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1690, 02
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Eur.
511
m
16.90.2
Eur.
511thm
16902
Mercure
Xerokopieren aus konservatorlachen
Gründen nicht erlaubt
Nur im Lesesaal benlitzbar
<36612984820012
<36612984820012
Bayer. Staatsbibliothek
32
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER 1690 .
A PARIS ,
GALERIE- NEUVE DU PALAIS.
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS .
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E MICHEL GUEROUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC . LXXX X,
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Sayerisuna
Staatsbibliothek
Münch
L
t
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'il y a
de
temps en temps quelques - uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
dfobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite pre-
Lentement le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
Laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
A VIS.
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjoursfort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent.
ils rejettent la faute du retardemen ,
fur le Libraire en difant que la
vente n'en a commencé que fort
:
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
A VIS.
L
porter à la poſte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Par
ticuliers que pour
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la meſme choſe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront..
Quand il fe rencontrera qu'on de-.
mandera ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1690.
T
OUTES les actions
du Roy ne font
pas feulement d'une
nature à les faire regarder
d'abord avec admiration ,
mais le temps fait remarquer
qu'elles font juftes , necef-
A iiij
8 MERCURE
faires & prudentes . La quantité
d'argenterie qu'on a portée
aux Hoftels des Monnoyes
de France , a confirmé
cette verité . On avoit bien
cru qu'on y en envoyeroit
pour des fommes confiderables,
mais on eftoit bien éloigné
de penfer qu'elles deuffent
produire le double de
tout ce qu'on s'en eftoit pû
imaginer. Cela eft caufe qu'il
a falu prolonger de moitié le
temps marqué pour la recevoir.
On voit par là qu'il eftoit
temps de faire cette reforme .
Elle ne peut qu'eftre avantaGALANT.
9:
geufe à l'Etat , puis que cette,
prodigieufe quantité d'argenterie
n'y eftoit d'aucune utilité.
Ce luxe ne regne point
dans les Pays étrangers , & ils ,
ne s'en trouvent pas mal.
Auffi n'eft il pas neceffaire
que pour fatisfaire une forte
vanité , des Bourgeois, comme
on en a remarqué à Paris ..
ayent preſque autant de Vaiffelle
, & d'autres Ouvrages
d'argent , qu'il s'en trouve
chez de petits Souverains.
M' de Vin , dont vous connoiffez
l'heureux talent en
Poëfie , par plufieurs pieces
10 MERCURE
que je vous ay envoyées de
fa façon , & que vous avez
toutes fort eftimées , a fait
für ce fujet les Vers que vous
allez lire.
222252552 52552255
LE LUXE DETRUIT
N
E te rebute point , Muſe , reprens
ta Lyre ,
Un miracle nouveau t'excite à le
chanter ;
C'est LOVIS qui le fait , cela te doit
Suffire.
Ainfi cherche destons que l'on puiſſe
goûter ,
Et d'une metode nouvelle
GALANT. II
2
Ajuftant ta voix avec elle ,
Fais entendre en tous lieux , & rea
dire aux Echos.
Ta reconnoiſſance & ton Zele ,
Et le plus grand de fes travaux..
2
Le Ciel qui le donna pour le bien.
de la France ,
Le promit long-temps à nos voeux,
Et fembla ne nous faire attendre fa
naissance ,
Que pour nous rendre plus heureux.
Noftre pieufe violence.
Qui renverse fouventfes Decrets ,.
fes deffeins ,
Comme en dépit de luy l'arracha de
fes mains.
Dés qu'il parut , quelle allegreffe ?
Mais quels tranfports dejoye &quels
raviffemens
12 MERCURE
Quand on vit les empressemens
Qu'il eut de s'éloigner de l'indigne
moleße ,
Qui des Rois d'ordinaire occupe la
jeuneffe !
Bien loin de s'éblouir du pouvoir
Souverain ,
La fienne fut toujours utilement active.
Noftre attente & fon grand deſtin
Eftoient à foutenir , & bien nous
prit enfin
Qu'on ne la vitjamais oifive ;
Car il trouva d'abord trois Monftres
à dompter ,
Mais Monftres , qui fameux par plus
d'un homicide ,
Demandoient des efforts plus grands
que ceux d'Alcide ,
Etplus qu'un Fils deJupiter.
GALANT.
13
2
Pour voir couler du fang le premier
qui s'empreffe ,
( On le nomme le faux honneur )
Par de frequens Combats épuifoit
la Nobleffe.
Ses yeux de Bazilic infpiroient la
fureur
A toute fa folle jeuneffe ,
leur poifon délicat
Et par
On voyoit perdre en vain la force
de l'Etat.
Ce mal d'autant plus incurable
Qu'à ceux qu'il attaquoit il paroiffoit
aimable ,
Et qu'il paffoit pour glorieux ,
Sembloit le détourner d'en effayer la
cure ,
Et luy dire qu'enfin , tourné comme
en nature ,
Il n'y réuffiroit pas mieux
14 MERCURE
Que la plupart de fes Ayeux.
Mais dés qu'il s'appercent qu'elle
eftoit neceffaire ,
Il l'entreprit , il fit ce qu'ils n'avoient
pû faire ,
•
Et d'un feul trait que lance un
fulminant Edit ,
Terraffe le Duel , le dompte , & le
détruit.
Par là , plus docile , & plus fage
Cette Noblee apprit à regler fon
courage ,
Et loin de prodiguer ſon fang
Pour un mot de travers >
pas , pour un rang ,
pour un
Ne montra plus dejalousie
Qu'à quiferviroit mieux fon Prince
& fa Patrie.
" Avant cela de fon grand Corps
L'Ennemy méprifoit les impuiffans
efforts ;
་
Y.
1
GALANT.
IS
I eftoit énervé par fa fiere manie.
Mais mieux inftruit du point
d'honneur ,
>
Il n'en connut plus d'autre &
LOVIS àfa tefte
Marcha toûjours depuis de Conquefte
en Conquefte ,
Et peut- eftre en doit- il quelqu'une
àfa valeur.
S
Ce premier Monftre à bas luy fit
naiftre l'envie
De triompher de l'herefie.
Ce fecond ,fourbe , adroit , fier , &
feditieux ,
Par fon air carreffant , par fa voix
de Syrene ,
D'abord
› quoy qu'enfecret , introduit
en tous lieux ,
Les avoit infectez de ſa funeſte haleine.
16 MERCURE
Les charmes de la nouveautéi
Luy donnoient mefme une beauté
Qui trouva le fecret de plaire.
On crút , en le voyant , n'eftre que
curieux >
Et fon poifon pris par les yeux ,
Paffant dela veine à l'artere ,
Penetrajufque dans le coeur.
La prenant de nouvelles forces
Dans l'Estat , dans l'Eglife il fema
des divorces.
D'un jeune ambitieux il fervit la
valeur ,
Il s'en fit à son tour un puiſſant Protecteur
,
Et fous le vain nom de Reforme
Qui feduifit quelques Bigots ,
Augmentafa grandeur enorme
Fufqu'au point qu'on crût à propos
De le laiffer par tolerance
Regner impunement au milieu de la
France.
GALANT.
17
Qu'en arriva-t-il à la fin !
Bientoft du faux honneur il fuivit
le deftin .
En pouvoit-il avoir un autre
Sous nn Prince auffifage , auffigrand
que le noftre ,
Et qui , plein de lafoy qu'il tient de
fes ay ux ,
Ne voyoit qu'à regret ce Monftre furieux
?
Grace à la ferveur defon zele
Aux pieds de nos Autels tousfes Sjets
unis
Ne connoiffent plus d'ennemis
Que les fiens , & que ceux qu'une
ligue rebelle
Fait à l'Eglife univerfelle.
Tous à Rome , à leur Roy foumis
Concourent d'une ardeurfidelle
A chaffer loin d'icy la revolte &
P'erreur ,
Février 1690 . B
1-x
18 MERCURE
Et tous , fans affaiblir la puiſſance ,
Royale ,
En Enfans dévouez témoʻgent leur
bonheur
Defe voirfous lejoug de la Pontificale.
S
Le troifiéme , qui tient des precieux :
métaux
Dont il a tiré fa naiſſance ,
La beauté, les attraits, & les funeftes :
maux
Qu'en charmant tous les yeux il
fouffloitfur la France ;
Le Luxe , Enfant de l'Opulence,
Fut, on l'a déja dit , le plus grand !
des
travaux
De ce Monarque infatigable.
Le Duel n'eftoit redoutable
Qu'à la Nobleffe feule , & fur le
point d'honneur
GALANT. 19
On pouvoit efperer de la rendre traitable.
Lefeul libertinage attachoit à l'erreur.
› on l'avouë une
De fon peuple
grande partie
L'avoit dés la mammelle & fucée ,
&fuivie:
Mais quelque grand que fust
mal ,
Le Luxe , comme general ,
ce
Eftoit bien plus funefte , & peut- eftre
invincible.
Chacun mefme en croyoit la deffaite
impoffible ,
Et tel qu'un air contagieux
Qui ne respecte ny les lieux
Ny le bien , ny l'efprit , nylefexe ,
ny l'âge
Il n'épargnoit perfonne ; on le voyoit
des Grands
Bij
20 MERCURE
Paßer aux plus petits , & les moin's
[ rage. opulens
Bruloient dufeu fecret defa brillante
La fobre Table qui jadis
Aidoit à lier davantage
Et les parens & les amis ,
Ne fervoit plus qu'àfatisfaire
La fotte vanité de celuy qui traitoit.
Quoy qu'à fes Conviez on fiftfort
bonne chere,
On y fong.oit moins qu'à leur
faire
Voir , & louer de fon Buffet,
Mieux éclairé qu'une chapelle ,
Lafolle & nombreuſe vaifelle,
Vaiffelle , que fans foin de fes propres
enfans ,
Un Valet, pris exprés , tenoit &
claire & nette ,
Et dont , fans lapayer , on ne faifoit
L'emplette
GALANT . 21
Que pour s'attirer un encens
Dont on eft encor plus avide
Que des perdrix & des fayfans
Que l'on yfert en pyramide ;
Vaiffelle qu'aux deffens d'un pauvre
Creancier.
On aimoit mieux enfin garder , fans
en rien faire,
Que de la vendre & le payer,
Et que , forcé de s'en deffaire ,
On pleuroit mefme plus que fa propre
mifere.
Dans les riches appartemens
De Versailles , l'objet de fes amusemens
,
LOUIS avoit fait voir la grandeur
de la France.
Le Luxe , la faveur de fa magnificence
Devenu plus hardy , redoublois fon
éclat ,
22 MERCURE
Car ilfe doutoit bien qu'on le prendroit
pour elle ,
Et qu'il pourroit du Magiftrat
Surprendre , fous fon nom , & les
yeux & le zele. усих & le
En effet, ainfi pris , & petit à petit
Sans qu'on s'en apperçoive il s'enfle,
il s'acredite ,
Et les gens de peu de merite
Quefon fard orne moins qu'il ne les
enlaidit >
L'appuyerent fi bien que toute lafub-
Stance
Du commerce & de la finance
Reduite & convertie en meubles precieux
,
Ne fervoit qu'à nourrir ce Monftre
faftueux.
Quels defordres eftoient les noftres ?
La deftruction des deux autres
Devenoit , luy reftant , fterile , car
enfin
GALANT. 23
Son poifon enfloit trop & rendoit
fier & vain.
Pour peu qu'on en euft pris , on a-.
voit la folie
De fe croire audeffus de ce qu'on
eftoit né.
De fa prompte fortune onbliant l'infamie
,
Le faquin méprifoit l'homme de qualité
;
Il ofoit fe flater que fon argenterie
Feroit perdre le fouvenir
Du fumier paternel dont on le vit :
fortir:
Mais comme il ne pouvoitse donner :
fa nobleffe,
Sous des habits pompeux il cachoit
Sa baffeffe.
De fes meubles dorez il repaiffoitfes
Jeux,
S'en faifoit d'illuftres Ayeux ››
24 MERCURE
Et fans rougir des fiens , portoitfon
infolence
·Jusqu'à luy contester un rang
Qu'avec tant de raison luy donne
la naissance ,
Et qu'il doit à ce noble fang
Que depuis fi long- temps il verfe
pour la France.
Telle eft la fiere vanité
✓
Où ce Monftrefçait nous conduire ,
Et dés qu'on s'en laiſſefeduire ,
On exige par tout avec temerité
Des honneurs qu'on ne doit qu'à la
Divinité.
On s'offence de tout , on ne cède à
perfonne ,
Dans tous fes fentimens on veut
avoir raiſon ,
Et commefon mortel poiſon
En nous fermant les yeux nous in-
Spire & nous donne
Plus
GALANT.
25
- Plus de merite & plus d'esprit .
Qu'on n'en avoit quand on le
prit,
Nous allions bien-toft voir renaistre
" la furie .
Du Duel & de l'Hérefie .
LOIVS pour fes Sujets qui veille
nuit & jour,
En vit d'unfeul coup d'oeil toute la
confequence ,
Et d'abord, quoy qu'en vain, chercha
dansfa prudence.
STAT
Le moyen d'empefcher leur funefte
retour.
A lafaveur du Luxe ils reprenoient
courage ,
Et ce Luxe , en un mot , auffi fier
qu'entefté [ cimenté,
S'eftoit de telle forte en tous licax.
Que ne pouvant faus rifque en
fufpendre la rage ,
Février 1690 . C
26 MERCURE
1
6
Ilfe voyoit forcé d'en fouffrir le ravage.
Enfin fa royale Bonté
Trouva le fecret infaillible
De vaincre & de detruire un Monftre
fi.terrible. Sinc
Versailles, luy dit- elle , eft un lieu tout
charmant ,
Et vous l'aimez uniquement.
Ilfaut ,fi vous voulez que le malheurfiniffe
,
De vos meubles d'argent faire un
prompt facrifice.
L'exemple d'un grand Roy peut tout
furfes Sujets ,
Et dés que vous aurez banny de ce
Palais
Sa pompeufe magnificence ,
SIRE , vous les verrez tout prefts
A chaffer de chez eux le fafte &
L'infolence.
GALANT. 27
-Sans cela point d'obeiffance ,
Et cet exemple feul mieux que tous
vos Edits ,
Peut guerir leurs foibles efprits
De cette ruineufe & fotte extravagance.
Quel remede ! Louis qui faifoitfon
plaifir
De ce lieu qu'efleva , qu'embellitfon
loifir ,
Refue quelques momens furce trifte
remede ;
Enfin ilfe refout , il cede ,
Et laiffant de fon coeur échaper un
Soupir s
Oüy , ma Bonté , dit- il , vous eftes la
( faftueux maiftreffe.
Montrez à ces Sujets ingrats &
Ce que me coute la tendreffe
Que vostrefeulconfeil me fait prendre
pour eux ,
Cij
28 MERCURE
Et faites leur fçavoir qu'à leurs befoins
propice
Fe confens à ce facrifice.
A ces mots gueridons , tables , miroirs
, chenets ,
Vafes , baluftres , feux , urnes , &
cabinets,
Furent jettez par la feneftre ,
Et defes grands appartemens ,
Quel prodige ? on vit difparoiftre
Ces precieux ameublemens,
Dont l'art ingenieux furpaffoit la
matiere .
Par là mieux que par des com
bats
Quefouventfans égard au bien dè
leurs Eftats ,
La feule ambition force les Rois de
faire ;
Par là , dis-je, en un mot, mieux que
parsa valeur,
GALANT. 29
LOVIS qui 10ûjours grand , qui
toujours magnanime
Fait de noftre bonheur fa premiere
maxime ,
Exige, & veut de nous une nouvelle
ardeur.
Redoublons donc pour fon Service
Noftre Zele , nos voeux , noftre fidelité
,
Et par des coeurs foumis rendons à
Sa Bonté
Sacrifice pour facrifice.
Pendant que le Roy trávaille
d'un coſté à faire ſupprimer
le luxe , M ' le premier
Prefident s'applique de l'aug
tre a faire executer les volontez
de Sa Majeſté , touchant
le foulagement des Plaideurs .
C iij
30 MERCURE
14
".
En 1664. les droits de tous
les Greffers furent reglez , &
reduits à peu près à la moitié
des émolumens qu'ils recevoient
de leurs Charges . Ce
Reglement qui fut obfervé
d'abord demeura bientoft
fans aucune force . On n'a pas
de peine à retomber dans ce
qui accommode , fur tout
lors qu'il eft queſtion de tirer
de plus grands droits .
Mr le premier Prefident
voyant que les Peuples ne
profitoient pas de ce que
le
Roy avoit reglé en- leur faveur
, envoya dernierement
GALANT.
31
ཌ
r's
querir M les Greffiers , &
leur dit que Sa Majefté pretendoit
que le Reglement de
1664. touchant ce qu'il leur
falloit payer , fuſt obſervé
avec une entiere exactitude ;
qu'il puniroit feverement
ceux qui oferoient y manquer
, & qu'il écouteroit tous
les premiers Vendredis du
mois , les plaintes que les Parties
feroient d'eux fur les articles
de ce Reglement. On
ne peut eftre ny plus exact
ny plus prompt à rendre la
justice , que l'est cet illuftre
Magiftrat . Loin qu'il falſe
C iiij
32 MERCURE
attendre longtemps les Parties
aprés des Audiences , il
envoye dire à celles qu'il fçait
en avoir befoin pour la neceffité
de leurs affaires , &
que l'on veut traîner en longueur
pour les fatiguer , de
faire que leurs Avocats fe
trouvent à la Grand' Chambre
le jour qu'il leur marque,
& qu'ils auront audience.
Rien ne prouve mieux la
prudence & la juftice du
choix du Roy. Ceux qui
viennent des Provinces éloignées
pour plaider à Paris ,
fe trouveront par là foulagez
GALANT. 33
de beaucoup de frais , & à
l'avenir les Plaideurs n'auront
plus tant delujet de fe plaindre
de leur miſere .
Un Officier de l'Armée
que M le Maréchal de Humieres
commandoit en Flandre
l'Efté dernier, ayant marqué
pour fa propre fatisfa
ction , ce qui s'eft paffé pendant
la Campagne , ce qu'il
en a écrit est tombé entre
mes mains. Il eft fuccinct ,
naturel , rien n'y paroift affecté
, & l'on n'y voit que
des faits fans raifonnemens ,
& fimplement rapportez.
34 MERCURE
2
Rien n'eft plus propre à perfuader
qu'ils font veritables .
Comme vous n'avez qu'en
lambeaux épars dans mes Lettres
de l'année derniere , les
divers évenemens de cette
Campagne- là, je croy que
vous ne ferez pas fachée de
les voir icy en corps . Il y a
mefme plus de lieu d'y ajoûtter
foy qu'à beaucoup de
Nouvelles , que l'on ne donne
ſouvent au Public que défigurées
, pour avoir paſſé en
trop de bouches differentes.
Enfin je vous donne ce morceau
d'Hiftoire long - temps,
GALANT.
35
aprés la Campagne , parce
que ce qui regarde l'Hiſtoire
generale eft nouveau dans
tous les fiecles , quand il ne
fe trouve point en differens.
endroits .
Le 25. May 1689. on arriva
au Camp de Merbie les
Poterie à une demy- lieuë de
la Buffiere . L'Affemblée de
l'Armée s'y fit fous les ordres
de M le Maréchal de Hu-
Imieres . Les deux Bataillons
des Gardes Suiffes y arriverent
de Bavay, eftant commandez
par M' Raynol Lieutenant
Colonel . La ligne alloit de la
36 MERCURE
droite qui eftoit au quartier
du Roy dans le Village de
Merbie jufqu'à la gauche qui
s'eftendoit dans le Village de
Herquelin vis - à - vis du centre
de la premiere ligne . On
avoit un bois nommé du Fay
à la tefte regardant vers Mons,
& derriere la ligne eftoit la
riviere de la Sambre.
Le 29. on fe rendit au
Camp de Peronne prés de
Mons , la droite au deffus de
Binche , la gauche à S. Vas
fur la Haifne , & derriere la
feconde ligne le ruiffeau de
Binche .
GALANT. 37
Le 30. on alla à Trefignie ,
la droite au deffus du Pieton,
la gauche par de là Trefignie,
& derriere la feconde ligne le
ruiffeau du Pieton .
Le s. de Juin M' de Gournay,
Lieutenant General , avec
un detachement de deux mille
Chevaux alla brufler les
Faubourgs de Tirlemont , &
eftant revenu fans avoir rencontré
aucunes troupes des
ennemis , il rapporta qu'ils
eftoient campez à Warem fur
la Meague , & qu'il avoit vû
leur Camp & entendu leurs
trompettes.
38 MERCURE
Le 7. M' de Marin commandant
un detachement de
3000. Chevaux , alla brufler le
Chafteau & le Village de
Cufbech prés de Bruxelles . Le
9. il revint trouver M' le Maréchal
à Nivelle où l'on mit
ce mefme jour une garnifon
de douze cens hommes de
pied & de quinze cens che.
vaux .
Le 14. le Détachement qui
avoit efté envoyé à Nivelle
retourna au Camp. Le mef
me jour toute l'Armée paffa
en reveuë , & fut rangée en
bataille à la tefte de la ligne
GALANT. 39
par Mr le Maréchal & M le
Duc du Maine.
Le 20. M' de Miremont ,
Capitaine de Grenadiers, bat
tit un parti de Charleroy de
vingt -cinq hommes qu'il ren,
contra à trois quarts de lieuë
de cette Place en deça du Pieton
. Le Partifan fut bleffé &
amené à l'Hoſpital de l'Armée
avec deux prifonniers.
Il y en cut fept qui refterent
fur la place , & les autres fe
fauverent. Quatre Grenadiers
furent blaffez dangereuſement
dans cette rencontre.
Le 22. l'on fit un
un fourage
40 MERCURE
entre la Sambre & le Pieton .
La tefte du fourage eftoit à
un demy quart de lieuë de la
jonction du Pieton & de la
Sambre. Les détachemens
d'Infanterie furent poſez à
mille pas de cette jonction
affez prés de Charleroy. Les
Ennemis n'eurent pas pluſtoft
veu paroiftre nos Troupes
qu'ils firent fortir de la
Place quelque Infanterie qu'-
ils pofterent à un moulin fur
le Pieton , d'où ils firent couler
des détachemens dans les
hayes aux environs du moudin.
Ils commencerent à tirer
GALANT. 41
de là fur nos Troupes, & auſſi
toft Mr de S. Gelais , Marefchal
de Camp de jour , fit
filer le long des hayes en deçà
du Pieton quelques Carabiniers
, qui en repondant aux
Ennemis commencerent l'efcarmouche
du cofté du Pieton.
Les Ennemis ayant auffi
fait filer quelques Fuzeliers à
noftre droite en delà de la
Sambre , les Noftres en firent
jetter quelques uns dans les
hayes en deçà de certe mefme
Riviere.d'où ils firent une autre
efcharmouche qui ne ceffa
point pendant tout le fourage ,
Février 1690 . D
42 MERCURE
la Sambre & le Pieton toû
jours entre les Ennemis &
les François. Il y eut peu de
gens bleffez de part & d'autre
,parce qu'on le tiroit d'affez
loin. La Cavalerie eftoit
en bataille fur le glacis de la
contrefcarpe entre la Ville &
la baffe Ville , mais elle ne
tenta rien . Si les Ennemis euffent
voulu fe fervir de leur
Canon, ils auroient pu incommoder
nos poftes avancez .
Le mefme jour, on renvoya
à Nivelle un detachement de
la brigade des Gardes de fix.
cens hommes & de cent cin-
·
GALANT.
43
quante chevaux fous les or
dre de M' Davejan , Brigadier
des Gardes .
Le 25. un détachement de
45. hommes , commandez
par un Officier nommé Sturler
, du Regiment Suiffe de
Greder , dont deux Bataillons
eſtoient à Fontaine- Levefque ,
ayant rencontré trente hommes
des Ennemis , dans le
poſte qu'il devoit prendrepour
couvrir le fourage , les
chargea , & les pourfſuivit jufque
dans un petit Bois prés
de Fontaine - Levefque , du
eſtant tombé dans une Em-
S
Dij
44 MERCURE
bufcade de cent cinquante
hommes , il s'en débarraſſa
en faifant un grand feu fur
eux , & fe voyant fur le point
d'eftre envelopes, il fe retira
de haye en haye , en forte
que les Fourageurs cftant accourus
avec leurs faulx , diffiperentice
Party , dont il y
en eut dix tùez fur la place .
Il en refta fix des noftres , &
quatre furent blefſez , ellog
Le 27.cûn Party du Regiment
de Greder , Allemand ,
en ayant rencontré un des
Ennemis audeffus de Senef .
le batit & en amena treize >2
GALANT.
45
prifonniers. Six autres furent
tuez , & douze qui fe fauvoient
tomberent dans un
Party de nos Gardes de Cavalerie
qui couvroit le fourage
que faifoient nos Troupes . Ce
mefme jour le détachement
de Nivelle revint .
Le 29. l'Armée décampa ,
& fe rendit à Haifne Saint
Pierre Saint Paul , la droite
à Saint Vas , la gauche auprés
de Mariemont , & la
Haifne derriere la feconde
ligne,
Le 2. de Juillet , il furvint
un orage violent qui caufa
46 MERCURE
de fi grandes inondations ,
que la Haifne eſtant debordée ,
une partie de la gauche dela
feconde ligne en fut prefque
fubmergée . Plufieurs équipages
fe perdirent avec
des chevaux de Cavaliers ,
& Mr de Bufferolles , Sous-
Lieutenant de la Colonelle
des Gardes Françoifes , fut
noyé en voulant paffer la
Riviere
pour
Sentinelle en delà . On auroit
pû prevenir ce défordre ,
en éloignant les lignes un
peu plus que l'on ne fit de
la Riviere , & occupant la.
hauteur.
aller à une
(
GALANT.
47
*
Le 22. M le Chevalier du
Rofel , Lieutenant Colonel
du Regiment de Rohan ,
eftant allé apprendre des
nouvelles des Ennemis qui
décampoient de Therus pour
venir à Timeon , fe trouva
prés de l'Abbaye de Serrelemoine
, & fut découvert de:
trois efcadrons des Ennemis
qui vinrent à luy le Moufquet
haut . Il fit d'abord trois
Troupes de fes cinquante
Maiftres , & aprés avoir effuyé
leurs feux , il les chargea
l'épée à la main , en ſorte
qu'il les renverfa & les pour48
MERCURE
fuivit pendant un quartd'heure
, aprés quoy ne jugeant
pas à propos de s'engager
plus avant , il rallia fes
Cavaliers , & fit fa retraite à
la veuë des trois Elcadrons
des Ennemis qui s'estoient
ralliez ; mais ils n'oferent l'attaquer
, parce que de temps
en temps il faifoit volte - face .
Il eut un Cornette tué , &
il ramena le reste de fon
monde . L'on a trouvé dans
cette action beaucoup de
valeur & de conduite.
Le 24. M' de Villars avec
un détachement de cent cinquante
GALANT. 49
quante Maiftres alla reconnoiftre
les Ennemis campez
à Ville Timeon & Melinge ;
mais aucunes de leurs Troupes
ne fe prefenterent. Il revint
fans faire aucune expedition
.
Le 25. l'Armée décampa,
& vint fur le ruiffeau de Bray,
aux Baffes Eftines ; la droite
au deffus de Bray , la gauche
à Hochin , derriere le centre
de la grande Ligne les Baffes-
Eftines , & derriere les deux
Lignes le ruiffeau de Bray.
Le mefme jour un Baraillon
de Champagne,un de Guiche,
Février 1690 . E
50 MERCURE
& un de Stoup , joignirent
l'Armée , & remplacerent
deux Bataillons de Normandie
, & un de la Marine
Royale , qui avoient quitté
depuis quelques jours pour fe
jetter dans Dinan . Les deux
Bataillons de Greder quitterent
Binche , & rejoignirent
l'Armée .
Le 28. M' le Maréchal
ayant cité averty qu'un Party
avoit enlevé quelques chevaux
de la grande Garde , à
un Abreuvoir auprés de l'Abbaye
de Bonne- efperance , ordonna
à M' de Vatteville de
GALANT.
faire monter le Piquet des
Dragons à cheval , & de chercher
ce Party , ce qui fut executé
tres- diligemment . Plufieurs
Officiers de l'Armée ,
ayant entendu cela , poufferent
devant , & ayant appereeu
ce Party dans un petit
bois prés de Bonne efperance,
qui s'en retiroit , ils le fuivirent.
M ' de Vatteville fit inveftir
ce bois par fes Troumais
comme il eftoit
pes ,
dehors , il fit marcher une
partie de fes Dragons au deffus
de Binche à la droite, pour
aller couper ce Party à la tefte
Eij
52 MERCURE
d'un autre petit bois qui eſt
à un quart de lieuë de Binche
où les Ennemis qui
avoient eſté pouffez par quelques
Volontaires , s'eftoient
jettez , aprés s'eftre arreſtez
un peu
de
temps dans un
Verger , & avoir tiré quelques
coups fur eux , dont
Mr de Rohan fut bleffé au
genoüil , un Cornette à l'épaule
, & M de Nogaret legerement
au bras . Comme
toutes les Troupes gagnoient
la tefte du bois , M Courfen,
Major des Gardes Suiffes, apperceut
ce Party qui s'avanGALANT.
53
çoit vers une maifon à la lifiere
du bois , dans un fond ,
auprés d'un petit ruiffeau ;
mefme il y en avoit quelquesuns
, qui au lieu d'aller en
avant , s'en retournoient fur
leurs pas , & ils fe feroient
fans doute échapez , parce
que les Troupes couroient
toutes pour gagner la tefte
du petit bois ; mais heureuſe .
ment Mr de S. Gelais fuivoit
les autres avec une troupe, &
M de Vateville luy fit figne
du chapeau qu'il vinſt à luy
avec ceux qu'il conduiſoit .
M' de S.Gelais s'eftant avancé
E. iij
54 MERCURE
en mefme temps , fit mettre
pied à terre aux Dragons
qui entrerent dans la maiſon ,
& trouverent le Commandant
, & quelques autres
qui demanderent quartier. Le
refte du Party s'eftoit répandu
dans le bois , mais comme
les Dragons qui estoient à la
tefte y entrerent auffi , on les
prit tous à l'afus . Il y en cut
quatre de tuez , & on en emmena
vingt- neuf. Le Party
eftoit de cinquante , mais
douze ou quinze s'en eftoient
feparez dés le matin , pour
mener à Charleroy les cheGALANT.
55
vaux qu'ils avoient pris . Ce
mefmejour on fit un fourage
prés de Mons. La tefte du
fourage eftoit à S. Simphorien
. M' le Maréchal y eftant
venu , apprit qu'il y avoit de
l'Infanterie des Ennemis dans
une maifon fur la hauteur vis
à vis de la porte de Havre , à
la gauche du chemin . Ilor
donna à quelques Troupes d'y
marcher , pour obliger cette
Infanterie à fe tetirer. Quel
quesVolontaires qui estoient
auprés de luy & de Monfieur
le Duc du Maine , y coururent
auffi toft , mais dés que
E. iiij
$6 MERCURE
,
les Ennemis les virent appro
cher de la maiſon , ils prirent
la fuite . Mr de Fitte , Lieutenant
aux Gardes Suiffes , y
cftant arrivé le premier , parce
qu'il n'avoit point fuivy le
chemin , & qu'il avoit eſté à
travers terre fut falüé de
quatre coups de fufil , dont
le dernier luy penfa brûler le
vifage , ne s'en eftant pas fallu
la longueur d'un pied , que le
bout de ce fufil ne touchaft fa
tefte . Le coup cependant don
na tout dans fon chapeau . M
de Fitte luy rendit le mefme
falut d'un coup de piſtolet
GALANT $ 7
qui luy donna au milieu du
dos , ce qui ne l'empefcha
pas de fe fauver. Il alla enfuite
avec M° le Comte de Guiche
chercher les Ennemis jufque
dans leurs barrieres , & enfin
ils furent obligez de fe retirer
en effuyant un grand feu .
Ce Comte eut fon cheval
bleffé à la barriere de la Ville,
& M' de Fitte foupçonnant
que quelques - uns des Ennemis
eftoient demeurez cachez
dans la maiſon , tira un coup
de piſtoler bourré avec du
linge dans la couverture . Le
feu y prit auffi- toft. Il le mit
58 MERCURE
auffi à un tas de grain qui
eftoit auprés . Pendant ce feu ,
les Ennemis tirerent inutilement
quelques coups de Canon
, & plufieurs coups de
Moufquet de la paliffade de
la porte d'Aure, Le chapeau
de Mr de Fitte fut percé d'un
coup de fufil , qu'un Payfan
luy tira à la longueur d'une
pique , tandis qu'il mettoit le
feu à la maifon ,
Le 31. Mr de S. Gelais , Maréchal
de Camp , partit avec
un détachement de mille chevaux
& cinq cens Dragons
pour aller brufler plufieurs
GALANT. 59
Villages aux environs d'Afche
entre Bruxelles & Gand .
Le lendemain
, premier jour
d'Aouft , eftant arrivé à Afche
, il fut averty que huit
mille Hommes des Ennemis
avoient paru auprés du Bourg
de Merchten ce qui le fit marcher
de ce cofté- là . Les premiers
Efcadrons ayant rencontré
cent cinquante Gardes
du Marquis de Caftanaga ,
Gouverneur des Pays-bas Efpagnols
, commencerent auffi
toft à les charger, & les Gardes
foutinrent deux décharges
avec affez de vigueur ,
60 MERCURE
mais ils furent rompus à la
troifiéme , & on les pourfuivit
jufqu'aux portes de Bruxelles.
Il y en cut trente à
quarante qui refterent fur la
place , & l'on fit dix Priſonniers.
On alla piller le Bourg,
où l'on mit le feu enfuite.
Le mefme jour 1. d'Aouft ,
M* le Duc de Choiſeul partit
avec un détachement de deux
mille chevaux pour aller foutenir
M ' de S. Gelais . M' le
Duc du Maine l'y voulut accompagner.
Le 17. l'Armée décampa
des Baffes- Eftines pour venir
GALANT. 61
camper à Mierbe ; mais Mr
le Maréchal ayant eu avis en
chemin que les Ennemis qui
eftoient campez à Fontaine
l'Evefque avoient paffé la
Sambre , fit paffer le mefme
jour la mefme riviere à fes
Troupes fur trois ponts depuis
la Buffiere jufqu'à Mierbe,
& fit camper fon Armée,
la droite à Hanche & la gauche
au bois du Foffeteau , la
Sambre derriere . Ce mefme
jour lesEnnemis allerent camper
la droite à Marchienne
au Pont, & la gauche à Montigny
le Tigneux. Le lende
62 MERCURE
main ils fe mirent de nouveau
en marche , & vinrent camperla
droite derriere Marbay , &
la gauche à Court .
Le 25. l'Armée décampa
de Hantes pour venir à Boſſu
à une licue prés du Camp
des Ennemis qui estoient fur
l'Eufe . On trouva leurs Fourageurs
foûtenus
par fix ou
fept cens hommes
de pied ,
qui occupoient
deux Villages
, Filen & les Forges
, où
l'on ne pouvoit
aller que par
un defilé . On fit un détachement
de Dragons
, qui ayant
mis pied à terre , les charGALANT.
63
gerent vigoureufement
, ce
qui les obligea de fe retirer
en defordre. On les pourſuivit
fi vivement , qu'aprés un
peu de reſiſtance
, ils gagnerent
les Bois qui estoient
derriere & à cofté d'eux . On
vit paroistre fur une hauteur
cinq Efcadrons qui favorifoient
leur retraite . Cela fut
caule que nos Dragons n'avancerent
point ; mais M' le
Marquis de Tilladet , Lieutenant
General de jour , fit
poſter les Escadrons de Villepion
. Les Ennemis ayant vou .
lu faire ferme , furent atta64
MERCURE
quez l'épée à la main . On
les renverfa , & ils furent
pouffez jufques à Valcourt .
Ils refifterent
fi peu , que cela
fit croire que l'on pouvoit aifément
infulter la Place . M
le Maréchal de Humieres
,
donna ordre en mefme temps
qu'on fift avancer les Batal! -
lons des Gardes Françoiles
&
Suiffes ,Champagne , & Greder
Allemand
, ce qui fut executé
; mais il fut impoffible
d'empefcher que les Ennemis
ne fuffent toûjours
en pouvoir
d'y envoyer des Troupes
de leur Camp, cette com.
GALANT. 65
munication ne pouvant eftre
coupée . Dés que les nostres
approcherent de Valcour , les
Ennemis les receurent avec
un grand feu de Moufqueterie.
On pouffa quelques détachemens
devant juſqu'à la
muraille ; mais comme elle
eft bonne & flanquée de tours ,
& que noftre petit Canon ne
fuffifoit pas pour y faire bref
che , on ne put faire autre
chofe que d'effuyer un grand
feu. Le premier Bataillon des
Gardes Suiffes inveftit la Ville
par la droite , & le fecond
par la gauche pendant que
Fevrier 1690 . F
66 MERCURE
la brigade de Champagne &
les quatre Bataillons des Gardes
Françoiles s'eftoient répandus
par les autres coſtez ,
à la referve de celuy par où
les Ennemis avoient leur
communication, qu'il n'eftoit
pas poffible de leur ofter .
On demeura bien trois heures
exposé à tout , le feu des
Ennemis, dans l'efperance de
pouvoir entrer l'épée à la
main par quelque endroit de
la Ville ; mais M le Maréchal
ayant eſté avety que l'on
n'y trouvoit aucun paffage , fit
abandonner cette entreprife
GALANT . 67
& retirer le canon & les trou
pes en fort bon ordre dans la
plaine , où le canon des Ennemis
incommodoit fort les
noftres , ayant dreſſé des batteries
qui croifoient fur eux .
Nos Troupes montrerent en
cette occafion beaucoup de
valeur. Les Gardes Françoifes
& la brigade de Champagne
y perdirent beaucoup . M le
Bailly Colbertyfut bleſſé à la
teſte, s'eftant avancé jufqu'à la
porte , & mourut peu de jours
aprés de fa bleffeure . Quantité
d'Officiers & de Soldats
de fon Regiment & de celuy
Fij
68 MERCURE
Ou
de Greder Allemand y furent
ruez
, ainfi que Mrs de Lage
Roinville , l'Attignac , & Cha
millard, Capitaines auxGardes.
Il y cut vingt- deux Officiers
fubalter nes , douze Officiers.
des autres Corps , & environ
tois cens Soldats tuez
blefez. Les deux Bataillons.
des Gardes Suiffes y fouffri
rent moins , n'ayant eu que
tois Officiers & foixante
Soldats tuez ou bleffez . Mle
Marquis de S. Gelais & M¹ du
Mets - Tiercelin , Commiffaire
d'Artillerie , furent emportez
d'un coup de canon .
GALANT. 69
"
Le 29. M' le Maréchal ayant
eu avis que les Ennemis avoient
décampé la nuit pour
aller à Gerpines , fit partir
l'Armée le lendemain matin
par un gros brouillard , pour
fe rendre à Florennes , où l'on
mit la droite ; la gauche fut à
Yves. Il fit ce jour- là un fi
mauvais temps que les équipages
ne purent arriver . Ainfi
on ne put décamper de Florennes
que le premier jour
de Seprembre , pour venir à
Gerpines , d'où les Ennemis
eftoient partis il y avoit une
heure lors que M ' le Maré .
70 MERCURE
chal y arriva, Ce jour - là ils
repafferent la Sambre , & camperent
à Montigny , fur cette
mefme Riviere. Les Noftres
mirent leur droite à Acos ,
leur gauche à Tarchenes &
à Gerpines , le Quartier du
Roy au centre .
Le s . de Septembre , Mr le
Maréchal ayant reconnu par
la fituation du Camp des
Ennemis qu'il pouvoit les ca
nonner . ordonna que toute
la premiere Ligne d'Infanterié
, compofée de la Brigade
des Gardes , de Champagne
,
& de Soiffons , partiſt du
GALANT. 71
Camp avant minuit , fans bagages
& fans bruit . Ils marcherent
à travers le bois qui eft
entre Charleroy & Gerpines ,
& arriverent
le 6.un peu avant
le jour à l'endroit de la droite ,
où ils mirent dix pieces de
Canon , dix à la gauche , &
dix au milieu. L'Infanterie
fut rangée en bataille le long
d'une brouffaille , & la Cavalerie
derriere elle dans la
plaine . Noftre Canon ſe trou
va preft à tirer à la petite
pointe du jour. Cependant
les Ennemis
, qui apparem
ment avoient efté avertis de
72 MERCURE
noftre deffein, avoient difpofé
du Canon pointé fur les
endroits où les Noftres pouvoient
mettre le leur , & ils
commencerenr à les falüer
les premiers de leur Artillerie.
La noſtre leur répondit ,
& la canonnade dura cinq ou
fix heures . Mr le Maréchal
eftant avec Monfieur le Duc
du Maine , cut avis que les
Ennemis plioient bagage pour
fe retirer , & il ordonna à M
de Fitte d'aller reconnoiftre
fi ce qu'on luy venoit de dire
vray .
eftoit
reconnu que c'eſtoient les
M' de Fitte ayant
équipages
GALANT.
73
équipages d'Artillerie qui
s'étoient trouvez directement
fous noftre Canon de la gauche
, vint en rendre réponſe
à M' le Maréchal
, qui ayant
efté informé que les Ennemis
ne faifoient aucun mouvement
, fit retirer en fort bon
ordre noftre Canon & nos
Troupes . Les Ennemis fouffrirent
de noftre Canon , &
nous ne perdifmes que quel,
ques Soldats des Gardes Françoifes
, quelques Canonniers ,
un Capitaine de Charoy , &
un homme à M le Maréchal.
Fevrier 1690 .
G
74 MERCURE
Le II. l'Armée vint de
Gerpines à fon premier Camp
de Hantes , autrement
la
Buffiere . M de Gournay y
refta avec vingt Efcadrons .
Le 12. elle paffa la Sambre
& la Haine , & vint camper
à Ville fur Haine .
Le 13. elle vint à Soignies où
elle féjourna le 14. & le 15 .
elle campa fous Enguien , &
vint le 16. à Leffine .
Le 18. Mr de Gournay rejoignit
l'Armée avec le détachement
de vingt Eſcadtons
qu'il avoit à la Buffiere .
Le 30. les ennemis
eftant
GALANT. 75
venus camper à Enguien , l'Armée
de Mile Maréchal de
Humieres alla à Leufe , la
droite au moulin de Leufe &:
lá
la gauche vers Ligne à une
Chapelle environnée d'une
touffe d'arbres.
Le 2. d'Octobre , M' de
Calvo joignit l'Armée avec
toutes les troupes.
Le 3. les Gardes Françoifes
avec quatre Bataillons de l'Infanterie
qu'avoit amenée M
de Calvo , quitterent l'Armée
pour aller en Allemagne .
Le 4. M' de Gournay partit
avec dix- huit Efcadrons
Gij
76 MERCURE
pour aller camper fur Lau--
neau .. Par l'abfence des Gar
des Françoiſes
on fut obligé
de laifler la droite de la garde
du General au Regiment
de
Champagne
. Les deux Bataillons
des Gardes Suiffes ne firent
Corps avec aucune Brigade
, & garderent toûjours le
centre de la ligne, faifant leur
fervice en particulier
fans
eftre confondus
avec le refte
de l'Infanterie
, en forte qu'ils
conferverent
toutes les prero ,
gatives attachées au Regiment
des Gardes.
Le¸6 . Mª d'Artagnan , MaGALANT.
77
jor general de l'Armée , alla à
celle des Ennemis avec paffeport
pour régler les Contributions.
Le mefme jour l'Armée
Ennemie vint camper
,
la droite à Cambron
, & la gauche
à Lens .
Le 7. un de nos partis d'Infanterie
& un de Cavalerie fe
chargerent pour ne s'eftre pas
reconnus , la Cavalerie n'ayant
pas voulu répondre au qui
vive de l'Infanterie . Le 17.
l'Armée decampa de Leufe
pour aller à Blaton .
Le 22. Elle vint cantonner
dans les Villages de Kiewrain,
G iij
78 MERCURE
Ancres , Ancreo , Thulut ,
Montrueux , Bene , Hanein,
& Longes . LArmée des ennemis
quitta le Camp de Brugele
, & alla à Soignies où elle
fe fepara le 24.
fc
Quoy que le Carnaval ait
cfté court , les plaiſirs n'ont
pas laiffé d'eftre grands , &
jamais on n'a fait paroiftre
plus d'empreffement
pour
divertir .Monfeigneur
le Dauphin
eftant venu au Bal chez
Son Alteffe Royale Monſieur
,
on y compta depuis l'ouverture
du Bal jufques à quatre
heures du matin huit à dix
GALANT. 79
où
mille Mafques. Monfeigneur
eut encore le mefme divertiffement
le dernier Dimanche
du Carnaval. Le Lundy
il y eut Bal à Verſailles chez
Mr le Duc du Maine ,
toute la Cour fe rendit , &
le Mardy chez le Roy , où
Monfeigneur le Dauphin pa
rut fous quatre habits differens
. Le mefme Mardy, Monfieur
le Duc de Chartres
donna le Bal à Mademoifelle
au Palais Royal. Il y
vint un nombte infiny de
Mafques qui furent charmez
des manieres de ce jeune
G iiij
४०80 MERCURE
Prince . Ce feroit icy le lieu
de vous en entretenir , mais
je laiffe parler M ' Pagot ,
Valet de Chambre de Monfieur
, qui a fait les Vers que
vous allez lire.
J
Amais dans un coeur bas un
noble fang ne tombe ,
L'Aigle ne produit point la timide
Colombe.
Désfes plus tendres ans le fangdes
demy- Dieux
Montre fon origine , & prouve fes
Ayeux.
Du Berceau de Pyrras l'inexorable
Achille
Vit Priam accablé des débris de fa
Ville ,
GALANT. 81
Et pour un coup d'effay l'invincible
LOVIS
Voit tomber Philisbourgfous la main
de fon Fils.
Philippe , ce Heros qui toûjours intrepide
,
Eut dans tousfes Combats la Victoire
pour guide ,
Qui s'expofant fans ceffe aux plus
affreux bazards
Dans les Champs de Caffel parut un
Second Mars ,
Philippe , de LOVIS l'augufte &
digne Frere ,
Voit fon Fils foûtenir fon mefme
caractere.
Ce jeune & Sage Prince eft fon
vivant portrait ,
Il a de fes vertus jufques au moindre
trait.
( dence ,
Il afafermeté ,fa douceur , fa pru82
MERCURE
Saforce , fa valeur , fa bonté , fa
clemence ,
Et malgré fa jeunesse on voit dés
aujourd'huy,
Ce que tout l'Univers doit attendre
de luy.
Il brûle de courir fignaler fon cou
rage,
A toute heure on l'entendſe plaindre
de fon âge ,
Qui s'oppofant encore à fes defers
guerriers ,
Remet à d'autres temps l'amas defes
Lauriers .
Pour mieux entretenir cette 'heroïque
audace >
Dans les regles de l'art il fit faire
une Place *
Où foumis àfes loix , de genereux
1 Soldats
Le Fort de Saint Cloud.
GALANT. 83
Donnoient de vains affauts , faifoient
de faux Combats.
Ce plaifir feul pour luy fembloit avoir
des charmes
Son coeur s'applaudiffoit dans ces
feintes alarmes.
La toujours affidu parmy les Combattans
, ( temps,
On le vit méprifer
les injures du
Toujours
infatigable
, & toujours
dans la peine ,
S'occuper des devoirs d'un fage Capitaine
,
Inftruire , difpofer , & dans le plus
grand feu
Soupirer de regret que ce ne fust
qu'unjeu.
De ce jeune Heres nous devons tout
attendre ;
S'il montre tant d'ardeur dans un
âge fi tendre,
84 MERCURE
Que ne fera - t - il point quand la
foudre à la main
Il ira dans fes Forts attaquer le
Germain ?
Heureux qui le fuivant dans fa
vafte Carriere ,
·Se couvrira fous luy d'une noble
pouffiere..
14
Heureux qui par des Vers avoüez
d'Apollon ,
Au Temple de l'Honneur porterafon
grand nom ! ...
Plus heureux fi mon fang , que je
voue à fa gloire ,
Peut marquer quelque jour fa premiere
Victoire !
Les Vers qui fuivent font
du mefme Auteur.
GALANT. 85
SS2525552-22257252
STANCES
Vors
Fe
A IRIS.
OVS me voulez en vain
ter au mariage ,
ne fçaurois y confentir.
por-
Le peu que vous pourriezy trouver.
d'avantage
Me pouffe à vous en divertir.
Si ma flâme à present a pour vous
quelques charmes ,
Fe ne les dois qu'au nom d'Amant
;
Ce qui vous plaift en moy vous coûteroit
des larmes
Un mois après le Sacrement.
86 MERCURE
ន
Nous brulons tous les deux d'une
flame fecrette ,
Lenaudn'en peut eftre détruit,
Et fous le joug d'hymen l'ardeur la
plus parfaite I
Eft éteinte dans une nuit.
S
Ces noms toûjours fi doux d'Amant
& de Maiftreffe
S'enfeveliffent dans l'oubly .
Il n'est plus de foupirs , il n'est plus
de tendreffe ,
Lors que l'Amant devient Mary.
$
Je fais tout mon bonheur de vous
voir, de vous plaire ,
Vous avezfur moj tout pouvoir.
Un Epoux, belle Iris , agit tout au
contraire ,
·Ce qu'il veut, il faut le vouloir.
GALANT. 87
2
Mon coeur eft penetré , quand mes
tendres prières
Obtiennent la moindre faveur ;
Mais toutes pour l'Epoux , & meſme
les dernieres,
Ont rarement de la douceur.
2
Voftre amour àprefent eft libre
volontaire,
Toutfuccede à voftre defir
Belle Iris , un contrat le rendroit neceffaire
,
8
Le devoir ofte le plaifir.
$
Laiffez donc avancer lajufte de-
Itinée
Des appas qui m'ont enchanté.
Aprés deux on trois ans d'un funefte
bymenée ,
Il faut dire , adieu la beauté.
88 MERCURE
2
Foüiffons des plaisirs que donne le
jeune âge
A deux coeurs qui s'entendent
bien.
Deux Amans ne devroient fonger au
mariage
Que quand leurs feux font
fans foutien.
Toutes les Chansons que
je vous envoye font toûjours
choifies par un des plus habiles
Muficiens que nous
ayons ; vous le connoiſtrez
par celle- cy.
GALANT. 89
AIR NOUVEAU.
EN
Nvain , cruelle Iris , j'ay perdu
l'esperance
De vous voir quelque jourfavorable
à mes voeux i
Je fens tous les plaiſirs d'un amour
qui commence ,
Et malgré voftre indifference ,
Je fuis contentfans eftre heureux.
Il a couru un manuſcrit
intitulé Portraits des Generaux
d' Armée de l'Empereur. Il en eſt
tombé une copie entre mes
mains , je ne vous répons pas
qu'elle foit correcte , parce
qu'elle peur n'avoir pas efté
Fevrier 1690.
H
90 MERCURE
prife fur l'original . J'ay crû à
propos de retrancher les por
traits de Monfieur l'Electeut
de Baviere , & de Monfieur le
Prince Charles de Lorraine
qui font à la tefte. Voftre curiofité
poura fe fatisfaire d'ailleurs
; mais comme mes Lettres
deviennent publiques , je
n'y dois rien mettre de cette
nature qui regarde de fi
grands Princes , ainfi je commence
par le troifiéme Portrait.
Le Prince Louis de Bade
eft un vray Homme de Guerre
; il en aime le métier , &
GALANT. 91
y met toute fon application .
Il a beaucoup de courage ,
voit affez clair dans un com .
bat , actif , vigilant , de l'ordre
dans la difpofition des
Troupes , laborieux , toujours
à cheval , & le plus capable
de devenir un grand General
fi la présomption ne le gâtoit
pas écoutant peu les
confeils , & quand il eſt forcé
de les fuivre , ce n'eft que
longtemps aprés , & jamais
fans y avoir changé quelque
chofe qui puiffe perfuader
qu'ils ne viennent que de luy;
voulant paroiftre aifé à vivre ,
Hij
92 MERCURE
mais difficile à tout ce qui
n'eft pas d'une aveugle complaifance
; peu jufte fur le
blâme & fur la loüange , &
n'en donnant qu'autant qu'on
eft attaché à luy , ou éloigné
de fes interefts : peu capable
de fe conduire dans une Cour,
parlant librement , à charge
aux Miniftres ; enfin il a toutes
les qualitez les plus propres
pour commander dignement
une Armée , & pour
ofter l'envie de la luy confier.
Le Comte de Caprara a cſté
avancé dans les Armées par
GALANT. 193
la protection de Montecuculi
fon Oncle , & ne pouvant faire
fortune que par la guerre , il
a montré dans diverfes occafions
le courage dont a beſoin
un Soldat de fortune . Du
refte , fes confeils font toujours
de ne rien hazarder , &
ils font remplis de cette prudence
qui donne de la crainte
à ceux qui par intereft, & fans
s'apercevoir que c'eſt la
qui les infpire , font toujours
perfuadez que les parties les
plus timides font les meilleures
. Il a l'efprit qu'il faut
pour fe bien conduire auprés
peur
94 MERCURE
des Miniftres , ne leur eſtre
point redoutable , & ne faire
jamais d'ombrage à un General.
Il s'amufe volontiers à
voir piller un Camp , & il
prend fa
ment.
part
du divertiffe-
Le Comte de Staremberg
Maréchal de Camp de l'Empereur
( c'eft dans l'Armée comme
Maréchal de France ) eft
un homme de beaucoup de
courage , & qui a plufieurs
qualitez neceffaires pour la
guerre . On ne luy donne cependant
que la valeur ,
lité dangereufe à un General
quaGALANT.
95
quand elle eft feule . Il eft emporté
, violent ; il n'eft guere
plus loüé fur la défenfe de
Vienne , que fur la mauvaiſe
conduite au Siege de Bude
qui fe fit l'année ſuivante, &
qu'on fut obligé de lever .
On n'a pas trouvé que Vienne
défenduë
par quatorze
mille hommes des meilleures
Troupes de l'Empereur , duft
eftre aux abois au bout de
deux mois de Siege.Il eft certain
que le Comte de Staremberg
avoit peu ménagé
la Garnifon , l'expofant dans
des forties affez inutiles , &
96 MERCURE
A
parmy les Allemans , foit que
l'envie ou une connoiffance
plus parfaite les faffe parler ,
il est moins loué que chez
les autres Nations fur la défenfe
de cette Place .
Le Prince de Salms , Maréchal
de Camp , eft attaché à
l'éducation du Roy de Hongrie
. On dit qu'il entend la
guerre . Il a affez fervy . C'eſt
un digne choix pour rendre
ce jeune Prince un grand
homme. Il a de la valeur, de
l'efprit , de la nobleffe , de la
vertu , & s'il luy infpire toutes
fes qualitez , il peut en
faire
GALANT. 97
faire un galant homme. Il eft
fort attaché à la Maifon
d'Auftriche , & s'il fe trouve
jamais à la tefte des affaires ,
il ne tiendra pas à luy qu'elle
ne foit auffi redoutée dans
l'Europe que la France .
Le Comte de Rabata , Maréchal
de Camp , & Com
miffaire general des Armées
de l'Empereur , paffe pour
plus capable de cette derniere
Charge que de la premiere.
On luy atrribue une grande
intelligence pour la fubfiftance
d'une Armée , la diftribution
des quartiers , la
Fevrier 1690.
Bayerisone
Staatsbibliothek
München
I
98 MERCURE
1
201106
difcipline , la prevoyance à
fe bien fervir du Pays , & le
faire durer long- temps ; qualitez
bien neceffaires dans les
Armées Allemandes , qui par
leur prodigieux équipage &
par l'efprit de pillage qui y
eft naturellement , ruineront
toujours en deux mois les
Provinces qui pourroient les
fairé fubfifter des années entieres
.
£
Dunevval , General de la
Cavalerie de l'Empereur , eft
fort capable de cette Charge,
& paffe avec juftice pour un
de fes meilleurs Officiers . 11
GALANT 99
a du courage , de l'efprit &
plus d'experience que tous les
autres
Le Comte de Palfi , general
de Cavalerie , eft homme
de beaucoup d'efprit . Il n'a
veu d'autres guerres que celles
de Hongrie. On n'eft pas
perfuadé que ce foit un fort
brave homme , mais comme
ileft des plus anciennes & des
premieres familles de Hongrie
, il a trouvé moyen de
perfuader à la Cour de Vien
ne que l'on devoit en la perfonne
donner un exemple de
bon traitement aux Seigneurs
1
I ij.
100 MERCURE
Hongrois , & il a fait plus de
chemin dans les dignitez de
la Guerre , que fes fervices &
fes actions ne luy permettoient
d'efperer.
Caraffa , General de la Cavalerie,
s'eft fait un merite des
cruautez qu'il a exercées en
Hongrie , de l'argent qu'il a
tiré de ces malheureux , de
la découverte
de plufieurs
confpirations que l'on dit n'avoir
jamais efté formées qui
ont tourné au profit de l'Em .
pereur ; & enfin il paffe pour
un homme tres- capable de
bien établir des contribuGALANT.
IOL
tions. Tout le monde convient
qu'il a beaucoup d'ef
prit , & qu'il eft preft à rendre
de tres grands fervices ;
les Affaires de Tranfilvanie
en font foy..
.644
Le Comte de Bielke , Gene
ral de la Cavalerie de l'Empereur
& de l'Electeur de Baviere
, eft homme de beaucoup
de courage , capable
d'eftre un fort bon Officier ,
&
que l'on verra un jour à la
tefte des Armées de Suede.
Le Comte de Schering , General
de l'Armée de l'Empe
reur & des Troupes de Bar
I iij
12 MERCURE
218
a
a
viere , n'a pour toutes qualitez
que beaucoup d'efprit de
menage , toutes les fouplef
fes d'un Courtifan , allant fort
bien à fes fins , fe fervanthabilement
de tout ce qui peut
contribuer à la fortune, trouvant
moyen de commander
l'Armée de l'Electeur qui ne
l'eftime point , d'en tirer cing
mille écus de rente malgré
luy de perfuader à Sa Majefté
Imperiale , que fans luy
' Electeur ne feroit point dans
les interefts de la Maifon
d'Auftriche , lié d'un commerce
affez étroit avec la
GALANT 103
o
१.
Comteffe de Kaunits , n'allant
a la guerre que parce
qu'un General d'Armée ne
peur fe difpenfer de s'y
trouver quand fon Prince
y eft ; toûjours malade , &
fe fervant à la guerre de tout
fon efprit pour éviter les occafions
fans qu'on s'en apperçoive.
Le Prince de Croy , General
de l'Artillerie , eft homme
de beaucoup de valeur .
274
Le Comte de Taff, Lieutenant
general de la Cavalerie,
eft un tres-galant homme. Il
a montré du courage dans
I
iiij
194 MERCURE
toutes les occafions & actions.
où il s'eft trouvé , mais il eft
fans contredit moins loua
ble fur les vertus militaires
que fur toutes les autres qui
font un honnefte homme
beaucoup d'efprit , d'un tresbon
commerce ; honnefte ;
poly , beaucoup de fçavoir &
d'étude, plaçant parfairement
bien ce qu'il fçait ; enfin homme
qui peut eftre propre
tour , mais qui preferera toûjours
les qualitez qui rendent
un homme agreable à celles
qui le rendent utile .
Gondola , premier LieuteGALANTM
105
nant general de Cavalerie, eft
un fort ancien Officier ,qui
par l'âge & par fal perfeverans
ce a ne pas le rebuter de quelques
injuftices,fe trouve dans
ce poſte- là . C'eſt un homme
que l'on aime affez , de ces
gens enfin fans vices , fans
vivacité & fans ambirion ,
dont le monde peut s'accom+
moder , hors le Maiftre qui
les employe
.
L
Souches , premier Lieutenant
general de l'Infanterie ,
s'eft trouvé dans la guerre par
les Emplois que fon pere a
laiffez , & paroift mediocre
en tout.
106 MERCURE
Le Comte de Scherfemberg
Lieutenant general de l'Infanterie,
eft homme de beaucoup
de courage , & qui cherche
fort à voir & à s'intro¬
duire.
Le Prince de Neubourg
Grand - Maiftre de l'Ordre
Teutonique, eft un bon homme
, fort pefant , n'ayant
dans les occafions ny crainte
ny ardeur , rien auffi au deffus
de cela. Il s'attache peu
à fervir.
Le Prince de Savoye a beau
de courage & de bon
fens , affez d'étude , cher
coup
14
GALANT. 107
chant fort à fe rendre bon
Officier , & tres- capable de
le devenir un jour ; de la
gloire & de l'ambition , &
tous les fentimens d'un homme
d'élevation.
Veterani eft un tres brave
homme , diftingué par une
des plus belles actions de la
derniere Guerre ; peu de politeffes
beaucoup de franchife
, & en un mot , rien d'Italien
que la naiffance .
Heufler , Soldat de fortune,
eft un homme de beaucoup
de courage ; de l'efprit, actif,
qui s'eft avancé par beaucoup
108 MERCURE
de bonnes actions , l'air & les
manieres d'un homme de
qualité . On dit qu'il paroift
embaraffé d'un gros commandement
mais il y a dans
ces difcours moins de verité
que d'envie.
Picolomini eft un brave
homme , qui paroift entendre
bien fon métier . Il eftoit attaqué
injuftement fur fa capacité
, & un peu fur le courage .
Il fe comporta fort bien dans
la derniere Bataille . Il a beau
coup d'ennemis . Il paroift
trop occupé de petites choles
, pour eftre un jour bien
ግ
GALANT. 109
capable des grandes .
Le Prince de Commercy a
beaucoup de valeur , fort agiffant
, trouvant moyen de ne
perdre ny grandes ny petites
occafions , ayant beaucoup
d'envie de s'inftruire . Il eſt à
craindre que le trop d'ardeur
ne l'empêche d'eftre bon Officier
.
Rabutin eft fort brave
homme , honnefte
暮
de la
probité , & plus loüable par
ces endroits là que par fa
capacité dans da guerre .
Nigrelli Efterhafi , Apremont
& Vallis , Generaux de
110 MERCURE
*
Bataille d'Infanterie , font
auffi gens de reputation .
Cet Ouvrage n'eftant pas
de moy , j'ay cru , quoy que
je faffe profeffion de ne chagriner
perfonne , vous le pouvoir
donner dans une guerre
auffi ouverte que celle- cy,
où l'Europe eft remplie d'écrits
beaucoup plus fanglans
contre la France. Après tout,
ce que je vous donne ne peur
paffer pour une Satire , & ily
a beaucoup plus de loüanges
que de traits piquans dans ces
Portraits. D'ailleurs , on ne
doit pas tout à fait affeoir ſon
GALANT I
jugement fur celuy d'un Particulier
qui dit ce qu'il penfe,
& quienes dies pas toujours
vray , foit à l'égard des louanges
, foit à l'égard du blâme .
Il peut eftre mal inftruit de
ceux dont il parle , & avoir
naturellement de l'inclination
pour les uns , & de l'averfion
pour les autres . Quoy
qu'il en foit ces Portraits
ne peuvent qu'eftre fort agreables
eftant fort bien
écrits , & l'Auteur paroiffant
un homme d'efprit & de bon
fens.
Las fainteté du temps où
112 MERCURE
nous fommes, rend de faifon
la Lettre que je vous envoye.
Elle a efté écrite par un hom .
me fort habile & fort zelé ,
à une Religieufe fa Bellefoeur
,qui luy avoit demandé
fes reflexións fur la matiere
dont elle traite .
2222SESSE 525 $2255
DE L'ETERNITE .
V
OUS me demandez
ma chere Soeur, une chofe
bien au deffus de mes forces ,
quand vous m'ordonnez de parler
de l'Eternité , & vous ne
GALANT 193
.
penfez peut- eftre pas , que cet
emploi ne convient guere qu'à
une perfonne confommée dans
les matieres Spirituelles , &non
pas à un homme diffipé par le
commerce des chofes du Siecle.
C'eftoit pluftoft à moy de vous
demander quelques- unes de vos
reflexions fur cegrandfujet, car
bien
que
l'Eternité doive estre
pour toutes fortes de perfonnes
un objet continuel de meditation,
neanmoins à prendre les chofes
dans le cours ordinaire , cela est
encore plus , ce mefemble ,de vôtre
état que du mien . Mais il
faut vous obeir , puis que vous
Février 1690 .
K
114 MERCURE
le voulez vous abandonner
des penfees fans ordre , & mal
digerées. Si vous n'avez de moy
que des chofes de mauvais goût,.
vous ne devez je l'ofe dire , ma
chere Soeur , vous ne devez vous
en prendre qu'à vous mesme , il
y a un peu de vostre faute de
m'avoir engagé à une entreprife
où je fuis fi peu propre , &
d'où
je ne puis fortir qu'à ma confufion.
En effet , quel moyen de parler
dignement de l'Eternité , d
ne vaudroit il pas mieux mar
quer par un filence refpectueux,
l'étonnement l'admiration 1
GALANT 115
qu'elle nous caufe ? N'est- ce pas
une temerité évidente de vouloir
enfermer dans quelques paroles
un temps infini , d'entreprendre
de donner une idée parfaite d'une
chofe où l'efprit fe confond à mefure
qu'il tache de la penetrer ,
la revolution d'un grand nombre
de fiecles ne pouvant la reprefenter
que tres -foiblement ? Îl n'y a
que Dieu ?
Dieu , cet Estre veritablement
éternel , qui fcache bien ce
que c'eft eft que l'Eternité parce
qu'il eft le feul qui foit avant
qu
tous les temps , qu'il nefinira
jamais . L'Homme ne peut atteindre
fi baut ; la tefte tourne à
Kij
116 MERCURE
ح و ت
qui veut porter fes penfees dans
cette vafte étendue , dans ces ef
paces immenfes de l'Eternité , &
l'entendement le plus élevé s'égare
& fe perd dans cet abifme.
N'entreprenons donc pas de
parler de cette veritable Eternité
qui n'a ny commencement ny
fin , qui a precedé , & qui furpaffera
en durée tous les temps
qu'on peut imaginer , qui eftpropre
& particuliere à Dieufeul,
qui n'ajamais efté communiquée à
aucune creature , fans mefme excepter
les Anges , puis que tout
ce qui eft créé a un commencement,
n'est par confequentsufGALANT
117
ceptible que de l'Eternité qui doit
neceffairement fuivre ce commencement.
C'est de cette derniere
Eternité que nous pouvons effayer
de dire quelque chofe parce
que nous avons efté créez pour
elle , & qu'elle doit eftre pour
nous une fource à jamais inépuifable
de biens ou de maux
infinis
a
Mais que dirons- nous , ma
chere Soeur de cette Eternité
terrible dans laquelle nous devons
entrer , & où chaque mement
nous conduit ? Que dirons
- nous de cette bien- heureuſe on
mal- heurenfe Eternité qui doit
118 MERCURE
eftre la fuite des redoutables ju
gemens de Dieu ? Que dirons
nous enfin de cette Eternité ter
rible , dans laquelle aprés plufieurs
millions d'années , nous ne
ferons pas plus avancez qu'au
premier jour ? On ne peut vevoquer
en doute la certitude de
l'Eternité , car elle eft fondée fur
la parole divine. Allez , maudits
, au feu éternel , qui eft
preparé pour Satan , & pour
fes Anges Voilà la peine.
Venez les bien- aimez de
mon Pere,poffedez le Royau
me qui vous cft prepaté depuis
la Creation du monde.
GALANTM 19
Le Salut que je donne fera
éternel , mes Elûs feront comblez
d'une éternelle allegref
fe , ils feront dans la joye , &
dans le raviffement , les douleurs
fuiront pour toûjours.
Voilà la recompense.
L'Eternité eftant ainsi éta
blie , il n'y a rien à quoy on duſt
penfer avec plus d'application ,
pourtant il n'y a rien à quos
on penfe moins. Il semble que
prefque tous les hommes ayent
perdu le fens fur cette matiere ;
on fait tout pour le temps ,& on
ne fait rien, ou fort peu de cho-
Le pour l'Eternité. Nous faifons
120 MERCURE
des établiſſemens dans le monde,
comme fi nous n'en devions jamais
fortir, nous avons peine
àfaire quelques actions qui tendent
à nous affurer un eftat heureux
dans l'Eternité. De quelles
précautions ; de quel regime , de
quels remedes n'ufons-nous pas,
pour prolonger de deux ou trois
années une vie traversée par
mille inquietudes
, fans compter
les douleurs aiguës que caufent
les maladies & les pertes des
biens , & nous ne voulons rien
faire pour acquerir une vie éternellement
heureufe : Helas !
`nous n'epargnons ny nos tra-
Vaux
GALANT.
121
vaux, ny nos biens pour vivre ,
encore un peu de temps , & nous
regardons à la moindre chofe ,
lors qu'il lafaut faire , ou qu'il
la faut donner pour poffeder éternellement
des biens
inestimables .
Que fi l'on croit ceux - là fages
& prudens qui tâchent d'éloi
gner la mort autant qu'ils peuvent
, ceux qui vivent d'une
maniere à faire
connoistre qu'ils
negligent l'Eternité , ne font- ils.
pas infenfez ? On a beau nous .
dire que nous ne fommes que
Voyageurs , que des Pelerins fur
la Terre ; que cette Vie n'eft
qu'un instant à l'egardde l'autres
Février 1690 .
L
des
122 MERCURE
que nous fommes faits pour l'Eternité
, nous le voyons nous le
fentons , pourtant rien ne
nous occupe moins que cette pen-`
fée qui devroit nous occuper tout
entiers. C'est une chofe étrange
que nous avons tant d'attachement
aux chofes qui paſſent, qui
difparoiffent à nos yeux , & que
nous ne foyons pas touchez de
ce qui doit durer toujours. Quelle
eft donc noftre erreur ? Quel eft
noftre aveuglement ? Nous rifquons
un temps infini contre un
temps qui s'écoule avec une extreme
rapidité. Semblables à
ceux qui feroient affez fous pour
GALANT. 123
jouer une fomme immenfe contre
une chofe de vil prix , nous courons
avec empreffement à des
chofes de neant , à des chofes
dont la durée est fort courte ,
qu'un mefme moment voit naître
mourir , & nous negligeons
une chofe infiniment preticufe ,
dont la durée est éternelle.
Quoy's le temps pour lequel nous
faifons toutes chofes eft incertain,
il ne durera peut eftre que quelques
momens, & nous ne faifons
prefque rien pour l'Eternité, quoy
qu'elle foit infaillible . D'où
vient ce déreglement ? C'eft , ma
chere Soeur que nous n'avons
Lij
124 MERCURE
pas une Foy affez vive. Noftre
Foy au contraire eft languiſſante,
& nous ne sçavons pas nous
elever & fuivre les mouvemens
de noftre ame , qui nous avertit
inceffamment , que nous devons
afpirer à l'Eternité , que nous
devons travailler fans relâche à
nous la procurer pleine de bonheur
; car vous fçavez, ma chere
Soeur, qu'il n'y a point de milieu
entre une Eternité heureuse,
& une Eternité malheureuse ,
qu'il faut neceffairement que
nous entrions dans l'une ou dans
l'autre , ce qui eftant , le bon
fens veut que nous preferions des
GALANT. 125
biens infinis à des maux fans fin
&fans mefure.
D'ailleurs , la penfée de l'Eternité
porte avec elle cet avantage
, qu'elle eft d'une merveil
leufe confolation dans les dif
graces & dans les fouffrances de
cette vie , car quand on eftforte
ment appliqué à la contempla
tion de l'Eternité , on n'eft pas
à beaucoup prés fi fenfible aux
frequentes traverfes & incommoditez
qu'il faut effuyer ,
l'Ame élevée par cette application
ne fe trouble pas de cent
chofes qui fans cela luy . cauferoient
d'etranges allarmes . On
Liij
126 MERCURE
a mefme de la joye , & on reprend
de nouvelles forces dans
les mortifications & dans les
aufteritez , quand on confidere
qu'elles rendent doux le chemin
de l'Eternité , & qu'elles fervent
de guides pour arriver à
une vie dont les delices n'auront
point de fin .
Que vous eftes prudente , ma
d'avoir fait choix
chere Soeur
de l'eftat où vous estes , qui par
fa douceur & par fon calme eft
un avant-goust de cette bienheureuſe
Eternité , tandis que
nous autres gens du monde fommes
détournez par le tumulte &
!
GALANT 127
par l'embaras des affaires de penfer
ferieufement à l'Eternité !
Vous avez bien témoigné par
ce choix judicieux & chrétien ,
que vous connoiſſez la veritable
valeur de l'Eternité. Puiffiezvous
, ma chere Soeur, obtenir par
vos prieres de celuy qui comprend
en luy feul toute l'Eternité, que
je puiffe enjuger auffsfainement
que vous , que je faffe ce qu'il
faut pour acquerir cette Eternité
pretienfe , qui eft le comble des
defirs , le but de tous les gens de
bien , le partage e lagloire des ·
Elus. C'est la grace que je vous
demande , ou , fi vous voulez »
L iiij
128 MERCURE
la recompenfe de quelques heures
que j'ay employées à faire par
vos ordres ce petit difcours de
l'Eternité. Je fuis voſtre › &c.
Il eſt arrivé depuis peu à
la Rochelle deux Navires revenant
de Canada . Ils ont
apporté pour
deux millions
fept cens mille livres de peaux
de Caftors gras , & pour onze
cens mille livres de Loutres ,
Martes , peaux d'Ours , Renards
, Orignaux , & peaux de
Bufles , ce qui fait trois millions
huit cens mille livres. Il
ne s'eft point encore veu de
GALANT 129
retour fi extraordinaires jamais
Navire Hollandois.quelque
vantez qu'ils foient dans
l'Europe , n'ayant rapporté
plus d'un million.
On imprime un fort beau
Livre touchant l'inftruction
des Jardins Fruitiers & Potagers.
Il eft de M'de la Quintinye
,qui étoit prépofé à la culture
de tous les Jardins du
Roy , tant Fruitiers que Potagers
, fous les ordres de M' le
Sur- Intendant . Son habileté
luy avoit donné une fort
grande reputation, & comme
il eft mort depuis un an , M
130 MERCURE
de la Quintinye fon Fils ;
prend foin de l'Impreffion de
ce Livre.M' Perrault de l'Aca
demie Françoife , lié d'amitié
avec toute cette Famille, a fait.
là- deffus un petit Poëme qui
areceu une approbation generale
. Les expreffions en:
font tres- vives , & s'il a extre
mement bien reuffien divers
autres Ouvrages on peut
dire qu'il s'eft fürpaffé luymefme
en celuy-cy . Vous en:
jugerez par la lecture.
>
1
GALANT 131
Auth
2 5275S SS25 2552225
52552552:522552222
A MONSIEUR
DE LA QUINTINYE ,
SUR SON LIVRE.
De l'Inftruction des Jardins.
Fruitiers & Potagers .
P
IDYLLE.
Endant que vous chantez les
Heros de la Guerre ,
Qui font regner la mort , & défolent
la Terre ,
Souffrez , Muſes , souffrez qu'à
l'ombre du repos
Fe chante des Jardins le paisible
Herosi
122 MERCURE
Par fon heureux travail , par fes
Soins honorée
De mille nouveaux fruits la Terre
·´s'eft parée ,
Et devenant feconde au gré de fes
defirs
A charmé tous nos fens de mille
doux plaifirs.
Le folide Element , qui foûtient
noftre vie ,
La Terrefe plaignoit de n'eftre plus
fervie
Que par des hommes vils , par de
rustiques mains ;
Elle qui vit jadis les plus grands des
Romains
Au fortir des Combats ›
mains
triomphantes
de leurs
Cultiver avec foin les moindres de
Jes Plantes :
Elle n'enfantoit plus dans fa trifte
GALANT. 133 .
Que des Fruits imparfaitsfans force
oufans couleur.
A peine pour garder les loix & fes
coûtumes ,
Donnoit-elle au Printemps les plus
fimples legumes ,
Et retenant cachez fes precieux tre-.
fors,
Elle ne daignoit plus les produire au
dehors.
De fon riche Palais , la difcrete
Nature
Avec joye entendit cet innocent murmure
,
Et pour noftre bonheur promit de
mettrefin
Aux finiftres effets d'un fi jufte chagrin
.
Elle avoit des long- temps , du fage
Quintinye,
Formé
pour Les Jardins l'admirable
genie ,
134 MERCURE
Et verfé dansfonfein les dons qu'elle
départ ,
Quand elle vent qu'un homme excelle
dansfon Art.
L'efprit qu'il recent d'elle
fur toutes chofes ,
อ ouvert
Ne voyoit point d'effetsfans en chercher
les caufes;
Avec un foin exact il avoit médité
Tout ce qu'ajamais ſçû la docte Antiquité
,
Tout ce qu'a recueilly la longue experience
,
Enfin rien ne manquoit à fa vafte
fcience ,
Que de voir la Nature encore de
plus prés ,
Et d'en bien penetrer les plus rares
fecrets.
Unjour que vers le foir pressé de
Laffitude ,
GALANT . 135
Et les fens épuifez de travail &
d'étude ,
Ilfe laiſſa furprendre aux charmes
du repos
Sur un lit de gazons , qui s'offrit à
propos,
A peine à lafaveur dufrais , & du
filence
Souffroit-il du fommeil la douce violence
,
Que d'un vol infenfible il fe vit
transporté
Dans un vafte Palais d'admirable
beauté , [ Nature
L'ouvrage & le Séjour de la fage
Dont l'ordre néglige , dont la fimple
Structure
Avoient plus de grandeur , avoient.
plus d'agrémens
Que n'en eut jamais l'Art , ny tous
fes ornemens.
136 MERCURE
Il voit que de ces lieux l'agiffante
Maiftreffe
N'y fçauroit endurer la fterile Pareffe.
Là dans un reduit fombre , où
de longs travaux
par
Avec l'aide du Temps fe forgent les
Metaux
Il obſerve étonné , que de la mefme
argile ,
Dont noftre feu mortel fait un vafe
fragile ,
Le feu de la Nature , inimitable
Agent,
Forme comme il luy plaist , de l'or
ou de l'argent.
Dans un Antre voifin il contemple ,
il admire
Les principes cache
refpire ,
de tout ce qui
Les atomes fubtils , dont les corps
font formez ,
GALANT. 137
Et les Refforts vivans , dont ilsfont
animezi
Maisfe laiffant aller à l'ardeur qui
l'emporte
>
Il paffe aux Vegetaux , pour voir
de quelleforte
Dans fon travail fecret la Nature
conduit
L'admirable progrés de la Plante &
du Fruit.
Il remarque attentif, que l'ouvrage
commence
Par humecter long-temps la fertile
femences
Que groffiffant toûjours elle vient
a crever, (lever ;
Pour dégager le germe , & le faire
Que ce germe , au travers de fes
fibres menuës ,
Offre cent petits trous , comme autant
d'avenues
Février 1690 .
M
128 MERCURE
Où les fucs , & lesfels reconnus pour
amis
Sont dans leur tendre fein unique- -
ment admis
Il voit
que de ces fucs de differente.
force
L'un fe façonne en bois , l'autre devient
écorce,
Et qu'en fuivant toûjours la forme
des conduits ,
Les uns font le feuillage , & les
autres les Fruits..
Il s'infruifoit ainfi plein d'une joye.
extrême ,
Quand parut à fes yeux la Nature
elle- mefme
Avec tous les appas , & tous les
agrémens ,
Qu'elle laiffe entrevoir aux yeux
defes amans.
A cultiverfon Art flateuſe elle l'ex-.
borte
-GALANT. 139
Et pour l'encourager luy parle de la
(pareil , forte.
Peut eftre qu'eblowy de l'éclat fans
Qui s'épanche en tous lieux du Globe
du Soleil ,
Tupenfes qu'il n'est rien dans l'enceinte
du monde
Qui ne doive fon eftre à fa clarté
feconde.
La Terre dans fon fein renferme
d'autres feux,
Non moins forts & puiſſans , quoy
que moins lumineux ,
Dont les fombres chaleurs plus douces
& plus lentes
Sont l'amour , le foutien , & la force ·
des plantes.
Ces deux feux differens , en joignant ·
leur pouvoir,
Font tout croiftre , & germer , font :
tout vivre & mouvoir.
Mij
140 MERCURE
Il est encore un feu vil , abjet ,
méprisable
Né du fale rebut d'une rustique
étable ,
Mais qui remply de fucs , & de fels
precieux ,
Fait feul plus que la Terre & le
Flambeau des Cieux.
Par fon heureux Secours , joint à
ton industrie ,
Tu peux cueillir des fruits au fein
de ta Patrie
Plus doux , plus favoureux , plus
fins , plus délicats ,
Queue ceux où le Soleil dans les plus
beaux Climats
Aura pendant le cours de fa longue
carriere ,
Répandu tous fes feux , & toute fa
lumiere.
Del Art que tu cheris le fecret
Sauverain
GALANT
141
Eft de fe bien pofter , & fur un bon
terrain .
Il faut connoiftre encor comment
l'Arbre prend vie
Comment il fe nourrit , comment il
fructifie ,
Quelle vertu l'anime , &fi diver
Sement
A tout , fans fe peiner , donne le
mouvement.
Dans l'endroit où le tronc fe joine
à la racine ,
L'ame fait fa demeure , &prend
Son origine.
Lorfque l'Hyver répand fa nége &
fes frimats ,
Elle quite la tige ,& defcend en embas,
Où fage elle travaille à pouffer de fes
fouches,
De nouveaux rejettons , qui comme
autant de bouches
142 MERCURE
Attirent l'aliment , & forment la
liqueur ,
Qui de l'Arbre au Printemps fait
toute la vigueur ;
Qui ranime en montant fon trone
& fes branchages,
Et le couronne enfin de fruits & de
feuillages :
Ainfi c'eft un abus de ne pas retrancher
Ces menus filamens , où l'on n'ofe
toucher:
Dés qu'ils ont veu le jour , auffitoft
ils periffent,
Et dans terre enfouis fe fechent ,fe
moififfent,
Infectent ce qui vit. Loin que
par eux
l'arbre
En repouffe des jets plus fains, plus
vigoureux ,
Il en fent devenir fes forces lan
guillantes ,
GALANT. 143
Et ne prend d'aliment qu'aux raci
nes naifantes.
Tes Peres peu fçavans fe font encor
trompez.
..
Dans l'Artdont les rameaux veulent
eftre coupez.
Quand du milieu de l'Arbre une:
branche nouvelle
S'élevoit fierement ,groſſe , luifante
& belle ,
Elle eftoit confervée , & charmé de
l'avoir
L'ignorant fardinier y mettoit fon
espoir.
Il fautjetter à bas cette jeune infolente:
"""
Qui prend pour fe nourrir tout le
Suc d'une plante.
Ce fuc , dés qu'on la coupe , auffi-toft
rabatu
Aux branches d'alentour partage fa
vertu ,
144 MERCURE
·Repare abondamment leurs forces
presque prefque éteintes,
Et groffit tous les fruits dont elles
font enceintes.
Fen
ne pourrois nombrer les abus
differens ,
où de mille façons tombent les ignorans
.
(paroiftre
Le temps & mes leçons te les feront
Des Arbres cependant traveille à
bien connoistre
Tous les temperamens , & toutes les
bumeurs ,
Leurs chagrins , leurs defirs , leur
Langage , leurs moeurs.
Il faut qu'a demy mot un Fardinier
entende
Ce que dans fes befoins un Arbre
luy demande.
Sa tige , fes rameaux , fes feuilles,
fa couleur
Luy
GALANT. 145
Luy témoignent affez fa joye , ou fa
douleur.
Si dans ces lieuxfacrezj'ay voulu
te conduire ,
Si moy-mefme je prens la peine de
L'inftruire,
Et de te découvrir tant de fecrets
divers .
(que tu fers .
Tu dois en rendre grace au Maiftre
Ce Prince eft mon amour , c'est mon
parfait ouvrage;
Sa bonté, fa valeur , fa force , fon
courage ,
Et tous mes plus grands dons qu'en
Luy j'ay ramaffez,
Auroient fait vingt Heros dans les
fiecles paßez.
J'ay pris le mefme foin deſa Race
immortelle ,
Dont j'ay formé les traitsfur le même
modelle.
Février 1690 .
N
146 MERCURE
Pour l'honneur defes jours j'ay dans
tous les talens
Fait naiftre en mille endroits des
hommes excellens ,
D'éloquens Orateurs
Poëtes
d'ingenieux
( pretes ;
De fes faits éclatans fidelles inter-
Des Peintres, dont tel eft le charme
du pinceau ,
Des Sculpteurs , dont telle eft l'adreffe
du cifeau ,
Que j'aypeine moy- mefme en voyant
leur ouvrages mod de ranke
A me bien démêler d'avecque mon
image.
Je veux que le bel Art qui caufe tous
Creates foins
Leur dispute la palme , & n'excelle
pas moins.
Quand Suivi de fa Cour , & conronné
de glaire
GALANT. 147
LOVIS en defcendant du char de la
Victoires! anes
Viendra fe délaffer aprés mille dangers,
laps zakovost
Dans les longs promenoirs de fes
riches Vergers , wand
Ilfaut que de beaux Fruits en tout
de temps foient couvertes
De ces Arbres feconds les branches
toujours vertes,
Puis qu'en toutes faifons fuivi de
fes Guerriers
Dans le beau champ de Mars ilcueille
des Lauriers . < s
Ainfi la Quintynie apprit de la
Nature
Des utiles jardins l'agreable culture;
De là tant de beaux fruits , de là
nous font venus
Tant d'Arbres excellens autrefois inconnus
,
Nij
148 MERCURE
Ou qui ne fe plaifoient qu'aux plus
lointaines Terres.
De là viennent encor ces admirables
Serres,
Où les Arbres choifis qu'on enferme
dedans ,
Sous un calme éternel font toujours
abondans.
Chez luy , quand l'Aquilon de fes
froides haleines
Fixoit le cours des eaux , & durcif
foit les plaines ,
Dans l'enclos fouterrain de ces tiedes
reduits
De l'Este, de l'Automne on trouvoit
tous les fruits ,
On trouvoit du Printemps toutes les
fleurs éclofess
Et l'Hiver au milieu des Fraifes &
des Rofes ,
Auroit cru n'eftre plus au nombre des
Sailons
GALANT. 149
Si dehors il n'euft veufa neige &fes
glaçons.
Mais quand au Renouveau la diliestre
gente Aurore Flore ,
Redoroit de nos prez les richeßes de
Quand auxjours lesplus chauds on
voyoit dans les champ's
Router fous les zephirs les fillons
ondoyans ,
Ou quand fur les cofteaux, le vigoureux
Automne
Etaloit les raifins dont Bacchus fe
couronne ,
Quel plaifirfut de voir les jardins
pleins de fruits
Cultive de fa main , par fes ordres
conduits ;
De voir les grands Vergers dufuperbe
Versailles ,
Ses fertiles quarrez, fes fertiles
murailles
N iij
150 MERCURE
où d'unfoin fans égal Pomone tous
les ans
Elle-même attachoit fes plus riches
prefens!
Là brilloit le teint vif des Pêches
empourprées ,
Icy le riche émail des Prunes diaprées:
Là des rouges Pavis le duvet delicat;
Icy , le jaune ambré du rouẞâtre
Mufcat ;
3
Tous fruits dont l'eil fans ceffe
admiroit l'abondance 2
La beauté , la groffeur, la difcrete
ordonnance.
Famais fur leurs rameaux également
chargez
>
La main fi fagement ne les euft arby
rangez.
Mais c'eft pen que noftre âge , il-
VINTYNIE
, lufive
Aitprofité des dous de ton raregenie:
GALANTM II
C'est peu que deformais la terre ou
tu nâquis
Foüiffe par tes foins de tant defruits
exquis ,
Tu veux avec taplume agreable &
Sçavante
Tranfmettre tes fecrets à la race.
fuivante ,
Et les faisant paffer à nos derniers
Neveux,
Rendre tous les climats , & tous les
temps heureux.
Je te loue , & du Ciel tu n'eus
tant de lumiere ,
Que pour en enrichir laTerre toute
entiere.
Je vous ay promis de vous
faire graver les Jettons qui
ont cité frapez cette année.
N iiij
12 MERCURE
Je vous tiens parole , & je
vous en envoye une Eſtampe ,
mais il y a une circonstance
à remarquer , qui eft qu'on
n'employe prefque plus de
Deviles fur les matieres épui
fées , parce qu'elles font fouvent
tomber dans des redites
dont le Public ne laiffe pas
de s'appercevoir , quoy qu'-
elles foient en d'autres termes.
Ainfi la plufpart de ceux qui
ont efté choisis pour faire ces
Devifes , ont réfolu de fe fervir
de ce qui fera arrivé de
plus confiderable & de plus
glorieux au Roy dans l'année .
GALANT. 153
Mr de Santeüil , Chanoine
Regulier de S. Victor , dont
le merveilleux genie eft connu
pour tout ce qui regarde
les Infcriptions , les Himnes,
& les Devifes , a travaillé
cette année pour celles des
Jettons du Trefor Royal &
de la Ville . Il s'eft fervi pour
celle du Trefor Royal , du
mont Olimpe dont les Poëtes
ont tant parlé , qui porte fa
tefte au deffus des nuées , &
d'où l'on voit des foudres fe
former plus bas . Jamais le
fommet de cette montagne
n'eſt troublé , & c'est pour
154 MERCURE
cela que les Poëtes ont feint
qu'on y voyoit encore les
cendres des qu'on
Victimes
y a immolées ; & comme fa
tranquillité n'est jamais fujette
à eftre alterée par le moindre
vent , quelques orages
qui paroiffent au deffous de ce
fommet , le Roy a la mefme
tranquillité au milieu des
Ennemis qui l'environnent .
On voit dans le revers du
Jetton , pour marquer cette
tranquillité
, une montagne
dont la tefte eft hors des
nuées ; & des foudres au deffous
, avec ces mots alen- ·
GALANT. 155
tour , tirez de Lucain .
Pacem fumma tenent.
A l'égard de la Devife de
l'Hoftel de Ville , le mefme
M'de Santeüil a voulu montrer
qu'il n'y a rien de plus
glorieux pour le Roy, que de
voir un nombre infiny de
Souverains liguez contre la
gloire de ce Monarque , &
qui ne peuvent en fouffrir
F'éclat .
Lcs Medes eftdent ennemis
des Parthes . Ces derniers
adoroient le Soleil & les
Medes pour infulter leurs
ennemis tirerent des fléches
196 MERCURE
contre cet Aftre , & fouvent
le dépit des ne le pouvoir
atteindre , leur en faifoit décocher
dans l'eau , où l'image
du Soleil eftoit reprefentée
. M de Santeuil a pris le
corps de fa Devife fur la folie
de ces Peuples , qu'il a fait
voir dans le revers du Jetton ,
avec ces mots.
6365 Securus ab alto, 21
Rien n'eft mieux imaginé,
ne marque mieux la grandeur
du Roy , & ne peut faire voir
plus clairement , que les traits
que fes Ennemis décochent
contre luy , feront auffi peu
#
GALANT. I
d'effet que ceux que les Medes
dardaient contre le Soleil , &
contre fon image.31baisia
J'ajouteray icy l'explication
du Jetton des Galeres ,
dont la Devife a sefté faite
par M Gauthier. C'eſt un
Aiglon qui porte la foudre,
avec ces mots d'Ovide .
Quò poftulat ufus.
Ils font tirez de la Harangue
d'Uliffe contre Aiax , où
cet adroit Capitaine voulant
faire voir aux Grecs de quelle
utilité il avoit efté parmy
cux , foit pour le Confeil ,
Loit pour l'Expedition , leur
58 MERCURE
lifoit , Mittor quò poftular
fus. Rien ne fait mieux voir
la fituation de Monfieur le
Duc du Mayne qui ſe trouve
en eftat de fervir également
fur Terre & fur Mer ; fur
Terre , comme Colonel general
des Suiffes ; fur Mer >
comme General des Galeres .
On a reprefenté pour mar
quer cette grande Charge le
Détroit de Gibraltar , avec
une Galere fur la Mediterranée
, & une autre fur l'Ocean
où elles feront deformais en
ufage. Voicy quatre Vers qui'
expliquent en quelque façon
cette Devife.
GALANT. 159
Tremblez, Mortels audacieux,
Toujours prefts à voler fur la
Terre & fur l'Onde .
Contre les Ennemis du plus grand
Roy du monder
Je porte fous fes Loix la terreur
en tous lieux.
On peut ajoûter à cela que
l'efprit de Monfieur le Duc
du Maine a brillé de fi bonne
heure , qu'il y a lieu de croire
qu'il fera comme Uliffe auffi
capable de fervir dans le
Confeil, que dans les Armées ,
où il a déja fait paroistre
beaucoup d'intrepidité, ayant
160 MERCURE
cherché pendant la derniere
Campagne à fe trouver dans
toutes les occafions les plus
perilleuses.
Je laiffe à vos Amis à vous
expliquer les Devifes des autres
Jettons . Je fçay qu'ils s'en
font un plaifir , & que chacun
en prend à deviner le
veritable fens des Auteurs .
Quelque grande occupation
que donnent au Roy les
affaires de fon Etat , & les
ligues
formées concre fa
gloire , & contre le repos de
fes Sujers , il ne laiffe pas de
partager fon temps & fes foins,
GALANT ( 161
3
entre ce qu'exige de luy le
devoir de fon rang , & tout
ce qui peur eſtre utile à ceux
que la
fortune n'a pas regardez
de bon oeil C'est par
cette raifon que Sa
Majeſté
vient de faire publier un
Edit par lequel Elle déclare
qu'ayant toûjours donné fes
foins
pour conferver & augmenter
les biens de l'Hôtel-
Dieu , de
l'Hôpital General ,
& de l'Hôpital des Incurables
de fa bonne Ville de
Paris , Elle avoit dans cette
veue par la Déclaration du
mois d'Aouft 1661. jugé à
Fevrier 1690.
Sea
162 MERCURE
propos d'excepter ces trois
Hôpitaux de la défenſe ge ,
nerale qui eftoit faire e
par
pa
cette Déclaration , à tous les
autres Hôpitaux , Commupautez
Regulieres & Seculieres
de fon Royaume , de
prendre de l'argent à fond
perdu , pour conftituer des
rentes à un denier plus fort
qu'à l'ordinaire ; mais qu'ayant
connu depuis, que cette permiffion
qu'Elle n'avoit refervée
à l'Hôtel - Dieu , à l'Hô
pital General , & à l'Hôpital
des Incurables de Paris ,
pour leur donner moyen
que
GALANT 163
d'augmenter leurs biens , &
par confequent de multiplier
leurs charitez dans la fuite ,
leur devenoit au contraire
tellement préjudiciable
, que
fi elle leur eftoit plus longtemps
continuée , elle pourroit
les mettre entierement
hors d'eftat , non feulement
de
payer
les
arrerages
de ces
rentes
, mais
mefme
de faire
fubfifter
les
Malades
&
les
Pauvres
dont
il fe
trouvent
chargez
par
leur
établiſſement
, Elle
avoit
eftimé
neceffaire
de
défendre
generalement
tous
les
emprunts
O ij
164 MERCURE
fond perdus, tant à ces trois
Hôpitaux qu'au grand Bureau
des Pauvres de Paris . Ainfula
volonté du Roy eft que malgré
l'exception portée par
fa Déclarations du mois
d'Aouſt 1661. les défenfes
faites par cette Déclaration
foient executées felon leur
forme & teneur , à l'égard de
rous des Hofpitaux & Communautez
Regulieres & Se
culieres de fon Royaume , &
meſme à l'égard de l'Hoſtel-
Dieu de Paris , de l'Hoſpital
General de l'Hoſpital des
Enfans trouvez , des Incura
GALANTM 169
bles & du Grand Bureau
en forte que les Adminiſtra
reurs de acest Hofpitaux ene
puiffent prendre aucuno argent
à fond perdural pour
conftituer des rentes viageres ,
à peine de le payer , & d'en
répondre en leurs propres &
privez noms . Il eft auffi défendu
à tous Particuliers de
leur faire aucun preſt de cette
nature , à peine de reftitution
des interefts qu'ils en auront
receus , & de perte de leur
deu à l'exception toutefois
des dons des fommes qui feront
faits à ces Hofpitaux
166 MERCURE
par les Particuliers , à la char
ge de leur en payer les arre
rages leur vie durant, à raifon
du denier vingt. Cet Edit fut
enregistré au Parlement le
6. de ce mois .
Je demeure d'accord que
dans le temps que ces rentes
viageres eftoient préjudi
ciables aux Hofpitaux , elles
eftoient utiles à ceux qui
n'ayant pas fuffisamment de
quoy vivre felon leur qualité ,
ou ne vivant pas affez à leur
aife , abandonnoient leur fond
pour ſe faire un revenu qui
leur puft fournir de quoy fub-
}
GALANT 167
fifter plus commodement .
S'ils n'ont plus le mefme avantage
du cofté des Hofpitaux
, ils le peuvent trouver
du cofté de la Tontine , &
mefme avec beaucoup plus
de feureté puis qu'il n'y a
point de difference de ces
rentes à celles qui font créécs
par le Roy fur l'Hoftel de
Ville , Sa Majesté alienant
-de fes revenus de la mefme
il forte pour les
payer. Mais
y a plus que cette feureté à
celles qui proviendront de
la Tontine , puis qu'outre
qu'elles font à un denier plus
168 MERCURE
confiderable au moment de
leur creation , il eft impoffi
ble qu'elles n'augmentene
chaque année par la mort des
Rentiers de chaque Claffe .
D'ailleurs , il n'y a perfonne
qui ne fe puiffe flater de fe
voir un jour cent mille livres
de rente , fans que pour tous
ces divers & grands avanta
ges , il en coûte plus que pour
les rentes à fond perdu, dont
onaeſté obligé de fupprimer
l'ufage pour le foulagement
des Pauvres des Hofpitaux .
Je vous ay marqué dans ma
Lettre de Janvier combien
cent
GALANT 166
cent écus produiront de revenu
felon la difference des
Claffes Ib metrefte à vous díre
combien de parties de cent
écus il doit y avoir pour chacune
de ces Claffes. Rusia
La premiere & la feconde
depuis un an jufqu'à cinq ,
& depuis cinq juſqu'à dix ,
pour ceux qui ne retirent de
cenc écus que quinze livres de
rente au denier vingt , doivent
fournir chacune deux
millions pour faire cent mille
livres de rente , & ces deux
millions font fix mille fix
cens foixante & fix parties de
Février 1690 .
Р
170 MERCURE
cent écus & deux tiers .
La troifiéme & la quatriéme
depuis dix an
ans jufqu'à
quinze , & depuis quinze jufqu'à
vingt, pour ceux qui retirent
de cent écus feize livres
treize fols quatre deniers de
rente au denier dix -huit, doivent
fournir chacune un
million huit cens mille livres
pour faire cent mille livres
de rente & cette fomme
fait fix mille parties de cent
écus .
و
.
La cinquiéme & la fixiéme
Claffe ,depuis vingt ans jufqu'à
vingt- cinq , & depuis
GALANT 171
Bus,
vingt - cinq jufqu'à trente ,:
pour ceux qui retirent de cent
écus dix - huit livres quinze
fols de rente au denier feize,
doivent fournir chacune un
million fix cens mille livres.
pour faire cent mille livres
de rente , & cette fomme fait
cinq mille trois cens trentetrois
parties de cent écus &
un tiers.
La feptiéme & la huitiéme
Claffe , depuis trente ans jufqu'à
trente- cinq , & depuis
trente- cinq juſqu'à quarante ,
pour ceux qui retirent de cent
éeus vingt & une livres huit
Pij
172 MERCURE
fols fix deniers de rente au
denier quatorze , doivent
fournir chacune un million
quatre cens mille livres pour
faire cent mille livres de rente,
& cette fomme fait quatre
mille fix cens foixante & fix
parties de cent écus & deux
tiers .
La neuviéme & la dixième
Claffe , depuis quarante ans,
jufqu'à quarante- cinq , & depuis
quarante - cinq jufqu'à
cinquante , pour ceux qui retirent
de cent écus vingt cinq
livres de tente. au denier
douze , doivent fournir cha
GALANT. 173
cune un million deux cens
mille livres pour faire cent
mille livres de rente , & cette
fomme fait quatre mille parties
de cent écus .
La onzième & la douzième
Claffes depuis cinquante ans,
jufqu'à cinquante- cinq , &
depuis cinquante - cinq juf
qu'à foixante , pour ceux qui
retirent de cent écus trente
livres de rente au denier dix,
doivent produire chacune un
million pour faire cent mille
livres de rente , & cette fomme
fait trois mille trois cens
trente- trois parties de cent
Piij
174 MERCURE
écus & un demy.
La
treiziéme & la quatorziéme
Claſſe , depuis ſoixante
ans jufqu'à foixante
& cinq,
& depuis foixante & cinq juf
qu'à foixante & dix , & au
deffus , pour ceux qui retirent
de cent écustrente
- fept livres
dix fols de rente au denier
huit , doivent fournir chacune
huit cens mille livres ,
pour faire cent mille livres
de rente, & cette fomme fait
deux mille fix cens foixante
& fix parties de cent écus &
deux tiers .
Toutes ces diverfes fomGALANT.
175
mes font dix - neuf millions
fix cens mille livres , dont le
Roy paye quatorze cens mille
livres de rente , & qui font
foixante & cinq mille trois
cens trente- trois parties de
cent écus & un tiers .
Voicy les noms des qnatorze
anciens Payeurs des rentes
de la Ville , nommez , pár
le Roy pour payer ces Rentes
Viageres.
Le S Robert Perrelle pour
la premiere Claffe.
Le St Jean Amyot , pour la
feconde .
Le St Jean le Droit, pour la
troifiéme . Piiij
176 MERCURE
Le S Simon
Bachelier» pour
la
quatrième.
Le S Pierre Tiffars, pour la
cinquiéme.
Le S ' Patrice
fixiéme.
Defeu » pour la
Le St Etienne Defchamps ,
pour la feptiéme.
Le St Michel Routier pour
la huitiéme .
Le St Jean le Boiteux » pour
la neuvième .
Le St
Claude
Dunoyer, pour
la dixième ..
Le S François Hocart , pour
la onzième .
Le S '
Silvain Tiffars, pour la
douzième .
"
GALANT 177
Le S Fredy, pour la treiziéme.
Le S Roialle , pour la quatorziéme
.
Vous remarquerez que les
divers interefts dont je viens
de vous parler , reduits enſemble
au denier quatorze ,
font juftement la fomme de
dix-neuf millions fix cens
mille livres .
L'Evefché de Chartres ef
tant d'une fort grande étenduë
, & ayant une tres- grande
quantité de Diocefains, le
Roy a cru y devoir nommer
un homme , qu'on ne puſt
178 MERCURE
douter qui ne fuft tres- propre
à prendre foin de ce
grand nombre d'Ouaïlles .
C'eft cette raifon qui l'a porté
à choisir dans le petit Seminaire
de Saint Sulpice , M
Goder de Sandé , Abbé d'I
gny en Champagne , & Directeur
de la Maiſon Royale
de S. Louis à S. Cir , pour luy
faire remplir la place de feu
Mr de Villeroy, dernier Evelque
de Chartres . Cet Abbé
eft d'une naiffance diftinguée
& d'une vie exemplaire .
Le 21. du mois paffé , Mr
l'Archevelque de Paris fit la
GALANT. 179
ceremonie de la Benediction
de Madame Elizabeth d'Abrideourt
, Abbeffe des Dames
Religieufes Angloifes
Benedictines de Pontoife, qui
fut affiftée dans cette Ceremonie
, par Madame la Princeffe
Loüife Palatine , Abbeſſe
de l'Abbaye Royale de Maubuiffon,
& par Madame l'Abbelle
de Pantemon . Cette Benediction
fut faite avec beaucoup
de folemnité dans l'Eglife
Paroiffiale de S.Germain
en Laye , en preſence de la
Reine d'Angleterre , & d'une
nombreuſe Affemblée.Sa Ma180
MERCURE
jefté Britannique fit enfuite
l'honneur à la nouvelle Abbeffe
de la remener au Chaſteau
dans ſon Carroffe, aprés
quoy elle traita fort fplendidement
dans l'appartement de la
Ducheffe de Powis , les trois
Abbeffes, la Soeur Ignatia Fits-
James , qui avoit elté menée
à cette Ceremonie par ordre
exprés de la Reine , & les autres
Religieufes affiftantes . Sa Majefté
cur la bonté de leur tenir
compagnie à table ; aprés quoy
elle fit remener la nouvelle
Abbeffe à Pontoife dans fes
Carroffes , comme elle l'avoit
f
GALANT. 181
fait amener le jour precedent.
Cette Abbeffe fuccede dans le
gouvernement de cette Mai
fon à Madame Anne de Neville
, Fille du premier Baron
d'Angleterre , qui mourut le
15. Decembre dernier dans fa
quatre vingt - quatriéme année
. C'eftoit une Dame d'une
tres grande vertu , qui aprés
avoir demeuré trente trois
ans dans le Convent des Benedictines
Angloifes de Gand,
où elle avoit fait profeſſion,
eftoit venue à Pontoife par
l'ordre de fes Superieures . Elle
n'y avoit pas encore paffé une
182 MERCURE
année entiere , lors qu'elle fut
éleuë Abbeffe par les fuffrages
de toute la Communauté .
Elle a rempli les devoirs de
cette Charge pendant vingtdeux
ans avec une exactitude
entiere à faire obferver la
Regle , mais en mefme temps
avec une honnefteté qui luy
faifoit gagner tous les coeurs,
en forte que chaque Religieufe
la refpectoit comme la Superieure
, & l'aimoit conme
fa Mere. Elle avoit une grandeur
d'ame qui luy faifoit
fupporter les afflictions les
plus rudes fans le moindre
GALANT 183
•
abattement , & l'on a remarqué
d'elle que jamais perfonne
n'eft venu luy communiquer
fes troubles d'efprit,
dans quelque facheufe extrémité
qu'il ſe ſoit trouvé , qui
ne l'ait quittée plein d'une
confolation au delà de tout
ce qu'il en avoit pû attendre .
Ce court éloge ne fe pouvoit
refufer à une auffi grande
vertu que la fienne.
Le grand nombre de Mendians
qu'on a vûs depuis peu
dans la Ville de Paris , a
donné lieu à un Arreft du
Parlement qui vient d'eftre
184 MERCURE
publié . Ce qui feroit voir la
mifere d'un autre Etat , ne la
marque point à Paris , mais
bien la grandeur de cette
Ville , qui paroift renfermer
un monde entier . La débauche
y appauvrit les uns » la
vanité y ruine les autres ; on
ne s'y connoift point aflez à
caufe de la multitude . On
prefte à qui ne peut jamais
s'acquiter , & cent chofes y
rendent malheureux
dant qu'un grand nombre
d'autres y font faire fortune..
La plufpart de ceux qui fe
laiffent accabler par la necef-
, penGALANT.
185
fité font gens fans coeur ,
qui fe repolent fur les gran
des charitez qu'on fait à
Paris , & qui fe trouvent fi
bien du meftier de Gueux ,
qu'ils ne peuvent plus l'abandonner
. Il y auroit de quoy
faire plufieurs volumes de
l'infolence de ces fortes de
Gueux , de ce que pluſieurs
ont gagné , de leurs débauches
fecretes , & de ce que
quelques uns ont donné en
mariage à leurs Filles . Enfin
il y a des Gueux abonnez
y..
dont
dans des quartiers
d'honneftes gens pourroient
Fevrier 1690.
196 MERCURE
envier la fortune , fi leurs
biens n'eftoient point acquis
de la maniere du monde la
plus baffe , & la plus indigne
d'une perfonne de coeur. La
Guerre a fervy de pretexte à
beaucoup de ces lâches Faineans
qui ne gueuloient pas ,
& comme elle fait quelquefois
des miferables , ils ont
cru qu'on feroit plus aiſément
perfuadé de leur neceffité
dans ce temps- cy que dans
un autre. Leur nombre s'eft
accru par ce que le hazard a
fait , que juftement dans le
mefme temps , les fonds des
GALANT 187
Hofpitaux ont fouffert un peu
de diminution . Ainfi les vrais
Gueux s'étant trouvez meflez
avec les faux , il ne faut pas
s'étonner fi le nombre en a
paru fi grand. Le remede y
a efté bien toft apporté
par
le Parlement . Mrs les Gens
du Roy eftant entrez le onziéme
de ce mois , M' Talon,
Avocat General de Sa Majefté
, porta la parole , & dit
avec l'éloquence
qui luy eft
ordinaire
Qu'on avoit veu
depuis quelques mois la mendicité
fe renouveller
à Paris
avec plus de licence qu'elle
Qij
188 MERCURE
ne s'eftoit jamais pratiquée
avant l'établiffement de l'Hôpital
General ; que la diminution
des revenus cafuels , &
la ceffation prefque entiere
des charitez avoient efté la
principale cauſe de ce defordre
, parce que l'Hospital
manquant de fond pour faire
fubfifter tous les Pauvres
qu'on y avoit enfermez , &
ne pouvant continuer à faire
la dépenfe d'entretenir un
nombre d'Archers fuffifant
pour arrefter les Pauvres qui
demandoient l'aumofne publiquement
, le nombre s'en
"
GALANT 189
eftoit accru à l'infiny ; que
par là la devotion fe trouvoit
bannie des Eglifes , l'attention
que les Fidelles doivent
aux Miſteres auguftes
qui s'y celebrent , eftant troublée
par des importunitez
continuelles , des plaintes &
des murmures qui paffoient
quelquefois jufqu'aux injures;
qu'il eftoit impoffible d'exprimer
combien il fe commettoit
par là de fcandales ,
de crimes, & d'abominations
à l'entrée , & mefme dans
l'interieur des Eglifes ; que
la hardiffe de demander dans
190 MERCURE
les rues , eftoit mefme accompagnée
de menaces , &
qu'outre le libertinage qui
regne parmy les gens de
cette profeffion , ils ſe mêloient
fouvent avec les Voleurs
, & que n'y ayant guere
de mauvaiſes actions dont
ils ne fuffent capables , cette
confufion pouvoit avoir des
fuites facheufes , & produire
des accidens funeftes fi elle
eftoit tolerée ; que le Roy
qui n'eft pas moins recommandable
par fa pieté que
par fa fageffe , s'eftoit auffitoft
determiné de les féGALANT.
19
A
courir , & d'empefcher leur
chute en leur donnant le
moyen de ſubſiſter ; que les
ordres de Sa Majesté eftant
executez par les foins & l'application
infatigable des Magiftrats
qui font à la tefte de
l'adminiftration des Hôpi
taux , on n'avoit pas à douter
qu'ils n'euffent un veritable
fuccés ; que cependant comme
le plus grand nombre des
Mendians dont on voyoit
Paris accablé, eftoit compofé
de Faineans & de perfonnes
valides de l'un & de l'autre
Sexe, qui pouvoient vivre du
C
1
192 MERCURE
travail de leurs mains , ces fortes
de gens qui fe déguifoient
& qui feignoient des maladies
imaginaires pour s'attirer la
compaffion , ne pouvoient
eftre punis trop feverement,
lors qu'ils continuoient à vo
ler les aumônes qui auroient
dû eftre portées aux Hôpitaux
pour y nourrir les veri
tables Pauvres , & qu'ils per
feveroient à faire le métier de :
Gueux ; que les Ordonnances
vouloient qu'à la troifiéme
recidive ils fuffent punis del
la peine des Galeres , & quer
pour ofter toute excufe à leur
pareffe
GALANT. 193
pareffe , Mle Prevoft des
Matchands alloit par ordre
du Roy faire ouvrir un Attelier
public , où l'on donneroit
le moyen de travailler à
ceux qui ne trouveroient
point ailleurs de l'employs
que les Pauvres invalides originaires
de Paris , feroient
nourris dans l'Hôpital , &
qu'il falloit exhorter les autres
de tetourner s'il effoit
poffible , dans leurs Provinces
, & que l'Hofpital mefme
leur en fournift les moyens ;
qu'aprés tout l'Hofpital les
ayant accueillis , la charité
Fevrier 1690.. R
7494 MERCURE
des Adminiftrateurs ne fouffairoit
pas qu'ils mouruffent
de faim; que l'on devoit eſpe
rer que le bon ordre qui alloit
s'y établir , rendroit les aumônes
plus abondantes; mais
qu'aprés tout , il eftoit d'une
neceffité indifpenfable de
bannir la mendicité , & pour
cela , de renouveller & faire
publier de nouveau les Reglemens
de Police contenus
dans les Lettres du Roy, d'Etabliſſement
de l'Hoſpital General
, & dans les Declarations
qui avoient efté faites
de temps en temps ; que quels
"
GALANT JOS
Ados
ques juftes & falutaires que
puffent eftre ces Loix , elles
n'auroient qu'avec peine une
entiere execution , fi on ne les
appuyoit par des exemples
ade feverité; que c'eft ce qu'on
attendoit de la vigilance du
Lieutenant de Police , qui affifté
des Officiers du Chafte
let , devoit
prononcer par
jugement en dernier reffort
lechaftiment
qu'impofent les
Ordonnances aux gens de
cette profeffion , qui effoient
affeurément des vagabonds ,
& qui n'avoient point de domicile
certain .. Ms les Gens
Rii
196 MERCURE
du Roy requirent enfuite
qu'il fuft ordonné que les
Edits, Declarations Arrefts , &
Reglemens intervenus contre
les Mendians feroient executez
, & qu'il feroit pourveu
au furplus fuivant les conclufions
par eux priſes . Ce faifant
, que tous Mendians valides
, tant hommes que femqui
n'eftoient pas natifs
de la Ville & Fauxbourgs de
Paris , feroient obligez d'en
fortir huit jours aprés la publication
qu'on feroit de
l'Arreft du Parlement , &
de fe retirer dans leur Pays
mes,
GALANT. 197
fans s'attrouper , fi les hommes
qui fe trouveroient capables
de porter les armes,
n'aimoient mieux prendre
párty dans les Troupes du
Roy, & qu'aprés ce temps
palle , les Mendians valides
3
feroient arreftez , & ceux qui
feroient âgez de feize ans &
au deffus enfermez pour la
premiere fois pendant quinze
jours , dans les Maifons de
l'Hôpital General , pour y
travailler comme il feroit
otdonné par les Directeurs
de cet Hôpital , & qu'en cas
qu'ils fuffent repris mendiant
Rij
198 MERCURE
dans la Ville & les Fauxbourgs
de Paris , ils feroient renfer
Homois dans
mez pendant un mois
ces mefmes Maifons ; que fi
aprés en eftre fortis pour la
feconde fois , ils eftoient retrouvez
mendiant ,ils feroient
conduits au Chafteler, & condamnez
par le
Lieutenant
General de Police , avec les
Officiers du Chafteler , aux
peines portées par les Ordonnances
; que les Mendians invalides
qui
la Ville Fauxbourgs & Banlieuë
de Paris , en fortiroient
dans le mefme temps de hui
Eoient
p
de
GALANT. 199
taine , à peine pour la premiere
fois qu'on les trouveroit
mendiant , d'eltre ef d'eftre enfer
mez pendant quinze jours
dans les Maifons de l'Hôpital
General , & pour la fecon .
de , d'eftre punis ainfi qu'il
appartiendroit , mefme d'y
eftre renfermez pendant leur
vie , s'il eftoit ainfi ordonné
par les Directeurs de co
Hôpital : & qu'à l'égard des
Mendians valides de la Ville
, Faux - bourgs & Banlieue
de Paris , ils feroient obligez
d'aller travailler dans
Les Acteliers qui feroient
cet
R iiij
200 MERCURE
$
ouverts pat le Preyoft des
Marchands , & à cet effet , de
s'enrôler fur le Registre qui
feroit tenu en l'Hoftel de
Villesfous les peines cy- def
fus contre les autres Mendians
valides que les Mendians
invalides , & tous ceux
qui n'eftoient pas en eftat de
fubfifter , natifs de la Ville &
des Fauxbourgs de Paris , fe
retireroient par devers les Curez
& les Commiffaires , des
Pauvres de leur Paroiffe , ou
au Bureau de l'Hôpital General
pour leur eftre pourveu ;
que défenfes feroient faites à
A
GALANT. 201
toutes perſonnes, de quelque
qualité qu'elles puffent eftre,
de mendier dans les Eglifes &
ailleurs , & à toutes perfonnes
de donner l'aumône à aucun
Mendiant, à peine de qua re
livres d'amende payables fans
déport; qu'il feroit pareillement
défendu de troubler les
Archers dans leurs fonctions ,
à peine de punition exemplaire
, avec ordre à tous les
Officiers de Police , & particulierement
aux Commiffaires
& Sergens du Chaftelet
de leur donner main forte , 7
& d'arrefter & faire arrefter
202 MERCURE
ceux qui feraient quelques
violences ou apporteroients
empefchement aux captures
que les Archers des Pauvres
voudroient faire , & d'en rendre
compte fur le champ an
Lieutenant de Police , afin
que l'on y pourveuft. M™ les
Gens du Roy s'eftant retirezs
& la matiere ayant efté mifer
en deliberation , le Parlement
fuivit leurs Conclufions dans
l'Arreſt qu'il fit publier le
lendemain .
"S
bust
1. Jamais rien ne fut mieux
digeré , & ne fit mieux voir
le foin que l'on prend des
GALANT 2030
Pauvres. Ils ont mefme une
avantage qui eft grand & fingulier
pour des malheureux ,
qui eft celuy de pouvoir choifir
leur employ puis qu'il
leur efts permis d'aller à la
Guerre , & de travailler dans
les Atteliers de la Ville , que
le Roy a la bonté de faire ouvrir
pour les foulager . Ce genereux
& rendre Monarque
a efté plus loin , & il a trouvé
le moyen d'augmenter le
fond des Hôpitaux , afin que
que tous les Pauvres y puiffent
eftre entretenus , quelque
grand qu'en foit le nombre.
204 MERCURE
M de laGaroufte Gontel ;
de la Ville de Saint Coré
dans le Vicomté de Turenne
, connu par ce grand
Miroir concave qui eft àl'Obfervatoire
, dont il fit prefent
au Roy il y a quelques années
, doit produire au premier
jour trois Machines d'une
invention merveilleufe &
d'une fortgrande utilité , particulierement
deux .
La premiere eft un inftrument
de Mufique , auquel if
a donné le nom de Pandolyre
, parce qu'il renferme
tous les divers inftrumens qui
GALANT. 205
peuvent entrer dans un Concert.
Cette Machine eft com
pofée de plufieurs Claveffins
rangez les uns fur les autres ,
qui par leur differente har
monie , imitent fi parfaite
ment le fon des Luts , des
Thuorbes , des Claveffins ,
des Violes & des Violons ;
qu'on en diftingue les ac²
cords de toutes les parties
fans la moindre confufion.
Deux Jeux d'Orgues complets
, l'un plus grand , placé
dans la bale de la Machine ,
l'autre plus petit , pofé au
plus haut du frontispice ,
206 MERCURE
tiennent lieu de Flutes y de
Haut bois , de Trompettes ,
& d'autros Inftrumens , avec
cela de particulier , que les
Soufflets du plus grand ne
paroiffent point , & que le
plus petit n'en a pas befoin.
Ce qu'il y a de plus fingulier
dans cette Pandolyre , c'eſt
que les Inftrumens dont elle
cit compofée répondent tous
à un feul Clavier d'un Cla
veffin ordinaire, de forte qu'il
fuffit de le fçavoir toucher ,
¿ pour faire jouer tous les Inftrumens
enfemble, & chaque
Inftrument en particulier. Il
t
GALANT. 207
n'y a pas jufqu'aux ornemens
qui fervent de décoration à
la Machine , qui ne paroiffent
animez. Les Termes qui la
foutiennent femblent chan,
ter leur partic. Ils font en
effet tous les mouvemens des
perfonnes qui chantent . Apollon
joüant de fa Lyre , &
les neuf Mufes y font repre
fentées avec les differens Inf
trumens de Mufique que la
Fable leur attribué. Elles les
touchent avec tant de jufteffe
& d'artifice dans le temps
feulement que ces Inftrumens
fe font entendre , qu'on di-
2
208 MERCURE
roit que toute l'harmonie eſt
un effet de l'action qu'on
leur voit faire. Enfin rien ne
manque de tout ce qui peut
contribuer à la
magnificence
de cette Machine , qui eft affeurément
l'ouvrage le plus
ingenieux qu'on ait jamais
veu de cette nature.
Les deux autres Machines
que le mefme Auteur nous
propofe, font d'un plus grand
ufage pour le fervice de l'E
tat. L'une eft une espece de
mouvement perpetuel , par
le moyen duquel il augmente
les forces d'une maniere fi
GALANT 209
prodigieufe , qu'il n'y a point
de poids qu'il n'entraîne &
qu'il n'enleve avec beaucoup
de facilité. Cependant la Machine
eft tres fimple dans fa
compofition , qui a encore
cela de particulier fur toutes
les autres Machines qui ont
paru jufques à prefent , que
contre tous les principes , ce
femble , de la Statique , fans
perdre un moment de temps,
on luy multiplie la force à
l'infiny, & elle fait autant dans
fon mouvement retrograde .
que dans le mouvement direct
.
Fevrier 1690.
S
218 MERCURE
,
L'autre Machine eft d'un
fecours tres confiderable pour
les deffablemens des Potts de
mer. M de la Garoufte s'eni- Mde
gage par le moyen de
à
cette
nouvelle Machine
faire
deux mille fois plus d'ouvrage
en une heure fans multiplier
les forces , qu'on n'en
fait avec la Machine dont on
a accouftumé
de fe fervir . Si
le fuccés répond à ce qu'on
écrit & dit de ces trois Machines
, comme il n'y a aucun
Outer
aprés
ce
fujet d'en
qu'on a déjà veu de M de la
Garoufte , qui n'eft point un
4
GALANT 21
Era
Charlatan , mais un Gentilhomme
d'honneur qui ne
s'eft appliqué à ces Ouvrages
que pour fon plaifir , fans
avoir jamais étudié les Mcchaniques
, on doit avoüer
que perfonne n'a plus de genie
que luy puis qu'il a tiré
rout ce qu'il a fait de fes propres
reflexions.
On a eu avis que le S Jean
Baptifte Tavernier , fameux
Voyageur , eft mort à Mofcou
au mois de Juillet der- e Juillet dernier
âgé de quatre vingtneuf
ans. Il eftoit. Fils d'un
Geographe fort chimé enfon
Sij
212 MERCURE
temps , & avoit fait fix voya
ges aux Indes par terres &
en eftoit revenu une fois par
mer . Commeil n'avoit jamais.
veu la Mofcovie , il prir cette
route en retournant aux Indes
pour la feptiéme fois . Il
prétendoit y recouvrer une
cargaifon qu'il y avoit envoyée
fous la direction du S
Pierre Tavernier fon Neveu ,
dans laquelle plufieurs per
fonnes de Paris eftoient in
tereffées . Elle montoit à deux
cens vingt-deux mille livres
d'achat en France , qui de
voient avoir prodųit plus
&
GALANT 213
d'un million . M Tavernier ,
au retour de fon dernier voyagedes
Indes racheta la Ba-
Lonnie d'Aubonne en Suiffe ,
qu'il vendit il y trois ans à
M. le Marquis du Quefne ,
Fils aifné de M du Quefne ,
Lieutenant General des Armées
Navales de France. Lo
S& Mercier , Commis de M
Tavernier , eft auffi mort aux
Indes au mois de Septembre
dernier , lors qu'il fe prepa
roit à venir à Hifpahan joindre
fon Maistre, qui luy avoit
donné rendez vous en Perfe ,
où il luy rapportoit de grands
214 MERCURE
retours de fon Voyage. M
Taverniera fait imprimer une
Relation de fes Voyages que
l'on a trouvée fort curieufe
& en a donné une au Public
de l'interieur du Serrail , qui
a efté d'autant plus recherchée
, que fort peu d'Auteurs
en ont écrits, parce que l'entrée
du Serrail eftant défenduë
, il eft extrémement dif
ficile d'en fçavoir de verita
bles nouvelles .
Jay à vous apprendre une
autre mort , qui vous fera rela
greter perte que les Gens
de Lettres ont faite icy deGALANT
215
puis peu de jours. C'est celle
du fameux M¹ Miton , dont
euſçay que ela reputation
vous cft connue . Il avoit efté
Treforier Extraordinaire des
Guerres, & il y avoit plus de
vingt ans qu'une facheufe pas
ralyfie luy faifoit garder le lit.
Quantité de perfonnes de la
Cour & d'un rang tres-diftingué
qui avoient pour luy beaucoup
d'eftime , luy rendoient
des vifites fort frequentes
pour le plaifir de jouir de fa
converfation. Il eftoit fort
éclairé , fçavoit bien la langue
, & les plus beaux Oul
216 MERCURE
量
爨
vrages qu'on ait imprimez
depuis un fort grand nombre
d'années ,luy ont efté appor
tez en manuſcrit pour en
avoir fon avis , avant qu'on
les ait donnez au Public. Il
en jugeoit fainément , & fa
critique eftant toûjours auffi
honnefte que judicieufe , les
plus indociles y deferoient
fans murmure ; & fe faifoient
un plaiſir d'en profitere see
Quoy qu'on tienne que
l'amour eft une paffion violente
qui entraîne en dépit
que l'on en ait , & à laquelle
il n'eft pas poffible de refifter
,
GALANT: 1 217
fter , l'intereft ruine fouvent
les plus belles unions , & fait
negliger un état de vie heureux
par la feule confideration
d'augmenter une fortuqui
eftant déja affez établie
, ne sçauroit contribuer à
nous faire vivre plus tranquillement
.Aufficeux qui ont
le foible de luy facrifier touts
ont prefque toujours fujer de
s'en repentir , & l'avanture
dont je vais vous faire part
en eft une preuve . Un Cavalier
auffi riche que bien fait,
& ayant des manieres enga
geantes qui luy faifoient faire
Février 1690 . T
218 MERCURE
beaucoup
de conqueſtes
vint un jour chez une Dame,
où ibrencontra
une jeune De
moiſelle d'une beauté furprenante
, & dont il fut ébloüy.
Il la regarda attentivement
,
luy adreffa fouvent la parole,
& connut par les réponses que
fon efprit répondoit
aux
avantages
qu'elle avoit receus
de la nature. Il ne put fortir.
de chez la Dame fans fçavoir
qui elle eftoit. La Dame ne luy
répondit rien autre chofe finon
qu'elle cftoir fat Parenter
qu'elle la confideroit
comme
un tresor qu'on luy avoit mis
GALANT.M219
entre les mains , & qu'ayant
le pouvoir d'en difpofer , elles
ne s'en déferoit que pour
celuy qui s'en rendroit der
plus digne qu'elle avoit
déja à choifir dans un grand
nombre , & qu'elle eftoit res
folue de ne rien précipiter ,
afin que fon choix fuft plus
digne d'elle. Le Cavalier qui
eftoit fenfible à la beauté ,
devint bientoft un des Pretendans
les plus affidus. Illuy
trouvoit un agrément admi->
rable , & les moindres cho
fes qu'elle difoit ou faifoit ,
avoient un charme pour luy
>
Tij
220 MERCURE
qui augmentoit
tous les jours
l'amour
qu'elle commençoir
!
à luy infpirer. Il propofoic
fouvent
des parties afin de la
dérober à fes Rivaux ; & la
Dame qui s'appercevoit
de
cet amour, & qui ne cherchoit
qu'à le conduire
à une
declaration
p parce que ce
mariage
cuſt accommodé
la
Belle , en ufoit pour luy avec
tant de complaifance
, qu'il
ne fouhaitoit
aucune
chofe
qui puft luy eftre accordée
,
fans qu'il cuft fujet d'eftre
content. Ceux qui voyoient
l'attachement
qu'il prenoit
"
GALANT. 221
Pex
..
pour cette aimable perfonne,
ne doutoient point qu'il ne la
duft époufer , & lors qu'il
difoit à fes Amis que la Dame
s'eftoit contentée de l'affuter
qu'elle eftoit d'une Maiſon
fort confiderable , fans avoir
voulu defcendre dans le détail
de fon bien , ils luy repondoient
que quand elle en
auroit peu, il avoit efté fi bien
partagé de la fortune , qu'il
devoit faire fa gloire d'abandonner
un foible intereft
pour une belle Perfonne, qui
luy feroit obligée de la vie
douce & commode qu'elle
T iij
222 MERCURE
1
meneroit en l'époufant . Lors
qu'il eftoit échauffé par ces
raifons, il n'écoutoit plus que
fon amour , & il faifoit à la
Belle les plus tendres prote
ftations que puiffe faire un
Amant lors qu'il a le coeur
veritablement . touché. La
Belle qui connoiffoit que le
* party luy eftoit avantageux,
profitoit de ces momens par
tout ce que la bien -feance
permettoit qu'elle luy dift de
flateur ; & la Dame qui cherchoit
de fon cofté à mettre
l'affaire en eftat de fe conclurre
, ménageoit ſi bien toutes
GALANT. 223
N
"
les occafions qu'il luy donnoit
de luy parler un peu
fortement , qu'enfin elle l'obligea
de luy avouer qu'il
eftoit le plus amoureux de
tous les hommes , & que fon
bonheur dépendoit abfolument
de la poffeffion de la
Belle. Il eftoit aifé de le fatisfaire
; il ne falloit pour cela
que figner un Contrat de
mariage , auquel on le pouvoit
affurer qu'il n'y auroit
nul obftacle à craindre.
Comme il témoigna qu'il y
eftoit refolu , il fut question
de luy apprendre plus parti
Tiiij
224 MERCURE
culierement la Maiſon dont
elle eftoit. Il convint, quand
on la luy cut nommée, qu'on
la mettoit entre les meilleures
de Normandie , mais il fut
frapé en mefme temps de ce
que les Filles de cette Province
n'avoient pour tout bien qu'-
une fomme, ordinairement affez
mediocre, qu'on leur donnoit
en les mariant . La Belle
n'avoit ny Pere ny Mere, mais
deux Freres feulement , qui
joüiffoient chacun d'une Terre
noble ; l'une de dix millelivres
de rente, & l'autre de huit.
La Dame affeura le Cavalier
GAUANTM 225
qu'ils aimoient leur Soeur , &
qu'elle fçavoir qu'ils en ufe
roient pour elle en honneftes
gens . Elle fe chargea de leur
écrire , & tout ce qu'elle put
obtenir de l'un & de l'autre ,
ce fur qu'ils luy donneroient
vingt mille francs , qui feroientpayezargent
comptant .
Cela refroidir un peu le Cavalier
. Cependant il ne voyoit
rien de fi accomply que la
Demoiselle . Sa beauté eftoit
le moindre de fes avantages
.
L'efprit l'humeur ,
tout
charmoit en elle , & malgré
fon avarice , l'amour l'auroit
226 MERCURE
emporté fur l'intereft , fi dans
le mefme temps qu'il fe preparoit
à finir l'affaire , on ne
fuft pas venu luy parler d'une
Fille qui n'avoit qu'une naiffance
commune , mais dont
on faifoit monter le bien à
quarante mille écus . Il ne pût
fermer l'oreille à la propofition.
Il l'écoûta , entra dans
des pourparlers , & fe laiffa
conduire chez la Demoifelle
dont il s'agiffoit. Elle n'eftoit
ny belle ny laide ; mais, ce
qu'il ne fçavoit pas , & dont
il ne prit aucun foin de s'informer
, elle eftoit d'une hu
GALANT 227
མི་
P
meur impéricufe , bizarre ,
inégale , & il cuft cfté fort
difficile de la contenter. Le
Cavalier qui donna dans cette
affaire parce qu'il voyoir du
bien , alla plus rarement chez
la Belle. Il avoit toûjours
-quel que faux- fuyant pour ne
pas figner fi - toft les articles
dont on tâchoit de le faire
convenir , & le deffein qu'il
avoit de fe dégager paroiffant
viſible , il apporta de fi méchantes
raifons pour excufer
fa conduite , que la Dame
s'échapa à quelque parole
brufque , qui luy fervit de
228 MERCURE
pretexte pour fe retirer . On
apprit bien - toft le nouvel engagement
où il s'eftoit mis ,
& comme il rompoit de méchante
grace , onfut faché de
ne l'avoir pas traité plus fierement.
La Belle ne marqua
aucun chagrin de cette rupture
, & foit qu'elle contraigrift
fes fentimens , foit qu'en
effet elle fuft demeurée
toujours
dans l'indifference
, il
ne parut aucun changement
ny dans fon humeur ny dans
fes manieres. Le Cavalier fe
maria peu de jours aprés , &
elle receut cette nouvelle fans
GAL ABET 229
on
la moindre émouön . Si elle
Feuft afzaltime pour s'en
fâcher , elle en cult efté pleinement
vangée , puis
publia prefque auffi - toft qu'il
vivoit avec fa Femme dans
un defordre à faire pitié
C'eftoit un efprit que la raifon
ne gouvernoit point .Elle
fe plaignoit fans ceſſe , abufoit
des honneftetez que
Mary employoit pour la gagner
, vouloit à toute heure.
des chofes injuftes , & ne luy
laffoit aucun repos. Jugez
s'il cut fujet de le repentir
de n'avoir pas époufé la Belle,
fon
230 MERCURE
mais s'il l'eut alors , parce
qu'il avoit perdu une perfonne
toute aimable , dont la
douceur l'euft rendu heureux ,
il l'eut beaucoup davantage.
fix mois aprés , lors qu'il
la vit heritiere de fes Freres.
Ils avoient tous deux employ
dans les Troupes. Le Cadet,
aprés avoir effuyé de grandes
fatigues, fut pris d'une fiévre
qui l'emporta en huit jours ;
& l'Aifné fut tué profqu'en
mefme temps dans une entreprife
, où il avoir eſté commandé.
La Belle devint par là
un Parry fort riche , & un
*
こ
GALANT 231
·
homme de fort grande qualité
qui l'époufa , la mit dans
un rang tres- confiderable.
Le Cavalier , malheureux
de
plus en plus ne put fonger
qu'il n'avoit tenu qu'à luy
d'eſtre en la place de l'heu
reux Epoux qu'elle avoit
choifi , fans tomber dans un
chagrin qui ne l'abandonna
plus . Sa Femme luy devint
encore plus infupportable
, &
leurs brouïlleries
allerent fi
loin, qu'il fallut enfin venir à
la feparation. Ainfi il eſt marié
fans avoir de Femme , & les
quarante mille écus dont il
222 MERCURE
+
seft imprudemment laiffé éblouir
, luy ont fait perdre
dix - huit mille livres de rente ,
Je reviens aux Morts , dont
l'avanture que je viens de
vous conter a interrompu l'ar
ticle. Celle de Dame Loüife
de Montholon eft arrivée de
puis peu dans fa cinquantedeuxième
année. Elle eftoir
Femme de Meffire Denis de
la Haye , Seigneur de Vantelet
, Ambaffadeur pour Sa
Majefté à Venife . Vous ne
douterez point qu'elle n'euft
beaucoup d'efprit , quand je
vous auray appris qu'elle enGALANT233
JIPM
tendoit les Langues , & qu'elle
parloit Latin Grec , Turc ,
Efpagnol & Italien , M' de la
Haye fon Mary a efté cydevant
Ambaffadeur pour te
Roy vers le Grand Seigneur ,
& employé en plufieurs Negociations
d'Etat vers les
Princes Etrangers , où il a
fait connoiftre qu'il fuccedoit
au merite de feu M de
la Haye Vantelet fon Pere ,
quia efté tres- longtemps auffi
Ambafladeur pour le Roy au
Levantine1/sh
mengel
La Maifon de Montholon
eft tres ancienne . Elle tire fon
V Fevrier 1690 .
234 MERCURE
Origine des Seigneurs de la
Chaltelenie de Montholon
,
prés d'Authun en Bourgogne
,
dés l'année 1213 que vivoit
Jacques Seigneur de Montholon
, qui fit des fondations
en l'Eglife Cathedrale
d'Authun . Guillaume , Seigneur
de Montholon , qui
vivoit en 1326. eftoit Pere de
Guillaume de Montholon ,
que le Pape Clement VI . fit
Cardinal , & qui mourut en
1355. cftant à Rome . Nicolas ,
Seigneur deMontholon , Frere
de ce Cardinal , continua la
pofterité de cette Maifon .
1
GALANT
235
Triflan , Seigneur de Montholon
fon petit Fils , fut
tué à la Bataille d'Azincourt
l'an 1415. commandant la Cavalerie
: Son Fils , Jean , Scigneur
de Montholon, épouſa
Anne d'Aubuffon , Soeur de
Pierre d'Aubuffon , Cardinal ,
& Grand Maiftre de l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem .
Un de leurs Fils , Charles de
Montholon, Chevalier de cet
Ordre , fe fignala fous le
Grand Maiftre d'Aubuffon
fon Oncle , au Siege de Rhodes
en 1480. Eftienne de Montholon
, fon Frere , époufa
Vij
226 MERCURE
Marie de Ganay Soeur de
Jean de Ganay Premier Prefident
au Parlement de Paris,
puis Chancelier de France.
Ce Mariage donna la naiffance
à Nicolas de Monthōlon
, Avocat General au Parlement
de Bourgogne , le
premier de cette Maiſon qui
embraffa la profeffion de la
Robe par le conſeil de fon
Oncle le Chancelier de Ganay.
Il fut Pere de François
det. Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers prés Paris ,
Avocat General , puis Prefident
au Mortier au Parlement
&
GALANT. 237
de Paris , & Garde des Sceaux
del France & de Bretagne
decedé en 1543 quis époufa
Marie Boudet , Niece de Michel
Boudet , Evefque & Duc
de Langres , Pair de France.
Leur Fils fut François de
Montholon II . du nom , Seigneur
d'Aubervilliers , auffi
Garde des Sceaux de France ,
mort en 1591. Il fe maria en
1551. avec Genevieve Chartier,
de l'ancienne Famille des
Chartier
Seigneurs
d'Alainville
, iffue des anciens
Fondateurs de la Maifon &
College de Boifly à Paris ,
228 MERCURE
31
laquelle Famille des Chartier
abdonné un Evefque
de Paris , plufieurs Confeillers
au Parlement, & l'illuftre
Alain Chartier , fi renommé
pour les Ouvrages confiderables
qu'il a mis au jour . Du
mariage de François de Montholon
, fecond du nom , &
de Genevieve Chartier naquit
Jean de Montholon, Scigneur
d'Aubervilliers , Confeiller
d'Eftat , qui époufa
Louiſe Colin , Fille de Remond
Colin , Confeiller au
Parlement. Jean de Montholon
fut Pere de François de
"
GALANT 239
{
· Montholon , Seigneur d'Aubervilliers
, Doyen des Avocats
du Parlement de Paris ,
où il a paru avec une eftime
toute particuliere. Il époufa
Marie Lanier , Fille unique
de René Lanier , Avocat General
au Grand Confeil, dont
-font venus ¡Charles François
de Montholon , Seigneur
*
à prefent d'Aubervilliers
Confeiller au Grand Confeil,
qui a éponfé la Fille de feu
M' de la Guillaumie, Greffier
du Confeil, Louïfe de Montholon
qui vient de mourir,
Femme de M' de la Haye de
240 MERCURE
Vantelet, & d'autres Enfans
qui ont pris le party de l'Eglife.
Il y a eu diverſes branches
Cadettes de cette Maifon.
Celle de Perroufeaux defcend
de Jerôme de Montholon ,
Seigneur de Perroufeaux
Confeiller au Parlement , Frere
puifné de François de
Montholon II. du nom.
Mrs de Montholon , l'un Auditeur
des Comptes , & l'au
tre Confeiller au Chaftelet de
Paris , font de cette branche.
Il y a eu une autre branche
de cette Famille en Bourgogne,
GALANT. 241
gogne , defcendu de Guillau
me de Montholon
, Avocat
General au Parlement de
Bourgogne , Frere puifné de
François de Montholon I. du
nom . Il en eft venu divers
Prefidens au Mortier au Parlement
de Bourgogne
, & un
Ambaffadeur
en Suiffe.
Cette Maifon de Montholon,
qui porte d'azur au mouton
paffant d'or , furmonté de
trois rofes de mefme mifes en
chef, eft alliée à celles de Silly ,
de la Rocheguyon , Longueilde
Maifons , Brulart - de- Sillery
, Mefgrigny- de - Vandeu-
Février 1690.
.
X
242 MERCURE
vrc Mole de Champlatreux,
de Mouchy - d'Hoquincourt ,
Seguier , le Picart , Chaffebras-
du - Breau & de Cramailles
, Tronfon , le Coigneux ,
le Maiftre de- Bellejame , de
Bragelogne , Baillet de- Vaugrenon
, Alligret , Palluau ,
de Florette , & autres . Elle a
donné diverſes perſonnes fignalées
dans l'Eglife . Jean de
Monrholon , Docteur de
Sorbonne , eftoit Secretaire
d'Etat du Duc de Bourgogne
en 1383. Pierre de Montholon ,
Chanoine d'Authun , y fit des
fondations confiderables en
GALANT
22
243
1422. Jean de Montholon, celebre
Docteur , qui a donné
divers Ouvrages , a eſté Religieux
en l'Abbaye de Saint
Victor à Paris en 1521. Pierre
de Montholon ;
พ
Seigneur
d'Aubervilliers , Docteur de
Sorbonne,l'un des Profeffeurs
enTheologie de certeMaiſon,
Chanoine de Laon, Principal
C
Maifon
de la & College de
Boiffy à Paris , mort en 1596.
fut un des principaux Bienfaicteurs
de l'Eglife de Noftre
-Dame d'Aubervilliers ,
où François de Montholon ,
Confeiller d'Eftat fon Frere, a
X ij
244 MERCURE
étably les Peres de l'Oratoire .
Vous demeurez d'accord
que la France a fait une perte
confiderable en perdant
un homme qui luy faifoit
honneur , & qui cftoit tour
merveilleux en fon Art.
C'est l'illuftre M le Brun .
premier Peintre du Roy , Directeur
des Manufactures
Royales , des Meubles de la
Couronneaux Gobelins ,
Directeur, Chancelier, & Recteur
de l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture
,
& Prince de l'Academie de
Saint Luc à Rome. Il faut
1 X
GALANT 245
que le merite qu'il avoit dans
fon Art ait efté d'une grande
étendue , & bien generalement
reconnu , pour avoir
efté élevé , quoy qu'Etranger
& abfent , à la premiere di
gnité d'honneur chez une
Nation , où l'on a excellé dans
les Arts pendant plufieurs
fiecles , avant que l'on tra
vaillaft en France à les perfectionner
, & qui par cette
raifon n'avoit jamais efté
perfuadée, que l'on puſt trouver
ailleurs d'auffi grands
homines pour les Arts , qu'on
en a veu de tout temps chez
X iij
246 MERCURE
elle , ce qui l'a toûjours ren
duë jalouſe de cette gloire.
Auf le Roy dit à M' le
Brun , lors qu'il apprit qu'il
avoit efté élu Prince de l'Academie
des Peintres Romains
, Que ce choix chez une
Nation qui jufque -là n'avoit
pas cru qu'on puſt trouver un
homme parfaitpour les Arts chez
les autres Nations , qui s'eftoit
toûjours fait un honneur de poffederfeule
cet avantage , marquoit
bien la grandeur de fon
merite , qu'il eftoit generalement
reconnu . Mais le regne
du Roy devant cftre tout
BASA
GALANTM247
merveilleux , & ce Monarque
eftant né pour faire fleurir
dans fon Royaume les Armes,
les Lettres & les Arts , nous
pouvons dire que le Ciel avoit
fait naistre des genies
propres à exceller dans toutes
ces chofes , & que Sa Majefté
par l'accueil qu'Elle fait à
ceux qui ont du merite dans
leur profeffion , & par fes liberalitez
, leur ca infpiré le
defir , & donné les moyens
de fe rendre remarquables
chacun dans le party qu'il
he a pris.
6
M' le Brun , dont le Pere
x iiij
248 MERCURE
eftoit Sculpteur , naquit ens
viron vers le milieu de l'année
1618, & l'on affeure qu'on,
luy voyoit en naiffanc des
difpofitions à devenir ce que
nous l'avons veu depuis ce
temps là , puis que dés l'âge
de trois ans , eftant fans lumiere
auprés du feu , il en
tiroit des charbons , & deffi.
noit fur l'atre & contre la
cheminée , à la lueur de ce
feu. Il est peut eftre le feul
au monde qui ait donné de
fi bonne heure des marques
de la profeffion qu'il devoit
choifir . Il eft difficile qu'on
GALANT 249
*
3
ne s'y diftingue pas quand on
y cft ainfi porté par la nature.
Rien ne coûte , & tout
co que l'on fait a une ma
niere ailée , parce que l'on
ne force point fon naturel.
Auffi Mole Brun eftoit- ih
l'homme du monde àqui les
deffeins coûtoient le moins ,
& tout le monde convient
qu'il a excellé pour la corerection
, ce qui le mettoit
audeffus de plufieurs Peinstres
dont les Ouvrages feront
immortels , quoy qu'ils
ne foient pas cour à fait corrects
. A l'âge de quatorze,
&
250 MERCURE
ans Male Brun fit le Portrait
de fon Pere , qui paffe
encore aujourd'huy pour un
tres beau Portrait. Feu M
Vouct cftoit alors le Peintre
de France le plus eftimé.
C'eft luy qui a peint la voûte
de la Chapelle de Saint Germain
en Laye. Il avoit penfion
de Sa Majefté , & eftoir
logé aux Galeries du Louvre .
Ceux qui fouhaitoient fe diftinguer
dans l'Art de peindre,
crurent qu'ils ne pouvoient
mieux faire que de l'appren
dre de celuy qui paffoit alors
pour le plus habile ; de forte
GALANT.25
queM' Mignard,M' Bourdon,
MTetelin
Mile Brun , &
plufieurs autres qui font prefque
tous devenus de grands
hommes dans cet Art , ont
demeuré chez Mr Vouet. M
le Brun ſe diſtinguant
par
deffus les autres , feu M' le
Chancelier
Seguier le voulut
avoir. Il le fit travailler , &
luy donna d'affez groffes penfions
, pour le faire diftinguer
des autres Peintres qui avoient
alors quelque reputation.
Il l'envoya enfuite à
Rome , où il l'entretint pendant
quelques années . La fa252
MERCURE
cilité qu'il avoit à deffiner ,
& la correction de fes Ouvrages
furprirent ce qu'il y
avoit alors de plus fameux
Peintres , & Sculpteurs en Italie
. Il vit tout ce qu'on pouvoit
y voir de beau d'Antique
& de Moderne , & acheva de
fe former le goût merveilleux
qu'il a fait paroiftre depuis .
On peut connoiftre par là
que la France doit la meilfeure
partie de ce grand
homme à M le Chancelier
Seguier. Mr le Brun en a toujours
marqué beaucoup de
reconnoiffance , & il la fic
GALANT
253
CAS
éclater aprés fa mort par un
Service qui fut fait aux Peres
de
l'Oratoire pour le repos
de fon Ame , & par un fuperbe
Maufolée qui y fut élevé
fur fes deffeins & fous fa
conduite , aauquel toute l'Academie
de Peinture & de
Sculpture contribua . Mle
Brun eftant de retour de
Rome parut avec une grande
´diftinction , au deffus de tous
les Peintres qui estoient alors
dans quelque forte d'eftime à
Paris , & feu M le premier
Prefident de Believre qui
ne confideroit que le
lev
?
vray
254 MERCURE
merite , luy en trouva beaucoup
& contribua à le faire
connoiftre. Madame du Pleffis
Beliere Mere de Madame
la Maréchale de Crequy,
dont l'efprit & les genereufes
manieres font connuës
, voulut auffi faire valoir
fon merite ; il avoit auſſi fait
le Portrait de certe Dame ,
qui paffe pour un Chefd'oeuvre.
Feu M' Fouquet le
vit , & voulut que M' le Brun
travaillaft au fien , à quoy il
réüffic merveilleufement.Il
fit enfuite feize ou dix fept
Tableaux pour Madame du
GALANT. 255
*
Pleffis Beliere , dont il y
en avoit plufieurs qui reprefentoient
des mifteres de
la, Paffion , & les autres la
Vie des Peres au Defert.
Ces Ouvrages firent grand
bruit. M Fouquet en parla
à M' le Cardinal Mazarin ,
qui eut envie d'en voir quelques
- uns. M le Brun emprunta
de Madame du Pleffis-
Beliere , le Tableau qui reprefentoit
Noftre - Seigneur au
Jardin des Olives , pour le
montrer à M¹ le Cardinal .
Son Eminence le fit attacher
la ruelle de fon lit , & le
256 MERCURE
trouva fi beau , qu'Elle dit à
M' le Brun qu'Elle eftoit perfuadée
que Madame du Plef
fis- Beliere voudroit bien le
Juy laiffer , & fe contenter
d'une copie qu'il pourroit
faire pour elle . Comme Mr le
Cardinal Mazarin fe connoiffoit
parfaitement en Peinture,
qu'il avoit veu tous les plus
beaux Tableaux d'Italie , &
qu'il en avoit fait venir beau-
Coupen France , on ne douta
point que M le Brun eftant
cftimé par un fi habile Connoiffeur
, ne fuft un des plus
grands Peintres du monde ; de
ช
GALANT 257
forte que le bruit de fa repu
tation s'eftant répandu par
tout , on en parla non feulement
dans toute la France ,
mais auffi dans la pluſpart des
Pays Etrangers.La Paix ayant
commencé à regner dans le
Royaume aprés le mariage du
Roy , ce Prince voulut faire
fleurir les beaux Arts , & ce
fut alors que M le Brun fut
étably aux Gobelins avec
toutes les Charges dont je
vous ay parlé au commen
cement de cet article . On nè
le doit pas regarder en cette
occafion comme Peintre feu
Fevrier 1690.
Y
258 MERCURE
>
lement . Il avoit un genie
vafte & propre à tout, il eftoit
inventif, il fçavoit beaucoup;
les Hiftoires & Its moeurs de
tous les Peuples luy estoient
connus , & fon gouſt eſtant
general auffi- bien que fon
fçavoir il tailloit en une
heure de temps de la befogne
à un nombre infiny de diffe、
Fens Ouvriers. Il donnoit des
deffeins à tous les Sculpteurs
du Roy, tous les Orfévres en
recevoient de luy . Ces Candelabres
, ces Torcheres , ces
Luftres , & ces grands Baffins
ornez de bas- reliefs qui re#
GALANT 259
prefentoient l'Hiftoire du
Roy n'eftoient que fur fes
deffeins , & fur les modelles
qu'il en faifoit faire . Il donnoit
en un mefme temps des
deffeins pour peindre des
appartemens entiers . & fi
Hiftoire luy eftoit connue,
il entendoit parfaitement
bien l'Allegorie. Pendant
que tant d'Ouvriers travailloient
fous fes deffeins, il y en
avoit une infinité qui n'ef
toient occupez que par ceux
qu'il avoit donnez pour des
Tapifleries : il a fait ceux de
la Bataille & du triomphe de
Y ij
260 MERCURE
&
Conftantin , ceux de l'Hiftoi
re du Roy , & de celle d'Alexandre
, des Maiſons Roya
les , des Saifons , & des Elemens
, & plufieurs autres.
Enfin l'on peut dire qu'il
faifoit tous les jours remuer
des milliers de bras
que fontigenic eftoit univerfel
. Le Roy qui faifoit
fleurir les beaux Arts , non
feulement pour la gloire de
fon Royaume , mais par la
parfaite connoiffance qu'il en
a , & le gouft qu'il y prenoit,
donna à M le Brun àa
tainebleau prés de deux heu
res tous les jours , pour luy
Fon
GALANT 261
voir peindre fon grand Tableau
de la Famille de Darius,
fur lequel on a
fait une des
cinq pieceserie de
de ttaappifferie de
fon hiftoire d'Alexandre, Ca
Tableau fe voit aujourd'huy
dans le grand appartement
du Roy à Verfailles . La repu
tation de Mi le Brun augmen
tant de jour en jour , tant en
France que parmy les Etrangers
, le Roy luy envoya fon
Portrait entouré de Diamans ,
dont il y en a d'un fort grand
prix & luy donna peu de
temps aprés des Lettres de
Nobleffe , & des Armes , qui
262 MERCURE
qui font un Soleil en champ
d'argent , & une Fleur de Lys
en champ d'azur , avec un
timbre de face. Il eftoit confideré
de tout ce que l'Europe
a de Souverains qui aiment
les beaux Arts , & particulicrement
de M le Grand Duc
de Florence , qui avoit pour
luy une eftime qui alloit en
quelquez forte jufqu'à l'amitié,
ce Prince luy ayant demandé
fon Portrait, & ayant
commerce avec luy. Rien
ne prouve mieux le grand
merite de Male Brun dans
fon Art , puis que les Italiens
TR
1
1
་
GALANT 263.
"
qui ont la plufpart des Ou
vrages des grands Hommes,
& qui dés le berceau apprennent
à les connoiftre , ne
fcauroient : eftre éblouis là
deffus , & que les Grands Ducs
peuvent l'eftre moins que
d'autres puis que de tout
temps ils ont ramaffe foigneufement
ce que les Arts
ont produit de plus beau ,
pour en remplir leurs Gale
ries, & leurs Cabinets . Quoy
que le merite de Mr le Brun
fuft connu en France, & qu'il
frapaft crop la Cour pour n'y
eftre pas connu dans toute
264 MERCURE
fon étendue , il eſt certain
que le Roy, comme le Prince
du monde le plus équitable ,
& le Connoiffeur le plus par
fait , eft celuy qui luy a tou
jours fair le plus d'honneftetez
, & rendu davantage de
juftice ; & ce qu'il y a d'ad
mirable , c'est qu'on a tou
jours remarqué que c'eftoit
fans enteftement , & fans fe
laiffer prévenir , puis que ce
Prince rendoit raifon de fon
jugement, & ne parloit fouvent
qu'aprés avoir oùy le
fentiment de tous ceux de la
Cour qui fe piquent d'eftre
Connoiffeurs.
GALANT. 265
Connoiffeurs. S'il y a eu dans
tous les ficcles d'auffi grands
Peintres que Mr le Brun
on doit demeurer d'accord
qu'il n'y en a point de plus
corrects , & qu'il n'y en a jamais
eu un fi generalement
capable de toutes chofes ,
comme je vous ay fait voir
par tous les differens Ouvrages
qu'il a conduits en meſme
temps. Quoy que je vous
en aye nommé beaucoup ,
j'ay oublié de vous parler de
ces grands & fuperbes Cabiners
qui fe faifoient aux Gobelins
, fur fes deffeins &
Février 1690.
"
Z
266 MERCURE
fous fa conduite. Il fembloit
que tous les Arts y cuffent mis
chacun leur morceau. On ch
a vû beaucoup dans la Galerie
des Thuileries , & entre
autres le Cabinet d'Apollone,
car tous ces Cabinets ont leur
nom, & font hiftoriez . Enfin
M' le Brun eftoit fi univerfel,
que tous les Arts travailloient
fous luy , & qu'il donnoit jufquesaux
deffeins de Serrurerie.
J'en puis rendre témoignage,
puis que j'ay vû regarder par
de tres- habiles Etrangers des
Serrures & des Verroux de
portes & de feneftres de VerGALANT.
267
failles , & de la Galerie d'Apollon
au Louvre , comme
des chef d'oeuvres dont ils ne
pouvoient fe laffer d'admirer
la beauté. Le Roy luy dit
quelque temps avant ſa mort ,
Que quelque parfaits que fuffent
fes Tableaux , il efloit faché
qu'il luy en deuft coûter la vie
pour en augmenter le prix. C'eſt
ce qu'on a veu dans tous les
fiecles . Tous les grands hommes
, foit dans les Sciences ,
dans la Guerre ou dans les
Arts , font toûjours plus eftimez
aprés leur mort , parce
que ceux qui marchent , ou
Z ij
268 MERCURE
Son
croyent marcher fur leurs
traces , leur portent moins
d'envie , & qu'à mesure que
les années s'avancent
voit ceffer les cabales qui fe
faifoient pour affoiblir leur
reputation . Le Roy & les plus
grands Seigneurs de la Cour
ont fouvent envoyé fçavoir
de fes nouvelles pendant fa
maladie , & M¹ de Louvois
luy a auffi fouvent envoyé
les plus fameux Medecins .
Monfieur
le Prince qui l'eftimoit
particulierement
, luy
a fait l'honneur de luy rendre
vifice , ainfi que pluſieurs SeiGALANT
269
gneurs du premier rang. Le
Roy a fouvent parlé de luy
aprés fa mort , & en a marqué
beaucoup de regret . Son
efprit ne le faifoit pas moins
eftimer que fes Ouvrages , &
qui voudra Y faire une fcrieuſe
reflexion , connoiſtra
que chacun ne réüffit dans
fon Art qu'autant qu'il a
d'efprit , mefme dans les Arts
les plus materiels, & qui fem
blent ne demander que des
doiges. Ce n'eſt pas que lo
contraire ne fe rencontre
quelquefois , mais c'eft rare .
ment. On ne s'étonnera pas
Zij
270 MERCURE
•
f Mile Brun a efté un des
premiers Peintres du monde
pour bien exprimer les paffions.
Jamais perfonne n'a
mieux connu l'homme , ny
mieux découvert par fon vifage
à quelles paffions il eftoit
fujet. Auffi a - t - il fait un
Traité des Paffions compofées
, & un autre de la Phifionomie,
par lequel il prouve ·
que chaque homme a dú
rapport avec quelque ani
mal. Il a deffiné pour fervir
à cet Ouvrage , plufieurs .
teftes fans ombres fur lefquelles
font dépeintes toutes
GALANT 271
les paffions aufquelles on voit
les hommes portez , & l'on
en remarque plufieurs dans
une mefme tefte , les hommes
pouvant eftre fufcepti
bles de plus d'une paſſion .
Cet Ouvrage n'a efté ny
gravé ny imprimé ; il feroit
å fouhaiter qu'on en fist part
au: Public . Je finis , en vous
difant que M le Brun a rendu
à Dieu & aux Pauvres ,
une partie de ce qu'il avoit
acquis par fes travaux , puis
qu'il a fondé dans la Chapelle
qu'il a fait faire à Saint
Nicolas du Chardonneret , où
7
"
3
Z.iiij
272 MERCURE
il cft inhumé , deux Meffes
qu'on doit dire tous les jours
à perpetuité. Il a auſſi laiſſé
un fond pour marier tous les
ans trois pauvres Filles. Les
grands fonds qu'il a fallu
pour cela , marquent que le
fçavoir eft récompensé en
France. Il a donné à M' le.
Brun fon Neveu , Auditeur
des Comptes , & fon unique
heritier aprés la mort de fa
Femmes parce qu'il y a entre
eux un don mutuelle Portrair
du Roy enrichy de Diamans
dont je vous ay parlé ,
à condition qu'il ne fera jaGALANT
273
mais vendu , ny par luy ny
par fes heritiers , à moins
d'une tres preffante neceffité;
auquel cas avant que d'eftre
pour
eftre
expofé en vente , le gros Dia
mant en fera pris , & donné
à l'Eglife de S. Nicolas du
Chardonneret
mis au Soleil , où la Sainte
Hoftie eft enfermée. Je de
vrois vous parler icy de tous
les Ouvrages qu'il a faits
pour le Roy , & pour les Particuliers
, mais la place me
manquant , je les reſerve pour
le mois prochain. J'y ajoûteray
une Lifte de tous ceux
274 MERCURE
J
que l'on a gravez , ainfi que
de ceux aufquels on travaille ,
& je croy que cette Lifte vous
fera un grand plaifir , & à vos
Amis , puis qu'il me paroift
an grand empreflement dans
le Public pour acheter de ces
Eftampes , & une grande curiofité
d'apprendre où l'on
peut voir tous les Ouvrages
de cet homme merveilleux .
Je vous envoye des Vers
qu'un de fes Amis a faits fur.
fa mort..
GALANT. 275
A LA MEMOIRE
immortelle de l'Illuftre M
le Brun , ennobly par le
Roy , & inhumé dans
l'admirable Chapelle qu'il
s'eft faite en l'Eglife de
S. Nicolas du Chardonneret
, fa Paroiffe.
I
EPITAPHE.
E Brun , qui par fon Art
illuftra la Nature,
Et de LOUIS LE GRAND
éternifant les faits ,
Traça pour les Heros , des nivdelles
parfaits
276 MERCURE
S'eft immortalisé par cette Se-
Lovepulture
.
L'Antiquité n'eut rien d'égal à
fon genie
Et la Pofterité respectera ce lien,
Où fa cendre n'attend
main de Dieu,
que
dela
Le glorieux éclat d'une plus
noble via
Le Roy a nommé M¨ Mignard
pour remplir toutes les
Charges & dignitez qu'avoit
feu M le Brun. Quand la
quantité de beaux Ouvrages
qu'il a faits , & la delicateffe
de fon Pinceau ne parleroient
GALANT, 277
pas pour luy , & que fon merite
ne feroit pas generalement
reconnu , le don que le
Roy luy vient de faire fuffi-
Foit pour empefcher d'en
douter , puis que le difcerne
ment de ce Prince , égale la
juftice qu'il rend toujours au
merite.
Comme on reçoit un fi
grand nombre de Confeillers
Tous les ans que ma Lettre
feroit toute remplie des Arricles
de cette nature , fi je
vous en faifois part , je n'ay
pas accoutumé de vous en
entretenir. Cependant les cir278
MERCURE
conftances de la reception du
Fils de M de Turmeny , Treforier
general de l'Extraordinaire
des Guerres , m'obligent
à vous parler aujourd'huy
de ce qui s'y eft paffé , mais
je doy vous dire auparavant
que M de Turmeny eftant
dans une eftime generale , &
fes fervices eftant agreables
au Roy , Sa Majesté luy a
accordé non feulement la
difpenfe d'âge pour M fon
Fils, parce qu'il n'a que vingt
deux ans, mais encore la permiffion
d'entrer dans la premiere
Charge vacante , fans
GALANT 279
સે
attendre l'ordre de la confignation
. Cette reception s'eft
faite à l'ordinaire , toutes les
Chambres affemblées , & M
le Meunier qui eftoit fon
Rapporteur , dit à la Cour ,
aprés qu'il eut répondu avec
toute la jufteffe & toute l'érudition
poffible à toutes les
differentes queftions qui luy
furent faites , Que quelque
habileté qu'il fift paroifire
on luy en trouveroit bien plus
fi l'on vouloit approfondir davantage
ce qu'il fçavoit ; qu'il
en pouvoit rendre un feur témoignage
, & qu'il ne l'avoir
pas épargné en l'examinant . La
28 MERCURE
•
Chambre eftant levée , M' le
premier Prefident marqua
qu'il eftoit tres - fatisfait de
fes réponſes. On ne peut rien
ajoûter à fon approbation ,
puis qu'il ne la prodigue jamais
, & qu'il ne la donne
qu'au vray merite .
Le 31. du mois paffé on fit
dans l'Egliſe de Saint Sulpice
de Nogent le Roy , un Service
tres - folemnel , pour le
repos de l'ame de feu M
l'Evefque de Chartres . On
avoit apporté tous les foins
poffibles à dreffer un Maufolée
, qui répondiſt au zele
de ceux qui donnoient cette
GALANT. 281
marque de la veneration
qu'ils confervent pour la
memoire de ce pieux & fage
Prelat. On l'avoit élevé dans
le Choeur , & il eftoit convenable
à cette lugubre Ceremonie
. M Bouchet , ancien
Curé de cette Eglife ,
qui eft du Dioceſe de Chartres
, fit fon Oraifon Funebre,
fur ces paroles de Saint Paul
en la feconde Epitre à Timothée
, Minifterium tuum
imple , & fit connoiſtre que
feu M ' l'Evefque de Chartres
avoit toujours foutenu dignement
fon caractere , &
Février 1690 . A a
282 MERCURE
remply parfaitement les obligations
de fa Charge , tant envers
Dieu , qu'envers le Prochain
& envers foy- mefme ;
envers Dieu par fa pieté ;
envers le Prochain par fa
charité ; & envers foy- mefme
par le grand foin qu'il
avoit eu de fon falut. Aprés
avoir mis dans fon jour d'une
maniere vive & éloquente fa..
profonde humilité ; fa mo
deftie finguliere ; fon aver
fion pour les louanges ; fa
compaffion envers les Pauvres
qu'il regardoit comme
fes Enfans ; fa tendreffe pour
74
GALANT. 283
les Curez de fon Diocefe qu'il
confideroit comme fes Freres;
fon affection pour les Domeftiques
dont il prenoit un
foin tout particulier dans
4
leurs maladies jufqu'à les
vifiter , confoler , & encourager
à fouffrir dans la veuë
de la Paffion du Sauveur du
monde , fourniffant liberalement
à tous leurs befoins ,.
tant pour le corps que pour
Fame , il fit remarquer que
ce Prelat avoir fondé des
lieux de picté , où la memoire
feroit toujours confervée , ſçavoir
le Convent des Peres
A a ii
284 MERCURE
Cordeliers de Magny , & de
Seminaire de Beaulieu . Ce..
Seminaire eft une charmante
Solitude à demy- lieuë de
Chartres , où les Preftres de
la Miffion , toûjours zelez
pour fanctifier les ames , s'occupent
journellement à louer
Dieu , à inftruire les Ordinans ,
à former des
Ecclefiaftiques
à la pieré , & à faire faire des
retraites à ceux à qui Dieu
infpire le mépris du monde
& l'amour des chofes celeftes.
Il toucha encore quelques
endroits de la vie de ce Prelat
, & s'étendit fur les
GALANT 285
importans fervices querofes
Anceftres avoient rendus à
l'Etat , & fur les belles Charges
qu'ils avoient remplies
dans l'Eglife & à la Cour ,
avec une inviolable fidélité
pour leur legitime Souverain ,
Il n'oublia pas l'éloge de feu
Mr. de Villeroy , qui mefloit
parmy fes titres les plus glorieux
, celuy d'avoir efté Gouverneur
de Sa Majeſté , & qui
aprés s'eftre veu plufieurs fois
Lieutenant General de fes
Armées en Italie , Franche-
Comté & Lorraine , fut honoré
du bafton de Maréchal
286 MERCURE
de France , qui eft le plus
grand honneur où puiffe af
pirer un homme d'épée . Il
parla auffi de M l'Archevel
que de Lyon , qui en qualité
de Gouverneur du Lyonnois ,
Foreft , & Beaujolois , maintient
l'autorité du Roy dans
ces trois Provinces par fa prudence
par fa vigilance &
par
fon zele. Enfin revenant
à feu M l'Evefque de Char
tres , pour mieux raſſembler
le merite de ces trois illuftres
Freres , il dit encore de luy
que par fon exactitude , &
fes manieres , toujours en par
GALANT 287
1
gageantes
& pleines d'honnefteté
, il avoit fceu trouver
lé fecret de fe faire aimer der
Dieu & des hommes .
L'Enigme du dernier mois
avoir efté faite fur les Lunettes ,
& ceux qui ont trouvé ce mot,
font M. Le Bouchet , ancien
Curé de Nogent le Roy ; le
Pere Guilbaur de l'Oratoire
de Saumur ; Groufteau ;V. D.
S : N de Blois, le Chevalier du
Tiller ; le Chevalier de Sur
gis & fon aimable Chevaliere
du Cloiftre S Benoift en Irlande
; Auvry rue desNoyers ;
J. Moriencourt
, Croüin ; Des
288 MERCURE
Jardins de S. Denis en France;
Baurin l'Aifné ; Bourdeau de
chez M'Bernand ; le Solitaire
du Mans ; le Commandeur de
la Table Ronde du cul defac
S. Thomas du Louvre , le
vigoureux Chevalier de la
ruë de la Marche : le Controlleur
des Epitaphes de la ruë
de la Harpe : l'heureux Bellecouche
de Laleu & Jambon
l'Adonis Parifien, gardien du
Paradis des curiofitez : l'Amant
timide d'Ancenis: l'Entreprenant
de Blois : l'Indolent
de la ruë S. Bon , amant
de la belle Meneftriere : le
Juge
GALANT 289
Juge de la nouvelle Acade
mie prés la Place Royale : le
Berger de Monpinçon prés
Livarot l'Illuftre Societé du
Lignarium de Navarre , le
P .....de la rue de Harlay :
l'Amant de la Belle charmante
de la rue S. Jacques de la
Boucherie : l'Avocat de la
Gerbe , ou le Coloffe de la
rue des Marmoufets , & j'ay
toûjours froid de S. Lo . Mefdemoiſelles
de Dreneve , &
S. Gilles de Rennes : de la
Rollandiere
, & des Champsneufs
de Nantes : Nené de la
ruë de l'homme armé ; des
Bb
Fevrier 1690 .
290 MERCURE
Peans rue des petits Augu
ftins la Mufe des Poëtes du
Marais à l'enſeigne des quatre
Fils de la rue du mefme nom;
la Belle Blonde de la Sphere.
de la rue de la Harpe la
charmante Hebert de la rue
de Berry : l'adorable Philis
dn Paradis terreftre la Cadette
d'E ..... d'Aix la
Tourterelle de la rue des
Moineaux l'Innocence reconnue
de la rüe Maçon : &
la Monine amoureufe de l'ELpiegle
reffufcité.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle . Elle eft courte , &
GALANT. 291
n'en fera peut eftre pas plus
aifée à deviner. Le nom
I de l'Auteur eft une autre
Enigme . C'eft l'Abbé fans
Abaye , quoy que pourrant il
porte le nom d'une des plus
fameufes qu'il y ait en France.
D
ENIGME.
ANS le monde je fais du
bruit ,
Mon corps eft portépar ma Mere ;
Cependant je porte mon Pere ,
Quoy qu'ilfoitgrand , & moy petit,
Bb ij
292 MERCURE
Nos Vaiffeaux font toû
jours des prifes confiderables
fur les Ennemis , & le dernier
dont ils fe font emparez portoit
quatre mille moufquets ,
& quatre mille Sabres à Londres
, il eftoit chargé & lefté
de Salpeftre. On n'avoit pas
crû avant l'ouverture de la
Guerre , que la France duſt
refifter fur mer à deux Puiffances
, dont chacune fans aucun
fecours de l'autre s'imaginoit
luy pouvoir donner la
loy fur cet élement . Cepen
dant de la maniere que les
chofes ont tourné , il femble
GALANT
293
11.
qu'il fuffit des feuls Armateurs
de S. Malo pour les de
foler toutes deux. Ces Arma.
teurs font tant de prifes confiderables
, & ils les font fi
fouvent, que le grand nombre
m'empefche de vous en parler
. Enfin il ne s'eft point
paffé de mois qu'ils n'en ayent
fait douze ou quinze . Ils auront
quarante Baftimens la
Campagne prochaine , & fi
la Guerre continue , la Ville
de S. Malo deviendra la plus
celebre , & la plus riche du
monde . Tout Y abonde à
prefent , & loin que la France
Bb iij
1294 MERCURE
AT
-foit privée de mille chofes
par cette Guerre , comme l'avoient
cru fes Ennemis , il le
trouve aucontraire qu'elle en
eft plus remplie qu'aupara
vant , & que rien ne luy manque.
Cet article de mer me fait
fouvenir de ce qui eft arrivé
depuis peu dans le Port de
Roterdam. Un Vaiffeau Marchand
Hollandois eftant
2
Y
entré la nuit , le Capitaine
d'un Yack Anglois qui eftoit
depuis quelque temps dans le
mefme Port , envoya le lendemain
matin dire au Pilote
GALANT 295
10
6
CE
OF
du Vaiffeau Marchand de
venir parler à luy . Le Pilore
fatisfit à fes ordres , & le Ca.
pitaine luy demanda pourquoy
il eftoit entré dans le
Port fans le faluer. Le Pilote
s'excufa en difant qu'eftant
entré de nuit , il ne l'avoit
pas aperceu , ce qui n'empef
cha point le Capitaine de le
faire mettre aux fers . Le Commandant
du Vaiffeau Marchand
voyant que fon Pilore
ne revenoit point , y envoya
un Officier pour en fçavoir la
raifon . L'Officier fut mis aux
fers comme le Pilote . Le
Bb iiij
296 MERCURE
Commandant s'ennuyant de
n'avoir aucune nouvelle de
l'un n'y de l'autre , y alla luymême,
& fut traité avec la mê
me rigueur. Les Marchands
inquietez de ce qui pouvoit
les arrefter tous , deputerent
deux d'entre eux pour l'aller
apprendre , & ils furent auffi
mis aux fers.Le bruit de ce traitement
fe repandit , & les intereffez
joints á d'autres Marchands
de
Roterdam , porterent
leurs plaintes aux Magiftrats,
qui leur donnerent main
forte pour retirer ceux qu'on
avoit traitez avec tant d'in
GALANT 297
dignité . On peut juger par là
de quelle maniere le Prince
d'Orange en uferoit pour les
le
Hollandois , s'il s'établiffoit
en Angleterre avec un pouvoir
arbitraire , comme on connoift
qu'il l'a refolu , par
moyen des Troupes étrangeres
qu'il pretend y faire venir
de toutes parts , outre celles
qui y font déja . Il eft bon
que les Anglois commencent
à eftre punis de leur
révolte , & que par les traitemens
qu'ils recevront de
leur nouveau Maiftre , ils ap.
prennent à aimer leur Ro
4
298 MERCURE
legitime,lors qu'eftant mieux
éclairez , ils feront rentrez
dans leur devoir , ou que ce
Monarque les aura forcez de
s'y foumettre. Ceux qui s'eftoient
le plus declarez contre
luy , témoignent enfin
qu'ils le regretent , & le Parlement
, quoy que remply de
Creatures du Prince d'Orange
, & choifies par luy , avoit
refolu de propofer un Bill ,
pour empefcher, conformément
aux Loix de l'Etat , qu'il
n'entraft davantage de Troupes
étrangeres dans le Royaume.
Ce Prince en ayant efté
GALANT. 299
The
averty , crut y devoir apporter
un prompt remede , &
fongea d'abord à caffer le
Parlement , felon qu'on a
accoutumé
de le pratiquer ,
en rompant la Verge dans
l'Affemblée
, ce qui marque
qu'il eft diffous. L'affaire eftoit
delicate & dangereuſe , &
ceux qui avoient manqué à
leur veritable Souverain ,
pouvoient ne garder pas de
refpect pour le phantofme
d'un Roy. S'il n'ola caffer le
Parlement , il n'oſa auffi l'ajourner
, parce qu'alors on
enfile toutes les affaires com300
MERCURE
mencées , pour les reprendre
à la prochaine feance . Il trouva
donc à propos de le
de le
proroger
, parce que toutes les
affaires qui ne font pas confommées
font mifes au neant ,
& qu'il faut les remettre de
nouveau fur le tapis , comme
fi on n'en avoit point encore
parlé , & il eftoit bien- aiſe de
gagner du temps pour empefcher
qu'on ne prift connoiffance
du maniement
des
deniers publics , de l'eftat des
Armées de Terre & de Mer ,
des malverfations commifes.
par les Officiers , dont quelGALANT.
301
ad
TO
CO
40
d
50
t
es
es
I
es
ques - uns avoient efté arreſtez
par l'ordre des Communes.
Il ne vouloit pas auffi qu'on
rendift juſtice aux Marchands
qui fe plaignent des vexations
qui leur ont efté faites
par des Capitaines de Vaiſ
feaux . Voilà ce qui l'a obligé
de proroger le Parlement , au
lieu de l'ajourner . Cette prorogation
a commencé à faire
ouvrir les yeux . Elle a fait .
du bruit , on a murmuré, le
Confeil de Ville s'eft affemblé
, & a voulu faire des remontrances
. Le Prince d'Orange
a cabalé à fon ordinai
#
302 MERCURE
re. Il a fait prier les uns , il
amenacé les autres , & a fi
bien fait que l'affaire ayant
efté remiſe à la pluralité des
fuffrages , fa cabale l'a emporté
de quelques voix feulement.
C'eftoit une fatisfaction
pour le temps prefent
mais ce n'en eftoit
pas une pour l'avenir ; au
contraire ce procedé faifoit
voir que le Parlement remettroit
tous fes griefs fur
le tapis auffi - toft qu'il feroit
raffemblé. C'eft ce qui a fait
prendre au Prince d'Orange
la refolution de le caffer :
GALANT. 303
mais pour empefcher que cela
ne fift une espece de fedition,
il aa attendu que la plufpart
des Deputez fuffent retournez
chez eux . S'il a fujer de
fe plaindre de fes propres,
creatures & de ceux meſmes
qui ont confpiré avec
luy contre leur legitime Sou
verain , il faut qu'ils ayent
de grands fujets de plaintes .
contre luy , fur ce qu'ils
voyent toutes leurs loix violées
, & qu'il en uſe avec un
pouvoir arbitraire , & tirannique.
Il dit contre ceux qui
ne cherchent que le bien Pu104
MERCURE
lic , & qui commencent à
aire reflexion fur fes vioiences
, qu'ils font Amis du
Roy Jacques , & il perfecutera
toûjours fous ce pretexte
tous ceux qui voudront travailler
au bien de l'Etat.
Comme il continuera de faire
entrer des Troupes étrangeres
dans le Royaume , il efpere
par ce moyen fe trouver en
eftat de faire élire des Deputez
à fon gré , & quand ils
ne voudroient pas fuivre fes
volontez , il eft affeuré de fe
faire obeïr en faifant agir la
force. Ainfi voilà la Nation
"
GALANT. 305
fubjuguée , & le pouvoir arbitraire
étably , à moins
qu'ayant commencé à ouvrir
les yeux , elle ne travaille
promptement & violemment
, à détourner le
coup qui menace fa liberté
d'une ruine entiere . On ne
peut nier en examinant
toutes ces chofes , que le
Prince d'Orange ne foit un
habile Politique ; mais on
n'en fçauroit convenir fans
tomber d'accord en mefme
temps , que les Anglois ſont
de mal- habiles gens s'ils le
laiffent faire. C'eſt ce que
Fevrier 1690. Cc
366 MERCURE
le temps nous apprendra.
Toute l'Europe parle à prefent
du Voyage que ce Prince
publie qu'il va faire sen Irlande
, & ceux qui pretendent
avoir le plus de lus
mieres , font perfuadez , qu'il
ne fera point ce pas , ce qui
feroit abandonner le certain
pour l'incertain. Quoy qu'il
en foit s'il ne fait pas ce
Voyage , l'Irlande eft entierement
perduë pour luy , &
s'il le fait , il rifque de
pers
dre l'Angleterre , & , ofte à
fés Alliez l'efperance qu'ils
avoient qu'il envoyeroit de
GALANT 307
2
groffes Armées en Flandre ,
& qu'il débarqueroit fur nos
Coltes. C'est ce qu'il est bien
éloigné de faire , & il y a
tout fujet de croire , qu'il
ne penfe & ne penfera qu'à
s'affermir , & qu'il a trompé
Les Allicz On peut dire qu'ils
fe font laffé prendre volontairement
pour dupes , puis
qu'en bonne politique, & en
gens bien éclairez , ils n'ont
jamais , dû croire qu'il duft
penfer à autre choſe qu'à ſe
maintenir, dans le pouvoir
Souverain , ayant fur tout à
3. faire à une Nacion auffi in-
Cc ij
308 MERCURE
·
conftante que les Anglois ,
& auffi difficile à gouverner.
Ceux qui croyent avoir penetré
les fecrets du Priuce
d'Orange , publient que fon
deffein eft de repaffer la Mer,
pour obliger la Ville d'Amfterdam
à renoncer en fa faveur
aux droits qu'elle fou
tient avec plus de fermeté
que les autres Villes des
Etats , en s'oppoſant à l'autorité
d'un homme , dont
toute la vie n'eft qu'une fuire
d'ufurpations , & qui a gouverné
en Hollande avec un
pouvoir auſſi arbitraire que -
GALANT. 309
dans les Etats , où les Rois
ont l'autorité la plus abſoluë,
~quoy qu'il ne fuft qu'un Sujet
à gages des Provinces Unies,
dont il devoit prendre les
loix qu'il leur a données. Il
doit apprehender s'il ofe attenter
fur la liberté de la
Ville d'Amfterdam , & fe
fouvenir que
range fon Pere a échoué de
vant cette Place - là . C'eft une
Ville fage qui connoiſt fes
droits qui fçait fes intereſts ,
qui les maintient , & qui a
fouvent empefché la Hol
lande de s'embarraffer dans
le Prince d'O
310 MERCURE
des guerres , qui auroient a
chevé de ruiner fon commerde.
Qu'elle feroit prefen
tement floriffante fans l'am◄
L
bition de ce Prince qui l'a
perdue , en l'engageant à fe
gouverner d'une maniere entierement
contraire à des
gens de commerce ! C'est cette
mefme ambition qui viene
de caufer la perte de cinq ou
fix mille Imperiaux en Albanie
, puis que Sa Majeſté
Imperiale n'auroit point para
tagé les troupes pour fou
tenir deux Guerres à la fois ,
& qu'elles auroient combatu
GALANT 211
Com
rela
toutes contre les Turcs , file
Prince d'Orange n'euft trouvé
moyen de mettre l'Empereur
dans les interefts . J'a
vois predit ce qui eft arrivé,
en vous faisant voir que le
Prince de Bade avoit eu l'im
de prudence de s'avancer trop
dans le pays Ennemy , contre
les bonnes regles de la Guer
e d
Citte
re, & fi les Turcs eftoient
Aplus forts ou que le meltier
é de la Guerre leur fuſt mieux
connu , ils auroient en mef
me temps attaqué divers quartiers,
qui eftant trop éloignez
les uns des autres , n'auroient
ס נ
014
312 MERCURE
pas efté en pouvoir de fe don
ner du fecours . Si la deroute
avoit efté auffi generale dans
ces differens quartiers, qu'elle
l'a efté en Albanie , on peut
croire que l'Empire n'auroit
pu fe relever de cent ans de
cette perte. Jamais on n'a
yeu une défaite fi complettes
puis qu'il y a des Regimens
dont il n'eft pas refté un feul
homme. Cela n'eft pas difficile
à croire, puis que tous les
Officiers y ont pery , & que
trois ayant pris de fuite le
commandement yfont morts,
fans que leur valeur & leur
experience
GALANT. 33
C
8
experience ayene pû les en
gatentir. Auffi cette défaite
a - t-ellefair perdre des Places,
prendre beaucoup de bagages
& enlever des garniſons
enrieres.Je ne vous fais point
de détail de certe affaire,,
parce que je ne pourrois
vous en donner un plus exact
que l'a donné la Gazette de
Hollande , & comme elle ne
peut eftre fufpecte , les Hol
landois eftant des Alliez de
l'Empereur , je me tiens à ce
qu'elle en a dit. Cet avantage
remporté par les Turcs leur
fera bien augurer du gouver
"
Février 1699. Dd
314 MERCURE
nement de leurs nouveau
Grand Vizir Cuproly. C'eft
le mefme dont je vous ay
parlé dans mon Hiftoire
de Mahomet IV. depoffedé ;
cil eftoit alors Kaimacan , &
co fue luy qui fit le beau
difcours dont je vous fis part
lors que Soliman fut élevé
fur le trône . Il fut relegué ,
parce que fon grand merite
fit ombrage à celuy qui eftoit
alors Grand Vizir . Ce mal
heur eftant arrivé aux Trou.
pes Imperiaales & Hongroi
fes, dans le temps que le Roy
de Hongrie a efté éleu Roy
des Romains , les Turcs qui
GALANT. ZIF
-C
BEL
ice
tirent des prefages de toutes
ces fortes de chofes , feront
perfuadez que ce jeune Frince
fera né trop mal- heureux
pour leur faire jamais de
mal . Cependant leur bonne
fortune dépendra toujours
bien plus d'eux que de la
mauvaife étoile de ceux qui les attaqueront
& qui
& s'ils
fçavent profiter du dernier
avantage qu'ils ont eu ,
ils
* rentreront dans tout ce qu'on
Το -leur a pris , avant que les Imperiaux
ayent receu les renforts
dont ils ont un fort
Rgrand befoin. Ainfi ces der-
Dd ijob
316 MERCURE
piers pour s'eftre trop avancez per
dront tout le fruit de leur derniere
Campagne , & feront hors d'eftat
de rien entreprendre tant que du
tera celle qui va commencer.
On a eu avis par un Courrier
Extraordinaire , que le Pape a fait
une Promotion , dans laquelle felon
T'ufage les Couronnes n'ont point
de part la premiere Promotion
que les Papes font aprés leur éle
vation au Pontificat , ne regardant
ordinairement qu'eux ou leurs
Amis. M. Fourbín de Janfon ,
Evelque Comte de Beauvais , &
Pair de France , Commandeur des
Ordres du Roy, ne laifle pas d'eftre
du nombre de nouveaux Cardi- nombre de
nanx & en voicy la raiſon . Cet
Evefque ayant efté Ambaffadeur
pour le Roy en Pologne y fut
GALANT. 317
agreable à Sa Majefté Polonoife ,
& comme end
ce temps - là le défunt
Pape fit une Promotion pour
les Couronnes
, ce Monarque
nomma M. de Beauvais , au lieu
de nommer un de fes Sujets . Les
Allemans & les Espagnols
, cha
grins de voir que le party
de's
Cardinaux François feroit fortifié
de deux au lieu d'un , cabalerent
pour empefcher que le Pape ne
donnaft le Chapeau à M. de Beauvais
, & il ne l'eut point , quoy
telle
que
centANGA
faffent voir ,
nommer
qu'un Roy peut
perfonne qu'il luy plaiſt , pour eftre
fait Cardinal , fans qu'il foit befoin
pour cela que celuy qu'il nomme foir
de fes Sujets. Le Pape qui tegne au
jourd'huy a rendu au Roy de Po
logne & à M. de Beauvais la juftice.
Dd iij
318 MERCURE
qui leur avoit efté deniée.
Les autres Cardinaux font ,
Bandino Paciatici de Piſtoie ,
Patriarche de Jerufalem, & Dataire .
Il eft dans une grande réputation ,
Parent de Clement IX. & peut
eftre mis au nombre des Cardinaux
papables.
M. Cantelemi , Napolitain , cydevant
Nonce en Pologne. C'eft
un ufage de faire Cardinaux ceux
qui ont efté Nonces auprés des
Teftes couronnées .
M, Dada , Milanois , Parent du
défunt Pape , Archevefque d'Amafie
, & cy-devant Nonce en Angleterre.
M. Rubini , Venitien , Evefque
de Vicenze , Neveu du Pape . Tous
ceux qui le connoiffent parlent
avantageufement de fon merite &
de fon efprit.
GALANT 219
François Albani , de Pefaro, dans
1'Etat d'Urbin , Secretaire des
Brefs .
༡ : Charles Bichi , Sienois Auditeur
General de la Chambre
Apoftolique .
Jofeph-René Imperiale , Genois
, Tréforier General de la
Chambre. Il eft tres- honnefte..
homme, & a efté General des Monnoyes.
Jean-Baptifte Coftaguti , Romain
, Doyen des Clercs de la
Chambre.
Louis Homodei , Milanois , Clerc
de Chambre .
-
François de Giudici , auffi Clerc
de Chambre . Ce dernier eft Frere.
du Duc de Giouinazzo , Napolitain
, autrefois nommé Ambafladeur
d'Espagne en France .
Dd iiij
320 MERCURE
Tous ceux qui font reveftus de
ces differentes Charges deviennent
ordinairement Čardinaux , &
leurs Charges le vendent au profit
de la Chambre Apoftolique. Les
Charges d'Auditeur & de Tréforier
de la Chambre valent chacune
quatre - vingt dix mille écus &
celle de Clerc de la Chambre , en
vaut foixante & dix mille.
Le Roy a nommé quatre nouveaux
Intendans des Finances , qui
font , M. de Caumartin , M. d'Her
menonville , M. Chamillard oe
M du Buiffon. Die
* M. de Caumartin , Maiſtre des
Requefies , joint beaucoup d'éru
dition à tout ce qu'un homme de
fa profeffion doit fçavoir , & dans.
fa plus grande jeunetle il embara(-
foit fes Maitres par la force de fon
GALANT. 32k
$
8
3
6
efprit & de fes raifonnemens . Il cf
Fils de feu M. de Caumartin, Con
feiller d'Etat, qui avoit efté honoré
deobeaucoup de Commiffions, qui
marquount l'eftime que Sa Maje
fté faifoit de fa perfonne , szla,
confiance qu'Elle avoit en luy. I
2 pour Aycul Meffire Louis le
Févre , Sicur de Caumartin, qui fut
Prefident au Grand Confeil, & an
cien Confeiller d'Etat , & que le
feu Roy fit Garde des Sceaux de
France en 1622. aprés la mort de
M. de Vicq. Cette Famille des le
Févre de Caumartin a donné un
Evefque d'Amiens , des Prefidens
& des Confeillers au Parlement
de Paris & des Maiftres des Requeftes
. Elle eft differente de celle
des le Févre d'Ormefon , d'Eaubonne
, &c. qui nous a donné auffi
des Magiftrats renommez , & d'au
な
322 MERCURE
tres perfonnes diftinguées.
M. d'Hermenonville eft Beau-.
frere de M. le Pelletier , Miniftre
d'Etat , & auparavant Contrôleur
General des Finances , dont il a
efté premier Commis , comme il
Feft encore aujourd'huy de M. de
Pontchartrain qui poffede cette
Charge. Comme il a exercé cette
Commiffion avec beaucoup de vivacité
& de vigilance, on peut dire
que les Finances luy eſtant déja
connues , il n'en peut eſtre qu'un
digne Intendant .
M. Chamillard a efté Confeiller
au Grand Confeil , puis Maitre
des Requeftes , & enfuite Inten
dant de Juftice à Rouen. On a efté
fi fatisfait à la Cour de la maniere
dont il s'y eft gouverné , qu'on a
dit au Fils de M. le Prefident Lar
GALANT. 323
ther , qui a efté nommé à cette
Intendance , que s'il vouloit que,
l'on fuft content de luy , il n'avoit
qu'à imiter M. Chamillard . Lo
Grand pere de M. Larcher qui
vient d'eftre nommé à l'Intendan
ce de Rouen , y eftoit avec la même.
qualité en 1640. Il n'y avoit alors
qu'un Intendant pour toute la
Normandie , mais cette Province
s'étant révoltée en ce temps - la , & le
Roy y ayant envoyé M. le Chancelier
Seguier avec M. de Gaffion
on nomma deux nouveaux Intens
dans , dont l'un eft à Caen , &
l'autre à Alençon.
M. d'Heudebert du Buiffon a
efté Maistre des Comptes , puis
Maistre des Requeftes , & enfuite
Procureur General de la Chambre
Royale , établie à l'Arcenal , 8
124 MERCURE
Prefident au Grand Confeil. Lors
qu'il quitta la Chambre des Compres
, feu M. le Prefident Nicolaï ,
dont l'efprit eftoit du premier or
dre, connoiffant la capacité , fit ce
qu'il put pour le retenir . Pendant
environ onze années qu'il a efté
Maitre des Requeftes , toutes les
Parties le demandoient pour Rapporteur,
parce qu'il eft tout enfemble
integre , expeditif & éclairé.
Feu M. le Chancelier le Tellier ,
qui fe connoiffoit parfaitement en
habiles gens , le nomma au Roy
comme un homme capable de remplir
la place de Procureur General
de la Chambre Royale. Il s'eft
diffingué avec beaucoup de capacité
& d'integrité dans toutes les
Intendances & traordinaires ommiffions ex-
*
dont il a efté honet
GALANT 325
. Son efprit eftant d'une fort vafte
étendue , il a efté employé dans
toutes les affaires les plus importantes
du Confeil , & il eftoit de
tous les Bureaux . Il s'attira l'admi
ration de tous ceux qui l'entendirent
, lors qu'il fit le rapport de
l'affaire des rentes de Bretagne . On
ne doit
pas efre furpris aprés cèla
que le Roy inftruit de fa capacité
& de fon merite , l'ait nommé
pour eftre du nombre des quatre
nouveaux Inrendans des Finances .
Par la nomination à cette Charge,
il en refte trois à remplir ; fçavoir
celles de Maiftre des Requeftes , de
Prefident au Grand Confeil , & de
Procureur General de la Chambre
Royale.
Le 23. de ce mois , les Deputez
des Etats d'Artois , qui eſtoient
326 MERCURE
M. l'Abbé Maillart de Clairmarais
2 our le Clergé , M. le Comte de
Carancy pour la Nobleffe , & M.
Poitard pour le Tiers Etats eurent
audience de Sa Majefté, & luy prefenterent
leur Cahier M. l'Abbé
Maillart porta la parole , & dit ce
qui fuit.
STRE,
4
Il ne manque au bonheur que
nous avons de nous voir aux pieds
du plus grand Roy de la terre, que
de
pouvoir expliquer le refpect , la ve
Ineration , & ( s'il eft permis d'ufir
de ce terme ) l'amour qu'ont pour
Voftre Majefté les Etats , les Peuples
de fa Province d'Artois , qui
nous ont fait l'honneur de nous deGALANT.
327
3
puter vers Elle, pour l'affurer de leur
fidelite, & luy offrir le Don Gratuit ,
qu'Elle leur a fait demander. Vous
meritez , SIRE , qu'on ait pour
voftre Augufte Perfonne des fenitmens
qu'on ne doit qu'aux plus Il-
Inftres & aux meilleurs d Plus Il-
&
nous ofons répondre , que ceux pour
qui nous porions la parole , ont pour
Voftre Majesté les fentimens qu'Elle
merite. Ils voyent & ils admirent
ce que toute l'Europe admire & voit
avec eux , leur incomparable Monarque
faire trembler un million
d'Ennemis ,foutenir feul les interefts
de la Religion , & proteger feul un
Prince également grad & infortané,
- que fes Sujets ont trahy , & que fes
Alliez abandonnent. Un Ufurpa
teur fait tomber du Trône un Prince
infiniment digne de l'occuper. Ceux
328 MERCURE
qui avoient le plus d'intereſt àpunu
cet attentat le foutiennent ; ils es
devoient estre les vangeurs zils en
font les Complices. Vous feul , é
Grand Roy , vous feul touché des
outrages faits à la dignité Royale,
entreprenez de punir ce fameux Cou-
•pable de reftablir cet illuftre Monarque.
Vos bentez l'ont déja confolé
defes malheurs 3 was magnificences
luy ont prefque fait oublier
•qu'il a perdu fes Etats ; vous lay
avez fait trouver Londres dans Saint
Germain ; vos armes le mettent même
en estat de tout efperer , il acheve
de fe rendre Maistre d'un de fes
Royaumes , & peut eftre le verronsnous
bientoft rentrer dans les deux
autres. Tandis que Voftre Majefté
protege fi genereufement ce Prince ,
"Elle n'acquiert pas moins de gloire
G
GALANT 329
an foûtenant les efforts de prefque
Boute l'Europe biguée contre Elle. En
4quels termes pourrions-nous exprimer
be qui s'est fait depuis un an fur le
bord du Rbin ? Les Conqueftes & la
gloire de Voftre Majeftes fa bonté
mefme &fes verius inquictoient des
puis long- temps la plus - part des
Princes Allemans ; leur jalousie en
a fait quelques uns ingrats , d'au
wes injuftes. Ils fe font liguez &
avec desforces capables de tout en
treprendre , ils ont pendant une lon
gue Campagne repris deux de leurs
Places, & en ont laiſſeperdre trente.
Plus affoiblis par ces deuse Siegesy
qu'il ne l'euffent efté par la perte de
deux batailles , ils trainent dans
leursEtats les debris de leurs Armées,
& ils vont achever de defoler leur
pays , cesfiers ennemis qui s'efloient
Février 1690. EC
330 MERCURE
promis de defoler la France. Qui
peut-on appeller un miracle fi cela
n'en estpas un ? Na
Nous avons veu de plus prés les
mouvemens des Pays-Bas , & nous
n'avons pas moins admiré la prudence
avec laquelle vostre Majeftey
a confervé fes anciennes Conquefies,
que la valeur avec laquelle Elle Les
avoit faites. Quel prodigieux nombre
d'Ennemis sy font affemblez !
Nousn'avons pourtant point apprebende
qu'ils troublaffent le repos
dont Voftre Majesté nous fait jouir.
nous les avons veus fans les craindre.
Il est vray qu'ils ont reuſſi dans
le deffein qu'ils avoient d'éviter un
combat qu'ils faifoientſemblant de
chercher ; mais n'est-ce point efere
vaincus que de fuir det perils glodicas
fans lefquels on ne fçauroit
40gbi usizyb] .
GALANT. 331
-
vaincre ? Nous ferions indignes des
Soins que Voftre Majesté prend d'af
Surer ainfi noftre repos , fi nous ne
faifions quelque effort pour contribuer
à fa gloire , & le Don gratuit & le
que nous lay offrons, en eft un . Nous
efperons , SIRE , que Voſtre Majesté
voudra bien apprendre par le cabier
que nous prenons la liberté de luy
prefenter , quel est l'état où lafteri
Lité de cette année nous a reduits .
La bonté mefme que vous avez euë
de ne point exiger de nous l'aug
mentation que les conjonctures prefentes
ont fait mettre dans d'autres
Lieux , nous perfuadee que vous ne
Favez pas ignoré , mais nous ou
blions nos befoins pour témoigner
noftre reconnoiffance, & comme Voftre
Majefté demande avec moderation
nous luy donnons avec plaifit. Nous
dane
Ee
11
732 MERCURE
La fupplions , SIRE , deftre perfua
dée de noftre zele pour fon fer fervice,
& de croire qu'Elle n'a point de
Sujets plus fidelles & plus foumis
que Les Etats & les Peuples de fa
Province d'Artois.
Cette Harangue plut extremement
au Roy , qui temoigna à M.
l'Abbé de Clairmarais l'eftime qu'il
faifois de fa perfonne , & enfuite
toute la Cour rendit juftice à fon
merite.
Le Roy partit hier 27. de ce
mois, pour fe rendre à Compiegne,
où Sa Majefté doit faire la reveüc
d'une partie de la Cavalerie de fa
Maifon.
Je vous ay dit que le Parlement
d'Angleterre a effe caffé , & je viens
apprendre que froft que cela fur
Air Milord Alifax Garde du
GALANT, 333
Secall Privé, rendit la Commifhon
au Prince d'Orange , alleguant que
ce Prince avoit mis dans la Procla
mation , qu'il caffoit le Parlement
pour les raifons qu'il
avoit
commuaiquées
à fon Confeil Privé, & que
comme il ne les avoit pas ſecues , il
rendoit le Sceau , ppaarrccee quefuivant
certe Proclamation . le Parlement
huy pourroit faire un jour ſon pro
cés , en luy imputant d'avoir confenty
à fa caffation , & mefme de
L'avoir confeillée. Je fuis , &c.
A Paris , ce 28. Février 1690.
P
TABLE
Reluded
Le Enxe détruit.
Article concernant les droits de
Greffiers & les Audiances de
TABLE.
Grand Chambre.
20%
Fournal de tout ce quis eft paffe en
Flandre pendant la derniere Camspagne.
Divertiffement du Carnaval.
Stances.
33
78
.85.
89
112
Portraits des Generaux de l'Armée
:~de l'Empereur.
De l'Eternité
Charges des Navires arrivez depuis
~~ peu à la Rochelle.
Idilen
Edit. ?
" i
1 128
129
161
Evêché de Chartres donné à M.
l'Abbé Godet de Sande. 127
Ceremonie faite à S. Germain en
Laye.
Arreft du Parlement .
178
783
Machines d'une invention nouvel
•
Morts.Chanibal, all do anim 【
TABLE.
Hiftoire.
Autre article de Morts.
216
232
M. Mignard eft nommé par le Roy
pour remplir toutes les Charges &
Dignitez defeu M. le Brun . 276
Le Fils de M. de Turmeny eft rece
Confeiller.
277
Service fait pour feu M. l'Evefque
de Chartres de weption
Article des Enigmes.
280
287
Prifes faites furles Ennemis, [ 292
Témerité d'nn Capitaine d'un Tacla
Anglois. Tob 294 (
TDA
308
Affaires d'Angleterre, s 297
Generenfe fermeté de la Ville d'Amfterdam.
Défaite des Imperiaux enAlbanie 310
Promotion d'onze Cardinaux. 316
Intendans des Finances nomme par
le
Roy.
326
Harangue faite au Roy au nom des
TABLE
Députez d'Artois.
Depart de Sa Majefte.
323
332
Milord Alifax rend le Scean Privé
au Prince d'Orange. 333
Avis pour placerles Figures.
L'Air qui commence par , En
wain, cruelle Iris ,j'ayperdu l'efpe
ance , doit regarder la page 89.
L'Eſtampe des Jettons , doit re
garder la page 11
208
DE
Bayerische
Staatsbibliothek
München
511
m
16.90.2
Eur.
511thm
16902
Mercure
Xerokopieren aus konservatorlachen
Gründen nicht erlaubt
Nur im Lesesaal benlitzbar
<36612984820012
<36612984820012
Bayer. Staatsbibliothek
32
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
FEVRIER 1690 .
A PARIS ,
GALERIE- NEUVE DU PALAIS.
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS .
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E MICHEL GUEROUT , Galerie- neuve
du Palais , au Dauphin .
M. DC . LXXX X,
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Sayerisuna
Staatsbibliothek
Münch
L
t
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'il y a
de
temps en temps quelques - uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
dfobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite pre-
Lentement le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
Laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
A VIS.
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjoursfort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent.
ils rejettent la faute du retardemen ,
fur le Libraire en difant que la
vente n'en a commencé que fort
:
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
A VIS.
L
porter à la poſte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Par
ticuliers que pour
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la meſme choſe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront..
Quand il fe rencontrera qu'on de-.
mandera ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
FEVRIER 1690.
T
OUTES les actions
du Roy ne font
pas feulement d'une
nature à les faire regarder
d'abord avec admiration ,
mais le temps fait remarquer
qu'elles font juftes , necef-
A iiij
8 MERCURE
faires & prudentes . La quantité
d'argenterie qu'on a portée
aux Hoftels des Monnoyes
de France , a confirmé
cette verité . On avoit bien
cru qu'on y en envoyeroit
pour des fommes confiderables,
mais on eftoit bien éloigné
de penfer qu'elles deuffent
produire le double de
tout ce qu'on s'en eftoit pû
imaginer. Cela eft caufe qu'il
a falu prolonger de moitié le
temps marqué pour la recevoir.
On voit par là qu'il eftoit
temps de faire cette reforme .
Elle ne peut qu'eftre avantaGALANT.
9:
geufe à l'Etat , puis que cette,
prodigieufe quantité d'argenterie
n'y eftoit d'aucune utilité.
Ce luxe ne regne point
dans les Pays étrangers , & ils ,
ne s'en trouvent pas mal.
Auffi n'eft il pas neceffaire
que pour fatisfaire une forte
vanité , des Bourgeois, comme
on en a remarqué à Paris ..
ayent preſque autant de Vaiffelle
, & d'autres Ouvrages
d'argent , qu'il s'en trouve
chez de petits Souverains.
M' de Vin , dont vous connoiffez
l'heureux talent en
Poëfie , par plufieurs pieces
10 MERCURE
que je vous ay envoyées de
fa façon , & que vous avez
toutes fort eftimées , a fait
für ce fujet les Vers que vous
allez lire.
222252552 52552255
LE LUXE DETRUIT
N
E te rebute point , Muſe , reprens
ta Lyre ,
Un miracle nouveau t'excite à le
chanter ;
C'est LOVIS qui le fait , cela te doit
Suffire.
Ainfi cherche destons que l'on puiſſe
goûter ,
Et d'une metode nouvelle
GALANT. II
2
Ajuftant ta voix avec elle ,
Fais entendre en tous lieux , & rea
dire aux Echos.
Ta reconnoiſſance & ton Zele ,
Et le plus grand de fes travaux..
2
Le Ciel qui le donna pour le bien.
de la France ,
Le promit long-temps à nos voeux,
Et fembla ne nous faire attendre fa
naissance ,
Que pour nous rendre plus heureux.
Noftre pieufe violence.
Qui renverse fouventfes Decrets ,.
fes deffeins ,
Comme en dépit de luy l'arracha de
fes mains.
Dés qu'il parut , quelle allegreffe ?
Mais quels tranfports dejoye &quels
raviffemens
12 MERCURE
Quand on vit les empressemens
Qu'il eut de s'éloigner de l'indigne
moleße ,
Qui des Rois d'ordinaire occupe la
jeuneffe !
Bien loin de s'éblouir du pouvoir
Souverain ,
La fienne fut toujours utilement active.
Noftre attente & fon grand deſtin
Eftoient à foutenir , & bien nous
prit enfin
Qu'on ne la vitjamais oifive ;
Car il trouva d'abord trois Monftres
à dompter ,
Mais Monftres , qui fameux par plus
d'un homicide ,
Demandoient des efforts plus grands
que ceux d'Alcide ,
Etplus qu'un Fils deJupiter.
GALANT.
13
2
Pour voir couler du fang le premier
qui s'empreffe ,
( On le nomme le faux honneur )
Par de frequens Combats épuifoit
la Nobleffe.
Ses yeux de Bazilic infpiroient la
fureur
A toute fa folle jeuneffe ,
leur poifon délicat
Et par
On voyoit perdre en vain la force
de l'Etat.
Ce mal d'autant plus incurable
Qu'à ceux qu'il attaquoit il paroiffoit
aimable ,
Et qu'il paffoit pour glorieux ,
Sembloit le détourner d'en effayer la
cure ,
Et luy dire qu'enfin , tourné comme
en nature ,
Il n'y réuffiroit pas mieux
14 MERCURE
Que la plupart de fes Ayeux.
Mais dés qu'il s'appercent qu'elle
eftoit neceffaire ,
Il l'entreprit , il fit ce qu'ils n'avoient
pû faire ,
•
Et d'un feul trait que lance un
fulminant Edit ,
Terraffe le Duel , le dompte , & le
détruit.
Par là , plus docile , & plus fage
Cette Noblee apprit à regler fon
courage ,
Et loin de prodiguer ſon fang
Pour un mot de travers >
pas , pour un rang ,
pour un
Ne montra plus dejalousie
Qu'à quiferviroit mieux fon Prince
& fa Patrie.
" Avant cela de fon grand Corps
L'Ennemy méprifoit les impuiffans
efforts ;
་
Y.
1
GALANT.
IS
I eftoit énervé par fa fiere manie.
Mais mieux inftruit du point
d'honneur ,
>
Il n'en connut plus d'autre &
LOVIS àfa tefte
Marcha toûjours depuis de Conquefte
en Conquefte ,
Et peut- eftre en doit- il quelqu'une
àfa valeur.
S
Ce premier Monftre à bas luy fit
naiftre l'envie
De triompher de l'herefie.
Ce fecond ,fourbe , adroit , fier , &
feditieux ,
Par fon air carreffant , par fa voix
de Syrene ,
D'abord
› quoy qu'enfecret , introduit
en tous lieux ,
Les avoit infectez de ſa funeſte haleine.
16 MERCURE
Les charmes de la nouveautéi
Luy donnoient mefme une beauté
Qui trouva le fecret de plaire.
On crút , en le voyant , n'eftre que
curieux >
Et fon poifon pris par les yeux ,
Paffant dela veine à l'artere ,
Penetrajufque dans le coeur.
La prenant de nouvelles forces
Dans l'Estat , dans l'Eglife il fema
des divorces.
D'un jeune ambitieux il fervit la
valeur ,
Il s'en fit à son tour un puiſſant Protecteur
,
Et fous le vain nom de Reforme
Qui feduifit quelques Bigots ,
Augmentafa grandeur enorme
Fufqu'au point qu'on crût à propos
De le laiffer par tolerance
Regner impunement au milieu de la
France.
GALANT.
17
Qu'en arriva-t-il à la fin !
Bientoft du faux honneur il fuivit
le deftin .
En pouvoit-il avoir un autre
Sous nn Prince auffifage , auffigrand
que le noftre ,
Et qui , plein de lafoy qu'il tient de
fes ay ux ,
Ne voyoit qu'à regret ce Monftre furieux
?
Grace à la ferveur defon zele
Aux pieds de nos Autels tousfes Sjets
unis
Ne connoiffent plus d'ennemis
Que les fiens , & que ceux qu'une
ligue rebelle
Fait à l'Eglife univerfelle.
Tous à Rome , à leur Roy foumis
Concourent d'une ardeurfidelle
A chaffer loin d'icy la revolte &
P'erreur ,
Février 1690 . B
1-x
18 MERCURE
Et tous , fans affaiblir la puiſſance ,
Royale ,
En Enfans dévouez témoʻgent leur
bonheur
Defe voirfous lejoug de la Pontificale.
S
Le troifiéme , qui tient des precieux :
métaux
Dont il a tiré fa naiſſance ,
La beauté, les attraits, & les funeftes :
maux
Qu'en charmant tous les yeux il
fouffloitfur la France ;
Le Luxe , Enfant de l'Opulence,
Fut, on l'a déja dit , le plus grand !
des
travaux
De ce Monarque infatigable.
Le Duel n'eftoit redoutable
Qu'à la Nobleffe feule , & fur le
point d'honneur
GALANT. 19
On pouvoit efperer de la rendre traitable.
Lefeul libertinage attachoit à l'erreur.
› on l'avouë une
De fon peuple
grande partie
L'avoit dés la mammelle & fucée ,
&fuivie:
Mais quelque grand que fust
mal ,
Le Luxe , comme general ,
ce
Eftoit bien plus funefte , & peut- eftre
invincible.
Chacun mefme en croyoit la deffaite
impoffible ,
Et tel qu'un air contagieux
Qui ne respecte ny les lieux
Ny le bien , ny l'efprit , nylefexe ,
ny l'âge
Il n'épargnoit perfonne ; on le voyoit
des Grands
Bij
20 MERCURE
Paßer aux plus petits , & les moin's
[ rage. opulens
Bruloient dufeu fecret defa brillante
La fobre Table qui jadis
Aidoit à lier davantage
Et les parens & les amis ,
Ne fervoit plus qu'àfatisfaire
La fotte vanité de celuy qui traitoit.
Quoy qu'à fes Conviez on fiftfort
bonne chere,
On y fong.oit moins qu'à leur
faire
Voir , & louer de fon Buffet,
Mieux éclairé qu'une chapelle ,
Lafolle & nombreuſe vaifelle,
Vaiffelle , que fans foin de fes propres
enfans ,
Un Valet, pris exprés , tenoit &
claire & nette ,
Et dont , fans lapayer , on ne faifoit
L'emplette
GALANT . 21
Que pour s'attirer un encens
Dont on eft encor plus avide
Que des perdrix & des fayfans
Que l'on yfert en pyramide ;
Vaiffelle qu'aux deffens d'un pauvre
Creancier.
On aimoit mieux enfin garder , fans
en rien faire,
Que de la vendre & le payer,
Et que , forcé de s'en deffaire ,
On pleuroit mefme plus que fa propre
mifere.
Dans les riches appartemens
De Versailles , l'objet de fes amusemens
,
LOUIS avoit fait voir la grandeur
de la France.
Le Luxe , la faveur de fa magnificence
Devenu plus hardy , redoublois fon
éclat ,
22 MERCURE
Car ilfe doutoit bien qu'on le prendroit
pour elle ,
Et qu'il pourroit du Magiftrat
Surprendre , fous fon nom , & les
yeux & le zele. усих & le
En effet, ainfi pris , & petit à petit
Sans qu'on s'en apperçoive il s'enfle,
il s'acredite ,
Et les gens de peu de merite
Quefon fard orne moins qu'il ne les
enlaidit >
L'appuyerent fi bien que toute lafub-
Stance
Du commerce & de la finance
Reduite & convertie en meubles precieux
,
Ne fervoit qu'à nourrir ce Monftre
faftueux.
Quels defordres eftoient les noftres ?
La deftruction des deux autres
Devenoit , luy reftant , fterile , car
enfin
GALANT. 23
Son poifon enfloit trop & rendoit
fier & vain.
Pour peu qu'on en euft pris , on a-.
voit la folie
De fe croire audeffus de ce qu'on
eftoit né.
De fa prompte fortune onbliant l'infamie
,
Le faquin méprifoit l'homme de qualité
;
Il ofoit fe flater que fon argenterie
Feroit perdre le fouvenir
Du fumier paternel dont on le vit :
fortir:
Mais comme il ne pouvoitse donner :
fa nobleffe,
Sous des habits pompeux il cachoit
Sa baffeffe.
De fes meubles dorez il repaiffoitfes
Jeux,
S'en faifoit d'illuftres Ayeux ››
24 MERCURE
Et fans rougir des fiens , portoitfon
infolence
·Jusqu'à luy contester un rang
Qu'avec tant de raison luy donne
la naissance ,
Et qu'il doit à ce noble fang
Que depuis fi long- temps il verfe
pour la France.
Telle eft la fiere vanité
✓
Où ce Monftrefçait nous conduire ,
Et dés qu'on s'en laiſſefeduire ,
On exige par tout avec temerité
Des honneurs qu'on ne doit qu'à la
Divinité.
On s'offence de tout , on ne cède à
perfonne ,
Dans tous fes fentimens on veut
avoir raiſon ,
Et commefon mortel poiſon
En nous fermant les yeux nous in-
Spire & nous donne
Plus
GALANT.
25
- Plus de merite & plus d'esprit .
Qu'on n'en avoit quand on le
prit,
Nous allions bien-toft voir renaistre
" la furie .
Du Duel & de l'Hérefie .
LOIVS pour fes Sujets qui veille
nuit & jour,
En vit d'unfeul coup d'oeil toute la
confequence ,
Et d'abord, quoy qu'en vain, chercha
dansfa prudence.
STAT
Le moyen d'empefcher leur funefte
retour.
A lafaveur du Luxe ils reprenoient
courage ,
Et ce Luxe , en un mot , auffi fier
qu'entefté [ cimenté,
S'eftoit de telle forte en tous licax.
Que ne pouvant faus rifque en
fufpendre la rage ,
Février 1690 . C
26 MERCURE
1
6
Ilfe voyoit forcé d'en fouffrir le ravage.
Enfin fa royale Bonté
Trouva le fecret infaillible
De vaincre & de detruire un Monftre
fi.terrible. Sinc
Versailles, luy dit- elle , eft un lieu tout
charmant ,
Et vous l'aimez uniquement.
Ilfaut ,fi vous voulez que le malheurfiniffe
,
De vos meubles d'argent faire un
prompt facrifice.
L'exemple d'un grand Roy peut tout
furfes Sujets ,
Et dés que vous aurez banny de ce
Palais
Sa pompeufe magnificence ,
SIRE , vous les verrez tout prefts
A chaffer de chez eux le fafte &
L'infolence.
GALANT. 27
-Sans cela point d'obeiffance ,
Et cet exemple feul mieux que tous
vos Edits ,
Peut guerir leurs foibles efprits
De cette ruineufe & fotte extravagance.
Quel remede ! Louis qui faifoitfon
plaifir
De ce lieu qu'efleva , qu'embellitfon
loifir ,
Refue quelques momens furce trifte
remede ;
Enfin ilfe refout , il cede ,
Et laiffant de fon coeur échaper un
Soupir s
Oüy , ma Bonté , dit- il , vous eftes la
( faftueux maiftreffe.
Montrez à ces Sujets ingrats &
Ce que me coute la tendreffe
Que vostrefeulconfeil me fait prendre
pour eux ,
Cij
28 MERCURE
Et faites leur fçavoir qu'à leurs befoins
propice
Fe confens à ce facrifice.
A ces mots gueridons , tables , miroirs
, chenets ,
Vafes , baluftres , feux , urnes , &
cabinets,
Furent jettez par la feneftre ,
Et defes grands appartemens ,
Quel prodige ? on vit difparoiftre
Ces precieux ameublemens,
Dont l'art ingenieux furpaffoit la
matiere .
Par là mieux que par des com
bats
Quefouventfans égard au bien dè
leurs Eftats ,
La feule ambition force les Rois de
faire ;
Par là , dis-je, en un mot, mieux que
parsa valeur,
GALANT. 29
LOVIS qui 10ûjours grand , qui
toujours magnanime
Fait de noftre bonheur fa premiere
maxime ,
Exige, & veut de nous une nouvelle
ardeur.
Redoublons donc pour fon Service
Noftre Zele , nos voeux , noftre fidelité
,
Et par des coeurs foumis rendons à
Sa Bonté
Sacrifice pour facrifice.
Pendant que le Roy trávaille
d'un coſté à faire ſupprimer
le luxe , M ' le premier
Prefident s'applique de l'aug
tre a faire executer les volontez
de Sa Majeſté , touchant
le foulagement des Plaideurs .
C iij
30 MERCURE
14
".
En 1664. les droits de tous
les Greffers furent reglez , &
reduits à peu près à la moitié
des émolumens qu'ils recevoient
de leurs Charges . Ce
Reglement qui fut obfervé
d'abord demeura bientoft
fans aucune force . On n'a pas
de peine à retomber dans ce
qui accommode , fur tout
lors qu'il eft queſtion de tirer
de plus grands droits .
Mr le premier Prefident
voyant que les Peuples ne
profitoient pas de ce que
le
Roy avoit reglé en- leur faveur
, envoya dernierement
GALANT.
31
ཌ
r's
querir M les Greffiers , &
leur dit que Sa Majefté pretendoit
que le Reglement de
1664. touchant ce qu'il leur
falloit payer , fuſt obſervé
avec une entiere exactitude ;
qu'il puniroit feverement
ceux qui oferoient y manquer
, & qu'il écouteroit tous
les premiers Vendredis du
mois , les plaintes que les Parties
feroient d'eux fur les articles
de ce Reglement. On
ne peut eftre ny plus exact
ny plus prompt à rendre la
justice , que l'est cet illuftre
Magiftrat . Loin qu'il falſe
C iiij
32 MERCURE
attendre longtemps les Parties
aprés des Audiences , il
envoye dire à celles qu'il fçait
en avoir befoin pour la neceffité
de leurs affaires , &
que l'on veut traîner en longueur
pour les fatiguer , de
faire que leurs Avocats fe
trouvent à la Grand' Chambre
le jour qu'il leur marque,
& qu'ils auront audience.
Rien ne prouve mieux la
prudence & la juftice du
choix du Roy. Ceux qui
viennent des Provinces éloignées
pour plaider à Paris ,
fe trouveront par là foulagez
GALANT. 33
de beaucoup de frais , & à
l'avenir les Plaideurs n'auront
plus tant delujet de fe plaindre
de leur miſere .
Un Officier de l'Armée
que M le Maréchal de Humieres
commandoit en Flandre
l'Efté dernier, ayant marqué
pour fa propre fatisfa
ction , ce qui s'eft paffé pendant
la Campagne , ce qu'il
en a écrit est tombé entre
mes mains. Il eft fuccinct ,
naturel , rien n'y paroift affecté
, & l'on n'y voit que
des faits fans raifonnemens ,
& fimplement rapportez.
34 MERCURE
2
Rien n'eft plus propre à perfuader
qu'ils font veritables .
Comme vous n'avez qu'en
lambeaux épars dans mes Lettres
de l'année derniere , les
divers évenemens de cette
Campagne- là, je croy que
vous ne ferez pas fachée de
les voir icy en corps . Il y a
mefme plus de lieu d'y ajoûtter
foy qu'à beaucoup de
Nouvelles , que l'on ne donne
ſouvent au Public que défigurées
, pour avoir paſſé en
trop de bouches differentes.
Enfin je vous donne ce morceau
d'Hiftoire long - temps,
GALANT.
35
aprés la Campagne , parce
que ce qui regarde l'Hiſtoire
generale eft nouveau dans
tous les fiecles , quand il ne
fe trouve point en differens.
endroits .
Le 25. May 1689. on arriva
au Camp de Merbie les
Poterie à une demy- lieuë de
la Buffiere . L'Affemblée de
l'Armée s'y fit fous les ordres
de M le Maréchal de Hu-
Imieres . Les deux Bataillons
des Gardes Suiffes y arriverent
de Bavay, eftant commandez
par M' Raynol Lieutenant
Colonel . La ligne alloit de la
36 MERCURE
droite qui eftoit au quartier
du Roy dans le Village de
Merbie jufqu'à la gauche qui
s'eftendoit dans le Village de
Herquelin vis - à - vis du centre
de la premiere ligne . On
avoit un bois nommé du Fay
à la tefte regardant vers Mons,
& derriere la ligne eftoit la
riviere de la Sambre.
Le 29. on fe rendit au
Camp de Peronne prés de
Mons , la droite au deffus de
Binche , la gauche à S. Vas
fur la Haifne , & derriere la
feconde ligne le ruiffeau de
Binche .
GALANT. 37
Le 30. on alla à Trefignie ,
la droite au deffus du Pieton,
la gauche par de là Trefignie,
& derriere la feconde ligne le
ruiffeau du Pieton .
Le s. de Juin M' de Gournay,
Lieutenant General , avec
un detachement de deux mille
Chevaux alla brufler les
Faubourgs de Tirlemont , &
eftant revenu fans avoir rencontré
aucunes troupes des
ennemis , il rapporta qu'ils
eftoient campez à Warem fur
la Meague , & qu'il avoit vû
leur Camp & entendu leurs
trompettes.
38 MERCURE
Le 7. M' de Marin commandant
un detachement de
3000. Chevaux , alla brufler le
Chafteau & le Village de
Cufbech prés de Bruxelles . Le
9. il revint trouver M' le Maréchal
à Nivelle où l'on mit
ce mefme jour une garnifon
de douze cens hommes de
pied & de quinze cens che.
vaux .
Le 14. le Détachement qui
avoit efté envoyé à Nivelle
retourna au Camp. Le mef
me jour toute l'Armée paffa
en reveuë , & fut rangée en
bataille à la tefte de la ligne
GALANT. 39
par Mr le Maréchal & M le
Duc du Maine.
Le 20. M' de Miremont ,
Capitaine de Grenadiers, bat
tit un parti de Charleroy de
vingt -cinq hommes qu'il ren,
contra à trois quarts de lieuë
de cette Place en deça du Pieton
. Le Partifan fut bleffé &
amené à l'Hoſpital de l'Armée
avec deux prifonniers.
Il y en cut fept qui refterent
fur la place , & les autres fe
fauverent. Quatre Grenadiers
furent blaffez dangereuſement
dans cette rencontre.
Le 22. l'on fit un
un fourage
40 MERCURE
entre la Sambre & le Pieton .
La tefte du fourage eftoit à
un demy quart de lieuë de la
jonction du Pieton & de la
Sambre. Les détachemens
d'Infanterie furent poſez à
mille pas de cette jonction
affez prés de Charleroy. Les
Ennemis n'eurent pas pluſtoft
veu paroiftre nos Troupes
qu'ils firent fortir de la
Place quelque Infanterie qu'-
ils pofterent à un moulin fur
le Pieton , d'où ils firent couler
des détachemens dans les
hayes aux environs du moudin.
Ils commencerent à tirer
GALANT. 41
de là fur nos Troupes, & auſſi
toft Mr de S. Gelais , Marefchal
de Camp de jour , fit
filer le long des hayes en deçà
du Pieton quelques Carabiniers
, qui en repondant aux
Ennemis commencerent l'efcarmouche
du cofté du Pieton.
Les Ennemis ayant auffi
fait filer quelques Fuzeliers à
noftre droite en delà de la
Sambre , les Noftres en firent
jetter quelques uns dans les
hayes en deçà de certe mefme
Riviere.d'où ils firent une autre
efcharmouche qui ne ceffa
point pendant tout le fourage ,
Février 1690 . D
42 MERCURE
la Sambre & le Pieton toû
jours entre les Ennemis &
les François. Il y eut peu de
gens bleffez de part & d'autre
,parce qu'on le tiroit d'affez
loin. La Cavalerie eftoit
en bataille fur le glacis de la
contrefcarpe entre la Ville &
la baffe Ville , mais elle ne
tenta rien . Si les Ennemis euffent
voulu fe fervir de leur
Canon, ils auroient pu incommoder
nos poftes avancez .
Le mefme jour, on renvoya
à Nivelle un detachement de
la brigade des Gardes de fix.
cens hommes & de cent cin-
·
GALANT.
43
quante chevaux fous les or
dre de M' Davejan , Brigadier
des Gardes .
Le 25. un détachement de
45. hommes , commandez
par un Officier nommé Sturler
, du Regiment Suiffe de
Greder , dont deux Bataillons
eſtoient à Fontaine- Levefque ,
ayant rencontré trente hommes
des Ennemis , dans le
poſte qu'il devoit prendrepour
couvrir le fourage , les
chargea , & les pourfſuivit jufque
dans un petit Bois prés
de Fontaine - Levefque , du
eſtant tombé dans une Em-
S
Dij
44 MERCURE
bufcade de cent cinquante
hommes , il s'en débarraſſa
en faifant un grand feu fur
eux , & fe voyant fur le point
d'eftre envelopes, il fe retira
de haye en haye , en forte
que les Fourageurs cftant accourus
avec leurs faulx , diffiperentice
Party , dont il y
en eut dix tùez fur la place .
Il en refta fix des noftres , &
quatre furent blefſez , ellog
Le 27.cûn Party du Regiment
de Greder , Allemand ,
en ayant rencontré un des
Ennemis audeffus de Senef .
le batit & en amena treize >2
GALANT.
45
prifonniers. Six autres furent
tuez , & douze qui fe fauvoient
tomberent dans un
Party de nos Gardes de Cavalerie
qui couvroit le fourage
que faifoient nos Troupes . Ce
mefme jour le détachement
de Nivelle revint .
Le 29. l'Armée décampa ,
& fe rendit à Haifne Saint
Pierre Saint Paul , la droite
à Saint Vas , la gauche auprés
de Mariemont , & la
Haifne derriere la feconde
ligne,
Le 2. de Juillet , il furvint
un orage violent qui caufa
46 MERCURE
de fi grandes inondations ,
que la Haifne eſtant debordée ,
une partie de la gauche dela
feconde ligne en fut prefque
fubmergée . Plufieurs équipages
fe perdirent avec
des chevaux de Cavaliers ,
& Mr de Bufferolles , Sous-
Lieutenant de la Colonelle
des Gardes Françoifes , fut
noyé en voulant paffer la
Riviere
pour
Sentinelle en delà . On auroit
pû prevenir ce défordre ,
en éloignant les lignes un
peu plus que l'on ne fit de
la Riviere , & occupant la.
hauteur.
aller à une
(
GALANT.
47
*
Le 22. M le Chevalier du
Rofel , Lieutenant Colonel
du Regiment de Rohan ,
eftant allé apprendre des
nouvelles des Ennemis qui
décampoient de Therus pour
venir à Timeon , fe trouva
prés de l'Abbaye de Serrelemoine
, & fut découvert de:
trois efcadrons des Ennemis
qui vinrent à luy le Moufquet
haut . Il fit d'abord trois
Troupes de fes cinquante
Maiftres , & aprés avoir effuyé
leurs feux , il les chargea
l'épée à la main , en ſorte
qu'il les renverfa & les pour48
MERCURE
fuivit pendant un quartd'heure
, aprés quoy ne jugeant
pas à propos de s'engager
plus avant , il rallia fes
Cavaliers , & fit fa retraite à
la veuë des trois Elcadrons
des Ennemis qui s'estoient
ralliez ; mais ils n'oferent l'attaquer
, parce que de temps
en temps il faifoit volte - face .
Il eut un Cornette tué , &
il ramena le reste de fon
monde . L'on a trouvé dans
cette action beaucoup de
valeur & de conduite.
Le 24. M' de Villars avec
un détachement de cent cinquante
GALANT. 49
quante Maiftres alla reconnoiftre
les Ennemis campez
à Ville Timeon & Melinge ;
mais aucunes de leurs Troupes
ne fe prefenterent. Il revint
fans faire aucune expedition
.
Le 25. l'Armée décampa,
& vint fur le ruiffeau de Bray,
aux Baffes Eftines ; la droite
au deffus de Bray , la gauche
à Hochin , derriere le centre
de la grande Ligne les Baffes-
Eftines , & derriere les deux
Lignes le ruiffeau de Bray.
Le mefme jour un Baraillon
de Champagne,un de Guiche,
Février 1690 . E
50 MERCURE
& un de Stoup , joignirent
l'Armée , & remplacerent
deux Bataillons de Normandie
, & un de la Marine
Royale , qui avoient quitté
depuis quelques jours pour fe
jetter dans Dinan . Les deux
Bataillons de Greder quitterent
Binche , & rejoignirent
l'Armée .
Le 28. M' le Maréchal
ayant cité averty qu'un Party
avoit enlevé quelques chevaux
de la grande Garde , à
un Abreuvoir auprés de l'Abbaye
de Bonne- efperance , ordonna
à M' de Vatteville de
GALANT.
faire monter le Piquet des
Dragons à cheval , & de chercher
ce Party , ce qui fut executé
tres- diligemment . Plufieurs
Officiers de l'Armée ,
ayant entendu cela , poufferent
devant , & ayant appereeu
ce Party dans un petit
bois prés de Bonne efperance,
qui s'en retiroit , ils le fuivirent.
M ' de Vatteville fit inveftir
ce bois par fes Troumais
comme il eftoit
pes ,
dehors , il fit marcher une
partie de fes Dragons au deffus
de Binche à la droite, pour
aller couper ce Party à la tefte
Eij
52 MERCURE
d'un autre petit bois qui eſt
à un quart de lieuë de Binche
où les Ennemis qui
avoient eſté pouffez par quelques
Volontaires , s'eftoient
jettez , aprés s'eftre arreſtez
un peu
de
temps dans un
Verger , & avoir tiré quelques
coups fur eux , dont
Mr de Rohan fut bleffé au
genoüil , un Cornette à l'épaule
, & M de Nogaret legerement
au bras . Comme
toutes les Troupes gagnoient
la tefte du bois , M Courfen,
Major des Gardes Suiffes, apperceut
ce Party qui s'avanGALANT.
53
çoit vers une maifon à la lifiere
du bois , dans un fond ,
auprés d'un petit ruiffeau ;
mefme il y en avoit quelquesuns
, qui au lieu d'aller en
avant , s'en retournoient fur
leurs pas , & ils fe feroient
fans doute échapez , parce
que les Troupes couroient
toutes pour gagner la tefte
du petit bois ; mais heureuſe .
ment Mr de S. Gelais fuivoit
les autres avec une troupe, &
M de Vateville luy fit figne
du chapeau qu'il vinſt à luy
avec ceux qu'il conduiſoit .
M' de S.Gelais s'eftant avancé
E. iij
54 MERCURE
en mefme temps , fit mettre
pied à terre aux Dragons
qui entrerent dans la maiſon ,
& trouverent le Commandant
, & quelques autres
qui demanderent quartier. Le
refte du Party s'eftoit répandu
dans le bois , mais comme
les Dragons qui estoient à la
tefte y entrerent auffi , on les
prit tous à l'afus . Il y en cut
quatre de tuez , & on en emmena
vingt- neuf. Le Party
eftoit de cinquante , mais
douze ou quinze s'en eftoient
feparez dés le matin , pour
mener à Charleroy les cheGALANT.
55
vaux qu'ils avoient pris . Ce
mefmejour on fit un fourage
prés de Mons. La tefte du
fourage eftoit à S. Simphorien
. M' le Maréchal y eftant
venu , apprit qu'il y avoit de
l'Infanterie des Ennemis dans
une maifon fur la hauteur vis
à vis de la porte de Havre , à
la gauche du chemin . Ilor
donna à quelques Troupes d'y
marcher , pour obliger cette
Infanterie à fe tetirer. Quel
quesVolontaires qui estoient
auprés de luy & de Monfieur
le Duc du Maine , y coururent
auffi toft , mais dés que
E. iiij
$6 MERCURE
,
les Ennemis les virent appro
cher de la maiſon , ils prirent
la fuite . Mr de Fitte , Lieutenant
aux Gardes Suiffes , y
cftant arrivé le premier , parce
qu'il n'avoit point fuivy le
chemin , & qu'il avoit eſté à
travers terre fut falüé de
quatre coups de fufil , dont
le dernier luy penfa brûler le
vifage , ne s'en eftant pas fallu
la longueur d'un pied , que le
bout de ce fufil ne touchaft fa
tefte . Le coup cependant don
na tout dans fon chapeau . M
de Fitte luy rendit le mefme
falut d'un coup de piſtolet
GALANT $ 7
qui luy donna au milieu du
dos , ce qui ne l'empefcha
pas de fe fauver. Il alla enfuite
avec M° le Comte de Guiche
chercher les Ennemis jufque
dans leurs barrieres , & enfin
ils furent obligez de fe retirer
en effuyant un grand feu .
Ce Comte eut fon cheval
bleffé à la barriere de la Ville,
& M' de Fitte foupçonnant
que quelques - uns des Ennemis
eftoient demeurez cachez
dans la maiſon , tira un coup
de piſtoler bourré avec du
linge dans la couverture . Le
feu y prit auffi- toft. Il le mit
58 MERCURE
auffi à un tas de grain qui
eftoit auprés . Pendant ce feu ,
les Ennemis tirerent inutilement
quelques coups de Canon
, & plufieurs coups de
Moufquet de la paliffade de
la porte d'Aure, Le chapeau
de Mr de Fitte fut percé d'un
coup de fufil , qu'un Payfan
luy tira à la longueur d'une
pique , tandis qu'il mettoit le
feu à la maifon ,
Le 31. Mr de S. Gelais , Maréchal
de Camp , partit avec
un détachement de mille chevaux
& cinq cens Dragons
pour aller brufler plufieurs
GALANT. 59
Villages aux environs d'Afche
entre Bruxelles & Gand .
Le lendemain
, premier jour
d'Aouft , eftant arrivé à Afche
, il fut averty que huit
mille Hommes des Ennemis
avoient paru auprés du Bourg
de Merchten ce qui le fit marcher
de ce cofté- là . Les premiers
Efcadrons ayant rencontré
cent cinquante Gardes
du Marquis de Caftanaga ,
Gouverneur des Pays-bas Efpagnols
, commencerent auffi
toft à les charger, & les Gardes
foutinrent deux décharges
avec affez de vigueur ,
60 MERCURE
mais ils furent rompus à la
troifiéme , & on les pourfuivit
jufqu'aux portes de Bruxelles.
Il y en cut trente à
quarante qui refterent fur la
place , & l'on fit dix Priſonniers.
On alla piller le Bourg,
où l'on mit le feu enfuite.
Le mefme jour 1. d'Aouft ,
M* le Duc de Choiſeul partit
avec un détachement de deux
mille chevaux pour aller foutenir
M ' de S. Gelais . M' le
Duc du Maine l'y voulut accompagner.
Le 17. l'Armée décampa
des Baffes- Eftines pour venir
GALANT. 61
camper à Mierbe ; mais Mr
le Maréchal ayant eu avis en
chemin que les Ennemis qui
eftoient campez à Fontaine
l'Evefque avoient paffé la
Sambre , fit paffer le mefme
jour la mefme riviere à fes
Troupes fur trois ponts depuis
la Buffiere jufqu'à Mierbe,
& fit camper fon Armée,
la droite à Hanche & la gauche
au bois du Foffeteau , la
Sambre derriere . Ce mefme
jour lesEnnemis allerent camper
la droite à Marchienne
au Pont, & la gauche à Montigny
le Tigneux. Le lende
62 MERCURE
main ils fe mirent de nouveau
en marche , & vinrent camperla
droite derriere Marbay , &
la gauche à Court .
Le 25. l'Armée décampa
de Hantes pour venir à Boſſu
à une licue prés du Camp
des Ennemis qui estoient fur
l'Eufe . On trouva leurs Fourageurs
foûtenus
par fix ou
fept cens hommes
de pied ,
qui occupoient
deux Villages
, Filen & les Forges
, où
l'on ne pouvoit
aller que par
un defilé . On fit un détachement
de Dragons
, qui ayant
mis pied à terre , les charGALANT.
63
gerent vigoureufement
, ce
qui les obligea de fe retirer
en defordre. On les pourſuivit
fi vivement , qu'aprés un
peu de reſiſtance
, ils gagnerent
les Bois qui estoient
derriere & à cofté d'eux . On
vit paroistre fur une hauteur
cinq Efcadrons qui favorifoient
leur retraite . Cela fut
caule que nos Dragons n'avancerent
point ; mais M' le
Marquis de Tilladet , Lieutenant
General de jour , fit
poſter les Escadrons de Villepion
. Les Ennemis ayant vou .
lu faire ferme , furent atta64
MERCURE
quez l'épée à la main . On
les renverfa , & ils furent
pouffez jufques à Valcourt .
Ils refifterent
fi peu , que cela
fit croire que l'on pouvoit aifément
infulter la Place . M
le Maréchal de Humieres
,
donna ordre en mefme temps
qu'on fift avancer les Batal! -
lons des Gardes Françoiles
&
Suiffes ,Champagne , & Greder
Allemand
, ce qui fut executé
; mais il fut impoffible
d'empefcher que les Ennemis
ne fuffent toûjours
en pouvoir
d'y envoyer des Troupes
de leur Camp, cette com.
GALANT. 65
munication ne pouvant eftre
coupée . Dés que les nostres
approcherent de Valcour , les
Ennemis les receurent avec
un grand feu de Moufqueterie.
On pouffa quelques détachemens
devant juſqu'à la
muraille ; mais comme elle
eft bonne & flanquée de tours ,
& que noftre petit Canon ne
fuffifoit pas pour y faire bref
che , on ne put faire autre
chofe que d'effuyer un grand
feu. Le premier Bataillon des
Gardes Suiffes inveftit la Ville
par la droite , & le fecond
par la gauche pendant que
Fevrier 1690 . F
66 MERCURE
la brigade de Champagne &
les quatre Bataillons des Gardes
Françoiles s'eftoient répandus
par les autres coſtez ,
à la referve de celuy par où
les Ennemis avoient leur
communication, qu'il n'eftoit
pas poffible de leur ofter .
On demeura bien trois heures
exposé à tout , le feu des
Ennemis, dans l'efperance de
pouvoir entrer l'épée à la
main par quelque endroit de
la Ville ; mais M le Maréchal
ayant eſté avety que l'on
n'y trouvoit aucun paffage , fit
abandonner cette entreprife
GALANT . 67
& retirer le canon & les trou
pes en fort bon ordre dans la
plaine , où le canon des Ennemis
incommodoit fort les
noftres , ayant dreſſé des batteries
qui croifoient fur eux .
Nos Troupes montrerent en
cette occafion beaucoup de
valeur. Les Gardes Françoifes
& la brigade de Champagne
y perdirent beaucoup . M le
Bailly Colbertyfut bleſſé à la
teſte, s'eftant avancé jufqu'à la
porte , & mourut peu de jours
aprés de fa bleffeure . Quantité
d'Officiers & de Soldats
de fon Regiment & de celuy
Fij
68 MERCURE
Ou
de Greder Allemand y furent
ruez
, ainfi que Mrs de Lage
Roinville , l'Attignac , & Cha
millard, Capitaines auxGardes.
Il y cut vingt- deux Officiers
fubalter nes , douze Officiers.
des autres Corps , & environ
tois cens Soldats tuez
blefez. Les deux Bataillons.
des Gardes Suiffes y fouffri
rent moins , n'ayant eu que
tois Officiers & foixante
Soldats tuez ou bleffez . Mle
Marquis de S. Gelais & M¹ du
Mets - Tiercelin , Commiffaire
d'Artillerie , furent emportez
d'un coup de canon .
GALANT. 69
"
Le 29. M' le Maréchal ayant
eu avis que les Ennemis avoient
décampé la nuit pour
aller à Gerpines , fit partir
l'Armée le lendemain matin
par un gros brouillard , pour
fe rendre à Florennes , où l'on
mit la droite ; la gauche fut à
Yves. Il fit ce jour- là un fi
mauvais temps que les équipages
ne purent arriver . Ainfi
on ne put décamper de Florennes
que le premier jour
de Seprembre , pour venir à
Gerpines , d'où les Ennemis
eftoient partis il y avoit une
heure lors que M ' le Maré .
70 MERCURE
chal y arriva, Ce jour - là ils
repafferent la Sambre , & camperent
à Montigny , fur cette
mefme Riviere. Les Noftres
mirent leur droite à Acos ,
leur gauche à Tarchenes &
à Gerpines , le Quartier du
Roy au centre .
Le s . de Septembre , Mr le
Maréchal ayant reconnu par
la fituation du Camp des
Ennemis qu'il pouvoit les ca
nonner . ordonna que toute
la premiere Ligne d'Infanterié
, compofée de la Brigade
des Gardes , de Champagne
,
& de Soiffons , partiſt du
GALANT. 71
Camp avant minuit , fans bagages
& fans bruit . Ils marcherent
à travers le bois qui eft
entre Charleroy & Gerpines ,
& arriverent
le 6.un peu avant
le jour à l'endroit de la droite ,
où ils mirent dix pieces de
Canon , dix à la gauche , &
dix au milieu. L'Infanterie
fut rangée en bataille le long
d'une brouffaille , & la Cavalerie
derriere elle dans la
plaine . Noftre Canon ſe trou
va preft à tirer à la petite
pointe du jour. Cependant
les Ennemis
, qui apparem
ment avoient efté avertis de
72 MERCURE
noftre deffein, avoient difpofé
du Canon pointé fur les
endroits où les Noftres pouvoient
mettre le leur , & ils
commencerenr à les falüer
les premiers de leur Artillerie.
La noſtre leur répondit ,
& la canonnade dura cinq ou
fix heures . Mr le Maréchal
eftant avec Monfieur le Duc
du Maine , cut avis que les
Ennemis plioient bagage pour
fe retirer , & il ordonna à M
de Fitte d'aller reconnoiftre
fi ce qu'on luy venoit de dire
vray .
eftoit
reconnu que c'eſtoient les
M' de Fitte ayant
équipages
GALANT.
73
équipages d'Artillerie qui
s'étoient trouvez directement
fous noftre Canon de la gauche
, vint en rendre réponſe
à M' le Maréchal
, qui ayant
efté informé que les Ennemis
ne faifoient aucun mouvement
, fit retirer en fort bon
ordre noftre Canon & nos
Troupes . Les Ennemis fouffrirent
de noftre Canon , &
nous ne perdifmes que quel,
ques Soldats des Gardes Françoifes
, quelques Canonniers ,
un Capitaine de Charoy , &
un homme à M le Maréchal.
Fevrier 1690 .
G
74 MERCURE
Le II. l'Armée vint de
Gerpines à fon premier Camp
de Hantes , autrement
la
Buffiere . M de Gournay y
refta avec vingt Efcadrons .
Le 12. elle paffa la Sambre
& la Haine , & vint camper
à Ville fur Haine .
Le 13. elle vint à Soignies où
elle féjourna le 14. & le 15 .
elle campa fous Enguien , &
vint le 16. à Leffine .
Le 18. Mr de Gournay rejoignit
l'Armée avec le détachement
de vingt Eſcadtons
qu'il avoit à la Buffiere .
Le 30. les ennemis
eftant
GALANT. 75
venus camper à Enguien , l'Armée
de Mile Maréchal de
Humieres alla à Leufe , la
droite au moulin de Leufe &:
lá
la gauche vers Ligne à une
Chapelle environnée d'une
touffe d'arbres.
Le 2. d'Octobre , M' de
Calvo joignit l'Armée avec
toutes les troupes.
Le 3. les Gardes Françoifes
avec quatre Bataillons de l'Infanterie
qu'avoit amenée M
de Calvo , quitterent l'Armée
pour aller en Allemagne .
Le 4. M' de Gournay partit
avec dix- huit Efcadrons
Gij
76 MERCURE
pour aller camper fur Lau--
neau .. Par l'abfence des Gar
des Françoiſes
on fut obligé
de laifler la droite de la garde
du General au Regiment
de
Champagne
. Les deux Bataillons
des Gardes Suiffes ne firent
Corps avec aucune Brigade
, & garderent toûjours le
centre de la ligne, faifant leur
fervice en particulier
fans
eftre confondus
avec le refte
de l'Infanterie
, en forte qu'ils
conferverent
toutes les prero ,
gatives attachées au Regiment
des Gardes.
Le¸6 . Mª d'Artagnan , MaGALANT.
77
jor general de l'Armée , alla à
celle des Ennemis avec paffeport
pour régler les Contributions.
Le mefme jour l'Armée
Ennemie vint camper
,
la droite à Cambron
, & la gauche
à Lens .
Le 7. un de nos partis d'Infanterie
& un de Cavalerie fe
chargerent pour ne s'eftre pas
reconnus , la Cavalerie n'ayant
pas voulu répondre au qui
vive de l'Infanterie . Le 17.
l'Armée decampa de Leufe
pour aller à Blaton .
Le 22. Elle vint cantonner
dans les Villages de Kiewrain,
G iij
78 MERCURE
Ancres , Ancreo , Thulut ,
Montrueux , Bene , Hanein,
& Longes . LArmée des ennemis
quitta le Camp de Brugele
, & alla à Soignies où elle
fe fepara le 24.
fc
Quoy que le Carnaval ait
cfté court , les plaiſirs n'ont
pas laiffé d'eftre grands , &
jamais on n'a fait paroiftre
plus d'empreffement
pour
divertir .Monfeigneur
le Dauphin
eftant venu au Bal chez
Son Alteffe Royale Monſieur
,
on y compta depuis l'ouverture
du Bal jufques à quatre
heures du matin huit à dix
GALANT. 79
où
mille Mafques. Monfeigneur
eut encore le mefme divertiffement
le dernier Dimanche
du Carnaval. Le Lundy
il y eut Bal à Verſailles chez
Mr le Duc du Maine ,
toute la Cour fe rendit , &
le Mardy chez le Roy , où
Monfeigneur le Dauphin pa
rut fous quatre habits differens
. Le mefme Mardy, Monfieur
le Duc de Chartres
donna le Bal à Mademoifelle
au Palais Royal. Il y
vint un nombte infiny de
Mafques qui furent charmez
des manieres de ce jeune
G iiij
४०80 MERCURE
Prince . Ce feroit icy le lieu
de vous en entretenir , mais
je laiffe parler M ' Pagot ,
Valet de Chambre de Monfieur
, qui a fait les Vers que
vous allez lire.
J
Amais dans un coeur bas un
noble fang ne tombe ,
L'Aigle ne produit point la timide
Colombe.
Désfes plus tendres ans le fangdes
demy- Dieux
Montre fon origine , & prouve fes
Ayeux.
Du Berceau de Pyrras l'inexorable
Achille
Vit Priam accablé des débris de fa
Ville ,
GALANT. 81
Et pour un coup d'effay l'invincible
LOVIS
Voit tomber Philisbourgfous la main
de fon Fils.
Philippe , ce Heros qui toûjours intrepide
,
Eut dans tousfes Combats la Victoire
pour guide ,
Qui s'expofant fans ceffe aux plus
affreux bazards
Dans les Champs de Caffel parut un
Second Mars ,
Philippe , de LOVIS l'augufte &
digne Frere ,
Voit fon Fils foûtenir fon mefme
caractere.
Ce jeune & Sage Prince eft fon
vivant portrait ,
Il a de fes vertus jufques au moindre
trait.
( dence ,
Il afafermeté ,fa douceur , fa pru82
MERCURE
Saforce , fa valeur , fa bonté , fa
clemence ,
Et malgré fa jeunesse on voit dés
aujourd'huy,
Ce que tout l'Univers doit attendre
de luy.
Il brûle de courir fignaler fon cou
rage,
A toute heure on l'entendſe plaindre
de fon âge ,
Qui s'oppofant encore à fes defers
guerriers ,
Remet à d'autres temps l'amas defes
Lauriers .
Pour mieux entretenir cette 'heroïque
audace >
Dans les regles de l'art il fit faire
une Place *
Où foumis àfes loix , de genereux
1 Soldats
Le Fort de Saint Cloud.
GALANT. 83
Donnoient de vains affauts , faifoient
de faux Combats.
Ce plaifir feul pour luy fembloit avoir
des charmes
Son coeur s'applaudiffoit dans ces
feintes alarmes.
La toujours affidu parmy les Combattans
, ( temps,
On le vit méprifer
les injures du
Toujours
infatigable
, & toujours
dans la peine ,
S'occuper des devoirs d'un fage Capitaine
,
Inftruire , difpofer , & dans le plus
grand feu
Soupirer de regret que ce ne fust
qu'unjeu.
De ce jeune Heres nous devons tout
attendre ;
S'il montre tant d'ardeur dans un
âge fi tendre,
84 MERCURE
Que ne fera - t - il point quand la
foudre à la main
Il ira dans fes Forts attaquer le
Germain ?
Heureux qui le fuivant dans fa
vafte Carriere ,
·Se couvrira fous luy d'une noble
pouffiere..
14
Heureux qui par des Vers avoüez
d'Apollon ,
Au Temple de l'Honneur porterafon
grand nom ! ...
Plus heureux fi mon fang , que je
voue à fa gloire ,
Peut marquer quelque jour fa premiere
Victoire !
Les Vers qui fuivent font
du mefme Auteur.
GALANT. 85
SS2525552-22257252
STANCES
Vors
Fe
A IRIS.
OVS me voulez en vain
ter au mariage ,
ne fçaurois y confentir.
por-
Le peu que vous pourriezy trouver.
d'avantage
Me pouffe à vous en divertir.
Si ma flâme à present a pour vous
quelques charmes ,
Fe ne les dois qu'au nom d'Amant
;
Ce qui vous plaift en moy vous coûteroit
des larmes
Un mois après le Sacrement.
86 MERCURE
ន
Nous brulons tous les deux d'une
flame fecrette ,
Lenaudn'en peut eftre détruit,
Et fous le joug d'hymen l'ardeur la
plus parfaite I
Eft éteinte dans une nuit.
S
Ces noms toûjours fi doux d'Amant
& de Maiftreffe
S'enfeveliffent dans l'oubly .
Il n'est plus de foupirs , il n'est plus
de tendreffe ,
Lors que l'Amant devient Mary.
$
Je fais tout mon bonheur de vous
voir, de vous plaire ,
Vous avezfur moj tout pouvoir.
Un Epoux, belle Iris , agit tout au
contraire ,
·Ce qu'il veut, il faut le vouloir.
GALANT. 87
2
Mon coeur eft penetré , quand mes
tendres prières
Obtiennent la moindre faveur ;
Mais toutes pour l'Epoux , & meſme
les dernieres,
Ont rarement de la douceur.
2
Voftre amour àprefent eft libre
volontaire,
Toutfuccede à voftre defir
Belle Iris , un contrat le rendroit neceffaire
,
8
Le devoir ofte le plaifir.
$
Laiffez donc avancer lajufte de-
Itinée
Des appas qui m'ont enchanté.
Aprés deux on trois ans d'un funefte
bymenée ,
Il faut dire , adieu la beauté.
88 MERCURE
2
Foüiffons des plaisirs que donne le
jeune âge
A deux coeurs qui s'entendent
bien.
Deux Amans ne devroient fonger au
mariage
Que quand leurs feux font
fans foutien.
Toutes les Chansons que
je vous envoye font toûjours
choifies par un des plus habiles
Muficiens que nous
ayons ; vous le connoiſtrez
par celle- cy.
GALANT. 89
AIR NOUVEAU.
EN
Nvain , cruelle Iris , j'ay perdu
l'esperance
De vous voir quelque jourfavorable
à mes voeux i
Je fens tous les plaiſirs d'un amour
qui commence ,
Et malgré voftre indifference ,
Je fuis contentfans eftre heureux.
Il a couru un manuſcrit
intitulé Portraits des Generaux
d' Armée de l'Empereur. Il en eſt
tombé une copie entre mes
mains , je ne vous répons pas
qu'elle foit correcte , parce
qu'elle peur n'avoir pas efté
Fevrier 1690.
H
90 MERCURE
prife fur l'original . J'ay crû à
propos de retrancher les por
traits de Monfieur l'Electeut
de Baviere , & de Monfieur le
Prince Charles de Lorraine
qui font à la tefte. Voftre curiofité
poura fe fatisfaire d'ailleurs
; mais comme mes Lettres
deviennent publiques , je
n'y dois rien mettre de cette
nature qui regarde de fi
grands Princes , ainfi je commence
par le troifiéme Portrait.
Le Prince Louis de Bade
eft un vray Homme de Guerre
; il en aime le métier , &
GALANT. 91
y met toute fon application .
Il a beaucoup de courage ,
voit affez clair dans un com .
bat , actif , vigilant , de l'ordre
dans la difpofition des
Troupes , laborieux , toujours
à cheval , & le plus capable
de devenir un grand General
fi la présomption ne le gâtoit
pas écoutant peu les
confeils , & quand il eſt forcé
de les fuivre , ce n'eft que
longtemps aprés , & jamais
fans y avoir changé quelque
chofe qui puiffe perfuader
qu'ils ne viennent que de luy;
voulant paroiftre aifé à vivre ,
Hij
92 MERCURE
mais difficile à tout ce qui
n'eft pas d'une aveugle complaifance
; peu jufte fur le
blâme & fur la loüange , &
n'en donnant qu'autant qu'on
eft attaché à luy , ou éloigné
de fes interefts : peu capable
de fe conduire dans une Cour,
parlant librement , à charge
aux Miniftres ; enfin il a toutes
les qualitez les plus propres
pour commander dignement
une Armée , & pour
ofter l'envie de la luy confier.
Le Comte de Caprara a cſté
avancé dans les Armées par
GALANT. 193
la protection de Montecuculi
fon Oncle , & ne pouvant faire
fortune que par la guerre , il
a montré dans diverfes occafions
le courage dont a beſoin
un Soldat de fortune . Du
refte , fes confeils font toujours
de ne rien hazarder , &
ils font remplis de cette prudence
qui donne de la crainte
à ceux qui par intereft, & fans
s'apercevoir que c'eſt la
qui les infpire , font toujours
perfuadez que les parties les
plus timides font les meilleures
. Il a l'efprit qu'il faut
pour fe bien conduire auprés
peur
94 MERCURE
des Miniftres , ne leur eſtre
point redoutable , & ne faire
jamais d'ombrage à un General.
Il s'amufe volontiers à
voir piller un Camp , & il
prend fa
ment.
part
du divertiffe-
Le Comte de Staremberg
Maréchal de Camp de l'Empereur
( c'eft dans l'Armée comme
Maréchal de France ) eft
un homme de beaucoup de
courage , & qui a plufieurs
qualitez neceffaires pour la
guerre . On ne luy donne cependant
que la valeur ,
lité dangereufe à un General
quaGALANT.
95
quand elle eft feule . Il eft emporté
, violent ; il n'eft guere
plus loüé fur la défenfe de
Vienne , que fur la mauvaiſe
conduite au Siege de Bude
qui fe fit l'année ſuivante, &
qu'on fut obligé de lever .
On n'a pas trouvé que Vienne
défenduë
par quatorze
mille hommes des meilleures
Troupes de l'Empereur , duft
eftre aux abois au bout de
deux mois de Siege.Il eft certain
que le Comte de Staremberg
avoit peu ménagé
la Garnifon , l'expofant dans
des forties affez inutiles , &
96 MERCURE
A
parmy les Allemans , foit que
l'envie ou une connoiffance
plus parfaite les faffe parler ,
il est moins loué que chez
les autres Nations fur la défenfe
de cette Place .
Le Prince de Salms , Maréchal
de Camp , eft attaché à
l'éducation du Roy de Hongrie
. On dit qu'il entend la
guerre . Il a affez fervy . C'eſt
un digne choix pour rendre
ce jeune Prince un grand
homme. Il a de la valeur, de
l'efprit , de la nobleffe , de la
vertu , & s'il luy infpire toutes
fes qualitez , il peut en
faire
GALANT. 97
faire un galant homme. Il eft
fort attaché à la Maifon
d'Auftriche , & s'il fe trouve
jamais à la tefte des affaires ,
il ne tiendra pas à luy qu'elle
ne foit auffi redoutée dans
l'Europe que la France .
Le Comte de Rabata , Maréchal
de Camp , & Com
miffaire general des Armées
de l'Empereur , paffe pour
plus capable de cette derniere
Charge que de la premiere.
On luy atrribue une grande
intelligence pour la fubfiftance
d'une Armée , la diftribution
des quartiers , la
Fevrier 1690.
Bayerisone
Staatsbibliothek
München
I
98 MERCURE
1
201106
difcipline , la prevoyance à
fe bien fervir du Pays , & le
faire durer long- temps ; qualitez
bien neceffaires dans les
Armées Allemandes , qui par
leur prodigieux équipage &
par l'efprit de pillage qui y
eft naturellement , ruineront
toujours en deux mois les
Provinces qui pourroient les
fairé fubfifter des années entieres
.
£
Dunevval , General de la
Cavalerie de l'Empereur , eft
fort capable de cette Charge,
& paffe avec juftice pour un
de fes meilleurs Officiers . 11
GALANT 99
a du courage , de l'efprit &
plus d'experience que tous les
autres
Le Comte de Palfi , general
de Cavalerie , eft homme
de beaucoup d'efprit . Il n'a
veu d'autres guerres que celles
de Hongrie. On n'eft pas
perfuadé que ce foit un fort
brave homme , mais comme
ileft des plus anciennes & des
premieres familles de Hongrie
, il a trouvé moyen de
perfuader à la Cour de Vien
ne que l'on devoit en la perfonne
donner un exemple de
bon traitement aux Seigneurs
1
I ij.
100 MERCURE
Hongrois , & il a fait plus de
chemin dans les dignitez de
la Guerre , que fes fervices &
fes actions ne luy permettoient
d'efperer.
Caraffa , General de la Cavalerie,
s'eft fait un merite des
cruautez qu'il a exercées en
Hongrie , de l'argent qu'il a
tiré de ces malheureux , de
la découverte
de plufieurs
confpirations que l'on dit n'avoir
jamais efté formées qui
ont tourné au profit de l'Em .
pereur ; & enfin il paffe pour
un homme tres- capable de
bien établir des contribuGALANT.
IOL
tions. Tout le monde convient
qu'il a beaucoup d'ef
prit , & qu'il eft preft à rendre
de tres grands fervices ;
les Affaires de Tranfilvanie
en font foy..
.644
Le Comte de Bielke , Gene
ral de la Cavalerie de l'Empereur
& de l'Electeur de Baviere
, eft homme de beaucoup
de courage , capable
d'eftre un fort bon Officier ,
&
que l'on verra un jour à la
tefte des Armées de Suede.
Le Comte de Schering , General
de l'Armée de l'Empe
reur & des Troupes de Bar
I iij
12 MERCURE
218
a
a
viere , n'a pour toutes qualitez
que beaucoup d'efprit de
menage , toutes les fouplef
fes d'un Courtifan , allant fort
bien à fes fins , fe fervanthabilement
de tout ce qui peut
contribuer à la fortune, trouvant
moyen de commander
l'Armée de l'Electeur qui ne
l'eftime point , d'en tirer cing
mille écus de rente malgré
luy de perfuader à Sa Majefté
Imperiale , que fans luy
' Electeur ne feroit point dans
les interefts de la Maifon
d'Auftriche , lié d'un commerce
affez étroit avec la
GALANT 103
o
१.
Comteffe de Kaunits , n'allant
a la guerre que parce
qu'un General d'Armée ne
peur fe difpenfer de s'y
trouver quand fon Prince
y eft ; toûjours malade , &
fe fervant à la guerre de tout
fon efprit pour éviter les occafions
fans qu'on s'en apperçoive.
Le Prince de Croy , General
de l'Artillerie , eft homme
de beaucoup de valeur .
274
Le Comte de Taff, Lieutenant
general de la Cavalerie,
eft un tres-galant homme. Il
a montré du courage dans
I
iiij
194 MERCURE
toutes les occafions & actions.
où il s'eft trouvé , mais il eft
fans contredit moins loua
ble fur les vertus militaires
que fur toutes les autres qui
font un honnefte homme
beaucoup d'efprit , d'un tresbon
commerce ; honnefte ;
poly , beaucoup de fçavoir &
d'étude, plaçant parfairement
bien ce qu'il fçait ; enfin homme
qui peut eftre propre
tour , mais qui preferera toûjours
les qualitez qui rendent
un homme agreable à celles
qui le rendent utile .
Gondola , premier LieuteGALANTM
105
nant general de Cavalerie, eft
un fort ancien Officier ,qui
par l'âge & par fal perfeverans
ce a ne pas le rebuter de quelques
injuftices,fe trouve dans
ce poſte- là . C'eſt un homme
que l'on aime affez , de ces
gens enfin fans vices , fans
vivacité & fans ambirion ,
dont le monde peut s'accom+
moder , hors le Maiftre qui
les employe
.
L
Souches , premier Lieutenant
general de l'Infanterie ,
s'eft trouvé dans la guerre par
les Emplois que fon pere a
laiffez , & paroift mediocre
en tout.
106 MERCURE
Le Comte de Scherfemberg
Lieutenant general de l'Infanterie,
eft homme de beaucoup
de courage , & qui cherche
fort à voir & à s'intro¬
duire.
Le Prince de Neubourg
Grand - Maiftre de l'Ordre
Teutonique, eft un bon homme
, fort pefant , n'ayant
dans les occafions ny crainte
ny ardeur , rien auffi au deffus
de cela. Il s'attache peu
à fervir.
Le Prince de Savoye a beau
de courage & de bon
fens , affez d'étude , cher
coup
14
GALANT. 107
chant fort à fe rendre bon
Officier , & tres- capable de
le devenir un jour ; de la
gloire & de l'ambition , &
tous les fentimens d'un homme
d'élevation.
Veterani eft un tres brave
homme , diftingué par une
des plus belles actions de la
derniere Guerre ; peu de politeffes
beaucoup de franchife
, & en un mot , rien d'Italien
que la naiffance .
Heufler , Soldat de fortune,
eft un homme de beaucoup
de courage ; de l'efprit, actif,
qui s'eft avancé par beaucoup
108 MERCURE
de bonnes actions , l'air & les
manieres d'un homme de
qualité . On dit qu'il paroift
embaraffé d'un gros commandement
mais il y a dans
ces difcours moins de verité
que d'envie.
Picolomini eft un brave
homme , qui paroift entendre
bien fon métier . Il eftoit attaqué
injuftement fur fa capacité
, & un peu fur le courage .
Il fe comporta fort bien dans
la derniere Bataille . Il a beau
coup d'ennemis . Il paroift
trop occupé de petites choles
, pour eftre un jour bien
ግ
GALANT. 109
capable des grandes .
Le Prince de Commercy a
beaucoup de valeur , fort agiffant
, trouvant moyen de ne
perdre ny grandes ny petites
occafions , ayant beaucoup
d'envie de s'inftruire . Il eſt à
craindre que le trop d'ardeur
ne l'empêche d'eftre bon Officier
.
Rabutin eft fort brave
homme , honnefte
暮
de la
probité , & plus loüable par
ces endroits là que par fa
capacité dans da guerre .
Nigrelli Efterhafi , Apremont
& Vallis , Generaux de
110 MERCURE
*
Bataille d'Infanterie , font
auffi gens de reputation .
Cet Ouvrage n'eftant pas
de moy , j'ay cru , quoy que
je faffe profeffion de ne chagriner
perfonne , vous le pouvoir
donner dans une guerre
auffi ouverte que celle- cy,
où l'Europe eft remplie d'écrits
beaucoup plus fanglans
contre la France. Après tout,
ce que je vous donne ne peur
paffer pour une Satire , & ily
a beaucoup plus de loüanges
que de traits piquans dans ces
Portraits. D'ailleurs , on ne
doit pas tout à fait affeoir ſon
GALANT I
jugement fur celuy d'un Particulier
qui dit ce qu'il penfe,
& quienes dies pas toujours
vray , foit à l'égard des louanges
, foit à l'égard du blâme .
Il peut eftre mal inftruit de
ceux dont il parle , & avoir
naturellement de l'inclination
pour les uns , & de l'averfion
pour les autres . Quoy
qu'il en foit ces Portraits
ne peuvent qu'eftre fort agreables
eftant fort bien
écrits , & l'Auteur paroiffant
un homme d'efprit & de bon
fens.
Las fainteté du temps où
112 MERCURE
nous fommes, rend de faifon
la Lettre que je vous envoye.
Elle a efté écrite par un hom .
me fort habile & fort zelé ,
à une Religieufe fa Bellefoeur
,qui luy avoit demandé
fes reflexións fur la matiere
dont elle traite .
2222SESSE 525 $2255
DE L'ETERNITE .
V
OUS me demandez
ma chere Soeur, une chofe
bien au deffus de mes forces ,
quand vous m'ordonnez de parler
de l'Eternité , & vous ne
GALANT 193
.
penfez peut- eftre pas , que cet
emploi ne convient guere qu'à
une perfonne confommée dans
les matieres Spirituelles , &non
pas à un homme diffipé par le
commerce des chofes du Siecle.
C'eftoit pluftoft à moy de vous
demander quelques- unes de vos
reflexions fur cegrandfujet, car
bien
que
l'Eternité doive estre
pour toutes fortes de perfonnes
un objet continuel de meditation,
neanmoins à prendre les chofes
dans le cours ordinaire , cela est
encore plus , ce mefemble ,de vôtre
état que du mien . Mais il
faut vous obeir , puis que vous
Février 1690 .
K
114 MERCURE
le voulez vous abandonner
des penfees fans ordre , & mal
digerées. Si vous n'avez de moy
que des chofes de mauvais goût,.
vous ne devez je l'ofe dire , ma
chere Soeur , vous ne devez vous
en prendre qu'à vous mesme , il
y a un peu de vostre faute de
m'avoir engagé à une entreprife
où je fuis fi peu propre , &
d'où
je ne puis fortir qu'à ma confufion.
En effet , quel moyen de parler
dignement de l'Eternité , d
ne vaudroit il pas mieux mar
quer par un filence refpectueux,
l'étonnement l'admiration 1
GALANT 115
qu'elle nous caufe ? N'est- ce pas
une temerité évidente de vouloir
enfermer dans quelques paroles
un temps infini , d'entreprendre
de donner une idée parfaite d'une
chofe où l'efprit fe confond à mefure
qu'il tache de la penetrer ,
la revolution d'un grand nombre
de fiecles ne pouvant la reprefenter
que tres -foiblement ? Îl n'y a
que Dieu ?
Dieu , cet Estre veritablement
éternel , qui fcache bien ce
que c'eft eft que l'Eternité parce
qu'il eft le feul qui foit avant
qu
tous les temps , qu'il nefinira
jamais . L'Homme ne peut atteindre
fi baut ; la tefte tourne à
Kij
116 MERCURE
ح و ت
qui veut porter fes penfees dans
cette vafte étendue , dans ces ef
paces immenfes de l'Eternité , &
l'entendement le plus élevé s'égare
& fe perd dans cet abifme.
N'entreprenons donc pas de
parler de cette veritable Eternité
qui n'a ny commencement ny
fin , qui a precedé , & qui furpaffera
en durée tous les temps
qu'on peut imaginer , qui eftpropre
& particuliere à Dieufeul,
qui n'ajamais efté communiquée à
aucune creature , fans mefme excepter
les Anges , puis que tout
ce qui eft créé a un commencement,
n'est par confequentsufGALANT
117
ceptible que de l'Eternité qui doit
neceffairement fuivre ce commencement.
C'est de cette derniere
Eternité que nous pouvons effayer
de dire quelque chofe parce
que nous avons efté créez pour
elle , & qu'elle doit eftre pour
nous une fource à jamais inépuifable
de biens ou de maux
infinis
a
Mais que dirons- nous , ma
chere Soeur de cette Eternité
terrible dans laquelle nous devons
entrer , & où chaque mement
nous conduit ? Que dirons
- nous de cette bien- heureuſe on
mal- heurenfe Eternité qui doit
118 MERCURE
eftre la fuite des redoutables ju
gemens de Dieu ? Que dirons
nous enfin de cette Eternité ter
rible , dans laquelle aprés plufieurs
millions d'années , nous ne
ferons pas plus avancez qu'au
premier jour ? On ne peut vevoquer
en doute la certitude de
l'Eternité , car elle eft fondée fur
la parole divine. Allez , maudits
, au feu éternel , qui eft
preparé pour Satan , & pour
fes Anges Voilà la peine.
Venez les bien- aimez de
mon Pere,poffedez le Royau
me qui vous cft prepaté depuis
la Creation du monde.
GALANTM 19
Le Salut que je donne fera
éternel , mes Elûs feront comblez
d'une éternelle allegref
fe , ils feront dans la joye , &
dans le raviffement , les douleurs
fuiront pour toûjours.
Voilà la recompense.
L'Eternité eftant ainsi éta
blie , il n'y a rien à quoy on duſt
penfer avec plus d'application ,
pourtant il n'y a rien à quos
on penfe moins. Il semble que
prefque tous les hommes ayent
perdu le fens fur cette matiere ;
on fait tout pour le temps ,& on
ne fait rien, ou fort peu de cho-
Le pour l'Eternité. Nous faifons
120 MERCURE
des établiſſemens dans le monde,
comme fi nous n'en devions jamais
fortir, nous avons peine
àfaire quelques actions qui tendent
à nous affurer un eftat heureux
dans l'Eternité. De quelles
précautions ; de quel regime , de
quels remedes n'ufons-nous pas,
pour prolonger de deux ou trois
années une vie traversée par
mille inquietudes
, fans compter
les douleurs aiguës que caufent
les maladies & les pertes des
biens , & nous ne voulons rien
faire pour acquerir une vie éternellement
heureufe : Helas !
`nous n'epargnons ny nos tra-
Vaux
GALANT.
121
vaux, ny nos biens pour vivre ,
encore un peu de temps , & nous
regardons à la moindre chofe ,
lors qu'il lafaut faire , ou qu'il
la faut donner pour poffeder éternellement
des biens
inestimables .
Que fi l'on croit ceux - là fages
& prudens qui tâchent d'éloi
gner la mort autant qu'ils peuvent
, ceux qui vivent d'une
maniere à faire
connoistre qu'ils
negligent l'Eternité , ne font- ils.
pas infenfez ? On a beau nous .
dire que nous ne fommes que
Voyageurs , que des Pelerins fur
la Terre ; que cette Vie n'eft
qu'un instant à l'egardde l'autres
Février 1690 .
L
des
122 MERCURE
que nous fommes faits pour l'Eternité
, nous le voyons nous le
fentons , pourtant rien ne
nous occupe moins que cette pen-`
fée qui devroit nous occuper tout
entiers. C'est une chofe étrange
que nous avons tant d'attachement
aux chofes qui paſſent, qui
difparoiffent à nos yeux , & que
nous ne foyons pas touchez de
ce qui doit durer toujours. Quelle
eft donc noftre erreur ? Quel eft
noftre aveuglement ? Nous rifquons
un temps infini contre un
temps qui s'écoule avec une extreme
rapidité. Semblables à
ceux qui feroient affez fous pour
GALANT. 123
jouer une fomme immenfe contre
une chofe de vil prix , nous courons
avec empreffement à des
chofes de neant , à des chofes
dont la durée est fort courte ,
qu'un mefme moment voit naître
mourir , & nous negligeons
une chofe infiniment preticufe ,
dont la durée est éternelle.
Quoy's le temps pour lequel nous
faifons toutes chofes eft incertain,
il ne durera peut eftre que quelques
momens, & nous ne faifons
prefque rien pour l'Eternité, quoy
qu'elle foit infaillible . D'où
vient ce déreglement ? C'eft , ma
chere Soeur que nous n'avons
Lij
124 MERCURE
pas une Foy affez vive. Noftre
Foy au contraire eft languiſſante,
& nous ne sçavons pas nous
elever & fuivre les mouvemens
de noftre ame , qui nous avertit
inceffamment , que nous devons
afpirer à l'Eternité , que nous
devons travailler fans relâche à
nous la procurer pleine de bonheur
; car vous fçavez, ma chere
Soeur, qu'il n'y a point de milieu
entre une Eternité heureuse,
& une Eternité malheureuse ,
qu'il faut neceffairement que
nous entrions dans l'une ou dans
l'autre , ce qui eftant , le bon
fens veut que nous preferions des
GALANT. 125
biens infinis à des maux fans fin
&fans mefure.
D'ailleurs , la penfée de l'Eternité
porte avec elle cet avantage
, qu'elle eft d'une merveil
leufe confolation dans les dif
graces & dans les fouffrances de
cette vie , car quand on eftforte
ment appliqué à la contempla
tion de l'Eternité , on n'eft pas
à beaucoup prés fi fenfible aux
frequentes traverfes & incommoditez
qu'il faut effuyer ,
l'Ame élevée par cette application
ne fe trouble pas de cent
chofes qui fans cela luy . cauferoient
d'etranges allarmes . On
Liij
126 MERCURE
a mefme de la joye , & on reprend
de nouvelles forces dans
les mortifications & dans les
aufteritez , quand on confidere
qu'elles rendent doux le chemin
de l'Eternité , & qu'elles fervent
de guides pour arriver à
une vie dont les delices n'auront
point de fin .
Que vous eftes prudente , ma
d'avoir fait choix
chere Soeur
de l'eftat où vous estes , qui par
fa douceur & par fon calme eft
un avant-goust de cette bienheureuſe
Eternité , tandis que
nous autres gens du monde fommes
détournez par le tumulte &
!
GALANT 127
par l'embaras des affaires de penfer
ferieufement à l'Eternité !
Vous avez bien témoigné par
ce choix judicieux & chrétien ,
que vous connoiſſez la veritable
valeur de l'Eternité. Puiffiezvous
, ma chere Soeur, obtenir par
vos prieres de celuy qui comprend
en luy feul toute l'Eternité, que
je puiffe enjuger auffsfainement
que vous , que je faffe ce qu'il
faut pour acquerir cette Eternité
pretienfe , qui eft le comble des
defirs , le but de tous les gens de
bien , le partage e lagloire des ·
Elus. C'est la grace que je vous
demande , ou , fi vous voulez »
L iiij
128 MERCURE
la recompenfe de quelques heures
que j'ay employées à faire par
vos ordres ce petit difcours de
l'Eternité. Je fuis voſtre › &c.
Il eſt arrivé depuis peu à
la Rochelle deux Navires revenant
de Canada . Ils ont
apporté pour
deux millions
fept cens mille livres de peaux
de Caftors gras , & pour onze
cens mille livres de Loutres ,
Martes , peaux d'Ours , Renards
, Orignaux , & peaux de
Bufles , ce qui fait trois millions
huit cens mille livres. Il
ne s'eft point encore veu de
GALANT 129
retour fi extraordinaires jamais
Navire Hollandois.quelque
vantez qu'ils foient dans
l'Europe , n'ayant rapporté
plus d'un million.
On imprime un fort beau
Livre touchant l'inftruction
des Jardins Fruitiers & Potagers.
Il eft de M'de la Quintinye
,qui étoit prépofé à la culture
de tous les Jardins du
Roy , tant Fruitiers que Potagers
, fous les ordres de M' le
Sur- Intendant . Son habileté
luy avoit donné une fort
grande reputation, & comme
il eft mort depuis un an , M
130 MERCURE
de la Quintinye fon Fils ;
prend foin de l'Impreffion de
ce Livre.M' Perrault de l'Aca
demie Françoife , lié d'amitié
avec toute cette Famille, a fait.
là- deffus un petit Poëme qui
areceu une approbation generale
. Les expreffions en:
font tres- vives , & s'il a extre
mement bien reuffien divers
autres Ouvrages on peut
dire qu'il s'eft fürpaffé luymefme
en celuy-cy . Vous en:
jugerez par la lecture.
>
1
GALANT 131
Auth
2 5275S SS25 2552225
52552552:522552222
A MONSIEUR
DE LA QUINTINYE ,
SUR SON LIVRE.
De l'Inftruction des Jardins.
Fruitiers & Potagers .
P
IDYLLE.
Endant que vous chantez les
Heros de la Guerre ,
Qui font regner la mort , & défolent
la Terre ,
Souffrez , Muſes , souffrez qu'à
l'ombre du repos
Fe chante des Jardins le paisible
Herosi
122 MERCURE
Par fon heureux travail , par fes
Soins honorée
De mille nouveaux fruits la Terre
·´s'eft parée ,
Et devenant feconde au gré de fes
defirs
A charmé tous nos fens de mille
doux plaifirs.
Le folide Element , qui foûtient
noftre vie ,
La Terrefe plaignoit de n'eftre plus
fervie
Que par des hommes vils , par de
rustiques mains ;
Elle qui vit jadis les plus grands des
Romains
Au fortir des Combats ›
mains
triomphantes
de leurs
Cultiver avec foin les moindres de
Jes Plantes :
Elle n'enfantoit plus dans fa trifte
GALANT. 133 .
Que des Fruits imparfaitsfans force
oufans couleur.
A peine pour garder les loix & fes
coûtumes ,
Donnoit-elle au Printemps les plus
fimples legumes ,
Et retenant cachez fes precieux tre-.
fors,
Elle ne daignoit plus les produire au
dehors.
De fon riche Palais , la difcrete
Nature
Avec joye entendit cet innocent murmure
,
Et pour noftre bonheur promit de
mettrefin
Aux finiftres effets d'un fi jufte chagrin
.
Elle avoit des long- temps , du fage
Quintinye,
Formé
pour Les Jardins l'admirable
genie ,
134 MERCURE
Et verfé dansfonfein les dons qu'elle
départ ,
Quand elle vent qu'un homme excelle
dansfon Art.
L'efprit qu'il recent d'elle
fur toutes chofes ,
อ ouvert
Ne voyoit point d'effetsfans en chercher
les caufes;
Avec un foin exact il avoit médité
Tout ce qu'ajamais ſçû la docte Antiquité
,
Tout ce qu'a recueilly la longue experience
,
Enfin rien ne manquoit à fa vafte
fcience ,
Que de voir la Nature encore de
plus prés ,
Et d'en bien penetrer les plus rares
fecrets.
Unjour que vers le foir pressé de
Laffitude ,
GALANT . 135
Et les fens épuifez de travail &
d'étude ,
Ilfe laiſſa furprendre aux charmes
du repos
Sur un lit de gazons , qui s'offrit à
propos,
A peine à lafaveur dufrais , & du
filence
Souffroit-il du fommeil la douce violence
,
Que d'un vol infenfible il fe vit
transporté
Dans un vafte Palais d'admirable
beauté , [ Nature
L'ouvrage & le Séjour de la fage
Dont l'ordre néglige , dont la fimple
Structure
Avoient plus de grandeur , avoient.
plus d'agrémens
Que n'en eut jamais l'Art , ny tous
fes ornemens.
136 MERCURE
Il voit que de ces lieux l'agiffante
Maiftreffe
N'y fçauroit endurer la fterile Pareffe.
Là dans un reduit fombre , où
de longs travaux
par
Avec l'aide du Temps fe forgent les
Metaux
Il obſerve étonné , que de la mefme
argile ,
Dont noftre feu mortel fait un vafe
fragile ,
Le feu de la Nature , inimitable
Agent,
Forme comme il luy plaist , de l'or
ou de l'argent.
Dans un Antre voifin il contemple ,
il admire
Les principes cache
refpire ,
de tout ce qui
Les atomes fubtils , dont les corps
font formez ,
GALANT. 137
Et les Refforts vivans , dont ilsfont
animezi
Maisfe laiffant aller à l'ardeur qui
l'emporte
>
Il paffe aux Vegetaux , pour voir
de quelleforte
Dans fon travail fecret la Nature
conduit
L'admirable progrés de la Plante &
du Fruit.
Il remarque attentif, que l'ouvrage
commence
Par humecter long-temps la fertile
femences
Que groffiffant toûjours elle vient
a crever, (lever ;
Pour dégager le germe , & le faire
Que ce germe , au travers de fes
fibres menuës ,
Offre cent petits trous , comme autant
d'avenues
Février 1690 .
M
128 MERCURE
Où les fucs , & lesfels reconnus pour
amis
Sont dans leur tendre fein unique- -
ment admis
Il voit
que de ces fucs de differente.
force
L'un fe façonne en bois , l'autre devient
écorce,
Et qu'en fuivant toûjours la forme
des conduits ,
Les uns font le feuillage , & les
autres les Fruits..
Il s'infruifoit ainfi plein d'une joye.
extrême ,
Quand parut à fes yeux la Nature
elle- mefme
Avec tous les appas , & tous les
agrémens ,
Qu'elle laiffe entrevoir aux yeux
defes amans.
A cultiverfon Art flateuſe elle l'ex-.
borte
-GALANT. 139
Et pour l'encourager luy parle de la
(pareil , forte.
Peut eftre qu'eblowy de l'éclat fans
Qui s'épanche en tous lieux du Globe
du Soleil ,
Tupenfes qu'il n'est rien dans l'enceinte
du monde
Qui ne doive fon eftre à fa clarté
feconde.
La Terre dans fon fein renferme
d'autres feux,
Non moins forts & puiſſans , quoy
que moins lumineux ,
Dont les fombres chaleurs plus douces
& plus lentes
Sont l'amour , le foutien , & la force ·
des plantes.
Ces deux feux differens , en joignant ·
leur pouvoir,
Font tout croiftre , & germer , font :
tout vivre & mouvoir.
Mij
140 MERCURE
Il est encore un feu vil , abjet ,
méprisable
Né du fale rebut d'une rustique
étable ,
Mais qui remply de fucs , & de fels
precieux ,
Fait feul plus que la Terre & le
Flambeau des Cieux.
Par fon heureux Secours , joint à
ton industrie ,
Tu peux cueillir des fruits au fein
de ta Patrie
Plus doux , plus favoureux , plus
fins , plus délicats ,
Queue ceux où le Soleil dans les plus
beaux Climats
Aura pendant le cours de fa longue
carriere ,
Répandu tous fes feux , & toute fa
lumiere.
Del Art que tu cheris le fecret
Sauverain
GALANT
141
Eft de fe bien pofter , & fur un bon
terrain .
Il faut connoiftre encor comment
l'Arbre prend vie
Comment il fe nourrit , comment il
fructifie ,
Quelle vertu l'anime , &fi diver
Sement
A tout , fans fe peiner , donne le
mouvement.
Dans l'endroit où le tronc fe joine
à la racine ,
L'ame fait fa demeure , &prend
Son origine.
Lorfque l'Hyver répand fa nége &
fes frimats ,
Elle quite la tige ,& defcend en embas,
Où fage elle travaille à pouffer de fes
fouches,
De nouveaux rejettons , qui comme
autant de bouches
142 MERCURE
Attirent l'aliment , & forment la
liqueur ,
Qui de l'Arbre au Printemps fait
toute la vigueur ;
Qui ranime en montant fon trone
& fes branchages,
Et le couronne enfin de fruits & de
feuillages :
Ainfi c'eft un abus de ne pas retrancher
Ces menus filamens , où l'on n'ofe
toucher:
Dés qu'ils ont veu le jour , auffitoft
ils periffent,
Et dans terre enfouis fe fechent ,fe
moififfent,
Infectent ce qui vit. Loin que
par eux
l'arbre
En repouffe des jets plus fains, plus
vigoureux ,
Il en fent devenir fes forces lan
guillantes ,
GALANT. 143
Et ne prend d'aliment qu'aux raci
nes naifantes.
Tes Peres peu fçavans fe font encor
trompez.
..
Dans l'Artdont les rameaux veulent
eftre coupez.
Quand du milieu de l'Arbre une:
branche nouvelle
S'élevoit fierement ,groſſe , luifante
& belle ,
Elle eftoit confervée , & charmé de
l'avoir
L'ignorant fardinier y mettoit fon
espoir.
Il fautjetter à bas cette jeune infolente:
"""
Qui prend pour fe nourrir tout le
Suc d'une plante.
Ce fuc , dés qu'on la coupe , auffi-toft
rabatu
Aux branches d'alentour partage fa
vertu ,
144 MERCURE
·Repare abondamment leurs forces
presque prefque éteintes,
Et groffit tous les fruits dont elles
font enceintes.
Fen
ne pourrois nombrer les abus
differens ,
où de mille façons tombent les ignorans
.
(paroiftre
Le temps & mes leçons te les feront
Des Arbres cependant traveille à
bien connoistre
Tous les temperamens , & toutes les
bumeurs ,
Leurs chagrins , leurs defirs , leur
Langage , leurs moeurs.
Il faut qu'a demy mot un Fardinier
entende
Ce que dans fes befoins un Arbre
luy demande.
Sa tige , fes rameaux , fes feuilles,
fa couleur
Luy
GALANT. 145
Luy témoignent affez fa joye , ou fa
douleur.
Si dans ces lieuxfacrezj'ay voulu
te conduire ,
Si moy-mefme je prens la peine de
L'inftruire,
Et de te découvrir tant de fecrets
divers .
(que tu fers .
Tu dois en rendre grace au Maiftre
Ce Prince eft mon amour , c'est mon
parfait ouvrage;
Sa bonté, fa valeur , fa force , fon
courage ,
Et tous mes plus grands dons qu'en
Luy j'ay ramaffez,
Auroient fait vingt Heros dans les
fiecles paßez.
J'ay pris le mefme foin deſa Race
immortelle ,
Dont j'ay formé les traitsfur le même
modelle.
Février 1690 .
N
146 MERCURE
Pour l'honneur defes jours j'ay dans
tous les talens
Fait naiftre en mille endroits des
hommes excellens ,
D'éloquens Orateurs
Poëtes
d'ingenieux
( pretes ;
De fes faits éclatans fidelles inter-
Des Peintres, dont tel eft le charme
du pinceau ,
Des Sculpteurs , dont telle eft l'adreffe
du cifeau ,
Que j'aypeine moy- mefme en voyant
leur ouvrages mod de ranke
A me bien démêler d'avecque mon
image.
Je veux que le bel Art qui caufe tous
Creates foins
Leur dispute la palme , & n'excelle
pas moins.
Quand Suivi de fa Cour , & conronné
de glaire
GALANT. 147
LOVIS en defcendant du char de la
Victoires! anes
Viendra fe délaffer aprés mille dangers,
laps zakovost
Dans les longs promenoirs de fes
riches Vergers , wand
Ilfaut que de beaux Fruits en tout
de temps foient couvertes
De ces Arbres feconds les branches
toujours vertes,
Puis qu'en toutes faifons fuivi de
fes Guerriers
Dans le beau champ de Mars ilcueille
des Lauriers . < s
Ainfi la Quintynie apprit de la
Nature
Des utiles jardins l'agreable culture;
De là tant de beaux fruits , de là
nous font venus
Tant d'Arbres excellens autrefois inconnus
,
Nij
148 MERCURE
Ou qui ne fe plaifoient qu'aux plus
lointaines Terres.
De là viennent encor ces admirables
Serres,
Où les Arbres choifis qu'on enferme
dedans ,
Sous un calme éternel font toujours
abondans.
Chez luy , quand l'Aquilon de fes
froides haleines
Fixoit le cours des eaux , & durcif
foit les plaines ,
Dans l'enclos fouterrain de ces tiedes
reduits
De l'Este, de l'Automne on trouvoit
tous les fruits ,
On trouvoit du Printemps toutes les
fleurs éclofess
Et l'Hiver au milieu des Fraifes &
des Rofes ,
Auroit cru n'eftre plus au nombre des
Sailons
GALANT. 149
Si dehors il n'euft veufa neige &fes
glaçons.
Mais quand au Renouveau la diliestre
gente Aurore Flore ,
Redoroit de nos prez les richeßes de
Quand auxjours lesplus chauds on
voyoit dans les champ's
Router fous les zephirs les fillons
ondoyans ,
Ou quand fur les cofteaux, le vigoureux
Automne
Etaloit les raifins dont Bacchus fe
couronne ,
Quel plaifirfut de voir les jardins
pleins de fruits
Cultive de fa main , par fes ordres
conduits ;
De voir les grands Vergers dufuperbe
Versailles ,
Ses fertiles quarrez, fes fertiles
murailles
N iij
150 MERCURE
où d'unfoin fans égal Pomone tous
les ans
Elle-même attachoit fes plus riches
prefens!
Là brilloit le teint vif des Pêches
empourprées ,
Icy le riche émail des Prunes diaprées:
Là des rouges Pavis le duvet delicat;
Icy , le jaune ambré du rouẞâtre
Mufcat ;
3
Tous fruits dont l'eil fans ceffe
admiroit l'abondance 2
La beauté , la groffeur, la difcrete
ordonnance.
Famais fur leurs rameaux également
chargez
>
La main fi fagement ne les euft arby
rangez.
Mais c'eft pen que noftre âge , il-
VINTYNIE
, lufive
Aitprofité des dous de ton raregenie:
GALANTM II
C'est peu que deformais la terre ou
tu nâquis
Foüiffe par tes foins de tant defruits
exquis ,
Tu veux avec taplume agreable &
Sçavante
Tranfmettre tes fecrets à la race.
fuivante ,
Et les faisant paffer à nos derniers
Neveux,
Rendre tous les climats , & tous les
temps heureux.
Je te loue , & du Ciel tu n'eus
tant de lumiere ,
Que pour en enrichir laTerre toute
entiere.
Je vous ay promis de vous
faire graver les Jettons qui
ont cité frapez cette année.
N iiij
12 MERCURE
Je vous tiens parole , & je
vous en envoye une Eſtampe ,
mais il y a une circonstance
à remarquer , qui eft qu'on
n'employe prefque plus de
Deviles fur les matieres épui
fées , parce qu'elles font fouvent
tomber dans des redites
dont le Public ne laiffe pas
de s'appercevoir , quoy qu'-
elles foient en d'autres termes.
Ainfi la plufpart de ceux qui
ont efté choisis pour faire ces
Devifes , ont réfolu de fe fervir
de ce qui fera arrivé de
plus confiderable & de plus
glorieux au Roy dans l'année .
GALANT. 153
Mr de Santeüil , Chanoine
Regulier de S. Victor , dont
le merveilleux genie eft connu
pour tout ce qui regarde
les Infcriptions , les Himnes,
& les Devifes , a travaillé
cette année pour celles des
Jettons du Trefor Royal &
de la Ville . Il s'eft fervi pour
celle du Trefor Royal , du
mont Olimpe dont les Poëtes
ont tant parlé , qui porte fa
tefte au deffus des nuées , &
d'où l'on voit des foudres fe
former plus bas . Jamais le
fommet de cette montagne
n'eſt troublé , & c'est pour
154 MERCURE
cela que les Poëtes ont feint
qu'on y voyoit encore les
cendres des qu'on
Victimes
y a immolées ; & comme fa
tranquillité n'est jamais fujette
à eftre alterée par le moindre
vent , quelques orages
qui paroiffent au deffous de ce
fommet , le Roy a la mefme
tranquillité au milieu des
Ennemis qui l'environnent .
On voit dans le revers du
Jetton , pour marquer cette
tranquillité
, une montagne
dont la tefte eft hors des
nuées ; & des foudres au deffous
, avec ces mots alen- ·
GALANT. 155
tour , tirez de Lucain .
Pacem fumma tenent.
A l'égard de la Devife de
l'Hoftel de Ville , le mefme
M'de Santeüil a voulu montrer
qu'il n'y a rien de plus
glorieux pour le Roy, que de
voir un nombre infiny de
Souverains liguez contre la
gloire de ce Monarque , &
qui ne peuvent en fouffrir
F'éclat .
Lcs Medes eftdent ennemis
des Parthes . Ces derniers
adoroient le Soleil & les
Medes pour infulter leurs
ennemis tirerent des fléches
196 MERCURE
contre cet Aftre , & fouvent
le dépit des ne le pouvoir
atteindre , leur en faifoit décocher
dans l'eau , où l'image
du Soleil eftoit reprefentée
. M de Santeuil a pris le
corps de fa Devife fur la folie
de ces Peuples , qu'il a fait
voir dans le revers du Jetton ,
avec ces mots.
6365 Securus ab alto, 21
Rien n'eft mieux imaginé,
ne marque mieux la grandeur
du Roy , & ne peut faire voir
plus clairement , que les traits
que fes Ennemis décochent
contre luy , feront auffi peu
#
GALANT. I
d'effet que ceux que les Medes
dardaient contre le Soleil , &
contre fon image.31baisia
J'ajouteray icy l'explication
du Jetton des Galeres ,
dont la Devife a sefté faite
par M Gauthier. C'eſt un
Aiglon qui porte la foudre,
avec ces mots d'Ovide .
Quò poftulat ufus.
Ils font tirez de la Harangue
d'Uliffe contre Aiax , où
cet adroit Capitaine voulant
faire voir aux Grecs de quelle
utilité il avoit efté parmy
cux , foit pour le Confeil ,
Loit pour l'Expedition , leur
58 MERCURE
lifoit , Mittor quò poftular
fus. Rien ne fait mieux voir
la fituation de Monfieur le
Duc du Mayne qui ſe trouve
en eftat de fervir également
fur Terre & fur Mer ; fur
Terre , comme Colonel general
des Suiffes ; fur Mer >
comme General des Galeres .
On a reprefenté pour mar
quer cette grande Charge le
Détroit de Gibraltar , avec
une Galere fur la Mediterranée
, & une autre fur l'Ocean
où elles feront deformais en
ufage. Voicy quatre Vers qui'
expliquent en quelque façon
cette Devife.
GALANT. 159
Tremblez, Mortels audacieux,
Toujours prefts à voler fur la
Terre & fur l'Onde .
Contre les Ennemis du plus grand
Roy du monder
Je porte fous fes Loix la terreur
en tous lieux.
On peut ajoûter à cela que
l'efprit de Monfieur le Duc
du Maine a brillé de fi bonne
heure , qu'il y a lieu de croire
qu'il fera comme Uliffe auffi
capable de fervir dans le
Confeil, que dans les Armées ,
où il a déja fait paroistre
beaucoup d'intrepidité, ayant
160 MERCURE
cherché pendant la derniere
Campagne à fe trouver dans
toutes les occafions les plus
perilleuses.
Je laiffe à vos Amis à vous
expliquer les Devifes des autres
Jettons . Je fçay qu'ils s'en
font un plaifir , & que chacun
en prend à deviner le
veritable fens des Auteurs .
Quelque grande occupation
que donnent au Roy les
affaires de fon Etat , & les
ligues
formées concre fa
gloire , & contre le repos de
fes Sujers , il ne laiffe pas de
partager fon temps & fes foins,
GALANT ( 161
3
entre ce qu'exige de luy le
devoir de fon rang , & tout
ce qui peur eſtre utile à ceux
que la
fortune n'a pas regardez
de bon oeil C'est par
cette raifon que Sa
Majeſté
vient de faire publier un
Edit par lequel Elle déclare
qu'ayant toûjours donné fes
foins
pour conferver & augmenter
les biens de l'Hôtel-
Dieu , de
l'Hôpital General ,
& de l'Hôpital des Incurables
de fa bonne Ville de
Paris , Elle avoit dans cette
veue par la Déclaration du
mois d'Aouft 1661. jugé à
Fevrier 1690.
Sea
162 MERCURE
propos d'excepter ces trois
Hôpitaux de la défenſe ge ,
nerale qui eftoit faire e
par
pa
cette Déclaration , à tous les
autres Hôpitaux , Commupautez
Regulieres & Seculieres
de fon Royaume , de
prendre de l'argent à fond
perdu , pour conftituer des
rentes à un denier plus fort
qu'à l'ordinaire ; mais qu'ayant
connu depuis, que cette permiffion
qu'Elle n'avoit refervée
à l'Hôtel - Dieu , à l'Hô
pital General , & à l'Hôpital
des Incurables de Paris ,
pour leur donner moyen
que
GALANT 163
d'augmenter leurs biens , &
par confequent de multiplier
leurs charitez dans la fuite ,
leur devenoit au contraire
tellement préjudiciable
, que
fi elle leur eftoit plus longtemps
continuée , elle pourroit
les mettre entierement
hors d'eftat , non feulement
de
payer
les
arrerages
de ces
rentes
, mais
mefme
de faire
fubfifter
les
Malades
&
les
Pauvres
dont
il fe
trouvent
chargez
par
leur
établiſſement
, Elle
avoit
eftimé
neceffaire
de
défendre
generalement
tous
les
emprunts
O ij
164 MERCURE
fond perdus, tant à ces trois
Hôpitaux qu'au grand Bureau
des Pauvres de Paris . Ainfula
volonté du Roy eft que malgré
l'exception portée par
fa Déclarations du mois
d'Aouſt 1661. les défenfes
faites par cette Déclaration
foient executées felon leur
forme & teneur , à l'égard de
rous des Hofpitaux & Communautez
Regulieres & Se
culieres de fon Royaume , &
meſme à l'égard de l'Hoſtel-
Dieu de Paris , de l'Hoſpital
General de l'Hoſpital des
Enfans trouvez , des Incura
GALANTM 169
bles & du Grand Bureau
en forte que les Adminiſtra
reurs de acest Hofpitaux ene
puiffent prendre aucuno argent
à fond perdural pour
conftituer des rentes viageres ,
à peine de le payer , & d'en
répondre en leurs propres &
privez noms . Il eft auffi défendu
à tous Particuliers de
leur faire aucun preſt de cette
nature , à peine de reftitution
des interefts qu'ils en auront
receus , & de perte de leur
deu à l'exception toutefois
des dons des fommes qui feront
faits à ces Hofpitaux
166 MERCURE
par les Particuliers , à la char
ge de leur en payer les arre
rages leur vie durant, à raifon
du denier vingt. Cet Edit fut
enregistré au Parlement le
6. de ce mois .
Je demeure d'accord que
dans le temps que ces rentes
viageres eftoient préjudi
ciables aux Hofpitaux , elles
eftoient utiles à ceux qui
n'ayant pas fuffisamment de
quoy vivre felon leur qualité ,
ou ne vivant pas affez à leur
aife , abandonnoient leur fond
pour ſe faire un revenu qui
leur puft fournir de quoy fub-
}
GALANT 167
fifter plus commodement .
S'ils n'ont plus le mefme avantage
du cofté des Hofpitaux
, ils le peuvent trouver
du cofté de la Tontine , &
mefme avec beaucoup plus
de feureté puis qu'il n'y a
point de difference de ces
rentes à celles qui font créécs
par le Roy fur l'Hoftel de
Ville , Sa Majesté alienant
-de fes revenus de la mefme
il forte pour les
payer. Mais
y a plus que cette feureté à
celles qui proviendront de
la Tontine , puis qu'outre
qu'elles font à un denier plus
168 MERCURE
confiderable au moment de
leur creation , il eft impoffi
ble qu'elles n'augmentene
chaque année par la mort des
Rentiers de chaque Claffe .
D'ailleurs , il n'y a perfonne
qui ne fe puiffe flater de fe
voir un jour cent mille livres
de rente , fans que pour tous
ces divers & grands avanta
ges , il en coûte plus que pour
les rentes à fond perdu, dont
onaeſté obligé de fupprimer
l'ufage pour le foulagement
des Pauvres des Hofpitaux .
Je vous ay marqué dans ma
Lettre de Janvier combien
cent
GALANT 166
cent écus produiront de revenu
felon la difference des
Claffes Ib metrefte à vous díre
combien de parties de cent
écus il doit y avoir pour chacune
de ces Claffes. Rusia
La premiere & la feconde
depuis un an jufqu'à cinq ,
& depuis cinq juſqu'à dix ,
pour ceux qui ne retirent de
cenc écus que quinze livres de
rente au denier vingt , doivent
fournir chacune deux
millions pour faire cent mille
livres de rente , & ces deux
millions font fix mille fix
cens foixante & fix parties de
Février 1690 .
Р
170 MERCURE
cent écus & deux tiers .
La troifiéme & la quatriéme
depuis dix an
ans jufqu'à
quinze , & depuis quinze jufqu'à
vingt, pour ceux qui retirent
de cent écus feize livres
treize fols quatre deniers de
rente au denier dix -huit, doivent
fournir chacune un
million huit cens mille livres
pour faire cent mille livres
de rente & cette fomme
fait fix mille parties de cent
écus .
و
.
La cinquiéme & la fixiéme
Claffe ,depuis vingt ans jufqu'à
vingt- cinq , & depuis
GALANT 171
Bus,
vingt - cinq jufqu'à trente ,:
pour ceux qui retirent de cent
écus dix - huit livres quinze
fols de rente au denier feize,
doivent fournir chacune un
million fix cens mille livres.
pour faire cent mille livres
de rente , & cette fomme fait
cinq mille trois cens trentetrois
parties de cent écus &
un tiers.
La feptiéme & la huitiéme
Claffe , depuis trente ans jufqu'à
trente- cinq , & depuis
trente- cinq juſqu'à quarante ,
pour ceux qui retirent de cent
éeus vingt & une livres huit
Pij
172 MERCURE
fols fix deniers de rente au
denier quatorze , doivent
fournir chacune un million
quatre cens mille livres pour
faire cent mille livres de rente,
& cette fomme fait quatre
mille fix cens foixante & fix
parties de cent écus & deux
tiers .
La neuviéme & la dixième
Claffe , depuis quarante ans,
jufqu'à quarante- cinq , & depuis
quarante - cinq jufqu'à
cinquante , pour ceux qui retirent
de cent écus vingt cinq
livres de tente. au denier
douze , doivent fournir cha
GALANT. 173
cune un million deux cens
mille livres pour faire cent
mille livres de rente , & cette
fomme fait quatre mille parties
de cent écus .
La onzième & la douzième
Claffes depuis cinquante ans,
jufqu'à cinquante- cinq , &
depuis cinquante - cinq juf
qu'à foixante , pour ceux qui
retirent de cent écus trente
livres de rente au denier dix,
doivent produire chacune un
million pour faire cent mille
livres de rente , & cette fomme
fait trois mille trois cens
trente- trois parties de cent
Piij
174 MERCURE
écus & un demy.
La
treiziéme & la quatorziéme
Claſſe , depuis ſoixante
ans jufqu'à foixante
& cinq,
& depuis foixante & cinq juf
qu'à foixante & dix , & au
deffus , pour ceux qui retirent
de cent écustrente
- fept livres
dix fols de rente au denier
huit , doivent fournir chacune
huit cens mille livres ,
pour faire cent mille livres
de rente, & cette fomme fait
deux mille fix cens foixante
& fix parties de cent écus &
deux tiers .
Toutes ces diverfes fomGALANT.
175
mes font dix - neuf millions
fix cens mille livres , dont le
Roy paye quatorze cens mille
livres de rente , & qui font
foixante & cinq mille trois
cens trente- trois parties de
cent écus & un tiers .
Voicy les noms des qnatorze
anciens Payeurs des rentes
de la Ville , nommez , pár
le Roy pour payer ces Rentes
Viageres.
Le S Robert Perrelle pour
la premiere Claffe.
Le St Jean Amyot , pour la
feconde .
Le St Jean le Droit, pour la
troifiéme . Piiij
176 MERCURE
Le S Simon
Bachelier» pour
la
quatrième.
Le S Pierre Tiffars, pour la
cinquiéme.
Le S ' Patrice
fixiéme.
Defeu » pour la
Le St Etienne Defchamps ,
pour la feptiéme.
Le St Michel Routier pour
la huitiéme .
Le St Jean le Boiteux » pour
la neuvième .
Le St
Claude
Dunoyer, pour
la dixième ..
Le S François Hocart , pour
la onzième .
Le S '
Silvain Tiffars, pour la
douzième .
"
GALANT 177
Le S Fredy, pour la treiziéme.
Le S Roialle , pour la quatorziéme
.
Vous remarquerez que les
divers interefts dont je viens
de vous parler , reduits enſemble
au denier quatorze ,
font juftement la fomme de
dix-neuf millions fix cens
mille livres .
L'Evefché de Chartres ef
tant d'une fort grande étenduë
, & ayant une tres- grande
quantité de Diocefains, le
Roy a cru y devoir nommer
un homme , qu'on ne puſt
178 MERCURE
douter qui ne fuft tres- propre
à prendre foin de ce
grand nombre d'Ouaïlles .
C'eft cette raifon qui l'a porté
à choisir dans le petit Seminaire
de Saint Sulpice , M
Goder de Sandé , Abbé d'I
gny en Champagne , & Directeur
de la Maiſon Royale
de S. Louis à S. Cir , pour luy
faire remplir la place de feu
Mr de Villeroy, dernier Evelque
de Chartres . Cet Abbé
eft d'une naiffance diftinguée
& d'une vie exemplaire .
Le 21. du mois paffé , Mr
l'Archevelque de Paris fit la
GALANT. 179
ceremonie de la Benediction
de Madame Elizabeth d'Abrideourt
, Abbeffe des Dames
Religieufes Angloifes
Benedictines de Pontoife, qui
fut affiftée dans cette Ceremonie
, par Madame la Princeffe
Loüife Palatine , Abbeſſe
de l'Abbaye Royale de Maubuiffon,
& par Madame l'Abbelle
de Pantemon . Cette Benediction
fut faite avec beaucoup
de folemnité dans l'Eglife
Paroiffiale de S.Germain
en Laye , en preſence de la
Reine d'Angleterre , & d'une
nombreuſe Affemblée.Sa Ma180
MERCURE
jefté Britannique fit enfuite
l'honneur à la nouvelle Abbeffe
de la remener au Chaſteau
dans ſon Carroffe, aprés
quoy elle traita fort fplendidement
dans l'appartement de la
Ducheffe de Powis , les trois
Abbeffes, la Soeur Ignatia Fits-
James , qui avoit elté menée
à cette Ceremonie par ordre
exprés de la Reine , & les autres
Religieufes affiftantes . Sa Majefté
cur la bonté de leur tenir
compagnie à table ; aprés quoy
elle fit remener la nouvelle
Abbeffe à Pontoife dans fes
Carroffes , comme elle l'avoit
f
GALANT. 181
fait amener le jour precedent.
Cette Abbeffe fuccede dans le
gouvernement de cette Mai
fon à Madame Anne de Neville
, Fille du premier Baron
d'Angleterre , qui mourut le
15. Decembre dernier dans fa
quatre vingt - quatriéme année
. C'eftoit une Dame d'une
tres grande vertu , qui aprés
avoir demeuré trente trois
ans dans le Convent des Benedictines
Angloifes de Gand,
où elle avoit fait profeſſion,
eftoit venue à Pontoife par
l'ordre de fes Superieures . Elle
n'y avoit pas encore paffé une
182 MERCURE
année entiere , lors qu'elle fut
éleuë Abbeffe par les fuffrages
de toute la Communauté .
Elle a rempli les devoirs de
cette Charge pendant vingtdeux
ans avec une exactitude
entiere à faire obferver la
Regle , mais en mefme temps
avec une honnefteté qui luy
faifoit gagner tous les coeurs,
en forte que chaque Religieufe
la refpectoit comme la Superieure
, & l'aimoit conme
fa Mere. Elle avoit une grandeur
d'ame qui luy faifoit
fupporter les afflictions les
plus rudes fans le moindre
GALANT 183
•
abattement , & l'on a remarqué
d'elle que jamais perfonne
n'eft venu luy communiquer
fes troubles d'efprit,
dans quelque facheufe extrémité
qu'il ſe ſoit trouvé , qui
ne l'ait quittée plein d'une
confolation au delà de tout
ce qu'il en avoit pû attendre .
Ce court éloge ne fe pouvoit
refufer à une auffi grande
vertu que la fienne.
Le grand nombre de Mendians
qu'on a vûs depuis peu
dans la Ville de Paris , a
donné lieu à un Arreft du
Parlement qui vient d'eftre
184 MERCURE
publié . Ce qui feroit voir la
mifere d'un autre Etat , ne la
marque point à Paris , mais
bien la grandeur de cette
Ville , qui paroift renfermer
un monde entier . La débauche
y appauvrit les uns » la
vanité y ruine les autres ; on
ne s'y connoift point aflez à
caufe de la multitude . On
prefte à qui ne peut jamais
s'acquiter , & cent chofes y
rendent malheureux
dant qu'un grand nombre
d'autres y font faire fortune..
La plufpart de ceux qui fe
laiffent accabler par la necef-
, penGALANT.
185
fité font gens fans coeur ,
qui fe repolent fur les gran
des charitez qu'on fait à
Paris , & qui fe trouvent fi
bien du meftier de Gueux ,
qu'ils ne peuvent plus l'abandonner
. Il y auroit de quoy
faire plufieurs volumes de
l'infolence de ces fortes de
Gueux , de ce que pluſieurs
ont gagné , de leurs débauches
fecretes , & de ce que
quelques uns ont donné en
mariage à leurs Filles . Enfin
il y a des Gueux abonnez
y..
dont
dans des quartiers
d'honneftes gens pourroient
Fevrier 1690.
196 MERCURE
envier la fortune , fi leurs
biens n'eftoient point acquis
de la maniere du monde la
plus baffe , & la plus indigne
d'une perfonne de coeur. La
Guerre a fervy de pretexte à
beaucoup de ces lâches Faineans
qui ne gueuloient pas ,
& comme elle fait quelquefois
des miferables , ils ont
cru qu'on feroit plus aiſément
perfuadé de leur neceffité
dans ce temps- cy que dans
un autre. Leur nombre s'eft
accru par ce que le hazard a
fait , que juftement dans le
mefme temps , les fonds des
GALANT 187
Hofpitaux ont fouffert un peu
de diminution . Ainfi les vrais
Gueux s'étant trouvez meflez
avec les faux , il ne faut pas
s'étonner fi le nombre en a
paru fi grand. Le remede y
a efté bien toft apporté
par
le Parlement . Mrs les Gens
du Roy eftant entrez le onziéme
de ce mois , M' Talon,
Avocat General de Sa Majefté
, porta la parole , & dit
avec l'éloquence
qui luy eft
ordinaire
Qu'on avoit veu
depuis quelques mois la mendicité
fe renouveller
à Paris
avec plus de licence qu'elle
Qij
188 MERCURE
ne s'eftoit jamais pratiquée
avant l'établiffement de l'Hôpital
General ; que la diminution
des revenus cafuels , &
la ceffation prefque entiere
des charitez avoient efté la
principale cauſe de ce defordre
, parce que l'Hospital
manquant de fond pour faire
fubfifter tous les Pauvres
qu'on y avoit enfermez , &
ne pouvant continuer à faire
la dépenfe d'entretenir un
nombre d'Archers fuffifant
pour arrefter les Pauvres qui
demandoient l'aumofne publiquement
, le nombre s'en
"
GALANT 189
eftoit accru à l'infiny ; que
par là la devotion fe trouvoit
bannie des Eglifes , l'attention
que les Fidelles doivent
aux Miſteres auguftes
qui s'y celebrent , eftant troublée
par des importunitez
continuelles , des plaintes &
des murmures qui paffoient
quelquefois jufqu'aux injures;
qu'il eftoit impoffible d'exprimer
combien il fe commettoit
par là de fcandales ,
de crimes, & d'abominations
à l'entrée , & mefme dans
l'interieur des Eglifes ; que
la hardiffe de demander dans
190 MERCURE
les rues , eftoit mefme accompagnée
de menaces , &
qu'outre le libertinage qui
regne parmy les gens de
cette profeffion , ils ſe mêloient
fouvent avec les Voleurs
, & que n'y ayant guere
de mauvaiſes actions dont
ils ne fuffent capables , cette
confufion pouvoit avoir des
fuites facheufes , & produire
des accidens funeftes fi elle
eftoit tolerée ; que le Roy
qui n'eft pas moins recommandable
par fa pieté que
par fa fageffe , s'eftoit auffitoft
determiné de les féGALANT.
19
A
courir , & d'empefcher leur
chute en leur donnant le
moyen de ſubſiſter ; que les
ordres de Sa Majesté eftant
executez par les foins & l'application
infatigable des Magiftrats
qui font à la tefte de
l'adminiftration des Hôpi
taux , on n'avoit pas à douter
qu'ils n'euffent un veritable
fuccés ; que cependant comme
le plus grand nombre des
Mendians dont on voyoit
Paris accablé, eftoit compofé
de Faineans & de perfonnes
valides de l'un & de l'autre
Sexe, qui pouvoient vivre du
C
1
192 MERCURE
travail de leurs mains , ces fortes
de gens qui fe déguifoient
& qui feignoient des maladies
imaginaires pour s'attirer la
compaffion , ne pouvoient
eftre punis trop feverement,
lors qu'ils continuoient à vo
ler les aumônes qui auroient
dû eftre portées aux Hôpitaux
pour y nourrir les veri
tables Pauvres , & qu'ils per
feveroient à faire le métier de :
Gueux ; que les Ordonnances
vouloient qu'à la troifiéme
recidive ils fuffent punis del
la peine des Galeres , & quer
pour ofter toute excufe à leur
pareffe
GALANT. 193
pareffe , Mle Prevoft des
Matchands alloit par ordre
du Roy faire ouvrir un Attelier
public , où l'on donneroit
le moyen de travailler à
ceux qui ne trouveroient
point ailleurs de l'employs
que les Pauvres invalides originaires
de Paris , feroient
nourris dans l'Hôpital , &
qu'il falloit exhorter les autres
de tetourner s'il effoit
poffible , dans leurs Provinces
, & que l'Hofpital mefme
leur en fournift les moyens ;
qu'aprés tout l'Hofpital les
ayant accueillis , la charité
Fevrier 1690.. R
7494 MERCURE
des Adminiftrateurs ne fouffairoit
pas qu'ils mouruffent
de faim; que l'on devoit eſpe
rer que le bon ordre qui alloit
s'y établir , rendroit les aumônes
plus abondantes; mais
qu'aprés tout , il eftoit d'une
neceffité indifpenfable de
bannir la mendicité , & pour
cela , de renouveller & faire
publier de nouveau les Reglemens
de Police contenus
dans les Lettres du Roy, d'Etabliſſement
de l'Hoſpital General
, & dans les Declarations
qui avoient efté faites
de temps en temps ; que quels
"
GALANT JOS
Ados
ques juftes & falutaires que
puffent eftre ces Loix , elles
n'auroient qu'avec peine une
entiere execution , fi on ne les
appuyoit par des exemples
ade feverité; que c'eft ce qu'on
attendoit de la vigilance du
Lieutenant de Police , qui affifté
des Officiers du Chafte
let , devoit
prononcer par
jugement en dernier reffort
lechaftiment
qu'impofent les
Ordonnances aux gens de
cette profeffion , qui effoient
affeurément des vagabonds ,
& qui n'avoient point de domicile
certain .. Ms les Gens
Rii
196 MERCURE
du Roy requirent enfuite
qu'il fuft ordonné que les
Edits, Declarations Arrefts , &
Reglemens intervenus contre
les Mendians feroient executez
, & qu'il feroit pourveu
au furplus fuivant les conclufions
par eux priſes . Ce faifant
, que tous Mendians valides
, tant hommes que femqui
n'eftoient pas natifs
de la Ville & Fauxbourgs de
Paris , feroient obligez d'en
fortir huit jours aprés la publication
qu'on feroit de
l'Arreft du Parlement , &
de fe retirer dans leur Pays
mes,
GALANT. 197
fans s'attrouper , fi les hommes
qui fe trouveroient capables
de porter les armes,
n'aimoient mieux prendre
párty dans les Troupes du
Roy, & qu'aprés ce temps
palle , les Mendians valides
3
feroient arreftez , & ceux qui
feroient âgez de feize ans &
au deffus enfermez pour la
premiere fois pendant quinze
jours , dans les Maifons de
l'Hôpital General , pour y
travailler comme il feroit
otdonné par les Directeurs
de cet Hôpital , & qu'en cas
qu'ils fuffent repris mendiant
Rij
198 MERCURE
dans la Ville & les Fauxbourgs
de Paris , ils feroient renfer
Homois dans
mez pendant un mois
ces mefmes Maifons ; que fi
aprés en eftre fortis pour la
feconde fois , ils eftoient retrouvez
mendiant ,ils feroient
conduits au Chafteler, & condamnez
par le
Lieutenant
General de Police , avec les
Officiers du Chafteler , aux
peines portées par les Ordonnances
; que les Mendians invalides
qui
la Ville Fauxbourgs & Banlieuë
de Paris , en fortiroient
dans le mefme temps de hui
Eoient
p
de
GALANT. 199
taine , à peine pour la premiere
fois qu'on les trouveroit
mendiant , d'eltre ef d'eftre enfer
mez pendant quinze jours
dans les Maifons de l'Hôpital
General , & pour la fecon .
de , d'eftre punis ainfi qu'il
appartiendroit , mefme d'y
eftre renfermez pendant leur
vie , s'il eftoit ainfi ordonné
par les Directeurs de co
Hôpital : & qu'à l'égard des
Mendians valides de la Ville
, Faux - bourgs & Banlieue
de Paris , ils feroient obligez
d'aller travailler dans
Les Acteliers qui feroient
cet
R iiij
200 MERCURE
$
ouverts pat le Preyoft des
Marchands , & à cet effet , de
s'enrôler fur le Registre qui
feroit tenu en l'Hoftel de
Villesfous les peines cy- def
fus contre les autres Mendians
valides que les Mendians
invalides , & tous ceux
qui n'eftoient pas en eftat de
fubfifter , natifs de la Ville &
des Fauxbourgs de Paris , fe
retireroient par devers les Curez
& les Commiffaires , des
Pauvres de leur Paroiffe , ou
au Bureau de l'Hôpital General
pour leur eftre pourveu ;
que défenfes feroient faites à
A
GALANT. 201
toutes perſonnes, de quelque
qualité qu'elles puffent eftre,
de mendier dans les Eglifes &
ailleurs , & à toutes perfonnes
de donner l'aumône à aucun
Mendiant, à peine de qua re
livres d'amende payables fans
déport; qu'il feroit pareillement
défendu de troubler les
Archers dans leurs fonctions ,
à peine de punition exemplaire
, avec ordre à tous les
Officiers de Police , & particulierement
aux Commiffaires
& Sergens du Chaftelet
de leur donner main forte , 7
& d'arrefter & faire arrefter
202 MERCURE
ceux qui feraient quelques
violences ou apporteroients
empefchement aux captures
que les Archers des Pauvres
voudroient faire , & d'en rendre
compte fur le champ an
Lieutenant de Police , afin
que l'on y pourveuft. M™ les
Gens du Roy s'eftant retirezs
& la matiere ayant efté mifer
en deliberation , le Parlement
fuivit leurs Conclufions dans
l'Arreſt qu'il fit publier le
lendemain .
"S
bust
1. Jamais rien ne fut mieux
digeré , & ne fit mieux voir
le foin que l'on prend des
GALANT 2030
Pauvres. Ils ont mefme une
avantage qui eft grand & fingulier
pour des malheureux ,
qui eft celuy de pouvoir choifir
leur employ puis qu'il
leur efts permis d'aller à la
Guerre , & de travailler dans
les Atteliers de la Ville , que
le Roy a la bonté de faire ouvrir
pour les foulager . Ce genereux
& rendre Monarque
a efté plus loin , & il a trouvé
le moyen d'augmenter le
fond des Hôpitaux , afin que
que tous les Pauvres y puiffent
eftre entretenus , quelque
grand qu'en foit le nombre.
204 MERCURE
M de laGaroufte Gontel ;
de la Ville de Saint Coré
dans le Vicomté de Turenne
, connu par ce grand
Miroir concave qui eft àl'Obfervatoire
, dont il fit prefent
au Roy il y a quelques années
, doit produire au premier
jour trois Machines d'une
invention merveilleufe &
d'une fortgrande utilité , particulierement
deux .
La premiere eft un inftrument
de Mufique , auquel if
a donné le nom de Pandolyre
, parce qu'il renferme
tous les divers inftrumens qui
GALANT. 205
peuvent entrer dans un Concert.
Cette Machine eft com
pofée de plufieurs Claveffins
rangez les uns fur les autres ,
qui par leur differente har
monie , imitent fi parfaite
ment le fon des Luts , des
Thuorbes , des Claveffins ,
des Violes & des Violons ;
qu'on en diftingue les ac²
cords de toutes les parties
fans la moindre confufion.
Deux Jeux d'Orgues complets
, l'un plus grand , placé
dans la bale de la Machine ,
l'autre plus petit , pofé au
plus haut du frontispice ,
206 MERCURE
tiennent lieu de Flutes y de
Haut bois , de Trompettes ,
& d'autros Inftrumens , avec
cela de particulier , que les
Soufflets du plus grand ne
paroiffent point , & que le
plus petit n'en a pas befoin.
Ce qu'il y a de plus fingulier
dans cette Pandolyre , c'eſt
que les Inftrumens dont elle
cit compofée répondent tous
à un feul Clavier d'un Cla
veffin ordinaire, de forte qu'il
fuffit de le fçavoir toucher ,
¿ pour faire jouer tous les Inftrumens
enfemble, & chaque
Inftrument en particulier. Il
t
GALANT. 207
n'y a pas jufqu'aux ornemens
qui fervent de décoration à
la Machine , qui ne paroiffent
animez. Les Termes qui la
foutiennent femblent chan,
ter leur partic. Ils font en
effet tous les mouvemens des
perfonnes qui chantent . Apollon
joüant de fa Lyre , &
les neuf Mufes y font repre
fentées avec les differens Inf
trumens de Mufique que la
Fable leur attribué. Elles les
touchent avec tant de jufteffe
& d'artifice dans le temps
feulement que ces Inftrumens
fe font entendre , qu'on di-
2
208 MERCURE
roit que toute l'harmonie eſt
un effet de l'action qu'on
leur voit faire. Enfin rien ne
manque de tout ce qui peut
contribuer à la
magnificence
de cette Machine , qui eft affeurément
l'ouvrage le plus
ingenieux qu'on ait jamais
veu de cette nature.
Les deux autres Machines
que le mefme Auteur nous
propofe, font d'un plus grand
ufage pour le fervice de l'E
tat. L'une eft une espece de
mouvement perpetuel , par
le moyen duquel il augmente
les forces d'une maniere fi
GALANT 209
prodigieufe , qu'il n'y a point
de poids qu'il n'entraîne &
qu'il n'enleve avec beaucoup
de facilité. Cependant la Machine
eft tres fimple dans fa
compofition , qui a encore
cela de particulier fur toutes
les autres Machines qui ont
paru jufques à prefent , que
contre tous les principes , ce
femble , de la Statique , fans
perdre un moment de temps,
on luy multiplie la force à
l'infiny, & elle fait autant dans
fon mouvement retrograde .
que dans le mouvement direct
.
Fevrier 1690.
S
218 MERCURE
,
L'autre Machine eft d'un
fecours tres confiderable pour
les deffablemens des Potts de
mer. M de la Garoufte s'eni- Mde
gage par le moyen de
à
cette
nouvelle Machine
faire
deux mille fois plus d'ouvrage
en une heure fans multiplier
les forces , qu'on n'en
fait avec la Machine dont on
a accouftumé
de fe fervir . Si
le fuccés répond à ce qu'on
écrit & dit de ces trois Machines
, comme il n'y a aucun
Outer
aprés
ce
fujet d'en
qu'on a déjà veu de M de la
Garoufte , qui n'eft point un
4
GALANT 21
Era
Charlatan , mais un Gentilhomme
d'honneur qui ne
s'eft appliqué à ces Ouvrages
que pour fon plaifir , fans
avoir jamais étudié les Mcchaniques
, on doit avoüer
que perfonne n'a plus de genie
que luy puis qu'il a tiré
rout ce qu'il a fait de fes propres
reflexions.
On a eu avis que le S Jean
Baptifte Tavernier , fameux
Voyageur , eft mort à Mofcou
au mois de Juillet der- e Juillet dernier
âgé de quatre vingtneuf
ans. Il eftoit. Fils d'un
Geographe fort chimé enfon
Sij
212 MERCURE
temps , & avoit fait fix voya
ges aux Indes par terres &
en eftoit revenu une fois par
mer . Commeil n'avoit jamais.
veu la Mofcovie , il prir cette
route en retournant aux Indes
pour la feptiéme fois . Il
prétendoit y recouvrer une
cargaifon qu'il y avoit envoyée
fous la direction du S
Pierre Tavernier fon Neveu ,
dans laquelle plufieurs per
fonnes de Paris eftoient in
tereffées . Elle montoit à deux
cens vingt-deux mille livres
d'achat en France , qui de
voient avoir prodųit plus
&
GALANT 213
d'un million . M Tavernier ,
au retour de fon dernier voyagedes
Indes racheta la Ba-
Lonnie d'Aubonne en Suiffe ,
qu'il vendit il y trois ans à
M. le Marquis du Quefne ,
Fils aifné de M du Quefne ,
Lieutenant General des Armées
Navales de France. Lo
S& Mercier , Commis de M
Tavernier , eft auffi mort aux
Indes au mois de Septembre
dernier , lors qu'il fe prepa
roit à venir à Hifpahan joindre
fon Maistre, qui luy avoit
donné rendez vous en Perfe ,
où il luy rapportoit de grands
214 MERCURE
retours de fon Voyage. M
Taverniera fait imprimer une
Relation de fes Voyages que
l'on a trouvée fort curieufe
& en a donné une au Public
de l'interieur du Serrail , qui
a efté d'autant plus recherchée
, que fort peu d'Auteurs
en ont écrits, parce que l'entrée
du Serrail eftant défenduë
, il eft extrémement dif
ficile d'en fçavoir de verita
bles nouvelles .
Jay à vous apprendre une
autre mort , qui vous fera rela
greter perte que les Gens
de Lettres ont faite icy deGALANT
215
puis peu de jours. C'est celle
du fameux M¹ Miton , dont
euſçay que ela reputation
vous cft connue . Il avoit efté
Treforier Extraordinaire des
Guerres, & il y avoit plus de
vingt ans qu'une facheufe pas
ralyfie luy faifoit garder le lit.
Quantité de perfonnes de la
Cour & d'un rang tres-diftingué
qui avoient pour luy beaucoup
d'eftime , luy rendoient
des vifites fort frequentes
pour le plaifir de jouir de fa
converfation. Il eftoit fort
éclairé , fçavoit bien la langue
, & les plus beaux Oul
216 MERCURE
量
爨
vrages qu'on ait imprimez
depuis un fort grand nombre
d'années ,luy ont efté appor
tez en manuſcrit pour en
avoir fon avis , avant qu'on
les ait donnez au Public. Il
en jugeoit fainément , & fa
critique eftant toûjours auffi
honnefte que judicieufe , les
plus indociles y deferoient
fans murmure ; & fe faifoient
un plaiſir d'en profitere see
Quoy qu'on tienne que
l'amour eft une paffion violente
qui entraîne en dépit
que l'on en ait , & à laquelle
il n'eft pas poffible de refifter
,
GALANT: 1 217
fter , l'intereft ruine fouvent
les plus belles unions , & fait
negliger un état de vie heureux
par la feule confideration
d'augmenter une fortuqui
eftant déja affez établie
, ne sçauroit contribuer à
nous faire vivre plus tranquillement
.Aufficeux qui ont
le foible de luy facrifier touts
ont prefque toujours fujer de
s'en repentir , & l'avanture
dont je vais vous faire part
en eft une preuve . Un Cavalier
auffi riche que bien fait,
& ayant des manieres enga
geantes qui luy faifoient faire
Février 1690 . T
218 MERCURE
beaucoup
de conqueſtes
vint un jour chez une Dame,
où ibrencontra
une jeune De
moiſelle d'une beauté furprenante
, & dont il fut ébloüy.
Il la regarda attentivement
,
luy adreffa fouvent la parole,
& connut par les réponses que
fon efprit répondoit
aux
avantages
qu'elle avoit receus
de la nature. Il ne put fortir.
de chez la Dame fans fçavoir
qui elle eftoit. La Dame ne luy
répondit rien autre chofe finon
qu'elle cftoir fat Parenter
qu'elle la confideroit
comme
un tresor qu'on luy avoit mis
GALANT.M219
entre les mains , & qu'ayant
le pouvoir d'en difpofer , elles
ne s'en déferoit que pour
celuy qui s'en rendroit der
plus digne qu'elle avoit
déja à choifir dans un grand
nombre , & qu'elle eftoit res
folue de ne rien précipiter ,
afin que fon choix fuft plus
digne d'elle. Le Cavalier qui
eftoit fenfible à la beauté ,
devint bientoft un des Pretendans
les plus affidus. Illuy
trouvoit un agrément admi->
rable , & les moindres cho
fes qu'elle difoit ou faifoit ,
avoient un charme pour luy
>
Tij
220 MERCURE
qui augmentoit
tous les jours
l'amour
qu'elle commençoir
!
à luy infpirer. Il propofoic
fouvent
des parties afin de la
dérober à fes Rivaux ; & la
Dame qui s'appercevoit
de
cet amour, & qui ne cherchoit
qu'à le conduire
à une
declaration
p parce que ce
mariage
cuſt accommodé
la
Belle , en ufoit pour luy avec
tant de complaifance
, qu'il
ne fouhaitoit
aucune
chofe
qui puft luy eftre accordée
,
fans qu'il cuft fujet d'eftre
content. Ceux qui voyoient
l'attachement
qu'il prenoit
"
GALANT. 221
Pex
..
pour cette aimable perfonne,
ne doutoient point qu'il ne la
duft époufer , & lors qu'il
difoit à fes Amis que la Dame
s'eftoit contentée de l'affuter
qu'elle eftoit d'une Maiſon
fort confiderable , fans avoir
voulu defcendre dans le détail
de fon bien , ils luy repondoient
que quand elle en
auroit peu, il avoit efté fi bien
partagé de la fortune , qu'il
devoit faire fa gloire d'abandonner
un foible intereft
pour une belle Perfonne, qui
luy feroit obligée de la vie
douce & commode qu'elle
T iij
222 MERCURE
1
meneroit en l'époufant . Lors
qu'il eftoit échauffé par ces
raifons, il n'écoutoit plus que
fon amour , & il faifoit à la
Belle les plus tendres prote
ftations que puiffe faire un
Amant lors qu'il a le coeur
veritablement . touché. La
Belle qui connoiffoit que le
* party luy eftoit avantageux,
profitoit de ces momens par
tout ce que la bien -feance
permettoit qu'elle luy dift de
flateur ; & la Dame qui cherchoit
de fon cofté à mettre
l'affaire en eftat de fe conclurre
, ménageoit ſi bien toutes
GALANT. 223
N
"
les occafions qu'il luy donnoit
de luy parler un peu
fortement , qu'enfin elle l'obligea
de luy avouer qu'il
eftoit le plus amoureux de
tous les hommes , & que fon
bonheur dépendoit abfolument
de la poffeffion de la
Belle. Il eftoit aifé de le fatisfaire
; il ne falloit pour cela
que figner un Contrat de
mariage , auquel on le pouvoit
affurer qu'il n'y auroit
nul obftacle à craindre.
Comme il témoigna qu'il y
eftoit refolu , il fut question
de luy apprendre plus parti
Tiiij
224 MERCURE
culierement la Maiſon dont
elle eftoit. Il convint, quand
on la luy cut nommée, qu'on
la mettoit entre les meilleures
de Normandie , mais il fut
frapé en mefme temps de ce
que les Filles de cette Province
n'avoient pour tout bien qu'-
une fomme, ordinairement affez
mediocre, qu'on leur donnoit
en les mariant . La Belle
n'avoit ny Pere ny Mere, mais
deux Freres feulement , qui
joüiffoient chacun d'une Terre
noble ; l'une de dix millelivres
de rente, & l'autre de huit.
La Dame affeura le Cavalier
GAUANTM 225
qu'ils aimoient leur Soeur , &
qu'elle fçavoir qu'ils en ufe
roient pour elle en honneftes
gens . Elle fe chargea de leur
écrire , & tout ce qu'elle put
obtenir de l'un & de l'autre ,
ce fur qu'ils luy donneroient
vingt mille francs , qui feroientpayezargent
comptant .
Cela refroidir un peu le Cavalier
. Cependant il ne voyoit
rien de fi accomply que la
Demoiselle . Sa beauté eftoit
le moindre de fes avantages
.
L'efprit l'humeur ,
tout
charmoit en elle , & malgré
fon avarice , l'amour l'auroit
226 MERCURE
emporté fur l'intereft , fi dans
le mefme temps qu'il fe preparoit
à finir l'affaire , on ne
fuft pas venu luy parler d'une
Fille qui n'avoit qu'une naiffance
commune , mais dont
on faifoit monter le bien à
quarante mille écus . Il ne pût
fermer l'oreille à la propofition.
Il l'écoûta , entra dans
des pourparlers , & fe laiffa
conduire chez la Demoifelle
dont il s'agiffoit. Elle n'eftoit
ny belle ny laide ; mais, ce
qu'il ne fçavoit pas , & dont
il ne prit aucun foin de s'informer
, elle eftoit d'une hu
GALANT 227
མི་
P
meur impéricufe , bizarre ,
inégale , & il cuft cfté fort
difficile de la contenter. Le
Cavalier qui donna dans cette
affaire parce qu'il voyoir du
bien , alla plus rarement chez
la Belle. Il avoit toûjours
-quel que faux- fuyant pour ne
pas figner fi - toft les articles
dont on tâchoit de le faire
convenir , & le deffein qu'il
avoit de fe dégager paroiffant
viſible , il apporta de fi méchantes
raifons pour excufer
fa conduite , que la Dame
s'échapa à quelque parole
brufque , qui luy fervit de
228 MERCURE
pretexte pour fe retirer . On
apprit bien - toft le nouvel engagement
où il s'eftoit mis ,
& comme il rompoit de méchante
grace , onfut faché de
ne l'avoir pas traité plus fierement.
La Belle ne marqua
aucun chagrin de cette rupture
, & foit qu'elle contraigrift
fes fentimens , foit qu'en
effet elle fuft demeurée
toujours
dans l'indifference
, il
ne parut aucun changement
ny dans fon humeur ny dans
fes manieres. Le Cavalier fe
maria peu de jours aprés , &
elle receut cette nouvelle fans
GAL ABET 229
on
la moindre émouön . Si elle
Feuft afzaltime pour s'en
fâcher , elle en cult efté pleinement
vangée , puis
publia prefque auffi - toft qu'il
vivoit avec fa Femme dans
un defordre à faire pitié
C'eftoit un efprit que la raifon
ne gouvernoit point .Elle
fe plaignoit fans ceſſe , abufoit
des honneftetez que
Mary employoit pour la gagner
, vouloit à toute heure.
des chofes injuftes , & ne luy
laffoit aucun repos. Jugez
s'il cut fujet de le repentir
de n'avoir pas époufé la Belle,
fon
230 MERCURE
mais s'il l'eut alors , parce
qu'il avoit perdu une perfonne
toute aimable , dont la
douceur l'euft rendu heureux ,
il l'eut beaucoup davantage.
fix mois aprés , lors qu'il
la vit heritiere de fes Freres.
Ils avoient tous deux employ
dans les Troupes. Le Cadet,
aprés avoir effuyé de grandes
fatigues, fut pris d'une fiévre
qui l'emporta en huit jours ;
& l'Aifné fut tué profqu'en
mefme temps dans une entreprife
, où il avoir eſté commandé.
La Belle devint par là
un Parry fort riche , & un
*
こ
GALANT 231
·
homme de fort grande qualité
qui l'époufa , la mit dans
un rang tres- confiderable.
Le Cavalier , malheureux
de
plus en plus ne put fonger
qu'il n'avoit tenu qu'à luy
d'eſtre en la place de l'heu
reux Epoux qu'elle avoit
choifi , fans tomber dans un
chagrin qui ne l'abandonna
plus . Sa Femme luy devint
encore plus infupportable
, &
leurs brouïlleries
allerent fi
loin, qu'il fallut enfin venir à
la feparation. Ainfi il eſt marié
fans avoir de Femme , & les
quarante mille écus dont il
222 MERCURE
+
seft imprudemment laiffé éblouir
, luy ont fait perdre
dix - huit mille livres de rente ,
Je reviens aux Morts , dont
l'avanture que je viens de
vous conter a interrompu l'ar
ticle. Celle de Dame Loüife
de Montholon eft arrivée de
puis peu dans fa cinquantedeuxième
année. Elle eftoir
Femme de Meffire Denis de
la Haye , Seigneur de Vantelet
, Ambaffadeur pour Sa
Majefté à Venife . Vous ne
douterez point qu'elle n'euft
beaucoup d'efprit , quand je
vous auray appris qu'elle enGALANT233
JIPM
tendoit les Langues , & qu'elle
parloit Latin Grec , Turc ,
Efpagnol & Italien , M' de la
Haye fon Mary a efté cydevant
Ambaffadeur pour te
Roy vers le Grand Seigneur ,
& employé en plufieurs Negociations
d'Etat vers les
Princes Etrangers , où il a
fait connoiftre qu'il fuccedoit
au merite de feu M de
la Haye Vantelet fon Pere ,
quia efté tres- longtemps auffi
Ambafladeur pour le Roy au
Levantine1/sh
mengel
La Maifon de Montholon
eft tres ancienne . Elle tire fon
V Fevrier 1690 .
234 MERCURE
Origine des Seigneurs de la
Chaltelenie de Montholon
,
prés d'Authun en Bourgogne
,
dés l'année 1213 que vivoit
Jacques Seigneur de Montholon
, qui fit des fondations
en l'Eglife Cathedrale
d'Authun . Guillaume , Seigneur
de Montholon , qui
vivoit en 1326. eftoit Pere de
Guillaume de Montholon ,
que le Pape Clement VI . fit
Cardinal , & qui mourut en
1355. cftant à Rome . Nicolas ,
Seigneur deMontholon , Frere
de ce Cardinal , continua la
pofterité de cette Maifon .
1
GALANT
235
Triflan , Seigneur de Montholon
fon petit Fils , fut
tué à la Bataille d'Azincourt
l'an 1415. commandant la Cavalerie
: Son Fils , Jean , Scigneur
de Montholon, épouſa
Anne d'Aubuffon , Soeur de
Pierre d'Aubuffon , Cardinal ,
& Grand Maiftre de l'Ordre
de Saint Jean de Jerufalem .
Un de leurs Fils , Charles de
Montholon, Chevalier de cet
Ordre , fe fignala fous le
Grand Maiftre d'Aubuffon
fon Oncle , au Siege de Rhodes
en 1480. Eftienne de Montholon
, fon Frere , époufa
Vij
226 MERCURE
Marie de Ganay Soeur de
Jean de Ganay Premier Prefident
au Parlement de Paris,
puis Chancelier de France.
Ce Mariage donna la naiffance
à Nicolas de Monthōlon
, Avocat General au Parlement
de Bourgogne , le
premier de cette Maiſon qui
embraffa la profeffion de la
Robe par le conſeil de fon
Oncle le Chancelier de Ganay.
Il fut Pere de François
det. Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers prés Paris ,
Avocat General , puis Prefident
au Mortier au Parlement
&
GALANT. 237
de Paris , & Garde des Sceaux
del France & de Bretagne
decedé en 1543 quis époufa
Marie Boudet , Niece de Michel
Boudet , Evefque & Duc
de Langres , Pair de France.
Leur Fils fut François de
Montholon II . du nom , Seigneur
d'Aubervilliers , auffi
Garde des Sceaux de France ,
mort en 1591. Il fe maria en
1551. avec Genevieve Chartier,
de l'ancienne Famille des
Chartier
Seigneurs
d'Alainville
, iffue des anciens
Fondateurs de la Maifon &
College de Boifly à Paris ,
228 MERCURE
31
laquelle Famille des Chartier
abdonné un Evefque
de Paris , plufieurs Confeillers
au Parlement, & l'illuftre
Alain Chartier , fi renommé
pour les Ouvrages confiderables
qu'il a mis au jour . Du
mariage de François de Montholon
, fecond du nom , &
de Genevieve Chartier naquit
Jean de Montholon, Scigneur
d'Aubervilliers , Confeiller
d'Eftat , qui époufa
Louiſe Colin , Fille de Remond
Colin , Confeiller au
Parlement. Jean de Montholon
fut Pere de François de
"
GALANT 239
{
· Montholon , Seigneur d'Aubervilliers
, Doyen des Avocats
du Parlement de Paris ,
où il a paru avec une eftime
toute particuliere. Il époufa
Marie Lanier , Fille unique
de René Lanier , Avocat General
au Grand Confeil, dont
-font venus ¡Charles François
de Montholon , Seigneur
*
à prefent d'Aubervilliers
Confeiller au Grand Confeil,
qui a éponfé la Fille de feu
M' de la Guillaumie, Greffier
du Confeil, Louïfe de Montholon
qui vient de mourir,
Femme de M' de la Haye de
240 MERCURE
Vantelet, & d'autres Enfans
qui ont pris le party de l'Eglife.
Il y a eu diverſes branches
Cadettes de cette Maifon.
Celle de Perroufeaux defcend
de Jerôme de Montholon ,
Seigneur de Perroufeaux
Confeiller au Parlement , Frere
puifné de François de
Montholon II. du nom.
Mrs de Montholon , l'un Auditeur
des Comptes , & l'au
tre Confeiller au Chaftelet de
Paris , font de cette branche.
Il y a eu une autre branche
de cette Famille en Bourgogne,
GALANT. 241
gogne , defcendu de Guillau
me de Montholon
, Avocat
General au Parlement de
Bourgogne , Frere puifné de
François de Montholon I. du
nom . Il en eft venu divers
Prefidens au Mortier au Parlement
de Bourgogne
, & un
Ambaffadeur
en Suiffe.
Cette Maifon de Montholon,
qui porte d'azur au mouton
paffant d'or , furmonté de
trois rofes de mefme mifes en
chef, eft alliée à celles de Silly ,
de la Rocheguyon , Longueilde
Maifons , Brulart - de- Sillery
, Mefgrigny- de - Vandeu-
Février 1690.
.
X
242 MERCURE
vrc Mole de Champlatreux,
de Mouchy - d'Hoquincourt ,
Seguier , le Picart , Chaffebras-
du - Breau & de Cramailles
, Tronfon , le Coigneux ,
le Maiftre de- Bellejame , de
Bragelogne , Baillet de- Vaugrenon
, Alligret , Palluau ,
de Florette , & autres . Elle a
donné diverſes perſonnes fignalées
dans l'Eglife . Jean de
Monrholon , Docteur de
Sorbonne , eftoit Secretaire
d'Etat du Duc de Bourgogne
en 1383. Pierre de Montholon ,
Chanoine d'Authun , y fit des
fondations confiderables en
GALANT
22
243
1422. Jean de Montholon, celebre
Docteur , qui a donné
divers Ouvrages , a eſté Religieux
en l'Abbaye de Saint
Victor à Paris en 1521. Pierre
de Montholon ;
พ
Seigneur
d'Aubervilliers , Docteur de
Sorbonne,l'un des Profeffeurs
enTheologie de certeMaiſon,
Chanoine de Laon, Principal
C
Maifon
de la & College de
Boiffy à Paris , mort en 1596.
fut un des principaux Bienfaicteurs
de l'Eglife de Noftre
-Dame d'Aubervilliers ,
où François de Montholon ,
Confeiller d'Eftat fon Frere, a
X ij
244 MERCURE
étably les Peres de l'Oratoire .
Vous demeurez d'accord
que la France a fait une perte
confiderable en perdant
un homme qui luy faifoit
honneur , & qui cftoit tour
merveilleux en fon Art.
C'est l'illuftre M le Brun .
premier Peintre du Roy , Directeur
des Manufactures
Royales , des Meubles de la
Couronneaux Gobelins ,
Directeur, Chancelier, & Recteur
de l'Academie Royale
de Peinture & de Sculpture
,
& Prince de l'Academie de
Saint Luc à Rome. Il faut
1 X
GALANT 245
que le merite qu'il avoit dans
fon Art ait efté d'une grande
étendue , & bien generalement
reconnu , pour avoir
efté élevé , quoy qu'Etranger
& abfent , à la premiere di
gnité d'honneur chez une
Nation , où l'on a excellé dans
les Arts pendant plufieurs
fiecles , avant que l'on tra
vaillaft en France à les perfectionner
, & qui par cette
raifon n'avoit jamais efté
perfuadée, que l'on puſt trouver
ailleurs d'auffi grands
homines pour les Arts , qu'on
en a veu de tout temps chez
X iij
246 MERCURE
elle , ce qui l'a toûjours ren
duë jalouſe de cette gloire.
Auf le Roy dit à M' le
Brun , lors qu'il apprit qu'il
avoit efté élu Prince de l'Academie
des Peintres Romains
, Que ce choix chez une
Nation qui jufque -là n'avoit
pas cru qu'on puſt trouver un
homme parfaitpour les Arts chez
les autres Nations , qui s'eftoit
toûjours fait un honneur de poffederfeule
cet avantage , marquoit
bien la grandeur de fon
merite , qu'il eftoit generalement
reconnu . Mais le regne
du Roy devant cftre tout
BASA
GALANTM247
merveilleux , & ce Monarque
eftant né pour faire fleurir
dans fon Royaume les Armes,
les Lettres & les Arts , nous
pouvons dire que le Ciel avoit
fait naistre des genies
propres à exceller dans toutes
ces chofes , & que Sa Majefté
par l'accueil qu'Elle fait à
ceux qui ont du merite dans
leur profeffion , & par fes liberalitez
, leur ca infpiré le
defir , & donné les moyens
de fe rendre remarquables
chacun dans le party qu'il
he a pris.
6
M' le Brun , dont le Pere
x iiij
248 MERCURE
eftoit Sculpteur , naquit ens
viron vers le milieu de l'année
1618, & l'on affeure qu'on,
luy voyoit en naiffanc des
difpofitions à devenir ce que
nous l'avons veu depuis ce
temps là , puis que dés l'âge
de trois ans , eftant fans lumiere
auprés du feu , il en
tiroit des charbons , & deffi.
noit fur l'atre & contre la
cheminée , à la lueur de ce
feu. Il est peut eftre le feul
au monde qui ait donné de
fi bonne heure des marques
de la profeffion qu'il devoit
choifir . Il eft difficile qu'on
GALANT 249
*
3
ne s'y diftingue pas quand on
y cft ainfi porté par la nature.
Rien ne coûte , & tout
co que l'on fait a une ma
niere ailée , parce que l'on
ne force point fon naturel.
Auffi Mole Brun eftoit- ih
l'homme du monde àqui les
deffeins coûtoient le moins ,
& tout le monde convient
qu'il a excellé pour la corerection
, ce qui le mettoit
audeffus de plufieurs Peinstres
dont les Ouvrages feront
immortels , quoy qu'ils
ne foient pas cour à fait corrects
. A l'âge de quatorze,
&
250 MERCURE
ans Male Brun fit le Portrait
de fon Pere , qui paffe
encore aujourd'huy pour un
tres beau Portrait. Feu M
Vouct cftoit alors le Peintre
de France le plus eftimé.
C'eft luy qui a peint la voûte
de la Chapelle de Saint Germain
en Laye. Il avoit penfion
de Sa Majefté , & eftoir
logé aux Galeries du Louvre .
Ceux qui fouhaitoient fe diftinguer
dans l'Art de peindre,
crurent qu'ils ne pouvoient
mieux faire que de l'appren
dre de celuy qui paffoit alors
pour le plus habile ; de forte
GALANT.25
queM' Mignard,M' Bourdon,
MTetelin
Mile Brun , &
plufieurs autres qui font prefque
tous devenus de grands
hommes dans cet Art , ont
demeuré chez Mr Vouet. M
le Brun ſe diſtinguant
par
deffus les autres , feu M' le
Chancelier
Seguier le voulut
avoir. Il le fit travailler , &
luy donna d'affez groffes penfions
, pour le faire diftinguer
des autres Peintres qui avoient
alors quelque reputation.
Il l'envoya enfuite à
Rome , où il l'entretint pendant
quelques années . La fa252
MERCURE
cilité qu'il avoit à deffiner ,
& la correction de fes Ouvrages
furprirent ce qu'il y
avoit alors de plus fameux
Peintres , & Sculpteurs en Italie
. Il vit tout ce qu'on pouvoit
y voir de beau d'Antique
& de Moderne , & acheva de
fe former le goût merveilleux
qu'il a fait paroiftre depuis .
On peut connoiftre par là
que la France doit la meilfeure
partie de ce grand
homme à M le Chancelier
Seguier. Mr le Brun en a toujours
marqué beaucoup de
reconnoiffance , & il la fic
GALANT
253
CAS
éclater aprés fa mort par un
Service qui fut fait aux Peres
de
l'Oratoire pour le repos
de fon Ame , & par un fuperbe
Maufolée qui y fut élevé
fur fes deffeins & fous fa
conduite , aauquel toute l'Academie
de Peinture & de
Sculpture contribua . Mle
Brun eftant de retour de
Rome parut avec une grande
´diftinction , au deffus de tous
les Peintres qui estoient alors
dans quelque forte d'eftime à
Paris , & feu M le premier
Prefident de Believre qui
ne confideroit que le
lev
?
vray
254 MERCURE
merite , luy en trouva beaucoup
& contribua à le faire
connoiftre. Madame du Pleffis
Beliere Mere de Madame
la Maréchale de Crequy,
dont l'efprit & les genereufes
manieres font connuës
, voulut auffi faire valoir
fon merite ; il avoit auſſi fait
le Portrait de certe Dame ,
qui paffe pour un Chefd'oeuvre.
Feu M' Fouquet le
vit , & voulut que M' le Brun
travaillaft au fien , à quoy il
réüffic merveilleufement.Il
fit enfuite feize ou dix fept
Tableaux pour Madame du
GALANT. 255
*
Pleffis Beliere , dont il y
en avoit plufieurs qui reprefentoient
des mifteres de
la, Paffion , & les autres la
Vie des Peres au Defert.
Ces Ouvrages firent grand
bruit. M Fouquet en parla
à M' le Cardinal Mazarin ,
qui eut envie d'en voir quelques
- uns. M le Brun emprunta
de Madame du Pleffis-
Beliere , le Tableau qui reprefentoit
Noftre - Seigneur au
Jardin des Olives , pour le
montrer à M¹ le Cardinal .
Son Eminence le fit attacher
la ruelle de fon lit , & le
256 MERCURE
trouva fi beau , qu'Elle dit à
M' le Brun qu'Elle eftoit perfuadée
que Madame du Plef
fis- Beliere voudroit bien le
Juy laiffer , & fe contenter
d'une copie qu'il pourroit
faire pour elle . Comme Mr le
Cardinal Mazarin fe connoiffoit
parfaitement en Peinture,
qu'il avoit veu tous les plus
beaux Tableaux d'Italie , &
qu'il en avoit fait venir beau-
Coupen France , on ne douta
point que M le Brun eftant
cftimé par un fi habile Connoiffeur
, ne fuft un des plus
grands Peintres du monde ; de
ช
GALANT 257
forte que le bruit de fa repu
tation s'eftant répandu par
tout , on en parla non feulement
dans toute la France ,
mais auffi dans la pluſpart des
Pays Etrangers.La Paix ayant
commencé à regner dans le
Royaume aprés le mariage du
Roy , ce Prince voulut faire
fleurir les beaux Arts , & ce
fut alors que M le Brun fut
étably aux Gobelins avec
toutes les Charges dont je
vous ay parlé au commen
cement de cet article . On nè
le doit pas regarder en cette
occafion comme Peintre feu
Fevrier 1690.
Y
258 MERCURE
>
lement . Il avoit un genie
vafte & propre à tout, il eftoit
inventif, il fçavoit beaucoup;
les Hiftoires & Its moeurs de
tous les Peuples luy estoient
connus , & fon gouſt eſtant
general auffi- bien que fon
fçavoir il tailloit en une
heure de temps de la befogne
à un nombre infiny de diffe、
Fens Ouvriers. Il donnoit des
deffeins à tous les Sculpteurs
du Roy, tous les Orfévres en
recevoient de luy . Ces Candelabres
, ces Torcheres , ces
Luftres , & ces grands Baffins
ornez de bas- reliefs qui re#
GALANT 259
prefentoient l'Hiftoire du
Roy n'eftoient que fur fes
deffeins , & fur les modelles
qu'il en faifoit faire . Il donnoit
en un mefme temps des
deffeins pour peindre des
appartemens entiers . & fi
Hiftoire luy eftoit connue,
il entendoit parfaitement
bien l'Allegorie. Pendant
que tant d'Ouvriers travailloient
fous fes deffeins, il y en
avoit une infinité qui n'ef
toient occupez que par ceux
qu'il avoit donnez pour des
Tapifleries : il a fait ceux de
la Bataille & du triomphe de
Y ij
260 MERCURE
&
Conftantin , ceux de l'Hiftoi
re du Roy , & de celle d'Alexandre
, des Maiſons Roya
les , des Saifons , & des Elemens
, & plufieurs autres.
Enfin l'on peut dire qu'il
faifoit tous les jours remuer
des milliers de bras
que fontigenic eftoit univerfel
. Le Roy qui faifoit
fleurir les beaux Arts , non
feulement pour la gloire de
fon Royaume , mais par la
parfaite connoiffance qu'il en
a , & le gouft qu'il y prenoit,
donna à M le Brun àa
tainebleau prés de deux heu
res tous les jours , pour luy
Fon
GALANT 261
voir peindre fon grand Tableau
de la Famille de Darius,
fur lequel on a
fait une des
cinq pieceserie de
de ttaappifferie de
fon hiftoire d'Alexandre, Ca
Tableau fe voit aujourd'huy
dans le grand appartement
du Roy à Verfailles . La repu
tation de Mi le Brun augmen
tant de jour en jour , tant en
France que parmy les Etrangers
, le Roy luy envoya fon
Portrait entouré de Diamans ,
dont il y en a d'un fort grand
prix & luy donna peu de
temps aprés des Lettres de
Nobleffe , & des Armes , qui
262 MERCURE
qui font un Soleil en champ
d'argent , & une Fleur de Lys
en champ d'azur , avec un
timbre de face. Il eftoit confideré
de tout ce que l'Europe
a de Souverains qui aiment
les beaux Arts , & particulicrement
de M le Grand Duc
de Florence , qui avoit pour
luy une eftime qui alloit en
quelquez forte jufqu'à l'amitié,
ce Prince luy ayant demandé
fon Portrait, & ayant
commerce avec luy. Rien
ne prouve mieux le grand
merite de Male Brun dans
fon Art , puis que les Italiens
TR
1
1
་
GALANT 263.
"
qui ont la plufpart des Ou
vrages des grands Hommes,
& qui dés le berceau apprennent
à les connoiftre , ne
fcauroient : eftre éblouis là
deffus , & que les Grands Ducs
peuvent l'eftre moins que
d'autres puis que de tout
temps ils ont ramaffe foigneufement
ce que les Arts
ont produit de plus beau ,
pour en remplir leurs Gale
ries, & leurs Cabinets . Quoy
que le merite de Mr le Brun
fuft connu en France, & qu'il
frapaft crop la Cour pour n'y
eftre pas connu dans toute
264 MERCURE
fon étendue , il eſt certain
que le Roy, comme le Prince
du monde le plus équitable ,
& le Connoiffeur le plus par
fait , eft celuy qui luy a tou
jours fair le plus d'honneftetez
, & rendu davantage de
juftice ; & ce qu'il y a d'ad
mirable , c'est qu'on a tou
jours remarqué que c'eftoit
fans enteftement , & fans fe
laiffer prévenir , puis que ce
Prince rendoit raifon de fon
jugement, & ne parloit fouvent
qu'aprés avoir oùy le
fentiment de tous ceux de la
Cour qui fe piquent d'eftre
Connoiffeurs.
GALANT. 265
Connoiffeurs. S'il y a eu dans
tous les ficcles d'auffi grands
Peintres que Mr le Brun
on doit demeurer d'accord
qu'il n'y en a point de plus
corrects , & qu'il n'y en a jamais
eu un fi generalement
capable de toutes chofes ,
comme je vous ay fait voir
par tous les differens Ouvrages
qu'il a conduits en meſme
temps. Quoy que je vous
en aye nommé beaucoup ,
j'ay oublié de vous parler de
ces grands & fuperbes Cabiners
qui fe faifoient aux Gobelins
, fur fes deffeins &
Février 1690.
"
Z
266 MERCURE
fous fa conduite. Il fembloit
que tous les Arts y cuffent mis
chacun leur morceau. On ch
a vû beaucoup dans la Galerie
des Thuileries , & entre
autres le Cabinet d'Apollone,
car tous ces Cabinets ont leur
nom, & font hiftoriez . Enfin
M' le Brun eftoit fi univerfel,
que tous les Arts travailloient
fous luy , & qu'il donnoit jufquesaux
deffeins de Serrurerie.
J'en puis rendre témoignage,
puis que j'ay vû regarder par
de tres- habiles Etrangers des
Serrures & des Verroux de
portes & de feneftres de VerGALANT.
267
failles , & de la Galerie d'Apollon
au Louvre , comme
des chef d'oeuvres dont ils ne
pouvoient fe laffer d'admirer
la beauté. Le Roy luy dit
quelque temps avant ſa mort ,
Que quelque parfaits que fuffent
fes Tableaux , il efloit faché
qu'il luy en deuft coûter la vie
pour en augmenter le prix. C'eſt
ce qu'on a veu dans tous les
fiecles . Tous les grands hommes
, foit dans les Sciences ,
dans la Guerre ou dans les
Arts , font toûjours plus eftimez
aprés leur mort , parce
que ceux qui marchent , ou
Z ij
268 MERCURE
Son
croyent marcher fur leurs
traces , leur portent moins
d'envie , & qu'à mesure que
les années s'avancent
voit ceffer les cabales qui fe
faifoient pour affoiblir leur
reputation . Le Roy & les plus
grands Seigneurs de la Cour
ont fouvent envoyé fçavoir
de fes nouvelles pendant fa
maladie , & M¹ de Louvois
luy a auffi fouvent envoyé
les plus fameux Medecins .
Monfieur
le Prince qui l'eftimoit
particulierement
, luy
a fait l'honneur de luy rendre
vifice , ainfi que pluſieurs SeiGALANT
269
gneurs du premier rang. Le
Roy a fouvent parlé de luy
aprés fa mort , & en a marqué
beaucoup de regret . Son
efprit ne le faifoit pas moins
eftimer que fes Ouvrages , &
qui voudra Y faire une fcrieuſe
reflexion , connoiſtra
que chacun ne réüffit dans
fon Art qu'autant qu'il a
d'efprit , mefme dans les Arts
les plus materiels, & qui fem
blent ne demander que des
doiges. Ce n'eſt pas que lo
contraire ne fe rencontre
quelquefois , mais c'eft rare .
ment. On ne s'étonnera pas
Zij
270 MERCURE
•
f Mile Brun a efté un des
premiers Peintres du monde
pour bien exprimer les paffions.
Jamais perfonne n'a
mieux connu l'homme , ny
mieux découvert par fon vifage
à quelles paffions il eftoit
fujet. Auffi a - t - il fait un
Traité des Paffions compofées
, & un autre de la Phifionomie,
par lequel il prouve ·
que chaque homme a dú
rapport avec quelque ani
mal. Il a deffiné pour fervir
à cet Ouvrage , plufieurs .
teftes fans ombres fur lefquelles
font dépeintes toutes
GALANT 271
les paffions aufquelles on voit
les hommes portez , & l'on
en remarque plufieurs dans
une mefme tefte , les hommes
pouvant eftre fufcepti
bles de plus d'une paſſion .
Cet Ouvrage n'a efté ny
gravé ny imprimé ; il feroit
å fouhaiter qu'on en fist part
au: Public . Je finis , en vous
difant que M le Brun a rendu
à Dieu & aux Pauvres ,
une partie de ce qu'il avoit
acquis par fes travaux , puis
qu'il a fondé dans la Chapelle
qu'il a fait faire à Saint
Nicolas du Chardonneret , où
7
"
3
Z.iiij
272 MERCURE
il cft inhumé , deux Meffes
qu'on doit dire tous les jours
à perpetuité. Il a auſſi laiſſé
un fond pour marier tous les
ans trois pauvres Filles. Les
grands fonds qu'il a fallu
pour cela , marquent que le
fçavoir eft récompensé en
France. Il a donné à M' le.
Brun fon Neveu , Auditeur
des Comptes , & fon unique
heritier aprés la mort de fa
Femmes parce qu'il y a entre
eux un don mutuelle Portrair
du Roy enrichy de Diamans
dont je vous ay parlé ,
à condition qu'il ne fera jaGALANT
273
mais vendu , ny par luy ny
par fes heritiers , à moins
d'une tres preffante neceffité;
auquel cas avant que d'eftre
pour
eftre
expofé en vente , le gros Dia
mant en fera pris , & donné
à l'Eglife de S. Nicolas du
Chardonneret
mis au Soleil , où la Sainte
Hoftie eft enfermée. Je de
vrois vous parler icy de tous
les Ouvrages qu'il a faits
pour le Roy , & pour les Particuliers
, mais la place me
manquant , je les reſerve pour
le mois prochain. J'y ajoûteray
une Lifte de tous ceux
274 MERCURE
J
que l'on a gravez , ainfi que
de ceux aufquels on travaille ,
& je croy que cette Lifte vous
fera un grand plaifir , & à vos
Amis , puis qu'il me paroift
an grand empreflement dans
le Public pour acheter de ces
Eftampes , & une grande curiofité
d'apprendre où l'on
peut voir tous les Ouvrages
de cet homme merveilleux .
Je vous envoye des Vers
qu'un de fes Amis a faits fur.
fa mort..
GALANT. 275
A LA MEMOIRE
immortelle de l'Illuftre M
le Brun , ennobly par le
Roy , & inhumé dans
l'admirable Chapelle qu'il
s'eft faite en l'Eglife de
S. Nicolas du Chardonneret
, fa Paroiffe.
I
EPITAPHE.
E Brun , qui par fon Art
illuftra la Nature,
Et de LOUIS LE GRAND
éternifant les faits ,
Traça pour les Heros , des nivdelles
parfaits
276 MERCURE
S'eft immortalisé par cette Se-
Lovepulture
.
L'Antiquité n'eut rien d'égal à
fon genie
Et la Pofterité respectera ce lien,
Où fa cendre n'attend
main de Dieu,
que
dela
Le glorieux éclat d'une plus
noble via
Le Roy a nommé M¨ Mignard
pour remplir toutes les
Charges & dignitez qu'avoit
feu M le Brun. Quand la
quantité de beaux Ouvrages
qu'il a faits , & la delicateffe
de fon Pinceau ne parleroient
GALANT, 277
pas pour luy , & que fon merite
ne feroit pas generalement
reconnu , le don que le
Roy luy vient de faire fuffi-
Foit pour empefcher d'en
douter , puis que le difcerne
ment de ce Prince , égale la
juftice qu'il rend toujours au
merite.
Comme on reçoit un fi
grand nombre de Confeillers
Tous les ans que ma Lettre
feroit toute remplie des Arricles
de cette nature , fi je
vous en faifois part , je n'ay
pas accoutumé de vous en
entretenir. Cependant les cir278
MERCURE
conftances de la reception du
Fils de M de Turmeny , Treforier
general de l'Extraordinaire
des Guerres , m'obligent
à vous parler aujourd'huy
de ce qui s'y eft paffé , mais
je doy vous dire auparavant
que M de Turmeny eftant
dans une eftime generale , &
fes fervices eftant agreables
au Roy , Sa Majesté luy a
accordé non feulement la
difpenfe d'âge pour M fon
Fils, parce qu'il n'a que vingt
deux ans, mais encore la permiffion
d'entrer dans la premiere
Charge vacante , fans
GALANT 279
સે
attendre l'ordre de la confignation
. Cette reception s'eft
faite à l'ordinaire , toutes les
Chambres affemblées , & M
le Meunier qui eftoit fon
Rapporteur , dit à la Cour ,
aprés qu'il eut répondu avec
toute la jufteffe & toute l'érudition
poffible à toutes les
differentes queftions qui luy
furent faites , Que quelque
habileté qu'il fift paroifire
on luy en trouveroit bien plus
fi l'on vouloit approfondir davantage
ce qu'il fçavoit ; qu'il
en pouvoit rendre un feur témoignage
, & qu'il ne l'avoir
pas épargné en l'examinant . La
28 MERCURE
•
Chambre eftant levée , M' le
premier Prefident marqua
qu'il eftoit tres - fatisfait de
fes réponſes. On ne peut rien
ajoûter à fon approbation ,
puis qu'il ne la prodigue jamais
, & qu'il ne la donne
qu'au vray merite .
Le 31. du mois paffé on fit
dans l'Egliſe de Saint Sulpice
de Nogent le Roy , un Service
tres - folemnel , pour le
repos de l'ame de feu M
l'Evefque de Chartres . On
avoit apporté tous les foins
poffibles à dreffer un Maufolée
, qui répondiſt au zele
de ceux qui donnoient cette
GALANT. 281
marque de la veneration
qu'ils confervent pour la
memoire de ce pieux & fage
Prelat. On l'avoit élevé dans
le Choeur , & il eftoit convenable
à cette lugubre Ceremonie
. M Bouchet , ancien
Curé de cette Eglife ,
qui eft du Dioceſe de Chartres
, fit fon Oraifon Funebre,
fur ces paroles de Saint Paul
en la feconde Epitre à Timothée
, Minifterium tuum
imple , & fit connoiſtre que
feu M ' l'Evefque de Chartres
avoit toujours foutenu dignement
fon caractere , &
Février 1690 . A a
282 MERCURE
remply parfaitement les obligations
de fa Charge , tant envers
Dieu , qu'envers le Prochain
& envers foy- mefme ;
envers Dieu par fa pieté ;
envers le Prochain par fa
charité ; & envers foy- mefme
par le grand foin qu'il
avoit eu de fon falut. Aprés
avoir mis dans fon jour d'une
maniere vive & éloquente fa..
profonde humilité ; fa mo
deftie finguliere ; fon aver
fion pour les louanges ; fa
compaffion envers les Pauvres
qu'il regardoit comme
fes Enfans ; fa tendreffe pour
74
GALANT. 283
les Curez de fon Diocefe qu'il
confideroit comme fes Freres;
fon affection pour les Domeftiques
dont il prenoit un
foin tout particulier dans
4
leurs maladies jufqu'à les
vifiter , confoler , & encourager
à fouffrir dans la veuë
de la Paffion du Sauveur du
monde , fourniffant liberalement
à tous leurs befoins ,.
tant pour le corps que pour
Fame , il fit remarquer que
ce Prelat avoir fondé des
lieux de picté , où la memoire
feroit toujours confervée , ſçavoir
le Convent des Peres
A a ii
284 MERCURE
Cordeliers de Magny , & de
Seminaire de Beaulieu . Ce..
Seminaire eft une charmante
Solitude à demy- lieuë de
Chartres , où les Preftres de
la Miffion , toûjours zelez
pour fanctifier les ames , s'occupent
journellement à louer
Dieu , à inftruire les Ordinans ,
à former des
Ecclefiaftiques
à la pieré , & à faire faire des
retraites à ceux à qui Dieu
infpire le mépris du monde
& l'amour des chofes celeftes.
Il toucha encore quelques
endroits de la vie de ce Prelat
, & s'étendit fur les
GALANT 285
importans fervices querofes
Anceftres avoient rendus à
l'Etat , & fur les belles Charges
qu'ils avoient remplies
dans l'Eglife & à la Cour ,
avec une inviolable fidélité
pour leur legitime Souverain ,
Il n'oublia pas l'éloge de feu
Mr. de Villeroy , qui mefloit
parmy fes titres les plus glorieux
, celuy d'avoir efté Gouverneur
de Sa Majeſté , & qui
aprés s'eftre veu plufieurs fois
Lieutenant General de fes
Armées en Italie , Franche-
Comté & Lorraine , fut honoré
du bafton de Maréchal
286 MERCURE
de France , qui eft le plus
grand honneur où puiffe af
pirer un homme d'épée . Il
parla auffi de M l'Archevel
que de Lyon , qui en qualité
de Gouverneur du Lyonnois ,
Foreft , & Beaujolois , maintient
l'autorité du Roy dans
ces trois Provinces par fa prudence
par fa vigilance &
par
fon zele. Enfin revenant
à feu M l'Evefque de Char
tres , pour mieux raſſembler
le merite de ces trois illuftres
Freres , il dit encore de luy
que par fon exactitude , &
fes manieres , toujours en par
GALANT 287
1
gageantes
& pleines d'honnefteté
, il avoit fceu trouver
lé fecret de fe faire aimer der
Dieu & des hommes .
L'Enigme du dernier mois
avoir efté faite fur les Lunettes ,
& ceux qui ont trouvé ce mot,
font M. Le Bouchet , ancien
Curé de Nogent le Roy ; le
Pere Guilbaur de l'Oratoire
de Saumur ; Groufteau ;V. D.
S : N de Blois, le Chevalier du
Tiller ; le Chevalier de Sur
gis & fon aimable Chevaliere
du Cloiftre S Benoift en Irlande
; Auvry rue desNoyers ;
J. Moriencourt
, Croüin ; Des
288 MERCURE
Jardins de S. Denis en France;
Baurin l'Aifné ; Bourdeau de
chez M'Bernand ; le Solitaire
du Mans ; le Commandeur de
la Table Ronde du cul defac
S. Thomas du Louvre , le
vigoureux Chevalier de la
ruë de la Marche : le Controlleur
des Epitaphes de la ruë
de la Harpe : l'heureux Bellecouche
de Laleu & Jambon
l'Adonis Parifien, gardien du
Paradis des curiofitez : l'Amant
timide d'Ancenis: l'Entreprenant
de Blois : l'Indolent
de la ruë S. Bon , amant
de la belle Meneftriere : le
Juge
GALANT 289
Juge de la nouvelle Acade
mie prés la Place Royale : le
Berger de Monpinçon prés
Livarot l'Illuftre Societé du
Lignarium de Navarre , le
P .....de la rue de Harlay :
l'Amant de la Belle charmante
de la rue S. Jacques de la
Boucherie : l'Avocat de la
Gerbe , ou le Coloffe de la
rue des Marmoufets , & j'ay
toûjours froid de S. Lo . Mefdemoiſelles
de Dreneve , &
S. Gilles de Rennes : de la
Rollandiere
, & des Champsneufs
de Nantes : Nené de la
ruë de l'homme armé ; des
Bb
Fevrier 1690 .
290 MERCURE
Peans rue des petits Augu
ftins la Mufe des Poëtes du
Marais à l'enſeigne des quatre
Fils de la rue du mefme nom;
la Belle Blonde de la Sphere.
de la rue de la Harpe la
charmante Hebert de la rue
de Berry : l'adorable Philis
dn Paradis terreftre la Cadette
d'E ..... d'Aix la
Tourterelle de la rue des
Moineaux l'Innocence reconnue
de la rüe Maçon : &
la Monine amoureufe de l'ELpiegle
reffufcité.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle . Elle eft courte , &
GALANT. 291
n'en fera peut eftre pas plus
aifée à deviner. Le nom
I de l'Auteur eft une autre
Enigme . C'eft l'Abbé fans
Abaye , quoy que pourrant il
porte le nom d'une des plus
fameufes qu'il y ait en France.
D
ENIGME.
ANS le monde je fais du
bruit ,
Mon corps eft portépar ma Mere ;
Cependant je porte mon Pere ,
Quoy qu'ilfoitgrand , & moy petit,
Bb ij
292 MERCURE
Nos Vaiffeaux font toû
jours des prifes confiderables
fur les Ennemis , & le dernier
dont ils fe font emparez portoit
quatre mille moufquets ,
& quatre mille Sabres à Londres
, il eftoit chargé & lefté
de Salpeftre. On n'avoit pas
crû avant l'ouverture de la
Guerre , que la France duſt
refifter fur mer à deux Puiffances
, dont chacune fans aucun
fecours de l'autre s'imaginoit
luy pouvoir donner la
loy fur cet élement . Cepen
dant de la maniere que les
chofes ont tourné , il femble
GALANT
293
11.
qu'il fuffit des feuls Armateurs
de S. Malo pour les de
foler toutes deux. Ces Arma.
teurs font tant de prifes confiderables
, & ils les font fi
fouvent, que le grand nombre
m'empefche de vous en parler
. Enfin il ne s'eft point
paffé de mois qu'ils n'en ayent
fait douze ou quinze . Ils auront
quarante Baftimens la
Campagne prochaine , & fi
la Guerre continue , la Ville
de S. Malo deviendra la plus
celebre , & la plus riche du
monde . Tout Y abonde à
prefent , & loin que la France
Bb iij
1294 MERCURE
AT
-foit privée de mille chofes
par cette Guerre , comme l'avoient
cru fes Ennemis , il le
trouve aucontraire qu'elle en
eft plus remplie qu'aupara
vant , & que rien ne luy manque.
Cet article de mer me fait
fouvenir de ce qui eft arrivé
depuis peu dans le Port de
Roterdam. Un Vaiffeau Marchand
Hollandois eftant
2
Y
entré la nuit , le Capitaine
d'un Yack Anglois qui eftoit
depuis quelque temps dans le
mefme Port , envoya le lendemain
matin dire au Pilote
GALANT 295
10
6
CE
OF
du Vaiffeau Marchand de
venir parler à luy . Le Pilore
fatisfit à fes ordres , & le Ca.
pitaine luy demanda pourquoy
il eftoit entré dans le
Port fans le faluer. Le Pilote
s'excufa en difant qu'eftant
entré de nuit , il ne l'avoit
pas aperceu , ce qui n'empef
cha point le Capitaine de le
faire mettre aux fers . Le Commandant
du Vaiffeau Marchand
voyant que fon Pilore
ne revenoit point , y envoya
un Officier pour en fçavoir la
raifon . L'Officier fut mis aux
fers comme le Pilote . Le
Bb iiij
296 MERCURE
Commandant s'ennuyant de
n'avoir aucune nouvelle de
l'un n'y de l'autre , y alla luymême,
& fut traité avec la mê
me rigueur. Les Marchands
inquietez de ce qui pouvoit
les arrefter tous , deputerent
deux d'entre eux pour l'aller
apprendre , & ils furent auffi
mis aux fers.Le bruit de ce traitement
fe repandit , & les intereffez
joints á d'autres Marchands
de
Roterdam , porterent
leurs plaintes aux Magiftrats,
qui leur donnerent main
forte pour retirer ceux qu'on
avoit traitez avec tant d'in
GALANT 297
dignité . On peut juger par là
de quelle maniere le Prince
d'Orange en uferoit pour les
le
Hollandois , s'il s'établiffoit
en Angleterre avec un pouvoir
arbitraire , comme on connoift
qu'il l'a refolu , par
moyen des Troupes étrangeres
qu'il pretend y faire venir
de toutes parts , outre celles
qui y font déja . Il eft bon
que les Anglois commencent
à eftre punis de leur
révolte , & que par les traitemens
qu'ils recevront de
leur nouveau Maiftre , ils ap.
prennent à aimer leur Ro
4
298 MERCURE
legitime,lors qu'eftant mieux
éclairez , ils feront rentrez
dans leur devoir , ou que ce
Monarque les aura forcez de
s'y foumettre. Ceux qui s'eftoient
le plus declarez contre
luy , témoignent enfin
qu'ils le regretent , & le Parlement
, quoy que remply de
Creatures du Prince d'Orange
, & choifies par luy , avoit
refolu de propofer un Bill ,
pour empefcher, conformément
aux Loix de l'Etat , qu'il
n'entraft davantage de Troupes
étrangeres dans le Royaume.
Ce Prince en ayant efté
GALANT. 299
The
averty , crut y devoir apporter
un prompt remede , &
fongea d'abord à caffer le
Parlement , felon qu'on a
accoutumé
de le pratiquer ,
en rompant la Verge dans
l'Affemblée
, ce qui marque
qu'il eft diffous. L'affaire eftoit
delicate & dangereuſe , &
ceux qui avoient manqué à
leur veritable Souverain ,
pouvoient ne garder pas de
refpect pour le phantofme
d'un Roy. S'il n'ola caffer le
Parlement , il n'oſa auffi l'ajourner
, parce qu'alors on
enfile toutes les affaires com300
MERCURE
mencées , pour les reprendre
à la prochaine feance . Il trouva
donc à propos de le
de le
proroger
, parce que toutes les
affaires qui ne font pas confommées
font mifes au neant ,
& qu'il faut les remettre de
nouveau fur le tapis , comme
fi on n'en avoit point encore
parlé , & il eftoit bien- aiſe de
gagner du temps pour empefcher
qu'on ne prift connoiffance
du maniement
des
deniers publics , de l'eftat des
Armées de Terre & de Mer ,
des malverfations commifes.
par les Officiers , dont quelGALANT.
301
ad
TO
CO
40
d
50
t
es
es
I
es
ques - uns avoient efté arreſtez
par l'ordre des Communes.
Il ne vouloit pas auffi qu'on
rendift juſtice aux Marchands
qui fe plaignent des vexations
qui leur ont efté faites
par des Capitaines de Vaiſ
feaux . Voilà ce qui l'a obligé
de proroger le Parlement , au
lieu de l'ajourner . Cette prorogation
a commencé à faire
ouvrir les yeux . Elle a fait .
du bruit , on a murmuré, le
Confeil de Ville s'eft affemblé
, & a voulu faire des remontrances
. Le Prince d'Orange
a cabalé à fon ordinai
#
302 MERCURE
re. Il a fait prier les uns , il
amenacé les autres , & a fi
bien fait que l'affaire ayant
efté remiſe à la pluralité des
fuffrages , fa cabale l'a emporté
de quelques voix feulement.
C'eftoit une fatisfaction
pour le temps prefent
mais ce n'en eftoit
pas une pour l'avenir ; au
contraire ce procedé faifoit
voir que le Parlement remettroit
tous fes griefs fur
le tapis auffi - toft qu'il feroit
raffemblé. C'eft ce qui a fait
prendre au Prince d'Orange
la refolution de le caffer :
GALANT. 303
mais pour empefcher que cela
ne fift une espece de fedition,
il aa attendu que la plufpart
des Deputez fuffent retournez
chez eux . S'il a fujer de
fe plaindre de fes propres,
creatures & de ceux meſmes
qui ont confpiré avec
luy contre leur legitime Sou
verain , il faut qu'ils ayent
de grands fujets de plaintes .
contre luy , fur ce qu'ils
voyent toutes leurs loix violées
, & qu'il en uſe avec un
pouvoir arbitraire , & tirannique.
Il dit contre ceux qui
ne cherchent que le bien Pu104
MERCURE
lic , & qui commencent à
aire reflexion fur fes vioiences
, qu'ils font Amis du
Roy Jacques , & il perfecutera
toûjours fous ce pretexte
tous ceux qui voudront travailler
au bien de l'Etat.
Comme il continuera de faire
entrer des Troupes étrangeres
dans le Royaume , il efpere
par ce moyen fe trouver en
eftat de faire élire des Deputez
à fon gré , & quand ils
ne voudroient pas fuivre fes
volontez , il eft affeuré de fe
faire obeïr en faifant agir la
force. Ainfi voilà la Nation
"
GALANT. 305
fubjuguée , & le pouvoir arbitraire
étably , à moins
qu'ayant commencé à ouvrir
les yeux , elle ne travaille
promptement & violemment
, à détourner le
coup qui menace fa liberté
d'une ruine entiere . On ne
peut nier en examinant
toutes ces chofes , que le
Prince d'Orange ne foit un
habile Politique ; mais on
n'en fçauroit convenir fans
tomber d'accord en mefme
temps , que les Anglois ſont
de mal- habiles gens s'ils le
laiffent faire. C'eſt ce que
Fevrier 1690. Cc
366 MERCURE
le temps nous apprendra.
Toute l'Europe parle à prefent
du Voyage que ce Prince
publie qu'il va faire sen Irlande
, & ceux qui pretendent
avoir le plus de lus
mieres , font perfuadez , qu'il
ne fera point ce pas , ce qui
feroit abandonner le certain
pour l'incertain. Quoy qu'il
en foit s'il ne fait pas ce
Voyage , l'Irlande eft entierement
perduë pour luy , &
s'il le fait , il rifque de
pers
dre l'Angleterre , & , ofte à
fés Alliez l'efperance qu'ils
avoient qu'il envoyeroit de
GALANT 307
2
groffes Armées en Flandre ,
& qu'il débarqueroit fur nos
Coltes. C'est ce qu'il est bien
éloigné de faire , & il y a
tout fujet de croire , qu'il
ne penfe & ne penfera qu'à
s'affermir , & qu'il a trompé
Les Allicz On peut dire qu'ils
fe font laffé prendre volontairement
pour dupes , puis
qu'en bonne politique, & en
gens bien éclairez , ils n'ont
jamais , dû croire qu'il duft
penfer à autre choſe qu'à ſe
maintenir, dans le pouvoir
Souverain , ayant fur tout à
3. faire à une Nacion auffi in-
Cc ij
308 MERCURE
·
conftante que les Anglois ,
& auffi difficile à gouverner.
Ceux qui croyent avoir penetré
les fecrets du Priuce
d'Orange , publient que fon
deffein eft de repaffer la Mer,
pour obliger la Ville d'Amfterdam
à renoncer en fa faveur
aux droits qu'elle fou
tient avec plus de fermeté
que les autres Villes des
Etats , en s'oppoſant à l'autorité
d'un homme , dont
toute la vie n'eft qu'une fuire
d'ufurpations , & qui a gouverné
en Hollande avec un
pouvoir auſſi arbitraire que -
GALANT. 309
dans les Etats , où les Rois
ont l'autorité la plus abſoluë,
~quoy qu'il ne fuft qu'un Sujet
à gages des Provinces Unies,
dont il devoit prendre les
loix qu'il leur a données. Il
doit apprehender s'il ofe attenter
fur la liberté de la
Ville d'Amfterdam , & fe
fouvenir que
range fon Pere a échoué de
vant cette Place - là . C'eft une
Ville fage qui connoiſt fes
droits qui fçait fes intereſts ,
qui les maintient , & qui a
fouvent empefché la Hol
lande de s'embarraffer dans
le Prince d'O
310 MERCURE
des guerres , qui auroient a
chevé de ruiner fon commerde.
Qu'elle feroit prefen
tement floriffante fans l'am◄
L
bition de ce Prince qui l'a
perdue , en l'engageant à fe
gouverner d'une maniere entierement
contraire à des
gens de commerce ! C'est cette
mefme ambition qui viene
de caufer la perte de cinq ou
fix mille Imperiaux en Albanie
, puis que Sa Majeſté
Imperiale n'auroit point para
tagé les troupes pour fou
tenir deux Guerres à la fois ,
& qu'elles auroient combatu
GALANT 211
Com
rela
toutes contre les Turcs , file
Prince d'Orange n'euft trouvé
moyen de mettre l'Empereur
dans les interefts . J'a
vois predit ce qui eft arrivé,
en vous faisant voir que le
Prince de Bade avoit eu l'im
de prudence de s'avancer trop
dans le pays Ennemy , contre
les bonnes regles de la Guer
e d
Citte
re, & fi les Turcs eftoient
Aplus forts ou que le meltier
é de la Guerre leur fuſt mieux
connu , ils auroient en mef
me temps attaqué divers quartiers,
qui eftant trop éloignez
les uns des autres , n'auroient
ס נ
014
312 MERCURE
pas efté en pouvoir de fe don
ner du fecours . Si la deroute
avoit efté auffi generale dans
ces differens quartiers, qu'elle
l'a efté en Albanie , on peut
croire que l'Empire n'auroit
pu fe relever de cent ans de
cette perte. Jamais on n'a
yeu une défaite fi complettes
puis qu'il y a des Regimens
dont il n'eft pas refté un feul
homme. Cela n'eft pas difficile
à croire, puis que tous les
Officiers y ont pery , & que
trois ayant pris de fuite le
commandement yfont morts,
fans que leur valeur & leur
experience
GALANT. 33
C
8
experience ayene pû les en
gatentir. Auffi cette défaite
a - t-ellefair perdre des Places,
prendre beaucoup de bagages
& enlever des garniſons
enrieres.Je ne vous fais point
de détail de certe affaire,,
parce que je ne pourrois
vous en donner un plus exact
que l'a donné la Gazette de
Hollande , & comme elle ne
peut eftre fufpecte , les Hol
landois eftant des Alliez de
l'Empereur , je me tiens à ce
qu'elle en a dit. Cet avantage
remporté par les Turcs leur
fera bien augurer du gouver
"
Février 1699. Dd
314 MERCURE
nement de leurs nouveau
Grand Vizir Cuproly. C'eft
le mefme dont je vous ay
parlé dans mon Hiftoire
de Mahomet IV. depoffedé ;
cil eftoit alors Kaimacan , &
co fue luy qui fit le beau
difcours dont je vous fis part
lors que Soliman fut élevé
fur le trône . Il fut relegué ,
parce que fon grand merite
fit ombrage à celuy qui eftoit
alors Grand Vizir . Ce mal
heur eftant arrivé aux Trou.
pes Imperiaales & Hongroi
fes, dans le temps que le Roy
de Hongrie a efté éleu Roy
des Romains , les Turcs qui
GALANT. ZIF
-C
BEL
ice
tirent des prefages de toutes
ces fortes de chofes , feront
perfuadez que ce jeune Frince
fera né trop mal- heureux
pour leur faire jamais de
mal . Cependant leur bonne
fortune dépendra toujours
bien plus d'eux que de la
mauvaife étoile de ceux qui les attaqueront
& qui
& s'ils
fçavent profiter du dernier
avantage qu'ils ont eu ,
ils
* rentreront dans tout ce qu'on
Το -leur a pris , avant que les Imperiaux
ayent receu les renforts
dont ils ont un fort
Rgrand befoin. Ainfi ces der-
Dd ijob
316 MERCURE
piers pour s'eftre trop avancez per
dront tout le fruit de leur derniere
Campagne , & feront hors d'eftat
de rien entreprendre tant que du
tera celle qui va commencer.
On a eu avis par un Courrier
Extraordinaire , que le Pape a fait
une Promotion , dans laquelle felon
T'ufage les Couronnes n'ont point
de part la premiere Promotion
que les Papes font aprés leur éle
vation au Pontificat , ne regardant
ordinairement qu'eux ou leurs
Amis. M. Fourbín de Janfon ,
Evelque Comte de Beauvais , &
Pair de France , Commandeur des
Ordres du Roy, ne laifle pas d'eftre
du nombre de nouveaux Cardi- nombre de
nanx & en voicy la raiſon . Cet
Evefque ayant efté Ambaffadeur
pour le Roy en Pologne y fut
GALANT. 317
agreable à Sa Majefté Polonoife ,
& comme end
ce temps - là le défunt
Pape fit une Promotion pour
les Couronnes
, ce Monarque
nomma M. de Beauvais , au lieu
de nommer un de fes Sujets . Les
Allemans & les Espagnols
, cha
grins de voir que le party
de's
Cardinaux François feroit fortifié
de deux au lieu d'un , cabalerent
pour empefcher que le Pape ne
donnaft le Chapeau à M. de Beauvais
, & il ne l'eut point , quoy
telle
que
centANGA
faffent voir ,
nommer
qu'un Roy peut
perfonne qu'il luy plaiſt , pour eftre
fait Cardinal , fans qu'il foit befoin
pour cela que celuy qu'il nomme foir
de fes Sujets. Le Pape qui tegne au
jourd'huy a rendu au Roy de Po
logne & à M. de Beauvais la juftice.
Dd iij
318 MERCURE
qui leur avoit efté deniée.
Les autres Cardinaux font ,
Bandino Paciatici de Piſtoie ,
Patriarche de Jerufalem, & Dataire .
Il eft dans une grande réputation ,
Parent de Clement IX. & peut
eftre mis au nombre des Cardinaux
papables.
M. Cantelemi , Napolitain , cydevant
Nonce en Pologne. C'eft
un ufage de faire Cardinaux ceux
qui ont efté Nonces auprés des
Teftes couronnées .
M, Dada , Milanois , Parent du
défunt Pape , Archevefque d'Amafie
, & cy-devant Nonce en Angleterre.
M. Rubini , Venitien , Evefque
de Vicenze , Neveu du Pape . Tous
ceux qui le connoiffent parlent
avantageufement de fon merite &
de fon efprit.
GALANT 219
François Albani , de Pefaro, dans
1'Etat d'Urbin , Secretaire des
Brefs .
༡ : Charles Bichi , Sienois Auditeur
General de la Chambre
Apoftolique .
Jofeph-René Imperiale , Genois
, Tréforier General de la
Chambre. Il eft tres- honnefte..
homme, & a efté General des Monnoyes.
Jean-Baptifte Coftaguti , Romain
, Doyen des Clercs de la
Chambre.
Louis Homodei , Milanois , Clerc
de Chambre .
-
François de Giudici , auffi Clerc
de Chambre . Ce dernier eft Frere.
du Duc de Giouinazzo , Napolitain
, autrefois nommé Ambafladeur
d'Espagne en France .
Dd iiij
320 MERCURE
Tous ceux qui font reveftus de
ces differentes Charges deviennent
ordinairement Čardinaux , &
leurs Charges le vendent au profit
de la Chambre Apoftolique. Les
Charges d'Auditeur & de Tréforier
de la Chambre valent chacune
quatre - vingt dix mille écus &
celle de Clerc de la Chambre , en
vaut foixante & dix mille.
Le Roy a nommé quatre nouveaux
Intendans des Finances , qui
font , M. de Caumartin , M. d'Her
menonville , M. Chamillard oe
M du Buiffon. Die
* M. de Caumartin , Maiſtre des
Requefies , joint beaucoup d'éru
dition à tout ce qu'un homme de
fa profeffion doit fçavoir , & dans.
fa plus grande jeunetle il embara(-
foit fes Maitres par la force de fon
GALANT. 32k
$
8
3
6
efprit & de fes raifonnemens . Il cf
Fils de feu M. de Caumartin, Con
feiller d'Etat, qui avoit efté honoré
deobeaucoup de Commiffions, qui
marquount l'eftime que Sa Maje
fté faifoit de fa perfonne , szla,
confiance qu'Elle avoit en luy. I
2 pour Aycul Meffire Louis le
Févre , Sicur de Caumartin, qui fut
Prefident au Grand Confeil, & an
cien Confeiller d'Etat , & que le
feu Roy fit Garde des Sceaux de
France en 1622. aprés la mort de
M. de Vicq. Cette Famille des le
Févre de Caumartin a donné un
Evefque d'Amiens , des Prefidens
& des Confeillers au Parlement
de Paris & des Maiftres des Requeftes
. Elle eft differente de celle
des le Févre d'Ormefon , d'Eaubonne
, &c. qui nous a donné auffi
des Magiftrats renommez , & d'au
な
322 MERCURE
tres perfonnes diftinguées.
M. d'Hermenonville eft Beau-.
frere de M. le Pelletier , Miniftre
d'Etat , & auparavant Contrôleur
General des Finances , dont il a
efté premier Commis , comme il
Feft encore aujourd'huy de M. de
Pontchartrain qui poffede cette
Charge. Comme il a exercé cette
Commiffion avec beaucoup de vivacité
& de vigilance, on peut dire
que les Finances luy eſtant déja
connues , il n'en peut eſtre qu'un
digne Intendant .
M. Chamillard a efté Confeiller
au Grand Confeil , puis Maitre
des Requeftes , & enfuite Inten
dant de Juftice à Rouen. On a efté
fi fatisfait à la Cour de la maniere
dont il s'y eft gouverné , qu'on a
dit au Fils de M. le Prefident Lar
GALANT. 323
ther , qui a efté nommé à cette
Intendance , que s'il vouloit que,
l'on fuft content de luy , il n'avoit
qu'à imiter M. Chamillard . Lo
Grand pere de M. Larcher qui
vient d'eftre nommé à l'Intendan
ce de Rouen , y eftoit avec la même.
qualité en 1640. Il n'y avoit alors
qu'un Intendant pour toute la
Normandie , mais cette Province
s'étant révoltée en ce temps - la , & le
Roy y ayant envoyé M. le Chancelier
Seguier avec M. de Gaffion
on nomma deux nouveaux Intens
dans , dont l'un eft à Caen , &
l'autre à Alençon.
M. d'Heudebert du Buiffon a
efté Maistre des Comptes , puis
Maistre des Requeftes , & enfuite
Procureur General de la Chambre
Royale , établie à l'Arcenal , 8
124 MERCURE
Prefident au Grand Confeil. Lors
qu'il quitta la Chambre des Compres
, feu M. le Prefident Nicolaï ,
dont l'efprit eftoit du premier or
dre, connoiffant la capacité , fit ce
qu'il put pour le retenir . Pendant
environ onze années qu'il a efté
Maitre des Requeftes , toutes les
Parties le demandoient pour Rapporteur,
parce qu'il eft tout enfemble
integre , expeditif & éclairé.
Feu M. le Chancelier le Tellier ,
qui fe connoiffoit parfaitement en
habiles gens , le nomma au Roy
comme un homme capable de remplir
la place de Procureur General
de la Chambre Royale. Il s'eft
diffingué avec beaucoup de capacité
& d'integrité dans toutes les
Intendances & traordinaires ommiffions ex-
*
dont il a efté honet
GALANT 325
. Son efprit eftant d'une fort vafte
étendue , il a efté employé dans
toutes les affaires les plus importantes
du Confeil , & il eftoit de
tous les Bureaux . Il s'attira l'admi
ration de tous ceux qui l'entendirent
, lors qu'il fit le rapport de
l'affaire des rentes de Bretagne . On
ne doit
pas efre furpris aprés cèla
que le Roy inftruit de fa capacité
& de fon merite , l'ait nommé
pour eftre du nombre des quatre
nouveaux Inrendans des Finances .
Par la nomination à cette Charge,
il en refte trois à remplir ; fçavoir
celles de Maiftre des Requeftes , de
Prefident au Grand Confeil , & de
Procureur General de la Chambre
Royale.
Le 23. de ce mois , les Deputez
des Etats d'Artois , qui eſtoient
326 MERCURE
M. l'Abbé Maillart de Clairmarais
2 our le Clergé , M. le Comte de
Carancy pour la Nobleffe , & M.
Poitard pour le Tiers Etats eurent
audience de Sa Majefté, & luy prefenterent
leur Cahier M. l'Abbé
Maillart porta la parole , & dit ce
qui fuit.
STRE,
4
Il ne manque au bonheur que
nous avons de nous voir aux pieds
du plus grand Roy de la terre, que
de
pouvoir expliquer le refpect , la ve
Ineration , & ( s'il eft permis d'ufir
de ce terme ) l'amour qu'ont pour
Voftre Majefté les Etats , les Peuples
de fa Province d'Artois , qui
nous ont fait l'honneur de nous deGALANT.
327
3
puter vers Elle, pour l'affurer de leur
fidelite, & luy offrir le Don Gratuit ,
qu'Elle leur a fait demander. Vous
meritez , SIRE , qu'on ait pour
voftre Augufte Perfonne des fenitmens
qu'on ne doit qu'aux plus Il-
Inftres & aux meilleurs d Plus Il-
&
nous ofons répondre , que ceux pour
qui nous porions la parole , ont pour
Voftre Majesté les fentimens qu'Elle
merite. Ils voyent & ils admirent
ce que toute l'Europe admire & voit
avec eux , leur incomparable Monarque
faire trembler un million
d'Ennemis ,foutenir feul les interefts
de la Religion , & proteger feul un
Prince également grad & infortané,
- que fes Sujets ont trahy , & que fes
Alliez abandonnent. Un Ufurpa
teur fait tomber du Trône un Prince
infiniment digne de l'occuper. Ceux
328 MERCURE
qui avoient le plus d'intereſt àpunu
cet attentat le foutiennent ; ils es
devoient estre les vangeurs zils en
font les Complices. Vous feul , é
Grand Roy , vous feul touché des
outrages faits à la dignité Royale,
entreprenez de punir ce fameux Cou-
•pable de reftablir cet illuftre Monarque.
Vos bentez l'ont déja confolé
defes malheurs 3 was magnificences
luy ont prefque fait oublier
•qu'il a perdu fes Etats ; vous lay
avez fait trouver Londres dans Saint
Germain ; vos armes le mettent même
en estat de tout efperer , il acheve
de fe rendre Maistre d'un de fes
Royaumes , & peut eftre le verronsnous
bientoft rentrer dans les deux
autres. Tandis que Voftre Majefté
protege fi genereufement ce Prince ,
"Elle n'acquiert pas moins de gloire
G
GALANT 329
an foûtenant les efforts de prefque
Boute l'Europe biguée contre Elle. En
4quels termes pourrions-nous exprimer
be qui s'est fait depuis un an fur le
bord du Rbin ? Les Conqueftes & la
gloire de Voftre Majeftes fa bonté
mefme &fes verius inquictoient des
puis long- temps la plus - part des
Princes Allemans ; leur jalousie en
a fait quelques uns ingrats , d'au
wes injuftes. Ils fe font liguez &
avec desforces capables de tout en
treprendre , ils ont pendant une lon
gue Campagne repris deux de leurs
Places, & en ont laiſſeperdre trente.
Plus affoiblis par ces deuse Siegesy
qu'il ne l'euffent efté par la perte de
deux batailles , ils trainent dans
leursEtats les debris de leurs Armées,
& ils vont achever de defoler leur
pays , cesfiers ennemis qui s'efloient
Février 1690. EC
330 MERCURE
promis de defoler la France. Qui
peut-on appeller un miracle fi cela
n'en estpas un ? Na
Nous avons veu de plus prés les
mouvemens des Pays-Bas , & nous
n'avons pas moins admiré la prudence
avec laquelle vostre Majeftey
a confervé fes anciennes Conquefies,
que la valeur avec laquelle Elle Les
avoit faites. Quel prodigieux nombre
d'Ennemis sy font affemblez !
Nousn'avons pourtant point apprebende
qu'ils troublaffent le repos
dont Voftre Majesté nous fait jouir.
nous les avons veus fans les craindre.
Il est vray qu'ils ont reuſſi dans
le deffein qu'ils avoient d'éviter un
combat qu'ils faifoientſemblant de
chercher ; mais n'est-ce point efere
vaincus que de fuir det perils glodicas
fans lefquels on ne fçauroit
40gbi usizyb] .
GALANT. 331
-
vaincre ? Nous ferions indignes des
Soins que Voftre Majesté prend d'af
Surer ainfi noftre repos , fi nous ne
faifions quelque effort pour contribuer
à fa gloire , & le Don gratuit & le
que nous lay offrons, en eft un . Nous
efperons , SIRE , que Voſtre Majesté
voudra bien apprendre par le cabier
que nous prenons la liberté de luy
prefenter , quel est l'état où lafteri
Lité de cette année nous a reduits .
La bonté mefme que vous avez euë
de ne point exiger de nous l'aug
mentation que les conjonctures prefentes
ont fait mettre dans d'autres
Lieux , nous perfuadee que vous ne
Favez pas ignoré , mais nous ou
blions nos befoins pour témoigner
noftre reconnoiffance, & comme Voftre
Majefté demande avec moderation
nous luy donnons avec plaifit. Nous
dane
Ee
11
732 MERCURE
La fupplions , SIRE , deftre perfua
dée de noftre zele pour fon fer fervice,
& de croire qu'Elle n'a point de
Sujets plus fidelles & plus foumis
que Les Etats & les Peuples de fa
Province d'Artois.
Cette Harangue plut extremement
au Roy , qui temoigna à M.
l'Abbé de Clairmarais l'eftime qu'il
faifois de fa perfonne , & enfuite
toute la Cour rendit juftice à fon
merite.
Le Roy partit hier 27. de ce
mois, pour fe rendre à Compiegne,
où Sa Majefté doit faire la reveüc
d'une partie de la Cavalerie de fa
Maifon.
Je vous ay dit que le Parlement
d'Angleterre a effe caffé , & je viens
apprendre que froft que cela fur
Air Milord Alifax Garde du
GALANT, 333
Secall Privé, rendit la Commifhon
au Prince d'Orange , alleguant que
ce Prince avoit mis dans la Procla
mation , qu'il caffoit le Parlement
pour les raifons qu'il
avoit
commuaiquées
à fon Confeil Privé, & que
comme il ne les avoit pas ſecues , il
rendoit le Sceau , ppaarrccee quefuivant
certe Proclamation . le Parlement
huy pourroit faire un jour ſon pro
cés , en luy imputant d'avoir confenty
à fa caffation , & mefme de
L'avoir confeillée. Je fuis , &c.
A Paris , ce 28. Février 1690.
P
TABLE
Reluded
Le Enxe détruit.
Article concernant les droits de
Greffiers & les Audiances de
TABLE.
Grand Chambre.
20%
Fournal de tout ce quis eft paffe en
Flandre pendant la derniere Camspagne.
Divertiffement du Carnaval.
Stances.
33
78
.85.
89
112
Portraits des Generaux de l'Armée
:~de l'Empereur.
De l'Eternité
Charges des Navires arrivez depuis
~~ peu à la Rochelle.
Idilen
Edit. ?
" i
1 128
129
161
Evêché de Chartres donné à M.
l'Abbé Godet de Sande. 127
Ceremonie faite à S. Germain en
Laye.
Arreft du Parlement .
178
783
Machines d'une invention nouvel
•
Morts.Chanibal, all do anim 【
TABLE.
Hiftoire.
Autre article de Morts.
216
232
M. Mignard eft nommé par le Roy
pour remplir toutes les Charges &
Dignitez defeu M. le Brun . 276
Le Fils de M. de Turmeny eft rece
Confeiller.
277
Service fait pour feu M. l'Evefque
de Chartres de weption
Article des Enigmes.
280
287
Prifes faites furles Ennemis, [ 292
Témerité d'nn Capitaine d'un Tacla
Anglois. Tob 294 (
TDA
308
Affaires d'Angleterre, s 297
Generenfe fermeté de la Ville d'Amfterdam.
Défaite des Imperiaux enAlbanie 310
Promotion d'onze Cardinaux. 316
Intendans des Finances nomme par
le
Roy.
326
Harangue faite au Roy au nom des
TABLE
Députez d'Artois.
Depart de Sa Majefte.
323
332
Milord Alifax rend le Scean Privé
au Prince d'Orange. 333
Avis pour placerles Figures.
L'Air qui commence par , En
wain, cruelle Iris ,j'ayperdu l'efpe
ance , doit regarder la page 89.
L'Eſtampe des Jettons , doit re
garder la page 11
208
DE
Bayerische
Staatsbibliothek
München
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