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Eur.
511
m
1690.3
Eiv. 511 m
511
-
1690,3
Mercure
<36613075580015
<36613075580015
Bayer. Staatsbibliothek
啊
MERCURE
GALANT
LE
DEDIE' A MONSEIGNEUR
DAUPHIN
MARS 1690 .
A PARIS .
GALERIE- NEUVE DU PALA IS.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E MICHEL GUEROUT , Galerie-neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. LXXX X ,
'AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Q
A VIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y man
quer toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Mémoires dont on ne fepeutfervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
pre-
Le fieur Guerout qui debite
fentement le Mercure , aa rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
A VIS
les Villes éloignées , mais auſſi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en falle le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il ſe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS.
2
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalementde
tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'estre
content.
MERCVRE
GALANT
MARS 1690.
I les belles Lettres &
les Sciences Aeurif
fent rarement dans
un Royaume dont le Souverain
eft en guerre avec quel
qu'un des Princes fes voifins ,
elles devroient eftre fans ap-
A iiij
8 MERCURE
•
puy , & prefque entierement
oubliées dans un Eftat , dont
un monde d'Ennemis témoigne
avoit juré la ruine , &
dont le Monarque ne fe voit
environné que de Souverains
qui ne fçauroient ſupporter
l'éclat de fa gloire. C'eſt la
fituation, où fe trouvent aujourd'huy
la France & le
Prince qui la gouverne ; mais
comme il n'y a rien que d'extraordinaire
dans la vie d'un
fi grand Monarque , tout
marche d'un pas égal dans
fon Royaume ; chacun y
jouit des liberalitez qu'il a
GALANT.
9
coutume de faire ; les penfions
Y font payées de melme
qu'en temps de paix ; on
y reçoit des gratifications, &
tout recemment celles que
ce Prince donne aux perfonnes
qui fe diftinguent dans
les belles Lettres & dans
les Sciences viennent de
faire connoiftre que la guerre
n'a rien changé à leur égard .
Il y a beaucoup à dire làdeffus
, & plus encore à penfer
; mais je laiffe ce ſoin aux
Ennemis de la grandeur de
Sa Majefté, Rien ne les doit
épouvanter davantage , & ne
10 MERCURE
peut faire mieux voir que
toutes leurs menaces & tous
leurs armemens n'ont pas
caufé la moindre alteration
en France , & que fon Souverain
a pris de fi juftes mefures
, que tous les efforts de
fes Ennemis ne fçauroient ja
mais fervir qu'à faire briller
fa gloire avec plus d'éclat .
Vous en ferez convaincuë en
lifant l'Imitation que je vous
envoye du Pleaume , Quare
fremuerunt Gentes . Vous y
trouverez beaucoup de rapport
aux Ligues que l'on a
•formées contre ce Prince
GALANT.
II
pendant qu'il prend le party
de l'Eglife en fecourant le
Roy d'Angleterre. Il n'y a
rien de plus juſte que cette
Imitation , & on peut s'en
affeurer en confrontant chaque
verfet du Pleaume avec
les quatrains François .
ofof of ofs of ofsofs of fofofs.
IMITATION
Du Pfeaume Quare fremuerunt
Gentes, fur la fituation des
Affaires du temps.
D'
'Où vient que tant d'Etats
s'élevent& s'irritent ?
Et quels font (jufte Giel) les motifs,
lesfujets
12 MERCURE
De ces vains & vaftes projets ,
Que dans leur noir confeil le's Nations
meditent ?
S
Que de Peuples liguez , de Princes
& de Rois [fon Eglife ,
Contre l'oint du Seigneur , & contre
Qu'unfeul Monarque favorife ,
Lors qu'ils confpirent tous pour la
mettre aux abois!
t
S
Rompons les nauds facrez de l'union
Chretienne
,
Fuions le jeug pefant qu'on nous
veutimpofer.
Il faut ( difent- ils ) tout afer:
Evitons noftre perte , en refolvant
la fienne.
S
Mais le Moderateur de la Terre &
des Cieux
GALANT.
13
Quifçait calmer les flots , & borner
leur audace
Se moquera de leur menace ,
En reprimant l'effor des Aiglons
furieux.
2
Par tant de noirs complots fa fureur
allumée ,
D'un éclat imprévû troublera leurs
efprits ;
Ils feront confus & furpris ,
De voir tous leurs deffeins s'exhaler
en fumée.
Pour moy, que le Seigneur établit
Sonverain ,
Pour publier fes loix & protéger
l'Eglife ,
Dans une fi jufte entreprise
Je foûtiendray toûjours l'ouvrage de
Sa main.
14 MERCURE
2
F'attens l'heureux effet de fa fainte
promeffe ,
C'est pour cela , dit- il , queje vous
ay fait Roy ,
Qu'en vous engendrant par la Foy
Sur tous les autres Rois vous avez
droit d'aînéſſe.
S
Parlez , & vous verrez remplir
voftre defir ;
Vous briferez le Trône & du Scythe
& du More ,
Et du Couchant jusqu'à l'Aurore
Vos Neveux regneront felon voftre
plaifir.
S
Fe vous feray dompter ces Nations
rebelles >
Avec la fermeté d'un Sceptre tout de
feri
GALANT. 15
Et ces noirs fuppofts de l'Enfer
Seront bieu- toftchangez en des Sujets
fidelles.
Ouvrez donc tous, les yeux à ces vir
ves clartez,
Vous autres Souverains qui gouvernez
la terre ;
Songez que vous n'eftes que
verre ,
Et redoutez l'effet de tant de veri
tez:
Craignez d'un Dieu vangeur les jugemens
terribles >
Plus vous eftes puiſſans , & plus
Soyez Soumis ;
N'infultez point vos Ennemis;
Ceux que fon bras foûtientfon ujours
invincibles.
16 MERCURE
Ceffez contre un Aifné de lancer tant,
de traits,
Et loin de l'infulter & luy faire la
guerre ,
Honorez- le deffus la terre ,
Et joignez-vous à luy par un baifer
de Paix.
S
C'est trop pouffer l'envie & l'aigreur
contre un Frere,
Sa gloire croift toujours malgré tout
voftre fiel.
Craignez de voir tomber du Ciel,
Sur une injufte guerre une jufte
colere.
2
Attachez- vous aux loix d'un rigoureux
devoir ,
Moderez les transports d'une ardeur
indifcrete,
GALANT. 17
Servez Dieu dans la voye étroite,
Détournezfa colere, & craignezfon
pouvoir.
2
Cette colere affreuſe unie àſa juſtice,
Eft prefte d'éclater , & vous menace
tous.
Heureux, qui pour parerfes coups,
Met en luy fon espoir, & fuit le
précipice.
D. H. Cél .
Nous fommes dans un
temps tout faint. Ainfi , Madame
, je croy vous faire
plaifir de vous envoyer au
lieu de Chanfon nouvelle , le
commencement duVeni Creator,
traduit par M ' Perachon,
Mars 1690 .
B
18 MERCURE
& mis en Mufique par M
l'Abbé Chaſtelain , Chanoine
de l'Eglife de Paris . La
Baffe- continue eft de M' le
Roux , Maiſtre de Mufiqne ..
E
Sprit Divin
Monde
,
2.
Auteur du
Répans dans nos efprits cette clarté
feconde
Qui leur donne l'eftre & le jour.
Viens remplir tous nos coeurs de cette
grace immenfe,
Qui fait parfon heureux fejour ,
Dans l'ouvrage de ta puifance
Le Chef-d'oeuvre de ton amour.
Le mefme Mr Perachon
vient de donner un ouvrage
GALANT. 19
confiderable au Public . C'eft
un Poëme qui renferme toutes
les principales actions de
la vie du Roy , jufques à prefont.
La plufpart de ceux fur
qui les graces des Princes qui
leur peuvent faire du bien ,
ne font point encorentombées
épargnent rarement
leur temps pour travailler à
de longs Panegyriques , mais
ceux qui n'écrivent que pour
remercier en font de moins
étendus . Mr Perachon n'en a
pas ufé de mefme , & quoy
qu'il n'cuft qu'un remercie
ment à faire , il a fait voir
Bij
20 MERCURE
que lors qu'il s'agiffoit de
parler du Roy , il ne pouvoit
retenir les mouvemens de fon:
coeur . En effet, toutes les fois.
que l'on a occafion de com
mencer fon Eloge , l'on fent
tant de joye à traiter cette
matiere , que le plaifir qu'elle
donne fuffit feul pour exciter
à ce glorieux travail . M
Perachon , qui avoit eſté élévé
dans la Religion pretendue
Reformée , s'eftoit rendu
celebre parmy ceux.de cette
Religion , & comme il eftoit
devenu un des principaux du
Confiftoire de Charenton , il
GALANT. 21
fe voyoit employé aux affaires,
& aux députations qui
regardoient le Corps de fes
Confreres. Cependant l'eſtat
où il eftoit parmy cux , ne
l'empefcha point de faire de
ferieufes reflexions fur la Religion
qu'il avoit receve de
fes Ancestres, & il ne crut pas,
comme beaucoup d'autres ,
qu'il fuffifoit qu'il l'euft embrafféeren
naiffant, pour s'obftiner
à la trouver bonne. Il
prit donc une ferme refolution
id examiner la verité , &
cela l'obligea de s'attacher à
la lecture des Peres de l'E22
MERCURE
glife , qu'il voulut feuls confulter
. Il y trouva des lumieres
qui l'engagerent à le convertir
, ce qu'il fit avant la
revocation de l'Edit de Nantes
. Il travailla enfuite à la
converfion de fes Confreres ,
& plufieurs eurent le bonheur
de fe fentir convaincus
des veritez qu'il leur expofa ,
& dont fes longues recherches
l'avoient convaincu luymeſme
. Rien n'eft plus capable
de faire ouvrir les yeux à
un Heretique, qu'un Heretique
habile homme converty.
Il connoift les détours &
GALANT.
23
les faux - fuyans dont ont accoutumé
de fe fervir ceux qui
s'obſtinent dans la Religion
qu'il a quittée ; & comme ils
font obligez d'en tomber
d'accord , ils conviennent
bien toft aprés de la faufſeté
de leur créance. Pendant que
Mr Perachon travailloit utilement
aux converfions dont
je vous parle , il fit quelques
Ouvrages de devotion , &
traduifit plufieurs Himnes
qui plûrent au Roy. Il avoit
déja fait diverfes pieces pour
la gloire de ce Poïnce , qui
Fluy fit donner de Brevet d'une
24 MERCURE
penfion fur les propres revenus
, & non fur les Benefices
dont les revenus eftoient alors
deftinez pour les Nouveaux
Convertis , Sa Majesté en
ayant donné , & en donnant
encore tous les jours fur fon
Trefor Royal . M' Perachon ,
tout penetré des bontez que
Sa Majesté avoit pour luy,
voulut faire un Ouvrage confiderable
qui en marquaft fa
reconnoiffance , & travailla
à un remerciement à la maniere
des plus illuftres Anciens
, c'est à dire , comme
Pline à Trajan , Mamertin à
Julien ,
GALANT.
25
Julien , Aufone à Gratien , &
plufieurs autres qui ont fait
des Panegyriques entiers au
lieu de remercimens . On
peut affeurer que celuy done
je vous parle a de fort grandes
beautez , puis qu'outre
que les actions du Roy , racontées
fans art & fans ornement
, ne laifferoient pas de
paroiſtre inimitables , la Poëfie
les met dans un plus beau
jour ; à quoy contribue encore
le genie de l'Auteur ;
dont l'Ouvrage eft remply
de pensées nouvelles auf-
Mars 1690. C
26 MERCURE
quelles il a donné un tour
fort ingenieux. Je n'en parle
qu'aprés les Illuftres , qui
travaillent au Journal des
Sçavans . Mais pour mieux
fçavoir ce que l'on en doit
dire , j'attens voftre fentiment
quand vous l'aurez lû,
ne doutant point que vous
n'y trouviez de vives expreffions
, & de ces grands traits
que vous m'avez mandé tant
de fois qui vous font plaifir.
Jamais le Public n'a executé
avec tant d'ardeur & tant
de joye les ordres du Roy ,
qu'en portant dansles Hoſtels
GALANT
27
des Monnoyes de France ,
l'Argenterie inutile au fervice
& qui ne fembloit
avoir cfté inventée que pour
contenter les yeux & latisfaire
le Luxe , puis qu'elle ne
fervoit pas feulement à l'or-
*
nement des appartemens des
Princes & des grands Seigneurs
, mais que ceux de
plufieurs Particuliers , plus
favoriſez de la fortune que de
la naiſſance , en eftoient remplis
; de forte que c'eftoit un
abus à reprimer , quand l'Edit
quia efté donné là def
kus , n'auroit pas cité utile à 9
C ij
28 MERCURE
l'Estat dans les conjonctures
preſentes. Il y a fouvent du
fuperflu par tout , & il s'en
trouve dans l'Eglife comme
ailleurs ; mais ce que d'un
cofté l'ambition & la vanité
produiſent , n'eft de l'autre
que l'effet d'un zele ardent .
Cependant il eft quelquefois à
propos d'impofer des bornes
à ce zele , fans que l'on blâme
pour cela la bonne intention
de ceux qui le pouffent juf
qu'à l'excés ; & comme c'eſt
dans les chofes qui regardent
la Religion qu'il paroift ordinairement
le plus , il ne
GALANT .
29
faut pas s'étonner s'il y a tant
d'Eglifes , & particulierement
de Monafteres , qui ont de
l'argenterie au delà de celle
qui eft neceffaire pour la décence
du culte divin . C'eft ce
qui a obligé le Roy d'écrire
à tous les Archeveſques &
Evefques de fon Royaume,
pour les exhorter à examiner
ce qui s'en trouve dans chaque
Eglife de leur Dioceſe ,
& ce qu'ils croiront qu'il fera
à propos d'y en laiffer ,
outre les Vafes facrez , auf
quels Sa Majeſté ne permet
pas que l'on touche . Čela ne
C iij
30 MERCURE
>
peut faire que du bien aux
Eglifes qui auront de l'Argenterie
fuperfluë , puis que
ce qu'elle produira fera employé
au payement des dettes
ou à l'augmentation des
revenus de chaque Paroiffe
ou Communauté , ce qui leur
apportera de l'utilité tous les
ans ; au lieu que leur Argen .
terie qui demeuroit le plus
fouvent enfermée , puis qu'-
elle ne paroiffoit qu'en certaines
Feftes , ne leur appor
toit aucun profit.
Je vous envoyay il y a un
an un livre de Mr Perrault , de
GALANT.
3371 %
l'Academie Françoife , ayant
pour titre , Paralelle des Anciens
avec les Modernes . Le ST
Coignard vient d'en donner
au Public un fecond Volume
qui contient un excellent
Dialogue fur l'Eloquence !
La Poefie aura fon tour &
M ' Perrault traitant la matiere
à fond avec beaucoup
de netteté & de force, il ne
fera pas aifé d'y répondres
à moins que d'apporter
des
raifons contraires qui foient
affez fortes pour détruire ce
qu'il établit. Cependant
les
Défenfeurs de l'Antiquité
C iii j
32 MERCURE
qui fe prétendent toujours
tres - bien fondez dans leurs
fentimens , que je n'ay point
à examiner , ne prenant aucun
party , continuent à s'élever
contre ceux qui trou
vent que les Modernes ne
font dans aucune obligation
de ceder aux Anciens. Ils
vont jufques aux injures , &
c'est cet emportement qui as
donné lieu à la Lettre que
vous allez lire . Elle eft du
mefme M Perrault , dont le
Boëme du Siecle de Louis len
Grand a émeu cette fameufe
querelle
GALANT. 33
222252552 $52552255
LETTRE
DE M' PERRAULT
E
A M
Menage.
jay Nfin , Monfieur
vù l'Eloge que M' Francius
, Poete Hollandois fait de
moy dans une Harangue Latine
où il parle des qualitez neceffaires
pour former un parfait
Orateurs Cette Harangue a efté
prononcée à Amfterdam au mois
de Novembre dernier . En voicy
les propres termes.
34 MERCURE
Quin & cò nuper audacia
progreffus eft fcriptor Gallicus
in horribili illo & facro
libello , quem fæculum Ludovici
Magni appellat , ut
Marcum Tullium Cicero.
nem , fi viveret hodie , non
in fecundo aut rertio ordine
Oratorum confiftere , fed vix
inter mediocres fori Parifienfis
Patronos locum habere
poffe , affirmare non dubitaverit.
En cor Zenodoti , en jecur
Cratetis.
Quam tamen ineptiffimi
hominis infolentiam carmine
fane pulchro Menagius , &
GALANT.
35
in præfatione ad Horatium
nupera repreffit Dacierius &
plures præterea alii . Neque
enim hanc ferre poffunt fu
perbiam eriam in gente fuas
& ignorantiam plufquam
puerilem acutioris inter Gallos
nafi , & in veterum lectione
verfati viri . Sed tamen
fparguntur hæc in vulgus
, legunt juvenes , laudant
ephemerides , & malam de
antiquis illis heroibus opinionem
imbibunt qui parum
eos cognitos habent & perfpectos
, & c .
Ces paroles , comme vous fça36
MERCURE
vez , Monfieur , renduës litteralement
en noftre Langue, veulent
dire.
Et mefme un Ecrivain
François eft venu à un tel
point d'audace dans cet horrible
& execrable Libelle
qu'il appelle , le Siecle de Louis
le Grand , qu'il n'a point fait
difficulté d'affeurer , non feulement,
que Ciceron , s'il eſtoit
aujourd'huy au monde , ne
feroit mis ny dans le fecond
ny dans le troifiéme rang des
Orateurs , mais qu'il auroit
peine d'avoir place parmy les
Avocats mediocres du Parlement
de Paris.
GALANT. 37
Voilà le coeur de Zenodote ;
voilà le foye de Cratés.
Auffi Menage a t-il repouflé
l'infolence de ce tres impertinent
homme , par une
tres - belle Epigramme , ainfi
que Dacier dans fa derniere
Preface fur Horace , &
plufieurs autres ; car les gens
qui ont le nez le plus pointu
parmy les François , & qui
font les plus verfez dans la
lecture des Anciens , ne peuvent
fouffrir cet orgüeil &
cette ignorance plus que
*
* Façon de parler latine. On dit en
cette Langue , avoir le nez point , pour dire,
Avoir le difcernement fin.
38 MERCURE
puerile, mefme dans un homme
de leur Nation . Cependant
ces chofes fe répandent
dans le public , les jeunes
gens les lifent , les Journaux
en parlent avec éloge , &
ceux qui ne connoiffent pas
affez ces anciens. Heros , &
confiderez qui ne les ont ont pas
d'affez prés , en prennent de
méchantes impreffions
.
N'ay-je pas efté bon Prophete
quand j'ay fait ce Madrigal ?
L'agreable difpure où nous nous
amufons
Paffera fans finir jufqu'aux races
futures .
Nous dirons toûjours des raifons
Als diront toûjours des injures.
GALANT.
39
eft
*
Ne font-ce pas là des injures
en forme , des injures qui excedent
toutes les libertez permifes
entre des gens de Lettres ; enfin
dire en public qu'un homme
tres- impertinent , qu'on
ne peut fouffrir ſon infolence
, n'est - ce pas luy faire
un veritable outrage ? Cependant
comme je fçay que ces injures
n'ont pas la mefme force
en Latin qu'elles auroient en
François , je les pardonne de bon
coeur à M Francius , en faveur
des privileges de la Langue Latine
pourucu qu'il faſſe reflexion
combien peu delicate eft
40 MERCURE
peu
de- cette Langue , combien
licats ont efté la plupart de ceux
qui l'ont parlée , & combien le
font encore laplupart de ceux qui
la parlent , puis que pour les mesmes
chofes où l'on ne daigne pas
faire attention quand ellesfont en
Latin , on fe couperoit
la gorge fi
elles eftoient dites en François.
Je nefçay . Monfieur
, fi vous
fçavez ce qui arriva à Saint
Merry il y a quelques années ,
touchant l'Epitaphe
de Mr Tarteron
. Cette hiftoire fait bien
voir la difference
qu'il y a d'une
Langue morte à une Langue vivante.
Mr Tarteron
, Maiftre
GALANT 41
des Comptes , & fort honneftehomme
, eftant mort , fes Heritiers
prierent M. de S. Laurents
Amy intime du Défunt , de luy
faire une Epitaphe. Mr de S.
Laurent , homme d'efprit , comme
vous fçavez › & tres- inftruit
de toutes les fineffes de noftre
Langue , fit l'Epitaphe , & aprés
l'avoir montrée à Mr Chapelain
, & à quelques autres de fes
Amis , il la fit graver en lettres
d'or , mettre en place. Il n'y
eut pas une fyllabe qui ne fuft
critiquée. Pourquoy toutes ces
loüanges , difoient les uns ?
Pourquoy n'y en mettre pas
Mars 1690. D
42 MERCURE
davantage , difoient les autres ?
Cecy.eft trop fort ; cela eft
trop foible . Voilà qui eſt
rampant ; voilà qui eft guindé.
Sçavans , ignorans , grands.
petits , hommes & femmes ,
tout le monde y trouvoit à redire
, depuis le matin juf
ques aufoir foir , il y avoit une
foule de gens qui lifoient & cenfuroient
l'Epitaphe . M de S..
Laurent ayant releu fon Ouvrage
avec les mesmes Amis.
qu'il avoit confultez en le faix.
fant , crut avoir trouvé les en-.
droits qui bleffoient le public ,
aprés les avoir reformez , il
GALANT 43
fit graver une feconde Epitaphe
qu'on mit en la place de
premiere. Ce fut encore pis ; le
nombre des Critiques augmenta
au centuples il s'y faifoit
un tel concours , que le Curé en
fut fcandalife , & demanda
qu'on l'oftaft. Un homme de
bon fens dit à M de Saint
Laurent , que le meilleur remede
qu'il y voyoit eftoit de la
faire traduire en Latin . On fuivit
ce confeil , & tout ce grand
bruit ceffa. L'Epitaphe Latine
eft dans S. Merry où tres-peu
de gens la regardent , & où elle
jouit d'un auffi grand repos que
3
Dij
44 MERCURE
Je
le Défunt pour qui elle estfaite.
ne fuis donc point faché des
injures Latines de M Francius .
La feule chofe qui me fait peine,
c'est qu'il n'ait pas en foin de
dire la verité, car en toutes Langues
on eft obligé de la dire.
Voicy de quelle forte jay parlé
de Ciceron dans mon petit Poëme
de Louis le Grand.
Je voy les Cicerons , je voy les
Demoftenes ,
Ornemens éternels & de Rome &
d'Athenes ,
Dont le foudre éloquent me fait
déja trembler ,
Et qui de leurs grands noms viennent
nous accabler.
GALANT . 45
Qu'ils viennent , je le veux , &
que fans avantage
Entre les combattans la gloire fe
partage ;
Que dans noftre Barreau l'on les
voye occupez
A défendre d'un champ trois fillons
ufurpez ;
Qu'inftruits dans la Coutume , ils
mettent leur étude
A prouver d'un Egouſt la jufte fervitude
,
Et qu'en riche appareil la force de
leur art
Eclate à foûtenir les droits de Jean
Maillart ;
Si leur haute éloquence en fes démarches
fieres
Refufe de defcendre à ces viles
matieres ,
Que nos grands Orateurs foient
affez fortunez
46 MERCURE
Pour défendre comme
Cliens couronnez ,
eux des
Ou qu'un grand Peuple en foule
accoure les entendre
A
Pour declarer la guerre au Perè
d'Alexandre ;
Plus qu'eux peut - eftre alors diferts
& vehemens
Ils donneroient l'effor aux plus
grands mouvemens ,
Et fi pendant le cours d'une lon
gue Audience ,
Malgré les traits hardis de leur vive
éloquence ,
On voit nos vieux Catons fur leurs
riches tapis ,
Tranquilles Auditeurs & fouvent
affoupis
On pourroit voir alors au milieu
d'une Place ,
S'émouvoir , s'écrier l'ardente Po
pulace..
GALANT . 47
Ay je rien dit dans ces Vers
qui reffemble à ce que Mª Francius
me fait dire ? Ay- je dit que
fi Ciceron revenoit au monde , il
ne feroit pas au fecond, ny mesme
au troifiéme rang parmy nos
Avocats ? Si je fuis blamable ,
c'est bien moins d'avoir trop
élevé nos Orateurs , que de les
avoir trop abaiffez en difant ,
que s'ils cftoient affez heureux
pour traiter des matieres
auffi importantes que celles
qui occupoient les Anciens
, peut - eftre réuffiroient
ils mieux ; car un ſemblable •
• peut- eftre dans la bouche de leur
48 MERCURE
Avocat , eft une espece d'aven
de leur inferiorité. M Francius
dit enfuite , Monfieur , que vous
avez reprimé mon audace par
une belle Epigramme . Vous avez
declaré que cette Epigramme n'eft
point de vous, cela fuffit, & l'on
juge aisément que celuy qui l'a
faite , n'a mis au bas la premiere
lettre de voftre nom , que pour
faire tomber le foupçonfur vous,
donner par là de l'autorité
fon Epigramme. Quelques- uns
ont cru en voyant cette M.que
l'Epigramme eftoit de quelque
nouveau Montmor Parent du
fameux Parafite , que vos Mufes
GALANTI 49
fes chafferent autrefois fiagrea
blement du haut du Parnaffe
coups de fourche. On l'a traduite,
• 407901
onyafait une réponse.Koicy
l'Epigramme Latine M
Cui fæcli gitulum dedir , Sabelle,
Peraltus tuus , edidit. Poëma,
Quo vir non malus afferit, putatque
Noftris cedere Bruniis Apellem , cr
Noftris cedere Tullium Patronis,
Noftris cedere Vatibus Maronem.
O fæclum infipiens & inficetum !
Moicy la traductionpan dieC
Cher Sabellus , ton bon Am
rault Ch ib
Y
Per-
A fait des Vers que le Siecle il appelle
,
Où ce bon homme affeure , & dit
tout haut
Mars 1690.
1 Zuciy
E
to MERCURE
Que nos le Bruns ensfçavent plus
f qu'Appelle ;
Que nos Brailleurs font mieux que
Ciceron
Que nos Rimeurs l'emportent fur
Maron™
Siècle fade & de peu de cervellé
!
Voicy la réponse.
Des Bons Auteurs que noftre fiecle
eino admire , ilu a p
Par tout Montmor ne ceffe de
médire
.
De fa nature il fut toujours mordant
.
A leur éloquence choisie ,
A leur divine Poëfie ,
Il ofe comparer , tant il eft impro
dent ,
Il ofe préferer, tant il eft impudent ,
De mille vieux bouquins la fcience
moifie.
GALANT. FI
O le craffeux ! Ole vilain Pedant!
Fe demeure d'accord que l'Epigramme
Latine eft belle pour une
Epigramme de ce temps cy's car
quoy qu'elle ne foit fondée que
fur l'équivoque du mot de Siecle,
mon Poëme, ¿¿ qui fignifie la
temps où nous fommes ,
que cette équivoque foit affez
froide, cependant comme le plus
grand merite des Ouvrages Latins
d'aujourd'huy n'est point
d'avoir du fens de la raison,
chofes trop communes trop
vulgaires , mais d'eftre compofez
des plus beaux endroits des Au
?
E ij
52 MERCURE
teurs Claffiques , & que ce dernier
Vers , O Sæclum infipiens
& inficetum , fait allusion à
un Vers de Catulle , je comprens
bien que cette Epigramme a pour
certaines gens une beauté qui les
charme qui les enleve . C'est
de ce genre
de beauté
ce Vers de mon Eloge :
que
brille
En cor Zenodoti , en jecur Cratetis ,
Voilà le coeur de Zenodote , voilà
le foye de Crates.
Je ne fuis pas furpris que cela
foit admiré dans un College ,
mais je m'étonne que la plupart
particuliere- des Sçavans ,
ment des Sçavans en ïus,n’ayent
GALANT.
53
a
pas encore remarqué que s'il eft
louable à un jeune Ecolier de
faire voir à fon Regent qu'il
bien profité de la lecture des An.
ciens , en les inferant dans fes
compofitions, il fied mal à un
Maistre de ne pas parler de fon
chefdans une barangue, d'avoir
encore du goust pour toutes ces
tripes de Latin , & de vouloir
meſme en regalerfes Auditeurs .
Aprés que Mr Francius a dit
deux chofes qui ne font pas
vrayes , il en dit une tres- veritable
, qui et que M™ D……….
m'a maltraité dans fes Remarques
critiques fur les oeuvres
E iij
14 MERCURE
l'amour
d'Horace , où il fait entendre en
plufieurs endroits que je fuis un
ignorant ; j'en demeure d'accord,
que je n'ay point de gouft ; cela
peut eftre , cela peut n'eftre pas ,
ce n'est point luy qui en fera
le Fuge, mais il dir une chofe
dont je fuis faché pour
de lug . Il dit en parlant de Pindare
qu'il compare à un torrent :
Qu'il ne faut pas s'étonner .
qu'un Auteur moderne , &
les ridicules Perfonnages qu'il
introduits'y foient noyez dés
le premier pas. Il est aisé de
voir qu'il parle du premier Dialogue
de mes Paralelles , où les
GALANT. དོད
55
Ferfonnages
que j'introduis de
clarent nettement qu'ils n'entendent
point le commencement
de la premiere Ode de Pindare.
Il est certain que les Perfonna
ges d'un Dialogue ferieux ne
peuvent estre ridicules que l'Auteur
ne le foit encore davantage,
que Ridicule eſt une injure
qu'on ne dit point à un honnefte
homme , pour peu que l'on ait
de politeße . Cette expreffion ne
fait point d'honneur à M.D.....
J'avoue ingenument que je me
fuis noyé dans le commencement
de la premiere Ode de Pindare ,
ou pour parler plus clairement ,
E iiij
56 MERCURE
que je n'ay pas entendu le com
mencement de cette premire Odes
mais je croy m'eſtre noyé aver
tout le genre humain , es qu'il
vaut mieux comparer Pindare
au Deluge Univerſet qu'à un
torrent , puis que perfonne ne
s'en eft jamais fauvé. Jean-
Benoift , le dernier de fes Commentateurs
, declare que jusqu'à
luy à peine les plus Sçavans
**
ont entendu Pindare., le bon
homme ne l'a pas entendu luymefme.
Si vous pouviez engager
M. D.... à nous donner
une explication du commencement
de cette Ode qui euft du
GALANT. 57
Jens vous feriez une bonne
ceuvre , & il ne faudroit pas
un plus grand miracle que celuy-
là pour me convertir. Ditestuy
, je vous prie , que je prens
par tout fa défenſe contre ceux
qui l'attaquent . Je ne rencontre
que des gens qui pretendent que
fa Traduction d'Horace ne vaus
rien je leurfoûtiens à tous
qu'elle doit eftre fort bonne . Et
en effet leur dis -je , comment
ne feroit- elle pas la meilleure de
toutes , puis que M D.... avoit
eu devant luy cinquante
ou foixante Interpretes , & qu'il
n'a eu qu'à choisir les endroits
誓
$8 MERCURE
où chacun d'eux à le mieux
rencontré ? Cé qui vousfait parler
de la forte , ajoûtay- je , c'est que
ne trouvant pas dans Horace les
beautez ineffables que fon ob-
Scurité vous avoit fait croire
jufques icy y eftre renfermées ,
Vous vous en prenez mal à
propos à fon Traducteurs qui
vous le fait voir tel qu'il eft,
& qui n'est qu'une cauſe innocente
du déchet où tombe Horace
dans vostre eſprit, Quelque
beau que foit Horace , car affeurement
cet Auteur eft admirable
en mille endroits , M®
D.... luy a fait un mauvais
GALANT . 59
tour de le traduire , de mefme
que M de L..... a rendu un
mauvais office à Theocrite en le
traduifant.Vous fçavez le Madrigal
que l'on fit à l'occasion
de la Traduction de Theocrite.
Ils devoient ces Auteurs demeu
rer dans leur Grec ,
Et fe contenter du refpec
De la Gent qui porte ferule .
D'un fçavant Traduceur on a
beau faire choix ;
On les traduit en ridicule
Dés qu'on les traduit en François .
Voicy la Parodie qu'on afaire.
au fujet de la traduction d'Ho
race.
60 MERCURE
Ils devoient ces Auteurs , contens
de leur deftin ,
Se tenir clos dans leur Latin ,
Trop heureux de charmer la Gent
porte-ferule,
Du docte & grand D... on a beau
faire choix ;
On les traduit en ridicule
Dés qu'on les traduit en François.
à
Si la plupart des Anciens
ne trouvent pas leur compte
eftre traduits , parce qu'une Traduction
fidelle leur ofte cette
beauté indéfinie & fans bornes ,
que beaucoup de gens y croyent
voir au travers de l'obscurité de
leurs expreffions , ou au travers
des douces vapeurs que forme
GALANT . 61
la joye fecrete de les entendre
mieux que les autres , il eft bon
que tout le monde les connoiffe à
fond & puiffe juger de leur
veritable merite . Combien d'hommes
de tres- bon fens , qui prevenus
par les louanges exceffiwes
que l'on donne à ces Auteurs
, fe confumoient du regret
de ne les pas connoiftre , fe difent
l'un à l'autre , Eft- ce là
donc cet Horace , ce divin
Horace que l'on nous vantoit
fi fort ? Sont- ce là ces fines
railleries de la Cour d'Auguſte
, qu'il falloit admirer
fans pretendre en oüir jamais
62 MERCURE
de pareilles ? Combien de
Dames qui ne lifoient qu'avec
dédain les Ouvrages de Voiture
de Sarrazin de Moliere , &
de plufieurs autres Auteurs à peu
prés de la mefme force , & qui
perfuadées que tout cela ne valoit
pas le moindre mot d'Hone
ceffoient d'envier le
race ,
bonheur des Dames Romaines
s'écrient en mille endroits de fa
traduction , Quelles pauvretez,
quelles ordures ! Sont- ce là
les jolies chofes que
a tant vantées ? J'avouë franchement
que dans le deffein que
jay de faire voir dans mes
l'on nous
GALANT. 63
Paralelles que les Modernes
valent bien les Anciens je n'y
entens rien en comparaifon de
ส่วน
ceux qui font de femblables traductions
, & que je n'ay garde
d'avoir trouve un chemin pour
y parvenir , auſſi ſeur & auſſi
coure que celuy qu'ils ont pris.
C'eſt dequoyje vous prie , Monfieur
, d'affeurer Mr D……. Ditesluy
bien encore , s'il vousplaift ,
qu'il peut continuer à dire de
moy tout ce qu'il luy plaira ,
pour-veu qu'il ſe renferme dans
ce qui regarde la litterature , &
fur tout , que je ne luy diray
jamais d'injures. Comme je ne
64 MERCURE
m'occupe à écrire fur les Anciens
& fur les
Modernes
que pour
me divertir , je quitterois là toute
la difpute fi elle venoit à m'échauffer
le moins du monde.
Voila , Monfieur , la fituation
d'esprit où je fuis à l'égard de
M Francius & de M. D...
dont je ne laïffe pas d'honorer
beaucoup le merite , malgré les
chofes fachenfes qu'ils me difent ,
car ce font leurs manieres , qui
affeurement ne font pas modernes
. Fay cru , Monfieur , que
je ne pouvois choifir de meilleur
Juge que vous fur tous ces differens
vous , Monfieur , qui conGALANT.
65
>
noiffez fi bien les Anciens &
les Modernes
vous qui avez
le don de toutes les Langues ,
& qui avez composé des Ouvrages
du gouft de toutes les
Nations & de tous les Siecles .
Vous estes fi riche en François ,
en Italien & en Espagnol , que
quand le prix exceffif , où l'efprit
du College a fait monter
tout ce qui eft , Grec ou Latin diminueroit
un peu , vous feriez
toujours dans une extrême opulence.
Je fais avec paffion
Monfieur ,
·Voſtre très , &c.
Ce 21. Février 1690...
Mars 1690 .
F
66 MERCURE™
Il m'eft tombé entre les
mains des Memoires de la
Cour d'Espagne , que l'on
peut dire nouveaux puis
qu'ils n'ont point efté imprimez,
& qu'ils ne commencent
qu'à paroistre en Manuſcrit.
Ainfi je puis vous les envoyer
comme une chofe qui n'a
point encore efté veuë . Si la
matiere n'en eft pas nouvelle ,.
elle eft meflée de tant de circonftances
que l'on ne fçait
point , qu'elle acquiert par là
la grace de la nouveauté . Je
vous diray , fans chercher à
prevenir voftre gouft , que.
GALANT. 67
je n'ay rien vû de plus narurellement
écrit que ces Memoires
, ny qui faffe plus de
plaifir à lire , quand mefme
les chofes qui y font traitées ,
& qui d'elles- mefmes font
fort curieufes, n'attacheroient
pas autant qu'elles font. On
n'y voit que des faits rapportez
nuëment & fans aucuns
raifonnemens de l'Auteur
; mais ce qu'il dit paroift
fi vray- femblable de la maniere
qu'il le rapporte , qu'il
femble que ce foit la verité
qui parle elle meſme . Je n'ay
pû fçavoir fon nom , mais il
Fij
68 MERCURE
doit avoir connu à fond la
Cour d'Efpagne. Il feroit à
fouhaiter qu'il fccuft de mefme
l'interieur des autres
Cours de l'Europe , & qu'il
nous en donnaft des nouvelles
auffi feures que paroiffent
les Memoires , dont
je vous envoye le commen
cement . Ce n'en eft que la fix
ou feptième partie . Je vous
en envoiray autant fans interruption
dans chacune de
mes Lettres qui fuivront cellecy
, jufqu'à ce que je vous
aye fait part de l'Ouvrage
entier , ne doutant point que
A
GALANT. 69
ce commencement ne vous
attache beaucoup , & ne vous
en faffe fouhaiter la fuite .
SS255255:222552222
MEMOIRES
DE LA COUR
D'ESPAGNE.
L
Idée que ces Memoires
pourront donner de l'état
du gouvernement prefent
de l'Espagne, aura fans doute
peu dé rapport à celle que la
puiffance & la politique des
Elpagnols avoient autrefois
70 MERCURE
répandue dans le monde ;
mais perfonne n'ignore que
depuis le commencement de
ce Siecle l'une & l'autre a
toujours efté en diminuant .
Ce changement eft devenu fi
grand dans les derniers temps,
que d'une année à l'autre
l'on auroit prefque pû s'en
appercevoir.
to
J'avois vû cette Cour , & la
plus grande partie de l'Efpagne
il y a quinze ans . On
trouvoit encore alors des Mi.
niftres de réputation dans les
Confeils . On voyoit dans les
Finances du Roy & dans le
GALANT. 711
Commerce des Sujets , encore::
affez d'argent pour ſe fouvenir
des richeffes que leur
donnoient autrefois les Indes
fous un meilleur gouvernement
; mais dans le dernier
voyage , où durant deux ans
j'ay cu occafion de voir continuellement
la Cour & les
Miniftres , j'ay trouvé qu'il
reftoit à peine quelque trace
de l'ancienne Efpagne dans
le Public & dans les Particu
liers.
C'est ce qui m'a porté à
écrire ces Memoires , pour
faire voir en détail l'extrême
72 MERCURE
changement
de cette Monarchie
, qu'il feroit difficile de
fe perfuader , à moins que
d'en eftre convaincu
par une
fuite de faits que je rapporte
ray comme je les ay vûs , fans
prevention & fans intereſt .
Je croy qu'avant que d'entrer
dans cettel Narration , je
dois expliquer en peu de mots
ce qui regarde quelques perfonnes
principales
, quelques
Charges , & d'autres chofes
particulieres à cette Cour ,
neceffaires pour l'intelligence
de ce que j'auray à dire dans
la fuite.
Depuis.
GALANT.
73
Depuis plus de cent ans
les Rois Catholiques tiennent
ordinairement leur Cour à
Madrid. C'eft une affez
grande
Ville fans murailles , fituée
au milieu de l'Espagne , dans
un pays fec & découvert . Le
ruiffeau de Mançanarez qui
paffe fous la Ville , a quelque
peu d'eau en Hiver , & point
du tout en Efté . Cependant
on a baſty ſur ce Ruiffeau
deux Ponts auffi grands qu'on
les auroit faits pour paffer le
Rhin ou le Danube.
Le Palais du Roy eſt à l'extrémité
de la Ville vers le
G
Mars 1690 .
74 MERCURE
Midy. La façade eft d'Ordre
Dorique , d'une pierre comme
du grais . Deux Pavillons
de brique la terminent à droit
& à gauche. Les trois autres
coftez de ce Palais n'ont ny
forme ny rapport entre eux ,
tous compofez d'une quan ,
tité de petits Bastimens de
brique ou de terre . Au deffus
du Palais le terrain qui va en
panchant jufques au Mançanarez
, eft enfermé de murailles
, en une fituation admirable
pour des Terraffes &
des Cascades ; mais il eft in.
culte , fans bois , fans jardins,
GALANT. 75
fans fontaines une affez
grande Place fait l'avenue du
Palais .
ou
Les grands Officiers de la
Maifon du Roy d'Espagne ,
font le Sommelier du Corps,
le Majordome Major
Grand- Maiftre d'Hoftel , &
le Grand Ecuyer. Ces trois
Charges font égales en digni
té. Le Sommelier du Corps
a le pas & le commandement
dans l'Appartement du Roy;
le Majordome Major , dans
E le refte du Palais , & le Grand
Ecuyer a les mefmes prero-
#gatives hors ces deux en-
Gij
droits.
76 MERCURE
Aprés ces trois premieres
Charges, fuivent immediatement
celles des Gentilshommes
de la Chambre du Roy ,
qui portent pour marque de
leur dignité une Clef dorée
pendue à la ceinture.Ces Clefs
font de trois fortes ; celle qui
donne l'exercice de Gentilhomme
de la Chambre ; celle
qui donne l'entrée fans exercice,
& la ClefappelléeCapona,
qui ne donne l'entrée que dans
l'Antichambre. Ces Gentilshommes
de la Chambre font
en grand nombre. Ceux d'exercice
font 35. ou 40. ils fervent
par jourtour à tour , &
GALANT. 77
la plupart des Grands font
de ce premier Ordre.
W
Les Majordomes ou Maî
tres- d'Hoſtel , ont les mefmes
entrées que les Gentilshommes
de la Chambre . Ces
Charges font remplies par
oes perfonnes de la premiere
qualité , comme font les feconds
Fils des Grands d'Ef
pagne. Ils fervent par femaine
, & ont toute l'autorité du
Grand Maistre quand il eft
abfefit. Ce font eux qui accompagnent
les Ambafladeurs
à leur Entrée , & qui
introduifent ges Miniftres
.
Unifor
Gij
78 MERCURE
Etrangers à l'Audience du
Roy .Leur nombre n'eft point
fixé mais d'ordinaire il ne
paffe point huit ou dix .
La Garde du Roy d'Efpa
gne eft compoféé de trois
Compagnies
indépendantes
les unes des autres , & fous
differens Capitaines La Garde
Flamande ouBourguignonne,
appellée la Garde de la Cuchilla,
eft proprement la Garde
du Corps compofée de cent
hommes, commandez par le
Marquis de Falcéz ; la Garde
Allemande de pareil nombre
d'Archers , dont le Capitaine
GALANT. 79
N
M
eft Dom Pedro d'Arragon, &
la Garde Efpagnole de cent
Hallebardiers , fous le commandement
du Comte de Los
Arcos qui eft encore Capitaine
d'une Compagnie
appellée
de la Lancilla , de cent Efpa
gnols , qui ne fert qu'aux
grandes Ceremonies
& aux
Enterremens
des Rois.
En Eſpagne , les affaires de
l'Etat font gouvernées par un
premier Miniftre , auquel le
Roy donne une tres - grande
autorité . Il a fous luy un
* Secretaire d'Etat , dont le
Bureau eft dans le Palais
G iiij
80 MERCURE
mefme. Par les mains de ce
Secretaire paffe tout ce qui
peut venir au Roy & au premier
Miniftre , & tout ce qui
en fort peut eftre expedié . Il
s'appelle par cette raiſon ,
Secretario del Despacho univerfal.
Cette Charge eſt d'une
grande confideration . Avant
que le Roy & le premier Miniftre
decident les affaires
elles font examinées par le
Confeil d'Etat , & par divers
autres Confeils qui font en
grand nombre à Madrid ,
comme je le marqueray plus
particulierement , aprés avoir
GALANT. 81
J
.
fait voir ce qui s'eft paffé en
cette Cour depuis le mois de
Juin de l'année 1679. juſqu'au
mois de May 1681 .
La Guerre qui
commença
en l'année 1672. entre la
France & la Hollande , ayant
partagé prefque toute l'Europe
, les Hollandois
la finirent
par la Paix qu'ils firent
feuls avec la France en
l'année 1678. Peu aprés l'Ef
pagne fuivit leur exemple .
l'Empereur
& l'Empire firent
enfuite un Traité feparé avec
la France ; & enfin l'Electeur
de Brandebourg
& le Roy
82 MERCURE
de Dannemarc furent les derniers
à quitter les armes .
Cette grande Paix entre tant
de Princes differens , fe traita
à Nimégue , & fitoft qu'elle
fut rétablie par tout, on penfa
dans chaque Cour a envoyer
des Ambaffadeursdans celles
de fes nouveaux Amis. Le
Roy nomma pour l'Ambaffade
Extraordinaire d'Eſpagne,
le Marquis de Villars.qui
avant la Guerre y avoit déja
efté avec ce mefme caractere.
Il arriva à Madrid au mois
de Juin de l'année 1679. &
trouva cette Cour gouvernée
GALANT: 83
ר
W
et
par D. Juan d'Auftriche ,
premier Miniftre , & Charles
fecond
, Roy d'Efpagne
.
Dom Juan eftoit Fils na
turel de Philippes IV, Depuis
la mort de fon Pere , & mefme
auparavant , il avoit efté
toujours éloigné de la Cour
Lpendant que la Reine Marieal
Anne d'Auftriche gouver
noit l'Espagne dans la Minorité
du Roy Charles II . fon
Fils : mais au commencement
de l'année 1677. Dom Juan
appuyé d'une cabale des prin
cipaux Seigneurs de la Cour,
quitta l'Arragon où il s'eftoit
84 MERCURE
retiré , vint à Madrid , chaffa
la Reine , & demeura maiſtre
du gouvernement & de la
perfonne du Roy.
Quoy que Baftard , il avoit
toujours eu de grandes idées
de pouvoir fe faire reconnoiftre
Infant , & l'élevation que
luy donnoit un Miniftere
abfolu fous un Roy de quin
ze ans, luy facilita les moyens
de faire des pas qui tendoient
à ce haut rang. Il établit d'a
bord de ne point donner la
main ny le fiege chez luy
aux Ambaffadeurs
. Le Nonce ,
& les autres Miniftres de ce
GALANT. 8
caractere , fuivirent fes inten
tions , & le virent fur ce
pied.
Le Marquis de Villars ving
de France avec des inftructions
moins foumifes à cette
pretention. Le Roy Tres.
Chreftien ne jugeant pas qu '
un Baſtard du Roy d'Eſpagne
cuft droit de prendre de tels
avantages fur fon Ambaſſadeur
, luy commanda de ne
point voir D. Juan, s'il ne luy
donnoit chez luy les honneurs
du pas , de la main , &
du fiege . Il eftoit difficile
que D. Juan puft en convenir,
86 MERCURE
aprés s'eftre mis en poffeffion
de ces préfeances avec tous
les autres Ambaffadeurs qui
eftoient à Madrid . Ainfi celuy
de France fe trouva hors
d'état de le voir , & dans la
neceffité de traiter les affaires
fans parler au premier Minif
tre , dont il eftoit affuré de
s'eftre attiré le chagrin par
cette diftinction . Il ne laiffa
pas de commencer la fonction
de fon Ambaffade par
une audience fecrete qu'il eut
du Roy, & peu aprés il en
eut une publique pour luy
faire les complimens fur la
3
GALANT. 87
3
conclufion de fon mariage
avec Mademoifelle , Fille aînée
de Monfieur.
C'eftoit pour la feconde
fois qu'on marioit le Roy
d'Espagne . Il l'avoit déja eſté
avec la Fille de l'Empereur ,
c'eſt à dire ; que les articles
avoient efté reglez , & le
Contrat figné. D. Juan devenu
le Maiſtre rompit ce mariage
qu'avoit fait la Reine.
On demeura enfuite quelque
temps fans parler de marier
le Roy , & D Juan s'affermit
dans lë
gouvernement .
Il
fembloit que pour fe
88 MERCURE
conferver plus de pouvoir fur
le Roy , il devoit fouhaiter .
qu'il n'y cuft pas fi - toſt une
Reine ; & peut - eftre que dans
l'idée qu'il s'eftoit toujours
faite d'avoir le rang d'Infant,
il trouvoit fon intereft fecret
à éloigner le mariage d'un
jeune Prince , toujours infirme
pendant fon enfance , &
dont il pouvoit fe flater d'eftre
un jour le Succeffeur ;
mais le Roy ayant dix-fept
ans , & une fanté qui s'affermiſſoit
avec l'âge , commença
à fouhaiter d'eftre marié . Il
reftoit feul de la branche ELGALANT.
89
1
pagnole de la Maiſon d'Auftriche
, & c'eftoit l'intereft
de tout fon Royaume qu'il
I fuft en eftat d'avoir des En-
= fans .
J
•
· La Paix ayant mis les Couronnes
dans les liaifons interrompues
par la Guerre ,
tous les Efpagnols regarderent
Mademoifelle , Fille ainée
de Monfieur , comme la
feule Princeffe qu'ils devoient
fouhaiter pour Reine . Elle
eftoit prefque de l'âge de leur
Roy.Ce Prifice l'aimoit déja
fur fes Portraits ; & fur le
Mars 1690.
H
90 MERCURE
rapport de quelques Seigneurs
Efpagnols qui l'avoient vue ,
& dans le monde la memoire
de la Reine Ifabelle de France,
dont les vertus font encore
en veneration , faifoit fouhaiter
une Reine du même Sang.
D. Juan entrant dans cette
inclination du Roy & de
l'Etat , envoya ordre on Flandre
au Marquis de Los Balba
zes , qui venoit d'affifter au
Traité de Paix à Nimegue ,
d'aller en France demander
cette Princeſſe
pour le Roy
fon Maistre.
On pretend qu'avant cette
GALANT. GI
I
démarche publique , il n'eh
avoit fait aucune autre particuliere
pour s'afurer le fuccés
de la demande. On a ſoupçonné
mefme qu'il n'y entroit
pas tout à fait debonne
foy , ou par la veuë, generale
d'éloigner le mariage du Roy,
ou par la crainte particuliere
d'eftre moins le maiftre avec
une Reine Françoife , qui
peut eftre aideroit au Roy à
fe tirer de l'affujettiffement
où il le tenoit. Il fembloit
neantmoins qu'il pouvoit ef
perer de fe faire un merite
auprés d'elle , d'avoir rompu
Hij
92 MERCURE
le mariage d'Allemagne pour
conclure le fien.
Ces
confiderations oppofées
le firent affez balancer,
& dans le temps qu'en Françe
Je Marquis de Los Balbazés
demandoit Mademoiſelle ,
D. Juan fit parler fous- main
à Madrid de demander l'Infante
de Portugal. Il nefçavoit
pas que fon mariage
avoit efté conclu fecretement
avec le Duc de Savoye .
La demande que fit le Marquis
de Los Balbazes fut affez
bien receue en France , pour
croire qu'elle ne feroit pas fans
GALANT.
93
A
fuccés . D. Juan cherchant
alors à embaraffer la Cour, fit
propofer dans le Confeil
d'Eftat , qu'en confideration
de ce que le Roy d'Espagne
époufoit une Princeffe qui
n'eftoit point Fille de Roy ,
on devoit demander des avantages
folides à la France , & \
l'obliger à rendre à l'Espagne
quelques unes des Places de
Flandre qui luy estoient demeurées
par le dernier Traité .
Tout le Confeil s'éleva contre
cette proposition , decla .
1 rant que l'unique intereft de
T'Etat eftoit d'avoir une Prin94
MERCURE
ceffe bien faite , capable de
leur donner des Princes . Ainfi
le mariage fe conclut , & fut
celebré en France par Procuration
. L'on y regla le temps
du départ de la nouvelle
Reine , & en Efpagne celuy
du départ du Roy pour l'aller
rencontrer. Cependant on
envoya de Madrid le Duc de
Paftrane luy porter. le prefent,
& luy faire les compli
mens . i
L'Ambaffadeur de France
avoit fait fon Entrée publi
que à Madrid le . d'Aouft.
On luy envoya felon la coû,
GALANT. 95
Π
•
: tume des Chevaux de l'Ecurie
du Roy, pour luy & pour
un nombre des fiens qui
x devoient entrer à cheval
comme luy ; il fut accompagné
par le Majordome de
femaine , par le Conducteur
des Ambaffadeurs, & par fon
Lieutenant , depuis la maison
jufques au Palais , où il cur
Audience publique du Roy,
& luy parla en François , I
La marche de cette , Entrée
fut interrompuë durant plus
d'une heure par l'incident
que fit l'Ambaſſadeur de
Malte, pretendant que fon
96 MERCURE
Carroffe marcheroit imme
diatement aprés celuy de
l'Ambaffadeur de Venife ,
dernier Ambaffadeur de Chapelle
, & devant les feconds
Carroffes de celuy de France.
Le Marquis de Villars s'y
'oppofa , & il fallut que
que les
Conducteurs allaffent au Palais
faire regler cette difficul
té , mal fondée du cofté de
l'Ambaffadeur de Malthe qui
ne pouvoit pretendre aucun
rang parmy des Ambaffadeurs
de teftes Couronnées ',
dont pas un ne luy donnoit
la main chez foy. Ainfi fon
Carroffe
GALANT. 97
Carroffe fe retira , & les feconds
Carroffes de l'Ambaffadeur
de France continuerent
leur marche aprés celuy
de l'Ambaffadeur de Venife
qui eftoit precedé de
celuy du Nonce , devant lequel
alloit le premier Carroffe
de l'Ambaffadeur de
France , & à la tefte de tous un
Carroffe du Roy .
Cer Ambaffadeur de Malthe
appellé Dom Diego de
Bracamonte , s'eftoit mis le
premier dans cette pretention
inconnue à fes Predeceffeurs,
qui jufques alors avoient viſi-
Mars 1690. I
98 MERCURE
té les Ambaffadeurs des Teftes
couronnées , fans en pretendre
la main en aucun endroit.
Celuy-cy ne voulut
voir ny Ambaffadeurs , ny
Cardinaux , ny Confeillers
d'Eftat fans cet avantage ,
c'eſt à dire , qu'il ne les vit
point du tout, hors le Nonce,
qu'au bout de fix mois il fut
contraint d'aller voir par un
ordre exprés du Grand Maiftre
de Malthe.
a
Le dernier jour du mefme
mois fe fit la ceremonie de
jurer la Paix que le Roy
Tres Chreftien jura ce mefme
GALANT:
99
jour à Fontainebleau . Le Roy
d'Eſpagne le rendit à quatre
heures aprés midy dans la
Galerie dorée du Palais de
Madrid , au haut de laquelle
il s'afflit fous un Dais. A fa
gauche au bas de trois degrez
qui le relevoient , eftoit affis
l'Ambaffadeur . De l'autre
cofté eftoient le Cardinal
Portocarrero , le Duc de Medina
Celi Sommelier , le Patriarche
des Indes , Capellan
major , ou Grand- Aumônier,
& enfuite le Banc des Grands .
D Pedro Colonis , Secretaire
d'Eftat , leut les pouvoirs de
I ij
Ico MERCURE
l'Ambaffadeur. Le Cardinal
leut le ferment du Roy , & le
Patriarche alla prefenter le
Livre des Evangiles à Sa Ma→
jefté , qui fe mit à genoux , &
jura.
La Cour depuis quelque
temps eftoit dans une agitation
contre le premier Miniftre
,, que la crainte avoit
d'abord tenue fecrete ; mais
le temps & les conjonctures
luy ayant donné de la force,
elle commença à paroiftre
avec plus de hardieffe & . de
mouvement.
Lors que Dom Juan entra
GALANT. 101
peut
dans le gouvernement , on
dire qu'il faifoit toutes
les efperances de l'Espagne . Il
avoit de l'efprit , & l'on ne
doutoit point que fes emplois
de Paix & de Guerre , ne l'euffent
rendu capable de relever
la foibleffe & les malheurs de
l'Etat. Tout le Peuple l'avoit
fouhaité , & plufieurs Grands
avoient figné chez le Duc
d'Albe une Ligue pour fon
retour. La haine & le mépris
du
Gouvernement paffé, augmentoit
dans leur efprit le
merite de tout ce qu'ils attendoient
de ceCe nouveau
I iij
102 MERCURE
T
Miniftre . La foibleffe ordinaire
des Minoritez , une
Reine Allemande & trop
bonne , un Favory Etranger
& Confeffeur ; . Valenzuela
fans naiſſance ny merite élevé
tout d'un coup ; ces idées répandues
depuis long - temps
parmy les Courtifans & le
Peuple , firent recevoir Dom
Juan , comme le Liberateur
de l'Etat .
Mais foit par la deftinée
ordinaire des Favoris , ou par
le défaut particulier de ſa
conduite , fon
gouvernement
fit regreter peu de temps aGALANT.
103
prés celuy qu'il venoit de
détruire . Il ne voulut point
entrer à Madrid , que la
Reine n'en fuft fortie pour
aller à Tolede , que l'on luy
marqua pour fa retraite , ou
plûtoft pour fon exil. Il luy
T
donna depuis tous les defagrémens
poffibles ; il fit des
recherches indignes fur fa
vie , qui alloient à la deshonorer
fans aucun bien pour
I'Etat , & comme il eftoit difficile
qu'il ne fe trouvaft encore
des perfonnes de qualité,
que quelque refte d'affection
ou de reconnoiffance rendift
I iiij
104 MERCURE
fenfibles à l'accablement de
cette Princeffe , il chaffa de
la Cour tous ceux qu'il cruc
avoir quelque part à fes interefts.
L'Amirante de Caftille ,
Grand Ecuyer du Roy , le
Duc d'Offonne , Grand Ecuyer
de la Reine à venir , le Prince
d'Aftillano , le Marquis de
Manfera 2
grand Maiftre
d'Hoſtel de la Reine Mere ,
le Comte d'Umanez ; le
Comte d'Aguilar , le Marquis
de Mondejar , foupçonnez
à faux d'avoir fait des
Vers contre Dom Juan , &
GALANT. 105
plufieurs autres perfonnes de
moindre rang , furent exilez
en divers lieux. Grand nombre
de Religieux de differens
Ordres eurent le mefme traitement
pendant que l'on
voyoit auprés de Dom Juan
un Chartreux qu'il avoit ame
né de Sarragoffe , & un Capucin
, comme fes Favoris ,
& que luy -mefme affectoit
une apparence de regularité
de vie , qui pouvoit le mettre
en reputation de Devot.
Le Comte de Monterey
qui avoit cfté à la tefte de
fon party pour l'amener à
106 MERCURE
Madrid , luy ayant páru dans
la fuite trop agreableau Roy ,
il l'envoya d'abord commander
en Catalogne , l'exila depuis
, & luy fit commencer
fon Procés fur l'affaire de
Puycerda, pour l'éloigner entierement
de la Cour.
Le Roy eftoit jeune , &
ne pouvoit encore avoir d'experience.
Dom Juan ne chercha
point à luy former l'efprit
, ny à luy donner entrée
dans les affaires ; il le tint
roûjours dans une extrême
oifiveté & dans une dépendance
fi grande › que ce
GALANT 107
Prince ne pouvoit fortir du
Palais fans luy.
Le Peuple fe feroit confolé
de la difgrace des Grands
& de l'esclavage du Roy ,
s'il avoit trouvé quelque foulagement
à la mifere ; mais
elle augmenta avec les impofitions
. La cherté devint
plus grande ; on ne vit point
rétablir la Juflice , point mettre
d'ordre aux Finances ,
perſonne ne trouva fa condition
meilleure , plufieurs la
trouverent pire , le chagrin
devint general , & l'on commença
à regreter la Regence .
108 MERCURE
Mais en Eſpagne plus qu'en
lieu du monde , la colere du
Peuple eft impuiffante . Cette
Nation fi pleine d'apparence
de fierté , femble n'avoir du
coeur que pour murmurer de
fes maux & de ceux de l'Etat.
L'exil de tant de Seigneurs
eftoit une cauſe plus capable
de produire quelque mouvement
par le grand nombre
deperfonnes du premier rang,
que
le fang ou l'amitié in
terreffoit à leur difgrace.Leurs
Amis commencerent à former
des liaiſons , on fit porter
des paroles à la Reine- Mere ,
GALANT. 109
on luy fit connoiftre combien
fon retour eftoit fouhaité
, on fit fecretement envifager
au Roy le traitement
honteux que l'on faifoit à la
Reine fa Mere , la fervitude
où l'on le tenoit luy-mefme,
& ce qui pouvoit rendre D.
Juan odieux par l'indignité
de fa conduite.
Ces premiers pas avoient
affez de fondement pour en
efperer des fuites , mais la fituation
de la Reine toujours
exilée , fon genie naturelle-
1 ment un peu lent , arreſté
encore par le fouvenir des
110 MERCURE
infidelitez paffées qui luy en
faifoient craindre de nouvelles
, la jeuneffe du Roy , le
peu d'application & de vigueur
de ceux qui agiſſoient
dans cette affaire , toujours
dominez par une pareffe naturelle,
& toujours attendant
les fuccés de l'induftrie d'autruy,
fufpendoient l'effet de
tant d'intentions contraires
au premier Miniftre.
Il s'en alarmoit cependant,
& comme le foin qu'il avoit
d'entretenir un grand nombre
d'efpions par tout , luy
faifoit connoiſtre une partie
GALANT. I
י ז
de ce qui fe paffoit , tous ces
mouvemens qu'il découvroit,
& plufieurs libelles fanglans
qui parurent contre luy , le
jetterent dans une violente
inquietude . Elle eftoit augmentée
par fon irrefolution
naturelle, & par
force qu'il fe fentoit pour,
foutenir le poids d'une vaſte
le
peu
de
Monarchie , accablée depuis
long - temps par fa propre
grandeur, & par l'irregularité
du gouvernement.
Les chofes eftoient en cet état
lors que l'Ambaſſadeur de
France arriva à Madrid. Son
112 MERCURE
oppofition aux pretentions
que D. Juan avoit déja établies
avec les autres Miniftres
de ce caractere , fut receuë
agreablement de la plus grande
partie de la Cour. Il fuffifoit
qu'on le trouvoit contraire
à D. Juan , pour croire
qu'il venoit fortifier le party
de fes Ennemis . Il avoit déja
efté Ambaffadeur à Madrid
immediatement avant la derniere
Guerre , & parmy la
rupture des deux Nations , fa
conduite & fes manieres luy
avoient confervé des Amis
dans cette Cour. Il reftoit à
GALANT. 13
1
la Reine de la confiance pour
luy , & de l'eftime pour fa
probité; & lors qu'après avoir
fait fon entrée à Madrid il
alla à Tolede la faluër , elle
voulut , outre fon audience
publique , avoir avec luy un
entretien particulier , plein
d'ouverture & de franchife
fur fes interefts .
Ainfi il entra ailément ,
dans la reconnoiffance &
dans la fuite de ces difpofitions
que l'on fe fit un intereft
de luy confier , & if
cut befoin de moderation &
de delicateffe pour ne s'aban-
Mars 1690.
K
114 MERCURE
donner pas à un party fi confiderable
, qui tendoit à la
ruine d'un Miniftre avec lequel
il fe trouvoit en de fi
grandes oppofitions
.
La conclufion du Mariage
de Mademoiſelle avec le Roy
d'Espagne , parut eftre auffi
avantageufe à l'Ambaſſadeur,
que contraire à D Juan , qui
ne pouvoit attendre que du
reffentiment de la part de la
France qu'il choquoit dire-
&tement en la perfonne de fon
Miniftre . D'ailleurs , on ne
doutoit point que les liaiſons.
de la Reine Tres Chreftienne
GALANT. ITS
avec la Reine- Mere d'Efpa
gne , ne paffaffent jufques à
la jeune Reine , & que cette
Princeffe ne vinft avec toutes
les difpofitions favorables à
fa Belle - mere , dont le party
eftoit devenu celuy du Public
par l'intereft general que
l'on fe faifoit de renverfer
D. Juan .
Ces conjonctures raffemblées
donnerent une nouvelle
chaleur au party . On commença
à parler haut , on fol
licita le retour des Exilez , on
traita de celuy de la Reine .
D. Juan eftoit embaraffé , &
Kij
116 MERCURE
comme il ne s'eftoit point fait
de Creatures de merite , ny
une veritable confiance avec
perfonne , il le trouva feul, &
ne put chercher de refſource
qu'en luy-mefme. Il y eut dés
lors de fes Creatures qui prévoyant
fa cheute , prirent des
liaifons avec la Reine- mere;
& l'on trouva moyen d'agir
auprés du Roy par le Confef
feur.
C'eftoit un Dominicain
que D. Juan avoit mis depuis
un an dans cet employ. Le
Duc d'Albe luy en avoit répondu
; mais ce Religieux
GALANT. 117
plus homme de bien que
Courtisan , entra moins dans
les interefts du Miniftre que
dans ceux de fes Amis particuliers
, qu'il appuya auprés
du Roy de tout le pouvoir
qu'il avoit fur fa confcience .
Ce fut par fon moyen que la
Princeffe d'Aftillano , Fille
du Duc d'Albe , obtint dú
Roy le retour de fon Mary ,
avec fi peu de menagement
€ pour D. Juan , que fur ce qu'il
parut s'y vouloir oppofer , le
Confeffeur fit expliquer le
Roy jufques à dire ; Quim-
• porte que Dom Juan s'y oppofe,
fi je le veux ?
118 MERCURE
Le Duc d'Olonne , tout
exilé qu'il eftoit , avoit fait
des bravades à Dom Juan fur
quelques propofitions qu'il
luy fit porter de fa Charge
de grand Ecuyer de la Reine,
D. Juan le voulut exiler plus
loin , mais le Duc de Medina-
Celi qui s'eftoit confervé
dans une fituation honnefte
avec Dom Juan , & ne laiffoit
pas d'eftre agreablement avec
le Roy , s'intereffant alors
pour le Duc d'Offonne, Beaupere
de fon Fils , remontra
au Roy que toute la Maiſon
de la Reine alloit au devant
GALANT . 119
d'elle , pendant que fon grand
Ecuyer demeuroit exilé fans
fujet , & fur le champ fit réfoudre
fon retour.
D. Juan fentant que le pou
voir luy manquoit , voulut
fe racommoder avec le Conneftable
de Caftille , le premier
homme du Confeil d'E
ftat ; mais le Conneftable
luy
fit dire fierement qu'il n'eftoit
plus temps. D. Juan ne put
empefcher le retour des autres
1. Exilez ; il vit que l'on nego
cioit ouvertement celuy de
la Reine , & que tout luy
échapoit .
120 MERCURE
Il avoit efté malade au mois
de Juillet d'une Fiévre Tierce
de trois ſemaines , qui avoit
donné du temps & de la liberté
aux cabales qui fe for
moient contre luy. Elles alle.
rent fi avant qu'aprés qu'il
fut guery, le Roy déja refolu
de faire revenir la Reine fa
Mere , n'en eftoit plus que
fur les moyens , & l'on dit
qu'un jour aprés un long entretien
avec l'Inquifiteur General,
ce Prince envoya unValet
de Chambre dire au Duc
de Medina- Celi & au Comte
d'Oropeze , qu'ils fe rendiffent
GALANT. 121
f
fent à certaine heure chez cet
Inquifiteur general . Lors qu'
ils y furent, il leur envoya dire
par le mefme homme , qu'ils
cuffent à refoudre de quelle
maniere on pourroit chaffer
D. Juan , pour faire recevoir
la Reine fa Mere. Ils concer-
E terent qu'un certain jour le
Roy fortiroit du Palais par
le Parc fans en avertir D Juan ,
& qu'incontinent aprés on
luy envoyeroit dire de fe retirer
avant que Sa Majeſté
fuft de retour. Ce projet ne
fut point executé , & l'on
"
Mars 1690.
L
ゴ
122 MERCURE
affeure que D. Juan ne l'a
jamais fceu .
Dans une fituation ſi violente
, l'accablement prefent
& les terreurs de l'avenir luy
abbatirent tellement l'efprit
& le coeur , qu'il ne put avoir
ny le courage de ſe foutenir,
ny la refolution de ceder.
Le defefpoir le jetta dans une
mélancolie profonde , qui de-
• vint bien - toft une maladie
pleine d'accidens inconnus .
Les Medecins qui traitoient
fon corps d'un mal qui eftoit
daus fon efprit , luy firent
fouffrir durant trois semaines
GALANT.: 123
Son
affez de tourmens pour achever
fa vie. Il mourut le 17. de
Septembre de l'année 1679 !
âgé de cinquante ans.
corps fut porté à l'Eſcurial
dans la fepulture des Princes,
à coté du Pantheon.
Sa naiffance luy avoit donné
un grand rang & de grands
emplois , mais on ne vit point
la fuite de fa vie répondre à
cette élevation . On le vit
malheureux dans la plupart
de fes entrepriſes , fouvent
battu à la Guerre , éloigné de
la Cour fur la fin de la vie
de fon Pere , & pendant tou
Lij
124 MERCURE
te la Regence . Son dernier
malheur fut d'eftre devenu
enfin la premiere perfonne
de l'Eftat . Jamais Miniftre ne
monta au premier pofte avec
tant d'avantage
. La grandeur
de fon rang , l'attente des
Peuples , la faveur des Grands ,
la jeuneffe du Roy, tout fembloit
contribuer
à l'élever &
à l'affermir ; luy feul fe manqua
à luy- mefme, & l'on peut
dire de luy comme autrefois
d'un Empereur
, qu'il ne parut
digne de gouverner
que
tant qu'il ne gouverna
point.
C'eftoit un homme comGALANT.
125
pofé d'apparences , d'un genie
plus brillant que folide , plein
d'une gloire préfomptueufe;
tout à luy-meſine , fans confiance
& fans eftime pour les
autres , trop occupé de petites
chofes , fouvent fans étendue
& fans refolution dans
les grandes ; capable cependant
de les precipiter par enteftement.
Ces defauts étoient
reveſtus de belles qualitez . Il
eftoit bien fait , il avoit les
manieres agreables & polies ,
il parloit bien diverſes Langues
, il avoit de l'efprit , du
fçavoir , de la valeur , & tous
L iij
126 MERCURE
les dehors du merite fans le
merite mefme .
Il eftoit Fils du Roy Philippes
IV. & d'une Comedienne
, nommée Marie Calderona
; au moins il fut reconnu
pour
tel , quoy
que
le déreglement
de fa Mere
puft faire douter
avec raiſon
de fon
veritable
Pere , que
plufieurs
ont cru le Duc de
Medina
de las Torres , auquel
il reffembloit
. Philippes
IV .
avoit d'autres
Enfans
naturels
,
entre autres
un qui eft Evefque
de Malaga
, qu'il eut d'u
ne Fille de qualité
du Palais ,
GALANT. 127
:
& dont il ne pouvoit raifonnablement
douter d'eftre
le Pere ; cependant il n'en a
reconnu aucun que D. Juan ,
qui devoit cette fortune au
Comte Duc d'Olivarez , lequel
voulant reconnoiftre D.
Julien de Gufman , fon Baftard
,
porta le Roy à reconnoiftre
D. Juan , pour s'autorifer
par un exemple. Huic
jours avant la mort de ce
Prince , l'on eut avis par un
Courrier extraordinaire que
Mademoiſelle avoit efté époulée
à Fontaine- bleau par
Monfieur le Prince de Conty,
L iiij
128 MERCURE
nommé par le Roy pour rem
plir la Procuration que Sa
Majefté Catholique avoir envoyée
en blanc .Cette nouvelle
répandit à Madrid une joye
generale , que l'on témoigna
par des Illuminations continuées
durant trois jours. Dés
le lendemain , il y cut dans la
Place du Palais une Mafcarade
à cheval de cent perfonnes
de qualité , qui firent plufieurs
courfes le flambeau à
la main , & l'on vit deux foirs
de fuite dans la mefme Place
des Feux d'artifices mediocrement
beaux , mais d'un
GALANT 129
:
5
}
J
bruit épouvantable . Cependant
on les faifoit fous les
feneftres de D. Juan , qui étoit
déja tres- mal , & qui pût
connoistre par là le peu de
ménagement
qu'on avoit
pour luy.
←
Deux jours aprés la mort
de D. Juan , le premier foin
du Roy fut d'aller trouver la
Reine fa Mere . Le 20. de
Septembre il alla coucher à
une Maifon Royale appellée
Aranjuez , & le lendemain
il arriva à midy à Tolede ,
à fept lieuës de Madrid , où
il parut bien de la tendreffe
120 MERCURE
& bien des larmes entre la
Mere & le Fils ; ils difnerent
enfemble , & demeurerent
quelques heures en particulier.
le
La Reine Mere ayant eu le
temps de difpofer toutes
choles pour fon retour à
Madrid , le Roy qui eftoit
revenu , retourna à Aranjuez
27. alla le lendemain la
rencontrer à moitié chemin
de Tolede , la prit feule dans
fon Carroffe , & l'amena defcendre
au Retiro , qui eft une
Maiſon Royale à l'extremité
a
de Madrid , où elle demeura,
GALANT. I
en attendant qu'on luy cuft
preparé la Maifon du Duc
d'Ufeda , deftinée pour fon
logement , parce que le Roy
eftant marié , il n'en reftoit
pas affez pour elle au Palais
.
Ils arriverent à trois heures
aprés midy , accompagnez
d'une foule extraordinaire de
Courtisans & de Carroffes ,
& l'on vit dans tout le monde
le mefme empreffement à recevoir
cette Princeffe , qu'on
leur avoit veu deux ans au
paravant à recevoir D. Juan
quand il vint la chaffer . Le
132 MERCURE
Roy demeura jufques au
foir avec elle , & depuis ce
jour juſqu'à celuy de fon départ
pour aller au devant de
la Reine , il vint prefque tous
les jours chez la Reine fa
Mere & mangea fouvent
avec elle.
J
La Cour fe trouva tout
d'un coup dans un grand
changement , par l'extrême
oppofition qui avoit eſté
entre le Miniltre qui finiffoit,
& la Reine Mere qui revenoit
à Madrid . On ne doutoit pas
dans le monde qu'une Princeffe
comme elle , qui avoit
GALANT. 133
long - temps gouverné pendant
la minorité de fon Fils ,
ne rentraft bien- toft dans
toute l'autorité que luy devoit
donner la confiance &
la jeuneffe de ce Prince .
Sur ce fondement on commença
à faire l'Horoſcope du
gouvernement , & fuivant le
genic ordinaire des Cours
toujours occupées à prévenir
par le raifonnement & par les
conjectures les établiſſemens
que l'on doit le plus fouvent
au hazard , ou à la paffion des
Princes , on jugea que la Reine-
mere n'ayant peut- eftre
134 MERCURE
pas affez d'ambition
pour ontreprendre
de gouverner ellemelme
, fon panchant
pour
le repos , & le fouvenir de
Les malheurs
paffez l'empeſcheroient
de fe charger dire
&tement du foin des affaires ;
que cependant elle éloigne
roit le Roy de prendre
un
premier Miniftre, dont elle
luy donneroit aisément de
l'averfion par le fouvenir de
la captivité où D. Juan l'ayoit
tenu . On pretendoit
qu'elle fe difpoferoit à former
une forte de gouvernement
compofé de Miniltres
GALANT. 135
de fa dépendance , par lef
quels elle fe conſerveroit un
grand pouvoir, fans s'expofer
aux chagrins & aux perils de
gouverner .On comptoit déja
ceux qui devoient entrer dans
cette Jonte ; on nommoit
d'autres perfonnes qui de-
L yoient fortir de leurs Charges
, & chacun felon fon panchant
ou fon intereſt , ou felon
les raifons de haine ou
d'amilié que l'on attribuoit
à la Reine- mere , fe faifoit un
plan du gouvernement à l'avenir.
Ceux qui devoient en dé136
MERCURE
cider en eftoient le moins
Occupez . La Reine - mere fe
contenta d'abord d'eftre bien
avec fon Fils. Le Roy que fa
jeuneffe , & le peu d'éducation
, empefchoient
de rien
penfer encore pour l'Eftat ,
ne fe trouva fenfible qu'à
l'idée de fon mariage
, & à
l'empreffement
de partir pour
l'aller achever
. Ainfi tous
les foins eftant tournez aux
preparatifs
du voyage
, on
abandonna
aifément
les autres
affaires .
Si - toft qu'on fceut à Madrid
que la jeune Reine marGALANT.
1:7
choit vers l'Espagne , on fit
partir fa Maifon pour l'aller
recevoir à la Frontiere , de
-forte que le 26. de Septembre
le Marquis d'Aftorga ,
Grand Maiftre de ſa Maiſon,
& la Ducheffe de Terranova ,
fa Camarera major , ou premiere
Dame d'honneur , fortirent
de Madrid avec de
tres- grands équipages &
prirent la route d'Irun , fur la
Frontiere du cofté de France .
Le Duc d'Offonne , Grand
Ecuyer de la Reine , les fuivic
peu de jours aprés.
Ces trois perfonnes , les
CO
2.
Mars 1690 .
M
,
138 MERCURE
premieres auprés de celle de
la Reine , tenoient leurs Charges
de la main dé D. Juan ,
qui avoit remply de fon vivant
toutes celles de la Maifon
de cette Princeffe . Il avoit
d'abord deftiné la Charge de
Grand- Maiftre à D. Vincente
Gonzaga , de la Maiſon de
Mantouë , & luy avoit fait
quitter la Viceroyauté de Sicile
fur cette efperance , mais
il fe contenta de le mettre
dans le Confeil d'Eftat , où il
crut avoir befoin de fa capacité
& il fit Grand - Maiftre
le Marquis d'Aftorga , qui
GALANT. 139
luy donna , à ce que l'on pretend
, une partie des grandes
fommes qu'il avoit tirées de
fa Viceroyauté de Naples .
Le Duc d'Offonne cut la
Charge de Grand - Ecuyer ,
parce qu'on le voulut tirer
de celle de Preſident des Ordres
, où fa conduite eftoit
devenuë odieufe , & fa fierté
l'ayant rendu depuis incommode
à D. Juan mefme , il
l'éloigna de la Cour , fur ce
qu'il avoit publiquement fait :
artaquer par des Affaffins le
Comte d'Umanez , pour quel
que jaloufie de Maiſtreſſe . i
Mij
140 MERCURE
Quoy que la Ducheffe
de
Terranova
fe fuft fair dans
l'efprit
de D. Juan un merite
qui pouvoit
luy avoir attiré
fa Charge
, elle ne laiffa pas
de luy en donner
une fomme
confiderable
. Elle eftoit Veuve
du Duc de Terranova
,
Grand d'Espagne
, de la Maifon
de Pignatelli
, & de fon
chef elle eft d'une branche
baftarde
de la Maifon
d'Arragon
, établie
depuis
longtemps
en Sicile , riche de ce
cofté- là , & de celuy de fa
Mere , heritiere
du nom de
Fernand
Cortez, & de la
GALANT 141
= grande fortune qu'il avoit
faite autrefois aux Indes .
- Quelque temps avant le
Miniftere de D. Juan , ellen
savoit cfté obligée de fortir
de Madrid , où on luy im
putoit publiquement la mort
de D. Carlos d Arragon , fon
Coufin Germain à qui appartenoit
le Duché de Terranova,
& d'autres biens qu'elle
luy retenoit . Elle fe retira
alors en Arragon , où fe
firent les liaifons entre elle
& D. Juan qui luy trouva
de l'efprit , de l'ambition ,
& de la hardieffe 3 fous des
142 MERCURE
apparences
regulieres & devotes
. Il fembloit que la mort
de D. Juan duft la perdre entierement
; mais avant qu'il
finift , elle avoit pris poffeffion
de l'appartement
du
Palais & dix jours aprés
qu'il fut mort , elle partit
>
pour aller au devant de la
Reine.
Du cofté de France on avoit
reglé les jours de la
marche de cette Princeffe ,
pour arriver à Irun , & le
Marquis de los Balbaſez eut
foin d'en donner, avis à la
Cour
d'Efpagne.
GALANT. 143
E
La Reine fe mit en marche
le 20. de Septembre , ſervie
& gardée par la Maiſon du
Roy tant qu'elle fut en
France . Le Prince d'Harcourt,
de la Maifon de Lorraine ,
fut nommé Ambaffadeur Extraordinaire
pour l'accompagner
avec la Princeffe fa
Femme. Mademoiſelle de
Grancey prit le nom de
Dame , avec la qualité de fa
Dame d'Atour , & la Maréchale
de Clairambault qui avoit
efté fa Gouvernante
Juy fervoit de premiere Dame
d'Honneur. Elle traverfa ainfi
i
144 MERCURE
par
le
oute la France jufqu'à la Riviere
de Bidaffoa , qui la fepare
d'avec l'Espagne , où
dans cette Ifle celebre
Traité de Paix des Pyrenées ,
elle fut remife entre les mains
du Marquis d'Aftorga , Grand
Maiftre de fa Maifon , qui
avoit les ordres du Roy d'Efpagne
pour
la
recevoir.
Ce jour parut apporter un
grand changement à ſa vie.
Elle l'avoit paflée jufqu'alors
dans les manieres aifées dont
on vit en France , avec la liberté
de manger en public
durant fon Voyage , de dan
fer
GALANT 145
C
་་་
Les
с
for , d'aller à cheval quand il
luy plaifoit , de chaffer de
jour avec les Domeſtiques ,
& dans un moment elle fe
trouva au milieu de perſonnes
inconnues , dont elle
n'entendoit point la Langue,
dont le fervice & le refpcct
même l'embaraffoient, & dont
les manieres pleines de contrainte
& de gefne luy oftoient
tout ce qui avoit toû
jours fait fa douceur . L'antipatie
naturelle, des deux , Narions
, & l'extrême oppofition
qu'elles ont en tout ,
augmentoit ces defagremens
Mars 1690 . N
146 MERCURE
par mille circonftances particulieres
, les Efpagnols devenus
maiftres de fa perfonne
, voulant l'affujéttir dés le
premier jour aux moindres
formalitez de l'esclavage des
Reines d'Efpagne .
La Camarera Major , natu
rellement figide , ajoûtoit de
nouvelles peines à cette contrainte
, & fembloit vouloir
effacer tout d'un coup jufques
aux moindres chofes ,
qui auroient pû laiffer à la
Reine quelque fouvenir de
la douceur & des agréniens
de fon Païs.blote ormona
GALANT 147
t
·
Lors qu'elle partit de Ma
drid elle venoit de perdre D.
Juan Comme elle eftoit fa
Creature , elle devoit s'atten
dre à toute l'averfion de lą
Reine mere qu'elle voyoit
revenir à la Cour. Ce qu'il y
avoit de Grands Seigneurs
déchaifnez contre la memoi
re de D. Juan, l'eftoient auffi
contre elle , & fa Charge luy
ayant attiré la jaloufie des
premieres Femmes de la Cour,
que leur rang & leur merite
pouvoient y faire pretendre ,
leftoit difficile qu'à fon retour
elle puft fe foûtenir con
Nij :
148 MERCURE
tre tant de Partis qui la me
naçoient . Dans cet eftat , elle
jugea qu'elle devoit tâcher à
fe rendre fi neceffaire au Roy
pour la conduite de la Reine,
qu'il ne puft dans la fuite la
confier à une autre , & pour
réuffir , elle chercha tous
les moyens de connoiſtre à
fond cette Princeffe , non feulement
par ce qu'elle pouvoit
en voir elle- meſme, mais auſſi
par des connoiffances du paffé
, qu'elle tira , autant qu'il
Juy fut poffible , de quelques
perfonnes d'entre celles qui
eftoient venues de France avec
la Reine.
GALANT. 149
Pendant qu'elle cherchoit
à fçavoir fur ce fujet tout ce
qui pouvoit luy fervir à faire
au Roy un plan pour gouver
ner la Reine , & fe rendre ab
folument neceffaire , elle travailloit
avec la mefme application
à mettre dans l'efprit
de cette Princeffe un extrême
éloignement pour la Reinemere.
Beaucoup y travailloient
comme elle , c'eft à
dire , tous ceux du party de
D. Juan , dont la Maifon de
la Reine eftoit remplie. Ils
craignoient tous le pouvoir
& le reffentiment de la Reine
Nij
150 MERCURE
mere , & jugeant qu'ils n'avoient
rien de plus fort à luy
oppofer que la Reine , ils
chercherent à la faire haïr
par avance de cette jeune
Princeffe . Ils luy
infpiterent
que c'eftoit la perfonne du
monde la plus contraire à ſes
interefts ; qu'elle la
trouveroit
à Madtid avec toutes les
oppofitions
d'une Belle - mere ,
& tout le reffentiment
d'avoir
veu rompre le mariage de fa
Petite-Fille pour établir le
fien ; qu'elle n'en devoit ja
mais attendre d'amitié ny de
confiance ; que c'eſtoit une
GALANT KI
Femme imperieufe , accoûtumée
à gouverner , maiftreffe
de l'efprit du Roy , & qui
la tiendroit toûjours dans
l'esclavage.
Pour ofter aà la Reine tous
les moyens d'avoir jamais
d'autres veues que celles
dont ils la prevenoient , &
de pouvoir jamais s'approcher
de la Reine- Mere , ils
crurent qu'il falloit luy donner
pour l'Ambaffadeur de
France les mefmes fentimens
que pour elle. Ils perfuaderent
donc à la Reine qu'il
avoit toûjours efté dans d'é-
Nij
152 MERCURE
troites liaifons avec fa Belle
mere ; que dés fa premiere
Ambaffade il avoit eu part à
la confiance de cette Princeffe,&
qu'il ne s'étoit broüillé
avec D. Juan que pour les
interefts.Ils regrettoient d'ail
leurs devant la Reine la perte
qu'elle avoit faite à la mort
de D. Juan , qui avoit tout
facrifié , difoient-ils , pour
faire fon mariage , & dont
le Miniftere l'auroit rendue
Maîtreffe de tout.
Parmy les perfonnes qui
eftoient allées au devant de
la Reine par obligation , il
GALANT. 153
TIN
to
DOB
Y
fe trouvoit un Volontaire
que fes veuës particulieres
avoient amené , qui fe donnoit
neanmoins luy feul autant
de mouvemens que tous
les autres enfemble . C'eftoit
un Theatin Sicilien , nommé
Ventimiglia , homme de qualité
, qui avoit autrefois demeuré
à Paris , & qui parloit
bien François. Il s'eftoit entierement
facrifié à D. Juan
dans le commencement de
fon Miniftere , avoit fait des
fermens fanglans contre la
Reine Mere , & fur ce merite
avoit pretendu devenir Con
154 MERCURE
feffeur de la Reine. D. Juan
eſtant mort & fes elperances
finies , il s'engagea à faire le
voyage au devant de cette
Princeffe avec le Duc d'Of
fonne. Il s'avança jufques à
Bayonne , & comme il eftoit
hardy & d'un air ſpecieux ;
il prévint affément la Reine
& les principales perfonnes
d'auprés d'elle , & fut un de
ceux qui travailla le plus for.
tement à luy imprimer des
fentimens d'averfion pour la
Reine Mere , & de défiance
pour l'Ambaffadeur de Fran
ce , qui fe trouverent telleGALANT.
155
ར་
}:
ment établis dans l'efprit des
François mefmes , & particu
lierement des Femmes , qu'il
a fallu un long- temps & de
facheufes experiences pour en
détromper cette Princeffe.
Dans cette application qui
fembloit n'aller qu'à l'intereft
commun des Creatures
de D. Juan , Ventimiglia s'en
faifoit un particulier , dans
la veuë d'établir pour la
Reine un Miniftere , fous léquel
il pourroit avoir part à
la faveur. Pour ce deffein il
fit des Memoires & des plans
d'un Gouvernement , tel qu'il
156 MERCURE
•
fouhaitoit , nomma à la Reine
les Miniftres qu'elle devoit
éloigner , & ceux qu'elle devoit
employer. Le Duc d'Of
fonne eftoit à la tefte de ces
derniers , comme le feul hom
me capable de rétablir l'Etat,
& l'on y voyoit mille autres
chimeres d'un eſprit déreglé
par une ambition fans melures
. Dans cette grande nego
ciation il fut d'affez bonne
foy pour donner fes Memoires
au Prince d'Harcourt,
afin qu'il les prefentaft à la
Reinc.
La conduite du Duc d'OfGALANT:
157
fonne n'eftoit pas plus regudeliere
. Il eftoit party pour le
le Voyage aprés les autres, parce
qu'eftant revenu peu aupara-
I
ott want de fon exil , il n'avoit
pû faire fon équipage affez
promptement , mais fi-toft
eres
no
DO
20 qu'il fut arrivé fur la Frontiere
, il pretendit que toute
la fonction & tous les honneurs
de la reception de la
Reine luy appartenoient
. Le
Marquis d'Aftorga eftoit
Grand Maiftre d'Hoftel de la
Reine. Il avoit par cette raifon
toutes les preéminences
0 de la Maifon . D'ailleurs il
COL
158 MERCURE
eftoit fpecialement chargé de
la recevoir.Cependant le Duc
d'Olonne pouffa fi loin fes
entrepriſes , que le Marquis
d'Aftorga fut obligé d'en
écrite au Roy , qui le foûtint
par
de nouveaux ordres, mais
le Duc continuant toujours
fes contre-temps , eut ordre
de la Cour peu aprés de retourner
inceffamment à Madrid
, fans paffer à Burgos
où le Roy eftoit déja arrivé ,
& depuis il demeura fans
faire la Charge , ny entrev
au Confeil d'Etat .
{ Le eſtanc
Roy
Roy
cftant party de
GALANT. 159
Madrid le 21. d'Octobre , arriva
le 3. de Novembre à Buragos
, où il attendit la Reine
qui entroit en Espagne. Lors
qu'il eftoit forty de Madrid ,
de Duc de Medina- Celi , Sommelier
du Corps , & le Conneftable
de Caftille , Majordome
Major , eftoient dans
fon Carroffe fur le devant , &
à la portiere Dom Joſeph de
Silva, devenu premier Ecuyer
par la démiſſion du Comte de
Talara peu de jours avant le
Voyage. L'Amirante de Caftille
, Grand Ecuyer , ne partic
point , & prit pour pre-
::
160 MERCURE
texte , que faute d'argent il
n'avoit pû faire affez promtement
fon équipage. Ainfi ,
foit par cette raifon , ou par
celle d'une pareffe naturelle
qui l'éloigne de tout ce qui
a la moindre apparence de
fatigue , il demeura à Madrid
jufqu'au retour de la
Cour, qu'il alla une journée
Sau devant du Roy & de la
*Reine.
sb Pendant le temps que de
Roy eftoit à Burgos attendant
la Reine , qui fut d'environ
quinze jours elle envoya
luy demander permifGALANT.
16t
fion de manger en public , &
de monter quelquefois à cheval
durant fon Voyage , parce
que le Marquis d'Aſtorga , &
la Camarera Major ne crurent
pas y devoir confentir fans
un ordre exprés du Roy, qui
9 le luy permit volontiers .
Quelques jours aprés , elle luy
envoya pour celuy de fa
naiffance , une Montre de
Diamans , & une Cravate
avec un ruban couleur de
feu , qu'il mit d'abord en la
recevant , & fit donner cinq
cens piſtoles au Gentilhomme
qui l'avoit apportée.co
Mars 1690 . O
162 MERCURE
eut
Le Marquis de Villars qui
Is'eftoit rendu à Burgos quel
ques jours aprés le Roy ,
permiffion d'aller au devant
de la Reine , & la rencontra le
14. d'Octobre à Virebiefca .
Dans le peu de converſation
qu'il eut avec elle , il trouva
fon efprit plein d'inquietude
& de défiance , & qu'avec le
changement de pays , de gens,
& de manieres capables d'embaraffer
une perfonne moins
jeune qu'elle , les cabales qui
l'environnoient
, & les préventions
qu'on luy inſpiroit
de toutes parts , la mettoient
GALANT. 162
dans une agitation qui luy
faifoit tout craindre fans fçavoir
fur quoy s'appuyer . Il
râcha de la remettre , en luy
faifant voir qu'elle ne devoit
point s'arrefter à toutes les
จะ
impreffions des perfonnes qui
eftoient autour d'elle , qui
CTC
iet
ave
mc
less
ES
Epir
n'agiffoient que par des fins
particulieres ; qu'elle n'avoit
point d'autres intereſts à fuivre
que d'aimer le Roy , de
s'en faire aimer , & . d'entrer
dans une parfaite union avec
La Reine- mere ; qu'elle la
trouveroit dans tous les fentimens
d'affection & de ten-
Oij
164 MERCURE
dreffe qu'elle auroit pû atten
dre d'une Mere ; qu'elle devoit
s'attacher uniquement à
ce party , feul capable de
luy donner du repos , & de
la faire veritablement Reine .
Il eftoit le premier qui luy
cult parlé de cette maniere,
& fut long temps le feul , au
milieu d'un nombre de perfonnes
, qui par intereft on
par enteftement , luy traverfoient
fans ceffe l'efprit par
des impreffions de deffiance
ou de crainte , ou le luy vous
loient remplir de veuës chimeriques
de gouverner ,
&
GALANT. 165
, 22
d'eftre Maiftreffe de tout . Si
toft qu'il l'eut falüée , il revint
à Burgos , où il arriva le
18. au foir.
Comme la Reine qui devoit
ce jour là coucher à Quin
atanapalla eftoit affez prés pour
venir le lendemain à Burgos,
où le Prince & la Princeffe
d'Harcourt éftoient arrivez ,
le Marquis de Villars voulut
fçavoir ce que le Roy feroit
le lendemain, & quelle difavoit
pofition il y
OU reception de la Reine & pour
hila Ceremonie du Mariage.
D. Geronimo d'Eguia , Secreno
pour
la
166 MERCURE
taire d'Eſtat , l'aſſura qu'elle
fe feroit à Burgos , où l'on
attendoit la Reine le lende
main.
Cependant l'Ambaſſadeur
avoit rencontré par le chemin
le Patriarche des Indes.,
Grand Aumônier
du Roy ,
qui alloit au devant de la
Reine . Comme ce Prelat ne
devoit fe trouver prés d'elle
que pour une fonction Ecclefiaftique
, le Marquis de Villars
cut quelque foupçon que
Dom Geronimo d'Eguia ne
luy euft pas répondu jufte , &
il le verifia fi bien qu'avant la
GALANT. 167
Bu
nt
lec
Prela
τές J
On
E
Is del
is
Po
Eguil
juft
'ava
fin du jour il fceut que le
Roy iroit le lendemain à
Quintanapalla
pour achever
la Ceremonie de fon Mariage.
Il en avertit le Prince d'Harcourt
, & tous deux fe rendirent
à Quintanapalla de
bonne heure avant que le
Roy y vinft .
En y arrivant ils connurent
bien que ce n'avoit pas eſté
fans deffein que D. Geronimo
d'Eguia leur avoit voulu cacher
le temps & le lieu de la
Ceremonie, & qu'il avoit pretendu
qu'en les trompant de
cette maniere , ils ne pour-
&.
168 MERCURE
roient y affifter . Ils y trouve
rent la Camarera Major avec
les mefmes intentions. Elle
leur dit d'abord que le Roy
avoit défendu que perfonne
affiftaft à la Ceremonie de
fon Mariage, hors les Grands
Officiers , & ceux qui estoient
abfolument neceffaires , avec
le Gentilhomme de la Cham
bre quis eftoit de jour Le
Marquis de Villars luy die
qu'ils avoient ordre du Roy
leur Maiftre d'y affifter . Elle
répondit que le Roy leut
Maiftre n'avoit rien à com
mander en Espagne . Le Mar
quis
GALANT. 169
ION
of a
le B
Derfor
onk!
quis de Villars luy
repliqua ,
que le Roy fon Maiſtre com
mandoit à fes
Ambaſſadeurs,
& qu'ils
executoient ſes ordres
par tout à moins qu'on
ne les empefchaft de force ;
que fi le Roy d'Espagne
ne
vouloit pas que pas que les Ambaſſa
deurs de France
affiftaffent à
a Chi fon mariage , il pouvoit leur
donner par écrit un ordre de
ne s'y point trouver.
5 Gra
eftor
res ,ar
Ourm
Luyd
du A
ter
Loy
- La Ducheffe de Terranova
s'emporta fur cette réponſe
& dit beaucoup de chofes
hors de propos ; de forte que
Le les
Ambaſſadeurs
s'adreſſe
alcom
Mars 1690. Р
170 MERCURE
,
€
rent au Marquis d'Aſtorga ,
qui leur dit avec plus de
moderation , que c'eſtoit en
effet l'ordre du Roy. Il convint
neantmoins de dépefcher
un Gentilhomme à Sa
Majefté , pour faire expliquer
plus pofitivement cet
ordre . Le Gentilhomme rencontra
le Roy en chemin ,
qui trouva bon que les Ambaffadeurs
affiftaffent à la Ceremonie
, & il parut que
tout ce procedé eftoit une
cabale mal- honnefte de quelques
Courtisans , qui avoient
voulu donner ce dégouft aux
GALANT 171
Ambaffadeurs , ou peut- eftre
les empefcher de voir la pauvreté
de leur Ceremonie , qui
fe faifoit dans le plus miferable
Village de Caftille.
Le Roy arriva fur les onze
heures du matin à ce Villagestcompofende
neuf ou
8.
dix maiſons . La Reine s'avança
pour le recevoir à l'entrée
de fon Appartement ,
c'effi à dire d'une chambre
de Païſan , dont la porte répondoit
à l'Efcalier . Elle patut
fe jetter à genoux pour
luy! baifer la main ; il l'en
tempefcha & la releva ; mais
VOR
Pij
172 MERCURE
ils fe trouverent tous deux
bien embarraffez de ne fc
pouvoir entendre. Le Marquis
de Villars s'avança ; le
Roy luy permit de fervir
d'Interprete , & il leur fit
dire de part & d'autre ce
qu'ils auroient pû penfer de
plus honnefte.
Pendant ces complimens ,
le Marquis de Villars apperceut
que dans cette Chambre
mefme preparée pour la Ceremonie
, les Grands d'EL
pagne fe plaçoient à la droite .
Il en avertit le Roy , & luy
fit dire par le Marquis de
GALANT. 173
Ca
pit
STI
los Balbafez quel rang ilavoit
tenu en pareille occafion
à Fontainebleau Le Roy
convint que les Ambaffadeurs
de France l'euffent de melme.
Ainfi ils s'avancerent vers le
Conneftable de Caftille , qui
comme Grand Maiftre d'Hô.
tel eftoit à la tefte des Grands,
& le Marquis de Villars luy
dit qu'il occupoit fa place . Il
voulut fe défendre d'en fortir,
la conteftation dura un peu
mais avec honnefteté de part
& d'autre ; le Conneftable
voulut aller au Roy pour la
faire regler. L'Ambasadeur
س و ر
Piij
174 MERCURE
. A
luy dit que Sa Majesté l'avoit
déja reglée . Les Grands quirterent
le pofte , & fans en
prendre d'autres , ils fe répandirent
confufément
derriere
le Royale ali itnia
La Ceremonie eftant ache
vée , leurs Majeftez difnerent
enfemble , & à deux heures
aprés midy monterent en
Carroffe pour aller coucher
à Burgos. Le lendemain , la
Reine alla difner hors de lá
Ville à un Convent de Filles↳
appellées las Huelgas , d'où
elle partit à trois heures aprés
midy pour faire fon Entrée à
GALANT . 175
20
de
cheval en habit Efpagnol ,
car jufques alors , & mefme
le jour precedent , elle avoit
toûjours efté habillée à la
Françoiſe.
Le Prince d'Harcourt fit
fon Entrée. Le lendemain il
y cut des Mafcarades & des
Comedies. Le troifiéme jour
la Cour reprit le chemin de
Madrid , & la Maifon Françoile
de la Reine celuy de
France. La Reine retint feulement
quatre Femmes de
Chambre , dont deux avoient
efté fes Nourrices , quelques
Valets de Chambre , quelques
Piiij
176 MERCURE
Officiers pour la table , & un
Gentilhomme pour avoir foin
de cinq ou fix chevaux Anglois
qu'elle avoit fait ame
ner. Le Prince d Harcourt ,
la Princeffe fa Femme , Ma
dame de Grancey & la Ma
réchale de Clerambault cu
rent des Portraits de Diamans
de valeur proportionnée au
rang qu'ils tenoient alors dans
cette fonction ; mais la der
niere revenant en France
trouva fa Charge de Gouver
nante des Enfans de Monfieur
remplie par la Marquife Deffiat,
*
GALANT. 177
au
Le Roy & la Reine qui
heftoient partis de Burgos le
A - 23. de Novembre , arriverent
le premier de Decembre à
or deux lieues de Madrid
Village nommé Torrejon ,
où la Reine Mere alla les rencontrer
, & fit paroiftre à la
Reine toutes les marques
Et d'une veritable tendreffe .
de Cette Princeffe revint coude
cher à Madrid , & le lende-
VE
main fur les trois heures aprés
midy leurs Majeftez arrive
ferent au Retiro , où la Reine
DMere les attendoit,& où Elles
demeurerent prés d'un mois
178 MERCURE
& demy, jufqu'à ce que tou
tes chofes fuffent preparées
pour l'Entrée publique de la
Reine .
Je vous envoyeray le mois
prochain , comme je vous
l'ay promis d'abord , une fuite
de ces Memoires
, qui vous
apprendra toutes les intrigues
que l'on employa pour affu
jettir entierement
cette jeune
Princeffe
à l'esclavage
qu'on
luy preparoit , ce que je con
tinueray de faire dans les au
tres mois.
A
Je vous fis fçavoir par ma
derniere Lettre la promotion
GALANT. 179
de M'de Fourbin de Janſon ,
Evefque & Comte de Beau
vais, au Cardinalar . Le Chapitre
de fa Cathedrale n'en eut
pas plutolt receu la nouvelle ,
qu'il donna des marques d'u
ne joye qu'il fouhaitoit depuis
long- temps de faire pa
roiftre. Elle fut annoncée lá
veille à la Ville & aux envi
rons , par le fon & le carillon
reiteré de toutes les Cloches,
& le lendemain , jour de la
Chaire de S. Pierre , le Cha
pitre augmenta la folemnité
de la fefte du Patron de cette
Cathedrale par un Te Deum
180
MERCURES
chanté en Mufique , où tous
les Corps de la Ville s'emprefferent
t
d'affifter ,
prendre part à une Fefte qui
devenoit commune à tout le
pour
Peuple . Le Portail de l Eglife
eftoit decoré des Armes du
Pape , du Roy , du nouveau
Cardinal & du Chapitre.
Cette Ceremonie finit par un
feu de joye qui fut allumé
au fon des Cloches , aux fanfares
des Trompetes , & au
bruit des la
Moufqueterie
du grand nombre de Gardes
& Habitans des Terres du
Chapitre › par M' l'Abbé
GALANT. 181
d'Omeffon , Doyen , & par
le Chantre , & le Sous-
Chantre
fuivis
proceffionnellement
de tous les Chanoines
& . Officiers de la Cathedrale.
L'allegreffe parut
vive & generale, tant du cofté
du Chapitre , que de celuy
des Corps & du Peuple , &
les chofes fe pafferent d'une
maniere
qui fit connoiſtre
que le zele Y avoit encore
plus de part que le devoir .
Le Chapitre, & tous les Corps
ont député à ce nouveau
Cardinal
pour luy faire des
complimens
fur fa promotion
.
182 MERCURE
Le 17. du mois paffé , les
Mayeur & Echevins de la
Ville de Peronne, firent celebrer
un Service folemnel pour
feu M le Marquis d'Hoquincourt
, Gouverneur de cette
Ville, Les Chanoines de l'Eglife
Collegiale, de S Furly fe
joignirent avec eux pour cette
Ceremonic qui fe fit dans leur
Eglife . Le Choeur eftoit ten .
du de trois lez de drap noir ,
chargez d'Ecuffons aux Armes
du défunt. Ily avoit au
milieu une Eſtrade élevée, fur
laquelle eftoit la reprefentation
couverte d'un Poëfle de
GALANT. 183
Ho
de
fivélours noir , avec une Coudronne
de Marquis & le Col-
Ente lier des Ordres du Roy fous
un Crefpe noir . Les deux
marches de l'Eſtrade eftoient
garnies de Chandeliers d'arde
gent en grand nombre , avec
Fur plufieurs autres Cierges dans
our le refte du Choeur. La veille
on chanta les Vigiles , & le
lendemain la Meffe fur cele .
brée. Tous les Corps de la
Ville affifterent auffi - bien
bansi
UX
ve
*
y
T
vo que les Curez & le Clergé des
Paroifles , tous les Religieux
des Convents,Cordeliers, Mi-
De nimes & Capucins,M le Licuref
184 MERCURE
rs
tenant de Roy , M™ les Officiers
de l'Eftat major , & la
Nobleffe des environs. M' du
Bailliage s'y trouverent auffi
en Corps , & Mrs de l'Eletion
& du Grenier à Sel.
Tant de Corps joints enfemble
avoient quelque chofe de
majestueux & de grand. M
Houbrel , Chanoine de l'Eglife
Collegiale
, prononça
l'Oraifon Funebre avec beaucoup
d'éloquence , & fit voir
la valeur , la fageffe & la mo
deration de feu M le Marquís
d'Hocquincourt . La Ccremonic
fut regléc par les
13
C
GALANT. 185
foins de M Aube ,
Mayeur
de la Ville , qui fe
diftingue
Mdans toutes les occafions ou
na fon employ demande du zele,
des foins , & de la vigilance
& qui ne s'eft pas épargné
cala lors que la gloire de la Franchok
ce l'a engagé à faire paroiand
tre fa generofité . Je vous en
ay parlé en plufieurs occafions.
va
de
ΤΟΣΟ
cba M Sanfon -five au Public lant de donner
La
бр
de Po
と
Diocefe de l'Elavefché
de Poitiers . C'eſt une
e Medes Cartes particulieres de la
France , dont feu M' Sanfon
par fon Pere avoit mis plu-
Mars 1690. Q
186 MERCURE
Geurs au jour & que le Fils
continue. Ilsion ont déja fair
environ la moitié. Ce fera
une fuite de plus de deux
cens feuilles qui compoferont
plufieurs Volumes avec les
defcriptions. Perfonne n'avoit
encore entrepris un pareil
Ouvrage . Ils ont remarqué
fur chaque Carte trois fortes
de Divifions ; la premiere
pour l'Eglife , par les Diocefes
des Archevefchez & des Evel
chez ; la feconde pour la Jus
ftice , par les Bailliages , Prevoftez
, Senechauffées & Prei
fidiaux , qui reffortiffent aux
GALANT. 187
Je t le
jai
Cek
e da
ofer
ec
met
Enpar
Parlemens ; & la troifiéme
pour les Finances , par les
Elections des Generalitez . Ils
ont déja mis au jour tous
les Evcfchez Suffragans des
Archevefchez de Lyons de
Sens , de Paris , de Besançon,
de Tréves , de Rheims , de
Cambray , de Malines , & une
partie de ceux de Tours , de
Teme Bourges , de Bordeaux & de
Touloufe , comme auffi ceux
de Mayence , de Cologne &
la d'Utrecht , jufqu'à l'étenduë
de l'ancienne Gaule . Les mel
mes Cartes comprennent la
plus grande partie des Bail.
mar
Dio
for
es Eve
P
&Pr
ntaus
Qij
188 MERCURE
liages , des Prevoſtez & des
Senechauffées
qui reffort flent
au Parlement de Paris , &
toutes les Jurifdictions
des
Parlemens de Dijon, de Metz,
de Besançon , des Cours Sou
veraines de Tournay , de Bri
fac & une partie de celles
des Parlemens
de Bordeaux
& de Touloule
. L'on trouve
dans ces Cartes les Elections
des Generalitez
de Paris , de
Soiffons,d'Amiens , de Metz ,
de Dijon, de Lyon , de Bourges
, d'Orleans , de Poitiers ,
& une partie de celles de
Tours de Bordeaux
dé
GALANT. 189
Touloufe , & de Montpellier.
Ces Carte's contiennent les
Païs de Picardie , de l'Ifle
IS de France , de Champagne ,
de Bourgogne , de Breffe , du
Lyonnois , du Nivernois , du
Berry , d'Orleans , de Beauce,
adu Maine , du Poitou , d'Aunis
, du Perigord , de l'Agenois
, & quelque chofe du
Languedoc , & particulieresment
les Frontieres pour la
M Guerre ; fçavoir les Cartes
Br des Païs Bas François & El
tispagnols , de la Lorraine , de
la Bourgogne Comté , & des
Païs qui font fituez fur le
190 MERCURE
Rhin , qui font les Suiffes ,
l'Alface , le Palatinat du Rhin ,
les Electorats
de Mayence
,
de Tréves & de Cologne .
Quoy que je vous parle
fouvent des Cartes nouvelles
que l'on met au jour , & que
je vous en parle avec avan .
rage, vous devez eftre perfuadée
que je ne les crois pas
meilleures
que celles
Samfon
a faites , ou peut faire
des mefmes Pays . Tout le
monde fçait qu'il eft le premier
homme du monde pour
ces fortes d'ouvrages
, & qu'il
n'a jamais paru de Cartes lous
•que
Mi
GALANT. 191
are
fon nom , qui n'ayent efté
dans une eftime generale.
Je vous dis le mois paffé.
que je vous entretiendrois
encore de M le Brun. On ne
peut trop parler d'un hom
me fi merveilleux . Je vous
22 marquay que le Roy l'avoit
ennobly , & je vous envoye
aujourd'huy fes Lettres de
Nobleffe, eftant perfuadé que
vous prendrez plaifir à voir
en quels termes Sa Majefté y
parle d'un fi rare homme.
15 A
uC
ר ע
.....
€93
192 MERCURE
Lo
par
OUIS la grace de
Dieu , Roy de France. &
de Navarre, à tous prefens
à venir Salut. Bien que La
vèrtu militaire rende les Sou
verains redoutables à leurs Ennemis
, qu'elle établiſſe la tran
quillité de leurs Sujets faße
L'éclat de leur Regne , on peut
dire neanmoins que comme d'un
cofté les Armes augmentent
&
affermiffent les Etats , les Arts
Liberaux , les autresVertus
de la Paix les embelliſſent
ey
font naiftre l'abondance . C'eft
auffi par ces confiderations que
Tes
GALANT. 193
les plus fages des Conquerans ,
-aprés avoir rendu participans de
leurs Lauriers & afſocié à la
gloire de leurs Triomphes ceux
qui avoient employé leur fang
pour la grandeur du Roy , &
pour le falur de leur Patrie , ont
jugé digne de leurs foins la recherche
de ces grands Genies
lefquels par l'excellence de leur
Art fesfont rendus illustres dans
beur Siedle , & ont tranfmis à
la Pofterité leurs noms bien plus,
avant que leurs Ouvrages ; &
comme ceux qui ont excellédans
la Peinture ont toujours esté
dans tous les temps tres favo
Mars 1690.
R
194 MERCURE
rablement traitez dans la Cour
des plus grands Princes , & que
non feulement leurs Ouvrages
ont contribué à l'embelliſſement
de leurs Palais , mais encore ont
fervi de monument à leur gloire,
exprimant à la pofterité par un
langage muet leurs plus belles &
beroiques actions , & qu'on en
a fait mefme l'ornement des
Temples , où par les vives eg
les plus animées expreffions des
chofes faintes , ils élèvent les
coeurs aux Autels , & fecon
dent par lafainteté de leurs artifices
le zele la pieté des Miniftres
; auffi nous avons bien
1.
GALANT 195
*
voulu donner au S le Brun , nofre
premier Peintre , des marques
de l'estime que nous faifons
de fa perfonne, & de l'excellence.
de fes Ouvrages , qui effacent
par un aveu univerfel , ceux
des plus fameux Peintres, &
par une récompenfe d'honneur
proportionnée
à fa vertu , donner
aux autres de l'émulation pour
l'imiter, & fe mettre en eftat
1 par leur étude & leur application
, de meriter de pareilles graces.
A ces cauſes , & autres
confiderations à ce nous mouvant,
de noftre grace fpeciale ,pleine
spuiſſance
& autorité Royale ,
TS
Rij
196 MERCURE
&
Nous avons par ces prefentes
fignées de notre main , decoré
honoré, decorons & honorons du
titre & qualité de Noble ledit
S le Brun ; Voulons qu'il ſoit
tenu reputé pour tel ; enfemble
fa Femme & Enfans , pofterité
er lignée , mafles & femelles
nez & anaiftre , & procreez en
loyal mariage , & que luy &
ceux de fadite pofterité & lignée
foient en tous actes & en
droits , tant en Jugement que
dehors, tenus , cenfez &reputez
Nobles , portant la qualité d'Ecuyers
, puiffent parvenir à
tous degrez de Chevalerie & de
GALANT. 197
Gendarmerie , acquerir , tenir &
poffeder toute forte de Fiefs, Sei
gneuries & Heritages nobles, de
quelque titre & condition qu'ils
foient , & qu'ils jouiſſent de tous
honneurs , prérogatives , preéminences
, privileges , franchifes ,
THY
, exemptions immunitez dont
jouiffent & ont accoutumé de
jouir & ufer les autres Nobles
de nostre Royaume , tout ainfi
que fi ledit S le Brun estoit iffu
de noble & ancienne Race , d
de porter Armes timbrées telles
qu'elles font cy empreintes ,fans
pour ce qu'ilfoit tenu nous payers
ny aux Rois nos Succeffeurs ,
R iij
198 MERCURE
aucune finance & indemnité ,
dont à quelques fommes qu'elles
puiffent monter , nous les avons
déchargez déchargeons , &
luy avons fait & faifons don
par ces prefentes. Si donnons en
mandement
à nos amez &feaux
Confeillers, les Gens tenant noftre
Chambre des Comptes à Paris
, à tous nos autres Officiers
qu'il appartiendra
,
nos prefentes Lettres d'ennoblif
fement de tout le contenu
cy-deffus , il faffent , fouffrent
laiffent jouir & ufer ledit le
Brun , fes Enfans & pofterité ,
nez & à naiftre en loyal mariai
e
, que
de
GALANT. 199
Ons &
ani
es
аж
nno
COM
Suff
fter
mank
gepleinement paisiblement &
perpetuellement ceffant & faifant
ceffer tous troubles & empefchemens
, nonobftant tous les
Arrefts , Reglemens , Ordonnan–
ces , autres Lettres à ce contraires
, aufquels nous avons dérogé
dérogeons par ces prefentes
: Car tel eft noftre plaisir.
Et afin que ce foit chofe ferme
& ftable à toujours , nous avons
fait mettre noftre Scel à cefdites
prefentes. Donné à Paris au mois
de Decembre l'an de grace 1662.
de noftre Regne le vingtiéme.
Signé , LOUIS. Et fur le
reply, Par le Roy, Phelipcaux.
R iiij
200 MERCURE
Regiftré en la Chambre le 22.
Decembre 1662.
Quand le Roy donna ces
Lettres de Nobleffe à M' le
Brun , il n'avoit encore fait
qu'une partie des Ouvrages
qui luy ont acquis tant de
reputation depuis ce tempslà.
Voicy la Liſte de plufieurs
Estampes qui ont efté gravées
d'aprés luy , & qui fe
vendent chez le Sr Perou ,
ruë de Richelieu , à l'Academic
Royale de Peinture &
de Sculpture
.
La
Bataille & le
triomphe
de Conftantin.
GALANT. 201
na:
M.
ant
Les cinq pieces dont les
Estampes font chez le Roy ,
qui reprefentent les cinq plus
memorables actions d'Alexandre
; fçavoir la Bataille de
Porus ; la Famille de Darius ,
la Bataille d'Arbelle ; le Paffage
du Granique & le
uf Triomphe d'Alexandre.
Le Crucifix des Anges .
Le Roy à cheval en grand,
Une Theſe où le Roy donne
la Paix.
Perc
ure Le Platfond de Vaux le
Vicomte.
Le Platfond de Sceaux.
Trois Livres , l'un des Fon
202 MERCUR E
taines ou frifes maritimes ,
l'autre des Fontaines
pour
le
fer à cheval à Verfailles , l'autre
reprefente les Pavillons
de Marly.
* Le Maffacre des Innocens .
La chûte des mauvais Anges.
Le Saint Etienne , dont le
Tableau fe voit à Noftrc-
Dame.
La
Preſentation de la Vierge
au Temple.
Le Chrift au Jardin , gra
vé par M' Rouffelet .
Un grand Crucifix gravé
par le mefme
.
GALANT. 203
LEID
pour
es ,
Une
Madeleine , gravée par
le mefme .
Une Defcente de Croix ,
le mefme.
avil
gravée par
Un Saint
Auguſtin.
DEC
Un Saint Antoine grave
le mefme.
ais
par
don
No
Les douze Apoftres .
Le Martyre des Jefuites
dans le Japon.
Vi par
11
Un Chrift au Deſert fervy
les Anges.
La Coupe de Sceaux qui
ne fe vend pas .
Une Sainte Therefe.
Le Saint Charles d'aprés
celuy qui eft à fa Chapelle.
204 MERCURE
Une Madeleine dans le mo
ment de fa Converſion , &
autres fujets differens , foit
Vierges ou autres qui ont
efté gravez par les St Edelinth
, Audran , Rouffeler ,
les deux Mrs Poilly , fans
compter ceux qu'on grave
aujourd'huy , & qui ne font
point encore au jour , du
nombre defquels font un
Platfond du Seminaire de S.
Sulpice , qui doit cftre bientoft
achevé de graver , & fon
portement de Croix.
Sa Majesté en a fait auffi
graver beaucoup qui ne fe
GALANT.
205
S
E
ne
vendent pas , comme le grand
& fuperbe Efcalier de Verfailles
, & la grande Galerie
du Roy au mefme lieu , qui
n'eſt pas encore achevée .
On voit des Ouvrages de
Mr le Brun aux Recolets de
Pique - pus , le Serpent d'Airain.
A Saint Sulpice , la Pentecofte.
Au Sepulchre , le Tableau
du Maiftre Autel .
Aux Carmelites , quatre Tableaux.
Aux Capucins, du Fauxbourg
Saint Jacques , la Pre206
MERCURE
fentation de la Vierge.
Le Maffacre des Innocens ,
chez M' du Mets .
La Galerie de M' Lambert.
Dans le vieux Louvre , la
Galerie d'Apollon .
II y a auffi de fes Ouvrages
chez M de Rambouillet , &
l'on voit de fes commencemens
dans la Salle des Gardes
du Palais Royal , chez M²
Seguier , & à Saint Germain
en Laye.
:
Jamais homme n'ayant travaillé
avec tant de facilité
que M ' le Brun , il a fait enGALANT.
207
core beaucoup d'autres Ouvrages
qui font chez des Particuliers
, & chez plufieurs de
fes Amis , & dont je ne puis
vous dire les noms Il fit il
ya quelques années une Defcente
de Croix pour M' l'Ar
chevefque de Lyon , qui devoit
fervir de Tableau d'Autel
dans la mefme Ville. Mr
de Louvois , qui malgré l'occupation
que luy donnent les
plus importantes affaires de
l'Etat , s'eft appliqué avec
foin à tout ce qui regarde les
Arts depuis qu'il eft Surintendant
des Baltimens , ayant
208 MERCURE
efté aux Gobelins pour en
vifiter les Ouvrages , vit chez
Mr le Brun cette Defcente de
Croix , & l'Ouvrage luy parut
fi beau , que ce Miniftre
le retint pour le grand Autel
de la Chapelle neuve que
le Roy fait baltir à Versailles,
& dont la guerre n'a point
fait difcontinuer le travail,
Il y avoit quelques années ,
lors que Mi le Brun eft mort ,
qu'il ne s'appliquoit prefque
plus qu'à faire des Tableaux
pour Sa Majefté , ce que les
Peintres appellent des Tableaux
de chevalet , c'eft à
GALANT . 209
ทะ
UCA
ไป
•
dire , tout ce qui n'eft point
Platfond , Galerie , & autres
grands Ouvrages de cette nature,
qui ne peuvent eftre finis
comme un Tableau qu'un
Peintre travaille chez luy à
loifir , & qu'il fait entier luymefme.
Ceux que Mr le Brun
a faits pour le Roy depuis
quelques années , font les
Filles de Jetro , l'entrée de
Noftre Seigneur en Jerufalem
, le Porte- croix , Elevation
de Noftre- Seigneur für
la Croix & une - Nativité à
laquelle il travailloit lors
qu'il eſt tombé malade , &
Mars 1690 .
S
210 MERCURE
qui n'eft pas achevée . Le Ro
qui prenoit plaifir à voir c
Tableaux ', en découvroit les
beautez luy - mefme , & les
faifoit remarquer
à toute la
Cour.
Quelques jours aprés que
Mile Brun eut eftré inhumé,
ele Corps de l'Academie de
Peinture & de Sculpture luy
fit faire un Service aux Grands
Auguftins, qui répondoit à ce
qu'elle devoit à un Chef fi illuftre
. Tous ceux qui compofent
ce Corps s'y trouverent,
ainfi que plufieurs perfonnes
diftinguées par leurs Charges
GALANT. 211
& par l'amour qu'on sçait
qu'elles ont pour les beaux
Arts. L'apréfdinée de ce même
jour , Mr de la Chapelle ,
Infpecteur des Arts & des
Sciences , fe rendit à l'Academie
de Peintu & de Sculpture
, & portant la parole
pour M de Louvois , il fit
entendre les intentions du
Roy à l'égard de M: Mignard
212 MERCURE
avoir paffé par ce degré . Deux
jours aprés il fut nommé à
toutes celles que poffedoir
feu Mr le Brun , & receu par
quatre Députez fur les degrez
de l'Academie, où tout
fe paffa à la maniere accoutumée
.
Comme je n'auray plus
guere d'occafions de parler
de M' le Brun , je vous envoye
fon Portrait . Il vous fera
1
GALANT. 213
Il eft dangereux de braver
Amour. Il ne manque point
de moyens de fe vanger , &
quand il pardonne aux uns,
il fait fon plaifir de punir les
autres . Vous allez connoiftre
la verité de ce que je dis , par
e qui eft arrivé depuis quel
à deux Cavaliers ,
ue
temps
i s'étoient flatez également
pouvoir toûjours demeu-
Maiftres d'eux - mefmes
As avoient roue de214
MERCURE
ayant un Aifné qui ne luy
laiffoit que le fecond rang,
avoit pris le nom de Chevalier.
Ils s'eftoient connus
dés leur bas âge , & ayant
beaucoup d'efprit l'un & l'autre
, ils avoient lié infenfi
blement une amitié fort é
troite. Cependant leurs caracteres
estoient extremeGALANT.
215
2
malgré l'oppofition de leur
humeur. D'ailleurs , l'enjouë
-ment de l'un n'avoit rien
d'évaporé , & la mélancolie
de l'autre eftoit une mélancolie
douce qui avoit fon
agrément . Ainfi il ne faut
pas s'étonner fi , leur union
fubfifta toûjours. Ils fe quirtoient
rarement , & faifoient
enſemble la plufpart de leurs
vifites . Les Dames qui étoient
-le plus en reputation d'avoir
du merite & de l'efprit , fouhaitoient
de les connoiftre ,
& l'un ne faifoit aucune habitude
en quelque lieu que
216 MERCURE
ce fuft , qu'il n'y menaft fon
Amy. Tous deux faifoient
le plaifir des plus belles Compagnies
. Le Marquis , tout
melancolique
qu'il eftoit , difoit
les chofes d'une maniere
douce & infinuante , qui ne
manquoit point à faire effet ,
& le Chevalier , toûjours vif
& enjoué , brilloit tellement
dans la converfation
, qu'on
ne fe laffoit jamais de l'entendre.
La plus ordinaire reflexion
qu'ils faifoient , étoit
fur l'aveuglement
qu'ils
voyoient en beaucoup de
gens , qui cftant fort amoureux
GALANT. 217
14
moureux donnoient dans le
mariage . Ils concevoient bien
qu'on pouvoit chercher à
plaire à une jolie perfonne ,
& aller mefme avec elle juf
qu'à un certain degré de paffion
; mais ils ne pouvoient
comprendre que l'on s'oubliaft
affez pour vouloir fe faire
un devoir indiſpenſable du
plaifir d'aimer & ce qui ceffoit
d'eftre l'effet d'une volon-
1 té entierement libre , n'ayant
rien qui les touchaft , ils plaignoient
les mal heureux qui
en fe faifant Maris étoufoient
l'amour qu'ils pretendoienr
Mars 1690 . T
218 MERCURE
fatisfaire. Ces reflexions lest
conduifoient à de plaifantes:
fatyres, & comme ils les laiffoient
fouvent échaper , on
les regardoit fur le pied de
gens avec qui il ne falloit
prendre aucun veritable engagement.
Cela eftoit cauſe.
qu'on écoutoit leurs douceurs
comme des paroles.
dont l'arrangement
marquoit
de l'efprit , fans qu'elles
fiffent nulle impreffion fur.
le coeur de celles à qui elles
s'adreffoient
. Cependant en
s'examinant eux- mefmes fur
Faverfion qu'ils croyoient a
GALANT. 219
voir pour le mariage , ils fe
demanderent plufieurs fois fi
malgré toutes les proteftations
qu'ils faifoient d'y renoncer,
ils ne feroient point:
un jour affez fous pour s'engager
tout de bon & faire
comme les autres . L'idée
de qu'ils fe firent de la fervitudel
ooù ils fe mettroient les effraya
tellements qu'afin de fe garantir
de ce qu'ils envifageoient
comme le plus grand
de tous les malheurs , ils re
folurent de figner un Billet
double , par lequel ils arrefterent
que celuy des deux qui
Tij
220 MERCURE
J
fe marieroit le premier, paye
roit mille piftoles à l'autre.
Ce Billet fut accompagné.
d'un fort grand ferment , de
ne fe faire la deffus aucune
grace , & de fe traiter à la
rigueur. Deux ans fe pafferent
fans que l'un ny l'autre cuft
lieu de fe repentir d'avoir figné
le Billet , mais ils tomberent
enfuite entre les mains
d'une jeune Veuve, qui ayant
fceu qu'ils paffoient pour eftre
incapables de s'attacher , fe
mit en tefte de leur donner
de l'amour . Il luy parut qu'il y
alloit de fa gloire , & ce moGALANT
. 221
LICE
+
tif qui flatoit fa vanité luy
fit tout mettre en ufage pour
venir à bout de fon deffein.
Elle eftoit belle , & toute
ut pleine d'efprit. C'estoit dequoy
embaraffer les plus infenfibles.
Jugez fi le foin
qu'elle voulut prendre de leur
paroiftre agreable , put de
meurer longtemps inutile .
Elle avoit l'adreffe de s'accommoder
à leur caractere ,
& file Chevalier trouvoit
dans fon enjoûment un rapport
d'humeur qui le charmoir,
le Marquis remarquoit
dans fes manieres je ne fçay
ОД
a
Cou
mc
Tiij
222 MERCURE
quoy de piquant qui luy faifoit
croire , qu'un peu de mélange
de gayeté avec la mélancolie
, le rendroit heureux.
Ils s'apperceurent
bien - toft
de la victoire qu'ils luy laif
foient remporter
, & ce qu'il
y cut de rare , c'eſt que l'un
ny l'autre ne penetra dans
les fentimens
de fon Amy.
Il est vray qu'ayant connu
leur foibleffe
, ils en curent
honte
, & que pour s'en garantir
ils virent la jeune
Veuve beaucoup
moins fouvent
qu'ils ne voyoient plufieurs
autres Dames ; mais le
>
"
h
GALANT
. 223
U2
a
urch
1-10
temps eftoit venu où ils devoient
aimer neceffairement ,
& fi la précaution de n'eftre
pas affidus à rendre des ſoins
à cette aimable Perfonne ,
y éloignoit tous les foupçons
qu'on cuft pû avoir qu'ils en
fuffent amoureux , ils ne retournoient
jamais chez elle
Con
Cur
A fans fe fentir & plus convaincus
de fon merite , & plus
fortement touchez de fa
beauté. Le Marquis voulant
jeur connoiftre comment fon
coeur eftoit difpofé pour luy,
pluy dit en termes tendres &
is paffionnez fans fe declarer
Tiiij
224 MERCURE
entierement , tout ce qui
pouvoit luy faire comprendre
qu'il avoit deffein de luy
propofer un mariage , & la
Dame luy ayant répondu affez
favorablement fur cette
ouverture, il auroit efté plus
loin , fi le Billet des mille
piftoles ne l'euft arreſté . Il
crut que c'estoit affez qu'il
puft s'affurer de réuffir s'il
parloit plus clairement , &
mit toute fon application à
chercher quelque moyen de
rendre le Billet nul. Cependant
il laiffa prendre les de
vants à fon Amy. Le ChevaGALANT.
225
ce
pro
X CH
lier trouva dans la Veuve un
tour d'efprit fi peu ordinaire ,
dek tant de grandeur d'ame dans
, & fes fentimens , & une bonté
dua de coeur fi engageante, qu'enfin
ne pouvant plus refifter â
té un amour qu'il contraignoit
depuis fi longtemps , il fut
té plus hardy que le Marquis ,
& fans s'embaraffer du Biller,
il demanda à la Dame fi elle
voudroit confentir à l'épou
fer. Comme en s'étudiant à
luy donner de l'amour elle
n'avoit
fermé les yeux fur
fes belles qualitez , & que dans
la fecrete difpofition où fon
z qu
firs
nt ,
en
Cep
es
Cher
pas
226 MERCURE
coeur eftoit , cette propofi
tion ne luy pouvoit cftre que
fort agreable , elle la receut
avec beaucoup de plaifir.
Ainfi ne s'agiffant plus que
d'en venir à l'effet , le Chevalier
en montra un empref
fement inconcevable , & la
pria feulement de vouloir
traiter l'affaire fans en rien
dire à perfonne qu'aprés la
conclufion . Elle fouhaita d'en
fçavoir la caufe , & le Chevalier
luy expliqua ce qui
's'eftoit fait entre luy & fon
Amy , dont il vouloit empeſcher
les raiſonnemens qu'il
GALANT. 227
ר ע
fi
employeroit pour le détourner
du mariage . La Dame luy
fccut bon gré de ce qu'il avoit
peu de peine à luy facrifier
les mille piftoles , & jugea
que cette feule raiſon avoit
retenu le Marquis , qui fans
cela luy auroit parlé plus ouvertement.
Elle trouva pourtant
à propos de ne dire rien
au Chevalier du commencement
de paffion qu'il luy a
voit fait paroiftre, & fut bienaife
qu'l demandaſt le ſecret,
puis qu'elle évitoit par là tout
ce qu'auroit pû tenter le Mar
quis pour rompre l'affaire
228 MERCURE
On fit venir un Notaire Amy,
& deux jours aprés la Veuve
partit pour la Campagne , où
le Chevalier devoit aller l'époufer.
Dés le lendemain de
fon départ , il alla chez le
Marquis, Tuteur d'une Niece
que le Frere aîné du Chevalier
recherchoit en mariage.
Il avoit le confentement de
la plufpart des Parens , mais
celuy de l'Oncle Tuteur luy
eftoit abfolument neceffaire,
& le Chevalier s'eftoit engagé
à l'obtenir dans toutes les
formes où il devoir estre. Il
Juy en avoit déja parlé trois
GALANT. 229
段
ou quatre fois, & lors qu'il
le preffa de finir , parce que
fon Frere s'impatientoit du
retardement, le Marquis luy
répondit qu'il alloit faire ce
qu'ilfouhaitoit,pourveu qu'il
luy accordaft une autre chofe,
qui eftoit de déchirer le Billet
des mille piftoles. Le Cheva
lier qui ne s'attendoit à rien
moins qu'à une demande qui
luy eftoit fi avantageufe , luy
dit en riant qu'il le vouloit
empefcher de tomber dans le
malheur dont ils avoient par
lé tant de fois enſemble; mais
le Marquis prit la choſe d'u
230 MERCURE
L
ne maniere toute ferieufe , &
luy ayant fait entendre que'
le confentement qu'on luy
demandoit , dépendoit uniquement
du Billet à rendre ,
il le pria de ne point chercher
de qui il pouvoit eſtre rouché,
ajoutant qu'il demeureroit
peut eftre dans la refolu
tion de ne s'engager jamais ;
mais qu'il luy fachoit de n'en
pas avoir la liberté. Quoy
que le Chevalier n'euft aucun
foupçon qu'il aimaft la jeune
Veuve , il ne voulut rien ap
profondir. “ Les deux Billets
furent déchirez , & chacun
GALANT. 23r
demeura libre à faire ce qu'il
voudroit . Le Marquis fic
force veux pour le retour de
la Dame à qui il pretendoit
offrir fa fortune , & le Chevalier
alla la trouver . Il luy
die en arrivant qu'on l'avoit
mis à couvert du payement
des mille piftoles , & elle fo
mit à rire fur ce qu'elle
voyoit bien qu'il ne tenoit
plus qu'à elle de ſe marier
avec le Marquis . Elle n'eut
pourtant aucune tentation de
manquer au Chevalier , pour
qui fon coeur eftoit prévenu .
Elle l'époufa peu de jours
232 MERCURE
aprés , & cette nouvelle mit
le Marquis dans une douleur
inconcevable. Il s'accufa d'avoir
travaillé luy- mefme à
fe détruire
, & croyant que
fon Amy n'euft fongé à
la jeune Veuve , que depuis
que les Billets avoient efté
déchirez , il eftoit au defef
poir de n'avoir pas prévenu
ce coup en luy declarant en
ce temps - là qu'il avoit deffein
de l'époufer. Le Cheva-
Hier en le revoyant le laiſſa
dans fon erreur , & aprés luy
avoir dit qu'il avoit eu tort
de ne fe pas expliquer, il ajoûGALANT.
233
T
ta que s'il eftoit malheureux ;
ce feroit à luy qu'il s'en
#prendroit. On affeure fort
qu'il n'a encore eu aucun fujet
de fe repentir de fon máriage
, & felon les
apparences,
il n'en fçauroit efperer que
des fuites fort heureuſes .
Vous me pricz de continuer
à vous mander des nouvelles
de la Tontine. J'ay à
yous en dire mille chofes
qui vous doivent eſtre d'autant
plus agreables , que je
fçay que cet établiſſement
vous a paru avoir de grands
avantages pour tous les Par-
Mars 1690. V
234 MERCURE
ticuliers , & que vous avez
toûjours affuré qu'il réüffi
roit. Comme les Parties ne
>
on
font que de cent écus
s'eftoit perfuadé d'abord que
chacun n'en prendroit qu'
une , & qu'il faudroit un fort
grand nombre de perfonnes
pour remplir les Claffes , qui
font chacune de 100000. liv.
de rente . Cependant le contraire
eft arrivé, & tant de par
ticuliers y ont mis de groffes
fommes , comme je vay vous
le faire voir en vous les nom
mant , que la mort d'um feul
ferá quelquefois autant grofGALANT.
235
fir la part de ceux qui refteront
, que s'il eftoit mort
trente ou quarante perfonnes.
Ainfi le nombre qu'il
auroit fallu pour remplir les
Claffes , fi chacun n'y avoit
mis que cent écus , eſtant
beaucoup moindre , celuy
qui reftera le dernier aura
bien moins de temps à attendre
les cent mille livres
de revenu , dont il doit jouir .
Comme il eft déja mort quel
ques perfonnes dans la plufpart
des Claffes , la rente de
plufieurs fe trouvera augmentée
dés le premier jour qu'ils
Vij
236 MERCURE
recevront de l'argent.Si beaucoup
de ceux qui ſouhaitent
mettre à la Tontine , ne trouvoient
point de difficultez
dans la recherche qu'ils font
de leur Extrait Baptiftaire
, il
eft feur que tous les fonds en
feroient déja remplis . Chacun
y veut avoir part , & les Officiers
des Armées de Terre
& de Mer y mettent comme
les autres , malgré les perils
où ils font inceffamment
expofez
. Voicy les noms d'une
partie de ceux qui ont porté
leur argent. Les uns ferviront
à vous faire voir ce que je
GALANT. 237
viens de vous dire à l'égard
des fommes , & les autres vous
feront connoiftre qu'il y a des
ya
gens de toutes fortes de profeffions
. Je ne vous dis rien
de ceux dont je vous parlay
le mois paffé , non plus que
des Princes , des Miniftres ,
des Gens qui ont les premiers
Emplois dans les Finances
; & enĥn de toute la Cour,
dont l'empreffement a fervy
d'exemple à la Ville de Paris
& aux Provinces.
M. du Charmel Lieutenant General
de l'Ile de France. 12000. I
M. Daquinet , Banquier Expedition
му
238 MERCURE
naire en Cour de Rome
Me la Comteffe de Bregy
12000. I.
24000. 1.
M. le Commandeur de Hautefeuille
24000.
I.
9000.
I.
M. Lautier , Capitaine Exempt des
Gardes de Madame
M. l'Evefque Duc de Langres 1 200.1.
M. Coignet, Prieur de Marmeffe,
Chapelain du Roy
M. Teftu , Prieur de Saint
la Chartre .
Mademoiſelle Prevoft , Fille
M. Daffelin , Capitaine de
-lerie
M. de Fremont de Grelly
M. l'Abbé M. Verdi aultrier ,
Reine d'Espagne, f
Cava-
2400. 1.
Denis de
1200. l.
1500. 1,
3 600. 1.
2800.
I
12000 1.
de la feuë
6000 L
M. de Mauroy , Docteur de Sorbonne
,
M. Frapin , Apotiquaire de la grande
Ecurie du Roy
Paris ,
1800. 1.
2400
1:
2400
1.
M. Tirmoy , Maistre Teinturier à
GALANT
239
M. de Vergeur de la Granche, I ientenant
Colonel au Regiment de
Cavalerie Dauphin,
M. l'Abbé de Choify,
7200.
I.
600 1.
M. Charlet , Maiftre d'Hoftel du
· Roy 1800. 1.
M. Bouillerot de Vinantes , 2700
l.
>
teur,
de Paris ,
2400
1.
2700 1.
M. Trottier Peintre & Sculp
M. Comptour , Marchand Bourgeois
M. le Chevalier de Flacour , Chef
d'Efcadre, 3000
1.
M. de Septeme, Capitaine de Vaif-
C feau .
Doll
36001,
M. de Laubanie, Commandeur à Ca-
. 'lais ,
M. de Vandofme , Commis à la
S
t
Douane de Lyon ,
M. le Chevalier Maynard, Capitaine
de Vaiffeauavala
2400
1
00
M. Louis Picques,
M. Maillard de Bretigny
Secretaire du Roy,
3600.
1
3000
1.
-
ง
2400
1 .
Ancien
1
240 MERCURE
M. Boilleau Defpreaux ,
M. le Page,
M. Charlés du Perier,
1 200 1.
1200. I.
1200
1.
3.000
1.
M. Humbert , Preftre de l'Oratoire,
Mademoiſelle Picoüet , Fille, $ 1001.
M. de Choifeul d'Ambonville, 3000 k.
M. Boutet de Franconville
Meffire François Heros de Gourville ,
Confeiller du Parlement de Metz ,
8100 l
2100 l.
M. de Reibeire, Capitaine de Vaiffeau,
M. du Pin , Intendant de Madame la
Ducheffe Douairiere de Brunfvvic ,
1500
1.
M. de Mas
3.600 1.
Bourgeois de Paris,
M. Dupuis , Avocat au Parlement
1800 1,
2100
1
M. de Vins , cy - devant Capitaine au
Regiment des Fufeliers , 9600 1.
La Veuve Jouan , Marchande à Paris,
24001
.
Με
GALANT . 241
210
бас
Par
400
%
-6x
Pa
M. Noël , Bourgeois de Paris , 1800 1.
M. le Faucheur , Referendaire en la
Chancellerie de Bretagne , 12001 .
M. le Roy, Bourgeois de Paris , 900 1.
M. de Hoquiquan , Apoticaire du
Corps,
M. Villain
212000. 1 .
Docteur de Sorbonne,
3.6001.
M. de Pajot , Confeiller au Parlement
de Metz
M. le Valleur ,
M. le Marquis des Iffards ,
1200 1.
1200 1.
·
£ 6000 t
M. de la Lantre , Curé de Ris, 1200
M. de Sorbiere , Banquier , 1200 ,
M. Patin , Avocat , 1800 1 .
༡༠༠ 1
M, Yvelin , cy-devant Capitaine du
Regiment d'Orleans ,
Mellire Hierofme Crefpin , Seigneur
du Vivier , 6000 1.
M. Peignié , Commiflaire General
de la Marine , 10001.
M. Gayant , premier Valet de Garderobe
de Monfieur , 24001 .
Mars 1690.
242 MERCURE
M. Arnoult , Intendant de la Marine,
M. Paillé , Prestre ,
74200
1.
1800
1. M. Mareft , Secretaire des Comman
demens de M. le Duc, 2400 !.
M. Tiercelet , Avocat au Parlement
3.000 1.
M. l'Abbé Bauyn , Sieur des Carmeles
, 3600 1.
Me la Comteffe d'Olonne pour Me
la Marefchale de la Ferté, 2400 I.
M. Cain
2 400 l .
M. Blondeau, Sr de Frangy , 2 400 1.
Me de Palluau
M. Badoulleau
M. Catinat , Lieutenant General des
2400 1 .
3000l.
1500 l
,
9000 1.
42001
.
M. Richer , Ingenieur à Calais ,
Armées du Roy
M. des Effards
M. de Rigoüille , Cornette de la
feconde Compagnie des Moufquetaires
.
Mlle de Nevers Guyot ,
3000 1.
1800 1,
GALANT
243
M. Bigot , Doyen de Carignan ,
3000 liv.
M. de Marcilly
, Avocat au Confeil
,
600
M.leCommandeur de Brulart , 12001 .
1500l.
Mlle Rüfté , Fille
M. Bailly,Maistre des Comptes, 1200 1.
Me de la Loucherie , 1800. 1 .
M. Gaillard deCharantonneau 4200 lj
Me la Comteffe d'Olonne , 2700
M. Nivert , Organifte de la Chapelle
du Roy,
M.de Bourbonne ,
3000 1,
1500 1
M. Sain , .. b .8 sqin 2001. ob ozimno
M. de la Marle , Chirurgien Major
des Gardes du Corps. 3.900 1.
M. Vigier, 2100
M. Pillon , Avocat en Parlement
1800 t.
M. le Comte de Rouvre, 3000 1.
M. de Silly 2100 1.
M. de Vauban , Lieutenant General
des Armées du Roy , 2100 1.
X ij !!
244 MERCURE
M. Damond , Tréforier du Marc d'or,
M. de la Croix ,
M.
Langlois ,
Roy,
900
1.
1500
1.
Maitre d'Hôtel du
180.0 1.
18.00 1.
M. de la Porte , Chanoine de Noftre-
Dame , pato
M. Roques, Bourgeois deParis, 42 ool
Me Charleton .
M. Grizet , Barbier & Perruquier
18001.
12004 Paris ,
M. de Mafcranny , Sieur de Lange ,
L
M. de Bonnaire B. de Paris, 4800 !.
M. Barquillet , Confeiller au Prefidial
de Mantes , 2400 1.
M. de Pouffemothe , pour Me Françoife
- Loüife Bigres mort, 1400 1 .
M. de Faverolles , Maiftre des Comp-
1.ites € Oruc Hash at 3000 1.
My Boullet B. de Paris, 2409 1.
M. Gougerot , Commis de M. Brunet,
15:00
1.
M. du Ferier pour luy & pour fa
GALANT 245
•
Famille , 3000 .
C'est celuy dont je vous ay déja,
parlé
qui a travaillé
à l'établiffement
de la Tontine.
**
s
Me la Maréchale de Grancey , 12001 .
M. Ferrero , Lieutenant Colonel du
Regiment de S. Laurent
M. Paniquiny ,
$2 $24.00
1.
24001
.
24001
.
M Domergue , Fermier General du
Roy,
M. de Thierfaut , Confeiller au grand
J
Confeil ,
2400 1 .
La Fabrigue de Saint Jacques de
la Boucherie
par les mains du Sieur
Chauvin , Marguillier en Charge en
1689. pour Elifabeth
Andrenas ,
Veuve de Jacques Aubry.
M. Chamard , Bourgeois de Paris
48.00
1. Mela Maréchale
d'Eftrades
, tosool
.
M. Dumaitz
, Intendant
des Iles de l'Amerique
.
On trouve auffi dans cet établiſſe ,
ment des moyens feurs d'exercer fa
X iij
246 MERCURE
charité. Mademoifelle de Blois en
donne l'exemple , puis qu'elle a mis
fur fa tefte pour la Communauté des
Filles de S. Jofeph. M. le Comte de
Toulouſe a mis pour da mefme Communauté
Cela doit bien engager ces
Filles à prier Dieu pour leur conferdation.
Voicy de nouveaux Vers
fur la Tontiné. Ils font de
M™Diereville .
2522555525 2552225
AU ROY.
)2
GR
Rand Roy , j'admire vos
projets s
Auffi bon que puissant Monarque,
De vos bontez à vos Sujets
?
GALANT. 247
Sans ceffe vous donnez quelque nou
velle marque.
Pourprolonger leurs jours , des Duels
violens
Vous avez arrefté la fureur inhu
maine ,
Et pour les voir plus opulen's
Vous leur avez cede votre propre
Domaine.
Comblez de fi rares bienfaits ,
Quand on fçait contre vous armer
toute la Terre ,
Vous leur faites goûter les douceurs
de la paix ,
Loin d'une fi cruelle guerre.
Lors qu'on croit n'avoir rien à deft-
"
rer encor 2
Vous nous rendez le fiecle d'or
moyen de la Tontine ;
Par le
Mais belas que me fert tant de
bonté pour nous ',
X iiij
248 MERCURE
Quand l'Aftre mal faifant qui toujours
me domine ,
Me prive d'un bonbeur qui me feroit
fi doux ?
Non , ce n'est point pour moy que
la Tontine eft faite ,
Lors qu'elle fera des Crefus ,
Grand Roy , faute de cent écus
Je mourray gueux comme
Poëte.
un
Je viens au Voyage du Roy
à Compiegne , dont je croy
vous devoir donner le détail,
parce qu'il vous fera voir la
bonne fanté de ce Prince , qui
depuis fon depart jufques à
fon retour à Verfailles , a
toujours chaffé , ou fait des
GALANT 249
Reveuës. Il en partit le 27.
Février , & monta à cheval à
la fortie du Bois de Boulogne
pour prendre le divertiffe,
ment de la Chaffe aux chiens
couchans dans la Plaine de
S. Denis , où il fit paroiftre
fon adreffe , jufqu'à ce qu'il
remontaft en Carroffe pour
aller dîner à Pierrefite dans
la maifon de M' Forcadel ,
Commiffaire aux Saifies réelles
. Outre l'honneur que Sa
Majefté luy fit de venir chez
luy , Elle luy dit avec cer
air de bonté qui gagne tous
les coeurs, Monfieur,nous venons
250 MERCURE
tour mettre en defordre chez
vous , Les Dames qui cftoient
du Voyage fe trouverent à
ce dîner C'eftoient Madame
la Ducheffe, Madame la Princeffe
de Conty la Douairiere,
Madame la Princeffe d'Har
court , Madame de Mortemart
, Madame de Maintenon
Madame la Comteffe
de Gramont , Mefdames les
Marquifes de Belfond &
d'Urfé , Madame la Comteffe
de Bury Madame de Moreuil
, & les Filles d'honneur
de Madame la Princeffe de
,
Conty. Aprés que le Roy fe
GALANT. 251
I
fut promené quelque temps
dans le Jardin à l'iffuë de ce
repas , il remonta en Carroffe
avec les Dames , & n'en defcendit
qu'à Ecoïan , où il
reprit fon fufil pour chaffer
le refte de
l'apreldinée , en
coftoyant
le chemin de Lufarche.
C'eftoit là quela Cour
devoit coucher .
Monfeigneur
le Dauphin ,qui avoit couché
le 26. à Chantilly , où il avoit
efté regalé magnifiquement
par Monfieur
le Prince , fe
trouva à Lufarche avec fon
Alteffe Sereniffime. Le Roy
en partit le lendemain, paſſa
252 MERCURE
par Senlis , & difna au Chafteau
du Pleffier
,appartenant
à M le Duc de S. Simon . Sa
Majefté chaffa juſques àCom,
piegne , où Elle entra aux acclamations
des Peuples , &
receut les complimens
de tous
les Corps, & les prefens de la
Ville. Le lendemain
premier
jour de Mars , ce Prince accompagné
des Dames , ſe rendir
à quelques lieuës de Compiegne
, où les quatre Compagnies
de fes Gardes du
Corps firent l'exercice
avec
toute l'adreffe qu'on attendoit
d'un Corps ſi conſidera
,
GALANT. 253
t
Ible . Le Roy voulut que les
deux jours fuivans , deux
- Compagnies paffaffent, chaque
jour en reveüe devant
luy , & que celle des Grenadiers
à cheval s'y trouvaft.
Comme toutes ces Troupes
firent l'exercice à pied &
à cheval le Roy alla à pied
de rangen rang , examina
tous les Gardes les uns aprés
les autres , & cut mefme la
bontés d'apprendre à quel
ques uns à faire leur métier
de bonne grace. Sa Majefté
s'informa avec la mefme bonté,
de la date du ſervice de
254 MERCURE
chaque Garde , afin que les
anciens jouiffent préferable .
ment aux autres de certaines
prérogatives qui les regar
dent. Le 3 , Sa Majesté fit la
mefme chofe , & vit comme
le jour precedent , les Grena
diers à cheval , s'acquiter avec
une dexterité inconcevable,
des leçons que leur donne
MF de Riotor, leur Capitai
nc . En effet , rien ne fait plus
de plaifir à voir que leurs
mouvemens,leurs évolutions,
& tout leur exercice . Le Roy
alloit chaque jour au fortir
de la Reveue , courre ld Cerf
GALANT.
255
avec les Dames , & finiffoit
par la Chaffe aux chiens couchans.
Il y avoit tous les foirs
Appartemens, que Sa Majefté
aprés fon fouper honoroit de
fa prefence. La nuit du 3. au
14. entre minuit & une heure,
toute la Cour & toute la Ville
furent en alarme , parce que
le feu avoit pris dans les
chambres qui eftoient pref
que immediatement au deffus
de celle où le Roy couchoir .
Tout le Chasteau, euft couru
danger fi le vent n'euft ceffé
prefque auffistoft que le feu
commença . On n'a pu fçavoir
256 MERCURE
au vray de quelle maniere il
avoit pris . On crut qu'il s'eftoit
échapé par la crevaffe
d'un tuyau de cheminée
qui
paffoit dans la chambre
où
couchoit
Madame
la Princeffe
d'Harcourt
. Dés qu'on
fe fut apperceu
que la flâme
perçoit le toit du Chateau
,
on avertit les Moufquetaires
& les Gardes , qui allerent
heurter
à toutes
les portes
des Bourgeois
. On fonna le
töcfin , & chacun ayant eſté
reveillé , on courut viste au
Chafteau
. Le feu ne dura pas
¹à caufe du prompt
fecours.
↓
A
GALANT. 257
Le Roy honora le lendemain
de fes liberalitez ceux qui
s'employerent avec le plus
d'ardeur & le plus efficacement
dans cette occafion ,
parmy lefquels fe trouva un
Frere Capucin . Prefque toutes
les hardes de Madame la
Princeffe d'Harcourt furent
brûlées , mais elle ne perdit
rien , puis que le Roy luy
fit prefent de mille Louis
d'or. Cette Princeffe eftoit
endormie quand le feu prit
dans fa chambre , & elle ne
s'éveilla qu'au bruit qu'il faifoit
faire de tous cofez . En
Mars 1690.
?
Y
298 MERCURE
ouvrant
les yeux , elle apperceut
la flâme qui s'élevoic
fort prés de fon lit , & elle
cut beaucoup
de peine à fe
fauver dans la chambre
de
Madame
la Comteffe
de Gramont.
Le Roy n'eftant
pas
encore couché , commanda
qu'on portaft fon lit dans une
chambre
qui eftoit proche
de celle de Monfeigneur
, &
il fe coucha
dés que le feu
eut ceffé . Sa Majefté
prit le
divertiffement
de la Chaffe
du Loup , & de celle du Vol
& des Chiens couchans
, les
deux derniers
jours qu'Elle
睡
GALANT 269
demeura à Compiegne . Elle
en partit le 6. pour aller difner
à Verbrie , & à l'iffue du
difner , Elle monta à cheval ,
& chaffa aux Chiens cou
chans jufques à Pleffier. Ce
fut vis à vis de ce Chasteau ,
& proche de Senlis , qu'Elle
fit la revenë du Regiment de
Dragons qui appartenoit au
feu Baron d'Asfeld . & du
Regiment Royal Cavalerie ,
autrement Konifmarc .
Dames eftoient à chevala &
en Jufte au Corps. La reveue
finie , le Roylprit le chemin
de Chantilly , & fe divertit
Les
Y ij
260 MERCURE
3
au Vol des oifeaux . Ce Prince
mit pied à terre à cette delicicufe
Maifon , & y trouva
toutes choſes fi bien entenduës,
& de fi bon gouft, qu'il
y demeura jufqu'à la nuit, de
forte que Sa Majefté eut befoin
de flambeaux pour re-
´tourner à Lufarche , dont Elle
prit le chemin , aprés avoir
dit à Monfieur le Prince tout
ce que l'on peut dire d'obligéant
, fur toutes les beautez
d'un lieu fi agreable . Le lendemain
7 le Roy alla en Carroffe
jufqu'à Pierrefite , où
Sa Majesté difna. Elle alla.
GALANT. 261
enfuite en Carroffe jufqu'à
S. Denis , monta à cheval au
forrir de la Ville , & aprés
avoir chaffé dans la plaine ,
Elle fe remit en Carroffe à
l'entrée du Bois de Boulogne ,
& fe rendit à Versailles.
Pendant le ſejour que la
Cour a fait à Compiegne ,
plufieurs Seigneurs ont efté
voir un Hermite qui a fa retraite
dans la Foreft , & qui
a efté Lieutenant de Cavalerie.
La Reine- mere luy a ordonné
une penfion de cent
francs qui fubfifte encore .
Son Hermitage eft creusé
262 MERCURE
dans un roc , cù il demeu
re depuis quarante ans . On
luy apporte toutes les femaines
à manger d'un Vil
lage voifin . Le Pere de la
Chaife qui voulut le voir ,
luy offrit de l'argent de la
part du Roy. L'Hermite l'en
remercia , difant qu'un homme
comme luy n'en avoit aucun
befoin .
4
Sa Majesté a fait de nouveaux
Officiers Generaux . Vous fçavez
que les Lieutenans Generaux
les Maréchaux de
Camp & les Brigadiers , font
compris fous ce nom ; ainfi
و
GALANT 263
lors qu'on dit que le Roy a
nommé des Officiers Gene
raux , il n'y a pour parler juque
les Brigadiers qui
Tfte >
acquierent ce titre , les autres
l'eftant déja . Mais par ces
promotions , les Lieutenans
Generaux deviennent quel
quefois Maréchaux de France
; les Maréchaux de Camp ,
Lieutenans Generaux , les Bri
gadiers , Maréchaux de Camp ,
& le Roy prend les perfonnes
de l'Armée qui ont le
plus de fervice & de valeur ,
pour en faire des Brigadiers .
Ce font des Colonels la pluf264
MERCURE
part , & des Lieutenans
Co
lonels qui parviennent
à ce
degré d'honneur
, lors qu'ils fe
font diftinguez
pendant
plu
fieurs Campagnes
, & voila les
degrez par lefquels on monte
à la dignité de Maréchal
de
France , & de General d'Arméo
. Les Maréchaux
de
Camp qui viennent
d'eftre
nommez
Lieutenans
Genc
raux font ,
M' de la Rabliere .
M de
Langalerie .
i
Voicy les noms des Brigadiers
d'Infanterie qui viennent
d'eftre nommez Maré-
7
chaux de Camp .
M's
GALANT . 265
Mrs le Comte de Soiffons,
De S. Sylveftre ,
De Longueval .:
De
Coigny ,
De
Quinçon ,
De Melac ,
Du Gua ,
good I
MADA CA
De Villats ,
obucHtG
De
Lumbres, pl 4 : 0
De Denonville. 7:01
Ceux que le Roy a choifis
parmy les Officiers de Cavalerie
de fes Armées pour
eftre Brigadiers font,
M' le Marquis de Gefvres .
Le Comte Mongommery...
DeChaſtillons) vol
Mars 1690 .
Ꮓ
266 MERCURE
De Cayeux.
D'Alou ,
De Villepion ,
De Harlus,
་
subegT si st
ensiv 230
Du Bourg ,
Bolhen ,
enapa and se
Podsgre
De Romainville , plab sanc
De Houdetot ,
and Megat
De Poinfegu
,
ottimilli o pra
De Praccontal , much stel
De Magnae ,
24D 2 C
De Mallet, Kvama i po
De Vandeuvres on eithe
De Rofamel ,?
De Villarceaux , en direk
De Croly, Capitaine Lieutenant
des Gendarmes An
glois.
GALANT. 267.
De Renneville .
De la Troche ,
De S. Vians ,
De Loftanges.
Sa Majesté a fair auffi fix
Brigadiers de Dragons &
onze d'Infanterie . Ceux de
Dragons font ,
Mrs le Chevalier de Teffé ,
De la Lande ,
De S. Fremont ,
De Fimmarcon ,
De Grammont ,
D'Allegre
い
Les Brigadiers d'Infanterie
font ,
M's le Marquis de Crequi.
Zij
268 MERCURE
Le Marquis du Pleffis- Bellie
re .
De Laumont .
D'Uffon
,
De Clerembault
De Rebé ,
De Renols ,
Albergoti ,
De la Vaifle solny.
De Iuigné ,
De Thoüy.
Le 3. de ce mois , Son Alteffe
Royale Monfieur , qui
fe plaift toujours à faire des
actions de charité & de pieté,
alla entendre la Meffe à la
Communauté dep Sainte A-
#S
GALANT 269
•
gnés , rue Plaftriere , & enfuite
ce Prince vifita toute la
Maifon , & vit le potage des
Pauvres , pour lequel il fit
des liberalitez . Cette Communauté
fut établie il y a
douze ans , par les foins & le
fecours de Madame la Marquife
de Mouffy , Soeur de
Mr le premier Prefident, fous
la conduite de Mademoiſelle
Pâquier , perfonne d'un merite
fingulier , qui en eft Superieure
. On peut dire qu'elle fe
maintient comme par miracle
, puis que fans aucun revenu
fondé , on ne laiſſe pas
Z iij
270 MERCURE
གྲོགས་མ
d'y donner la fubfiſtance trois
jours la femaine , pendant
plus de quatre mois de l'année
, à plus de trois ou quatre
mille Pauvres. On y fait des
Ouvrages de Tapiflerie & de
Dentelle , qui font d'une fort
grande beauté , & l'on y inftruit
gratuitement prés de
fept cens petites Filles à prier
Dieu , à lire , à écrire , & à
travailler aux Ouvrages dont
je viens de vous parler . Il y a
outre cela dans cette Maifon
prés de cent Penfionnaires ,
Veuves , Filles de qualité , &
autres de bonne Famille .
-GALANT. 271
#deman
and
il
De
tous tles
Ouvrages
qui
demandent
de
grandes
recherches
, de grands
foins
, &
une
grande
application
,
n'y
en a point
de fi difficile
que
les Cartes
de
Geographic
,
puis
qu'il
eft
prefque
impoffible
d'en
faire
fans
quelque
omiffion
, ou quelque
pofition
fauffe
. Nous
avons
vû trois
Cartes
des environs
de Paris
,
de Verfailles
& de Saint
Germain
, qui
ont
efté
beaucoup
eftimées
, & qui
meritent
en
effet
de l'eftre
, Cependant
je
dois
dire
pour
rendre
justice
à la
verité
, & non
pour
par
Z iiij.
272 MERCURE
ler contre des Ouvrages qui
font dignes de l'approbation
publique , que M de Fer
Geographe de Monfeigneur
le Dauphin , en vient de don
ner une nouvelle des méf
mes endroits , où l'on trouvera
beaucoup de lieux dans
une autre pofition que dans
celles qui ont paru , & plus
de fept cens pofitions qui
ne fe trouvent point dans la
Carce qui a efté miſe la derniere
au jour , quoy que celle
dont je parle foit de peu d'étendue.
Outre cela, Mr de Fer
a cu un foin tout particulier
GALANT 273
de ne rien laiffer échaper à
la curiofité la plus délicate &
la plus difficile à contenter,
- puis qu'on y découvre des
marques & caracteres qui
font diftinguer les Villes , les
Bourgs les Paroiffes , les
Villages , les Châteaux , les
Fermes les Abbayes , les
Prieurez les Chappelles , les
Moulins à vent & à eau , les
Juftices , les Arbres confidefables
& les Croix . Il n'a pas
omis les Parcs , les Chauf
fées , les conduits d'Eau , les
Routes ou chemins , & à
quelles Villes ils conduifent.
1274 MERCURE
Il a ajouté beaucoup de noms
de Rivieres ou Ruiffeaux ,
4 ceux des Contrées play divi
fion de la Banlieuë de Paris
& de fon Election. En un
遙
mot cette Carte eft dans un
fi grand détail , que l'on a
jugé à propos de n'y point
marquer les minutes de longitude
ny de latitude, à caufe
qu'il n'y a point de commencement
de degrez . C'est pour
cela qu'on s'eft contenté de
mettre les degrez de fitua
tion de l'Ile Adam au Nort,
de Corbeil au Midy, de Lagny
à l'Orient , & de Mante à
GALANT. 275
P'Occident , qui font les
quatre Places qu'on trouve
vaux quatre extremitez de la
Carte, & le degré de fituation
de Paris qui le trouve à peu
prés dans le milieu . Cette
Carte fe débite chez l'Auteur
dans l'Ile du Palais , fur le
Quay de l'Orloge , à la Sphere
Royale , où dans peu de jours
ontrouvera le Livre in quarto
des coftes de France Oceane ,
& Mediterranée .
Le Roy a nommé Mr l'Ar
chevefque de Paris au Cardinalat
, pour la premiere Promotion
qui fe fera en faveur
276 MERCURE
des Couronnes , c'eſt à dire
pour la premiere que le Pape
Alexandre VIII . fera , puis
que fuivant l'ufage , la premiere
Promotion que les
Papes font aprés leur élevation
au Pontificat eft en faveur
de leurs Parens & de
leurs Creatures
Pape nouvellement élu vient
de faire , & la feconde eft
pour les Couronnes . C'eſt
celle qui fe doit faire lors
qu'il y aura quelques Chapeaux
vacans. Le Roy auroit
pu attendre jufque- là à
faire connoiftre le Sujet qu'il
ce que le
GALANT. 277
deftinoit au Cardinalat , &
mefme à fe déterminer fur le
choix ; mais Sa Majesté en
ayant fait un qui ne peut meriter
que des applaudiffemens,
a cru faire planir à l'Eglifes
& à tout le public , en déclarant
par avance fes intens
tions I, & a voulu que cette
nomination faite avant que
le temps preffaft , fift connoistre
qu'Elle ne balançoir
point fur le Sujet qu'Elle a
voit à élever à une dignité fi
éminente. Ce ſeroir icy le
lieu de faire l'Eloge de cet
Illuftre Prelar, mais que pour!
278 MERCURE
rois-je dire , qui foit incons
nuy puis que perfonne n'i
gnore qu'il a un merite du
premier ordre , s'il eft permis
de parler ainfi une érudition
profonde , une prefence d'ef
prit qui n'a jamais eu d'égale ,
& qu'il répond fur le champ
au plus long difcours Latin
en la mefme Langue , & ne
laiffant aucun points fans les
reprendre ? C'est ce qui s'eft
encore veu dans cette derniere
occafion , où il a eſté
complimenté par tous les
Corps Ecclefiaftiques. Celuy
de l'Univerfité pour en té'
GALANT. 279
qui a
moigner fa joye , a donné
un jour de congé dans tous
fes Colleges par un Mande
ment du Recteur
voulu que cette joye fuft
rendue publique. Voicy le
Compliment que l'Univerfité
en Corps , a fair à M. l'Ar
chevefque par la bouche de
Mr le Soutt , fon Recteur ,
& Principal du College de la
Marche. Comme il a eſté
före applaudy, je vous l'en
voye.
40's notund) 241
andy
ع ب
280 MERCURE
MONSEIG
ONSEIGNEUR ,
L'Univerfité en Corps vient
affurer Koſtre Grandeur , qu'elle
ne pouvoit apprendre une nouvelle
qui luy fust plus agreable
que celle qui fait maintenant la
joye du Public! LOUIS LE
GRAND, le plus fage des
Rois , apprend à toute la terres
que vous estès de Prelat le plus
digne de fon eftime e de fon
affection . Rien ne manque plus
à vostre gloire ny à nos voeux.
Ce feroit peu pour luy de vous
avoir élevé aux plus hautes diGALANT
281
gnitez de fon Royaume , s'il ne
Vous avoit procuré ce que Rome
a de plus éminent ; & fe fouvenant
que vous avez eu l'honneurle
jour defon Sacre , de luy
mettre la Couronne fur la tefte ,
il veut à fon tour ( par cette
marque fublime de Grandeur ,
qu'il vient de mettre fur la voftre
) couronner l'ouvrage de fes
graces. Aprés ce comble d'honneur
, fa puiffance ne peut aller
plus loin. L'Italie fera bien- toft
convaincuë comme la France ,
que vous eftes veritablement digne
du choix d'un fi judicieux
Monarque ;& que vostre me-
Mars 1690 .
A a
282 MERCURE
rite fait autant d'honneur à la
pourpre , que la pourpre fait
d'honneur
à ceux qui en font
reveftus. Mais , Monseigneur,
pour faire valoir dans toute leur
ésenduë , ces rares talens , qui
vous placent aujourd'huy dáns
le rang que vous meritez , je
n'employe que les acclamations
publiques qui retentiffent de toutes
parts , reglant la joye de
toute la France fur celle de nofire
Univerfité je puis vous
affeurer que le choix du Roy eft
le choix de tout fon Etats que
le coeur des Sujets a prévenu la
deftination du Prince › & qu'enGALANT.
283
fin ne pouvant vous foubaiser
de dignité plus élevée , nous bornons
, maintenant nos voeux à
meriter du Ciel
que l'accomplif
fement en foit prompt & la
joüiffance durable.
Le mefme M le Sourt , n'étant
pas alors Recteur , fir
l'année derniere un for beau
Compliment à M² l'Archevêque
de Paris fur fon heureufe
convalefcence. On m'en a
promis une copie , & je vous
T'envoyeray le mois prochain,
ce qui n'a point encore efté
veu ayant toûjours de la nou-
Aa ij ..
284 MERCURE
veauté Les Particuliers' ne fe
font pas moins empreffez que
les Corps , à témoigner la
joye qu'ils ont reffentie de la
Nomination de ce grand Prelat
, & voicy un Madrigal de
MrBoyerdel' Academie Françoife
fur ce fujet. Vous eftes
de trop bon gouft pour ne le
pas trouver tres- digne de fon
Auteur .
Vous voilà revestu d'un éclat tout
nouveau , souno
Le Roy vous a nommé ; vous eftes
par avance
Bien plus que Cardinal fans avoir
le Chapeau.
Foüiffez fans impatience
GALANT 285
(
D'un choix où tant d'honneur eft
joint.
Ce choix du Roy vous donne une
£
190Eminence
Que la Pourprene donne point. «
La Deviſe qui ſuit a eſté
auffi prefentée à ce Prelat.
C'eft une Etoile qui laiffe une
petite trace de fon paffage .
Elle a pour ame , Lumine fignat
iter. Ces mots ont efté
ainfi traduits .
100
L'ame par cet Aftre éclairée
Des grandes veritezne peus
2rien ignorer s
Par fa lumière il trace une route
naffurécisbox! mag
286 MERCURE
Et fuivant un telguides on ne
peut s'égarer.
Je ne connois point l'Au
teur de cette Devife , mais il
ne faut qu'avoir les fentimens
du Public pour parler de
cette forte.
Je vous ay entretenue dans
quelqu'une de mes Lettres de
Ml'Abbé de Converfer, Do-
Ateur de Sorbonne , & Chapelain
de Madame la Dăuphine.
Le Roy luy a donné
depuis peu le Prieuré & la
Cure de S. Germain en Laye,
vacans par la démiffion
vo .
GALANT 287
dontaire de Mr l'Abbé de Villetere
-Momay. M de Converfet
eltoit cy- devant Di
recteur de la Communauté
de S. Cir , où le Roy a étably
un Maiſon de Miffionnaires.
Ha travaillé fort utilement
à la converfion des Preter?
dus Reformez à Veſelay en
Bourgogne , dont il eft Archidiacre
, & Sa Majesté fut
fi fatisfaite de fon zele , qu'-
Elle luy donna l'Abbaye de
Sully C'eſt un homme dont
la grande capacité n'a pas
moins paru que fa pieré , par
tour où il a cú de l'employ.
288 MERCURE
M l'Abbé Defmarais ,
qui le Roy a donné l'Eveſché
de Chartres , n'eft point de
la Maifon des Godet de Soudé
, comme je vous l'ay mandé
dans ma Lettre de Février,
mais il eft de l'ancienne Maifon
de Godet , originaire de
Normandie , de la Branche
des Defmarais , venant d'un
Cadet de celle des Sires de
Tournay , & fes Armes font
Trois Godets d'argent en champ
de gueules ; aulicu que la Maifon
de Soudé porte Trois pommes
de Pin d'or , avec un Chevron
en champ d'azur. La Mere
de
GALANT 289
de M l'Abbé Desmarais eft
de l'illuftre Maifon de la
Mark. Il eft Coufin Germain
de Mademoiſelle de Pienne
& de Madame la Marquife de
Chaftillon , Dame d'honneur
de Madame.
Le 1. de ce mois , le Roy
nomma Mr Bignon , Maiſtre
des Requeſtes , & Prefident
au grand Confeil , pour remplir
la Charge de premier
Prefident au grand Confeil ,
créée par un Edit du mois de
Février dernier publié le 6 .
de Mars. Sa profonde experience
dans les affaires , & fes
Mars 1690.
Bb
290 MERCURE
longs fervices ont fait donner
une approbation genetale
à ce digne choix. Aprés
s'eftre acquis beaucoup de
reputation dans le Barreau , il
paffa à la Magiftrature , & fut
receu Confeiller au Parlement
de Paris en 1656. Maistre des
Requestes en 1663. & Prefident
au Grand Confeil en
1671. Il a paru dans toutes
ces fonctions Juge incorrup
tible , penetrant & infatiga
ble dans les plus grands emplois
. Les affaires publiques
ne l'ont jamais empefché de
trouver du temps pour la
GALANT. 291
ง
lecture , & pour l'étude des
belles Lettres , aufquelles il
s'eft toûjours attaché dés fa
plus grande jeuneffe . C'eft ce
qui attire chez luy un grand
nombre de Sçavans , qui y
font de tres- doctes Conferences
fur l'Hiftoire & fur les
plus rares , matieres de l'Anriquité.
Il a entrepris la vie
de quelques Empereurs Romains
, tirée de leurs Medailles
, fur quoy il est treshabile
& bon connoiffeur ;
mais il eſt à craindre que le
nombre des affaires que fa
nouvelle dignité luy va atti-
Bb ij
292 MERCUR
E
rer , ne l'empefche de continuer
ce grand travail . M
Bignon a épousé Dame Françoife
Talon , Fille de feu Meffire
Omer Talon , Avocat
General au Parlement , & de
Dame Françoife Doujat, Il
en a eu une Fille unique
mariée en 1677. à M ' de Vertamon,
Maiftre des Requeftes.
Il a pour Frere Aifné M
Bignon , Confeiller d'Eſtat
ordinaire , qui a long- temps
exercé la Charge d'Avocat
General avec grande eſtime ,
& ne l'a remife que par fon
peu de fanté. Ses grandes &
GALANT 293
rs
éloquentes actions font aujourd'huy
la principale gloire
de Ms fes Fils , dont l'Aîné,
eft Maistre des Requeftes ; le
fecond Capitaine aux Gardes;
le troifiéme Preftre de l'Oratoire
, & le dernier Avocat
General en la Cour des Aides .
Je ne dois pas oublier de
vous dire que M' Bignon ,
cy- devant Avocat General au
Parlement , & M' Bignon ,
aujourd'huy Premier Prefident
au Grand Confeil , font
Fils de Meffire Jerôme Bignon
, l'un des plus grands
hommes de noftre ficcle
Bb iij
294 MERCURE
mort en 1656. Avocat General
au Parlement , & Confeiller
d'Etat ordinaire . Le feu
Roy l'honora en 1642. de la
Charge de Grand Maiſtre de
fa Bibliotheque , qui a toûjours
efté poffedée par des
perfonnes illuftres dans les
Lettres. Il n'avoit que vingttrois
ans lors qu'il publia ces
admirables Notes fur Marculfe
, dont les Sçavans ont
fait une estime fi particuliere.
La Chanfon nouvelle dont
yous allez lire les paroles , eft
du fameux M de Bacilly.
GALANT. 295
Comme il avoit dit fouvent
à une Dame de merite , &
qui parmy beaucoup de belles
qualitez qu'elle poffede a
une reputation fort grande
pour le chant › que fa voix
reffembloit à un ramage
d'Oiseaux , cela l'a obligé de
faire les Vers qui fuivent
qu'il a mis enfuite en air.
AIR NOUVEAU.
Left vray,je l'ay dit , lors queje
Vous entens
Je crois de mille oiſeaux entendre le
ramage ,
Et vous chantez , Iris
d'avantage
,
>
avec tant
Bb iiij
296 MERCURE
Qu'au plusfort de l'Hiverje penfe
eftre au Printemps.
Le mefme Mr de Bacilly a
repaffé encore depuis peu
tous fes Airs Spirituels , où il
a trouvé plufieurs fautes de
graveure qu'il a corrigées ; il
a marqué ces corrections avec
de petites Etoiles. Ceux qui
voudront lire un peu attentivement
un avis fort ample
qu'il a fait mettre à la fin de
fes Livres , touchant le merite
peu connu de ces fortes
d'Airs , & fur tout les luy
entendre chanter chez luy ,
vis à vis les Ecuries de Mond
e
P
n
P
1
a
t
GALANT. 297
feigneur , proche S. Roch ,
feront furpris de leur beauté,
& ne pourront s'empeſcher
de les preferer à ceux que l'on
eftime le plus dans les Airs
profanes .
Il y a fi longtemps que je
ne vous ay entretenue des
Pieces nouvelles de Theatre ,
que quelque bruit que la Comedie
d'Efope ait fait , je ne
vous en dirois rien en vous
l'envoyant , fielle n'étoit d'un
caractere tout particulier ,
qui y fait trouver l'utile joint
l'agreable plus qu'on ne le
trouve en aucune autre . En
298 MERCURE
effer les Fables dont fe fert
Elope en parlant à ceux qui le
viennent confulter, femblent
avoir efté faires pour le fujet,
& en fe faifant écouter avec
plaifir par le tour fin que leur
a donné l'Auteur , elles font
entendre de grandes leçons ,
dont les gens fages peuvent
profiter. Les Vers font fort
naturels, & font voir la faci
lité du Genic de M Bourfault.
Ceux de vos Amis qui
voudront avoir cette Come
die , la trouveront chez les
fieurs Girard & Guérout Li
braires au Palais, 201
GALANT. 299
Le Sicur Guerout commence
auffi à debiter la feconde
Edition d'un Livre de M
Milleran Profeffeur des Langues
Françoiſe , Allemande ,
& Angloife , fous le titre de
Lettres familieres & autres fur
toutesfortes de fujets . Rien n'eft
plus utile pour ceux qui veulent
avoir un Modelle en
écrivant. Ce Livre , dont la
premiere Edition n'a duré
que fix mois , eft augmenté
de plus de cent Lettres , &
l'Auteur a reveu & corrigé
toutes les autres , qui font
d'un ftile aifé & fort naturel,
300 MERCURE
au nombre de plus de quatre
cens , en quoy l'on connoift
qu'aucun Moderne n'en a
tant fait imprimer que luy.
Il doit donner au Publie dans
fort peu de temps d'autres
Ouvrages , auffi utiles aux
François qu'aux Etrangers fur
la politeffe de noftre Langue.
Le 24. de ce mois , jour du
Vendredy Saint , Mr Boucherat
, Chancelier de France,
tint le Confeil , appellé Confeil
des Remiffions ou Graces,
fuivant ce qui s'eft prefque
toujours pratiqué par les
Chanceliers fes predeceffeurs.
I
GALANT. 301
Les Officiers de la Chancellerie
& Secretaires du Roy y
font la lecture des Lettres de
Graces & Remiffions de crimes
, qui ne s'accordent pas
volontiers les jours ordinainaires
de Chancellerie. Auffi
cela ne fe fait qu'en confideration
de la fainteté du jour,
& le tout fe regle par la prudence
de M' le Chancelier
& du Confeil. C'est ce qui eft
cauſe que dans ces fortes de
Lettres on a toujours employé
ces mots , En commemoration'
de la Mort & Paffion de noftre
Sauveur ; en quay l'on s'eft
302 MERCURE
attaché à imiter ce que pratiquoient
nos Rois , qui te
noient ce Confeil en perfonne
ce jour du Vendredy- faint,
comme y exerçant une action
de mifericorde qui n'appartient
qu'à eux feuls , puis
qu'ils peuvent , felon qu'ils
le jugent à propos , remettre
la vie à leurs Sujets . Ce Confeil
fe tient ordinairement en
l'Hoftel de Mr le Chancelier,
dans une Salle proprement
parée . Au milieu eſt un Bu
reau couvert d'un tapis de
velours violet , parfemé de
Fleurs de Lys d'or avec les
GALANT. 303
Armes de France relevées en
or. Au bout du Bureau eft le
fauteuil du Roy , de velours
rouge chamarré de galon &
crefpine d'or , & à cofté , la
chaife de Mr le Chancelier. Il
ya d'autres chaiſes tout autour
pour les Confeillers d'Etat
& les Maiftres des Reque
ftes. A l'heure marquée M
le Chancelier vient dans cette
Salle , precedé du Chauffecire
, qui porte le coffre d'or
parfemé de Fleurs de Lys , où
font enfermez les Sceaux de
France . Les Huiffiers de la
grande Chancellerie, en man304
MERCURE
teau , & ayant au col la chaî
ne d'or , marchent à cofté du
Chaufecire , qui eft precedé
des Gardes de Mr le Chancelier.
Ce grand Chef de la Juftice
vient accompagné des
Confeillers d'Etat ordinaires
& de Semestre , des Maiftres
des Requeftes de quartier , du
grand Audiencier , tous en
robes de farin , & des Officiers
de la Chancellerie & Sccretaires
du Roy, veftus comme
de coutume . Les Confeillers
d'Etat felon leur rang de
reception , ainſi que les Maiftres
des Requeftes , ConfeilGALANT.
305
༢༠༨
lers au Grand Confeil , &
grand Rapporteur de France,
prennent leurs places , & y
demeurent affis & couverts à
cofté droit du fauteuil du
Roy , qui eft toujours vuide .
Un derriere eft le grand
peu
Audiencier de France qui
tient la Feuille ou Regiftre ,
afin d'y marquer les voix , &
les Lettres qui font accordées
ou refuféés. A cofté gauche
font les Officiers de la Chancellerie
& les Secrétaires du
Roy , pour faire la lecture des
Lettres de graces. Aprés que
l'on a fait le rapport de cha-
Mars 1690 . Cc
306 MERCURE
cune de ces Lettres , Mr le
Chancelier prend les avis de
M's du Confeil, felon lefquels
il accorde ou il refufe . Il y en
a cu vingt ou vingt- cinq accordées
au Confeil dont
vous parle. M' le Chancelier
marque toutes au bas , &
les donne à mefure à l'un de
les
fes
Secretaires , pour
eftre
fcellées
au premier
jour
de Sceau
. Cette
pratique
eft fort ancienne
, & pour
vous
faire
connoiftre qu'on l'obſervoit
autrefois au Confeil du Roy,
par l'avis duquel les plus importantes
affaires de l'Etat fe
GALANT. 307
terminoient , fur tout cette
action memorable de mifericorde
au jour du Vendredy-
Saint , je vous envoye une de
ces Lettres tirée des Regiftres
de ce Confeil , & conceuë
dans les termes que vous
allez lire .
Du 10. Avril l'an mil quatre
cens quatre - vingt huit , aprés
Pafques à Tours. Aujourd'huy
par déliberation du Confeil , ont
efté écrites à la Cour du Parlement
les Lettres dont la teneur
s'enfuit. Tres chers Freres ,
Nous vous recommandons à vous
Cc ij
308 MERCURE
en cette Semaine -fainte paffée.
De la partie de Jean Baron ,
Laboureur de la Parroiffe de
Gueneville au Comté d'Eu ,
agé de trente ans ou environ
chargé de Femme Enfans ,
à prefent détenu prifonnier en la
Conciergerie du Palais , a efté
prefente Requefte au Roy & à
fon Confeil , requerant audit
"Seigneur , qu'il luy pluft luy remettre
& abolir le cas pour lequel
il eft detenu Prifonnier , que
onc veut bien faire . A cette caufe
on a differé luy en parler à ce
Vendredy Saint , pour ce que
jamais il n'en oit parler de fem-
"
GALANT. 309
>
blable , & ainſi a esté avisé pour
le mieux , combien que ce fuft
des cas piteux que ledit jour
luy devoient eftre rapportez.
Toutefois afin que la Requefte
dudit Suppliant ne luy demeure
infructueuse , aprés qu'elle a esté
vene au Confeil , & qu'il dit
par
icelle
que
ledit cas il n'eftoit agé que de
14. à 15 ans , gardant les Beftes ,
& n'eftoit de cas de difcution ;
auffi que depuis il s'eft marié , &
a enfans & menage ,
où il s'est
bien gouverné , & qu'il y a
quinze ans que le cas eft avenu ,
a efté deliberé vous en écrire , à
lors qu'il commit
310 MERCURE
ce que foyez avertis & infor
mez qu'il s'est mis en fon de voir
de pourchaffer envers ledit Seigneur
, pour en avoir remiſſion
audit jour du Saint Vendredy
pour luy profiter , & valoir en
diminution de fa peine en tout
ou partie , car c'est un cas qui
pouvoit bien eftre du nombre des
autres, pour eftre depefché dudit
jour , à quoy vous prions que
veüilliez avoir égard , quand
viendra à la dépefche de la matiere.
Ecrite à Tours le dixiéme
jour d'Avril , auffi foufcrits les
Gens du grand Confeil du Roy ,
& deſſus par le derriere eſt écrit.
GALANT. 311
A nos tres- chers Freres les Gens
tenant la Cour de Parlement.
Le S' Girard & le S Couftellier
, Libraires , debitent
des Feuilles qui doivent eftre
fort utiles au Public . Elles ont
pour titre , Reduction generale
des Monnoyes anciennes en
Monnoyes nouvelles , & cette
Reductiou a efté exactement
calculée par M de Senne ,
Profeffeur
d'Arithmetique .
le moyen de ces
Ainfi
par
Feuïlles
on
voit
d'un
coup
d'oeil
,
combien
en
voulant
changer
un
certain
nombre
212 MERCURE
de Louis de 11. II. liv. iz . f. ou
d'écus blancs de 62.f. on doit
avoir de Louis d'or de 1z . liv,
Io.f.ou d'écus blancs de 66. f.
Par exemple , fi l'on veut
changer trente - trois Louis
dor de 11.1. 12. f. on trouvera
qu'on doit avoir 30.Louis d'or
& demy de 12. 1. 10. f. avec
le quart d'un écu blanc de
66. 1. & 14. 1. fix deniers de
petite Monnoye , & fi l'on
veut changer ce meſme nombre
de trente- trois Louis d'or
de 1. liv . 12.f. en Ecus blancs
de 66. f. on trouvera qu'on en
doit avoir cent feize . Ces
mefmes
GALANT. 3131
11.5
mefmes Feuilles
apprennent
encore quelle fommé doit
faire tel nombre de Louis
d'or de liv.12. f. & de 2. k.
10. f. qu'on trouve à compter.
La mefme chofe eft pour les
Ecus blancs de62 . f. & de 66.f,
de forte que l'on voit tout
d'un coup que trente trois
Louis d'or de 11. 1. 12.f. valent
trois cens quatre- vingt- deux
livres feize föls , & que les
mefine nombre de Louis d'or
de 12. 1.10. f. vaut quatre cens!
douze livres dix fols.
2 M.
Je vous avois bien dit
44
que
l'Enigme du mois paffe , quoy.
Mars 1690. Dd
244 MERCURE
qu'elle ne fuft que de quatre
Vers, n'en feroit pas plus aiféc
à deviner. Peu de perfonnes
en ont trouvé le vray ſens, &
ce font M" Pinçon , Amant
de la Belle de la rue des Singes
; Grouſteau ; V. D. S. N.
de Blois ; L'Hermite Seculier
de Chefines , de Nantes ; le
Procureur à l'air galant de
Bourgueil ; la Davore Spiri
tuelle de la rue du Muret à
Chartres ; le Chevalier de
Maronnier , de la rue de la
Monnoye ; le Repetiteur des
beaux Efprits du coin de la
ruë de Guenegaud , & le plus
GALANTM
aimé des Freres , qui l'ont
expliquée fur le Sabot . Je vous
en envoye une nouvelle à
mon ordinaire . Elle eft de Mr
Hutuge d'Orleans.
$52525552-22252252
ENIGME
.
E
Trangere jadis , maintenant
Regnicole ,
Par un de ces faits inouis
De l'incomparable Lovts :
Ou , pour parler fans parabole ,
Ce qu'inutilementj'ay tenté tant de
fois
Réuffie depuis quelques mois..
Fille , & tout à la fois Mere de
l'esperance.
ए
Dd ij
316 MERCURE
20 Gamais ou aima fes jours,
Si jamais
L'on en va prolonger le cours
Pour entrer dans ma confidences
Mais fans égard pour les premiers,
Mes plus riches faveurs feront pour
les derniers. i
Je ne vous ay parlé de M
le Cardinal de Bouillon depuis
qu'il eft à Rome , que
pour vous marquer qu'il y
tenoit le rang de Cardinal
Prince , & qu'il y foutenoit
avec éclat tous les avantages
qu'il en doit tirer ; mais il me
refte encore beaucoup
de
chofes à vous en dire. Elles
luy donnent d'autant plus de
GALANTM 317
gloire qu'il les doit moins à
fon fang qu'à fon merite , qui
luy a tellement acquis l'eftime
zdu Pape , que trois jours aprés
que Sa Sainteté eur efté élevée
au Pontificat , Elle le mit de
la premiere Congregation
ad'Etat qu'Elle, tintoil quoy
qu'elle ne fuft que de neuf
Cardinaux . Le Saint Pere luy
a témoigné dans toutes les
occafions qui fe font prefen-
-cées de luy faire des graces ,
ou de luy donner des marques
d'honneur , une confi-
7deration tres- particuliero, luy
ayant accordé les Bulles ge
Dd iij
218 MERCURE
l'Abbaye de Clugnya , &
l'ayant mis en un jour de
fept Congregations differentes
, qui font celles du Saint
Office ; de la fignature de
grace ; de la Propagation de
la Foy des Evefques , des
Reguliers du Concile ; des
immunitez Ecclefiaftiques, &
de l'Indice. Je ne croy pas
qu'aucun autre ait efté mis
en un mefme jour de toutes
ces Congregations . Sa Sainteté
a auffi nommé Mr le Cardinal
de Bouillon avec M'
le Cardinal Spinola , pour
chercher les moyens d'acGALANT
259
commoder un differend , dont
l'heureux fuccés fera avantageux
à l'Eglife. Je n'entre
point dans cette affaire , dont
je vous entretiendray plus au
long quand on l'aura terminée.
Je puis cependant vous
dire , qu'elle fera bien glorieufe
à ceux qui auront l'avantage
d'avoir mis fin à de
fi grands differends , & fur leſquels
toute l'Europe a les
yeux ouverts , & particulic.
rement les mal- intentionnez
pour l'Eglife Romaine , qui
depuis quelques années en
ont tiré des avantages , dont
D'd iiij
320 MERCURE
la veritable Eglife fouffre
prefentement. Ce que je vous
dis de M. le Cardinal de
Bouillon me donne lieu d'a-
1jouter que Mr le Prince de
Turenne , fon Neveu , cft
depuis quelque temps à Rome
auprés de Son Eminence , &
que lors qu'il alla à l'Audience
du Pape , Sa Sainteté
le fit affeoir & couvrir ,"·le
traita d'Alteffe , & luy fic
rendre par tout le facré College
tous les honneurs que
l'on rend à Rome aux Fils
aifnez des Princes Souverains.
Sa Sainteté luy témoigna la
"
•
GALANT 321
fatisfaction qu'Elle avoit eue,
& qu'Elle confervoir des fervices
fignalez que ce Prince
a rendus à la Republique de
Venife , & luy dit , que c'étoit
à fa bonne conduite &
à la valeur que cette Repu
blique devoit une partie de
Les Conqueftes. Quoy que Sa
Sainteté cuft beaucoup de
confideration pour ce Prince,
à caufe qu'il venoit de combattre
pour fa Patrie , ce n'eſt
pas neanmoins par cette raifon
qu'Elle luy a fait rendre
tant d'honneurs . On a fuivy
le Ceremonial & l'on a reccu
t
{212 MERCURE
.
M le Prince de Turenne de
la mefme maniere , que le
Pape Urbain VIII . receut en
1644.M le Duc de Bouillon ,
fon Grand- pere.
3 Le 12. de ce mois on acheva
à Breft de faire l'embarquement
des Troupes que l'on
avoit deftinées pour l'Irlan
de. La flote fe trouva compofée
de trente quatre Vaif
feaux de guerre , & le lende
main elle fut jointe par l'Ex-
• cellent & le Témeraire qui arriverent
de Rochefort. Mr le
Marquis d'Amfreville , Lieutenant
General, & M¹ de NefGALANT
$323
mond& le Chevalier de Fla-
-cour , font fur cette Flotte.
Elle partit le 17. jour de Saint
Patrice Patron d'Irlanda ,
qui eft le jour que le Roy
d'Angleterre fit voile l'année
drrniere, pour fe rendre en ce
Royaume- là, & elle feroit partie
dés le 13. quand mefme les
deux Vaiffeaux de Rochefort,
& cinq autres de Toulon ,
commandez par M' de Pales,
qui la joignirent au moment
de fon départ , ne feroient
point arrivez , fi le vent fe
fuft trouvé favorable . Voicy
les noms des trente- fix
324 MERCURE
premiers Vaiffeaux avec ceux
des Capitaines , & le nombre
des hommes d'équipage
, &
des pieces de Canon .
*
Vaiffeaux. Capitaines. Equi . Can.
Meffieurs
L'Eclatant
Le Content
de Riberette 420. ? 62
de Pontac 370. 60
Le Glorieux de la Luferne , 380. 60
Le Serieux
Le Henry ,
de Relingue
d'Amblimont .
* 370. 60
360 . 64
Le Furieux, Defnots , 350% 60
L'Ardent > de Septeme. 37.0 62
Le Marquis , de Belifle .
330
)
36
Le Prince , de Belfontaine. 350.
Le Courageux, de Real ,
356. L'Excellent, le Ch. de Mon , 350 . 60
bron.
Le Fort , de la Harteloire . 310,
1
58
L'Entreprenant,le C. de Sepville . 350 .
60
L'Apollon, Bidault . 330. 58 Le Vermandois , du Chalart. 350. 38 Le Bon , le Ch.du Palais. 300. 54
Le Maure , le Ch . de la Ga- , 294.
Jiffonniere.
GALANT 325
' Arc- en- Ciel , de Ste Maure.
Le Sage ,
Le François ,
Le Trident ,
46
ColbertS.Mare 300. So
le Ch . d'Ailly. 21250 .
des Francs.
de Champigny. Le Bra e,
Le Témeraite. du Rivau-Huet .
Le Diamant , de Serguigny .
Le Neptune, de Fourbin .
275. 52
350.. 56
360 . 54
300. 54
230. 48
250. 44
L'Arrogant , leCh . Defadrais . 350. 58 L'Emporté , le Ch.de Genlis . 230 . 36
Le Leger . Le Chi de Villars . 230 . 40
Le S. Michel, de Chaumont, 330. ze
Le Faucon , le Baron Defa 200. 361
LC Joly ,
gbergudrais
des Augers,
200.
36
Le Moderé , ( de Chamelin. 300. So
LeSans pareil, Ch . de la Ron
gere .
350 . 18
Le Palmier Ch. de là Gui 200 . 36
2017
che.
200 , 40 L'Alcion , ¡ J. Baërt.
Outre ces Vaiffeaux il y a
quatre Brulots & cinq Fluftes.
On a embarqué fur les 341
premiers qui eſtoient preſts à
226 MERCURE
partir le 13. fans les deux de Rochefort
, feize Compagnies du Regiment
de Fimmarcon , qui font
environ mille hommes ſeize
Compagnies du Regiment Allemand
de Zurlauben , qui font prés
de deux mille hommes ſeize
Compagnies du Regiment de Merade
, qui font huit cens hommes
vingt & une Compagnies du Regiment
de la Marche , qui font
neuf cens hommes ; vingt & une
Compagnies du Regiment de
Courvafier , neuf cens hommes ;
vingt & une Compagnies du Regiment
de Foreft , neuf cens hommes
, & quelques autres Troupes ,
des Regimens defquelles je n'ay
pas les nonis. Les Officiers de ces
Troupes fe montent à
13. Colonels , & Lieutenans Coonels.
3
GALANTM3278
299.
*
Capitaines, olaris) 1 al ring
192. Lieutenans , mod szia) , 316
Il ya
y a outre cela quatre cens
Irlandois , & parmy eux beaucoup
d.Officiers. Il y a auffi quantité
d'Anglois , & de Volontaires Françeis
, & il feroit impoffible d'exprimer
la joye avec laquelle ces
Troupes font parties . Perfonne n'a
deferté , & il s'eft trouvé à l'em- ;
barquement cinq cens perfonnes
au delà du nombre qu'on croyoit
y devoir eftre. M. Daigriny en eft
Intendant. Il y a cinq Commiffaires,
un Lieutenant General d'Artillerie
, des Commiffaires des vivres
, des Chirurgiens , & tout ce
qui eft neceffaire pour un Hôpital-
Il y a auffi douze pieces de Canon
nouvellement fondues dans l'Ar328
MERCURE
fenal de Paris , & douze autres
pieces ; cento Bombes de fix- vingt
livres ; cent de quatre- vingt livres;
cent de Rampart , fix mille Grenades
, trente- deux mille - boulers
de plomb , dix -huit cens Boulets
de calibre fix cens foixante &
quatre gros Balots d'armes , Moufquets
, Fufils , Moufquetons , Piftolets
, Sabres , Faux , Hallebardes,
Haches , & cinq cens quatre - vingt
quatre gros Balots de méchess
deux cens cinquante gros Balots
pour l'Hôpital de l'Armée ; trois
cens gros Balots de chemiſes pour
les Soldats fix-vingt Balots de
fouliers ; fix cens trente- fept petits
Balots d'acier & de cuivre pour
faire de la monnoye , & des For
biffeurs, Armuriers , Charpentiers,
Menuifiers & Maçons. Je pourGALANT
(329
1
rois faire icy de longs raiſonnemens
, mais je me contente d'admirer
le Roy & le pouvoir de la
-France. 11
Les fonctions de la femaine
laiffé de
Sainte eftant plus penibles pour le
Roy, que pour aucun de fes Su.
jers , Sa Majeſté n'a pas
s'en acquirer d'une maniere qui
marque la bonne fanté , & qui fait
de plus en plus connoiftre fon zele
pour la Religion . Il a fouvent ouy
les Predications du Pere Gaillard
Jefuite dont la Cour a efté tresfatisfaite.
Le Sermon de la Cene
fut prefché par M. l'Abbé d'Arnoye
l'un des quarante de l'Aca
demie Royale d'Arles, & qui s'eft
diftingué par les prix qu'il a rem-
Fortez ; & par plufieurs Sermons
qui ont receu beaucoup d'applau
Mars 1690. Ee
' .
330 MERCURE
diffemens Je vous parleray lemois
prochain des Benefices nouvellement
donnez par le Roy
2
Il n'y a rien qui fubfifte plus difficilement
que les Ligues . Un intereft
commun les fait naiftre contre
le Prince qui en eft l'objet , mais les
interefts particuliers des Princes qui
les compofent , les détruifent . L'Electeur
de Brandebourg ne veut
point quitter Bonn qu'on ne luy
donne le Canon & les munitions
de la Place , ou de l'argent pour la
valeur , ou bien qu'on ne luy affigne
une fomme confiderable fur le Domaine
de Rhimberg. Il ne deman ←
de rien que de jufte . Les Alliez luy
doivent certe conquefte , aucun
n'avoit des Troupes en plus grand
nombre que luy, & fon Artillerie
pendant le Siege eftoit plus confiGALANT!
oggi
derable que toute celle des Alliez
enfemble .
Meffieurs de la Ville de Cologne
demandent au Prince Clement de
Baviere qu'on démoliffe Rhimberg,
ou bien qu'il fafle reparer & forti .
fier les dehors de la Place , en forte
qu'elle puiffe contenir une Garni .
fon de quatre mille hommes. Cette
demande eft de bon ſens , & fans
cela les fruits de la Ligue demeu
rent inutiles. Cependant il eft im- '
poffible que le Prince Clement
puiffe trouver l'argent neceffaire
pour cette dépenfe , l'Electorat de
Cologne ne luy pouvant pas four-
-nir , dans la fituation où font les
affaires , dequoy entretenir feulement
une pattie de fa Maiſon.
L'Electeur de Baviere luy en peut
encore moins donner, les derniere:
:
Ec ij
332 MERCURE
Campagnes l'ayant fort endetté, &
les grandes fommes qu'il doit le
mettant prefque hors d'eftat de
retourner à l'Armée. 1 %
Le Prince d'Orange commence
à connoiftre depuis qu'il a caffé le
Parlement d'Angleterre, qu'il aura
de la peine à conferver ce Royaume-
là. Il ne fe fie pas non plus à
la Ville d'Amfterdam , quoy que
leur démeflé foit accommodé ,› parce
qu'il eft perfuadé que cette Ville
fçait qu'il ne pardonne jamais , &
que par cette raifon elle doit plûtoft
chercher à fecouer le joug de fon
autorité , que fe fier à luy.
Depuis que les Liegeois ont rompu
la neutrallité , ils ont fait une
dépense fi extraordinaire qu'il eft
impoffible qu'ils s'en relevent jámais.
Les Ecclefiaftiques font en
trez dans la dépenfe de l'Eftat, &
GALANT 333.
ont figné pour l'argent qu'ilaceme
prunté , ce qui ne s'eftoit jamais
fait en ce Pays là . Ils demandent
avec perfecution aux Alliez d'af
fieger Dinan , fans quoy ils difent
qu'ils font entierement ruinez.
L'Electeur de Saxe au lieu de
remplir fes Magazins pour la Campagne
prochaine a vendu ce qui
eftoit dedans , & doit , à ce qu'on
affeure , demeurer l'efté prochain
dans fes Eftars...
Vous fcavez que les Affaires
de Hongrie empefcheront que
l'Empereur n'ait autant de Troupes
fur le Rhin que pendant la
-Campagne derniere.Je n'entre dans
aucuns des taifonnemensique la fituation
des Affaires de ces Princes
donne lieu de faire. Je fuis , Mar
dame, oftre , &c.
•
A Paris , ce 31. Mars 1690.
TABLE.
Relude.
PR
I
Imitation du Pfeaume Quare
fremuerunt gentes, fur !afituation
des affaires d'aujourd'huy, 1
Edit.
Lettre à M. Ménage Shot
26
33
Memoires de la Cour d'Espagne. 69
Réjouiffances & Complimens pour la
promotion de M. de Beauvais au
Cardinalat
Service fait à Peronne.
178
182
Nouvelles Cartes données au Public
185 par M. Sanfon.
Suite de l'Article qui regarde feu M.
le Brun , avec une lifte de fes Ouvrages:
Reception de M. Mignard à l'Academie
dePeinture &de Sculpture . 210
Hiftoire.
Particularite touchant la Tontine,
avec les noms de ceux qui y ens
213
TABLE.
mis de groffes .fommes. 283
Journal du dernier voyage du Roy.
1999248
Officiers Generaux nommez par le
Roy.
Pieté de
Monfieur..
268
269
Garte nouvelle des environs de Paris»
de Versailles & de S. Germain.271
Le Roy nomme M. l'Archevefque de
Paris , pour eftre Cardinal à la
premiere promotion.
Barangue fur ce fujet.
275
280
Le Prieuré- Cure de S: Germain en
Laye donné à M. de Converfet.285
Erreur corrigée.. 288
M. Bignon eft nommé premier Prefldent
au Grand Conſeil,
280
Elope alta 297 ciob Qui
Lettres familiaires , & autres fur
toutes fortes de fujets 209
Confeil des Remiffions on Graces, 300
TABLE.
Reduction ganerale des Monnoyes
anciennes en Monnoyes nouvelles.
Enigme. 315 311
Marques de confideration du Pape
pour M. le Cardinal de Bouillon ,
avec l'arrivée de M. le Prince de
Turenne à Rome.
Noms des Vaiffeaux partis pour l'Irlande
avec un détail de leur charge.
322
316
Sermons de la Semaine -fainte. 329
Etats des Affaires des Alliez. 330
L
Avis pourplacer les Figures.·
Air qui commence par , Efprit
divin , Auteur du monde , doit
regarder la page 18
La Figure doit regarder la page
212.
21
L'Air qui commence par , Il eft
ray,je lay dit , doit regarder la
page 295,
511
m
1690.3
Eiv. 511 m
511
-
1690,3
Mercure
<36613075580015
<36613075580015
Bayer. Staatsbibliothek
啊
MERCURE
GALANT
LE
DEDIE' A MONSEIGNEUR
DAUPHIN
MARS 1690 .
A PARIS .
GALERIE- NEUVE DU PALA IS.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juftice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E MICHEL GUEROUT , Galerie-neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. LXXX X ,
'AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Q
A VIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y man
quer toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Mémoires dont on ne fepeutfervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
pre-
Le fieur Guerout qui debite
fentement le Mercure , aa rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
A VIS
les Villes éloignées , mais auſſi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en falle le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il ſe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS.
2
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalementde
tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'estre
content.
MERCVRE
GALANT
MARS 1690.
I les belles Lettres &
les Sciences Aeurif
fent rarement dans
un Royaume dont le Souverain
eft en guerre avec quel
qu'un des Princes fes voifins ,
elles devroient eftre fans ap-
A iiij
8 MERCURE
•
puy , & prefque entierement
oubliées dans un Eftat , dont
un monde d'Ennemis témoigne
avoit juré la ruine , &
dont le Monarque ne fe voit
environné que de Souverains
qui ne fçauroient ſupporter
l'éclat de fa gloire. C'eſt la
fituation, où fe trouvent aujourd'huy
la France & le
Prince qui la gouverne ; mais
comme il n'y a rien que d'extraordinaire
dans la vie d'un
fi grand Monarque , tout
marche d'un pas égal dans
fon Royaume ; chacun y
jouit des liberalitez qu'il a
GALANT.
9
coutume de faire ; les penfions
Y font payées de melme
qu'en temps de paix ; on
y reçoit des gratifications, &
tout recemment celles que
ce Prince donne aux perfonnes
qui fe diftinguent dans
les belles Lettres & dans
les Sciences viennent de
faire connoiftre que la guerre
n'a rien changé à leur égard .
Il y a beaucoup à dire làdeffus
, & plus encore à penfer
; mais je laiffe ce ſoin aux
Ennemis de la grandeur de
Sa Majefté, Rien ne les doit
épouvanter davantage , & ne
10 MERCURE
peut faire mieux voir que
toutes leurs menaces & tous
leurs armemens n'ont pas
caufé la moindre alteration
en France , & que fon Souverain
a pris de fi juftes mefures
, que tous les efforts de
fes Ennemis ne fçauroient ja
mais fervir qu'à faire briller
fa gloire avec plus d'éclat .
Vous en ferez convaincuë en
lifant l'Imitation que je vous
envoye du Pleaume , Quare
fremuerunt Gentes . Vous y
trouverez beaucoup de rapport
aux Ligues que l'on a
•formées contre ce Prince
GALANT.
II
pendant qu'il prend le party
de l'Eglife en fecourant le
Roy d'Angleterre. Il n'y a
rien de plus juſte que cette
Imitation , & on peut s'en
affeurer en confrontant chaque
verfet du Pleaume avec
les quatrains François .
ofof of ofs of ofsofs of fofofs.
IMITATION
Du Pfeaume Quare fremuerunt
Gentes, fur la fituation des
Affaires du temps.
D'
'Où vient que tant d'Etats
s'élevent& s'irritent ?
Et quels font (jufte Giel) les motifs,
lesfujets
12 MERCURE
De ces vains & vaftes projets ,
Que dans leur noir confeil le's Nations
meditent ?
S
Que de Peuples liguez , de Princes
& de Rois [fon Eglife ,
Contre l'oint du Seigneur , & contre
Qu'unfeul Monarque favorife ,
Lors qu'ils confpirent tous pour la
mettre aux abois!
t
S
Rompons les nauds facrez de l'union
Chretienne
,
Fuions le jeug pefant qu'on nous
veutimpofer.
Il faut ( difent- ils ) tout afer:
Evitons noftre perte , en refolvant
la fienne.
S
Mais le Moderateur de la Terre &
des Cieux
GALANT.
13
Quifçait calmer les flots , & borner
leur audace
Se moquera de leur menace ,
En reprimant l'effor des Aiglons
furieux.
2
Par tant de noirs complots fa fureur
allumée ,
D'un éclat imprévû troublera leurs
efprits ;
Ils feront confus & furpris ,
De voir tous leurs deffeins s'exhaler
en fumée.
Pour moy, que le Seigneur établit
Sonverain ,
Pour publier fes loix & protéger
l'Eglife ,
Dans une fi jufte entreprise
Je foûtiendray toûjours l'ouvrage de
Sa main.
14 MERCURE
2
F'attens l'heureux effet de fa fainte
promeffe ,
C'est pour cela , dit- il , queje vous
ay fait Roy ,
Qu'en vous engendrant par la Foy
Sur tous les autres Rois vous avez
droit d'aînéſſe.
S
Parlez , & vous verrez remplir
voftre defir ;
Vous briferez le Trône & du Scythe
& du More ,
Et du Couchant jusqu'à l'Aurore
Vos Neveux regneront felon voftre
plaifir.
S
Fe vous feray dompter ces Nations
rebelles >
Avec la fermeté d'un Sceptre tout de
feri
GALANT. 15
Et ces noirs fuppofts de l'Enfer
Seront bieu- toftchangez en des Sujets
fidelles.
Ouvrez donc tous, les yeux à ces vir
ves clartez,
Vous autres Souverains qui gouvernez
la terre ;
Songez que vous n'eftes que
verre ,
Et redoutez l'effet de tant de veri
tez:
Craignez d'un Dieu vangeur les jugemens
terribles >
Plus vous eftes puiſſans , & plus
Soyez Soumis ;
N'infultez point vos Ennemis;
Ceux que fon bras foûtientfon ujours
invincibles.
16 MERCURE
Ceffez contre un Aifné de lancer tant,
de traits,
Et loin de l'infulter & luy faire la
guerre ,
Honorez- le deffus la terre ,
Et joignez-vous à luy par un baifer
de Paix.
S
C'est trop pouffer l'envie & l'aigreur
contre un Frere,
Sa gloire croift toujours malgré tout
voftre fiel.
Craignez de voir tomber du Ciel,
Sur une injufte guerre une jufte
colere.
2
Attachez- vous aux loix d'un rigoureux
devoir ,
Moderez les transports d'une ardeur
indifcrete,
GALANT. 17
Servez Dieu dans la voye étroite,
Détournezfa colere, & craignezfon
pouvoir.
2
Cette colere affreuſe unie àſa juſtice,
Eft prefte d'éclater , & vous menace
tous.
Heureux, qui pour parerfes coups,
Met en luy fon espoir, & fuit le
précipice.
D. H. Cél .
Nous fommes dans un
temps tout faint. Ainfi , Madame
, je croy vous faire
plaifir de vous envoyer au
lieu de Chanfon nouvelle , le
commencement duVeni Creator,
traduit par M ' Perachon,
Mars 1690 .
B
18 MERCURE
& mis en Mufique par M
l'Abbé Chaſtelain , Chanoine
de l'Eglife de Paris . La
Baffe- continue eft de M' le
Roux , Maiſtre de Mufiqne ..
E
Sprit Divin
Monde
,
2.
Auteur du
Répans dans nos efprits cette clarté
feconde
Qui leur donne l'eftre & le jour.
Viens remplir tous nos coeurs de cette
grace immenfe,
Qui fait parfon heureux fejour ,
Dans l'ouvrage de ta puifance
Le Chef-d'oeuvre de ton amour.
Le mefme Mr Perachon
vient de donner un ouvrage
GALANT. 19
confiderable au Public . C'eft
un Poëme qui renferme toutes
les principales actions de
la vie du Roy , jufques à prefont.
La plufpart de ceux fur
qui les graces des Princes qui
leur peuvent faire du bien ,
ne font point encorentombées
épargnent rarement
leur temps pour travailler à
de longs Panegyriques , mais
ceux qui n'écrivent que pour
remercier en font de moins
étendus . Mr Perachon n'en a
pas ufé de mefme , & quoy
qu'il n'cuft qu'un remercie
ment à faire , il a fait voir
Bij
20 MERCURE
que lors qu'il s'agiffoit de
parler du Roy , il ne pouvoit
retenir les mouvemens de fon:
coeur . En effet, toutes les fois.
que l'on a occafion de com
mencer fon Eloge , l'on fent
tant de joye à traiter cette
matiere , que le plaifir qu'elle
donne fuffit feul pour exciter
à ce glorieux travail . M
Perachon , qui avoit eſté élévé
dans la Religion pretendue
Reformée , s'eftoit rendu
celebre parmy ceux.de cette
Religion , & comme il eftoit
devenu un des principaux du
Confiftoire de Charenton , il
GALANT. 21
fe voyoit employé aux affaires,
& aux députations qui
regardoient le Corps de fes
Confreres. Cependant l'eſtat
où il eftoit parmy cux , ne
l'empefcha point de faire de
ferieufes reflexions fur la Religion
qu'il avoit receve de
fes Ancestres, & il ne crut pas,
comme beaucoup d'autres ,
qu'il fuffifoit qu'il l'euft embrafféeren
naiffant, pour s'obftiner
à la trouver bonne. Il
prit donc une ferme refolution
id examiner la verité , &
cela l'obligea de s'attacher à
la lecture des Peres de l'E22
MERCURE
glife , qu'il voulut feuls confulter
. Il y trouva des lumieres
qui l'engagerent à le convertir
, ce qu'il fit avant la
revocation de l'Edit de Nantes
. Il travailla enfuite à la
converfion de fes Confreres ,
& plufieurs eurent le bonheur
de fe fentir convaincus
des veritez qu'il leur expofa ,
& dont fes longues recherches
l'avoient convaincu luymeſme
. Rien n'eft plus capable
de faire ouvrir les yeux à
un Heretique, qu'un Heretique
habile homme converty.
Il connoift les détours &
GALANT.
23
les faux - fuyans dont ont accoutumé
de fe fervir ceux qui
s'obſtinent dans la Religion
qu'il a quittée ; & comme ils
font obligez d'en tomber
d'accord , ils conviennent
bien toft aprés de la faufſeté
de leur créance. Pendant que
Mr Perachon travailloit utilement
aux converfions dont
je vous parle , il fit quelques
Ouvrages de devotion , &
traduifit plufieurs Himnes
qui plûrent au Roy. Il avoit
déja fait diverfes pieces pour
la gloire de ce Poïnce , qui
Fluy fit donner de Brevet d'une
24 MERCURE
penfion fur les propres revenus
, & non fur les Benefices
dont les revenus eftoient alors
deftinez pour les Nouveaux
Convertis , Sa Majesté en
ayant donné , & en donnant
encore tous les jours fur fon
Trefor Royal . M' Perachon ,
tout penetré des bontez que
Sa Majesté avoit pour luy,
voulut faire un Ouvrage confiderable
qui en marquaft fa
reconnoiffance , & travailla
à un remerciement à la maniere
des plus illuftres Anciens
, c'est à dire , comme
Pline à Trajan , Mamertin à
Julien ,
GALANT.
25
Julien , Aufone à Gratien , &
plufieurs autres qui ont fait
des Panegyriques entiers au
lieu de remercimens . On
peut affeurer que celuy done
je vous parle a de fort grandes
beautez , puis qu'outre
que les actions du Roy , racontées
fans art & fans ornement
, ne laifferoient pas de
paroiſtre inimitables , la Poëfie
les met dans un plus beau
jour ; à quoy contribue encore
le genie de l'Auteur ;
dont l'Ouvrage eft remply
de pensées nouvelles auf-
Mars 1690. C
26 MERCURE
quelles il a donné un tour
fort ingenieux. Je n'en parle
qu'aprés les Illuftres , qui
travaillent au Journal des
Sçavans . Mais pour mieux
fçavoir ce que l'on en doit
dire , j'attens voftre fentiment
quand vous l'aurez lû,
ne doutant point que vous
n'y trouviez de vives expreffions
, & de ces grands traits
que vous m'avez mandé tant
de fois qui vous font plaifir.
Jamais le Public n'a executé
avec tant d'ardeur & tant
de joye les ordres du Roy ,
qu'en portant dansles Hoſtels
GALANT
27
des Monnoyes de France ,
l'Argenterie inutile au fervice
& qui ne fembloit
avoir cfté inventée que pour
contenter les yeux & latisfaire
le Luxe , puis qu'elle ne
fervoit pas feulement à l'or-
*
nement des appartemens des
Princes & des grands Seigneurs
, mais que ceux de
plufieurs Particuliers , plus
favoriſez de la fortune que de
la naiſſance , en eftoient remplis
; de forte que c'eftoit un
abus à reprimer , quand l'Edit
quia efté donné là def
kus , n'auroit pas cité utile à 9
C ij
28 MERCURE
l'Estat dans les conjonctures
preſentes. Il y a fouvent du
fuperflu par tout , & il s'en
trouve dans l'Eglife comme
ailleurs ; mais ce que d'un
cofté l'ambition & la vanité
produiſent , n'eft de l'autre
que l'effet d'un zele ardent .
Cependant il eft quelquefois à
propos d'impofer des bornes
à ce zele , fans que l'on blâme
pour cela la bonne intention
de ceux qui le pouffent juf
qu'à l'excés ; & comme c'eſt
dans les chofes qui regardent
la Religion qu'il paroift ordinairement
le plus , il ne
GALANT .
29
faut pas s'étonner s'il y a tant
d'Eglifes , & particulierement
de Monafteres , qui ont de
l'argenterie au delà de celle
qui eft neceffaire pour la décence
du culte divin . C'eft ce
qui a obligé le Roy d'écrire
à tous les Archeveſques &
Evefques de fon Royaume,
pour les exhorter à examiner
ce qui s'en trouve dans chaque
Eglife de leur Dioceſe ,
& ce qu'ils croiront qu'il fera
à propos d'y en laiffer ,
outre les Vafes facrez , auf
quels Sa Majeſté ne permet
pas que l'on touche . Čela ne
C iij
30 MERCURE
>
peut faire que du bien aux
Eglifes qui auront de l'Argenterie
fuperfluë , puis que
ce qu'elle produira fera employé
au payement des dettes
ou à l'augmentation des
revenus de chaque Paroiffe
ou Communauté , ce qui leur
apportera de l'utilité tous les
ans ; au lieu que leur Argen .
terie qui demeuroit le plus
fouvent enfermée , puis qu'-
elle ne paroiffoit qu'en certaines
Feftes , ne leur appor
toit aucun profit.
Je vous envoyay il y a un
an un livre de Mr Perrault , de
GALANT.
3371 %
l'Academie Françoife , ayant
pour titre , Paralelle des Anciens
avec les Modernes . Le ST
Coignard vient d'en donner
au Public un fecond Volume
qui contient un excellent
Dialogue fur l'Eloquence !
La Poefie aura fon tour &
M ' Perrault traitant la matiere
à fond avec beaucoup
de netteté & de force, il ne
fera pas aifé d'y répondres
à moins que d'apporter
des
raifons contraires qui foient
affez fortes pour détruire ce
qu'il établit. Cependant
les
Défenfeurs de l'Antiquité
C iii j
32 MERCURE
qui fe prétendent toujours
tres - bien fondez dans leurs
fentimens , que je n'ay point
à examiner , ne prenant aucun
party , continuent à s'élever
contre ceux qui trou
vent que les Modernes ne
font dans aucune obligation
de ceder aux Anciens. Ils
vont jufques aux injures , &
c'est cet emportement qui as
donné lieu à la Lettre que
vous allez lire . Elle eft du
mefme M Perrault , dont le
Boëme du Siecle de Louis len
Grand a émeu cette fameufe
querelle
GALANT. 33
222252552 $52552255
LETTRE
DE M' PERRAULT
E
A M
Menage.
jay Nfin , Monfieur
vù l'Eloge que M' Francius
, Poete Hollandois fait de
moy dans une Harangue Latine
où il parle des qualitez neceffaires
pour former un parfait
Orateurs Cette Harangue a efté
prononcée à Amfterdam au mois
de Novembre dernier . En voicy
les propres termes.
34 MERCURE
Quin & cò nuper audacia
progreffus eft fcriptor Gallicus
in horribili illo & facro
libello , quem fæculum Ludovici
Magni appellat , ut
Marcum Tullium Cicero.
nem , fi viveret hodie , non
in fecundo aut rertio ordine
Oratorum confiftere , fed vix
inter mediocres fori Parifienfis
Patronos locum habere
poffe , affirmare non dubitaverit.
En cor Zenodoti , en jecur
Cratetis.
Quam tamen ineptiffimi
hominis infolentiam carmine
fane pulchro Menagius , &
GALANT.
35
in præfatione ad Horatium
nupera repreffit Dacierius &
plures præterea alii . Neque
enim hanc ferre poffunt fu
perbiam eriam in gente fuas
& ignorantiam plufquam
puerilem acutioris inter Gallos
nafi , & in veterum lectione
verfati viri . Sed tamen
fparguntur hæc in vulgus
, legunt juvenes , laudant
ephemerides , & malam de
antiquis illis heroibus opinionem
imbibunt qui parum
eos cognitos habent & perfpectos
, & c .
Ces paroles , comme vous fça36
MERCURE
vez , Monfieur , renduës litteralement
en noftre Langue, veulent
dire.
Et mefme un Ecrivain
François eft venu à un tel
point d'audace dans cet horrible
& execrable Libelle
qu'il appelle , le Siecle de Louis
le Grand , qu'il n'a point fait
difficulté d'affeurer , non feulement,
que Ciceron , s'il eſtoit
aujourd'huy au monde , ne
feroit mis ny dans le fecond
ny dans le troifiéme rang des
Orateurs , mais qu'il auroit
peine d'avoir place parmy les
Avocats mediocres du Parlement
de Paris.
GALANT. 37
Voilà le coeur de Zenodote ;
voilà le foye de Cratés.
Auffi Menage a t-il repouflé
l'infolence de ce tres impertinent
homme , par une
tres - belle Epigramme , ainfi
que Dacier dans fa derniere
Preface fur Horace , &
plufieurs autres ; car les gens
qui ont le nez le plus pointu
parmy les François , & qui
font les plus verfez dans la
lecture des Anciens , ne peuvent
fouffrir cet orgüeil &
cette ignorance plus que
*
* Façon de parler latine. On dit en
cette Langue , avoir le nez point , pour dire,
Avoir le difcernement fin.
38 MERCURE
puerile, mefme dans un homme
de leur Nation . Cependant
ces chofes fe répandent
dans le public , les jeunes
gens les lifent , les Journaux
en parlent avec éloge , &
ceux qui ne connoiffent pas
affez ces anciens. Heros , &
confiderez qui ne les ont ont pas
d'affez prés , en prennent de
méchantes impreffions
.
N'ay-je pas efté bon Prophete
quand j'ay fait ce Madrigal ?
L'agreable difpure où nous nous
amufons
Paffera fans finir jufqu'aux races
futures .
Nous dirons toûjours des raifons
Als diront toûjours des injures.
GALANT.
39
eft
*
Ne font-ce pas là des injures
en forme , des injures qui excedent
toutes les libertez permifes
entre des gens de Lettres ; enfin
dire en public qu'un homme
tres- impertinent , qu'on
ne peut fouffrir ſon infolence
, n'est - ce pas luy faire
un veritable outrage ? Cependant
comme je fçay que ces injures
n'ont pas la mefme force
en Latin qu'elles auroient en
François , je les pardonne de bon
coeur à M Francius , en faveur
des privileges de la Langue Latine
pourucu qu'il faſſe reflexion
combien peu delicate eft
40 MERCURE
peu
de- cette Langue , combien
licats ont efté la plupart de ceux
qui l'ont parlée , & combien le
font encore laplupart de ceux qui
la parlent , puis que pour les mesmes
chofes où l'on ne daigne pas
faire attention quand ellesfont en
Latin , on fe couperoit
la gorge fi
elles eftoient dites en François.
Je nefçay . Monfieur
, fi vous
fçavez ce qui arriva à Saint
Merry il y a quelques années ,
touchant l'Epitaphe
de Mr Tarteron
. Cette hiftoire fait bien
voir la difference
qu'il y a d'une
Langue morte à une Langue vivante.
Mr Tarteron
, Maiftre
GALANT 41
des Comptes , & fort honneftehomme
, eftant mort , fes Heritiers
prierent M. de S. Laurents
Amy intime du Défunt , de luy
faire une Epitaphe. Mr de S.
Laurent , homme d'efprit , comme
vous fçavez › & tres- inftruit
de toutes les fineffes de noftre
Langue , fit l'Epitaphe , & aprés
l'avoir montrée à Mr Chapelain
, & à quelques autres de fes
Amis , il la fit graver en lettres
d'or , mettre en place. Il n'y
eut pas une fyllabe qui ne fuft
critiquée. Pourquoy toutes ces
loüanges , difoient les uns ?
Pourquoy n'y en mettre pas
Mars 1690. D
42 MERCURE
davantage , difoient les autres ?
Cecy.eft trop fort ; cela eft
trop foible . Voilà qui eſt
rampant ; voilà qui eft guindé.
Sçavans , ignorans , grands.
petits , hommes & femmes ,
tout le monde y trouvoit à redire
, depuis le matin juf
ques aufoir foir , il y avoit une
foule de gens qui lifoient & cenfuroient
l'Epitaphe . M de S..
Laurent ayant releu fon Ouvrage
avec les mesmes Amis.
qu'il avoit confultez en le faix.
fant , crut avoir trouvé les en-.
droits qui bleffoient le public ,
aprés les avoir reformez , il
GALANT 43
fit graver une feconde Epitaphe
qu'on mit en la place de
premiere. Ce fut encore pis ; le
nombre des Critiques augmenta
au centuples il s'y faifoit
un tel concours , que le Curé en
fut fcandalife , & demanda
qu'on l'oftaft. Un homme de
bon fens dit à M de Saint
Laurent , que le meilleur remede
qu'il y voyoit eftoit de la
faire traduire en Latin . On fuivit
ce confeil , & tout ce grand
bruit ceffa. L'Epitaphe Latine
eft dans S. Merry où tres-peu
de gens la regardent , & où elle
jouit d'un auffi grand repos que
3
Dij
44 MERCURE
Je
le Défunt pour qui elle estfaite.
ne fuis donc point faché des
injures Latines de M Francius .
La feule chofe qui me fait peine,
c'est qu'il n'ait pas en foin de
dire la verité, car en toutes Langues
on eft obligé de la dire.
Voicy de quelle forte jay parlé
de Ciceron dans mon petit Poëme
de Louis le Grand.
Je voy les Cicerons , je voy les
Demoftenes ,
Ornemens éternels & de Rome &
d'Athenes ,
Dont le foudre éloquent me fait
déja trembler ,
Et qui de leurs grands noms viennent
nous accabler.
GALANT . 45
Qu'ils viennent , je le veux , &
que fans avantage
Entre les combattans la gloire fe
partage ;
Que dans noftre Barreau l'on les
voye occupez
A défendre d'un champ trois fillons
ufurpez ;
Qu'inftruits dans la Coutume , ils
mettent leur étude
A prouver d'un Egouſt la jufte fervitude
,
Et qu'en riche appareil la force de
leur art
Eclate à foûtenir les droits de Jean
Maillart ;
Si leur haute éloquence en fes démarches
fieres
Refufe de defcendre à ces viles
matieres ,
Que nos grands Orateurs foient
affez fortunez
46 MERCURE
Pour défendre comme
Cliens couronnez ,
eux des
Ou qu'un grand Peuple en foule
accoure les entendre
A
Pour declarer la guerre au Perè
d'Alexandre ;
Plus qu'eux peut - eftre alors diferts
& vehemens
Ils donneroient l'effor aux plus
grands mouvemens ,
Et fi pendant le cours d'une lon
gue Audience ,
Malgré les traits hardis de leur vive
éloquence ,
On voit nos vieux Catons fur leurs
riches tapis ,
Tranquilles Auditeurs & fouvent
affoupis
On pourroit voir alors au milieu
d'une Place ,
S'émouvoir , s'écrier l'ardente Po
pulace..
GALANT . 47
Ay je rien dit dans ces Vers
qui reffemble à ce que Mª Francius
me fait dire ? Ay- je dit que
fi Ciceron revenoit au monde , il
ne feroit pas au fecond, ny mesme
au troifiéme rang parmy nos
Avocats ? Si je fuis blamable ,
c'est bien moins d'avoir trop
élevé nos Orateurs , que de les
avoir trop abaiffez en difant ,
que s'ils cftoient affez heureux
pour traiter des matieres
auffi importantes que celles
qui occupoient les Anciens
, peut - eftre réuffiroient
ils mieux ; car un ſemblable •
• peut- eftre dans la bouche de leur
48 MERCURE
Avocat , eft une espece d'aven
de leur inferiorité. M Francius
dit enfuite , Monfieur , que vous
avez reprimé mon audace par
une belle Epigramme . Vous avez
declaré que cette Epigramme n'eft
point de vous, cela fuffit, & l'on
juge aisément que celuy qui l'a
faite , n'a mis au bas la premiere
lettre de voftre nom , que pour
faire tomber le foupçonfur vous,
donner par là de l'autorité
fon Epigramme. Quelques- uns
ont cru en voyant cette M.que
l'Epigramme eftoit de quelque
nouveau Montmor Parent du
fameux Parafite , que vos Mufes
GALANTI 49
fes chafferent autrefois fiagrea
blement du haut du Parnaffe
coups de fourche. On l'a traduite,
• 407901
onyafait une réponse.Koicy
l'Epigramme Latine M
Cui fæcli gitulum dedir , Sabelle,
Peraltus tuus , edidit. Poëma,
Quo vir non malus afferit, putatque
Noftris cedere Bruniis Apellem , cr
Noftris cedere Tullium Patronis,
Noftris cedere Vatibus Maronem.
O fæclum infipiens & inficetum !
Moicy la traductionpan dieC
Cher Sabellus , ton bon Am
rault Ch ib
Y
Per-
A fait des Vers que le Siecle il appelle
,
Où ce bon homme affeure , & dit
tout haut
Mars 1690.
1 Zuciy
E
to MERCURE
Que nos le Bruns ensfçavent plus
f qu'Appelle ;
Que nos Brailleurs font mieux que
Ciceron
Que nos Rimeurs l'emportent fur
Maron™
Siècle fade & de peu de cervellé
!
Voicy la réponse.
Des Bons Auteurs que noftre fiecle
eino admire , ilu a p
Par tout Montmor ne ceffe de
médire
.
De fa nature il fut toujours mordant
.
A leur éloquence choisie ,
A leur divine Poëfie ,
Il ofe comparer , tant il eft impro
dent ,
Il ofe préferer, tant il eft impudent ,
De mille vieux bouquins la fcience
moifie.
GALANT. FI
O le craffeux ! Ole vilain Pedant!
Fe demeure d'accord que l'Epigramme
Latine eft belle pour une
Epigramme de ce temps cy's car
quoy qu'elle ne foit fondée que
fur l'équivoque du mot de Siecle,
mon Poëme, ¿¿ qui fignifie la
temps où nous fommes ,
que cette équivoque foit affez
froide, cependant comme le plus
grand merite des Ouvrages Latins
d'aujourd'huy n'est point
d'avoir du fens de la raison,
chofes trop communes trop
vulgaires , mais d'eftre compofez
des plus beaux endroits des Au
?
E ij
52 MERCURE
teurs Claffiques , & que ce dernier
Vers , O Sæclum infipiens
& inficetum , fait allusion à
un Vers de Catulle , je comprens
bien que cette Epigramme a pour
certaines gens une beauté qui les
charme qui les enleve . C'est
de ce genre
de beauté
ce Vers de mon Eloge :
que
brille
En cor Zenodoti , en jecur Cratetis ,
Voilà le coeur de Zenodote , voilà
le foye de Crates.
Je ne fuis pas furpris que cela
foit admiré dans un College ,
mais je m'étonne que la plupart
particuliere- des Sçavans ,
ment des Sçavans en ïus,n’ayent
GALANT.
53
a
pas encore remarqué que s'il eft
louable à un jeune Ecolier de
faire voir à fon Regent qu'il
bien profité de la lecture des An.
ciens , en les inferant dans fes
compofitions, il fied mal à un
Maistre de ne pas parler de fon
chefdans une barangue, d'avoir
encore du goust pour toutes ces
tripes de Latin , & de vouloir
meſme en regalerfes Auditeurs .
Aprés que Mr Francius a dit
deux chofes qui ne font pas
vrayes , il en dit une tres- veritable
, qui et que M™ D……….
m'a maltraité dans fes Remarques
critiques fur les oeuvres
E iij
14 MERCURE
l'amour
d'Horace , où il fait entendre en
plufieurs endroits que je fuis un
ignorant ; j'en demeure d'accord,
que je n'ay point de gouft ; cela
peut eftre , cela peut n'eftre pas ,
ce n'est point luy qui en fera
le Fuge, mais il dir une chofe
dont je fuis faché pour
de lug . Il dit en parlant de Pindare
qu'il compare à un torrent :
Qu'il ne faut pas s'étonner .
qu'un Auteur moderne , &
les ridicules Perfonnages qu'il
introduits'y foient noyez dés
le premier pas. Il est aisé de
voir qu'il parle du premier Dialogue
de mes Paralelles , où les
GALANT. དོད
55
Ferfonnages
que j'introduis de
clarent nettement qu'ils n'entendent
point le commencement
de la premiere Ode de Pindare.
Il est certain que les Perfonna
ges d'un Dialogue ferieux ne
peuvent estre ridicules que l'Auteur
ne le foit encore davantage,
que Ridicule eſt une injure
qu'on ne dit point à un honnefte
homme , pour peu que l'on ait
de politeße . Cette expreffion ne
fait point d'honneur à M.D.....
J'avoue ingenument que je me
fuis noyé dans le commencement
de la premiere Ode de Pindare ,
ou pour parler plus clairement ,
E iiij
56 MERCURE
que je n'ay pas entendu le com
mencement de cette premire Odes
mais je croy m'eſtre noyé aver
tout le genre humain , es qu'il
vaut mieux comparer Pindare
au Deluge Univerſet qu'à un
torrent , puis que perfonne ne
s'en eft jamais fauvé. Jean-
Benoift , le dernier de fes Commentateurs
, declare que jusqu'à
luy à peine les plus Sçavans
**
ont entendu Pindare., le bon
homme ne l'a pas entendu luymefme.
Si vous pouviez engager
M. D.... à nous donner
une explication du commencement
de cette Ode qui euft du
GALANT. 57
Jens vous feriez une bonne
ceuvre , & il ne faudroit pas
un plus grand miracle que celuy-
là pour me convertir. Ditestuy
, je vous prie , que je prens
par tout fa défenſe contre ceux
qui l'attaquent . Je ne rencontre
que des gens qui pretendent que
fa Traduction d'Horace ne vaus
rien je leurfoûtiens à tous
qu'elle doit eftre fort bonne . Et
en effet leur dis -je , comment
ne feroit- elle pas la meilleure de
toutes , puis que M D.... avoit
eu devant luy cinquante
ou foixante Interpretes , & qu'il
n'a eu qu'à choisir les endroits
誓
$8 MERCURE
où chacun d'eux à le mieux
rencontré ? Cé qui vousfait parler
de la forte , ajoûtay- je , c'est que
ne trouvant pas dans Horace les
beautez ineffables que fon ob-
Scurité vous avoit fait croire
jufques icy y eftre renfermées ,
Vous vous en prenez mal à
propos à fon Traducteurs qui
vous le fait voir tel qu'il eft,
& qui n'est qu'une cauſe innocente
du déchet où tombe Horace
dans vostre eſprit, Quelque
beau que foit Horace , car affeurement
cet Auteur eft admirable
en mille endroits , M®
D.... luy a fait un mauvais
GALANT . 59
tour de le traduire , de mefme
que M de L..... a rendu un
mauvais office à Theocrite en le
traduifant.Vous fçavez le Madrigal
que l'on fit à l'occasion
de la Traduction de Theocrite.
Ils devoient ces Auteurs demeu
rer dans leur Grec ,
Et fe contenter du refpec
De la Gent qui porte ferule .
D'un fçavant Traduceur on a
beau faire choix ;
On les traduit en ridicule
Dés qu'on les traduit en François .
Voicy la Parodie qu'on afaire.
au fujet de la traduction d'Ho
race.
60 MERCURE
Ils devoient ces Auteurs , contens
de leur deftin ,
Se tenir clos dans leur Latin ,
Trop heureux de charmer la Gent
porte-ferule,
Du docte & grand D... on a beau
faire choix ;
On les traduit en ridicule
Dés qu'on les traduit en François.
à
Si la plupart des Anciens
ne trouvent pas leur compte
eftre traduits , parce qu'une Traduction
fidelle leur ofte cette
beauté indéfinie & fans bornes ,
que beaucoup de gens y croyent
voir au travers de l'obscurité de
leurs expreffions , ou au travers
des douces vapeurs que forme
GALANT . 61
la joye fecrete de les entendre
mieux que les autres , il eft bon
que tout le monde les connoiffe à
fond & puiffe juger de leur
veritable merite . Combien d'hommes
de tres- bon fens , qui prevenus
par les louanges exceffiwes
que l'on donne à ces Auteurs
, fe confumoient du regret
de ne les pas connoiftre , fe difent
l'un à l'autre , Eft- ce là
donc cet Horace , ce divin
Horace que l'on nous vantoit
fi fort ? Sont- ce là ces fines
railleries de la Cour d'Auguſte
, qu'il falloit admirer
fans pretendre en oüir jamais
62 MERCURE
de pareilles ? Combien de
Dames qui ne lifoient qu'avec
dédain les Ouvrages de Voiture
de Sarrazin de Moliere , &
de plufieurs autres Auteurs à peu
prés de la mefme force , & qui
perfuadées que tout cela ne valoit
pas le moindre mot d'Hone
ceffoient d'envier le
race ,
bonheur des Dames Romaines
s'écrient en mille endroits de fa
traduction , Quelles pauvretez,
quelles ordures ! Sont- ce là
les jolies chofes que
a tant vantées ? J'avouë franchement
que dans le deffein que
jay de faire voir dans mes
l'on nous
GALANT. 63
Paralelles que les Modernes
valent bien les Anciens je n'y
entens rien en comparaifon de
ส่วน
ceux qui font de femblables traductions
, & que je n'ay garde
d'avoir trouve un chemin pour
y parvenir , auſſi ſeur & auſſi
coure que celuy qu'ils ont pris.
C'eſt dequoyje vous prie , Monfieur
, d'affeurer Mr D……. Ditesluy
bien encore , s'il vousplaift ,
qu'il peut continuer à dire de
moy tout ce qu'il luy plaira ,
pour-veu qu'il ſe renferme dans
ce qui regarde la litterature , &
fur tout , que je ne luy diray
jamais d'injures. Comme je ne
64 MERCURE
m'occupe à écrire fur les Anciens
& fur les
Modernes
que pour
me divertir , je quitterois là toute
la difpute fi elle venoit à m'échauffer
le moins du monde.
Voila , Monfieur , la fituation
d'esprit où je fuis à l'égard de
M Francius & de M. D...
dont je ne laïffe pas d'honorer
beaucoup le merite , malgré les
chofes fachenfes qu'ils me difent ,
car ce font leurs manieres , qui
affeurement ne font pas modernes
. Fay cru , Monfieur , que
je ne pouvois choifir de meilleur
Juge que vous fur tous ces differens
vous , Monfieur , qui conGALANT.
65
>
noiffez fi bien les Anciens &
les Modernes
vous qui avez
le don de toutes les Langues ,
& qui avez composé des Ouvrages
du gouft de toutes les
Nations & de tous les Siecles .
Vous estes fi riche en François ,
en Italien & en Espagnol , que
quand le prix exceffif , où l'efprit
du College a fait monter
tout ce qui eft , Grec ou Latin diminueroit
un peu , vous feriez
toujours dans une extrême opulence.
Je fais avec paffion
Monfieur ,
·Voſtre très , &c.
Ce 21. Février 1690...
Mars 1690 .
F
66 MERCURE™
Il m'eft tombé entre les
mains des Memoires de la
Cour d'Espagne , que l'on
peut dire nouveaux puis
qu'ils n'ont point efté imprimez,
& qu'ils ne commencent
qu'à paroistre en Manuſcrit.
Ainfi je puis vous les envoyer
comme une chofe qui n'a
point encore efté veuë . Si la
matiere n'en eft pas nouvelle ,.
elle eft meflée de tant de circonftances
que l'on ne fçait
point , qu'elle acquiert par là
la grace de la nouveauté . Je
vous diray , fans chercher à
prevenir voftre gouft , que.
GALANT. 67
je n'ay rien vû de plus narurellement
écrit que ces Memoires
, ny qui faffe plus de
plaifir à lire , quand mefme
les chofes qui y font traitées ,
& qui d'elles- mefmes font
fort curieufes, n'attacheroient
pas autant qu'elles font. On
n'y voit que des faits rapportez
nuëment & fans aucuns
raifonnemens de l'Auteur
; mais ce qu'il dit paroift
fi vray- femblable de la maniere
qu'il le rapporte , qu'il
femble que ce foit la verité
qui parle elle meſme . Je n'ay
pû fçavoir fon nom , mais il
Fij
68 MERCURE
doit avoir connu à fond la
Cour d'Efpagne. Il feroit à
fouhaiter qu'il fccuft de mefme
l'interieur des autres
Cours de l'Europe , & qu'il
nous en donnaft des nouvelles
auffi feures que paroiffent
les Memoires , dont
je vous envoye le commen
cement . Ce n'en eft que la fix
ou feptième partie . Je vous
en envoiray autant fans interruption
dans chacune de
mes Lettres qui fuivront cellecy
, jufqu'à ce que je vous
aye fait part de l'Ouvrage
entier , ne doutant point que
A
GALANT. 69
ce commencement ne vous
attache beaucoup , & ne vous
en faffe fouhaiter la fuite .
SS255255:222552222
MEMOIRES
DE LA COUR
D'ESPAGNE.
L
Idée que ces Memoires
pourront donner de l'état
du gouvernement prefent
de l'Espagne, aura fans doute
peu dé rapport à celle que la
puiffance & la politique des
Elpagnols avoient autrefois
70 MERCURE
répandue dans le monde ;
mais perfonne n'ignore que
depuis le commencement de
ce Siecle l'une & l'autre a
toujours efté en diminuant .
Ce changement eft devenu fi
grand dans les derniers temps,
que d'une année à l'autre
l'on auroit prefque pû s'en
appercevoir.
to
J'avois vû cette Cour , & la
plus grande partie de l'Efpagne
il y a quinze ans . On
trouvoit encore alors des Mi.
niftres de réputation dans les
Confeils . On voyoit dans les
Finances du Roy & dans le
GALANT. 711
Commerce des Sujets , encore::
affez d'argent pour ſe fouvenir
des richeffes que leur
donnoient autrefois les Indes
fous un meilleur gouvernement
; mais dans le dernier
voyage , où durant deux ans
j'ay cu occafion de voir continuellement
la Cour & les
Miniftres , j'ay trouvé qu'il
reftoit à peine quelque trace
de l'ancienne Efpagne dans
le Public & dans les Particu
liers.
C'est ce qui m'a porté à
écrire ces Memoires , pour
faire voir en détail l'extrême
72 MERCURE
changement
de cette Monarchie
, qu'il feroit difficile de
fe perfuader , à moins que
d'en eftre convaincu
par une
fuite de faits que je rapporte
ray comme je les ay vûs , fans
prevention & fans intereſt .
Je croy qu'avant que d'entrer
dans cettel Narration , je
dois expliquer en peu de mots
ce qui regarde quelques perfonnes
principales
, quelques
Charges , & d'autres chofes
particulieres à cette Cour ,
neceffaires pour l'intelligence
de ce que j'auray à dire dans
la fuite.
Depuis.
GALANT.
73
Depuis plus de cent ans
les Rois Catholiques tiennent
ordinairement leur Cour à
Madrid. C'eft une affez
grande
Ville fans murailles , fituée
au milieu de l'Espagne , dans
un pays fec & découvert . Le
ruiffeau de Mançanarez qui
paffe fous la Ville , a quelque
peu d'eau en Hiver , & point
du tout en Efté . Cependant
on a baſty ſur ce Ruiffeau
deux Ponts auffi grands qu'on
les auroit faits pour paffer le
Rhin ou le Danube.
Le Palais du Roy eſt à l'extrémité
de la Ville vers le
G
Mars 1690 .
74 MERCURE
Midy. La façade eft d'Ordre
Dorique , d'une pierre comme
du grais . Deux Pavillons
de brique la terminent à droit
& à gauche. Les trois autres
coftez de ce Palais n'ont ny
forme ny rapport entre eux ,
tous compofez d'une quan ,
tité de petits Bastimens de
brique ou de terre . Au deffus
du Palais le terrain qui va en
panchant jufques au Mançanarez
, eft enfermé de murailles
, en une fituation admirable
pour des Terraffes &
des Cascades ; mais il eft in.
culte , fans bois , fans jardins,
GALANT. 75
fans fontaines une affez
grande Place fait l'avenue du
Palais .
ou
Les grands Officiers de la
Maifon du Roy d'Espagne ,
font le Sommelier du Corps,
le Majordome Major
Grand- Maiftre d'Hoftel , &
le Grand Ecuyer. Ces trois
Charges font égales en digni
té. Le Sommelier du Corps
a le pas & le commandement
dans l'Appartement du Roy;
le Majordome Major , dans
E le refte du Palais , & le Grand
Ecuyer a les mefmes prero-
#gatives hors ces deux en-
Gij
droits.
76 MERCURE
Aprés ces trois premieres
Charges, fuivent immediatement
celles des Gentilshommes
de la Chambre du Roy ,
qui portent pour marque de
leur dignité une Clef dorée
pendue à la ceinture.Ces Clefs
font de trois fortes ; celle qui
donne l'exercice de Gentilhomme
de la Chambre ; celle
qui donne l'entrée fans exercice,
& la ClefappelléeCapona,
qui ne donne l'entrée que dans
l'Antichambre. Ces Gentilshommes
de la Chambre font
en grand nombre. Ceux d'exercice
font 35. ou 40. ils fervent
par jourtour à tour , &
GALANT. 77
la plupart des Grands font
de ce premier Ordre.
W
Les Majordomes ou Maî
tres- d'Hoſtel , ont les mefmes
entrées que les Gentilshommes
de la Chambre . Ces
Charges font remplies par
oes perfonnes de la premiere
qualité , comme font les feconds
Fils des Grands d'Ef
pagne. Ils fervent par femaine
, & ont toute l'autorité du
Grand Maistre quand il eft
abfefit. Ce font eux qui accompagnent
les Ambafladeurs
à leur Entrée , & qui
introduifent ges Miniftres
.
Unifor
Gij
78 MERCURE
Etrangers à l'Audience du
Roy .Leur nombre n'eft point
fixé mais d'ordinaire il ne
paffe point huit ou dix .
La Garde du Roy d'Efpa
gne eft compoféé de trois
Compagnies
indépendantes
les unes des autres , & fous
differens Capitaines La Garde
Flamande ouBourguignonne,
appellée la Garde de la Cuchilla,
eft proprement la Garde
du Corps compofée de cent
hommes, commandez par le
Marquis de Falcéz ; la Garde
Allemande de pareil nombre
d'Archers , dont le Capitaine
GALANT. 79
N
M
eft Dom Pedro d'Arragon, &
la Garde Efpagnole de cent
Hallebardiers , fous le commandement
du Comte de Los
Arcos qui eft encore Capitaine
d'une Compagnie
appellée
de la Lancilla , de cent Efpa
gnols , qui ne fert qu'aux
grandes Ceremonies
& aux
Enterremens
des Rois.
En Eſpagne , les affaires de
l'Etat font gouvernées par un
premier Miniftre , auquel le
Roy donne une tres - grande
autorité . Il a fous luy un
* Secretaire d'Etat , dont le
Bureau eft dans le Palais
G iiij
80 MERCURE
mefme. Par les mains de ce
Secretaire paffe tout ce qui
peut venir au Roy & au premier
Miniftre , & tout ce qui
en fort peut eftre expedié . Il
s'appelle par cette raiſon ,
Secretario del Despacho univerfal.
Cette Charge eſt d'une
grande confideration . Avant
que le Roy & le premier Miniftre
decident les affaires
elles font examinées par le
Confeil d'Etat , & par divers
autres Confeils qui font en
grand nombre à Madrid ,
comme je le marqueray plus
particulierement , aprés avoir
GALANT. 81
J
.
fait voir ce qui s'eft paffé en
cette Cour depuis le mois de
Juin de l'année 1679. juſqu'au
mois de May 1681 .
La Guerre qui
commença
en l'année 1672. entre la
France & la Hollande , ayant
partagé prefque toute l'Europe
, les Hollandois
la finirent
par la Paix qu'ils firent
feuls avec la France en
l'année 1678. Peu aprés l'Ef
pagne fuivit leur exemple .
l'Empereur
& l'Empire firent
enfuite un Traité feparé avec
la France ; & enfin l'Electeur
de Brandebourg
& le Roy
82 MERCURE
de Dannemarc furent les derniers
à quitter les armes .
Cette grande Paix entre tant
de Princes differens , fe traita
à Nimégue , & fitoft qu'elle
fut rétablie par tout, on penfa
dans chaque Cour a envoyer
des Ambaffadeursdans celles
de fes nouveaux Amis. Le
Roy nomma pour l'Ambaffade
Extraordinaire d'Eſpagne,
le Marquis de Villars.qui
avant la Guerre y avoit déja
efté avec ce mefme caractere.
Il arriva à Madrid au mois
de Juin de l'année 1679. &
trouva cette Cour gouvernée
GALANT: 83
ר
W
et
par D. Juan d'Auftriche ,
premier Miniftre , & Charles
fecond
, Roy d'Efpagne
.
Dom Juan eftoit Fils na
turel de Philippes IV, Depuis
la mort de fon Pere , & mefme
auparavant , il avoit efté
toujours éloigné de la Cour
Lpendant que la Reine Marieal
Anne d'Auftriche gouver
noit l'Espagne dans la Minorité
du Roy Charles II . fon
Fils : mais au commencement
de l'année 1677. Dom Juan
appuyé d'une cabale des prin
cipaux Seigneurs de la Cour,
quitta l'Arragon où il s'eftoit
84 MERCURE
retiré , vint à Madrid , chaffa
la Reine , & demeura maiſtre
du gouvernement & de la
perfonne du Roy.
Quoy que Baftard , il avoit
toujours eu de grandes idées
de pouvoir fe faire reconnoiftre
Infant , & l'élevation que
luy donnoit un Miniftere
abfolu fous un Roy de quin
ze ans, luy facilita les moyens
de faire des pas qui tendoient
à ce haut rang. Il établit d'a
bord de ne point donner la
main ny le fiege chez luy
aux Ambaffadeurs
. Le Nonce ,
& les autres Miniftres de ce
GALANT. 8
caractere , fuivirent fes inten
tions , & le virent fur ce
pied.
Le Marquis de Villars ving
de France avec des inftructions
moins foumifes à cette
pretention. Le Roy Tres.
Chreftien ne jugeant pas qu '
un Baſtard du Roy d'Eſpagne
cuft droit de prendre de tels
avantages fur fon Ambaſſadeur
, luy commanda de ne
point voir D. Juan, s'il ne luy
donnoit chez luy les honneurs
du pas , de la main , &
du fiege . Il eftoit difficile
que D. Juan puft en convenir,
86 MERCURE
aprés s'eftre mis en poffeffion
de ces préfeances avec tous
les autres Ambaffadeurs qui
eftoient à Madrid . Ainfi celuy
de France fe trouva hors
d'état de le voir , & dans la
neceffité de traiter les affaires
fans parler au premier Minif
tre , dont il eftoit affuré de
s'eftre attiré le chagrin par
cette diftinction . Il ne laiffa
pas de commencer la fonction
de fon Ambaffade par
une audience fecrete qu'il eut
du Roy, & peu aprés il en
eut une publique pour luy
faire les complimens fur la
3
GALANT. 87
3
conclufion de fon mariage
avec Mademoifelle , Fille aînée
de Monfieur.
C'eftoit pour la feconde
fois qu'on marioit le Roy
d'Espagne . Il l'avoit déja eſté
avec la Fille de l'Empereur ,
c'eſt à dire ; que les articles
avoient efté reglez , & le
Contrat figné. D. Juan devenu
le Maiſtre rompit ce mariage
qu'avoit fait la Reine.
On demeura enfuite quelque
temps fans parler de marier
le Roy , & D Juan s'affermit
dans lë
gouvernement .
Il
fembloit que pour fe
88 MERCURE
conferver plus de pouvoir fur
le Roy , il devoit fouhaiter .
qu'il n'y cuft pas fi - toſt une
Reine ; & peut - eftre que dans
l'idée qu'il s'eftoit toujours
faite d'avoir le rang d'Infant,
il trouvoit fon intereft fecret
à éloigner le mariage d'un
jeune Prince , toujours infirme
pendant fon enfance , &
dont il pouvoit fe flater d'eftre
un jour le Succeffeur ;
mais le Roy ayant dix-fept
ans , & une fanté qui s'affermiſſoit
avec l'âge , commença
à fouhaiter d'eftre marié . Il
reftoit feul de la branche ELGALANT.
89
1
pagnole de la Maiſon d'Auftriche
, & c'eftoit l'intereft
de tout fon Royaume qu'il
I fuft en eftat d'avoir des En-
= fans .
J
•
· La Paix ayant mis les Couronnes
dans les liaifons interrompues
par la Guerre ,
tous les Efpagnols regarderent
Mademoifelle , Fille ainée
de Monfieur , comme la
feule Princeffe qu'ils devoient
fouhaiter pour Reine . Elle
eftoit prefque de l'âge de leur
Roy.Ce Prifice l'aimoit déja
fur fes Portraits ; & fur le
Mars 1690.
H
90 MERCURE
rapport de quelques Seigneurs
Efpagnols qui l'avoient vue ,
& dans le monde la memoire
de la Reine Ifabelle de France,
dont les vertus font encore
en veneration , faifoit fouhaiter
une Reine du même Sang.
D. Juan entrant dans cette
inclination du Roy & de
l'Etat , envoya ordre on Flandre
au Marquis de Los Balba
zes , qui venoit d'affifter au
Traité de Paix à Nimegue ,
d'aller en France demander
cette Princeſſe
pour le Roy
fon Maistre.
On pretend qu'avant cette
GALANT. GI
I
démarche publique , il n'eh
avoit fait aucune autre particuliere
pour s'afurer le fuccés
de la demande. On a ſoupçonné
mefme qu'il n'y entroit
pas tout à fait debonne
foy , ou par la veuë, generale
d'éloigner le mariage du Roy,
ou par la crainte particuliere
d'eftre moins le maiftre avec
une Reine Françoife , qui
peut eftre aideroit au Roy à
fe tirer de l'affujettiffement
où il le tenoit. Il fembloit
neantmoins qu'il pouvoit ef
perer de fe faire un merite
auprés d'elle , d'avoir rompu
Hij
92 MERCURE
le mariage d'Allemagne pour
conclure le fien.
Ces
confiderations oppofées
le firent affez balancer,
& dans le temps qu'en Françe
Je Marquis de Los Balbazés
demandoit Mademoiſelle ,
D. Juan fit parler fous- main
à Madrid de demander l'Infante
de Portugal. Il nefçavoit
pas que fon mariage
avoit efté conclu fecretement
avec le Duc de Savoye .
La demande que fit le Marquis
de Los Balbazes fut affez
bien receue en France , pour
croire qu'elle ne feroit pas fans
GALANT.
93
A
fuccés . D. Juan cherchant
alors à embaraffer la Cour, fit
propofer dans le Confeil
d'Eftat , qu'en confideration
de ce que le Roy d'Espagne
époufoit une Princeffe qui
n'eftoit point Fille de Roy ,
on devoit demander des avantages
folides à la France , & \
l'obliger à rendre à l'Espagne
quelques unes des Places de
Flandre qui luy estoient demeurées
par le dernier Traité .
Tout le Confeil s'éleva contre
cette proposition , decla .
1 rant que l'unique intereft de
T'Etat eftoit d'avoir une Prin94
MERCURE
ceffe bien faite , capable de
leur donner des Princes . Ainfi
le mariage fe conclut , & fut
celebré en France par Procuration
. L'on y regla le temps
du départ de la nouvelle
Reine , & en Efpagne celuy
du départ du Roy pour l'aller
rencontrer. Cependant on
envoya de Madrid le Duc de
Paftrane luy porter. le prefent,
& luy faire les compli
mens . i
L'Ambaffadeur de France
avoit fait fon Entrée publi
que à Madrid le . d'Aouft.
On luy envoya felon la coû,
GALANT. 95
Π
•
: tume des Chevaux de l'Ecurie
du Roy, pour luy & pour
un nombre des fiens qui
x devoient entrer à cheval
comme luy ; il fut accompagné
par le Majordome de
femaine , par le Conducteur
des Ambaffadeurs, & par fon
Lieutenant , depuis la maison
jufques au Palais , où il cur
Audience publique du Roy,
& luy parla en François , I
La marche de cette , Entrée
fut interrompuë durant plus
d'une heure par l'incident
que fit l'Ambaſſadeur de
Malte, pretendant que fon
96 MERCURE
Carroffe marcheroit imme
diatement aprés celuy de
l'Ambaffadeur de Venife ,
dernier Ambaffadeur de Chapelle
, & devant les feconds
Carroffes de celuy de France.
Le Marquis de Villars s'y
'oppofa , & il fallut que
que les
Conducteurs allaffent au Palais
faire regler cette difficul
té , mal fondée du cofté de
l'Ambaffadeur de Malthe qui
ne pouvoit pretendre aucun
rang parmy des Ambaffadeurs
de teftes Couronnées ',
dont pas un ne luy donnoit
la main chez foy. Ainfi fon
Carroffe
GALANT. 97
Carroffe fe retira , & les feconds
Carroffes de l'Ambaffadeur
de France continuerent
leur marche aprés celuy
de l'Ambaffadeur de Venife
qui eftoit precedé de
celuy du Nonce , devant lequel
alloit le premier Carroffe
de l'Ambaffadeur de
France , & à la tefte de tous un
Carroffe du Roy .
Cer Ambaffadeur de Malthe
appellé Dom Diego de
Bracamonte , s'eftoit mis le
premier dans cette pretention
inconnue à fes Predeceffeurs,
qui jufques alors avoient viſi-
Mars 1690. I
98 MERCURE
té les Ambaffadeurs des Teftes
couronnées , fans en pretendre
la main en aucun endroit.
Celuy-cy ne voulut
voir ny Ambaffadeurs , ny
Cardinaux , ny Confeillers
d'Eftat fans cet avantage ,
c'eſt à dire , qu'il ne les vit
point du tout, hors le Nonce,
qu'au bout de fix mois il fut
contraint d'aller voir par un
ordre exprés du Grand Maiftre
de Malthe.
a
Le dernier jour du mefme
mois fe fit la ceremonie de
jurer la Paix que le Roy
Tres Chreftien jura ce mefme
GALANT:
99
jour à Fontainebleau . Le Roy
d'Eſpagne le rendit à quatre
heures aprés midy dans la
Galerie dorée du Palais de
Madrid , au haut de laquelle
il s'afflit fous un Dais. A fa
gauche au bas de trois degrez
qui le relevoient , eftoit affis
l'Ambaffadeur . De l'autre
cofté eftoient le Cardinal
Portocarrero , le Duc de Medina
Celi Sommelier , le Patriarche
des Indes , Capellan
major , ou Grand- Aumônier,
& enfuite le Banc des Grands .
D Pedro Colonis , Secretaire
d'Eftat , leut les pouvoirs de
I ij
Ico MERCURE
l'Ambaffadeur. Le Cardinal
leut le ferment du Roy , & le
Patriarche alla prefenter le
Livre des Evangiles à Sa Ma→
jefté , qui fe mit à genoux , &
jura.
La Cour depuis quelque
temps eftoit dans une agitation
contre le premier Miniftre
,, que la crainte avoit
d'abord tenue fecrete ; mais
le temps & les conjonctures
luy ayant donné de la force,
elle commença à paroiftre
avec plus de hardieffe & . de
mouvement.
Lors que Dom Juan entra
GALANT. 101
peut
dans le gouvernement , on
dire qu'il faifoit toutes
les efperances de l'Espagne . Il
avoit de l'efprit , & l'on ne
doutoit point que fes emplois
de Paix & de Guerre , ne l'euffent
rendu capable de relever
la foibleffe & les malheurs de
l'Etat. Tout le Peuple l'avoit
fouhaité , & plufieurs Grands
avoient figné chez le Duc
d'Albe une Ligue pour fon
retour. La haine & le mépris
du
Gouvernement paffé, augmentoit
dans leur efprit le
merite de tout ce qu'ils attendoient
de ceCe nouveau
I iij
102 MERCURE
T
Miniftre . La foibleffe ordinaire
des Minoritez , une
Reine Allemande & trop
bonne , un Favory Etranger
& Confeffeur ; . Valenzuela
fans naiſſance ny merite élevé
tout d'un coup ; ces idées répandues
depuis long - temps
parmy les Courtifans & le
Peuple , firent recevoir Dom
Juan , comme le Liberateur
de l'Etat .
Mais foit par la deftinée
ordinaire des Favoris , ou par
le défaut particulier de ſa
conduite , fon
gouvernement
fit regreter peu de temps aGALANT.
103
prés celuy qu'il venoit de
détruire . Il ne voulut point
entrer à Madrid , que la
Reine n'en fuft fortie pour
aller à Tolede , que l'on luy
marqua pour fa retraite , ou
plûtoft pour fon exil. Il luy
T
donna depuis tous les defagrémens
poffibles ; il fit des
recherches indignes fur fa
vie , qui alloient à la deshonorer
fans aucun bien pour
I'Etat , & comme il eftoit difficile
qu'il ne fe trouvaft encore
des perfonnes de qualité,
que quelque refte d'affection
ou de reconnoiffance rendift
I iiij
104 MERCURE
fenfibles à l'accablement de
cette Princeffe , il chaffa de
la Cour tous ceux qu'il cruc
avoir quelque part à fes interefts.
L'Amirante de Caftille ,
Grand Ecuyer du Roy , le
Duc d'Offonne , Grand Ecuyer
de la Reine à venir , le Prince
d'Aftillano , le Marquis de
Manfera 2
grand Maiftre
d'Hoſtel de la Reine Mere ,
le Comte d'Umanez ; le
Comte d'Aguilar , le Marquis
de Mondejar , foupçonnez
à faux d'avoir fait des
Vers contre Dom Juan , &
GALANT. 105
plufieurs autres perfonnes de
moindre rang , furent exilez
en divers lieux. Grand nombre
de Religieux de differens
Ordres eurent le mefme traitement
pendant que l'on
voyoit auprés de Dom Juan
un Chartreux qu'il avoit ame
né de Sarragoffe , & un Capucin
, comme fes Favoris ,
& que luy -mefme affectoit
une apparence de regularité
de vie , qui pouvoit le mettre
en reputation de Devot.
Le Comte de Monterey
qui avoit cfté à la tefte de
fon party pour l'amener à
106 MERCURE
Madrid , luy ayant páru dans
la fuite trop agreableau Roy ,
il l'envoya d'abord commander
en Catalogne , l'exila depuis
, & luy fit commencer
fon Procés fur l'affaire de
Puycerda, pour l'éloigner entierement
de la Cour.
Le Roy eftoit jeune , &
ne pouvoit encore avoir d'experience.
Dom Juan ne chercha
point à luy former l'efprit
, ny à luy donner entrée
dans les affaires ; il le tint
roûjours dans une extrême
oifiveté & dans une dépendance
fi grande › que ce
GALANT 107
Prince ne pouvoit fortir du
Palais fans luy.
Le Peuple fe feroit confolé
de la difgrace des Grands
& de l'esclavage du Roy ,
s'il avoit trouvé quelque foulagement
à la mifere ; mais
elle augmenta avec les impofitions
. La cherté devint
plus grande ; on ne vit point
rétablir la Juflice , point mettre
d'ordre aux Finances ,
perſonne ne trouva fa condition
meilleure , plufieurs la
trouverent pire , le chagrin
devint general , & l'on commença
à regreter la Regence .
108 MERCURE
Mais en Eſpagne plus qu'en
lieu du monde , la colere du
Peuple eft impuiffante . Cette
Nation fi pleine d'apparence
de fierté , femble n'avoir du
coeur que pour murmurer de
fes maux & de ceux de l'Etat.
L'exil de tant de Seigneurs
eftoit une cauſe plus capable
de produire quelque mouvement
par le grand nombre
deperfonnes du premier rang,
que
le fang ou l'amitié in
terreffoit à leur difgrace.Leurs
Amis commencerent à former
des liaiſons , on fit porter
des paroles à la Reine- Mere ,
GALANT. 109
on luy fit connoiftre combien
fon retour eftoit fouhaité
, on fit fecretement envifager
au Roy le traitement
honteux que l'on faifoit à la
Reine fa Mere , la fervitude
où l'on le tenoit luy-mefme,
& ce qui pouvoit rendre D.
Juan odieux par l'indignité
de fa conduite.
Ces premiers pas avoient
affez de fondement pour en
efperer des fuites , mais la fituation
de la Reine toujours
exilée , fon genie naturelle-
1 ment un peu lent , arreſté
encore par le fouvenir des
110 MERCURE
infidelitez paffées qui luy en
faifoient craindre de nouvelles
, la jeuneffe du Roy , le
peu d'application & de vigueur
de ceux qui agiſſoient
dans cette affaire , toujours
dominez par une pareffe naturelle,
& toujours attendant
les fuccés de l'induftrie d'autruy,
fufpendoient l'effet de
tant d'intentions contraires
au premier Miniftre.
Il s'en alarmoit cependant,
& comme le foin qu'il avoit
d'entretenir un grand nombre
d'efpions par tout , luy
faifoit connoiſtre une partie
GALANT. I
י ז
de ce qui fe paffoit , tous ces
mouvemens qu'il découvroit,
& plufieurs libelles fanglans
qui parurent contre luy , le
jetterent dans une violente
inquietude . Elle eftoit augmentée
par fon irrefolution
naturelle, & par
force qu'il fe fentoit pour,
foutenir le poids d'une vaſte
le
peu
de
Monarchie , accablée depuis
long - temps par fa propre
grandeur, & par l'irregularité
du gouvernement.
Les chofes eftoient en cet état
lors que l'Ambaſſadeur de
France arriva à Madrid. Son
112 MERCURE
oppofition aux pretentions
que D. Juan avoit déja établies
avec les autres Miniftres
de ce caractere , fut receuë
agreablement de la plus grande
partie de la Cour. Il fuffifoit
qu'on le trouvoit contraire
à D. Juan , pour croire
qu'il venoit fortifier le party
de fes Ennemis . Il avoit déja
efté Ambaffadeur à Madrid
immediatement avant la derniere
Guerre , & parmy la
rupture des deux Nations , fa
conduite & fes manieres luy
avoient confervé des Amis
dans cette Cour. Il reftoit à
GALANT. 13
1
la Reine de la confiance pour
luy , & de l'eftime pour fa
probité; & lors qu'après avoir
fait fon entrée à Madrid il
alla à Tolede la faluër , elle
voulut , outre fon audience
publique , avoir avec luy un
entretien particulier , plein
d'ouverture & de franchife
fur fes interefts .
Ainfi il entra ailément ,
dans la reconnoiffance &
dans la fuite de ces difpofitions
que l'on fe fit un intereft
de luy confier , & if
cut befoin de moderation &
de delicateffe pour ne s'aban-
Mars 1690.
K
114 MERCURE
donner pas à un party fi confiderable
, qui tendoit à la
ruine d'un Miniftre avec lequel
il fe trouvoit en de fi
grandes oppofitions
.
La conclufion du Mariage
de Mademoiſelle avec le Roy
d'Espagne , parut eftre auffi
avantageufe à l'Ambaſſadeur,
que contraire à D Juan , qui
ne pouvoit attendre que du
reffentiment de la part de la
France qu'il choquoit dire-
&tement en la perfonne de fon
Miniftre . D'ailleurs , on ne
doutoit point que les liaiſons.
de la Reine Tres Chreftienne
GALANT. ITS
avec la Reine- Mere d'Efpa
gne , ne paffaffent jufques à
la jeune Reine , & que cette
Princeffe ne vinft avec toutes
les difpofitions favorables à
fa Belle - mere , dont le party
eftoit devenu celuy du Public
par l'intereft general que
l'on fe faifoit de renverfer
D. Juan .
Ces conjonctures raffemblées
donnerent une nouvelle
chaleur au party . On commença
à parler haut , on fol
licita le retour des Exilez , on
traita de celuy de la Reine .
D. Juan eftoit embaraffé , &
Kij
116 MERCURE
comme il ne s'eftoit point fait
de Creatures de merite , ny
une veritable confiance avec
perfonne , il le trouva feul, &
ne put chercher de refſource
qu'en luy-mefme. Il y eut dés
lors de fes Creatures qui prévoyant
fa cheute , prirent des
liaifons avec la Reine- mere;
& l'on trouva moyen d'agir
auprés du Roy par le Confef
feur.
C'eftoit un Dominicain
que D. Juan avoit mis depuis
un an dans cet employ. Le
Duc d'Albe luy en avoit répondu
; mais ce Religieux
GALANT. 117
plus homme de bien que
Courtisan , entra moins dans
les interefts du Miniftre que
dans ceux de fes Amis particuliers
, qu'il appuya auprés
du Roy de tout le pouvoir
qu'il avoit fur fa confcience .
Ce fut par fon moyen que la
Princeffe d'Aftillano , Fille
du Duc d'Albe , obtint dú
Roy le retour de fon Mary ,
avec fi peu de menagement
€ pour D. Juan , que fur ce qu'il
parut s'y vouloir oppofer , le
Confeffeur fit expliquer le
Roy jufques à dire ; Quim-
• porte que Dom Juan s'y oppofe,
fi je le veux ?
118 MERCURE
Le Duc d'Olonne , tout
exilé qu'il eftoit , avoit fait
des bravades à Dom Juan fur
quelques propofitions qu'il
luy fit porter de fa Charge
de grand Ecuyer de la Reine,
D. Juan le voulut exiler plus
loin , mais le Duc de Medina-
Celi qui s'eftoit confervé
dans une fituation honnefte
avec Dom Juan , & ne laiffoit
pas d'eftre agreablement avec
le Roy , s'intereffant alors
pour le Duc d'Offonne, Beaupere
de fon Fils , remontra
au Roy que toute la Maiſon
de la Reine alloit au devant
GALANT . 119
d'elle , pendant que fon grand
Ecuyer demeuroit exilé fans
fujet , & fur le champ fit réfoudre
fon retour.
D. Juan fentant que le pou
voir luy manquoit , voulut
fe racommoder avec le Conneftable
de Caftille , le premier
homme du Confeil d'E
ftat ; mais le Conneftable
luy
fit dire fierement qu'il n'eftoit
plus temps. D. Juan ne put
empefcher le retour des autres
1. Exilez ; il vit que l'on nego
cioit ouvertement celuy de
la Reine , & que tout luy
échapoit .
120 MERCURE
Il avoit efté malade au mois
de Juillet d'une Fiévre Tierce
de trois ſemaines , qui avoit
donné du temps & de la liberté
aux cabales qui fe for
moient contre luy. Elles alle.
rent fi avant qu'aprés qu'il
fut guery, le Roy déja refolu
de faire revenir la Reine fa
Mere , n'en eftoit plus que
fur les moyens , & l'on dit
qu'un jour aprés un long entretien
avec l'Inquifiteur General,
ce Prince envoya unValet
de Chambre dire au Duc
de Medina- Celi & au Comte
d'Oropeze , qu'ils fe rendiffent
GALANT. 121
f
fent à certaine heure chez cet
Inquifiteur general . Lors qu'
ils y furent, il leur envoya dire
par le mefme homme , qu'ils
cuffent à refoudre de quelle
maniere on pourroit chaffer
D. Juan , pour faire recevoir
la Reine fa Mere. Ils concer-
E terent qu'un certain jour le
Roy fortiroit du Palais par
le Parc fans en avertir D Juan ,
& qu'incontinent aprés on
luy envoyeroit dire de fe retirer
avant que Sa Majeſté
fuft de retour. Ce projet ne
fut point executé , & l'on
"
Mars 1690.
L
ゴ
122 MERCURE
affeure que D. Juan ne l'a
jamais fceu .
Dans une fituation ſi violente
, l'accablement prefent
& les terreurs de l'avenir luy
abbatirent tellement l'efprit
& le coeur , qu'il ne put avoir
ny le courage de ſe foutenir,
ny la refolution de ceder.
Le defefpoir le jetta dans une
mélancolie profonde , qui de-
• vint bien - toft une maladie
pleine d'accidens inconnus .
Les Medecins qui traitoient
fon corps d'un mal qui eftoit
daus fon efprit , luy firent
fouffrir durant trois semaines
GALANT.: 123
Son
affez de tourmens pour achever
fa vie. Il mourut le 17. de
Septembre de l'année 1679 !
âgé de cinquante ans.
corps fut porté à l'Eſcurial
dans la fepulture des Princes,
à coté du Pantheon.
Sa naiffance luy avoit donné
un grand rang & de grands
emplois , mais on ne vit point
la fuite de fa vie répondre à
cette élevation . On le vit
malheureux dans la plupart
de fes entrepriſes , fouvent
battu à la Guerre , éloigné de
la Cour fur la fin de la vie
de fon Pere , & pendant tou
Lij
124 MERCURE
te la Regence . Son dernier
malheur fut d'eftre devenu
enfin la premiere perfonne
de l'Eftat . Jamais Miniftre ne
monta au premier pofte avec
tant d'avantage
. La grandeur
de fon rang , l'attente des
Peuples , la faveur des Grands ,
la jeuneffe du Roy, tout fembloit
contribuer
à l'élever &
à l'affermir ; luy feul fe manqua
à luy- mefme, & l'on peut
dire de luy comme autrefois
d'un Empereur
, qu'il ne parut
digne de gouverner
que
tant qu'il ne gouverna
point.
C'eftoit un homme comGALANT.
125
pofé d'apparences , d'un genie
plus brillant que folide , plein
d'une gloire préfomptueufe;
tout à luy-meſine , fans confiance
& fans eftime pour les
autres , trop occupé de petites
chofes , fouvent fans étendue
& fans refolution dans
les grandes ; capable cependant
de les precipiter par enteftement.
Ces defauts étoient
reveſtus de belles qualitez . Il
eftoit bien fait , il avoit les
manieres agreables & polies ,
il parloit bien diverſes Langues
, il avoit de l'efprit , du
fçavoir , de la valeur , & tous
L iij
126 MERCURE
les dehors du merite fans le
merite mefme .
Il eftoit Fils du Roy Philippes
IV. & d'une Comedienne
, nommée Marie Calderona
; au moins il fut reconnu
pour
tel , quoy
que
le déreglement
de fa Mere
puft faire douter
avec raiſon
de fon
veritable
Pere , que
plufieurs
ont cru le Duc de
Medina
de las Torres , auquel
il reffembloit
. Philippes
IV .
avoit d'autres
Enfans
naturels
,
entre autres
un qui eft Evefque
de Malaga
, qu'il eut d'u
ne Fille de qualité
du Palais ,
GALANT. 127
:
& dont il ne pouvoit raifonnablement
douter d'eftre
le Pere ; cependant il n'en a
reconnu aucun que D. Juan ,
qui devoit cette fortune au
Comte Duc d'Olivarez , lequel
voulant reconnoiftre D.
Julien de Gufman , fon Baftard
,
porta le Roy à reconnoiftre
D. Juan , pour s'autorifer
par un exemple. Huic
jours avant la mort de ce
Prince , l'on eut avis par un
Courrier extraordinaire que
Mademoiſelle avoit efté époulée
à Fontaine- bleau par
Monfieur le Prince de Conty,
L iiij
128 MERCURE
nommé par le Roy pour rem
plir la Procuration que Sa
Majefté Catholique avoir envoyée
en blanc .Cette nouvelle
répandit à Madrid une joye
generale , que l'on témoigna
par des Illuminations continuées
durant trois jours. Dés
le lendemain , il y cut dans la
Place du Palais une Mafcarade
à cheval de cent perfonnes
de qualité , qui firent plufieurs
courfes le flambeau à
la main , & l'on vit deux foirs
de fuite dans la mefme Place
des Feux d'artifices mediocrement
beaux , mais d'un
GALANT 129
:
5
}
J
bruit épouvantable . Cependant
on les faifoit fous les
feneftres de D. Juan , qui étoit
déja tres- mal , & qui pût
connoistre par là le peu de
ménagement
qu'on avoit
pour luy.
←
Deux jours aprés la mort
de D. Juan , le premier foin
du Roy fut d'aller trouver la
Reine fa Mere . Le 20. de
Septembre il alla coucher à
une Maifon Royale appellée
Aranjuez , & le lendemain
il arriva à midy à Tolede ,
à fept lieuës de Madrid , où
il parut bien de la tendreffe
120 MERCURE
& bien des larmes entre la
Mere & le Fils ; ils difnerent
enfemble , & demeurerent
quelques heures en particulier.
le
La Reine Mere ayant eu le
temps de difpofer toutes
choles pour fon retour à
Madrid , le Roy qui eftoit
revenu , retourna à Aranjuez
27. alla le lendemain la
rencontrer à moitié chemin
de Tolede , la prit feule dans
fon Carroffe , & l'amena defcendre
au Retiro , qui eft une
Maiſon Royale à l'extremité
a
de Madrid , où elle demeura,
GALANT. I
en attendant qu'on luy cuft
preparé la Maifon du Duc
d'Ufeda , deftinée pour fon
logement , parce que le Roy
eftant marié , il n'en reftoit
pas affez pour elle au Palais
.
Ils arriverent à trois heures
aprés midy , accompagnez
d'une foule extraordinaire de
Courtisans & de Carroffes ,
& l'on vit dans tout le monde
le mefme empreffement à recevoir
cette Princeffe , qu'on
leur avoit veu deux ans au
paravant à recevoir D. Juan
quand il vint la chaffer . Le
132 MERCURE
Roy demeura jufques au
foir avec elle , & depuis ce
jour juſqu'à celuy de fon départ
pour aller au devant de
la Reine , il vint prefque tous
les jours chez la Reine fa
Mere & mangea fouvent
avec elle.
J
La Cour fe trouva tout
d'un coup dans un grand
changement , par l'extrême
oppofition qui avoit eſté
entre le Miniltre qui finiffoit,
& la Reine Mere qui revenoit
à Madrid . On ne doutoit pas
dans le monde qu'une Princeffe
comme elle , qui avoit
GALANT. 133
long - temps gouverné pendant
la minorité de fon Fils ,
ne rentraft bien- toft dans
toute l'autorité que luy devoit
donner la confiance &
la jeuneffe de ce Prince .
Sur ce fondement on commença
à faire l'Horoſcope du
gouvernement , & fuivant le
genic ordinaire des Cours
toujours occupées à prévenir
par le raifonnement & par les
conjectures les établiſſemens
que l'on doit le plus fouvent
au hazard , ou à la paffion des
Princes , on jugea que la Reine-
mere n'ayant peut- eftre
134 MERCURE
pas affez d'ambition
pour ontreprendre
de gouverner ellemelme
, fon panchant
pour
le repos , & le fouvenir de
Les malheurs
paffez l'empeſcheroient
de fe charger dire
&tement du foin des affaires ;
que cependant elle éloigne
roit le Roy de prendre
un
premier Miniftre, dont elle
luy donneroit aisément de
l'averfion par le fouvenir de
la captivité où D. Juan l'ayoit
tenu . On pretendoit
qu'elle fe difpoferoit à former
une forte de gouvernement
compofé de Miniltres
GALANT. 135
de fa dépendance , par lef
quels elle fe conſerveroit un
grand pouvoir, fans s'expofer
aux chagrins & aux perils de
gouverner .On comptoit déja
ceux qui devoient entrer dans
cette Jonte ; on nommoit
d'autres perfonnes qui de-
L yoient fortir de leurs Charges
, & chacun felon fon panchant
ou fon intereſt , ou felon
les raifons de haine ou
d'amilié que l'on attribuoit
à la Reine- mere , fe faifoit un
plan du gouvernement à l'avenir.
Ceux qui devoient en dé136
MERCURE
cider en eftoient le moins
Occupez . La Reine - mere fe
contenta d'abord d'eftre bien
avec fon Fils. Le Roy que fa
jeuneffe , & le peu d'éducation
, empefchoient
de rien
penfer encore pour l'Eftat ,
ne fe trouva fenfible qu'à
l'idée de fon mariage
, & à
l'empreffement
de partir pour
l'aller achever
. Ainfi tous
les foins eftant tournez aux
preparatifs
du voyage
, on
abandonna
aifément
les autres
affaires .
Si - toft qu'on fceut à Madrid
que la jeune Reine marGALANT.
1:7
choit vers l'Espagne , on fit
partir fa Maifon pour l'aller
recevoir à la Frontiere , de
-forte que le 26. de Septembre
le Marquis d'Aftorga ,
Grand Maiftre de ſa Maiſon,
& la Ducheffe de Terranova ,
fa Camarera major , ou premiere
Dame d'honneur , fortirent
de Madrid avec de
tres- grands équipages &
prirent la route d'Irun , fur la
Frontiere du cofté de France .
Le Duc d'Offonne , Grand
Ecuyer de la Reine , les fuivic
peu de jours aprés.
Ces trois perfonnes , les
CO
2.
Mars 1690 .
M
,
138 MERCURE
premieres auprés de celle de
la Reine , tenoient leurs Charges
de la main dé D. Juan ,
qui avoit remply de fon vivant
toutes celles de la Maifon
de cette Princeffe . Il avoit
d'abord deftiné la Charge de
Grand- Maiftre à D. Vincente
Gonzaga , de la Maiſon de
Mantouë , & luy avoit fait
quitter la Viceroyauté de Sicile
fur cette efperance , mais
il fe contenta de le mettre
dans le Confeil d'Eftat , où il
crut avoir befoin de fa capacité
& il fit Grand - Maiftre
le Marquis d'Aftorga , qui
GALANT. 139
luy donna , à ce que l'on pretend
, une partie des grandes
fommes qu'il avoit tirées de
fa Viceroyauté de Naples .
Le Duc d'Offonne cut la
Charge de Grand - Ecuyer ,
parce qu'on le voulut tirer
de celle de Preſident des Ordres
, où fa conduite eftoit
devenuë odieufe , & fa fierté
l'ayant rendu depuis incommode
à D. Juan mefme , il
l'éloigna de la Cour , fur ce
qu'il avoit publiquement fait :
artaquer par des Affaffins le
Comte d'Umanez , pour quel
que jaloufie de Maiſtreſſe . i
Mij
140 MERCURE
Quoy que la Ducheffe
de
Terranova
fe fuft fair dans
l'efprit
de D. Juan un merite
qui pouvoit
luy avoir attiré
fa Charge
, elle ne laiffa pas
de luy en donner
une fomme
confiderable
. Elle eftoit Veuve
du Duc de Terranova
,
Grand d'Espagne
, de la Maifon
de Pignatelli
, & de fon
chef elle eft d'une branche
baftarde
de la Maifon
d'Arragon
, établie
depuis
longtemps
en Sicile , riche de ce
cofté- là , & de celuy de fa
Mere , heritiere
du nom de
Fernand
Cortez, & de la
GALANT 141
= grande fortune qu'il avoit
faite autrefois aux Indes .
- Quelque temps avant le
Miniftere de D. Juan , ellen
savoit cfté obligée de fortir
de Madrid , où on luy im
putoit publiquement la mort
de D. Carlos d Arragon , fon
Coufin Germain à qui appartenoit
le Duché de Terranova,
& d'autres biens qu'elle
luy retenoit . Elle fe retira
alors en Arragon , où fe
firent les liaifons entre elle
& D. Juan qui luy trouva
de l'efprit , de l'ambition ,
& de la hardieffe 3 fous des
142 MERCURE
apparences
regulieres & devotes
. Il fembloit que la mort
de D. Juan duft la perdre entierement
; mais avant qu'il
finift , elle avoit pris poffeffion
de l'appartement
du
Palais & dix jours aprés
qu'il fut mort , elle partit
>
pour aller au devant de la
Reine.
Du cofté de France on avoit
reglé les jours de la
marche de cette Princeffe ,
pour arriver à Irun , & le
Marquis de los Balbaſez eut
foin d'en donner, avis à la
Cour
d'Efpagne.
GALANT. 143
E
La Reine fe mit en marche
le 20. de Septembre , ſervie
& gardée par la Maiſon du
Roy tant qu'elle fut en
France . Le Prince d'Harcourt,
de la Maifon de Lorraine ,
fut nommé Ambaffadeur Extraordinaire
pour l'accompagner
avec la Princeffe fa
Femme. Mademoiſelle de
Grancey prit le nom de
Dame , avec la qualité de fa
Dame d'Atour , & la Maréchale
de Clairambault qui avoit
efté fa Gouvernante
Juy fervoit de premiere Dame
d'Honneur. Elle traverfa ainfi
i
144 MERCURE
par
le
oute la France jufqu'à la Riviere
de Bidaffoa , qui la fepare
d'avec l'Espagne , où
dans cette Ifle celebre
Traité de Paix des Pyrenées ,
elle fut remife entre les mains
du Marquis d'Aftorga , Grand
Maiftre de fa Maifon , qui
avoit les ordres du Roy d'Efpagne
pour
la
recevoir.
Ce jour parut apporter un
grand changement à ſa vie.
Elle l'avoit paflée jufqu'alors
dans les manieres aifées dont
on vit en France , avec la liberté
de manger en public
durant fon Voyage , de dan
fer
GALANT 145
C
་་་
Les
с
for , d'aller à cheval quand il
luy plaifoit , de chaffer de
jour avec les Domeſtiques ,
& dans un moment elle fe
trouva au milieu de perſonnes
inconnues , dont elle
n'entendoit point la Langue,
dont le fervice & le refpcct
même l'embaraffoient, & dont
les manieres pleines de contrainte
& de gefne luy oftoient
tout ce qui avoit toû
jours fait fa douceur . L'antipatie
naturelle, des deux , Narions
, & l'extrême oppofition
qu'elles ont en tout ,
augmentoit ces defagremens
Mars 1690 . N
146 MERCURE
par mille circonftances particulieres
, les Efpagnols devenus
maiftres de fa perfonne
, voulant l'affujéttir dés le
premier jour aux moindres
formalitez de l'esclavage des
Reines d'Efpagne .
La Camarera Major , natu
rellement figide , ajoûtoit de
nouvelles peines à cette contrainte
, & fembloit vouloir
effacer tout d'un coup jufques
aux moindres chofes ,
qui auroient pû laiffer à la
Reine quelque fouvenir de
la douceur & des agréniens
de fon Païs.blote ormona
GALANT 147
t
·
Lors qu'elle partit de Ma
drid elle venoit de perdre D.
Juan Comme elle eftoit fa
Creature , elle devoit s'atten
dre à toute l'averfion de lą
Reine mere qu'elle voyoit
revenir à la Cour. Ce qu'il y
avoit de Grands Seigneurs
déchaifnez contre la memoi
re de D. Juan, l'eftoient auffi
contre elle , & fa Charge luy
ayant attiré la jaloufie des
premieres Femmes de la Cour,
que leur rang & leur merite
pouvoient y faire pretendre ,
leftoit difficile qu'à fon retour
elle puft fe foûtenir con
Nij :
148 MERCURE
tre tant de Partis qui la me
naçoient . Dans cet eftat , elle
jugea qu'elle devoit tâcher à
fe rendre fi neceffaire au Roy
pour la conduite de la Reine,
qu'il ne puft dans la fuite la
confier à une autre , & pour
réuffir , elle chercha tous
les moyens de connoiſtre à
fond cette Princeffe , non feulement
par ce qu'elle pouvoit
en voir elle- meſme, mais auſſi
par des connoiffances du paffé
, qu'elle tira , autant qu'il
Juy fut poffible , de quelques
perfonnes d'entre celles qui
eftoient venues de France avec
la Reine.
GALANT. 149
Pendant qu'elle cherchoit
à fçavoir fur ce fujet tout ce
qui pouvoit luy fervir à faire
au Roy un plan pour gouver
ner la Reine , & fe rendre ab
folument neceffaire , elle travailloit
avec la mefme application
à mettre dans l'efprit
de cette Princeffe un extrême
éloignement pour la Reinemere.
Beaucoup y travailloient
comme elle , c'eft à
dire , tous ceux du party de
D. Juan , dont la Maifon de
la Reine eftoit remplie. Ils
craignoient tous le pouvoir
& le reffentiment de la Reine
Nij
150 MERCURE
mere , & jugeant qu'ils n'avoient
rien de plus fort à luy
oppofer que la Reine , ils
chercherent à la faire haïr
par avance de cette jeune
Princeffe . Ils luy
infpiterent
que c'eftoit la perfonne du
monde la plus contraire à ſes
interefts ; qu'elle la
trouveroit
à Madtid avec toutes les
oppofitions
d'une Belle - mere ,
& tout le reffentiment
d'avoir
veu rompre le mariage de fa
Petite-Fille pour établir le
fien ; qu'elle n'en devoit ja
mais attendre d'amitié ny de
confiance ; que c'eſtoit une
GALANT KI
Femme imperieufe , accoûtumée
à gouverner , maiftreffe
de l'efprit du Roy , & qui
la tiendroit toûjours dans
l'esclavage.
Pour ofter aà la Reine tous
les moyens d'avoir jamais
d'autres veues que celles
dont ils la prevenoient , &
de pouvoir jamais s'approcher
de la Reine- Mere , ils
crurent qu'il falloit luy donner
pour l'Ambaffadeur de
France les mefmes fentimens
que pour elle. Ils perfuaderent
donc à la Reine qu'il
avoit toûjours efté dans d'é-
Nij
152 MERCURE
troites liaifons avec fa Belle
mere ; que dés fa premiere
Ambaffade il avoit eu part à
la confiance de cette Princeffe,&
qu'il ne s'étoit broüillé
avec D. Juan que pour les
interefts.Ils regrettoient d'ail
leurs devant la Reine la perte
qu'elle avoit faite à la mort
de D. Juan , qui avoit tout
facrifié , difoient-ils , pour
faire fon mariage , & dont
le Miniftere l'auroit rendue
Maîtreffe de tout.
Parmy les perfonnes qui
eftoient allées au devant de
la Reine par obligation , il
GALANT. 153
TIN
to
DOB
Y
fe trouvoit un Volontaire
que fes veuës particulieres
avoient amené , qui fe donnoit
neanmoins luy feul autant
de mouvemens que tous
les autres enfemble . C'eftoit
un Theatin Sicilien , nommé
Ventimiglia , homme de qualité
, qui avoit autrefois demeuré
à Paris , & qui parloit
bien François. Il s'eftoit entierement
facrifié à D. Juan
dans le commencement de
fon Miniftere , avoit fait des
fermens fanglans contre la
Reine Mere , & fur ce merite
avoit pretendu devenir Con
154 MERCURE
feffeur de la Reine. D. Juan
eſtant mort & fes elperances
finies , il s'engagea à faire le
voyage au devant de cette
Princeffe avec le Duc d'Of
fonne. Il s'avança jufques à
Bayonne , & comme il eftoit
hardy & d'un air ſpecieux ;
il prévint affément la Reine
& les principales perfonnes
d'auprés d'elle , & fut un de
ceux qui travailla le plus for.
tement à luy imprimer des
fentimens d'averfion pour la
Reine Mere , & de défiance
pour l'Ambaffadeur de Fran
ce , qui fe trouverent telleGALANT.
155
ར་
}:
ment établis dans l'efprit des
François mefmes , & particu
lierement des Femmes , qu'il
a fallu un long- temps & de
facheufes experiences pour en
détromper cette Princeffe.
Dans cette application qui
fembloit n'aller qu'à l'intereft
commun des Creatures
de D. Juan , Ventimiglia s'en
faifoit un particulier , dans
la veuë d'établir pour la
Reine un Miniftere , fous léquel
il pourroit avoir part à
la faveur. Pour ce deffein il
fit des Memoires & des plans
d'un Gouvernement , tel qu'il
156 MERCURE
•
fouhaitoit , nomma à la Reine
les Miniftres qu'elle devoit
éloigner , & ceux qu'elle devoit
employer. Le Duc d'Of
fonne eftoit à la tefte de ces
derniers , comme le feul hom
me capable de rétablir l'Etat,
& l'on y voyoit mille autres
chimeres d'un eſprit déreglé
par une ambition fans melures
. Dans cette grande nego
ciation il fut d'affez bonne
foy pour donner fes Memoires
au Prince d'Harcourt,
afin qu'il les prefentaft à la
Reinc.
La conduite du Duc d'OfGALANT:
157
fonne n'eftoit pas plus regudeliere
. Il eftoit party pour le
le Voyage aprés les autres, parce
qu'eftant revenu peu aupara-
I
ott want de fon exil , il n'avoit
pû faire fon équipage affez
promptement , mais fi-toft
eres
no
DO
20 qu'il fut arrivé fur la Frontiere
, il pretendit que toute
la fonction & tous les honneurs
de la reception de la
Reine luy appartenoient
. Le
Marquis d'Aftorga eftoit
Grand Maiftre d'Hoftel de la
Reine. Il avoit par cette raifon
toutes les preéminences
0 de la Maifon . D'ailleurs il
COL
158 MERCURE
eftoit fpecialement chargé de
la recevoir.Cependant le Duc
d'Olonne pouffa fi loin fes
entrepriſes , que le Marquis
d'Aftorga fut obligé d'en
écrite au Roy , qui le foûtint
par
de nouveaux ordres, mais
le Duc continuant toujours
fes contre-temps , eut ordre
de la Cour peu aprés de retourner
inceffamment à Madrid
, fans paffer à Burgos
où le Roy eftoit déja arrivé ,
& depuis il demeura fans
faire la Charge , ny entrev
au Confeil d'Etat .
{ Le eſtanc
Roy
Roy
cftant party de
GALANT. 159
Madrid le 21. d'Octobre , arriva
le 3. de Novembre à Buragos
, où il attendit la Reine
qui entroit en Espagne. Lors
qu'il eftoit forty de Madrid ,
de Duc de Medina- Celi , Sommelier
du Corps , & le Conneftable
de Caftille , Majordome
Major , eftoient dans
fon Carroffe fur le devant , &
à la portiere Dom Joſeph de
Silva, devenu premier Ecuyer
par la démiſſion du Comte de
Talara peu de jours avant le
Voyage. L'Amirante de Caftille
, Grand Ecuyer , ne partic
point , & prit pour pre-
::
160 MERCURE
texte , que faute d'argent il
n'avoit pû faire affez promtement
fon équipage. Ainfi ,
foit par cette raifon , ou par
celle d'une pareffe naturelle
qui l'éloigne de tout ce qui
a la moindre apparence de
fatigue , il demeura à Madrid
jufqu'au retour de la
Cour, qu'il alla une journée
Sau devant du Roy & de la
*Reine.
sb Pendant le temps que de
Roy eftoit à Burgos attendant
la Reine , qui fut d'environ
quinze jours elle envoya
luy demander permifGALANT.
16t
fion de manger en public , &
de monter quelquefois à cheval
durant fon Voyage , parce
que le Marquis d'Aſtorga , &
la Camarera Major ne crurent
pas y devoir confentir fans
un ordre exprés du Roy, qui
9 le luy permit volontiers .
Quelques jours aprés , elle luy
envoya pour celuy de fa
naiffance , une Montre de
Diamans , & une Cravate
avec un ruban couleur de
feu , qu'il mit d'abord en la
recevant , & fit donner cinq
cens piſtoles au Gentilhomme
qui l'avoit apportée.co
Mars 1690 . O
162 MERCURE
eut
Le Marquis de Villars qui
Is'eftoit rendu à Burgos quel
ques jours aprés le Roy ,
permiffion d'aller au devant
de la Reine , & la rencontra le
14. d'Octobre à Virebiefca .
Dans le peu de converſation
qu'il eut avec elle , il trouva
fon efprit plein d'inquietude
& de défiance , & qu'avec le
changement de pays , de gens,
& de manieres capables d'embaraffer
une perfonne moins
jeune qu'elle , les cabales qui
l'environnoient
, & les préventions
qu'on luy inſpiroit
de toutes parts , la mettoient
GALANT. 162
dans une agitation qui luy
faifoit tout craindre fans fçavoir
fur quoy s'appuyer . Il
râcha de la remettre , en luy
faifant voir qu'elle ne devoit
point s'arrefter à toutes les
จะ
impreffions des perfonnes qui
eftoient autour d'elle , qui
CTC
iet
ave
mc
less
ES
Epir
n'agiffoient que par des fins
particulieres ; qu'elle n'avoit
point d'autres intereſts à fuivre
que d'aimer le Roy , de
s'en faire aimer , & . d'entrer
dans une parfaite union avec
La Reine- mere ; qu'elle la
trouveroit dans tous les fentimens
d'affection & de ten-
Oij
164 MERCURE
dreffe qu'elle auroit pû atten
dre d'une Mere ; qu'elle devoit
s'attacher uniquement à
ce party , feul capable de
luy donner du repos , & de
la faire veritablement Reine .
Il eftoit le premier qui luy
cult parlé de cette maniere,
& fut long temps le feul , au
milieu d'un nombre de perfonnes
, qui par intereft on
par enteftement , luy traverfoient
fans ceffe l'efprit par
des impreffions de deffiance
ou de crainte , ou le luy vous
loient remplir de veuës chimeriques
de gouverner ,
&
GALANT. 165
, 22
d'eftre Maiftreffe de tout . Si
toft qu'il l'eut falüée , il revint
à Burgos , où il arriva le
18. au foir.
Comme la Reine qui devoit
ce jour là coucher à Quin
atanapalla eftoit affez prés pour
venir le lendemain à Burgos,
où le Prince & la Princeffe
d'Harcourt éftoient arrivez ,
le Marquis de Villars voulut
fçavoir ce que le Roy feroit
le lendemain, & quelle difavoit
pofition il y
OU reception de la Reine & pour
hila Ceremonie du Mariage.
D. Geronimo d'Eguia , Secreno
pour
la
166 MERCURE
taire d'Eſtat , l'aſſura qu'elle
fe feroit à Burgos , où l'on
attendoit la Reine le lende
main.
Cependant l'Ambaſſadeur
avoit rencontré par le chemin
le Patriarche des Indes.,
Grand Aumônier
du Roy ,
qui alloit au devant de la
Reine . Comme ce Prelat ne
devoit fe trouver prés d'elle
que pour une fonction Ecclefiaftique
, le Marquis de Villars
cut quelque foupçon que
Dom Geronimo d'Eguia ne
luy euft pas répondu jufte , &
il le verifia fi bien qu'avant la
GALANT. 167
Bu
nt
lec
Prela
τές J
On
E
Is del
is
Po
Eguil
juft
'ava
fin du jour il fceut que le
Roy iroit le lendemain à
Quintanapalla
pour achever
la Ceremonie de fon Mariage.
Il en avertit le Prince d'Harcourt
, & tous deux fe rendirent
à Quintanapalla de
bonne heure avant que le
Roy y vinft .
En y arrivant ils connurent
bien que ce n'avoit pas eſté
fans deffein que D. Geronimo
d'Eguia leur avoit voulu cacher
le temps & le lieu de la
Ceremonie, & qu'il avoit pretendu
qu'en les trompant de
cette maniere , ils ne pour-
&.
168 MERCURE
roient y affifter . Ils y trouve
rent la Camarera Major avec
les mefmes intentions. Elle
leur dit d'abord que le Roy
avoit défendu que perfonne
affiftaft à la Ceremonie de
fon Mariage, hors les Grands
Officiers , & ceux qui estoient
abfolument neceffaires , avec
le Gentilhomme de la Cham
bre quis eftoit de jour Le
Marquis de Villars luy die
qu'ils avoient ordre du Roy
leur Maiftre d'y affifter . Elle
répondit que le Roy leut
Maiftre n'avoit rien à com
mander en Espagne . Le Mar
quis
GALANT. 169
ION
of a
le B
Derfor
onk!
quis de Villars luy
repliqua ,
que le Roy fon Maiſtre com
mandoit à fes
Ambaſſadeurs,
& qu'ils
executoient ſes ordres
par tout à moins qu'on
ne les empefchaft de force ;
que fi le Roy d'Espagne
ne
vouloit pas que pas que les Ambaſſa
deurs de France
affiftaffent à
a Chi fon mariage , il pouvoit leur
donner par écrit un ordre de
ne s'y point trouver.
5 Gra
eftor
res ,ar
Ourm
Luyd
du A
ter
Loy
- La Ducheffe de Terranova
s'emporta fur cette réponſe
& dit beaucoup de chofes
hors de propos ; de forte que
Le les
Ambaſſadeurs
s'adreſſe
alcom
Mars 1690. Р
170 MERCURE
,
€
rent au Marquis d'Aſtorga ,
qui leur dit avec plus de
moderation , que c'eſtoit en
effet l'ordre du Roy. Il convint
neantmoins de dépefcher
un Gentilhomme à Sa
Majefté , pour faire expliquer
plus pofitivement cet
ordre . Le Gentilhomme rencontra
le Roy en chemin ,
qui trouva bon que les Ambaffadeurs
affiftaffent à la Ceremonie
, & il parut que
tout ce procedé eftoit une
cabale mal- honnefte de quelques
Courtisans , qui avoient
voulu donner ce dégouft aux
GALANT 171
Ambaffadeurs , ou peut- eftre
les empefcher de voir la pauvreté
de leur Ceremonie , qui
fe faifoit dans le plus miferable
Village de Caftille.
Le Roy arriva fur les onze
heures du matin à ce Villagestcompofende
neuf ou
8.
dix maiſons . La Reine s'avança
pour le recevoir à l'entrée
de fon Appartement ,
c'effi à dire d'une chambre
de Païſan , dont la porte répondoit
à l'Efcalier . Elle patut
fe jetter à genoux pour
luy! baifer la main ; il l'en
tempefcha & la releva ; mais
VOR
Pij
172 MERCURE
ils fe trouverent tous deux
bien embarraffez de ne fc
pouvoir entendre. Le Marquis
de Villars s'avança ; le
Roy luy permit de fervir
d'Interprete , & il leur fit
dire de part & d'autre ce
qu'ils auroient pû penfer de
plus honnefte.
Pendant ces complimens ,
le Marquis de Villars apperceut
que dans cette Chambre
mefme preparée pour la Ceremonie
, les Grands d'EL
pagne fe plaçoient à la droite .
Il en avertit le Roy , & luy
fit dire par le Marquis de
GALANT. 173
Ca
pit
STI
los Balbafez quel rang ilavoit
tenu en pareille occafion
à Fontainebleau Le Roy
convint que les Ambaffadeurs
de France l'euffent de melme.
Ainfi ils s'avancerent vers le
Conneftable de Caftille , qui
comme Grand Maiftre d'Hô.
tel eftoit à la tefte des Grands,
& le Marquis de Villars luy
dit qu'il occupoit fa place . Il
voulut fe défendre d'en fortir,
la conteftation dura un peu
mais avec honnefteté de part
& d'autre ; le Conneftable
voulut aller au Roy pour la
faire regler. L'Ambasadeur
س و ر
Piij
174 MERCURE
. A
luy dit que Sa Majesté l'avoit
déja reglée . Les Grands quirterent
le pofte , & fans en
prendre d'autres , ils fe répandirent
confufément
derriere
le Royale ali itnia
La Ceremonie eftant ache
vée , leurs Majeftez difnerent
enfemble , & à deux heures
aprés midy monterent en
Carroffe pour aller coucher
à Burgos. Le lendemain , la
Reine alla difner hors de lá
Ville à un Convent de Filles↳
appellées las Huelgas , d'où
elle partit à trois heures aprés
midy pour faire fon Entrée à
GALANT . 175
20
de
cheval en habit Efpagnol ,
car jufques alors , & mefme
le jour precedent , elle avoit
toûjours efté habillée à la
Françoiſe.
Le Prince d'Harcourt fit
fon Entrée. Le lendemain il
y cut des Mafcarades & des
Comedies. Le troifiéme jour
la Cour reprit le chemin de
Madrid , & la Maifon Françoile
de la Reine celuy de
France. La Reine retint feulement
quatre Femmes de
Chambre , dont deux avoient
efté fes Nourrices , quelques
Valets de Chambre , quelques
Piiij
176 MERCURE
Officiers pour la table , & un
Gentilhomme pour avoir foin
de cinq ou fix chevaux Anglois
qu'elle avoit fait ame
ner. Le Prince d Harcourt ,
la Princeffe fa Femme , Ma
dame de Grancey & la Ma
réchale de Clerambault cu
rent des Portraits de Diamans
de valeur proportionnée au
rang qu'ils tenoient alors dans
cette fonction ; mais la der
niere revenant en France
trouva fa Charge de Gouver
nante des Enfans de Monfieur
remplie par la Marquife Deffiat,
*
GALANT. 177
au
Le Roy & la Reine qui
heftoient partis de Burgos le
A - 23. de Novembre , arriverent
le premier de Decembre à
or deux lieues de Madrid
Village nommé Torrejon ,
où la Reine Mere alla les rencontrer
, & fit paroiftre à la
Reine toutes les marques
Et d'une veritable tendreffe .
de Cette Princeffe revint coude
cher à Madrid , & le lende-
VE
main fur les trois heures aprés
midy leurs Majeftez arrive
ferent au Retiro , où la Reine
DMere les attendoit,& où Elles
demeurerent prés d'un mois
178 MERCURE
& demy, jufqu'à ce que tou
tes chofes fuffent preparées
pour l'Entrée publique de la
Reine .
Je vous envoyeray le mois
prochain , comme je vous
l'ay promis d'abord , une fuite
de ces Memoires
, qui vous
apprendra toutes les intrigues
que l'on employa pour affu
jettir entierement
cette jeune
Princeffe
à l'esclavage
qu'on
luy preparoit , ce que je con
tinueray de faire dans les au
tres mois.
A
Je vous fis fçavoir par ma
derniere Lettre la promotion
GALANT. 179
de M'de Fourbin de Janſon ,
Evefque & Comte de Beau
vais, au Cardinalar . Le Chapitre
de fa Cathedrale n'en eut
pas plutolt receu la nouvelle ,
qu'il donna des marques d'u
ne joye qu'il fouhaitoit depuis
long- temps de faire pa
roiftre. Elle fut annoncée lá
veille à la Ville & aux envi
rons , par le fon & le carillon
reiteré de toutes les Cloches,
& le lendemain , jour de la
Chaire de S. Pierre , le Cha
pitre augmenta la folemnité
de la fefte du Patron de cette
Cathedrale par un Te Deum
180
MERCURES
chanté en Mufique , où tous
les Corps de la Ville s'emprefferent
t
d'affifter ,
prendre part à une Fefte qui
devenoit commune à tout le
pour
Peuple . Le Portail de l Eglife
eftoit decoré des Armes du
Pape , du Roy , du nouveau
Cardinal & du Chapitre.
Cette Ceremonie finit par un
feu de joye qui fut allumé
au fon des Cloches , aux fanfares
des Trompetes , & au
bruit des la
Moufqueterie
du grand nombre de Gardes
& Habitans des Terres du
Chapitre › par M' l'Abbé
GALANT. 181
d'Omeffon , Doyen , & par
le Chantre , & le Sous-
Chantre
fuivis
proceffionnellement
de tous les Chanoines
& . Officiers de la Cathedrale.
L'allegreffe parut
vive & generale, tant du cofté
du Chapitre , que de celuy
des Corps & du Peuple , &
les chofes fe pafferent d'une
maniere
qui fit connoiſtre
que le zele Y avoit encore
plus de part que le devoir .
Le Chapitre, & tous les Corps
ont député à ce nouveau
Cardinal
pour luy faire des
complimens
fur fa promotion
.
182 MERCURE
Le 17. du mois paffé , les
Mayeur & Echevins de la
Ville de Peronne, firent celebrer
un Service folemnel pour
feu M le Marquis d'Hoquincourt
, Gouverneur de cette
Ville, Les Chanoines de l'Eglife
Collegiale, de S Furly fe
joignirent avec eux pour cette
Ceremonic qui fe fit dans leur
Eglife . Le Choeur eftoit ten .
du de trois lez de drap noir ,
chargez d'Ecuffons aux Armes
du défunt. Ily avoit au
milieu une Eſtrade élevée, fur
laquelle eftoit la reprefentation
couverte d'un Poëfle de
GALANT. 183
Ho
de
fivélours noir , avec une Coudronne
de Marquis & le Col-
Ente lier des Ordres du Roy fous
un Crefpe noir . Les deux
marches de l'Eſtrade eftoient
garnies de Chandeliers d'arde
gent en grand nombre , avec
Fur plufieurs autres Cierges dans
our le refte du Choeur. La veille
on chanta les Vigiles , & le
lendemain la Meffe fur cele .
brée. Tous les Corps de la
Ville affifterent auffi - bien
bansi
UX
ve
*
y
T
vo que les Curez & le Clergé des
Paroifles , tous les Religieux
des Convents,Cordeliers, Mi-
De nimes & Capucins,M le Licuref
184 MERCURE
rs
tenant de Roy , M™ les Officiers
de l'Eftat major , & la
Nobleffe des environs. M' du
Bailliage s'y trouverent auffi
en Corps , & Mrs de l'Eletion
& du Grenier à Sel.
Tant de Corps joints enfemble
avoient quelque chofe de
majestueux & de grand. M
Houbrel , Chanoine de l'Eglife
Collegiale
, prononça
l'Oraifon Funebre avec beaucoup
d'éloquence , & fit voir
la valeur , la fageffe & la mo
deration de feu M le Marquís
d'Hocquincourt . La Ccremonic
fut regléc par les
13
C
GALANT. 185
foins de M Aube ,
Mayeur
de la Ville , qui fe
diftingue
Mdans toutes les occafions ou
na fon employ demande du zele,
des foins , & de la vigilance
& qui ne s'eft pas épargné
cala lors que la gloire de la Franchok
ce l'a engagé à faire paroiand
tre fa generofité . Je vous en
ay parlé en plufieurs occafions.
va
de
ΤΟΣΟ
cba M Sanfon -five au Public lant de donner
La
бр
de Po
と
Diocefe de l'Elavefché
de Poitiers . C'eſt une
e Medes Cartes particulieres de la
France , dont feu M' Sanfon
par fon Pere avoit mis plu-
Mars 1690. Q
186 MERCURE
Geurs au jour & que le Fils
continue. Ilsion ont déja fair
environ la moitié. Ce fera
une fuite de plus de deux
cens feuilles qui compoferont
plufieurs Volumes avec les
defcriptions. Perfonne n'avoit
encore entrepris un pareil
Ouvrage . Ils ont remarqué
fur chaque Carte trois fortes
de Divifions ; la premiere
pour l'Eglife , par les Diocefes
des Archevefchez & des Evel
chez ; la feconde pour la Jus
ftice , par les Bailliages , Prevoftez
, Senechauffées & Prei
fidiaux , qui reffortiffent aux
GALANT. 187
Je t le
jai
Cek
e da
ofer
ec
met
Enpar
Parlemens ; & la troifiéme
pour les Finances , par les
Elections des Generalitez . Ils
ont déja mis au jour tous
les Evcfchez Suffragans des
Archevefchez de Lyons de
Sens , de Paris , de Besançon,
de Tréves , de Rheims , de
Cambray , de Malines , & une
partie de ceux de Tours , de
Teme Bourges , de Bordeaux & de
Touloufe , comme auffi ceux
de Mayence , de Cologne &
la d'Utrecht , jufqu'à l'étenduë
de l'ancienne Gaule . Les mel
mes Cartes comprennent la
plus grande partie des Bail.
mar
Dio
for
es Eve
P
&Pr
ntaus
Qij
188 MERCURE
liages , des Prevoſtez & des
Senechauffées
qui reffort flent
au Parlement de Paris , &
toutes les Jurifdictions
des
Parlemens de Dijon, de Metz,
de Besançon , des Cours Sou
veraines de Tournay , de Bri
fac & une partie de celles
des Parlemens
de Bordeaux
& de Touloule
. L'on trouve
dans ces Cartes les Elections
des Generalitez
de Paris , de
Soiffons,d'Amiens , de Metz ,
de Dijon, de Lyon , de Bourges
, d'Orleans , de Poitiers ,
& une partie de celles de
Tours de Bordeaux
dé
GALANT. 189
Touloufe , & de Montpellier.
Ces Carte's contiennent les
Païs de Picardie , de l'Ifle
IS de France , de Champagne ,
de Bourgogne , de Breffe , du
Lyonnois , du Nivernois , du
Berry , d'Orleans , de Beauce,
adu Maine , du Poitou , d'Aunis
, du Perigord , de l'Agenois
, & quelque chofe du
Languedoc , & particulieresment
les Frontieres pour la
M Guerre ; fçavoir les Cartes
Br des Païs Bas François & El
tispagnols , de la Lorraine , de
la Bourgogne Comté , & des
Païs qui font fituez fur le
190 MERCURE
Rhin , qui font les Suiffes ,
l'Alface , le Palatinat du Rhin ,
les Electorats
de Mayence
,
de Tréves & de Cologne .
Quoy que je vous parle
fouvent des Cartes nouvelles
que l'on met au jour , & que
je vous en parle avec avan .
rage, vous devez eftre perfuadée
que je ne les crois pas
meilleures
que celles
Samfon
a faites , ou peut faire
des mefmes Pays . Tout le
monde fçait qu'il eft le premier
homme du monde pour
ces fortes d'ouvrages
, & qu'il
n'a jamais paru de Cartes lous
•que
Mi
GALANT. 191
are
fon nom , qui n'ayent efté
dans une eftime generale.
Je vous dis le mois paffé.
que je vous entretiendrois
encore de M le Brun. On ne
peut trop parler d'un hom
me fi merveilleux . Je vous
22 marquay que le Roy l'avoit
ennobly , & je vous envoye
aujourd'huy fes Lettres de
Nobleffe, eftant perfuadé que
vous prendrez plaifir à voir
en quels termes Sa Majefté y
parle d'un fi rare homme.
15 A
uC
ר ע
.....
€93
192 MERCURE
Lo
par
OUIS la grace de
Dieu , Roy de France. &
de Navarre, à tous prefens
à venir Salut. Bien que La
vèrtu militaire rende les Sou
verains redoutables à leurs Ennemis
, qu'elle établiſſe la tran
quillité de leurs Sujets faße
L'éclat de leur Regne , on peut
dire neanmoins que comme d'un
cofté les Armes augmentent
&
affermiffent les Etats , les Arts
Liberaux , les autresVertus
de la Paix les embelliſſent
ey
font naiftre l'abondance . C'eft
auffi par ces confiderations que
Tes
GALANT. 193
les plus fages des Conquerans ,
-aprés avoir rendu participans de
leurs Lauriers & afſocié à la
gloire de leurs Triomphes ceux
qui avoient employé leur fang
pour la grandeur du Roy , &
pour le falur de leur Patrie , ont
jugé digne de leurs foins la recherche
de ces grands Genies
lefquels par l'excellence de leur
Art fesfont rendus illustres dans
beur Siedle , & ont tranfmis à
la Pofterité leurs noms bien plus,
avant que leurs Ouvrages ; &
comme ceux qui ont excellédans
la Peinture ont toujours esté
dans tous les temps tres favo
Mars 1690.
R
194 MERCURE
rablement traitez dans la Cour
des plus grands Princes , & que
non feulement leurs Ouvrages
ont contribué à l'embelliſſement
de leurs Palais , mais encore ont
fervi de monument à leur gloire,
exprimant à la pofterité par un
langage muet leurs plus belles &
beroiques actions , & qu'on en
a fait mefme l'ornement des
Temples , où par les vives eg
les plus animées expreffions des
chofes faintes , ils élèvent les
coeurs aux Autels , & fecon
dent par lafainteté de leurs artifices
le zele la pieté des Miniftres
; auffi nous avons bien
1.
GALANT 195
*
voulu donner au S le Brun , nofre
premier Peintre , des marques
de l'estime que nous faifons
de fa perfonne, & de l'excellence.
de fes Ouvrages , qui effacent
par un aveu univerfel , ceux
des plus fameux Peintres, &
par une récompenfe d'honneur
proportionnée
à fa vertu , donner
aux autres de l'émulation pour
l'imiter, & fe mettre en eftat
1 par leur étude & leur application
, de meriter de pareilles graces.
A ces cauſes , & autres
confiderations à ce nous mouvant,
de noftre grace fpeciale ,pleine
spuiſſance
& autorité Royale ,
TS
Rij
196 MERCURE
&
Nous avons par ces prefentes
fignées de notre main , decoré
honoré, decorons & honorons du
titre & qualité de Noble ledit
S le Brun ; Voulons qu'il ſoit
tenu reputé pour tel ; enfemble
fa Femme & Enfans , pofterité
er lignée , mafles & femelles
nez & anaiftre , & procreez en
loyal mariage , & que luy &
ceux de fadite pofterité & lignée
foient en tous actes & en
droits , tant en Jugement que
dehors, tenus , cenfez &reputez
Nobles , portant la qualité d'Ecuyers
, puiffent parvenir à
tous degrez de Chevalerie & de
GALANT. 197
Gendarmerie , acquerir , tenir &
poffeder toute forte de Fiefs, Sei
gneuries & Heritages nobles, de
quelque titre & condition qu'ils
foient , & qu'ils jouiſſent de tous
honneurs , prérogatives , preéminences
, privileges , franchifes ,
THY
, exemptions immunitez dont
jouiffent & ont accoutumé de
jouir & ufer les autres Nobles
de nostre Royaume , tout ainfi
que fi ledit S le Brun estoit iffu
de noble & ancienne Race , d
de porter Armes timbrées telles
qu'elles font cy empreintes ,fans
pour ce qu'ilfoit tenu nous payers
ny aux Rois nos Succeffeurs ,
R iij
198 MERCURE
aucune finance & indemnité ,
dont à quelques fommes qu'elles
puiffent monter , nous les avons
déchargez déchargeons , &
luy avons fait & faifons don
par ces prefentes. Si donnons en
mandement
à nos amez &feaux
Confeillers, les Gens tenant noftre
Chambre des Comptes à Paris
, à tous nos autres Officiers
qu'il appartiendra
,
nos prefentes Lettres d'ennoblif
fement de tout le contenu
cy-deffus , il faffent , fouffrent
laiffent jouir & ufer ledit le
Brun , fes Enfans & pofterité ,
nez & à naiftre en loyal mariai
e
, que
de
GALANT. 199
Ons &
ani
es
аж
nno
COM
Suff
fter
mank
gepleinement paisiblement &
perpetuellement ceffant & faifant
ceffer tous troubles & empefchemens
, nonobftant tous les
Arrefts , Reglemens , Ordonnan–
ces , autres Lettres à ce contraires
, aufquels nous avons dérogé
dérogeons par ces prefentes
: Car tel eft noftre plaisir.
Et afin que ce foit chofe ferme
& ftable à toujours , nous avons
fait mettre noftre Scel à cefdites
prefentes. Donné à Paris au mois
de Decembre l'an de grace 1662.
de noftre Regne le vingtiéme.
Signé , LOUIS. Et fur le
reply, Par le Roy, Phelipcaux.
R iiij
200 MERCURE
Regiftré en la Chambre le 22.
Decembre 1662.
Quand le Roy donna ces
Lettres de Nobleffe à M' le
Brun , il n'avoit encore fait
qu'une partie des Ouvrages
qui luy ont acquis tant de
reputation depuis ce tempslà.
Voicy la Liſte de plufieurs
Estampes qui ont efté gravées
d'aprés luy , & qui fe
vendent chez le Sr Perou ,
ruë de Richelieu , à l'Academic
Royale de Peinture &
de Sculpture
.
La
Bataille & le
triomphe
de Conftantin.
GALANT. 201
na:
M.
ant
Les cinq pieces dont les
Estampes font chez le Roy ,
qui reprefentent les cinq plus
memorables actions d'Alexandre
; fçavoir la Bataille de
Porus ; la Famille de Darius ,
la Bataille d'Arbelle ; le Paffage
du Granique & le
uf Triomphe d'Alexandre.
Le Crucifix des Anges .
Le Roy à cheval en grand,
Une Theſe où le Roy donne
la Paix.
Perc
ure Le Platfond de Vaux le
Vicomte.
Le Platfond de Sceaux.
Trois Livres , l'un des Fon
202 MERCUR E
taines ou frifes maritimes ,
l'autre des Fontaines
pour
le
fer à cheval à Verfailles , l'autre
reprefente les Pavillons
de Marly.
* Le Maffacre des Innocens .
La chûte des mauvais Anges.
Le Saint Etienne , dont le
Tableau fe voit à Noftrc-
Dame.
La
Preſentation de la Vierge
au Temple.
Le Chrift au Jardin , gra
vé par M' Rouffelet .
Un grand Crucifix gravé
par le mefme
.
GALANT. 203
LEID
pour
es ,
Une
Madeleine , gravée par
le mefme .
Une Defcente de Croix ,
le mefme.
avil
gravée par
Un Saint
Auguſtin.
DEC
Un Saint Antoine grave
le mefme.
ais
par
don
No
Les douze Apoftres .
Le Martyre des Jefuites
dans le Japon.
Vi par
11
Un Chrift au Deſert fervy
les Anges.
La Coupe de Sceaux qui
ne fe vend pas .
Une Sainte Therefe.
Le Saint Charles d'aprés
celuy qui eft à fa Chapelle.
204 MERCURE
Une Madeleine dans le mo
ment de fa Converſion , &
autres fujets differens , foit
Vierges ou autres qui ont
efté gravez par les St Edelinth
, Audran , Rouffeler ,
les deux Mrs Poilly , fans
compter ceux qu'on grave
aujourd'huy , & qui ne font
point encore au jour , du
nombre defquels font un
Platfond du Seminaire de S.
Sulpice , qui doit cftre bientoft
achevé de graver , & fon
portement de Croix.
Sa Majesté en a fait auffi
graver beaucoup qui ne fe
GALANT.
205
S
E
ne
vendent pas , comme le grand
& fuperbe Efcalier de Verfailles
, & la grande Galerie
du Roy au mefme lieu , qui
n'eſt pas encore achevée .
On voit des Ouvrages de
Mr le Brun aux Recolets de
Pique - pus , le Serpent d'Airain.
A Saint Sulpice , la Pentecofte.
Au Sepulchre , le Tableau
du Maiftre Autel .
Aux Carmelites , quatre Tableaux.
Aux Capucins, du Fauxbourg
Saint Jacques , la Pre206
MERCURE
fentation de la Vierge.
Le Maffacre des Innocens ,
chez M' du Mets .
La Galerie de M' Lambert.
Dans le vieux Louvre , la
Galerie d'Apollon .
II y a auffi de fes Ouvrages
chez M de Rambouillet , &
l'on voit de fes commencemens
dans la Salle des Gardes
du Palais Royal , chez M²
Seguier , & à Saint Germain
en Laye.
:
Jamais homme n'ayant travaillé
avec tant de facilité
que M ' le Brun , il a fait enGALANT.
207
core beaucoup d'autres Ouvrages
qui font chez des Particuliers
, & chez plufieurs de
fes Amis , & dont je ne puis
vous dire les noms Il fit il
ya quelques années une Defcente
de Croix pour M' l'Ar
chevefque de Lyon , qui devoit
fervir de Tableau d'Autel
dans la mefme Ville. Mr
de Louvois , qui malgré l'occupation
que luy donnent les
plus importantes affaires de
l'Etat , s'eft appliqué avec
foin à tout ce qui regarde les
Arts depuis qu'il eft Surintendant
des Baltimens , ayant
208 MERCURE
efté aux Gobelins pour en
vifiter les Ouvrages , vit chez
Mr le Brun cette Defcente de
Croix , & l'Ouvrage luy parut
fi beau , que ce Miniftre
le retint pour le grand Autel
de la Chapelle neuve que
le Roy fait baltir à Versailles,
& dont la guerre n'a point
fait difcontinuer le travail,
Il y avoit quelques années ,
lors que Mi le Brun eft mort ,
qu'il ne s'appliquoit prefque
plus qu'à faire des Tableaux
pour Sa Majefté , ce que les
Peintres appellent des Tableaux
de chevalet , c'eft à
GALANT . 209
ทะ
UCA
ไป
•
dire , tout ce qui n'eft point
Platfond , Galerie , & autres
grands Ouvrages de cette nature,
qui ne peuvent eftre finis
comme un Tableau qu'un
Peintre travaille chez luy à
loifir , & qu'il fait entier luymefme.
Ceux que Mr le Brun
a faits pour le Roy depuis
quelques années , font les
Filles de Jetro , l'entrée de
Noftre Seigneur en Jerufalem
, le Porte- croix , Elevation
de Noftre- Seigneur für
la Croix & une - Nativité à
laquelle il travailloit lors
qu'il eſt tombé malade , &
Mars 1690 .
S
210 MERCURE
qui n'eft pas achevée . Le Ro
qui prenoit plaifir à voir c
Tableaux ', en découvroit les
beautez luy - mefme , & les
faifoit remarquer
à toute la
Cour.
Quelques jours aprés que
Mile Brun eut eftré inhumé,
ele Corps de l'Academie de
Peinture & de Sculpture luy
fit faire un Service aux Grands
Auguftins, qui répondoit à ce
qu'elle devoit à un Chef fi illuftre
. Tous ceux qui compofent
ce Corps s'y trouverent,
ainfi que plufieurs perfonnes
diftinguées par leurs Charges
GALANT. 211
& par l'amour qu'on sçait
qu'elles ont pour les beaux
Arts. L'apréfdinée de ce même
jour , Mr de la Chapelle ,
Infpecteur des Arts & des
Sciences , fe rendit à l'Academie
de Peintu & de Sculpture
, & portant la parole
pour M de Louvois , il fit
entendre les intentions du
Roy à l'égard de M: Mignard
212 MERCURE
avoir paffé par ce degré . Deux
jours aprés il fut nommé à
toutes celles que poffedoir
feu Mr le Brun , & receu par
quatre Députez fur les degrez
de l'Academie, où tout
fe paffa à la maniere accoutumée
.
Comme je n'auray plus
guere d'occafions de parler
de M' le Brun , je vous envoye
fon Portrait . Il vous fera
1
GALANT. 213
Il eft dangereux de braver
Amour. Il ne manque point
de moyens de fe vanger , &
quand il pardonne aux uns,
il fait fon plaifir de punir les
autres . Vous allez connoiftre
la verité de ce que je dis , par
e qui eft arrivé depuis quel
à deux Cavaliers ,
ue
temps
i s'étoient flatez également
pouvoir toûjours demeu-
Maiftres d'eux - mefmes
As avoient roue de214
MERCURE
ayant un Aifné qui ne luy
laiffoit que le fecond rang,
avoit pris le nom de Chevalier.
Ils s'eftoient connus
dés leur bas âge , & ayant
beaucoup d'efprit l'un & l'autre
, ils avoient lié infenfi
blement une amitié fort é
troite. Cependant leurs caracteres
estoient extremeGALANT.
215
2
malgré l'oppofition de leur
humeur. D'ailleurs , l'enjouë
-ment de l'un n'avoit rien
d'évaporé , & la mélancolie
de l'autre eftoit une mélancolie
douce qui avoit fon
agrément . Ainfi il ne faut
pas s'étonner fi , leur union
fubfifta toûjours. Ils fe quirtoient
rarement , & faifoient
enſemble la plufpart de leurs
vifites . Les Dames qui étoient
-le plus en reputation d'avoir
du merite & de l'efprit , fouhaitoient
de les connoiftre ,
& l'un ne faifoit aucune habitude
en quelque lieu que
216 MERCURE
ce fuft , qu'il n'y menaft fon
Amy. Tous deux faifoient
le plaifir des plus belles Compagnies
. Le Marquis , tout
melancolique
qu'il eftoit , difoit
les chofes d'une maniere
douce & infinuante , qui ne
manquoit point à faire effet ,
& le Chevalier , toûjours vif
& enjoué , brilloit tellement
dans la converfation
, qu'on
ne fe laffoit jamais de l'entendre.
La plus ordinaire reflexion
qu'ils faifoient , étoit
fur l'aveuglement
qu'ils
voyoient en beaucoup de
gens , qui cftant fort amoureux
GALANT. 217
14
moureux donnoient dans le
mariage . Ils concevoient bien
qu'on pouvoit chercher à
plaire à une jolie perfonne ,
& aller mefme avec elle juf
qu'à un certain degré de paffion
; mais ils ne pouvoient
comprendre que l'on s'oubliaft
affez pour vouloir fe faire
un devoir indiſpenſable du
plaifir d'aimer & ce qui ceffoit
d'eftre l'effet d'une volon-
1 té entierement libre , n'ayant
rien qui les touchaft , ils plaignoient
les mal heureux qui
en fe faifant Maris étoufoient
l'amour qu'ils pretendoienr
Mars 1690 . T
218 MERCURE
fatisfaire. Ces reflexions lest
conduifoient à de plaifantes:
fatyres, & comme ils les laiffoient
fouvent échaper , on
les regardoit fur le pied de
gens avec qui il ne falloit
prendre aucun veritable engagement.
Cela eftoit cauſe.
qu'on écoutoit leurs douceurs
comme des paroles.
dont l'arrangement
marquoit
de l'efprit , fans qu'elles
fiffent nulle impreffion fur.
le coeur de celles à qui elles
s'adreffoient
. Cependant en
s'examinant eux- mefmes fur
Faverfion qu'ils croyoient a
GALANT. 219
voir pour le mariage , ils fe
demanderent plufieurs fois fi
malgré toutes les proteftations
qu'ils faifoient d'y renoncer,
ils ne feroient point:
un jour affez fous pour s'engager
tout de bon & faire
comme les autres . L'idée
de qu'ils fe firent de la fervitudel
ooù ils fe mettroient les effraya
tellements qu'afin de fe garantir
de ce qu'ils envifageoient
comme le plus grand
de tous les malheurs , ils re
folurent de figner un Billet
double , par lequel ils arrefterent
que celuy des deux qui
Tij
220 MERCURE
J
fe marieroit le premier, paye
roit mille piftoles à l'autre.
Ce Billet fut accompagné.
d'un fort grand ferment , de
ne fe faire la deffus aucune
grace , & de fe traiter à la
rigueur. Deux ans fe pafferent
fans que l'un ny l'autre cuft
lieu de fe repentir d'avoir figné
le Billet , mais ils tomberent
enfuite entre les mains
d'une jeune Veuve, qui ayant
fceu qu'ils paffoient pour eftre
incapables de s'attacher , fe
mit en tefte de leur donner
de l'amour . Il luy parut qu'il y
alloit de fa gloire , & ce moGALANT
. 221
LICE
+
tif qui flatoit fa vanité luy
fit tout mettre en ufage pour
venir à bout de fon deffein.
Elle eftoit belle , & toute
ut pleine d'efprit. C'estoit dequoy
embaraffer les plus infenfibles.
Jugez fi le foin
qu'elle voulut prendre de leur
paroiftre agreable , put de
meurer longtemps inutile .
Elle avoit l'adreffe de s'accommoder
à leur caractere ,
& file Chevalier trouvoit
dans fon enjoûment un rapport
d'humeur qui le charmoir,
le Marquis remarquoit
dans fes manieres je ne fçay
ОД
a
Cou
mc
Tiij
222 MERCURE
quoy de piquant qui luy faifoit
croire , qu'un peu de mélange
de gayeté avec la mélancolie
, le rendroit heureux.
Ils s'apperceurent
bien - toft
de la victoire qu'ils luy laif
foient remporter
, & ce qu'il
y cut de rare , c'eſt que l'un
ny l'autre ne penetra dans
les fentimens
de fon Amy.
Il est vray qu'ayant connu
leur foibleffe
, ils en curent
honte
, & que pour s'en garantir
ils virent la jeune
Veuve beaucoup
moins fouvent
qu'ils ne voyoient plufieurs
autres Dames ; mais le
>
"
h
GALANT
. 223
U2
a
urch
1-10
temps eftoit venu où ils devoient
aimer neceffairement ,
& fi la précaution de n'eftre
pas affidus à rendre des ſoins
à cette aimable Perfonne ,
y éloignoit tous les foupçons
qu'on cuft pû avoir qu'ils en
fuffent amoureux , ils ne retournoient
jamais chez elle
Con
Cur
A fans fe fentir & plus convaincus
de fon merite , & plus
fortement touchez de fa
beauté. Le Marquis voulant
jeur connoiftre comment fon
coeur eftoit difpofé pour luy,
pluy dit en termes tendres &
is paffionnez fans fe declarer
Tiiij
224 MERCURE
entierement , tout ce qui
pouvoit luy faire comprendre
qu'il avoit deffein de luy
propofer un mariage , & la
Dame luy ayant répondu affez
favorablement fur cette
ouverture, il auroit efté plus
loin , fi le Billet des mille
piftoles ne l'euft arreſté . Il
crut que c'estoit affez qu'il
puft s'affurer de réuffir s'il
parloit plus clairement , &
mit toute fon application à
chercher quelque moyen de
rendre le Billet nul. Cependant
il laiffa prendre les de
vants à fon Amy. Le ChevaGALANT.
225
ce
pro
X CH
lier trouva dans la Veuve un
tour d'efprit fi peu ordinaire ,
dek tant de grandeur d'ame dans
, & fes fentimens , & une bonté
dua de coeur fi engageante, qu'enfin
ne pouvant plus refifter â
té un amour qu'il contraignoit
depuis fi longtemps , il fut
té plus hardy que le Marquis ,
& fans s'embaraffer du Biller,
il demanda à la Dame fi elle
voudroit confentir à l'épou
fer. Comme en s'étudiant à
luy donner de l'amour elle
n'avoit
fermé les yeux fur
fes belles qualitez , & que dans
la fecrete difpofition où fon
z qu
firs
nt ,
en
Cep
es
Cher
pas
226 MERCURE
coeur eftoit , cette propofi
tion ne luy pouvoit cftre que
fort agreable , elle la receut
avec beaucoup de plaifir.
Ainfi ne s'agiffant plus que
d'en venir à l'effet , le Chevalier
en montra un empref
fement inconcevable , & la
pria feulement de vouloir
traiter l'affaire fans en rien
dire à perfonne qu'aprés la
conclufion . Elle fouhaita d'en
fçavoir la caufe , & le Chevalier
luy expliqua ce qui
's'eftoit fait entre luy & fon
Amy , dont il vouloit empeſcher
les raiſonnemens qu'il
GALANT. 227
ר ע
fi
employeroit pour le détourner
du mariage . La Dame luy
fccut bon gré de ce qu'il avoit
peu de peine à luy facrifier
les mille piftoles , & jugea
que cette feule raiſon avoit
retenu le Marquis , qui fans
cela luy auroit parlé plus ouvertement.
Elle trouva pourtant
à propos de ne dire rien
au Chevalier du commencement
de paffion qu'il luy a
voit fait paroiftre, & fut bienaife
qu'l demandaſt le ſecret,
puis qu'elle évitoit par là tout
ce qu'auroit pû tenter le Mar
quis pour rompre l'affaire
228 MERCURE
On fit venir un Notaire Amy,
& deux jours aprés la Veuve
partit pour la Campagne , où
le Chevalier devoit aller l'époufer.
Dés le lendemain de
fon départ , il alla chez le
Marquis, Tuteur d'une Niece
que le Frere aîné du Chevalier
recherchoit en mariage.
Il avoit le confentement de
la plufpart des Parens , mais
celuy de l'Oncle Tuteur luy
eftoit abfolument neceffaire,
& le Chevalier s'eftoit engagé
à l'obtenir dans toutes les
formes où il devoir estre. Il
Juy en avoit déja parlé trois
GALANT. 229
段
ou quatre fois, & lors qu'il
le preffa de finir , parce que
fon Frere s'impatientoit du
retardement, le Marquis luy
répondit qu'il alloit faire ce
qu'ilfouhaitoit,pourveu qu'il
luy accordaft une autre chofe,
qui eftoit de déchirer le Billet
des mille piftoles. Le Cheva
lier qui ne s'attendoit à rien
moins qu'à une demande qui
luy eftoit fi avantageufe , luy
dit en riant qu'il le vouloit
empefcher de tomber dans le
malheur dont ils avoient par
lé tant de fois enſemble; mais
le Marquis prit la choſe d'u
230 MERCURE
L
ne maniere toute ferieufe , &
luy ayant fait entendre que'
le confentement qu'on luy
demandoit , dépendoit uniquement
du Billet à rendre ,
il le pria de ne point chercher
de qui il pouvoit eſtre rouché,
ajoutant qu'il demeureroit
peut eftre dans la refolu
tion de ne s'engager jamais ;
mais qu'il luy fachoit de n'en
pas avoir la liberté. Quoy
que le Chevalier n'euft aucun
foupçon qu'il aimaft la jeune
Veuve , il ne voulut rien ap
profondir. “ Les deux Billets
furent déchirez , & chacun
GALANT. 23r
demeura libre à faire ce qu'il
voudroit . Le Marquis fic
force veux pour le retour de
la Dame à qui il pretendoit
offrir fa fortune , & le Chevalier
alla la trouver . Il luy
die en arrivant qu'on l'avoit
mis à couvert du payement
des mille piftoles , & elle fo
mit à rire fur ce qu'elle
voyoit bien qu'il ne tenoit
plus qu'à elle de ſe marier
avec le Marquis . Elle n'eut
pourtant aucune tentation de
manquer au Chevalier , pour
qui fon coeur eftoit prévenu .
Elle l'époufa peu de jours
232 MERCURE
aprés , & cette nouvelle mit
le Marquis dans une douleur
inconcevable. Il s'accufa d'avoir
travaillé luy- mefme à
fe détruire
, & croyant que
fon Amy n'euft fongé à
la jeune Veuve , que depuis
que les Billets avoient efté
déchirez , il eftoit au defef
poir de n'avoir pas prévenu
ce coup en luy declarant en
ce temps - là qu'il avoit deffein
de l'époufer. Le Cheva-
Hier en le revoyant le laiſſa
dans fon erreur , & aprés luy
avoir dit qu'il avoit eu tort
de ne fe pas expliquer, il ajoûGALANT.
233
T
ta que s'il eftoit malheureux ;
ce feroit à luy qu'il s'en
#prendroit. On affeure fort
qu'il n'a encore eu aucun fujet
de fe repentir de fon máriage
, & felon les
apparences,
il n'en fçauroit efperer que
des fuites fort heureuſes .
Vous me pricz de continuer
à vous mander des nouvelles
de la Tontine. J'ay à
yous en dire mille chofes
qui vous doivent eſtre d'autant
plus agreables , que je
fçay que cet établiſſement
vous a paru avoir de grands
avantages pour tous les Par-
Mars 1690. V
234 MERCURE
ticuliers , & que vous avez
toûjours affuré qu'il réüffi
roit. Comme les Parties ne
>
on
font que de cent écus
s'eftoit perfuadé d'abord que
chacun n'en prendroit qu'
une , & qu'il faudroit un fort
grand nombre de perfonnes
pour remplir les Claffes , qui
font chacune de 100000. liv.
de rente . Cependant le contraire
eft arrivé, & tant de par
ticuliers y ont mis de groffes
fommes , comme je vay vous
le faire voir en vous les nom
mant , que la mort d'um feul
ferá quelquefois autant grofGALANT.
235
fir la part de ceux qui refteront
, que s'il eftoit mort
trente ou quarante perfonnes.
Ainfi le nombre qu'il
auroit fallu pour remplir les
Claffes , fi chacun n'y avoit
mis que cent écus , eſtant
beaucoup moindre , celuy
qui reftera le dernier aura
bien moins de temps à attendre
les cent mille livres
de revenu , dont il doit jouir .
Comme il eft déja mort quel
ques perfonnes dans la plufpart
des Claffes , la rente de
plufieurs fe trouvera augmentée
dés le premier jour qu'ils
Vij
236 MERCURE
recevront de l'argent.Si beaucoup
de ceux qui ſouhaitent
mettre à la Tontine , ne trouvoient
point de difficultez
dans la recherche qu'ils font
de leur Extrait Baptiftaire
, il
eft feur que tous les fonds en
feroient déja remplis . Chacun
y veut avoir part , & les Officiers
des Armées de Terre
& de Mer y mettent comme
les autres , malgré les perils
où ils font inceffamment
expofez
. Voicy les noms d'une
partie de ceux qui ont porté
leur argent. Les uns ferviront
à vous faire voir ce que je
GALANT. 237
viens de vous dire à l'égard
des fommes , & les autres vous
feront connoiftre qu'il y a des
ya
gens de toutes fortes de profeffions
. Je ne vous dis rien
de ceux dont je vous parlay
le mois paffé , non plus que
des Princes , des Miniftres ,
des Gens qui ont les premiers
Emplois dans les Finances
; & enĥn de toute la Cour,
dont l'empreffement a fervy
d'exemple à la Ville de Paris
& aux Provinces.
M. du Charmel Lieutenant General
de l'Ile de France. 12000. I
M. Daquinet , Banquier Expedition
му
238 MERCURE
naire en Cour de Rome
Me la Comteffe de Bregy
12000. I.
24000. 1.
M. le Commandeur de Hautefeuille
24000.
I.
9000.
I.
M. Lautier , Capitaine Exempt des
Gardes de Madame
M. l'Evefque Duc de Langres 1 200.1.
M. Coignet, Prieur de Marmeffe,
Chapelain du Roy
M. Teftu , Prieur de Saint
la Chartre .
Mademoiſelle Prevoft , Fille
M. Daffelin , Capitaine de
-lerie
M. de Fremont de Grelly
M. l'Abbé M. Verdi aultrier ,
Reine d'Espagne, f
Cava-
2400. 1.
Denis de
1200. l.
1500. 1,
3 600. 1.
2800.
I
12000 1.
de la feuë
6000 L
M. de Mauroy , Docteur de Sorbonne
,
M. Frapin , Apotiquaire de la grande
Ecurie du Roy
Paris ,
1800. 1.
2400
1:
2400
1.
M. Tirmoy , Maistre Teinturier à
GALANT
239
M. de Vergeur de la Granche, I ientenant
Colonel au Regiment de
Cavalerie Dauphin,
M. l'Abbé de Choify,
7200.
I.
600 1.
M. Charlet , Maiftre d'Hoftel du
· Roy 1800. 1.
M. Bouillerot de Vinantes , 2700
l.
>
teur,
de Paris ,
2400
1.
2700 1.
M. Trottier Peintre & Sculp
M. Comptour , Marchand Bourgeois
M. le Chevalier de Flacour , Chef
d'Efcadre, 3000
1.
M. de Septeme, Capitaine de Vaif-
C feau .
Doll
36001,
M. de Laubanie, Commandeur à Ca-
. 'lais ,
M. de Vandofme , Commis à la
S
t
Douane de Lyon ,
M. le Chevalier Maynard, Capitaine
de Vaiffeauavala
2400
1
00
M. Louis Picques,
M. Maillard de Bretigny
Secretaire du Roy,
3600.
1
3000
1.
-
ง
2400
1 .
Ancien
1
240 MERCURE
M. Boilleau Defpreaux ,
M. le Page,
M. Charlés du Perier,
1 200 1.
1200. I.
1200
1.
3.000
1.
M. Humbert , Preftre de l'Oratoire,
Mademoiſelle Picoüet , Fille, $ 1001.
M. de Choifeul d'Ambonville, 3000 k.
M. Boutet de Franconville
Meffire François Heros de Gourville ,
Confeiller du Parlement de Metz ,
8100 l
2100 l.
M. de Reibeire, Capitaine de Vaiffeau,
M. du Pin , Intendant de Madame la
Ducheffe Douairiere de Brunfvvic ,
1500
1.
M. de Mas
3.600 1.
Bourgeois de Paris,
M. Dupuis , Avocat au Parlement
1800 1,
2100
1
M. de Vins , cy - devant Capitaine au
Regiment des Fufeliers , 9600 1.
La Veuve Jouan , Marchande à Paris,
24001
.
Με
GALANT . 241
210
бас
Par
400
%
-6x
Pa
M. Noël , Bourgeois de Paris , 1800 1.
M. le Faucheur , Referendaire en la
Chancellerie de Bretagne , 12001 .
M. le Roy, Bourgeois de Paris , 900 1.
M. de Hoquiquan , Apoticaire du
Corps,
M. Villain
212000. 1 .
Docteur de Sorbonne,
3.6001.
M. de Pajot , Confeiller au Parlement
de Metz
M. le Valleur ,
M. le Marquis des Iffards ,
1200 1.
1200 1.
·
£ 6000 t
M. de la Lantre , Curé de Ris, 1200
M. de Sorbiere , Banquier , 1200 ,
M. Patin , Avocat , 1800 1 .
༡༠༠ 1
M, Yvelin , cy-devant Capitaine du
Regiment d'Orleans ,
Mellire Hierofme Crefpin , Seigneur
du Vivier , 6000 1.
M. Peignié , Commiflaire General
de la Marine , 10001.
M. Gayant , premier Valet de Garderobe
de Monfieur , 24001 .
Mars 1690.
242 MERCURE
M. Arnoult , Intendant de la Marine,
M. Paillé , Prestre ,
74200
1.
1800
1. M. Mareft , Secretaire des Comman
demens de M. le Duc, 2400 !.
M. Tiercelet , Avocat au Parlement
3.000 1.
M. l'Abbé Bauyn , Sieur des Carmeles
, 3600 1.
Me la Comteffe d'Olonne pour Me
la Marefchale de la Ferté, 2400 I.
M. Cain
2 400 l .
M. Blondeau, Sr de Frangy , 2 400 1.
Me de Palluau
M. Badoulleau
M. Catinat , Lieutenant General des
2400 1 .
3000l.
1500 l
,
9000 1.
42001
.
M. Richer , Ingenieur à Calais ,
Armées du Roy
M. des Effards
M. de Rigoüille , Cornette de la
feconde Compagnie des Moufquetaires
.
Mlle de Nevers Guyot ,
3000 1.
1800 1,
GALANT
243
M. Bigot , Doyen de Carignan ,
3000 liv.
M. de Marcilly
, Avocat au Confeil
,
600
M.leCommandeur de Brulart , 12001 .
1500l.
Mlle Rüfté , Fille
M. Bailly,Maistre des Comptes, 1200 1.
Me de la Loucherie , 1800. 1 .
M. Gaillard deCharantonneau 4200 lj
Me la Comteffe d'Olonne , 2700
M. Nivert , Organifte de la Chapelle
du Roy,
M.de Bourbonne ,
3000 1,
1500 1
M. Sain , .. b .8 sqin 2001. ob ozimno
M. de la Marle , Chirurgien Major
des Gardes du Corps. 3.900 1.
M. Vigier, 2100
M. Pillon , Avocat en Parlement
1800 t.
M. le Comte de Rouvre, 3000 1.
M. de Silly 2100 1.
M. de Vauban , Lieutenant General
des Armées du Roy , 2100 1.
X ij !!
244 MERCURE
M. Damond , Tréforier du Marc d'or,
M. de la Croix ,
M.
Langlois ,
Roy,
900
1.
1500
1.
Maitre d'Hôtel du
180.0 1.
18.00 1.
M. de la Porte , Chanoine de Noftre-
Dame , pato
M. Roques, Bourgeois deParis, 42 ool
Me Charleton .
M. Grizet , Barbier & Perruquier
18001.
12004 Paris ,
M. de Mafcranny , Sieur de Lange ,
L
M. de Bonnaire B. de Paris, 4800 !.
M. Barquillet , Confeiller au Prefidial
de Mantes , 2400 1.
M. de Pouffemothe , pour Me Françoife
- Loüife Bigres mort, 1400 1 .
M. de Faverolles , Maiftre des Comp-
1.ites € Oruc Hash at 3000 1.
My Boullet B. de Paris, 2409 1.
M. Gougerot , Commis de M. Brunet,
15:00
1.
M. du Ferier pour luy & pour fa
GALANT 245
•
Famille , 3000 .
C'est celuy dont je vous ay déja,
parlé
qui a travaillé
à l'établiffement
de la Tontine.
**
s
Me la Maréchale de Grancey , 12001 .
M. Ferrero , Lieutenant Colonel du
Regiment de S. Laurent
M. Paniquiny ,
$2 $24.00
1.
24001
.
24001
.
M Domergue , Fermier General du
Roy,
M. de Thierfaut , Confeiller au grand
J
Confeil ,
2400 1 .
La Fabrigue de Saint Jacques de
la Boucherie
par les mains du Sieur
Chauvin , Marguillier en Charge en
1689. pour Elifabeth
Andrenas ,
Veuve de Jacques Aubry.
M. Chamard , Bourgeois de Paris
48.00
1. Mela Maréchale
d'Eftrades
, tosool
.
M. Dumaitz
, Intendant
des Iles de l'Amerique
.
On trouve auffi dans cet établiſſe ,
ment des moyens feurs d'exercer fa
X iij
246 MERCURE
charité. Mademoifelle de Blois en
donne l'exemple , puis qu'elle a mis
fur fa tefte pour la Communauté des
Filles de S. Jofeph. M. le Comte de
Toulouſe a mis pour da mefme Communauté
Cela doit bien engager ces
Filles à prier Dieu pour leur conferdation.
Voicy de nouveaux Vers
fur la Tontiné. Ils font de
M™Diereville .
2522555525 2552225
AU ROY.
)2
GR
Rand Roy , j'admire vos
projets s
Auffi bon que puissant Monarque,
De vos bontez à vos Sujets
?
GALANT. 247
Sans ceffe vous donnez quelque nou
velle marque.
Pourprolonger leurs jours , des Duels
violens
Vous avez arrefté la fureur inhu
maine ,
Et pour les voir plus opulen's
Vous leur avez cede votre propre
Domaine.
Comblez de fi rares bienfaits ,
Quand on fçait contre vous armer
toute la Terre ,
Vous leur faites goûter les douceurs
de la paix ,
Loin d'une fi cruelle guerre.
Lors qu'on croit n'avoir rien à deft-
"
rer encor 2
Vous nous rendez le fiecle d'or
moyen de la Tontine ;
Par le
Mais belas que me fert tant de
bonté pour nous ',
X iiij
248 MERCURE
Quand l'Aftre mal faifant qui toujours
me domine ,
Me prive d'un bonbeur qui me feroit
fi doux ?
Non , ce n'est point pour moy que
la Tontine eft faite ,
Lors qu'elle fera des Crefus ,
Grand Roy , faute de cent écus
Je mourray gueux comme
Poëte.
un
Je viens au Voyage du Roy
à Compiegne , dont je croy
vous devoir donner le détail,
parce qu'il vous fera voir la
bonne fanté de ce Prince , qui
depuis fon depart jufques à
fon retour à Verfailles , a
toujours chaffé , ou fait des
GALANT 249
Reveuës. Il en partit le 27.
Février , & monta à cheval à
la fortie du Bois de Boulogne
pour prendre le divertiffe,
ment de la Chaffe aux chiens
couchans dans la Plaine de
S. Denis , où il fit paroiftre
fon adreffe , jufqu'à ce qu'il
remontaft en Carroffe pour
aller dîner à Pierrefite dans
la maifon de M' Forcadel ,
Commiffaire aux Saifies réelles
. Outre l'honneur que Sa
Majefté luy fit de venir chez
luy , Elle luy dit avec cer
air de bonté qui gagne tous
les coeurs, Monfieur,nous venons
250 MERCURE
tour mettre en defordre chez
vous , Les Dames qui cftoient
du Voyage fe trouverent à
ce dîner C'eftoient Madame
la Ducheffe, Madame la Princeffe
de Conty la Douairiere,
Madame la Princeffe d'Har
court , Madame de Mortemart
, Madame de Maintenon
Madame la Comteffe
de Gramont , Mefdames les
Marquifes de Belfond &
d'Urfé , Madame la Comteffe
de Bury Madame de Moreuil
, & les Filles d'honneur
de Madame la Princeffe de
,
Conty. Aprés que le Roy fe
GALANT. 251
I
fut promené quelque temps
dans le Jardin à l'iffuë de ce
repas , il remonta en Carroffe
avec les Dames , & n'en defcendit
qu'à Ecoïan , où il
reprit fon fufil pour chaffer
le refte de
l'apreldinée , en
coftoyant
le chemin de Lufarche.
C'eftoit là quela Cour
devoit coucher .
Monfeigneur
le Dauphin ,qui avoit couché
le 26. à Chantilly , où il avoit
efté regalé magnifiquement
par Monfieur
le Prince , fe
trouva à Lufarche avec fon
Alteffe Sereniffime. Le Roy
en partit le lendemain, paſſa
252 MERCURE
par Senlis , & difna au Chafteau
du Pleffier
,appartenant
à M le Duc de S. Simon . Sa
Majefté chaffa juſques àCom,
piegne , où Elle entra aux acclamations
des Peuples , &
receut les complimens
de tous
les Corps, & les prefens de la
Ville. Le lendemain
premier
jour de Mars , ce Prince accompagné
des Dames , ſe rendir
à quelques lieuës de Compiegne
, où les quatre Compagnies
de fes Gardes du
Corps firent l'exercice
avec
toute l'adreffe qu'on attendoit
d'un Corps ſi conſidera
,
GALANT. 253
t
Ible . Le Roy voulut que les
deux jours fuivans , deux
- Compagnies paffaffent, chaque
jour en reveüe devant
luy , & que celle des Grenadiers
à cheval s'y trouvaft.
Comme toutes ces Troupes
firent l'exercice à pied &
à cheval le Roy alla à pied
de rangen rang , examina
tous les Gardes les uns aprés
les autres , & cut mefme la
bontés d'apprendre à quel
ques uns à faire leur métier
de bonne grace. Sa Majefté
s'informa avec la mefme bonté,
de la date du ſervice de
254 MERCURE
chaque Garde , afin que les
anciens jouiffent préferable .
ment aux autres de certaines
prérogatives qui les regar
dent. Le 3 , Sa Majesté fit la
mefme chofe , & vit comme
le jour precedent , les Grena
diers à cheval , s'acquiter avec
une dexterité inconcevable,
des leçons que leur donne
MF de Riotor, leur Capitai
nc . En effet , rien ne fait plus
de plaifir à voir que leurs
mouvemens,leurs évolutions,
& tout leur exercice . Le Roy
alloit chaque jour au fortir
de la Reveue , courre ld Cerf
GALANT.
255
avec les Dames , & finiffoit
par la Chaffe aux chiens couchans.
Il y avoit tous les foirs
Appartemens, que Sa Majefté
aprés fon fouper honoroit de
fa prefence. La nuit du 3. au
14. entre minuit & une heure,
toute la Cour & toute la Ville
furent en alarme , parce que
le feu avoit pris dans les
chambres qui eftoient pref
que immediatement au deffus
de celle où le Roy couchoir .
Tout le Chasteau, euft couru
danger fi le vent n'euft ceffé
prefque auffistoft que le feu
commença . On n'a pu fçavoir
256 MERCURE
au vray de quelle maniere il
avoit pris . On crut qu'il s'eftoit
échapé par la crevaffe
d'un tuyau de cheminée
qui
paffoit dans la chambre
où
couchoit
Madame
la Princeffe
d'Harcourt
. Dés qu'on
fe fut apperceu
que la flâme
perçoit le toit du Chateau
,
on avertit les Moufquetaires
& les Gardes , qui allerent
heurter
à toutes
les portes
des Bourgeois
. On fonna le
töcfin , & chacun ayant eſté
reveillé , on courut viste au
Chafteau
. Le feu ne dura pas
¹à caufe du prompt
fecours.
↓
A
GALANT. 257
Le Roy honora le lendemain
de fes liberalitez ceux qui
s'employerent avec le plus
d'ardeur & le plus efficacement
dans cette occafion ,
parmy lefquels fe trouva un
Frere Capucin . Prefque toutes
les hardes de Madame la
Princeffe d'Harcourt furent
brûlées , mais elle ne perdit
rien , puis que le Roy luy
fit prefent de mille Louis
d'or. Cette Princeffe eftoit
endormie quand le feu prit
dans fa chambre , & elle ne
s'éveilla qu'au bruit qu'il faifoit
faire de tous cofez . En
Mars 1690.
?
Y
298 MERCURE
ouvrant
les yeux , elle apperceut
la flâme qui s'élevoic
fort prés de fon lit , & elle
cut beaucoup
de peine à fe
fauver dans la chambre
de
Madame
la Comteffe
de Gramont.
Le Roy n'eftant
pas
encore couché , commanda
qu'on portaft fon lit dans une
chambre
qui eftoit proche
de celle de Monfeigneur
, &
il fe coucha
dés que le feu
eut ceffé . Sa Majefté
prit le
divertiffement
de la Chaffe
du Loup , & de celle du Vol
& des Chiens couchans
, les
deux derniers
jours qu'Elle
睡
GALANT 269
demeura à Compiegne . Elle
en partit le 6. pour aller difner
à Verbrie , & à l'iffue du
difner , Elle monta à cheval ,
& chaffa aux Chiens cou
chans jufques à Pleffier. Ce
fut vis à vis de ce Chasteau ,
& proche de Senlis , qu'Elle
fit la revenë du Regiment de
Dragons qui appartenoit au
feu Baron d'Asfeld . & du
Regiment Royal Cavalerie ,
autrement Konifmarc .
Dames eftoient à chevala &
en Jufte au Corps. La reveue
finie , le Roylprit le chemin
de Chantilly , & fe divertit
Les
Y ij
260 MERCURE
3
au Vol des oifeaux . Ce Prince
mit pied à terre à cette delicicufe
Maifon , & y trouva
toutes choſes fi bien entenduës,
& de fi bon gouft, qu'il
y demeura jufqu'à la nuit, de
forte que Sa Majefté eut befoin
de flambeaux pour re-
´tourner à Lufarche , dont Elle
prit le chemin , aprés avoir
dit à Monfieur le Prince tout
ce que l'on peut dire d'obligéant
, fur toutes les beautez
d'un lieu fi agreable . Le lendemain
7 le Roy alla en Carroffe
jufqu'à Pierrefite , où
Sa Majesté difna. Elle alla.
GALANT. 261
enfuite en Carroffe jufqu'à
S. Denis , monta à cheval au
forrir de la Ville , & aprés
avoir chaffé dans la plaine ,
Elle fe remit en Carroffe à
l'entrée du Bois de Boulogne ,
& fe rendit à Versailles.
Pendant le ſejour que la
Cour a fait à Compiegne ,
plufieurs Seigneurs ont efté
voir un Hermite qui a fa retraite
dans la Foreft , & qui
a efté Lieutenant de Cavalerie.
La Reine- mere luy a ordonné
une penfion de cent
francs qui fubfifte encore .
Son Hermitage eft creusé
262 MERCURE
dans un roc , cù il demeu
re depuis quarante ans . On
luy apporte toutes les femaines
à manger d'un Vil
lage voifin . Le Pere de la
Chaife qui voulut le voir ,
luy offrit de l'argent de la
part du Roy. L'Hermite l'en
remercia , difant qu'un homme
comme luy n'en avoit aucun
befoin .
4
Sa Majesté a fait de nouveaux
Officiers Generaux . Vous fçavez
que les Lieutenans Generaux
les Maréchaux de
Camp & les Brigadiers , font
compris fous ce nom ; ainfi
و
GALANT 263
lors qu'on dit que le Roy a
nommé des Officiers Gene
raux , il n'y a pour parler juque
les Brigadiers qui
Tfte >
acquierent ce titre , les autres
l'eftant déja . Mais par ces
promotions , les Lieutenans
Generaux deviennent quel
quefois Maréchaux de France
; les Maréchaux de Camp ,
Lieutenans Generaux , les Bri
gadiers , Maréchaux de Camp ,
& le Roy prend les perfonnes
de l'Armée qui ont le
plus de fervice & de valeur ,
pour en faire des Brigadiers .
Ce font des Colonels la pluf264
MERCURE
part , & des Lieutenans
Co
lonels qui parviennent
à ce
degré d'honneur
, lors qu'ils fe
font diftinguez
pendant
plu
fieurs Campagnes
, & voila les
degrez par lefquels on monte
à la dignité de Maréchal
de
France , & de General d'Arméo
. Les Maréchaux
de
Camp qui viennent
d'eftre
nommez
Lieutenans
Genc
raux font ,
M' de la Rabliere .
M de
Langalerie .
i
Voicy les noms des Brigadiers
d'Infanterie qui viennent
d'eftre nommez Maré-
7
chaux de Camp .
M's
GALANT . 265
Mrs le Comte de Soiffons,
De S. Sylveftre ,
De Longueval .:
De
Coigny ,
De
Quinçon ,
De Melac ,
Du Gua ,
good I
MADA CA
De Villats ,
obucHtG
De
Lumbres, pl 4 : 0
De Denonville. 7:01
Ceux que le Roy a choifis
parmy les Officiers de Cavalerie
de fes Armées pour
eftre Brigadiers font,
M' le Marquis de Gefvres .
Le Comte Mongommery...
DeChaſtillons) vol
Mars 1690 .
Ꮓ
266 MERCURE
De Cayeux.
D'Alou ,
De Villepion ,
De Harlus,
་
subegT si st
ensiv 230
Du Bourg ,
Bolhen ,
enapa and se
Podsgre
De Romainville , plab sanc
De Houdetot ,
and Megat
De Poinfegu
,
ottimilli o pra
De Praccontal , much stel
De Magnae ,
24D 2 C
De Mallet, Kvama i po
De Vandeuvres on eithe
De Rofamel ,?
De Villarceaux , en direk
De Croly, Capitaine Lieutenant
des Gendarmes An
glois.
GALANT. 267.
De Renneville .
De la Troche ,
De S. Vians ,
De Loftanges.
Sa Majesté a fair auffi fix
Brigadiers de Dragons &
onze d'Infanterie . Ceux de
Dragons font ,
Mrs le Chevalier de Teffé ,
De la Lande ,
De S. Fremont ,
De Fimmarcon ,
De Grammont ,
D'Allegre
い
Les Brigadiers d'Infanterie
font ,
M's le Marquis de Crequi.
Zij
268 MERCURE
Le Marquis du Pleffis- Bellie
re .
De Laumont .
D'Uffon
,
De Clerembault
De Rebé ,
De Renols ,
Albergoti ,
De la Vaifle solny.
De Iuigné ,
De Thoüy.
Le 3. de ce mois , Son Alteffe
Royale Monfieur , qui
fe plaift toujours à faire des
actions de charité & de pieté,
alla entendre la Meffe à la
Communauté dep Sainte A-
#S
GALANT 269
•
gnés , rue Plaftriere , & enfuite
ce Prince vifita toute la
Maifon , & vit le potage des
Pauvres , pour lequel il fit
des liberalitez . Cette Communauté
fut établie il y a
douze ans , par les foins & le
fecours de Madame la Marquife
de Mouffy , Soeur de
Mr le premier Prefident, fous
la conduite de Mademoiſelle
Pâquier , perfonne d'un merite
fingulier , qui en eft Superieure
. On peut dire qu'elle fe
maintient comme par miracle
, puis que fans aucun revenu
fondé , on ne laiſſe pas
Z iij
270 MERCURE
གྲོགས་མ
d'y donner la fubfiſtance trois
jours la femaine , pendant
plus de quatre mois de l'année
, à plus de trois ou quatre
mille Pauvres. On y fait des
Ouvrages de Tapiflerie & de
Dentelle , qui font d'une fort
grande beauté , & l'on y inftruit
gratuitement prés de
fept cens petites Filles à prier
Dieu , à lire , à écrire , & à
travailler aux Ouvrages dont
je viens de vous parler . Il y a
outre cela dans cette Maifon
prés de cent Penfionnaires ,
Veuves , Filles de qualité , &
autres de bonne Famille .
-GALANT. 271
#deman
and
il
De
tous tles
Ouvrages
qui
demandent
de
grandes
recherches
, de grands
foins
, &
une
grande
application
,
n'y
en a point
de fi difficile
que
les Cartes
de
Geographic
,
puis
qu'il
eft
prefque
impoffible
d'en
faire
fans
quelque
omiffion
, ou quelque
pofition
fauffe
. Nous
avons
vû trois
Cartes
des environs
de Paris
,
de Verfailles
& de Saint
Germain
, qui
ont
efté
beaucoup
eftimées
, & qui
meritent
en
effet
de l'eftre
, Cependant
je
dois
dire
pour
rendre
justice
à la
verité
, & non
pour
par
Z iiij.
272 MERCURE
ler contre des Ouvrages qui
font dignes de l'approbation
publique , que M de Fer
Geographe de Monfeigneur
le Dauphin , en vient de don
ner une nouvelle des méf
mes endroits , où l'on trouvera
beaucoup de lieux dans
une autre pofition que dans
celles qui ont paru , & plus
de fept cens pofitions qui
ne fe trouvent point dans la
Carce qui a efté miſe la derniere
au jour , quoy que celle
dont je parle foit de peu d'étendue.
Outre cela, Mr de Fer
a cu un foin tout particulier
GALANT 273
de ne rien laiffer échaper à
la curiofité la plus délicate &
la plus difficile à contenter,
- puis qu'on y découvre des
marques & caracteres qui
font diftinguer les Villes , les
Bourgs les Paroiffes , les
Villages , les Châteaux , les
Fermes les Abbayes , les
Prieurez les Chappelles , les
Moulins à vent & à eau , les
Juftices , les Arbres confidefables
& les Croix . Il n'a pas
omis les Parcs , les Chauf
fées , les conduits d'Eau , les
Routes ou chemins , & à
quelles Villes ils conduifent.
1274 MERCURE
Il a ajouté beaucoup de noms
de Rivieres ou Ruiffeaux ,
4 ceux des Contrées play divi
fion de la Banlieuë de Paris
& de fon Election. En un
遙
mot cette Carte eft dans un
fi grand détail , que l'on a
jugé à propos de n'y point
marquer les minutes de longitude
ny de latitude, à caufe
qu'il n'y a point de commencement
de degrez . C'est pour
cela qu'on s'eft contenté de
mettre les degrez de fitua
tion de l'Ile Adam au Nort,
de Corbeil au Midy, de Lagny
à l'Orient , & de Mante à
GALANT. 275
P'Occident , qui font les
quatre Places qu'on trouve
vaux quatre extremitez de la
Carte, & le degré de fituation
de Paris qui le trouve à peu
prés dans le milieu . Cette
Carte fe débite chez l'Auteur
dans l'Ile du Palais , fur le
Quay de l'Orloge , à la Sphere
Royale , où dans peu de jours
ontrouvera le Livre in quarto
des coftes de France Oceane ,
& Mediterranée .
Le Roy a nommé Mr l'Ar
chevefque de Paris au Cardinalat
, pour la premiere Promotion
qui fe fera en faveur
276 MERCURE
des Couronnes , c'eſt à dire
pour la premiere que le Pape
Alexandre VIII . fera , puis
que fuivant l'ufage , la premiere
Promotion que les
Papes font aprés leur élevation
au Pontificat eft en faveur
de leurs Parens & de
leurs Creatures
Pape nouvellement élu vient
de faire , & la feconde eft
pour les Couronnes . C'eſt
celle qui fe doit faire lors
qu'il y aura quelques Chapeaux
vacans. Le Roy auroit
pu attendre jufque- là à
faire connoiftre le Sujet qu'il
ce que le
GALANT. 277
deftinoit au Cardinalat , &
mefme à fe déterminer fur le
choix ; mais Sa Majesté en
ayant fait un qui ne peut meriter
que des applaudiffemens,
a cru faire planir à l'Eglifes
& à tout le public , en déclarant
par avance fes intens
tions I, & a voulu que cette
nomination faite avant que
le temps preffaft , fift connoistre
qu'Elle ne balançoir
point fur le Sujet qu'Elle a
voit à élever à une dignité fi
éminente. Ce ſeroir icy le
lieu de faire l'Eloge de cet
Illuftre Prelar, mais que pour!
278 MERCURE
rois-je dire , qui foit incons
nuy puis que perfonne n'i
gnore qu'il a un merite du
premier ordre , s'il eft permis
de parler ainfi une érudition
profonde , une prefence d'ef
prit qui n'a jamais eu d'égale ,
& qu'il répond fur le champ
au plus long difcours Latin
en la mefme Langue , & ne
laiffant aucun points fans les
reprendre ? C'est ce qui s'eft
encore veu dans cette derniere
occafion , où il a eſté
complimenté par tous les
Corps Ecclefiaftiques. Celuy
de l'Univerfité pour en té'
GALANT. 279
qui a
moigner fa joye , a donné
un jour de congé dans tous
fes Colleges par un Mande
ment du Recteur
voulu que cette joye fuft
rendue publique. Voicy le
Compliment que l'Univerfité
en Corps , a fair à M. l'Ar
chevefque par la bouche de
Mr le Soutt , fon Recteur ,
& Principal du College de la
Marche. Comme il a eſté
före applaudy, je vous l'en
voye.
40's notund) 241
andy
ع ب
280 MERCURE
MONSEIG
ONSEIGNEUR ,
L'Univerfité en Corps vient
affurer Koſtre Grandeur , qu'elle
ne pouvoit apprendre une nouvelle
qui luy fust plus agreable
que celle qui fait maintenant la
joye du Public! LOUIS LE
GRAND, le plus fage des
Rois , apprend à toute la terres
que vous estès de Prelat le plus
digne de fon eftime e de fon
affection . Rien ne manque plus
à vostre gloire ny à nos voeux.
Ce feroit peu pour luy de vous
avoir élevé aux plus hautes diGALANT
281
gnitez de fon Royaume , s'il ne
Vous avoit procuré ce que Rome
a de plus éminent ; & fe fouvenant
que vous avez eu l'honneurle
jour defon Sacre , de luy
mettre la Couronne fur la tefte ,
il veut à fon tour ( par cette
marque fublime de Grandeur ,
qu'il vient de mettre fur la voftre
) couronner l'ouvrage de fes
graces. Aprés ce comble d'honneur
, fa puiffance ne peut aller
plus loin. L'Italie fera bien- toft
convaincuë comme la France ,
que vous eftes veritablement digne
du choix d'un fi judicieux
Monarque ;& que vostre me-
Mars 1690 .
A a
282 MERCURE
rite fait autant d'honneur à la
pourpre , que la pourpre fait
d'honneur
à ceux qui en font
reveftus. Mais , Monseigneur,
pour faire valoir dans toute leur
ésenduë , ces rares talens , qui
vous placent aujourd'huy dáns
le rang que vous meritez , je
n'employe que les acclamations
publiques qui retentiffent de toutes
parts , reglant la joye de
toute la France fur celle de nofire
Univerfité je puis vous
affeurer que le choix du Roy eft
le choix de tout fon Etats que
le coeur des Sujets a prévenu la
deftination du Prince › & qu'enGALANT.
283
fin ne pouvant vous foubaiser
de dignité plus élevée , nous bornons
, maintenant nos voeux à
meriter du Ciel
que l'accomplif
fement en foit prompt & la
joüiffance durable.
Le mefme M le Sourt , n'étant
pas alors Recteur , fir
l'année derniere un for beau
Compliment à M² l'Archevêque
de Paris fur fon heureufe
convalefcence. On m'en a
promis une copie , & je vous
T'envoyeray le mois prochain,
ce qui n'a point encore efté
veu ayant toûjours de la nou-
Aa ij ..
284 MERCURE
veauté Les Particuliers' ne fe
font pas moins empreffez que
les Corps , à témoigner la
joye qu'ils ont reffentie de la
Nomination de ce grand Prelat
, & voicy un Madrigal de
MrBoyerdel' Academie Françoife
fur ce fujet. Vous eftes
de trop bon gouft pour ne le
pas trouver tres- digne de fon
Auteur .
Vous voilà revestu d'un éclat tout
nouveau , souno
Le Roy vous a nommé ; vous eftes
par avance
Bien plus que Cardinal fans avoir
le Chapeau.
Foüiffez fans impatience
GALANT 285
(
D'un choix où tant d'honneur eft
joint.
Ce choix du Roy vous donne une
£
190Eminence
Que la Pourprene donne point. «
La Deviſe qui ſuit a eſté
auffi prefentée à ce Prelat.
C'eft une Etoile qui laiffe une
petite trace de fon paffage .
Elle a pour ame , Lumine fignat
iter. Ces mots ont efté
ainfi traduits .
100
L'ame par cet Aftre éclairée
Des grandes veritezne peus
2rien ignorer s
Par fa lumière il trace une route
naffurécisbox! mag
286 MERCURE
Et fuivant un telguides on ne
peut s'égarer.
Je ne connois point l'Au
teur de cette Devife , mais il
ne faut qu'avoir les fentimens
du Public pour parler de
cette forte.
Je vous ay entretenue dans
quelqu'une de mes Lettres de
Ml'Abbé de Converfer, Do-
Ateur de Sorbonne , & Chapelain
de Madame la Dăuphine.
Le Roy luy a donné
depuis peu le Prieuré & la
Cure de S. Germain en Laye,
vacans par la démiffion
vo .
GALANT 287
dontaire de Mr l'Abbé de Villetere
-Momay. M de Converfet
eltoit cy- devant Di
recteur de la Communauté
de S. Cir , où le Roy a étably
un Maiſon de Miffionnaires.
Ha travaillé fort utilement
à la converfion des Preter?
dus Reformez à Veſelay en
Bourgogne , dont il eft Archidiacre
, & Sa Majesté fut
fi fatisfaite de fon zele , qu'-
Elle luy donna l'Abbaye de
Sully C'eſt un homme dont
la grande capacité n'a pas
moins paru que fa pieré , par
tour où il a cú de l'employ.
288 MERCURE
M l'Abbé Defmarais ,
qui le Roy a donné l'Eveſché
de Chartres , n'eft point de
la Maifon des Godet de Soudé
, comme je vous l'ay mandé
dans ma Lettre de Février,
mais il eft de l'ancienne Maifon
de Godet , originaire de
Normandie , de la Branche
des Defmarais , venant d'un
Cadet de celle des Sires de
Tournay , & fes Armes font
Trois Godets d'argent en champ
de gueules ; aulicu que la Maifon
de Soudé porte Trois pommes
de Pin d'or , avec un Chevron
en champ d'azur. La Mere
de
GALANT 289
de M l'Abbé Desmarais eft
de l'illuftre Maifon de la
Mark. Il eft Coufin Germain
de Mademoiſelle de Pienne
& de Madame la Marquife de
Chaftillon , Dame d'honneur
de Madame.
Le 1. de ce mois , le Roy
nomma Mr Bignon , Maiſtre
des Requeſtes , & Prefident
au grand Confeil , pour remplir
la Charge de premier
Prefident au grand Confeil ,
créée par un Edit du mois de
Février dernier publié le 6 .
de Mars. Sa profonde experience
dans les affaires , & fes
Mars 1690.
Bb
290 MERCURE
longs fervices ont fait donner
une approbation genetale
à ce digne choix. Aprés
s'eftre acquis beaucoup de
reputation dans le Barreau , il
paffa à la Magiftrature , & fut
receu Confeiller au Parlement
de Paris en 1656. Maistre des
Requestes en 1663. & Prefident
au Grand Confeil en
1671. Il a paru dans toutes
ces fonctions Juge incorrup
tible , penetrant & infatiga
ble dans les plus grands emplois
. Les affaires publiques
ne l'ont jamais empefché de
trouver du temps pour la
GALANT. 291
ง
lecture , & pour l'étude des
belles Lettres , aufquelles il
s'eft toûjours attaché dés fa
plus grande jeuneffe . C'eft ce
qui attire chez luy un grand
nombre de Sçavans , qui y
font de tres- doctes Conferences
fur l'Hiftoire & fur les
plus rares , matieres de l'Anriquité.
Il a entrepris la vie
de quelques Empereurs Romains
, tirée de leurs Medailles
, fur quoy il est treshabile
& bon connoiffeur ;
mais il eſt à craindre que le
nombre des affaires que fa
nouvelle dignité luy va atti-
Bb ij
292 MERCUR
E
rer , ne l'empefche de continuer
ce grand travail . M
Bignon a épousé Dame Françoife
Talon , Fille de feu Meffire
Omer Talon , Avocat
General au Parlement , & de
Dame Françoife Doujat, Il
en a eu une Fille unique
mariée en 1677. à M ' de Vertamon,
Maiftre des Requeftes.
Il a pour Frere Aifné M
Bignon , Confeiller d'Eſtat
ordinaire , qui a long- temps
exercé la Charge d'Avocat
General avec grande eſtime ,
& ne l'a remife que par fon
peu de fanté. Ses grandes &
GALANT 293
rs
éloquentes actions font aujourd'huy
la principale gloire
de Ms fes Fils , dont l'Aîné,
eft Maistre des Requeftes ; le
fecond Capitaine aux Gardes;
le troifiéme Preftre de l'Oratoire
, & le dernier Avocat
General en la Cour des Aides .
Je ne dois pas oublier de
vous dire que M' Bignon ,
cy- devant Avocat General au
Parlement , & M' Bignon ,
aujourd'huy Premier Prefident
au Grand Confeil , font
Fils de Meffire Jerôme Bignon
, l'un des plus grands
hommes de noftre ficcle
Bb iij
294 MERCURE
mort en 1656. Avocat General
au Parlement , & Confeiller
d'Etat ordinaire . Le feu
Roy l'honora en 1642. de la
Charge de Grand Maiſtre de
fa Bibliotheque , qui a toûjours
efté poffedée par des
perfonnes illuftres dans les
Lettres. Il n'avoit que vingttrois
ans lors qu'il publia ces
admirables Notes fur Marculfe
, dont les Sçavans ont
fait une estime fi particuliere.
La Chanfon nouvelle dont
yous allez lire les paroles , eft
du fameux M de Bacilly.
GALANT. 295
Comme il avoit dit fouvent
à une Dame de merite , &
qui parmy beaucoup de belles
qualitez qu'elle poffede a
une reputation fort grande
pour le chant › que fa voix
reffembloit à un ramage
d'Oiseaux , cela l'a obligé de
faire les Vers qui fuivent
qu'il a mis enfuite en air.
AIR NOUVEAU.
Left vray,je l'ay dit , lors queje
Vous entens
Je crois de mille oiſeaux entendre le
ramage ,
Et vous chantez , Iris
d'avantage
,
>
avec tant
Bb iiij
296 MERCURE
Qu'au plusfort de l'Hiverje penfe
eftre au Printemps.
Le mefme Mr de Bacilly a
repaffé encore depuis peu
tous fes Airs Spirituels , où il
a trouvé plufieurs fautes de
graveure qu'il a corrigées ; il
a marqué ces corrections avec
de petites Etoiles. Ceux qui
voudront lire un peu attentivement
un avis fort ample
qu'il a fait mettre à la fin de
fes Livres , touchant le merite
peu connu de ces fortes
d'Airs , & fur tout les luy
entendre chanter chez luy ,
vis à vis les Ecuries de Mond
e
P
n
P
1
a
t
GALANT. 297
feigneur , proche S. Roch ,
feront furpris de leur beauté,
& ne pourront s'empeſcher
de les preferer à ceux que l'on
eftime le plus dans les Airs
profanes .
Il y a fi longtemps que je
ne vous ay entretenue des
Pieces nouvelles de Theatre ,
que quelque bruit que la Comedie
d'Efope ait fait , je ne
vous en dirois rien en vous
l'envoyant , fielle n'étoit d'un
caractere tout particulier ,
qui y fait trouver l'utile joint
l'agreable plus qu'on ne le
trouve en aucune autre . En
298 MERCURE
effer les Fables dont fe fert
Elope en parlant à ceux qui le
viennent confulter, femblent
avoir efté faires pour le fujet,
& en fe faifant écouter avec
plaifir par le tour fin que leur
a donné l'Auteur , elles font
entendre de grandes leçons ,
dont les gens fages peuvent
profiter. Les Vers font fort
naturels, & font voir la faci
lité du Genic de M Bourfault.
Ceux de vos Amis qui
voudront avoir cette Come
die , la trouveront chez les
fieurs Girard & Guérout Li
braires au Palais, 201
GALANT. 299
Le Sicur Guerout commence
auffi à debiter la feconde
Edition d'un Livre de M
Milleran Profeffeur des Langues
Françoiſe , Allemande ,
& Angloife , fous le titre de
Lettres familieres & autres fur
toutesfortes de fujets . Rien n'eft
plus utile pour ceux qui veulent
avoir un Modelle en
écrivant. Ce Livre , dont la
premiere Edition n'a duré
que fix mois , eft augmenté
de plus de cent Lettres , &
l'Auteur a reveu & corrigé
toutes les autres , qui font
d'un ftile aifé & fort naturel,
300 MERCURE
au nombre de plus de quatre
cens , en quoy l'on connoift
qu'aucun Moderne n'en a
tant fait imprimer que luy.
Il doit donner au Publie dans
fort peu de temps d'autres
Ouvrages , auffi utiles aux
François qu'aux Etrangers fur
la politeffe de noftre Langue.
Le 24. de ce mois , jour du
Vendredy Saint , Mr Boucherat
, Chancelier de France,
tint le Confeil , appellé Confeil
des Remiffions ou Graces,
fuivant ce qui s'eft prefque
toujours pratiqué par les
Chanceliers fes predeceffeurs.
I
GALANT. 301
Les Officiers de la Chancellerie
& Secretaires du Roy y
font la lecture des Lettres de
Graces & Remiffions de crimes
, qui ne s'accordent pas
volontiers les jours ordinainaires
de Chancellerie. Auffi
cela ne fe fait qu'en confideration
de la fainteté du jour,
& le tout fe regle par la prudence
de M' le Chancelier
& du Confeil. C'est ce qui eft
cauſe que dans ces fortes de
Lettres on a toujours employé
ces mots , En commemoration'
de la Mort & Paffion de noftre
Sauveur ; en quay l'on s'eft
302 MERCURE
attaché à imiter ce que pratiquoient
nos Rois , qui te
noient ce Confeil en perfonne
ce jour du Vendredy- faint,
comme y exerçant une action
de mifericorde qui n'appartient
qu'à eux feuls , puis
qu'ils peuvent , felon qu'ils
le jugent à propos , remettre
la vie à leurs Sujets . Ce Confeil
fe tient ordinairement en
l'Hoftel de Mr le Chancelier,
dans une Salle proprement
parée . Au milieu eſt un Bu
reau couvert d'un tapis de
velours violet , parfemé de
Fleurs de Lys d'or avec les
GALANT. 303
Armes de France relevées en
or. Au bout du Bureau eft le
fauteuil du Roy , de velours
rouge chamarré de galon &
crefpine d'or , & à cofté , la
chaife de Mr le Chancelier. Il
ya d'autres chaiſes tout autour
pour les Confeillers d'Etat
& les Maiftres des Reque
ftes. A l'heure marquée M
le Chancelier vient dans cette
Salle , precedé du Chauffecire
, qui porte le coffre d'or
parfemé de Fleurs de Lys , où
font enfermez les Sceaux de
France . Les Huiffiers de la
grande Chancellerie, en man304
MERCURE
teau , & ayant au col la chaî
ne d'or , marchent à cofté du
Chaufecire , qui eft precedé
des Gardes de Mr le Chancelier.
Ce grand Chef de la Juftice
vient accompagné des
Confeillers d'Etat ordinaires
& de Semestre , des Maiftres
des Requeftes de quartier , du
grand Audiencier , tous en
robes de farin , & des Officiers
de la Chancellerie & Sccretaires
du Roy, veftus comme
de coutume . Les Confeillers
d'Etat felon leur rang de
reception , ainſi que les Maiftres
des Requeftes , ConfeilGALANT.
305
༢༠༨
lers au Grand Confeil , &
grand Rapporteur de France,
prennent leurs places , & y
demeurent affis & couverts à
cofté droit du fauteuil du
Roy , qui eft toujours vuide .
Un derriere eft le grand
peu
Audiencier de France qui
tient la Feuille ou Regiftre ,
afin d'y marquer les voix , &
les Lettres qui font accordées
ou refuféés. A cofté gauche
font les Officiers de la Chancellerie
& les Secrétaires du
Roy , pour faire la lecture des
Lettres de graces. Aprés que
l'on a fait le rapport de cha-
Mars 1690 . Cc
306 MERCURE
cune de ces Lettres , Mr le
Chancelier prend les avis de
M's du Confeil, felon lefquels
il accorde ou il refufe . Il y en
a cu vingt ou vingt- cinq accordées
au Confeil dont
vous parle. M' le Chancelier
marque toutes au bas , &
les donne à mefure à l'un de
les
fes
Secretaires , pour
eftre
fcellées
au premier
jour
de Sceau
. Cette
pratique
eft fort ancienne
, & pour
vous
faire
connoiftre qu'on l'obſervoit
autrefois au Confeil du Roy,
par l'avis duquel les plus importantes
affaires de l'Etat fe
GALANT. 307
terminoient , fur tout cette
action memorable de mifericorde
au jour du Vendredy-
Saint , je vous envoye une de
ces Lettres tirée des Regiftres
de ce Confeil , & conceuë
dans les termes que vous
allez lire .
Du 10. Avril l'an mil quatre
cens quatre - vingt huit , aprés
Pafques à Tours. Aujourd'huy
par déliberation du Confeil , ont
efté écrites à la Cour du Parlement
les Lettres dont la teneur
s'enfuit. Tres chers Freres ,
Nous vous recommandons à vous
Cc ij
308 MERCURE
en cette Semaine -fainte paffée.
De la partie de Jean Baron ,
Laboureur de la Parroiffe de
Gueneville au Comté d'Eu ,
agé de trente ans ou environ
chargé de Femme Enfans ,
à prefent détenu prifonnier en la
Conciergerie du Palais , a efté
prefente Requefte au Roy & à
fon Confeil , requerant audit
"Seigneur , qu'il luy pluft luy remettre
& abolir le cas pour lequel
il eft detenu Prifonnier , que
onc veut bien faire . A cette caufe
on a differé luy en parler à ce
Vendredy Saint , pour ce que
jamais il n'en oit parler de fem-
"
GALANT. 309
>
blable , & ainſi a esté avisé pour
le mieux , combien que ce fuft
des cas piteux que ledit jour
luy devoient eftre rapportez.
Toutefois afin que la Requefte
dudit Suppliant ne luy demeure
infructueuse , aprés qu'elle a esté
vene au Confeil , & qu'il dit
par
icelle
que
ledit cas il n'eftoit agé que de
14. à 15 ans , gardant les Beftes ,
& n'eftoit de cas de difcution ;
auffi que depuis il s'eft marié , &
a enfans & menage ,
où il s'est
bien gouverné , & qu'il y a
quinze ans que le cas eft avenu ,
a efté deliberé vous en écrire , à
lors qu'il commit
310 MERCURE
ce que foyez avertis & infor
mez qu'il s'est mis en fon de voir
de pourchaffer envers ledit Seigneur
, pour en avoir remiſſion
audit jour du Saint Vendredy
pour luy profiter , & valoir en
diminution de fa peine en tout
ou partie , car c'est un cas qui
pouvoit bien eftre du nombre des
autres, pour eftre depefché dudit
jour , à quoy vous prions que
veüilliez avoir égard , quand
viendra à la dépefche de la matiere.
Ecrite à Tours le dixiéme
jour d'Avril , auffi foufcrits les
Gens du grand Confeil du Roy ,
& deſſus par le derriere eſt écrit.
GALANT. 311
A nos tres- chers Freres les Gens
tenant la Cour de Parlement.
Le S' Girard & le S Couftellier
, Libraires , debitent
des Feuilles qui doivent eftre
fort utiles au Public . Elles ont
pour titre , Reduction generale
des Monnoyes anciennes en
Monnoyes nouvelles , & cette
Reductiou a efté exactement
calculée par M de Senne ,
Profeffeur
d'Arithmetique .
le moyen de ces
Ainfi
par
Feuïlles
on
voit
d'un
coup
d'oeil
,
combien
en
voulant
changer
un
certain
nombre
212 MERCURE
de Louis de 11. II. liv. iz . f. ou
d'écus blancs de 62.f. on doit
avoir de Louis d'or de 1z . liv,
Io.f.ou d'écus blancs de 66. f.
Par exemple , fi l'on veut
changer trente - trois Louis
dor de 11.1. 12. f. on trouvera
qu'on doit avoir 30.Louis d'or
& demy de 12. 1. 10. f. avec
le quart d'un écu blanc de
66. 1. & 14. 1. fix deniers de
petite Monnoye , & fi l'on
veut changer ce meſme nombre
de trente- trois Louis d'or
de 1. liv . 12.f. en Ecus blancs
de 66. f. on trouvera qu'on en
doit avoir cent feize . Ces
mefmes
GALANT. 3131
11.5
mefmes Feuilles
apprennent
encore quelle fommé doit
faire tel nombre de Louis
d'or de liv.12. f. & de 2. k.
10. f. qu'on trouve à compter.
La mefme chofe eft pour les
Ecus blancs de62 . f. & de 66.f,
de forte que l'on voit tout
d'un coup que trente trois
Louis d'or de 11. 1. 12.f. valent
trois cens quatre- vingt- deux
livres feize föls , & que les
mefine nombre de Louis d'or
de 12. 1.10. f. vaut quatre cens!
douze livres dix fols.
2 M.
Je vous avois bien dit
44
que
l'Enigme du mois paffe , quoy.
Mars 1690. Dd
244 MERCURE
qu'elle ne fuft que de quatre
Vers, n'en feroit pas plus aiféc
à deviner. Peu de perfonnes
en ont trouvé le vray ſens, &
ce font M" Pinçon , Amant
de la Belle de la rue des Singes
; Grouſteau ; V. D. S. N.
de Blois ; L'Hermite Seculier
de Chefines , de Nantes ; le
Procureur à l'air galant de
Bourgueil ; la Davore Spiri
tuelle de la rue du Muret à
Chartres ; le Chevalier de
Maronnier , de la rue de la
Monnoye ; le Repetiteur des
beaux Efprits du coin de la
ruë de Guenegaud , & le plus
GALANTM
aimé des Freres , qui l'ont
expliquée fur le Sabot . Je vous
en envoye une nouvelle à
mon ordinaire . Elle eft de Mr
Hutuge d'Orleans.
$52525552-22252252
ENIGME
.
E
Trangere jadis , maintenant
Regnicole ,
Par un de ces faits inouis
De l'incomparable Lovts :
Ou , pour parler fans parabole ,
Ce qu'inutilementj'ay tenté tant de
fois
Réuffie depuis quelques mois..
Fille , & tout à la fois Mere de
l'esperance.
ए
Dd ij
316 MERCURE
20 Gamais ou aima fes jours,
Si jamais
L'on en va prolonger le cours
Pour entrer dans ma confidences
Mais fans égard pour les premiers,
Mes plus riches faveurs feront pour
les derniers. i
Je ne vous ay parlé de M
le Cardinal de Bouillon depuis
qu'il eft à Rome , que
pour vous marquer qu'il y
tenoit le rang de Cardinal
Prince , & qu'il y foutenoit
avec éclat tous les avantages
qu'il en doit tirer ; mais il me
refte encore beaucoup
de
chofes à vous en dire. Elles
luy donnent d'autant plus de
GALANTM 317
gloire qu'il les doit moins à
fon fang qu'à fon merite , qui
luy a tellement acquis l'eftime
zdu Pape , que trois jours aprés
que Sa Sainteté eur efté élevée
au Pontificat , Elle le mit de
la premiere Congregation
ad'Etat qu'Elle, tintoil quoy
qu'elle ne fuft que de neuf
Cardinaux . Le Saint Pere luy
a témoigné dans toutes les
occafions qui fe font prefen-
-cées de luy faire des graces ,
ou de luy donner des marques
d'honneur , une confi-
7deration tres- particuliero, luy
ayant accordé les Bulles ge
Dd iij
218 MERCURE
l'Abbaye de Clugnya , &
l'ayant mis en un jour de
fept Congregations differentes
, qui font celles du Saint
Office ; de la fignature de
grace ; de la Propagation de
la Foy des Evefques , des
Reguliers du Concile ; des
immunitez Ecclefiaftiques, &
de l'Indice. Je ne croy pas
qu'aucun autre ait efté mis
en un mefme jour de toutes
ces Congregations . Sa Sainteté
a auffi nommé Mr le Cardinal
de Bouillon avec M'
le Cardinal Spinola , pour
chercher les moyens d'acGALANT
259
commoder un differend , dont
l'heureux fuccés fera avantageux
à l'Eglife. Je n'entre
point dans cette affaire , dont
je vous entretiendray plus au
long quand on l'aura terminée.
Je puis cependant vous
dire , qu'elle fera bien glorieufe
à ceux qui auront l'avantage
d'avoir mis fin à de
fi grands differends , & fur leſquels
toute l'Europe a les
yeux ouverts , & particulic.
rement les mal- intentionnez
pour l'Eglife Romaine , qui
depuis quelques années en
ont tiré des avantages , dont
D'd iiij
320 MERCURE
la veritable Eglife fouffre
prefentement. Ce que je vous
dis de M. le Cardinal de
Bouillon me donne lieu d'a-
1jouter que Mr le Prince de
Turenne , fon Neveu , cft
depuis quelque temps à Rome
auprés de Son Eminence , &
que lors qu'il alla à l'Audience
du Pape , Sa Sainteté
le fit affeoir & couvrir ,"·le
traita d'Alteffe , & luy fic
rendre par tout le facré College
tous les honneurs que
l'on rend à Rome aux Fils
aifnez des Princes Souverains.
Sa Sainteté luy témoigna la
"
•
GALANT 321
fatisfaction qu'Elle avoit eue,
& qu'Elle confervoir des fervices
fignalez que ce Prince
a rendus à la Republique de
Venife , & luy dit , que c'étoit
à fa bonne conduite &
à la valeur que cette Repu
blique devoit une partie de
Les Conqueftes. Quoy que Sa
Sainteté cuft beaucoup de
confideration pour ce Prince,
à caufe qu'il venoit de combattre
pour fa Patrie , ce n'eſt
pas neanmoins par cette raifon
qu'Elle luy a fait rendre
tant d'honneurs . On a fuivy
le Ceremonial & l'on a reccu
t
{212 MERCURE
.
M le Prince de Turenne de
la mefme maniere , que le
Pape Urbain VIII . receut en
1644.M le Duc de Bouillon ,
fon Grand- pere.
3 Le 12. de ce mois on acheva
à Breft de faire l'embarquement
des Troupes que l'on
avoit deftinées pour l'Irlan
de. La flote fe trouva compofée
de trente quatre Vaif
feaux de guerre , & le lende
main elle fut jointe par l'Ex-
• cellent & le Témeraire qui arriverent
de Rochefort. Mr le
Marquis d'Amfreville , Lieutenant
General, & M¹ de NefGALANT
$323
mond& le Chevalier de Fla-
-cour , font fur cette Flotte.
Elle partit le 17. jour de Saint
Patrice Patron d'Irlanda ,
qui eft le jour que le Roy
d'Angleterre fit voile l'année
drrniere, pour fe rendre en ce
Royaume- là, & elle feroit partie
dés le 13. quand mefme les
deux Vaiffeaux de Rochefort,
& cinq autres de Toulon ,
commandez par M' de Pales,
qui la joignirent au moment
de fon départ , ne feroient
point arrivez , fi le vent fe
fuft trouvé favorable . Voicy
les noms des trente- fix
324 MERCURE
premiers Vaiffeaux avec ceux
des Capitaines , & le nombre
des hommes d'équipage
, &
des pieces de Canon .
*
Vaiffeaux. Capitaines. Equi . Can.
Meffieurs
L'Eclatant
Le Content
de Riberette 420. ? 62
de Pontac 370. 60
Le Glorieux de la Luferne , 380. 60
Le Serieux
Le Henry ,
de Relingue
d'Amblimont .
* 370. 60
360 . 64
Le Furieux, Defnots , 350% 60
L'Ardent > de Septeme. 37.0 62
Le Marquis , de Belifle .
330
)
36
Le Prince , de Belfontaine. 350.
Le Courageux, de Real ,
356. L'Excellent, le Ch. de Mon , 350 . 60
bron.
Le Fort , de la Harteloire . 310,
1
58
L'Entreprenant,le C. de Sepville . 350 .
60
L'Apollon, Bidault . 330. 58 Le Vermandois , du Chalart. 350. 38 Le Bon , le Ch.du Palais. 300. 54
Le Maure , le Ch . de la Ga- , 294.
Jiffonniere.
GALANT 325
' Arc- en- Ciel , de Ste Maure.
Le Sage ,
Le François ,
Le Trident ,
46
ColbertS.Mare 300. So
le Ch . d'Ailly. 21250 .
des Francs.
de Champigny. Le Bra e,
Le Témeraite. du Rivau-Huet .
Le Diamant , de Serguigny .
Le Neptune, de Fourbin .
275. 52
350.. 56
360 . 54
300. 54
230. 48
250. 44
L'Arrogant , leCh . Defadrais . 350. 58 L'Emporté , le Ch.de Genlis . 230 . 36
Le Leger . Le Chi de Villars . 230 . 40
Le S. Michel, de Chaumont, 330. ze
Le Faucon , le Baron Defa 200. 361
LC Joly ,
gbergudrais
des Augers,
200.
36
Le Moderé , ( de Chamelin. 300. So
LeSans pareil, Ch . de la Ron
gere .
350 . 18
Le Palmier Ch. de là Gui 200 . 36
2017
che.
200 , 40 L'Alcion , ¡ J. Baërt.
Outre ces Vaiffeaux il y a
quatre Brulots & cinq Fluftes.
On a embarqué fur les 341
premiers qui eſtoient preſts à
226 MERCURE
partir le 13. fans les deux de Rochefort
, feize Compagnies du Regiment
de Fimmarcon , qui font
environ mille hommes ſeize
Compagnies du Regiment Allemand
de Zurlauben , qui font prés
de deux mille hommes ſeize
Compagnies du Regiment de Merade
, qui font huit cens hommes
vingt & une Compagnies du Regiment
de la Marche , qui font
neuf cens hommes ; vingt & une
Compagnies du Regiment de
Courvafier , neuf cens hommes ;
vingt & une Compagnies du Regiment
de Foreft , neuf cens hommes
, & quelques autres Troupes ,
des Regimens defquelles je n'ay
pas les nonis. Les Officiers de ces
Troupes fe montent à
13. Colonels , & Lieutenans Coonels.
3
GALANTM3278
299.
*
Capitaines, olaris) 1 al ring
192. Lieutenans , mod szia) , 316
Il ya
y a outre cela quatre cens
Irlandois , & parmy eux beaucoup
d.Officiers. Il y a auffi quantité
d'Anglois , & de Volontaires Françeis
, & il feroit impoffible d'exprimer
la joye avec laquelle ces
Troupes font parties . Perfonne n'a
deferté , & il s'eft trouvé à l'em- ;
barquement cinq cens perfonnes
au delà du nombre qu'on croyoit
y devoir eftre. M. Daigriny en eft
Intendant. Il y a cinq Commiffaires,
un Lieutenant General d'Artillerie
, des Commiffaires des vivres
, des Chirurgiens , & tout ce
qui eft neceffaire pour un Hôpital-
Il y a auffi douze pieces de Canon
nouvellement fondues dans l'Ar328
MERCURE
fenal de Paris , & douze autres
pieces ; cento Bombes de fix- vingt
livres ; cent de quatre- vingt livres;
cent de Rampart , fix mille Grenades
, trente- deux mille - boulers
de plomb , dix -huit cens Boulets
de calibre fix cens foixante &
quatre gros Balots d'armes , Moufquets
, Fufils , Moufquetons , Piftolets
, Sabres , Faux , Hallebardes,
Haches , & cinq cens quatre - vingt
quatre gros Balots de méchess
deux cens cinquante gros Balots
pour l'Hôpital de l'Armée ; trois
cens gros Balots de chemiſes pour
les Soldats fix-vingt Balots de
fouliers ; fix cens trente- fept petits
Balots d'acier & de cuivre pour
faire de la monnoye , & des For
biffeurs, Armuriers , Charpentiers,
Menuifiers & Maçons. Je pourGALANT
(329
1
rois faire icy de longs raiſonnemens
, mais je me contente d'admirer
le Roy & le pouvoir de la
-France. 11
Les fonctions de la femaine
laiffé de
Sainte eftant plus penibles pour le
Roy, que pour aucun de fes Su.
jers , Sa Majeſté n'a pas
s'en acquirer d'une maniere qui
marque la bonne fanté , & qui fait
de plus en plus connoiftre fon zele
pour la Religion . Il a fouvent ouy
les Predications du Pere Gaillard
Jefuite dont la Cour a efté tresfatisfaite.
Le Sermon de la Cene
fut prefché par M. l'Abbé d'Arnoye
l'un des quarante de l'Aca
demie Royale d'Arles, & qui s'eft
diftingué par les prix qu'il a rem-
Fortez ; & par plufieurs Sermons
qui ont receu beaucoup d'applau
Mars 1690. Ee
' .
330 MERCURE
diffemens Je vous parleray lemois
prochain des Benefices nouvellement
donnez par le Roy
2
Il n'y a rien qui fubfifte plus difficilement
que les Ligues . Un intereft
commun les fait naiftre contre
le Prince qui en eft l'objet , mais les
interefts particuliers des Princes qui
les compofent , les détruifent . L'Electeur
de Brandebourg ne veut
point quitter Bonn qu'on ne luy
donne le Canon & les munitions
de la Place , ou de l'argent pour la
valeur , ou bien qu'on ne luy affigne
une fomme confiderable fur le Domaine
de Rhimberg. Il ne deman ←
de rien que de jufte . Les Alliez luy
doivent certe conquefte , aucun
n'avoit des Troupes en plus grand
nombre que luy, & fon Artillerie
pendant le Siege eftoit plus confiGALANT!
oggi
derable que toute celle des Alliez
enfemble .
Meffieurs de la Ville de Cologne
demandent au Prince Clement de
Baviere qu'on démoliffe Rhimberg,
ou bien qu'il fafle reparer & forti .
fier les dehors de la Place , en forte
qu'elle puiffe contenir une Garni .
fon de quatre mille hommes. Cette
demande eft de bon ſens , & fans
cela les fruits de la Ligue demeu
rent inutiles. Cependant il eft im- '
poffible que le Prince Clement
puiffe trouver l'argent neceffaire
pour cette dépenfe , l'Electorat de
Cologne ne luy pouvant pas four-
-nir , dans la fituation où font les
affaires , dequoy entretenir feulement
une pattie de fa Maiſon.
L'Electeur de Baviere luy en peut
encore moins donner, les derniere:
:
Ec ij
332 MERCURE
Campagnes l'ayant fort endetté, &
les grandes fommes qu'il doit le
mettant prefque hors d'eftat de
retourner à l'Armée. 1 %
Le Prince d'Orange commence
à connoiftre depuis qu'il a caffé le
Parlement d'Angleterre, qu'il aura
de la peine à conferver ce Royaume-
là. Il ne fe fie pas non plus à
la Ville d'Amfterdam , quoy que
leur démeflé foit accommodé ,› parce
qu'il eft perfuadé que cette Ville
fçait qu'il ne pardonne jamais , &
que par cette raifon elle doit plûtoft
chercher à fecouer le joug de fon
autorité , que fe fier à luy.
Depuis que les Liegeois ont rompu
la neutrallité , ils ont fait une
dépense fi extraordinaire qu'il eft
impoffible qu'ils s'en relevent jámais.
Les Ecclefiaftiques font en
trez dans la dépenfe de l'Eftat, &
GALANT 333.
ont figné pour l'argent qu'ilaceme
prunté , ce qui ne s'eftoit jamais
fait en ce Pays là . Ils demandent
avec perfecution aux Alliez d'af
fieger Dinan , fans quoy ils difent
qu'ils font entierement ruinez.
L'Electeur de Saxe au lieu de
remplir fes Magazins pour la Campagne
prochaine a vendu ce qui
eftoit dedans , & doit , à ce qu'on
affeure , demeurer l'efté prochain
dans fes Eftars...
Vous fcavez que les Affaires
de Hongrie empefcheront que
l'Empereur n'ait autant de Troupes
fur le Rhin que pendant la
-Campagne derniere.Je n'entre dans
aucuns des taifonnemensique la fituation
des Affaires de ces Princes
donne lieu de faire. Je fuis , Mar
dame, oftre , &c.
•
A Paris , ce 31. Mars 1690.
TABLE.
Relude.
PR
I
Imitation du Pfeaume Quare
fremuerunt gentes, fur !afituation
des affaires d'aujourd'huy, 1
Edit.
Lettre à M. Ménage Shot
26
33
Memoires de la Cour d'Espagne. 69
Réjouiffances & Complimens pour la
promotion de M. de Beauvais au
Cardinalat
Service fait à Peronne.
178
182
Nouvelles Cartes données au Public
185 par M. Sanfon.
Suite de l'Article qui regarde feu M.
le Brun , avec une lifte de fes Ouvrages:
Reception de M. Mignard à l'Academie
dePeinture &de Sculpture . 210
Hiftoire.
Particularite touchant la Tontine,
avec les noms de ceux qui y ens
213
TABLE.
mis de groffes .fommes. 283
Journal du dernier voyage du Roy.
1999248
Officiers Generaux nommez par le
Roy.
Pieté de
Monfieur..
268
269
Garte nouvelle des environs de Paris»
de Versailles & de S. Germain.271
Le Roy nomme M. l'Archevefque de
Paris , pour eftre Cardinal à la
premiere promotion.
Barangue fur ce fujet.
275
280
Le Prieuré- Cure de S: Germain en
Laye donné à M. de Converfet.285
Erreur corrigée.. 288
M. Bignon eft nommé premier Prefldent
au Grand Conſeil,
280
Elope alta 297 ciob Qui
Lettres familiaires , & autres fur
toutes fortes de fujets 209
Confeil des Remiffions on Graces, 300
TABLE.
Reduction ganerale des Monnoyes
anciennes en Monnoyes nouvelles.
Enigme. 315 311
Marques de confideration du Pape
pour M. le Cardinal de Bouillon ,
avec l'arrivée de M. le Prince de
Turenne à Rome.
Noms des Vaiffeaux partis pour l'Irlande
avec un détail de leur charge.
322
316
Sermons de la Semaine -fainte. 329
Etats des Affaires des Alliez. 330
L
Avis pourplacer les Figures.·
Air qui commence par , Efprit
divin , Auteur du monde , doit
regarder la page 18
La Figure doit regarder la page
212.
21
L'Air qui commence par , Il eft
ray,je lay dit , doit regarder la
page 295,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères