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1690, 05
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1690.5
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1690,5
Mercure
< 36623738410018
<36623738410018
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
MAY 1690.
A PARIS ,
GALERIE-NLUVE DU PALAIS
Nodone atMercure Galant le
N donnera toûjours un Volume
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie
B: MICHEL GUEROUT , Galeric- neuve
du Palais , au Dauphin."
M. DC. LXXX X ,
AVEC PRIVILEGE DU ROY,
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Q
AVIS.
610
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écr les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoyepour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reïtere la meſme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvra–
ges à leur tour , pourvu qu'ils ne
defobligent perfonne , qu'il n'y
ait rien de licentieux. On priefeuer
lement ceux qui les envoyent , &
A ij
AVIS.
a ceux
qui
n'écrivent
que
pour
faire
employer
leurs
noms
dans
l'article
des
Enigmes
, d'affranchir
leurs
Lettres
de
port
, s'ils
veulent
qu'on
Falle
ce
qu'ils
demandent
. C'eft
fort
peu
de
chofe
pour
chaque
particulier
,
&
le tout
enfemble
eft beaucoup
pour
un
Libraire
.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
•Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que Bon commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
datera pas d'avoir le Mercure long,
temps avant qu'il foit arrivé dans
A
AVIS.
par
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
deux raifons . La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en falle le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preficat ,
ils rejettent la faute du retardement
Sur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit ficur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
Å VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Par
culiers que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme choſe gentralement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront..
Quand il fe rencontrera qu'on de- mandera cesLianera
a
à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mesme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont on aura tout lieu d'eftre
content.
C
MERCVRE
GALANT
La
MAY 1690 .
A joye que vous
avez marquée en
voyant dans ma Lettre
du mois paffé, que le Roy
continue toujours à folliciter
avec ardeur la reftitution
des Saints Lieux que les Grees
A iiij
8 MERCURE
ont ufurpez fur les Religieux
de S. François , m'engage à
vous entretenir enco : e de cet
Article , en vous faifant
part
de la Lettre que Sa Majesté
a écrite à Solyman III . mis
fur le Trône des Othomans
en la place de Mahomet IV.
Je vous ay déja fait voir dans
le Volume que je vous ay
envoyé des Ambafades de
France à la Porte , combien
le credit du Roy, en cette
Cour a cfté utile à la Chreftienté
, & les faits que j'ay,
rapportez en font la preuve.
Tous les Princes de l'Europe
MA
GALANT.
.
dont les Sujets commercent
dans le Levant , & ceux qui
font voifins des Terres qui
dépendent de l'obeiffance du
Grand Seigneur , y ont toujours
eu des Ambaffadeurs &
des Envoyez , & fi les François
y ont elle traitez plus
favorablement , c'est parce
que les Turcs font perfuadez
que les Rois de France font
plus puiffans qu'aucun Souverain
de l'Europe , & que
la figure qu'ils y font est tres.
éclatante. On fçait que l'Am,
baffadeur de France à la Porte,
eft Conful de toutes les Nan
10 MERCURE
tions , & qu'il les a toujours
fervies utilement. Cependant
ceux qui ont eu fouvent befoin
du credit du Roy pour
faire leurs affaires en cette
Cour , voudroient empoiſonner
ce credit qu'ils n'y peuvent
avoir , & tourner contre
ce Prince un avantage dont
ils ont toujours profité; mais
fi l'on examine avec defintereffement
la conduite de Sa
Majeſté, on connoiftra qu'Elle
n'a jamais eu d'alliance particuliere
avec la Porte , &
qu'il eft mefme impoffible
qu'Elle en ait eu puis que lors
GALANT: 11
t
qu'il a esté queſtion de défendre
la Chreftienté , Elle
a non feulement envoyé fes
meilleures Troupes , mais
qu Elle a même confenty que
tout ce que fa Cour avoit
alors de jeunes Seigneurs , al
laffent expoſer leur fang en
qualité de Volontaires , ce
qui pouvoit en faire répandre
une fi grande quantité par la
perte d'une Bataille , que ce
dommage n'euft pû eftre reparé
en plufieurs Siecles . Que
fi dans ces derniers temps le
Roy s'eft contenté de laiffer
partir un grand nombre de
1
12 MERCURE
Volontaires fans donner de
Troupes reglées , on fçait
affez qu'on n'en vouloit
point , & qu'on auroit plûroſt
laiffé perdre Vienne que d'en
recevoir. Cependant on peut
dire gne le Roy a fecouru
l'Allemagne , ou plûtoft l'Eurape
entiere , malgré les envieux
de fa gloire , puis qu'il
a cu la moderation de ne pas
attaquer fes Ennemis , quoy
qu'il fuft bien. informé des
Ligues qu'ils faifoient pour
envahir fes Eftats , s'il arri
voit que l'on réuffit à faire
la Paix qu'ils meditoient avec
GALANT 13
le Turc, J'ay cru que cet
éclairciffemenr eftoit necef
faire avant que de vous faire
voir la Lettre dont je viens de
vous parler, parce qu'on auroit
pû dire qu'elle marque une
parfaite intelligence avec le
Grand Seigneur , quoy que
les autres Souverains ayent
des Ambaffadeurs à la Porte,
comme j'ay déja marqué , &
que ce qu'il y a d'obligeant
le Grand Seigneur dans
des Lettres qui luy font écrites
, ne foit qu'un ftile dont
chaque Puiffance fuit l'ufage.
Vous le pouvez voir dans .
pour
14 MERCURE
celle que vous allez lire , &
dont voicy la fufcription ,
A tres-haut trés - excellent ,
tres-puiffant , tres-magnanime
invincible Prince le grand
Empereur des Musulmans .
Sultan Soliman , en qui tout
honneur vertu abondent ,
noftre tres-cher & parfait Amy,
LETTRE DU ROY
au Grand Seigneur.
T
Res - haut , tres - excellent,
tres - puiſſant, tres -magnanime
invincible Prince , le
grand Empereurdes Muſulmans
GALANT.
15
Sultan Soliman, en qui tout
honnneur & vertu abondent,
noftre tres-cher & parfait Ami ,
Dieu veüille augmenter voftre
Grandeur & Hauteffe avec fin
tres-heureufe. Nous avons appris
durant le cours de la Negocia
tion du S Girardin , noftre Ambaffadeur
auprés de vostre Hauteffes
que Sultan Mehemet IV.
Predeceffeur de voftre Hauteffe,
avoit donné fes ordres pour ‹ftre
informé de l'injufte ufurpation
qui a efté faite par les Religieux
Grecs de Ferufalem fur les Reli
gieux Latins nos Sujet du Saint
Sepulchre , du Calvaire , de la
S
16 MERCURE
2
Pierre de l'Onction , de la Grotte
de Bethleem, & de leurs dépendances
; nous avons fceu que
par les enquestes qui en ont efté
faites composées des perfonnes
de la plus grande confideration
de Jerufalem , la poffeffion immemoriale
dans laquelle nos Sujets
eftoient d'avoir cette garde ,
eftoit entierement juftifiée . Com
me Nous nous promettons que
voftre Hauteffe maintiendra
des anciennes Capitulations que
Nous avons faites avec fes
Predeceffeurs , qui font fi avanstageufes
à nos Empires , & qui
furent renouvellées au mois de
2
GALANT 17
Juin de l'année 1673. dont l'un
des principaux articles concerne
la reftitution des Lieux Saints
aux Religieux Latins nos Sujets,
Nous fommes bien perfuade
qu'Elle nous donnera en cette
occafion , qui nous eft fort fenfi
ble , tout ce que Nous devons
attendre de fa fuftice , & qu'à
noftre confideration , Elle voudra
bien rendre aux Religieux
Latins la garde qu'ils ont cydevant
eue defdits Saints Lieux ,
fans fouffrir qu'ils y foient trou
blez à l'avenir. Nous ferons
bien-aifes auffi d'entretenir toujours
de noftre part la bonne
May 1690.
B
18 MERCURE
correfpondance , qui eft fi con
venable au bien commun de nos
Sujets , & Nous prierons Dieu
qu'il augmente
les jours de vol
fire Hauteffe , & les rempliffe de
toute profperité, avec fin tresheureuſe
. Ecrit à Versailles le 12 .
jour de Juin 1689. Voftre trescher
& parfait Amy. Signé ,
LOUIS Et plus bas , Par le
Roy , COLBERT. Et fcellé.
Le Roy écrivit en meſme
temps au Grand Vifir , &
cette fufcription eſtoit ſur la
Lettre. Atres- illuftre & magnifique
Seigneur Mutapha , PreMERCURE
19
mier Vifir de l'Excelfe Porte du
Grand Seigneur.
LETTRE DU ROY
au Grand Vifir.
Res-illustre & magnifi
Tque Seigneur. Nous écrivons
au Grand Seigneur voftre
Maistre noftre tres - cher & par
fait Amy ; ( Dieu veuille ang-'
menter fa gloire avec fin tresbeureuse
pour luy demander
qu'il donne fes ordres pour rétablir
les Religieux Latins nos
Sujets , dans les Saints Lieux ,
qui ont efté ufurpez fur eux par
Bij
20 MERCURE
les Religieux Grecs, & dont nos
des
enque Sujets ont justifié par
ftes qui ont eflé faites fous le
Regne de Mehemet IV. l'ane
cienne poffeffion dans laquelle ils
eftoient d'en avoir la garde ..
Comme. Nous apprenons la fage
conduite que vous tenez, dans le
grand Employ qui vous eft come
mis , Nous ne doutons point que
vous n'appuyiez auprés de l'Empereur
voftre Maiſtre un réta
kliffement auffi jufte » & qui est
fondéfur des Capitulations auffi
authentiques que celles qui furent
renouvellées en 1673. &-
Nous ne ferons la Prefente plus
!
GALANT 21
Longue , que pour prier Dieu qu'il
vous ait, tres - illustre & magni
fique Seigneur › en fa garde.
Ecrit à Versailles le 12. jour de
Juin 1689. Signé , LOUIS :
Er plus bas , Par le Roy,
COLBERT
. Et fcellé.
3
Voicy les noms de quel
ques perfonnes confiderables
de l'un & de l'autre fexe ,
dont j'oubliay de vous apprendre
la mort dans ma Letue
du dernier mois..
Meffire Euftache de Conflans
, Marquis d'Armentic-
Les, Vicomte d'Auchy, Baron
22 MERCURE
de Cramailles , Seigneur de
Brecy , Robecourt , & autres
licux. Il n'a point laiffé d'Enfans
. Son Pere eftoit Henry de
Conflans, Vicomte d'Auchy,
Gouverneur de S. Quentin, &
fa Mere, Charlote Pinart, Fille
de Charle Pinart , Vicomte
de Comblify . Son Aycul Euftache
de Conflans , Vicomte
d'Auchy , Chevalier des Ordres
du Roy , Gouverneur de
S. Quentin , époufa Charlote
des Urfins , Dame d'Armentieres
, d'une Famille qui a
donné des Archev fques de
Rheims , Chanceliers de
GALANT 23
France, & autres Son Bifayeul
Euftache , de Conflans , Vicomte
d'Auchy , Chevalier
de l'Ordre du Roy , Capis
taine des Gardes du Corps de
Sa Majesté , fut marié à Marie
de Sefpoix , de l'ancienne
Famille des Seigneurs de Sefpoix
; & fon Trifayeul , Antoine
de Conflans , Vicomte
d'Auchy, Seigneur de Rozel-
S Albin , Lieutenant de la
Venerie de France , prit alliance
avec Barbe de Rouy ,
de l'ancienne Famille des Seigneurs
de Rouy. La Maifon
de Conflans , l'une des plus
24 MERCURE
anciennes du Royaume , a
donné des Maréchaux hereditaires
de Champagne , &
des grands Officiers qui ont
efté tuez dans nos Armées
au fervice de nos Rois , & eft
alliée aux de Brienne , de
Mello , de Thorotte, de Craon,
de Sainte Maure Ducs de
Montaufier Bournonville
Ducs dudit lieu , de Ravenel
Comte de Bergues , Lucas
Comte de la Rocheteffon ,
Marquis de Mailly , de Bethune
Ducs d'Orval , de Harville
Marquis de Palaiſeau ,
ChaffebrasSeigneurs du Breau
&
GALANT . 25
8
& de Cramailles , de Vaudray
Seigneurs de Mons S. Phal,
de Chateau- Villain , de Carvoifin,
de Miremont , de Precy
, & autres. Il y a eu trois
branches de cette Maifon, qui
porte d'azur au Lion d'or, l'Écu
femé de Billettes de mefme. De
la branche aînée il ne reftoit
que Mr le Marquis d'Armentieres
qui vient de mourir ,
& qui ne laiſſe qu'une Soeur,
appellée Mademoiſelle d'Armentieres
. De la feconde
branche , qui eft des Marquis
de S. Remy , il y a Meffire
Michel de Conflans , Mar
May 1690 .
C
26 MERCURE
quis de S. Remy , à preſent
Vicomte d'Auchy , & chef
du nom & Armes de cette
Maiſon; & de la troifiéme qui
eft des Marquis de Vezilly ,
il ne reste plus de mâles.
Meffire Nicolas Seguier ,
Seigneur d'Andé, du Mefnil,
& autres lieux . Il eftoit d'une
Famille , qui s'eft rendue confiderable
par le merite de plufieurs
grands Perfonnages
dans l'Eglife , dans l'Epée &
dans la Robe. Elle a donné
un Evefque de Meaux , un
Chancelier de France , des
Prefidens à Mortier au Parle
GALANT . 27
ment de Paris , deux Prevofts
de Paris , des Maiftres des
Requeſtes , Confeillers au
Parlement , & porte d'azur
au chevron d'or , accompagne de
deux étoiles d'or en chef d'un
mouton d'or de meſme.
Dame Elizabeth Pithou .
Elle eftoit Femme de Meffire
Nicolas Durand , Marquis
de Villegagnon . La Famille
des Pithou, qui eft de Champagne
a donné des Confeillers
au Parlement de Paris
, & autres , renommez
>
par leur profonde ſcience ,
& par les Ouvrages confide
Cij
28 MERCURE
rables dont ils ont fait part
au Public . Plufieurs perfonnes
de celle de Durand de
Villegagnon ont pris le party
des armes , où ils ont paru
avec beaucoup d'avantage .
Mademoiſelle de Beauma-
.noir. Elle eftoit Fille de feu
Meffire Claude de Beaumanoir
, Marquis dudit lieu ,
Maréchal des Camps & Armées
du Roy, &fonLieutenant
dans les Provinces du Maine,
-Perche & Laval . M le Marquis
de Lavardin , Chevalier
des Ordres du Roy , eft de
cette Maiſon , qui eſt connuë
GALANT 29
dans tout le Royaume , par
les merites de ceux qui en
font fortis , & qui ont paru
dans l'Epifcopat & dans les
Ambaffades , avec un éclat
digne de leur naiſſance. !!!
Je vous ay déja parlé de la
mort de Mr l'Abbé Parfait ,
& j'ajoûte icy qu'il avoit cfté
receu Chanoine de l'Eglife de
Paris en 1626. Sa pieté a paru
par la fondation qu'il a faite
en cette Eglife d'une Meffe
folemnelle toutes les années
le 18. Avril , en l'honneur de
S. Parfait , Preftre & Religieux
de l'Ordre . de S. Bec
iij
30 MERCURE
noiſt , que les Maures martiriferent
à Cordoue ce mefme
jour en 850. aprés une longue
prifon. Il y a eu de cette Famille
divers Contrôleurs de
la Maiſon du Roy , & des
Capitaines qui fe font fignalez
dans les Armées . Elle
porte d'argent à trois flammes
de gueules posées en bandes ,
acostées de deux cotices d'azur
au chef chargé d'une Fleur de
Lis d'or. Jacques Parfait fut
receu l'an
1594.
4
Prefident en
la Cour des Monnoyes , &
Guillaume Parfait en 1609m
Confeiller au Parlement de
GALANT.
31
Paris . En vous apprenant la
mort de M' l'Abbé Parfait ,
je vous ay mandé queM¹ l'Archevefque
de Paris , qui fçait
diftinguer le merite , avoit
donné fon Canonicat à M
l'Abbé le Gendre. Je ne vous
ay rien dit que de tres - vray.
fur les applaudiffemens que
cet Abbé a receus dans les
principales Chaires de Paris ,
mais il n'eft pas vray qu'il ait
efté de la Religion pretenduë
Reformée . C'eſt une erreur
où m'a fait tomber un
faux Memoire , & ce que je
dois à la verité m'oblige à
Ciiij
32 MERCURE
vous dire que luy & tous ceux
de fa Famille ont toujours
fuivy l'Eglife Romaine .
Jamais Chanfon ne fut plus
du temps que celle que je
vous envoye , puis qu'elle
regarde , non feulement la
belle Saifon , mais encore le
commencement de la Campagne,
L'Air & les paroles.
font de M' de Bacilly , dont
le merite vous eft fi connu .
AIR NOUVEAU.
D
Ans ce charmant fejour que de
fleurs vont renaiflre !
Mais las en mefme temps
Que l'aimable Printemps
GALANT
Dans ce
charmant.sejome
temps
Que laimable
Print
mans sén
vont etchangent en so
cuplet
Mars lesto:
32 MERCURE
vous dire q
de fa Fam
fuivy l'Egl
Jamais C
du
temps
Vous envc
regarde , !
belle Saifo
Commence
pagne
, L'
font
de M.
le merite
v
AIR
Ans ce
Dafleur
Mais las!
Que l'air
GALANT. 33
Recommence à paroistre ,
Tons les Amans s'en vont , & changent
en Soupirs
Les innocens plaifirs.
2
Que nous fert que des fleurs la Saifon
renouvelle ?
Ceux qui charment nos yeux ,
S'éloignant de ces lieux
Vont où Mars les appelle .
L'amour faifoit leur gloire , & la
gloire à fon tour
L'emportefur l'amour.
Tous les Ouvrages que vous
avez vûs de M' Magnin , ont
efté de vostre gouft . L'Eglogue
qui fuit eft de fa façon ,
& je fuis perfuadé que vous
la lirez avec plaifir.
34 MERCURE
5222552 52SSSS5222
Lo
EGLOGUE.
ORS que l'on dit à Tircis
Que fon Iris eft coquette,
Il répond , à mon Iris
on dit auffi que je fuis
Tout bafi comme elle est faite.
Doit-elle moins me charmer ?
Point du tout'; toute ma vie.
C'est par cette fimpatbie
Que je pretens de l'aimer.
Elle est belle , elle eft aimable ,
Elle en dit autant de moy.
Le mal paroift incurable
A ceux qui manquent de foy ;
Mais lors que l'amour affemble
Coquette & Coquet ensemble,
Nefçait-il pas bien pourquoy 2
GALANT.
35
Souvent la coqueterie
Finit par cette union ;
La friponne & le fripon
Font troc de friponnerie
On eft las de tromperie ,
Et l'on s'aime tout de bon.
C'est à tort qu'on trouve étrange
Qu'onfedégage & qu'on change ,
Souvent c'est pour trouver mieux.
On eft tendre , on eft fidelle ,
On fait une amour nouvelle ,
Le trafic eft ferieux.
Quand on quitte un coeur volage,
C'eft eftre prudent & fage
De fçavoir fe dégager ;
C'eft aimer jufqu'à la rage
De ne pouvoir pas changer.
Le Berger & la Bergere
S'aiment fort , ils font contens
Sans ceffe fur la fougere
Ils font mille paffe- temps.
36 MERCURE
Chacun dit , laiffez- les faire ,
Cette tendreffe legere
Ne durera pas long-temps.
Cela ne les trouble guere ,
Ils laiffent dire les gens .
Qu'on glofe fur leur affaire,
Leurs plaifirs iront leur train ;
De tout ce qu'on pourra dire.
Ils ne feront que fe rire
De leurs feux on glofe en vain .
Sur cette petite hiftoire ,
Amans , voulez- vous m'en croire ?.
Voicy le fens & le fruit ;
Si vos coeurs à la tendreffe
Sont enclins , aimez fans ceffe ,
Ec ne craignez point le bruit.
Le fçavant M' Comiers ,
tout aveugle & maltraité de
la fortune qu'il eft , conti
GALANT.
37
nuë de travailler , & fait voir
toujours les lumieres de fon
cfprit. C'eft luy qui a fait le
Traité que vous allez lire .
Quoy que cet Ouvrage puiffe
eſtre utile en tout temps , il
l'eft
particulierement pendant
la guerre , qui eſt le
vray, regne des Lettres en
chifres.
601 3 )
38 MERCURE
S52552522 25SSZESZ
L'ART D'ECRIRE
& de parler occultement
&fans foupçon. S
AV R. P. DE LA CHAISE,
Confeffeur du Roy.
P
Uis que Voltre Reverence
a eu la bonté de me
témoigner faire quelque eftime
de ma Steganographie
impenetrable, ou l'Art d'écrire
occultement , de meſme qu'ont
fait depuis Mrs de l'Academie
Royale des Sciences ,
aufquels j'eus l'honneur de
l'expliquer le 15. de Mars der
GALANT.
39
nier , j'ay bien voulu emprunter
les yeux & la main
d'un Scribe , pour donner en
noftre Langue les Preceptes
contenus dans les Vers Latins
que j'ay employez dans ma
Planche, y ajoûter une ample
explication , & en faire voir
la pratique dans quelques
exemples , ne l'ayant pû faire
dans le peu de temps que
V. R. déroba à fes importantes
affaires pour me donner
audience. Ce Traité cft
une fuite de celuy des Langues
& Ecritures, que j'ay
dédié à Monſeigneur le Duc
40 MERCURE
de Bourgogne avec les Al
phabets des Langues Orientales
qui ont paru dans les
Mercures des mois de Septembre
& Octobre 1684. &
du mois de Février 1685 .
Je ne m'arrefteray point à
vous dire avec M de Breboeuf
, aprés le Poëte Lucain .
C'eft de Dieu que nous vient
cet Art ingenieux ,
De peindre la parole, & de
parler aux yeux ,
Et par les traits divers des figures
tracées ,
Donner de la couleur & du
corps aux pensées.
GALANT. 41
Je ne m'arreſteray pas non
plus à vous dire avec le grand,
S. Bafile , dans fa 55. Epiftre ,
qu'on doit mettre au nombre
des plus grands dons de Dieu ,
celuy de l'Ecriture , puis que
nous conferons & uniffons
nos penſées , & par ce moyen
auffi nos coeurs . Mutuò coalefcere
dedit , nonobftanr l'immenfe
diſtance des lieux , &
mefme des ficcles , lors que ,
comme dit Diodorus Siculus
lib . 12. Biblioth , les Morts
parlent & conferent avec
nous par le moyen de ce qu'ils
nous ont laiffé par écrit.
May 1690.
D
42 MERCURE
L'Ecriture eftant un don
de Dieu , fon uſage eft auffi
ancien que le monde , puis
que le texteChaldaïque du 91.
Pleaume porte , qu'Adam le
compofa pour rendre graces
à Dieu de fa creation ; &l'Apoftre
S. Jude dans le 14. ver .
fet de fon Epiſtre canonique ,
parle d'un Livre de Propheries
qu'Enoch avoit écrit
long- temps avant le Deluge ,
puis qu'il eftoit le feptiéme
aprés Adam .
Il s'agit icy du moyen d'écrire
& de parler d'une maniere
, que ceux qui vous enGALANT.
43
tendent parler à voſtre Ami,
ou qui interceptent vos Letrres
, ne puiffent penetrer vos
penſées , & mefme avoir nul
foupçon que vous parlicz ou
écriviez des chofes dont vous
voulez leur dérober la connoiffance.
Les Hebreux pour écrire
occultement avoient vingtdeux
Alphabets , où les Lettres
eftoient dans leur ordre
naturel , mais qui differoient
en cela feulement que le fecond
commençoit par la feconde
lettre , le troifiéme par
la troifiéme lettre , & ainfi de
D ij
44 MERCURE
fuite ; & qu'à la fin de la derniere
lettre de chaque Alphabet
on mettoit les lettres qui
manquoient à leur commen
cement .
Les premiers Chreftiens
eftoient obligez de s'enrrecommuniquer
leurs affaires
les plus importantes en des
Langues Estrangeres , ou par
des caracteres dont ils étoient
convenus , & je ne doute pas
que ceux qui vont preſcher
l'Evangile dans les Indes ,
n'ayent befoin d'en uſer de
mefme. Il me fouvient d'en
avoir fait convenir à Lyon
GALANT. 45
·la
predile
Pere Alexandre de Rhodes
d'Avignon, Apoſtre du Tonquin
, lors qu'en 1654. j'avois
fait deffein de paffer avec luy
dans les Indes pour
cation de l'Evangile ; mais
une maladie aiguë m'empêcha
de l'aller joindre au Port
de Vannes en Bretagne . Ce
qui me confola ce fut que ce
premier Apoftre du Tonquin
m'affura que Dieu me donneroit
des occafions d'employer
en France mon zele pour la
propagation de la Foy & que
jy fouffrirois les perfecutions
& le martyre que j'aurois pû
46 MERCURE
attendre parmy les Infidelles .
Les Empereurs écrivoient à
leurs Generaux & Confidens
par la tranfpofition des lettresde
l'Alphabet , mettant par
exemple le C. pour le B. [ce
que Suetone nous apprend
dans la vie des premiers Cefars
: mais leur maniere eftoit
tres. groffiere & toûjours accompagnée
de foupçon , &
de plus, elle eftoit, comme on
dit , facilement dechifrable ,
puifqu'un mefme chifre , caractere
, ou lettre eftoit toûjours
employé pour la meſme
lettre. D'où il s'enfuit , que
GALANT.
47
pour écrire occultement &
fans foupçon , un meſme chifre
ou caractere doit pouvoir
eftre employé pour chacune
de toutes les lettres de l'Alphabet
afin qu'un mot ſoit
indechifrable
, c'eſt à- dire ,
impenetrable , & inlifible ,
s'il m'eft permis de parler
ainfi , un mefme chifre fe rencontrant
plufieurs fois dans
un mefme mot ou diction ,
employé pour differentes lettres
, comme on le verra dans
un exemple.
De tous les chifres qu'on
peut employer à cette fin,j'ay
choifi les caracteres des chi48
MERCURE
fresArabes de l'Arithmetique,
comme eftant plus connus &
faciles à former , outre que
pour ofter le foupçon on les
peut envoyer à un amy, couverts
du pretexte de quelque
copte d'affaires domeftiques,
ou de quelque calcul Aſtrono ,
mique ou Geometrique .
C'eft icy où les Pitagori
ciens Philofophes des nombres
triompheroient , s'ils
avoient fçû les appliquer pour
écrire & parler occultement
& fans foupçon .
Puis que la fainte Ecriture
nous aprend dans l'n . Ch . de
la
GALANT 4.9
la Sageffe , que Dieu a difpofé
toutes chofes en nombre,
poids & mefure , les Miſteres
des nombres font infinis , ce
que je prouve par quelque
nouvel exemple dans chaque
regle ou operation fur les
nombres.
CC
Dans l'addition il y a des
nombres , où par la maniere
ordinaire il faudroit des ficcles
entiers pour les trouver
& en faire la fomme ,
que je feray tout aveugle que
je fuis. En voicy un petit
exemple. Le quarré du nombre
d'unitez contenu dans le
May 1690 .
E
50 MERCURE

nombre des termes de la pro
greffion naturelle , eſt égal à
la fomme d'autant de Cubes
depuis l'unité qu'il y a de termes.
Ainfi 100. qui eft le
quarré de 10. nombre du contenu
dans les quatre premiers
termes de la progreffion naturelle
1. 2. 3. 4. eft égal à 100.
fomme des quatre premiers
Cubes 1. 8. 27. 64.
Voicy un exemple pour faire
la fouftraction fans connoiftre
le nombre majeur
duquel on veut ofter le moindre
nombre donné . Suppofé
que chaque chifre du nombre
GALANT. 51
majeur foit un chifre 9.0
de chacun de ces chifres 9 .
faites ofter à l'ordinaire
une
des figures du moindre nombre
donné
, puis au nombre
reftant , faites ajoûter
le
nombre majeur
qui vous cft
inconnu , & la fomme qui en
viendra aura toûjours à main
gauche 1. pour fa premiere
figure , laquelle vous oſterez
pour la faire ajoûter à
la derniere figure & on aura
le mefme nombre qu'on
auroit cu par lamaniere ordinaire.
Voicy quelque chofe de
E ij
52 MERCURE
plus admirable pour la mul
tiplication . Je fais en un
moment , tout aveugle que je
fuis , ce qu'on ne peut faire
en un mois & avec plufieurs
mains de papier ; car , par
exemple , foit proposé un
nombre compofé de fix cens
foixante fix chifres 9. écrits
de fuite à multiplier par fix
cens foixante fix figures de 6.
écrites auffi de fuite , je dis
que le nombre produit aura
1332. chifres dont les fix cens
foixante & cinq premiers chifres
feront tous chifres 6.
aprés lefquelsfuivra un chifre
GALANT
53
3. qui fera fuivi de fix cens
foixante cinq chifres 3. & enfin
du chifre
4.
dans les
Voicy un exemple pour la
divifion . Trois nombres quelconques
confecutifs , comme
7. 8. 9. eftant rangez en
forme d'addition
fix differentes manieres qu'ils
peuvent eftre par les regles de
combinaiſon , leur fomme
1328. cftans divifée par 8.
nombre mitoyen, le quotient
ou expofant fera toûjours
666. duquel nombre j'ay déja
expliqué le miftere , concernant
l'Antechrift , dans mon
3
E iij
54 MERCURE
Traité des Propheties contre
le Prince d'Orange , inferé
dans les Mercures des mois
d'Aouft , Septembre , & Decembre
dernier .
J'ajoufteray
feulement icy ce que l'Ange
Raphaël dit aux deux Tobies
Chap . 12. verf. 7. Il eſt honorable
de reveler les Mifteres
de Dieu , & il eft bon de ne
pas découvrir les fecrets du
Roy. Sacramentum Regis abfcondere
bonum eft , opera autem
Dei revelare honorificum eft.
D'autant que la Philofophie
des nombres & la fcien
ce de leur employ eft comme
GALANT. 55
C
é
is

+
S
infinic , j'ay tâché de l'aprofondir
, & j'y ay utilement
puifé mon Art Scientifique
d'écrire & de parler occultement
& hors de tout foupçon
, comme auffi les principes
de ma Langue univerfelle ;
ce que je m'en vais faire voir
en expliquant les Vers Latins
& les figures de la planche
que je mets icy , afin qu'elle
aide à me faire entendre
J'ay voulu commencer par
le nom ineffable & tres facrofaint
de Dieu , qui mefme
a toujours efté d'une écriture
fecrete & impenetrable par
56 MERCURE
a
my les Hebreux , le feul
Grand Preftre ne le prononçant
qu'une fois l'année dans
le Sancta Sanctorum . Les autres
Preftres & Docteurs de la
Loy en lifant en public le
Pentatheuque de Moyfe ,prononçoient
Adonai , c'eft à dire
Seigneur , lors qu'ils rencontroient
ce grand nom de
Dieu écrit en quatre lettres.
Voicy maintenant le pla
de mon Art d'écrire occulte
ment & fans foupçon . Je le
divife en trois parties . La premiere
contient fix articles.
Jime qui D..
GALANT. 57
ар-
concerne ma Table des nombres
icy jointe , & la conftruction
. Dans le fecond article
j'explique les preceptes contenus
dans mes Vers Latins ,
& en mefme temps je les
plique dans un exemple pour
en faire voir l'ufage dans la
pratique d'écrire occultement
& fans foupçon d'une maniere
indéchifrable . Dans le troi
fiéme j'enfeigne la maniere
de lire facilement ce qui eft
écrit en chifres Le quatrième
article contient la manierc
d'envoyer les fecrets les plus
importans par un Meflager
$8 MERCURE
mefme muet & innocent fans
papier , écriture , ny chifres.
Le cinquième
renferme deux
manieres d'écrire fans foupçon
& par points inviſibles ,
les chifres employez
pour le
fecret . Enfin dans le fixiéme
article je donne les moyens
de parler à un Ami à quelques
lieuës de diſtance , fans
que ceux qui font auprés
de vous ou de luy , puiffent
entendre
ce que vous luy ditcs
.
Dans le premier Article de
la feconde Partie , j'enfeigne
le moyen de parler la nuit à
GALANT 59
la diftance de plufieurs lieuës,
& cela fans bruit , par les dif
ferentes éclipfes d'un Difque
lumineux. Dans le fecond
j'explique le moyen de parler
mefme par un feul coup d'une
mefme cloche pour chaque
lettre ; & dans le troifiéme
je fais voir comment on peut
parler par trois differentes
cloches , ou par une trom-
>
pette
un tambour & des
timbales,afin d'expliquer tout
ce qui eft compris dans ma
Planche.
Dans la troifiéme Partie ,
je diray le moyen de parler
60 MERCURE
dans une meſme Langue , en
forte qu'un autre entende le
fecret dans une autre Langue.
Je donneray enfuite celuy de
faire entendre un fecret , en
chantant les paroles de quelque
chanfon que ce foit , ou
en jouant des Orgues. Enfin
je donne les principes & un
exemple de ma Langue Univerfelle
.
GALANT 61
PREMIERE PARTIE.
ARTICLE PREMIER.
Construction & explication de
la Table des nombres .
LA Table des nombres qui
eft dans ma Planche contient
dix - huit rangs de front , &
autant de hauteur, & par confequent
324. cellules ou petits
quarrez , dans chacun defquels
il y a un feul des neuf
premiers chifres 1. 2. 3. 4. 5.6.
7. 8. 9. ou bien un feul de ces
chifres accompagné d'un ze62
MERCURE
ro , que l'on peut s'épargner
d'écrire en les fuppleant par
un point marqué dans les
chiffres , ce que les Hebreux
appellent Lettres Daguezées .
Comme je n'ay que dixhuit
nombres fimples ou difenaires;
j'ay reduit tout l'Alphabet
en dix huit lettres, à
chacune defquelles convient
un des dix- huit nombres.
A: B. C. D. E. F. G. I. L. M.
I. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10 .
N. O. P. Q. R. S. T. V.
20.30.40.50 . 60. 70. 80. 90 .
Ces dix- huit rangées , chacune
de dix- huit nombres ,
GALANT.
63
ne different qu'en ce qu'elles
commencent par le chiffre de
l'ordre naturel des nombres ,
premierement des neuf fim.
ples , puis des neuf nombres
difenaires.
Remarquez que dans chacune
de ces dix-huit cellules
ou petits quarrez de la premiere
rangée horizontale de
ma Table des nombres , il y
a une des dix- huit lettres de
l'Alphaber , afin que cette
premiere rangée horizontale
ferve auffi -bien quand le mot
du guet confifte en chifres ,
que lors qu'il ne confifte
64 MERCURE
qu'en lettres , ou qu'il eſt
compofé de chiffres & de
lettres , comme dans noftre
exemple , 28a die Februarii
1690. que j'ay choifi exprés
pour cela.
Paffons à la pratique d'écrire
en chifres en obfervant
les preceptes que j'y donne
en Vers Latins , & que j'explique
icy.
ARTICLE IL.
Preceptes , & leur employ dans
un exemple écriten chifres .
LA maniere d'écrire un fecret
en chifres doit être courGALANT.
65
S
te , facile,
impenetrable, c'eſt
à dire
indechifrable , & même
fans foupçon ; c'eſt pour
quoy ,
I. Les deux Amis conviendront
entre eux d'une
clef, c'eſt à dire , de
quelque
courte Sentence en telle Langue
qu'il leur plaira , on
peut mefme
convenir
de
quelque nombre chifré, comme
de 25674. ou ! choifir
quelque phrafe meflée de
chifres & de lettres. Ainf
dans
l'exemple de ma Planche,
pour écrire
occultement
les trois mots fuivans, Comier,
May 1690. F
66 MERCURE
Aveugle Roial , j'ay choiſi 28a
dieFebruarii 1690.qui eft la date
du jour que j'ay fait graver
ma Planche, c'est à dire le 28.
jour de Février 1690. Remarquez
que cette Sentence, mot,
ou nombre convenu pour la
clef du ſecret , ſera appellé
mot du guet.
2. Sur chaque lettre de ces
trois mots , Comier , Aveugle
Roial , que je veux écrire en
chifres , j'écris de fuite un des
chifres ou lettres de la clef
du fecret ainsi .
28 a die Februari ir 6 90.
Comier aveugle roia ↳
GALANT.
67
י
Lorfque le Difcours qu'on
yeut écrire en chifres , contient
pluſieurs lignes , on repetera
la Sentence , phraſe , ou
mot du guet autant de fois
qu'il en fera befoin .
3.
Cherchez dans la rangée
fuperieure
horizontale de ma
Table des nombres , le chifre
2. & de- là
defcendez comme
par une échelle , jufques au
chifre 4.qui eft à angle droit,
vis à vis de la lettre C. de
l'Alphabet
perpendiculairement
écrit aux deux coftez
de la Table .
Ecrivez donc le
chifre 4. au deffous de la let-
Fij
68 MERCURE
3
tre C. du mot Comier.
Du chifre 8. de la rangée
fuperieure , defcendez auffi à
plomb , jufques au chifre 1.
qui eft à angle droit , vis- à- vis
li lettre O Ecrivez donc le
chifre 1. au deffous de la lettré
0 .
De la lettre A. de la rangée
fuperieure defcendez perpendiculairement
jufque vis- àvis
la lettre M. de l'Alphabet
perpendiculaire qui eſt à main
gauche où vous trouverez
dans l'angle droit le nombre
10. & vous écrirez 10. au def
fous de la lettre M.
GALANT. 69
De la lettre D. de la rangée
fuperieure defcendez àplomb
jufque vis -à vis la lettre 1.
& vous trouverez le nombre
20. que vous écrirez fous la
lettre I.
De la lettre 1. du mot du
guet defcendez vis - à vis la
lettre E , vous trouverez le
chifre 30. que vous écrirez
fous la lettre E.
De la lettre E. defcendez
jufque vis- à - vis la lettre R.
vous trouverez le chifre 1. que
vous écrirez fous la lettre R.
du mot Comier.
Vous obferverez la mefme
70 MERCURE
chofe pour trouver les chifres
que vous devez écrire fous les
autres lettres des deux mots
fuivans Aveugle Royal. Ainfi
pour trouver quel chifre il
faut pour la lettre A. du mot
Aveugle , parce que la lettre
F. du mot du guet Februarii
eft au deffous & dans le mef
me quarré du chifre 6. &
qu'au commencement de la
mefme rangée la lettre A. visà-
vis, écrivez le chifre 6. fous
la lettre Adu mot Aveugle .
. De la meſme maniere yous
trouverez les autres chifres
qu'il faut écrire ſous les autres
GALANT. 71
lettres , & vous aurez enfin
noftre exemple tout entier,
2 8 a die Februari i 16 90.
Com ier Aveugle Roïal.
4. I. 10.20.30.1.6.4.6.50.6.9.1.4.1.8.6.S.
Remarquez qu'au lieu des
fix Lettres du mot Comier
vous avez les fix chifres fuivans
4. 1.10. 20. 30. 1. dans lefquels
l'unité y eft deux fois ,
la lettre O &
le chifçavoir
pour
pour la lectre R. & que
fre 4. qui eft pour la premiere
lettre C. eft employé
pour le
premier
V. du mot Aveugle
.
Remarquez
encore
que le
mefme
chifre L fignific
le
72 MERCURE
le
dernier E. du mot Aveugle ,
bien que le premier E du mefme
mot foit marqué par
chifre 6. & que dans le mefme
mot Aveugle le mefme chifre
6. fignifie la lettre A & encore
la lettre G. fi- bien que le
mefme chifre 6. eft employé
pour trois differentes lettres
dans le mefme mot Aveugle ,
& que des deux V. du meſme
mot , le premier eft. marqué
par le chifre 4. & le fecond
par so . de mefme que des deux
E du meſme mot Aveugle , le
premier eft marqué par le
chifre 6. & le dernier par le
chifre
GALANT.
73
chifre 1. ce qui rend cette
maniere d'écrire indechifrable
& tout à fait impenetrable
à l'efprit humain ,puifque
pour la dechifrer , il faudroit
deviner le nombre , la Sentence
, la phrafe ou le mot du
guet , qui eft la clef dont les
deux amis font convenus , &
que ces nombres , ces fentences
& ces mots du guet peuvent
eftre infinis en nombres ,
& en differentes Langues ,
& mefme en dictions barbares.
4. Vous écrirez à voftre
amy dans quelque lettre d'af-
May 1690.
G
74 MERCURE
faires ordinaires les mefmes,
chifres 4.1 , 10. 20. 30, 1, 6. &C. ›
Et afin qu'on ne puiffe foupçonner,
que ſous ce chifre il y
a quelque avis & miftere fecret,
vous les envoyerez aprés ,
le compliment ordinaire en
parties de quelques comptes,
comme par exemple.
> Monfieur
compte arrefté.
vous devez de
4110
, liv.
Plus payé par votre ordre àun
Monfieur.... 2030. liv. 16. f. &c.
GALANT. 75
ARTICLE III.
Maniere de lire facilement ce
qui est écrit en chifres.
IL cft facile d'écrire occul :
tement en chifres , & il eft
encore plus facile à voſtre
amy, qui fçait voſtre ſentence
phraſe ou mot du guet, de lire
ce que vous luy mandez par
ces caracteres ; en voicy la
maniere .
1. Il écrira tout de fuite &
en ligne droite horizontale ,
tous les chifres que vous luy
avez mandez par parties fepa-
Gij
76 MERCURE
rées en forme du compte cydeffus
marqué.
2. Il écrira fur chacun de ces
chifres , un des chifres ou
lettres de voftre phraſe ou
mot du guet . Ainfi il aura
dans noftre exemple ce qui
s'enfuit . ..
28 a die Februarii 1690 .
4.1 . 10. 20.30,1 . 6. 4.50.6.9.1.4.1.8.6.8 .
3 Du premier chifre du mot
du guet , qui eft 2. il deſcendra
en ligne droite , comme
par une échelle , jufques au
chifre 4. d'où allant horizontalement
à angle droit à main
CALANT, 77
gauche , il rencontrera la
lettre C , & il écrira la lettre
Cau deffous du chifre 4 .
Du chifre 8. de la rangée
fuperieure de ma Table , il
defcendra directement julqu'à
ce qu'il rencontre le chifre
1.vis à vis duquel & en
ligne directe , comme dans
une échelle horizontalemen
pofée , il rencontrera à main
gauche ou à main droite la
lettre O qu'il écrira au deffous
du chifre 8 .
De la lettre A de la rangée
fuperieure de ma Table ; il
deſcendra juſques au nombre
G iij
78
MERCURE
Jo. tout contre lequel eft la
lettre M qu'il écrira au def
fous du nombre 10.
Ainfi de la quatriéme lettre
du mot du guet , fçavoir
D de la rangée fuperieure , il
defcendra jufqu'au chifre 20
vis à vis duquel eft la lettre I
qu'il écrira fous le nombre 20.
qui eft au deffous de la lettre
D du mot du guet die.
Ainfi de la lettre I il def
cendra fur le nombre 30.
il verra vis à vis la lettre
E qu'il écrira fous le nombre
30.
Ainfi de la lettre E , qui eft
GALANT 79
la derniere du mot die , def
cendant perpendiculairement
jufque fur le chifre 1.il verra
vis à vis la lettre R qu'il écrira
fous le chifre 1 .
De mefme parce que la
lettre F eft dans la cellule du
chifre 6. vis à vis de laquelle
eft la lettre A de l'Alphabet
perpendiculaire
, il écrira la
lettre A fous le chifre 6. Il
pourſuivra
de la mefme maniere
jufqu'à ce qu'il ait tout
déchifré , & ainfi il aura
28 a die Februarii1690 .
4. 1.10.20, 30, 1.6.4.6.50.6.9.1.4.1.8.6 . 8 .
Comi e raveu g le Roia 1.
G iiij
80 MERCURE
Paffons aux autres manieres
d'envoyer ces chifres fans les
écrire , ce qui paffe d'abord
pour une chofe impoffible.
ARTICLE IV.
Comment on peut envoyer les
ordres les plus fecrets & les
"plus importans par un Meffager
muet & innocent , fans
papier ny écriture.
J'explique premierement
ce Vers Latin de ma Planche
,
Namque fuum per opus Lachefis
docta loquetur.
GALANT. 81
Lachefis, fuivant la fiction
des Poëtes , eft une des Parques.
Cloto tient la quenoüille,
Lachefis file nos jours , &
Atropos tranche quand il luy
plaift le filet de la trame de
noftre vie. Ainfi par l'ouvrage
de Lachefs , j'entens un filet
blanc .
Tracez une ligne droite de
deux pouces & un quart de
longueur fur une regle de
cuivre , de bois , ou de carton .
Marquez une croix vis à vis
le commencement de cette
ligne tracée , & divifez la
ligne en neuf eſpaces égaux
82 MERCURE
par autant de points éloignez
l'un de l'autre d'un quart de
pouce. Marquez fur le premier
point le chifte 1. & ainfi
de fuite les neuf premiers ca.
racteres de l'Arithmetique,
comme l'échelle d'une Carte
de Geographie , dont vous
pouvez voir dans ma Planche
un autre modele dans une
échelle qui contient dix- huit
cellules , dans chacune def
quelles eft une lettre de l'Alphabet
, commençant par le
mot prophetifandum , & au
deffous de chaque lettre les
neuf chifres fimples , & puis
chacune accompagnée d'un

GALANT. 83
zero. La Table que je demande
icy ne doit avoir que les
neuf chifres fimples ; car cela
fuffit , vous fouvenant de ce
que j'ay remarqué cy - devant,
que pour marquer les nombres
difenaires 10. 20. 30. 40.
fo. 60. 70, 80 , 90 il fuffit de
marquer dans le chifre un
point qui tiendra lieu de zero .
Il refte donc à marquer fur
ce filet blanc , avec l'encre
noire des points diſtans l'un
de l'autre , fuivant les chifres
que vous voulez mander .
Or ces diſtances fe prennent
avec un compas ouvert de84
MERCURE
puis le commencement de lä
ligne de l'échelle où eſt la
croix jufques au point au deffus
duquel eft le chifre requis
, & cette meſme diſtance
ou ouverture de compas fe
porte depuis le noeud fait à
une extremité du filet fur la
longueur du mefme filet tendu
en ligne droite fur une
table par un petit contrepoids
,
& à l'autre bout du compas
avec une plume & de l'encre
on marque un point noir , &
femblablement
de ce point
marqué on marque la diſtance
du chifre fuivant , prife
GALANT. 85
fur l'échelle , & lors que ce
chifre eft un nombre difenaire
, on marque encore tout
contre un fecond point qui
fert de zero; ainfi deux points
marquez tout prés à prés ſignifient
toujours un nombre
difenaire , & de ce dernier
des deux points on marque
encore fur le filet la dif
tance du chifre fuivant , &
ainfi toujours de fuite tant
qu'il y aura: des chifres , & fi
on veut feparer les mots , on
mettra trois points prés à
prés .
Voicy le tout dans un
86 MERCURE
exemple. Pour envoyer les
chifres 4. 1. 10. 20, 30. 1. que
vous avez cy- devant trouvez
pour les lettres du mot Comier,
faites un noeud au bout de
voftre filét , & de ce noeud ,
pour marquer le chifre 4.
vous ferez avec de l'encre
noire un point à la diſtance
d'un pouce, parce qu'un pouce
contient quatre fois trois
lignes . De ce premier point
à la diftance
de trois lignes ,
vous marquerez
un fecond
point pour le chifre 1. & de ce
fecond point à la diſtance de
trois lignes
, vous marquerez
GALANT 87
un autre point d'encre pour le
nombre io & afin de reconnoiſtre
que ce troifiéme point
le nombre dizenaire,
eſt
pour
vous
marquerez
tout
prés
un
autre
point
d'encre
qui
tiendra
lieu
de
zero
; &
du
dernier
de
ces
deux
points
, à la
diſtance
de
fix
lignes
prife
fur,
voftre
échelle
avec
le
compas
,vous
marquerez
un
point
d'encre
pour
le nombre
20.
&
enfuite
encore
tout
prés
à
prés
un
autre
point
d'encre
pour
faire
connoiftre
que
c'eſt
un
nombre
dizenaire
. De
ce
fecond
point
vous
porterez
88 MERCURE
fur le filet avec le compas la
diſtance de neuf lignes prife
fur voftre échelle depuis la
croix jufques au chifre 3. &
marquerez cette distance avec
un point d'encre, aprés lequel
vous mettrez immediatement
un autre point , pour faire
connoiftre que cette diſtance
de neuf lignes eft pour le chifre
3. mais que ce chifre eft
fuivi d'un zero . Enfin de ce
fecond point vous
marquerez
à la diftance de trois lignes
un point d'encre pour le chifre
1. Ainfi les fix chifres fcront
-marquez fur le filet dans
GALANT. 89
l'étendue ou longueur de trois
pouces & deux lignes , parce
que pour ces fix chifres il ne
faut que la longueur de trois
pouces, & pour les trois points
qu'on ajoûte aux trois chifres
qui font difenaires , il ne faut
au plus que trois ou quatre
lignes .
On met ce filet blanc ainfi
marqué par points d'encre
dans la ceinture d'un haut de
chauffe qu'on baille au Meffager
le jour de fon départ.
Le Confident à l'infceuldu
Meffager prend ce filer & par
les diftances des points qu'il
May , 1690.
H
90 MERCURE
+
examine fur une échelle en
tout femblable à la voſtre , il
connoift pour quel chifre
chaque point d'encre a eſté
formé.
ARTICLE V.

Deux Manieres d'écrire fans
Soupçon , par des points
invifibles,les chifres employez
pour le fecret.
Premiere maniere. Pour
rendre ce filet hors de foupçon
, vous marquerez les
points fufdits , non avec de
l'encre noire , mais avec de
GALANT. 91
F'eau dans laquelle aura trempé
ou boüilli de bonnes noix
de galle concaffées . L'eau
érant fechée , ces points deviendront
invifibles. Voftre
amy trempera ce filet dans
de l'eau , dans laquelle fera
difous du vitriol , & ces
points deviendront noirs , &
par confequent lifibles .
Seconde maniere . Faites
voftre Lettre de compliment
ordinaire ou d'affaires indifferentes
. Comptez depuis la
premiere lettre autant de lettres
que le premier chifre contient
d'unitez . Marquez un
Hij
92 MERCURE
point d'encre fur cette lettres
& enfuite de cette lettre marquée
exclufivement , faites la
mefme chofe pour tous les
autres chifres . En voicy un
exemple.
Pour mander ſecretement
& fans foupçon des chifres
4. 1. 10. 20.30.1 . 6. 4. 6. 50.6.
9. 1. 4. 1. 8. 6. 8. dans ces mots
Comiers Ebredunenfis Presbiter
Doctor Theologus.
27 HADD
Pour le chifre 4. marquez
GALANT.
93
un gros point fur la 4. lettre
1. du mot Comier. Et pour le
chifre 1. ma: quez un point
fur la lettre E. qui eft la premiere
qui fuit aprés la lettre
1. & fur la lettre R. qui eft la
premiere qui fuit aprés la lettre
E. pour le chifre 10. marquez
deux points , afin de
faire connoiftre que c'eft un
chifre difenaire . Sur la lettre
E qui eft la premiere du mot
Ebredunenfis , & la feconde lettre
aprés la lettre R. marquez
deux points pour faire connoiftre
que c'eft pour le nombre
difenaire 20. & marquez
94 MERCURE
ainfi de fuite pour chaque chifre
des points fur les lettres
qui feront autant éloignées
de la derniere marquée , que
le chifre contient d'unitez ,
marquát toûjours deuxpoints
pour les nombres difenaires .
Ainfi dans noftre exemple
pour le chifre 30. marquez
deux points fur le fecond E.
du mot Elredunenfis . Sur la
lettre D. marquez un point
pour le chifre 1. Sur la lettre
1. marquez un point pour le
chifre & fuivant ces mefmes
regles pour les chifres 4 .
6. & so. vous mettrez des 50.
GALANT 95
points fur les lettres E. R. &
deux points fur le dernier O
du mot Doctor , & fur la lettre
E. du mot Theologus , vous
mettrez un point pour le chifre
6. Et d'autant qu'il faut
enfuite marquer le chifre 9.
& qu'il ne reste plus que quatre
lettres , il faut achever de
compter les cinq lettres qui
manquent en les prenant dés
le commencement , mais au
deffous des mêmes cinq mots.
Ainfi comptant par deffous
le mot Comiers cinq lettres ,
yous marquerez un point fous
la lettre E. pour le chifre 9 .
96 MERCURE
Puis pour le chifre 1. marquez
un point fous la lettre R. Pour
le chifre 4. marquez un point
fous la lettre R. du mot Ebredunenfis.
Pour le chifre 1. marquez
un point ſous la lettre
fuivante E. Pour le chifre 8.
marquez un point fous la
derniere lettre S. qui eft la
huitième lettre aprés la lettre
E marquée . Pour le chifre 6.
marquez un point fous la lettre
7. du mot Presbiter , &
enfin pour le chifre 8. marquez
un point fous la huitiéme
lettre fuivante qui eft le
dernier O. du mot Doctor.
Voyez
GALANT.
97
Voyez tous ces points marquez
de mefme fur les lettres
de la ligne qui eft au bas de
maplanche. On peut diftinguer
les mots chifrez , en mar-
- quant une virgule aprés le
point du dernier chifre du
mot. ?
Pour rendre cette maniere
d'écrire hors de foupçon ,
faites faire la lettre par la
main , du ftile & des affaires
de voſtre Laquais , Faites la
adreffer au Laquais de voſtre
Amy; marquez y à ſon infceu
les points, comme il faut , &
cachetez là. Voftre amy la
May 1690.
I
98 MERCURE
recevra des mains de fon
Laquais , & aprés y avoir leu
les avis fecrets que vous luy
mandez , il vous fera fecretement
réponſe de la meſme
maniere .
Mais parce que ces Lettres
eftant interceptées ne peuvent
eftre exemptes de foupçon
fi les points font marquez
avec de l'encre , bien
qu'aucun Expert ou Verificateur
d'Ecritures ne puiffe
reconnoiſtre par comparaison.
de caracteres celuy qui aura
forméces points, il fera neanmoins
à propos de les mar
GALANT.
99
quer avec de l'eau de noix de
gale. Voftre amy ayant receu
& ouvert la Lettre , l'étendra
fur une table, & paffant legerement
par deffus le papier
une éponge trempée dans de
l'eau vitriolée
, ces points
inviſibles deviendron
tnoirs.
On peut s'écrire par les
mefmes points marquez
fur
les Lettres de la Gazette , ou
de quelque petit Livre nouveau.
La datte de la lettre ou
Billet de celuy qui envoye le´
Livre indiquera
la page ou
ces points feront marquez
.
I ij }
100 MERCURE
ARTICLE VI.
Maniere de parler à une & deux
lieues loin à voftre Amy ,fans
que perfonne entende ce que
vous luy dites.
Soit propofé de faire ſçavoir
à un Amy , à une lieuë
loin , ces trois mots , Comier,
Aveugle Roial.
Trouvez premierement par
le moyen de voſtre mot du
guet 28a die Februarii 1690. les
chifres 4. 1. 10. 20. 30. 1. 6. C.
Puis commençant à la main
gauche divifez toute cette
GALANT . ΙΟΙ
longueur de chifres de quatre
en quatre , mais lors qu'il
faudroit mettre cinq chifres,
à moins que de feparer le
chifre d'avec le zero qui le
fuit , vous ne prendrez pour .
lors que trois chifres . Voyez
le tout pratiqué dans cet
= exemple .
4.1.10. 1 20. 3011646150 69.
&c.
Avec une bonne trompette
que le commun appelle parlante,
avertiffez premierement
voftre Ami par quelque chanfon
, ou autre parole , de fe
préparer à vous écouter , &
I iij
102 MERCURE
quand vous aurez connu par
le bruit de fa
trompette
, ou
par quelque autre fignal , qu'il
cft préparé, prononcez fortement
& bien diftinctement
la valeur des chifres de chaque
claffe , en parlant ainsi ,
Quatre mille cent dix , & un
moment aprés prononcez
auffi ces mots bien articulez,
Deux mille trente , puis prononcez
Mille fix cens quarantefix
, puis cinq mille foixante &
neuf, c. Voftre Ami écrira
en mefme temps en chifres les
mêmes nombres à mesure que
vous les prononcerez par paGALANT.
103
roles ; & ainfi il trouvera
avoir écrit tout de fuite le
nombre 4. I. 10. 20. 30. 1.6.
&c. que par le mot du guer ,
28a die Februarii 1690. il interpretera
& trouvera fignifier
les trois mots Comier, Aveugle
Roial.
On peur facilement faire
cet effay de parler par chifres
meſme par la voye naturelle .
Voftre Ami eftant dans un
pavillon , ou au bout d'une
longue allée , & vous dans
l'autre, où la Compagnie vous
donnera
quelques mots pour
les luy faire fçavoir en par-
I
iiij
104 MERCURE
lant par les nombres ,il déchifrera
& redira à haute voix.
Par exemple,fe fuis voftre , &c .
Comiers, Aveugle Roial .
·
Vous trouverez dans ma
Lettre du mois prochain ce
qui refte de cet Ouvrage ,
felon les articles que M' Comiers
a marquez au commencement
de ce Traité
Vous avez cu raiſon ,
Madame , de ne pas douter
de la verité du Bref du Pape à
Madame de Maintenon , dont
je vous fis part dans ma
Lettre du mois paſſé , puiſ-
#
que je ne vousenvoyerois pas
GALANT. 105
des chofes de cette
importan
ce , fans eftre affeuté qu'elles
fuffent
veritables . En voicy
encore un autre , dont la
fufcription vous apprendra à
qui il eft adreffé .
A LA
TRES - NOBLE DAME ,
Noftre- chere Fille en J. C.
La Ducheffe de Chaulnes.
ALEXANDRE PP . VIII.
Noble Dame , noftre chere
Fille en J. C. Nous ne trouvons
point d'expreffion capable
106 MERCURE
de vous témoigner jusques à quel
point nous a esté agreable la
Lettre que vous nous avez
écrite , par laquelle vous nous
faites connoiftre le transport de
joye que vous a cause nostre
exaltation au
Pontificat , car
en verité ce nous est un fort
grand plaifir de fçavoir la part
que prend en ce qui nous touche
une Perfonne dont la vertu &
·les belles qualitez luy ont autrefois
acquis dans ce Theatre
des Nations l'eftime de tout le
monde
nofire. Nous
fouhaitons auffi
que vous teniez pour chofe conf
principalement la
GALANT. 107
tante que nnoouuss embrafferons avec
plaifir les occafions que nous defirons
rencontrer de vous donner
des preuves effectives de l'épanchement
fenfible de bien - veillance
que nous vous exprimons ,
fur tout eu égard aux merites
qui nous feront infignes,
toujours prefens , que s'est fait
auprés de Nous nostre cher Fils
vostre noble Epoux le Duc de
Chaulnes , en procurant felon
les intentions du Roy tres-Chref
tien noftre exaltation au Pontifi
cat , dont nous étendons mefme
de bon coeur la reconnoiffance
fur toutefa Famille . Cependant
108 MERCURE
nous prions Dieu , Souverain
Difpenfateur , de vous combler
de toutes fortes de biens , &
d'un zele de Pere , nous vous
donnons enfin nostre Benediction
Apoftolique. ARome le 7. Nov.
1689.
Les grands Capitaines font
une fi éclatante Figure dans
le monde
que leur mort eft
fceue partout prefque auffitoft
qu'elle eft arrivée . Ainfi
il eft
impoffible que vous
ignoriez celle du Prince
Charles de Lorraine . Le 18.
du dernier mois , eftant à Welo
, d'ou il devoit aller s'emGALANT:
10g
barquer à Lints en Auftriche
qui en eſt éloigné de quatre
lieües, & paffer delà à Vienne,
il fe rendit à quatre heures
du matin dans l'Eglife.des
Capucins . Il y entendit la
Meffe avec beaucoup de devotion
, & fut furpris tout à
coup d'une fluxion fur l'oreille
droite , malgré laquelle
il vouloit partir , mais un de
ceux qui l'accompagnoient ,
s'eftant apperceu qu'il le trou
voit mal , le preffa de demeurer
. La fluxion s'eſtant augmentée
en peu de temps s'ê
tendit jufqu'à la gorge , ce
s'e110
MERCURE
qui l'obligea de fe mettre au
lit , & de faire appeller un de
ces Peres pour le confeffer.
Aprés la Confeffion il ſe fit
faigner deux fois par fon Chirurgien
qui eftoit François, &
fon enfleure , bien loin de
diminuer, s'eſtant augmentée
de telle forte qu'il n'avoit
plus la parole libre, on luy apporta
le Viatique qu'il receut
avec toutes les marques que
l'on peut donner d'une parfaite
refignation à la volonté
de Dieu . Enfuite il écrivit
une longue Lettre à Sa Majeſté
Imperiale , & la donna à
GALANT. IIII
fon Confeffeur avec d'autres
Papiers cachetez, & un Billet
où ces mots eftoient écrits .
Sacra Cafarea Majestati Au
gustiffime commendat fe , &
ultimum vale dicit Carolus à
Lotaringia. Le Pere Gardien
eftant arrivé avec neuf Pref
tres de fes Religieux , ainfi
que le Doyen & la pluſpart
des Chapelains de la Ville , il
fe difpofa à mourir , & on luy
donna l'Extréme - Onction,
pendant qu'il avoit les yeux
& la bouche continuellement
attachez fur un Crucifix qu'il
tenoit entre ſes bras. Aprés
112 MERCURE
cela , il fit figne avec la main
qu'on luy donnaſt du Papier
, & il écrivit , Orent
commendationem anima , ce qui
fut auffi - roft executé. Lors
qu'on cut finy cette Priere, il
montra fon Rofaire aux AL
fiftans qui eftoient en tres
grand nombre, & qui comprirent
qu'il les invitoit à le
reciter pour le falut de fon
ame , & enfin prenant le
Crucifix entre fes bras , la
bouche appuyée fur la playe
du coſté , il fit figne au Perc
Gardien de reiterer la recommandation
de l'Ame , pendant
laquelle ce Prince expira .
GALANT. 113
Tous ceux de fa fuite fe trouverent
fi penetrez de douleur
d'une mort fi prompte,qu'aucun
d'eux ne fut en eftat de
porter cette nouvelle à la
Reyne Doüairiere de Pologne
fa Femme. Ainfi elle luy
fut annoncée par un fimple
Domestique . On ouvrit fon
corps , & on luy trouva le
poumon un peu gâté . Il avoit
quarante-fept ans accomplis,
eftant né à Vienne au mois
d'Avril 1643. Charles II . Fils
de François, Duc de Lorraine,
eut trois Fils de Claude de
France , feconde Fille du Roy
May 1690 .
K
1/4 MERCURE
Henry II . & de Catherine de
Medicis ; fçavoir, Henry Due
de Lorraine , Charles Cardinal
, & François Comte de
Vaudemont
. Henry mort
en 1624. laiffa deux Filles ,
Nicole Ducheffe de Lorraine,
& Claude; & François , Comte
de Vaudemont fon Cadet,
qui mourut en 1632 laiſſa
deux Fils , Charles III & François
Nicolas , qui épouferent
les deux Filles de Henry leur
Oncle. Charles III.Mary de la
Princeffe Nicole , eft celuy
qni s'eft rendu de nos jours fi
remarquable per fes inconf-
1
GALANT. HS
tances , & qui aprés avoir fait
unTraité avec le Roy le 6 Février
1662. par lequel il cede
tous les Etats à Sa Majesté
fous des conditions avantageufes
à toute fa Maiſon , n'a
pas laiffé depuis ce temps là
de cabaler à fon ordinaire, &
de faire une ligue offenſive &
défenfive contre la France ,
jufques à fa mort arrivée à
Birkenfeldt en 1675. François-
Nicolas fon Frere puifné, cut
de la Princeffe Claude , puifnée
de la Princeffe Nicole ,
Charles Leopold - Nicolas-
Sixte , connu fous le nom du
-
Kij
116 MERCURE
Prince Charles. C'eft celuy
dont la mort précipitée donne
lieu à cet article . On voit
par la maniere dont il a finy
fes jours, que fi fa vie a fourny
à toute la Terre un exemple
de moderation , fa mort a
édifié tous les Chreftiens.
Il a fceu conſerver fa pieté en
fe fignalant dans le métier
de la guerre , & la fierté qu'-
elle infpire , n'a pû changer
l'extrême douceur qui luy
eftoit naturelle , enforte qu'il
a toujours fait paroiftre une
grande modeftic avec beaucoup
de valeur. On ne peut
GALANT . 117
avoir plus de confiance qu'en
avoient en luy les Troupes
qu'il commandoit ; auffi peuton
dire qu'il recevoit également
des loüanges de celles
qu'il menoit au combat
, & de celles qui combattoient
contre luy . Il fal
loit eftre auffi fage & auffi
prudent que ce Prince , pour
empêcher la defunion des
Troupes des differens Alliez
dont il avoit le commandement.
On en a fouvent vû
dans un campement fe plaindre
de leurs quartiers , &
quand cela arrivoit , il vou18
MERCURE
loit leur ceder les fiens , &
ordonnoit à fes Troupes de
fe retirer , ce qui rempliffoit
de confufion ceux qui fe
plaignoient , & les engageoit
à demeurer dans les quartiers
qu'on leur avoit affignez . Je
ne puis mieux vous prouver
qu'il meritoit les louanges
que toute la terre luy a données
, qu'en vous difant , que
le Roy n'a jamais parlé de ce
Prince , qu'en marquant qu'il
avoit pour luy beaucoup d'eftime.
C'est ce qui m'a autorifé
à vous en parler dans
plufieurs de mes Lettres , en
GALANT 119
A
des termes auffi
avantageux
que j'ay fait . Ces fortes d'éloges
ont toujours efté fi bien
receus à la Cour, que je puis
dire qu'ils m'ont fouvent attiré
des
Quoy que la bonté & la
grandeur
d'ame du Roy fe
remarquent
tous les jours ,
l'une & l'autre
parurent encore
dans ce que ce Monarque
dit à la gloire de ce Prince
, lors qu'on luy apporta la
nouvelle de fa mort . Sa Majefté
n'a pas imité en cela ceux
qui ne fçauroient
fouffrir les
grands hommes pendant leur
applaudiffemens.
1
120 MERCURE
vie , & qui entraînez par le
torrent , fe trouvent forcez
aprés leur mort d'en dire du
bien comme les autres , puis
que fe faifant une gloire de
rendre juſtice au vray merite,
mefme en la perfonne de fes
Ennemis, Elle a toujours tenu
le mefme langage .
Comme il est bien malaiſé
d'acquerir beaucoup de
gloire fans que l'envie cherche
à l'obfcurcir , le Prince
Charles n'a manqué ny d'En
nemis ny d'envieux , & on luy
a fouvent donné des loüanges
empoifonnées , comme il paroift
GALANT. 121
roiſt dans l'ouvrage appellé
Portraits des Generaux de l'Empereur
dans lequel on dit
qu'il est haineux ; je me fers
du mefme terme que l'Auteur
a employé pour noircir
la reputation de ce Prince ,
pretendant que c'eſt un defaut
auquel on voit un fort
grand nombre de devots fujets.
Cependant fi l'exemple
du contraire que je vais vous
rapporter eft veritable , comme
l'on m'en a affuré , on de
meurera d'accord que c'eſt
fort injuſtement qu'on l'a
accufé de cette foibleffe.
May 1690.
L
122 MERCURE
9
L'Empereur ayant befoin
d'un General pour envoyer en .
Hongrie , parce qu'il vouloit
que I'Electeur de Baviere &
le Prince Charles commandaffent
fur le Rhin , demanda
confeil à ce dernier , fur le
choix qu'il devoit faire . Le
Prince Charles de Lorraine
nomma le Prince Louis de
Bade , & luy fit un éloge de fa
vigilance & de fon courage.
L'Empereur furpris de cette
loüange, luy dit qu'il n'avoit
pas cru qu'il duft avoir de fi
favorables fentimens pour un
Prince qu'il avoit fujet de
GALANT. 123
croire fon ennemy. Le Prince
Charles luy répondit , Que
lors qu'il s'agiffoit du fervice de
de Sa Majefte Imperiale , il nè
regardoir que le merite , & que
rien ne l'empêcheroit jamais de
luy rendre ce qu'on luy devoit
dans quelque Sujet qu'il fe ren-
- contraft . L'Empereur convaincu
de la capacité du Prince
de Bade pour commander fes
Armées , par les chofes que
luy en dit un Prince fage , que
Pintereſt ſeul de la verité faifoit
parler , nomma le Prince
de Bade General de fon Ar
mée on Hongrie , & luy dit
Lij
224 MERCURE
en meſme temps , que le choix
qu'il faifoit de fa perfonne ,
venoit du confeil du Prince
Charles , & qu'il devoit l'en
aller remercier. Le Prince de
Bade y alla, & non feulement
il luy marqua fa reconnoif-
Lance dans les termes les plus
forts & les plus refpectueux;
mais il luy jura qu'il feroit
inviolablement attaché à fes
interefts , & écrivit auffitoft
au Prince Herman de Bade
fon Oncle , qui preſidoit à la
Diete pour 1 Empereur , que
s'il n'entroit dans les mêmes fentimens,
il renonçoit à l'amitié que
le fang avoit établie entre eux.
GALANT 125
Les Lettres que je vous écris ,
& que vous me permettez de
rendre publiques , eftant un
champ ouvert pour tous les
partis , il y a longtemps que
jay declaré que je n'en prens
point ,& que je rapporte fimplement
les faits. Ainfi je ne
puis me difpenfer de vous
dire qu'il s'eft élevé un démeflé
parmy les Sçavans , à
l'occafion de ce que je vous
manday la derniere fois tou
chant les Tables que M' Ma-
Tiette a faites des divifions du
Monde , du Firmament , &
des Climats. C Cet Article à
Liij
126 MERCURE
donné lieu à la Lettro que
vous allez lire.
5222552 5255SSSZZZ
LETTRE DE M .....
fur les Ouvrages du Pera
Coronelli .
MON
ONSIEUR,
Fay efté fort furpris de trou
ver le nom de M de Tralage
dans le Mercure Galant du mois
d'Avril 1690. page 102. Il m'a
prié de vouloir bien éclaircir ce
que l'on y dit de luy. Pour le
faire avec ordre , il eft bon de
GALANT 127
rapporter icy les paroles du Me-
M. Mariette
a fourmoire
que
ny à l'Auteur du Mercure Galant.
Les voicy.
Mr de Tralage , Neveu de
M' de la Reynie , à qui le
Pere Coronelli , Cofmographe
de la Republique de Ve
nife , eft redevable de ce qui
peut eftre de meilleur dans
les Cartes qui fe publient fous
fon nom à Paris , ayant confulté
l'Auteur touchant ce
qu'il trouveroit à propos d'e-
Are executé fur le grand Globe
Celeste de ce Pere , il luy
fit part des avis que je viens
Liiij
128 MERCURE
de vous marquer qu'il ne
manqua pas de luy envoyer
en 1687. Ils plurent tant au
Pere Coronelli , qu'il fe fervit
des termes qui fuivent
pour l'en remercier l'année
fuivante. Sono fpiritofi & eruditi
gli ricordi del foggefto
mandato mi fopra il noftro
Globo celeste , & aggra
direi fommamente di conofcerlo
per diftinguerli le mie
obligationi.
M Mariette attribue dans
ce Memoire trois chofes à M
de Tralage. 1. Qu'il travaille
fur les Cartes du P. Coronell,
GALANT . 129
2. Que ce qu'il a mis fur ces
Cartes eft ce qu'il y a de meilleur.
3. Que M de Tralage a
confulté M Mariette fur le
Globe celefte de ce Pere.
·M
Mariette me permettra
de luy dire qu'il avance tout
cela fans aucune preuve . Le P.
Coronelli eftant à Paris fit connoiffance
avec un grand nombre
de perfonnes fcavantes qui luy
ont fourny des Memoires
on
donné des avis , & plufieurs fe
font affociez pour avoir les Glo
bes qu'il fait graver à Paris &
Venife. En un mot le P. Coronelli
a connu plus de cent Per
130 MERCURE
fonnes diftinguées par leur qualité
ou par leur érudition dans
la feule Ville de Paris , & l'on
ne voit pas pourquoy Mr Mariette
s'eft avisé de nommer
plûtoft M de Tralage qu'aucun
des autres amis du P. Coronelli .
Il est vray que fur la Carte de
l'Afie de ce Pere gravée à Paris,
il y a un Avertiſſement où l'on
a remarqué que c'est un François
des Amis du P. Coronelli
qui a fait plufieurs corrections
& augmentationsfur ces
Cartes ; furcelle du Globe terreftre
qui a paru depuis peu ;
cet amy est nommé Tillemon.
1
GALANT.
131

Si ce nom eft veritable, & qu'il
ait effectivement un des amis
du P.Coronelli qui s'appelle ainfi,
pourquoy eft-ce que M.Mariette
attribue fon Ouvrage à un autre ?
Si au contraire c'est un nom fupposé
, qui eft ce qui a chargé M.
Mariette de faire connoistre un
Auteur malgré qu'il en ait ? Il
eft aisé de conclure delà que M.
de Tralage eft en droit de defavoüer
tout ce que M. Mariette
a avancé là- deffus trop hardiment
, & de fon chef.
La feconde propofition de M.
Mariette n'eft pas plus veritable
que la premiere. Il pretend que
132 MERCURE
1
le P. Coronelli eft redevable
à M de Tralage de ce qui
eftre de meilleur dans
peut
les Cartes qui fe publient fous
fon nom à Paris . Il faudroit
pour bien juger de ces corrections
&& de ces augmentations
,que M.
Mariette euft eu entre les mains
les Deffeins originaux & manufcripts
des Cartes du P. Coro
nelli d'une part de l'autre
les Corrections
du Sieur Tille-
"mon ,
&
aprés avoir bien
examiné comparé le tout enfemble
, peut- eftre qu'il auroit
pú dire que ce qu'il y a de meilleur
fur ces Cartes venues de
GALANT.
133
Veniſe, y a eſté mis àParis par
le fieur Tillemon ; mais il eft
tres-certain que M. Mariette
n'a rien veu de tout cela , &
qu'il n'a eu ces Cartes
que lors
Ces
ont eftéexposées
en ventes
c'est donc mal à propos qu'il decide
fur une chofe qu'il ne fait
point.
M. Mariette dit en troifiéme
lieu que Mr de Tralage l'a
confulté touchant ce qu'il
trouveroit à propos d'eftre
executé fur le Grand Globe
celefte du Pere Coronelli . M.
Mariette fe vante icy d'une
hofe qui n'est pas mefme vray134
MERCURE
femblable. Ceux qui le connoiffent
particulierement Sca
vent fort bien que fi on le doit
confulter , ce n'est pas fur l'Aftronomie
. Si l'on avoit en quel
ques avis à demander pour perfectionner
ce Globe celeste , on fe
feroit adreffé à quelques uns de
Meffieurs de l'Obfervatoire
Royal dont l'érudition eft connue
de toute l'Europe . Il est vray
que M. de Tralage a montré à
M. Mariette quelques épreuves
des Figures de ce Globe celefte,
parce qu'il fçavoit que M.
Mariette eftoit fils & frere de
deux fameux Marchands de
GALANT.
135
2
Tailles- Douces à Paris , & que
luy ayant passé par les mains
quantité d'Estampes, il vouloit
fçavoir de luy ce qu'il penfoit du
Deffein & de la Graveure de
ces Figures. Au lieu de répondre
là- deffus , il luy donna un Memoire
des chofes qu'il prétendoit
devoir eftre ajoutées fur ce
Globe. On l'envoya au P. Coronelli
fans luy nommer l'Auteur
de ce Memoire . Ce Pere
qui est fort civil , apprenant en
general qu'il estoit d'une perfonne
que M. de Tralage connoiffoit
, fir là- deffus le compliment
que M. Mariette a rap136
MERCURE
porté dans fon Memoire . Il
feroit à fouhaiter qu'il n'eust
point trop pris à la Lettre des
paroles honneftes d'une Lettre
Italienne , & qui dans le fond
ne concluent rien , & qu'il ne
Se fuft pas imaginé que c'eftoit
nne approbation autentique de
fon Memoire & de fes Opinions
particulieres.
On ne dira rien prefentement
fur les Tables de M. Mariette,
dont il eft tres- amplement parlé
dans le Mercure d'Avril pag.
89. Les habiles gens en jugeront,
verront fi M. Mariette
eft un Aftronome aẞez fameux
GALANT 137
pour avoir droit d'eftablir un
nouvel ordre dans l'arrangement
des Conftellations , & pour
inventer de nouveaux termes
dans cette fcience. C'est à quoy
M.de Tralage ne prend aucune
part , il a voulu feulement fe
deffendre pour ce qui le regardoit
perfonnellement; c'est ce que j'ay
taché de faire en fuivant à peu
prés fa pensée . Je ſuis vostre
& c.
A Paris , ce 12. May 1690-
Tous les coeurs ne font
pas
également difpofez pour les
impreffions de l'amour ; elles
May. 1690.
M
128 MERCURE
*
font beaucoup plus vives dans
les uns que dans les autres, &
l'avanture dont je vais vous
faire part en eſt un ſeur témoignage
. Un Cavalier galant
& bien fait , à qui fon
Pere, mort depuis deux ans,
avoit laiffé de grands biens ,
fut obligé d'aller paffer quel
ques jours à une Terre fort
confiderable , où des baftimens
à reparer rendoient fa
prefence neceffaire . Il n'y fuc
pas plûtoft arrivé qu'il donna
fes foins pour ce qu'il vit
qui preffoit le plus , & crut
devoir prendre cette occaGALANT.
139
fion pour vifiter la Nobleſſe
de fon voifinage. Il alla fur
tour chez une Dame extré
mement eftimée dans le Pais,
& fur furpris de la beauté
d'une jeune Niece qu'il vit
auprés d'elle. A bien examiner
tous fes traits on ne les
pouvoit trouver entierement
reguliers ; mais ils eftoient
tellement piquans , & la vivacité
de fon teint les faifoit
briller avec tant d'éclat, qu'on
ne voyoit en la regardant que
des amours & des graces. Un
foufrire gracieux la rendoit
aimable en tout ce qu'elle
Mij
140 MERCURE
difoit ; & quoy qu'elle n'cuft
encore que quinze à feize ans,
fon efprit eftoit auffi formé
que fa taille. Elle l'avoit doux
& fort enjoüé, & fon enjoüement
eftoit fouftenu d'une
grande modeftie. Le Cavalier
ne fe laffa point de jetter les
yeux fur elle , & en luy don
hant beaucoup de louanges,
qui firent connoistre qu'il
avoit autant d'efprit qu'il
eltoit galant , il felicita la
Tante fur le bonheur d'avoir
une Niece auffr accomplie
qu'il la voyoit. On luy ré
pondit fort civilement , & la
GALANT. 141
converſation fut interrompuë
par l'arrivée de deux ou trois
Gentilhommes des environs ,
qui vinrent l'un aprés l'autre,
& qui debiterent force douceurs
à l'envy à cette belle
Perfonne , mais d'une manie
re affez
campagnarde pour
bien divertir le Cavalier &
la Tante. La Niece à qui leurs
hommages eftoient adreffez ,
fe tiroit d'affaires admirablement
, & fçavoit mêler dans
la plufpart des réponses qu'-
elle leur faifoit , une fine raillerie
qui faifoit voir que le
foible de chacun luy eftoit
142 MERCURE
connu. L'un d'eux luy ayanc
parlé un moment tout bas ,
elle dit tout haut qu'elle n'écoutoit
jamais rien de cette
forte , & que cependant elle
vouloit bien luy répondre en
general qu'elle avoit toujours
entendu dire les Filles ne
que
fçavoient ce que c'eftoit que
d'avoir un coeur ; qu'on l'avoit
remife entre les mains
de fa Tante , & que quand
on luy diroit quelque chofe
qui ne feroit pas de la portée,
ce feroit par elle feule qu'elle
en recevroit l'explication . Ce
difcours fit connoiftre au
GALANT 143
Cavalier que cette Tante avoit
le pouvoir de difpofer
de fa Niece , & un fentiment
fecret qu'il ne pouvoit encore
démeler , l'obligea d'avoir
mille honneftetez pour elle.
Comme il avoit un veritable
merite, & qu'une longue habitude
parmy le beau monde,
luy en avoit fait acquerir la
politeffe , la Tante le voyoit
avec plaifir , & le favorable
accueil que la Niéce luy faifoit
, le rendit fort affidu
dans fes vifites . Tout le chagrin.
qu'il avoit, c'eftoit de la
voir toujours environnée de
344
MERCURE
fes Amans campagnards, mais
cela n'empefchoit point qu'il
ne luy dift fort fouvent des
chofes flateufes , & il avoit la
douceur de remarquer que
tout ce qu'il luy difoit en
eftoit receu d'une façon affez
diftinguée pour luy donner
lieu de croire qu'elle fe faifoit
un plaifir de l'écouter.
Cela dura quinze jours , &
à force de la voir & de
bien goufter fon humeur &
fon efprit , le Cavalier qui
eftoit vif fur la paffion , en
devint fi amoureux , que dans
la crainte d'eftre prevenu par
quelque
CALANT 145
quelqu'un de fes Amans ,
dont l'un eftoit extrémement
riche , il fe refolut de fe declarer.
Il en prit l'occaſion
deux jours aprés , que s'eftant
rendu de bonne heure chez
le Dame , il y fut receu par
la Niéce feule tandis que fa
Tante donnoit quelques ordres
Domeftiques . Il luy dit
d'abord tout ce qu'une forte
paffion peut infpirer de plus
tendre , & luy demanda enfuite
s'il feroit affez heureux
-pour ne luy déplaire pas en
parlant de mariage ; qu'il avoit
affez de bien pour luy
` May 1699.
N
146 MERCURE
pouvoir faire un party avanstageux
, & que pourveu qu'-
elle l'affeuraft que fa perfonne
luy eftoit pas defagreable,
fes Parens feroient les maiftres
de tout. La Belle ſurpriſe
d'une declaration ſi peu attenduë,
luy répondit qu'elle
voyoit bien par la maniere
dont il s'expliquoit , qu'il
luy falloit parler ferieufement
; que les fentimens de
confideration
qu'il venoit de luy marquer,
luy faifoient honneur, & que
mefme elle vouloit bien luy
avouer qu'elle l'eftimoit affez
particuliere
GALANT. 147
pour ne douter pas qu'ils ne
luy euffent fait plaifir fi elle
fe fuft trouvée dans un autre
cftat que celuy où elle eftoit,
mais qu'elle ne devoit plus
luy cacher que fes Parens l'avoient
mariée depuis fix mois
à un vieux Gentilhomme
fort riche , dont la Terre
eftoit éloignée de trente
lieuës ; qu'ayant efté appellé
à Paris pour une affaire preffée
, il l'avoit amenée chez fa
Tante , où il la laiffoit jufqu'à
fon retour ; que le voyant
dans un lieu où elle n'eftoit
connue de perfonne, & eftant
Nij
148 MERCURE
perfuadée que fa jeuneffe &
un peu d'agrément dans ſa
figure , luy attireroient les
voeux de quelques Provinciaux
, elle l'avoit priée de
foufrir , qu'elle paffaft pour
Fille chez elle afin de fe donner
ce plaifir ; qu'il en avoit
veu l'effet par les douceurs
que luy debitoient certaines
gens qu'elle n'avoit pas affez
cftimez pour le mettre en
peine de les détromper , mais
que pour luy , elle eftoit fachée
de voir qu'il cuft pris
pour elle une paffion qu'elle
n'avoit pas pretendu luy infpiGALANT
149
rer,puis qu'elle devoit luy être
inutile , & qu'elle conferveroit
un fouvenir éternel de fa
generofité fur les avantages
qu'il auroit voulu luy faire
fi elle euft efté ce qu'il la
croyoit. Le Cavalier demeura
comme immobile à cette
réponse , & voyant entrer la
Dame , il fe plaignit de la
cruauté qu'elle avoit enë de
confentir à le rendre le plus
malheureux de tous les hommes
, faute d'avoir voulu l'éclaircir
. Enſuite il luy expli
qua fes fentimens avec plus
de force qu'il n'avoit fait à
N iij
KO MERCURE
fa Niece , & elle fut étonnéo
de voir en fi peu de temps
une paffion fi vive. Cependant
il fut contraint de la
renfermer entierement dans
fon coeur. Cela le rendit plus
melancolique , mais il n'en
eut pas moins d'empreffement
à continuer de voir la Belle , à
qui n'ofant plus parler d'amour
, il ne laiffoit pas de
dire mille chofes obligeantes
qu'elle recevoit agreablement.
Cet innocent commerce
dura encore dix ou douze
jours . Le Mary eftant revenu
un foir , emmena fa femme
GALANT. ISI
dés le lendemain , & le Cava- ,
lier partit prefque en meſme
temps , 11 ne fut pas plutoſt
à Paris , que pour éloigner
l'image flateufe qui s'offroit
luy à tous momens , il voulut
voir tout ce qu'il y connoiffoit
de belles Perfonnes ,
mais rien ne put effacer de
fon efprit les fortes impreffions
que la jeune Dame y
avoit faites . Enfin trop rem
pli de fon idée , il crut qu'il
la banniroit en faisant quelque
voyage . Il alla en Italie ,
& paffa trois ans à voir ce
qu'elle a de plus curieux . Son
Niiij
152 MERCURE
efprit diftrait par tant d'ob
jets differens
, s'occupa
moins
de fa paffion
, & il revint
à
Paris, & plus tranquille
du cofté
du coeur , & plus poly fur
beaucoup
de chofes, Si - toft
qu'il fut de retour
, non feulement
il reprit
fes premieres
habitudes
, mais il en fit de
nouvelles
. Une Dame
d'un
fort grand
merite
, mais qui
eftoit
extrémement
laide ,
fouhaita
qu'il fuft de fes Amis.
Il luy trouva
infiniment
de
l'efprit
, & fa converfation
luy faifant
plaifir , fa laideur
n'empefcha
pas qu'il ne la vift
GALANT ,
153
fort affidument. Elle avoit
une Fille afez jolie , mais
d'un genie mediocre , & le
Cavalier naturellement honnefte
luy parlant obligeamment
, comme l'on fait à toutes
les Filles qu'on flate toujours
, on s'imagina que fes
frequentes vifites venoient de
l'amour qu'il avoit pour elle.
Le bruit en cou :ut ; & un de
fes Amis luy difant un jour
qu'on ne doutoit pas qu'il n'en
fuft touché , il l'aſſura qu'il
eftoit fort à couvert d'un
engagement de cette nature.
Là- deffus il luy conta tout ce
154 MERCURE
qui s'eftoit paffé entre luy
& la jeune Dame qu'il ne
pouvoit oublier , & porta fi
loin ce qui luy reftoit dans
le coeur pour elle , qu'il fe
teno t feur de relifter à la
plus belle Perfonne . Son Ani
fe mit à rire , & le pria de
l'accompagner chez une Veuve
dont il vouloit luy donner
la connoiffance , l'affeurant
que s'il pouvoit la voir quelque
temps fans que fonrepos
en fuft troublé , il le croiroit
aufli infenfible qu'il prétendoit
l'eftre ; que pour luy il
l'avoit aimée jufqu'à la folie,
GALANT.
155
mais qu'enfin n'ayant pû vaincre
fon indifference , non plus
que bien d'autres qui n'avoient
pas cfté plus heureux
que luy , il s'eftoit vû obligé
de la voir plus rarement , &
de fe refoudre à n'eftre que
fon Ami. Le Cavalier qui
cherchoit luy- mefme tout ce
qui pouvoit contribuer à la
guerifon ,ſuivit fon Amichez
cette Veuve , mais quelle furprife
, lors qu'en entrant dans
fa chambre , il la reconnut
pour la jeune Dame qui l'avoit
charmé ! Si la joye qu'il
en montra parut exceffive ,
156 MERCURE
l'accueil que luy fit la Dame
fut fi obligeant qu'il eut tout
fujet d'en eftre content. Son
Ami ayant compris par leurs
premieres paroles ce qu'ils
n'eurent pas beſoin de luy
expliquer , leur dit en riant
quils fe connoiffoient affez
pour le paffer aifément de
luy, & les laiffa raiſonner tout
à loifir fur la rareté de leur
avanture . Le Cavalier ne pouvoit
trouver d'expreffion af
fez forte pour témoigner à la
Dame le tranſport de joye où
il eftoit. Il apprit d'elle que
quelque temps aprés qu'elle
GALANT.
157
l'eut quitté , fon vieux Mary
eftoit mort fubitement ; que
comme par fon Contrat il luy
avoit fait des avantages qui
la mettoient en eftat de mener
une vie douce & commode
, elle eſtoit venuë prendre
maifon à Paris où eftoient
tous fes parens ; qu'elle y avoit
demandé de fes nouvelles ;
qu'on luy avoit dit qu'il eftoit
en Italie , & qu'elle s'eftoit fi
bien trouvée du Veuvage ,
que quoy que plufieurs Partis
fe fuffent offerts , elle n'avoit
voulu écouter perfonne . Le
Cavalier ne manqua pas de
158 MERCURE
parler pour luy, mais elle luy
dit qu'il ne falloit pas
aller fi
vifte, & qu'outre qu'elle étoit
affez irrefoluë fur le changement
d'eftat qu'il luy propofoit
, il feroit bon pour luymême
qu'il la connuft un peu
davantage. Deux mois fe pafferenr
fans qu'elle terminaft
rien , mais enfin ils eftoient
nez l'un pour l'autre , & le
panchant l'emporta . Elle fe
fouvint qu'il l'avoit aimée
purement pour elle , & de la
maniere la plus defintereffée,
& fa conftance obtint le confentement
qu'elle ne pouvoit
GALANT.
159
refufer à fon amour.
a
Je vous ay déja mandé que
Mr Bignon avoit cfté choisi
par le Roy , pour eftre premier
Prefident au Grand
Confeil. Il faut vous dire aujourd'huy
ce qui fe paffa le
mois dernier à la reception
de ce digne Magiftrat , & de
huit autres Prefidens qui ont
efté créez dans cette illuftre
& fameuſe Compagnie . On
fçait qu'autrefois c'estoit le
feul Confeil de nos Rois qui
connoiffoit des affaires les
plus importantes de l'Eſtat ,
& le nom augufte de Grand
160 MERCURE
Confeil du Roy , qui luy reſte
encore , & ſa Jurifdiction qui
va auffi loin que le Royaume,
en font une preuve . Perfonne
n'en met l'ancienneté en
doute ; elle eft telle qu'il n'y
a perfonne qui en fçache la
veritable origine . Les Chanceliers
de France ont toujours
efté les Chefs de te Corps ,
& jugeoient avec les Maistres
des Requeftes , les affaires qui
y cftoient portées . Comme
le temps les fit augmenter ,
& que les Confeils d'Eftat &
Privé eftant furvenus depuis,
donnerent lieu à deux chanGALANT
16
1
gemens
differens
, cela fut
caufe qu'on vit la plupart du
temps les Chanceliers
occupez
auprés de la perfonne
du
: Roy , qui les obligeoit
à
s'abfenter
fouvent
du Grand
Confeil
de forte que les
Maiftres
des Requeftes
y pré-
Ifidoient
en leur abfence , ce
qui dura jufqu'au
Regne de
François
I. fous lequel il fut
établi un Preſident
par Commiffion
, & deux autres enfuite
du temps du Chancelier
3 Olivier . Enfin le nombre alla
jufqu'à huit, & ces Charges de
Prefident
étoient toutes Com-
May 1690.
162 MERCURE
miffions , qui neanmoins ne
pouvoient eftre poffedées que
par des Maiftres des Requeites
, aufquels on les affectoit .
Ils
fervoient quatre par Semeftre
, & montoient par
ancienneté de la prefidence &
la premiere place. Cette pratique
a efté obfervée juſqu'à
prefent , que le Roy , pour le
bien de la Juftice & Pavantage
de cette Compagnie , a
creé par fon Edit du mois de
Février dernier , un Premier
Prefident avec la qualité de
Confeiller d'Eftat , & Premier
Prefident au Grand
GALANT. 163
Confeil , pour prefider dans
les deux Semestres ,, y faire
toutes les fonctions que font
les premiers Prefidens dans
toutes les Cours Superieures
du Royaume , & joüir des
mefmes honneurs , préroga,
tives & privileges . Des huit
Prefidens , il y en aura tou
jours quatre de fervice en
chaque Semestre, & quoy que
ceux qui feront pourveus à
l'avenir de ces Charges ne
foient point obligez comme
auparavant d'eftre Maistres
des Requeftes , ils ne laifferont
pas de jouir des mefmes hon-
O ij
164 MERCURE
neurs , droits & privileges ,
mefme à Titre de Veterans ,
eux & leurs Veuves , lors
qu'ils auront exercé ces Charges
de Prefident pendant
vingt années . Ainfi ils auront
entrée & voix deliberative
aux Conſeils du Roy, fuivant
leur reception , & il leur fera
délivré des Lettres de Mailtres
des Requeftes Honoraires . Sa
Majefté ayant declaré par
fon Edit, qu'eftant fatisfaite
de la conduite , capacité &
integrité des huit anciens
Prefidens qui exerçoient
par Commiffion
lors que
GALANT. 165
ces nouvelles Charges de
Prefident ont efté crées , Elle
vouloit qu'ils fuffent preferez
à tous autres , fi- toft que cer
Edit fut publié & enregistré,
Elle fit choix de M ' Bignon,
alors Maiſtre des Requeſtes; &
pourveu de l'une des anciennes
Charges de Preſident au
Grand Confeil , pour y remplir
la place de premier Prefident.
Je vous ay déja parlé
de ce Magiftrat . Son nom feul
fait ſon éloge , & il n'y a perfonne
qui ne connoiffe fa
grande capacité , fa profonde
érudition , & fon exactitude
166 MERCURE
à rendre juftice . Enfuite ,
pour remplir les huit Charges
de Prefident , il plût au Roy
d'agréer M's Boullanger Seigneur
de Viarmes , Poncet
de la Riviere , & Feydeau de
Broüe , tous trois Maiftre des
Requeſtes , & pourveus auffi
auparavant des anciennes
Charges de Preſidens
Grand Confeil . Les cinq autres
furent Mrs du Tillet de
la Buffiere , Joly de Blaizy,
de Lifle, Roüillé de Marboeuf,
& Pinon. Je ne vous dis rien
de leur merite , leur experience
dans les affaires eftant
S
au
GALANT . 167
lc
connue par les Charges confi,
derables qu'ils ont exercées
dans les Cours Souveraines.
Le 7. d'Avril dernier ,
jour arrefté pour la reception
de M' Bignon en la Charge
de premier Prefident , & des
huit autres Prefidens ,
Grand Confeil feant à Paris ,
où eſtoient M' l'Evefque de
Laon , Duc & Pair de France,
veftu de fon Manteau Ducal,
M's les Ducs de Saint Simon
& d'Estrées , en Manteau avec
l'Epée au cofté , les deux
Semeftres de M's les Confeillers
veftus de leurs robes
168 MERCURE
de drap à l'ordinaire , & y
prefidant M Richard Sieur
de la Barouilliere , Doyen ,
Mr Hennequin , Procureur
General donna avis au
Confeil , que M le Chancelier
venoit y prendre fa place
de premier Prefident. On
deputa auffi toft huit Confeillers
des plus anciens , à
l'exception de M' de la Barouilliere
qui demeura toujours
en fa place de Preſident,
pour aller le recevoir au bas
de l'Escalier. Ils y allerent
precedez des Huiffiers de la
Compagnie , & le joignirent
fur
GALANT. 169
fur les derniers degrez . Il
eftoit veſtu d'une robe de velours
noir ouverte par le devant
avec une foutane de
fatin noir , & vint accompa
gné de MT Voifin , Courtin,
Fieubet, Barillon, Dagueffeau ,
Bernard de Rezé , tous Confeillers
d'Estat, veftus de leurs
robes de fatin , & de M's de
Fortia , Lavocat, Colbert , le
Blanc , de Lamoignon Avocat
General au Parlement ,
Melliand , de Gourgues , de
Jaffault, Mennevillette , de
Fourcy , tous Maitres des
Requestes veftus pareillement
May 1690 .
P
170 MERCURE
de leurs robes de fatin , & de
plufieurs autres perfonnes de
marque. J'oubliois à vous
dire que Mr le Chancelier avoit
cfté falué au fortir de fon
Carroffe par M le Marquis
de Sourches , Grand Prevoft
de l'Hoſtel du Roy , à la teſte
de fes Lieutenans de robe
longue & de robe - courte , du
Procureur du Roy & des Officiers
de la Prevofté de l'Hôtel,
qui luy vinrent rendre leurs
devoirs , & qu'il y avoit mef
me plufieurs Gardes de la
Prevofté à la grande porte,
& aux avenues pour rendre le
GALANT. 171
paffage libre. M' le Chancelier
avoit auffi alors prés de
fa perfonne les Huiffiers de la
grande Chancellerie portant
Ieurs Maffes , qui eftoient venus
à fa fuite. Les Confeillers
deputez l'ayant rencontré le
complimenterent au nom de
la Compagnie par la bouche
de Mr Tierfault leur ancien ,
& il leur répondit fort obli
geamment.
Cela eftant fait , les Depu
tez prirent leurs places à cofté
gauche de Mle Chancelier ,
& les Confeillers d'Eftat &
Maiſtres des Requeſtes à fa
Pij
172 MERCURE
droite . Ils le fuivirent ainfi à
t la file, & il avoit au devant
de luy plus prés de fa perfonne
, les Huiffiers de la
grande Chancellerie , veftus
de leurs robes de foye noires,
chaînes d'or au col , toques
de velours , cordon d'or , &
portant leurs maffes d'argent
doré. Au devánt de ces Huiffiers
marchoient ceux du
Grand Confeil , avec leurs
robes de drap , & bonnets
carrez , precedez de deux
Exempts , & de quatorze
Gardes de la Prevofté de
l'Hoſtel , du nombre defquels
GALANT . 173
eftoient les deux Gardes ordinaires
de M' le Chancelier ,
qui monta en cet ordre , & fe
rendit dans la grande Cham..
bre du Confeil , jufques au
prés des Barreaux de la Seance
, les Gardes de la Prevofté
eftant demeurez dans l'antichambre
au Parquet des
Huiffiers du Confeil . Il paffa
par la porte des Barreaux à
droit pour aller prendre fa
place , & les Confeillers d'E
ftat & Maiftres des Requeftes
de fa fuite pafferent par la
porte gauche. En mefme
temps toute la Compagnie fe
Piij
174 MERCURE
leva , & falua M' le Chancelier
, & Mr de la Barouilliere,
Doyen , fe retira une place
plus bas du cofté droit , pour
luy laiffer celle qu'il occupoit
à caufe que la Compagnie
eftoit en place avant fon
arrivée . & qu'il n'y avoit
plus alors de Prefidens au
Confeil, au moyen des Charges
qui avoient eſté créées .
Mle Chancelier s'eftant affis,
ayant du cofté gauche tous
ceux de fa fuite au deffous de
luy, les Ducs & Pairs & toutes
les perfonnes du Confeil ,
s'affirent auffi & fe couvri
GALANT
175
sany
rent , les S's de Boifcourjon
& Raince , Huiffiers de la
Grande Chancellerie , eftant
demeurez au dedans des Bar +
reaux proche du Bureau à
droite, affis chacun fur un
tabouret & découverts , tel
nant leurs Mafles . M' le Normand
, Greffier en chef du
Grand Confeil , eftoit au Bureau
, & M' le Grand , premier
Huiffier du mefme Confeil
de la Chancellerie de
France, qui êtoit toujoursreſté
dans la Chambre du Confeil
faifant les fonctions de fa
Charge, en attendant que M²
Piiij
176 MERCURE
le Chancelier fuft arrivé, pour
executer ce qu'il luy ordonneroit
, eftoit proche & au
dedans des barreaux à gauche,
couvert , & reveftu de fa
robe de foye à doubles manches
, avec fa chaîne au col,
fa toque de velours noir , le
cordon d'or , & des gands à
frange d'or. Le S' Henry Guichard
, premier & principal
Commis Greffier de la Chambre
du Confeil , demeura debout
, proche & au dedans
des barreaux , à droite , en
eftat de recevoir l'ordre de
a Compagnie , & les Huif
GALANT. 177
fiers du Grand Confeil eftoient
aux portes de la Chambre
. Pendant ce temps , M
Bignon , premier Prefident ,
& les autres Preſidens qui
pourſuivoient leur reception,
& qui eftoient venus pour cela
dés le matin au Confeil,
demeurerent dans l'autre
Chambre , où ils avoient fa
lüé Mr le Chancelier lors qu'il
eftoit arrivé. Tout eftant en
cet eftat , & le filence ayant
efté impofé , ce digne Chef
de la Juftice parla en ces ter
mes.
178 MERCURE
M
ESSIEURS,
Cette Compagnie a toujours
efté tres- avantageufement diftinguée
entre les plus Augufles
Tribunaux deJustice du Royaume.
Elle en a mefme fouvent
veu les jugemens foufmis à fes
lumieres pour en concilier les
contrarietez ; Elle eft auffi diftinguée
par l'ancienneté de fon
eftabliſſement , par la dignité du
nom de Grand Confeil qu'elle
porte , par l'eftendüe defa Jurif
diction qui n'eft renfermée dans
les bornes d'aucun reffort , &
GALANT. 179
auffipar les divers Privileges &
les differentes attributions įdont
le Roy & fes Predeceffeurs l'ont
dans plufieurs occafions & en
dernier lieu gratifiée. Voftre
Compagnie , Meffieurs , n'avoit
plus à defirer que ce qui eft porté
par l'Edit que vous venez d'enxegiftrer
pour la creation d'un
premier Prefident , & de huis
Prefidens titulaires.
ne vous repeteray point les
caufes & les motifs contenus
dans cet Edit. Il me fuffit de
Fe
vous dire
que cette creation vous
est tres- honorable & tres- avantageufe,
ce qui doit faire connoif
180 MERCURE
fait
tre dans le public la fatisfaction
que Sa Majesté a de vostre
Compagnie , & que nonobstant
les occupations de la guerre , qui
bien loin de la detourner de fon
attention ordinaire à tout ce qui
regarde le bien de la justice au
dedans de fon Royaume , ne
que redoubler fon application
pour procurer à fes Sujets une
Paixfeure en pourvoyant à tout
ce qui eft neceffaire pourfouftenir
une Guerre que fes Ennemis jaloux
de fa gloire & de fa rcpu- .
tation , ont fans aucun fujet
entrepris de luy faire, Sa Majefé
a bien voulu vous donner des
GALANT. 181
morques fingulieres de fon affection
en choififfant dans fon Confeil
& parmy vous Mr. Bignon,
comme un des plus capables pour
exercer la Charge de premier
Prefident. Vous connoiffez fes
bonnes intentions auffi bien
que
fa capacité , fa probité & fon
exactitude dans la difpenfation
de la justice , & pour l'obſervation
des Regles des Ordon
nances.
Le nom qu'il porte a toujours
efté tres- confiderable dans la
Magiftrature , & je puis , &je
le dois dire par reconnoiffance à
la memoire de M Bignon fon
182 MERCURE
pere , que dans les fonctions
d'Avocat General au Grand
Confeil, & au Parlement de
Paris, & de Confeiller d'Estat,
il a donné des marques treséclatantes
de fa fageſſe , de fa
modeftie, & de cette haute intelligence
qui luy ont attiré le
refpect de tous les Scavans
Hommes de l'Europe qui l'ont
regardé comme l'honneur & la
gloire de noftre Siecle.
Sa Majefté étant auffifatisfaite
de tous ceux qui vous ont
prefidé , auroit bien fouhaité
qu'ils euffent continué l'exercice
des Charges de Prefident, comme
GALANT. 183
Titulaires au lieu de Commif
fions, ce qui n'ayant pas eftéfait
par quelques- uns d'eux , Elle a
choify des perfonnes de capacité
de probitépour mettre en leur
place , & à cet effet le Roy m'a
ordonné de venir en cette Compagniepour
inftaler Mỹ Bignon,
&les huit Prefidens leurfaire
prefter le ferment , aprés avoir
efté informé de leur vie &
moeurs , en la forme & maniere
ordinaire.
Pour moy, Meffieurs , dans
la dignité dont le Roy m'a honoré
pour eftre le Chef de toutes
les Compagnies , où fa Fustice
184 MERCURE
Souveraine s'exerce , je conferveray
fuivant fon intention
l'avantage que tous mes Predeeeffeurs
ont en de vous prefider
le
pour- quand mes emplois me
ront permettre , vous pouvant
affeurer que je ne perdray jamais
les fentimens d'eftime & de
confideration que j'ay toujours
eus pour voftre Compagnie , &
pour tous les particuliers qui la
compofent.
M' de la Baroüilliere ,Doyen,
luy répondit de la part de la
Compagnie , & le remercia
de l'honneur qu'il luy faifoit;
GALANT. 185
aprés quoy Mile Chancelier
dit , Il faut rapporter les Lettres,
de M Bignon. M' de la Barouilliere
alla auffitoft au Bureau
, & dit en adreffant la
parole à M' le Chancelier ,
Monfieur , c'est une Requeſte
que prefente M Bignon , pour
eftre receu en la Charge de Premier
Prefident au Grand Confeil
. En voiey les Lettres de prole
wifion que Roy luy a accor
dées. La lecture
en ayant
esté
faite
par M' Hevin
, qui eftoit
auffi
au Bureau
, M ' le Chancelier
demanda
l'avis
de M
de la
Barouïlliere
Raporteurs
May
1690.
186 MERCURE
qui répondit qu'il en falloit
communiquer à M le Procureur
General , & en mefme
temps il écrivit au bas de la
Requeſte , Soit montré à Mỹ le
Procureur General. Le S Henry
Guichard
, premier & principal
Commis Greffier , ayant
porté au Parquet de M's les
Gens du Roy , la Requeſte ,.
Ordonnance du Confeil &
les Lettres de proviſion , M. le
Procureur General donna fes
Conclufions , requerant qu'il
fuft informé des vie , moeurs ,
converfation & religion de
M' Bignon , fur quoy M. de
GALANT 187
la Barouilliere fortit du Bureau
pour interroger & entendre
les témoins . Aprés
qu'il cut achevé l'information
, il la rapporta au Confeil
, & M. Hevin , Confeiller
, en fit la lecture . Enfuite
à M' le Chancelier , fans ofter
fon bonnet, demanda l'avis à
Mr de la Barouilliere , qui fut
qu'on receuft M' Bignon.
Aprés cela il demanda celuy
de M's les Ducs & Pairs en fe
découvrant , & enfuite de
MIS les Confeillers d'Eftat ,
Maiftres des Requeftes , &
Confeillers du Confeil , mais
Q ij
188 MERCURE
fans fe découvrir. Tout
le Confeil donna fon avis
avec de grandes marques de
joye , & M le Chancelier
figna l'Arreft qui luy fut apporté
par le S ' Guichard à fa
place, en paffant à coſté droit;
auquel il dit , Faites venir
M Bignon. Dans ce temps là
Mde la Barouilliere fortit du
Bureau , & alla prendre fa
place auprés de M³le Chancelier
qui voyant M' Bignon
venu aux Barreaux au dehors ,
conduit par le S Guichard ,
luy dit , Levez la main , & luy ,
fit prefter le ferment ordon
>
GALANT. 189
200
i
né en pareille occafion , aprés
quoy il ajoûta , prenez voftrs
place. M Bignon l'alla prendre
à cofté droit , & alors M
le Chancelier luy fit un compliment
fort court , mais fort
obligeant. Mr le Premier Prefident
répondit , qu'il estoit
redevable à la bonté du Roy de
la place qu'il occupoit ; qu'il
reconnoiffoit qu'il n'avoit point
les qualitez neceffaires pour la
remplir , mais qu'ayant toujours
eu les intentions droites , &
l'inclination de s'acquitter defon
devoir , il tâcheroit de reparer ce
qui luy manquoit par le foin &
190 MERCURE
l'application qu'il apporteroit
dans la fonction de fa Charge,
afin que la justice fuft renduë
aux Sujets du Roy avec toute
la pureté l'exactitude poffible;
que cela ne luy feroit pas difficile
, estant ffifté de la protection
de M le Chancelier ,
fortifié des confeils de la Compagnie
; que l'on connoiffoit la
fuffifance , le merite & la capa
site de ceux qui la compofoient ,
& que pour luy il en eftoit con
vaincu par l'experience de plufieurs
années , ayant eu l'hon
neur de fervir avec eux. Qu'à
l'égard de Mile Chancelier, il
GALANT . 191
ne pouvoit luy rendre affez
d'actions de graces , d'avoir bien
voulu honorer de fa prefence la
Ceremonie de fa reception , &
mettre enfa perfonne le dernier
fceau & le dernier caractere du
Roy, & qu'il en conferveroit
une reconnoiffance parfaite.
Cetre réponſe achevée, Mr
de la Barouilliere fortit de fa
place , & revint au Bureau
avec M. Hevin , pour faire
fon rapport des Requeſtes &
Lettres de provifion des Prefidens
qu'il y avoir à recevoir.
On en ufa de la mefme forte
qu'on avoit fait pour M. Bi-

192 MERCURE
gnon , & l'on commença par
M. Poncet de la Riviere. Les
autres furent M's Feydeau ,
de Brouc , du Tillet de la
Buffiere , Joly de Blaify , &
de l'Ifle. Ils prefterent le ferment,
& prirent leurs places à
cofté droit de M. le Premier
Prefident . Les trois autres
fçavoir , M's le Boullanger
de Viarme , Rouïllé de Marboeuf,
& Pinon.ne purent eſtre
receus ce jour- là , parce qu'ils
n'avoient pas encore leurs
provifious expediées . A l'égard
de M. le Boullanger de
Viarme , il ne laiſſe pas
d'avoir
GALANT. 193
voir fon rang du jour de fon
ancienne reception , à cauſe
qu'il avoit auparavant une des
Charges anciennes de Prefident
au Grand Confeil , cé
qui eft marqué par une
claufe particuliere dans fes
Lettres de reception. Ainfiil
eft aujourd'huy le plus ancien
des huit Prefidens qui
viennent d'eſtre créez . Il y
a feulement à obferver que
quandM' leChancelier procedoit
à la reception de chacun
d'eux , il prenoit premierement
lesavis de M. le Premier
Prefident , & des autres Pre-
May 1690.
R
194 MERCURE
fidens receus , &fe découvroit,
ce qu'il faifoit de la mefme
forte en prenant ceux de M
les Ducs & Pairs, mais qu'il ne
fe découvroit point en demandant
les avis de Mrs les
Confeillers d'Eftat , Maistres
des Requeſtes , & Confeillers
du Grand Confeil , qu'il demeuroit
toujours affis en fa
place, & qu'il fignoit les Ar.
refts qui luy étoient rapportez
par le Sieur Guichard , pour
lors du cofté gauche , & non
M. le Premier Prefident, quoy
qu'il fuft déja receu . Cela fait ,
M. le Chancelier fit quelques
GALANT. 195
complimens au Confeil , à M.
le Premier Prefident , & aux
autres Prefidens , & fe leva.
Le premier Huiffier du Confeil
marcha devant luy entre
les Huiffiers de la Grande
Chancellerie , & alla jufqu'au
bas de l'efcalier prés de fon
Carroffe.Les mefmes Députez
du Grand Confeil, qui avoient
efté nommez pour le rece
voir , le reconduifirent , &
eftant remontez en la Chambre
du Confeil qui tenoit
tojours pendant ce temps- là,
la Compagnie les remercia
par la bocuhe de M. Bignon ,
Rij
196 MERCURE
qui fut auffi complimenté
par la Compagnie fur fon
entrée à la Charge de Premier
Prefident.
Le lendemain M. de Percy ,
Sieur de Monthamps, le haà
la tefte des Avocats
rangua
du Grand Confeil . Le nom
de Percy qu'il porte , eſt celuy
d'une des plus anciennes
Familles de Normandie, Ses
Anceftres pafferenten Angleterre
avec Guillaume le Conquerant
& la Maiſon des
Ducs de Northumberland en
eft defcendue. Voicy les ter
mes dont il fe fervit..
GALANT. 197
Mo
ONSIEUR ,
C'est avec une fenfible joye
que nous venons vous rendre nos
devoirs , en qualité de Chef de
Augufte Compagnie où vos
vertus éclatantes vostre rare
merite font connus depuis tant
´d'années ; mais c'eft , Monfieur,
avec une entiere confiance que
nous venons vous demander
l'honneur de vostre protection ,
& il va de voſtre gloire de
nous l'accorder.
Vous eftes heritier de toutes
Les grandes qualitez du plus
Riij .
198 MERCURE
parfait Magiftrat qui ait exercé
le miniftere de la Fuftice . Il avoit
une érudition profonde fans en
estre enflé ; il eftoit ferme &
inébranlable fans eftre rebutant,
& il eftoit doux & facile fans
rien perdre de la gravité d'un
Magiftrat. Acceffible à tout le
monde , il s'attiroit l'estime des
Puiffances , la veneration des
perfonnes conftituées en dignité »
le refpect de tous ceux qui
l'approchoient. Il eftoit la terreur
des méchans , la confolation
&
l'azile des gens de bien , pour &
achever en un mot le portrait de
ce gṣand Homme 'il eftoit a
منب
GALANT
. 199
Monfieur, l'admiration , l'amour
l'ornement de fon fiecle.
Il honoroit le Corps des Avocats
d'une affection remplie d'eftime
& de tendreffe . Il distinguoit
le merite de ceux qu'une
eloquence consommée & une experience
laborieuse avoit glorieufement
conduits au bout de leur
carriere. Il cheriffoit d'une bonté
paternelle ceux qui s'y foutenoient
avec courage ; il les inftruifoit
par fon exemple , il
les excitoit par fes manieres engageantes
à furmonter les difficultez
les peines qui font
infeparables de cette noble pro-
Riiij .
200 MERCURE
feffion . Diftingué de tout le mon¬
de par fes qualitez admirables ,
il n'affectoit point d'eftre diftingué
par la dignité de fa Charge;
il fe faifoit un titre d'honneur
d'eftre le Chef d'un Corps
qne vous avez bien voulu ,
Monfieur , honorer de vos premieres
actions.
MrBignon, Confeiller d'Etat,
vostre illuftre Frere , a fuccedé
à ce Pere incomparable , dans
toutes fes vertus, & dans les
fentimens avantageux qu'il avoit
pour nous , & content de
fe dire le premier entre fes femblables
, il s'est affuré dans tous
GALANT.1701
nos coeurs une preéminence , &
un fond de reconnoiffance refpe-
Etueuse qui ne ceffera jamais,
qui nous a rendus tres -fenfibles
à l'affliction dont le Ciel a voulu
tempererfon bonheur & fa felicité.
Pouvez- vous donc , Monfieur
, vous difpenfer de nous accorder
une grace à laquelle vous
eftes engagé par de fi beaux
exemples, des titres fi folemnels
? Quand le plus fage de tous
les Rois vous a choisipour estre
le premier President defon Grand
Confeil, ne doutez pas , Monfeur,
que ce grand Prince qui
202 MERCURE
conferve la memoire des Magif
trats qui rempliffent dignement
les devoirs de leur ministere , ne
Le foit fouvcnu du nom illuftre
que vous portez. Il a esté
per
fuadé , ce Heros invincible , que
Le Succeffeur d'un fi grand Perfonnage
devoit neceffairement
poffeder toutes les qualitez, éminentes
qu'il faut avoir pour foutenir
avec éclat la dignité que
vous occupez. Il a fondé la juftice
de fon choix fur l'étendue
de vostre capacité , fur vos lumieres
penetrantes , fur votre
integriié inflexible , & fur l'amour
constant & inviolable que
GALANT. 203
que
vou
avez toujours eu pour
La Justice ; & perfuadé par fa
propre connoiffance, que le Ciel
vous a comblé de toutes les vertus
qui doivent former un Magiftrat
achevé , ce grand Monarque
n'a
pas
balancé un moment
à vous donner la préference
qui vous eftoit justement
deue. C'eft , Monfieur , cette
préference glorieuse qui a diffipé
nos craintes , & qui caufe noftre
extrême joye. C'est cette préfe
rence qui va augmenter la gloire
de l'augufte Compagnie dont
vous devenez le Chef. C'eft cette
préference qui va faire le bon204
MERCURE
beur de tous ceux qui implore =
ront voftre juftice. C'eft enfin ,
Monfieur , cette heureuſe préference
, qui nous engageant par
de nouveaux attachemens à vous
honorer , nous fait vous protester
aujourd'huy de faire tous nos
efforts pour meriter par nos foumiffions
& par nos respects,
l'honneur de vôtre bienveillance,
& la continuation de vos bonsez.
"
Ayant à vous faire part d'un
avis qu'on a donné icy au Public,
je vous l'envoye dans les
mefmes termes qu'il y a efté
GALANT. 25
diftribué.JM Richard, Preftre
de Saumur en Anjou , Auteur
du Livre Du Choix d'un bon
Directeur , dédié aux Demoifelles
de l'Illuftre Communauté
de de S. Louis , fondée
par le Roy à S. Cyr prés Ver-
Lailles , & d'autres Ouvrages
imprimez à Paris , travaille
prefentement à l'Hiftoire des
Fondations Royales , & des
+
Etabliffemens faits fous le
Regne de Louis le Grand, en
faveur de la Religion , de la
Juftice , de la Guerre , des
Sciences , des beaux Arts , &
du Commerce , & comme il
206 MERCURE
eft beaucoup avancé dans fon
Ouvrage , il prie tous ceux
qui ont des connoiffances
Certaines
des commencemens
,
des motifs , des progrés , de
l'utilité , & de tout ce qu'il y
a de remarquable
, tant pour
les perfonnes qui ont donné
le deffein , ou qui s'y font diftinguées
par leur vertu , que
les lieux & le temps
ils ont efté établis , de feconder
ce grand travail , en luy
envoyant bien toft de fidelles
copies de leurs Lettres Patentes
, avec un abregé hiftorique
de ces Fondations & de
pour où
GALANT . 207
ces
Etabliffemens , tel qu'on
voudra qu'il foit inferé dans
ce Livre. L'Auteur y parlera
des Eglifes nouvellement
bâties
, des Chapitres, des Seminaires
, des Maifons Religieufes
, de l'Inftitution des jeunes
Gentilshommes
, de la
magnifique Maifon de S.Cyr,
du fuperbe Hoſtel des Invalides
, des Maifons Royales ,
des nouvelles
Communautez,
des Hôpitaux , de l'Obfervatoire
, des Academies Françoifes
, des Academies
des
Sciences , de Peinture & de
Sculpture , des Aqueducs , des
208 MERCURE
Ports de Mer , de la Jonction
des deux Mers , & generalement
de tout ce qui a esté
fondé & étably par Lettres
Patentes , Edits & Declarations
de Sa Majefté , tant dans
Paris que dans toute l'éten
duë de fes Etats . On efpere
que tous ceux qui ont receu
des marques éclatantes de la
bonté & de la libéralité d'un
fi grand Roy , fe feront un
jufte devoir de luy donner
des témoignages affurez de
leur reconnoiffance , en fourniſſant
à l'Hiſtoriographe de
fe's Fondations Royales & des
GALANT. 209
Etabliffemens nouveaux , les
actes & les faits capables de
laiffer à la pofterité un monument
éternel de la gloire ,
de la fageffe , & de la pieté
du plus grand Heros , du plus
magnifique
Monarque , & du
Prince le plus Chreftien qui
ait jufques à preſent gouverné
l'Empire des François ,
puis qu'il a luy feul pendant
fon Regne , plus fait de Fondations
& d'Etabliſſemens ,
que n'en ont fait tous enfem
ble avant luy les autres Rois.
fes
Predeceffeurs . Ceux qui
envoyeront
des Memoires
les
May 1690 ..
S
י
210 MERCURE
adrefferont à Paris , chez Jace
ques le Févre , Marchand Libraire
, au dernier pilier de la
grande Salle du Palais , à coſté
de la Chambre des Eaux &
Foreſts , pour les faire rendre
à M.Richard , Preftre , Hiftoriographe
des Fondations
Royales de Louis le Grand ,
& auront la bonté d'affranchir
les paquets du port , ou
d'attendre l'occafion de quelques
perfonnes feures qui
viendront de Province à
Paris.
Je croyois joindre icy un
fort bel Ouvrage de l'Auteur.
GALANT 211
pour vous faire voir qu'il eſt
tres - capable de foûtenir fon
entreprife ; mais me trouvant
accablé de matiere , fe fuis
obligé de le remettre jufqu'au
mois prochain.
Je viens à l'article de la
Pompe funebre de Madame
la Dauphine , & je commence
par le tranſport du Coeur de
cette Princeffe. Il fut levé le
26. d'Avril par M ' l'Evefque
de Meaux fon premier Aumônier
, & porté au Val de
Grace , dans le carroffe du
corps de cette Auguſte Défunte
, precedé des carroffes
Sij
212 MERCURE
des Officiers de fa Maifon, &
fuivi de ceux des Princeffes ,
tous environnez de Valets de
pied & de Pages à cheval portant
des flambeaux , & ſuivis
d'un grand nombre de Gardes
du Corps du Roy , commandez
par M le Marquis
de la Meffiliere , Exempt des
Gardes du Corps de Sa Majefté
. L'Abbeffe eftant à la
teſte de toutes fes Religieufes,
fe trouva à la porte pour le
recevoir. Chacune avoit un
cierge à la main , & Mr de
Meaux leur ayant dit qu'il
leur apportoit le Coeur de
GALANT. 213
Madame la Dauphine , l'Ab
beffe répondit par un compliment
, qui en marquant fa
reconnoiffance , faifoit pa
roiſtre beaucoup de douleur.
M' de Meaux ayant enfuite
pofé , le Coeur fur une repres
fentation , on dit les Prieres
ordinaires , & l'on fit les encenfemens
accoutumez tout
autour . Il fut enfuite porté à
la Chapelle de Sainte Anne ,
où font en dépoft le Coeur
de la Reine- mere , celuy de
la Reine , & ceux des Princes
& Princeffes fes Enfans . Vous
fçavez que la Reine - mere a
214 MERCURE
fait bâtir ce Convent , qui ne
cede ny en grandeur , ny en
magnificence aux plus ſuperbes
Monafteres de l'Europe ,
& cette Princeffe ayant ordonné
que fon Coeur y fuft
porté , ceux qui ont fuivi fon
exemple nous font voir qu'on
en ufera de la mefme forte à
l'avenir à l'égard de toutes
les Reines , des Fils & des Filles
de France .
Le premier jour de ce mois
ayant cfté choifi, pour tranf
porter le corps de cette mê
me Princeffe en l'Eglife de
S. Denis , il fut levé par M
GALANT 215
l'Evefque de Meaux avec les
ceremonies accoutumées. Les
Gardes du Roy le porterent
jufqu'au Chariot , ainfi que
les entrailles qui avoient eſté
mifes dans une Urne . Soixante
Pauvres veftus de gris ,
& tenant chacun un fambeau
, marchoient les premiers
, & précedoient les fept
Officiers de Madame la Dauphine
, à pied, veftus de deüil ,
&portant auffi des flambeaux.
Les Chefs eftoient à cheval .
Ces fept Officiers font le
Gobelet , l'Echanſonnerie, la
Paneterie , le Grand & Perit
1-
216 MERCURE
3
Commun , la Fouriere & la
Fruiterie , ce qui montoit à
plus de trois cens Officiers .
Ils eftoient fuivis du Bureau
de la défunte Princeffe, compofé
du premier Maiſtre
d'Hoftel , du Maiftre d'Ho
ftel ordinaire , de ceux de
quartier , des Contrôleurs Generaux
, & des Contrôleurs
d'Office , qui eftoient en manreau
long , auffi bien que les
Ecuyers , Gentilshommes fervans
, & les Officiers de la
Chambre & de la Garderobe,
rous à cheval . Aprés cela
marcherent deux Brigades
des
GALANT. 217
des Moufquetaires , & un autre
des Chevaux Legers. Ils
avoient tous des Flambeaux ,
& en changerent plufieurs.
fois. Les Herauts & le Roy
d'Armes fuivoient , precedez
de quatre Trompettes de la
Chambre. M' le Marquis de
Blainville, Grand Maitre des
Ceremonies, & M' de Saintot,
Maistre des Ceremonies , en
manteaux longs , & montez
fur des chevaux caparaçonnez
de noir , marchoient devant
le Chariot qui eftoit
fort élevé. Mr le Marquis de
Dangeau , Chevalier d'hon-
May 1690 .
T
218 MERCURE
neur
& M' le Marquis de
"B
Belfons , premier Ecuyer ,
eftoient à cheval à coté du
Chariot , l'un à la droite , &
l'autre à la gauche , & les
Pages auffi à cheval estoient à
l'entour avec des flambeaux,
& un fort grand nombre de
Valets de pied. Les Gardes du
Corps, commandez par M¹ de
S. Viance , venoient enfuite,
& eftoient fuivis des Gendarmes
avec des flambeaux à
la main. Les cinq Caroffes du
Corps de la Princeffe defunte
fermoient la marche . Ils eftoient
drapez de noir , & remGALANT
219
plis des Princeffes qui faifoient
les honneurs du deüil. Madame
la Princeffe de Conty
eftoit dans le premier ; Madame
la Princeffe de Conty
Douairiere , dans le fecond ;
Madame la Princeffe , dans
le troifiéme ; Mademoiſelle ,
dans le quatrième , & M l'E
vefque de Meaux dans le cinquiéme.
Il eftoit accompagné
de trois autres Evefques , de
M. l'Abbé de la Roche Jaquelin
, Aumônier en quartier
, & de M. le Curé de la
Paroiffe de Verſailles . Les Re
ligieux de l'Abbaye de Saint
Tij
220 MERCURE
Denis vinrent au devant du
Corps hors la porte de la Ville
, chacun un cierge à la
main , & M ' de Meaux effant
defcendu avec les autres Evef
ques , on continua la marche
jufques à la porte de l'Eglife.
Lors qu'on cut tiré le Corps.
du Chariot , ce Prelat le
prefenta aux Religieux , &
le Souprieur de l'Abbaye qui
fe trouvoit à leur tefte , luy
parla de cette forte.
GALANT. 221
MoONSEIGNEUR
IGNE
Nous ne pouvons recevoir
qu'avec douleur ce trifte & glo
rieux depoft que vous nous pre-
Sentez. La mort d'une fi bonne
Princeffe nous a causé une tresfenfible
affliction ; mais s'il a
plu à Dieu retirer du monde celle
qui eftoit la joye du Royaume,
pour luy avoir donné trois fi
beaux Princes , nous avons ſujet
d'effuyer nos larmes , & de nous
confoler par l'esperance que la
vertu de cette Sereniffime Princef
fe MadameMarie- Anne- Chrifti-
Tiij
222 MERCURE
ne - Victoire de Baviere, tres - ehcre
Epoufe de tres-augufter magnanime
Prince Monfeigneur Louis
Dauphin de France , l'a fait
paßßer de cette vie dans une meil
Leure, qu'elle regnera éternellement
dans leCiel. Sa grande pieté
dont tout le monde a esté édifié ,
& dont vous pouvez , Monfeigneur
, plus que perfonne, rendre
un fidelle témoignage ; cette patience
invincible avec laquelle
elle a porté les peines d'une longue
& douloureufe maladie, nous
donne ce fentiment , & me fais
dire qu'elle jouira d'un bonheur
éternel;car n'eftant pas poffible de
GALANT. 223
regner avecJ. C. fans prendre
part à fes fouffrances , il eft auffi
impoffible qu'il ne foit luy - mefme
la couronne & la récompenfe.
d'une ame fainte qui a beaucoup
fouffert pour l'amour de luy .
Neanmoins fi les plus parfaits
ne font pas fans quelque imperfection
devant celuy qui pefe
leur merite au poids du Sanctuaire
, nous pouvons craindre
qu'il nefoit refté dans cette Princeffe
Chreftienne quelque chofe à
expier. C'eft pourquoy nous devons
, pour luy marquer nos
reconnoiffances témoigner le
respect que nous portons à fa
Tiiij
224 MERCURE
memoire , offrir à Dieu des facrifices
, joindre nos larmes &
nostprieres aux voftres , Monfeigneur.
C'est ce que nous allons
faire avec le plus de ferveur
qu'il nous fera poffible .
Ce difcours finy, le Corps
& les Entrailles furent portez
dans l'Eglife par les Gardes
du Corps , qui les poferent
fur une eftrade dreffée au milieu
du Choeur . Il eftoit tendu
de noir , ainfi que la Nef,
avec des lez de velours chargez
d'Ecuffons. Lors que le
fut pofé , on fit les af corps
GALANT 225.
perfions & encenfemens , &
la Compagnie ayant pris fes
places , les Religieux commencerent
les Prieres . Aprés
qu'elles furent achevées , Mr
l'Evefque de Meaux celebra
la Meſſe , qui fut chantée par
les Religieux, & enfuite on fit
de nouveau les encenfemens
& les afperfions
.
Le 7 , de ce mois , M' l'Abbé
Bardin, Principal du College
de Guienne , par un effet
de fa pieté ordinaire , fit faire
l'ouverture de l'eftabliffement
d une Congregation
à
l'honneur des Grandeurs de la
226 MERCURE
Vierge . La Meffe fut celebrée
dans la Chapelle du College;
par M. l'Abbé Darche Doyen
de l'Eglife Metropolitaine
St
André. Il y avoit une excellente
Mufique meflée d'Inftrumens
, de la compofition
de M' Blanche , Maistre de
Mufique de l'Eglife de Saint
Severin . Le Pere de la Cafe
prefcha avec beaucoup d'éloquence
, & aprés les Vefpres ,
chantées auffi en Muſique ,
on fit la Proceffion du Saint
Sacrement dans la court du
College. Le Corps de Ville
y affifta avec les Jurats , acGALANT
227
#
compagnez
de leurs Hallebardiers
, & cette Fefte finit
par la Benediction
, qui fut
donnée dans une tres - belle
Chapelle
qu'on avoit preparée
dans la mefme court , à
caufe du concours extraordi
naire de monde .
La défaite des Huffars devant
Fribourg , dont je vous
ay parlé le mois dernier , eft
tres certaine , quoy que vous
ne l'ayez luë dans aucune nouvelle
publique. Elle a mefme
efté beaucoup plus grande que
je ne vous ay marqué , & l'action
fut conduite avec beau228
MERCURE
coup de prudence . On ne voulut
pas d'abord s'abandonner
en marchant
à eux , de peur
qu'il n'y cuft quelque corps
nombreux caché pour nous
faire donner dans quelque
embufcade, mais dés que des
Officiers bien montez que l'on
avoit envoyez fur les hauteurs
pour reconnoître s'il n'y avoit
point de piege tendu , eurent
raporté qu'ils n'avoient rien
vû , on avança avec refolution
de les repouffer ou de perir.
Ils firent affez bonne contenance
, & vinrent charger
nos gens avec des hurlemens
GALANT. 229
épouvantables , mais ils fe
trouverent bien- toft contraints
de prendre la fuite .
On les pourfuivit juſqu'à
une riviere, où eftant arrivez,
la neceffité les obligea de
reprendre courage . Ils fe
mirent en Baraille , & pendant
ce temps on fit faire
alte aux Dragons , que l'ardeur
du combat avoit trop
emportez. Si toft que le refte
des Troupes fut arrivé , on
tomba fur eux d'une fi grande
force qu'ils furent tous
culbutez dans la riviere .
Les mieux montez trou230
MERCURE
verent feuls le moyen de fe
fauver , & l'on remarqua qu'il
n'y en cut pas trois qui fe retiraffent
enſemble. Tous leurs
Officiers furent tuez excepté
leur Commandant , qu'on
mena prifonnier avec quatorze
des plus braves.La figure de
ces gens- là merite bien que je
yous en faffe une peinture.Ils
font grands, bien formez , &
ont la tefte rafe horsun toupet
de cheveux qu'ils confervent
au milieu. Ils ont une groffe
mouſtache qui leur pend fur
l'eftomac, & un Bonnet fouré
avec une plume de coq en
GALANT. 231
pointe. Les Officiers en ont
une d'Aigle. Ces derniers.
-
font habillez à la Turque.
Les Cavaliers ont des Pourpoints
avec des Culotes larges;
ils n'ont ny jufteaucorps
ny manteau , ny chemife ,
mais pour fe parer du mauvais
temps , ils portent chacun
une peau de Tigre pendue à
leur col , & la tournent du
cofté d'où vient le vent. La
plufpart font bottez à crû .
Ils ne font point de quartier
quand ils ont l'avantage , &
n'en demandent jamais s'ils
font les plus foibles . Ils
"
232 MERCURE
ont des armes à feu dont ils
fe fervent affez mal , mais le
Sabre à la main , ils font extraordinairement
adroits , & il y
en a beaucoup d'entre eux
qui en paffant prés d'un Cavalier
, ne manquent jamais à
luy couper la tefte . Le Commandant
que l'on a fait prifonnier
à tant d'adreffe
, que
ceux que
l'on a pris avec luy
affeurent que de vingt teftes il
n'en manqueroit pas une . Ces
Huffars font des Hongrois
qui ont toujours efté fous la
domination
du Turc . Quand
ils reviennent
de la guerre
GALANT. 233
leur General leur donne autant
de pieces d'argent qu'ils
rapportent de teftes .
Depuis l'expedition dont
je viens de vous parler , la
Garnifon de Fribourg en a
encore fait une autre . Les
Ennemis avoient avancé un
quartier à cinq lieuës de cette
Ville- là dans un Village affez
ouvert. M' du Fay les envoya
attaquer par cent cinquante
Dragons , avec un pareil
nombre de Grenadiers ,
foutenus de quelque Infanterie.
Tout ce qui s'y trouva
fut tué hors le Commandant
V May 1690.
234 MERCURE
qu'un Maréchal des Logis
fauva. On fit cinquante prifonniers
, dont le moindre
avoit trois ou quatre bleffures.
Il s'eft paffé une autre action
aux environs de Brifac , qui
n'eft pas moins digne de vous
eftre rapportée , & qui fait
voir que nous fommes prefentement
en poffeffion de
battre les Huffars qui
croyoient d'abord nous faire
peur , par leur figure & par
leur adreffe à couper des reftes.
M de Calerret eftant
commandé pour aller en parti
2
CALANT 235
2
avec quatre cens Chevaux ,
tirez du Regiment du Roy
& de celuy de Saint Valery,
rencontra trois cens Dragons.
du Regiment de Savoye , &
deux cens Hufars , qu'il ne
crut pas devoir éviter , quoy
qu'ils fuffent tres - avantageu
fement poftez , & fuperieurs
en nombre . Il jugea à propos
d'effuyer d'abord leur premier
feu , qui fut tres- gros ,
mais qui eut fort
Les noftres firent enfuite leur
décharge qui en eut davantage
. Comme ils avoient fix
cadrons fur la mefme ligne,
peu d'effet.
V ij
236 MERCURE
& que nous n'en avions que
trois , ils firent une feconde
mais
on les
enfonça
avec tant d'audace & de vigueur
, qu'ils ne purent fe défendre
de plier. Il en demeura
quatre-vingt-dix fur la place ,
& l'on fit dix prifonniers ,
que les Officiers retirerent des
mains des Soldats . Nous n'avons
eu qu'un Cornette &
un Cavalier de tuez . M ' de
Longueval , Capitaine du Regiment
du Roy , a cfté fort
bleffé au bras . Douze Cava .
liers l'ont efté auffi . M Deliout
, Capitaine au meſme

GALANT. 237
Regiment, a receu une con
rufion , & M' de Caletret a
cu fon cheval tué fous luy.
Le Commandant des Enne
mis a efté bleffé. Ils abandonnerent
le champ de ba
raille , & quoy qu'ils prif
fent la fuite avec une viteffe
inconcevable , il n'en feroit
demeuré aucun , s'ils ne fuf
fent venus à bout de grimper
fur des montagnes inacceffibles.
Je ne dis rien de ces expeditions
que fur des Lettres
dont j'ay les originaux en
main. o
Avant le regne du Roy
238 MERCURE
la Sculpture eftoit peu con
nuë en France , quoy que de
tous les Arts liberaux il n'y
en ait point de plus celebre
dans l'antiquité . Les Scavans
vantoient tous les jours cet
Art, dont ils aprenoient des
chofes
furprenantes par la
lecture des Ouvrages des Anciens
, mais on l'avoit mis fi
peu en vogue parmy les Fran
çois , qu'ils fçavoient à peine
ce que c'eftoit qu'un Sculpteur
. La gloire de faire
fleurir de fi beaux Arts, & de
montrer jufques où la France
peut étendre fa grandeur , ap-
, -
GALANT. 239
partenoit à Louis le Grand .
Elle ignoroit encore qu'elle
avoit chez elle des forces
capables de refifter à toute
l'Europe ; des Apelles & des
Zeuxis dans les le Bruns &
dans les Mignards , & des
Policletes & des Praxiteles
dans fes plus habiles Sculpteurs
. Si par la maniere vigourcufe
dont le Roy a fait la
guerre , ce Prince a fait voir
qu'il n'eftoit point d'Ennemis
qu'elle deuft craindre , il l'a
mife en mefme temps en eſtat
de faire éclarer la magnificenee
en prenant foin d'y établir
240 MERCUR
E
les beaux Arts , & fur tout
les Arts Liberaux appellezNobles
, fans lefquels la Grece,
non plus que l'ancienne Ro
me , n'auroit pas fait tant de
bruit . Nous venons de perdre
un de fes plus fameux Sculpteurs
, en la perfonne de M
le Hongre. Je ne vous diray
point quel rang il tenoit
parmy cux , vous en jugerez
par un fait tres-pofitif.
Feu M Colbert ordonna
vingt quatre Figures de Marbre
, aux , vingt- quatre plus
habiles dans cet Art , & il
en cut beaucoup que l'on
n'acheva
GALANT 241
n'acheva qu'aprés fa mort.
Celle que M' le Hongre fit
fut de ce nombre . Elle reprefente
l'Air. On voit une
Aigle à fes pieds, & elle tient
un Cameleon fous l'un de fes
bras. Elle al'autre levé , parce
qu'elle tientun voile fur fa
tefte pour marquer la legereté
de l'Air. Cette Figure ne
parut pas plûtoft à Versailles
qu'elle receut les applaudiſſemens
de toute la Cour , mef
me avant que d'eftre élevée ,
& elle en merita du Roy, qui
eft le Prince du monde du
meilleur goût. M' de Lou-
May 1690.
X
242 MERCURE
vois qui eftoit déja Sur- Inten
dant des Baſtimens , fit écrire
à Mr le Hongre,que la Figure
de l'Air ayant remporté le
prix fur toutes celles que l'on
avoit faites, il auroit une gratification
, deffus l'entier
par
payement, qui fut fait alors de
cette Figure feule, par ce que
les fonds n'eftoient pas encore
prefts , pour achever de
payer toutes les autres. Je
n'impofe point , & j'ay lû la
Lettre dont je parle . On connoiſt
par là la juſtice que M
de Louvois rend au vray merice.
Il faut remarquer qu'il
4
GALANT. 243
n'y avoit aucun Sculpteur
diſtingué qui n'euft travaillé
à ces vingt- quatre Figures , &
cela doit faire juger de la hau
re cftime que l'on avoit pour
M ' le Hongre. Il avoit longtemps
demeuré à Rome , feulement
pour étudier , & il y
avoit connu le Cavalier Bernin,
qui luy avoit trouvé tant
d'habileté que lors qu'il
vint en France pour la faça
de du Louvre , il demanda
qu'on l'employaſt pour
les Modelles de Sculpture
qu'il devoit faire faire . Eftant
venu à l'Academie de Pein-
»
x ij
244 MERCURE
ture & de Sculpture , il s'at
tacha à regarder un Bas-relief
qui reprefentoit une Madeleine
, dont felon l'ufage , le
mefme M. le Hongre avoit
fait prefent à la Compagnie
pour y eftre receu , & dit en
donnant mille louanges à ce
Bas- relief, qu'il devoit fervir
de modelle aux Sculpteurs
qui fouhaitoient de s'avancer
dans leur Art. Vous attendez
fans doute que je vous
parle maintenant d'une partie
des Ouvrages faits par un
homme fi confiderable dans
La profeffion .
GALANT
245
flaachevé peu de temps avant
la mortdeux grands Termes
de Marbre blanc qui ne
font pas encore à Versailles .
Ils reprefentent la Deeffe des
Jardins , & le Dieu des Fruits,
& il leur a donné un air convenable
à leur caractere , &
une beauté un peu mafle .
Lors que l'amour que les
Peuples de France ont pour
le Roy leur infpira le deffein
de faire faire des Statues Equeftres
de Sa Majesté pour
eftre placées dans les Capitales
des Provinces , la Ville
de Dijon , dont Monfieur le
X iij
246 MERCURE
>
Prince eft Gouverneur, eftant
la plus empreffée , cut l'honneur
de commencer à faire
travailler à ces : Ouvrages
qu'on peut dire immenfes ,
& Mile Hongre fut le
premier qu'on choifit pour
faire une de ces Statues
dont aucune n'avoit encore
cfté faite en France , & qui
auroient étonné l'Ouvrier
avant le regne du Roy. Si
Monfieur le Prince avoit cru
qu'un autre cuſt pû s'en
mieux acquitter il n'auroit
pas fait ce choix . On ſçaic
quelle eft fon exactitude , &
X
GALANT 247
combien il prend de prudentes
précautions pour toutes
les chofes qu'il refout de
faire. Cet Ouvrage eft ache.
vé , & il ne reste plus qu'à le
fondre . Il a efté exposé aux
yeux du Public , & jamais on
n'en a vû qui ait efté fi univerfellement
applaudi , ce qui
eſt tres- rate ; le Public ne pardonne
rien , & des exemples
recens nous les font connoiftre.
On ne peut eſtre mieux
à cheval que paroift le Roy
dans cette Statuë , ny mieux
reprefenter
le grand air de Sa
Majefté. Je le dis aprés un
X
iiij
248 MERCURE
million de perfonnes que
rien n'obligeoit à parler de
cette forte , & qui fe font
toutes écriées à haute voix
que cet Ouvrage eftant digne
de la Capitale du monde , ou
du fejour du plus grand Roy
de la Terre , on ne devoit pas
le laiffer aller plus loin . Il eft
bien glorieux à Monfieur le
Prince , & aux Etats de Dijon,
d'avoir fait faire une pareille
Statue, & leur gloire ne di
minuëroit en rien, quand elle
refteroit à Vorfailles ou à
Paris.
Il y a à l'Arcenal du mel
GALANTM38
249
me M. le Hongre , quatre
grandes Figures couchées ,
dont l'une eft fondue , & les
trois autres font preftes à
föndre pour mettre fur le
bord des deux Canaux de
Verfailles , qui occupent la
place où eftoit auparavant le
Parterre d'eau . Ces Figures
reprefentent un Fleuve , une
Riviere & deux Nimphes
Elles font tellement étudiées
& finies , qu'elles ne peuvent
produire que de la gloire à
l'Auteur , à caufe de la longueur
du temps que demandent
de tels Ouvrages , pour
250 MERCURE
cftre mis dans une grande
perfection .
Les autres qu'a faits Mule
Hongre font fept Bas - reliefs
de Jeux d'Enfans à la Colonne
de Verfailles .
Deux Figures reprefentant
deux des douze mois de l'année
, qui font dans la piece
octogone de l'appartement
de Marbre du mefme lieu.
Deux Vafes de metal dans
la Salle du Bal du mefme
lieu .
Un des Bas- reliefs qui font
à la Fontaine de la Piramide
dans le mefme Jardin ..
GALANT. 251
Je ne parle point de beaucoup
d'autres Ouvrages de
de confequence , mais
diſtinguez par la main de
l'Ouvrier , faits à Verſaillés , à
peu
Marly , & à l'ancien & au
nouveau Trianon . M' de Saint
George , Hiftoriographe de
l'Academie de Peinture & de
T
Sculpture doit les nommer
tous dans un Diſcous auquel
il travaille pour y eftre prononcé...
" Le mefme M le Hongre a
fait toute la Galerie du Cha-
Ateau de Choifi ,
appartenant
à Mademoiſelle d'Orleans , &
252 MERCURE
beaucoup d'autres morceaux
de Sculpture , dans le mefme
Chafteau .
Il a fait auffi quantité de
modelles pour le Roy , de
petits Ouvrages pour jerter
en bronze , & pour faire en
argent , en quoy il réuffiſſoir
merveilleufement, parce qu'il
ne faifoit rien qui ne fuft extremement
finy. Enfin il a
plus travaillé pour fa gloire
que pour fa fortune. L'une
s'acquiert par l'affiduité au
travail , & l'autre par des baffeffes
intereffées , enfatiguant
& careffant les Portiers des
GALANT. 253
Grands , à quoy les Hommes
Illuftres & de coeur font mal
propres.
Aprés vous avoir parlé d'un
fameux Sculpteur
, je croy
que vous ne ferez pas fachée
d'apprendre dans quelle efti
me la Sculpture a toujous efté
chez les Anciens . M" de La
moignon , aujourd'huy Avocat
General , fit des recherches
tres curieufes là- deffus ,
dans la caufe qu'il plaida pour
Mr Vanopftat , Sculpteur ,
dans le temps que cet Illuftre
Magiftrat s'exerçoit dans le
Barreau , pour parvenir par
254 MERCURE
fon efprit aux grands Em
plois dont fa naiffance l'avoit
déja rendu digne. On
refufoit à feu M Vanopftar
le payement de plufieurs
Bas-reliefs , & on luy répon
doit que l'an eftoit expiré , &
que par l'article de noftre
Coûtume , tout Artiſan n'eſt
plus recevable à rien demander
aprés ce terme . M' de
Lamoignon prouva dans ce
Plaidoyer , que la Sculpture
eftant un des Arts Liberaux ,
il n'y avoit point de prefcription
pour ce qui la regar
doit , & rapporta une infinité
GALANT.
255
de chofes curieufes , & à l'avantage
de la Sculpture . En
voicy quelques unes.
La vanité des Grecs , qui fe
flatte d'ordinaire
de l'invention
des plus belles chofes , a tort de
sattribuer celle de la
Sculptures
elle tire fa fource de plus haut ,
&nous fommes
obligez de croire
que Dieu fut le premier
Statuaire
du monde lors
qu'ayant créé tous
les Eftres , il forma dans la figure
de l'homme le portrait de la
Divinité. Long- temps aprés qu'il
eut achevé ce chef
d'oeuvre de
fes mains toutes
puiſſantes , il
voulut estre honoré
principale
256 MERCURE
?
ment par le miniftere des Scul
pteurs dans le bastiment de
Arche d'Alliance , dont il donna
luy-mefme l'idée au Legislateur
des Hebreux. Mais en quels
termes parle- t- il de cet Ouvrier
admirable qu'il y voulut employer
? Ces paroles font un illustre
panegirique de la Sculpture
, & fuffisent pour la mettre
infiniment au deſſus du reſte des
Arts.
1
Fay choifi , dit- il à ſon Prophete
, un homme de la Tribu
de Juda , que j'ay remply de mon
efprit de fageffe , d'intelligence
de fcience en toutes fortes
GALANT 257
d'ouvrages , pour inventer ce qui
Le peut faire d'or ou d'argent , de
bronze ou de marbre , de bois
• differens , ou de pierres precienfes.
Peut-on trouver une expreffron
plus élevée des qualitez que
Dieu juge neceffaires à un Sculpteur
, & ne femble - t- il pas
qu'il s'agit d'inspirer le Prophete
mefme pour donner des Loix à
fon Peuple Cependant
ce n'eft
pas dans ce feul endroit que l'E
criture Sainte nous apprend l'efl'on
doit faire de ceux
time
que
qui exercent la Sculpture . Car
dans la pompeufe deſcription de
May 1699.
Y
258 MERCURE
ce Temple , que le plus fage le
plus magnifique de tous les Rois
fie élever dans Jerufalem, pour
estre le fejour ordinaire de la
Majefté du Dieu d'Ifraël , elle
dit en parlant de l'Artifan qui
forma ces riches ornemens , dont
le feul recit nous donne de l'admiration
, qu'il avoit esté choify
pour accomplir ce grand deffein,
parce qu'il étoit plein de fageffe
d'intelligence & de doctrine ;
plenum fapientiâ , & intelligentiâ
, & doctrinâ , ad faciendum
omne opus ex ære..
C'est ce qui a fait dire à un Pere
de l'Eglife , que la Sculpture étoit
GALANT 259
un prefent de Dieu & qu'estant
née avec la Religion mefme
l'honneur qui luy eftoit den ne
dureroit pas moins que le culte
des Autels.
Le Fragment qui fuit ne
vous paroiftra pas moins
beau ..
à
La Sculpture eftoit en fi grande
veneration parmy les Grecss
que les habitans de Sicyone
leur exemple ordonnerent desPrecepteurs
pour l'enfeigner avant
toutes chofes à leurs enfans &
la mirent au premier rang des
Arts liberaux. Mais afin que
Get avantage luy fut toujours
5
Y'ij
260 MERCURE
religieufement confervé , ils firent
par un deeret folemnel des
deffenfes tres rigoureufes aux
Efclaves de l'exercer.. Le motif
de cette éducation eftoit celuy
de donner à leurs enfans une difpofition
generale à toutes les autres
Sciences , & de rendre leurs
yeux capables de difcerner par
faitement les jußes proportions
des chofes , & de juger de la
beauté de tous les objets du monde.
C'est pourquoy l'on a eu raifon
de dire
la mere , la nourrice , & la maî
treffe de tous les Arts, qu'elle
eleve l'esprit par je ne sçay quoy
・que· la Sculpture eft
GALANT. 261
1
de
merveilleux qui ſurpaſſe la
nature mefme, & qui ennoblit
la perfonne de fes ouvriers , auffibien
que la matiere defes ouvrages.
Nous voyons auffi dans
Hifloire que les plus grands
hommes des fiecles paffez ont
tenu à honneur de l'exercer , &
que cette nombreuſe famille des
Fabiens qui prit le nom de Peintres
, fut plus connuë par cette
qualité , que par la valeur de
trois cens Chevaliers qu'elle perdit
dans un mefme combat pour
le fervice de la Republique.
Socrate qui a efté Sculpteur
avant que d'estre Philofophe ,

262 MERCURE
comme la
difoit que cet art luy avoit en
Leigné les premiers preceptes de
la Philofophie
, & que
Sculpture donnoit la forme à fon
objet en oftant les fuperfluitez
de mefme cette fcience introdui
foit la vertu dans le coeur de
Phomme , en retranchant
peu à
peu toutes les imperfections.
Voicy un autre endroit qui
ne vous plaira pas moins que
les deux autres . C'eft de la
Republique de Hollande que
l'Auteur parle dans les premieres
lignes
.
Chacun fçait auffi en quelle
estime yfont les arts liberaux;
GALANT 263
• qu'ils y font exempts de toutes
les charges ; qu'on y propofe des
prix à ceux qui y excellent , &
i qu'ils peuvent parvenir à toutes
lés dignitez de l'Etat.
**
Dans Venife dont le fage
• gouvernement doit fervir de modelle
à toutes les Republiques ,
les Arts liberaux y ont un Tribunal
& des Fuges particuliers
qui ne connaissent que de leurs
causes.
A Rome , ils jouiffent des privileges
des Nobles Romains.
A Florence , Cofme de Me .
dicis qui s'aquit le furnom de
Grand par les feules qualitez
264 MERCURE
>
politiques , leur donna des fran
chifes plus confiderables mefme
que celles des Gentils- hommes
parce , dit ce Grand homme , que
la Nobleffe qui vient de la naif
fance , eft unpur effet du hazard
un don de la Nature , & que
celle qui s'aquiert par l'exercice
des beaux arts eft une recompenfe
legitime de la vertu .
Charles- Quint & Philippes
II. fon fils , les ont ennoblis dans
l'Empire dans l'Espagne › &
fous le Regne de Philippes IV.
dans un celebre Procés qui fut
intenté en l'année 1633. contre un
Peintre , pour le payement de
certains
GALANT 26
1
certains droits , l'affemblée du
Royaume declara contre le fife,
que tous les arts liberaux parmy
tefquels elle mit la Peinture au
premier rang › n'eftoient fujets à
aucune charge publique ; de forte
que l'on voit un confentement
general des Nations policées,
pour diftinguer entierement les
arts liberaux d'avec les arts mecaniques
.
५८
OF
M de Lamoignon eftoit
intariffable fur cette matiere ,
comme vous le connoiſtrez
par les Fragmens que vous
allez lire.
On ne peut voir fans étonne
May 1690.

266 MERCURE
ment dans l'Hiftoire , qu'une
Statuë de la main d' Ariftides fut
vendue trois cens feptante cing
Talents une autre de Poli
elete fix vingts mille Sefterces ,
que le Roy de Nicomedie
voulant affranchir la ville de
Gnide de plufieurs tributs , pourven
qu'elle luy donnast une Venus
de la main de Praxitele qui
attiroit tous les ans un concours
infini de curieux , les Gnidiens
aimèrent mieux demeurer toujours
tributaires que de luy
donner cette Statuë. 221 793
• Cependant Seneque qui condamne
avec tant de feverité les
GALANT 287
defordres du luxe e les folles
depenfes defon temps , dit que la
profufion qui ne fe peut affez
blamer dans les autres curiofitez
parce qu'elles abattent le courage
• & qu'elles ne s'attachent
d'ordinaire qu'aux plaifirs qui
peuvent charmer l'ennuy d'une
molle oifiveté , eftoit loüable dans
l'amour de la Sculpture , à caufe
rien n'eleve tant le coeur que
les portraits des grands hommes
la veuë de ces témoins domef
tiques de nos actions , & qu'enfin
ces images de la vertu de nos
Peres font autant d'aiguillons
preffans qui nous piquent & qui
que

Zij
268 MERCURE
nous excitent à les imiter. De - là
vient que les Sculpteurs & les
Peintres ont esté fifort honorez
dans tous les temps , & que leur
induftrie eftant au deffus des recompenfes
, il s'en est trouvé
quelques -
suns qu
d'en recevork?
dédaignoient
& qui confacroient
aux Dieux tous leurs
ouvrages , croyant que les hommes
en eftoient indignes .
Je trouve dans cet art miraculeux
, dit le Maifire de l'Eloquence
, en parlant de la Scul
pture, une doctrine profonde qui
fait toujours entendre plus qu'il
ne peint , qui attire l'eſprit › &
GALANT 269
qui enchaine la volonté par des
plaifirs fecrets dont le charme
infpire une envie infatiable, de
regarder fon ouvrage. Mon étonnement
me rend plus immobile
que la Statue mefme. Fe-nepuis
difcernerfic'est une merveille de
l'Art ou une production de la
Nature , quand je me veux
éclaircir de ce doute , la crainte
me retient , & je n'ofe y porter
les mains. Enfin mon ame eft
tellement remplie d'admiration .
que quand je pense m'éloigner
de cet objet , je reviens auffi- toft
fur mes pas , comme fi je ne l'avois
jamais veu , je ne puis
Z iij
270 MERCURE
4
m'en arracher qu'avec une exà
reme violence.
Je finis par un Extrait des
Lettres & des Brevers du Roy
en faveur de la Peinture & de
la Sculpture .
Reconnoiffant que l'Academie
Royale de la Peinture & de la
Sculpture que Sa Majesté a effa
blie en fa bonne Ville de Paris
a tellement reuffifelon fon defir ,
que ces deux arts que l'ignorance
avoit prefque confondus avec les
moindres meftiers , font maintenant
plus florians en France
par le grand nombre qui s'y
trouve de rares & d'excellens
GALANT 271

hommes , qu'en tout le reste de
l'Europe , & feachant qu'il
n'y a point deplus forte confideration
pour faire embraſſer cette
noble vertu , qui eft un des plus
riches ornemens de l'Etat , que
. Pamour du Souverain pour elle ,
Sa Majesté qui en a une toute
particuliere
pour la Peinture &
pour la Sculpture , a refolu de luy
la
en donner de continuelles marques
, cependant de luy affigner
un fond tous les ans pour
dépense de fon affem lée , &
mefme de gratifier ceux qui la
compofent , de quelques effets
honorables de fa bienveillance ,
Z iiij
272 MERCURE
voulant qu'ils jouiffent des mesmes
privileges & droits de
Committimus , que ceux de
Academie Françoiſe , afin que
ces arts liberaux foient exercez
plus noblement & avec une entiere
liberté , n'y ayant rien entre
les beaux arts de plus noble
que la Peinture & la Scut .
pture.
Vous avez appris par ma
Lettre du mois de Mars dernier
, le détail du Voyage
des Vaiffeaux du Roy, qui ef
toient allez porter en Irlande
les fecours dont le Roy d'AnGALANT.
273
38
**
(
1
gleterre avoit befoin . Quoy
que la longueur de ce voyage
ait caufé beaucoup d'inquietude
, on ne peut eftre
guere
plus heureux dans une Navigation
, que les nostres l'ont
cflé parmy les grands coups
de vent qu'il fit dés le foir
de leur arrivée à Kork . A
peine furent-ils en feureté ,
quele temps changea, & fut fi
terrible , qu'on peut dire que
ce fut un coup du Ciel que
la Flote fe trouvaft alors dans
le Port , puis qu'elle n'auroit
pû s'élever de cette Cofte fans
de grandes pertes de toutes
274 MERCURE
de
manieres , & qu'il n'y avoit
qu'à Koik où l'on cuſt pû
faire le
débarquement
forte que le fecours feroit
devenu à rien par tout ailleurs
. Tous les débarquemens
ayant efté faits , & l'embar,
quement des Troupes qu'on
a amenées en France eftant
achevé , noſtre Flote fut plus
de douze jours
Jours fans pouvoir
partir à caufe des vents contraires
. On fortit enfin du
Port le 18. du mois paſſe , mais
dés le lendemain le vent étant
venu droit devant , demeura
ainfi pendant douze jours , ca
GALANT. 275
qui empefcha la Flote d'arri
ver dans la Rade de Brest plûtoft
que le 4. de ce mois. M
Amfreville
y entra avec
quinze Vaiffeaux . Les autres
n'y entrerent que le jour fuivant
, tant parce qu'il eftoit
nuit , que pour éviter l'embaras
, qui auroit efté trop
grand fi toute la Flote y fuft
entrée. Ainfi les Vaiffeauxqui
attendirent au lendemain ,
mouillerent à Camaret, Le
Vaiffeau nommé l'Emporté a
pris fur la route un Philibor
d'Amfterdam ; il revenoit de
Barbarie , & eftoit chargé d'a276
MERCURE
mandes ; de cuirs , de laine,
& de cire. La prife eft eftimée
douze mille écus. La Fregare
la Folie , de trente fix pieces
de Canon , eft demeurée en
Irlande pour le fervice du
Roy d'Angleterre. Quelques
vents que la Flote ait effuyez
à fon retour elle ne s'eft
point feparée. Pendant qu'elle
eftoit à Kork il fe perdit
quelques Baftimens Anglois
qui portoient des vivres à M
de Schomberg.
Les plus gros Marchands
Proteftans de Kork ayant pris
une terreur panique au bruit
GALANT
277
de l'arrivée de nos Troupes,
crurent qu'ils alloient eftre
pillez & égorgez , de forte
qu'ils prirent la fuite , ou fe
cacherent , mais ceux qui demeurerent
, & chez qui on fit
loger des Soldats , furent
étonnez de les trouver fort
fages , & payant tres bien ,
On leur avoit donné pour
cinq jours de bifcuit , afin
qu'ils puffent attendre le pain
de munition ; ils furent la
plufpart environnez de Pauvres
, à qui ils diftribuerent
As
leur pain. Il y avoit tel de ces
gens là qui n'en avoit mange
Stamo
A
258 MERCURE
men
de la vie , car leur nourriture
ordinaire eft de Patates , qui
font comme nos Navers . Ce
procedé de nos Troupes Icur
attira mille benedictions , &
le bruit s'en eftant répandu
on vint en foule pour les voit .
La maniere dont on les trouva
veftus fit fouhaiter à plufieurs
de paffer en France , de
forte qu'un Regiment qui ne
devoit eftre que de cinq cens
hommes , fe trouva de treize.
Il y en a eu 6500. d'embarquez
avec environ 300. Femmes &
Enfans. Ces Troupes compofent
cinq Regimens d'homGALANT
279
mes bien faits , & pleins de
bonne volonté , & felon les
apparences elles deviendront
tres bonnes, Elles font fort
Elles font fort
affectionnées au Roy d'Angleterre
, & commandées
par
Milord Montcaffel , cy- devant
Milord Macarty. Leur
・Major eſt Mª de Seneville ,
auparavant Capitaine , & Major
au Regiment de Picardie.
Comme le
voyage de la
Flote avoit dure prefque un
mois de plus que l'on n'avoit
1 & que l'incertitude où
l'on eftoit que les vents contraires
changeaffent fi - toft
cru , &
285 MERCURE
faifoit apprehender que les
vivres ne manquaflent dans
les Vaiffeaux , M' d'Amfreville
trouva à propos de faire
retrancher le déjeuner. Les
Irlandois n'eurent pas de peine
à s'en pafler , lors que
le , lendemain de leur embar,
quement ils entendirent la
Cloche du dîner , ils demanderent
à quelle occafion on
fà fonnoit . Après qu'elle leur
fonnoita
eut efte expliquée ils demeuterent
fort étonnez , & demanderent
fi l'on mangeoit
3. Il auront deu l'eſtre
encore.
a
D
davantage le mefme jour ,puis
GALANT 281
que nos Troupes font trois
ou quatre repas fur Mer.
Les Lettres de Breft écrites
par les François qui revien
nent d'Irlande , portent ce
que vous trouverez dans l'ex
trait qui fuit. Les Troupes de
M² de Schombergnefont pas fort
bonnes , hors quelques François
qu'il a auprés de luy quelques
Regimens Anglois qui ont déja
fervis car pour les Danois &
les Suèdois , ce font de nouvelles
Troupes qui n'en feavent pas
encore beaucoup. On nous a af
feurez que M. de Schomberg
estant aculé dans le Nort d'In
May 1690.
A a
282 MERCURE
lande , qui est le plus mauvars
pays , ne pouvoit fubfifter que
par les Convois d'Angleterre
& que l'Hiver dernier fon Armée
ayant beaucoup fouffert,
estoit diminuée d'un tiers ; qu'el
attend avec impatience le
grand fecours que le Prince d'Orange
luy fait efperer ,
lequel elle ne peut rien entre
prendre , ne l'ayans pû faire
fans
jufqu'ies , mais feulement quelques
courfes pour chercher des
vivres fur les Terros qui reconnoiffent
le Roy, enlever quel
ques bestiaux. Il a voulu tenser
de furprendre Charlemont,
3
GALANT 283
qui eft un poſte qui le refferre
extremement , mais loin d'y
en fir il a esté repouße avec
beaucoup de vigueur
réussir
ayant
perdu plufieurs bons Officiers, &
plufieurs Volontaires François ,
qui estoient venus pour infulter
cette Place par où il faut commencer
pour s'étendre dans le
pays mais tout ce
qu'il a pu
faire jufqu'à aujourd'huy eft de
fe retrancher dans fon Nort,ou on
ne l'a pas fort inquietésparce que
Les Troupes du Roy d'Angleterre
n'estoient pas encore affez aguer
ries , & qu'il a fallu que ce
Prince fe foit affuré des autres
Aa ij
284 MERCURE
+
parties de l'Irlande s'avant que
de pouffer M de Schomberg.
Lors que le Roy d'Angleterre
paffa dans ce Royaume & il n'y
avoit d'armes que celles que nous
y avions portées, & ces Peuples
qui n'avoient aucun ufage de la
guerre , estoient dans une espece
d'esclavage fous les Anglois, dont
on a eu de l
peine à les faire
revenir en les réveillant de leur
afſoupiffement, mais on commence -
voir qu'ils reprennent coeur ,
& s'animent au fervice . L'argent
de France n'y a pas pess
contribué , de mefme que les munitions
de guerre # de bouche
GALANT 285
#yib.proVAD
que
que nous leur avons portées .
Nos vins & nos Eaux de vie
qui font à tres - bon compte , å
caufe de la quantité qui s'y en
trouve prefentement , y produi
fent un bon effet , & il femble
que ces Troupes reprennent une
autre vie , que
que leurs corps
Je fortifiant font plus propres
aux armes que lors qu'ils ne bu
voient que de l'eau qui les rendoit
foibles, & inhabiles à aucun
exercice . Les Anglois les deman
doient ainfi afin d'avoir lieu de
tirer ce qu'il y a de meilleur en
leur pays ce qu'ils faifoient en
ne leur laiſſant qua peine le
neceffare
7
10
286 MERCURE
Je vous ay envoyé divers
Ouvrages de M² le Pays , qui
ከሞ
510
vous ont toujours extremement
pleu , & il y en avoit
mefme encore un de fa façon
dans ma Lettre du mois paſſé,
fur ce qu'un particulier avoit
mis fon argent à la Tontine
fous le nom du Roy . Je ne
croyois pas en vous
vous l'envoyant
, que ce feroit le der
nier qu'on verroit deluy. Une
fiévre continue l'a emporté
en fort peu de jours , & la
mort n'a point refpecté fon
heureux talent . Son Livre ,
intitulé , Amours , amitiez &
GALANT 887
amourettes , luy avoit donné
de la reputation , & il l'avoit
fouftenue avec beaucoup d'a
vantage , par un feu d'efprit
qui luy eftoit naturel . Sa
converſation auffi aiſée qu'agreable
luy donnoit accés
par
tout , & il eftoit malaifé de
le connoiftre , fans chercher
à eftre de fes amis.
Je vous ay ſouvent parlê de
Monfieur le Duc de Chartres,
dont l'efprit , & les manieres
ont de beaucoup devancé fon
age . Il a commencé les exer
cices à Verfailles , fous M
du Pleffis , Ecuyer du Roy
288 MERCURE
56
& Sa Majefté accompagnée
de Monfieur a efté au manege
le voir monter, à cheval
pour la premiere fois . S'ily
reuffit comme dans toutes les
autres chofes qu'on luy a
montrées
, il pourra fe vanter
d'eftre un bon homme de
cheval . Ce jeune Prince a fair
des progrés fi furprenans
dans lesMathematiques qu'on
n'en parle qu'avec admira-
201
tion .
25441
J'ajoûteray à ce que je vous
ay déja dit touchant la nomination
que le Roy a faite
de M l'Archevefque de Paris
au
GALANT. 289
A
au Cardinalat , que cet Illuftre
Prelat s'eft acquis tant d'efti
me dans le Chapitre qui a
eu l'honneur de l'avoir pour
Archevefque & dans celuy
qui a prefentement cet avana
tage , que le premier qui eft
celuy de Rouen , a deputé à
Paris pour luy faire complia
ment fur cette nomination)
& luy a écrit en méfmez
temps pour luy marquer ens
core mieux fa joye . Le Chapi
tre de Paris a fait plus ; il a
deputé ſon Doyen avec douze
Chanoines , pour aller res
mercier le Roy de ce choix.
May 1690. Bb
290 MERCURE
Sa Majefté écoutà leur compliment
avec beaucoup de
plaifir , & le reprit entier avec
une prefence d'efprit admirable
, pour repondre à tout
ce qu'il contenoit , & fit par
fa réponſe un éloge de M'
l'Archevefque plus beau
encore que celuy que venoit
de faire Mle Doyen de Notre
Dame , quoy qu'il eut
parlé avec beaucoup d'éloquence
, & de zele pour se
Prelat.
Le Parlement , la Chambre
des Comptes , la Cour des Aides
, la Cour des Monnoyes
GALANT . 291

& le Corps de Ville ont efte
faire des complimens de condoleance
au Roy , & à Mon
feigneur , fur la mort de Ma
dame la Dauphine. Il y a
déja tant de harangues dans
cette Lettre , que je ne vous
parleray que fort fuccinte
ment de celles de tous ces
grands Corps. Mr de Harlay,
premier Prefident , aprés eftre
entré dans la douleur que
caufoit la perte que Sa Majefté
venoit de faire , marqua
le zele du peuple pour le Roy
dans l'état prefent des affaires.
M' le Procureur General fir
Bb ij
292 MERCURE
auffi fon compliment à Sa
Majefté fuivant l'ulage de M's
les Gens du Roy des Cours
Superieures . Ces complimens
font ordinairement courts ,
parce qu'ils ne font regardez
que comme des complimens
d'un particulier , & non pas
d'un Corps. M Nicolai , premier
Prefident de la Chambre
des Compres , repondit
dans le fien à la haute reputation
que feu Mr Nicolai
fon pere s'eftoit acquife dans
les difcours publics qu'il fai -
foir , & il s'attira des louangés
du Roy & de toute la
GALANT. 293
Cour. Il entra adroitement
dans la fituation des affaires
prefentes qui font briller la
gloire de ce Monarque d'un
nouvel eclat , & aprés avoir
parlé de la mort de Madame
la Dauphine , il dit , que cette
Princeffe laffoit trois Princes qui
<prendroient long-temps fous Sa
Majefté l'art de vaincre , er de
regner, trois Princes qui estoienr
les
es gages de lafelicité de la France.
Ainfi dans une penfée toute
de douleur,il fit tatter avec
beaucoup d'art des pensées
de joye & d'efperance. Il finit
en difant qu'on venoit avet
Bb iij
294 MERCURE
confiance témoigner la part qu'on
prenoit à l'affliction d'un Heros
qui en prenoit tant luy mesme
& celle de fes Sujets & qui
defcendoit du Trofne pour reparer
la perte qu'on faifoit dans les
familles par la mort de ceux que
fa banté avoit élevez . Il entendoit
parler par là de la Charge
de feu M Nicolai fon pere
que le Roy luy avoit donnée ,
& quoy qu'il mélaft ce qui
le regardoit , avec ce qui touchoit
Sa Majefté , cet endroit
parut tourné avec tant d'ef
prit , qu'il luy attira de nouvelles
louanges
.
GALANT. 295
M'de Vallan , Avocat General
de la Chambre des Comptes
, fit auffi un compliment
qui fut tres bien reçu .
Is curent dautant plus de
gloire , qu'ils n'avoient efté
ellevez ny l'un ny l'autre pour
paroiftre dans de telles fonctions
, Mr Nicolai avant la
mort de fon Ainé , avoit pris
le parti de la guerre , où il fe
roit prefentement fort avan
cé , puis qu'il conduifoit les
enfans perdus au Siege de
Valenciennes , de forte que
L'on peut dire qu'il étoit auffi
brave qu'il harangue bien.
Bb iiij
296 MERCURE
Quant à M. de Vaffan , il
citoit Gentilhomme ordini-
Le de la Maifon du Roys &
ila prisle party de la Robe ,
pour fucceder à une Charge
de Prefident des Comptes ,
que poffede M: de Vaffan fon
pere , & dont le Roy luy a
donné l'agrément avec cet
air engageant , & plein de
bonté qui fait qu'on aime
mille fois mieux la maniere
dont ce Prince donne , que
les prefens qu'il luy plaift de
faire.kob avainas
?
La Chambre des Compres
alla auffi chez Monseigneur
j da
GALANT 297
י
le Dauphin , & M ' Nicolai ,
aprés avoir marqué à ce Prin
ee la part que ce Corps
prenoit à fa douleur pour la
mort de Madame la Dauphi
ne , dir , que la prudence de Sa
Majefté l'envoyoit contre fes
Ennemis pour remettre l'Europe
dans fon devoir qu'elle n'avoit
fceu profiter de la paix que
Roy luy avoit donnéeplus d'une
fois , & qu'elle venoit de réunir
contre fes interefts les Royaumes,
les Republiques , les Rois le
gitimes & les Ufurpateurs , les
ingrats les envieux. Il fit
voir aprés cela , que Monfei
+
le
298 MERCURE
gneur ne pouvoit manquer
d'en triompher , & finit en
difant , que fila joye de Madame
la Dauphine avoit estégrande
à la veue des premiers Lauriers
de ce Prince , elle en auroit
encore eu une plus fenfible , ſi la
mort ne l'avoit pas enlevée à la
veille d'une Campagne qui luy
devoit estre fi glorieufe , mais
qu'elle eftoit dans le Giel un Efprit
tutelaire qui s'interefferoit
pour la profperité de fes armes..
Ce difcours receut auffi beaud'applaudiffement.
M coup
de Vaffan dit à Monfeigneur,
que pour connoiftre fa vertw
A
GALANT
. 299
toute entière , il faloit qu'elle
paruft dans les douleurs comme
elle s'eftoit fait admirer dans les
perils´s que l'on cherchoit de la
confolation dans la grandeur de
fon ame , comme l'on prenoit de
Eefperance dans celle de fon
courage , que le reffentiment
dont on eftoit touché , en partageant
fes justes regrets trouvoit
place dans nos coeurs au milieu
de l'admiration dont la gloi
" re de fes premieres conqueftes les
avoit remplis.
L'Academie Françoife , qui
eft reccue avec les mefmes
honneurs que les Compagnies
100 MERCURE
Superieures , a cité faire les
mefmes complimens
au Roy,
& à Monfeigneur le Dauphin
. M l'Archevefque de
prefentement Direc Paris
teur de la Compagnie , estoie
à la refte. La parole fut portée
par M l'Abbé de Lavau ,
Chancelier de la mefme Com
pagnic . Son difcours repondit
à ce qu'on devoit attendre
d'un Corps compofé des maîtres
de noftre Langue , & je
ne vous fçaurois mieux mar
quer l'avantage qu'il eut de
plaire que par un fait conf
tant, je veux dire , par les ap
GALANT 301
plaudiffemens qu'il receut
tant qu'il parla , & qui furent
donnez affez . haut pour eftic
entendus de tout le monde.
Le Grand Confeil s'eft acquité
du meſme devoir par la
bouche de M Bignon fon
premier Prefident . Son élo
quence eft ft connuë qu'on
n'aura pas de peine à croire,
qu'il a remply cet employ
avec beaucoup de fuccés. L'Univerfité
a fait de femblables
complimens, les deux Harangues
que je vous ay envoyées
defon Recteur dans mes deux
dernieres Lettres , vous ont
302 MERCURE
fait connoiftre l'heureux talent
qu'il a pour les Ouvrages
de cette nature.
Les Ambaffadeurs , & Envoyez
Extraordinaires qui
font icy , ont eu Audience fur
le mefme fujec. Ils ont fait
des complimens de condo-
Jeance
, non feulement au
Roy , & à Monfeigneur le
Dauphin , mais auſſi à Meſfeigneurs
les Ducs de Bour
gogne , d'Anjou & de Berry , à
Monfieur & à Madame.
La Reine d'Angleterre
eft
auffi venue vifiter le Roy fur
la mefme perte. Ce Prin
GALANT
203
༢༠༡
ce tint Cercle , où prefque
A toute la Maifon
Royale
, &
toutes
le Ducheffes
le trou-
Overent
. Sa Majefté
luy rendit
fa vifite dés le lendemain
,
ainfi que toute la Maifon
Royale
.
M l'Abbé Berrier , Chanoine
de l'Eglife de Paris, &
O Grand Archidiacre de Brie , a
: donné fa demiffion de ce Benefice
, & de cette Dignité à
M² l'Archevefque de Paris .
dans le deffein de mener une
vie plus retirée. Ce Prelat en
a pourveu M. l'Abbé de
Lanfon, neveu de M' le Car-
7
204 MERCURE
dinal Forbin , mais cet Abbé
n'a pas voulu en prendre pof
feffion , afin de les remettre à
MP'Abbé Berrier , s'il arrive
qu'il ne perfifte pas dans la
mefme refolution.
Le 17. de ce mois , Meffire
Charles de Sainte - Maure ,
Duc de Montaufier , Pair de
France , Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur de Nor
mandie de Xaintonge
&
d'Augoumois , Lieutenant
General d'Alface , Gouverneur
& Premier Gentilhomme
de la Chambre de Monfeigneur
le Dauphin , & MaiGALANT
305
trede fa Garderobe , mouruc
icy dans fa 8o. année , aprés
avoir foutenu une longue
maladie , avec une patience
digne d'un veritable Chre
ftien . Il fut abandonné des
Medecins dans un temps, où
il fe fentoit encore affez de
forces pour pouvoir fe flater
de quelque efperance ; cependant
il receut l'Extrême. Ontion
& le Viatique avec une
refignation tres exemplaire ,
aprés quoy il donna ſa benediction
à la Famille & à tou
te fa Maifon , & s'eftant fcparé
de Madame la Ducheffe
May 1690.
Cc
306 MERCURE
d'Ufez fa Fille unique , qu'il
avoit toujours tendrement
aimée , il employa le reſte
du temps à s'occuper feulement
de Dieu. Les prieres
qu'il faifoit fouvent à haute
voix mettoient tous les Affi
ftans en larmes , & il demeura
quelques jours en cet eftat..
Le Roy luy envoya M' de
S. Olon , Gentilhomme Or
dinaire de fa Maiſon , pour
Juy marquer de fa parole déplaifir
que Sa Majeſté avoit
de perdre un fi bon & fi fi
delle Sujer , & pour l'aſſurer
que fa Famille trouveroit tour
GALANT. 307
jours en Elle la protection
E qu'elle meritoit . M de Mon
taufier répondit qu'ayant
i toujours rendu fes fervices an
Roy avec tourle zele dont il avoit
pú eftre capable , s'il avoit pû
fouhaiter une vie plus longue,
Gauroit efté feulement pour ai
voir l'honneur de les pouvoir
continuer mais qu'il mouroit
bien confolé, puis que par ces
dernieres marques de fa bonté ,
Sa Majefté luy donnoit fujet de
croire que fa conduite & fes
foins ne luy avoient pas efté
defagreables. Le mefme M'de
; •
Ccij
308 MERCURE
revint
Ś. Olon , aprés avoir quitté
My de Montaufier
fur fes pas pour s'acquitter de
lordre qu'il avoit receu de
Monfeigneur le Dauphin de
luy parler auff de fa part. Sa
réponse fut à l'égard de co
Prince, qu'il mouroit fon ferv
teur , comme il l'avoit toû
jours efté , & qu'il eftoit ravi
que le fujet qu'il avoit eu de
fe louer de luy pendant fa
vio, eust duré jufqu'à fa mort.
La joye qu'il cut de cet obligeant
fouvenir du Roy & de
Monfeigneur ne contribua
pas peu à faire revenir fes
GALANT 309
༡༡
7
le
forces . Les Medecins furent
rappellez , & ils lay ordonne-"
$ rent du fel volatile de Vipere.
Ce fel ayant réveillé les ef
prits il s'en trouva mieux
premier jour. Le fecond il
demanda à revoir Madame la
Ducheffe d'Uzez , qu'il ne
pouvoir oublier fi rost qu'il
avoir quelque efperance, mais
1 rien n'eftoit capable de le
détourner de l'application
continuelle qu'il avoit à penfer
à Dieu & à le prier , &
il fe plaignoit de temps en
temps que l'excés de fes douleurs
interrompoit fon atten
316 MERCURE
tion , ce qu'il fe reprochoit
quelquefois , comme n'ayant
point affez de patience Ilves
cut encore deux jours , s'entretenant
fans ceffe de Dieu ,
& aprés avoir confervé jufqu'à
fon dernier foupir une
prefence d'efprit furprenante,
it expira en difant des mots ,
Fiat voluntas tua , Son corps
fut porté à S. Germain l'Au
xerrois fa Paroiffe , & de là
aux Carmelires du Fauxbourg
S. Jacques, où eft fa Chapelle,
& où Madame la Duchelle da
Montaufier a efté enterrée,
Il a fait M de Fieubet , ExeGALANT.
IF
2
cuteur de fon Teftaments & .
a récompenfé generalement
tous fes Domestiques par des
legs , leur ayant auffi continué
à chacun une année de leurs
gages par deffus la fomme qui
leur pouvoit eftre deuë
Mi de Vertron a fait une
Epigramme Latine pour luy
fervir d'Epitaphe , & M
L'Abbé Saurin en a rendu la
penfée en noftre Langue part
les Vers qui fuivent.
Celuy quifceut parfa prudence
Elever des François l'heroïque
efperance .
3 MERCURE
Dans ce tombeau repose enfin
Un jour on connoistra ce que buy
3. doit la France
Par la gloire defon Dauphin .
Faurois beaucoup à vous
dre des grandes qualitez de
ce Duc , qui eftoit encore plus
illuftre par fon efprit , par fa
generofité & par fon merite,
que par la naiffance . Sa prudence
, fa valeur & fon courage
ont éclaté en beaucoup
d'occafions . Dans les derniers
mouvemens que les Ennemis
de la France fufciterent , il ne
fe contenta pas de maintenir.
dans l'obeiffance du Roy la
Xaintonge
GALANT
313
Xaintonge & l'Angoumoiss
dont il avoit le Gouvernement
, mais aprés avoir rejetté
avec une fidelité inébranlable
les propofitions
qu'on luy fit pour l'attirer
dans le party des Rebelles
* il chaffa les Ennemis des Places
de Xaintes , de Taille
bourg & de Tallemont dont
ils s'ettoient emparez , & les
ayant pourſuivis , quoy que
fort infericur en nombre , il
défit une partie de leur Armée
à Montanié en Perigord ,
fans qu'une bleffure qu'il re.
ceut au bras , & dont il de-
May 1690 .
Dd
314 MERCURE
meura eftropié, luy puft faire
ralentir l'ardeur avec laquelle
on le vit combattre dans
cette grande journée . Il s'étoit
trouvé dés fon plus jeune âge
auv Sieges de Rofignan & de
Cafal , & enfuite à l'attaque
de Brifac en Alface , où il fit
tout ce qu'on peut attendre
d'un homme à qui les occafions
de fe fignaler font che
res. Il prit de fa propre main
trois Etendards de Cavaleric
à la Bataille de Cerné , & remporta
beaucoup de gloire en
Allemagne , où il fervit, feul
Maréchal de Camp de l'Ar
GALANT
215
mée que commandoit feu M
le Maréchal de Guebriant .

>
Quant à la Maifon de Sainte-
Maure dont vous fçavez
qu'il eftoit , fon ancienneté
ne peut eftre conteſtée , puis
qu'on juftifie que désl'an 1010 .
Goffelin de Sainte- Maure
eftoit un des plus grands Seigneurs
du Royaume . Pierre
de Sainte Maure , I. du nom ,
fut Pere de Pierre II de
Guillaume , Chancelier de
France , & de Guy , tige des
Seigneurs de Jonzac , & de
Montaufier. Guy de Sainte-
Maure épousa Marguerite ,
Dd ij
216 MERCURE
Heritiere de Montaufier, dont
il cut Pierre de Sainte- Maure,
qui de Miramonde
de la Mothe,
Dame de Jonzac , laiſſa Arnaud
de Sainte -Maure. Celuycy
cut deux Fils , fçavoir, Arnaud
de Sainte Maure , S de
Jonzac , qui a fait la branche
des Seigneurs de Jonzac , &
Leon de Sainte- Maure Seigneur
de Montaufier . Ce dernier
fut Pere de François de
Sainte- Maure , qui de Louïle
Gillier , Dame de Salles & de
Fougeray eut Leon de Sainte-
Maure III . du nom . Ce Leon
III . époufà en 1606. MargueGALANT.
317
rite de Chafteaubriant,Fille de
Philippes , Sieur des Roches-
Baritaut , & de Gilberte du
Puydufou , & il en cut Hector
de Sainte Maure , qui fut tué
en 1635. dans la Valteline , en
forçant les Bains de Borino ,
& Charles de Sainte- Maure ,
Duc de Montaufier , dont je
Vous apprens la mort.
Je vous envoye des Vers
qui ont efté faits un peu
avant le départ de Monfcigneur
le Dauphin , & dont
les penfées font fort agreables
. Ils fe chantent fur l'Air
de Fean de VVert.
Dd iij
318 MERCURE
Artez jeune &vaillant Heros,
PLa gloire vous appelle.
Devant vous le Roy des Oiseaux
Ne battra que d'une aiſle :
Vous ferez voir aux Allemans
Qu'on sçait les vaincre comme au
temps DeJean de VVert, &c.
2
A voftre afpect ils diront tous,
Evitons fa colere ;
Il va faire tomber fur nous
Le foudre de fon Pere.
Nos efforts feront impuiffans,
De mefme qu'ils l'eftoient au temps
DeJean de VVert, &c.
S
Ils fçaventpar vos premiers coups
Que tout vous eft facile i
Ils vous fuiront comme les Loups,"
Sans trouver un azile :
"
GALANT. 319
Et mettant tous les armes bas ,
Ilsferont comme lesSoldats
De Jean de VVert , &c.
S
Vos Guerriers pour vous pleins d'amour
,
Ne cherchent qu'à combatire !
Ils vont ainsi qu'à Philisbourg
Faire le Diable à quatre.
Ils porteront par tout la morts
Heureux qui n'aura que le fort
DeJean de Vert , &c
$
La Ligue de tant d'Ennemis
Qui contre vous s'affemblent ,
Tiendra mal ce qu'elle a promis ,
Quand vous marchez_ils_trem-
1 blent ; ( Mars
Vons n'irez point aux champs de
Sans donner des Loix aux Cefars :
De Jean de VVent . &c.
Dd iiij
320 MERCURE
སྤྲོ་
C'est ce qu'on attend de vos faits
Pendant cette Campagne;·
Vous ferez demander la Paix
Aux Princes d'Allemagne,
Et par vous on verra LOVIS
Triompher de tout le Pays
DeJean de VVert, &c.
Les Ennemis ont eu de la peine
à fe perfuader que Monfeigneur
partiroit , & ils l'auront vu fur
leurs Frontieres dans le temps qu'-
ils croyoient encore fon voyage incertain
. Le jour que partit ce Prince,
il fe rendit chez le Roy dés huit
heures du matin, & demeura longtemps
enfermé avec Sa Majefté . Il
revint enfuite dans fon appartement,
où il receut les adieux de toute
la Maifon Royale , des Princes
CALANT. 32r
& des Princeffes , & de toute la
Cour. La foule fut fi grande , quoy
qu'il n'y euft que des perfonnes
diftinguées , que beaucoup ne pû
rent feulement fe faire voir. Dans .
le moment que l'on croyoit que ce
Prince alloit partir , il remonta
encore chez le Roy , & prit publiquement
congé de Sa Majefté , les
adieux tendres s'eftant faits dés le
matin, & partit comblé de voeux :
& de benedictions . Le Roy a fait
l'honneur à M. le Duc de la Tremouille,
& à M. le Marquis de Beringhen,
de les choifir comme étant
des premiers Officiers de la Maifon
, pour accompagner ce Prince,
l'un en qualité de premier Gentil
homme de fa Chambre , & l'autre
de premier Ecuyer. Rien n'eft égal
à la joye qu'ont reffentie toutes les
822 MERCUKE
Troupes qui doivent compofer
'Armée d'Allemagne , depuis qu'
elles ont appris qu'elles auroient
l'honneur d'eftre commandées pat
Monfeigneur. Elles ont donné des
marques de leur allegreffe par des
réjouiffances publiques , & leurs
cris de joye ont esté accompagnez
de falves en beuvant fa fanté. Ce
Prince partit le 17. de ce mois pour
aller coucher à Germini , maiſon
de campagne de M. l'Evefque de
Maaux , où ce Prelarle receut avec
d'autant plus de joye , qu'il a cu
l'honneur d'avoir efté fon Precepteur
, & qu'il voit fon Eleve auff
avancé dans le chemin de la vertu ,
que dans celuy de la gloire. Monfeigneur
alla le lendemain difner au
Village d'Aty , où il fut traité par
M. de Noailles, Evefque & Comte
GALANT 323
1
de Châlons , & ce Prince coucha à
Vitry , où le Gouverneur , & les
Officiers de Ville , & du Prefidial ,
le receurent aux portes. Il y trouva
toute fa Maiſon, qui l'y attendoit ,
avec laquelle il poursuivit fa route
à plus petites journées, eftant venu
jufque-là avec une diligence égale à
la Pofte, accompagné deM.de Vendofme
feulement. Il coucha le 19 à
S.Dizier ,le 20.à Ligny, le 21. àToul,
où il fut receu au bruit de la Moufqueterie.
Il arriva le 22. à Nancy' ,
aux décharges du Canon , & trouva
dans la Ville toute la Garniſon
fous les armes . Les feux de joye &
les Illuminations qu'il y eut le foir
dans toutes les rues , marquent
Paffcation des Lorrains pour la
Maifon Royale. M. le premier
Prefident du Parlement de Mets ,
324 MERCURE
· y vint complimenter ce Prince , à
la tefte de plufieurs Députez du
mefme Parlement. Monfeigneur
fejourna à Nancy , afin d'en vifiter
les Fortifications , & celles de la
Citadelle , ce qu'il fit le 23. accompagné
du Lieutenant de Roy.
M. l'Abbé de la Salle , Fils de
feu M. dé la Salle , Lieutenant des
Gendarmes , & Frere de M. de la
Salle , Maiftre de la Garderobe du
Roy, a efté nommé à l'Eveſché de
Tournay. I regne une certaine
honnefteté dans cette Famille qui
la fait aimer , & les fervices ont
toujours efté agreables . M. de la
Salle a efté un des premiers à qui
Sa Majesté ait donné une Charge
d'Aumônier , depuis qu'elles ne fe
vendent plus , ce qui eft une preuve
etres- certaine de la bonté de fes
moeurs..
GALANT: 325
Un autre Abbé de ce mefme nom
a efté pourveu de l'Abbaye de
Bonnevaut dans l'Evefché de Poitiers.
Il eft Fils de M. de la Salle
de Saillant , de la Maifon de Ba-
Eglioni , l'une des meilleures d'Italie ,
établie depuis long- temps dans le
Lionnois , & dans le Dauphiné ,
auffi bien que dans le Duché de
Bourgogne . On peut dire de cet.
Abbé , qu'il eft tres digne Neveu
de M. l'Evefque de Treguier ,
nommé à l'Evefché de Poitiers ,
dont les vertus ont éclaté dans tous
les emplois qu'il a eus , foit lors
qu'il a porté l'épée , foit lors qu'il
a efté dans la Congregation de l'Oratoire
, d'où le Roy le retira pour
donner un Prelat d'un vray merite
à la Bretagne , en le faifant Evef
que de Treguier. Depuis la revoca326
MERCURE
tion de l'Edit de Nantes , Sa Majefté
qui connoiffoit les befoins de
l'Evefché de Poitiers , luy donna ce
grand Siege , lors qu'il nomma M.
L'Evefque de Poitiers de la Hoguette
à l'Archeveſché de Sens. Ce que
ce Prelat a fait dans ce Dioceſe eft
prefque incroyable. Son application
, fa diligence , les manieres &
fes foins meflez de grandes charitez
, ont acquis plufieurs milliers d'ames
à Dieu & au Roy. M. l'Abbé
de la Salle fon Neveu , a fait auffi
de grands biens dans ce meſme
Dioceſe , où il a luy feul plus converty
de Pretendus Reformez , que
des Troupes de Miffionnaires , qui
y eftoient neanmoins en abondance.
Rien n'eft comparable à l'exactitude
qu'il fait voir en toutes chofes
, & aux vertus Ecclefiaftiques
GALANT. 327
qu'il poffede , non plus qu'à l'habi-
Feté qu'il s'eft acquife par fon étude,
& par la maniere dont if a travaillé
fous les ordres de M. fon Oncle ,
qui eft un grand Maiftre. Auffi le
Roy l'a- t- il reconnu , non feulement
par le prefent de l'Abbaye de
Bonnevaut , mais par l'éloge qu'il
fit de luy en peu de mots , lors qu'il
alla l'en remercier. Un homme
loué par un fi grand Prince , ne
peut avoir receu cette gloire , fans
s'en eftre rendu digne .
L'Abaye de Savigny a efté donnée
à M. le Duc de Bournonville ,
qui vit depuis long - temps dans une
grande retraite & dans une devotion
exemplaire . Il eſt de la Maiſon
de Bournonville de Flandre , fi diftinguée
, qu'il n'eft pas neceffaire
d'en rien dire pour la faire connoî-
<
328 MERCURE
tre. Ce Duc avoit acheté la Charge
de Chevalier d'honneur de la
Reine avant qu'elle vinſt en France
, & a efté Gouverneur de Paris.
Il eft pere de Madame la Ducheffe
de Noailles .
Le Foureau d'Epée eftoit le vray
mot de l'Enigme du mois paffé ,
& ceux qui l'ont trouvé , font Mrs
Cavelier de Bordeville du Ponteau
de Mer L. Bouchet , ancien Curé
de Nogent le Roy ; Tambonneau
de la Rue S. Pierre ; Du Val de S.
Germain en Laye ; Hachard de la
Rue Coignebert à Rouens le Curé.
de Luffac le Château an Poitou ;
le Baron d'Olieres Gentilhomme
Provençal , Cipiere de Bordeaux ,
Billet , de Sainte Foy , & Raouls
Trevet , Curé de Gomecourt ;
Baudry , Cure de S. Martin de la
GALANT. 329
1.

Garenne Hurfoce de S. Lo ; Baril
de Harfleur , Roxule de Nougran;
Fortin de la Jollaye Prefident à
Mortain; Arvilet Baron de Monco .
nis étudiant en Droit ; le Petit
Bourdin ; Lanchenu ; du Bois de
Milhian proche de Bordeaux; l'Ab-
-bé du Tel de la rue du Bac ; de
-Comines de Belle brune ; P. de
Briguet Sr de Chezay ; Bordeau ,
Chirurgien de la rue S. Honoré ,
de la Croix , Apotiquaire à Paris ;
L'Etoré le Doux Sr de Boishuet
de la rie S. Honorés Buquel Sr
Damonville de la rue des Prouvai-
Jes ; La Morere de Riviere de Bordeaux
Harcouet de Longeville's
Digeon voifin de la Fontaine des
Blancs Manteaux ; Querray de S.
Brieve , Avocat au Parlement ; de
da Grave ; de Chevalier de Com
May 1690.
Ee
330 MERCURE
bleville
Bourfaut ,
Lieutenant
d'une Patache &
Meldames &
Demoiſelles la
Lieutenante Criminelle
de
Mommeillan ; la Comteffe
de Launoy; le Barodin de Loche; de
la Planches Briffon ; de Serre; Boulanger,
Femme du Prevoſt de Chaftillon
fur. Indre; Nichon de Châlons;
le Bacle de Rochecot; Bacquer
de Mante; Ninon du Bniffet: Colin :
du Toit de la Touche la Fille :
Manon C...du
quartier S. Jaques
de la
Boucherie : Mariane de la
rue S. Honoré : Louife: Lucie dé
Chaftillon en Bafois : de la Corcelle
Bailly l'ainée , de la rúë dú
petit Mufc
Mariane
d'Argences
d'Anteville la
charmante Manony
de la rue Sainte Avoye :
l'aimable &
heureufe
Angelique
de la rue de la Harpe :
l'aimable
GALANT
331

Artemife : l'Orpheline fans amant
de Nantes & Georgette : L'Inconf.
tante B. de la rue Bertin poirée :
la Spirituelle Coquette du bon
homme de gendre , de la rue Monnoyere
: la Brune amoureufe du
Pont S. Michelle Coeur preft à
s'engager , du quartier S. Merry :
Diane d'Alcleon , La Nimphe Verdau
de Versailles : la Bergere Chaftaigniere
Tirfis de la Deeffe aux
jours filez de foye : les Gros homme
du petit Saint , & fon Fils l'Abbe
fans Abaye le Captif delivré
de la Barbarie : l'Abbé à l'Anagra
me Regard , du Pais du Maine :
l'Abbé à l'Anagrame Grofel , Cha
pelain & Prieur de deux Villes en
Lorraine l'Amant du petit Serin :
le fidelle Amant E.de l'Inconſtante
B. de la rue des deux Boules : le
•Ee ij
332 MERCURE
Solitaire de Laumône prés Pontoi
fe : & l'Amant declaré de Saumur.
On laifle beaucoup de noms de
Devineurs , qui pour eftre trop
bizarres ou paroiftre fatyriques, ont
efté exclus de cette lifte . On en
uféra de la mefme forte à l'avenir.
L'Enigme nouvelle que je vous
envoye , fournira de quoy occuper
l'efprit penetrant de vos Amies.
L
ENIGME.
Es pieds ne fervent pas toujours
à cheminer:
J'en ayfix , & ne puis me mouvoir
d'une place s
Mais je fais du chemin,fansy laiſſer
de
trace ,
Lors que, pour mon uſage , on vent
me promener.
GALANT 333
On me confulte en bien des cas,
Que couchée ou debout , je decide
fans faute:
Fay toujours la taille fort haute;
Mais ma groffeur n'y répond pas.
En vous marquant
la fituation
où le trouvent prefentement
les
affaires de l'Europe , vous fçaurez
l'état de celles de France. Je ne
vous en dis point la caufe , elle eft
affez connue. L'Irlande dont il ne
fat prefque point parlé dans le
commencement
du foulevement
de la plus grande partie de l'Europe
contre le Roy , fe trouve en
état de faire échouer la puiffance :
du Prince d'Orange , & fi une fois
elle vient à s'abatre , la France aura
peu de peine à impoſer la paix au
refte de l'Europe . Il y a un an que
les Nouvelles
étrangeres
parlent des
1
334 MERCURE
A
progrés de M. de Schomberg en
Irlande. Cependant depuis prés de
neuf mois qu'il y eft debarqué , il
n'a pas plus avancé que le premier
jour , c'eft un fait conftant . Il fit
une grande faute d'y venir en Automne
, parce que les pluyes y com-,
mencent en ce temps- là , & qu'el
les y durent fix ou fept mois , de
forte que ceux qui ne font point
accoutumez à l'air du Païs y meurent
prefque tous. Ainfi jufqu'à
aujourd'huy les Troupes de M. de
Schomberg ont depery fans qu'on
ait efté obligé de les combattre .
Joignez à cela qu'étant à un coin
du Nort d'Irlande peu cultivé , il a
manqué de fourages , & n'a pû
fubfifter que par les convois d'Angleterre.
On luy a envoyé quantis
té de nouvelles Troupes , & le
'
GALANT.
335
Prince d'Orange témoigne de les
vouloir fuivre . D'un autre cofté
Parmée de Sa Majesté Britannique ,
qui ne manque prefentement de
rien , a efté renforcée de fept à huit
mille François , & comme la Flote
de France fera maiftreffe de la Mer,
elle y jettera de temps en temps
des fecours , sil en eft befoin. Le
#Prince d'Orange pourroit faire la
- mefme chofe de fon cofté , mais il
Graint de fe perdre , s'il degarnit
$
>
: l'Angleterre où les affaires com
mencent à mal tourner . M. de
Schomberg ne peut fubfifter en
Irlande & y faire fubfifter fon
Armée , fans prendre Charlemont,
S'il en vient à bout, il n'aura qu'u
ne Ville de plus, qui luy donnera
moyen d'étendre fes quartiers , &
il luy reftera à fe rendre maiftre de
336 MERCURE
toute l'Irlande , & à triompher de
l'armée du Roy , qui eft de plus
de quarante mille hommes , ce qu'il
Juy fera prefque impoffible de faire.
Ainfi la prife de Charlemont ne
l'avancera pas beaucoup , au lieu
que s'il manque cette Place , il faudra
qu'il renvoye la plus grande
partie de fes Troupes en Angleter
re , ou qu'il fe refolve à les laiffer
perir comme elles ont déja fait .
Voilà l'état preſent des affaires d'Irlande
je ne reponds point de l'avenir
, il peut arriver des chofes
difficiles à prévoir. Quant à celles
d'Angleterre , il eft impoffible à
moins d'un miracle tout extraordi
naire qu'elles n'aillent toujours en
deperiffant pour le Prince d'Orange.
Le peuple eft las d'une guerre
qu'il ne fait point pour les interefts,
4
mais
GALANT. 337
A
2
mais feulement pour affermir l'au
torité d'un
Ufurpateur, qui ne peut
regner qu'en acquerantune puiffance
arbitraire, parce que les Ufurpateurs
en ont befoin pour fe maintenir.
Les Anglois font las de donner
fans rien retirer , à caufe de l'interruption
de leur commerce. Ils
ne voyent nulle apparence que la
guerre prefente puiffe finir glorieufement
pour eux : ils font reduits à
fe defendre , au lieu de la conquefte
de la France qu'on leur avoit fait
efperer. Leur armée navale étant
meſme jointe à celle de Hollande,
fera fi inferieure à la
noftre.qu'elle
n'ofera paroiftre devant nous , de
forte qu'ils crandront à tous momens
ou des defcentes , ou de voir
quelques-uns de leurs Ports bombardez.
Ils fe trouvent déja defolez
May 1690.
Ff
338 MERCURE
par les feuls Armateurs de S. Malo.
D'ailleurs ils ont peu de Matelots ,
leurs Troupes ne font point payées
depuis quatre mois , on leur demande
fans cefle de l'argent , & ceux
qui en pourroient prefter au Prince
d'Orange fur les revenus , ferment
leur bourſe , apprehendant de tout
perdre par une revolution generale.
Pluteurs Seigneurs ont proteſté
à l'ouverture du dernier Parlement,
contre tout ce qui s'y pafferoit , &
contre tout ce que les autres Parlemens
ont fait, &les rendent refponfables
des malheurs qui arriveront
à la Nation, affurant que felon les
Loix,leParlement qui a élu le Prince
d'Orange , devoit eftre convoqué
parle Roy Jacques. Les Marchands
de Londres font au defefpoir de
voir faire pour eux le commerce
aux Suedois , & aux Danois , &
GALANT. 339
difent hautement qu'ils ne font plus
en eftat de contribuer aux frais de
la guerre. Le Prince d'Orange
pourroit fe confoler de tant de chofes
qui le peuvent faire defcendre
du Trofne auffi vite qu'il y eft
monté s'il voyoir les Puiffances
qui font unies avec luy , en eftat
d'abatre la grandeur de la France ,
-mais il paroiſt au contraire que les
Alliez la doivent apprehender. La
France va par tout au devant de
fes ennemis , la Hollande auffi - bien
que l'Angleterre fe voit reduite à
luy ceder l'Empire de la Mer , &
elle ne craint pas moins fes forces
de terre , voyant fes Troupes prefque
à fes portes , fans qu'il y ait
rien qui les arrefte. En Flandre , en
Allemagne , en Italie tout paye
contribution aux François , & ils
"
Ff ij
340 MERCURE
confument chez leurs ennemis , les
fourages qui leur auroient pû fervir
pour approcher des terres de Fran
ce. Les Marchands de Hollande
, ne font pas moins chagrins que
ceux d'Angleterre , de voir leur
commerce ruiné , leur Etat ne ſub.
fifte que par là , & une guerre
de
longue durée les jeteroit dans la
derniere mifere , quand ils ne perdroient
aucune Place. L'Etat le
fent bien , & il n'y a plus que les
creatures du Prince d'Orange qui la
veulent foutenir . Le Roy doit faire
entrer des Troupes dans Turin , &
dans Veruë, & comme il empefche
par là que la guerre ne defole la Savoye
& le Piedmont, la Nobleffe, &
le Peuple du pays en ont témoigné
beaucoup de joye . Cela n'accommode
pas moins les affaires de France,
Verue n'érant qu'à quatre heures
GALANT. 341
de Cafal. C'eſt une fort bonne Place
, fortifiée depuis quelques années
, par l'Ingenieur qui a autrefois
fortifié. Philifbourg
Il n'y a pas lieu de douter , que
nos affaires n'aillent bien en Catalogne
, les peuples y étant mal intentionnez
pour la Couronne d'Efpagne.
M.le Duc de Noailles , qui eft
party pour commander l'armée de
France, n'y eft pas moins aimé des
Efpagnols que des Sujets du Roy &
des Troupes qu'il commande , & ce
qu'il a fait l'année derniere donne
lieu d'efperer pour celle- cy.
M. le Cardinal de Furftemberg
ayant receu les Bulles de l'Abaye
de S. Germain des Prez , en prit
poffeffion la veille de la Pentecofte
à cinq heures du foir . II officia lei
lendemain , traita enfuite les Re-
Ff iij
$42 MERCURE
ligieux , & mangea avec eux dans
le Refectoire. Je vous envoiray le
mois prochain un détail de la cérémonie
de cette prise de poffeffion.
En vous parlant des legs que Madame
laDauphine a faits ,j'ay oublié
de vous dire , qu'elle a laiffé fon
Portrait à Madame la Marquife de
Gouville , pour marque de l'eftime
dont elle honoroit cette Marquife.
L'ouverture de l'Affemblée generale
du Clergé de France , fe fit
à S. Germain en Laye le
mois . Ces Affemblées fe tiennent
de cinq ans en cinq ans , & alternativement
, il y en a une grande &
une petite . Celle qui vient de s'ouvrir
à S. Germain , cft la petite ,
qui a toujours moins de Députez
qne la grande. M. l'Archevefque
de Paris y prefide , comme eftant
Archevefque le plus ancien facré..
25.
de ce
GALANT 343
Il y a deux Agen's Generaux , nommez
tour à tour par les Provinces.
Celle de Lyon a nommé cette foiscy
Mrs. les Abbez de Bourlemont
& Daquin. Les Agens qui fortent
font Mrs. les Abbez Phelypeaux C
de Villars , & l'un a le nom de Promoteur,
& l'autre celuy de Secretaire
. La Province de Bordeaux les
avoit nommezi Voici les noms des
Deputez de l'Affemblée qui ſe tient
prefentement.d
M. De la Province de Paris
l'Archeveſque , & M. l'Abbé Roſe.
De la Province de Sens , M. l'Ar--
chevefque , & M. l'Abbé de Feuquiere
le jeune ..
De la Province d'Aix , M. l'Archevefque
, & M. l'Abbé de Maulevrier
Colbert.
De la Province de Tours , M.
' Archevefque , & M. Courcier ,
344 MERCURE
Theologal
de Paris
De ia Province de Toulouſe , M.
l'Archevelque
Veneüil.
8 M. l'Abbé de
De la Province d'Albi , M. l'Ara
chevefque, & M. l'Abbé de Veerce .
De la Province de Lyon , M. l'Eveſque
d'Autun , & M. l'Abbé de
· Roquépine.
De la Province de Reims , M. I'Evefque
de Laon, & M . l'Abbé Boffuet.
De la Province d Arles , M. I'Evefque
de Marſeille, & M. l'Abbé
de Grignan.
De la Province de Rouen , M.
1'Evefque d'Evreux , Fils de M. de
Novion cy - devant premier Prefident
du Parlement de Paris , & M..
l'Abbé de Canify
De la Province de Bordeaux , M.
l'Evefque de Xaintes, & M. l'Abbé
de Montchevreuil.
GALENT. 345
De la Province d'Auch,M. l'Evêque
de Tarbes , & M. l'Abbé Hennequin,
Fils de M. Hennequin , Pro
cureur General du Grand Confeil.
De la Province de Narbonne , M.
l'Evefque de Beziers, M. l'ybbé de
la Fon.
De la Province d'Ambrun , M.
l'Evefque de Grace . & M. l'Abbé
l'Anglois.
De la Province de Vienne , M.
l'Abbé Bochart de Champigny
nommé à l'Evefché de Valence , &
M. l'Abbé Bouchu , Frere de M.
Bouchu , Intendant de Dauphiné.
De la Province de Bourges , M.
l'Abbé Bochart de Sarron , nommé
à l'Evefché de Clermont en Auver
gne , & M. l'Abbé de la Châtre.
Monfeigneur a pourſuivi fon voyage
& s'eft rendu à Strasbourg, d'où il
doit partir aujourd'huy pour ſe ren-
?
346
MERCURE
dre à l'armée qu'il doit commander ,
Je fuis Madame ,
&c.
A Paris ce 31. May. 1690,
TABLE.
Relude
Lettres au Roy.
Morts, pages 21.108.237' 255-304-
P
Errent corrigée,
Eglogue.
L'art de parler
14
31
34
36
d'écrire occultement
& fans Soupçon.
Bref du Pape à Madame la Ducheße
de
Chaulnes. : IOS
Lettre fur les Ouvrages du Pere Coronelli...
Hiftoine
125
137
Détail de tout ce qui s'eft paßé à la
reception de M. Bignon , premier
Prefident au Grand Confeil , avec
toutes les Harangues, qui fe fons
TABLE.
faites fur ce fujet.
Avis.
150
204
Pompe funebre de Madame la Dau
phine.
211
Etabliffement d'une Congregation
faite à Bordeaux,
2.25
Avantages remportez fur les Huf
fars , avec une defcription de leur
maniere de combattre , & de leur
habillement. 227
Tout ce qui s'eft paßé depuis le départ
des Vaiffeaux du Roy pour
l'Irlande,juſques à leur retour. 272
M. le Duc de Chartres commence fes
exercices à Versailles.
Remerciementfaitau Roy par le Cha
pitre de l'Eglife de Paris , pour la
nomination de M. l'Archevefque
287
282
au Cardinalat,
Harangues faites au Royfur la mort
de Madame la Dauphine. 290
TABLE.
M. l'Abbé de Fanfon eſt pourvû du
grand Archidiaconé de Brie. 303
Divers couplets de Chanfon fur le
départ de Monfeigueur.
317
324
Départ & Voyage de Monseigneur.320
Benefices donnez par le Roy.
Article des Enigmes. 328
Etat des affaires de France & des
Princes liguez contre le Roy . 333
Prife de poffeffion de l'Abbaye de
S. Germain des Prez, par M. le
Cardinal de Furftemberg. 341
Ouverture de l'Affemblée du Clergé
de France à S.Germain en Laye · 342
L'Air qui commence par , Dans
ce charmant fejour que de fleurs
vont renaiftre, doit regarder la
page 32.
La figure gravée doit regarder
la page 57.
5225525225- SSSZZZZ
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
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LA >
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Avocats , des Notaires, & c . 1. 1. 10. f.
Michaelis Ettmuleri , Phil . & Med .
D. Operum omnium Phifico -medicorum
, Editio noviffima , cæteris omnibus
, tum correctior , tum auctior
A
2
tum facilior. 2. vol. infol . 20. livr.
Nouvelle Chirurgie Medicale &
raifonnée de Michel Ettmuler , avec
une differtation fur l'infufion des Liqueurs
dans les Vaiffeaux , du meſme
Auteur, nouvellement
traduite.1.lo.s
.
Nouvelles Reflexions ou Sentences
&Maximes Morales & Politiques . 1.1,
Journal du Voyage fait a la Mer du
Sud, avec les Flibuftiers de l'Amerique
en 1684. & années fuivantes .
par le Sieur Raveneau de Luffan .
vol, in douze 1. liv . 10. f.
Lettres fur toutes fortes de fujets . 2 .
vol. in douze
3. livr. 10. f.
Lettres Familieres & autres fur dif
ferentes matieres , pat le Sieur Meilleran
, Profeffeur des Langues Francoife,
Allemande & Angloife , feconde
Edition , corrigée & augmentée de
plus de cent Lettres . 1. l. 10. f,
Traité de la Tranfpiration des hu
meurs qui font les caufes des Maladies
, ou la metode de guerir les Maladies
fans le fecours de la frequente
3
Saignée , vol. in douze- I. liv . 10. f.
Les Regles de la Vie Chreftienne ,
tirées de l'Ecriture Sainte , & des Peres
de l'Eglife . vol. in feize 1. l . 10. f.
Affaires du Temps . 10.vol . in 12.15.1 .
Recueil de divers Difcours prononcez
à l'Academie Françoife depuis
l'année 1687 .
Bernard.
Eleonor d'Yvrée ,
par
1. liv. 1o.f.
Mademoiſelle
I. l . 10. f.
3.
liv
.
Le Conte d'Amboife par la mefme.
2.vol.
Le Napolitain .
1.1.
Relation du Voyage de Naples en
1654 . 1. liv. Entretien
de l'Aftrologie
judiciaire
,
où l'on repond
à tout
ce qu'on
peut dire en fa faveur
, & où l'on fait voir
en mefme
temps
la fuperftitieufe
va-
1. liv. Réflexions
& maximes
fur divers
fujets
de Morale
, de Religion
& de
nité de fa pratique,
pel tique .
Hiftoire du Monde. S.
1. liv. 10. f
vol. in 12.9.1,
Etat nouveau de la France. 2. vol.
A ij
in douze. 3. liv.
Hiftoire de l'établiffement de la
Republique de Hollande , ou fa revolte.
2. vol. in 12. 4.
liv.
Chevalerie ancienne & moderne, aves
la maniere de faire la preuve pourtous
les Ordres de Chevalerie 1. 1. 10. f
Hiftoire de l'Afrique ancienne &
moderne , enrichie de 80. figures , 4 .
volumes in douze. 8 liv.
Hiftoire de Normandie . 1. l. 10. f.
Eloges des Perfonnes Illuftres de
l'ancien Teftament , par M. Doujat .
1. l . 5. f.
Réflexione fur l'Acide & fur l'Al-
Kali . 1. liv . 10. f.
Elfais de Morale & de Politique,
où il eft traité des Devoirs del Homme
confideré comme particulier , &
comme vivant en Societé. 2. vol. 2.1.
Obfervations de M. Spon fur les
Fiévres & les Febrifuges . I. 1.
Antiquitez du mefme M. Spon, Ourage
enrichy de plufieurs Figures.
7.1
OEUVRES DE M
།།
de Fontenelle.
Dialogues des Morts. 2. vol. indouze
.
3. L.
Jugement de Pluton fur les Dialogues
des Morts. 1.1. 10. f.
Entretiens fur la pluralité des Mondes
, augmentez en plufieurs endroits ,
avec un fixiéme Soir qui n'a point encontenant
les dernieres
découvertes qui ont efté faites dans
le Cielcore
paru ,
1. l . 10. f.
Hiftoire des Oracles. 1. liv. 10 f.
Poëfies Paftorales av ec un Traité de
la Nature de l'Eglogue , & une Digreffion
fur les Anciens & les Moder-
1. li . 10. f.
Lettres galantes de M. le Chevalier
d'Her... 2. vol.
nes .
3.1
.
Academie galante, 2. vol. 3. liv.
LaDucheffe d'Eftramene . 2.vol.2.1 .
Les Dames Galantes.
3. l.
A iij
16
Caracteres de l'Amour. I. 1. 10. f.
Sentimens fur les Lettres & fur
l'Hiftoire , avec des Scrupules fur le
Stile.
Le Mary Jaloux.
L'Illuftre Genoife.
L'Ariofte moderne.4. v.
1.1. 10. f.
1.l. 10. f.
1.1. 10. f.
6.1.
Secrets concernant la beauté & la
fanté. 2 , vol. in octavo. 6.1.
Dialogues Satyriques & Moraux .
2. vol. 3. 1 .
Difcours Satyriques & Moraux en
ers.
Fables nouvellės.
Epiftres en Vers de M.
1. 1.
1. 1 .
Sabatier
1. l .
10. f.
10. I.
1. 1.
10. f.
10.f.
de l'Academie Royale d'Arles .
Le Chevalier à la Mode. 1. l .
La Défolation des Joüeufes.
Artaxerxe.
La Devinereffe .
La Comete.
La Methode du Blafon du Pere Meneftrier
, avec les Armes de la plufpart
des plus confide , ables Maifons de
France, imprimée en 1688. 2. hv.
C

Bibliotheque choifie de Colomiez.
1. vot in oct . 1.liv . 10. f.
Traité de Geometrie , par M. le
Clerc . in octavo . 3.1. -16 . f.
Hiftoire de Mahomet IV.depoffedé ,
& de Solyman III . mis fur le Trône.
3. vol . in douze. 4.1. 10. f.
Amballades
de Monf . le Comte de
Guilleragues
, & de M. Girardin , au.
prés du Grand Seigneur, avec plufieurs
Pieces curieufes , tirées des Memoires
de tous les Ambafladeurs
de France à
la Porte , qui font connoiftre les grands
avantages que la Religion & tous les
Princes de l'Europe ont tirez des alliances
faites par les François avec Sa
•Hautelle depuis le regne de FrançoisI
.
& principalement
fous le regne du
Roy , à l'égard de la Religion , enfemble
plufieurs defcriptions
de Feftes & Cavalcades
à la maniere des Turcs ,
qui n'ont point encore efté données au
Public , ainfi que celle des Tentes
du Grand Seigneur
. 1. l. 10.f.
Hiftoire
des Troubles
de Hongrie
,
L
8
contenant tout ce qui s'y eft paffè de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
6. vol. in douze , 9. I. 1687 .
Le Grand Vifir Cara Mustapha.
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers
emplois , le viay fujet qui luy a fait
entreprendre le Siege de Vienne ,
les particularitez de la mort 1. 1. 10. f.
&
Le Secretaire Turc , contenant l'art
d'exprimer fes penfées fans fe voir ,
fans fe parler, & fans s'écrire , avec
les circonstances d'une avanture Tarque
, & une Relation tres- curieufe de
plufieurs particularitez du Serrail qui
n'ont pas encore efté veuës. I. l. 10. f.
Le Seraskier Bacha . 1. l.ro. f.
Notes de M. Corneille fur les Remarques
de M. de Vaugelas, fuivant
le fentiment du Pere Bouhours , &
de Meffieurs Chapelain & Ménage ,
avec les Remarques mefmes. 2. vol.
in douze. 4. liv. 1o. f.
L'Art de laver, ou nouvelle maniere
de peindre fur le papier , fuivant le
S
coloris des Deffeins qu'on envoye à lá
Cour , par M. Gautier de Nifmes !
1. l..
Recueil d'Ouvrages faits à la loiiange
du Roy , fur l'extirpation de l'He
refie . i.l. 10. f.
Relation des Prieres públiques qui
onteſté faites par toute la France , en
actions de graces de la guerifon du
Roy. 1. l. 10. f.
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Efpagne. 1. 1. 10.ſ.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois . 1.1. 10. f.
Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , avec la Princeffe
Chreftienne- Victoire de Ba-
1. 1. 10. f.
Anne
-
viere .
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal. 1. 1. 10.f.
Campagne de Monfeigneur le Dau
phin , où l'on voit une defcription de
Philifbourg , avec les noms de ceux
;
IO
qui l'ont fait fortifier , & de ceux qui
ont affiegé cette Place , un état de
Brigades des Regimens de Cavalerie ,
Infanterie & Dragons qui compofoient
l'Armée ; un état des Officiers
Generaux & des Aides de Camp de
Menfeigneur le Dauphin , avec les
noms de tous les Volontaires ; un dé,
tail de tout ce qui s'eft paffé au Siege,
divifé par jours & par nuits , &c. 1. l.
10. f.
Relation duSiege deVienne . 1.1.10.f.
Hiftoire du Siege de Bude . 1.1 . 10.f.
Relation du Siege de Luxembourg
1. 1.10.f.
I.liv . 10.f.
Roy à Lu-
1.1.13.f.
La Fefte de Chantilly.
Journal du Voyage du
xembourg.
1.
Relation de ce qui a efté fait devant
Genes en 1684. par l'Armée Navale
de Sa Majesté. 1. l. 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chreftiennes en Hongrie
, & dans la Morée , avec la prife
de plufieurs Places fur les Infidelles.1.1 .
II
Eftat prefent de la Puiffance Othomane,
avec les caufes de fon accroiffement
& de fa décadence. 1. 1.
10. f.
Voyage du Chevalier Chardin en
Perfe , & aux Indes Orientales , par
la Mer noire & par la Colchide enrichy
de 18. grandes Figures. 2. v. 4.1.
10. f.
Le Carroufel des Galans Maures ;
entrepris en 1685. par Moufeigneurle
Dauphin, avec la Compatfe,les Courfes
, & les Madrigaux. 1. liv. Seconde
Relation
de ce mefme
Carrouſel
, avec diverfes
Planches
qui re- prefentent
la fituation
des Quadrilles
.
1. liv.
Carroufel de Monfeigneur le Dauphin
fait à Verfailles en 1686 . 1.1.
Ambaflade de Siam en France, contenant
la reception qui a efté faite aux
Ambafladeurs de Sa Majesté Siamoife
dans toutes les Villes où ils ont pallé,
les ceremonies obſervées dans l'Audience
qu'ils ont euë du Roy & de
12
la Maifon Royale , les complimens
qu'ils ont faits , & ce qu'ils ont dit
de remarquable fur tout ce qu'ils ont
veu , avec une defcription exacte des
Châteaux , Appartemens , Jardins &
Fontaines de Versailles , S. Germain
en Laye , Marly & Clagny , de la
Machine de Marly, des Invalides , de
P'Obfervatoire , de S. Cyr , des Che
vaux qui font dans les deux Ecuries
du Roy , des Galeries de Sceaux , ce
qu'ils ont veu pendant leur Voyage
en Flandre ; la defcription des Villes
& de tous les lieux où ils ont efté , de
la Fefte donnée par Monfieur à Saint
Cloud , & des Prefens qui leur ont
efté envoyez aprés leur Audience de
Congé. 4. Vol , in douze . 6. liv.
Outre les Mercures de trieze années,
à commencer en 1677. il y a trentedeux
Extraordinaires , dans lesquels
font divers Traitez tres - curieux , &
plufieurs matieres qui regardent les
Sciences & les Arts.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le