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1690, 01
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Dicquisen
Mr Junctiil
Semper juncti
Zu94
a
BLIOT
" Los
Forsaires "
SJ
60 =
CHANTILLY

MERCURE
GALANT
DEDIE ' A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN
JANVIER 1690
A PARIS .
AU PALAIS.
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt-cing fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie ,
E MICHEL GUEROUT , Court-neuve
du Palais , au Dauphin ,
2
M. DC. LXXX X,
{ "AVEC_PRIVILEGE DU ROY.
AVIS.
Velques prieres qu'an aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'ily a
de temps en temps quelques - uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feu-
·lement ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS .
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours .
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
* A.VIS.
·les Villes éloignées , mais ' auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'ex-
·posent à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe te
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils ont leu , eux
quelques autres à qui ils le prefent '
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout, puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme & de les faire
A. iij
AVIS.
porter à la poste ou aux Meſſagers .
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront,
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
k
MEREVRE
GALANT
JANVIER 1690.
N
OUS entrons dans
une Année , où il
femble que l'on fe
prépare à voir les plus grands
évenemens qui ayent jamais
fait ouvrir les yeux à toute
l'Europe . Ce n'eſt point à
A in
8 MERCURE
moy à raiſonner fur ce qui
fait aujourd'huy l'entretien
des Politiques , mais je croy
du moins qu'il me peut eftre
permis de vous faire
part de
ce que le premier Roy Chre .
ftien des François a auguré
en faveur du plus augufte &
du plus puiffant de fes Succeffeurs.
M Magnin , Confeil .
ler Honoraire au Prefidial
de Mafcon, & l'un des Academiciens
de l'Academie
Royale d'Arles , eft l'Auteur
du petit Poëme que vous
allez lire . Son , zele ne doit
point vous étonner . Vous
GALANT.
fçavez qu'il n'a point trouve
d'occafions de donner au Roy
les Eloges qu'il merite , fans
faire voir qu'il n'y eut jamais
Sujet plus touché que luy de
la gloire de fon Souverain.
5222552 52SSSS&252
CLOVIS
A LOUIS
LE GRAND.
H
Eros , formé du fang le plus
pur de mes veines ,
Four fervir de modelle aux gran
deurs Souveraines.
10 MERCURE
Monarque dont la gloire , en char
mant l'Univers ,
Attire les regards de cent Peuples
divers ;
Tes travaux , tes vertus , & tes Exploits
de guerre ,
Ne t'ont pas feulement diftinguéfur
la terre
Au bruit que fait ton Nom tes illuftres
Ayeux ,
Du celefte féjour , jettent fur toy
les yeux..
Tu ne l'ignores pas ; ma grandeur
triomphante
Eut comme le fignal de ta grandeur
prefente.
Aprés avoir fondé l'Empire des
François , ( en Rois ,
Veufes deftins divers rouler de Rois
Ses Guerriers , la terreur & la gloire
du monde ,
GALANT: I
Du bruit de leurs Exploits remplir
la Terre & l'onde ,
Craint par mille revers , frequens
chez les mortels,
La chente de ton Trône , & celle des
Autels
,
Quand les armes en main la cruelle
Herefie
Signaloitpar lefangfa noirefrenesie;
Puis-je voir tes Etats heureux &
florians ,
Braver de tes Rivaux les efforts im
14
puiſſans,
Tes Sujets , par tes foins & par
vigilance ,
Toujours feurs de la paix , contens
de l'abondance ;
Ce repos immortel , dont le calme
affeuré
Sur celuy de ton ame eft peint &
mesuré?
12 MERCURE
Puis-je voir ta fageffe immuable
Be
profonde
,
Balancer le deftin des Puiſſances du
monde >
Répondre en un inftant à millefoins
divers ,
En reglant tes Etats , regler tout
l'Univers,
"
Entrer dans le fecret de toutes les
intrigues ,
Prevenir les deffeins des plus puiffantes
ligues ,
Puis-je te voir enfin ſi grand , ſi
genereux ,
A force de Vertus , eftre toujours
heureux ,
Sans parler des tranſports de ma
jufte allegreffe
Avecque les Mortels que ta gloire
intereffe ? [ fondateur,
Du Trône où tu te fieds Augufte
GALANT. 13
Je partage avec toy la dignité , l'honneur.
miracles ,
Je vois avec plaifir par combien de
Ton beau regne répond à tant d'heureux
oracles ;
Mais je ne trouve pas , lors qu'on
te nomme Grand ,
Que l'on comprenne affez d'où ce
furnom dépend.
Foibles adorateurs des Puiffance's
humaines
Vous ne leur donnerez que des
loüanges vaines ,
Si vos Heros ,jaloux des titres immortels
,
Ne les ont établisfur la foy des Atels
,
S'ils ne rapportent pas au Dieu qui
les
couronne
Les pompeufes grandeurs que le
monde leur donne.
1
14 MERCURE
Non , tous ces faux brillans ne lear
fervent de rien ,
Le veritable Grand doit cftre tres-
Chreftien ;
Il vaut plus ce beau nom , que mille
Exploits de Guerre
Quand on me le donna , j'estois
le feul en terre,
De tant de Potentats dont on vantoit
la foy,
Il n'en eftoit aucun de fidelle que
moy.
Du perfide Arius la coupable doctrine
Oftant à l'homme- Dieu fon effence
divine ,
Son erreur triomphante , avoit en
mesme temps ,
De la Religion fappé les fondemens ,
Quand brulant d'un faint Zele en
ce defordre extrême »
GALANT.
IS
Clotilde minfpira le defir du Bap
tefme.
Si le monde aujourd'huy n'a plus de
ces erreurs ,
La vaine ambition a tant de Sectan
teurs,
Qu'à force d'animer l'injuſte jaloufie
,
La Politique afait ce que fit l'Herefie.
Quand tout eft foulevé , tout armé
contre toy ;
On voit que dans fon centre on at
taque la Foy.
Quife met en eftat , hors toy , de
la défendre ?
A quel enchantement fe laiſſe-t-on
-Surprendre ,
Enfaisant une ligue avec des Ennemis,
[Soumis,
Moins que les Ottomans , à l'Eglife
16 MERCURE
Voulant faire éclipfer le Soleil de la
France
Pour redonner l'éclat au Croiſſant de
Bifance ?
Ligue où Rome concourt à faire
-détrôner
Un Roy Saint , qu'elle doit , &
plaindre , & couronner ,
Et de l'Ufurpateur fecondant l'entreprife
,
Etonne l'Univers , & fait gemir
l'Eglife.
Quand on vous inftruira de cette
verité
Vous ne la croirez pas ,fage Pofterité.
Non, non, le champ eft pur , l'errear
en eft bannie >
La main de l'Ennemi fema la Zizanie
i <
Le Pontife Zelé, bon & vieux à la
fois,
GALANT.
17
Méconnut du ferpent , & la ruſe &
la voix ,
<Direz- vous ; mais LOVIS , par La
Sageffe extrême ,
Afceu vous prévenir , il parle tout
de mesme,
Il voit & plaint l'erreur , & fans
eftre en courroux
•Il fe met en défenſe , &feul &
contre tous.
C'est là de tagrandeur le chef-d'oeuvre
admirable >
LOVIS , les autres Grands ne font
rien de femblable ,
Aujourd'huy mefme encore à leur
ambition
(gion.
Ils font ceder les droits de la Reli-
Ce Simbole de Paix , ce nom de
Catholique ,
Aux dépens de l'Eglife arme la
Politique,
Janvier 1690 .
B
18 MERCURE
Mais plus ils font d'efforts , plus on
voit ta grandeur,
Ton calme les agite , il les met en
fureur.
Qu'ils viennent tous en foule atta
quer tafrontiere
Elle ne fut jamais plus forte , plus
entiere.
( effraie ?
Croyent-ils avoir à faire à des Turcs
S'ils t'ont caufe des frais , ils les ont
bien payez...
Foibles & querelleux , què peuventils
pretendre ?
Ce que tu leur as pris , ils font à le
reprendre ,
Et lors que tu voudras les en laiſſer
jouir,
Y pourront-ils trouver de quoy fe
réjouir ?
Ces peuples malheureux , ruinezfans.
refource
GALANT. 19
Scauront que de leurs maux ils font
·Puniquefource soli
Et de leur vain orgueil detestant la
fureur,
Ils ne les verront point fans haine ,
Sans horreur ;
On lafçaura par tout , cette tragique
Hiftoire ,
Qui les couvre de honte , & te
comble de gloire.
Qu'ent-ils fait , dira- t- on , finon de
rehauffer
La grandeur du Heros , qu'ils penfoient
abaiffer ?
L'Espagne , l'Angleterre
corps Germanique ,
; & le
Tout le Nord, la Hollande , heureuse
Republique ,
que la France euft deu
Qui croiroit
-ne perirpas ,
Avectant d'ennemis , à la fois fur
(les bras&
Bij
20 MERCURE
Mais loin de l'affaiblir , fa force èft
redoublées vir ruot so 420
Une fi grande attaque à peine l'a
troublée ว
En vain de toutes parts le Tonnerre
a
grondéry
LOVIS la défendoit
prehendé ?
qu'a-t- elle ap-
Tandis qu'on nous chaffoit de nos
Bourgs , de nos Villes
Son Peuple avoit des jours & des
nuits fi tranquilles.
Qu'il entendoit le bruit des guerres,
・des combats ,
Comme un évenement qui ne lè touchoit
pas.
Mais , ajoûteront-ils , le moyen que
la France
N'euft pas defonbonheur une entière
afſurance ?
Le Ray , qui prenoit fein d'établir
Son repos
GALANT. 21
Eftoit né pour donner des leçons aux
Heros.
Sa fagelle reglant ſa grandeur` đe
courage ,
Il en faifoit toûjours un équitable
usage.
Seur de vaincre à la guerre ,
manquoitjamais ,
il
ne
Et de prendre , & d'offrir le parti de
la Paix.
Des yeux de fajustice envisageant
Ja gloire ,
> Ses deffeins l'ont conduit de victoire
en victoire.
Pacifique, ou guerrier , également
vainqueur,
Eier à fes Ennemis , & maifre de
fon coeur,
S'il ne les domtoit pas par la force
des
armes
Il fe domtoit luy-mefme & calmoit
leurs alarmes.
22 MERCURE
Preſſez par l'Ottoman, les vit- il aux
abois ,
De nulle ambition il n'écouta la
voix ;
Sa moderation,inconnue à l'Histoire,
Propre à donner exemple auxjaloux
de fa gloire ,
Servit tout au contraire à leur pèrfuader
Que leurs efforts unis alloient l'intimider.
Mais diront-ils encor , le Ciel comme
en colere ,
Regarda le projet qu'ils avoient osé
faire.
LOVIS prit un parti fi faint , fi
genereux ,
Qu'il en devoit attendre un fuccés
..tres-heureux.
Ponvoit-il-voir un Roy , par l'ardeur
de fon zele
GALANT. 23
Rétabli. dans l'Eglife , & détrôné
pour elle
Un Monarque , à l'horreur de tous
les Potentats,
ParJes propres enfans chaßé de fes
Eftats ,
Le Tiran , protecteur de l'impie Heretique
,
Aidé dans fes deffeins , d'un parti
Catholique ,
Sans offrir un afile au Prince infor
tuné
( déchaisné ,
Qui voyoit contre luy tout l'Enfer
Sans faire en fa faveur agir dans
ces alarmes.
Le fecours des confeils , la puissance
des Armes .....
Et partageant fa peine en ce trifte.
revers ,
Paroiftre encorplus grandaux yeux
de l'Univers
24 MERCURE
Maisfans aller chercher cès loüanges
futures
On t'en donne aujourd'huy defi ju
ftes,fi pures
Qu'à tes Ennemis mefme on le fait
avoüer, ( loüer.
On ne sçauroit
affez dignement
te
Tes foins fi glorieux
, ta fageffe
profonde
,
Sont dans l'artde regner la merveille
du monde.
Ces Heros fi fameux dans les fiecles
passez
Par tes moindres travaux tu les as
effacez.
Ceux mefme dont ta gloire a fait la
jalousie ,
Rour modelle à la leur ne l'ont- ils
pas choisie ?
Mais en cela leur art a bean s'étydiers
C'eft
GALANT.
25
C'estun original qu'on ne peut copier.
On verra ce Loüis , comme un chefd'oeuvre
unique s
Il ne la doit qu'à luy fa grandeur
beroïque ,
Et pour comble de gloire & defelicité,
Il eft inimitable , & n'a rien imité.
Mais cette vive foy qui t'attache à
l'Eglife
Lors que tout s'en fepare , ou que
tout la divife ,
Fait de cette Grandeur qu'on admire
aujourd'huy
Le fondement facré, l'inviolable appuy.
On nele fçait que trop cette Mere
immortelle ,
Hors toy qui la foutiens , n'a plus
d'Enfant fidelle.
La voilà par l'effet, d'un retour ob
ftiné ,
Janvier 1690 .
26 MERCURE
En l'eftat qu'elle eftoit quand je fus
couronné ,
Les graces que ma foy me donna lieu
d'attendre , ( dre ,
Sur ta pofterité le Ciel les va répan-
Tes dignes Succeffeurs
fur ton Trône
affermis ,
Braveront comme toy leurs plusfiers
Ennemis ;
Le Dieu de ces Autels dont tu prens
la défenſe ,
Fera de leur Empire adorer la puiffance.
Dans tes Eftats heureux , tes fortu™
nez Sujets
Verront toujours regner l'abondance
& la Paix
A l'ombre des lauriers qui couronnent
ta tefte ,
Jamais ils ne craindront ny foudre ,
ny tempefte.
GALANT 27
Les rayons du Soleil qui brilleront fur
eux
Sembleront ne briller que pour les
rendre heureux ;
·Des jours doux &feteins , fuivis
de nuits tranquilles ,
-Neleur annonceront que des travaux
faciles.
Quand le bruit de la Guerre aura
tout alarmé ,
Apeine fauront-ils pourquoy l'on
eft armé.
Attendantfans effroy le fuccés des
querelles
Ils n'en feront inftruits qu'en lifant
les nouvelles
Si charmez , fi contens de leur prof
perité, (pofterité
Ils voyent comme elle paffe à la
-Ils la voyent bien avant dans les
races futures
Ċ ij
28 MERCURE
Former un long tiſſu d'heureuſes
avantures ;
Ton Dauphin , les Enfans de ce Fils
genereux ,
En previennent déja les defirs , &
les voeux.
Voy dans ces Rejettons que lè Seigneur
te donne,
Ses regards de faveurs briller fur ta
Couronne ,
Fufqu'à la fin des temps dans leurs
faits inouis ,
Mille Peuples charmez verront toujours
LOVIS.
Formez par ta fageffe , & couverts
de ta gloire, [ Hiftoire,
Ce feront leurs vertus quiferont ton
Les Peuples éclairez par de nouveaux
Soleils ,
Dans une courfe égale , & des regards
pareils,
GALANT. 29
Les envisageront comme tes Parelies
Et leurs felicitez par là feront remplies.
Que l'Aigle Imperiale avec desyeux
jaloux ,
En fuyant ta lumiere imite les Hiboux
,
Un jour , des partisans defa haine
cruelle
Ilfe fera peut- eftre une ligue contre
elle.
Rome à tes interefts fi contraire aujourd'huy
,
Connoiftra que la France eft fon plus
feur appay.
Elle fe fouviendra par qui la tirannie
Du Barbare Lombard fut autrefois
punie
>
Et de ces Proteftans dont elle enfle
le coeur,
C iij
30 MERCURE
Elle détestera l'orgueil & la fureur
Lors voyant ta grandeur , fans en
eftre offensée
La foy du Fils Aifné fera récom
pensée.
Enfin , l'on avouera ce quèma voixt'apprend
,
Qu'un Prince Tres- Chreftien , eft un
Prince tres-grand.
Le 7. du mois paffé , le
Pape fit l'ouverture du Jubilé
en l'Eglife de Sainte Marie
Majeure. La Cavalcade fut
fort folemnelle . Tous les
Corps Reguliers & Seculiers.
avec les Bafiliques y affifterent
en Proceffion . Le rendez
- vous eftoit à l'Eglife des
GALANT. 31
les
Chartreux , & de là la marche
fe fit par la Vigne Montale .
Sa Sainteté eftoit portée en
Litiere avec les marques
plus éclatantes de la majefté
des Souverains Pontifes.Toure
fa Maifon eftoit montéc
fur des mules . Un Prelat portoit
la Croix à cheval , fuivi
d'un Caroffe vuide à fix chevaux
blancs . Il y avoit auffi
deux Litieres vuides , & l'on
menoit à la main deux Mules
ou Haquenées richement
harnachées. Enfuite marchoient
les Chevaux- legers ,
& les Cuiraffiers le Sabre nud
C iiij
32 MERCURE
*
a la main , & des Trompettes
& Timbales. Le Pape fut receu
par le Sacré College à la
grande porte de Sainte Marie
Majeure . Il donna enfuite la
Benediction au Peuple , &
permit à tous les Religieux
de luy baifer les pieds.
Comme il me paroift que
les Maximes font affez en
vogue , je croy que vous ne
ferez pas fachée de voir celles
- cy , dont le hazard m'a
fait tomber une copie entre
les mains . Elles font de Mde
Gentilhomme
Templery
d'Aix en Provence . C'eſt un
GALANT.
33
nom qui ne vous fçauroit
eftre inconnu, puis queje vous
ay déja envoyé divers Ouvrages
tant en Vers qu'en
Profe , que vous avez tou
jours leus avec plaifir. 28 .
S52525552:222 52225
A M LA MARQUISE
D'OPPEDE .
A LA VERDIERE.
MADAME
,
Comme la principale de mes
Maximes a toujours eté de
34 MERCURE
chercher de quoy vous divertir
je vous envoye celles que mon
loifir m'a permis de faire pendant
mon dernier fejour à la
morales
que
сатра-
gne, en attendant que je les accompagne
d'autres qui foient
Chreftiennes . Je fçay
le plus grand defaut des
Maximes , eft quand elles font
contraires à la verité ; mais pour
celles - cy , qui roulent presque
toutes für l'amour , je puis vous
affurer qu'elles font veritables ;
car j'y ay travaillé d'aprés nature
, il y en a peu dont je
n'aye fait ,pour mes pechez, une
malheureuse experience . Aprés
GALANT. 35
tout , Madame , quand mefme
je me ferois trompe , & qu'il y
en auroit quelqu'une qui feroits
fauffe vous devez l'excufer
par cette autre , que tout homme
eft menteur. Cependant je vous
répons que je ne le feray jamais
envers vous dans les protefta
tions de mes fervices , & que
toutes les fois que je vous en
feray quelqu'une , vous pourrez
croire affurément que je fuis ,
Voftre tres- humble & tresobeiffant
Serviteur ,
TEMPLERY ..
D'Aix ce 21. Novembre 1689.
· 36
MERCURE
MAXIMES GALANTES.
L
I.
'Amour naiffant eft un
Roy mineur, & alors la
raifon eft une Reine Regente.
Tant que ce Roy eft jeune ,
cette Reine commande, mais
lors qu'il eft grand , elle devient
fa fujete & luy obeït .
I I.
En amitié on ne commence
jamais d'aimer qu'on n'y
penſe bien , mais en amour
on commence toujours fans
y penfer. Tous les commenGALANT.
37
cemens de l'amour font femblables
: les fuites font dif
ferentes.
III.
Le premier plaifir de voir
un bel objet n'eft pas encore
amour ce n'eft qu'une approche
vers cette paffion , &
un éloignement de l'indolence.
IV.
Une des marques qu'on
eft amoureux , c'eſt quand on
commence à faire des Vers .
On dit que la nature feule
fait les Poëtes, mais je vois
que l'amour s'en méle auffi .
38 MERCURE
Une Fille peut agir librement
avec un Amy ,mais dés
que cet Amy devient Amant ,
Elle doit prendre une conduite
plus retenuë. Ce qui
n'eft que familiarité pour
l'Amy , devient faveur pour
l'Amant .
VI.
La Badinerie fpirituelle eft
fouvent le plus court chemin
du coeur : ceux qui paroiffent
les plus foux , font d'ordinaire
les plus fages . Après
tout , fi l'on n'a de quoy
plaire , qu'on ait au moins
*
GALANT.
~ 39
S
I
de quoy divertir.
VII.
Autrefois on faifoit l'amour
dans les formes. Les
foins & les yeux parloient
longtemps avant que la bouche
s'expliquaft. On portoit
le Roman jufqu'au dixiéme
tome. Aujourd'huy l'on ne
fait que des hiftorietes qui
font conclues au premier
chapitre.
VIII.
Les hommes ne fe font
point trop preffer pour avouer
leur engagement. Ily
en a mefme qui crient , &
40 MERCURE
fe plaignent de leurs bleſſures
avant que l'amour ait tendu
fon arc ; mais les Femmes
font toujours fur la negative .
Elles fe fauvent du changement
de leur humeur fur des
vapeurs , ou fur des démêlez
domeftiques. Enfin le meſme
feu qui les brûle , les fait
rougir
.
IX .
Qu'une Femme eft à plaindre
quand elle a tout enſemble
de l'amour & de la vertu !
X.
Il y a de faux Amans auffibien
que de faux devots . L'aGALANT.
41
I
4
·
mour a fes hipocrites , com
me la devotion , & il y a plus
de faufle monnoye en fou
pirs & en grimaces , qu'il n'y
en a en or & en argent : mais
quand on feint de jouer le
perfonnage d'Amant , il eſt
bien difficile de foûtenir
longtemps fon rôle fans fe
démentir. Les rufes réuffiffent
fouvent en la guerre , mais
en l'amour , jamais.
XI.
Ce qu'on appelle conſtance
, n'eft quelquefois qu'une
pareffe de changer.
Fanvier
1690.
D
42 MERCURE
6
XII.
8
Pour ne fe pas trop aimer,
il faut fe trop voir. Il n'eft
point d'amour à l'épreuve
d'une trop grande frequentation
, & bien que les rofes
foient les plus aimables fleurs,
qui ne verroit autre chofe ,
ne les trouveroit plus belles.
XIII.
Les longues chaifnes s'u
fent , & font quelquefois les
plusaifées à rompre. Lors que
depuis un fort longtemps on
dit à une perfonne , je vous
aime , on fe dit à foy mefme,
je ne l'aime plus.
GALANT: 43
XIV.
a .
C'est une politique en amour
de fe broüiller quelquefois.
Une amour paifible,
eft d'un gouft fade. Le trouble
en eft l'affaifonnement ,,
Cette forte d'interregne fait
goûter plus de douceur dans
les raccommodemens.
XV.
Les retours de l'amitié font
difficiles . Ceux de l'amour
font aifez.
XVI
Quelquefois il ne dépend,
nonplus de nous d'aimer , ou
de n'aimer pas que d'eftre
Dij
44 MERCURE
Noble , ou d'eftre Roturier.
XVII.
Les Rivaux aimables fonE
Ceux qu'un Amant aime le
moins . Il ne les hait que parce
qu'ils ne meritent pas d'eftre
hais , mais bien qu'il leur
refufe fon amitié , il n'eft pas
en fon pouvoir de leur refufer
fon eftime quand elle eſt
fondée fur le merite.
X VIII.
Suivant l'ordre naturel les
premiers vont devant , mais
en fait d'amour les premiers
vont fouvent aprés les autres .
Nous voyons tous les jours
GALANT.
45
qu'un Doyen eft la duppe
d'un nouveau venu .
XIX .
Les Amans voyent les trahi
fons de leurs Rivaux avant
mefine qu'elles foient executées
, mais ils ne voyent les
defauts de leurs Maiftreffes
qu'aprés que leur enchantement
eft finy.
"
XX .
Amour est un mal conta
gieux. En voulant enflâmer
un coeur on s'enflâme foymefme.
Il n'y a que le Soleil
qui brûle fans fe brûler .
46 MERCURE
XXI
L'amour va d'ordinaire par
accés, comme la fiévre . Tantoft
on eſt tout en feu , &
tantoft on est tout de glace.
Il y a des jours où l'on fe
croit gueri ; & d'autres où
l'on fe croit mort.
dire
XXII
C'est une fauffe maxime de
que ceux qui n'ont qu'une
Maiftreffe font comme les
Borgnes , qui n'ayant qu'un
ail courent rifque de perdre
leur bien par le moindre accident.
Il faut ou n'aimer en
nul endroit, on n'aimer qu'en
GALANT: 47
un feul. Quand on aime plufieurs
perfonnes à la fois..on
n'en aime pas une. Un vray
Amant n'a des yeux que pour
fa Maiftreffe , ou s'il regarde
d'autres Belles , c'eft de la maniere
qu'on regarde les belles
Statues on les admire , mais
on ne les aime past
XXIII.
Le commencement de l'amour
dépend plus de nous
que la fin . Les prifons de
l'Empire amoureux ont plufieurs
portes pour y entrer ,
mais quelquefois on n'en
trouve point pour en fortir.
48 MERCURE
XXIVD
Amour eſt un commercè
qui ne peut eftre fans corref
pondant , ou pour mieux
dire , c'eft un de ces Métiers
qu'on ne peut faire ſeul , il
faut eftre deux. Une perfonne
s'ennuye d'aimer toute
feule fi on ne luy tient
Compagnie , elle ſe retire .
XXV ..
L'efprit en un galant eft
prefque toujours fufpect il
fait fouvent des Comediens,
mais de finceres Amans, fort
peu.
XXVE
GALANT.
49
XXVI.
L'amour aiguife l'efprit :
il donne des lumieres aux
gens qui en ont le moins. Il
en eft comme d'un Fuzil, qui
fait étinceler un rocher froid
de fa nature.
XXVII.
Pour s'empefcher d'ai
mer jamais rien , il faut une
force d'efprit au deffus de
l'homme , ou une foibleffe
au deffous de la Bête . L'amour
est un des principaux
ingrediens qui entrent en la
compofition d'un honnête
homme , & il n'en eft aucun
Fanvier 1690 .
E
So MERCURE
3.
qui ne fe fift une honte de në
pas porter une chaîne , pour
le moins, une fois en fa vie .
XXVIII.
Il y a certaines galanteries
qui aquierent de l'honneur
aux hommes , auffi bien que
les armes ; & il y a des Belles
d'une fi grande reputation ,
& d'un fi haut merite, qu'il
eft plus glorieux d'en recevoir
de l'amour , que d'en
donner aux autres .
XXIX.
Quand une Fille eft trop
coquette , un dégoût pour la
Maîtreffe rompt le deffein
GALANT.
SI
d'en faire fa Femme.
XXX.
Le plaifir d'eftre aimé n'a
de douceur qu'autant qu'il a
couté de peine. L'or ne feroit
pas fi eftimé , s'il ne faloit
par de longs travaux creufer
des mines pour le trouver.
XXXI.
Les faveurs trop multipliées
perdent leur goût . Il
eft d'elles comme de la manne,
qui devint infipide dés
qu'elle tomba trop abondamment.
XXXII.
L'amitié
s'augmente à cha
ی ق ی س
E ij
12 MERCURE
que fervice d'un amy, quand
méme il a déja rendu les plus
grands ; mais l'amour au contraire
diminue à chaque fa
yeur d'une maîtreffe quand
elle a accordé les plus gran-
des. Toutes les démarches
d'un Amant heureux font
autant de pas vers l'indifference.
Tel a eu affez de refolution
pour fuporter fa
difgrace , qui n'a pas affez de
force pour foûtenir fon bonheur.
XXXIII.
Il y a peu d'engagemens
qui puiffent tenir contre un
GALANT.
53
longdedain . En la fiévre d'a
mour un cruel mépris eft le
Quinquina , & tire d'affaire
un pauvre coeur.
XXXIV.
Quand on ne peut par fes
foins fe faire aimer d'une ingrate,
il eft permis de s'en faire
haïr. Quelque amitié qu'ait
un Pilote pour une plage
agreable , il ne l'aime plus
s'il y échoue . Enfin deferter
eft un crime à un Soldat
quand on l'auroit maltraité ,
mais deferter n'eſt pas un
crime à un Amant quand on
en uſe de meſme , & comme
E iij
54 MERCURE
toutes les refiftances ne font
pas honneftes , toutes les fuites
ne font pas honteufes ..
XXXV.
Comme les Femmes ne
veulent jamais diminuer leur
triomphe , elles font chagri .
nes de perdre un Amant ,
quand mefme elles ne l'aiment
point , car c'eſt tou
jours un Efclave & un trophée
de moins à leur Char .
XXXVI.
Le repos d'un Amant ne
s'accommode guere du repos.
d'une Maiftreffe . Elle eſt
tranquille , il en eſt au defefGALANT.
55
poir : elle eft agitée , il en eft
ravy.
XXXVII.
La prudence & l'amour
ne font pas faits l'un pour
l'autre. Tandis que l'amour
croift , la prudence diminuë.
XXXVIII
Vouloir eftre amoureux
avec mefure , c'eft vouloir
cftre fou avec raifon .
XXXIX. b fa
On fe laffe bien - toft de
plaindre un Amant qui fe
plaint toujours. Si vous écoutez
fes folies , il fera voftre
E iiij
56 MERCURE
importun ; fi vous ne les
contentez
pas , il fera voſtre
ennemy .
XL.
Il n'eft pas aifé à un Amant
de fe moderer quand il conte
fes peines à une Belle. La peur
de n'en dire affez pour la
perfuader , fait que fouvent
il en dit trop pour eftre cru .
XLI.
pas
Une ame bien amoureufe
eft difficile à fe contenter.
Elle trouve fon bonheur trop
petit , & fon malheur trop
grand.
GALANT. 57
XLII.
Les Amans ont des goufts
fi bizares, qu'ils fentent quelquefois
de la volupté dans la
douleur , & croyent que leurs
chaînes, bien loin de les charger,
les chatouillent.
XLIII.
La
contrainte de ne pas
declarer fon tourment , en eft
un autre . Il eft de l'amour
comme de la poudre , qui
plus elle eft ferrée , plus elle
fait d'effet.
XLIV .
Les yeux ont cet
avantage
fur la
bouche, qu'ils
peuvent
58 MERCURE
parler malgré mefme la défenfe
d'une Cruelle.
XLV.
Le Mariage moiffonne en
un jour toutes les fleuretes
que l'amour a produites en
plufieurs années.
XLVI.
Un homme qui en fe ma
riant a facrifié fa fortune à
fon inclination , a d'ordinaire
autant d'averfion pour la
Femme , qu'il a eu d'amour
pour la Maiſtreffe : le calme
qu'il a creu trouver eſt un
orage , & il regarde comme
fon écueil le port où il a voulu
aborder.
GALANT. 59
XLVII.
Il eft quelquefois agreable
à un Mary d'avoir une Femme
jaloufe , il entend toujours
parler de la perfonne
qu'il aime.
XLVIII.
La beauté eft une fleur qui
a fa racine dans la jeuneſſe .
Une Belle doit profiter de fes
rofes avant qu'elles foient fanées
. La beauté qui n'eft plus,
eft comme la beauté qui ne
fut jamais , & il n'eſt pas des-
Femmes comme des pommes
dont les plus meures font de
meilleur gouft .
60 MERCUKE
C
XLIX.
Quand les Femmes ne font
plus aimables, pourquoy veu
lent - elles eftre toujours aimées
? Quand elles ne plaifent
plus au monde pourquoy
luy veulent- elles plaire ? Lors
qu'on a joué fon tôle ; que
Comedie eft finie, & que les
lumieres font éteintes , quelle
folie de vouloir fournir encore
une Scene !
L.
la
Il y a certaines qualitez ,
comme la fcience & le courage
, qui ne font loüables
qu'aux hommes. Quand une
GALANT. 6.1
Femme fort des vertus de
fon Sexe pour paffer à celles
d'un autre , elle devient ridi
cule.
LI.
Lors qu'on eft entierement
à une Maiftreffe , on n'eft
guere à fes Amis. On perd
auprés d'eux ce que l'on ga
gne auprés d'elle.
LII.
L'amour est un petit trompeur
. Il prend fouvent le
mafque de l'amitié , & fe
déguifant fous le nom de
complaifance , ou d'eftime ,
il entre incognito dans un
coeur.
62 MERCURE
LII.
L'amitié & l'amour font fi
proches l'un de l'autre , qu'il
n'y a entre deux qu'une feuille
de papier , encore eft - ce du
papier qui boît. mit
LIV.
L'amitié eft difcrette , &
s'introduit avec retenue ; &
du confentement des parties ;
mais l'amour a des manieres
bien effrontées. Il ne fe contente
pas d'entrer dans un
coeur contre la volonté d'une
perfonne , il a encore l'im .
pudence d'y demeurer malgré
elle , & de brûler la maifon
où il habite.
1
GALANT. 63
LV.
Ceux qui n'aiment pas
n'ont jamais de grandes joyes;
ceux qui aiment , ont fou
vent de grandes triſteſſes.
LVI.
Une jeune Fille a autant
de plaifir d'entendre un premier
je vous aime , qu'une
pauvre Veuve un fecond oüy.
LVII.
La perfeverance eft un
grand art pour gagner le
coeur d'une Belle . Combien
voyons -nous d'esclaves en
amour , qui deviennent conquerans
? Souvent un Berger
64 MERCURE
danfe au fon de fa mufette
aprés y avoir longtemps foûpiré
; & telle Femme rit au
commencement pour ſe moquer
d'un homme , qui à la
fin rit pour luy plaire.
LVII.
Un vray Amant doit croire
n'avoir encore rien fait , tant :
qu'il luy refte quelque chofe
à faire.
LIX.
Qui demande plus , merire
moins. La grande retenuë eft
le caractere d'un parfait
Amant. On en voit plufieurs
copies , mais des originaux
fort peu
.
GALANT. 65
LX.
Les hommes ne font jamais
entreprenans auprés des Dames
tandis qu'elles font ferieufes
, mais fouvent elles
ne font point trop fachées
qu'on forte un peu de fon
devoir , & elles aiment mieux
qu'on leur manque de ref
pect , que fi l'on en avoit
trop.
LXI.
L'intrigue en amour eft de
toutes les chofes celle qui
demande le plus de conduite,
& qui d'ordinaire en a le
moins.
Fanvier 1690.
F
66 MERCURE
LXII.
Une Femme enjoüée aime
avec plus de facilité , mais
une mélancolique aime avec
plus d'ardeur.
LXIII.
La plupart des Dames
font fi enteſtées de paffer
pour belles , qu'elles fouffriront
plûtoft une raillerie
fur leur conduite , que fur
leur beauté .
ONE XIV.
Un viſage fardé rend une
Femme mépriſable , mais une
ame fardée la rend odieufe.
GALANT. 67
LX V .. !
La beauté eft fouvent un
ennemy qui ne paroît illuftre
que pour caufer des ruines
éclatantes. C'est un Aftre
dont les influences ne font pas
toûjours favorables , & dont
la clarté n'éclaire quelquefois
que pour conduire plus feurement
en de mauvais pas .
Et d'ailleurs fi c'eft un bien ,
il est moins pour la perfonne
qui le poffede , que pour
celle qui le regarde.
LXVI.
La beauté fans efpritek
un appas fans ameçon . Elle
Fij
68 MERCURE
attire les coeurs mais elle në
les arreſte point.
LXVII.
de la
Il y a des beautez fi engageantes
; que fi l'on ne fuit
avant que de les avoir veuës,
on ne fuit pas loin . On ne
peut aller au plus , que
longueur de ſes chaînes . Tant
de force d'efprit qu'il vous
plaira tant de refolutions
que vous voudrez , tout cela.
ne fait que blanchir .
V
LXVIII.
Moins on a de peine à
aimer une aimable perfonne,
plus il en coûte à ne l'aimer
plus.
GALANT. 69
LXIX.
on
Quand on commence à
plaire, on a déja fait un grand
pas. Si l'on n'eft aimé
eft en paffe de l'eftre . Le trajet
de l'oeil au coeur eft fi
petit , que ce qui entre agreablement
en l'an , ne tarde.
guere d'entrer en l'autre. ]
LXX.
8
Quand pour fe guerir , on
ne s'éloigne que pour quel.
ques jours de ce qu'on aime ,
le remede devient un poiſon.
Une grande abfence éteint
l'amour , une petite le ral
lume .
70 MERCURE
LXXI.
L'amour eft veritablement
une maladie , mais elle n'eft
jamais mortelle . Ce n'est que
dans les Romans que
les gens
meurent d'une langueur amoureuſe
. Par tout ailleurs
on ne meurt d'amour que par
metaphore.
Je vous envoye deux Ouvrages
galans , dont l'Auteur
m'eft inconnu . Je voudrois
avoir pû découvrir fon nom ,
pour luy rendre la juftice qui
luy eft deuë.
GALANT . 71
22255522-2222SS2S2
LETTRE A UNE DAME
affligée de ce que fa Soeur
fe faifoit Religieufe.
Voy , parce que Mademoiſelle
vostre Soeur ſe
fait Religienfe , faut- il que vous
Soyez au defeſpoir ? Ne peuton
vivre contente dans le mon
de fans avoir une Soeur ? Eft- ce
un fi grand malheur de perdre
l'efperance d'avoir un Beaufrere
, & le plaifir de partager
avec luy la fucceffion paternelle ?
Il n'eſt pas permis , Madame
72 MERCURE
d'affifter à l'Autel en habit de
deuil de pleurer fur la vi
time.
Pleine de l'efpoir d'un Chreftien
Elle fuit un Dieu qui l'appelle ,
Vos pleurs ne ferviront de rien.
De quoy vous plaignez- vous , &
quel tort vous fait- elle ?
Vous aurez beaucoup plus de
bien ,
Et vous n'en ferez pas moins
belle .
[ pirs ,
Etouffez au plûtoft d'inutiles fou-
De fes dons entre vous le Ciel fait
un partage ;
Elle bannit le monde en fuyant fes
plaifirs ,
Er de ce monde en reglant vos
defirs ,
Vous en ferez un bon ufage.
{ Mademoiselle
GALANT. 73
Mademoiselle voftre Soeur
n'eft pas tant à plaindre que
vous pensez. Elle est morte à la
verité pour fa Famille , mais
c'est d'une mort volontaire àfon
égard , precieuſe devant Dieu ,
& que les hommes ont appellée
civile , peut- eftre parce qu'onne
fçauroit rien faire de plus honnefte
de plus obligeant pour
ceux qui restent.
Confentez que l'Epoux dont fon
ame eft charmée ,
Jaloux de cette bien - aimée ,
Pour la mieux poffeder l'a conduife
à l'écart ,
Et fouffrez que fa foy plus vive
que la noftre
Fanvier 1690 .
G
74
24 MERCURE
Le
Choififfe la meilleure part ,
Et qu'elle groffiffe la voftre.
› Comme une difgrace n'arrive
jamais feule , le Ciel vient de
mettre voftre patience à une
épreuve bien plus rude ; vous
venez de perdre ce que vous aimez
le mieux au monde . Le
diray-je , Madame , vous n'avez
plus de Perroquet.
Ce petit animal plein de fens &
d'efprit ,
N'entendoit rien qu'il ne comprit
,
Parla fi bien François tout le temps
de fa vie ,
Que fi tout fon merite avoit eſté
connu ,
Affurément il auroit eu
GALANT.
575
Une place à l'Academie.
Parmy ceux qui ont connoiffance
de cette avanture , la plus
commune & la plus faine Jaine opinion
veut pourtant qu'il nene foit
pas mort , mais qu'ayant trouvé
la commodité d'une feneftre ouverte
ila pris le temps de vo
fire abfence pour aller voir fes
Parens a l'Amerique .
De tous les Perroquets c'eftoit le
plus charmant, i
Mefme a mordre il avoit une grace
infinie ,
Rongeoit les meubles propreshment
,b s
21:01 Entretenoit la Compagnie ,..
Et ne crioit que rarement.
1
2
Gij
76 MERCURE
Depuis ce malheur , voftre
Maifon eft fi trifte & fi affligée
, que je n'oferois vous con
feiller de revenir.
Auffi- bien que trouverez -vous,
Madame Anne perdue , une cage
deferten
h
Des Valets defolez qui pleurent
voſtre
perte ,
Fuyez loin de ces lieux le celefte
* courroux ›
Quand pour le confoler d'un mal
qui defefpere
Il ne reste plus qu'un Epoux
Un Epoux ne confole guere.
Vous auriez le chagrin de remarquer
fur le vifage de tous
GALANTM 77
vos Amis une maligne joye de
fe voir enfin delivrez d'un Rival
fi chery. Eh , Madame
n'ont-ils pas raifon ?.
Pour luy vous avez fait mille &
hmille injuftices ,
De tant d'honneftes gens à vous
plaire empreffez ,
On ne connoist que luy dont les
heureux fervices
Ayent efté récompenfez.
AUTRE LETTRE
à la mefme Dame.
V
Ous avez une tres-jufte
idée de la foibleſſe humaine
, nous ne fommes ordinai
G iij
78 MERCURE
rement émeus que par les oba
jets qui nous touchent. Noftre
coeur ne fe prend que par nos
yeux , & comme prefque rien
ne fe conferve que par les mefmes
caufes qui l'ont fait naiftre,
nous courons rifque de perdre nos
Amis quand ils nous perdent de
venë
.
Vous avez raifon , je me rends ,
On oublie aifément , & malheur
aux abfens ;
C'est un deftin commun, rarement
non l'évite l
Mais qu'il foit fait pour nous , je
n'en fuis pas d'accord ,
Les abfens n'auront jamais
fort.
GALANT. 79
;
Il est vray que nous fommes
nez dans un fiècle fort ingrat &
fort infidelle tous les Amis s'en
plaignent , tous les Amans s'en
defefperent ; mais à l'égard des
premiers , ils font fi rares à prefent
, que ce malheur ne tombe
prefque plus fur perfonne . Pour
les derniers , rien n'eft fi aisé
que d'y remedier.
Qu'il ſe gouvernent comme au
jeu ,
Quand on leur coupe cul , qu'ils
moderent leur feu ,
Et fans examiner fi là choſe eft
permife ,
Que celuy que l'on quitte au lieu
de s'offenfer
G iiij
80 MERCURE
Ne fonge qu'à recommencer
Avec une autre une repriſe..
Vous ne sçauriez comprendre.
la vertu de ce remede fi vous ne
lavez éprouvé .
Ceux qui le connoiffent le
mieux
Ne trouvent rien de comparable,
L'ufage en eft delicieux ,
Et le luccés indubitable.
Pour des nouvelles je n'en ay
point à vous mander. Vous fçavez
les chargemens qui font
arrivez , & que de grands
hommes de la Robe ont abdiqué,.
ce qui eft tres- rare , & que Sa
Majefté a choifi des Sujets diGALANT.
.·· 81
gnes de leur fucceder , ce qui eft
tres - difficile.
Il femble que le Roy dans ce choix
d'importance
Ait daigné tous nous confulter,
Et fans ufer de fa puiffance ,
N'ait penfé qu'à nous contenter.
Peut eftre que cette Lettre
vous paroiftra courte ; je fouhaite
que ce foit là la feule
chofe que vous y trouviez à
dire ; mais j'ay de bonnes raifons
pour ne la faire pas plus
longues
Il falloit vous répondre , & d'une
telle affaire
C'est ainsi que j'ay dû ſortir,
82 MERCURE
Quand on ne sçauroit divertir
Il faut du moins n'ennuyer guere
L'Air nouveau dont vous
allez lire les paroles , cft
fort en vogue depuis quel
que temps.
AIR NOUVEAU.
S
I tu veux fans fuite & fans
brait
"Noyer tous tes chagrins , & boire à
ta Maiftreffe ,
Viens à moy ,jefçais un reduit
Inacceffible à la trifteffe .
Là , nous ferons fervis de la main
d'une Hôteffe
Plus belle que l' Aftre qui luit s
GALANT. 83
Et meflant au bon vin quelque peu
de tendreße ,
Contens du jour, nous attendrons
' Ans
ibuer
dont
3
e , &
'oicy
é au
r ce
prol'un
jeux
82 MERCURE
Quand on ne sçauroit divertir ,
Il faut du moins n'ennuyer guere
L
alle
for
qui
Να

GALANT. 83
Et mellant au bon vin quelque peu
de tendreße ,
Contens du jour , nous attendrons
la nuit.
L'Academie Royale d'An
gers continue à diftribuer
tous les ans deux Prix , dont
l'un eft pour l'Eloquence , &
l'autre pour la Poësie . Voicy
l'Ecrit qu'ils ont donné au
6 Public cette année fur ce
fujet.
L
I
"Academie d'Angers propoſe
de
deux Prix ; l'un
pour celuy qui aura le mieux
ruffi dans la compofition d'un
84 MERCURE
difcours , dont le fujet fera ; Le
difcernement du Roy dans le
choix des Perfonnes à qui Sa
Majefté confie l'Education
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne Fautre pour la
Poëfie Françoifes dont le fujet
fera La protection que le
Roy donne au Roy d'Angleterre
.
Ces deux Prix qui font deux
Médailles d'or données par
Monfieur le Comte de Serrant ,
Directeur de l'Academie d'Angers
, feront diftribuez le qua
torziéme May de l'année prefente
1690..
GALANT. 85
"
Le Difcours ne fera au plus
que de demi-heure de lecture.
Les Vers n'excederont point le
nombre de cent . On laiffe aux
Auteurs le choix de la mesure
des Vers. Le Difcours & les
Vers finiront par une Priere
pour le Roy.
оп
Les Auteurs obferveront de
metttre à leurs pieces une fentence
avec un paraphe
quelque autre marque , qui
fervira à diftinguer le Difcours
& les Vers , qui auront rem,
porté le Prix , fans y mettre
leur nom.
Toutes perfonnes feront re86
MERCURE
ceues à pretendre à ces Prix
à la referve des trente Academiciens
, qui enferont les Fuges.
Les Pieces feront mifes dans
1 d'Avril de cette année
15.
1690. entre les mains de Monfieur
Gourreau , ancien Confeiller
au Prefidial d'Angers , l'un
des deux Secretaires de l'Academie
demeurant à Angers ,
il en donnera fon receu à ceux
qui le fouhaiteront : On n'en
recevra plus paffé le temps marqué
cy - deſſus . Les Pieces feront
envoyées affranchies de port.
و
. ” - Je vous envoye une Lettre
GALANT. 87
du Berger de Flore à la Bergere
Pomone , que je fuis
affeuré qui vous plaira . Elle
eft fur une matiere que je
fçay que vous avez agitée
plus d'une fois , & vous y
trouverez quantité de chofes
dont voftre curiofité fera fatisfaite.
SS2525552: 222 52225
DE LA VANITE DES.
Songes, & fur l'apparition
des Elprits.
A
meilleure preuve que je
puiffe donner
de la vanité
La
88 MERCURE
>
des Songes , c'eft , aimable
Bergere, la vie qui me refte
aprés celuy que je fis le 22. de
Septembre 1679. Je m'éveillay ce
jour- là à cinq heures du matin
m'eftant endormy une demyheure
aprés , je fongeay que j'eflois
dans mon lit , & que le rideau
en eftoit ouvert du costé
des pieds (deux circonstances veritables
) & que je voyois entrer
dans ma chambre une de mes
Parentes morte depuis quelques
années , le vifage pâle & défait,
l'air trifte autant qu'elle l'avoit
eu enjoué, vestue d'une cimare
de fatin cendré & gris de perle ,
2
GALANT
89
je luy avois vi porter la
derniere année de fa vie. Elle
vint s'affeoir fur le pied de mon
lit me regardoit avec pitié.
•Comme je lafçavois morte dans
le Songe auffi bien que dans la
verité , je jugeay à cette connoif
fance à la trifteffe de fes
&
regards, qu'elle venoit m'annoncer
quelque mauvaife nouvelle ,
& apparemment la mort ; & la
prevenant avec affez d'indiffe
rence pour ma deftinée: Eh bien ,
luy dis-je , il faut mourir, Elle
me répondit , Il eft vray. Ee
quand , luy demanday je auffitoft
?
Aujourd'huy , repliqua
Janvier 1690.

H
90 MERCURE
t-elle. Je vous avoue q
vous avoue que le ter
me me parut un peu preſſant,
Beanmoins ne m'en étonnant pas
trop, je l'interrogeay encore ,
je luy demanday de quelle maniere.
Et il me fembla pour lors
ta voir grommeler quelques paroles
entre fes dents pour me répondre
; mais je ne les entendis
pas , dans ce moment je m'éveillay.
L'importance d'un Songe
fi précis , &ſipeu embroüillé
contre l'ordinaire , me fit obfer.
ver ma fituation , & je remarquay
que j'estois couché fur mon
cofté droit , le corps étendu , &
les deux mains appuyées contre
GALANT
. -91
K
mon eftomach. Je me jettay hors
du lit aprés cette reflexion pour
écrire mon Songe , de peur d'en
rien oublier ; & le trouvant
accompagné de toutes les circon
ftances qu'on attribue aux mif.
terieux aux divins , je ne
fus pas plutoft habillé que j'allay
dire à ma Belle -feur , que fi les
Songes en bonne forme eftoient
des avertiffemens infaillibles , elle
n'auroit plus de Beau - frere dans
vingt - quatre heures, Je luy ra.
・contay enfuite celuy que j'avois
fait , je l'appris auffi à quel- .
·ques- uns de mes Amis n'eftant
pas à Flore en ce temps- là, mais
&
Hij
92 MERCURE
dans la Ville voifine. Ce fut
pourtant fans en prendre l'alarme
, & fans rien changer à ma
conduite ordinaire , me rappor
tant à la Providence de tout ce
qu'il luy plairoit d'ordonner de
moy. Si j'euffe efté affez foible
pour me mettre dans l'efprit que
j'allois mourir , peut- eftre que·
je ferois mort : & qu'il me
feroit arrivé comme à ces hommes
dont parle un Hiftorien
que je vous ay veu lire , ( c'eſt
Procope au deuxième Livre de
la Guerre de Perfe ) lefquels
dans un temps de pefte furent
frappez de ce fleau de Dieu
>
GALANT.
93
que
pour avoir feulement fongé que
les Demons les touchoient , ou
Leur difoient qu'ilsferoient bientoft
dans le tombeau ; & que
j'euffe ainfi payé par la dimi..
nution de mes jours , la peine
meritent les Perfonnes , qui
donnant creance à ces refveries
violent la Loy de Dieu qui le
défend. Du moins eftil feur
qu'un Canadois n'en enft pas
échappé , quand mefme il auroit:
deu employer les precipices , on
mefme fes propres mains à rendre
fon fonge veritable ; parce que
les Peuples de ce Pays - là font
abfolument perfuadez qu'ils ne
94 MERCURE
#
Jongent rien qui ne doive arri
ver.Je Je ne croy pas , fage Bergere
que vous foyez de cette
humeur , & que vous vouluffiez
comme eux , faire effective-
"ment du bien ou du mal à une
perfonne , à cauſe feulement que
vous luy en auriez fait en
fonge , ou que vous en auriez
receu d'elle de cette maniere .
L'un ne tire pas à confequence
"pour l'autre. L'ame , felon moy,
eft fi irritée de voir que le fommeil
la tient prifonniere dans
•l'obscurité de nostre maffe terre-
Stre , en luy fermant par fon
pouvoir
tes
lesportes
des
fens
GALANT: 95
il
qu'elle en devient comme folle ,
& ne fait qu'extravaguer tant
que cette captivité dure ;
ya bien loin de cet eftat à celuy
defa pleine raifon er de fa vive
lumiere ; ainfi belle Bergere ,
point de créance aux Songes , s'il
vous plaift . Il vous a femblé
que vostre cher Epoux environné
deflames brillantes vous demandoit
des prieres , vous ne devez
pas croire pour cela , que le Ciel
vous l'ait ofté. Cette figure d'une
ame en Purgatoire n'est qu'un
mufement de la vostre qui ne
ferepofe pas mefme la nuit , de
la pensée d'un objet à quoy ella
96 MERCURE
s'attache tout le jour ; qui vous
le reprefente parmy les feux &
les flames , dont elle fait qu'il
brûle pour vous , & qui vous .
demande mal- à- propos pour luy,
ce que vous ne luy accordez
que trop fouvent ; mais ceferoit
encore une plus grande erreur ,
fi vous vous imaginez que c'est
fon ame mefme , qui eft venuë
à vous pendant que vous dormiez
pour ne vous pas faire
peur , comme il feroit arrivé fi
elle vous avoit apparu hors du
fommeil. Les ames nefe feparent
point des corps pour y retourner ;
le gifte eft trop mauvais pour
elles..
GALANT . 97
elles
*
• quoy que beau dans les
jeunes
les charmantes
perfonnes
comme vous. S'il en eftoit
autrement
, j'aurois ven Pluffide
depuis fa mort . Cette Belle dont
vous avez tant oùy parler , m'avoit
juré dans le fort de nos
affections
, un jour de Pafques
,
non feulement
au pied des Autels
, mais au retour de la fainte
Table , quefi elle mouroit avant
moy , elle viendroit
me voir , &
me dire de fes nouvelles
; & je
luy avois fait auffi la mesme
promiffe avecferment ; & neanmoins
il y a plusieurs
années
qu'elle a payé le tribut à la
Janvier
1690 . I
98. MERCURE
ce
Nature , fans avoir accompli
te qu'elle devoit à l'amour , &
afa parole. Jugez aprés cela s'il
faut prendre pour une verité ,
ce qu'on lit du Comte de Bouchain
, dans le premier Tome
des Croisades , page 279. Ce
Comte, dit l'Auteur de ce Livre,
fur le rapport d'un autre qu'il
cite , cftant un foir fur le
point de fe coucher , aprés
avoir bien combattu durant
le jour , vit entrer dans fa
Tente le jeune Engelram fon
Amy Fils du Comte de
Saint Pol , lequel avoit efté
zné peu auparavant , au Siege
GALANT. 99
มี
d'une Ville , appellée Marra ,
prife d'affaut par les Chrê ,
tiens fur les Sarrazins . Comme
ce Comte avoit l'ame
intrepide , & d'ailleurs pleine
de joye de voir fon Amy ,
il luy demanda fans s'éronner
, comment il eftoit alors
en vie , luy qu'il avoit veu
mort à Marra. Engelram luy
répondit que cela venoit de
ce que ceux qui finifoient
leur vie pour le ſervice de
Jefus -Chrift ne mouroient
point . Ce Comte fatisfait de
cette réponſe , & trouvant
Engelram beaucoup plus
D
I ij
100 MERCURE
beau qu'il n'eftoit aupara
vant luy demanda encore
d'où luy venoit ce
nouvel éclat. Engelram luy
montra dans le Ciel une admirable
Maifon ; & luy en
faifant remarquer la beauté ,
luy répartit que c'eftoit delà
, que venoit celle qu'il
trouvoit en luy ; & comme
le Comte demeura ravi d'admiration
à la veuë de ce
Palais celefte , Engelram luy
dit encore ; je vous apprens
qu'on vous en prepare un
beaucoup plus beau ; adieu
jufqu'à demain , puis il dif-
9
GALANT. IOI
parut. Jugez , dis -je , Madame,
fi ce recit eft veritable , aprés
celuy que je vous ay fair.
Comment une perfonne revien
droit- elle fans l'avoir promis ;
fi une autre ne revient pas , aprés
l'avoir folemnellement
juré ?
car enfin l'Auteur des Croisades,
ny celuy dont il a tiré l'appad'Engelram
, ne difputent rition
point qu'il fe fust engagé de retourner
aprés fa mort auprés du
Comte fon Amy, & bien des
gens certifieront que Pluffide
m'avoit donné parole de revenir
aprés la fienne auprés de
moy, & parole facramentale ,
`I iij
102 MERCURE
fice mot fe peut employer . Vous
me répondrez peut - estre que
Dieu ne luy en a pas accordé
la permiffion . Ab pour cela je
n'en doute pas. Noftre pacte n'étoit
fait que fous cette condition
fans quoy rien ne fe doit
entreprendre & ne fe peut executer;
mais je croy auffi que Dieu
ne l'accorda jamais à perfonne ,
fi nous en exceptons Samuel qui
apparut à Saul , & quelques- uns
de ceux qui refufcitant avec
Noftre- Seigneur , fe montrerent
à des Perfonnes devotes de Jerufalem.
Hors ce peu d'exemples
a l'Hiftoire , ce me femble »
GALANT. 103

n'a rien d'affeuré fur ces retours
de l'autre monde . Euridice ,
dans la Fable fit bien quelques
pas pour revenir en celuycy
, mais ils ne furent pas en
grand nombre, & l'attrait du
centre & du repos éternel l'emporta
bien vifte fur l'inclination
qu'elle avoit pour la lumiere. Je
vous ay déja raconté un de mes
fonges,il faut que je vous en aprenne
encore un autres avant
que de vous expliquerplus clairement
mes penfeesfur tant de pretendues
aparitions d'ames d'ef
prits , qu'on trouve dans les bons
Auteurs , auffi-bien que dans les
I iiij
104 MERCURE
mauvais . On m'envoya fort
jeune dans une Ville éloignée de
Sept lieues de ma Terrenatale pour
me dépayfer, & pour m'apprendre
à écrire ; & eftant retiré de
là , aprés cinq ou fix mois on me
fit paffer chez un de mes Parens,
où mon Pere nouvellement revenu
de l'Armée , s'eftoit rendu, e
・m'avoit mandé. Il vit mes exemples,
& les trouvant aſſez bonnes
, il ne laiffa pas de témoi-
-gner qu'il doutoit fielles eftoient
de ma façon ; & fortant une
apréfdinée pour aller faire une
vifite dans le voisinage › avec
la Dame du lieu où nous eftions
GALANT 105
il me recommanda d'écrire dix
ou douze lignes pour le rele
ver de fes doutes . Mon devoir
me fit donc auffi-toft aprés fox
depart monter dans la chambre
qu'on nous avoit donnée ; & ´y
ayant cherché mes commoditez
pour écrire à mon aife, je me mis ,
petit garçon que j'estois , à genoux
devant un fauteuil , fur
lequel je plaçay mon papier &
mon encre. Pendant que j'écri
vois, j'entendis fur l'efcalier, des
gens qui portoient du bled aux
greniers; & m'eftant levé de ma
place je détournay un pan de tar
pifferie, & je vis une petite Salle
106 MERCURE
la
ouvertesoù mon Pere s'entretenoit
avec la Dame du lieu, affis
auprés d'elle . Commé i'avois vú
l'un l'autre monter en Caroffe
&fortir du Chafteau , ie fus fort
Surpris de les appercevoir dans
cette Salle. La frayeur fe joi
gnit à l'étonnement. Je laißay
aller la tapifferie , & quitant
chambre , ie defcendis l'efcalier
au plus vifte, & entray tout
effaré dans l'Office qui eftoit au
bas . Une Femme de Charge qut
remarqua quelque alterationfur
mon vifage , me demanda ce que
' avois. Fe luy en fis le recit.Elle
me dit honneftement que ie re
GALANT. 107
vois, & que Madame la Marquife
& mon Pere ne revien
droient de plus d'une heure. Je
n'en voulus rien croire , & ie
demeuray vers la porte de l'Office
iufqu'à ce qu'enfin ie les viſſe
arriver. Ma peine ne fe redoubla
pás peu à cette veuë ; ie n'en dis
pourtant rien à mon Pere , mais
quand il me voulut envoyer coùcher
avant luy , quelque temps
aprés le foupé , tout ce que ie
pus gagner fur moy , fut de me
laiffer conduire hors de fa prefence.
Je l'attendis pour aller
dans noftre chambre , & ie n'y
voulus rentrer qu'avec luy.
108 MERCURE
Etonné de me trouver encore lors
qu'il fe retira , il ne manqua pas
de me demander ce qui m'avoit
retenus aprés quelques vaines
excufes , ie luy avouay que
j'avois peur, parce qu'il revenoit
des Efprits dans cette cham
bre. Ilfe moqua de ma crainte,
s'informa de moy à qui j'avois
ony tenir ce fot difcours . Je luy
racontay alors mon avanture :
& il ne la fceut pas plutoft que
prenant foin de medetromper , il
me fit conduire aux greniers,
pour mieux dire , au galetas où
aboutiffoit l'efcalier. On m'y
donna à connoiftre qu'ils n'ef
GALANT 109
toient pas propres à recevoir du
Bled, qu'il n'y en avoit point, &
qu'il n'y en avoit jamais eu : &
comme à mon retour auprés de
luy il me demanda l'endroit où
j'avois levé la tapifferie , & vi
La Salle ouverte , je le cherchay
de tous les coftez pour le luy
montrer , mais ce fut en vain ,
je ne trouvay point d'autre porte
dans les quatre murailles
de noftre chambre ,
l'efcalier. Des chofes fi opposées
à ce que j'avois crû tres- veritable
, m'alarmerént encore plus
qu'auparavant , & je m'imaginay
fur le recit que j'avois ouy
que
celle de
110 MERCURE
faire des Efprits Follets , que
quelqu'un d'eux m'avoit cause
ces illufions pour fe jouer de moy .
Mon Pere me remontra que ces
amuſemens d'Efprits à la bagatelle
, qu'on m'avoit racontezɔn'étoient
que des Fables , & encore
plus Fables que celles d'Efope &
de Phedre. Puis il ajouta que la
verité eftoit que je m'eftois endormi
en écrivant ; que i'avoisfongé
pendant mon fommeil tout ce
i'avois cru ouir & voir; & que

que la furprise & la crainte
s'eftant iointes , & tout à coup
emparées de mon imagination , y
avoient causé le mesme effet,
GALANT. IIÊ
qu'y auroitpu produire la verité
mefme .J'eus de la peine en ce
temps-là à goûter ce raiſonne
ment , mais il a bien fallu m'y
rendre dans la fuite, comme tres
infte. Obfervez pourtant , aimable
Bergere , combien l'impreſſion
de ce fonge estoit forte .Je pense
de bonne foy que s'il n'euft efté
dementi par toutes les circonftances
que ie viens de dire , ie le
prendrois encore auiourd'huy
pour une verité, & ie ne m'étonne
pasfi tant de gens ont eu
la mefme opinion de quelquesuns
des leurs quelque avancez
en âge , en experience , & en
12 MERCURE
t

raifon qu'ilsfuffent , parce qu'ils
auront pû fe les imaginer auffi
fortement que i'avois conceu le
mien , fans avoir rien trouvé
qui les ait defabufez de leurs
fauffes perfuafionss en cela
contraires comme moy , à certain
Medecin appellé Belon
qui parlant de luy-mefme dans
un Livre qu'il a compofé , dit
que s'estant une fois éveillé en
furfaut d'affez bon matin, dans
une Hostellerie où il logeoit, au
bruit de quelques perfonnes qui
fe lamentoient dans la ruë , &
s'eftant levé en chemife , & mis
à la feneftre pour fatisfaire fa
GALANT . 113
curiofité , il avoit aperçen des
femmes êchevelées & à demynuës
, qui paffoient en pleurant
en criant ; puis s'eftant recouchérendormy
, il avoit en
fuite raporté à fon hofte , comme
un fonge , ce qui eftoit arrivé ,
ne voulant pas croire cet hofte
quand il l'afura qu'il n'y avoit
point de fonge en ce qu'il racontroit
, qu'on l'avoit ouyfe relever
; qu'on l'avoit vû à la
fenestre, qu'il avoit esté témoin
d'une defolation qui n'e-
Stoit que trop vraye pour le repos
des miferables quila fouffroient.
A quoy ie puis encore aiouter
Janvier 1690 .
K
114 MERCURE
1
lexemple de ce maifte yvrogne
qu'un Duc de Bourgogne ayant
vú vers le foir endormi fur un
fumier au milieu d'une rue , fit
par divertiſſement porter dans
fon Palais , deshabiller, mettre
en beau linge à point , & coucher
dans une chambre, dorée &
dans un lit magnifique , fans
qu'il s'éveillafts & qui le lendemain
matin eftant éveillé fut
vestu en Prince , loué , flaté ,
Servi , regalé traité de mefme
iufqu'à la fin du iour , que s'e-.
rendormi , il
fant renyoré
fut recouvert de fes guenilles , &
reporté à l'endroit où il avoit efte
GALANT. 115
pris. Aprés quoy ayant cuvéfon
vin , fe trouvant fur le fumier
, il 'crut qu'il n'en eftoit pas
forti recita comme un Songe,
dont la durée ne luy auroit pas
deplu , l'heureux iour qu'il avoit
veritablement paẞé dans un Palais,
avec toute forte d'honneurs ,
de pompes & de delices . Voilà
gentille Bergere quelles font les
Erreurs de l'imagination . Le
Medecin &
l'Yvrogne prenoient
l'original pour la copie, & le
corps pour l'ombre ; & moy au
contraire , ie prenois l'illufion
pour l'effet , & le menfonge
Pour la verité. Juftes fondemens
Kij
116 MERCURE
pare
»
de la Sceptique. Mais ie n'ay
pas efté le feul qui ait eſté deceu
de cette maniere. Dion &
Brutus , ces deux grands Capitaines
, & ces deux fages Philofophe's
que Plutarque coml'un
à l'autre , & que je
vous ay ouy louer tant de fois ,
furent fans doute trompez com
me moy , dans ces fameuses apparitions
d'efprits que cet Auteur
leur attribue . Voicy ce
qu'il dit du premier. Comme
ik eftoit par hazard un foir
tout feul affis . à l'entrée
d'une Galerie de fon Palais,
penfant profondement ven
*
GALANT. 117
Juy-mefme à quelque chofe ,
il oüit tout à coup du bruit ;
de forte que jettant la veuë
fur l'autre bout de la Galericily
vit à la faveur du
jour qui s'abaiffoitune
grande & hideufe Femme ,
tout à fait femblable d'habit
& de vifage aux Furies , de
la maniere dont on les reprefente
fur les Theatres , laquelle
avoit un balay à la
main , dont elle nettoyoit la
Maifon.Cette vifion l'étonna,
& il en fut fi fort effrayé ,
qu'il envoya querir fes Amis
pour la deur raconter ; &
15
118 MERCURE
eftant comme hors de luy
mefme , il les pria de ne le
point quitter cette nuit , dans
la crainte qu'il avoit que ce
Spectre ne fe prefentaft encore
à luy , lors qu'il feroit
feul , ce qui n'arriva pourtant
pas. Voilà le recit de Plutarque,
par où il eft aife de juger que
Dion avoitfongé ce qu'il croyoit
avoir veu. Toutes les circonftan
ces concourent à cette penfee. Il
eftoit feul , il eftoit affis , & c'étoit
fur le foir. Fatigué fans
donte du travail de la journée ,
travail de corps ou d'esprit , on
de tous les deux , qui ne croira
GALANT. 119

elles
pas aifement que dans cet estat
il s'endormitpenfant à ce qui le
faifoit refver ; que durant fon
fommeil , il fe reprefenta la
Furie dans l'action qu'il la vit ;
& que la furprife & la crainte
s'eftant tout à coup emparées de
fon ame à cet afpect , comme elles
s'emparerent de la mienne ,
le firent paffer comme moy ,
fommeil au réveil , fans qu'il
s'en apperceuft . Je croy qu'il n'y
a pas lieu d'en douter , & ie le
croy avec d'autant plus de rai
fon que les mefmes effets s'enfuivirent
, Dion ayant efté effaré
épouvanté de fon fonge ,
du
120 MERCURE
comme ie le fus du mien . Quant
à Brutus , Plutarque rapporte
qu'eftant une nuit bien tard
dans fa Tente avec un peu de
lumiere , s'entretenant dans fes
penfees , tandis que tout repofoit
dans fon Camp , il luy fembla
qu'ilil entendoit quelqu'un entrer
dans fa Tente ; fi bien que iettant
la veue du cofté de la portesil
appercent la monftruenfe figure
d'un corps de taille énorme &
épouvantable qui fe vint prefenter
à luy fans luy rien dire .
Brutus plus étonné du filence du
Spectre que defon apparition, eut
affurance de luy demander qui il
efloit
GALANT. 121
estoit s'il estoit Dieu ou Homme,
& quel eftoit le sujet qui l'amenoit
lá. Je fuis ton mauvais
Genie , luy répondit le Spectre,
& tu me reverras auprés de la :
Ville de Philippe. Eh bien ,
je t'y reverray, luy répondit
Brutus , fans s'alarmer de cette
espece de menace.Let Spectres
difparut aprés ces paroles
Brutus ayant auffi- tost appellé ·
fes Domestiques leur demanda
s'ils n'avoient rien duy, ny rien
vu. Ils luy répondirent que non ;
aprés quoy il fe remit à veiller
&à penfer comme auparavant ;
mais dés qu'il fut jour il alla'
Janvier 1690. L
A
122 MERCURE
trouver Caffius fon Ami , pour
luy conter la vifion qu'il avoit
eue. Plutarque ajoûte à ce recit ,
dans la fuite de la vie de Brutus,
ces mots. On dit que ce
mefme Spectre qui s'eſtoir
déja apparu à luy , s'y prefenta
une feconde fois en la
mefme forme & figure , &
difparut fans luy rien dire ;
mais Publius Volumnius ,
homme fçavant en Philofophie
, qui fut toujours avec
Brutus dés le commencement
de cette guerre , ne fait aucune
mention de ce Spectre.
Suppofons pourtant qu'il luy
7
Si toiva .
GALANT. 123
comme
apparut une feconde fois auprés
de la Ville de Philippe ,
il l'avoit promis , cela ne doit
pas empefcher de croire que ces
deux apparitions n'ayent eflé de
purs Songes. A l'égard de la
premiere , à le
out contribue
perfuader. Brutus couché , quoy
que Plutarque ne l'explique pass
la nuit qui eftoit extremement
avancée , il le remarque : fes
Domestiques qui ne virent &
qui n'entendirent riensquoy qu'ils
fuffent proche de luy , & mefme
dans fa Tente, puis qu'il ne leur
demanda pas feulement s'ils n'avoient
rien ony, mais encore s'ils
Lij
124 MERCURE
n'avoient rien vû ; & qui auroient
pourtant deu auffi- bien
L'entendre parler au Spectre , s'il
luy avoit veritablement parlé ,
qu'ils l'entendirent quand il les
appella ; & enfin la voix du
Spectre qui devoit eftre bien forte
, à en juger par la grandeur
de fon corps , dont le bruit n'auroit
pas manqué d'eftre ouy de
fes Domestiques , & mefme de
Les éveiller , euffent- ils efté profondement
affoupis , puis que le
Spectre n'avoit nul intereft à ſe
contraindre àparler bas. Tout
cela , dis - je , nous apprend que
Brutus , qui avoit cru veiller
GALANT. 125
t
dans ces momens- là , avoit du
moins fommeillé , & que fi le
fonge de la figure terrible &
menaçante ne luy caufa pas de
la crainte , il luy caufa du moins
de la furprife , & que cette im-
-preffion agiffant fortement fur
fon efprit qu'il avoit naturelles
ment melancolique , luy fit ouvrir
les yeux fans penfer qu'il
les euft fermez je veux dire ,
fans penfer qu'il euft dormi.
Quant à la feconde apparition ,
ce ne fut qu'un effet de la premiere
dont l'impreffion fe réveilla
aprés la defaite & la mort
de Caffius , lors que fe voyant
Liij
126 MERCURE
à la veille d'une deuxième Bataille
, il vint à fe repreſenter
qu'il pourroit bien avoir le mesa
me fort que fon Ami , comme il
arriva il ne faut paspenser que
les mêmes fonges ne retournent
pas , puis que l'experience apprend
le contraire , & qu'il eſt
peu de perfonnes qui n'ayent
fonge diverfes fois qu'elles tombent
dans des puits , ou qu'elles
volent proche de terre ; ou
qu'on les appelle par leurs noms,
& qui s'eftant mefme reveillées
à ces diverfes fortes de fonges ,
ne les ayent pas pris pour des
veritez. Vous direz peut eftre,
GALANT. 127
2
les érveny
Spirituelle Bergere , que
nemens funeftes qui fuivirent
les vifions que j'ay rapportées ,
vous perfuadent qu'elles eftoient
veritables , que l'hiftoire du
&
Comte de Bouchain ne marque
pas qu'il fuft affis comme Dion ,
ny couché comme Brutus
qu'il refvaft comme l'un & comme
l'autre , pour le pouvoir accufer
de fommeil de fonge,
auffi bien qu'eux. J'a
Pavouë que
Hiftoire de ce Comte dit feulement
qu'il eftoit fur le point de
fe coucher ; mais comme elle
remarque que c'eftoit fur le foir ,
& qu'il avoit combatu durant
&
Liiij
·· 128 MERCURE
cite
le jour la fatigue avoit pû
l'abattre l'endormir avant
qu'il ſe miſt au lit , foit en
priant Dieu ,foit en penfant à
d'autres choſes. J'avouë meſme
que Raymond d'Agiles que
le nouvel Auteur des Croifades
fur l'hiftoire de ce Comte , luy
fait feulementdire Kay veu la
nuit , non pas en Songe, mais
en veillant, le Seigneur Engelram
deSt Pol, quia efté tué
a Marra, & c.& qu'ainfile. premier
Auteur ne remarque pas que
le Comte euft cette vision , le foir
fur le point de fe coucher ,
mayante combattu durant le
ᏙᎥ Ꮧ
GALANT. 129
F %
The
jour , comme l'avance le fecond
• qui l'a pu tirer d'ailleurs , fans
citation. Mais foit qu'il cuft en
cette vision avant que de fe
mettre au litou aprés s'y eftre
• miss avant que de dormir , ou
aprés avoir dormi & s'eftre
éveillé ; je dis que comme Engel-
< ram eftoit mort depuis peu de
jours le Comte qui penfait fou
vorvent à cet Ami en veillant , put
Saisément fe le mettre dans l'ef
prit pendant une furprise du
fommeil on mefme pendant un
fommeil profond ; & puis fe
réveiller
imperceptiblement dans
te transport de fon admiration
30 MERCURE

pour la beauté du Palais celefte
qu'il s'eftoit reprefenté ; & dans
l'ardeur du defir qu'il avoit de
fuivre ce cher Ami , en unfi bel
endroit enforte que ces impreffions
l'emportant fur celle du
fommeil il auroit cru voir éveillé,
ce qu'il n'auroit veu qu'en dormi.
C'eſt ainfi , belle Bergere ,
qu'un million d'autres ont fait
des fonges dont ils ne fe font
pas apperceus , parce qu'ils en
ont efté empefchez par la force
de quelque mouvement qui s'e-
Ftoit rendu maitre de leurs ef
prits & de leurs reflexions , &
qui les préoccupoit trop pour leur
GALANT
131
le
le
donner lieu de douter , fi leur
imagination n'avoit point trom
pé leurs fens. Il est vray que
Comte de Bouchain fut tué dans
une attaque , par une pierre tirée
d'une machine des Ennemis ,
lendemain de la e
d'Engelrami
que le Fils unique de Dion fe
precipita de colere du haut d'un
plancher en bas quelques jours
aprés la vifion de la Furie ;
quebore
Brutus fe donna luy mefme
la mort , de deplaifir d'avoir
perdu lafeconde Bataille de Phi
lippe , aprés le retour de fon
I mauvais genie ; & qu'ilfemble
qu'on doive conclure avec
>
132 MERCURE
tous les Auteurs, dont aucun que
-je fçache , n'a foupçonné que ces
trois perfonnes dormiffent , non
plus qu'elles mefmes , que
que les
apparitions estoient les avertif
•femens des maux qui leur de
voient arriver ; mais fans vous
remontrer que Dieu , & la Nature
ne font rien en vains &
que de telsavertiffemens de
mauxferoient fort inutiles, puis
qu'ils ne les detournent , ny ne
les reculent , je vous reprefente-
-ray feulement que la prudence
ne permet pas qu'on juge des
-chofes accidentelles par l'évenement
, d'autant qu'il releve de
GALANT. 133:
la fortune. Elle veut qu'on en
juge par le principe qui les fait
agir , qui n'eftant icy qu'une
caufe obfcure & incertaine , ne,
peut rien produire de feur &
de regle. On a veu des millions
de Songes de cette nature , &
mefme beaucoup plus precis &
plus pofitifs que ceux -là . Le
mien en est une petite preuve;
mais comme ils n'ont point eu de
fuites qui y repondiffent , on les a
enfevelis dans le filence , au lieu
que le pur hazard en ayant
donné à ces trois- là , on ne les
a pas feulement publiez » &
confacrez à la pofterité , on
134 MERCURE
alen
a encore voulu tirer des
confequences
pour les autres
en les propofant pour exemples ,
comme fi trois fléches qui portent
dans le noir , entre cent
mille qui le manquent , devoient
faire paffer pour feure & pour
infaillible , la main qui les auroit
tirées . Croyez - moy done
mable Bergere, ne vous amuſez
non plus aux Songes qu'aux
figures qu'on voit dans les nuées,
&perfuadez- vous que les Morts
ne reviennent
non plus que le
Temps qui eft paẞé , & qu'ils
ne reviendront
qu'au fon des
trompettes
celeftes , lors qu'elles
GALANT.
135
nous annonceront les grands
Fours du Seigneur. Voila ce que
je vous puis dire fur ce fujet.
Vous avez Plutarque & Maim
bourg dans vostre charmante Bibliotheque
, vous pouvez les
confulter , fi vous doutez que
jaye ajoutés ou retranché aux
extraits que j'en ay rapportez ,
mais affurez - vous qu'ils font
fidelles , & qu'ils ne dementent
point le caractere de voftre Serviteur
Le Berger de Flore.
Vous fçavez fans doute ,
Madame , que les Peres Theatins
ont accoûtumé de cele136
MERCURE
brer tous les ans une Neuvaine
folemnelle dans les
jours qui precedent la Fefte
de Noël , pour honorer l'artente
des Couches de la
Sainte Vierge. On y fait tous
les jours la lecture d'une
picufe Meditation fur les
Prieres de l'Eglife qu'on ap
pelle communément les Ô,
& elle eft precedée & ſuivie
d'une excellente Mufique.
Tant qu'a vefcu la feuë Reine
Mere Anne d'Auftriche de
glorieufe Memoire , elle n'a
jamais manqué d'affifterà
cette folemnité & elle y ve
J
GALANT. 137
2
nort ordinairement accompagnée
de fes Auguftes Enfans.
Pendant que le Roy
faifoit fa refidence à Paris ,
Sa Majefté y envoyoit toûjours
fa Mufique, & ne manquoit
point la veille de Noël
de fe trouver au Salut . Son
A. R. Monfieur n'a pas oùblié
une fi Sainte Couftume,
dont la Reine fa Mere luy
avoit donné l'exemple , & à
moins que quelque indifpofition
ne l'en empefche , ce
Prince ne fe difpenfe jamais.
de venir rendre fes hommages
à la Créche du Sauveur
Fanvier 1690,

M
+
138 MERCURE
7
naiffant. Ainfi il a continué
cette année ce pieux devoir ,
s'étant rendu dans l'Eglife des
Peres Theatins le 24. du mois
paffé , accompagné de Madáme
& de Mademoifelle . Le
Superieur le vint recevoir à la
tefte de la Communauté,& D.
Jean Chryfoftome Bourfault ,
Religieux de l'Ordre , & qui
elt Fils de M. Bourfault ficonnu
par fes Poëfies , fit la lecture
de la Meditation en prefence
de leurs Alteffes Roya .
les . Cela eflant fait , il quitta
fon Livre , & adreffant la parole
à Monfieur , iilllluy fit
ce Compliment.
GALANT. 139
*
MONSEIGNEUR ,
Qu'il eft beau de voir le
Fils de
Is de tant de Rois , abandonner
le Dais & le Baluftre
Ble
pour fe profterner aux pieds
d'un Enfant qui naift dans
་་
& que l'humiceux
devant
une Creche
lité fied bien
qui tous les jours on s'humilie !
La Foy , qui malheureusement
n'eft pas toujours le partage des
Grands de la Terre , eft l'heritage
propre de V. A. R. &
l'Auguste Reyne , à qui vous
eftes redevable de voftre naiffance
, ne pouvant faire fucceder
fes deux Fils à fa Con-
Mij
140 MERCURE
ronne , les a fait fucceder à få
Pieté. Tant qu'a duréfa Vie
qui a duré trop, peu pour les
Maifons Religieufes dont elle
eftoit la Meres pour les Hôpitaux
dont elle eftoit le fecours ;
pour les Veuves dont elle eftoit
le refuge pour les Orphelins
dont elle eftoit l'appuy ; enfin ,
pour tout le Monde dont elle
eftoit l'édification ; Tant , dis-je ,
qu'a duré fon illustre Vie , elle
n'a jamais, manqué de venir
offrir toutes les Couronnes de la
Maifon dont elle estoit fortie
& de celle où elle estoit entrée ,
- au Divin Enfant que V.AR.
GALANT. 141
vient adorer
aujourd'huy ; &
du haut du Ciel où fes Vertus
Pont placée ,
prosternée avec
tous les Anges , devant le Sacrement
de nos Autels , elle joint
encore fes Prieres aux Vostres
pour attirer fur vous les Bene
dictions de ce Dieus naiffant..
Verbe Saint , continua- t- il en
fe tournant vers l'Autel ,
qui
vous estes incarné pour nous
retirer de l'abyfme où nos pechez
nous
avoient
plongez
Souverain
Dominateur dans la
Maifon de David , qui avez
voulu naistre dans la pauvreté ,
qui ne témoignez
vostre
142 MERCURE
A
grandeur que par la profondeur
de vos abbaiffemens , répandez
vos graces fur un Prince
fi constant à venir dans votre
Créche vous donner des
marques de fon humilité. Il
eft des premiers à glorifier
voftre Naiffance , & à vous
offrir fon coeur. Verfez avec
abondance vos benedictions fur
luy & fur fon augufte Famille .
Il est peu de Princes fur la
terre qui ayent tant de zele pour
la gloire de voftre Nom. Pendant
qu'une partie de l'Europe
favorife , & que l'autre diffimule
les outrages que l'on fait à
GALANT. 143
voftre culte la France inebranlable
dans la foy qu'elle vous
promife , en embraffe elle feule
la défenſe , & implore vostre
fecours contre des Princes quifont
plus vos ennemis que les fiens.
Divin Jefus qui regnez dans
l'équité & dans la justice , &
qui dans la foibleſſe où vous
paroiffezavez toute la puiffance
du Dieu des Armées , protegez
des armes qui foutiennent la juftice
de vostre caufe ; ou plûtoft ,
mon Dieu pour épargner l'effufion
de tant de fang Chreftien ,
faites accomplir par tout les
chants d'allegreffe que les Anges
144 MERCURE
firent retentir à votre Naiffance .
Gloire à Dieu qui remplit la
hauteur l'immensité des Cieux,
la Paix aux hommes qui
font fur la terre.
Leurs A. R. furent fort fa
tisfaites de ce compliment, &
s'éronnerent de la maniere
noble & aifée avec laquelle
ce jeune Religieux le prononça
. La veneration que
Monfieur conferve pour la
memoire de la Reine - Mere ,
juftifie l'Eloge qu'on a fait de
cette Princeffe , puis qu'on ne
pouvoit prendre ce Prince par
un endroit qui luy fuft plus
fenfible,
GALANT. 145
fenfible , & que c'eft le moins
que doivent les Theatins à
leur augufte Fondatrice , que
de témoigner en toutes occafions
l'éternelle reconnoiffance
qu'ils auront de fes
bontez & de fa Protection
Royale.
Sa Majesté a pourveu à la
Lieutenance de Roy du Gouvernement
des Ville & Chafteau
de Carentan , & dépendances
, vacante par la mort
de M: d Heudreville , fur la
nomination de Son Alteffe
Royale Mademoiſelle d'Or
leans , à qui cette Place ap.
Fanvier 1690.
N
146 MERCURE
2
partient , & ce pofte eft rempli
prefentement par la per
fonne de Meffire Charles-
Claude Andrey , Seigneur de
Fontenay- Silleri , Seigneur &
Patron de Neuville & Baudienville
Capitaine des
Chaffes & Plaifirs du Roy du
Bailliage, anciens refforts &
enclaves de Cotentin . Il a esté
long-temps dans le Service, &
s'eft acquitté avec beaucoup
de diftinction
, des emplois
qu'il a eus pendant plufieurs
Campagnes , tant en
Flandre qu'en Allemagne. Il
eft de la Maiſon d'AndreyGALANT.
147
de Silleri . Feu M. de Silleri
fon Oncle, aprés avoir dignement
fervi pendant un grand
nombre d'années , mourut
en 1679. & M de Silleri fon
Frere fut tué en fe fignalant
à la journée de Senef. Cette
Maiſon eft alliée à la plufpart
de ce qu'il y a de plus
illuftre dans la Robe & dans
l'Epée .
Quelque foin qu'on prenne
dans les Eftats dont les Peuples
font de la Religion Pretendue
Reformée , de publicr
que tous les nouveaux Convertis
de France n'ont qu'un
Nij
148 MERCURE
apparence
de Converfion
,
& qu'ils ne font aucune des
fonctions
attachées
à la Religion
Catholique
, on voic
tous les jours mille chofes
qui convainquent
du contraire,
Il eft vray qu'elles ne
fe remarquent
pas cant à Paris
, que dans les autres Villes
du Royaume
, non feulement
parce qu'il y a toujours
eu
moins de Calviniftes
dans
cette Capitale , qu'en certaines
Provinces
, mais encore ,
parce que la grande quantité
de peuples
, fait qu'on y eft ,
pour ainfi dire,comme perdu
GALANT. 149
dans la foule , & que la vie
des particuliers n'y eft point
connue . Perfonne n'ignore
qu'il y avoit un fort grand
nombre de Proteftans dans
le Poitou , & fur tout dans
la Ville de Niort , & il eft fi
vray qu'ils affiftent à l'Eglife
avec autant de ferveur que
les anciens
Catholiques , que
celle de Saint André s'eftant
trouvée trop petite pour contenir
tous ceux qui ont abjuré
le Calvinifme , le Roy
qui ne laiffe paffer aucune
occafion de fignaler fa pieté,
a donné dequoy travailler à
Niij
150 MERCURE
l'agrandiffement de cette
Eglife . M le Preſident de
Fontmort dont le zele a
toûjours paru fort grand
pour tout ce qui regarde la
veritable Religion , & qui
n'a épargné ny foins ny depenfes
pour la faire fleurir ,
a cu foin de l'employ des
deniers que Sa Majesté a
donnez pour cet Ouvrage ,
qui fut achevé la veille des
Rois . Le lendemain , M de
Fontmort fit pofer la Croix
fur le frontifpice de cette
Eglife , avec les Armes du
Roy,& l'on celebra une Meſſe
GALANT KI
folemnelle , où affifterent
tous les Corps de Justice , &
tout ce qu'il y a de perfonnes
de qualité & de diftinction
dans la Ville , & aux
environs. Le Pere Mainard
de l'Oratoire , qui eft fort
goûté des nouveaux Convertis
de la Province , y prefchas
& fit un Eloge du Roy qui
répondit à la beauté de la
matiere. Le Te Deum fut
chanté enfuite , & fuivy de
toutesles démonstrations de
la plus parfaite joye . La
Moufqueterie & les Cloches
de la Ville , fe firent entendro
N iiij.
a
152 MERCURE
auffi-bien qu'une infinité
d'inftrumens guerriers.
¢
M : le Duc de Beauvilliers,
Fils de M. le Duc de Saint
Aignan , & le feul qui reſte
du premier lit , ayant eu huit
Filles , commençoit à appre
hender de n'avoir point de
Garçons ; mais enfin ,Madame ,
la Ducheffe de Beauvilliers
luy en vient de donner un ,
ce qui a caufé beaucoup de
joye dans toute cette Maifon.
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne & Madame la
Ducheffe de Chevreufe l'ont
tenu fur les Fonts .
GALANT. 153
*
£
Vous me demandez des
nouvelles de la Tontine , &
fi on continue à y porter de
l'argent avec le mefme empreffement
que je vous l'ay
déja marqué une fois . Je rê
pondray à cela qu'elle feroit
à prefent remplie , fi on pouvoit
recevoir chaque jour
tout l'argent que l'on yporte.
Quoy qu'il fuft permis à chacun
d'y prendre pluſieurs
parts , on avoit peine à s'imaginer
qu'il y cuft perfonne
qui en prift plus de deux ou
trois , qui font deux ou trois
cens écus . Cependant il fe
154 MERCURE
trouve non feulement des
perfonnes de la premiere quas
lité qui ont pris de ces parts
pour vingt & trente mille livres
, mais mefme des Particuliers
qui ont donné juſques
à dix mille écus pour en avoir.
Mi Prudhomme , Maréchal
des Logis des Gardes Fran
çoifes , eft de ce nombre:
Comme il eft fort connu ,
je vous le nomme afin que
chacun connoiffe que je ne
dis rien que de veritable .
En jettant les yeux fur la
Médaille que vous trouverez
icy , vous connoiftrez d'a
CONFECTO
Dolinar Sculprit
BELLO
IRATICO
· AFRICA· SVPPLEX·
ANN M-DC.LXXXIV.
·J. CHERON.

GALANT. KS
bord qu'elle ne peut regarder
que les grandes actions dont
la vie du Roy eft remplie ,
& qu'il n'y a point aujourd'huy
d'autre Souverain en
Europe capable de reduire
L'Affrique à plier le genoüil
devant luy. Je vous envoyray
le mois prochain ſelon
ma coûtume , les nouveaux
Jettons qui ont paru au premier
jour de l'année.
On a mis depuis peu au
jour un Livre , dont la dépenfe
doit avoir efté grande ,
puis qu'il eft tout gravé au
burin. Il eft intitulé , Refle
156 MERCURE
xions fur quelques paroles de
Fefus - Chrift , particulierement
fur les fept dernienes qu'il a
prononcées fur la Croix , pour
fervir d'un faint Entretien à
Ame Chreftienne pendant la
Meffe . Ce Livre eft de M
Nicolas , qui en a déja fait
imprimer plufieurs autres ,
fans y avoir mis fon nom.
On le trouve à l'Aigle , rue
S Jacques , chez M. Bonnart
, à qui le Public en doit
la graveure. Comme elle eft
beaucoup plus belle & plus
netre que l'impreffion ; les
yeux lont aufli fatisfaits que
GALANT. 157
l'efprit de la lecture de ces
fortes d'ouvrages
.
Il n'y a jamais eu perfonne
qui ait porté fi loin la Geographic
que M. Sanfon d'Abbeville.
Auffi peut- on dire
que toute la France , ou plutoft
toute la Terre luy eft
redevable , puis qu'il en a
fait connoiftre une infinité
d'endroits dont on n'auroit
jamais parlé fans luy , & qu'il
a donné une parfaite connoiffance
de ceux dont on
n'avoit que des lumieres imparfaites
. On vient de réimprimer
fon introduction à la
18 MERCURE
Geographic , où font indiquées
les Sciences dont la
Geographie emprunte plufieurs
principes , la defcription des
differentes manieres dont cette
fcience eft reprefentée , l'explication
des termes de toutes les
parties de la Geographie , une
inftruction des Cartes , la Geographie
Aftronomique , qui ex..
plique la correfpondance du
Globe terreftre avec la Sphere ;
la Geographie naturelle , qui
donne les divifions de toutes les
parties de la Terre & de l'eau ;
la Geographie hiftorique qui
confidere la terre,
GALANT. 159 .
Par les Etats Souverains .
Par l'étendue des Religions.
Par l'étendue des principales.
Langues.
Par les differentes efpeces on
races d'hommes..
Par leurs couleurs.
Et par la forme exterieuré
du
corps.
Cette feconde Edition eft
beaucoup plus ample que la
premiere. On peut juger de
l'utilité d'un Volume qui
contient tant de chofes fans
qu'il foit befoin d'en rien
dire. Ce Livre fe trouve chez
l'Auteur aux Galleries du
160 MERCURE
Louvre , vis à vis l'Eglife de
Saint Nicolas.
Vos Amies qui ont demandé
le Napolitain avec tant
d'empreffement , feront bienaifes
d'apprendre que le Sicur
Guerout en à fait faire une
Edition nouvelle. Les exem .
plaires de ce Livre n'ont fitoft
manqué que par le grand
fuccés qu'il a eu. On ne doit
pas en eltre étonné . Les fentimens
s'y trouvent par tout
fi fort felon la nature , qu'il
eft impoffible de ne demeurer
pas perfuadé des chofes qu'on
lit. Sur-tout les Lettres de
GALANT. 161
Mademoiſelle d'Offanove
ont un air de verité qui
fait un plaifir inconcevable.
Quelque vives qu'elles foient,
il eft aifé de connoiftre que
l'Auteur ne peut leur avoir
prefté que quelque arrangement
dans les mots , puis
qu'on ne fçauroit avoir écrit
ce qu'elles contiennent fans
l'avoir fenty. Les Lettres Portugaifes
que l'on a tant admirées,
fortoient hors duvrayfemblable
par la violence de
la paffion qui cftoit outrée ,
maiscelles- cy font l'effet d'ane
tendreffe , non feulement
Fanvier 1620.
162 MERCURE
C
permife , mais ordonnée par
un Pere , & qui ayant un mariage
arrefté pour but , a pû
obliger un jeune coeur de
s'abandonner fans aucun fcrupule
à ce que l'amour a de
plus fenfible.
Madame la Comteffe de
Grignan ayant voulu fçavoir
ce qu'eftoient autrefois en
Provence les Troubadours &
la Cour d'Amour , M de
Calvy reffufcita Guillaume
Adheimar , un des Ancestres
de M. le Comte de Grignan ,
pour luy en porter des nouvelles
. Ce Gentilhomme fut:
GALANT. 163
un Troubadour celebre , qui
compofa d'excellens Ouvrages
, & qui mourut d'amour
pour la Comteffe de Die.
Dans ce temps - là, les Gentils
hommes les plus diſtinguez
de la Provence s'appliquoient
à la Poëfie, Les Comtes do
Provence en faifoient euxmefmes
; & les Princes Etrangers
avoient chez eux des
Troubadours qui leur apprenoient
cette Langue , & la
maniere de faire des Vers
Provençaux . Alors les Dames
tenoient Cour d'amour pleniere
en quelques endroits
O ij
164 MERCURE
de la Provence , où elles pros
nonçoient des Arrefts fur les
queftions qu'on leur en
voyoit . C'eſt de là qu'on a
tiré les Arrefts d'amour compilez
par un Procureur du
Parlement de Paris . Troubadour
fignific Inventeur ¸ du
mot Provençal troubar , qui
veut dire trouver , inventer.
25
1.9
GALANT. 165
22255522-2222S5252
LE
TROUBADOUR
ADHEIMAR.
A Madame la Comteffe
de
Grignan .
V
Oicy, belle Comteffe , un fameux
Troubadour,
Serti pour vous du tenebreux fejour.
Le Provençal comblé de gloire
Suivoit jadis les Loix de l'Empire
amoureux.
Vous voulez les fçavoir. Né dans
ce temps beureux
Je viens avec plaisir vous en faire
L'hiftoire.
166 MERCURE
Moy que l'on voit briller parmy
grands Ayeux ,
les
De voftre illuftre Epoux , l'honneur
de mes Neveux A
2
La Cour d'amour fut une Cour
pleniere ,
Le beau Sexe y gardoit une puiſſance
entière ,
Des Dames dont l'efprit égaloit les
attraits ,
Yprononçoient ces beaux Arrests,
Que l'Amour leur dictoit luymefme,
Il parloit par leur bouche, & regnoit
dans leurs coeurs.
Tout en reconnoiffoit l'autorité fuprême
,
L.
Barons, Princes, Rois , Empereurs,
S
Les doctes Filles du Parnasse,
GALANT. 167
Delices autrefois du Grec & du
Romain ,
Dans cette Cour prenoient leur
place.
Alors un Troubadour par un tranf
port divin
Sceutdonner à fa Mufe une nouvelle
grace.
C'eft luy qui le premier foumis à la
raifon ,
Fit au bout de deux Vers fentir le
mefme fon ,
Et variant cette harmonie
Rendit leur douceur infinie.
S™
Cet ornement nouveau charma tout
l'Univers ;
Les Poëtes d'abord en parerent leurs .
Vers ,
Ges Vers dont la delicateffe
Egaloit ceux de Rome & de la
Grece.
168 MERCURE
C'est là qu'ils chantoient leur
amour
Ou propofoient des questions galantes
,
A ces Dames fçavantes
Qui prefidoient dans cette Cour.

Durant ces fiecles d'innocence
Qu'on voyoit peu d'infidelles Amans
!
Dans les plaifirs , ou parmy les
tourmens
Nous avions la mesme conftance.
Quelles Dames auffi vid- on regner
fur nous ?
Leur vertu , leur beauté , leur air ,
leur politeffe
Nous faifoient voir, grande Comteffe
,
"Ce qu'aujourd'huy le monde admire
en vous.
On
GALANY. 169
Des
re
On les voyoitfierement fe défendre
premiers foupirs d'un coeur
miog riko hel
Elles ne fe rendoient qu'à de lonbruniagues
amoursonous - rOM
Et quand elles aimpient , elles aimoient
toujours.
Pour moy , jusqu'au trépas Adorateur
an onpfidelleos puos
21
Desyeux qui m'avoient charmé.
J'expiray devant ma Belle ,
Conftant, &constamment aimé.
SAN
Une mort fi digne d'envie
Fu admirée, & nefut pasfuivie.
vous on l'a veu faivre. Un
t Par
Peintre
audacieux
Fat confume du feu de vos beaux
jaded 5A 200 plaintive ,
Il n'eft pas feul; plus d'une Ombre
Janvier 1690 .
P
0% MERCURE
M'a dit fur noftre fombre rive,
Les charmes de Grignan ont caufé
Two mon trepas .
Je n'en fais point surpris quandje
Moy - mefme Ombre antique &
glacée
, -in a
Si la nuit du tombeau ne me venoit
Thotaton Dcouvrir, …… C
COIN YNCI
Fe fouffriroispour vous ce que me fit
Sacks fouffringing tower enci
L'ardeur de mon amour paßée,
Et je mourrois encor fi je pouvois
mourir.
STOMP ON
La Fable qui fuit eft du
mefme M. de Calvy, qui a
fait parler fi galamment le
Troubadour Adheimar.
A T
GALANT 171
$52525552:22257252
LASNE LION.
N Afne un jour broutant

Vit la
l'herbe d'une Prairie
peau d'un Lion ; il en trembla
de peurs
Il le crut à l'inftant vray Lion de
Lybie
Mais enfuite fes yeux raffeurerent
Son coeur.
Ne craignons rien , ce n'est que
peau de la Befte ;
la
Allons , dit-il. Il s'en faifit ,
S'en couvre & marche avec grand
bruit,
Battant les flancs , levant la teſte.
·Devant l'Afne- Lion , tout tremble,
tout s'enfuit s
Pij
172 MERCURE
L'Animal s'applaudit & rit de leur
foibleffe
Mais fon Maistre effrayé fuyant
Jobs favec vite
vitele
LAfnepour l'arrefter luy fait ouir
fa voix.
Le rugiffement ridicale
Fil
• Raffure de Maistre il recule ,
Et d'un coup de bâton luy fait fentir
le poids.
Honteux defa frayeur extrême ,
Il dit plein d'indignation
Un Afne , la lâcheté mesme ,
S'ofe couvrir de la peau d'un
Lion !
Ainfi mille faquins dans le fiecle où
noussommes
Cachent leurs noms obfcurs fous
des noms glorieux ;
Leur puissance, leur train éblouiffent
les yeux
}
GALANT
173
à
peine
Mais les voit-on de prés ; à p
font-ils hommes.
Les engagemens de tendreffe
ont leur agrément ,
mais il faut toujours en craine
dre la fin, & elle arrive quelquefois
d'une manieres facheufe
qui fait qu'on regrette
tout le temps qu'on a
donné à ce que l'on jugeoit
digne de l'eftime la plus forte ,
Un jeune homme de qualité
& affez bien fait , recomman
dable d'ailleurs par les belles
qualitez , avoit pris de l'atta
chement pour une Veuve i
dont je n'entreprendray point
Piij
174 MERCURE
de vous expliquer le cara-
&tere ; vous en jugerez par
l'évenement " dont je vais
vous faire part en peu de paroles
Quelque empreſſe qu'il
patuft pour elle il ne luy
rendoit jamais vifite que l'apréfdînée
, parce qu'un employ
confiderable dont il s'acquittoit
avec honneur , l'oc
cupoit tous les matins . Il eft -
vray que de temps en temps
elle venoit l'attendre chez
luy un moment avant qu'il y
rentraft , eftant bien- aife de
luy témoigner par ces petits
foins , combien ceux qu'il luy
GALANT S
rendoir la touchoierib fenfiblement.
lfaifoitmialipen
fe proportionaêcan bien qu'il
avoit s& ilsaffectbit fur cout
d'avoir des Laquaisbien faits,
& d'une tres grande propre!
tén
Hɔemakofrohɔaupe
les
autres de fort bonne mine
qui avoit fa confiance. Il s'en
fervoitpour les Meffages qu'il
faifoit faire à` la Veuve, oul
pour les Billets qu'il luy écri
voit , & ce privilege luy avoid
donné un air de fierté qu'il
laiffoit paroiftre dans toutes
fes actions. Le jeune Amant
deda Dame s'eftant un jour
P
iiij
176 MERCURE
trouvé diaffez bon matin dans
fon quartiers, vefallit. de prod
fiter de l'occafion, en onorarit
chez elle . Il ne patla à por
fonne y parce quel la porte de
la rue: eftoit ouverte auffi
bien que celle de l'antichiam
bre , où il monta fans eftre
apperceu. Apparemment la
Fémme de Chambre qui avoit
le fecret de fa Maiftreffe , &
qui entra prefquelen mefme
temps , avoit cru ne rifquer
rien en s'éloignant un moment
fans avoir fermé la por
te. Le jeune Amant ne fut pas
faché de pouvoir porter luyGALANT
177
mefme à la Veuve l'avis de
fon arrivée.Il ouvrit falcham
bre tout d'un coup & la vit
à fa toilette. Elle n'auroit pas.
manqué de l'y recevoir agrea
blement fi elle cuft efté fans!
compagnie ; mais elle avoit
auprés d'elle un jeune hom
me qui devoit l'embaraffer.
Il eftoit en Robe de Chambre
de brocard d'or, & avoit
uné chemife d'une toile de
Hollande fort: fine , garnie
de Point d'Espagne , un peu
entr'ouverte , & attachée negligemment
d'un ruban couleur
de feu . Il avoit auffi un
178 MERCURE
bonnet de nuit piqueure de
Marſeille , chamarré de den
telle , avec une coife garnid
de Point de France . Trois ou
quatre mouches placées en
divers endroits de fon vifage
relevoient fon teint qu'il a
voit fort beau . Ils fe regarderent
tous avec beaucoup de
furprife , & celle du jeune
Amant alla jufques à l'excés ,
lors qu'ayant envisagé fixement
le Cavalier à robe dé
chambre , il le reconnut pour
celuy de fes Laquais en qui il
fe confioit le plus . Il prit fon
party fur l'heure , & aprés
!
GALANT
. 179
avoir fait une grande revel
rence il ferretira en difant
d'un ton affez tranquille à la
Dame , qu'il fe réjoüiffoit
avec elle de fon illuftre conquefte
, & qu'il fe garderoit
bien d'avoir jamais des pretentions
avec un Rival fi dangereux.
Il n'a point vû la Dame
depuis ce temps - là
l'hiftoire ne dit point ce que
le Laquais eft devenu .
Je ne feray point difficulté
de vous apprendre aujour
d'huy ce qui s'eft paffé à l'ouverture
des Audiences du
Parlement de Paris , aprés la
&
180 MERCURE
S.Martin , puis que les chofes
que l'on n'a point focuës font
toujours nouvelles pour ceux
qui n'en ont point entendu
parler. MErard , fameux
Avocat, plaidant la premiere
Caufe du rôle de Vermandois
, par lequel on ouvre
toujours ces Audiences , prit
occafion de complimenter
Mt le Premier Prefident au
nom du Barreau , fur la haute
dignité où il avoit plu au
Roy de l'élever. Le ſujet de
la Caufe n'eftoit pas fort
éclatant. C'eftoit un Appel
comme d'abus , interjetté par
GALANT. 181
un Curé du Diocefe de Laon,
d'une Ordonnance renduë
par le Grand- Vicaire dans le
cours de fa Vifite , par la
quelle il avoit enjoint à ce
Curé de fe retirer pendant
fix femaines dans le Seminaire
de Laon, pour y repren
dre l'efprit de fon Etat , &
jufque là il l'avoit interdit
de toutes fonctions curiales .
Cela eftoit fondé fur les
plaintes faites par les Paroiffiens
que le Curé nourrif
foit beaucoup de Beſtiaux ,
& en faifoit une espece de
commerce, & qu'il avoit plu
# 3
1
182 MERCURE
fieurs Procés . M. Erard qui
plaidoit pour luy, aprés avoir
établi les moyens d'abus, examina
au fond les deux Cau
Les fur lefquelles le Grand-
Vicaire avoit rendu cette
Condamnation , & fit voir
qu'elles n'avoient pas deu y
donner lieu. Il ajouta que fi
l'Eglife dans les premiers frecles
avoit défendu à fes En
fans de plaider devant les
Juges feculiers, cette défenſe
qui eftoit commune à tous
les Chreftiens , n'eftoit fon
dée que fur ce qu'en ce tempsla
les Juges feculiers eftoient
GALANT 183
Payens Mais que dans le
temps où les Tribunaux fe
culiers font remplis de Juges ,
non feulement foumis à l'E
glife , mais d'und probité re+
connuë; dans ce temps où le
plus fage , & le plus religieux
des Princes apporte une application
particuliere à ne
mettre dans les premieres
Charges de la Magiftrature &
de l'Etat , que des perfonnes
d'une vertu éminente , qui
entrent dans les fentimens
qu'il a pour l'Eglife ; & que
l'on peut dire qui apportent
dans les fonctions feculieres
184 MERCURE
T
des moeurs dignes du Sacerdoce
, on ne peut trouver
mauvais que les Ecclefiaftiques
qui ont le malheur de
fouffrir quelque injuftice, en
portent leurs plaintes devant
les Juges prépolez
pour leur
rendre juſtice, a dana ash
Ne voyons- nous pas mefme,
Meffieurs , continua - t-il , les
Prelats les plus reguliers recla
mer tres - fouvent voftre autorité
, fe loüer hautement
de
la protection
qu'ils reçoivent
de vous ? Vous avez oйy , Meſ
fieurs la reconnoiffance
folem!
nelle qu'un des plus illuftres d'enGALANT.
185
tre eux
* en a faite depuis peu
de jours , la déclaration qu'il
fit mefme au nom de tout le
Clergé , qu'ils auroient encore
plus volontiers recours à vostre
Fuftice , pendant que vous aurez
pour Chef ce grand Magiftrat
que le Roy s'eft , pour ainfi dire ,
ofté à luy- mesme , afin de le
donner à fes Peuples » preferant
felon fa coûtume leurs befoins
à fon intereft , & qui ayant
ceßé d'eftre le Cenfeur public
parfa Charge , continuë de l'eſtre
par fes moeurs , & par fes exemples.
Au milieu de ces applau
16
* Mr. l'Archevefque , Duc de Reims.
Fanvier 1690 .
186 MERCURE
diffemens
que tous les Ordres
donnent
à fon élevation
, le
Barreau qui doit y prendre plus
de part ne peut demeurer
dans
le filence . Permettez
› Meffieurs
,
qu'il témoigne publiquement
par
ma bouche la joye qu'il reffent
avec tout le Royaume
, de voir
dans cette éminente
Dignité la
plus éminente
vertu , d'y voir
celuy à qui l'estime publique
la
deftinoit , dont le choix laiffe.
à douter fi c'est le Peuple qui
obeït à la volonté du Roy en
le recevant
de fa main , ou fi
c'eft le Roy qui défere au foubait
de fes Sujets en les luy
GALANT. 187
foumettant. Quels avantages
tout l'Etat ne doit- il pas attendre
de ce concours de l'ef
time du Souverain. & de la
confiance des Peuples dans la
perfonne de ce fage Mediateur !
Quel repos d'esprit pour tous
ceux qui auront befoin de recourir
à laFuftice , de voir leur
fort entre les mains d'un Fuge
qui ne peut estre ny furpris par
l'artifice , ny feduit par l'amitié,
ny prevenu par la cabale , ny
ébranlé par la faveur ! Mais
quel bon - heur pour noftre Ordre
en particulier de revoir à la
tefte de ce Parlement le fang de
?
Qij
188 MERCURE
cès grands Hommes , qui dans
ace n'ont
pas efté cette mesme
feulement les Protecteurs du
Peuple en general , mais qui ont
honoré les Gens de Lettres en
particulier d'une protection finguliere
! Pouvons - nous douter
que celuy en qui nous voyons
reünies comme par droit de fucceffion
toutes les excellentes.
qualitez de ces grands Perfonnages
; la profonde érudition &
la modeftie de Chriftophe de
Thou ; la fageffe & la fermeté
d'Achilles de Harlay ; la grandeur
d'ame & la fuperiorité de
Genie de Pompone de Bellieore
GALANT 189
l'indifference des uns & des
autres pour les richeſſes › leur
paffion pour la vraye gloire leur
amour pour la justice › leur zele
pour le bien Public & pour la
gloire du Roy ; Pouvons - nous
dis - je , douter qu'il ne leur fuccede
auffi dans l'estime qu'ils
ont eue pour noftre Profeffion , &
dans le foin qu'ils ont pris d'en
augmenter le lustre & la
dignité ?
Vous nous en avez déja donné,
Monfieur , tant de precieufes
marques que nous ne pouvons
en faire affez éclatter noftre
reconnoiffance mais fur tout
190 MERCURE
nous n'oublirons jamais l'hon
neur que vous avez fait au
Barreau , lors que vous choifistes
cette Milice , pour y faire le
premier effay des forces de cet
illuftre Athlete élevé dans le
fein de la vertu , qui marche
déja d'un pas fi affuré fur vos
glorieufes traces , & de qui la
Sageffe & les rares talens cul
tivez par vos foins ont prevenu
l'ordre de la nature , & merité
avant l'âge la pourpre dont il
vient d'estre revestu . Heureux
fi par noftre profond refpect pour
voftre perfonne , par une application
continuelle à nos devoirs
GALANT. 191
par nostre exactitude à obferver
les fages regles que vous nous.
preferirez , nous pouvons meriter
que vous nous continuiez une
protection qui nous eftfiglorieuse,
#j que nous regarderons comme
la plus noble récompenfe de nos
travaux. Mais plus heureux,
encore fi ce Palais peut jouir
pendant une longue fuite d'années
de la felicite de vous poffeder
,fans que les mefmes vertus
qui luy ont procuré ce riche
prefent's le luy faffent enlever.
Faffe le Ciel , que comme le
grand Achille de Harlay voftre
Bifayeul , a esté dans cette pla192
MERCURE
ce l'ornement de la fin du dernier
fiecle , & du commencement du
noftre, vous puissiez aprés celuycy
continuer bien avant dans
l'autre à gouverner cet auguſte
Tribunal ; afin que deux fiecles
differens ayent part à un fi
grand bonheur ; & que vofire
gouvernement qui fera entierement
femblable au fien par
maniere dont vous ferez regner
la justice , luy reſſemble auffipour
fa durée. Quelque paralelle que
la Pofterité faffe enfuite entre
vous deux , la gloire de l'un
n'effacera rien de celle de l'autres
puis que vous vous la commula
niquerez
GALANT. 193
niquerez reciproquement.
Je vous entretiens fort rarement
de ce qui ſe paſſe entre
l'Armée de l'Empereur &
celle des Turcs , parce que je
ne pourrois vous mander que
ce qui eft dans les Nouvelles
publiques , imprimées dans
les Pays Etrangers . Ces Nouvelles
font accommodées à
la Cour de Vienne , & comme
on n'en fçait que par cette
feule voye , on ne doit pas
y ajoûter entierement foy.
Ce n'eft pas que l'on ne doive
demeurer d'accord que les
Armées de l'Empereur ont
Fanvier 1690.
R
494 MERCURE
beaucoup
avancé
dans les
Terres Ennemies
, mais comme
il n'y a aucune
Place forte
dans toute l'étenduë
du
Pays qu'elles
occupent
, ce
qu'elles
ont fait doit pluftoft
eftre regardé
comme
de grandes
courfes
, que comme
des
conqueftes
folides . Quand
on eft fi avancé
, on eft quelquefois
obligé de reculer
, &
ces fortes d'avantages
ne donnent
fouvent
que de la gloire
au Vainqueur
. La terreur panique
qui a fait ceder les Ennemis
eftant
paffée , ils fe
rendent
d'autant
plus aiféGALANT
195
1
ment maîtres du Pays ou
l'on s'eft avance , qu'il eft
contigu âu leur , & que ceux
qui occupent fe trouvent
éloignez de chez eux, Les
Vainqueurs ne s'eftant point
attendus aux grands avantages
qu'ils ont remportez inopinément
& n'ayant pris
aucunes meſures pour les conferver
, leur Armée fe trouve
foible dans une grande étendue
de Pais qu'elle ne fcauroit
garder ? Les longdes marches
la font auffi beaucoup
diminuer , & le changement
d'air & de nourriture " em-
Rij
196 MERCURE
C
porte quantité de Soldats ;
de forte qu'il arrive bien
Touvent qu'aprés avoir fait
un grand éclat on a plus
perdu que gagné. Auffi les
Politiques foûtiennent - ils ,
que les bonnes Conqueftes &
dont on peut tirer de l'uti
lité , font celles que l'on
fait pied à pied . Il y a une
preuve inconteſtable , qui fait
voir que les fuccés de la
Campagne de Hongrie ne
peuvent eftre entierement
comme on les a debitez , puis
que fi cela eftoit , les Ambaffadeurs
Turcs feroient des
GALANT. 197
2
propofitions plus avantageu
fes à l'Empereur que celles
de l'année derniere . Cependant
ils n'en font aucune
de l'aveu mefme de la Cour
de Vienne. Ce fait parle , &
s'ils cftoient dans l'état ou
tant d'Imprimez les ont fait
paroiftre , il faudroit qu'ils
demandaffent la Paix à gcnoux
, leur Empire ne devant
plus avoir de Troupes , puis
que fi l'on calculoit ce que
les Nouvelles publiques " é.
trangeres en ont fait perir
cette année , on y trouveroit
plus de cent mille hom
R iij
198 MERCURE
3
mes ; mais ces nouvelles font
auffi peu croyables là deffus ,
que fur ce qu'elles ont dit
touchant les Revoltez dé
Catalogne . Elles ont affures
que Mr le Duc de Noailles.
avoit intelligence avec eux ,
& qu'il eftoit demeuré dans
lcur Païs , pour voir quel
fuccés auroit cette revolte , &
pour prefter la main aux Rebelles
. Il eft neanmoins cer
tain qu'il y avoit quatre mois
que ce Duc eftoit party del
Catalogne lors qu'ils ont fait
imprimer ces nouvelles. lb
avoit depuis fon départ tenur
GALANT. 199
les Etats de Languedoc , &
s'eftoit rendu auprés du Roy,
pour fervir fon Quartier de
Capitaine des Gardes du
Corps de Sa Majesté . Quand
on parle contre des veritez
fi connues , il faut qu'on
impofe beaucoup fur ce qui
Peft moins , comme les affaires
de Hongrie Sou
ou que l'on
craye des Peuples des lieux
où l'on écrit bien credules
ou bien ignorans de ce qui
Le paffe dans le monde .
Le foir du 3. du mois paſſe
M: Cenci , Vicelegat d'Avi
gnon , monta à l'Eglife Me
2
Riiij.
200 MERCURE
tropolitaine , où l'on chanta
le Te Deum en Mufique
,
pour rendre graces à Dieu de
l'exaltation du Cardinal Ortoboni
au Pontificat . Il
avoit plus de deux cens flambeaux
de cire blanche allu
mez, ce qui faifoit un tres
bel effer. M le Vicelegat
marcha precedé de la Compagnie
des Suiffes & de fa
Garde ordinaire, & accompa
gné de M Gaddi , Auditeur
& Lieutenant General de la
Legation des Auditeurs de
Rote ; du Vicegerent de la
Chambre Apoftolique des
(
GALANT 201
Juges de S. Pierre , du Viguier
, Confuls, & autres Magiftrats
, & Officiers du Pape ,
& de la Ville , & de toute la
Nobleffe . Enfuite il defcendit
à la Place du Palais , où il
fit allumer un feu qu'on y
avoit préparé. Le lendemain ,
tout le Clergé Regulier & Seculier
fe rendit le matin
dans l'Eglife Metropolitaine,
& marcha de là proceffionnellement
à celle des Peres
Cordeliers. M. le Vicelegat ,
precedé & accompagné comme
le jour précedent , fuivit
la Proceffion , & lors qu'il

202 MERCURE
fut monté fur le Trône que
l'on a accoutumé de luy
dreffer , M de Garenfe , Prevolt
de Noftre Dame , chanta
la grand' Meffe , aprés quoy
Ml'Abbé de Tulle prononça
en Latin le Panegyrique
du Pape avec beaucoup de
fuccés . Cela eftant fait , la
Proceffion , & M. le Vicelegat
retournerent dans le mef
me ordre à l'Eglife Metropolitaine
. Il y cut pendant
trois jours des Illuminations.
extraordinaires au Palais Apoftolique
, à l'Hotel de Ville ,
& à toutes les Maifons , avec
GALANT: 203
de grands feux de joye &.
d'artifice dans toutes les Pla
ces publiques.
Meffire Gilbert de Choifeul-
du-Pleffis - Praflin , Evef
que de Tournay , Docteur
de la Maifon de Sorbonne
mourut à Paris le 31. Decembre
dernier , âgé de foixante
& dix huit ans . Il avoit
cfté nommé Evefque de
Comenge en 1644. & fut
transfere à Tournay en 1671
I eftoit d'une profonde érudition
, & d'une fermeté inébranlable
dans les chofes qu'il
goyoit juftes. Ila gouverné
*
204 MERCURE
l'Eglife de Comenge , & enfuite
celle de Tournay avec,
une approbation generale , &,
a efté reconnu par tout pour
un veritable Pere de l'Eglife .:
L'Abbaye de St Martin d'Ai- ,
re vaque par la mort. Il eftoit ,
de l'ancienne Maifon des Seigneurs
de Choifeul , defcen-,
due de Raynier , Seigneur de
Choiseul, vivant en 1060. qui ,
fit de grands biens à l'Abbaye
deMolefme. Son Frere eftoit
Cefar , Duc de Choifeul , Pair,
Maréchal de France , Cheva- ,
lier des Ordres du Roy,
Comte du Pleffis - Praflin
GALANT. 205
Gouverneur des Ville & Païs
de Toul. Il eut pour Oncle
Charles de Choifculy Marquis
de Praflin , Comte de
Chavignon , Maréchal de
France , & Chevalier des Ordres
du Roy. Son Pere fut
Ferry de Choifeul, Comte du
Pleffis- Praflin & fon Aycul
Ferry de Choifeul , Seigneur
du Praflin & du Pleffis, Chevalier
de l'Ordre du Roy,
mort à la Bataille de Jarnac
en 1568. M. le Duc de Choifeul
d'aujourd'huy fe nomme
Cefar Augufte de Choifeul.
Il eft Duc de Choifeul , Pair
2c6 MERCURE
de France , Chevalier des Or
dres du Roy, premier Gentilhomme
de la Chambre de
Monfieur , & Lieutenant General
des Armées du Roy . Il a
efté Gouverneur de Toul , &
s'eft marié à la Fille de M -le
Marquis de la Valiere , Gouverneur
du Bourbonnois , La
Maifon deChoifeul porte d'azur
à la Croix d'or, cantonnée de
18. Billettes de mefme , cing en
fautoir aux cantons d'en haut ,
& quatre aux cantons d'en bas.
La mort de M. l'Evefque
de Tournay , fut fuivie peu
de jours aprés de celle de
GALANT. 207
Meffire Ferdinand de Neufville
Evefque de Chartres .
11 fut transferé à cer Eyeſché
en 1657. ayant eſté fait Eveſque
de Saint Malo en 1649.
Il eftoit auffi Abbé de Saint
Vandrille en Caux , de Belleville
Sur- Saone , & de Mau
zac. Il eft mort âgé de quatre-
vingt deux ans . Il avoit
efté autrefois Agent du Clergé
, & il en entendoit par
faitement les affaires
forte qu'on alloit fouvent à
luy comme à l'Oracle . Il avoit
beaucoup de bon fens
& l'eſprit juſte , & jamais
de
208 MERCURE
perfonne ne fut plus exact à
obferver la Difcipline . Il
eftoit auffi aimé que respecté
dans fon Diocefe , qui eft un
des plus grands de France ,
& il n'y fouffroit rien ny aux
Seculiers ny aux Ecclefiaftiques.
Il faifoit fouvent faire
des Miffions , pour fuppléer
aux vifites qu'il n'eftoit plus
en eftat de faire , & cela ne
le faifoit qu'avec de grands
frais . Il eftoit fort charitable ,
& diftribuoit fouvent de
grandes aumônes . Sa capacité
dans les affaires l'avoir
fait choisir pour une des
GALANT. 209
¿
Places qui font dans le Confeil
privé. M. l'Evefque de
Chartres eftoit Frere de Meffire
Camille de Neufville ',:
Archevefque de Lyon , Primat
des Gaules , Commandeur
des Ordres du Roy , &
de feu Nicolas de Neufville ,
Duc de Villeroy , Pair &
Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roy,
Gouverneur de Lyon & du
Lionnois , Foreſts & Beaujolois.
Leur Pere eftoit Charles
de Neufville , Marquis de
Villeroy & d'Alincourt Che
valier des Ordres du Roy ,
Fanvier 1690.
S]
216 MERCURE
Gouverneur de Lyon & dul
Lionnois , Forefts & Beaujolois
; & leur Mere fe nommoit
Jacqueline de Harlay ,
de l'Illuftre Maifon de Har ..
lay , qui a
fanneslignalné
des perdans
l'Epée & la Robe, L'Ayeul de
feu M. l'Evefque de Char !
tres fut Nicolas de Neuville,
Seigneur de Villeroy Alincourt
& Magny , Grand Trés
forier des Ordres du Roy ,
Miniftre & Secretaire d'Etats
& fon Aycule Madelaine de
l'Aubeſpine de Châteauneuf,
d'une Famille qui a donnév
GALANT 211
des Evefques , un Garde dest
Sceaux de France & deux
Secretaires d'Etat . Son Bifayeul
fut Nicolas de Neu
ville , Seigneur de Villeroy ,
Baron d'Alincourt , Gouver
neur de Pontoife ; fa Bifayeule
Jeanne Preud'homme , Fille
du Seigneur de Fontenay ,
Tréforier de l'Epargne . Son.
Trifayeul , Nicolas de Neufville
Seigneur de Villeroy,
& de Chanteloup ; fa Trifayeule
, Deniſe Morlet du
Mufeau. Son Quart- Aycul ,
Jean de Neufville , Secretairer
des Finances , & employé en
Sij
212 MERCURE
plufieurs Negociations d'Etat
fous le Roy Louis XII.
fa Quart Ayeule , Genevieve
le Gendre , Fille de Jean le
Gendre , Seigneur de Villeroy
, d'une Famille qui a
4
donné des Confeillers au
Parlement & aux Compa..
gnies Superieures , Treforiers
de France & Prevoft des Marchands
à Paris , qui eft tom.
bée par Filles en l'ancienne
Famille des Chippard . Seigneurs
de la Grand '-Maiſon,
Nanteuil , Cramailles
Laas-Saint Andcol .
>
&
L'Abbaye de St Vandrille
GALANT. 213
en Caux , qu'avoit feu M. de
Chartres a efté donnée à
Mile Chancelier
, pour un
des Fils de M de Fourcy ,
& fa place de Confeiller d'Etat
ordinaire , a efté remplie
par M: l'Archevefque d'Ambrun
, Evefque de Metz .

J'ay encore une mort à
vous apprendre. C'eft celle de
Meffire Paul d'Efcoubleau
Marquis d'Alluy & de Sourdis
, Baron d'Auneau , Gouverneur
& Lieutenant general
pour le Roy des Ville &
Duché d'Orleans , Païs Orleanois
, Chartrain , Dunois
214 MERCURE
A
cc
Blaifois , Vendomois , Sologne
, Perche Goëth , & de la
Ville & Chafteau d'Amboife .
Cette mort eft arrivée le 6. de
ce mois . M. d'Alluy eftoit Fils
de M le Marquis de Sourdis
, Chevalier de l'Ordre ,
Gouverneur de l'Orleanois
Blaifois, & d'Amboife , homme
de bon efprit , & qui ef .
toit arbitre general de toutes
les perfonnes de qualité. Il eft,
de cette Maifon de Sourdis ,
fameufe par fes Alliances
Frère de Mt le Comte de
Sourdis , & de M l'Archevefque
de Bordeaux , qui a
GALANT
215.
10
fr longtemps commandé les
Armées Navales fous le regne
du fèu Roy . M² d'Alluy a eu
les Gouvernemens de M fon
Pere , & avoit époufé Made
moiſelle du Foüillor , de la
Maifon de Meaux . Il a pour
Freres M'de Montluc , & M
le Comte de Sourdis, Chancelier
de l'Ordre , à qui Sa Majefté
vient de donner les Gouvernemens
qu' avoit M² le
Marquis d'Alluy, up to
Le Roy a donné l'Abbaye
de S. Germain des Prez à M
le Cardinal de
Furftemberg.
Jay cu fi fouvent occafion
#
216 MERCURE
le Roy!
de vous parler de cette Eminence
, que je n'ajoûteray
rien à ce que plufieurs de mes
Lettres vous en ont appris ; i
mais vous ne ferez pas fachée
que je vous faffe connoiftre
ce qu'eft l'Abbaye dont Sa
Majefté vient de le pourvoir .
Elle fut fondée par
Childebert . Fils du Grand
Clovis, en l'honneur de Saint
Vincent Martir, dont il avoit
apporté quelques Reliques en
France , au retour de fa feconde
Expedition d'Espagne . Le
Titre de la Fondation eft de
la quarante - huitiéme année
2
de
GALANT. 217
*
de ce Prince , c'est à dire de
l'an 561. ou 562. L'an 569 .
S.Germain , Evefque de Paris,
exempta ce Monaftere de la
Jurifdiction des Evefques fes
Succeffeurs. Il y fut enterré
l'an 578. dans la Chapelle de
St Simphorien, qu'il avoit fait
bâtir,d'où fon corps fut transferé
dans la grande Eglife fous
le regne du Roy Pepin, qui af
fifta à la ceremonie avec fon
Fils Charlemagne , pour lors
âgé feulement de fept ans. Le
merite de ce digne Prelat de
l'Eglife de Paris , a fait qu'infenfiblement
le Monaftere de'
Fanvier 1690 .
T
218 MERCURE
Saint Vincent a esté appellé
l'Abbaye de St Germain , Elle
fut brûlée par les Normands
l'an 846. Ils y mirent le feu
une feconde fois l'an 853. mais
les Reliques de St Germain, &
les autres que poffedoit ce
Monaftere , avoient efté mifes
toutes les deux fois en des
lieux de feureté . Elles furent
encore fauvées de leur fureur
lors qu'ils affiegerent Paris
l'an 888.mais le Monaftere la
fentit dans toute fa violence . ,
On voit dans l'Eglife les
Tombeaux de quatre Rois
de la premiere Race , & de
GALANT. 219
i
quatre Reines fçavoir , de
Childebert & d'Ultrogothe
fon Epoufe , Fondateurs de
l'Abbaye de Chilperic & de
Fredegonde ( le Tombeau de
cette Princeffe eft une Mofaïque
originale , & inconteftablement
faite au temps
qu'elle mourut ) de Clotaire
II. & de fa Femme Bertrude
; de Childeric II. & de
Blitilde fa Femme . On fçait
outre cela
que Chrothberge

& Chrothfinde , Filles de
Childebert I. y ont auffi efté
enterrées , ainfi que Mercüée
& Clovis , Enfans de Chilpe-
Tij
220 MERCURE
"
ric I Le coeur de Cafimir ,
dernier du nom Roy de Pologne
qui aprés avoir abdiqué
fut nommé à cette Abbaye,
y eft auffi dans un Tombeau
de Marbre d'un deffein
fort eftimé. M le Comte du
Vexin , Fils naturel du Roy ,
y fut auffi enterré il y a fept
ans. Les illuftres Abbez de
ce Monaftere , au moins ceux
qui l'ont efté depuis qu'elle
eft en Commande , font le
Cardinal de Briçonnet , Archevefque
de Reims; fon Fils ,
l'Evefque de Meaux ; les Cardinaux
de Tournon , de VenGALANT
221
dofme & de Bourbon , & enfin
Mf le Duc de Verneuil ,
dont le coeur a cfté apporté
& mis dans cette Eglife fous
un Marbre. Il eut pour fucceffeur
le Roy de Pologne ,
depuis la mort duquel l'Ab
baye a vaqué jufqu'à la nomination
de Mle Cardinal
de Furftemberg , celle que le
Roy avoit cu deffein de faire
de la perfonne de M le
Comte du Vexin n'ayant pas
eu de fuite. Guillaume de
Briçonnet Evefque de Meaux ,
mit la Reforme de Chezal-
Benoift dans le Monaftere de
Tiij
222 MERCURE
StGermain des Prez ; elle y
a reſté juſqu'en 1631. que cellede
Saint Maur y fut introduite.
Ufuard & Aimoin font les
deux plus fameux Ecrivains
que cette Abbaye ait produits
dans les fiecles reculez .
Le Pere du Breüil fit beaucoup
d'Ouvrages dans le der
nier fiecle , entre autres les
Antiquitez de Paris . Il donna
auffi une addition aux cuvres
de St Ifidore de Seville ,
ramaffées & reveues fur les.
Manufcrits , ce qui a cfté un
prelude de ce qui s'eft fair, &
GALANT. 223
fe fait encore prefentement
dans ce Monaftere , où les
Religieux s'appliquent avec
un grand foin à donner au
Public les Ouvrages des Peres
dans leur purete originale .
autant qu'il eft poffible.Douze
cens Manufcrits qui ont
efté collationnez pour la feule
Edition du Saint Auguſtin ,
montrent la grandeur de ce
travail . S. Ambroiſe , S. Anfelme
, St Bernard , & quel
ques autres Peres ont déja
paru auffi , & l'on verra bientoft
le St Hilaire , le S.Jerof
me & le S. Athanafe , qui fera
Tiiij
224 MERCURE
fuivi du St Jean Chryfoftome,
& des autres Peres Grecs
qui auront plus de befoin d'eftre
retouchez . Les grands
noms de Menard , d'Achery,
Mabillon , Blampain , Germain,
& c.font des garans de
la perfection des Ouvrages
aufquels ils ont travaillé , ou
au moins des Religieux qui
fe font formez fur leurs exemples
, & qui ont pris leurs
Leçons.
Je viens à l'article de l'Election
du Roy des Romains.
L'Empereur voulant fe fervir
des conjonctures favorables
GALANT 225
I
ན་
qui ne
pour faire élire le Roy de
Hongrie fon Fils , dans un
âge qui devoit l'empefcher
d'y penfer , puis qu'il n'y a
point encore eu d'exemple ,
qu'on ait élu un Roy des
Romains , qui eft un Coadjuteur
â l'Empire
fuft pas en eftat de gouverner
l'Empereur , dis - je ,
voulant paffer par deffus toutes
les coûtumes , réfolut de
faire une espece de playdoier,
& d'employer toutes les rai
fons faulles ou veritables qui
pouvoient luy faire gagner
fa caule par quelque appa226
MERCURE
rence de juftice , ou par des
motifs de reconnoiffance.
Ainfi le is . de Decembre dernier
les Electeurs s'affemblerent
pour la premiere fois
dans la Maifon de Ville
d'Aufbourg , avec les Miniftres
des Electeurs de Brandebourg
& de Saxe . On vic
paroiftre d'abord l'Electeur
de Mayence , puis l'Electeur
de Tréves , l'Electeur Palatin ,
l'Electeur de Cologne & l'Electeur
de Baviere , chacun
en fon rang & avec fa fuite .
Les Ambaffadeurs de Saxe
eftoient les Sieurs Gerſtorfs
GALANT. 227
& de
Frieffen ; & pour l'Electeur
de Brandebourg
, le
Sicur
Danckelman le jeune ,
à caufe de l'indifpofition
de
fon Aîné. L'Empereur
commença
fon difcours , non pas
par ce qu'il avoit à leur de
mander , mais par un long
détail des chofes , par lef
quelles il croyoit
qu'on luy accordaſt
ce qu'il
meriter
fouhaitoit. Je vais vous en
entretenir , & vous feray voir
enfuite , qu'il n'eft pas malaifé
d'y répondre , & que
l'Empereur n'a mis la France
en jeu dans cette rencontre
228 MERCURE
que parce qu'il a cru qué ce
qu'il avoit refolu de luy imputer
, ferviroit à faire réüffir
fes deffeins . Il fit d'abord
un long détail de l'eſtat prefent
de l'Allemagne , & des
dommages qu'il pretend que
la France air caufez à l'Empire.
Il parla enfuite de la
fituation où font fes affaires
avec les Turcs , & les fit voir
demandant la Paix avec de
grandes inftances . Aprés cette
efpece de prélude , il divifa
fon Difcours en deux points.
Le premier regardoit la feureté
de l'Empire , & les
GALANT. 229
moyens de prevenir toutes
fortes de divifions & de
mefinteligences qui pourroient
naiſtre entre les Etats
de l'Empire , ou eſtre fufcitées
parmy eux de la part
des Ennemis par de dangereufes
pratiques , ajoûtant à
cela qu'il falloit penser à des
expediens propres à continuer
vigoureuſement la Guerre
, ce qui eftant une fois refolu
, feroit fuivy d'une con-
.clufion définitive dans l'Af
femblée Generále de Ratifbonne
, au nom des autres Je
Etats de l'Empire.
230 MERCURE
A
Le fecond point regardoit
l'Election d'un Roy des
Romains , que l'Empereur
trouvoit neceffaire pour établir
la feureté de l'Empire
dont il venoit de parler , alleguant
plufieurs chofes contre
la France , & particulierement
d'avoir voulu attirer
dans fa Maifon la Couronne
des Romains , foit par une
Election forcée , ou par une
violence publique & à main
armée , ou Guerre ouverte.
Il dit encore que comme
la France perfifteroit toûjours
dans ce deffein tant qu'il
"
GALANT: 231
luy reiteroit quelque efperance
d'y pouvoir réüffir , il
falloit pour arrefter les pretentions
, travailler à l'Elec
tion d'un Roy des Romains
& d'un Succeffeur à l'Em+
pire ; qu'ainfi il eftoit neceffaire
que les Electeurs fiffent
preferablement à toute autre
confultation une reflexion
ferieufe , & déliberaffent
meurement fur ce point , &
fur les moyens de borner
l'ambition de la France , &
de mettre l'Empire dans une
folide fecurité par l'Election
dans les formes , & felon les
232 MERCURE
regles anciennes & bien ordonnées
, d'un Roy des Ro
mains & d'un Succeffeur à
l'Empire. Il ajoûta que ce
n'eftoit pas qu'il ne fuft dans
fa pleine vigueur , & en eftat
de pouvoir gouverner , encore
quantité d'années , mais qu'il
ne laiffoit pas d'eſtre ſujet à
la mort comme tous les autres
hommes , & que cette
veuë luy caufoit de la frayeur
& le touchoit jufqu'au coeur,
quand il penfoit à l'horrible
confufion où l'Empire Romain
le verroit enveloppé &
engagé , file Trône ImpeGALANT.
233
rial venoit à vacquer avant
la fin de cette Guerre , ou fi
elle n'avoit pas le fuccés
qu'on en attendoit , d'autant
plus qu'en temps de Paix
l'Empire avoit accoûtumé
d'eftre defarmé, & qu'au contraire
la France avoit toujours
des Troupes fur pied , & qu'-
encore depuis peu elle s'eftoit
fait jour jufque dans les entrailles
de l'Allemagne , & avoit
toujours tâché de troubler
la liberté des Affemblées
de l'Empire ; que ces raiſons
l'obligeoient à requerir que les
Electeurs fe fiffent une affaire
Fanvier 1690.
V
274 MERCURE
de la derniere importance de
celle dont il s'agiffont , &
qu'ils s'en fiffent mefme une
neceffité fi preffante , que cette
Affemblée
puft l'affifter de
fes bons confeils , & voir conjointement
avec luy , ce qu'il
feroit à propos de faire pour
la continuation
de la guerre
contre la France , avec d'autant
plus de foin , d'applica
tion & de diligence , qu'il ne
pouvoit fe difpenfer de retourner
dans les Pays Hereditaires
pour y donner fes foins.
& fes veilles à foutenir deux
rudes guerres , & à tout ce qui
GALANT. 235
pourroit fervir à l'heureux
fuccés de la Negociation
de
Paix avec le Turc ; qu'au refte
il ne pretendoit point par
fa demande , diminuer , affoiblir,
& alterer en aucune ma
niere la liberté des Electeurs
au choix qu'ils avoient à faire.
Il dit enfuite que l'affe-
&tion qu'il portoit au Roy de
Hongrie fon Fils , n'alloit
point fi loin , qu'il vouluſt
rechercher
fes avantages plus
que ceux de l'Empire , mais
que l'Empire ne s'eftoit point
mal trouvé de la maniere
douce & debonnaire
du gou
Vij
236 MERCURE
vernement de la Maifon
d'Auftriche
& qu'aprés fa
mort , le Roy fon Fils feroit
pourveu de plus grands Etats ,
qui ferviroient contre le Turc
de boulevart , de défenſe , &
d'avant mur au faint Empire,
& qu'il fourniroit un plus
puiffant fecours pour faire »
tefte à d'autres Ennemis. Ha
marqua qu'il l'élevoit dans la
crainte de Dieu , & luy faifoit
enfeigner toutes les Vertus
Royales, &dignes d'un grand
Prince ; aprés quoy il fit fon
éloge , & dit qu'il avoittoutes
les vertus de fes anceſtres.
GALANT. 237
Il ajoûta que quoy qu'il fuft
encore trop jeune pour gouverner
dette Election d'un
Succeffeur à venir eftoit pour
faire éviter à l'Empire tous
les troubles qui ont accoutu
mé d'arriver dans un interregne
, ainfi que pour empefcher
toutes les entrepriſes des
Ennemis ; que la Bulle d'or
n'avoit preferit aucun temps
à l'égard de l'âge , & que
d'ailleurs il fe trouvoit dans
une fi parfaite fanté , que
moyennant l'affiftance diviet
ne , il pourroit fe charger du
foin des affaires du moins 2
238 MERCURE
1
juſqu'à ce que fon Fils fult
en eftat de le prendre
, & que
s'il plaifoit à Dieu de diſpoſer
de fa perfonne avant ce
temps là , les Electeurs pourroient
ordonner de l'adminiſtration
par interim , de la
maniere qu'ils croiroient la
plus conforme à la Bulle d'or
& à leurs droits , & pour le
bien du faint Empire. Il con
clut en faifant voir que les
guerres civiles & externes ,
dont il avoit fupporté les
charges pendant fon regne ,
& qui luy avoient couté beaucoup
de foins & de peines
+
GALANT. 239
devoient luy faire efperer qu'-
avant fon depart pour les
Pays hereditaires , on éliroit
& couronneroit fon Fils Roy
des Romains .
Les Electeurs ayant delibere
fur la propofition de
l'Empereur, firent felon l'ufa
ge une réponſe par écrit , &
fixerent le jour de l'Election ,
& mefme celuy du Couronnement
, ce qui eſtoit aſſez
declarer que le Roy de Hon
grie devoit eftre éleu Roy
des Romains .
Comme il y avoit longtemps
que l'Empereur avoit
240 MERCURE
que
refolu de faire le Prince fon
Fils Roy des Romains , toutes
les raiſons auffi fauffes que
fpecieuſes dont fon difcours
fut rempli , avoient eſté dites
aux Electeurs avant que
Sa Majesté Imperiale fe commift
à leur demander par
#liment leurs fuffrages .
Cette affaire eftoit un ouvrage
de Cabinet. Elle coute une
partie du fang qui s'eft répandu
en Europe depuis deux
ans; & fi on l'examine de prés,
on trouvera que tout ce que,
La Religion Catholique y
fouffre ; & la ruine de cette
meſme
GALANT. 241
mefme Religion en Angleterre
, viennent en partie du
deffein qu'avoit formé l'Empereur
de faire réuffir cette
Election,, puis que fans les
veuës qu'il avoit pour y parvenir
, il n'auroit pas confenty
à l'invaſion du Prince d'Orange
. Mais il eftoit bien - aiſe
d'engager une guerre qui puſt
le rendre plus puiffant & plus
recommandable , & qui abaiffaſt
en mefme temps la France
, afin d'eftre plus en eſtat
de demander l'Election du
Roy de Hongrie fon Fils , en
alleguant , comme il a fait ,
Fanvier 1690.
X
242 MERCURE
qu'il foutenoit la guerre
contre les Turcs & contre
la France. Il vouloit auffi que
le Prince Clement fuft Eleteur
de Cologne , afin d'avoir
fa voix , & il apprehendoit
qu'en pleine Paix , les
Electeurs dont les Etats font
proche des Terres de France ,
ne luy fuffent pas favorables ,
& ne refufaffent leurs voix
pour élire fon Fils Roy des
Romains, fur ce qu'il ne pouvoit
eftre justement élu, puis
qu'il n'eft pas en âge de gouverner
. L'Empereur dit que
la Bulle d'or ne preſcrit point
¿
GALANT. 243
d'âge .J'en demeure d'accord,
mais fi elle n'en preferit
point, c'eft feulement parce
qu'il y a de certaines chofes
dont on ne parle jamais lors
qu'il eft noroirement vifible
qu'elles ne fe doivent point
faire. L'élection d'un jeune
Roy des Romains eft de cette
nature . Il est à l'Empire ce
qu'eft un Coadjuteur à un
Evefque ; & perfonne n'ignore
que fi un Evefque qui auroit
un Coadjuteur incapable de
faire les fonctions Epifcopales
, venoit à mourir , il Teroit
abfolument neceffaire
X ij
244 MERCURE
qu'on nommaft un autre Evefque
pour les remplir.
L'Empereur convient luymefme
que s'il venoit à mourir
avant que fon Fils fuft
enâge de fupporter le poids
des affaires , il faudroit que
l'Empire fuft gouverné fuivant
& de la maniere que les
Electeurs le jugeroient
à pro-
Pos , & qu'il ne preffe l'életion
d'un Roy des Romains
que pour empefcher les defordres
qui pourroient arriver
dans un interregne . Voilà
comme chacun veut fouvent
que le Public trouve fon
GALANT. 245
avantage dans ce qui fait le
fien particulier. Les defordres
d'un interregne
( fuppofé
qu'il en arrive ) ne font pas
fouvent de longue durée , &
ils ceffent par le choix qu'on
fait d'un homme en âge de
regner , je ne dis pas capable
de regner ; on s'y trompe
quelquefois ; mais enfin , l'autorité
abfolue qu'il a en
main faifant fuivre fes Commandemens
, le calme fe rétablit
, au lieu qu'une Regenge
durant quelquefois plufieurs
années , il en faut pluficurs
autres pour rétablir le
X iij
246 MERCURE
on
mal qu'elle a caufé à un Etat.
Ainfi nonobftant toutes les
raifons de l'Empereur
rifque le repos de l'Empire ,
en élifant un Roy des Romains
qui n'eft pas en âge
de gouverner. Lors que l'Empereur
a pretendu qu'on luy
devoit cette grace pour avoir
foutenu la guerre contre les
Turcs , il n'a pas voulu fe
fouvenir , ( & il a cru que des
gens gagnez ne voudroient
pas avoir plus de memoire que
Tuy ) qu'encore que la Guerre
fe foit faite fous fon nom.
fon Armée eftoit neanmoins
GALANT. 247
compofée des fecours de
prefque tous les Princes de
l'Europe , & entretenue de
leur argent , & de celuy du
Pape Innocent XI . Perfonne
n'ignore que la premiere Nobleffe
de France s'y eſt trouvée
& diſtinguée
, & que les
Miniftres mefmes y avoient
leurs Enfans , ce qui marque
que ny le Roy , nyfon Confeil
, n'ont jamais eu de mau
vaiſes intentions contre l'Empire
, comme l'Empereur a
voulu le faire voir ; mais il
avoit fon but , & il eftoit
neceffaire qu'on le cruſt pour
X iiij
248 MERCURE
s'unir contre la France , &
pout rendre Sa Majefté Im .
periale plus puiffante , parce
que
lors que
l'Allemagne eft
armée , l'Empereur a l'avantage
d'en eftre le Chef. Ce
n'eft pas que celuy qui regne
aujourd'huy ait jamais monté
à
cheval pour
fe mettre à la
tefte de fes Troupes , ny qu'il
ait jamais fait un pas vers le
peril ; de forte que n'eftant
point ufé par les fatigues , il
a cu raifon de dire qu'on
pouvoit élire le Prince fon
Fils Roy des Romains , parce
qu'il fe fentoit une fanté af
GALANT. 249
fez parfaite pour vivre encore
long-temps .
A l'égard de ce que l'Empereur
a allegué , que le Roy
Tres-Chreftien vouloit mettre
l'Empire dans fa Maiſon ,
je ne croy pas que l'on ait
jamais rien dit de fi peu
vray-femblable , ny qui ait
dû faire moins d'impreffion
fur l'efprit des Electeurs , qui
fçavent le contraire , & que
dans la derniere Election , la
plufpart de ces Princes prefferent
le Roy de l'accepter , à
quoy Sa Majesté ne voulut
point entendre . On fait
250 MERCURE
qu'E
' Elle fut en pouvoir d'en
difpofer en faveur de qui il
luy auroit pleu , & que l'Empereur
à prefent regnant ne
feroit pas parvenu à cette Dignité
fi Elle n'y cuft confenty.
On fçait mefme qu'un Ele-
Eteur refufa fon confentement
pour eftre élu , & que les
Electeurs qui ne font pas d'Eglife
aiment mieux un Electorat
qui eft hereditaire dans
leur Maiſon, que le vain titre
d'Empereur, L'Empire hors
de la Maifon d'Auftriche eft
fans ame . Son Siege
un
corps
n'eft point à Vienne, qui eft la
GALANT. 251
Capitale de cet Archiduché.
A peine a- t- il une demeure ,
& des Sujets , & tout ce qu'il
a confifte en vains titres . Il
n'a de Troupes que quand
chacun luy en prefte , & c'eſt
l'Armée de l'Empire , & non
pas de l'Empereur. S'il a aujourd'huy
douze ou quinze
mille hommes qui dépendent
de luy , c'eſt que la Hongrie ,
la Boheme , & l'Auftriche luy
ont donné moyen d'entrerenir
ce petit Corps . Toutes ces
chofes font voir clairement
que le Roy n'a jamais brigué
l'Empire . Quelle apparence
252 MERCURE
qu'il cuft fait des démarches
pour ce rien pompeux , puis
qu'aucun des Electeurs ne
voudroit changer fon Electorat
contre l'Empire ? L'Empereur
qui s'en accommode
mieux qu'un autre , par les
raifons que je viens de dire, eft
bienheureux que les cabales
qu'il fuppofe à la France , luy
fervent de moyens pour le
faire tomber au Roy de
Hongrie fon Fils aprés fa
mort , & il doit avouer que
la France luy eft utile , lors
mefme qu'il la décrie. I
le fait non feulement par
GALANT. 253
cette raiſon , mais parce qu'il
eft ordinaire aux Souverains
de décrier la conduite de ceux
qui font dans un degré de
gloire & d'élevation , où ils
fentent bien qu'ils ne peuvent
arriver. Ainfi le difcours de
l'Empereur a eu plufieurs fins ,
lors qu'il a dit que le Roy
troubloit toutes les Dietes ,
& qu'il vouloir mettre l'Empire
dans fa Maiſon ; & il a
fait donner la Couronne des
Romains à fon Fils , pour arrefter
les pretentions de la
France qui n'y penfoit pas.
Il a voulu auffi luy faire un
254 MERCURE
crime de ce qu'elle eſt armée
en temps de Paix, & que l'Empire
ne l'eft pas , comme fi
l'Empire , qui a peu de Troupes
, parce qu'il a peu de Places
à garder , faifoit que la
France fuft criminelle d'en
avoir en temps de Paix, pour
fervir de Garnifons au grand
nombre de Places fortes qui
font fa gloire & fa feureté .
Je pourrois encore alleguer
que toute l'Allemagne a toujours
vû à regret l'Empire
dans la Maifon d'Auftriche ,
parce que toutes les fois que
cette Maifon s'eft trouvée
GALANT. 255.
puiffante , elle a pied à pied
enfraint toutes les Conftitutions
de l'Empire. C'est ce
qui fut caufe qu'il ne pouvoit
fe refoudre à l'élection de
l'Empereur qui regne aujourd'huy
, & qu'il n'y confentit
qu'à certaines conditions, que
le Roy de Hongrie ( c'eftoit
la qualité que Sa Majeſté
Imperiale avoit alors ) jura
d'obfervers & dont pas une
n'eſt obſervée aujourd'huy .
Cela eft de fait , il n'y a qu'à
voir ce qui a efté arreſté à la
Diette de fon élection , &
la maniere dont il a gouver256
MERCURE
né , pour cftre convaincu
que celuy qui fait fi grand
bruit en reprochant aux
autres de manquer de parole,
n'a pas gardé un moment
celle qu'il a donnée en recevant
l'Empire , n'ayant pas
feulement obfervé la moindre
chofe de tout ce qu'il
avoit juré. Cela auroit pu
empefcher le Prince fon Fils
de luy fucceder ; mais les
Electeurs fe font trouvez à fa
devotion , parce que l'un eft
fon Beau-pere , & l'autre fon
Gendre ;, & qu'il a fait donner
des Bulles d'un autre
GALANT. 257
Electorat contre tout droit
& raiſon au Frere de ce Gendre
, quoy qu'il n'euft ny
l'âge , ny la vocation , ny la
pluralité des voix . A l'égard
des Electeurs voifins des Terres
de France , il a fait enforte
que la Guerre s'enga
geaft avec cette Couronne ,
à caufe qu'il eftoit impoffible
que les Etats de ces Electeurs
ne s'en reffentiffent , & il leur
a en mefme temps offert du
¿fecours contre la France . Cela
seft fi vray , qu'il n'a fait le
Siege de Mayence , qu'à con
dition que l'Electeur don-
Fanvier 1690.
Y
258 MERCURE
neroit fa voix au Roy de
Hongrie pour eftre élu Roy
des Romains ; mais il auroit
fait plus de plaifir aux Electeurs
, de ne point engager
cette guerre , puis que leurs
Etats n'auroient pas cité defolez
par les Troupes
des
deux partis . Il vouloit conferver
l'Empire dans la Maifon
, & il a tout facrifié , &
la Religion
mefme pour venir
à bout de ce deffein.
Je vous appris dans le mois
de Juin dernier , combien
l'élection
de Madame
de la
Terriere pour Superieure du
GALANT 259
Convent de Sainte Marie de
Villefranche en Beaujollois ,
avoit caufé de joye à cette
Communauté, ainfi qu'à toute
la Ville ; mais les felicitez
de ce monde font fujettes aux
changemens les plus impré
veus. Ce Monaftere qui recevoit
tous les avantages qu'il
pouvoit attendre du gouver
nement de cette digne Supericure
, eft prefentement
dans les regrets de fa mort.
L'attachement que toutes les
Religieufes avoient pour elle ,
a bien paru par les Prieres publiques
, & par les voeux qu'-
Y ij
260 MERCURE
D
gueri
elles ont faits pour fa
fon pendant tout le temps de
fa maladie , & depuis fa mort
la veneration que l'on conferve
pour fa memoire dans
ce Monaftere , eft une preuve
éclatante de l'eftime qu'on
faifoit de fa vertu : La douleur
de cette perte n'a pas cfté
feulement
renfermée
dans
l'enclos des murailles
du
Convent ; elle s'eft répandue
dans la Ville de Villefranche ,
& dans toute la Province , où
cette Dame eft regretée generalement.
Voicy les noms de quelGALANT
260
"
ques autres perfonnes confiderables
, mortes icy depuis
ma derniere Lettre .
Meffire Pierre Hallé,Profef
feur du Roy , Docteur , Regent
& Sindic de la Faculté
des Droits en l'Univerfité de
Paris. Il eftoit âgé de foixante
& dix huit ans , & en avoit
employé la plus grande partic
dans l'exercice de la Profeffion.
Il s'appliquoit particu
lierement à l'inftruction des
Pauvres Ecoliers , qu'il aidoit
â faire fubfifter & étudier.
Dame Marie- Françoife de
Moucy, Elle eftoit Ferme de
262 MERCURE
"
Meffire Pierre- Antoine de
Caftagnere -de Chasteauneuf ,
Seigneur de Marolles , Confeiller
au Parlemenr de Paris,
& Ambaffadeur Extraordinaire
de Sa Majefté à la Porte.
Meffire Nicolas de Jaffault,
Seigneur d'Arquinvilliers ,
Richebourg , du Gué & de
la Lande , Doyen des Maîtres
des Requeftes. Mi d'Arquinvilliers
fon Pere , avoit
époufé Jeanne Triſtan , defcendue
des Familles
Triſtan , Morely , de Tarendes
ne & Poncet. Il laiffe un Fils ,
qui Meffire Jean de JafGALANT
263
C
fault , Seigneur d'Arquinvil
liers ; Maitre des Requeftes ,
& auparavant Confeiller en
la Cour des Aydés .
Dame Marie Mandar . Elle
eftoit Veuve de Meffire Antoine
le Fevre , Seigneur de
la Barre , Lieutenant General
des Armées du Roy . La Famille
dés le Févre de la Barre,
a donné des Maiftres des Requeftes
, Confeillers au Parlement
, & Prevoft des Marchands
à Paris . Celle de
Mandat a auffi donné divers
Officiers au Parlement >
Chambre des Compres , &
264 MERCURE
7
autres Compagnies de Paris ,
& des Capitaines aux Gardes.
Dame Marie Louver. Elle
eftoit Veuve de Meffire Henry
de Sallant , Marquis de
Bouron .
. Mr François d'Agueffeau ,
receu Secretaire du Roy en
1674. Il eftoit Fils de M Dagueffeau
, Maistre des Comptes,
d'une Famille dont il y a ya
eu plufieurs Confeillers aux
Compagnies Superieures . Elle
a pour Chef Meffire Henry
Daguefleau , Confeiller d'Etat
cy- devant Maistre des
Requeftes ,
GALANT. 265
Requeftes, Prefident au Grand
Confeil , & auparavant Confeiller
au Parlement de Mets .
M Dagueffeau qui vient de
mourir a deux Soeurs de fon
nom ; l'une mariée à M : le
Marquis de Saint Remy , de
l'illuftre Maifon de Conflans
en Champagne , Vicomtes
d'Auchy , & Marquis d'Armentieres
, qui a donné des
Maréchaux de - France , Chevaliers
des Ordres du Roy ,
Gouverneurs de Villes , &
autres perfonnes fignalées
dans les armes. Son autre
Soeura efté mariée en la Mai-
Fanvier 1690 .
7

266 MERCURE
fon de Marigny. Madame fa
Mere. qui eſtoit de la Famille
des Goutet , Vicomtes de Soudé
en Champagne , eſtant
Veuve de M Dagueffeau .
Maistre des Comptes , époufa
en fecondes Noces M. Poitevin
, premier Preſident en la
Cour des Monnoyes , dont
eft venue Madame Berault ,
Femme du Treforier de France
; & en troifiémes Noces
elle épousa M. de S. Genis ,
Maistre des Comptes ; dont
font venus M de S Genis ;
cy - devant Confeiller au Parlement
, & M. de St Genis ,
GALANT 267
C
Seigneur de Villante & de la
Ferriere ! auh dala co
Mellire Antoine Faure ,
Preftre , Docteur en Theolo
gie de la Faculté de Paris. Il
eftoit Prevost & Chanoine do
l'Eglife de Reims . On le confultoit
comme l'un des plus
fçavans Theologiens de ce
temps.
Je vous ay fait une ample
defcription de ce qui fe paffa
EEfte dernier à l'Hoftel de
Ville, lors que M ' les Prevolt
des Marchands & Echevins
de Paris, firent pofer, la Statue
du Roy , qu'ils avoient fair
Zij
268 MERCURE
faire en bronze . Elle eft dans
une niche dans le fond de la
court de icet Hoftel. Je ne
vous la décris point, parce
qu'elle ſe voit avec tous les ornemens
qui l'accompagnent
dans l'Eftampe dont j'ay
vous parler, que
vous
ne manquerez
pas de voir dans voſtre
Province, chacun eftant bienaife
d'avoir cette Eftampe , à
caufe que les principales actions
du règne de Sa Majesté
s'y remarquent tout d'une
veuë. Cet Ouvrage cft dû au
Genie de Mi Beaufire Archi
recte de la Ville qui voyant
GALANT. < 269
que la graveure ne pouvoit
reprefenter toutes les actions
qui font gravées autour de la
court fur des tables de Marbre
, en a orné le fond dans
fon Eftampe de quatre grandes
colomnes , autour defquelles
, à la maniere des Romains
, qui en éleverent de
femblables aux Empereurs
Trajan & Antonin , ila figuré
tout ce que le Roy a fait de
plus remarquable, ce qui rend,
l'Eftampe agreable à la veuë ,
utile & hiftorique . Elle a eſté
gravée par M le Pautre , qui
s'entend parfaitement bien à
Z iij
270 MERCURE
ces fortes de chofes ; & elle
fe vend chez Mo Beaufire, rue
du Mouceau St Gervais . Cette
Eftampe fut prefentée à Sa
Majeffé le premier jour de
l'année . Ditton
Vous me mandez que le
Livre intitulé, Reflexions Morales
pour les perfonnes engagées
dans les Affaires qui veulent
vivre chreftiennement ›
c'eft à dire pour les Intendans
des grandes Maifons ,
Procureurs , Avocats , Noraires
, Huiffiers , & c . porte
un titre qui ne promer pas
autant de fatyre que l'on y
GALANT . 271
en trouve. Je ne fçay fi l'on
peut appeller fatyre les remontrances
qu'on fait d'une
maniere douce & honnefte ,
à ceux qui font atteints de
quelques vices,fur tout quand
ces vices font prejudiciables
au prochain . Je trouve au
contraire que ce font d'utiles
& charitables remontrances
pour empefcher qu'ils n'y
tombent & des avis à ceux
qui en fouffrent , qui leur
donnent lieu de fe garantir
de beaucoup de furprifes ,
pour ne pas dire friponneries
, qui les ruinent fouvent.
>
Z
iiij
272 MERCURE
Je
demeure
d'accord qu'on
voit dans ce Livre
beaucoup
plus de tours d'adreffe
des
Procureurs qui veulent gagner
, que dans la Comedie
de Grapinian , & que chaque
Plaideur devroit en faire fon
Livre favory pour le lire à
tous momens , afin de l'apprendre
en quelque forte
coeur. Ses Procés luy coûteroient
moins , & avanceroient
plus . Les grands Seigneurs
devroient
faire la
mefme chofe à l'égard de
l'article des Intendans , &
chacun devroit à l'égard des
par
}
GALANT: 273
d'uautres
profeffions , examiner
les détours de ceux qui les
profeffent , & qui font marquez
dans le Livre , fuivant
qu'ils ont affaire à eux . Loin
que ces fortes d'Ecrits choquent
les honneftes gens
ne profeffion , ils doivent leur
faire beaucoup de plaifir ,
puis qu'ils fervent à les faire
diftinguer. En effet il n'y a
point de profeffion qui ne
foit bonne en foy eftant
établie , & autorisée par les
Loix , & qui ne foit jugée
neceffaire au bien public.
Ainfi lors que ceux qui la
274 MERCURE
profeffent ufent mal de leur
employ , les défauts font
des Particuliers
, & non de
la profeffion.
Le Pere Coronelli vient de
mettre au jour une Carte de
l'Afie Elle a paru fort curieufe
aux perfonnes fçavan-
& un François , Amy
tes >
de ce Pere , y a mis tout ce
qu'il y a de plus confiderable
dans les Relations les
plus nouvelles & les plus
certaines , & en retr'autres
celles des Peres Grueber , &
Kircher Jefuites , & celles de
MS Thevenot , Tavernier ,
GALANT. 275
Bernier , Nikipofa , Cautel ,
& de quelques autres. Il y a
quelques années que l'on vie
entre les mains des Curieux
le Voyage du S : Nikipoſa ,
Mofcovite , depuis Moſcow
Capitale de Mofcovie , juſ
qu'à Pekim , Capitale de la
Chine , au travers de la Tar
tarie feptentrionale ou Mofcovite
. Cette Relation fut
imprimée dans le Mercure
Galant de Septembre 1687.
On la verra en plan fur cette
Carte , ce qui n'avoit point
encore efté fait , & les Curieux
y remarqueront des noms
276 MERCURE
·
de Peuples de Villes , de
Rivieres , & c . jufqu'à prefent
inconnus. Ceux qui avoient
peine à concevoir comment
la Chine confinoit avec la
Mofcovie verront cette
difficulté nettement développée
fur cette Carte , puis
que les Tartares Orientaux
qui ont conquis la Chine ;
touchent aux Etats du Czar ,
ou Empereur de Mofcovie .
M: Thevenot qui eſt à la
Bibliotheque du Roy , fit imprimer
en 1681. le Voyage
d'un Ambaffadeur
que le
Czar de Mofcovie envoya
$
GALANT 277
par terre à la Chine l'an 1653 .
Toute la route de cet Am
baffadeur a efté mife auffi en
plan fur cette Cartel, & en
tr'autres chofes l'on y remar
quera le long cours de la
Riviere d'Irtisk, dont juſqu'à
prefent on n'avoit connu que
peu de chofe , & les noms
des Principautez & des Villes
qui font deffus ou aux environs
, n'avoient efté mis fur
aucune Carte . Le refte de la
Tartarie a efté pris fur les
Voyages du Pere Grueber ,
& de quelques autres Jefuites,
qui ont efté recueillis par
le
278
MERCURE
}
Pere Kircher de la meſme
Compagnie , & par M The
venot , dont l'érudition eft
fi connue , ce qui luy a fait
meriter la place qu'il occupe
fi dignement à la Bibliothe
que du Roy. Quoy que le
Royaume de la Chine foit
prefentement plus connu que
jamais ; on n'a pas laiffé de
trouver quelques corrections
any faire. Le Pere Coupler ,
Jefuite , a fait corriger divers.
noms qui eſtoient mal écrits
felon la
prononciation Chipoife
; les autres Relations
nous ont fait connoistre que
GALANT 279
la muraille de la Chine ne
defcendoit pas affez au Sud-
Oueft , & l'on voit par là
que ce n'eftoit point uns
hyperbole extravagante , lors
que l'on a dit que la Chine
eftoit femblable à une grande
Ville , qui d'une part eftoit
entourée de la Mer & de
l'autre , eftoit deffenduë par
une muraille & par les Montagnes
, ce qui devoit mettre
ce Royaume en feureté contre
les Peuples voiſins , fans
la trahifon de quelques Chinois
. L'on a donné le nom
d'Empire des Tartares Chinois ,
280 MERCURE
non feulement au Royaume
de la Chine , mais encore
aux Tartares Orientaux , par
ce que tout cela enfemble
ne fait plus qu'une feule
Monarchie compofée de Tar
tares & de Chinois , l'on a
mis les Tartares les premiers
, parce qu'ils ont vaincu
les Chinois , & que ce
font des Empereurs Tartares
qui font les maiftres de ce
grand Etat . On peut voir le
détail des Conqueftes des
Tartares dans l'hiftoire que
le Peré d'Orleans , Jefuite , en
a fait imprimer depuis quel
GALANT 281
ques années . L'Empire du
Mogol eft divifé non feulement
en Provinces , mais en,
core en Gouvernemens , dont
il y en a quelques - uns qui
comprennent plufieurs Provinces
. Cela n'avoit point
encore efté remarqué fur les
Cartes , & c'eft de M. Bernier
& des Voyages de feu M
Thevenot que cette divifion
a efté tirée . La Perfe eft prife
des Relations d'Olearius , &
de M: Tavernier. L'on y remarquera
divers noms anciens
de Provinces , comme Medie ,
Hyrcanie , Parthie , &c . On les
Fanvier 1690.
A a
282 MERCURE
les
a mis exprés , parce que l'on
a remarqué que les Voyageurs
s'en fervent communément ,
& que ces noms font plus
connus que les Modernes ,
qui ne font prefque en uſage
que parmy gens du Païs.
Pour fatisfaire entierement
les Curieux , ont a mis les
noms Modernes & les Anciens
aux endroits où ils
devoient eftre placez ; mais
les Anciens font marquez
d'une étoile , ce qui a déja
efté obfervé fur la plufpart
des Cartes qui ont paru fous
*
GALANT. 283
5.
le nom du Pere Coronelli ,
& qui ont efté gravées à
Paris chez le St Jean Baptifle
Nolin , fur le Quay de l'Horloge
du Palais au coin de
la rue de Harlay , à l'Enſeigne
de la Place des Victoires .
Je vous parlay le mois paffé
du mariage deM leComte de
Brionne, & vous dis qu'il avoit
époufé Mademoiſelle d'Epinay
, de la Maiſon de St Luc,
j'avois efté mal inftruit, puis
que cette Dame eft de celle
des Marquis Sires d'Epinay-
Duretal de Bretagne. Il n'y
2. Aavij
284 MERCURE
en a point de plus ancienne ,
& l'on peut dire qu'elle eft
de temps immemorial . Tout
l'on peut fouhaiter
ce
que
pour
l'éclat
des
grandes
Maifons
fe trouve
dans
celle
- là .
Il y a eu des
Cardinaux
, &
des
perfonnes
d'un
merite
fin
gulier
, revêtues
de toutes
les
plus
hautes
dignitez
de
l'Eglife
. On
y a vu
deux
Grands
Maiftres
, un
Grand
Chambellan
, &
plufieurs
Chambellans
ordinaires
des
Ducs
de Bretagne
, & des
Rois
de
France
,
des
Ambaffadeurs
Extraordinaires
, & des
CheGALANT.
285
valiers des Ordres du Roy.
On a remarqué que tous ceux
de cette Maifon ont toujours
eſté attachez à la Religion
Catholique , & à leurs Souverains
, & que plufieurs ont
combattu pour le Saint Siege,
& contre les Heretiques . La
qualité de Sire qui n'a jamais
efté donnée qu'aux Grands
de Bretagne , eft depuis plus
de quatre cens ans dans cette
Maiſon , qui eft alliée à ce
qu'il y a de plus illuftre dans
le Royaume , & qui l'a efte
aux Princes du Sang . Elle eſt
ttes-riche, & poffede plufieuns
286 MERCURE
Marquifats, Comtez , Vicomtez
, & Baronnies , & entre
autres le Marquifat d'Epinay,
& la Comté du Retal . Alain ,
Sire d'Epinay , alla à la Terre-
Sainte avec Saint Louis, quoy
qu'il cuft déja fait une fois
ce Voyage . Le Cardinal d'Epinay
, Archevefque de Bordeaux
& de Lion , fut enterré
aux Celeſtins de Paris en 1500 .
Cette Maiſon porte d'argent
au Lion coupé de gueule & de
finople , armé & lampaßé d'or.
La grande alliance qu'elle
vient de faire avec celle de
Lorraine en augmentera
enGALANT.
287
core le luftre. Je ne vous
dis rien de la Maifon de
Lorraine , y a- t- il quelqu'un
qui ne la connoiffe pas ?
Ce mariage a efté ſuivy
d'un autre qui a fait quitter
le nom de Chevalier à M de
Tourville. Il a époufé la Fille
de M Laugeois , Seigneur.
d'Imbercourt, qui eftoit Veuve
de M de la Popeliniere ,
dont la Mere eftoir Soeur de
Madame Colbert & de M : le
Charon , Marquis de Menars,
Intendant de la Generalité de
Paris. Cette Veuve à beaucoup
d'efprits de merite &
288 MERCURE
V
de bien . M. de Tourville fe
nomme Anne Hilarionde
Cotentin ; il eft Vice- Amiral
de France dans les Mers du
Levant , & Fils de Meffire
Cefar de Cotentin, Chevalier,
Comte de Tourville , Maré
chal des Camps & Armées
du Roy , & premier Gencil,
homme de la Chambre de feu
Monfieur le Prince . On fait
defcendre cette Maifon des
anciens Comtes de Cotentin,
en baffe Normandie , où elle
a encore la Terre de Tourville
. Elle porte le nom & les
Armes du Comté de Cotentin
.
GALANT. 289
tin. Les Comtes de Tourville
ont toujours cflé fort atta
chez au Service du Roy dans
les Guerres civiles & de Religion
qui ont agité la Normandie.
La Mere de M de
Tourville eft de la Maifon de
la Rochefoucault de la branche
des Montandres. Elle a
efté Dame d'honneur de Madame
la Princeffe.
Pendant que plus de vingt
Puiffances fouveraines liguées
contre la France font en mouvement
, que l'on tient par
tout des Affemblées , & que
la plufpart accablent leurs
Fanvier 1690.
Bb
290 MERCURE
Sujets d'impofts , tout eft
tranquille en ce Royaume,
Tout y marche d'un pas égal ,
& l'on prend les divertiffemens
de la faifon à Paris & à
Verfailles de la maniere qu'on
a toujours fait. Le Roy a
donné à fon ordinaire de
magnifiques repas depuis que
le Carnaval eft ouvert , & l'on
n'a paffé aucune foirée à Verfailles
fans qu'il y euft quelque
Mafcarade , ou quelque
autre divertiffement . Monfeigneur
le Dauphin eft auffi
venu plufieurs fois prendre
celuy du Bal à Paris , & ce
GALANT. :
291
Prince s'eftant extremement
diverty au premier que luy
donna Monfieur , a fouhaité
que Son Alteffe Royale luy
en donnaft un fecond.
Je vous envoye la Liſte des
Vaiffeaux Ennemis qui ont
peri pendant la derniere tempefte.
Les chiffres marquent
le nombre des Canons.
A la Rade de Plimouth .
L'Henriette .
Un Hollandois .
Le Centurion .
62
70
48
Le Charles François de Saint
Bb ij
292 MERCURE
Malo , qui avoit efté pris
par les Anglois.
La Fleur de Blé, qui avoit cfté
pris en allant en Irlande. 10
Deux Brulots Anglois.
Le Marchand de Turquie, de
Londres.250 1 .
44
Une Caïque chargée d'Eau-
Dans la Tamife.
de - vie.
Le St Denis.
APorsmouth.
Le St David .
70
54
Le Vice . Amiral de Zelande.
tac
80
Un Hollandois , fur la pointe
de Portelant..
59
GALANT
293
Une Caïque Angloife , de
Virginie.
La Nouvelle de la
16
e de la perte de
ces Vaiffeaua efté fuivie de
plufieurs Lettres , qui portent
que quantité d'autres ont peri,
& que d'environ cent Vaiffeaux
Marchands qui eftoient
â l'emboucheure de la Tamife
, plus de cinquante ont
emportez par la tempeefté
fte . Les Hollandois en ont
auffi perdu confiderablement
,
& l'on ne vit le long des Coftes
de France , aprés l'orage
de la nuit du 21. au 22. de ce
mois , que des debris de
Bb iij
294 MERCURE
Vaiffeaux & des corps floc
tans. Il faut du temps pour
déveloper la verité des ravages
caufez par cette tempefte ;
ils peuvent eftre plus où
moins confiderables
qu'on ne
les a faits : j'entens à l'égard
des Vaiffeaux
Marchands ,
car je ne doute point que la
perte des Vaiffeaux
dont je
vous ay envoyé la Liſte , ne
foit veritable .
a
Peu de Perfonnes ont expliqué
l'Enigme fur le Souflet,
qui en eftoit le vray mot.
Ceux qui l'ont trouvé , ſont
GALANT. 295
M's du Val de St Germain en
Laye ; Hongnant ; Grouteau
V. D. S. N. de Blois ; C. Hutuge
d'Orleans ; M de Vallay
de Dinan en Bretagne ; Mademoiſelle
Bailly de la Corfelle
, rue du petit Mufc , &
Lifette de la court de Saint
Eloy.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye vient de fort
bon lieu elle merite que
vous en faffiez part à vos
Amies .
;
Bb iiij
296 MERCURE
222SSS22-2222S5252
ENIGME.
N
us fommes deux Soeurs de
jamesme âge , de eg
Qui n'avons rien de different
Dans noftre ordinaire ufage ,
On nous place toûjours en lieu fort
apparent.
S
Quoy que de bien des
1.
gens yous
fecondions l'adreffe ,
En commerce amoureux cet ufage eſt
Suspects
Et malgré d'un Amant le plus profond
respect
GALANT. 297
Nous luy nuifons auprés de fa
Maiftreffe.
On nous en chaffe artiſtement ,
Comme eftant alors inutiles ;
On nous conferve affez soigneusement
,
Auffi fommes-nous bien fragiles.
Fugez fi noftrefort eft doux ;
Tels ont des Rois l'entiere confi
dence
Qui , dans le Cabinet , ne voyent:
qu'avec nous
Les fecrets de plus d'importance..
298 MERCURE
Vous vous connoiffez fi
bien en Mufique
, que je
vous vanterois inutilement
les beautez du fecond Air
nouveau que vous trouverez
icy.
AIR NOUVEAU.
Ο
Ve l'Amour dans un coeur
entre facilement ,
Il s'en faut bien qu'il n'en forte
de mefme ,
Tout parle en vain contre un
Amant.
Quand il faut par le changement
GALANT 299
ru'on
Jen
trant
forte
non
› en
dans
andes
heur
chal
e Sa
soló
298 MERCURE
Vc
bien
vous
les b
nouv
icy.
A
O
Il's'
Ton
?
GALANT. 299
Se vanger d'un ingrat qu'on
aime.
On éprouve malgré tout ce reffen.
timent,
Que l'amour dans un coeur entrant
facilement,
Il s'en faut bien qu'il n'en forte
de mefme.
Mile Marquis de St. Simon
mourut le 25. de ce mois , en
fon Chafteau du Pleffis , dans
fa quatre - vingt-dixiéme année
. Il eftoit Chevalier des
Ordres du Roy , Gouverneur
& Bailly de Senlis , Maréchal
des Camps & Armées de Sa
Majeſté , & avoit efté Coló
300 MERCURE
nel du Regiment de Navarre.
C'eftoit le Frere aifné de M:
Se
le Duc de St Simon , & il
avoit épousé le 14. Septembre
1634. Dame Loüife de Cruffol,
Veuve d'Antoine Hercules
de Bados, Marquis de Portes,
& Mere de Diane- Henriette
de Bados , Marquise de Portes ,
premiere Femme de M le
Duc de St Simon fon Frere .
Ce Marquis n'a point eu d'enfans
de fa Femme , qui eft
encore vivante , & qui doit
cftre fort âgée , puis que fa
Fille , premiere Femme de
M le Duc de Saint Simon ,
GALANT. 301
eft morte en 1670. âgée de
quarante ans. Je fuis , Madame
, Voftre , &c.
A Paris ce 31. Janvier 1690.
22255225 25sesses
SZZZSSZ 52SSSS2252
P
TABLE.
Rélude.
Poëme.

30
33
Ouverture du Jubilé.
Maximes galantes .
Lettre en Profe & en
Vers à une Dame af-
Aligee de ce que fa Soeur
fe faifoit Religieufe . 71
Autre Lettre à la mefme
Dame. 77
Prix propofez par l'AcaTABLE
.
¿ demie
d'Angers : 83
De la vanité des Songes ,
& fur l'apparition des
87
Efprits.
Compliment
fait à Monfieur.
133
Lieutenance de Roy donnée
à M
Tery
Andrey de
145
Eglife de Saint André
dans la Ville de Niort,
agrandie par les bienfaits
du Roy. 147
Tontine.
153
Licores
nouveaux .
155
TABLE.
Origine des Troubadours
en Provence.
able
Avanture.
162
171
173
Compliment fait au nom
du Barreau à M² le
Premiir Prefident. 179
Article touchant la Campagne
de Hongric. 193
Faufleté des nouvelles im
primées dans les Pays
198 Etrangers.
Ceremonies faites à Avignon
pour l'Exaltation
du Cardinal Ottoboni
au Pontificat.
199
TABLE.
Morts.
203
Abbaye de Saint Germain
,
des Prez donnée à M²
le
Cardinal de
Furftemberg
avec un détail
curieux qui regarde cette
Abbaye.
Difcours fait par l'Em-
215
pereur pour engager les
Electeurs à élire
Roy
des
Romains le Roy de
Hongrie fon Fils , avec
une Réponse à ce Dif
Cours. morts..
258. 224 .
Eftampe
hiftorique & cu-
Janvier
1690 . Ca
TABLE.
rieufe .
267
Traité touchant les Intendans
des grandes Maifons
, Procureurs , Avocats
, Notaires , Huif-
270
fiers & autres.
Nouvelle Carte d'Afie .
274
283 Mariages.
Divertiffemens du Carnaval.
289
Noms des Vaiffeaux Anglois
qui ont pery pendant
la derniere tempefte.
2.91
TABLE.
ཟ །
1
Article des
Enigmes.
294
Autre
article
de
Morts .
i
Fin de la Table.
299
3
Cc ij
Extrait du Privilege du Roy.
ૐ AR Grace & Privilege du Roy, donné à
PChaville, le 18. Iuillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Confeil , IuNQUIERES, Il cit
permis au Sieur DANNEAU , Ecuyer , Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer ,vendre
& debiter le Livre intitulé, MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Relations ,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépend
dudit Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir , Et defenfes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
faire imprimer, yendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planches fervant à l'orne.
ment d'iceluy , ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'a nende contre les Contrevenans, ainfi que
plus au long il eft porté efdites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 14.
Septembre 1683. Signé ANGOT, Syndic.
Ledit Sieur DEVIZE a cedé fon droit du
prefent Privilege à Michel Guerout , Libraire
, pour en jouir fuivant l'accord fait
entr'eux
}
2
Avis pour placerles Figures.
L'Air qui commence par , Si t
veux fans fuite & fans bruit , doit
regarder la page 82.
La Medaille doit regarder la
page 154,
Que
L'Air qui commence par
l'amour dans un coeur entre facilement,
doit regarder la page 298 .
Page 240. ligne
8. au lieu
de particulierement , lifez publiquement.
5225525225;SSS2222
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout, Galerie-neuve du
Palais.
LA ›
A Vie de Tres- Haute & Tres*
Puiffante Princeffe Marie-
Henriette de France , Reine d'Angleterre,
dans laquelle outre fes actions
particulieres de pieté, on trouve ce qui
s'eft paffé de plus remarquable pendant
les Regnes de Charles I. fon Epoux,
& de Charles I.I .: fon Fils. Vol. in
Octavo. 2. l . 10. f.
Reflexions pour les Gens d'affaires
qui veulent vivre Chreftiennement .
vol . in douze , où il eft traité des Plaideurs
en general , des Interdans des:
grandes Maifons , des Procureurs , des.
Avocats, des Notaires, & c. 1. 1. 10. f.
Michaelis Ettmuleri , Phil . & Med .
D. Operum omnium Phifico-medico
rum , Editio noviffima , cæteris omnibus
, tum correctior , tum auctior ,
tum facilior. 2. vol . infol . 20. livr.
Journal da Voyage fait a la Mer du
Sud, avec les Flibuftiers de l'Amerique
en 1684 & années fuivantes ,
par le Sieur Raveneau de Luſſan.
vol, in douze 1. liv . 10. f.
"Lettres fur toutes fortes de fujets. 2.
vol . in douze 3. livr. 10. f.
Obfervations de Medecine , contenant
la guerifon de plufieurs malaladies
confiderables , avec la maniere
de bien preparer & adminiftrer les
remedes , par l'Auteur de l'Anatomie
du corps humain. vol. in douze r. liv.
10. f.
Traité de la Tranſpiration des hu
meurs , qui font les caufes des Maladies
, ou la metode de guerir les Maladies
fans le fecours de la frequente
Saignée, vol. in douze 1.liv. 10. f.
Les Regles de la Vie Chreftienne,
tirées de l'Ecriture Sainte, & des Peres
de l'Eglife , vol. in ſeize
1. 1. 10. f.
Affaires
Affaires du Temps. 10. vol. in 12 .
Is. liv.
Recueil
de divers
Difcours
pronon- cez
à l'Academie
Françoife
depuis
l'année
1687
.
1. liv. ro.f Eleonor
d'Yvrée
, par Mademoiſelle Bernard
.
1. l. 1o . f.
Le Conte d'Amboife par la meſme.
2.vol.
3. liv.
Relation, du Voyage de Naples en
1654. 1. liv.
Entretien de l'Aftrologie judiciaire,
où l'on repond à tout ce qu'on peut
dire en fa faveur , & où l'on fait voir
en mefme temps là fuperftitieufe vanité
de fa pratique
,
1. liv.
Réflexions
& maximes
fur divers
füjets
de Morale
, de Religion
& de politique
.
1. liv . 10. f. Hiftoire
du Monde
. 5. vol. in 12. 9.1.
Etat nouveau
de la France
. 2. vol.
in douze. 3. liv.
Hiftoire de l'établiſſement de la
Republique de Hollande , ou fa revolte.
1. vol. in 12 . 2. liv.
D d
Caracteres de l'Amour . 1. 1. 1o. f.
Sentimens fur les Lettres & fur
l'Hiftoire , avec des Scrupules fur le
Stile .
Le Mary Jaloux.
L'Illuftre Genoife.
' L'Ariofte moderne. 4. v .
1.1. 10. f.
1. 1. 10. f.
1. l. 10. f..
6.1.
Secrets concernant la beauté & la
fanté. 2. vol . in octavo . 6.1.
Dialogues Satyriques & Moraux .
2 , vol . 3. 1.
Difcours Satyriques & Moraux en
Vers . 1. 1.
1. 1.
Fables nouvelles .
Epiftres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles . I.1.
Le Chevalier à la Mode. 1. l. 10. f.
La Défolation des Joüeufes,
La Devinereffe .
Artaxerxe,
La Comete .
10. f.
10. fP
10. f.
10. f.
La Methode du Blafon du Pere Meneftrier
, avec les Armes de la plufpart
des plus confiderables Maifons de
France, impriméé en 1688. 2 , liv,
Relation duVoyage du Roy en Flandré
en 1680. 1.1.10 . f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'In
fante de Portugal. 1. 1. 10.f.
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Efpagne. 1.1 . 1o.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois . 1.1.10 .
Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , avec la Princefle
Chreftienne- Anne Victoire de Baviere.
J. l. 10. f.
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
, contenant la defcription
des Places de la haute & balle Allace,
& de celles de la Province de la
Sare & de Luxembourg
. 1. liv. 10. f.
Relation du Siege de Luxembourg
1.1.to.f.
Relation de ce qui a efté fait devant
Genes en 1684. par l'Armée Navale
de Sa Majesté.
La Fefte de Chantilly.
1. l. 10, f.
1. liv . 10. f.
Dd ij
OEUVRES DE M
de Fontenelle.
Dialogues des Morts. 2. vol. indouze
.
3. I.
Jugement de Pluton fur les Dialogues
des Morts. 1.1. 10. f.
Entretiens fur la pluralité des Mondes
, augmentez en plufieurs endroits,
avec un fixiéme Soir qui n'a point encore
paru , contenant les dernieres
découvertes qui ont efté faites dans
le Ciel.
Hiftoire des Oracles .
1. l . 10. f.
1. liv . 10 f.
Poëfies Paftorales av ec un Traité de
la Nature de l'Eglogue , & une Digreffion
fur les Anciens & les Modernes
. 1. li . 10. f.
Lettres galantes de M. le Chevalier
d'Her... 2. vol.
Academie galante. 2 , vol .
3, 1.
3. liv.
3.1
LaDucheffe d'Eftramene. 2.vol.2.1.
Les Dames Galantes.
Bibliotheque choifie de Colomiez .
1. vol in oct. 1.liv. 10. f.
Ordonnances de Louis XIV . fur
le fait des Eaux & Forefts , nouvelle
Edition . in 24. 1. l .
Ambaffades de Monf. le Comte de
Guilleragues , & de M. Girardin , av
prés du Grand Seigneur, avec plufieurs
Pieces curieuſes , tirées des Memoires
de tous les Ambaffadeurs de France à
la Porte, qui font connoiftre les grands
avantages que la Religion & tous les
Princes de l'Europe ont tirez des alliances
faites par les François avec Sa
Hauteffe depuis le regne de François I.
& principalement fous le regne du
Roy , àl'égard de la Religion , enfemble
plufieurs defcriptions de Feftes &
Cavalcades à la maniere des Turcs ,
qui n'ont point encore efté données au
Public , ainfi que celle des Tentes
du Grand Seigneur. 1. l. 10.f.
Hiftoire des Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y eft paffé de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
D diij
1687 . 6. vol. in douze , 9. I.
Le Grand Vifir Cara Muftapha.
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers
emplois , le vray fujet qui luy a fait
entreprendre le Siege de Vienne , &
les particularitez de la mort 1. 1. 10. f.
Le Secretaire Turc , contenant l'ait
d'exprimer fes penfées fans fe voir .
fans fe parler, & fans s'écrire , avec
les circonftances d'une avanture Tarque
, & une Relation tres- curieufe de
plufieurs particularitez du Serrail qui
n'ont pas encore efté veuës. 1. 1. 10. f.
Le Seraskier Bacha. 1.1. 10. f.
Notes de M. Corneille für les Remarques
de M. de Vaugelas, fuivant
le fentiment du Pere Bouhours , &
de Meffieurs Chapelain & Ménage ,
avec les Remarques mefmes. 2. vol .
in douze. 4. liv . 10. f.
L'Art de laver, ou nouvelle maniere
de peindre fur le papier , fuivant le
coloris des Deffeins qu'on euvoye à la
Cour , par M. Gautier de Nifmes.
L. X
P
Chevalerie ancienne & moderne, avec
la maniere de faire la preuve pour tous
-les Ordres de Chevalerie 1.1 . 10. f.
Eclairciffement nouveau & tres- utile
fur le preft & l'intereft. 1. liv.
Hiftoire de l'Afrique ancienne &
moderne , enrichie de 80 .
volumes in douze .
figures , 4 .
8 liv.
Hiftoire de Normandie. 1. 1. 10.f.
Eloges des Perfonnes Illuftres de
l'ancien Teftament , par M. Doujat .
1. l. 5. f.
Traité de la Tranfpiration du fang.
Kali .
1.1.13.f.
Réflexions fur l'Acide & fur l'Al-
1. liv.ro.f.
Effais de Morale & de Politique,
où il eft traité des Devoirs de 1 Homme
confideré comme particulier , &
comme vivant en Societé . 2. vol . 2.1 .
Obfervations de M. Spon fur les
Fiévres & les Febrifuges .
Antiquitez du mefme M. Spon, Ouvrage
enrichy de plufieurs Figures.
.
1. 1.
7.1
Ambaffade de Siam en France, contenant
la reception qui a efté faite aux
Amballadeurs de Sa Majefté Siamoife
dans toutes les Villes où ils ont paffé,
les ceremonies obfervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy & de
la Maiſon Royale , les complimens
qu'ils ont faits , & ce qu'ils ont dit
de remarquable fur tout ce qu'ils ont
veu , avec une defcription exacte des
Châteaux , Appartemens , Jardins &
Fontaines de Verfailles , S. Germain
en Laye , Marly & Clagny , de la
Machine de Marly , des Invalides , de
l'Obfervatoire , de S. Cyr , des Chevaux
qui font dans les deux Ecuries
du Roy , des Galeries de Sceaux , ce
qu'ils ont veu pendant leur Voyage
en Flandre ; la defcription des Villes
& de tous les lieux où ils ont efté , de
la Fefte donnée par Monfieur à Saint
Cloud , & des Prefens qui leur ont
efté envoyez aprés leur Audience de
Congé. 4. Vol. in douze . 6. live
Recueil d'Ouvrages faits à la loiian
・ge du Roy , fur l'extirpation de l'Herefie.
1.1. 10. f.
Relation des Prieres publiques qui
ontefté faites par toute la France , en
actions de graces de la guerifon du
Roy. 1. 1. 10. f.
Airs Serieux & Bachiques à deux &
à trois Parties , meflez de Simphonies
& en Trio pour les Violons & les
Flûtes avec des accompagnemens dans
tous les recits , le tout fait exprés , pour
concerter tout un Livre de fuite en
quatre Parties. 3.1.
Campagne de Monfeigneur le Dauphin
, où l'on voit une defcription de
Philifbourg , avec les noms de ceux
qui l'ont fait fortifier , & de ceux qui
ont affiegé cette Place , un état des
Brigades des Regimens de Cavalerie,
Infanterie & Dragons qui compofoient
l'Armée ; un état des Officiers.
Generaux & des Aides de Camp de
Menfeigneur le Dauphin , avec les
noms de tous les Volontaires ; un détail
de tout ce qui s'eft paffé au Siege,
divifé par jours & par nuits , & c. 1. l.
10.f
Relation du Siege de Vienne.1.1.10.
Hiftoire du Siege de Bude. 1.1 . 10.f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chreftiennes en Hongrie
, & dans la Morée , avec la prife
de plufieurs Places furles Infidelles.1.1 .
Eftat prefent de la Puiflance Othomane,
avec les caufes de fon accroiffement
& de fa décadence . 1. I.
10.
f.
Voyage
du
Chevalier
Chardin
en
Perfe
, & aux
Indes
Orientales
, par
la
Mer
noire
& par
la Colchide
enrichy
de
18.
grandes
Figures
. 2. v. 4.1.
10.
f
Le Carroufel des Galans Maures ,
entrepris en 1685. par Moufeigneur le
Dauphin, avec la Compatfe, les Courfes
, & les Madrigaux . 1. liv. Seconde
Relation
de ce mefme
Car- rouſel
, avec diverfes
Planches
qui reprefentent
la fituation
des Quadrilles
.
I. liv.
Carroufel de Monfeigneur le Data
phin fait à Verfailles en 1686. 1. liv .
Divers Ouvrages en Mufique de
- M. de Bacilly.
Outre les Mercures de douze années ,
à commencer en 1677. il y a trentedeux
Extraordinaires , dans lefquels
font divers Traitez tres - curieux , &
plufieurs matieres qui regardent les
Sciences & les Arts.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le