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1690, 07
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Eur.
511
m
1690.7
m
Eux:
511-1690 , 7
Mercure
<36623738590015
<36623738590015
Bayer. Staatsbibliothek
33
V

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUILLET 1690.
A PARIS ,
GALERIE-NEUVE DU PALAIS,
Onouveau du Mercure Galant le
N donnera toujours un Volume
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin,
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
E: MICHEL GUER OUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC. L X X X X,
AVEC PRIVILEGE DU 'Ror.
-
Bayerische
Staatsbibliothek
Mua hen
Q
A VIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour,
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
Fon employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent, & fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent . C'estfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour.
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite pre-
[entement le Mercure , aa rétably les
hofes de miniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargerent de les envoyer avant .
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans,
AVIS,
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
Sur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
Avant dans le mois . On évitera çe
retardement par la voye dudit ficur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire"
lespaquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS.
2
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
les Libraires qui les vendront..
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout .
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
par
content.
T
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1690.
OMME la gloire fert
de degré pour parvenir
prefque à toutes
les chofes qu'on peut fouhaiter
, il n'y a rien qui caufe
plus de jaloufie parmy les
hommes . Les uns ne fçau-
A j
8 MERCURE ·
roient fouffrir que ceux qui
font d'un mefme rang brillent
plus qu'eux , & les autres
, que ceux qui font d'une
mefme profeffion y excellent
davantage. Ainfi il y a peu de
perfonnes , de quelque caratere
qu'elles puiffent eftre , &
dans quelque élevation qu'elles
fe trouvent, qui ne foient
devorées par cette efpece de
jalouſie qu'on appelle envie .
Cela eft caufe que plus on eft
élevé , plus on eft en bute à
tout ce qu'elle eft capable
d'inventer , pour abaiffer
la force ou par l'artifice ceux
par
GALANT.
9
qui par un merite auffi extraordinaire
qu'incontestable,
font regardez comme eſtant
au deffus de tous les autres .
Ce que je dis eft une verité ſi
generalement reconue , qu'on
n'a point fujet d'eftre furpris
de voir unfi grand nombre de
Puiffances unies contre le Roy,
mais cette union ne luy fçau .
roit nuire . Il femble que plus
F'envie luy fufcite d'Ennemis ,
plus elle donne d'éclat à fa
gloire, puis qu'il eft inoüy que
tant de differens Souverains
ayent jamais été liguez contre
un feul Monarque.Cependant
TΤΟO
гр
MERCURE
quel eft le fruit de cette jaloufe
Ligue : Non feulement
le Roy leur refifte à tous, mais
il en triomphe fans employer
d'autres forces que les bras de
fes Sujets , & quelques Troupes
de les anciens Alliez qu'on
peut à prefent dire Françoifes,
d'autres finances que celles
qu'il tire de fes Etats ,&d'autres
confeils que ceux qui luy font
fuggerez par fa prudence . Il
faut qu'elle égale fa conduite,
& qu'elle ne foit pas moindre
que fon application & fa vigilance
, pour faire que fept ou
huit Armées que ce Prince
+
GALANT. IZ
a en campagne , ne manquent
de rien,que les vivres s'y trouvent
, que fes Troupes foient
leftes & bien payées , & qu'
elles rriomphent de fes Ennemis
, comme je pretens
vous le faire voir dans la fuite
de cette Lettre, Mais avant
que de vous parler de ces
glorieux Articles , j'ay à vous
entretenir de quelques autres
qui me donneront lieu d'attendre
de nouvelles particularitez
de ce que j'ay à vous
dire. Vous allez yoir par le
détail du premier de ceux où
je vais entrer que pendant
iz MERCURE
que toute l'Europe eft armée
contre le Roy , ce Prince récompenfe
les fervices qu'on
luy a rendus, de la mefme maniere
& avec la mefme generofité
qu'il fait en pleine paix.
Sa Majefté ayant augmenté .
à l'entrée
de cette Campagne
le nombre de fes Gendarmes
&
de fes Chevaux- Legers , ainfi
que de fes Gardes du Corps,
Elle a voulu auffi remplir le
nombre d'Officiers
à proportion,
& particulierement
un
nombre de dixMaréchaux
des
Logisdans la Compagnie defes
Gendarmes, & autant en celle
t
GALANT.
13
de fes Chevaux-Legers , & en
mefme temps elle a difpenfé
du fervice les quatre Anciens .
M' des Fontaines s'eft retiré
avec mille écus de penfion ,
ainfi que M'de Marquis de
Lhofpital , pourvû du Gouvernement
de Toul. Quant
aux deux Anciens de la Compagnie
des Chevaux- Legers ,
Mi de la Berange eſtant encore
en eftat de fervir , a eu
un Brevet de Cornette dans
les Chevaux Legers de fa Garde
, & M de Maudeville ,
aprés quarante fept ans de
fervice dans la meſme Com14
MERCURE
pagnie de Chevaux - Legers ,
s'eft retiré avec une penfion
de mille écus.
Je viens à ce qui regarde
l'hommage prêté depuis peu
de temps à M' l'Electeur de
Brandebourg , par les Etats
de la Pruffe Ducale. Je vous
en aurois parlé il y a un mois,
fi l'abondance de la matiere
ne m'en cuft pas empefché,
mais nous fommes dans un
temps où quantité d'Articles
indifpenfables
font le fujet de
mes Lettres , ce qui m'oblige à
reculer ceuxqui peuvent avoir
en tout temps quelque chofe
GALANT. IS
de nouveau. Celuy- cy eft de
ce nombre , puis que vous le
trouverez accompagné de
plufieurs chofes curieufes par
elles- mefmes , & que je puis
vous apprendre à l'occafion
de cette Ceremonie ,
quoy
qu'elles en foient détachées .
Elle fe fit le 24. de May dernier
à Konigsberg , Ville de
Pologne , grande , belle , re
nommée par fon commerce,
& qui appartient à l'Electeur
de Brandebourg. Elle eft fituée
fur la Riviere de Pregel,
qui fe décharge dans un Lac
appellé le Hab. Ce Lac fe
16 MERCURE
de
jeint à la mer , & a quinze
ou feize lieues de longueur ,
& deux de largeur . La Ville
Konigsberg , Capitale de
la Pruffe Electorale , fe fepare
en trois parties , dont la premiere
et l'ancienne Ville .
C'eft où eft le Palais Ducal
qui fur baſty par George- Frederic
, Marquis de Brandebourg.
Quant à la Pruffe , qui
a la mer Balthique au Septentrion
, la Pomeranie au Couchant
, la Pologne & la Mafovie
au Midy , & la Lithuanie
& la Samogitic au Levant ,
elle eftoit autrefois divifée
GALANT. 17
en douze
Gouvernemens, que
quelques- uns difent avoir eſté
le partage des Fils d'un Duc
nommé Venede , ou Venedut.
Ses anciens Habitans eftoient
barbares.Ils
demeuroient
dans
les Bois , mangeoient de la
chair crue , & quoy que le
lait fuft leur boiffon ordinaire
, ils beuvoient du fang de
, cheval dans leurs feftins. Ils
adoroient le Soleil , la Lune,
le Tonnerre , les éclairs , le feu ,
les arbres , les ferpens , & les
beſtes farouches , & nommoient
leur Dieu principal
Vifchaito. C'eſtoit celuy qui
Juillet 1690 .
B
18 MERCURE
avoit foin de leur beftail . Ce
Pays a eu des Princes particuliers
jufqu'en 1228. que
Conrad , Duc de Maſovie ,
qui ne fçavoit plus comment
s'opposer à ces Peuples auffi
cruels que puiffans , engagea
les Chevaliers de l'Ordre Teu
tonique à leur declarer la
guerre. Elle fut longue &
fanglante . Ils foumirent les
Pruffiens , qui ne pouvant
fupporter le joug fe révolterent
toutes les fois que
cafion leur en fut offerte .
Comme ils eftoient Idolâtres,
ils retournoient toujours dans
2
Tóc
GALANT. 19
jet
de
les fuperftitions du Paganif
me , & enfin trouvant leurs
forces trop inferieures à celles
des Chevaliers Teutoniques
pour leur pouvoir toujours
refifter , ils le donnerent
au Roy de Pologne vers l'an
1420. Ce fut un nouveau fuguerre
, dont les deux
partis receurent de grands
dommages . On donna plufieurs
combats , & aprés diverfes
pertes fort confiderables
, les Chevaliers obtinrent
la paix par les foins de leur
Grand - Maiftre Loüis d Herliufen
. Les conditions furent
Bij
20 MERCURE
qu'ils abandonneroienr aux
Polonois une partie de laPruffe
, & qu'ils leur rendroient
hommage du refte . Albert de
Brandebourg , qui avoit ché
élu Grand Maistre de cet
Ordre en 1511. aprés Frideric
de Saxe , ayant refufé à Sigifmond,
fon Oncle , de luy
rendre cet hommage , foût.nt
quelque temps la guerre conrre
luy, par le fecours que le
General Schomberg luy amena
d'Allemagne . Il tâcha de
furprendre quelques Places ,
& tout luy ayant mal réuffi ,
il demanda une Tréve de
GALANT. 21

quatre ans , qu'on luy accorda.
Pendant ce temps, il fe

Jaiffa infecter des nouvelles
opinions de Luther , & fe dégoûtant
de fon eftat , il fit
propofer la paix . Sigifmond
y confentit & ce fut un
defavantage fort grand pour
tout l'Ordre Teutonique ,puis .
que fa qualité de Grand- Maiftre
de Pruffe qui estoit élective
, fut changée en qualité
feculiere , & érigée en titre
de Duché hereditaire fous
l'hommage du Roy & de la
Republique de Pologne . Albert
rendit cet hommagele 8
22 MERCURE
Avril 1525. dans la grande
Place de Cracovie , & le Roy
fon Oncle luy donna l'inveftiture
de ce nouveau Duché
par un Drapeau de guerre.
Par cet accord il renonça au
gouvernement de l'Ordre , &
fe maria l'année ſuivante avec
Anne- Marie de Brunfwich.
La Pruffe ayant encore caufé
plufieurs guerres , fut enfin
divifée en Pruffe Royale , qui
cft au Roy de Pologne , & en
Pruffe Ducale ,
que poffede
l'Electeur de Brandebourg.
Les principales Villes de la
Pruffe Royale font Dantzick,
GALANT.
23
Elbing, Mariembourg, Torn,
Konits , & celles de la Pruffe
Ducale, Konigsberg , Memel,
& Braunfberg
.
Le jour que je viens de
vous marquer ayant efté choifi
pour la Ceremonie de
l'hommage des Eftats , M
l'Electeur de Brandebourg
ſe
rendit à dix heures du matin
dans l'Eglife du Chaſteau , où
le Docteur Vifinus , Predicateur
ordinaire de la Cour
fit un beau Difcours fur ce
fujet , appliquant à la Perſonne
de l'Electeur ces paroles
de l'Ecriture , O que bienbeu24
MERCURE

reux eft le Peuple à qui Dieu
donne un Roy d'un coeur noble !
M ' l'Electeur alla enfuite au
lieu préparé pour le ferment
que luy devoient prefter les
Etats , & fe plaça fur une maniere
de theatre affez élevé.
Le Prince Lubomirski s'affic
à fa droite , & le Referendaire
de la Couronne fe mit
à fa gauche, de la part de la
Republique . Le Chancelier
adreffa la parole à la Nobleſſe
& aux Bourgeois , aprés quoy
on fit lecture de ce qu'ils devoient
jurer , & ils firent le
ferment. Il y avoit derriere
la
GALANT.
25
la Place du Chafteáu deux
Compagnies de Trabans , &
trois d'Infanterie du Colonel
Trus , qui faifoient la garde.
Ceux- cy ayant auffi renouvellé
leur ferment , le Prince
Lubomirski harangua en Latin
Son Alteffe Electorale ; ce
que
fit auffi dans la mefme
Langue , le Referendaire de
la Couronne au nom du Roy,
en parlant à la Nobleſſe & aux
Etats . Ce dernier fit connoi .
ftre
particulierement que Sa
Majefté Polonoife ne confentoit
à
l'hommage que luy
rendoient les Etats de ce Du-
Juillet 1690.
C.
26 MERCURE
ché , que fous cette claufe ,
que fi les Princes de la Maifon
de Brandebourg venoient
à manquer , la Pruffe Ducale
retourneroit à la Couronne
de Pologne , à laquelle les
mefmes Etats feroient obligcz
de rendre le mefme hommage.
La populace à qui ap
partenoit le drap dont le theatre
eftoit couvert , n'attendit
point qu'il cuſt ceffé de par-
Ier pour s'en faifir. Il fut déchiré
en un moment , & chacun
en emporta le plus grand
morceau qu'il pût . Cela caufa
un tumulte qui alla ſi loin,
GALANT. 27
que M'l'Electeur fut obligé
de fe retirer dans fon appartement.
Il parut de nouveau
en public , & revint avec les
Commiffaires Polonois. Le
Referendaire continua fa has
rangue , & le Peuple l'écouta .
La Čeremonie eftant achevée,
on jetta un grand nombre de
Medailles d'or & d'argent, &
il fe fit trois falves , tant du
Canon de la Ville que de la
Soldatefque , meflées des fanfares
de vingt- quatre Trompettes
avec quatre Timbaliers.
Cela fut fuivi d'un magnifique
repas , dans la grande
Cij
28 MERCURE
Salle appellée des Mofcovites
, pendant lequel on eniendit
un fort beau Concert.
Plufieurs fontaines de vin
coulerent dans la Place qui eft
devant le Chasteau, & le lendemain
on fit tirer un Feu
d'artifice qui reuffit admirablement.
Comme ce que je vous ay
dit de la Pruffe , m'a donné
lieu de vous parler de l'Ordre
Teutonique , & que vous m'avez
fouvent demandé ce que
c'eftoit que cet ordre, je vous
diray en peu
de
mots que fon
origine vient d'un Allemand
GALANT. 29
qui voulut finir fes jours à Jerufalem
, aprés que l'on cut
coquis la Terre- Sainte . Il y recevoit
tous ceux de fa Nation
qui n'entendoient pas la Langue
du Pays , & pour pouvoir
mieux exercer fa charité , il
fit fi bien que le Patriarche
de Jerufalem luy permit de
baftir un Hôpital avec une
Chapelle à l'honneur de la
Vierge . Divers Allemans que
fon exemple toucha fuivirent
fon zele , & s'employerent
à
rendre fervice aux Pelerins
que la devotion engageoit à
fortir de
l'Allemagne pour
Giij
30 MERCURE
vifiter les Saints Lieux . Quelques
riches Habitans de Bremen
& de Lubec entrerent
dans cette Societé , & fur la fin
du douziéme Siecle , ils firent
baftir un nouvel Hoſpital à
Acre. Cependant ils prirent
tous le titre de Chevaliers
Teutons , & embraffant la
Regle de S. Auguftin, ils porterent
le manteau blanc avec
une croix potencée de fable ,
& chargée d'une autre croix
d'argent . Leur établiſſement
fut approuvé en 1195 par le
Pape Celeftin III. & divers
autres Pontifes luy accorde
H
GALANT.
31
rent de grands privileges .
Henry de Valpot fut le premier
Grand- Maiftre de l'Ordre.
La prife de Jerufalem par
Saladin obligea les Chevaliers
Teutons de fe retirer à Prolemaïde
, d'où ils pafferent en
Allemagne aprés que les Infi ,
delles fe furent emparez de
cette derniere Ville . Ils fe ren ,
dirent maiftres de la Pruffe ,
dont ils porterent le nom , &
furent très-redoutables à leurs
Voifins pendant plus de deux
cens ans. Albert de Brande .
bourg eftant devenu Prince
feculier de Pruffe , ils éleurent
G iiij
32 MERCURE
enfa place Albert de Volfang
pour leur Grand - Maiftre . Ce
changement fixa leur fejour
en Allemagne où ils avoient
de grands biens. Ils font poffedez
prefentement par les
Fils puifnez des Princes &
des grands Seigneurs Allemans
, qui en joüiffent en
qualité de Chevaliers Teuto
niques.
རྙ
F'ajouteray à cecy pour
épuifer la matiere , que les
Porte glaives , Ordre Militaire
de Livonie , ont efté unis
aux Teutons pendant prés de
trois cens ans . On les avoit
GALANT
33
appellez ainfi , à cauſe d'une
robe de ferge blanche avec la
chape noire , fur laquelle ils
portoient du côté de l'épaule
gauche une épée rouge croifée
de noir , & fur l'eftomac
deux épées femblables, paffées
en fautoir les pointes en bas.
Engilbert & Thierry de Tyf
fench , accompagnez
de quelques
riches Marchands Allemans,
s'eftant affemblez pour
s'opposer aux Infidelles de
Livonie , Province de la Saxmatie
d'Europe , qui eft pref
que toute aujourd'huy au Roy
de Suede , fe retirerent vers
34 MERCURE
Albert, Religieux de Bremen,
de l'Ordre de Cifteaux , &
alors Evefque de . Riga . Il receut
leurs voeux , & leur pref
crivit la regle dont il avoit
fait profeffion. Le premier
Grand Maistre qu'ils eurent
s'appelloit Vinno . Innocent
III . approuva cer Ordre
des Portes - glaives , qui craignant
d'eftre accablé par divers
Ennemis qu'il s'eftoit
faits, fit union avec celuy des
Teutons , & Y fut incorporé
en 1234. en forte que ce ne fut
plus qu'un mefme Ordre . Ils
remporterent des victoires fiGALANT:
35
gnalées jufqu'à ce qu'Albert
de Brandebourg , leur Grand-
Maistre , donna dans les Erreurs
de Luther. Ces deux Ordres
furent alors feparez , &
Gautier de Plettemberg fut
fait Grand Maiftte de celuy
de Livonie. Guillaume de
Furftemberg luy fucceda en
1535. & demeura prifonnier
des Mofcovites qui firent de
grands ravages dans la Livonie.
Le Schifme fe mit parmy
les Chevaliers
, ce qui fur
caufe que l'Ordre fut anean
ty fous Gothard de Kerler ,
qui fe fit Lutherien Il y re36
MERCURE
nonça folemnellement
le 5.
Mars 1562. en preſence du
Prince Nicolas Ratzevil , Palatin
de Vilna , & Commif
faire de Sigifmond
Augufte
Roy de Pologne , auquel les
droits & les privileges
de
l'Ordre furent cedez avec la
Ville de Riga , & aprés cette
demiffion on donna à Gothard
l'inveftiture
des Duchez
de Curland & de Semigale.
Le 10. du mois paſſé , M
l'Abbé de Pradillon , un des
quatre Archidiacres de l'Eglife
Metropolitaine S. André
GALANT. 37
ds Bendrex , fur élu Supe-
II Sommaire de S. Ra
phaci de la mefine Ville . C'eſt
une place toujours occupée
par les premieres perfonnes
du Clergé , & d'où plufieurs
font fortis Evefques
, entre
autres deux illuftres Evefques
de Marfeille . Ce Seminaire
qui eft pour vingt cinq Enfans
du Medoc , qui doivent
fe faire Preftres , fut fondé
l'an 1442. en titre de College
, par le Bienheureux Pierre
Berland , qui de Fils d'un fim
ple Laboureur du Medoc
Pays en Guienne entre l'O
38 MERCURE
cean & la Garonne , devint
Chanoine de S. André , & fut
élu Archevefque de Bordeaux
en 1430. Il fonda l'Univerfité,
embellit la Ville & l'Archevefché
de deux beaux édifices
, fut député par les Etats
de Guienne en Angleterre
, &
affifta en 1452. à l'Affemblée
de Bourges , où fe fit la Pragmatique
Sanction . En 1481. Ic
Pape fit faire inquifition de
fa vie à la requeſte de Louis
XI. L'an 1583. Antoine de
Sanfac , Archevefque , érigea
ce College en Seminaire , fui
vant les decrets du Concile
GALANT: 39
de Trente. Il luy fit de grands
biens , & M' le Cardinal de
Sourdis l'a mis fur le pied
qu'il eft aujourd'huy , avec
obligation aux Archevefques
de pourvoir les Seminariftes
de Benefices.
Voicy une Fable dont les
Affaires du temps ont fourny
la matiere à M² de Calvy
qui en eft l'Auteur .
جيرخ
40 MERCURE
SSESESSS2:2222SEES
· LE FAUNE
Foudroyé par Jupiter .
A pied d'un montjadis regnoit
en paix
Unjeune Faune aimé de fes Sujets.
Dans fes Etats tout fongeoit à luy
plaire,
Dehors on le craignoit. Le Souverain
des Dieux
Eftoit fon Dieu tutelaire ;
Mais écoutant des avis facticux,
Ilfe perdit , ce Faune ambitieux.
Maintpetit Dieu jaloux du Maistre
du Tonnerre,
ofa luy declarer la guerre,
CALANT: 41
Etnon contens de partager lesCieux,
Ils vinrent dans leur Ligue intereſſer
la Terre.
Toutfutfeduit , tout prit party.
Le Faune dans fon coeur depuis longtemps
rebelle >
A la revolte eut bien- toft confenti.
Ce qu'on luy dit alors , mille fois
l'infidelle
Se l'eftoit dit. Ne pouvez- vous
regner,
Sans que Fupin vous tienne fous
Jon aifle ?
(trême
Apprenez à le dédaigner ,
Regner tout feul eft un bonheur fuprême.
Il les fuivit ; fans cette audace ex-
Faune jamais n'euft eu destin plus
beau.
Sous un fi grand appuy l'on crain
gnoit fa puiffance ;
Juillet 1690 . D
42 MERCURE
Avec ces Factieux cherchant l'independance
Alfe couvrit de honte , & trouva
Son tombeau.
Car dés que fupiter vit ſa cabale
prefte
Pour cette grande & fameuse conquefte's
Comme Geans, dit - il , vous attaquez
les Cieux ,
Vous perirez , Troupe infolente.
Il dit , & fa main triomphante
Foudroya fur le champ le Faune &
tous ces Dieux .
S
Toy qui trabis un Prince Augufte ,
Le ferme appuy de tes Etats ,
Tu vas perir dans cette Ligue injufte's
Déja pour t'accabler DOVIS leve
le bras.
GALANT.
43
[ Du coup fatal que je te viens predire
Rien ne te fçauroit garantir ,
Et la foudre qui va partir,
Doit terraffer encore & l'Espagne &
l'Empire,
Le Madrigal que vous allez
Ilire a efté fait fur la reconciliation
d'une jeune Dame.
avec un homme fort avancé
en âge , qui avoit fait quel
que médiſance d'elle .
En fortant d'un Sermon plein d'art
& d'éloquence ,
Sur l'amour du prochain , & contre
la vangeance ,
Iris qui me hait à la mort
Dij
44 MERCURE
Mais de qui l'ame eft genereuse &
bonne ,
Me cherche dans la foule , & par
un noble effort
Me dit, Monfieur, je vous pardonne.
Cs n'eft pas tout , luy dis -je , & le
Predicateur
Vous adit qu'il falloit aimer du fond
du coeur :
Voyez à quoy ce Sermon vous engage.
Ilfaut un difcours bien touchant
Pour vaincre du beau Sexe & Lati
haine & la rage ,
Et l'obliger,malgré son naturel panchant
D'aimer fon Ennemy , qnad il eſt de
mon âge.
Un des plus habiles Mai
treses que nous
ayons
en MuGALANT.
45
fique , a mis en Air ces paroles
fur un départ .
AIR NOUVEAU.
V Ous vous en allez, belle Iris,
Et lesfeux , les Amours , les Plaifirs
& les Ris
Fontpartir avec vous , & vous fuivrontfans
ceffe.
Vos appas vous feront mille Amans ·
en tous lieux ,
Ils mourront de plaifir en voyant vos
beaux Jeux ,
Et pour ne les plus voir je mourray
de trifteffe.
Je ne vous ay encore enle
commencement
voyé que
46 MERCURE
de la feconde partie du Trai
té de M' Comiers , touchant
l'art d'écrire occultement ; en
voicy la fin.
AUTRE MANIERE
tres-facile d'écrire occultement,
mefme par les lettres ordinaires
de l'Alphabet , qu'on peut enfuite
envoyer en chifres.
C
Onvencz avec voftre
Amy
d'unc clef
en
nombres
, comme
de 113.355
ces fix chifres
comprenant
la raifon
du diametre
du cercle
à fa circonference
de 113.
à 355. qui eft plus précise
que
GALANT. 47
celle d'Archimede ; ou bien
convenez du nombre 45 2.
355. lefquels fix chifres contiennent
la raifon du quarré
du diametre du cercle à fa
fuperficie de 452. à 355. qui
eft plus précife que celle d'Arhimede
de 14. à IF.
Ayez enfuite devant vous
I'Alphabet de dix huit lettres
dans leur ordre naturel , que
vous devez concevoir comme
écrites en chapelet , ou
autour de la circonference
d'un cercle .
Suppofons donc qu'il faille
écrire ces trois mots , Comiers
48 MERCURE
Aveugle Roial , & que vous
foyez convenu pour clef du
nombre 113. 355 .
Ecrivez de fuite fur les lettres
des trois mots les chifres
de la clef 113.355

oial.
1 1 3 3 5 5 11 3 3 5 5 1 1 3 35 51.
Comiersaveugler
Maintenant pour la lettre
C. du fecret , vous écrirez au
deffous la lettre D. parce que
le chifre 1. eft au deffus , qui
indique qu'il faut prendre
dans l'Alphabet la premiere
lettre qui y fuit la lettre C.
De mefme pour la lettre O.
qui a le chifre 1. au deffus ; 336
Vous
GALANT.
49
vous écrirez la letrre P. laquelle
dans l'Alphabet eft la
premiere aprés la lettre O
Par la meſme raifon pour
la lettre M. qui a le chifre
3. au deffus , vous écrirez
encore la lettre P. qui eft
dans l'Alphabet la troifiéme
aprés la lettre M. Pour la
lettre I. laquelle a au deffus
le chifre 3. vous écrirez la let
tre N. laquelle dans mon Al
phabet de dix-huit lettres eft
la troifiéme aprés la lettre I.
Pour la lettre E. qui a au def
fus le chifre 5. vous envoyerez
la lettre M. laquelle dans
Juillet 1690.
E
१०To MERCURE
l'Alphabet de dix - huit lettres
eft la cinquiéme aprés la
lettre E. & pour la lettre R.
qui a au deffus le chifre 5.
vous compterez depuis cette
lettre exclufivement fur l'Alphabet
confideré écrit en
chapelet , ou en cercle , cinq
lettres , fçavoir S. T.V. A. B.
en recommençant l'Alphabet
. C'est pourquoy
pour la
lettre R. vous écrirez la lettre
B. qui eft la cinquième aprés
R. De mefme pour la lettre S.
qui eft la derniere du mot ,
Comiers ,parce qu'elle a au deffus
le chifre 1. écrivez la letGALANT.
tre T. qui eſt la premiere
aprés S.
Par la mefme raifon pour
la lettre A. du mot , Aueugles
écrivez la lettre B. & pour la
lettre V. qui a au deffus le
chifre 3. qui eft la derniere
de l'Alphabet , qu'il faut par
confequent recommencer , écrivez
la lettre C. parce qu'elle
eft la troifiéme aprés la lettre
V. Pour la lettre E écrivez
la lettre I.Pour la feconde lettre
V. écrivez la lertre E. qui
eft la cinquième aprés la lettre
V. Pour la lettre G. écrivez
la lettre O. Pour la lettre
E ij
52 MERCURE
L.écrivez la lettre M. & pour
la lettre E. écrivez la lettre F.
Pour la lettre R. écrivez la
lettreV. Pour la lettre O. écrivez
la lettre R. Pour la lettre
I. qui a le chifre s . au deffus ,
écrivez la lettre P. laquelle
dans l'Alphabet de dix - huit
lettres eft la cinquiéme aprés
la lettre I. De mefme pour la
lettre A. écrivez F. qui eft
la cinquième aprés 4. & enfin
pour la lettre L. écrivez la lettre
M. Par là vous aurez de
fuire pour les trois mots , Comiers
AveugleRoial, les dix- neuf
lettres fuivantes .
·
GALANT.
53
D; P. P. N. M. B. T. B. C. I. E.
I O. M. F. V. R. P. F. M.
Remarquez que cette maniere
eft tres-facile , & toutà
fait indechifrable à l'efprit
humain , puis que dans les fept
premieres lettres pour le mot
Comiers , la lettre P. eft employée
tout de fuite pour la
lettre O. & pour la lettre M.
& que la mefme lettre P. eft
employée pour la lette I. du
mot Roial
Remarquez encore que la
lettre M. fignifie la lettre E.
du mot Comiers , & la lettre L.
du mot aveugle ; que le B..
E iij
54 MERCURE
fignifie la lettre R. du mot
Comiers, & la lettre A. du mot
Aueugle ; que la lettre F. fignifie
la derniere lettre E. du
mot Aveugle , & la lettre A
du mot Roial, & que dans le
mot Aveugle les deux lettres
E. y font fignifiées par les
lettres 1. & F. & les deux
lettres V. du mefme mot par
les deux lettres C. E.
On peut fe fervir des chifres
de la datte de la Lettre ,
comme de 28. Fevrier 1690. en
obfervant qu'il faut rejetter
le zero, car il ne faut icy que
des chifres fimples.
GALANT. 55
Obſervez que les cinq lettres
H. K. X. Y. Z. que j'ay
rejettées de mon Alphabet,
peuvent eſtre employées à la
fin des mots pour les diftin
guer , ou bien on les mettra
devant la derniere lettre de
chaque mot , ou aprés la premiere
, fuivant qu'on en fera
convenu .
Obfervez principalement
que pour ofter tout foupçon,
vous pouvez au lieu de ces
lettres envoyer les chifres
fimples ou difenaires qui leur
appartiennent dans cet Al
phabet.
E iiij
16 MERCURE
Pantoufle b c d g
1. 2. 3. 4. §. 6. 7.8.9.10.20.30 . 40 ;
j m q r S.
'50.60. 70. 80. 90.
Ou dans tout autre Alphabet
dont l'ordre naturel des let
res fera changé,fuivant qu'on
fera
convenu
comme dans
I'Alphabet fuivant.
Profeti fa n d u m
7. 2. 3. 4. 5. .6 7.8.9.10.20.30.40
b c g
$0.60.70.30.90
.
Par lequel au lieu des lettres
D. P. P. N. M. B. T. B. C. F.
E. O. M. F. V. R. P. F. M.
Vous aurez les chifres fuivans.
GALANT.
57
20.1.1. 10.40.50 . 6. 50. 60. 7 :
f. 3. 40. 4 30. 2. I. 4. 40:
que vous pourrez envoyer à
voftre Confident en forme de
compte ou calcul , comme
nous avons déja dit .
Remarquez que la lettre P
ou le chifre 1.eft envoyé pour
trois differentes lettres , fçavoir
pour les lettres O & M
du mot Comiers , & pour la
lettre I. du mot Roial, & que
la lettre M. ou le chifre 40 .
fignifie auffi deux differentes
lettres , fçavoir E. du mot Comiers
, & L. du mot Aveugle.
De mefme la lettre B. ou le
58 MERCURE
chifre so . fignifie la lettre R.
du mot Comiers , & la lettre A.
du mot Aveugle. Les meſmes
lettres R. & A. dans le mot
Roial fontfignifiées par la let.
trev. ou le chifre 30. & par la
lettre F.ou le chifre 4 Dans le
mot Aveugle le premier Veft
fignifié par la lettre C. ou le
chifre 60. & le fecond V. par
la lettre E. ou le chifres . Dans
le mefme mot Aveugle , le
premier E. eft fignifié par la
lettre I. ou le chifre 1. & le
dernier la lettre F. ou chipar
fre 4. Cette lettre F. ou chifre
4. eft encore employée
GALANT.
59
pour l'Adu mot Roial , bien
que la lettre A du mot Aveugle
foit fignifiée par la lettre
Bou chifre fo .
D'où je conclus que bien
que cette maniere d'écrire ,
ou de parler en ces chifres
par la Trompette parlante ..
foit tres-facile , mefme en
employant une triple clef,
fçavoir le nombre convenu ,
l'ordre des lettres de l'Alphabet
fur lequel on écrit ce
nombre pour avoir les lettres
fecretes ,& enfin l'ordre irregulier
des lettres de l'Alphabet
dans lequel on prend des
60 MERCURE
chifres pour ces lettres , elle
eft neanmoins indéchifrable
à tout efprit humain. Quand
mefme on donneroit au dé.
chifreur les lettres que cha
que chifre fignific , il fau
droit encore qu'il puft deviner
le nombre qui fert de
premiere clef , & qu'aprés
cela il devinaſt encore l'ordre
de l'Alphabet qui a donné
ces lettres par le moyen du
nombre convenu pour clef;
de quoy on peut faire facile
ment l'effay avec ceux qui fe
piquent de pouvoir déchifrer
; fuft - ce avec Mr Viette,
J
GALANT. 61
Te Pere de noftre Algebre fpecieuſe
, & le grand Déchifreur
de fon temps, s'il pouvoit revenir
au monde.
Maniere facile de lire ces
chifres ou lettres.
Ecrivez en ligne droite horizontale
les chifres qu'on
vous a envoyez en articles de
compte , puis fous ces chifres
écrivez les lettres qui leur
appartiennent dans l'Alphabet
, Profetifandum b c g
1q & vous aurez les lettres
fecretes que voftre Amy avoit
trouvées fur le premier Al62
MERCURE
phabet par le moyen des chi
fres de la clef ; ainfi pour
20. 1. 1. 10. 40.50 . 6. 5o . 60.7.fo
D.P.P.N.M.B. T.B. G. I.E.
3. 40. 4. 30. 2. 1. 4. 40.
O.M.F.V. R. P. F. M.
Ecrivez aprés cela fur ces mêmes
lettres les chifres de la
clef, fçavoir.
I
A
1 1 3 3 S S. II 3 3 S S.
D.P.P.N.M.B. T. B.C. I. E.O.
I
1 1 3 3 S. §. I.
M.F.V.R.P. F. M.
Ayant enfuite devant vous
noftre Alphabet de dix- huit
lettres ABCDEFGILM
NOPQRST V.
GALANT.
63
Vous trouverez les veritables
lettres du fecret qu'on vous a
envoyées , li vous faites reflexion
qu'au lieu de la lettre du
fecret , on vous a envoyé la
lettre qui la fuivoit , mais qui
en eftoit autant éloignée que
le chifre de la clef qui eftoit
au deffus , contenoit d'unitez .
C'est pourquoy par une raifon
contraire il faut autant
retrograder en avant que
chifre a d'unitez, & vous trouverez
la veritable lettre du
fecret.
le
Ainfi, puis que la lettre D
a 1 par deffus, prenez la let64
MERCURE
tre C qui precede , & vous
aurez la premiere lettre du
fecret; & parce que la lettre
Pa le chifre au deffus , rerrogradez
, & prenez la premiere
lettre O qui eft avant
le D. De mefme pour l'autre
P , parce qu'il a le chifre 3,
au deffus , prenez la lettre M.
qui eft la troifiéme avant la
lettre P. & puis que la
lettre N a fur foy le chi
fre 3. retrogradez de trois lettres
dans l'Alphabet , & vous
trouverez la lettre I.du fecret.
Par la mefme raiſon , parce
que la lettre M a fur foy le
GALANT. 65
s.
chifre 5. retrogradez de cinq
lettres fur l'Alphabet , & vous
crouverez la lettre E. Et pour
la lettre B. puis qu'elle a au
deffus le chifre il faut auffi
de la mefme lettre B exclufi
vement retrograder fur l'Alphabet
qu'on doit concevoir
écrit en chapelet ou cercle ;
c'eft à dire , prendre la cinquiéme
lettre en retrogradant
, comptant A.V.T. §. R.
c'est pourquoy la lettre R qui :
fe trouve la cinquième , fera
la lettre requife du fecret ; &
parce que la lettre Ta fur foy
le chifrez.reculez d'une lettre
Juillet 1690 .
F.
66 MERCURE
Γ
& vous aurez la lettre S. du
mot fecret Comiers .
De mefme pour la lettre B,
parce qu'elle a fur elle le chifre
1. vous prendrez fur l'Alphabet
la lettre A. qui précede
la lettre B. & de cette
maniere vous trouverez les
trois mots fecrets , Comiers
Aveugle Roial.
ARTICLE III.
Envoyer en mefme temps le
Secret & la Clefen Lettres
ou en Chifres .
Cecy eft de la derniere
importance , lors qu'il eft
GALANT. 67

neceffaire de faire fçavoir des
ordres preffants à trois per
fonnes , mais en telle forte
que les unes fans les autres ne
puiffent penetrer dans le Secret
que vous envoyez , fi elles
n'agiffent toutes trois de concert
, car à deux des trois vous
envoyerez les deux differentes
clefs qui ne confiſteront fi
vous voulez qu'en 3. ou 4
fillabes ou aux chifres de
leurs Lettres , & à la troifiéme
perſonne vous envoyerez
le fecret en chifres , ou en
lettres de l'Alphabet fans au
cune Clef.
Fij
68 MERCURE
Ainfi pour faire fçavoir
que la clefconfifte à prendre
de fuite dans la table en def
cendant perpendiculairement
depuis les lettres ou chifres.
envoyez pour le fecret fept
fois de fuite 1 on écrira GA
ou fon nombre 71. parce que
la lettre G. appartient au
nombre 7. & ¯Ïa lettre A
au nombre 1 .
les
Pour indiquer que par
lettres ou chifres de la clef ,
Il faut encore prendre de fuite
cinq fois la lettre D. ou fon
chifre 4 on écrira ED , ou
bien le nombre 54. parce qu'à.
GALANT. 69
*
Ta lettre & appartient le chifrer.
& à la lettre D appartient
le chifre 4
De mefme pour indiquer
que par les lettres ou chifres .
de la clef, il faut prendre encore
de fuite fept chifres s ..
on écrira . GE ou 75. parce
qu'à la letrre G.appartient le
chifre 7. & à la lettre E appartient
le chifre s . de forte que
pour la clef on aura ce mot.
barbare de trois fyllabes ,
GAEDGE , ou ces fix nombres
71. 54. 75. qu'on envoyefa
à l'un des deux Confidens,
Que s'ils font trois , au pre--
Que
70 MERCURE
mier on envoyera les trois
premieres lettres GEG , ou
leurs chifres 7, s.7. & à l'autre
on envoyera les dernieres
lettres A.D. E. ou leurs chifres
1. 4. 5.
Suppolons maintenant que
par cette clef 71.54.75 . il faille
écrire en fecret Comiers Aveu
gle Roial. Puis qu'il faut envoyer
de fuite fept fois le chi
fre 1. prenez dans la rangée
perpendiculaire qui eft à main
gauche dans ma grande Table
, chaque lettre du fecret
que vous voulez envoyer.
Allez horizontalement juf
GALANT.
71
qu'au chifre 1. & enfuite
marquez la lettre ou chifre
qui eft au deffus dans
la rangée fuperieure de la
Table . Ainfi pour le mot Co
miers , vous aurez ce mot Timored,
ou les chifres 80.8.10.
| 30..60. j . 4. que vous envoye
rez, & parce que fuivant la
feconde partie de la clef ED,
il faut employer cinq fois de
fuite le chifre 4, vous aurez
la mefme maniere pour
les cinq premieres lettres Aveng
du mot fecret Aveugle,
le mot Deves , ou fes chifres,
4.5.90. 5.70.
par
72 MERCURE
Pour les fept lettres reftanres
du fecret le Roial , parce
qu'il faut employer fuivant
la derniere fyllabe GE de la
clef fept fois de fuite le chiffe
5. vous aurez le mot Ralofer
ou fes chifres 60.1.9 . 30. 70.
S. GO:
Enfin vous envoyerez à un
des Confidens la clef en lettres
Gaedge , ou ces chifres
71. 54. 75. ou bien vous luy
envoyerez au long ces dixneuf
chifres . 44444 .
sssssss. & vous envoyerez à
l'autre Confident ces mots ,
Timored Deves Ralofer , ou
"
ccs
GALANT. 73
ces chifres 80. 8. 10.30 . 60.5.4.
4.5 90, S. 70. 60. 1. 9. 30. 70.
S.60.
Les deux Confidens s'eftant
affemblez , trouveront facilément
le fecret que vous leur
aurez envoyé carprenant dans
la rangée fuperieure de ma
1 Table chaque lettre du mot
Timored , ou de fes chifres 80.
8. 10. 30. 60. j . 4. ils defcendront
perpendiculairement
jufqu'aux chifres 1. vis à vis
defquels à main gauche ou à
main droite des Alphabets
perpendiculaires de ma Ta--
ble , ils trouveront les lettres
Juillet 1690.
G
74 MERCURE
du fecret. Ainfi de la lettre
T. ou de fon chifre 80. ils defcendront
jufqu'au chifre 1. vis
à vis duquel ils trouveront
la lettre C. De mefme de la
lettre I. ou de fon chifre 8.
defcendant perpendiculairement
jufques au chifre 1. ils
trouveront vis à vis la lettre
O. du fecret, & de la lettre M.
ou de fon chifre 10. defcendant
jufqu'au chifre 1 ils
trouveront la lettre M. du
fecret vis à vis de ce chifre.
Ainfi par le mot Timored &
par les fept ils auront le
mot Comiers.
I.
GALANT.
75
Par la mefme raifon defcendant
des cinq lettres du mot
Deves , ou de les chifres 4. s.
9º. s. 70. juſqu'aux chifres 4.
ils trouveront vis à vis les lettres
du fecret Aveng.
De mefme
defcendant perpendiculairement
de chacune
des fept lettres du mot Ralofer
, ou de fes chifres 60. 1. 9.
30.70.5.60
. jufqu'aux
chifres 5.
ils trouveront
vis à vis dans
l'Alphabet
perpendiculaire
les lettres le Roial.
Voicy le
tout dans
l'exemple.
?
Gij
76 MERCURE
GA.
ED. GE.
11 II III. 44444. SSS S S S S
Timored Deves Ralofer
le Roi a l.! Comiers Ave
eug
Remarquez que pour écrire
ainfi occultement par deux
clefs à deux ou trois Amis
feparément , on peut fe fervir
des deux roues de la feconde
Planche , mettant , par exemple,
tout de fuite les fept premieres
lettres du fecret prifes
fur la rouë mobile au deffous
du chifie de la rouë immobile
, & écrivant à l'autre des
Amis le chifre ou la lettre qui
eft dans la roue immobile,
GALANT. 77
au deffus de l'Index de la
rouë mobile , &c . Ainfi pour
lire on mettra l'Index de la
rouë mobile fous les fept premieres
lettres ou chifres qu'on
aura envoyez à l'un des Amis,
& on trouvera fous le chifre 1 .
de la rouë immobile, les fept
premieres lettres du fecret
dans la rouë mobile . On peut
auffi tres -facilement écrire &*
lire fans avoir befoin de la
Table ny des rouës .
G iij
78 MERCURE
ARTICLE IV .
Ecrire occultementpar des lettres
Semblables à celles
des Hebreux.
Bien que cette maniere foit
peut - eftre triviale, neanmoins
elle peut fervir & paffer pour
indechifrable
, fi l'on convient
d'un ordre des lettres
de l'Alphabet , & qu'on ob.
ferve que les voyelles y foient
pofées en differens endroits ,
afin qu'une mefme voyelle
puiffe eftre exprimée , mefme
dans un meſme mot, par difGALANT.
79
ferens caracteres . J'en dis autant
des lettres R & S qui fe
rencontrent plus fouvent . La
feule infpection de la figure
qui eft à main gauche de ma
Planche fous la Lunette , fuffit
pour comprendre tout l'artifice
, obfervant que chaque
caractere fert pour trois lettres;
pour la premiere , le cara-
&tere eftant feul , & pour la
feconde lettre , lors qu'il a un
point , & enfin pour la troifiéme
, lors que le caractere a
deux points ; ce que j'ay obfervé
dans les deux mots que
j'ay donnez pour exemple ,
G
iiij
80 MERCURE
& qui font dans ma Planche,
l'un devant , & l'autre aprés
ces deux mots Latins , Revelator
Arcanorum .
COMIERS D'AMBRUN .
Je vous envoyeray le mois
prochain la troifiéme Partie
de l'Art d'écrire & de parler
occultement de loin , mefme
la nuit , fans Meffager & fans
bruit.
Les apparences paffent fouvent
pour des veritez , & les
fentimens du coeur font fi
malaiſez
à penetrer
, que les
plus habiles prennent pour
réel ce qui n'eft que feinte.
GALANT. 81
Une Demoiselle , ayant le
teint vif, & tous les traits affez
reguliers pour eſtre miſe
au nombre des belles perfonnes
, joignoit à cet avantage
un agrément d'humeur &
d'efprit, qui la rendoit encore
plus aimable qu'elle n'eftoit
belle. Entre les Amans qu'elle
s'attira , il s'en trouva un qui
écarta bien- toft tous les autres.
Ceux- cy n'avoient qu'-
une fortune proportionnée
aux pretentions qu'elle pouvoit
fepermettre , & ce dernier ,
ourte qu'il eftoit fort hon .
nefte homme , joüiffoit d'un
82 MERCURE
bien tres confiderable , qui le
mettoit en eftat de luy procu
rer une vie douce & commode .
Ce fut auffi ce qui obligea la
Belle de luymarquer par beaucoup
d'honnêtetez qu'elle luy
donnoit la préference , & fon
choix n'eut pas plutoft paru
eftre fait , qu'il demeura ſeul
affidu dans fesvifites .Les avanrages
qu'elle devoit rencótrer
en l'époufant meritoient bien
la diftinction qu'elle avoit faite.
Cependant elle recevoit fes
foins fans avoir le coeur touché
, & l'intereft feul la faifoit
agir. Elledemeuroit d'ac
GALANT: 83
elle
cord qu'il avoit des qualitez
fort cftimables, & que Les manieres
pouvoient engager les
plus difficiles à fe laiffer prévenir,
mais il avoit pour
un defaut qui dégoûtoit fa
tendreffe . Il s'eftoit fait Confeiller
, & les gens de robe ne
luy plaifoient pas.Elle cuft eté
pourtant fachée de le perdre ,
& comme elle eftoit adroite à
diffimuler, elle luy faifoir paroiftre
des fentimens dont fon
amour eftoit fatisfait , & qui
luyperfuadoient que l'engagement
eftoit fincere . La paffion
qu'elle luy avoit fair prendre ,
84 MERCURE
l'obligea fouvent à la preffer
de conclure , mais elle trouvoit
toujours moyen de gagner
du temps par quelque
retardement dont elle imputoit
la caufe à fa Mere. Quoy
qu'elle vécût fous fa conduite,
elle gouvernoit entierement
fon efprit , & cette Mere qui
n'avoit des yeux que pour
fa Fille , cherchoit unique.
ment à la fatisfaire , & donnoit
dans tout ce qui luy faifoit
plaifir . La Belle en reculant
la conclufion de fon mariage
, s'estoit flatée qu'il luy
viendroit pour Amant quelGALANT.
85

que homme d'Epée qui eftant
auffi riche que le Confeiller,
la mettroit dans un eſtat plus
conforme à fon inclination .
En effet , il arriva qu'eftant
allée chez une Dame voifine
qu'elle voyoit prefque tous les
jours , parce que les deux
Maifons fe touchant , il y avoit
une porte de communication
l'une dans l'autre,
elle y rencontra un Cavalier
fort bienfait, galant , enjoüé,
& de ceux enfin que les Dames
nomment aujourd'huy
de jolis hommes . Le hazard
l'avoit conduit chez la Dame
86 MERCURE
pour laquelle il avoit eu autrefois
beaucoup d'affiduité , &
qu'il avoit veuë fort rarement
depuis ce temps - là , fans que
les emplois qui l'en avoient
éloigné , euffent affoibly l'ef
time qu'il luy avoit toujours
confervée
. Il vit avec plaifir
fa belle Voifine, & ayant fçeu
qu'elle venoit chez elle à
toute heure , il profita de ce
qu'on luy avoit dit , & luy
rendit des vifites fi frequentes,
qu'il leur fut aifé à l'une &
à l'autre de juger de fon deffein
. Comme il eftoit extrémement
riche , la Belle ne
GALANT. 87
déguifa pas
à
fon
Amie
que
s'il prenoit feu , elle n'auroit
nulle peine à le préferer au
Confeiller. Ils ne fe virent
pas
long- temps fans s'aimer, & fi
le Cavalier fe plaifoit à faire
de tendres proteſtations
à
cette aimable perfonne , elle
luy marquoit par fes complaifances
, & par tout ce qu'elle
pouvoit faire d'obligeant
pour luy, que les difpofitions
de fon coeur luy eftoient tresfavorables
. La Dame qui
eftoit bien- aife de fortifier un
engagement qu'elle voyoit fi
avantageux pour fon Amic,
88 MERCURE
favorifa le commerce . Il demeura
d'autant plus fecret
que les affiduitez du Cavalier
paffoient fur fon compte , fans
que l'on en foupçonnaſt le veritable
fujet . Le Cavalier s'enflamoit
toujours de plus en
plus , fans fonger à quoy
paffion devoit aboutir. Il ai
moit la Belle par le feul plaifir
d'aimer , & de joüir de l'heureux
progrés que fes foins
faifoient infenfiblement
fur
fon jeune coeur . Ils en firent
en fort
fa
de peu temps plus
qu'il n'avoit ofé l'esperer , &
l'amour qu'il luy inſpira fut
GALANT 89
fi violent qu'elle ne fut plus
maiſtreſſe de luy en cacher la
force . Vous jugez bien qu'
elle ne put l'aimer avec tant
d'ardeur fans trouver le Confeiller
plus infuportable qu'il
ne luy avoit paru jufque-là .
Elle eut pour luy une froideur
extraordinaire . Il s'en apperceut
, & s'en plaignit . Les
raifons qu'elle apportoit pour
excuſe eſtoient fi foibles , qu'il
pouvoit voir aisément qu'elle
fe mettoit fort peu en peine
qu'il fuft content d'elle . Il ne
fçavoit à quoy imputer ce
changement. Le nouvel enga.
Juillet 1690 .
H.
90 MERCURE
gement qu'elle avoit pris , në
paroiffoit
aux yeux de per
fonne , & il n'avoit pas le
moindre
foupçon
du Cavalier.
Ainfi il regarda comme
l'effet d'une humeur bizarre
qu'elle fe laffoit de tenir cachée
, l'inégalité
qu'elle luy
faifoit paroiftre
. Les reproches
qu'il ne put s'empêcher
de luy en faire, cauſerent
entre
eux de petites broüilleries
,
qui les aigriffoient
affez pour
fe feparer toujours mal fatisfaits
l'un de l'autre. Le Confeiller
qui voulut effayer tout
pour faire ceffer fa méchante
GALANT. 91
humeur , paffa quelques jours
fans aller chez elle, dans la
penſée que la crainte de le
perdre l'obligeroit à le rappeller.
Elle attendit tranquillement
qu'il revinft, & fe contenta
de dire en le
revoyant,
qu'on voyoit bien à ſon air
refveur qu'il avoit été accablé
d'affaires. Il fut faché qu'elle
dédaignaft de luy montrer
du chagrin de ce qu'il fembloit
qu'il pouvoit fe paffer
d'elle , & continua de la voir
plus rarement , ou pour rallumer
en elle l'amour qu'il
voyoit éteint , ou du moins
Hij
92 MERCURE
fe
fort affoupy, ou pour ſe guerir
s'il eftoit vray qu'il ne luy
tinft plus au coeur . La Belle
le laiffa faire , & fe donna
toute à l'amour du Cavalier,
qui luy expliquoit le fien
d'une maniere delicate & fine ,
qui avoit toujours pour elle
un charme nouveau . Cependant
les chofes demeuroient
toujours dans le mefme eftat,
& le plaifir que le Cavalier
marquoit de le voir aimé , ne
l'obligeoit point à parler de
mariage . La Belle n'oublioit
rien pour l'engager à luy faire
une declaration précife , &
GALANT. 93
voyant que quelque tour qu'
elle prift pour y réuſſir , il ſe
contentoit de dire qu'il n'avoit
jamais rien aimé tant
qu'elle , elle luy dit enfin que
fa Mere qui eftoit entrée dans
cette intrigue , s'impatientoit
de voir traîner l'affaire en
longueur , & demandoit qu'on
prift des mefures pour luy
donner une fin. Le Cavalier ,
ennemy mortel du mariage ,
& qui ne cherchoit que le
plaifir d'amener les gens où
il vouloir du cofté du coeur,.
fe trouva embaraffe de la propofition
qui luy cftoit faite..
94 MERCURE
On luy parloit clairement, &
eftant contraint de s'expliquer
, il répondit d'une maniere
flateufe , que comme il
fçavoit aimer parfaitement ,
il ne pouvoit s'eftimer heureux
s'il n'eftoit aimé de même
, & qu'il avoüoit qu'il ne
pouvoit fe perfuader qu'elle
cuft pour luy des fentimens
d'amour auffi purs qu'il les
fouhaitoit
, puis que les vifites
qu'elle recevoit toujours
du Confeiller luy faifoient
connoiftre que les foins qu'il
luy rendoit ne luy eftoient pas
tout - à - fait indifferens. La
GALANT.
95
Belle luy repliqua qu'elle s'é
tonnoit d'une jaloufie qu'il ne
luy avoit jamais fait paroiftre;
qu'il fçavoit qu'il ne l'avoit
pas plûtoft affurée de fon
amour , qu'elle avoit traité le
Confeiller avec des froideurs
qui luy avoient fait retrancher
beaucoup de l'affiduité
de fes vifites , & que dés qu'il
fe feroit declaré Amant par
des articles fignez , il n'avoit
pas à douter que fon pretendu
Rival ne quittaft la place ;
que pour elle il fe devoit répondte
affezde fon coeur,pour
cftre affuré qu'elle renonce96
MERCURE
roit fans aucune peine à le
voir jamais . Le Cavalier qui
ne vouloit pas pouffer la chofe
plus loin , luy dit qu'il reconnoiffoit
qu'il avoit tort ;
que le chagrin qu'il venoit
de luy marquer n'avoit rien
que d'obligeant ; que c'eftoit
une delicateffe d'amour dont
elle devoit luy fçavoir gré ;
qu'il la prioit de lny accorder
un peu de temps pour
la vaincre , & qu'affurément
il viendroit à bout de s'en défaire.
Il crut par là s'eſtre mis
en feureté , puis qu'il n'avoit
plus qu'un mois ou deux à
paffer
GALANT. 97
paffer fans eftre obligé par fes
emplois de fe rendre en Alle
magne ; mais la Demoiſelle
qui ne vouloit pas qu'il luy
échapaft , rompit fes mefures
en ſe réfolvant de bánnir le
Confeiller. C'eftoit luy oſter
toute forte de pretexte , &
aprés avoir receu une marque
fi certaine du fincere amour
qu'elle avoit pour luy , il ne
pouvoit plus luy rien oppo- >
fer. Elle executa ce qu'elle
avoit projetté , & deux jours
aprés ayant pris l'occafion
d'un fort leger démeflé arrivé
entre elle & le Confeiller , elle
Juillet 1690 .
I
98 MERCURE
luy dit des chofes fi rudes ,
que ne pouvant plus s'accommoder
de fes manieres bizarres
, il luy declara qu'il ne
reviendroit jamais chez elle.
Il luy tint parole , & leur rupture
fut bien toft connuë
de tout le monde . Auffi- toft
qu'elle fut faite , elle en donna
avec joye la nouvelle au
Cavalier , comme de la chofe
du monde qui luy devoit eſtre
la plus agreable . Ce n'estoit
pas ce qu'il fouhaitoit . Il ſe
voyoit par cette rupture dans
une nouvelle peine , & les
premiers fentimens eftant
CALANT:
99
mal- aiſez à déguifer , il laiffa
paroiftre malgré luy un étonnement
remply de chagrin ,
dont elle fut extrêmement
éronnée . Neanmoins comme
il avoit de l'efprit , il reprit
bien - toft ſa belle humeur , &
foutint la chofe en galant
homme. Il fe montra plus
amoureux que jamais , & quelques
jours s'eftant écoulez, la
Belle qui le voyoit dans des
difpofitions fi favorables pour
elle , luy demanda quand il
vouloit luy faire changer le
nom de Maiftreffe en celuy
de Femme. Il luy répondit
Iij
100 MERCURE
fans s'embaraffer , que
l'o bligeante
marque
d'amour qu'elle
avoit
bien
voulu
luy
donner
en
luy
facrifiant
fon
Rival , ne le pouvoit plus
laiffer balancer à luy en donner
une pareille ; qu'il fe fentoit
obligé de luy avouer que
fa parole eftoit engagée à une
jeune Provençale , qui avoit
de luy quantité de Lettres qui
confirmoient cet engagement
; qu'il luy eftoit important
de les retirer ; qu'il en
fçavoit un moyen tres feur ,
& qu
il eftoit refolu de prendre
la pofte pour aller rompre
avec elle , aprés quoy il
GALANT. IOI
reviendroit à Paris luy prou
ver en l'époufant que tout fon
bonheur dépendoit d'elle La
Belle alarmée de la propofition
de fon départ , prit une
autorité abfoluë pour s'y op .
pofer . Après avoir railonné
longtemps fur le pretendu
engagement où il fe trouvoit,"
elle luy dit qu'il n'avoit qu'à
l'épouler ; que fa Mere & elle
confentiroient
à tenir le ma.
riage fecret , & que s'il avoit
un moyenfi feur de fe dégager
de la Provençale , il le feroit
réuffir également , puis qu'elle
ne fçauroit point qu'il
I
iij
102 MERCURE
fuft marié . Le Cavalier voulut
appuyer de quelques raifons
la neceffité de fon voyage
, mais la Demoiſelle luy
difant toujours qu'elle ne
fouffriroit point qu'il allaft
triompher d'elle auprés de la
Provençale , avec qui fans.
doute il fe raccommoderoit,.
il prit le party de luy promettre
qu'il ne s'éloigneroit
point , & qu'il employeroit
un de fes Amis qui fçavoit
l'affaire , pour luy faire prendre
un tour qui fatisfift les.
fouhaits de l'un & de l'autre.
En effet il écrivit dés le
GALANT. 103
lendemain une fauffe Lettre,
& la fit voir à la Demoiselle .
de
C'eſtoit pour elle uu peu d'adouciffement
dans ce qu'elle
avoit à craindre
. Ses allarmes
ne
laifferent
pourtant
pas
continuer
. Comme
l'amour
eft fort
clairvoyant
, elle penetra
dans le coeur du Cavalier,
& vit malgré
fon déguis
fement
que fon deffein
n'eftoit
pas d'en venir au mariage
.
Elle ne put s'empefcher
de
luy expliquer
ce qu'elle
penfoit,
& luy dit enfuite
qu'elle
ne luy voudroit
jamais
aucun
mal de luy avoir fait bannir
I
iiij
104 MERCURE
7
le Confeiller de chez elle ;
puis qu'elle croyoit n'avoir
rien perdu en luy, mais qu'elle
ne pouvoit luy pardonner
d'avoir fi bien engagé fon
coeur qu'elle fentoit bien
qu'il luy feroit impoffible de
fe défaire jamais des fentimens
qu'il y avoit mis ; que
c'eftoit un crime qu'il auroit
à fe reprocher éternellement ,
& que rien ne dementoit
davantage le caractere qu'il
fe donnoit d'honnefte homme
que d'avoir toujours manqué
de fincerité pour une
perſonne qui s'eſtoit attachée
GALANT . 105
à luy de fi bonne foy. Le
Cavalier luy dit mille chofes
obligeantes pour luy faire
perdre cette opinion , mais il
n'y put reuffir , & elle devint
tellement chagrine , qu'il ne
trouva plus dans fa converfation
ce qui l'avoit charmé
fi long- temps . D'ailleurs , il
n'avoit plus rien à fouhaiter.
Il eftoit venu à bout de fe
rendre maiftre de fon coeur,
ce quieftoit le feul triomphe
où il avoit afpiré , & la vertu
de la Belle ne luy laiffant au .
cune efperance que par une
voye qui n'eftoit de fon
pas
106 MERCURE
gouft , il ne fongea plus qu'à
fe retirer. Il en prit l'occafion
un jour que la Dame qui avoit
leur confidence , voulut
l'entretenir
pour fçavoir à fond fes vrais
fentimens . Aprés eftre tombé
d'accord avec elle , que la
Provençale n'eftoit qu'un pretexte
pour gagner du temps,
il luy jura qu'il n'avoit jamais
efté fi fortement touché de
perfonne qu'il l'eftoit de fon
Amie
; que
avoient fait fur luy une impreffion
que rien ne feroit
capable d'effacer jamais ; que
en particulier
fes belles
qualitez
GALANT. 107
dés le moment qu'il l'avoit
veuë, il s'eftoit fenty forcé de
l'aimer avec une violence qui
auroit trompé tout autre que
luy ; que dans la premire ardeur
de fa paffion , perfuadé
qu'il ne pouvoit vivre heureux
s'il ne paffoit fa vie avec
elle , il n'avoit fait aucun
doute qu'il ne furmontaft
l'averfion naturelle qui l'a
voit toujours éloigné du mariage
; qu'il n'y avoit point
d'efforts qu'il n'euft faitspour
fe mettre en cet eftat , furtout
depuis le facrifice obligeant.
qu'elle luy avoit fait du Con
108 MERCURE
feiller, ce qui avoit tellement
gagné fon coeur qu'il s'eftoit
vingt fois refolu de l'époufer
pour luy en marquer fa re
connoiffance , mais qu'en s'examinant
ferieufement il
n'avoit pû fe cacher que fon
mariage auroit des fuites fi
>
defagreables pour une perfonne
dont il fe fçavoit veritablement
aimé , qu'il en
avoit cfté effrayé pour elle ;
que connoiffant bien que
toute aimable qu'elle luy avoit
paru jufque - là , il la fuiroit
dés qu'elle feroit fa femme
il valoit mieux qu'il
GALANT. 109
l'expofaft à effuyer un chagrin
qui ne dureroit qu'un
peu de temps , quoy qu'il fuſt
au defefpoir d'eftre obligé de
le faire , que de luy donner
fujet de fe repentir toute fa
vie de s'eftre engagée avec un
homme fi peu capable d'ai
mer pir devoir ; que tant qu'il
vivroit il conferveroit le
.fouvenir des fentimens favorables
qu'elle luy avoit marquez
, & que fi elle avoit befoin
de fon bien & de fa vie ,
elle pouvoit difpofer abfolument
de l'un & de l'autre . Le
Cavalier eftoit auffi genereux
110 MERCURE
que brave, & il n'auroit eu aucune
peine à tenir parole fur
ces deux Articles , mais ils
n'avoient pas dequoy contenter
la Belle . Elle vouloit un
amour auſſi conſtant que le
fien , & c'eftoit ce qu'il ne
pouvoit promettre. La Dame
luy dit tout ce qu'elle put
s'imaginer de plus fort pour
l'obliger à rendre juſtice à
fon Amie , mais elle vit bien
qu'il n'eftoit
pas né pour eftre
mary , & aprés une converfation
de plus de trois
heures
, ils fe feparerent
fans
qu'elle
cuft rien obtenu
. Il fe
GALANT.
trouva extrémement foulagé
de la declaration qu'il venoit
de faire , & ne pouvant ny
demeurer à Paris fans voir la
Belle , ny la voir encore fans
avoir à fouftenir de juftes reproches
, il partit pour l'Allemagne
, aprés avoir écrit
à la Dame mille honneftetez
pour fon Amie , qui n'abou
tiffoient pourtant à rien autre
chofe , qu'à l'affurer que s'il
avoit pû ſe vaincre fur le mariage,
il n'auroit point balancé
à la preferer à toute la
terre. Elle fut inconfolable
de fe voir abandonnée par le
112 MERCURE
Cavalier, non pas tant pour les
avantages qu'elle perdoit du
cofté de la fortune, que parce
qu'elle s'eftoit veritablement
attachée de coeur , &
que les liens de cette natute
ne font pas aiſez à
rompre
.
Auffi tomba telle dans une
mélancolie ſi profonde que
rien n'eftoit capable de l'en
retirer. Les chofes demeurant
toujours fecretes , on ne
manqua pas de dire qu'elle
eftoit caufée par la rupture
où le Confeiller s'eftoit refolu
. Elle repouffa ce bruit ,
mais foiblement aimant
GALANT.
113
mieux qu'on imputaft fon
chagrin à la perte d'un Amant
dont la paſſion avoit
éclaté , que de donner lieu à
certaines gens qui veulent
tout découvrir , d'en approfondir
le veritable fujet . Deux
mois fe pafferent fans que ce
chagrin diminuaft , & enfin
on dit tant au Confeiller qu'-
on le blâmoit de faire paroiftre
tane d'inſenſibilité pour
une belle perfonne qui le
regrettoit , qu'on reveillaton
amour. Si les froideurs dela
Belle lay avoient fait craindre
de n'en eftre point aimé , -
Juillet 1690.
K
114 MERCURE
le déplaifir qu'il pretendoit
qu'elle cuft marqué de fa
perte reparoit cela d'une maniere
fort fatisfaifante , & ce fut
affez pour l'obliger à luy faire
demander fi elle vouloit renoüer
l'affaire . La defertion
du Cavalier , fi l'on peut par,
ler ainfi , eftoit un mal fans
remede. Il y alloit de fes
avantages d'époufer le Confeiller
, & elle avoit affez de
vertu pour le répondre que
l'entiere application qu'elle
auroit pour fon devoir, arracheroit
de fon coeur un refte
d'amour qui la tourmentoit .
GALANT. 115₁
Ainfi elle
accepta le party,
& le mariage
fut conclu
en
peu de jours . Elle vit fort
honneftement
avec fon mary,
qui eftant
tres- content
de fa
conduite
, ne fçait pas qu'il
doit au refus de fon Rival
le
plaifir
d'avoir
une Femme
toute
aimable
.
Il y a d'heureux genies
que les grandes occupations.
n'embaraffent point , & qui
fçavent fi bien ménager.
leur temps , que les emplois
qui demandent le plus d'affi-.
duité , ne peuvent les empê ,
cher d'en trouver encore der
Kij
116 MERCURE
refte
pour les Ouvrages
d'efprit
à quoy ils fe fentent propres
. Mile Preſident
de Silvecane
, ancien Prevost des
Marchands
de Lion , eft de
ce nombre . Il eft continuelque
lement occupé pour le fervice
du Roy , & pour les affaires
du Public , & il femble
deux ou trois cens Vers,
qui échaperoient quelquefois
à un Magiftrat auffi employé
que luy , devroient eſtre regardez
comme une choſe extraordinaire
. Cependant il a
un talent fi particulier & tant
de facilité pour la Poëfie ,
GALANT
117
qu'en y donnant
feulement
fes heures de delaffement &
de loifit, il eft venu à bout de
traduire en Vers François ,
toutes les oeuvres de Juvenal,
de Perfe , d'Horace , & de Lucrecc
; & ce qu'il y a de plus
furprenant, c'est que non feulement
il a fait toutes ces traductions,
en fix ou fept années
, mais qu'il les a encore
accompagnées de remarques
pleines d'érudition , & auffi
curieufes qu'elles font utiles .
Ce travail qu'on peut appeller
en quelque forte infiny , pour,
Foit paroiftre incroyable , fi
118 MERCURE
l'impreffion ne juftifioit ceque
je dis . Mile Prefident de
Silvecane vient de donner au
Public le premier Tome des
Satires de Juvenal , & les autres
fuivront dans fort peu de
temps . On le trouve chez le
St Pepie , rue S, Jacques &
chez le S Guerout, au Palais .
Je fçay que vous avez leu
vec plaifir l'Histoire de la Monarchie
Françoife fous le regne
de Louis le Grand , donnée au
Public depuis deux ans , par
Mr de Riencourt , Correcteur
des Comptes. Les grands &
fameux évenemens dont font:
GALANT .
119
remplis les deux Volumes qui
compofent cette Hiftoire ,
l'ont mife dans une fi grande.
vogue , que la premiere Edition
en ayant eſté entierement
debitée , on en a fait
une nouvelle avec des augmentations
confiderables.
L'intereft que vous avez tou-
Jours pris à ce qui regarde la.
gloire du Roy , ne me laiffe
point douter que Vous ne mo
fçachiez gré de l'avis que je
vous donne de ces augmentations.
L'Auteur a ajoûté à
ce que vous avez déja leu ;
plufieurs Sieges de Villes , &
120 MERCURE
des Batailles fur terre & fur
mer , avec d'autres matieres
importantes qu'il n'avoit fait
qu'ébaucher dans l'Edition
de 1588. Celle- cy comprend
tout ce qui s'eft paffé depuis
ce temps là , jufqu'à la mort
de Madame la Dauphine , arrivée
le 20. Avril dernier .
Ce Livre fe trouve chez les S's
de Gaftin & Cavelier , Librai
res au Palais.
Le S de Fer , Geographe
de Monfeigneur le Dauphin,
vient de mettre au jour un
Livre qui fera d'une grande
utilité pour les Cadets dont
le
GALANT. 121
le Roy entretient les Compagnies
. Il a pour titre , Intro -
doction à la Fortification , avec
quelques Plans de Places fortes.
Cet Ouvrage eft remply de
plufieurs Planches . La premiere
, feconde , & troifiéme
font figures de Geometric ,
renfermées chacune dans un
Cartouche. La quatrième eft
un Pentagone fortifié à fimples
Baſtions , & orné de tous
les Inftrumens propres à conftruire
une Fortereffe . La cinquiéme
, un Exagone fortifié
avec toutes fortes de Dehors.
La fixiéme , une Fortification
Juillet 1690.
L
122 MERCURE
Ancienne , une Moderne , une
reguliere , une irreguliere ,
une naturelle , & une arificielle
& les trois figures ,
Scenographie , Icgnographic
& Orthographie. La feptiéme
eft remplie de tous les Inftrumens
propres à attaquer & à
défendre une Place , comme
facs à terre , corbeilles , Gabions,
bariques à terre , chandeliers
, fauciffons , faſcines ,
clayes , mantelets , bombes ,
carcaffes , caifons , grenades,
Petards , chauffetrapes , herfillons
, herfes , heriffons , che
vaux de Frife , Canons & Mor-
I
GALANT. 123
tiers . La huitiéme fait voir
les diverfes manieres d'attaquer
les Baſtions. La neuviéme
eft une Place attaquée dans
les formes , avec les lignes de
circonvallation & de contrevallation.
Toutes ces Figures
font fuivies de plufieurs Plans
de Places fortes , comme de
Charleroy , Mons , Namur ,
Ath, Maëftrich , Anvers & fa
Citadelle , Mayence avec les
Attaques , Bonn avec fes Attaques
, & Turin & ſa Citadelle
, & c .
Je vous marquay par ma
Lettre du dernier mois , que
Lij
124 MERCURE
Mr Nicolaï , Premier Prefident
en la Chambre des Comptes
, avoit épousé Mademoifelle
le Camus . La ceremonie
des Epoufailles fe fit à minuit
en l'Eglife de S. Jean en Greve,
Paroiffe de Mr le Camus ,
Lieutenant Civil , Seigneur de
Beaumais & du Port, Pere de
la Mariée . De tres belles tapifferies
dont on avoit eu ſoin
de la faire tendre , luy donnoient
tout l'ornement qu'elle
cuft pu avoir dans quelque
Fefte des plus folemnelles,
& elle eftoit éclairée par une
fi grande quantité de Luftres,
GALANT. 125
que cet amas de lumieres
fembloit avoir ramené le
jour. Auffi fe trouva- t- elle
remplie d'une infinité de perfonnes
de toutes fortes de
conditions que cette magnificence
y attira. Ceux pour qui
elle eftoit faite , meritoient
bien d'eftre diftinguez Made-
'moiſelle le Camus eft Niece de
Meffire Eftienne le Camus ,
Cardinal , Evefque & Prince de
Grenoble , & de Meffire Nicolas
le Camus , Seigneur de
la Granche Blegny , premier
Prefident en la Cour des Aides
, petite-Niece de M - le
L iij
126 MERCURE
Camus , Confeiller d'Eftat, &
Coufine Germaine de M le
Camus , Maistre des Requeftes
. Je vous ay déjà parlé
amplement de cette Famille ,
qui a donné divers Officiers
aux Confeils du Roy , Prefidens
& Confeillers aux Parlemens
de Paris , & de Merz,
Grand Confeil , Chambre des
Comptes , & Cour des Aides ,
Elle porte de gueules au Pelican
d'argent , au chef coufu d'azur,
chargé d'une Fleur de lis d'or.
M'Nicolaï , premier Prefident
en la Chambre des
Comptes , eft le feptiéme de
GALANT. 127
Pere en Fils qui poffede cette
grande Charge , & il a fait
voir en plufieurs occafions
que s'il eft le digne heritier
de leur dignité , il ne l'eſt pas
moins de l'éloquence qu'ils
ont toujours fait paroître dans
les actions publiques . Jean
Nicolaï,Seigneur de S.Victor ,
rendit des fervices tres - confiderables
aux Rois Louis XI.
Charles VIII . & Louis XIL
en l'exercice des Charges de
Confeillerau Grand - Confeil,
puis Confeiller au Parlement
de Toulouſe , enfuite Chancelier
du Royaume de Naples,
Liiij
128 MERCURE
& Maistre des Requeftes de
l'Hostel du Roy . Il fut receu
premier Preſident de laChambre
des Comptes en 1506.
Aimard Nicolaï , fon Fils ,
Seigneur de S. Victor , & fon
fucceffeur en la Charge de pre
mier Prefident, époufa Anne
Baillet , Dame de Gouffainville
, Fille de Thibaut Baillet
, Seigneur de Sceaux , Prefident
à Mortier du Parlement
de Paris , & de Jeanne Daunay
, Dame de Gouffainville .
De ce mariage fortirent plufieurs
Enfans , dont l'aîné
Antoine Nicolaï premier du
GALANT. 129
nom , Seigneur de Gouffainville,
receu premier Preſident
en la Chambre des Comptes ,
époufa Jeanne Luillier , Fille
de Jean Luillier , Preſident en
la Chambre des Comptes , &
d'Anne Hennequin . Il en eut
pour Fils Jean Nicolaï fecond
du nom , Confeiller au Par
lement , puis Maiftre des Requeftes
, & enfuite premier
Prefident en la Chambre des
Comptes , qui épousa Maric
de Billy , Dame d'Yvor , Fille
de Louis de Billy , Baron de
Courville , Seigneur d'Yvor ,
& de Felice de Rofny , Dame
130 MERCURE
des Radrets . Antoine Nico
laï ſecond du nom , Seigneur
de Gouffainville , leur Fils ,
au Parle- fut Confeiller
ment de Paris , puis premier
Prefident en la Chrambre des
Comptes. Il épousa Maric
Amelot , Fille de Jacques Amelot
, Seigneur de Gournay,
Maistre des Requestes & Prefident
au Grand Confeil , &
de Marie de Creil, & laiffa
d'elle Nicolas Nicolaï , Marquis
de Gouffainville , Comte
d'Yvor, Confeiller au Grand-
Confeil , puis premier Prefi
dent en la Chambre des Com
GALANT. 131
pres , qui époufa Mademoifelle
de Ficubet , Fille de Gafpard
de Ficuber , Treforier
de l'Epargne , dont il a cu
quatre Enfans , fçavoir, M
Jean- Aimar Nicolaï, premier
Prefident en la Chambre des
Comptes , qui vient d'époufer
Mademoiſelle
le Camus ;
M' le Marquis de Prefles, Colonel
du Regiment d'Auvergne
, un autre Fils mort aut
fervice du Roy , & Made.
moiſelle Nicolaï qui n'eft
point mariée.
Quant aux branches Ca.
dettes de cette Famille , Thie
132 MERCURE
baut Nicolaï , Seigneur de
Bournonville , Confeiller au
Parlement de Paris en 1561.
Fils d'Aimar Nicolaï & d'Anne
Baillet , époufa Catherine
Luillier , dont il eut Anne
Nicolaï , Femme de Louis de
Vaudetar , Baron de Perfan ,
Seigneur de Pouilly le Fort ,
& Vidame d'Amiens . Ceft
de là qu'eft venue toute la
Maifon des Marquis de Perfan
, du furnom de Vaude tar.
Il y a eu encore deax Freres
de cette Famille , fçavoir
Loüis Nicolaï , Seigneur de
Prefles , Guidon des Gendar
GALANT. 135
mes du Roy ; & Aimar Nicoaï
, Seigneur de Bernay , Lieutenant
du Grand- Maistre de
l'Artillerie . Ils eftoient Enfans
puifnez de Jean Nico,
laï fecond du nom , & de Ma
rie de Billy. Cette Famille a
contracté plufieurs alliances
confiderables . La Soeur de feu
Meffire Nicolas Nicolaï é
poufa M le Marquis de Vardes
, de la Maifon de Gri.
maldi , Chevalier des Ordres
du Roy , & Capitaine des
cent Suiffes de la Garde du
Corps de Sa Majeſté . Maric
& Renée Nicolaï , Filles
134 MERCURE
>
de Jean Nicolaï ſecond de
nom , furent Femmes , l'unc
de Pierre de Roncherolles ,
Baron du Pont S. Pierre , &
l'autre de Mathieu Molé , Procureur
General , puis premier
Prefident au Parlement de
Paris , & Garde des Sceaux
de France , dont font venus
M's Molé de Champlatreux,
Prefident à Mortier au Parlement
de Paris . Les deux Filles
d'Aimar Nicolaï , furent Renée
Nicolaï, Femme de Dreux
Hennequin , Prefident en la
Chambre des Comptes , &
Jeanne Nicolaï , Femme de
GALANT. 135
Jean du Tillet , Seigneur de
la Buxiere , Greffier en chef
de la Cour du Parlement . Nicolai
porte d'azur à la Levrette
courante d'argent , accolée de
gueules & bouclée d'or.
Au commencement du
mois paffé, on cut avis à Toulon
que trois de nos Corſaires
qui croifoient à l'entrée du
Golfe de Venife, avoient pris
une Barque Espagnole , de laquelle
ils avoient appris qu'
elle eftoit fuivie de cinq autres
. Ils fe fervirent de cette
Barque pour s'en approcher,
ce qu'ils firent fans en avoir
136 MERCURE
efté découverts. Ainfi ils vin
rent à bout de s'en rendre
maiftres , & delivrerent nos
Marchands de la crainte de
ces fix Barques qui estoient
armées en courſe.
· Dans ce mefme temps , M
de Grenonville arma auffi en
courfe un Vaiffeau du Roy,
nommé l'Hirondelle.Mr Doro .
gne arma l'Avanturier, monté
de quarante Canons , & M
Genefte un autre Vaiffeau de
trente. Mr de Grenonville
croifant aux coftes d'Espagne
rencontra à la veuë d'Alican
un Vaiſſeau Hollandois percé
GALANT. 137
que
pour foixante pieces de Canon
, & qui n'eftoit armé que
de quarante de dix huit livres
de balles . Il alla à luy à force
de voiles , & ce Vaiffeau qui
deux jours auparavant avoit
foutenu l'attaque de quatre
Turcs, ayant cru d'abord
c'eftoit un autre Vaiffeau
Turc , fe laiffa approcher jufqu'à
la demy portée du Canon
M' de Grenonville effuya
une premiere bordée qu'il luy
fit lâcher, & alla à l'abordage
.
Les grapins ayant manqué, il
fut obligé de s'élargir , & reprenant
le vent il aborda de
Juillet 1690.
M
128 MERCURE
poupe
à proue
, & à force degtenades
de coups
de main,,
il s'en empara
. Il trouva
le
Capitaine
tué ,
ainfi
que
le
Maiftre , le Contre- maiſtre , &
& vingt- deux Officiers Mariniers
avec plufieurs Matelots..
Il fit jetter tous les corps
morts à la mer , & comme le
Vaiffeau eftoit tout defemparé
, & que le Beaupré , le
Mats de Mifene . & l'Avant
du fien , eftoient tout percez.
de coups de Canon , il fe retira
avec fa Prife fous le Cap de
Gal , où il moüilla pour
radouber. Trois jours après
GALANT. 139
il découvrit vingt- cinq Vaiffeaux
Anglois & Hollandois
qui venoient à luy. Il fortit
du Cap , & mit fur fa Prife
Mr de Ligondes , fon Lieutenant,
avec quarante Matelots ;
aufquels il donna fes ordres ,
Il fe rendit enfuite à fon Bord,
& aprés avoir mis en pane fore
longtemps , voyant ſa Prife
hors d'eftat de fuivre , & que:
les Vaiffeaux ennemis commençant
à l'entourer ga
gnoient fon avant , il envoya
reprendre trente des quarante
Matelots qu'il y avoit laiffez ,
& écrivit à M de Ligondes ,
Mij
140 MERCURE
que lors qu'il luy feroit un
certain fignal , il miſt le feu
à la Prife , & fe retiraft dans
fa Chaloupe avec les dix hommes
qui luy reftoient . Tout
s'executa felon les ordres , &
comme il faifoit fort obſcur,
Mr de Ligondes fut quelque
temps à paroiftre , en forte
que M de Grenonville
que les Vaiffeaux ennemis
preffoient , commençoit à
s'impatienter lors qu'il l'apperceut
. Il alla à luy , & l'ayant
mis fur fon bord , il fe retira
des Ennemis à force de voiles
& de rames. Il arriva à Tou
lon le 2. de ce mois, avec
GALANT: 141
foixante & feize hommes prifonniers,
reftez de cent trente
qui estoient fur la Prife . Il a
perdu fon Maistre , fon Contre
maiftre , fon Bofman , un
Caporal , & trois Soldats .
Treize autres de fes Soldats
ont efté bleffez . Il va fe raccommoder
pour retourner
joindre trois autres de nos
Corfaires qui vont croiſer vers
le Détroit La Prife eftoit chargée
de diverfes Marchandi-
Les.
M' l'Abbé de la Sale , Aumônier
du Roy , ayant eſté
nommé à l'Evefché de Tour
142 MERCURE
nay , Sa Majesté
a donné ſa
Charge
d'Aumônier
à M
l'Abbé
de la Châtre, Docteur
de Sorbonne
. Cet Abbé ne
core par
s'eft pas feulement diftingué
par fa doctrine & par de
belles Prédications , mais enfa
modeftie jointe à
une grande pieté. Il eſt Fils de
M' de la Châtre qui mourut
à Gigery , & petit . Fils de M
de la Châtre , Colonel Gencral,
qui n'entendoir pas moins
bien les affaires de l'Etat que
celles de la guerre , ayant fait
un Livre confiderable, connu
fous le nom de Memoires de
GALANT. 143
la Châtre. M' de la Châtre fon
Pere s'eftoit acquis par mille:
belles actions le bafton de :
Maréchal de France.
Je paffe aux Nouvelles de
Savoye , mais je changeray
aujourd'huy de maniere touchant
cet Article , & vous
envoyeray des Pieces originales
, puis que je connoy qu'elles
vous plaifent . Elles vous obligeront
à lire quelques Nouvelles
repetées , ce qui ne va
qu'à quelques lignes de plus,
mais elles ne laifferont pas
d'avoir de lanouveauté, puis
qu'ayant efté écrites par dif
1.
144 MERCURE
ferentes perfonnes , le tour
en eft different ainsi que les
circonftances.
DE PIGNEROL
le 9. Juin.
Depuis le 9. May que M' de
Catinat entra en Piemont , ce
n'a esté qu'une continuelle alternative
de Paix & de Guerre.
Durant ces alarmes , nos
Troupes qui estoient en divers
quartiers tant deça que de- là le
Po , ne faifoient aucune hoftilité,
M de Catinat les maintenant
dans une difcipline exacte . Tout
fe paffait cependant en negocia
tions
GALANT. 145
tions fecretes , fans que perſonne
Sçeuft ce qu'on demandoit à M ™
le Duc de Savoye. Ce n'eftoit
que Couriers qui alloient &
venoient de Paris . La verité eft
que M de Savoye nous vouloit
amuferpour gagner du temps,
mais je ne fçay fi fa fineſſe , pour
ne pas dire fa mauvaise foy
luy reuffira ; il y a quatre jours
que Mr de Catinat, las des irrefolutions
affectées de ce Prince
Four l'empefcher d'agir , luy envoya
une Lettre pour le Roy
ouverte & écrite de fa main ,
par laquelle il promettoit à Sa
Majefté de luy remettre la Cita-
Juillet 1690 . N
146 MERCURE
delle de Turin & Verüe. M
de Catinat envoya cette Lettre
la Cour ; mais au retour du
Courier , lors que tout le monde
s'attendoit à la Paix , que les
Articles eftoient conclus entre
Mde Catinat & le Marquis
de Saint Thomas , premier Ministre
de M' le Duc de Savoye,
& qu'on publioit que ce Duc
les alloit figner , il choifit la
guerre fans avoir égard à la parole
qu'il avoit donnée au Roy.
Ce fut le 2. du courant qu'il prit
cette refolution . Il fit arrefter tous
les François qui eftoient à Turin
, élargir tous les Bandis
GALANT 147
les
Barbets qui y eftoient prifon
niers , à condition qu'ilsfervi
roient dansfon Armée . Il attend,
dit-on , du fecours du Milanezɔ
où l'on fçait pourtant qu'il y a
peu de Troupes. Que fi ce fecours
Tuy manque , il pretend que
Mondovis , avec qui il s'eft accommodé
, les Barbets auf
quels il a accordé amnistie , &
fourny des munitions de guerre
e de bouche , joints à fes
Milices , luy feront d'un grand
Secours pour fe defendre contre
les François , & les chaffer mefme
de fes Etats. Le mefme jour
que Mr le Duc de Savoye prit
N ij
148 MERCURE
parti , M' de Catinat établit les
Contributions. Le lendemain ,
deux cens de nos Cavaliers entrerent
en cette Ville chacun avec
un fac de bled , efcortant des
charettes chargées. Il en est déja
entré plus de deux mille cinq cens
facs , fans parler du vin & du
bestail. Carignan ef taxé à cinquante
mille livres , & Turin à
A
douze cens mille. Les François
arreftez à Turin y sont enfermez,
& les honneftes gens , s'ils
n'ont caution , font condamnez.
à travailler aux fortifications ,
contre l'uſage & les loix de la
guerre qui donnent du temps pour,
GALANT. 149
ی ب
fe retirer. Elle n'eftoit pas encore
bien declarée lors qu'on a dépouillé
un de nos Courriers . Un
autre qu'on envoyoit à noftre
Ambaffadeur a esté tué ou arrêté
à Turin. M de Clerambaut ,
Colonel Brigadier d'un Regiment
, qui dans la derniere attaque
des Barbets avoit fi bien
fait avoit contribué plus que
perfonne à forcer tous leurs retranchemens
, à les chaffer du
Chasteau de la Bafille , revenant
de les battre & d'en tuer quatrevingt
, a esté arrefté prisonnier
à la tour de Luzerne ,
•25
de
guerre
a eu
le déplaifir
de
voir
élar
Niij .
150 MERCURE
gir en fa prefence les Barbets
qu'il avoit pris , & qu'ily con
duifoit. On a pris avec luy un
autre Colonel , buit Officiers , &
trente Grenadiers . Les uns difent
qu'il a efté pris avant la declaration
de la
les
guerre ,
les autres
ce brave
aprés. La verité eft que
Colonel combattoit pour le fervice
de M de Savoye , dans
montagnes,où il marchoit dans
la neige jusqu'aux genoux , &
qu'il ignoroit ce qui fe paffoit
dans la plaine , fi- bien qu'il s'eft
rendu de bonne foy dans la Tour
de Luzerne Le quartier general
de noftre Armée , dans le comGALANT._
ki
mencement a efté à Veillane ,
enfuite au Pont de Carignan ,
où M' de Catinat a laiße deux
mille Chevaux pour le garder.
Il est maintenant à Grifillane ,
entre Salufjes & Pignerol . Les
premiers jours les Peuples
eftoient fort épouvantez & ilfemble
à prefent qu'ils fe font raffurez
fur tout les Payfanss qui
d'abord qu'on a declaré la guerre
ont fait les méchans , & tué
quelques Soldats , mais ils fefont
radoucis par la crainte d'eftre
pendus . Tous ceux qu'on rencontre
avec des armes le fontfur
la place , & fi on trouve un
N iiij
152 MERCURE
Soldat tué, la Caffine ou le Vil
lage le plusproche font brûlez.
L'ordre a déja efté executé dans
l'un & dans l'autre cas . Il eft
feur que M de Savoye eftoit
entré en Ligue avec les Ennemis
du Roy . Il s'eftoit accordé à favorifer
le paffage de trente mille
hommes , Allemans , Espagnols ,"
Milanois, François refugiez,
qui devoient entrer dans le Danphiné
, où les Nouveaux Convertisfe
feroientfoulevez . Ceux
des Sevenes en auroient fait au
tant , & M de Savoye avecfes
Troupes y feroit entré en mefme
temps par Suze & par Exilles ..
GALANT. 153
De Pignerol le 12. Juin 1690 .
Feudy 8. de ce mois noftre Artillerie
arriva devant Luzerne,
que les Ennemis avoient abandonné.
On a trouvé la Tour
le Fort à demy démolis ; on y
a mis garnifon , on travaille à
les remettre en estat pour brider
les Barbets & pour garder les
montagnes. Les Savoyards font
bonnes gens , & n'aiment
faire du mali, ny à ſe laiſſer
battre. Le Lieutenant general
de la Cavalerie qui a vifité le
Fort la Tour de Luzerne , me
dit hier en partant pour l'Armée,
que dans l'état où ils ont aban
ny
A
154 MERCURE
donné la Place , il auroit voulu
tenir douze jours contre toute
noftre Armée. On y conduit d'icy
du Canon & des munitions .
Nostre Armée après avoir pillé
&ravagé tous les Villages entre
Saluffes & Pignerol , décampa
le 9.de Grillane . Le 10. elle paffa
fur le glacis de cette Place , oùje
la vis defiler. Elle alla camper
à la Marfaille fur le chemin
de Pignerol à Turin , hier
entre Rivalte Orbassan , à
deux lieues de Turin. On y a
conduit d'icydouze pieces de Canon.
Les Ennemis au nombre de
cinq oufix milleſont campezſous
GALANT. 155
le Canon de cette derniere Place
M de Savoye, à la tefte defept
censGentilshommes à cheval,tous
l'épée à la main , criant Vive
Savoye, fortit par la Porte Neuve
, & alla rentrer par celle du
Pô. C'est la premiere expedition
militaire qu'il ait encore faite.
L'étape a esté ordonnée dans la
vallée de Pragelas pour dix mille
hommes qu'on attend encore de
France. Cela eftant, noftre Armée
fera de vingt - huit à trente mille
hommes. Depuis la guerre avec
M' de Savoye,nous avons aban
donné les Barbets ; ils font encore
dans les montagnes . On dit
156 MERCURE
trois
ocqu'ils
fe défient de ce Prince, &
on ne fçait pas s'ils fe joindront
afes Troupes. Nous avons gardé
le Chafteau de la Bafille,
ou quatre autres poftes qu'ils
cupoient dans les montagnes.
L'on ya laiẞé des Troupes , &
on travaille à s'y fortifier. Les
Vallées de Quincy, de Pragelas
& d'Oulx, font auffi gardées par
des Regimens qu'on y a mis. Un
Party de cette Ville enleva
Vendredy 9. Intendant des
Vallées qui eftoit dans un Chafteau
Fe viens d'apprendre que
noftre Armée a pillé Rivalte . Les
Espagnols au nombre de trois
GALANT. 157
mille Chevaux , dont mille fone
Allemans le refte Milanois,
menant quatre pieces de Canon,
partirent de Fiane pour venir le
mefme jour à Chiras , & campa
à la Madona de Campagna
prés de la Venerie , & de là à
Turin . Ils ont campé durant leur
marche hors des Villages , d'où
on leur fourniſſoit des vivres . Ils
ont trouvé par tout des ponts
faits. Il doit encore arriver à
Turin fix mille hommes d'Infanterie
qui viennent auffi du Milanez
par la route d'Aft , aufquels
fe joindront les Milices du
Pays. Le Regiment du Comte
158 MERCURE
de Verue eft revenu de la Sa
voye par la Valdofte.
Du Pont de Beauvoifin
le 11 Juin 1690 .
e
M de Larey arriva hier icy;
& auff-toft il fit la reveuë des
Milices qui font au nombre de
dix mille hommes , avec quatre
Compagnies de Cavalerie. M
de Veins doit demain le venir
joindre avec fes Troupes. Le
Pont- Beauvoifin Savoyard a
payé dix mille livres de contribution
& deux cens vaches.
On a demandé à Saint Genis
vingt mille livres , deux &
cens cochons, faute de quoy on
GALANT.
159
le
brûlera
aujourd'huy aprés
l'avoir pillé. On a détaché cinquante
Maiftres
& cinquante
Fantaffins
pour aller demander
à Chambery
cinquante
mille écus
de
contribution
pour tout demain,
faute d'y fatisfaire
on le brûlera
de mefme. On attend leur
réponſe . On ne voit encore paroiftre
perfonne . Ils efperent avoir
du fecours des Suiffes & des
Barbets ,
neanmoins tout le Pays
eft en alarmes. On a fait de
grands
degats du cofté de Monsenet.
On y a fait quelques prifonniers,
amené cinq cens vaches,
brûlé
Francin , les Marchez?
160 MERCURE
Apremont , autres petits Vil
lages . Voilà tout ce qui fe paffe.
Firay demain au Camp dont je
vous donneray des nouvelles.
Cependant , les Huguenots fe
vantent de nous venir tous brûler.
Il s'avance tous les jours des
Milices , & on fait estat qu'à
la fin de la femaine il y aura
fur la Frontiere quarante mille
hommes pour le moins.
De Lion le 15. Juin 1690 .
On écrit du Camp de M¹ de
Catinat , qu'il avoit fait brûler
quelques Villages où l'on avoit
tué des Soldats, fait pendre des
GALANT. 161
Payfans trouvez les armes à la
main . M™ le Duc de Savoye a
fait arrefter cent cinquante balles
de foye qui venoient icy. Ilfau
dra prendre une autre route . On
vient de nous affurer que ceux
de S. Genis ayant tiré fur nos
Gens on a tué plufieurs Habitans
, & ravagé le lieu , où l'on
a trouvé du vin , de la farine ,
& des munitions en aſſezgrand
nombre , & dans le Chasteau qui
eft au deffus , une prodigieufe
quantité d'armes , de poudre
de plomb, & mefme plufieurs pieces
de Canon..
Juillet 1690. Ο
162 MERCURE
Du Camp de Scaling
le 23. Juin .
On afortifié tous les endroits
des montagnes où pourroient paffer
les Barbets , & les tours de
Luzerne , où l'on a trouvé cinq
pieces de Canon de huit livres de
balle , que les Milices avoient
jettées dans des Cifternes avant
d'abandonner la Ville.
que
La nuit du 20. au 21. M. de
Catinat fit un détachement de
quinze cens hommes, tant Cavalerie
qu'Infanterie, pour aller brûler
Rivole. Les Habitans de ce
lieu voyant qu'on avoit déja brûléquarante
maisons avec celle du
GALANT. 163
Marquis de S. Thomas , Secretaire
d'Etat de Son Alteffe , appellée
Buttilliere , crierent mifericorde,
& apporterent les contributions.
La maison de ce Marquis
efloit tres- belle ; elle a esté
entierement confumée par le feu ,
avec tous fes riches meubles .
On a auffi brûlé un Bourg &
Chasteau appartenant au Marquis
. dans lequel il y avoit
cent cinquante Payfans , qui
ayant refusé de payer les contributions,
s'eftant voulu défendre
, ont efté tous paßcz au
fil de l'épée . On y a trouvé beaucoup
de munitions de guerre &
O ij
164 MERCURE
de bouche qu'on a portées à Pi- .
gnerol.
M's de Saluffe's ont envoyé
dire au Duc , que s'il ne venoit
couvrir leur pays avec vingt
mille hommes , ils payeroient les
contributions plutoft que de fe
laiffer brûler.
.
L'on apendu depuis quelques
jours un grand nombre de Pay
Sans qui fe cachoient dans les
bleds , tuoient voloient tous
>
ceux qui paffoient , tant François
, que Sujets du Duc de Savoye.
On en a conduit foixante
Pignerole les Dragons en
ons tue une trentaine . Toutes ces
GALANT. 165
executions ont fi fort intimide
les autres , qu'ils commencent
prefent à prendre le bon party ,
fe retirant dans leurs maifons
apportant des vivres au Camps
ainfi nous avons abondance de
tout.

A l'Armée d'Italie , campée 、
à Nonne , ce 25. Juin 1690 .
Vous voulez bien , avant que
de vous apprendre ce qui fe paffe
en Piedmont. que je remonte juf
qu'à ce qui s'eft paẞé depuis.ma
derniere. La premiere attaque
des Barbets n'ayant pas eu tout
le fuccés que nous en efperions ,,
166 MERCURE
M de Catinat laiffa M.le Marquis
de Feuquieres dans les montagnes
pour les détruire entierement.
Ce Maréchal de Camp
prit fi bien fes mefures , fit faire
de fi bons retranchemens ,
Sceut par fon fçavoir faire , fi
bien ménager le peu de Troupes
qu'il avoit fous fon commandement,
qu'il vint enfin à bout ,
par un affaut general , de les
reduire à abandonner de vive
force & l'épée dans les reins, leur
Fort & leur Corps de garde de la
croupe
de la
montagne
les Fortins
d'en haut , une espece de
Pâté, n'ayant pour retraite qu'un
GALANT. 167
pain de Sucre qui estoit pour eux
une maniere de Citadelle. On
ne perdit dans cette affaire qu'un
feul Officier qui eftoit Lieutenant
dans Artois . Le Lieutenant
de nos Grenadiers y receut un
coup de Monfquet. On trouva
dans le Pâté le pauvre M. de
Parat écharpé de
les pieds & les mains brûlées ,
deux coups de fabre fur la tefte,
un coup de moufquet dans la
bouche & deux coups de couteau
dans le coeur. Les Ennemis perdirent
à cette affaire cinquante
hommes & plus. Nous ne filmes
que quatre prifonniers qui n'ont
coups.
Il avoit
168 MERCURE
9
prefque rien dit: Cette action fe
le 24. de May à huit
paffa
heures du matin , ou environ
Comme on inveftiffoit le mefme
jour le Pain de fucre , où ils
s'eftoient retranchez , pour leur
donner le dernier branle , il fe
leva fur le foir un brouillard fi
épais & fi noir , que nos Soldats
quitterent leurs travaux , de
crainte d'eftre furpris & égorgez
dans leurs retranchemens . Ces
malheureux choifirent ce temps
pour se fauver , pour éviter
une derniere attaque , où fans
doute ils auroient fuccombé. Ils
Le déroberent fi adroitement ,
qu'on
"
CALANT. 169
qu'on ne put reconnoiftre ny quels
chemins ils tenoient , ny de quel
cofté on pourroit les rejoindre.
M. de Feuquieres au defefpoir
de voir échouer tant de peines &
tant de travaux , refolut de les
Suivre ; ce qu'il fitpendant huit
ou dix jours avec les Grenadiers
de nos quatre Regimens . Il envoya
M. de Clerambaut avec
douze cens hommes pour gagner
toutes les hauteurs fur ces gens
là , & continua de marcher toujours
droit à eux. On en tua
plus de quatre- vingt , & dans
la derniere rencontre faite par
M de Clerambaut , on en com-
Juillet 1690. Р
170 MERCURE
L'on
ptaprés defoixante de tuezfur les
montagnes , & ily en eut fix de
Prifonniers. Ce fut dans l'intervalle
du temps que l'on mit
fuivre ces Canailles , que
s'aperçeut de la mauvaiſe foy de
Mr de Savoye. L'on arrefta un
Courier qu'il envoyoit à l'Empereur
par lequel on vit qu'il aſſuroit
Sa Majefté Imperiale qu'il
amuferoit M de Catinat toute
la Campagne , & qu'il auroit
le temps de luy envoyer les
Troupes dont il estoit convenu
Un autre Courierfut arrefté qui
alloit à M de Baviere , & ce
qui parut plus extraordinaire que
GALANT. 171
par
bets
que
tout cela , c'est que l'on connut
la depofition de tous les pri
fonniers que l'on fit fur les Barle
Duc de Savoye leur
fournißoit des vivres & de l'argent.
Enfin un Courier arriva
à Mr de Catinat, & dés le mefme
jour les Troupes qui efloient
à portée de Pignerol marcherent
à Carignan ou eftoit le quartier
general. M de Catinat arriva
le lendemain , 7. de Iuín , à Pignerolson
étoitfort en peine deM²
de Clerambaut dont on n'avoit
point eu de nouvelles depuis qu'il
avoit quité M de Feuquiere.
On apprehendoit une mauvaise
Pij
172 MERCURE
avanture pourluy.Il avoit douze
cens hommes, comme je vous l'ay
marqué, confistant en 400.hommes
d'Artois , la Compagnie des
Grenadiers , & 800. hommes de
Milice de Boiffiere, &fon estat
Major. Nos quatre Regimens
avoient receu ordre de ſe raprocher
de Pignerol, où Mỹ de Feuquiere
estoit arrivé depuis le
matin. Nous abandonnámes les
Montagnes à la referve des Poftes
que nous devions conferver,
& que l'on avoit remplis de cinq
Bataillons de Milices qui eftoient
avec nous. Le lendemain 8 .
Iuin , nous cúmes ordre de marGALANT.
173
!
cher du cofté de Luzerne . Nous
bruflames , en chemin faifant,
Saint Germain & la Mirandole
qui ne vouloient pas contribuer.
Nous arrivafmes devant Luferne
le 10. Cette Place n'attendit pas
le Canon ; elle aporta fes clefs
fe mit fous la contribution
Nous efperions trouver de la
refistance au Chasteau de laTour,
nous le trouvafmes tout en feu,
M. de Palavicin en eftoit forty
la veille , & avoit eu ordre de
brûler ce Chasteau,& de conduire
avec fa Garnifon les prifonniers
à Aft. Nous trouvafmes tous les
Batimens en feu, & tous les
Piij
174 MERCURE
Ouvrages minez , mais pas une
Mine n'avoit reußy. On trouva
encore huit Pieces de Canon
brifees fous le Pont . Dés ce moment
, nos Soldats ny nous n'eufmes
plus d'eftime pour les Troupes
de fon Alteffe de Savoye , d'avoir
abandonné un Fort , fuuéfur une
Montagne , & qui n'eft commandé
d'aucuns endroits aves
eing bons Baflions bien reveftus
un chemin couvert & un

glacis . On fongea d'abord à
éteindre le feu, à rétablir les
Maifons & les Cafernes , &
M de Feuquiere y laiſſa quatre
Pieces de Canon de huit , &
"GALANT . 175
cinq cens hommes commandez par
un Lieutenant Colonel de Milice.
Le 12. on nous ramena à
Orbaffan joindre l'Armée. Le
mefme jour que nous arrivafmes ,
·les Regimens de Dragons de la
Lande & du Comte de Grandmont
affiegerent un Chasteau
nommé Rivalte , dans laquel il
y avoit trois cens Payfans , dont
plus de la moitié furent tuez.
On en pendit fix à la porte , &
tous les autres demeurerent prifonniers
; le Village fut brulé.
Au commencement les Payfans
vouloient fe mefler de faire la
guerre , mais on en a tant pendu,
Piiij
176 MERCURE
qu'ils commencent à nous aporter
des vivres au lieu de nous tucr
des Soldats. Le lendemain de ce
brulement qui fut le 16. nous
allames camper à Burrafque au
milieu de la Plaine de Mille-
Fleurs . Nous fifmes contribuer
let Villages circon voiſins , Rivalte
& Rivoly furent les feuls
endroits qui ne voulurent point
contribuer. Ils promirent cependant
de lefaire . On eut avis le
17. que les Troupes des Espagnols
étoient arrivées fous les ordres de
M de Louvignies,que trois mille
Allemans , conduits par le Prince
Eugene, devoientjoindre inceffam
CALANT. 177
ment & que M le Duc de
Savoye devoit le 18. fortir de
Turin , pour venir camper dans
la mefme Plaine où nous eftions,
-ce qui fit prendre à Mª de Catinat
la refolution d'aller camper à
Nonne, où nousfommes depuis le
18. de ce mois. M' de Feuquiere
alla le 20. brûler Rivalte Bourg
au deffous de Rivol , qui eft la
Maifon de Plaifance de Son Alteffe
Royale, & qui n'eft éloigné
de Turin, que de deux milles, qui
font une lieuë de France . Mle
Duc eut le chagrin de voir brûler
le Bourgdefa Maifon de Plaifanee
fans lefecourir. Le Marquis
178 MERCURE
de Saint Thomas, premier Mi
niftre de ce Duc avoitfa Maiſon
de plaifance à une portée de Canon
de celle de fon Maijtre. M
de Feuquiere envoya le Comte
de Grandmont la brûler, ce qu'il
fit fans qu'aucun des Ennemis
parust pour l'en empefcher.
Depuis on a brûlé Trin près
de Verceil , & quantité de
Villages & de Caffines qui
n'avoient pas contribué. On envoye
tous les jours des partis
de Cavalerie & de Dragons
pour les chercher , mais inutilement
, puis qu'on n'a en-
•ore enlevé qu'un Lieutenant
GALANT. 179.
quinze hommes qui s'étoient
jettez dans un Bois fur
le chemin de Pignerol . Avant
hier Mr de Catinat avec toute
fa fuite l'échapa belle. Un party
de douze cens Chevaux commandez
par M²M' de Peirelle , fut depuis
deux heures du matin juf
qu'à quatre heures aprés midy
embufqué dans un Village où
M¹ de Catinat arriva à cinq
heures du foir. Il ne crut pas devoir
mettre pied à terre. Cependant
nous fommes icy dans une
affez grande tranquillité . On fatigue
un peu, mais la plus grande
fatigue vient de la chaleur &
180 MERCURE
envoyé
des infectes dont il faut fe parer.
M. le Duc de Savoye a
des Troupes reglées aux Barbets ,
outre trois cens Bandis qu'il tenoit
dans fes Prifons . Ils fe font
prefentez devant le Fort de Luferne.
M. de Saint Silveftre
Marefchal de Camp y eſtant allé
avec un gros detachement de
l'Armée, ils fe mirent en defordre .
On en a tué quelques uns, & l'on
fitentrer dans ce Fort quantité de
munitions de bouche & de guerre.
La Montagne des Quatre-
Dents eft gardée par le Regiment
de Bovinatelle , Milice de Perigort,
Aulée defaint Martin par
IGALANT 181
celuy de Boutins , Milice de
Bayonne Cavalerie , celle de
de Prajelas par un Bataillon de
Fumechon , celle du Reiras , par
la Compagnie des Grenadiers de
Bordeaux ; le Col -Juliens par
le Regiment de Cotenge , Milice
d'Auvergne , & le Col- clapier
eft gardé par Boiffiere , Milice
Agenois. Celuy de Poitiers garde
la Vallée de S. Jean. Nous
attendons encore quinze à feize
mille hommes. Quand tout fera
arrivé , je vous envoyeray noftre
ordre de Bataille.
On a eu nouvelles que Mi
182 MERCURE
le Comte de Roye ,Lieutenant
General des Armées du Roy,
& Marechal de CampGeneral
des Troupes de Danemarck ,
cftoit mort aux Bains de Bath
depuis peu de temps. Bath
eft une Ville d'Angleterre
fur l'Avon, dans le Comté de
Sommerfet
. Il defcendoit
de
François III . du Nom , Comte
de la Rochefoucaud
, Prince
de Marcillac
, Chevalier
de
l'Ordre du Roy , tué en 1572
à la " Saint
Barthelemy, qui
époula en premieres
noces
Silvie Pic de la Mirande, Fille
de Galeac Pic , Prince de la

GALANT 182
Mirande & d'Hippolite de
Gonzague , dont il eut François
de la Rochefoucaud IV .
du nom , qui a continué la
branche ainée de la Rochefoucaud
, jufqu'en la perfonne
de François de la Rochefoucaud
VII. du nom , Prince
de Marcillac , Grand Veneur
de France , Grand Maiſtre de
la Garderobe du Roy , Pere
de François de la Rochefoucaud
, Duc de la Rocheguyon,
qui époufa en 1679. Madeleine
le Tellier , Fille de M²
de Louvois . Je vous diray làdeffus
que tous les aînez de
184 MERCURE
.
cette Maiſon ont pris le nom
de François , depuis que François
de la Rochefoucaud I. du
nom , Prince de Marcillac ,
Sieur de Barbefieux , Montguyon
, Montendre & c.cut
l'honneur en 1444. de tenir
fur les Fonds de Baptefme le
Roy François I. qui ayant
toujours eu beaucoupde confideration
pour fon merite , le
fir fon Chambellan ordinaire,
& luy érigea en 1515. la Baronnie
de la Rochefoucaud
en Comté. Il eſt marqué dans
les Lettres de cette érection
que c'eftoit en memoire des
GALANT. 185
grands , vertueux, tres bons , &
tres - recommandables fervices
qu'iceluy François , fon tres - cher
amé Coufin & Parrain ,
avoitfaits à fes Predeceffeurs , à
la Couronne de France , & à luy.
François de la Rochefoucaud
III. du nom , dont j'ay commencé
à vous parler , époufa
en fecondes Noces Charlote
de Roye, Comteffe de Roucy,
Soeur puifnée , d'Eleonor de
Roye mariée en 1551. à Louis
de Bourbon I. du nom , Prince
de Condé , & il en eur
Charles de Roye de la Rochefoucaud
, Comte de Roucy,
Juillet 1690.
Q
186 MERCURE
qui de Claude de Gontaud ,
Fille d'Armand Sieur de Biron
, Marefchal de France, &
Soeur du Marefchal Duc de
Biron qui eut la tefte tranchée
fous le regne de Henry IV .
laiffa François de Roye de la
Rochefoucaud , Comte de
Roucy, mort en 1680. Il avoit
épousé en 1627. Julienne Catherine
de la Tour d'Auvergne
, Fille de Henty de la
Tour d'Auvergne , Duc de
Bouillon , Prince Souverain
de Sedan , & d'Elizabeth de
Naffau , Princeffe d'Orange,
Fille de Guillaume de Naffau
GALANT . 187
qui établit la Republique de
Hollande , & il en eut Frederic
- Charles de Roye de la
Rochefoucaud , Comte de
Roucy , dont je vous apprens
la mort . La grande reputation
qu'il s'eftoit acquiſe en
France , luy avoit fait meriter
que le Roy de Dannemarch
le choifift pour Maréchal
de Camp general de fes
Troupes , & le fift Chevalier
de l'Ordre de l'Elephant . Il a
cu plufieurs Enfans de fon
mariage avec Ifazabelle de
Durasfort, Soeur de M' le Maréchal
Duc de Duras & de
Qij
188 MERCURE
Male Maréchal de Lorge
fçavoir , François de Roye de
la Rochefoucaud , Comte de
Roucy , Mestre de Camp du
Regiment des Cravates , qui
a époulé Catherine Françoife
d'Arpajon , Fille unique du
Duc d'Arpajon , & d'Hen
riette d'Harcourt de Beuvron,
Ducheffe d'Arpajon , Dame
d'honneur de Madame le
Dauphine ; N.... de Roye de
la Rochefoucaud , Vidame
de Laon , tué au Siege de Luxembourg
; Charles de Roye
de la Rochefoucaud , Comte
de Blanzac , Colonel . du ReGALANT.
189
J
giment de Guienne ; M le
Marquis de la Ferté au Col
Officier de Marine ; M le
Chevalier de Roye , qui eft
dans la derniere Compagnie
des Moufquetaires , & un autre
Fils paffé avec luy en Dannemark,
& enfuite en Angleterre.
Il a eu cinq Filles , dont
les deux Aînées font auffi en
Angleterre auprés de Madame
la Comteffe de Roye leur
Mere, & les trois plus jeunes
font à l'Abbaye Royale de
Noftre-Dame de Soiffons, auprés
de Madame de la Rochefoucaud
leur Parente, Abbeſſe
190 MERCURE
de cette Abbaye , & Soeur du
feu Duc de la Rochefoucaud
.
M ' le Marquis de Royan
eft mort prefque dans le meſme
temps. Il eftoit d'une des
plus illuftres Maifons de France
, defcenduë de Guy I. du
nom , Seigneur de la Tremoile
, qui accompagna Godefroy
de Bouillon à la conquefte
de la Terre - Sainte .
Thibaut de la Tremoille fut
tué à la Bataille de Mafourc
en Egipte fous le Roy Saint
Loüis. Guy V. du nom , Seigneur
de la Tremoille , fuc
GALANT. 191
Grand Panetier de France , &
Guy VI . du nom , Seigneur
de la Tremoille , mourut en
1396. des bleffures qu'il receut
à la Bataille de Nicopolis
contre le Turc . Au Sacre du
Roy Charles VII . Georges de
la Tremoille , Grand Chambellan
de France , fit la fonction
d'un des douze Pairs.Lors
que Louis XI . inftitua l'Ordre
de S. Michel en 1479. il fit
Georges de la Tremoille , Seigneur
de Craon , l'un des Chevaliers
, & depuis aux principales
promotions de cet ancien
Ordre & de celuy du
192 MERCURE
Saint Efprit creé par Henry
III. il y a toûjours eu quelque
Seigneur de cette Maiſon
fait Chevalier des deux Ordres.
Charles de la Tremoille,
Prince de Talmond , mourut
à la Bataille de Marignan con
tre les Suiffes en 1515. ayant le
corps chargé de plus de foit
xante plaïes qu'il avoit receuës
en diverfes occafions, combatrant
pour le fervice de nos
Rois. Louis II. du nom , Seigneur
de la Tremoille ,Vicomte
de Thouars , & Prince de
Talmond , s'eft trouvé à fix
Batailles rangées, & quoy que
fort.
GALANT. 193
fort jeune lors qu'on donna
la premiere . Il y cut commandement
, & fit paroiftre une
valeur extraordinaire . Plufieurs
de cette Maiſon ont
efté Evefques de Poitiers ,
Tournay & Couftance ; & du
temps du Roy Louis XII . Jean
de la Tremoille , Archevefque
d'Auch , fut fait Cardinal
. François de la Tremoille,
Vicomte de Thouars , épouſa
Anne de Laval - Montmorency
, & Georges de la Tremoille
, Baron de Royan , Chevalier
de l'Ordre du Roy , grand
Senechal de Poitou , prit al-
Juillet 1690.
R
194 MERCURE
liance avec Madeleine de Lu
xembourg , Fille de François
de Luxembourg, Vicomte de
Martigue , & de Charlote de
Bretagne . De ce mariage vint
Guibert de la Tremoille ,
Marquis de Royan , Comte
des Olones , Chevalier des
Ordres du Roy , Grand Senechal
de Poitou, lequel époufa
Anne Huraut , Fille de Philippe
Huraut , Chancelier de
France , & des deux Ordres
du Roy , Comte de Chiverny
& de Limours , & eut pour
Fils Philippe de la Tremoille,
Marquis de Royan , Comte
GALANT. 195
des Olones , Grand Senechal
de Poitou , qui ayant épousé
Madeleine de Champrond,
fut Pere de Louis de la Tremoille
, Marquis de Royan ,
Comte des Olones . Ce dernier
époufa Catherine d'Angennes,
Fille de Charles d'Angennes
, Baron de la Louppe . Les
Marquis de Royan font d'u
ne branche Cadette de cette
illuftre Maifon . La Branche
aînée ſubfifte en la perfonne
de Meffire Charles- Belgique-
Hollande de la Tremoille ,
Duc de Thouars , Pair de
France , Chevalier des Ordres
Rij
T
196 MERCURE
de
du Roy , Prince de Tarante
& de Talmont , Comte de
Laval , de Montfort
Guines , de Benon , de Jonvelles
& de Taillebourg ,
Marquis d'Epinay , Vicomte
de Rennes & de Bays , Baron
de Vitré , de Mauleon , de
Berrie & de Didonne , Seigneur
de la Tremoille , de
Loudun , & autres lieux , premier
Gentilhomme
de la
Chambre
du Roy , qui a
époufé Madeleine de Crequi ,
Fille unique de feu Mr le Duc
de Crequi , premier Gentilhomme
de la Chambre du
GALANT. 197
Roy. Il y a encore de cette
Maiſon M' le Prince de Talmont
, & M's les Marquis de
Noirmonftier. La Tremoille
chevron
de gueuporte
d'or au chevron de
les , accompagné
de trois Aigles
d'azur, bequez & membrez
de
gueules. Comme
cette Maifon
a contracté diverfes alliances
avec les principales Maifons
de la Chreftienté, entre autres
avec celles de Bourbon , Anjou
, Auftriche, Luxembourg,
Caftille Arragon , Sicile &
Laval , elle écartelle au premier
de France , au deuxième
de Laval , au troifiéme d'Ar-
R iij
198 MERCURE
ragon Naples , au quatriéme
de Bourbon , & fur le tout de
la Tremoille .
J'ay auffi à vous appren
dre la mort de M le Marquis
de Perfan . C'eſt ce terrible M
de Perfan , Eleve de feu Monfeur
le Prince, qui rempliffoit
de terreur les Ennemis lors
qu'il alloit en party . Auffi
a t- il eu toûjours l'avantage
dans tous les Combats qu'il
a livrez. Sa Famille du furnom
de Vaudetar , vient d'Italie
, & s'eft établie en France .
Jean de Vaudetar , Seigneur
de Pouilly le Fore , fut VidaGALANT
. 199
me de Meaux . Pierre de Vaudetar
fon Fils , Seigneur de
Poüilly le Fort , qui vivoit en
1478. fe fit recevoir Confeiller
au Parlement de Paris , &
époufa Antoinette Baillet ,
d'une Famille qui a donné
divers Prefidens à Mortier .
Il en eft venu Guillaume de
Vaudetar , auffi Seigneur de
Pouilly le Fort , Confeiller au
Parlement , qui épousa Maric
Barme , Fille de Roger Barme,
Prefident à Mortier , dont
naquit un Fils , Soigneur de
Pouilly te Fort , qui époufa
Jeanne Boifleve , Dame de 3.
Riiij
200 MERCURE
r's
Perfan , Montauglan , Ron.
querolles , Crouy & Chauvecy
, & d'eux font venus M
les Barons , puis Marquis de
Perfan & Seigneurs de Bournonville
du furnom de Vaudetar.
Feu Meffire Achilles
de Harlay , Marquis de Breval
& Champvalon , époufa
Oudette de Vaudetar , Fille
de Louis de Vaudetar , Baron
de Perfan & Seigneur de
Pouilly le Fort , & il en eut
Meffire François de Harlay ,
nommé Cardinal , Archevef
que de Paris , Duc & Pair de
France , Commandeur des
GALANT. 201
Ordres du Roy . Vaudetar
porte facé de fix pieces d'azur
& d'argent .
Ces morts ont efté ſuivies
de celle de M Lotin , Seigneur
de Charny , Preſident
en la Cour des Aides . Il eftoit
Fils de François Lotin , Seigneur
de Charny , Confeiller
en la Grand - Chambre du Parlement
de Paris , & d'Elizabeth
Gamin , & Petit - fils de
Guillaume Lotin , Seigneur
de Charny, Martilly & Verres,
Prefident aux Requeftes du
Palais , & de Madeleine Morin.
Guillaume Lotin , fon
202 MERCURE
Bifayeul , Seigneur de Char
ny , Maistre des Comptes à
Paris, épousa Jeanne Bochart
de Champigny, d'une Famille
qui a donné un premier Prefident
au Parlement de Paris,
& plufieurs Officiers confiderables
dans l'Eglife , dans l'Epée
, & dans la Robe. Il avoit
pour Pere Robert Lotin , Seigneur
de Charny , Confeiller.
en la Cour des Aides , Fils de
Robert Lotin , Seigneur de
Charny , Confeiller au Parlement
de Paris en 1480. & de
Marie Aguenin le Duc Fille
GALANT. 203
de Guillaume Aguenin le
Duc, Confeiller au Parlement
de Paris , & de Girarde de Longueil,
& fa Mere eftoit Loüife
Huault de Montmagny.d'une
Famille qui a donné divers
Officiers au Parlement & aux
Compagnies Superieures.Cette
Famille s'eft alliée avec
plufieurs anciennes Maiſons,
& particulierement avec celle
d'Hector de Marle , dont il
y a eu un Chancelier de France,
& avec celle de Harlus ,
par le mariage d'Anne Lotin
de Charny avec Jean de Harlus
premier Baron de Valois
204 MERCURE
& Sire de Cramailles , de
l'ancienne Maifon de Cramailles
, tombée en celle de
Chippard de la Grandmaiſon ,
Fondateurs de l'ancienne Eglife
de S. Andevol à Paris .
Lotin de Charny porte échiqueté
d'argent & d'azur .
Les Nouvelles publiques
ont parlé de la mort de M
du Cambout de Pontchâteau ,
homme de qualité , qui depuis
un fort grand nombre d'années
, s'eftant défait de fon
bien pour en affifter les perfonnes
qu'il fçavoit eftre en
neceffité , fe cachoit à tout le.
I
GALANT. 205
monde pour n'eftre connu
que de Dieu feul . Sa mort arrivée
fur la fin du mois paffé ,
n'a point laiſſe enſevelir avec
luy les rares vertus qu'il tenoit
cachées. Le Peuple qui
en a eu connoiffance , l'a regardé
comme un Saint , & il
luy a mefme attribué des miracles.
Je n'ay rien à dire làdeffus
, mais la verité m'oblige
à vous faire part d'un
fait que vous trouverez expliqué
dans l'Acte qui fuit .
Pardevant les Confeillers du
Roy, Notaires Gardenotes de Sa
206 MERCURE
Majesté enfonChaftelet de Pa
ris , furent prefens Facques Boyés
MaistreTaillandier en Fer blanc
noir à Paris , & Henriette
Marceau fa Femme , demeurans
ruë de la Verrerie , proche de la
rue de Moncy , Parroiffe Saint
Jean en Greve , pere & mere de
Marie Louife Boyé leur fille ,
agée de neuf ans & demy, &
icelle Marie Louife Boyé à prefent
demeurante
avec ses parens ,
Jeanne Camion , Servante
Domestique du St Jean Boué ,
Ancien Juge Conful de cette
Ville de Paris , demeurante ruë
Saint Antoine , Parroiße Saint
GALANT. 207
Gervais & Saint Protais , Mere
dudit Jacques Boyé, lefquels ont
declaré qu'ils avoient apris que
M. Dodart , Docteur en Medecine
de la Faculté de Paris , &
Medecin ordinaire de la Famille
de M's de Colbert; M.Equet
pareillement Docteur en Medecine
, & M. Philippe- Ignace
Savé , Bachelier en Medecine
de ladite Faculté de Paris , s'affembloient
tous les jours pour voir
affifter de leurs bons avis
Meffire Sebaftien - Jofeph du
Cambout de Pontchafteau , qui
eftoit malade dans une chambre
dépendante de la maison dudit
208 MERCURE
S Boué. Que le Lundy 26.Juin
de la prefente année 1690. ils auroient
conduit ladite Marie-
Loüife Boyé leur Fille en la Maifon
dudit S Boué , & auroient
prié lefdits Ss Dodart , Equet &
Savé, de leurfaire la charité de
voir un mal qui eftoit arrivé il
y avoit quinze jours à leur dite
Fille au cofté droit du cou , &
de leur prefcrire les remedes qu'ils
trouveroient eftre neceffaires.Que
lefdits SS Medecins , aprés avoir
mis la main fur ledit mal , &
avoir confulté fort long- temps
entre eux , leur auroient dit
le mal de leur Fille eftoit une
que
GALANT. 209
ex-
5
tumeur des glandes du cou
tremement dure , & auroientfait
écrire enfuite par l'un d'eux les
remedes fuivans en ces propres
termes . On frotera longtemps
la partie malade avec
partie égale d'onguent d'Althea
& d'huile de vers. Aprés
cette ambrocation faite , on
mettra une compreffe trempée
dans l'eau de vie , avec
laquelle on aura melangé un
peu d'eau , tous les cinq ou fix
jours pendant trois ſemaines
ou quinze jours . On purgera
la Malade avec fix grains de
raifine de jalep , autant de
Juillet 1690.
S
210 MERCURE
mercure doux , & autant de
fel de tartre, & un demy grain
de diagrede , obfervant de
prendre un boüillon immediatement
aprés. Qu'il feroit
arrivé
que ledit S du Cambout
de Pontchasteau feroit decedé le
lendemain Mardy 27.Juin 169.9 .
à cinq heures & un quart du
matin ; que ladite Camion auroit
averty incontinent lefdits Boyé
fa femme de cette mort , &
damener ladite Marie - Loüife
Boyé leur fille pour baifer les
pieds dudit S du Cambout de
Pontchafteau qui eftoit mort en
grande reputation de fainteté
GALANT. 211
•que
ladite Camion & Henriette
Marceau auroient baife les pieds
dudit feu S du Cambout de
Pontchafteau à sept heures du
ladite Marceau au-
, au coin
matin ;
que
roit
le
mefme
jour
fur
le
midy
prié
le St Michel
Chauvel
, Maitre
Chirurgien
à Paris
demeurant
ruë
de la Verrerie
de la ruë
des
Mauvais
- Garçons
,
de
voir
le fufdit
mal
de
ladite
Marie
- Louife
Boyé
; que
ledit
St
Chauvel
ayant
mis
la main
fur
ledit
mal
luy
auroit
dit
auffi
que
c eftoit
une
tumeur
des
glandes
du
con
extremement
dure
qui
ne fe
guerit
pas
en peu
de
*
Sij
212 MERCURE
temps : qu'il falloit y prendre
garde & la froter avec de
T'huile de Lis ; que ladite
Marcean eftant fortie de la
Boutique dudit fieur Chauvel ,
feroit venue avec ladite Fille
"baifer les piez dudit deffunt fieur
du Cambout de Pont- Chasteau,
& que ladite Marie - Louife
Boyé eftant defcenduë en la cuifine
dudit fieur Boué , auroit
frape deux fois de la main gauche
dans la droite , & auroit
dit à ladite Jeanne Camion fon
Ayeule , Ma Soeur a peur de
baifer les pieds de ce Saint- là ,
& moy je n'en ay pas peur.
GALANT. 213
Je luy ay bailé les deux pieds ,
& j'ay fait mefme toucher
mon mal à fes pieds ; car il me
guerira . Que le mefme jour 27.
Juin , ladite Marie- Louife Boyé
eftant retournée en la maison de
fon Pere , alla feule fur les fept
heures du foir pour une feconde
fois baifer les pieds dudit défunt
S du Cambout dePont- Chafte aus
que fur les huit heures du foir la
dite Henriette Marceau s'eftant
difposée pour froter dudit onguent
d'Althea de ladite buile de
Vers le fufdit mal de ladite Marie-
Louife Boyé fa Fille , elle
auroit vu qu'elle n'y trouvoit
214 MERCURE
auroit dit à plus aucun mal ,
fa Fille , Il n'y a plus rien à
froter , car il n'y a plus de
mal . Auffi- tost ladite "Marie-
Loüife Boyé porta fes mains fur
l'endroit où avoit efté fon mal ,
fur l'autre côté , & auroit dit
fa mere : Vous avez raiſon ,
ma Mere , il n'y a plus rien ,
ce cofté- là eft de mefme l'autre
; affurément c'est le bon
Saint qui m'a guerie. Que
ledit fieur Boué auroit bien vou
lu fe transporter le lendemain
Mercredy 28. Juin avec ladite
Marie -Louife Boyé , en la maion
dudit S ' Chauvel, Chirurgien,
GALANT. 215
l'auroit prié de voir en quel
eftat eftoit le mal qu'il avoit vi
le jour precedent au cou de ladite
Marie Boyés que ledit ST Chauvel
avoit dit d'abord que la
tumeur efloit beaucoup diminuée ,
& qu'aprés avoir touché de la
main l'endroit où avoit esté le
mal, il auroit dit qu'il n'y avoit
plus de mal, & que cette guerifon
eftoit bienfoudained furprenan
·te, & que ledit S ' Boué luy ayant
demandé fi la guerifon du mal
fufdit pouvoit avoir efté faite
naturellement en dix heures de
temps , ledit S Chauvel luy auroit
répondu que non , que cette
216 MERCURE
forte demaladienefe gueriffoit pas
ordinairement fi promptement ,
mais qu'il falloit beaucoup de
temps pour la guerir. A ce faire
eftoient & furent prefens ledit
St Jean Boué & ledit S Chauvel
, lefquels ont declaré qu'en
leurs confciences ils affurent &
certifient que tout le contenu au
prefent Acte est veritable , &
mefme ladite Marie - Louiſe
Boyé a declaré avoir dit tout ce
qui eft énoncé cy- devant , dont
de tout ce que deffus lesdites
Parties ont requis & demande
Acte aufdits Notaires , qui leur
ont octroyé le prefent pour fervir
&
GALANT
217
valoir ce que de raison. Ce
fut infifait & paßé, requis &
octroyé à Paris és Etudes defdits
Notaires
fouffignez l'an 1690 .
le 30. & dernier jour de Juin
aprés midy, ont figné , fors
ladite Marie - Loüife Boyé , qui
a
declaré ne
fçavoir écrire ny
figner , de ce faire
interpellée
ainfi qu'il eft dit en la minute
des prefentes , demeurées devers
& en lagarde & poffeffion de le
Roy, l'un defdits
Notaires fouffignez.
On voit tous les jours de
nouvelles Cartes . Les
Fuillet 1690.
guerres
T
218 MER CURE
dont l'Europe eft agitée les
rendent extrémement
à la
mode , & quand elles font
d'Auteurs habiles . comme
ceux que je vous ay déja
nommez en des Articles de
mefme nature , elles ne peu .
vent manquer d'eftre bonnes.
Le fieur Nolin qui demeure
fur le quay de l'Horloge du
Palais , en vient de donner
une nouvelle , qui contient la
partie Occidentale de l'Allemagne
, avec les Pays adjacents
le long du Rhin & des
Rivieres qui s'y rendent.
Cette Carre , tirée des MeGALANT.
219
moires de Cantel , & de plufieurs
autres,
corrigée & augmentée
par M. le Prieur du
Neuf- marché , eft de deux
feuilles , &
s'éterd jufqu'à
Rouen , ce qui a donné lieu
de marquer
toutes les routes
confiderables
depuis Paris
jufqu'aux
Villes
Frontieres,
tant en Flandre que le long
du Rhin. On peut dire qu'elle
donne une Image de la Guer
re , puifque toutes les marches
& tous les
Campemens
des Armées s'y trouvent . Elle
a une approbation
univerfelle
, ainfi que la Flandre faite
Tij
220 MERCURE
fous la conduite de M. de
Tillemont , & le Palatinat du
Rhin, où l'on a renfermé tout
ce qu'il y a de plus curieux.
Meſme pour la fatisfaction
des Sçavans , on y a joint la
Geographie ancienne , ce qui
feit extrémement eftimer tou
tes les Cartes qui fe trouvent
chez le fieur Nolin , fur lef
quelles les plus habiles gens
du Royaume fe font un plaifir
de travailler , comme il
s'en fait un de faire execurer
leurs remarques avec tout le
foin poffible . Les trois Cartes
d'Angleterre , d'Ecoffe &
GALANT. 221
d'Irlande continuënt d'avoir
beaucoup de debit ; auffi fontelles
des plus particulieres qui
ayent efté faites jufques à
preſent.
La Victoire remportée en
Flandre le premier jour de ce
mois , par M le Duc de Luxembourg,
a fait faire des
Feux de joye par toute la
France , & comme Chaftillon
fur Loin eft à Madame la
Princeffe de Mekelbourg ,
Soeur de ce Duc , il ne faut
pas s'étonner fi cette Ville
s'eft diftinguée par une Fefte
particuliere . Mile Prieur de
T iij
222 MERCURE
Briquemault , qui dans beaucoup
d'occaſions a marqué
fon zele pour la Maifon de
Madame la Ducheffe de Chaftillon
, n'a pû fe défendre
d'en prendre le foin, & de donner
le deffein d'un feu d'artifice
. Ce qui le rendoit fort
fingulier , c'est qu'il le pric
des Armes de la Maifon de
Mr le Maréchal Duc de Lu
xembourg
, qui porte de
Montmorency , qui eft d'or à
la croix de gueules , cantonnée
de feize Alerions d'azur , la
croix chargée en coeur de l'Ecuffon
des Armes de Luxem
GALANT. 223

de
haadre
104-
d'ar
fore
e pric
Con
de
de Lu
rte
de
it d'ori
tonnée
zur
, la
- de
l'ELuxem
bourg, qui eft d'argent au
lion de gueules , à la queuë
noüée , fourchée & paffée en
double fautoir.
Quatre Lions fervoient de
bafe à toute la machine , &
foutenoient quatre colomnes
d'où fortoient quatre Arcs de
triomphe. Sur les colomnes
dans le vuide que faifoient
les Arcs de triomphe,eftoient
pofez quatre Hercules avec
leurs maffuës , femez de Fleurs
de lis d'or, & veſtus de peaux
de lion. Seize Alerions pofez
quatre à quatre fur les quatre
Arcs de triomphe , élevoient
Tiiij
224 MERCURE
>
dans l'air le Temple de la
Gloire & au haut de ce
Temple paroiffoit la Victoire
affife fur un char
magnifique
traîné par feize Alerions , &
conduit par le Genie de la
France. Ce char eftoit fuivi
de deux Anges qui portoient
les trompettes de la Victoire ,
& ces Lions , ces Aigles , &
toutes ces Figures differentes
eftoient
accompagnées de
Devifes qui
répondoient au
fujet
Le premier Lion portoit en
fes griffes un Tableau , dans
lequel on avoit peint un
GALANT. 225
grand Lion qui menoit deux
Lionceaux
à la proye , & ces
mots eftoient écrits au bas :
Natos in pralia format . C'a
efté pour M de Luxembourg
une gloire finguliere , & que
peut eftre aucun General
d'Armée n'a cue avant luy ,
d'avoir partagé l'honneur de
certe Victoire avec deux de
fes illuftres Enfans , M le
Duc de Montmorency
, &
Mr le Comté de Luffe , & de
les accoutumer ainfi à com.
battre & à vaincre en mefme
temps.
226 MERCURE
Tel qu'on voit un Lion du fond
d'une tanniere ,:
Faire fortirfes Lionceaux,
Et d'une contenance fiere
Luy-mefme en leur prefence attaquer
des Troupeaux ,
Et les animer à la proye ;
Tel Luxembourg, remply dejoye ,
Guide dans les Combats fes illuftres
Enfans.
Il marche luy -mefme à leur tefle ,
Les fait paffer dans tous les rangs ,
Et partage avec eux l'honneur de fa
Conquefte.
Le fecond Lion
reprefentoit
la colere du Roy contre les
Hollandois . On voyoit dans
un Cartouche un Lion furieux .
preft à dévorer une proye ; &
GALANT. 227
au bas étoient écrits ces mots
du Sage aux Proverb, ch. 20.
Rugitus leonis , terror Regis.
Ces timides Brebis de leurs bélantes
voix ,
Irritoient tous les jours le Monarque
de France.
Un Lion en couroux vient d'en
prendre vengeance ;
Telle eft la colere des Rois.
. Le troifiéme Lion eftoit aca
compagné d'une Devife, dont
le corps reprefentoit le combat
d'une Chévre contre un
Lion , qui la met auffi- toft en
pieces ; & ces mots d'un proverbe
de Suidas & d'Homere
228 MERCURE
3
en faifoient l'ame . Ne caprea
contra leonem. Les Hollandois
plus propres à preffer le lait
deleurs Chévres , qu'à foûtenir
le feu d'un combat contre
un Lion, avoient déja trop
éprouvé la valeur de M' de
Luxembourg , & la prudence
vouloit qu'ils ne s'engageaffent
pas facilement dans une
guerre, dont le fuccés ne pouvoit
que leur eftre funefte.
Ainfi la Chevre a l'infolence
D'infulter un Lion dans fa noble
fierté,
Mais par unejufte vengeance
Elle reçoit le prix de fa temerité.
A
GALANT. 229
Par le quatriéme Lion , on
faifoit voir la clemence de
M de Luxembourg , qui n'a
pas moins para dans cette
Victoire que fa valeur . Jamais
Vainqueur n'en uſa mieux ,
puis que le nombre des Prifonniers
excedant celuy des
Morts , c'eſt une marque que
ce fage General a cfté plus
occupé à retenir qu'à exciter
la chaleur du Soldat dans le
carnage des Ennemis . C'eſtoir
pour figurer cette grandeur
d'ame qu'on avoit peint un
Lion qui pardonne à un homme
profterné à ſes pieds avec
230 MERCURE
ces mots ; Sat eft proſtraſſe.
En vain contre un Liononfe me ten
défense ;
Voulez- vous éviter les traits de fon
couroux ,
Et du fier Animal exciter la clemexe:?
Cedez, c'est le moyen de vous le rendre
doux .
Tel eft de Luxembourg le noble caractere
,
Il triomphe en Vainqueur , mais il
pardonne en Pere.
Sur les quatre colomnes qui
foûtenoient les quatre Arcs de
Triomphe eftoient pofez quatre
Hercules veftus de peaux
de lion , leurs maffes en main
femées de fleurs - de- lis d'or,
GALANT. 231
&on lifoit au bas ces paroles ,
Armatus leone . La défaite du
Lion Belgique par Mr de Luxembourg
, met nos Provinces
à couvert , & fa dépouille
nous fert de défenſe durant
toute cette Campagne.
Que peut craindre aujourd'huy la
France ?
Ses Ennemisfont aux abois ;
Hercule a terraffé les Lions Hollandois
,
Et leurpeau luy fert de défenfe.
Seize Alerions qui font de
Mommorency , pofez fur les
quatre Arcs de triomphe ,
portoient comme en l'air le
Temple de la Gloire , fur le
232 MERCURE
-
quel eſtoient peintes les plus
belles actions de la vie de M²
de Luxembourg, & aux quatte
faces de ce Temple on
voyoit quatre A gles qui formoient
autant d'Emblêmes.
La premiere de ces Emble
mes marquoit la joye de la
France , quand elle apprit le
choix que le Roy avoit fait
de Mr de Luxembourg pour
commander fes Armées en
Flandre. Le corps de cette
Devile eftoit un Aigle tenant
en fes ferres les foudres de
Jupiter , & preft à les lancer
contre des Geants. Ces mots
GALANT. 233
en faifoient l'ame. Nonfruftra.
En vain tant de Geants, monts fur·
monts entalſe ,
Ont répandu par tout de funeftesalarmes
;
Jupiter à ſon Aigle a confié ·ſes Armes
;
Qu'ilsoit en repos , c'est affez.
La feconde marquoit l'entiere
défaite des Hollandois ,
qui devant toute leur éleva
tion au Roy de France , n'ont
payé les biens-faits que d'in
gratitude. On voyoit un Soleil
qui élevoit dans les airs
une nuë de Grenouilles , &
comme ce nuage fembloit
Juillet 1690.
V
234 MERCURE
vouloir obfcurcin le Soleil
un Aigle paroiffoit fortir de
ce bel Aftre , fe lançant fur
ces infectes , & les mettant en
pieces . Ces paroles du Prophere
Ezechiel étoient écrites
au bas , exaltat humiliat .
Du fond de leurs marais , & des
Plaines humides ,
Fadis le Soleil des François
Eleva dans les airs ces Grenouilles
timidess
De leurs croaffements les importunes
voix
Commençoient à troubler le repos de
la France ,
Et fembloient du Soleil oublier les
bien -faits.
GALANT. 235
Aigle fond par fon ' ordre , &fur
elles fe lance ,
Et ces infectes font défaits.
Comme l'Armée qui vient
d'eftte vaincuë eftoit compofée
en partie d'Espagnols , &.
que le champ de Bataille nous
eft demeuré avec tout le butin
des Ennemis , on avoit
exprimé cette défaite par un
Aigle , qui aprés avoir mis
en déroute un troupeau de
brebis , le joue dans les airs
d'une toifon qu'il emporte,
avec ces mots : Praludia belli.
Ces troupeaux engraiſſez & tout
couverts de laine
Vij
236 MERCURE
Paifoient l'herbe à leur gré dans ces
fertiles plaines
Lors qu'un Aigle à grand vol fond
du milieu des airs ,
Ecarte ces brebis du bec & de la ferre,
Enleve leur toifon , fe nourrit de
leurs chairs >
Et commence le jeu d'une fanglante,
guerre.
Tel eft , fier Espagnol , l'eſſay de nos
combats >
Tes timides brebis par Luxembourg.
chargées ,
Ont éprouvé la force de fon bras ;
Et leurs riches toifons vont estre par ,
tagées
Entre tous nos Soldats.
La Victoire de M ' de Luxembourg
a étonné les Allemans
qui font fur le Rhin ,
GALANT. 237-
3 & ils en font fans doute dans
la confternation . C'est ce
qu'on avoit figuré par un Aigle
qui voloit dans les airs
avec un laurier au bec , regardant
fierement d'autres petits
Aiglons fur le bord d'un
fleuve , fans que les Aiglons
ofaffent le fuivre. Ces mots .
faifoient l'ame de eette Emblême,
Provocat, nec audent.
Tandis que fur la Sambre où la
gloire l'appelle ,
Aigle François par tout moiffonne .
des lauriers ,
L'Aigle Romain fuivi de cent mille
Guerriers ,
238 MERCURE
Sur le Mein & le Rhin ne bát plus .
que d'une aifle.
Noftre Aigle en vain l'invite à
marcher fur fes pas .
Tous les Aigles entre -eux ne fe
reffemblent pas...
Quatre infcriptions aux
quatre faces du Temple ,
donnoient d'abord une idée
de ce qu'on yavoit reprefenté.
Sur la premiere eftoit écrit .
en gros caracteres , La France
raffeurée ; fur la feconde . la
Hollande humiliée ; fur la troifiéme
, l'Espagne dépouillée , &
fur la quatrième , l'Allemagne -
étonnée. Au haut de ce Temple
paroiffoit la Victoire vê
GALANT. 239
tuë à la Françoiſe, affiſe ſur un
char magnifique , orné d'Etendars
pris fur les Ennemis ,
& traîné par feize Alerions ,
tenant d'une main des palmes
& des lauriers , & de l'autre
une couronne triomphale . Le
Genie de la France condui
foit ce char . & au bas on lifoit
ces paroles imitées de
Virgile . Franco duce , & aufpice
Franco.
Anos gages jadis la Victoire en
ces lieux
Couronnoit nos Guerriers d'une main
immortelle ,
L'inconftante avoit pris fen efferdans ·
les Cieux ,
t
240 MERCURE
Et difparoiffoit à nos yeux ;
Mais enfin Luxembourg aujourd'huy
La rappelle
Et fous un Duc François à fon
Prince fidelle,
Son char roule au gré de nos voeux.
Deux Anges , qui font les
fupports des Armes de France
, accompagnoient ce char
de triomphe . Ils tenoient d'une
main la croix qui charge
les Armes de la Maifon de
Montmorency , & qui cft
comme la recompenfe des
grandes actions que ceux de
cette illuftre Maifon ont faites
dans les guerres d'Outremer
en faveur de la Religion,
3
pours
GALANT. 241
pour laquelle M'de Luxembourg
vient de vaincre ; & de
l'autre main ils portoient les
trompettes de la Renommée ,
fur les pendants defquelles on ,
lifoit d'un coſté en groffes
lettres Dieu fauve le Roy
Tres - Chreftien ; & de l'autre
Dieu , fauve le premier Baron
Chreftien. Ces lettres.fortoient
de la bouche des trompettes
,
& fe lifoient dans les airs en
caracteres de feu . Le Feu d'ar
tifice que l'on avoit enfermé
dans le Temple de la Gloire »
par tous les endroits de la
machine , fit un effet admira.
X
Fuillet 1690 .
242 MERCURE
ble, & d'autant plus beau, que
le Chasteau eftant fort élevé ,
il fue apperceu de fort loin
dans l'obfcurité de la nuit.
Ce ne fut ce mefme foir par
toute la Ville que réjoüiffances
& qu'Illuminations , tant
la joye des peuples eftoit
grande ,
Comme il n'y a jamais cu
d'action fi lâche que celle des
Alliez qui attendoient M² de
Chafteaurenaut au Détroit ,
d'autant plus qu'ils eftoient
quatre Vaiffeaux contre un ,
& que c'eftoir uniquement
pour le combartre qu'ils s'é-
4
GALANT 243
toient poftez au lieu où ils
l'ont laiffé paffer ils ont tâ
ché de couvrir leur manque
de courage de mille manieres
differences , qui fe contredifent
toutes ; mais c'eft inutilement
qu'ils donnent de fauffes
raifons , puis qu'il eft conftant
qu'aprés beaucoup de
rodomontades , ils n'ont paru.
braves que tant qu'ils n'ont
point veu d'Ennemis . Les Peuples
de Cadix convaincus de
cette verité , coururent avec
des pierres fur ceux qui dé
barquerent dans leur Ville
aprés leur retour en leur
Xij
244 MERCURE
criant que c'eftoient des lâches
, qui avoient attendu les
François pendant ſix ſemaines,
& qui étoient revenus fans
avoir ofé les ataquer . Quelque
temps aprés , les Officiers de
ces Vaiffeaux prirent querelle
entre eux , Nation contre Na
tion , à l'occafion de leur peu
de courage qu'ils fe reprocherent
les uns aux autres . Ils en
vinrent aux mains , & le Gouverneur
de Cadix qui voulut
les feparer , fut bleffé en cette
occafion. Ces Vaiffeaux avoient
au grand Mats Pavil
lon Eſpagnol
, Anglois
&
Hollandois .
GALANT 245
1
Sur ce qu'on avoit publié
des Flores , qui eftoient en
eftat de s'approcher, on eftoit
tous les jours dans l'impatience
d'apprendre des nou
velles d'un Combat . Cepen
dant il eftoit impoffible de le
donner , comme vous allez
le voir en lifant dans le Jour
nal que je vous envoye, ce qui
s'eft paffé avant que ces Flotes
foient venues aux mains.
A bord du Furieux à la hauteur d'Atting
cofte d'Angleterre , le 14. Juillet 1690. )
L
E's premiers jours de nôtre
départ de Breftfe paſſerent
à commencer la Manoeuvre que
X iij
246 MERCURE
nous faifons tous les jours lors
que nous avons vent contraire
ou calme , ce qu'on appelle étaler
les marées , c'est à dire » fe fervir
desfavorables , & moüiller auffisoft
qu'elles deviennent contraires,
ce que nous avons efté obligez
defaire dans l'Iroife & à lahau,
teur d'Oüeffant , depuis le 23. du
mois paffe que nous mifmes à la
voile , jufqu'au 29. que les vents
s'eſtant rangez à l'oùeft , ontfa®
vorifé nôtre entrée dans la Manche
*
Le 30. à la pointe du jour ,
nous découvrifmes le Cap Le-
Zard. Les ventsfe rangerent au
GALANT.
247
Sud-oüeft , & nous nous irouvafmes
à la hauteur de Falmont
par les 66. braßes.
Le premier Juillet , les vents
continuant à nous eftre favorables
nous coftoyames toujours
l'Angleterre. Sur les dix heures
dufoir, les Vaiffeaux de Chaffe
envoyerent leurs chaloupes armées
proche de terre , où ils enleverent
cinq ou fix Bateaux de
Pefcheurs. M de Tourville en
ayant tiré ce qu'il en vouloit fçavoir
, les renvoya le lendemain
avec leurs Bateaux , leur ayant
fait payer le poiffon qu'on y avoit
trouvé. Cela fe fit par le
X iiij
248 MERCURE
travers & aux environs de Pleimouth
.
Le lendemain 2. le vent étant
à l'Ouest- Nord- Oü :ft , nous fit
continuer noftre route prolongeantla
cofte d'Angleterre qui eft fort
faine. Nous reconnusmes l'ifle de
VVith , dont ayant coftoyé une
partie , les premiers Vaiſſeaux de
Avant-garde en découvrirens
plufieurs de l'Armé: Ennemie
mouillée hors la pointe de fainte
Helene , fans en pouvoir fçavoir
au jufte le nombre , ce qui nous
fit revirer le bord au large pour
nous mettre en ordre de bataille,
les combattre le lendemain à
GALANT. 249
par
les
la pointe dujour ; mais le vent
eftant venu à calmer pendant la
nuit, & le Fuffan nous jettant
dehors , l'Armée moüilla
35. braffes . Il eft certain que fi
jour fuivant nous euffions ex
le mefme vent , nous les euffions
combatus & défaits ; car ils ne
s'attendoient pas à nous voir de
prés ; mais le vent s'eftant
rangé au Nord Eft , nous fufmes
le
de mouiller obligez de refter
jufquefur les quatre heures apres
midy , que nous levafmesL'ancre
pour étaler la marée , qui nous
raprochoit de l'Ifle à la faveur
d'unpetit ventde Sud Sud- Ouest,
+
250 MERCURE
qui ayant entierement calméfur
la fin du jour , nous obligea de
moüiller par les 27. braffes , pour
ne pas perdre par le Fuffan , ce
que nous avions gagné par le
flot..
Le 4. les vents fe déclarerent
tout à fait au Nord- Nord-Eft ,
nous étalâmes la marée du
matin. Nos Vaiffeaux qui étoient
à la découverte , firent le
fignal de l'Armée Ennemie , laquelle
on crut venir vent arriere
fur nous , ce qui obligea nos Vaiffeaux
de Garde de venir prendre
leurs poftes chacun dansfa Divifion.
Celle de M de ChafteanGALANT
251
renaud qui doit faire l'Arrieregarde
, fe trouvant la plus au
vent , prit l'Avant-garde & celle
de M le Comte d'Eftrées la plus
fous le vent, prit l'Arriere -garde ,
& toute l'Arméefe prepara à recevoir
les Ennemis qui n'avoient
levé l'ancre que pour aller audevant
d'un fecours de Vaiffeaux
qui leur venoit de Hollande, avee
lequel ils rétournerent moüiller en
leurs Poftes au Jufjan , qui nous
obligea d'en faire autant. Lors
qu'il fut paffé , nous relevafmes
pour étaler la marée , les vents
eftant toûjours au Nord Nord-
Eft , & nous moüillames par les
27. braſſes.
252 MERCURE
La nuit du 4. au `s .fe passa
avec beaucoup d'orages & de
pluye. Nous levafmes l'ancre ',
& le vent ayant prefque fair
tout le tour de la Boussole ,fe mit
au Sud Sud- Oueft: Comme il nous
eftoit favorable pour joindre les
Ennemis , toute l'Armée arriva
vent arriere ; mais celle des En
nemis ne jugeant pas à propos de
nous attendre à l'ancre , vint
la voile , e tirant le plus prés
du vent , ils furent fi heureux
que le vent fe rangea en moins
d'une heure au Sud & Sud Eft',
ce qui nous obligea auſſi de reteair
le vent pour nous le confarver
GALANT. 253
favorable ; mais le vent s'eftant.
encore tiré vers l'Eft , & enfuite
à l'Eft-Nord Eft , les Ennemis.
le gagnerent fur nous, & euffent.
pú arriver fur noftre Armée qui
n'eftoit point en ordre de bataille ,
fi la moitié de leur corps de bataille
, & leur Arriere-garde ,
euffent pù doubler un banc qui
eft à trois lieuës au large , ce qu'-
elles ne purentfaire quefur le déclin
du jour. Pour nous , nous fumes
occupez tout le reste du jour
à nous mettre en bataille Cin
l'Avant-garde que reprit M le
Comte d'Eftrées , difputa le vent
aux Ennemis , qui ne jugerent
254 MERCURE
pas à propos d'attaquer.
Le lendemain s . à deux heures
aprés minuit, l'une l'autre Armée
appareilla en bon ordre de
batailler les Ennemis ayant toûjours
le vent fur nous . Ainfi nous
ne doutions point qu'ils ne vinf
fent nous attaquer. Ils en firent
toutes les fans, fe laiffant infenfiblement
tomber fur noftre
Armée , dont ayant reconnu les
forces le deffein que nous avions
de leur gagner le vent , ils
femirent à le retenir autant qu'ils
purent , & fur le haut du jour ,
nous reconnusmes par leurs manoeuvres
qu'ils n'avoient nul defGALANT.
255
fein de rous combatre . Le calme
nous ayant pris , les deux Flotes
moüillerent à la venë l'une de
Fautre . Par la découverte que
Jean Bart fit alors de l'Armée des
Ennemis elle n'eftoit encore
compofee que de cinquante -Sept
Vaiffeaux de guerre , tant gros
que petits , & de trente autres
petits Baftimens , Fregates &
Bralots, Nous leurfommes fans
doute encore fuperieurs en forces ,
puis que nous avonsfoixante &
dix gros Vailleaux , & que le
Solide & Indien viennent de
joindre l'Armée Ce qui nous pa
roift , eft que les Anglois Hol256
MERCURE '
landois fe ménagent l'avantage
du vent qu'ils ont eu jusqu'à
preſent favorable , pour attendre
encore un nouveau fecours qui
les doit joindre à la fin de ce
mois , venant de Hollande , on
fi les vens changent , ils s'enferviront
pour fe retirer. Le 7. les
deux Armées appareillerent au
flot.
M deTourville vient de re
cevoir un paquet de la Cour , par
lequel M. de Seignelay luyfait
part de l'heureuse nouvelle de la
Victoire
que
remportée
fur
les
Alliez
. Nous
nous
preparons
à la faire
fçavoir
l'Armée du Roya
GALANT 257
aux Ennemis par plufieursfalves
en executant un ordre
de Sa Majesté fort précis de
joindre de combattre les Ennemis
le plus promptement
que
faire fe pourra , ce qui n'a pas
eftéjufqu'icy à noftre difpofition,
estant vray que fi le vent nous
euft eftéfavorable fix heures feu
lement le 4. de ce mois , les
Ennemis eftoient battus , & le
Roy vainqueur parMer & par
Terres
Le 8. nous levafmes l'ancre
fur les neufheures , eftant à l'Eft
Nord-Eft , & portafmes le plus
prés le Cap au Nord. Sur les onze:
Juillet 1690 . Y
258 MERCURE
beures nous revirâmes
de bord,
courufmes le Sud-Eft , cofte de
Normandie
, Pays de Caux &
à une heure aprés midy nous
moüillafmes
par les 27. braffes ,
beau fond. Aprés avoir étalé la
marée , le Fuffan pafſſé à buit
beures nous relevafmes
derechefavec
le mefme air de vent
pour profiter de la marée , & à
une heure aprés minuit nous
moüillafmes
par les 30. braffes ,
ayantfait quatre lieuës & demie
par eftime. Nous entendifmes
&
vifmes fur les onze heures dufoir
le feu des coups de l'amour des
fignaux des Anglais.
GALANT. 259
Le
9. nous relevafmes à lafin
du Fuffan , les vents eftant an
Nord 4. de Nord -Eft . Nos Gardes
avancées firent fignal de l'Armée
ennemie par quelques coups
de Canon , & hiffant un Pavil
lon rouge autant
autant
de fois qu'ils
comptoient
de Vaiffeaux
, ils nous
enfirent paroiftre
foixante
de ligne
qui avoient
la bordée fur nos
terres. Noftre Armée ayant relevé,
le General
fit fignal de revirer
tous enfemble
par un Pavillon
bleu au grand
Maft
, ce que
chaque
Vaiffean
executa
, &
toute l'Armée
porta au plus prés
du vent au Nord - Oüeft
4.
Y ij.
60 MERCURE
d'Ouest enfin fit fignal d'ordre
de bataille par unpetit Pavellon
blanc à la vergue d'Artimon,
un autre pour prendre chacun
fon pofte par un autre Pavillon
rayé rouge blanc à la vergue
defougue. A la fin de la marée
nous moüillâm's par trenté braſſes .
aprés avoir fait cinq lieuës . Les
Ennemis ne faifoient point d'autre
manoeuvre, toûjours moüiller
relever à noftre veuë', éloignez
de nous de trois lieuës an
plus. Nous relevafmes à la marée
du foir , &eux pareillement :
pour l'étaler le vent eftini Nord-
•Nord- Oneft affezfavorable pour
CALANT. 261
nous. Nous relevafmes à celle de
la nuit & les Ennemis firent de
mefme , le vent eftant Nord 4.
de Nord- Eft.
Le 10. entre l'Ile de With
le Cap de Ferlay, dés la pointe du
jour, nous découvrifmes que l'Ar--
mée ennemie rangée en bataille
venoit fur nous vent arriere à la
faveur d'un vent de Nord- Nord-
Eft , & du Juffan qui les portoit
fur nous. Un tel ordre nous fit
reconnoiftre qu'ils s'eftoient refous
enfin pour leur honneur à
nous venir combattre , ayant juſ
que-là toujours fuy devant nous..
Nous nous preparafmes à les bien
262 MERCURE
recevoir , & mifmes en ordre de
bataille.L'Arriere
- garde que com
mande M de Chasteaurenaud
Je trouvant au vent de l'Armée ,
fit l'Avant garde , & M le
Comte d'Eftréesfous le vent fit
l'Arriere-garde. En moins d'une
heure & demie nous fufmes rangez
fur une ligne.
L'Armée ennemie eftoit compofée
defoixante gros Vaiffeaux de
guerre. Elle fe divifa en deux
&fembloit d'abord n'en vouloir
qu'à l'Avant-garde & Arrieregarde
,› mais l'une & l'autre ligne
s'eftant étendue , elles firentfront
à toute noftre Armée , & arrive.
GALANT. 263
;
rent fur elle en cette difpofuion.
LesHollandois que commandoit le
General Evertzen , avoient l'A
vant-garde les Anglois commandez
par Herbert avoient
l'Arriere-garde , & leur corps de
Bataille eftoit compofe de l'une
& de l'autre , commandée par
le Vice- Amiral Hollandois . Il
nous parut que le deffein des Ennemis
eftoit de faire les derniers
efforts pour faire plier noftre Avant-
garde & notre Arrieregarde
, puis que la principale
force de leurs Vaiffeaux eftoit oppofée
à l'une à l'autre ,
les Generaux Anglois & Holque
264 MERCURE
*
landois ,fe devoient joindre enfuite
pour mettre en déroute noftre
Corps de Bataille.
en-
Los Armées eftant ainfi dif
pofées , commencerent à combattre
fur les neufheures du matin.
L'Amiral Hollandois tira le premier
, & fit fignal à l'Avantgarde.
L'Amiral Herbert en fit
autant à l'Arriere-garde ,
fuite le Vice-Amiral Hollandois
au Corps de Bataille . Toute leur
Armée fit feu , & la noftre n'y
répondit que lors que nous vifmes
qu'il n'y avoitpoint d'efperance
de fe battre de plus près puis
qu'ils étoient les maiftres du Combar
:
GALANT 265
bat & du vent qu'ils avoient
fur nous. Apres avoir combatte
deux heures , nous reconnusmes par
le foin que l'Amiral Herbertprenoit
de tenir le vent , que la honte
feule defe voir poursuivy par les
François eftant joint aux Hollandois
, l'avoit engagé à nous
livrer une efpece de combat pour
mettre à couvert de ce reproche,
dire qu'il avoit combatu ,
Se retiver , puis qu'il ne s'attacha
qu'à l'endroit le plus forble
de noftre ligne où eftoit la
fonction de l'Avant - garde
du Corps de Bataille ; il y trou
va neanmoins tant de vigueur ,
Juillet 1690.
Ye
Z
266 MERCURE
en
foutenue par M d'Amfreville
les Capitaines qui formoient
cette Eſcadre , qu'illes heurta inmilement
, & n'ofa mesme , bien.
qu'il cuſt un Vaiẞeau de cent
dix pieces de Canon , prefter le
colet au Magnifique de quatrewingt
pieces que commandoit
M² d' Amfreville , & ne s'atiacha
qu'aux plus foibles , dons
neanmoins il ne put faire plier
aucun , ayant trouvé tant de
refiftance dans Saint Pierre , Sepville
& Bellefontaine qu'il jugeoit
les plus foibles , qu'il évita
de fe joindre au Contre- Amiral
Hollandois , qui avec trois Vaiffeaux
fort gros combattoit A4 de
GALANT 267
il
Tourville & fes deux Matelots,
Coëilogon & la Porte.
• Herbert nous envoya un Vaif
feau de foixante pieces de Canon
par noftre travers qui n'y refta
pas une heure. Nous le démataf
mes de fon grand hunier ,
fe fit remorquer au vent par fes
Chaloupes , craignant de demeuret
ſous noftre feu , & celuy du
Marquis commandé par M de
Chasteau- Morand , qui n'avoit
point d'occupation, parce qu'Her
bert ne venoit point remplir ce
vuide qui estoit entre luy & le
Contre- Amiral Hollandois . Il en
fir les façons , ce qui nous fit ceffer
Zij Z ij
268 MERCURE
Le feu de noftre Vaiffeau pour
rendre nos gens plus frais à le recevoirs
mais il en perdit le def
fein lors qu'il vit que le Vaiffeau
qu'il venoit de nous envoyer
, avoit efté fi bien receu ,
& que nous eftions encore trois
Vaiffeaux qui avoient peu combattu
, qui s'eftoient avan
cez hors la ligne pour le recevoirs
fi bien que luy & fe deux gros
Matelots qui eftoient de quatrevingt
- dixpieces abandonnerent
lachement le Contre - Amiral
Hollandois qu'ils auroient pu facilement
fecourir. Le reste de fa
Division ne fit pas mieux contre
GALANT. 269
e
le
celle de M le Comte d'Eftrées ,
hors leur Vice Amiral qui ayant
plus d'honneur , luy avoit prefté
le costé , mais qui fe retira bientoft
de deffous fon feu.
Je puis vous affeurer que
refte de leurs Vaiffeaux n'oferent
s'approcher des noftres jusqu'à la
Moufqueterie ; la refiftance qu
ils trouverent dans cette Ar
tiere-garde leur fit embraffer a
vec joye le party de leur Amiral
, qui ayant combattu deux
heures plus qu'il ne pretendoit
n'ayant gagne que des coups
par la quantité qu'on en avoit
tiré , la Mer s'eftant calmée , fe
Z iij
270 MERCURE
fit remorquer les fiens de tonres
leurs Chaloupes , pour ſe retirer
de noftre feu qui commençoit
les incommoder furieufement.
Quant à l Avant- garde,ilfaut
rendre cette justice aux Hollandois
, ils ont fait tout ce qu'on
peut attendre de braves gens ,
fans vouloir neanmoins s'expofer
à mostre Mauſqueterie. Ils ont
tous en general & en particulier
rendu un fort beau Combat , de
Canon feulement. Ils ont lieu
auffi de fe louer de la bonne maniere
dont ils ont efté receus , &
de la vigueur qu'ils ont trouvée.
dans la Divifion en general ,
GALANT 271
dans les Efcadres en particuliers
dont pas une , ainſi qu'aucun
Vaiffeau , ne s'est éloignée de fon
Chef , quelques efforts qu'ils
ayent fait pour les faire plier
comme ils fe l'estoient propoſé 3
ce que ne voyant plus lieu de
faire , ils étendirent leurs lignes
vinrent fe joindre , & forme
rent unfromt oppoſeà noſtre Corpo
de Bataille pour fecourir te
Vice Amiral. Ils trouverent
dans la premiere Escadre du
Corps de Bataille que commandoit
M de Nemond , autant de
refifiance de vigueur aumoins
que dans l'Avant- garde , dy ils
Z iiij
272 MERCURE
furent obligez , comme Herbert,
de fe retirer , fe trouvant déja
tres-maltraitez aprés neanmoins
que leur Vice- Amiral , fes deux
Matelots & quelques autres
Vaiffeaux fe furent battus juf
qu'à la derniere extremité contre
M de Tourville , qui les rafa
comme despontons les cribla de
coups , enforte qu'ils furent obligez
d'en abandonner cing , qui
feroient infailliblement tombez
entre nos mains , files Galeres
nous euffent joints pour les remor
quer dans un calme qui nous prit,
Les Anglois Hollandois
ayant envoyé aßez de Chalou.
GALANT 273
4
pes pour les retirer de deffous
noftre feu , dont quelques - unes fu
rent coulées à fond , ils firent une
retraite fort honorable à la veuë
de nostre Armée , & ne nous
laifferent qu'un feul Vaiffeau
Hollandois de foixante & dix
pieces de Canon dont nous nous
emparafmes. Ils donnerent la remorque
aux autres , juſqu'à
qu'ilsfuffent retirez au milieu de
leur Armée.
Il est certain que le dommage
qu'ils ont receu dans cette action
est tres confiderable , comme nous
le reconnoiſſons de jour à autre.
Plus de dix de leurs Vaiffeaux
274 MERCURE
ont esté demastez , & plus de
fix des plus gros de Hollande mis
hors d'estat depouvoir encore fervir.
Ils feroient tous tombez entre
nos mains ,file vent de Sud qui
commença fur la fin du Combat ,
cust continué affez de temps pour
les pouvoir joindre , car nous les
envelopions entre noftre Corps de
Bataille & noftre Avant- garde,
aucun ne feroit échapé..
Le dommage que nous y a-
Vons receu eft de peu de confequence
, en égard à l'avantage
du vent qu'ils avoient fur nous..
Le Faißeau le Terrible , que commande
M² Pannetié , eft celuý
GALANT. 275
qui en a le plus fouffert par une
bombe qui est tombéefurfa poupe,
qui l'a rafee & reduite en Fregate
, & mis cent hommes de
Lon équipage hors de Combat. Le
Serieux le Tonnant , le Moderé,
l'Illuftre,font ceux qui ont
efté les plus maltraitez dans leurs
Equipages ca pour les Mats
les Corps de Batimens , les
Ennemis ont eu le chagrin de
n'en voir aucun à la kande la kande pour
fe raccommoder ny aucun Mats
venir à bas.
Foubliois de vous dire qu'a
prés une beure de Combat , un
brave d'Angleterre › voulut ten276
MERCURE
ter de bruler un de nos Vaiffeaux,
mais ilfe brula luy-mefme à notre
veuë d'un coup de Canon des
nofires qui y mit le feu. Le Vice-
Amiral Rouge , Anglois , estant
venu au fecours des Hollandois
qui fe battaient contre notre Corps
de Bataille , n'eut pas demeure
une heure par le travers de M
de Nemond, qu'il le fit haller ,
abandonnafes Camarades.
en
Les Ennemis à la verité n'étoient
pas ft forts que nous e
nombre de Vaiffeaux , mais ils
en avoient ſoixante gros , entre
Lefquels on n'a trouvé qu'une
Fregate de 40. pieces de Canon
GALANT
277
Cela joint avec l'avantage qu'ils
avoient fur nous , nous les rendoit
du moins égaux puis que du
nombre des noftres , nous en avions
tiré huit hors de ligne , fur
tout ceux qui estoient au deffous
de 40. pieces de Canon . Ainfi
noftre ligne n'efloit compofée que
de 65. gros Vaiffeaux.
Le Combat finy, chacunfongea
à reparer les dommages qu'il avoitfoufferts
.Noftre Armée ayant
reparé les fiens , & les vents s'étant
déclarez la nuit du 10. au 11.
au Nord- Nord Eft , nous recommençafmes
à étaler les Marées
& à poursuivre. Le rr . les En278
MERCURE
nemis nous parurent en grand
defordre
que les Anglois ne peuvent cacher
qu'ils ont entierement abandonné
les Hollandois dans cette
affaire , dont ceux - cy ont porté
toute la perte ; & fans offenfer
lAmiral Herbert , on peut dire
qu'il eft indigne d'un pareil Commandement
. Le mefme jour 11.
nous reconnufmes de plus en plus
leur perte , & pour n'avoir rien
qui nous empefchast de les pourfuivre
, de profiter de nostre
avantage,nous brulafmes le Vaiffeau
Hollandois que nous avions
pris , aprés en avoir tiré tout ce
mefintelligence , puis
GALANT. 279
qui nous estoit utile . Nous remar
quafmes
que
les Ennemis en faifoient
remorquer cinq par leurs
meilleurs Voiliers tout demátez,
se qui fit que M de Tourville
ne perdit pas un moment à les
pourfuivre , jugeant qu'il les en
gageroit à un fecond Combat , ou
qu'il les obligeroit pourfe fauver
d'abandonner les cing Vaiffeaux
endommagez, Auffi prirent- ils ce
dernier party comme le plusfour
pour eux , car la nuit du 11. au
les vents leur estant toujours
contraires pour fuir.comme il nous
l'estoit pour les poursuivre , ils
brulerent leVice- Amiral Hollan-
12.10s
280 MERCURE
dois de so .pieces de Canon , dont le
feu nous fervit d'un feu de joye
pendant tout le quart
de la nuit ,
jusqu'à ce que que le feu ayant gagnéles
poudres , il fauta en l'air
avec un bruit effroyable. Le
grand nombre de coups de Canon
que nous entendifmes pendant que
ce Vaiffeau bruloit , nous fit conjecturer
qu'ils en couloient bas
encore quelques autres , qu'ils
defefperoient de pouvoirfauver.
Le rz . les vents estant à l'Eft-
Nord- Eft toujours contraires
nous reconnusmes qu'ils en
voient remafté deux des Mats
de Mifene pour lespouvoirfanGALANT
281
ver en leur faifant faire vent
arriere le long des coftes d'Angleterre
du costé d'Attingue . C'eftoit
le Matelot duVice- Amiral Hol
landois , un autre Vaiffeau
Anglois , croyant que la Terre les
mangeant ils s'êchaperoient à
nostre veuë on
que
du moins
44+
s'ils estoient découverts , ils pour
roient les faire échouer , & en titer-
le Ganon , l'un estant de
pieces , & l'autre de foixante
mais M de Tourville continuant
fa chaffe , détacha un Vaiſſeau
de chaque Divifion & quelques
Brulots pour les obferver & les
garder.
Juillet 1690.
A a
282 MERCURE
Le 13. les vents s'estant beaucoup
rafraichis à l'Est-Nord- Ift,
les Ennemis & nous , étalames les
Marées reciproquement
, mais
eux pour n'avoir rien qui les
empefchast de fuir , fe deffirent
encore d'un de leurs Vaiſſeaux
que nous vifmes fauter en l'air
fur les 11. heures du matin , &
nous en fifmes autant » pour n'avoir
rien qui nous empefchast deles
poursuivre . On envoya ordre
à nos Vaiffeaux de brûler ceux
qui s'eftoient retirez fur leurs
coftes , dont nous avons déja parle
, ce qui fut execute aprés fort
peu de refiftance de la part de

GALANT. 283
ceux qui estoient dedans , quife
fauverent à terre.
a ར
Ainfi nous comptons premierementfix
de leursplus grands Vaiffeaux
abifmez dont le moindre
eftoit de 6o . pieces deCanon ,deux
de so. deux de 60. un autre
de 66. Voilà l'avantage que nous
a donné le vent contraire , car
fi nous l'avions eu arriere ou largue
pour pourfuture nos Ennemis,
c'eftfans difficulté qu'ils auroient
fauvé ces cinq Vaiffeaux derniers,
dont M de Villette a fait l'expedition
fur ta coste d'Angleterre,
dont ils font affaiblis ; mais
A a ij
284 MERCURE
allegez dans leur fuite d'une maniere
que nous les perdons de
vene.
Le 14 les vents continuerent
de mefme force & au mesme endroit
, ce qui nous fit encore refter
à l'ancre toute cettejournée , qu'il
nous joignit un Convoy party de
Breft le premier de ce mois , efcorté
d'un Vaiffeau de guerre appellé
le Sage , de 60. pieces o de
deux Brulots.
On vientde faire un détachement
de deux Vaiffeaux & de
deux Brulots , pour aller brulex
deux autres Vaiffeaux Ennemis
échouez au Cap de la Rie , qui
GALANT 285
fubiront le mefme fort que les au
tres , abandonnez de leurs Equipages.
Il vient encore de nous
joindre un autre Convoy du
Havre de Grace de rafraichiffemens
pour les Capitaines
~les Malades & Bleffez de l'Armée
, eſcorté d'un Vaiffeau de
44. pieces de Canon .
pour
Le temps s'eft éclaircy , & les
Sentinelles ont découvert quatre
Vaiffeaux ennemis à la cofte, Je
viens d'apprendre au jufte la perte
que les Ennemis ont faite . Premierement
nous·leur avons brulé
un Vaileau le lendemain du
Combat de 60. pieces de Canon.
286 MERCURE
La nuit du 11. au 12. ils en bru
lerent un autre de 70. pieces ,
Matelot de leurVice- Amiral Le
13. deux de leur Vaiffeaux s'étant
arreflez à la cofte , & fe
voyant poursuivis des noftres ,
> brulerent les Equipages , y
ayant mis le feu avant que de
les abandonner. Ils eftoient de 60.
à 66. pieces. Les cinq pourfuivis
par M de Villette , deux brulez
trois coulez a fond , cinq de
leurs Brulots brulez ou coulez à
fond par noftre Canon ; deux autres
Baftimens échouez à la Baye
d'Attingue , & un autre à la
pointe de la Rie que Mª d'AmGALANT
287
freville a ordre d'aller bruler. Ils
en ont encore coule bas deux &
brulé un autre car depuis peu on
les a tous comptez diftinctement ,
& on reconnoift que ces derniers
manquent à leur nombre. Ainfi
on peut dire qu'ils ont perdu
14. ou 15-gros Vaiffeaux & s
Brulots.
S
A noftre égard nous n'avons
pas perdu une Chaloupe. Je ne
fsay point encore l'eftat des Blef
fez & Mortsfur nos Vaiffeaux;
mais on m'a affuré qu'il n'y
avoit pas cinq cens & peu d'Officiers
288 MERCURE
Jay trouvé certe Relation fi
belle , & je l'ay veuë dans une
approbation fi generale , que
Jay cru vous en devoir en
voyer une copie , au lieu d'en
compofer une felon ma coûtume
, des meilleures qui me font
tombées entre les mains . Ce
pendant comme il eft impoffi
ble que dans une Bataille la
même perſonne ſe trouve partout
où l'on combat , j'ay encore
tiré beaucoup d'endroits
remarquables de plufieurs autres
Relations pour vous en
faire part . L'une porte ce qui
fuit.
હેડ એન
Ce
GALANT 289
Ce Combat a efté un des plus
chauds dont on ait parlé depuis
long- temps, tant pour les Holland
dois que pour une partie de nos
Vaiffeaux, tous n'ayant pas en
occafion de fe battre également.
Cinq ou fix des Navires de nôtre
tefte qui n'avoient point d'Enne
mis par leurs travers , forcerent
de voilepour gagner le vent de la
tefte des Ennemis , ce qu'ils firent
ayant reviré , ils fe
trouverent au vent , de forte que
s'il n'euft pas manqué tout d'un
coup, & que le calme ne fust
point venu, un peloton de quin-
Ze Vaiffeaux Hollandois n'au
Juillet 1690 .
Bb
290 MERCURE
roit pu fe garantir d'eftre enleve
. Ils foutinrent un combat de
cinq heures, & comme ils étoient
charge par des meilleurs Vaiffeaux
de l'Armée qui estoient
tout frais , & qu'on les envelopoit
dans un croiffant de nos
Navires , qui tous avoient des
Chaloupes pour fe remorquer fur
les Ennemis
, ils n'euffent

éviter d'eftre pris , mais nos Navires
tirant plus d'eau les
que
leurs , & le courant du Fuffan
nous en éloignant fur les cinq
heures du foir , il ne nous fut
pas poffible de les approcher.
Nous eufmes neanmoins l'efpeCALANT.
291
rancefur la fin du combat d'en
aborder un , nous filmes pour
cela toute la manoeuvre que nous
pouvions faire. Comme le premier
Navire ennemi qui nous
refta toute la nuit , démaſta auprés
du noftre , & que M's de
Tourville de Nefmond, &
quelques autres l'ayant fait remorguer
pour couper les Ennemis
, le laifferent comme rendu ,
nos Chaloupes y allerent. Fy
allay auffi avec la noftre ; c'etoit
une chofe qui faifoit compaffion
. De trois cens cinquante
usi
n'en hommes qui eftoient
reftoit pas quatre- vingt , & il
Bb ij
292 MERCURE
n'y avoit pas un pied fur le
Vaiffeau , depuis l'eau jufqu'au
il n'y cuft un coup de
, ou
canon. On n'y voyoit que gens.
Funfur l'autre,morts ou mourans.
Le lendemain nous fuſmes obligez
de le brûler. C'eftoit un
Vaiffeau defoixante buit canons.
On peut dire à l'avantage des
Hollandois qu'ils fe font parfai
tement bien battus ; les Anglois
n'ont pas fait de mefme. Leur
Efcadre bleue qui eft en poffeffion
de faire mieux que les autres
, & qui tomba fur M le
Comte d'Eftrées , nefe battit pas
mat , mais de plus loin que
·les
GALANT 293
Hollandais . Ils ne tinrent pas fi
·long- temps commencerent
a
-plus tard le Combat . On croit
qu'ils ont jetté des bombes. Je
· n'en douse point » ayant entendu
des coups de mortier. Le Terrible
-en croit avoir reccu une für fa
•poupe , qui la luy à toute enlevée
, a cause un fort grand
fracas , Cela n'empefche pas qu'il
ne foit en eftat de combatre en-
• core. C'est une choſe admirable
qu'aucun de nos Vai Beaux n'ait
efté ny dematé ny desemparé . Il y
en aeu quelques -uns d'incommedez
dans leurs Mats , cela ne pou
vant efire autrement. Ily a bien
Bb iij.
294 MERCURE
de la gloire pour M de Seignelay
, d'avoir étably depuis plafieurs
années de fi belles Ecoles
de
Canonniers. Je ne crois pas
que les Ennemis veuillent de
long- temps éprouver la bravoure
de la marine , qu'ils auroientfentie
tout autrement , fi nous avions
eu le vent favorable , & qu'on
euft pú les tenir à la Moufqueterie
. Si l'avantage euft effe pa
reil de ce cofté-là , le Combat
n'auroit pas duré buit groffes
heures comme il a fait. Il eft
plus glorieux pour les armes du
Roy & pour la marine , qu'on
les ait trouve joints , qu'autre-

GALANT.
295
ment. Nous avions peut- eftre
plus de Vaiffeaux à trois ponts
qu'eux , mais en recompenfe
prefque tous leurs Navires
toient de 68. 70 .
&
११
76. canons
je leur ay toujours compté 60.
62.64.5 66. Vaiffeaux de ligne,
ce qu'on ne peut dire au jufte
caufe qu'ils mettent leurs Brulots
en ligne . Non feulement ils
ne pouvoient ignorer nos forces ;
mais ils nous ont creu encore plus
forts que nous n'eftions , par les
liftes qu'il peuvent avoir venës ,
il faut qu'ils ayent jugé le
nombre de leurs Vaiffeaux plus
que fuffifantpour nous mettre en
Bb iiij
296 MERCURE
déroute , puis qu'ils font venus
nous attaquer. Trois jours avant
le combat, M de Tourville avoit
ofté de la ligne ceux des noftres ,
qui n'avoient pas des canons de
dix huit livres de bales ; ainfi il
n'avoit pas plus de 68. Vaiffeaux
en ligne . Les Ennemis ont fait
tout ce qu'ils ont pu pour en faire
plier quelques uns de 54. à56..
canons dans noftre Divifion de
la Cornette bleue, & ils doivent
avoir efté fort furpris de n'avoir
pû en venir à bout.
L'article fuivant eft tiré d'une
Lettre écrite par M le
Comte de Chafteaurenaud .
GALANT 297
.
La nuit du 9. au 10. de Juillet
M le Comte de Tourville m'en
voya quelque ordre , & me fir
dire par l'Aide- Major qu'il eftoit
refolu d'engager leCombat à quel-
•queprix que cefuft, mefme à van
le vent des Ennemis . Il parut enfuite
aux Officiers de mon Bord »
qu'il avoit fait les fignaux de
forcer de voile. Jy répondis des
feuxies du Canon. Je fis forces
avec toute mon Efcadre &
mouillayfur les deux heures aprés
minuit ayant oùy moy- meſme los
fignaux de mouillage que j'attendois.
Quelque temps aprés le
jour paroiffant , je fus furpris de
298 MERCURE
me voir à pareille distance de
M deTourville & des Ennemis,
qui estoient encore fous voile. Ils
avoient le vent , & me voyant
mouillé éloigné avec mon Ef
cadre du refte de l'Armée , cela
leurpur faire croire qu'il leurferoit
facile de profiter de cet avantage.
Auffi ne tarderent-ils pas
d'arriver fur moy. Je ne m'en
embarraẞay pas. Je mis d'abord
fous voile avec toute mon Efcadre
vins regagneren bon
ordre la tefte de la ligne , où je
me mis en pane pour les attendre,
ainfi que fit M de Tourville -
vec le reste de l'Armée. Les EnGALANT.
299
nemis continuerent d'arriver , &
vinrent auffi en bon ordre attaquer
noftre ligne prefque de front
en mefme temps. Les Hollan
dois me tomberent en partage ,
arriverent un peu plus ; & un
peu plutoft que le reste de la li .
gne . Ils firent une faute bien con
fiderable pour des gens du meftier
dont je connus bien d'abord que
je profiterois , mais je les laiffay
engager au combat & lors que
je vis qu'ils alloient commencers
& qu'ils n'avoient pas affez
prolongé leur ligne pour combattre
les Vaiffeaux de la tefte ,
je fis le fignal ordonné , afin que
>
300 MERCURE
la Divifion de M de Villette
fift force de voile pour eftre en
estar de revirer fur les Ennemis
, & les mettre entre deux
feux. Les Ennemis preſque en
mefme temps preſenterent le cofté,
commencerent à tirer à la pe
tite portée du Canon . La Divi
fron de M de Langeron répondit
la premiere,je le fis enfuite quand
je les vis bien engagez
avoit répondu aux fignaux. Le
feu de la tefte des Ennemis ne fut
guere bien étably, que par le tran
vers du Chevalier de Montbron
de M Daligre qui eftoit
mon Matelot de l'Avant. Le
qu'on
GALANT. 301
Fice- Amiral & le Contre- Ami
ral des Ennemis avec deux au
tres Vaiffeaux bienferrez ſe mirent
par mon travers , &par celuy
de l'Ardent commande par
Md'Infreville , & nous fifmes
long- temps fort grand feu de part
& d'autre. Le Pompeux , commandé
par M Daligre , qui fit
toujours fort bienfon de voir dans
toute l'occafion , laiffa tomber fa
Mifene , croyant devoir forcer
de voile. Comme la Divifion de
Mdee
à qui on avoit
fait le fignal , fe trouva un peu
loin de moy , je fus obligé de laif.
fer tomber la mienne pour m'en
sa
302 MERCURE
rapprocher. L'Ardent , mon Matelot
de l'Arriere , futfi mal- traité
, qu'il fut obligé d'arriver à
vaulevent pour ſe raccommoder.
Ce contre-temps m'exposa feul
quelque temps au feu de ces quatre
Vaiffeaux ,furlesquels il fal
lut partager le mien. Je mis dans
ce temps- là le fignal à la Divifion
de M de Villette , ayant
pour cela forcé de voile. Aprés
qu'il eut reviré auffi-bien queM
de Relingue , de Larteloire , de la
Galiffonniere , de Pointy & de
Septeme , je reviray, tout court ,
fans attendre que Mde Ribere ,
Le Comte Defgoulle M de PerGALANT.
303
fin , le Chevalier de Montbron
M Daligre les euffentfuivis.
Je le fis avec beaucoup de peine
à cause du calme , & pour ne
point perdre de temps , j'envoyay
Mr le Chevalierde Beaujeu , qui
voulut bien y aller luy mesme ,
pour avertir les Vaiffeaux qui
n'avoient point reviré , de revi
rer en mefme temps derriere ,
de faire la force de voiles qu'ils
pourroient . Quelques Vaiffeaux
Ennemis paßant par cet inter
valle de la ligne , arriverentfous
le vent pour nous éviter, &fans
le calme , nous euffions fait infailliblementperir
toute cette Ef
&
304 MERCURE
cadre qui fe trouvoit engagée
dans la noftre & dans une partie
de celle de M de Tourville . M
de Perrinet foûtint fort bien , de
mefme que M de Beaujeu , de
la Vigerie , de Sevigny , de Vau
dricourt , & du Rivaux que je
retrouvay avec M. de Langeron
dans une bonne fituation
pour nous affeurer une victoire
plus complette de tous les Hollandois
. Quant aux Anglois i je
ne les vis plus au retour que je
fes du cofté de M de Tourville's
jayfceufeulement que M' Herbert
leur Amiral , n'avoit ofe fe
trouver parfon travers , ny d'au
1
GALANT. 305
cun Vaiffeau confiderable ; & avoit
preferé defe trouver par celuy
du Comte , du Cheval- marin,
du Moderé.
On a écrit à Bord du So-
Teil- Royal , commandé par
M' de Tourville , Vice- amiral
, qu'il a fi fort maltraité
fept ou huit gros Vaiffeaux
de guerre qui le font trouvez
par fon travers , qu'ils
ont efté tous tres - incommodez
; que les Hollandois fe
font battus en braves gens ,
ayant foûtenu le combat depuis
neuf heures qu'il commença
, jufqu'à cinq heures
Juillet 1690.
Cc .
306 MERCURE
du foir; que les Anglois ne
l'ont foutenu que trois heures,
aprés quoy ils ont tenu le
vent, l'Amiral Herbert ayant
le premier lâché le pied ;
qu'il n'y a pas un Vaiffeau,
fur tout ceux des Hollandois ,
qui n'ait efté criblé , démâté,
You defagréé que les deux
tiers de leurs équipages font
tuez , bleffez , ou hors de
combat ; que
; que la terreur des
François eft tres- forte parmy
cux; & qu'il n'y a eu aucun
Officier tué ny bleffé dans le
Vice- Amiral , mais feulement
un Garde -Marine , cinq Sol-
"
&
GALANT 307
dats ou Matelots , & dix-huit
bleffez.
L'Armée des Ennemis eftoit
au vent rangée fur une même
ligne , les Vaiffeaux éloignez
feulement d'un demy
cable les uns des autres. Les
Hollandois avoient l'Avantgarde,
Herbert , l'Amiral
rouge , faifoit le Corps de
bataille & l'Amiral blou
d'Angleterre faifoit l'Arrieregarde
. Tous les Vaiffeaux de
ces trois Divifions eftoient
beaucoup plus forts que les
noftres ; y en ayant plus de
douze de cent pieces de Ca-
Ccij
308 MERCURE
non, & les autres à propor
tion . Au vent de cette ligne
eftoient leurs Brulots & -lesautres
Baftimens qui faifoient
entr'eux une ligne , ce qui
montoit à cent douze voiles.
Les Hollandois ayant com.
mencé le combat , les Anglois
qui fe tinrent longtemps au
vent pour éviter de romber
furnos Vaiffeaux qui faifoient :
un feu incroyable , fe crurent
enfin obligez de faire figure..
arriverent un peus & tirerent
leur bordée à deux grandes
portées de Canon , pour
donner courage aux Hollan-
Ils

·
GALANT 309
dois , en leur faifant croise
qu'ils fe battoient vigoureufement.
Herbert qui avoit à
combattre noftre Arrieregarde
au lieu de chercher
noftre Amiral , ce qu'il devoit
faire ayant un Vaiffeau, de
cent pieces de Ganon , alla
acraquer un petir Vaiſſeau de
quarante pieces, qui luy préra
le cofté , & l'obligea de fe
retirer. Sa peur fut li grande,
qu'il fit mettre un autre Vaiffeau
devant luy, pour empêcher
que cette Fregate ne le
brûlaft ou ne le coulaft à
fond . Quelques Vaiffeaux de
310 MERCURE
la Divifion qui vouloiene
fauver l'honneur de leur Pa-.
trie, s'approcherent affez prés
pour fe faire dêmâter. L'Amiral
bleu fit le brave en attaquant
M le Comte d'Ef
trées , qui l'obligea bien- toft
de fe retirer. Les autres tarderent
peu à le fuivre. Quand
ils furent un peu éloignez, ils
continuerent quelque temps
à tirer hors la portée du Canon.
M' d'Amfreville voyanc
paffer Herbert par fon travers
, quitta fa ligne pour luy
faire un défi , mais il ne l'accepta
pas, Toutes les Rela
GALANT. FL
ZAL
de
tions
s'accordent à marquer
peu de courage qu'il a fait
paroiftre en ce combat . Il y
en a une qui porte que luy
& fes deux Navires Matelots
fe font contentez de jetter
leur feu pendant trois heures
contre l'Apollon & le S. Michel
, commandez par M's
Bidaut & Villars , mais avec
fort peu d'effer , puis qu'il n'y
a cu que trois hommes de
tuez & deux de bleffez dans
l'Apollon . M'l'Intendant témoigna
beaucoup de coeur ,
& donna de tres-utiles confeils,
Quoy que ce combat ait
212 MERCURE
duré huit heures , nous n'y
avons pas feulement perdu
une Chaloupe , hi
La nuit du 14. les Ennemis
furent obligez d'échouer
deux de leurs Vaiffeaux , &
d'y mettre le feu . Le Vice-
Amiral de Hollande en eftoit
un. Le 15 nos Vaiffeaux firenc
auffi échouer le Vice Amiral
rouge d'Angleterre avec un
"
autre. Comme ils virent ve
nir deux Brulots , ils arborerent
Pavillon Hollandois . Ils
firent cette manoeuvre , afin
d'empêcher de croire que ce
fuffent des Anglois. M² de la
Roque
GALANT. 313
Roque Serrin fit encore échoüer
un Vaiffeau de foixante
pieces de Canon . Le 16.
au matin une de nos Chaloupes
amena à bord de l'Amiral
deux Priſonniers , qui affures
rent que l'Armée ennemie
cftoit aux Dunes , fort maltraitée
, & qu'il y avoit une
fi grande confternation
parmy
les Peuples , que la plufpart
avoient déferté , apprehendant
une defcente .
On a parlé d'un Vaiſſeau
pris aux Hollandois , qui eftoit
de 68. pieces de Canon , que
nous avons brulé . Ce Vaiffeau
Fuillet 1690 .
Dd
314 MERCUKE
qui s'appelloit le Friſland › avoit
cfté entierement defemparé
par Mole Marquis de
Nefmond qui commande le
Souverain, & par M ' de Sainte
Maure, fon Matelot , qui commande
l'Arc - en- ciel. M' de
Nefmond envoya M'de Pontac
, Capitaine de Vaiffeau , à
bord du Hollandois pour le
faire rendre , à quoy le Capitaine
répondit qu'il ne fe rendroit
jamais, ce qui l'obligea
de fe retirer. Sur ce refus ,M'de
Sainte Maure fit tirer encore
quelques volées de Canon
pour achever de ruiner ce
GALANT. 315
Vaiffeau , & enfuire il envoya
M Daire, Capitaine en fecond
fur fon bord fommer
de nouveau le Capitaine Hol
landois de fe rendre , M' Daire
en eut la meſme réponſe qu'il
avoit déja faite à M' de Pontac
; mais cela n'empefcha pas
qu'il n'allaſt toûjours à luy ,
quoy que le Hollandois luy
criaft de n'approcher pas. Il
monta for le Vaiffeau , où il
avoit encore 80. hommes
d'équipage en eftat de combattre,
& il le fit avec tant
d'intrepidité & de courage ,
qu'il s'en rendit maiftre , aprés
Dd ij
316 MERCURE
avoir defarmé le Capitaine
qu'il mit dans fon canot pour
lecomitat
l'Arc- en - ciel.
Quelque- temps aprés , il cuc
ordre de M le Comte de
Tourville qui ne vouloit
rien épargner pour ruiner entierement
les Ennemis , de
couler ce Vaiffeau à fond , &
voyant qu'il ne s'empliffoit
pas affez vifte, il y mit le feu en
bindonnant
. Le Capitaine
Hollandois fut conduit fur le
bord de M ' le Marquis de Némond,
par M de Pontac , qui
alla le prendre fur l'Arc- encic'
Peu de jours auparavant
,
GALANT. 317
lors que l'Armée du Roy côtoyoit
l'Angleterre, M ' Daire
ayant apperceu quelques Pefcheurs
& des équipages de plu
feurs Bateaux , s'eftoit embar
qué dans une Chaloupe , &
avoit couru deffus . Ces Pefcheurs
s'eftant fauvez à terre ,
il les y pourſuivit , les fit prifonniers
, & les mena fur fon
bord , ce qui avoit commencé
à mettre l'alarme dans la côte.
On raconte un fait particulier
de M' Panetić, Matelot
de M' de Tourville . Dans le
temps que le feu eftoit à fon
Vaiffeau , où il fut mis par une
Ddij
318 MERCURE
Bombe jettée , M de Tourville
luy envoya dire qu'il cuft
à fe retirer. Mr Panctié le fit
prier de permettre qu'il demeuraft
, parce que le mouvement
qu'il feroit pourroit
eftre prejudiciable à toute
l'Armée , & demanda feulement
qu'on luy envoyaft du
monde pour éteindre le feu ,
ce qui fut executé .
4
Le Vailleau de Mr le Che
valier de Feuquieres a com-
Battu un Vaiffeau Anglois de
90 pieces de Canon qui le devoit
écrafer , eftant fort fuperieur
au fien. Cependant il
GALANT. 319
tira fi mal , qu'il ne luy fit
prefque que des ricochets . M
de Mazancour fon Coufin ,
Lieutenant fur fon Vailleau ,
eut la machoire caffée en
deux endroits , auffi bien que
la clavicule de l'épaule . Cette
Victoire qui rend le Roy
Maiftre de la Mer , nous coûte
fort peu de monde . On affeure
que le nombre des tuez ,
tant Gardes , que Matelots &
Soldats ne va pas à quatre
cens , & que celuy des Blef
fez n'eft que de huit cens .
Quant aux Officiers nous
n'avons perdu que M. le Che
Dd iiij
320 MERCURE
valier de Clermont , Capitaine
de Galere , embarqué fur le
Pompeux , & Mrs les Chevafiers
Julliart , de Rothelin &
de Cerfeaux , Enfeignes de ,
Vaiffeaux . M de l'Ifle , Lieurenant
des Gardes de la Marine
, a eu un bras emporté.
Mr de Belleville, Aide- Major,
a efté bleffé d'un éclat à la
tefte , & Mrs de Lauriere & de
Cogolin , l'un Lieutenant de
Galiote , & l'autre Enfeigne
de Vaiffeau , ont eu chacun
une jambe emportée .
t
Il court une Lifte de l'état
de l'Armée Navale imprimée
GALANT 321
& fi défigurée , qu'à peine y
cut on reconnoiftre douze
aoms . Cela m'oblige à vous
en envoyer une tres- correcte ,
avec les noms des Brulots &
de ceux qui les commandent.
Le 29. du mois paffé , un
Armateur de Marſeille prit
devant Tetouan un Vaiffeau
Anglois de 20. pieces de Canon
, chargé de riches marchandifes.
Cet Armateur avoit
efté obligé le 27. du mefme
mois d'y venir moüiller , à
cauſe du vent contraire qui
l'avoit empefché de paffer le
Détroit & de la nouvelle qu'il
322 MERCURE
eut que fur l'autre cofté du
Détroit il y avoit 22. Vaif
feaux ou Anglois ou Hollandois
; ceux mefmes
qui avoient
laiffé paffer M³ de Châ
teaurenaud
. Ces deux raifons
le firent demeurer
deux jours
dans cette Rade , aprés quoy
il vit venir vers luy un Vaiffeau
, qui le trouvant
à l'ancre
croyoit qu'il en auroit bon
marché Le Capitaine
du Vaiffeau
François
fe laiffa appro
cher fans faire femblant
de
s'èn appercevoir
; mais lors
qu'il eut reconnu
que c'eftoit
un Anglois , & qu'il le vit à
GALANT
323
3
Ja portée de deux boulets de
Canon , il fit couper les cables
, & alla fur luy à pleines
voiles. Aprés avoir tité fa
bordée de Canon & fa Mouf
queterie il l'aborda , & s'en
rendit maistre en moins d'une
heure. La prife eft eftimée:
quatante mille écus.
Depuis ce que je vous ay
déja marqué dans cette Lettre
, qui s'envit pane en Savoye
, onon a cu avis
cu avis que les
Mondovis joints aux Milices
Piémontoifes & à une partie
des Barbets , avoient invefty
Luzerne . Mr de S. Silveftre
324 MERCURE
gea
s'en approcha auffi coſt avec
un détachement , & les oblide
prendre la fuite . Ils
revinrent neanmoins dés qu'il
fe fut retiré , de forte qu'il
fallur y renvoyer M'de Quinfon
avec douze cens hommes
pour les chaffer. M' Barthe ,
Gouverneur de cette Place ,
fit une fortie qui les diffipa
entierement. Le 7.de ce mois,
M Catinat avant fcen que
les Troupes de M le Duc
de Savoye s'eltoient retirées
du cofté de Montcallier , vint
camper à Brillane , à trois
lieues de Carignan. A peine
GALANT. 325
y fur on pofté que quelques
Dragons Ennemis , conduits
par des Payfans armez, parurent.
M' le Marquis de Feuquieres
, Maréchal de Camp
de jour , s'avança avec des
Dragons , & quelque Cavalerie
, & les fit fuir en defordre
à Carignan. On en fit une
partie prifonniers , du nom .
bre defquels fe trouva un
Gentilhomme de Mouverant
prés de Valences qui les com
mandoit, Il s'eftoit refugié
en Piedmont pour quelque
affaire qui pouvoit avoir des
fuites. On fccut de luy que
326 MERCURE
les Troupes de Mr de Savoye
eftoient en méchant eftat; que
l'Infanterie n'eftoit prefque
compofée que de Milices , &
fa Cavalerie eftoit peu de
que
chofe . Ce Prince envoya propofer
par un Trompette d'é
changer ce Gentilhomme
;
mais M' de Carinat le refufa,
fur ce qu'il eftoit Sujet du
Roy, Le 8. M' de S. Silveftre
eftant de jour , les Ennemis
furent apperceus par nos Gardes
Fourageurs qu'ils vouloient
troubler. Comme la d
nuit ils avoient fait marcher
mille hommes à Carignan,
-
GALANT. 327
où ils s'eftoient
retranchez ,
tant Dragons
qu'Infanterie ,
on pouſſa ſi
vivement ces
Troupes avec nos Grenadiers
& Dragons
qu'on les chaffa
dans leurs
retranchemens )
dont on força de
premier &
le fecond , en forte qu'on les
pric fans peine , & l'on fe
feroit rendu maistre de la
Place fi elle auoit efté bonne
à quelque chofe, quoy que les
Ennemis qui
croyoient qu'on
le vouloit faire , fiffent fans
ceffe
marcher des
Troupes , &
y.vinffent avec touteleur Armée
; mais cette Place auroit
328 MERCURE
efté emportée avant que ceux
que l'on envoyoit pour la
défendre fuffent arrivez. Cela
eftant fait , on continua de
fourager à leur veuë . Cette
occafion leur couta cent cinqnante
hommes & deux Officiers
, & nous cûmes feule .
ment cinq ou fix Soldats tuez
& quelques bleffez , M³ Servon
, Brigadier , eut une contufion
peu dangereuſe . M' le
Chevalier Doffillon
une autre
legere au bras , & M. de Mon,
tignac une à la cuiffe . Cedernier
commandoit les Grenadiers
, & alla à leur tefte dans
CALANT. 329
les deux retranchemens.qu'on
ne leur prit qu'afin de leur
faire voir avec combien de
vigueur nous pouffons nos
entreprifes. Depuis ce temps
les Ennemis n'ont ofé efcat,
moucher , & quoy que nous
foyons fort prés de Carignan
où ils font campez, nos Partis
ne fe trouvent point . On a
bruflé prés d'eux fur le bord
du Pô un affez bon Chafteau,
défendu par cinquante Payfans
qui furent tous tucz
Cette execution fut faite par
le Regiment de Catinat . Il fe
paffa une autre affaire du côté
Juillet 1690 .
Ee
330 MERCURE
de Luzerne , & elle dura depuis
fx heures du matin jufqu'à
fept heures du foir,
Comme cette Ville eft au
pied d'une colline , toute
chargée d'un grand Bois qui
regne jufqu'à la Redoute , ce
qui donnoit lieu aux Ennemis
d'en traverser la communication
par les embuscades ,
M de Quinfon qui commande
le Camp de S. Jean , & qui
eftoir employé à foutenir les
Travailleurs
ocupez à reparer
les fortifications de la Place,
& à la mettre hors d'infulte ,
prit la refolution de faire.
GALANT.
331
abattre nne partie de ce bois,
d'autant plus qu'il avoit be
foin d'un grand nombre de
paliffades. Ainfi il marcha do
grand matin aux Ennemis
qui s'y estoient retranchez ,
auffi bien que dans un Village
à cofté , nommé Lulco
nere , & dans des Caffines au
deffous. Ceux qui eftoient
dans le Bois ne tinrent point,
mais on fut contraint de forcer
les autres qui occupoient
Je Village & les Caffines . On
en vint à bout ; le Village
fut bruflé , & l'on retourna aŬ§
travail du bois , pendant le
1
Ecij
332 MERCURE
#
quel il fe fit un beau feu juf
qu'à fept heures du foir , que
nos Travailleurs fe retirant,les
Ennemis defcendirent en plus
grand nombre pour les charger
& les écarter , mais ils
avoient à faire à de vieux Officiers
qui les firent tomber
dans une embuscade où il y
en eut un grand nombre de
Euez . Les Barbets & les Milie
ces de Mondovi s'approcherent
auffi de Luzerne pour
inquieter nos Travailleurs ,
mais ils furent repouffez avec
vigueur , & contraints de fe
fauver dans les Rochers.. On
GALANT. 331
Leut vit emporter un grand
nombre de bleffez , & trente
d'entr'eux demeurerent fur la
place. La Garnifon qui n'eft
compofée que de Milices fit
tout ce qu'on cuft pu attendre
des meilleures Troupes
reglées. M' de Pondins s'y
diftingua. M de Catinat a
toujours fon Camp auprés de
Brillane . La nouvelle de la
Bataille gagnée par M ' de Luxembourg
n'y eut pas plutoft
efté receuë , qu'on y fit trois
décharges du Canon & de la
Moufqueterie. Ce qu'il y cut
de particulier , c'eft que dans
IN
334 MERCURE
FArmée de Savoye , le Canon
des Ennemis fe fit entendre
un moment avant le noſtre ,
mais fans Moufqueterie . On
ne fceut d'abord à quoy imputer
ces marques de joye ,
mais on apprit peu de temps
aprés que c'eftoit une rufe
Espagnols & des Savoyards
pour dérober à leur Armée
& au Peuple la connoiffance
du gain de cette Bataille , en
leur faifant croire par cetter
téjoüiffance apparente que
les Alliez nous avoient batus.
Les Religionnaires fugitifs ,
qui faute de fubfiftance ont
des
a
GALANT 335
efté contraints d'abandonner
les Vallées , fe font rendus à
Turin en affez grandnombre,,
& pour infulter les Catholi
ques , ils y commettent des
irreverences dont tout le
Peuple eft fort irrité Le 1s
un Party Ennemy de qua
rante Maiftres tomba dans
une embufcade . On fit une
premiere décharge de part &
d'autre , & les Ennemis n'en
attendirent pas une feconde.
Ils prirent la fuite à leur ordinaire
, & le Commandant:
fut fait Prifonnier.
336 MERCURE
Le 23. du mois paffé , Dame
Françoife Talon , Epoufe de Meffire
Thierry Bignon , Confeiller
d'Eftat , & Premier Prefident au
Grand Confeil , mourut icy aprés
une maladie d'onze jours . Elle a
efté extrémement regrettée . non
feulement de fa Famille , mais encore
par tous ceux qui la connoif
foient . Une pieté toute Chreftienne
, & fa charité envers les Pauyres
ne l'avoient pas rendue moins
recommandable que fon efprit &
fes autres belles qualitez .. Je vons
ay déja marqué dans ma Lettre du
mois d'Avril , qu'elle eftoit Seeur
de Meffire Denis Talon, ce celebre
Avocat General , qui remplit cette
Charge depuis fi fong- temps avec
tant de capacité & de reputation ,
& Fille de feu Meffire Omer Talon
GALANT. 337
lon , auffi Avocat General , & de
1 Dame Françoife Doujat . Son hu
milité luy a fait defirer d'eftre inhumée
fans aucune pompe. Elle
a eſté enterrée à Saiut Nicolas du
Chardonneret , dans la Sepulture
de Meffieurs Bignon.
1
[ L'Enigme du mois paffé a efté
expliquée fur la petite Verole , qül
en eftoit le vray fens, par Mrs Armand
Louis Couturier , Seigneur'
de la Ferre ; de Pontiou , Gouver
neur de Pontorfon ; Cipiere de
Bordeaux ; Boffet de Sainte- foy ;
Bourfaut, Lieutenant d'une Patache :
le Roy, ordinaire de la Mufique de
Sa Majefté : Duval de S. Germain
en Laye : L. Bouchet , ancien Curé
de Nogent le Roy ; le Verrier ,
Profeffeur en l'Univerfiré de Caën :
Sardier , du Quay des Morfondus:
Fuillet 1690.
Ff
338 MERCURE
Gaftelier, du bout du Pont au
Change : l'Abbé Pajot de la Place
Royale Baril de Harfleur : louannin
de Sainte- Brienne le Doux
de Boishuet de la rue >. Honoré
Bucquet de la rue des Prouvaires :
le B. M. de Condrieux : Frere de
la Porte S. Martin : Digeon voiſin
de la Fontaine des Blancs-manteaux
, Bordeau Chirurgien de la
rue S. Honoré : Miroir Abbé de
Grify : le gros le Tellier , fieur de
la Periniere : Farcy Sous Doyen du
Chapitre de Mante : Iardinet l'un
des huit Vicaires du mefme lieu : le
Comte du Perreux : le Marquis de
Franboifé , de la rue S. Antoine
le Vicomte de Tournés les : l'amou .
reux Maimbert de la Rue- cruelle :
le Chevalier Bufcon : le Solitaire
de Belleville : Blandre , fieur de
GALANT
339
Bras de fer : de Villiers Agent des
Aides : Tamirifte de la rue de la
Cerifaye : Mathieu Vieillard : Simon
Denis : Denis Berton : le
Clerc hors du
commun D. C. proche
la rue S. Denis : le Quart : le
Parifien de Loches : l'Amant de la
Marthe Royale : l'Amant divorcé
de la jolie Brune de la rue des
Teinturiers de Caën : le Coq de la
rue des deux Ponts du mefme lieu :
le Merite
infenfible du Quay de
Gefvres le Solitaire de l'Arcenal:
l'Abbé D. L. M. le Delefi de
la Brune l'Amant doüillet de la
Blonde enjouée du quartier du Marais
: le brave bon Parent de la rue
S. Honoré : l'Amant de la charmante
Parifienne defolée de la rue
Montorgueil : les deux Voifines de
T'aimable Brune de l'Hoftel des

Ff ij
340 MERCURE
S
Urfins le Berger du coeur de l'incomparable
Gomar Gerlo : l'amant
de la plus jolie des Sueurs du Chevalier
Hubert : l'Amant de la belle
Gabrielle de Champagne duquartier
S. Euſtache : de la Leuretiere & lon
aimable Maiſtreſſe : le Berger Tircis
à l'anagramme , siecle d'amour:
la Marquife à l'anagramme , pure
Image de vertus Louife Lucie de
Chaſtillon en Bafois les Solitaires
de Iaficour : Diane de la Foreft
d'Alcleon : la Deeffe aimantée
: la Nimphe Chaftagnere la
Bergere au Roy de Trefle : Tirfis
de la Deeffe aux jours filez de
foye ; & par Meſdemoiſelles Tuil
lier , de la rue faint Honoré : Blins
de Requelle : Bridini : de la
Corcelle de Bailly Angelique de
Brée la Baronne de Valencour :
+
1
:
GALANT. 341
la fpirituelle Angelique , & la toute
- aimable Blonde fa fille M. M.
Belle & fpirituelle Devinereffe : la
fille du Mary content : la petite
-Bergere du Bocage égaré : la brune
enjouée , Soeur de la charmante
Bellone : M. Chenuet : Tigrine de
la rue faint Roch : l'illuftre Veuve
de la ruë Galande : la Nimphe du
Bois de V ..... : les deux aimables
Reclufes du quartier de S. Sever
de Rouën le Belle Peintreffe de
la Monnoye : la belle & charmante
Lolotte Mouliniere: la belle Huffon
de la rue faint Honoré : la Belle ,
mais indifferente le Faucheur de
faint Antoine : la belle Pen-
サー
la
porte
fionnaire
de la rue du Coq
: la belle
de la porte
faint
Antoine
; l'aimable
Blonde
de la rue ſaint
Severin
, l'aimable
Rogerie
de Province
; l'ai-
Ff iij
342 MERCURE
mable petite Tante de la rue de
l'Homme armé ; l'aimable Fanchon
de la rue faint Honoré ; la
charmante Niece Manon de la rue
faint Avoye ; la charmante Capricieuſe
de la rue fainte Croix de la
Bretonnerie ; la Charmante de la
rue fainte Avoye , & l'incomparable
Robin de la rue de la Vieille
Draperie..
Je finis cet article à mon ordinaire
par une Enigme nouvelle.
5222552 52SSSSSZZZ
ENIGME.

peindre
eft une grande.
affaire ,
Et plus que l'on nepeut pensers
Peintres , vous lefçavez, puis qu'on
voitd'ordinaire ..
GALANT 343
Les plus fameux de vous y renoncer.
Tel n'entendit jamais le Portrait
ny l'Hiftoire ,
Qui , pourtant , m'entreprend , &
mefme avecplaisir ,
Et foachant moins peindre que
boire ,
Ne laiffe pas en moy de fort bien
réüſſir.
2
Si j'ay des Creanciers , je crains
peu
leur furie ,
Puis qu'on n'a jamais veu qu'un
Sergentfoit venu
Détendre ma Tapiflerie ,
Ny pourfaifir mon revenu .
2.
Chez- moy l'on voit , &fansfurprife
Ff
iiij
344 MERCURE
Ades gens mefme de bon lieu
Le col nudjufqu'à la chemiſe ,.
Avec une corde au milien.
Voicy un fecond Air nouveau
d'un habile Maiftre.
AIR NOUVEAU.
On coeur >
que vous
allex
MⓇSouffrir!
Iris queje croyois hair ,
D'un regard a remis le trouble dans
mon ame ;
Si je ne puis guerir de l'ardeur qui
m'enflame ,
4.
Mon coeur , que vous allezfouffrir !!
Le premier jour de ce mois, l'Ar--
mée du Roy donna la bataille qu'-
on appelle de Fleurus , & elle fut

GALANT. 345
gagnée par M.le Marefchal
Duc de
Luxembourg
, qui la commandoit
,
fur celle des Eftats Generaux
des
Provinces
Unies & des Alliez , fous >>
les ordres du Prince de Valdec.
Comme je vous en envoye une Relation
tres-exacte dans un Volume
particulier
, je ne vous en diray rien
icy. Je vous parleray feulement
du
changement
arrivé dans quelques.
Regimens
de Cavalerie
& d'infanterie
, par la mort de leurs Colonels
tuez dans cette Bataille.
M. le Comte de Seaux , frere
de M. de Seignelay , Miniftre d'Etat
, qui s'y eft fi bien diftingué à
la tefte de celuy de Champagne
eftant mort de fes bleffeures à Philippeville,
ce Regiment a eſté donné
à M.le Marquis de Blainville ,
fon Frere ; & celuy de Blainville as
346 MERCURE
efté donné en mefme temps à M.
le Comte de Maulevrier Colbert.
Ce mefme Regiment de Champagne
avoit efté poffedé auparavant
par M. le Bailly Colbert , Frere
de M. le Comte de Seaux , qui
mourut auffi l'année derniere à
Philippeville , des bleffeures qu'it
avoit receuës dans la journée de
Valcourt.
M. le Marquis de Charoft a eu
le Regiment de Vermandois que la
mort de M. le Marquis de Soyecourt
a laiffé vacant , & celuy de
Brie qu'avoit M. le Marquis de
Charoft aefté donné à M. le Marquis
de Rafetot , Capitaine dans le
Regiment Dauphin. Il eft Fils d'Alexandre
de Canonville , Marquis
de Rafetot , & d'Henriette Catheri
e de Gramont , Fille de feu M
GALANT: 347
: le Duc de Gramont , Pair & Marefchal
, de France & Soeur de
M. le Duc de Gramont d'aujourd
huy .
Le Regiment de Bertillac , Cavalerie,
eftant auffi demeure vacant
par la mort de M. de Bertillac , le
Roy qui n'oublic jamais les fervi--
ces qu'on luy rend , l'a donné à M.
de Marfilly , Lieutenant Colonel !
du Regiment de Coiflin . C'eft un
Officier qui fert depuis trente-cinq
ans avec une diſtinction qui luy a
acquis l'eftime de tous les Generaux.
Ce qu'il fit pendant le fiege
de Grave & à la journée de faint
Denis fut d'une fi grandebravoure,,
qu'il ne fit pas moins admirer fon
courage que fa conduite dans ces
deux occafions: Il s'eft encore ex
tremement fignalé dans la Bataille348
MERCURE
que M. de Luxembourg vient de
gagner. Il eft Frere de M. de Vacueil,
Exempt des Gardes du Roy,
homme de ſervice & de merite , &
de Madame la Marquife de Meinieres.
Son nom eft Martainville.
C'eft une Maiſon d'une ancienne
Nobleffe en Normandie . M. le
Marquis d'Etouteville qui a eftéCa
pitaine aux Gardes en eft l'aiſné , & ;
elle a des Alliances fort confide
*rables.
M. de Cailus Fontange , Colonel
duRegiment de Chartres,eftant
mort de fes bleffeures peu de jours
aprés la Bataille de Fleurus , le Roy
a donné ce Regiment à M. le Marquis
de Chpi, Chambellan de Monfieur
, & l'un des Aides- de - Camp
de M. de Luxembourg. Il eft d'une
fort bonne Maiſon de Picardie.
GALANT. 349
A peine les Ennemis commencent-
ils à fe montrer en Allemagne
, ainfi il eftoit impoffible de
les combattre , puis qu'il n'en paroiffoit
point. L'ardeur que les
Troupes ont d'en venir aux mains
ne fe fçauroit exprimer. Monfei- .
gneur le Dauphin n'eut pas plutoft
receu la nouvelle du gain de la Ba
taille de Fleurus , qu'il l'envoya
dire à M. le Maréchal de Lorge &
à toute l'Armée . Ce Maréchal fortit
auffi-toft pour fe rendre au quartier
de ce Prince ; mais il le trouva
prefque affiegé dans le chemin par
un fort grand nombre de Troupes
qui le conjurerent de leur faire
naiftre l'occafion de fe fignaler
comme les Troupes de Flandre.
Il leur répondit qu'il n'avoit pas
moins de confiance en leur valeur ,
350 MERCURE
qu'elles en avoient en fa conduite
qu'elles comptoit beaucoup fur elles,&
qu'elles auroient leur tour . Les Moufquetaires
apprirent la meſme nouvelle
par M. le Duc de Villeroy . Ils
luy répondirent avec chagrin, qu'ils·
n'avoient que faire d'exemple pour
les animer, qu'ils n'en devoient point
recevoir des autres , mais qu'ils devoient
le donner. Pendant qu'on a
attendu les Ennemis , on a toûjours
velcu à leurs dépens , ainfi l'on
peut dire qu'il nous ont traitez au
lieu de nous avoir fait du mal . Oure
ces avantages , c'eft un triomphe
pour nous d'avoir fceu parer
les coups qu'ils pretendoient nous
porter , puis qu'ils s'attendoient à
nous accabler fous le poids de la
multitude. L'Armée de Monfeigneur
a occupé divers Camps pour
GALANT. 351
la facilité des vivres & fur tout des
fourages , & celuy de ce Prince
n'eft prefentement qu'à quatre
lieues de Mayence . Il s'applique enrierement
à toutes les fonctions
d'un bon General , s'informe exactement
de tout , s'en fait rendre
compte par ceux qui le doivent
faire , voit les chofes luy- mefme ,
tient fort fouvent confeil , donne
ordre à tout , entre dans les moindres
détails , traite parfaitement
bien tout le monde , aimant la juftice
, qu'il rend fort exacte fans.
avoir égard à perfonne , & étendant
fes liberalitez fur ceux qu'il
croit en avoir un veritable befoin.
Depuis que les Ennemis font affemblez
, leurs meſures fe trouvent
rompues , par les nouvelles qu'on
leur apporte continuellement des
2
352 MERCURE
pertes que les Victoires des François
font fouffrir aux Alliez , ce qui les
oblige à tenir fouvent des confeils
& à envoyer des Couriers à Vienne
& à tous les Princes de la Ligue.Ils
n'ont rien fait jufqu'icy que cher
cher à donner de la jaloufie , en
menaçant Fribourg & Huningue.
Ils feroient plaifir d'attaquer Fri
bourg , & l'on ne craint rien pour
Huningue , puis qu'outre la bonté
de la Place , M. le Marquis d'Uxelles
eft aux environs avec un gros
Corps de Troupes . Monfeigneur a
détaché M. le Duc de Villeroy avec
la Brigade de S. Germain beaupré,"
& quelques Bataillons. Ce Duc a
paffé le Rhin au Fort- Louis , & a
déja pouffé quelques Corps des Ennemis
depuis fon paffage
Nous fommes à la veille d'une
GALANT. 353
el
nouvelle Bataille en Flandre , les Armées
n'étant pas éloignées , & eftant
fortes de part & d'autre. M Duc de
Luxembourg-a efté joint parles Trou
pes que commandoit M. le Maréchal
et de Humieres , & par celles de M. de
Bouflers , & l'Armée de M. de Valdec
a efté renforcée par toute celle de M.
de Brandebourg , & par les Troupes
de M. de Caftanaga. Les Ennemis
ont auffi tiré le plus qu'ils ont pû de
Troipes de toutes leurs Garnifans ,
ce qui cauferoit la perte entiere de la :
Flandre , s'ils venoient à perdre une
Bataille. L'avantage que nous avons
tiré de celle de Fleurus , eft que nous
aurons à faire à une Armée de moins
pendant le refte de cette Campagne ,
puis que M. de Brandebourg devoit
eftre entre celle d'Allemagne & celles
Er de Flandre avec la fienne , & qu'on le
croyoit mefme en eftat de faire quelque
entreprife , afin de faire diverfión ,
& qu'au lieu de cela , il eft dans l'Ar
Juillet 1690.
er
re
Ca
G g
354 MERCURE
mée de Mr de Valdec , non pour
luy fervir de renfort , mais pour,
remplacer ce qu'il a perdu à la Ba
taille de Fleurus.
Le Prince d'Orange avoit cherché
des pretextes fpecieux pour
paffer en Angleterre , & d'intelligence
avec les Traifires, il s'y eftoit
fait offrir la Couronne pour couvrir
fon ufurpation. Il n'en a pass
de mefme de l'Irlande , & il
na pû tourner les chofes d'une
maniere à faire croire que les Peuples
l'avoient appellé. Le Parlement
s'y eftoit affemblé , & avoit de:
nouveau affuré Sa Majefté Britannique
de tout ce qu'Elle devoit attendre
de bons & fidelles Sujets ,
de forte que le Prince d'Orange :
n'a pu couvrir d'aucun pretexte fon
voyage en ce Royaume & il as
GALANT 355
ר ו
fallu qu'il ait paru Ufurpateur à
découvert, & qu'il ait fait voir qu'il
vouloit arracher une Couronne
qu'il ne pouvoit fe faire offrir par
des Traiftres. Le Roy d'Angleterre -
qui eftoit allé en Irlande por fatisfaire
aux vocex de fes Peuples , &·
pour y recevoir de nouveaux fermens
de fidelité , n'a pas deu y demeurer
pour plufieurs raifons. Les
mauvais coups font à craindre de la
part d'un Tiran , & l'Ufurpateur
pouvoit eftre capable de faire ce
qu'il apprehendoit contre luy. Ainfi
dil auroit fallu qu'une partie de l'Armée
d'Irlande euft efté occupée à
garder le Roy , qui d'ailleurs pouvoit
avoir des raifons politiques
pour repaffer en France. Lors que
le Prince d'Orange eft arrivé en
Irlande , il eftoit tourmenté d'un
Ggij
356 MERCURE
dévoyement , & il n'en eftoit pas
encore guery quand il fut bleffé en
allant reconnoiftre le gué de la Ri
viere de Boyne . Les Hollandois
avouent qu'il fortit du fang de fa
bleffure. Si les bleffares font dangereufes
à l'épaule , elles le font
encore plus quand elles viennent
du Canon , dont le feul vent eft dangereux.
Le Prince d'Orange aveuglé
de fon ambition s'échauffa étant
bleffé , & ayant déja quelque indif .
-pofition. Il fit plus le lendemain , il
voulut fe trouver par tout dans le:
combat , où apprehendant tout ce
que les Tirans doivent craindre , il
changea trois fois d'habit , pour n'efre
pas reconnu. Ces mouvemens
luy firent venir la fiévre , elle augmenta
, & cinq jours aprés la Bataille
il eftoit àl'extremité. La PrinGALANT.
357
ceffe d'Orange, dans la crainte de
fa mort , a fait à Londres toute la
manoeuvre d'une Femme qui veut
s'affurer la Couronne, & c'eft pour
cela qu'elle a fait faire tant d'excufes
aux Hollandois , fur la perte du
Combat naval , avoüant que les
Arglois en font , caufe. Quant aux
affaires d'Irlande , le Prince d'Orange
a paflé une Riviere , il eft.
vray , mais il a perdu un grand
General & de braves Officiers. Ses ..
Troupes ont auffi beaucoup fouffert
, puis qu'une Armée qui paffe
à la nâge effuye tour le feu des
Ennemis pendant le paffage ; ainfi
quoy que victorieuse , il luy en
coute fouvent plus qu'au vaincu .
Aprés ce paffage tout eft demeuré:
dans une letargie furprenante. Ler
Prince d'Orange n'a plus paru , &
358 MERCURE
fa victoire eft demeurée infru&ucu--
fe, toutes chofes eftant reftées dansle
mefme eftat , de maniere que.
l'Armée du Roy d'Angleterre
qu'on difoit battue & diffipée , eft ,
auffi entiere qu'auparavant, la perte
de quatre cens hommes ne de
vant pas eftre comptée fur un
grand nombre de Troupes. Elle .
occupe les plus fortes Places d'Irlande
, & les Troupes Irlandoifes
eftant revenuës de leur frayeur ,
donneront encore beaucoup d'oc
cupation au Prince d'Orange , s'il
eft encore vivant. Toutes les nouvelles
d'Angleterre & d'Irlande
donnent fujet d'en douter се
Prince ne paroiffant plus agir dans
l'ún ny dans l'autre Royaume. Les
Nouvelles feules de Hollande luy y
,
GALANT.
359
1
donnent du mouvement. Je fuis .
Madame , voftre , & c..
A Paris , ce 31 -Juillet 16908.
Relude .
TABLE...
Nouveaux Officiers faits par le Roy,.
& recompenfes données à quelques anciens.
Hommage. "
-12A
14
Election d'un Superieur du Seminaire da
Bordeaux. 36. Fable. 40
Suite du Traité touchant les manieres :
d'écrire en chifres.
4.6
Hiftoire . 80. Livres nouveaux. 15 :
Carte nouvelle. 120. Mariage 123
Prifes faites fur la Mediterranée. $355
Charge d' Aumônier du Roy donnée par
Sa Majesté. 140
Nouvelles de Savoye. 143. Morts. 1433
Autre Carte nouvelle.. 217
TABLE.
Réjouiffances faites pour la Bataille de
Fleurus. 221
Journal de tout te qui s'eft paßé depuis
le depart de noftre Flote pour aller
chercher les Ennemis , jufques aprés
la victoire remportée fur eux. 245
Prife confiderable faite à la veuë de
Tetouan .
Suite des affaires de Savoye..
Mort de Madame Bignon.
Enigme.
Regimens donne
321
323
336
337
7344
Etat des affaires d'Allemagne , de
Flandre, & d'Irlande.
349
L'Air qui commence par , Vous
vous en allez , belle Ioris , doit regarder
la page 43 ,
L'Armée Navale doit regarder la
page 320.
L'Air qui commnce par , Mon
coeur , que vous , & regarde la b .
page 344,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le