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1690, 07 (supplément, Relation de la bataille donnée auprés de Fleurus par l'Armée du Roy)
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SC4
BIBLIOT
DRIO
6
7
3G
25
NAZIONAL
EMANUELE
STU
8-4.D.6
RELATION
DE
LA BATAILLE
DONNE E
Auprés de Fleurus par l'Armée du
Roy, le r. Iuillet 1690. ſous les
ordres de M. le Maréchal DuEGA NAZ
de Luxembourg. ROMA
VATORIO
Avec un Plan qui marque tous les
mouvemens que ce General
afaits pour la gagner.
A PARIS ,
EMANUELE
Chez MICHEL GUEROUT , Galerie
neuve du Palais , au Dauphin . Am
M. DC . LXXXX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY
VITTORIO
LIOTECA
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC
DE CHARTRES
MMONSEIGNEUR,
I'ayſiſouventparle
dans mes Ouvra
ges des progrès de
BIBLIOTECA
ROMA
NAZ
a ij
VITTORIOEMANUELE
EPITRE.
vostre esprit , de la
vivacité & du bon
ſens de vos reparties
,de vos manieres
honnestes , de la penetration
avec laquelle
vous découvrez
ce que les Mathematiques
ont de
plus obfcur , & du
EPITRE.
plaisir que vous prenez
à tout ce qui
vous donne quelque
idée de la guerre ,
que j'ay eru vous devoir
dedier un Livre
qui ne parle que de
ce qui fera un jour
vos delices les plus
cheres , ſi on en juge
a iij
EPITRE.
par la forte inclination
que vous avez
fait paroistre dès le
berceau pour le métierglorieux
quifait
distinguer les Prin
ces , & qui produit
lesHeros. Vous verrez
, MONSEI
GNEVR, dans ce
EPITRE.
que je prens la liberte
d'offrir àV. Α.
Royale , les chemins
qu'un fameux Gene
neral a tenus pour
aller à la Victoire.
C'est le mesme qui
en combatant Sous
les ordres de Monfeigneur
vostre Pere
ailij
EPITRE.
eut part aux Lauriers
, qui nonseulement
couvrirent la
France de gloire ,
dans lafameusejour
nee de Caffel , mais
qui en produiſirent
encore d'autres , par
te grand nombre de
Places importantes ,
EPITRE .
qui après cette Ba
taille reconnurent
le
plus grand des Rois
pourleur Souverain
.
On ne doit pas s'e
tonner , MONSEIGNEVR,
quand on
confiderera ce que fit
en cette occafion le
grand Prince dont
EPITRE
vous tenez la naisfance
, si vous estes
entraine si rapidement
vers tout ce
qui regarde la gloire
qui sacquiert dans
le Champ de Mars.
Vous trouvez dans
voſtre Sang de glorieux
exemples qui
EPITRE.
vous animent ;mais
comme l'exemple &
lefangne produisent
pas toûjours les effets
qu'on a fujet d'eſpever,
& qu'on veulli
rarement dans tout
ce qu'onfait, àmoins
qu'on n'y foit porte
par une forte incli-
J
EPITRE.
nation , on peut dire
que V. A. R. enfent
ane tres-vive pour
tout ce que doit faire
un Prince , qui eftant
distingue parta plus
baute naiſſance , travaille
tous les jours
àse faire estimerpar
Luy mesme ; & que
EPITRE.
fi vous continuez à
marcher sur les traces
des grands Princes
dont vousforte,z
NOUS Vous verrons
un jour auſſi recommandable
par les actions
extraordinaires
qu'on attend de
vous , que vous l'ètes
EPITRE .
deia parle rang glorieux
qui vous di-
Stingue du reste des
Hommes. Cefont les
voeux de celuy qui
est , avec un tresprofond
respect ,
MONSEIGNEVR,
DEV. ALTESSE ROYALE,
Le tres-humble & tres- obeiſſant
Serviteur, DEVIZE .
52525552-222252255
AU LECTEUR .
Vicon
la troifiéme Relation
de la Bataille de
Fleurus qui a eſté donnée au
Public. La premiere eſt deM
l'Abbé Renaudot , de l'Academie
Françoiſe , dont les fagesEcrits
font eſtimez de toute
l'Europe. La ſeconde a eſté
diſtribuée au meſmelieu que
la premiere , c'eſt à dire , au
Bureau d'Adreſſe . Elle eſt de
M'de Court , Secretaire des
Commandemens de Monfieur
le Duc du Maine , connu par
AU LECTEUR.
fa profonde érudition,& qui
meſme a ſuivi le Prince ſon
Maiſtre d'aſſez prés à l'Armée,
pour avoir eſté témoin
d'une partie des choſes qu'il
rapporte. J'avoie que ſi je
n'eſtois engagé par un Contrat
paffé avec le Public depuis
quinze ans., de luy donner
des Relationsun peu étendues
de tous les grands évenemens,
les deux qui ont paru
de la Bataille gagnée par M
leDucde Luxembourg, m'auroient
empêché d'en entreprendre
une troiſième , & que
je ne l'ay fait que pour remplir
Γ
AU LECTEUR .
plir la carriere que je me fuis
obligé de fournir. Il eſt dan
gereux de parler aprés les autres
, quand on traite une matiere
fur laquelle il n'eſt pas
permis à l'imagination d'agir.
Il eſtqueeſfttiioonnddeeddiirree des
veritez , & elles doivent fe
reſſembler en tout. Ainfi les
premiers qui les font voir au
Public, ont un fort grand
avantage. Il ne fautpoint que
je fatigue le Lecteur par des
choſes qu'il a déja vûës , &
cependant il faut que je dife
les meſmes veritez. Il ſeroit
plus facile de traiter le même
AU LECTEUR.
fujet dans une Piece d'Elo
quence ; mais il n'en eſt pas de
meſme des Relations. J'efpere
pourtantque celle-cyne
laiſſera pas de vous paroiſtre
nouvelle , puis qu'elle eſt
beaucoup plus ample que
les deux autres . Ma coutume :
eſt de ramaffer , comme je
l'ay marqué pluſieurs fois ,,
un grand nombre de Relations
des actions memorables .
qui ſe font , & d'en compofer
une detoutes les particu
laritez differentes qui ſe trouvent
dans les unes , & qui ne
ſe rencontrentpoint dans les
AU LECTEUR.
autres , parce que chacun de
ceux qui les écrivent occupodes
poſtes differens. J'ay
redoublé mes foins en cette
occafion,&j'ay travailléd'aprés
plus de quarante Rela--
tions. Un Ouvrage d'efprit
que l'on auroit compofé ainfi
fur ceux des autres , reffembleroit
à la Corneille d'Horace
, & feroit peu eſtimer
fon Auteur. La meſme choſe,
commeje l'ay dit, n'arrive pas
des Relations, eſtant plus aifé
d'en ſuivre une toute faite, &
de la mettre en beaux termes
pour la donner au Public, que
AU LECTEUR.
de ſe fatiguer à en lire vingt
fois quarante ou cinquante ,
pour enprendre ce que chacune
a dedifferent. Je ſuis obligé
de dire icy que celle dont je
me ſuis le plus ſervi , eſt de
Me l'Abbé de Riquetti , qui
eſt auprés de Me le Duc de
Luxembourg; & que l'ordre
de Bataille dont j'ay le plus
profité , eſt d'un Fils de M
Vedeau de Grammont, Enſeigue
Colonel au Regiment
des Gardes.
RELATION.
RELATION
DE
LA BATAILLE
DE
L
FLEURUS .
EUROPE jouiffoit
du repos que
le Roy avoit bien
voulu accorder aux voeux
des. Peuples de cette belle
A
2 BATAILLE
Partie du Monde , qui ne
pouvoit plus ſuporter la
guerre que la jaloufie de
fes Souverains leur faifoit
ſoûtenir , quoy qu'avec
de continuelles pertes . Ce
Monarque au milieu de
ſes triomphes , avoit eſté
touché de ſes malheurs ,
& dans le fort de ſes conqueſtes
, aprés s'eſtre ou
vert un nouveau paffage
en Hollande par la priſe
de Gand , il ſe fit unplaifir
d'impoſerla Paix, lorf
DE FLEURUS. 3
que les allarmes des Hollandois
ſe trouvant augmentées
, leur tremblante
&peu auparavant fi fiere
République , ſe croyoit à
la veille de ſe voir obligée
de recevoir les loix
d'un Conquerant , dont
les victoires étoient fi rapides.
Ce Prince , pour
executer fon deſſein avec
une generofité digne de
fa grande ame , & de tou
tes les autres actions de
ſa vie , voulut bien qu'il
Aij
4 BATAILLE
que
luy en coûtât une partie
de ſes Conqueſtes
, fans
neanmoins il fût obligé
de ſe deſſaiſir d'aucunes
pour avoir la paix ,
puisqu'il en regloit luymême
les conditions
dans
le champ de victoire où
il étoit encore , & comme
il venoit de triompher
au milieu de l'Hyver
, il étoit aiſé de connoître
qu'il pouvoit penetrerjuſqu'au
coeur de la
Hollande , s'il eût voulu
DE FLEURUS.
pourfuivre fes Conquetes
. Il avoit alors les Suedois
pour Alliez , qui
ayant commencé trop
tard à executer le Traité
qu'ils avoient fait avec
luy , avoient laiſſé prendre
pluſieurs de leurs Places
par le Roy de Dannemark
, & par l'Electeur
de Brandebourg. Le Roy
devoit les indemnifer des
pertes qu'ils auroient faites
; mais ce Prince n'y
étoit plus obligé , parce
A iij
& BATAILLE
qu'ils s'étoient attiré leur
malheur. Cependant fa
bonté naturelle voulut
en cette occafion aller audelà
de ce qu'elle devoit
; & afin que ſes Alliez
ne púſſent pas dire
que fon Alliance leur
étoit préjudiciable , il
donna volontairement
des Places aux Princes
avec qui il étoit en guerre,
afin qu'en imitant un fi
bel exemple , on reſtituât
aux Suedois ce qu'on
DE FLEURUS.
11
avoit pris ſur eux.
fit plus ; il évacua le premier
les Places qu'il voulut
faire ſervir de ſceau à
cette Paix . On ne l'imita
pas; au contraire,on ſe défendit
de rien rendre aux
Suedois . On connut alors
que le Roy avoit bien.
voulu donner la Paix
lorsqu'il étoit en état de
continuer glorieuſement
la guerre , puis qu'il fit
rendre aux Suedois par la
force de ſes Armes les Pla-
ア
A iiij
8 BATAILLE
1
ces qu'on leur refuſoit ;
& qu'il avoit achetées
pour eux par les Conquêtes
qu'il avoit cedées.
La Paix devint alors generale
, & les peuples de
toutes les Nations de
l'Europe donnerent mille
loüanges & mille benedi-
Etions à Sa Majefté , mais
leurs Souverains conferverent
dans leur coeur ,
une jaloufie de gloire , capable
de remettre un jour
toute l'Europe en armes .
DE FLEURUS.
4
Le Prince d'Orange , qui
ne pouvoit déguiſer la
fienne , parce qu'il étoit
devoré d'une violente
ambition , la fit paroître
en donnant une bataille,
quoy-qu'il eût alors la
Paix ſignée dans ſa poche.
Cette action fut generalementblåmée
, & même
de ceux qui auroient
voulu qu'elle euſt réüſſi ,
&le Roy perfuadé que ce
Prince étoit ſeul coupable
de tout le fang qui
10 BATAILLE
?
avoit été répandu , perfiſta
genereuſement dans la
même volonté de faire
jouïr l'Europe des fruits
de la paix. Elle les goûta,
& l'Allemagne pendant
tout ce temps a triomphé
des Hongrois rebelles , &
a remporté de continuelles
victoires ſur le Turc .
Mais à peine a-t-elle commencé
à former des ligues
pour détrôner un
Roy legitime & Catholique,
queles Turcs ont eu
DE FLEURUS .
des avantages confiderables.
Tant qu'a duré la
Paix , que le Roy avoit
donnée à l'Europe , tous
les Souverains ont travaillé
à faire contre luy
une plus forte union . Ils
ſe ſont trouvez en plus
grand nombre qu'auparavant
; & le Prince d'Orange
qui avoit ſes veuës
particulieres , en étoit ,
pour ainſi dire , l'Agent
general. Le Roy en avoit
de bien differentes , puis,
12 BATAILLE
:
qu'il ne penſoit qu'à la
gloire du nom Chrêtien.
Il a pendant ce temps- là
obligé Tunis & Tripolyà
faire la paix , & il a jufqu'a
deux fois abatu l'orgueil
d'Alger . Il a fait dans fes
Etats pour la gloire de la
veritable Religion ce que
ſept de fes Prédéceſſeurs
avoient tenté vainement.
Une affaire de cette importance
a produit des
mécontens , il en eſt ſorti
du Royaume , & leur forDE
FLEURUS .
13
tie a fait eſperer aux Princes
liguez , & même aux
Catholiques, qu'ils pour-
* roient ruiner la France
par la France même , en
mettant les armes à la
main des Réfugiez contre
leur Souverain & contre
leurs Compatriotes. Ils
ont crû fur cet efpoir , &
fur ce que le Roy n'étoit
point armé , qu'il pourroit
être aisément ſurpris,
& il avoit êté réſolu que
le Prince d'Orange paffe12
BATAILLE
;
qu'il ne penſoit qu'à la
gloire du nom Chrêtien.
Il a pendant ce temps- là
obligé Tunis & Tripolyà
faire la paix,& il ajuſqu'a
deux fois abatu l'orgueil
d'Alger. Il a fait dans fes
Etats pour lagloire de la
veritable Religion ce que
ſept de fes Prédéceſſeurs
avoient tenté vainement.
Une affaire de cette importance
a produit des
mécontens , il en eſt ſorti
du Royaume , & leur forDE
FLEURUS.
13
tie a fait eſperer aux Princes
liguez , & même aux
Catholiques, qu'ils pourroient
ruiner la France
par la France même , en
mettant les armes à la
main des Réfugiez contre
leur Souverain & contre
leurs Compatriotes. Ils
ont crû fur cet eſpoir , &
fur ce que le Roy n'étoit
point armé , qu'il pourroit
être aisément ſurpris,
&il avoit êté réſolu que
le Prince d'Orange paffe14
BATAILLE
roit en Angleterre pen
dant que nous avions peu
de forces ſur l'Ocean , &
quela Flotte de la Mediterrannée
n'étoit pas revenue
d'Alger , où elle
étoit allée conclure la
Paix une ſeconde fois
avec les Algeriens. On
étoit auſſi convenu que
le Prince d'Orange donneroit
l'allarme à nos côtes
avant fon paſſage en
Angleterre , & qu'il y feroit
ſoûlever tous lesnou
DE FLEURUS. 13
veauxConvertis, ce qu'on
croyoit d'autant plus fa
cile , qu'il ſe vantoit d'y
avoir de grandes intelli
gences par le moyen des
Réfugiez qui étoient auprês
de luy. Il y a deux
choſes tres-eſſentielles à
remarquer dans cette Ligue
, & qui justifient
pleinement le Roy de
tout ce qu'on luy a impolſeépouravoir
des pretextes
de l'attaquer,&de tout ce
qu'on allegue encore
16 BATAILLE
tous les jours contre ce
Monarque , pour avoir
lieu de continuer une injuſte
guerre. Dés que les
Princes confederez ont
commencé à faire paroître
leur union contre le
Roy , ils ont publié dans
leurs Manifeſtes, &mille
Ecrits ſeditieux , ont fuppoſé
fauſſement pour ſurprendre
les peuples ,
que le Roy par une ambition
déméſurée , vouloit
envahir tous les Etats de
DE FLEURUS. 17
l'Europe, &qu'il aſpiroit
à la Monarchie univerſelle.
Cependant c'eſt un
fait conſtant que ce Monarque
n'étoit point
armé , qu'il n'avoit deftiné
aucuns fonds pour la
guerre , que ſes revenus
étoient employez à faire
fleurir les Arts , & à rendre
ſes Maiſons Royales
dignes d'un Etat auſſi floriſſant
que la France. Il
n'avoit de troupes que ce
que la prudence vouloit
B
18 BATAILLE
qu'il en eût pour garder
fes Places , & cela eft fi
veritable, qu'on fut obligé
d'envoyer en toute diligence
les Mouſquetaires
fur les coſtes de Normandie
pour les garder , &
pour retenir les nouveaux
Convertis dans leur devoir
, avec ce qu'on y put
aſſembler de l'Arriere-ban
de la Province . Les choſes
n'étoient pas plus difpoſées
du côté de la Mer
àſe rendre maître de l'EuDE
FLEURUS . 19
rope , puis qu'on ne put
avoir quarante Vaiſſeaux
fur l'Ocean , pour empêcher
le paſſage du Prince
d'Orange en Angleterre .
Cependant on ne laiſſe
pas de dire & de redire
dans un million d'Ecrits,
qu'on s'eſt vu contraint
de prendre les armes pour
arrêter le cours del'ambitiondu
Roy. Tous lesMe--
moires envoyez par les
Princes liguez aux Princes
qui ne font point en
Bij
20 BATAILLE
guerre le portent,&on les
invite à s'opoſer à la rapidité
de ce torrent . On ne
fçauroit affez faire de reflexion
ſur l'injustice de
ce procedé ; & je croy ne
pouvoir affez faire remarquer
, que le Roy jouiffoit
des douceurs de la
paix , & qu'il n'étoit
point armé lors qu'on a
formé des Ligues contre
luy . L'éclat de fa grandeur
, ſes ſoins vigilans,
& ſa ſage prévoyance ,
DE FLEURUS . 21
empêchent qu'on n'ouvre
affez les yeux là - deſſus ,
parce que non-feulement
il s'eſt mis en peu de
temps en état de parer les
coups qu'on tâche de
luy porter , mais même de
triompher de ceux qui
cherchent à le ſurpren
dre. Cependant la France
ſe feroit trouvée dans
un embarras dont elle ne
feroit pas fortie aifément,
fi le Prince d'Orange
n'euft point preferé ſes
ROMA
PAPILIOTECA
NAZ
VITTORIO
EMANUELE.
22 BATAILLE
K
intereſts particuliers à ce
qu'il avoit promis à ſes.
Alliez , &s'il n'euſt point
paffé en Angleterre avant
que dedonner plus quede
la peur à nos côtes. Le
Roy voyant par tout ce
qui ſe paſſoit,que l'orage
ſe préparoità tomber fur
luy , & qu'on commençoit
pardétrôner le Roy
d'Angleterre fon allié ,
afin de joindre enſuite
les forces de ſes trois
Royaumes à celles des
DE FLEURUS. 23
1
Alliez pour l'accabler ,
réfolut non - ſeulement
de ſe mettre en état dedéfenſe
, mais même de prévenir
, s'il étoit poſſible,
ceux qui ſe préparoient à
l'attaquer . Rien n'eſt plus
beau que les projets des
Ligues ſur le papier , mais ,
l'execution en eſt ordinairement
lente , à cauſe
des differens intereſts, &
des differens avis de ceux
qui les compoſent. Ainfi
leRoy dont l'activitéeſt
24 BATAILLE
furprenante , & qui eft
ſervi par ſes Sujets avec
un zele tout extraordinaire
, ſe trouva en état
d'attaquer les Princes
Confederez qui avoient
réſolu de le ſurprendre.
La queſtion fut de ſçavoir
quelles Places on
affiegeroit pour empêcher
l'entrée de la France aux
ennemis , (car on ſçavoit
qu'ils avoient réſolu de
s'y ouvrir des paffages
pour la déſoler , plutôt
que
DE FLEURUS .
25
A
que de faire des Sieges , )
& fi ce ſeroit fur les frontieres
de Hollande , ou
fur le Rhin.
Il paroiffoit qu'en affiegeant
Maftric, on rompoit
les meſures du Prince
d'Orange ; mais outre que
rien n'eſtoit capable de le
détourner de fon entrepriſe
, il en tenoit le ſuccés
ſi aſſuré , qu'en paſſant
en Angleterre avec cinq
cens hommes ſeulement ,
il fe flatoit de la faire
C
26 BATAILLE
réüffir . Le Siége de Maftric
devoit vray- ſemblablement
embarraſſer les
Hollandois , mais le fuccés
en eſtoit douteux ; la
Ville eſt grande , & pour
l'attaquer il falloit avoir
beaucoup de Troupes.
Le Prince d'Orange pouvoit
laiſſer une partie de
celles qu'il amenoit en
Angleterre , & les nôtres
ſe ruinant à ce Siege ſans
emporter la Place , la
France ſe ſeroit trouvée
DE FLEURUS. 27
dans un grand peril , de
maniere qu'en manquant
ce coup, ledommage euſt
eſté plus grand que l'avantage
n'auroit eſté utile
en reüſſiſſant.Quoy qu'-
on s'ouvriſt l'entrée en
Hollande en prenant Maſtric,
cetteConqueſte n'accommodoit
pas encore
nos affaires , puis qu'il étoit
moins queſtion d'attaquer
que de nous défendre,&
de couvrir nos Places
. La priſe de Philif-
Cij
2-8 BATAILLE
bourg fut doncjugée plus
neceſſaire , & elle l'eſtoit
en effet , puis qu'ayant à
défendre l'entrée de la
France , il eſtoit plus à
propos d'arrêter les ennemis
dés les bords du Rhin,
qu'à quelques journées de
Paris. On dira qu'ils pouvoient
pafler ce Fleuve en
d'autres endroits , comme
ils l'ont fait , mais outre
qu'ils avoient beaucoup
de chemin à faire dans un
pays conquis , &quepen
DE FLEURUS . 29
dant une longue marche
les Provinces de France ,
auroient eu le temps de
fe préparer à les recevoir ,
nous pouvions par le
moyen de Philifbourg &
des autres Places que nous
avons de ce coſté-là,avancer
chez eux comme ils auroient
avancé chez nous .
Enfin ceux qui avoient
réſolu de nous furprendre
& d'envahir le Royaume
, furent les premiers
attaquez , tant par la
Cij
30
BATAILLE
grande diligence avec laquelle
on prépara toutes
choſes , que parce qu'une
grande ligue n'est pas fitoſt
en estat d'agir , &
qu'il faut beaucoup de
temps pour la mettre en
mouvement. On s'aſſura
donc non-feulement un
nouveau paſſage au-de- là
du Rhin par la priſe de
Philisbourg, mais comme
en devoit avoir affaire à
un monde d'ennemis , s'il
eft permis de parler ainfi ,
DE FLEURUS . 31
:
on fit le dégaſt que les loix
de la guerre permettent ,
afin d'empeſcher qu'ils
n'avançaffent , & l'on
prit Mayence, & pluſieurs
autres Places , pour ſervir
ſeulement de digue pendant
un temps , au torrent
qui commençoit à
groffir pour ſe precipiter
contre nous , pendant
qu'on prendroit des mefures
, pour batre nos ennemis
dans la Campagne
ſuivante . Les choses ont
C iiij
3.2 BATAILLE
réüſſi , comme le Roy &
fon Conſeil l'avoient réfolu
. Philisbourg a eſté
pris ; Mayence & le pays
ruiné ont arreſté la fureur
des ennemis ; ils ont
eſtébatus la ſecondeCampagne
, & Philisbourg
nous demeurant , nous
avons déja une des meilleures
Places de l'Europe •
pour fruit de cetteguerre,
& les Ennemis n'ont que
ce qu'ils poffedoient auparavant
, ce qui leur a
DE FLEURUS. 33
coûté beaucoup d'hom
mes & d'argent à reprendre.
On voit par là que
la France ſeule a pris
de plus juftes mefures ,
pour parer les coups que
tant de Puiſſances liguées
luy vouloient porter , que
toutes ces Puiſſances enſemble
n'en ont pris pour
la ſurprendre , & quejufqu'à
aujourd'huy cette
guerre n'eſt avantageuſe
qu'à elle ſeule , puis qu'-
elle luy a donné une des
34 BATAILLE
plus fortes Places de l'Europe
par droit de conqueſte
; qu'elle en occupebeaucoup
d'autres qui
font ſubſiſter ſes troupes
en Allemagne auxdépens
de ſes Ennemis ; que ces
troupes ont toujours fait
la meſme choſe en Flandre,
meſme avant le gain
de la Bataille de Fleurus ,
dont j'ay entrepris de
vous donner la Relation;
que la France a tiré des
contributions partout où
DE FLEURUS. 35
ſes Ennemis l'ont attaquée
; que ſes Armées ont
entré dans leur pays de
tous coſtez , fans que celles
de tant de Puiſſances
ayent mis le pied dans le
fien , & que Dieu ayant
ſecondé par tout, le bonheur
de ſes Armes , elles
n'ont pas eſté moins victorieuſes
ſur mer que fur
terre ,'ce qui doit paroître
incroyable, & ne peut
eſtre arrivé ſans une benediction
du Ciel toute
36 BATAILLE
particuliere , puis que le
Roy eſt demeuré vainqueur
de deux Puiſſances
unies enſemble,qui ſeparément
ſe ſont diſputéentr'-
elles l'Empire de la Mer.
L'union de preſque tous
les Souverains de l'Europe
contreceMonarque,a efté
cauſequ'il a remporté des
avantages dont la Poſteri
tédoit eſtre étonnée. Les
Princes qui font aujourd'huy
liguez contre luy,
&qui préferent un inte
DE FLEURUS. 37
reft imaginaire à leur
gloire , ne regardent que
le preſent ; mais comme
ils ſe ſont trompez dans
la penſée qu'ils avoient
d'accabler la France , plus
leurs affaires déperiffent,
plus ils publient de vitoires
, afin d'empeſcher
que leurs Peuples , qu'ils
ont trompez lors qu'ils
ont entrepris cette guerre,
ne ſe foulevent en aprenant
que leurs mauvais.
fuccés continuent. Ainfi
38 BATAILLE
véils
veulent faire croire
qu'ils font toujours victorieux
, quoy qu'il ſoit
tres vray , non-feulement
que l'on a toujours
cudans leur pays , & qu'-
on les a fait toujours contribuer
, mais encore ,
qu'ils ne font entrez en
campagne que fort longtemps
aprèsnous,&qu'ils
ont eſté batus en toutes
rencontres. Ce qui s'eſt
paſſé depuis l'ouverture
de cette Campagne con-
2
DE FLEURUS. 39
firme toutes ces choſes .
On a vêcu par tout à leurs
dépens , & ils ont payé
par tout des contributions,
M.le Marechal Duc
de Luxembourg ayant
campéfortavant dans leur
pays avantqu'aucund'eux
paruſt en campagne, & en
ayant tiré de groffes fommes.
Ce n'eſt pas qu'ils
n'euſſent quelques forces
de cecoſte- là, mais on n'a
jamais vû des troupes Efpagnoles
éviter avec tant
40 BATAILLE
de ſoin de paroiſtre de
paroiitre
vant leurs Ennemis , jufque-
là que noftre Armée
étant campée à Deinſe à
deux lieuës de Gand , on
alla deux fois au fourage
avec des Bâtons , ſans que
ces Troupes oſaſſent tirer
un coup de moufquet
, ny meſme ſe montrer
, quoy que l'on fourageaſt
juſque ſous le Canon
de Gand , & qu'il y
euſt plus de dix milleChe--
vaux campez de l'autre
DE FLEURUS 41
coſté. Comme ils ne firent
aucune fortie , ny meſme
aucune tentative les
Bourgeois ne purent s'empeſcher
d'accuſer de lacheté
les Troupes de la
Garniſon , & celles qui
eſtoient entrées dans la
Ville pour les défendre .
On fceut meſme que cela
avoit eſté ſi loin,qu'ils furent
ſur le point de faire
main-bafſſe ſur eux , & de
nous ouvrir les portes. Ils
étoient meſme refolus de
D
42 BATAILLE
faire une ſomme confiderable
pour les contributions,
pourveu que M. de-
Luxembourgvoulûtchaffer
les Ef
fer les Eſpagnols de leurs
poſtes ;mais ce General avoit
d'autres deſſeins , &
degrandes meſures à pren--
dre , ayant ſceu qu'enfin
M. de Valdec aſſembloit
fon Armée à Nivelle & à
Pieton. Elle estoit beau-.
coup plus forte que celle
de M. de Luxembourg ,
& devoit eſtre jointe par
DE FLEURUS. 43
les Troupes de l'Electeur
de Brandebourg , à qui le
Prince de Liege offroit
cent mille écus pour faire
le Siege de Dinant , & la
poffeffion de la Placejufques
à la paix, pour enti
rer toutes les contributions
qu'il pourroit , afin
de le rembourſer des frais
du Siege. M. de Valdec
n'avoit nul ſujet decraindre
ce qui luy est arrivé ,
puis qu'il n'y voyoit aucune
diſpoſition. Il fal
Dij
44 BATAILLE
loit que M. de Luxem
bourg fiſt une diligence à
laquelle il ne croyoit
pas devoir s'attendre , &
quand il en auroit eſté
perfuadé , trois choſes le
rafſeuroient ; l'Armée de
M. de Luxembourg eſtoit
beaucoup moins forte que
la fienne; il attendoit celle
de Brandebourg qui la
devoit rendre encore plus
confiderable , & il ne
voyoit nulle apparence
que l'Armée de M. deBouz
DE FLEURUS. 45
• flers duſt joindre fi- toft ,
en cas qu'on euſt arreſté
cette jonction , ou du
moins celle d'une partie
de cette Armée. M.de Luxembourgayaannttrreefſoolluu
de
chercher M. de Valdec
pour le combattre , fit
divers détachemens de
fon Armée. Ce ſtratageme
luy fervit à couvrir fes
deſſeins , & à marcher avec.
plus de diligence ,
parceque les petits Corps .
fontplus de chemin qu'
46 BATAILLE
une groſſe Armée . Ces
mouvemens commencerent
le 10. de Juin. Le
Journal de cette Marche
eſtant inutile , je n'en fuivray
les dates que depuis
le 22. du meſme mois
Ce jour-là 22. l'Arméc
paſſa ſous le Canon de
Mons , où rien ne fit appercevoir
que ce fuft une
✓ Place ennemie , la Ville
n'ayant point tiré , & la
Garniſon n'ayant fait aucun
mouvement.On cam
DE FLEURUS . 47
pa au petit Queſnet .
On en décampa le
vingt- trois, & l'on alla
paffer la Sambre à Jumont
à trois quarts de
lieuës du Camp volant
de Mr. de Gournay , qui
commandoit un des détachemens
dont j'ay par--
lé , & qui estoit campé
fur cette meſme Riviere .
Le vingt-quatre, ledétachement
de l'Armée de
Mr. de Bouflers,qui estoit
àHayes au-delà de la
43 BATAILLE
Meuſe , partit pour venir
joindre Mr. de Luxembourg
fous les ordres de
Mr. de Rubantel .
Le vingt-cinq , il paffa
la Meuſe à Charlemont.
Le vingt- fix , noſtre Armée
& le Camp volant de
Mr. de Gournay décamperent
, & Mr.de Luxembourg
vint à Boſſu prés
de Valcourt, Le meſme
jour, M.de Rubantel pafſa
à gué avec ſon détachement,
pour allerjoin
dre l'Armée . IL
DE FLEURUS. 49
F
Il campa le 27. fur le cô
té de Philippeville àune
petite Ville nommée Florennes.
Ce jour-là, l'Armée
deM.de Luxembourg
qui s'étoit rendu à Boſſu
prés Valcourt, &qui dans
fa marche avoit fait un
gros détachement tiré des
troupes de M. de Gournay
pour envoyer vers Avefnes
en decampa , &
vint à Gerpines entre
Sambre & Meuſe , où il
féjourna . C'eſt un lieu
د
E
30 BATAILLE
où les Hollandois camperent
l'année derniere ,
&où nous campâmes auffi
pendant neuf ou dix
jours , & c'eſt de là que
nous les canonnâmes
dans leur Camp proche de
Charleroy. On voit cette
Place affez aisément de ce
⚫ meſme lieu , quoy qu'elle
en ſoit éloignée d'une
heure & demie. On ne
peut trop admirer la diligence
que fit M. le Marêchal
Duc de Luxembourg
DE FLEURUS . St
pour venir en quatorze
jours au Camp de Gerpines
. Il n'y a rien de plus
beau que cette marche ,
pour laquelle il fallut
faire plus de Ponts que
l'on n'en fit dans toute
la derniere Campagne .
Pendant que M. de Luxembourg
avec le gros de
l'Armée campoit à Gerpines,
M. le Comte de Gournay
eſtoit campé à Gogny.
Ses meſures avoient
eſté ſi bien priſes pour em-
E ij
32 BATAILLE
1
4
peſcher que M. de Valdek
ne ſçeuſt la jonction
du détachement de l'Armée
de laMoſelle, queM.
de Rubantel qui le commandoit
arriva le 28. à
Metel , à deux lieuës de
la grande Armée. M.
de Luxembourg ayant
ſceu ſon arrivée , détacha
fur les neuf heures du
foir un grand corps de
troupes , & aprés avoir
donnépluſieursordres qu'-
il jugea neceſſaires, il parDE
FLEURUS. 53
>
tit deGerpines à deux heures
du matin , & marcha
tout le reſte de la nuit ,
avec ce détachement
de fon Armée , les pontons
& fon artillerie , afin
de derober fa marche à
M. de Valdec , & de paffer
la Sambre ſans qu'il
en fuſt averti. En effet ,
ce General des ennemis ne
'croyoit pas qu'il fuſt poffible
à M. de Luxem
bourg de ſe preſenter fur
les bords de cette Rivie
E iij
54 BATAILLE
re plutoſt que le 30. & it
avoit meſme de la peine
à ſe perfuader qu'il puſt
y arriver ce jour- là . Le
detachement dont je
viens de vous parler eftoit
compoſe de tous les Grenadiers
de l'Armée , de la
Gendarmerie , du Royal
Allemand,&du Regiment
duMaine. Comme depuis.
l'ouverture de la Campagne
M. le Duc du Maine
s'eſtoit trouvé dans toutes
les occafions d'éclat ,
DE FLEURUS . 53
tantoft comme General
de la Cavalerie , tantoft
comme Maréchal de
Camp , ce Prince voulant
eſtre preſent à tout , nonfeulement
, pour donner
les ordres qui regardent
ces deux emplois , mais
pour payer mefme de fa
perfonne , accompagnoit
M. de Luxembourg. Les
Troupes marcherent fur
quatre colomnes . M. de
Luxembourg fit deux detachemens,
dont l'un fut
E iiij
56 BATAILLE
envoyé du coſté de l'Abbaye
d'Ogny , & l'autre à
Ham qui eſt du coſté de
Charleroy & de Namur ,
fur la Sambre , où l'on
devoit faire des Ponts . Il
joignit en chemin les
troupes que
commandoit
Monfieur de Rubantel
, & celles qui
eſtoient ſous les ordres de
!
! M. de Gournay . M. de
Luxembourg ſeachant
l'impatience où eſtoit
l'Armée d'en venir aux
1 DE FLEURUS. $7
mains avec les ennemis,
dit hautement pour leur
donner de la joye qu'il
alloit chercher M. deValdec
pour le combatre. On
n'a jamais vû de troupes
plusfatisfaites, ny avancer
avec plus de réfolutionde
bien faire . Aufſi eſtoientelles
preſtes d'entrer
dans un paysqui n'eſtoit
pas foumis à la contribution.
M. de Valdec eſtoit
dans un poſte tres- avantageux
entre Charleroy&
38 BATAILLE
Namur,& n'auroitjamais
pû croire que M. de Luxembourg
ſe fuſt réſolu à
paſſer une Riviere entre
deux Villes ennemies , &
à huit lieuës de fon Armée
; mais il n'eſtoit pas
queſtionde demeurerdans
ceCamp , mais de combatre,&
ceGeneral avoitpris
des meſures afſurées pour
fuprendre M. de Valdec ,
qui auroit toujours évité
la bataille fans un coup
auſſi hardy que celuy-là ,
DE FLEURUS . 59
>
parce que non-feulement
il eſt difficile d'en venir
à un combat contre un
ennemi qui évite de s'y
engager, mais encore parce
que M. de Valdec en
tend fort bien les campemens
, ayant fervi longtemps
ſous feu M. de Turenne
. Il falloit donc neceffairement
que M. de
Luxembourg le ſurpriſt ,
ce qu'il ne pouvoit faire
que dans un lieu où M.
de Valdec ſe croyoit en
60 ΒΑΤΑILLE
feureté . Mais comme en
voulant ſurprendre les autres
on peut quelquefois
s'engager mal-à - propos ,
la prudence veut qu'on
prenne de grandes mefures
, afin de ne rien rifquer
, & c'eſt ce que M.
de Luxembourg avoit
fait, en dérobant fa marche
à fon ennemi , & en
luy cachant ſes forces. Il
eſtoit venu à bout du
premier par la grande diligence
qu'il avoit faite ,
DE FLEURUS. 61
2
&il avoit fi bien diſpoſe
les chofes, que M. de Valdec
ignoroit qu'il euſt
eſté joint par le detachement
de l'Armée de la
Moſelle , qui estoit ſous
le commandement de M.
de Rubantel , & par le
Corps que commandoit
M. de Gournay. D'ailleurs
il eſtoit aſſuré , nonſeulement
de la bonté &
de labonne volonté deſes
troupes , mais encore de
l'intelligence& de la va62
BATAILLE
leur des Officiers Generaux
: il connoiſſoit le
terrain où il avoit à combatre
, & avoit imaginé
des mouvemens qui devoient
embaraffer M. de
Valdec , comme vous le
verrez dans la fuite .
Aprés avoir paffé par
des chemins tres-difficiles
, & des defilez fort méchans
, on arrivaà un village
où il y a un Chaſteau
fur une petite coſte affez
longue , mais qui n'eſt
DE FLEURUS . 63
4
1
.
pas fort haute , & qui eſt
toute environnée de Boiss
la Sambre paſſe au pied. Il
y avoit auſſi une redoute
de l'autre coſté de la Riviere,
audevant de laquelleeſtoit
un gué. Cette redoute
n'eſtoit pas ſeule ,
les Ennemis enayant conſtruit
à droite & à gauche
, pour defendre le
bord de la Riviere . Il fut
queſtion d'attaquer ces
Redoutes , quoy que l'Infanterie
ne fuſt pas enco
64 BATAILLE
r
re arrivée . Elle estoit en
,
marche par d'autres chemins
, ſuivant les ordres
de M. de Luxembourg ,
qui avoit pris de grandes
précautions , afin que les
marches ne fuſſent point
embarraffées , & que le
reſte de l'armée pût arriver
peu de temps aprés luy
fur une petite hauteur qui
eſt à la gauche de Ham.
M. le Duc de Choiſeuil
menoit la Cavalerie , &
2.
M. le Chevalier de TilDE
FLEURUS. 65
ladet l'Infanterie. Comme
elle étoit encore éloignée,
M. de Luxembourg
fit mettre pied à terre aux
Dragons de Pompone,
pour attaquer la Redoute
qu'ils emporterent l'épéeà
lamain , aprés avoir
paffé la Riviere à la nâge.
Les ennemis qui la gardoient
ſe retirerent, partie
dans un Château appellé
Froidmond , partie fur
la droite dans des Bois
& dans des hayes qui
F
60 BATAILLE
bordoient la Riviere . 11
n'y eut perſonne de tué
en cette occafion . On
dit qu'il y avoit foixante
ou quatre-vingts. hommes
, & quelques Officiers
dans cette Redoute . Celle
de la gauche fut emportée
avec la meſme vigueur
, par quelques Cavaliers
des Regimens du
Maine,& de Furſtemberg,
qui d'eux-meſmes ſe porterent
à cette action, pour
fatisfaire à l'impatience
qu'ils avoient de ſe fignaDE
FLEURUS: 67
ler , & pour imiter l'ardeur
qu'ils venoient de
remarquer dans les Dragons
de Pompone. Quelques
Officiers partagerent
la gloirede cette action ,
qui en merite d'autant
plus , que les Ennemis
avoient eu foin de rompre
les guez. Ils s'étoient perfuadé
que leurs Redoutes
& ces guez rompus défendroient
plus long- temps
le paſſage de la Sambre.
On fitapplanir les Ouvra
Fij
68 BATAILLE
ges qu'on emporta , &
l'on travailla pour rendre
facile la fortie des Ponts
qu'ondevoitfaire.LeChateau
de Froidmont reſtoit
àprendre;mais comme les
chemins eſtoient preſque
impraticables , les Pontons
n'étoient pas encore
arrivez , cequi cauſoit un
grand embarras , puiſque
fans Pontons la Riviere
eſtoit tres-difficile à paffer
de ce coſté- là. Cen'eſt
pas qu'elle fuft profonde,
mais l'abord en estoit fi
DE FLEURUS . 69
méchant , que de trois Cavaliers
il en tomboit deux
dans l'eau. CependantM.
de Luxembourg connoiffant
l'ardeur desTroupes,
& le defir que les Officiers
avoient de donner des
marques de leur valeur
ordonna à M. du Rofel &
àMrs. les Marquis d'Alegre
& de Toiras , d'aller
avec leurs Regimens inveſtir
Froidmont. Ils receurent
ce commandement
avec joye , & cent
70 BATAILLE
Cavaliers choiſis du Ré
giment de Condé ayant
paffé des premiers,allerent
ſe poſter devant ce Château
, pour empefcher que
la Garniſon ne ſe ſauvaſt
par les Bois ; ce que M.
de Luxembourg avoit
témoigné apprehender .
Leur Colonel y demeura
tout le jour avec cette
petite troupe; & les Enne
mis qui ne pouvoient dés
couvrir ſes derrieres , ne
tenterent rien pour l'en
DE FLEURUS. 71
de
foncer . Le reſte de ce Regiment
& les deux autres
paſſerent plus à loiſir,partie
à gué , partie à la nage.
Les Eſpagnols avoient
rehauffé les bords
la Sambre de leur coſté,ce
qui en rendoit les forties
impraticables , de manniieerree
qquu''oonn ne paffa
qu'avec beaucoup de difficulté.
Comme les troupes
commençoient à grof
fir , M. le Comte de Sail
lant arriva avec les Gre
nadiers des Gardes,& qua
72 BATAILLE
1
tre autres Compagnies de
Grenadiers . Il ſe preparoit
à paffer de la meſme maniere
que les Regimens
qui avoient pris le devant
, mais ayant aperceu
un bateau , il l'envoya
prendre , quoy qu'il fuft
ſous le feu du Chasteau ,
& aprés y avoir fait paffer
les troupes qu'il commandoit
, il acheva d'inveſtir
Froidmont avec ſon déta
chement.
Pendantque ces troupes
eſtoient
DE FLEURUS. 78
E
eſtoient en mouvement ,.
celles qui estoient commandées
par M. de Rubantel
, arriverent à un
village fitué ſur une petite
hauteur , où il ya une
Prairie du coſté du Chateau,&
de l'autre une petitePlaine
& desBois par où
d'on défiloit. M. de Luxembourg
s'eſtoit rendu
en ce lieu- là , pour faire
luy-meſmedéfiler les Pontons
, afin de faire au plûtoſt
paffer des troupes de
G
-
:
74
BATAILLE
l'autre coſté. Les Grena
diers firent les Ponts , & il
y en eut deux en état fur
les fix heures du ſoir . On
y fit paffer quatre pieces
de canon pour commencer
à batre Froidmont , &
M. de Montrevel y paſſa
enfuite , avec trois brigades
de Cavalerie & fix bataillons
. La nuit empefcha
qu'on n'y fift paffer
un plus grand nombre de
Troupes. Ces Brigades &
Bataillons entourerent
le Château , fur le
ces
DE FLEURUS. 75
>
quel on tira huit ou dix
, volées de canon , fans un
ſeul coup de mouſquet.
Ceux qui estoient dedans
y répondirent par quelques
coups de fauconneau
, &par une décharge
de leur mouſquetterie
dont il n'y eut perfonne
bleffé. Ils arborerent enfuite
un drapeau blanc ,
pour demander à capitu-
› ler. On ne les écouta >
point , & ils furent obligez
de ſe rendre à difcre-
,
Gij
76
BATAILLE
tion . Le Château fut pillé
, aprés qu'on eut fart
prifonniers , huit Capitaines,
autant de Lieutenans ,
un Enſeigne de Dragons ,
tous Eſpagnols naturels ,
& plus de quatre- vingt
Soldats dont la Garniſon
eftoit compofée . Pendant
P'attaque du Château de
Froidmont , il y cut des
Dragons qui ſe deshabillerent
, & qui ayant mis leur
épée nuë à leur bouche ,
pafferent de l'autre côté
DE FLEURUS . 77
de la Sambre ; ils allerent
attaquer une redoute que
les Ennemis abandonnerent
à leur veue.
Cependant l'Infanterie
eſtant arrivée par un
défilé qui ſe trouve dans
un bois à la defcente d'une
grande montagne où
l'on ne peut paffer qu'un
à un , & au pied de laquelle
eſt la Sambre , eut
ordre d'avancer. La premiere
colomne fut obligée
de paſſer ſur la droite,
Giij
78 BATAILLE .
& de coſtoyer un endroit
de la Riviere , de l'autre
coſté de laquelle estoient
retranchez dans des hayes
tout-à-fait fur le bord ,
dix-sept cens hommes de
laGarniſon deNamur,qui
formoient pluſieurs bataillons:
ils firent diverſes:
décharges ſur les batail-
Ions desGardes . Lesbatail-
Jons de Greder Allemand ,
&un autre , effuyerent le
premier feu , mais toutes
les troupes qui ſe trouveDE
FLEURUS . 79
>
rent en cette occafion
leur répondirent par un
feu fi furieux, qu'ils furent
contraints de quitter le
bord de la Riviere , & de
fe retirer dans des bois
qui estoient derriere eux ,
de fortequ'ils furentbientoſt
hors de portée , mais
voyant que nous marchions
le longde cette Riviere
, ils ſe montrerent
encore , & firent feu fur
les noftres . La grande déchargequ'on
leur fit , les
:
G iiij
80 BATAILLE
obligea de ſe retirer une
feconde fois , ce qu'ils fi
rent avec beaucoup de
précipitation . Nous eufmes
en cette occafion environ
trente hommestuez,
& ils en perdirentplusde
cent. Nos troupes continuerent
leur marche fans
plus voir d'ennemis , &
ſans qu'ils tiraffent un
feul coup , & elles arriverent
à dix ou onze heures
du ſoir au Chaſteau
de Froidmond , prés du
DE FLEURUS. 81
en cô
quel elles coucherent. On
> avoit laiſſe les gros bagages
au village nommé
Ham , fur la gauche duquel
on paſſa
toyant la Riviere , où les
ennemis avoient paru.On
peut dire que la bataille
de Fleurus eft confiderable
par les avantages
remportez ſur les Ennemis
, pendant trois jours
de fuite.
Le 29. deJuin, unepartie
de l'Armée paſſa la
82 BATAILLE
Sambre , comme vous yenez
de voir , les uns à gué,
les autres fur les deux
Ponts , qui furent faits
le ſoir de cette journée.
On ſe ſaiſit le meſme
jour des redoutes que les
Ennemis avoient fait conſtruire
pour en défendre
le paſſage , on fe rendit
maistre du Château de
Froidmond , & l'on repouſſa,
dix- fept cens hommes
de la Garniſon de
Namur. Voilà la premieDE
FLEURUS . 83
2
re journée dont je viens
de vous donner le détail,
aprés vous avoir fait voir
les meſures que M. de Luxembourg
avoit priſes
afin d'engager le Prince
de Valdec à ne pas fuïrun
combat qu'il n'auroit pas
manquéd'éviter,ſans toutes
ces prudentes précautions
,& toutes ces ruſes
de guerre . Je paſſe à la ſeconde
journée , qui étoit
le 30. & qui fait voir que
nos avantages ont tou84
- BATAILLE
jours eſté en augmentant,
&je finiray par le détail
de la Bataille qui ſe donna
le premier Juillet.
Le 30, de Juin à la pointe
du jour , ce qui avoit
reſté de l'Armée en deçà
de la Riviere , pafſa ſous
les ordres de Monfieur le
Duc du Maine avec tous
les menus bagages. On
marcha , laiſſant le Chateau
de Froidmond à gauche
, & on paffa au Pont
d'Orme un petit Ruiſſeau .
DE FLEURUS . 85
qui entre dans la Sambre,
prés de ce Château. M.
de Luxembourg avoit ordonnéàMrs.
deVateville,
-& de Rubantel , de faire
marcher les gros bagages
vers l'Abbaye d'Ogny de
l'autre coſté de la Sambre
, avec une eſcorte de
deux mille chevaux & de
quinze cens hommes de
-pied, foit parce qu'il vouloit
eſtre plus libre, à cauſe
de l'expedition qu'il
avoit en veuë , foit parce
86 BATAILLE
que la marche étoit plus
aifée de ce coſté- là. Les
Vivandiers eſtoient demeurez
avec les gros bagages
,& la plus grande partie
de l'artillerie , que l'on
fit marcher ſur la gauche
à trois quarts de lieuë
de l'endroit , où l'on avoit
fait des Ponts , fur
une hauteur où la Riviere
tourne preſque tout autour
, avec des Prez qui la
bordent , & des bois de
l'autre coſté qui font
1
DE FLEURUS. 87
comme un cercle ; de ſorte
que cela faifoit une efpece
d'Ifle entourée de Bois
&d'une Riviere . M. de
Luxembourg qui ne faifoit
aucune démarche fans
avoir des veuës pour le
combat qu'il avoit réſolu
de donner , avoit fait pafſer
l'Armée par le lieu que
je viens de vous marquer ,
parce qu'il eſperoit tomber
plus aisément ſur le
Corps de Cavalerie que
le Prince de Nafſau avoit
88 BATAILLE
de ce coſté- là . L'Arméc
ayant paffé , ou pluſtoſt
défilé par cet endroit où il
y a un Pont de pierre ,
marcha fur cinq colom
nes , fçavoir fur deux
d'Infanterie , deux de Cavalerie
,& une d'Artilleric
. Cet habile General ,
qui non ſeulement agiffoit
de la teſte , mais qui
ſe trouvoit par tout, avoit
eſté reconnoiſtre les chemins
que devoit prendre
l'Armée lors que M. le
DE FLEURUS. 89
Duc du Maine l'auroit
fait paffer , les Ponts qu'il
avoit fallu raccommoder,
&la difficulté des défilez
ayant beaucoup retardé
le paſſage des Troupes ,
quoy que M. du Maine
priſt des foins tout extraordinaires
. On ſçait nonfoulement
l'aplication de
ce Prince , pour tout ce
qu'il fait , mais que fon
commandement est foutenu
de manieres fi honneſtes
, & de récompens
H
20 BATAILLE
ſes pour ceux qui les meritent
fi dignes de fon auguſte
naiſſance,qu'iln'entreprend
rien dont il ne
luy foit aifé de venir à
bout , parce qu'il joint à
toutes ces choſes une valeur
naturelle. Il fit donc
en cette occaſion tout ce
qu'il put pour faire avancer
l'Armée avec diligence,
à cauſe que ſon grand
courage le preſſoit d'aller
enſuite aux ennemis .
C'eſtoit à quoy on l'aDE
FLEURUS .
voit vû aſpirer depuis
longtemps , mais outre
qu'il fallut raccommoder
les ponts , la difficulté
des défilez ſe trouva fi
grande , que la Cavalerie
ne put paffer auſſi viſte
que ſouhaitoit ce jeune
Paince qui en eſt General.
Cela fut cauſe que M. de
Luxembourg qui vouloit
voir tout par luy-même,
ne put avoir que fix Eſcadrons
deDragons & qua
tre deGendarmerie , pour
Hij
92 BATAILLE
aller reconnoiſtre les che
mins,&afsurer ſa marche .
A peine avoit- il fait une
lieuë & demie , qu'il apprit
par Mr. Cheladet,
Lieutenant Colonel du
Regiment de Noailles ,
qu'on découvroit vers
Fleurus une colomne de
l'Armée ennemie , & qu'-
elle paroiſsoit foutenue .
Ces Troupes qui faifoient
plus de trois mille chevaux
, eftoient fous le
eommadement du Comte
DE FLEURUS. 93:
1
•de Flodorf , Gouverneur
de Maſtric , & du Baron
de Berlo . Elles ne nous
croyoient pas ſi avancez ,
& n'avoient deſsein que
de venir reconnoiſtre les...
endroits favorables de la
Sambre, que M.de Valdec
vouloit nous empêcher
de paſser. C'eſtoit là le
ſeul motif qui l'avoit engagé
à s'avancer avec
toute fon Armée dans le
camp qu'il occupoit, mais
il s'eſtoit laissé prevenir
+
94
BATAILLE
par les grandes marches
de M. de Luxembourg ,
qui s'eſtoit trouvé plus :
diligent & plus habile
General que luy.
M. de Luxembourg qui
ne reſpiroit que le combat
, & qui avoit ſes raifons
pour ne pas laiſſer
avancer les Ennemis ,
ayant medité le moyen
de les embaraſſer dés
l'entrée de la Bataille ,
comme vous le verrez
dans la fuite , fit tout ce
DE FLEURUS . 95
• qu'il crut neceſſaire pour
engager cette grande action
, & pour empêcher
qu'ils ne quittaſſent le
Camp où il avoit refolu
de les combattre . Il envoya
reconnoiſtre les endroits
où les Eſcadrons
pouvoient estre poſtez ,
& donna ordre à M. de
Cheladet de prendre trois
cens Chevaux , & d'aller
découvrir le derriere des
Ennemis , car ils avoient
un rideau qui cachoit
96 BATAILLE
toute leur Armée , &
comme il eſtoit tombé
beaucoupdepluye lejour
précedent , il n'y avoit
point de pouffiere qui en
pûtdonner connoiffance.
Ainfi il eſtoit à craindre
qu'ilsn'euſſent de l'Infanterie
pour les foutenir ,
parce que la nôtre n'étoit
pas encore arrivée. M.
de Luxembourg eut le
temps d'aprendre tout ce
qu'il vouloit ſçavoir, les
Ennemis eſtant demeurez...
plus
DE FLEURUS. 97
plus de deux heures fans
faire aucun mouvement.
Lors qu'il eut receu l'éclairciſſement
qu'il fouhaitoit
, il donna les ordres
pour faire avancer
l'Armée en bataille. La
plaine eſtoit belle , &
rien n'eſtoit plus beau à
voir que la fierté avec laquelle
toutes les Troupes
marchoient . M. le Comte
de Gournay qui couyroit
la marche de l'Armée
avec vingt Efcadrons
I
98 BATAILLE
2
fur des hauteurs fort éloignées
, eut ordre de venir
joindre Mr. de Luxembourg
le plutoſt qu'il luy
ſeroit poffible ; mais cet
éloignement , & la difficulté
des paſſages donnerent
lieu à la Cavalerie
des Ennemis de ſe retirer
affez loin, &de mettre
un défilé devant elle .
Comme ils avoient quantité
de Troupes dans des
fonds derriere des hauteurs
, ils avoient deſſein
DE FLEURUS . 99
de nous attirer juſqu'au
⚫ gros de leur Armée , &
nous ne nous preffions
point d'avancer , parce
que nous voulions attendre
noſtre Infanterie qui
eſtoit encore fort éloignée.
L'impatience que M. le
Duc du Maine avoit de
combattre, luy ayant fait
furmonter tous les obſtacles
qui l'avoient arrêté
juſque-là , cePrince arri
va ſuivy de quelque Ca-
I ij
100 BATAILLE
valerie . Sa prefence pro
duifit plufieurs effets confiderables
, & la difpofition
où les Ennemis le
virent d'aller à eux , les
ayant intimidez , ils prirent
le party de ſe retirer
affez loin juſqu'au deffus
de Fleurus , ayant mis
des Dragons dans les
hayes du Village , & devant
eux unRuiſſeau affez
difficile , dont les bords
étoient relevez . L'arrivée
de ce Prince fit prendre
DE FLEURUS. 101
undeſſein tout contraire
à Mr. de Luxembourg ,
puis qu'elle le fit refoudre
de marcher aux Ennemis
, malgré les poftes
avantageuxou ils ſe mettoient
en ſe retirant. Il
ne voulut pas que leur
retraite fufſt paiſible , &
qu'ils la fiſſent ſans qu'il
leur en coutaſt quelque
chofe. A peine ent - il
apperceu de loin Mr. le
Duc, du Maine avec une
teſte de Cavalerie , qu'il
I iij
102 BATAILLE
forma une ligne de celle
qu'il avoit avec luy , qui
ne put eſtre que fort mediocre.
Les Ennemis avoient
fait le détachement
dont je viens de
vous parler , ſur ce que
leurs Eſpions leur avoient
rapporté que M. de Luxembourg
ſe retiroit , &
voulant profiter de l'
caſion ils avoient reſolu
decharger l'Arriere-garde
de ce qu'ils croyoient qui
reſtoit à repaſſer , car ils
DE FLEURUS . 103
eſtoient perfuadez qu'il
n'y en avoit encore qu'-
une partie qui avoit paſsé
la Sambre ; que M. de
Luxembourg venoit à
deſſein d'occuper leur
Camp , mais qu'eſtant arrivé
trop tard , il vouloit
repaſſer cette riviere , parce
qu'il ſe croyoit moins
fort qu'eux , & qu'il n'avoit
pas encore eſté joint
par le détachement deM.
de Bouflers . Ils avoient
vingt ſept Efcadrons ,
I iiij
104 BATAILLE
هب
parmy leſquels il y avoit
deux Regimens de Dragons
Liegeois , & deux
de Cavalerie Hollandoife.
Ces Troupes ſe laiſſerent
d'abord pouſſer ſans
tirer un ſeul coup , mais
comme en allant à la
charge on vit paffer entre
nous & Fleurus deux
de leurs Troupes , qui
alloient joindre leur détachement
, M. de Luxembourg
détacha M. de
Cheladet , pour leur couDE
FLEURUS . 105
per le paſſage ,& pour les
combatre,& l'on marcha
en meſme temps au reſte.
Mr. de Cheladet pouffa
avec une vigueur extraordinaire
les Troupes qu'il
avoit eu ordre d'aller attaquer.
Elles ſe retirerent
de Village en Village &
de haye en haye juſqu'à
un lieu où l'on apperceut
vingtEſcadrons dans
un fond. M. de Luxembourg
fit avancer la Gendarmerie
, qui avoit à fa
106 BATAILLE
teſte Monfieur le Duc
du Maine , & M. de Matignon.
Il y avoit un
Eſcadron de Pracontal ,
un de Piedmont Royal ,
& deux des Dragons du
Roy , & celuy de Condé
qui fit des choſes ſurprenantes
ce jour- là. Le Regiment
de Bouzoles fit
auſſi des merveilles, auffibien
que fon Colonel.
On paſſa le défilé qui étoit
devant les Ennemis.
Seize Efcadrons ſauterent
DE FLEURUS. 107
une ravine en leur prefence
pour les aller charger
, ils les rompirent, les
culbuterent ,& les menerent
l'épée dans les reins
juſqu'à un vallon, fur le
haut duquel , & de l'autre
coſté on vit toute l'Armée
ennemie en bataille,
& l'on ſe trouva meſme
auprés de leur premiere
colomne d'Infanterie.
Comme on les mena
toujours battant , il y
en eut beaucoup de tuez .
108T BATAILLE
Les Dragons Liegeois fu
rent entierement défaits,
il reſta peu de la Cavalerie
Hollandoiſe , & le
Baron de Berlo , l'un de
leurs Commandans , y fut
tué avec la plus grande...
partie des principaux
Officiers , que Mr. de
Luxembourg leur permit
d'enterrer à Fleurus . On..
ne fit guere de prifonniers
, parce que leur Armée
eſtant proche d'eux,
ils précipiterent leurs paso
DE FLEURUS . 109
pour s'y rendre. Ce fut
alors qu'on cut beſoin de
la prudence & de l'experience
du General. L'ardeurdes
Troupes les avoit
emportées juſqu'auprés
d'une groſſe Armée ennemie
noſtre Infanterie
eſtoit encore fort éloignée
à cauſe de la difficulté
de la marche , &
nous n'avions que ſeize
Eſcadrons . Ainſi ſelon
toutes les apparences ,
ce qui nous pouvoit arriver
de plus heureux ,
2
2
HO BATAILLE
c'eſtoit d'eſtre remenez le
meſme train que nous les
avions conduits.M.deLuxembourg
prit toutes les
meſures qu'il eſtoit alors
poſſible,pour l'empêcher,
& retint enſemble deux
Eſcadrons de Gendarmerie
pour ſoûtenir quelques
Efcadrons des Ennemis
qui marchoient à
noftre Cavalerie débandée.
Ils furent repouffez
, & M. le Comte de
Marcin fit paroiſtre ſa
DE FLEURUS. III
la
valeur en cette occaſion,
où il fut bleſsé, ainſi que
M. de Rofamel . Ce choc
fut violent , nous y eûmes
tout l'avantage ,
Gendarmerie ſe ſurpaſſa ,
& tous les Officiers de ce
Corps ſe diftinguerent .
M. le Marquis de Moüy,
qui commande la premiere
Compagnie, y courut
riſque de la liberté
& de la vie. Comme il
chargeoit à la teſte de
fon Efcadron avec une
112 BATAILLE
vigueur extraordinaire ,
il fut envelopé pluſieurs
fois , & aprés avoir eſſuyé
de rudes coups, ſe voyant
pris par des Ennemis qui
le tenoient & qui l'entraînoient
, il fit un effort
qui les écarta , &
il ſe déroba d'eux . La
précaution de M. de Luxembourg
alla plus loin
que ce que je viens de
vous marquer , puis qu'il
fit en meſme temps former
trois lignes , dont la
DE FLEURUS. 113
premiere fut des deux Ef--
cadrons de Gendarmerie.
M. le Duc du Maine fut
chargé par ce General de .
former la ſeconde derriere
les deux Efcadrons,
& il reprit ce qu'il put
de Troupes pour en fo:-
mer une troifiéme derriere
cette feconde. Mor
fieur le Duc du Maine
donna de la beſogne aux
Ennemis par la manoeu
vre qu'il fit , & les deux
Eſcadrons de Gendarma -
K
114 BATAILLE
rie firent des chofes fur
prenantes en cette occafion
. Ils foutinrent non
ſeulement l'effort de toute
la Cavalerie ennemie,
mais ils l'empêcherent de
paffer , & la repoufferent
deux cens pas dans leurs
Troupes . M. le Marquis
de Villarceaux ſe diftingua
avec l'Eſcadron qu'il
commandoit. Il s'agiffoit
aprés cela de repaſſer le
petit Ruiſſeau que nos
Troupes avoient paſsé ,
DE FLEURUS. 115
& elles le firent en leur
prefence. Leur feconde
ligne venant encore à
les charger , elles foutinrent
le choc avec la
mefme vigueur , & les
renverſerent ; aprés quoy
les Ennemis balançant à
faire une quatriéme attaque
, nos Troupes repafferent
au pas le Ruiſſeau ,
&les attendirent derriere
, mais ils ſe contenterent
de faire pluſieurs décharges
, & n'oferent le
Kij
116. BATAILLE
paffer devantelles,comme
elles l'avoient paffé de
vant eux. Pendant que les
Gendarmes firent cette
belle retraite , M. de Pra
contal , à la teſte de Piedmond
Royal, foutint l'ef
fort des Ennemisà la gauche&
les repouſſa de mefme
, & le Regiment de
Condé continua de ſe ſignaler.
M. de Rofmadeo
fut bleſſé dans les occa
fions de cette journée ,
ainſi que M. d'Eſpagne
DE FLEURUS. H
Fils du brave M. d'Eſpa-
1 ggnnee , Gouverneur de
Thionville , qui eut le
bras gauche caffé au deſſus
du coude , en faiſant des
choſes étonnantes . Il tua
luy ſeul pluſieurs Officiers
& un grand nombre
de Cavaliers , & ne ſe retira
que lors qu'il y fut
forcé par la foibleffe où
le mit la grande quantité
de ſang qu'il répandoit.
M. le Duc de Choiſeul
cut un cheval tué ſous
1
IIS BATAILLE
1uy cette meſme journée.
On admira M. le Duc du
Maine, qui parutdans un
temps où il y avoit lieu
d'avoir de l'inquietude ,
avec un air noble & intrepide
, qui ne contribua
pas peu à augmenter la
confiance des Troupes .
Je n'avance rien de moymeſme
en difant cela
l'ayant tiré de la Lettre
d'un Colonel qui n'a pas
moins d'eſprit que de
naiſſance & de valeur .
DE FLEURUS . 119
M. de Luxembourg fit retirer
ſa Cavalerie par une
contre-marche fort fiere ,
& vint camper enſuite à
Velaines dans un Camp
fort feur , où elle paſſa
la nuit avec plus de
tranquillité que les Ennemis.
Ce General jugea
à propos de faire interroger
les Prifonniers
qui estoient entre les
mains de Mr. Godin ,
Commiſſaire des Guerres.
Quelques Officiers d'ens
120 ΒΑΤΑILLE
tr'eux luy dirent , fur ce
qu'ils crurent qu'il n'y
ment de paſsé , qu'ils éavoit
qu'un gros détachetoient
bien trampezfi leur
Armée ne nous tomboit pas
le lendemain fur les bras.
M. de Luxembourg dit
aux Troupes en les remer
ciant , & en leur donnant.
des loianges , qu'elles en
avoient affezfaitpourfai
re connoistre aux Ennemis
qu'elles les battroient par
tout , mais qu'il falloit repaffer
DE FLEURUS . 121
paffer la Riviere le lendemain.
En mefme temps
il donna ordre à l'Artillerie
de prendre le chemin
du Pont dés le ſoir
meſme,mais elle en receut
un tout cotraire bientoft
aprés. Comme les Troupes
ne trouverent point
leur gros bagage au
Camp , & qu'il leur fut
ordonné de partir le lendemain
dés la pointe du
jour, elles commencerent
ſe perfuader qu'elles
L
122 BATAILLE
devoient repaffer la Sams
bre. Cependant à leur
aſſemblée on leur diftribua
de la poudre , des
bales , & de la méche.
Les menus Equipages prirent
le chemin du Pont,
& les Troupes celuy de
Fleurus , ce qu'elles firent
avec une joye d'autant
plus grande , que ce qui
s'eſtoit paſſé le jour précedent
leur avoit fait redoubler
la confiance que
leur donnoit la cons
DE FLEURUS . 123
duite de leur General ,
qu'elles avoient vû avant
le combat , pendant le
combat ,&aprés le combat
, agir en grand Capitaine
, & mettre enpratique
avec la valeur,toutes
les rufes de guerre des
plus experimentez ,
Enfin toutes choſes
eſtant diſpoſées pour une
grande Bataille , elle ſe
donna le premier Juillet,
jour remarquable à jamais
, & qui fait voir que
Lij
124 ΒΑΤΑILLE
le regne deSa Majesté eſt
un enchaiſnement de miracles.
Mr. de Valdec
voyant la gloire qu'il
y avoit à acquerir à
vaincre des troupes auffi
aguerries que celles de
France , s'eſtoit ſervy
و
pour camper avantageufement
de tout ce
qu'une longue experience
luy a donné de lumicres
dans le meſtier de la
Guerre. Il ne ſe contenta
pas de cela,&quoy qu'il
DE FLEURUS .
125
duft s'aſſurer ſur le nombre
de ſes troupes , il crut
les devoir exciter , en leur
diſant, qu'il les alloit mener
juſques à Paris . Le che
min n'étoit pas long,mais
les plus fortes Armées de
Flandre n'ont encore pů
• le trouver: M. de Luxembourg
eſtoit plus modefte
, mais peut- eſtre avoitil
plus de ſujet de ſe fier à
fes troupes. Il eſtoit neceſſaire
qu'elles fuſſent
bonnes , puis qu'aprés
A
Liij
126 ΒΑΤΑILLE
avoir paflé la Sambre , le
party de la bataille efſtoit
le ſeul qu'il avoit à prendre
, ne pouvant repaffer
cette Riviere en prefence
d'une Armée ſi forte, ſans
qu'il luy en coûtaſt une
Arriere- Garde ; ce qui auroit
fait diminuer la réputation
des Armes du
Roy , & auroit pů avoir
des fuites fâcheuſes .
D'ailleurs, il n'eſtoit plus
temps de ſe retirer , puis
que l'Armée du Prince
DE FLEURUS . 127
deValdec avoit eſté toute
- la nuit dans un mouvement
violent , pendant
que les François l'avoient
paffée ſous leurs
Tentes , & avoient joiy
d'un repos que lesArmées
ne gouftent jamais ,
moins qu'elles ne foient
ſeures de la prudence &
de l'experience de leur
General. C'eſt ce qui
à
épargne aux troupes des
alarmes continuelles , &
les fait dormir fans in-
L iiij
128 BATAILLE
quietude. M. le Prince
de Valdec en avoit
beaucoup , quoy qu'il
affectaſt de paroître ſeur
du gain de la Bataille
, & qu'il vouluſt le
perfuader aux Troupes
qu'il commandoit. Dés
le ſoir du 30. Juin , il
avoit fait mettre fonArmée
en bataille , & elle
paſſa toute la nuit dans
cet ordre . Rien ne fait
mieux voir le contraire
de ce que M. de Valdec
DE FLEURUS. 129
avoit envie de luy faire
croire . Il y a grande apparence
que fon deſsein
n'eſtoit pas de donner la
bataille pendant la nuit
Cependant il met dés le
foir ſes Troupes en état...
de combatre ,& il les fait,
demeurer juſques au jour
dans une fituation ou
il eſtoit impoſſible qu'-
elles cufsent du repos.
Il falloit , ou qu'il euſt
bien peu d'experience ,
de fatiguer ainſi ſon Ar130
ΒΑΤΑILLE
mée ſans ſujet , ou qu'aprehendant
à tous momens
d'eſtre attaqué , il
euſt plus de la moitié de
la peurqu'ilvouloitdonner
. M. de Luxembourg
avoit fait tout le contraire.
Il avoit fait repofer fes
Troupes , mais il avoit
veillé pour elles , & mefme
deux raiſons l'avoient
porté à leur cacher la reſolution
qu'il avoit priſe
de donner bataille. Il ne
vouloit pas que l'idée
DE FLEURUS. 131
d'un combat les agitaſt
pendantla nuit , ny que
M. de Valdec puſt apprendre
qu'il avoit deffein
de l'attaquer. Il en
méditoit les moyens depuis
lonngg--temps ,, mais il
ne les avoit pas encore
communiquez aux Officiers
Generaux , de peur
que leur joye ne les trahiſt
en paroissant trop fur
leur viſage,& que le PrincedeValdec
venant à en
avoir connoissance , ne
132 BATAILLE
د
priſt des meſures, ou pour
éviter le comhat ου
pour ne le donner qu'avec
de grands avantages .
Pendant que toute noftre
Armée repofa , noftreGeneral
fut dans un mouvement
perpetuel. Il enenvoya
plufieurs partis
en Campagne ; il écouta
leur rapport ; il apprit
tout ce qui ſe paſſoit
dans le Camp de M. de
Valdec , & en fut témoin
luy-meſme dés la petite
DE FLEURUS. 133
pointe du jour. Les Ennemis
firent une grande
faute de s'eſtre mis fi- toft
en bataille. Outre qu'ils
• donnerent lieu à M. de
Luxēbourg d'examiner la
ſituation ou ils estoient ,
& d'empefcher qu'ils
n'en profitaffent , cette
ſituation , quelque avantageuſe
qu'elle fuſt pour
eux, luy fit prendre des
meſures pour en tirer
quelque fruit. Il falloit
pour cela , non-feule134
BATAILLE
ment connoiſtre parfaitement
le pays , mais fçavoir
à fond toutes les ruſes
de guerre qui peuvent
eſtre miſes en pratique en
de pareilles occafions .
M. de Luxembourg les
avoit appriſes ſous un
trop grand Maiſtre , &
s'eſtoit trouvé en trop de
batailles rangées pour les
ignorer. Il n'a pas feulement
l'experience , mais
encore ce qui manque à
beaucoup de grands Ca
DE FLEURUS. 135
gat
pitaines, je veux dire, une
réſolution fixe. Il n'y a
rien de plus neceſſaire
pour les grands coups ,
puiſque les eſprits irreſolus
gâtent ſouvent tout,
quand meſme ils prendroient
un bon party , la
lenteur eſtant toujours
préjudiciable aux affaires
importates; de forte qu'il
eſt plus dangereux de
prendre tard une bonne
réſolution,que d'en prendre
de bonne heure une
後
136 BATAILLE
méchante, la premiere devenant
inutile, & le mal
de la derniere pouvant
eftre reparé affez toft
pour n'apporter aucun
préjudice , ou du moins,
pour n'en cauſer que trespeu.
M. de Luxembourg
ayantvú luy-meſme l'Armée
des Ennemis en bataille
, & fçachant qu'elle
y avoit paffé la nuit ,
réſolut de l'attaquer , &
ne penſa plus qu'à faire
marcher noſtre Armée
DE FLEURUS. 137
vers Fleurus , &à mettre
enexecution tout ce qu'il
avoit imaginé pour furprendre
les Ennemis , &
s'aſſurer la victoire par la
la diſpoſition de nos
Troupes , malgré toutes
les précautions que M.de
Valdec avoit prifes pour
ayoir l'avantage du terrain
, qui luy eft demeuré
, &dans lequel il a eſté
batu ; ce qui n'auroit pu
arriver , fi M. de Luxembourg
euſt ſuivi la route
M
138 ΒΑΤΑILLE
1
ordinaire , & s'il ſe fuft
preſenté pour combatre
devantune Armée rangée
en bataille , qui l'atten
doit. Il le fit, mais d'une
maniere qui déconcerta
M. de Valdec ,&qui jetta
du deſordre dans touteſon
Armée , avant que
le premier coup euſt eſté
tiré. On aſſure que la
marche de la noſtre de
Velaines à Fleurus , eft
la plus prudente & la
plus hardie qui ſe puiſſe
:
DE FLEURUS. 139
faire . M. de Luxembourg
luy fit prendre des détours
de plus d'une lieuë
dans des défilez qu'un autre
auroit tâché d'éviter,
& ces défilez cacherent
fa marche aux ennemis ,
qui s'attendoient à nous
voir venir par le droit
chemin , qui est découvert;
& ainſi ce General
ayant trouvé le moyen
de reconnoître le nomibre
des Bataillons & des
Efcadrons des Ennemis ,,
:
1
Mij
140 BATAILLE
& de leur ofter la con
noiſſance des forces de
noſtre Armée , les prit
avec tous les avantages
qu'un habile General
doit tirer de fon expe
rience , car d'ailleurs les
deux Armées estoient à
peu-prés auſſi fortes l'une
que l'autre. La noftre
eſtoit de quatre-vingtEfcadrons
& de trente- fept
Bataillons , qui pouvoient
faire environ trente
trois mille hommes ,
DE FLEURUS 141
fur quoy il en faut ofter
près de quatre mille ,
commandez pour la gar
de des gros Equipages ,&
qui par confequent n'ont
point combatu.
L'Armée des Ennemis
eftcitdu moins auffi nombreuſe,&
dansun campement
fort avantageux .
Elle éſtoit rangée en Bataille
audelà de Fleurus,
ayant ſa droite appuyée à
Hepigny , Village ſitué
fur unepetite hauteur, &
142 BATAILLE
fa gauche s'étendantdans
la plaine , où elle eſtoit
à decouvert , foutenue
pourtant du Chafteau
de Saint Amant. Il y
avoit de leurs Troupes
dans une Cenfe qui eft
entre ce Chaſteau & le
Village du mesme nom,
& ils avoient d'ailleurs
devant eux deux Ruiffeaux
également difficiles
à paffer , l'un venant de
Fleurus , & quiavoit fes
bords relevez ,& l'autre
DE FLEURUS . 143
venant de Saint Amand,
& dont les eaux eſtoient
alors fort profondes .
Noftre Armée ne fut pas
moins avantageuſement
poſtée par lebon ordre de
M. de Luxembourg. Ce
General fitmarcherla gauche
la premiere pour la
pofter auprés de Fleurus,
où il jetta un gros Corps
d'Infanterie , parce que
la gauche eſtoit plus prés
des Ennemis que la droite.
Il mit enſuite l'Armée
144 BATAILLE
en Bataille en doublant
toujours fur cette gau
che , & s'étendant fur la
droite du coſté de Saint
Amand , il tira avantage
de tout , meſme de ce qui
devoit ſelon les apparences
luy eſtre deſavantageux
, ayant tantoſt man,
qué de terrain pour former
les deux lignes d'In
fanterie , tantoſt ayant
rencontré un foſſé plein
d'eau , & qu'il eſtoit pref,
que impoſſible de com
bler
و ت
DE FLEURUS. 145
bler , & tantoſt ayant
trouvé des marais , des ravins
& des hayes , qui
l'empeſchoient demettre
l'Armée regulierementen
Bataille . Tous ces obſtacles
devinrent par la capacité
de M. de Luxembourg
des moyens infaillibles
pour la Victoire,
car ſe voyant obligé d'attaquer
les Ennemis par le
Flanc, leur gauche eſtant
toutà faitdecouverte , il
leur cacha fon deſſein en
N
146 BATAILLE
laiſſant les Troupes qui
les prenoient en front
depuis Fleurus juſqu'à
Saint Amand , dans la
meſme diſpoſition où il
les avoit miſes ſous des
ordres de M. le Chevalier
•de Tilladet , & de Maile
Comte de Gournay , ce
qui trompa les Ennemis,
&leur fit croire qu'on les
attaqueroit par la sou
qu'on ſe retireroit fans les
attaquer . Ce n'eſtoit pas
le party que Mode
DE FLEURUS . 147,
la
Luxembourg avoit pris.
•Comme il avoit refolu de
combatre , il ordonna
que tous les Aumoſniers
Ide l'Armée donneroient
Benediction aux Regimens.
Toutes lesTroupes
firent paroître une joye
extraordinaire aprés l'avoir
receue . On n'enextendit
que des cris redoublez
de VIVE LE ROY,
23&l'on ne vit que des chapeaux
en l'air, ſuivant l'uſage
pratiqué de tout
Nij
148 BATAILLE
faire contemps
, pour
noiſtre que l'allegreffe eſt
grande , & univerſelle.
Rien n'estoit plus beau
que de voir ces deux puiffantes
Armées ſe developer
dans une grandeplaine
, qui est la feule de
tout le Pays qui pouvoit
mieux fervir de theatre à
l'éclatante action qui s'y
eft paffée . Elles demeurerent
depuis le matin jufques
à une heure aprés
midy à ſe poſter , à s'obDE
FLEURUS . 149
ferver , & à faire les mouvemens
, que l'occafion
preſente rendoit neceſſaires
. Le Canon des Enne
mis tira le premier fur
noſtre Cavalerie , &mefme
quelques heures avant
le noftre. Les Troupes en
furentpeu incommodées,
& il auroit mieux valu
pour les ennemis ,
qu'ils euffent eu moins
d'empreſſement à le faire
entendre , puiſque cela
ne ſervit qu'à faire dé-
Niij
IJO BATAILLE
couvrir leurs batteries ,
ce qui ne leur eſtoit pas
avantageux , M. de Luxembourg
ſcachant profiter
de tout , & eftant
en cette occaſion ſecondé
de M. du Mets , qui nonſeulement
avoit une con
noiſſance parfaite de toutes
les chofes qui regardent
l'Artillerie , mais
une activité incroyable
pour le ſervice , ce qui a
paru dans le combat,notre
canon ayant eſté traf
DE FLEURUS. 151
porté avec une viteſſe inconcevable
dans tous les
endroits où il s'eſt trouveneceſſaire.
Les décharges
continuelles de celuy
des Ennemis n'em
peicherent pas que M. de
Luxembourg ne fift faire
auxTroupes tous les mouvemens
qu'on eut beſoin
qu'elles fiffent . M. leDuc
du Maine , M. le grand
Prieur de France , M. le
Duc de Choifeuil , &
Mrs.les Marquis deMont-
Niiij
152 BATAILLE
revel & de Vatteville curent
grande part à ces
mouvemens . Tout ce que
M. de Luxembourg leur
dit , pour contribuer au
deſſein qu'il avoit de dérober
aux Ennemis la
marche de quelques corps
de Troupes, futponctuel-
Iement eexxeeccuuttéé,, à quoy
ne ſervirent pas peu
deux Ponts que M. le
grand Prieur , & M. le
Marquis de Mont- revel
firent faire , auffi-bien
DE FLEURUS. 153
que la hauteur des bleds .
Tout eſtant dans la difpofition
que M. de Lu
xembourg ſouhaittoit ,
ceGeneral qui n'avoit pas
jugéà propos de dire fon
deſſein à perſonne avant
qu'il le viſt en estat d'eftre
executé avec ſuccés ,
voyant qu'il avoit furmonté
toutes les difficultez
qui s'y eſtoient oppo
fées , le découvrit auxGeneraux
qui ſe trouverent
auprés de luy,&aprés leur
154 BATAILLE
avoir marqué qu'il en efperoitune
bonne iſſue , il
les renvoya chacun à leur
poſte , & leur donna
pour mot de raliement ,
LeRoy , n'eſtant occupé
que de la gloire de Sa Majeſté,
& mettant toute fa
confiance à la profperité
qui accompagne par tout
la justice de ſes Armes .
Alors chacun penetré de
fon devoir , & de l'importance
de l'action qui
eſtoit liée , ne penſa plus
DE FLEURUS . 155
?
qu'à ſe ſignaler. M. de
Gournay fit le premier
mouvement de la gauche
dont il tenoit la droite . Il
paffa le ruiſſeau , & marcha
aux Ennemis avec
toute la Cavalerie qu'il
commandoit. On fit en
mefme temps le meſme
mouvement à la droite ,
& l'on peut dire que le
combat commença par
pluſieurs actions particulieres
. Chaque Bataillon
donna une bataille , &
156 BATAILLE
chaque Eſcadron foutint
un combat. Il y eut d'abord
un fort grand feu ,
décharges que firent
les Ennemis furent terri
bles,mais ils ne laifferent
pas d'eſtre les plus maltraitez,
puis que les noſtres
qui avoient ordre de
les effuyer fans tirer , afin
d'aller fur eux l'épée à la
main , & la bayonnette
dans le fufil pour les enfoncer
, donnerent d'une
fi grande force, qu'ils fi
DE FLEURUS. 157
rent plier leur aifle droite
. Elle ſe rallia , & M.
de Rubantel avec les Brigades
de Champagne &
de Navarre , pouffa d'une
maniere fi vigoureuſe
, qu'il fut inutile de
luyvouloir refifter. Mrs.
de Vivans & de Ximenes
avoient eſté bleſſez
à la premiere charge.
M. de Gournay y fut
tué , tant elle fut violente
, & M. de Vateville
aprés avoir eſté pluſieurs
1
158 BATAILLE
i
fois enveloppé , cuſt ofté
fait prisonnier ſi M. de
la Haze , Capitaine des
Cravates, ne l'euſt delivré.
Les Ennemis rompus
de toutes-parts fuyoient
déja partout ; leur Cavalerie
n'oſoit tenir contre
la noftre ; leur Infanterie
aprés une bonne contenance
avoit eſté renverſée
, les noſtres estoient
avancez dans leur terrain,
& avoient déja gagné
leur Canon qui tiroit de
DE FLEURUS . 155
puis ſept heures du matin,
& la Bataille qui ne faiſoit
que de commencer,
ſembloit finir à cette deroute,&
furtout lors que
M. de Mont- revl eut
chargé & diſſipé trois Bataillons
, qui poſtez dans
les hayesde ſaintAmand,
&s'eſtant joints à quelques
Eſcadrons, faifoient
sun effort pour ſe retirer.
Cependant ce n'étoit que
le commencement. M.
de Mont-revel fit la pre;
160 BATAILLE
miere action de noſtre
dtoite, ayant eu ordrede
couvrir avec trois Eſcadrons
qui ſe trouvoient
de reſerve , le flanc de
deux Bataillons des Gardes
Françoiſes , qui eftoient
poſtez dans les
hayes vis-à- vis de la Cenſe
de Cheſſeau, avec quatre
Pieces de Canon qui
couvroient la droite de
ces deux Bataillons du
coſté de la Plaine. II
trouva fi prés de luy des
DE FLEURUS . 161
Eſcadrons Ennemis, qu'il
fut obligé de les charger .
Il le fit avec la valeur que
tout le monde luy connoiſt,
& les batit en ruine
, enſuite un vuide qui
ſe trouvoit entre le Ruifſeau
de Saint Amant , &
la gauche de cette droite,
ayant eſté occupé par
l'Infanterie de la ſeconde
ligne que commandoit
M. deGaffé, ſuivant l'ordre
qu'il avoit receu de
M. de Luxembourg par
Ο
162 BATAILLE
M. d'Artagnan , Major
General , qu'il trouvoit
par tout pendant le combat.
Les brigades d'Auvergne
, & de Stoppa s'y
joignirent , & la Cavas
lerie de la droite de la
gauche parut. L'ordre
eſtoit donné à la Brigade
de Champagne que commandoit
M. d'Uffon , &
à celle de Navarre commandée
par Mulde la
Rocheguyon , de fortir
de la gauche de Saint ADE
FLEURUS . 16
mand dés que la Cavale
rie paroiſtroit ; cet ordre
fut auffitoft executé.
Ces Brigades furent mifes
en Bataille , ſelon la dif
poſition du terrain à portée
du mouſquet de la ligne
des Ennemis . Ceux
qui les commandoient
firent parfaitement bien
leur devoir. Les Grenadiers
qui ſe trouvoient
les plus prés , & qui
eſtoient foutenus par
deux Bataillons de
O ij
164 BATAILLE
Champagne, effuyerent le
gros feu que fit cette lit
gne. M. le Comte de
Sceaux qui s'y diftingua,
fut bleſfé , ce qui n'empeſchapas
que cetteInfanterie,
ne miſt en déroute
celle desEnnemis, qui formoitune
ligne. Tous ces
avantages nous promettoient
la victoire ; elle
n'eſtoit pourtant pas
encore affurée , & les En--
nemis ſe rallioient pour
la diſputer. Cequi estoit
DE FLEURUS. 165
reſté d'infanterie s'eſtant
raſsemblé dans un endroit
couvert à côté de
Fleurus , forma une grofſe
ligne , &parut fur une
hauteur, où elle fut renforcée
de huit ou dix Efcadrons
, en preſence des
Troupes que M. de Loëmaria
remettoit en bataille,
& qui avoient paffé
avec M. de Gournay
pour ſe joindre à noſtre
droite. Ily eut dans cette
occafion un combat vio
166 BATAILLE
lent , Efcadron contre
Eſcadron. Les Ennemist
chargerent les premiers ,
mais les noftres riſpoſterent
fi vigoureuſement ,
que plufieurs des leurs!
ayant eſté tuez ou bleffez,
le reſte fut obligé de
reculer bien loining
Durant ce combat particulier
, la nouvelle ligne
d'Infanterie que les
ennemis avoient formée ,
faifoit une bonne contenance.
Les Bataillons pa
DE FLEURUS. 167
roiſsoient gros , ferrez , &
fermes , tandis queM. le
Duc de Choiseuil difpofoit
de fon coſté une ligne
de meſme force , qui
luy puſt être oppoſée ; la
Brigadede Navarre ayant
eſté rangée , ſe trouva la
- premiere . Ce Duc fit
avancer d'autres Bataillons
pour la joindre , &
mit en bataille tout ce
qu'il trouva ſous ſa main
derriere les Bataillons des
Ennemis , qui formoient
168 BATAILLE
1
à leur gauche de nouvel
les Troupes en prefence
de M. le Duc du Maine ,
qui estoit demeuré à notre
droite. Il eſtoit ne
ceſsaire d'en avertir M.
deLuxembourg . Cejeune
Prince crut devoir pren
dre ce ſoin luy-meſme,
étant toujours plus preft
d'agirque de commander.
M. de Luxembourg dont
lesreſsources ſont inépuifables,
voulantprofiter de
l'avis de ce Prince, le pria
de
DE FLEURUS. 169
de s'aller promptement
étendre fur la droite avec
toute la Cavalerie qu'il
pourroit aſſembler. Il y
courut avec M. de Vaudeuil
, qui l'accompagnoit
par tout , auſſi-bien
que M. le Chevalier de
Chambonard , ſon Capi
taine des Gardes , cy-devant
Major des Cuiraffiers.
A peine fut- il arrivé
au lieu où il ſe devoit
rendre , qu'il commença
à executer les volontez
P
170 BATAILLE
de M. de Luxembourg ;
mais ayant apperçu quel
que Cavalerie , il s'en approcha
avec tant d'ardeur
, qu'elle prit la fuite
aprés avoir fair ſa décharge.
Ce Prince revint
enfuite former pluſieurs
Eſcadrons , & fit tout ce
que M. de Luxembourg
avoit ſouhaitté de luy.
On demeura quelque
temps de part & d'autre
fans mouvement. Nous
attendions de l'infanteDE
FLEURUS .
.
ric qui avoit beaucoup
de chemin à faire , & les
Ennemis estoient fatiguez
de tous les mouvemens
qu'ils avoient faits .
Quelques Bataillons parmi
leſquels ſe trouverent
le troifiéme des Gardes
Françoiſes , & le premier
des Gardes Suiffes , firent
une tres-bonne contenance
, encore qu'à portée
de piſtolet des Ennemis
, qui ne parurent pas
moins fiers , quoy qu'on
Pij
172 BATAILLE
euft tourné contre cux
fix pieces de canon qu'on
leur avoit priſes . Cha
que coup faifoit de grandes
breches à leurs Bataillons
, mais elles
étoient à l'inſtant reparées
, les Ennemis ſe refferrant
auffi- toſt ſans s'ébranler
. Cette. Batterie
ne laiſſa pas de les incommoder
beaucoup. Voicy
par quel hazard ce canon
qu'on leur avoit pris tira
contre eux . M. de MarDE
FLEURUS . 173
filly , Lieutenant Colonel
du Regiment de Coif
lin ,& qui en commandoit
le ſecond Efcadron ,
ſe trouva le plus avancé
devant la premiere ligne
au canon des Ennemis ,
&à foixante pas de leur
gros d'Infanterie que
l'on vouloit rompre ; &
comme il avoit dans ſon
Eſcadron un Trompette
qui avoit eſté Canonnier,
il fit par l'ordre de M. de
Luxembourg , tourner le
Piij
174 BATAILLE
G
ux Enndcanon
pris aux
mis , contre leur Cava-
290
lerie , qui ſe rallioit &
ſe remettoit en bataille
prés des noſtres , à la
droite de leur Infanterie.
Le Trompette tiroit fi
juſte & de fi prés dans
cette Cavalerie , qu'elle
quitta , & alla plus loin
derriere l'Infanterie . M.
de Marfilly voyant arriver
M. de Loëmaria avec
quelques Troupes , vou
loit charger cette Infan
DE FLEURUS . 175
terie ; mais M. de Luxembourg
eſtant ſurvenu ,
l'en empefcha ,& fit rafſembler
tous les morceaux
de Troupes , car ce
n'eſtoient pas Troupes
entieres . Pluſieurs ſe joignirent
à la ſienne , &
pendant ce temps ils demeurerent
en prefence ;
les Ennemis ſe raſſemblantauſſi
ſur leur droite.
Enfin aprés qu'il eut receu
pluſieurs ordres de
ne point charger , qu'il
PPilij
176 BATAILLE
ne fût venu d'autres troupes,
il vint de laCavalerie
& de l'Infanterie , que
I'on avoit ralliée,& alors
il chargea avec tant de
force que toute la longueur
de la ligne des
Ennemis demeura marquée
par les foldats qui
avoient eſté tuez dans
leurs rangs . M. deQuoad
qui estoit à la teſte de
quelques Efcadrons , entra
en meſme temps dans
Ieurs Bataillons. Il ne re
DE FLEURUS . 177
ſtoit plus qu'à redune
leur gauche qui tenoit
encore bon . Cet exploit
eſtoit deu à M. le Mar
quis de Coiflin . Il eſtort
à la teſte du premier Efcadron
de fon Regiment.
C'eſtoit à luy à charger ,
& il le fit avec une va
leur diftinguée ,& qu'on
ne peut trop louer. Il batiten
ruine un Efcadron
des Ennemis qui foutenoit
l'Infanterie de cette
gauche , & toute noftre
178 BATAILLE
こ
Infanterie chargea en même
temps la ligne des Ennemis
. M. de Marfilly
commandoit le ſecond
Eſcadron du meſme Regiment
de Colin. Toute
la valeur & la force
qu'il a fait paroiſtre en
tant d'occafions differentes
, ſe réunirent en
celle-cy. Il donna pour
la troifiéme fois avec un
autre qui ſe joignit à
luy , perça tout ce qu'il
trouva , & ſe meſla avec
DE FLEURUS . 179
un courage qui étonna
les Ennemis , & qui les
mit en fuite. Un Bataillon
Ennemy luy tua
beaucoup de Cavaliers ,
mais il ne perdit aucun
Officier. Il ne reſtoit
plus qu'à batre un Corps
de reſerve que les Ennemis
avoient ſur une hauteur,
compofé de quelques
Bataillons que fix
Eſcadrons foutenoient.
Ce dernier coup qui devoit
rendre la victoire
1
180 BATAILLE
complette , eſtoit refervé
àM. le Duc du Maine . Ce
Prince donna avec un
courage qui égale tout
ce qu'on a jamais vu dans
les plus braves . Il attaqua
la Cavalerie qui re
ſtoit aux Ennemis , avec
les Eſcadrons qu'il avoit
étendus ſur la gauche ,
pendant queM. de Gaffé
attaquoit les Bataillons
qu'ils avoient encore ,
avec la Brigade de Stoppa.
Cette Cavalerie fut
DE FLEURUS. 181
bien- toſt défaite , mais
l'Infanterie fit une refiſtance
que l'Histoire
n'oubliera pas de mar
quer. C'eſt cette belle &
groſſe ligne d'Infanterie,
& ce grand Bataillon
quarré formé des debris
de pluſieurs autres , &
garni d'autant de Troupes
qu'il en falloit pour
en former fix , & dont
toutes les Relations ont
tant parlé. Il ne pouvoit
éviter d'eſtre défait. Tou
182 BATAILLE
te l'Armée Ennemie eſtoit
en déroute , & les Efcadrons
qui le ſoutenoient
venoient de prendre la
fuite aprés avoir efté batus
. M. de Luxembourg
l'ayant fait envelopper ,
& voulant épargner le
fang de part & d'autre ,
jugea à propos de le faire
ſommer de ſe rendre , en
luy offrant bon quartier.
Sa contenance estoit fi
fiere , que ny le Trompette,
ny le Tambour que ce
DE FLEURUS . 183
General y envoya, n'oferentavacer.
M.Chpi, l'un
de fes Aides - de - Camp ,
fut plus hardi qu'eux. Il
ſe chargea de cette commiffion
, & alla faire la
propoſition , qui fut receue
avec une fierté extraordinaire.
Voicy ce qui
donna lieu à cette groffe
ligne de ſe mettre en eftat
de défenſe. Ceux qui la
compoſoient ayant confideré
noſtre application à
pourſuivre la victoire de
184 BATAILLE
toutes parts , dans une
déroute generale, réſolurent
de ſe rallier . Toute
noſtre Cavalerie , &Gen
darmerie vit former cette
ligne fans pouvoir l'empeſcher
, parce que nos
Generaux , & noftre Infanterie
eſtant à ſa gauche
où ils estoient neceffaires
, elle n'avoit point
d'Infanterie pour la ſeconder.
Enfin l'Infanterie
eſtant revenuë aprés
avoir achevé de mettre
DE FLEURUS . 185
en déroute le reste des
Ennemis , on attaqua certe
groffe ligne juſques à
trois fois ſans la pouvoir
rompre , & l'on y fit une
grande perte , mais elle
plia à la quatriéme , & il
y eut un grand carnage
depart & d'autre . M. le
Duc du Maine qui tant
que la bataille a duré
s'eſt trouvé dans tous les
endroits les plus péril-
• leux,y courut grand rifque
. M. le Comte de Juf-
Q
186 BATAILLE
21616
G
fac , premier Gentilhommede
la Chambre , M. de
Genvril , ſon Aide-de-
Camp , & trois deſesGardes
,furent tuez à ſes cotez
. La Gendarmerie y
perdit pluſieurs Officiers
de distinction . M. le
Marquis de Verderonne ,
M. le Chevalier de Soyecourrtt
,, M. le Marquis de
Sallart, & pluſieurs Gendarmes
furent tuez , &
20
bleſſfez. M. le grand
Prieur donna en cetteocDE
FLEURUS . 187
9
cafion , comme il a fait
pendant tout le combat,
des marques de fon courage
, ayant effuyé à la
teſte de deux Compagnies
de Gendarmes
tout le feu des Ennemis .
Ils ſe retiresent à la fades
Bois & des ravins
qui leur offrirent
une retraite ſeure. Quatre
à cinq cens hommes
ſe jetterent dans des hayes
& dans un Hermitage .
Le reste de noſtre Infan-
Toyeur
Qij
188 BATAILLE
rie arriva , & ne trouvant
plus d'ennemis , jetta fes
chapeaux en l'air, & cria,
VIVE LE ROY. On
fit alors une décharge generale.
Cependant ceux
qui estoient dans les
hayes& dans l'Hermitage,
voyant qu'ils alloient
eftre coupez par M. le
Chevalier de Tilladet
avec la Cavalerie de la
gauche , crierent ; VIVE
LE ROY DE FRANCE . Ce
dernier mot ajouté-marDE
FLEURUS . 189
des
quoit qu'ilsn'estoient pas
tujets de Sa Majesté ,mais
qu'ils ſe tenoient vaincus
, & qu'ils fe rendoient.
Ainſi cette grande
journée finit par
cris de, VIVE LE ROY ,
en prenant poffeffion du
Champ de batail le, avec
l'aveu meſme des Ennemis
qui reſtoient , puis
qu'ils firent connoiſtre
par leurs cris de VIVELE
ROY DEFRANCE,qu'ils en
demeuroient d'accord.
190 BATAILLE
Apeiney cut- on repris
haleine , que M. de Luxembourg
courant de victoire
en victoire , fit attaquer
deux Chafteaux
qui estoient environ à
une lieue de Fleurus . Ils
eſtoient bien garnis de
monde , parce que M. de
Valdec ayant crù qu'on
les attaqueroit avant le
cõbat,y avoit jetté beau-
• coup de Troupes . D'ailleurs,
un grand nombre
de fuyards s'y estoient
DE FLEURUS.
&
refugiez ; mais comme
ils y porterent la terreur ,
ces Chafteaux ne firent
pas une longue reſiſtance,
*& fe rendirent bien- toſt
à difcretion , quoy-qu'il
y euſt plus de trois mille
hommes deGarniſon dans
les deux. Ainſi l'Armée
acheva de triompher par
la priſe de ces deux poftes.
Ceux qui avoient
eſté vaincus en pleine
Campagne , le furent encore
dans des lieux fer
192 BATAILLE
mez , & les Troupes qui
n'avoient point encore
combatu , furent con
traintes malgréla vigueur
qu'elles devoient avoir ,
de ceder à des Troupes
fatiguées d'une longue
marche&d'un long combat.
Il y eut enfin plus
de fix mille des Ennemis
tuez dans cette fameuſe
journée , & l'on en fit
prés de huit mille prifon
niers , parmi leſquels on
compte plus de fept cons
Officiers
DE FLEURUS. 193
Officiers. Il y eut deux
Officiers Generaux tuez ,'
& deux perſonnes d'une
grande distinction par
leur naiſſance. On prit
deux cens chariots chargez
demunitions de guerre
, quarante- neuf pieces
de canon , & plus de
cent , tant Etendarts que
Drapeaux , cinq Pontons
&pluſieurs paires deTimbales
. Le Champ de bataille
nous eſtant demeuré
, l'Armée victoricuſe
R
194 BATAILLE
ycoucha parmyles morts,
&les mourans; ce ſejour,
quoy que peu agreable ,
eſt toujours doux aux
Vainqueurs. On n'y demeura
qu'autant qu'il faloit
pour faire voir qu'on
en eſtoit maiſtre. Il eſt
dangereux de refter longtemps
dans un lieu infeté
; il auroit encore eſté
remply d'un plus grand
nombre de Morts , ſans
l'humanité naturelle aux
François.Ondonna quar
DE FLEURUS. 195
tier de fort bonne heure ,
& l'on épargna beaucoup
de fang , qu'on cuſt
pu faire répandre. Le carcrepandre
nage auroit eſté horrible
fi les Ennnemis fuſſent
demeurez vainqueurs, car
les foldats avoient ordre
de ne faire quartier à
perſonne . C'eſt ce que les
prifonniers ont raporté.
Ils ont traité avec une
indignité cruelle toutes
les perſonnes diftinguées ,
qui font tombées entre
Rij
196 BATAILLE
leurs mains. M. le Che
valier de Soyecourt ayant
eſté bleſſé dangereusement
, & fait prifonnier ,
les Ennemis le dépoüillerent
, luy lierent les
mains derriere le dos, luy
firent faire fix lieues à
pied , fans que fa bleffeure
fuſt ſeulement bouchée
d'un linge , ce qui
luy faifoit perdre tout
fon fang ; & enfin luy
donnerent tant de coups
pour l'obliger à marcher ,
DE FLEURUS . 197
que ce jeune Seigneur en
mourut le lendemain .
L'humanité de M. de Luxembourg
ne ſe borna pas
à donner quartier , puis
qu'ayant pris aprés la
taille les deux Chaſteaux
dont je viensde vous parler
, il fit défenſe fur peine
de la vie de fouiller ny
de dépouiller aucun Officier
, ny foldat , laiſſant
aux Officiers tout ce qu'
ils avoient, & leurs épées
meſmes . La victoire étoit
Rij
198 BATAILLE
fi complette , & le nom
bre des prifonniers
grand , qu'on en laiffa
echaper plus de trois mille
. M. du Rofel , Colo
nel de Cavalerie , eut la
garde des priſonniers. On
en envoya enſuite deux
mille deux cens trente
quatre àCharlemont,parmi
lesquels eftoient deux
cens Officiers , qui furent
mis en un grand Maga
zin dans la Place , & les
foldats dans les Foffez .
DE FLEURUS. 199
On en mit beaucoup d'au
tres dans des Bateaux
pour les conduire à Mezieres
; deux mille cinq
cens à Philippeville , &
lesautres aux Villes circonvoiſines
. Jamais bataille
n'a mieux merité de
porter ce nom que cellecy.
Les deux Armées fe
font veues pendant plus
ſieurs heures dans une
Plaine tres- étendue , à la
portée du mouſquet , &
l'action eſt d'autant plus
Riiij
200 BATAILLE
glorieuſe qu'elle a refté
faite au milieu du pays
Ennemy , aprés une marche
de plufieurs jours
par des chemins difficiles
& embaraffez de Bois &
de rochers , au lieu que
l'Arméen des Ennemis
eſtant fraiſche , campéc
avantageufement &
nombreuſe , devoit felon
toutes les apparences ,
l'emporter fur la noftro ,
comme ilse s'en estoient
flatez , ayant publić hau
DE FLEURUS. 201
tement , qu'ils n'alloient
pas au combat , mais à la
victoire , de forte qu'outre
la réſolution qu'ils
avoient prife de ne pas
donner quartier à nos
Troupes , l'impoffibilité
où elles eſtoient de faire
aucune retraite , leur
oftant l'efperance , il faen
loit vaincre ou mourir.
L'Armée Ennemie eſtoit
tout l'eſpoir de la Hollande.
Il y avoit beaucoup
de vieilles troupes
202 BATAILLE
fort aguerries , 200'oftq
par cette raifon que deb
Prince d'Orange l'appelloit
ſon Armée . Ces
pendant elle a eſté fi gel
neralement défaite , queq
les Ennemis n'ont pû rien
ſauver de ce qui estoit
meſme aux environs , Mor
de Luxembourg ayanten
voyé prendre les munich
tions qu'ils avoient/ca-n
chées dans les Bois del
Charleroy haveccordre
deles brûler , fi elles ne
DE FLEURUS . 203
pouvoient eſtre amenées
dans ſon Camp. 33103167
Le combat dura depuis
midy juſqu'à plus de fix
heures du foir. La plufpartdes
fuyards prirent le
chemin de Charleroy , &
tout ce qui s'aſſembla autour
de cette Place d'Officiers
& de foldats pendant
la nuit , marcha le
matin du coſté de Bruxelles,
foit que le Gouver
neur de Charleroy ne ju
geaſt pas à propos , dans
204 BATAILLE
la crainte d'eſtre affiegé ,
de donner l'entrée de fa
Place à des Troupes vaincues
, & encore effrayées
de leur déroute , ce qui
n'auroit pas beaucoup
ſervy à la défendre , foit
que dans l'eſtat où ſe vit
M. de Valdec , de tout
craindreaprés une défaite
auſſi entiere, il leur cuft
envoyé de Nivelle où
il s'eſtoit retiré un ordre
de marcher de ce coſtélà,
pour les éloigner du
DE FLEURUS. 203
Vainqueur , & tâcher de
les rallier . M. de Valdec
n'oſa aller à Bruxelles ,
où les Eſpagnols parurent
fort irritez contre les
Hollandois , diſant hau
tement, qu'ils estoient cauſe
de cette guerre , & que
puis que c'estoit une guerre
de Religion , on ne de
voitpas s'étonner ,si Dieu
bénissoit les Armes de
France. Un Garde de M.
de Luxembourg eſtant allé
à Bruxelles conduire le
206 ΒΑΤAILEE
corps d'un homme de di
ſtinction , tué à la bataille,
affurey avoir oüy dire
les meſmes choſes. Il
apprehendoit qu'on ne
Juy fiſt quelque infulte
dans cette Ville-là ,mais
il n'y receut que beaucoup
d'honneſteté. M.
de Valdec paſſant par Nivelle
le lendemain de la
bataille à fix heures du
matin , dit à tout le pays
de porter des contributions
à M. de Luxem
DE FLEURUS. 207
bourg. Elles vintent de
toutes parts,& tout contribua
juſqu'aux Fauxbourgs
deMaſtric. LemêmeMode
Valdec envoya
un Trompette àce General,
pour luydemander un
Paffe-portpour ſon Equi
page, qui estoit à Charleroy.
Rien ne marque
davantage que nous
eſtions non - ſeulement
maiſtres du Champ de Bataille
, mais que tout
trembloit aux environs ,
208 BATAILLE
&qu'il n'y avoit point
de ſeureté pour les Ennemis
. Le Mayeur de Nivellequi
vint au Camp pour
traiter des contributions,
dit , qu'il y avoit plus de
Mortsfur les chemins qu'il
n'y en avoit eu für le
Champ de batailles que
toutes les hayes en estoient
remplies , & qu'on entendoit
par tout des cris effroyables.
Les Bleſſez des
ennemis tomboient de
tous coſtez ſur la route ,
DE FLEURUS . 209
faute de Chirurgiens , &
mouroient en deſeſperez
de ſe voir abandonnez &
dénuez de tout ſecours .
Non - ſeulement nous a
vons eu plus de ſoin des
noſtres , mais on les fai
2
foit retirer du combat à
meſure qu'ils estoient
bleſſez , & on les tranfportoit
en des lieux de
feurete. Comme la politique
des Ennemis eft de
cacher toujours leurs defavantages
, lebruit ſe ré-
S
216 BATAILLE
pandit à Liege queM He
Valdec avoit gagné und
grade Bataille.On y cha
ta auffi- toft le Te Deum
Cependant peu de temps
aprés ony vint rapporter
tout le contraire , ce qui
chagrina fi fort Mrs. de
Liege , qu'ils firent em
priſonner celuy qui avoid
apporté cette nouvelle
Le caractere des Fran
çois eſt bien different ; ils
rendent juftice à tour le
monde , & particulie
DE FLEURUS
DOUTE
rement aux bravesial
mant la valeur juſque
dans leurs Ennemis mefmes.
On le voit par les
Eloges qu'ils ont faits
dans toutes leurs Relations
, de ceux qui ont
bien combatu dans l'Armée
de M. de Valdec , &
je ne ſçay meſme ſi l'eſti.
mequ'ils fontdes gens de
coeur ne les a point fait
aller trop loin.io zion
Apeine la BBaattaaiillllee ceuuttellecité
gagnée , queM.
S ij
22 BATAILLE
deLuxembourg choifitM..
le Chevalier de Vandofme
, Grand Prieur de
France , pour en aller
porter la premiere nouvelle
au Roy , & luyen
faire un détail de vive
voix. Sa naiſſance ne fit
point tomber ce choix
fur ce Prince , mais M. de
Luxembourg l'ayant veu
par tout pendant la Bataille
, & fçachant qu'il
en avoit obfervé tousles
mouvemens, crutque per
12
DE FLEURUS. 213
fonne n'en pourroit rendre
un plus fidelle compte
là Sa Majesté .
L'éloge qu'on a fait de
-P'ArméeEnnemieme donne
ſujet de croire que
yous ferez bien - aiſe de
37voir icy une Lifte de ſes
Troupes.DOT звод
PREMIERE LIGNE .
Dragons de Lippe , 2Bld.
Grenadiers Anglois à cheval , 1 E.
Corps Anglois à chev. E
Cavalerie Eſpagnoles HOS BE
Anhalt , Infanterie.
VVimberg ,
Bat.
B
214 BATAILLEG
Berlo , Cav.
Rheingrave ,
Faliſe , cy- devant Holſteis,
sbo Ba
e
C
ziolga bo
IB.
Valdech,
Marelboroug , Anglois. IB.•
Falmuche , Angloisgadus B
Hules ,Anglois ,
Gardes Eſcoſſoiſes
giadlisV
Ba
Coliard , Anglois,
Masbury, B
Birenſtord , Allemand 2.p B
Molles, Anglois, coignAgradabl
Dortling de Brandebourg B
Ailva ,
Valdec,
Opdam ,
Prince Charles de Brandebourg, 1Be
Benting ,
Hagendſom,
Tilly,
Trucſes ,
Vebbenum
De Nederal plowwon ob asingege
DE FLEURUS. 215
De Vede ,
Oxford , Anglois.
8.
SECONDE
WAOUBO
LIGNE.
Cavalerie Eſpagnolepigua rasm
Du Theil ,
Nallau Veilburg ,
Amelucert ,
Erfa,
G talicoola
BE
Naſlau , General dela Cavalerie,la-E
Schomberg , Anglois , B
Churchel, Anglois bar to gainBol
Fitz Patrich ,
Hoogé;
Offarel,
C
e BA
BO
Svverin , Heffoisy shastra B
Grandde Brandebourg ,
Birchenfeld,
Prince de Naffau ,
Flodorf,
B.
Compagnies de nouvelles levées, E
Fagel,
Compagnies de nouyelles levées, 1B
216 BATAILLE
Saxe-Gotha
נ כ ו כ ו
Covverden,
Heiden , Kusto
Troupes de Lunebourg. Dragons de
Francs-Regimens de quatre Com
pagnies de cent hommes chacune
, 4Ε.
Regimens de cinq Compagnies de
Escadrons de cinquante hommes.
120. hommes chacune.
Boiſdavid,.
Netelhort ,
Linſtravv,
La Mothe,
Cavalerie
Dragons
Infanterie,
£
1B.
Ba
E.
9.200 . hommes .
1400.
27 200
Le tout monte enſemble à 37800, h
Cette Armée reçut un
renfort
DE FLEURUS . 217
renfort de quelques Res
gimens avant le Combat,
mais je n'en ſçay pas les
noms. Quoy que M. de
Valdec euſt une Armée
nombreuſe , & compofée
de bonesTroupes,&qu'il
leseuſt aſſeurées qu'il bat- s
troit par tout les nores,
il eſt ſi dangereux de combattre
contre des François
, qu'on affcure qu'il
n'avoit aucun deſſein de
lem faire qu'il creuth
d'abord qu'il n'ayoith
T
218 BATAILLE
qu'à tenir teſteà un gros
détachement , & qu'il ne
s'apperçût que M. de Luxembourg
vouloit donner
la Bataille , que lors
qu'eſtant attaqué en front
& en flanc fans l'avoir
preveu , il ne fut plus en
pouvoir de la refuſer;
mais tout ce qu'il peut
dire ne ſert qu'à faire
mieux paroiſtre le merite
& la gloire de ce General
puis que toute
l'Armée convient que la
د
DE FLEURUS . 219
ſeule manoeuvre qu'il a
faite nous a donné la Victoire.
Aprés vous avoir envoyé
une Relation trescurieuſe
par le grand
nombre de circonstances
qu'elle contient , je vous
en envoye une plus courte,
qui ne coûte pas moins
de travail. Elle parle à la
yeuë , pour ainſi dire , &
Ton y voit preſque d'un
coup d'oeil ce qu'on n'a
pû expliquer que par un
Tij
220 BATAILLE
volume entier. Vous ver
rez tout cela en racourcy
dans ce que contiennent
les renvois des chiffres
qui font marquez fur l'Eftampe
que vous trouverez
icy.
1. Redoutes qui défendoient le
paſſage de la Sambre..
2. Paffages des Troupes qui les
ont emportées.
3. Les Ponts qui furent faits
aprés la prise de ces Redoutes .
Chasteau de Froidmont.
5. Bataillons de la Garnison de
DE FLEURUS. 221
Namur poftez dans les hages
qui alloient aux Ponts. Jot
6. GrosBagages de l'Armée qu'on
laiſſa en deçà de la Sambre,
gardez par un détachement de
Troupes.
7. Pont de pierre appellé Pont
d'Orme fur lequel l'Armée
paſſa le 30. de Juin , aprés
avoir campé la nuit à la droite
de Froidmont.
8.Marche de l'Armée du Roy
fur cing colomnes , pendant
laquelle M' de Luxembourg
fut averty que la Cavalerie
ennemie estoit entre Fleurus
les hauteurs de Velaines ,
Tiij
222 BATAILLE
C ou il paroiſſoit quelques Efea
drons , au lieu marqué 9. qui
s'avancerent juſques à 10.M le
Duc du Maine fut commandé
pour les en chaffer. Il le fit fo
vivement qu'il les mit en defordre
, & les pouſſa de l'autre
coſté de Velaines , marque 11.
M de Valdek croyant que cette
Gendarmerie estoit feule . fit venir
une colomne de Cavalerie
pour ta couper , mais Mde Luxembourg
s'en estant apperceu ,
marcha avec des Dragons du
Roy au chemin creux 12. Pendans
que nostre Gendarmerie qu'il
venoit de chargerſe rallioit, il
DE FLEURUS. 223
ſe mit aprés les Dragons , où
noftre Cavalerie le joignit au
mesme endroit 12. au delà duquel
estoient les Ennemis au
mesme lieu marque 13 .
14. C'est l'endroit où noftre Infanterie
estoit en bataille pendant
que la Cavalerie estoit
aux mains.
15. Marche de l'Armée du Roy
fur cinq.colomnes allant droit
à Fleurus le premierJuillet au
matin.
Sur le rapport des Officiers qui
avoient reconnu les Ennemis ,
M' de Luxembourg refolut de
les enveloper, & pour couvrir
Tiiij
224 BATAILLE
fon deffein , il leur fit face on
mettant en bataille au lieu 16.
une partie de l'Armée depuis
S. Amant jusqu'à Fleurus , pendant
qu'il fit prendre la gauobe
de l'Armée au lieu marque 17.
M de Gournay pour aller
jusques au Ruiffeau d'Heppenies
marqué 18. & M² de Luxem
bourgpritllaa droite 19. qquu''iill mena
à la gauche des Ennemis co.
paſſant au dessus & au dessous
du Chasteau de Ligny , fur les
Ponts 21. qu'ilfit fairepardesPiquiers
à la faveur d'une hauteur
marquée 22. qui le couvroit des
Ennemis. Il continuafa marche
DE FLEURUS. 225
23. juſques à Marbais , malgré
un mauvais chemin plein d'étangs&
de Ravins, &y estant
arrivé, il fit monterſes troupes
fur la hauteur , &elles s'y trouverent
en bataille 24. M de
Gournay qui avoit la gauchefe
trouva de mesme à leur droite. 25.
Les Ennemis furpris de ſe voir
sout d'un coup envelopez, re
culerent leur gauche àMarbais,
par une Plaine un peu enfoncée
dans lemilien,&se rangerent
far deux lignes 26. qu'ils fortifierent
de leur corps de referue.
27. pendant que nostre droite fe
mettoit en bataille . M de Lu
226 BATAILLE
obligée
xembourg profita de ce mouve
ment ,&fit donner si à propos
avec tant de vigueur fur
leur aisle gauche que toute la
Cavalerie fut défaite
deſe rallier derriere l'Infanteric..
M de Gournay qui avoit ordre
de donner en meſme temps defon
coflé,chargea fi vigoureusement
t'aisle droite qu'elle plia auffi.
M de Valdes voyant ce defore
dre ,&fon Infanterie en proye
abandonnée , fit revenir à la
charge les ralliemens de Cavalerie
pour lafoûtenir, pendant que
quelques Bataillons & Efcadrons
de nostre droite chargeoient.
DE FLEURUS..227
encore les leurs qui ne s'étoientpú
retirer de l'envelope,&quifurent
défaits en ſe retirant en tresmauvais
ordre, lors que quelques
autres de leurs Bataillons faiſant
bonne contenace, revinrentencore
à la charge,mais noftre Infanterie
s'estant jointe à noſtre Cavalerie,
&ayant esté mise en bataille
fur les deux lignes 28. opposées
aux leurs 29. qui s'estoient ral
liées , une déroute generale des
vint ensuite une bataille rangée..
L'on donna de toutes parts avec
une chaleur qui les obligea de
fuir&de tout abandonner. Noſtre
victoire les mit dans un tel.
228 ΒΑΤΑILLE
defordre , qu'ils oublierent trois
de leurs meilleurs Bataillons qui
effoient dans les Jardinages de
Saint Amant 30.
Le lieu de Fleurus
ce Combat s'eſt donne,
eftoit déja confidciable
dans l'Histoire . Le 29 .
Aouſt 1622. il s'y donna
une Bataille entre l'Armée
Allemande commandée
par le Comte Erneft
de Mansfeld , & le Prince
Chriftien de Brunſvic
Volfenbutel , Eveſque
DE FLEURUS. 229
d'Harbeſtad, contre l'Are
mée Eſpagnole , com
mandée par Dom Gonzales
de Cordoue. Il demeura
quatre à cinq mil.
lemorts ſur la place.Chacun
ſe donna le gain de la
Bataille , où l'Eveſque
ayant eu le bras caffé , il
falut le luy couper ; mais
la plus commune opinion
eſt , que les Allemans furent
batus. Quelque celebre
que foit cette Bataille
, elle l'eft bien
230 BATAILLE
moins que celle qui fe
vient de donner dans le
même lieu , puis qu'encore
que toute l'Armée ait veritablement
paru Françoiſe
, par l'intrepide valeur
qu'elle a fait voir,
preſque toutes les perſonnes
d'un rang diftingué
s'y font fait remarquer
par des actions particu
lieres dignes d'une immortelle
memoire. Je
vais vous en rapporter
quelques- unes ; mais je
DE FLEURUS . 231
croy vous devoir parler
auparavant du General
qui leur a donné
licu de meriter cette diſtinction.
Tous ſes pas
ont eſté utiles depuis qu'-
il s'eſt mis à la tête des
Troupes ,& fa route vers
Gand en ovurant la campagne
, ne devoit guere
faire ſoupçonner qu'il
duſt gagner une bataille
àFleurus. On pourroit
prefque dire qu'il en a gazné
trois ; du moins eft- il
1
23 BATAILLE
1.
four qu'ilaremporte nooi
dant trois jours de fuicy
des avantages confidera
bles ſur ſes Ennemis . Il a
paflé une Riviere dont
on avoit rendu les bords
impraticables,& il l'a fait
devant une Armée nombreuſe.
Il a forcé des Redoutes,
pris des Chasteaux
22 &donnédes combats,qui
dans le temps que les Armées
n'eſtoient pas dil
groffes , auroient paffé
pour des Batailles . Lef
+
DE FLEURUS. 233
jour qu'il batit M. de
Valdec, il le fit tenir en
bataille toute la nuit pre
cedente , & toute la matinée
, ce qui marque que
Pon n'ofoit l'attaquer?
Pendant tout ce temps ,
ceGeneral qu'on dit forufé
, oublia tout ce qu'il
fait du meſtier de la
Guerre , puis qu'il laiſſa
faire à M. de Luxem
bourg toutes les manoeu
vres neceſſaires pour le
batre , de fortequ'on cuſt
V
234 BATAILLE
dit qu'il ne s'eſtoit mis
en bataille de fi bonne
heure , que pour donner
lieu de l'obſerver , & de
prendre de juſtes meſures
pours'aſſurer lavictoire.II
faloit du tempspour cela ..
M. de Luxembourg'n'en
manqua pas , M. de Valdec
luy en ayant donné
autant qu'il en pouvoit
ſouhaiter pour faire de
longues marches , afin de
I'envelopper. M. de Luxembourg
étant venu à
DE FLEURUS. 2
bout de fon deſſein vit
bien que les Ennemis
eſtoient perdus ; il dit
meſmeà ceuxqui estoient
autour de luy , la ſurpriſe
où ils alloient eſtre ,
les mouvemens qu'ils
feroient , & la certitude
qu'il avoit de les
batre . Le combat ſe donna
, & tout ſe paſſa commece
General l'avoit dit.
Il eſt vray qu'il n'oublia
rien pour le faire réiffir ,
• & que pendant toute la
Mij
236 BATAILLE
Bataille , on le vita par
tout , agiſſant de la teſte,
de la voix
main...
dela
On peut dire deM.leDuc
du Maine qu'il fut veritablement
l'ame de la Cavalerie
qu'il commandoit.
On le vit à la teſte
de tous les Eſcadrons .Il
ne ſe contenta pas de donner
des ordres avec toute
la capacité que peut acquerir
la plus longueexperience,
quoyque ce fult .
DE FLEURUS . 27
daq premiere Bataille rangée
où fon âge luy cuſt
spermis de ſe trouver ; mais
il chargea pluſieurs fois ,
&alla par tout , ou il
crut qu'il devoit eſtre .
Pluſieurs de ſes Officiers
tuez ou bleſſez à ſes côtez,
font affez voir qu'ilone
Ifut pas toujours en foureté
de ſa vie. On eut
beau luy faire connoiſtre.
le peril , ce fut le moyen
-de l'engager davantage à
fle chercher. C'eſt un vray
238 BATAILLE
Heros que cejeunePrince,
quoy qu'il n'ait encore
que
que l'âge qu'il faut pour
commencer à le devenir ..
M. le Duc de Luxembourg
, auffi occupé à le
conſerver qu'à gagner la
Bataille , fut obligé plu--
fieurs fois de le faire reti--
rer des poftes où il le vit
trop expoſé , en luy faifant
comprendre que fa
prefence eftoit neceffaire
en d'autres endroits .
M. le Duc de MontDE
FLEURUS. 239
morency fut doublement.
occupé durant toute la
Bataille ; pendant que fa
valeur agiffoit contre les
Ennemis , foneſprit eſtoit
attentif à examiner tous
les mouvemens que faifoit
faire M. de Luxem
bourg, afin que ſcachant
déia vaincre en Soldat , il
apprift à triompher en
grand Capitaine.
TM . de la Rocheguion
fit uneaction qui marque
beaucoup d'intrepidite ,
240 BATAILLE
de prefence d'efprit , &
de conduite . Ayant veu
fon Bataillon attaqué par
deux Bataillons des Ennemis
; il le partagea en
deux, & en aïant fait ainfi
deux Bataillons , il ſe mit
à la teſte de l'un ,& pouffa
&battit les deux Bataillons
qu'il avoit en reſte .
Quoyque M. le Comte
d'Albert , fils de M. le
Duc de Luynes , qui estoit
du détachement que M.
de Bouflers envoya à M.
de
DE FLEURUS . 241
de Luxembourg , euſt la
fiévre quand le Combat
ſe donna , & qu'il cust
par là un pretexte legitime
pour s'en abſenter, il
ne laiſſa pas de s'y trouver
& fit tout ce qu'on
pouvoit attendre du cou
rage le plus intrepide.
Un Officier des Ennemis
ayant connu à ſon air
que c'eſtoit une perſonne
diftinguée , ſe détacha, &
pouſſant vers luy à toute
bride , il luy lacha un
X
242 BATAILLE
A
coup de piſtolet dans les
reins à bout portant , &
s'enfuit . Ce jeune Sei
gneur , quoy que bleffé ,
Ie poursuivit juſqu'au
milieu d'un Escadron Ennemy
, luy enfonça fon
épée juſqu'à la garde , &
le laiſſant mort , il ſe retira
, aprés avoir encore receu
un coup de piſtolet
dans la main , & un coup
de fabre qui luy coupa la
manche de ſon juſte- aucorps
, & bleſſa ſon che
DE FLEURUS. 243
val à l'épaule . Il retourna
encore une fois a la charge
,
à la teſte d'un autre
Regiment ; mais voyant
enfin que les forces luy
manquoient , il ſe retira
pour ſe faire penfer . Le
premier ſoin qu'il eut ,
aprés celuy de ſa con
ſcience , fut d'ordonner
qu'on fourniſt à fes defpens
aux Soldats bleſſez
de fa Compagnie , tout
ce qui leur feroit necef
faire
X ij
24 BATAILLE
M. de Clerbourg , Ca
pitaine dans le Regiment
Royal Etranger , & commandant
un Efcadron ,
alla à la charge pluſieurs
fois , & n'ayant pû ébranler
un Bataillon Suedois
qu'il vouloit rompre , il
chargea l'Eſcadron qui
eſtoit auprés , le renverſa
& le mit en fuite. M. de
Luxembourg qui venoit
de la droite à la gauche
pour voir en quel eſtat
tout eſtoit , trouva ce Ca
DE FLEURUS . 245
pitaine , qui en luy montrant
le Bataillon qu'il
n'avoit pu rompre , luy
dit que c'eſtoient de bra
ves gens qui estoient fermes.
Ce General jugea
propos d'envoyer le
Trompette de l'Efcadron
les ſommer de mettre les
armes bas , en leur promettant
de leur faire bon
quartier . L'offre qu'il leur
fione les ayant point tou
chez , il alla luy-mefme
à toutes jambes faire a
X iij
246 ΒΑΤΑILLE
vancer de l'Infanterie &
de la Cavalerie . Comme
on les chargea de toutes .
parts , ils furent défaits
entierement , & paffez .
tous au fil de l'épée . M.
de Clerbourg receut en
cette occafion une legere
bleſſure à la main.
M. le Marquis de Langallerie
, Colonel du Regiment
de ce nom , avant
eſté commandé pour le
Corps de referve trois
jours avant la Bataille ,
DE FLEURUS . 247
s'échappa pour demander
àM. de Luxembourg permiffion
de combattre à la
teſte de ſon Regiment ,
quinaturellement devant
eſtre à la ſeconde ligne ,
s'eſt toûjours trouvé à la
premiere , & a battu les
Ennemis en trois charges
differentes . Ce Colonel
a eu fon cheval tué fous
luy , & fon chapeau percé
de deux bales. M. le
Chevalier des Couleurs,
fon Oncle , Major de ce
X inj
248 BATAILLE
mefme Regiment , fut tué
dans l'une de ces char+
ges , apres avoir donné
des marques de fa bravoure
.
L'action de M. le Comte
d'Iliers de la Gendarmerie
a paru d'une intrepidité
extraordinaire.Ce
Comte voyant ſon Etendard
pris , ſe détacha avec
deux Chevaux- legers feulement
, & l'alla repren
dre au milieu d'un Efcadron
Ennemy . Ne trouDE
FLEURUS . 249
vant plus le ſien à fon retour,
il ſe mit à la teſte
d'un autre de Cavalerie
legere ,&chargea de nou
veau les Ennemis , quoy
qu'il fuſt bleffé en deux
endroits .
Il n'eſt pas neceffaire de
faire toujours des actions
extraordinaires pour ſo
diftinguer, &quand ceux
qui occupent les grands
poftes, rempliffent parfaitement
leur devoir , il n'y
apoint de louanges qu'ils
250 BATAILLE
ne meritent, puis qu'apres
le General , ils donnent
l'ame à un combat , &
que c'eſt ſouventde leurs
mouvemens , &de leur
intrepidité que dépend le
gain d'une Bataille. M.
le Duc de Choifeuil &
M. de Montrevel ont
beaucoup contribué à
faire gagner celle de Fleurus
, & toutes les Rela
tions en parlent avec é
loge.
Les Aides de Camp de
DE FLEURUS. 251
M. de Luxembourg qui
font en grand nombre,
& d'une qualité diftinguće
, ont tous eſté à la
charge avec tous lesCorps
auprés deſquels ils ſe ſont
trouvez , & fur tout M.
de la Rochebaron , de la
Maiſon de la Rochefoucault
, qui ayant chargé
avec les Grenadiers , &
tous les autres Corps de
Cavalerie juſques à cinq
ou fix fois , a tué plufleurs
Officiers des Enne252
BATAILLE
mis , & fait un Colonel
prifonnier .
M. de Laignon , qui
commande une Compagnie
de Gendarmes , me
rite une place diftinguée
parmy tous les braves de
ce Corps . On donne auſſi
beaucoup de loüanges à
M. de Seguiran, qui com
mande les Gardes Françoiſes
, à M. de Saillant ,
Capitaine des Grenadiers
du meſme Corps , & à
M. de Carman , Capi
DE FLEURUS. 253
taine dans le mefme Reyous
giment,qui ont tous combatu
avec distinction . Il
yen a une infinité d'autres
que je ne
nomme point , faute de
temps , &de place. C'eſt
çequi m'oblige de finir ,
aprés que je vous auray
parléde quelquesMorts de
distinctionquiontacheté
par leur fag la place qu'ils
meritent dans l'Hiſtoire .
M. de Gournay, Lieutenant
General , eſtoit un
*
4
254 BATAILLE
homme fort attaché au
ſervice , qui faifoit plus
parler de luy à l'Armée
qu'à la Cour , & qui s'eſt
beaucoup fignalé dans
ce dernier combat , ainſi
qu'en mille autres occafions
. Il eſtoit d'une no
bleſſe fort diftinguće , &
de l'ancienne Chevalerie
deLorraine. Il y en avoit
quatre Famille originaires
de Mets , & ce Comte
eſtoit de l'une de ces quatre.
Sa femme dont il
DE FLEURUS. 235
cfſtoit parent, ſe nommoit
de la Rache , & estoit de
l'une des trois autres
Maiſons de cette ancien
ne Chevalerie de Lorrai
ne dontje viens de vous
parler. Ila laiffé deux garçons
, l'un d'épée & l'autred'Eglife.
MM.. dduuMMets,Lieutenant
General des Armées du
Roy & de l'Artillerie ,
Gouverneur des Ville &
Chaſteau de Graveline ,
eſt mort gloricuſement
256 ΒΑΤΑILLE
dans cette Bataille , &
comme ſa modeſtie n'a
pas permis qu'on parlaſt
de luy pendant ſa vie
dans les occaſions qui
s'en font offertes ,je dois
luy rendre justice envous
apprenant qu'il prit dés
ſes plus tendres années , à
l'exempledeſes Ancêtres,
la profeſſion des Armes
que Jacques du Mets fon
Pere mort en 1669. dans
l'exercice de la Charge
de Treſorier des Parties
DE FLEURUS . 257
Caſuelles , avoit quittée
en 1632. Il fit ſa premiere
Campagne en 1655. dans
le Regimentde la Meilleraye
, fervit dans l'Artillerie
en 1656. au fiége de
Valencienne , & fut bleffé
l'année ſuivante au fiege
de S. Venant , d'un
coup de canon au viſage,
qui fut une des plus grandes&
des plus extraordinaires
bleffeures qu'on
ait veues , & dont il a
porté de glorieuſes mar-
Y
A
258 BATAILLE
ques le reſte de ſes jours
Il ſe ſignala en 1667. dans
les fieges de Tournay ,
Douay , Lifle & Oudenarde
en prefence du Roy
qui en 1668. le fit Lieutenant
General de l'Ar+
tillerie dans les Provinces
de Picardie , Flandre,
Artois , Hainaut , Pays
conquis & reconquis. Il !
la commanda en 1672.
dans les ſiéges deVveſel,
Nimegue , Grave , & autres
Places de Hollande,
DE FLEURUS. 259
& ſe diftingua en celuy
de Maſtric en 1673. Depuis
ce temps-là il s'eſt
trouvé à tous les fieges ,
& à toutes les batailles
qui ſe ſont données en
Flandre. Il eut la jambe
percée de part en part à
celle Senef , d'un coup
de piſtolet , & reccut un
coup de Moufquet à la
cuiſſe dans celle de S..
Denis. Le Roy le fit Madonna
le Gouvernement
reſchal de Camp , & luy
Yij
260 BATAILLE
de la Citadelle de Lifle
en 1680. & celuy de Graveline
en 1684. Il fut fait
Lieutenant General de ſes
Armées en 1688. & il a fini
ſa vie das la fameuſejournée
de Fleurus , pleuré des
fiens , aimé des ſoldats ,
chery des Officiers , regretté
de tout le monde ,
&du Roy meſme qui l'a
honoré de ſon eſtime .
La Charge de Marêchal
des logis de l'Armée
qu'avoit M. Deſcures, eft
DE FLEURUS. 265
une Charge de distinc
tion , & l'on arrive rarement
à ce grand Pofte
fans s'eſtre ſignalé en
beaucoup d'occafions
M. Deſcures estoit petit
fils du fameux Deſcures ,
qui avoit la Charge de
Mareſchal des Camps &
Armées du temps d'HenryIV.
Ily en a eu plufieurs
de ce nom qui ſe ſont
rendus recommandables.
M. le Marquis de Soye
court , Colonel du Regi
262 BATAILLE
ment de Vermandois , &
M. le Chevalier de Soyecourt,
Capitaine - Lieute
nant des Gendarmes de
Monſeigneur leDauphin,
eſtoient freres , & fils de
M. de Belleforiere , Marquis
de Soyecourt , Commandeur
des Ordres du
Roy , Grand Veneur de
France , & de l'une des
meilleures Maiſons de Picardie
, & de Marie Re--
née Longueil de Maiſons.
Ils n'ont rien negligé, dés
DE FLEURUS . 263
qu'ils ont eſté en âge de
le pouvoir faire , pour ſe
diftinguer parmi les gens
de leur qualité , & l'on
doit croire qu'ils ne ſe ſeroient
pas fi - toft laffez
dedonner des marques de
leur zele , & de leur valeur
que l'on avoit éprouvée
, s'ils n'euffent pas
eſté tuez aprés avoir fait
tout ce qui pouvoit confirmer
les eſperances
qu'on en avoit juſtement
conceues.
264 ΒΑΤΑILLE
M. de Verderonne,Capitaine
- Lieutenant des
Gendarmes de Monfeigneur
, avoit eſté nourri
Page de la grande Ecurie
Il eſtoit du Vexin,& petit
fils de M. le Chancelier
d'Aligre . Il avoit de la valeur,
&du ſervice , & s'eſtoit
diftingué dans toutes
les dernieres guerres.
M. le Marquis de Vil--
larceaux étoitde l'illuſtre
& ancienne Maiſon de
Mornay ,dont lesHiſtoires
dc
DE FLEURUS. 265
de Froiſſard , & les Memoires
deM duTillet font d'amples
remarqués. M du Pleffis-
Mornay ſi connu ſous Henry
IV. eftoit cadet de Pierre
de Mornay , Marefchal des
Camps & Armées du Roy ,
Chevalier de ſes Ordres , &
Gouverneur de l'Iſle de France,
aiſné de cette Maiſon . Mr
le Marquis de Viilarceaux
qui vient d'eſtre tué , eſtoit
Capitaine - Lieutenant des
Chevaux- Legers de la Garde
de Monseigneur le Dauphin.
Il avoit chargé cinq ou fix
fois les Ennemis , & les avo.D
Z
266 BATAILLE
toujours rompus. Enfin s'étant
mêlé avec eux à la derniere
charge , il y fut enveloppé
& n'en revint point.
Il s'eſtoit diſtingué la veille
au premier Combat, & avoit
eſté nommé pour commander
la Gendarmerie le lendemain.
Il fit la Campagne de
Hongrie à l'âge de dix-huit
ans & ſe ſignala à la Bataille
de Saint Godard. Depuis
ce temps- là , il n'a pas
manqué une Campagne. Le
Roycrea en ſa faveur laCharge
de Sous- Lieutenant des
Chevaux- Legers de Monfei
DE FLEURUS. 267
gneur. Il reçut un coup de
fabre au milieu du front à
la Bataille de Caſſel à la teſte
de la Compagnie , dont il
fut fait Capitaine Lieutenant
à la fin de la Campagne. Son
Eſcuyer a rapporté les clefs
qu'il avoit dans ſa poche ,
queM' de Valdec a renvoyées
àMe de Luxembourg , & l'on
aſſeure qu'il a fait punir ceux
qui l'ont tué aprés l'avoir
pris. Le Roy eſtant fatisfair
de ſes ſervices , a receu M
de Villarceaux ſon pere avec
beaucoup debonté , & luy a
donné ſa Charge. Feu M'de
Zij
-268 BATAILLE
Villarceaux joignoit à ſa va-
Meur beaucoup de politeſſe. Il
avoit efté fait Chevalier de
l'Ordre dans la derniere Promotion
, M le Marquis de
Villarceaux ſon Pere ayant
fupplié le Roy de vouloir
donner à fon Fils cette marque
d'honneur , dont Sa Majeſté
vouloit recompenfer les
ſervices qu'il a rendus à la
Guerre , & dans les autres
Charges qu'il a cuës dans la
Maiſon Royale , parce qu'étant
retité dans ſa Maiſon de
Campagne pour y vivre en
Philofophe , il ne ſongcoit
DE FLEURUS. 269
plus à ſe montrer à la Cour
que pour venir affcurer Sa
Majesté de la continuation
de fon zele,
M ' de Sallard , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes de
Monfieur , eſtoit à la Bataille
de Saint Godard ; ainſi l'on
peut dire qu'il eſt depuis
long-temps dans le ſervice. Il
a eſté Officier aux Gardes , &
Monfieur l'honoroit de ſon
eſtime & de ſes bienfaits . Il
eſtoit parent de Me le Maré.
chal de Gramond .
M de Bertillac , Colonel
du Regiment de ce nom ,
Z iij
270
BATAILLE
eſtant encore fort jeune avoi
peu de fervice ; mais il avoit
beaucoup de valeur , & marchoit
ſur les traces de M. de
Bertillac fon Pere , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy. Son Grand- pere , cydevant
Garde du Treſor
Royal , & Tréſorier, de la
Maiſon de la feuë Reync
Mere du Roy, eſt eſtimé pour
ſa grande probité .
M le Comte de Seaux ,Coloneldu
Regiment de Champagne
, eſtoit le dernier des
Fils de feu M. Colbert . Il
donnoit de grandes eſperan
DE FLEURUS . 271
ces ayant déja fait paroiſtre
beaucoup de courage. Il
avoit de l'eſprit & de l'honneur
, &s'attiroit la bienveil
lance de tous les honneſtes
gens.
M. de Nogaret eſtoit fils
de N.... Louvet de Murat &
deNogaret, Marquis de Cauviffon
,l'un des Lieutenans
pour le Roi auGouvernement
• de Languedoc , & de Madelaine
de l'Iſle Marivaux.
Il avoit de l'eſprit & du coeur,
& Monſeigneur le Dauphin
Tl''hhoonnoorrooiitde ſon eſtime.
Quelque fuperieurs que
272 BATAILLE
les Ennemis puiſſenteſtre en
forces , il eſt impoffible qu'ils
gagnent jamais une Baraille
complette contre les François.
La nobleſſe dont ilsconnoiſſent
le coeur , perdra la
vie avant que de ſouffrir qu'ils
s'emparent duChamp deBataille
,& les Soldats encouragez
par l'exemple des Officiers
,&animez du zele qu'ils
ontpour leur Prince, &pour
leur Patric , combattront
toujoursavec une ardeurtoute
Françoiſe. La fatisfaction
qu'en a le Roy ,Juy a fait dire
: Qu'il estoit beureux d'eftre
DE FLEURUS .
273
Souverain d'une Nation fi belliqueufe
, & qu'il n'avoit point
de meilleurs & de plus fidelles
Alliez que fes Sujets .Cela doit
étonner ceux qui ont cruque
la France fuccomberoit dés
qu'elle ſeroit abandonnée de
fes Alliez. On peut dire que
la Bataille de Fleurus eſt doublement
glorieuſe à Sa Majeſté
, puis qu'on n'a preſque
vaincuque des Ennemis de la
Foy. Ils eſtoient ſecondez par
les Eſpagnols , qui travaillent
à faire fleurir la Reli
gion Proteftante , & à ruiner
laCatholique dans desRoyau
274
BATAILLE
mes entiers, pendant queleur
Inquifition enEſpagne, mene
en triomphe quelques
malheureux Proteſtans . Le
Clergé Eſpagnol n'eſt pas fatisfait
de cette Guerre , puis
que Sa Majesté Catholique
ayant demandé , qu'il imitaft
celuy de France , en luy donnant
quelque ſomme , il a répondu
, qu'ily avoit bien de
Ladifference : que l'argent que
donnoit le Clergé de France ,
estoit pour défendre la veritable
Religion , & que celuy qu'on
leur demandoit estoit pour la dé.
truire.
de
11
DE FLEURUS. I
Il n'y a point de Nation
au monde , où l'on
déguiſe moins la verité
qu'en France , & comme
on n'y diminuë point les
pertes qu'on fait , on n'y
groffit pointles avantages
qu'on remporte. On cacheroitdansd'autresEtats
lesnomsd'un auffi grand
nombre de Morts & de
Bleſſez , que vous en allez
lire mais outre que ce
grand nombre n'a rien de
honteux quand celuy des
Aa
2 BATAILLE
Ennemis eft infiniment
plus grand , il eſt juſte de
faire connoiſtre ceux qui
ont ſi vaillamment combatu
, & de ne pas priver
la poſterité du plaifir
qu'elle doit avoir d'apprendre
leurs noms. C'eſt
un avantage pour leurs
Familles que de pouvoir
compter des Anceſtres
qui ont prodigué leur
fang , pour la veritable
Religion , pour leur Prince
, & pour leur Patric,
DE FLEURUS . 3
& c'eſt par où exciter
leurs Defcendans à ſe
montrer dignes d'eſtre
fortis d'eux. L'égard qu'-
on doit avoir à cela ,
pour ne dérober la gloire
à perſonne , eft caufe
que loin d'avoir affoibly
le nombre des Bleffez
on en a mis dans la
,
Liſte qui ne le font que
tres - legerement. Si les
Ennemis en ufoient avec
la meſme franchiſe ,
il faudroit des Volumes
Aa ij
4
BATAILLE.
2
entiers pour contenir les
noms de leurs Morts &
de leurs Bleſſez , quoy que
leurs Compagnies qui
font une fois auffi remplies
que les noſtres
n'ayent pas un plus grand
nombre d'Officiers , fans
quoy ils en auroient eu
beaucoup davantage ;
mais il faut qu'en leur
place il y ait eu quantité
de braves Soldats tuez .
A l'égard des noms propres
, comme il eſt impof
DE FLEURUS . 5
fible de deviner ceux qui
ne font pas écrits d'un
caractere affez bien formé
, les intereſſez excuferont
s'ils en rencontrent
quelques- uns defi--
gurez . On pretend mefme
qu'on en marque de
tuez qui ne font que
prifonniers , & de bleffez
qui ſe portentbien, mais
on n'en dit point les
noms , ce qui m'empefche
de rien changer dans la
Lifte.
A a iij
6 BATAILLE
ETAT DES OFFICIERS
de Gendarmerie & Cavalerie
tuez ou bleſſez à la Bataille
de Fleurus le 1. Juillet 1690 .
OFFICIERS GENERAUX.
M's de Gournay , Lieutenant
General , tué.
Du Mets , L. General , & L.
general d'Artillerie , tué.
De Vivans , Maréchal de
Camp , blefßé.
De Ximenes , Brigadier d'Infanterie
, bleffé.
Dalegre , Brigadier de Dragons
, bl .
DE FLEURUS . 7
De Castres , Brigadier d'Infanterie
, bl.
DesCures, Maréchal des logis
de l'Armée , tué.
GENDARMERIE..
Morts.
M's La Rouay , Enſeigne .
Depucy, Maréchal des Logis.
Blaſac , Sousbrigadier .
Langelier, Brigadier.
Dom Pedro , Mar. des Logis:
Le Chevalier de Soyecourt ,
Capitaine Lieutenant.
Le Marquis de Verderonne ,
Marquis
Capitaine Lieutenant.
Le Marquis de Villarceaux ,
Capitaine Lieutenant.
Aa iiij
18 BATAILLE
De Salar , Capitaine L.
Dugué , Mareſchal des Logis.
De Sautour , Mareſchal des Li
BLESSEZ .
De Leſtrez , Mareſchaldes L.
Mal-maiſon , Sousbrigadier.
Mineur, Marefchal des Logis .
Livarot ; Sous Lieutenant.
De Marfin ,Cap. L.
Petit , Marefchal des Logis .
La Riviere , Guidon.
des L.
Beauvel , Brigadier.
Brigadier.
Boulon , Enſeigne .
Saint Luc , Marefchal
La Bertonniere , M. des L.
Blonſac , M. des Logis.
La Rafe , Sous Brigadier.
DE FLEURUS . 9
DeVilliers , Sous-Brigadier.
REGIMENT ROYAL
Etranger.
MORTS.
Maiſon- ville , Capitaine .
Creiſtol , Capitaine.
De Planches , Lieutenant.
BLESSEZ .
Le Comte d'Albert , Cap.
De Brandins , Cap.
La Fillet , Lieutenant.
Coupeſſard , Cornette.
Grandeveze , Cornette .
- Couvigny , Cornette.
•Deſſencourt , Cornette .
De Genots , Cornette .
Peronel , M. des Logis .
10 BATAILLE
Beaulieu , M. des Logis .
Le Chevalier de Creſſeil .
LOMARIA.
Morts.
Beinq , Capitaine.
Liſſac ,Capitaine.
Larmont , Lieutenant.
Drabille , Lieutenant.
BLESSEZ.
Clermont , Major.
Deſpagne , Lieutenant.
Vigniole , Lieutenant.
Degremont, Cornette.
Saint Estienne , M. des L.
Saint Hicroſme , M. des L.
La Chapelle , M. des Logis ,
DE FLEURUS . II
CHARTRES.
Morts.
Valcourt , LieutenantCol.
Memeac , Capitaine .
Pradinet , Lieutenant.
Vouſy , Ayde- Major.
Milliozé , Cornette .
Danguis , M. des Logis.
Petit , M. des Logis.
BLESSEZ.
Cailus de Fontange, Colonel.
mort de ſes bleſſures .
Valon, Capitaine .
Courſais , Major.
La Garde , Lieutenant.
La Briffoliere , M.des Logis.
Du Freſnoy,M. des Logis.
Varlofin.
12 BATAILLE
MERINVILLE.
Morts.
Garencieres , L. Colonel .
Quelon , Lieutenant.
BLESSEZ.
Michel , Lieutenant,
Brion , Cornette .
Foncienet , Cornette.
Dantragues , Lieutenant.
Du Pont, Cornette.
De Bolen , Colonel .
Vertugua , M. des Logis.
BERTILLAC.
Morts.
Bertillac , Colonel .
Monluc , Lieutenant Col.
E
Π
L
JB
L
7
P
E
L
L
DE FLEURUS. 13
Beauſſon , Major .
La Chaiſe , Capitaine.
De Precy , Cornette.
4
:
Le Chevalier de Barmont ,
Cornette.
Joüilliac , Cornette.
Barantin , M. des Logis.
BLESSEZ.
De Balen , Major.
LeChev de Biſſy , Capitaine
Ricarville , Capitaine.
Palieres , Lieutenant.
Bongard , Lieutenant.
Le Chevalier de Tanus , Cornette
.
Villars , Lieutenant.
Le Chev.de Culan, Cornette,
14
BATAILLE
Boiſleau , M. des logis .
ROYAL ROUSSILLON,
Morts.
Deſpaliou , Capitaine.
De Chauſſerie , Lieutenant .
Jafferan , Cornette.
Bleffezs
Fournier , Lieutenant.
Brunet , Cornette.
Foreſtier , M. des logis .
CIBOURG.
Morts.
Rochefort , Capitaine.
Caumont , Capitaine.
Saint Germain , Lieutenant.
La Bourgiſe , Lieutenant.
De Creil , Cornette.
DE FLEURUS. 15
De Laurier , M. des logis.
Bleffez.
Le Chevalier Deſcluſelle
Ayde-major.
Beſſons , Lieutenant.
La Barde , Lieutenant.
Miramont , Cornette.
La Beſſiere , Cornette.
Chevet , Cornette .
CRAVATE ROYALE.
Morts.
Goville, Lieutenant-Colonel.
De Lom - Naugaret , Capi
taine.
De la Salle , Cornette.
Bleßez.
Roucy , Colonel.
16 BATAILLE
La Brille , Lieutenant .
Deſgremont , Cornette.
Beaufort , M. des logis .
Laillerie , M. des logis.
DU ROSEL.
Morts.
La Chaiſne , Lieutenant.
De Termes .
Bleffez.
Du Rouſſay , Capitaine.
Verneüille , Ayde-major.
Beauvais , Capitaine .
Longat , Capitaine.
Beduë , Capitaine.
Saint Primat , Lieutenant.
Muron , Lieutenant.
De Pré , Lieutenant .
DE FLEURUS 17
Gueſtron , Cornette.
La Badic , Cornette .
Le Chevalier de Lacq.
DU MAΙΝΕ.
Morts.
Chavancé , Colonel .
Deſtourneau , Capitaine.
Vilſecq , Cornette.
Bleffez.
La Ferronnais , Major .
De Boure , Capitaine ,
Le Févre , Capitaine.
De Peray , Lieutenant.
Martin , Cornette .
Deſmarets , M. des logis .
вь
18 BATAILLE
QUOAD.
Morts.
Robert d'Eſpagne , Cap.
Villepech , Capitaine.
Charolles , Ayde- major.
Saint Hircelles , Lieutenant.
Bleffez.
Lusbourg , Capitaine.
Milly , M. des logis .
Bertran , Capitaine.
Bernard , Capitaine.
La Pierre , Capitaine .
Quoad , Major.
LEVIS.
Morts.
Geneſt ,Capitaine.
Darly, Lieutenant.
DE FLEURUS . 19
Lantage , Cornette .
Bleffez.
Montaigu , Capitaine.
Beaulieu , Ayde- major.
La Tour , Lieutenant.
La Foreſt , Cornette.
Roger , M. des logis .
Sereau ; M. des logis.
DIMECOURT.
Morts.
Valligny , Major.
Touchereſne , Capitaine.
Du Pin.
De Sais .
Dalaigne.
La Fenon.
Dardenne.
}
}
Lieutenans .
2
Bb ij
20 BATAILLE
Bonnafond , Cornette .
Poſtard , Cornette .
Saint Germain , M. des logis .
Bleffez.
(
Defoſſé , Capitaine.
Mery , Lieutenant.
Davou , Lieutenant..
Le Chevalier de Miromenil.
Cominges , Cornette .
La Foreſt , Cornette .
Daubuſſon, M. des logis .
ROQUEPINE.
Morts.
Croſſet , Capitaine.
Loiſier , Capitaine.
Malines , Lieutenant.
Moran , Lieutenant .
DE FLEURUS. 21
Bracq , Lieutenant.
Drigny , Lieutenant.
Comingis , Cornette.
Caravannes, M. des logis.
Roye , M. des logis.
Bleffez.
De Broſſau . Lieutenant Col.
Du Buiſſon , Major.
Bonis, Capitaine, priſonnier.
Dal , Capitaine .
Daucher , Capitaine .
Valentin , Lieutenant.
La Calpaſſe, Lieutenant.
Du Pecy , Cornette.
Duché . Cornette .
A
Chevaliers, M. des logis.
22 BATAILLE
THELIPPEAUX.
Mort.
Betaut , Cornette.
Bleffez
Imecourt , Major,
Condé , Capitaine.
Blin,Capitaine.
Blas , Lieutenant.
Gouvert , Lieutenant.
Goubeau , Cornette.
La Pierre , Cornette .
Du Bois , M. des logis.
CONDE .
Morts
Migneau , Capitaine.
Solais , Capitaine- Lieutenant.
DE FLEURUS. 23
Bleffez.
Brufſon , Capitaine.
Soules , Lieutenant .
De Leyrap ,
Barte , Aide-major.
Broſſard , Cornette .
Bourgaut,Cornette.
De Laurie , M. des logis.
Forceville , M. des logis.
La Cour , M. des logis.
1. des logis.L. PRACOMTAL .
Morts.
Alexandre, Lieutenant.
Sales de Brie , Lieutenant.
Duretail , Lieutenant.
Bleffez.
Capdeville , Lieutenant Col.
24 BATAILLE
Limane , Capitaine.
Pecche ,Capitaine.
Douba , Capitaine.
Cauferran, Aide-major.
Cafaubon , Lieutenant.
Dautrives , Capitaine.
Dorigny , M. des logis .
S. Ollaire, M. des logis .
BOUFLERS.
Mort
S. Remy , Maréchal des logis,
Bleffez
Le Comte de Naſſau , Col.
S. Balmont , Capitaine.
Rouſſy , Lieutenant
Mouſſy , Cornette.
Le Maceu , Cornette.
Millain ,
DE FLEURUS .
25
Millain , M. des logis.
Du Monceau , M. des logis.
ROYAL ALLE MAND
Morts.
Meuler , Colonel .
Fridemberg, Capitaine.
Bravert , Capitaine.
De Guincenac , Lieutenant.
Ten, Licutenant.
Hauſer , Lieutenant.
Lenish , Lieutenant.
Bleter , M. des logis .
Bleffez
Bolen , Colonel .
Bolen le Cadet , Major.
Le Guain , Capitaine.
Bielque, Capitaine.
Cc
۱
26
BATAILLE
Ranſperg , Capitaine.
Capitaine. Chemberk ,
Nogent , Capitaine .
Croucanberg , Capitaine.
Fredeberg , Capitaine.
Hanh , Lieutenant .
Jeunove , Lieutenant .
Groflo , Cornette .
Zeuven , Cornette .
Niles , Cornette .
Godefni , Cornette.
Eſtein, M. des Logis .
Cazacoski ,M. des logis.
FURSTEMBERG.
Morts
Meulerſe, Capitaine,
Deſprez , Lieutenant.
DE. FLEURUS. 27
Hotpen, Cornete.
Dimenau , Cornette .
Beaumont , Cornette .
Le Brun , M.des logis.
Bleffez
Tenfenhouſe , Colonel.
Denil , Major.
Donal , Capitaine.
Conflant,Capitaine.
Maubeuge, Capitaine.
Deifremond , Lieutenant.
La Haye , Lieutenant.
La Motte , Cornette.
Meronfal , Cornette .
LaBarre, Maréchal des logis.
Baucolin,M. des logis.
Ccij
28 BATAILLE
MAGNA C.
Morts.
Şaint Remy , Lieutenant .
Boubarre , Lieutenant.
Goville , M. des logis.
Bon-abord , M. des logis.
Morts.
Montauroux , Capitaine.
Colombel, Capiraine.
NOVAILLES.
Morts.
Florenſer Lieutenant.
La Boiffiere , Cornette .
La Broffe , Cornette.
La Grange , M. des logis.
Du Val , M. des logis .
Du Laurier ,M. des logis.
DE FLEURUS . 29
Damelot , M.des logis.
Bleffez.
Bacalan , Capitaine.
Dantelon , Capitaine.
Pafchal , Capitaine.
Roffillac , Lieutenant.
Le Chevalier de Meure, L.
Moftin.
Tradet.
ROYAL PIEDMONT.
Morts.
Monteil ,Capitaine .
Villepreux , Capitaine.
Bourlon , Capitaine .
Balbian , Lieutenant.
La Vigne , Lieutenanr.
Des Chomes , Lieutenant.
Cciij
30 BATAILLE
Borion , Cornette .
Hald , Marechal des logis .
S. Auban , M. des logis .
Bleffezs
Bouzole , Colonel.
Bourſeton , Capitaine.
Gadaine , Capitaine.
Des Roches , Lieutenant
Belleville , Lieutenant.
Roger , Lieutenant.
Du Cros , Cornette .
Hoſtard, Cornette,
Grandpré ,Cornette.
Paget , Cornette.
Beauregard ,M.des logis.
DeCoſte, M. des logis.
DE FLEURUS. 31
ETAT DES COLONELS,
Capitaines & Officiers d'Infanterie
qui ont esté tuez
bleffez à la Bataille de
Fleurus.
GARDES FRANÇOISES.
M Senterre , blessé.
Mefle , bl.
Hoel , bl.
DeCreil , pprriisfoonnnniieerr
Regiment de Salisqunta
Monts
Gerard , Capitaine,
Labregement, Enſeigne..
Cc iiij
32 BATAILLE
福Bleffez.
Stoup,Colonel.
De Siconnet, Capitaine.
Paraviany , Capitaine.
Planta, Capitaine.
D.f.hamps , Sous Lieur.
Cornu, Enſeigne.
Queller, Enſeigne.
Malacrida , Sous-lieutenant.
Regiment de Soiffons .
De Villecourt, Lieur Col. bl.
Fenenville , Major, bl.
Chauvet,Capitaine & Aidemajor
, bl.
Chauvet,Capitaine & Aide
major , bl .
Verrien,Lieutenant &Garçon
Major, bl..
DE FLEURUS. 33
Caprugues , Cap. bl. à mort.
Le Capitaine , Chevalier de.
Malte , bl.
Bernamont, Capitaine , tue.
De Seriffet , bl .
De la Sablonniere, Cap. bl.
Vauſſel Capitaine, bl.
Du Montel , L.de Grenad. bl.
Bargerenc , bleßé à mort..
La Pipane , bl.
De Caye , bl.
Sous- Lieutenans .
Naval Sous- Lieutenant de
Grenadiers , bl .
Chambon.bl.
Du Borda , bl .
Coguau , bla
34
BATAILLE
Brandon , Enseigne , bl .
Darla, Enſeigne, bl .
Regiment de Stoup Suiße ,
Lieutenant General.
Bleffez.
Courlans , commandant un
Bataillon.
Facy , Capitaine,
Feciy , Lieutenant.
Inderſtorf, Lieutenant.
Regiment
Regiment de la Chaftre.
De Villette , Capitaine, tué.
Bieffez
DeMillon , Lieutenant Col.
De Juillet , Major.
Maſſonniere, Cap. Grenadier.
Pontchantel , Capitaine.
DE FLEURUS . 35
Getrancourt ,Capitaine.
Lieutenans bleffez.
Monplacet.
Monredon.
Sous- Lieutenans bleffez.
Baſſanniere,
Baſtral .
De Ferriere,
Regiment de Caftre.
LeColonel
Bleßez.
LeBrun , Capitaine de Grenadiers.
Baucet ,Capitaine.
LaMafle.
Bandilargues,Capitaine.
Dautriment, Capitaine.
36 BATAILLE
Figuerie , Capitaine.
Breconnet , Capitaine,
Lieutenans .
Montbriffon , tué.
Tirmoy , tué.
Darce, bl.
La Chaffe , bl .
Bolte , bl.
Du Serail , bl. تاوروم
Sousl-ieutenans bleffe.z
De Sandricu.
Raouffet
Soran .
Deſguienne
Langlade.
Regiment des Gardes Suiffes
Acheimatte , Major, fort bl.
DE FLEURUS . 37
Ficher , Lieutenant , bl.
Diemont , Lieutenant, bl.
DeFitte , le visage & le bras
brûlez.
De Vaulle , bl.
De Pegrand ,
bl . à mort.
De la Brie , bl. à mort.
La Roche de Vau , bl.
De Gueffie , bl.
De Montagne , bl. à mort.
Du Buiſſon , bl .
De Villequers , bl.
Sous-lieutenans .
De Cautigny, tué.
Bleffez
De Nau .
Boulonois.
38 BATAILLE
Bordereau .
Du Pleſſes.
Bertigny.
Reneault.
De Beaumont.
Pajot.
Darmant .
De la Bute.
1
Regiment des Bombardiers .
La Garde , tué.
Berthe , tué.
Rouffeau , tue,
De Bigny , Colonel d'Infanteric
, tué.
د
Bleffex
Fontenaille.
Bardon .
DE FLEURUS. 39
Gargas ,Major.
La Roche, Capitaine, à mort.
Venife.
Pacy.
Perault .
Lieutenans tuez.
Beatrix.
Gauvry.
lavary.o
Bleffez
Jamet ,
Menouville ,
Sous- lieutenans & Enseignes
цех.
Saint Antoine.
Larbouſſe .
Boiſville,
40 BATAILLE
Grancourt,
Bleffez.
La Pareille.
La Prinige.
Olivier .
Villemort.
Regiment de Provence.
Seguier , Lieut . bleſſé d'un
I coup de Sabre à la teſte.
Quatre Capitaines bleſſez
dangereusement , & quatre
legerement.
Regiment de Soiffons.
Capitaines.
Dorthenard, tué.
Danché, bl.
Deſmont ; bl.
DE FLEURUS. 41
Boudeville .
Nogaret.
Lieutanant deGreder Suiffe.
Greder Colonel bleſſé .
HuitCapitaines bleſſez .
Trois Lieutenans tuez .
Huitbleſſez .
Regiment du Maine.
De Neuilly , bl.
Genvril , tué.
Lieutenans bleffez
Dalincourt, des Grenadiers .
Marcaur
Fontenailleswa
La Montagne.
Sarimnoiſées .
Chaſteaucouvert.
Dd
42 BATAILLE
La Roque.
Du Haguet.
De Las .
Regiment d'Auvergne...
Capitaines.
Le Milan . bleſſe .
Sailly, bleſſé .
Des Cafſfiers , tué.
De Laurier , fort bleſſé.
Maſan, bleſſe,
Saint Maurice, bleſſé .
Boiffer , tué
Lieutenans.
De Sorne , bl. à mort.
Renaud , bl.
Chambadon, fort bleßé
Du Baſle, tué.
DE FLEURUS. 43
Sous-lieutenans .
LaCoſte.
Boyer , fort bloſſé.
Bricart , fort bleſlé.
Roche- Bertiere .
Second Bataillon.
DuDiſons , Capitaine .bleſſé.
Regiment d'Orleans.
La Lane de Baliquaile , bl.
Des Coftieres, Major , bl.
Camoſſe , Aide- major, tué..
Montfalin , mortellement bl.
Regiment de Touraine .
Mefliers.
D'Antoine , Capitaine , t.
De Cauſſois , Capitaine , 1.
Deux chevaux de tuez , &un
-
Ddij
44 BATAILLE
de bleſſe ſous M' d'Uſſon.
Dartaut, Licut. Col. tres-bl..
De Montaut,mortellementb.
La Reineerge , Aide major ,
deux contufions .
De Beaumont , Cap . legerement.
bleffé, ora
DeMarcomay , fort bleffe.
Dambois , mortellement bl.
De Briffon , Capit. mortelle
ment bleffé .
La Vergne, Capitaine, bl.
Lieutenans.
Melly , Aide de Camp , t
Boudin , mortellement bl .
Bouſſy, mortellement bleſſé,
DeCastellan,dangereuſement:
bleffé ..
DE FLEURUS.
45
La Serre , legerement bleffé .
La Chaine,legerement bleſſé.
Sous- lieutenans ...
De la Carriere, tuć .
De Mignon, tué.
De Signy, Enſeigne,Colonel,
bleſſé à mortallio
De Perriere,legerement bl.
De Salard, legerementbl.
Boiſſacq, blefl'équ
DeCharles, bleffé.
Regiment de Champagne ..
Le Comte de Sceaux, les deux:
jambes percées ,mort de ſes
ble ſtures, 1930
Capitaines.co
Cotignon bleſſé au pied.
1
46 ΒΑΤΑILLE
De Gaſquet, Major, deux conrufions,&
fon cheval tué
ſous luy.
DeBourguet,bleſſé dangereuſement.
Chaſtrier , le bras caffé .
Cheneviere,legerementbleſſé
au pied.
Treſemane , deux doigts de
la main emportez.
Saint Blemont , Capitaine de
Grenadiers , bleſſé à mort.
Mablan , Capitaine , tué .
Eounaux, Cap. bleſſe à la
cuiffe .
Dartau , Capitaine, tué .
Du Pleſſis Calidos , Cap. bl.
DE FLEURUS ..
47
La Bafle, Cap. bleffé à la teſte.
Bourneffan, Cap. le bras caffé.
Luffer , bleffé .
Fagot, bleffé à mort..
Berge,bleffé.
Chaſteüil , la jambe percée.
Coſmille, dangereuſement bl.
Beaumont , dangereuſement
bleffé.
Figeac , Aide- major , le bras
percé.
Lieutenans.
Tillieul , des Grenadiers, tué.
Du Freſne , une contufion.
Chaſtillon , une contufion.
De Montagne, tué.
Buſſion, dangereuſement bl,
48
: BATAILLE
Damiel, fort bleſſé
Des Foſſez, bleſſé à la jambe .
Gaubert , bleſſé à la teſte..
Chaſteau , rué.
Caquet, tue.appled 50
S. Oupignon , tué .
Toucher, bleſſfé au genoüil.
DeLo,dangereuſementbleſſe
Morande, bleſſfé à l'épaule.
Sous-lieutenans
Duret, legerement bleffe
Daſtelnau , desGrenadiers , t .
DeBert, une contufion à la
teſte.
Bouſſandis , fort bleſfé.
S. Eſtienne , bleſſé à la jambe.
Bourguraux ,l'épaule caffée.
Faïet ,
:
DE FLEURUS . 49
Faïet , fortbleſſé au pied.
Regiment des Fufeliers du Roy.
Capitaines.
De Tenier , tué.
De Reffins, tué.
De Lanfray ,tué.
De Goville,tué.
DeMontigny,une contufion,
La Touche , une contufion .
De Rocancourt,bleſſe à morts
De Martel, bleſſé.
De Garnay, bleffé.
DeBlais,bleffé.
Da Champerouſe, bleſſé.
Du Moulin, bleſſe.
Du Pleſſis , bleſſé àmort.
De Pointy,bleſſé àmort.
Ec
So BATAILLE
De la Combe, bleffé ,amso
Lieutenans.do
De Vignay , tué. no
De Chambau , tué .
Du Pré, bleſſé.
De Beauvais, bleffenigd
Ladrieux, dangereuſement bl.
Puger ,bleffé.
Mervier, bleſſé.
La Martine , mort .
De Sonde , mort. mig
Lieutenans.
Nocville,dangereuſement bl.
Foncourt da
Foncourt,dangereuſement bl .
Boivant, tue.ingitoll
Lavigentibleffe.
Honcourt,bleffe.log
DE FLEURUS. SI
وه ب
Chamois bleſſé .
Chauvager, bleſſé .
Bonncüil , tué , ou pris.
Sous - lieutenans .
L'Epinet, bleſſé .
Dragis .
Le Chevalier de Bailleul , tué
ou pris.
Regiment de Navarre.
Dole, Capitaine Grenadier,bl .
De Roſulet , Capitaine Aidemajor
, bl .
Dorſignat, bleſſé.
De Carignon ,Capitaine , bl.
De Prelac , Liceutenant , bl .
Ecij
2 BATAILLE
De Prelac,, Sous- 1.bleffé.
Regiment de Vermandois.20
Le Marquis de Soyecourt ,
Colonel , tué.
Capitaines.
La Ferriere , Lietenant Colo-
Anel , bleſſé . 201
De la Touche,Capitaine Grenadier
, bleffé .
S. Gilles , bleſſé. non av
La Factiere , bleſſé .
500 20000
Dannery, bleſſe.cbzaion
Lieutenans bleffez
Morances when so quooused
Egeront up να απογο
Lalicylexanа аснои
DE FLEURUS. 53
Des Granges.
De Salles .
De Palais,
De Varennes .
Il vient de me tomber eutre
les mains une nouvelle Lifte
des Morts & Bleſſez de la Cavalerie,
dans laquelle je trouve
, non ſeulement pluſieurs
noms nouveaux qui ne font
point dans celle que vous venez
de voir , mais encore
beaucoup de noms qui approchant
de ceux que j'ay déja
mis , comme Depeux , Maréchal
des logis dans la Gendar.
Ee iij
54 BATAILLE
merie , pour Depucy , que j'ay
marqué, pourroient bien eſtre
les veritables. Cela m'engage
à vous envoyer tous ces noms
douteux. Par tout où vous en
trouverez deux dans la même
ligne, ſouvenez-vous que l'un
eſt pris dans la premiere Liſte,
& l'autre dans la ſeconde , &
que je les croy employez pour
lameſme perſonne , ſans pouvoir
dire lequel des deux eft
le veritable nom. Les noms
qui font feuls , font ceux des
Officiers tuez ou bleſlez , qui
ont eſté oubliez dans la premiere
Liſte qui n'a point parDE
FLEURUS .
55
lé des Dragons du Roy , de
ceux du Regiment de Pompone
, ny du Regiment de
Langallerie.
DRAGONS DU ROΥ.
Bleffez .
2
Dalegre , Colonel .
Fontboiſar, LieutenantCol.
Deſpagne,Capitaine.
Geery.
Dolmont.
DePouce , Lieutenant.
Des Moulins , Lieutenant .
Fercourt , Cornettenba
Le Chevalier d'Au.
7
Ec iiij
BATAILLE
1
Dragons de Pompone. Morts
Le Ch. de Longueil , Cap.
De Layne , Capitaine.
Bertol , Cornettenblin
Montauban , M. des logis.
Fuſtemberg , M. des logis.
Janin, M. des logis .
Du Tailly, M. des logis .
Bleffez.
Lormeny, Major.mihi q
De Rouffet, Lieutenanti M
Barbier , Lieutenant.idarol
Du Pré , Cornette .
Valmont , M.des logis.
Langlois , M. des logis
Langallerie. Morts.
LeChev. Major des Couleurs.
DE FLEURUS. 17
T
S. Vigor , Lieutenant.
Renal , Lieutenanth
Bleffez
Porleſquive , M. des logis.
De Mets, M. des logis.
GENDARMERIE .
1
Magieux ,M. des logis , tué.
Bleffez.
De Leſtrez, De Laiftre.
Malmaison , Chalmaiſon .
Boisbilly , Beauvel.
Balfat,Sousbrigadier.
Rofamel .
- Boulon , Bullion.
La Rafe , la Haye..
• Blanzac , Blomat wo
18 BATAILLE
Merinville.
Quelon , Queftaux , tué.
Blefjez
Du Boſc , Cepitaine.
Fongrezole , Lieutenant
Perrin , M.des logis.co
Foncienet , Foncienne.ART
Vertagua , Bertuga.
Cravates . S
La Brille, Boiſte.
Deſgremont , Gremard
Laillerie , Lalleric.
Royal Roussillon .
Deſpaliou , Deſpaillon. Diest
De Chauſſerie , Chanferry.
Brunet , Bonnerie
DE FLEURUS. رو
Bertillac.
Barmont , Bofmon .
Barantin , Baranton.
Bleffez.
Du Boſc , Capitaine.
Crelan , Lieutenant.
Dangeville , M. des logis.
Cibourg.
De Laurier , des Lauriers .
Deſcluſelles, de Clufel .
Beffons , Beſſou .
Beuvieres , Lieutenant , bl.
Du Cofteau , bl.
Boiſlandon , Corn. bl.
Verſel , Corn. bl.
La Coſte , bl.
60 BATAILLE
Levi.
Cartier , Lieutenant tue
Le Roy , M, des logis , tué.
Fontroux , M. des logis, bl
Roquepine.
Croffet, Crozet.aliquoD
Loifier , Lofier .
Malines , Maligny.
Drigny , Dangluy syst
Comingis , Cominges.of
Du Buiffon , Daubuiffony
Bonis , Benc.
Dalet Dal .
De Pecy , Du Puy
Quoat..
S. Hircelles , Slirzel. Duská
DE FLEURUS . 61
Royal Etranger.
Creiſtol , Crezel .
Defferſe , Cornette , tué.
Clerbourg, Capitaine , bl .
De Brandins , Desbardins,
La Fillet , La Tilliais.
Coupeflard , Coupefac.
Deſſencourt , Biffancourt.
Du Maine.
Chavancé , Chouerſe .
Deſtourneau , Leſtourneau.
Vilſecq , Vifſec.
De Boure , Du Roure.
De Peray , Perfot.
Martin , Martinet.
Bouflers.
Maniffi , Mouffy.
62 BATAILLE
Thevenin , Lieutenant , bl .
Livallar , Cornette , bl.
Milon , M. des logis , bl.
Loëmaria .
Being , Benque .
Darmont , Jafermon
C
окотом
Drabille , Boisbrille.M
Deſpagne, Depagnet .
Vigniole , Vignolles.
Du Rozel .
La Chaiſne , La Chenaye.
S. Primat , S. Privat.
Muron , Des Mursasie al
De Pré , Des Prezumabas
Gueſtron , Gueffron
Roncée du Roſel , Cap. bl.
Marquis de Beauvau, Cap . bl.
DE FLEURUS . 63
Chev. de Verneüil du Roſel,
Aide-major , bl.
Bonnet , bleßé.
Chartres,
Memeac , Meinios .
Pradinet , Pradines .
Milliofé , Millalet .
Courſais , Courtois .
Du Freſnoy , Frenage.
Dimecourt .
De Sais , Dezegue.
Defoffé , Des Foffes .
La Saigne , Lieutenant , bl.
Dardennes , Lieutenant , bl.
Du Pin , Lieutenant , bl.
Pitard , Cornette , bl .
64 BATAILLE
Condé.
Celeſt , Capitaine , qué.
Beſteuil , Major , bl .
Deſtezal , Lieut. bl.
Clein, Cornette , bl.
Chapet , M. des logis , bl.
Migneau , Mignot.
Solais , Soulais.
Bourgaut , Bourges.
De Laurie , Du Laurier.
Forceville , Freſſeville.th
Pracontal.
Sales Debrie , Saldebru ,
Duretail , Darſel .
Cauferran , Canferon.
Limane , Limiane .
De Chets , Capitaine , bl.
DE FLEURUS. 65
Robardet , Cornette, bl.
Dautetrive , Cornette , bl .
Dourino , M. des logis , bl.
La Panerte , M. des logis , bl.
Phelypeaux.
Blas , Bloc .
Goubeau, Gombetit..
Pino , Major , bl.
Joüars , bl.
Defilles , bl .
Philippe, M. des logis , bl.
Je vous repete ce que je
vous ay déja dit , que parmy
les Bleſſez il y en a un fort
grand nombre qui ont receu
de ſi legeres bleſſures , qu'on
Ff
166 BATAILLE
* ne les nomme que pour faire
voir qu'ils n'ont pas fuy le peril
. C'eſt une gloire pour eux
qu'on ne pouvoit leur ofter
fans injustice.Je finis par quelques
pieces de Poësie qui ont
efté faites fur cette Victoire.
552552522-25552252
AU ROY
SONNET
Ve deprofperitez l'une à l'autre
enchaisnées
Nous affeurent , Grand Roy , de la
faveur des Cieux ,
Et que de tant d'Estats les complot,
furieux
DE FLEURUS .
67
:
Combattent vainement contre nos
destinées !
S
Du fang des Ennemis tes Armes
fortunées
De la Sambre ont groffi le cours imperieux
,
La terreur que répand ton Nom victorieux
,
Va Soumettre à tes Loix leurs Villes
S
consternées.
2
La Victoire nousfuitfur l' Empire
des Eaux ,
Ta Flotte a foudroyé leurs fuperbes
Vaiffeaux,
De leur triste débris on voit la Mer
couverce :
S
L'infidelle Albion fremit à nostre
abordi
Ef ij
68 ΒΑΤAILLE
L'injuste Ufurpateurfent approcher
Sa perte
Et l'Aigle épouvantée attend le mesmefort..
LE CLERC de l'Academie Françoiſe ..
MADRIGAL.
Iers Ennemis , il faut vous
La Terre& la Merfont pour nous.
Sur quel autre Element pourriezvous
vous défendre?
Dieu quiſoutient Louis,est le Maître
de tous must wo
R
Ois
Mlle deScudery.
AUTRE.
qui contre Louis armez
toute la Terre , 107
Pour détruire un pouvoir dont vous
eftes jaloux
DE FLEURUS .
69
Tremblez , c'est Luxembourgqui lance
Son tonnerre,
Et Valdec vous dira ceque peſentſes
coups.
AUTRE.
LOVIS OVIS eft toûjours glorieux ,
Tant de Princes liguez pour luy
faire la guerre
Nesçauroient arreſter ton bras victorieux
,
Il ſera Maistre de la Terre.
Tous leurs projetsfont vains , leur
orgüeil estsoumis,
Et cette éclatante Victoire
Qu'il vient de remporterſurſesfiers
Ennemis ,
Eait voir que leurs efforts neſervens
qu'àsa gloire
70 BATAILLE
AUTRE .
Decon ricomplague
E cent Princes liguez renver-
Faire tout tremblerfur les flots ;
Attaquantle Piedmont
dans la Flandre
triompher
Sont des faits jusqu'icy tout à fait
inouis ;
La moitiéfuffiroit pour paſſer Alexandre
,
Mois le tout , quoy que grand , n'est
pas trop pour Louis. S
I
A M le Duc du Maine.
Eune &vaillant Heros , dont le
noble courage
Marquesi bien leſangdont vous estes
venu ,
Et que lefier Lion n'a que trap res
connu
DE FLEURUS. 71
Exposez moins vosjours dans l'horreur
du carnage.
Prince l'on vous a veu dans le beau
Champ de Mars ,
Affronter les plus grands hazards;
Moderez l'ardeur qui vous preffe .
Dans la peur de tomberſous le poids
de vos coups ,
Les Ennemis tremblentpour euxfans
ceffe ,
Mais nous tremblons auffi pour
a famous •
Quandpar un coup fatal des Parques
,
Un Gouverneur tombe à vostre
coſté ,
Et qu' un chevalfous vous d'un autre
est emporté ,
Ge font de trop certaines marques
Du dangereux peril où vous avez
72
BATAILLE
Vous devez calmer nos allarmes ,
Vous n'en ferez pas moins terrible
aux Ennemis ;
Aupouvoir de vos armes
Ilsfont déjaſoûmis...
Vous partagez une grande Victoire
Dans le plus fameux des Combats
Vous aureztoûjours mesmes bras ,
Et vous avez parusi charmantà la
gloire ,
Qu'ellefuivra par tout vos pas.
Dierville.
AUX HOLLANDOIS ,
fur la défaite du Prince
de Waldec .
E' bien,Meſſieurs les Hol-
Hindis
Eprouvez- vous affez de LOVISle
tonnerre ?
Nous
DE FLEURUS. 73
Vous le fuyez sur Mer , il vous défaitfurTerre
,
Par tout il vous donne des loix
Vous estes matſervis , c'est un malheur
étrange ,
Le Prince de VValdec en combattant
pour vous ,
Est un second Prince d'Orange ,
Dans les Combatsil fuit les coups.
2 On ne perd point avec eux de Batailles
,
Lafuite fait toûjours le plus grand
de leurs foins ,
CesHeros n'ontjamais le coeur d'être
témoins
De si terrribles funerailles .
Quandpour des gens comme vous
on combat,
Le courage aisément s'abbat,
Peut-on se piquer de bravoure ? "
Si l'on mouroit dans ce noble tranfport
Gg
74
BATAILLE
On enrageroit d'estre mort
Le meilleur est de sçavoir courre ..
Reconnoiſſez votre néant ,
Loüis a mis bien bas vostre Hautes
Puiffance ;
Venez implorerſa clemence
Il est auffi-bon que puiſſant.
r
Le meſme.
A M' LE MARECHAL ,,
Duc de Luxembourg .
U
Ne Victoirefolemnelle
Ramene la joye à la Cour,
Et cette action immortelle
Pour nostre bonheur renouvelle
Tous nos Heros en Luxembour.
S
Cette victoire entiere &pleine
Conferve la France aujourd buy
DE FLEURUS.
Honneur à ce grand Capitaine 3
Condéfon Cousin , &Turenne ,
N'ontjamais mieux vaincu que luy .
S
Je voudrois ,fameux Luxembour
Vousfaire une Lettre auffi nette
Que celle que vous avezfaite
AuRoyfur le cu d'un tambour.
Tout le monde est pour vous gazette ,
Et l'on ne parle que de vous.
Vostre Salutaire Victoire
Vous comble d'immortelle gloire :
Ce coup est un des plus grands coups
Qu'on puiffe lire dans l'histoire ,
Vos Ancestres vous cedent tous .
On admire vostre vaillance ,
Vostre esprit , &vostre prudence :
Vous estes par vostre grand coeur
Noftre Heros Liberateur ,
Etmoy,jesuis avec toute la France
Voftre tres-humble Serviteurs
76 BATAILLE
VITTORIO
Celuy qui commande tes Gardes ,
Noftre vieil Amy Villevrard,
Qui toûjours quand tu te hazardes
Se montre intrepide&gaillard,
Te peut dire quel eft Liniere,
Quelle est fa vie , &sa maniere.
T
MADRIGAL.
U viens de
dat,2
combattre en Sol-
Tu viens de vaincre en Capitaine..
Tu fais plus , Luxembourg; par oc
fameux Combat
Tu consoles Louis de la mort de Tu--
renne.
BOYER , de l'Academie Françoife.
AUTRE.
xembourg un chacund'eleves .
A tout à cedé
Ainsi l'on te voit de Condé
L'illustre & digne Eleve.
L'ABBE' MARTINIT,
FIN.
Endouicus Magnus Suis Major ibur
Major
Sapienti MineriaSapientior
ipsafortiov Mavte
TervoMavique Victor
piratosfulshined relo
RegnemBelgicumpugna .
Aquilam Eustriaca ferro
heresim armis officiosis
Júas voluntaria pace victovic
Senicitif
FACGCD.G
BIBLIOT
DRIO
6
7
3G
25
NAZIONAL
EMANUELE
STU
8-4.D.6
RELATION
DE
LA BATAILLE
DONNE E
Auprés de Fleurus par l'Armée du
Roy, le r. Iuillet 1690. ſous les
ordres de M. le Maréchal DuEGA NAZ
de Luxembourg. ROMA
VATORIO
Avec un Plan qui marque tous les
mouvemens que ce General
afaits pour la gagner.
A PARIS ,
EMANUELE
Chez MICHEL GUEROUT , Galerie
neuve du Palais , au Dauphin . Am
M. DC . LXXXX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY
VITTORIO
LIOTECA
A SON ALTESSE ROYALE
MONSEIGNEUR
LE DUC
DE CHARTRES
MMONSEIGNEUR,
I'ayſiſouventparle
dans mes Ouvra
ges des progrès de
BIBLIOTECA
ROMA
NAZ
a ij
VITTORIOEMANUELE
EPITRE.
vostre esprit , de la
vivacité & du bon
ſens de vos reparties
,de vos manieres
honnestes , de la penetration
avec laquelle
vous découvrez
ce que les Mathematiques
ont de
plus obfcur , & du
EPITRE.
plaisir que vous prenez
à tout ce qui
vous donne quelque
idée de la guerre ,
que j'ay eru vous devoir
dedier un Livre
qui ne parle que de
ce qui fera un jour
vos delices les plus
cheres , ſi on en juge
a iij
EPITRE.
par la forte inclination
que vous avez
fait paroistre dès le
berceau pour le métierglorieux
quifait
distinguer les Prin
ces , & qui produit
lesHeros. Vous verrez
, MONSEI
GNEVR, dans ce
EPITRE.
que je prens la liberte
d'offrir àV. Α.
Royale , les chemins
qu'un fameux Gene
neral a tenus pour
aller à la Victoire.
C'est le mesme qui
en combatant Sous
les ordres de Monfeigneur
vostre Pere
ailij
EPITRE.
eut part aux Lauriers
, qui nonseulement
couvrirent la
France de gloire ,
dans lafameusejour
nee de Caffel , mais
qui en produiſirent
encore d'autres , par
te grand nombre de
Places importantes ,
EPITRE .
qui après cette Ba
taille reconnurent
le
plus grand des Rois
pourleur Souverain
.
On ne doit pas s'e
tonner , MONSEIGNEVR,
quand on
confiderera ce que fit
en cette occafion le
grand Prince dont
EPITRE
vous tenez la naisfance
, si vous estes
entraine si rapidement
vers tout ce
qui regarde la gloire
qui sacquiert dans
le Champ de Mars.
Vous trouvez dans
voſtre Sang de glorieux
exemples qui
EPITRE.
vous animent ;mais
comme l'exemple &
lefangne produisent
pas toûjours les effets
qu'on a fujet d'eſpever,
& qu'on veulli
rarement dans tout
ce qu'onfait, àmoins
qu'on n'y foit porte
par une forte incli-
J
EPITRE.
nation , on peut dire
que V. A. R. enfent
ane tres-vive pour
tout ce que doit faire
un Prince , qui eftant
distingue parta plus
baute naiſſance , travaille
tous les jours
àse faire estimerpar
Luy mesme ; & que
EPITRE.
fi vous continuez à
marcher sur les traces
des grands Princes
dont vousforte,z
NOUS Vous verrons
un jour auſſi recommandable
par les actions
extraordinaires
qu'on attend de
vous , que vous l'ètes
EPITRE .
deia parle rang glorieux
qui vous di-
Stingue du reste des
Hommes. Cefont les
voeux de celuy qui
est , avec un tresprofond
respect ,
MONSEIGNEVR,
DEV. ALTESSE ROYALE,
Le tres-humble & tres- obeiſſant
Serviteur, DEVIZE .
52525552-222252255
AU LECTEUR .
Vicon
la troifiéme Relation
de la Bataille de
Fleurus qui a eſté donnée au
Public. La premiere eſt deM
l'Abbé Renaudot , de l'Academie
Françoiſe , dont les fagesEcrits
font eſtimez de toute
l'Europe. La ſeconde a eſté
diſtribuée au meſmelieu que
la premiere , c'eſt à dire , au
Bureau d'Adreſſe . Elle eſt de
M'de Court , Secretaire des
Commandemens de Monfieur
le Duc du Maine , connu par
AU LECTEUR.
fa profonde érudition,& qui
meſme a ſuivi le Prince ſon
Maiſtre d'aſſez prés à l'Armée,
pour avoir eſté témoin
d'une partie des choſes qu'il
rapporte. J'avoie que ſi je
n'eſtois engagé par un Contrat
paffé avec le Public depuis
quinze ans., de luy donner
des Relationsun peu étendues
de tous les grands évenemens,
les deux qui ont paru
de la Bataille gagnée par M
leDucde Luxembourg, m'auroient
empêché d'en entreprendre
une troiſième , & que
je ne l'ay fait que pour remplir
Γ
AU LECTEUR .
plir la carriere que je me fuis
obligé de fournir. Il eſt dan
gereux de parler aprés les autres
, quand on traite une matiere
fur laquelle il n'eſt pas
permis à l'imagination d'agir.
Il eſtqueeſfttiioonnddeeddiirree des
veritez , & elles doivent fe
reſſembler en tout. Ainfi les
premiers qui les font voir au
Public, ont un fort grand
avantage. Il ne fautpoint que
je fatigue le Lecteur par des
choſes qu'il a déja vûës , &
cependant il faut que je dife
les meſmes veritez. Il ſeroit
plus facile de traiter le même
AU LECTEUR.
fujet dans une Piece d'Elo
quence ; mais il n'en eſt pas de
meſme des Relations. J'efpere
pourtantque celle-cyne
laiſſera pas de vous paroiſtre
nouvelle , puis qu'elle eſt
beaucoup plus ample que
les deux autres . Ma coutume :
eſt de ramaffer , comme je
l'ay marqué pluſieurs fois ,,
un grand nombre de Relations
des actions memorables .
qui ſe font , & d'en compofer
une detoutes les particu
laritez differentes qui ſe trouvent
dans les unes , & qui ne
ſe rencontrentpoint dans les
AU LECTEUR.
autres , parce que chacun de
ceux qui les écrivent occupodes
poſtes differens. J'ay
redoublé mes foins en cette
occafion,&j'ay travailléd'aprés
plus de quarante Rela--
tions. Un Ouvrage d'efprit
que l'on auroit compofé ainfi
fur ceux des autres , reffembleroit
à la Corneille d'Horace
, & feroit peu eſtimer
fon Auteur. La meſme choſe,
commeje l'ay dit, n'arrive pas
des Relations, eſtant plus aifé
d'en ſuivre une toute faite, &
de la mettre en beaux termes
pour la donner au Public, que
AU LECTEUR.
de ſe fatiguer à en lire vingt
fois quarante ou cinquante ,
pour enprendre ce que chacune
a dedifferent. Je ſuis obligé
de dire icy que celle dont je
me ſuis le plus ſervi , eſt de
Me l'Abbé de Riquetti , qui
eſt auprés de Me le Duc de
Luxembourg; & que l'ordre
de Bataille dont j'ay le plus
profité , eſt d'un Fils de M
Vedeau de Grammont, Enſeigue
Colonel au Regiment
des Gardes.
RELATION.
RELATION
DE
LA BATAILLE
DE
L
FLEURUS .
EUROPE jouiffoit
du repos que
le Roy avoit bien
voulu accorder aux voeux
des. Peuples de cette belle
A
2 BATAILLE
Partie du Monde , qui ne
pouvoit plus ſuporter la
guerre que la jaloufie de
fes Souverains leur faifoit
ſoûtenir , quoy qu'avec
de continuelles pertes . Ce
Monarque au milieu de
ſes triomphes , avoit eſté
touché de ſes malheurs ,
& dans le fort de ſes conqueſtes
, aprés s'eſtre ou
vert un nouveau paffage
en Hollande par la priſe
de Gand , il ſe fit unplaifir
d'impoſerla Paix, lorf
DE FLEURUS. 3
que les allarmes des Hollandois
ſe trouvant augmentées
, leur tremblante
&peu auparavant fi fiere
République , ſe croyoit à
la veille de ſe voir obligée
de recevoir les loix
d'un Conquerant , dont
les victoires étoient fi rapides.
Ce Prince , pour
executer fon deſſein avec
une generofité digne de
fa grande ame , & de tou
tes les autres actions de
ſa vie , voulut bien qu'il
Aij
4 BATAILLE
que
luy en coûtât une partie
de ſes Conqueſtes
, fans
neanmoins il fût obligé
de ſe deſſaiſir d'aucunes
pour avoir la paix ,
puisqu'il en regloit luymême
les conditions
dans
le champ de victoire où
il étoit encore , & comme
il venoit de triompher
au milieu de l'Hyver
, il étoit aiſé de connoître
qu'il pouvoit penetrerjuſqu'au
coeur de la
Hollande , s'il eût voulu
DE FLEURUS.
pourfuivre fes Conquetes
. Il avoit alors les Suedois
pour Alliez , qui
ayant commencé trop
tard à executer le Traité
qu'ils avoient fait avec
luy , avoient laiſſé prendre
pluſieurs de leurs Places
par le Roy de Dannemark
, & par l'Electeur
de Brandebourg. Le Roy
devoit les indemnifer des
pertes qu'ils auroient faites
; mais ce Prince n'y
étoit plus obligé , parce
A iij
& BATAILLE
qu'ils s'étoient attiré leur
malheur. Cependant fa
bonté naturelle voulut
en cette occafion aller audelà
de ce qu'elle devoit
; & afin que ſes Alliez
ne púſſent pas dire
que fon Alliance leur
étoit préjudiciable , il
donna volontairement
des Places aux Princes
avec qui il étoit en guerre,
afin qu'en imitant un fi
bel exemple , on reſtituât
aux Suedois ce qu'on
DE FLEURUS.
11
avoit pris ſur eux.
fit plus ; il évacua le premier
les Places qu'il voulut
faire ſervir de ſceau à
cette Paix . On ne l'imita
pas; au contraire,on ſe défendit
de rien rendre aux
Suedois . On connut alors
que le Roy avoit bien.
voulu donner la Paix
lorsqu'il étoit en état de
continuer glorieuſement
la guerre , puis qu'il fit
rendre aux Suedois par la
force de ſes Armes les Pla-
ア
A iiij
8 BATAILLE
1
ces qu'on leur refuſoit ;
& qu'il avoit achetées
pour eux par les Conquêtes
qu'il avoit cedées.
La Paix devint alors generale
, & les peuples de
toutes les Nations de
l'Europe donnerent mille
loüanges & mille benedi-
Etions à Sa Majefté , mais
leurs Souverains conferverent
dans leur coeur ,
une jaloufie de gloire , capable
de remettre un jour
toute l'Europe en armes .
DE FLEURUS.
4
Le Prince d'Orange , qui
ne pouvoit déguiſer la
fienne , parce qu'il étoit
devoré d'une violente
ambition , la fit paroître
en donnant une bataille,
quoy-qu'il eût alors la
Paix ſignée dans ſa poche.
Cette action fut generalementblåmée
, & même
de ceux qui auroient
voulu qu'elle euſt réüſſi ,
&le Roy perfuadé que ce
Prince étoit ſeul coupable
de tout le fang qui
10 BATAILLE
?
avoit été répandu , perfiſta
genereuſement dans la
même volonté de faire
jouïr l'Europe des fruits
de la paix. Elle les goûta,
& l'Allemagne pendant
tout ce temps a triomphé
des Hongrois rebelles , &
a remporté de continuelles
victoires ſur le Turc .
Mais à peine a-t-elle commencé
à former des ligues
pour détrôner un
Roy legitime & Catholique,
queles Turcs ont eu
DE FLEURUS .
des avantages confiderables.
Tant qu'a duré la
Paix , que le Roy avoit
donnée à l'Europe , tous
les Souverains ont travaillé
à faire contre luy
une plus forte union . Ils
ſe ſont trouvez en plus
grand nombre qu'auparavant
; & le Prince d'Orange
qui avoit ſes veuës
particulieres , en étoit ,
pour ainſi dire , l'Agent
general. Le Roy en avoit
de bien differentes , puis,
12 BATAILLE
:
qu'il ne penſoit qu'à la
gloire du nom Chrêtien.
Il a pendant ce temps- là
obligé Tunis & Tripolyà
faire la paix , & il a jufqu'a
deux fois abatu l'orgueil
d'Alger . Il a fait dans fes
Etats pour la gloire de la
veritable Religion ce que
ſept de fes Prédéceſſeurs
avoient tenté vainement.
Une affaire de cette importance
a produit des
mécontens , il en eſt ſorti
du Royaume , & leur forDE
FLEURUS .
13
tie a fait eſperer aux Princes
liguez , & même aux
Catholiques, qu'ils pour-
* roient ruiner la France
par la France même , en
mettant les armes à la
main des Réfugiez contre
leur Souverain & contre
leurs Compatriotes. Ils
ont crû fur cet efpoir , &
fur ce que le Roy n'étoit
point armé , qu'il pourroit
être aisément ſurpris,
& il avoit êté réſolu que
le Prince d'Orange paffe12
BATAILLE
;
qu'il ne penſoit qu'à la
gloire du nom Chrêtien.
Il a pendant ce temps- là
obligé Tunis & Tripolyà
faire la paix,& il ajuſqu'a
deux fois abatu l'orgueil
d'Alger. Il a fait dans fes
Etats pour lagloire de la
veritable Religion ce que
ſept de fes Prédéceſſeurs
avoient tenté vainement.
Une affaire de cette importance
a produit des
mécontens , il en eſt ſorti
du Royaume , & leur forDE
FLEURUS.
13
tie a fait eſperer aux Princes
liguez , & même aux
Catholiques, qu'ils pourroient
ruiner la France
par la France même , en
mettant les armes à la
main des Réfugiez contre
leur Souverain & contre
leurs Compatriotes. Ils
ont crû fur cet eſpoir , &
fur ce que le Roy n'étoit
point armé , qu'il pourroit
être aisément ſurpris,
&il avoit êté réſolu que
le Prince d'Orange paffe14
BATAILLE
roit en Angleterre pen
dant que nous avions peu
de forces ſur l'Ocean , &
quela Flotte de la Mediterrannée
n'étoit pas revenue
d'Alger , où elle
étoit allée conclure la
Paix une ſeconde fois
avec les Algeriens. On
étoit auſſi convenu que
le Prince d'Orange donneroit
l'allarme à nos côtes
avant fon paſſage en
Angleterre , & qu'il y feroit
ſoûlever tous lesnou
DE FLEURUS. 13
veauxConvertis, ce qu'on
croyoit d'autant plus fa
cile , qu'il ſe vantoit d'y
avoir de grandes intelli
gences par le moyen des
Réfugiez qui étoient auprês
de luy. Il y a deux
choſes tres-eſſentielles à
remarquer dans cette Ligue
, & qui justifient
pleinement le Roy de
tout ce qu'on luy a impolſeépouravoir
des pretextes
de l'attaquer,&de tout ce
qu'on allegue encore
16 BATAILLE
tous les jours contre ce
Monarque , pour avoir
lieu de continuer une injuſte
guerre. Dés que les
Princes confederez ont
commencé à faire paroître
leur union contre le
Roy , ils ont publié dans
leurs Manifeſtes, &mille
Ecrits ſeditieux , ont fuppoſé
fauſſement pour ſurprendre
les peuples ,
que le Roy par une ambition
déméſurée , vouloit
envahir tous les Etats de
DE FLEURUS. 17
l'Europe, &qu'il aſpiroit
à la Monarchie univerſelle.
Cependant c'eſt un
fait conſtant que ce Monarque
n'étoit point
armé , qu'il n'avoit deftiné
aucuns fonds pour la
guerre , que ſes revenus
étoient employez à faire
fleurir les Arts , & à rendre
ſes Maiſons Royales
dignes d'un Etat auſſi floriſſant
que la France. Il
n'avoit de troupes que ce
que la prudence vouloit
B
18 BATAILLE
qu'il en eût pour garder
fes Places , & cela eft fi
veritable, qu'on fut obligé
d'envoyer en toute diligence
les Mouſquetaires
fur les coſtes de Normandie
pour les garder , &
pour retenir les nouveaux
Convertis dans leur devoir
, avec ce qu'on y put
aſſembler de l'Arriere-ban
de la Province . Les choſes
n'étoient pas plus difpoſées
du côté de la Mer
àſe rendre maître de l'EuDE
FLEURUS . 19
rope , puis qu'on ne put
avoir quarante Vaiſſeaux
fur l'Ocean , pour empêcher
le paſſage du Prince
d'Orange en Angleterre .
Cependant on ne laiſſe
pas de dire & de redire
dans un million d'Ecrits,
qu'on s'eſt vu contraint
de prendre les armes pour
arrêter le cours del'ambitiondu
Roy. Tous lesMe--
moires envoyez par les
Princes liguez aux Princes
qui ne font point en
Bij
20 BATAILLE
guerre le portent,&on les
invite à s'opoſer à la rapidité
de ce torrent . On ne
fçauroit affez faire de reflexion
ſur l'injustice de
ce procedé ; & je croy ne
pouvoir affez faire remarquer
, que le Roy jouiffoit
des douceurs de la
paix , & qu'il n'étoit
point armé lors qu'on a
formé des Ligues contre
luy . L'éclat de fa grandeur
, ſes ſoins vigilans,
& ſa ſage prévoyance ,
DE FLEURUS . 21
empêchent qu'on n'ouvre
affez les yeux là - deſſus ,
parce que non-feulement
il s'eſt mis en peu de
temps en état de parer les
coups qu'on tâche de
luy porter , mais même de
triompher de ceux qui
cherchent à le ſurpren
dre. Cependant la France
ſe feroit trouvée dans
un embarras dont elle ne
feroit pas fortie aifément,
fi le Prince d'Orange
n'euft point preferé ſes
ROMA
PAPILIOTECA
NAZ
VITTORIO
EMANUELE.
22 BATAILLE
K
intereſts particuliers à ce
qu'il avoit promis à ſes.
Alliez , &s'il n'euſt point
paffé en Angleterre avant
que dedonner plus quede
la peur à nos côtes. Le
Roy voyant par tout ce
qui ſe paſſoit,que l'orage
ſe préparoità tomber fur
luy , & qu'on commençoit
pardétrôner le Roy
d'Angleterre fon allié ,
afin de joindre enſuite
les forces de ſes trois
Royaumes à celles des
DE FLEURUS. 23
1
Alliez pour l'accabler ,
réfolut non - ſeulement
de ſe mettre en état dedéfenſe
, mais même de prévenir
, s'il étoit poſſible,
ceux qui ſe préparoient à
l'attaquer . Rien n'eſt plus
beau que les projets des
Ligues ſur le papier , mais ,
l'execution en eſt ordinairement
lente , à cauſe
des differens intereſts, &
des differens avis de ceux
qui les compoſent. Ainfi
leRoy dont l'activitéeſt
24 BATAILLE
furprenante , & qui eft
ſervi par ſes Sujets avec
un zele tout extraordinaire
, ſe trouva en état
d'attaquer les Princes
Confederez qui avoient
réſolu de le ſurprendre.
La queſtion fut de ſçavoir
quelles Places on
affiegeroit pour empêcher
l'entrée de la France aux
ennemis , (car on ſçavoit
qu'ils avoient réſolu de
s'y ouvrir des paffages
pour la déſoler , plutôt
que
DE FLEURUS .
25
A
que de faire des Sieges , )
& fi ce ſeroit fur les frontieres
de Hollande , ou
fur le Rhin.
Il paroiffoit qu'en affiegeant
Maftric, on rompoit
les meſures du Prince
d'Orange ; mais outre que
rien n'eſtoit capable de le
détourner de fon entrepriſe
, il en tenoit le ſuccés
ſi aſſuré , qu'en paſſant
en Angleterre avec cinq
cens hommes ſeulement ,
il fe flatoit de la faire
C
26 BATAILLE
réüffir . Le Siége de Maftric
devoit vray- ſemblablement
embarraſſer les
Hollandois , mais le fuccés
en eſtoit douteux ; la
Ville eſt grande , & pour
l'attaquer il falloit avoir
beaucoup de Troupes.
Le Prince d'Orange pouvoit
laiſſer une partie de
celles qu'il amenoit en
Angleterre , & les nôtres
ſe ruinant à ce Siege ſans
emporter la Place , la
France ſe ſeroit trouvée
DE FLEURUS. 27
dans un grand peril , de
maniere qu'en manquant
ce coup, ledommage euſt
eſté plus grand que l'avantage
n'auroit eſté utile
en reüſſiſſant.Quoy qu'-
on s'ouvriſt l'entrée en
Hollande en prenant Maſtric,
cetteConqueſte n'accommodoit
pas encore
nos affaires , puis qu'il étoit
moins queſtion d'attaquer
que de nous défendre,&
de couvrir nos Places
. La priſe de Philif-
Cij
2-8 BATAILLE
bourg fut doncjugée plus
neceſſaire , & elle l'eſtoit
en effet , puis qu'ayant à
défendre l'entrée de la
France , il eſtoit plus à
propos d'arrêter les ennemis
dés les bords du Rhin,
qu'à quelques journées de
Paris. On dira qu'ils pouvoient
pafler ce Fleuve en
d'autres endroits , comme
ils l'ont fait , mais outre
qu'ils avoient beaucoup
de chemin à faire dans un
pays conquis , &quepen
DE FLEURUS . 29
dant une longue marche
les Provinces de France ,
auroient eu le temps de
fe préparer à les recevoir ,
nous pouvions par le
moyen de Philifbourg &
des autres Places que nous
avons de ce coſté-là,avancer
chez eux comme ils auroient
avancé chez nous .
Enfin ceux qui avoient
réſolu de nous furprendre
& d'envahir le Royaume
, furent les premiers
attaquez , tant par la
Cij
30
BATAILLE
grande diligence avec laquelle
on prépara toutes
choſes , que parce qu'une
grande ligue n'est pas fitoſt
en estat d'agir , &
qu'il faut beaucoup de
temps pour la mettre en
mouvement. On s'aſſura
donc non-feulement un
nouveau paſſage au-de- là
du Rhin par la priſe de
Philisbourg, mais comme
en devoit avoir affaire à
un monde d'ennemis , s'il
eft permis de parler ainfi ,
DE FLEURUS . 31
:
on fit le dégaſt que les loix
de la guerre permettent ,
afin d'empeſcher qu'ils
n'avançaffent , & l'on
prit Mayence, & pluſieurs
autres Places , pour ſervir
ſeulement de digue pendant
un temps , au torrent
qui commençoit à
groffir pour ſe precipiter
contre nous , pendant
qu'on prendroit des mefures
, pour batre nos ennemis
dans la Campagne
ſuivante . Les choses ont
C iiij
3.2 BATAILLE
réüſſi , comme le Roy &
fon Conſeil l'avoient réfolu
. Philisbourg a eſté
pris ; Mayence & le pays
ruiné ont arreſté la fureur
des ennemis ; ils ont
eſtébatus la ſecondeCampagne
, & Philisbourg
nous demeurant , nous
avons déja une des meilleures
Places de l'Europe •
pour fruit de cetteguerre,
& les Ennemis n'ont que
ce qu'ils poffedoient auparavant
, ce qui leur a
DE FLEURUS. 33
coûté beaucoup d'hom
mes & d'argent à reprendre.
On voit par là que
la France ſeule a pris
de plus juftes mefures ,
pour parer les coups que
tant de Puiſſances liguées
luy vouloient porter , que
toutes ces Puiſſances enſemble
n'en ont pris pour
la ſurprendre , & quejufqu'à
aujourd'huy cette
guerre n'eſt avantageuſe
qu'à elle ſeule , puis qu'-
elle luy a donné une des
34 BATAILLE
plus fortes Places de l'Europe
par droit de conqueſte
; qu'elle en occupebeaucoup
d'autres qui
font ſubſiſter ſes troupes
en Allemagne auxdépens
de ſes Ennemis ; que ces
troupes ont toujours fait
la meſme choſe en Flandre,
meſme avant le gain
de la Bataille de Fleurus ,
dont j'ay entrepris de
vous donner la Relation;
que la France a tiré des
contributions partout où
DE FLEURUS. 35
ſes Ennemis l'ont attaquée
; que ſes Armées ont
entré dans leur pays de
tous coſtez , fans que celles
de tant de Puiſſances
ayent mis le pied dans le
fien , & que Dieu ayant
ſecondé par tout, le bonheur
de ſes Armes , elles
n'ont pas eſté moins victorieuſes
ſur mer que fur
terre ,'ce qui doit paroître
incroyable, & ne peut
eſtre arrivé ſans une benediction
du Ciel toute
36 BATAILLE
particuliere , puis que le
Roy eſt demeuré vainqueur
de deux Puiſſances
unies enſemble,qui ſeparément
ſe ſont diſputéentr'-
elles l'Empire de la Mer.
L'union de preſque tous
les Souverains de l'Europe
contreceMonarque,a efté
cauſequ'il a remporté des
avantages dont la Poſteri
tédoit eſtre étonnée. Les
Princes qui font aujourd'huy
liguez contre luy,
&qui préferent un inte
DE FLEURUS. 37
reft imaginaire à leur
gloire , ne regardent que
le preſent ; mais comme
ils ſe ſont trompez dans
la penſée qu'ils avoient
d'accabler la France , plus
leurs affaires déperiffent,
plus ils publient de vitoires
, afin d'empeſcher
que leurs Peuples , qu'ils
ont trompez lors qu'ils
ont entrepris cette guerre,
ne ſe foulevent en aprenant
que leurs mauvais.
fuccés continuent. Ainfi
38 BATAILLE
véils
veulent faire croire
qu'ils font toujours victorieux
, quoy qu'il ſoit
tres vray , non-feulement
que l'on a toujours
cudans leur pays , & qu'-
on les a fait toujours contribuer
, mais encore ,
qu'ils ne font entrez en
campagne que fort longtemps
aprèsnous,&qu'ils
ont eſté batus en toutes
rencontres. Ce qui s'eſt
paſſé depuis l'ouverture
de cette Campagne con-
2
DE FLEURUS. 39
firme toutes ces choſes .
On a vêcu par tout à leurs
dépens , & ils ont payé
par tout des contributions,
M.le Marechal Duc
de Luxembourg ayant
campéfortavant dans leur
pays avantqu'aucund'eux
paruſt en campagne, & en
ayant tiré de groffes fommes.
Ce n'eſt pas qu'ils
n'euſſent quelques forces
de cecoſte- là, mais on n'a
jamais vû des troupes Efpagnoles
éviter avec tant
40 BATAILLE
de ſoin de paroiſtre de
paroiitre
vant leurs Ennemis , jufque-
là que noftre Armée
étant campée à Deinſe à
deux lieuës de Gand , on
alla deux fois au fourage
avec des Bâtons , ſans que
ces Troupes oſaſſent tirer
un coup de moufquet
, ny meſme ſe montrer
, quoy que l'on fourageaſt
juſque ſous le Canon
de Gand , & qu'il y
euſt plus de dix milleChe--
vaux campez de l'autre
DE FLEURUS 41
coſté. Comme ils ne firent
aucune fortie , ny meſme
aucune tentative les
Bourgeois ne purent s'empeſcher
d'accuſer de lacheté
les Troupes de la
Garniſon , & celles qui
eſtoient entrées dans la
Ville pour les défendre .
On fceut meſme que cela
avoit eſté ſi loin,qu'ils furent
ſur le point de faire
main-bafſſe ſur eux , & de
nous ouvrir les portes. Ils
étoient meſme refolus de
D
42 BATAILLE
faire une ſomme confiderable
pour les contributions,
pourveu que M. de-
Luxembourgvoulûtchaffer
les Ef
fer les Eſpagnols de leurs
poſtes ;mais ce General avoit
d'autres deſſeins , &
degrandes meſures à pren--
dre , ayant ſceu qu'enfin
M. de Valdec aſſembloit
fon Armée à Nivelle & à
Pieton. Elle estoit beau-.
coup plus forte que celle
de M. de Luxembourg ,
& devoit eſtre jointe par
DE FLEURUS. 43
les Troupes de l'Electeur
de Brandebourg , à qui le
Prince de Liege offroit
cent mille écus pour faire
le Siege de Dinant , & la
poffeffion de la Placejufques
à la paix, pour enti
rer toutes les contributions
qu'il pourroit , afin
de le rembourſer des frais
du Siege. M. de Valdec
n'avoit nul ſujet decraindre
ce qui luy est arrivé ,
puis qu'il n'y voyoit aucune
diſpoſition. Il fal
Dij
44 BATAILLE
loit que M. de Luxem
bourg fiſt une diligence à
laquelle il ne croyoit
pas devoir s'attendre , &
quand il en auroit eſté
perfuadé , trois choſes le
rafſeuroient ; l'Armée de
M. de Luxembourg eſtoit
beaucoup moins forte que
la fienne; il attendoit celle
de Brandebourg qui la
devoit rendre encore plus
confiderable , & il ne
voyoit nulle apparence
que l'Armée de M. deBouz
DE FLEURUS. 45
• flers duſt joindre fi- toft ,
en cas qu'on euſt arreſté
cette jonction , ou du
moins celle d'une partie
de cette Armée. M.de Luxembourgayaannttrreefſoolluu
de
chercher M. de Valdec
pour le combattre , fit
divers détachemens de
fon Armée. Ce ſtratageme
luy fervit à couvrir fes
deſſeins , & à marcher avec.
plus de diligence ,
parceque les petits Corps .
fontplus de chemin qu'
46 BATAILLE
une groſſe Armée . Ces
mouvemens commencerent
le 10. de Juin. Le
Journal de cette Marche
eſtant inutile , je n'en fuivray
les dates que depuis
le 22. du meſme mois
Ce jour-là 22. l'Arméc
paſſa ſous le Canon de
Mons , où rien ne fit appercevoir
que ce fuft une
✓ Place ennemie , la Ville
n'ayant point tiré , & la
Garniſon n'ayant fait aucun
mouvement.On cam
DE FLEURUS . 47
pa au petit Queſnet .
On en décampa le
vingt- trois, & l'on alla
paffer la Sambre à Jumont
à trois quarts de
lieuës du Camp volant
de Mr. de Gournay , qui
commandoit un des détachemens
dont j'ay par--
lé , & qui estoit campé
fur cette meſme Riviere .
Le vingt-quatre, ledétachement
de l'Armée de
Mr. de Bouflers,qui estoit
àHayes au-delà de la
43 BATAILLE
Meuſe , partit pour venir
joindre Mr. de Luxembourg
fous les ordres de
Mr. de Rubantel .
Le vingt-cinq , il paffa
la Meuſe à Charlemont.
Le vingt- fix , noſtre Armée
& le Camp volant de
Mr. de Gournay décamperent
, & Mr.de Luxembourg
vint à Boſſu prés
de Valcourt, Le meſme
jour, M.de Rubantel pafſa
à gué avec ſon détachement,
pour allerjoin
dre l'Armée . IL
DE FLEURUS. 49
F
Il campa le 27. fur le cô
té de Philippeville àune
petite Ville nommée Florennes.
Ce jour-là, l'Armée
deM.de Luxembourg
qui s'étoit rendu à Boſſu
prés Valcourt, &qui dans
fa marche avoit fait un
gros détachement tiré des
troupes de M. de Gournay
pour envoyer vers Avefnes
en decampa , &
vint à Gerpines entre
Sambre & Meuſe , où il
féjourna . C'eſt un lieu
د
E
30 BATAILLE
où les Hollandois camperent
l'année derniere ,
&où nous campâmes auffi
pendant neuf ou dix
jours , & c'eſt de là que
nous les canonnâmes
dans leur Camp proche de
Charleroy. On voit cette
Place affez aisément de ce
⚫ meſme lieu , quoy qu'elle
en ſoit éloignée d'une
heure & demie. On ne
peut trop admirer la diligence
que fit M. le Marêchal
Duc de Luxembourg
DE FLEURUS . St
pour venir en quatorze
jours au Camp de Gerpines
. Il n'y a rien de plus
beau que cette marche ,
pour laquelle il fallut
faire plus de Ponts que
l'on n'en fit dans toute
la derniere Campagne .
Pendant que M. de Luxembourg
avec le gros de
l'Armée campoit à Gerpines,
M. le Comte de Gournay
eſtoit campé à Gogny.
Ses meſures avoient
eſté ſi bien priſes pour em-
E ij
32 BATAILLE
1
4
peſcher que M. de Valdek
ne ſçeuſt la jonction
du détachement de l'Armée
de laMoſelle, queM.
de Rubantel qui le commandoit
arriva le 28. à
Metel , à deux lieuës de
la grande Armée. M.
de Luxembourg ayant
ſceu ſon arrivée , détacha
fur les neuf heures du
foir un grand corps de
troupes , & aprés avoir
donnépluſieursordres qu'-
il jugea neceſſaires, il parDE
FLEURUS. 53
>
tit deGerpines à deux heures
du matin , & marcha
tout le reſte de la nuit ,
avec ce détachement
de fon Armée , les pontons
& fon artillerie , afin
de derober fa marche à
M. de Valdec , & de paffer
la Sambre ſans qu'il
en fuſt averti. En effet ,
ce General des ennemis ne
'croyoit pas qu'il fuſt poffible
à M. de Luxem
bourg de ſe preſenter fur
les bords de cette Rivie
E iij
54 BATAILLE
re plutoſt que le 30. & it
avoit meſme de la peine
à ſe perfuader qu'il puſt
y arriver ce jour- là . Le
detachement dont je
viens de vous parler eftoit
compoſe de tous les Grenadiers
de l'Armée , de la
Gendarmerie , du Royal
Allemand,&du Regiment
duMaine. Comme depuis.
l'ouverture de la Campagne
M. le Duc du Maine
s'eſtoit trouvé dans toutes
les occafions d'éclat ,
DE FLEURUS . 53
tantoft comme General
de la Cavalerie , tantoft
comme Maréchal de
Camp , ce Prince voulant
eſtre preſent à tout , nonfeulement
, pour donner
les ordres qui regardent
ces deux emplois , mais
pour payer mefme de fa
perfonne , accompagnoit
M. de Luxembourg. Les
Troupes marcherent fur
quatre colomnes . M. de
Luxembourg fit deux detachemens,
dont l'un fut
E iiij
56 BATAILLE
envoyé du coſté de l'Abbaye
d'Ogny , & l'autre à
Ham qui eſt du coſté de
Charleroy & de Namur ,
fur la Sambre , où l'on
devoit faire des Ponts . Il
joignit en chemin les
troupes que
commandoit
Monfieur de Rubantel
, & celles qui
eſtoient ſous les ordres de
!
! M. de Gournay . M. de
Luxembourg ſeachant
l'impatience où eſtoit
l'Armée d'en venir aux
1 DE FLEURUS. $7
mains avec les ennemis,
dit hautement pour leur
donner de la joye qu'il
alloit chercher M. deValdec
pour le combatre. On
n'a jamais vû de troupes
plusfatisfaites, ny avancer
avec plus de réfolutionde
bien faire . Aufſi eſtoientelles
preſtes d'entrer
dans un paysqui n'eſtoit
pas foumis à la contribution.
M. de Valdec eſtoit
dans un poſte tres- avantageux
entre Charleroy&
38 BATAILLE
Namur,& n'auroitjamais
pû croire que M. de Luxembourg
ſe fuſt réſolu à
paſſer une Riviere entre
deux Villes ennemies , &
à huit lieuës de fon Armée
; mais il n'eſtoit pas
queſtionde demeurerdans
ceCamp , mais de combatre,&
ceGeneral avoitpris
des meſures afſurées pour
fuprendre M. de Valdec ,
qui auroit toujours évité
la bataille fans un coup
auſſi hardy que celuy-là ,
DE FLEURUS . 59
>
parce que non-feulement
il eſt difficile d'en venir
à un combat contre un
ennemi qui évite de s'y
engager, mais encore parce
que M. de Valdec en
tend fort bien les campemens
, ayant fervi longtemps
ſous feu M. de Turenne
. Il falloit donc neceffairement
que M. de
Luxembourg le ſurpriſt ,
ce qu'il ne pouvoit faire
que dans un lieu où M.
de Valdec ſe croyoit en
60 ΒΑΤΑILLE
feureté . Mais comme en
voulant ſurprendre les autres
on peut quelquefois
s'engager mal-à - propos ,
la prudence veut qu'on
prenne de grandes mefures
, afin de ne rien rifquer
, & c'eſt ce que M.
de Luxembourg avoit
fait, en dérobant fa marche
à fon ennemi , & en
luy cachant ſes forces. Il
eſtoit venu à bout du
premier par la grande diligence
qu'il avoit faite ,
DE FLEURUS. 61
2
&il avoit fi bien diſpoſe
les chofes, que M. de Valdec
ignoroit qu'il euſt
eſté joint par le detachement
de l'Armée de la
Moſelle , qui estoit ſous
le commandement de M.
de Rubantel , & par le
Corps que commandoit
M. de Gournay. D'ailleurs
il eſtoit aſſuré , nonſeulement
de la bonté &
de labonne volonté deſes
troupes , mais encore de
l'intelligence& de la va62
BATAILLE
leur des Officiers Generaux
: il connoiſſoit le
terrain où il avoit à combatre
, & avoit imaginé
des mouvemens qui devoient
embaraffer M. de
Valdec , comme vous le
verrez dans la fuite .
Aprés avoir paffé par
des chemins tres-difficiles
, & des defilez fort méchans
, on arrivaà un village
où il y a un Chaſteau
fur une petite coſte affez
longue , mais qui n'eſt
DE FLEURUS . 63
4
1
.
pas fort haute , & qui eſt
toute environnée de Boiss
la Sambre paſſe au pied. Il
y avoit auſſi une redoute
de l'autre coſté de la Riviere,
audevant de laquelleeſtoit
un gué. Cette redoute
n'eſtoit pas ſeule ,
les Ennemis enayant conſtruit
à droite & à gauche
, pour defendre le
bord de la Riviere . Il fut
queſtion d'attaquer ces
Redoutes , quoy que l'Infanterie
ne fuſt pas enco
64 BATAILLE
r
re arrivée . Elle estoit en
,
marche par d'autres chemins
, ſuivant les ordres
de M. de Luxembourg ,
qui avoit pris de grandes
précautions , afin que les
marches ne fuſſent point
embarraffées , & que le
reſte de l'armée pût arriver
peu de temps aprés luy
fur une petite hauteur qui
eſt à la gauche de Ham.
M. le Duc de Choiſeuil
menoit la Cavalerie , &
2.
M. le Chevalier de TilDE
FLEURUS. 65
ladet l'Infanterie. Comme
elle étoit encore éloignée,
M. de Luxembourg
fit mettre pied à terre aux
Dragons de Pompone,
pour attaquer la Redoute
qu'ils emporterent l'épéeà
lamain , aprés avoir
paffé la Riviere à la nâge.
Les ennemis qui la gardoient
ſe retirerent, partie
dans un Château appellé
Froidmond , partie fur
la droite dans des Bois
& dans des hayes qui
F
60 BATAILLE
bordoient la Riviere . 11
n'y eut perſonne de tué
en cette occafion . On
dit qu'il y avoit foixante
ou quatre-vingts. hommes
, & quelques Officiers
dans cette Redoute . Celle
de la gauche fut emportée
avec la meſme vigueur
, par quelques Cavaliers
des Regimens du
Maine,& de Furſtemberg,
qui d'eux-meſmes ſe porterent
à cette action, pour
fatisfaire à l'impatience
qu'ils avoient de ſe fignaDE
FLEURUS: 67
ler , & pour imiter l'ardeur
qu'ils venoient de
remarquer dans les Dragons
de Pompone. Quelques
Officiers partagerent
la gloirede cette action ,
qui en merite d'autant
plus , que les Ennemis
avoient eu foin de rompre
les guez. Ils s'étoient perfuadé
que leurs Redoutes
& ces guez rompus défendroient
plus long- temps
le paſſage de la Sambre.
On fitapplanir les Ouvra
Fij
68 BATAILLE
ges qu'on emporta , &
l'on travailla pour rendre
facile la fortie des Ponts
qu'ondevoitfaire.LeChateau
de Froidmont reſtoit
àprendre;mais comme les
chemins eſtoient preſque
impraticables , les Pontons
n'étoient pas encore
arrivez , cequi cauſoit un
grand embarras , puiſque
fans Pontons la Riviere
eſtoit tres-difficile à paffer
de ce coſté- là. Cen'eſt
pas qu'elle fuft profonde,
mais l'abord en estoit fi
DE FLEURUS . 69
méchant , que de trois Cavaliers
il en tomboit deux
dans l'eau. CependantM.
de Luxembourg connoiffant
l'ardeur desTroupes,
& le defir que les Officiers
avoient de donner des
marques de leur valeur
ordonna à M. du Rofel &
àMrs. les Marquis d'Alegre
& de Toiras , d'aller
avec leurs Regimens inveſtir
Froidmont. Ils receurent
ce commandement
avec joye , & cent
70 BATAILLE
Cavaliers choiſis du Ré
giment de Condé ayant
paffé des premiers,allerent
ſe poſter devant ce Château
, pour empefcher que
la Garniſon ne ſe ſauvaſt
par les Bois ; ce que M.
de Luxembourg avoit
témoigné apprehender .
Leur Colonel y demeura
tout le jour avec cette
petite troupe; & les Enne
mis qui ne pouvoient dés
couvrir ſes derrieres , ne
tenterent rien pour l'en
DE FLEURUS. 71
de
foncer . Le reſte de ce Regiment
& les deux autres
paſſerent plus à loiſir,partie
à gué , partie à la nage.
Les Eſpagnols avoient
rehauffé les bords
la Sambre de leur coſté,ce
qui en rendoit les forties
impraticables , de manniieerree
qquu''oonn ne paffa
qu'avec beaucoup de difficulté.
Comme les troupes
commençoient à grof
fir , M. le Comte de Sail
lant arriva avec les Gre
nadiers des Gardes,& qua
72 BATAILLE
1
tre autres Compagnies de
Grenadiers . Il ſe preparoit
à paffer de la meſme maniere
que les Regimens
qui avoient pris le devant
, mais ayant aperceu
un bateau , il l'envoya
prendre , quoy qu'il fuft
ſous le feu du Chasteau ,
& aprés y avoir fait paffer
les troupes qu'il commandoit
, il acheva d'inveſtir
Froidmont avec ſon déta
chement.
Pendantque ces troupes
eſtoient
DE FLEURUS. 78
E
eſtoient en mouvement ,.
celles qui estoient commandées
par M. de Rubantel
, arriverent à un
village fitué ſur une petite
hauteur , où il ya une
Prairie du coſté du Chateau,&
de l'autre une petitePlaine
& desBois par où
d'on défiloit. M. de Luxembourg
s'eſtoit rendu
en ce lieu- là , pour faire
luy-meſmedéfiler les Pontons
, afin de faire au plûtoſt
paffer des troupes de
G
-
:
74
BATAILLE
l'autre coſté. Les Grena
diers firent les Ponts , & il
y en eut deux en état fur
les fix heures du ſoir . On
y fit paffer quatre pieces
de canon pour commencer
à batre Froidmont , &
M. de Montrevel y paſſa
enfuite , avec trois brigades
de Cavalerie & fix bataillons
. La nuit empefcha
qu'on n'y fift paffer
un plus grand nombre de
Troupes. Ces Brigades &
Bataillons entourerent
le Château , fur le
ces
DE FLEURUS. 75
>
quel on tira huit ou dix
, volées de canon , fans un
ſeul coup de mouſquet.
Ceux qui estoient dedans
y répondirent par quelques
coups de fauconneau
, &par une décharge
de leur mouſquetterie
dont il n'y eut perfonne
bleffé. Ils arborerent enfuite
un drapeau blanc ,
pour demander à capitu-
› ler. On ne les écouta >
point , & ils furent obligez
de ſe rendre à difcre-
,
Gij
76
BATAILLE
tion . Le Château fut pillé
, aprés qu'on eut fart
prifonniers , huit Capitaines,
autant de Lieutenans ,
un Enſeigne de Dragons ,
tous Eſpagnols naturels ,
& plus de quatre- vingt
Soldats dont la Garniſon
eftoit compofée . Pendant
P'attaque du Château de
Froidmont , il y cut des
Dragons qui ſe deshabillerent
, & qui ayant mis leur
épée nuë à leur bouche ,
pafferent de l'autre côté
DE FLEURUS . 77
de la Sambre ; ils allerent
attaquer une redoute que
les Ennemis abandonnerent
à leur veue.
Cependant l'Infanterie
eſtant arrivée par un
défilé qui ſe trouve dans
un bois à la defcente d'une
grande montagne où
l'on ne peut paffer qu'un
à un , & au pied de laquelle
eſt la Sambre , eut
ordre d'avancer. La premiere
colomne fut obligée
de paſſer ſur la droite,
Giij
78 BATAILLE .
& de coſtoyer un endroit
de la Riviere , de l'autre
coſté de laquelle estoient
retranchez dans des hayes
tout-à-fait fur le bord ,
dix-sept cens hommes de
laGarniſon deNamur,qui
formoient pluſieurs bataillons:
ils firent diverſes:
décharges ſur les batail-
Ions desGardes . Lesbatail-
Jons de Greder Allemand ,
&un autre , effuyerent le
premier feu , mais toutes
les troupes qui ſe trouveDE
FLEURUS . 79
>
rent en cette occafion
leur répondirent par un
feu fi furieux, qu'ils furent
contraints de quitter le
bord de la Riviere , & de
fe retirer dans des bois
qui estoient derriere eux ,
de fortequ'ils furentbientoſt
hors de portée , mais
voyant que nous marchions
le longde cette Riviere
, ils ſe montrerent
encore , & firent feu fur
les noftres . La grande déchargequ'on
leur fit , les
:
G iiij
80 BATAILLE
obligea de ſe retirer une
feconde fois , ce qu'ils fi
rent avec beaucoup de
précipitation . Nous eufmes
en cette occafion environ
trente hommestuez,
& ils en perdirentplusde
cent. Nos troupes continuerent
leur marche fans
plus voir d'ennemis , &
ſans qu'ils tiraffent un
feul coup , & elles arriverent
à dix ou onze heures
du ſoir au Chaſteau
de Froidmond , prés du
DE FLEURUS. 81
en cô
quel elles coucherent. On
> avoit laiſſe les gros bagages
au village nommé
Ham , fur la gauche duquel
on paſſa
toyant la Riviere , où les
ennemis avoient paru.On
peut dire que la bataille
de Fleurus eft confiderable
par les avantages
remportez ſur les Ennemis
, pendant trois jours
de fuite.
Le 29. deJuin, unepartie
de l'Armée paſſa la
82 BATAILLE
Sambre , comme vous yenez
de voir , les uns à gué,
les autres fur les deux
Ponts , qui furent faits
le ſoir de cette journée.
On ſe ſaiſit le meſme
jour des redoutes que les
Ennemis avoient fait conſtruire
pour en défendre
le paſſage , on fe rendit
maistre du Château de
Froidmond , & l'on repouſſa,
dix- fept cens hommes
de la Garniſon de
Namur. Voilà la premieDE
FLEURUS . 83
2
re journée dont je viens
de vous donner le détail,
aprés vous avoir fait voir
les meſures que M. de Luxembourg
avoit priſes
afin d'engager le Prince
de Valdec à ne pas fuïrun
combat qu'il n'auroit pas
manquéd'éviter,ſans toutes
ces prudentes précautions
,& toutes ces ruſes
de guerre . Je paſſe à la ſeconde
journée , qui étoit
le 30. & qui fait voir que
nos avantages ont tou84
- BATAILLE
jours eſté en augmentant,
&je finiray par le détail
de la Bataille qui ſe donna
le premier Juillet.
Le 30, de Juin à la pointe
du jour , ce qui avoit
reſté de l'Armée en deçà
de la Riviere , pafſa ſous
les ordres de Monfieur le
Duc du Maine avec tous
les menus bagages. On
marcha , laiſſant le Chateau
de Froidmond à gauche
, & on paffa au Pont
d'Orme un petit Ruiſſeau .
DE FLEURUS . 85
qui entre dans la Sambre,
prés de ce Château. M.
de Luxembourg avoit ordonnéàMrs.
deVateville,
-& de Rubantel , de faire
marcher les gros bagages
vers l'Abbaye d'Ogny de
l'autre coſté de la Sambre
, avec une eſcorte de
deux mille chevaux & de
quinze cens hommes de
-pied, foit parce qu'il vouloit
eſtre plus libre, à cauſe
de l'expedition qu'il
avoit en veuë , foit parce
86 BATAILLE
que la marche étoit plus
aifée de ce coſté- là. Les
Vivandiers eſtoient demeurez
avec les gros bagages
,& la plus grande partie
de l'artillerie , que l'on
fit marcher ſur la gauche
à trois quarts de lieuë
de l'endroit , où l'on avoit
fait des Ponts , fur
une hauteur où la Riviere
tourne preſque tout autour
, avec des Prez qui la
bordent , & des bois de
l'autre coſté qui font
1
DE FLEURUS. 87
comme un cercle ; de ſorte
que cela faifoit une efpece
d'Ifle entourée de Bois
&d'une Riviere . M. de
Luxembourg qui ne faifoit
aucune démarche fans
avoir des veuës pour le
combat qu'il avoit réſolu
de donner , avoit fait pafſer
l'Armée par le lieu que
je viens de vous marquer ,
parce qu'il eſperoit tomber
plus aisément ſur le
Corps de Cavalerie que
le Prince de Nafſau avoit
88 BATAILLE
de ce coſté- là . L'Arméc
ayant paffé , ou pluſtoſt
défilé par cet endroit où il
y a un Pont de pierre ,
marcha fur cinq colom
nes , fçavoir fur deux
d'Infanterie , deux de Cavalerie
,& une d'Artilleric
. Cet habile General ,
qui non ſeulement agiffoit
de la teſte , mais qui
ſe trouvoit par tout, avoit
eſté reconnoiſtre les chemins
que devoit prendre
l'Armée lors que M. le
DE FLEURUS. 89
Duc du Maine l'auroit
fait paffer , les Ponts qu'il
avoit fallu raccommoder,
&la difficulté des défilez
ayant beaucoup retardé
le paſſage des Troupes ,
quoy que M. du Maine
priſt des foins tout extraordinaires
. On ſçait nonfoulement
l'aplication de
ce Prince , pour tout ce
qu'il fait , mais que fon
commandement est foutenu
de manieres fi honneſtes
, & de récompens
H
20 BATAILLE
ſes pour ceux qui les meritent
fi dignes de fon auguſte
naiſſance,qu'iln'entreprend
rien dont il ne
luy foit aifé de venir à
bout , parce qu'il joint à
toutes ces choſes une valeur
naturelle. Il fit donc
en cette occaſion tout ce
qu'il put pour faire avancer
l'Armée avec diligence,
à cauſe que ſon grand
courage le preſſoit d'aller
enſuite aux ennemis .
C'eſtoit à quoy on l'aDE
FLEURUS .
voit vû aſpirer depuis
longtemps , mais outre
qu'il fallut raccommoder
les ponts , la difficulté
des défilez ſe trouva fi
grande , que la Cavalerie
ne put paffer auſſi viſte
que ſouhaitoit ce jeune
Paince qui en eſt General.
Cela fut cauſe que M. de
Luxembourg qui vouloit
voir tout par luy-même,
ne put avoir que fix Eſcadrons
deDragons & qua
tre deGendarmerie , pour
Hij
92 BATAILLE
aller reconnoiſtre les che
mins,&afsurer ſa marche .
A peine avoit- il fait une
lieuë & demie , qu'il apprit
par Mr. Cheladet,
Lieutenant Colonel du
Regiment de Noailles ,
qu'on découvroit vers
Fleurus une colomne de
l'Armée ennemie , & qu'-
elle paroiſsoit foutenue .
Ces Troupes qui faifoient
plus de trois mille chevaux
, eftoient fous le
eommadement du Comte
DE FLEURUS. 93:
1
•de Flodorf , Gouverneur
de Maſtric , & du Baron
de Berlo . Elles ne nous
croyoient pas ſi avancez ,
& n'avoient deſsein que
de venir reconnoiſtre les...
endroits favorables de la
Sambre, que M.de Valdec
vouloit nous empêcher
de paſser. C'eſtoit là le
ſeul motif qui l'avoit engagé
à s'avancer avec
toute fon Armée dans le
camp qu'il occupoit, mais
il s'eſtoit laissé prevenir
+
94
BATAILLE
par les grandes marches
de M. de Luxembourg ,
qui s'eſtoit trouvé plus :
diligent & plus habile
General que luy.
M. de Luxembourg qui
ne reſpiroit que le combat
, & qui avoit ſes raifons
pour ne pas laiſſer
avancer les Ennemis ,
ayant medité le moyen
de les embaraſſer dés
l'entrée de la Bataille ,
comme vous le verrez
dans la fuite , fit tout ce
DE FLEURUS . 95
• qu'il crut neceſſaire pour
engager cette grande action
, & pour empêcher
qu'ils ne quittaſſent le
Camp où il avoit refolu
de les combattre . Il envoya
reconnoiſtre les endroits
où les Eſcadrons
pouvoient estre poſtez ,
& donna ordre à M. de
Cheladet de prendre trois
cens Chevaux , & d'aller
découvrir le derriere des
Ennemis , car ils avoient
un rideau qui cachoit
96 BATAILLE
toute leur Armée , &
comme il eſtoit tombé
beaucoupdepluye lejour
précedent , il n'y avoit
point de pouffiere qui en
pûtdonner connoiffance.
Ainfi il eſtoit à craindre
qu'ilsn'euſſent de l'Infanterie
pour les foutenir ,
parce que la nôtre n'étoit
pas encore arrivée. M.
de Luxembourg eut le
temps d'aprendre tout ce
qu'il vouloit ſçavoir, les
Ennemis eſtant demeurez...
plus
DE FLEURUS. 97
plus de deux heures fans
faire aucun mouvement.
Lors qu'il eut receu l'éclairciſſement
qu'il fouhaitoit
, il donna les ordres
pour faire avancer
l'Armée en bataille. La
plaine eſtoit belle , &
rien n'eſtoit plus beau à
voir que la fierté avec laquelle
toutes les Troupes
marchoient . M. le Comte
de Gournay qui couyroit
la marche de l'Armée
avec vingt Efcadrons
I
98 BATAILLE
2
fur des hauteurs fort éloignées
, eut ordre de venir
joindre Mr. de Luxembourg
le plutoſt qu'il luy
ſeroit poffible ; mais cet
éloignement , & la difficulté
des paſſages donnerent
lieu à la Cavalerie
des Ennemis de ſe retirer
affez loin, &de mettre
un défilé devant elle .
Comme ils avoient quantité
de Troupes dans des
fonds derriere des hauteurs
, ils avoient deſſein
DE FLEURUS . 99
de nous attirer juſqu'au
⚫ gros de leur Armée , &
nous ne nous preffions
point d'avancer , parce
que nous voulions attendre
noſtre Infanterie qui
eſtoit encore fort éloignée.
L'impatience que M. le
Duc du Maine avoit de
combattre, luy ayant fait
furmonter tous les obſtacles
qui l'avoient arrêté
juſque-là , cePrince arri
va ſuivy de quelque Ca-
I ij
100 BATAILLE
valerie . Sa prefence pro
duifit plufieurs effets confiderables
, & la difpofition
où les Ennemis le
virent d'aller à eux , les
ayant intimidez , ils prirent
le party de ſe retirer
affez loin juſqu'au deffus
de Fleurus , ayant mis
des Dragons dans les
hayes du Village , & devant
eux unRuiſſeau affez
difficile , dont les bords
étoient relevez . L'arrivée
de ce Prince fit prendre
DE FLEURUS. 101
undeſſein tout contraire
à Mr. de Luxembourg ,
puis qu'elle le fit refoudre
de marcher aux Ennemis
, malgré les poftes
avantageuxou ils ſe mettoient
en ſe retirant. Il
ne voulut pas que leur
retraite fufſt paiſible , &
qu'ils la fiſſent ſans qu'il
leur en coutaſt quelque
chofe. A peine ent - il
apperceu de loin Mr. le
Duc, du Maine avec une
teſte de Cavalerie , qu'il
I iij
102 BATAILLE
forma une ligne de celle
qu'il avoit avec luy , qui
ne put eſtre que fort mediocre.
Les Ennemis avoient
fait le détachement
dont je viens de
vous parler , ſur ce que
leurs Eſpions leur avoient
rapporté que M. de Luxembourg
ſe retiroit , &
voulant profiter de l'
caſion ils avoient reſolu
decharger l'Arriere-garde
de ce qu'ils croyoient qui
reſtoit à repaſſer , car ils
DE FLEURUS . 103
eſtoient perfuadez qu'il
n'y en avoit encore qu'-
une partie qui avoit paſsé
la Sambre ; que M. de
Luxembourg venoit à
deſſein d'occuper leur
Camp , mais qu'eſtant arrivé
trop tard , il vouloit
repaſſer cette riviere , parce
qu'il ſe croyoit moins
fort qu'eux , & qu'il n'avoit
pas encore eſté joint
par le détachement deM.
de Bouflers . Ils avoient
vingt ſept Efcadrons ,
I iiij
104 BATAILLE
هب
parmy leſquels il y avoit
deux Regimens de Dragons
Liegeois , & deux
de Cavalerie Hollandoife.
Ces Troupes ſe laiſſerent
d'abord pouſſer ſans
tirer un ſeul coup , mais
comme en allant à la
charge on vit paffer entre
nous & Fleurus deux
de leurs Troupes , qui
alloient joindre leur détachement
, M. de Luxembourg
détacha M. de
Cheladet , pour leur couDE
FLEURUS . 105
per le paſſage ,& pour les
combatre,& l'on marcha
en meſme temps au reſte.
Mr. de Cheladet pouffa
avec une vigueur extraordinaire
les Troupes qu'il
avoit eu ordre d'aller attaquer.
Elles ſe retirerent
de Village en Village &
de haye en haye juſqu'à
un lieu où l'on apperceut
vingtEſcadrons dans
un fond. M. de Luxembourg
fit avancer la Gendarmerie
, qui avoit à fa
106 BATAILLE
teſte Monfieur le Duc
du Maine , & M. de Matignon.
Il y avoit un
Eſcadron de Pracontal ,
un de Piedmont Royal ,
& deux des Dragons du
Roy , & celuy de Condé
qui fit des choſes ſurprenantes
ce jour- là. Le Regiment
de Bouzoles fit
auſſi des merveilles, auffibien
que fon Colonel.
On paſſa le défilé qui étoit
devant les Ennemis.
Seize Efcadrons ſauterent
DE FLEURUS. 107
une ravine en leur prefence
pour les aller charger
, ils les rompirent, les
culbuterent ,& les menerent
l'épée dans les reins
juſqu'à un vallon, fur le
haut duquel , & de l'autre
coſté on vit toute l'Armée
ennemie en bataille,
& l'on ſe trouva meſme
auprés de leur premiere
colomne d'Infanterie.
Comme on les mena
toujours battant , il y
en eut beaucoup de tuez .
108T BATAILLE
Les Dragons Liegeois fu
rent entierement défaits,
il reſta peu de la Cavalerie
Hollandoiſe , & le
Baron de Berlo , l'un de
leurs Commandans , y fut
tué avec la plus grande...
partie des principaux
Officiers , que Mr. de
Luxembourg leur permit
d'enterrer à Fleurus . On..
ne fit guere de prifonniers
, parce que leur Armée
eſtant proche d'eux,
ils précipiterent leurs paso
DE FLEURUS . 109
pour s'y rendre. Ce fut
alors qu'on cut beſoin de
la prudence & de l'experience
du General. L'ardeurdes
Troupes les avoit
emportées juſqu'auprés
d'une groſſe Armée ennemie
noſtre Infanterie
eſtoit encore fort éloignée
à cauſe de la difficulté
de la marche , &
nous n'avions que ſeize
Eſcadrons . Ainſi ſelon
toutes les apparences ,
ce qui nous pouvoit arriver
de plus heureux ,
2
2
HO BATAILLE
c'eſtoit d'eſtre remenez le
meſme train que nous les
avions conduits.M.deLuxembourg
prit toutes les
meſures qu'il eſtoit alors
poſſible,pour l'empêcher,
& retint enſemble deux
Eſcadrons de Gendarmerie
pour ſoûtenir quelques
Efcadrons des Ennemis
qui marchoient à
noftre Cavalerie débandée.
Ils furent repouffez
, & M. le Comte de
Marcin fit paroiſtre ſa
DE FLEURUS. III
la
valeur en cette occaſion,
où il fut bleſsé, ainſi que
M. de Rofamel . Ce choc
fut violent , nous y eûmes
tout l'avantage ,
Gendarmerie ſe ſurpaſſa ,
& tous les Officiers de ce
Corps ſe diftinguerent .
M. le Marquis de Moüy,
qui commande la premiere
Compagnie, y courut
riſque de la liberté
& de la vie. Comme il
chargeoit à la teſte de
fon Efcadron avec une
112 BATAILLE
vigueur extraordinaire ,
il fut envelopé pluſieurs
fois , & aprés avoir eſſuyé
de rudes coups, ſe voyant
pris par des Ennemis qui
le tenoient & qui l'entraînoient
, il fit un effort
qui les écarta , &
il ſe déroba d'eux . La
précaution de M. de Luxembourg
alla plus loin
que ce que je viens de
vous marquer , puis qu'il
fit en meſme temps former
trois lignes , dont la
DE FLEURUS. 113
premiere fut des deux Ef--
cadrons de Gendarmerie.
M. le Duc du Maine fut
chargé par ce General de .
former la ſeconde derriere
les deux Efcadrons,
& il reprit ce qu'il put
de Troupes pour en fo:-
mer une troifiéme derriere
cette feconde. Mor
fieur le Duc du Maine
donna de la beſogne aux
Ennemis par la manoeu
vre qu'il fit , & les deux
Eſcadrons de Gendarma -
K
114 BATAILLE
rie firent des chofes fur
prenantes en cette occafion
. Ils foutinrent non
ſeulement l'effort de toute
la Cavalerie ennemie,
mais ils l'empêcherent de
paffer , & la repoufferent
deux cens pas dans leurs
Troupes . M. le Marquis
de Villarceaux ſe diftingua
avec l'Eſcadron qu'il
commandoit. Il s'agiffoit
aprés cela de repaſſer le
petit Ruiſſeau que nos
Troupes avoient paſsé ,
DE FLEURUS. 115
& elles le firent en leur
prefence. Leur feconde
ligne venant encore à
les charger , elles foutinrent
le choc avec la
mefme vigueur , & les
renverſerent ; aprés quoy
les Ennemis balançant à
faire une quatriéme attaque
, nos Troupes repafferent
au pas le Ruiſſeau ,
&les attendirent derriere
, mais ils ſe contenterent
de faire pluſieurs décharges
, & n'oferent le
Kij
116. BATAILLE
paffer devantelles,comme
elles l'avoient paffé de
vant eux. Pendant que les
Gendarmes firent cette
belle retraite , M. de Pra
contal , à la teſte de Piedmond
Royal, foutint l'ef
fort des Ennemisà la gauche&
les repouſſa de mefme
, & le Regiment de
Condé continua de ſe ſignaler.
M. de Rofmadeo
fut bleſſé dans les occa
fions de cette journée ,
ainſi que M. d'Eſpagne
DE FLEURUS. H
Fils du brave M. d'Eſpa-
1 ggnnee , Gouverneur de
Thionville , qui eut le
bras gauche caffé au deſſus
du coude , en faiſant des
choſes étonnantes . Il tua
luy ſeul pluſieurs Officiers
& un grand nombre
de Cavaliers , & ne ſe retira
que lors qu'il y fut
forcé par la foibleffe où
le mit la grande quantité
de ſang qu'il répandoit.
M. le Duc de Choiſeul
cut un cheval tué ſous
1
IIS BATAILLE
1uy cette meſme journée.
On admira M. le Duc du
Maine, qui parutdans un
temps où il y avoit lieu
d'avoir de l'inquietude ,
avec un air noble & intrepide
, qui ne contribua
pas peu à augmenter la
confiance des Troupes .
Je n'avance rien de moymeſme
en difant cela
l'ayant tiré de la Lettre
d'un Colonel qui n'a pas
moins d'eſprit que de
naiſſance & de valeur .
DE FLEURUS . 119
M. de Luxembourg fit retirer
ſa Cavalerie par une
contre-marche fort fiere ,
& vint camper enſuite à
Velaines dans un Camp
fort feur , où elle paſſa
la nuit avec plus de
tranquillité que les Ennemis.
Ce General jugea
à propos de faire interroger
les Prifonniers
qui estoient entre les
mains de Mr. Godin ,
Commiſſaire des Guerres.
Quelques Officiers d'ens
120 ΒΑΤΑILLE
tr'eux luy dirent , fur ce
qu'ils crurent qu'il n'y
ment de paſsé , qu'ils éavoit
qu'un gros détachetoient
bien trampezfi leur
Armée ne nous tomboit pas
le lendemain fur les bras.
M. de Luxembourg dit
aux Troupes en les remer
ciant , & en leur donnant.
des loianges , qu'elles en
avoient affezfaitpourfai
re connoistre aux Ennemis
qu'elles les battroient par
tout , mais qu'il falloit repaffer
DE FLEURUS . 121
paffer la Riviere le lendemain.
En mefme temps
il donna ordre à l'Artillerie
de prendre le chemin
du Pont dés le ſoir
meſme,mais elle en receut
un tout cotraire bientoft
aprés. Comme les Troupes
ne trouverent point
leur gros bagage au
Camp , & qu'il leur fut
ordonné de partir le lendemain
dés la pointe du
jour, elles commencerent
ſe perfuader qu'elles
L
122 BATAILLE
devoient repaffer la Sams
bre. Cependant à leur
aſſemblée on leur diftribua
de la poudre , des
bales , & de la méche.
Les menus Equipages prirent
le chemin du Pont,
& les Troupes celuy de
Fleurus , ce qu'elles firent
avec une joye d'autant
plus grande , que ce qui
s'eſtoit paſſé le jour précedent
leur avoit fait redoubler
la confiance que
leur donnoit la cons
DE FLEURUS . 123
duite de leur General ,
qu'elles avoient vû avant
le combat , pendant le
combat ,&aprés le combat
, agir en grand Capitaine
, & mettre enpratique
avec la valeur,toutes
les rufes de guerre des
plus experimentez ,
Enfin toutes choſes
eſtant diſpoſées pour une
grande Bataille , elle ſe
donna le premier Juillet,
jour remarquable à jamais
, & qui fait voir que
Lij
124 ΒΑΤΑILLE
le regne deSa Majesté eſt
un enchaiſnement de miracles.
Mr. de Valdec
voyant la gloire qu'il
y avoit à acquerir à
vaincre des troupes auffi
aguerries que celles de
France , s'eſtoit ſervy
و
pour camper avantageufement
de tout ce
qu'une longue experience
luy a donné de lumicres
dans le meſtier de la
Guerre. Il ne ſe contenta
pas de cela,&quoy qu'il
DE FLEURUS .
125
duft s'aſſurer ſur le nombre
de ſes troupes , il crut
les devoir exciter , en leur
diſant, qu'il les alloit mener
juſques à Paris . Le che
min n'étoit pas long,mais
les plus fortes Armées de
Flandre n'ont encore pů
• le trouver: M. de Luxembourg
eſtoit plus modefte
, mais peut- eſtre avoitil
plus de ſujet de ſe fier à
fes troupes. Il eſtoit neceſſaire
qu'elles fuſſent
bonnes , puis qu'aprés
A
Liij
126 ΒΑΤΑILLE
avoir paflé la Sambre , le
party de la bataille efſtoit
le ſeul qu'il avoit à prendre
, ne pouvant repaffer
cette Riviere en prefence
d'une Armée ſi forte, ſans
qu'il luy en coûtaſt une
Arriere- Garde ; ce qui auroit
fait diminuer la réputation
des Armes du
Roy , & auroit pů avoir
des fuites fâcheuſes .
D'ailleurs, il n'eſtoit plus
temps de ſe retirer , puis
que l'Armée du Prince
DE FLEURUS . 127
deValdec avoit eſté toute
- la nuit dans un mouvement
violent , pendant
que les François l'avoient
paffée ſous leurs
Tentes , & avoient joiy
d'un repos que lesArmées
ne gouftent jamais ,
moins qu'elles ne foient
ſeures de la prudence &
de l'experience de leur
General. C'eſt ce qui
à
épargne aux troupes des
alarmes continuelles , &
les fait dormir fans in-
L iiij
128 BATAILLE
quietude. M. le Prince
de Valdec en avoit
beaucoup , quoy qu'il
affectaſt de paroître ſeur
du gain de la Bataille
, & qu'il vouluſt le
perfuader aux Troupes
qu'il commandoit. Dés
le ſoir du 30. Juin , il
avoit fait mettre fonArmée
en bataille , & elle
paſſa toute la nuit dans
cet ordre . Rien ne fait
mieux voir le contraire
de ce que M. de Valdec
DE FLEURUS. 129
avoit envie de luy faire
croire . Il y a grande apparence
que fon deſsein
n'eſtoit pas de donner la
bataille pendant la nuit
Cependant il met dés le
foir ſes Troupes en état...
de combatre ,& il les fait,
demeurer juſques au jour
dans une fituation ou
il eſtoit impoſſible qu'-
elles cufsent du repos.
Il falloit , ou qu'il euſt
bien peu d'experience ,
de fatiguer ainſi ſon Ar130
ΒΑΤΑILLE
mée ſans ſujet , ou qu'aprehendant
à tous momens
d'eſtre attaqué , il
euſt plus de la moitié de
la peurqu'ilvouloitdonner
. M. de Luxembourg
avoit fait tout le contraire.
Il avoit fait repofer fes
Troupes , mais il avoit
veillé pour elles , & mefme
deux raiſons l'avoient
porté à leur cacher la reſolution
qu'il avoit priſe
de donner bataille. Il ne
vouloit pas que l'idée
DE FLEURUS. 131
d'un combat les agitaſt
pendantla nuit , ny que
M. de Valdec puſt apprendre
qu'il avoit deffein
de l'attaquer. Il en
méditoit les moyens depuis
lonngg--temps ,, mais il
ne les avoit pas encore
communiquez aux Officiers
Generaux , de peur
que leur joye ne les trahiſt
en paroissant trop fur
leur viſage,& que le PrincedeValdec
venant à en
avoir connoissance , ne
132 BATAILLE
د
priſt des meſures, ou pour
éviter le comhat ου
pour ne le donner qu'avec
de grands avantages .
Pendant que toute noftre
Armée repofa , noftreGeneral
fut dans un mouvement
perpetuel. Il enenvoya
plufieurs partis
en Campagne ; il écouta
leur rapport ; il apprit
tout ce qui ſe paſſoit
dans le Camp de M. de
Valdec , & en fut témoin
luy-meſme dés la petite
DE FLEURUS. 133
pointe du jour. Les Ennemis
firent une grande
faute de s'eſtre mis fi- toft
en bataille. Outre qu'ils
• donnerent lieu à M. de
Luxēbourg d'examiner la
ſituation ou ils estoient ,
& d'empefcher qu'ils
n'en profitaffent , cette
ſituation , quelque avantageuſe
qu'elle fuſt pour
eux, luy fit prendre des
meſures pour en tirer
quelque fruit. Il falloit
pour cela , non-feule134
BATAILLE
ment connoiſtre parfaitement
le pays , mais fçavoir
à fond toutes les ruſes
de guerre qui peuvent
eſtre miſes en pratique en
de pareilles occafions .
M. de Luxembourg les
avoit appriſes ſous un
trop grand Maiſtre , &
s'eſtoit trouvé en trop de
batailles rangées pour les
ignorer. Il n'a pas feulement
l'experience , mais
encore ce qui manque à
beaucoup de grands Ca
DE FLEURUS. 135
gat
pitaines, je veux dire, une
réſolution fixe. Il n'y a
rien de plus neceſſaire
pour les grands coups ,
puiſque les eſprits irreſolus
gâtent ſouvent tout,
quand meſme ils prendroient
un bon party , la
lenteur eſtant toujours
préjudiciable aux affaires
importates; de forte qu'il
eſt plus dangereux de
prendre tard une bonne
réſolution,que d'en prendre
de bonne heure une
後
136 BATAILLE
méchante, la premiere devenant
inutile, & le mal
de la derniere pouvant
eftre reparé affez toft
pour n'apporter aucun
préjudice , ou du moins,
pour n'en cauſer que trespeu.
M. de Luxembourg
ayantvú luy-meſme l'Armée
des Ennemis en bataille
, & fçachant qu'elle
y avoit paffé la nuit ,
réſolut de l'attaquer , &
ne penſa plus qu'à faire
marcher noſtre Armée
DE FLEURUS. 137
vers Fleurus , &à mettre
enexecution tout ce qu'il
avoit imaginé pour furprendre
les Ennemis , &
s'aſſurer la victoire par la
la diſpoſition de nos
Troupes , malgré toutes
les précautions que M.de
Valdec avoit prifes pour
ayoir l'avantage du terrain
, qui luy eft demeuré
, &dans lequel il a eſté
batu ; ce qui n'auroit pu
arriver , fi M. de Luxembourg
euſt ſuivi la route
M
138 ΒΑΤΑILLE
1
ordinaire , & s'il ſe fuft
preſenté pour combatre
devantune Armée rangée
en bataille , qui l'atten
doit. Il le fit, mais d'une
maniere qui déconcerta
M. de Valdec ,&qui jetta
du deſordre dans touteſon
Armée , avant que
le premier coup euſt eſté
tiré. On aſſure que la
marche de la noſtre de
Velaines à Fleurus , eft
la plus prudente & la
plus hardie qui ſe puiſſe
:
DE FLEURUS. 139
faire . M. de Luxembourg
luy fit prendre des détours
de plus d'une lieuë
dans des défilez qu'un autre
auroit tâché d'éviter,
& ces défilez cacherent
fa marche aux ennemis ,
qui s'attendoient à nous
voir venir par le droit
chemin , qui est découvert;
& ainſi ce General
ayant trouvé le moyen
de reconnoître le nomibre
des Bataillons & des
Efcadrons des Ennemis ,,
:
1
Mij
140 BATAILLE
& de leur ofter la con
noiſſance des forces de
noſtre Armée , les prit
avec tous les avantages
qu'un habile General
doit tirer de fon expe
rience , car d'ailleurs les
deux Armées estoient à
peu-prés auſſi fortes l'une
que l'autre. La noftre
eſtoit de quatre-vingtEfcadrons
& de trente- fept
Bataillons , qui pouvoient
faire environ trente
trois mille hommes ,
DE FLEURUS 141
fur quoy il en faut ofter
près de quatre mille ,
commandez pour la gar
de des gros Equipages ,&
qui par confequent n'ont
point combatu.
L'Armée des Ennemis
eftcitdu moins auffi nombreuſe,&
dansun campement
fort avantageux .
Elle éſtoit rangée en Bataille
audelà de Fleurus,
ayant ſa droite appuyée à
Hepigny , Village ſitué
fur unepetite hauteur, &
142 BATAILLE
fa gauche s'étendantdans
la plaine , où elle eſtoit
à decouvert , foutenue
pourtant du Chafteau
de Saint Amant. Il y
avoit de leurs Troupes
dans une Cenfe qui eft
entre ce Chaſteau & le
Village du mesme nom,
& ils avoient d'ailleurs
devant eux deux Ruiffeaux
également difficiles
à paffer , l'un venant de
Fleurus , & quiavoit fes
bords relevez ,& l'autre
DE FLEURUS . 143
venant de Saint Amand,
& dont les eaux eſtoient
alors fort profondes .
Noftre Armée ne fut pas
moins avantageuſement
poſtée par lebon ordre de
M. de Luxembourg. Ce
General fitmarcherla gauche
la premiere pour la
pofter auprés de Fleurus,
où il jetta un gros Corps
d'Infanterie , parce que
la gauche eſtoit plus prés
des Ennemis que la droite.
Il mit enſuite l'Armée
144 BATAILLE
en Bataille en doublant
toujours fur cette gau
che , & s'étendant fur la
droite du coſté de Saint
Amand , il tira avantage
de tout , meſme de ce qui
devoit ſelon les apparences
luy eſtre deſavantageux
, ayant tantoſt man,
qué de terrain pour former
les deux lignes d'In
fanterie , tantoſt ayant
rencontré un foſſé plein
d'eau , & qu'il eſtoit pref,
que impoſſible de com
bler
و ت
DE FLEURUS. 145
bler , & tantoſt ayant
trouvé des marais , des ravins
& des hayes , qui
l'empeſchoient demettre
l'Armée regulierementen
Bataille . Tous ces obſtacles
devinrent par la capacité
de M. de Luxembourg
des moyens infaillibles
pour la Victoire,
car ſe voyant obligé d'attaquer
les Ennemis par le
Flanc, leur gauche eſtant
toutà faitdecouverte , il
leur cacha fon deſſein en
N
146 BATAILLE
laiſſant les Troupes qui
les prenoient en front
depuis Fleurus juſqu'à
Saint Amand , dans la
meſme diſpoſition où il
les avoit miſes ſous des
ordres de M. le Chevalier
•de Tilladet , & de Maile
Comte de Gournay , ce
qui trompa les Ennemis,
&leur fit croire qu'on les
attaqueroit par la sou
qu'on ſe retireroit fans les
attaquer . Ce n'eſtoit pas
le party que Mode
DE FLEURUS . 147,
la
Luxembourg avoit pris.
•Comme il avoit refolu de
combatre , il ordonna
que tous les Aumoſniers
Ide l'Armée donneroient
Benediction aux Regimens.
Toutes lesTroupes
firent paroître une joye
extraordinaire aprés l'avoir
receue . On n'enextendit
que des cris redoublez
de VIVE LE ROY,
23&l'on ne vit que des chapeaux
en l'air, ſuivant l'uſage
pratiqué de tout
Nij
148 BATAILLE
faire contemps
, pour
noiſtre que l'allegreffe eſt
grande , & univerſelle.
Rien n'estoit plus beau
que de voir ces deux puiffantes
Armées ſe developer
dans une grandeplaine
, qui est la feule de
tout le Pays qui pouvoit
mieux fervir de theatre à
l'éclatante action qui s'y
eft paffée . Elles demeurerent
depuis le matin jufques
à une heure aprés
midy à ſe poſter , à s'obDE
FLEURUS . 149
ferver , & à faire les mouvemens
, que l'occafion
preſente rendoit neceſſaires
. Le Canon des Enne
mis tira le premier fur
noſtre Cavalerie , &mefme
quelques heures avant
le noftre. Les Troupes en
furentpeu incommodées,
& il auroit mieux valu
pour les ennemis ,
qu'ils euffent eu moins
d'empreſſement à le faire
entendre , puiſque cela
ne ſervit qu'à faire dé-
Niij
IJO BATAILLE
couvrir leurs batteries ,
ce qui ne leur eſtoit pas
avantageux , M. de Luxembourg
ſcachant profiter
de tout , & eftant
en cette occaſion ſecondé
de M. du Mets , qui nonſeulement
avoit une con
noiſſance parfaite de toutes
les chofes qui regardent
l'Artillerie , mais
une activité incroyable
pour le ſervice , ce qui a
paru dans le combat,notre
canon ayant eſté traf
DE FLEURUS. 151
porté avec une viteſſe inconcevable
dans tous les
endroits où il s'eſt trouveneceſſaire.
Les décharges
continuelles de celuy
des Ennemis n'em
peicherent pas que M. de
Luxembourg ne fift faire
auxTroupes tous les mouvemens
qu'on eut beſoin
qu'elles fiffent . M. leDuc
du Maine , M. le grand
Prieur de France , M. le
Duc de Choifeuil , &
Mrs.les Marquis deMont-
Niiij
152 BATAILLE
revel & de Vatteville curent
grande part à ces
mouvemens . Tout ce que
M. de Luxembourg leur
dit , pour contribuer au
deſſein qu'il avoit de dérober
aux Ennemis la
marche de quelques corps
de Troupes, futponctuel-
Iement eexxeeccuuttéé,, à quoy
ne ſervirent pas peu
deux Ponts que M. le
grand Prieur , & M. le
Marquis de Mont- revel
firent faire , auffi-bien
DE FLEURUS. 153
que la hauteur des bleds .
Tout eſtant dans la difpofition
que M. de Lu
xembourg ſouhaittoit ,
ceGeneral qui n'avoit pas
jugéà propos de dire fon
deſſein à perſonne avant
qu'il le viſt en estat d'eftre
executé avec ſuccés ,
voyant qu'il avoit furmonté
toutes les difficultez
qui s'y eſtoient oppo
fées , le découvrit auxGeneraux
qui ſe trouverent
auprés de luy,&aprés leur
154 BATAILLE
avoir marqué qu'il en efperoitune
bonne iſſue , il
les renvoya chacun à leur
poſte , & leur donna
pour mot de raliement ,
LeRoy , n'eſtant occupé
que de la gloire de Sa Majeſté,
& mettant toute fa
confiance à la profperité
qui accompagne par tout
la justice de ſes Armes .
Alors chacun penetré de
fon devoir , & de l'importance
de l'action qui
eſtoit liée , ne penſa plus
DE FLEURUS . 155
?
qu'à ſe ſignaler. M. de
Gournay fit le premier
mouvement de la gauche
dont il tenoit la droite . Il
paffa le ruiſſeau , & marcha
aux Ennemis avec
toute la Cavalerie qu'il
commandoit. On fit en
mefme temps le meſme
mouvement à la droite ,
& l'on peut dire que le
combat commença par
pluſieurs actions particulieres
. Chaque Bataillon
donna une bataille , &
156 BATAILLE
chaque Eſcadron foutint
un combat. Il y eut d'abord
un fort grand feu ,
décharges que firent
les Ennemis furent terri
bles,mais ils ne laifferent
pas d'eſtre les plus maltraitez,
puis que les noſtres
qui avoient ordre de
les effuyer fans tirer , afin
d'aller fur eux l'épée à la
main , & la bayonnette
dans le fufil pour les enfoncer
, donnerent d'une
fi grande force, qu'ils fi
DE FLEURUS. 157
rent plier leur aifle droite
. Elle ſe rallia , & M.
de Rubantel avec les Brigades
de Champagne &
de Navarre , pouffa d'une
maniere fi vigoureuſe
, qu'il fut inutile de
luyvouloir refifter. Mrs.
de Vivans & de Ximenes
avoient eſté bleſſez
à la premiere charge.
M. de Gournay y fut
tué , tant elle fut violente
, & M. de Vateville
aprés avoir eſté pluſieurs
1
158 BATAILLE
i
fois enveloppé , cuſt ofté
fait prisonnier ſi M. de
la Haze , Capitaine des
Cravates, ne l'euſt delivré.
Les Ennemis rompus
de toutes-parts fuyoient
déja partout ; leur Cavalerie
n'oſoit tenir contre
la noftre ; leur Infanterie
aprés une bonne contenance
avoit eſté renverſée
, les noſtres estoient
avancez dans leur terrain,
& avoient déja gagné
leur Canon qui tiroit de
DE FLEURUS . 155
puis ſept heures du matin,
& la Bataille qui ne faiſoit
que de commencer,
ſembloit finir à cette deroute,&
furtout lors que
M. de Mont- revl eut
chargé & diſſipé trois Bataillons
, qui poſtez dans
les hayesde ſaintAmand,
&s'eſtant joints à quelques
Eſcadrons, faifoient
sun effort pour ſe retirer.
Cependant ce n'étoit que
le commencement. M.
de Mont-revel fit la pre;
160 BATAILLE
miere action de noſtre
dtoite, ayant eu ordrede
couvrir avec trois Eſcadrons
qui ſe trouvoient
de reſerve , le flanc de
deux Bataillons des Gardes
Françoiſes , qui eftoient
poſtez dans les
hayes vis-à- vis de la Cenſe
de Cheſſeau, avec quatre
Pieces de Canon qui
couvroient la droite de
ces deux Bataillons du
coſté de la Plaine. II
trouva fi prés de luy des
DE FLEURUS . 161
Eſcadrons Ennemis, qu'il
fut obligé de les charger .
Il le fit avec la valeur que
tout le monde luy connoiſt,
& les batit en ruine
, enſuite un vuide qui
ſe trouvoit entre le Ruifſeau
de Saint Amant , &
la gauche de cette droite,
ayant eſté occupé par
l'Infanterie de la ſeconde
ligne que commandoit
M. deGaffé, ſuivant l'ordre
qu'il avoit receu de
M. de Luxembourg par
Ο
162 BATAILLE
M. d'Artagnan , Major
General , qu'il trouvoit
par tout pendant le combat.
Les brigades d'Auvergne
, & de Stoppa s'y
joignirent , & la Cavas
lerie de la droite de la
gauche parut. L'ordre
eſtoit donné à la Brigade
de Champagne que commandoit
M. d'Uffon , &
à celle de Navarre commandée
par Mulde la
Rocheguyon , de fortir
de la gauche de Saint ADE
FLEURUS . 16
mand dés que la Cavale
rie paroiſtroit ; cet ordre
fut auffitoft executé.
Ces Brigades furent mifes
en Bataille , ſelon la dif
poſition du terrain à portée
du mouſquet de la ligne
des Ennemis . Ceux
qui les commandoient
firent parfaitement bien
leur devoir. Les Grenadiers
qui ſe trouvoient
les plus prés , & qui
eſtoient foutenus par
deux Bataillons de
O ij
164 BATAILLE
Champagne, effuyerent le
gros feu que fit cette lit
gne. M. le Comte de
Sceaux qui s'y diftingua,
fut bleſfé , ce qui n'empeſchapas
que cetteInfanterie,
ne miſt en déroute
celle desEnnemis, qui formoitune
ligne. Tous ces
avantages nous promettoient
la victoire ; elle
n'eſtoit pourtant pas
encore affurée , & les En--
nemis ſe rallioient pour
la diſputer. Cequi estoit
DE FLEURUS. 165
reſté d'infanterie s'eſtant
raſsemblé dans un endroit
couvert à côté de
Fleurus , forma une grofſe
ligne , &parut fur une
hauteur, où elle fut renforcée
de huit ou dix Efcadrons
, en preſence des
Troupes que M. de Loëmaria
remettoit en bataille,
& qui avoient paffé
avec M. de Gournay
pour ſe joindre à noſtre
droite. Ily eut dans cette
occafion un combat vio
166 BATAILLE
lent , Efcadron contre
Eſcadron. Les Ennemist
chargerent les premiers ,
mais les noftres riſpoſterent
fi vigoureuſement ,
que plufieurs des leurs!
ayant eſté tuez ou bleffez,
le reſte fut obligé de
reculer bien loining
Durant ce combat particulier
, la nouvelle ligne
d'Infanterie que les
ennemis avoient formée ,
faifoit une bonne contenance.
Les Bataillons pa
DE FLEURUS. 167
roiſsoient gros , ferrez , &
fermes , tandis queM. le
Duc de Choiseuil difpofoit
de fon coſté une ligne
de meſme force , qui
luy puſt être oppoſée ; la
Brigadede Navarre ayant
eſté rangée , ſe trouva la
- premiere . Ce Duc fit
avancer d'autres Bataillons
pour la joindre , &
mit en bataille tout ce
qu'il trouva ſous ſa main
derriere les Bataillons des
Ennemis , qui formoient
168 BATAILLE
1
à leur gauche de nouvel
les Troupes en prefence
de M. le Duc du Maine ,
qui estoit demeuré à notre
droite. Il eſtoit ne
ceſsaire d'en avertir M.
deLuxembourg . Cejeune
Prince crut devoir pren
dre ce ſoin luy-meſme,
étant toujours plus preft
d'agirque de commander.
M. de Luxembourg dont
lesreſsources ſont inépuifables,
voulantprofiter de
l'avis de ce Prince, le pria
de
DE FLEURUS. 169
de s'aller promptement
étendre fur la droite avec
toute la Cavalerie qu'il
pourroit aſſembler. Il y
courut avec M. de Vaudeuil
, qui l'accompagnoit
par tout , auſſi-bien
que M. le Chevalier de
Chambonard , ſon Capi
taine des Gardes , cy-devant
Major des Cuiraffiers.
A peine fut- il arrivé
au lieu où il ſe devoit
rendre , qu'il commença
à executer les volontez
P
170 BATAILLE
de M. de Luxembourg ;
mais ayant apperçu quel
que Cavalerie , il s'en approcha
avec tant d'ardeur
, qu'elle prit la fuite
aprés avoir fair ſa décharge.
Ce Prince revint
enfuite former pluſieurs
Eſcadrons , & fit tout ce
que M. de Luxembourg
avoit ſouhaitté de luy.
On demeura quelque
temps de part & d'autre
fans mouvement. Nous
attendions de l'infanteDE
FLEURUS .
.
ric qui avoit beaucoup
de chemin à faire , & les
Ennemis estoient fatiguez
de tous les mouvemens
qu'ils avoient faits .
Quelques Bataillons parmi
leſquels ſe trouverent
le troifiéme des Gardes
Françoiſes , & le premier
des Gardes Suiffes , firent
une tres-bonne contenance
, encore qu'à portée
de piſtolet des Ennemis
, qui ne parurent pas
moins fiers , quoy qu'on
Pij
172 BATAILLE
euft tourné contre cux
fix pieces de canon qu'on
leur avoit priſes . Cha
que coup faifoit de grandes
breches à leurs Bataillons
, mais elles
étoient à l'inſtant reparées
, les Ennemis ſe refferrant
auffi- toſt ſans s'ébranler
. Cette. Batterie
ne laiſſa pas de les incommoder
beaucoup. Voicy
par quel hazard ce canon
qu'on leur avoit pris tira
contre eux . M. de MarDE
FLEURUS . 173
filly , Lieutenant Colonel
du Regiment de Coif
lin ,& qui en commandoit
le ſecond Efcadron ,
ſe trouva le plus avancé
devant la premiere ligne
au canon des Ennemis ,
&à foixante pas de leur
gros d'Infanterie que
l'on vouloit rompre ; &
comme il avoit dans ſon
Eſcadron un Trompette
qui avoit eſté Canonnier,
il fit par l'ordre de M. de
Luxembourg , tourner le
Piij
174 BATAILLE
G
ux Enndcanon
pris aux
mis , contre leur Cava-
290
lerie , qui ſe rallioit &
ſe remettoit en bataille
prés des noſtres , à la
droite de leur Infanterie.
Le Trompette tiroit fi
juſte & de fi prés dans
cette Cavalerie , qu'elle
quitta , & alla plus loin
derriere l'Infanterie . M.
de Marfilly voyant arriver
M. de Loëmaria avec
quelques Troupes , vou
loit charger cette Infan
DE FLEURUS . 175
terie ; mais M. de Luxembourg
eſtant ſurvenu ,
l'en empefcha ,& fit rafſembler
tous les morceaux
de Troupes , car ce
n'eſtoient pas Troupes
entieres . Pluſieurs ſe joignirent
à la ſienne , &
pendant ce temps ils demeurerent
en prefence ;
les Ennemis ſe raſſemblantauſſi
ſur leur droite.
Enfin aprés qu'il eut receu
pluſieurs ordres de
ne point charger , qu'il
PPilij
176 BATAILLE
ne fût venu d'autres troupes,
il vint de laCavalerie
& de l'Infanterie , que
I'on avoit ralliée,& alors
il chargea avec tant de
force que toute la longueur
de la ligne des
Ennemis demeura marquée
par les foldats qui
avoient eſté tuez dans
leurs rangs . M. deQuoad
qui estoit à la teſte de
quelques Efcadrons , entra
en meſme temps dans
Ieurs Bataillons. Il ne re
DE FLEURUS . 177
ſtoit plus qu'à redune
leur gauche qui tenoit
encore bon . Cet exploit
eſtoit deu à M. le Mar
quis de Coiflin . Il eſtort
à la teſte du premier Efcadron
de fon Regiment.
C'eſtoit à luy à charger ,
& il le fit avec une va
leur diftinguée ,& qu'on
ne peut trop louer. Il batiten
ruine un Efcadron
des Ennemis qui foutenoit
l'Infanterie de cette
gauche , & toute noftre
178 BATAILLE
こ
Infanterie chargea en même
temps la ligne des Ennemis
. M. de Marfilly
commandoit le ſecond
Eſcadron du meſme Regiment
de Colin. Toute
la valeur & la force
qu'il a fait paroiſtre en
tant d'occafions differentes
, ſe réunirent en
celle-cy. Il donna pour
la troifiéme fois avec un
autre qui ſe joignit à
luy , perça tout ce qu'il
trouva , & ſe meſla avec
DE FLEURUS . 179
un courage qui étonna
les Ennemis , & qui les
mit en fuite. Un Bataillon
Ennemy luy tua
beaucoup de Cavaliers ,
mais il ne perdit aucun
Officier. Il ne reſtoit
plus qu'à batre un Corps
de reſerve que les Ennemis
avoient ſur une hauteur,
compofé de quelques
Bataillons que fix
Eſcadrons foutenoient.
Ce dernier coup qui devoit
rendre la victoire
1
180 BATAILLE
complette , eſtoit refervé
àM. le Duc du Maine . Ce
Prince donna avec un
courage qui égale tout
ce qu'on a jamais vu dans
les plus braves . Il attaqua
la Cavalerie qui re
ſtoit aux Ennemis , avec
les Eſcadrons qu'il avoit
étendus ſur la gauche ,
pendant queM. de Gaffé
attaquoit les Bataillons
qu'ils avoient encore ,
avec la Brigade de Stoppa.
Cette Cavalerie fut
DE FLEURUS. 181
bien- toſt défaite , mais
l'Infanterie fit une refiſtance
que l'Histoire
n'oubliera pas de mar
quer. C'eſt cette belle &
groſſe ligne d'Infanterie,
& ce grand Bataillon
quarré formé des debris
de pluſieurs autres , &
garni d'autant de Troupes
qu'il en falloit pour
en former fix , & dont
toutes les Relations ont
tant parlé. Il ne pouvoit
éviter d'eſtre défait. Tou
182 BATAILLE
te l'Armée Ennemie eſtoit
en déroute , & les Efcadrons
qui le ſoutenoient
venoient de prendre la
fuite aprés avoir efté batus
. M. de Luxembourg
l'ayant fait envelopper ,
& voulant épargner le
fang de part & d'autre ,
jugea à propos de le faire
ſommer de ſe rendre , en
luy offrant bon quartier.
Sa contenance estoit fi
fiere , que ny le Trompette,
ny le Tambour que ce
DE FLEURUS . 183
General y envoya, n'oferentavacer.
M.Chpi, l'un
de fes Aides - de - Camp ,
fut plus hardi qu'eux. Il
ſe chargea de cette commiffion
, & alla faire la
propoſition , qui fut receue
avec une fierté extraordinaire.
Voicy ce qui
donna lieu à cette groffe
ligne de ſe mettre en eftat
de défenſe. Ceux qui la
compoſoient ayant confideré
noſtre application à
pourſuivre la victoire de
184 BATAILLE
toutes parts , dans une
déroute generale, réſolurent
de ſe rallier . Toute
noſtre Cavalerie , &Gen
darmerie vit former cette
ligne fans pouvoir l'empeſcher
, parce que nos
Generaux , & noftre Infanterie
eſtant à ſa gauche
où ils estoient neceffaires
, elle n'avoit point
d'Infanterie pour la ſeconder.
Enfin l'Infanterie
eſtant revenuë aprés
avoir achevé de mettre
DE FLEURUS . 185
en déroute le reste des
Ennemis , on attaqua certe
groffe ligne juſques à
trois fois ſans la pouvoir
rompre , & l'on y fit une
grande perte , mais elle
plia à la quatriéme , & il
y eut un grand carnage
depart & d'autre . M. le
Duc du Maine qui tant
que la bataille a duré
s'eſt trouvé dans tous les
endroits les plus péril-
• leux,y courut grand rifque
. M. le Comte de Juf-
Q
186 BATAILLE
21616
G
fac , premier Gentilhommede
la Chambre , M. de
Genvril , ſon Aide-de-
Camp , & trois deſesGardes
,furent tuez à ſes cotez
. La Gendarmerie y
perdit pluſieurs Officiers
de distinction . M. le
Marquis de Verderonne ,
M. le Chevalier de Soyecourrtt
,, M. le Marquis de
Sallart, & pluſieurs Gendarmes
furent tuez , &
20
bleſſfez. M. le grand
Prieur donna en cetteocDE
FLEURUS . 187
9
cafion , comme il a fait
pendant tout le combat,
des marques de fon courage
, ayant effuyé à la
teſte de deux Compagnies
de Gendarmes
tout le feu des Ennemis .
Ils ſe retiresent à la fades
Bois & des ravins
qui leur offrirent
une retraite ſeure. Quatre
à cinq cens hommes
ſe jetterent dans des hayes
& dans un Hermitage .
Le reste de noſtre Infan-
Toyeur
Qij
188 BATAILLE
rie arriva , & ne trouvant
plus d'ennemis , jetta fes
chapeaux en l'air, & cria,
VIVE LE ROY. On
fit alors une décharge generale.
Cependant ceux
qui estoient dans les
hayes& dans l'Hermitage,
voyant qu'ils alloient
eftre coupez par M. le
Chevalier de Tilladet
avec la Cavalerie de la
gauche , crierent ; VIVE
LE ROY DE FRANCE . Ce
dernier mot ajouté-marDE
FLEURUS . 189
des
quoit qu'ilsn'estoient pas
tujets de Sa Majesté ,mais
qu'ils ſe tenoient vaincus
, & qu'ils fe rendoient.
Ainſi cette grande
journée finit par
cris de, VIVE LE ROY ,
en prenant poffeffion du
Champ de batail le, avec
l'aveu meſme des Ennemis
qui reſtoient , puis
qu'ils firent connoiſtre
par leurs cris de VIVELE
ROY DEFRANCE,qu'ils en
demeuroient d'accord.
190 BATAILLE
Apeiney cut- on repris
haleine , que M. de Luxembourg
courant de victoire
en victoire , fit attaquer
deux Chafteaux
qui estoient environ à
une lieue de Fleurus . Ils
eſtoient bien garnis de
monde , parce que M. de
Valdec ayant crù qu'on
les attaqueroit avant le
cõbat,y avoit jetté beau-
• coup de Troupes . D'ailleurs,
un grand nombre
de fuyards s'y estoient
DE FLEURUS.
&
refugiez ; mais comme
ils y porterent la terreur ,
ces Chafteaux ne firent
pas une longue reſiſtance,
*& fe rendirent bien- toſt
à difcretion , quoy-qu'il
y euſt plus de trois mille
hommes deGarniſon dans
les deux. Ainſi l'Armée
acheva de triompher par
la priſe de ces deux poftes.
Ceux qui avoient
eſté vaincus en pleine
Campagne , le furent encore
dans des lieux fer
192 BATAILLE
mez , & les Troupes qui
n'avoient point encore
combatu , furent con
traintes malgréla vigueur
qu'elles devoient avoir ,
de ceder à des Troupes
fatiguées d'une longue
marche&d'un long combat.
Il y eut enfin plus
de fix mille des Ennemis
tuez dans cette fameuſe
journée , & l'on en fit
prés de huit mille prifon
niers , parmi leſquels on
compte plus de fept cons
Officiers
DE FLEURUS. 193
Officiers. Il y eut deux
Officiers Generaux tuez ,'
& deux perſonnes d'une
grande distinction par
leur naiſſance. On prit
deux cens chariots chargez
demunitions de guerre
, quarante- neuf pieces
de canon , & plus de
cent , tant Etendarts que
Drapeaux , cinq Pontons
&pluſieurs paires deTimbales
. Le Champ de bataille
nous eſtant demeuré
, l'Armée victoricuſe
R
194 BATAILLE
ycoucha parmyles morts,
&les mourans; ce ſejour,
quoy que peu agreable ,
eſt toujours doux aux
Vainqueurs. On n'y demeura
qu'autant qu'il faloit
pour faire voir qu'on
en eſtoit maiſtre. Il eſt
dangereux de refter longtemps
dans un lieu infeté
; il auroit encore eſté
remply d'un plus grand
nombre de Morts , ſans
l'humanité naturelle aux
François.Ondonna quar
DE FLEURUS. 195
tier de fort bonne heure ,
& l'on épargna beaucoup
de fang , qu'on cuſt
pu faire répandre. Le carcrepandre
nage auroit eſté horrible
fi les Ennnemis fuſſent
demeurez vainqueurs, car
les foldats avoient ordre
de ne faire quartier à
perſonne . C'eſt ce que les
prifonniers ont raporté.
Ils ont traité avec une
indignité cruelle toutes
les perſonnes diftinguées ,
qui font tombées entre
Rij
196 BATAILLE
leurs mains. M. le Che
valier de Soyecourt ayant
eſté bleſſé dangereusement
, & fait prifonnier ,
les Ennemis le dépoüillerent
, luy lierent les
mains derriere le dos, luy
firent faire fix lieues à
pied , fans que fa bleffeure
fuſt ſeulement bouchée
d'un linge , ce qui
luy faifoit perdre tout
fon fang ; & enfin luy
donnerent tant de coups
pour l'obliger à marcher ,
DE FLEURUS . 197
que ce jeune Seigneur en
mourut le lendemain .
L'humanité de M. de Luxembourg
ne ſe borna pas
à donner quartier , puis
qu'ayant pris aprés la
taille les deux Chaſteaux
dont je viensde vous parler
, il fit défenſe fur peine
de la vie de fouiller ny
de dépouiller aucun Officier
, ny foldat , laiſſant
aux Officiers tout ce qu'
ils avoient, & leurs épées
meſmes . La victoire étoit
Rij
198 BATAILLE
fi complette , & le nom
bre des prifonniers
grand , qu'on en laiffa
echaper plus de trois mille
. M. du Rofel , Colo
nel de Cavalerie , eut la
garde des priſonniers. On
en envoya enſuite deux
mille deux cens trente
quatre àCharlemont,parmi
lesquels eftoient deux
cens Officiers , qui furent
mis en un grand Maga
zin dans la Place , & les
foldats dans les Foffez .
DE FLEURUS. 199
On en mit beaucoup d'au
tres dans des Bateaux
pour les conduire à Mezieres
; deux mille cinq
cens à Philippeville , &
lesautres aux Villes circonvoiſines
. Jamais bataille
n'a mieux merité de
porter ce nom que cellecy.
Les deux Armées fe
font veues pendant plus
ſieurs heures dans une
Plaine tres- étendue , à la
portée du mouſquet , &
l'action eſt d'autant plus
Riiij
200 BATAILLE
glorieuſe qu'elle a refté
faite au milieu du pays
Ennemy , aprés une marche
de plufieurs jours
par des chemins difficiles
& embaraffez de Bois &
de rochers , au lieu que
l'Arméen des Ennemis
eſtant fraiſche , campéc
avantageufement &
nombreuſe , devoit felon
toutes les apparences ,
l'emporter fur la noftro ,
comme ilse s'en estoient
flatez , ayant publić hau
DE FLEURUS. 201
tement , qu'ils n'alloient
pas au combat , mais à la
victoire , de forte qu'outre
la réſolution qu'ils
avoient prife de ne pas
donner quartier à nos
Troupes , l'impoffibilité
où elles eſtoient de faire
aucune retraite , leur
oftant l'efperance , il faen
loit vaincre ou mourir.
L'Armée Ennemie eſtoit
tout l'eſpoir de la Hollande.
Il y avoit beaucoup
de vieilles troupes
202 BATAILLE
fort aguerries , 200'oftq
par cette raifon que deb
Prince d'Orange l'appelloit
ſon Armée . Ces
pendant elle a eſté fi gel
neralement défaite , queq
les Ennemis n'ont pû rien
ſauver de ce qui estoit
meſme aux environs , Mor
de Luxembourg ayanten
voyé prendre les munich
tions qu'ils avoient/ca-n
chées dans les Bois del
Charleroy haveccordre
deles brûler , fi elles ne
DE FLEURUS . 203
pouvoient eſtre amenées
dans ſon Camp. 33103167
Le combat dura depuis
midy juſqu'à plus de fix
heures du foir. La plufpartdes
fuyards prirent le
chemin de Charleroy , &
tout ce qui s'aſſembla autour
de cette Place d'Officiers
& de foldats pendant
la nuit , marcha le
matin du coſté de Bruxelles,
foit que le Gouver
neur de Charleroy ne ju
geaſt pas à propos , dans
204 BATAILLE
la crainte d'eſtre affiegé ,
de donner l'entrée de fa
Place à des Troupes vaincues
, & encore effrayées
de leur déroute , ce qui
n'auroit pas beaucoup
ſervy à la défendre , foit
que dans l'eſtat où ſe vit
M. de Valdec , de tout
craindreaprés une défaite
auſſi entiere, il leur cuft
envoyé de Nivelle où
il s'eſtoit retiré un ordre
de marcher de ce coſtélà,
pour les éloigner du
DE FLEURUS. 203
Vainqueur , & tâcher de
les rallier . M. de Valdec
n'oſa aller à Bruxelles ,
où les Eſpagnols parurent
fort irritez contre les
Hollandois , diſant hau
tement, qu'ils estoient cauſe
de cette guerre , & que
puis que c'estoit une guerre
de Religion , on ne de
voitpas s'étonner ,si Dieu
bénissoit les Armes de
France. Un Garde de M.
de Luxembourg eſtant allé
à Bruxelles conduire le
206 ΒΑΤAILEE
corps d'un homme de di
ſtinction , tué à la bataille,
affurey avoir oüy dire
les meſmes choſes. Il
apprehendoit qu'on ne
Juy fiſt quelque infulte
dans cette Ville-là ,mais
il n'y receut que beaucoup
d'honneſteté. M.
de Valdec paſſant par Nivelle
le lendemain de la
bataille à fix heures du
matin , dit à tout le pays
de porter des contributions
à M. de Luxem
DE FLEURUS. 207
bourg. Elles vintent de
toutes parts,& tout contribua
juſqu'aux Fauxbourgs
deMaſtric. LemêmeMode
Valdec envoya
un Trompette àce General,
pour luydemander un
Paffe-portpour ſon Equi
page, qui estoit à Charleroy.
Rien ne marque
davantage que nous
eſtions non - ſeulement
maiſtres du Champ de Bataille
, mais que tout
trembloit aux environs ,
208 BATAILLE
&qu'il n'y avoit point
de ſeureté pour les Ennemis
. Le Mayeur de Nivellequi
vint au Camp pour
traiter des contributions,
dit , qu'il y avoit plus de
Mortsfur les chemins qu'il
n'y en avoit eu für le
Champ de batailles que
toutes les hayes en estoient
remplies , & qu'on entendoit
par tout des cris effroyables.
Les Bleſſez des
ennemis tomboient de
tous coſtez ſur la route ,
DE FLEURUS . 209
faute de Chirurgiens , &
mouroient en deſeſperez
de ſe voir abandonnez &
dénuez de tout ſecours .
Non - ſeulement nous a
vons eu plus de ſoin des
noſtres , mais on les fai
2
foit retirer du combat à
meſure qu'ils estoient
bleſſez , & on les tranfportoit
en des lieux de
feurete. Comme la politique
des Ennemis eft de
cacher toujours leurs defavantages
, lebruit ſe ré-
S
216 BATAILLE
pandit à Liege queM He
Valdec avoit gagné und
grade Bataille.On y cha
ta auffi- toft le Te Deum
Cependant peu de temps
aprés ony vint rapporter
tout le contraire , ce qui
chagrina fi fort Mrs. de
Liege , qu'ils firent em
priſonner celuy qui avoid
apporté cette nouvelle
Le caractere des Fran
çois eſt bien different ; ils
rendent juftice à tour le
monde , & particulie
DE FLEURUS
DOUTE
rement aux bravesial
mant la valeur juſque
dans leurs Ennemis mefmes.
On le voit par les
Eloges qu'ils ont faits
dans toutes leurs Relations
, de ceux qui ont
bien combatu dans l'Armée
de M. de Valdec , &
je ne ſçay meſme ſi l'eſti.
mequ'ils fontdes gens de
coeur ne les a point fait
aller trop loin.io zion
Apeine la BBaattaaiillllee ceuuttellecité
gagnée , queM.
S ij
22 BATAILLE
deLuxembourg choifitM..
le Chevalier de Vandofme
, Grand Prieur de
France , pour en aller
porter la premiere nouvelle
au Roy , & luyen
faire un détail de vive
voix. Sa naiſſance ne fit
point tomber ce choix
fur ce Prince , mais M. de
Luxembourg l'ayant veu
par tout pendant la Bataille
, & fçachant qu'il
en avoit obfervé tousles
mouvemens, crutque per
12
DE FLEURUS. 213
fonne n'en pourroit rendre
un plus fidelle compte
là Sa Majesté .
L'éloge qu'on a fait de
-P'ArméeEnnemieme donne
ſujet de croire que
yous ferez bien - aiſe de
37voir icy une Lifte de ſes
Troupes.DOT звод
PREMIERE LIGNE .
Dragons de Lippe , 2Bld.
Grenadiers Anglois à cheval , 1 E.
Corps Anglois à chev. E
Cavalerie Eſpagnoles HOS BE
Anhalt , Infanterie.
VVimberg ,
Bat.
B
214 BATAILLEG
Berlo , Cav.
Rheingrave ,
Faliſe , cy- devant Holſteis,
sbo Ba
e
C
ziolga bo
IB.
Valdech,
Marelboroug , Anglois. IB.•
Falmuche , Angloisgadus B
Hules ,Anglois ,
Gardes Eſcoſſoiſes
giadlisV
Ba
Coliard , Anglois,
Masbury, B
Birenſtord , Allemand 2.p B
Molles, Anglois, coignAgradabl
Dortling de Brandebourg B
Ailva ,
Valdec,
Opdam ,
Prince Charles de Brandebourg, 1Be
Benting ,
Hagendſom,
Tilly,
Trucſes ,
Vebbenum
De Nederal plowwon ob asingege
DE FLEURUS. 215
De Vede ,
Oxford , Anglois.
8.
SECONDE
WAOUBO
LIGNE.
Cavalerie Eſpagnolepigua rasm
Du Theil ,
Nallau Veilburg ,
Amelucert ,
Erfa,
G talicoola
BE
Naſlau , General dela Cavalerie,la-E
Schomberg , Anglois , B
Churchel, Anglois bar to gainBol
Fitz Patrich ,
Hoogé;
Offarel,
C
e BA
BO
Svverin , Heffoisy shastra B
Grandde Brandebourg ,
Birchenfeld,
Prince de Naffau ,
Flodorf,
B.
Compagnies de nouvelles levées, E
Fagel,
Compagnies de nouyelles levées, 1B
216 BATAILLE
Saxe-Gotha
נ כ ו כ ו
Covverden,
Heiden , Kusto
Troupes de Lunebourg. Dragons de
Francs-Regimens de quatre Com
pagnies de cent hommes chacune
, 4Ε.
Regimens de cinq Compagnies de
Escadrons de cinquante hommes.
120. hommes chacune.
Boiſdavid,.
Netelhort ,
Linſtravv,
La Mothe,
Cavalerie
Dragons
Infanterie,
£
1B.
Ba
E.
9.200 . hommes .
1400.
27 200
Le tout monte enſemble à 37800, h
Cette Armée reçut un
renfort
DE FLEURUS . 217
renfort de quelques Res
gimens avant le Combat,
mais je n'en ſçay pas les
noms. Quoy que M. de
Valdec euſt une Armée
nombreuſe , & compofée
de bonesTroupes,&qu'il
leseuſt aſſeurées qu'il bat- s
troit par tout les nores,
il eſt ſi dangereux de combattre
contre des François
, qu'on affcure qu'il
n'avoit aucun deſſein de
lem faire qu'il creuth
d'abord qu'il n'ayoith
T
218 BATAILLE
qu'à tenir teſteà un gros
détachement , & qu'il ne
s'apperçût que M. de Luxembourg
vouloit donner
la Bataille , que lors
qu'eſtant attaqué en front
& en flanc fans l'avoir
preveu , il ne fut plus en
pouvoir de la refuſer;
mais tout ce qu'il peut
dire ne ſert qu'à faire
mieux paroiſtre le merite
& la gloire de ce General
puis que toute
l'Armée convient que la
د
DE FLEURUS . 219
ſeule manoeuvre qu'il a
faite nous a donné la Victoire.
Aprés vous avoir envoyé
une Relation trescurieuſe
par le grand
nombre de circonstances
qu'elle contient , je vous
en envoye une plus courte,
qui ne coûte pas moins
de travail. Elle parle à la
yeuë , pour ainſi dire , &
Ton y voit preſque d'un
coup d'oeil ce qu'on n'a
pû expliquer que par un
Tij
220 BATAILLE
volume entier. Vous ver
rez tout cela en racourcy
dans ce que contiennent
les renvois des chiffres
qui font marquez fur l'Eftampe
que vous trouverez
icy.
1. Redoutes qui défendoient le
paſſage de la Sambre..
2. Paffages des Troupes qui les
ont emportées.
3. Les Ponts qui furent faits
aprés la prise de ces Redoutes .
Chasteau de Froidmont.
5. Bataillons de la Garnison de
DE FLEURUS. 221
Namur poftez dans les hages
qui alloient aux Ponts. Jot
6. GrosBagages de l'Armée qu'on
laiſſa en deçà de la Sambre,
gardez par un détachement de
Troupes.
7. Pont de pierre appellé Pont
d'Orme fur lequel l'Armée
paſſa le 30. de Juin , aprés
avoir campé la nuit à la droite
de Froidmont.
8.Marche de l'Armée du Roy
fur cing colomnes , pendant
laquelle M' de Luxembourg
fut averty que la Cavalerie
ennemie estoit entre Fleurus
les hauteurs de Velaines ,
Tiij
222 BATAILLE
C ou il paroiſſoit quelques Efea
drons , au lieu marqué 9. qui
s'avancerent juſques à 10.M le
Duc du Maine fut commandé
pour les en chaffer. Il le fit fo
vivement qu'il les mit en defordre
, & les pouſſa de l'autre
coſté de Velaines , marque 11.
M de Valdek croyant que cette
Gendarmerie estoit feule . fit venir
une colomne de Cavalerie
pour ta couper , mais Mde Luxembourg
s'en estant apperceu ,
marcha avec des Dragons du
Roy au chemin creux 12. Pendans
que nostre Gendarmerie qu'il
venoit de chargerſe rallioit, il
DE FLEURUS. 223
ſe mit aprés les Dragons , où
noftre Cavalerie le joignit au
mesme endroit 12. au delà duquel
estoient les Ennemis au
mesme lieu marque 13 .
14. C'est l'endroit où noftre Infanterie
estoit en bataille pendant
que la Cavalerie estoit
aux mains.
15. Marche de l'Armée du Roy
fur cinq.colomnes allant droit
à Fleurus le premierJuillet au
matin.
Sur le rapport des Officiers qui
avoient reconnu les Ennemis ,
M' de Luxembourg refolut de
les enveloper, & pour couvrir
Tiiij
224 BATAILLE
fon deffein , il leur fit face on
mettant en bataille au lieu 16.
une partie de l'Armée depuis
S. Amant jusqu'à Fleurus , pendant
qu'il fit prendre la gauobe
de l'Armée au lieu marque 17.
M de Gournay pour aller
jusques au Ruiffeau d'Heppenies
marqué 18. & M² de Luxem
bourgpritllaa droite 19. qquu''iill mena
à la gauche des Ennemis co.
paſſant au dessus & au dessous
du Chasteau de Ligny , fur les
Ponts 21. qu'ilfit fairepardesPiquiers
à la faveur d'une hauteur
marquée 22. qui le couvroit des
Ennemis. Il continuafa marche
DE FLEURUS. 225
23. juſques à Marbais , malgré
un mauvais chemin plein d'étangs&
de Ravins, &y estant
arrivé, il fit monterſes troupes
fur la hauteur , &elles s'y trouverent
en bataille 24. M de
Gournay qui avoit la gauchefe
trouva de mesme à leur droite. 25.
Les Ennemis furpris de ſe voir
sout d'un coup envelopez, re
culerent leur gauche àMarbais,
par une Plaine un peu enfoncée
dans lemilien,&se rangerent
far deux lignes 26. qu'ils fortifierent
de leur corps de referue.
27. pendant que nostre droite fe
mettoit en bataille . M de Lu
226 BATAILLE
obligée
xembourg profita de ce mouve
ment ,&fit donner si à propos
avec tant de vigueur fur
leur aisle gauche que toute la
Cavalerie fut défaite
deſe rallier derriere l'Infanteric..
M de Gournay qui avoit ordre
de donner en meſme temps defon
coflé,chargea fi vigoureusement
t'aisle droite qu'elle plia auffi.
M de Valdes voyant ce defore
dre ,&fon Infanterie en proye
abandonnée , fit revenir à la
charge les ralliemens de Cavalerie
pour lafoûtenir, pendant que
quelques Bataillons & Efcadrons
de nostre droite chargeoient.
DE FLEURUS..227
encore les leurs qui ne s'étoientpú
retirer de l'envelope,&quifurent
défaits en ſe retirant en tresmauvais
ordre, lors que quelques
autres de leurs Bataillons faiſant
bonne contenace, revinrentencore
à la charge,mais noftre Infanterie
s'estant jointe à noſtre Cavalerie,
&ayant esté mise en bataille
fur les deux lignes 28. opposées
aux leurs 29. qui s'estoient ral
liées , une déroute generale des
vint ensuite une bataille rangée..
L'on donna de toutes parts avec
une chaleur qui les obligea de
fuir&de tout abandonner. Noſtre
victoire les mit dans un tel.
228 ΒΑΤΑILLE
defordre , qu'ils oublierent trois
de leurs meilleurs Bataillons qui
effoient dans les Jardinages de
Saint Amant 30.
Le lieu de Fleurus
ce Combat s'eſt donne,
eftoit déja confidciable
dans l'Histoire . Le 29 .
Aouſt 1622. il s'y donna
une Bataille entre l'Armée
Allemande commandée
par le Comte Erneft
de Mansfeld , & le Prince
Chriftien de Brunſvic
Volfenbutel , Eveſque
DE FLEURUS. 229
d'Harbeſtad, contre l'Are
mée Eſpagnole , com
mandée par Dom Gonzales
de Cordoue. Il demeura
quatre à cinq mil.
lemorts ſur la place.Chacun
ſe donna le gain de la
Bataille , où l'Eveſque
ayant eu le bras caffé , il
falut le luy couper ; mais
la plus commune opinion
eſt , que les Allemans furent
batus. Quelque celebre
que foit cette Bataille
, elle l'eft bien
230 BATAILLE
moins que celle qui fe
vient de donner dans le
même lieu , puis qu'encore
que toute l'Armée ait veritablement
paru Françoiſe
, par l'intrepide valeur
qu'elle a fait voir,
preſque toutes les perſonnes
d'un rang diftingué
s'y font fait remarquer
par des actions particu
lieres dignes d'une immortelle
memoire. Je
vais vous en rapporter
quelques- unes ; mais je
DE FLEURUS . 231
croy vous devoir parler
auparavant du General
qui leur a donné
licu de meriter cette diſtinction.
Tous ſes pas
ont eſté utiles depuis qu'-
il s'eſt mis à la tête des
Troupes ,& fa route vers
Gand en ovurant la campagne
, ne devoit guere
faire ſoupçonner qu'il
duſt gagner une bataille
àFleurus. On pourroit
prefque dire qu'il en a gazné
trois ; du moins eft- il
1
23 BATAILLE
1.
four qu'ilaremporte nooi
dant trois jours de fuicy
des avantages confidera
bles ſur ſes Ennemis . Il a
paflé une Riviere dont
on avoit rendu les bords
impraticables,& il l'a fait
devant une Armée nombreuſe.
Il a forcé des Redoutes,
pris des Chasteaux
22 &donnédes combats,qui
dans le temps que les Armées
n'eſtoient pas dil
groffes , auroient paffé
pour des Batailles . Lef
+
DE FLEURUS. 233
jour qu'il batit M. de
Valdec, il le fit tenir en
bataille toute la nuit pre
cedente , & toute la matinée
, ce qui marque que
Pon n'ofoit l'attaquer?
Pendant tout ce temps ,
ceGeneral qu'on dit forufé
, oublia tout ce qu'il
fait du meſtier de la
Guerre , puis qu'il laiſſa
faire à M. de Luxem
bourg toutes les manoeu
vres neceſſaires pour le
batre , de fortequ'on cuſt
V
234 BATAILLE
dit qu'il ne s'eſtoit mis
en bataille de fi bonne
heure , que pour donner
lieu de l'obſerver , & de
prendre de juſtes meſures
pours'aſſurer lavictoire.II
faloit du tempspour cela ..
M. de Luxembourg'n'en
manqua pas , M. de Valdec
luy en ayant donné
autant qu'il en pouvoit
ſouhaiter pour faire de
longues marches , afin de
I'envelopper. M. de Luxembourg
étant venu à
DE FLEURUS. 2
bout de fon deſſein vit
bien que les Ennemis
eſtoient perdus ; il dit
meſmeà ceuxqui estoient
autour de luy , la ſurpriſe
où ils alloient eſtre ,
les mouvemens qu'ils
feroient , & la certitude
qu'il avoit de les
batre . Le combat ſe donna
, & tout ſe paſſa commece
General l'avoit dit.
Il eſt vray qu'il n'oublia
rien pour le faire réiffir ,
• & que pendant toute la
Mij
236 BATAILLE
Bataille , on le vita par
tout , agiſſant de la teſte,
de la voix
main...
dela
On peut dire deM.leDuc
du Maine qu'il fut veritablement
l'ame de la Cavalerie
qu'il commandoit.
On le vit à la teſte
de tous les Eſcadrons .Il
ne ſe contenta pas de donner
des ordres avec toute
la capacité que peut acquerir
la plus longueexperience,
quoyque ce fult .
DE FLEURUS . 27
daq premiere Bataille rangée
où fon âge luy cuſt
spermis de ſe trouver ; mais
il chargea pluſieurs fois ,
&alla par tout , ou il
crut qu'il devoit eſtre .
Pluſieurs de ſes Officiers
tuez ou bleſſez à ſes côtez,
font affez voir qu'ilone
Ifut pas toujours en foureté
de ſa vie. On eut
beau luy faire connoiſtre.
le peril , ce fut le moyen
-de l'engager davantage à
fle chercher. C'eſt un vray
238 BATAILLE
Heros que cejeunePrince,
quoy qu'il n'ait encore
que
que l'âge qu'il faut pour
commencer à le devenir ..
M. le Duc de Luxembourg
, auffi occupé à le
conſerver qu'à gagner la
Bataille , fut obligé plu--
fieurs fois de le faire reti--
rer des poftes où il le vit
trop expoſé , en luy faifant
comprendre que fa
prefence eftoit neceffaire
en d'autres endroits .
M. le Duc de MontDE
FLEURUS. 239
morency fut doublement.
occupé durant toute la
Bataille ; pendant que fa
valeur agiffoit contre les
Ennemis , foneſprit eſtoit
attentif à examiner tous
les mouvemens que faifoit
faire M. de Luxem
bourg, afin que ſcachant
déia vaincre en Soldat , il
apprift à triompher en
grand Capitaine.
TM . de la Rocheguion
fit uneaction qui marque
beaucoup d'intrepidite ,
240 BATAILLE
de prefence d'efprit , &
de conduite . Ayant veu
fon Bataillon attaqué par
deux Bataillons des Ennemis
; il le partagea en
deux, & en aïant fait ainfi
deux Bataillons , il ſe mit
à la teſte de l'un ,& pouffa
&battit les deux Bataillons
qu'il avoit en reſte .
Quoyque M. le Comte
d'Albert , fils de M. le
Duc de Luynes , qui estoit
du détachement que M.
de Bouflers envoya à M.
de
DE FLEURUS . 241
de Luxembourg , euſt la
fiévre quand le Combat
ſe donna , & qu'il cust
par là un pretexte legitime
pour s'en abſenter, il
ne laiſſa pas de s'y trouver
& fit tout ce qu'on
pouvoit attendre du cou
rage le plus intrepide.
Un Officier des Ennemis
ayant connu à ſon air
que c'eſtoit une perſonne
diftinguée , ſe détacha, &
pouſſant vers luy à toute
bride , il luy lacha un
X
242 BATAILLE
A
coup de piſtolet dans les
reins à bout portant , &
s'enfuit . Ce jeune Sei
gneur , quoy que bleffé ,
Ie poursuivit juſqu'au
milieu d'un Escadron Ennemy
, luy enfonça fon
épée juſqu'à la garde , &
le laiſſant mort , il ſe retira
, aprés avoir encore receu
un coup de piſtolet
dans la main , & un coup
de fabre qui luy coupa la
manche de ſon juſte- aucorps
, & bleſſa ſon che
DE FLEURUS. 243
val à l'épaule . Il retourna
encore une fois a la charge
,
à la teſte d'un autre
Regiment ; mais voyant
enfin que les forces luy
manquoient , il ſe retira
pour ſe faire penfer . Le
premier ſoin qu'il eut ,
aprés celuy de ſa con
ſcience , fut d'ordonner
qu'on fourniſt à fes defpens
aux Soldats bleſſez
de fa Compagnie , tout
ce qui leur feroit necef
faire
X ij
24 BATAILLE
M. de Clerbourg , Ca
pitaine dans le Regiment
Royal Etranger , & commandant
un Efcadron ,
alla à la charge pluſieurs
fois , & n'ayant pû ébranler
un Bataillon Suedois
qu'il vouloit rompre , il
chargea l'Eſcadron qui
eſtoit auprés , le renverſa
& le mit en fuite. M. de
Luxembourg qui venoit
de la droite à la gauche
pour voir en quel eſtat
tout eſtoit , trouva ce Ca
DE FLEURUS . 245
pitaine , qui en luy montrant
le Bataillon qu'il
n'avoit pu rompre , luy
dit que c'eſtoient de bra
ves gens qui estoient fermes.
Ce General jugea
propos d'envoyer le
Trompette de l'Efcadron
les ſommer de mettre les
armes bas , en leur promettant
de leur faire bon
quartier . L'offre qu'il leur
fione les ayant point tou
chez , il alla luy-mefme
à toutes jambes faire a
X iij
246 ΒΑΤΑILLE
vancer de l'Infanterie &
de la Cavalerie . Comme
on les chargea de toutes .
parts , ils furent défaits
entierement , & paffez .
tous au fil de l'épée . M.
de Clerbourg receut en
cette occafion une legere
bleſſure à la main.
M. le Marquis de Langallerie
, Colonel du Regiment
de ce nom , avant
eſté commandé pour le
Corps de referve trois
jours avant la Bataille ,
DE FLEURUS . 247
s'échappa pour demander
àM. de Luxembourg permiffion
de combattre à la
teſte de ſon Regiment ,
quinaturellement devant
eſtre à la ſeconde ligne ,
s'eſt toûjours trouvé à la
premiere , & a battu les
Ennemis en trois charges
differentes . Ce Colonel
a eu fon cheval tué fous
luy , & fon chapeau percé
de deux bales. M. le
Chevalier des Couleurs,
fon Oncle , Major de ce
X inj
248 BATAILLE
mefme Regiment , fut tué
dans l'une de ces char+
ges , apres avoir donné
des marques de fa bravoure
.
L'action de M. le Comte
d'Iliers de la Gendarmerie
a paru d'une intrepidité
extraordinaire.Ce
Comte voyant ſon Etendard
pris , ſe détacha avec
deux Chevaux- legers feulement
, & l'alla repren
dre au milieu d'un Efcadron
Ennemy . Ne trouDE
FLEURUS . 249
vant plus le ſien à fon retour,
il ſe mit à la teſte
d'un autre de Cavalerie
legere ,&chargea de nou
veau les Ennemis , quoy
qu'il fuſt bleffé en deux
endroits .
Il n'eſt pas neceffaire de
faire toujours des actions
extraordinaires pour ſo
diftinguer, &quand ceux
qui occupent les grands
poftes, rempliffent parfaitement
leur devoir , il n'y
apoint de louanges qu'ils
250 BATAILLE
ne meritent, puis qu'apres
le General , ils donnent
l'ame à un combat , &
que c'eſt ſouventde leurs
mouvemens , &de leur
intrepidité que dépend le
gain d'une Bataille. M.
le Duc de Choifeuil &
M. de Montrevel ont
beaucoup contribué à
faire gagner celle de Fleurus
, & toutes les Rela
tions en parlent avec é
loge.
Les Aides de Camp de
DE FLEURUS. 251
M. de Luxembourg qui
font en grand nombre,
& d'une qualité diftinguće
, ont tous eſté à la
charge avec tous lesCorps
auprés deſquels ils ſe ſont
trouvez , & fur tout M.
de la Rochebaron , de la
Maiſon de la Rochefoucault
, qui ayant chargé
avec les Grenadiers , &
tous les autres Corps de
Cavalerie juſques à cinq
ou fix fois , a tué plufleurs
Officiers des Enne252
BATAILLE
mis , & fait un Colonel
prifonnier .
M. de Laignon , qui
commande une Compagnie
de Gendarmes , me
rite une place diftinguée
parmy tous les braves de
ce Corps . On donne auſſi
beaucoup de loüanges à
M. de Seguiran, qui com
mande les Gardes Françoiſes
, à M. de Saillant ,
Capitaine des Grenadiers
du meſme Corps , & à
M. de Carman , Capi
DE FLEURUS. 253
taine dans le mefme Reyous
giment,qui ont tous combatu
avec distinction . Il
yen a une infinité d'autres
que je ne
nomme point , faute de
temps , &de place. C'eſt
çequi m'oblige de finir ,
aprés que je vous auray
parléde quelquesMorts de
distinctionquiontacheté
par leur fag la place qu'ils
meritent dans l'Hiſtoire .
M. de Gournay, Lieutenant
General , eſtoit un
*
4
254 BATAILLE
homme fort attaché au
ſervice , qui faifoit plus
parler de luy à l'Armée
qu'à la Cour , & qui s'eſt
beaucoup fignalé dans
ce dernier combat , ainſi
qu'en mille autres occafions
. Il eſtoit d'une no
bleſſe fort diftinguće , &
de l'ancienne Chevalerie
deLorraine. Il y en avoit
quatre Famille originaires
de Mets , & ce Comte
eſtoit de l'une de ces quatre.
Sa femme dont il
DE FLEURUS. 235
cfſtoit parent, ſe nommoit
de la Rache , & estoit de
l'une des trois autres
Maiſons de cette ancien
ne Chevalerie de Lorrai
ne dontje viens de vous
parler. Ila laiffé deux garçons
, l'un d'épée & l'autred'Eglife.
MM.. dduuMMets,Lieutenant
General des Armées du
Roy & de l'Artillerie ,
Gouverneur des Ville &
Chaſteau de Graveline ,
eſt mort gloricuſement
256 ΒΑΤΑILLE
dans cette Bataille , &
comme ſa modeſtie n'a
pas permis qu'on parlaſt
de luy pendant ſa vie
dans les occaſions qui
s'en font offertes ,je dois
luy rendre justice envous
apprenant qu'il prit dés
ſes plus tendres années , à
l'exempledeſes Ancêtres,
la profeſſion des Armes
que Jacques du Mets fon
Pere mort en 1669. dans
l'exercice de la Charge
de Treſorier des Parties
DE FLEURUS . 257
Caſuelles , avoit quittée
en 1632. Il fit ſa premiere
Campagne en 1655. dans
le Regimentde la Meilleraye
, fervit dans l'Artillerie
en 1656. au fiége de
Valencienne , & fut bleffé
l'année ſuivante au fiege
de S. Venant , d'un
coup de canon au viſage,
qui fut une des plus grandes&
des plus extraordinaires
bleffeures qu'on
ait veues , & dont il a
porté de glorieuſes mar-
Y
A
258 BATAILLE
ques le reſte de ſes jours
Il ſe ſignala en 1667. dans
les fieges de Tournay ,
Douay , Lifle & Oudenarde
en prefence du Roy
qui en 1668. le fit Lieutenant
General de l'Ar+
tillerie dans les Provinces
de Picardie , Flandre,
Artois , Hainaut , Pays
conquis & reconquis. Il !
la commanda en 1672.
dans les ſiéges deVveſel,
Nimegue , Grave , & autres
Places de Hollande,
DE FLEURUS. 259
& ſe diftingua en celuy
de Maſtric en 1673. Depuis
ce temps-là il s'eſt
trouvé à tous les fieges ,
& à toutes les batailles
qui ſe ſont données en
Flandre. Il eut la jambe
percée de part en part à
celle Senef , d'un coup
de piſtolet , & reccut un
coup de Moufquet à la
cuiſſe dans celle de S..
Denis. Le Roy le fit Madonna
le Gouvernement
reſchal de Camp , & luy
Yij
260 BATAILLE
de la Citadelle de Lifle
en 1680. & celuy de Graveline
en 1684. Il fut fait
Lieutenant General de ſes
Armées en 1688. & il a fini
ſa vie das la fameuſejournée
de Fleurus , pleuré des
fiens , aimé des ſoldats ,
chery des Officiers , regretté
de tout le monde ,
&du Roy meſme qui l'a
honoré de ſon eſtime .
La Charge de Marêchal
des logis de l'Armée
qu'avoit M. Deſcures, eft
DE FLEURUS. 265
une Charge de distinc
tion , & l'on arrive rarement
à ce grand Pofte
fans s'eſtre ſignalé en
beaucoup d'occafions
M. Deſcures estoit petit
fils du fameux Deſcures ,
qui avoit la Charge de
Mareſchal des Camps &
Armées du temps d'HenryIV.
Ily en a eu plufieurs
de ce nom qui ſe ſont
rendus recommandables.
M. le Marquis de Soye
court , Colonel du Regi
262 BATAILLE
ment de Vermandois , &
M. le Chevalier de Soyecourt,
Capitaine - Lieute
nant des Gendarmes de
Monſeigneur leDauphin,
eſtoient freres , & fils de
M. de Belleforiere , Marquis
de Soyecourt , Commandeur
des Ordres du
Roy , Grand Veneur de
France , & de l'une des
meilleures Maiſons de Picardie
, & de Marie Re--
née Longueil de Maiſons.
Ils n'ont rien negligé, dés
DE FLEURUS . 263
qu'ils ont eſté en âge de
le pouvoir faire , pour ſe
diftinguer parmi les gens
de leur qualité , & l'on
doit croire qu'ils ne ſe ſeroient
pas fi - toft laffez
dedonner des marques de
leur zele , & de leur valeur
que l'on avoit éprouvée
, s'ils n'euffent pas
eſté tuez aprés avoir fait
tout ce qui pouvoit confirmer
les eſperances
qu'on en avoit juſtement
conceues.
264 ΒΑΤΑILLE
M. de Verderonne,Capitaine
- Lieutenant des
Gendarmes de Monfeigneur
, avoit eſté nourri
Page de la grande Ecurie
Il eſtoit du Vexin,& petit
fils de M. le Chancelier
d'Aligre . Il avoit de la valeur,
&du ſervice , & s'eſtoit
diftingué dans toutes
les dernieres guerres.
M. le Marquis de Vil--
larceaux étoitde l'illuſtre
& ancienne Maiſon de
Mornay ,dont lesHiſtoires
dc
DE FLEURUS. 265
de Froiſſard , & les Memoires
deM duTillet font d'amples
remarqués. M du Pleffis-
Mornay ſi connu ſous Henry
IV. eftoit cadet de Pierre
de Mornay , Marefchal des
Camps & Armées du Roy ,
Chevalier de ſes Ordres , &
Gouverneur de l'Iſle de France,
aiſné de cette Maiſon . Mr
le Marquis de Viilarceaux
qui vient d'eſtre tué , eſtoit
Capitaine - Lieutenant des
Chevaux- Legers de la Garde
de Monseigneur le Dauphin.
Il avoit chargé cinq ou fix
fois les Ennemis , & les avo.D
Z
266 BATAILLE
toujours rompus. Enfin s'étant
mêlé avec eux à la derniere
charge , il y fut enveloppé
& n'en revint point.
Il s'eſtoit diſtingué la veille
au premier Combat, & avoit
eſté nommé pour commander
la Gendarmerie le lendemain.
Il fit la Campagne de
Hongrie à l'âge de dix-huit
ans & ſe ſignala à la Bataille
de Saint Godard. Depuis
ce temps- là , il n'a pas
manqué une Campagne. Le
Roycrea en ſa faveur laCharge
de Sous- Lieutenant des
Chevaux- Legers de Monfei
DE FLEURUS. 267
gneur. Il reçut un coup de
fabre au milieu du front à
la Bataille de Caſſel à la teſte
de la Compagnie , dont il
fut fait Capitaine Lieutenant
à la fin de la Campagne. Son
Eſcuyer a rapporté les clefs
qu'il avoit dans ſa poche ,
queM' de Valdec a renvoyées
àMe de Luxembourg , & l'on
aſſeure qu'il a fait punir ceux
qui l'ont tué aprés l'avoir
pris. Le Roy eſtant fatisfair
de ſes ſervices , a receu M
de Villarceaux ſon pere avec
beaucoup debonté , & luy a
donné ſa Charge. Feu M'de
Zij
-268 BATAILLE
Villarceaux joignoit à ſa va-
Meur beaucoup de politeſſe. Il
avoit efté fait Chevalier de
l'Ordre dans la derniere Promotion
, M le Marquis de
Villarceaux ſon Pere ayant
fupplié le Roy de vouloir
donner à fon Fils cette marque
d'honneur , dont Sa Majeſté
vouloit recompenfer les
ſervices qu'il a rendus à la
Guerre , & dans les autres
Charges qu'il a cuës dans la
Maiſon Royale , parce qu'étant
retité dans ſa Maiſon de
Campagne pour y vivre en
Philofophe , il ne ſongcoit
DE FLEURUS. 269
plus à ſe montrer à la Cour
que pour venir affcurer Sa
Majesté de la continuation
de fon zele,
M ' de Sallard , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes de
Monfieur , eſtoit à la Bataille
de Saint Godard ; ainſi l'on
peut dire qu'il eſt depuis
long-temps dans le ſervice. Il
a eſté Officier aux Gardes , &
Monfieur l'honoroit de ſon
eſtime & de ſes bienfaits . Il
eſtoit parent de Me le Maré.
chal de Gramond .
M de Bertillac , Colonel
du Regiment de ce nom ,
Z iij
270
BATAILLE
eſtant encore fort jeune avoi
peu de fervice ; mais il avoit
beaucoup de valeur , & marchoit
ſur les traces de M. de
Bertillac fon Pere , Maréchal
des Camps & Armées du
Roy. Son Grand- pere , cydevant
Garde du Treſor
Royal , & Tréſorier, de la
Maiſon de la feuë Reync
Mere du Roy, eſt eſtimé pour
ſa grande probité .
M le Comte de Seaux ,Coloneldu
Regiment de Champagne
, eſtoit le dernier des
Fils de feu M. Colbert . Il
donnoit de grandes eſperan
DE FLEURUS . 271
ces ayant déja fait paroiſtre
beaucoup de courage. Il
avoit de l'eſprit & de l'honneur
, &s'attiroit la bienveil
lance de tous les honneſtes
gens.
M. de Nogaret eſtoit fils
de N.... Louvet de Murat &
deNogaret, Marquis de Cauviffon
,l'un des Lieutenans
pour le Roi auGouvernement
• de Languedoc , & de Madelaine
de l'Iſle Marivaux.
Il avoit de l'eſprit & du coeur,
& Monſeigneur le Dauphin
Tl''hhoonnoorrooiitde ſon eſtime.
Quelque fuperieurs que
272 BATAILLE
les Ennemis puiſſenteſtre en
forces , il eſt impoffible qu'ils
gagnent jamais une Baraille
complette contre les François.
La nobleſſe dont ilsconnoiſſent
le coeur , perdra la
vie avant que de ſouffrir qu'ils
s'emparent duChamp deBataille
,& les Soldats encouragez
par l'exemple des Officiers
,&animez du zele qu'ils
ontpour leur Prince, &pour
leur Patric , combattront
toujoursavec une ardeurtoute
Françoiſe. La fatisfaction
qu'en a le Roy ,Juy a fait dire
: Qu'il estoit beureux d'eftre
DE FLEURUS .
273
Souverain d'une Nation fi belliqueufe
, & qu'il n'avoit point
de meilleurs & de plus fidelles
Alliez que fes Sujets .Cela doit
étonner ceux qui ont cruque
la France fuccomberoit dés
qu'elle ſeroit abandonnée de
fes Alliez. On peut dire que
la Bataille de Fleurus eſt doublement
glorieuſe à Sa Majeſté
, puis qu'on n'a preſque
vaincuque des Ennemis de la
Foy. Ils eſtoient ſecondez par
les Eſpagnols , qui travaillent
à faire fleurir la Reli
gion Proteftante , & à ruiner
laCatholique dans desRoyau
274
BATAILLE
mes entiers, pendant queleur
Inquifition enEſpagne, mene
en triomphe quelques
malheureux Proteſtans . Le
Clergé Eſpagnol n'eſt pas fatisfait
de cette Guerre , puis
que Sa Majesté Catholique
ayant demandé , qu'il imitaft
celuy de France , en luy donnant
quelque ſomme , il a répondu
, qu'ily avoit bien de
Ladifference : que l'argent que
donnoit le Clergé de France ,
estoit pour défendre la veritable
Religion , & que celuy qu'on
leur demandoit estoit pour la dé.
truire.
de
11
DE FLEURUS. I
Il n'y a point de Nation
au monde , où l'on
déguiſe moins la verité
qu'en France , & comme
on n'y diminuë point les
pertes qu'on fait , on n'y
groffit pointles avantages
qu'on remporte. On cacheroitdansd'autresEtats
lesnomsd'un auffi grand
nombre de Morts & de
Bleſſez , que vous en allez
lire mais outre que ce
grand nombre n'a rien de
honteux quand celuy des
Aa
2 BATAILLE
Ennemis eft infiniment
plus grand , il eſt juſte de
faire connoiſtre ceux qui
ont ſi vaillamment combatu
, & de ne pas priver
la poſterité du plaifir
qu'elle doit avoir d'apprendre
leurs noms. C'eſt
un avantage pour leurs
Familles que de pouvoir
compter des Anceſtres
qui ont prodigué leur
fang , pour la veritable
Religion , pour leur Prince
, & pour leur Patric,
DE FLEURUS . 3
& c'eſt par où exciter
leurs Defcendans à ſe
montrer dignes d'eſtre
fortis d'eux. L'égard qu'-
on doit avoir à cela ,
pour ne dérober la gloire
à perſonne , eft caufe
que loin d'avoir affoibly
le nombre des Bleffez
on en a mis dans la
,
Liſte qui ne le font que
tres - legerement. Si les
Ennemis en ufoient avec
la meſme franchiſe ,
il faudroit des Volumes
Aa ij
4
BATAILLE.
2
entiers pour contenir les
noms de leurs Morts &
de leurs Bleſſez , quoy que
leurs Compagnies qui
font une fois auffi remplies
que les noſtres
n'ayent pas un plus grand
nombre d'Officiers , fans
quoy ils en auroient eu
beaucoup davantage ;
mais il faut qu'en leur
place il y ait eu quantité
de braves Soldats tuez .
A l'égard des noms propres
, comme il eſt impof
DE FLEURUS . 5
fible de deviner ceux qui
ne font pas écrits d'un
caractere affez bien formé
, les intereſſez excuferont
s'ils en rencontrent
quelques- uns defi--
gurez . On pretend mefme
qu'on en marque de
tuez qui ne font que
prifonniers , & de bleffez
qui ſe portentbien, mais
on n'en dit point les
noms , ce qui m'empefche
de rien changer dans la
Lifte.
A a iij
6 BATAILLE
ETAT DES OFFICIERS
de Gendarmerie & Cavalerie
tuez ou bleſſez à la Bataille
de Fleurus le 1. Juillet 1690 .
OFFICIERS GENERAUX.
M's de Gournay , Lieutenant
General , tué.
Du Mets , L. General , & L.
general d'Artillerie , tué.
De Vivans , Maréchal de
Camp , blefßé.
De Ximenes , Brigadier d'Infanterie
, bleffé.
Dalegre , Brigadier de Dragons
, bl .
DE FLEURUS . 7
De Castres , Brigadier d'Infanterie
, bl.
DesCures, Maréchal des logis
de l'Armée , tué.
GENDARMERIE..
Morts.
M's La Rouay , Enſeigne .
Depucy, Maréchal des Logis.
Blaſac , Sousbrigadier .
Langelier, Brigadier.
Dom Pedro , Mar. des Logis:
Le Chevalier de Soyecourt ,
Capitaine Lieutenant.
Le Marquis de Verderonne ,
Marquis
Capitaine Lieutenant.
Le Marquis de Villarceaux ,
Capitaine Lieutenant.
Aa iiij
18 BATAILLE
De Salar , Capitaine L.
Dugué , Mareſchal des Logis.
De Sautour , Mareſchal des Li
BLESSEZ .
De Leſtrez , Mareſchaldes L.
Mal-maiſon , Sousbrigadier.
Mineur, Marefchal des Logis .
Livarot ; Sous Lieutenant.
De Marfin ,Cap. L.
Petit , Marefchal des Logis .
La Riviere , Guidon.
des L.
Beauvel , Brigadier.
Brigadier.
Boulon , Enſeigne .
Saint Luc , Marefchal
La Bertonniere , M. des L.
Blonſac , M. des Logis.
La Rafe , Sous Brigadier.
DE FLEURUS . 9
DeVilliers , Sous-Brigadier.
REGIMENT ROYAL
Etranger.
MORTS.
Maiſon- ville , Capitaine .
Creiſtol , Capitaine.
De Planches , Lieutenant.
BLESSEZ .
Le Comte d'Albert , Cap.
De Brandins , Cap.
La Fillet , Lieutenant.
Coupeſſard , Cornette.
Grandeveze , Cornette .
- Couvigny , Cornette.
•Deſſencourt , Cornette .
De Genots , Cornette .
Peronel , M. des Logis .
10 BATAILLE
Beaulieu , M. des Logis .
Le Chevalier de Creſſeil .
LOMARIA.
Morts.
Beinq , Capitaine.
Liſſac ,Capitaine.
Larmont , Lieutenant.
Drabille , Lieutenant.
BLESSEZ.
Clermont , Major.
Deſpagne , Lieutenant.
Vigniole , Lieutenant.
Degremont, Cornette.
Saint Estienne , M. des L.
Saint Hicroſme , M. des L.
La Chapelle , M. des Logis ,
DE FLEURUS . II
CHARTRES.
Morts.
Valcourt , LieutenantCol.
Memeac , Capitaine .
Pradinet , Lieutenant.
Vouſy , Ayde- Major.
Milliozé , Cornette .
Danguis , M. des Logis.
Petit , M. des Logis.
BLESSEZ.
Cailus de Fontange, Colonel.
mort de ſes bleſſures .
Valon, Capitaine .
Courſais , Major.
La Garde , Lieutenant.
La Briffoliere , M.des Logis.
Du Freſnoy,M. des Logis.
Varlofin.
12 BATAILLE
MERINVILLE.
Morts.
Garencieres , L. Colonel .
Quelon , Lieutenant.
BLESSEZ.
Michel , Lieutenant,
Brion , Cornette .
Foncienet , Cornette.
Dantragues , Lieutenant.
Du Pont, Cornette.
De Bolen , Colonel .
Vertugua , M. des Logis.
BERTILLAC.
Morts.
Bertillac , Colonel .
Monluc , Lieutenant Col.
E
Π
L
JB
L
7
P
E
L
L
DE FLEURUS. 13
Beauſſon , Major .
La Chaiſe , Capitaine.
De Precy , Cornette.
4
:
Le Chevalier de Barmont ,
Cornette.
Joüilliac , Cornette.
Barantin , M. des Logis.
BLESSEZ.
De Balen , Major.
LeChev de Biſſy , Capitaine
Ricarville , Capitaine.
Palieres , Lieutenant.
Bongard , Lieutenant.
Le Chevalier de Tanus , Cornette
.
Villars , Lieutenant.
Le Chev.de Culan, Cornette,
14
BATAILLE
Boiſleau , M. des logis .
ROYAL ROUSSILLON,
Morts.
Deſpaliou , Capitaine.
De Chauſſerie , Lieutenant .
Jafferan , Cornette.
Bleffezs
Fournier , Lieutenant.
Brunet , Cornette.
Foreſtier , M. des logis .
CIBOURG.
Morts.
Rochefort , Capitaine.
Caumont , Capitaine.
Saint Germain , Lieutenant.
La Bourgiſe , Lieutenant.
De Creil , Cornette.
DE FLEURUS. 15
De Laurier , M. des logis.
Bleffez.
Le Chevalier Deſcluſelle
Ayde-major.
Beſſons , Lieutenant.
La Barde , Lieutenant.
Miramont , Cornette.
La Beſſiere , Cornette.
Chevet , Cornette .
CRAVATE ROYALE.
Morts.
Goville, Lieutenant-Colonel.
De Lom - Naugaret , Capi
taine.
De la Salle , Cornette.
Bleßez.
Roucy , Colonel.
16 BATAILLE
La Brille , Lieutenant .
Deſgremont , Cornette.
Beaufort , M. des logis .
Laillerie , M. des logis.
DU ROSEL.
Morts.
La Chaiſne , Lieutenant.
De Termes .
Bleffez.
Du Rouſſay , Capitaine.
Verneüille , Ayde-major.
Beauvais , Capitaine .
Longat , Capitaine.
Beduë , Capitaine.
Saint Primat , Lieutenant.
Muron , Lieutenant.
De Pré , Lieutenant .
DE FLEURUS 17
Gueſtron , Cornette.
La Badic , Cornette .
Le Chevalier de Lacq.
DU MAΙΝΕ.
Morts.
Chavancé , Colonel .
Deſtourneau , Capitaine.
Vilſecq , Cornette.
Bleffez.
La Ferronnais , Major .
De Boure , Capitaine ,
Le Févre , Capitaine.
De Peray , Lieutenant.
Martin , Cornette .
Deſmarets , M. des logis .
вь
18 BATAILLE
QUOAD.
Morts.
Robert d'Eſpagne , Cap.
Villepech , Capitaine.
Charolles , Ayde- major.
Saint Hircelles , Lieutenant.
Bleffez.
Lusbourg , Capitaine.
Milly , M. des logis .
Bertran , Capitaine.
Bernard , Capitaine.
La Pierre , Capitaine .
Quoad , Major.
LEVIS.
Morts.
Geneſt ,Capitaine.
Darly, Lieutenant.
DE FLEURUS . 19
Lantage , Cornette .
Bleffez.
Montaigu , Capitaine.
Beaulieu , Ayde- major.
La Tour , Lieutenant.
La Foreſt , Cornette.
Roger , M. des logis .
Sereau ; M. des logis.
DIMECOURT.
Morts.
Valligny , Major.
Touchereſne , Capitaine.
Du Pin.
De Sais .
Dalaigne.
La Fenon.
Dardenne.
}
}
Lieutenans .
2
Bb ij
20 BATAILLE
Bonnafond , Cornette .
Poſtard , Cornette .
Saint Germain , M. des logis .
Bleffez.
(
Defoſſé , Capitaine.
Mery , Lieutenant.
Davou , Lieutenant..
Le Chevalier de Miromenil.
Cominges , Cornette .
La Foreſt , Cornette .
Daubuſſon, M. des logis .
ROQUEPINE.
Morts.
Croſſet , Capitaine.
Loiſier , Capitaine.
Malines , Lieutenant.
Moran , Lieutenant .
DE FLEURUS. 21
Bracq , Lieutenant.
Drigny , Lieutenant.
Comingis , Cornette.
Caravannes, M. des logis.
Roye , M. des logis.
Bleffez.
De Broſſau . Lieutenant Col.
Du Buiſſon , Major.
Bonis, Capitaine, priſonnier.
Dal , Capitaine .
Daucher , Capitaine .
Valentin , Lieutenant.
La Calpaſſe, Lieutenant.
Du Pecy , Cornette.
Duché . Cornette .
A
Chevaliers, M. des logis.
22 BATAILLE
THELIPPEAUX.
Mort.
Betaut , Cornette.
Bleffez
Imecourt , Major,
Condé , Capitaine.
Blin,Capitaine.
Blas , Lieutenant.
Gouvert , Lieutenant.
Goubeau , Cornette.
La Pierre , Cornette .
Du Bois , M. des logis.
CONDE .
Morts
Migneau , Capitaine.
Solais , Capitaine- Lieutenant.
DE FLEURUS. 23
Bleffez.
Brufſon , Capitaine.
Soules , Lieutenant .
De Leyrap ,
Barte , Aide-major.
Broſſard , Cornette .
Bourgaut,Cornette.
De Laurie , M. des logis.
Forceville , M. des logis.
La Cour , M. des logis.
1. des logis.L. PRACOMTAL .
Morts.
Alexandre, Lieutenant.
Sales de Brie , Lieutenant.
Duretail , Lieutenant.
Bleffez.
Capdeville , Lieutenant Col.
24 BATAILLE
Limane , Capitaine.
Pecche ,Capitaine.
Douba , Capitaine.
Cauferran, Aide-major.
Cafaubon , Lieutenant.
Dautrives , Capitaine.
Dorigny , M. des logis .
S. Ollaire, M. des logis .
BOUFLERS.
Mort
S. Remy , Maréchal des logis,
Bleffez
Le Comte de Naſſau , Col.
S. Balmont , Capitaine.
Rouſſy , Lieutenant
Mouſſy , Cornette.
Le Maceu , Cornette.
Millain ,
DE FLEURUS .
25
Millain , M. des logis.
Du Monceau , M. des logis.
ROYAL ALLE MAND
Morts.
Meuler , Colonel .
Fridemberg, Capitaine.
Bravert , Capitaine.
De Guincenac , Lieutenant.
Ten, Licutenant.
Hauſer , Lieutenant.
Lenish , Lieutenant.
Bleter , M. des logis .
Bleffez
Bolen , Colonel .
Bolen le Cadet , Major.
Le Guain , Capitaine.
Bielque, Capitaine.
Cc
۱
26
BATAILLE
Ranſperg , Capitaine.
Capitaine. Chemberk ,
Nogent , Capitaine .
Croucanberg , Capitaine.
Fredeberg , Capitaine.
Hanh , Lieutenant .
Jeunove , Lieutenant .
Groflo , Cornette .
Zeuven , Cornette .
Niles , Cornette .
Godefni , Cornette.
Eſtein, M. des Logis .
Cazacoski ,M. des logis.
FURSTEMBERG.
Morts
Meulerſe, Capitaine,
Deſprez , Lieutenant.
DE. FLEURUS. 27
Hotpen, Cornete.
Dimenau , Cornette .
Beaumont , Cornette .
Le Brun , M.des logis.
Bleffez
Tenfenhouſe , Colonel.
Denil , Major.
Donal , Capitaine.
Conflant,Capitaine.
Maubeuge, Capitaine.
Deifremond , Lieutenant.
La Haye , Lieutenant.
La Motte , Cornette.
Meronfal , Cornette .
LaBarre, Maréchal des logis.
Baucolin,M. des logis.
Ccij
28 BATAILLE
MAGNA C.
Morts.
Şaint Remy , Lieutenant .
Boubarre , Lieutenant.
Goville , M. des logis.
Bon-abord , M. des logis.
Morts.
Montauroux , Capitaine.
Colombel, Capiraine.
NOVAILLES.
Morts.
Florenſer Lieutenant.
La Boiffiere , Cornette .
La Broffe , Cornette.
La Grange , M. des logis.
Du Val , M. des logis .
Du Laurier ,M. des logis.
DE FLEURUS . 29
Damelot , M.des logis.
Bleffez.
Bacalan , Capitaine.
Dantelon , Capitaine.
Pafchal , Capitaine.
Roffillac , Lieutenant.
Le Chevalier de Meure, L.
Moftin.
Tradet.
ROYAL PIEDMONT.
Morts.
Monteil ,Capitaine .
Villepreux , Capitaine.
Bourlon , Capitaine .
Balbian , Lieutenant.
La Vigne , Lieutenanr.
Des Chomes , Lieutenant.
Cciij
30 BATAILLE
Borion , Cornette .
Hald , Marechal des logis .
S. Auban , M. des logis .
Bleffezs
Bouzole , Colonel.
Bourſeton , Capitaine.
Gadaine , Capitaine.
Des Roches , Lieutenant
Belleville , Lieutenant.
Roger , Lieutenant.
Du Cros , Cornette .
Hoſtard, Cornette,
Grandpré ,Cornette.
Paget , Cornette.
Beauregard ,M.des logis.
DeCoſte, M. des logis.
DE FLEURUS. 31
ETAT DES COLONELS,
Capitaines & Officiers d'Infanterie
qui ont esté tuez
bleffez à la Bataille de
Fleurus.
GARDES FRANÇOISES.
M Senterre , blessé.
Mefle , bl.
Hoel , bl.
DeCreil , pprriisfoonnnniieerr
Regiment de Salisqunta
Monts
Gerard , Capitaine,
Labregement, Enſeigne..
Cc iiij
32 BATAILLE
福Bleffez.
Stoup,Colonel.
De Siconnet, Capitaine.
Paraviany , Capitaine.
Planta, Capitaine.
D.f.hamps , Sous Lieur.
Cornu, Enſeigne.
Queller, Enſeigne.
Malacrida , Sous-lieutenant.
Regiment de Soiffons .
De Villecourt, Lieur Col. bl.
Fenenville , Major, bl.
Chauvet,Capitaine & Aidemajor
, bl.
Chauvet,Capitaine & Aide
major , bl .
Verrien,Lieutenant &Garçon
Major, bl..
DE FLEURUS. 33
Caprugues , Cap. bl. à mort.
Le Capitaine , Chevalier de.
Malte , bl.
Bernamont, Capitaine , tue.
De Seriffet , bl .
De la Sablonniere, Cap. bl.
Vauſſel Capitaine, bl.
Du Montel , L.de Grenad. bl.
Bargerenc , bleßé à mort..
La Pipane , bl.
De Caye , bl.
Sous- Lieutenans .
Naval Sous- Lieutenant de
Grenadiers , bl .
Chambon.bl.
Du Borda , bl .
Coguau , bla
34
BATAILLE
Brandon , Enseigne , bl .
Darla, Enſeigne, bl .
Regiment de Stoup Suiße ,
Lieutenant General.
Bleffez.
Courlans , commandant un
Bataillon.
Facy , Capitaine,
Feciy , Lieutenant.
Inderſtorf, Lieutenant.
Regiment
Regiment de la Chaftre.
De Villette , Capitaine, tué.
Bieffez
DeMillon , Lieutenant Col.
De Juillet , Major.
Maſſonniere, Cap. Grenadier.
Pontchantel , Capitaine.
DE FLEURUS . 35
Getrancourt ,Capitaine.
Lieutenans bleffez.
Monplacet.
Monredon.
Sous- Lieutenans bleffez.
Baſſanniere,
Baſtral .
De Ferriere,
Regiment de Caftre.
LeColonel
Bleßez.
LeBrun , Capitaine de Grenadiers.
Baucet ,Capitaine.
LaMafle.
Bandilargues,Capitaine.
Dautriment, Capitaine.
36 BATAILLE
Figuerie , Capitaine.
Breconnet , Capitaine,
Lieutenans .
Montbriffon , tué.
Tirmoy , tué.
Darce, bl.
La Chaffe , bl .
Bolte , bl.
Du Serail , bl. تاوروم
Sousl-ieutenans bleffe.z
De Sandricu.
Raouffet
Soran .
Deſguienne
Langlade.
Regiment des Gardes Suiffes
Acheimatte , Major, fort bl.
DE FLEURUS . 37
Ficher , Lieutenant , bl.
Diemont , Lieutenant, bl.
DeFitte , le visage & le bras
brûlez.
De Vaulle , bl.
De Pegrand ,
bl . à mort.
De la Brie , bl. à mort.
La Roche de Vau , bl.
De Gueffie , bl.
De Montagne , bl. à mort.
Du Buiſſon , bl .
De Villequers , bl.
Sous-lieutenans .
De Cautigny, tué.
Bleffez
De Nau .
Boulonois.
38 BATAILLE
Bordereau .
Du Pleſſes.
Bertigny.
Reneault.
De Beaumont.
Pajot.
Darmant .
De la Bute.
1
Regiment des Bombardiers .
La Garde , tué.
Berthe , tué.
Rouffeau , tue,
De Bigny , Colonel d'Infanteric
, tué.
د
Bleffex
Fontenaille.
Bardon .
DE FLEURUS. 39
Gargas ,Major.
La Roche, Capitaine, à mort.
Venife.
Pacy.
Perault .
Lieutenans tuez.
Beatrix.
Gauvry.
lavary.o
Bleffez
Jamet ,
Menouville ,
Sous- lieutenans & Enseignes
цех.
Saint Antoine.
Larbouſſe .
Boiſville,
40 BATAILLE
Grancourt,
Bleffez.
La Pareille.
La Prinige.
Olivier .
Villemort.
Regiment de Provence.
Seguier , Lieut . bleſſé d'un
I coup de Sabre à la teſte.
Quatre Capitaines bleſſez
dangereusement , & quatre
legerement.
Regiment de Soiffons.
Capitaines.
Dorthenard, tué.
Danché, bl.
Deſmont ; bl.
DE FLEURUS. 41
Boudeville .
Nogaret.
Lieutanant deGreder Suiffe.
Greder Colonel bleſſé .
HuitCapitaines bleſſez .
Trois Lieutenans tuez .
Huitbleſſez .
Regiment du Maine.
De Neuilly , bl.
Genvril , tué.
Lieutenans bleffez
Dalincourt, des Grenadiers .
Marcaur
Fontenailleswa
La Montagne.
Sarimnoiſées .
Chaſteaucouvert.
Dd
42 BATAILLE
La Roque.
Du Haguet.
De Las .
Regiment d'Auvergne...
Capitaines.
Le Milan . bleſſe .
Sailly, bleſſé .
Des Cafſfiers , tué.
De Laurier , fort bleſſé.
Maſan, bleſſe,
Saint Maurice, bleſſé .
Boiffer , tué
Lieutenans.
De Sorne , bl. à mort.
Renaud , bl.
Chambadon, fort bleßé
Du Baſle, tué.
DE FLEURUS. 43
Sous-lieutenans .
LaCoſte.
Boyer , fort bloſſé.
Bricart , fort bleſlé.
Roche- Bertiere .
Second Bataillon.
DuDiſons , Capitaine .bleſſé.
Regiment d'Orleans.
La Lane de Baliquaile , bl.
Des Coftieres, Major , bl.
Camoſſe , Aide- major, tué..
Montfalin , mortellement bl.
Regiment de Touraine .
Mefliers.
D'Antoine , Capitaine , t.
De Cauſſois , Capitaine , 1.
Deux chevaux de tuez , &un
-
Ddij
44 BATAILLE
de bleſſe ſous M' d'Uſſon.
Dartaut, Licut. Col. tres-bl..
De Montaut,mortellementb.
La Reineerge , Aide major ,
deux contufions .
De Beaumont , Cap . legerement.
bleffé, ora
DeMarcomay , fort bleffe.
Dambois , mortellement bl.
De Briffon , Capit. mortelle
ment bleffé .
La Vergne, Capitaine, bl.
Lieutenans.
Melly , Aide de Camp , t
Boudin , mortellement bl .
Bouſſy, mortellement bleſſé,
DeCastellan,dangereuſement:
bleffé ..
DE FLEURUS.
45
La Serre , legerement bleffé .
La Chaine,legerement bleſſé.
Sous- lieutenans ...
De la Carriere, tuć .
De Mignon, tué.
De Signy, Enſeigne,Colonel,
bleſſé à mortallio
De Perriere,legerement bl.
De Salard, legerementbl.
Boiſſacq, blefl'équ
DeCharles, bleffé.
Regiment de Champagne ..
Le Comte de Sceaux, les deux:
jambes percées ,mort de ſes
ble ſtures, 1930
Capitaines.co
Cotignon bleſſé au pied.
1
46 ΒΑΤΑILLE
De Gaſquet, Major, deux conrufions,&
fon cheval tué
ſous luy.
DeBourguet,bleſſé dangereuſement.
Chaſtrier , le bras caffé .
Cheneviere,legerementbleſſé
au pied.
Treſemane , deux doigts de
la main emportez.
Saint Blemont , Capitaine de
Grenadiers , bleſſé à mort.
Mablan , Capitaine , tué .
Eounaux, Cap. bleſſe à la
cuiffe .
Dartau , Capitaine, tué .
Du Pleſſis Calidos , Cap. bl.
DE FLEURUS ..
47
La Bafle, Cap. bleffé à la teſte.
Bourneffan, Cap. le bras caffé.
Luffer , bleffé .
Fagot, bleffé à mort..
Berge,bleffé.
Chaſteüil , la jambe percée.
Coſmille, dangereuſement bl.
Beaumont , dangereuſement
bleffé.
Figeac , Aide- major , le bras
percé.
Lieutenans.
Tillieul , des Grenadiers, tué.
Du Freſne , une contufion.
Chaſtillon , une contufion.
De Montagne, tué.
Buſſion, dangereuſement bl,
48
: BATAILLE
Damiel, fort bleſſé
Des Foſſez, bleſſé à la jambe .
Gaubert , bleſſé à la teſte..
Chaſteau , rué.
Caquet, tue.appled 50
S. Oupignon , tué .
Toucher, bleſſfé au genoüil.
DeLo,dangereuſementbleſſe
Morande, bleſſfé à l'épaule.
Sous-lieutenans
Duret, legerement bleffe
Daſtelnau , desGrenadiers , t .
DeBert, une contufion à la
teſte.
Bouſſandis , fort bleſfé.
S. Eſtienne , bleſſé à la jambe.
Bourguraux ,l'épaule caffée.
Faïet ,
:
DE FLEURUS . 49
Faïet , fortbleſſé au pied.
Regiment des Fufeliers du Roy.
Capitaines.
De Tenier , tué.
De Reffins, tué.
De Lanfray ,tué.
De Goville,tué.
DeMontigny,une contufion,
La Touche , une contufion .
De Rocancourt,bleſſe à morts
De Martel, bleſſé.
De Garnay, bleffé.
DeBlais,bleffé.
Da Champerouſe, bleſſé.
Du Moulin, bleſſe.
Du Pleſſis , bleſſé àmort.
De Pointy,bleſſé àmort.
Ec
So BATAILLE
De la Combe, bleffé ,amso
Lieutenans.do
De Vignay , tué. no
De Chambau , tué .
Du Pré, bleſſé.
De Beauvais, bleffenigd
Ladrieux, dangereuſement bl.
Puger ,bleffé.
Mervier, bleſſé.
La Martine , mort .
De Sonde , mort. mig
Lieutenans.
Nocville,dangereuſement bl.
Foncourt da
Foncourt,dangereuſement bl .
Boivant, tue.ingitoll
Lavigentibleffe.
Honcourt,bleffe.log
DE FLEURUS. SI
وه ب
Chamois bleſſé .
Chauvager, bleſſé .
Bonncüil , tué , ou pris.
Sous - lieutenans .
L'Epinet, bleſſé .
Dragis .
Le Chevalier de Bailleul , tué
ou pris.
Regiment de Navarre.
Dole, Capitaine Grenadier,bl .
De Roſulet , Capitaine Aidemajor
, bl .
Dorſignat, bleſſé.
De Carignon ,Capitaine , bl.
De Prelac , Liceutenant , bl .
Ecij
2 BATAILLE
De Prelac,, Sous- 1.bleffé.
Regiment de Vermandois.20
Le Marquis de Soyecourt ,
Colonel , tué.
Capitaines.
La Ferriere , Lietenant Colo-
Anel , bleſſé . 201
De la Touche,Capitaine Grenadier
, bleffé .
S. Gilles , bleſſé. non av
La Factiere , bleſſé .
500 20000
Dannery, bleſſe.cbzaion
Lieutenans bleffez
Morances when so quooused
Egeront up να απογο
Lalicylexanа аснои
DE FLEURUS. 53
Des Granges.
De Salles .
De Palais,
De Varennes .
Il vient de me tomber eutre
les mains une nouvelle Lifte
des Morts & Bleſſez de la Cavalerie,
dans laquelle je trouve
, non ſeulement pluſieurs
noms nouveaux qui ne font
point dans celle que vous venez
de voir , mais encore
beaucoup de noms qui approchant
de ceux que j'ay déja
mis , comme Depeux , Maréchal
des logis dans la Gendar.
Ee iij
54 BATAILLE
merie , pour Depucy , que j'ay
marqué, pourroient bien eſtre
les veritables. Cela m'engage
à vous envoyer tous ces noms
douteux. Par tout où vous en
trouverez deux dans la même
ligne, ſouvenez-vous que l'un
eſt pris dans la premiere Liſte,
& l'autre dans la ſeconde , &
que je les croy employez pour
lameſme perſonne , ſans pouvoir
dire lequel des deux eft
le veritable nom. Les noms
qui font feuls , font ceux des
Officiers tuez ou bleſlez , qui
ont eſté oubliez dans la premiere
Liſte qui n'a point parDE
FLEURUS .
55
lé des Dragons du Roy , de
ceux du Regiment de Pompone
, ny du Regiment de
Langallerie.
DRAGONS DU ROΥ.
Bleffez .
2
Dalegre , Colonel .
Fontboiſar, LieutenantCol.
Deſpagne,Capitaine.
Geery.
Dolmont.
DePouce , Lieutenant.
Des Moulins , Lieutenant .
Fercourt , Cornettenba
Le Chevalier d'Au.
7
Ec iiij
BATAILLE
1
Dragons de Pompone. Morts
Le Ch. de Longueil , Cap.
De Layne , Capitaine.
Bertol , Cornettenblin
Montauban , M. des logis.
Fuſtemberg , M. des logis.
Janin, M. des logis .
Du Tailly, M. des logis .
Bleffez.
Lormeny, Major.mihi q
De Rouffet, Lieutenanti M
Barbier , Lieutenant.idarol
Du Pré , Cornette .
Valmont , M.des logis.
Langlois , M. des logis
Langallerie. Morts.
LeChev. Major des Couleurs.
DE FLEURUS. 17
T
S. Vigor , Lieutenant.
Renal , Lieutenanth
Bleffez
Porleſquive , M. des logis.
De Mets, M. des logis.
GENDARMERIE .
1
Magieux ,M. des logis , tué.
Bleffez.
De Leſtrez, De Laiftre.
Malmaison , Chalmaiſon .
Boisbilly , Beauvel.
Balfat,Sousbrigadier.
Rofamel .
- Boulon , Bullion.
La Rafe , la Haye..
• Blanzac , Blomat wo
18 BATAILLE
Merinville.
Quelon , Queftaux , tué.
Blefjez
Du Boſc , Cepitaine.
Fongrezole , Lieutenant
Perrin , M.des logis.co
Foncienet , Foncienne.ART
Vertagua , Bertuga.
Cravates . S
La Brille, Boiſte.
Deſgremont , Gremard
Laillerie , Lalleric.
Royal Roussillon .
Deſpaliou , Deſpaillon. Diest
De Chauſſerie , Chanferry.
Brunet , Bonnerie
DE FLEURUS. رو
Bertillac.
Barmont , Bofmon .
Barantin , Baranton.
Bleffez.
Du Boſc , Capitaine.
Crelan , Lieutenant.
Dangeville , M. des logis.
Cibourg.
De Laurier , des Lauriers .
Deſcluſelles, de Clufel .
Beffons , Beſſou .
Beuvieres , Lieutenant , bl.
Du Cofteau , bl.
Boiſlandon , Corn. bl.
Verſel , Corn. bl.
La Coſte , bl.
60 BATAILLE
Levi.
Cartier , Lieutenant tue
Le Roy , M, des logis , tué.
Fontroux , M. des logis, bl
Roquepine.
Croffet, Crozet.aliquoD
Loifier , Lofier .
Malines , Maligny.
Drigny , Dangluy syst
Comingis , Cominges.of
Du Buiffon , Daubuiffony
Bonis , Benc.
Dalet Dal .
De Pecy , Du Puy
Quoat..
S. Hircelles , Slirzel. Duská
DE FLEURUS . 61
Royal Etranger.
Creiſtol , Crezel .
Defferſe , Cornette , tué.
Clerbourg, Capitaine , bl .
De Brandins , Desbardins,
La Fillet , La Tilliais.
Coupeflard , Coupefac.
Deſſencourt , Biffancourt.
Du Maine.
Chavancé , Chouerſe .
Deſtourneau , Leſtourneau.
Vilſecq , Vifſec.
De Boure , Du Roure.
De Peray , Perfot.
Martin , Martinet.
Bouflers.
Maniffi , Mouffy.
62 BATAILLE
Thevenin , Lieutenant , bl .
Livallar , Cornette , bl.
Milon , M. des logis , bl.
Loëmaria .
Being , Benque .
Darmont , Jafermon
C
окотом
Drabille , Boisbrille.M
Deſpagne, Depagnet .
Vigniole , Vignolles.
Du Rozel .
La Chaiſne , La Chenaye.
S. Primat , S. Privat.
Muron , Des Mursasie al
De Pré , Des Prezumabas
Gueſtron , Gueffron
Roncée du Roſel , Cap. bl.
Marquis de Beauvau, Cap . bl.
DE FLEURUS . 63
Chev. de Verneüil du Roſel,
Aide-major , bl.
Bonnet , bleßé.
Chartres,
Memeac , Meinios .
Pradinet , Pradines .
Milliofé , Millalet .
Courſais , Courtois .
Du Freſnoy , Frenage.
Dimecourt .
De Sais , Dezegue.
Defoffé , Des Foffes .
La Saigne , Lieutenant , bl.
Dardennes , Lieutenant , bl.
Du Pin , Lieutenant , bl.
Pitard , Cornette , bl .
64 BATAILLE
Condé.
Celeſt , Capitaine , qué.
Beſteuil , Major , bl .
Deſtezal , Lieut. bl.
Clein, Cornette , bl.
Chapet , M. des logis , bl.
Migneau , Mignot.
Solais , Soulais.
Bourgaut , Bourges.
De Laurie , Du Laurier.
Forceville , Freſſeville.th
Pracontal.
Sales Debrie , Saldebru ,
Duretail , Darſel .
Cauferran , Canferon.
Limane , Limiane .
De Chets , Capitaine , bl.
DE FLEURUS. 65
Robardet , Cornette, bl.
Dautetrive , Cornette , bl .
Dourino , M. des logis , bl.
La Panerte , M. des logis , bl.
Phelypeaux.
Blas , Bloc .
Goubeau, Gombetit..
Pino , Major , bl.
Joüars , bl.
Defilles , bl .
Philippe, M. des logis , bl.
Je vous repete ce que je
vous ay déja dit , que parmy
les Bleſſez il y en a un fort
grand nombre qui ont receu
de ſi legeres bleſſures , qu'on
Ff
166 BATAILLE
* ne les nomme que pour faire
voir qu'ils n'ont pas fuy le peril
. C'eſt une gloire pour eux
qu'on ne pouvoit leur ofter
fans injustice.Je finis par quelques
pieces de Poësie qui ont
efté faites fur cette Victoire.
552552522-25552252
AU ROY
SONNET
Ve deprofperitez l'une à l'autre
enchaisnées
Nous affeurent , Grand Roy , de la
faveur des Cieux ,
Et que de tant d'Estats les complot,
furieux
DE FLEURUS .
67
:
Combattent vainement contre nos
destinées !
S
Du fang des Ennemis tes Armes
fortunées
De la Sambre ont groffi le cours imperieux
,
La terreur que répand ton Nom victorieux
,
Va Soumettre à tes Loix leurs Villes
S
consternées.
2
La Victoire nousfuitfur l' Empire
des Eaux ,
Ta Flotte a foudroyé leurs fuperbes
Vaiffeaux,
De leur triste débris on voit la Mer
couverce :
S
L'infidelle Albion fremit à nostre
abordi
Ef ij
68 ΒΑΤAILLE
L'injuste Ufurpateurfent approcher
Sa perte
Et l'Aigle épouvantée attend le mesmefort..
LE CLERC de l'Academie Françoiſe ..
MADRIGAL.
Iers Ennemis , il faut vous
La Terre& la Merfont pour nous.
Sur quel autre Element pourriezvous
vous défendre?
Dieu quiſoutient Louis,est le Maître
de tous must wo
R
Ois
Mlle deScudery.
AUTRE.
qui contre Louis armez
toute la Terre , 107
Pour détruire un pouvoir dont vous
eftes jaloux
DE FLEURUS .
69
Tremblez , c'est Luxembourgqui lance
Son tonnerre,
Et Valdec vous dira ceque peſentſes
coups.
AUTRE.
LOVIS OVIS eft toûjours glorieux ,
Tant de Princes liguez pour luy
faire la guerre
Nesçauroient arreſter ton bras victorieux
,
Il ſera Maistre de la Terre.
Tous leurs projetsfont vains , leur
orgüeil estsoumis,
Et cette éclatante Victoire
Qu'il vient de remporterſurſesfiers
Ennemis ,
Eait voir que leurs efforts neſervens
qu'àsa gloire
70 BATAILLE
AUTRE .
Decon ricomplague
E cent Princes liguez renver-
Faire tout tremblerfur les flots ;
Attaquantle Piedmont
dans la Flandre
triompher
Sont des faits jusqu'icy tout à fait
inouis ;
La moitiéfuffiroit pour paſſer Alexandre
,
Mois le tout , quoy que grand , n'est
pas trop pour Louis. S
I
A M le Duc du Maine.
Eune &vaillant Heros , dont le
noble courage
Marquesi bien leſangdont vous estes
venu ,
Et que lefier Lion n'a que trap res
connu
DE FLEURUS. 71
Exposez moins vosjours dans l'horreur
du carnage.
Prince l'on vous a veu dans le beau
Champ de Mars ,
Affronter les plus grands hazards;
Moderez l'ardeur qui vous preffe .
Dans la peur de tomberſous le poids
de vos coups ,
Les Ennemis tremblentpour euxfans
ceffe ,
Mais nous tremblons auffi pour
a famous •
Quandpar un coup fatal des Parques
,
Un Gouverneur tombe à vostre
coſté ,
Et qu' un chevalfous vous d'un autre
est emporté ,
Ge font de trop certaines marques
Du dangereux peril où vous avez
72
BATAILLE
Vous devez calmer nos allarmes ,
Vous n'en ferez pas moins terrible
aux Ennemis ;
Aupouvoir de vos armes
Ilsfont déjaſoûmis...
Vous partagez une grande Victoire
Dans le plus fameux des Combats
Vous aureztoûjours mesmes bras ,
Et vous avez parusi charmantà la
gloire ,
Qu'ellefuivra par tout vos pas.
Dierville.
AUX HOLLANDOIS ,
fur la défaite du Prince
de Waldec .
E' bien,Meſſieurs les Hol-
Hindis
Eprouvez- vous affez de LOVISle
tonnerre ?
Nous
DE FLEURUS. 73
Vous le fuyez sur Mer , il vous défaitfurTerre
,
Par tout il vous donne des loix
Vous estes matſervis , c'est un malheur
étrange ,
Le Prince de VValdec en combattant
pour vous ,
Est un second Prince d'Orange ,
Dans les Combatsil fuit les coups.
2 On ne perd point avec eux de Batailles
,
Lafuite fait toûjours le plus grand
de leurs foins ,
CesHeros n'ontjamais le coeur d'être
témoins
De si terrribles funerailles .
Quandpour des gens comme vous
on combat,
Le courage aisément s'abbat,
Peut-on se piquer de bravoure ? "
Si l'on mouroit dans ce noble tranfport
Gg
74
BATAILLE
On enrageroit d'estre mort
Le meilleur est de sçavoir courre ..
Reconnoiſſez votre néant ,
Loüis a mis bien bas vostre Hautes
Puiffance ;
Venez implorerſa clemence
Il est auffi-bon que puiſſant.
r
Le meſme.
A M' LE MARECHAL ,,
Duc de Luxembourg .
U
Ne Victoirefolemnelle
Ramene la joye à la Cour,
Et cette action immortelle
Pour nostre bonheur renouvelle
Tous nos Heros en Luxembour.
S
Cette victoire entiere &pleine
Conferve la France aujourd buy
DE FLEURUS.
Honneur à ce grand Capitaine 3
Condéfon Cousin , &Turenne ,
N'ontjamais mieux vaincu que luy .
S
Je voudrois ,fameux Luxembour
Vousfaire une Lettre auffi nette
Que celle que vous avezfaite
AuRoyfur le cu d'un tambour.
Tout le monde est pour vous gazette ,
Et l'on ne parle que de vous.
Vostre Salutaire Victoire
Vous comble d'immortelle gloire :
Ce coup est un des plus grands coups
Qu'on puiffe lire dans l'histoire ,
Vos Ancestres vous cedent tous .
On admire vostre vaillance ,
Vostre esprit , &vostre prudence :
Vous estes par vostre grand coeur
Noftre Heros Liberateur ,
Etmoy,jesuis avec toute la France
Voftre tres-humble Serviteurs
76 BATAILLE
VITTORIO
Celuy qui commande tes Gardes ,
Noftre vieil Amy Villevrard,
Qui toûjours quand tu te hazardes
Se montre intrepide&gaillard,
Te peut dire quel eft Liniere,
Quelle est fa vie , &sa maniere.
T
MADRIGAL.
U viens de
dat,2
combattre en Sol-
Tu viens de vaincre en Capitaine..
Tu fais plus , Luxembourg; par oc
fameux Combat
Tu consoles Louis de la mort de Tu--
renne.
BOYER , de l'Academie Françoife.
AUTRE.
xembourg un chacund'eleves .
A tout à cedé
Ainsi l'on te voit de Condé
L'illustre & digne Eleve.
L'ABBE' MARTINIT,
FIN.
Endouicus Magnus Suis Major ibur
Major
Sapienti MineriaSapientior
ipsafortiov Mavte
TervoMavique Victor
piratosfulshined relo
RegnemBelgicumpugna .
Aquilam Eustriaca ferro
heresim armis officiosis
Júas voluntaria pace victovic
Senicitif
FACGCD.G
Qualité de la reconnaissance optique de caractères