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1690, 06
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Eur.
511m
1690,6
Mercure
1
<36623738740017
<36623738740017
Bayer . Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUIN 1690.
A PARIS ,
GALERIE - NEUVE DU PALAIS .
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois & on
lewendta Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS .
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E MICHEL GUEROUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC . LXXX X,
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
A VIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques - uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On priefeulement
ceux qui les envoyent , &
A ij
AVIS.
out ceux qui n'écrivent que pra o
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux.
qui le chargeront de les envoyer avant.
que l'on commence à vendre icy le
Mercure, Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
A VIS
Les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
·par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faſſe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preffent ,
ils rejettent la faute du retardement
Sur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS.
>
porter à la pofte ou aux Meffagers.
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mesme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont on aura ont lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
FUIN 1690 .
UAND un Prince
a des Ennemis à
combattre en divers
licux , & qu'il eft obligé de
leur oppofer de differentes
Armées , la prudence & la
politique veulent qu'il ne
A
iiij
8 MERCURE
fe mette à la tefte de pas
une , puis que pendant qu'il
agiroit d'un cofté, il ne pourroit
affez s'appliquer à ce qu'il
feroir à propos de faire ailleurs
; au lieu qu'en demeurant
dans fon Cabinet , fes
foins , les ordres qu'il donne,
fon travail continuel , fa vigilance,
& les fonds qu'il fait
preparer , le rendent en mefme
temps plus utile à toutes
fes Armées , que s'il en commandoit
quelqu'une en perfonne
. C'est ce que le Roy a
fait pendant tout l'Hiver , &
ce qui fait regarder comme
GALANT.
9
un miracle que fes Troupes
foient en campagne avant
toutes celles des Princes liguez
, qui ont pris de longue
main des mesures pour tâcher
de l'accabler
. On peut
dire mefme qu'ils les y auroient
mifes beaucoup plus
tard , fi les Armées de Sa
Majefté ne les avoient fait
courir avec precipitation , &
avec confufion, pour s'oppo
fer aux entrepriſes qu'elles
auroient pû faire . Cela s'eft
vû en Allemagne , en Flandre
, en Catalogne , & en Ita
lie ; tous les Souverains de
10 MERCURE
ces Etats ayant payé de groffes
contributions au Monarque
dont ils avoient juré la
ruine ; en forte que d'atta
quans qu'ils eftoient , ils fe
trouvent aujourd'huy obli
gez à fe défendre . Quand le
Roy pendant toute la campagne
, n'auroit point d'autre
avantage que celuy d'avoir
paru le premier , d'avoir renverfé
les deffeins de ceux à
qui fa puiffance eft redoutable
, & de les avoir fait contribuer
, c'eſt un triomphe
qu'on ne peut vanter affez ,
rien ne pouvant eftre plus
GALANT. II
glorieux à un Prince qui eft
atraqué par un monde d'ennemis
, que de les intimider
en les prevenant , & en parant
par la prévoyance les coups
qu'ils avoient refolu de luy
porter. Peut- eftre avant que
de finir cette Lettre vous en
apprendray - je davantage.
Il y a déja quelques mois
que l'on a feeu que le Grand
Seigneur avoit changé de
premier Miniftre , & qu'il
avoit choifi Cuproli Muftapha
pour fon Grand Vifir ,
mais peu de perſonnes fçavent
les circonftances de ce
12 MERCURE
changement , & je croy que
vous ne ferez pas fachée que
je vous en faffe le détail .
Comme les Sultans fe meflent
peu des affaires , l'Empire Ottoman
eft gouverné , felon
que le Grand Vifir eft plus
ou moins capable de foûtenir
ce grand poids , & dans la
fituation où font celles de
l'Europes on doit avoir quel,
que curiofitépour ce qui regarde
un homme qu'on a
trouvé digne de remplir ce
premier pofte . Je ne vous di
ray rien là - deffus qui ne foit
tres veritable. Les Nouvelles
GALANT 13
que j'en ay viennent de gens
qui connoiffent parfaitement
le Pays.Ils affeurent qu'il faut
prononcer & écrire Kupruli
Veizir , Moustapha , & non
pas Cuproli , Vifir, Muſtapha .
C'eft ce que j'ay déja entendu
dire à beaucoup de Voyageurs
qui ont paffé plufieurs
années àConftantinople . Cependant
je ne laifferay pas de
fuivre l'ufage qui s'est étably
parmy nous d'écrire Vifir ,
& non pas Veizir. Cuproli
Muftapha , aujourd'huy premier
Miniftre du Sultan Soliman
III. eft Fils du vieux
14 MERCURE
"
Cuproli Mehemed Pacha, qui
a cfté longtemps Grand Vifir
, & Frere de Cuproli Achmer
Pacha , qui luy fucceda
dans le Miniftere , & qui prir
Candie. Comme il avoit cu
beaucoup de part à l'éleva,
tion de Soliman lors qu'on
le mit dans le Trône à la place
de Mahomet IV. il luy cuft
efté facile de fe faire en co
temps là nommer Grand Vifir
, s'il n'euft aimé le repos ,
& cherché plûtoft à vivre en
fimple Pacha, qu'à eſtre mêlé
dans les affaires d'Etat. Il
n'avoit aucun beſoin d'eſtre
GALANT.
15
·
dans ce premier pofte pour
avoir du bien, puis qu'il pof
fedoit de grandes richeſſes , &
que depuis la mort de fon
Frere il joüiffoit d'un million
de revenu. Aprés plufieurs
changemens
arrivez dans fa
fortune , il eftoit Pacha à
l'Ile de Chio , où il vivoir
fort tranquillement
, ſe faiſant
aimer du Peuple , & n'ayant
point d'autre veuë que de fe
conferver l'amitié de Turkinan
Muſtapha Pacha , dernier
Grand Vilir . Ce Turkinan
Muſtapha eft celuy qui aprés
avoir efté longtemps General
16 MERCURE
de la Milice alla declarer la
guerre à l'Empereur de la
part de Mahomet IV. par
ordre de Cara Muftapha , alors
Grand Vifir , avec qui il fe
trouva au Siege de Vienne .
Il fut élevé à cette premiere
Dignitépar lesfoins & les intrigues
de Muftapha Cuproli ,
& la connoiffance qu'il devoit
avoir de fon peu d'ambition
, fembloit ne luy pas
permettre de prendre de fuy
de la défiance . Cependant
par un effet de la jaloufie qui
regne en toutes les Cours , le.
Grand Vifir Muftapha ne put
GALANT. 17
le voir eftimé du Grand Seigneur
fans en avoir beaucoup
de chagrin. Il diffimula pendant
tout le temps qu'il crut
n'avoir rien à craindre, mais
ayant efté défait au mois
d'Octobre dernier par les
Troupes de l'Empereur , il
ne douta point qu'on ne le
privaft du Minifterendfuivant
ce que pratiquent les
Turcs , chez qui le malheur
eft toujours un crime . Ainfi
s'eftant retiré tout en defordre
à Sophie aprés fa défaite , il
ne fongea qu'à faire perir tous
ceux qu'il jugea dignes de
Juin 1690.
B
18 MERCURE
remplir fa place. Après avoir
fait affaffiner fecretement
quantité de perfonnes de merite
, il luy parut important,
quoy qu'il deuft beaucoup à
Cuproli , de ne luy point
faire grace. Il dreffa un Catacherif
au nom du Sultan , tél
que les Vifirs ont pouvoir de
le former , par lequel il com
mandoit à un Capigi , Huifhier
de la Porte , d'aller demander
fa tefte. Le Capigi
s'eftant rendu à Chio , montra
l'ordre à Cuproli , qui
qui aprés l'avoir lû , & mis
für fa tefte , fuivant la coutu
GALANT. 19
me , répondit qu'il n'avoit
rien à refufer au Sultan fon
Maiftre , mais que n'ayant
point à fe reprocher d'avoir
jamais rien tenté contre le
fervice de Sa Haureffe , il
trouvoit à propos d'aller luymefme
porter fa tefte à Andrinople
, où il la donneroit
fans aucune peine , s'il ne
pouvoit fe juftifier. Le Capigi
s'obftina longtemps. à dire
que ce n'eftoit point l'ordre
du Grand Vifir , & qu'il fal
loit fe mettre en eftat de mou
rir fur l'heure. Cuproli qui
n'apprehendoit rien à Chio ,
Bij
20 MERCURE
*
où l'amour des Habitans le
rendoit maiſtre abfolu , luy
demanda dix jours de delay,
en luy difant que s'il les luy
refufoit , il fçavoit bien les
moyens de fe les faire accorder
de force . Ainfi le Capigi
demeura dans l'Ile tandis
qu'il dépeſcha fon Kiaia à
Andrinople , avec une Lettre
pour rendre en main propre
au Grand Seigneur . Le Kiaia
eftant arrivé en quatre jours
eut audience dés le lendemain.
Le Sultan ne put lire la
Lettre de Cuproli fans faire
paroiftre une fort grande ſur-
P
GALANT. 21
prife. Il ne perdit point de,
temps à y répondre , & on
tient qu'il luy écrivit en ces
termes de fa propre main. I
Vous qui eftes mon bien - aimé
Cuproli Bacha , ne manquez
pas fi- tot que vous aurez receu
cet ordre de venir icg me
joindre , & vous y ferez en
qualité de mon Vifir pour regler
les affaires de mon Empire,
& pour vous vanger de vos
Ennemis.
Cette réponſe ayant efté
portée à Chio , Cuproli qui
ne ſouhaitoit rien moins que
d'eftre fait Grand Vifir , fue
22 MERCURE
contraint de confentir à fon
élevation pour fauver fa vic.
Il partit au grand regret des
Habitans de cette Ifle, qui au
nombre de trois à quatre
mille perfonnes fondoient en
larmes pour la perte qu'ils
faifoient. Il les affura que tant
qu'il vivroit il les mettroit à
couvert de la tirannic , & fitoft
qu'il fut à Andrinople ,
le Grand Seigneur luy fit mettre
le Cafetan de Grand Vifir,
avec ordre de retirer promrement
l'Etendard de Mahomet
que Mustapha avoit avec
Tuy à Sophie. On croyoit que
*
GALANT.
23
Cuproli fe vangeroir de fa
trahison par quelque cruelle
mort , mais n'ayant jamais
exercé aucune rigueur ,
fe contenta de l'appeller à
Andrinople où il le retint
environ un mois , pour
lay faire rendre compte des
deniers du Trefor Imperial , &
de l'argent qu'il avoit tiré
des impofitions faites pour
la guerre , qu'on dit qui fè
monte à quatre ou cinq
mille bourfes , de cinq cens
écus chacune. Enfuire il lẻ
relegua à un village prés de
મે
Gallipoli , ayant retenu fon
24 MERCURE
Kiaia , pour tâcher de luy
faire confeffer de plus grandes
fommes , parce qu'on n'a
rien touché qui n'ait paffé par
fes mains.Il eft encore prifonnier
à Andrinople. Quant au
Vifir Muftapha , ' c'cftoit un
homme fort brufque & extrememeut
brutal . Il s'enyvroit
prefque toutes les apréf
dînées , & lors qu'il eftoit
ainfi privé de raiſon , il faifoit
maffacrer beaucoup de
monde. On tient qu'il a fair
étrangler plus de quinne mille
perfonnes pendant une année
& demie de Miniftere. Dans
Ic
GALANT.
25
le mois de Juin 1688.environ
deux mois aprés fon élection,
il fit pendre publiquement
un Medecin Juif , qui fe mêloit
d'Aftrologie , & qu'on
pretendoit avoir predit que
le gouvernement du Vifir ne
feroit que de trois mois , &
que l'Empire Ottoman avoit
encore feulement trois ans
à durer . Les Turcs esperent
beaucoup de Cuproli , qui eſt
fort aimé de tout le monde.
Cela vient, non feulement de
l'eftime où il a toujours efté,
mais de ce qu'au lieu de mettre
de nouveaux impofts ,
Juin 1690.
C
26 MERCURE
ce
comme les autres , il en a
ofté plufieurs. Il croit s'en
pouvoir paffer au moyen des
épargnes qu'il fait faire , &
du fecours que la Monnoye
de cuivre luy donne . Il en fait
batre continuellement ,
qui apporte un grand profit
au Trefor , puis qu'une piece
plus petite qu'un denier de
France , eft receuë pour deux
liards en ce pays - là . On fe
flate qu'il pourra fubvenir par
là aux frais de la guerre.
D'ailleurs ayant de grands
biens , on ne doit pas craindre
qu'il cherche à piller comme
GALANT . 27
les autres Vifirs . Il n'a pas
laiffé pourtant d'effuyer déja
une confpiration pour avoir
voulu pouffer trop loin la
reforme dans les Serrails à
l'égard des revenus des Officiers
. Le Kiflar Aga , Chef
des Eunuques du Grand Seigneur
, chagrin de ce qu'il
perdoit par cette reforme, fit
un complot pour l'empoifonner
. Il le convia à un feftin
où un ſervice avoit eſté préparé
exprés pour cela . Le
Maistre d'Hoſtel du Kiflar
Aga qu'il avoit fallu mettre
du fecret, frapé d'un remords
Cij
28 MERCURE
dont il ne put fe rendre le
maiftre , alla le jour precedent
au Serrail de Cuproli , à
qui il fit demander une audience
fecrete . Il eut peine à
l'obtenir parce qu'il avoit
à expedier un fort grand
nombre d'affaires, mais il pria
avec tant d'inſtance , qu'enfin
on le fir entrer. Il declara
l'affaire au Vifir , qui fans
s'émouvoir luy dit qu'il execuraft
l'ordre de fon Maiftre,
& qu'il auroit la recompenfe
qui luy eftoit deuë . Cuproli
fe rendit le lendemain chez
le Kiflar Aga , où il fut receu
GALANT. 29
avec beaucoup de ceremonie.
On fervit fur un Sofa à la
maniere des Turcs , & un
ſervice en deux plats ayant
efté apporté, le Vifir prit de
celuy qu'on avoit mis devant
luy , & ayant fait appeller
1 Officier de cuifine qui
avoit eu foin d'apprefter
les mets , il luy dit tout haur ,
Gouftez de cela avant que j'en
mange. L'Officier qui ne vouloit
point s'empoifonner
, fe
vit dans un embaras inconcevable
, & enfin. intimidé
par les menaces qui luy fu
rent faites , il fut contraint
Cij
30 MERCURE
pour ſe fauver de la mort ,
de découvrir ce que fon Maiftre
luy avoit fait faire . Le
Vifir fe leva en mefme temps,
& fit mener en priſon le Kiflar
Aga. Quelques- uns des
complices furent étranglez ,
& on envoya les autres à
Conftátinople pour fervir fur
les Galeres . Le Maiftre d'Hoftel
a eu une groffe récompenfe
, & cette affaire a obligé
le Vifir à fe tenir fur fes
gardes. Il paroift qu'il ne fouhaite
rien avec plus d'ardeur
que de pouvoir foutenir la
guerre. Comme il ne manque
GALANT.
31
ny d'argent ny d'hommes , il
a fait fçavoit à la Milice qu'on
ne forceroit point ceux qui
n'y voudroient point aller ,
qu'on ne feroit feulement
que les biffer du Regiftre ,
& qu'à ceux qui marcheroient
volontairement , on
augmenteroit la penſion de
dix afpres par jour , qui font
cinq fols de noftre Monnoye ,
& qu'on les payeroit d'avance
. Il pretend que tous les
Bachas feront la guerre à leurs
frais, avec tout leur monde',
& il commence par luy- même
, puis qu'il entretient dix
C iiij
32 MERCURE
mille Soldats . On tient qu'il
aura cette Campagne une Armée
puiffante.
Voicy une Fable dont vous
trouverez la penfée fort finguliere.
Elle eft de Mr de
Templery , de la Ville d'Aix
en Provence . Vous devez
connoiftre fon heureux genie
par plufieurs Ouvrages de fa
façon que je vous ay déja envoyez
, & fur tout par fes
Maximes galantes que vous
avez tant approuvées dans ma
Lettre de Janvier dernier.
GALANT 33
$222552 525SSSSEER
L'HONNEUR , LE FEU,
I
ET L'EAU.
F A B L E.
E vous l'ay dit cent fois , & le
dis encore une.
Iris , chaffez d'auprés de vous
Ce cortege d'Amans , qui bleßé de
vos coups ,
Vous obfede & vous importune.
Qui dit jeune , dit fou ; ce font
des indifcretsi
Sur vos moindres faveurs ils feront
uneglofe ,
Etfe vantant de leurs progrés,
Groffiront fi fort les objets ,
Qu'un rien deviendra quelque
choſe.
34 MERCURE
Ils diront ce qu'il leur plaira ,
L'un ne les croira point , & l'autre
les croira ,
Car chacun à fon gré raisonne .
Ilsfemeront par tout le bruit de leur
bonheur 2
Et mettant une tache enfin à voftre
bonneur ,
Qui vous l'effacera ? Perſonne.
Maisfi par cette verité
Qui vous feroitfi profitable ,
Iris , fur voftre efprit je n'ay rien
emporté ,
Et fi quelque conte inventé
Fait fur vous plus d'effet qu'un
difcours veritable ,
Rendez- vous donc à cette Fable.
S
Unjour le Feu , l'Honneur , &
Unjour
PEau
Conclurent de faire
voyage ,
GALANT.
35
Pour voir dans un Pays nouveau
Les moeurs, la coutume , & l'ufage.
Ils partirent tous trois par un temps
affez doux ,
Mais comme en voyageant quelquefois
on s'égare,
Convenons , dirent-ils , chacun d'un
rendez- vous ,
Si quelque accident nous fepare.·
S
Le Feu , comme le plus ardent,
En bluettes fe répandant ,
Prit avec chaleur la parole.
Fe fuis , dit- il , fans hiperbole,
Le plus leger des Elemens ,
Ainfi le plusfujet à des égaremens .
Une marque pour me connnoiftre,
Si je venois à difparoiftre ,
Quoy que je fois tout éclatant,
Et d'une fplendeur enflâmée ,
Qù vous verrez de la fumée ,
36 MERCURE
Vous me trouverez à l'inftant.
S
A ces mots, l'Eau vive & bruyante
Se plaifant fort à gazoüiller,
Voulut à fon tour babiller ,
Mais de fa maniere coulante.
éveillée extremement,
( Car à parler fincerement,
Il n'eft pire eau que la dormante)
Si je me perds , dit- elle, en quelque
•
Gaye ,
trou
nouveau ,
Ne m'allez point chercher dans des
fables fans herbe ,
Carpour mefervir du Proverbe,
Autant vaudroit-il battre l'eau ;
Mais en allant de route en route,
Fouillez le jonc & le rofeau,
Et vous m'y trouverezfans doute.
2
L'Honneur , ce fantôme adoré ,
Qui dans le devoir tient nosBelles,
GALANT.
37
Et pour qui nos Guerriers d'un caur
deliberé
Vent affronter la mort fons des formes
cruelles ;
7
L'Honneur, dis-je, voulant parler,
Pour moy, s'écria-t-il, je ne puis le
celer :
Gardez-moy , mais fi bien
ne nous fepare .
que
rien
Ayez fur moy des yeux d'Argus,
Car fi loin de vous je m'égare
Vous ne me retrouverez plus.
$
Cette Fable , Iris , vous convi
A ne flêtrir jamais la gloire de vos
jours,
Car l'Honneur eft comme la vie,
Quand on le perd , c'est pour toujours.
38 MERCURE
L'Air & les paroles du
Printemps nouveau que je
vous envoye , font de Mr de
Bacilly.
AIR NOUVEAU.
A#
H, que le Printemps a d'appas!
Et que l'Hiver& fa glace,
Sa nege & fes frimas
A bon droit luy cedent la place!
Si le coeur d'Iris , helas !
Pouvoit en faire de mefme >
Et ceder à l'ardeur de mon amour
extrême ,
Je chanterois jufqu'au trépas,
Ab, que le Printemps a d'appas !
En vous envoyant le mois
paffé l'avis que M ' Richard
1
GALANT.
39
a donné au Public , touchant
les Memoires qu'il demande
pour l'Hiftoire des Fondations
& Etabliffemens faits
fous le regne du Roy , à laquelle
il travaille , je vous
promis de vous faire voir
par quelqu'un de ſes Ouvrages,
qu'il a toute la capacité
neceffaire pour venir à bout
defon entrepriſe , & ce qu'il a
écrit à un Gentilhomme nouvellement
converty , vous en
va faire juger.
4 MERCURE
S$2552522 25SSEESE
LETTRE
DE M' RICHARD ,
Preftre de Saumur , fur le
retranchement de la Coupe.
15
Efuis fi fenfible à l'honneur
que vous m'avez fait, Mon.
fieur , de me confier le deffein où
vous eftes de vous éclaircir fur
les difficultez de la Religion Romaine
, que je ne puis m'empêcher
de vous en marquer ma
joye & ma reconnoiffance . L'admirable
difpofition où je vous
GALANT. 4I
C
voy, de vouloir chercher la veritéfans
aucune prevention , me
fait efperer que vous la trouverez
, moyennant la grace du
Seigneur ,fans laquelle nous ne
fommes que menfonge e que
foibleffe.
La plupart des hommes ne
font d'une Religion que parce
qu'ils y font nez, & la grande
attache qu'ils y ont vient plu
tost des préjugez de l'enfance ,
des impreffions qu'ils ont receuës
de leurs Peres , que de la
connoiffance qu'ils ont . C'est une
chofe qui auroit lieu de nous
étonner fi elle n'estoit pas ordi-
Juin 1690 .
›
D
4
42 MERCURE
naire , car est-il rien de moins
le
peu de foin raisonnable que
qu'on a de s'inftruire dans la
Science du falut , pendant qu'on
s'applique avec tant d'ardeur
aux affaires de ce monde ? Il est
de la prudence d'un honnefte
homme de s'examiner du moins
une fois en fa vie, fur une chofe
auffi importante que l'eft la Religion
. C'eft , Monfieur, ce que
vous avez fi heureusement fait,
& comme fur les
de controverfe
qui partagent la Religion
Catholique , & la pretenduë
Reformée , la doctrine de la
premiere touchant la Coupe , &
points
GALANT.
4.3
le Purgatoire , vous fait encore
beaucoup de peine , j'ay cru que
vous trouveriez bon que je vous
fiffe part des raisons qui la foutiennent
, non que j'aye la pré-
Jomption de me perfuader qu'elles
foient affez bien déduites pour
vous toucher pour vous convaincre
, je connois mon peu de
capacité, mais j'ofe me flater que
l'esprit de Dieu répandra fes lumieres,
& que s'il ne le fait pas
à cause de mes pechez , vous
recevrez du moins cecy comme
une marque de la plus tendre
de la plus fincere amitié qui
fut jamais.
Dij
44 MERCURE
Pourfçavoir fi l'Eglife a p
retrancher l'ufage de la Coupe,
il faut examiner fi elle est de
l'effence du Sacrement de l'Euchariftie
, ou fa elle eft feulement
une maniere de l'adminiftrer.. Il
eft certain que fi l'usage de la
Coupe est de l'effence du Sacrement
de l'Euchariftie , l'Eglife
la
retrancher , parce que n'a
pu
le Sacrement n'eft pas entiers
dés qu'il n'a pas toutes les parties
effentielles qui le compoſent ; mais
auffi fi la Coupe n'est que la maniere
d'adminiftrer l'Euchariftie,
qu'il y en ait une autre inftituée
par J.C.en laquelle le Sa
GALANT:
45
>
crement foit donné dans tout fon
entier , je foutiens que l'Eglife a
efté la maiftreffe de retrancher la
Coupe , ce que je prouve invinciblement
par un exemple.
L'Afperfion & l'Immerfion
font deux manieres d'adminiftrer
le Sacrement de Baptefme qui
toutes deux ont efté pratiquées
par l'Eglife ; mais parce que
Baptefme confifte effentiellement
dans l'eau, & dans les paroles
que prononce le Miniftre
foit qu'il fe donne par immer
fion ,ou par afperfion, il y a toujours
de l'eau avec les paroles ,
L'Eglife s'estfervie felon les be-
$
le
que
46 MERCURE
foins , de l'infufion , de l'aſper
fion, & de l'immerſion ; aujour
d'huy mefme on ne fe fert plus
que de l'afperfion . Cependant il
est certain que J. C. a receu le
Baptefme par immerfion , & que
les Apoftres ont baptisé au commécement
par immerſion.Le mot
Grec dont le Baptefme a pris fon
nom, fignifie plonger ; nonobstant
cela l'Eglife ne baptife plus aujourd'huy
que par infufion , ce
qui fait voir que l'Eglife qui ne
peut rien changer à l'effence des
Sacremens , peut changer les manieres
de les administrer . Si done
je puis prouver que l'usage de la
CALANT. 47
que
Coupe eft feulement une maniere
d'adminiftrer l'Euchariftie , &
les Fidelles la recevant fous
la feule espece du pain , la reçoivent
dans tout fon entier , je
croiray avoir droit de conclure
que l'Eglife a pú retrancher l'ufage
de la Coupe.
Il eft hors de doute que pour
recevoir le Sacrement de l'Eucharistie
il faut manger la chair
& boire le fangdeF. C. Le precepte
en eft formel au chapitre 6.
de l'Evangile felon Saint Jean ;
Si vous ne mangez ma chair,
& ne beuvez mon fang , vous
n'aurez point la vie en vous ,
48 MERCURE
en forte que fi en recevant l'Eu
chariftie fous la feule espece du
pain , l'on ne mangeoit pas la
chair , & l'on ne beuvoit pas
le fang du Sauveur tout à la
fois, il feroit incontestable que
La Communion
ne feroit pas entiere
& qu'il faudroit la recevoir
fous les deux especes , mais
auffi fien recevant l'Euchariftie
fous la feule efpece du pain , on
mange la chair, & l'on boit le
fang de F. C. je foutiens qu'il
fuffit pour accomplir le precepte
de communier fous l'espece du
pain .
Or je dis qu'en recevant l'Euchariftie
GALANT.
49
chariftie fous lafeule espece du
pain, l'on reçoit le Corps & le
Sang deJ. C. ce que l'on prouve
d'abord par les paroles du Sauveur,
au mefme chapitre de Saint
Fean,quelques verfets au deffous.
Celuy qui me mange vivra
pour moy. Cecy eft le pain
des Anges , non point comme
vos Peres ont mangé la
Manne , & font morts. Le
pain que je vous donneray ,
c'eſt ma chair , & celuy qui
mangera ce pain , vivra éternellement.
Le Fils de Dieu
promet en cet endroit la vie éternelle
à celuy qui mange le pain ,
Juin 1690.
E
50 MERCURE
la
fans faire mention de la Coupe;
cependantfuivant le paffage cydeffus
, il n'y a que celuy qui
mange la chair & boit le fang
qui puiffe avoir la vie éternelle.
Donc fi en mangeant le pain on
a la vie éternelle, il s'enfuit qu'en
mangeant le pain l'on mange
chair & l'on boit le fang du
Sauveur. Je fçay que l'on répon
dra , que quoy que J. C. ne parle
que du pain en ce paffage , il
n'exclut pas pour cela la Coupe ;
j'en conviens , auffi je ne pretens
pas l'exclure, mais je veux feulement
montrer qu'elle n'est pas
de l'effence du Sacrement de l'Euchariftis.
GALANT. 51
C'est ce que je prouve par un
autre paffage plus formel , tiré
du 11. chap.de la premiere Epiftre
de Saint Paul aux Corinthiens .
Toutes les fois que vous mangerez
ce pain & boirez ce
calice , vous annoncerez la
mort du Seigneur jufqu'à
ce qu'il vienne. C'eſt pourquoy
quiconque mangera ce
pain , ou boira ce calice du
Seigneur indignement , fera
coupable du Corps & du Sang
de J. C. Les premieres paroles
font voir que l'on communioit
fous les deux efpeces , nous n'en
difconvenons pas. Les Prestres,
E ij
52 MERCURE
le Roy le jour de fon Sacre , les
Diacres dans quelques Eglifes ,
comme à S. Denis en France ,
Cluny, &c. lefont encore ; mais
les dernieres paroles font une
preuve évidente qu'on communioit
auffi fous une feule , &
qu'en communiant fous unefeule
on recevoit le corps & le fang
de F: C. S. Paul dit, Quiconque
mangera ce pain ou boira
ce calice du Seigneur indignement
, fera coupable du
Corps & du Sang de J. C. C'est
la mefme chofe que s'il faifoit
deux propofuions , & qu'il dist,
quiconque mangera ce pain indiGALANT.
53
gnement , fera coupable du corps
dufangdef.C.quiconque boira
le calice indignement fera coupable
pareillement du corps & du
fang de F. C. car dans cet endroit
Apoftre fe fert de la particule
disjonctive ou.Or dans toute propofition
dont le fujet est composé
de deux termes diftinguez par la
particule disjonctive ou , l'attribut
s'applique tout entier à chacun
de ces deux termes feparément.
Pardonnez- moy ce principe
de Logique que je rends
clair par un exemple. Lors que
je dis
dis , celuy qui tuera ou empoifonnera
fon voifin, fera condam-
E
iij
54 MERCURE
né à la mori , cette condamnation
de mort qui est l'attribut de
la propofition, tombe toute entiere
fur celuy qui tuera fon voifin ,
toute ontiere far celuy qui
empoisonnerafon voifin , fi-bien
qu'il n'eft pas neceffaire pour encourir
cette condamnation ,de tuer
d'empoisonnerfon voisin tout
à la fois , mais il fuffit de faire
l'un ou l'autre.
Tout de mefme quand S. Paul
dit , quiconque mangera ce
pain ou boira ce calice indignement
, fera coupable du
corps & du fang ; eftre coupable
du corps & du fang tombe
ou t entierfur celuy qui mangera
GALANT.
55
du
le pain indignement , & tout
entier fur celuy qui boira le calice
indignement , en forte qu'il n'eft
pas neceffaire de manger le pain
de boire le calice indignement
pour eftre coupable du corps
fang, mais il fuffit de faire l'un
ou l'autre. Or ficeluy qui mange
feulement le pain indignement
eft coupable du corps & dufang,
il s'enfuit neceffairement que celuy
qui mange feulement le pain
participe au corps & aufang, &
qu'ainfi en communiant fous la
feule efpece du pain , on reçoit
l'Euchariftie dans toutfon entier.
Auffi lifons- nous que J. C. qui
E
iiij
56 MERCURE
avoit communié les Apoftresfous
les deux efpeces un jour avant
fa mort, a communié deux de fes
Difciples aprés fa refurrection
fous la feule espece dupain. Nous
l'apprenons dans l'Evangile de
S. Luc chapitre 24. Et il arriva,
dit l'Evangelifte , que lors qu'il
eftoit à table avec eux , il
prit du pain , le benit , & le
rompit , & le leur donna , &
pour lors leurs yeux furent
ouverts, & ils le reconnurent .
Je conclus de ces paroles que
7. C. communia pour lors les
deux Difciples , & je le prouve
premierement
parce que le Fils
GALANT. 57
de Dieu fit les mefmes ceremonies
pour confacrer le pain qu'il
leur donna , qu'il avoit fait le
jour de la Cene , lors qu'il communia
fes Apoftres ', car S. Ma
thieu qui rapporte comment fe
paffa la Cene , dit au chapitre 26.
Et comme ils foupoient il
prit du pain & le benit , & le
rompit , & le donna à ſes
Diſciples.
Secondement par le miracle
qui s'opera , car ce ne fut qu'à
la fraction du pain que ces deux·
Difciples reconnurent J.C. Or
fi c'eust efté un pain commun ,
&fi J. C. n'eut fait des cere58
MERCURE
monies particulieres qui ne fe
pratiquoient point dans les repas
ordinaires , ils ne l'auroient pas
reconnu en cela.
Troifiémement , parce que c'est
le fentiment des Peres & des
Docteurs, S. Jerôme le dit expreffement
dans l'Epitaphe_de
Sainte Paule; S. Augustin dans
la Concorde des Evangeliftes ;
Theophrafte dans fes Commentaires
fur S. Luc, & plufieurs
grands hommes
dont il feroit
trop long de rapporter icy
les paroles . Si c'est donc une
chofe constante que J. C. dans
cette apparition aux deux Difci,
GALANT. 59
ples qui alloient en Emaüs , leur
donna l'Euchariftie , ce n'est pas
une chofe moins conftante qu'il
ne la leur donna que fous la feule
efpece du pain ; car il eft dit
expreffement dans l'Evangile ,
qu'auffi- toft aprés leur avoir donné
le pain, & avoir esté reconnu
d'eux , il s'évanouit de devant
leurs yeux .
F'ajoûte à cette preuve une
autre , tirée du 2. chapitre des
Actes des Apostres . S. Luc dit
au sz . verfet en parlant de ceux
que S. Pierre avoit convertis ,
qu'ils eftoient perfeverans
dans la doctrine des Apoftres,
60 MERCURE
& en la communion de la
fraction du pain. Il eft certain
que S. Luc en cet endroit a vouque
par
de S. Pierre ,
marquer que ces perfonnes qui
avoient receu la parole de Dieu
le miniftere de S.
rempliffoient tous les devoirs du
Christianifme , qu'ils eftoient
initiez à tous les misteres , en ce
qu'ils communiquoient
avec les
Apoftres à la fainte Euchariftie,
qu'il a exprimée par la communion
de la fraction du pain ; il
ne fait aucune mention de la
que l'ufa-
Coupe d'où je conclus
ge de la Coupe n'est point d'un
devoir indifpenfable
, & qu'ainfi
GALANT. 61
l'Eglife a pû la retrancher. Cela
eft fi vray , qu'en remontant dans
les premiers fiecles de l'Eglife, où
l'on pretend que la communion
fous l'fpece du vin a efté le plus
en ufage , nous trouverons des
preuves que l'on communioit auffi
fous une feule efpece , & que
l'ayant fait , en croyoit avoir
accomply le precepte que nous en
a donné7.C. de manger fa chair
& de boirefon fang. On ne peut
pas difconvenir que dans les temps
de la perfecution de l'Eglife , qui
Sçavoit l'étroite obligation où font
tous les Fidelles de recevoir le
Sacrement de l'Euchariftie , on
62 MERCURE
avoit coutume de leur donner le
pain confacrépour l'emporter chez
eux , afin de fe communier euxmefmes
lors qu'ils feroient prefts
d'endurer le martire,pour prendre
par ce moyen de nouvelles forces
pour confefferJ. C. C'est un fait
d'histoire averé par l'autorité des
SS. Peres, qui ont vefcu dans ce
temps - là. Or je dis que nous ne
voyons point que les Chreftiens
ayent jamais emporté dans leurs
maifons l'Euchariftie fous l'efpece
du vin.
Vous fçavez peut-eftre ce que
S. Ambroise rapporte de S. Satire
Jon Frere, dans
l'Oraifonfunebre
qu'il en a faite . Il dit que cefaint
GALANT.
63
homme fe voyant dans une grande
tempefte, demanda le S. Sacrement
le pendit à fon col ,
fe jetta à la Mer , & que par
ce moyen il évita le
naufrage.
Or il n'y a pas d'apparence qu'il
euft pendu à ſon coll'Euchariftie
fous l'espece du vin.
L'hiftoire de Serapion eft connuë.
Eufebe de Cefarée qui vivoit
du temps de Conftantin ,
nous la rapporte au fixiéme livre
defon Hiftoire Ecclefiaftique . Ce
Serapion qui avoit apoftafié du
rant la perfecution , touché de
repentir de l'avoir fait , & fe
voyant à l'article de la mort ,
demanda la communion . On cou64
MERCURE
rut au Preftre , mais le Prêtre
étant malade donna une portion
de l'Euchariftie
au garçon qui
Pétoit venu chercher, & commanda
qu'on la moüillât , afin
que le malade pût l'avaler plus
aisément. Ce garçon executa ce
que le Prêtre luy avoit ordonné
de faire. Serapion receut l'Euchariftie
fous lafeule espece du
pain , recouvrafa fanté. Cela
marque que l'on ne jugeoit pas
la communion
neceffairefous l'ef
dans une
pece
du vin , puis que
occafion
où il s'agiffoit
de faire
rentrer un Apoftat
dans la communion
de l'Eglife , le Prêtre ne
GALANT. 65
me conbuy
envoya l'Eucharistie que
fous la feule efpece du pain .
Je pourrois vous rapporter une
infinité d'autres exemples ; je
pourrois ajoûter les raifons que
nos Theologiens ont coutume de
donner fur ce fujet , mais je
crains de vous ennuyer par une
trop longue Lettre. Je
tenteray de répondre à la feule
objection que l'on nous propofe .
J.C. dit- on , a fait un commandement
de l'ufage de la Coupe
lors qu'il a dit à fes Apostres aw
foir de la Cene , Beuvez en tous.
Fe répons à cela que quand J. C.-
a dit à fes Apostres en leur pre-
Juin 1690. F
66 MERCURE
fentant le calice , beuvez - en
tous , ce n'eft pas un commandement
qui regarde tous les Fidelles
, mais feulement les Apoftres
en particulier , car il faut remarquer
qu'il y a dans l'Evangile
de deux fortes de commandemens
faits aux Apôtres , les uns qui
regardent tous les Fidelles ,
autres qui ne regardent que les
Apôtres en particulier.Par exemple
, quand J. C. commande à
fes Apôtres de s'aimer entre eux,
c'est un commandement fait à
tous les Fidelles en la perfonne
des Apôtres , mais quand il dit .
Ceux dont vous remettrez les
les
>
GALANT.
67
pechez , les pechez leur feront
remis ; quand il leur dit
encore d'aller annoncer l'Evangile
par tout le monde , ce font
des commandemens
qui ne regardent
pas tous les- Fidelles , mais
feulement les Apôtres en particulier.
Or je foutiens que le commandement
que J. C. fait àfes Apoftres
, en leur difant , beuvez- en
tous , n'est que pour eux en particulier,
& non pas pour tous
les Fidelles , ce que je prouve
par les paroles de S. Luc chapitre
24. qui parlant de la mefme
action de J. C. au jour de la
Fij
68 MERCURE
Cene , marque qu'il dit à fes
• Apoftres , prenez & le partagez
entre vous , ce qui est encore
mieux expliqué par S. Marc ,
qui dit qu'ils en burent tous, car
fi le mot de tous fe prenoit dans
S. Mathieu pour tous les Fidel-.
les en la perfonne des Apoftres ,
il feroit impoffible de verifier ce
que dit S. Marc , ils en burent
tous , puis qu'il est conftant que
tous les Fidelles n'en burent pas.
Il faut donc neceffairement conclure
que ces paroles , beuvez- en
tous
, n'étoient dites que pour
les Apoftres en particulier , & en
qualité d'Apôtre. Je conclus de
GALANT. 69
tout cela que la Coupe n'est point
de l'effence du Sacrement de l'Eu
charistie. M Dallier & Derelincourt
en conviennent dans
quelques- uns de leurs Ouvrages,
mefme dans la Difcipline de la
Religion pretendue Reformée ,
fondée fur un Synode tenu “à
Poitiers , fi ma memoire ne me
trompe.
il
est
dit
que ceux qui
auront de l'averfion pour le vin
feront point obligez de boire
dans la Coupe , mais qu'il fuffira
de la leur prefenter , ce qui marque
qu'on ne la juge pas effentielle.
Que fi elle n'est pas effentiel-
Le au Sacrement de l'Euchariftie,
70 MERCURE
qu'elle nefoit qu'une maniere
de l'adminiftrer , l'Egliſe a pû en
retrancher l'ufage , ce que j'ay
montré par l'exemple du Baptême.
C'en eft affez fur cette ma-.
tiere. F'avois refolu d'y joindre
une petite differtation fur le Purgatoire
, mais je m'apperçois qu'il
y a trop longtemps que je vous
entretiens . Pardonnez- le au defir
preffant que j'ay de nous
voir l'un & l'autre dans une
mefme Communion. C'est ce que
je demande à Dieu de tout mon
coeur , puis qu'il n'y a perfonne
qui s'intereffe plus que moy
tre falut. Je fuis , Monfieur, &c.
à rôGALANT.
71
Les actions par lesquelles M
de Calvo , Lieutenant General
des Armées du Roy, & Chevalier
de fes Ordres , s'eft diftingué
depuis un fort grand
nombre d'années , ont efté fi
éclatantes , qu'il eft impoffi
ble que les nouvelles publiques
ne vous ayent appris fa
mort. Elle arriva à Deins én
Flandre le 29. du mois paffé ,
aprés cinq jours d'une fiévre
interne qui ne fe declara point.
Si-toft que la violence de fon
mal luy eut fait connoiftre le
danger où il eftoit , il fe prepara
à quitter la vie avec le
72 MERCURE
mefme courage & la mefme
fermeté qu'il avoit fait tant
de fois paroistre dans les occafions
les plus perilleuses, &
fit appeller M l'Abbé Riquetti
qui eft auprés de M ' le
Maréchal Duc de Luxembourg
, pour luy remettre les
affaires de fa confcience . Cet
Abbé dont les grands talens
font connus par quantité de
Sermons qu'il a prefchez avec
beaucoup de fuccés dans les
meilleures Chaires de Paris ,
& fur-tout par l'excellent
Panegyrique de Saint Louis,
qu'il prononça l'année der
niere
GALANT •
73
niere dans la Chapelle du
Louvre devant MS de l'Academie
Françoiſe , le trouva
dans toutes les difpofitions
qu'on peut fouhaiter à un
bon Chreftien , & neut pas
befoin de l'exhorter pour luy
faire prendre les fentimens
d'un entier détachement des
chofes du monde , & d'une
parfaite ſoumiſſion aux ordres
de Dieu . Ainfi M' de
Calvo receut tous fes Sacremens
avec une refignation
tres-édifiante , & mourut aprés
avoir tenu fort longtemps
le Crucifix embraffe,
Juin 1690.
G
74 MERCURE
Il eftoit d'une famille illuftre
& fort ancienne , originaire
de Venife , d'où l'un de ceux
de ce nom , eftant paſſé à
Manreſe petite Ville de
Catalogne , pour y demeurer,
fe rendit fameux par une action
dont la memoire fera
toujours confervée . Les Mores
ayant mis le Siege devant
Barcelone , on luy confia
l'Armée des Chreftiens pour
la commander en Chef. II
chaſſa les Barbares , & par fſaa
conduite & fa bravoure il merita
le titre de Liberateur de
cette Capitale, où il fut receu
GALANT
.
75
comme en triomphe. Les Archives
de la Maiſon de Ville
de Barcelone rendent témoignage
d'un évenement
ſi glorieux
, qui a donné lieu aux
Succeffeurs
de ce grand hom
me de porter dans leurs Ar
mes une tefte de More. C'eſt
de luy qu'eſt defcendu
Dom
François
de Calvo Gualbes
,
dont j'ay commencé
à vous
parler. Il nâquit en 1627. &
prit party dans le fervice du
Roy au commencement
de
la révolte des Catalans
. Il fe
fignala
par des marques
de
valeur en la défaite des Turcs,
Gij
76 MERCURE
en Hongrie au paffage du
Raab , & fut un des premiers
qui traverfa le Rhin à la nâge
en 1672. Enfuite il fe trouva
à la Bataille de Senef , où il
receut de grandes loüanges
de feu Monfieur le Prince ,
qui commandoit les Armées
du Roy. Sa Majefté l'ayant
faitCommandant de Maftrik,
il s'y défendit avec autant de
conduite que de fermeté, contre
une puiffante Armée des
Ennemis qui en faifoit le Siege.
Il foutint leurs plus vigoureufes
attaques pendant
cinquante- deux jours, & quoy
GALANT
77
qu'ils euffent fait une grande
bréche , & qu'il cuſt un ordre
du Roy de rendre la Place , il
cut la gloire de la conferver
encore plufieurs autres jours.
Auffi Sa Majefté, aprés luy
avoir donné de grands éloges
, l'honora d'abord de la
Charge de Lieutenant General
de fes Armées , & luy don
na une penfion de vingt mille
livres . Les Espagnols ayant
declaré la guerre à la France ,
il acquit beaucoup de gloire
dans la Catalogne , où ayant
paffé à la nâge la Riviere du
Pont Major , il chargea fi ru-
Giij
78 MERCURE
dement les Ennemis , que fans
la nuit qui furvint leur General
Bournonville n'euft pû éviter
de demeurer prifonnier . Il fit
encore paroiftre dans la Cámpagne
de l'année derniere ,
qu'il avoit toutes les qualitez
d'un grand Capitaine , lors
qu'avec environ cinq mille
hommes il défendit fi heureufement
nos retranchemens
en Flandre , contre les efforts
de vingt mille combattans
dont l'Armée des Efpagnols
& des Hollandois eftoit compofée.
Le Roy récompenfa
fon merite en le faifant CheGALANT.
79
valier de fes Ordres dans la
derniere nomination . Il eftoit
Gouverneur de la Ville d'Aire
, & l'avoit efté d'Arnhein ,
lors que les François la prirent
en 1672. Son corps a cfté
porté de Menin àAire,où il a
efté enterré avec les honneurs
qui luy eftoient deus . Mr de
Calvo cftoit un homme d'une
grande probité , liberal , bon
amy , & magnifique lors qu'il
s'agiffoit de foutenir la gloire.
de les emplois & les avantages
de fa naiffance . Avec tant de
belles qualitezvous jugez bien
qu'il a efté regreté de tout le
G
iiij
80 MERCURE
monde. Il étoit allié de tout ce
qu'il y a de Maiſons illuftres
dans la Catalogne , & avoit
époufé la Soeur de Dom Jofeph
de Marguerit , Marquis
d'Aguilar , Viceroy de cette
Principauté. Il n'en a poins
eu d'Enfans , & elle eft morte
il y a déja plufieurs années .
L'Ouvrage qui fuit eſt de
M' de Caluy , dont je vous
ay déja envoyé plufieurs Contes
; le tour qu'il leur donne
cft fi agreable , qu'on les lit
toujours avec plaifir . Celuy
cy eft adreffé à l'un des Prelats
dont l'Affemblée du Clergé
GALANT. 81
qui fe tient à S. Germain eft
compofée. L'Auteur l'a tiré
du premier livre de la Philippide
de Guillaume le Breton .
Ssesessse :2222szes
LE CLERGE
de Champagne
.
NOUVELLE.
T
V vas donc,illuftre Prelat,
Briller à l'Affemblée où cent fois ta
prudence
Sceut allier pour le bien de la France
L'intereft de l'Eglife à celuy de l'Etat.
$
Prelats , Abbez, pleins d'une ardeur
fidelle
82 MERCURE
Vont à Louis marquer leur zele :
Maisfi quelqu'un oubliant que l'argent
Dans les befoins eft le plus feur
Agent,
Au lieu des fecours neceffaires,
N'offroit que de fimples prieres,
Dy-luy, Prelat, en peu de mots,
Ce qu'en pareille conjoncture
A Clercs d'épargnante nature
Jadis un de nos Rois répondit à propos.
S
Ce Roy fage , vaillant &jufte
Regna fous le beau nom d'Auguste.
L'éclat de fes vertus fouleva contre
luy
Anglois, Flamans , & Cercles de
l'Empire ,
Vains Ennemis que son bras fceut
détruire.
GALANT. 83
Ainfi contre un grand Royfe liguent
aujourd'huy
Des Princes éblouis & jaloux defa
gloire .
Témeraires projets ! Maistre de la
victoire,
En peu dejours Louis va les dompter.
Mais où me laiffay-je emporter ?
Pour un Conteur la matiere eft trop
belle ;
Revenons donc. Suivi de braves combattans
,
Ce Roy court en vainqueur où la gloire
l'appelle ;
Mais fon trefor décroiſt en peu de
temps.
Que faire? Ayant besoin d'uneprompte
finance ,
Il va la demander au Clergé Champenois84
MERCURE
Ils devoient bien fournir à la dépenfe
,
Ses Suldats défendoient leurs
droits.
2
Mais ce Clergé tardif à la defferre
Ne donna rien pour cette guerre.
Rien ? Ny riche Prelat, ny Chanoine
opulent ?
Non, rien ; au lieu d'une fomme
précife , •
Remede un peu trop violent,
Ces Clercs offroient du trefor de
l'Eglife
Des Oraifons,comme un équivalent.
2
Mais le Peuple à fon Prince ouvre
encore fa bourses
Pourfes illuftres Potentats ,
Son amour fut toujours une feure
refſource ,
GALANT
85
Ils ne sçauroient manquer d'argent.
ny de Soldats.
Qu'en avint-il? Aprés guerre
victoire ,
Ce Monarque comblé de gloire
Fut tranquille dans fes Etats.
S
Noftre Clergé n'eut pas mesme avantage
;
Car certains Comtes fes voisins
Pillerent comme Sarrafins
Les Terres de fon appanage.
$
L'hiftoire accufe en ce fait-- cy
Les Comtes de Retel , de Roffet , de
Couffy ,
Brigans, quifans respect du Roy ny
de l'Eglife ,
Crurent que
biens facrez estoient de
bonne prife.
86 MERCURE
2
Tous nos Clercs donc en defarroy,
Voyant que telles gens en leur audace
extrême ,
Sont peu
touchez de l'anathême,
Implorent lefecours du Roy .
S
Mais ce grand Roy gardoit dans fa
memoire
De leurs refus le fenfible déboire.
Que voulez- vous, dit-il?Je ne puis
accorder
Que remontrance & que priere :
Fay fort peu de Soldats , & de finance
guere ;
D'autre fecours je ne vous puis
aider.
S
Il tint parole, & fur un tel chapitre
Il écrivit aux Comtes mainteEpitre.
Là , fans parler de leurs forfaits,
GALANT. 87
Il les prioit pour Dieu de laiſſer vivre
en paix.
Ces bonnes gens que
leurs
rapines
Empêchoient
de chanter
matines
.
S
D'unftile fi nouveau les Comtes tout
Surpris
Font encor pis ;
·Tant que nos Clercs confus de leur
ingratitude ,
Et las d'une guerre fi rude ,
Conviennent tous de bonne foy,
Qu'il eftoitjuste que le Roy
Ne leur donnaft qu'argent de même
alloy.
or deux d'entre - eux devant ce
Prince
Pleurant les maux de leurProvince,
Triftes
Ambaffadeurs vont chercher
du fecours.
88 MERCURE
Mais ils font mieux ; aprés leur
doleance
Ils font au Roy toucher mainte fi
nance ,
Charme plusfort que les plus beaux
difcours.
S
A cet objet rappellant fu clemence,
Comme vous , 'dit- il , jufqu'icy
F'ay feeu donner paroles pour paroles
;
Mais puis que maintenant vous comptez
des piftoles ,
Fe répondray par
S
des effets auffi.
> D'abord ilfe met en campagne
Et chaffe en peu de temps du fond
de la Champagne
Des biens facrezl'injufte Usurpateur.
Alors un celebre Orateur
GALANT. 89
D'entre les Clercs harangua le Monarque
,
Etfinit par ces mots que l'Hiftoire
remarque,
Noftre domaine eft le bienfait des
Rois ,
Leur bras puiffant le garde & nous
l'affure,
Sans eux pauvres comme autrefois
Nous n'aurions que la Prelature.
Soutenonsdonc leurs deffeins genereux
D'un bien que nous devons à leur
main liberale :
Maints tyranneaux fans la force
royale,
Nous en dépouilleroient & le prendroient
pour eux .
Je ne doute point , Madame
, que vous ne me fçachiez
Juin 1690.
H
90 MERCURE
୨୦
gré de vous envoyer l'Ouvrage
qui fuit. Il eft fur une
matiere qui a toujours des
charmes pour vous , & il doit
vous plaire d'autant plus, qu'il
part de la plume d'une perfonne
de voſtre Sexe. Comme je
vous en ay déja fait voir plufieurs
autres de Madame de
Prino , il vous fera fort aisé de
reconnoiftre fon ftile . Vous
fçavez qu'elle écrit juste , &
avec beaucoup de delicateffe .
Ainfi vous ne devez vous
promettre qu'un fort grand
plaifir de cette lecture .
CALANT. 91
$52552522 25SSZESZ
DISCOURS
Sur le difcernement du Roy
dans le choix des perfonnes
à qui Sa Majesté confie
l'éducation de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne.
Comm
Ommander avec justice ,
vivre avec fageffe , unir
la pieté à la puiſſance , & la
bonté à la valeur , eftre grand
par une Couronne & par un
merite infiny & foutenir le
glorieux poids de fon Etat avec
>
Hij
92 MERCURE
Padmiration de tout l'Univers ,
ce n'est qu'une legere idée des
grandeurs de nostre Monarque.
Ses faits inouis donnent de l'étonnement
, fes vertus font
d'un caractere qui n'a point eu
d'exemple , & qui ne peut eftre
imité. Quel efprit plus vif
plus furprenant que le fien ? Il
eft éclairé & tout brillant des
lumieres qu'il a rescues du Ciel
quand il éteint l'Hereftesil ne l'eft
pas moins quand il abolit ces
licences barbares que l'uſage avoit
tolerées. Pendant que toute
l'Europe s'agite pour le troubler,
il est tranquille dans fes Etats.
GALANT.
93.
Environné defa propre gloire , il
fonge à choisir des Inftructeurs
capables de former les moeurs du
jeune Heros en qui il fe regarde.
Entouré d'Ennemis à qui
l'injustice & l'envie fervent de
puiffance & de gloire , il rend
parfa prudence leurs deffeins fans
fuccés comme ils font fans raifon
, & fans s'embaraffer de
leurs mouvemens impetueux
, ny
de leur nombre , dans le fein de
fon Etat il fonge à fa Famille.
LOUIS dont le difcernement
éclairé ne laiffe rien échaper à fes
connoiſſances , aprés avoir pesé le
merite & la vertu de ceux qu'il
94 MERCURE
"
eftimoit, a fait choix d'un illuftre
Seigneur, fage & fidelle dont
les foins vontmettre l'ordre dans
les nobles inclinations du jeune
Prince que l'on luy confie.
Quelle fituation charmante pour
ce Heros naiffant de fe trouver
formé d'un fang fi pur , diſposé
afuivre les divins exemples de
fes Ayeux! Elevé par des hom.
mes doctes , pieux & zelez ›
il va apprendre à eftre un grand
homme & ungrand Prince. Les
foins des hommes illuftres qui
l'inftruifent luy infpireront la
vertu , fes nobles inclinations le
porteront à l'aimer ; & l'exem
GALANT. 95
ple de LOUIS LE GRAND
l'engagera à la fuivre. Il va
s'apliquer à connoiftre la ver
tu connoiffance fi neceffaire
à un Prince , qu'il ne peut estre
parfait fans elle . C'est ce qu'afi
bien prevû noftre Monarque
qu'il ne s'est pas contenté de la
doctrine , de la fcience & de la
vivacité dans les perſonnes à qui
il confie ce jeune Prince , il a
voulu y trouver auffi de la pietés
de la foy de la fageffe , afin
que ceux qui instruiroient par
leurs difcours puffent édifier par
leurs actions . Il a voulu que
Science que l'on alloit donner
la
96 MERCURE
ce jeune Prince fuft une fcience
de lumiere qui n'euft point
d'ombres , & qui pust toûjours
unir l'habileté à l'innocence › &
la vertu à la capacité. Pour
reüſſir dans ce deſſein , il ne pouvoit
mieux choifir. C'est là où
fon difcernement toujours éclairé,
toujours vif, luy découvrant le
fort le foible des efprits , luy
fit voir l'étendue du genie &
la droiture du coeur de ceux qu'il
preferez. Son choix fit admirer
fon jufte difcernement , car on le
voit toujours diftinguer ceux qui
fe distinguent par la vertu , &
couronner d'honneur ceux que la
verty
GALANT.
97 .
par
·
l'honneur
vertu couronne de reputation.
Quelle fageffe merveilleufe de
procurer par fon choix la lumiere
à l'un & la gloire à l'autre
donner la connoiffance de la
verité à fon Fils
qu'il fait à fon Sujet , & faire
admirer par fon difcernement la
grandeur de fa justice , & la
vertu de ceux qu'il a choifis !
Heureux Prince , à qui nôtre
Monarque donne par fon choix
la connoiffance de la vertu avec
celle de la verité , fouvenezvous
que l'on vous aprend à la
connoiftre afin de vous aprendre
à l'aimer. Mais je me trompe ,
Juin 1690 . I
98 MERCURE
grand Prince , vous le fcavez
naturellement . Dupurfangdont
vous eftesformé , la vertu vous
eft naturelle , & vous la pratiqueriez
par inclination , quand
mefme vous ne la connoistriez
pas par inftruction.Les nobles inclinations
des Heros leur donnent
naiffant l'amour de la vertu ;
ils n'ont point d'effort à fe faire
pour la fuivre , & l'instruction
qui la leur fait connoistre , leur
fait moins voir l'amour qu'ils
luy doivent que celuy qu'ils luy
portent. C'est ce que l'on voit
dans votre Auguste Perfonne ,
grand Prince. Voftre panchant
GALANT. 99
pour les chofes les plus nobles
les plus juftes a prévenu les
foins que l'on prend pour vous
l'infpirer ; l'on trouve en vous le
fruit des peines que l'on veut
prendre , & les travaux font.
récompenfez fans eftre foufferts,
puis que vous aimez la vertu
par inclination naturelle , &
que vos fentimens font fi nobles
, qu'on ne fçait fi l'on doit
vous admirer ou vous inftruire .
Quel agreable étonnement pour
ce grand homme , cet illuftre Gouverneur
, de trouver dans un âge
fi tendre une vertu fi avancée »
&quelle joyé pour ces illuftres.
I ij
ICO MERCURE
Sçavans qui vous inftruiſent ,
de trouver des lumieres qu'ils
n'ont qu'à découvrir ,
maurs qui fe reglent fans condes
inclinations qui
que
des
&
rainte ,
previennent leurs avis. Tout
petit fe faire voir un Grand
Prince qui renferme dans fa
perfonne une ame noble , grande.
qui n'aime la vertu
qui defire de fuivre le modelle
admirable de Louis le Grand ,
quel exemple merveilleux ! quel
modelle furprenant ! Marcherfur
les traces de Louis le Grand , c'eft
courir à grands pas dans les fentiers
de la vertu la plus pure ,
GALANT.
IOI
c'eft voler au fommet des grandeurs
les plus veritables ; enfin
c'eft entrer dans une carriere toute
merveilleufe , qui jufqu'à prefent
n'a pû qu'eftre admirée de.
tous les Monarques du monde .
C'est ce Prince redoutable que
vous devez imiter ; vous n'avez
pas receu fon fang pour ne pas
poffeder fes vertus , & l'exemple
qu'il vous donne eft une instru-
Etion muette qui vous doit apprendre
à fuivre les grandes
qualitez que l'on remarque dans
fon augufte Perfonne . C'est le
plus beau defir qui puiffe entrer
dans le coeur du plus grand des
I iij
102 MERCURE
Princes , & celuy qui pourra
comme Louis le Grand , eftre
aimé de tous fes Peuples , craint
de fes Ennemis poffeder enfemble
le zele de la Religion
la pieté veritable , la valeur
parfaite, la justice & laclemence,
Je pourra dire l'imitateur du plus
grand Roy qui fut jamais . C'eft
ce defir qui vous doit animer ,
grand Prince. Vous devez an
difcernement de noftre Monarvertueuse
éducation
que
la
que
vous recevez vous devez au
fang genereux donc vous eftes
formé l'amour de la veriu que
que vous avez , & vous devez
GALANT. 103
fon exemple le deffein de l'imiter,
& d'eftre comme vofire Augufte
Pere , l'admirable Defcendant
du plus admirable des Rois .
que
On a eu avis de Warfovie
la Diete y avoit enfin
efté terminée le Dimanche 7.
du mois paffé à quatre heures
du matin, les Senateurs ayant
fait durer la Séance toute la
nuit pour n'éloigner pas davantage
l'heureuſe conclufion
qu'elle a euë . Le dernier jour ,
la Republique donna avec
touteforte de diftinction l'Indigenat
ou droit de naturalité
I iiij
104 MERCURE
à M le Comte de Maligny,
Frere de la Reine , & vouloit
le donner auffi à M' le Marquis
d'Arquien . Pere de Sa
Majefté , mais ce Seigneur
remercia. Ce mefme jour, les
Gentilshommes Etrangers qui
ont eu le même Indigenat depuis
cinq ans , prefterent ferment
de fidelité au Roy & à
la Republique , à l'exception
de M le Chevalier d'Alerac ,
Gentilhomme François , qui
n'a pas voulu fe lier à un
Prince Etranger , & qui n'a
receu l'Indigenat en 1685. que
comme une marque d'honGALANT.
105
neur dont il plût au Roy de
Pologne de le gratifier , en
confideration de quatorze
mois d'efclavage paffez à
Neuhauzel aprés la Campagne
de Vienne & les Combats
de Barcan , où ce Chevalier
avoit fervy prés de fa perfonne
.
les
Entre plufieurs chofes que
l'on a reglées en cette Diete ,
on y a impofé une taxe à lever
par tefte , & parce que
Soldats , outre leur paye , reçoivent
un pain d'hiver ; &
qu'ils le vont prendre dans
les Villages , ce qui fait fouf
106 MERCURE
frir beaucoup les Payfans
Mr Malakowski , Evefque de
Cracovie, propofa que luy &
les Evefques fes Confreres
s'impoferoient une fomme
qu'on donnercit aux Soldats >
afin qu'ils n'allaffent point
troubler les Payfans , fous
pretexte de venir chercher ce
Pain. Il crut que la charité engageroit
les autres Prelats à
fuivre fon fentiment , mais les
voyant tous demeurer muets ,
fans qu'aucun d'eux fift connoiftre
qu'il euft deſſein de
fournir la part de cette impofition
volontaire , il reprit la
GALANT. 107
parole, & dit que puis que
c'eftoit luy qui avoit fait la
propofition , il payeroit luy
feultoute la fomme, & le jour
fuivant il la fit compter. Ce
pieux Evefque employe tout
fon revenu en bonnes oeuvres,
& à foulager les pauvres Convens
, & les Familles dont il
connoît la neceffité . Il a fondé
un Monaftete de Filles de la
Vifitation à Cracovie , & une
Maifon de Miffionnaires , &
fait baftir l'un & l'autre.
Le mefme zele eft en France
où le nombre des Hopitaux
& des Maifons de Seminaires
108 MERCURE
augmente de jour en jour par
le foin & la charité de nos
Prelats . C'est ce qui a donné
lieu à M' Boyer de l'Academie
Françoiſe , fi digne de la
reputation que luy ont acquife
tant de beaux Ouvrages,
de faire le Sonnet que je vous
envoye. Il eft adreffé à M
l'Archevefque d'Alby.
Pafleurdesbons Palleurs l'exem- modelle ;
Quel autre comme vous pour l'Eglife
& l'Etat ,
Prompt, actif, vigilant , àfon devoir
fidelle,
Sçait remplir tout l'employ d'un illu-
·ftre Prelat ?
GALANT. 109
ន
Ce n'eftoit pas affez de voir que vo
ſtre zele
Renouvelle en nos jours le faint Apoftolat,
Et qu'ayant combattu l'Heretique rebelle
,
Toujours quelque conquefte ait fuivi
le combat.
S
De vaftes Hôpitaux, dont voftre miniftere
( re,
De mille malheureuxfoulage la mife-
Couronnent les travaux de vostre
charité.
S
Ces afiles facrez, ces Monumens durables,
Le refuge éternel de tant de miferables
,
Parleront à jamais de voſtre pieté.
110 MERCURE
Je vous envoye quelques
Vers qui ont cfté faits fur la
mort de Mr le Prince Charles
de Lorraine . M ' Taifand ,
Treforier de France à Dijon,
a fait ceux qui fuivent .
SUR LA MORT
du Prince Charles.
Left mort, ce Heros , ce Prince de
Lorraine , IL eft
Par un coup imprevû de la Parque
inhumaine
Luy qu'on vit couvert de Lauriers
Egaler les exploits des plus fameux
Guerriers.
Auffii malgré la mort, il vivra dans
( nom ;
l'Hiftoire,
Pour s'eftre acquis un immortel reGALANT..
III
1
Mais il manque un brillant à l'éclat
de fa gloire ,
Il n'a pas fuccombé fous l'effort du
Canon ,
Au milieu de la plaine,
Au champ de Mars, comme legrand
Turenne.
Ces autres Vers , auffi bien
que l'Epitaphe qui les fuit ,
font de M' l'Abbé Saurin .
SUR CE QUE LA MORT
du Prince Charles eft arrivée
dans le temps que Monfeigneur
fe preparoit à partir
pour l'aller combatre.
L
Ouis , le digne Fils de Louis
l'invincible ,
Avec la mefme ardeur dont il prit
Philisbourg›
112 MERCURE
Pour abattre une Hydre terrible ,
Marchoit contre les Chefs de la Ligue
d'Ausbourg.
Un fameux General, l'honneur de
l'Allemagne
Et la terreur de l'Ottoman ,
Veut s'opposer à fa Campagne,
Et mettre en feureté le Pais Alleman .
Alors noftre Heros qui s'aprefte à
combattre,
Plus fier que le Lorrain , medite de
Pabatre ;
Mais qui l'euft crû ? Dans cet inftant
La mortjaloufe de fa gloire ,
A voulu prevenir ce jeune Conquerant
,
Pour avoirpart à la victoire.
EPITAPH E.
> Cy-gift le Prince de Lorraine
Auffi brave Soldat quefage Capitaine,
Qui fauva l'Empire Alleman ,
GALANT 113
Et porta la terreur dans le coeur
Ottoman.
Paffant, admire fa prudence.
Dés qu'il fceut qu'un Heros
gloire de la France ,
la
Dont il connoiffoit la vertu ,
S'avançant vers le Rhin meditoit fa
défaite ,
Chez les Morts ilfit fa retraite,
Et prit fi bienfon temps qu'il ne fut
point battu.
Ces derniers Vers vous feront
connoiftre qu'il y a des
matieres , qui donnent lieu
aux perfonnes d'efprit de fe
rencontrer dans leurs penfées .
Ils m'ont efté envoyez fous le
nom de l'Officier Floriste de
Saumur.
Juin 1690.
K
114 MERCURE
EPIGRAMME
.
Ln'eft plus ce Heros , la terreur
du Turban , I'
Ce Prince glorieux de qui la main
vaillante
,
De l'esclavage du Sultan
A delivré l'Aigle tremblante .
On a vu ce Guerrier effacer en fix ans,
Volant comme un éclair de victoire
en victoire ,
Ce que plus de vingt Conquerans
En deux fiecles entiers s'eftoient acquis
de gloires
Mais aprés tant d'efforts & de faits
-inouis ,
El manquoit aux exploits de ce grand
Capitaine ,
D'avoir combattu fous LOVIS,
Et de mourir comme Turenne.
GALANT:
Comme on cft bien - aile
d'avoir les Portraits de tous
les Grands Hommes , j'auray
foin de faire graver celuy de
ce Prince pour vous l'envoyer.
Voicy la fuite du Traité
dufçavant M' Comiers, dont
je vous ay envoyé le commencement
dans ma Lettre
du dernier mois."
Kij
116 MERCURE
5222552 5255555222
SECONDE PARTIE.
De l'Art d'écrire occultement.
& fans foupçon.
ARTICLE I.
Deux moyens faciles de parler
& d'écrire en
en chifres , comme
auffs de déchifrer fans avoir
la Table des nombres..
L faut fçavoir par memoire
quel chifre apartient à chacune
des dix - huit Lettres de
mon Alphabet que j'ay mist
dans la mefme Cellule de
GALANT.
117
chaque Lettre dans la rangée
fuperieure de ma Table des
nombres , & qui font auffi
aprés les Lettres de l'Alphabet
perpendiculaire qui eft à main
gauche. Je les repete icy.
A.B. C. D. E. F. G. I. L.M.
9. 10 .
1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8.
N. O. P. Q. R. S. T. V.
20. 30. 40. 5o . 60. 70. 80. 90 .
Tout ce qu'il faut faire c'eft
d'ajoûter le chifre fignificatif
du nombre de la lettre du mot
du guet avec le chifre fignificatif
du nombre de la Lettre
du fecret , & par le nombre
qui provient de leur fomme
118 MERCURE
on connoiftra quel chifre il
faut envoyer pour la Lettre
du fecret .
Obfervez qu'il y a trois
differens cas , premierement,
où le chifre de chaque Lettre
eft chifre fimple , feconde .
ment , où le chifre de chaque
Lettre eft nombre difenaire ;
troifiémement , où le chifre
d'une Lettre , par exemple
celle du mot du guet , a un
chifre fimple , & la Lettre du
fecret a un chifre difenaire .
Regle pour chacun des deux
premiers cas.
›
Si les chifres des deux LegGALANT.
119
7
1
tres font fimples, ou que chacun
des deux chifres foit un
nombre difenaire , ajoutez
les deux chifres fignificatifs,
& fi la fomme n'excede pas
10. écrivez un nombre moindre
d'une unité , comme z.
pour 3. & 3. pour 4. & 4. pour
5. & 5. pour 6. & 6. pour 7.
& 7. pour 8. & 8. pour 9. &
9. pour 10
4.
Ainfi fupofons que la Lettre
du mot du guet foit D.
& que la Lettre E. J. foit la
Lettre du fecret . Dites, 4. plus
5. égale 9. & 9. moins 1. égale
8. qui eft le mefme chifre que
120 MERCURE
Vous auriez trouvé par le
moyen de maTable des nombres
. Ecrivez donc 8. pour la
Lettre E. du fecret .
Ainfi par la Lettre F. 6. du
mot du guet pour la Lettre
du fecret D. 4. dites 6. plus
4. égalent 10. & 10. moins r
égalent 9. que vous écrirez
pour la Lettre D. du fecret .
De mefme fuppofons que
la Lettre du mot du guet foir
M. 10. & que la meſme Lettre
M. 10. foit la lettre du fecret,
égale 2. & 2 . dires 1. plus
1. I.
moins
1. égale
1.
I. que vous
écrirez pour la lettre M. du
fecret. De
GALANT. 121
De mefme par la lettre R
60. pour la lettre P. 40. dites
6. plus 4. égale 10. & 10.
moins égale 9. que vous
écrirez pour
fecret.
la lettre P. du
Deuxième regle.
Lors que dans l'un ou l'au
tre des deux premiers cas la
fomme des deux chifres fignificatifs
eft plus grandet
que 10. comme 11. 12. 13. 14 .
15. 16. 17. 18. rejettez la premiere
unité, & au chifre reftant
ajoutez zero , & vous
aurez le nombre difenaire que
Juin 1690.
L
122 MERCURE
2
vous auriez trouvé par ma
Table des nombres .
•
II.
Ainfi par la lettre F 6.
du mot du guet pour la lettre
E S. du fecret , dites 6.
plus 5. égalent 11. rejettez la
premiere unité , & à l'unité
reftante ajoûtez zero , vous
aurez le nombre dizenaire 10.
pour la lettre E.
De mefme par la lettre L. 9 .
pour la lettre F. 6. dites 9.
plus 6. égalent 15. rejettez le
chifre 1. & au chifre s . qui
refle ajoûtez zero , vous aurez
le
nombre difenaire so. pour
la lettre F:
GALANT. 123
III. REGLE.
Lors qu'un chifre eft fimple ,
l'autre difenaire.
Premierement, fi la fomme
de leurs chifres fignificatifs
n'excede pas le nombre 10 .
oftez en une unité , & au
nombre reſtant ajoûtez zero,
vous aurez le nombre dife
naire requis
.
Ainfi fuppofons que C. 3 .
foit la lettre du mot du guet,
& que R. 60. foit la lettre du
fecret, dites 3. plus 6. égalent
9.
&
moins z.
9 .
égalent 8.
auquel ajoûtant zero , vous
Lij
124 MERCURE
aurez le nombre difenaire 80 .
pour R. lettre du fecret .
Ainfi par la lettre S. 70
pour la lettre C.
dites
7.
3 .
plus 3. égale 10. & 10. moins
1. égalent 9. auquel ajoûtez
zero , vous aurez le nombre :
difenaire
du fecret .
90. pour la lettre C.
Secondement , fi la fomme
de leurs chifres fignificatifs.
excede le nombre 10.comme
11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. rejettez
l'unité qui precede , & le
chifre reftant fera le requis ,
rel que vous l'auriez trouvé
par ma grande Table des
nombres .
GALANT. 125
Ainfi fuppofons que la lertre
du mot du guet foit R. 60.
& que la lettre du fecret foit
E. f.dites 6. plus 5. égalent 11.
oftez- en le premier chifre 1 .
il vous restera le fecond chifre
1. qui eft le chifre requis.
Ainfi par la lettre F. 6. pour
la lettre S. 70. dites 6. plus 7.
égale 13. rejettez le premier
chiffre . reftera le chifre
pour la lettre S. du fecret.
Moyen de lire le fecret chifré
fans la Table des nombres.
3.
Tout le miftere confifte à
décomposer & à rétrograder
L iij
126 MERCURE
fur ce que voftre confident a
fait par les regles precedentes
, par lefquelles il a trouvé
les chifres qu'il vous a envoyez
pour les lettres de fon
fecrer .
Il faut premierement ( çavoir
par coeur la quantiéme
chaque lettre eft dans l'ordre
naturel de mon Alphabet, ce
que j'ay marqué aprés chaque
lettre de l'Alphabet perpendiculaire
qui eft à la main
droite de la Table des nombres
de ma Planche . Les voicy
pour n'eftre pas obligé d'y
avoir recours .
GALANT. 127
A. B. C. D. E. F. G. I. L. M.
I. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10.
N. O. P. Q. R. S. T. V.
11 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18 .
Il faut auffi fçavoir quel
chifre fecret fimple ou difenaire
appartient à chacune
des dix- huit lettres , ce qui
eft tres- facile pour les dix
premieres
car elles ont
pour leurs chifres fecrets les
mefmes chifres qui expriment
la quantiéme chaque lettre eft
dans l'ordre naturel de mon
Alphabet.
S
Voicy le moyen de fçavoir
quel chifre fecret difenaire
Liiij
128 MERCURE
appartient à chacune des huic
lettres reftantes .
N. O. P. Q. R. S. T. V. n
20. 30.40 . 50. 60. 70.80.90.
Ajoûtez zero à la fomme des
deux chifres du
quantiéme
de chacune de ces lettres , on
aura le nombre difenaire qui
leur appartient . Ainfi pour
N qui eft la 11. lettre , vous
aurez 20. pour la lettre O. qui
eft la 12. vous aurez 30.
pour
*
P. qui eft la 13. vous aurez 40.
pour la lettre
qui eſt la 14.
2.
vous aurez 50. pour R.qui eft
la 15. vous aurez 60. pour S.
qui eft la 16. vous aurez 70 .
GALANT. 129
pour T. qui eft la 17. vous
aurez o. & enfin pour la
lettre V. qui eft la is. vous
aurez go .
Sur la fuite des chifres que
voſtre amy vous a envoyez
écrivez de fuite les lettres
du mot du guet dont vous
eftes convenus . Examinez enfuite
le chifre de l'ordre qui
appartient à la lettre du mot
du guet ; aprés quoy obſervez
les regles fuivantes .
a
Premierement , fi le chifre
de la lettre du mot du guet
eft fimple, & que le chifre envoyé
foit auffi fimple , ajoû130
MERCURE
tez l'unité au nombre envoyé,
& de la fomme oftez en le
chifre du mot du guet , il
reftera le nombre qui indi.
quera la quantième lettre de
mon Alphabet eft la lettre
du fecret. Ainfi D. 4. eftant
la lettre du mot du guet , & le
chifre envoyé eftant & . dites 8 .
plus 1. égale 9. que vostre amy
avoit eu pour la fomme du
chifre de la lettre D. du mot
du guet , & de la lettre du fecret
qui vous eft encore inconnue
C'eft pourquoy dites
9. moins 4. égales . c'est à dire
que la lettre du fecret eft la
GALANT. 131
çinquiéme de l'Alphabet qui
eft la lettre E.
Que file mefme chifre 8.
eftoit envoyé pour la lettre
D. du fecret, & que le chifre
du mot du guet fuft E. s .
dites s . plus 1. égale 9 .
moins égale 4. c'eft à dire
que la lettre du fecret eft la
lettre D. la quatrième de
l'Alphabet.
S.
& 2.
Lors
que
lettre
du mot
du guet
eft dizenaire
, & que
le chifre
envoyé
pour
la lettre
du fecret
eft fimple
, ajoutez
l'unité
au
chifre
envoyé
, & de la fomle
chifre de la
132 MERCURE
me oftez le nombre fignifica
tif du nombre difenaire , le
chifre reftant indiquera la
quantiéme de l'Alphabet eft
la lettre du fecret .
du
Ainfi la lettre du mot
eftant R. 60. & · le
guet
chifre envoyé eftant
9. dites
9. plus 1. égale zo . & 10. moins
6. chifre fignificatifdu nombre
60. de la lettre R. du mot
du guet, égale 4. auquel ajoûtez
zero , vous aurez le nombre
difenaire 40. qui indique
que la lettre du fecret a le
nombre
13. Lettre P.
40. qui apartient à la
J
GALANT. 133
Lors que le chifre de la lettre
du mot du guet eft fimple
comme la lettre L. 9. & qu'un
nombre difenaire comme so.
eft envoyé pour la lettre du
fecret , rejettez le zero du
nombre difenaire so. restera s.
& fupofez l'unité écrite au
devant du chifre s . reftant ,
vous aurez le nombres. du
quel oftez le nombre 9. de la
lettre L. du mot du guet , il
vous reftera le nombre 6. qui
indique que la lettre du fecret
eft la fixieme de l'Alphabet ,
c'eſt à dire F. pour laquelle
veftre Confident vous avoir
134 MERCURE
envoyé le chifre so .
Autre moyen d'écrire en d'écrire en chifres,,
de dechifrer le fecret fans
le fecours de ma Table des
nombres.
Cette maniere eft moins
fçavante, mais peut- eftre plus
facile à pratiquer. Il faut confiderer
les dix huit lettres.
A. B. C. D. E. F. G. I. L. M.
6.7. 8 . 9.10
.
I. 2. 3. 4. 5.
N. O. P. Q. R. S. T. V.
20.30. 40.50.60 70.80 . 90 .
& leurs dix- huit chifres fecrets
, comme faiſant un cha-›
GALANT. 135
pelet , & fçavoir par coeur
quelle quantiéme de l'Alphabet
eft chaque lettre , ce que
j'ay marqué par les chifres qui
font à coté des lettres de
l'Alphabet perpendiculaire
qui eft à la main droite de ma
Table des nombres Cela bien
entendu, voicy le moyend'écrire
fans Table .
Suppofons que la lettre du
mot du guet foit D. 4. & que
la lettre du fecret foit F. 6.
comptez depuis 4 inclufivement
fix nombres confecutifs
, le nombre 4. en eftant le
premier, difant quatre , cinq,
136 MERCURE
fix , fept , buit , neuf, & écrivez
le chifre 9. pour E. lettre
du fecret , patce que depuis
inclufivement
vous avez
compté fix nombres jufqu'au
nombre 9. auffi inclufive-
4 .
ment.
On peut auffi compter depuis
le nombre 6. inclufivement
quatre nombres fuivans,
difant 6. 7. 8. 9. & pour connoistre
pour quelle lettre fecrete
de l'Alphabet le chifre
9. vous a efté envoyé par le
moyen du chifre 4. de la lettre
D. du mot du guer , de
ce chifre 4. inclufivement ,
GALANT. 137
comptez de fuire jufques au
nombre auffi inclufive- 9.
avcz
ment , 4. 5. 6. 7. 8. 9. &
remarquez
que
vous
compté
fix nombres
; donc
la fixième
lettre
de l'Alphabet
eft la lettre
F. du fecret
pour
laquelle
on a envoyé
le
chifre 9.
De melme fuppofons que
la lettre du mot fecret foit
la lettre du mot du
80.90 ..
F.6 . & que
guet foit R.60.comptez depuis
foixante inclus fix nombres
fuivans , difant 60. 70. 80. 90 ..
1. & 2. vous envoyerez ce chifre
2 pour la lettre du fecret F.
Juin 1690.
M
138 MERCURE
Et pour connoiftre pour
quelle lettre de l'Alphabet le
chifre 2. a efté envoyé par le
moyen de la lettre du mot du
guet R.6o. comptez depuis 60.
incluſivement juſqu'à ce que
vous rencontriez 2. inclufivement
, difant 60. 70 , 80. 90.
1. & 2. Remarquez que vous
avez compré fix nombres ;
donc la fixiéme lettre de l'Alphabet
eft la lettre F. du fccret
, pour laquelle on a envoyé
le chifre 2 .
Vous trouverez le mefme
chifre 2 en comptant depuis
la lettre F. inclufivement 15.
GALANT. 129
parce que la lettre R. eft la
quinzième
de l'Alphabet
.
Supofons
auffi que la lettre
du mot du guet foit R. 60. &
que la lettre du fecret foit P.
40. parce que la lettre P. eft la
13. de l'Alphabet
, comptez
depuis 60. inclus treize nombres
fuivans
, diſant 60. 70 .
80. 90. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8 , 9. &
envoyez
ce chifre 9. pour la
lettre P. du fecret .
"
Et afin de connoistre pour
quelle lettre de l'Alphabet le
chifre 9.aefté envoyé par le
moyen de la lettre du mot
du guet R. 60. comptez de
Mij
140
MERCURE
و
puis 60. inclufivement jufques
au nombre 9. auffi inclufivement
, difant 60.70 . 80. 90.
I. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. & re-
·marquez que vous avez compté
treize nombres ; donc la
treizième lettre de l'Alphabet
eft la lettre P. du fecret , pourlaquelle
on a envoyé le chi
fre
9.
Reduction de la Table.
La moitié de la Table prife:
à main gauche du haut en
bas fuffira fi l'on met deux
lettres de mon Alphabet dans
chacune des neuf cellules de
la ligne fuperieure ; ainſi on
GALANT. 141
Ι4Ι
pourra plus facilement écrire
& lire en chifres.
On peut encore reduire
toute la Table à la quatriéme
partic , c'eſt à dire , à ce qui
eft contenu au premier quartier,
mettant deux lettres dans
chaque cellule de la ligne fupericute
& de la ligne perpendiculaire
, &
n'aura point de chifres difenaires
dans la Table ; mais on
pour
lors on.
écrira un zero aprés le chifre
qui fignifiera la feconde des
deux lettres du fecret.
142 MERCURE
ARTICLE II.
Moyen tres- facile d'écrire en
chifres fans ma Table
des nombres.
Dans la Figure cy jointe on
verra la reduction de ma Table
en deux cercles concentriques
faits fur deux Lames
ou Platines d'argent , de cuivre,
ou de carton . Ces deux
cercles font divifez en dixhuit
cellules ; chaque cellule
du grand cercle contient une
des dix- huit lettres de mon
Alphabet , & au deffous de
chacune des lettres eft un des
GALANT . 143
chifres ſimples ou dizenaires.
Le moindre cercle eſt mobile
fur le centre commun
des deux cercles , & dans chacune
des dix- huit cellules il a
une des dix - huit lettres de
mon Alphaber.
Au deffus de la lettre A. fur
le bord de ce cercle mobile
eft refervé une petite pointe
ou index dont voicy l'ufage .
Eftant convenu de la clef,
fentence , ou mot du guer ,
comme des mots fuivans le 28..
Février 1690. tournez le cercle
mobile jufqu'à ce que l'index
de la lettre A. foit precife144
MERCURE
ment au deffous de la lettre ;
ou chifre de la clef priſe dans
le grand cercle , & pour lors
ayant trouvé dans le petit
cercle mobile la lettre du fecret
, on écrira le chifre qui
luy eft immediatement au
deffus dans le grand cercle.
Ainfi pour écrire en fecret
Comiers Aveugle Royal ayant
mis la lettre A. du cercle mobile
vis - à- vis & au deffous de
la lettre de la clef L. prife
dans le grand cercle immobile,
on écrira le chifre 20.
eft immediatement au deffus
qui
de
GALANT. 145
de la lettre C. du cercle mobile.
On tournera la lettre A. du
cercle mobile au deffous de la
lettre de la clef E. & pour la
lettre O du fecret on écrira
le chifre 70. qui luy eft immediatement
au deffus dans
le cercle immobile.
la
Tournez de mefme la lettre
A. du cercle mobile fous le
chifre 2. de la clef ou mot du
guer , & vous écrirez pour
fettre M. le chifre 20. qui luy
eft au deffus dans la rouë immobile,&
ainfi durefte, & ens
fin par la clefle 28.Février 1690 .
Juin 1690 .
N
146 MERCURE
pour les mots fecrets Comiers
Aveugle Royal , vous aurez les
chifres fuivans .
20. 70. 20. 60. 10. 1. 60. 60 .
7. 9. 50. 5.7 50. 4. 5. 70. 9. 8.
50.
Il eft facile de lire ces chifres
par la voye contraire à la maniere
qu'ils auront efté écrits.
Il faut donc tourner la lettre
A. du cercle mobile fucceffivement
fous chaque lettre ou
chifre de la clef ou mot du
guet prife dans le cercle immobile
, dans lequel ayant
trouvé le chifre , on connoiftra
, & on écrira la lettre du
1
GALANT 147
fecret qui luy eft immediatement
au deffous dans le cercle
mobile .
Ainfi dans la Figure la lettre
A. eft au deffous de la lettre
L. & le chifre envoyé eft
20. C'est pourquoy ayant dans
le cercle immobile trouvé le
chifre 20. vous avez immediatement
au deffous la
lettre C. du fecret pour la
quelle on avoit écrit le chifre
20.
Autre maniere tres -facile
d'écrire en chifres.
Premierement , convenez
avec voftre Amy d'une clef
Nij
148 MERCURE
ou mot du guet, afin de donner
un ordre ou fuite irregu
liere aux dix-huit lettres de
mon Alphabet.
Suppofons donc que vous
foyez convenu avec voſtre
Confident de l'arrangement
de l'Alphabet par le mot
Profetifandum B.c.g.l.q.
Sous les dix-huit lettres de
cet Alphabet vous mettrez
les dix-huit chifres fimples
& difenaires dans leur ordre
naturel , ainfi que j'ay fait au
bas de ma Planche.
GALANT. 149
Profetis
t if a n
n du m
1.2.3.4. §.6.7.8.9.10.20.39.40 .
b . c. g. to 9.
so. 60. 70. 80. 90.
70.80.
Secondement , convenez avec
voftre Amy d'un nombre
, comme 1689. qui fervira
de mot du guet , & que vous
repeterez fur les lettres du fecret
autant de fois qu'il en fera
befoin pour chifrer entierement.
Troifiémement , écrivez en
voftre particulier en ligne
horizontale les chifres des
lettres du fecret prifes dans
L'Alphabet cy - deſſus . Ainfi
Niij
150 MERCURE
pour écrire Comiers Aveugle
Royal , vous écrirez à part 60.
3.40.7 5.2.8 . 9. 30. 5. 30. 70 .
80. 5. 2. 3.7.9. 80.
Quatrièmement , fous ces
nombres écrivez les chifres
de la clef 1689. dont vous
eftes convenus ainfi .
60. 3. 40.7.5.2.8.9.30.5.30.70 .
1. 6. 8. 9.1 . 6. 89. 1. 6. 8. 9.
80. 5. 2. 3. 7. 9. 80.
1. 6. 8. 9. I. 6. 8.
Et ayant tiré au deſſous une
ligne ajoutez les chifres fimples
ou difenaires qui font
l'un fur l'autre ,
commençant
à main gauche , & écrivez au
GALANT.
151
deffous leur fomme particuliere
ainfi , difant 60. plus 1 .
égalent 61. que vous écrirez
au deffous de la ligne , & 3 .
plus 6. égalent 9. que vous
écrirez encore deffous, & ainfi
de fuite , & vous aurez , comme
vous voyez , au deffous de
le ligne.
603 40 7.5.2.8.9.30.5.30 70 805.2.3.7.9.80
1, 6.8 . 9 , 1.6, 8.9 . 1. 6.8.9 . 1.6 . 8.9 , 1. 6. 8 .
619 48.16.6.8.16.18.31..38 79 81.11.10 12.8.15,88
que vous envoyerez à voſtre
Amy .
Remarquez que le nombre
16.eft employé pour la lettre I.
N iiij
152 MERCURE
& pour la lettre S. du mot
Comiers Remarquez encore
que le chifre s . eft employé
pour R. dans le mot Comiers,
& pour la lettre I. du mot
Roial, & que dans ce meſme
mot Roial la lettre R. eft fignifiée
par 10: & que dans le
mot Comiers la meſme lettre
R. eft fignifiée par 8 .
Pour lire ces chifres 61.
48. &c. qu'on vous auroit envoyez
pour les lettres du fecret
, il faut décomposer par
la fouftraction ce que voftro
Amy aura fait par l'addition;
c'eft pourquoy fous cha'
GALANT. 153
un de ces nombres qu'on
ús á envoyez , écrivez un
des chifres du nombre de la
cef 1689 , dont vous cftes convoas
ainfi.
61.9.48.16.8.16.18.31.11 18.79 81.11570.12.8. ; § 28
1.6. 8. 9. 6. 8. 9. 1.6.8.9 . 16. 8. 9. 1.6. 8.
60.3.4.0.7.12 8.9 , 30.5.30 , 70.80.5 2 3 9 9 90
Dites 61. moins r. égale 60.
que vous écrirez pour la premiere
lettre du fecret. Vous
direz enfuite 9. moins fix
égale 3. que vous écrirez pour
la feconde lettre du fecret.
Ainfi du refte , & vous aurez
60.3.40. 7.§. 2. 8. 9. 30. §. 30.
154 MERCURE
70.80.5.2.3.9.9 . 80. que vous
connoiftrez par l'Alphabe
cy- deffus fignifier les lettre
des mots , Comier , Aveug'
Roia
Je vous envoyeray daß ma
Lettre de Juillet la fute de
cet Article .
Il eft malaifé de concevoir
qu'on puiffe eftre malheureux
en aimant fort tendrement,
quand on eft aimé de la meſme
forte , & qu'aucun obftacle
ne traverſe cet amour.
Cependant c'est ce qui a mis
un Cavalier d'un fort grand
GALANT. 155
nerite hors d'eftat de plus
gofter aucun des plaifirs qui
peuvent fervir à rendre la vie
agreable . Comme il eftoit né
avec un coeur tres-fenfible, il
ne pit tenir long- temps
contre les charmes d'une jeune
Brune qu'on luy fit connoiftre
. Elle avoit le teint
uny, les traits affez reguliers ,
la bouche admirable & de
grands yeux noirs les plus
dangereux qui furent jamais.
Joignez à cela une taille fine
& degagée , & un agrément
d'efprit & d'humeur inconcevable
. On remarquoit
au156
MER CURE
tant de folidité dans l'un
qu'il y avoit d'enjouemer
dans l'autre , & quoy qu'e
fift ou dift , c'eſtoient des graces
par tout, & toujours de
nouveau je ne fçay quoy
qui la faifoient trouvertoute
aimable . Le Cavalier en fic
une épreuve , qui le rendit en
fort peu de temps le plus
amoureux de tous les hommes
. Il mit tous les foins
plaire à la Belle , & fon bien-
& fa naiffance qui estoient
confiderables , luy auroient
fait voir fon attachement avec
plaifir , quand meſme il
GALANT. 157
n'auroit point joint à ces
avantages tout ce qu'un efpric
poly , & des manieres honneftes
peuvent avoir d'engageant
pour un coeur bienfait.
Il avoit d'ailleurs une complaifance
qui prevenoit tout
ce qu'on pouvoit fouhaiter
de luy , & on peut dire
que
rien n'égaloit la délicateffe
de fes fentimens . La Belle
n'eut pas de peine à rendre
juftice à tant de merite , & s'il
luy perfuada qu'elle eſtoit aimée
avec excés , elle ne luy
cacha point qu'elle avoit pour
luy beaucoup de tendreffe .
158 MERCURE
Elle avoit foin d'éloigner
tous ceux qui pouvoient luy
faire la moindre peine , &
quoy qu'on ne puſt la voir
fans avoir pour elle plus que
de l'eftime , elle fit fi bien
qu'il fe trouva toujours fans
Rivaux . Cet heureux eftat le
raviffoit, & il ſe paſſa une année
entiere fans qu'il trouvaſt
que de la douceur dans l'engagement
qu'il avoit pris ; mais
enfin la Belle commença à
s'eftonner de luy voir toujours
laiffer les chofes dans
une mefme fituation . Il luy
difoit fouvent que tout fon
GALANT. 159
bonheur dépendoit d'elle, &
l'empire de la terre ne valoit
pas felon luy le plaifir fenfible
d'eftre tendrement aimé
d'une fi belle perfonne . Il
n'épargnoit rien de ce qui
pouvoit contribuer à fa joye ,
& il ne confideroit jamais la
dépenfe lors qu'il s'agiffoit de
quelque partie pour la divertir
, mais il manquoit à l'eſfentiel
, & les plus fortes affurances
qu'elle recevoit de
luy lors qu'il luy juroit une
conftance éternelle , n'eftoient
fuivies d'aucune declaration
qui allaſt au mariage , & il
160 MERCURE
fembloit que ce bien qu'il te
noit fi precieux, ne luy infpiraft
aucun defir de le poffeder.
La Belle qui n'avoit pris de
l'amour que dans la veuë de fe
faire un établiſſement auffi
avantageux qu'agréable , ne
fut point contente de cette
tranquillité , & pour en tirer
le Cavalier
quis qu'on luy amena luy
ayant dit des douceurs , elle
confentit à en recevoir quelques
vifites. Cette nouveauté
alarma le Cavalier. Il devint
chagrin , & s'échapa à des
plaintes . La Belle ne fut pas
un jeune MarGALANT.
161
fachée de le voir jaloux , &
ne doutant point que la concurrence
ne l'obligeaft à parler
, elle luy dit en riant qu'-
elle eftoit bien- aife de connoiftre
fon amour dans toute
fa force , & que jamais elle
n'en avoit cfté fi- bien convaincuë
que par la crainte
qu'il luy faifoit voir qu'elle
ne vouluft partager fon
coeur, mais qu'il devoit fe
répondre d'en eftre toujours
le maiſtre malgré les prétentions
du plus empreffe rival,
& qu'il ne pouvoit , fans luy
faire tort , la croire capable
capable
Juin 1690 .
162 MERCURE
d'une perfidie . Cette affuran
ce , quoy que fort flateuſe, ne
pût luy mettre l'efprit en repos.
Il luy demanda pourquoy
cette difference entre le Marquis
& plufieurs autres dont
elle avoit rejetté les foins, &
comme il ne luy dit rien de
ce qu'elle avoit envie d'entendre
, elle tourna toutes fes
alarmes en plaifanterie , fans
vouloir congedier le Marquis
. Sa jaloufie augmenta ,
mais il n'eut point recours au
remede dont on cuft voulu
le qu'il fe fuft fervi , & pour
pouffer jufques au bout , la
GALANT. 163
Belle aprés luy avoir dit inutilement
beaucoup de chofes
qui devoient le forcer à s'expliquer
, flata la paffion du
Marquis , & luy permit de la
demander pour Femme à fon
Pere. Comme il fe laffoit des
lenteurs du Cavalier qui ne
fe declaroit point , il fut favorable
à la propofition . La
chofe fut fçeue , le Marquis
s'en applaudit , & le Cavalier
s'en defefpera. Il fe plaignit à
la Belle avec des termes touchans
, du trifte eftat ou fon
amour fe trouvoit reduit par
la complaifance qu'elle avoit
O
ij
164 MERCURE
cuë de foufrir les foins de fon
rival. Sa réponſe fut que c'eſ
toit injuftement qu'il le diſoit
mal- heureux , puis qu'il ne
l'eftoit qu'autant qu'il le vouloit
cftre ; qu'elle avoit toujours
pour luy , & le mefme
coeur,& les mefmes fentimens,
& qu'elle eftoit feure que dés
qu'il voudroit parler à fon
Pere , il l'emporteroit fur le
Marquis . La neceffité de
s'expliquer clairement mit le
Cavalier dans un embarras
terrible. Il aimoit la Belle
avec la plus forte paffion , &
le chagrin de la perdre luy
CALANT. 165
fuadé
fembloit cruel à fouftenir
mais il eftoit tellement perque
fon amour finiroit
dés qn'il l'auroit époulée ,
qu'il fremiffoit de l'engagement
qui luy eftoit propofé .
Dans cette agitation , il n'oublia
rien pour luy faire craindre
le dégouft qu'il reffentoit.
Il luy fit une peinture
fort vive des defagremens du
mariage , luy dit qu'il n'y avoit
rien de plus contraire
à un amour delicat qui dédaignoit
tout ce qui pouvoit
avoir du rapport avec les fens;
que le coeur qui vouloit tou
166 MERCURE
jours demeurer libre,fe revol
toit contre l'obligation d'aimer,
fi toft qu'elle eftoit impofee
par le devoir ; que les
privileges do Mary faifoient
degenerer en langueur les empreffemens
de l'Amant le plus
foumis , & que fi elle vouloit
toujours goufter les douceurs
de cette pure union qui les
rendoit l'un & l'autre fi heureux
depuis long- temps , elle
devoit fuir tout ce qui l'empeſcheroit
d'eftre maiftreffe
de fa liberté. La Belle qui
n'avoit aucun panchant pour
le celibat , luy répondit fort
GALANT. 167
modeftement que l'eftat de
Fille eftoit fans doute un eſtat
heureux , mais que fon Pere
cherchant à la mettre dansun
établiffement qui luy affeuraft
du bien , cette belle idée de
vouloir toujours aimer delicatement
, n'eftoit pas une
Faifon dont il dûft fe contenter.
Alors pour luy marquer
un amour qui ne recherchoit
que fes avantages , le
Cavalier offrit de luy faire la
donation d'une Terre de deux
mille écus de rente pour luy
fervir d'établiffement , à condition
qu'elle renonceroit àle
168 MERCURE
marier. Le party n'eftoit pas
laid , mais le nom de vieille
Fille qu'il falloit avoir un
jour , n'accommodoit pas
Belle . D'ailleurs, elle prenoit
pour offenfe que tout fon
merite n'infpiraft rien d'affez
la
violent au Cavalier pour luy
faire croire qu'il ne pouvoit
eftre malheureux en l'époufant
. Ainfi piquée du refus
qu'il faifoit d'elle - mefme à
elle- mefme , elle luy dit que
la donation qu'il vouloit luy
faire , luy marquoit autant
d'amour que de generofité ,
mais qu'elle eftoit tellement
contre
GALANT. 169
contre fa gloire qu'elle ne
pouvoit y confentir ; qu'il luy
eftoit important de ne faire
pas dire dans le monde qu'
elle auroit receu le payement
d'une foibleffe ; que la médifance
ne
manqueroit pas
de le publier , & que ce bruit
feroit des impreffions d'autant
plus facheuſes pour la
reputation , qu'on croiroit
qule Marquis , aprés s'eſtre
declaré
n'auroit rompu
avec elle , que par ce qu'il
l'auroit trouvée indigne d'eftre
fa Femme ; qu'ainfi il
falloit
neceffairement qu'elle
Juin 1690.
,
P
170 MERCURE
époufaft l'un ou l'autre ; qu'
elle n'accepteroit le Marquis
qu'à fon refus, & qu'elle vouloit
bien luy donner juſqu'au
lendemain à examiner ce qu'il
avoit à refoudre ; que cependant
il pourroit luy épargner
la confufion de recevoir
par luy-mefme un nouveau
refus en s'empefchant de venir
chez elle, & qu'elle entendroit
par là qu'il la laiffoit
dans l'entiere liberté de difpofer
d'elle mefme . Le Cavalier
fortit fans rien dire davantage,
& paffa toute la nuir
dans un trouble qui nefe peur
GALANT.
171
concevoir . L'habitude qu'il
s'eftoit faite des douceurs d'un
tendre amour , l'avoit tellement
charmé, qu'il concevoit
bien qu'en y renonçant , il
s'arrachoit à luy- meſme, mais
l'exemple de la plupart des
Maris qui laiffent éteindre
prefque auffi - toft ces vives
ardeurs qu'ils ont fait paroif
tre Amans, & fa propre experience
par quelques Maiftreffes
peu fcrupuleufes qu'il
avoit aimées avec paffion
dans fes premieres années , &
dont les plus legeres faveurs
l'avoient d'abord rebuté, luy
Pij
172 MERCURE
faifoient connoiftre qu'il luy
feroit impoffible de conferver
fon amour , lors qu'il l'auroit
rendu neceffaire. Ainfi il fe
refolut à ceder la Belle à fon
Rival , & quoy qu'il creuft
perdre tout en la perdant ,
malheur pour malheur , il
aima mieux s'expofer à la regreter
toute la vie , que de fe
mettre en eftat de ne plus l'aimer
, ce qu'il tenoit feur qui
arriveroit fi le mariage les
attachoit l'un à l'autre . Il
s'accufoit de bifarrerie , mais
il connoiffoit fa delicateffe , &
pour ne point chagriner la
GALANT 173
Belle en luy allant declarer
luy.mefme qu'il ne pouvoit
accepter la préference qu'elle
luy offroit , il luy laiffa deviner
fes fentimens par fa retraite.
Elle les comprit fans
peine , & le dépit fe joignant.
à des difpofitions affez favorables
au Marquis , qui eftoit
bien fait , & avoit du bien ,
elle confentit à l'époufer . Le
Cavalier ne le put apprendre
fans eftre faifi de la plus vive
douleur . Il tomba malade, &
fi-toft qu'il fut guery il fe
retira dans une Communauté
où il eft encore. Il témoigne
Piij
174 MERCURE
mais le
avoir envie de renoncer tout
à fait au monde
temps , en effaçant inſenſiblement
les impreffions que l'amour
a faites fur fon coeur,
pourra luy donner `d'autrès
penfées.
Je vous obeis , Madame ,
& puis que vous ne vous contentez
pas de ce que je vous
ay dit que Mr le Sourt , Reeur
de l'Univerfité , avoit
harangué le Roy fur la mort
de Madame la Dauphine , je
vous envoye fa harangue .
Comme les deux que vous
avez déja veuës de ſa façon , à
GALANT. 175
M' l'Archevefque de Paris ,
vous ont obligée à ſouhaiter
de voir encore celle cy, je ne
doute point que vous ne trouviez
qu'elle répond à ce que
les autres vous ont fait attendre
de luy . Voicy ce qu'il dis
à Sa Majefté.
SIRE,
Nous venons témoigner à
voftre Majesté , combien nous
avons esté fenfibles à la perte
de l'Auguste Princeffe que nous
pleurons. Nous avons admiré ,
SIRE , avec quelle bonté , &
Pij
176 MERCURE
quelle constance vous luy avez
rendu pendant le cours d'une
longue maladie des foins verita
blement paternels ; mais fur tout
avec quelle grandeur d'ame ,
quelles paroles pleines d'une fo-
·lide pietés Vostre Majesté a confolé
un Prince affligé. C'est cet
Augufte Prince , SIRE ,.qui fait
aujourd'huy toute voftre confotation
, ce Prince , digne inftrument
de vos grands deffeins , qui
va dans vos Armées , en eftre le
bras tandis que vous en eftes icy
le chef & la tefte. Ce Prince,
SIRE , formé de vostre fang,
inftruit par vos exemples , armé
GALANT. 177
de vostre foudre , cet Aigle dont
Peffor merveilleux a fait trembler
l'Empire diffipera bientoft
tant d'Ennemis jaloux de la
gloire du plus Grand Roy du
monde , d'un Roy ( mais qui
peut dignement en parler ? )
encore plus élevé par fon merite ,
que par fonSceptre par fa Couronne
, toujours victorieux, toujours
digne de l'eftre ; qui n'entreprend
la Guerre que pour
reprimer l'injustice , ou pour
affermir la Paix ; qui croit n'avoir
de puiffance & de
deur que pour lesfairefervir aux
interefts de la Religion ; moins
gran178
MERCURE
fenfible au defir d'étendre les
bornes de fon Empire qu'à la
gloire de proteger un Prince deftitué
de tout fecours ; prevenant
par fes bienfaits les befoins &
les voeux de fes Peuples , &
faisant toujours par fes graces
particulieres
la joye e la felicité
du public. Qu'elle nous fur
fenfible SIRE cette joye que
vous repandites dans vostre
Royaume, lors qu'il plût à voftre
Majesté de choisir un des plus
grands , & des plus Scavans
Prelats du monde , pour l'élever
à la Pourpre Romaine
, & pour
couronner en luy l'ouvrage de
GALANT. 179
.
vos graces ! Plaiſe au Ciel ,
SIRE . qui vous a donné à la
France pour eftre le feul & le
puiſſant Protecteur de la Religion
, le parfait modelle des
Princes Chrestiens , le prodige
l'admiration de toute la Terre,
donner à Vostre Majefté cette
de triom- plenitude de jours
phes qu'il accorda à un Grand
Roy qui eftoit felon fon coeur.
Ce font les voeux , SIRE , que
forme fans ceffe pour vostre Perfonne
Sacrée l'Univerfité de
Paris , pendant que par sa voix
par fon exemple , elle inftruit
la jeunesse de votre Royaume,
180 MERCURE
de ce qu'elle doit àfon Dieu , &
àfon Roy.
Le fameux M ' le Clerc, qui
eft logé dans l'Hoftel des
Manufactures aux Gobelins ,
& qui paffe pour l'un des plus
habiles Graveurs qu'on ait
veus depuis long- temps
vient de donner au Public un
Livre de Geometrie qui au
jugement de tous ceux qui
s'y connoiffent eft un des plus
utiles & des plus intelligibles
qu'on ait encore faits fur cette
fcience. Il eft divifé en dix
Chapitres . Le premier conGALANT.
181
tient les définitions . Le fecond
établit des principes
qu'il appelle notions , & qui
font des veritez évidemment
connues par elles- meſmes, ou
par des demonftrations inconteftables.
Le troifiéme
donne la pratique des lignes
& des angles , & fait décrire
les figures des Plans. Le
quatrième enfeigne à tranffigurer
ces Plans, c'eſt à dire,
à leur donner de nouvelles
figures , fans en diminuer ou
augmenter le contenu . Le
cinquiéme apprend à les divifer.
Le fixiéme montre
182 MERCURE
comment il les faut affem.
bler , & comment on peut
les augmenter ou diminuer
de grandeur felon quelque
quantité propofée . Le feptiéme
enfeigne à les me
furer. Le huitième contient
la Trigonometrie , ou la doctrine
des triangles par le calcul.
Le neuvième traite des
Solides , & particulierement
de leur toifé , & le dixiéme
donne la pratique pour le
terrain . On y voit comme on
leve les plans , comme on les
trace , & comme on meſure
les dimenfions inacceffibles.
GALANT. 183
Ce Livre eft in octavo , &
fe debite chez le Sieur Jean
Jombert prés des Auguftins
à l'Image noftre Dame. On
le trouve auffi chez le Sieur
Guerout , Galerie neuve du
Palais. Le merite de M ' le
Clerc eft affez connu . Il eft
de Metz , & a efté autrefois
Ingenieur. Il fert le Roy à
preſent , en qualité de Deffinateur
& de Graveur ordinaire
de Sa Majefté , & a rang
de Confeiller dans l'Acade.
mie Royale de Peinture & de
Sculpture. Il eft auffi Profeſ
feur pour la Geometrie, Perf
184 MERCURE
pective & Architecture .
M' du Port, Preftre , de l'Academie
Royale d'Arles , a
donné depuis peu au public
l'Hiftoire de cette Ville. Elle
eft écrite d'un ſtile pur, concis
& coulant , & divifée en
trois Livres. Le premier contient
la defcription des Antiquitez
que l'on y voit , qui
font tres confiderables . On y
parle de fon Amphiteatre,
plus ancien & plus magnifique
que celuy de Nifmes, de
fon Obelifque qui eſt le ſeul
qu'il y ait en France , de fes
Catacombes, & de fes Champs
GALANT. 185
Elifées , qui avant la venue du
Sauveur du monde , fervoient
de Cimetiere aux Payens , des
Ceremonies qu'ils faifoient
aux Enterremens de leurs
Morts, des Urnes , des Lacrimatoires
, des Pareres , & de
quantité d'autres chofes fort
curieufes. On y voit encore
que Conftantin le Grand &
fon Fils Conſtance , auffi
bien que les Empereurs Honorius
& Majorien , ont étably
leur Cour à Arles, qu'elle
a efté Republique, & la Capitale
du Royaume de Bourgogne
. Dans le fecond Livre,
Juin 1620.
186 MERCURE
l'Auteur traite de l'établiffement
de la Foy à Arles par
Saint Trophime qu'on prerend
avoir efté difciple de
Saint Paul , & rapporte les
fentimens des Auteurs fur la
Miffion des premiers Predicateurs
Apoftoliques en Provence.
Il parle de tous les
Sacceffeurs que ce Saint a eus
dans le gouvernement de cette
Eglife , jufqu'à Meffire
François Adeymard de Monteil
de Grignan , mort l'année
derniere , & dit, que quoy
le nom d'Archevefque fuft en
ufage parmy les Grecs dés le
GALANT. 187
premier Siecle de la naiffance
de l'Eglife , il ne l'eftoit pas
parmy les Latins avant le
fixiéme Siecle , ce qui eft
caufe que le premier qu'on ait
nommé Archevêque d'Arles,
eft S Cefaire , qui fucceda à
S. Eonius en 502. & fut tiré du
Monaftere
de Lerins pout
remplir ce Siege . Dans le troifiéme
Livre de cette Hiftoire
il eft parlé de la Fondation de
l'Eglife d'Arles , de fa Primatie
, & du differend qu'elle eur
pour ce fujet avec celle de
Vienne , de l'établiffement
du Chapitre de Saint Trophi
Qij
188 MERCURE
me , de celuy de noftre- Dame
la majeure , & de la Fondation
des Paroiffes , des Abayes &
des Convens . Ce Livre ſe
trouve chez le fieur Cavelier
dans la grande Salle du Palais ..
Ceux qui le liront demeureront
fans doute d'accord , que
c'eft avec raifon que l'Auteur
a dit dans fa Preface, qu'il a
dequoy contenter les Curieux
auffi bien que les Sçavans .
Je vous ay marqué dans ma
derniere Lettre que M' le Cardinal
de Furftemberg avoit
pris poffeffion de l'Abbaye de
S. Germain des Prez ; il faut
GALANT 189
vous dire aujourd'huy de
quelle maniere cette ceremonie
fe paffa . Les Bulles eftant
arrivées & fulminées , ce Cardinal
fit avertir le Pere Dom
Jean Barré , Celerier , qu'il
viendroit prendre poffeffion
le Samedy 20.de May . On fe
difpofa à le recevoir , & om
donna l'ordre pour parer l'Eglife
. Elle fut tenduë de la
Tapiflerie du Baptefme de
Conftantin , qui eft une des
plus belles de la Couronne.
Son Eminence arriva fur les
cinq heures du foir en Camail
& en Rochet , & trouva la
190 MERCURE
Communauté en Corps qui
l'attendoit à la premiere porte
du Monaftere , où M Douceur,
Prieur des Anciens , luy
prefenta l'Eau- benite , & luy
fit un compliment à la portiere
de fon Carroffe . On le
conduifit au Chapitre pendant
que toutes les Cloches
fonnoient . Ses Bulles y furent
levës, & les Religieux s'eftant
enfuite affemblez capitulairement
, donneront leur confentement
a la prife de poffeffion
. Le Pere Dom Claude
Guenié . Soupneur , en l'abfence
du Pere Prieur, alla auffi«
GALANT. 191
roft en affeurer M' le Cardinal
que
par un difcours qui receut de
grands applaudiffemens . Il luy
dit qu'il y avoit quatre mois
la Communauté fouhaitoit de
rendre publique la joye qu'elle luy
avoit marquée en particulier dés
que le Roy l'eut nommé à cette
Abbayesque ces premiers mouvemens
, qui estoient partis alors
de la fincerité de leurs coeurs ,
avoient receu de nouvelles forces
par le temps qui les y avoit fortifiez
, en leur faisant toujours
mieux connoiftre le bonheur dont
il devoit les faire joüir ; que
depuis la mort d'un Prince de
192 MERCURE
La Famille Royale , que Sa
Majesté avoit deftiné pour Succeffeur
du Roy Cafimir , la volonté
de ce Prince eftoit demeurée
comme fufpendue , mais que s'êtant
enfin arreftée fur luy , elle
faifoit en mefme temps fon éloge,
marquoit mieux fon merite
que toute autre chofe ; que ce
merite ayant éclaté aux yeux de
toute l'Europe , quelques Estats
en avoient conçeu de l'envie ,
pendant que
la France, toujours
pleine d'équité, l'en recompenfoitr
& que Rome l'avoit couronné
de ce qu'il y a de plus éclatant
dans l'Eglife , que le Roy en luy
faifans
GALANT. 193
faifant poffeder cette Abbaye ,
continuoit la longue fuite de
Rois de Princes, de Cardinaux,
& de Grands Hommes à qui on
en avoit confié le foin. Il finit à
peu prés par ces paroles . Qu'il
nous foit permis , Monfeigneur,
de prendre part à cette nomination.
Le Roy, en prevenant nos
fuffrages , a feulementfecondé nos
vaux, & nous a donné un Abbé
que nous nous ferions choifi,
s'il nous en avoit remis le choix.
Aprés avoir gagné nos coeurs,
vous estes affeuré de nous ,
Monfeigneur , pour le reste de
nos devoirs. Noftre foumiffion
Juin 1690 . R
194 MERCURE
fera fans refource , nos respects
finceres profonds , nos prieres
continuelles pour attirer les
benedictions du Ciel fur voftre
Alteffe Eminentiffime , & pour
demander fa confervation . M' le
Cardinal de Furftemberg luy
répondit fort obligeamment,
qu'ayant toujours receù des marques
d'amitié de toutes les Abbayes
de la Congregation de
S. Maur qu'il avoit poffedées ,
il ne devoit pas eftre furpris de
celles qu'il recevoit des Religieux
de S.Germain
des Prezi qu'il ne
laiffoit pas de leur en estre obligé,
qu'ils devoient attendre de luy
GALANT. 195
tout ce qui feroit en fon pouvoir
pour y répondre & pour remplir
les devoirs d'un bon Pere
d'un veritable Abbé. Il s'affit
enfuite fous un dais dans le
Siege Abbatial , & admit au
bailer de paix tous les Religieux
qui vinrent l'un aprés
l'autre. On le conduifit de
là à l'Egliſe , où ayant fait
fa priere devant l'Autel ,
& obfervé les ceremonies
accoutumées , il marcha à
fon Siege Abbatial , & y fit
ferment en touchant le livre
des Evangiles , de conſerver
les droits & les privileges de
Rij
196 MERCURE
l'Abbaye. On leut tout haut
le procés verbal de fa priſe de
poffeffion , & les Chantres
reveſtus de Chapes eftant arrivez
avec les Diacres , les
Acolythes , & deux autres
Religieux , dont l'un portoit
la Mitre , & l'autre la Croffe
du nouvel Abbé , on le reveftit
auffi d'une Chape , &
aprés qu'on luy eut mis la
Mitre en tefte & la Croffe en
main , les Chantres entonnerent
le Te Deum que le Choeur
chanta alternativement avec
l'Orgue . Pendant ce temps,
on fit la Proceffion autour de
GALANT. 197
l'Eglife , le Prelat marchant le
dernier au milieu de fes Officiers
, & donnant des benedictions
au Peuple. Il en donna
une folemnelle lors qu'il
fut de retour au grand Autel ,
ayant dit auparavant les Oraifons
en actions de graces . Les
Boëtes tirerent dans ce moment
, & M' le Cardinal quitta
fa Mitre , fa Croffe & fa
Chape , & alla prendre poffeffion
de la Maifon Abbatiale
, y eftant conduit par
tous les Religieux . Le lendemain
21. jour de la Trinité,
il . officia pontificalement
, &
Riij
198 MERCURE
donna la Communion à tous
les Religieux non Preftres , &
à fes Officiers & Domeſtiques,
qui la receurent pour le Jubilé
, qui eftoit ouvert en ce
temps-là . Ce mefme jour , il
voulut difner au Refectoire
avec les Religieux qu'il traita
magnifiquement. Il eftoit à
la haute table fous un dais , &
avoit à fes coftez quelquesuns
de fes Amis , avec Mr le
Prieur des Anciens , & le Pere
Souprieur des Reformez . Il
porta le Saint Sacrement aux
Proceffionsdu jour de laFefte-
Dieu & de celuy de l'Octave
GALANT: 199
& officia le jour de la Fefte de
S. Germain. Il a fait preſent à
l'Abbaye d'un riche Ornement
, dont l'étofe eft à fond
d'argent trait , & relevée de
grands fleurons d'or trait .
Ona cu nouvelles que M le
Cardinal Forbin de Janfon
s'eftoit embarqué en Provence
le 8. de ce mois , fur unc
Galere du Grand Duc , pour
fon voyage de Rome. M
l'Abbé Trevifani qui s'y en
retourne, s'eft embarqué avec
luy. Cot Abbé, qui eft Noble
Venitien Camerier fecrer
d'honneur participant du Pa-
R iiij
200 MERCURE
ya
pe , & d'une Famille qui ä
efté autrefois Souveraine de
la Marche Trevifane , eftoit
venu , comme vous fçavez
apporter en France le Bonnet
de Cardinal à M ' de Forbin ,
& dans le peu de fejour qu'il
a fait,fon efprit ,fes manieres
engageantes , & la connoif
fance qu'il a fait paroistre des
belles Lettres , & de toutes fortes
de fciences, luy ont attiré
l'eftime de toute la Cour , &
de tout ce que nous avons
icy de perfonnes éclairées . Le
Roy , dont le difcernement
eft toujours jufte, luy a trouvé
GALANT. 201
un veritable merite , & pour
luy marquer combien fa
perfonne
luy a efté agreable , Sa
Majefté luy a fait prefent de
fon Portrait enrichy de gros
Diamans , l'un des plus beaux
& des plus magnifiques qu'on
ait encore vûs . Cependant
quelque magnifique que puif
fe eftre ce Portrait , il eft
beaucoup moins confiderable
par fon prix, que parce que
le Roy n'en ayant jamais
donné à aucun Camerier du
Pape , il fait voir par là qu'il
le donne au feul merite perfonnel
de M Trevifani , ne
202 MERCURE
pretendant pas que ce prefent
tire à confequence . M' le
Cardinal de Forbin a auffi
donné un fort beau Diamant
à ce Prelat , en le prianr de le
garder pour le fouvenir de
luy.
Le Lundy 5. de ce mois , on
fit dans l'Eglife de l'Abbaye
Royale de S Denis , le Service
folemnel de Madame la Dauphine
. Je ne repeteray point
ce qui fe paffe dans ces lugubres
ceremonies , vous
ayant fait une exacte defcription
dans ma Lettre de Septembre
1683. à l'occaſion du
en
7
GALANT. 203
ab
Service de la Reine . Le Parlement,
la Chambre des Comptes
, la Cour des Aides , la
ma Cour des Monnoyes , l'Univerfité
, le Chaftelet , & le
Corps de Ville furent invitez
à l'ordinaire , & prirent leurs
places ; fçavoir , le Parlement
dans tout le cofté droit du
Choeur en entrant , aprés
Mefdames les Princeffes , y
en ayant de vuides entre elles
& M's du Parlement, les Gens
du Roy , Greffiers & premier
Huiffier dans les chaiſes baffes
du mefme cofté , avec des
bancs de fecours pour ceux
OL
Se
204 MERCURE
qui ne purent eſtre placez
dans les hautes chaifes ; la
Chambre des Comptes dans
le cofté gauche du Choeur en
quatorze chaifes aprés Meffieurs
les Princes , en y en
laiffant auffi de vuides , les
Gens du Roy , Greffiers , &
premier Huiffier dans les
chaifes baffes du mefme cofté
avec des bancs de fecours ; la
Cour des Aides en fept hautes
chaifes à gauche à la fuite de
la Chambre des Comptes
, &
les Gens du Roy , Greffiers ,
& premier Huiffier aux chaifes
baffes au deffous avec des
GALANT 205
bancs de fecours ; la Cour
des Monnoyes à la fuite des
hautes chailes du coſté gauche
après la Cour des Aides
, les Gens du Roy , Greffier
, & premier Huiffier
aux Baffes Chaifes au deffous,
ayant auffi deux bancs de fecours
; l'Univerfité
aux quatre
dernieres places en entrant
à la fuite du Parlement , &
fur un banc de fecours ; le
Chaftelet en neuf Chaifes
baffes à droite , à la fuite des
Gens du Roy & Greffiers du
Parlement , & les Gens du
Roy, & autres en deux bancs
!
206 MERCURE
de fecours ; le Corps de Ville
en cinq chaifes baffes du cofté
gauche â la fuite des gens du
Roy, & des Greffiers de la
Chambre des Comptes , & en
deux bancs de fecours ; l'Election
de Paris en quatre
chaifes baffes du cofté droit
au deffous de l'Univerfité , &
en deux bancs de fecours.
M's les Archevefques & Evefques
en Rochet & en Camail,
furent placez vers l'Autel
du cofté de l'Epiſtre . Ma
dame la Ducheffe d'Arpajon ,
Dame d'honneur de Madame
la Dauphine , Madame la
GALANT .: 207
Marquife de Rochefort , Da
me d'Atour , & Madame la
Marquise de Montchevreuil ,
fe mirent fur un banc à la
droite entre le Maufolée &
les degrez de l'Autel . M ™ les
Marquis de la Sale , de Beuvron
& de Laverdin , & Mr le
Comte de la Vauguion , Chevaliers
des Ordres du Roy,
qui avoient été nommez pour
porter les quatre coins du
Poele de la Couronne , prirent
place fur un autre banc , ayant
au deffous d'eux le Confeil
de Madame la Dauphine , &
les autres Officiers derriere
208 MERCURE
:
fur d'autres bancs . Les Maiftres
d'Hoftel eftoient placez
du cofté gauche dans les baffes
chaifes , & les Aumôniers
fur un banc , vis- à- vis la Re .
prefentation de Louis XIII .
M ' le Marquis de Montchevrcül
, qui faifoit la fonction
de premier Ecuyer en la place
de Mr le Maréchal de Belfons ,
fe plaça aux pieds du Mauſo .
lée . Aprés que les léances eurent
efté prifes, M¹ de Saintot ,
Maiftre des Ceremonies , alla
querir les Princeffes du grand
deüil , qu'on avoit conduites ,
lors qu'elles eftoient arrivées à
Abbaye , aux appartemens
GALANT. 209
tendus de noir qui leur avoient
efté préparez . Deux
cens Pauvres veltus de gris
marchoient les premiers , tenant
chacun un flambeau de
cire blanche à la main , &
eſtoient fuivis de vingt - fept
Jurez Crieurs , des Herauts &
du Roy d'Armes . Mr Martinet
& Mr de Saintot , l'un Ai .
de , & l'autre Maistre des
Ceremonies , alloient aprés
eux , & precedoient M' le
Maréchal de Bellefons , Chef
du Convoy , qui faifoit les
fonctions de Chevalier d'honneur
à la place de M le Mar-
Juin 1690.
S
210 MERCURE
quis de Dangeau , qui eft à
l'Armée auprés de Monfer
gneur le Dauphin . Il marchoit
devant les Princeffes du
deuil , qui furent conduites à
leurs places, fçavoir , Madame
par Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , accompagné de
M ' le Duc de Beauvilliers fon
Gouverneur ; Mademoiſelle
par Monfieur , & Madame la
Grande Ducheffe de Tofcane
par M le Duc de Charrres .
M' l'Evefque de Meaux, premier
Aumônier , affifté de
M's les Evefques de Lodeve ,
de Poitiers , de Saintes , & de
GALANT. 211
Mende , celebra la Meffe en
habits Pontificaux Elle fut
chantée par la Mufique du
Roy. Aprés Offertoire , &
les ceremonies que l'on a accoutumé
d'obſerver pour
tout ce qui regarde l'Offrande.
M' l'Evefque de Mirepois
prononça l'Oraiſon funebre ,
& fit paroiftre beaucoup de
doctrine & d'éloquence . La
Meffe eftant achevée , Ml'E
vefque de Meaux , & les autres
Prelats Affiftans , firent
les prieres , les encenfemens
& les afperfions autour du
Maufolée. On porta enfuite
Sij
212 MERCURE
dans le caveau le cercueil &
l'urne qui renfermoit les
entrailles . Les Officiers de
la Princeffe défunte furent
appellez pour faire leurs
Charges , & aprés que M' le
Maréchal de Bellefons eut dit
à haute voix,Madame la Dauphine
eft morte,le Roy d'Armes
fit deux fois le cry ordinaire,
ce qui termina la Ceremo
nie. Depuis le jour que l'on
a porté à Saint Denis le Corps
de Madame la Dauphine ,
jufqu'à celuy du Service , la
Maifon de cette Princeffe a
demeuré à Versailles , & les
GALANT. 213
Officiers ont affifté tous les
jours aux prieres qui s'y font
faites
pour le
repos
de
fon
Ame. Quant aux Tables, on
les a toujours fervies à Saint
Denis. Voicy ce qui eftoit
gravé fur le Cercueil .
C'est le Corps de tres- Haute,
tres- Puiljante Excellente
Princeffe , Marie - Anne Chriftine
Victoire de Baviere, Epoufe
de tres- Haut, tres- Puiſſant
Excellent Prince, Louis , Dauphin
de France , Fils de tres-
Haut tres- Excellent & tres-
Puiffant Prince , LOUIS le
>
Grand , XIV . du Nom , par
214 MERCURE
ع و ن
la grace de Dieu , Roy de France
de Navarre , qui eft decedée
au Chateau de Versailles le zo .
Avril 1690. à fept heures du foir,
âgée de
30. ans ou environ
.
Le Jeudy 15. le Service folemnel
pour cette mefme
Princeffe fe fit icy en l'Eglife
de noftre- Dame, & les Compagnies
y furent placées comme
elles l'avoient efté à Saint
Denis.Les Princeffes du grand
deüil eftoient Madame la
Princeffe menée par Monſeigneur
le Duc de Bourgogne ;
Madame la Princeffe Douairiere
de Conty menée par
GALANT 215
Monfieur , & Madame la
Princeffe de Conty , menée
par Monfieur le Duc de Chartres
Il y eut une place vuide
entre elles & le Parlement , &
il y en cut deux vuides de
l'autre cofté , entre Meffieurs
les Princes qui les conduifirent
, & la Chambre des
Comptes. M' l'Archevefque,
revetu pontificalement celebra
la Meffe , & l'Oraiſon
Funebre fut prononcée par
M' l'Abbé Flechier nommé à
I'Evefché de Nifmes. 11 fe
furpaffa dans cette action , &
fouftint parfaitement la haute
216 MERCURE
reputation qu'il s'eft acquifè
par celles de cette nature ,
n'ayant jamais fait aucune
Oraifon Funebre qui n'ait
efté un Chef- d'oeuvre . M
Berrin , Deffinateur ordinaire
du Cabinet du Roy,avoit pris
foin de faire dreffer les deux
Maufolées , qui estoient de
fon invention . C'éft affez dire
pour faire juger de leur beauté
, puis qu'il ne fait rien qui
ne foit d'un tres -bon gouft.
Je vous envoye la traduction
d'une Epitaphe de Madame
la Dauphine qui a cfté
faite en Latin par MⓇ de Vertron.
GALANT . 217
tron . Elle eft de Mr Normant
Avocat au Parlement .
EPITAPHE.
La mort a triomphe de l'illuftre
Victoire.
Que de tristes Cyprés dans un
champ plein de gloire !
Pleurez, François, pleurez , elle
eft dans le tombeau.
Je me trompe , elle vit , & la
Parque cruelle
Ne pouvoit remporter un
triomphe fi beau.
Trois Auguftes Enfans la rens
dent immortelle.
Juin 1690 .
T
9
218 MERCURE
Tous les Corps & toutes
les Communautez n'ayant accoutumé
de faire des Services
que pour les Rois & les Reines
, il n'y a eu que les perfon
nes attachées à Madame la
Dauphine qui en ayent fait
pour cette Princeffe . Auffitoft
aprés fa mort il s'en fit un à
la Paroiffe de Verſailles , cù
affifterent tous les Officiers de
fa Maifon Les Peres Theatins
en celebrerent auffi un le 26.
Avril , non feulement avec la
devotion édifiante qui leur eft
ordinaire , mais encore avec
une magnificence qui excedoit
la pauvreté dont il font
GALANT. 219
.
profeffion. C'eſt une reconnoiffance
qu'ils devoient
aux bontez & à la finguliere
bienveillance que Madame la
Dauphine témoignoit pour
tout cet Ordre , & dont elle
avoit receu l'exemple de la
Princeffe Adelaide de Savoye
fa Mere , qui publioit hautement
qu'elle avoit obtenu
cette Princeffe par l'interceffion
de Saint Gaëtan , leur Instituteur
, pour qui elle avoit
une veneration particuliere.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, qui donne de fi grandes
efperances de ce qu'il doit
Tij
220 MERCURE
eftre , eftant né le 6. Aouft ,
veille de la Fefte de ce Saint ,
Madame la Dauphine qui
avoit imploré fon affiftance
pendant la groffeffe , ne fut
pas plûtoft en eftat de ſortir,
qu'elle alla luy en rendre graces
dans fon Eglife , & aprés
avoir donné des marques de
fa pieté, elle promit aux Religieux
qui vinrent la recevoir,
de leuren donner de fon affection
dans toutes les occafions
où fon fecours leur fcroit
utile , ce qu'elle a fait
plufieurs fois avec une bonté
qui augmentoit le prix de fes
GALANT. 221
bienfaits, & dont le fouvenir
leur eft auffi cher , que fa mort
leur a efté fenfible .
(Le mefme jour, M' l'Abbé
d'Harcoüet, Fils du Receveur
des Confignations de la Cour
des Aides du Parlement de
Guienne , fit faire dans fon
Prieuré de Conty en Picardie ,
un Service pour cette mefme,
Princeffe avec beaucoup de
folemnité. Les quinze Paroiffes
dépendantes de fon Prieuré
, ainfi que les perfonnes les
plus diftinguées de ce Can
ton , y affifterent.
M' de Campredon de Do-
Tij
222 MERCURE
nodey , Gentilhomme d'une
Famille originaire de Naples ,
& fort ancienne dans le Comté
Venaiffin, n'eut pas plûtoft
receu chez luy la nouvelle de
la mort de Madame la Dauphine,
dont il avoit eu l'honneur
d'eftre élevé Page , qu'il
fit paroiftre fa reconnoiffance
des graces qu'il en avoit receuës
, par un Service folemnel
qu'il luy fit faire dans
l'Eglife des Minimes de Lille ,
Ville de Provence dans ce
mefme Comté Venaiffin .Plu
fieurs autres Particuliers , zelez
pour leur Princeffe , ont
GALANT. 223
auffi fait faire des Services .
La défaite entiere des Vaudois,
qui viennent d'eftre tous,
ou tuez , ou chaffez des retranchemens
qu'ils avoient
faits fur leurs montagnes , me
donne lieu de vous parler de
leur origine , & peut- eftre
vous en diray. je des chofes
qu'on ne trouve point dans
les écrits de tous ceux qui
ont travaillé à l'hiftoire du
Calvinifme . Ces Heretiques ,
qui s'éleverent vers l'an 1160 .
tirent le nom de Vaudois
d'un riche Marchand de Lion
appellé Pierre de Vaud .
Tiiij
224 MERCURE
eftoit du Village de Vaud en
Dauphiné fur le Rhône , & il
s'acquit des admirateurs en
diftribuant tous les biens aux
Pauvres. Ce commencement
1
eftoit fort loüable , mais il
voulut faire des fermons aprés
avoir fait de grandes aumônes
, & comme il eftoit extremement
ignorant , ceux
qui l'écoutoient par intereft,
furent les feuls qui approuverent
fa doctrine , & ce fut
ce qui les fit appeller Pauvres
de Lion . Ils ne vouloient fouffrir
aucunes Images , ny celcbrer
aucun jour de Fefte . Ils
GALANT. 225
rejettoient les prieres des
Saints , mefme l'Ave Maria ,
n'en voulant point d'autre
que l'Oraifon Dominicale ,
par le moyen de laquelle ils
pretendoient pouvoir confacrer
. Ils rejettoient auffi l'huile
dans le Baptême , la Confirmation
, la Confeffion auriculaire
, l'Extrême Onction ,
la remiffion des pechez , le
Purgatoire , les Prieres pour les
Morts , la difference de l'Evefque
& du Preftre , l'obeiffance
aux Prelats , les miracles
, & le Chant de l'Eglife .
Ils n'admettoient aucun Or
26 MERCURE
dre Religieux , & nioient le
merite des bonnes oeuvres . Ils
croyoient que les Laïques
pouvoient prefcher , & confacrer
le pain du Sacrement
de la Cene , & que la Cene
avoit plus de vertu le Vendredy
que les autres jours .
C'eftoit auffi un article de foy
chez eux , que les Preftres ,
Anciens , & Miniftres qu'ils
appelloient Barbes , d'où ils
ont pris le nom de Barbets ,
eftant tombez dans le peché,
perdoient la puiffance de confacrer
, de mefme que les Superieurs
celle de gouverner
,
GALANT. 227
lors qu'ils avoient commis
quelque crime.Ils foutenoient
avec une opiniâtreté invinci
ble, que les Ecclefiaftiques ne
pouvoient poffeder aucune
Charge publique , & que l'Eglife
eftoit tombée dans l'erreur
du
temps du Pape Silveftre.
Ils porterent leur impudence
jufqu'à nier le Simbole
des Apoftres , & l'obligation
qu'on a de garder inviolablement
les fermens , difpenfant
par là les Sujets de l'obeiffance
deue aux Souverains , &
ouvrant ainfi la porte à la
rebellion , fur quoy ils for228
MERCURE
•
merent un Article de foy,
qu'aucun Juge n'avoit le pouvoir
de condamner un Chref
tien à mort , & comme aucune
crainte du chaſtiment ,
ne les retenoit, ils s'abandonnoient
ouvertement à toutes
fortes d'impuretez , ne les
mettant point au nombre des
crimes , ce qui obligea le Pape
à publier contre eux une
Bulle en 1487. Lors qu'ils furent
pourſuivis , ils fe retirerent
dans les Montagnes
de Dauphiné , & de Savoye ,
& infecterent de leur herefic
les Vallées d'Angrogne
&
.
GALANT. 229
>
de Freiffinicres . Comme ils
eftoient dans des lieux prefque
inacceffibles , qui cftant
tres -forts par la nature , n'avoient
pour avenues que des
défilez affez étroits ils
trouverent la liberté qu'on
leur refufoit ailleurs , & ne
s'abſtinrent d'aucune profanation
. Infenfiblement leurs
erreurs furent receuës dans
les Provinces voiſines , & un
certain Olivier les porta dans
le Dioceſe d'Albi en Langue
doc. On ne peut dire combien
les troubles qu'elles y
cauferent , firent répandre de
230 MERCURE
fang durant prés d'un Siecle .
Ce fut d'Albi que les Sectateurs
de Pierre de Vaud
prirent le nom d'Albigeois.
Ils curent celuy de Chaignards
& de Jofephites dans
le Dauphiné , à cauſe que
Chaignard & Jofephe y publierent
leurs opinions avec
plus de fuccés que les autres.
Outre celles que j'ay déja
rapportées , les Vaudois en
avoient d'autres qui leur font
communes avec les Calviniftes
. Jamais Heretiques n'ont
eſté fi opiniaſtres que ceux- là .
Guillaume de Saint Marcel,
GALANT
231
de l'Ordre des Freres Mineurs,
qui fut depuis Evefque
de Nice, tâcha de les convertir
en 1290. François Borilly, de
Gap en Dauphiné , & Bertrand
de Saint Guillaume , Cordeliers
, firent la meſme entreprife
en 1369. mais toutes les
lumieres de l'Evangile dont
ces habiles Predicateurs fe fervirent
pour les éclairer , furent
inutiles . Peu de temps
aprés , le Pape y envoya l Evefque
de Maffe , & exhorta
le Roy de France , le Comte
de Savoye , le Gouverneur du
Dauphiné , & le Confeil Del232
MERCURE
phinal , qui eft aujourd'huy
le Parlement de Grenoble , à
travailler unanimement à les
faire renoncer à leurs erreurs .
Les voyes de la douceur n'ayant
rien produit , on prit
celles de la justice , & en 1393 .
on en brufla deux cens trente
, convaincus de plufieurs
crimes & impietez .
Vous fçavez, Madame , que
depuis la fuppreffion de l'Edit
de Nantes , M ' le Duc de
Savoye ayant fait paroistre
fon zele pour la veritable Religion,
demanda des Troupes
au Roy, afin que les joignant
GALANT. 233
>
avec les fiennes, il puft chaffer
les Vaudois de fes Eltats. Les
grands avantages que ce fecours
luy fit remporter fur
eux, ne vous font pas fans
doute inconnus. Vous fçavez
encore qu'une partie de ces
Heretiques obftinez foudoyez
par lePrince d'Orange ,
avoient regagné depuis peu
de temps quelques unes de
leurs habitations fur des Montagnes
inacceffibles . G'eft de
ces montagnes, dont l'une s'apelle
, le Pain de Sucre , qu'ils
viennent d'être chaffez par les
Troupes de Sa Majefté .M' de
Fuin 1690.
V
234 MERCURE
+
Carinat qui les commande ,
avoit choify pour cette Expedition
Ms les Marquis de
Feuquieres & de Clerambaut ,
l'un Maréchal de Camp , &
l'autre Brigadier. Ces deux
Commandans , dont les Troupes
occupoient des Poftes ſeparez
par des Montagnes, luy
rendoient inceffamment com .
pte des progrés qu'ils avoient
faits , & je vous envoye la
Copie des Lettres qu'ils ont
écrites à ce General . Jugez fi
vous ferez fidellement informée
de leurs approches , &
du fuccés de cette entrepriſe.
GALANT. 235
De Bafille le24. May 1690. à
dix heures du matin.
Je reçois , Monfieur , dans ce
moment voftre paquet de la Pe
rouſe, je ne vois point les munitions
que je vous avois fupplié
de m'envoyer en diligence . Notre
Canon tire depuis le matin avec
fuccés. Je viens d'avoir des nouvelles
de Mde Clerambaut, que.
je vous envoye .Vous verrez par
là que nos affaires font en bon
chemin. FEUQUIERES
.
Lettre de M de Clerambaur
à M' de Feuquieres, à 8.
heures du matin..
Je n'ay que faire de vous dire
Vij
236 MERCUREque
je fuis au deffus du Pain de
Sucre , vous devez vous en eftre
apperceu . Je leur ay emporté
trois poftes ce matin fans perdre
un homme de mon détachement
..
Iln'y a eu que trois Soldats de
Bournazel
bleffez,& deux tuez,
un Lieutenant
des Grenadiers
de la Sare bleẞé à la main . Les
miferablesfont de petits retranchemens
que je croy nettoyer
aujourd'huy
la nuit prochaine.
vous prie d'envoyer ordre au
Regiment
de Boiffiere de garnir.
le ruiffeau jufqu'à la cascade par
le bas , & au Regiment de Bourbon
le ruiffeau
de fon cofté. Je
Je
GALANT. 237
eroy qu'il ne s'en fauvera pas
un. Je viens d'envoyer deux
Partis dans ce bas , qui les mettront
au defefpoir.
CLERAMBAUT.
Du pied du grand Pain de
Sucre, à 2. heures aprés
midy le 24.
Nous fommes maistres de tout,
hors du grand Pain de Sucre fans
avoir perdu quatre hommes. Je
ne fçay pas ce que fait M de
Clerambaut. J'essaye à l'heure
qu'il eft de laiffer le Pain de Sucre
à droite & à gauche , & de
prendre à revers les derniers logemens
de ces canailles . Nous,
238 MERCURE
ta
avons trouvé le pauvre Parat
encore tout chaud dans le pâté.
Voilà , Monfieur , où nous en
fommes. Si nous ne faifons pas
journée complete , il ne s'en faudra
guere , mais nous ferons de
noftre mieux. Quand je vous
écris du pied du grand Pain de
Sucre , c'est à dire que je vous
écris précisément du pied de
cette roche.
•
*
FEUQUIERES.
Du pied du grand Pain de
Sucre ,à fix heures du foir.
Il ne reste plus , Monfieur , de
pofte aux Barbets en deçà du
grand Pain de Sucre, c'est à dire ,
qu'outre le Chasteau & le Pâté
CALANT.
239
nous leur avons encore ôté tout
ce qu'ils avoient d'autres poftes .
Fay en verité encore trouvé ce
lieu plus affreux d'en haut que
d'en bas . Nous n'avons quafi
perdu perfonne ; leurs pierres ont
estéfans effet . Pour cette heure ,
à
moins
que les
Hipogriffes
ne les
emportent
, je
ne
croy
pas
qu'ils
fe
puiffent
échaper
, le Pain
de
Suere
eftant
entouré
de
tous
les
côtez
à la
portée
du
pistolet
, par
W
de bons retranchemens bien établis
. Je m'en vais defcendre s
ayant mis tous ces poftes enfeureté
, pour donner ordre à tout.
là- bas .Nous n'avons pris qu'un
240 MERCURE
que
vous
Barber en vie qui ne parle pas
beaucoup , & je croy qu'il n'en
fait guere . Je vous envoye les
lettres & les papiers qui ont efte
trouvez dans les poches de quelques
Morts. Les avis
aviez qu'ils manqueroient bientoft
de vivres , n'eftoient pas juftes.
Il n'y a pas de miferable
baraque où il n'y ait au moins
7. ou 8. facs de grains , & beaucoup
de farine. On ne peut faire
mieux que toutes les Troupes ont
fait.
FEUQUIERES.
Du Camp de Bafille le 25. May
1690. à 5. heures du matin .
Je ſuis au defeſpoir ; malgré
toutes
GALANT 241
toutes les précautions d'avoir en
toutes les Troupes au Bioüac , &
d'avoir eu des Bataillons tous entiers
dans les fonds de Guinevert,
jufqu'à donner la main à M¹de
Clerambaut par la droite & par
lagauche, les Barbets qui eftoient
reftez dans le dernier Pain de
Sucre en font échapez. Je fais
fouiller par tout fi on trouvera
une pifte . J'avois moy - meſme
fait le tour de tous les poftes avec
tous nos Guides du pays ,
faifois battre l'eftrade d'un pofte
à l'autre , qui d'ailleurs fe
voyoient tous. Je n'en ay pas
mefme bouge; cependant il n'y a
Juin 1690 . X
je
242 MERCURE
perfonne . Le Barbet prifonnier
avoit bien dit qu'ils fongeoient
àſe fauver, & cela m'avot obligé
à prendre toutes ces précau
tions , qui n'ont pas laißé d'eftre .
inutiles.
Dans ce moment voicy un de
nos Guides
que j'avois envoyé à
M. de Clerambaut , qui revient
avec une teste de Barbet. Il dit
que c'estoit le Cerfille , &qu'ils
font paffez au travers des poftes
de M. de Clerambaut , ce que
je ne puis comprendre , Ce Guide
dit qu'ils vont vers la vallée
d'Angrogne & de Prailli.Je laiffe
au poste des Barbets le Bataillon
GALANT 243
de Bournazelle avec ordre de tout·
ruiner, & je marche avec le reste
des Troupes pour tâcher de les
rejoindre par le Prailli .
FEUQUIERE .
Ce 25. á 5. heures & demic
du matin .
Voicy un Billet que je reçoy
dans ce moment de M. de Clerambaut
, cela change toute ma
marche.
Billet de Mr de Clerambaut
às. heures du matin .
Je voy , Monfieur , à l'heure
que je vous écris , plus de cent
hommes qui filent par la montagne
qui eft vis à vis de mon
X ij
244 MERCURE
·Camp , & qui prennent le cofté
de Savoye. Le bruit est que ce
font les Barbets, ily a grande
apparence. Fay cru que vous
eriez bien- aife d'eftre averty
de cette marche.
Clerambaut .
Les Guides difent qu'ils vont
droit à Sezane & au mont Geneve
, & que fi les Troupes y
arrivoient auparavant , on pourroit
les tailler en pieces.
Au Camp de Bafille à 9. heures
du matin , ce 25. May
1690 .
Sur les differens avis que
jay cus des Barbets , j'envoye
GALANT. 245
M. de Clerambaut vers la val
lée de Sezane avec les détachemens
qu'il avoit ,& les Bataillons
de Boiffieres la Sare, & Cotteuſe
, & je fais marcher M. de
Pontdevis avecfon Regiment an
Col -Fulien, doù, s'il tombe fur
la pifte des Barbets , il les fuivra
jufqu'à ce qu'il les ait joints,
m'en donnera avis . Je demeure
icy avec le refte des Trou
pes. BournaZelle eft dans les poftes
des Barbets qui les ruine .
Artois & Bourbon font icy avec
les détachemens de Pigneroles ,
que je destine à la conduite de
vostre Artillerie. Feuquieres,
X iij
246 MERCURE
Au Camp ce 25. à fix heures
Fe
du foir.
vous envoye vostre poudre
avec beaucoup de remercimens ,
n'en ayant plus befoin . Fay
mandé à M. de Louvois que je
croyois qu'il s'eftoit bien fauvé
deux cens cinquante Barbets ;
cependant un homme qui les a
vis , vient de me dire qu'ils ne
font pas plus de cent ou fixvingt.
Vous devezfçavoir que M. de
Pontdevis eft aprés eux , & dans
ce moment je reçois une Lettre de
luy du Col de Roderelle . Ils
commencent à eftre en veuë ; il
GALANT. 147
envoye cinq ou fix traineurs, &
fuit de toutes fes forces. Je luy
ay mandé de marcher jusqu'à ce
qu'il les eust joints. Ils font fur
chemin de Roderelle
. Voyez
›
Monfieur
, ce que vous y pouvez
de vostre costé.
FEU
QUIERES .
J'ajouteray à ce que vous
venez d'apprendre par ces
Lettres , qu'on avoit eu foin
de faire venir de Paris quan
tité de Carabines rayées , qui
avec le Canon ont aidé à ruiner
les parapets que les Barbets
avoient faits pour leur
défenſe. Comme ils avoient
X iiij
248 MERCURE
trois poftes retranchez les uns
fur les autres , il leur eftoit
aifé de fe défendre , & ils
pouvoient faire perir beaucoup
de Troupes en faiſant
feulement rouler des pierres ,
mais nos gens avoient porté
dés clayes courbées , dans lefquelles
ils les recevoient , &
pour monter plus facilement,
ils avoient des gands avec
des crochets , & d'autres crochets
à leurs fouliers . Je ne
vous dis rien de cette expedition
; il faut eftre François
pour faire de pareilles entrepriſes,
& pour y
réuffir.
GALANT. 249
Les avantages que les Efpagnols
ont remportez depuis
l'ouverture de cette Campagne
, ont eſté fi rares , qu'il ne
faut s'étonner
s'ils exage
pas
rent jufques aux moindres
chofes , quand leurs entreprifes
font fuivies de quelques
petits fuccés. Ce que je vais
vous dire vous fera juger s'ils
ont eu lieu de paroiftre fi
fiers d'une courfe , qui leur
pouvoit eftre plus utile qu'elle
n'a efté . Pendant que l'Armée
de M de Luxembourg
tiroit autant de contributions
qu'elle en vouloit exiger , ne
250 MERCURE
trouvant point de Troupes
qui fuffent en eftat de luy
faire obftacle , les Ennemis
entreprirent de faire une
courfe d'un autre cofté . Ils
tirerent pour cet effet des
Troupes de plufieurs de leurs
Garnifons , & formerent un
Corps de quatre mille deux
cens hommes , donr il y avoit
un tiers de Cavalerie & de
Dragons , & quatre cens Grenadiers
. Le refte eftoit de
l'Infanterie Angloife , Elpagnole
, & Flamande . Ils laifferent
un corps de deux cens
cinquante hommes aux enviGALANT.
251
favori
rons de Furnes , pour
fer leur paffage à leur retour.
Ils avancerent
enfuite vers les
Lignes de Bergues qui ne font
pas confiderables
, & forcerent
une Redoute de terre à
troisportéesde
fufil d'Onſcot .
Il n'y avoit dedans que fix
hommes & un Sergent . Ils en
tuerent trois , & laifferent fauver
le Sergent & les trois autres
. Ils firent applanir le che
min , & paffer un Bataillon à
Onfcot , où ils enleverent le
Bailly pour traiter des contributions
. Aprés cela ils détacherent
quatre Compagnios
252 MERCURE
de Dragons qu'ils envoyerent
à Rofbrec ; ils y pillerent
une maison , & en brûlerent
environ quarante . Les mêmes
Dragons pafferent de là à Poperingue
, où ils mirent le feu
à trois maifons , & fe faifirent
du Bourguemeftre,aprés quoy
ils fe retirerent à Furnes , qui
n'eft qu'à deux lieues de nos
grandes Lignes , ce qui faifoit
croire qu'ils tenteroient de
lés forcer. M. de Reneville
qui commande à Calais , étoit
forry à la tefte de fix cens
hommes , avec cent Maistres
de ſa Garniſon , & deux pieGALANT.
253
ces de Canon , & M. de Bocquemare,
Gouverneur de Bergues
, luy avoit auffi envoyé
cinq cens hommes . Si - toft
que les Ennemis curent appris
que nous avions des Troupes
en campagne, ils fe retirerent
fans faire aucune tentative ,
quoy que ces Troupes ne
montaffent qu'à douze cens
hommes . Les Eſpagnols n'ayant
eu que ce petit avantage
depuis que la Campagne cft
ouverte, quoy qu'ils ne l'ayent
remporté que parce qu'ils
n'ont point trouvé d'Ennemis,
il ne faut pas s'étōner s'ils
254 MERCURE
dit
ont exageré leur triomphe ;
mais les Nouvelles publiques
de leurs Alliez l'ont pouffe fi
loin , que pour avoir trop
ils n'ont rien perfuadé , puis
qu'il eft hors d'apparence que
deux Villages payent deux
millions à quoy ils ont voulu
faire monter les contributions
de cette expedition . Nous
avons efté plus moderez dans
nos Nouvelles , puis que nous
n'avons fait monter à guere
plus celles que M ' de Luxembourg,
à la tefte d'une Armée
de qurante mille hommes , a
impofées pendant un mois
GALANT. 255
de fejour , à un pays fertile ,
& dont les Habitans font tous
gens accommodez . On peut
juger par là de ce que les Ennemis
ont pû tirer , puis qu'ils
n'ont paru que comme un
éclair , & qu'ils n'ont emmené
qu'un Bailly & un Bourguemeftre.
Ce n'eft pas que
ceux qui écrivent à leur avantage
foient tout - à - fait à blâmer,
leur but eft de tromper les
Peuples , mais il le faut faire
avec plus de
fi on veut eftre cru de ceux
qui ont un peu de bon ſens .
En vous parlant du grand
vray- femblance ,
256 MERCURE
nombre des Ennemis du Roy,
je croy que je puis vous faire
part d'un Madrigal qui a eſté
fait fur ce fujet , par M' de
Sanlec qui demandoit un Benefice
à Sa Majeſté . Il ne paroift
guere de rapport entre
les Ennemis du Roy & cette
demande , mais comme avec
de l'efprit on rend ſouvent
compatibles les chofes les plus
éloignées , l'Auteur qui en a
infiniment , a fait de ce Madrigal
, un Ouvrage qui s'eſt
attiré un applaudiffement general.
GALANT
257
Nous avons , grand Heros , deux
deffeins differens ,
Vous,de vaincre vingt Rois , & moy
vingt Concurrens ;
Mais l'un de tes deffeins eft mieux
conduit
que
l'autre.
Et cependant tout ira bien ,
Si vous me répondez du mien,
Commeje vous répons du voftre.
Jay à vous parler de deux
actions de vigueur faites par
des François , l'une fur terre ,
& l'autre fur Mer . Mr de
Melac , qui avoit paru avec
mille Chevaux , le 3. du mois
paffé fur les hauteurs de
Mayence fans que les Ennemis
en fuffent fortis, s'avança
Juin 1690 .
Y
258 MERCURE
vers Aigesheim , petite Ville
fortifiée de bonnes murailles
avec cinq groffes tours , & environnée
de deux foffez . Elle
eft à l'entrée de la Plaine pat
où l'on va à Binghen & à
Creutznach . Ceux qui eftoient
dans la Place ayant eu
l'imprudence de tirer fur des
Troupes qui ne pensoient pas
à les attaquer , M' de Melac
qui n'eft pas accouſtumé à
foufrir de telles infultes , refolut
d'en avoir raiſon , quoy
qu'il n'euft ny Canon , ny
Dragons , ny Infanterie . Il
envoya chercher des Echelles
GALANT. 259.
dans les Villages des environs,
& tout ce qui peut aider à eſcalader
une Place, & fit mettre
pied à terre à la Cavalerie qui
fe debota , & traverſa un petit
foffé où il y avoit affez d'eau
pour en eſtre incommodé.
On monta enfuite à l'affaut,
que ceux qui défendoient la
Place eurent la temerité d'attendre
. Elle fut forcée , & on
la traita felon les loix de la
guerre pour avoir fouffert
l'affaut . Les Cavaliers qui l'ef
caladerent firent main baffe
fur ceux qui voulurent reſiſter,
&aprés avoir mis le feu à deux
Yij
1
260 MERCURE
tours , ils fe retirerent avec
beaucoup de butin . Nous cûmes
environ trente Cavaliers.
tuez ou bleffez , & l'on prit
cinquante Soldats , & cent
Schenapans. M le Marquis
de Blanchefort eut fon cheval
tué fous luy en arrivant
auprés de la Place .
Je paffe à l'action de Mer qui
ne vous paroiftra pas moins
vigoureufe , & qui vous fera
connoiftre que quoy qu'on
partage quelques- fois l'avantage
d'un combat avec fes
Ennemis , on en peutremporter
toure la gloire . C'eft ce qui
GALANT. 261
toit
eft arrivé à M'de Beauchefne .
Il conduifoit deux Prifes qu'il
avoit faites prés de Cadix . Le
Baftiment qu'il montoit n'ef
que de dix- huit pieces de
Canon , & il n'y avoit que
cent trente hommes deflus . I
en rencontra un de quarantecinq
pieces de Canon ,
monté de cinq cens hommes.
M' de Beauchefne voulant
conſerver ſes Priſes , fit paffer
fon Frere deffus avec trente
hommes , & pendant qu'il les
conduifoit en lieu de feureté,
il tint tefte au gros Vaiffeau ,
& fe défendit avec tant de
&
262
MERCURE
qu'il
vigueur & de
courage ,
fit
balancer long -
temps la
victoire ; mais
enfin il fut
pris &
conduit à Cadix , aprés
avoir caufé à fon
Ennemi une
perte beaucoup plus defavantageufe
, que la victoire qu'il
remporta ne luy fut utile.
Comme il ne pouvoir éviter
de perdre fes deux Priſes , &
de fe perdre luy- meſme , s'il
n'cuft pris cette reſolution , il
cut l'avantage de les fauver ,
& de triompher de fon Ennemi
dans le
mefme temps
qu'il fut obligé de ceder à la
force.
GALANT 263
On eut avis dés le mois
paffé que les Armateurs de
S. Malo y avoient amené
quatre Prifes Angloifes &
Hollandoiſes , & qu'ils en .
avoient brûlé deux autres ,
dont ils avoient retiré les
effets & les équipages . Ceux
de Dunkerque avoient pris
un Corfaire Oftendois , & une
Flufte Hollandoife de quatre
cens Tonneaux . Nos Armateurs
avoient auffi amené trois
Prifes à Breft , & quatre autres
au Havre de Grace. Depuis
ce temps- là , M' le Comte
de Revela amené à Breſt un
264 MERCURE
Corfaire de Fleffingue, monté
de vingt- deux Canons . Il fit
cette prife aprés luy avoir tué
quatorze hommes & bleffé
vingt- cinq. Deux petits Baftimens
Anglois ont efté conduits
à Nantes par la Joyeuse
qui les avoit pris . Ils eftoient
chargez de Sucre , de Tabac ,
& d'Indigo , l'un de cent , &
l'autre de cinquante tonneaux.
Un Navire Hollandois
qui venoit de Curaçao richechement
chargé , & deux
baftimens chargez de Sucre
& de Tabac , ont efté auffi
conduits à Saint Malo par les
Vaiffceux
GALANT. 265
Vaiffeaux le François & la
Sainte Helene. La Vierge de
Grace , de la mefme Ville , a
amené deux Vaiffeaux Anglois
pris vers les coftes de
Portugal , à la veuë d'un autre
Vaiffeau Anglois de cinquante
pieces de Canon . L'un
des deux que l'on a pris eftoit
de quatorze , & l'autre de huit
Canons. Deux autres Baftimens,
auffi Anglois , ont cfté
amenez à la Rochelle par
Fregate la Gaillarde . Leur
charge eftoit d'huile , & de
plufieurs autres marchandi
fes .
Juin 1690.
Z
la
266 MERCURE
Le 4. de ce mois , l'Affemblée
du Clergé qui ſe tient à
Saint-Germain en Laye , eut
audience du Roy à Verſailles,
avec les ceremonies ordinaires
. Je vous parlay dés le mois
paffé de l'ouverture de cette
Affemblée , & vous nommay
les Députez de chaque Province.
M' l'Archevefque de
Paris , qui les prefenta à Sa
Majefté , porta la parole , &
fit un difcours d'une beauté
qui furprit , quoy qu'on foit
accoutumé à ne luy entendre
dire que des chofes qui vont
toujours au delà de tout ce
GALANT. 267
qu'on peut attendre . Il commença
, en faisant connoiſtre
que c'eftoit la feptiéme fois
5 qu'il avoit l'honneur de paroiftre
devant ce Monarque
en qualité de Prefident du
Clergé , & dit qu'il pafferoit
par deffus l'ufage , qui vouloit
que l'on donnaft des loüanges
lors qu'on venoit faire
compliment à la teſte d'un
Corps . La comparaifon qu'il
fit du Roy à un grand Capitaine
de l'Antiquité fut l'excufe
qu'il apporta pour
difpenfer. Il dit que comme le
corps de ce Capitaine eftoit ft
s'en
Zij
268 MERCURE
de
couvert par tout bleſſures,
qu'on ne pouvoit luy porter
aucun coup fans qu'il le receuft
dans quelqu'une de fes
playes , il en estoit de mefme à
l'égard du Roy, fi digne par
mille
actions d'éclat de recevoir des
loüanges , qu'il n'y avoit point
d'endroits par où il n'en meritaft,
&qu'il eftoit impoffible de luy en
donner fans redire ce qui avoit
efté dit écrit cent & cent fois
par tout ce que la France a de
perfonnes d'efprit & de bonnes
Plumes; qu'sinfiil eftoit contraint
defe taire , ne pouvant trouver
aucun endroit
où Sa Majesté
par
GALANT. 269
n'euft pas encore esté louée. Il
fit enfuite le dénombrement
des grandes chofes qui ont
fait donner au Roy les plus
forts éloges
, comme
ayant
deffein de n'en point parler ,
& par un trait d'éloquence
qu'il affaiſonna
merveilleuſement
, il fit connoistre
tout
ce qu'il fembloit vouloir paffer
fous filence
. Il marqua
ce
que les fauxProphetes
avoient
dit contre Saint Pierre , lors
qu'ils avoient affuré les Cartaginois
, que fa Religion
feroit
détruite , & fit voir la
fauffeté de la prophetic
des
Z iij
"
270 MERCURE
*
Proteftans , qui avoient affuré
qu'en 1689. leur Religion
triompheroit au préjudice de
la Catholique. On a veu arri
ver tout le contraire, puis que
le Roy a fait triompher la veritable
Eglife , en la faiſant
reconnoitre dans tous fes
Eftats. Je ne vous rappor
te point beaucoup d'autres
chofes que ddiitt ce Prelat ,
& qui parurent n'avoir jamais
efté dites , tant le tour
en fut heureux. Celle - cy
fut de ce nombre ,
verité quoy qu'elle euft des
bornes en avoit plus dit en
› que
la
GALANT. 271
dans
faveur du Roy , que le menfonge
qui n'en avoit point , n'avoit
pû en inventer en faveur des
plus grands Heros de l'Antiqui
té. Si des morceaux retenus
affez imparfaitement ont tant
de beauté , jugez de ce qu'ils
vous paroiftroient , fi je pouvois
vous les rapporter
les mefmes termes qu'ils ont
efté prononcez . Ileft certain
que jamais harangue n'a eſté
fi applaudie de toute la Cour.
C'est ce qui fut caufe que l'Academic
Françoiſe , dont M
l'Archevefque de Paris eftoit
alors Directeur , députa con
Z
iiij
272 MERCURE
tre l'uſage pour luy en aller
faire compliment
.
Le 12. de ce mois les Commiffaires
du Roy s'eftant rendus
à l'Affemblée du Clergé,
M' Puffort porta la parole , &
fit la propofition de Sa Majef
té. On la mit en déliberation
aptés qu'ils fe furent retirez , &
d'un confentement unanime
le Clergé accorda au Roy un
don gratuit de douze millions.
On ne s'étonnera point qu'il
foit convenu fi
promptement
& tout d'une voix , de donner
une fi groffe fomme , fi
l'on fait reflexion que dans
GALANT. 273
la guerre qui s'eft allumée , le
Roy foutient feul la Religion
,tant contre les Heretiques
, que contre ceux que des
veuës humaines engagent à
embraffer leur party. On a
toujours veu le Clergé de
France inviolablement attaché
à la Religion & au Roy,
& Sa Majefte qui connoift
fon zele , a lieu d'en attendre
de grands fecours tant que
cette guerre durera.
Comme le Clergé fait fon
fejour ordinaire à S. Germain ,
à caufe qu'il y tient fes Affemblées
, M' l'Archevefque de
274 MERCURE
Paris y officia dans la Paroiffe
le jour de l'Octave du S.Sacrement
, & donna la benediction
à la Reine d'Angleterre,
& à tout le Peuple. M ' l'Abbé
Converfet dont je vous ay
parlé plufieurs fois , nouveau
Prieur & Curé de cette Paroiffe
, complimenta ce Prelat
, & luy dit qu'encore que les
marques d'honneur & de confiance
que le plus grand Roy de
la terre luy avoit données depuis
fi long- temps , & qu'il venoit
encore de confirmer en le
nommant au Cardinalat , luy
euffent acquis une tres-grande
GALANT. 275
diftinction , fon éclatante doctrine
, fon illustre pieté, & tant
d'excellentes vertus avec lefquelles
il alloit honorer la pourpre
, luy attiroient encore plus
particulierement le respect de
tout le monde, & le faifoient regarder
comme l'un des plus
grands ornemens de l'Eglife, &
Te plus digne du rang où il feroit
bien-toft élevé.
Ce que M' le Duc de
Noailles fit l'année derniere
en Catalogne , vous a donné
lieu de croire, que cette Campagne
luy feroit auffi glo·
276 MERCURE
ricufe que la precedente . Il
eft brave, il eft fage ; ila apris
le meftier de la Guerre fous
le Roy qu'il n'a point quitté
dans toutes les Campagnes
que Sa Majesté a faites ; il eft
aimé des Troupes , & chery des
Habitans du Pays, il n'en faut
pas davantage pour reüffir , &
l'on va loin avec l'amour
des peuples, la prudence & la
valeur. A peine ce Duc fut- il
arrivé à l'Armée qu'il devoit
encore commander en Catalogne
, qu'il en fit une reveuë
generale , àun Village nommé
le Boulou à trois lieuës du
GALANT. 277
Col de Pertus.Elle eſt compofée
de dix -fept Bataillons , en y
comprenant huit cens Miquelets
, de fix Regimens de
Cavalerie de douze Compagnies
chacun , & de deux
Regimens de Dragons . Les
Ennemis avoient alors un
Corps de deux mille cinq
cens Chevaux campé au Bourdet
qui eft un Village fitué à
une lieuë & demic de Girone,
fur la riviere de Ter . Tout ce
qu'ils ont d'Infanterie n'ofe
paroiſtre, elle eft retirée dans
les Places , de forte qu'ayant
fait reculer leur Cavaleric ,
278 MERCURE
nos Troupes n'entendirent
non plus parler d'Ennemis
que fi nous n'en avions pas,
ce qui leur caufa un veritable
chagrin , tant elles témoi
gnent d'envie de ſe fignaler.
Noftre Armée alla camper à
Campredon , d'où M' de
Noailles refolut de ne point
partir qu'il n'eult fait nettoyer
les Montagnes . M'de
Bulonde campa à Saint Pau
avec une tefte de 1500. Chevaux
& de quatre Bataillons,
& fit faire une redoute fur le
Cap de Secofte. C'est une
Montagne qui domine toutes
GALANT. 279
celles , qui font entre Campredon
,& le Lampourdan.
Les Miquelets Efpagnols
s'eftant emparez d'une Maifon
qui eft au bas du Cap
dont je viens de vous parler,
& qui fe trouvoit à la tefte
du
camp
de M' de Bulonde,
ils n'y furent pas plûtoſt arrivez
qu'on detacha deux cens
Grenadiers commandez par
M' Rolland Major d'Erlac ,
qui les repouffa vigoureufement.
Ces Miquelets y perdirent
douze ou quinze des
leurs , & nous n'eufmes pas
un Soldat bleffé . Nos Fuzi280
MERCURE
liers de Montagne s'emparerent
en mefme temps d'un
Chafteau fitué dans la plaine
de Vic , où les Païfans leur
portent des vivres en abondance.
M ' le Duc de Noailles
ayant refolu de fe rendre
Maistre de Saint Jean de Las
Badeffes , y envoya un detachement
commandé par M
de Seppeville , de deux mille
cinq cens hommes , dont il y
avoit une partie du Regiment
de la Deputation . M' le
Comte de Boffeand , comme
premier Capitaine des GrenaGALANT:
2810
diers , fut
commandé pour
marcher à la tefte de tout le
detachement. En arrivant il.
pouffa les Ennemis jufqu'aux
portes de laVille , & prit pofte
dans le Faux bourg , où il
demeura jufqu'à ce que la
Ville fe fuft rendue. Il receut
un coup fort dangereux au
haut de la cuiffe , une demiheure
avant la reddition de la
Place . Les
Affigeans ayant
fouffert la petite Artillerie &
les Bombes
faits prifonniers de Guerre .
En voicy -l'cftat .
Juin 1690..
furent
tous
A. a
282 MERCURE
Dom Juan de Marimont,
Colonel.
Auguſtin de Montaner ,
Major , Commandant dans
Saint Jean..
Deux Capitaines en pied.
Deux Capitaines reformez
Deux Aydes- Majors..
Deux Enfeignes.
Trois volontaires..
Trois
Sergens..
Cent vingt- huit Soldats .
Trois Capitaines de Mique
lets..
Douze Miquelets.
On a conduit ces Prifon
niers à Beziers. Cette nouvelle
GALANT. 283
Conquefte eft fituée fur le
Ter , & a un Pont fur cette
Riviere . Le mefme detachement
qui a pris Saint Jean de
Las Badeffes, où M' deNoailles
a envoyé un gros Convoy de
Farine , cft allé à Ripouill
M' le Duc de Villahermofa
a défendu aux Habi
tans qui font à deux licües
aux environs de Barcelone ,
d'y moiffonner fur peine de
la vie , ce qui fait voir qu'il
apprehende M le Duc de
Noailles, & qu'il a refolu de
fe retirer aux environs de
cette grande Ville .
Aa ij
284 MERCURE
Je viens à ce qui s'eft paffe:
en Flandre depuis l'ouverture
de la Campagne . Les Ennemis
ont menacé fans paroiftre
; nous nous fommes montrez
,. & avons agy .
Le 15. May Mr de Luxembourg
fit la reveüe de fon
Armée prés de Saint Amand ..
Je vous ay envoyé l'eftat
des Troupes qui la compofoient
alors ; elles fe trou
verent en tres- bon eftat. M
de Luxembourg detacha M
le Comte de Maulevrier
Colbert Lieutenant General ,
& M de Ximenes,Maréchal de
1.
GALANT
.
285
de
Camp, avec fept à huit mille
hommes , fans qu'on fceuft
de quel cofté ils devoient
marcher. Le 17. l'Armée
ayant paffé l'Eſcaut , vint
camper à Leuze. Lé 15. elle fit
un grand fourage . Le 19. M
Luxembourg
, & M' le Duc
du Maine, accompagnez
d'une
partie des Generaux , allerent
reconnoistre
plufieurs
chemins , & particulierement
celuy d'Ath , & il fut ordonné
aux Payfans de les racommoder..
Le foir , l'ordre fut
donné pour le départ , & le
bruit fe répandit qu'on alloit
286 MERCURE
à Leffines. L'Armée decampa
le 20. & ayant paffé l'Escaut
à Pont- Alaye fur des Ponts
que Mt le Comte de Maulevrier
avoit fait faire , elle
campa à Hauterive où le
quartier general eftoit marqué
, la droite à Avelghen , &
la gauche à Boffut . M' le Duc
du Maine ,aprés avoir montré
fon activité dans les fonctions
de General de la Cavalerie ,
fit voir qu'il ne s'acquiteroit
pas moins bien de celles de
Maréchal de Camp. Ce Prince
marqua le Camp , &
plaça les Gardes pour
la preGALANT.
287
miere fois , d'une maniere à
faire croire qu'il n'avoit fait
autre choſe toute fa vie. Le 21 ..
on alla camper à Harlebec
fur la riviere du Lys , où M
de Maulevrier eftoit arrivé le:
jour precedent , avec toute
l'Artillerie de l'Armée ; il en
partit le jour que M ' de Luxembourg
y arriva , & alla
camper avec fon detachement
& l'Artillerie , dans un Bourg
éloigné de deux lieuës , apellé
Vielsbech. Il y avoit ce jourlà
une Feſte publique
tous les Habitans du lieu s'y
rejoüiſſoient. Ils furent fur
&
288 MERCURE
pris de voir des gens qui mar
quoient leurs Maiſons avec
de la craye , & demanderent
ce que cela vouloit dire . On
leur répondit que ce n'eftoit
rien , qu'ils pouvoient toujours
fe divertir, & qu'il alloit venir
cinquante mille hommes pour
eftre de la Fefte avec foixante
Pieces de Canon . Comme ils
n'avoient point efté informez
de la marche de l'Armée , ils
n'avoient pû rien fauver , &
il eftoit rrop tard pour
faire . Ainfi le detachement
qui logea dans ce Bourg , cut
fujer d'eftre content. Le 22.
l'Armée
le
GALANT. 284
l'Armée arriva à Deinfe à
trois petites lieuës de Gand ,
& elle y trouva le detachement
de Mt de Maulevrier.
La furpriſe des Habitans de
Deinfe fut tres grande , car
les Eſpagnols leur avoient
dit que l'Armée de France
eftoit bien retranchée dans
fon Pays , & que Dinan &
Philipeville eftoient affiegez .
Le 26. on fouragea jufqu'aux
portes de Gand , & jufque
fur le bord du Canal de Bru
ges , fans rencontrer aucun
Party des Ennemis , qui bien
loin de paroiftre , firent re-
Juin 1690.
Bb
290 MERCURE
tirer les Troupes qu'ils avoient
à Leffines , & en divers autres
'endroits , de maniere que
pays ſe voyant fans fecours, &
fans efperance d'en avoir , fe
le
ટિ
refolut à convenir des contributions
, fans qu'il fuft neceffaire
de paffer le nouveau Canal
qui va de Gand àBruges,
pour les regler . Comme ce
pays eft tres-bon, & que tous
les Habitans font riches , les
contributions ont efté fort
groffes . Le 2. de ce mois , on
fit encore un fourage julques
aux portes de Gand, fans que
les Ennemis ofaffent paroiftre.
GALANT
291s
Le 76 M de
Luxembourg fit
un
détachement de
quatorze
Bataillons , fçavoir quatre des
Gardes Françoiſes , deux des
Gardes Suiffes , deux de Greder
Allemand , trois de Stoup
le jeune , deux des Fufiliers ,
& un d'Aoufte . On leur ordonna
le foir de partit , mais
ils receurent un contre ordre
le
lendemain matin . Le l'ordre
ayant efté donné pour
partir le 10. on décampa cer
jour -là de Deinfe , & l'on fer
rendit à Harlebec , fans Cavalerie
ny Canon . Ce détachement
eftoit
commandé par
Bb ij
292 MERCURE
Mr Ximenes , Maréchal de
2
la Camp. Le 12. on alla pour
troifiéme fois fourager jufques
aux portes de Gand . Les
Ennemis s'eftoient vantez que
fi on y retournoit , ils nous
recevroient d'une maniere
qui nous empêcheroit d'y
revenir ; cependant ils fe contenterent
de paroiftre en affez
grand nombre au delà du
Canal , mais ils n'oferent s'avancer,
& nous laifferent tranquillement
faire noſtre fourage
. M' le Duc du Maine qui
eftoit Maréchal de Camp de
jour , les étonna par fa bonne
GALANT. 293
contenance , & marqua tant
d'intrepidité , qu'il ne voulut
revenir qu'avec l'arriere- garde.
Le 15 quatre Bataillons ,
deux cens Fufiliers , l'Artil ,
lerie avec M' du Metz qui en
eft Lieutenant General , & les
Dragons d'Asfeld Etranger ,
prirent la route d'Harlebec .
Ces quatre Bataillons , & l'Infanterie
qui partit le lendemain
, formeront un Corps
d'Armée qui fera commandé
par M' le Maréchal de Humieres
qui joignit ces Troupes
le 16. La Cavalerie de cette
Armée fera compofée des
Bb iij
294 MERCURE
Regimens de Bouflers , Meftre
de Camp gencral , Rotembourg
, Furftemberg , Praſlin,
Chalons Aubuffon , & des
Dragons de Murcé & d'Affeld
, fans celle qui fera tirée
des Places . Mr de Humieres
aura pour Lieutenans Generaux
, M' le Comte de Mau
levrier Colbert , Mr le Marquis
de Genlis , & M ' d'Auger
. Les Maréchaux de Camp
feront , M' le Marquis de Riyarol
, & M le Comte de
Montchevreuil
, & les Brigadiers
, Mr de Maffot , & M " les
Marquis de Vandeuvre & de
GALANT. 295
n
S. Simon. L'Armée de Mr de
Luxembourg fera compofée
de ce qui luyrefte de Cavalerie ,
& du détachement des qua .
torze Bataillons que je viens
de vous nommer , qui font
commandez par M ' de Xi .
menes , & de celles qui font
fous le commandement de
Mr le Comte de Gournay.
Toutes ces Troupes qui viennent
pour s'opofer à la grande
Armée ennemie , commandée
par le Prince de Valdec , doivent
encore eftre jointes par
le Corps que commande M
de Bouflers , qui s'eft avancé
Bb iiij
296 MERCURE
de fon cofté . Tous ces mou.
vemens , & toutce qui s'eft fait
en Flandre depuis l'ouverture
de laCampagne , demãdent un
peu de reflexion.Comme tout
Te fait en France avec une di
ligence à laquelle les Ennemis
ne fçauroient parvenir ,
on peut dire que nous avons
fait une Campagne avant que
la leur ait commencé. Ils
nous ont vûs affembler fans
crainte , croyant que nous.
n'avions deffein que de couvrir
Dinan qu'ils menacent
depuis longtemps ; mais comnous
n'apprehendions
me
GALANT 297
rien de ce cofté là , tant parce
qu'ils n'eftoient pas en eftat
d'agir , que parce que des
Corps qui ont tout d'un coup
paru , avoient ordre d'y veiller
, noftre grande Armée ,
commandée
par Mr de Luxembourg,
a efté du cofté de
Gand où elle n'eftoit.
pas attendue,
& d'où elle a tiré prés
de trois millions de contributions
, fans qu'il ait efté
befoin de faire aucune violence
, ny que les Ennemis.
ayent tiré un feul coup fur
nos Troupes. Cela produis
plufieurs effets tres avanta298
MERCURE
geux . Non feulement la France
fait voir qu'elle eft roujours
redoutable malgré le
grand nombre d'Ennemis qui
l'attaquent mais elle empêche
que pendant cette Campagne
les Espagnols puiffent
rien tirer du pays qui nous a
payé de groffes contributions,
& mefme d'en avoir des fourages
& du beſtail , puis que
nous y avons tout confumé.
Cette espece de premiere
Campagne finie , & les Ennemis
commençant à s'affembler
, il fe trouve une Armée
preſte , commandée par M' le
GALANT. 299
Maréchal de Humieres , pour
s'opposer à celle des Efpagnols
fortifiée des Troupes
du Duc de Hanover , & une
autre plus confiderable
, commandée
par M' de Luxembourg
, pour tenir teſte à M²
de Valdec , dont l'Armée est
compofée des Troupes de
Hollande, & de celles de plufieurs
Alliez . Cette grande
conduite fait voir que le Roy
agit dans fon Cabinet , & que
tant que fes ordres feront
ponctuellement
fuivis , fes
Ennemis voudront inutilement
entamer la France.
300 MERCURE
Soixante Vaiffeaux du Roy
eftant en eftat de fe mettre en
Mer , commencerent à fortir
le 2. de ce mois du Port de
Breft pour ſe rendre à la Rade.
Cette Flote devoit eftre fuivic
d'une autre compofée de
quelques Vaiffeaux dont on
attendoit que les Equipages
fuffent remis de la fatigue
qu'ils avoient effuyée dans le
voyage d'Irlande , de quelques
autres que l'on attendoit
de Rochefort , & de Dunkerque
, & de ceux que M ' de
Chafteaurenaud devoit amener
de la Mediterranée , mais
GALANT. 301
comme les vents s'opposent
fouvent aux projets qu'on
fait pour les affaires de Mer ,
cette premiere Flote qui avoit
commencé à fortir le 9, du
Port , fut obligée d'y rentrer
le 12. Elle eftoit partagée en
trois Efcadres , la Blanche , la
Blanche &bleue, & la Bleuë; &
chaque Eſcadre eftoit encore
partagée en trois Diviſions,
fçavoir, celle du Vice Amiral ,
celle du Contre Amiral , &
celle du Chef d'Efcadre . Les
Vaiffeaux particuliers avoient
les Flames de la couleur de
leurs Efcadres ; ceux de la
302 MERCURE
premiere Divifion au grand
Maft ; ceux de la feconde au
Maft de Mifene , & ceux de
la troifiéme au Maft d'Artimon.
Voicy quel eftoit l'ordre
de Bataille.
Ordre de Bataille de l'Armée Navale
du Roy , composée de foixante
Vaiffeaux de guerre .
Vaiffeaux , Generaux, ou Capi- Equip. Can
taines commandans en chef.
Efcadre Blanche & Bleuë , faifant
l'Avant -garde commandée par
M. le Comte d'Eftrées , qui portoit
Pavillon blanc & bleu au Maft
d'Avant,
SECONDE DIVISION.
Le Terrible, Mrs Panetier ,
500. 180
3. Ponts.
L'illuftre, 3.p. de Rozemades, 450. 70
GALANT 303
Le Courtifan , de Pointy,
Le Conquerant, deVillette , Con-
400.
64
3. ponts, rre-Amiral. 600 . 82
Le Glorieux , de Belle - Ifle Eratd,
370.
62
L'Excellent , de Monbron, 350.
60
L'Alcion >
Le Fendant,
Le Moderé ,
Le Bourbon ,
Barte .
PREMIERE DIVISION.
Mrs de laVigerie . 330 .
des Augers,
d'Hervan >
220 . 40
5.4
300. 54
400 . 64
Le Crand , le Comte d'Ef- 500 . 76
3. ponts trées , Vice Am .
blanc & bleu .
Le Belliqueux , d'Esfrand ,
Le Bon , du Palais .
300: 54
Le Vigilant , de Chaluis, 300. 54
TROISIE'ME DIVISION.
Le Neptune , Mrs de Forbin .
230. 48
Le Fleuron , Chabert , 330. 56
3. ponts .
& bleuë.
Le Courageux , de Reals.
LC François , d'Ailly .
Le Fougueux , de S. Mars ,
La Couronne, de Langeron,
Cornette blache
370 .
62
1
500, 76
350. 60
250. 48
Efcadre Blanche au Corps de Bataille,
commandé par M. de Tourville ,
304 MERCURE
qui portoit Pavillon blanc au Maft
d'Avant.
SECONDE DIVISION.
Le Forruné , Mrs Pafle, 330-
ر ا گ
Le Sans pareil, de la Rongere, 350.
60
Le Ferme . de Vandricourt, 350.
60
L'Intrepide ,
de Gabaret , Con- 550.
60
3. ponts,
tre- Amiral .
Le Henry,
d'Amblimont .
400. 66
L'Arrogant ,
leCh . Defadrais . 350 .
60
L'Arc -en- Ciel , de Ste Maure . 250. 44
PREMIER F DIVISION .
Le Marquis,
Mrs de Chafteau 350 .
60
Morant,
Le Furieux , d'Aifnaud . 360. 62
Le S. Philippe , de Coëtlogon ,
Le Soleil-Royal , le Comte de
500 .
80
900.
100
Tourville ,
Le Tonnant 3.P.
de la Porte. 500 .
80
Le Serieux .
de Bellefontaine . 400.
66
Le Diamant ,
Le Maure ,
de Serquigay.
TROISIEME
DIVISION .
Mrs de la Galif-
Le Vermandois , du Chalart .
Le Triomphant , de Flacour , Cor-
Le Parfait .
ie Brufque
,
nette blanche .
310.
60
300. 54
fonniere .
350.
60
soo . 78
de Machaud . 350 .
60
de Ricout , 300. $0
GALANT. 305
•
Le Témeraire. du Rivau-Huet . 330. 56
Efcadre Bleuefaifant l'arriere-garde,
commandée
par M. d'Amfreville,
en l'absence de M. de Chasteau-
Renaud. Il portoit Pavillon bleu
au Maft d'avant.
TROISI E'M B DIVISION.
Le Cheval Marin, Mrs le Ch . d'Am- 200. 49
freville .
'Apollon,
Le Fier , 3. p.
· Bidault . 350. 60
de Relingue , 500 . 78
Corn. bleue.
Le Trident ,
Le Fort ,
Le Vaillant s
PREMIERE
de l'Arteloire . 350,
60
de Feuqniere , 300. 54
de Riberet- 300. 50
DIVISION,
Le Pretieux , Mrs de Periner . 350. -60
Le Brave 2 de Champigny. 350. 60
Le Content , de S. Pierre . 400. 64
Le Magnifique, le Marquis d'Am- $ 70 , 80
3 , pons. freville , Vice-
Amiral bleu .
L'Entreprenant, de Sepville .
Le S. Michel, de Villars.
Le S. Louis ,
350. бо
359. 60
la Rocque Peifin . 330. 56
DIVISION. SFCONDE ་
Le Solide ,
Le Duc,
Mrs de Ferville .
de Pailliere .
Juin 1690..
200. 40
"
300. j6
Cc
206 MERCURE
L'Agreable, de la Motthe , 359%
Le Souverain , de Nefinond ,
3. ponts.
Contre-Amiral
bleu . 560. 80
Le Brillant, de Bausjeu, 400.
66
Le Prince , le Baron des A- 350.
60
dre:s .
L'Eclatant , de Septeme- 420. 68
Outre ces foixante Vaiffeaux
de Guerre, il y avoit encore
dix- huit Brulots . Les
vents contraires les ayant fait
rentrer dans le Port de Breft,
comme je vous l'ay déja - dit ,
ils y ont efté joints par Mr
de Chateau Renaut , qui eft
enfin arrivé avec les fix gros
Vaiffeaux qu'on attendoit de
Toulon. Papachin s'eftoit
GALANT. 307
vanté qu'il l'attaqueroit au
Détroit avec plus de vingt
Vaiffeaux des Alliez , mais il
femble qu'il n'y ait paru que
pour faire honneur à fon
paffage. Mr de Chasteau-
Renaut s'arrefta , & fit paffer
devant luy les Vaiffeaux
Marchands qui l'accompagnoient.
Papachin les vit &
n'ofa les attaquer. M' de
Chafteau- Renaud poursuivir
La route pendant plus d'une
grande licüe, & s'eftant aperçeu
qu'il y avoit un Vaiffeau
Marchand derriere luy qui
n'eftoit pas fi bon Voilier.
Cc ij
308 MERCURE
que les autres , il s'arrefta de
nouveau pour le laiffer paffer,
& mit en pane afin de combatre
les Ennemis s'ils euffent
efté d'humeur à vouloir accepter
le défy , mais ayant
connu que malgré l'avantage
qu'ils avoient par le nombre,
leur deffein n'eftoit pas de
combatre , il fuivit les Vaiffeaux
Marchands qu'il avoit
mis en feureté, & fe rendità
Breft, où les Galeres nouvellement
fabriquées fe font auffi
rendues . Elles partirent de
Rochefort le 15. de ce mois.
Touc la Ville fortit dans des
GALANT 309
Chaloupes pour voir leur
départ. Ce fut une espece
de Fefte publique , & ces nouveaux
Bâtimens furent admirez
; il n'y a point de Fregates
qui aillent plus vifte , ce
qui a caufé beaucoup d'éronnement.
Je vous en entretiendray
plus au long le mois
prochain.
Le vray mot de l'Enigme
du dernier mois eftoit la Toife
, & il a efté trouvé par
MS l'Abbé de Saint Cir ::
de Bourdaille Curé de Senteny
: Digeon voifin de la.
Fontaine des Blancs - Man310
MERCURE
teaux : Savart de la rue Saint
Honoré : Melchior de Strafbourg
Serin Sieur de Vauchenet
de Fontevraut : C.
Hutuge d'Orleans : Linot de
Nogent le Roy : Le Chevaliet
Devifant : Bourfault
Lieutenant d'une Patache :
Duval de Saint Germain en
Laye Le Chevalier Donadieu
: Bellet de Sainte- Foy :
Cipiere de Bordeaux : La
Bonne de Brive : L'Abbé
Brouillard de Salins en Franche-
Comté De Bagnolles
Garde- Marteau des Eaües &
Forefts de Dreux : Querray
GALANT
311
de Saint Brieux Avocat du
Terran : L'Abbé Panfil : C.
B. D. P. D. de Poitiers : Cotteret
Seigneur de Villiers :
Vieillard Sieur de Saint Mathieu
:
Bordeau
Chirurgien
de la rue Saint Honoré : Simon;
Tamiriſte de la ruë de
la Cerifaye : De la Clemencerie
Juge de Mortain : Ridras
du Quay des Morfondus
: l'Amant du petit Serin :
Le Captif delivré de la Barbarie
de la rue Saint André :
Le plus heureux des Amans
de la rue des Prouvaires
L'Amant de la belle- Gabrielle
312 MERCURE
de Champagne du quartier
de Saint Euftache : Le Grand
Scamandius Chanoine de
Deinfe : L'illuftre Berger Nicaife
: Le petit Pipi l'Hollan
dois : L'heureux Arpenteur à
la Toife d'argent du Fort-
Louis du Rhin : L'amy malheureux
de Gomar Guerlo
du quartier de la Pofte : Le
Mandarin de la rue du Plaftre
le moins chery de la
fortune de la rue Bertin- poirée
; le Berger fidelle de la
Jüe Dauphine : Egan Gouverneur
du Chevalier Juftin :
Ailmer prés du Trône : Bazin
"
de
GALANT.
313
de Crolles Prevoft de Mortain
: Mefdames & Demoimoifelles
de la Corcelle de
Bailly : Le Bacle de Rochecot:
Véné de la rue de l'homme-
L'aimable enjouéc Armé
"
de la rue de la Monnoye :
Melle R. La Fiere Epoufeide
de la mefme rue ; La belle
, mais infenfible Manon
de la rue Sainte Avoye :
La cruelle trop aimée de
Caen : L'aimable Janneton
B. du quay de Gefvre : La
belle le Faucheur : La charmante
Manon C. de la por
te Saint Jacques : Les deux
Juin 1690. Dd
314 MERCURE
aimables Cadettes de l'ailnée
de la tüe du Croiffant :
La Belle Gabrielle de M. de
Toulouſe L'aimable union
des deux Soeurs voifines du
petit Saint rue Saint Antoine
: La charmante Theano :
La grande Anachorette : La
Societé tenebreufe A.B. & C.
L'aimable indifferente de la
ruë de Ven ..... L'aimable
Angelique de la ruë de la
Harpe La charmante Catin
de la rue Chapon : Les deux
Soeurs infeparables de la ruë
du Muret à Chartres : La belle
Conftante dans le Celibar
:
GALANT. 315
de la rüe neuve Saint Mederic
, & fon Pere Confeiller
Notaire : La veuve à l'ana→
gramme ton partage me guerit,
& le petit Brunet ſon Amant:
L'illuftre Veuve de la rüc
Galande La jolie Veuve de
la rue Tictonne : L'Aimable
petite Tante de la rue de
Ï'homme-Armé, & la belle de
la Porte Saint Antoine .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle dont l'Auteur cache
fon nom . Elle eft affez étendue
pour faciliter à vos Amies
la connoiffance du mot qu'elle
cache.
Dd ij
316 MERCURE
12.
ENIGME
L ne m'eft point honteux d'eftre
petite ,
Fen fuis plus innocente , & moins
Suspecte ; auffi
De mejuftifier on prend peu defoucy.
Quoy qu'ordinairement on craigne
ma vifite ,
e ne fais jamais rien qui bieffe la
pudeur.
Pourtant ma compagnie eft de manvaife
odeur,
Puis qu'elle fait rougir la plus honnefte
Fille.
Jay foulagé bien plus d'une Famille
;
Et l'on ne dira pas que je ne fers de
rien,
Car,fi les uns cedent àma puiffance
GALANT.
317
Par leur trop foible refiftance ,
A d'autres bien fouventje procure du
bien.
Ma puiffance en effet est bien grande
& bien forte.
Fe feme en bien des lieux, & ce n'eft
point en vain ;
Mais l'abondance de mon grain
Defole le champ qui le porte.
Dés la premiere impreffion
Que je fais fur un coeur , on voit
que la plus Belle
Se rend à ma difcretion
Et me met au lit avec elle,
Toujours avec émotion.
Elle me dorlote & mitonne ,
Pour me faire au plûtoft fortir,
Parce queje la fais pâtir
Par la peine que je luy donne.
L'air me porte, & partant fi je fuis
un fardeau ,
Dd iij
318 MERCURE
Ileft leger, puis que l'air le voiture
Je n'ay jamais appris ny Deffein , ny
Peinture >
Et ne fais vanité de crayon ny pinceau
,
Je me diftingue affez par la Graveure.
Il eft temps que je vous
parle de l'affaire de Savoye, Je
vais fatisfaire une partie de
voftre curiofité la - deſſus , je
dis une partie , parce que je
n'entreray pas dans tout le
détail de ce qui s'eft paffé ,
avant que les Actes d'hoftilite
ayent commencé de part
& d'autre. Il n'eft pas meſme
befoin que je vous en entreGALANT.
319
tienne , puis qu'il y a des
faits publics qui en parlent
amplement , & que perfonne
ne les ignore. Toute l'Europe
a vû la Lettre écrite au Roy
par Monfieur le Duc de Savoye
, & le Difcours de M ' le
Comte de Govon , Ambaſſadeur
de ce Duc , fait à la
Diete de Bade , n'a pas efté
moins public . Cette Lettre,
& ce Difcours font fi oppofez
, qu'il eft facile de voir
ce qu'on en peut inferer.
Comme je refpecte tous les
Souverains , je n'entreray
point là - deffus en raifonne
Dd iiij
320 MERCURE
ment , & je me contenteray
de vous dire que dans la fituation
où le trouvent aujourd'huy
les affaires de l'Europe
, il ne manquoit plus à
la gloire du Roy que de voir
le Duc de Savoye fe declarer
contre luy , afin que fon
triomphe fuft rendu complet.
Nous ne voyons plus dans
l'Europe aucune Puiffance
voifine des Eftats de ce Monarque,
qui ait pû fuporter
l'éclat de fa gloire, & la conjuration
qu'ils ont faite pour
l'obscurcir, luy donne encore
un nouveau brillant . En effet,
GALANT. 321
rien n'eft plus glorieux pour
le Roy que d'avoir empefché
depuis deux ans que fa puiffance
n'ait efté entamée par
un fi grand nombre d'Ennemis,
& de fe voir le feul ap
puy de la veritable Religion,
lors que le Prince d'Orange ,
qui felon fes Manifeftes n'eft
paffé en Angleterre que pour
empefcher qu'elle ne s'y affermift
, fe voit encenfé par
tous les Princes Catholiques
qui font la guerre à Sa Majefté
, & qui reglent leurs dé
marches fur les confeils de
cet Ufurpateur , que l'on
322 MERCURE
pourroit faire paffer pour des
ordres , tant ils font fuivis
exactement . Pendant que le
Roy foutient feul une guerre
qui accableroit la veritable
Religion fi ce Monarque
avoit du defavantage , M ' de
Savoye trompé par fon Confeil
, & animé par de jeunes
Princes fachez de voir fleurir
Les Eftats pendant qu'ils épuifent
les leurs d'hommes &
d'argent , fe joint aux Ennemis
de Sa Majefté , de forte
que le Roy fçachant que les
Eſpagnols devoient entrer en
Piedmont , a fait avancer fes
CALANT. 323
Troupes dans le Pays. Les
Actes d'hoftilité ont commencé
de part & d'autre , &
les Troupes du Milanez font
arrivées aufſi- toſt pour juſtifier
la conduite de Sa Majefté
en faifant voir qu'elle eftoit
bien informée ? Ainfi le Roy
trouvant dans les Eftats du
Duc de Savoye fes Ennemist avec
qui il eft en guerre,ceMonarque
les poffedera à droit de
Conquefte s'il arrive qu'il s'en
empare , ce qui eft pris de la
forte fur des Ennemis avec
lefquels on eftoit déja en
guerre appartenant legitime--
324 MERCURE
ment au Vainqueur qui s'en'
rend maiftre. Cependant il eſt
indubitable que la Savoye &
le Piedmont vont eftre ruinez
pour beaucoup d'années ,
puis que les Armées de
France , d'Efpagne , & de
Savoyé vivront aux dépens
des Eftats de ce Duc , fans
qu'il foit poffible que cela
n'arrive
pas , de quelque
maniere que les chofes tournent.
On peut juger par là fi
le Duc de Savoye a pris un
party avantageux à fes Sujets,
car il eft à croire qu'à fon
égard , il eft bien perſuadé du
1
GALANT
325
tort qu'il fe fait. Il ne feroit
pas le premier qui auroit tout
facrifié à fa paffion, & qui auroit
confenty à fa ruine entiere
feulement pour embarraffer
fon Ennemy. Il ne fait
rien pour luy en cette occafion
; il fauve peut eftre le
Milanez qui s'eftoit impru
demment armé l'année derniere
contre le Roy, & femble
vouloir que ce Monarque
s'empare de fes Eftats ,
puis qu'il y trouve fes Ennemis
. Ainfi le Roy en
les attaquant où il les trouve
pourra faire une Con326
MERCURE
quefte au lieu de l'autre , &
les repouffant enfuite jufque
chez eux , leur faire craindre
qu'il ne les foûmette de la
mefme forte.
Vous avez vû dans un autre
Article de cette Lettre ,
que M' de Feuquieres eftoit à
la pourfuite des Barbets qui
font dans les Montagnes . Mr
de Savoye avoit deffein de l'y
faire enfermer , en le faifant
enveloper d'un cofté par ces
mefmes Barbets , & de l'autre
par les Habitans de Mondevi,
& par les Milices Piemon
toifes, aufquelles fe devoient
GALANT. 327
joindre les Barbets rentrez en
grace. Ce deffein ayant eſté
découvert affez à temps , on
envoya du renfort à M' de
Feuquieres. Le 3. de ce mois
on apprit que M¹ de Savoye
avoit dit publiquement qu'il
attendoit des Troupes Efpagnoles
. Le 4.on commença à
eftablir des Contributions, &
à faire des Détachemens pour
aller au fourage, & pour enle
ver du Bétail. Il y en alla un
de dix - huit Dragons du Regiment
de Catinat qui enleva
un affez bon nombre de Va
ches un peu audelà du Buriaf328
MERCURE
>
que. Un autre Party emmena
fept Payfans qui furent trouvez
les armes à la main. Enfuite
de ces petits detachemens
on en fit partir un plus
gros pour aller faire contribuer
du cofté de Carmagnole
;
il eftoit fuivi de foixante chariors
vuides pour mettre
quinze cens Sacs de bled qu'-
on alla querir dans un Chaf
teau , où l'on fçavoit qu'ils
eftoient. La defolation commença
dans la Province de
Carmagnole quand on y apprit
, qu'il falloit commencer
à contribuer. On s'accommoGALANT.
329
da avec plufieurs , & l'on prit
du bled au lieu d'argent , de
forte qu'on en conduifit environ
trois mille facs à Pignerol
. Le 7. noſtre Armée avança
dans le Pays , & M' de
Catinat y eftant arrivé,y fit le
8. deux detachemens , fous
M' le Marquis du Pleffis Belliere
, & fous M' le Comte de
Medavy, pour continuer à
faire payer les contributions
aufquelles les peuples avoient
de la peine à fe refoudre ,
quoy qu'elles cuffènt efté reglées.
Ceux des environs de
Cachours furent de ce nom-
Juin 1690 .
E e
330 MERCURE
bre, & tirerent fur le detache
ment de M' le Marquis du
Pleffis Belliere ; les Dragons
ruerenr trente- cinq Payfans,
& firentun grand butin . On
s'eft emparé de la Vallée de
Lucerne, & de la Place de ce
nom , ainfi que de fon Chaf
teau . Le Gouverneur avoit
ordre de fe jetter dans les
Montagnes avec fa garnifon
& fon Canon, dés qu'il aprendroit
l'aproche des Troupes
du Roy. Ainfi il. joignit les
Barbers , & le Duc de Savoye
aima mieux que fes Troupes
cherchaffent un azile chez les
GALANT, 331
de
tenir fa pa-
Proteftans que
role. On ne peut rien ajoû
ter à ce que les Nouvelles
imprimées
ont dit contra
luy,
C en croyant
le juftifier
. Elles
ont publié
qu'il falloit
que
la Lettre
qu'on
affuroit
que ce
Duc avoit écrite à Sa Majesté
fuft fauffe, puifque
fi elle cuft
efté veritable
, on l'auroit
pris
au mot . On l'a fait ; fa Lettre
n'eftant
que trop vraye
pour
fa gloire
, il a demandé
du
temps
; on luy en a donné
,
& la fuite a découvert
fes
deffeins. Mais pour revenir au
Gouverneur
de Lucerne
, il >
Ec ij
332 MERCURE
avoit voulu faire fauter fes
Fortifications , mais fes Mines
ayant manqué par le peu
d'habité de ceux qui s'en
eſtoient meſlez , on en retira
les poudres. Le io . on s'empara
de Rivalte où il y a un
vieux Chafteau . Plufieurs
Payfans qui s'y cftoient reti .
rez avec leurs Femmes , &
leur Bétail , eurent la temerité
de tirer fur les Troupes du
Roy, & la Place fut emportée
, & pillée.
Je ne puis finir l'Article de
cette Guerre , fans vous apprendre
jufqu'où va le zele
GALANT.
333
1
ardent des
Dauphinois, pour
le fervice du Roy. Vous fçavez
que ces Peuplesfe font autrefois
fignalez fous les noms
d'Allobroges & deVoconces,
en faveur des Romains en
qualité de leurs Alliez , qu'ils
ont fouvent fait trembler les
Peuples qui les confinent , &
que par eux les Princes Dauphins
ont triomphé des Comres
de Savoye , & des Princes
d'Orange . Ils ont contribué
â l'éloignement des Anglois ,
& aux Victoires de la France
contre l'Espagne , & autres
Ennemis de l'Eftat ; mais il
334
GALANT:
Temble que cette nouvelle
Guerre les engage à rencherir
fur ce que leurs Anceftres
ont fait. Ils n'ont pas plûtoft
appris que le Duc de
Savoye avoit abandonné l'alliance
de France , qu'on a veu
fur pied des Compagnies avec
des Officiers à leur tefte,preftes
à courir où le Service du
Roy les appelleroit . Le Grefivaudan
a fait des chofes furprenantes
en cette occafion.
C'est une qui a eu des
Vallée ,
Comtes qu'on a enfuite appellez
Dauphins. Elle s'étend
depuis Grenoble jufques en
GALANT. 335
:
Savoye, & fournit elle feule
plus de dix mille hommes
dans la conjoncture
où fonr
prefentement
les Affaires.
Tous les Villages qui la compofent
, ont pris les armes fi
diligemment
pour occuper la
Frontiere , qu'ils n'ont laiffé
dans leurs Maifons que leurs
Femmes & leurs Enfans . M
de Larray qui commande les
Troupes en ce Pays - là , leur a
donné des Chefs , & a ordonné
qu'ils feroient poftez depuis
l'Ifere jufqu'au Guier.
C'eft une riviere qui fepare le
Dauphiné d'avec la Savoye.
316 2
MERCURE
La Milice du Pays Viennois
qui n'a pas fait paroiftre
moins ds zele , & qui eft auffi
fort nombreuſe, a esté postée
le long de la riviere du Guier,
& bien avant contre le Rône.
Les Savoyards fe fonr
retirez des Frontieres , à l'approche
de tant de Troupes,
& ont payé les Contributions
qu'on leur a demandées .
Cependant depuis un an on
monte tous les jours la Garde
dans toutes les Villes du Dau.
phiné , & il y a trois mille
hommes à Grenoble divifez
en feize Compagnies qui
depuis
GALANT
337
?
depuis ce temps-là font la garde de
huit jours en huit jours , & qui ont
témoigné en cette occafion tant
d'ardeur pour aller combattre contre
la Savoye , qu'on a de la peine
à les retenir. Il y a peu de Troupes
mieux difciplinées , & quand elles
0 feroient de celles que l'on appelle
reglées , elles ne feroient pas mieux
leur devoir. L'Arriereban du Dauphiné
partit dés le IS. de ce mois
pour fe rendre à Chatillon fur Indre.
Tout le Lionnois fait voir le même
empreffement que le Dauphiné ,
pour le fer vice du Roy, & il y a lieu
de croire que le zele de ces deux
Provinces fera fournir un grand
nombre de Troupes à Sa Majefté.
Les Sujets du Duc de Savoye font
extrémement chagrins de la guerre
qu'il entreprend , & murmurent
Juin 1690.
Ff
338 MERCURE
hautement contre ce Prince , diſant
qu'elle ne peut aboutir qu'à les jetter
dans la derniere mifere , & à
redonner de la vigueur au Party
Proreftant contre luy-mefme , &
dans fon propre pays ; que tout ce
qu'il peut efperer , & qui eft nean .
moins fort douteux , c'eft de fe voir
poffeffeur de fes Etats à la fin de
cette guerre, comme il l'eft aujourd'huy
, ce qui ne peut arriver fans
qu'ils foient entierement ruinez ,
puis qu'il faudra que les Armées de
France & d'Espagne y vivenr auffibien
que la fienne , & que c'en eft dix
fois plus qu'il ne faut pour mettre
un fi petit pays hors d'etat de fe
rétablir de plus de vingt ans . Heureux
s'il en eft quitte à fi bon marché.
Le Duc de Savoye voyant que
desSujets s'expliquent fi hautement,
GALANT.
339
& craignant que la plufpart ne l'abandonnent,
ou ne le fervent mal
dans une guerre qu'il eftoit en fon
pouvoir d'éviter , les a fait affembler
dans la grande Egliſe de Turin ,
où aprés leur avoir fait un difcours
contre la France, il les a engagez à
luy prefter un nouveau ferment de
fidelité. Il faut qu'un Prince qui eft
obligé d'en ufer ainfi avec fes propres
Sujets , trouve luy mefme fa
conduite bien irreguliere , & s'en
faffe des reproches en fecret , pendant
qu'il s'engage mal à propos
dans une entrepriſe dont le fuccés
ne luy fçauroit eftre que funefte, de
quelque maniere qu'elle tourne. Le
Roy qu'on a crû embaraffer en
augmentant le nombre de ceux qui
fe liguent contre luy, fait voir qu'il
ne peut jamais eftre furpris , puis
Ff ij
340 MERCUKE
que felon les ordres donnnez , il
doit avoir à prefent plus de trente
mille hommes dans les Etats du
Duc de Savoye. Cela ne ſe peut
concevoir fans peine , quand on
confidere à combien d'autres Ennemis
ce Prince tient tefte fur terre
&fur mer.
rez pas
Je viens à la fuite du Voyage de
Monfeigneur le Dauphin , mais
avant que d'y entrer , vous ne ſefachée
que je vous envoye
quelques Vers qui ont efté faits fur
fon départ. Ceux qui fuivent font
de M. Marcel , & ont efté mis en
Air par M. d'Ambruis , dont la réputation
vous eft connuë.
AIR NOUVEAU.
4uphin , chery du Ciel, par-
D
tez avec Bellonne.
Déja dans fes refeaux le Dieu du
Rhin friffonne,
GALANT •
341
Au bruit de vos fiers Combattans.
Allez, allez cueillir des Palmes immortelles
;
Pour les jeunes Heros la gloire eft un
Printemps
Dont les fleurs font toujours nowvelles.
Ces autres Vers font de Mademoifelle
de Serigny.
Tu retournes done , grand Danphin
,
• Avec lafoudre de ton Pere
Sur le Danube & fur le Rhin.
Ah! ce n'eft pas pour n'y rien faire.
L'autre fois, en peu de fejour,
Tu t'emparas de Philisbourg
Pour fimple effay de ton courage.
Brillant Heros, tu n'y retournes pas
Four n'y pas faire davantage.
La Victoire par tout volera fur tès
pas
Ff iij
342 MERCURE
Je vous ay marqué la derniere
fois que le 22. du mois paffé, Monfeigneur
eftoit arrivé à Nancy , où
les Feux de joye & les Illuminations
avoient fait connoiftre la joye
que caufoit fon arrivée . J'ajoûteray
à cela qu'il y fejourna jufqu'au 24.
& qu'il fit l'honneur à plufieurs Seigneurs
Lorrains de l'ancienne Chevalerie
, de les faire manger à fa
table. En voicy les noms.
M , le Prince de Lixin , allié des
Ducs de Lorraine.
M.le Marquis d'Haraucour.
M. le Marquis de Gerbeville .
M.le Comte de Lenoncour
M. le Marquis de Bauvau.
M. le Comte de Couvonge.
M. le Marquis de Baflompierre.
M. le Comte de Torniele .
Ces Seigneurs n'ont pas mangé
GALANT. 343
tous en mefme temps avec Monfeigneur
, mais ils ont eu cet honneur
trois ou quatre à la fois . Le 24 .
ce Prince arriva à Suneville ; le 25.
à Blamont ; le 26. à Sarbourg , &
le 27. a Saverne , aprés avoir dîné
ce jour-là à Phaltzbourg , dont il
vifita les fortifications , ayant efté
receu par le Gouverneur au bruit
du Canon. Le 28. il arriva à Strafbourg
, & en vifita les dehors ,
accompagné de M. le Marquis de
Chamilly , Gouverneur . Les Officiers
de Ville vinrent en Corps le
complimenter, & il alla enfuite entendre
la Meffe dans l'Eglife Cathedrale
, où le Chapitre fe trouya
à la porte pour le recevoir . L'apréfdînée
il monta à cheval. & vifita la
Place & la Citadelle. Il partit de là
le 30. & vint coucher à Haguenau.
Ff iiij
ི་
1
344 MERCURE
Le 31. il alla difner au Fort Louis,
qu'il vifita avec la mefme application
qu'il a fait toutes les Places
fortes par où il a paifé. Ce Prince
alla coucher à Veiffembourg , où il
arriva accompagné de Monfieur le
Duc , de Monfieur le Prince de
Conty , & de Monfieur de Vendofme.
Il fe rendit le 1. de ce mois à
Landau, & avant que de fe repofer
il fit le tour de la Place , Le 2. au
lieu de fe remettre de fes fatigues,
il alla vifiter les fortifications & les
nouveaux travaux de Philifbourg.
Ce Prince revint coucher à Landau
d'où il devoit partir le 9. pour
aller
coucher à Neuftat , mais fon impatience
de joindre l'Armée l'obligea
de changer de deffein , & il envoya
ordreaux Maréchaux des Logis qui
eſtoient partis , d'aller à un Village
GALANT 345
au delà de Neuftat nommé Vintelnicq.
Il apprit par un Courier deM.
de Lorge qui eftoit campé à Oderheim
à quatre lieues de Mayence ,
que ce Maréchal avoit fait emporrer
par les Dragons de Baibefieres
le Bourg & le Chafteau de Becktisheim
, malgré la grande refiftan-.
ce que firent les Ennemis. Le 4
il arriva au Camp accompagné de
Mr le Comte de Choiseuil , qui
eftoit allé au devant de luy avec
douze cens Chevaux , & ne voulut
point difner qu'il n'euft veu toute
I'Infanterie fur une ligne. Il la revit
l'aprefdinée en Bataille, & la fit defiler
devant luy , & le 6. il la vit
Compagnie par Compagnie. Ainfi
l'on pent dire que pendant quatre
jours qu'il a demeuré dans ce lieu ,
appellé le Camp de Lambsheim ..
•
346 MERCURE
il a examiné trente- trois Bataillons,
bomme à homme. Ce Prince
vint enfuite camper à Vachenheim
, où il eftoit encore le 22.
de ce mois. Mr le Maréchal de
Lorge qui eftoit campé a Epenheim
à trois lieues de Mayence ,
vint avec 106. Efcadrons à l'arrivée
de Monfeigneur , qui fit camper
cette Cavalerie toute en Corps,
& on envoya ordre à l'Infanterie
d'aller camper à Spire . On a fait
deux grands Fourages fur les bords
du Rhin à la veuë des Ennemis. Le
premier eftoit avec deux mille Chevaux.
Le fecond le fit le 18. entre
Odernheim & Vorms, où l'on fit avancer
de laCavalerie pour couvrir
les Fourageurs. Mr le Marquis de
Souvré, Fils de M.de Louvois , qui
étoit commandé comme Meftre de
GALANT. 347
Camp de jour , y receut, en allant
vifiter les Fourageurs & les Corps
de Garde , un coup de Moufquet au
travers du bras droit au deffous de
Paiffelle. Ce coup luy fut tiré par
des Soldats qui eftoient dans des
Bateaux fur le Rhin. Sa bleffure
eft dans les chairs , & il n'y a rien
de caffé. Le 17. Monfeigneur receut
Ele Plan de Mont- Royal , & M de
Montal luy fit fçavoir , qu'il eftoit
remis d'une indifpofition qu'il avoit
euë, & que fa Place eftoit en eftat
I de défenfe.
-
Selon toutes les apparences Monfeigneur
eft encore dans le meſme
Camp , par ce qu'il n'en devoit
point partir que les Ennemis ne
fuffent affemblez , & qu'il n'en euſt
des nouvelles affeurées . D'ailleurs,
il y avoit encore deux ou trois
348 MERCURE
grands fourages à faire , qui pou
voient entretenir l'Armée jufqu'à
lafin de ce mois , & meſme audelà.
Je ne fçaurois finir cette Lettre
fans vous faire part d'une
action qui vous paroiftra extraordinaire
& bien digne d'un
François ; elle s'eft paffée en Alface.
Un Lieutenant du troifiéme
Bataillon de la Couronne , Neven
de Mr de Brifac Major des Gardes
du Corps, gardoit avec vingt hommes
un Moulin dont la porte eftoit
paliffadée. Il fut attaqué par trois
cens hommes , & fit une refiftance
fi vigoureufe , qu'il tua plufieurs
Soldats & trois Officiers . Les En
nemis mirent le feu à des Maiſons
Voifines , afin qu'il fe communiquaft
au Moulin. Cela l'obligea à
faire une fortie avec dix -fept hom
GALANT. 349
mes qui luy reftoient . Les Ennemis
crurent que c'eftoit un renfort qui
luy venoit , & aprés avoir quelquetemps
efcarmouché derriere une
haye , ils fe retiretent. Le Lieutenant
rentra dans fon Moulin avec fes
dix-fept hommes , & les Payfans
déreignirent le feu qui n'avoit pas
encore gagné le Moulin.
Le Roy a donné la Charge de
Chirurgien Major de fes Camps &
Armées à Mr Beffiere. Son experience,
confommée fera d'un grand
foulagement pour les bleffures.
0 La Ville de Charlemont en Irlande
a efté prife par Mr de Schomberg,
& on s'en eftonne , au lieu
qu'on devroit eftre furpris , de ce
qu'elle n'a pas efté plûtoft prife. Il
y a prés d'un an qu'elle tient prefque
à fon Camps cependant il n'a
350 MERCURE
ofé employer la force pour s'en
rendre Maistre , & elle ne feroit
pas encore en fon pouvoir fi le
manque de vivres ne l'euft contrainte
à fe rendre.Elle n'a pû eſtre
fecourue parce qu'il auroit fallu
que les Troupes du Roy d'Angleterre
euffent fait quarante milles
de chemin , dans une faifon où il
n'y avoit point encore de fourages.
Une pareille perte feroit de confequence
dans un autre Eftat, & donneroit
lieu au vainqueur de s'étendre
, mais cette Conquefte n'eft
prefque d'aucune utilité en Irlande,
qui eft un Pays coupé de precipices,
de Canaux , de défilez , de Vallées,
& de Montagnes , de forte qu'en
prenant une Place on n'eft guere
plus avancé qu'auparavant, puis que
la Campagne qui eft par - delà,coure
GALANT:
351
fouvent en ce Royaume autant à
prendre que les Places.
Le Prince d'Orange eſt allé
en Irlande contre la penſée de
tous ceux qui raiſonnent felon la
bonne politique. Il a peut- eftre
encore mieux vû qu'eux ce qu'il
rifquoit en abandonnant l'Angleterre
, mais il a eu des raiſons qui
l'y ont indiſpenſablement engagé.
Il y a fix mois que les Anglois
murmurent de la longueur de la
Guerre d'Irlande , à cauſe que leur
commerce eft interrompu dans ce
Pays-là , d'où ils tiroient mille chofes
qui leur manquent. Le Prince
d'Orange s'eftoit engagé d'y paffers
il avoit demandé de l'argent pour
cela, & il en avoit beaucoup receu .
Sa penſée eftoit que nonobftant fes
promeffes , & l'argent qu'il avoit
352 MERCURE
tiré , il trouveroit des pretextes
pour ne point faire ce Voyage . Il
a tafté plufieurs fois les Peuples làdeffus
, & il a connu que dans la
fituation où eftoient fes Affaires, il
euft efté dangereux de ne leur pas
tenir parole. D'ailleurs , il s'eft vû
fort embarraſſé par tous les Princes
fes Alliez , qui luy ont fait dire ,
qu'il ne leur tenoit rien de ce qu'il
teur avoit promis , & que bien
loin qu'il fuft en eftat de tourner
fes armes contre la France , il
n'eftoit pas maiftre de fes trois
Royaumes; qu'ainfi il devoit trouver
bon qu'ils priffent le party qu'ils
jugeroient le meilleur pour lebien de
leurs Affaires, en casqu'il ne fuft pas
bien-toft en estat d'executer fes
promeffes. Toutes ces chofes
T'ont enfin obligé à prendre la
GALANT. 353
refolution de tout rifquer pour
fe rendre Maistre de l'Irlande .
A peine a t'il quitté Londre que le
danger qu'il court a paru par la
confpiration des Presbiteriens. II:
eft mal- aifé de deviner les raifons
qui luy ont fait prendre à leur
prejudice le Party des Anglois
Conformites , puifque les Presbiteriens
l'ont mis fur le Trône .
Le temps nous éclaircira là- deffus.
Enfin noftre Flote eft partie le
21. de ce mois au matin , forte
d'environ foixante & douze Vaiffeaux.
Elle en attendoit encore
quelques autres de Rochefort , qui
l'auront peut-eftre jointe en Mer.
Six de nos Fregates devoient aller
fur les Coftes d'Irlande dés qu'elle
feroit partie , pour y croifer avec
trois autres Fregates que nous y
Juin 1690.
Gg
354 MERCURE
1
avons déja. On arme vingt - deux
Galeres à Toulon pour la Mediterranée
.
Si-toft que la prise de Saint Jean
de Las Badeffes dont je vous ay
parlé , eut efté fçeuë à Ripouil, la
Garniſon prit la fuite par la peur
d'eftre affiegée , & les Magiftrats
aporterent les Clefs à Mr le Duc de
Noailles , en luy demandant fa
protection . Il s'eft depuis rendu
maiftre de Vic, qui eft une Ville
Epifcopale. Je fuis , Madame , voftre
, & c.
A Paris.ce 30. Juin 1690.
APOSTILE.
J'ay encore plufieurs Nouvelles à
vous apprendre avant que de fermer
cette Lettre, mais n'ayant ny place ny
temps , je les mettray toutes en un feul
Article. On a publié le 22. de ce mois
E
une Declaration du Roy au Pont de
Beauvoifin , par laquelle Sa Majesté
permet à fes Sujets de continuer leur
Commerce avec les Savoyards , en vertu
des Contributions qu'ils ont foin de
payer exactement . L'Armée de M. de
Catinat groffit tous les jours , & M.
de Saint Rhut eft party pour aller
commander celle qui s'affemble en
Dauphiné. Il est tres -feur qu'on a intercepté
des Lettres que le Duc de Savoye
écrivoit au Prince d'Orange , ce qui
marque une intelligence de longue
main, & qu'il vouloit amufer le Roy par
de belles paroles . M. le Marquis de
Gefvres , receu en furvivance de la
Charge de premier Gentilhomme de la
Chambre, a époufé Mile de Boisfranc,
& le Roy leur a fait 1 honneur de figner
leur Contrat de mariage. M. Nicolaï
premier Prefident de la Chambre
des Comptes, a épousé Mademoiſelle
le Camus , Fille de M. le Lieutenant
Civil , & je vous en entretiendray'le
mois prochain . Il court un Difcours
Gg ij
fnpofe du Pape fait aux Cardinaux fur
le fujet de la Guerre prefente;ainfi vous
devez avertir vos Amies de n'y pas
ajoûter foy. Les Troupes commandées
par M. de Luxembourg, & celles qui
font fous le Commandement de Mrs de
Bouflers & de Gournay, ne font qu'à
quatre lieuës les unes des autres , &
couvrent les Places menacées
Par les
Ennemis, pendant que M. de Humieres
garde les lignes ; ils trouveront en
aprochant tout le Pays fouragé . On a.
eu avis dés avanthier que la Flotte du
Roy compofée de foixante & quinze
gros Vaiffeaux, & de 30. Brulots fans
les Fregates & Baftimens de charge,
eftoit dans la Manche, ce qui vous doit
faire croire qu'à l'heure que je vous
écrits, elle a executé quelque chofe de
rand , où qu'elle eft avancée fur les
g oftes des Ennemis . Je ne vous ay point
Carqué dans l'ordre de Bataille que je
mus ay envoyé, que le Vaiffeau de M.
Comte d'Eftrées eft de 600. hom-
να
d'équipage , & de 84. Canons ..
En vous parlant des Prifes faites furles
Ennemis,j ay mis que M. le Comte
de Revel en avoit fait une , & c'eſt le
Vaiffeau ren mé le Comte de evel.
Je n'ay fait monter qu'à trois millions
ou environ les Contributions que M
de Luxembourg a tirées , & je viens
d'aprendre qu'elles vont à plus de fix .
On m'apprend en mefme temps que
le mefme M. de Luxembourg eft allé
chercher le Prince de Valdec à la tefte
de douze mille Chevaux..
TABLE.
Relude
PANouvelles curieufes de la Cour
du Grand Seigneur
.
Fable.
II
32
Lettre fur le retranchement de la
Coupe.
Mort de M. de Calvo .
40
71
Le Clergé de Champag. Nouvelle. 81
Difcours fait par Mad. de Pringy . 89
Nouvelles de Pologne .
Sonnet.
103
108
Epitaphes fur la mort du Prince
Charles de Lorraine. 110
Suite du Traité de M. de Comiertouchant
l'art d'écrire occultement. 116
154
Hiftoire.
Harangue de M. le Recteur de l'Univerfité.
Livres nouveaux.
174
180
Prife de poffeffion de l'Abbaye de
S. Germain des Prez , par M. le
TABLE.
188
199
Cardinal de Furftemberg.
Prefent fait par le Roy.
Services faits pour Madame la Dauphine
, à l'Abbaye de S. Denis , &
dans l'Eglife de N. D. de Paris . 202
Epitaphe & autres Services faits pour
cette Princeffe.
Détail curieux de tout ce qui s'eftpaßé
à la défaite des Vaudois. 223
Tentative faite par les Troupes des
Alliez en Flandre.
Madrigal.
217
249
256
Actions de vigueur faites fur terre
257
&fur mer.
Prifes faites fur mer, fur les Efpagnols
, Anglois & Hollandois . 263
Harangue faite au Roy par M. l'Archevefque,
266
Don gratuit fait au Roy par le Clerge
272
Avantages, remporten en Catalogne
TABLE.
par Mile Duc de Noailles. 273
Détailde tout ce qu'a fait l'Armée que
commande
M.de Luxembourg
de-
2.84 puis qu'il eft à la tefte..
Premier départ de la Flote du Roy,
avec l'ordre de Bataille. 3.00
300
318
Ce qui s'eft passe à l'Armée que Mon-
3428
Charge de Chirurgien Major donnée
Aarticle des Enigmes
Affaires de Savoye.
Jeigneur
commande
.
à M. Beffiere.. 349
Affaires d'Irlande
. 349
Départ de la Flote du Roy, 313
Nouvelles de Catalogne.
354
Plufieurs autres Nouvelles: 354
L'Air qui commence par , Ab, que
le Printemps , doit regarder la p. 38
La figure doit regarder la pag. 142
Air qui commence par , Dauphin,
chery du Ciel, regarde la page 340.
511m
1690,6
Mercure
1
<36623738740017
<36623738740017
Bayer . Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
JUIN 1690.
A PARIS ,
GALERIE - NEUVE DU PALAIS .
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois & on
lewendta Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS .
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E MICHEL GUEROUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC . LXXX X,
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
A VIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques - uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On priefeulement
ceux qui les envoyent , &
A ij
AVIS.
out ceux qui n'écrivent que pra o
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux.
qui le chargeront de les envoyer avant.
que l'on commence à vendre icy le
Mercure, Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
A VIS
Les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
·par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faſſe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preffent ,
ils rejettent la faute du retardement
Sur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS.
>
porter à la pofte ou aux Meffagers.
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mesme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont on aura ont lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
FUIN 1690 .
UAND un Prince
a des Ennemis à
combattre en divers
licux , & qu'il eft obligé de
leur oppofer de differentes
Armées , la prudence & la
politique veulent qu'il ne
A
iiij
8 MERCURE
fe mette à la tefte de pas
une , puis que pendant qu'il
agiroit d'un cofté, il ne pourroit
affez s'appliquer à ce qu'il
feroir à propos de faire ailleurs
; au lieu qu'en demeurant
dans fon Cabinet , fes
foins , les ordres qu'il donne,
fon travail continuel , fa vigilance,
& les fonds qu'il fait
preparer , le rendent en mefme
temps plus utile à toutes
fes Armées , que s'il en commandoit
quelqu'une en perfonne
. C'est ce que le Roy a
fait pendant tout l'Hiver , &
ce qui fait regarder comme
GALANT.
9
un miracle que fes Troupes
foient en campagne avant
toutes celles des Princes liguez
, qui ont pris de longue
main des mesures pour tâcher
de l'accabler
. On peut
dire mefme qu'ils les y auroient
mifes beaucoup plus
tard , fi les Armées de Sa
Majefté ne les avoient fait
courir avec precipitation , &
avec confufion, pour s'oppo
fer aux entrepriſes qu'elles
auroient pû faire . Cela s'eft
vû en Allemagne , en Flandre
, en Catalogne , & en Ita
lie ; tous les Souverains de
10 MERCURE
ces Etats ayant payé de groffes
contributions au Monarque
dont ils avoient juré la
ruine ; en forte que d'atta
quans qu'ils eftoient , ils fe
trouvent aujourd'huy obli
gez à fe défendre . Quand le
Roy pendant toute la campagne
, n'auroit point d'autre
avantage que celuy d'avoir
paru le premier , d'avoir renverfé
les deffeins de ceux à
qui fa puiffance eft redoutable
, & de les avoir fait contribuer
, c'eſt un triomphe
qu'on ne peut vanter affez ,
rien ne pouvant eftre plus
GALANT. II
glorieux à un Prince qui eft
atraqué par un monde d'ennemis
, que de les intimider
en les prevenant , & en parant
par la prévoyance les coups
qu'ils avoient refolu de luy
porter. Peut- eftre avant que
de finir cette Lettre vous en
apprendray - je davantage.
Il y a déja quelques mois
que l'on a feeu que le Grand
Seigneur avoit changé de
premier Miniftre , & qu'il
avoit choifi Cuproli Muftapha
pour fon Grand Vifir ,
mais peu de perſonnes fçavent
les circonftances de ce
12 MERCURE
changement , & je croy que
vous ne ferez pas fachée que
je vous en faffe le détail .
Comme les Sultans fe meflent
peu des affaires , l'Empire Ottoman
eft gouverné , felon
que le Grand Vifir eft plus
ou moins capable de foûtenir
ce grand poids , & dans la
fituation où font celles de
l'Europes on doit avoir quel,
que curiofitépour ce qui regarde
un homme qu'on a
trouvé digne de remplir ce
premier pofte . Je ne vous di
ray rien là - deffus qui ne foit
tres veritable. Les Nouvelles
GALANT 13
que j'en ay viennent de gens
qui connoiffent parfaitement
le Pays.Ils affeurent qu'il faut
prononcer & écrire Kupruli
Veizir , Moustapha , & non
pas Cuproli , Vifir, Muſtapha .
C'eft ce que j'ay déja entendu
dire à beaucoup de Voyageurs
qui ont paffé plufieurs
années àConftantinople . Cependant
je ne laifferay pas de
fuivre l'ufage qui s'est étably
parmy nous d'écrire Vifir ,
& non pas Veizir. Cuproli
Muftapha , aujourd'huy premier
Miniftre du Sultan Soliman
III. eft Fils du vieux
14 MERCURE
"
Cuproli Mehemed Pacha, qui
a cfté longtemps Grand Vifir
, & Frere de Cuproli Achmer
Pacha , qui luy fucceda
dans le Miniftere , & qui prir
Candie. Comme il avoit cu
beaucoup de part à l'éleva,
tion de Soliman lors qu'on
le mit dans le Trône à la place
de Mahomet IV. il luy cuft
efté facile de fe faire en co
temps là nommer Grand Vifir
, s'il n'euft aimé le repos ,
& cherché plûtoft à vivre en
fimple Pacha, qu'à eſtre mêlé
dans les affaires d'Etat. Il
n'avoit aucun beſoin d'eſtre
GALANT.
15
·
dans ce premier pofte pour
avoir du bien, puis qu'il pof
fedoit de grandes richeſſes , &
que depuis la mort de fon
Frere il joüiffoit d'un million
de revenu. Aprés plufieurs
changemens
arrivez dans fa
fortune , il eftoit Pacha à
l'Ile de Chio , où il vivoir
fort tranquillement
, ſe faiſant
aimer du Peuple , & n'ayant
point d'autre veuë que de fe
conferver l'amitié de Turkinan
Muſtapha Pacha , dernier
Grand Vilir . Ce Turkinan
Muſtapha eft celuy qui aprés
avoir efté longtemps General
16 MERCURE
de la Milice alla declarer la
guerre à l'Empereur de la
part de Mahomet IV. par
ordre de Cara Muftapha , alors
Grand Vifir , avec qui il fe
trouva au Siege de Vienne .
Il fut élevé à cette premiere
Dignitépar lesfoins & les intrigues
de Muftapha Cuproli ,
& la connoiffance qu'il devoit
avoir de fon peu d'ambition
, fembloit ne luy pas
permettre de prendre de fuy
de la défiance . Cependant
par un effet de la jaloufie qui
regne en toutes les Cours , le.
Grand Vifir Muftapha ne put
GALANT. 17
le voir eftimé du Grand Seigneur
fans en avoir beaucoup
de chagrin. Il diffimula pendant
tout le temps qu'il crut
n'avoir rien à craindre, mais
ayant efté défait au mois
d'Octobre dernier par les
Troupes de l'Empereur , il
ne douta point qu'on ne le
privaft du Minifterendfuivant
ce que pratiquent les
Turcs , chez qui le malheur
eft toujours un crime . Ainfi
s'eftant retiré tout en defordre
à Sophie aprés fa défaite , il
ne fongea qu'à faire perir tous
ceux qu'il jugea dignes de
Juin 1690.
B
18 MERCURE
remplir fa place. Après avoir
fait affaffiner fecretement
quantité de perfonnes de merite
, il luy parut important,
quoy qu'il deuft beaucoup à
Cuproli , de ne luy point
faire grace. Il dreffa un Catacherif
au nom du Sultan , tél
que les Vifirs ont pouvoir de
le former , par lequel il com
mandoit à un Capigi , Huifhier
de la Porte , d'aller demander
fa tefte. Le Capigi
s'eftant rendu à Chio , montra
l'ordre à Cuproli , qui
qui aprés l'avoir lû , & mis
für fa tefte , fuivant la coutu
GALANT. 19
me , répondit qu'il n'avoit
rien à refufer au Sultan fon
Maiftre , mais que n'ayant
point à fe reprocher d'avoir
jamais rien tenté contre le
fervice de Sa Haureffe , il
trouvoit à propos d'aller luymefme
porter fa tefte à Andrinople
, où il la donneroit
fans aucune peine , s'il ne
pouvoit fe juftifier. Le Capigi
s'obftina longtemps. à dire
que ce n'eftoit point l'ordre
du Grand Vifir , & qu'il fal
loit fe mettre en eftat de mou
rir fur l'heure. Cuproli qui
n'apprehendoit rien à Chio ,
Bij
20 MERCURE
*
où l'amour des Habitans le
rendoit maiſtre abfolu , luy
demanda dix jours de delay,
en luy difant que s'il les luy
refufoit , il fçavoit bien les
moyens de fe les faire accorder
de force . Ainfi le Capigi
demeura dans l'Ile tandis
qu'il dépeſcha fon Kiaia à
Andrinople , avec une Lettre
pour rendre en main propre
au Grand Seigneur . Le Kiaia
eftant arrivé en quatre jours
eut audience dés le lendemain.
Le Sultan ne put lire la
Lettre de Cuproli fans faire
paroiftre une fort grande ſur-
P
GALANT. 21
prife. Il ne perdit point de,
temps à y répondre , & on
tient qu'il luy écrivit en ces
termes de fa propre main. I
Vous qui eftes mon bien - aimé
Cuproli Bacha , ne manquez
pas fi- tot que vous aurez receu
cet ordre de venir icg me
joindre , & vous y ferez en
qualité de mon Vifir pour regler
les affaires de mon Empire,
& pour vous vanger de vos
Ennemis.
Cette réponſe ayant efté
portée à Chio , Cuproli qui
ne ſouhaitoit rien moins que
d'eftre fait Grand Vifir , fue
22 MERCURE
contraint de confentir à fon
élevation pour fauver fa vic.
Il partit au grand regret des
Habitans de cette Ifle, qui au
nombre de trois à quatre
mille perfonnes fondoient en
larmes pour la perte qu'ils
faifoient. Il les affura que tant
qu'il vivroit il les mettroit à
couvert de la tirannic , & fitoft
qu'il fut à Andrinople ,
le Grand Seigneur luy fit mettre
le Cafetan de Grand Vifir,
avec ordre de retirer promrement
l'Etendard de Mahomet
que Mustapha avoit avec
Tuy à Sophie. On croyoit que
*
GALANT.
23
Cuproli fe vangeroir de fa
trahison par quelque cruelle
mort , mais n'ayant jamais
exercé aucune rigueur ,
fe contenta de l'appeller à
Andrinople où il le retint
environ un mois , pour
lay faire rendre compte des
deniers du Trefor Imperial , &
de l'argent qu'il avoit tiré
des impofitions faites pour
la guerre , qu'on dit qui fè
monte à quatre ou cinq
mille bourfes , de cinq cens
écus chacune. Enfuire il lẻ
relegua à un village prés de
મે
Gallipoli , ayant retenu fon
24 MERCURE
Kiaia , pour tâcher de luy
faire confeffer de plus grandes
fommes , parce qu'on n'a
rien touché qui n'ait paffé par
fes mains.Il eft encore prifonnier
à Andrinople. Quant au
Vifir Muftapha , ' c'cftoit un
homme fort brufque & extrememeut
brutal . Il s'enyvroit
prefque toutes les apréf
dînées , & lors qu'il eftoit
ainfi privé de raiſon , il faifoit
maffacrer beaucoup de
monde. On tient qu'il a fair
étrangler plus de quinne mille
perfonnes pendant une année
& demie de Miniftere. Dans
Ic
GALANT.
25
le mois de Juin 1688.environ
deux mois aprés fon élection,
il fit pendre publiquement
un Medecin Juif , qui fe mêloit
d'Aftrologie , & qu'on
pretendoit avoir predit que
le gouvernement du Vifir ne
feroit que de trois mois , &
que l'Empire Ottoman avoit
encore feulement trois ans
à durer . Les Turcs esperent
beaucoup de Cuproli , qui eſt
fort aimé de tout le monde.
Cela vient, non feulement de
l'eftime où il a toujours efté,
mais de ce qu'au lieu de mettre
de nouveaux impofts ,
Juin 1690.
C
26 MERCURE
ce
comme les autres , il en a
ofté plufieurs. Il croit s'en
pouvoir paffer au moyen des
épargnes qu'il fait faire , &
du fecours que la Monnoye
de cuivre luy donne . Il en fait
batre continuellement ,
qui apporte un grand profit
au Trefor , puis qu'une piece
plus petite qu'un denier de
France , eft receuë pour deux
liards en ce pays - là . On fe
flate qu'il pourra fubvenir par
là aux frais de la guerre.
D'ailleurs ayant de grands
biens , on ne doit pas craindre
qu'il cherche à piller comme
GALANT . 27
les autres Vifirs . Il n'a pas
laiffé pourtant d'effuyer déja
une confpiration pour avoir
voulu pouffer trop loin la
reforme dans les Serrails à
l'égard des revenus des Officiers
. Le Kiflar Aga , Chef
des Eunuques du Grand Seigneur
, chagrin de ce qu'il
perdoit par cette reforme, fit
un complot pour l'empoifonner
. Il le convia à un feftin
où un ſervice avoit eſté préparé
exprés pour cela . Le
Maistre d'Hoſtel du Kiflar
Aga qu'il avoit fallu mettre
du fecret, frapé d'un remords
Cij
28 MERCURE
dont il ne put fe rendre le
maiftre , alla le jour precedent
au Serrail de Cuproli , à
qui il fit demander une audience
fecrete . Il eut peine à
l'obtenir parce qu'il avoit
à expedier un fort grand
nombre d'affaires, mais il pria
avec tant d'inſtance , qu'enfin
on le fir entrer. Il declara
l'affaire au Vifir , qui fans
s'émouvoir luy dit qu'il execuraft
l'ordre de fon Maiftre,
& qu'il auroit la recompenfe
qui luy eftoit deuë . Cuproli
fe rendit le lendemain chez
le Kiflar Aga , où il fut receu
GALANT. 29
avec beaucoup de ceremonie.
On fervit fur un Sofa à la
maniere des Turcs , & un
ſervice en deux plats ayant
efté apporté, le Vifir prit de
celuy qu'on avoit mis devant
luy , & ayant fait appeller
1 Officier de cuifine qui
avoit eu foin d'apprefter
les mets , il luy dit tout haur ,
Gouftez de cela avant que j'en
mange. L'Officier qui ne vouloit
point s'empoifonner
, fe
vit dans un embaras inconcevable
, & enfin. intimidé
par les menaces qui luy fu
rent faites , il fut contraint
Cij
30 MERCURE
pour ſe fauver de la mort ,
de découvrir ce que fon Maiftre
luy avoit fait faire . Le
Vifir fe leva en mefme temps,
& fit mener en priſon le Kiflar
Aga. Quelques- uns des
complices furent étranglez ,
& on envoya les autres à
Conftátinople pour fervir fur
les Galeres . Le Maiftre d'Hoftel
a eu une groffe récompenfe
, & cette affaire a obligé
le Vifir à fe tenir fur fes
gardes. Il paroift qu'il ne fouhaite
rien avec plus d'ardeur
que de pouvoir foutenir la
guerre. Comme il ne manque
GALANT.
31
ny d'argent ny d'hommes , il
a fait fçavoit à la Milice qu'on
ne forceroit point ceux qui
n'y voudroient point aller ,
qu'on ne feroit feulement
que les biffer du Regiftre ,
& qu'à ceux qui marcheroient
volontairement , on
augmenteroit la penſion de
dix afpres par jour , qui font
cinq fols de noftre Monnoye ,
& qu'on les payeroit d'avance
. Il pretend que tous les
Bachas feront la guerre à leurs
frais, avec tout leur monde',
& il commence par luy- même
, puis qu'il entretient dix
C iiij
32 MERCURE
mille Soldats . On tient qu'il
aura cette Campagne une Armée
puiffante.
Voicy une Fable dont vous
trouverez la penfée fort finguliere.
Elle eft de Mr de
Templery , de la Ville d'Aix
en Provence . Vous devez
connoiftre fon heureux genie
par plufieurs Ouvrages de fa
façon que je vous ay déja envoyez
, & fur tout par fes
Maximes galantes que vous
avez tant approuvées dans ma
Lettre de Janvier dernier.
GALANT 33
$222552 525SSSSEER
L'HONNEUR , LE FEU,
I
ET L'EAU.
F A B L E.
E vous l'ay dit cent fois , & le
dis encore une.
Iris , chaffez d'auprés de vous
Ce cortege d'Amans , qui bleßé de
vos coups ,
Vous obfede & vous importune.
Qui dit jeune , dit fou ; ce font
des indifcretsi
Sur vos moindres faveurs ils feront
uneglofe ,
Etfe vantant de leurs progrés,
Groffiront fi fort les objets ,
Qu'un rien deviendra quelque
choſe.
34 MERCURE
Ils diront ce qu'il leur plaira ,
L'un ne les croira point , & l'autre
les croira ,
Car chacun à fon gré raisonne .
Ilsfemeront par tout le bruit de leur
bonheur 2
Et mettant une tache enfin à voftre
bonneur ,
Qui vous l'effacera ? Perſonne.
Maisfi par cette verité
Qui vous feroitfi profitable ,
Iris , fur voftre efprit je n'ay rien
emporté ,
Et fi quelque conte inventé
Fait fur vous plus d'effet qu'un
difcours veritable ,
Rendez- vous donc à cette Fable.
S
Unjour le Feu , l'Honneur , &
Unjour
PEau
Conclurent de faire
voyage ,
GALANT.
35
Pour voir dans un Pays nouveau
Les moeurs, la coutume , & l'ufage.
Ils partirent tous trois par un temps
affez doux ,
Mais comme en voyageant quelquefois
on s'égare,
Convenons , dirent-ils , chacun d'un
rendez- vous ,
Si quelque accident nous fepare.·
S
Le Feu , comme le plus ardent,
En bluettes fe répandant ,
Prit avec chaleur la parole.
Fe fuis , dit- il , fans hiperbole,
Le plus leger des Elemens ,
Ainfi le plusfujet à des égaremens .
Une marque pour me connnoiftre,
Si je venois à difparoiftre ,
Quoy que je fois tout éclatant,
Et d'une fplendeur enflâmée ,
Qù vous verrez de la fumée ,
36 MERCURE
Vous me trouverez à l'inftant.
S
A ces mots, l'Eau vive & bruyante
Se plaifant fort à gazoüiller,
Voulut à fon tour babiller ,
Mais de fa maniere coulante.
éveillée extremement,
( Car à parler fincerement,
Il n'eft pire eau que la dormante)
Si je me perds , dit- elle, en quelque
•
Gaye ,
trou
nouveau ,
Ne m'allez point chercher dans des
fables fans herbe ,
Carpour mefervir du Proverbe,
Autant vaudroit-il battre l'eau ;
Mais en allant de route en route,
Fouillez le jonc & le rofeau,
Et vous m'y trouverezfans doute.
2
L'Honneur , ce fantôme adoré ,
Qui dans le devoir tient nosBelles,
GALANT.
37
Et pour qui nos Guerriers d'un caur
deliberé
Vent affronter la mort fons des formes
cruelles ;
7
L'Honneur, dis-je, voulant parler,
Pour moy, s'écria-t-il, je ne puis le
celer :
Gardez-moy , mais fi bien
ne nous fepare .
que
rien
Ayez fur moy des yeux d'Argus,
Car fi loin de vous je m'égare
Vous ne me retrouverez plus.
$
Cette Fable , Iris , vous convi
A ne flêtrir jamais la gloire de vos
jours,
Car l'Honneur eft comme la vie,
Quand on le perd , c'est pour toujours.
38 MERCURE
L'Air & les paroles du
Printemps nouveau que je
vous envoye , font de Mr de
Bacilly.
AIR NOUVEAU.
A#
H, que le Printemps a d'appas!
Et que l'Hiver& fa glace,
Sa nege & fes frimas
A bon droit luy cedent la place!
Si le coeur d'Iris , helas !
Pouvoit en faire de mefme >
Et ceder à l'ardeur de mon amour
extrême ,
Je chanterois jufqu'au trépas,
Ab, que le Printemps a d'appas !
En vous envoyant le mois
paffé l'avis que M ' Richard
1
GALANT.
39
a donné au Public , touchant
les Memoires qu'il demande
pour l'Hiftoire des Fondations
& Etabliffemens faits
fous le regne du Roy , à laquelle
il travaille , je vous
promis de vous faire voir
par quelqu'un de ſes Ouvrages,
qu'il a toute la capacité
neceffaire pour venir à bout
defon entrepriſe , & ce qu'il a
écrit à un Gentilhomme nouvellement
converty , vous en
va faire juger.
4 MERCURE
S$2552522 25SSEESE
LETTRE
DE M' RICHARD ,
Preftre de Saumur , fur le
retranchement de la Coupe.
15
Efuis fi fenfible à l'honneur
que vous m'avez fait, Mon.
fieur , de me confier le deffein où
vous eftes de vous éclaircir fur
les difficultez de la Religion Romaine
, que je ne puis m'empêcher
de vous en marquer ma
joye & ma reconnoiffance . L'admirable
difpofition où je vous
GALANT. 4I
C
voy, de vouloir chercher la veritéfans
aucune prevention , me
fait efperer que vous la trouverez
, moyennant la grace du
Seigneur ,fans laquelle nous ne
fommes que menfonge e que
foibleffe.
La plupart des hommes ne
font d'une Religion que parce
qu'ils y font nez, & la grande
attache qu'ils y ont vient plu
tost des préjugez de l'enfance ,
des impreffions qu'ils ont receuës
de leurs Peres , que de la
connoiffance qu'ils ont . C'est une
chofe qui auroit lieu de nous
étonner fi elle n'estoit pas ordi-
Juin 1690 .
›
D
4
42 MERCURE
naire , car est-il rien de moins
le
peu de foin raisonnable que
qu'on a de s'inftruire dans la
Science du falut , pendant qu'on
s'applique avec tant d'ardeur
aux affaires de ce monde ? Il est
de la prudence d'un honnefte
homme de s'examiner du moins
une fois en fa vie, fur une chofe
auffi importante que l'eft la Religion
. C'eft , Monfieur, ce que
vous avez fi heureusement fait,
& comme fur les
de controverfe
qui partagent la Religion
Catholique , & la pretenduë
Reformée , la doctrine de la
premiere touchant la Coupe , &
points
GALANT.
4.3
le Purgatoire , vous fait encore
beaucoup de peine , j'ay cru que
vous trouveriez bon que je vous
fiffe part des raisons qui la foutiennent
, non que j'aye la pré-
Jomption de me perfuader qu'elles
foient affez bien déduites pour
vous toucher pour vous convaincre
, je connois mon peu de
capacité, mais j'ofe me flater que
l'esprit de Dieu répandra fes lumieres,
& que s'il ne le fait pas
à cause de mes pechez , vous
recevrez du moins cecy comme
une marque de la plus tendre
de la plus fincere amitié qui
fut jamais.
Dij
44 MERCURE
Pourfçavoir fi l'Eglife a p
retrancher l'ufage de la Coupe,
il faut examiner fi elle est de
l'effence du Sacrement de l'Euchariftie
, ou fa elle eft feulement
une maniere de l'adminiftrer.. Il
eft certain que fi l'usage de la
Coupe est de l'effence du Sacrement
de l'Euchariftie , l'Eglife
la
retrancher , parce que n'a
pu
le Sacrement n'eft pas entiers
dés qu'il n'a pas toutes les parties
effentielles qui le compoſent ; mais
auffi fi la Coupe n'est que la maniere
d'adminiftrer l'Euchariftie,
qu'il y en ait une autre inftituée
par J.C.en laquelle le Sa
GALANT:
45
>
crement foit donné dans tout fon
entier , je foutiens que l'Eglife a
efté la maiftreffe de retrancher la
Coupe , ce que je prouve invinciblement
par un exemple.
L'Afperfion & l'Immerfion
font deux manieres d'adminiftrer
le Sacrement de Baptefme qui
toutes deux ont efté pratiquées
par l'Eglife ; mais parce que
Baptefme confifte effentiellement
dans l'eau, & dans les paroles
que prononce le Miniftre
foit qu'il fe donne par immer
fion ,ou par afperfion, il y a toujours
de l'eau avec les paroles ,
L'Eglife s'estfervie felon les be-
$
le
que
46 MERCURE
foins , de l'infufion , de l'aſper
fion, & de l'immerſion ; aujour
d'huy mefme on ne fe fert plus
que de l'afperfion . Cependant il
est certain que J. C. a receu le
Baptefme par immerfion , & que
les Apoftres ont baptisé au commécement
par immerſion.Le mot
Grec dont le Baptefme a pris fon
nom, fignifie plonger ; nonobstant
cela l'Eglife ne baptife plus aujourd'huy
que par infufion , ce
qui fait voir que l'Eglife qui ne
peut rien changer à l'effence des
Sacremens , peut changer les manieres
de les administrer . Si done
je puis prouver que l'usage de la
CALANT. 47
que
Coupe eft feulement une maniere
d'adminiftrer l'Euchariftie , &
les Fidelles la recevant fous
la feule espece du pain , la reçoivent
dans tout fon entier , je
croiray avoir droit de conclure
que l'Eglife a pú retrancher l'ufage
de la Coupe.
Il eft hors de doute que pour
recevoir le Sacrement de l'Eucharistie
il faut manger la chair
& boire le fangdeF. C. Le precepte
en eft formel au chapitre 6.
de l'Evangile felon Saint Jean ;
Si vous ne mangez ma chair,
& ne beuvez mon fang , vous
n'aurez point la vie en vous ,
48 MERCURE
en forte que fi en recevant l'Eu
chariftie fous la feule espece du
pain , l'on ne mangeoit pas la
chair , & l'on ne beuvoit pas
le fang du Sauveur tout à la
fois, il feroit incontestable que
La Communion
ne feroit pas entiere
& qu'il faudroit la recevoir
fous les deux especes , mais
auffi fien recevant l'Euchariftie
fous la feule efpece du pain , on
mange la chair, & l'on boit le
fang de F. C. je foutiens qu'il
fuffit pour accomplir le precepte
de communier fous l'espece du
pain .
Or je dis qu'en recevant l'Euchariftie
GALANT.
49
chariftie fous lafeule espece du
pain, l'on reçoit le Corps & le
Sang deJ. C. ce que l'on prouve
d'abord par les paroles du Sauveur,
au mefme chapitre de Saint
Fean,quelques verfets au deffous.
Celuy qui me mange vivra
pour moy. Cecy eft le pain
des Anges , non point comme
vos Peres ont mangé la
Manne , & font morts. Le
pain que je vous donneray ,
c'eſt ma chair , & celuy qui
mangera ce pain , vivra éternellement.
Le Fils de Dieu
promet en cet endroit la vie éternelle
à celuy qui mange le pain ,
Juin 1690.
E
50 MERCURE
la
fans faire mention de la Coupe;
cependantfuivant le paffage cydeffus
, il n'y a que celuy qui
mange la chair & boit le fang
qui puiffe avoir la vie éternelle.
Donc fi en mangeant le pain on
a la vie éternelle, il s'enfuit qu'en
mangeant le pain l'on mange
chair & l'on boit le fang du
Sauveur. Je fçay que l'on répon
dra , que quoy que J. C. ne parle
que du pain en ce paffage , il
n'exclut pas pour cela la Coupe ;
j'en conviens , auffi je ne pretens
pas l'exclure, mais je veux feulement
montrer qu'elle n'est pas
de l'effence du Sacrement de l'Euchariftis.
GALANT. 51
C'est ce que je prouve par un
autre paffage plus formel , tiré
du 11. chap.de la premiere Epiftre
de Saint Paul aux Corinthiens .
Toutes les fois que vous mangerez
ce pain & boirez ce
calice , vous annoncerez la
mort du Seigneur jufqu'à
ce qu'il vienne. C'eſt pourquoy
quiconque mangera ce
pain , ou boira ce calice du
Seigneur indignement , fera
coupable du Corps & du Sang
de J. C. Les premieres paroles
font voir que l'on communioit
fous les deux efpeces , nous n'en
difconvenons pas. Les Prestres,
E ij
52 MERCURE
le Roy le jour de fon Sacre , les
Diacres dans quelques Eglifes ,
comme à S. Denis en France ,
Cluny, &c. lefont encore ; mais
les dernieres paroles font une
preuve évidente qu'on communioit
auffi fous une feule , &
qu'en communiant fous unefeule
on recevoit le corps & le fang
de F: C. S. Paul dit, Quiconque
mangera ce pain ou boira
ce calice du Seigneur indignement
, fera coupable du
Corps & du Sang de J. C. C'est
la mefme chofe que s'il faifoit
deux propofuions , & qu'il dist,
quiconque mangera ce pain indiGALANT.
53
gnement , fera coupable du corps
dufangdef.C.quiconque boira
le calice indignement fera coupable
pareillement du corps & du
fang de F. C. car dans cet endroit
Apoftre fe fert de la particule
disjonctive ou.Or dans toute propofition
dont le fujet est composé
de deux termes diftinguez par la
particule disjonctive ou , l'attribut
s'applique tout entier à chacun
de ces deux termes feparément.
Pardonnez- moy ce principe
de Logique que je rends
clair par un exemple. Lors que
je dis
dis , celuy qui tuera ou empoifonnera
fon voifin, fera condam-
E
iij
54 MERCURE
né à la mori , cette condamnation
de mort qui est l'attribut de
la propofition, tombe toute entiere
fur celuy qui tuera fon voifin ,
toute ontiere far celuy qui
empoisonnerafon voifin , fi-bien
qu'il n'eft pas neceffaire pour encourir
cette condamnation ,de tuer
d'empoisonnerfon voisin tout
à la fois , mais il fuffit de faire
l'un ou l'autre.
Tout de mefme quand S. Paul
dit , quiconque mangera ce
pain ou boira ce calice indignement
, fera coupable du
corps & du fang ; eftre coupable
du corps & du fang tombe
ou t entierfur celuy qui mangera
GALANT.
55
du
le pain indignement , & tout
entier fur celuy qui boira le calice
indignement , en forte qu'il n'eft
pas neceffaire de manger le pain
de boire le calice indignement
pour eftre coupable du corps
fang, mais il fuffit de faire l'un
ou l'autre. Or ficeluy qui mange
feulement le pain indignement
eft coupable du corps & dufang,
il s'enfuit neceffairement que celuy
qui mange feulement le pain
participe au corps & aufang, &
qu'ainfi en communiant fous la
feule efpece du pain , on reçoit
l'Euchariftie dans toutfon entier.
Auffi lifons- nous que J. C. qui
E
iiij
56 MERCURE
avoit communié les Apoftresfous
les deux efpeces un jour avant
fa mort, a communié deux de fes
Difciples aprés fa refurrection
fous la feule espece dupain. Nous
l'apprenons dans l'Evangile de
S. Luc chapitre 24. Et il arriva,
dit l'Evangelifte , que lors qu'il
eftoit à table avec eux , il
prit du pain , le benit , & le
rompit , & le leur donna , &
pour lors leurs yeux furent
ouverts, & ils le reconnurent .
Je conclus de ces paroles que
7. C. communia pour lors les
deux Difciples , & je le prouve
premierement
parce que le Fils
GALANT. 57
de Dieu fit les mefmes ceremonies
pour confacrer le pain qu'il
leur donna , qu'il avoit fait le
jour de la Cene , lors qu'il communia
fes Apoftres ', car S. Ma
thieu qui rapporte comment fe
paffa la Cene , dit au chapitre 26.
Et comme ils foupoient il
prit du pain & le benit , & le
rompit , & le donna à ſes
Diſciples.
Secondement par le miracle
qui s'opera , car ce ne fut qu'à
la fraction du pain que ces deux·
Difciples reconnurent J.C. Or
fi c'eust efté un pain commun ,
&fi J. C. n'eut fait des cere58
MERCURE
monies particulieres qui ne fe
pratiquoient point dans les repas
ordinaires , ils ne l'auroient pas
reconnu en cela.
Troifiémement , parce que c'est
le fentiment des Peres & des
Docteurs, S. Jerôme le dit expreffement
dans l'Epitaphe_de
Sainte Paule; S. Augustin dans
la Concorde des Evangeliftes ;
Theophrafte dans fes Commentaires
fur S. Luc, & plufieurs
grands hommes
dont il feroit
trop long de rapporter icy
les paroles . Si c'est donc une
chofe constante que J. C. dans
cette apparition aux deux Difci,
GALANT. 59
ples qui alloient en Emaüs , leur
donna l'Euchariftie , ce n'est pas
une chofe moins conftante qu'il
ne la leur donna que fous la feule
efpece du pain ; car il eft dit
expreffement dans l'Evangile ,
qu'auffi- toft aprés leur avoir donné
le pain, & avoir esté reconnu
d'eux , il s'évanouit de devant
leurs yeux .
F'ajoûte à cette preuve une
autre , tirée du 2. chapitre des
Actes des Apostres . S. Luc dit
au sz . verfet en parlant de ceux
que S. Pierre avoit convertis ,
qu'ils eftoient perfeverans
dans la doctrine des Apoftres,
60 MERCURE
& en la communion de la
fraction du pain. Il eft certain
que S. Luc en cet endroit a vouque
par
de S. Pierre ,
marquer que ces perfonnes qui
avoient receu la parole de Dieu
le miniftere de S.
rempliffoient tous les devoirs du
Christianifme , qu'ils eftoient
initiez à tous les misteres , en ce
qu'ils communiquoient
avec les
Apoftres à la fainte Euchariftie,
qu'il a exprimée par la communion
de la fraction du pain ; il
ne fait aucune mention de la
que l'ufa-
Coupe d'où je conclus
ge de la Coupe n'est point d'un
devoir indifpenfable
, & qu'ainfi
GALANT. 61
l'Eglife a pû la retrancher. Cela
eft fi vray , qu'en remontant dans
les premiers fiecles de l'Eglife, où
l'on pretend que la communion
fous l'fpece du vin a efté le plus
en ufage , nous trouverons des
preuves que l'on communioit auffi
fous une feule efpece , & que
l'ayant fait , en croyoit avoir
accomply le precepte que nous en
a donné7.C. de manger fa chair
& de boirefon fang. On ne peut
pas difconvenir que dans les temps
de la perfecution de l'Eglife , qui
Sçavoit l'étroite obligation où font
tous les Fidelles de recevoir le
Sacrement de l'Euchariftie , on
62 MERCURE
avoit coutume de leur donner le
pain confacrépour l'emporter chez
eux , afin de fe communier euxmefmes
lors qu'ils feroient prefts
d'endurer le martire,pour prendre
par ce moyen de nouvelles forces
pour confefferJ. C. C'est un fait
d'histoire averé par l'autorité des
SS. Peres, qui ont vefcu dans ce
temps - là. Or je dis que nous ne
voyons point que les Chreftiens
ayent jamais emporté dans leurs
maifons l'Euchariftie fous l'efpece
du vin.
Vous fçavez peut-eftre ce que
S. Ambroise rapporte de S. Satire
Jon Frere, dans
l'Oraifonfunebre
qu'il en a faite . Il dit que cefaint
GALANT.
63
homme fe voyant dans une grande
tempefte, demanda le S. Sacrement
le pendit à fon col ,
fe jetta à la Mer , & que par
ce moyen il évita le
naufrage.
Or il n'y a pas d'apparence qu'il
euft pendu à ſon coll'Euchariftie
fous l'espece du vin.
L'hiftoire de Serapion eft connuë.
Eufebe de Cefarée qui vivoit
du temps de Conftantin ,
nous la rapporte au fixiéme livre
defon Hiftoire Ecclefiaftique . Ce
Serapion qui avoit apoftafié du
rant la perfecution , touché de
repentir de l'avoir fait , & fe
voyant à l'article de la mort ,
demanda la communion . On cou64
MERCURE
rut au Preftre , mais le Prêtre
étant malade donna une portion
de l'Euchariftie
au garçon qui
Pétoit venu chercher, & commanda
qu'on la moüillât , afin
que le malade pût l'avaler plus
aisément. Ce garçon executa ce
que le Prêtre luy avoit ordonné
de faire. Serapion receut l'Euchariftie
fous lafeule espece du
pain , recouvrafa fanté. Cela
marque que l'on ne jugeoit pas
la communion
neceffairefous l'ef
dans une
pece
du vin , puis que
occafion
où il s'agiffoit
de faire
rentrer un Apoftat
dans la communion
de l'Eglife , le Prêtre ne
GALANT. 65
me conbuy
envoya l'Eucharistie que
fous la feule efpece du pain .
Je pourrois vous rapporter une
infinité d'autres exemples ; je
pourrois ajoûter les raifons que
nos Theologiens ont coutume de
donner fur ce fujet , mais je
crains de vous ennuyer par une
trop longue Lettre. Je
tenteray de répondre à la feule
objection que l'on nous propofe .
J.C. dit- on , a fait un commandement
de l'ufage de la Coupe
lors qu'il a dit à fes Apostres aw
foir de la Cene , Beuvez en tous.
Fe répons à cela que quand J. C.-
a dit à fes Apostres en leur pre-
Juin 1690. F
66 MERCURE
fentant le calice , beuvez - en
tous , ce n'eft pas un commandement
qui regarde tous les Fidelles
, mais feulement les Apoftres
en particulier , car il faut remarquer
qu'il y a dans l'Evangile
de deux fortes de commandemens
faits aux Apôtres , les uns qui
regardent tous les Fidelles ,
autres qui ne regardent que les
Apôtres en particulier.Par exemple
, quand J. C. commande à
fes Apôtres de s'aimer entre eux,
c'est un commandement fait à
tous les Fidelles en la perfonne
des Apôtres , mais quand il dit .
Ceux dont vous remettrez les
les
>
GALANT.
67
pechez , les pechez leur feront
remis ; quand il leur dit
encore d'aller annoncer l'Evangile
par tout le monde , ce font
des commandemens
qui ne regardent
pas tous les- Fidelles , mais
feulement les Apôtres en particulier.
Or je foutiens que le commandement
que J. C. fait àfes Apoftres
, en leur difant , beuvez- en
tous , n'est que pour eux en particulier,
& non pas pour tous
les Fidelles , ce que je prouve
par les paroles de S. Luc chapitre
24. qui parlant de la mefme
action de J. C. au jour de la
Fij
68 MERCURE
Cene , marque qu'il dit à fes
• Apoftres , prenez & le partagez
entre vous , ce qui est encore
mieux expliqué par S. Marc ,
qui dit qu'ils en burent tous, car
fi le mot de tous fe prenoit dans
S. Mathieu pour tous les Fidel-.
les en la perfonne des Apoftres ,
il feroit impoffible de verifier ce
que dit S. Marc , ils en burent
tous , puis qu'il est conftant que
tous les Fidelles n'en burent pas.
Il faut donc neceffairement conclure
que ces paroles , beuvez- en
tous
, n'étoient dites que pour
les Apoftres en particulier , & en
qualité d'Apôtre. Je conclus de
GALANT. 69
tout cela que la Coupe n'est point
de l'effence du Sacrement de l'Eu
charistie. M Dallier & Derelincourt
en conviennent dans
quelques- uns de leurs Ouvrages,
mefme dans la Difcipline de la
Religion pretendue Reformée ,
fondée fur un Synode tenu “à
Poitiers , fi ma memoire ne me
trompe.
il
est
dit
que ceux qui
auront de l'averfion pour le vin
feront point obligez de boire
dans la Coupe , mais qu'il fuffira
de la leur prefenter , ce qui marque
qu'on ne la juge pas effentielle.
Que fi elle n'est pas effentiel-
Le au Sacrement de l'Euchariftie,
70 MERCURE
qu'elle nefoit qu'une maniere
de l'adminiftrer , l'Egliſe a pû en
retrancher l'ufage , ce que j'ay
montré par l'exemple du Baptême.
C'en eft affez fur cette ma-.
tiere. F'avois refolu d'y joindre
une petite differtation fur le Purgatoire
, mais je m'apperçois qu'il
y a trop longtemps que je vous
entretiens . Pardonnez- le au defir
preffant que j'ay de nous
voir l'un & l'autre dans une
mefme Communion. C'est ce que
je demande à Dieu de tout mon
coeur , puis qu'il n'y a perfonne
qui s'intereffe plus que moy
tre falut. Je fuis , Monfieur, &c.
à rôGALANT.
71
Les actions par lesquelles M
de Calvo , Lieutenant General
des Armées du Roy, & Chevalier
de fes Ordres , s'eft diftingué
depuis un fort grand
nombre d'années , ont efté fi
éclatantes , qu'il eft impoffi
ble que les nouvelles publiques
ne vous ayent appris fa
mort. Elle arriva à Deins én
Flandre le 29. du mois paffé ,
aprés cinq jours d'une fiévre
interne qui ne fe declara point.
Si-toft que la violence de fon
mal luy eut fait connoiftre le
danger où il eftoit , il fe prepara
à quitter la vie avec le
72 MERCURE
mefme courage & la mefme
fermeté qu'il avoit fait tant
de fois paroistre dans les occafions
les plus perilleuses, &
fit appeller M l'Abbé Riquetti
qui eft auprés de M ' le
Maréchal Duc de Luxembourg
, pour luy remettre les
affaires de fa confcience . Cet
Abbé dont les grands talens
font connus par quantité de
Sermons qu'il a prefchez avec
beaucoup de fuccés dans les
meilleures Chaires de Paris ,
& fur-tout par l'excellent
Panegyrique de Saint Louis,
qu'il prononça l'année der
niere
GALANT •
73
niere dans la Chapelle du
Louvre devant MS de l'Academie
Françoiſe , le trouva
dans toutes les difpofitions
qu'on peut fouhaiter à un
bon Chreftien , & neut pas
befoin de l'exhorter pour luy
faire prendre les fentimens
d'un entier détachement des
chofes du monde , & d'une
parfaite ſoumiſſion aux ordres
de Dieu . Ainfi M' de
Calvo receut tous fes Sacremens
avec une refignation
tres-édifiante , & mourut aprés
avoir tenu fort longtemps
le Crucifix embraffe,
Juin 1690.
G
74 MERCURE
Il eftoit d'une famille illuftre
& fort ancienne , originaire
de Venife , d'où l'un de ceux
de ce nom , eftant paſſé à
Manreſe petite Ville de
Catalogne , pour y demeurer,
fe rendit fameux par une action
dont la memoire fera
toujours confervée . Les Mores
ayant mis le Siege devant
Barcelone , on luy confia
l'Armée des Chreftiens pour
la commander en Chef. II
chaſſa les Barbares , & par fſaa
conduite & fa bravoure il merita
le titre de Liberateur de
cette Capitale, où il fut receu
GALANT
.
75
comme en triomphe. Les Archives
de la Maiſon de Ville
de Barcelone rendent témoignage
d'un évenement
ſi glorieux
, qui a donné lieu aux
Succeffeurs
de ce grand hom
me de porter dans leurs Ar
mes une tefte de More. C'eſt
de luy qu'eſt defcendu
Dom
François
de Calvo Gualbes
,
dont j'ay commencé
à vous
parler. Il nâquit en 1627. &
prit party dans le fervice du
Roy au commencement
de
la révolte des Catalans
. Il fe
fignala
par des marques
de
valeur en la défaite des Turcs,
Gij
76 MERCURE
en Hongrie au paffage du
Raab , & fut un des premiers
qui traverfa le Rhin à la nâge
en 1672. Enfuite il fe trouva
à la Bataille de Senef , où il
receut de grandes loüanges
de feu Monfieur le Prince ,
qui commandoit les Armées
du Roy. Sa Majefté l'ayant
faitCommandant de Maftrik,
il s'y défendit avec autant de
conduite que de fermeté, contre
une puiffante Armée des
Ennemis qui en faifoit le Siege.
Il foutint leurs plus vigoureufes
attaques pendant
cinquante- deux jours, & quoy
GALANT
77
qu'ils euffent fait une grande
bréche , & qu'il cuſt un ordre
du Roy de rendre la Place , il
cut la gloire de la conferver
encore plufieurs autres jours.
Auffi Sa Majefté, aprés luy
avoir donné de grands éloges
, l'honora d'abord de la
Charge de Lieutenant General
de fes Armées , & luy don
na une penfion de vingt mille
livres . Les Espagnols ayant
declaré la guerre à la France ,
il acquit beaucoup de gloire
dans la Catalogne , où ayant
paffé à la nâge la Riviere du
Pont Major , il chargea fi ru-
Giij
78 MERCURE
dement les Ennemis , que fans
la nuit qui furvint leur General
Bournonville n'euft pû éviter
de demeurer prifonnier . Il fit
encore paroiftre dans la Cámpagne
de l'année derniere ,
qu'il avoit toutes les qualitez
d'un grand Capitaine , lors
qu'avec environ cinq mille
hommes il défendit fi heureufement
nos retranchemens
en Flandre , contre les efforts
de vingt mille combattans
dont l'Armée des Efpagnols
& des Hollandois eftoit compofée.
Le Roy récompenfa
fon merite en le faifant CheGALANT.
79
valier de fes Ordres dans la
derniere nomination . Il eftoit
Gouverneur de la Ville d'Aire
, & l'avoit efté d'Arnhein ,
lors que les François la prirent
en 1672. Son corps a cfté
porté de Menin àAire,où il a
efté enterré avec les honneurs
qui luy eftoient deus . Mr de
Calvo cftoit un homme d'une
grande probité , liberal , bon
amy , & magnifique lors qu'il
s'agiffoit de foutenir la gloire.
de les emplois & les avantages
de fa naiffance . Avec tant de
belles qualitezvous jugez bien
qu'il a efté regreté de tout le
G
iiij
80 MERCURE
monde. Il étoit allié de tout ce
qu'il y a de Maiſons illuftres
dans la Catalogne , & avoit
époufé la Soeur de Dom Jofeph
de Marguerit , Marquis
d'Aguilar , Viceroy de cette
Principauté. Il n'en a poins
eu d'Enfans , & elle eft morte
il y a déja plufieurs années .
L'Ouvrage qui fuit eſt de
M' de Caluy , dont je vous
ay déja envoyé plufieurs Contes
; le tour qu'il leur donne
cft fi agreable , qu'on les lit
toujours avec plaifir . Celuy
cy eft adreffé à l'un des Prelats
dont l'Affemblée du Clergé
GALANT. 81
qui fe tient à S. Germain eft
compofée. L'Auteur l'a tiré
du premier livre de la Philippide
de Guillaume le Breton .
Ssesessse :2222szes
LE CLERGE
de Champagne
.
NOUVELLE.
T
V vas donc,illuftre Prelat,
Briller à l'Affemblée où cent fois ta
prudence
Sceut allier pour le bien de la France
L'intereft de l'Eglife à celuy de l'Etat.
$
Prelats , Abbez, pleins d'une ardeur
fidelle
82 MERCURE
Vont à Louis marquer leur zele :
Maisfi quelqu'un oubliant que l'argent
Dans les befoins eft le plus feur
Agent,
Au lieu des fecours neceffaires,
N'offroit que de fimples prieres,
Dy-luy, Prelat, en peu de mots,
Ce qu'en pareille conjoncture
A Clercs d'épargnante nature
Jadis un de nos Rois répondit à propos.
S
Ce Roy fage , vaillant &jufte
Regna fous le beau nom d'Auguste.
L'éclat de fes vertus fouleva contre
luy
Anglois, Flamans , & Cercles de
l'Empire ,
Vains Ennemis que son bras fceut
détruire.
GALANT. 83
Ainfi contre un grand Royfe liguent
aujourd'huy
Des Princes éblouis & jaloux defa
gloire .
Témeraires projets ! Maistre de la
victoire,
En peu dejours Louis va les dompter.
Mais où me laiffay-je emporter ?
Pour un Conteur la matiere eft trop
belle ;
Revenons donc. Suivi de braves combattans
,
Ce Roy court en vainqueur où la gloire
l'appelle ;
Mais fon trefor décroiſt en peu de
temps.
Que faire? Ayant besoin d'uneprompte
finance ,
Il va la demander au Clergé Champenois84
MERCURE
Ils devoient bien fournir à la dépenfe
,
Ses Suldats défendoient leurs
droits.
2
Mais ce Clergé tardif à la defferre
Ne donna rien pour cette guerre.
Rien ? Ny riche Prelat, ny Chanoine
opulent ?
Non, rien ; au lieu d'une fomme
précife , •
Remede un peu trop violent,
Ces Clercs offroient du trefor de
l'Eglife
Des Oraifons,comme un équivalent.
2
Mais le Peuple à fon Prince ouvre
encore fa bourses
Pourfes illuftres Potentats ,
Son amour fut toujours une feure
refſource ,
GALANT
85
Ils ne sçauroient manquer d'argent.
ny de Soldats.
Qu'en avint-il? Aprés guerre
victoire ,
Ce Monarque comblé de gloire
Fut tranquille dans fes Etats.
S
Noftre Clergé n'eut pas mesme avantage
;
Car certains Comtes fes voisins
Pillerent comme Sarrafins
Les Terres de fon appanage.
$
L'hiftoire accufe en ce fait-- cy
Les Comtes de Retel , de Roffet , de
Couffy ,
Brigans, quifans respect du Roy ny
de l'Eglife ,
Crurent que
biens facrez estoient de
bonne prife.
86 MERCURE
2
Tous nos Clercs donc en defarroy,
Voyant que telles gens en leur audace
extrême ,
Sont peu
touchez de l'anathême,
Implorent lefecours du Roy .
S
Mais ce grand Roy gardoit dans fa
memoire
De leurs refus le fenfible déboire.
Que voulez- vous, dit-il?Je ne puis
accorder
Que remontrance & que priere :
Fay fort peu de Soldats , & de finance
guere ;
D'autre fecours je ne vous puis
aider.
S
Il tint parole, & fur un tel chapitre
Il écrivit aux Comtes mainteEpitre.
Là , fans parler de leurs forfaits,
GALANT. 87
Il les prioit pour Dieu de laiſſer vivre
en paix.
Ces bonnes gens que
leurs
rapines
Empêchoient
de chanter
matines
.
S
D'unftile fi nouveau les Comtes tout
Surpris
Font encor pis ;
·Tant que nos Clercs confus de leur
ingratitude ,
Et las d'une guerre fi rude ,
Conviennent tous de bonne foy,
Qu'il eftoitjuste que le Roy
Ne leur donnaft qu'argent de même
alloy.
or deux d'entre - eux devant ce
Prince
Pleurant les maux de leurProvince,
Triftes
Ambaffadeurs vont chercher
du fecours.
88 MERCURE
Mais ils font mieux ; aprés leur
doleance
Ils font au Roy toucher mainte fi
nance ,
Charme plusfort que les plus beaux
difcours.
S
A cet objet rappellant fu clemence,
Comme vous , 'dit- il , jufqu'icy
F'ay feeu donner paroles pour paroles
;
Mais puis que maintenant vous comptez
des piftoles ,
Fe répondray par
S
des effets auffi.
> D'abord ilfe met en campagne
Et chaffe en peu de temps du fond
de la Champagne
Des biens facrezl'injufte Usurpateur.
Alors un celebre Orateur
GALANT. 89
D'entre les Clercs harangua le Monarque
,
Etfinit par ces mots que l'Hiftoire
remarque,
Noftre domaine eft le bienfait des
Rois ,
Leur bras puiffant le garde & nous
l'affure,
Sans eux pauvres comme autrefois
Nous n'aurions que la Prelature.
Soutenonsdonc leurs deffeins genereux
D'un bien que nous devons à leur
main liberale :
Maints tyranneaux fans la force
royale,
Nous en dépouilleroient & le prendroient
pour eux .
Je ne doute point , Madame
, que vous ne me fçachiez
Juin 1690.
H
90 MERCURE
୨୦
gré de vous envoyer l'Ouvrage
qui fuit. Il eft fur une
matiere qui a toujours des
charmes pour vous , & il doit
vous plaire d'autant plus, qu'il
part de la plume d'une perfonne
de voſtre Sexe. Comme je
vous en ay déja fait voir plufieurs
autres de Madame de
Prino , il vous fera fort aisé de
reconnoiftre fon ftile . Vous
fçavez qu'elle écrit juste , &
avec beaucoup de delicateffe .
Ainfi vous ne devez vous
promettre qu'un fort grand
plaifir de cette lecture .
CALANT. 91
$52552522 25SSZESZ
DISCOURS
Sur le difcernement du Roy
dans le choix des perfonnes
à qui Sa Majesté confie
l'éducation de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne.
Comm
Ommander avec justice ,
vivre avec fageffe , unir
la pieté à la puiſſance , & la
bonté à la valeur , eftre grand
par une Couronne & par un
merite infiny & foutenir le
glorieux poids de fon Etat avec
>
Hij
92 MERCURE
Padmiration de tout l'Univers ,
ce n'est qu'une legere idée des
grandeurs de nostre Monarque.
Ses faits inouis donnent de l'étonnement
, fes vertus font
d'un caractere qui n'a point eu
d'exemple , & qui ne peut eftre
imité. Quel efprit plus vif
plus furprenant que le fien ? Il
eft éclairé & tout brillant des
lumieres qu'il a rescues du Ciel
quand il éteint l'Hereftesil ne l'eft
pas moins quand il abolit ces
licences barbares que l'uſage avoit
tolerées. Pendant que toute
l'Europe s'agite pour le troubler,
il est tranquille dans fes Etats.
GALANT.
93.
Environné defa propre gloire , il
fonge à choisir des Inftructeurs
capables de former les moeurs du
jeune Heros en qui il fe regarde.
Entouré d'Ennemis à qui
l'injustice & l'envie fervent de
puiffance & de gloire , il rend
parfa prudence leurs deffeins fans
fuccés comme ils font fans raifon
, & fans s'embaraffer de
leurs mouvemens impetueux
, ny
de leur nombre , dans le fein de
fon Etat il fonge à fa Famille.
LOUIS dont le difcernement
éclairé ne laiffe rien échaper à fes
connoiſſances , aprés avoir pesé le
merite & la vertu de ceux qu'il
94 MERCURE
"
eftimoit, a fait choix d'un illuftre
Seigneur, fage & fidelle dont
les foins vontmettre l'ordre dans
les nobles inclinations du jeune
Prince que l'on luy confie.
Quelle fituation charmante pour
ce Heros naiffant de fe trouver
formé d'un fang fi pur , diſposé
afuivre les divins exemples de
fes Ayeux! Elevé par des hom.
mes doctes , pieux & zelez ›
il va apprendre à eftre un grand
homme & ungrand Prince. Les
foins des hommes illuftres qui
l'inftruifent luy infpireront la
vertu , fes nobles inclinations le
porteront à l'aimer ; & l'exem
GALANT. 95
ple de LOUIS LE GRAND
l'engagera à la fuivre. Il va
s'apliquer à connoiftre la ver
tu connoiffance fi neceffaire
à un Prince , qu'il ne peut estre
parfait fans elle . C'est ce qu'afi
bien prevû noftre Monarque
qu'il ne s'est pas contenté de la
doctrine , de la fcience & de la
vivacité dans les perſonnes à qui
il confie ce jeune Prince , il a
voulu y trouver auffi de la pietés
de la foy de la fageffe , afin
que ceux qui instruiroient par
leurs difcours puffent édifier par
leurs actions . Il a voulu que
Science que l'on alloit donner
la
96 MERCURE
ce jeune Prince fuft une fcience
de lumiere qui n'euft point
d'ombres , & qui pust toûjours
unir l'habileté à l'innocence › &
la vertu à la capacité. Pour
reüſſir dans ce deſſein , il ne pouvoit
mieux choifir. C'est là où
fon difcernement toujours éclairé,
toujours vif, luy découvrant le
fort le foible des efprits , luy
fit voir l'étendue du genie &
la droiture du coeur de ceux qu'il
preferez. Son choix fit admirer
fon jufte difcernement , car on le
voit toujours diftinguer ceux qui
fe distinguent par la vertu , &
couronner d'honneur ceux que la
verty
GALANT.
97 .
par
·
l'honneur
vertu couronne de reputation.
Quelle fageffe merveilleufe de
procurer par fon choix la lumiere
à l'un & la gloire à l'autre
donner la connoiffance de la
verité à fon Fils
qu'il fait à fon Sujet , & faire
admirer par fon difcernement la
grandeur de fa justice , & la
vertu de ceux qu'il a choifis !
Heureux Prince , à qui nôtre
Monarque donne par fon choix
la connoiffance de la vertu avec
celle de la verité , fouvenezvous
que l'on vous aprend à la
connoiftre afin de vous aprendre
à l'aimer. Mais je me trompe ,
Juin 1690 . I
98 MERCURE
grand Prince , vous le fcavez
naturellement . Dupurfangdont
vous eftesformé , la vertu vous
eft naturelle , & vous la pratiqueriez
par inclination , quand
mefme vous ne la connoistriez
pas par inftruction.Les nobles inclinations
des Heros leur donnent
naiffant l'amour de la vertu ;
ils n'ont point d'effort à fe faire
pour la fuivre , & l'instruction
qui la leur fait connoistre , leur
fait moins voir l'amour qu'ils
luy doivent que celuy qu'ils luy
portent. C'est ce que l'on voit
dans votre Auguste Perfonne ,
grand Prince. Voftre panchant
GALANT. 99
pour les chofes les plus nobles
les plus juftes a prévenu les
foins que l'on prend pour vous
l'infpirer ; l'on trouve en vous le
fruit des peines que l'on veut
prendre , & les travaux font.
récompenfez fans eftre foufferts,
puis que vous aimez la vertu
par inclination naturelle , &
que vos fentimens font fi nobles
, qu'on ne fçait fi l'on doit
vous admirer ou vous inftruire .
Quel agreable étonnement pour
ce grand homme , cet illuftre Gouverneur
, de trouver dans un âge
fi tendre une vertu fi avancée »
&quelle joyé pour ces illuftres.
I ij
ICO MERCURE
Sçavans qui vous inftruiſent ,
de trouver des lumieres qu'ils
n'ont qu'à découvrir ,
maurs qui fe reglent fans condes
inclinations qui
que
des
&
rainte ,
previennent leurs avis. Tout
petit fe faire voir un Grand
Prince qui renferme dans fa
perfonne une ame noble , grande.
qui n'aime la vertu
qui defire de fuivre le modelle
admirable de Louis le Grand ,
quel exemple merveilleux ! quel
modelle furprenant ! Marcherfur
les traces de Louis le Grand , c'eft
courir à grands pas dans les fentiers
de la vertu la plus pure ,
GALANT.
IOI
c'eft voler au fommet des grandeurs
les plus veritables ; enfin
c'eft entrer dans une carriere toute
merveilleufe , qui jufqu'à prefent
n'a pû qu'eftre admirée de.
tous les Monarques du monde .
C'est ce Prince redoutable que
vous devez imiter ; vous n'avez
pas receu fon fang pour ne pas
poffeder fes vertus , & l'exemple
qu'il vous donne eft une instru-
Etion muette qui vous doit apprendre
à fuivre les grandes
qualitez que l'on remarque dans
fon augufte Perfonne . C'est le
plus beau defir qui puiffe entrer
dans le coeur du plus grand des
I iij
102 MERCURE
Princes , & celuy qui pourra
comme Louis le Grand , eftre
aimé de tous fes Peuples , craint
de fes Ennemis poffeder enfemble
le zele de la Religion
la pieté veritable , la valeur
parfaite, la justice & laclemence,
Je pourra dire l'imitateur du plus
grand Roy qui fut jamais . C'eft
ce defir qui vous doit animer ,
grand Prince. Vous devez an
difcernement de noftre Monarvertueuse
éducation
que
la
que
vous recevez vous devez au
fang genereux donc vous eftes
formé l'amour de la veriu que
que vous avez , & vous devez
GALANT. 103
fon exemple le deffein de l'imiter,
& d'eftre comme vofire Augufte
Pere , l'admirable Defcendant
du plus admirable des Rois .
que
On a eu avis de Warfovie
la Diete y avoit enfin
efté terminée le Dimanche 7.
du mois paffé à quatre heures
du matin, les Senateurs ayant
fait durer la Séance toute la
nuit pour n'éloigner pas davantage
l'heureuſe conclufion
qu'elle a euë . Le dernier jour ,
la Republique donna avec
touteforte de diftinction l'Indigenat
ou droit de naturalité
I iiij
104 MERCURE
à M le Comte de Maligny,
Frere de la Reine , & vouloit
le donner auffi à M' le Marquis
d'Arquien . Pere de Sa
Majefté , mais ce Seigneur
remercia. Ce mefme jour, les
Gentilshommes Etrangers qui
ont eu le même Indigenat depuis
cinq ans , prefterent ferment
de fidelité au Roy & à
la Republique , à l'exception
de M le Chevalier d'Alerac ,
Gentilhomme François , qui
n'a pas voulu fe lier à un
Prince Etranger , & qui n'a
receu l'Indigenat en 1685. que
comme une marque d'honGALANT.
105
neur dont il plût au Roy de
Pologne de le gratifier , en
confideration de quatorze
mois d'efclavage paffez à
Neuhauzel aprés la Campagne
de Vienne & les Combats
de Barcan , où ce Chevalier
avoit fervy prés de fa perfonne
.
les
Entre plufieurs chofes que
l'on a reglées en cette Diete ,
on y a impofé une taxe à lever
par tefte , & parce que
Soldats , outre leur paye , reçoivent
un pain d'hiver ; &
qu'ils le vont prendre dans
les Villages , ce qui fait fouf
106 MERCURE
frir beaucoup les Payfans
Mr Malakowski , Evefque de
Cracovie, propofa que luy &
les Evefques fes Confreres
s'impoferoient une fomme
qu'on donnercit aux Soldats >
afin qu'ils n'allaffent point
troubler les Payfans , fous
pretexte de venir chercher ce
Pain. Il crut que la charité engageroit
les autres Prelats à
fuivre fon fentiment , mais les
voyant tous demeurer muets ,
fans qu'aucun d'eux fift connoiftre
qu'il euft deſſein de
fournir la part de cette impofition
volontaire , il reprit la
GALANT. 107
parole, & dit que puis que
c'eftoit luy qui avoit fait la
propofition , il payeroit luy
feultoute la fomme, & le jour
fuivant il la fit compter. Ce
pieux Evefque employe tout
fon revenu en bonnes oeuvres,
& à foulager les pauvres Convens
, & les Familles dont il
connoît la neceffité . Il a fondé
un Monaftete de Filles de la
Vifitation à Cracovie , & une
Maifon de Miffionnaires , &
fait baftir l'un & l'autre.
Le mefme zele eft en France
où le nombre des Hopitaux
& des Maifons de Seminaires
108 MERCURE
augmente de jour en jour par
le foin & la charité de nos
Prelats . C'est ce qui a donné
lieu à M' Boyer de l'Academie
Françoiſe , fi digne de la
reputation que luy ont acquife
tant de beaux Ouvrages,
de faire le Sonnet que je vous
envoye. Il eft adreffé à M
l'Archevefque d'Alby.
Pafleurdesbons Palleurs l'exem- modelle ;
Quel autre comme vous pour l'Eglife
& l'Etat ,
Prompt, actif, vigilant , àfon devoir
fidelle,
Sçait remplir tout l'employ d'un illu-
·ftre Prelat ?
GALANT. 109
ន
Ce n'eftoit pas affez de voir que vo
ſtre zele
Renouvelle en nos jours le faint Apoftolat,
Et qu'ayant combattu l'Heretique rebelle
,
Toujours quelque conquefte ait fuivi
le combat.
S
De vaftes Hôpitaux, dont voftre miniftere
( re,
De mille malheureuxfoulage la mife-
Couronnent les travaux de vostre
charité.
S
Ces afiles facrez, ces Monumens durables,
Le refuge éternel de tant de miferables
,
Parleront à jamais de voſtre pieté.
110 MERCURE
Je vous envoye quelques
Vers qui ont cfté faits fur la
mort de Mr le Prince Charles
de Lorraine . M ' Taifand ,
Treforier de France à Dijon,
a fait ceux qui fuivent .
SUR LA MORT
du Prince Charles.
Left mort, ce Heros , ce Prince de
Lorraine , IL eft
Par un coup imprevû de la Parque
inhumaine
Luy qu'on vit couvert de Lauriers
Egaler les exploits des plus fameux
Guerriers.
Auffii malgré la mort, il vivra dans
( nom ;
l'Hiftoire,
Pour s'eftre acquis un immortel reGALANT..
III
1
Mais il manque un brillant à l'éclat
de fa gloire ,
Il n'a pas fuccombé fous l'effort du
Canon ,
Au milieu de la plaine,
Au champ de Mars, comme legrand
Turenne.
Ces autres Vers , auffi bien
que l'Epitaphe qui les fuit ,
font de M' l'Abbé Saurin .
SUR CE QUE LA MORT
du Prince Charles eft arrivée
dans le temps que Monfeigneur
fe preparoit à partir
pour l'aller combatre.
L
Ouis , le digne Fils de Louis
l'invincible ,
Avec la mefme ardeur dont il prit
Philisbourg›
112 MERCURE
Pour abattre une Hydre terrible ,
Marchoit contre les Chefs de la Ligue
d'Ausbourg.
Un fameux General, l'honneur de
l'Allemagne
Et la terreur de l'Ottoman ,
Veut s'opposer à fa Campagne,
Et mettre en feureté le Pais Alleman .
Alors noftre Heros qui s'aprefte à
combattre,
Plus fier que le Lorrain , medite de
Pabatre ;
Mais qui l'euft crû ? Dans cet inftant
La mortjaloufe de fa gloire ,
A voulu prevenir ce jeune Conquerant
,
Pour avoirpart à la victoire.
EPITAPH E.
> Cy-gift le Prince de Lorraine
Auffi brave Soldat quefage Capitaine,
Qui fauva l'Empire Alleman ,
GALANT 113
Et porta la terreur dans le coeur
Ottoman.
Paffant, admire fa prudence.
Dés qu'il fceut qu'un Heros
gloire de la France ,
la
Dont il connoiffoit la vertu ,
S'avançant vers le Rhin meditoit fa
défaite ,
Chez les Morts ilfit fa retraite,
Et prit fi bienfon temps qu'il ne fut
point battu.
Ces derniers Vers vous feront
connoiftre qu'il y a des
matieres , qui donnent lieu
aux perfonnes d'efprit de fe
rencontrer dans leurs penfées .
Ils m'ont efté envoyez fous le
nom de l'Officier Floriste de
Saumur.
Juin 1690.
K
114 MERCURE
EPIGRAMME
.
Ln'eft plus ce Heros , la terreur
du Turban , I'
Ce Prince glorieux de qui la main
vaillante
,
De l'esclavage du Sultan
A delivré l'Aigle tremblante .
On a vu ce Guerrier effacer en fix ans,
Volant comme un éclair de victoire
en victoire ,
Ce que plus de vingt Conquerans
En deux fiecles entiers s'eftoient acquis
de gloires
Mais aprés tant d'efforts & de faits
-inouis ,
El manquoit aux exploits de ce grand
Capitaine ,
D'avoir combattu fous LOVIS,
Et de mourir comme Turenne.
GALANT:
Comme on cft bien - aile
d'avoir les Portraits de tous
les Grands Hommes , j'auray
foin de faire graver celuy de
ce Prince pour vous l'envoyer.
Voicy la fuite du Traité
dufçavant M' Comiers, dont
je vous ay envoyé le commencement
dans ma Lettre
du dernier mois."
Kij
116 MERCURE
5222552 5255555222
SECONDE PARTIE.
De l'Art d'écrire occultement.
& fans foupçon.
ARTICLE I.
Deux moyens faciles de parler
& d'écrire en
en chifres , comme
auffs de déchifrer fans avoir
la Table des nombres..
L faut fçavoir par memoire
quel chifre apartient à chacune
des dix - huit Lettres de
mon Alphabet que j'ay mist
dans la mefme Cellule de
GALANT.
117
chaque Lettre dans la rangée
fuperieure de ma Table des
nombres , & qui font auffi
aprés les Lettres de l'Alphabet
perpendiculaire qui eft à main
gauche. Je les repete icy.
A.B. C. D. E. F. G. I. L.M.
9. 10 .
1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8.
N. O. P. Q. R. S. T. V.
20. 30. 40. 5o . 60. 70. 80. 90 .
Tout ce qu'il faut faire c'eft
d'ajoûter le chifre fignificatif
du nombre de la lettre du mot
du guet avec le chifre fignificatif
du nombre de la Lettre
du fecret , & par le nombre
qui provient de leur fomme
118 MERCURE
on connoiftra quel chifre il
faut envoyer pour la Lettre
du fecret .
Obfervez qu'il y a trois
differens cas , premierement,
où le chifre de chaque Lettre
eft chifre fimple , feconde .
ment , où le chifre de chaque
Lettre eft nombre difenaire ;
troifiémement , où le chifre
d'une Lettre , par exemple
celle du mot du guet , a un
chifre fimple , & la Lettre du
fecret a un chifre difenaire .
Regle pour chacun des deux
premiers cas.
›
Si les chifres des deux LegGALANT.
119
7
1
tres font fimples, ou que chacun
des deux chifres foit un
nombre difenaire , ajoutez
les deux chifres fignificatifs,
& fi la fomme n'excede pas
10. écrivez un nombre moindre
d'une unité , comme z.
pour 3. & 3. pour 4. & 4. pour
5. & 5. pour 6. & 6. pour 7.
& 7. pour 8. & 8. pour 9. &
9. pour 10
4.
Ainfi fupofons que la Lettre
du mot du guet foit D.
& que la Lettre E. J. foit la
Lettre du fecret . Dites, 4. plus
5. égale 9. & 9. moins 1. égale
8. qui eft le mefme chifre que
120 MERCURE
Vous auriez trouvé par le
moyen de maTable des nombres
. Ecrivez donc 8. pour la
Lettre E. du fecret .
Ainfi par la Lettre F. 6. du
mot du guet pour la Lettre
du fecret D. 4. dites 6. plus
4. égalent 10. & 10. moins r
égalent 9. que vous écrirez
pour la Lettre D. du fecret .
De mefme fuppofons que
la Lettre du mot du guet foir
M. 10. & que la meſme Lettre
M. 10. foit la lettre du fecret,
égale 2. & 2 . dires 1. plus
1. I.
moins
1. égale
1.
I. que vous
écrirez pour la lettre M. du
fecret. De
GALANT. 121
De mefme par la lettre R
60. pour la lettre P. 40. dites
6. plus 4. égale 10. & 10.
moins égale 9. que vous
écrirez pour
fecret.
la lettre P. du
Deuxième regle.
Lors que dans l'un ou l'au
tre des deux premiers cas la
fomme des deux chifres fignificatifs
eft plus grandet
que 10. comme 11. 12. 13. 14 .
15. 16. 17. 18. rejettez la premiere
unité, & au chifre reftant
ajoutez zero , & vous
aurez le nombre difenaire que
Juin 1690.
L
122 MERCURE
2
vous auriez trouvé par ma
Table des nombres .
•
II.
Ainfi par la lettre F 6.
du mot du guet pour la lettre
E S. du fecret , dites 6.
plus 5. égalent 11. rejettez la
premiere unité , & à l'unité
reftante ajoûtez zero , vous
aurez le nombre dizenaire 10.
pour la lettre E.
De mefme par la lettre L. 9 .
pour la lettre F. 6. dites 9.
plus 6. égalent 15. rejettez le
chifre 1. & au chifre s . qui
refle ajoûtez zero , vous aurez
le
nombre difenaire so. pour
la lettre F:
GALANT. 123
III. REGLE.
Lors qu'un chifre eft fimple ,
l'autre difenaire.
Premierement, fi la fomme
de leurs chifres fignificatifs
n'excede pas le nombre 10 .
oftez en une unité , & au
nombre reſtant ajoûtez zero,
vous aurez le nombre dife
naire requis
.
Ainfi fuppofons que C. 3 .
foit la lettre du mot du guet,
& que R. 60. foit la lettre du
fecret, dites 3. plus 6. égalent
9.
&
moins z.
9 .
égalent 8.
auquel ajoûtant zero , vous
Lij
124 MERCURE
aurez le nombre difenaire 80 .
pour R. lettre du fecret .
Ainfi par la lettre S. 70
pour la lettre C.
dites
7.
3 .
plus 3. égale 10. & 10. moins
1. égalent 9. auquel ajoûtez
zero , vous aurez le nombre :
difenaire
du fecret .
90. pour la lettre C.
Secondement , fi la fomme
de leurs chifres fignificatifs.
excede le nombre 10.comme
11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. rejettez
l'unité qui precede , & le
chifre reftant fera le requis ,
rel que vous l'auriez trouvé
par ma grande Table des
nombres .
GALANT. 125
Ainfi fuppofons que la lertre
du mot du guet foit R. 60.
& que la lettre du fecret foit
E. f.dites 6. plus 5. égalent 11.
oftez- en le premier chifre 1 .
il vous restera le fecond chifre
1. qui eft le chifre requis.
Ainfi par la lettre F. 6. pour
la lettre S. 70. dites 6. plus 7.
égale 13. rejettez le premier
chiffre . reftera le chifre
pour la lettre S. du fecret.
Moyen de lire le fecret chifré
fans la Table des nombres.
3.
Tout le miftere confifte à
décomposer & à rétrograder
L iij
126 MERCURE
fur ce que voftre confident a
fait par les regles precedentes
, par lefquelles il a trouvé
les chifres qu'il vous a envoyez
pour les lettres de fon
fecrer .
Il faut premierement ( çavoir
par coeur la quantiéme
chaque lettre eft dans l'ordre
naturel de mon Alphabet, ce
que j'ay marqué aprés chaque
lettre de l'Alphabet perpendiculaire
qui eft à la main
droite de la Table des nombres
de ma Planche . Les voicy
pour n'eftre pas obligé d'y
avoir recours .
GALANT. 127
A. B. C. D. E. F. G. I. L. M.
I. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10.
N. O. P. Q. R. S. T. V.
11 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18 .
Il faut auffi fçavoir quel
chifre fecret fimple ou difenaire
appartient à chacune
des dix- huit lettres , ce qui
eft tres- facile pour les dix
premieres
car elles ont
pour leurs chifres fecrets les
mefmes chifres qui expriment
la quantiéme chaque lettre eft
dans l'ordre naturel de mon
Alphabet.
S
Voicy le moyen de fçavoir
quel chifre fecret difenaire
Liiij
128 MERCURE
appartient à chacune des huic
lettres reftantes .
N. O. P. Q. R. S. T. V. n
20. 30.40 . 50. 60. 70.80.90.
Ajoûtez zero à la fomme des
deux chifres du
quantiéme
de chacune de ces lettres , on
aura le nombre difenaire qui
leur appartient . Ainfi pour
N qui eft la 11. lettre , vous
aurez 20. pour la lettre O. qui
eft la 12. vous aurez 30.
pour
*
P. qui eft la 13. vous aurez 40.
pour la lettre
qui eſt la 14.
2.
vous aurez 50. pour R.qui eft
la 15. vous aurez 60. pour S.
qui eft la 16. vous aurez 70 .
GALANT. 129
pour T. qui eft la 17. vous
aurez o. & enfin pour la
lettre V. qui eft la is. vous
aurez go .
Sur la fuite des chifres que
voſtre amy vous a envoyez
écrivez de fuite les lettres
du mot du guet dont vous
eftes convenus . Examinez enfuite
le chifre de l'ordre qui
appartient à la lettre du mot
du guet ; aprés quoy obſervez
les regles fuivantes .
a
Premierement , fi le chifre
de la lettre du mot du guet
eft fimple, & que le chifre envoyé
foit auffi fimple , ajoû130
MERCURE
tez l'unité au nombre envoyé,
& de la fomme oftez en le
chifre du mot du guet , il
reftera le nombre qui indi.
quera la quantième lettre de
mon Alphabet eft la lettre
du fecret. Ainfi D. 4. eftant
la lettre du mot du guet , & le
chifre envoyé eftant & . dites 8 .
plus 1. égale 9. que vostre amy
avoit eu pour la fomme du
chifre de la lettre D. du mot
du guet , & de la lettre du fecret
qui vous eft encore inconnue
C'eft pourquoy dites
9. moins 4. égales . c'est à dire
que la lettre du fecret eft la
GALANT. 131
çinquiéme de l'Alphabet qui
eft la lettre E.
Que file mefme chifre 8.
eftoit envoyé pour la lettre
D. du fecret, & que le chifre
du mot du guet fuft E. s .
dites s . plus 1. égale 9 .
moins égale 4. c'eft à dire
que la lettre du fecret eft la
lettre D. la quatrième de
l'Alphabet.
S.
& 2.
Lors
que
lettre
du mot
du guet
eft dizenaire
, & que
le chifre
envoyé
pour
la lettre
du fecret
eft fimple
, ajoutez
l'unité
au
chifre
envoyé
, & de la fomle
chifre de la
132 MERCURE
me oftez le nombre fignifica
tif du nombre difenaire , le
chifre reftant indiquera la
quantiéme de l'Alphabet eft
la lettre du fecret .
du
Ainfi la lettre du mot
eftant R. 60. & · le
guet
chifre envoyé eftant
9. dites
9. plus 1. égale zo . & 10. moins
6. chifre fignificatifdu nombre
60. de la lettre R. du mot
du guet, égale 4. auquel ajoûtez
zero , vous aurez le nombre
difenaire 40. qui indique
que la lettre du fecret a le
nombre
13. Lettre P.
40. qui apartient à la
J
GALANT. 133
Lors que le chifre de la lettre
du mot du guet eft fimple
comme la lettre L. 9. & qu'un
nombre difenaire comme so.
eft envoyé pour la lettre du
fecret , rejettez le zero du
nombre difenaire so. restera s.
& fupofez l'unité écrite au
devant du chifre s . reftant ,
vous aurez le nombres. du
quel oftez le nombre 9. de la
lettre L. du mot du guet , il
vous reftera le nombre 6. qui
indique que la lettre du fecret
eft la fixieme de l'Alphabet ,
c'eſt à dire F. pour laquelle
veftre Confident vous avoir
134 MERCURE
envoyé le chifre so .
Autre moyen d'écrire en d'écrire en chifres,,
de dechifrer le fecret fans
le fecours de ma Table des
nombres.
Cette maniere eft moins
fçavante, mais peut- eftre plus
facile à pratiquer. Il faut confiderer
les dix huit lettres.
A. B. C. D. E. F. G. I. L. M.
6.7. 8 . 9.10
.
I. 2. 3. 4. 5.
N. O. P. Q. R. S. T. V.
20.30. 40.50.60 70.80 . 90 .
& leurs dix- huit chifres fecrets
, comme faiſant un cha-›
GALANT. 135
pelet , & fçavoir par coeur
quelle quantiéme de l'Alphabet
eft chaque lettre , ce que
j'ay marqué par les chifres qui
font à coté des lettres de
l'Alphabet perpendiculaire
qui eft à la main droite de ma
Table des nombres Cela bien
entendu, voicy le moyend'écrire
fans Table .
Suppofons que la lettre du
mot du guet foit D. 4. & que
la lettre du fecret foit F. 6.
comptez depuis 4 inclufivement
fix nombres confecutifs
, le nombre 4. en eftant le
premier, difant quatre , cinq,
136 MERCURE
fix , fept , buit , neuf, & écrivez
le chifre 9. pour E. lettre
du fecret , patce que depuis
inclufivement
vous avez
compté fix nombres jufqu'au
nombre 9. auffi inclufive-
4 .
ment.
On peut auffi compter depuis
le nombre 6. inclufivement
quatre nombres fuivans,
difant 6. 7. 8. 9. & pour connoistre
pour quelle lettre fecrete
de l'Alphabet le chifre
9. vous a efté envoyé par le
moyen du chifre 4. de la lettre
D. du mot du guer , de
ce chifre 4. inclufivement ,
GALANT. 137
comptez de fuire jufques au
nombre auffi inclufive- 9.
avcz
ment , 4. 5. 6. 7. 8. 9. &
remarquez
que
vous
compté
fix nombres
; donc
la fixième
lettre
de l'Alphabet
eft la lettre
F. du fecret
pour
laquelle
on a envoyé
le
chifre 9.
De melme fuppofons que
la lettre du mot fecret foit
la lettre du mot du
80.90 ..
F.6 . & que
guet foit R.60.comptez depuis
foixante inclus fix nombres
fuivans , difant 60. 70. 80. 90 ..
1. & 2. vous envoyerez ce chifre
2 pour la lettre du fecret F.
Juin 1690.
M
138 MERCURE
Et pour connoiftre pour
quelle lettre de l'Alphabet le
chifre 2. a efté envoyé par le
moyen de la lettre du mot du
guet R.6o. comptez depuis 60.
incluſivement juſqu'à ce que
vous rencontriez 2. inclufivement
, difant 60. 70 , 80. 90.
1. & 2. Remarquez que vous
avez compré fix nombres ;
donc la fixiéme lettre de l'Alphabet
eft la lettre F. du fccret
, pour laquelle on a envoyé
le chifre 2 .
Vous trouverez le mefme
chifre 2 en comptant depuis
la lettre F. inclufivement 15.
GALANT. 129
parce que la lettre R. eft la
quinzième
de l'Alphabet
.
Supofons
auffi que la lettre
du mot du guet foit R. 60. &
que la lettre du fecret foit P.
40. parce que la lettre P. eft la
13. de l'Alphabet
, comptez
depuis 60. inclus treize nombres
fuivans
, diſant 60. 70 .
80. 90. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8 , 9. &
envoyez
ce chifre 9. pour la
lettre P. du fecret .
"
Et afin de connoistre pour
quelle lettre de l'Alphabet le
chifre 9.aefté envoyé par le
moyen de la lettre du mot
du guet R. 60. comptez de
Mij
140
MERCURE
و
puis 60. inclufivement jufques
au nombre 9. auffi inclufivement
, difant 60.70 . 80. 90.
I. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. & re-
·marquez que vous avez compté
treize nombres ; donc la
treizième lettre de l'Alphabet
eft la lettre P. du fecret , pourlaquelle
on a envoyé le chi
fre
9.
Reduction de la Table.
La moitié de la Table prife:
à main gauche du haut en
bas fuffira fi l'on met deux
lettres de mon Alphabet dans
chacune des neuf cellules de
la ligne fuperieure ; ainſi on
GALANT. 141
Ι4Ι
pourra plus facilement écrire
& lire en chifres.
On peut encore reduire
toute la Table à la quatriéme
partic , c'eſt à dire , à ce qui
eft contenu au premier quartier,
mettant deux lettres dans
chaque cellule de la ligne fupericute
& de la ligne perpendiculaire
, &
n'aura point de chifres difenaires
dans la Table ; mais on
pour
lors on.
écrira un zero aprés le chifre
qui fignifiera la feconde des
deux lettres du fecret.
142 MERCURE
ARTICLE II.
Moyen tres- facile d'écrire en
chifres fans ma Table
des nombres.
Dans la Figure cy jointe on
verra la reduction de ma Table
en deux cercles concentriques
faits fur deux Lames
ou Platines d'argent , de cuivre,
ou de carton . Ces deux
cercles font divifez en dixhuit
cellules ; chaque cellule
du grand cercle contient une
des dix- huit lettres de mon
Alphabet , & au deffous de
chacune des lettres eft un des
GALANT . 143
chifres ſimples ou dizenaires.
Le moindre cercle eſt mobile
fur le centre commun
des deux cercles , & dans chacune
des dix- huit cellules il a
une des dix - huit lettres de
mon Alphaber.
Au deffus de la lettre A. fur
le bord de ce cercle mobile
eft refervé une petite pointe
ou index dont voicy l'ufage .
Eftant convenu de la clef,
fentence , ou mot du guer ,
comme des mots fuivans le 28..
Février 1690. tournez le cercle
mobile jufqu'à ce que l'index
de la lettre A. foit precife144
MERCURE
ment au deffous de la lettre ;
ou chifre de la clef priſe dans
le grand cercle , & pour lors
ayant trouvé dans le petit
cercle mobile la lettre du fecret
, on écrira le chifre qui
luy eft immediatement au
deffus dans le grand cercle.
Ainfi pour écrire en fecret
Comiers Aveugle Royal ayant
mis la lettre A. du cercle mobile
vis - à- vis & au deffous de
la lettre de la clef L. prife
dans le grand cercle immobile,
on écrira le chifre 20.
eft immediatement au deffus
qui
de
GALANT. 145
de la lettre C. du cercle mobile.
On tournera la lettre A. du
cercle mobile au deffous de la
lettre de la clef E. & pour la
lettre O du fecret on écrira
le chifre 70. qui luy eft immediatement
au deffus dans
le cercle immobile.
la
Tournez de mefme la lettre
A. du cercle mobile fous le
chifre 2. de la clef ou mot du
guer , & vous écrirez pour
fettre M. le chifre 20. qui luy
eft au deffus dans la rouë immobile,&
ainfi durefte, & ens
fin par la clefle 28.Février 1690 .
Juin 1690 .
N
146 MERCURE
pour les mots fecrets Comiers
Aveugle Royal , vous aurez les
chifres fuivans .
20. 70. 20. 60. 10. 1. 60. 60 .
7. 9. 50. 5.7 50. 4. 5. 70. 9. 8.
50.
Il eft facile de lire ces chifres
par la voye contraire à la maniere
qu'ils auront efté écrits.
Il faut donc tourner la lettre
A. du cercle mobile fucceffivement
fous chaque lettre ou
chifre de la clef ou mot du
guet prife dans le cercle immobile
, dans lequel ayant
trouvé le chifre , on connoiftra
, & on écrira la lettre du
1
GALANT 147
fecret qui luy eft immediatement
au deffous dans le cercle
mobile .
Ainfi dans la Figure la lettre
A. eft au deffous de la lettre
L. & le chifre envoyé eft
20. C'est pourquoy ayant dans
le cercle immobile trouvé le
chifre 20. vous avez immediatement
au deffous la
lettre C. du fecret pour la
quelle on avoit écrit le chifre
20.
Autre maniere tres -facile
d'écrire en chifres.
Premierement , convenez
avec voftre Amy d'une clef
Nij
148 MERCURE
ou mot du guet, afin de donner
un ordre ou fuite irregu
liere aux dix-huit lettres de
mon Alphabet.
Suppofons donc que vous
foyez convenu avec voſtre
Confident de l'arrangement
de l'Alphabet par le mot
Profetifandum B.c.g.l.q.
Sous les dix-huit lettres de
cet Alphabet vous mettrez
les dix-huit chifres fimples
& difenaires dans leur ordre
naturel , ainfi que j'ay fait au
bas de ma Planche.
GALANT. 149
Profetis
t if a n
n du m
1.2.3.4. §.6.7.8.9.10.20.39.40 .
b . c. g. to 9.
so. 60. 70. 80. 90.
70.80.
Secondement , convenez avec
voftre Amy d'un nombre
, comme 1689. qui fervira
de mot du guet , & que vous
repeterez fur les lettres du fecret
autant de fois qu'il en fera
befoin pour chifrer entierement.
Troifiémement , écrivez en
voftre particulier en ligne
horizontale les chifres des
lettres du fecret prifes dans
L'Alphabet cy - deſſus . Ainfi
Niij
150 MERCURE
pour écrire Comiers Aveugle
Royal , vous écrirez à part 60.
3.40.7 5.2.8 . 9. 30. 5. 30. 70 .
80. 5. 2. 3.7.9. 80.
Quatrièmement , fous ces
nombres écrivez les chifres
de la clef 1689. dont vous
eftes convenus ainfi .
60. 3. 40.7.5.2.8.9.30.5.30.70 .
1. 6. 8. 9.1 . 6. 89. 1. 6. 8. 9.
80. 5. 2. 3. 7. 9. 80.
1. 6. 8. 9. I. 6. 8.
Et ayant tiré au deſſous une
ligne ajoutez les chifres fimples
ou difenaires qui font
l'un fur l'autre ,
commençant
à main gauche , & écrivez au
GALANT.
151
deffous leur fomme particuliere
ainfi , difant 60. plus 1 .
égalent 61. que vous écrirez
au deffous de la ligne , & 3 .
plus 6. égalent 9. que vous
écrirez encore deffous, & ainfi
de fuite , & vous aurez , comme
vous voyez , au deffous de
le ligne.
603 40 7.5.2.8.9.30.5.30 70 805.2.3.7.9.80
1, 6.8 . 9 , 1.6, 8.9 . 1. 6.8.9 . 1.6 . 8.9 , 1. 6. 8 .
619 48.16.6.8.16.18.31..38 79 81.11.10 12.8.15,88
que vous envoyerez à voſtre
Amy .
Remarquez que le nombre
16.eft employé pour la lettre I.
N iiij
152 MERCURE
& pour la lettre S. du mot
Comiers Remarquez encore
que le chifre s . eft employé
pour R. dans le mot Comiers,
& pour la lettre I. du mot
Roial, & que dans ce meſme
mot Roial la lettre R. eft fignifiée
par 10: & que dans le
mot Comiers la meſme lettre
R. eft fignifiée par 8 .
Pour lire ces chifres 61.
48. &c. qu'on vous auroit envoyez
pour les lettres du fecret
, il faut décomposer par
la fouftraction ce que voftro
Amy aura fait par l'addition;
c'eft pourquoy fous cha'
GALANT. 153
un de ces nombres qu'on
ús á envoyez , écrivez un
des chifres du nombre de la
cef 1689 , dont vous cftes convoas
ainfi.
61.9.48.16.8.16.18.31.11 18.79 81.11570.12.8. ; § 28
1.6. 8. 9. 6. 8. 9. 1.6.8.9 . 16. 8. 9. 1.6. 8.
60.3.4.0.7.12 8.9 , 30.5.30 , 70.80.5 2 3 9 9 90
Dites 61. moins r. égale 60.
que vous écrirez pour la premiere
lettre du fecret. Vous
direz enfuite 9. moins fix
égale 3. que vous écrirez pour
la feconde lettre du fecret.
Ainfi du refte , & vous aurez
60.3.40. 7.§. 2. 8. 9. 30. §. 30.
154 MERCURE
70.80.5.2.3.9.9 . 80. que vous
connoiftrez par l'Alphabe
cy- deffus fignifier les lettre
des mots , Comier , Aveug'
Roia
Je vous envoyeray daß ma
Lettre de Juillet la fute de
cet Article .
Il eft malaifé de concevoir
qu'on puiffe eftre malheureux
en aimant fort tendrement,
quand on eft aimé de la meſme
forte , & qu'aucun obftacle
ne traverſe cet amour.
Cependant c'est ce qui a mis
un Cavalier d'un fort grand
GALANT. 155
nerite hors d'eftat de plus
gofter aucun des plaifirs qui
peuvent fervir à rendre la vie
agreable . Comme il eftoit né
avec un coeur tres-fenfible, il
ne pit tenir long- temps
contre les charmes d'une jeune
Brune qu'on luy fit connoiftre
. Elle avoit le teint
uny, les traits affez reguliers ,
la bouche admirable & de
grands yeux noirs les plus
dangereux qui furent jamais.
Joignez à cela une taille fine
& degagée , & un agrément
d'efprit & d'humeur inconcevable
. On remarquoit
au156
MER CURE
tant de folidité dans l'un
qu'il y avoit d'enjouemer
dans l'autre , & quoy qu'e
fift ou dift , c'eſtoient des graces
par tout, & toujours de
nouveau je ne fçay quoy
qui la faifoient trouvertoute
aimable . Le Cavalier en fic
une épreuve , qui le rendit en
fort peu de temps le plus
amoureux de tous les hommes
. Il mit tous les foins
plaire à la Belle , & fon bien-
& fa naiffance qui estoient
confiderables , luy auroient
fait voir fon attachement avec
plaifir , quand meſme il
GALANT. 157
n'auroit point joint à ces
avantages tout ce qu'un efpric
poly , & des manieres honneftes
peuvent avoir d'engageant
pour un coeur bienfait.
Il avoit d'ailleurs une complaifance
qui prevenoit tout
ce qu'on pouvoit fouhaiter
de luy , & on peut dire
que
rien n'égaloit la délicateffe
de fes fentimens . La Belle
n'eut pas de peine à rendre
juftice à tant de merite , & s'il
luy perfuada qu'elle eſtoit aimée
avec excés , elle ne luy
cacha point qu'elle avoit pour
luy beaucoup de tendreffe .
158 MERCURE
Elle avoit foin d'éloigner
tous ceux qui pouvoient luy
faire la moindre peine , &
quoy qu'on ne puſt la voir
fans avoir pour elle plus que
de l'eftime , elle fit fi bien
qu'il fe trouva toujours fans
Rivaux . Cet heureux eftat le
raviffoit, & il ſe paſſa une année
entiere fans qu'il trouvaſt
que de la douceur dans l'engagement
qu'il avoit pris ; mais
enfin la Belle commença à
s'eftonner de luy voir toujours
laiffer les chofes dans
une mefme fituation . Il luy
difoit fouvent que tout fon
GALANT. 159
bonheur dépendoit d'elle, &
l'empire de la terre ne valoit
pas felon luy le plaifir fenfible
d'eftre tendrement aimé
d'une fi belle perfonne . Il
n'épargnoit rien de ce qui
pouvoit contribuer à fa joye ,
& il ne confideroit jamais la
dépenfe lors qu'il s'agiffoit de
quelque partie pour la divertir
, mais il manquoit à l'eſfentiel
, & les plus fortes affurances
qu'elle recevoit de
luy lors qu'il luy juroit une
conftance éternelle , n'eftoient
fuivies d'aucune declaration
qui allaſt au mariage , & il
160 MERCURE
fembloit que ce bien qu'il te
noit fi precieux, ne luy infpiraft
aucun defir de le poffeder.
La Belle qui n'avoit pris de
l'amour que dans la veuë de fe
faire un établiſſement auffi
avantageux qu'agréable , ne
fut point contente de cette
tranquillité , & pour en tirer
le Cavalier
quis qu'on luy amena luy
ayant dit des douceurs , elle
confentit à en recevoir quelques
vifites. Cette nouveauté
alarma le Cavalier. Il devint
chagrin , & s'échapa à des
plaintes . La Belle ne fut pas
un jeune MarGALANT.
161
fachée de le voir jaloux , &
ne doutant point que la concurrence
ne l'obligeaft à parler
, elle luy dit en riant qu'-
elle eftoit bien- aife de connoiftre
fon amour dans toute
fa force , & que jamais elle
n'en avoit cfté fi- bien convaincuë
que par la crainte
qu'il luy faifoit voir qu'elle
ne vouluft partager fon
coeur, mais qu'il devoit fe
répondre d'en eftre toujours
le maiſtre malgré les prétentions
du plus empreffe rival,
& qu'il ne pouvoit , fans luy
faire tort , la croire capable
capable
Juin 1690 .
162 MERCURE
d'une perfidie . Cette affuran
ce , quoy que fort flateuſe, ne
pût luy mettre l'efprit en repos.
Il luy demanda pourquoy
cette difference entre le Marquis
& plufieurs autres dont
elle avoit rejetté les foins, &
comme il ne luy dit rien de
ce qu'elle avoit envie d'entendre
, elle tourna toutes fes
alarmes en plaifanterie , fans
vouloir congedier le Marquis
. Sa jaloufie augmenta ,
mais il n'eut point recours au
remede dont on cuft voulu
le qu'il fe fuft fervi , & pour
pouffer jufques au bout , la
GALANT. 163
Belle aprés luy avoir dit inutilement
beaucoup de chofes
qui devoient le forcer à s'expliquer
, flata la paffion du
Marquis , & luy permit de la
demander pour Femme à fon
Pere. Comme il fe laffoit des
lenteurs du Cavalier qui ne
fe declaroit point , il fut favorable
à la propofition . La
chofe fut fçeue , le Marquis
s'en applaudit , & le Cavalier
s'en defefpera. Il fe plaignit à
la Belle avec des termes touchans
, du trifte eftat ou fon
amour fe trouvoit reduit par
la complaifance qu'elle avoit
O
ij
164 MERCURE
cuë de foufrir les foins de fon
rival. Sa réponſe fut que c'eſ
toit injuftement qu'il le diſoit
mal- heureux , puis qu'il ne
l'eftoit qu'autant qu'il le vouloit
cftre ; qu'elle avoit toujours
pour luy , & le mefme
coeur,& les mefmes fentimens,
& qu'elle eftoit feure que dés
qu'il voudroit parler à fon
Pere , il l'emporteroit fur le
Marquis . La neceffité de
s'expliquer clairement mit le
Cavalier dans un embarras
terrible. Il aimoit la Belle
avec la plus forte paffion , &
le chagrin de la perdre luy
CALANT. 165
fuadé
fembloit cruel à fouftenir
mais il eftoit tellement perque
fon amour finiroit
dés qn'il l'auroit époulée ,
qu'il fremiffoit de l'engagement
qui luy eftoit propofé .
Dans cette agitation , il n'oublia
rien pour luy faire craindre
le dégouft qu'il reffentoit.
Il luy fit une peinture
fort vive des defagremens du
mariage , luy dit qu'il n'y avoit
rien de plus contraire
à un amour delicat qui dédaignoit
tout ce qui pouvoit
avoir du rapport avec les fens;
que le coeur qui vouloit tou
166 MERCURE
jours demeurer libre,fe revol
toit contre l'obligation d'aimer,
fi toft qu'elle eftoit impofee
par le devoir ; que les
privileges do Mary faifoient
degenerer en langueur les empreffemens
de l'Amant le plus
foumis , & que fi elle vouloit
toujours goufter les douceurs
de cette pure union qui les
rendoit l'un & l'autre fi heureux
depuis long- temps , elle
devoit fuir tout ce qui l'empeſcheroit
d'eftre maiftreffe
de fa liberté. La Belle qui
n'avoit aucun panchant pour
le celibat , luy répondit fort
GALANT. 167
modeftement que l'eftat de
Fille eftoit fans doute un eſtat
heureux , mais que fon Pere
cherchant à la mettre dansun
établiffement qui luy affeuraft
du bien , cette belle idée de
vouloir toujours aimer delicatement
, n'eftoit pas une
Faifon dont il dûft fe contenter.
Alors pour luy marquer
un amour qui ne recherchoit
que fes avantages , le
Cavalier offrit de luy faire la
donation d'une Terre de deux
mille écus de rente pour luy
fervir d'établiffement , à condition
qu'elle renonceroit àle
168 MERCURE
marier. Le party n'eftoit pas
laid , mais le nom de vieille
Fille qu'il falloit avoir un
jour , n'accommodoit pas
Belle . D'ailleurs, elle prenoit
pour offenfe que tout fon
merite n'infpiraft rien d'affez
la
violent au Cavalier pour luy
faire croire qu'il ne pouvoit
eftre malheureux en l'époufant
. Ainfi piquée du refus
qu'il faifoit d'elle - mefme à
elle- mefme , elle luy dit que
la donation qu'il vouloit luy
faire , luy marquoit autant
d'amour que de generofité ,
mais qu'elle eftoit tellement
contre
GALANT. 169
contre fa gloire qu'elle ne
pouvoit y confentir ; qu'il luy
eftoit important de ne faire
pas dire dans le monde qu'
elle auroit receu le payement
d'une foibleffe ; que la médifance
ne
manqueroit pas
de le publier , & que ce bruit
feroit des impreffions d'autant
plus facheuſes pour la
reputation , qu'on croiroit
qule Marquis , aprés s'eſtre
declaré
n'auroit rompu
avec elle , que par ce qu'il
l'auroit trouvée indigne d'eftre
fa Femme ; qu'ainfi il
falloit
neceffairement qu'elle
Juin 1690.
,
P
170 MERCURE
époufaft l'un ou l'autre ; qu'
elle n'accepteroit le Marquis
qu'à fon refus, & qu'elle vouloit
bien luy donner juſqu'au
lendemain à examiner ce qu'il
avoit à refoudre ; que cependant
il pourroit luy épargner
la confufion de recevoir
par luy-mefme un nouveau
refus en s'empefchant de venir
chez elle, & qu'elle entendroit
par là qu'il la laiffoit
dans l'entiere liberté de difpofer
d'elle mefme . Le Cavalier
fortit fans rien dire davantage,
& paffa toute la nuir
dans un trouble qui nefe peur
GALANT.
171
concevoir . L'habitude qu'il
s'eftoit faite des douceurs d'un
tendre amour , l'avoit tellement
charmé, qu'il concevoit
bien qu'en y renonçant , il
s'arrachoit à luy- meſme, mais
l'exemple de la plupart des
Maris qui laiffent éteindre
prefque auffi - toft ces vives
ardeurs qu'ils ont fait paroif
tre Amans, & fa propre experience
par quelques Maiftreffes
peu fcrupuleufes qu'il
avoit aimées avec paffion
dans fes premieres années , &
dont les plus legeres faveurs
l'avoient d'abord rebuté, luy
Pij
172 MERCURE
faifoient connoiftre qu'il luy
feroit impoffible de conferver
fon amour , lors qu'il l'auroit
rendu neceffaire. Ainfi il fe
refolut à ceder la Belle à fon
Rival , & quoy qu'il creuft
perdre tout en la perdant ,
malheur pour malheur , il
aima mieux s'expofer à la regreter
toute la vie , que de fe
mettre en eftat de ne plus l'aimer
, ce qu'il tenoit feur qui
arriveroit fi le mariage les
attachoit l'un à l'autre . Il
s'accufoit de bifarrerie , mais
il connoiffoit fa delicateffe , &
pour ne point chagriner la
GALANT 173
Belle en luy allant declarer
luy.mefme qu'il ne pouvoit
accepter la préference qu'elle
luy offroit , il luy laiffa deviner
fes fentimens par fa retraite.
Elle les comprit fans
peine , & le dépit fe joignant.
à des difpofitions affez favorables
au Marquis , qui eftoit
bien fait , & avoit du bien ,
elle confentit à l'époufer . Le
Cavalier ne le put apprendre
fans eftre faifi de la plus vive
douleur . Il tomba malade, &
fi-toft qu'il fut guery il fe
retira dans une Communauté
où il eft encore. Il témoigne
Piij
174 MERCURE
mais le
avoir envie de renoncer tout
à fait au monde
temps , en effaçant inſenſiblement
les impreffions que l'amour
a faites fur fon coeur,
pourra luy donner `d'autrès
penfées.
Je vous obeis , Madame ,
& puis que vous ne vous contentez
pas de ce que je vous
ay dit que Mr le Sourt , Reeur
de l'Univerfité , avoit
harangué le Roy fur la mort
de Madame la Dauphine , je
vous envoye fa harangue .
Comme les deux que vous
avez déja veuës de ſa façon , à
GALANT. 175
M' l'Archevefque de Paris ,
vous ont obligée à ſouhaiter
de voir encore celle cy, je ne
doute point que vous ne trouviez
qu'elle répond à ce que
les autres vous ont fait attendre
de luy . Voicy ce qu'il dis
à Sa Majefté.
SIRE,
Nous venons témoigner à
voftre Majesté , combien nous
avons esté fenfibles à la perte
de l'Auguste Princeffe que nous
pleurons. Nous avons admiré ,
SIRE , avec quelle bonté , &
Pij
176 MERCURE
quelle constance vous luy avez
rendu pendant le cours d'une
longue maladie des foins verita
blement paternels ; mais fur tout
avec quelle grandeur d'ame ,
quelles paroles pleines d'une fo-
·lide pietés Vostre Majesté a confolé
un Prince affligé. C'est cet
Augufte Prince , SIRE ,.qui fait
aujourd'huy toute voftre confotation
, ce Prince , digne inftrument
de vos grands deffeins , qui
va dans vos Armées , en eftre le
bras tandis que vous en eftes icy
le chef & la tefte. Ce Prince,
SIRE , formé de vostre fang,
inftruit par vos exemples , armé
GALANT. 177
de vostre foudre , cet Aigle dont
Peffor merveilleux a fait trembler
l'Empire diffipera bientoft
tant d'Ennemis jaloux de la
gloire du plus Grand Roy du
monde , d'un Roy ( mais qui
peut dignement en parler ? )
encore plus élevé par fon merite ,
que par fonSceptre par fa Couronne
, toujours victorieux, toujours
digne de l'eftre ; qui n'entreprend
la Guerre que pour
reprimer l'injustice , ou pour
affermir la Paix ; qui croit n'avoir
de puiffance & de
deur que pour lesfairefervir aux
interefts de la Religion ; moins
gran178
MERCURE
fenfible au defir d'étendre les
bornes de fon Empire qu'à la
gloire de proteger un Prince deftitué
de tout fecours ; prevenant
par fes bienfaits les befoins &
les voeux de fes Peuples , &
faisant toujours par fes graces
particulieres
la joye e la felicité
du public. Qu'elle nous fur
fenfible SIRE cette joye que
vous repandites dans vostre
Royaume, lors qu'il plût à voftre
Majesté de choisir un des plus
grands , & des plus Scavans
Prelats du monde , pour l'élever
à la Pourpre Romaine
, & pour
couronner en luy l'ouvrage de
GALANT. 179
.
vos graces ! Plaiſe au Ciel ,
SIRE . qui vous a donné à la
France pour eftre le feul & le
puiſſant Protecteur de la Religion
, le parfait modelle des
Princes Chrestiens , le prodige
l'admiration de toute la Terre,
donner à Vostre Majefté cette
de triom- plenitude de jours
phes qu'il accorda à un Grand
Roy qui eftoit felon fon coeur.
Ce font les voeux , SIRE , que
forme fans ceffe pour vostre Perfonne
Sacrée l'Univerfité de
Paris , pendant que par sa voix
par fon exemple , elle inftruit
la jeunesse de votre Royaume,
180 MERCURE
de ce qu'elle doit àfon Dieu , &
àfon Roy.
Le fameux M ' le Clerc, qui
eft logé dans l'Hoftel des
Manufactures aux Gobelins ,
& qui paffe pour l'un des plus
habiles Graveurs qu'on ait
veus depuis long- temps
vient de donner au Public un
Livre de Geometrie qui au
jugement de tous ceux qui
s'y connoiffent eft un des plus
utiles & des plus intelligibles
qu'on ait encore faits fur cette
fcience. Il eft divifé en dix
Chapitres . Le premier conGALANT.
181
tient les définitions . Le fecond
établit des principes
qu'il appelle notions , & qui
font des veritez évidemment
connues par elles- meſmes, ou
par des demonftrations inconteftables.
Le troifiéme
donne la pratique des lignes
& des angles , & fait décrire
les figures des Plans. Le
quatrième enfeigne à tranffigurer
ces Plans, c'eſt à dire,
à leur donner de nouvelles
figures , fans en diminuer ou
augmenter le contenu . Le
cinquiéme apprend à les divifer.
Le fixiéme montre
182 MERCURE
comment il les faut affem.
bler , & comment on peut
les augmenter ou diminuer
de grandeur felon quelque
quantité propofée . Le feptiéme
enfeigne à les me
furer. Le huitième contient
la Trigonometrie , ou la doctrine
des triangles par le calcul.
Le neuvième traite des
Solides , & particulierement
de leur toifé , & le dixiéme
donne la pratique pour le
terrain . On y voit comme on
leve les plans , comme on les
trace , & comme on meſure
les dimenfions inacceffibles.
GALANT. 183
Ce Livre eft in octavo , &
fe debite chez le Sieur Jean
Jombert prés des Auguftins
à l'Image noftre Dame. On
le trouve auffi chez le Sieur
Guerout , Galerie neuve du
Palais. Le merite de M ' le
Clerc eft affez connu . Il eft
de Metz , & a efté autrefois
Ingenieur. Il fert le Roy à
preſent , en qualité de Deffinateur
& de Graveur ordinaire
de Sa Majefté , & a rang
de Confeiller dans l'Acade.
mie Royale de Peinture & de
Sculpture. Il eft auffi Profeſ
feur pour la Geometrie, Perf
184 MERCURE
pective & Architecture .
M' du Port, Preftre , de l'Academie
Royale d'Arles , a
donné depuis peu au public
l'Hiftoire de cette Ville. Elle
eft écrite d'un ſtile pur, concis
& coulant , & divifée en
trois Livres. Le premier contient
la defcription des Antiquitez
que l'on y voit , qui
font tres confiderables . On y
parle de fon Amphiteatre,
plus ancien & plus magnifique
que celuy de Nifmes, de
fon Obelifque qui eſt le ſeul
qu'il y ait en France , de fes
Catacombes, & de fes Champs
GALANT. 185
Elifées , qui avant la venue du
Sauveur du monde , fervoient
de Cimetiere aux Payens , des
Ceremonies qu'ils faifoient
aux Enterremens de leurs
Morts, des Urnes , des Lacrimatoires
, des Pareres , & de
quantité d'autres chofes fort
curieufes. On y voit encore
que Conftantin le Grand &
fon Fils Conſtance , auffi
bien que les Empereurs Honorius
& Majorien , ont étably
leur Cour à Arles, qu'elle
a efté Republique, & la Capitale
du Royaume de Bourgogne
. Dans le fecond Livre,
Juin 1620.
186 MERCURE
l'Auteur traite de l'établiffement
de la Foy à Arles par
Saint Trophime qu'on prerend
avoir efté difciple de
Saint Paul , & rapporte les
fentimens des Auteurs fur la
Miffion des premiers Predicateurs
Apoftoliques en Provence.
Il parle de tous les
Sacceffeurs que ce Saint a eus
dans le gouvernement de cette
Eglife , jufqu'à Meffire
François Adeymard de Monteil
de Grignan , mort l'année
derniere , & dit, que quoy
le nom d'Archevefque fuft en
ufage parmy les Grecs dés le
GALANT. 187
premier Siecle de la naiffance
de l'Eglife , il ne l'eftoit pas
parmy les Latins avant le
fixiéme Siecle , ce qui eft
caufe que le premier qu'on ait
nommé Archevêque d'Arles,
eft S Cefaire , qui fucceda à
S. Eonius en 502. & fut tiré du
Monaftere
de Lerins pout
remplir ce Siege . Dans le troifiéme
Livre de cette Hiftoire
il eft parlé de la Fondation de
l'Eglife d'Arles , de fa Primatie
, & du differend qu'elle eur
pour ce fujet avec celle de
Vienne , de l'établiffement
du Chapitre de Saint Trophi
Qij
188 MERCURE
me , de celuy de noftre- Dame
la majeure , & de la Fondation
des Paroiffes , des Abayes &
des Convens . Ce Livre ſe
trouve chez le fieur Cavelier
dans la grande Salle du Palais ..
Ceux qui le liront demeureront
fans doute d'accord , que
c'eft avec raifon que l'Auteur
a dit dans fa Preface, qu'il a
dequoy contenter les Curieux
auffi bien que les Sçavans .
Je vous ay marqué dans ma
derniere Lettre que M' le Cardinal
de Furftemberg avoit
pris poffeffion de l'Abbaye de
S. Germain des Prez ; il faut
GALANT 189
vous dire aujourd'huy de
quelle maniere cette ceremonie
fe paffa . Les Bulles eftant
arrivées & fulminées , ce Cardinal
fit avertir le Pere Dom
Jean Barré , Celerier , qu'il
viendroit prendre poffeffion
le Samedy 20.de May . On fe
difpofa à le recevoir , & om
donna l'ordre pour parer l'Eglife
. Elle fut tenduë de la
Tapiflerie du Baptefme de
Conftantin , qui eft une des
plus belles de la Couronne.
Son Eminence arriva fur les
cinq heures du foir en Camail
& en Rochet , & trouva la
190 MERCURE
Communauté en Corps qui
l'attendoit à la premiere porte
du Monaftere , où M Douceur,
Prieur des Anciens , luy
prefenta l'Eau- benite , & luy
fit un compliment à la portiere
de fon Carroffe . On le
conduifit au Chapitre pendant
que toutes les Cloches
fonnoient . Ses Bulles y furent
levës, & les Religieux s'eftant
enfuite affemblez capitulairement
, donneront leur confentement
a la prife de poffeffion
. Le Pere Dom Claude
Guenié . Soupneur , en l'abfence
du Pere Prieur, alla auffi«
GALANT. 191
roft en affeurer M' le Cardinal
que
par un difcours qui receut de
grands applaudiffemens . Il luy
dit qu'il y avoit quatre mois
la Communauté fouhaitoit de
rendre publique la joye qu'elle luy
avoit marquée en particulier dés
que le Roy l'eut nommé à cette
Abbayesque ces premiers mouvemens
, qui estoient partis alors
de la fincerité de leurs coeurs ,
avoient receu de nouvelles forces
par le temps qui les y avoit fortifiez
, en leur faisant toujours
mieux connoiftre le bonheur dont
il devoit les faire joüir ; que
depuis la mort d'un Prince de
192 MERCURE
La Famille Royale , que Sa
Majesté avoit deftiné pour Succeffeur
du Roy Cafimir , la volonté
de ce Prince eftoit demeurée
comme fufpendue , mais que s'êtant
enfin arreftée fur luy , elle
faifoit en mefme temps fon éloge,
marquoit mieux fon merite
que toute autre chofe ; que ce
merite ayant éclaté aux yeux de
toute l'Europe , quelques Estats
en avoient conçeu de l'envie ,
pendant que
la France, toujours
pleine d'équité, l'en recompenfoitr
& que Rome l'avoit couronné
de ce qu'il y a de plus éclatant
dans l'Eglife , que le Roy en luy
faifans
GALANT. 193
faifant poffeder cette Abbaye ,
continuoit la longue fuite de
Rois de Princes, de Cardinaux,
& de Grands Hommes à qui on
en avoit confié le foin. Il finit à
peu prés par ces paroles . Qu'il
nous foit permis , Monfeigneur,
de prendre part à cette nomination.
Le Roy, en prevenant nos
fuffrages , a feulementfecondé nos
vaux, & nous a donné un Abbé
que nous nous ferions choifi,
s'il nous en avoit remis le choix.
Aprés avoir gagné nos coeurs,
vous estes affeuré de nous ,
Monfeigneur , pour le reste de
nos devoirs. Noftre foumiffion
Juin 1690 . R
194 MERCURE
fera fans refource , nos respects
finceres profonds , nos prieres
continuelles pour attirer les
benedictions du Ciel fur voftre
Alteffe Eminentiffime , & pour
demander fa confervation . M' le
Cardinal de Furftemberg luy
répondit fort obligeamment,
qu'ayant toujours receù des marques
d'amitié de toutes les Abbayes
de la Congregation de
S. Maur qu'il avoit poffedées ,
il ne devoit pas eftre furpris de
celles qu'il recevoit des Religieux
de S.Germain
des Prezi qu'il ne
laiffoit pas de leur en estre obligé,
qu'ils devoient attendre de luy
GALANT. 195
tout ce qui feroit en fon pouvoir
pour y répondre & pour remplir
les devoirs d'un bon Pere
d'un veritable Abbé. Il s'affit
enfuite fous un dais dans le
Siege Abbatial , & admit au
bailer de paix tous les Religieux
qui vinrent l'un aprés
l'autre. On le conduifit de
là à l'Egliſe , où ayant fait
fa priere devant l'Autel ,
& obfervé les ceremonies
accoutumées , il marcha à
fon Siege Abbatial , & y fit
ferment en touchant le livre
des Evangiles , de conſerver
les droits & les privileges de
Rij
196 MERCURE
l'Abbaye. On leut tout haut
le procés verbal de fa priſe de
poffeffion , & les Chantres
reveſtus de Chapes eftant arrivez
avec les Diacres , les
Acolythes , & deux autres
Religieux , dont l'un portoit
la Mitre , & l'autre la Croffe
du nouvel Abbé , on le reveftit
auffi d'une Chape , &
aprés qu'on luy eut mis la
Mitre en tefte & la Croffe en
main , les Chantres entonnerent
le Te Deum que le Choeur
chanta alternativement avec
l'Orgue . Pendant ce temps,
on fit la Proceffion autour de
GALANT. 197
l'Eglife , le Prelat marchant le
dernier au milieu de fes Officiers
, & donnant des benedictions
au Peuple. Il en donna
une folemnelle lors qu'il
fut de retour au grand Autel ,
ayant dit auparavant les Oraifons
en actions de graces . Les
Boëtes tirerent dans ce moment
, & M' le Cardinal quitta
fa Mitre , fa Croffe & fa
Chape , & alla prendre poffeffion
de la Maifon Abbatiale
, y eftant conduit par
tous les Religieux . Le lendemain
21. jour de la Trinité,
il . officia pontificalement
, &
Riij
198 MERCURE
donna la Communion à tous
les Religieux non Preftres , &
à fes Officiers & Domeſtiques,
qui la receurent pour le Jubilé
, qui eftoit ouvert en ce
temps-là . Ce mefme jour , il
voulut difner au Refectoire
avec les Religieux qu'il traita
magnifiquement. Il eftoit à
la haute table fous un dais , &
avoit à fes coftez quelquesuns
de fes Amis , avec Mr le
Prieur des Anciens , & le Pere
Souprieur des Reformez . Il
porta le Saint Sacrement aux
Proceffionsdu jour de laFefte-
Dieu & de celuy de l'Octave
GALANT: 199
& officia le jour de la Fefte de
S. Germain. Il a fait preſent à
l'Abbaye d'un riche Ornement
, dont l'étofe eft à fond
d'argent trait , & relevée de
grands fleurons d'or trait .
Ona cu nouvelles que M le
Cardinal Forbin de Janfon
s'eftoit embarqué en Provence
le 8. de ce mois , fur unc
Galere du Grand Duc , pour
fon voyage de Rome. M
l'Abbé Trevifani qui s'y en
retourne, s'eft embarqué avec
luy. Cot Abbé, qui eft Noble
Venitien Camerier fecrer
d'honneur participant du Pa-
R iiij
200 MERCURE
ya
pe , & d'une Famille qui ä
efté autrefois Souveraine de
la Marche Trevifane , eftoit
venu , comme vous fçavez
apporter en France le Bonnet
de Cardinal à M ' de Forbin ,
& dans le peu de fejour qu'il
a fait,fon efprit ,fes manieres
engageantes , & la connoif
fance qu'il a fait paroistre des
belles Lettres , & de toutes fortes
de fciences, luy ont attiré
l'eftime de toute la Cour , &
de tout ce que nous avons
icy de perfonnes éclairées . Le
Roy , dont le difcernement
eft toujours jufte, luy a trouvé
GALANT. 201
un veritable merite , & pour
luy marquer combien fa
perfonne
luy a efté agreable , Sa
Majefté luy a fait prefent de
fon Portrait enrichy de gros
Diamans , l'un des plus beaux
& des plus magnifiques qu'on
ait encore vûs . Cependant
quelque magnifique que puif
fe eftre ce Portrait , il eft
beaucoup moins confiderable
par fon prix, que parce que
le Roy n'en ayant jamais
donné à aucun Camerier du
Pape , il fait voir par là qu'il
le donne au feul merite perfonnel
de M Trevifani , ne
202 MERCURE
pretendant pas que ce prefent
tire à confequence . M' le
Cardinal de Forbin a auffi
donné un fort beau Diamant
à ce Prelat , en le prianr de le
garder pour le fouvenir de
luy.
Le Lundy 5. de ce mois , on
fit dans l'Eglife de l'Abbaye
Royale de S Denis , le Service
folemnel de Madame la Dauphine
. Je ne repeteray point
ce qui fe paffe dans ces lugubres
ceremonies , vous
ayant fait une exacte defcription
dans ma Lettre de Septembre
1683. à l'occaſion du
en
7
GALANT. 203
ab
Service de la Reine . Le Parlement,
la Chambre des Comptes
, la Cour des Aides , la
ma Cour des Monnoyes , l'Univerfité
, le Chaftelet , & le
Corps de Ville furent invitez
à l'ordinaire , & prirent leurs
places ; fçavoir , le Parlement
dans tout le cofté droit du
Choeur en entrant , aprés
Mefdames les Princeffes , y
en ayant de vuides entre elles
& M's du Parlement, les Gens
du Roy , Greffiers & premier
Huiffier dans les chaiſes baffes
du mefme cofté , avec des
bancs de fecours pour ceux
OL
Se
204 MERCURE
qui ne purent eſtre placez
dans les hautes chaifes ; la
Chambre des Comptes dans
le cofté gauche du Choeur en
quatorze chaifes aprés Meffieurs
les Princes , en y en
laiffant auffi de vuides , les
Gens du Roy , Greffiers , &
premier Huiffier dans les
chaifes baffes du mefme cofté
avec des bancs de fecours ; la
Cour des Aides en fept hautes
chaifes à gauche à la fuite de
la Chambre des Comptes
, &
les Gens du Roy , Greffiers ,
& premier Huiffier aux chaifes
baffes au deffous avec des
GALANT 205
bancs de fecours ; la Cour
des Monnoyes à la fuite des
hautes chailes du coſté gauche
après la Cour des Aides
, les Gens du Roy , Greffier
, & premier Huiffier
aux Baffes Chaifes au deffous,
ayant auffi deux bancs de fecours
; l'Univerfité
aux quatre
dernieres places en entrant
à la fuite du Parlement , &
fur un banc de fecours ; le
Chaftelet en neuf Chaifes
baffes à droite , à la fuite des
Gens du Roy & Greffiers du
Parlement , & les Gens du
Roy, & autres en deux bancs
!
206 MERCURE
de fecours ; le Corps de Ville
en cinq chaifes baffes du cofté
gauche â la fuite des gens du
Roy, & des Greffiers de la
Chambre des Comptes , & en
deux bancs de fecours ; l'Election
de Paris en quatre
chaifes baffes du cofté droit
au deffous de l'Univerfité , &
en deux bancs de fecours.
M's les Archevefques & Evefques
en Rochet & en Camail,
furent placez vers l'Autel
du cofté de l'Epiſtre . Ma
dame la Ducheffe d'Arpajon ,
Dame d'honneur de Madame
la Dauphine , Madame la
GALANT .: 207
Marquife de Rochefort , Da
me d'Atour , & Madame la
Marquise de Montchevreuil ,
fe mirent fur un banc à la
droite entre le Maufolée &
les degrez de l'Autel . M ™ les
Marquis de la Sale , de Beuvron
& de Laverdin , & Mr le
Comte de la Vauguion , Chevaliers
des Ordres du Roy,
qui avoient été nommez pour
porter les quatre coins du
Poele de la Couronne , prirent
place fur un autre banc , ayant
au deffous d'eux le Confeil
de Madame la Dauphine , &
les autres Officiers derriere
208 MERCURE
:
fur d'autres bancs . Les Maiftres
d'Hoftel eftoient placez
du cofté gauche dans les baffes
chaifes , & les Aumôniers
fur un banc , vis- à- vis la Re .
prefentation de Louis XIII .
M ' le Marquis de Montchevrcül
, qui faifoit la fonction
de premier Ecuyer en la place
de Mr le Maréchal de Belfons ,
fe plaça aux pieds du Mauſo .
lée . Aprés que les léances eurent
efté prifes, M¹ de Saintot ,
Maiftre des Ceremonies , alla
querir les Princeffes du grand
deüil , qu'on avoit conduites ,
lors qu'elles eftoient arrivées à
Abbaye , aux appartemens
GALANT. 209
tendus de noir qui leur avoient
efté préparez . Deux
cens Pauvres veltus de gris
marchoient les premiers , tenant
chacun un flambeau de
cire blanche à la main , &
eſtoient fuivis de vingt - fept
Jurez Crieurs , des Herauts &
du Roy d'Armes . Mr Martinet
& Mr de Saintot , l'un Ai .
de , & l'autre Maistre des
Ceremonies , alloient aprés
eux , & precedoient M' le
Maréchal de Bellefons , Chef
du Convoy , qui faifoit les
fonctions de Chevalier d'honneur
à la place de M le Mar-
Juin 1690.
S
210 MERCURE
quis de Dangeau , qui eft à
l'Armée auprés de Monfer
gneur le Dauphin . Il marchoit
devant les Princeffes du
deuil , qui furent conduites à
leurs places, fçavoir , Madame
par Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , accompagné de
M ' le Duc de Beauvilliers fon
Gouverneur ; Mademoiſelle
par Monfieur , & Madame la
Grande Ducheffe de Tofcane
par M le Duc de Charrres .
M' l'Evefque de Meaux, premier
Aumônier , affifté de
M's les Evefques de Lodeve ,
de Poitiers , de Saintes , & de
GALANT. 211
Mende , celebra la Meffe en
habits Pontificaux Elle fut
chantée par la Mufique du
Roy. Aprés Offertoire , &
les ceremonies que l'on a accoutumé
d'obſerver pour
tout ce qui regarde l'Offrande.
M' l'Evefque de Mirepois
prononça l'Oraiſon funebre ,
& fit paroiftre beaucoup de
doctrine & d'éloquence . La
Meffe eftant achevée , Ml'E
vefque de Meaux , & les autres
Prelats Affiftans , firent
les prieres , les encenfemens
& les afperfions autour du
Maufolée. On porta enfuite
Sij
212 MERCURE
dans le caveau le cercueil &
l'urne qui renfermoit les
entrailles . Les Officiers de
la Princeffe défunte furent
appellez pour faire leurs
Charges , & aprés que M' le
Maréchal de Bellefons eut dit
à haute voix,Madame la Dauphine
eft morte,le Roy d'Armes
fit deux fois le cry ordinaire,
ce qui termina la Ceremo
nie. Depuis le jour que l'on
a porté à Saint Denis le Corps
de Madame la Dauphine ,
jufqu'à celuy du Service , la
Maifon de cette Princeffe a
demeuré à Versailles , & les
GALANT. 213
Officiers ont affifté tous les
jours aux prieres qui s'y font
faites
pour le
repos
de
fon
Ame. Quant aux Tables, on
les a toujours fervies à Saint
Denis. Voicy ce qui eftoit
gravé fur le Cercueil .
C'est le Corps de tres- Haute,
tres- Puiljante Excellente
Princeffe , Marie - Anne Chriftine
Victoire de Baviere, Epoufe
de tres- Haut, tres- Puiſſant
Excellent Prince, Louis , Dauphin
de France , Fils de tres-
Haut tres- Excellent & tres-
Puiffant Prince , LOUIS le
>
Grand , XIV . du Nom , par
214 MERCURE
ع و ن
la grace de Dieu , Roy de France
de Navarre , qui eft decedée
au Chateau de Versailles le zo .
Avril 1690. à fept heures du foir,
âgée de
30. ans ou environ
.
Le Jeudy 15. le Service folemnel
pour cette mefme
Princeffe fe fit icy en l'Eglife
de noftre- Dame, & les Compagnies
y furent placées comme
elles l'avoient efté à Saint
Denis.Les Princeffes du grand
deüil eftoient Madame la
Princeffe menée par Monſeigneur
le Duc de Bourgogne ;
Madame la Princeffe Douairiere
de Conty menée par
GALANT 215
Monfieur , & Madame la
Princeffe de Conty , menée
par Monfieur le Duc de Chartres
Il y eut une place vuide
entre elles & le Parlement , &
il y en cut deux vuides de
l'autre cofté , entre Meffieurs
les Princes qui les conduifirent
, & la Chambre des
Comptes. M' l'Archevefque,
revetu pontificalement celebra
la Meffe , & l'Oraiſon
Funebre fut prononcée par
M' l'Abbé Flechier nommé à
I'Evefché de Nifmes. 11 fe
furpaffa dans cette action , &
fouftint parfaitement la haute
216 MERCURE
reputation qu'il s'eft acquifè
par celles de cette nature ,
n'ayant jamais fait aucune
Oraifon Funebre qui n'ait
efté un Chef- d'oeuvre . M
Berrin , Deffinateur ordinaire
du Cabinet du Roy,avoit pris
foin de faire dreffer les deux
Maufolées , qui estoient de
fon invention . C'éft affez dire
pour faire juger de leur beauté
, puis qu'il ne fait rien qui
ne foit d'un tres -bon gouft.
Je vous envoye la traduction
d'une Epitaphe de Madame
la Dauphine qui a cfté
faite en Latin par MⓇ de Vertron.
GALANT . 217
tron . Elle eft de Mr Normant
Avocat au Parlement .
EPITAPHE.
La mort a triomphe de l'illuftre
Victoire.
Que de tristes Cyprés dans un
champ plein de gloire !
Pleurez, François, pleurez , elle
eft dans le tombeau.
Je me trompe , elle vit , & la
Parque cruelle
Ne pouvoit remporter un
triomphe fi beau.
Trois Auguftes Enfans la rens
dent immortelle.
Juin 1690 .
T
9
218 MERCURE
Tous les Corps & toutes
les Communautez n'ayant accoutumé
de faire des Services
que pour les Rois & les Reines
, il n'y a eu que les perfon
nes attachées à Madame la
Dauphine qui en ayent fait
pour cette Princeffe . Auffitoft
aprés fa mort il s'en fit un à
la Paroiffe de Verſailles , cù
affifterent tous les Officiers de
fa Maifon Les Peres Theatins
en celebrerent auffi un le 26.
Avril , non feulement avec la
devotion édifiante qui leur eft
ordinaire , mais encore avec
une magnificence qui excedoit
la pauvreté dont il font
GALANT. 219
.
profeffion. C'eſt une reconnoiffance
qu'ils devoient
aux bontez & à la finguliere
bienveillance que Madame la
Dauphine témoignoit pour
tout cet Ordre , & dont elle
avoit receu l'exemple de la
Princeffe Adelaide de Savoye
fa Mere , qui publioit hautement
qu'elle avoit obtenu
cette Princeffe par l'interceffion
de Saint Gaëtan , leur Instituteur
, pour qui elle avoit
une veneration particuliere.
Monfeigneur le Duc de Bourgogne
, qui donne de fi grandes
efperances de ce qu'il doit
Tij
220 MERCURE
eftre , eftant né le 6. Aouft ,
veille de la Fefte de ce Saint ,
Madame la Dauphine qui
avoit imploré fon affiftance
pendant la groffeffe , ne fut
pas plûtoft en eftat de ſortir,
qu'elle alla luy en rendre graces
dans fon Eglife , & aprés
avoir donné des marques de
fa pieté, elle promit aux Religieux
qui vinrent la recevoir,
de leuren donner de fon affection
dans toutes les occafions
où fon fecours leur fcroit
utile , ce qu'elle a fait
plufieurs fois avec une bonté
qui augmentoit le prix de fes
GALANT. 221
bienfaits, & dont le fouvenir
leur eft auffi cher , que fa mort
leur a efté fenfible .
(Le mefme jour, M' l'Abbé
d'Harcoüet, Fils du Receveur
des Confignations de la Cour
des Aides du Parlement de
Guienne , fit faire dans fon
Prieuré de Conty en Picardie ,
un Service pour cette mefme,
Princeffe avec beaucoup de
folemnité. Les quinze Paroiffes
dépendantes de fon Prieuré
, ainfi que les perfonnes les
plus diftinguées de ce Can
ton , y affifterent.
M' de Campredon de Do-
Tij
222 MERCURE
nodey , Gentilhomme d'une
Famille originaire de Naples ,
& fort ancienne dans le Comté
Venaiffin, n'eut pas plûtoft
receu chez luy la nouvelle de
la mort de Madame la Dauphine,
dont il avoit eu l'honneur
d'eftre élevé Page , qu'il
fit paroiftre fa reconnoiffance
des graces qu'il en avoit receuës
, par un Service folemnel
qu'il luy fit faire dans
l'Eglife des Minimes de Lille ,
Ville de Provence dans ce
mefme Comté Venaiffin .Plu
fieurs autres Particuliers , zelez
pour leur Princeffe , ont
GALANT. 223
auffi fait faire des Services .
La défaite entiere des Vaudois,
qui viennent d'eftre tous,
ou tuez , ou chaffez des retranchemens
qu'ils avoient
faits fur leurs montagnes , me
donne lieu de vous parler de
leur origine , & peut- eftre
vous en diray. je des chofes
qu'on ne trouve point dans
les écrits de tous ceux qui
ont travaillé à l'hiftoire du
Calvinifme . Ces Heretiques ,
qui s'éleverent vers l'an 1160 .
tirent le nom de Vaudois
d'un riche Marchand de Lion
appellé Pierre de Vaud .
Tiiij
224 MERCURE
eftoit du Village de Vaud en
Dauphiné fur le Rhône , & il
s'acquit des admirateurs en
diftribuant tous les biens aux
Pauvres. Ce commencement
1
eftoit fort loüable , mais il
voulut faire des fermons aprés
avoir fait de grandes aumônes
, & comme il eftoit extremement
ignorant , ceux
qui l'écoutoient par intereft,
furent les feuls qui approuverent
fa doctrine , & ce fut
ce qui les fit appeller Pauvres
de Lion . Ils ne vouloient fouffrir
aucunes Images , ny celcbrer
aucun jour de Fefte . Ils
GALANT. 225
rejettoient les prieres des
Saints , mefme l'Ave Maria ,
n'en voulant point d'autre
que l'Oraifon Dominicale ,
par le moyen de laquelle ils
pretendoient pouvoir confacrer
. Ils rejettoient auffi l'huile
dans le Baptême , la Confirmation
, la Confeffion auriculaire
, l'Extrême Onction ,
la remiffion des pechez , le
Purgatoire , les Prieres pour les
Morts , la difference de l'Evefque
& du Preftre , l'obeiffance
aux Prelats , les miracles
, & le Chant de l'Eglife .
Ils n'admettoient aucun Or
26 MERCURE
dre Religieux , & nioient le
merite des bonnes oeuvres . Ils
croyoient que les Laïques
pouvoient prefcher , & confacrer
le pain du Sacrement
de la Cene , & que la Cene
avoit plus de vertu le Vendredy
que les autres jours .
C'eftoit auffi un article de foy
chez eux , que les Preftres ,
Anciens , & Miniftres qu'ils
appelloient Barbes , d'où ils
ont pris le nom de Barbets ,
eftant tombez dans le peché,
perdoient la puiffance de confacrer
, de mefme que les Superieurs
celle de gouverner
,
GALANT. 227
lors qu'ils avoient commis
quelque crime.Ils foutenoient
avec une opiniâtreté invinci
ble, que les Ecclefiaftiques ne
pouvoient poffeder aucune
Charge publique , & que l'Eglife
eftoit tombée dans l'erreur
du
temps du Pape Silveftre.
Ils porterent leur impudence
jufqu'à nier le Simbole
des Apoftres , & l'obligation
qu'on a de garder inviolablement
les fermens , difpenfant
par là les Sujets de l'obeiffance
deue aux Souverains , &
ouvrant ainfi la porte à la
rebellion , fur quoy ils for228
MERCURE
•
merent un Article de foy,
qu'aucun Juge n'avoit le pouvoir
de condamner un Chref
tien à mort , & comme aucune
crainte du chaſtiment ,
ne les retenoit, ils s'abandonnoient
ouvertement à toutes
fortes d'impuretez , ne les
mettant point au nombre des
crimes , ce qui obligea le Pape
à publier contre eux une
Bulle en 1487. Lors qu'ils furent
pourſuivis , ils fe retirerent
dans les Montagnes
de Dauphiné , & de Savoye ,
& infecterent de leur herefic
les Vallées d'Angrogne
&
.
GALANT. 229
>
de Freiffinicres . Comme ils
eftoient dans des lieux prefque
inacceffibles , qui cftant
tres -forts par la nature , n'avoient
pour avenues que des
défilez affez étroits ils
trouverent la liberté qu'on
leur refufoit ailleurs , & ne
s'abſtinrent d'aucune profanation
. Infenfiblement leurs
erreurs furent receuës dans
les Provinces voiſines , & un
certain Olivier les porta dans
le Dioceſe d'Albi en Langue
doc. On ne peut dire combien
les troubles qu'elles y
cauferent , firent répandre de
230 MERCURE
fang durant prés d'un Siecle .
Ce fut d'Albi que les Sectateurs
de Pierre de Vaud
prirent le nom d'Albigeois.
Ils curent celuy de Chaignards
& de Jofephites dans
le Dauphiné , à cauſe que
Chaignard & Jofephe y publierent
leurs opinions avec
plus de fuccés que les autres.
Outre celles que j'ay déja
rapportées , les Vaudois en
avoient d'autres qui leur font
communes avec les Calviniftes
. Jamais Heretiques n'ont
eſté fi opiniaſtres que ceux- là .
Guillaume de Saint Marcel,
GALANT
231
de l'Ordre des Freres Mineurs,
qui fut depuis Evefque
de Nice, tâcha de les convertir
en 1290. François Borilly, de
Gap en Dauphiné , & Bertrand
de Saint Guillaume , Cordeliers
, firent la meſme entreprife
en 1369. mais toutes les
lumieres de l'Evangile dont
ces habiles Predicateurs fe fervirent
pour les éclairer , furent
inutiles . Peu de temps
aprés , le Pape y envoya l Evefque
de Maffe , & exhorta
le Roy de France , le Comte
de Savoye , le Gouverneur du
Dauphiné , & le Confeil Del232
MERCURE
phinal , qui eft aujourd'huy
le Parlement de Grenoble , à
travailler unanimement à les
faire renoncer à leurs erreurs .
Les voyes de la douceur n'ayant
rien produit , on prit
celles de la justice , & en 1393 .
on en brufla deux cens trente
, convaincus de plufieurs
crimes & impietez .
Vous fçavez, Madame , que
depuis la fuppreffion de l'Edit
de Nantes , M ' le Duc de
Savoye ayant fait paroistre
fon zele pour la veritable Religion,
demanda des Troupes
au Roy, afin que les joignant
GALANT. 233
>
avec les fiennes, il puft chaffer
les Vaudois de fes Eltats. Les
grands avantages que ce fecours
luy fit remporter fur
eux, ne vous font pas fans
doute inconnus. Vous fçavez
encore qu'une partie de ces
Heretiques obftinez foudoyez
par lePrince d'Orange ,
avoient regagné depuis peu
de temps quelques unes de
leurs habitations fur des Montagnes
inacceffibles . G'eft de
ces montagnes, dont l'une s'apelle
, le Pain de Sucre , qu'ils
viennent d'être chaffez par les
Troupes de Sa Majefté .M' de
Fuin 1690.
V
234 MERCURE
+
Carinat qui les commande ,
avoit choify pour cette Expedition
Ms les Marquis de
Feuquieres & de Clerambaut ,
l'un Maréchal de Camp , &
l'autre Brigadier. Ces deux
Commandans , dont les Troupes
occupoient des Poftes ſeparez
par des Montagnes, luy
rendoient inceffamment com .
pte des progrés qu'ils avoient
faits , & je vous envoye la
Copie des Lettres qu'ils ont
écrites à ce General . Jugez fi
vous ferez fidellement informée
de leurs approches , &
du fuccés de cette entrepriſe.
GALANT. 235
De Bafille le24. May 1690. à
dix heures du matin.
Je reçois , Monfieur , dans ce
moment voftre paquet de la Pe
rouſe, je ne vois point les munitions
que je vous avois fupplié
de m'envoyer en diligence . Notre
Canon tire depuis le matin avec
fuccés. Je viens d'avoir des nouvelles
de Mde Clerambaut, que.
je vous envoye .Vous verrez par
là que nos affaires font en bon
chemin. FEUQUIERES
.
Lettre de M de Clerambaur
à M' de Feuquieres, à 8.
heures du matin..
Je n'ay que faire de vous dire
Vij
236 MERCUREque
je fuis au deffus du Pain de
Sucre , vous devez vous en eftre
apperceu . Je leur ay emporté
trois poftes ce matin fans perdre
un homme de mon détachement
..
Iln'y a eu que trois Soldats de
Bournazel
bleffez,& deux tuez,
un Lieutenant
des Grenadiers
de la Sare bleẞé à la main . Les
miferablesfont de petits retranchemens
que je croy nettoyer
aujourd'huy
la nuit prochaine.
vous prie d'envoyer ordre au
Regiment
de Boiffiere de garnir.
le ruiffeau jufqu'à la cascade par
le bas , & au Regiment de Bourbon
le ruiffeau
de fon cofté. Je
Je
GALANT. 237
eroy qu'il ne s'en fauvera pas
un. Je viens d'envoyer deux
Partis dans ce bas , qui les mettront
au defefpoir.
CLERAMBAUT.
Du pied du grand Pain de
Sucre, à 2. heures aprés
midy le 24.
Nous fommes maistres de tout,
hors du grand Pain de Sucre fans
avoir perdu quatre hommes. Je
ne fçay pas ce que fait M de
Clerambaut. J'essaye à l'heure
qu'il eft de laiffer le Pain de Sucre
à droite & à gauche , & de
prendre à revers les derniers logemens
de ces canailles . Nous,
238 MERCURE
ta
avons trouvé le pauvre Parat
encore tout chaud dans le pâté.
Voilà , Monfieur , où nous en
fommes. Si nous ne faifons pas
journée complete , il ne s'en faudra
guere , mais nous ferons de
noftre mieux. Quand je vous
écris du pied du grand Pain de
Sucre , c'est à dire que je vous
écris précisément du pied de
cette roche.
•
*
FEUQUIERES.
Du pied du grand Pain de
Sucre ,à fix heures du foir.
Il ne reste plus , Monfieur , de
pofte aux Barbets en deçà du
grand Pain de Sucre, c'est à dire ,
qu'outre le Chasteau & le Pâté
CALANT.
239
nous leur avons encore ôté tout
ce qu'ils avoient d'autres poftes .
Fay en verité encore trouvé ce
lieu plus affreux d'en haut que
d'en bas . Nous n'avons quafi
perdu perfonne ; leurs pierres ont
estéfans effet . Pour cette heure ,
à
moins
que les
Hipogriffes
ne les
emportent
, je
ne
croy
pas
qu'ils
fe
puiffent
échaper
, le Pain
de
Suere
eftant
entouré
de
tous
les
côtez
à la
portée
du
pistolet
, par
W
de bons retranchemens bien établis
. Je m'en vais defcendre s
ayant mis tous ces poftes enfeureté
, pour donner ordre à tout.
là- bas .Nous n'avons pris qu'un
240 MERCURE
que
vous
Barber en vie qui ne parle pas
beaucoup , & je croy qu'il n'en
fait guere . Je vous envoye les
lettres & les papiers qui ont efte
trouvez dans les poches de quelques
Morts. Les avis
aviez qu'ils manqueroient bientoft
de vivres , n'eftoient pas juftes.
Il n'y a pas de miferable
baraque où il n'y ait au moins
7. ou 8. facs de grains , & beaucoup
de farine. On ne peut faire
mieux que toutes les Troupes ont
fait.
FEUQUIERES.
Du Camp de Bafille le 25. May
1690. à 5. heures du matin .
Je ſuis au defeſpoir ; malgré
toutes
GALANT 241
toutes les précautions d'avoir en
toutes les Troupes au Bioüac , &
d'avoir eu des Bataillons tous entiers
dans les fonds de Guinevert,
jufqu'à donner la main à M¹de
Clerambaut par la droite & par
lagauche, les Barbets qui eftoient
reftez dans le dernier Pain de
Sucre en font échapez. Je fais
fouiller par tout fi on trouvera
une pifte . J'avois moy - meſme
fait le tour de tous les poftes avec
tous nos Guides du pays ,
faifois battre l'eftrade d'un pofte
à l'autre , qui d'ailleurs fe
voyoient tous. Je n'en ay pas
mefme bouge; cependant il n'y a
Juin 1690 . X
je
242 MERCURE
perfonne . Le Barbet prifonnier
avoit bien dit qu'ils fongeoient
àſe fauver, & cela m'avot obligé
à prendre toutes ces précau
tions , qui n'ont pas laißé d'eftre .
inutiles.
Dans ce moment voicy un de
nos Guides
que j'avois envoyé à
M. de Clerambaut , qui revient
avec une teste de Barbet. Il dit
que c'estoit le Cerfille , &qu'ils
font paffez au travers des poftes
de M. de Clerambaut , ce que
je ne puis comprendre , Ce Guide
dit qu'ils vont vers la vallée
d'Angrogne & de Prailli.Je laiffe
au poste des Barbets le Bataillon
GALANT 243
de Bournazelle avec ordre de tout·
ruiner, & je marche avec le reste
des Troupes pour tâcher de les
rejoindre par le Prailli .
FEUQUIERE .
Ce 25. á 5. heures & demic
du matin .
Voicy un Billet que je reçoy
dans ce moment de M. de Clerambaut
, cela change toute ma
marche.
Billet de Mr de Clerambaut
às. heures du matin .
Je voy , Monfieur , à l'heure
que je vous écris , plus de cent
hommes qui filent par la montagne
qui eft vis à vis de mon
X ij
244 MERCURE
·Camp , & qui prennent le cofté
de Savoye. Le bruit est que ce
font les Barbets, ily a grande
apparence. Fay cru que vous
eriez bien- aife d'eftre averty
de cette marche.
Clerambaut .
Les Guides difent qu'ils vont
droit à Sezane & au mont Geneve
, & que fi les Troupes y
arrivoient auparavant , on pourroit
les tailler en pieces.
Au Camp de Bafille à 9. heures
du matin , ce 25. May
1690 .
Sur les differens avis que
jay cus des Barbets , j'envoye
GALANT. 245
M. de Clerambaut vers la val
lée de Sezane avec les détachemens
qu'il avoit ,& les Bataillons
de Boiffieres la Sare, & Cotteuſe
, & je fais marcher M. de
Pontdevis avecfon Regiment an
Col -Fulien, doù, s'il tombe fur
la pifte des Barbets , il les fuivra
jufqu'à ce qu'il les ait joints,
m'en donnera avis . Je demeure
icy avec le refte des Trou
pes. BournaZelle eft dans les poftes
des Barbets qui les ruine .
Artois & Bourbon font icy avec
les détachemens de Pigneroles ,
que je destine à la conduite de
vostre Artillerie. Feuquieres,
X iij
246 MERCURE
Au Camp ce 25. à fix heures
Fe
du foir.
vous envoye vostre poudre
avec beaucoup de remercimens ,
n'en ayant plus befoin . Fay
mandé à M. de Louvois que je
croyois qu'il s'eftoit bien fauvé
deux cens cinquante Barbets ;
cependant un homme qui les a
vis , vient de me dire qu'ils ne
font pas plus de cent ou fixvingt.
Vous devezfçavoir que M. de
Pontdevis eft aprés eux , & dans
ce moment je reçois une Lettre de
luy du Col de Roderelle . Ils
commencent à eftre en veuë ; il
GALANT. 147
envoye cinq ou fix traineurs, &
fuit de toutes fes forces. Je luy
ay mandé de marcher jusqu'à ce
qu'il les eust joints. Ils font fur
chemin de Roderelle
. Voyez
›
Monfieur
, ce que vous y pouvez
de vostre costé.
FEU
QUIERES .
J'ajouteray à ce que vous
venez d'apprendre par ces
Lettres , qu'on avoit eu foin
de faire venir de Paris quan
tité de Carabines rayées , qui
avec le Canon ont aidé à ruiner
les parapets que les Barbets
avoient faits pour leur
défenſe. Comme ils avoient
X iiij
248 MERCURE
trois poftes retranchez les uns
fur les autres , il leur eftoit
aifé de fe défendre , & ils
pouvoient faire perir beaucoup
de Troupes en faiſant
feulement rouler des pierres ,
mais nos gens avoient porté
dés clayes courbées , dans lefquelles
ils les recevoient , &
pour monter plus facilement,
ils avoient des gands avec
des crochets , & d'autres crochets
à leurs fouliers . Je ne
vous dis rien de cette expedition
; il faut eftre François
pour faire de pareilles entrepriſes,
& pour y
réuffir.
GALANT. 249
Les avantages que les Efpagnols
ont remportez depuis
l'ouverture de cette Campagne
, ont eſté fi rares , qu'il ne
faut s'étonner
s'ils exage
pas
rent jufques aux moindres
chofes , quand leurs entreprifes
font fuivies de quelques
petits fuccés. Ce que je vais
vous dire vous fera juger s'ils
ont eu lieu de paroiftre fi
fiers d'une courfe , qui leur
pouvoit eftre plus utile qu'elle
n'a efté . Pendant que l'Armée
de M de Luxembourg
tiroit autant de contributions
qu'elle en vouloit exiger , ne
250 MERCURE
trouvant point de Troupes
qui fuffent en eftat de luy
faire obftacle , les Ennemis
entreprirent de faire une
courfe d'un autre cofté . Ils
tirerent pour cet effet des
Troupes de plufieurs de leurs
Garnifons , & formerent un
Corps de quatre mille deux
cens hommes , donr il y avoit
un tiers de Cavalerie & de
Dragons , & quatre cens Grenadiers
. Le refte eftoit de
l'Infanterie Angloife , Elpagnole
, & Flamande . Ils laifferent
un corps de deux cens
cinquante hommes aux enviGALANT.
251
favori
rons de Furnes , pour
fer leur paffage à leur retour.
Ils avancerent
enfuite vers les
Lignes de Bergues qui ne font
pas confiderables
, & forcerent
une Redoute de terre à
troisportéesde
fufil d'Onſcot .
Il n'y avoit dedans que fix
hommes & un Sergent . Ils en
tuerent trois , & laifferent fauver
le Sergent & les trois autres
. Ils firent applanir le che
min , & paffer un Bataillon à
Onfcot , où ils enleverent le
Bailly pour traiter des contributions
. Aprés cela ils détacherent
quatre Compagnios
252 MERCURE
de Dragons qu'ils envoyerent
à Rofbrec ; ils y pillerent
une maison , & en brûlerent
environ quarante . Les mêmes
Dragons pafferent de là à Poperingue
, où ils mirent le feu
à trois maifons , & fe faifirent
du Bourguemeftre,aprés quoy
ils fe retirerent à Furnes , qui
n'eft qu'à deux lieues de nos
grandes Lignes , ce qui faifoit
croire qu'ils tenteroient de
lés forcer. M. de Reneville
qui commande à Calais , étoit
forry à la tefte de fix cens
hommes , avec cent Maistres
de ſa Garniſon , & deux pieGALANT.
253
ces de Canon , & M. de Bocquemare,
Gouverneur de Bergues
, luy avoit auffi envoyé
cinq cens hommes . Si - toft
que les Ennemis curent appris
que nous avions des Troupes
en campagne, ils fe retirerent
fans faire aucune tentative ,
quoy que ces Troupes ne
montaffent qu'à douze cens
hommes . Les Eſpagnols n'ayant
eu que ce petit avantage
depuis que la Campagne cft
ouverte, quoy qu'ils ne l'ayent
remporté que parce qu'ils
n'ont point trouvé d'Ennemis,
il ne faut pas s'étōner s'ils
254 MERCURE
dit
ont exageré leur triomphe ;
mais les Nouvelles publiques
de leurs Alliez l'ont pouffe fi
loin , que pour avoir trop
ils n'ont rien perfuadé , puis
qu'il eft hors d'apparence que
deux Villages payent deux
millions à quoy ils ont voulu
faire monter les contributions
de cette expedition . Nous
avons efté plus moderez dans
nos Nouvelles , puis que nous
n'avons fait monter à guere
plus celles que M ' de Luxembourg,
à la tefte d'une Armée
de qurante mille hommes , a
impofées pendant un mois
GALANT. 255
de fejour , à un pays fertile ,
& dont les Habitans font tous
gens accommodez . On peut
juger par là de ce que les Ennemis
ont pû tirer , puis qu'ils
n'ont paru que comme un
éclair , & qu'ils n'ont emmené
qu'un Bailly & un Bourguemeftre.
Ce n'eft pas que
ceux qui écrivent à leur avantage
foient tout - à - fait à blâmer,
leur but eft de tromper les
Peuples , mais il le faut faire
avec plus de
fi on veut eftre cru de ceux
qui ont un peu de bon ſens .
En vous parlant du grand
vray- femblance ,
256 MERCURE
nombre des Ennemis du Roy,
je croy que je puis vous faire
part d'un Madrigal qui a eſté
fait fur ce fujet , par M' de
Sanlec qui demandoit un Benefice
à Sa Majeſté . Il ne paroift
guere de rapport entre
les Ennemis du Roy & cette
demande , mais comme avec
de l'efprit on rend ſouvent
compatibles les chofes les plus
éloignées , l'Auteur qui en a
infiniment , a fait de ce Madrigal
, un Ouvrage qui s'eſt
attiré un applaudiffement general.
GALANT
257
Nous avons , grand Heros , deux
deffeins differens ,
Vous,de vaincre vingt Rois , & moy
vingt Concurrens ;
Mais l'un de tes deffeins eft mieux
conduit
que
l'autre.
Et cependant tout ira bien ,
Si vous me répondez du mien,
Commeje vous répons du voftre.
Jay à vous parler de deux
actions de vigueur faites par
des François , l'une fur terre ,
& l'autre fur Mer . Mr de
Melac , qui avoit paru avec
mille Chevaux , le 3. du mois
paffé fur les hauteurs de
Mayence fans que les Ennemis
en fuffent fortis, s'avança
Juin 1690 .
Y
258 MERCURE
vers Aigesheim , petite Ville
fortifiée de bonnes murailles
avec cinq groffes tours , & environnée
de deux foffez . Elle
eft à l'entrée de la Plaine pat
où l'on va à Binghen & à
Creutznach . Ceux qui eftoient
dans la Place ayant eu
l'imprudence de tirer fur des
Troupes qui ne pensoient pas
à les attaquer , M' de Melac
qui n'eft pas accouſtumé à
foufrir de telles infultes , refolut
d'en avoir raiſon , quoy
qu'il n'euft ny Canon , ny
Dragons , ny Infanterie . Il
envoya chercher des Echelles
GALANT. 259.
dans les Villages des environs,
& tout ce qui peut aider à eſcalader
une Place, & fit mettre
pied à terre à la Cavalerie qui
fe debota , & traverſa un petit
foffé où il y avoit affez d'eau
pour en eſtre incommodé.
On monta enfuite à l'affaut,
que ceux qui défendoient la
Place eurent la temerité d'attendre
. Elle fut forcée , & on
la traita felon les loix de la
guerre pour avoir fouffert
l'affaut . Les Cavaliers qui l'ef
caladerent firent main baffe
fur ceux qui voulurent reſiſter,
&aprés avoir mis le feu à deux
Yij
1
260 MERCURE
tours , ils fe retirerent avec
beaucoup de butin . Nous cûmes
environ trente Cavaliers.
tuez ou bleffez , & l'on prit
cinquante Soldats , & cent
Schenapans. M le Marquis
de Blanchefort eut fon cheval
tué fous luy en arrivant
auprés de la Place .
Je paffe à l'action de Mer qui
ne vous paroiftra pas moins
vigoureufe , & qui vous fera
connoiftre que quoy qu'on
partage quelques- fois l'avantage
d'un combat avec fes
Ennemis , on en peutremporter
toure la gloire . C'eft ce qui
GALANT. 261
toit
eft arrivé à M'de Beauchefne .
Il conduifoit deux Prifes qu'il
avoit faites prés de Cadix . Le
Baftiment qu'il montoit n'ef
que de dix- huit pieces de
Canon , & il n'y avoit que
cent trente hommes deflus . I
en rencontra un de quarantecinq
pieces de Canon ,
monté de cinq cens hommes.
M' de Beauchefne voulant
conſerver ſes Priſes , fit paffer
fon Frere deffus avec trente
hommes , & pendant qu'il les
conduifoit en lieu de feureté,
il tint tefte au gros Vaiffeau ,
& fe défendit avec tant de
&
262
MERCURE
qu'il
vigueur & de
courage ,
fit
balancer long -
temps la
victoire ; mais
enfin il fut
pris &
conduit à Cadix , aprés
avoir caufé à fon
Ennemi une
perte beaucoup plus defavantageufe
, que la victoire qu'il
remporta ne luy fut utile.
Comme il ne pouvoir éviter
de perdre fes deux Priſes , &
de fe perdre luy- meſme , s'il
n'cuft pris cette reſolution , il
cut l'avantage de les fauver ,
& de triompher de fon Ennemi
dans le
mefme temps
qu'il fut obligé de ceder à la
force.
GALANT 263
On eut avis dés le mois
paffé que les Armateurs de
S. Malo y avoient amené
quatre Prifes Angloifes &
Hollandoiſes , & qu'ils en .
avoient brûlé deux autres ,
dont ils avoient retiré les
effets & les équipages . Ceux
de Dunkerque avoient pris
un Corfaire Oftendois , & une
Flufte Hollandoife de quatre
cens Tonneaux . Nos Armateurs
avoient auffi amené trois
Prifes à Breft , & quatre autres
au Havre de Grace. Depuis
ce temps- là , M' le Comte
de Revela amené à Breſt un
264 MERCURE
Corfaire de Fleffingue, monté
de vingt- deux Canons . Il fit
cette prife aprés luy avoir tué
quatorze hommes & bleffé
vingt- cinq. Deux petits Baftimens
Anglois ont efté conduits
à Nantes par la Joyeuse
qui les avoit pris . Ils eftoient
chargez de Sucre , de Tabac ,
& d'Indigo , l'un de cent , &
l'autre de cinquante tonneaux.
Un Navire Hollandois
qui venoit de Curaçao richechement
chargé , & deux
baftimens chargez de Sucre
& de Tabac , ont efté auffi
conduits à Saint Malo par les
Vaiffceux
GALANT. 265
Vaiffeaux le François & la
Sainte Helene. La Vierge de
Grace , de la mefme Ville , a
amené deux Vaiffeaux Anglois
pris vers les coftes de
Portugal , à la veuë d'un autre
Vaiffeau Anglois de cinquante
pieces de Canon . L'un
des deux que l'on a pris eftoit
de quatorze , & l'autre de huit
Canons. Deux autres Baftimens,
auffi Anglois , ont cfté
amenez à la Rochelle par
Fregate la Gaillarde . Leur
charge eftoit d'huile , & de
plufieurs autres marchandi
fes .
Juin 1690.
Z
la
266 MERCURE
Le 4. de ce mois , l'Affemblée
du Clergé qui ſe tient à
Saint-Germain en Laye , eut
audience du Roy à Verſailles,
avec les ceremonies ordinaires
. Je vous parlay dés le mois
paffé de l'ouverture de cette
Affemblée , & vous nommay
les Députez de chaque Province.
M' l'Archevefque de
Paris , qui les prefenta à Sa
Majefté , porta la parole , &
fit un difcours d'une beauté
qui furprit , quoy qu'on foit
accoutumé à ne luy entendre
dire que des chofes qui vont
toujours au delà de tout ce
GALANT. 267
qu'on peut attendre . Il commença
, en faisant connoiſtre
que c'eftoit la feptiéme fois
5 qu'il avoit l'honneur de paroiftre
devant ce Monarque
en qualité de Prefident du
Clergé , & dit qu'il pafferoit
par deffus l'ufage , qui vouloit
que l'on donnaft des loüanges
lors qu'on venoit faire
compliment à la teſte d'un
Corps . La comparaifon qu'il
fit du Roy à un grand Capitaine
de l'Antiquité fut l'excufe
qu'il apporta pour
difpenfer. Il dit que comme le
corps de ce Capitaine eftoit ft
s'en
Zij
268 MERCURE
de
couvert par tout bleſſures,
qu'on ne pouvoit luy porter
aucun coup fans qu'il le receuft
dans quelqu'une de fes
playes , il en estoit de mefme à
l'égard du Roy, fi digne par
mille
actions d'éclat de recevoir des
loüanges , qu'il n'y avoit point
d'endroits par où il n'en meritaft,
&qu'il eftoit impoffible de luy en
donner fans redire ce qui avoit
efté dit écrit cent & cent fois
par tout ce que la France a de
perfonnes d'efprit & de bonnes
Plumes; qu'sinfiil eftoit contraint
defe taire , ne pouvant trouver
aucun endroit
où Sa Majesté
par
GALANT. 269
n'euft pas encore esté louée. Il
fit enfuite le dénombrement
des grandes chofes qui ont
fait donner au Roy les plus
forts éloges
, comme
ayant
deffein de n'en point parler ,
& par un trait d'éloquence
qu'il affaiſonna
merveilleuſement
, il fit connoistre
tout
ce qu'il fembloit vouloir paffer
fous filence
. Il marqua
ce
que les fauxProphetes
avoient
dit contre Saint Pierre , lors
qu'ils avoient affuré les Cartaginois
, que fa Religion
feroit
détruite , & fit voir la
fauffeté de la prophetic
des
Z iij
"
270 MERCURE
*
Proteftans , qui avoient affuré
qu'en 1689. leur Religion
triompheroit au préjudice de
la Catholique. On a veu arri
ver tout le contraire, puis que
le Roy a fait triompher la veritable
Eglife , en la faiſant
reconnoitre dans tous fes
Eftats. Je ne vous rappor
te point beaucoup d'autres
chofes que ddiitt ce Prelat ,
& qui parurent n'avoir jamais
efté dites , tant le tour
en fut heureux. Celle - cy
fut de ce nombre ,
verité quoy qu'elle euft des
bornes en avoit plus dit en
› que
la
GALANT. 271
dans
faveur du Roy , que le menfonge
qui n'en avoit point , n'avoit
pû en inventer en faveur des
plus grands Heros de l'Antiqui
té. Si des morceaux retenus
affez imparfaitement ont tant
de beauté , jugez de ce qu'ils
vous paroiftroient , fi je pouvois
vous les rapporter
les mefmes termes qu'ils ont
efté prononcez . Ileft certain
que jamais harangue n'a eſté
fi applaudie de toute la Cour.
C'est ce qui fut caufe que l'Academic
Françoiſe , dont M
l'Archevefque de Paris eftoit
alors Directeur , députa con
Z
iiij
272 MERCURE
tre l'uſage pour luy en aller
faire compliment
.
Le 12. de ce mois les Commiffaires
du Roy s'eftant rendus
à l'Affemblée du Clergé,
M' Puffort porta la parole , &
fit la propofition de Sa Majef
té. On la mit en déliberation
aptés qu'ils fe furent retirez , &
d'un confentement unanime
le Clergé accorda au Roy un
don gratuit de douze millions.
On ne s'étonnera point qu'il
foit convenu fi
promptement
& tout d'une voix , de donner
une fi groffe fomme , fi
l'on fait reflexion que dans
GALANT. 273
la guerre qui s'eft allumée , le
Roy foutient feul la Religion
,tant contre les Heretiques
, que contre ceux que des
veuës humaines engagent à
embraffer leur party. On a
toujours veu le Clergé de
France inviolablement attaché
à la Religion & au Roy,
& Sa Majefte qui connoift
fon zele , a lieu d'en attendre
de grands fecours tant que
cette guerre durera.
Comme le Clergé fait fon
fejour ordinaire à S. Germain ,
à caufe qu'il y tient fes Affemblées
, M' l'Archevefque de
274 MERCURE
Paris y officia dans la Paroiffe
le jour de l'Octave du S.Sacrement
, & donna la benediction
à la Reine d'Angleterre,
& à tout le Peuple. M ' l'Abbé
Converfet dont je vous ay
parlé plufieurs fois , nouveau
Prieur & Curé de cette Paroiffe
, complimenta ce Prelat
, & luy dit qu'encore que les
marques d'honneur & de confiance
que le plus grand Roy de
la terre luy avoit données depuis
fi long- temps , & qu'il venoit
encore de confirmer en le
nommant au Cardinalat , luy
euffent acquis une tres-grande
GALANT. 275
diftinction , fon éclatante doctrine
, fon illustre pieté, & tant
d'excellentes vertus avec lefquelles
il alloit honorer la pourpre
, luy attiroient encore plus
particulierement le respect de
tout le monde, & le faifoient regarder
comme l'un des plus
grands ornemens de l'Eglife, &
Te plus digne du rang où il feroit
bien-toft élevé.
Ce que M' le Duc de
Noailles fit l'année derniere
en Catalogne , vous a donné
lieu de croire, que cette Campagne
luy feroit auffi glo·
276 MERCURE
ricufe que la precedente . Il
eft brave, il eft fage ; ila apris
le meftier de la Guerre fous
le Roy qu'il n'a point quitté
dans toutes les Campagnes
que Sa Majesté a faites ; il eft
aimé des Troupes , & chery des
Habitans du Pays, il n'en faut
pas davantage pour reüffir , &
l'on va loin avec l'amour
des peuples, la prudence & la
valeur. A peine ce Duc fut- il
arrivé à l'Armée qu'il devoit
encore commander en Catalogne
, qu'il en fit une reveuë
generale , àun Village nommé
le Boulou à trois lieuës du
GALANT. 277
Col de Pertus.Elle eſt compofée
de dix -fept Bataillons , en y
comprenant huit cens Miquelets
, de fix Regimens de
Cavalerie de douze Compagnies
chacun , & de deux
Regimens de Dragons . Les
Ennemis avoient alors un
Corps de deux mille cinq
cens Chevaux campé au Bourdet
qui eft un Village fitué à
une lieuë & demic de Girone,
fur la riviere de Ter . Tout ce
qu'ils ont d'Infanterie n'ofe
paroiſtre, elle eft retirée dans
les Places , de forte qu'ayant
fait reculer leur Cavaleric ,
278 MERCURE
nos Troupes n'entendirent
non plus parler d'Ennemis
que fi nous n'en avions pas,
ce qui leur caufa un veritable
chagrin , tant elles témoi
gnent d'envie de ſe fignaler.
Noftre Armée alla camper à
Campredon , d'où M' de
Noailles refolut de ne point
partir qu'il n'eult fait nettoyer
les Montagnes . M'de
Bulonde campa à Saint Pau
avec une tefte de 1500. Chevaux
& de quatre Bataillons,
& fit faire une redoute fur le
Cap de Secofte. C'est une
Montagne qui domine toutes
GALANT. 279
celles , qui font entre Campredon
,& le Lampourdan.
Les Miquelets Efpagnols
s'eftant emparez d'une Maifon
qui eft au bas du Cap
dont je viens de vous parler,
& qui fe trouvoit à la tefte
du
camp
de M' de Bulonde,
ils n'y furent pas plûtoſt arrivez
qu'on detacha deux cens
Grenadiers commandez par
M' Rolland Major d'Erlac ,
qui les repouffa vigoureufement.
Ces Miquelets y perdirent
douze ou quinze des
leurs , & nous n'eufmes pas
un Soldat bleffé . Nos Fuzi280
MERCURE
liers de Montagne s'emparerent
en mefme temps d'un
Chafteau fitué dans la plaine
de Vic , où les Païfans leur
portent des vivres en abondance.
M ' le Duc de Noailles
ayant refolu de fe rendre
Maistre de Saint Jean de Las
Badeffes , y envoya un detachement
commandé par M
de Seppeville , de deux mille
cinq cens hommes , dont il y
avoit une partie du Regiment
de la Deputation . M' le
Comte de Boffeand , comme
premier Capitaine des GrenaGALANT:
2810
diers , fut
commandé pour
marcher à la tefte de tout le
detachement. En arrivant il.
pouffa les Ennemis jufqu'aux
portes de laVille , & prit pofte
dans le Faux bourg , où il
demeura jufqu'à ce que la
Ville fe fuft rendue. Il receut
un coup fort dangereux au
haut de la cuiffe , une demiheure
avant la reddition de la
Place . Les
Affigeans ayant
fouffert la petite Artillerie &
les Bombes
faits prifonniers de Guerre .
En voicy -l'cftat .
Juin 1690..
furent
tous
A. a
282 MERCURE
Dom Juan de Marimont,
Colonel.
Auguſtin de Montaner ,
Major , Commandant dans
Saint Jean..
Deux Capitaines en pied.
Deux Capitaines reformez
Deux Aydes- Majors..
Deux Enfeignes.
Trois volontaires..
Trois
Sergens..
Cent vingt- huit Soldats .
Trois Capitaines de Mique
lets..
Douze Miquelets.
On a conduit ces Prifon
niers à Beziers. Cette nouvelle
GALANT. 283
Conquefte eft fituée fur le
Ter , & a un Pont fur cette
Riviere . Le mefme detachement
qui a pris Saint Jean de
Las Badeffes, où M' deNoailles
a envoyé un gros Convoy de
Farine , cft allé à Ripouill
M' le Duc de Villahermofa
a défendu aux Habi
tans qui font à deux licües
aux environs de Barcelone ,
d'y moiffonner fur peine de
la vie , ce qui fait voir qu'il
apprehende M le Duc de
Noailles, & qu'il a refolu de
fe retirer aux environs de
cette grande Ville .
Aa ij
284 MERCURE
Je viens à ce qui s'eft paffe:
en Flandre depuis l'ouverture
de la Campagne . Les Ennemis
ont menacé fans paroiftre
; nous nous fommes montrez
,. & avons agy .
Le 15. May Mr de Luxembourg
fit la reveüe de fon
Armée prés de Saint Amand ..
Je vous ay envoyé l'eftat
des Troupes qui la compofoient
alors ; elles fe trou
verent en tres- bon eftat. M
de Luxembourg detacha M
le Comte de Maulevrier
Colbert Lieutenant General ,
& M de Ximenes,Maréchal de
1.
GALANT
.
285
de
Camp, avec fept à huit mille
hommes , fans qu'on fceuft
de quel cofté ils devoient
marcher. Le 17. l'Armée
ayant paffé l'Eſcaut , vint
camper à Leuze. Lé 15. elle fit
un grand fourage . Le 19. M
Luxembourg
, & M' le Duc
du Maine, accompagnez
d'une
partie des Generaux , allerent
reconnoistre
plufieurs
chemins , & particulierement
celuy d'Ath , & il fut ordonné
aux Payfans de les racommoder..
Le foir , l'ordre fut
donné pour le départ , & le
bruit fe répandit qu'on alloit
286 MERCURE
à Leffines. L'Armée decampa
le 20. & ayant paffé l'Escaut
à Pont- Alaye fur des Ponts
que Mt le Comte de Maulevrier
avoit fait faire , elle
campa à Hauterive où le
quartier general eftoit marqué
, la droite à Avelghen , &
la gauche à Boffut . M' le Duc
du Maine ,aprés avoir montré
fon activité dans les fonctions
de General de la Cavalerie ,
fit voir qu'il ne s'acquiteroit
pas moins bien de celles de
Maréchal de Camp. Ce Prince
marqua le Camp , &
plaça les Gardes pour
la preGALANT.
287
miere fois , d'une maniere à
faire croire qu'il n'avoit fait
autre choſe toute fa vie. Le 21 ..
on alla camper à Harlebec
fur la riviere du Lys , où M
de Maulevrier eftoit arrivé le:
jour precedent , avec toute
l'Artillerie de l'Armée ; il en
partit le jour que M ' de Luxembourg
y arriva , & alla
camper avec fon detachement
& l'Artillerie , dans un Bourg
éloigné de deux lieuës , apellé
Vielsbech. Il y avoit ce jourlà
une Feſte publique
tous les Habitans du lieu s'y
rejoüiſſoient. Ils furent fur
&
288 MERCURE
pris de voir des gens qui mar
quoient leurs Maiſons avec
de la craye , & demanderent
ce que cela vouloit dire . On
leur répondit que ce n'eftoit
rien , qu'ils pouvoient toujours
fe divertir, & qu'il alloit venir
cinquante mille hommes pour
eftre de la Fefte avec foixante
Pieces de Canon . Comme ils
n'avoient point efté informez
de la marche de l'Armée , ils
n'avoient pû rien fauver , &
il eftoit rrop tard pour
faire . Ainfi le detachement
qui logea dans ce Bourg , cut
fujer d'eftre content. Le 22.
l'Armée
le
GALANT. 284
l'Armée arriva à Deinfe à
trois petites lieuës de Gand ,
& elle y trouva le detachement
de Mt de Maulevrier.
La furpriſe des Habitans de
Deinfe fut tres grande , car
les Eſpagnols leur avoient
dit que l'Armée de France
eftoit bien retranchée dans
fon Pays , & que Dinan &
Philipeville eftoient affiegez .
Le 26. on fouragea jufqu'aux
portes de Gand , & jufque
fur le bord du Canal de Bru
ges , fans rencontrer aucun
Party des Ennemis , qui bien
loin de paroiftre , firent re-
Juin 1690.
Bb
290 MERCURE
tirer les Troupes qu'ils avoient
à Leffines , & en divers autres
'endroits , de maniere que
pays ſe voyant fans fecours, &
fans efperance d'en avoir , fe
le
ટિ
refolut à convenir des contributions
, fans qu'il fuft neceffaire
de paffer le nouveau Canal
qui va de Gand àBruges,
pour les regler . Comme ce
pays eft tres-bon, & que tous
les Habitans font riches , les
contributions ont efté fort
groffes . Le 2. de ce mois , on
fit encore un fourage julques
aux portes de Gand, fans que
les Ennemis ofaffent paroiftre.
GALANT
291s
Le 76 M de
Luxembourg fit
un
détachement de
quatorze
Bataillons , fçavoir quatre des
Gardes Françoiſes , deux des
Gardes Suiffes , deux de Greder
Allemand , trois de Stoup
le jeune , deux des Fufiliers ,
& un d'Aoufte . On leur ordonna
le foir de partit , mais
ils receurent un contre ordre
le
lendemain matin . Le l'ordre
ayant efté donné pour
partir le 10. on décampa cer
jour -là de Deinfe , & l'on fer
rendit à Harlebec , fans Cavalerie
ny Canon . Ce détachement
eftoit
commandé par
Bb ij
292 MERCURE
Mr Ximenes , Maréchal de
2
la Camp. Le 12. on alla pour
troifiéme fois fourager jufques
aux portes de Gand . Les
Ennemis s'eftoient vantez que
fi on y retournoit , ils nous
recevroient d'une maniere
qui nous empêcheroit d'y
revenir ; cependant ils fe contenterent
de paroiftre en affez
grand nombre au delà du
Canal , mais ils n'oferent s'avancer,
& nous laifferent tranquillement
faire noſtre fourage
. M' le Duc du Maine qui
eftoit Maréchal de Camp de
jour , les étonna par fa bonne
GALANT. 293
contenance , & marqua tant
d'intrepidité , qu'il ne voulut
revenir qu'avec l'arriere- garde.
Le 15 quatre Bataillons ,
deux cens Fufiliers , l'Artil ,
lerie avec M' du Metz qui en
eft Lieutenant General , & les
Dragons d'Asfeld Etranger ,
prirent la route d'Harlebec .
Ces quatre Bataillons , & l'Infanterie
qui partit le lendemain
, formeront un Corps
d'Armée qui fera commandé
par M' le Maréchal de Humieres
qui joignit ces Troupes
le 16. La Cavalerie de cette
Armée fera compofée des
Bb iij
294 MERCURE
Regimens de Bouflers , Meftre
de Camp gencral , Rotembourg
, Furftemberg , Praſlin,
Chalons Aubuffon , & des
Dragons de Murcé & d'Affeld
, fans celle qui fera tirée
des Places . Mr de Humieres
aura pour Lieutenans Generaux
, M' le Comte de Mau
levrier Colbert , Mr le Marquis
de Genlis , & M ' d'Auger
. Les Maréchaux de Camp
feront , M' le Marquis de Riyarol
, & M le Comte de
Montchevreuil
, & les Brigadiers
, Mr de Maffot , & M " les
Marquis de Vandeuvre & de
GALANT. 295
n
S. Simon. L'Armée de Mr de
Luxembourg fera compofée
de ce qui luyrefte de Cavalerie ,
& du détachement des qua .
torze Bataillons que je viens
de vous nommer , qui font
commandez par M ' de Xi .
menes , & de celles qui font
fous le commandement de
Mr le Comte de Gournay.
Toutes ces Troupes qui viennent
pour s'opofer à la grande
Armée ennemie , commandée
par le Prince de Valdec , doivent
encore eftre jointes par
le Corps que commande M
de Bouflers , qui s'eft avancé
Bb iiij
296 MERCURE
de fon cofté . Tous ces mou.
vemens , & toutce qui s'eft fait
en Flandre depuis l'ouverture
de laCampagne , demãdent un
peu de reflexion.Comme tout
Te fait en France avec une di
ligence à laquelle les Ennemis
ne fçauroient parvenir ,
on peut dire que nous avons
fait une Campagne avant que
la leur ait commencé. Ils
nous ont vûs affembler fans
crainte , croyant que nous.
n'avions deffein que de couvrir
Dinan qu'ils menacent
depuis longtemps ; mais comnous
n'apprehendions
me
GALANT 297
rien de ce cofté là , tant parce
qu'ils n'eftoient pas en eftat
d'agir , que parce que des
Corps qui ont tout d'un coup
paru , avoient ordre d'y veiller
, noftre grande Armée ,
commandée
par Mr de Luxembourg,
a efté du cofté de
Gand où elle n'eftoit.
pas attendue,
& d'où elle a tiré prés
de trois millions de contributions
, fans qu'il ait efté
befoin de faire aucune violence
, ny que les Ennemis.
ayent tiré un feul coup fur
nos Troupes. Cela produis
plufieurs effets tres avanta298
MERCURE
geux . Non feulement la France
fait voir qu'elle eft roujours
redoutable malgré le
grand nombre d'Ennemis qui
l'attaquent mais elle empêche
que pendant cette Campagne
les Espagnols puiffent
rien tirer du pays qui nous a
payé de groffes contributions,
& mefme d'en avoir des fourages
& du beſtail , puis que
nous y avons tout confumé.
Cette espece de premiere
Campagne finie , & les Ennemis
commençant à s'affembler
, il fe trouve une Armée
preſte , commandée par M' le
GALANT. 299
Maréchal de Humieres , pour
s'opposer à celle des Efpagnols
fortifiée des Troupes
du Duc de Hanover , & une
autre plus confiderable
, commandée
par M' de Luxembourg
, pour tenir teſte à M²
de Valdec , dont l'Armée est
compofée des Troupes de
Hollande, & de celles de plufieurs
Alliez . Cette grande
conduite fait voir que le Roy
agit dans fon Cabinet , & que
tant que fes ordres feront
ponctuellement
fuivis , fes
Ennemis voudront inutilement
entamer la France.
300 MERCURE
Soixante Vaiffeaux du Roy
eftant en eftat de fe mettre en
Mer , commencerent à fortir
le 2. de ce mois du Port de
Breft pour ſe rendre à la Rade.
Cette Flote devoit eftre fuivic
d'une autre compofée de
quelques Vaiffeaux dont on
attendoit que les Equipages
fuffent remis de la fatigue
qu'ils avoient effuyée dans le
voyage d'Irlande , de quelques
autres que l'on attendoit
de Rochefort , & de Dunkerque
, & de ceux que M ' de
Chafteaurenaud devoit amener
de la Mediterranée , mais
GALANT. 301
comme les vents s'opposent
fouvent aux projets qu'on
fait pour les affaires de Mer ,
cette premiere Flote qui avoit
commencé à fortir le 9, du
Port , fut obligée d'y rentrer
le 12. Elle eftoit partagée en
trois Efcadres , la Blanche , la
Blanche &bleue, & la Bleuë; &
chaque Eſcadre eftoit encore
partagée en trois Diviſions,
fçavoir, celle du Vice Amiral ,
celle du Contre Amiral , &
celle du Chef d'Efcadre . Les
Vaiffeaux particuliers avoient
les Flames de la couleur de
leurs Efcadres ; ceux de la
302 MERCURE
premiere Divifion au grand
Maft ; ceux de la feconde au
Maft de Mifene , & ceux de
la troifiéme au Maft d'Artimon.
Voicy quel eftoit l'ordre
de Bataille.
Ordre de Bataille de l'Armée Navale
du Roy , composée de foixante
Vaiffeaux de guerre .
Vaiffeaux , Generaux, ou Capi- Equip. Can
taines commandans en chef.
Efcadre Blanche & Bleuë , faifant
l'Avant -garde commandée par
M. le Comte d'Eftrées , qui portoit
Pavillon blanc & bleu au Maft
d'Avant,
SECONDE DIVISION.
Le Terrible, Mrs Panetier ,
500. 180
3. Ponts.
L'illuftre, 3.p. de Rozemades, 450. 70
GALANT 303
Le Courtifan , de Pointy,
Le Conquerant, deVillette , Con-
400.
64
3. ponts, rre-Amiral. 600 . 82
Le Glorieux , de Belle - Ifle Eratd,
370.
62
L'Excellent , de Monbron, 350.
60
L'Alcion >
Le Fendant,
Le Moderé ,
Le Bourbon ,
Barte .
PREMIERE DIVISION.
Mrs de laVigerie . 330 .
des Augers,
d'Hervan >
220 . 40
5.4
300. 54
400 . 64
Le Crand , le Comte d'Ef- 500 . 76
3. ponts trées , Vice Am .
blanc & bleu .
Le Belliqueux , d'Esfrand ,
Le Bon , du Palais .
300: 54
Le Vigilant , de Chaluis, 300. 54
TROISIE'ME DIVISION.
Le Neptune , Mrs de Forbin .
230. 48
Le Fleuron , Chabert , 330. 56
3. ponts .
& bleuë.
Le Courageux , de Reals.
LC François , d'Ailly .
Le Fougueux , de S. Mars ,
La Couronne, de Langeron,
Cornette blache
370 .
62
1
500, 76
350. 60
250. 48
Efcadre Blanche au Corps de Bataille,
commandé par M. de Tourville ,
304 MERCURE
qui portoit Pavillon blanc au Maft
d'Avant.
SECONDE DIVISION.
Le Forruné , Mrs Pafle, 330-
ر ا گ
Le Sans pareil, de la Rongere, 350.
60
Le Ferme . de Vandricourt, 350.
60
L'Intrepide ,
de Gabaret , Con- 550.
60
3. ponts,
tre- Amiral .
Le Henry,
d'Amblimont .
400. 66
L'Arrogant ,
leCh . Defadrais . 350 .
60
L'Arc -en- Ciel , de Ste Maure . 250. 44
PREMIER F DIVISION .
Le Marquis,
Mrs de Chafteau 350 .
60
Morant,
Le Furieux , d'Aifnaud . 360. 62
Le S. Philippe , de Coëtlogon ,
Le Soleil-Royal , le Comte de
500 .
80
900.
100
Tourville ,
Le Tonnant 3.P.
de la Porte. 500 .
80
Le Serieux .
de Bellefontaine . 400.
66
Le Diamant ,
Le Maure ,
de Serquigay.
TROISIEME
DIVISION .
Mrs de la Galif-
Le Vermandois , du Chalart .
Le Triomphant , de Flacour , Cor-
Le Parfait .
ie Brufque
,
nette blanche .
310.
60
300. 54
fonniere .
350.
60
soo . 78
de Machaud . 350 .
60
de Ricout , 300. $0
GALANT. 305
•
Le Témeraire. du Rivau-Huet . 330. 56
Efcadre Bleuefaifant l'arriere-garde,
commandée
par M. d'Amfreville,
en l'absence de M. de Chasteau-
Renaud. Il portoit Pavillon bleu
au Maft d'avant.
TROISI E'M B DIVISION.
Le Cheval Marin, Mrs le Ch . d'Am- 200. 49
freville .
'Apollon,
Le Fier , 3. p.
· Bidault . 350. 60
de Relingue , 500 . 78
Corn. bleue.
Le Trident ,
Le Fort ,
Le Vaillant s
PREMIERE
de l'Arteloire . 350,
60
de Feuqniere , 300. 54
de Riberet- 300. 50
DIVISION,
Le Pretieux , Mrs de Periner . 350. -60
Le Brave 2 de Champigny. 350. 60
Le Content , de S. Pierre . 400. 64
Le Magnifique, le Marquis d'Am- $ 70 , 80
3 , pons. freville , Vice-
Amiral bleu .
L'Entreprenant, de Sepville .
Le S. Michel, de Villars.
Le S. Louis ,
350. бо
359. 60
la Rocque Peifin . 330. 56
DIVISION. SFCONDE ་
Le Solide ,
Le Duc,
Mrs de Ferville .
de Pailliere .
Juin 1690..
200. 40
"
300. j6
Cc
206 MERCURE
L'Agreable, de la Motthe , 359%
Le Souverain , de Nefinond ,
3. ponts.
Contre-Amiral
bleu . 560. 80
Le Brillant, de Bausjeu, 400.
66
Le Prince , le Baron des A- 350.
60
dre:s .
L'Eclatant , de Septeme- 420. 68
Outre ces foixante Vaiffeaux
de Guerre, il y avoit encore
dix- huit Brulots . Les
vents contraires les ayant fait
rentrer dans le Port de Breft,
comme je vous l'ay déja - dit ,
ils y ont efté joints par Mr
de Chateau Renaut , qui eft
enfin arrivé avec les fix gros
Vaiffeaux qu'on attendoit de
Toulon. Papachin s'eftoit
GALANT. 307
vanté qu'il l'attaqueroit au
Détroit avec plus de vingt
Vaiffeaux des Alliez , mais il
femble qu'il n'y ait paru que
pour faire honneur à fon
paffage. Mr de Chasteau-
Renaut s'arrefta , & fit paffer
devant luy les Vaiffeaux
Marchands qui l'accompagnoient.
Papachin les vit &
n'ofa les attaquer. M' de
Chafteau- Renaud poursuivir
La route pendant plus d'une
grande licüe, & s'eftant aperçeu
qu'il y avoit un Vaiffeau
Marchand derriere luy qui
n'eftoit pas fi bon Voilier.
Cc ij
308 MERCURE
que les autres , il s'arrefta de
nouveau pour le laiffer paffer,
& mit en pane afin de combatre
les Ennemis s'ils euffent
efté d'humeur à vouloir accepter
le défy , mais ayant
connu que malgré l'avantage
qu'ils avoient par le nombre,
leur deffein n'eftoit pas de
combatre , il fuivit les Vaiffeaux
Marchands qu'il avoit
mis en feureté, & fe rendità
Breft, où les Galeres nouvellement
fabriquées fe font auffi
rendues . Elles partirent de
Rochefort le 15. de ce mois.
Touc la Ville fortit dans des
GALANT 309
Chaloupes pour voir leur
départ. Ce fut une espece
de Fefte publique , & ces nouveaux
Bâtimens furent admirez
; il n'y a point de Fregates
qui aillent plus vifte , ce
qui a caufé beaucoup d'éronnement.
Je vous en entretiendray
plus au long le mois
prochain.
Le vray mot de l'Enigme
du dernier mois eftoit la Toife
, & il a efté trouvé par
MS l'Abbé de Saint Cir ::
de Bourdaille Curé de Senteny
: Digeon voifin de la.
Fontaine des Blancs - Man310
MERCURE
teaux : Savart de la rue Saint
Honoré : Melchior de Strafbourg
Serin Sieur de Vauchenet
de Fontevraut : C.
Hutuge d'Orleans : Linot de
Nogent le Roy : Le Chevaliet
Devifant : Bourfault
Lieutenant d'une Patache :
Duval de Saint Germain en
Laye Le Chevalier Donadieu
: Bellet de Sainte- Foy :
Cipiere de Bordeaux : La
Bonne de Brive : L'Abbé
Brouillard de Salins en Franche-
Comté De Bagnolles
Garde- Marteau des Eaües &
Forefts de Dreux : Querray
GALANT
311
de Saint Brieux Avocat du
Terran : L'Abbé Panfil : C.
B. D. P. D. de Poitiers : Cotteret
Seigneur de Villiers :
Vieillard Sieur de Saint Mathieu
:
Bordeau
Chirurgien
de la rue Saint Honoré : Simon;
Tamiriſte de la ruë de
la Cerifaye : De la Clemencerie
Juge de Mortain : Ridras
du Quay des Morfondus
: l'Amant du petit Serin :
Le Captif delivré de la Barbarie
de la rue Saint André :
Le plus heureux des Amans
de la rue des Prouvaires
L'Amant de la belle- Gabrielle
312 MERCURE
de Champagne du quartier
de Saint Euftache : Le Grand
Scamandius Chanoine de
Deinfe : L'illuftre Berger Nicaife
: Le petit Pipi l'Hollan
dois : L'heureux Arpenteur à
la Toife d'argent du Fort-
Louis du Rhin : L'amy malheureux
de Gomar Guerlo
du quartier de la Pofte : Le
Mandarin de la rue du Plaftre
le moins chery de la
fortune de la rue Bertin- poirée
; le Berger fidelle de la
Jüe Dauphine : Egan Gouverneur
du Chevalier Juftin :
Ailmer prés du Trône : Bazin
"
de
GALANT.
313
de Crolles Prevoft de Mortain
: Mefdames & Demoimoifelles
de la Corcelle de
Bailly : Le Bacle de Rochecot:
Véné de la rue de l'homme-
L'aimable enjouéc Armé
"
de la rue de la Monnoye :
Melle R. La Fiere Epoufeide
de la mefme rue ; La belle
, mais infenfible Manon
de la rue Sainte Avoye :
La cruelle trop aimée de
Caen : L'aimable Janneton
B. du quay de Gefvre : La
belle le Faucheur : La charmante
Manon C. de la por
te Saint Jacques : Les deux
Juin 1690. Dd
314 MERCURE
aimables Cadettes de l'ailnée
de la tüe du Croiffant :
La Belle Gabrielle de M. de
Toulouſe L'aimable union
des deux Soeurs voifines du
petit Saint rue Saint Antoine
: La charmante Theano :
La grande Anachorette : La
Societé tenebreufe A.B. & C.
L'aimable indifferente de la
ruë de Ven ..... L'aimable
Angelique de la ruë de la
Harpe La charmante Catin
de la rue Chapon : Les deux
Soeurs infeparables de la ruë
du Muret à Chartres : La belle
Conftante dans le Celibar
:
GALANT. 315
de la rüe neuve Saint Mederic
, & fon Pere Confeiller
Notaire : La veuve à l'ana→
gramme ton partage me guerit,
& le petit Brunet ſon Amant:
L'illuftre Veuve de la rüc
Galande La jolie Veuve de
la rue Tictonne : L'Aimable
petite Tante de la rue de
Ï'homme-Armé, & la belle de
la Porte Saint Antoine .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle dont l'Auteur cache
fon nom . Elle eft affez étendue
pour faciliter à vos Amies
la connoiffance du mot qu'elle
cache.
Dd ij
316 MERCURE
12.
ENIGME
L ne m'eft point honteux d'eftre
petite ,
Fen fuis plus innocente , & moins
Suspecte ; auffi
De mejuftifier on prend peu defoucy.
Quoy qu'ordinairement on craigne
ma vifite ,
e ne fais jamais rien qui bieffe la
pudeur.
Pourtant ma compagnie eft de manvaife
odeur,
Puis qu'elle fait rougir la plus honnefte
Fille.
Jay foulagé bien plus d'une Famille
;
Et l'on ne dira pas que je ne fers de
rien,
Car,fi les uns cedent àma puiffance
GALANT.
317
Par leur trop foible refiftance ,
A d'autres bien fouventje procure du
bien.
Ma puiffance en effet est bien grande
& bien forte.
Fe feme en bien des lieux, & ce n'eft
point en vain ;
Mais l'abondance de mon grain
Defole le champ qui le porte.
Dés la premiere impreffion
Que je fais fur un coeur , on voit
que la plus Belle
Se rend à ma difcretion
Et me met au lit avec elle,
Toujours avec émotion.
Elle me dorlote & mitonne ,
Pour me faire au plûtoft fortir,
Parce queje la fais pâtir
Par la peine que je luy donne.
L'air me porte, & partant fi je fuis
un fardeau ,
Dd iij
318 MERCURE
Ileft leger, puis que l'air le voiture
Je n'ay jamais appris ny Deffein , ny
Peinture >
Et ne fais vanité de crayon ny pinceau
,
Je me diftingue affez par la Graveure.
Il eft temps que je vous
parle de l'affaire de Savoye, Je
vais fatisfaire une partie de
voftre curiofité la - deſſus , je
dis une partie , parce que je
n'entreray pas dans tout le
détail de ce qui s'eft paffé ,
avant que les Actes d'hoftilite
ayent commencé de part
& d'autre. Il n'eft pas meſme
befoin que je vous en entreGALANT.
319
tienne , puis qu'il y a des
faits publics qui en parlent
amplement , & que perfonne
ne les ignore. Toute l'Europe
a vû la Lettre écrite au Roy
par Monfieur le Duc de Savoye
, & le Difcours de M ' le
Comte de Govon , Ambaſſadeur
de ce Duc , fait à la
Diete de Bade , n'a pas efté
moins public . Cette Lettre,
& ce Difcours font fi oppofez
, qu'il eft facile de voir
ce qu'on en peut inferer.
Comme je refpecte tous les
Souverains , je n'entreray
point là - deffus en raifonne
Dd iiij
320 MERCURE
ment , & je me contenteray
de vous dire que dans la fituation
où le trouvent aujourd'huy
les affaires de l'Europe
, il ne manquoit plus à
la gloire du Roy que de voir
le Duc de Savoye fe declarer
contre luy , afin que fon
triomphe fuft rendu complet.
Nous ne voyons plus dans
l'Europe aucune Puiffance
voifine des Eftats de ce Monarque,
qui ait pû fuporter
l'éclat de fa gloire, & la conjuration
qu'ils ont faite pour
l'obscurcir, luy donne encore
un nouveau brillant . En effet,
GALANT. 321
rien n'eft plus glorieux pour
le Roy que d'avoir empefché
depuis deux ans que fa puiffance
n'ait efté entamée par
un fi grand nombre d'Ennemis,
& de fe voir le feul ap
puy de la veritable Religion,
lors que le Prince d'Orange ,
qui felon fes Manifeftes n'eft
paffé en Angleterre que pour
empefcher qu'elle ne s'y affermift
, fe voit encenfé par
tous les Princes Catholiques
qui font la guerre à Sa Majefté
, & qui reglent leurs dé
marches fur les confeils de
cet Ufurpateur , que l'on
322 MERCURE
pourroit faire paffer pour des
ordres , tant ils font fuivis
exactement . Pendant que le
Roy foutient feul une guerre
qui accableroit la veritable
Religion fi ce Monarque
avoit du defavantage , M ' de
Savoye trompé par fon Confeil
, & animé par de jeunes
Princes fachez de voir fleurir
Les Eftats pendant qu'ils épuifent
les leurs d'hommes &
d'argent , fe joint aux Ennemis
de Sa Majefté , de forte
que le Roy fçachant que les
Eſpagnols devoient entrer en
Piedmont , a fait avancer fes
CALANT. 323
Troupes dans le Pays. Les
Actes d'hoftilité ont commencé
de part & d'autre , &
les Troupes du Milanez font
arrivées aufſi- toſt pour juſtifier
la conduite de Sa Majefté
en faifant voir qu'elle eftoit
bien informée ? Ainfi le Roy
trouvant dans les Eftats du
Duc de Savoye fes Ennemist avec
qui il eft en guerre,ceMonarque
les poffedera à droit de
Conquefte s'il arrive qu'il s'en
empare , ce qui eft pris de la
forte fur des Ennemis avec
lefquels on eftoit déja en
guerre appartenant legitime--
324 MERCURE
ment au Vainqueur qui s'en'
rend maiftre. Cependant il eſt
indubitable que la Savoye &
le Piedmont vont eftre ruinez
pour beaucoup d'années ,
puis que les Armées de
France , d'Efpagne , & de
Savoyé vivront aux dépens
des Eftats de ce Duc , fans
qu'il foit poffible que cela
n'arrive
pas , de quelque
maniere que les chofes tournent.
On peut juger par là fi
le Duc de Savoye a pris un
party avantageux à fes Sujets,
car il eft à croire qu'à fon
égard , il eft bien perſuadé du
1
GALANT
325
tort qu'il fe fait. Il ne feroit
pas le premier qui auroit tout
facrifié à fa paffion, & qui auroit
confenty à fa ruine entiere
feulement pour embarraffer
fon Ennemy. Il ne fait
rien pour luy en cette occafion
; il fauve peut eftre le
Milanez qui s'eftoit impru
demment armé l'année derniere
contre le Roy, & femble
vouloir que ce Monarque
s'empare de fes Eftats ,
puis qu'il y trouve fes Ennemis
. Ainfi le Roy en
les attaquant où il les trouve
pourra faire une Con326
MERCURE
quefte au lieu de l'autre , &
les repouffant enfuite jufque
chez eux , leur faire craindre
qu'il ne les foûmette de la
mefme forte.
Vous avez vû dans un autre
Article de cette Lettre ,
que M' de Feuquieres eftoit à
la pourfuite des Barbets qui
font dans les Montagnes . Mr
de Savoye avoit deffein de l'y
faire enfermer , en le faifant
enveloper d'un cofté par ces
mefmes Barbets , & de l'autre
par les Habitans de Mondevi,
& par les Milices Piemon
toifes, aufquelles fe devoient
GALANT. 327
joindre les Barbets rentrez en
grace. Ce deffein ayant eſté
découvert affez à temps , on
envoya du renfort à M' de
Feuquieres. Le 3. de ce mois
on apprit que M¹ de Savoye
avoit dit publiquement qu'il
attendoit des Troupes Efpagnoles
. Le 4.on commença à
eftablir des Contributions, &
à faire des Détachemens pour
aller au fourage, & pour enle
ver du Bétail. Il y en alla un
de dix - huit Dragons du Regiment
de Catinat qui enleva
un affez bon nombre de Va
ches un peu audelà du Buriaf328
MERCURE
>
que. Un autre Party emmena
fept Payfans qui furent trouvez
les armes à la main. Enfuite
de ces petits detachemens
on en fit partir un plus
gros pour aller faire contribuer
du cofté de Carmagnole
;
il eftoit fuivi de foixante chariors
vuides pour mettre
quinze cens Sacs de bled qu'-
on alla querir dans un Chaf
teau , où l'on fçavoit qu'ils
eftoient. La defolation commença
dans la Province de
Carmagnole quand on y apprit
, qu'il falloit commencer
à contribuer. On s'accommoGALANT.
329
da avec plufieurs , & l'on prit
du bled au lieu d'argent , de
forte qu'on en conduifit environ
trois mille facs à Pignerol
. Le 7. noſtre Armée avança
dans le Pays , & M' de
Catinat y eftant arrivé,y fit le
8. deux detachemens , fous
M' le Marquis du Pleffis Belliere
, & fous M' le Comte de
Medavy, pour continuer à
faire payer les contributions
aufquelles les peuples avoient
de la peine à fe refoudre ,
quoy qu'elles cuffènt efté reglées.
Ceux des environs de
Cachours furent de ce nom-
Juin 1690 .
E e
330 MERCURE
bre, & tirerent fur le detache
ment de M' le Marquis du
Pleffis Belliere ; les Dragons
ruerenr trente- cinq Payfans,
& firentun grand butin . On
s'eft emparé de la Vallée de
Lucerne, & de la Place de ce
nom , ainfi que de fon Chaf
teau . Le Gouverneur avoit
ordre de fe jetter dans les
Montagnes avec fa garnifon
& fon Canon, dés qu'il aprendroit
l'aproche des Troupes
du Roy. Ainfi il. joignit les
Barbers , & le Duc de Savoye
aima mieux que fes Troupes
cherchaffent un azile chez les
GALANT, 331
de
tenir fa pa-
Proteftans que
role. On ne peut rien ajoû
ter à ce que les Nouvelles
imprimées
ont dit contra
luy,
C en croyant
le juftifier
. Elles
ont publié
qu'il falloit
que
la Lettre
qu'on
affuroit
que ce
Duc avoit écrite à Sa Majesté
fuft fauffe, puifque
fi elle cuft
efté veritable
, on l'auroit
pris
au mot . On l'a fait ; fa Lettre
n'eftant
que trop vraye
pour
fa gloire
, il a demandé
du
temps
; on luy en a donné
,
& la fuite a découvert
fes
deffeins. Mais pour revenir au
Gouverneur
de Lucerne
, il >
Ec ij
332 MERCURE
avoit voulu faire fauter fes
Fortifications , mais fes Mines
ayant manqué par le peu
d'habité de ceux qui s'en
eſtoient meſlez , on en retira
les poudres. Le io . on s'empara
de Rivalte où il y a un
vieux Chafteau . Plufieurs
Payfans qui s'y cftoient reti .
rez avec leurs Femmes , &
leur Bétail , eurent la temerité
de tirer fur les Troupes du
Roy, & la Place fut emportée
, & pillée.
Je ne puis finir l'Article de
cette Guerre , fans vous apprendre
jufqu'où va le zele
GALANT.
333
1
ardent des
Dauphinois, pour
le fervice du Roy. Vous fçavez
que ces Peuplesfe font autrefois
fignalez fous les noms
d'Allobroges & deVoconces,
en faveur des Romains en
qualité de leurs Alliez , qu'ils
ont fouvent fait trembler les
Peuples qui les confinent , &
que par eux les Princes Dauphins
ont triomphé des Comres
de Savoye , & des Princes
d'Orange . Ils ont contribué
â l'éloignement des Anglois ,
& aux Victoires de la France
contre l'Espagne , & autres
Ennemis de l'Eftat ; mais il
334
GALANT:
Temble que cette nouvelle
Guerre les engage à rencherir
fur ce que leurs Anceftres
ont fait. Ils n'ont pas plûtoft
appris que le Duc de
Savoye avoit abandonné l'alliance
de France , qu'on a veu
fur pied des Compagnies avec
des Officiers à leur tefte,preftes
à courir où le Service du
Roy les appelleroit . Le Grefivaudan
a fait des chofes furprenantes
en cette occafion.
C'est une qui a eu des
Vallée ,
Comtes qu'on a enfuite appellez
Dauphins. Elle s'étend
depuis Grenoble jufques en
GALANT. 335
:
Savoye, & fournit elle feule
plus de dix mille hommes
dans la conjoncture
où fonr
prefentement
les Affaires.
Tous les Villages qui la compofent
, ont pris les armes fi
diligemment
pour occuper la
Frontiere , qu'ils n'ont laiffé
dans leurs Maifons que leurs
Femmes & leurs Enfans . M
de Larray qui commande les
Troupes en ce Pays - là , leur a
donné des Chefs , & a ordonné
qu'ils feroient poftez depuis
l'Ifere jufqu'au Guier.
C'eft une riviere qui fepare le
Dauphiné d'avec la Savoye.
316 2
MERCURE
La Milice du Pays Viennois
qui n'a pas fait paroiftre
moins ds zele , & qui eft auffi
fort nombreuſe, a esté postée
le long de la riviere du Guier,
& bien avant contre le Rône.
Les Savoyards fe fonr
retirez des Frontieres , à l'approche
de tant de Troupes,
& ont payé les Contributions
qu'on leur a demandées .
Cependant depuis un an on
monte tous les jours la Garde
dans toutes les Villes du Dau.
phiné , & il y a trois mille
hommes à Grenoble divifez
en feize Compagnies qui
depuis
GALANT
337
?
depuis ce temps-là font la garde de
huit jours en huit jours , & qui ont
témoigné en cette occafion tant
d'ardeur pour aller combattre contre
la Savoye , qu'on a de la peine
à les retenir. Il y a peu de Troupes
mieux difciplinées , & quand elles
0 feroient de celles que l'on appelle
reglées , elles ne feroient pas mieux
leur devoir. L'Arriereban du Dauphiné
partit dés le IS. de ce mois
pour fe rendre à Chatillon fur Indre.
Tout le Lionnois fait voir le même
empreffement que le Dauphiné ,
pour le fer vice du Roy, & il y a lieu
de croire que le zele de ces deux
Provinces fera fournir un grand
nombre de Troupes à Sa Majefté.
Les Sujets du Duc de Savoye font
extrémement chagrins de la guerre
qu'il entreprend , & murmurent
Juin 1690.
Ff
338 MERCURE
hautement contre ce Prince , diſant
qu'elle ne peut aboutir qu'à les jetter
dans la derniere mifere , & à
redonner de la vigueur au Party
Proreftant contre luy-mefme , &
dans fon propre pays ; que tout ce
qu'il peut efperer , & qui eft nean .
moins fort douteux , c'eft de fe voir
poffeffeur de fes Etats à la fin de
cette guerre, comme il l'eft aujourd'huy
, ce qui ne peut arriver fans
qu'ils foient entierement ruinez ,
puis qu'il faudra que les Armées de
France & d'Espagne y vivenr auffibien
que la fienne , & que c'en eft dix
fois plus qu'il ne faut pour mettre
un fi petit pays hors d'etat de fe
rétablir de plus de vingt ans . Heureux
s'il en eft quitte à fi bon marché.
Le Duc de Savoye voyant que
desSujets s'expliquent fi hautement,
GALANT.
339
& craignant que la plufpart ne l'abandonnent,
ou ne le fervent mal
dans une guerre qu'il eftoit en fon
pouvoir d'éviter , les a fait affembler
dans la grande Egliſe de Turin ,
où aprés leur avoir fait un difcours
contre la France, il les a engagez à
luy prefter un nouveau ferment de
fidelité. Il faut qu'un Prince qui eft
obligé d'en ufer ainfi avec fes propres
Sujets , trouve luy mefme fa
conduite bien irreguliere , & s'en
faffe des reproches en fecret , pendant
qu'il s'engage mal à propos
dans une entrepriſe dont le fuccés
ne luy fçauroit eftre que funefte, de
quelque maniere qu'elle tourne. Le
Roy qu'on a crû embaraffer en
augmentant le nombre de ceux qui
fe liguent contre luy, fait voir qu'il
ne peut jamais eftre furpris , puis
Ff ij
340 MERCUKE
que felon les ordres donnnez , il
doit avoir à prefent plus de trente
mille hommes dans les Etats du
Duc de Savoye. Cela ne ſe peut
concevoir fans peine , quand on
confidere à combien d'autres Ennemis
ce Prince tient tefte fur terre
&fur mer.
rez pas
Je viens à la fuite du Voyage de
Monfeigneur le Dauphin , mais
avant que d'y entrer , vous ne ſefachée
que je vous envoye
quelques Vers qui ont efté faits fur
fon départ. Ceux qui fuivent font
de M. Marcel , & ont efté mis en
Air par M. d'Ambruis , dont la réputation
vous eft connuë.
AIR NOUVEAU.
4uphin , chery du Ciel, par-
D
tez avec Bellonne.
Déja dans fes refeaux le Dieu du
Rhin friffonne,
GALANT •
341
Au bruit de vos fiers Combattans.
Allez, allez cueillir des Palmes immortelles
;
Pour les jeunes Heros la gloire eft un
Printemps
Dont les fleurs font toujours nowvelles.
Ces autres Vers font de Mademoifelle
de Serigny.
Tu retournes done , grand Danphin
,
• Avec lafoudre de ton Pere
Sur le Danube & fur le Rhin.
Ah! ce n'eft pas pour n'y rien faire.
L'autre fois, en peu de fejour,
Tu t'emparas de Philisbourg
Pour fimple effay de ton courage.
Brillant Heros, tu n'y retournes pas
Four n'y pas faire davantage.
La Victoire par tout volera fur tès
pas
Ff iij
342 MERCURE
Je vous ay marqué la derniere
fois que le 22. du mois paffé, Monfeigneur
eftoit arrivé à Nancy , où
les Feux de joye & les Illuminations
avoient fait connoiftre la joye
que caufoit fon arrivée . J'ajoûteray
à cela qu'il y fejourna jufqu'au 24.
& qu'il fit l'honneur à plufieurs Seigneurs
Lorrains de l'ancienne Chevalerie
, de les faire manger à fa
table. En voicy les noms.
M , le Prince de Lixin , allié des
Ducs de Lorraine.
M.le Marquis d'Haraucour.
M. le Marquis de Gerbeville .
M.le Comte de Lenoncour
M. le Marquis de Bauvau.
M. le Comte de Couvonge.
M. le Marquis de Baflompierre.
M. le Comte de Torniele .
Ces Seigneurs n'ont pas mangé
GALANT. 343
tous en mefme temps avec Monfeigneur
, mais ils ont eu cet honneur
trois ou quatre à la fois . Le 24 .
ce Prince arriva à Suneville ; le 25.
à Blamont ; le 26. à Sarbourg , &
le 27. a Saverne , aprés avoir dîné
ce jour-là à Phaltzbourg , dont il
vifita les fortifications , ayant efté
receu par le Gouverneur au bruit
du Canon. Le 28. il arriva à Strafbourg
, & en vifita les dehors ,
accompagné de M. le Marquis de
Chamilly , Gouverneur . Les Officiers
de Ville vinrent en Corps le
complimenter, & il alla enfuite entendre
la Meffe dans l'Eglife Cathedrale
, où le Chapitre fe trouya
à la porte pour le recevoir . L'apréfdînée
il monta à cheval. & vifita la
Place & la Citadelle. Il partit de là
le 30. & vint coucher à Haguenau.
Ff iiij
ི་
1
344 MERCURE
Le 31. il alla difner au Fort Louis,
qu'il vifita avec la mefme application
qu'il a fait toutes les Places
fortes par où il a paifé. Ce Prince
alla coucher à Veiffembourg , où il
arriva accompagné de Monfieur le
Duc , de Monfieur le Prince de
Conty , & de Monfieur de Vendofme.
Il fe rendit le 1. de ce mois à
Landau, & avant que de fe repofer
il fit le tour de la Place , Le 2. au
lieu de fe remettre de fes fatigues,
il alla vifiter les fortifications & les
nouveaux travaux de Philifbourg.
Ce Prince revint coucher à Landau
d'où il devoit partir le 9. pour
aller
coucher à Neuftat , mais fon impatience
de joindre l'Armée l'obligea
de changer de deffein , & il envoya
ordreaux Maréchaux des Logis qui
eſtoient partis , d'aller à un Village
GALANT 345
au delà de Neuftat nommé Vintelnicq.
Il apprit par un Courier deM.
de Lorge qui eftoit campé à Oderheim
à quatre lieues de Mayence ,
que ce Maréchal avoit fait emporrer
par les Dragons de Baibefieres
le Bourg & le Chafteau de Becktisheim
, malgré la grande refiftan-.
ce que firent les Ennemis. Le 4
il arriva au Camp accompagné de
Mr le Comte de Choiseuil , qui
eftoit allé au devant de luy avec
douze cens Chevaux , & ne voulut
point difner qu'il n'euft veu toute
I'Infanterie fur une ligne. Il la revit
l'aprefdinée en Bataille, & la fit defiler
devant luy , & le 6. il la vit
Compagnie par Compagnie. Ainfi
l'on pent dire que pendant quatre
jours qu'il a demeuré dans ce lieu ,
appellé le Camp de Lambsheim ..
•
346 MERCURE
il a examiné trente- trois Bataillons,
bomme à homme. Ce Prince
vint enfuite camper à Vachenheim
, où il eftoit encore le 22.
de ce mois. Mr le Maréchal de
Lorge qui eftoit campé a Epenheim
à trois lieues de Mayence ,
vint avec 106. Efcadrons à l'arrivée
de Monfeigneur , qui fit camper
cette Cavalerie toute en Corps,
& on envoya ordre à l'Infanterie
d'aller camper à Spire . On a fait
deux grands Fourages fur les bords
du Rhin à la veuë des Ennemis. Le
premier eftoit avec deux mille Chevaux.
Le fecond le fit le 18. entre
Odernheim & Vorms, où l'on fit avancer
de laCavalerie pour couvrir
les Fourageurs. Mr le Marquis de
Souvré, Fils de M.de Louvois , qui
étoit commandé comme Meftre de
GALANT. 347
Camp de jour , y receut, en allant
vifiter les Fourageurs & les Corps
de Garde , un coup de Moufquet au
travers du bras droit au deffous de
Paiffelle. Ce coup luy fut tiré par
des Soldats qui eftoient dans des
Bateaux fur le Rhin. Sa bleffure
eft dans les chairs , & il n'y a rien
de caffé. Le 17. Monfeigneur receut
Ele Plan de Mont- Royal , & M de
Montal luy fit fçavoir , qu'il eftoit
remis d'une indifpofition qu'il avoit
euë, & que fa Place eftoit en eftat
I de défenfe.
-
Selon toutes les apparences Monfeigneur
eft encore dans le meſme
Camp , par ce qu'il n'en devoit
point partir que les Ennemis ne
fuffent affemblez , & qu'il n'en euſt
des nouvelles affeurées . D'ailleurs,
il y avoit encore deux ou trois
348 MERCURE
grands fourages à faire , qui pou
voient entretenir l'Armée jufqu'à
lafin de ce mois , & meſme audelà.
Je ne fçaurois finir cette Lettre
fans vous faire part d'une
action qui vous paroiftra extraordinaire
& bien digne d'un
François ; elle s'eft paffée en Alface.
Un Lieutenant du troifiéme
Bataillon de la Couronne , Neven
de Mr de Brifac Major des Gardes
du Corps, gardoit avec vingt hommes
un Moulin dont la porte eftoit
paliffadée. Il fut attaqué par trois
cens hommes , & fit une refiftance
fi vigoureufe , qu'il tua plufieurs
Soldats & trois Officiers . Les En
nemis mirent le feu à des Maiſons
Voifines , afin qu'il fe communiquaft
au Moulin. Cela l'obligea à
faire une fortie avec dix -fept hom
GALANT. 349
mes qui luy reftoient . Les Ennemis
crurent que c'eftoit un renfort qui
luy venoit , & aprés avoir quelquetemps
efcarmouché derriere une
haye , ils fe retiretent. Le Lieutenant
rentra dans fon Moulin avec fes
dix-fept hommes , & les Payfans
déreignirent le feu qui n'avoit pas
encore gagné le Moulin.
Le Roy a donné la Charge de
Chirurgien Major de fes Camps &
Armées à Mr Beffiere. Son experience,
confommée fera d'un grand
foulagement pour les bleffures.
0 La Ville de Charlemont en Irlande
a efté prife par Mr de Schomberg,
& on s'en eftonne , au lieu
qu'on devroit eftre furpris , de ce
qu'elle n'a pas efté plûtoft prife. Il
y a prés d'un an qu'elle tient prefque
à fon Camps cependant il n'a
350 MERCURE
ofé employer la force pour s'en
rendre Maistre , & elle ne feroit
pas encore en fon pouvoir fi le
manque de vivres ne l'euft contrainte
à fe rendre.Elle n'a pû eſtre
fecourue parce qu'il auroit fallu
que les Troupes du Roy d'Angleterre
euffent fait quarante milles
de chemin , dans une faifon où il
n'y avoit point encore de fourages.
Une pareille perte feroit de confequence
dans un autre Eftat, & donneroit
lieu au vainqueur de s'étendre
, mais cette Conquefte n'eft
prefque d'aucune utilité en Irlande,
qui eft un Pays coupé de precipices,
de Canaux , de défilez , de Vallées,
& de Montagnes , de forte qu'en
prenant une Place on n'eft guere
plus avancé qu'auparavant, puis que
la Campagne qui eft par - delà,coure
GALANT:
351
fouvent en ce Royaume autant à
prendre que les Places.
Le Prince d'Orange eſt allé
en Irlande contre la penſée de
tous ceux qui raiſonnent felon la
bonne politique. Il a peut- eftre
encore mieux vû qu'eux ce qu'il
rifquoit en abandonnant l'Angleterre
, mais il a eu des raiſons qui
l'y ont indiſpenſablement engagé.
Il y a fix mois que les Anglois
murmurent de la longueur de la
Guerre d'Irlande , à cauſe que leur
commerce eft interrompu dans ce
Pays-là , d'où ils tiroient mille chofes
qui leur manquent. Le Prince
d'Orange s'eftoit engagé d'y paffers
il avoit demandé de l'argent pour
cela, & il en avoit beaucoup receu .
Sa penſée eftoit que nonobftant fes
promeffes , & l'argent qu'il avoit
352 MERCURE
tiré , il trouveroit des pretextes
pour ne point faire ce Voyage . Il
a tafté plufieurs fois les Peuples làdeffus
, & il a connu que dans la
fituation où eftoient fes Affaires, il
euft efté dangereux de ne leur pas
tenir parole. D'ailleurs , il s'eft vû
fort embarraſſé par tous les Princes
fes Alliez , qui luy ont fait dire ,
qu'il ne leur tenoit rien de ce qu'il
teur avoit promis , & que bien
loin qu'il fuft en eftat de tourner
fes armes contre la France , il
n'eftoit pas maiftre de fes trois
Royaumes; qu'ainfi il devoit trouver
bon qu'ils priffent le party qu'ils
jugeroient le meilleur pour lebien de
leurs Affaires, en casqu'il ne fuft pas
bien-toft en estat d'executer fes
promeffes. Toutes ces chofes
T'ont enfin obligé à prendre la
GALANT. 353
refolution de tout rifquer pour
fe rendre Maistre de l'Irlande .
A peine a t'il quitté Londre que le
danger qu'il court a paru par la
confpiration des Presbiteriens. II:
eft mal- aifé de deviner les raifons
qui luy ont fait prendre à leur
prejudice le Party des Anglois
Conformites , puifque les Presbiteriens
l'ont mis fur le Trône .
Le temps nous éclaircira là- deffus.
Enfin noftre Flote eft partie le
21. de ce mois au matin , forte
d'environ foixante & douze Vaiffeaux.
Elle en attendoit encore
quelques autres de Rochefort , qui
l'auront peut-eftre jointe en Mer.
Six de nos Fregates devoient aller
fur les Coftes d'Irlande dés qu'elle
feroit partie , pour y croifer avec
trois autres Fregates que nous y
Juin 1690.
Gg
354 MERCURE
1
avons déja. On arme vingt - deux
Galeres à Toulon pour la Mediterranée
.
Si-toft que la prise de Saint Jean
de Las Badeffes dont je vous ay
parlé , eut efté fçeuë à Ripouil, la
Garniſon prit la fuite par la peur
d'eftre affiegée , & les Magiftrats
aporterent les Clefs à Mr le Duc de
Noailles , en luy demandant fa
protection . Il s'eft depuis rendu
maiftre de Vic, qui eft une Ville
Epifcopale. Je fuis , Madame , voftre
, & c.
A Paris.ce 30. Juin 1690.
APOSTILE.
J'ay encore plufieurs Nouvelles à
vous apprendre avant que de fermer
cette Lettre, mais n'ayant ny place ny
temps , je les mettray toutes en un feul
Article. On a publié le 22. de ce mois
E
une Declaration du Roy au Pont de
Beauvoifin , par laquelle Sa Majesté
permet à fes Sujets de continuer leur
Commerce avec les Savoyards , en vertu
des Contributions qu'ils ont foin de
payer exactement . L'Armée de M. de
Catinat groffit tous les jours , & M.
de Saint Rhut eft party pour aller
commander celle qui s'affemble en
Dauphiné. Il est tres -feur qu'on a intercepté
des Lettres que le Duc de Savoye
écrivoit au Prince d'Orange , ce qui
marque une intelligence de longue
main, & qu'il vouloit amufer le Roy par
de belles paroles . M. le Marquis de
Gefvres , receu en furvivance de la
Charge de premier Gentilhomme de la
Chambre, a époufé Mile de Boisfranc,
& le Roy leur a fait 1 honneur de figner
leur Contrat de mariage. M. Nicolaï
premier Prefident de la Chambre
des Comptes, a épousé Mademoiſelle
le Camus , Fille de M. le Lieutenant
Civil , & je vous en entretiendray'le
mois prochain . Il court un Difcours
Gg ij
fnpofe du Pape fait aux Cardinaux fur
le fujet de la Guerre prefente;ainfi vous
devez avertir vos Amies de n'y pas
ajoûter foy. Les Troupes commandées
par M. de Luxembourg, & celles qui
font fous le Commandement de Mrs de
Bouflers & de Gournay, ne font qu'à
quatre lieuës les unes des autres , &
couvrent les Places menacées
Par les
Ennemis, pendant que M. de Humieres
garde les lignes ; ils trouveront en
aprochant tout le Pays fouragé . On a.
eu avis dés avanthier que la Flotte du
Roy compofée de foixante & quinze
gros Vaiffeaux, & de 30. Brulots fans
les Fregates & Baftimens de charge,
eftoit dans la Manche, ce qui vous doit
faire croire qu'à l'heure que je vous
écrits, elle a executé quelque chofe de
rand , où qu'elle eft avancée fur les
g oftes des Ennemis . Je ne vous ay point
Carqué dans l'ordre de Bataille que je
mus ay envoyé, que le Vaiffeau de M.
Comte d'Eftrées eft de 600. hom-
να
d'équipage , & de 84. Canons ..
En vous parlant des Prifes faites furles
Ennemis,j ay mis que M. le Comte
de Revel en avoit fait une , & c'eſt le
Vaiffeau ren mé le Comte de evel.
Je n'ay fait monter qu'à trois millions
ou environ les Contributions que M
de Luxembourg a tirées , & je viens
d'aprendre qu'elles vont à plus de fix .
On m'apprend en mefme temps que
le mefme M. de Luxembourg eft allé
chercher le Prince de Valdec à la tefte
de douze mille Chevaux..
TABLE.
Relude
PANouvelles curieufes de la Cour
du Grand Seigneur
.
Fable.
II
32
Lettre fur le retranchement de la
Coupe.
Mort de M. de Calvo .
40
71
Le Clergé de Champag. Nouvelle. 81
Difcours fait par Mad. de Pringy . 89
Nouvelles de Pologne .
Sonnet.
103
108
Epitaphes fur la mort du Prince
Charles de Lorraine. 110
Suite du Traité de M. de Comiertouchant
l'art d'écrire occultement. 116
154
Hiftoire.
Harangue de M. le Recteur de l'Univerfité.
Livres nouveaux.
174
180
Prife de poffeffion de l'Abbaye de
S. Germain des Prez , par M. le
TABLE.
188
199
Cardinal de Furftemberg.
Prefent fait par le Roy.
Services faits pour Madame la Dauphine
, à l'Abbaye de S. Denis , &
dans l'Eglife de N. D. de Paris . 202
Epitaphe & autres Services faits pour
cette Princeffe.
Détail curieux de tout ce qui s'eftpaßé
à la défaite des Vaudois. 223
Tentative faite par les Troupes des
Alliez en Flandre.
Madrigal.
217
249
256
Actions de vigueur faites fur terre
257
&fur mer.
Prifes faites fur mer, fur les Efpagnols
, Anglois & Hollandois . 263
Harangue faite au Roy par M. l'Archevefque,
266
Don gratuit fait au Roy par le Clerge
272
Avantages, remporten en Catalogne
TABLE.
par Mile Duc de Noailles. 273
Détailde tout ce qu'a fait l'Armée que
commande
M.de Luxembourg
de-
2.84 puis qu'il eft à la tefte..
Premier départ de la Flote du Roy,
avec l'ordre de Bataille. 3.00
300
318
Ce qui s'eft passe à l'Armée que Mon-
3428
Charge de Chirurgien Major donnée
Aarticle des Enigmes
Affaires de Savoye.
Jeigneur
commande
.
à M. Beffiere.. 349
Affaires d'Irlande
. 349
Départ de la Flote du Roy, 313
Nouvelles de Catalogne.
354
Plufieurs autres Nouvelles: 354
L'Air qui commence par , Ab, que
le Printemps , doit regarder la p. 38
La figure doit regarder la pag. 142
Air qui commence par , Dauphin,
chery du Ciel, regarde la page 340.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères