de l'O-
& aux grandes qua- rateur
litez de l'Illuftre Duc dont
il avoit entrepris l'Eloge .
Vous devez avoir appris la
mort de Madame de Beauvais
. Elle eftoit Fille de Ma-
>
premiere
dame Filandre
Femme de Chambre de la feuë
Reyne Mere du Roy , à qui
elle avoit fuccedé dans cette
Charge. Comme elle s'eftoit
acquis les bonnes graces de
cette Princeffe , elle fit M : de
Beauvais fon Mary , Confeiller
d'Eftat au commence106
MERCURE
ment de la Regence , & il a
longtemps fervy dans le Confeil.
Madame de Beauvaiseftoit
née avec un efprit fort
infinuant. Les faveurs qu'elle
a receuës de la Reyne pendant
ſa vie , ont efté des preuves
de fon merite , & celles
que le Roy luy a continuées
jufques à fa mort , ne permettent
à perfonne d'en douter.
Elle a eu beaucoup d'Enfans.
Ceux qui fe font mis dans
le
party
de l'Eglife y ont remply
leurs devoirs. Mile Baron
de Beauvais , Maiftre d'Hoſtel
du Roy dés fon enfance , &
GALANT. 107
7
S
t
S
Capitaine de Boulogne & de
la Muette , eft le feul qui paroift
prefentement dans le
monde. L'approbation
que
Sa Majesté luy donne , fait
connoiftre ce qu'il vaut , & il
a luy feul mille qualitez , qui
pourroient faire honneur à
plufieurs . Il a une Soeur dans
le Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Challiot , qui
aprés avoir efté le charme de
la Cour , & avoir fervy la
Reyne Mere en qualité de
premiere Femme de Chambre
jufqu'à fon dernier foupir , fe
retira dans cette Commu108
MERCURE
nauté , & y confacra au pied
des Autels une fomme confiderable
qu'elle avoit receuë
de Sa Majefté , & qui avec
une vertu à l'épreuve de tout,
& des qualitez admirables
dans toute fa perfonne ,aurois
pû luy fervir dans le monde ,
à choisir un party des plus
avantageux.
Les Curieux de Cartes font
obligez à M. de Fer. Il n'y a
perfonne qui en mette plus
au jour , ny qui s'attache dag
vantage , & avec plus de foin
pour donner quelque choſe
de nouveau. Il vient de metGALANT
. 109
tre en vente une Carte d'Irlande,
dont tous les Connoiffeurs
font fort fatisfaits. C'eft
la premiere feuille d'un grand
Ouvrage , intitulé l'Europe ,
qui doit eftre en vingt feüilles
. Les dix- neuf autres feront
fur le mefme pied , & fur la
mefme échelle que celle d'Irlande
. Il a commencé auffi à
Ffaire le debit d'un Livre qui
a pour titre , Costes de France
fur l'Ocean & fur la mer Mediteranée,
divifées en Capitaineries
Gardes- coftes . Les Cartes
de ce Livre ont efté dreffées
par l'ordre & fous le Miniſte
110 MERCURE
cmre
du Cardinal de Richelieu,
par M Taffin , Commiffaire
des Guerres , Geographe de
Sa Majefté , & l'un des plus
habileshommes de fon temps.
Son Livre eftoit devenu fort
rare , & quelques perfonnes
l'ayant demandé avec
preffement , parce que ces
Cartes font les plus exactes
qui ayent encore paru gravées
, on a jugé à propos d'en
faire une nouvelle Edition ,
dans laquelle on a ajoûté un
nouveau Titre , une Figure
ou Bouffole , avec le nom des
Vens en fix Langues , à l'uſage
GALANT. III
i
ב
de l'Ocean & de la Mer Mcditerranée
. On a augmenté
les Coftes des divifions des
Capitaineries Gardes coftes ,
des pofitions qui les compo
fent , du nom des Rivieres ,
& de beaucoup d'autres cho .
fes curieufes répandues dans
le corps de l'Ouvrage . Le
difcours a efté changé, & augmenté
des defcriptions des
Vents , des Mers , & du nouveau
Canal de Languedoc, &
Mc Gregoire Mariette , connu
par plufieurs Ouvrages , &
par la Table qu'il a dreffée
des divifions du Firmament ,
112 MERCURE
a beaucoup de part au changement
& à l'augmentation
de l'ancien Ouvrage de M
Taffin. Celuy qui fe debite
aujourd'huy eft précedé de
trente Cartes particulieres ,
devant lefquelles eft une
grande Carte generale de toutes
les Coftes de France ,
eft marquée l'étenduë de chacune
de ces Cartes , qui font
fur un mefme pied , c'eſt à
dire qu'elles font d'une même
proportion , que l'échelle
d'une feule fervir à toupeut
tes , & qu'eftant jointes enfemble,
elles compoſeront une
où
GALANT. 113
D
ב ס
grande Carte . On a marqué
dans celle dont je vous parle
les coftes avec les Dunes , les
Montagnes & les Caps ou
#pointes, les Rivieres qui fe déchargent
dans la Mer , les Villes,
Bourgs &Villages qui font
deffus & aux environs , les
Golphes , Havres ou Ports ,
les rades ou ancrages qui font
reprefentez par de petites ancres
; les bancs de fable par
des amas de points , les écücils
par de petites croix , les
pro
fondeurs de la Mer par des
chiffres enfin les Illes détachées
des coftes . Le difcours
Aouft 1690..
K
114 MERCURE
qui accompagne
ces Cartes.
eft tres- utile. Il explique exac
tement tout ce qui peut eftre
avantageux
à la navigation.
des coftes & Mers de France ,
& apprend la qualité de la
cofte du Havre ou Port , les.
bancs de fable qui s'y rencontrent
, par où on y entre ,
la qualité des Baftimens
qui
y peuvent demeurer, de quels
vents ils y font à couvert ,
détour qu'il faut prendre
pour éviter les hazards , la
facilité qu'il y a de les aborder
, & ce qui eft particulier
à chaque Port & Havre , Cet
le
GALANT. 115
Ouvrage eft divifé en deux
parties. Dans la premiere il
cft traité de l'introduction
à
la defcription des coftes de
France , & dans la feconde des
Mers & des mefmes coftes .
L'an 1676. le Roy fit un Reglement
pour la divifion des
Capitaineries
Gardes - coftes
de fon Royaume , pour marquer
l'étendue que chacune
doit avoir ; & comme il n'eft
fait dans ce Reglement nulle
mention des coftes de Bretagne
& de Provence , on ne
doit pas s'étonner fi ces deux
Provinces fe trouvent dans ce
Kij
16 MERCURE
Livre fans divifion , confor
mement au refte des autres
coftes. On a mis deux Tables
fur la fin de ce Livre. L'une
eft des Amirautez & de leurs
dépendances , & l'autre des
Capitaineries Gardes - coftes ,,
au nombre de cinquante &
une. Le lieu de la refidence
du Capitaine eft marqué dans
les Cartes par un double Etendart
, & les lieux qui en
dépendent par un fimple..
Get Ouvrage auffi curieux.
qu'utile fe vend chez le St
de Fer , fur le Quay de l'Hor
loge , à la Sphere Royale..
>
GALANT. 117
5
M du Puys , Avocat au
Parlement , vient de donner
au Public un Livre d'une
grande utilité, non feulement
s pour les Negocians, mais pour
tous ceux qui ont à prendre ou
à donner des Lettres de change,&
neceffaire fur tout à ceux.
qui en doivent connoiſtre, en
cas de conteftation, foit pour
en éclaircir les differends,foic
-pour les juger. Il a pour titre,
L'Art des Lettres de change ,
fuivant l'ufage des plus celebres
Places de l'Europe , & contient
tous les droits & toutes les
obligations des Tireurs,Don-
.
118 MERCURE
neurs de valeur , Endoffeurs ,
Porteurs , Accepteurs , &
Payeurs de Lettres de changes
avec l'application des Loix ,
des Ordonnances & des Reglemens
, les Queſtions les
plus imporantes qui n'ont
point encore efté traitées , &
les Arrefts les plus celebres
rendus fur cette matiere. Cet
Ouvrage , où elle ſe trouve
expliquée dans toute fon étendue
, eftoit d'autant plus
à fouhaiter , que le Negoce
produit feul plus de Procés ,
que tous les autres actes de
la vie civile enſemble , eftant
GALANT. 119
certain que les Juges & Con
fuls , & les autres Tribunaux:
du Commerce dans chaque
Ville , rendent plus de Jugemens
, que les Prefidiaux qui
y font établis . Cependant la
Jurifprudence du Commerce
1 eft fort incertaine dans le
Royaume, & particulierement
fur le fait des Lettres de change
, qui en eft la plus confiderable
partie, quoy qu'il n'y ait
prefque perfonne qui ne prenne
ou ne donne , n'envoye ou
ne reçoive, ne paye ou n'exige
le payement de ces fortes de
Lettres . Il femble que ce foit
120 MERCURE
un miftere qui ne puiffe eftre
entendu que par les Banquiers,
& il arrive la plupart du
temps que lors que les caufes
de cette nature font portées
aux Parlemens par appel , les
Juges demandent l'avis des
Negocians , de qui ils ne reçoivent
pas quelquefois de
feures lumieres , parce que
ceux qu'ils confultent , confiderant
l'affaire par des veuës
3:
differentes , ou d'égalité d'intereſt
, ou d'acception de perfonnes
, ou de juftice , font
fouvent de contraire opinion,
appuyez respectivement fur
des
GALANT. 121
des raifons vrayes ou appa
erentes , dont les Magiftracs
ont peine à faire le difcerne
ment. Cela ne le fait qu'à
caule que nos Jurifconfultes
François ne s'eitant point ap
pliquez à traiter cette maticre
, comme ils font toutes les
autres qui produisent les procés
, on ne connoift point la
nature du Contract des Let-
Etres de change , ny les prin-
1 cipes qu'il faut fuivre pour
décider les conteftations qu'-
elles font naiftre . Pour remedier
à ce defordre , 1 Auteur
ta ramaffé toutes les plus cu-
Aouft 1690. L
122 MERCURE
rieufes remarques qui peuvent
éclaircir les doutes dans le fait
& dans le droit , pour donner
un Ouvrage plus univerfel ,
plus jufte & plus folide que
tous ceux qui ont paru juſ
qu'icy fur la matiere qu'il
traite. Les propofitions qu'il
avance y font appuyées des
Ordonnances , des Loix , des
Arrefts , ou des fentimens
des Auteurs les plus celebres,
particulierement des décifions
de la Rote de Gennes ,
& de Sigifmond Scarcia , Jurifconfulte
Romain , quia efté
Auditeur de Rote dans la
GALANT. 123
V
mefme Ville , & dans plu
fieurs autres des plus confiderables
d'Italie . Comme il n'à
pas voulu qu'on le cruſt fur
fa parole , & que d'ailleurs il
luy a paru qu'il n'y avoit rien
de plus incommode qu'un
Ouvrage entre- coupé de citations
, fur tout dans une ma
tiere de Commerce , où beaucoup
de ceux qui entendent
bien le fait , n'entendent pas
le Latin , il a obvié à ces inconveniens
en faifant le fien
d'un ftile fuivy , comme fi
tout ce qu'il propofoit eftoit
de luy-mefme , & mettant
1
Lij
124 MERCURE
fidellement les citations à la
marge. Il l'a divifé en dixhuit
Chapitres , oùfont refoluës
toutes les difficultez qui
peuvent eftre formées , tane
fur les diverfes formes des
Lettres de change, les perfonnes
qui y entrent , les differens
termes de payement , les
differentes manieres d'en declarer
la valeur , & les Lettres
miffives qui s'écrivent à cette
occafion , que fur les acceprations
des mefmes Lettres de
change, & les diligences que
les Porteurs doivent faire faute
de payement à l'échéance .
GALANT. 125
Le S Quinet , Libraire au
Palais , debite un Livre nouveau
, qui eft d'une nature
bien differente de celuy dont
je viens de vous parler. Il a
pour titre , Les difgraces des
Amans, & il ne faut pas Vous
en dire davantage pour vous
faire voir qu'il eft purement
de galanterie . L'Auteur affure
que toutes les intrigues en
font veritables , & qu'il n'a
point eu d'autre deffein en les
publiant que de faire connoiftre
jufqu'où nous mene l'amour,
& combien les effets
qu'il produit font dangereux..
Liij
126 MERCURE
Il propofe & refout agréablement
plufieurs queſtions
galantes, & les fentimens ou
maximes qu'on trouve dans
cet Ouvrage , ne feront pas
fans utilité pour ceux qui
avant que de s'engager à ai
mer, voudront faire reflexion
que quelques douceurs que
nous promette l'amour , il
n'eft l'occupation que de ceux
qui n'en ont point. C'eft ce
que marque l'Auteur dans
une de ces maximes.
Il faut cependant demeurer
d'accord que la beauté a
des charmes aufquels il eft
GALANT. 127
D
malaiſé de reſiſter , mais on
doit convenir en même temps
que lors que la paffion où l'on
s'abandonne cft uniquement
1 fondée fur l'éclat d'un beau
vifage , fans que l'on y faffe
entrer ny
la douceur de l'ef
prit , ny l'agrément de l'humeur,
comme elle eft fort violente
, elle n'est jamais de
longue durée. C'est dequoy
une jeune Demoiſelle aimable
par mille endroits , a
fait l'épreuve depuis quelque
temps . Elle avoit le teint fort
vif, & toute la regularité de
traits qu'on peut fouhaiter
Y
A
L iiij
128 MERCURE
dans une belle perfonne. Un
Cavalier dont les bonnes qualitez
répondoient au bien &
à la naiſſance , s'en eftant laiffé
toucher, voulut connoiftrede
prés ce qui luy plaifoit de
loin. Il trouva moyen de
s'introduire chez elle . Sa Mcre
, de qui elle dépendoit, jugeant
party avantageux
pour fa Fille , receut fes vifires
avec beaucoup de plaifir,
& f quelque chofe luy fit
peine , ce fut de voir que
pendant trois mois de foins &
de devoirs affez affidus , tout
l'amour du Cavalier fe bor
GALANT 129
Enoit à des louanges , fans
qu'il paruft avoir deffein de
fe declarer. Il trouvoit la Belle
1 incomparable , & fes regards
eftoient fi paffionnez , qu'ils
faifoient entendre tout ce
qu'il ne difoit pas , mais ce
n'eftoit point affez ; on vouloit
qu'il s'expliquaft , & it
differoit toujours à le faire.
Ses reflexions caufoient fon
filence. Il enviſageoit le mariage
comme un lien d'autant
plus facheux, qu'on ne le peut
Fompre quand il eft mal afforty
, & afin de n'eftre pas ex
pofé à ſe repentir inutilement,
130 MERCURE
il avoit voulu fe défendre des
furpriſes que la beauté fait
prefque toujours quand on ne
fait pas agir fa raiſon , pour
ne chercher dans la Belle que
le folide merite , & ce que le
temps ne fçauroit ofter. II
l'y rencontra heureuſement.
Cette charmante perfonne a
voit l'efprit auffi aifé qu'agreable
, beaucoup de dou-
་
ceur dans fes manieres , &2
tant d'honnefteté & de complaifance
dans toutes les chofes
où il luy étoit permis d'en
avoir qu'elle alloit mefme
au delà de ce qu'on pouvoit
GALANT. 131
#raifonnablement
fouhaiter
d'elle . Le Cavalier qui s'atta-
I choit à l'étudier , n'eut pas
efté plûtoft convaincu par
l'égalité de fon humeur , &
la nobleffe de fes fentipar
mens , que les avantages qu'-
elle avoit receus de la nature,
eftoient beaucoup au deffous
de ceux qu'elle ne devoit qu'à
elle-mefme , qu'il s'abandonna
à tout fon amour . Il luy
en fit une peinture fort vive,
& en luy marquant que tout
fon bonheur dépendoit d'elle,
il la conjura de vouloir en
décider , fans écouter que fon
132 MERCURE
feul panchant fur la réponſe
qu'il la prioit de luy faire. La
Belle qui l'eftimoit luy fic
paroiftre beaucoup de reconnoiffance
pour les favorables
fentimens qu'il luy venoit
d'expliquer, & luy dit enfuite,
d'une maniere auffi obligeante
que modeſte, que s'agiſfant
d'une liaiſon pour toute la
vie , elle vouloit luy donner
plus de temps qu'il n'en prenoit
, pour examiner fi un peu
de brillant qu'il luy trouvait
n'avoit point fait de furpriſe à
La raifon ; qu'elle luy avoit entendu
parler d'un voyage do
GALANT. 133
trois mois qu'il ne pouvoit
s'empêcher de faire pour quelques
affaires importantes,quelle
vouloit qu'il fiſt ce voyage
avant que de prendre un plus
fort engagement en fe déclarant
avec la Mere ; que l'éloi
gnement diminuant les ob
jers , ce merite qu'il croyoit
fi grand en elle pourroit luy
paroiftre peu de chofe ; que
s'il eftoit capable de s'en dégoûter
, il valoit mieux qu'il
prift ce dégouft tandis qu'il
y auroit du remede , & que
fàfon retour il luy rappor
toit le melme coeur & les
¹34 MERCURE
mefmes fentimens ; elle connoiffoit
affez le prix des chofes
, pour ne luy pas donner
fujet de fe repentir de l'avoir
aiméc. Le Cavalier trouva
cet arreft fort rude , mais il
cut beau la prier de fouffrir
qu'il l'époufaft avant que de
faire fon voyage où elle l'auroit
accompagné , elle exigea
cette épreuve de fa conftance,
& l'obligea de partir fans autre
affeurance que celle que
luy donnoit un fi fage procedé.
La Mere trouva beaucoup
à redire à celuy du Cavalier.
Elle pretendit qu'aGALANT.
135
0
vant que de s'éloigner il devoit
luy avoir parlé d'affaires,
& blafma fa fille du trop de
o precaution qu'elle prenoit ,
pour s'affeurer fi fon amour
icftoit veritable. La Belle n'en
changea pas de conduite.
Quoy qu'elle en receuft fort
fouvent des Lettres , & qu'elle
ne
fuft
pas fachée
d'y
trouver
des
marques
d'une
vio- lente
paffion
, elle
ne chercha point
à la foûtenir
par
fes
reponſes
. Au
contraire
elle
af- fecta
de
luy
écrire
rarement
,
& obferva
mefme
en
luy
écri vant
de
n'employer
point
de
136 MERCURE
termes qui luy découvriffent
trop la joye qu elle fe faitoit
de le voir aimée . Le Cavalier ,
que la comance de fon
caractere laiffoit tranquille
fur les fentimens
qu'il luy
pouvoit avoir infpirez , paffa
par deffus beaucoup de chofes
qui auroient tiré les affaires
en longueur , afin de pouvoir
hafter fon retour , & fon abfence
n'avoit plus enfin que
peu de jours à durer , quand
un Marquis , mailtre de fon
bien & de fa perfonne
, quoy
qu'il cuft à peine vingt cinq
ans, ayant rencontré la Belle
་་
GALANT.
137
chez une Dame qu'il voyoit
1 de temps en temps , fut fifur-
0 pris de l'éclat de fa beauté ,
qu'il s'écria plufieurs fois qu'il
0 ne pouvoit croire qu'il y cuft
rien qui en approchaft . Il fe
plaça auprés d'elle , la regarda
attentivement , & aprés luy
avoir dit beaucoup de douceurs
avec une maniere d'extafe
qui avoit quelque chofe
de fingulier , il luy déclara
qu'il la chercheroit par tout
& qu'il fentoit bien qu'il
eftoit de fon étoile de luy
confacrer.tous les momens de
la vie. La Belle foûtint cette
Aouſt 1690.
M
138 MERCURE
déclaration avec efprit , & la
traitant de plaifanterie , elle
fit voir qu'elle eftoit accoûtumée
à recevoir des loüanges.
Cependant le Marquis
eftant du nombre de ces jeunes
étourdis qui s'abandonnent
fans reflexion aux fentimens
qui leur font plaifir ,
alla chez la Belle dés le lendemain.
Il continua fon emportement
d'amour , & il s'en
'rendit fi pcu le maiftre , que
quatre longues vifites qu'il
ne put s'empefcher de luy
rendre en quatre jours , ayant
obligé la Mere à luy venir
GALANT. 139
ན་
ב
dire le cinquième jour que fa
Fille le prioit de la difpenfer
de fe laiffer voir , parce que
des foins fi affidus ne pouvoient
faire de méchants
que
effets pour fa réputation , il
luy répondit fans balancer
que cette raifon de refufer fes
vifites n'eftoit pas valable ,
puis qu'il eftoit dans le def
lein d'époufer fa Fille & qu'il
figneroit quand on voudroit
un Contrat de mariage . Une
refolution fi prompte étonna
la Mere .Elle cut de la peine
s'imaginer d'abord que le
Marquis parlaft ferieuſement ,
Mij
140 MERCURE
mais il luy dit tant de fois la
mefme chofe , & aprés luy
avoir déclaré fon bien , & l'avoir
laiffée maiftreffe des conditions
qu'elle pourroit demander
pour les avantages de
fa Fille , il la conjura fi inftamment
de le vouloir accepter
pour Gendre , qu'enfin ne
doutant plus qu'il ne fouhaitalt
veritablemenr le mariage
qu'il luy propofoit elle luy
donna parole de n'épargner
aucuns foins pour le faire
réüffir . Quoy qu'elle luy répondift
en quelque façon du
fuccés , elle ne laiffa pas da le
GALANT. 141
•
preparer à y trouver de l'ob
ftacle par le trop de delicareffe
de fa Fille , qui ne feroit
pas fi prompte que luy à fe
refoudre fur une affaire de
cette importance . Elle luy
dit mefme qu'il y avoit plus
de fix mois qu'elle eftoit aimée
d'un Cavalier qu'elle avoit
laiffé s'éloigner pour un
temps confiderable , fans avoir
voulu luy découvrir les
fentimens qu'elle avoitpour
luy, & qu'il devoir eftrebientoft
de retour , mais qu'elle
ne doutoit point qu'il ne
l'emportaft fur ce Rival au142
MERCURE
prés de fa Fille s'il avoit de la
conftance , & fi
*
*
par fes foins
il prenoit
autant
de peine
à
gagner
fon
coeur
, qu'elle
en
prendroit
à luy faire
perdre
les impreffions
qu'elle
avoit
déja
receuës
. Le
Marquis
l'ayant
affeurée
en termes
fort
vifs que rien
n'approchoit
de
fon amour
, la conjura
d'appuyer
les interefts
& prit
congé
d'elle
, voulant
luy laiffer
temps
de tourner
les chofes
favorablement
pour
luy
.
La Belle
, quoy
que
fachée
de
trouver
fa mere
dans
le party
du Marquis
, ne s'alarma
point
le
GALANT 143
de fa paffion . Elle luy parut
trop violente pour pouvoir
durer, & perfuadée qu'elle ne
refifteroit à aucune épreuve,
elle le receuft le lendemain
avec l'honnefteté qui cftoit
deue à un Amant declaré ,
mais fans luy vouloir donner
d'efperance qu'aprés que le
temps leur auroit fait voir s'il
y avoit entr'eux affez de rapport
d'humeur pour leur permettre
de croire qu'ils feroient
nez l'un pour l'autre . Le Mar
quis pretendit cftre affez informé
du merite de la Belle ,
& ne put voir fans murmure
144 MERCURE
qu'elle
ne fuft pas affez touchée
des fentimens
qu'il luy
expliquoit
, pour balancer
à
les recevoir
auffi agreablement
qu'il l'avoit
creu ; mais ſi
l'effay
qu'elle
en voulut
faire
luy caufa quelque
chagrin
, le
Cavalier
qui revint
plus amoureux
qu'il n'eftoit
party, fut inconfolable
. Non feulement
il fe voyoit
un Rival par
qui fes deffeins
alloient
eftre
traverſez
, mais un Rival
qui
avoit gagné
l'efprit
de la Mere.
La Belle le raffeura
en luy
témoignant
que la fermeté
de
fes fentimens
l'avoit
touchée
,
&
GALANT. 145
& qu'il ne devoit rien crain
dre des foins du Marquis , qui
l'avoit aimée avec trop d'emportement
pour ne fe pas re-
#buter des longues épreuves,
où elle eftoit refoluë de met.
tre fa paffion . Cette affeuerance
diminua fort le chagrin
du Cavalier , quoy que le recardement
que ces épreuves
devoient mettre à fon bonheur
fuft une chofe qui luy
donnoit beaucoup à fouffrir.
Le Marquis qui eftoit encore
tout plein des premiers tranf
ports de fon amour , en continua
les empreffemens avec
Aoust 1690 .
N
146 MERCURE
beaucoup de chaleur , & il
parut mefme que la concur
rence du Cavalier cut quelque
part au deffein qu'il pric
de n'oublier rien pour fe faire
aimer, mais ces empreffemens
n'allerent pas loin . La Belle
ayant commencé à fe mal
porter , donna tout à coup
des marques qu'elle alloit avoir
une dangereufe maladie.
Le Marquis la vint voir le
lendemain à fon ordinaire ,
& lors qu'on luy cut appris
que la petite verole s'eftoit
déclarée , il montra tant de
furprife & le retira fi promp-
3
GALANT. 147
२
tement qu'on n'eut pas de
peine à s'appercevoir que la
peur le faifoit fuir, Le Cavalier
qui arriva un moment
aprés , receut cette facheufe
nouvelle avec toute la douleur
qu'on fe peut imaginer.
Il fit cent queftions à la fois
fur les accidens du mal de la
Belle , & quoy qu'on puſt
faire pour l'empefcher d'entrer
dans fa Chambre , il fut
impoffible d'en venir à bout .
Il ne
l'abandonna point pendant
cette maladie & ces
preuves de tendreſſe gagne
emailis ech s Nijb.
148 MERCURE
rent fi bien fon coeur , que
quand elle n'auroit pas elté
prevenuë en fa faveur , elle
n'auroit pû fans injuſtice re
fufer à fon amour le prix qui
luy estoit deu . Le Marquis fe
contenta d'envoyer chez elle
tant qu'on la crut en quelque
peril , & ayant fceu ce que le
Cavalier avoit fait , il connut
bien que n'ayant pas fait
la mefme chofe , il luy feroit
inutile de vouloir continuer
à luy difputer la préference .
D'ailleurs il avoit peine à s'imaginer
que la Belle duft
eftre à couvert des ordinaires
GALANT.' 149
t
effets de la petite verole , &
quand ce mal ne luy auroit
ny changé les traits ny groffi
le teint , il ne pouvoit fonger
aux rougeurs qu'il verroit
fur fon vifage , fans en eftre
dégoûté Ainfi ſon amour
s'éteignit entierement , & il
laiffa la Mere & la Fille dans
l'entiere liberté de rendre
juſtice au Cavalier . La Belle
l'époufa un mois aprés qu'elle
fut gueric , & à prefent que
fes rougeurs font paffées , elle
eft auffi-belle & auffi brillante
qu'elle l'a jamais efté .
Le Vendredy 11. de ce mois,
Niij
150 MERCURE
M le Duc de Charoft prit
feance au Parlement en qualité
de Pair de France. Je ne
vous repeteray point de quelle
maniere fe font ces receptions
ny ce qui fe pratique
e dans les ceremonies de
cette nature . Je vous en ay
déja entretenue plufieurs fois,
& vous ay marqué qu'on y
fait l'Eloge de ceux qu'on
reçoit . Celuy de M: de Charoft
n'eftoit pas difficile à
faire . Sa fageffe & fa pieté font
exemplaires , & brillent d'autant
plus à la Cour , que ces.
vertus ne font pas communes
GALANT
151
dans le fejour de la joye, des
plaifirs , de la grandeur ,
& de
la magnificence , & que de
pareils exemples font fort à
fouhaiter dans les Cours,pour
exciter la jeuneffe à prendre
les impreffions qui la condui
fent aubien . Ce Duc eft Gou
verneur de Calais , & a fervi
long-temps en qualité de Capitaine
des Gardes du Corps .
de Sa Majefté , mefme du
vivant de M. le Duc de Charoft
fon Pere. Il a auffi fervi'
dans les Armées , où il a receu
une bleffure tres- dangereufe
dans les reins . Enfin les fervi-
N iiij
152 MERCURE
ces luy ont fait meriter le glorieux
employ de Lieutenant
General , & il a fervi en cette
qualité . Le Roy dit à Madame
la Ducheffe de Charoft , lors
quelle voulut le remercier
de la grace qu'il avoit faite à'
Mr. le Duc de Charoft fon
Mary , que ce n'estoit point une
grace , mais une dette dont il
s'eftoit acquitté.
Ml'Archevefque de Paris
eftant Duc depuis longtemps,
Sa Majefté luy dit qu'il falloit
qu'il fe fift recevoir Pair , &
qu'Elle donneroit là - deffus
fes ordres à M le premier PreGALANT
. 153
fident. Cela fe fit le Samedy
19. de ce mois avec les ceremonies
accoutumées. Je vous
ay parlé tant de fois du rare
merite de cet illuftre Prelat
que je ne repeteray point ce
qui eft connu de toute la
France.
Je croyois que je n'aurois
plus à vous parler de ce qui
s'eft fait dans les Provinces
pour les Victoires du Roy ,
mais l'article que vous allez
voir et trop important pour
le paffer fous filence . M. le
Comte de Broglio , Licutenant
General de fes Armées,
154 MERCURE
& Commandant en chef
pour Sa Majesté en Languedoc
, envoya fes ordres dans
routes les Villes principales
de cette Province , pour
faire faire des réjouiffances
públiques , & choifit le Di
manche 30. du mois paffe
pour le Feu de joye qui devoit
fe faire à Montpellier.
La Place de Peyrou , qui eft
parfaitement belle par fon
étendue & fa fituation , puis
qu'on y voit la Mer d'un côté,
& de l'autre une grande Plaine
plantée d'Oliviers , fut le lieu
qu'on choifit pour le dreffer .
GALANT. 155
On y avoit élevé une décoay
ration de douze toifes de haut,
& de dix de large , qui reprefentoit
la façade du Temple
de Mars. Il eftoit orné d'un
ordre
d'architecture Dorique
avec trois portes , & l'on y
montoit par trois grands degrez.
Sur le fronton de la
porte du milieu s'élevoit une
Pyramide pleine de chifrès &
de Fleurs de lis , à la pointe
de laquelle eftoit un Soleil ,
avec cette Infcription fur le
Piedeftal, Victori Gentium , &
au deffous ces deux Vers Latins.
2
156. MERCURE
Victori quondam Marti quæ
Templa Vetuftas
Voverat ,hac Lodoix dignior
hofpes habet.
Un Cartouche où l'on avoit
peint le Char du Soleil montant
fur le Zodiaque,fe voyoit
fur le fronton , & l'on y lifoit
ces mots..
Rapido contrarius evehor orbi.
Ce Char qu'Ovide fait monter
rapidement contre le
mouvement des cercles dont
les Cieux font compofez , reprefentoit
parfaitement le
Roy qui vient à bout de tant
de Puiffances unics contre
GALANT. 157
luy , & force avec une rapidité
extraordinaire tout ce
qui s'oppose à la valeur de
fon bras.
་
Dans la frife , au deffus de
la grande porte, il y avoit un
Soleil & deux nuées au deffous
, l'une plus petite &
moins élevée , qui eſtoit oùverte
, & d'où il eftoit forty
des foudres qui avoient abatu
des hommes & des chevaux
que l'on voyoit étendus à
terre. L'autre , plus élevée &
plus groffe , n'eftoit pas encore
ouverte , & l'on y lifoit
cos autres mots. Tenet majora
158 MERCURE
tonantis fulmina Le Soleil qui
eft la Devife du Roy , le reprefentoit
dans ce Tableau, &
la plus groffe nuée que ce Soleil
élevoit , & qui n'eftoit
pas encore ouverte , eftoit la
Figure de Monfeigneur le
Dauphin , parce que l'Armée
qu'il commande en Allemagne
, n'a pû joindre encore
les Ennemis. La feconde de
ces nuées de laquelle il eftoir
forty des foudres , avoit eſté
mile pour faire entendre, que
Monfieur le Duc du Maine
s'eft fignalé par fa valeur &
par fa conduite avec beau
GALANT. K9
coup de diftinction
à la Bataille
de Fleurus.
Sur les deux portes à coſté
de la grande eftoient deux
autres Tableaux. On voyoit
dans le premier un jeune Lion,
fier & animé par la victoire,
pourfuivant un Leopard à demy
déchiré & un vieux Lion.
Ce jeune Lion reprefentoit
encore Monfieur le Duc du
Maine , qui a défait les Anglois
figurez par le Leopard,
& les Hollandois par le vieux
Lion . On luy appliquoit ce
commencement de Vers , Inflat
vi patria, dont fe fert Vir160
MERCURE
gile pour exprimer
la valeur
du jeune Pirrhus
, en la comparant
à celle d'Achille
fon
Pere. Dans l'autre Tableau
eftoit peint un Aigle fondant
fur plufieurs
oiſeaux
de proye
avec ces mots , Dignas Fove
concipit
iras.
Ces deux portes eftoient
ornées de deux pilaftres chacune
, dont le fond eftoit d'azur,
femé de Fleurs de lis d'or,
Tableaux .
chargé de quatre
Le premier reprefentoit un
Soleil dont les rayons alloient
fraper un miroir ardent, qui
les reflechiffoit fur des VaifGALANT.
161
feaux qu'ils bruloient , avec
ces mots , Nec minor hic radiis ,
pour faire entendre que le
Roy eft également heureux
& puiffant par tout. Dans le
fecond on voyoit un édifice
foutenu par plufieurs colomnes
dont l'une eftoit abatuë.
On y lifoit ces paroles , Trahet
una ruinam. Le troifiéme
eftoit un Soleil & un Arc- enciel
au deffous , avec ces mots,
Sic orbem componet. L'Arc- enciel
eft le fimbole de la paix,
& chacun fçait que le Roy
par une grandeur d'ame , &
une generofité fans exemple,
Aouſt 1690. Ο
162 MERCURE
a declaré , que plus il gagne
roit de victoires , plus il feroit
porté à finir la guerre .
Dans le quatriéme tableau
paroiffoit un vieux Prophete ,
qui d'un cofté montroit des
Vaiffeaux en fen
& de l'au
tre un Champ de bataille tour
couvert de morts . On avoir
écrit ces mots au bas , Hac
vera futuri omina . Par ce Prophere
on entendoir du Mou
lin dont la ridicule Prophetie
avoit abufe quantité de
gens , qui doivent prefentement
revenir de leur erreur ,
puis qu'ils voyent des évene
GALANT. 163
mens tout à fait contraires à
fes chimeriques predictions.
Toute l'architecture de cette
décoration eftoit ornée de
lauriers . Sur le fronton à chaque
cofté de la pyramide &
fur les coins , on avoit élevé
des trophées d'armes , & le
Temple étoit remply de quantité
de feux d'artifice.
L'aprés dinée dujour qu'on
avoit choify pour cette réjoüiffance
, les Compagnies
de la Bourgeoifie de la Ville
qui eftoit fous les armes , &
qui faifoient un corps de
douze cens hommes , mar-
O ij
164 MERCURE
cherent dans les ruës , & firent
plufieurs décharges. Il y
avoit auffi deux cens jeunes
hommes à cheval tres-bien
montez & tres- propres , avec
des timbales & des trompettes
de la livrée des Confuls de
mer qui s'eftoient mis à leur
tefte . Sur les cinq heures , M
le Comte de Broglio partit de
fon Hôtel avec M de Bavilles
Intendant de laProvince,pour
fe rendre en l'Eglife Cathe
drale. Il fut precedé de fa
Compagnie des Gardes , &
accompagné des Officiers des
Troupes , & des GentilshomGALANT.
165
>
mes de la Campagne & de
la Ville , qui s'eftoient rendus
auprés de luy. La ruë
qui conduit de fon Hôtel
à l'Eglife , où eftoient déja
toutes les Dames , ainfi que
la Cour des Aydes en robes
rouges les Treforiers de
France , le Prefidial & les
autres Corps de Justice avec
les Confuls , fe trouva bordée
des deux coftez des Compagnies
des Bourgeois. Il fe
plaça au milieu du Choeur fur
un Prié- Dieu magnifique , &
l'on commença le TE DEUM
qui fut chanté en Mufique
166 MERCURE
*
avec beaucoup de folemnité.
Le Ceremonie étant achevée
, Mile Comte de Broglio
retourna à fon Hoftel
dans le même ordre qu'il étoit
party. Toutes les Sales &
toutes les chambres eftoient
remplies de tables de jeu , &
la nuit ne commença pas fi
toft à paroiftre , qu'il fe fit
un nouveau jour dans la Ville
par la quantité de feux que.
Fon alluma partout , & par
les illuminations qui éclairerent
toutes les Feneftres des
Maifons . Il y en avoit une
tres-grande fur tout le devant
GALANT. 167
de l'Hoftel de Mle Comte
de Broglio , & fur la porte
eftoit un
cartouche avec fes
Atmes , qui font un Sautoir
ancré dont l'une des ancres
entroit dans le vuide d'une
-Croix vuidée , clechée & pommetée.
Ce font les Armes de
la
Province de
Languedoc.
Les
Confuls de la Ville y
avoient fait mettre ce Cartouche
, avec ces mots , A tempe
frate tuetur , pour faire entendre
que M. le Comte de Broglio
tient toute cette Province
dans un tres - grand calme
par les foins
extraordinaires
STY
W
168 MERCURE
qu'il fe donne , & par fa vigilance
à prévenir ce que
quelques nouveaux Convertis
mal intentionnez auroient pu
tenter . Sur les neuf heures du
foir , il fortit de fon Hoftel
dans l'ordre fuivant pour aller
à la Place de Peyrou . Six
Pertuifaniers habillez de la
livrée de la Ville , avec leurs
pertuifanes , & chacun un
flambeau à la main , mar
choient à la tefte deux à deux,
fuivis de quatre Valets du
Guet portant la meſme livrée .
Aprés cux venoient les Tam ,
bours & les Hautbois de la
Ville ;
GALANT. 169
Ville ; enfuite fix Eloudiers
ou Maffiers , avec des robes
de la même livrée , & chacun
un flambeau de cire blanche.
Ils precedoient le Capitaine
du Guet , aprés lequel on
voyoit paroiftre la Compagnie
des Gardes de M le
Comte de Broglio, avec leurs
Cafaques & leurs Carabines
fur l'épaule , ayant à leur tefte
des Hautbois & d'excellens
Violons. Douze Laquais, chacun
avec un flambeau de cire
blanche à la main , precedoient
ce Comte. Le Lieutenant
de Roy de la Ville eftoit
Aoust 1690.
P
170 MERCURÉ
à fa gauche , & enfuite les
Confuls avec leurs robes . Il
y
avoit un grand nombre d'Officiers
& de Gentilshommes
de la Province devant & der--
riere luy. En arrivant à la Place
, il y trouva toutes les Compagnies
de Bourgeoifie foust
les armes bordant la haye de
chaque cofté , & un Eſcadron
de la jeuneffe de la Ville avec
les Confuls de Mer à leur
tefte . Il fut receu au bruit des
Timbales , des Trompettes
,
des Tambours , & de la Moufqueterie
, & aprés qu'il cut
mis le feu à un Bucher que
l'on avoit élevé entre la porte
GALANT. 171
de la Ville & le Feu d'artifice
dans le milieu de la Place , il
fe rendit fur le rempart qui
regne tout le long du Palais ,
où on luy avoit preparé une
place , ainfi que pour toutes
les Dames, les Officiers, & les
Gentilshommes de fa Suite.
Mr. le premier Preſident de la
Cour des Aides , dont le zele
pour le fervice du Roy eſt
affez connu, avoit pris le foin
de faire orner ce rempart de
tapis& de feüillées, & il eftoit
d'ailleurs éclairé par tant de
lumieres, qu'elles jettoient un
éclat pareil à celuy du feu d'ar-
Pij
172 MERCURE
tifice ,qui eftoit veu d'un cofté
par ceux qui estoient dans la
Place , tandis qu'ils voyoient
de l'autre , à la faveur de cette
illumination, toutes les Dames
qui occupoient le rempart.
Si- toft que Mile Comte de
Broglio fut placé , on mit le
feu à l'Artifice qui eftoit par
faitement bien entendu , &
qui eut tout le fuccés que
l'on pouvoit fouhaiter . La
Bourgeoific & l'Eſcadron des
Confuls de Mer , firent plufieurs
décharges pendant qu'il
joüoit. Quantité de Boëtes
furent tirées , & l'on fit à la
Citadelle une feconde déGALANT
173
euë
charge de l'Artillerie . Ce
bruit joint aux acclamations.
du Peuple redoubloit la joye
que tout le monde avoit cue
des grandes Victoires de Sa
Majefté. Aprés que l'on cut
joüy de ce divertiffement ,
toute la Compagnie fe rendit
à l'Hoftel de M. le Comte de
Broglio , où l'on trouva une
Fefte des plus magnifiques
.
Dans un Jardin qui regne
long d'une Salle baffe , tout
paliffadé de Lauriers & de
Grenadiers , & bordé tout autour
de quantité d'Orangers
,
cftoient difpofées
cinq granle
P iij
174 MERCURE
des Tables , l'une au milieu ,
& les quatre autres dans les
quatre coins. Toutes les paffades
eftoient garnies de
lumieres avec des Devifes à
la loüange du Roy , & ces
lumieres jointes à celle que
rendoient un nombre infiny
de Bougies qui eftoient dans
des Luftres attachez à une
grande Tente qui couvroit
tout le Jardin , faifoient une
clarté extraordinaire . Au def
fus des paliffades , on avoit
dreffé un Orchestre pour les
Violons & les Hautbois , &
des Amphitheatres pour le
GALANT. 175
papeuple
, qui regnoient tout
le long des paliffades . Toutes
les Dames qui eftoient en fort
grand nombre , & d'une
rure magnifique , fe placerent
avec une partie des hommes
aux tables qui eftoient dans
le Jardin , & qui furent fervies
de tout ce qu'on peut s'imaginer
de plus exquis , avec
une delicateffe & un ordre
furprenant . Le reste des hommes
alla dans une Salle feparée
du Jardin par une grande
Galerie , aux deux bouts de
laquelle on avoit placé un
buffet magnifique , ce qui fai-
P iiij
176 MERCURE
foit un tres bel effet , & un
grand dégagement . Cette Salle
eftoit auffi parfaitement
bien éclairée , & il y avoit
trois grandes tables fervies
avec la mefme abondance &
la mefme propreté que les
tables du Jardin. Le Bal fucceda
à ce fuperbe foupé , il
dura jufques à deux heures
aprés minuit . Les Dames y
Parurent extremement par
leur danſe , leur ajustement
& leur beauté , & pour fatisfaire
tout le monde , il y avoit
des tables de Jeu dans
plufieurs Chambres , afin que
GALANT. 177
5
ceux qui fe lafferoient du Bal ,
cuffent moyen de fe divertir
d'une autre maniere . Tous
ceux qui fe font trouvez à
cette Fefte demeurent d'accord
qu'on n'en fçauroit faire
une plus galante ny mieux
entendue .
Comme M le Maréchal
Duc de Luxembourg eſt Gouverneur
de Champagne , on
a fait de grandes réjoüffances
dans toute , cette Province ,
pour la Victoire qu'il a remportée
, & fur tout à Troyes
qui en eft la Capitale. Je ne
vous diray rien du Feu d'ar178
MERCURE
tifice qui fut élevé par les
foins de M. de Ville , & qui
réuffit admirablement. Je me
contenteray de vous faire
part de quatre Devifes qui
ont paru dans fa decoration .
La premiere eftoit fur les Atmes
de Luxembourg, qui font
une croix chargée d'un écuffon
où l'on voit un Lion . On
avoit mis ces mots au deffous,
Tutatur grêmioque hæret , parce
que la guerre que foutient la
France , eft une guerre de Religion
. La feconde eftoit fur
les mefmes Armes . On y
voyoit un Lion courant aprés .
GALANT . 179
t
h
une troupe de beftes feroces
dont il avoit déja renversé une
partie , & dont il poursuivoit
l'autre de fort prés , avec ces
i paroles , Auget fi tardat turba
triumphum. La troifiéme eftoit
un Soleil & des Alerions qui
fe regardoient
, avec ces mots,
Durant, referuntque
genus . Les
Alerions font les Armes de
Montmorency
, dans la Maifon
duquel celle de Luxembourg
eft entrée . La quatriéme
eftoit la foudre tombant
fur des gens qui cherchoient
à fe cacher , avec ces mots ,
Ineluctabile telum . Ces Devifes
180 MERCURE
venoient du College de
Troyes . Vous fçavez , je croy ,
qu'il eft tenu par les Peres de
l'Oratoire.
Les Particuliers n'ont pas
efté moins fenfibles aux glorieux
fuccés des Armes de Sa
Majefté que les Communautez
& les Villes . Mile Comte
de Bouligneux en ayant eu
la nouvelle à
Bouligneux , y
fit chanter le Te Deum , qui
fut accompagné
d'un Feu
d'artifice , & de la décharge de
vingt pieces de Canon Ổn fit
par fon ordre une grande di-
Aribution d'argent , & les
GALANT. 181
25
Habitans ne fe contentant
pas de crier Vive le Roy, joignirent
mille loüanges à ces
cris de joye.
M. de Schomberg a fait
affez de bruit pendant fa vie,
pour meriter qu'on parle de
luy aprés fa mort . Il auroit
pû finir les jours plus glorieufement
qu'il n'a fait, quoy
qu'il foit mort dans le lit
d'honneur , c'eſt à dire, quoy
qu'il foit mort les armes à la
main. Dans le combat qui
fut donné en Irlande le 1. du
dernier mois , il s'eftoit trop
avancé pour reconnoiftre les
182 MERCURE
mouvemens des Troupes du
Roy d'Angleterre . Comme
le peril paroiffoit grand, on le
preffa de fe retirer , mais il
n'en voulut rien faire , & receur
un coup de Moufquet
dans le col , trois de fabre fur
la tefte , & un dans le vifage.
On le couvrit auffi - toft , de
crainte que le bruit de fa
mort venant à fe répandre ,
fes Troupes ne perdiffent courage
. Je vous ay dit beaucoup
de chofes touchant fon engagement
avec le Prince d'orange
, dans mes dix volumes
des Affaires du temps . Ainfi
GALANT. 183
dje paffe à ce qui regarde fa
Maifon . Il s'appelloit Frede
ric , & eftoit Comte du Saint
Empire & de Merrola en Portugal
, Seigneur de Coubert ,
Vitry , Soignoles , Barneaux ,
Tancarville , &c . Baron de
Laberffen & d'Altorf, Milord
Tetfort en Angleterre , &
Grand de Portugal . Il fut fait
Maréchal de France le 30 .
Juillet 1675. & il a efté General
des Armées du Roy en Catalogne
& Rouffillon , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
Ecoffois , & Gouverneur
de S. Guillain , Bergue , Gra184
MERCURE
veline , Bourbourg , Furne ,
Dixmude, & Pays circonvoifins
. Il a cfté auffi Capitaine
general , & Gouverneur de
la Province d'Alenteio en
Portugal , General du meſme
Royaume , & de toutes les
Nations Etrangeres , qui l'ont
fecouru pendant la guerre.
Les fervices qu'il avoit rendus
à cette Couronne contre
l'Espagne juſques à la Paix ,
luy en avoient fait meriter
une penfion viagere de ſeize
mille Cruzades
, tant pour
luy que pour les Enfans . Il
avoit auffi un Brevet qui luy
GALANT. 185
t
attribuoit en France tous les
honneurs, prérogatives & privileges
attachez à la dignité
Le de Duc & Pair, à la referve
е de la feance au Parlement.
1 Ce Brevet eftoit femblable à
celuy de M le Prince d'Epi-
S noy , & il en avoit eu la furvivance
pour le Comte Menard
de Schomberg , ſon ſecond
Fils , qu'il regardoit
comme fon aîné . Ce fut luy
qui fit lever le Siege de Maftrik
au Prince d'Orange , en
31677. Enfin, aprés avoir cfté
Gheral en Angleterre des
trois Royaumes de Sa Majefté
2.Aoust 1690 Q
186 MERCURE
Britannique , il s'eftoit mis
du Prince d'Orange
,
du
party
abandonnant les interefts du
Roy Tres-Chreftien, & ceux
du Roy d'Angleterre,fes bienfaicteurs.
Menard , Comte de
Schomberg , fon Pere , eftoit
grand Maréchal du haut &
bas Palatinat , Gouverneur
de la Province & de la Ville
de Juliers & Cleves , commandant
au Siege de cette
Place le fecours d'Allemagne
, Ambaffadeur extraordinaire
en Angleterre , pour
faire le mariage de la Princeffe
avec le Prince Electoral
Palatin , & deftiné trois mois
GALANT 187
X
7.
avant fa mort pour comman
der l'Armée de ce Prince ,
lors qu'il marcha en Boheme
où il fut élu Roy. Sa Mere ,
Anne Dudley , eftoit Fille
de Milord Edouard Dudley ,
Pair & fecond Baron d'Angleterre.
Son Aycul a fervy
la France , ayant amené au
Roy Henry IV. des Troupes
qu'il avoit levées à ſes defpens.
La Maiſon de Schomberg
fortie de celle des Ducs
de Cleves , a donné deux
Electeurs de Mayence , & un
grand Commandeur de l'Ordre
Teutonique. Theodoric
Q ij
188 MERCURE
de Schomberg , qui ſe diſtingua
à la Bataille d'Ivry , cftoit
de cette Maifon , & c'eſt de
luy qu'elle a herité de la Terre
de Sarguemunde en Lorraine,
dont le dernier Duc Charles
de Lorraine s'empara fans
rembourfer les deniers pour
lefquels il la leur avoit laiffée,
à la referve de la Fortereffe de
Birche , que Theodoric de
Schomberg avoit afficgée &
prife avec des Troupes qu'il a- ,
voit encore levées à fes defpens.
M le Maréchal de
Schomberg avoit époufé en
premieres noces Elifabeth de
GALANT 189
C
=
5
Schomberg fa Coufine , & en
fecondes , Sufanne d'Aumale
de Haucourt. Il a eu plufieurs
enfans de fon premier mariage
. Frederic de Schomberg
5 marié en Allemagne , & qui
commandoit les Troupes Angloifes
en Portugal , eft fon
Aifné. Il cft boiteux , & à
caufe de cela il avoit fait met
tre pour Devife dans fes Erendards
, Attendez le Boiteux. Le
Comte Menard de Schomberg,
fon fecond Fils ,
Maréchal de Camp en France,
&a épousé une Fille naturelle
du défunt Electeur Palatin
eftoit
190 MERCURE
*
Pere de Madame. Le Comte
Charles de Schomberg , fon
troifiéme Fils , a fervy de Brigadier
de Cavalerie en France .
Il en a eu deux autres tuez ,
l'un au Siege de Valenciennes
à une fortie , au cofté de
fon Pere qui fut tout couvert
de fa cervelle. Il s'appelloir
Othon de Schomberg. L'autre
qu'on nommoit Henry , fut
pris au Combat que le Marquis
de NogentVaubrun donna
en Flandre. Il avoit percé
trois Escadrons , & il fut bleffé
de
quatre coups dont il mourut
à Bruxelles. Le feul qui
GALANT. IgI
I
&
1
refte des autres branches de
cette Maiſon , eft prefentement
Gentilhomme de la
Chambre de l'Empereur.
Son Pere eft mort Ambaffadeur
de Sa Majesté Imperiale
à Madrid , & fon cadet fut
tué à la Bataille de Leipfic ,
eftant tout enſemble General
de la Cavalerie & de l'Artillerie
pour l'Empereur . Schomberg
porte de fable à l'écu d'argent
en abyme aux bâtonsfleurdelifez
d'or , paſſez en croix &
en fantoir , qui eft de Schomberg
, & fur le tout , d'argent
an Cavalier armé de fable pour
192 MERCURE
la Ville & Comté de Mertola,
Grandat de Portugal .
La Lettre qui fuit vous apprendra
ce qui s'eft paffé fur
mer depuis le Combat Naval.
De la Rade de Torbay , ce 8. Aouft 1690.
T
Ous les Bleffez de l'Arune
partie des mée,
Malades ayant esté débarquez
au Havre à Honfleur, &
&
les Vaiffeaux raccommodes
des dommages du dernier Combat
, & pourveus de rafraichiffemens
, on travailla à distribuer
à chaque Vaiſſeau le remplacement
GALANT. 193
#placement de Matelots & de
Soldats qui leur manquoient . On
les tira des petits Vaiſſeaux deftinez
à defarmer au Havre, &
on les fournit de poudre & de
boulets pour un fecond Combat.
M. le Marquis de Chasteaumorant
, Neveu de noftre General,
fait Capitaine , revint de la
Cour, & aporta de nouveaux ordres
, fuivant lefquels M. de
Tourville fit un détachement de
cinq aiffeaux de guerre les meilleurs
voiliers de l'Armée ,fous le
commandement
de M le Cheva-
Lierde Chafteaumorant
fon autre
neveu,pour aller croiſer à la hau-
Aouft
1690 . R
194 MERCURE
teur de l'Ile de VVith , & de
Porthmouth , d'où ils retournerent
trois jours aprés avec une
Prife Hambourgoife chargée de
fel. Le 27. M: le Major general
Raimondi , que M. de Tourville
avoit envoyé à la Cour ,
joignit l'Armée , avec des ordres
pour faire deux détachemens
confiderables. Le premier eft
de cinq Vaiffeaux de guerre
& de deux Brulots, destiné pour
l'Irlande , fous les ordres de M
le Marquis d'Amfreville , Lieutenant
general , qui a quittéfon
Vaiffeau le Magnifique , de
trois ponts, pour prendre le CourGALANT.
195
S
"
tifan de foixante-quatre pieces
de Canon , que commandoit M
de Pointis , qui monte à prefent
le Magnifique . Le fecond est d'un
pareil nombre de Vaiffeaux ,fous
tes ordres de M. de Relingue,
Chef d'Efcadre , qui quitte fon
Vaiffeau de trois ponts le Fier ,
pour prendre le Serieux , qui eft
celuy de M le chevalier de
Belfontaine , de foixante deux
pieces de canon , à qui il remet
le Fier. Son Efcadre eft destinée
pour croifer à l'entrée de la Manche
du cofté du Pas de Calais où
trois Vaiffeaux de Dunkerque
le doivent joindre , & enfuite
Rij
196 MERCURE
Se rendre à l'Armée ,fuivant les
avis qu'il aura de la fortie de la
Riviere de Londres , & de l'entrée
dans la Manche de celle des
Ennemis , qu'il a ordre d'obferver
pour en venir rendre compte
à noftre General. Il y eut auffi
un autre petit détachement de
deux Vaiffeaux , le Furieux &
l'Arrogant, pour aller à la Houque
joindre les Galeres , & les
escorter jufques au gros de l'Armée.
Chacune de ces Efcadres ayant
appareillé le 29. conjointement
avec toute l'Armée de la Rade
du Havre , fit fa route où elles
GALANT 197
e
ont à fe rendre , pendant que
le gros fit celle de la cofte d'Angleterre
, les vents eftant à l'Est.
Pour nous , nous mifmes le cap à
l'Oüeft- Nord Eft, & arrivâmes
le 30. au matin à la hauteur de la
7 Houque , où nous envoyámes le
Brigantin des Galeres leur faire
fçavoir que nous les attendions
fous voiles. Elles nous joignirent
à midy au nombre de quinze ,
commandées par M le Chevalier
de Noailles , Lieutenant General
, fous luy M le Commandeur
de la Bretefche , & M
du Viviers , Chefs d'Efcadres.
Sur le foir du mefme jour , nous
R iij
198 MERCURE
rejoignifmes conjointement le
gros de l'Armée , où les Galeres
(aluerent M. de Tourville , qui
leur rendit le falut coup pour
coup.
La nuit du 30. au 31. ſe paſſa
avec tres-peu de vent , à la faveur
duquel nous ne fifmes que
refouler la Marée. Le 31. les
vents fauterent au Sud- Eſt , à
midy au Sud , & fur le foir au
Sud-Ouest , rafraichiffant beaucoup
avec grains & pluyes , ce
qui incommodoit fort les Galeres
, qui firent force de voiles
pour chercher l'abry de la Baye
de Torbay , qu'elles prirent fort
GALANT.
199
A
e
à propos fur le minuit , car le
-refte de la nuit fut fort rude .
Les vents s'eftant rangez à
l'Oüeft Sud- Ouest , le reste de
l'Armée y arriva le lendemain.
1. d'Aouft , &y fut toute moüil.
lée à midy par les vingt braffes
d'eau , fond de fable vafeux. Le
reste de la journée fut occupé à
regler les détachemens des Chaloupes
de chaque Vaiffeau , qui
fe trouverent au nombre de
rante- huit, armées pour une def
cente. Il y avoit dans chacune
trente-fept hommes , dont vingt
doivent defcendre , tous les Gar
des - marines de chaque Bord
qua-
Rij
200 MERCURE
compris. Chaque Chaloupe eftoit
commandée par le Lieutenant en
fecond & un Enfeigne du Vaiffeau
, & celles de chaque Efeadre
par le Capitaine du Bord du
Chefd'Efcadre . Ainfi il fe trouve
neuf Capitaines à la tefte
de ce détachement , & quelques
autres détachez de ceux qui ont
fervy par terre , & dont l'expe
rience eft crue neceffaire . Celuy
des Galeres eft de trente Soldats
par chaque Galere qui doivent
defcendre leurs Chaloupes
font auffi commandées par un
Lieutenant & un Enfeigne .
Vous obferverez que les EnfeiGALANT
201
n
t
gnes des Vaiffeaux & de Galeres
ont ordre de ne point defcendre ,
de garder chacunfa Chaloupe
pendant la defcente , afin qu'il
n'arrive point de defordre . Ce
detachement
tant des Galeres
que des Vaiffeaux , peut monter
à 1800. hommes de Troupes
d'élite, & qui en battroient plus
de trois mille. Le Comte d'Etrées ,
Vice- Amiral du Ponant , a le
commandementgeneral du détachement
, & M du Viviers ,
Chef d'Efcadre des Galeres , &
M. de Raimondy , Major general
, font les deux Generaux
fous luy. Les Capitaines qui
202 MERCURE
commandent le détachement
des trois Efcadres font , M. de
Perinet , l'Efcadre blanche , M
de Colombe , l'Efcadre blanche
&bleuë , & M de Certau ,
l'Efcadre bleuë. Les Capitaines
qui commandent les détachemens
des trois divifions de chaque Efcadrefont
,pour la blanche , M²
de Lagnon , la Luzerne , & le
Marquis deChateaumorant ;pour
l'Eſcadre blanche & blenë , M.S
de Lhery , Courbon - blenac &
Saujon , & pour la bleuë , Ms
le Motheux , Darginy & le
Comte d'Aunay . Les Capitaines,
commandant les Grenadiers des
GALANT. 203
f
trois Efcadres font M. d'Ofdmont
, Efcadre blanche , M de
Chavigny , Efcadre blanche &
bleue , M le Vicomte de Coetlogon
, Efcadre bleuë. Le Capitaine
du débarquement eft M.
de Bel- Arce, & les Majors des
Efcadresfont, M. ChaviZeau
de la blanche ; M. de Blenac ,
de la blanche e blenë, & M²
de Baujeu , de la bleuë.
C
-
Cette Lettre contient auffi
ce qui s'est fait à Tingmouth,
mais quoy que cet article y
foit bien touché , je ne veux
point vous le donner d'un
204 MERCURE
feul homme qui n'a point
débarqué , mais pour vous
en faire un ample détail où
aucune circonftance ne foit
oubliée , je vais le tirer des
Relations de plufieurs , dont
quelques uns ont efté à l'action
. M. de Tourville ayant
efté vifiter les coftes d'Angleterre
des environs de Torbay
où l'on pouvoit faire une defcente
, reconnut que les Chaloupes
pouvoient aborder à
Tingmouth . Il y avoit douze
Vaiffeaux Anglois dans cette
Baye , & cela fit prendre la
refolution d'y aller
pour les
GALANT. 205
ר ז
1 bruler. Ainfi le 4. de ce mois
toutes les Chaloupes armées
fe rendirent aux Galeres defit
tinées pour les remorquer ,
Schacune felon fa divifion , &
tout ce détachement quitta
- le gros de l'Armée fur les dix
theures du foir Les Galeres
marchoient fur deux Colomnes
, toutes les Chaloupes &
les Caiques au milieu, & elles
mouillerent la nuit du 4.au 5.
à la demi- portée du Canon
du Bourg de Tingmouth. Si
toft que le jour parut, on vic
= fur une plage qui eft entre le
Bourg & la Mer, environ cent
1
206 MERCURE
•
cinquante Cavaliers , & deux
cens hommes d'Infanterie , le
tout de milice , & les Galeres
qui s'eftoient rangées fort
prés du rivage ayant tiré un
coup de Canon , ces Troupes
fe retirerent dans leur retranchement
qui eftoit avantageufement
fitué , & où il y
avoit trois pieces de Canon ,
& trois Pavillons Anglois
,
éloignez de cent cinquante
pas l'un de l'autre . Les Galeres
tirerent encore cinq ou fix
coups de Canon , & en mefme
temps on fit la defcente.
ME le Comte d'Eftrées fauta
GALANT 207
10
De
1
le premier à terre , tout le
monde le fuivit , & nos gens
s'eftant mis en Bataille fur la
Marine , marcherent droit au
retranchement des Ennemis.
La frayeur les avoit pris , &
s'eftant retirez d'abord derriere
les Arbres des Maiſons
0 les plus éloignées , on les apperçeut
bien- toft aprés qui
gagnoient la Montagne en
grande hafte. M : le Comte
d'Eftrées jugea à propos de fe
rendre maiſtre d'un Temple
& de quelques Maiſons qui
eftoient à l'autre bout du retranchement
, ce qui fut exe208
MERCURE
cuté par M. de Pointis , avec
cent cinquante Grenadiers ,
fans beaucoup de refiftance,
& comme de ces endroits on
voyoit la Baterie des Ennemis
à revers , ils l'abandonnerent
, quoy que leurs trois
Canons battiffént en flanc la
Place où fe faifoit la defcente.
Le reste des Troupes des
Vaiffeaux & des Galeres ayant
debarqué , on s'empara du retranchement
, ce qui estoit
demeuré de Cavalerie &
d'Infanterie
. Angloife ayant
pris la fuite. On enleva les
trois Pavillons & les trois
GALANT•
209
5.
Pieces de Canon , & lors que
s cela fut fait , on fe faifit de
toutes les avenues, & de toutes
les Portes par où les Ennemis
- pouvoient revenir dans le
Bourg pour traverser le rembarquement.
En même temps
e
2
2 on fit un détachement pour
aller brûler les douze Vaiffeaux
qui eftoient dans le
Port. Il y en avoit un tout
neuf de quarante Pieces de
Canon portant au grand Maſt
le Pavillon d'Angleterre
, du
orang de ceux qu'on appelle
Yachs, deux de trente, & un
de vingt- quatre , armez en
Aoust 1690.
S
210 MERCURE
guerre. Les huit autres étoient
ou Fluftes ou Baftimens
Marchands
. chargez de cuir,
de draps & de bas . Ces douze
Vaiffeaux furent brûlez , &
nos Troupes fe rembarquerent
enfuite dans le mefme ordre
qu'elles eftoient defcenduës ,
ayant emporté dans les Galeres
le Canon & les Etendards
, que les Ennemis avoient
laiffez dans leur retranchement
. Il y aa une barre
à l'entrée du Port , qui affeche
en baffe mer, & cela penfa
faire demeurer
une de nos
Chaloupes , le Capitaine de
GALANT. 211
1
Brulot qui avoit efté commandé
pour bruler ces Vaiffeaux
, n'ayant pas voulu quitter
, qu'il ne les cuft veus confumez
entierement , mais on
la tira à force de bras. Tout
cela fe fit en cinq heures de
temps , & prefque à la veuë
de fix mille hommes de
Troupes reglées des Ennemis,
qui n'étoient qu'à trois quarts
de lieuë de là , & dont mefme
on voyoit quelques Bataillons
. Ce qui contribua beaucoup
à rendre cette execution
fi facile , fut une fauffe alarme
qu'on donna pendant
Sij
212 MERCURE
toute la nuit du cofté de Torbay
, avec huit ou dix Chaloupes
pleines de Moufquetaires
qui avoient des meches
allumées. Cette rufe obligea
les Ennemis à envoyer la plus
grande partie de leurs Troupes
de ce cofté - là . Quelques
ordres qu'euft donnez M' le
Comte d'Estrées , qui commandoit
la defcente en chef ,
ily cut quinze ou vingt Maifons
des moins confiderables
pillées & brulées . Tout ce
que les Soldats & Matelots
avoient pris leur fut ofté , &
on le brula à la tefte des
GALANT. 213
Troupes avant le rembarque.
ment , qui fut fait dans un
grand ordre , & fans que nous
cuffions perdu un feul homme.
Les Ennemis perdirent
fort peu de monde de leur
cofté , à cauſe du peu de refiftance
qu'ils firent . On fir
fept prifonniers que M. de
Bonrepaux interrogea . Ils dirent
que tous ceux qui formoient
cette Milice , n'y étoient
que malgré eux , &
dans la crainte qu'on ne les
déclaraft Amis du Roy d'Angleterre.
J'ay attendu à vous parler
214 MERCURE
des Galeres qu'elles fuffent en
Mer , & qu'elles cuffent commencé
d'agir. Elles font au
nombre de quinze , & on
avoit eu deffein de les baftir
à Bordeaux , mais parce qu'il
n'y avoit ny materiaux ny arfenal
, il fut ordonné qu'elles
feroient faites à Rochefort .
C'eſt le lieu qui s'est trouvé
le plus propre pour cela. Elles
ne font pas fi longues que les
Galeres du Levant , mais elles
font plus larges , ce qui les
rend femblables en quelque
façon aux Galeaffes . Elles ont
164. pieds de quille & vingtGALANT.
215
quatre bancs , au lieu que celles
de Marfeilles n'ont que
vingt bancs , & 144. pieds de
quille. Celles - cy ont autant
de Canons à la prouë qu'à la
poupe , & font plus hautes au
deffus de l'eau , & par confequent
il a fallu leur donner de
plus longues rames . Elles ont
vingt hommesà la chiourme
plus que celles du Levant , &
unhomme par banc davanta
ge,& on les a renforcées & fortifiées
d'ailleurs . Les emboucheures
de la Garonne , de la
Seudre , de la Charante & de
la Loire , ainsi que la Mer de
216 MERCURE
puis la Tremblade jufqu'à
Breft , font admirablement .
bonnes pour la navigation
de ces Galeres qu'on n'y a
point veues depuis cent ans .
Il n'y a que le Roy leul capable
de faire une fi grande
dépenfe en fi peu de temps ,
& il fera difficile qu'il ne fe
paffe encore bien des années ,
avant que les Anglois & les
Hollandois puiffent établir
de ces fortes de Vaiffeaux .
Je vous ay entretenuë de
la Paix qui a efté concluë avec
les Algeriens . Mehemet
Elemin , leur Envoyé , eftant
venu
GALANT. 217
a
S
"
J.
venu icy en demander la ratification,
fut prefenté au Roy
par M: le Marquis de Seignelay
le 26. du dernier mois
dans la grande Galerie de Verfailles
, & fit à Sa Majeſté la
harangue que vous allez lire .
ME de la Croix le Fils l'intèrpreta.
·
TRES PUISSANT ,
tres - majestueux , & tresredoutable
Empereur Dieu
veüille conferver V. Majefté
avec les Princes de fon
Sang , & augmenter d'un à
Aouft 1690.
T
218 MERCURE
mille les jours de voſtre
beau regne
.
H
vi-
E fuis envoyé, ô tres-magnifique
Empereur , toujours vi
torieux, de la part des Seigneurs
du Divan d'Alger, & du tresilluftre
Dey, pour me profterner
devant le Trône Imperials de
Voftre Majuté , cơ pour lay tế
moigner l'extrême joye qu'ils ont
reffentie de ce qu'Elle a en la
bonté d'agréer la publication de
la Paix qui vient d'eftre concluë
entre fes Sujets & ceux du
Royaume d'Alger. Les Generaux
les Capitaines , tant de terre
GALANT 219
que de
›
de mer , m'ont choifi , Sire
d'un commun confentement, nonobftant
mon infuffifance pour
avoir l'honneur d'entendre de la
bouche facrée de V. Majefté la
ratification de cette Paix , eftant
perfuadez que c'eft de cette paroleroyale
que dépendfon éclat &fa
durée, quifera, s'il plaift à Dieu .
éternelle. Ils m'ont ordonné d'af .
furer V. Majesté de leur tres-,
profond respect, & de luy dire
qu'il n'y a rien au monde qu'ils
faffent pour tacher de fe rendre
dignes de fa bien- veillance.
= Ils prient Dieu qu'il luy donne
la victoire fur tant d'Ennemis
Tij
220 MERCURE
de toutes fortes de Nations qui
fefont liguées contre Elle, & qui
feront confondues par la vertu
des miracles de Jefus , & .de
Maric , pour le droit defquels
nous fçavons que vous combattez.
Je prendray , Sire , la liberté
de dire à Voftre Majefté ,
qu'ayant eu l'honneur de fervir
long temps à la Porte Othomane,
à la veuë de l'Empereur des
Mufulmans, il ne me reftoit pour
remplir mes defirs , que
de faire
la reverence à un Monarque,
qui non feulement par ſa valeur
heroique mais encore par fa
prudence confommée s'est rendu
>
GALANT. 221
6 .
+
"
霉
.A.
le plus grande le plus puiffant
Empereur de toute la Chreftiente,
l'Alexandre e le Salomon de
fon fiecle , & enfin l'admiration
de tout l'Univers. C'est donc
pour m'acquitter de cette Com
miffion , qu'aprés avoir demandé
pardon. à V. Majesté avec les
Tarmes aux yeux & avec une
entiere foumiffion au nom de mes
Superieurs & de toute noftre
Milice , à caufe des excés commis
pendant la derniere
guerre ,
l'avoir priée de les honorer
de fa premiere bonté , j'ofe lever
les yeux en haut, & luy prefenter
la Lettre des Chefs de no-
篇
Tiij
222 MERCURE
fire Divan , en y joignant leur
tres- humble requeste dont je fuis
chargé , comme ils efperent
qu'Elle voudra bien avoir égard
à leur priere, il n'y a point de
doute qu'ils ne faffent éclater
dans les climats les plus éloignez
la gloire , la grandeur & la generofite
de V. Majefté , afin que
les Soldats & les Peuples penetrezde
fon incomparable puiffance
foient fermes e constans
a obferver exactement "jufqu'à
la fin des ficles les conditions
de la Paix qu'Elle leur a donmée.
Je ne manqueray pas auffi,
Va Majesté me le permet de
a
GALANT. 223
rendre compte à l'Empereur Ottoman
mon Maistre , dont j'ay
l'honneur d'eftre connu , des viactoires
que jay appris avoir efté
remportées par vos Armées de
terre de merfur tous vos Enanemis
, & de prier Dieu qu'il
continue vos triomphes . Au refte
• toute noftre esperance dépend des
ordres favorables de Vostre Maajesté.
Le Roy répondit qu'il recevoit
agréablement les affurances
que cet Envoyé luy
donnoit des bonnes inten .
tions de fes Maiftres à maintenirune
parfaite union avec
Tij
324 MERCURE
fes Sujets ; qu'il eftoit bienaife
d'entendre ce qu'il venoit
de luy dire de leur part; qu'il
confirmoit le Traité de Paix
qui leur avoir efté accordé en
fon nom ; que ce qui s'eftoit
paffé feroit oublié , & que
pourveu qu'ils fe comportaf
fent de la maniere qu'ils de .
voient , ils pouvoient s'affurer .
que l'amitié & la bonne intelligence
s'augmenteroient
toujours de plus en plus , &
qu'ils en verroient les fruits .
Le 14. de ce mois , le mefme
Envoyé d'Alger fit la haran--
GALANT. 225
gue qui fuir , au Roy de la
Grand
'
Bretagne
.
TRES HAUT , TRES-
20 Magnanime , & tres- Excellent
Roy , Dieu conferve
toûjours à Voftre Majefté
cette grandeur d'ame qui
doit éternifer fon Regne ,
& preferve de tous dangers
Voftre Augufte &
Royale Famille .
L
Affection dont Voftre Majeffé
honore depuis fi longtemps
la Republique d'Alger , a
porté le tres-Illuftre & Magni226
MERCURE
que
•fique Dey mon Maistre , ainst
tous les Seigneurs de noftre
Divan , à m'ordonner de venir
rendre mes profonds refpects aux
-eftriers de Voftre Majefté, &
de vous affeurer , SIRE , que
leur intention eft de maintenir
i à jamais la paix & l'amitié
qu'ils ont contractée avec Elle.
Ils ont appris Sires avec un
tres -fenfible déplaifir la lâcheré
laquelle un grand nombre
de fes Sujets fe font laiffé corrompre
aux pourfuites franduleufes
de fes Ennemis , & oubliant
que les Rois font l'ombre
dela Divinité , ils font tomber
Avec
$
GALANT 227
#
dans une felonie. qui marque
leurfront d'un opprobre eternel
au regard de Voftre Majesté.
Comme il n'eft que trop évident
que les guerres que le tres-puiffant
& le tres- invincible Empereur
de France & Voftre Majefté
ont entreprises,font les effets
I de la
de la vengeance que Dieu vent
prendre de cette multitude feditieuse
, & de ces Ufurpateurs
dont les Sectes impies ont corrompu
la faine Doctrine des Livres
de Dieu , nous efperons que
Voftre Majesté fera bien-toſt en
eftat de faire triompher la justice
deſa caufe , en remontantfur be
228 MERCURE
Trône de fes Ancestres pour y
briller derechef comme le Soleil
dans le centre de la Magnificenee.
L'Antiquité nous fournit
tant d'exemples de femblables
revolutions dont les Auteurs
ont efte punis , qu'elles ne doivent
plus paffer dans le monde
pour une nouveauté. N'a- t-on
pas veu les Juifs , qui par leur
fedition contre Fefus leur Roy ,
Seigneur de toutes les Creatures ,
fe font non feulement mis aux
pieds les ceps de la malediction ,
mais encore fe font rendus le
mépris de tous les peuples de l'Univers
? Auffi Voftre Majesté
GALANT. 229
ques ,
doit regarderfon Ennemy.comme
l'on regarde l'impie Pharaon ,
qui pouffa fon infolence_jufqu'à
fe faire adorer comme Dieu , ne
ceffant de perfecuter les Prophetes
, & par fes mauvaiſes
intrigues & inventions diabolide
détrôner plufieurs
grands Rois ; mais à mefme temps
Elle doit envisagerfa fin abominable
, puis que Dieu faifant é
clater les effets de fon jufte couroux
, priva cet infidelle de fon
Trône , precipitafon corps &fon,
ame dans un abifme de malediction
, enfin l'extermina enforte
qu'à peine paroiffoit - il que
2.
230 MERCURE
ce pernicieux Tiran eušt jamais
eftéfur la terre . Oüy's Sires cette
petite abfence de Voftre Majesté
eftant une preuve incontestable
de fa fermeté à maintenir la veritable
Loy de Jefus dans fa pureté
, nous pouvons avec une efpece
de certitude nous promettre
qu'Elle verra dans peu de temps
renaiftre de tous coftez lesforces
defon Sceptre, & éclater de nouveau
la fplendeur de ſa Couronne.
C'est ce qu'on doit efperer
de la parfaite union , qui paroift
´aujourd'huy avec tant de generofité
& d'amitié entre le trespuiffant
Empereur de France &
1
GALANT. 231½
Voftre Majefté. Nous prions.
Dieu de vous faire goûter àl'un
er à l'autre les fruits de voftre
grand courage , vous prefervant
fur terre & fur mer des trahisons
infames de vos Ennemis , & dè
donner par vos victoires la joye
aux amis de voſtre profperité.
Je fupplie Voftre Majesté d'eftre
perfuadée que nous fommes de ce
nombre , & que nous donnerons
dans toutes les occafions enface
des Amis & des Ernemis , des
marques de nostre amitié & de
la fermeté de la Paix que nous
aurons avec tous vos fidelles Sujets
, comme nousfommes obli-
ン
232 MERCURE
gez de faire connoistre à tout le
monde la grande estime que nous
confervons pour les Royales vertus
de Vostre Majesté , & les
voeux que nous faisons pour fon
rétabliſſement. C'est avec un
grand plaisir que j'ay l'honneur
de me prosterner devant Elle , '
& de luy témoigner le zelo ardent
que nous aurons toûjours
pour fon fervice , efperant que
Vostre Majesté aura la bonté de
l'agréer & de nous honorer de lá
continuation de fon affection .
Cette Harangue doit fervir
d'une belle leçon aux Princes
GALANT 233
liguez , & faire apprehender
aux Anglois , & fur tout au
Prince d'Orange , les effets de
la Juftice de Dieu.
Le 15. de ce mois , le Corps.
de Ville s'eftant affemble ,
Mile Prefident de Fourcy fut
encore continué Prevoft des
Marchans. C'eſt la troifiéme
élection qui s'eft faite en fa.
faveur. Il y cut auffi de nouveaux
Echevins élus à la place
de MS Bellier & Marefcal.
Ce furent Mr- Chauvin, Quartenier
, & Savalet , Notaire
au Chafteler . M de Poiffi ,
Confeiller au Parlement , &
Aouft 1690 . V
234 MERCURE
Fils de Mile Prefident de
Maifons , cftant allé le 22.
prefenter le Scrutin au Roy
pour faire prefter le ferment
accoutumé , parla en ces termes
à Sa Majesté. o my chi
SIRE ,
9.
La Capitale de vostre Royaume
penetrée d'amour & de veneration
pour Vostre Majefté ,
vient luyprefenter les nouveaux
Magistrats deftinez à l'honneur
immortel de voir leurs noms
écrits dans les Annales de vostre
Regne. Quel Regne & quel enshaifnement
de glorieuſes & de
GALANT. 235
conftantes profperitez ! Nous ne
cefferions , Sire , de nous écrier
fur tant de merveilles , fi Voftre
• Majefté ne nous y avoit tellement
accoutumez , qu'à peine
l'habitude nous permet- elle les
premiers mouvemens de la furprife
. Eh , comment se troubleroit
l'ordre de vos projets ? La
J
prudence y prefide , vous af
fervit la fortune . Par où vien
droit à s'interrompre le cours de
vos triomphes La Victoire qui
nofa jamais balancer devant
vous reconnoift à la condui
te de vos Armées le veritable
Chef qui les anime . L'ingra-
V jj,
236 MERCURE
titude & l'envie euffent- elles
groffir encore le nombre de
nos Ennemis , ils fe briferont
tous enfemble Sire, contre voftre
fageffe . Si le prefage leur paroift
fufpect, qu'il's confultent une Republique
leur alliée , ils appren
dront d'elle à quel prix ils peu
vent faire entrevoir leurs éten
darsfur nos frontieres . Je n'en
attefte pas moins hardiment cette
Nation fiere & rebelle qui fe
vantoit de poffeder feule l'Eme
pire des Mers , & qui pour fe
l'affermir contre vous n'a pas de
daigné le fecours de fa Rivale,
L'une &l'autre avoйeront que
0
GALANT 237
#
malgré la jonction de leurs forces
» elles n'ont pû derober au
• vainqueur les débris de leurs
• Flôtes diffipées que par les
plus cruelles refources qu'infpirent
la rage & le defefpoir. Fe
touche fans y penfer à des évenemens
qui paffent de bien toin
laportée de ma voix, Peut- estre
außi s'estonnera - t - on qu'une
Wille fi feconde en fameux genies
m'ait pris pour fon interprete :
mais , SIRE , le miniftere
qu'elle me confie aujourd'huy
appartient au zele plûtost qu'à
l'Eloquence. Mon coeur en ce moment
garantit lajustice du choix
M4
238 MERCURE
1
qui m'honore & peu s'enfaut,
SIRE , que dans l'ardeur qui
me transporte , je ne m'oublie
jufqu'à défier vos bien faits , de
me dévouer plus religieufement
à Voßre Perfonne facrée.
Je vous ay déja envoyé un
grand nombre de Medailles
touchant la vie de noftre
Augufte Monarque, & mon
deffein eft de les faire graver
toutes. Ainfi celle que je vous
envoye aujourd'huy eft de ce
nombre. Elle fut frappée en
1661. & marque la paix que le
Roy donna aux voeux de
170046 $5
2 660 BON 2,65 jam
stored br
23.CRISTES
PACEM
3 0
PREFERRE
VOTA ORBIS
1668.
TRIVMPHIS
smoke onloma ,pe cit qe
"
LDolinarfecit
4:
P
andmen
ه ل ل ا ن ا م ا ن ی ا
GALANT. 239
FEurope dans le temps de fon
mariage. Quelques Souverains
ont pu l'accorder au
milieu de leurs triomphes,
mais il n'y a eu jamais que
le Roy , qui l'ait donnée tant
de fois , toûjours triomphant,
& toûjours en eftat de faire
de nouvelles conqueftes, mal
gré les jaloux efforts de plu
Lieurs Ennemis liguez enfemble.
Le Roy d'Angleterre alla
la femaine paffée à l'Obfer
vatoire , & dit en y entrant,
Qu'il venoit voir ces Meẞieurs
dont on parloit par tout. Il fur
240 MERCURE
d'abord conduit dans une
tour orientale , & on luy fit
voir comment fe faifoient les
ObfervationsAftronomiques.
Ce Prince s'arrêta longtemps
à confiderer divers Inftrumens
, les Lunettes , les Ni
veaux & les Pendules. Aprés
cela on luy montra comment
on fe fervoit des Verres de
Lunettes fans tuyau , parce
que l'on a des Verres fi grands
qu'on ne leur peut donner
des tuyaux , qui fe trouvent
droits , jufqu'à cent ou deux
cens pieds. On luy fit voir
enfuite de ce meſme cofté un
Planifphere
GALANT. 241
1
S
Planiſphere dont il fe fit expliquer
tous les ufages Ce
Monarque fut conduit de là
dans la tour occidentale de
ce rez de chauffée , où il vit
la grande Carte dont j'ay parlé
fort au long dans les Volumes
de l'Ambaffade de
Siam en France. Il parla longtemps
fur les Voyages de
Mer dont il dit plufieurs par
ticularitez , ainfi que fur les
Obfervations qu'il avoit fait
faire , mefme fur la variation
des variations de l'Aimant.
Au fortir de cet appartement
de M de Caffini il monta
Aouft1690.
"
X
242 MERCURE
dans la tour occidentale du
fecond appartement, où il vit
des effets du Miroir ardent ,
qu'on avoit tiré du Cabinet
des Machines pour l'expofer
"
au Soleil , où il fondit une
piece de trente ſols auffitoft
qu'elle eut rencontré le foyer
de ce Miroir . Ce Prince vit
les Niveaux dont on s'eft fervi
à mefurer la riviere d'Eure,
& en fortant de cet appartement
de M Sedileau , il entra
dans le Cabinet des Machines
, où il s'arrefta longtemps
fur celles qui montrent
toutes les Eclipfes qui
GALANT. 243
!
ont efté & qui feront , & fur
les Machines qui font voir
quelle eft la difpofition des
Planetes à telle heure qu'on
la demande . Il examina enfuite
les differens modelles des
1 Machines à élever de l'eau ,'
& parlant de plufieurs Machines
pour fervir à la meſme
élevation qui luy estoient
connues , il fit voir qu'il avoir
une parfaite connoiffance des
forces mouvantes . M Couplet
luy montra enfuite unPont de
fon invention , qui fans charroy
, fans compagnie d'Ouvriers,
fans avoir des morceaux
X ij
244 MERCURE
debois plus que de trois ou
quatre pieds , portez par cin
quante hommes venant feparément,
peut eftre bâty enune
heure de temps , fur une Riviere
de huit ou neuf toifes ,
fans eftre appuyé aucunement,
ny fur le fond ny fur le cou
rant de cette Riviere . Le Roy
d'Angleterre s'arrêta àce Pont,
demanda de qui il eftoit , &
dit aprés avoir fait plufieurs
remarques fur fa conftruction
, qu'il croyoit que l'execution
en eftoit facile . Comme il y a de
tout dans ce Cabinet , il fe fit
donner des modelles de CaGALANT.
·
245
beftans , difant qu'il en avoit
fait faire beaucoup pour tirer
les ancres. Aprés avoir examiné
ceux qu'il ſe fit donner,
il parla de la maniere de quel-
5ques autres qu'il a fait faire , &
monta de là fur la Terraffe.
haute , d'où il fit voir à ces
Meffieurs un lieu , où il avoit
autrefois commandé pendant
les guerres deParis. Il prit plaifir
à entendre toutes les obfervations
que M. Sedileau a faites
pour
déterminer la quan- ,
tité d'eau qui tombe en un an
fur la terre , & la quantité qui
s'en évapore. Sa Majesté entra
X. iij
246 MERCURE
à l'Obfervatoire à neuf heures
du matin , & en fortit à
prés d'une heure . Elle dit en
partant , que le Roy avoit grande
raifon de louerfon Affemblée
de Sçavans. Il fit enfuite l'honneur
à M l'Evefque d'Autun
d'aller difner chez luy.
On a eu nouvelles que Dom
Gregorio Caraffa , Grand-
Maitre de la Religion de
Malte , eftoit mort le 21. du
mois paffé, aprés une maladie
de peu de jours. Il avoit 75.
ans, & s'eftoit trouvé en 1656 .
au combat des Dardanelles
avec les fept Galeres de la ReGALANT.
247
1
ligion dont il eftoit General.
lly joignit Laurent Marcel-
7 lo qui commandoit celles de
Venife , & il en prit pour fa
part quatorze des Ennemis ,
qu'il amena dans le Port de
Malte . Il eftoit Fils de Jerôme
Caraffa , Prieur de la
Boccella en Calabre , & fut
éleu Grand Maiftre en 1680 .
Je vous parlay amplement en
ce temps là des ceremonies
qui s'obfervent dans ces fortes
d'élections
. Ainfi pour
éviter une repetition inutile,
je vous diray feulement aujourd'huy
que trois jours aprés
X iiij
248 MERCURE
fa mort, c'est à dire le 24 : de
Juillet , M le Commandeur
de Vignacourt , Grand Treforier
de l'Ordre , fut éleu
pour remplir fa place . Ce qu'il
y eut de bien remarquable ,
c'eft que toutes les Nations
differentes dont l'Ordre de
Malte eft compofé , y concoururent
unanimement . Il
eft vray que l'union des trois
Langues de France , avec celle
d Allemagne , & une partie
de celle d'Italie & d'Arragon
,
donna un grand branle aux
autres . Cette élection a eu
quelque chofe de bien fingu
GALANT 249
EX
lier , en ce que le mefme jour
qu'on apporta les derniers Sacremens
au Grand Maiftre
Caraffa , Male Commandeur
de Vignacourt receut les fou
miffions de tout le monde, &
fut vifité de tous les Grands-
Croix , & mefme de ceux qui
eftoient le plus fur les rangs
de forte que l'on peut dire
qu'il a efté reconnu Grand-
Maiftre du vivant de fon Predeceffeur
, & que la ceremonie
du jour de fon élection.
n'a efté qu'une fimple forma
lité pour confirmer celle que
le Public avoit déja faire.
250 MERCURE
Loin d'avoir eu rien de tu
multueux , il femble qu'elle
ait reconcilié tous les efprits,
& coupé racine à toute forre
de divifions. Tous les honneftes
gens s'en font réjoüis,
& les Peuples dont les plus
anciens fe fouviennent de
T'heureux regne d'Adolphe de
Vignacour,fon Oncle ,
éleu en 1601. & mort en 1622.
font des voeux pour voir
celuy du Neveu d'une auffi
longue durée . Ce fut cet Adolphe
de Vignacourt , qui à
la priere de l'Univerfité de
Paris , fit prefent à la Maifon
GALANT 251
1.
5,
C
S
& Societé de Sorbonne , du
pied gauche de Sainte Euphemie
, Vierge & Martire , qui
de Calcedoine avoit esté apporté
à Rhodes , & de Rhodes
à Malte . Le nouveau
Grand- Maiftre qui eft âgé de
ans , a déja choifi les Officiers
. Il a nommé M. le Commandeur
de Luxembourg , de
la Langue de France , pour
fon Maistre d'Hoftel , & Mr
le Commandeur de St Oüen
de Champigny , pour fecond
7 ans , a
Maistre d'Hoftel . M le Commandeur
de Méchatin , de la
Langue d'Auvergne , eft fon
252 MERCURE
Chambrier Major , M le
Commandeur de St Andiol ,
de la Langue de Provence ,
eft fon premier Ecuyer, & Mc,
le Chevalier de Lufignan-
Lezé , de la Langue de France ,
à la Charge de Secretaire de
fes Commandemens. Si- toft.
que M le Bailly de Hautefeuille,
Ambaffadeur Extraordinaire
de Malte , eut appris
la mort du Grand Mailtre
Caraffa , il alla en donner avis
au Roy à Marly , & le 23. de
ce mois , il eut audience de Sa
Majefté à Versailles , pour luy
faire part de l'Election du
GALANT 253
nouveau Grand -Maiftre .
Mile Comte de Teffé ayant
eu ordre de commander fur
la Mofelle un Camp volant
de deux mille Chevaux , refolut
de faire une courfe dans
le Duché de Juliers pour faire
contribuer le Pays , qui jufquelà
n'avoit voulu rien payer.
Il falloit combattre les Troupes
de Munter & de Neubourg
qui y étoient campées,
ce qui luy fit prendre des mefures
avec M le Marquis
d'Harcourt
, aprés quoy il
partit avec fa Cavalerie , &
M de Gaffion luy amena de
254 MERCURE
?
Mont- Royal le Regiment de
Dragons de M: le Chevalier
de Gramont . M: le Marquis
d'Harcour ayant de fon
cofté tiré environ mille Dragons
des Garniſons du Païs
de Luxembourg , ils fe trouverent
aprés trois jours de
marche, à plus de vingt lieuës
d'où ils eftoient partis , & en
Bataille dans la Plaine de Juliers
à deux petites lieuës des
Generaux Schwart & Bek ,
qui par l'extrême diligence
que fit M de Teffé , ne purent
eftre affez informez fi ce qui
eftoit arrivé de trois coftez
GALANT. 255
t
I
differens eftoit nombreux . Les
feux qu'il fit faire les ayant
avertis qu'il eftoit en Bataille
dans la Plaine , les Gardes ,
que les Gens qu'il déta- ain fi
,
cha fur cux ne les laifferent
plus douter de ce qu'ils avoient
commencé à croire.
On entendit battre leur
generale
au matin , & les partis
qu'envoya ME de Teffé l'af
furerent qu'ils fe preparoient
à marcher. Leur Camp eftoit
compofé de huit Bataillons ,
de 2500. chevaux & de 22 .
pieces d'Artillerie. M de
Teffé fit commencer fes exe256
MERCURE
cutions à la pointe du jours
& l'on brula tous les Villages
qui eftoient dans cinq lieues
de païs , les plus beaux du
monde , depuis Barvenik jufqu'à
une lieue par delà Du
ren . Cinq cens Chevaux des
Ennemis parurent , & coftoyerent
les nostres pendant tout
le jour , fans les approcher ;
de forte que M de Teffé pour
attendre fes détachemens , fe
mir en Bataille dans la Plaine
de Duren. Ses executions étant
faites , il ne crut pas qu'il
fuft à propos d'y demeurer.
C'eſtoit affez qu'il cuſt donGALANT.
257
né aux Ennemis pendant tout
le jour une entiere facilité de.
combattre. Il fit paffer la
Roure à fes Troupes fans autre
oppofition que celle de
quelques Partis de la Garnifon
de Duren , qui furent repouffez
vivement jufque dans.
la Barriere de la Ville . M le
Marquis d'Acher , Capitaine
de Dragons dans Gramont ,
tua d'un coup d'épée un Major
des Troupes de Neubourg.
Une heure aprés ces mefmes
cinq cens Chevaux feurs de
leur retraite , s'approcherent
de nos Efcadrons , & firent
Aoust 1690..
Y
Y
1
258 MERCURE
mine de les vouloir attaquer,
M de Teffé ne voulut d'abord
leur
répondre que par
quelques
Carabiniers
; mais
enfin l'impatience le prit , &
tout d'un d'un coup il détacha fix
Efcadrons qui les joignirent
& qui les fuivirent de fi prés
au delà de la mefme Barriere ,
que M: le Marquis d'Acher
& fix Cavaliers entrerent dans
porte pefle- mefle avec les
Ennemis . M le Marquis du
Terrail fit plufieurs
prifonla
niers à la Barriere , & on leur
tua prés de 80. hommes , fans
autre perte de noftre cofté
CALANT. 259
4
que de ſept ou huit Cavaliers
& de huit ou dix chevaux .
Vingt Soldats qui ne purent
rentrer dans la Ville , fe fau.
verent dans une Abbaye fous
la portée du demy Canon .
M. de Teffé les fit attaquer
par Mi le Chevalier de Gramont
qui brula cette Abbaye .
Il n'y eut que dix hommes
qui fe fauverent de l'embrafement.
Ils fe jetterent par les
feneftres & on leur donna
quartier.Aprés cela nos Troupes
reprirent leur marche par
le païs de Limbourg , où M
d'Aix la Chapelle envoyerent
›
Y ij
260 MERCURE
des oftages pour les contri
butions paffées & à venir ,
dont ils n'avoient pas voulu
compofer . Nos détachemens
mirent le feu en divers endroits
jufqu'aux portes de
Maftrik , & emmenerent les
Mayeurs des environs pour
fervir d'oſtages. On tient que
M: de Teffé en a amené de
La courſe pour quatre cens
mille écus. Cette action eft
fi furprenante , qu'on ne la
peut regarder fans étonnement.
Les Ennemis mefmes
Font, trouvée fi extraordinaire
& en ont parlé tant de
GALANT. 261 .
fois dans leurs nouvelles pu
rbliques , que fans ce qu'ils enont
dit , on auroit peine à
S croire une fi grande execution
au milieu du Païs en
nemy , & fi prés d'une Armée.
qui le devoit deffendre de cette
infulte...
Le Roy a efté fi fatisfait de
fa petite Gendarmerie qu'il.
l'a
confiderablement
, augmentée
. Elle n'eftoit que de
douze Compagnies , & elle,
eft prefentement de feize
Sa Majeſté en ayant créé une
nouvelle de Gendarmes
,
une autre de Chevaux. Legers
262 MERCURE
de
de Monfeigneur
le Duc d'Anjou
, & deux autres femblables
, l'une de Gendarmes , &
l'autre de Chevaux - Legers
Monfeigneur
le Duc de Berry.
Chaque Compagnie n'eſtoit
que de cinquante Gendarmes
ou Chevaux Legers ,
& de deux Maréchaux
des
Logis , ce qui faifoit feulement
quatre Escadrons, & à
l'avenir chaque Compagnie
fera de foixante & feize Gendarmes
ou Chevaux- Legers ,
de quatre Maréchaux des Lo
gis , de deux Trompettes
&
d'un Timbalier , & on en fera
GALANT. 263.
huit Efcadrons, deux Compagnies
fuffifant pour en faire
un. Voicy les noms des nouveaux
Officiers qui entrent'
dans cette Gendarmerie.
M' de la Berange, cy- devant
Maréchal des Logis des Gendarmes
du Roy , cft Sous-
Lieutenant des Gendarmes
Bourguignons , & M ' de Pierre-
court en eft Enfeigne .
M: Deftin eft Lieutenant des
Gendarmes Dauphins , &
M: Defpinac Sous- Lieutenant.
Ce dernier eftoit Capitaine
de Cavalerie .
M. de Toiras , Colonel du
264 MERCURE
Regiment de Condé, eft Lieutenant
des Chevaux - Legers
Dauphins . M' de Bethomas
en eft Sous- Lieutenant , &
Mr le Chevalier de Toiras
Guidon . Ce dernier eftoit
Major da Regiment de Con
dé , & M de Béthomas , Exempt
des Gardes du Corps .
M de Virieu , qui eftoit
Sous - Lieutenant des Gendarmes
d'Anjou , eft Lieutenant
des Gendarmes de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
& M. d'Iliers Sous-
Lieutenant. Il eftoit Enfei
gne de Gendarmerie,
M
GALANT. 265
t
Mr de Saint-Sens , Enfeigne
des Gardes du Corps , cft Licutenant
des Chevaux- Legers
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne, & M de Méziere,
Capitaine de Cavalerie , en eft
fous Lieutenant .
*
M de Beaujeu , qui eftoit
Lieutenant Colonel du Regiment
du Maine, eft fous- Licu .
tenant des Gendarmes d'Anjou
i
M de Virville , cy. devant
dans la Gendarmeric, eft Lieutenant
des Gendarmes de
Berry, & M de Sebville,Sous-
Aouft1690.
Z
266-MERCURE
Lieutenant . Il eftoit Exempt
des Gardes unistadas
M' de Keroüel , qui teftoit ;
auffi dans la Gendarmerie, eft
Lieutenant des Chevaux Le
gers de Berry.ust follo
M'de Druy le Cadet , qui
eftoit Exempt des Gardes , eft
Major de la Gendarmerie , avec
un brevet de Sous Licu
tenant. , now b.M
Mr de Joncas , Exempt des
Gardes, eft Lieutenant de Roy
de la Baftille avec quatre
mille livres d'appointement.
Mr le Marquis d'Urfé . En
feigne des Gardes du Corps ,
en a efté fait Lieutenant à la
GALANT. 267
place de M de S. Rhut qui
eft Lieutenant General
M² de Marfilli- Martainyille
, à qui le Roy venoit de
donner le Regiment de Bersillac
, a efté fait Enfeigne de
fes Gardes , à la place de M
fle Marquis d'Urfe , &fon Regimenta
efté donné à M' le
Comte de Naſſau.
· M de Chaſeron , Exempt
des Gardes du Corps , en a
efté fait Enfeigne à la place
de M¹ de Saint- Sens , que l'on
a fait Lieutenant desChevaux-
Legers de Monfeigneur le
Duc de Bourgogne .
Z ij
268 MERCURE
Peu de temps aprés que Sa
Majefté
cut nommé
ces Officiers
, Elle nomma
ceux qui
doivent
compoſer
la Maiſon
de Monfeigneur
le Duc d'Anjou.
M ' le Duc de Beauvilliers
,
M: l'Abbé
de Fenelon
, & M
l'Abbé
Fleury, ferviront
auprés
de ce Prince,en la meſme
qualité
qu'ils ont de Gouverneur
, de Precepteur
» & de
Sous- precepteur
aupres
Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
. Je ne vous repeteray
point ce que je vous dis de
chacun
d'eux il y a un an , lors ya
de
que le Roy les nomma pour
ces glorieux emplois .
GALANT 269
J
ry ,
M' le Marquis de Somme-
Fils de M le Marquis de
Male
Sommery , Meftre de Camp
du Regiment d'Infanterie de
7 feu Monfieur le Duc d'Orleans,
Capitaine de Chambor,
& Neveu de feu M' Colbert,
a efté nommé Sous gouver
neur de Monfeigneur le Dac
d'Anjou . Il eft fage , d'une
difcretion admirable , & il a
pris dans les Familles où il eft
allié , cette pieté & cette droiture
dont on y fait une par,
ticuliere profeffion . Son courage
n'a
moins paru
pas moins paru dans
les emplois qu'il a eus à la
xvz jij
270 MERCURE
guerre , & il en porte d'honorables
marques
.
M² l'Abbé de Langeron a
efté fait Lecteur. Il eft Fils de
feur M de Langeron , premier
Gentilhomme
de la Chambre
de Monfieur le Prince . Ma
dame fa Mere eft Dame
d'honneur
de Madame la
Princeffe . Il fait beaucoup ,
& s'eft appliqué dés fa plus
tendre jeunelle aux Ouvra
ges de pieté. Ha paru avec
une grande diſtinction dans
pluficuts Miffions qui fe
font faites pour la conver
fion des Pretendus Refor
GALANT. 271
mez , & a toujours eu pour
M ' l'Evefque de Meaux un
attachement digne du merite
de ce grand Prelat , auprés de
qui il a puilé une partie de
ces lumieres , qu'il a répandues
depuis fi utilement dans
les dieux où fa charité l'a
porté pour tirer d'erreur les
R
Heretiques , wet a errent
Les autres Officiers de la
Maifon de
Monseigneur le
Duc d'Anjou , font Mrs de
Cando & de Louville , Genilshommes
de la Manche ;
M de la Roche , premier
Valet de Chambre ; Mr Her-
Z
iiij
27½ MERCURE
1
fan premier Valet de Garderobe
, & M de Boisbrun ,
Porte-arquebufe. Le choix du
Roy eft un grand fujet déloge
poureux , puis qu'on sçaic
affez que Sa Majesté ( nes met
auprés de ce jeune Prince, que
des perfonnes d'une fageffe
& d'une probité reconnuësmi
Ml'Abbé de Verneüil .
Neveu de Md'Archevefque
de Touloufe , & del Mide
S. Poüange & de Villacerfa
cfté nommé à l'Archidiaconé
de Toulouſe , vacant en rega
le. Il eftoit de la dernière
Affemblée du Clergé . Je ne
8
GALANT
. 273
vous dis rien de fon merite.
Ces choix ne tombent que
fur des perfonnes qui en ont
beaucoup. buerg 60
JsJe vous parlay il y a quel
que temps d'une Abbaye que
MB'Abbé Berpier avoit au
1 Mans, & qu'il remit entre les
mains du Roy , afin de mener
une vie plus retirée . Elle a
cftél donnée à M¯bl'Abbé
Baudin ,Beaufrere de M Manfard
premier Architecte , &
Intendance des Baftimens de
Sa MajeſtéonVa wolpo
Je vous dis auffi il ya quel
ques mois que M le Duc de
274 MERCURE
Bournonville ayant pris l'Or
dre de Preftrife , de Roy luy
avoit donné l'Abbaye de Sa
vigny. Ce mefme Duc voulane
aujourd'huy vivre encore
d'une maniere plus détachéc
du monde . a remis certe
grande Abbaye entre les mains
de Sa Majesté , qui en a gratifié
M. le Cardinal de For
90 Indobit bin.
- Depuis
que les Troupes
de
P'Electeur
de
Brandebourg
le
font jointes
avec celles des
Hollandois
que commande
le Prince de Waldec
, le bruit
s'eftoit
répandu
que les Gene-
11
GALANT. 275
raux cherchoient à combatre,
mais il s'eft fort diffipé, & on
ne croit plus qu'ils ayent ce
deffein . Leur Armée eftoit
encore le 26. de ce mois à
Noftre Dame de Hall à
quatre
ou cinq heures de la noftre.
Le 24. on alla fourager
Ijufqu'aux portes d'Ath &
pendant ce temps , M le
Maréchal Duc de Luxem
bourg fit rafer les murailles,
les portes , & tous les poftes.
forts de l'Abbaye de Cambron
, qui eft à une lieuë de
cette Place. On fit jouer la
Mine pour faire fauter une
276 MERCURE
porte fortifiée & voutée &
tout auroit efté démoly avec
le Canon , files Moines n'cuf
fent offert de le faire faire
cux mefmes inceffamment
pour éviter les accidens
qui
pouvoient arriver des boulets
perdus. M de Luxembourg
leur accorda ce qu'ils deman
derent fur cet article , & ils
donnerent
deux oftages pour
affeurance de leur parole . Mr
l'Abbé Riquetti avoit efté le
l'ordre de ce Gene-
30 sem matin par
ral faire
affembler
la Communauté
pour leur declarer que
l'intention du Roy eftoit que
GALANT 277
ཟ།
53100V
l'on oftast à cette Abbaye
tout ce qui avoit fervy l'année
derniere aux Ennemis
pour s'y retrancher & fortifier
durant le temps qu'ils y
furent en garnifon , afin qu'à
l'avenir on ne puft plus y
mettre de Troupes. Cela les
avoit étonnez d'abord , mais
ils ne purent refufer de fe
foûmettre.
211
Monfieur le Duc de Savoye
a permis aux Miniftres de la
Religion Pretenduë
Reformée
de prefcher dans tous
fes Etats , dont il n'a excepté
que la feule Ville de Turin .
278 MERCURE
C'est une grande nouveauté
dans un pays d'Inquifition
& qui fait murmurer toute
l'Italic. Comme ce Prince
a cu depuis ce temps - là
tous les malheurs que vous
allez voir la plupart de fes
Sujets difent hautement que
la protection qu'il donne aux
Herériques on cft cauſe . Il eſt
certain que celle de Dieu pa
toiſt viſiblement pour le Roy,
puis qu'avec les feules Troupes
il a remporté un grand
nombre d'avantages en Savoye
& en Piedmont , contre
les Armées d'Efpagne & de
GALANT. 279
Savoye , quelques Troupes
Allemandes & Suiffes , les
Vaudois , & quelques Refu
giaz François. On fe ligue
par tout contre ce Monarque,
& il femble que ces Ligues
I ne fe font que pour faire
mieux éclater fa gloire , puis
a que plus il ap d'Ennemis à
combattre , plus fes triomphes
augmentent. Ce qui doit
la plus furprendre dans le
progies des armes de France
en Italie , c'est que le Roy
n'eftoit point préparé , lors
qu'on ouvrit la Campagne , à
foutenir les efforts de tant
(
#
4
280 MERCURE
d'Ennemis de ce cofté- là.
Cependant il les a bartussen
differentes rencontres ; lik a
pris des Places , & gagné une
Bataille avant la fin dorcetre
melme Campagne. Ma derniere
Lettre eftoit remplie de
quantité d'avantages rempor
tez pendant le mois de Juiller.
Vaicy ceux de ce mois.
cy.
150101 29
Le 2. d'Aouft fur les dix
heures du foir , Mde Catinat
ayant fait partir fos Troupes
du Camp de Brillane , d'oùtik
décampa tranquillement
fans
aucun obftacle des Ennemis
GALANT 281
7
qui eftoienr fort prés delà ,
leur fit faire une marche de
124 heures , encore plus peni
ble qu'elle ne fut longue.
Avant que d'arriver à Caours
qu'il avoit refolu d'attaquer
trouva à un défilé au pied
d'une Chapelle , des Païfans
quis y estoient retirez , & qui
firent un affez grand feu . Il
les fit forcer & ils furent paffez
au fil de l'épée . Une partic
de fes Troupes arriva le foir
du 30 devant Caours , & le
Befters'y rendit le lendemain
fur les dix heures du matin
ainfique, l'Artillerie. Cette
Aoust 1620..
A a
282 MERCURE
Place eft entre Villefranche
& Saluffe dans une Plaine fur
la gauche de Pignerol & à un
mille du Pô La Plaine eft
petite , & la Ville qui eft au
pied d'une Montagne n'eft
point commandée. Il y a un
Château fur la cime , dont il
ne reste prefque plus rien.
Cependant Faffiette , & les.
retranchemens
qu'on y avoit
faits auffi bien qu'à la Ville ,
ne laiffoient pas de donner
lieu de les défendre , d'au
tant plus que ceux de la Ville
avoient une retraite affeurée
fur la Montagne , où il y a
GALANT 283
F
J
voit une espece de pâté qui
auroit fait tuer beaucoup de
monde fi les Ennemis
s'y fuffent mieux défendus .
A peine M' de Catinat furil
arrivé devant la Place ,
qu'il alla luy-mefme la reconnoiftre.
Il la fit fommer.
les à la pointe du jour , &
fur le refus que la Garnifon
fit de fe rendre , il détacha
pour l'attaque trois cens
Grenadiers & quatre cens
Fufcliers commandez par
M de Chamarante & de
Chafteau - renault , qui êtoient
foûtennus d'un pe-
Aa ij
284 MERCURE
tit détachement fous les or
dres de M' le Comte de Montignac
compofé des Grena
diers de fon Regiment , de
ceux de Cambrefisi & de
trois cens Fufeliers . Lerefte
des Troupes demeura.campé
à un quart de licue de la Place.
Elle fut battue par l'endroit
le plus fort avec quatre pieces
de Canon Tous les rétran
chemens qui fervoient de de
hors , furent d'abord renverfez
. On rompit la porte &
l'on abatit prés de trente toie
fes de muraille. Ceux qui défendoient
la bréche eurent
GALANT +285
beau faire feu fur les nôtres.
L'attaque alla fi viſte que
la Ville fut emportée en un
quart d'heure par les deux
premiers détachemens. Les
Grenadiers y bentrerent les
premiers , & furent auffi toft
fuivis du refte des Troupes.
es efforts que fiffent
Quelques efforts
les Officiers pour le rendre
maiſtres de la fureur du Sol
datables Loix de la Guerre
l'emporterent , & la plufpare
des Soldats des Officiers &
des Habitans furent paſſez au
fil depl'épée. On mit le feu
ala Ville aprés qu'elle cut
286 MERCURE
efté quelque temps abandon
née au pillage . Il y avoit de
dans un détachement , de
Troupes reglées , comman
dées par des Officiers du Regiment
de Montferrat . Il y a
voit auffi des Milices de Mon
dovi & quantité de Barbers.
Ceux qui échaperent fe reri
rerent dans le Château qui
eftoit fur la Montagne , où
l'on croyoit qu'ils duffent
faire une vigoureufe défenfe.
Comme ce n'eftoit pas un
poste qu'on cuft deffein de
garder , & que d'ailleurs les
Ennemis n'y pouvoient fub.
GALANT. 287
fifter plus de deux jours, M
de Catinat qui vouloit épar
gner fon monde , & qui ne
jugeoit pas que le Chasteau
puft eftre facilement infulté,
n'avoit pas refolu d'en faire
faire l'attaque. Ainfi ayant
donné ordre que les Froupes
fe retiraffent de la Ville que
l'on voyoir toute en feu , il les
firrepaître Pendant ce tempslà
on s'apperceut que la
Montagne eftoit infultable
par deux endroits , & que les
Ennemis qui ne croyoient pas
pouvoir cftre attaquez , bravoient
nos Troupes . M' de
288 MERCURE
reto
Catinat changea auffi - toft de
& chargea Mª de
Montignac avec fon troifiéme
détachement qui n'avoir
point encore combatu , d'aller
à cette expedition . Les Troupes
des deux autres détache.
mens qui venoient de pren
dre la Ville , n'eurent pas plû.
toft connu que cette attaque
eftoit refolue , que fans at
tendre aucun ordre elles monterent
avec une espece de fui
reur , qui leur laiffaz à peine
le temps de fe mettre en or
dre de bataille . Lés Ennemis
firent d'abord affez bonne re
fiftance ,
f
GALANT 289
mais leur fermeté
fiftance ,
devint inutile . Ils furent for-
6
cez & paffez auffi au fil de
l'épée ,, à l'exception de qua
tre- vingt , entre lefquels fe
trouverent le Gouverneur , le
Commandant des Troupes ,
le Major , quelques Officiers ,
& quelques femmes , qu'on
cut de la peine à dérober aux
Soldats qui ne faifoient quartier
à perfonne. Ainfiil y cut
au moins huit cens hommes
tuez en cette feconde affaire ,
parce que plus de trois cens
des Habitans de la Ville s'étoient
retirez dans le Châ-
Aoust 1690.
Bb
290 MERCURE
teau . On y perdit un Capitaine
du Regiment de Grancé
, nommé M de Raucourt ,
qui s'eftoit diftingué en pluficurs
occafions , & particulierement
dans Bonn , & un
Capitaine de Cambrefis . Mr
de Courouge , Aide de Camp.
de M' de Catinat , fut tué auprés
de luy , ce General s'étant
toûjours trouvé où le
peril eftoit le plus grand . Il
entra dans la Ville auffi toft
que les Grenadiers & les Dragons
, & ne quitta point les:
Troupes fur la Montagne . M'
de Joigny , Capitaine , qui
GALANT. 291
commandoit les Grenadiers ,
1a efté bleffé . On n'a perdu que
vingt ou vingt- cinq Soldats
dans ces deux expeditions ,
qui ont efté faites avec certe
u ardeur qui empefche les Fran-
Açois d'envifager le peril quand
il s'agit de fervir leur Prince . 11
Le 12. M' le Comte de Bernex
fe retira de Chambery où
il commandoit, fur l'avis qu'il
eut que M' de S. Ruth , venu
du cofté de Champarlain ,
eftoit arrivé devant la Place,
ainfi que M' de Varennes, dut
cofté des Echelles , & qu'on
avoit déja fait braquer quet-
Bb ij
292 MERCURE
•
ques pieces de Canon . M¹ de
S, Ruth apprenant
qu'elle
cftoit abandonnée
, fit entrer
dans la Ville quatorze
cens
Irlandois
qu'il y mit en gar
nifon , laiffant M le Marquis
de Thoy , Brigadier
, pour y
commander
. Il mit auffi o
quatre
cens Irlandois
dans le
Chafteau
. Chambery
, comme
vous le fçavez , eft la Capitale
de Savoye. Elle eft affez grande
, & fituée fur la petite Riviere
d'Orbanne
, dans une
Plaine environnée
de collines.
C'eftoit l'ancien fejour
des Ducs Il y a un Parlement
GALANT. 293
IN
ㄣ
2
que l'on appelle Senat , compofé
de quatre Prefidens &
de quinze Senateurs . Il y a
auffi une Chambre des Comptes
, compofec de Prefidens,
Auditeurs , & des Generaux
& Treforiers des Finances de,
Savoye.
Annecy fuivit l'exemple de
Chambery , & n'eut pas plûtoft
appris la reddition de
cette Place , qu'elle receut les
Troupes du Roy. C'eft une
autre Ville de Savoye fur un
Lac de mefme nom , qui a
quatre ou cinq licues de longucur
, & un peu plus d'une
Bb iij
294 MERCURE
demi -lieue de largeur , entre
des montagnes prefque toujours
couvertes de neiges .Elle
cft aujourd'huy la retraite de
l'Evefque & du Chapitre de
Geneve , & le lieu de l'exil de
cette Eglife , que l'Herefie en
chaffa en 1535. fous Pierre de
la Baume qui avoit alors la
conduite de ce Diocefe ,
Je viens d'apprendre que
Rumilly , autre Ville de Savoye
, n'ayant point voulu fe
rendre , a efté emporté d'affaut.
Tout le refte de ce Du
ché fe foumer. Trois mille
hommes de Milices , & cinq
GALANT. 295
cens Refugiez quis défen ,
doient la Riviere de Larue qui
n'eft point gayable , fe font
retirez à l'approche de M² de
S. Ruth. Tout ce Corps s'eft
diffipé , & une partie des Proteftans
a paffé en Piedmont ,
ne fçachant pas encore la Bataille
gagnée par
l'Armée de
France , qui s'eftoir donnée
dans le mefme temps qu'on
les poufoit en Savoye . Les
Habitans & la Nobleffe viennent
fe foumettre de tous
coftez , & il fuffit pour cela
que nos Troupes fe prefentent.
La Cour a confirmé à
Bb iiij
296 MERCURE
Mi le Marquis de Thoy le
commandement des Troupes
qui font dans Chambery. Il a
demandé par grace qu'il puft
fe trouver dans toutes les occafions
où il y auroit à combattre
, ce qui luy a efté accordé.
Il fervoit de Brigadier
dans les expeditions dont je
viens de vous parler.
M de Parelle , Maréchal de
Camp de Monfieur le Dac
de Savoye , eftant arrivé trop
tard pour fecourir Caours ,
prit fa marche dans les Mon
tagnes à l'infceu de M de
Catinat , & fe rendit à la
GALANT 297
gorge de la Vallée de Lucer
ne dans le deffein d'envez
loper Mr de Feuquieres avec
cinq ou fix mille hommes
ramaffezondu Regiment de
Montferrata
de Payfans , de
Milices du Mondovi
, Layne
& Barbers , & une Compagnie
des Gardes de Son Alteffe
Royale de Savoye , avec un
Regiment de Dragons verts .
Le 6. de ce mois . au foir il
arriva à la portée de Brique
xas . Mode Feuquieres avoit
fait partir le matin du mefme
jour cinquante Chariots char
gez de munitions de bouche ,
298 MERCURE
& quelques reftes de Lucerne .
Les cinquante Chariots arri
verent fort heureufement à
Pignerol . Les Troupes qui étoient
avec M' de Feuquieres
faifoient en tout 2600. hommes
, la plufpart Milices hors
le Regiment de Dragons de
Saillis . Comme on devoit
mettre le feu dans Lucerne
la nuit du 6. au 7. & fe retirer
le 8. M' de Saillis demanda à
M de Feuquieres la permiffion
d'envoyer les Equipages
de fon Regiment à Pignerol
dans l'efperance qu'ils arriveroient
avec le mefme bonGALANT.
299
heur
que
les Chariots. Ces
équipages partirent le 7. à la
pointe du jour , & tomberent
au deffous de Briqueras dans
l'embufcade de M'de Parelle.
Cinquante Dragons qui les
efcortoient furent taillez en
pieces , & il ne s'en fauva que
quatre , dont deux fe rendirent
à Pignerol , & les deux
autres au Regiment . M de
Saillis , campé à une demy .
lieuë de là fous Lucerne,ayant
efté averty de cette avanture ,
fit monter à cheval les neuf
Compagnies de fon Regiment
qu'il avoit avec luy , &
કે
1
"
300 MERCURE
*
courut au lieu où elle venoit
de fe paffer . Comme il n'entendit
plus tirer , il envoya
un Maréchal des Logis &
quinze Dragons à Briqueras
pour en fçavoir des nouvelles .
M' de Parelle qui s'en eftoit
rendu maiftre , à la reſerve de
l'Eglife , où cent hommes de
la Garnifon de Pignerol s'étoient
retranchez pour favorifer
les Convois de Lucerne.
à cette Place , les fit paffer au
fil de l'épée dés qu'ils y furent
entrez . M de Saillissimpatientant
de ne rien apprendre
, refolut d'aller luy- mefGALANT
301
me à Briqueras , & fut fort
furpris d'y trouver les Ennemis
, & de voir que de toutes
les feneftres des Maifons on
tiroit fur luy. Il fut d'abord
bleffé au bras , & receut un
autre coup qui luy effleuroit
le ventre , mais ces deux bleffures
ne l'empefcherent point
d'agir Il eftoit alors huit heu
res du foir. Il fit avancer fon
Regiment , & ordonna à un
Capitaine nommé M de Lef
tang , déja bleffé d'un coup
de moufquet , de fe jetter avec
cinquante Dragons , dans l'Eglife
que défendoient nos
302 MERCURE
cent hommes de la Garnifon
de Pignerol . M de Parelle
les fit fommer deux fois de
fe rendre , & ils répondirent
qu'ils ne demandoient point
de quartier , parce qu'ils étoient
refolus de n'en point
faire. M' de Saillis voulut s'épauler
de la paliffade de l'Eglife
, mais il eftoit tellement
veu de toutes les feneftres
voifines , qu'aprés avoir perdu
vingt ou trente Dragons &
quelques chevaux , il fe gliffa
à la faveur de la nuit , jufque
fous des Halles , où les
foûtiens de pierre de taille
CALANT. 303
garantifoient un peu fes Dragons
, aufquels il fit mettre
pied à terre. M' de Parelle
effaya trois fois de le charger,
mais il trouva tant de refif
tance qu'il crut qu'il valoit
mieux le laiffer dans Briqueras
, & aller chercher Mi de
Feuquieres. Dés la pointe du
jour , M de Saillis , qui avoit
paffé toute la nuit à efcarmoucher,
commença à vouloir
chaffer ceux qui l'incommodoient
& qui tiroient des
Maifons. Il fit mettre le feu
à une puis à une autre , &
enfuite à une troifiéme , &
304 MERCURE
à mesure que l'embraſement
en chaffoit les Ennemis , ils
eftoient tuez par fes Dragons.
Cela dura jufqu'à quatre heures
du foir , que M de Saint
Silveftre parut. Il vint fur la
s'étoit répandue
au Camp , de l'embarras
où fe trouvoit M de Saillis ,
& lors qu'il arriva à Briqueras
il n'y avoit plus que deux cens
Barbets ou Mondovis. On en
avoit déja tué plus de cinq
cens . Il acheva de les mettre
en pieces , & de dégager ce
Colonel . On ne referva que
dix prifonniers , & il y cut fixnouvelle
qui
ur
GALANT. 305
I
vingt Dragons de fon Regiment
tuez ou bleffez , Il receur
deux coups , comme je
vous l'ay déja marqué , M
de Leftang un de moufquet
dans le corps & Mr de l'Efchelle
un dans le crane fur le
haut de la tefte. Il y eut trois
Lieutenans de tuez & cinq de
bleffez
.
Cependant M'de Feuquieres
fut d'autant plus inquiet
de n'apprendre aucunes nouvelles
de M² de Saillis , qu'il
voyoit Lucerne entourée de
coftez, & des Troupes
tous.c
qui
s'eftoient
jointes
aux
Bar-
G.c.
Aouft 1699.
306 MERCURE
bets . A la tefte de la Ville qui
eft beaucoup plus longue que
large , il y a une montagne
affez droite , mais d'une petite
élevation . Sur le fommet de
cette montagne qu'occupoit
un Regiment de Milice , eftoit
une Redoute que nous avions
ruinée. M de Feuquieres eftant
party de Lucerne avec
douze cens hommes , n'en fut
pas plûtoft dehors , que ceux
qu'il y avoit laiffez furent attaquez
par des Barbets & des
Mondovis , qui repoufferent
ceux qui gardoient la montagne
jufqu'à leurs barraques
GALANT. 307;
dans la Ville, qui eftoit toute
rafée. Il revint fort à propos
pour foutenir le choc des
Barbets ; mais en mefme
--
temps il vit paroiftre M ' de
Parelle fur les hauteurs avec
cinq ou fix mille hommes.
Il fe retrancha le mieux qu'il
put avec quelques pierres du
démoliffement
qui luy fervi
rent de barriere , & fit couler
le Regiment de Poudens
fe refaifir de la monta- pour
gne , d'où l'on incommodoir
beaucoup ceux qui eſtoient
dans la Ville. Mr de Poudens
fit un fort grand feu , repoufla
Cc ij
38 MERCURE
les Ennemis , & quand ceux
qu'il commandoit n'eurent
plus de poudre, ils ſe ſervirent
de leurs épées , & quoy
que gens de Milices, ils firent
tout, ce que les Troupes les
plus aguerries auroient pu
faire, & chafferent les Barbers
depuis le pied de la montagne
jufqu'au haut , où ils pafferent
la nuit . Cette fermeté étonna
les Ennemis , qui s'appro
choient quelquefois , mais fans
ofer faire aucune entreprife.f
Pendant ce temps,M de Feu
quieres, avec un Ingenieur qui
avoit le foin de la démolition
GALANT. 309 .
de tous ces poftes , refolue
de quitter Lucerne , & de fe
retirer fous le Fort de la Tour
qui n'avoit pas encore fauté.
Il fir emporter tous les Mala
des & toutes les munitions ,
fit fauter le Magafin , faper
les murailles de la Ville , &
enfuite fe retira fous le Fort.
A la pointe du jour , il vit
paroiftre des Troupes qui veà
luy , & qu'il creut.
naient
3
d'abord eftre ennemies . C'eftoit
M de S. Silveftre , qui
aprés avoit delivré M de
Saillis , amenoit à fon fecours
quatre cens Fantaffins,autanc
310 MERCURE
de Dragons , trois cens Cavaliers
, & huit Compagnies de
Grenadiers . Il tenoit l'arrieregarde
, & quoy qu'il fuſt tou
jours attaqué en queue , en
flanc & par tout , il fit fi bonne
contenance qu'on ne le
put entamer. M' de Feuquieres
cut beaucoup de joye de
l'arrivée d'un fecours , avec
lequel il pouvoit entreprendre
quelque chofe . Il fit prendre
les armes à fes Troupes ,
& celles de Lucerne en firent
autant. Le Canon fortit de
la Tour , & fe miten marche.
Les Ennemis eftant defcendus
GALANT. 211
•
,
en foule pour charger nos
Troupes furent receus vigoureufemenr
, & l'on en renverfa
un fort grand nombre.
Il fut question de faire retraite.
On fit fauter le Fort de la
Tour , avec un Moulin qui
avoit cfté miné. Aprés qu'on
eut fait un quart de lieuë , les
Ennemis embufquez dans
trois Maiſons , & bordant
une haye au bas de laquelle
eft un chemin creux par
ou nos Troupes eftoient forcées
de paffer, firent un grand
feu pendant un quart-d heure
fur noftre Arriere- garde . Ils
312 MERCURE
eftoient plus de huit cens
hommes. Le Regiment de
Boiffiere , ayant à fa tefte
M' de Barte , Lieutenant Co.
lonel les chaffa du pofte qu'ils
occupoient , avec perte de
quarante ou cinquante hommés.
Un détachement des
Ennemis qui s'attacha au Canon
, en prit une piece , l'effieu
où elle eftoit attelée s'eſtant
rompu , mais elle fur
reprife auffi- toft , & chargée
fur une charette . Monfieur le
Duc de Savoye , fur les avis
qu'il receut de l'eftat de cette
affaire, creut Mde Feuquieres
perdu,
GALANT 313
perdu , ce qui l'obligea de
paffer le Pô fur les trois Ponts
qu'il a au deffus de Pancalier.
Les Eſpagnols vinrent paffer
au deffous de Vigon fur des
Chariots qui formerent un
autre Pont ; mais fi ces mouvemens
firent croire d'abord
à ce Prince qu'il entoureroit
fi bien l'Armée de M² de
Catinat , qu'elle ne pourroit
éviter d'eftre batuë, il connut
bien- toft qu'il s'eftoit trom.
pé. Les Ennemis , au nombre
de plus de huit mille hom
mes ,, fuivirent nos Troupes
deux lieuës juſqu'à ce qu'elles
Aoust 1690.
Dd
314 MERCURE
cuffent paffé l'Epelle , en les
attaquant toûjours avec peu
de fruit puis que M' de Feu
quieres ne perdit pas 150.
hommes dans fa retraite . On
ne peut rien dire à fa loüange,
finon que c'eft le mefme M
de Feuquieres , qui l'année
derniere fut fait Maréchal de
Camp aprés s'eftre diftingué
dans le Palatinat . M'de Poudens
a beaucoup contribué à
faire fuir les Barbets qui é
toient venus attaquer Lucerne
. De vingt Officiers qu'il
y avoit dans fon Regiment ,
il y en a eu feize tuez ou blefGALANT.
315
fez avec quatre-vingt Soldats .
Cette action & celle de Briqueras
nous ont coûté prés de
fix cens hommes. On croit
que la perte des Ennemis
monte à plus de deux mille
cinq cens . M' du Lac , Colonel
de Bourbonnois , a efté
bleffé aux reins , & fon Lieutenant
Colonel à la jambe ,
Le Regiment de Quinfon a
perdu plufieurs de fes Officiers
, & 140. Soldats.
Made Catinat vient de
conronner par une Bataille
toutes les actions de vigueur
& de prudence qu'il a faites
Dd ij
316 MERCURE
depuis la declaration de la
guerre entre la France & la
Savoye. Jamais on n'en avû
un fi grand nombre en fi peu
de temps , & il femble que
fes Troupes n'ayent fait au
cun pas que pour marcher à
la Victoire , tant iba pris de
juſtes meſures pour les avantages
continuels qu'il a remportez.
Enfin il a voulu en
venir à une affaire generale
& il y a engagé les Ennemis,
comme , & quand il a voulu.
Il eftoit fi affuré que le fuccés
répondroità fes deffeins, qu'il
avoit mandé au Roy tout ce
GALANTM 317
qui arriveroit de cette derniereaction
, de forte que huic
jours avant la Bataille, Sa Majefté
eftoit prefque feure du
Triomphe que fes Troupes
remporteroient, & des mouvemens
qu'elles devoient faire
pour s'acquerir cette gloire.
Made Catinat a esté attaquer
les Ennemis jufque chez eux,
quoy qu'ils fuffent plus forts
que luy. Il fit faire beaucoup
de fafcines , & ne s'en cacha
point. Au contraire il affecta ,
afin de les mieux tromper ,
de faire dire par tout qu'il
avoit deffein de faire un Sic-
Dd iij
218 MERCURE
ge , mais en effet il ne fe muniffoir
cainfi denfafcines que
pour les jetrer dans le marais
où il a paffé pour l'action
dont je vais vous faire part.
Sa refolution cftano prife de
longue- main , auffi bien que
fes mefures , il laiffa fes gros
bagages & fon gros Canon à
Pignerol, & fe fervit de plufieurs
chariots des Officiers ,
pour conduire des Pieces de
Campagne à l'Armée . Je ne
fçay fi vous ferez auffi contentes
qu'à l'ordinaire denda
Relation que je vais vous fai
re de cette Bataille ; elle fera
GALANT 319
plus fuccinte que celles que
jay accoutumé de vous envoyer,
puis que je ne la commence
que le dernier jour du
mois ; qui eft celuy s où ma
Lettre doit partinusLao raiſon
eft qu'il n'en eft pas arrivé de
Relations avant ce temps- là.
Ainfi je me fers des premie
res quis tombent entre mes
mains, fans avoir le temps , je
ne dis pastede les examiner
toutes , mais mefme de les
line. Cela fera caufe que je me
rencontreray peut eftre avec
ceux qui en donneront au
Public en mefme temps. En
Dd iiij
320 MERCURE
tout cas , ce fera la premiere
fois que cela me fera arrivé ,
& vous me le pardonnerez ,
puis que je ne le fais que pour
fatisfaire vostre impatience.
Avant que j'entre dans le détail
de la Bataille , je croy
qu'il eft à propos de vous en
faire voir l'ordre . Vous le
trouverez dans cette Planche .
Le 17. à fix heures du ma
tin , les Troupes du Roy décamperent
de Caours . Il y avoit
trois jours qu'on difoit
publiquement qu'on leur
vouloit faire paffer le Pô , &
la veille à l'ordre on ordonna
Bhara
.
32
to
fo
&
ndLat
A
tai
qu
fai
tro
.91.
Cpeysur diy contest,
I
tin
car
voi
pul
VOL
la v
2 mo
GALANT. 321
1
le décampement , qui fut fait
tambour battant avec tout le
bruit qui accompagne
les
marches qui fe font fans
crainte. On arriva à Saluces
fur les quatre heures aprés
midy de ce mefme jour . C'est
une Ville au delà du Pô bien
plus importante que Caours,
fituée fur une hauteur , avec
un Chateau qui commande
toute la Plaine , adoffé contre
une montagne , & où il y
avoit du moins cinq mille
hommes , tant Barbets , que
deux Bataillons de Troupes
reglées , fous les ordres du
322 MERCURE
Marquis de Martignan . M' de
Catinat détacha auffi - toft M
de Grancey avec la Brigade
pour attaquer un affez grand
nombre de ces Milices qui avoientpris
des poftes auprés de
la Ville . Les Ennemistirerent
fur les nostres quelques coups
de Faucouneau , & firent un
grand feu des vignes qui étoient
fur la montagne
, mais
enfin ils furent contraints de
fe retirer. Cette action dura
environ deux heures . Mele
Marquis de Vicupont, qui n'e .
ftoit Colonel du Regiment
de Bourbon que depuis deux
GALANT. 323
DJ
jours , y fut tué , & M de
Chateauregnaut receut un
I coup de Moufquet au travers
I du corps . Pendant ce temps ,
- M'de Catinat qui faifoit pal
fer le Pô au refle de fon Ar .
mée & à fon Bagage , receut
avis de M de Montgommery
qui couvroit noftre mar .
che for la gauche, qu'il voyoir
paroiftte la tefte de celle des
Ennemis . M de Catinat y
reconnoiftre
luycourut
pour
mefme la chofe , & on luy
din que ce n'eftoit qu'un
Corps de quelques Efcadrons
qui avoit voulu tâter noftre
324 MERCURE
Arriere-garde. On eftoir preft
fur cela de continuer ce qu'on
avoit refolu d'entreprendre
fur Saluces , lors que l'on fuc
affuré que l'avis de M de
Montgommery eftoit verita
ble, & que toute l'Armée des
Ennemis s'avançoir . M de
Catinat quitta fon premier
deſſein , & fit repaſſer le Pô
aux Troupes qui eftoient au
delà , ce qui dura jufques à
minuit, Le reste du temps fut
employé à mettre l'Armée
en bataille fur deux Lignes,
On fit retirer les Bagages &
l'Artillerie qu'on mit dans le
GALANT. 325.
Corps de referve , & l'on en
donna la garde au Regiment
de Jofreville , Cavalerie , &
à ceux de Dragons de Lan
guedoc , de la Boiffiere , de
Kaiffon & du Lac , bonnes
Milices. On paſſa la nuir fous
les armes, & à donner les
ordres pour les Equipages .
Le matin , un Payfan qui fut
pris affura qu'il n'y avoit que
les Troupes de Monfieur de
Savoye qui avoient paru , &
que les Efpagnols avec M de
Louvignies eftoient demeurez
à Villefranche . Cela fut
**
caufe que Mode Catinat re326
MERCURE
commença à faire quelques
détachemens pour Saluces ,
mais dans ce moment ayant
cfté averty que M de Saint
Silveftre avoit engagé l'affaire
fur la droite avec un Efcas.
dron de Fimarcon, da Brigade
de Montgommery , & le Regiment
de Dragons du vieux
Languedoc , il contremanda
les détachemens, & donna fes
ordres. M de Quinçon cut
la gauche , & M de Feuquie
res le Corps de Bataille où
eftoit l'Infanterie , & lors qu'il
vit les Lignes en bon cftat
pour marcher , il alla devant,
GALANT 327
trouva
les Ennemis
campez
fort
avantageufement
. Ils
avoient
le Pô & un Marais
fur
leur gauche
, & un petit Ruiffeau
avec un autreMarais
prefque
impraticable
à leur droite
,
n'occupant
qu'un front de
cinq ou fix Eſcadrons par où
l'on pouvoit aller à eux . Ils s'étoient
emparez de deux Caffines
, qui nous cftoient abfolument
neceffaires pour le gain
de la Bataille , & d'où ils faifoient
un fort grand feu. Il
fur effuyé par M de Saint Silveftre
qui les en chaffa , mais
ilen fut chaffé à ſon tour ,
328 MERCURE
n'ayant point encore affez de
monde , & cela jufqu'à deux
fois , parce que les Ennemis
y avoient la plus grande partie
de leur Infanterie
, avec
du Canon , dont il ne paroiffoit
que trois pieces . Il ne fir
pas grand effet , & il n'y eut
que le Regiment de Languedoc
qui fouffrit beaucoup.
Toute noftre Infanterie eftant
arrivée avec noftre Artilleric
qui confiftoit en feize pieces
de Canon , M' de Grancé cut
ordre d'attaquer la gauche des
Ennemis , qui eftoit couverte
par un Marais tres - difficile à
GALANT.1
329
de le
,
franchir
. Il ne laiffa p
paller
avec fon Regiment
, le
Bataillon
de Bourbon
& celuy
de Hainaut
, commandé
par
M de Pompone
, & prenant
les Ennemis
en flanc , il les
pouffa
vigoureufement
. Pendant
ce temps
, M de Catinat
ordonna
à M le Prince
de
Robecq
de s'avancer
avec fon
Bataillon
, & ceux d'Artois
&
de Flandre
qui compoſoient
fa Brigade
, & d'attaquer
les
deux Caffines
que les Ennemis
avoient
fortifiées
par le Bataillon
des Gardes
de M de
Savoye
, celuy
de Villanova
,
Aoust 1690. Ec
"
330 MERCURE
& celuy du Duc de Saint
Pierre . Ils y allerent , & firent
l'attaque par trois endroits
differens . Les Ennemis les receurent
avec un feu auffi
violent qu'on en puiffe faire .
On mit fix pieces de noftre
Canon à gauche de la Cleriere
au travers de laquelle
on voyoit le front qu'ils occupoient
, & huit autres pieces
à la gauche . Cela fit un
feu croifé qui les foudroya
d'une telle forte , qu'on s'apperceut
qu'ils perdoient le
terrain , & fe reaverfoient fur
leur droite . Cette attaque du
GALANT. 331
ว
9
ra plus d'une groffe heure &
demics; & enfin les noftres
fe rendirent maiftres des deux
Caffines Ce font des Maifons
en spleine Campagne que
nous appellons ordinairement
des Fermes . Dans ce
emps- là , Mr de Catinat fit
fonner la charge . La Cavalerie
& les Dragons s'avancerents
on approcha le Canon ,
& le tout enfemble donna fi
violemment , que les Ennemis
commencerent à lâcher pied .
Leur feconde ligne de Cavalericis'avança
& on
verfa jufqu'au Pô , que quelauch-
"
ཟ་
Ecij
332 MERCURE
ques-uns des noftres pafferent
avec
se
Fuyards . M de Catinat
les fit revenir à Stafarde,
Abbaye de M le Cardinal
d'Eftrées qu'ils avoient à leur
droite , & où ils avoient laiffé
un grand nombre de Bleffez .
On revint fur le champ de
Bataille , où l'on trouva douze
pieces de Canon , beaucoup
de munitions de guerre , &
peu d'équipage , les Ennemis
n'en ayant point amené . Ils
ont perdu prefque toute lajeu.
neffe de Turin , & l'on fait
monter les Morts à prés de
quatre mille . Nous avons fait
GALANT 333
12. à 13. cens Prifonniers. On
tient que Mr de Louvignies a
efté bleffé à la cuiffe , & que
Monfieur de Savoye,en fe retirant
dans une Chaife roulante
penfa eftre emporté
d'une volée de Canon . Mr de
Monafterole , Lieutenant de
fes Gardes du Corps , & Mr
de Fouville , Capitaine au Regiment
de fes Gardes , ont
efté pris , avec beaucoup de
gens de diftinction , dont on
ne fçait pas encore les noms.
On les à renvoyez fur leur
parole aprés leur Maiſtre , à
condition de revenir dans
334 MERCURE
rs
cinq jours. Mr le Comte de
Beüil a efté tué avec plufieurs
Colonels . Nous avons perdu
environ cent cinquante
hommes , & cu quatre cens
bleffez entre lefquels il y
a beaucoup d'Officiers , entre
autres M de Pelleport ,
& du Bourdez , Lieutenant
Colonel de Perigord , dangereufement
; M de Montgommery
& de Liancourt, au
bras ; M de la Lande , à la
jambe ; M le Marquis d'Ef
cau , Colonel d'Artois , à la
tefte ; Mr d'Apremont , Licu
tenant Colonel de Cleram"
GALANT 335
baut, au cofté; M² Chartogne,
Lieutenant Colonel d'Artois,
les deux cuiffes percées ; M
de Montignac , au bras fans
fracture , Mr de S, Marc , &
M de Ferile , Aide de Camp
de M' de Catinat , ce dernier
une contufion au deffous de
la mammelle . Mr Mongez ,
Licutenant Colonel de Montgommery
, & le Major de ce
mefine Regiment , ont efté
tuez , ainfi M ' de la Roque
"
che- Aimon, & le Frère de MF
de la Lande , Capitaine de
Dragons . Le Regiment de Ro
becq a efté des plus maltrai
336 MERCURE
unc
tez . Mule Prince de Robeeg,
outre une rude bleffure cau
talon , a eu une groffe contufion
à la jambe, & fon cheval
bleſſé à la tefte , fon Major
bleffé en deux endroits ,
un Capitaine tué , quatre blef
fez , fon Enfeigne Colonel ,
un coup au travers du corps,
le Sous lieutenant des Grenadiers
, les deux cuiffes porcées,
& quelques Lieutenans aufli
bleffez. Ce qui eft refténde
l'Armée des Ennemis s'eft
retiré en fort grand defordre
jufqu'à Morette , & de là à
Cramagnole , où l'on tient
oger facque
GALANT 337
que Monfieur le Duc de Savoye
raffemble fes Troupes.
Ce Prince a toujours efté à
la tefte de fon Armée pendant
le Combat , d'où il ne
s'eft retiré que lors qu'il a perdu
toute efperance de vaincre .
La nuit du 18.au 19. le Gou
uerneur de Saluces & les Payfans
fortirent de cette Place )
& le 19 , fur les cinq heures du
foir , les Sindics en apporterent
les clefs à M" de Catinat.
Le mot de l'Enigme du
mois paffé , qui eftoit le Jeu
de Paume , a cfté trouvé par
Aouft 1690. Ff
338 MERCURE
Ms Duval de S. Germain en
Laye de Blarat de l'Academie
d'Angers : Gibourg & du
Chefne , Huiffiers au Chafte
let : Claude Manfienne de la
Place Dauphine : Richer
ner, ruë
S. Martin de Tavane de la
Marine, & de Mondefir ,Offi
cier de Cavalerie : le jeune
Chevalier de Pontorfon : Pipi
le petit Hollandois ; Jean Bougemont
de la rue S. Martin :
l'Amy malheureux de llaabelle
Cafuifte l'indifferent Aris :
le More Cabaretier : Cotterot
de Villiers ; par Mefde
moifelles Malingre de la rue
GALANT 220
339
de la Salle de S. Germain en
Amics infe-
Laye les deux
parables de la rue des deux
Boules : la charmante Mi-
• chelle Haiel de la rue Montmorency
: l'aimable Niece de
la fpirituelle Tante de l'Echelle
du Temple : la petite
Brune du Pont Saint Michel :
l'aimable couple de Soeurs de
la fue S. Julien des Menef
VID
triers .
L'Auteur de l'Enigme nouvelle
que je vous envoye , n'a
pas cu deffein d'en cacher le
mpuis qu'il affure qu'il
eft devant les yeux du Le-
&teur. Ffij
340 MERCURE
ENIGMES
UN
Ne main Roturiere affez fouvent
m'exerce.
Né dans les Bois , en ville j'ay
commerce,
Bienfouvent employé dans le Palais
d'un Roy.
A-t-on fait ce qu'on veut de moy,
L'on me met auſſi- ioſtſans façon à la
porte!
A connoiftre mon nom fi ton defir te
porte ,
Y a-t-il rien , Lecteur qui foit plus
devant toy ? 2091 ADD
Labadie darbou
caue
M l'Abbé p
a
efté nommé à l'Evefché
GALANT. 341
d'Ags .
Le 25. d
Le de ce mois , la Fefte de
Saint Louis fut folemnifée à l'ordinaire
par Mrs de l'Academie Françoife
dans la Chapelle du Louvre.
M.J'Abbé de la Vau , l'un des Academiciens
, celebra la Mefle , pendant
laquelle, un fort grand Choeur
de Mufique chanta un Motet de
la compofition de M. Oudot , &
M. l'Abbé de Pezene prononça en-
Ff iij
342
MERCURE
funge la Bangerziene de baint. J'af
foiblirais a force de fes pencée
& le noble rour qu'in jeur donna
Je Voulois faire icy un extrait de
on generals &
vous marquer combien rout
monde en fut fatisfait , du en vous
'envoyant la copie d'un Biller qu '
kongne d'efprit échine le lendes
main à M. l'Abbé du Fay foredra
action. En voicy les termes.
Donnez- moy la connoiffance de M.
Abbé de Pezene , & vous me fer
rez un plaifir fingulier. F'honore fa
vertu , j'admire la delicateffe de fon
genie , & j'avoue auec tout le mon
de , qu'il donna bier les regles d'un
Art , dont il est l'Inventeur. Sans
fortir defon fujet , & dans un dif
Cours tout Chretien , il fit Eloge de
རྟོགསན་ ཚེ
GALANT: 343
Saint Louis , du Roy , de l'Academie,
lefien. Ibfit auffi connoistre qu'il eft
des termes heureux dont l'expreffon
force la volonté de croire les vexitez
quis paroiffent des prodiges.
Laffemblée lay applaudit par un
dou murmate fans éclat , tant elle
apprehendoit de perdre une de fes
paroles. Cette piece merite d'eftre tra
duite en toutes fortes de Langues , la
modefie de l'Auteur n'en doit point
empeſcher l'impreffion ; & pour moy ,
de la part de tous les beaux efprits
je vous conjure d'y employer voftre,
credit , il doit eftre grandpar rapport
à l'amitie mutuelle qui eft entre
vour al snot as group
A
On m'envoye tout prefentement,
une copie de la Relation de M. de
Feuquieres , touchant la Victoire,
remportée par l'Armée du Roy fur
Ffiiij
344 MERCURE
les Troupes de Monfieur le Duc de
Savoye, Comme elle eft plus éten
duë que celle que j'ay faite fur les
diverfes Lettres que l'on a receuës
de cette affaire, je vous en fais part,
afin que vous n'en ignoriez aucune
circonftance . Sa modeftie l'ayant
empefché de parler de luy , je croy
que vous luy rendrez la mefme
Justice qu'il rend aux Officiers dont
parlez stick oui taq sup
796 Ce 20. Aouft 1696, Jorband not 38
SU
Uivant l'ordre de la Cour que
M. de Catinat avoit receu de
chercher les occafions de combat-"
tre l'Armée ennemie , ce qu'il eftoit
impoffible de faire pendant qu'elle
demeuroit dans fon Camp de Villefranche
, où elle eftoit bien retranchée
, il fut refolu de faire quelque
entrepriſe qui obligeaft les Enhemis
GALANT 345
m
à fe dépofter , & de tâcher de prendre
dans leur mouvement l'occafion de
leur donner Bataille. Pour cela ,
aprés avoir pris durant plufieurs
jours les précautions, neceffaires
pour nous pourvoir de vivres pour
dix ou douze jours , afin de n'avoir
pas befoin d'eftre prés de Pignerol
pendant tout ce temps - là , on marcha
le 17. Aouft du Camp des Oc
quets, & par une marche fort belle
& fort hardie , prêtant le flanc aux
Ennemis , nous vinfmes à Saluces
que nous avions
refolu
de
ces
forcer
malgré plus de trois mille hommes
que les Ennemis y avoient jertez ,
afin de faire de cette Ville un lieu
feur pour nos vivres , & un pofte
au delà du Pô qui nous mist en
eftat de nous paffer de Pignerol.
M. de S. Silveftre cftant de jour,
346 MERCURE
eut foin du Camp, soje fus chargé
de prendre les hauteurs autour de
Ja Ville. Ty marchay pour cet effet
avec la Brigade de Grancé, pour occuper
une hauteur qui eft abfolu¬
ment fur la Ville , & furlaquelle les
Ennemis avoientjetté beaucoup de ,
monde. Elle fut attaquée par les
Bataillons de Grancé , Bourbon ,
& Hainaut , commandez par M. de.
Pompone , & emportée avec perte,
des Ennemis, parce qu'ils voulurens
défendre des collines & des poftes
qu'ils avoient dans des vignes dont ,
cette hauteur eft couverte . De noftre
cofté, M. le Marquis de Vieux-,
pont, à qui Monfieur le Duc venoit
de donner fon Regiment , & qui
n'avoit efté receu que la veille , y
fut tué , & il y eut quelques autres ,
Officiers bleffez. En mefme temps
*
GALANT 347
*
રે
nous occupions le Fauxbourg , dont
les maifons eftoient à vingt pas au
plus des murailles de la Ville , qui
font mauvaiſes , & les Bataillons de
Cambrefis & de la Garde , Milice
de Montauban , eftoient occupez à
cela . Comme M. de Catinat & moy
reconnoiffions les endroits où nous
pourrions attacher des Mineurs , M.
de Chateaurenaud , Colonel de
Cambrefis , qui eftoit avec nous ,
futbleflé d'un coup qui luy prend à
l'épaule gauches & duy for entre
laufix & feptiéme cofte du coûté
droit Comme ce coup ne luy caffe
rien , on croit qu'il s'en tirera.
Dans le temps que nous eſtions
occupez à Saluffes , M. de Monte
gommery qui avec 400. chevaux
couvroit nôtre marche, envoya plufieurs
Officiers les uns fur les autres 3..
348 MERCURE
ǎ M. de Catinat , pour l'avertir
que l'Armée Ennemie paroiffoit.
M. de Catinat y alla mais comme
les Ennemis n'arrivoient que par
une tefte qui eftoit couverte à deur
droite par des Rivieres & des Marais,&
à la gauche par le Pô, & des
Marais quque les débordemens du
Pô forment , on ne put du reſte de
la journée juger fi c'eftoit toute
l'Armée Ennemie , ou fi ce n'eftoit
qu'un gros party qui fuft venu pour
tâcher à profiter de noftre Arierre
garde en paflant le Pô , qui ab fort
peu d'eau vis à vis de Saluces. ob sin
Cependant comme il n'y avoie
que la Brigade de Grancé , les Gardes
de Cavalerie & une partie de
l'Artillerie & ordes Bagages qui
euffent paffé cette Riviere , je fas
chargé de faire repaffer tout cela ,
GALANT- 1 349
& aprés avoir retiré tous les poftes
d'Infanteries, de la ramener pren
dre fon pofte fur la ligne , ce qui
fut executé. Ainfi nous paffames
en bataille toute la nuit du 17. au
18.fans fçavoir furement fi ce corps
des Ennemis qui s'opiniatroit à demeurer
devant nous , eftoit feule
ment un gros party ,comme je vous
l'ay marqué , où toute leur Armée ;
mais pourtant prefumant plûtoft
que ce fuft toute l'Armée , à caufe
que ces Troupes fe tenoient trop
prés de nous . La nuit ne nous éclaircit
de rien , parce qu'ils le retirerent
un peu en arriere , & que
comme le Marais tourne , ce ter
rain que l'Armée Ennemie occu
poit fe cachoit à nos yeux. Nous
netpumes d'ailleurs en eftre éclair
cis par les partis que nous en,
350 MERCURE
voyâmes par la droite & par T
gauche pour tâcher d'envoir le
revers , à caufe que par noftre
droite , le Pô & les Marais qui Favoiſinent
font fort couverts de Bois,
& que par la gauche l'Abbaye de
Stafarde qui eft à M. le Cardinal
d'Eftrées & Four Mi de Savoye
avoit mis fon quartier , eft auffi un
pays fort couvert . Le 18. au matin
nous entendiſmes beaucoup battre
& tirer dans l'Armée Ennemie , fans
pouvoir démesler fi ce bruit avan
çoit préciſement à nous. Tantoft
cela nous paroiffoit, & tantoſt nous
éroyions que ce bruit couloit vers
noftre gauche comme pour donner
la main aux Alpes , & nous ofter la
communication avec Pignerol. La
peine que nous avions à demefter
ces mouvemens des Ennemis , veGALANT
35x
4
*
noit de ce que je vous ay fait re
marquer que le terrain qu'ils occu
poient tournoit entre les deux
Marais, & qu'ainfi nous entendions
les tambours & les coups des Sol
dats qui déchargeoient leurs armes
à la droite & à la gauche, Enfin
un Party que nous envoyafmes en
tefte , commandé par M. de Chaban
, nous éclaircit en fort peur de
temps , car il n'eut pas efté un
quart d'heure dehorsqu'il trouva la
tefte des Ennemis. M. de Carinat
poulla à ce Party avec M. de Saint
Silveftre & moy. Nous vilmes un
gros Corps qui rempliffoit tout le
terrain entre les deux Marais capa
ble de contenir fept ou huit Bataillons,
& autant d'Efcadrons, & neus
démeflames plufieurs lignes de
Troupes derriere celle -là . Pour en
F
352 MERCURE
eftre encore mieux éclaircy , M. de
Carinat envoya chercher M. de
Mongommery avec toute l'aifle
droite de Cavalerie & de Dragons,
pour pouffer quelque Cavalerie que
les Ennemis avoiht jettée devant
eux , ce qui fut executé , mais le
terrain que nous lleuer ufilrmess lafcher
for
ne fervit qu'à nous découvrir leur
Infanterie & à nous faire connoiftre
que c'eftoit l'Armée ennemie entiere
; de quoy nous fufmes encare
affurez par un Gendarme de M. de
Savoye , qui fut pris & conduit à
M. de Catinat , qui ne fceut pas
plutoft feurement que toute l'Armée
ennemie eftoit là , qu'il refo
lut de la combattre , & pour cela
il fit refter M. de S. Silveftre avec
l'aifle droite où elle s'étoit avancée ,
& me ramena avec luy à l'Armée
GALANT. 353
pour la faire marcher. Comme j'ay
l'honneur de commander l'Infanterie
, je fus chargé par M. de Catinat
du foin de la faire marcher
aux Ennemis en rempliffant toujours
tout le terrain que je pourrois
occuper entre les deux marais ,
n'ayant fur ma droite que le Meftre
de Camp general de Dragons.
L'aille gauche de Cavalerie & de
Dragons fut commiſe aux foins de
M de Quinfon, qui naturellement
a fon pofte à l'aifle gauche ; &
Artillerie fe partagea dans les intervalles
de l'Infanterie. Je mar
chay donc prefque toujours fur trois
lignes d'Infanterie , ayant pour Bri
gadier de la droite M'de Medavy , à
la gauche M. le Prince de Robecq ,
& en feconde ligne M. du Pleffis
Belliere . Lors que nous fulmes prés
Aoust 1690. Gg
354 MERCURE
trouvafmes
des Ennemis nous
qu'ils avoient jetté deux Bataillons.
dans les endroits du marais de noftrer
droite, où la connoiffance
qu'ils avoient de ce lieu leur avoit
fait remarquer que le terrain eftoit,
le meilleur & qu'à leur droite qui
eftoit noftre gauche il y avoit plufieurs
grofles Caffines qui estoient ,
remplies de gros Bataillons , dont
ceux qui eftoient fur la ligne, & qui
de leur feu foûtenojent lesCaffines,
& , en estoient foutenus , avoient
devant eux ou des hayes ou des
chevaux de frife , a la mode des
Loupes de l'Empereur en Hongrie.
Cette difpofition eftoit terrible as
voir & ces poftes eftoient admirables
pour nos Ennemis. Cependant P
noftre General refolur de les arta- s
quer, & pour cela quoy que nous ne
१
GALANT 35t
connuſſions pas le marais de noftre
droite , que nous y viffions , outre
les deux Bataillons des Ennemis
pofteż quantité de Paylans armez
qui le rempliffoient , & que ceux
que l'on y envoya le fonder nous le
rapportaffent fort difficile à paffer,
M. de Medavy eut ordre d'y entrer
avec fon bataillon & celuy de Bourbon
, pour tâcher d'en chaffer les
Ennemis , & par là fe pofter dans
leur flanc gauche . En même temps
je fis remplacer ce vuide par les Bataillons
de Perigord & de la Garde,
qui n'avoient pù trouver place fur
la Ligne , & par là Hainaut que
-commandoit M. de Pompone , fe
trouva à la droite de la Ligne. Dést
que cela fut fait , on s'ébranla pour
attaquer de front l'Armée ennemie
,en paffant par les intervalles
Gg ij
356 MERCURE
de noftre aifle droite del Cavalerie
qui avoit déja chargé plufieurs fois,
& M.de Robecq avec la Brigade de
l'aifle gauche , s'avança pour aller
attaquer les Caffines. Les Ennemis
avoient en premiere ligne des Efcat
drons de Cavalerie & Dragons
tant de Savoye que d'Efpagne , &
du Prince Eugene , dont les derniers
les avoient joints depuis deux jours,
& leur Infanterie de premiere ligne
eftoit , tant à leur droite dans des
Caffines & leur voifinage , qu'à
leur gauche dans des hayes , fur le
bord du marais , d'où elle protegeoit
les Bataillons qui eftoient dans les
marais , & les Dragons qui eftoient
dans la plaine , & cette Infanterie
avoit trois pieces de Canon devant
elle , &
Portée
Outre cela , à une demie
portée de fufil en tefte , un foffe
GALANT 357
fort difficile à paffer. Quoy que
dans cette difpofition , nous mar
châmes à eux. Les Regimens de
Grancé & de Bourbon , malgré les
difficultez du marais , arriverent a
l'Infanterie ennemie qui le gardoit ,
en meſme temps que Hainaut arrivoit
à l'Infanterie de la gauche des
Ennemis qui eftoit dans les hayes.
Le refte de la ligne jufques à la
gauche ou M. de Kobecq avoit
faire aux Caffines , fe trouva chargeant
les Ennemis. Le combat fut
fort rude & long. Cependant M'de
Medavy avec les deux Bataillons
penetra le marais. M. de Pompone
avec fon Regiment dépofta les Ennemis
d'une partie de la haye , &
fe trouva à hauteur de leurs trois s
picces de canon & de la ligne de
Dragons . Cela n'alla pas fi vifte fur )
348 MERCURE
ر
le tefte la ligne parce que les dif
ficultez du foffé firent que les Regimens
de Dragons du Mefire de
Camp, de la Lande , Fimarcon , &
Catinat , ne purent pas le paffer fi - s
toft. Quant aux Caffines que noftre
gauche attaquoit, les premieres emportéés
, ne nous donnoient pas les
autres , qui fe trouvoient appuyées ,
de toute la ligne des Ennemis. Ainſi
le, Combat durant trop en ce lieulà,
on y fit avancet les Bataillons de
la feconde ligne , qui comme elle
avoit à traverser une ligne de Ca- ă
valerie formée derriere noftre premiere
ligne d'Infanterie , ne pou
voir arriver fi promptement qu'ent .
l'euft defiré. Pendant ce temps-làsa
nos Dragons de la premiere ligne, & .
les Bataillons de Hainaut , la Garde
& Perigord , par des efforts extra .
GALANTM39.
ordinaires firent aflez perdre de
terrain aux Ennemis pour que nous
nous rendiſſons Maiftres de trois
pieces de Canon. Dans ce mefme,
temps , le noftre qui avoit marché,
d'abord à la tefte de l'Infanterie,
qu il avoit fait merveilles , perça
Doftre ligne de Cavalerie qui eftoit,
derriere la premiere ligne d'Infan
terie , vint le mettre à la tefte.
de l'Infanterie proche des trois Pieces
de Canon prifes a la portée du
Pistolet des Ennemis , qui par le
terrain qu'ils avoient perdu , n'avoient
fait qu'en trouver un plus.
eftendu remply de gros Bataillons,
dont la contenance eftoit fort bon-y
ne , & où ils avoient encore du
Canon. Toute noftre ligne qui fen
trouvoit avancée fouffrait beau- i
coup tant parce qu'elle eftoit de-4
›
360 MERCURE
bordée à la droite par des Bataik
alad
lons poftez dans les hayes le long
du Marais , que par qué toute flifan
terie du front de la ligne des Ennemis
, & par celle qui occupòit les
Caffines de leur droite, & les hayes
Teleshayes
qui alloient juſque vers le milieu
de leur ligne , & qu'outre cela, des
Efcadrons cuiraffez fouftenoient
encore cette Infanterie.oCependant
elle foûtint les efforts des Ennemis
avec une vigueur extraordinaire
, & donna le temps à l'Infanterié
de la feconde ligne d'artiver.
Le Regiment de la Satre marcha
pour foutenir Perigord . Celuy de
Clerembant attaqua la groffe Caffine
ou les Ennemis avoient le Re
giment de la Croix blanche , & un
Bataillon des Gardes de M. de Sa³
voye, & le Regiment du Ples avec
lc
GALANT. 361
le reftede fa Brigade ,foûtint la Brigade
d'Artois qui avoit eu affaire avec
eux aux Caffines & Hayes qui
eſtoient tout à fait à noftre gauche.
Dans cette difpofition , tout donna
avec une furie fi extraordinaire
que toutes les Caffines furent emportées
, les Ennemis malgré les
hayes , & tous les Chevaux de
frife pouffez leur ligne de
Cavalerie & de Dragons renversée ,
& les hayes de noftre droite occupées
par les Regimens de Hainault,
Grancé & Bourbon , qui dans ce
temps- là , ayant achevé de chaffer
les Ennemis du Marais , fe rendirent
maiftres de la haye qui le
bordoit , & marcherent l'épée à la
main aux Bataillons qui fe trouve
rent prés d'eux. Depuis cette charge
Aouſt 1699, 1matting Hh
362
ME
eres
, on ne dom
qui fut ddeess pplluuss
plus aux Ennemis le temps de rallier
leur Infanterie . Elle fut ren
verfée b
par noftre droite dans les
Bois qui font le long du Pô , par lef- >
quels Tunes parties s'eftsfauvée par
noftre gauche dans les marais quiun
font proche l'Abbaye de Sta-
T
farde & leur Cavalerie pouffée juf b
quesau delà du Pô proche Villes &
franche. Dans ce chemin , de douzeM
pieces de Canon que les Ennemisin
avoient I
vau commencementC
Combat , nous en avons pris onze.
La douziéme aceſté :
38
Ponze.319
jettée dans le Pôzen quelque en- ***
droit où nous ne l'avons pu trouup
ver. Nous leur avons pris auff
toutes leurs poudres , quantité de
Caiffons & leurs Equipages qui
n'eftoient pas fort nombreux ,
ab lup , ensqu¤ sonh¶ si pan0991
de
15
GALANT 363up
d'Etendartiko
à caufe qu'ils les avoient daiffez ala
Villefranche. Il y en a pourtantl
de ceux de Monfieur de Savoye , w
& environ 1200. beau
coup & Drapeauxlap
quantité d'Officiers , tant deson
Troupes de Savoye que de celles
d'Espagne ,dont je remets les noms
à la Life qui en fera envoyée par D
M. de Catinat. Ce que les Prifon /A
niers nous ont dit de deurs Bleffez
& Morts eft, que M. de Louvignies v
eſt bleflé , un des Favoris de Son
Alteffe Royale , Colonel du Regis
ment de Savoye , nommé le Mar 9
quis de Bueil , tué le Fils din Viceb
Roy de Naples tué. Voilà ce quesv
j'en fçay aujourd'huy . On dir quesos
Monfieur de Savoye s'eft retiré
d'affez bonne heure. Nous y avons` ~
reconnu le Prince Eugene , qui de-
Hh ij
364 ?
MERCURE
puis le commencement de la Bataille
a toujours brillé , & a fait
Arriere- garde avec les Gardes &
Gendarmes de Monfieur de Savoye
qui n'ont eſté rompus que fort
proche du Pô lis l'auroient efte
beaucoup plûtoft , & leur Cavalerie
bien plus endommagée , fi elle n'avoit
pas efté dans fa retraite conti
nuellement protegée des bois &
Amarais dont j'ay parle , dans lef
quels leur Infanterie s'eftoit jettée ,
& d'où elle faifoit feu , & où la
sanoftre ne pouvoit arriver affez
vifte pour ouvir abfolument la
Plaine à noftre Cavalerie
plus d'u-
3 ne demy-lieue durant , la Plaine
un'ayant pas de large dequoy mettre
is plus de fix ou fept Eſcadrons de
front. Cette Victoire eft grande &
complete, & nous n'avons ny OffGALANT
365
bez
H
+for
ciers Generaux , ny Brigadiers , ny
Colonels tuez , mais beaucoup de
bleffez. M. de Catinar a euphufieurs
coups dans fes habits , fans
qu'il y en ait aucun qui l'ait frapé ,
outre qu'il a fait tout ce qu'un hasil
bile General peut faire de bien de
fa tefte, tant pour parvenir aux fins
de dépofter les Ennemis afin de les
pouvoir combattre , que pour
les
battre lors qu'il en a trouvé l'occafion
. Ce que je fçay , c'eft qu'il eſt
affurément le plus dur homme au
feu que j'aye jamais vû . M. de S
Silveftre a fait des mestant
en engageant l'affaire au commencement
avec la Brigade de Montgommery
, que dans le refle de la
journée , où il a eu un cheval tué
fous luy, M.de Quinfony a parfaitement
bien fait , & a efté heureux
yn znova nech Hh iij
~ 366
MERCURE
ont
JU860031
61.91000S,
en tout . Le refte des Officiers y
combattu avec une valeur &
une conduite fort grande. M. de
Montgommery y a eu le bras gauthe
caffé & deux groffes conta-
7ions. M. de Pelleport , un coup de
moufquet qui
qui luy prend au deffus
de l'aine droo 3D TO EME
& fort de
my l'autre coſté du ventre . M. de Robecq
, deux coups , l'un au talon ,
& l'autre à la jambe , fort heureux,
ME
HOLY
un coup de moufquet
qui luy perce la joue au deffous de
1'oreille M. de Montignac un
coup qui luy perce le bras gauche
fans le caffer. M. de Liancourt , un
coup leger au bras. Des Lieute
JOLAM
ins
Colony
celuy
de Grancé
,
nommé du Chaftel , bleife bleffe Charnd
the ahrɔy ši
togne d'Artois les deux cuiffes
percées ; Deherede la Sarre , legerement
bleffe Alpremont de Cle
GALANT
367
ཁོརྣཔ་
rembaut , un coup à l'épaule le
Lieutenant Colonel de Mongom-
5M nommé Mongé FUENT
mery, nommé Mongé tué. Dú
refte des Capitaines , je n'en ay pas
encore la Lifte je fçay pourtant
le Chevalier de la Roche -Aymon ,
preraner
Major de
Mongommery
, we le
Fils de M. de Servon , tué
o de
Myde
Prie , Parent de Me la Marechale
de la Mothe , tué ; le Chevalier du
Bourder,Lieutenant Colonel de Pe
rigord, fort blefléainfi que le Chevalier
de Villerville , Capitaine dans
le Mestre de Camp de Dragons
er curte
& Moneran , Lieutenant Colonel
de Cambrefis . Percy , Major de la
Sarre , la jambe caffée ; S. Pierre Ma-
" jor de Robec , bleffé ; la Rianderie
dans Robec , la cuiffe caffee fort
haut ; la Fare, Capitaine dans Bourbon
, tué . Voilà ce que je ſçay d'Ofin
Simer
Hhi
268 MERCURE
fait
ficiers tuez ou bleffez. Il faut dire
en general que l'Infanterie
des chofes furprenantes , non feulement
lors qu'elle à attaqué mais
en foûtenant un gros feu. Il y aleu
des Bataillons qui ont charge plus
fieurs fois avant que d'emporter de
qu'ils attaquoients fans fe rebuter
pour cela , & ont retourné juſqu'à
ce qu'ils ayent forcé les Ennemis.
Nous avons paſé la nuit du 18. au
19. fur le Champ de Bataille , &
marché enfuite à Saluces que toures .
les Milices de M. de Savoye ont
abandonné de forte que les Ha
birans ont ouvert les portes à M.
de Catinar , qui fait féjournerl'Art
mée aujourd'huy tant pour établir
les
Bletlez
dans
Sakiceso que pour
donner ordre aux fubfiftances
afin de fe pouffer en avant , & fe
GALANTM 369.
3
mettre en eſtat en remarchant aux aux
Ennemis de les obliger à nous.
laiffer les Maiftres de la Cam
pagne, supelle & all'up zrol momsk
Les Armes du Roy ont conquis
fur Monfieur de Savoye le Cha
Blais , le Genevois , la Maurienne
& le Focigay , & felon toutes les
apparences elles ont foumis il y a
déja quelque temps 3 la Tarantaife .
ou nos Troupes doivent eſtre entrées?
Mrs de Geneve ont envoyé
des Depurez à M. de Saint Rhut
pour luy faire compliment fur ces .
Conqueftes, olan ngobies
WM. de Bouflers a efté detache
de 4'Armée de M. de Luxembourg
pour aller entre Sambre & Meuſe.
Ces jours paffez les Ennemis , qui
font toujours à Hally & à Braine
firent un détachement de quinze
་་
370 MERCURE
en
cen's Maitrescu
qui
portoient e
croupe un pareil nombre de Fan.
F162090 2101.249 115 6. talins dans le deffein de venir
forcer noftre retranchement
au
deffus d'Ipres , mais M. de Montbron
qui y commande en ayant
KUD 210 22
effé averry à temps , tira des Troupes
des Garnifons voifines pour
aller à leur rencontre
ce que les
Ennemis ayant fçu , ils s'en
nerent. Les Brandebourgs qui
eftoient plus de 15000. hommes , &
plus de 60000.bouches enFemmes ,
Enfans & Chevaux , ont entierement
defolé les endroits
ont
endroits
retour
Bruxelles,
par
où ils ont paffé
. Ils ont
mefme
brûlé
un
gros
Village
proche
de de forte
que
Lon
font
fait bien
a peut
dire
qu'ils
achepter
fé
achepter par tous les
ravages qu'ils ont faits. On peut
connoiftre par- là que la venue de
GALANT 371
l'Electeur de Brandebourg eftant
f dommageable aux Ennemis › il
n'eft pas fort neceffaire de leur
donner Bataille pendant qu'ils fe
ruinent eux-mefmes en defolant le
Pays qui les doit faire fubfifter. Ce
posan
eft pas que M. de Luxembourg
Bit recules au contraire il s'eft to
n
bases
1000 2900 OV ZICHEW
tourjours
prefenté , mais M. de Brandebourg
n'eft pas venu pour com
batre. Si fes Troupes eftoient
payées il les rifqueroit
mais nayant pas
nores
davantage,
touché tout l'argent
qui luy eft deû , il ne pourroit
pas , fi les François le batoient,
remettre facilement une autre
'Armée fur- pied , & c'eft ce qui luy
fait conferver la fienne . Mde
Maulevrier et toujours avec fon
petit Camp à Dotignies en deça
des lignes . & M. de la Vallette
+
372 MERCURE
*
avec le lien fous Menin .
M. de Guifcar , Gouverneur de
Dinant eftant forty de la Place
avec une partie de fa Garnifon , &
ayant efté joint par des détachemens
de plufieurs Garnifons des
environs , a efté à la tefte de cing:
ou fix mille hommes bruler autour
de Bruxelles fept ou huis Vil
lages , qui n'ont point voulu payerles
contributions dont ils eftoient
convenus. Quoy que l'Armée Ennemie
en fuft proche , elle n'a point
fait de détachemens pour les défendre
, apprehendant d'eftre attaquée
pendant ce temps -là par M.
de Luxembourg , qui avoit en effet
refolu de la combattre , fi elle euft!
• fait quelque mouvement.
Le 1. de ce mois , l'Armée que
5. Monſeigneur le Dauphin commanGALANT-
1 373
de s'approcha de Landau , & vint
fur le foir à Offemback. M. de
Baviere eftoit campé à Dourlach
avec la fienne , fans qu'elle euft
encore efte jointe par celle de l'Edont
une partie
de c
lecteur
話
des Troupes eftoit arrivée aux environs
de Heilbron. Cependant
M. le Duc de Villeroy qui commandoit
un detachement campé
fur le Fort Louis du Rhin , paſſa
cette Riviere avec mille Chevaux,
& cinq cens hommes de pied, &
défit un Party de Huffars qu'il
rencontra. Il y en eut un grand
nombre tuez ou bleffez , & vingtcing
qui furent faits prifonniers.
Le 17 Monfeigneur paffa le Rhin.
Jamais on n'a monftré tant de
Joye qu'en fit paroiftre toute fon
Armée , au moment qu'elle receut
a
374 MERCURE
SU!
L'ordre pour ce paffage. Elle en
fut fi penetrée , que tous les mainsb
malades
, ( car il y en a toujours parmy
des Troupes nombreufes) , parurent
fe bien porter ; & en effet la penſée
qu'ils eurent qu'ils pourroient voir
l'Ennemy dans un Combat , leur
donna des forces , & Monſeigneur
écrivit au Roy, qu'il n'y avoitplus
de Malades dans fon Armée depuis
qu'il avoit passé le Rhin . L'envie
d'en venir aux mains a efté po
QUEMO
nca
10539!
is a refte barrist
pouf
fée fi loin , que ce Prince a receu
plufieurs Placets fort ferieux & bien
raiſonnez
, par lefquels les Troupes
,
Le fuplient avec toute la foumiffion
poffible , & tout lerefpect qui luy
eft deû de vouloir bien éprouver
par une Bataille Pardeur don
qu'ils
ont fous fes ordres pour le fervice
du Roy, Il a deffendu
fur peine
GALANT V375
de la vie, de brûler, tuer, & violer
dans le Pays Ennemy , de forte
que l'on n'a brûlé qu'un feul Vil.
lage proche de Steimbach , parce
que les Payfans avoient tiré fur les
Troupes de Sa Majefté . Le lende
main que ce Prince cut paflé le
Rhin , il détacha Monfieur lesb
Prince de Conty avec mille Fuze
liers , & quelque Cavalerie , pour
aller faire un fourrage à un Villagep
fermé de bonnes Barricades , & ou
il y avoit quelques Pieces de Canon.
M. le Marquis de Nangis
receut un coup de moufquet à la s
tefte dans l'attaque de la droite, &
il en eft mort depuis. La gaucheg
fut attaquée par M. le Comte des
Cruffol , & la vigueur avec laquelle ev
on poufla les Ennemis, les obligea co
de quiter leur pofte. COOnn les pour b
376 MERCURE
fuivit dans la montagne, & enfuite
on fe rendit maiftre d'une redoute
où il y avoit du Canon , & de tous
les lieux où fe devoit faire le fou
rage. Cela ne fe paffa pas lans
qu'ils perdiffent beaucoup de monde
; la perte fut legere de noftre
cofté. Le 25jour de S.Louis, Monfieur
de Baviere envoya un Bboouuquer
à Monſeigneur par deux
Trompettes , & Monfeigneur l'envoya,
remercier le lendemain. Les
Troupes de Saxe & de Heffe,
& plufieurs Corps des Alliez ont
joint Monfieur de Baviere , & M
le Marquis d'Uxelles a amené à
Monfeigneur les Troupes qu'il com
mandoit. Ce Prince campa le 26.
à Urlaf , le 27. à Zufweir prés
d'Offenbourg , où il réjoignit l'Infanterie
, & le 28. à Schutteren
GALANT 377
d'où il devoit aller camper deffus
& au delà de la petite Riviere :
d'Eltz , entre Cappel & Kentzingen.
Le 26 les Electeurs de Baviere
& de Saxe camperent à Etlingen
un peu en deça de Dourlac. Ainfi
les deux Armées effoient à dix:
huit heures l'une de l'autre .
*
Monfieur de Savoye a eu nouvelle
que les Troupes d'Espagne
ont fuy jufques à Milan . Il demande
un homme à chaque Famille
; il s'eft retiré à Montcallier .
M. de Catinat eft luces , où il a lain y de Sa
cens
hommes , pour aller
du cofté de
Savillan
, & enfuire à Cazal . On
vient d'apprendre
que cette derniere
Place s'eft rendue.
Te
fçay que
vous
attendez
que
rous
parle
du
Prince
d'Orange
, & je
Aouft
1690
.
Li
378 MERCURE
cours
Vous avoue que cet Article n'eft pas
peu embaraffant. J'avofs “ amallé peridant
totit le mofs un très grand nom
bre de conjectures dont on pouvoit
inferer la mort avec beaucoup de
vray-femblance , mais il femble qu'il
ya prefentement plus de fajet de
croire qu'il Preefntt vivant. On allure
que le de ventre dont il eftoit
attaqué au débarquement en Ir
lande s'eftant tourné en diffenterie ;
il a efté pendant un mois à l'extremite
, & il y en a qui foutiennent,
que les mouvemens qui furent caufez
Londres par la perte de la Bataille
Nayale l'ayant allarmé il avoit quic
te l'Armée incognito , afin de ne pas
encourager celle du Duc de Tirconel
par fon départ , pour aller avec fes
Amis , & quelques Troupes qu'il avoit
refolu de faire paffer en Angleterre,
empefcher que Londres ne fe foules
vaft .& que l'exemple de cette Ville .
´n'entraînaft le refte du Royaume , fur
tout les François y faifoient une
&
T
GALANM 379
455
defcente , mais que fur le point de
s'embarquer ayant recen des Lettres
de la fincelle
d'Oray
&fa N Mar.
quoient qu'il n'y avoit rien à craindre
& qu'il pouvoit achever fa conquefte
d'Irlande , il s'en eftoit retourné,
Quoy qu'il en foit , tous les Couriers
qur reviennent d'Irlande , allurent
qu'il eft á la teſte de fon Armée , &
qu'il doit à prefent avoir affiegé Limerich.
Je ne vous dis pas qu'on doive
ajoûcer foy à ce qu'ils difent,
mais je vous fais part de ce qu'ils
rapportentent Vous apprendrez peuteftre
d'autres nouvelles avant que
vous
receviez ma Lettre . M. de
Laufun eft à Gallovvay avec les Troue
57
pes
dede
France
, où
il
le
propofe
de
faire
une
refiftance
vigoureufe
,
&
d'où
il pourra
le
retirer
par
mer
lors
qu'il
le jugera
à propos
,
Madame
la
a
Ducheffe
de
Tirconel
eft
arrivée
à
Breft
avec
plufieurs
Dames
Irlandoifer
. En
vous
donnant
lieu
de
conje
ansiolie y copia or
380 MERCURE
Sturer que le Prince d'Orange cftovivanty
jelne pluis pas la plus commune
opinion mais je me conforme ali
fentiment de ceux qui doivent eftre
les mieux inftruits , ou qui fe mettent
le moins en peine de fa more.En effet ,
qu'importe à la France , au milieu de --
les triomphes qu'elle ait un Ennemy
de plus ou de moins Elle eft aprote-...
gée du Ciel , & défend la cauſe de
Dieu & la gloires des Autels que les
Ennemis cherchent à détruire , puis
qu'ils font rendredes actions de graces
Dieu pour les victoires remportées
fur la Religion Catholique . C'eſt un
fait qui a efté connu par les Te Deum
qui fe font chantez pour la premiere
victoire du Prince d'Orange en Irlan -...
de. On dira que ce Prince la permet
dans ce Royaume-là mais derin'eft
que pour la détruire auffi - bien que
dans toute l'Angleterre , quand il en
fera paifible poffeffeur. La liberté qu'-
elle y avoir , et ce qui luy a fervi deGALANTI
0281
pretexte pour envahir les trois Royau
mes. Ainfi cette guerre queles Princes
liguez ont fomentée avec luy , eft une
guerre de Religion , & le Roy nedoir
point apprehender fes Ennemisen
défendant contre eux la caufe de Dieu..
Auffice Monarque a t- il écouté le
premier bruit de la mort du Princed'Orange
avec une fage indifference .
Ha blâmé les réjouiffances qui fe font
faites dés qu'il les a fceues , & il a dit
qu'il ne falloit pas fe réjouir de la mort··
d'un homme. Comment auroient- elles .
pa eftre commandées comme les Nouvelles
publiques Etrangeres l'ont dit ,
puis que de bruit de cette mort ne
s'eftant répandu à Paris qu'à minuit ,
les feux parurent dans le même inftant ?
Elles auroient velte plus loin le lendemain
fi on ne l'euft empefché , mais il
femble qu'elles fe foient faites pat permiffion
du Cieb , pour faire voir aux..
Sujets de tous les Princes liguez , que
la France n'eftoit pas prefte à fe fou
282 MERCURE
gc
lever , comme ils , leur avoient voulu :
faire croire dés que le Prince d'Orah
auroit roit paru en armes contre elle,
& que jamais Sujets n'ont tant aimé
leur Prince que font les François . Je
fuis, & c ..
A Paris ce 31. Aouſt 1690.
En vous pariant de la mort de Ma
dame de Beauvais , jay
oublie de a
dire que Mademoiselle de Beauvais , fa
Fille , avoit époufe feu Mr le Marquis ·
de Richelieu. MegirkaM
Rien ne varié plus que la Nouvelle
de la mort du Prince d'Orange, tous
les Couriers difoient il y a trois jours
qu'il eftoit en vie ; toutes les Lettres
portent aujourd'huy qu'il eft mort . La
Cour qui eftoit fort éloignée d'y ajoû
ter foy , femble avoir du panchant à
le croire , mais ceux qui font parles
affirmativement le Roy & les Minif
tres, ne difent pas la verité , puis qu'il
eft conftant qu'il n'eft rien forti de
leur bouche qui donne une entiere cer
ЯЯНЯЕМ 383
1
titude ; ny du paar , ny du contre. nyala
ve
Mais peut- eftre, qu'on fera mieux éclaircy
favant que vous recevicz ma
Lettre, pay 100fn ajaju? alamet oup
P
TABLE
Rélude
re
Vers qui ont remporte le Prix à
Academie d Angers . 225030 .9
Priere pour le Roy , tirée des Pfeaumes
du Roy Prophete
20
25
Madrigal.
Prix remportez auxFeux Florgaux
sude Toulouze pamit ub som al 26
Pierres d'une groffeur extraordinaire
tirées de quelques corps humains.
gdom AS u
27
28 Les Lions & Aigle , Fable.
Lettre contenant un détail de la reception
faite à la Porte à M. de
Chateauneuf Ambaſſadeur de
France. noptions
115 11
Réjouiffancesfaites enplufieursvilles
33
AUTRE
du Royaume , pour les Victoires
remportéesfurterre & fur merpar
les Armées de Sa Majesté.
72.
Le Moineau& la Linote, Fable. 88.
Oraifon funebre faite par M. l'Evef
que de Nifmes
Mort de Me de Beauvais
101
τος
108
Nouveaux Ouvrages de Geographie
debitez par M. de Fer.
Mr. de Fer.
L'Art des Lettres de Change" , "fuivantl'ufage
des plus celebres Places
de l'Europe. ****117
125.
126
Les difgraces des Amans
Hiftoire.
M. le Duc de Charoft & M.I' Archevefque
de Paris ,font receus Pairs
au Parlement. R
149-
Saites des Réjouiffances faites pour
les Victoires du Roy 153
Mort de M. le Maréchal de Schom--
berg.
181
Journal
TABLE.
Journal de tout ce qu'a fait la Flote
de France depuis le Combat Naval
, avec la defeription des Ga-
192 leres
Harangues faites au Roy , & au Roy
d'Angleterre par l'Envoyé d'Al-
216
tyger.
Harangue faite au Roy en luy prefentant
le Scrutin , pour faire prêter
le ferment aux nouveaux Échevinsanla
233
Mort du grand Maifre de Malte
246
avec l'Election d'un nouveau grand
Maiftre.
Détail de la Courfe faite par M. le
Comte de Teffé dans le Pays de
Fulliers.
Augmentation faite par le Roy dans
La petite Gendarmerie , avec les
noms des nouveaux officiers de
ssage Corps ..
2153
201
Officiers nomme pour compoſer la
nommez
Aouft 1690.
Kk
TABLE.
с
Maifon de Monfeigneur le Duc
pay well:08:288.
d'Anjou
-Benefices
donne
par le Roys
2172.
Démolition
des Fortifications
de l'Abbaye
de Cambron
. ma
274
-Prife
de Caours
.
Redition
de Chamberry
, Annecy
&
Rumilly
.
277
291
-Affaire de Lucerne & de Briqueras..
296
Détail de la Bataille gagnée en Piedmont
par M. de Catinat.
Article des Enigmes.
315
337
Fefte de S. Louis celebrée par l'Academie
Françoife. 341
Autre Relation du Combat donné en
Piedmont par M. de Catinat , faite
par M. de Feuquieres.. 3433
Conqueftes faites dans la Savoye
par les armes duRoy.
Nouvelles de Flandres.
369
2.69
TABLE
13 Nouvelles d'Allemagne,
Nouvelles de Piedmont.
Nouvelles dirlande.
ste
Fin de la Table.
the dongly traine
My
sårdalsa
grunt & pack
37&
377
377
12
Avis pourplacerles Figures.
LA
Air qui commence par, Qu'on
chante à la Cour , à la Ville ,
doit regarder la page 34.
La Figure doit regarder la page
238..
L'Ordre de Bataille doit regarder
la page 320.
Mr.Jean
Dumesnil
Qualité de la reconnaissance optique de caractères