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1689, 12
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Eur.
511
m
1689.121
1
M
bur: 511 - 1689,12
Mercure
<36623738560019
<36623738560019
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE 1689 .
A PARIS ,
AU PALAIS.
ONdonnera toujours un Volume nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt- cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
As MICHEL GUER OUT , Court- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
Münche
૨૭૭૨૭
AVIS.
Velques prieres qu'on
aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez,
dans les Memoires qu'on envoye pour,
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft cause qu'il y a
de temps en temps quelques - uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Quvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On priefeulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS .
tout ceux qui n'écrivent que ponr
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
falle ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , aa rétably les
chofes de manicre qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
A VIS.
ایک
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toujours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il est imprimé
, outre qu'il lefera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
gu'aprés qu'ils l'ont leu , cux &,
quelques autres à qui ils le prefent
ils rejettent la faute du retardemen
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout ,puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme && de les faire
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Par
ticuliers
que pour
les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
`n'en faire qu'un mesme paquet. Tout
celafera executé avec une exactitu
de dont on aura tout lieu d'eftre
content.
1
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1689.
Na fait
beaucoup
d'ouvrages
qui regardent
le Roy fur
Od'ouvrages
la fituation où font prefentement
les affaires , mais il n'en
a point paru qui fe foient ac-
A iij
8 MERCURE
tiré plus de louanges que le
Sonnet que vous allez lire .
Elles n'ont pû pourtant obliger
l'Auteur à confentir que
je vous fiffe connoistre
fon
nom .
******* *****
POUR LE ROY.
SONNET.
Del'Aigle
El'Aigle en fa fureur , du
Lion rugifant ,
2
Et de tant d'Alliez la nombreuse
milice ,
"
Sufcite vainement l'Enfer &fa malice
fant.
Le regne de Lou en eft plus florif
GALANT.
9
J
S
Le Ciel qui voit l'ardeur de fon
Zele agiffant ,
Contre l'Impicté , Erreur &
juftice ,
In-
Vafeconder nos voeux par un regard
propice
Et donner à fon bras un ſecours toutpuillant.
S
Vous , quipar l'union jalouse de
Ja gloire,
Faites fans y penfer le beau de fon
Hiftoire,
You's vaincre Separez, eſtoit peu pour
LOUIS.
S
Apprenez le fecret dufort qui vous
affemble ; )
Ce Roy pour couronner mille faits
inoüusi
IO MERCURE
Devoit domter luy feul toute l'Europe
enfemble.
Vous avez veu , Madame ,
par tout ce que je vous ay
mandé dans ma Lettre de Novembre
, que le choix
que Sa
Majefté
à fait de M de Harlay
, auparavant
Procureur
General
, &
aujourd'huy
premier
Prefident
du Parlement
de Paris , a caufé
la joye
publique
, & receu
un applau
diffement
general
.
Parmy
ceux
qui dans
cette
occafion
ont
cfté
complimenter
ce
grand
& illuftre
Magiftrat
,
Mr l'Abbé
de la Chambre
GALANT. II
s'eſt diſtingué avec beaucoup
d'avantage. Comme il eft
Curé de S. Barthelemy , qui
eft la Paroiffe du Palais , il
s'eſt crû dans une obligation
particuliere de luy temoigner
la part qu'il prenoit à une élevation
qui luy eft fi glorieu
fe. C'eſt un devoir dont il
s'acquita le 14. du mois pa
& il le fit d'une maniere treséloquente
, & digne d'un
homme qui occupe fi jufte
ment une place dans l'Academic
Françoife. Voicy les
termes dont il fe fervit.
paffe
12 MERCURE
M
ONSEIGNEUR, IGNE
• Si nous fommes des derniers à
vous rendre nos devoirs , &
à vous témoigner la joye que
nous reffentons , c'est que nous
n'avons ofe mefler noftre foible
voix parmy les acclamations
de tous les Ordres du
Royaume. Voftre élevation qui
fait le bonheur public , fait encore
la felicité particuliere de
noftre Paroiffe. Elle aura l'honneur
de vous poffeder & l'avantage
d'eftre animée de vôtre
GALANT. 13
exemple. Une lumiere fi éclatante
& fi pure ne sçauroit que
nous conduire à la vertu . Une
vie fi reglée & fi Chreftienne ne
fçauroit que contribuer à l'édification
de noftre Troupeau, & à le
fortifier de plus en plus dans là
pieté que nous tafchons de luy in-
Spirer. Mais ce qui redouble nôtre
joye , c'eft , MONSEIGNEUR
,
que noftre Paroiffe retrouve
heureusement en vous un nouvel
Achille ; Nom , qui luy a toujours
efté propice & favorable.
Elle ofe fe promettre des nobles
genereufes inclinations de V. G.
qu'eftant heritier du nom , des
14 MERCORE
vertus & de ladignie d'Achille
de Harlay voftre illuftre Ayeul,
vous aurez quelque bonté pour
une Eglife qu'il a comblée de
tant de bienfaits.
Vous avez, MONSEIGNEUR,
pleinement recueilli ce patrimoine
d'honneur & de gloire que vous
ávez trouvé dans la fucceffion
de ce grand Homme , le plus
affectionné à l'Estat qui fut jamais.
Vous avez herité de fon
zele pour la Religion , de fon
attachement pour le Prince , de
fon parfait defintereffemene , de
fa reputationfans tache , de fon
integrité fans reproche , de fa
GALANT. 15
capacité fans bornes . On jugeoir
bien à vous voir marcher fur fes
traces dés vos plus tendres années
, que vous ajoûteriez un
nouvel éclat à tant de vertus ;
que vous rehaufferiez le luftre
de fa pourpre, & de celle des
De Thou, des Silleris & des
Belliévres. J'en parle comme témoin
oculaire , ayant esté affez
heureux pour avoir reconnu ,
tout jeune que j'eftois , jufque
dans vos moindres démarches, la
fplendeur de voftre origine ,
veu luire les premiers rayons de
cette grandeur, où le plus puiffant
& le plus fage des Rois
vous a élevé.
16 MERCURE
Nous efperons › MONSEI
GNEUR , qu'après avoir imité ,
mefmefurpaffe ce grand Ma
giftrat dans toutes fes excellentes
qualitez , vous luy reffemblerez
encore dans fon amour pour l'Ordre
Hierarchique dans l'affection
qu'il a eue pour noftre
Paroiffe . Non feulement il en a
accru le territoire de la moitié,
a donnéfon nom à une partie
confiderable mais ce que nous
eftimons infiniment plus , il
voulu que les enfans de M' le
Comte de Beaumont , fon fils
aifné ,fuffent regenerez dans les
eaux falutaires des Fonts Bap-
:
GALANT. 17
que
Saint Bartifmaux
de noftre Eglife , de
propre main du Pasteur ; & il
a reconnu par là
thelemy eftoit la veritable &
l'unique Paroiffe du Palais .
Nos Regiftresfont un monument
eternel de cette verité ; nous ne
fommes point empreßez de vous
les reprefenter nous n'avons
nullement apprehendé que V. G.
fe laiffaft prevenir à noftre préjudice
, quelque faveur qu'il y
ait contre nous. On peut vivre
en affurance à l'abri de voftre
Tribunal , rien n'échappe à vos
lumieres , vous pefez tout au
poids du Sanctuaire.
Decembre 1689. B
18
MERCURE
Ainfi ,
MONSEIGNEUR ,
aprés vous avoir fimplement fait
refſouvenir des anciennes prerogatives
de noftre Eglife , autorifées
du glorieux aveu d'un de
vos Predeceffeurs , & tout enfemble
un de vos Anceftres, nous
nous contentons de vous affurer.
du plus profond respect & de la
plus parfaite veneration qu'on
puiffe jamais avoir pour voftre
Perfonne , & que nous ne cefferons
point d'offrir nos voeux &
nos prieres à Dieu pour voftre
profperité.
La nouvelle qui s'eft répandue
dans voftre Province, du
GALANT 19
en
funefte accident arrivé a une
Femme de qualité de Bretagne
, eft tres - veritable , & je
puis vous en inftruire ,"
ayant appris les circonftances
par une Lettre écrire de Rennes
le fecond du dernier mois.
Certe Dame , qui s'appelloit
Madame du Crevi , fe promenant
dans une allée fur le
bord de fon bois , & tout
proche de fon jardin , faris a .
voir aucun de fes Domeftiques
auprés d'elle , entendit
qu'on crioit à des Enfans
qu'ils fe fauvaffent , parce
qu'on voyoit approcher le
Bij
20 MERCURE
Loup . Elle s'avança jufques
au bord d'un foffé pour fçavoir
ce que c'eftoit , & voulant
fe retirer, ce Loup fe jetta
fur elle & la renverfa . Il luy
arracha la peau d'un coſté de
la tefte , & luy déchira les
jouës en plufieurs endroits.
En fuite il luy mangea une
feffe & le gras d'une jambe
avant qu'elle puſt recevoir aucun
fecours de fes Domeſti
ques qu'elle appelloit par fes
cris , & qui estoient un peu
éloignez. Ils accoururent
mais comme leurs armes confiftoient
en des baftons, à me-
و
GALANT. 21
fure qu'ils s'approchoient , ce
Loup furieux fe jettoit fur eux
pour les écarter , & retour,
noit à fa proye , ne s'effrayant
ny du bruit ny du nombre
de ceux qui fe hazardoient
à l'attaquer. Un Jardinier
plus hardy que tous les autres ,
voyant qu'il continuoit fon
acharnement, luy mit la main
dans la gueule , & luy prit la
langue . Vous jugez bien que
cene fût pas fans en eftre maltraité
, mais ce qu'il fit donna
temps aux autres d'arra .
cher leur Maiftreffe à demymorte,
d'entre les pates de ce
22 MERCURE
2
cruel animal. Il fembloit qu'il
n'en vouluft qu'à elle feule ,
puifque c'eftoit inutilement
qu'on l'éloignoit avec les bâtons
, il revenoit toûjours
aprés elle , voulant devorer
ceux qui l'emportoient , &
lors qu'on l'eut tirée du Jardin
, & qu'on eut fermé une
porte qui le fepare de la baffe-
cour , il fit des efforts incroyables
pour paffer, & rompit
une forte barre qui tenoit
cette porte fermée . Il eft étonnant
qu'un loup foit demeuré
acharné fur une perfonne
en prefence de tant de
GALANT 23
gens , & qu'il ait voulu fuivre
fa proye jufque dans la maifon
fans rien craindre. Comme
on l'a crû enragé , les
Domestiques qui en ont eu
quelque atteinte , ont efté tous
à la Mer. Leur Maiftreffe eft
morte peu de jours aprés cet
accident.
Madame la Marquife d'Antin
, Fille de M' le Duc d'Ufez
, eft accouchée depuis peu
de deux Garçons . C'eft ce
qui a donné lieu aux vers que
je vous envoye. On les a
trouvez fi agréables , que je
Croy vous faire plaifir de
༥
1
24 MERCURE
vous en donner une Copie.
S525S2252 25SSZESZ
A MADAM EVAL
La Marquife d'Antin ſur ſa
derniere couche .
Vyxmafoy, c'estàfaire
vous ,
Marquife , & de cette maniere ,
Ou iroit bien loin
parmy nous ,
Pour trouver pareille Ouvriere.
ន
Que par vostre travail vous furprenez
les gens !
De moindres Dames que vous neftes .
Ne feroient qu'avec peine , en auſſi
peu de temps ,
E La moitié de ce que vous faites
Avec
GALANT. 25
S
Avec tout le fecours du plus puiſſane .
des Dieuxx
Alcmene innocemment perfide
En une triple quit fit à peine un
Alcide
Et vous, en moins d'un jour , vous
en avez fait deux.
$
Ce n'est pas fans fujet que cette
adresse extréme ,
Donne de l'admiration ;
Si vous continuez de mesme ,
Vous aurez du Roy penfion.
On voit que vous fervez qu'il a
befoin de monde
Pour le fervir artifice eft non-
Dray.
Femmes fuivez un exemple fa
beau ,
Decemb. 1689.
C
26 MERCURE
Et devenez pour luy , chacune auffi
feconde.
2
,
Plus habiles que les Guerriers
Qui luy moiffonnent des Lauriers
Vaus doublerez par là ſon glorieux
Empire ,
Tremble , fiers Ennemis du plus
puiffant des Rois ,
.
Contre luy c'est en vain que l'Uni
vers confpire ,
Les Heros parmy nous naiffent deuxà
la fois.
Toutes les Chanfons , ou
du moins une fort grande
partie , roulent fur des plaintes
d'infidelité . Aucun des
deux Sexes ne s'en fauve , &
les paroles que vous trouveGALANT.
27
rez icy notées , vous feront
voir que le voſtre n'en eſt pas
exempt . Elles ont paru depuis
fort corrompues , & fous un
chant beaucoup inferieur à
celuy que je vous donne .
Vous en connoiftrez la difference
, fi vous prenez la peine
de comparer cet Air , avec
celuy qui vient d'eftre imprimé
dans le Livre d'Airs
de differens Auteurs pour
l'année 1690 .
AIR NOUVEAU.
N Berger tendre & conftant,
Touché de voirfa Bergere V% ,
Par un parjure éclatant ,
Cij
28 MERCURE
Oublier qu'il fecut luy plaire ;
Dieux , dit- il , pour me vanger
D'une injure ft cruelle ,
Faites qu'elle aime un Berger
Auffi charmant qu'elle ift belle ,
Mais qui fujet à changer ,
તે
Ait le coeur auffi liger
Que le fien eft infidelle,
Je vous manday la derniere
fois qu'on devoit avoir bientoft
des nouvelles feures de
Siam ; en voicy qui viennent
de tres-bonne part . Sa Majeſté
Siamoife eftant dangereufe
mene malade au mois de May
de l'année derniere, un certain
Opra Petrarcha , âgé d'enviGALANT.
29
ron cinquante-cinq ans , le
plus grand, le plus riche, & le
plus devoué à fa Secte de
tous les Mandarins Siamois ,
2
fongea à fe mettre en eftat de
fe faire declarer Souverain de
fes Etats . Il avoit refufé les
plus grandes Dignitez du
Royaume pour s'attacher uniquement
à l'Oraifon , & met
ner la vie d'un parfait -Talapoin,
quoy que feculier . Il en
faifoit entierement les fonctions
, & cette conduite luy
avoit fait gagner
l'amitié
>
non feulement des Grands &
des Talapoins qui ont beau-
Ciij.
30 MERCURE
coup de credit fur les Siamois ,
mais encore du peuple , &
principalement de ceux qui
en font la plus baffe partie , &
à qui il faifoit de tres- grandes
charitez felon leurs befoins
. Il avoit avancé fon Fils
à la Dignité d'Oya , qui eft la
premiere du Royaume , aprés
les Princes du fang Royal.
La maladie du Roy augmenfant
, & la foibleffe où il fe
trouvoit , ne laiſſant pas lieu
de croire qu'il s'en puſt tirer,
ce Mandarin, foir qu'il fuft,
pouffé par les Talapoins qui
croyoient rendre un fervice
GALANT.
31
confiderable à leur Religion
qui paroiffoit meprifée , foit
que l'envie de regner l'empef
chaft de voir du crime dans
fa revolte , & qu'il le fentiſt
flaté, comme difent quelques
uns, du fecours que luy pro
mettoient les Hollandois
refolut d'envahir la Couronne
, & pour executer fon deffein
, il menagea d'abord ceux
des Mandarins, qui n'eftoient
pas fatisfaits du Roy , ou
qui avoient receu quelque
mauvais traitement de M.
Conftance . Il gagna à mefme
temps ceux qui eftoient les
C iiij
32 MERCURE
plus attachez à la Religion
Siamoife , & tous les refforts
qu'il fit jouer luy reuffirene
fibien , que comme la coûtume
de ce pays - là eft que lors
que les Rois font en danger.
de mourir , on s'affeure des
principaux du Royaume en
fes enfermant dans le Palais !
il trouva moyen d'avoir la
garde de ces Mandarins , avec
quinze mille hommes qu'il
avoit amenez . M ' Conftance
qui previt l'orage , & quiconnut
que le deffein de cet Opra
le perdroit s'il n'y mettoit
ordre , manda à M des FarGALANT
33
ges, Gouverneur de Bancok,
qu'il eftoit befoin qu'il vinft
à la Cour avec quelques Trou
pes , & ne douta point qu'en
faifant voir de la fermeté ;
il ne vinft à bout de diffi
per les Rebelles , & de fe faifir
du Mandarin qui eftoir
leur Chef. Mr des Farges ju
geant bien qu'il ne pouvoit
envoyer des Troupes fans les
rifquer , & trouvant d'ailleurs
qu'il y auroit de l'imprudence
à un Gouverneur , d'affoiblir
fa Garnifon , ce qui feroit
expoſer fa Place , demeura
à Bancok, fans envoyér
34 MERCURE
aucun fecours à M Conftance.
Si toft que l'Ufurpateur
fe crut affez fort pour ne devoir
rien apprehender
, il ne
perdit point de temps , &
commença à fe declarer ouvertement
par la mort du Fils
adoptif du Roy, qu'il fit couper
en trois. Mr Conftance ne
put amaffer affez de forces
pour luy tenir tefte , & il fut
coupé en deux . Le Mandarin
que ce premier fuccés anima,
fit mettre les Freres du Roy
dans des facs de velours noir,
& ils furent affommez à
coups de buches d'un bois
GALANT.
35
›
odoriferant . C'eft de cette
forte qu'on fait mourir à
Siam ceux qui font du Sang
Royal . Cela eftant fait on
alla piller la maifon de M
Conftance , & l'on fe faifit de
fa Femme , de fes Enfans , &
de tous fes Domestiques . Le
Fils de l'Ufurpateur follicita
plufieurs fois Madame Conitance
, dont il eftoit amoureux
, de fe mettre au nombre
de fes Femmes , l'affurant
qu'il auroit toujours pour
elle une confideration par
ticuliere ; mais comme elle
eft Catholique , quoy que
Japonnoife , elle répondit
36 MERCURE
toujours conftamment que
toutes les offres feroient incapables
de l'ébranler . Il la
menaça de la faire la derniere
de fes Efclaves , & de luy
faire fouffrir les plus rigoureux
tourmens. Il en vint
mefme à l'effet , afin de luy
faire dire fi elle n'avoit point
d'argent caché. Enfin n'en
pouvant rien obtenirsil luy fit
tordre les bras , & comman
da qu'elle fuft mife en un
lieu où logent les Elefans.
Un Officier François la tira
de là avec fes Enfans , & la
mena à Bancok.
GALANT. 37
Les Revoltez allerent enfuite
au Seminaire , & à la
Maifon des Peres Jefuites
qu'ils pillerent, aprés s'eftre
faifis de leurs perfonnes . Ils
firent la mefine chofe aux
autres Maifons des Chreftiens
François , envers lefquels ils
uferent de beaucoup de
cruauté , non feulement en
les maltraitant , mais encore
en ne leur laiffant aucune
chofe pour vivre , & empef
chant qu'on ne leur donnaft
quelque fecours. Tout çela
ne fe put faire , fans que le
Roy malade en fuft informé .
38 MERCURE
>
11 en fit paroistre une fenfible
douleur , & ne pouvant
remedier à ce grand defordre
parce qu'il eſtoit luymefme
prifonnier dans fon
Palais , & en la difpofition
de fon Ennemy, il luy envoya
demander de l'argent . Le Tiran
luy en fit auffi - toft porter
& ce Monarque ayant
fceu que les Jefuites manquoient
de tout , & qu'on
n'ofoit leur donner de foulagement
, fit diftribuer à chacun
d'eux cinquante écus ,
témoignant que fon plus
grand déplaifir eftoit de voir
,
GALANT. 39
l'ingratitude de fes Sujets
aprés tant de graces dont
l'avoit comblé le Roy de
France , fur tout en luy envoyant
ces Peres . Enfin plus
accablé de trifteffe que de
maladie , il mourut dans ces
mefmes fentimens . Ce Prince
eftant mort , l'Ufurpateur fe
fit proclamer Roy , promettant
le rétabliffement de lá
liberté & de la Religion Siamoife
, aprés quoy il ne fongea
plus qu'à chaffer les
François , & ceux que l'on
avoit veus dans les interefts
du Roy défunt ou de M
Conftance . Ainfi il leur or-
1
40 MERCURE
Y
donna, de mefme qu'aux Anglois,
de fortir de fon Royau
me. Ces derniers fe retirerent
avec les François dans la Fortereffe
de l'Eft de Bancok. Ils
furent affiegez par toutes
les autres Nations qui fe trouyerent
dans les Etats de ce
nouveau Roy , auquel tous
çes divers Peuples eftoient
bien-aifes de faire connoiftre
le zele qu'ils avoient à le
fervir . Ils baftirent huit Forrins
autour de la Fortereffe
à la portée du Moufquet ,
& ils les garnirent de Bombes
& de Canons . Les Bombes
GALANT . 41.
qu'ils ne pouvoient avoir.
eues que des Hollandois.
incommodoient fort les Af.
fiegez, & leur faifoient craindre
le feu dans leurs Ma-:
gazins qui n'eftoient faits
que de bois . Cependant
voyant que les François avoient
rafe à coups de Canon
la Fortereffe de l'autre cofté, s
& qu'ils défaifoient leur Ou-7
vrage en peu de temps , ils :
s'avilerent d'un ftratagême!
qui marque l'efprit des Sra - 1
mois. Ils mirent à la tefte de
leuts Travaux M l'Evefque,;
& tous les autres François ,
Decembre 1689. D
42 MERCURE
"
pas
qu'ils avoient pris à Siam ,
afin que fi les Affiegez tiroient
, ceux de leur mefme
Nation fuffent tuez les premiers
. Malgré tout cela , les
Affiegez ne laifferent
de
refifter cinq mois & quarre
jours , quoy que la Fortereffe
fuft ouverte du cofté de la
terre. Enfin manquant de vivres
& de toutes fortes de
munitions , on fit la Capitulation
par le moyen de M
l'Evefque . Elle portoit que
Siamois fourniroient
des Bateaux
, des vivres , & tout ce
qui feroit neceffaire,pour porles
>
GALANT: 43
ter les François & leur bagage
àl'emboucheure de la Riviere,
où l'Oriflame , Vaiffeau du
Roy, de cinquante pieces de
Canon , eftoit arrivé. On envoya
les Otages à bord, & les
François fortirent de Bancok ,
aprés avoir crevé une partie
des Canons , & encloüé l'autre
. M³ de Bruan , qui eftoit
à Mergui , eut la mefme de
ftinée . Il fut affiegé dans cette
Place par les mêmes Nations ,
n'ayant qu'environ trente
hommes . Il ne laiſſa pas, de
refilter quelque temps , & un
boulet de Canon luy ayant
Dij
44 MERCURE
caffé la derniere Jarre d'eau ,
il refolut de fortir du Fort
avec les gens l'épée à la main ,
& de paffer fur le ventre aux
Siamois . Il executa fon def
fein avec une intrepidité furprenante
, & s'eftant fait jour
au milieu des Ennemis , dont
il y en cut beaucoup de tuez,
il les força de prendre la fuite
, & arriva au bord de la
Mer , où il s'embarqua fur
deux Felouques , fe fauvant
à Bondicheri avec vingt hommes
. Plufieurs Officiers François
& un Jefaite , s'eftant
embarquez dans une de ces
GALANT. 45
mais
Felouques & manquant
de vivres ; åborderent à la
cofte de Pegu , où d'abord
ceux du Pays leur firent
figne de defcendre à terre .
Le Pere & deux Officiers
fe laifferent attirer ,
les autres qu'ils appelloient de
la mefme forte, continuerent
leur route, & arriverent à Bon-1
dicheri dans un pitoyable
état. M des Farges y arriva.
quelque temps aprés avec les
Troupes , & envoya de la M
de Beauchamp en France fur
le Vaiffeau la Normande pour
rendre compte à Sa Majesté .
46 MERCURE
de cette trifte revolution ;
avec ordre de paffer au Cap
de Bonne Efperance , pour,
avertir les Vaiffeaux François.
de n'aller point à Siam . M
de Beauchamp, s'acquitant de
ce qui luy avoit efté ordonné,
& ne fçachant point la declaration
de la guerre , fut pris
par les Hollandois avec un
autre Vaiffeau François , appellé
le Coche. Le Roy envoye
fix Vaiffeaux , tant pour
ramener les Troupes qui font
à Bondicheri, que pour fervir
d'escorte à ceux que la Compagnie
a ence pays - là , & qui
GALANT. 47
doivent rapporter quantité de
Marchandifes. On a cu ayis
que le troifiéme Vaiffeau qui
venoit avec les deux qui ont
efté pris , s'eftoit mis en lieu
de feureté !
Il y a déja quelques années
que M' Conftance prévoy oit
l'orage qui l'a fait perir . Ce
qu'il faifoit pour les Catholiques
luy donnant fujet d'apprehender
un revers fi le Roy
fon Maiftre venoit à mourir ,
il s'eftoit precautionné de
Lettres de naturalité pour
paffer en France s'il arrivoic
quelque changement & Sa
7
48 MERCURE
Majcfté qui ne cherche que le
bien de la Religion , & à qui
par ce feul motif l'Ambaffade
de Siam a tant coufté , luy
voulut bien accorder ces Lettres
en reconnoiffance de ce.
qu'avoit fait ce Miniftre pour
faire recevoir les veritez Ca
tholiques dans les Etats du
Roy de Siam ; mais les Ennemis
du Roy , tant Catholi--
ques que Calvinistes , cherchant
à détruire par toutes
fortes de voyes ce qu'il fait
pour avancer la Religion , ont
precipité les chofes avant que
M Conftance cruft qu'elles
deuffent
GALANT: 49
deuffent arriver. Ainfiil a efté
hors d'eftat d'executer fon
deffein. Ses Lettres de Naruralité
avoient eſté enregistrées
au Parlement le 12. Mars der
nier , & à la Chambre des
Comptes le 16. Elles eftoient
conçeuës en ces termes.
L
la grace
de OUIS par
Dieu
, Roy
de France
de Navarre
: A tous prefens
&
à venir
, Salut. Le zele
que.
noftre
cher & bien
amé le Sieur
Conftance
Phauleon
, Premier
Miniftre
du Roy de Siam
, feit
paroistre
pour
noftre
Service
, &
Decembre 1689 .
E
50 MERCURE
veran
les bons offices qu'il rend à la
Nation Françoife auprés dudit
Roy, Nous conviant à luy donner
des marques de la fatisfaction
que Nous en avons , Nous.
avons efté bien- aife d'en troul'occafion
en luy accordant
& à fes enfans , les Lettres de
Naturalité qu'il nous a fait
demander. A ces cauſes , voulant
favorablement traiter ledit
fieur Conftance , de noftre grace
Speciale , pleine puiffance &
autorité Royale , Nous l'avons
reconnu , tenu , cenfe , is reputés
reconnoiffons, tenons, cenfons &
reputons , pour noftre vray naGALANT
SI
ne
comturel
Sujet & Regnicole
Vonlons & nous plaift que
me tel, lay & fes enfans puif
fent s'eftablir en telle Ville de
noftre Royaume & Pays de
noftre obeiffance qu'ils defireront,
qu'ilsjouiffent des privilegess
franchifes libertez dont
jouiffent nos vrais & originaires
Sujets ; qu'ils puiffent avoir ,
tenir poffeder tous biens
meubles & immeubles qu'ils ont
acquis ou pouront acquerir , &
qui leur feront donnez & délaiffez
, jouir d'iceux , en difpofer
par Teftament , ordonnance
de derniere volonté , donation
E ij
52 MERCURE
entre- vifs ou autrement
qu'aprés leur deceds, leurs enfans
heritiers ou autres en faveur
defquels ils en pouront difpofer,
leur puiffent fucceder , pourveu
qu'ils foient nos Regnicoles , le
tout ainsi que fi ledit Sieur
Conftance & fefdits Enfans
eftoient originaires de noftre
Royaume , fans qu'au moyen
des Ordonnances & Reglemens
faits contre les Eftrangers , il
foit donné audit fieur Conftance
& à fefdits enfans aucun empefchement
, ny que nous purffions
pretendre lefdits biens nous
appartenir par droit d'aubeine,
A
GALANT 53
>
ny autrement , en quelque forte
maniere que cefoit, les ayant
quant à ce, difpenfez & habilitez
difpenfons & habilitons,
fans que pour raifon de ce ', il
foit tenu & fefdits - enfans de
nous payer aucune Finance › ny
à nos Succeffeurs Roys , de laquelle,
à quelque fomme qu'elle
puiffe monter, nous leur avons
fait & faifons don & remife
par ces prefentes. Si donnons en
mandement à nos amez & feaux
les gens tenans notre Cour de
Parlement , Chambre des
Comptes à Paris , que ces prefentes
ils faffent regiſtrer, & du
E iij
54 MERCURE
contenu
en icelles jouir & ufer
lefdits fieur Confiance e fef
dits Enfans pleinements paifiperpetuellement
; blement
ceffant & fuifant ceffer tous
troubles & empefchemens ; Car
tel eft noftre plaifir ; Et afin que
ce foit chofe ferme & ſtable
toujours Nous avons fait mettre
noftre Scel à cefdites prefentes
. Donné à Verfailles au mois
de Février , l'an de grace mil fix
cens quatre- vingt-neuf, & de
noftre regne le quarante -fix .
L'abondance de la matiere
m'a empefché dans mes deux
GALANT ST
dernieres Lettres , de vous
donner la fuite du Traité des
Prophetics du fçavant M' de
Comiers.Vous ferez bien aife
de la voir , & il ne faut pas
vous priver plus long temps
de ce plaifire sxlica fis las
552552252 255S2252
SUITE DU CINQUIEME
Article du Traité des Propheties
, Vaticinations , Prédi
ctions , &c.
N peut fans eftre Prophete
, prédire
que le
CON
Prince d'Orange , de mefme
E iiij
56 MERCURE
que le Serpent de la Fable , ne
manquera pas de donner lieu
aux Anglois de fe repentir de
l'avoir reccu dans leur fein ,
fitoft qu'ayant étably ſon autorité
arbitraire , il les aura
reduits à l'esclavage . La Sainte
Ecriture leur fournit un bel
exemple pour ſe delivrer de
cet Abfalon , de ce Roy frapé
au coin de la Rebellion .
Koboam , Fils de Salomon ,
eftant dans Sichem , où tout ,
Ifraël eftoit affemblé , leur fit
cette dure réponſe . * J'ajouteray
à voftréjoug ; mon Pere vous
"
** 3. Regum ch, 12, V. 1 4.
GALANT 57
a
battus de verges , mais moy je
vousfraperay de Scorpions.Vous
vous plaignez que le Roy
Jacques , mon Beau- pere , air
donné la liberté de confcience
aux Catholiques , & moy ,
je vous oſteray à vous meſmes
cette liberté de confcience
que vous reprochez au Roy
Jacques de donner aux autres.
Je veux que vous vous foûmettiez
aveuglement à tout
ce qu'il plaira au caprice de
ma fouveraine Puiffance arbitraire
d'ordonner , concer,
nant les Loix d'Etat & de
Confcience .
68 MERCURE
Je ne puis comprendre par
quel enchantement les Anglois
ont oublié ce qui eft
dit dans l'Ecclefiaftique
* Que là où est la parole du Roy,
là eft fa puiſſance ; er qui eft
celuy là qui luy peut dire , que
fais-tu ? & pourquoy ils n'ont
pû fouffrir que le Roy Jacques
II. ait fans attenter à
la Religion Anglicane , don
ne la liberté de confcience
aux Catholiques , & qu'ils
ayent pris ce pretexte pour
couvrir une rebellion qui a
toûjours efté odieufe au Cicl
* Chap. 8. v. 14.-
GALANT: 9959
& à la Terre , & défenduë
A par les Loix Divines & hu
maines. Cela eft fi vray que
bien
32
Salomon
fuft de-
Idolâtre
, toute
la Nation
Juifve demeura fous fon
obeïffance. De plus , s'ils vouloient
faire un nouveau Roy ,
ils auroient dû le prendre de
leur Nation , & de la Reli
gion Anglicane qui eft la
dominante , fuivant meſme
ce qui fut ordonné au Peuple
de Dieu en ces termes . Vous
ne pourrez prendre pour Roy
un homme d'un autre Pays ,
1. Paralip. ch . 17. v. 15 .
60 MERCURE
pretexte
de
qui ne foit voftre Frere. Et ils
ont couronné un Ufurpateur
qui ne peut eftre leur Frere ,
puis qu'il ne fait pas profeffion
de la Religion Anglica
ne. Il eft d'autant plus furprenant
que fous
cette liberté de confcience
les Anglois fe foient armez
contre leur legitime Roy
pour couronner un Tiran
Ufurpateur , que Jurieu en
1683. dans la 243
page de la
feconde Partie de fon Apo-.
logie pour la reforme , difoit,
Que les Anglois ont des confciences
de Cour, fouples & fort
GALANT. 61
accommodantes , ayant pris une
habitude de complaifance dans
les chofes de la Religion , eftant
toujours de l'avis de leurs Sout
verains.Sous HenryVIII . ajoû
te- t-il , ils avoient efté grands
Ennemis du Pape & bons Amis
de la Meſſe. Sous Edouard ils
avoient renoncé à la Meffe auffsbien
qu'au Pape. Sous Marie ,
Soeur d'Edouard , ils avoient
repris le Pape & la Meſſe.
Sous Elifabeth , ils furent de la
Religion de la Reine , bons Ca
tholiques quant au reste , & de
quelque Religion qu'ils fussent ,
ils avoient toujours le Papifme
dans le coeur.
62 MERCURE
Je me fens entraîné à vous
marquer par quels degrez
Herefiesta infecté l'Angle
terre , pour faire reflexion enfuite
fur la fituation où font
prefentement les efprits & les
affaires de la Grand' Bretagne
,
Henry VII. cftant mort en
1509. Henry VIII . fon Fils
luy fucceda . Jamais Roy ne
fut plus fçavant en matiere
de Religion , ny plus zelé
Catholique. Il écrivit fi doctement
contre l'Herefie
de Luther
, que
115
fon Livre
ayant efté leu en la Congregation
des Cardinaux ,
GALANT 63
le Saint Siege luy donna l'il
luftre titre de Défenfeur de
la Foy, li s'en rendit indigne
par l'éclatant Schifme qu'il
fit fous Clement VII . qui luy
avoit refufé d'autorifer fon
divorce avec Catherine d'Artagon
, pour époufer Anne
de Boulen , dont la réputation
eftoit flêtrie . Il fe fit déclarer
Chef de l'Eglife® Anglicane
par Acte du Parle
ment du 20. Mars 1534. Les
grands Hommes font les
plus grandes fautes , & leurs
chûtes font plus dangereuſes.
Je mettrois volontiers au bas
64 MERCURE
de fon Portrait ce qu'on difoit
du grand Tertullien .
Ubi bene , nemo melius ; ubi
male , nemo pejus . Quand il
faifoit bien on ne pouvoit
faire mieux , quand il faifoit
mal on ne pouvoir faire pis.
Il fit ce Schifme éclatant fans
pourtant quitter la Religion
Romaine , ny ceffer de perfecuter
les Lutheriens , les
Zuingliens & les Calvinistes .
Il voulut en 1541. fe reconcilier
avec le Saint Siege.
Enfin il mourut en 1547 •
reveftu , comme dit Jurieu
en la page 147. d'un pou
GALANT 65
voir fans bornes ; car il n'eut
jamais d'autres Loix quefa volonté
point d'autres armes
pour executer fes volontez que
fon autorité, fa hardieße dans fes
entreprises , &fa fermeté dans
fes refolutions. Il vouloit &
c'efloit affez pour amener fon
Parlement à vouloir avec luy
les mefmes chofes. Il renverfoit
La Religion. Il changeoit les
Loix , &faifoit la bonne
mauvaise fortune de fes Sujets
felon fon caprice. Neanmoins
comme en ce temps - là les
Anglois eftoient des vericables
Sujets , tels que Dieu
Decembre 1689 . F
66 MERCURE
C
les ordonne eftre envers
leurs Souverains , ils n'attaquerent
jamais l'autorité arbitraire
de ce Roy . Il mourut
aprés avoir fait dire la Meffe
dans fa chambre , communié
fous une feule efpece , &
laiffé par teftament fept mille
livres de rente à deux Preftres
, pour dire des Meffes ,
& des Obits pour le repos de
fon Ame. Avant fes derniers
foupirs , pour témoigner le
regret qu'il avoit d'avoir
rompu avec le Saint Siege
il repeta fouvent ces paroles,
Nous avons tout perdu. Comme
ce Roy avoit craint que
GALANT. 67
' Herefie ne prift de plus
grandes forces fous la minorité
du Roy Edoüard ſon Fils,
il nomma par fon Teftament
feize Seigneurs pour gouverner
l'Estat avec une égale au- storitépendant laminoudu
Prince . Il des chargea de rétablir
par toute l'Angleterre
la Religion Catholique , &
de faire élever ce jeune Roy
dans cette créance. Il ordonna
auffi qu'Edouard pourroit en
fa vingt- quatrième année révoquer
toutes les Loix qu'il
auroit faites auparavant. Henry
VIII. avoit creu remedier
Fij
68 MERCURE'
par là aux'defordres qu'ilavoit
préveu devoir arriver pendant
le bas Regne de fon Fils ..
Voicy les fingularitez de
la vie d'Henry VIII . Du vivant
de fon Pere , il époufa
par difpenfe de Rome , Catherine
d'Arragon , Veuve
du Prince Artus de Galles
fon Frere Aifné , de laquelle
il ne luy refta d'Enfans que
la Princeffe Marie. Il s'amouracha
d'Anne de Boulen,
dont la conduite eftoit fort
fufpecte. Il eut recours au
Saint Siege pour faire divorce
avec Catherine d'Arragon,
GALANTM 69
Tante de l'Empereur Charles
Quint . Il alleguoit qu'on
ne pouvoit justement luy refufer
cette permiffion , parce
qu'elle eftoit fa Belle feeurs
& qu'il auroit eu befoin pour
l'époufer , d'une difpenfe de
Rome. Le Pape luy refufa la
permiffion qu'il luy demandoit
, & Henry piqué de ce
refus qu'il regardoit comme
une injuſtice , fit declarer nul
fon mariage. L'Archevefque
de Cantorbery prononça la
Sentence qui le caffoit , & le
mefme Acte du Parlement ,
qui declara le Schifme avec
70 MERCURE
la Cour de Rome , & le divorce
avec la Reine Catheri
ne , exclut de la Couronne la
Princeffe Marie , que le Roy
avoit euë de Catherine d'Arragon.
Il époufa publiquement
Anne de Boulen , Mere
d'Elizabeth . Anne de Boulen
fut décapitée pour les impudicitez
, & fon mariage declaré
nul fur l'aveu qu'elle fit
de l'engagement qu'elle avoit
eu avec le Comte de Nor
thumberland avant que d'eftre
mariées au Roy. Anne
Seymur , fa troifiéme Femme,
luy donna en mourant
& GALANT.
CH
Edouard VI. au mois d'O!
tobre 1537. Henry VIII . a
prés avoir regretté cette Reine
épousa Anne de Gleves ,
& repudia enfuite cette quatriéme
Femme , pour épouser
Catherine Howard , qu'il fit
auffi décapiter pour crime
d'adultere. Enfin il époufa
Catherine Park , veuve de
Milord Latimer. Elle vit
mourir le Roy d'une maladie
languifante, aprés s'eſtre veuë
prefte de paffer par la main
d'un Bourreau pour avoir ofé
parler à ce Prince en faveur
de la Religion Proteftante .
72 MERCURED
Henry VIII . eftant mort en
1547. Edouard VI. âgé de
neuf à dix ans fut couronnné,
Edouard Seymer , Comte
d'Herford , fon Tuteur &
fon Oncle marernel , & Proteftant
, fe fir declarer Pro
tecteur du Royaume fous le
nom de Duc de Sommerfer.
Il fe fervit de fon autorité
pour avancer fa Religion. It
procura aux Lutheriens le
moyen de s'établiren Angleterre
, & éleva le Roy dans
la doctrine de Luther , & au
mois de Novembre 1548. il fit
faire par l'autorité du Parle
ment,
GALANT. 73
ment, la pretenduë Refor»
mation . Enfin le Ciel en punit
l'Auteur en 1552 le Protecteur
ayant perdu la tefte fur un
Echaffaut.
Edouard VI. que fon Tuteur
& fon Oncle maternel
le Duc de
Sommerfet , as
voit élevé dans l'Herefic Lu
therienne ,mourut en la dix,
feptiéme année de fon âge, au
mois de Juillet 1553. Il auroit
achevé de tout perdre fi Dieu
n'cuft abregé les jours de ce
futur Perfecuteur de fon Egli
fe . En effet , ce jeune Roy
pour empefcher le rétabli
Decembre 1689. G
74 MERCURE
fement de l'Eglife Romaine
avoit desherité & exclus de la
Couronne se
Fille, comme je l'ay dit , de
Flower
Catherine d'Arragon , premitre
Femme de fon Pere, &
avoit nommé pour luy fucceder
Jeanne Gray , Fille du
Duc de Suffolk , fa Coufine .
Cette pretenduë Reine Jeanhe
Gray , defcendit bien- toft
du Trône pour monter fur
P'Echaffaut , & laiffer la Cou
ronne à Dela Princeffe Marie ,
qui en 1553. fit caffer par le
Parlement l'Atreft de divorce
entre fon Pere & fa Mere , &
refa
fa Soeur Marie ,
GALANT
C
L.
declarer nul le mariaged An
ne de
Boulen
, & par conte
confe
quent Elizabeth incapable de
fucceder à la Couronne. Elle
fir par le mefme Parlement
annuller toutes les Loix du
feu Roy Edouard , comme
eftant faites pendant la minorité,
& fous la feule autorité
du Duc de Sommerfet ,
contre la difpofition teſtamentaire
d'Henry VIII . LEglife
de Dieu refpira fous
cette grande & pieuſe Reine.
Elle rétablit la Melle par tout,
& en Avril 1554, fit agréer
par le Parlement fon mariage
Gij
76 MERCURE
avec Philippe, Prince d'Efpágne
, qu'elle époufa âgée de
trente - huit ans . Le Parlement
pour toute la Nation fut reconcilié
à l'Églife Catholi
que & du Saint Siege . Le Car
dinal Polus , Anglois receut la
foumiffion des deux Cham
bros qui fe mirent à genoux
devant luy , & il leur donna
l'abfolution ; & par un autre
Acte le Parlement fit revivre
toute la ſeverité des Loix
contre les Heretiques.
A la Reine Marie decedée.
le 17 Novembre 1558. fucceda
la fameufe Elifabeth , néc
GALANT 9777
d'adultere d'Henry VIII aveg
Anne
dos
fait
jufqu'alors
profeflion
des
veritez
Catholiques
, mais
elle
changea
d'abord
de
Religion
,
&
pour
prévenir
les
foudres
du
Vatican
, que
les
Herenques
luy
faifoient
apprehen
der
, elle
prit
le
party
, comme
un
remede
fouverain
, de
fes
couër
entierement
le
joug
de
f'Eglife
Romaine
. Elle
rap
pellà
les
Heretiques
&
19771
Janvier
isso
, elle
le
fit
decla
rer
Chef
de
l'Eglife
Angli
cane
par
le Parlement
qu'elle
avoit
affemble
, tant
aux
chos
Boulen. Elle avoit
της
Gilj
58 MERCURE
fes Ecclefiaftiques & fpirituelles
, qu'aux chofes putement
temporelles , avec une
fouveraine puiflance arbitraire
. Ainfi le changement de
Religion n'eft arrive en Anleterre
que par le dépit &
que
Forgucil d'Henry VIII. contre
le Pape Clement VII.
qui luy refuſa la permiffion
d'époufer Anne de Boulen
du vivant de Catherine , In-
Η
fante d'Elpagne , & enfuite par
la
la
4.
beth inte
d'eftre par
qu'eur Elizal'autorité
du
Pape privée de la Royauté ,
comme cftant née d'un made
GA
de 47 %
riage illegitime , de forte
qu'on peut dire que cette
Reine avoit cfté figurée par
la Jezabel du fecond chapitre
l'Apocalypfe , & que l'An
gleterre a cité depuis fon regne
la Thyatire fur qui Dieu
a exercé fa vangeance
.
Il eft donc conftant que
les Angloisont toujours embraffe
la Religion de leurs
Souverains , & n'en ont jamais
changé
quoy que
ces Souverains ne fuffent
pas de la Religion de leurs
Sujets. Auffi eft- il vray que
ce n'eft que par crainte qu'ils
Gij
80
MERCURE
fouffrent l'invafion du Prins
ce d'Orange a qui n'a efté
couronné que par un Peuple
rebelle , & par un Phantôme
Parlementaire composé de
Traiftres , pouffez par leur
faux devot Prelat, fauteur des
impies , qui a perfecuté l'innocent
pour dérober au fupplice
l'homme le plus fcelerat
& le plus dangereux Ouvrier
des Heretiques .
Revenons maintenant à la
pretendue Prophetic de Jurieu
. Les Heretiques , qui
appliquent fans raifon à l'Eglife
Romaine le nom Grec
GALANT 81
Lateinos , dont le nombre fait
666. peuvent- ils ne pas reconnoiſtre
que la Prophetie dans
Apocalypfe , regardoit la
defolation & le renversement
de Rome Idolâtre , & de fon
Empire temporel , & non pas
de l'Eglife Romaine , fuivant
les termes formels de la Propherie
de Baalam aux Nombres
chapitre 24. verſet 24.
parlant au Roy des Moabites?
Voicy ce que fera ton Peuple au
dernier temps.Je le verray , vifiteray
chaftiray , mais non pas
maintenant. Une estoile procedera
de Jacob qui deftruira
82 MERCURE
tous les Enfans de Seth. Helas,
qui vivra
Lars
que
le
Seigneur
fera telles chofes ? Ils viendront
és Galeres d'Italie , ils furmonteront
les Affyriens , & auffi
ravageront les Hebreux.Les termes
Latins portent, vaſtabunt
Hebræos
,
n'ayant pas
les Romains les deftruiroient
entierement. Voicy,mes Freres ,
ce miftere &
*
dit
que
7406
veux Secret
que je
bien vous découvrir
difoit Saint Paul aux Ro
mains , Chapitre 11. v . 25.
Ainfiquant à l'Evangile que les
Juifs n'ont point receu , ils font
maintenant Ennemis à caufe de
GALANT.
83
82
nous mais quant à l'Election
Dieu qui
dees doit
convertir
un jour, ils font aimez à caufe
• de leurs Peres . Et Baalam continuant
de parler des Latins,
& de l'Empire Romain , ad
joute immediatement , & ad
extremum etiam ipfi peribunt. A
la fin auffi ceux la mefmesperiront.
Par ces termes on voit
clairement que le Prophere
Baalam ne parle point de
l'Empire Ecclefiaftique , mais
bien de l'Empire Temporel
des Romains , qui ruinerent
l'Empire des Perfes ; & l'Armée
des Latins , commandée
84 MERCURE
par Titus , brûla le Temple
de Jerufalem les . Aoult de
l'année 70. & ferendit mailtre
de la Ville le 1. Septembe
de la meſme année . L'Empereur
Adrien , en l'année 133 .
défit entierement
la Nation
Juifve toute la terre ayant
depuis efté aux Juifs un lieu
de banniffement. L'accompliffement
de cette Prophetie
de Baalam, à la fin auffi les
Latins periront, le vit
yit à Rome
fous Honorius, par Alaric en
l'année 410. par un ordre
particulier de Dieu , de forte
qu'au rapport de Sozomenc
GALANT 89
a
Autheur Greer qui mourut en
l'année 430. un Religieux
ayant voulu appaiſer la colere
de ce Prince Alaric luy répondit
, non , je ne puis refifter
celuy qui me pouffe intericurement
, & qui ne me donne
aucun repos ny la nuit ny le
jour,pour m'obliger à ruiner
cette fuperbe Maiſtreffe du
monde. Cette deftruction de
Rome eut le caractere parti
culierportédans l'Apocalypfe
chap. 18. v. 6. traittez là comme
elle vous à traittez rendez luy au
double toutes fes oeuvres ce qui
arriva parles Gots qui s'eftant
86 MERCURE
affemblez en un Corps d'armée
fous Alaric , affiegerent
Rome. Elle fe racheta a forcedor
& d'argent, mais comme
Alaric fe retiroit , l'Empe
reur Honorius refuſa de traiter
avec luy , ce qui irrita fi
fort les Gots , qu'ils retournerent
à Romer, & Ja brulerent
le 24 Aouft de l'an
410, aprés l'avoir pillée pendant
trois jours , pour rendre
à Romefuivant la Prophetic,
le double de ce qu'elle avoir
fait aux Gots , & fe vanger
de ce que les Romains fous
Flavius Claudius fecond en
GALANT 87
l'année 271.
après avoir ra
vagé leurs Villes , & taillé en
pieces
en deux batailles
ranées
trois cens vingt
mille
gées
Gots , pris ou coule
à fond
deux mille de leurs Navires ,
avoient
fait fi grand nombre
de Prifonniers
que tout l'Em
pire eftoit
rempli
d'Efclaves
Gots, qu'on vendoit
à vil prix
par troupeaux
comme
des
Beftes.
Le faccagement & l'incendie
de la Ville de Rome , &
la ruine de l'idolâtre Empire
Romaincont ont chacun leur
caractere dans l'Apocalypfe ;
88 MERCURE
car au Chapitre 17, verfet 5?
il eft dit que la Befte , la grande
Babylone , cnyvrée du fang
des Saints , faifant allufion
à la Babylone fur l'Euphrate ,
où le Peuple de Dieu avoit
fouffert en captivité , avoit
le nom écrit fur le front
miftere. Ce mot miftere fur le
front de la Beſte , c'eſt à dire
au frontispice ou Etendard
de l'Empire Romain , eftoit
S. P. Q. R. qui font les premieres
lettres des quatre mots
Serva Populum quem redemifti ,
que les Romains avoient tirez
d'une Sybille ainfi que
GALANT. 89
jay remarqué dans la troifiéme
Partie de mon Traité
des Langues & Ecritures inferée
dans le Mercure dè
·
Fevrier de l'année 1685. Par
un femblable miftere , les
Enfans de Mathathias furent
nommez Machabées , parce
que Judas , l'un d'eux , & tresvaillant
Capitaine , avoit pris
dans fon Etendard cette De
vife fimbole ou mot Ma. Ca.
b. ai . compofez des quatre
premieres fyllabes du onziéme
verfet du Chapitre 15 .
de l'Exode , Ma. Camacha.
Baelim. Faikouach , qui eſtſem-
Decemb. 1689.
"
H
9༠90 MERCURE
car
blable à toy Seigneur. Le fecond
caractere eſt dans le Chapitre
18. verſet 4. Sortez de Babylone,
mon Peuple fortez de Babylonex
de peur que vous ne foyez enveloppez
dans fes playes
les playes , la mort le deuil &
la famine viendront fondre fur
elle en un mejme jour , & elle
fera brulée par le feu . En effet
fuivant le commandement ,
Sortez de Babylone , mon Peuple,
& fuivant le miftere contenu
dans les quatre lettres
S. P. R. fauvez le Peuple
que vous avez racheté , Innocent
I. du nom , & le 38.
Pontife de l'Eglife Romaine
GALANT 91
accompagné
du Clergé &
des autres Fidelles , fortit de
Rome , & ils fe trouverent à
Ravenne lors qu'Alaric afficgea
, prit , faccagea , & bruta
cette Capitale du Monde
Payen. Voilà donc dans
Alaric en l'année 410 l'accompliffement
à la lettre de
la Prophetie de la ruine de
Rome Payenne & de fon
Empire , qui fut bien - toft
aprés demembré en plufieurs
Royaumes. Voicy de melme
en la perfonne de l'Empereur
Diocletien , & dans les années
300 301 302 303. & jufqu'au
Hij
92 MERCURE
19. Fevrier de l'année 304 .
l'accompliſſement à la lettre
de la Prophetics concernant
la Befte ou Antechrift , au
nom du nombre 666. & les
trois ans & demy, ou 42.5mois
de fa perfecution ; car dans
fon premier nom & fa qualité
Imperiale DIOCLes aUgUftUs
, il portoit dans les
lettres numerales de fon nom,
le nombre 666,. & pour porter
le fecond caractere dés
la 17 année de fon Empire ,
qui fut l'année 300. de Jefus-
Chrift, il interdit comme
dit Lactance , tout commerce
•
GALANT. 93
&
m
aux Chreftiens , & par ce
moyen accomplit ce que S.
Jean avoit prédit , que fous
la grande Beſte ou Puiffance
zau nom du nombre 666. les
Chreftiens ne pourroient venadre
ny acheter . Ce mefme
Empereur , pour eftre en tout
grand & veritable Antechrift ,
eut encore le caractere mar、
qué par le Prophete Daniel au
Chap . 7. verfet 25. Et putabit
quod poffit mutare tempora
lege ; qu'il feroit les efforts
pour changer les Loix & les
temps . En effet , il ne put
fouffrir la Religion des Chrê-
"
94
mefme
MERCURE
tiens & il défendit
Ieur Epoque , puis que du
21. Avril de l'année 284, qu'il
fut proclamé Empereur , il
fit commencer une nouvelle
Epoque pour compter les annees
ce qui a duré jufqu'à
l'Empereur Juftinien.
Voicy d'autres fingularitez
de la vie de Diocletien , qui
fervent à noftre fujet . Une
Cabaretiere Druide , luy avoit
predit 25 ans auparavant,qu'il
parviendroit à l'Empire lors
qu'il auroit tué un Sanglier.
Cette prediction eut fon effet
en l'an 284. car Dioclés fut #
GALANT. 1959 %
proclamé Empeteur auffi toft
qu'il cut tué le grand Maiſtre
du Palais Imperial
nommé
Aper , c'eft à dire , Sanglier ,
qui avoit affaffine dans la
Litiere fon Beau pere , le tresdocte
Empereur , Numerarius
Auguftus , lors qu'il revenoit
aprés avoir ruiné la grande
Babylone fur Euphrate , tellement
que de la ruine de la
veritable Babylone jufqu'à la
ruine de Rome Payenne, que
S. Pierre & S. Jean appellent
Babylone par rapport à l'autre
, il n'y eut que 126. ans.
Diocletien ayant avec fon
96 MERCURE
Collegue Maximien & autres,
achevé heureufement toutes
les Guerres , tourna fa rage
contre les Chreftiens dés la
17. année de ſon Empire
& lors qu'il eut veu fon Palais
Imperial confumé par
feu du Ciel dans Nicomedie ,
Siege des Empereurs en
Orient , la crainte qu'il eut
d'eſtre frappé de la foudre ,
luy fit remettre le 19. Fevrier
de l'année 304. la
Pourpre
Imperiale aux pieds de Jupiter
avec ces paroles Voilà , Jupiter,
ce que tu m'avois prefté , je te
rens. Ainfi finirent les
}
le
rens.
trois
GALANT. 97
trois ans & demy de la perfecution
de l'Eglife, qui cftant
la dixième , fut auffi la plus
cruelle & la plus univerfelle,
d'où je conclus que les Here
tiques ne doivent pas cher
cher ailleurs qu'en DIOCLes
alsh's , le nom de la Befte
au nom du nombre 666, ny
la durée dès trois ans &
demy , dqs 42. mois , & des
mille deux cens foixante
jours de la puiffance de la
Befte contre l'Eglife , puis
que tout cela eft arrivé , &
eft trouvé accomply à la
lettre en la perfonne de Dio-
Decembre 1689. I
98 MERCURE
cletienen l'année 304. de
Jefus Chrift .
*
Bien que l'Empereur Dio
CLes aVgVftVs
CLẹs
porter pas
pour ne
r pas le caractere 6662
cuft pris le nom de Diocletia
mus fovius , je dis qu'il portoit
encore dans ce nom de Dios
cletianus , celuy de l'Ante
chrift ; car puis que faine
Jean employe les lettres numerales
du nombre 666 po
pour
caracterifer le nom de la gran
de Befte DlocLes aVgVftV's,
& que fuivant le proverbe ,
les noms conviennent fou
vent aux choſes , il me fera
I
GALANT 99
permis dans cette rencontre
d'employer les Anagrammics:
du nom Diocletianus qui nous
donne Antidras colispuis
que par fon Edit il fe fit ado
rer en qualité d'Antechriſt .
Ce fecond Anagramme a le
mefme rapport Antideo lucis,
Diocletien s'eftant fait donner
de l'encens en qualité
d'Antidieu d'Ennemy ou
Antechrift du Dieu de lu
miere. S'il faut craindre encore
certe grande Befte on
une femblable , l'homme de
peché le Fils de perdition
dont le nom faffe le nombre
✓
I ij
100 MERCURE
666.lesHaretiques ne peuvent
refuferde l'attribuer au Prince
d'Orange , puis que ſon nom
ris
ent manieres &
endifferentes langues , dans fa
Religion qualitezi , & actions
les plus éclatantes , donne
toujours par l'addition des
Lettres Numerales qui font
dans ce nom, le nombre D. C.
Le X. Vo Tb c'eft à dire
666.bric A. MD 43
Puifque M. Juricu a fait un
Chapitre qui a pour Titre ,
Arrangement en abregé des éve
nemens que le Saint Efprit avoit
dérangez dans les vifions ,il
GALANT 101
he pourra trouver mauvais
que j'aye fait tant de differens
arrangemens des lettres
numerales qui font le nombre
666. dans le nom du Prince
d'Orange , qu'on peut dire
eftre l'homme d'iniquité ,
l'homme de peché , le Fils de
perdition, & pour tout dire
l'homme tout de fraude ;
VralCVs DoĻVs , portant
par tout le nombre fix tens
foixante-fix , qui eft le cara
tere de la Befte de l'Apocalypfe.
Faites-en vous mefme
les calculs .
CALV InVs Denaffak
+2
I iij
102 MERCURE
LYther's princeps De naf
fav.
principe naffar fiDel LVtheranæ
fints ni
king De naffal › antl Chrlst's
erit In angLla
prince noVVeaV abſalon,
prince VsVrpate Vr D'angleterre.
A
Voilà ce qui regarde l'Angleterre.
Ce qui fuit menace
les Electeurs de l'Empire pour
avoir fait alliance avec le
Prince d'Orange .
naffal eLeCtores penIV's Def
trVet.
naffa eLeCiers Defir Tran
GALANT: 193
for's naffal eLeCtore pren
Dront fin.
Ces autres arrangemens des
Lettres numerales , font les
efperances de la LigueHuguenotte
, & menacent les Elec.
teurs Catholiques qui fontentrez
dans l'alliance des Calviniftes
& du Prince d'Orange.
mala ConfeDeraiVs LV-
92017
theranis
nassal
ConfeDeré
aVx
LR
therlens.
LVMr
Juricu fait encore ef
perer aux Calviniftes que
Empire Catholique finira
par le moyen de la Ligue
I ill
104 MERCURE
que l'Allemagne a faite avec
le Prince d'Orange.
2
In Cafare, nasal InfIDe
peribit aql ILa .
>
Bien que le Miniftre Juried
ait fait fortement attendre
aux Heretiques , premiere .
ment au mois d'Avril de
l'année encore prefente 1689 .
te rétabliſſement du Calviniſme
comptant les trois
ans & demy dont il et parlé
dans l'Apocalypfe , depuis le
mois d'Octobre 1685. de la
caffation de l'Edir de Nantes s
fecondement , la ruine de l'Eglife
Romaine en 1710. ou
en izts . parce qu'il trouve
GALANT tos
*
dans le mot Grec Lateinos
le nombre 666. que Saint
Jean au chapitre 13. de fon
Apocalypfe dit eftre le nom
bre du nom d'un homme
particuliers duquel nom les
lettres numerales font par ad
dition le nombre 666.7 cat
quand mefme Saint Jean auroit
parlé d'un nom general
& de communauté , ou
appellatif , ce mot Lateinos
ne pourroit tout au plus convenir
, fuivant la conjecture
de S. Irenée , qu'aux Empe
reurs Romains de fon ficcle.
M' Juricu pour appliquer ce
106 MERCURE
mot Lateinos à l'Eglife Ro
maine impofe à S. Irenée ,
d'avoir cru & prononcé que
ce mor eftoit le nom prophetique
de la Belte ou Antechrift
dont parle S. Jean ; &
fur cette impofture il bastit
tout le Siftême de fon pretendu
accompliffement des
Prophetics faifant valoir les
trois ans & demy de l'Apoca-
Jypfe mille deux cens foixante
ans.Enfuite il fuppofe que
le Pape eft
l'Antechrift, premierement
par le mot Lateimos
,fecondement par la corruption
des moeurs & de
و
"
GALANT 107
fa doctrine , enfin parla
tirannic fur les Chreftiens ;
& fur ces trois faux fondemens
il fair efperer aux He
Fetiques en Fannée 1710. ou
1715. la ruine de la Ville à
3fept collines c'est à dire de
Rome & de l'Eglife Romaine,
fans pourtant avoir pû convenir
avec luy mefme de l'Epo
que , c'est à dire , de l'année
qu'il faut commencer àeompter
les 1260. jours des trois
ans & demy de l'Apocalypfe,
puis que ce pretendu Prophe
te , dans fa feconde Parric pa
ge 186. parle en ces termes.
108 MERCURE
Nous ne fçavons pas , dit- il ,
d'où Dieu comptera les trois
années & demie , & par con
ſequent le parjure Jurieu étoit
eftropié de la cervelle
quand il a dit que l'Eglife
Romaine finiroit en l'année
1710. ou 1715. Je veux faper &
renverſer tout à coup tour
fon Siftême , en faifant voir
par les termes formels de
S. Itenée qu'il n'a jamais
cru que Lateinos fuft le veri
table nom de l'Antecrift
encore moins que ce nom
fe puft appliquer à l'Eglife
Romaine. Voicy fes termes,
GALANT. 1og
tirez du 30, chapitre de fon
3. Livre contre les Hereftes x
& rendus em noftre Langue.
It eft danc plus affure & fans
danger d'attendre l'accompliffe?
ment de la Prophetic , que ode
deviner à taftons quelques nomes.
d'entre plufieurs qu'on peut tron
ver & contenant dans leurs lettres
numèráles le nombre 666, comme
Fruantos, Feitans Lateiros Sug
ce dernier mot il fait fa con
jeЄture en cès termes Theft
font gray femblable Iditpil
d'autant que la derniere Mas
narchie qui regne àpreſent. porta
ce nom puis que cefans les Latins
no MERCURE
·
qui regnent prefentement , maiš
nous ne tirerons point de wanité
d'avoir trouvé à ce mot Latei
nos , d'où il eft conftant ques
S. Irenée qui mourut en l'an
160. parloit de l'Empire Ro
main , & des Empereurs
de
fon temps. De plus, ce grand
Saint ajoûte que de tous les
noms qu'on trouve en la Lan
gue Grecque ,qui font le nombre
666.celuy de Teitan convient
le mieux à l'Antechrift,
& que l'on doit plûtoft croire
que Teitan fera le nom de la
Befte.Il apporte enfuite les raifons
de fa conjecture
, & conGALANT.
HE
clut en ces termes. Nous n'affu
rons pas que l'Antechrift portera
ce nom, Teitan, d'autant que s'il
avoit fallu que dans le temps
prefent ce nomfut connu il auroit
"affurément efte declarépar SJean
meſme. Aufli eft- il vray qu'il
faudroit avoir cfté plus que
Prophere pour avoir devine ce
nom, DIoĈLes al gVfV's avant
l'année 284. que Diocles fut
Empereur. C'eft pourquoy
S. Irchée qui mourut en l'ang
née reol qui eft cent vingtquatre
ans avant l'Empereur
Diocletien , n'a rich die de
pofitif fur le nom du nombre
toon of I
112 MERCURE
666, bien qu'il ait cfté facile
de le reconnoiftte dés l'ave
nement de Diocles à l'Empi
re Romain. Car toute Prophe
tie , comme dit S.Irenécliv. 4.
chap2 434 quanı qu'elle ait fon
efficace, s eft lung enigma , er une
ambiguité, lors qu'on vole
effectuer dans le temps de qui
grupit, efté prophetisé» la ho
phatics go leor explication fet
cile cofurte. Mais comme
effectivement EctLe Prophetic
regardoin Rome op l'Empire
Lasino cenom d'homme doit
eftre en Languelatine, & non
pasen LangueGrecqueicans'il
falloit chercher le nombre
5
GALANT 113
666. dans un nom Grec d'un
homme particulier , outre les
trois mots que Saint Irenée a
rapportez , fçavoir Evantas,
qui fignific Beaufleuri , Latei
nos , Latin, & Teitan , Geant ›
-on trouveroit encore le nombre
666. dans les lettres numerales
de plufieurs autres
noms Grecs , comme Lampetis
, qui fignifie Illuftro, Maometis
Mahomet ; Kakos odegos,
méchant Capitaine ; Amnos
adikos , Agneau nuifible ,
&c. dont lavaleur des lettres
numerales font le nombre
GG. Que fr M Jurieu veur
Decembre 1689.
?
I14
114
MERCURE
qu'on trouve encore en ce
ficcle ce nombre 666, dans
quelque Affemblée ou Eglife,
on en trouvera d'abord l'application
entiere en Latin &
en François à la Religion Pretendue
Reformée , qui a cu
Calvin pour Patriarche , &
qui leur a donné fon Inftitution
de Foy.
CaLVIn InftitVto fiDel.
16 InftliVtion De fol par lean
SONCALVIn. 1
C'est pourquoy en l'année
1678.dans mon Livre intitulé ,
inftruction pour reunir les Eglifes
pretendues Reformées à E
GALANT. HIS Η
glife
Romaine , Lay dit dans
la 3. page , que par un traie
de la providence
Divine . Calvin
commença
la preface
de
fon
inftitution
par ces mots,
ma Doctrine
, & finit tout fon
Livre par ce mot d'impietér
pour nous faire connoiftre
par la jonction
du premier
&
dernier
mot de fon inftitution.
Ma Doctrine
d'impieté
.
Mais d'autant
que Saint Jean
dit qu'il faut trouver le nombre
666. de la grande
Befte
dans le Nom d'un Homme
particulier
, le Prince
d'Orange
me permettra
, s'il luy
Kij
116.
MERCURE
plaift, de luy en avoir fait icy
honneur en tuy rendant juſ
ie
trouve
que
tice, puis que je
le nombre 666. luy convient
fort bien , & en toutes manieres
, en Langue Latine &
en Langue Françoife. Je ne
veux pourtant pas dire avec
Juvenal dans fa huitiéme Sa
tyre ,
13:01
Credite me vobis folium
0570 32
re
donne pas icy de nos
Geometri
Te
ne
demonftrations
ques , lefquelles , comme dit
Seneque , non perfuadeni tanrum
fed cogunt ad credendum .
GALANT 117
Je ne vous affeure donc pas
pofitivement que fuivant le
nombre 666 dans ces mots
In Cefare naffav InflDa
peribit aqVILa.
Sov's Cefar De naffav fans
She a fol algLe finira .--
le Prince d'Orange qui cft
dans la Loy de grace , l'exemple
dangereux dans tous les
maifons Royales , & l'Abfalon
y le fils denaturé folt
Thomme de peché , l'homme
d'iniquité , le fils de perdition
, que faint Paul dans fa
2. Epiere aux Theffaloniciens
Chapitre 2. v . 3. dit qui pa18
MERCURE
roiftra dans le temps de l'A
poftafie ou defection generale
de l'Empire Romain . li
flDel aralCa aqVILa
Si finls.
Dieu chaſtira mefme par le
Prince d'Orange la Maiſon
d'Autriche qui a fait la Ligue
, qui luy ouvre le che
min, & luy forme les degrez
pour monter fur le Trone
Imperial , & pour achever de
ruiner la Religion Romaine
dans toute l'érenduë de la domination
de l'Aigle , en verifiant
qu'il porte ainfi le caaractere
666.
GALANT. 19
In principe naffal aqVILa
RefinefiDe.
2
Il me femble voir en la
perfonne des Lutheriens ,
des Calviniftes & des Rebelles
de l'Eglife Anglicane
les Anciens Ammonites les
Moabites & ceux de la montagne
de Seir liguez contreFofaphat
, Roy de Ferufalem . Il me
femble auffi entendre Fabaziel
fur lequel fut fait
l'Esprit du Seigneur , & dit an
Peuple de Dieu & à leur Roy
Jofaphat ? Ne craignez point cette
multitude , car ce n'eft pas
poftre guerre , mais c'eft celle de
120 MERCURE
Dieu. Ce ne fera pas vous qui
bataillerez , vous verrez l'aide
du Seigneur fur vous. Il me
femble entendre encore le S.
Roy Jofaphat , qui dio à ſes
Troupes ; croyez au Seigneur
noftre Dieu, croyez à fes Prophetes
toutes chofes viendront
à profperité. En effet ces
trois Peuples liguez contre
Jofaphatau lieu de combattre
le Peuple de Dieu ,
fe defirent entierement euxmefmes
, car les Ammonites &
les Moabites s'éleverent enfem
ble à l'encontre des Enfans du
Mont de Seirpour les destruire ,
aprés
GALANT 121
aprés quoy , s'eftant auffs tournez
les uns contre les autres ,
s'entretuerent.
Ainfi les Republiques , les
Princes & les Sujets rebelles ,
ont beau fe liguer contre les
Rois qui font les Qints du Séigneur;
ils font toûjours fous la
protection du Dieu des Ar
mées . C'eft pourquoy le fage
Şalomon dit dans fes Proverbesc.
21 . v. 30. Toute la fageffe's
toute la prudence & tous les
confeils des hommes ne peuvent
rien contre le Seigneur ; ils ont
beau faire des armemens , &
preparer leurs chevaux de mers
Decembre 1689. L
122 MERCURE
c'eft
pour
le jour
du combat
Dien
qui rend
leurs
efforts
inutiles
, quifauve
& qui donne
la
victoire
à fes Oints
.
‹ Peut-on dire qu'il y ait
encore un Empereur des
Chreftiens , lors qu'il a fait
ligue avec les Ennemis de J.
Є contre le Fils ainé de l'Eglife
, & contre le Roy d'Angleterre
, bon Catholique ?
Devoit-il oublier le Com .
mandement que Dieu fit fur
la Montagne de Sinaï parlant
à Moyle Donne- toy de garde
de ne joindre jamais amitié a-
*
* Exole chap. 34. v. 12.
$
GALANT 123
2333
vec les Habitans de cette Terre
là , qui cauferont ta ruine . Cette
alliance avec les Heretiques
eft fcandaleuſe à tous les Fi
delles. Elle expofe les Catho
liques Allemans à la fubverfion
de la Foy , car eſtant
Camarades en guerre aved
les Heretiques , ils ont lieu
de croire que l'Empereur
renie dans le coeur la Reli
gion Romaine .
I
In principe naffa aqUILa
sIne flDe .
L'Empereut ligué avec le
Prince d'Orange , ne doit- il
pas craindre le mefme re-
Lij
124 MERCURE
proche que Dieu fit par la
bouche de Jehu à Jofaphat
qui avoit fait ligue , & joint
fes Troupes à celles de limpic
Roy Achab Tu donnes
aide aux méchans , su te
joins par amitié à ceux qui haif-
Tent le Seigneur, Paralip , chap .
19. v..2. Dieu ne pardonna ce
crime au Roy Jofaphat qu'en
confideration qu'il avoit détruit
tous les Boccages facrez,
les hauts Lieux , & les Temples
des Idolâtres. L'Empereur n'a
rien fait de femblable , à l'a
vantage de la Religion Catholique
au contraire il
GALANT 125
contribué de tout
fon
pouvoir
à faire tomber du Trône
Jacques II Roy d'Angleterre,
tres- bon Catholique , pour y
Heretique Prince S élever
e
Π
é.
Z,
es
4
d'Orange. Ma veue princi
pale , dira l'Empereur n'a
elté que de facrifier la Reli
gion à la haine mortelle , qui
depuis fi long - temps ronge
mon coeur contre le Roy des
François. Les yeux de mon
Aigle ne peuvent plus fouf
frir la gloire trop éclatante
de ce Soleil. Il m'importe peur
que ce Monarque ait cu le
bonheur de purger la France
C
Liij
126 MERCURE
des Heretiques. Je feray tour
mon poffible pour les y faire
rentrer, & pour les mettre
en eftat de rébaſtir leurs
Temples démolis , afin de
chagriner autant que je pourray
le Fils aîné de l'Eglife.
Si ce ne font pas là les termes,
c'eft du moins le langage de
fon coeur , & c'est ce qui nous
cft marqué par les actions.
Il abandonne fes Conqueftes
fur les Infidelles Mahome,
metans pour en procu
fer aux Heretiques fur les
Fidelles Catholiques . Il donne
aux Turcs le temps de fouGALANT.
127
der les morceaux de la Lune ,
comme dit Mahomet dans
fon Alcoran en Lazodra 63.
Il conferve l'Alcoran de Mahomet
pour détruire la puret
de l'Evangile. Il épargne le
fang des Mufulmans
pour
faire couler celuy des Chretiens
. Comme il a donné lieu
aux Electeurs Proteftans d'al
pirer à élire un Empereur non
Romain , il doit craindre
de voir le Sceptre Imperial
entre les mains du Prince
d'Orange , & de voir perir la
Foy Catholique par route
l'Allemagne, fous ce nouveau
Liiij
128 MERCURE
Cefar d'Orange , par tout
grand perfecuteur des Catho
Liques . Ainfind adop
alfiralCasine flDe agVILe
La mifinisaje Dis
-In prInCIpe naffal aqVILa
misine fiDe .
Mais fi cela arriyoit , Dieu
délivreroit ♪ bien- cost aprés
fon Eglife Gaur Se
An Cafare naffal InfIDa
peribit aqVILa ,
S
In Cefare nasal InflDa
aqVILa finIs.
९
Le Fils ainé de l'Eglife
feroit le Moyfe & le Jofué
des Chreftiens & par la valeur
des François.
GALANTM 129
InfIDa aVralCa aqVILe
finis.
Louis le Grand ne feroir
que prefter fon bras à Dien
irrité contre les Heretiques ,
Tite Vefpafien die
ainfi
que
foit
avoir
fait
en
ruinant
le
Peuple
Juif
. Je
ne
pretens
pas
faire
icy
le
Prophete
ce
que
je
dis
eft
le fenti
ment
des
anciens
Docteurs
En
voicy
les
termes
tirez
du
milieu
du
Traité
de
l'Antechrift
, dans
le
premier
Tome
des
Oeuvres
de
Saint
Augufin
page
1189.
de
l'impref
130 MERCURE
fion de Bafle. M. D. L. V. I.
que vous trouverez auffi dans
*
la 454 page du neuvième
Tome des Oeuvres du mefme
Saint Auguſtin , de l'impreffion
de Lyon en l'année
MDL.XXXVI . enfuite de
la Correction des Docteurs
de Louvain , bons Efpagnols
.
Quidam vero Doctores noſtri dicunt
quod unus ex Regibus Francorum
Romanum Imperium ex
integro tenebit , eg ipfe erit ma
ximus » re, c'eſt à dire , Quel
ques uns de nos Docteurs affeurent
qu'un Roy de France
poffedera tout l'Empire Romain »
GALANT OTZI
& qu'il fera grand en toutes
chofes , ere. Voyez les reſte
au lieu conté. On ne fera pas
faché d'apprendre que cette
Prophetic eftoit connue if y
a plus de quinze ficcles , puis
que Lactance qui mourut en
Hannée 320. aprés avoir efté
Precepteur de Crifper Conf
tantin , en parle de cette forte
au chapitre 15. du 7. Livre Diz
vinarum Inftitutionum . Hidaf
pes, tres-ancien Roy des Me
des , a prophetifé de plufieurs
chofes publiques , non feule
ment de celles qui devoient
arriver bien toft aprés fon
132 MERCURE
£
regne , mais mefme ce qui
devoit arriver dans le dernier
fiecle & notamment que
l'Empire Romain finiroir entierement
de deffus toute la
furface de la terre . 9
Des veritables Prophetes
envoyez de la part de Dieu
paffons aux faux Prophetes
fufcitez par Sathan . Dans le
nouveau Teftament , de même
que dans l'ancien , les
faux Prophetes & Docteurs ,
bien qu'ils n'ayent pû prou
ver leurs Miffions par aucun
figne ny miracle , ont troublé
Eglife dés fon enfance &
་
GALANT. 133.
ont détourné les Chreftiens
du culte du vray Dicu . J.Ch.
mefme l'avoit prédit , Matth.
ch. 24. verf. 12. Il s'élevera un
grand nombre de faux Prophe
tes qui en feduiront plufieurs.
J.Ch en avoit averty aulong
fon Eglife , Matth . chap . 7 .
v.15 . Gardez - vous des faux
Prophetes qui viennent à vous
comme des Brebis , & qui au
dedans font des Loups raviffans
vous les connoistrez par
Leurs fruits. Les Juifs mefme
aprés la mort de J. Ch . furent
feduits par le Juif Barchochab,
Fils de l'Etoile , qui fe difoit
{
134 MERCURE
le Meffie , & qui feduifit tou
té la Judée , laquelle fut enfuite
entierement détruite par
l'Empereur
Adrien , qui aprés
trois ans & demy de Siege ,
s'eftant rendu maistre de Bethoron
, Capitale des Juifs
tua , au rapport de Dion , le
faux Meffie
Bencosba , fils de
menfonge , & fit perir par
l'épée cinq cens quatre- vingt
mille Juifs , tres- grand nombre
d'autres Juifs ayant pery
de faim dans les
cavernes . Le
refte fur difperfé par toute la
terre , leur eftant défendu fur
peine de la vie d'aller en JeGALANTM
135
rufalem , horfmis un certain
jour de l'année , pour pleus
rer leur defaſtre , ainfi que
nous l'apprend S. Gregoire de
Nazianze , dans fa douziémes
Oraiſon .
4 S. Paul fait connoiftre que
de fon temps il y avoit plu
fieurs faux Prophetess lors
qu'il dit aux Galates 1. Epift.
ch. 1. v. 7. Il y
I a des
gens qui
vous troublent . & qui veulent
renverfer l'Evangile. S. Jean c.
13. V. 6. en rend auffi témoignage
, & donne un tres- important
& tres falutaire avis
de ne croire pas à tous ceux!
136 MERCURE
qui fe difent Prophetes . Voi
cy fes termes ; Mes bien - aimez,
ne croyez point à tout efprit,mais
éprouvez bien fi ces efprits font
de Dieu , car plufieursfaux Prophetes
fe font élevez dans le
monde pour détruire l'Evangile.
Auffilifons nous dans les Actes
des Apoftres, que S. Paul.
& S. Barnabé eftant arrivez à
Paphos , trouverent un Juif,
faux Prophete & Enchanteur,
nommé Barjehu , qui empef
choit le Proconful Sergius :
d'embraffer la Foy. S. Paul ,
1 Tim. chap . 2. v. 17. en parlant
des faux Prophetes &
To
GALANT. 137
Docteurs de fon temps , dit ;
leur doctrine comme la gan
grene , gaftera peu à peu ce qui
reftera de fain . De ce nombre
font Hymenée & Philette qui fe
font écartez du chemin de la
verité , & l'Apocalypfe nous
apprend dans le Chapitre 2 ..
que Jezabel la . Propheteffe:
pervertiffoit les Chreftiens
de Thyatire.
L'Eglife de Dieu a efté trous
blée encore en ces derniers
Siecles par de faux Prophetes
& Docteurs , comme Luther ,
Calvin , & Jurieu , qui ne pou
vant par aucun figne ny mis
Decembre 1689. M
128 MERCURE
>
racle donner la moindre preuve
de leur Miffion ont dit
dans le 31. Article de leur
Confeffion de Foy , qu'ils
eftoient gens fufcitez d'une
façon extraordinaire. C'eſt
pourquoy Saint Paul diroit à
Jurieu , ce qu'il dit autrefois .
au faux Prophete & Enchanteur
Elymas, Ac ch . 3. v . 10 .
O plein de toute fraude
toute cautelle fils du Diables ennemy
de soute juſtice , ne ceſſerastu
point de renverser les voyes:
du Seigneur , qui font droites . Le
mefme S. Paul ,i. Tim: ch.3 ..
avoit clairement prophetifér
de
GALANT. 139
Peres ont
veu
, &
ce que nos
ce que nous voyons , & fair
le portrait des deux Herefiarques
de l'Herefie du dernier
hecle , & peut- eftre la vive
peinture de la Princeffe Marie
& du Prince d'Orange ,
qui afpire à l'Empire de l'An
richriftianifme
fur la parole
de Juricu , du rétabliffement
du Calvinisme en 1689. Mais
cette Prophetie aura le mefme
fuccés qu'eut autrefois l'Ora
cle par lequel les Payens ef
peroient en l'année 39.9 Ja
ruine du Chriftianifme , puis
qu'au rapport de Saint Au
Mij
140 MERCURE
guftin dans le chapitre 54
du 18. Livre debla Cité de
Dieu certe mefme année
fut fatale à l'Idolâtric ; fes
Idoles furent renverfez , & fes
Temples démolis . Je dis donc
avec Ifaïe dans le chap. 17.
V. 12. Malheur fur la multitude
de plufieurs Peaples liguezs qui
font plus de bruit que
&fur la tempefte éclatante des
Nations heretiques ! Dieu les
menacera, tout fera détruit;
car à prefent pour éprouver
la foy des Chreftiens , Dieu
femble dormir dans la Barque
de Saint Pierre , & laiffer
la Mer
GALANT 14T
gronderle Tonnerre, &grof
fir l'orage qu'il appaife enfin
tour à coup, Les Juifs en eurent
aurrefois un celebre e
xemple , lors qu'Aman perit
par le fupplice qu'il avoit préparé
à Mardochée. Les Payens
avoient les mefmes fentimens
de la providence de leurs
Dieux,puis que Claudien parlant
de Rufin & des autres
fcelerats , dit que les Dieux
permettoient qu'on les élevaft
bien haut, afin que leur cheu
te fuft plus rude . Je ne puis
donner que le mois prochain
le fixiéme Article de mon
142 MERCURE
Traité des Prophetics , eftant
obligé de m'accommoder au
loifir de mon Scribe , qui ne
peut attendre aucune récompenfe
d'un pauvre Preftre
fexagenaire & Aveugle , &
qui fe trouvant reduit à chercher
vn logement dans l'Hô
pital Royal des Quinze- vingt,
ne peut plus , comme autrefois
, travailler de fes mains , à
l'exemple de S. Paul , pour
n'eftre à charge à perfonne.
Te fuis voftre, & c...
L'Aveugle Comiers , Prestre
Docteur en Theologie
..
GALANT $43
Il a paru depuis peu un
Edit du Roy touchant la difpofition
des biens de ceux de
la Religion Pretendue Refor.
mée, qui ont quité le Royaume.
Il fait connoiftre avec:
combien de bonté il a pleu à
ce Monarque d'avoir égardi
aux pretentions que plufieurs
ont à ces biens , & aux treshumbles
fupplications qui
luy ont efté faites de les conferver
aux Heritiers de ces
Religionnaires fugitifs . Sa
Majesté par fon Edit du mois
de Janvier de l'année der
niere avoit reuny à fon Do
144 MERCURE
maine ces biens délaiffez, nom
pas pour en augmenter fes
revenus , mais feulement afin
qu'ils fuffent regis & confervez
par les Officiers avec
le mefme foin que les fiens
propres , & que leurs revenus
fuffent employez aux pieux
ufages , aufquels Elle les avoit
d'abord deftinez , mais ayant
efté informée depuis , des
differentes
,
pretentions
que
plufieurs Particuliers y avoient
, & qui faifoient naiftre
de grandes difficultez à
l'execution
de ce projet , comme
Elle ne cherche que le
bien
GALANT. 145
bien de fes Sujets , & qu'Elle
peut par d'autres moyens
pourvoir à l'eftabliffement de
ce qui fera jugé neceffaire
pour l'avantage de la Religion
dans fon Royaume, fans
reduire tous ces biens en main
morte , & les ofter du commerce
de ceux qui aident à
fupporter les charges de l'Etát
Elle a declaré par fon
Edit verifié au Parlement le
2. de ce mois , conformément
à celuy de Janvier 1688 , que
les biens des Confiftoires de
la Religion Pretenduë Reformée
, & ceux qui eſtoient
Decembre 1689. N
146 MERCURE
deftinez pour l'entretien des
Miniftres & des Pauvres de
cette Religion , feront employez
à des ufages pieux, o
donnez aux Hofpitaux &
Communautez Regulieres ou
Seculieres , qui feront choifies
proche des lieux , où les
biens font fituez pour en
l'adminiſtration. Sa avoir
Majefté veut auffi que les
biens délaiffez par fes Sujets
qui font fortis , ou qui fortiront
à l'avenir des Terres de
fon obeiſſance , au prejudice
des défenfes portées par fes
Edits appartiennent à ceux
GALANT 147
de leurs Parens paternels ou
maternels, aufquels , fuivanc
les difpofitions des Coutumes
& des Loix obfervées dans les
Provinces de fon Royaume
ils auroient appartenu par la
mort naturelle de ces Roli
gionnaires Fugitifs & qu'ils
les partagent & poffedent en
la même maniere que s'ils leur
eftoient venus par fucceffion,
& aux mefmes charges , det.
tes, douaires, penfions viage
ros, & autres conditions, re
voquant à cet effet tous dons
fairs par Brevets Arreſts ou
Mon:folonod 13 by Nilijnab
148 MERCURE
•
Lettres Patentes , jufqu'à ce
prefent Edit , fans toutefois
que les Donataires foient tenus
de reftituer les jouiffançes
qu'ils auront perceuës, en
confequences des dons à eux
faits fur lefquels ils feront
feulement tenus de payer les
charges réelles à proportion
de leur jouillance. Sa Majefté
ordonne de plus que les Heri
tiers des Religionnaires Fugitifs
, feront mis en poffeffion
des biens délaiffezien vertu
des Ordonnances qui feront
decernées par les Lieutenans
des Bailliages & SeneschaufGALANT.
149
fees , ou autres Juges , dans le
reffort defquels ils font fi
Luez , fur des Requeftes contenant
le degré de parenté
& cela, pour entrer en jouiffance
au premier jour de
Janvier prochain, Ceux qui
Le trouveront Creanciers de
ces Religionnaires Fugitifs ,
pourront pourfuivre le payement
de leurs dettes contre
ceux qui fe feront declarez
leurs plus proches parens &
heritiers , mefme faire faifir
réellement , & decreter lef
dits biens pardevant les Juges
à qui en appartient la con ,
Niij
150 MERCURE
noiffance ; Et à l'égard de
ces biens , dont les Heritiers
jouiront paisiblement , l'in
tention du Roy eft , qu'ils ne
les pourront vendre ny hiporequer
, qu'aprés cinq années
de jouiffance à compter du
premier Janvier prochain , fans
prejudice toutefois pendant
ce temps de cinq années , du
payement qu'ils feront obligez
de faire des dettes & des
charges de ces biens , fuivant
que les Juges les trouveront
legitimes. Sa Majeſté entend
encore que les biens de fes
Sujets de la Religion Preten-
4
GALANT ISE
due Reformée fortis du
Royaume avec fa permiffion ,
foient adminiftrez par leurs
&
Enfans Majeurs , s'ils en ont
laiffé , ou par les Tuteurs &
Curateurs des Mineurs , & en
cas qu'ils n'ayent point d'En
fans dans le Royaume , par les
perfonnes qu'Elle commetua
à la regic defdits biens ,
avec liberté aux Creanciers,
de les faifir & faire decreters
en faifant les procedures neceffaires
pour la validité des
decrets. Quant aux revenus
de ces biens , ils feront dif
tribuez durant la vie de ceux
>
N iiij
152 MERCURE
>
à qui ils appartiennent felon
qu'il plaira au Roy d'en ordonner;
& la proprieté & ufufruit
de ces mefmes biens
iront aprés leur mort aux
heritiers legitimes qu'ils pourront
avoir dans le Royaume.
Voicy un Rondeau qui a
couru à la Cour . Un jeune
Gentilhomme qui eft dans
le Service l'ayant prefenté à
Monfeigneur le Dauphin , ce
genereux Prince luy fit donner
cinquante Louis pour acheter
un cheval . On con
noift
par là que lors que l'ef
GALANT. 157
3
prit eft joint à la profeffion
des armes , on en fait mieux
fes affaires.
A MONSEIGNEUR
P
RONDE A U.
Our un cheval quinze ans font
bien pefants ,
Le mien les porte , & maintes lon
gues dents ,
D'où je conclus non fans quelque
apparence ,.
Qne mon cheval doit avoir pris
3 naiffance ,
L'an qu'à Senef on occit tant de
gens.
Donc à ce compte il n'avoit que
`quatre ans
154 MERCURE
Lors qu'on prit Gand au pays des
Flamansi
C'est à peu prés l'age d'adolefcence
Pour un cheval.
Par ce calcul qu'est- ce que jeprétens
?
GRAND PRINCE , Helas ! vous
voyez oùje tensw
Or vous fupplic avec tres-humble
inftance,
A Chevalier ayantpeu de finance ,
Faire donner credit chez les Marchands
Pour un cheval.
L'amour femble fait pour
les Bergers ; ils ont tout le
temps qu'il faut pour s'en
laifler occuper
entierement ,
& les Vers qui fuivent nous
GALANT KS
font voir que leur douce o
fiveté leur donne ordinairement
un heureux commerce
avec les Mules . Ils font de ce
caractere aifé qui eft fi propre
à la Bergerie
.
A L'AIMABLE IRIS.
Vi
Ous avez à ce qu'on m'a
dit ,
Depuis peu , belle Iris , un Troupean
fort petit.
Si vous voulez choisir un Berger bien
fidelle
[ Qui garde vas Moutons
en vous
gardantfa foy ,
Et que chaque Brebis foit toûjours.
blanche & belle ,
156 MERCURE
Iris , ne prenez point d'autre Berger
que moy.
$
Vous verrez vos tendres Agneaux,
Bondiffans fur herbette au bord des
clairs ruiffeaux
De vos Moutons bien- toft j'augmenteray
le nombre;
Je feauray les garder des Loups les
plus méchanss
A
Quelquefois au Soleil , & quelquefois
à l'ombre,
Enfin je fuis pour vous preft à courir
tes champs.
S
on coupera dans lafaifon ,
I
De vos heureux Moutons la fertile
toifon y
A mon retour chez- vous des prez &
de la plaine ,
Pour me recompenfer , mes plaifirs
·les plus doux
GALANT 157
Seront de vous en voir lesfoirs filer
la lainet
Chantant les tendres vers quej'auray
faits pour vous.
S
Ne me traitez point mal , Iris,
Ayez au moins pitié de vos cheres
advice Brebis,
Car lors qu'une Maiftreffe eft cruelle
& Superbe ,
Les chagrins du Berger deviennent
& dangereux Hor and
Elle voit fes Moutons bien- toft lan
guir fur l'herbe ,.
Pendant que fon Berger eft trifte &
malheureux.
-1
au
,
* On eut nouvelles au mois
d'Octobre dernier que le
Prince Jules François , Duc
158 MERCURE
de Saxe Lawembourg, eftoit
mort en Boheme, où il poffedoit
de tres grands biens. Il
eftoit Fils du Duc Jules Henry
, & d'Anne - Madeleine
Poppel de Lobkowits , qu'il
avoit épousée en troifiémes
Nopces. Il eft mort dans fa
quarante - neuvième année ,
fans avoir laiffé que des Filtes
de fon mariage avec la
Princeffe Marie Hedwige ,
Palatine de Sultzbach . Il avoit
fuccedé en 1666. à François
Erdman fon-Frere , dans
le Duché de Saxe- Lawembourg
Lawembourg eft Ville
·
GALANT. 159
& Duché de l'Empire dans
la Baffe - Saxe à fept lieuës
de Hambourg, & à cinq de
Lubec. Ce Prince eftant extremement
riche.fa fucceffion
cauſe de grands mouvemens.
Il s'agit de quatre millions de
revenu chaque année , &
comme il y a grande apparence
que les Pretendans noublieront
rien de ce qui pourra
foutenir leur droit , on a
lieu de croire que cette affaire
ne fe décidera que par la
force. Il n'y en a point eu
depuis longtemps qui ait fait
tant de bruit en Allemagne,
160 MERCURE
Ceux qui ont le principal intereft
à cette fucceffion , font
de Duc d'Anhalt , & l'Electeur
de Saxe. L'Empereur
pretend que tant que la con-
.teftationedurera , les biens
doivent eftre mis en fequeftre
entre les mains . Cela feroit
dangereux , puis qu'il en
pourroit gratifier dans la
fuite quelque Prince de Neubourg
, fous pretexte que la
-Branche de Saxe Lawembourg
eft éteinte . L'Electeur
de Saxe n'y pretend point en
qualité d'Heritier , mais feu
Jergent en confequence d'un
"
GALANT. IGI
Traité de fucceffion mutuelle
, fait en 1671. entre le
Prince Jules François , dernier
Duc de Saxe Lawembourg
, & luy. C'eft en vertu
de ce droit qu'il a envoyé
prendre poffeffion de Lawembourg,
& des Prefectures
de Trevenhaus , Franshagen ,
Schwartzenbech d'Arterndorf,
& de fes autres biens
dans le voifinage de Hambourg.
La Maifon d'Anhalt
qui s'y oppofe , & qui eft fou
tenuë par l'Electeur de Brandebourg
, foûtient que le
Traité de 1671. doit cftre re
Decembre 1689. O
162 MERCURE
puté nul , non feulement
parce qu'il ne fçauroit avoir
efté fait au préjudice du Duc
d'Anhalt , Heritier legitime ,
& que du vivant des Parties
il n'a point efté ratifié par
Sa Majefte Imperiale , mais
encore parce que pour le
faire valoir , il auroit fallu
que chaque Partie euſt donné
quelque chofe . Le Duc de
Saxe Lawembourg donnoit
à la verité mais l'Electeur
de Saxe ne donnoit rien ,
puis qu'il demeure conftant
qu'en 1624. les Electeurs de
Brandebourg & de Saxe , &
د
C
GALANT. 163
ر ا ج ن
le Landgrave de Heffe ont
fait un pareil Traité de fucceffion
mutuelle , que l'Empereur
a ratifié , ce qui a mis
I'Electeur de Saxe hors d'eftat
de difpofer une feconde fois
de fon bien. Quant au Duc
d'Anhalt , voicy fon droit
d'heritier . Bernard , Electeur
de Saxe , eut deux Fils ; fçavoir
Albert II. qui fir la tige
des Ducs de Saxe Lawembourg,
& Henry, qui a formé
la branche des Ducs d'Anhalt
. La Pofterité d'Albere
II. dans les Ducs de Saxe
Lawembourg , a joüy de l'Ejouy
O ij
164 MERCURE
lectorat jufqu'en 1422. qu'-
Albert IV. du nom mourur
fans avoir eu d'Enfans mafles.
Sigifmond qui tenoit alors
F'Empire cherchant à re
compenfer les grands fervices
de Frederic , Marquis de Mifnie
,furnommé le Belliqueux ,
luy donna l'Electorat.Eric
Duc de Saxe
Lawembourg y
pretendoit ; mais il fut concraint
de fe contenter de la
baffe Saxe , & la haute demeura
, ainſi que l'Electorat,
à la Maifon de Mifnic , qui
y pretendoit , comme def
cendue de Witikind , Chef
V.
GALANT 169
{
des Saxons dans le temps de
Charlemagne . C'eſt de Frederic
le Belliqueux que viennent
les Electeurs de Saxe
d'aprefent , qui ne font point
Parens des Ducs de Saxe La
wembourg. La Branche d'Albert
II . depoffedée en 14226
de l'Electorat de: Saxe ne
laiſſa pas de jouïr duDomaine
de Saxe- Lawembourg , & elle
l'a poffedé jufqu'à la more
de Jules François dont je
vous parle. Les Ducs d'An
halt defcendent directement
d'Henry , Cadet d'Albert II .
qui a fait la tige des Ducs de
166 MERCURE
Saxe Lawembourg . ,
& la
Branche
Aifnée
eftant
éteinte
, c'eſt à la Caderte
à heriter
de fes biens . Anhalt
eft
une Principauté
d'Allemagne
dans
la Haute
-Saxe
, avec une
petite
Ville
de ce nom. Joachim
Erneſt
, Prince
d'Anhalt,
eftant
mort
en 1986. laiffa
feize Enfans
. Les Fils partagerent
la Principauté
en quatre
parties
égales
, & en -
rent depuis
une cinquième
pour un des Cadets
qui voulut
fe marier
. L'Ainé
a la direction
des affaires
& fe trouve
aux Dietes
, Les cinq BranGALANT.
167
ches de cette Maifon , font
Deffau , Bernbourg , Plofgo ,
Zerbs & Koten .
i
On ne parle icy que d'argent
depuis quinze jours. Le
rehauffement des Monnoyes,
qui eft venu tout à coup ,
caufé un profit confiderable à
plufieurs Particuliers , & cè
qui fait admirer la bonté du
Roy , c'est qu'il s'eft fait
dans un temps, où Sa Majeſté
auroit pû faire Elle feule une
grande partie de ce gain , en
differant feulement de quel
ques mois le rehauffement
dont je vous parle . A peine
168 MERCURE
commençoit on a porter de
L'argent aux nouvelles Ren
tes. On n'avoit ouvert que
depuis
fort
t peu de jours la
Recepte
de celles qu'on ap
pelle viageres
, & on n'avoit
pas encore
receu tout l'argent
des augmentations
de gages .
Cependant
le Roy voulant
que tous les Sujets partageaffent
avec luy le gain, que devoit
caufer l'augmentation
des Efpeces
, n'a point atten
du que ces divers fonds
fuffent
remplis
& par fa Décla
ration
du dixiéme
de ce mois ,
il a ordonné
que les Louis
d'or
GALANT. 169
?
d'or & les Piftoles d'Espagne
auroient cours à l'avenir dans
tout le Royaume pour onze
livres douze fols , les écus
d'or pour fix livres , & les écus
blancs pour foixante & deux
fols ; la moitié de chaque efpece,
ainfi que le quart, à proportion
. De fortes raifons ont
donné lieu à cetre augmentation.
Quelque
foin qu'cuſt
pris Sa Majefté pour introduire
dans le Royaume
l'abondance
des matieres d'or
& d'argent , ce qui avoit
heureufement
reuffi par l'application
& par la protection
Decembre
1689.
P
170 MERCURE
qu'Elle avoit donnée au commerce
de fes Sujets , l'Eſtat
& les Particuliers n'en avoient
pas tiré autant d'avan
tage que l'on devoit s'en promettre.
Une partie de ces preticufes
matieres avoit efté
confumée en ornemens d'ar
genterie fuperflus, & ce qui en
avoit efté converty en efpeces
dans les Hôtels des Mon
noyes , s'eftoit diffipé en partie
par la fonte qu'onen avoir
faite dans le Royaume , & par
le tranſport aux Pays étrangers,
au préjudice des anciennes
Ordonnances. La caufe .
GALANT 171
de cet abus ayant efté recherchée
, on a reconnu que l'or
dre & la police touchant le
titre, le poids & l'évaluation
des Monnoyes n'eftant pas
auffi exactement obfervez
dans les Eftats voifins , que
dans le Royaume , le gain qui
Le pouvoir faire par la converfion
des efpeces fabriquées
aux Coins & Armes du Roy ,
donnoit lieu au tranſport
qu'on en faifoit dans les Pays
étrangers , & que la remife
que Sa Majefté avoit faite de
fon droit de Seigneuriage fur
les Efpeces en faveur de fes
Pij
172 MERCURE
Sujets , rendant le prix des
matieres prefque égal à celuy
des Efpeces , les Orfévres &
aurres Ouvriers travaillant en
or & en argent , trouvoient
un profit confiderable à fondre
les Efpeces pour les employer
à des Ouvrages , dont
le luxe augmentoit de jour
en jour. Les moyens ayant
efté cherchez de donner aux
Efpeces d'or & d'argent mar
quées aux Coins & Armes du
Roy , l'avantage & la preference
qu'elles doivent avoir
fur les matieres hors d'oeuvre
pour en empeſcher la fonte ,
"
GALANT 173
on n'en a point trouvé de
plus convenable que d'en
angmenter l'évaluation , efelon
que je viens de vous le
marquer , ce qui fera caufe
qu'on n'en fera plus aucun
tranfport dans les Pays étrangers
. Cependant il est défendu
tres expreffement , tant
aux Sujets de Sa Majeſté qu'à
tous Etrangers , d'enlever aucunes
efpeces ny matieres
d'or & d'argent du Royaume,
& à tous Affineurs , Orfévres
, Jouailliers , & autres
Ouvriers travaillant en or &
en argent de fondre ou dif-
Piij
174 MERCURE
former aucunes efpeces de
Monnoyes pour employer à
leurs Ouvrages . Quanc aux
Efpeces legeres , Piftoles d'Efpagne
& écus d'or , il eft auffi
défendu de les expofer dans
le commerce , & on fera obligé
de les porter aux Hoftels
des Monnoyes , pour y eftre
converties en Efpeces du titre
& poids portez par les
Edits & Declations de Sa
Majefté , où la valeur en fera
payée fuivant le Tarifarrété
en la Cour des Monnoyes ,
le 2. de May 1671. ce qui fera
executé de la mefme forte , à
·
GALANT. 175
l'égard des Elpeces d'ar
gent.
Vous jugez bien, Madame,
que le Roy n'a pû reconnoiftre
le luxe prejudiciable qui
s'eftoit gliffe dans les Etats ,
fans y vouloir apporter les
remedes neceffaires . Comme
on fait toujours avec plaifir
ce que l'on voit que le Souverain
pratique , il n'en a
point trouvé de plus efficace
que de fe donner
fe donner pour exemple
à fes Sujets . Ainfi ce
fage Monarque a bien voulu
faire fondre l'Argenterie , qui
fervoit d'ornement à fes Pa-
Piiij
176 MERCURE
1
lais. Ce n'eft pas que quelque
nombreuſe qu'elle foit , il cuft
befoin de la fomme qu'elle
doit produite. On les peut
Onslesp
connoistre par les grandes
Affaires qu'il fait tous les
jours , & aufquelles fes Sujets
contribuent avec autant
d'empreffement que de joye
Il l'a donc fait fans qu'aucune
neceffité l'y portaft , mais
feulementafin que chacun fe
faiſant un plaifir de l'imiter,
donnaft à l'utilité , & à
l'augmentation du commerce
, ce qui ne luy rapportoits
aucun avantage du cofté de
a
GALANT 17
Pintereft . C'est une chofe étonnante
que la richeffe du
Roy en ornemens d'argenterie
, en quoy peut -eftre beaucoup
de Particuliersavoient égalé
plufieurs Souverains.Cela
ne fe voir qu'en France . Ainfi
ny les autres Princes ny leurs
Sujets , ne fuivront l'exemple
de ce Monarque , & s'ils en
parlent , ce ne pourra eſtre
que par chagrin de n'en pouvoir
faire autant . La Declaration
qui a efté donnée à
Verfailles fur cet article le
14. de ce mois , eft route judicieufe
, & ne fçauroit ap
178 MERCURE
porter
que du bien & de la
gloire
à la France . Elle porte
que pour reprimer
le luxe
des Particuliers
, qui fans
avoir égard à la bien-feance
& à leur condition
, fe font
donné
la licence
, non feulement
d'avoir
en abondance
toute forte de Vaiffelle
d'argent
d'un poids exceffif
, &
mefme embarraffant
pour
le
fervice
ordinaire
des tables ,
mais encore
de faire faire
toutes
fortes
de meubles
&
uftencilles
d'argent
inutiles
,
& pour empefcher
le tort que
ces Particuliers
le font à euxGALANT
179
mefmes par des profufions
qui épuifent leur patrimoine,
& le préjudice que le Public
fouffre par la diffipation des
Efpeces neceffaires pour le
maintien du commerce , fa
Majefté défend à tous Orfévres
& autres Ouvriers travaillant
en or & en argent dans
toute l'étendue de fon Royaume
, de fabriquer › expofer
ou vendre aucune Vaiffelle
ou aucun autre Ouvrage d'or,
excedant le poids d'une once,
à la referve des Croix des
Archevefques & Evefques
Abbez & Abbeffes , des Che186
MERCURE
valiers de fes Ordres , & de
ceux de S. Jean de Jerufalem
& de S. Lazare . La mefme
défenfe s'étend pour l'argent
, fur tous les baluftres ,
bois de chaife , cabinets , ta
bles , bureaux , gueridons
miroirs , brafiers , cheners ,
grilles,garnitures de feu & de
cheminées
, chandeliers
à
branche torcheres
, girandoles
, bras , plaques , caffolettes,
corbeilles
, paniers , quaiffes,
d'orangers
pots à fleurs ,
urnes , vafes , quarrez de toilette
, pelotes , buires , feaux ,
cuvettes , carafons , mar
GALANT. 181
mites , tourtieres tourtieres , cafferolles
de quelque poids que ce
puiffe eftre , & tous autres
Ouvrages de pareille qualité
d'argent , ou aufquels il y aura
de l'argent appliqué , avec
ordre à toutes perfonnes , de
quelque qualité qu'elles
foient , qui ont chez eux des
Ouvrages de cette nature ,
de les porter aux Hostels des
Monnoyes , à commencer.du
premier Janvier prochain , &
pendant tout le cours du
mefme mois , pour eftre convertis
en efpeces , & leur en
cftre payé la valeur , à raiſon
182 MERCURE
de vingt-neuf livres dix fols
pour chaque marc de vaiffelle
plate , & de vingt neuf livres
pour chaque marc de vaiffelle
montée marquée du poinçon
de Paris ; & à l'égard de celle
qui n'en fera point marquée ,
elle fera fondue , & on en
payera le prix fuivant l'eſſay ,
à proportion de celuy que
je viens de vous marquer
.
Ceux qui ont des boëtes ,
étuis , & autres petits Ou
vrages d'or les pourront
garder. Il eft enjoint au Lieutenant
General de Police dé
Paris , & aux Juges à qui la
>
GALANT. 1834
Police appartient dans les
autres Villes du Royaume ,
de fe tranſporter aprés le der- {
nier jour de Janvier prochain,
chez tous les Particuliers , de
quelque condition « qu'ils
foient , qu'ils apprendront
par les dénonciations qui leur
feront faites , avoir chez eux
des Ouvrages défendus , de
les y prendre , enlever
confifquer. Il eft auffi défendu
à tous Orfévres , Joüailliers
, & autres Ouvriers travaillant
en or & en argenty
de vendre & débiter aucun
Ouvrage d'argent , d'or , ou
&
184 MERCURE
«
de vermeil doré , fi ce n'eft
pour les Ciboires , Calices &
Soleils , comme auffi de do
rer ou argenter aucuns Ouvrages
de bronze , de cuivre ,
de fer , de bois , ou d'autres
matieres de la qualité de ceux
d'Orfévrerie défendus , fi ce
n'eft pour l'ufage de l'Eglife.
Voicy ce que l'on permet
pour la vaiffelle d'argent.
Les Baffins feront ſeulement
de douze marcs , les plats de
huit chacun , les affiettes de
vingt - quatre marcs la dou
zaine ; les Soucoupes de cinq
marcs , les éguieres de fept
B
GALANT 185
v marcs les flambeaux de
quatre marcs ; les fucriers de
trois marcsa les flacons ou
bouteilles de huit marcs , &
les falieres , poivriers , & autres
menuës vaiffelles pour
Pufage des tables , de deux
mares. Les peines font rudes,
contre ceux qui contreviendront
à cette Ordonnance,
Ces deux Declarations ont
efté fuivies d'un Edit du Roy,
pour la fabrication de nouvelles
Efpeces d'or & d'argent,
& la reformation de celles
qui ont cours prefentement ,
& qui ne l'auront que jufqu'à
Decembre 1689. Q
186 MERCURE
la fin du mois d'Avril prochain
, aprés quoy les Efpeees
qui n'auront pas efté portées
à l'Hoftel de la Monnoye
, vaudront feulement ,
fçavoir les Louis d'or & piftoles
d'Efpagne onze livres
cinq fols , les écus d'or , cinq
livres feize fols fix deniers, &
& les Ecus blancs foixante
fols . Comme ce qui reviendra
au Roy de cette fabrication
de nouvelles Efpeces
n'apportera aucun préjudice
aux Particuliers perfonne
n'aura fujet de fe plaindre.
Aprés avoir fait trouver à
7
GALANT 187
tous les Sujets un profit con
fiderable fur le rehauffement
des Monnoyes,dont ce Prince
n'a tiré que les avantages d'un
particulier , il eftoit bien ju
ite qu'il y gagnast comme
Roy. Ainfi Sa à
Jelté acru
propos d'augmenter d'un dixiéme
l'évaluation des Monnoyes
. Elle ofte par là toute
efperance de gain à ceux qui
auroient pu encore entreprendre
de les tranfporter, &
c'eft d'ailleurs un moyen treslegitime
& tres - innocent
pour tirer une partie du fecours
dont Elle a befoin dans
Qii
188 MERCURE
la conjoncture
où font les
affaires pour foutenir less
frais de la guerre , & fournir
à l'entretien
des Armées de
terre & de mer , aux fortifi
cations des Places , & à toutes
les dépenses neceffaires
pour maintenir
la dignité
& la grandeur de l'Eſtar . Il
eft donc porté par cet Edir,
qu'on fabriquera
inceffamment
des Louis d'or de nouvelle
efpece , qui vaudront
douze livres dix fols , les doubles
& les demy Louis à pro
portion , & des Louis blancs
qui vaudront foixante & fix
fols . On eft obligé de porter
GALANT 189
à l'Hoſtel de la Monnoye
toutes les elpeces qui ont
cours prefentement , & elles
feront receuës juſques au
dernier d'Avril , fçavoir , les
Louis d'or & les piſtolesd'Elpagne
pour onze livres douze
fols, les écus d'or pour fix
livres , & les Ecus blancs pour
trois livres deux fols . Les
pieces de trois fols fix deniers
demeureront toujours fur le
mefme pied ; & les Louis de
cinq fols fe mettent dés à
prefent pour cinq fols fix deniers.
4.
+
L'amour est une paffion f
190 MERCURE
bizarre , qu'il ne faut pas
s'étonner des évenemens extraordinaires
qu'elle caufe ,
Celuy dont je vais vous faire
part , eſt un des plus furprenans
qui foient jamais arrivez
. Une jeune Veuve, ayant
affez d'agrément , & l'efpris
tourné d'une maniere à faire
plaifir dans tout ce qu'elle
difoit , recevoir des vifites.
affez affidues d'un Cavalier ,
dont elle avoit entrepris de
toucher le coeur. Il eftoit ri
che , & d'une naiffance fort
confiderable . L'envie qu'elle
eur de réuffir dans cette conGALANT
IÇI
quefte , l'obligea devoir pour
luy des complaifances qui
luy auroient découvert dans
quels tendres fentimens elle
fe trouvoit pour luy , s'il fe
fuft fenti quelque difpofition
à profiter de l'avantage de les
avoir infpirez ; mais n'allant
chez elle que pour le plaifir
d'une agreable converſation,
il n'avoit point d'yeux pour
les avances qui luy estoient
faites , & la feule honnefteté
avoit part à tout ce qu'elle
prenoit pour des foins d'amour.
S'ils n'eftoient pas auffi
empreffez qu'elle cuft fouhaité
192 MERCURE
qu'ils fuffent , elle fe perfuadoit
que leCavalier cherchoit
à la bien connoiftre avant
que de s'expliquer , & elle ne
doutoit point que le temps
ne vinft à bout de mettre
les chofes dans l'eftat où
elle tâchoit de les amener.
Heftoit vif dans fes paffions,
& diverfes avantures avoient
fait dire de luy qu'il ne fçavoit
ny aimer ny hair moderément.
Comme il ne faifoit
paroistre d'attachement
pour perfonne , & qu'il avoic
avec elle beaucoup plus de
liaifon qu'avec aucune autre
Femme,
GALANT. 193
"
Femme , elle refolut de laiffer
agir fes charmes , & crut dan
gereux de luy marquer plus
ouvertement à quel point il
luy plaifoit, avant qu'une plus
longue habitude l'euſt engagé
affez fortement , pour ne
luy pas donner lieu de craindre
qu'il fuft en pouvoir de
luy échaper. Elle feroit demeurée
long temps dans l'erreur
où elle estoit , fi un incident
fort impreveu ne l'euft
détrompée. Une jeune Demoifelle
, dont la Mere eftoit
de fes intimes Amies , luy
rendit vifite un jour que le
·Decembre 1689. R
194 MERCURE
1.
Cavalier eftoit avec elle . Cer.
te Mere qui vouloir avoir un
Gendre l'ayant promife à
un Gentilhomme qui ne
manquoit ny de bien ny de
merite, voyoit avec déplaifir
que par une antipatie dont
fa Fille ne luy donnoit aucune
raiſon , elle s'oppoſaſt à
fes volontez ; & comme elle
fouhaitoit que rien ne paruft
forcé dans ce mariage , elle
avoit prié la jeune Veuve
d'employer tous fes efforts
pour luy ofter cerro repugnance.
Dans cette veuë, elle
l'envoyoit fort fouvent chez
Η
SIGALANT. 195
elle , & la Belle y venoit toujours
accompagnée d'une Suivante
, qui ne vla perdoic jamais
de veuë, & que la Veuve
avoit donnée à la Merc . Le
Cavalier das regarda attentiwement.
Il trouva dans fes
manieres, auffi - bien que dans
fes traits , tout ce qui peut
rendre une Fille aimable , &
aprés une converfation de
plus d'une heure , où elle ne
fit pas moins paroiftre d'efprit
que de modeltie , il la laiffa
feule avec la Dame , à qui elle
venoit demander de tâcher
au moins d'obtenir de fa
7
Rij
196 MERCURE
Mere un temps raifonnable
pour ſe difpofer à luy obeir.
Le Cavalier la vit encore trois
ou quatre fois chez la jeune
Veuve & comme il eftoit
inftruit de la violence qu'on
lny vouloit faire , il s'intereffa
dans fon malheur , ne trou
vant point une injuſtice plus
grande que d'ofter aux Filles.
la liberté de choifit felon
leur gouft , quand il s'agiffoit
d'un établiſſement pour
toute la vie. Il arriva que
dans une de ces vifites , plu
fieurs perfonnes eftant furvenuës
pour parler avec la Da
GALANT 197
me fur quelque intereft parti
culier , il entretint fort long
temps la Belle fans avoir perfonne
dont ils fuffent écou
tez . Si l'antipatie l'éloignoir
du Gentilhomme un fort
panchant qui ne pouvoit avoir
d'autre caufe que l'Etoile ,
luy faifoit trouver tant d'agrément
dans le Cavalier
qu'elle ne pur fe deffendre
de luy faire voir affez d'eftime
pour l'autorifer à une
declaration ferieufe .
qu'elle la traitaft d'inutile
par l'engagement qu'avoit
pris fa Mere , elle ne fut pas
Bien
R iij
198 MERCURE
1
fachée de l'entendre & lors
qu'il l'eut priée de luy dire
s'il trouveroit fon coeur favorable
, en faïfant agir pour
l'emporter fur l'Amant qu'on
vouloit qu'elle époufaſt , elle
ne luy cacha point , que
quand il n'auroit befoin que
de fon confentement , elle
luy feroit connoiſtre avec
plaifir qu'il ne le devroir
qu'à fon inclination . Il la
pria avant que de la quitter ,
de vouloir bien continuer à
fe laiffer voir chez la jeune
Veuve afin qu'ils concer
taffent enſemble avec quelGALANT
199
1
1
que forte de loifir ce qu'il
falloit faire pour venir à bout
de leur deffein. L'amour fe
fortifia dans ces entreveues ,
& comme il
le cacher fur rout à une
perfonne jaloufe & intereffee,
la Dame qui s'en apperceut
prefque auffi tolt , en parla
au Cavalier . Il ne ft point
de façon de luy avouer ce
qu'il fentoit pour la Belle ,
& fans prendre garde à un
d'émotion qui parut fur
fon vifage , il la conjura de
le fervir auprés de la Mere
fur qui il fçavoit qu'elle avoit
il eft mal aifé de
peu
Riiij
200 MERCURE
quelque pouvoir . La jeune
Veuve qui eftoits adroite , fe
contraignit le mieux qu'elle
put , pour luy répondre de
tout le fecours qu'il pouvoir
attendre d'elle , fort refolue
neanmoins de tirer les avantages
de la confidence qui
luy eftoit faite , & la Demoiſelle
cftant entrée dans
le mefme temps , elle eut le
chagrin d'apprendre par ellemefme
qu'elle n'eftoit pas
indifferente à l'amour du
Cavalier. Elle leur promit à
l'un & à l'autre qu'elle parleroir
puis qu'ils le vouloient
GALANT 201
& ajoûta que connoiffant
l'efprit de la Mere , qui avoit
donné fa parole au Gentilhomme
, pour qui elle avoit
de grands pégards , elle apprehendoit
d'avoir le mal
heur d'agir inutilement . L'amour
eft fujet à fe flater . Ils
fe repoferent de tout leur
bon heur fur elle , & la dé-.
claration dont ils la chargeoient
eftant neceffaire , ils
jugerent à
pas differer. La Dame alla
voir da Mere dés le lendemain
, & luy expliqua les
pretentions du Cavalier qui
propos
2
de ne la
202 MERCURE
attendoit la réponſe. Comme
elle la vit fort éloignée de les
approuver , elle luy demanda
un ontier fecret fur la confi
dence qu'elle alloit luy faire,
& luy dit enfuire qu'eftant
autant fon Amie qu'elle l'étoit
, elle fe croyoit obligée de
luy apprendre qu'elle s'eftoir
apperceuë que la Fille qui a
voit parlé au Cavalier plu
fieurs fois chez elle n'eftoit
pas fachée qu'il luy en consaft,&
qu'elle craignoit que le
trop d'estime qu'elle avoit
pour luy , ne contribuaft à la
refiftance qu'elle apportoit à
GALANT 203
fon mariage ; qu'à la verité
le Cavalier eftoit un fort honnefte
shommes , mais qu'il y
avoit beaucoup à dire du côté
de la fortune ; qu'il aimoit
d'ailleurs violemment y mais
qu'il avoit le fecret de fe dé
faire d'une paffion avec au
tant de facilité qu'il la pre
noir , & qu'elle pouvoit pro
fiter de cet avis fans la com
mettre. La Mere l'ayant priée
de remercier le Cavalier, par
la le foir à fa Fille , à qui fans
entrer dans nul détail , elle
défendit d'aller encore chezla
jeune Veuve. Cette défenſe
4
204 MERCURE
fut fenfible aux deux Amans,
mais comme l'amour s'augmente
par les obftacles
Deuren
ils
l'un & l'autre que
des fentimens plus vifs . Le
Cavalier brulant d'envie de
fçavoir ce que la Belle avoit
refolu , s'informa de l'heure où
elle avoit
accouftumé le matin
de fe trouver à l'Eglife, &
comme elle n'y étoit ordinairement
accompagnée que de
la
Suivante, il profita de quelques
momens pour recevoir
d'elle les plus fortes affûrances
qui pouvoient flater fapaffion.
La Suivante qui eftoit route à
GALANT. 205
la jeune Veuve , alla l'avertir
de ce commerce , & la Mere
en ayant efté inftruite, trouva
qu'il eftoit de la prudence de
diffimuler , de peur d'aigrir
trop l'efprit de fa Fille . Ainfi
elle n'employa que le pretexte
de la bienfeance ,› pour l'empefcher
de fortir fans elle . Ce
nouveau malheur rompit toutes
leurs me fures.La voye des
Lettres eftant la feule reffource
qu'ils pouvoient encore
avoir , le Cavalier s'en fervit;
en donnant à la Suivante une
lettre pleine desplus forts fermens
, que rien ne feroit ça206
MERCURE
pable d'affoiblir fa paffion
Elle la rendit à la Maiſtreffe,
qui bien qu'elle en cüft beaucoup
de joye , ne laiffa pas de
fe trouver fort embarafféc
pour luy répondre. Sa Mere
qui s'eftoit imaginé que l'écriture
eftoit dangereuse pour
les Filles, n'avoit point voulu
luy donner de Maiſtre. Ainfi
les caracteres qu'elle s'eftoir
appliquée à former par ellemefme
, outre qu'elle avoit
une ortographe des plus vitienfes
, faifoient un effet fi
defagreable aux yeux , qu'il
luy fachoit de faire connoiftre
GALANT 207
ce défaut au Cavalier . Cependant
l'amour la força d'écrire
, & quand elle cut achevé
fa lettre , elle la fit copier
par la Suivante , dont le caractere
eftoit fort lifible. Elle
fut portée au. Cavalier . qui
on receuty encore quelques
unes , mais s'il fut content
des premieres Lettres , ce fut
un bonheur qui ne dura pas
long - temps. La Suivante ayant
rendu compte à la jeune
Veuve du nouveau commerce
qu'ils avoient enfemble , luy
donna lieu d'imaginer un
moyen pour les brouiller à
208 MERCURE
jamais . Elle obligea la Suis
vante dont l'écriture paffoit
pour celle de la Demoiselle ,
d'écrire au Cavalier une Lettre
fort honnefte, par laquelle
elle luy mandoit que les perfecutions
qu'elle fouffroit de
fa Mere , & qui augmentoient
de jour en jour , luy faifoient
voir la neceffité de luy obeir,
fi elle vouloit goufter un peu
de repos ; qu'ainfielle le prioit
de vouloit toûjours luy cons
ferver fon eftime , & d'étoufer
un amour qui ne pou
voit qu'avoir des fuites facheufes
pour l'un & pour
GALANT. 209
El'autre . Le Cavalier ne manqua
pas d'écrire auffi toft les
chofes les plus touchantes
pour la détourner de fon def
fein . Elles ne furent veuës
que de la Veuve , qui obligea
la Suivante à continuer d'écrire
toujours au nom de la
Belle , qu'il eftoit jufte qu'elle
travaillaft à fon bonheur , &
qu'il n'avoit
raifon de luy
pas
demander de la fermere , puis
qu'il luy eftoit impoffible de
fe difpenfer de donner fon
confentement au mariage
qu'avoit arrefté fa Mere . Cela
ne finit que par une Lettre
Decembre 1689 . S
210 MERCURE
u'on luy
renvoya toute caqu
chetée , en l'affeurant
qu'on
roit de la
mefme forte
en uferoit
pour
s
les autres
, s'il
sobftinoit
encore
à écrire
..
Le
Cavalier
qui
eftoit
veritablement
touché
de
la Belle
,
ne
put
fouffrir
ce
mépris
qu'avec
un
chagrin
extraordinaire
. La Veuve
tâchoit
de
de l'en
confoler
,
tandis
que
la Belle
fe
trouvoit
de
fon
coſté
dans
un
eſtar
déplorable
. Elle
luy
avoit
encore
écrit
deux
ou
trois
Lettres
fort
obligeantes
. La Suivante
qui
fe gardoit
bien
de
les
porter
,
GALANT 211
lay venoit dire qu'il luy avoie
répondu de bouche , qu'il la
prioit de ne plus fonger à luy,
& qu'il n'eftoit point d'hu
meur à fe piquer de conftan-
Ju
TESLOD
2
ce , quand on luy
oftoit
qu'au plaifir de la veuë. Ce
procde la piqua jufques au
vif. Elle voulut pourtant
luy parler , & pria la Veuve
d'obtenir de lay un ren
dez--vous qu'elle trouve
roit moyen de fe dérober
pour venir chez elle, & qu'el
le feroit contente quand elle
luy auroit fait tous les repro
ches que meritoit l'engage-
Sij
212 MERCURE
*
ment inutile où il l'avoit mife
. La Veuve luy die peu de
jours aprés , que le Cavalier
avoit refufé le rendez- vous ,
& qu'il luy avoit juré que s'it
la voyoir venir tandis qu'il
feroit chez elle , ils romproient
enſemble pour ne renouer
jamais . La Belle entra
dans des mouvemens de des
fefpoir, qu'il eft impoffible de
comprendre. Elle traita tous
les hommes d'Infidelles , &
le dépit la rendant alors capable
de rout , elle refolut d'époufer
le Gentilhomme. La
Mere faifit cette heureufe ocGALANT
213
cafion de dégager la parole ,
& le mariage fe fit en fort peu
de jours. Son Mary la mena
prefque auffitoft paffer quel
que temps à une Terre , où
elle ne fut pas fachée d'aller.
La folitude convenoit affez
à fes chagrins , & elle y eftoit
plus en liberté de s'abandonner
à la refverie . Quoy que
le Cavalier fuft perfuadé de
fon inconftance , il ne pou
voit bannir de fon coeur les
impreffions trop fortes qu'el
le y avoit faites . Il s'en entre
tenoit quelquefois avec la
Veuve , qui le railloit de l'a214
MERCURE
veugle attachement dont il
avoit peine à fe défaire , &
ceffant enfin de luy en parler
pour ne rien entendre là - def
fus qui le bleffaft , il ne laif
foit pas de garder toûjours
l'idée flatcufe , dont il eftoir
poffedé. Il y avoit déja trois
ou quatre mois que ce mariage
s'eftoit fait , quand cftant en
eré un jour chez une Dame
de fes Amics , il fut étonné
d'y trouver la Belle .Elle eftoir
venue à Paris pour peu de
jours , & devoit s'en retourner
prefque auffi toft. Is fe trai
serent d'abord avec beaucoup
1
GALANT. 215
de froideur , & comme ils
avoient tous deux fujet de fe
plaindre , ils faifoient connoiftre
par leurs regards , que
le filence où les obligeoit la
Compagnie , les tenoit dans
un eftat violent . Enfin l'entretien
s'eftant partagé de
forte , que le Cavalier pouvoit
parler à la Dame , il s'approcha
d'elle , & luy demanda
par où elle croyoit qu'il cuft
merité l'injufte conduite qu'
elle avoit tenue à fon égard.
La Dame luy dit d'un ton
affez trifte , qu'il devoit fe
contenter de l'avoir reduire à
216 MERCURE
fe marier en dépit d'elle , & à
fe voir peut-eftre malheureufe
toute la vie puis qu'une
union qui n'eftoit foutenue
que du devoir, ne fatisfaifoit
guere un coeur delicat , fans
vouloir encore rejetter fur
elle la plus indigne inconftance
, dont jamais un homme
cuft efté capable. Comme
chacun voulut fe juftifier ,
les Lettres d'indifference que
le Cavalier avoit receues jufqu'à
luy en avoir renvoyé une
fans la vouloir lire , & celles
où la Dame pretendoit qu'il
n'avoit pas daigné faire réponſe,
7
GALANT 217
ponfe , furent pour eux des
fujets d'étonnement qui commencerent
à leur faire ouvrir
les yeux fur la tromperie
qu'on leur avoit faite . L
Dame ayant avoué au Cavalier
qu'elle s'eftoit fervie de
la main de la Suivante dans
toutes les Lettres, luy protefta
qu'elle ne luy en avoit écrit
aucune que pour luy répondre
d'une éternelle conftance
s'il l'aimoit affez pour ne fe
rebuter pas . Le Cavalier offrit
de luy en monftrer de toutes
contraires , & la Dame du
logis qui eftoit une Amic
Decembre 1689. T
218 MERCURE
commune , ayant efté mife
du fecret pour cet éclairciffe
ment ils
11s promirent
•
de fe
rendre le lendemain dans le
mefme lieu. Le Cavalier
apporta
les Lettres dont la Dame
ne reconnut que les premieres.
Ainfi la fourberie fut aifement
découverte , quoy que
l'on ne pult avoir le témoignage
de la Suivante qui s'étoit
mariée depuis un mois
dans une petite Ville allez
éloignée . La Belle ne douta
point que tout leur malheur
ne vinft de la jeune Veuve ,
qui avoit donné cette SuivanGALANT
219
Pa
te à fa Mere , & le Cavalier
en demeura convaincu , lors
qu'elle l'eut affeuré que
yant priée de menager un
rendez-vous avec luy pour
fçavoir la caufe de fon changement
, elle eftoit venuë luy
dire qu'il ne vouloit jamais
ouir parler d'elle . Il feroit
bien malaifé de vous peindre
les emportemens du Cavalier
. Il jura qu'il fe vange
roit de la jeune Veuve d'une
maniere terrible, & la pria de
ne le pas priver du plaifir
que luy donnoit une veuë fi
agreable , dans le peu de
Tij
220 MERCURE
temps qu'elle feroit à Paris .
La Dame ne luy cacha point
que la certitude qu'elle avoit
defan innocence ayant reveillé
en elle des fentimens qu'ella
croyoit affoupis , elle fe
voyoit forcée de luy refufer
ce qu'il demandoit
, & quoy
qu'il puft dire, elle ne luy accordala
permiffion que d'une
feule vifite , dont leur Amie
auroit foin de luy apprendre
le jour lors qu'elle feroit prefte
a partir. Cependant le Cavalier
fit reflection
fur ce qui
Javoit pû l'engager à les mettre
mal enſemble , & il trouva
qu'un amour fecret qu'elle
GALANT. 121
avoit pour luy , en devois
eftre la caufe. C'eftoit l'home
me du monde qui fe poffedoir
le plus , & qui fçavoit mieux
diffimuler. Il alla chez elle ,
prit un air libre & fort en
joué , & luy ayant dit aprés
plufieurs difcours obligeans
qu'il commençoit
à s'apper
cevoir que fes fentimens pour
elle devenoient amour , il vis
que la declaration
luy faifoir
plaifir. Il luy parla ferieufe
ment , & n'eut pas de peine
à obtenir fon confentement
pour l'époufer. Le mariage
Le fit avec autant de fecret
Tij
222 MERCURE
que de promptitude , & il luy
fit trouver bon qu'aprés la
ceremonic ils monteroient en
carroffe pour aller à une maifon
de campagne qu'il avoit
à quatre lieues de Paris , ce
qui les delivreroit des importuns
complimens qu'il faut
effuyer dans une femblable
occafion. Ils s'y rendirent
dés qu'ils furent mariez , & le
Cavalier la mena d'abord dans
un appartement affez proprement
meublé.Il en fortit auffi
toft fousquelque pretexte , &
un peu aprés on apporta à la
Dame un billet de fa main
qui contenoit ces paroles.
GALANT 223
- Vous m'avezfait perdre par
vos artifices la feule perfonne
que je me fentois capable d'aimer
, & il ne feroit pas juste
que vous menaffiez une vie heureufe
lors que vous m'avez rendu
le plus malheureux de tous
les hommes. La prifon où je vous
Laiffe n'eft pas fort defagreable.
Vivez yfans moy , qui ne vous
verray jamais.
Il me feroit inutile de vous
expliquer le defefpoir de cette
nouvelle Mariée , qui comprit
par ce Billet la vangeance
que le Cavalier avoir voulu
tirer d'elle . Il revint à Paris
Tiiij
224 MERCURE
le mefme jour , & répondit
fur fon mariage d'une ma
niere à faire connoiſtre qu'on
le chagrinoit de luy en parler.
La Belle luy tine parole en
luy marquant un jour pour la
voir avant fon départ . Elle
apprit de luy de quelle façon
il l'avoit vangée , & condamna
ce qu'il avoit fait . Il
luy répondit que l'ayant per
duë , il avoit voulu fe mettre
én état de ne pouvoir prendre
d'engagement avec aucune
aútre & avoir en mefme
temps le plaifir de contenter
vangeance , en tourmentant fa
à fon gré fa plus mortelle enGALANT.
225
hemie ,La Dame avoua qu'elle
n'auroit pas efté fachée qu'il
cuft rompu avec elle ; mais
les chofes ayant tourné autres
ment , elle le confiia
de
derer que c'eftoit fa Femme ;
& qu'il ne feroit pas glorieux
pour luy qu'on publiaſt dans
le monde , qu'un intereft d'amour
inutile , l'euft porté
F'époufer feulement pour la
punit ; que pour elle , quoy
qu'elle cuft trop fuivy fon dé
pit en fe donnant à un homme
pour qui fon panchant
ne luy difoit rien , elle n'épargnoit
ny n'épargneroit ja
226 MERCURE
mais aucuns foins pour changer
fon coeur , afin de remplir
le moins imparfaitement
qu'elle pourroit , les obligations
de tendreffe où elle
s'étoit mife avec un Mary , &
qu'elle luy confeilloit de faire
la mefme chofe pour une perfonne
qu'il ne pouvoit rendre
malheureufe qu'en fe rendant
malheureux luy- mefme . Elle
cut beau parler , rien ne fut
capable d'ébranler fa haine, &
tout ce qu'il accorda , ce fut
que fi le lieu où il avoit mis fa
Femme ne luy plaifoit pas , il
luy permettroit de ſe retirer
GALANT. 227
dans un Convent, où il auroit
oin qu'elle ne manquaft de
rien . La Dame a pris ce party.
Elle eft dans une Maifon de
Religieufes de Province , &
comme elle y eft depuis plus
d'un an , fans que fes Amis
ayent encore pû rien gagner
fur l'efprit du Cavalierily
a grande apparence que le
temps de voir finir fa clôture
n'arrivera pas fi toft .
Je continue à vous envoyer
des Medailles , qui toutes enfemble
feront une fuite des
principales
actions de la
Vie du Roy. Le revers de
228 MER CURE
.
celle que je viens de faire
graver , contient la Ville de
Strasbourg,avec tous les Forts
quifont dans les Illes des environs
, & qui ferment la France
du cofté de l'Allemagne .
> Vous m'avez donné beaucoup
de joye en m'apprenant
que vos fentimens font conformes
à ce que je vous ay
dit du Livre qui contient
ce qu'il y a de plus merveil
Jeux & de plus particulier
dans la Vie de la Reine d'Angleterre
, Mere de Jacques
II. à prefent regnant . Elle eft
remplie de tant d'évenemens
GALANT.
extra 229
qu'en
rant la vertu & la patience
de cette Reine veritablement
Chreftienne , dans les cruelles
traverſes qu'elle a effuyées,
on a le plaifir d'apprendre
les - refforts cachez , qui ont
fait refoudre le Parricide exe
crable , commis par des Sujets
revoltez en la perfonne
du Roy Charles I. fon Epoux,
Le regne de Cromwel fous
le nom de Protecteur de la
Republique d'Angleterre , &
le
rétabliſſement du Roy
Charles II. fon Fils , font des
endroits où font attachées
230 MERCURE
des circonftances qui n'avoient
point encore efté
fecues ; de forte que ce Livre
a dequoy fatisfaire également
, & ceux qui aiment
les pratiques de picté , qui
frappent toûjours bien plus
vivement dans une grande
Princeffe que
perfonne , & ceux qui cher
chent les motifs fccrets des
mouvemens
A
Pot
dans une autre
remarquables
qui ont fait bruit dans toute
la terre.
Je vous envoye un autre
Livre , intitulé Reflexions Morales
, pour les perfonnes engaGALANT.
231
gées dane les Affaires , qui venlent
vivre chreftiennement . C'eſt
un Ouvrage d'un caractere
tres fingulier , qui inftruit les
Intendans des grandes Mai
fons & les Procureurs de la
maniere dont ils fe doivent
conduire pour remplir chretiennement
les devoirs ou
+
•
les engage leur profeffion.
Tay lieu de vous dire que cet
Ouvrage eft tres fingulier
dans fon efpece , puis que
les Cafuiftes ne fçachant pas
le détail de la pratique , ne
peuvent diriger feurement la
confcience de ceux qui ont
232 MERCURE
des emplois de cette nature.
Ils le peuvent d'autant moins
que les Praticiens en fe confellant
ne s'accufent pas de
ce détail , qui eft neanmoins
dangereux pour l'ame , & qui
enferme fouvent plufieurs
caufes d'une reftitution indifpenfable.
D'ailleurs les Pra
ticiens n'eftant pas Cafuiftes,
me s'avifent point de regler
leur Meftier par les principes
de la Theologie . L'Auteur
qui a déja donné au Public
plufieurs Ouvrages connus ,
croit celuy- cy tres- utile , f
on le lit attentivement , fans
GALANT 233
prevention , & avec l'indiffe
rence qu'il faut avoir pour fe
laiffer perfuader de la verités
Il dit en beaucoup d'endroits
de fon Livre , qu'il connoift
des Avocats , des Procureurs
& des Intendans fort honneftes
gens , qui s'acquitene
de leur devoir chreftiennement
, & il n'attaque que la
friponnerie en elle - mefme ,
fans avoir en veuë quinquet
ce foit. Ainfi perfonne n'a
lieu de fe plaindre . On fçaic
qu'il y a de l'abus parmy quelques-
uns de ceux qui exer
cent les differentes profef
Decembre 1689. V
234 MERCURE
fions qui font dans le monde,
On le dit , on le public , &
cela ne bleffe perſonne . C'eſt
ce que l'on fait icy , & feulement
pour Futilité publique.
Il fe peut faire mefme
que plufieurs manquent par
pure ignorance , ayant dans
le fond de la probiré , &
ceux qui pechent ainfi , faute
d'avoir de feures lumieres ,
feront bien aifes qu'on ait
přis foin de les éclairer . Au
refte , on peut dire que ce
Livre convient à toutes forres
de gens ; aux Plaideurs
pour le garantir d'eftre fur-
-
GALANT 235
pour
af
pris , aux Perfonnes de qua .
lité fe
défendre contre
le manege de leurs Intendans
s'ils font de mauvaife
foy , & aux Confeffeurs mef
pour les faire entrer
mes
dans un détail , qui ne leur
laiffe rien ignorer de ce que
pratiquent leurs Penitens. On
parle des Avocats , mais comme
ce font la plupart gens
de merite , & de beaucoup
de fcience ; l'Auteur ne pretend
pas les inftruire , comme
il le dit dans fa Preface ;
mais feulement leur faire faire
quelque reflexion für leur
Fleur
V
11
236 MERCURE
conduite , afin que connoiffant
la verité , ils puiffent
Ja fuivre , fi par hazard ils
s'en eftoient éloignez . Les
Notaires & les Secretaires des
Rapporteurs ont auffi leur
chapitre dans ce Livre , &
s'ils cherchent à vivre en
Chreftiens , la lecteure ne
leur en fera pas inutile . Il fe
vend , auffi - bien que la Vie
de la Reine d'Angleterre ,
chez le S Guerout , Gallerie
neuve du Palais.
Le S Coignard, Imprimeur
ordinaire du Roy & de l'AcademieFrançoife,
debite depuis
GALANT. 237
r
425
peu de temps un Livre affez
curieux , qui fe trouve auffi
chez'le S Guerout. C'eft la
Relation d'unVoyage
fait à la
Mer du Sud en 1684. & années
fuivantes
, par M Raveneau
de Luffan avec les Flibuftiets
de l'Amerique
, Le Pays & les
Peuples dont il y eft parlé,
eftoient à peine de noftre
connoiffance
. On n'en fça-
Voit guere que le nom , & on
n'avoit pas encore efté inf .
truit de leurs moeurs . Ces
lieux font peuplez , riches ,
abondans
& agreables . Les
Efpagnols qui en occupent la
238 MERCURE
meilleure partie , y ont fait
divers établiffemens , & bafti
des Villes en grand nombre ;
mais ils
ils ne fe piquent point
d'une fort grande bravoure ,
puis que deux ou trois cens
hommes, parmy lefquels s'eft
trouvé l'Auteur , ont efté
capables de répandre la terreur
dans des Provinces entieres.
Il y a mille autres
chofes dans ce Livre qui femblent
paffer toute créance ;
on fçait neanmoins qu'elles
font tres- vrayes , parce
qu'elles ont efté confirmées
par beaucoup de gens , & que
GALANT 239
l'Auteur a des certificats de
perfonnes dignes de foy , qui
empefchent d'en douter. Il
eft affez furprenant qu'un
homme de vingt- cinq ans ait
achevé de ſi grands voyages.
Son âge fi peu avancé , & ce
qu'il y a de prodigieux dans
fon Journal , ont fait fouhaiter
de le voir à pluſieurs perfonnes
de la premiere qualité
, & il leur a parlé fi jufte
& avec tant de netteté fur
fon voyage , que fon entretien
a achevé de faire croire
ce qu'il rapporte dans fon
Livre. Je ne vous dis point
240 MERCURE
qu'il entend parfaitement la
Marine , puis qu'on ne lai
peut apprendre mieux que
dans ces voyages de long
cours.
སྐ
Le Public eft obligé aux
foins du S Thomas Amaure
ry , Libraire à Lyon , qui
avec de tres - grands frais ,
nous vient de donner tous
les Ouvrages du celebre Ettmulerus
. Philofophe & Me
decin , en deux gros Volumes
in folio. Ils ont eſté mis dans
Pordre où ils commencent
prefentement à paroiftre par
le travail & la vigilance de
Mi
GALANT. 241
M Chauvin , Docteur en
Medecine , aggregé au College
de Lyon . Ettmulerus
eftoit un celebre Profeffeur
dans l'Univrfité de Lipfic
& il a traité la Medecine
dans toutes fes parties , avec
une profonde erudition . Il
n'ignoroit rien des autres
ſciences , & il ne faut pas
3
s'étonner fi avec un genie
univerfel , il s'étoit acquis
l'eftime de tous les Sçavans .
Les témoignages glorieux
qu'ils donnent de luy au
commencement du premier
Decembre 1689. X
242 MERCURE
Volume , nous font connoiftre
dans quelle haute reputation
il eftoit . Sa mort
arrivée en 1683. avant qu'il
euft mis la derniere main à
la pluſpart des doctes Traitez
que l'on a de luy , a cfté une
grande perte. Il n'eftoit en-
Core que
dans fa quarantiéme
année. Les deux Volumes
qui contiennent toutes fes
Oeuvres , fe trouvent chez
le S Guerout , Libraire au
Palais , & chez plufieurs autres
Libraires de la rue Saint
Jacques
. boun
Nous avons perdu plufieurs
GALANT 243
En
perfonnes, confiderables de
J'un & de l'autre Sexe , mortes
depuis peu de temps. E
voicy les noms.
Meffire Pierre Bourgoüin
,
Seigneur de la Grange, Bafte
lier , &autres lieux , & Maître
des Comptes à Paris . Il eft
mort le mois paffé âgé de
quatre vingt ans , & a laiffé
fa Famille tres- bien établie.
M' Bourgoüin , fon Fils , eft
Confeiller au Parlement .
Dame Marie le Mairat. Sa
mort funefte eft connue de
tout le monde . Elle a efté
X ij
244 MERCURE
Drou
trouvée affaffinée dans for
lit. C'est un détail où je n'entre
point. Elle eftoit Fille de
Jean le Mairat , S de
Confeiller au grand Confeil ,
d'une Famille de Champagnes
dont il y a eu plufieurs Confeillers
dans les Compagnies
Superieures , & avoit époufé
en premieres noces en l'année
1636. René de Savonnieres ,
Seigneur de Linieres , Confeiller
en la deuxième Cham
bre des Enquestes du Parlement
de Paris , & en fecondes
noces , François Mazel , SurGALANT
245
intendant des Maifons & Fi
nances de la feuë Reine. Elle
a eu plufieurs Enfans de fon
premier mariage fçavoir
René de Savonnieres , Seigneur
de Linieres , Confeiller
au Parlement de Mers ,
puis receu le 12. Mars 1667.
Confeiller en la premiere
Chambre des Enquestes du
Parlement de Paris ; Michel
de Savonnieres de Linieres
receu en 1673. Tréforier dé
France à Paris ; un autre Michel
de Savonnieres , Major
dans le Regiment de Pied
X iij
246 MERCURE
mont , & un autre Fils , qui
eft mort cftant Capitaine
au mefme Regiment . Feu
René de Savonnieres , Confeiller
, premier Mary de
Marie le Mairat , avoit deux
Freres , dont l'ainé Henry
de Savonnieres , S ' de Linieres
, mourut fans alliance en
1621. en combattant en
Guienne pour le fervice du
feu Roy. Ils eftoient Fils de
Mathurin de Savonnieres ,
Seigneur de Linieres ,
Breuil & de la Sauverie , qui
fe fignala dans les Armées
du
GALANT. 247.
d'Henry
le Grand . Charles
de
Savonnieres
leur Ayeul mort
en 1562. eftoit Cadet
de l'ancienne
Maifon
de Savonnie
,
res en Anjou
.
>
10 903
Dame Elifabeth de Vallée ,
Elle eftoit Veuve de Jacques
Favier , Seigneur du Boulay
& Thierry Vicomte Heredital
de Nogent le Roy
Maistre des Requeſtes . Elle
laiffe deux Filles . L'Ainee eft
veuve de M le Comte de
Tillieres de la Maiſon de le
Veneur & la feconde a
époufé M Talon Ancien
X iiij
248 MERCURE
2
Avocat General au Parfe
ment de Paris.liq bilim
Meffire Nicolas & Pouller ,
Maistre des Comptes à Paris.
Il avoit efté Correcteur des
Comptes , & eftoit Fils de feu
My Pouller
Comptes.
Auditeur des
Dame Marche de Neufbourg.
Elle eftoir Femme de
MeffireRenouard de Villayer,
Doyen du Confeil . Il eſt de
l'Academie Françoiſe.pint
Dame Anne de Cuiffot.
Elle eftoit Veuve de Gilles de
Saint - Yon , St de Bois Audé ,
Maiftre des Eaux & Forefts à
GALANT . 249
Paris . Il y a eu de cette Famille
plufieurs Officiers dans
les Cours Superieures , entre
autres Made Saint Yon ,
Maiftre des Requeftes &
auparavant Lieutenant Gene .
rål des Eaux & Forefts à Paris ,
qui a mis au jour un Livre
tres- curieux des Eaux & Forefts
, Chaffey Pefche , & c .
Dame Catherine Boucher..
Elle eftoit Femme de Pierre-
François Petitpied , Avocat
& Procureur du Roy au Bureau
des Freforiers de France
à Paris . MS Petitpied eft Fils
de feu M Petitpied celebre
250 MERCURE
Avocat au Parlement, Ses
deux Oncles font Meffire Nicolas
Petitpied , Docteur de
Sorbonne , Chanoine de Noftre-
Dame , & Confeiller au
Chaftelet de Paris , & M Petitpied
, Secretaire du Roy,
cy.devant Greffier de la feconde
Chambre des Reque
ftes du Palais.
Dame Renée Hameau . Elle
eftoit Veuve de Louis Berrier
S de la Ferriere , Secretaire.
du Confeil & des Commandemens
de la feue Reine. M
Hameau , Curé de S. Paul , &
Confeiller en laGrand ChamGALANT.
25T
- bre du Parlement , eft fon
Frere . Cette Femme laiffe entre
autres Enfans M ' Berrier ,
S de la Ferriere , Maistre des
Requeſtes , qui a épouſé la
petite - Fille de Mole Premier
Prefident de Novion ; M
Berrier , Confeiller au Parlement
de Paris , puis Secretaire
du Confeil , qui a é
poufé la Fille de M' Arnol- '
let de Loche. Fontaine , Prefident
en la Cour des Mon
1
noyes
, M Berrier Cha
noine de Noftre Dame , &
Madame la Comtelle des Ma
fets.
252 MERCURE
Emery Bigot. Ileftoit d'une
fort bonne Famille deRouen ,
& Fils d'un Confeiller de la
Cour des Aides . Sa grande
capacité luy faifoit avoir
commerce avec tout ce qu'il
ya de Sçavans , & il le faifoit
chez luy fort fouvent des
Conferences fur toutes fortes
de matieres de belles Lettres.
Il avoit une fort grande
Bibliotheque , compofée des
Livres les plus recherchez , &
on peut dire qu'elle eftoit
parfaite du cofté de l'Hif
toire. Il eft mort le 18. de ce
mois , âgé d'environ foixante
& quatre ans .
GALANT 253
* On a eu auffi nouvelles de
la mort de Mr Soirot , arrivée
depuis trois ſemaines . Il eftoit
Grand- Maitre des Eaux &
Foreſts de Bourgogne & de
Breffe , & s'eftoit acquis une
eftime generale. M de la
Monnoye de Dijon , dont la
reputation voùs eft fi connuë,
a fait les Vers que vous allez
lire , pour luy fervir d'Epi-
5
taphe.
Y gift Soyrot. Paffant , ce mot
J'veut dire,
Un homme enſemble & genereux &
doux , [ écrite,
Quifceut bien vivre , agir , parler,
254 MERCURE
Fut bon Amy , bon Pere, bon Epoux,
Vecut loué , chery , goufte de tous
Hors en un point , mais dont nul
ANDA ne s'étonne. Mob sat
C'eft que la fin qui les oeuvres couronne
,
L'a tout à coup fait voir bien different
;
Luy qui jamais ne chagrina per-
Waltre fonne ,
A chagriné tout le monde en mourant.
Mrders . Vrain , Fils de Mr
le Vaffeur , Confeiller en la
Grand Chambre du Parlement
de Paris , a efté receu
Prefident en la Cour des Aides
, le 24. du mois paffé.
Je viens a un article plus
GALANT. 255
agreable. M. le Marquis de
la Faycte a époufé Mademoifelle
de Marillac. Le merite
des Mariez ne peut eftre contefté.
M. de la Fayette a déja
fait voir par diverſes marques
de bravoure qu'il eft digne
du fang dont il fort , & qu'il
marche avec gloire fur les
pas du Maréchal dela Fayette
Ton Ayeul . La vivacité de fon
elprit fait connoiftre ce qu'il
doit à une Mere qui en a infiniment
, & qui joint enfem
ble toutes les qualitez qu'ofi
peut fouhaiter dans les He
Toines . Mademoiſelle de Ma
256 MERCURE
rillac eft jeune , belle & bienfaite.
Elle eft d'une Maiſon
fameuſe par la probité , par
fa fidélité envers fes Maiftres,
& par une integrité dans les
grands emplois qui rendront
à jamais le nom de SaroChampigny
, celebre . Nos hiftoires
en font pleines , & il me
feroit inutile de m'étendre
davantage là - deffus ; mais je
ne puis m'empefcher de vous
dire , que fi vous connoiffiez
Madame de Marillac
ne pourricz vous défendre
de l'admirer & de l'aimer.
Coux qui ont foneftime, doi-
VOUS
GALANT. 257
un
vent s'affeurer qu'ils n'ont pas
un mediocre avantage . Les
emplois publics ont fair
fair ac
querir tant de gloire à M. de
Marillac , que dire fon nom
c'eft dire tout. Il n'y en a
Sa
paru a
point où il n'ait
vec une grande diftinction .
Quand il a efté Avocat Ge
neral au Grand Confeil ,
quelle éloquence
n'a t'il
point fait paroiftre , & avec
quelle fageffe donnoit - il fes
Conclufions
qui avoient accoûtumé
d'eftre receues comme
des Oracles Toutes les
Parties, des Affaires defquelles
Decembre 1689. Y
258 MERCURE
pour
*
il eftoit chargé au Privé Con
feil , s'en tenoient toujours
heureuſes , & dans fes Intendances
, que n'a-t- il point fait
our fervir le Roy utilement,
& procurer le bien des Peuples,
& fur- tout pour la Con .
verfion des Pretendus Refor
mez , qu'il trouvoit moyen
de faire revenir à l'Eglife ,
fans qu'on ait veu de Relaps
parmy ceux qu'il s'eft appliqué
à faire inftruire. Il eft
Ordinaire du Confeil , & dans
cette Charge il imite fes Anceftres
qui ont efté tous à la
tefte du Confeil de nos Rois,
GALANT 259
Je ne vous dis rien de M. le
Garde des Sceaux de Maril
lac , ny de M. le Maréchal de
Marillac fon Frere . Leurs
noms qui feront toûjours re
commandables ne fcauroient
perir qu'avec les Siecles.
Je paffe à l'Edit du Roy,
portant creation de quatorze
cens mille livres de Rentes
Viageres fur l'Hoftel de Ville
de Paris , qui feront acquifes
fuivant les differons âges des
Contractans , avec accroiffement
de l'intereft de ceux qui
mourront , au profit des Survivans
. On parle de cette af-
Yij
260 MERCURE
faire depuis vinge - fept ans ,
fans que jufques à prefent on
ait trouvé les moyens de la
mettre au point où elle eft.
On ne doit pas en eftre furpris.
L'Inventeur de la Navigation
clota d'aborda deux
planches , dont il fe fervit
aller fur les eaux , & de
pour T
*
3
ces deux planches font venus
les plus grands Navires que
nous voyons aujourd'huy
mais il a fallu des ficcles pour
les mettre dans Feftat où ils
font prefentement, ce qui fait
connoiftre que l'on a befoin
de temps pour perfectionner
GALANT 261
tout ce qui eſt extraordinaire.
Il en eft de mefme des grandes
baffaires ; elles ne fe confomment,
quelques juftes mefures
que l'on ait pu prendre,
qu'aprés de grandes reffes
xions & de longs raiſonnemens.
Dés l'année 1652. feu
M Tontypropola la creation
de ces Rentes Viageres fous
le nom de Tontine. On travailla
beaucoup à cette creation ,
mais tous les foins que l'on
prit , nala pârent mettre en
eftat d'eftre executée . L'inte
reft du Roy ne s'y rencon
troit point, & l'on n'y trou-
The
262 MERCURE
voit pas la feureté des deniers
du Peuple , de forte que cette
grande affaire , dont le fon
dement ne laiffoit pas d'eftre
bon , & capable de produire
des effets avantageux , demeu
ra indécife. Enfin elle s'oublia
, & on crut inutile de
penfer que l'on puſt trouver
de nouveaux moyens de l'é,
rablir, Il y a quelque temps
que Mr du Perier la prefenta
d'une nouvelle maniere , &
quoy que ce fuft toujours fur
l'idée de M' Tonty , elle pa-
Jut avoir entierement cbangé
de face , & eftre beaucoup
GALANT
263
4
plus facile & plus avantageu
fe . Les Miniftres qui ont foin
des Finances du Roy l'ayant
goûtée , la mirent par leurs
fumieres en eftat de perfe
ction . On balançoit neang
moins encore à l'executer
lors que le bruit en ayant
couru parmy le Peuple , il
fouhaita de voir ces Rentes
creées , & le demanda avec
d'empreffement
, chacun
marquant l'ardeur qu'il avoit
d'en acquerir , qu'on refolut
d'en faire ouvrir la Recepte.
Only court en foule , & cela
ne doit point furprendre ,
tant
264 MERCURE
puis quiil eſt impoſſible de
placer jamais de l'argent d'une
maniere plus avantageufe.
Il eft hors de doute , ou que
l'on ne vivra pas longtemps,
ou que l'on fera une fortune
confiderable, Les Morts n'ons
befoin de rien, & le fond qui
fera perdu par leur mortpour
leurs heritiers , eft d'une trespetite
importance , au lieu
que ces mefmes heritiers peuvent
efperer beaucoup de
l'amas que ceux dont ils doi
yent heriter pourront faire,
s'ils vivent quelques années
les derniers de leur Claffe.
Enfin
+
GALANT 265
Enfin l'on peut
dire que chaque
Claffe qui s'amortira
pourra faire la fouche d'une
groffe Famille , fi celuy qui
reftera le dernier peut vivre
une année , ou mefme fix
mois feulement aprés tous
deux de la Claffe. Ce qu'il y
a de fort avantageux dans ces
rentes à fond perdu dont
ceux qui les poffederont
pourront voir toute leur vie
augmenter chaque mois le
revenu , c'eft qu'elles ne fe
ront fujettes à aucunes faifies,
meſme pour les deniers & af- ›
faires du Roy , & que les
Decembre 1689. Ꮓ
266 MERCURE
moins accommodez
ayant
par là occafion de faire profiter
des fommes legeres qui
leur demeureroient
inutiles,
jouiront d'un plus grand revenu
par la part de ceux de
leur Claffe qui mourront , laquelle
accroiftra pour cux , à
mefute qu'ils avanceront
en
âge , & que leur forcé & leur
induftrie pour faire de nouveaux
gains diminueront.
Ainfi Sa Majesté a ordonné
que par lesCommiffaites
qu'il
luy plaira députer, il fera vendu
& aliené à Miles Prevoft
des Marchands & Echevins dei
GALANT 269
Paris , la
fomme de
quatorze
cens
mille
livres
actuelles
&
effectives de
rentes
viageres ,
à prendre
fur tous les deniers
provenans
de fes droits
d'Aides
&
Gabelles & des cinq
groffes
Fermes , qu'Elle a deu
clarez
fpecialement & par
privilege
affectez & hipote
quez
au payement
& continuation
defdites
rentes ,
meſme
par
preference
à la
partie de fon
Tréfor
Royal
voulant
que les
conftitutions
en foient
faites à ceux de fes !
Sujets
qui les voudront
acquerir
, pour en jouir par
Zij
268 MERCURE
eux leur vie durant comme
alc
de leur propre chofe , vray &
loyal acqueft , fans que lef
dites rentes puiffent eftre reduites
ny retranchées , fous
quelque pretextes que ce
puiffe eftre. Les Notaires devant
qui on paffera les Contrats
de ces rentes viageres
feront pris au choix des Acquereurs
, aufquels ils les délivreront
gratuitement , parce
qu'il leur fera pourveu par Sa
Majefté d'un falaire raiſon
onable . O
supaloob angyle
Quelques- uns des Acquereurs
de ces rentes venant à
GALANT. 269
‚ མ་
mourir , les interefts de cas
mefmes rentes éteintes en
leurs perfonnes rappartien
dront aux furvivans de la
mefme Claffe par droit d'agcroiffement
& feront diftribuez
entre eux d'année
en année au fol la livre , fans
que lesdites rentes puiffent
eftre cenfées éteinres au profit
du Roy par la mort des
Acquereurs , finon aprés l'cxtinction
de chacune des Claffes
en forte que le dernier
vivant de chaque Claffe , recueille
feul l'intereft de tous
les Capitaux qui compofe
Z iij ..
a
4270 MERCURE
ront ladite Claffe , laquelte
ne fera cenfée éteinte au profitida
Roy & des Rois fes
fucceffeurs , qu'aprés le decés
du dernier Rentiert
left permis à toutes fortes
deperfonnes indiftinctement,
de quelque âge , fexe , qualité
ou condition qu'elles
puiffent eftre , pourveu qu'elles
demeurent actuellement
dans le Royaume , de prendre
& lever ces fortes de
rentes. Les Enfans & autres.
qui entreront en Religion &
feront leurs voeux , dans quelque
Ordre que ce foit , conGALANT
271
ferveront par forme de Pent
fions alimentaires ples rentes
de cette nature , qui auront
eſté conſtituées à leur profic
avant leur profeffions Cha
› cun devant entre affſocié aveé
des perfonnes à peu prés de
fon âge , ce qui établira un
ordre plus naturel parmy les
Rentiers, il eft ordonné qu'ils
feront diftribuez en quatorze
Claffes , la premiere des Enfans
jufqu'à l'âge de cinq
ans accomplis la feconde de
cinq ans jufques à dix la
troifiéme de dix jufqu'à
quinze , & ainfi en augmen-
>
Z
iiij
272 MERCURE
tant toûjours de cinq ans
en forte que la quatorziéme
& derniere Claffe , fera spour
ceux qui auront foixante &
cinq ans accomplis , jufques
à foizante & dix , & au def
fus, na 2100321 1lovs.y 100Q
Chacun de ceux qui vous
dront prendre de ces rentes ,
fera obligé de rapporter fon
Extrait Baptiftaire en bonne
forme , & deuement legalife,
ou autre Acte équipolent ,
pour cftre compris dansǝda
Claffe où il doir eftre rangés
fuivant cet Extrait , lequel
aprés l'entiere confection des
GALANT 273
quatorze Claffes fera depofés
entre les mains du Sindic
Oneraire de la Claffen donn
fera le Rentier, pour eftre par
luy enregistré au Regiftre de
ladito Claffe & confervé
pour y avoir recours en cas
de befoin. Dans le Contrat
que l'on paffera au profit d'un
Rentier , il fera fait mention
de fon nom & âge , fuivant
l'Extrait Baptiftaire des fa
qualité du lieu de fa naiffance
, & du domicile qu'il
aura élus; & en cas de changement
de domicile , le Rentier
, ou fes Pere & Mere ou
274 MERCURE
Tuteur ,feront tenus d'en don
nér avis au Sindic Onéraire de
la Claffe , qui en fera mention
fur fon Regiftre. Chaque
conftitution fera de trois cens
livres de capital , & ne pourra
eftre de plus groffes fommes;
mais il fera permis à chaque
Rentier de prendre tel nombre
qu'il luy plaira de parties
de rente de trois cens livres
de capital chacune, pour tou
tes lefquelles on ne paffera
qu'un feul Contrats faifant
mention du nombre des Par
ties dont il fera compofé , &
le Rentier fera payé des inGALANT.
275
Z
&
terefts de toutes ces parties
fur une feule quittance . Ce
pendant comme il ne feroit
pas jufte que les Enfans ,
autres perfonnes d'un âge robufte
, qui felon le cours de
nature doivent plus longtemps
jouir de ces rentes , en
tiraffent un intereft auffi fort
que ceux qui feront d'un âge
plus avancé , les Rentiers des
deux premieres Claffes jufqu'à
l'âge de dix ans accomplis
ne recevront
les interefts de
leur capital de cent écus que
fur le pied du denier vingt ,
ce qui fera quinzelivres
. Ceux
276 MERCURE
de la troifiéme & quatriéme
Claffe , de dix ans jufques à
vingt , auront l'intereft de
cent écus fur le pied du denier
dix- huit , c'est à dire ,
feize livres treize fols quatre
deniers ; ceux de la cinquiéme
& fixiéme de vingt à trente
ans , fur le pied du denier
feize , c'est à dire dix - huit
livres quinze fols ; ceux de la
feptiéme & huitiéme
trente à quarante ans , fur le
pied du denier quatorze , c'eft
à dire , vingt & une livres
huit fols fix deniers ; ceux de
la neuviéme & dixième , de
de
GALANT. 277
quarante à cinquante
ans, fur
le pied du denier douze, c'eft
dire Vingt
- cinq
livres
,
ceux de la onzième & douzième
de cinquante à ſoixante
ans, fur le pied du denier
dix , c'eft à dire , ttente
livres, & ceux de la treizième,
& quatorziéme, depuis foixante
jufqu'à foixante & dix
ans & au deffus , fur le pied
du denier huit , c'eft dire ,
trente- ſept livres dix fols .
Si quelqu'un de cesRentiers,
fur un faux certificat , ou par
unc fuppofition de nom , fc
faifoit comprendre dans une
278 MERCURE
3
Claſſe plus avancée en åge
que celle dont il doit eftre ,
les interefts de fa rente de
meureront confifquez au profit
des Rentiers de fa Claffe.
Il eſt neanmoins permis aux
Rentiers de fe faire mettres)
dans une Claffe plus jeune
que celle dont ils font effecti
vement. Le Bureau eft ouvert
au Trefor Royal du Roy pour
recevoir les deniers capitaux
des rentes, & il ne fera fermés.
que le premier jour de May
prochain , aprés lequel temps
on procedera à la confection
des Liftes de chaque Claffe.
GALANT 279
d
Si- toft qu'elles feront faites
& que les Commiffaires nommez
par le Roy auront fixé
le fond pour le payement des
interefts , Mole Prevoft des
Marchands de Paris choifira
dans chaque Claffe , trente
des plus qualifiez des Ren
riers , qui s'affembleront en
l'Hoftel de Ville au jour qu'il
leur aura défigné , pour eftre
par eux en fa prefence , procedé
au choix de deux Sini
dics pour chaque Claffe , l'un
Honoraire & l'autre Oneraire ,
le dernier devant eftre choifi
entre les plus capables: d'agir
20 MERCURE
& de veiller aux interefts de
La Claffe. Et d'autant que les
Rentiers des cinq premiers
Claffes eftant mineurs ne le-
Font point capables , de proeeder
au choix des Sindics,
craz
pour prendre ſoin des interefts
de leur Claſſe , M le
Prevolt des Marchands pommera
trente des Peres ou Tuteurs
des Rentiers de ces cinq
premieres Claffes qui s'affembleront
en la maniere marquée
pour choisir ces deux
Sindics pour chacune de ces
cinq Claffes , jufqu'à ce que
les Rentiers de chacune ayent
GALANT. 281
de
atteint l'âge de majorité,pour
pouvoir par eux mefmes pren
dre la direction des affaires
leurs Claffes , & proceder au
choix des Sindics. La fonction
de Sindic Oneraire de
chaque Claffe , fera de tenir
un Registre exact , qui contiendra
le nom , âge , qualité,
lieu de la naiffance & du domicile
de chaque Rentier , la
copic de fon Extrait Baptis
faire on Acte éqnipolent , la
quicance
ca-
U
payement d
pital de fa rente, & la datte de
fon Contrat , & il fera men,
tion fur fon Regiſtre du chan
Decembre 1689. A a
282 MERCURE
gement de domicile
des Rentiers
, s'il arrive qu'ils en changent,
& des payemens
qui fe
ront faits. Les Sindics , tant
Honoraires
qu'Oneraires
pourront
affifter aux paye
mens qui feront faits en
Hoftel de Ville à Bureau
ouvert aux Rentiers , dont ils
recevront
les plaintes pouren
faire raport en leur aſſemblée
,
& y pourvoir, 1- 9,4 dunh
L'avis de la mort des Rentiers
fera donné aux Sindics
Oneraires
, qui en feront mention
fur leur Regiſtre
& en
donneront
part , tant au SinGALANT
283
dic Oneraire qu'au Payeur
des rentes de la Claffe du
Rentier decedé . Il fera permis
à tous les Kentiers , de pren
dre toutes fois & quantes que
bon leur ſemblera, infpection
des Regiftres de leur Claffe .
Les Sindics Oneraires auront
chacun quinze cens livres par
an pour falaire de leurs pei
nes , auquel falaire il fera
Pourveu par Sa Majeſtés & les
fond en feta fait conjointe
ment avec celuy dus Payeur
des Rentes de chaque Claffes
Ces rentes feront payées par
les quatorze plus anciens
Aavip:
284 MERCURE
Payeurs des Rentes de l'Hôtel
de Villabe& ale fond leur en
fera remis par lesh Fermiers
des Gabelles
cinq groffes
Fermes Aides & autres Les
Sindics Oneraires de chaque
Claffe controlleront ces Paye
mens , dont ils tiendront un
exact Registre qui fera reprefenté
au Jugement des
Compres des Paycurs , & afin
que ce Regiftrefalle foy ,
Lefdits Sindics prefteront ferment
entre les mains de M le
Prevolt des Marchands &
ne pourront recevoir aucune
chofe pourle contrôle, à peine
de concuffion.
GALANT 285
Les Bureaux des Payeurs
s'ouvriront dans les huit jours
du mois de Janvier de chaque
année pour le payement des
arrerages de l'année precedenteps
& demeureront ouverts
jufqu'à l'enrier payement Ide
tous les Rentiers , qui fe fera
fuivant l'ordre de la date de
leurs Contrats; & comme il
eft important qu'on ne puiffe
fous des noms fuppofez , furl
de fauffes quittances , ou fur
des quittances fignées par des
Rentiers avant leur déceds ,
recevoir le payement de ces
rentes au préjudice du droir
moulwonou sb
286 MERCURE
d'accroiffement acquis auxfurvivans
, il eft ordonné que
les arrerages de ces rentes ne
feront payez que fur des quit
tances expediées en parche
min timbre d'un timbre par
ticulier , qui changera d'année
en année , & marquera
celle pour laquelle, il aura
efté deſtiné , que ces quittan
ees feront paffées par devano
les Notaires commis pour
cela par l'un & l'autre Sin
dic , dans la Ville capitale de
chaque Genetalité , & dans le
Chef-lieu de chaqueElection;
aufquels Notaires les Sindics:
GALANT 287
Oneraires auront foin d'al
dreffer chaque année la quan
tité de parchemin timbré
dont ils auront befoin pour
Pexpedition des quittances ,
chacun dans fon reffort. Les
Notaires demeureront ref
ponfables de la verité de ces
quittances , au bas defquelles
le Juge Royal, ou autre Juge
ordinaire du lieu de la refi
dence du Notaire , atteftera
que le Rentier au nom du
quel ladite quittance aura
efté paffée , eft actuellement
en vie , & s'eft reprefenté par
devant lay ; que les Peres i
288 MERCURE
Meres ou Tuteurs des Ren
tiers des premieres Claffes qui
ne feront pas en âge de figner,
figneront pour eux les quittances
, lefquelles feront tou
tes vifées du Sindic Oneraire
de chaque Claffe , avant que
le Payeur puiffe faire le payement
de la tente ; & pour
l'expedition de chaque quittance
, on ne payera que deux
fols fix deniers au Notaire ,
& trois fols au Juge pous
l'attestation de vie du Rentier.
Les Liftesdes Claffes feront
imprimées d'année en année ,
&
GALANT. 289
& les Sindics & Payeurs marqueront
à la marge la more
des Rentiers à mesure qu'ils
en auront connoiffance, & les
heritiers des Rentiers morts
feront obligez de donner avis
de leur deceds au Sindic Oneraire
de leur Claffe , mefme
de luy en envoyer l'Extrait
mortuaire dans trois mois du
jour du deceds ; finon ils feront
privez du payement des
arrerages de l'année du deceds
, qui accroiſtront aux
furvivans de la mefme Claffe ,
& l'on aura foin d'adreffer
aux Curez des Paroiffes , dans
Decembre 1689. Bb
290 MERCURE
〃
lefquelles il y aura des Rentiers
domiciliez , des liftes
defdits Rentiers , diftinguez
par Generalité , afin que chacun
d'eux puiffe de fix mois
en fix mois donner avis
aux Sindics Oneraires des
Rentiers , decedez dans leur
Paroiffe.Ces liftes de Rentiers
feront renouvellées tous les
ans , & à la fin de la lifte de
chaque Claffe , il lera fait
mention du nombre des Ren .
tiers morts pendant l'année ,
& de la part qui fera accruë
à chacun des Rentiers furvivans
,afin qu'ils fçachent preGALANT
291
cifément la fomme dont ils
auront à donner quittance La
repartition des interefts des
Rentiers morts fe fera par les
Sindics & le Payeur de cha
que Claffe , & il fera fait
mention de cette repartition
dans les Regiftres que tiendront
les Sindics Oneraires,
afin que chacun des Rentiers
puiffe s'éclaircir de la verité
& de la jufteffe de ladite repartition
par l'infpection de
cos Regiftres. Chaque Rentier
qui changera le domicile
para luy élu lors de la
paffation du Contrat de
13
Bb ij
292 MERCURE
Rente , fera obligé trois mois
aprés d'en donner avis au
Sindic Oneraire de fa Claffe ,
& au Noraire , devant lequel
il avoir accoûtumé de paffer
Les quitances. Ceux qui entreprendront
des voyages de
long cours , ou s'abfenteront
pour plus d'un an du licu
de leur domicile , en donneront
auffi avis au mefme Sindic
, & ceux qui pendant
deux années n'auront point
receu les arrerages de leurs
rentes fans avoir denoncé
aux Sindícs de leurs Claffes,
ou le fujet
Açur abfence
GALANT. *
na
293
pour lequel ils n'auront
pu
les recevoir , feront privez
de ces arrerages
pendant les
années pour lefquelles ils auront
negligé de toucher ces
arrerages
, ou de donner avis
au Sindic de la raifon qui les
en a empefchez
. Ces arres
rages feront alors partagez
au fol la livre entre les autres
Rentiers de la mefme Claffe.
Si quelqu'un
par fuppofi
tion de nom , ou de fauffe
quittance
, s'ingeroit
à tecevoir
des arrerages fous le nom
d'un Rentier decedé , la volonté
du Roy cft qu'il foit
Bb iij
294 MERCURE
condamné à fix mille livres
d'amende ,
applicable un
& tiers au Dénonciateur
les deux autres tiers au profit
des Rentiers de la Claffe de
celuy fous le nom de qui
il aura receu, ou tenté de recevoir
lefdits arrerages , &
outre l'amende , il fera traité
comme fauffaire , fuivant la
rigueur des Ordonnances .
S'il arrive quelque conteftation
fur le payement des interefts
de ces rentes viageres ,
fur la forme ou validité des
quitances des Rentiers , ou
touchant quelque autre choGALANT
295
Is
fe concernant ces mefmes
Rentes , la connoiffance en
appartiendra à M les Prevoft
des Marchands & Echevins
de Paris en premiere
inftance , & par appelen
la Cour de Parlement de
Paris .
Je ne fçaurois mieux finir
ce que j'avois à vous dire de
cet Edit du Roy › que par
de tres- agreables Vers qui
courent là - deffus , de M le
Pays. Tout le monde en demande
des copies , & on n'en
doit pas eftre furpris , puis
que tout ce que l'on voit de
Bb iiij
296 MERCURE
luy a ce caractere aifé que
chacun cherche , & que peu
de gens
viennent à bout d'attraper.
SUR LA TONTINE.
Ex
Nfinje ne me plaindray plus
De l'Etoile qui me domine s
Il me reste encor cent écus
Que je vais mettre à la Tontine.
S
O la charmante invention !
Sans avoir du Dieu Mars effuyé les
orages ,
Sans avoirfatigué la Cour de mcs:
hommages ,
Jeferay fur l'Estat , & j'auray penfion.
23
GALANT 297
Voicy par où j'espere & comment
j'argumente
Si je visje fuis riche , & fi bien-
3d 1 toft je meurs ,
La pauvreté ny fes horreurs 134
Ne me caufent paint d'épouvante.
Or ma Planete bien-faifante
Promet à ma vie un long cours.
Ergo , j'auray fur mes vieuxjours
Quinze on vingt mille écus de
2
rente.
$
the
Quel plaifir quel bon heur
quelle profperitéE
THIS?
}
Se refervent à ma vieillesse :
Mais au milieu des biens je mour..
ray de trifteffe ,
şi mon Roy n'eft témoin de ma felicité.
298 MERCURE
Il n'y a rien que les Princes
Confederez n'ayent tenté
dans la derniere Diette qui
s'eft tenue chez les Suiffes ,
pour les engager à rompre en
leur faveur la Neutralité qu'-
ils ont arreftée dans les Dietres
precedentes , mais tous
leurs efforts font demeurez
inutiles ; & l'Envoyé du Prince
d'Orange n'a pas mieux
réuffi que les autres , quoy
qu'il ait paru avec plus d'éclat
. Loin qu'il ait pût obtenir
ce qu'il fouhaitoit , on a arrefté
dans cette Diette , que
les Ambaffadeurs qu'on avoit
&
GALANT. 299
en quelque façon refolu auparavant
d'envoyer à l'Empereur
, pour luy repreſenter
les raifons que les Suiffes avoient
de demeurer Neutres ,
ne partiroient point . On ne
peut qu'admirer leur fermeté
; elle merire toute forte de
louanges .
Vous avez l'établiffement
de la Maifon Royale de Saint
Louis , fait par le Roy à Saint
Cir . Je vous en ay parlé dans
une de mes Lettres , & vous
en ay donné la fondation .
Comme l'Abbaye de Saint
Denis vaquoit alors , Sa Ma300
MERCURE
jefté ,au lieu d'y nommer un
Abbé , attacha le revenu qu'
auroit eu celuy qui auroit efté
nommé à cette Abbaye de
S. Denis , à la Maifon de Saint
Cir , pour faire une partie du
fond qui doit fervir à Pentretenir.
Le Pape Innocent XI.
avoit trouvé la chofe fi jufte,
& les motifs fr avantageux à
la Nobleffe , & à la gloire de
Dieu , qu'il n'avoit fait aucune
difficulté d'y confentir,
Ce qu'il a écrit là deffus en
fait foy ; cependant il n'en
avoit point encore fait expe
dier les Bulles , les Brouille
GALANT. 301
ries arrivées depuis ce tempslà
ayant efté cauſe que rien
ne s'expedioit à Rome pour
la Cour de France. Le Pape
Alexandre VIII . vient de les
envoyer au Roy , avec les
éloges d'une Dame qui a tres,
grande part à cet établiffement,
& que fa modeftie
m'empefche de nommer. Il a
mefme envoyé ces Bulles gratis
, quoy qu'elles montent à
une fort grande fomme pour
Sa Sainteté , & à une autre
fort confiderable pour la Daterie.
M. l'Abbé d'Aquin ayant
302 MERCURE
cfté nommé Agent de l'Af
femblée du Clergé de France
qui fe doit tenir dans peu, &
cette place ne pouvant eftre
remplie que par un Preftre ,
on demanda une difpence de
quatorze mois au Pape pour
cet Abbé à qui ils manquent
pour parvenir à l'Ordre de
Preftrife. Sa Sainteté l'ayant
refufée, demanda enfuite des
nouvelles de la fanté du Roy,
& fi ce Prince avoit monté
à cheval depuis l'operation
qui luy a efté faite . On luy fit
connoiftre le bon eftat de la
fanté de ce Monarque , & on
GALANT. 203
༢༠ ;
3
Tuy dit qu'il n'avoit prefque
point difcontinué de monter
à cheval pour aller à la chaffe.
Sa Sainteté en témoigna beaucoup
de joye, & dit , que puis
que le Royfe portoit fi bien , il
accordoit au fils de fon Medecin
la difpence qu'on luy demandott
pour luy.
Les Efpagnols & les Allemans
qui ne gardent nulles
mefures , & qui ont accoû.
tumé d'en ufer violemment
contre ceux dont ils veulent
eftre ennemis , avoient refolu
contre toute forte de raifon
& de juftice , de faire enlever
204 MERCURE
Mr le Cardinal de Furftem
berg Cette Eminence en
ayant- efté avertie , vint par
terre de Rome à Genes en habit
de Chevalier de Malthe , &
elle eut la fermeté de s'y embarquer
avec Ml'Abbé Mɑrel
& deux Domeſtiques fur
un Vaiffeau Genois , du Capitaine
duquel elle ne croyoit
pas eftre connuë . M'de Furftemberg
s'aperceut dans la
route que ce Capitaine ne le
croyoit pas Chevalier de
Malthe , & fans témoigner ce
qu'il connoiffoit , il fit voir
une intrepidité qui auroit pû
•
GALANT 305
*
faire croire au Capitaine qu'il
fe trompoit , s'il n'avoit pas
parfaitement connu fon vifage
. Le calme furvint devant
Final , Place qui appartient
aux Espagnols , & le
Vaiffeau y fut arrefté pendant
fept heures. M' le Cardinalide
Furftemberg ne fit paroiftre
nulle inquietude , & le Capitaine
luy ayant demandé s'il
avoit peur , il répondit qu'il
n'avoit aucun fujet de craindre
, & que s'il avoit quelque
choſe à apprehender c'eftoit
pour l'Abbé qui l'accompagnoit,
parce qu'il eftoit Fran
Decembre 1689. Cc
306 MERCURE
çois Le Capitaine luy repartic
qu'on fe devoit croire en feupreté
fous fa conduite . Le vent
eftant enfuite devenu bon, le
Vaiffeau arriva fur les coftes
de Provence , & le Capitaine
fit voir à M de Furftemberg
lors qu'il débarqua, qu'il n'avoit
point douté de ce qu'il
eftoit . Ce Cardinal voulant
avoir le plaifir de le remercier
d'un procedé fi honnefte & fi
genereux , luy avoua qu'il' ne
s'eftoit point trompé. Tout
homme qui en ufe de cette
maniere-là,doit être bien content
de luy-mefme , puis que
les Intereffez qui auroient fouGALANT
307
haité qu'il en euft ufe d'une
autre forte , ne peuvent luy
refufer les applaudiffemens
qu'il merite. soulag
On rapporte une chofe fort
particuliere d'un Predicateur
du Roy d'Espagne qui en
a quarante , & tous de differ
rens Ordres . Un Cordelier
ayant à preſcher à son tour
devant ce Monarque
, parur
dans la Chaire avec fon bafton
à la main , & fon Breviaire
fous fon bras . Aprés qu'il
cut prononcé fon Texte , il
expliqua ce que fignifioit fon
équipage , & dit qu'ayant re-
Ccij
208 MERCURE
folu de parler dans toute la
la liberté que luy permettoit
fon Miniftere , il s'eftoit mis
en eftat d'aller en exil ou en
prifon où fon Breviaire le
confoleroit de fes foufrances
Il s'étendit enfuite fur les de.
fordres du Gouvernement
d'Espagne , d'une maniere
qui ne laiffoit pas douter des
perfonnes qu'il peignoit , &
marqua le peu de Religion du
Confeil de Sa Majefté Catho
lique , ce qui fe voyoit dans
la ligue faite avec les Proteftans
, afin d'appuyer un
Ufurpateur heretique , qui
GALANT. 309
détrônoit un Roy , fon Oncle
& fon Beaupere parce qu'il
eftoit Catholique . Hparla
avec beaucoup de force & de
vehemence , & n'oublia rien
fur tout de ce qui pouvoit
donner de l'horreur des fe
cours que la Cour de Madrid
prefte au Prince d'Orange . Il
acheva fon Sermon, fans avoir
eſté interrompu , & fon zela
ne luy attira ny l'exil ny la
prifon ...
La faifon rend les nouvelles
de guerre fteriles , && jjee ne
vous diray rien de Flandres
finon que nous avons fair
310 MERCURE
démolir Valcour , Sautour,
& Florange , & que le nou
veau Retranchement , dont
vous avez oüy parler fous le
nom de la Ligne , eft achevé.
Il a cinq licues de long , douze
pieds de large , & fix de
profondeur ; mais on le doit
élargir & plaquer au Prin
temps . Ses fortifications font
un Parapet derriere , fait du
cube des terres qu'on a tirées
des Redens & des Redoutes
de diftance en diſtance pour
flanquer ce foffé , avec des
Corps de garde pour les Soldats.
On a fortifié Epierre ,
20
GALANT. ZIK
1
ainfi que le Cimetiere de fon
Eglife, parce que ces endroitslà
eftoient trop aifez à attaquer.
L'Enigme du mois paffé
a efté expliquée fur la Porte,
qui en eft le veritable fens,
par M's l'Abbé de S. Cir
Jean Bertun : le Breton : Damblard
d'Aix : L. Boucher ,
ancien Curé de Nogent le
Roy : de Chevrigny : du Val ,
de S. Germain en Laye: Grou
fteau V. D. S. N. de Blois
de Longueil , Seigneur de
Beauvergé M.J. B. P. R. de
Poitiers : Baurin l'aifné :l'Ab
:
212 MERCURE
bé Monget d'Abbeville : Bal
tus , Vicaire de la Paroiffe de
S. Marcel de Mets : le Comte
de Rotillac , Inventeur du
Tabac ; C.Hutuge d'Orleans :
le Chevalier de Vilmont : le
Marquis de Tillet de la ruë
Serpente ; & fon infeparable
du Fauxbourg S. Germain ;
les trois plus heureux Gentilshommes
de la mefme ruë,
voifins de la fiere Blonde du
mefme lieu le fpirituel Apollon
du petit Hoftel de
Crequi : l'Ecolier de Menars :
le Fidelle de la petite Mignonne
de la rue S. Jacques
de
GALANT.
313
go
de la Boucherie : les deux
Amans fidelles L.B.G.D.D.G..
& le Chevalier de Covix de
Vannes: le Solitaire Abdenade
la rue de la Juifverie :
le Cadet Boeuf Provençal :
l'Amant de la fpirituelle capricieufe
du Guemené ; &
par Mefdemoiselles de Valancourt
Loüife Lucie de
Chaſtillon en Bazois : Diane
d'Alcleon : la Deeffe aimantée
: la Nimphe aux jours
filez de foye la petite charmante
, & fon ancien Favory :
la belle Chambon, & la grande
Caillette de l'Ifle.
:
:
Decembre 1689. Dd
314 MERCURE
Je vous envoye , à mon
ordinaire , und Enigme nouvelle
, dont vous ferez part à
vos Amies.
22255522-222255252
J
ENIGME.
E fuis deplus d'une matiere ,
Souvent de plus d'une couleur,
Et fais de plus d'une maniere
Reffentir le pouvoir de mon intearicur.
ricur.
S
On le redoute quelquefois ,
Mais plus fouvent encore on aime
ma puissance s
Cependant pour ma recompenfe
GALANT. 315
On fe
mocque de
moy pendanc plus
defix mois.
Je produis un Enfant hardy , fier &
fansfoy ,
Qui me devoreroit moy-mefme ,
Tant fon injuftice eft extrême ,
S'ilpouvoit fe faifir de moy.
Voicy un fecond Air nouveau
, dont vous ne ferez pas
moins fatisfaité , que du premier
que vous avez trouvé
au commencement de cette
Lettre.
Ddij
316 MERCURE
AIR NOUVEAU.
I c'est tonfort de n'aimer qu'elle,
Ceur malheureux , n'aime pas
tant.
Tu deviens tous les jours plus tendre
& plus conftant ,
Et ton Iris devient tous les jours
plus cruelle.
Quelque foin que je prenne
d'avertir , qu'il faut envoyer
les noms propres écrits tres,
correctement , je les reçois la
plufpart d'un caractere fi peu
lifible , qu'il eft impoffible
que je ne m'y trompe. Ainfi
en vous parlant dans ma LetGALANT.
317
tre d'Octobre dernier , des
Lieutenans de Vaiffeaux faits
Capitaines , je vous ay nommé
le Chevalier de Veinfe ,
au lieu de vous dire , le Chevalier
de Venife , qui eftoir
la Campagne derniere Lieutenant
fur le Conquerant , que
commandoit Mr de Tourville.
Ce n'eft pas d'aujourd'huy
que M's de Venife ,
Gentilshommes de Bourbonnois
, font dans le fervice . Ils
eftoient fept Freres , L'Ainé
eftant Capitaine dans le Regiment
de la Reine , fut tué
en 1667. Le fecond , qui
Dd iij
318 MERCURE
eftoit Lieutenant de Cavalerie
dans le Regiment de
Montgommery , fut tué au
paffage du Vefer en 1679.
Le troifiéme cftant Capitaine
dans le Regiment de Bourbon
Infanterie , vient d'eftre tué
en défendant Bonn . L'Ainé .
des quatre autres eft Capitaine
dans le Regiment de
la Reine , & le fecond dans
celuy de la Marine . Le troifiéme
eft le Capitaine de
Vaiffeau , qui eft maintenant
en courfe , & le quatriéme
eft Capitaine dans le Regiment
des Bombardiers , & a
GALANT. 319
fervy dans Mayence . Ces
quatre Freres ne portent pas
tous le nom de Venife.
Je vous ay dit dans la meſme
Lettre , que M Darnault
Chamelain commandoit le
Moderé , au lieu de vous le
nommer Mr des Nos Champmeſdin
, pour faire la difference
de fon Frere Ainé M
des Nos , qui eft auffi Capitaine
de Vaiffeau & le plus
ancien , & qui a commandé
cette Campagne le Vaiffeau
le Furieux . Ces Meffieurs ont
un autre Frere , appellé encore
Mr des Nos , & qui eft
Dd iiij
320 MERCURE
Ecuyer ordinaire de la grande
Ecurie du Roy.
Il vous a efté aifé de remarquer
par l'exactitude
dont eft le Journal du Siege
de Mayence que je vous envoyay
le mois paffé , qu'il
avoit efté écrit par un Officier
qui a tout fceu par luymefme
. Il eft de M d'Hardicant
, Major de la Place
pendant le Siege . Si toft
qu'elle fut renduë , il vint à
la Cour , & il eut l'honneur
de falüer le Roy , qui luy à
donné la Charge de Major
de Philifbourg. Toute l'Eu-
*
GALANT. 321
rope luy a obligation de nous
avoir donné le Journal du
Siege de Mayence , puis que
les particularitez n'en feroient
point encore fceues ,
fans le foin qu'il a pris de
les écrire , tout ce qui en
avoit efté publié jufque - là
s'eftant trouvé faux .
M' le Comte de Brionne
a époufé depuis peu de jours
Mademoiſelle d'Epinay , riche
Heritiere de Bretagne.
Elle eft de la Maiſon de Saint
Luc , dont il y a eu un Maréchal
de France. Quoy qu'-
elle ait toujours demeuré en
322 MERCURE
Province , elle a paru à la
Cour avec des manieres auffi
aifées , que fi elle y avoit esté
élevée.M' le Comte de Brionne
s'appelle Henry de Lorraine
, & il y a déjà quelques
années qu'il a efté receu grand
Ecuyer de France en furvivance
. Il eft Fils de Louis de
Lorraine , Comte d'Armagnac
, de Brionne en Normandie
, & de Charny en
Bourgogne, Grand Ecuyer de
France , Grand Senefchal de
Gouverneur
Bourgogne
d'Anjou & des Villes & Chafteaux
d'Angers & du Pont de
GALANT. 323
Cé , & de Catherine de Neufville
- Villeroy . Je vous ay
parlé fi fouvent de cette illuftre
Maifon , qu'il me feroit
inutile de vous en rien dire
davantage .
Le Roy eftant extrémement
fatisfait du fervice que luy
-rendent fes Gardes du Corps.
a refolu de les augmenter
de
quatre cens , quoy que ce
Corps foit déja fort confiderable
; & comme il y a qua
tre mille Cadets entretenus
par Sa Majeſté , on en choifira
quatre cens pour cette
augmentation
, & il ne fera
324 MERCURE
pas mal aifé d'en trouver par
my un fi grand nombre , qui
puiffent occuper les places
qu'on veut leur faire remplir.
J'aurois beaucoup à vous
dire des Nouvelles d'Angleterre
& d'Irlande , mais je
remets au mois prochain à
vous en entretenir , & je joindray
ce qui s'y fera paſſé juſqu'au
dernier jour de Janvier .
Je fuis , Madame , Voftre ,
& c .
A Paris le 31. Decembre 1689.
552552252 25SSZESZ
P
TABLE.
Relude.
Sonnet.
Compliment fait par M. dela Chambre
, Curé de S. Barthelemy , à
M. le premier Prefident.
Avanture funefte arrivée en Breta-
10
18
23
gne.
Galanterie faite par M. de Meffange,
•fur les Couches de Madame la
Marquife d'Antin , accouchée de
deux Garçons.
Détail de tout ce qui s'eft passé
dans les nouveaux foulevemens
arrivez à Siam .
Suite du cinquiéme Article du Traité
des Propheties , Vaticinations , &
Prediction de M. de Comiers. $5.
28
TABLE.
Edit du Roy touchant la difpofition
des biens de ceux de la Religion
Pretendue Reformée , qui ont
quité le Royaume.
Rondeau.
Galanterie à Iris .
143
153
ISS
Etat des Affaires du Duché de Saxe
157
Lavvembourg.
Declaration du Roy touchant le rehauffement
de l'argent.
164
Autre Declaration du Roy pour reprimer
le luxe.
175
Edit pour la fabrication des nouvelles
efpeces.
Hiftoire.
Livres nouveaux.
Morts.
185
189
228
243
Mariage de M. le Marquis de la
Fayette.
La Tontine.
255
259
Refolution prise dans la derniere
TABLE.
Diette tenue par les Suißes. 298
Expeditions envoyées par le Pape.
299
Retour de M. le Cardinal de Furftem-
303 berg.
Zele & fermeté d'un Cordelier Predicateur
du Roy d'Espagne.
H
Nouvelles de Flandre.
Article des Enigmes.
305
309
322
Correction à faire dans le Mercure
d'Octobre. 16
320
M. d'Hardicant eft fait Major de
Philisbourg.
Mariage de M. le Comte de Brionne
& de Mademoifelle d'Epinay. 321
Les Gardes du Corps vont eftre augmentez
de quatre cens. 323
Avis pour placer les Figures .
L'Air qui commence par , Un
Berger tendre & conftant , doit regarder
la page 27.
La Medaille doit regarder la
page 227 .
L'Air qui commence par , Si c'eft
ton fort de n'aimer qu'elle , doit regarder
la page 316.
1
$225525225-5552222
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout, Galerie-neuve du
Palais...
L >
+
A Vie de Tres- Haute & Tres
Puiffante Princeffe Marie
Henriette de France , Reine d'Angleterre,
dans laquelle outre fes actions
particulieres de pieté, on trouve ce qui
s'eft paffé de plus remarquable pendant
les Regnes de Charles I. fon Epoux,
& de Charles II . fon Fils. Vol. in
Octavo . 2. 1. ro f.
Reflexions pour les Gens d'affaires
qui veulent vivre Chreftiennement . '
vol. in douze , où il eft traité des Plaideurs
, en general , des Intendans dest
grandes Maiſons , des Procureurs , des
Avocats, des Notaires, & c. 1. l. 10.f.
Michaelis Ettmuleri , Phil. & Med.
D. Operum omnium Phifico- medicorum
, Editio noviflima , cæteris om-
Ee
nibus , tum correctior , tum auctior
tum facilior. 2. vol . infol .. 20. livr
Journal du Voyage fait a la Mer du
Sud, avec les Flibuftiers de l'Amerique
en 1684. & années fuivantes
par le Sieur Raveneau de Luffan.
vol. in douze 1. liv . 10. f.
Lettres fur toutes fortes defujets . 2.
vol . in douze
3. livr. 10. f.
Obfervations de Medecine , contenant
la guerifon de plufieurs malaladies
confiderables , avec la maniere
de bien preparer & adminiftrer les
remedes , par l'Auteur de l'Anatomie
du corps humain. vol . in douze 1. liv .
10. f.
I.
Traité de la Tranfpiration des hu
meurs , qui font les caufes des Maladies
, ou la metode de guerir les Maladies
fans le fecours de la frequente
Saignée. vol . in douze- 1. liv. 10. f.
Les Regles de la Vie Chreftienne,
tirées de l'Ecriture Sainte, & des Peres
de l'Eglife . vol. in feize I. 1. 10. f
"
Affaires du Temps. 10 : vol . in 12.
15. liv.
Recueil
de divers
Difcours
pronon- cez
à l'Academie
Françoife
depuis
.
l'année
1687
.
I. liv. 1o.f.
Eleonor
d'Yvrée
, par
Mademoiſelle
Bernard
.
1. l. 10. f..
Le Conte d'Amboife par la mefme.
2.vol.
3. liv..
Relation du Voyage de Naples en
1654. 1. liv.
Entretien de l'Aftrologie judiciaire,
où l'on repond à tout ce qu'on peut
dire en fa faveur , & où l'on fait voir
en meſme temps la fuperftitieufe
vanité
de fa pratique
,..
1. liv.. Réflexions
& maximes
fur divers
fujets
de Morale
, de Religion
& de politique
. 1. liv. io . f. Hiftoire
du Monde
. 5. vol . in 12. 9. l. Etat nouveau
de la France
. 2. vol.
in douze .
3. liv.
Hiftoire
de
l'établiffement
de
la
Republique
de
Hollande
, ou fa
re- volte. 1. vol. in 12 . 2. liv..
E e ij
B bliotheque choifie de Colomiez .
1. vol in oct. 1.liv . 10. f.
Ordonnances de Louis XIV . fur
le fait des Eaux & Forefts , nouvelle
Edition. in 24. 1. t.
Amballades de Monf. le Comte de
Guilleragues , & de M. Girardin , auprés
du Grand Seigneur, avec plufieurs
Pieces curieufes , tirées des Memoires
de tous les Ambafladeurs de France à
la Porte , qui font connoiftre les grands
avantages que la Religion & tous les
Princes de l'Europe ont tirez des alhances
fa tes par les François avec Sa
Hautefle depuis le regne de François 1 .
& principalement fous le regne du
Roy , à l'égard de la Religion , enfemble
plufieurs defcriptions de Feftes &
Cavalcades à la maniere des Turcs ,
qui n'ont point encore efté données au
Public , ainfi que celle des Tentes
du Grand Seigneur. 1.1.10.f.
Hiftoire des Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y eft paffé de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
1687. 6. vol. in douze , 9. I.
›
Le Grand Vifir Cara Muftapha.
Hiftoire conten ant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers.
emplois , le vray fujet qui luy a fait
entreprendre le Siege de Vienne , &
les particularitez de la mort 1. L. 10. f.
Le Secretaire Turc , contenant l'art
d'exprimer fes penfées fans fe voir .
fans fe parler, & fans s'écrire , avec
les circonftances d'une avanture Tarque
, & une Relation tres- curieufe de
plufieurs particularitez du Serrail qui
n'ont pas encore efté veuës . I. I. 10. f.
Le Seraskier Bacha . 1.1..10 . f.
Notes de M. Corneille fur les Remarques
de M. de Vaugelas, fuivant
le fentiment du Pere Bouhours , &
de Meffieurs Chapelain & Ménage ,
avec les Remarques mefmes. 2. vol.
4. liv . 10. f. in douze .
L'Art de laver, ou nouvelle maniere
de peindre fur le papier , fuivant le
coloris des Deffeins qu'on euvoyé à la
Cour , par M. Gautier de Nifmes.
OEUVRES DE M
de Fontenelle.
Dialogues des Morts. 2. vol. indouze
.
3.1.
Jugement de Pluton fur les Dialo-
1.1. 10. f.
gues des Morts.
Entretiens fur la pluralité des Mondes
, augmentez en plufieurs endroits,
avec un fixiéme Soir qui n'a point encore
paru , contenant les dernieres
découvertes qui ont efté faites dans
le Ciel 1. 1. 10. f.
Hiftoire des Oracles . J. liv. 10 f.
Poëfies Paftorales av ec un Traité dela
Nature de l'Eglogue , & une Digreffion
fur les Anciens & les Moder-
1. li. 10. f.
Lettres galantes de M, le Chevalier
d'Her... 2. vol .
nes .
Academie galante . 2. vol .
3.1.
3. liv.
3.
L.
LaDucheffe d'Eftramene. 2.vol.2.1.
Les Dames Galantes,
3
Relation duVoyage du Roy en Flan
dre en 1680.
1.1.10.1.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal
. 1. l. 10.f..
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Efpagne . 1. 1. 10.f..
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoifelle
de Blois . 1.1. 10. f.
Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , avec la Princeffe.
Anne Chreftienne- Victoire de Bar
viere . 1. 1. 10. f.
-
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
, contenant la defcription
des Places de la haute & baffè Alface ,
& de celles de la Province de la
Sare & de Luxembourg. 1. liv. 10. f.
Relation du Siege de Luxembourg
1. 1.10.f.
Relation de ce qui a efté fait devant
Genes en 1684. par l'Armée Navale
de Sa Majesté.
La Fefte de Chantilly.
1. 10.f.
1. liv. 10.f.
Caracteres de l'Amour. 1. I. Yo. L.
Sentimens fur les Lettres & fur
l'Hiftoire , avec des Scrupules für le
Stile .
Le Mary Jaloux.
L'Illuftre Genoifs.
L'Ariofte moderne. 4. v.
1.1. 10. f.
1. l. ro. f.
r. l. 10. f.
6.1.
Secrets concernant la beauté & la
fanté. 2. vol . in octavo .
<
6. I
Dialogues Satyriques & Moraux .
2. vol. 3. 1.
Difcours Satyriques & Moraux em
Vers!
Fables nouvelles.
Epiftres en Vers de M.
de l'Academie Royale d'Arles .
I. 1.
1. 1.
Sabatier
1. I
Le Chevalier à la Mode. 1. 1. 10. f.
La Défolation des Joueufes.
La Devinereffe .
Artaxerxe.
La Comete.
10. f.
10. f.
10. f.
10.f.
La Methode du Blafon du Pere Meneftrier
, avec les Armes de la plufpart
des plus confiderables Maifons de
France , imprimée en 1688. 2 .
liv.
511
m
1689.121
1
M
bur: 511 - 1689,12
Mercure
<36623738560019
<36623738560019
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
DECEMBRE 1689 .
A PARIS ,
AU PALAIS.
ONdonnera toujours un Volume nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau ,
& Vingt- cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
As MICHEL GUER OUT , Court- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
Münche
૨૭૭૨૭
AVIS.
Velques prieres qu'on
aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez,
dans les Memoires qu'on envoye pour,
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft cause qu'il y a
de temps en temps quelques - uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Quvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On priefeulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS .
tout ceux qui n'écrivent que ponr
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
falle ce qu'ils demandent. C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le fieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , aa rétably les
chofes de manicre qu'il est toujours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne ,
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieursjours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il foit arrivé dans
A VIS.
ایک
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
qui fe le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toujours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il est imprimé
, outre qu'il lefera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
gu'aprés qu'ils l'ont leu , cux &,
quelques autres à qui ils le prefent
ils rejettent la faute du retardemen
fur le Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout ,puis qu'il fe charge de faire
les paquets luy-mefme && de les faire
A iij
A VIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Par
ticuliers
que pour
les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe . Ilfera la mefme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront.
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
`n'en faire qu'un mesme paquet. Tout
celafera executé avec une exactitu
de dont on aura tout lieu d'eftre
content.
1
MERCVRE
GALANT
DECEMBRE 1689.
Na fait
beaucoup
d'ouvrages
qui regardent
le Roy fur
Od'ouvrages
la fituation où font prefentement
les affaires , mais il n'en
a point paru qui fe foient ac-
A iij
8 MERCURE
tiré plus de louanges que le
Sonnet que vous allez lire .
Elles n'ont pû pourtant obliger
l'Auteur à confentir que
je vous fiffe connoistre
fon
nom .
******* *****
POUR LE ROY.
SONNET.
Del'Aigle
El'Aigle en fa fureur , du
Lion rugifant ,
2
Et de tant d'Alliez la nombreuse
milice ,
"
Sufcite vainement l'Enfer &fa malice
fant.
Le regne de Lou en eft plus florif
GALANT.
9
J
S
Le Ciel qui voit l'ardeur de fon
Zele agiffant ,
Contre l'Impicté , Erreur &
juftice ,
In-
Vafeconder nos voeux par un regard
propice
Et donner à fon bras un ſecours toutpuillant.
S
Vous , quipar l'union jalouse de
Ja gloire,
Faites fans y penfer le beau de fon
Hiftoire,
You's vaincre Separez, eſtoit peu pour
LOUIS.
S
Apprenez le fecret dufort qui vous
affemble ; )
Ce Roy pour couronner mille faits
inoüusi
IO MERCURE
Devoit domter luy feul toute l'Europe
enfemble.
Vous avez veu , Madame ,
par tout ce que je vous ay
mandé dans ma Lettre de Novembre
, que le choix
que Sa
Majefté
à fait de M de Harlay
, auparavant
Procureur
General
, &
aujourd'huy
premier
Prefident
du Parlement
de Paris , a caufé
la joye
publique
, & receu
un applau
diffement
general
.
Parmy
ceux
qui dans
cette
occafion
ont
cfté
complimenter
ce
grand
& illuftre
Magiftrat
,
Mr l'Abbé
de la Chambre
GALANT. II
s'eſt diſtingué avec beaucoup
d'avantage. Comme il eft
Curé de S. Barthelemy , qui
eft la Paroiffe du Palais , il
s'eſt crû dans une obligation
particuliere de luy temoigner
la part qu'il prenoit à une élevation
qui luy eft fi glorieu
fe. C'eſt un devoir dont il
s'acquita le 14. du mois pa
& il le fit d'une maniere treséloquente
, & digne d'un
homme qui occupe fi jufte
ment une place dans l'Academic
Françoife. Voicy les
termes dont il fe fervit.
paffe
12 MERCURE
M
ONSEIGNEUR, IGNE
• Si nous fommes des derniers à
vous rendre nos devoirs , &
à vous témoigner la joye que
nous reffentons , c'est que nous
n'avons ofe mefler noftre foible
voix parmy les acclamations
de tous les Ordres du
Royaume. Voftre élevation qui
fait le bonheur public , fait encore
la felicité particuliere de
noftre Paroiffe. Elle aura l'honneur
de vous poffeder & l'avantage
d'eftre animée de vôtre
GALANT. 13
exemple. Une lumiere fi éclatante
& fi pure ne sçauroit que
nous conduire à la vertu . Une
vie fi reglée & fi Chreftienne ne
fçauroit que contribuer à l'édification
de noftre Troupeau, & à le
fortifier de plus en plus dans là
pieté que nous tafchons de luy in-
Spirer. Mais ce qui redouble nôtre
joye , c'eft , MONSEIGNEUR
,
que noftre Paroiffe retrouve
heureusement en vous un nouvel
Achille ; Nom , qui luy a toujours
efté propice & favorable.
Elle ofe fe promettre des nobles
genereufes inclinations de V. G.
qu'eftant heritier du nom , des
14 MERCORE
vertus & de ladignie d'Achille
de Harlay voftre illuftre Ayeul,
vous aurez quelque bonté pour
une Eglife qu'il a comblée de
tant de bienfaits.
Vous avez, MONSEIGNEUR,
pleinement recueilli ce patrimoine
d'honneur & de gloire que vous
ávez trouvé dans la fucceffion
de ce grand Homme , le plus
affectionné à l'Estat qui fut jamais.
Vous avez herité de fon
zele pour la Religion , de fon
attachement pour le Prince , de
fon parfait defintereffemene , de
fa reputationfans tache , de fon
integrité fans reproche , de fa
GALANT. 15
capacité fans bornes . On jugeoir
bien à vous voir marcher fur fes
traces dés vos plus tendres années
, que vous ajoûteriez un
nouvel éclat à tant de vertus ;
que vous rehaufferiez le luftre
de fa pourpre, & de celle des
De Thou, des Silleris & des
Belliévres. J'en parle comme témoin
oculaire , ayant esté affez
heureux pour avoir reconnu ,
tout jeune que j'eftois , jufque
dans vos moindres démarches, la
fplendeur de voftre origine ,
veu luire les premiers rayons de
cette grandeur, où le plus puiffant
& le plus fage des Rois
vous a élevé.
16 MERCURE
Nous efperons › MONSEI
GNEUR , qu'après avoir imité ,
mefmefurpaffe ce grand Ma
giftrat dans toutes fes excellentes
qualitez , vous luy reffemblerez
encore dans fon amour pour l'Ordre
Hierarchique dans l'affection
qu'il a eue pour noftre
Paroiffe . Non feulement il en a
accru le territoire de la moitié,
a donnéfon nom à une partie
confiderable mais ce que nous
eftimons infiniment plus , il
voulu que les enfans de M' le
Comte de Beaumont , fon fils
aifné ,fuffent regenerez dans les
eaux falutaires des Fonts Bap-
:
GALANT. 17
que
Saint Bartifmaux
de noftre Eglife , de
propre main du Pasteur ; & il
a reconnu par là
thelemy eftoit la veritable &
l'unique Paroiffe du Palais .
Nos Regiftresfont un monument
eternel de cette verité ; nous ne
fommes point empreßez de vous
les reprefenter nous n'avons
nullement apprehendé que V. G.
fe laiffaft prevenir à noftre préjudice
, quelque faveur qu'il y
ait contre nous. On peut vivre
en affurance à l'abri de voftre
Tribunal , rien n'échappe à vos
lumieres , vous pefez tout au
poids du Sanctuaire.
Decembre 1689. B
18
MERCURE
Ainfi ,
MONSEIGNEUR ,
aprés vous avoir fimplement fait
refſouvenir des anciennes prerogatives
de noftre Eglife , autorifées
du glorieux aveu d'un de
vos Predeceffeurs , & tout enfemble
un de vos Anceftres, nous
nous contentons de vous affurer.
du plus profond respect & de la
plus parfaite veneration qu'on
puiffe jamais avoir pour voftre
Perfonne , & que nous ne cefferons
point d'offrir nos voeux &
nos prieres à Dieu pour voftre
profperité.
La nouvelle qui s'eft répandue
dans voftre Province, du
GALANT 19
en
funefte accident arrivé a une
Femme de qualité de Bretagne
, eft tres - veritable , & je
puis vous en inftruire ,"
ayant appris les circonftances
par une Lettre écrire de Rennes
le fecond du dernier mois.
Certe Dame , qui s'appelloit
Madame du Crevi , fe promenant
dans une allée fur le
bord de fon bois , & tout
proche de fon jardin , faris a .
voir aucun de fes Domeftiques
auprés d'elle , entendit
qu'on crioit à des Enfans
qu'ils fe fauvaffent , parce
qu'on voyoit approcher le
Bij
20 MERCURE
Loup . Elle s'avança jufques
au bord d'un foffé pour fçavoir
ce que c'eftoit , & voulant
fe retirer, ce Loup fe jetta
fur elle & la renverfa . Il luy
arracha la peau d'un coſté de
la tefte , & luy déchira les
jouës en plufieurs endroits.
En fuite il luy mangea une
feffe & le gras d'une jambe
avant qu'elle puſt recevoir aucun
fecours de fes Domeſti
ques qu'elle appelloit par fes
cris , & qui estoient un peu
éloignez. Ils accoururent
mais comme leurs armes confiftoient
en des baftons, à me-
و
GALANT. 21
fure qu'ils s'approchoient , ce
Loup furieux fe jettoit fur eux
pour les écarter , & retour,
noit à fa proye , ne s'effrayant
ny du bruit ny du nombre
de ceux qui fe hazardoient
à l'attaquer. Un Jardinier
plus hardy que tous les autres ,
voyant qu'il continuoit fon
acharnement, luy mit la main
dans la gueule , & luy prit la
langue . Vous jugez bien que
cene fût pas fans en eftre maltraité
, mais ce qu'il fit donna
temps aux autres d'arra .
cher leur Maiftreffe à demymorte,
d'entre les pates de ce
22 MERCURE
2
cruel animal. Il fembloit qu'il
n'en vouluft qu'à elle feule ,
puifque c'eftoit inutilement
qu'on l'éloignoit avec les bâtons
, il revenoit toûjours
aprés elle , voulant devorer
ceux qui l'emportoient , &
lors qu'on l'eut tirée du Jardin
, & qu'on eut fermé une
porte qui le fepare de la baffe-
cour , il fit des efforts incroyables
pour paffer, & rompit
une forte barre qui tenoit
cette porte fermée . Il eft étonnant
qu'un loup foit demeuré
acharné fur une perfonne
en prefence de tant de
GALANT 23
gens , & qu'il ait voulu fuivre
fa proye jufque dans la maifon
fans rien craindre. Comme
on l'a crû enragé , les
Domestiques qui en ont eu
quelque atteinte , ont efté tous
à la Mer. Leur Maiftreffe eft
morte peu de jours aprés cet
accident.
Madame la Marquife d'Antin
, Fille de M' le Duc d'Ufez
, eft accouchée depuis peu
de deux Garçons . C'eft ce
qui a donné lieu aux vers que
je vous envoye. On les a
trouvez fi agréables , que je
Croy vous faire plaifir de
༥
1
24 MERCURE
vous en donner une Copie.
S525S2252 25SSZESZ
A MADAM EVAL
La Marquife d'Antin ſur ſa
derniere couche .
Vyxmafoy, c'estàfaire
vous ,
Marquife , & de cette maniere ,
Ou iroit bien loin
parmy nous ,
Pour trouver pareille Ouvriere.
ន
Que par vostre travail vous furprenez
les gens !
De moindres Dames que vous neftes .
Ne feroient qu'avec peine , en auſſi
peu de temps ,
E La moitié de ce que vous faites
Avec
GALANT. 25
S
Avec tout le fecours du plus puiſſane .
des Dieuxx
Alcmene innocemment perfide
En une triple quit fit à peine un
Alcide
Et vous, en moins d'un jour , vous
en avez fait deux.
$
Ce n'est pas fans fujet que cette
adresse extréme ,
Donne de l'admiration ;
Si vous continuez de mesme ,
Vous aurez du Roy penfion.
On voit que vous fervez qu'il a
befoin de monde
Pour le fervir artifice eft non-
Dray.
Femmes fuivez un exemple fa
beau ,
Decemb. 1689.
C
26 MERCURE
Et devenez pour luy , chacune auffi
feconde.
2
,
Plus habiles que les Guerriers
Qui luy moiffonnent des Lauriers
Vaus doublerez par là ſon glorieux
Empire ,
Tremble , fiers Ennemis du plus
puiffant des Rois ,
.
Contre luy c'est en vain que l'Uni
vers confpire ,
Les Heros parmy nous naiffent deuxà
la fois.
Toutes les Chanfons , ou
du moins une fort grande
partie , roulent fur des plaintes
d'infidelité . Aucun des
deux Sexes ne s'en fauve , &
les paroles que vous trouveGALANT.
27
rez icy notées , vous feront
voir que le voſtre n'en eſt pas
exempt . Elles ont paru depuis
fort corrompues , & fous un
chant beaucoup inferieur à
celuy que je vous donne .
Vous en connoiftrez la difference
, fi vous prenez la peine
de comparer cet Air , avec
celuy qui vient d'eftre imprimé
dans le Livre d'Airs
de differens Auteurs pour
l'année 1690 .
AIR NOUVEAU.
N Berger tendre & conftant,
Touché de voirfa Bergere V% ,
Par un parjure éclatant ,
Cij
28 MERCURE
Oublier qu'il fecut luy plaire ;
Dieux , dit- il , pour me vanger
D'une injure ft cruelle ,
Faites qu'elle aime un Berger
Auffi charmant qu'elle ift belle ,
Mais qui fujet à changer ,
તે
Ait le coeur auffi liger
Que le fien eft infidelle,
Je vous manday la derniere
fois qu'on devoit avoir bientoft
des nouvelles feures de
Siam ; en voicy qui viennent
de tres-bonne part . Sa Majeſté
Siamoife eftant dangereufe
mene malade au mois de May
de l'année derniere, un certain
Opra Petrarcha , âgé d'enviGALANT.
29
ron cinquante-cinq ans , le
plus grand, le plus riche, & le
plus devoué à fa Secte de
tous les Mandarins Siamois ,
2
fongea à fe mettre en eftat de
fe faire declarer Souverain de
fes Etats . Il avoit refufé les
plus grandes Dignitez du
Royaume pour s'attacher uniquement
à l'Oraifon , & met
ner la vie d'un parfait -Talapoin,
quoy que feculier . Il en
faifoit entierement les fonctions
, & cette conduite luy
avoit fait gagner
l'amitié
>
non feulement des Grands &
des Talapoins qui ont beau-
Ciij.
30 MERCURE
coup de credit fur les Siamois ,
mais encore du peuple , &
principalement de ceux qui
en font la plus baffe partie , &
à qui il faifoit de tres- grandes
charitez felon leurs befoins
. Il avoit avancé fon Fils
à la Dignité d'Oya , qui eft la
premiere du Royaume , aprés
les Princes du fang Royal.
La maladie du Roy augmenfant
, & la foibleffe où il fe
trouvoit , ne laiſſant pas lieu
de croire qu'il s'en puſt tirer,
ce Mandarin, foir qu'il fuft,
pouffé par les Talapoins qui
croyoient rendre un fervice
GALANT.
31
confiderable à leur Religion
qui paroiffoit meprifée , foit
que l'envie de regner l'empef
chaft de voir du crime dans
fa revolte , & qu'il le fentiſt
flaté, comme difent quelques
uns, du fecours que luy pro
mettoient les Hollandois
refolut d'envahir la Couronne
, & pour executer fon deffein
, il menagea d'abord ceux
des Mandarins, qui n'eftoient
pas fatisfaits du Roy , ou
qui avoient receu quelque
mauvais traitement de M.
Conftance . Il gagna à mefme
temps ceux qui eftoient les
C iiij
32 MERCURE
plus attachez à la Religion
Siamoife , & tous les refforts
qu'il fit jouer luy reuffirene
fibien , que comme la coûtume
de ce pays - là eft que lors
que les Rois font en danger.
de mourir , on s'affeure des
principaux du Royaume en
fes enfermant dans le Palais !
il trouva moyen d'avoir la
garde de ces Mandarins , avec
quinze mille hommes qu'il
avoit amenez . M ' Conftance
qui previt l'orage , & quiconnut
que le deffein de cet Opra
le perdroit s'il n'y mettoit
ordre , manda à M des FarGALANT
33
ges, Gouverneur de Bancok,
qu'il eftoit befoin qu'il vinft
à la Cour avec quelques Trou
pes , & ne douta point qu'en
faifant voir de la fermeté ;
il ne vinft à bout de diffi
per les Rebelles , & de fe faifir
du Mandarin qui eftoir
leur Chef. Mr des Farges ju
geant bien qu'il ne pouvoit
envoyer des Troupes fans les
rifquer , & trouvant d'ailleurs
qu'il y auroit de l'imprudence
à un Gouverneur , d'affoiblir
fa Garnifon , ce qui feroit
expoſer fa Place , demeura
à Bancok, fans envoyér
34 MERCURE
aucun fecours à M Conftance.
Si toft que l'Ufurpateur
fe crut affez fort pour ne devoir
rien apprehender
, il ne
perdit point de temps , &
commença à fe declarer ouvertement
par la mort du Fils
adoptif du Roy, qu'il fit couper
en trois. Mr Conftance ne
put amaffer affez de forces
pour luy tenir tefte , & il fut
coupé en deux . Le Mandarin
que ce premier fuccés anima,
fit mettre les Freres du Roy
dans des facs de velours noir,
& ils furent affommez à
coups de buches d'un bois
GALANT.
35
›
odoriferant . C'eft de cette
forte qu'on fait mourir à
Siam ceux qui font du Sang
Royal . Cela eftant fait on
alla piller la maifon de M
Conftance , & l'on fe faifit de
fa Femme , de fes Enfans , &
de tous fes Domestiques . Le
Fils de l'Ufurpateur follicita
plufieurs fois Madame Conitance
, dont il eftoit amoureux
, de fe mettre au nombre
de fes Femmes , l'affurant
qu'il auroit toujours pour
elle une confideration par
ticuliere ; mais comme elle
eft Catholique , quoy que
Japonnoife , elle répondit
36 MERCURE
toujours conftamment que
toutes les offres feroient incapables
de l'ébranler . Il la
menaça de la faire la derniere
de fes Efclaves , & de luy
faire fouffrir les plus rigoureux
tourmens. Il en vint
mefme à l'effet , afin de luy
faire dire fi elle n'avoit point
d'argent caché. Enfin n'en
pouvant rien obtenirsil luy fit
tordre les bras , & comman
da qu'elle fuft mife en un
lieu où logent les Elefans.
Un Officier François la tira
de là avec fes Enfans , & la
mena à Bancok.
GALANT. 37
Les Revoltez allerent enfuite
au Seminaire , & à la
Maifon des Peres Jefuites
qu'ils pillerent, aprés s'eftre
faifis de leurs perfonnes . Ils
firent la mefine chofe aux
autres Maifons des Chreftiens
François , envers lefquels ils
uferent de beaucoup de
cruauté , non feulement en
les maltraitant , mais encore
en ne leur laiffant aucune
chofe pour vivre , & empef
chant qu'on ne leur donnaft
quelque fecours. Tout çela
ne fe put faire , fans que le
Roy malade en fuft informé .
38 MERCURE
>
11 en fit paroistre une fenfible
douleur , & ne pouvant
remedier à ce grand defordre
parce qu'il eſtoit luymefme
prifonnier dans fon
Palais , & en la difpofition
de fon Ennemy, il luy envoya
demander de l'argent . Le Tiran
luy en fit auffi - toft porter
& ce Monarque ayant
fceu que les Jefuites manquoient
de tout , & qu'on
n'ofoit leur donner de foulagement
, fit diftribuer à chacun
d'eux cinquante écus ,
témoignant que fon plus
grand déplaifir eftoit de voir
,
GALANT. 39
l'ingratitude de fes Sujets
aprés tant de graces dont
l'avoit comblé le Roy de
France , fur tout en luy envoyant
ces Peres . Enfin plus
accablé de trifteffe que de
maladie , il mourut dans ces
mefmes fentimens . Ce Prince
eftant mort , l'Ufurpateur fe
fit proclamer Roy , promettant
le rétabliffement de lá
liberté & de la Religion Siamoife
, aprés quoy il ne fongea
plus qu'à chaffer les
François , & ceux que l'on
avoit veus dans les interefts
du Roy défunt ou de M
Conftance . Ainfi il leur or-
1
40 MERCURE
Y
donna, de mefme qu'aux Anglois,
de fortir de fon Royau
me. Ces derniers fe retirerent
avec les François dans la Fortereffe
de l'Eft de Bancok. Ils
furent affiegez par toutes
les autres Nations qui fe trouyerent
dans les Etats de ce
nouveau Roy , auquel tous
çes divers Peuples eftoient
bien-aifes de faire connoiftre
le zele qu'ils avoient à le
fervir . Ils baftirent huit Forrins
autour de la Fortereffe
à la portée du Moufquet ,
& ils les garnirent de Bombes
& de Canons . Les Bombes
GALANT . 41.
qu'ils ne pouvoient avoir.
eues que des Hollandois.
incommodoient fort les Af.
fiegez, & leur faifoient craindre
le feu dans leurs Ma-:
gazins qui n'eftoient faits
que de bois . Cependant
voyant que les François avoient
rafe à coups de Canon
la Fortereffe de l'autre cofté, s
& qu'ils défaifoient leur Ou-7
vrage en peu de temps , ils :
s'avilerent d'un ftratagême!
qui marque l'efprit des Sra - 1
mois. Ils mirent à la tefte de
leuts Travaux M l'Evefque,;
& tous les autres François ,
Decembre 1689. D
42 MERCURE
"
pas
qu'ils avoient pris à Siam ,
afin que fi les Affiegez tiroient
, ceux de leur mefme
Nation fuffent tuez les premiers
. Malgré tout cela , les
Affiegez ne laifferent
de
refifter cinq mois & quarre
jours , quoy que la Fortereffe
fuft ouverte du cofté de la
terre. Enfin manquant de vivres
& de toutes fortes de
munitions , on fit la Capitulation
par le moyen de M
l'Evefque . Elle portoit que
Siamois fourniroient
des Bateaux
, des vivres , & tout ce
qui feroit neceffaire,pour porles
>
GALANT: 43
ter les François & leur bagage
àl'emboucheure de la Riviere,
où l'Oriflame , Vaiffeau du
Roy, de cinquante pieces de
Canon , eftoit arrivé. On envoya
les Otages à bord, & les
François fortirent de Bancok ,
aprés avoir crevé une partie
des Canons , & encloüé l'autre
. M³ de Bruan , qui eftoit
à Mergui , eut la mefme de
ftinée . Il fut affiegé dans cette
Place par les mêmes Nations ,
n'ayant qu'environ trente
hommes . Il ne laiſſa pas, de
refilter quelque temps , & un
boulet de Canon luy ayant
Dij
44 MERCURE
caffé la derniere Jarre d'eau ,
il refolut de fortir du Fort
avec les gens l'épée à la main ,
& de paffer fur le ventre aux
Siamois . Il executa fon def
fein avec une intrepidité furprenante
, & s'eftant fait jour
au milieu des Ennemis , dont
il y en cut beaucoup de tuez,
il les força de prendre la fuite
, & arriva au bord de la
Mer , où il s'embarqua fur
deux Felouques , fe fauvant
à Bondicheri avec vingt hommes
. Plufieurs Officiers François
& un Jefaite , s'eftant
embarquez dans une de ces
GALANT. 45
mais
Felouques & manquant
de vivres ; åborderent à la
cofte de Pegu , où d'abord
ceux du Pays leur firent
figne de defcendre à terre .
Le Pere & deux Officiers
fe laifferent attirer ,
les autres qu'ils appelloient de
la mefme forte, continuerent
leur route, & arriverent à Bon-1
dicheri dans un pitoyable
état. M des Farges y arriva.
quelque temps aprés avec les
Troupes , & envoya de la M
de Beauchamp en France fur
le Vaiffeau la Normande pour
rendre compte à Sa Majesté .
46 MERCURE
de cette trifte revolution ;
avec ordre de paffer au Cap
de Bonne Efperance , pour,
avertir les Vaiffeaux François.
de n'aller point à Siam . M
de Beauchamp, s'acquitant de
ce qui luy avoit efté ordonné,
& ne fçachant point la declaration
de la guerre , fut pris
par les Hollandois avec un
autre Vaiffeau François , appellé
le Coche. Le Roy envoye
fix Vaiffeaux , tant pour
ramener les Troupes qui font
à Bondicheri, que pour fervir
d'escorte à ceux que la Compagnie
a ence pays - là , & qui
GALANT. 47
doivent rapporter quantité de
Marchandifes. On a cu ayis
que le troifiéme Vaiffeau qui
venoit avec les deux qui ont
efté pris , s'eftoit mis en lieu
de feureté !
Il y a déja quelques années
que M' Conftance prévoy oit
l'orage qui l'a fait perir . Ce
qu'il faifoit pour les Catholiques
luy donnant fujet d'apprehender
un revers fi le Roy
fon Maiftre venoit à mourir ,
il s'eftoit precautionné de
Lettres de naturalité pour
paffer en France s'il arrivoic
quelque changement & Sa
7
48 MERCURE
Majcfté qui ne cherche que le
bien de la Religion , & à qui
par ce feul motif l'Ambaffade
de Siam a tant coufté , luy
voulut bien accorder ces Lettres
en reconnoiffance de ce.
qu'avoit fait ce Miniftre pour
faire recevoir les veritez Ca
tholiques dans les Etats du
Roy de Siam ; mais les Ennemis
du Roy , tant Catholi--
ques que Calvinistes , cherchant
à détruire par toutes
fortes de voyes ce qu'il fait
pour avancer la Religion , ont
precipité les chofes avant que
M Conftance cruft qu'elles
deuffent
GALANT: 49
deuffent arriver. Ainfiil a efté
hors d'eftat d'executer fon
deffein. Ses Lettres de Naruralité
avoient eſté enregistrées
au Parlement le 12. Mars der
nier , & à la Chambre des
Comptes le 16. Elles eftoient
conçeuës en ces termes.
L
la grace
de OUIS par
Dieu
, Roy
de France
de Navarre
: A tous prefens
&
à venir
, Salut. Le zele
que.
noftre
cher & bien
amé le Sieur
Conftance
Phauleon
, Premier
Miniftre
du Roy de Siam
, feit
paroistre
pour
noftre
Service
, &
Decembre 1689 .
E
50 MERCURE
veran
les bons offices qu'il rend à la
Nation Françoife auprés dudit
Roy, Nous conviant à luy donner
des marques de la fatisfaction
que Nous en avons , Nous.
avons efté bien- aife d'en troul'occafion
en luy accordant
& à fes enfans , les Lettres de
Naturalité qu'il nous a fait
demander. A ces cauſes , voulant
favorablement traiter ledit
fieur Conftance , de noftre grace
Speciale , pleine puiffance &
autorité Royale , Nous l'avons
reconnu , tenu , cenfe , is reputés
reconnoiffons, tenons, cenfons &
reputons , pour noftre vray naGALANT
SI
ne
comturel
Sujet & Regnicole
Vonlons & nous plaift que
me tel, lay & fes enfans puif
fent s'eftablir en telle Ville de
noftre Royaume & Pays de
noftre obeiffance qu'ils defireront,
qu'ilsjouiffent des privilegess
franchifes libertez dont
jouiffent nos vrais & originaires
Sujets ; qu'ils puiffent avoir ,
tenir poffeder tous biens
meubles & immeubles qu'ils ont
acquis ou pouront acquerir , &
qui leur feront donnez & délaiffez
, jouir d'iceux , en difpofer
par Teftament , ordonnance
de derniere volonté , donation
E ij
52 MERCURE
entre- vifs ou autrement
qu'aprés leur deceds, leurs enfans
heritiers ou autres en faveur
defquels ils en pouront difpofer,
leur puiffent fucceder , pourveu
qu'ils foient nos Regnicoles , le
tout ainsi que fi ledit Sieur
Conftance & fefdits Enfans
eftoient originaires de noftre
Royaume , fans qu'au moyen
des Ordonnances & Reglemens
faits contre les Eftrangers , il
foit donné audit fieur Conftance
& à fefdits enfans aucun empefchement
, ny que nous purffions
pretendre lefdits biens nous
appartenir par droit d'aubeine,
A
GALANT 53
>
ny autrement , en quelque forte
maniere que cefoit, les ayant
quant à ce, difpenfez & habilitez
difpenfons & habilitons,
fans que pour raifon de ce ', il
foit tenu & fefdits - enfans de
nous payer aucune Finance › ny
à nos Succeffeurs Roys , de laquelle,
à quelque fomme qu'elle
puiffe monter, nous leur avons
fait & faifons don & remife
par ces prefentes. Si donnons en
mandement à nos amez & feaux
les gens tenans notre Cour de
Parlement , Chambre des
Comptes à Paris , que ces prefentes
ils faffent regiſtrer, & du
E iij
54 MERCURE
contenu
en icelles jouir & ufer
lefdits fieur Confiance e fef
dits Enfans pleinements paifiperpetuellement
; blement
ceffant & fuifant ceffer tous
troubles & empefchemens ; Car
tel eft noftre plaifir ; Et afin que
ce foit chofe ferme & ſtable
toujours Nous avons fait mettre
noftre Scel à cefdites prefentes
. Donné à Verfailles au mois
de Février , l'an de grace mil fix
cens quatre- vingt-neuf, & de
noftre regne le quarante -fix .
L'abondance de la matiere
m'a empefché dans mes deux
GALANT ST
dernieres Lettres , de vous
donner la fuite du Traité des
Prophetics du fçavant M' de
Comiers.Vous ferez bien aife
de la voir , & il ne faut pas
vous priver plus long temps
de ce plaifire sxlica fis las
552552252 255S2252
SUITE DU CINQUIEME
Article du Traité des Propheties
, Vaticinations , Prédi
ctions , &c.
N peut fans eftre Prophete
, prédire
que le
CON
Prince d'Orange , de mefme
E iiij
56 MERCURE
que le Serpent de la Fable , ne
manquera pas de donner lieu
aux Anglois de fe repentir de
l'avoir reccu dans leur fein ,
fitoft qu'ayant étably ſon autorité
arbitraire , il les aura
reduits à l'esclavage . La Sainte
Ecriture leur fournit un bel
exemple pour ſe delivrer de
cet Abfalon , de ce Roy frapé
au coin de la Rebellion .
Koboam , Fils de Salomon ,
eftant dans Sichem , où tout ,
Ifraël eftoit affemblé , leur fit
cette dure réponſe . * J'ajouteray
à voftréjoug ; mon Pere vous
"
** 3. Regum ch, 12, V. 1 4.
GALANT 57
a
battus de verges , mais moy je
vousfraperay de Scorpions.Vous
vous plaignez que le Roy
Jacques , mon Beau- pere , air
donné la liberté de confcience
aux Catholiques , & moy ,
je vous oſteray à vous meſmes
cette liberté de confcience
que vous reprochez au Roy
Jacques de donner aux autres.
Je veux que vous vous foûmettiez
aveuglement à tout
ce qu'il plaira au caprice de
ma fouveraine Puiffance arbitraire
d'ordonner , concer,
nant les Loix d'Etat & de
Confcience .
68 MERCURE
Je ne puis comprendre par
quel enchantement les Anglois
ont oublié ce qui eft
dit dans l'Ecclefiaftique
* Que là où est la parole du Roy,
là eft fa puiſſance ; er qui eft
celuy là qui luy peut dire , que
fais-tu ? & pourquoy ils n'ont
pû fouffrir que le Roy Jacques
II. ait fans attenter à
la Religion Anglicane , don
ne la liberté de confcience
aux Catholiques , & qu'ils
ayent pris ce pretexte pour
couvrir une rebellion qui a
toûjours efté odieufe au Cicl
* Chap. 8. v. 14.-
GALANT: 9959
& à la Terre , & défenduë
A par les Loix Divines & hu
maines. Cela eft fi vray que
bien
32
Salomon
fuft de-
Idolâtre
, toute
la Nation
Juifve demeura fous fon
obeïffance. De plus , s'ils vouloient
faire un nouveau Roy ,
ils auroient dû le prendre de
leur Nation , & de la Reli
gion Anglicane qui eft la
dominante , fuivant meſme
ce qui fut ordonné au Peuple
de Dieu en ces termes . Vous
ne pourrez prendre pour Roy
un homme d'un autre Pays ,
1. Paralip. ch . 17. v. 15 .
60 MERCURE
pretexte
de
qui ne foit voftre Frere. Et ils
ont couronné un Ufurpateur
qui ne peut eftre leur Frere ,
puis qu'il ne fait pas profeffion
de la Religion Anglica
ne. Il eft d'autant plus furprenant
que fous
cette liberté de confcience
les Anglois fe foient armez
contre leur legitime Roy
pour couronner un Tiran
Ufurpateur , que Jurieu en
1683. dans la 243
page de la
feconde Partie de fon Apo-.
logie pour la reforme , difoit,
Que les Anglois ont des confciences
de Cour, fouples & fort
GALANT. 61
accommodantes , ayant pris une
habitude de complaifance dans
les chofes de la Religion , eftant
toujours de l'avis de leurs Sout
verains.Sous HenryVIII . ajoû
te- t-il , ils avoient efté grands
Ennemis du Pape & bons Amis
de la Meſſe. Sous Edouard ils
avoient renoncé à la Meffe auffsbien
qu'au Pape. Sous Marie ,
Soeur d'Edouard , ils avoient
repris le Pape & la Meſſe.
Sous Elifabeth , ils furent de la
Religion de la Reine , bons Ca
tholiques quant au reste , & de
quelque Religion qu'ils fussent ,
ils avoient toujours le Papifme
dans le coeur.
62 MERCURE
Je me fens entraîné à vous
marquer par quels degrez
Herefiesta infecté l'Angle
terre , pour faire reflexion enfuite
fur la fituation où font
prefentement les efprits & les
affaires de la Grand' Bretagne
,
Henry VII. cftant mort en
1509. Henry VIII . fon Fils
luy fucceda . Jamais Roy ne
fut plus fçavant en matiere
de Religion , ny plus zelé
Catholique. Il écrivit fi doctement
contre l'Herefie
de Luther
, que
115
fon Livre
ayant efté leu en la Congregation
des Cardinaux ,
GALANT 63
le Saint Siege luy donna l'il
luftre titre de Défenfeur de
la Foy, li s'en rendit indigne
par l'éclatant Schifme qu'il
fit fous Clement VII . qui luy
avoit refufé d'autorifer fon
divorce avec Catherine d'Artagon
, pour époufer Anne
de Boulen , dont la réputation
eftoit flêtrie . Il fe fit déclarer
Chef de l'Eglife® Anglicane
par Acte du Parle
ment du 20. Mars 1534. Les
grands Hommes font les
plus grandes fautes , & leurs
chûtes font plus dangereuſes.
Je mettrois volontiers au bas
64 MERCURE
de fon Portrait ce qu'on difoit
du grand Tertullien .
Ubi bene , nemo melius ; ubi
male , nemo pejus . Quand il
faifoit bien on ne pouvoit
faire mieux , quand il faifoit
mal on ne pouvoir faire pis.
Il fit ce Schifme éclatant fans
pourtant quitter la Religion
Romaine , ny ceffer de perfecuter
les Lutheriens , les
Zuingliens & les Calvinistes .
Il voulut en 1541. fe reconcilier
avec le Saint Siege.
Enfin il mourut en 1547 •
reveftu , comme dit Jurieu
en la page 147. d'un pou
GALANT 65
voir fans bornes ; car il n'eut
jamais d'autres Loix quefa volonté
point d'autres armes
pour executer fes volontez que
fon autorité, fa hardieße dans fes
entreprises , &fa fermeté dans
fes refolutions. Il vouloit &
c'efloit affez pour amener fon
Parlement à vouloir avec luy
les mefmes chofes. Il renverfoit
La Religion. Il changeoit les
Loix , &faifoit la bonne
mauvaise fortune de fes Sujets
felon fon caprice. Neanmoins
comme en ce temps - là les
Anglois eftoient des vericables
Sujets , tels que Dieu
Decembre 1689 . F
66 MERCURE
C
les ordonne eftre envers
leurs Souverains , ils n'attaquerent
jamais l'autorité arbitraire
de ce Roy . Il mourut
aprés avoir fait dire la Meffe
dans fa chambre , communié
fous une feule efpece , &
laiffé par teftament fept mille
livres de rente à deux Preftres
, pour dire des Meffes ,
& des Obits pour le repos de
fon Ame. Avant fes derniers
foupirs , pour témoigner le
regret qu'il avoit d'avoir
rompu avec le Saint Siege
il repeta fouvent ces paroles,
Nous avons tout perdu. Comme
ce Roy avoit craint que
GALANT. 67
' Herefie ne prift de plus
grandes forces fous la minorité
du Roy Edoüard ſon Fils,
il nomma par fon Teftament
feize Seigneurs pour gouverner
l'Estat avec une égale au- storitépendant laminoudu
Prince . Il des chargea de rétablir
par toute l'Angleterre
la Religion Catholique , &
de faire élever ce jeune Roy
dans cette créance. Il ordonna
auffi qu'Edouard pourroit en
fa vingt- quatrième année révoquer
toutes les Loix qu'il
auroit faites auparavant. Henry
VIII. avoit creu remedier
Fij
68 MERCURE'
par là aux'defordres qu'ilavoit
préveu devoir arriver pendant
le bas Regne de fon Fils ..
Voicy les fingularitez de
la vie d'Henry VIII . Du vivant
de fon Pere , il époufa
par difpenfe de Rome , Catherine
d'Arragon , Veuve
du Prince Artus de Galles
fon Frere Aifné , de laquelle
il ne luy refta d'Enfans que
la Princeffe Marie. Il s'amouracha
d'Anne de Boulen,
dont la conduite eftoit fort
fufpecte. Il eut recours au
Saint Siege pour faire divorce
avec Catherine d'Arragon,
GALANTM 69
Tante de l'Empereur Charles
Quint . Il alleguoit qu'on
ne pouvoit justement luy refufer
cette permiffion , parce
qu'elle eftoit fa Belle feeurs
& qu'il auroit eu befoin pour
l'époufer , d'une difpenfe de
Rome. Le Pape luy refufa la
permiffion qu'il luy demandoit
, & Henry piqué de ce
refus qu'il regardoit comme
une injuſtice , fit declarer nul
fon mariage. L'Archevefque
de Cantorbery prononça la
Sentence qui le caffoit , & le
mefme Acte du Parlement ,
qui declara le Schifme avec
70 MERCURE
la Cour de Rome , & le divorce
avec la Reine Catheri
ne , exclut de la Couronne la
Princeffe Marie , que le Roy
avoit euë de Catherine d'Arragon.
Il époufa publiquement
Anne de Boulen , Mere
d'Elizabeth . Anne de Boulen
fut décapitée pour les impudicitez
, & fon mariage declaré
nul fur l'aveu qu'elle fit
de l'engagement qu'elle avoit
eu avec le Comte de Nor
thumberland avant que d'eftre
mariées au Roy. Anne
Seymur , fa troifiéme Femme,
luy donna en mourant
& GALANT.
CH
Edouard VI. au mois d'O!
tobre 1537. Henry VIII . a
prés avoir regretté cette Reine
épousa Anne de Gleves ,
& repudia enfuite cette quatriéme
Femme , pour épouser
Catherine Howard , qu'il fit
auffi décapiter pour crime
d'adultere. Enfin il époufa
Catherine Park , veuve de
Milord Latimer. Elle vit
mourir le Roy d'une maladie
languifante, aprés s'eſtre veuë
prefte de paffer par la main
d'un Bourreau pour avoir ofé
parler à ce Prince en faveur
de la Religion Proteftante .
72 MERCURED
Henry VIII . eftant mort en
1547. Edouard VI. âgé de
neuf à dix ans fut couronnné,
Edouard Seymer , Comte
d'Herford , fon Tuteur &
fon Oncle marernel , & Proteftant
, fe fir declarer Pro
tecteur du Royaume fous le
nom de Duc de Sommerfer.
Il fe fervit de fon autorité
pour avancer fa Religion. It
procura aux Lutheriens le
moyen de s'établiren Angleterre
, & éleva le Roy dans
la doctrine de Luther , & au
mois de Novembre 1548. il fit
faire par l'autorité du Parle
ment,
GALANT. 73
ment, la pretenduë Refor»
mation . Enfin le Ciel en punit
l'Auteur en 1552 le Protecteur
ayant perdu la tefte fur un
Echaffaut.
Edouard VI. que fon Tuteur
& fon Oncle maternel
le Duc de
Sommerfet , as
voit élevé dans l'Herefic Lu
therienne ,mourut en la dix,
feptiéme année de fon âge, au
mois de Juillet 1553. Il auroit
achevé de tout perdre fi Dieu
n'cuft abregé les jours de ce
futur Perfecuteur de fon Egli
fe . En effet , ce jeune Roy
pour empefcher le rétabli
Decembre 1689. G
74 MERCURE
fement de l'Eglife Romaine
avoit desherité & exclus de la
Couronne se
Fille, comme je l'ay dit , de
Flower
Catherine d'Arragon , premitre
Femme de fon Pere, &
avoit nommé pour luy fucceder
Jeanne Gray , Fille du
Duc de Suffolk , fa Coufine .
Cette pretenduë Reine Jeanhe
Gray , defcendit bien- toft
du Trône pour monter fur
P'Echaffaut , & laiffer la Cou
ronne à Dela Princeffe Marie ,
qui en 1553. fit caffer par le
Parlement l'Atreft de divorce
entre fon Pere & fa Mere , &
refa
fa Soeur Marie ,
GALANT
C
L.
declarer nul le mariaged An
ne de
Boulen
, & par conte
confe
quent Elizabeth incapable de
fucceder à la Couronne. Elle
fir par le mefme Parlement
annuller toutes les Loix du
feu Roy Edouard , comme
eftant faites pendant la minorité,
& fous la feule autorité
du Duc de Sommerfet ,
contre la difpofition teſtamentaire
d'Henry VIII . LEglife
de Dieu refpira fous
cette grande & pieuſe Reine.
Elle rétablit la Melle par tout,
& en Avril 1554, fit agréer
par le Parlement fon mariage
Gij
76 MERCURE
avec Philippe, Prince d'Efpágne
, qu'elle époufa âgée de
trente - huit ans . Le Parlement
pour toute la Nation fut reconcilié
à l'Églife Catholi
que & du Saint Siege . Le Car
dinal Polus , Anglois receut la
foumiffion des deux Cham
bros qui fe mirent à genoux
devant luy , & il leur donna
l'abfolution ; & par un autre
Acte le Parlement fit revivre
toute la ſeverité des Loix
contre les Heretiques.
A la Reine Marie decedée.
le 17 Novembre 1558. fucceda
la fameufe Elifabeth , néc
GALANT 9777
d'adultere d'Henry VIII aveg
Anne
dos
fait
jufqu'alors
profeflion
des
veritez
Catholiques
, mais
elle
changea
d'abord
de
Religion
,
&
pour
prévenir
les
foudres
du
Vatican
, que
les
Herenques
luy
faifoient
apprehen
der
, elle
prit
le
party
, comme
un
remede
fouverain
, de
fes
couër
entierement
le
joug
de
f'Eglife
Romaine
. Elle
rap
pellà
les
Heretiques
&
19771
Janvier
isso
, elle
le
fit
decla
rer
Chef
de
l'Eglife
Angli
cane
par
le Parlement
qu'elle
avoit
affemble
, tant
aux
chos
Boulen. Elle avoit
της
Gilj
58 MERCURE
fes Ecclefiaftiques & fpirituelles
, qu'aux chofes putement
temporelles , avec une
fouveraine puiflance arbitraire
. Ainfi le changement de
Religion n'eft arrive en Anleterre
que par le dépit &
que
Forgucil d'Henry VIII. contre
le Pape Clement VII.
qui luy refuſa la permiffion
d'époufer Anne de Boulen
du vivant de Catherine , In-
Η
fante d'Elpagne , & enfuite par
la
la
4.
beth inte
d'eftre par
qu'eur Elizal'autorité
du
Pape privée de la Royauté ,
comme cftant née d'un made
GA
de 47 %
riage illegitime , de forte
qu'on peut dire que cette
Reine avoit cfté figurée par
la Jezabel du fecond chapitre
l'Apocalypfe , & que l'An
gleterre a cité depuis fon regne
la Thyatire fur qui Dieu
a exercé fa vangeance
.
Il eft donc conftant que
les Angloisont toujours embraffe
la Religion de leurs
Souverains , & n'en ont jamais
changé
quoy que
ces Souverains ne fuffent
pas de la Religion de leurs
Sujets. Auffi eft- il vray que
ce n'eft que par crainte qu'ils
Gij
80
MERCURE
fouffrent l'invafion du Prins
ce d'Orange a qui n'a efté
couronné que par un Peuple
rebelle , & par un Phantôme
Parlementaire composé de
Traiftres , pouffez par leur
faux devot Prelat, fauteur des
impies , qui a perfecuté l'innocent
pour dérober au fupplice
l'homme le plus fcelerat
& le plus dangereux Ouvrier
des Heretiques .
Revenons maintenant à la
pretendue Prophetic de Jurieu
. Les Heretiques , qui
appliquent fans raifon à l'Eglife
Romaine le nom Grec
GALANT 81
Lateinos , dont le nombre fait
666. peuvent- ils ne pas reconnoiſtre
que la Prophetie dans
Apocalypfe , regardoit la
defolation & le renversement
de Rome Idolâtre , & de fon
Empire temporel , & non pas
de l'Eglife Romaine , fuivant
les termes formels de la Propherie
de Baalam aux Nombres
chapitre 24. verſet 24.
parlant au Roy des Moabites?
Voicy ce que fera ton Peuple au
dernier temps.Je le verray , vifiteray
chaftiray , mais non pas
maintenant. Une estoile procedera
de Jacob qui deftruira
82 MERCURE
tous les Enfans de Seth. Helas,
qui vivra
Lars
que
le
Seigneur
fera telles chofes ? Ils viendront
és Galeres d'Italie , ils furmonteront
les Affyriens , & auffi
ravageront les Hebreux.Les termes
Latins portent, vaſtabunt
Hebræos
,
n'ayant pas
les Romains les deftruiroient
entierement. Voicy,mes Freres ,
ce miftere &
*
dit
que
7406
veux Secret
que je
bien vous découvrir
difoit Saint Paul aux Ro
mains , Chapitre 11. v . 25.
Ainfiquant à l'Evangile que les
Juifs n'ont point receu , ils font
maintenant Ennemis à caufe de
GALANT.
83
82
nous mais quant à l'Election
Dieu qui
dees doit
convertir
un jour, ils font aimez à caufe
• de leurs Peres . Et Baalam continuant
de parler des Latins,
& de l'Empire Romain , ad
joute immediatement , & ad
extremum etiam ipfi peribunt. A
la fin auffi ceux la mefmesperiront.
Par ces termes on voit
clairement que le Prophere
Baalam ne parle point de
l'Empire Ecclefiaftique , mais
bien de l'Empire Temporel
des Romains , qui ruinerent
l'Empire des Perfes ; & l'Armée
des Latins , commandée
84 MERCURE
par Titus , brûla le Temple
de Jerufalem les . Aoult de
l'année 70. & ferendit mailtre
de la Ville le 1. Septembe
de la meſme année . L'Empereur
Adrien , en l'année 133 .
défit entierement
la Nation
Juifve toute la terre ayant
depuis efté aux Juifs un lieu
de banniffement. L'accompliffement
de cette Prophetie
de Baalam, à la fin auffi les
Latins periront, le vit
yit à Rome
fous Honorius, par Alaric en
l'année 410. par un ordre
particulier de Dieu , de forte
qu'au rapport de Sozomenc
GALANT 89
a
Autheur Greer qui mourut en
l'année 430. un Religieux
ayant voulu appaiſer la colere
de ce Prince Alaric luy répondit
, non , je ne puis refifter
celuy qui me pouffe intericurement
, & qui ne me donne
aucun repos ny la nuit ny le
jour,pour m'obliger à ruiner
cette fuperbe Maiſtreffe du
monde. Cette deftruction de
Rome eut le caractere parti
culierportédans l'Apocalypfe
chap. 18. v. 6. traittez là comme
elle vous à traittez rendez luy au
double toutes fes oeuvres ce qui
arriva parles Gots qui s'eftant
86 MERCURE
affemblez en un Corps d'armée
fous Alaric , affiegerent
Rome. Elle fe racheta a forcedor
& d'argent, mais comme
Alaric fe retiroit , l'Empe
reur Honorius refuſa de traiter
avec luy , ce qui irrita fi
fort les Gots , qu'ils retournerent
à Romer, & Ja brulerent
le 24 Aouft de l'an
410, aprés l'avoir pillée pendant
trois jours , pour rendre
à Romefuivant la Prophetic,
le double de ce qu'elle avoir
fait aux Gots , & fe vanger
de ce que les Romains fous
Flavius Claudius fecond en
GALANT 87
l'année 271.
après avoir ra
vagé leurs Villes , & taillé en
pieces
en deux batailles
ranées
trois cens vingt
mille
gées
Gots , pris ou coule
à fond
deux mille de leurs Navires ,
avoient
fait fi grand nombre
de Prifonniers
que tout l'Em
pire eftoit
rempli
d'Efclaves
Gots, qu'on vendoit
à vil prix
par troupeaux
comme
des
Beftes.
Le faccagement & l'incendie
de la Ville de Rome , &
la ruine de l'idolâtre Empire
Romaincont ont chacun leur
caractere dans l'Apocalypfe ;
88 MERCURE
car au Chapitre 17, verfet 5?
il eft dit que la Befte , la grande
Babylone , cnyvrée du fang
des Saints , faifant allufion
à la Babylone fur l'Euphrate ,
où le Peuple de Dieu avoit
fouffert en captivité , avoit
le nom écrit fur le front
miftere. Ce mot miftere fur le
front de la Beſte , c'eſt à dire
au frontispice ou Etendard
de l'Empire Romain , eftoit
S. P. Q. R. qui font les premieres
lettres des quatre mots
Serva Populum quem redemifti ,
que les Romains avoient tirez
d'une Sybille ainfi que
GALANT. 89
jay remarqué dans la troifiéme
Partie de mon Traité
des Langues & Ecritures inferée
dans le Mercure dè
·
Fevrier de l'année 1685. Par
un femblable miftere , les
Enfans de Mathathias furent
nommez Machabées , parce
que Judas , l'un d'eux , & tresvaillant
Capitaine , avoit pris
dans fon Etendard cette De
vife fimbole ou mot Ma. Ca.
b. ai . compofez des quatre
premieres fyllabes du onziéme
verfet du Chapitre 15 .
de l'Exode , Ma. Camacha.
Baelim. Faikouach , qui eſtſem-
Decemb. 1689.
"
H
9༠90 MERCURE
car
blable à toy Seigneur. Le fecond
caractere eſt dans le Chapitre
18. verſet 4. Sortez de Babylone,
mon Peuple fortez de Babylonex
de peur que vous ne foyez enveloppez
dans fes playes
les playes , la mort le deuil &
la famine viendront fondre fur
elle en un mejme jour , & elle
fera brulée par le feu . En effet
fuivant le commandement ,
Sortez de Babylone , mon Peuple,
& fuivant le miftere contenu
dans les quatre lettres
S. P. R. fauvez le Peuple
que vous avez racheté , Innocent
I. du nom , & le 38.
Pontife de l'Eglife Romaine
GALANT 91
accompagné
du Clergé &
des autres Fidelles , fortit de
Rome , & ils fe trouverent à
Ravenne lors qu'Alaric afficgea
, prit , faccagea , & bruta
cette Capitale du Monde
Payen. Voilà donc dans
Alaric en l'année 410 l'accompliffement
à la lettre de
la Prophetie de la ruine de
Rome Payenne & de fon
Empire , qui fut bien - toft
aprés demembré en plufieurs
Royaumes. Voicy de melme
en la perfonne de l'Empereur
Diocletien , & dans les années
300 301 302 303. & jufqu'au
Hij
92 MERCURE
19. Fevrier de l'année 304 .
l'accompliſſement à la lettre
de la Prophetics concernant
la Befte ou Antechrift , au
nom du nombre 666. & les
trois ans & demy, ou 42.5mois
de fa perfecution ; car dans
fon premier nom & fa qualité
Imperiale DIOCLes aUgUftUs
, il portoit dans les
lettres numerales de fon nom,
le nombre 666,. & pour porter
le fecond caractere dés
la 17 année de fon Empire ,
qui fut l'année 300. de Jefus-
Chrift, il interdit comme
dit Lactance , tout commerce
•
GALANT. 93
&
m
aux Chreftiens , & par ce
moyen accomplit ce que S.
Jean avoit prédit , que fous
la grande Beſte ou Puiffance
zau nom du nombre 666. les
Chreftiens ne pourroient venadre
ny acheter . Ce mefme
Empereur , pour eftre en tout
grand & veritable Antechrift ,
eut encore le caractere mar、
qué par le Prophete Daniel au
Chap . 7. verfet 25. Et putabit
quod poffit mutare tempora
lege ; qu'il feroit les efforts
pour changer les Loix & les
temps . En effet , il ne put
fouffrir la Religion des Chrê-
"
94
mefme
MERCURE
tiens & il défendit
Ieur Epoque , puis que du
21. Avril de l'année 284, qu'il
fut proclamé Empereur , il
fit commencer une nouvelle
Epoque pour compter les annees
ce qui a duré jufqu'à
l'Empereur Juftinien.
Voicy d'autres fingularitez
de la vie de Diocletien , qui
fervent à noftre fujet . Une
Cabaretiere Druide , luy avoit
predit 25 ans auparavant,qu'il
parviendroit à l'Empire lors
qu'il auroit tué un Sanglier.
Cette prediction eut fon effet
en l'an 284. car Dioclés fut #
GALANT. 1959 %
proclamé Empeteur auffi toft
qu'il cut tué le grand Maiſtre
du Palais Imperial
nommé
Aper , c'eft à dire , Sanglier ,
qui avoit affaffine dans la
Litiere fon Beau pere , le tresdocte
Empereur , Numerarius
Auguftus , lors qu'il revenoit
aprés avoir ruiné la grande
Babylone fur Euphrate , tellement
que de la ruine de la
veritable Babylone jufqu'à la
ruine de Rome Payenne, que
S. Pierre & S. Jean appellent
Babylone par rapport à l'autre
, il n'y eut que 126. ans.
Diocletien ayant avec fon
96 MERCURE
Collegue Maximien & autres,
achevé heureufement toutes
les Guerres , tourna fa rage
contre les Chreftiens dés la
17. année de ſon Empire
& lors qu'il eut veu fon Palais
Imperial confumé par
feu du Ciel dans Nicomedie ,
Siege des Empereurs en
Orient , la crainte qu'il eut
d'eſtre frappé de la foudre ,
luy fit remettre le 19. Fevrier
de l'année 304. la
Pourpre
Imperiale aux pieds de Jupiter
avec ces paroles Voilà , Jupiter,
ce que tu m'avois prefté , je te
rens. Ainfi finirent les
}
le
rens.
trois
GALANT. 97
trois ans & demy de la perfecution
de l'Eglife, qui cftant
la dixième , fut auffi la plus
cruelle & la plus univerfelle,
d'où je conclus que les Here
tiques ne doivent pas cher
cher ailleurs qu'en DIOCLes
alsh's , le nom de la Befte
au nom du nombre 666, ny
la durée dès trois ans &
demy , dqs 42. mois , & des
mille deux cens foixante
jours de la puiffance de la
Befte contre l'Eglife , puis
que tout cela eft arrivé , &
eft trouvé accomply à la
lettre en la perfonne de Dio-
Decembre 1689. I
98 MERCURE
cletienen l'année 304. de
Jefus Chrift .
*
Bien que l'Empereur Dio
CLes aVgVftVs
CLẹs
porter pas
pour ne
r pas le caractere 6662
cuft pris le nom de Diocletia
mus fovius , je dis qu'il portoit
encore dans ce nom de Dios
cletianus , celuy de l'Ante
chrift ; car puis que faine
Jean employe les lettres numerales
du nombre 666 po
pour
caracterifer le nom de la gran
de Befte DlocLes aVgVftV's,
& que fuivant le proverbe ,
les noms conviennent fou
vent aux choſes , il me fera
I
GALANT 99
permis dans cette rencontre
d'employer les Anagrammics:
du nom Diocletianus qui nous
donne Antidras colispuis
que par fon Edit il fe fit ado
rer en qualité d'Antechriſt .
Ce fecond Anagramme a le
mefme rapport Antideo lucis,
Diocletien s'eftant fait donner
de l'encens en qualité
d'Antidieu d'Ennemy ou
Antechrift du Dieu de lu
miere. S'il faut craindre encore
certe grande Befte on
une femblable , l'homme de
peché le Fils de perdition
dont le nom faffe le nombre
✓
I ij
100 MERCURE
666.lesHaretiques ne peuvent
refuferde l'attribuer au Prince
d'Orange , puis que ſon nom
ris
ent manieres &
endifferentes langues , dans fa
Religion qualitezi , & actions
les plus éclatantes , donne
toujours par l'addition des
Lettres Numerales qui font
dans ce nom, le nombre D. C.
Le X. Vo Tb c'eft à dire
666.bric A. MD 43
Puifque M. Juricu a fait un
Chapitre qui a pour Titre ,
Arrangement en abregé des éve
nemens que le Saint Efprit avoit
dérangez dans les vifions ,il
GALANT 101
he pourra trouver mauvais
que j'aye fait tant de differens
arrangemens des lettres
numerales qui font le nombre
666. dans le nom du Prince
d'Orange , qu'on peut dire
eftre l'homme d'iniquité ,
l'homme de peché , le Fils de
perdition, & pour tout dire
l'homme tout de fraude ;
VralCVs DoĻVs , portant
par tout le nombre fix tens
foixante-fix , qui eft le cara
tere de la Befte de l'Apocalypfe.
Faites-en vous mefme
les calculs .
CALV InVs Denaffak
+2
I iij
102 MERCURE
LYther's princeps De naf
fav.
principe naffar fiDel LVtheranæ
fints ni
king De naffal › antl Chrlst's
erit In angLla
prince noVVeaV abſalon,
prince VsVrpate Vr D'angleterre.
A
Voilà ce qui regarde l'Angleterre.
Ce qui fuit menace
les Electeurs de l'Empire pour
avoir fait alliance avec le
Prince d'Orange .
naffal eLeCtores penIV's Def
trVet.
naffa eLeCiers Defir Tran
GALANT: 193
for's naffal eLeCtore pren
Dront fin.
Ces autres arrangemens des
Lettres numerales , font les
efperances de la LigueHuguenotte
, & menacent les Elec.
teurs Catholiques qui fontentrez
dans l'alliance des Calviniftes
& du Prince d'Orange.
mala ConfeDeraiVs LV-
92017
theranis
nassal
ConfeDeré
aVx
LR
therlens.
LVMr
Juricu fait encore ef
perer aux Calviniftes que
Empire Catholique finira
par le moyen de la Ligue
I ill
104 MERCURE
que l'Allemagne a faite avec
le Prince d'Orange.
2
In Cafare, nasal InfIDe
peribit aql ILa .
>
Bien que le Miniftre Juried
ait fait fortement attendre
aux Heretiques , premiere .
ment au mois d'Avril de
l'année encore prefente 1689 .
te rétabliſſement du Calviniſme
comptant les trois
ans & demy dont il et parlé
dans l'Apocalypfe , depuis le
mois d'Octobre 1685. de la
caffation de l'Edir de Nantes s
fecondement , la ruine de l'Eglife
Romaine en 1710. ou
en izts . parce qu'il trouve
GALANT tos
*
dans le mot Grec Lateinos
le nombre 666. que Saint
Jean au chapitre 13. de fon
Apocalypfe dit eftre le nom
bre du nom d'un homme
particuliers duquel nom les
lettres numerales font par ad
dition le nombre 666.7 cat
quand mefme Saint Jean auroit
parlé d'un nom general
& de communauté , ou
appellatif , ce mot Lateinos
ne pourroit tout au plus convenir
, fuivant la conjecture
de S. Irenée , qu'aux Empe
reurs Romains de fon ficcle.
M' Juricu pour appliquer ce
106 MERCURE
mot Lateinos à l'Eglife Ro
maine impofe à S. Irenée ,
d'avoir cru & prononcé que
ce mor eftoit le nom prophetique
de la Belte ou Antechrift
dont parle S. Jean ; &
fur cette impofture il bastit
tout le Siftême de fon pretendu
accompliffement des
Prophetics faifant valoir les
trois ans & demy de l'Apoca-
Jypfe mille deux cens foixante
ans.Enfuite il fuppofe que
le Pape eft
l'Antechrift, premierement
par le mot Lateimos
,fecondement par la corruption
des moeurs & de
و
"
GALANT 107
fa doctrine , enfin parla
tirannic fur les Chreftiens ;
& fur ces trois faux fondemens
il fair efperer aux He
Fetiques en Fannée 1710. ou
1715. la ruine de la Ville à
3fept collines c'est à dire de
Rome & de l'Eglife Romaine,
fans pourtant avoir pû convenir
avec luy mefme de l'Epo
que , c'est à dire , de l'année
qu'il faut commencer àeompter
les 1260. jours des trois
ans & demy de l'Apocalypfe,
puis que ce pretendu Prophe
te , dans fa feconde Parric pa
ge 186. parle en ces termes.
108 MERCURE
Nous ne fçavons pas , dit- il ,
d'où Dieu comptera les trois
années & demie , & par con
ſequent le parjure Jurieu étoit
eftropié de la cervelle
quand il a dit que l'Eglife
Romaine finiroit en l'année
1710. ou 1715. Je veux faper &
renverſer tout à coup tour
fon Siftême , en faifant voir
par les termes formels de
S. Itenée qu'il n'a jamais
cru que Lateinos fuft le veri
table nom de l'Antecrift
encore moins que ce nom
fe puft appliquer à l'Eglife
Romaine. Voicy fes termes,
GALANT. 1og
tirez du 30, chapitre de fon
3. Livre contre les Hereftes x
& rendus em noftre Langue.
It eft danc plus affure & fans
danger d'attendre l'accompliffe?
ment de la Prophetic , que ode
deviner à taftons quelques nomes.
d'entre plufieurs qu'on peut tron
ver & contenant dans leurs lettres
numèráles le nombre 666, comme
Fruantos, Feitans Lateiros Sug
ce dernier mot il fait fa con
jeЄture en cès termes Theft
font gray femblable Iditpil
d'autant que la derniere Mas
narchie qui regne àpreſent. porta
ce nom puis que cefans les Latins
no MERCURE
·
qui regnent prefentement , maiš
nous ne tirerons point de wanité
d'avoir trouvé à ce mot Latei
nos , d'où il eft conftant ques
S. Irenée qui mourut en l'an
160. parloit de l'Empire Ro
main , & des Empereurs
de
fon temps. De plus, ce grand
Saint ajoûte que de tous les
noms qu'on trouve en la Lan
gue Grecque ,qui font le nombre
666.celuy de Teitan convient
le mieux à l'Antechrift,
& que l'on doit plûtoft croire
que Teitan fera le nom de la
Befte.Il apporte enfuite les raifons
de fa conjecture
, & conGALANT.
HE
clut en ces termes. Nous n'affu
rons pas que l'Antechrift portera
ce nom, Teitan, d'autant que s'il
avoit fallu que dans le temps
prefent ce nomfut connu il auroit
"affurément efte declarépar SJean
meſme. Aufli eft- il vray qu'il
faudroit avoir cfté plus que
Prophere pour avoir devine ce
nom, DIoĈLes al gVfV's avant
l'année 284. que Diocles fut
Empereur. C'eft pourquoy
S. Irchée qui mourut en l'ang
née reol qui eft cent vingtquatre
ans avant l'Empereur
Diocletien , n'a rich die de
pofitif fur le nom du nombre
toon of I
112 MERCURE
666, bien qu'il ait cfté facile
de le reconnoiftte dés l'ave
nement de Diocles à l'Empi
re Romain. Car toute Prophe
tie , comme dit S.Irenécliv. 4.
chap2 434 quanı qu'elle ait fon
efficace, s eft lung enigma , er une
ambiguité, lors qu'on vole
effectuer dans le temps de qui
grupit, efté prophetisé» la ho
phatics go leor explication fet
cile cofurte. Mais comme
effectivement EctLe Prophetic
regardoin Rome op l'Empire
Lasino cenom d'homme doit
eftre en Languelatine, & non
pasen LangueGrecqueicans'il
falloit chercher le nombre
5
GALANT 113
666. dans un nom Grec d'un
homme particulier , outre les
trois mots que Saint Irenée a
rapportez , fçavoir Evantas,
qui fignific Beaufleuri , Latei
nos , Latin, & Teitan , Geant ›
-on trouveroit encore le nombre
666. dans les lettres numerales
de plufieurs autres
noms Grecs , comme Lampetis
, qui fignifie Illuftro, Maometis
Mahomet ; Kakos odegos,
méchant Capitaine ; Amnos
adikos , Agneau nuifible ,
&c. dont lavaleur des lettres
numerales font le nombre
GG. Que fr M Jurieu veur
Decembre 1689.
?
I14
114
MERCURE
qu'on trouve encore en ce
ficcle ce nombre 666, dans
quelque Affemblée ou Eglife,
on en trouvera d'abord l'application
entiere en Latin &
en François à la Religion Pretendue
Reformée , qui a cu
Calvin pour Patriarche , &
qui leur a donné fon Inftitution
de Foy.
CaLVIn InftitVto fiDel.
16 InftliVtion De fol par lean
SONCALVIn. 1
C'est pourquoy en l'année
1678.dans mon Livre intitulé ,
inftruction pour reunir les Eglifes
pretendues Reformées à E
GALANT. HIS Η
glife
Romaine , Lay dit dans
la 3. page , que par un traie
de la providence
Divine . Calvin
commença
la preface
de
fon
inftitution
par ces mots,
ma Doctrine
, & finit tout fon
Livre par ce mot d'impietér
pour nous faire connoiftre
par la jonction
du premier
&
dernier
mot de fon inftitution.
Ma Doctrine
d'impieté
.
Mais d'autant
que Saint Jean
dit qu'il faut trouver le nombre
666. de la grande
Befte
dans le Nom d'un Homme
particulier
, le Prince
d'Orange
me permettra
, s'il luy
Kij
116.
MERCURE
plaift, de luy en avoir fait icy
honneur en tuy rendant juſ
ie
trouve
que
tice, puis que je
le nombre 666. luy convient
fort bien , & en toutes manieres
, en Langue Latine &
en Langue Françoife. Je ne
veux pourtant pas dire avec
Juvenal dans fa huitiéme Sa
tyre ,
13:01
Credite me vobis folium
0570 32
re
donne pas icy de nos
Geometri
Te
ne
demonftrations
ques , lefquelles , comme dit
Seneque , non perfuadeni tanrum
fed cogunt ad credendum .
GALANT 117
Je ne vous affeure donc pas
pofitivement que fuivant le
nombre 666 dans ces mots
In Cefare naffav InflDa
peribit aqVILa.
Sov's Cefar De naffav fans
She a fol algLe finira .--
le Prince d'Orange qui cft
dans la Loy de grace , l'exemple
dangereux dans tous les
maifons Royales , & l'Abfalon
y le fils denaturé folt
Thomme de peché , l'homme
d'iniquité , le fils de perdition
, que faint Paul dans fa
2. Epiere aux Theffaloniciens
Chapitre 2. v . 3. dit qui pa18
MERCURE
roiftra dans le temps de l'A
poftafie ou defection generale
de l'Empire Romain . li
flDel aralCa aqVILa
Si finls.
Dieu chaſtira mefme par le
Prince d'Orange la Maiſon
d'Autriche qui a fait la Ligue
, qui luy ouvre le che
min, & luy forme les degrez
pour monter fur le Trone
Imperial , & pour achever de
ruiner la Religion Romaine
dans toute l'érenduë de la domination
de l'Aigle , en verifiant
qu'il porte ainfi le caaractere
666.
GALANT. 19
In principe naffal aqVILa
RefinefiDe.
2
Il me femble voir en la
perfonne des Lutheriens ,
des Calviniftes & des Rebelles
de l'Eglife Anglicane
les Anciens Ammonites les
Moabites & ceux de la montagne
de Seir liguez contreFofaphat
, Roy de Ferufalem . Il me
femble auffi entendre Fabaziel
fur lequel fut fait
l'Esprit du Seigneur , & dit an
Peuple de Dieu & à leur Roy
Jofaphat ? Ne craignez point cette
multitude , car ce n'eft pas
poftre guerre , mais c'eft celle de
120 MERCURE
Dieu. Ce ne fera pas vous qui
bataillerez , vous verrez l'aide
du Seigneur fur vous. Il me
femble entendre encore le S.
Roy Jofaphat , qui dio à ſes
Troupes ; croyez au Seigneur
noftre Dieu, croyez à fes Prophetes
toutes chofes viendront
à profperité. En effet ces
trois Peuples liguez contre
Jofaphatau lieu de combattre
le Peuple de Dieu ,
fe defirent entierement euxmefmes
, car les Ammonites &
les Moabites s'éleverent enfem
ble à l'encontre des Enfans du
Mont de Seirpour les destruire ,
aprés
GALANT 121
aprés quoy , s'eftant auffs tournez
les uns contre les autres ,
s'entretuerent.
Ainfi les Republiques , les
Princes & les Sujets rebelles ,
ont beau fe liguer contre les
Rois qui font les Qints du Séigneur;
ils font toûjours fous la
protection du Dieu des Ar
mées . C'eft pourquoy le fage
Şalomon dit dans fes Proverbesc.
21 . v. 30. Toute la fageffe's
toute la prudence & tous les
confeils des hommes ne peuvent
rien contre le Seigneur ; ils ont
beau faire des armemens , &
preparer leurs chevaux de mers
Decembre 1689. L
122 MERCURE
c'eft
pour
le jour
du combat
Dien
qui rend
leurs
efforts
inutiles
, quifauve
& qui donne
la
victoire
à fes Oints
.
‹ Peut-on dire qu'il y ait
encore un Empereur des
Chreftiens , lors qu'il a fait
ligue avec les Ennemis de J.
Є contre le Fils ainé de l'Eglife
, & contre le Roy d'Angleterre
, bon Catholique ?
Devoit-il oublier le Com .
mandement que Dieu fit fur
la Montagne de Sinaï parlant
à Moyle Donne- toy de garde
de ne joindre jamais amitié a-
*
* Exole chap. 34. v. 12.
$
GALANT 123
2333
vec les Habitans de cette Terre
là , qui cauferont ta ruine . Cette
alliance avec les Heretiques
eft fcandaleuſe à tous les Fi
delles. Elle expofe les Catho
liques Allemans à la fubverfion
de la Foy , car eſtant
Camarades en guerre aved
les Heretiques , ils ont lieu
de croire que l'Empereur
renie dans le coeur la Reli
gion Romaine .
I
In principe naffa aqUILa
sIne flDe .
L'Empereut ligué avec le
Prince d'Orange , ne doit- il
pas craindre le mefme re-
Lij
124 MERCURE
proche que Dieu fit par la
bouche de Jehu à Jofaphat
qui avoit fait ligue , & joint
fes Troupes à celles de limpic
Roy Achab Tu donnes
aide aux méchans , su te
joins par amitié à ceux qui haif-
Tent le Seigneur, Paralip , chap .
19. v..2. Dieu ne pardonna ce
crime au Roy Jofaphat qu'en
confideration qu'il avoit détruit
tous les Boccages facrez,
les hauts Lieux , & les Temples
des Idolâtres. L'Empereur n'a
rien fait de femblable , à l'a
vantage de la Religion Catholique
au contraire il
GALANT 125
contribué de tout
fon
pouvoir
à faire tomber du Trône
Jacques II Roy d'Angleterre,
tres- bon Catholique , pour y
Heretique Prince S élever
e
Π
é.
Z,
es
4
d'Orange. Ma veue princi
pale , dira l'Empereur n'a
elté que de facrifier la Reli
gion à la haine mortelle , qui
depuis fi long - temps ronge
mon coeur contre le Roy des
François. Les yeux de mon
Aigle ne peuvent plus fouf
frir la gloire trop éclatante
de ce Soleil. Il m'importe peur
que ce Monarque ait cu le
bonheur de purger la France
C
Liij
126 MERCURE
des Heretiques. Je feray tour
mon poffible pour les y faire
rentrer, & pour les mettre
en eftat de rébaſtir leurs
Temples démolis , afin de
chagriner autant que je pourray
le Fils aîné de l'Eglife.
Si ce ne font pas là les termes,
c'eft du moins le langage de
fon coeur , & c'est ce qui nous
cft marqué par les actions.
Il abandonne fes Conqueftes
fur les Infidelles Mahome,
metans pour en procu
fer aux Heretiques fur les
Fidelles Catholiques . Il donne
aux Turcs le temps de fouGALANT.
127
der les morceaux de la Lune ,
comme dit Mahomet dans
fon Alcoran en Lazodra 63.
Il conferve l'Alcoran de Mahomet
pour détruire la puret
de l'Evangile. Il épargne le
fang des Mufulmans
pour
faire couler celuy des Chretiens
. Comme il a donné lieu
aux Electeurs Proteftans d'al
pirer à élire un Empereur non
Romain , il doit craindre
de voir le Sceptre Imperial
entre les mains du Prince
d'Orange , & de voir perir la
Foy Catholique par route
l'Allemagne, fous ce nouveau
Liiij
128 MERCURE
Cefar d'Orange , par tout
grand perfecuteur des Catho
Liques . Ainfind adop
alfiralCasine flDe agVILe
La mifinisaje Dis
-In prInCIpe naffal aqVILa
misine fiDe .
Mais fi cela arriyoit , Dieu
délivreroit ♪ bien- cost aprés
fon Eglife Gaur Se
An Cafare naffal InfIDa
peribit aqVILa ,
S
In Cefare nasal InflDa
aqVILa finIs.
९
Le Fils ainé de l'Eglife
feroit le Moyfe & le Jofué
des Chreftiens & par la valeur
des François.
GALANTM 129
InfIDa aVralCa aqVILe
finis.
Louis le Grand ne feroir
que prefter fon bras à Dien
irrité contre les Heretiques ,
Tite Vefpafien die
ainfi
que
foit
avoir
fait
en
ruinant
le
Peuple
Juif
. Je
ne
pretens
pas
faire
icy
le
Prophete
ce
que
je
dis
eft
le fenti
ment
des
anciens
Docteurs
En
voicy
les
termes
tirez
du
milieu
du
Traité
de
l'Antechrift
, dans
le
premier
Tome
des
Oeuvres
de
Saint
Augufin
page
1189.
de
l'impref
130 MERCURE
fion de Bafle. M. D. L. V. I.
que vous trouverez auffi dans
*
la 454 page du neuvième
Tome des Oeuvres du mefme
Saint Auguſtin , de l'impreffion
de Lyon en l'année
MDL.XXXVI . enfuite de
la Correction des Docteurs
de Louvain , bons Efpagnols
.
Quidam vero Doctores noſtri dicunt
quod unus ex Regibus Francorum
Romanum Imperium ex
integro tenebit , eg ipfe erit ma
ximus » re, c'eſt à dire , Quel
ques uns de nos Docteurs affeurent
qu'un Roy de France
poffedera tout l'Empire Romain »
GALANT OTZI
& qu'il fera grand en toutes
chofes , ere. Voyez les reſte
au lieu conté. On ne fera pas
faché d'apprendre que cette
Prophetic eftoit connue if y
a plus de quinze ficcles , puis
que Lactance qui mourut en
Hannée 320. aprés avoir efté
Precepteur de Crifper Conf
tantin , en parle de cette forte
au chapitre 15. du 7. Livre Diz
vinarum Inftitutionum . Hidaf
pes, tres-ancien Roy des Me
des , a prophetifé de plufieurs
chofes publiques , non feule
ment de celles qui devoient
arriver bien toft aprés fon
132 MERCURE
£
regne , mais mefme ce qui
devoit arriver dans le dernier
fiecle & notamment que
l'Empire Romain finiroir entierement
de deffus toute la
furface de la terre . 9
Des veritables Prophetes
envoyez de la part de Dieu
paffons aux faux Prophetes
fufcitez par Sathan . Dans le
nouveau Teftament , de même
que dans l'ancien , les
faux Prophetes & Docteurs ,
bien qu'ils n'ayent pû prou
ver leurs Miffions par aucun
figne ny miracle , ont troublé
Eglife dés fon enfance &
་
GALANT. 133.
ont détourné les Chreftiens
du culte du vray Dicu . J.Ch.
mefme l'avoit prédit , Matth.
ch. 24. verf. 12. Il s'élevera un
grand nombre de faux Prophe
tes qui en feduiront plufieurs.
J.Ch en avoit averty aulong
fon Eglife , Matth . chap . 7 .
v.15 . Gardez - vous des faux
Prophetes qui viennent à vous
comme des Brebis , & qui au
dedans font des Loups raviffans
vous les connoistrez par
Leurs fruits. Les Juifs mefme
aprés la mort de J. Ch . furent
feduits par le Juif Barchochab,
Fils de l'Etoile , qui fe difoit
{
134 MERCURE
le Meffie , & qui feduifit tou
té la Judée , laquelle fut enfuite
entierement détruite par
l'Empereur
Adrien , qui aprés
trois ans & demy de Siege ,
s'eftant rendu maistre de Bethoron
, Capitale des Juifs
tua , au rapport de Dion , le
faux Meffie
Bencosba , fils de
menfonge , & fit perir par
l'épée cinq cens quatre- vingt
mille Juifs , tres- grand nombre
d'autres Juifs ayant pery
de faim dans les
cavernes . Le
refte fur difperfé par toute la
terre , leur eftant défendu fur
peine de la vie d'aller en JeGALANTM
135
rufalem , horfmis un certain
jour de l'année , pour pleus
rer leur defaſtre , ainfi que
nous l'apprend S. Gregoire de
Nazianze , dans fa douziémes
Oraiſon .
4 S. Paul fait connoiftre que
de fon temps il y avoit plu
fieurs faux Prophetess lors
qu'il dit aux Galates 1. Epift.
ch. 1. v. 7. Il y
I a des
gens qui
vous troublent . & qui veulent
renverfer l'Evangile. S. Jean c.
13. V. 6. en rend auffi témoignage
, & donne un tres- important
& tres falutaire avis
de ne croire pas à tous ceux!
136 MERCURE
qui fe difent Prophetes . Voi
cy fes termes ; Mes bien - aimez,
ne croyez point à tout efprit,mais
éprouvez bien fi ces efprits font
de Dieu , car plufieursfaux Prophetes
fe font élevez dans le
monde pour détruire l'Evangile.
Auffilifons nous dans les Actes
des Apoftres, que S. Paul.
& S. Barnabé eftant arrivez à
Paphos , trouverent un Juif,
faux Prophete & Enchanteur,
nommé Barjehu , qui empef
choit le Proconful Sergius :
d'embraffer la Foy. S. Paul ,
1 Tim. chap . 2. v. 17. en parlant
des faux Prophetes &
To
GALANT. 137
Docteurs de fon temps , dit ;
leur doctrine comme la gan
grene , gaftera peu à peu ce qui
reftera de fain . De ce nombre
font Hymenée & Philette qui fe
font écartez du chemin de la
verité , & l'Apocalypfe nous
apprend dans le Chapitre 2 ..
que Jezabel la . Propheteffe:
pervertiffoit les Chreftiens
de Thyatire.
L'Eglife de Dieu a efté trous
blée encore en ces derniers
Siecles par de faux Prophetes
& Docteurs , comme Luther ,
Calvin , & Jurieu , qui ne pou
vant par aucun figne ny mis
Decembre 1689. M
128 MERCURE
>
racle donner la moindre preuve
de leur Miffion ont dit
dans le 31. Article de leur
Confeffion de Foy , qu'ils
eftoient gens fufcitez d'une
façon extraordinaire. C'eſt
pourquoy Saint Paul diroit à
Jurieu , ce qu'il dit autrefois .
au faux Prophete & Enchanteur
Elymas, Ac ch . 3. v . 10 .
O plein de toute fraude
toute cautelle fils du Diables ennemy
de soute juſtice , ne ceſſerastu
point de renverser les voyes:
du Seigneur , qui font droites . Le
mefme S. Paul ,i. Tim: ch.3 ..
avoit clairement prophetifér
de
GALANT. 139
Peres ont
veu
, &
ce que nos
ce que nous voyons , & fair
le portrait des deux Herefiarques
de l'Herefie du dernier
hecle , & peut- eftre la vive
peinture de la Princeffe Marie
& du Prince d'Orange ,
qui afpire à l'Empire de l'An
richriftianifme
fur la parole
de Juricu , du rétabliffement
du Calvinisme en 1689. Mais
cette Prophetie aura le mefme
fuccés qu'eut autrefois l'Ora
cle par lequel les Payens ef
peroient en l'année 39.9 Ja
ruine du Chriftianifme , puis
qu'au rapport de Saint Au
Mij
140 MERCURE
guftin dans le chapitre 54
du 18. Livre debla Cité de
Dieu certe mefme année
fut fatale à l'Idolâtric ; fes
Idoles furent renverfez , & fes
Temples démolis . Je dis donc
avec Ifaïe dans le chap. 17.
V. 12. Malheur fur la multitude
de plufieurs Peaples liguezs qui
font plus de bruit que
&fur la tempefte éclatante des
Nations heretiques ! Dieu les
menacera, tout fera détruit;
car à prefent pour éprouver
la foy des Chreftiens , Dieu
femble dormir dans la Barque
de Saint Pierre , & laiffer
la Mer
GALANT 14T
gronderle Tonnerre, &grof
fir l'orage qu'il appaife enfin
tour à coup, Les Juifs en eurent
aurrefois un celebre e
xemple , lors qu'Aman perit
par le fupplice qu'il avoit préparé
à Mardochée. Les Payens
avoient les mefmes fentimens
de la providence de leurs
Dieux,puis que Claudien parlant
de Rufin & des autres
fcelerats , dit que les Dieux
permettoient qu'on les élevaft
bien haut, afin que leur cheu
te fuft plus rude . Je ne puis
donner que le mois prochain
le fixiéme Article de mon
142 MERCURE
Traité des Prophetics , eftant
obligé de m'accommoder au
loifir de mon Scribe , qui ne
peut attendre aucune récompenfe
d'un pauvre Preftre
fexagenaire & Aveugle , &
qui fe trouvant reduit à chercher
vn logement dans l'Hô
pital Royal des Quinze- vingt,
ne peut plus , comme autrefois
, travailler de fes mains , à
l'exemple de S. Paul , pour
n'eftre à charge à perfonne.
Te fuis voftre, & c...
L'Aveugle Comiers , Prestre
Docteur en Theologie
..
GALANT $43
Il a paru depuis peu un
Edit du Roy touchant la difpofition
des biens de ceux de
la Religion Pretendue Refor.
mée, qui ont quité le Royaume.
Il fait connoiftre avec:
combien de bonté il a pleu à
ce Monarque d'avoir égardi
aux pretentions que plufieurs
ont à ces biens , & aux treshumbles
fupplications qui
luy ont efté faites de les conferver
aux Heritiers de ces
Religionnaires fugitifs . Sa
Majesté par fon Edit du mois
de Janvier de l'année der
niere avoit reuny à fon Do
144 MERCURE
maine ces biens délaiffez, nom
pas pour en augmenter fes
revenus , mais feulement afin
qu'ils fuffent regis & confervez
par les Officiers avec
le mefme foin que les fiens
propres , & que leurs revenus
fuffent employez aux pieux
ufages , aufquels Elle les avoit
d'abord deftinez , mais ayant
efté informée depuis , des
differentes
,
pretentions
que
plufieurs Particuliers y avoient
, & qui faifoient naiftre
de grandes difficultez à
l'execution
de ce projet , comme
Elle ne cherche que le
bien
GALANT. 145
bien de fes Sujets , & qu'Elle
peut par d'autres moyens
pourvoir à l'eftabliffement de
ce qui fera jugé neceffaire
pour l'avantage de la Religion
dans fon Royaume, fans
reduire tous ces biens en main
morte , & les ofter du commerce
de ceux qui aident à
fupporter les charges de l'Etát
Elle a declaré par fon
Edit verifié au Parlement le
2. de ce mois , conformément
à celuy de Janvier 1688 , que
les biens des Confiftoires de
la Religion Pretenduë Reformée
, & ceux qui eſtoient
Decembre 1689. N
146 MERCURE
deftinez pour l'entretien des
Miniftres & des Pauvres de
cette Religion , feront employez
à des ufages pieux, o
donnez aux Hofpitaux &
Communautez Regulieres ou
Seculieres , qui feront choifies
proche des lieux , où les
biens font fituez pour en
l'adminiſtration. Sa avoir
Majefté veut auffi que les
biens délaiffez par fes Sujets
qui font fortis , ou qui fortiront
à l'avenir des Terres de
fon obeiſſance , au prejudice
des défenfes portées par fes
Edits appartiennent à ceux
GALANT 147
de leurs Parens paternels ou
maternels, aufquels , fuivanc
les difpofitions des Coutumes
& des Loix obfervées dans les
Provinces de fon Royaume
ils auroient appartenu par la
mort naturelle de ces Roli
gionnaires Fugitifs & qu'ils
les partagent & poffedent en
la même maniere que s'ils leur
eftoient venus par fucceffion,
& aux mefmes charges , det.
tes, douaires, penfions viage
ros, & autres conditions, re
voquant à cet effet tous dons
fairs par Brevets Arreſts ou
Mon:folonod 13 by Nilijnab
148 MERCURE
•
Lettres Patentes , jufqu'à ce
prefent Edit , fans toutefois
que les Donataires foient tenus
de reftituer les jouiffançes
qu'ils auront perceuës, en
confequences des dons à eux
faits fur lefquels ils feront
feulement tenus de payer les
charges réelles à proportion
de leur jouillance. Sa Majefté
ordonne de plus que les Heri
tiers des Religionnaires Fugitifs
, feront mis en poffeffion
des biens délaiffezien vertu
des Ordonnances qui feront
decernées par les Lieutenans
des Bailliages & SeneschaufGALANT.
149
fees , ou autres Juges , dans le
reffort defquels ils font fi
Luez , fur des Requeftes contenant
le degré de parenté
& cela, pour entrer en jouiffance
au premier jour de
Janvier prochain, Ceux qui
Le trouveront Creanciers de
ces Religionnaires Fugitifs ,
pourront pourfuivre le payement
de leurs dettes contre
ceux qui fe feront declarez
leurs plus proches parens &
heritiers , mefme faire faifir
réellement , & decreter lef
dits biens pardevant les Juges
à qui en appartient la con ,
Niij
150 MERCURE
noiffance ; Et à l'égard de
ces biens , dont les Heritiers
jouiront paisiblement , l'in
tention du Roy eft , qu'ils ne
les pourront vendre ny hiporequer
, qu'aprés cinq années
de jouiffance à compter du
premier Janvier prochain , fans
prejudice toutefois pendant
ce temps de cinq années , du
payement qu'ils feront obligez
de faire des dettes & des
charges de ces biens , fuivant
que les Juges les trouveront
legitimes. Sa Majeſté entend
encore que les biens de fes
Sujets de la Religion Preten-
4
GALANT ISE
due Reformée fortis du
Royaume avec fa permiffion ,
foient adminiftrez par leurs
&
Enfans Majeurs , s'ils en ont
laiffé , ou par les Tuteurs &
Curateurs des Mineurs , & en
cas qu'ils n'ayent point d'En
fans dans le Royaume , par les
perfonnes qu'Elle commetua
à la regic defdits biens ,
avec liberté aux Creanciers,
de les faifir & faire decreters
en faifant les procedures neceffaires
pour la validité des
decrets. Quant aux revenus
de ces biens , ils feront dif
tribuez durant la vie de ceux
>
N iiij
152 MERCURE
>
à qui ils appartiennent felon
qu'il plaira au Roy d'en ordonner;
& la proprieté & ufufruit
de ces mefmes biens
iront aprés leur mort aux
heritiers legitimes qu'ils pourront
avoir dans le Royaume.
Voicy un Rondeau qui a
couru à la Cour . Un jeune
Gentilhomme qui eft dans
le Service l'ayant prefenté à
Monfeigneur le Dauphin , ce
genereux Prince luy fit donner
cinquante Louis pour acheter
un cheval . On con
noift
par là que lors que l'ef
GALANT. 157
3
prit eft joint à la profeffion
des armes , on en fait mieux
fes affaires.
A MONSEIGNEUR
P
RONDE A U.
Our un cheval quinze ans font
bien pefants ,
Le mien les porte , & maintes lon
gues dents ,
D'où je conclus non fans quelque
apparence ,.
Qne mon cheval doit avoir pris
3 naiffance ,
L'an qu'à Senef on occit tant de
gens.
Donc à ce compte il n'avoit que
`quatre ans
154 MERCURE
Lors qu'on prit Gand au pays des
Flamansi
C'est à peu prés l'age d'adolefcence
Pour un cheval.
Par ce calcul qu'est- ce que jeprétens
?
GRAND PRINCE , Helas ! vous
voyez oùje tensw
Or vous fupplic avec tres-humble
inftance,
A Chevalier ayantpeu de finance ,
Faire donner credit chez les Marchands
Pour un cheval.
L'amour femble fait pour
les Bergers ; ils ont tout le
temps qu'il faut pour s'en
laifler occuper
entierement ,
& les Vers qui fuivent nous
GALANT KS
font voir que leur douce o
fiveté leur donne ordinairement
un heureux commerce
avec les Mules . Ils font de ce
caractere aifé qui eft fi propre
à la Bergerie
.
A L'AIMABLE IRIS.
Vi
Ous avez à ce qu'on m'a
dit ,
Depuis peu , belle Iris , un Troupean
fort petit.
Si vous voulez choisir un Berger bien
fidelle
[ Qui garde vas Moutons
en vous
gardantfa foy ,
Et que chaque Brebis foit toûjours.
blanche & belle ,
156 MERCURE
Iris , ne prenez point d'autre Berger
que moy.
$
Vous verrez vos tendres Agneaux,
Bondiffans fur herbette au bord des
clairs ruiffeaux
De vos Moutons bien- toft j'augmenteray
le nombre;
Je feauray les garder des Loups les
plus méchanss
A
Quelquefois au Soleil , & quelquefois
à l'ombre,
Enfin je fuis pour vous preft à courir
tes champs.
S
on coupera dans lafaifon ,
I
De vos heureux Moutons la fertile
toifon y
A mon retour chez- vous des prez &
de la plaine ,
Pour me recompenfer , mes plaifirs
·les plus doux
GALANT 157
Seront de vous en voir lesfoirs filer
la lainet
Chantant les tendres vers quej'auray
faits pour vous.
S
Ne me traitez point mal , Iris,
Ayez au moins pitié de vos cheres
advice Brebis,
Car lors qu'une Maiftreffe eft cruelle
& Superbe ,
Les chagrins du Berger deviennent
& dangereux Hor and
Elle voit fes Moutons bien- toft lan
guir fur l'herbe ,.
Pendant que fon Berger eft trifte &
malheureux.
-1
au
,
* On eut nouvelles au mois
d'Octobre dernier que le
Prince Jules François , Duc
158 MERCURE
de Saxe Lawembourg, eftoit
mort en Boheme, où il poffedoit
de tres grands biens. Il
eftoit Fils du Duc Jules Henry
, & d'Anne - Madeleine
Poppel de Lobkowits , qu'il
avoit épousée en troifiémes
Nopces. Il eft mort dans fa
quarante - neuvième année ,
fans avoir laiffé que des Filtes
de fon mariage avec la
Princeffe Marie Hedwige ,
Palatine de Sultzbach . Il avoit
fuccedé en 1666. à François
Erdman fon-Frere , dans
le Duché de Saxe- Lawembourg
Lawembourg eft Ville
·
GALANT. 159
& Duché de l'Empire dans
la Baffe - Saxe à fept lieuës
de Hambourg, & à cinq de
Lubec. Ce Prince eftant extremement
riche.fa fucceffion
cauſe de grands mouvemens.
Il s'agit de quatre millions de
revenu chaque année , &
comme il y a grande apparence
que les Pretendans noublieront
rien de ce qui pourra
foutenir leur droit , on a
lieu de croire que cette affaire
ne fe décidera que par la
force. Il n'y en a point eu
depuis longtemps qui ait fait
tant de bruit en Allemagne,
160 MERCURE
Ceux qui ont le principal intereft
à cette fucceffion , font
de Duc d'Anhalt , & l'Electeur
de Saxe. L'Empereur
pretend que tant que la con-
.teftationedurera , les biens
doivent eftre mis en fequeftre
entre les mains . Cela feroit
dangereux , puis qu'il en
pourroit gratifier dans la
fuite quelque Prince de Neubourg
, fous pretexte que la
-Branche de Saxe Lawembourg
eft éteinte . L'Electeur
de Saxe n'y pretend point en
qualité d'Heritier , mais feu
Jergent en confequence d'un
"
GALANT. IGI
Traité de fucceffion mutuelle
, fait en 1671. entre le
Prince Jules François , dernier
Duc de Saxe Lawembourg
, & luy. C'eft en vertu
de ce droit qu'il a envoyé
prendre poffeffion de Lawembourg,
& des Prefectures
de Trevenhaus , Franshagen ,
Schwartzenbech d'Arterndorf,
& de fes autres biens
dans le voifinage de Hambourg.
La Maifon d'Anhalt
qui s'y oppofe , & qui eft fou
tenuë par l'Electeur de Brandebourg
, foûtient que le
Traité de 1671. doit cftre re
Decembre 1689. O
162 MERCURE
puté nul , non feulement
parce qu'il ne fçauroit avoir
efté fait au préjudice du Duc
d'Anhalt , Heritier legitime ,
& que du vivant des Parties
il n'a point efté ratifié par
Sa Majefte Imperiale , mais
encore parce que pour le
faire valoir , il auroit fallu
que chaque Partie euſt donné
quelque chofe . Le Duc de
Saxe Lawembourg donnoit
à la verité mais l'Electeur
de Saxe ne donnoit rien ,
puis qu'il demeure conftant
qu'en 1624. les Electeurs de
Brandebourg & de Saxe , &
د
C
GALANT. 163
ر ا ج ن
le Landgrave de Heffe ont
fait un pareil Traité de fucceffion
mutuelle , que l'Empereur
a ratifié , ce qui a mis
I'Electeur de Saxe hors d'eftat
de difpofer une feconde fois
de fon bien. Quant au Duc
d'Anhalt , voicy fon droit
d'heritier . Bernard , Electeur
de Saxe , eut deux Fils ; fçavoir
Albert II. qui fir la tige
des Ducs de Saxe Lawembourg,
& Henry, qui a formé
la branche des Ducs d'Anhalt
. La Pofterité d'Albere
II. dans les Ducs de Saxe
Lawembourg , a joüy de l'Ejouy
O ij
164 MERCURE
lectorat jufqu'en 1422. qu'-
Albert IV. du nom mourur
fans avoir eu d'Enfans mafles.
Sigifmond qui tenoit alors
F'Empire cherchant à re
compenfer les grands fervices
de Frederic , Marquis de Mifnie
,furnommé le Belliqueux ,
luy donna l'Electorat.Eric
Duc de Saxe
Lawembourg y
pretendoit ; mais il fut concraint
de fe contenter de la
baffe Saxe , & la haute demeura
, ainſi que l'Electorat,
à la Maifon de Mifnic , qui
y pretendoit , comme def
cendue de Witikind , Chef
V.
GALANT 169
{
des Saxons dans le temps de
Charlemagne . C'eſt de Frederic
le Belliqueux que viennent
les Electeurs de Saxe
d'aprefent , qui ne font point
Parens des Ducs de Saxe La
wembourg. La Branche d'Albert
II . depoffedée en 14226
de l'Electorat de: Saxe ne
laiſſa pas de jouïr duDomaine
de Saxe- Lawembourg , & elle
l'a poffedé jufqu'à la more
de Jules François dont je
vous parle. Les Ducs d'An
halt defcendent directement
d'Henry , Cadet d'Albert II .
qui a fait la tige des Ducs de
166 MERCURE
Saxe Lawembourg . ,
& la
Branche
Aifnée
eftant
éteinte
, c'eſt à la Caderte
à heriter
de fes biens . Anhalt
eft
une Principauté
d'Allemagne
dans
la Haute
-Saxe
, avec une
petite
Ville
de ce nom. Joachim
Erneſt
, Prince
d'Anhalt,
eftant
mort
en 1986. laiffa
feize Enfans
. Les Fils partagerent
la Principauté
en quatre
parties
égales
, & en -
rent depuis
une cinquième
pour un des Cadets
qui voulut
fe marier
. L'Ainé
a la direction
des affaires
& fe trouve
aux Dietes
, Les cinq BranGALANT.
167
ches de cette Maifon , font
Deffau , Bernbourg , Plofgo ,
Zerbs & Koten .
i
On ne parle icy que d'argent
depuis quinze jours. Le
rehauffement des Monnoyes,
qui eft venu tout à coup ,
caufé un profit confiderable à
plufieurs Particuliers , & cè
qui fait admirer la bonté du
Roy , c'est qu'il s'eft fait
dans un temps, où Sa Majeſté
auroit pû faire Elle feule une
grande partie de ce gain , en
differant feulement de quel
ques mois le rehauffement
dont je vous parle . A peine
168 MERCURE
commençoit on a porter de
L'argent aux nouvelles Ren
tes. On n'avoit ouvert que
depuis
fort
t peu de jours la
Recepte
de celles qu'on ap
pelle viageres
, & on n'avoit
pas encore
receu tout l'argent
des augmentations
de gages .
Cependant
le Roy voulant
que tous les Sujets partageaffent
avec luy le gain, que devoit
caufer l'augmentation
des Efpeces
, n'a point atten
du que ces divers fonds
fuffent
remplis
& par fa Décla
ration
du dixiéme
de ce mois ,
il a ordonné
que les Louis
d'or
GALANT. 169
?
d'or & les Piftoles d'Espagne
auroient cours à l'avenir dans
tout le Royaume pour onze
livres douze fols , les écus
d'or pour fix livres , & les écus
blancs pour foixante & deux
fols ; la moitié de chaque efpece,
ainfi que le quart, à proportion
. De fortes raifons ont
donné lieu à cetre augmentation.
Quelque
foin qu'cuſt
pris Sa Majefté pour introduire
dans le Royaume
l'abondance
des matieres d'or
& d'argent , ce qui avoit
heureufement
reuffi par l'application
& par la protection
Decembre
1689.
P
170 MERCURE
qu'Elle avoit donnée au commerce
de fes Sujets , l'Eſtat
& les Particuliers n'en avoient
pas tiré autant d'avan
tage que l'on devoit s'en promettre.
Une partie de ces preticufes
matieres avoit efté
confumée en ornemens d'ar
genterie fuperflus, & ce qui en
avoit efté converty en efpeces
dans les Hôtels des Mon
noyes , s'eftoit diffipé en partie
par la fonte qu'onen avoir
faite dans le Royaume , & par
le tranſport aux Pays étrangers,
au préjudice des anciennes
Ordonnances. La caufe .
GALANT 171
de cet abus ayant efté recherchée
, on a reconnu que l'or
dre & la police touchant le
titre, le poids & l'évaluation
des Monnoyes n'eftant pas
auffi exactement obfervez
dans les Eftats voifins , que
dans le Royaume , le gain qui
Le pouvoir faire par la converfion
des efpeces fabriquées
aux Coins & Armes du Roy ,
donnoit lieu au tranſport
qu'on en faifoit dans les Pays
étrangers , & que la remife
que Sa Majefté avoit faite de
fon droit de Seigneuriage fur
les Efpeces en faveur de fes
Pij
172 MERCURE
Sujets , rendant le prix des
matieres prefque égal à celuy
des Efpeces , les Orfévres &
aurres Ouvriers travaillant en
or & en argent , trouvoient
un profit confiderable à fondre
les Efpeces pour les employer
à des Ouvrages , dont
le luxe augmentoit de jour
en jour. Les moyens ayant
efté cherchez de donner aux
Efpeces d'or & d'argent mar
quées aux Coins & Armes du
Roy , l'avantage & la preference
qu'elles doivent avoir
fur les matieres hors d'oeuvre
pour en empeſcher la fonte ,
"
GALANT 173
on n'en a point trouvé de
plus convenable que d'en
angmenter l'évaluation , efelon
que je viens de vous le
marquer , ce qui fera caufe
qu'on n'en fera plus aucun
tranfport dans les Pays étrangers
. Cependant il est défendu
tres expreffement , tant
aux Sujets de Sa Majeſté qu'à
tous Etrangers , d'enlever aucunes
efpeces ny matieres
d'or & d'argent du Royaume,
& à tous Affineurs , Orfévres
, Jouailliers , & autres
Ouvriers travaillant en or &
en argent de fondre ou dif-
Piij
174 MERCURE
former aucunes efpeces de
Monnoyes pour employer à
leurs Ouvrages . Quanc aux
Efpeces legeres , Piftoles d'Efpagne
& écus d'or , il eft auffi
défendu de les expofer dans
le commerce , & on fera obligé
de les porter aux Hoftels
des Monnoyes , pour y eftre
converties en Efpeces du titre
& poids portez par les
Edits & Declations de Sa
Majefté , où la valeur en fera
payée fuivant le Tarifarrété
en la Cour des Monnoyes ,
le 2. de May 1671. ce qui fera
executé de la mefme forte , à
·
GALANT. 175
l'égard des Elpeces d'ar
gent.
Vous jugez bien, Madame,
que le Roy n'a pû reconnoiftre
le luxe prejudiciable qui
s'eftoit gliffe dans les Etats ,
fans y vouloir apporter les
remedes neceffaires . Comme
on fait toujours avec plaifir
ce que l'on voit que le Souverain
pratique , il n'en a
point trouvé de plus efficace
que de fe donner
fe donner pour exemple
à fes Sujets . Ainfi ce
fage Monarque a bien voulu
faire fondre l'Argenterie , qui
fervoit d'ornement à fes Pa-
Piiij
176 MERCURE
1
lais. Ce n'eft pas que quelque
nombreuſe qu'elle foit , il cuft
befoin de la fomme qu'elle
doit produite. On les peut
Onslesp
connoistre par les grandes
Affaires qu'il fait tous les
jours , & aufquelles fes Sujets
contribuent avec autant
d'empreffement que de joye
Il l'a donc fait fans qu'aucune
neceffité l'y portaft , mais
feulementafin que chacun fe
faiſant un plaifir de l'imiter,
donnaft à l'utilité , & à
l'augmentation du commerce
, ce qui ne luy rapportoits
aucun avantage du cofté de
a
GALANT 17
Pintereft . C'est une chofe étonnante
que la richeffe du
Roy en ornemens d'argenterie
, en quoy peut -eftre beaucoup
de Particuliersavoient égalé
plufieurs Souverains.Cela
ne fe voir qu'en France . Ainfi
ny les autres Princes ny leurs
Sujets , ne fuivront l'exemple
de ce Monarque , & s'ils en
parlent , ce ne pourra eſtre
que par chagrin de n'en pouvoir
faire autant . La Declaration
qui a efté donnée à
Verfailles fur cet article le
14. de ce mois , eft route judicieufe
, & ne fçauroit ap
178 MERCURE
porter
que du bien & de la
gloire
à la France . Elle porte
que pour reprimer
le luxe
des Particuliers
, qui fans
avoir égard à la bien-feance
& à leur condition
, fe font
donné
la licence
, non feulement
d'avoir
en abondance
toute forte de Vaiffelle
d'argent
d'un poids exceffif
, &
mefme embarraffant
pour
le
fervice
ordinaire
des tables ,
mais encore
de faire faire
toutes
fortes
de meubles
&
uftencilles
d'argent
inutiles
,
& pour empefcher
le tort que
ces Particuliers
le font à euxGALANT
179
mefmes par des profufions
qui épuifent leur patrimoine,
& le préjudice que le Public
fouffre par la diffipation des
Efpeces neceffaires pour le
maintien du commerce , fa
Majefté défend à tous Orfévres
& autres Ouvriers travaillant
en or & en argent dans
toute l'étendue de fon Royaume
, de fabriquer › expofer
ou vendre aucune Vaiffelle
ou aucun autre Ouvrage d'or,
excedant le poids d'une once,
à la referve des Croix des
Archevefques & Evefques
Abbez & Abbeffes , des Che186
MERCURE
valiers de fes Ordres , & de
ceux de S. Jean de Jerufalem
& de S. Lazare . La mefme
défenfe s'étend pour l'argent
, fur tous les baluftres ,
bois de chaife , cabinets , ta
bles , bureaux , gueridons
miroirs , brafiers , cheners ,
grilles,garnitures de feu & de
cheminées
, chandeliers
à
branche torcheres
, girandoles
, bras , plaques , caffolettes,
corbeilles
, paniers , quaiffes,
d'orangers
pots à fleurs ,
urnes , vafes , quarrez de toilette
, pelotes , buires , feaux ,
cuvettes , carafons , mar
GALANT. 181
mites , tourtieres tourtieres , cafferolles
de quelque poids que ce
puiffe eftre , & tous autres
Ouvrages de pareille qualité
d'argent , ou aufquels il y aura
de l'argent appliqué , avec
ordre à toutes perfonnes , de
quelque qualité qu'elles
foient , qui ont chez eux des
Ouvrages de cette nature ,
de les porter aux Hostels des
Monnoyes , à commencer.du
premier Janvier prochain , &
pendant tout le cours du
mefme mois , pour eftre convertis
en efpeces , & leur en
cftre payé la valeur , à raiſon
182 MERCURE
de vingt-neuf livres dix fols
pour chaque marc de vaiffelle
plate , & de vingt neuf livres
pour chaque marc de vaiffelle
montée marquée du poinçon
de Paris ; & à l'égard de celle
qui n'en fera point marquée ,
elle fera fondue , & on en
payera le prix fuivant l'eſſay ,
à proportion de celuy que
je viens de vous marquer
.
Ceux qui ont des boëtes ,
étuis , & autres petits Ou
vrages d'or les pourront
garder. Il eft enjoint au Lieutenant
General de Police dé
Paris , & aux Juges à qui la
>
GALANT. 1834
Police appartient dans les
autres Villes du Royaume ,
de fe tranſporter aprés le der- {
nier jour de Janvier prochain,
chez tous les Particuliers , de
quelque condition « qu'ils
foient , qu'ils apprendront
par les dénonciations qui leur
feront faites , avoir chez eux
des Ouvrages défendus , de
les y prendre , enlever
confifquer. Il eft auffi défendu
à tous Orfévres , Joüailliers
, & autres Ouvriers travaillant
en or & en argenty
de vendre & débiter aucun
Ouvrage d'argent , d'or , ou
&
184 MERCURE
«
de vermeil doré , fi ce n'eft
pour les Ciboires , Calices &
Soleils , comme auffi de do
rer ou argenter aucuns Ouvrages
de bronze , de cuivre ,
de fer , de bois , ou d'autres
matieres de la qualité de ceux
d'Orfévrerie défendus , fi ce
n'eft pour l'ufage de l'Eglife.
Voicy ce que l'on permet
pour la vaiffelle d'argent.
Les Baffins feront ſeulement
de douze marcs , les plats de
huit chacun , les affiettes de
vingt - quatre marcs la dou
zaine ; les Soucoupes de cinq
marcs , les éguieres de fept
B
GALANT 185
v marcs les flambeaux de
quatre marcs ; les fucriers de
trois marcsa les flacons ou
bouteilles de huit marcs , &
les falieres , poivriers , & autres
menuës vaiffelles pour
Pufage des tables , de deux
mares. Les peines font rudes,
contre ceux qui contreviendront
à cette Ordonnance,
Ces deux Declarations ont
efté fuivies d'un Edit du Roy,
pour la fabrication de nouvelles
Efpeces d'or & d'argent,
& la reformation de celles
qui ont cours prefentement ,
& qui ne l'auront que jufqu'à
Decembre 1689. Q
186 MERCURE
la fin du mois d'Avril prochain
, aprés quoy les Efpeees
qui n'auront pas efté portées
à l'Hoftel de la Monnoye
, vaudront feulement ,
fçavoir les Louis d'or & piftoles
d'Efpagne onze livres
cinq fols , les écus d'or , cinq
livres feize fols fix deniers, &
& les Ecus blancs foixante
fols . Comme ce qui reviendra
au Roy de cette fabrication
de nouvelles Efpeces
n'apportera aucun préjudice
aux Particuliers perfonne
n'aura fujet de fe plaindre.
Aprés avoir fait trouver à
7
GALANT 187
tous les Sujets un profit con
fiderable fur le rehauffement
des Monnoyes,dont ce Prince
n'a tiré que les avantages d'un
particulier , il eftoit bien ju
ite qu'il y gagnast comme
Roy. Ainfi Sa à
Jelté acru
propos d'augmenter d'un dixiéme
l'évaluation des Monnoyes
. Elle ofte par là toute
efperance de gain à ceux qui
auroient pu encore entreprendre
de les tranfporter, &
c'eft d'ailleurs un moyen treslegitime
& tres - innocent
pour tirer une partie du fecours
dont Elle a befoin dans
Qii
188 MERCURE
la conjoncture
où font les
affaires pour foutenir less
frais de la guerre , & fournir
à l'entretien
des Armées de
terre & de mer , aux fortifi
cations des Places , & à toutes
les dépenses neceffaires
pour maintenir
la dignité
& la grandeur de l'Eſtar . Il
eft donc porté par cet Edir,
qu'on fabriquera
inceffamment
des Louis d'or de nouvelle
efpece , qui vaudront
douze livres dix fols , les doubles
& les demy Louis à pro
portion , & des Louis blancs
qui vaudront foixante & fix
fols . On eft obligé de porter
GALANT 189
à l'Hoſtel de la Monnoye
toutes les elpeces qui ont
cours prefentement , & elles
feront receuës juſques au
dernier d'Avril , fçavoir , les
Louis d'or & les piſtolesd'Elpagne
pour onze livres douze
fols, les écus d'or pour fix
livres , & les Ecus blancs pour
trois livres deux fols . Les
pieces de trois fols fix deniers
demeureront toujours fur le
mefme pied ; & les Louis de
cinq fols fe mettent dés à
prefent pour cinq fols fix deniers.
4.
+
L'amour est une paffion f
190 MERCURE
bizarre , qu'il ne faut pas
s'étonner des évenemens extraordinaires
qu'elle caufe ,
Celuy dont je vais vous faire
part , eſt un des plus furprenans
qui foient jamais arrivez
. Une jeune Veuve, ayant
affez d'agrément , & l'efpris
tourné d'une maniere à faire
plaifir dans tout ce qu'elle
difoit , recevoir des vifites.
affez affidues d'un Cavalier ,
dont elle avoit entrepris de
toucher le coeur. Il eftoit ri
che , & d'une naiffance fort
confiderable . L'envie qu'elle
eur de réuffir dans cette conGALANT
IÇI
quefte , l'obligea devoir pour
luy des complaifances qui
luy auroient découvert dans
quels tendres fentimens elle
fe trouvoit pour luy , s'il fe
fuft fenti quelque difpofition
à profiter de l'avantage de les
avoir infpirez ; mais n'allant
chez elle que pour le plaifir
d'une agreable converſation,
il n'avoit point d'yeux pour
les avances qui luy estoient
faites , & la feule honnefteté
avoit part à tout ce qu'elle
prenoit pour des foins d'amour.
S'ils n'eftoient pas auffi
empreffez qu'elle cuft fouhaité
192 MERCURE
qu'ils fuffent , elle fe perfuadoit
que leCavalier cherchoit
à la bien connoiftre avant
que de s'expliquer , & elle ne
doutoit point que le temps
ne vinft à bout de mettre
les chofes dans l'eftat où
elle tâchoit de les amener.
Heftoit vif dans fes paffions,
& diverfes avantures avoient
fait dire de luy qu'il ne fçavoit
ny aimer ny hair moderément.
Comme il ne faifoit
paroistre d'attachement
pour perfonne , & qu'il avoic
avec elle beaucoup plus de
liaifon qu'avec aucune autre
Femme,
GALANT. 193
"
Femme , elle refolut de laiffer
agir fes charmes , & crut dan
gereux de luy marquer plus
ouvertement à quel point il
luy plaifoit, avant qu'une plus
longue habitude l'euſt engagé
affez fortement , pour ne
luy pas donner lieu de craindre
qu'il fuft en pouvoir de
luy échaper. Elle feroit demeurée
long temps dans l'erreur
où elle estoit , fi un incident
fort impreveu ne l'euft
détrompée. Une jeune Demoifelle
, dont la Mere eftoit
de fes intimes Amies , luy
rendit vifite un jour que le
·Decembre 1689. R
194 MERCURE
1.
Cavalier eftoit avec elle . Cer.
te Mere qui vouloir avoir un
Gendre l'ayant promife à
un Gentilhomme qui ne
manquoit ny de bien ny de
merite, voyoit avec déplaifir
que par une antipatie dont
fa Fille ne luy donnoit aucune
raiſon , elle s'oppoſaſt à
fes volontez ; & comme elle
fouhaitoit que rien ne paruft
forcé dans ce mariage , elle
avoit prié la jeune Veuve
d'employer tous fes efforts
pour luy ofter cerro repugnance.
Dans cette veuë, elle
l'envoyoit fort fouvent chez
Η
SIGALANT. 195
elle , & la Belle y venoit toujours
accompagnée d'une Suivante
, qui ne vla perdoic jamais
de veuë, & que la Veuve
avoit donnée à la Merc . Le
Cavalier das regarda attentiwement.
Il trouva dans fes
manieres, auffi - bien que dans
fes traits , tout ce qui peut
rendre une Fille aimable , &
aprés une converfation de
plus d'une heure , où elle ne
fit pas moins paroiftre d'efprit
que de modeltie , il la laiffa
feule avec la Dame , à qui elle
venoit demander de tâcher
au moins d'obtenir de fa
7
Rij
196 MERCURE
Mere un temps raifonnable
pour ſe difpofer à luy obeir.
Le Cavalier la vit encore trois
ou quatre fois chez la jeune
Veuve & comme il eftoit
inftruit de la violence qu'on
lny vouloit faire , il s'intereffa
dans fon malheur , ne trou
vant point une injuſtice plus
grande que d'ofter aux Filles.
la liberté de choifit felon
leur gouft , quand il s'agiffoit
d'un établiſſement pour
toute la vie. Il arriva que
dans une de ces vifites , plu
fieurs perfonnes eftant furvenuës
pour parler avec la Da
GALANT 197
me fur quelque intereft parti
culier , il entretint fort long
temps la Belle fans avoir perfonne
dont ils fuffent écou
tez . Si l'antipatie l'éloignoir
du Gentilhomme un fort
panchant qui ne pouvoit avoir
d'autre caufe que l'Etoile ,
luy faifoit trouver tant d'agrément
dans le Cavalier
qu'elle ne pur fe deffendre
de luy faire voir affez d'eftime
pour l'autorifer à une
declaration ferieufe .
qu'elle la traitaft d'inutile
par l'engagement qu'avoit
pris fa Mere , elle ne fut pas
Bien
R iij
198 MERCURE
1
fachée de l'entendre & lors
qu'il l'eut priée de luy dire
s'il trouveroit fon coeur favorable
, en faïfant agir pour
l'emporter fur l'Amant qu'on
vouloit qu'elle époufaſt , elle
ne luy cacha point , que
quand il n'auroit befoin que
de fon confentement , elle
luy feroit connoiſtre avec
plaifir qu'il ne le devroir
qu'à fon inclination . Il la
pria avant que de la quitter ,
de vouloir bien continuer à
fe laiffer voir chez la jeune
Veuve afin qu'ils concer
taffent enſemble avec quelGALANT
199
1
1
que forte de loifir ce qu'il
falloit faire pour venir à bout
de leur deffein. L'amour fe
fortifia dans ces entreveues ,
& comme il
le cacher fur rout à une
perfonne jaloufe & intereffee,
la Dame qui s'en apperceut
prefque auffi tolt , en parla
au Cavalier . Il ne ft point
de façon de luy avouer ce
qu'il fentoit pour la Belle ,
& fans prendre garde à un
d'émotion qui parut fur
fon vifage , il la conjura de
le fervir auprés de la Mere
fur qui il fçavoit qu'elle avoit
il eft mal aifé de
peu
Riiij
200 MERCURE
quelque pouvoir . La jeune
Veuve qui eftoits adroite , fe
contraignit le mieux qu'elle
put , pour luy répondre de
tout le fecours qu'il pouvoir
attendre d'elle , fort refolue
neanmoins de tirer les avantages
de la confidence qui
luy eftoit faite , & la Demoiſelle
cftant entrée dans
le mefme temps , elle eut le
chagrin d'apprendre par ellemefme
qu'elle n'eftoit pas
indifferente à l'amour du
Cavalier. Elle leur promit à
l'un & à l'autre qu'elle parleroir
puis qu'ils le vouloient
GALANT 201
& ajoûta que connoiffant
l'efprit de la Mere , qui avoit
donné fa parole au Gentilhomme
, pour qui elle avoit
de grands pégards , elle apprehendoit
d'avoir le mal
heur d'agir inutilement . L'amour
eft fujet à fe flater . Ils
fe repoferent de tout leur
bon heur fur elle , & la dé-.
claration dont ils la chargeoient
eftant neceffaire , ils
jugerent à
pas differer. La Dame alla
voir da Mere dés le lendemain
, & luy expliqua les
pretentions du Cavalier qui
propos
2
de ne la
202 MERCURE
attendoit la réponſe. Comme
elle la vit fort éloignée de les
approuver , elle luy demanda
un ontier fecret fur la confi
dence qu'elle alloit luy faire,
& luy dit enfuire qu'eftant
autant fon Amie qu'elle l'étoit
, elle fe croyoit obligée de
luy apprendre qu'elle s'eftoir
apperceuë que la Fille qui a
voit parlé au Cavalier plu
fieurs fois chez elle n'eftoit
pas fachée qu'il luy en consaft,&
qu'elle craignoit que le
trop d'estime qu'elle avoit
pour luy , ne contribuaft à la
refiftance qu'elle apportoit à
GALANT 203
fon mariage ; qu'à la verité
le Cavalier eftoit un fort honnefte
shommes , mais qu'il y
avoit beaucoup à dire du côté
de la fortune ; qu'il aimoit
d'ailleurs violemment y mais
qu'il avoit le fecret de fe dé
faire d'une paffion avec au
tant de facilité qu'il la pre
noir , & qu'elle pouvoit pro
fiter de cet avis fans la com
mettre. La Mere l'ayant priée
de remercier le Cavalier, par
la le foir à fa Fille , à qui fans
entrer dans nul détail , elle
défendit d'aller encore chezla
jeune Veuve. Cette défenſe
4
204 MERCURE
fut fenfible aux deux Amans,
mais comme l'amour s'augmente
par les obftacles
Deuren
ils
l'un & l'autre que
des fentimens plus vifs . Le
Cavalier brulant d'envie de
fçavoir ce que la Belle avoit
refolu , s'informa de l'heure où
elle avoit
accouftumé le matin
de fe trouver à l'Eglife, &
comme elle n'y étoit ordinairement
accompagnée que de
la
Suivante, il profita de quelques
momens pour recevoir
d'elle les plus fortes affûrances
qui pouvoient flater fapaffion.
La Suivante qui eftoit route à
GALANT. 205
la jeune Veuve , alla l'avertir
de ce commerce , & la Mere
en ayant efté inftruite, trouva
qu'il eftoit de la prudence de
diffimuler , de peur d'aigrir
trop l'efprit de fa Fille . Ainfi
elle n'employa que le pretexte
de la bienfeance ,› pour l'empefcher
de fortir fans elle . Ce
nouveau malheur rompit toutes
leurs me fures.La voye des
Lettres eftant la feule reffource
qu'ils pouvoient encore
avoir , le Cavalier s'en fervit;
en donnant à la Suivante une
lettre pleine desplus forts fermens
, que rien ne feroit ça206
MERCURE
pable d'affoiblir fa paffion
Elle la rendit à la Maiſtreffe,
qui bien qu'elle en cüft beaucoup
de joye , ne laiffa pas de
fe trouver fort embarafféc
pour luy répondre. Sa Mere
qui s'eftoit imaginé que l'écriture
eftoit dangereuse pour
les Filles, n'avoit point voulu
luy donner de Maiſtre. Ainfi
les caracteres qu'elle s'eftoir
appliquée à former par ellemefme
, outre qu'elle avoit
une ortographe des plus vitienfes
, faifoient un effet fi
defagreable aux yeux , qu'il
luy fachoit de faire connoiftre
GALANT 207
ce défaut au Cavalier . Cependant
l'amour la força d'écrire
, & quand elle cut achevé
fa lettre , elle la fit copier
par la Suivante , dont le caractere
eftoit fort lifible. Elle
fut portée au. Cavalier . qui
on receuty encore quelques
unes , mais s'il fut content
des premieres Lettres , ce fut
un bonheur qui ne dura pas
long - temps. La Suivante ayant
rendu compte à la jeune
Veuve du nouveau commerce
qu'ils avoient enfemble , luy
donna lieu d'imaginer un
moyen pour les brouiller à
208 MERCURE
jamais . Elle obligea la Suis
vante dont l'écriture paffoit
pour celle de la Demoiselle ,
d'écrire au Cavalier une Lettre
fort honnefte, par laquelle
elle luy mandoit que les perfecutions
qu'elle fouffroit de
fa Mere , & qui augmentoient
de jour en jour , luy faifoient
voir la neceffité de luy obeir,
fi elle vouloit goufter un peu
de repos ; qu'ainfielle le prioit
de vouloit toûjours luy cons
ferver fon eftime , & d'étoufer
un amour qui ne pou
voit qu'avoir des fuites facheufes
pour l'un & pour
GALANT. 209
El'autre . Le Cavalier ne manqua
pas d'écrire auffi toft les
chofes les plus touchantes
pour la détourner de fon def
fein . Elles ne furent veuës
que de la Veuve , qui obligea
la Suivante à continuer d'écrire
toujours au nom de la
Belle , qu'il eftoit jufte qu'elle
travaillaft à fon bonheur , &
qu'il n'avoit
raifon de luy
pas
demander de la fermere , puis
qu'il luy eftoit impoffible de
fe difpenfer de donner fon
confentement au mariage
qu'avoit arrefté fa Mere . Cela
ne finit que par une Lettre
Decembre 1689 . S
210 MERCURE
u'on luy
renvoya toute caqu
chetée , en l'affeurant
qu'on
roit de la
mefme forte
en uferoit
pour
s
les autres
, s'il
sobftinoit
encore
à écrire
..
Le
Cavalier
qui
eftoit
veritablement
touché
de
la Belle
,
ne
put
fouffrir
ce
mépris
qu'avec
un
chagrin
extraordinaire
. La Veuve
tâchoit
de
de l'en
confoler
,
tandis
que
la Belle
fe
trouvoit
de
fon
coſté
dans
un
eſtar
déplorable
. Elle
luy
avoit
encore
écrit
deux
ou
trois
Lettres
fort
obligeantes
. La Suivante
qui
fe gardoit
bien
de
les
porter
,
GALANT 211
lay venoit dire qu'il luy avoie
répondu de bouche , qu'il la
prioit de ne plus fonger à luy,
& qu'il n'eftoit point d'hu
meur à fe piquer de conftan-
Ju
TESLOD
2
ce , quand on luy
oftoit
qu'au plaifir de la veuë. Ce
procde la piqua jufques au
vif. Elle voulut pourtant
luy parler , & pria la Veuve
d'obtenir de lay un ren
dez--vous qu'elle trouve
roit moyen de fe dérober
pour venir chez elle, & qu'el
le feroit contente quand elle
luy auroit fait tous les repro
ches que meritoit l'engage-
Sij
212 MERCURE
*
ment inutile où il l'avoit mife
. La Veuve luy die peu de
jours aprés , que le Cavalier
avoit refufé le rendez- vous ,
& qu'il luy avoit juré que s'it
la voyoir venir tandis qu'il
feroit chez elle , ils romproient
enſemble pour ne renouer
jamais . La Belle entra
dans des mouvemens de des
fefpoir, qu'il eft impoffible de
comprendre. Elle traita tous
les hommes d'Infidelles , &
le dépit la rendant alors capable
de rout , elle refolut d'époufer
le Gentilhomme. La
Mere faifit cette heureufe ocGALANT
213
cafion de dégager la parole ,
& le mariage fe fit en fort peu
de jours. Son Mary la mena
prefque auffitoft paffer quel
que temps à une Terre , où
elle ne fut pas fachée d'aller.
La folitude convenoit affez
à fes chagrins , & elle y eftoit
plus en liberté de s'abandonner
à la refverie . Quoy que
le Cavalier fuft perfuadé de
fon inconftance , il ne pou
voit bannir de fon coeur les
impreffions trop fortes qu'el
le y avoit faites . Il s'en entre
tenoit quelquefois avec la
Veuve , qui le railloit de l'a214
MERCURE
veugle attachement dont il
avoit peine à fe défaire , &
ceffant enfin de luy en parler
pour ne rien entendre là - def
fus qui le bleffaft , il ne laif
foit pas de garder toûjours
l'idée flatcufe , dont il eftoir
poffedé. Il y avoit déja trois
ou quatre mois que ce mariage
s'eftoit fait , quand cftant en
eré un jour chez une Dame
de fes Amics , il fut étonné
d'y trouver la Belle .Elle eftoir
venue à Paris pour peu de
jours , & devoit s'en retourner
prefque auffi toft. Is fe trai
serent d'abord avec beaucoup
1
GALANT. 215
de froideur , & comme ils
avoient tous deux fujet de fe
plaindre , ils faifoient connoiftre
par leurs regards , que
le filence où les obligeoit la
Compagnie , les tenoit dans
un eftat violent . Enfin l'entretien
s'eftant partagé de
forte , que le Cavalier pouvoit
parler à la Dame , il s'approcha
d'elle , & luy demanda
par où elle croyoit qu'il cuft
merité l'injufte conduite qu'
elle avoit tenue à fon égard.
La Dame luy dit d'un ton
affez trifte , qu'il devoit fe
contenter de l'avoir reduire à
216 MERCURE
fe marier en dépit d'elle , & à
fe voir peut-eftre malheureufe
toute la vie puis qu'une
union qui n'eftoit foutenue
que du devoir, ne fatisfaifoit
guere un coeur delicat , fans
vouloir encore rejetter fur
elle la plus indigne inconftance
, dont jamais un homme
cuft efté capable. Comme
chacun voulut fe juftifier ,
les Lettres d'indifference que
le Cavalier avoit receues jufqu'à
luy en avoir renvoyé une
fans la vouloir lire , & celles
où la Dame pretendoit qu'il
n'avoit pas daigné faire réponſe,
7
GALANT 217
ponfe , furent pour eux des
fujets d'étonnement qui commencerent
à leur faire ouvrir
les yeux fur la tromperie
qu'on leur avoit faite . L
Dame ayant avoué au Cavalier
qu'elle s'eftoit fervie de
la main de la Suivante dans
toutes les Lettres, luy protefta
qu'elle ne luy en avoit écrit
aucune que pour luy répondre
d'une éternelle conftance
s'il l'aimoit affez pour ne fe
rebuter pas . Le Cavalier offrit
de luy en monftrer de toutes
contraires , & la Dame du
logis qui eftoit une Amic
Decembre 1689. T
218 MERCURE
commune , ayant efté mife
du fecret pour cet éclairciffe
ment ils
11s promirent
•
de fe
rendre le lendemain dans le
mefme lieu. Le Cavalier
apporta
les Lettres dont la Dame
ne reconnut que les premieres.
Ainfi la fourberie fut aifement
découverte , quoy que
l'on ne pult avoir le témoignage
de la Suivante qui s'étoit
mariée depuis un mois
dans une petite Ville allez
éloignée . La Belle ne douta
point que tout leur malheur
ne vinft de la jeune Veuve ,
qui avoit donné cette SuivanGALANT
219
Pa
te à fa Mere , & le Cavalier
en demeura convaincu , lors
qu'elle l'eut affeuré que
yant priée de menager un
rendez-vous avec luy pour
fçavoir la caufe de fon changement
, elle eftoit venuë luy
dire qu'il ne vouloit jamais
ouir parler d'elle . Il feroit
bien malaifé de vous peindre
les emportemens du Cavalier
. Il jura qu'il fe vange
roit de la jeune Veuve d'une
maniere terrible, & la pria de
ne le pas priver du plaifir
que luy donnoit une veuë fi
agreable , dans le peu de
Tij
220 MERCURE
temps qu'elle feroit à Paris .
La Dame ne luy cacha point
que la certitude qu'elle avoit
defan innocence ayant reveillé
en elle des fentimens qu'ella
croyoit affoupis , elle fe
voyoit forcée de luy refufer
ce qu'il demandoit
, & quoy
qu'il puft dire, elle ne luy accordala
permiffion que d'une
feule vifite , dont leur Amie
auroit foin de luy apprendre
le jour lors qu'elle feroit prefte
a partir. Cependant le Cavalier
fit reflection
fur ce qui
Javoit pû l'engager à les mettre
mal enſemble , & il trouva
qu'un amour fecret qu'elle
GALANT. 121
avoit pour luy , en devois
eftre la caufe. C'eftoit l'home
me du monde qui fe poffedoir
le plus , & qui fçavoit mieux
diffimuler. Il alla chez elle ,
prit un air libre & fort en
joué , & luy ayant dit aprés
plufieurs difcours obligeans
qu'il commençoit
à s'apper
cevoir que fes fentimens pour
elle devenoient amour , il vis
que la declaration
luy faifoir
plaifir. Il luy parla ferieufe
ment , & n'eut pas de peine
à obtenir fon confentement
pour l'époufer. Le mariage
Le fit avec autant de fecret
Tij
222 MERCURE
que de promptitude , & il luy
fit trouver bon qu'aprés la
ceremonic ils monteroient en
carroffe pour aller à une maifon
de campagne qu'il avoit
à quatre lieues de Paris , ce
qui les delivreroit des importuns
complimens qu'il faut
effuyer dans une femblable
occafion. Ils s'y rendirent
dés qu'ils furent mariez , & le
Cavalier la mena d'abord dans
un appartement affez proprement
meublé.Il en fortit auffi
toft fousquelque pretexte , &
un peu aprés on apporta à la
Dame un billet de fa main
qui contenoit ces paroles.
GALANT 223
- Vous m'avezfait perdre par
vos artifices la feule perfonne
que je me fentois capable d'aimer
, & il ne feroit pas juste
que vous menaffiez une vie heureufe
lors que vous m'avez rendu
le plus malheureux de tous
les hommes. La prifon où je vous
Laiffe n'eft pas fort defagreable.
Vivez yfans moy , qui ne vous
verray jamais.
Il me feroit inutile de vous
expliquer le defefpoir de cette
nouvelle Mariée , qui comprit
par ce Billet la vangeance
que le Cavalier avoir voulu
tirer d'elle . Il revint à Paris
Tiiij
224 MERCURE
le mefme jour , & répondit
fur fon mariage d'une ma
niere à faire connoiſtre qu'on
le chagrinoit de luy en parler.
La Belle luy tine parole en
luy marquant un jour pour la
voir avant fon départ . Elle
apprit de luy de quelle façon
il l'avoit vangée , & condamna
ce qu'il avoit fait . Il
luy répondit que l'ayant per
duë , il avoit voulu fe mettre
én état de ne pouvoir prendre
d'engagement avec aucune
aútre & avoir en mefme
temps le plaifir de contenter
vangeance , en tourmentant fa
à fon gré fa plus mortelle enGALANT.
225
hemie ,La Dame avoua qu'elle
n'auroit pas efté fachée qu'il
cuft rompu avec elle ; mais
les chofes ayant tourné autres
ment , elle le confiia
de
derer que c'eftoit fa Femme ;
& qu'il ne feroit pas glorieux
pour luy qu'on publiaſt dans
le monde , qu'un intereft d'amour
inutile , l'euft porté
F'époufer feulement pour la
punit ; que pour elle , quoy
qu'elle cuft trop fuivy fon dé
pit en fe donnant à un homme
pour qui fon panchant
ne luy difoit rien , elle n'épargnoit
ny n'épargneroit ja
226 MERCURE
mais aucuns foins pour changer
fon coeur , afin de remplir
le moins imparfaitement
qu'elle pourroit , les obligations
de tendreffe où elle
s'étoit mife avec un Mary , &
qu'elle luy confeilloit de faire
la mefme chofe pour une perfonne
qu'il ne pouvoit rendre
malheureufe qu'en fe rendant
malheureux luy- mefme . Elle
cut beau parler , rien ne fut
capable d'ébranler fa haine, &
tout ce qu'il accorda , ce fut
que fi le lieu où il avoit mis fa
Femme ne luy plaifoit pas , il
luy permettroit de ſe retirer
GALANT. 227
dans un Convent, où il auroit
oin qu'elle ne manquaft de
rien . La Dame a pris ce party.
Elle eft dans une Maifon de
Religieufes de Province , &
comme elle y eft depuis plus
d'un an , fans que fes Amis
ayent encore pû rien gagner
fur l'efprit du Cavalierily
a grande apparence que le
temps de voir finir fa clôture
n'arrivera pas fi toft .
Je continue à vous envoyer
des Medailles , qui toutes enfemble
feront une fuite des
principales
actions de la
Vie du Roy. Le revers de
228 MER CURE
.
celle que je viens de faire
graver , contient la Ville de
Strasbourg,avec tous les Forts
quifont dans les Illes des environs
, & qui ferment la France
du cofté de l'Allemagne .
> Vous m'avez donné beaucoup
de joye en m'apprenant
que vos fentimens font conformes
à ce que je vous ay
dit du Livre qui contient
ce qu'il y a de plus merveil
Jeux & de plus particulier
dans la Vie de la Reine d'Angleterre
, Mere de Jacques
II. à prefent regnant . Elle eft
remplie de tant d'évenemens
GALANT.
extra 229
qu'en
rant la vertu & la patience
de cette Reine veritablement
Chreftienne , dans les cruelles
traverſes qu'elle a effuyées,
on a le plaifir d'apprendre
les - refforts cachez , qui ont
fait refoudre le Parricide exe
crable , commis par des Sujets
revoltez en la perfonne
du Roy Charles I. fon Epoux,
Le regne de Cromwel fous
le nom de Protecteur de la
Republique d'Angleterre , &
le
rétabliſſement du Roy
Charles II. fon Fils , font des
endroits où font attachées
230 MERCURE
des circonftances qui n'avoient
point encore efté
fecues ; de forte que ce Livre
a dequoy fatisfaire également
, & ceux qui aiment
les pratiques de picté , qui
frappent toûjours bien plus
vivement dans une grande
Princeffe que
perfonne , & ceux qui cher
chent les motifs fccrets des
mouvemens
A
Pot
dans une autre
remarquables
qui ont fait bruit dans toute
la terre.
Je vous envoye un autre
Livre , intitulé Reflexions Morales
, pour les perfonnes engaGALANT.
231
gées dane les Affaires , qui venlent
vivre chreftiennement . C'eſt
un Ouvrage d'un caractere
tres fingulier , qui inftruit les
Intendans des grandes Mai
fons & les Procureurs de la
maniere dont ils fe doivent
conduire pour remplir chretiennement
les devoirs ou
+
•
les engage leur profeffion.
Tay lieu de vous dire que cet
Ouvrage eft tres fingulier
dans fon efpece , puis que
les Cafuiftes ne fçachant pas
le détail de la pratique , ne
peuvent diriger feurement la
confcience de ceux qui ont
232 MERCURE
des emplois de cette nature.
Ils le peuvent d'autant moins
que les Praticiens en fe confellant
ne s'accufent pas de
ce détail , qui eft neanmoins
dangereux pour l'ame , & qui
enferme fouvent plufieurs
caufes d'une reftitution indifpenfable.
D'ailleurs les Pra
ticiens n'eftant pas Cafuiftes,
me s'avifent point de regler
leur Meftier par les principes
de la Theologie . L'Auteur
qui a déja donné au Public
plufieurs Ouvrages connus ,
croit celuy- cy tres- utile , f
on le lit attentivement , fans
GALANT 233
prevention , & avec l'indiffe
rence qu'il faut avoir pour fe
laiffer perfuader de la verités
Il dit en beaucoup d'endroits
de fon Livre , qu'il connoift
des Avocats , des Procureurs
& des Intendans fort honneftes
gens , qui s'acquitene
de leur devoir chreftiennement
, & il n'attaque que la
friponnerie en elle - mefme ,
fans avoir en veuë quinquet
ce foit. Ainfi perfonne n'a
lieu de fe plaindre . On fçaic
qu'il y a de l'abus parmy quelques-
uns de ceux qui exer
cent les differentes profef
Decembre 1689. V
234 MERCURE
fions qui font dans le monde,
On le dit , on le public , &
cela ne bleffe perſonne . C'eſt
ce que l'on fait icy , & feulement
pour Futilité publique.
Il fe peut faire mefme
que plufieurs manquent par
pure ignorance , ayant dans
le fond de la probiré , &
ceux qui pechent ainfi , faute
d'avoir de feures lumieres ,
feront bien aifes qu'on ait
přis foin de les éclairer . Au
refte , on peut dire que ce
Livre convient à toutes forres
de gens ; aux Plaideurs
pour le garantir d'eftre fur-
-
GALANT 235
pour
af
pris , aux Perfonnes de qua .
lité fe
défendre contre
le manege de leurs Intendans
s'ils font de mauvaife
foy , & aux Confeffeurs mef
pour les faire entrer
mes
dans un détail , qui ne leur
laiffe rien ignorer de ce que
pratiquent leurs Penitens. On
parle des Avocats , mais comme
ce font la plupart gens
de merite , & de beaucoup
de fcience ; l'Auteur ne pretend
pas les inftruire , comme
il le dit dans fa Preface ;
mais feulement leur faire faire
quelque reflexion für leur
Fleur
V
11
236 MERCURE
conduite , afin que connoiffant
la verité , ils puiffent
Ja fuivre , fi par hazard ils
s'en eftoient éloignez . Les
Notaires & les Secretaires des
Rapporteurs ont auffi leur
chapitre dans ce Livre , &
s'ils cherchent à vivre en
Chreftiens , la lecteure ne
leur en fera pas inutile . Il fe
vend , auffi - bien que la Vie
de la Reine d'Angleterre ,
chez le S Guerout , Gallerie
neuve du Palais.
Le S Coignard, Imprimeur
ordinaire du Roy & de l'AcademieFrançoife,
debite depuis
GALANT. 237
r
425
peu de temps un Livre affez
curieux , qui fe trouve auffi
chez'le S Guerout. C'eft la
Relation d'unVoyage
fait à la
Mer du Sud en 1684. & années
fuivantes
, par M Raveneau
de Luffan avec les Flibuftiets
de l'Amerique
, Le Pays & les
Peuples dont il y eft parlé,
eftoient à peine de noftre
connoiffance
. On n'en fça-
Voit guere que le nom , & on
n'avoit pas encore efté inf .
truit de leurs moeurs . Ces
lieux font peuplez , riches ,
abondans
& agreables . Les
Efpagnols qui en occupent la
238 MERCURE
meilleure partie , y ont fait
divers établiffemens , & bafti
des Villes en grand nombre ;
mais ils
ils ne fe piquent point
d'une fort grande bravoure ,
puis que deux ou trois cens
hommes, parmy lefquels s'eft
trouvé l'Auteur , ont efté
capables de répandre la terreur
dans des Provinces entieres.
Il y a mille autres
chofes dans ce Livre qui femblent
paffer toute créance ;
on fçait neanmoins qu'elles
font tres- vrayes , parce
qu'elles ont efté confirmées
par beaucoup de gens , & que
GALANT 239
l'Auteur a des certificats de
perfonnes dignes de foy , qui
empefchent d'en douter. Il
eft affez furprenant qu'un
homme de vingt- cinq ans ait
achevé de ſi grands voyages.
Son âge fi peu avancé , & ce
qu'il y a de prodigieux dans
fon Journal , ont fait fouhaiter
de le voir à pluſieurs perfonnes
de la premiere qualité
, & il leur a parlé fi jufte
& avec tant de netteté fur
fon voyage , que fon entretien
a achevé de faire croire
ce qu'il rapporte dans fon
Livre. Je ne vous dis point
240 MERCURE
qu'il entend parfaitement la
Marine , puis qu'on ne lai
peut apprendre mieux que
dans ces voyages de long
cours.
སྐ
Le Public eft obligé aux
foins du S Thomas Amaure
ry , Libraire à Lyon , qui
avec de tres - grands frais ,
nous vient de donner tous
les Ouvrages du celebre Ettmulerus
. Philofophe & Me
decin , en deux gros Volumes
in folio. Ils ont eſté mis dans
Pordre où ils commencent
prefentement à paroiftre par
le travail & la vigilance de
Mi
GALANT. 241
M Chauvin , Docteur en
Medecine , aggregé au College
de Lyon . Ettmulerus
eftoit un celebre Profeffeur
dans l'Univrfité de Lipfic
& il a traité la Medecine
dans toutes fes parties , avec
une profonde erudition . Il
n'ignoroit rien des autres
ſciences , & il ne faut pas
3
s'étonner fi avec un genie
univerfel , il s'étoit acquis
l'eftime de tous les Sçavans .
Les témoignages glorieux
qu'ils donnent de luy au
commencement du premier
Decembre 1689. X
242 MERCURE
Volume , nous font connoiftre
dans quelle haute reputation
il eftoit . Sa mort
arrivée en 1683. avant qu'il
euft mis la derniere main à
la pluſpart des doctes Traitez
que l'on a de luy , a cfté une
grande perte. Il n'eftoit en-
Core que
dans fa quarantiéme
année. Les deux Volumes
qui contiennent toutes fes
Oeuvres , fe trouvent chez
le S Guerout , Libraire au
Palais , & chez plufieurs autres
Libraires de la rue Saint
Jacques
. boun
Nous avons perdu plufieurs
GALANT 243
En
perfonnes, confiderables de
J'un & de l'autre Sexe , mortes
depuis peu de temps. E
voicy les noms.
Meffire Pierre Bourgoüin
,
Seigneur de la Grange, Bafte
lier , &autres lieux , & Maître
des Comptes à Paris . Il eft
mort le mois paffé âgé de
quatre vingt ans , & a laiffé
fa Famille tres- bien établie.
M' Bourgoüin , fon Fils , eft
Confeiller au Parlement .
Dame Marie le Mairat. Sa
mort funefte eft connue de
tout le monde . Elle a efté
X ij
244 MERCURE
Drou
trouvée affaffinée dans for
lit. C'est un détail où je n'entre
point. Elle eftoit Fille de
Jean le Mairat , S de
Confeiller au grand Confeil ,
d'une Famille de Champagnes
dont il y a eu plufieurs Confeillers
dans les Compagnies
Superieures , & avoit époufé
en premieres noces en l'année
1636. René de Savonnieres ,
Seigneur de Linieres , Confeiller
en la deuxième Cham
bre des Enquestes du Parlement
de Paris , & en fecondes
noces , François Mazel , SurGALANT
245
intendant des Maifons & Fi
nances de la feuë Reine. Elle
a eu plufieurs Enfans de fon
premier mariage fçavoir
René de Savonnieres , Seigneur
de Linieres , Confeiller
au Parlement de Mers ,
puis receu le 12. Mars 1667.
Confeiller en la premiere
Chambre des Enquestes du
Parlement de Paris ; Michel
de Savonnieres de Linieres
receu en 1673. Tréforier dé
France à Paris ; un autre Michel
de Savonnieres , Major
dans le Regiment de Pied
X iij
246 MERCURE
mont , & un autre Fils , qui
eft mort cftant Capitaine
au mefme Regiment . Feu
René de Savonnieres , Confeiller
, premier Mary de
Marie le Mairat , avoit deux
Freres , dont l'ainé Henry
de Savonnieres , S ' de Linieres
, mourut fans alliance en
1621. en combattant en
Guienne pour le fervice du
feu Roy. Ils eftoient Fils de
Mathurin de Savonnieres ,
Seigneur de Linieres ,
Breuil & de la Sauverie , qui
fe fignala dans les Armées
du
GALANT. 247.
d'Henry
le Grand . Charles
de
Savonnieres
leur Ayeul mort
en 1562. eftoit Cadet
de l'ancienne
Maifon
de Savonnie
,
res en Anjou
.
>
10 903
Dame Elifabeth de Vallée ,
Elle eftoit Veuve de Jacques
Favier , Seigneur du Boulay
& Thierry Vicomte Heredital
de Nogent le Roy
Maistre des Requeſtes . Elle
laiffe deux Filles . L'Ainee eft
veuve de M le Comte de
Tillieres de la Maiſon de le
Veneur & la feconde a
époufé M Talon Ancien
X iiij
248 MERCURE
2
Avocat General au Parfe
ment de Paris.liq bilim
Meffire Nicolas & Pouller ,
Maistre des Comptes à Paris.
Il avoit efté Correcteur des
Comptes , & eftoit Fils de feu
My Pouller
Comptes.
Auditeur des
Dame Marche de Neufbourg.
Elle eftoir Femme de
MeffireRenouard de Villayer,
Doyen du Confeil . Il eſt de
l'Academie Françoiſe.pint
Dame Anne de Cuiffot.
Elle eftoit Veuve de Gilles de
Saint - Yon , St de Bois Audé ,
Maiftre des Eaux & Forefts à
GALANT . 249
Paris . Il y a eu de cette Famille
plufieurs Officiers dans
les Cours Superieures , entre
autres Made Saint Yon ,
Maiftre des Requeftes &
auparavant Lieutenant Gene .
rål des Eaux & Forefts à Paris ,
qui a mis au jour un Livre
tres- curieux des Eaux & Forefts
, Chaffey Pefche , & c .
Dame Catherine Boucher..
Elle eftoit Femme de Pierre-
François Petitpied , Avocat
& Procureur du Roy au Bureau
des Freforiers de France
à Paris . MS Petitpied eft Fils
de feu M Petitpied celebre
250 MERCURE
Avocat au Parlement, Ses
deux Oncles font Meffire Nicolas
Petitpied , Docteur de
Sorbonne , Chanoine de Noftre-
Dame , & Confeiller au
Chaftelet de Paris , & M Petitpied
, Secretaire du Roy,
cy.devant Greffier de la feconde
Chambre des Reque
ftes du Palais.
Dame Renée Hameau . Elle
eftoit Veuve de Louis Berrier
S de la Ferriere , Secretaire.
du Confeil & des Commandemens
de la feue Reine. M
Hameau , Curé de S. Paul , &
Confeiller en laGrand ChamGALANT.
25T
- bre du Parlement , eft fon
Frere . Cette Femme laiffe entre
autres Enfans M ' Berrier ,
S de la Ferriere , Maistre des
Requeſtes , qui a épouſé la
petite - Fille de Mole Premier
Prefident de Novion ; M
Berrier , Confeiller au Parlement
de Paris , puis Secretaire
du Confeil , qui a é
poufé la Fille de M' Arnol- '
let de Loche. Fontaine , Prefident
en la Cour des Mon
1
noyes
, M Berrier Cha
noine de Noftre Dame , &
Madame la Comtelle des Ma
fets.
252 MERCURE
Emery Bigot. Ileftoit d'une
fort bonne Famille deRouen ,
& Fils d'un Confeiller de la
Cour des Aides . Sa grande
capacité luy faifoit avoir
commerce avec tout ce qu'il
ya de Sçavans , & il le faifoit
chez luy fort fouvent des
Conferences fur toutes fortes
de matieres de belles Lettres.
Il avoit une fort grande
Bibliotheque , compofée des
Livres les plus recherchez , &
on peut dire qu'elle eftoit
parfaite du cofté de l'Hif
toire. Il eft mort le 18. de ce
mois , âgé d'environ foixante
& quatre ans .
GALANT 253
* On a eu auffi nouvelles de
la mort de Mr Soirot , arrivée
depuis trois ſemaines . Il eftoit
Grand- Maitre des Eaux &
Foreſts de Bourgogne & de
Breffe , & s'eftoit acquis une
eftime generale. M de la
Monnoye de Dijon , dont la
reputation voùs eft fi connuë,
a fait les Vers que vous allez
lire , pour luy fervir d'Epi-
5
taphe.
Y gift Soyrot. Paffant , ce mot
J'veut dire,
Un homme enſemble & genereux &
doux , [ écrite,
Quifceut bien vivre , agir , parler,
254 MERCURE
Fut bon Amy , bon Pere, bon Epoux,
Vecut loué , chery , goufte de tous
Hors en un point , mais dont nul
ANDA ne s'étonne. Mob sat
C'eft que la fin qui les oeuvres couronne
,
L'a tout à coup fait voir bien different
;
Luy qui jamais ne chagrina per-
Waltre fonne ,
A chagriné tout le monde en mourant.
Mrders . Vrain , Fils de Mr
le Vaffeur , Confeiller en la
Grand Chambre du Parlement
de Paris , a efté receu
Prefident en la Cour des Aides
, le 24. du mois paffé.
Je viens a un article plus
GALANT. 255
agreable. M. le Marquis de
la Faycte a époufé Mademoifelle
de Marillac. Le merite
des Mariez ne peut eftre contefté.
M. de la Fayette a déja
fait voir par diverſes marques
de bravoure qu'il eft digne
du fang dont il fort , & qu'il
marche avec gloire fur les
pas du Maréchal dela Fayette
Ton Ayeul . La vivacité de fon
elprit fait connoiftre ce qu'il
doit à une Mere qui en a infiniment
, & qui joint enfem
ble toutes les qualitez qu'ofi
peut fouhaiter dans les He
Toines . Mademoiſelle de Ma
256 MERCURE
rillac eft jeune , belle & bienfaite.
Elle eft d'une Maiſon
fameuſe par la probité , par
fa fidélité envers fes Maiftres,
& par une integrité dans les
grands emplois qui rendront
à jamais le nom de SaroChampigny
, celebre . Nos hiftoires
en font pleines , & il me
feroit inutile de m'étendre
davantage là - deffus ; mais je
ne puis m'empefcher de vous
dire , que fi vous connoiffiez
Madame de Marillac
ne pourricz vous défendre
de l'admirer & de l'aimer.
Coux qui ont foneftime, doi-
VOUS
GALANT. 257
un
vent s'affeurer qu'ils n'ont pas
un mediocre avantage . Les
emplois publics ont fair
fair ac
querir tant de gloire à M. de
Marillac , que dire fon nom
c'eft dire tout. Il n'y en a
Sa
paru a
point où il n'ait
vec une grande diftinction .
Quand il a efté Avocat Ge
neral au Grand Confeil ,
quelle éloquence
n'a t'il
point fait paroiftre , & avec
quelle fageffe donnoit - il fes
Conclufions
qui avoient accoûtumé
d'eftre receues comme
des Oracles Toutes les
Parties, des Affaires defquelles
Decembre 1689. Y
258 MERCURE
pour
*
il eftoit chargé au Privé Con
feil , s'en tenoient toujours
heureuſes , & dans fes Intendances
, que n'a-t- il point fait
our fervir le Roy utilement,
& procurer le bien des Peuples,
& fur- tout pour la Con .
verfion des Pretendus Refor
mez , qu'il trouvoit moyen
de faire revenir à l'Eglife ,
fans qu'on ait veu de Relaps
parmy ceux qu'il s'eft appliqué
à faire inftruire. Il eft
Ordinaire du Confeil , & dans
cette Charge il imite fes Anceftres
qui ont efté tous à la
tefte du Confeil de nos Rois,
GALANT 259
Je ne vous dis rien de M. le
Garde des Sceaux de Maril
lac , ny de M. le Maréchal de
Marillac fon Frere . Leurs
noms qui feront toûjours re
commandables ne fcauroient
perir qu'avec les Siecles.
Je paffe à l'Edit du Roy,
portant creation de quatorze
cens mille livres de Rentes
Viageres fur l'Hoftel de Ville
de Paris , qui feront acquifes
fuivant les differons âges des
Contractans , avec accroiffement
de l'intereft de ceux qui
mourront , au profit des Survivans
. On parle de cette af-
Yij
260 MERCURE
faire depuis vinge - fept ans ,
fans que jufques à prefent on
ait trouvé les moyens de la
mettre au point où elle eft.
On ne doit pas en eftre furpris.
L'Inventeur de la Navigation
clota d'aborda deux
planches , dont il fe fervit
aller fur les eaux , & de
pour T
*
3
ces deux planches font venus
les plus grands Navires que
nous voyons aujourd'huy
mais il a fallu des ficcles pour
les mettre dans Feftat où ils
font prefentement, ce qui fait
connoiftre que l'on a befoin
de temps pour perfectionner
GALANT 261
tout ce qui eſt extraordinaire.
Il en eft de mefme des grandes
baffaires ; elles ne fe confomment,
quelques juftes mefures
que l'on ait pu prendre,
qu'aprés de grandes reffes
xions & de longs raiſonnemens.
Dés l'année 1652. feu
M Tontypropola la creation
de ces Rentes Viageres fous
le nom de Tontine. On travailla
beaucoup à cette creation ,
mais tous les foins que l'on
prit , nala pârent mettre en
eftat d'eftre executée . L'inte
reft du Roy ne s'y rencon
troit point, & l'on n'y trou-
The
262 MERCURE
voit pas la feureté des deniers
du Peuple , de forte que cette
grande affaire , dont le fon
dement ne laiffoit pas d'eftre
bon , & capable de produire
des effets avantageux , demeu
ra indécife. Enfin elle s'oublia
, & on crut inutile de
penfer que l'on puſt trouver
de nouveaux moyens de l'é,
rablir, Il y a quelque temps
que Mr du Perier la prefenta
d'une nouvelle maniere , &
quoy que ce fuft toujours fur
l'idée de M' Tonty , elle pa-
Jut avoir entierement cbangé
de face , & eftre beaucoup
GALANT
263
4
plus facile & plus avantageu
fe . Les Miniftres qui ont foin
des Finances du Roy l'ayant
goûtée , la mirent par leurs
fumieres en eftat de perfe
ction . On balançoit neang
moins encore à l'executer
lors que le bruit en ayant
couru parmy le Peuple , il
fouhaita de voir ces Rentes
creées , & le demanda avec
d'empreffement
, chacun
marquant l'ardeur qu'il avoit
d'en acquerir , qu'on refolut
d'en faire ouvrir la Recepte.
Only court en foule , & cela
ne doit point furprendre ,
tant
264 MERCURE
puis quiil eſt impoſſible de
placer jamais de l'argent d'une
maniere plus avantageufe.
Il eft hors de doute , ou que
l'on ne vivra pas longtemps,
ou que l'on fera une fortune
confiderable, Les Morts n'ons
befoin de rien, & le fond qui
fera perdu par leur mortpour
leurs heritiers , eft d'une trespetite
importance , au lieu
que ces mefmes heritiers peuvent
efperer beaucoup de
l'amas que ceux dont ils doi
yent heriter pourront faire,
s'ils vivent quelques années
les derniers de leur Claffe.
Enfin
+
GALANT 265
Enfin l'on peut
dire que chaque
Claffe qui s'amortira
pourra faire la fouche d'une
groffe Famille , fi celuy qui
reftera le dernier peut vivre
une année , ou mefme fix
mois feulement aprés tous
deux de la Claffe. Ce qu'il y
a de fort avantageux dans ces
rentes à fond perdu dont
ceux qui les poffederont
pourront voir toute leur vie
augmenter chaque mois le
revenu , c'eft qu'elles ne fe
ront fujettes à aucunes faifies,
meſme pour les deniers & af- ›
faires du Roy , & que les
Decembre 1689. Ꮓ
266 MERCURE
moins accommodez
ayant
par là occafion de faire profiter
des fommes legeres qui
leur demeureroient
inutiles,
jouiront d'un plus grand revenu
par la part de ceux de
leur Claffe qui mourront , laquelle
accroiftra pour cux , à
mefute qu'ils avanceront
en
âge , & que leur forcé & leur
induftrie pour faire de nouveaux
gains diminueront.
Ainfi Sa Majesté a ordonné
que par lesCommiffaites
qu'il
luy plaira députer, il fera vendu
& aliené à Miles Prevoft
des Marchands & Echevins dei
GALANT 269
Paris , la
fomme de
quatorze
cens
mille
livres
actuelles
&
effectives de
rentes
viageres ,
à prendre
fur tous les deniers
provenans
de fes droits
d'Aides
&
Gabelles & des cinq
groffes
Fermes , qu'Elle a deu
clarez
fpecialement & par
privilege
affectez & hipote
quez
au payement
& continuation
defdites
rentes ,
meſme
par
preference
à la
partie de fon
Tréfor
Royal
voulant
que les
conftitutions
en foient
faites à ceux de fes !
Sujets
qui les voudront
acquerir
, pour en jouir par
Zij
268 MERCURE
eux leur vie durant comme
alc
de leur propre chofe , vray &
loyal acqueft , fans que lef
dites rentes puiffent eftre reduites
ny retranchées , fous
quelque pretextes que ce
puiffe eftre. Les Notaires devant
qui on paffera les Contrats
de ces rentes viageres
feront pris au choix des Acquereurs
, aufquels ils les délivreront
gratuitement , parce
qu'il leur fera pourveu par Sa
Majefté d'un falaire raiſon
onable . O
supaloob angyle
Quelques- uns des Acquereurs
de ces rentes venant à
GALANT. 269
‚ མ་
mourir , les interefts de cas
mefmes rentes éteintes en
leurs perfonnes rappartien
dront aux furvivans de la
mefme Claffe par droit d'agcroiffement
& feront diftribuez
entre eux d'année
en année au fol la livre , fans
que lesdites rentes puiffent
eftre cenfées éteinres au profit
du Roy par la mort des
Acquereurs , finon aprés l'cxtinction
de chacune des Claffes
en forte que le dernier
vivant de chaque Claffe , recueille
feul l'intereft de tous
les Capitaux qui compofe
Z iij ..
a
4270 MERCURE
ront ladite Claffe , laquelte
ne fera cenfée éteinte au profitida
Roy & des Rois fes
fucceffeurs , qu'aprés le decés
du dernier Rentiert
left permis à toutes fortes
deperfonnes indiftinctement,
de quelque âge , fexe , qualité
ou condition qu'elles
puiffent eftre , pourveu qu'elles
demeurent actuellement
dans le Royaume , de prendre
& lever ces fortes de
rentes. Les Enfans & autres.
qui entreront en Religion &
feront leurs voeux , dans quelque
Ordre que ce foit , conGALANT
271
ferveront par forme de Pent
fions alimentaires ples rentes
de cette nature , qui auront
eſté conſtituées à leur profic
avant leur profeffions Cha
› cun devant entre affſocié aveé
des perfonnes à peu prés de
fon âge , ce qui établira un
ordre plus naturel parmy les
Rentiers, il eft ordonné qu'ils
feront diftribuez en quatorze
Claffes , la premiere des Enfans
jufqu'à l'âge de cinq
ans accomplis la feconde de
cinq ans jufques à dix la
troifiéme de dix jufqu'à
quinze , & ainfi en augmen-
>
Z
iiij
272 MERCURE
tant toûjours de cinq ans
en forte que la quatorziéme
& derniere Claffe , fera spour
ceux qui auront foixante &
cinq ans accomplis , jufques
à foizante & dix , & au def
fus, na 2100321 1lovs.y 100Q
Chacun de ceux qui vous
dront prendre de ces rentes ,
fera obligé de rapporter fon
Extrait Baptiftaire en bonne
forme , & deuement legalife,
ou autre Acte équipolent ,
pour cftre compris dansǝda
Claffe où il doir eftre rangés
fuivant cet Extrait , lequel
aprés l'entiere confection des
GALANT 273
quatorze Claffes fera depofés
entre les mains du Sindic
Oneraire de la Claffen donn
fera le Rentier, pour eftre par
luy enregistré au Regiftre de
ladito Claffe & confervé
pour y avoir recours en cas
de befoin. Dans le Contrat
que l'on paffera au profit d'un
Rentier , il fera fait mention
de fon nom & âge , fuivant
l'Extrait Baptiftaire des fa
qualité du lieu de fa naiffance
, & du domicile qu'il
aura élus; & en cas de changement
de domicile , le Rentier
, ou fes Pere & Mere ou
274 MERCURE
Tuteur ,feront tenus d'en don
nér avis au Sindic Onéraire de
la Claffe , qui en fera mention
fur fon Regiftre. Chaque
conftitution fera de trois cens
livres de capital , & ne pourra
eftre de plus groffes fommes;
mais il fera permis à chaque
Rentier de prendre tel nombre
qu'il luy plaira de parties
de rente de trois cens livres
de capital chacune, pour tou
tes lefquelles on ne paffera
qu'un feul Contrats faifant
mention du nombre des Par
ties dont il fera compofé , &
le Rentier fera payé des inGALANT.
275
Z
&
terefts de toutes ces parties
fur une feule quittance . Ce
pendant comme il ne feroit
pas jufte que les Enfans ,
autres perfonnes d'un âge robufte
, qui felon le cours de
nature doivent plus longtemps
jouir de ces rentes , en
tiraffent un intereft auffi fort
que ceux qui feront d'un âge
plus avancé , les Rentiers des
deux premieres Claffes jufqu'à
l'âge de dix ans accomplis
ne recevront
les interefts de
leur capital de cent écus que
fur le pied du denier vingt ,
ce qui fera quinzelivres
. Ceux
276 MERCURE
de la troifiéme & quatriéme
Claffe , de dix ans jufques à
vingt , auront l'intereft de
cent écus fur le pied du denier
dix- huit , c'est à dire ,
feize livres treize fols quatre
deniers ; ceux de la cinquiéme
& fixiéme de vingt à trente
ans , fur le pied du denier
feize , c'est à dire dix - huit
livres quinze fols ; ceux de la
feptiéme & huitiéme
trente à quarante ans , fur le
pied du denier quatorze , c'eft
à dire , vingt & une livres
huit fols fix deniers ; ceux de
la neuviéme & dixième , de
de
GALANT. 277
quarante à cinquante
ans, fur
le pied du denier douze, c'eft
dire Vingt
- cinq
livres
,
ceux de la onzième & douzième
de cinquante à ſoixante
ans, fur le pied du denier
dix , c'eft à dire , ttente
livres, & ceux de la treizième,
& quatorziéme, depuis foixante
jufqu'à foixante & dix
ans & au deffus , fur le pied
du denier huit , c'eft dire ,
trente- ſept livres dix fols .
Si quelqu'un de cesRentiers,
fur un faux certificat , ou par
unc fuppofition de nom , fc
faifoit comprendre dans une
278 MERCURE
3
Claſſe plus avancée en åge
que celle dont il doit eftre ,
les interefts de fa rente de
meureront confifquez au profit
des Rentiers de fa Claffe.
Il eſt neanmoins permis aux
Rentiers de fe faire mettres)
dans une Claffe plus jeune
que celle dont ils font effecti
vement. Le Bureau eft ouvert
au Trefor Royal du Roy pour
recevoir les deniers capitaux
des rentes, & il ne fera fermés.
que le premier jour de May
prochain , aprés lequel temps
on procedera à la confection
des Liftes de chaque Claffe.
GALANT 279
d
Si- toft qu'elles feront faites
& que les Commiffaires nommez
par le Roy auront fixé
le fond pour le payement des
interefts , Mole Prevoft des
Marchands de Paris choifira
dans chaque Claffe , trente
des plus qualifiez des Ren
riers , qui s'affembleront en
l'Hoftel de Ville au jour qu'il
leur aura défigné , pour eftre
par eux en fa prefence , procedé
au choix de deux Sini
dics pour chaque Claffe , l'un
Honoraire & l'autre Oneraire ,
le dernier devant eftre choifi
entre les plus capables: d'agir
20 MERCURE
& de veiller aux interefts de
La Claffe. Et d'autant que les
Rentiers des cinq premiers
Claffes eftant mineurs ne le-
Font point capables , de proeeder
au choix des Sindics,
craz
pour prendre ſoin des interefts
de leur Claſſe , M le
Prevolt des Marchands pommera
trente des Peres ou Tuteurs
des Rentiers de ces cinq
premieres Claffes qui s'affembleront
en la maniere marquée
pour choisir ces deux
Sindics pour chacune de ces
cinq Claffes , jufqu'à ce que
les Rentiers de chacune ayent
GALANT. 281
de
atteint l'âge de majorité,pour
pouvoir par eux mefmes pren
dre la direction des affaires
leurs Claffes , & proceder au
choix des Sindics. La fonction
de Sindic Oneraire de
chaque Claffe , fera de tenir
un Registre exact , qui contiendra
le nom , âge , qualité,
lieu de la naiffance & du domicile
de chaque Rentier , la
copic de fon Extrait Baptis
faire on Acte éqnipolent , la
quicance
ca-
U
payement d
pital de fa rente, & la datte de
fon Contrat , & il fera men,
tion fur fon Regiſtre du chan
Decembre 1689. A a
282 MERCURE
gement de domicile
des Rentiers
, s'il arrive qu'ils en changent,
& des payemens
qui fe
ront faits. Les Sindics , tant
Honoraires
qu'Oneraires
pourront
affifter aux paye
mens qui feront faits en
Hoftel de Ville à Bureau
ouvert aux Rentiers , dont ils
recevront
les plaintes pouren
faire raport en leur aſſemblée
,
& y pourvoir, 1- 9,4 dunh
L'avis de la mort des Rentiers
fera donné aux Sindics
Oneraires
, qui en feront mention
fur leur Regiſtre
& en
donneront
part , tant au SinGALANT
283
dic Oneraire qu'au Payeur
des rentes de la Claffe du
Rentier decedé . Il fera permis
à tous les Kentiers , de pren
dre toutes fois & quantes que
bon leur ſemblera, infpection
des Regiftres de leur Claffe .
Les Sindics Oneraires auront
chacun quinze cens livres par
an pour falaire de leurs pei
nes , auquel falaire il fera
Pourveu par Sa Majeſtés & les
fond en feta fait conjointe
ment avec celuy dus Payeur
des Rentes de chaque Claffes
Ces rentes feront payées par
les quatorze plus anciens
Aavip:
284 MERCURE
Payeurs des Rentes de l'Hôtel
de Villabe& ale fond leur en
fera remis par lesh Fermiers
des Gabelles
cinq groffes
Fermes Aides & autres Les
Sindics Oneraires de chaque
Claffe controlleront ces Paye
mens , dont ils tiendront un
exact Registre qui fera reprefenté
au Jugement des
Compres des Paycurs , & afin
que ce Regiftrefalle foy ,
Lefdits Sindics prefteront ferment
entre les mains de M le
Prevolt des Marchands &
ne pourront recevoir aucune
chofe pourle contrôle, à peine
de concuffion.
GALANT 285
Les Bureaux des Payeurs
s'ouvriront dans les huit jours
du mois de Janvier de chaque
année pour le payement des
arrerages de l'année precedenteps
& demeureront ouverts
jufqu'à l'enrier payement Ide
tous les Rentiers , qui fe fera
fuivant l'ordre de la date de
leurs Contrats; & comme il
eft important qu'on ne puiffe
fous des noms fuppofez , furl
de fauffes quittances , ou fur
des quittances fignées par des
Rentiers avant leur déceds ,
recevoir le payement de ces
rentes au préjudice du droir
moulwonou sb
286 MERCURE
d'accroiffement acquis auxfurvivans
, il eft ordonné que
les arrerages de ces rentes ne
feront payez que fur des quit
tances expediées en parche
min timbre d'un timbre par
ticulier , qui changera d'année
en année , & marquera
celle pour laquelle, il aura
efté deſtiné , que ces quittan
ees feront paffées par devano
les Notaires commis pour
cela par l'un & l'autre Sin
dic , dans la Ville capitale de
chaque Genetalité , & dans le
Chef-lieu de chaqueElection;
aufquels Notaires les Sindics:
GALANT 287
Oneraires auront foin d'al
dreffer chaque année la quan
tité de parchemin timbré
dont ils auront befoin pour
Pexpedition des quittances ,
chacun dans fon reffort. Les
Notaires demeureront ref
ponfables de la verité de ces
quittances , au bas defquelles
le Juge Royal, ou autre Juge
ordinaire du lieu de la refi
dence du Notaire , atteftera
que le Rentier au nom du
quel ladite quittance aura
efté paffée , eft actuellement
en vie , & s'eft reprefenté par
devant lay ; que les Peres i
288 MERCURE
Meres ou Tuteurs des Ren
tiers des premieres Claffes qui
ne feront pas en âge de figner,
figneront pour eux les quittances
, lefquelles feront tou
tes vifées du Sindic Oneraire
de chaque Claffe , avant que
le Payeur puiffe faire le payement
de la tente ; & pour
l'expedition de chaque quittance
, on ne payera que deux
fols fix deniers au Notaire ,
& trois fols au Juge pous
l'attestation de vie du Rentier.
Les Liftesdes Claffes feront
imprimées d'année en année ,
&
GALANT. 289
& les Sindics & Payeurs marqueront
à la marge la more
des Rentiers à mesure qu'ils
en auront connoiffance, & les
heritiers des Rentiers morts
feront obligez de donner avis
de leur deceds au Sindic Oneraire
de leur Claffe , mefme
de luy en envoyer l'Extrait
mortuaire dans trois mois du
jour du deceds ; finon ils feront
privez du payement des
arrerages de l'année du deceds
, qui accroiſtront aux
furvivans de la mefme Claffe ,
& l'on aura foin d'adreffer
aux Curez des Paroiffes , dans
Decembre 1689. Bb
290 MERCURE
〃
lefquelles il y aura des Rentiers
domiciliez , des liftes
defdits Rentiers , diftinguez
par Generalité , afin que chacun
d'eux puiffe de fix mois
en fix mois donner avis
aux Sindics Oneraires des
Rentiers , decedez dans leur
Paroiffe.Ces liftes de Rentiers
feront renouvellées tous les
ans , & à la fin de la lifte de
chaque Claffe , il lera fait
mention du nombre des Ren .
tiers morts pendant l'année ,
& de la part qui fera accruë
à chacun des Rentiers furvivans
,afin qu'ils fçachent preGALANT
291
cifément la fomme dont ils
auront à donner quittance La
repartition des interefts des
Rentiers morts fe fera par les
Sindics & le Payeur de cha
que Claffe , & il fera fait
mention de cette repartition
dans les Regiftres que tiendront
les Sindics Oneraires,
afin que chacun des Rentiers
puiffe s'éclaircir de la verité
& de la jufteffe de ladite repartition
par l'infpection de
cos Regiftres. Chaque Rentier
qui changera le domicile
para luy élu lors de la
paffation du Contrat de
13
Bb ij
292 MERCURE
Rente , fera obligé trois mois
aprés d'en donner avis au
Sindic Oneraire de fa Claffe ,
& au Noraire , devant lequel
il avoir accoûtumé de paffer
Les quitances. Ceux qui entreprendront
des voyages de
long cours , ou s'abfenteront
pour plus d'un an du licu
de leur domicile , en donneront
auffi avis au mefme Sindic
, & ceux qui pendant
deux années n'auront point
receu les arrerages de leurs
rentes fans avoir denoncé
aux Sindícs de leurs Claffes,
ou le fujet
Açur abfence
GALANT. *
na
293
pour lequel ils n'auront
pu
les recevoir , feront privez
de ces arrerages
pendant les
années pour lefquelles ils auront
negligé de toucher ces
arrerages
, ou de donner avis
au Sindic de la raifon qui les
en a empefchez
. Ces arres
rages feront alors partagez
au fol la livre entre les autres
Rentiers de la mefme Claffe.
Si quelqu'un
par fuppofi
tion de nom , ou de fauffe
quittance
, s'ingeroit
à tecevoir
des arrerages fous le nom
d'un Rentier decedé , la volonté
du Roy cft qu'il foit
Bb iij
294 MERCURE
condamné à fix mille livres
d'amende ,
applicable un
& tiers au Dénonciateur
les deux autres tiers au profit
des Rentiers de la Claffe de
celuy fous le nom de qui
il aura receu, ou tenté de recevoir
lefdits arrerages , &
outre l'amende , il fera traité
comme fauffaire , fuivant la
rigueur des Ordonnances .
S'il arrive quelque conteftation
fur le payement des interefts
de ces rentes viageres ,
fur la forme ou validité des
quitances des Rentiers , ou
touchant quelque autre choGALANT
295
Is
fe concernant ces mefmes
Rentes , la connoiffance en
appartiendra à M les Prevoft
des Marchands & Echevins
de Paris en premiere
inftance , & par appelen
la Cour de Parlement de
Paris .
Je ne fçaurois mieux finir
ce que j'avois à vous dire de
cet Edit du Roy › que par
de tres- agreables Vers qui
courent là - deffus , de M le
Pays. Tout le monde en demande
des copies , & on n'en
doit pas eftre furpris , puis
que tout ce que l'on voit de
Bb iiij
296 MERCURE
luy a ce caractere aifé que
chacun cherche , & que peu
de gens
viennent à bout d'attraper.
SUR LA TONTINE.
Ex
Nfinje ne me plaindray plus
De l'Etoile qui me domine s
Il me reste encor cent écus
Que je vais mettre à la Tontine.
S
O la charmante invention !
Sans avoir du Dieu Mars effuyé les
orages ,
Sans avoirfatigué la Cour de mcs:
hommages ,
Jeferay fur l'Estat , & j'auray penfion.
23
GALANT 297
Voicy par où j'espere & comment
j'argumente
Si je visje fuis riche , & fi bien-
3d 1 toft je meurs ,
La pauvreté ny fes horreurs 134
Ne me caufent paint d'épouvante.
Or ma Planete bien-faifante
Promet à ma vie un long cours.
Ergo , j'auray fur mes vieuxjours
Quinze on vingt mille écus de
2
rente.
$
the
Quel plaifir quel bon heur
quelle profperitéE
THIS?
}
Se refervent à ma vieillesse :
Mais au milieu des biens je mour..
ray de trifteffe ,
şi mon Roy n'eft témoin de ma felicité.
298 MERCURE
Il n'y a rien que les Princes
Confederez n'ayent tenté
dans la derniere Diette qui
s'eft tenue chez les Suiffes ,
pour les engager à rompre en
leur faveur la Neutralité qu'-
ils ont arreftée dans les Dietres
precedentes , mais tous
leurs efforts font demeurez
inutiles ; & l'Envoyé du Prince
d'Orange n'a pas mieux
réuffi que les autres , quoy
qu'il ait paru avec plus d'éclat
. Loin qu'il ait pût obtenir
ce qu'il fouhaitoit , on a arrefté
dans cette Diette , que
les Ambaffadeurs qu'on avoit
&
GALANT. 299
en quelque façon refolu auparavant
d'envoyer à l'Empereur
, pour luy repreſenter
les raifons que les Suiffes avoient
de demeurer Neutres ,
ne partiroient point . On ne
peut qu'admirer leur fermeté
; elle merire toute forte de
louanges .
Vous avez l'établiffement
de la Maifon Royale de Saint
Louis , fait par le Roy à Saint
Cir . Je vous en ay parlé dans
une de mes Lettres , & vous
en ay donné la fondation .
Comme l'Abbaye de Saint
Denis vaquoit alors , Sa Ma300
MERCURE
jefté ,au lieu d'y nommer un
Abbé , attacha le revenu qu'
auroit eu celuy qui auroit efté
nommé à cette Abbaye de
S. Denis , à la Maifon de Saint
Cir , pour faire une partie du
fond qui doit fervir à Pentretenir.
Le Pape Innocent XI.
avoit trouvé la chofe fi jufte,
& les motifs fr avantageux à
la Nobleffe , & à la gloire de
Dieu , qu'il n'avoit fait aucune
difficulté d'y confentir,
Ce qu'il a écrit là deffus en
fait foy ; cependant il n'en
avoit point encore fait expe
dier les Bulles , les Brouille
GALANT. 301
ries arrivées depuis ce tempslà
ayant efté cauſe que rien
ne s'expedioit à Rome pour
la Cour de France. Le Pape
Alexandre VIII . vient de les
envoyer au Roy , avec les
éloges d'une Dame qui a tres,
grande part à cet établiffement,
& que fa modeftie
m'empefche de nommer. Il a
mefme envoyé ces Bulles gratis
, quoy qu'elles montent à
une fort grande fomme pour
Sa Sainteté , & à une autre
fort confiderable pour la Daterie.
M. l'Abbé d'Aquin ayant
302 MERCURE
cfté nommé Agent de l'Af
femblée du Clergé de France
qui fe doit tenir dans peu, &
cette place ne pouvant eftre
remplie que par un Preftre ,
on demanda une difpence de
quatorze mois au Pape pour
cet Abbé à qui ils manquent
pour parvenir à l'Ordre de
Preftrife. Sa Sainteté l'ayant
refufée, demanda enfuite des
nouvelles de la fanté du Roy,
& fi ce Prince avoit monté
à cheval depuis l'operation
qui luy a efté faite . On luy fit
connoiftre le bon eftat de la
fanté de ce Monarque , & on
GALANT. 203
༢༠ ;
3
Tuy dit qu'il n'avoit prefque
point difcontinué de monter
à cheval pour aller à la chaffe.
Sa Sainteté en témoigna beaucoup
de joye, & dit , que puis
que le Royfe portoit fi bien , il
accordoit au fils de fon Medecin
la difpence qu'on luy demandott
pour luy.
Les Efpagnols & les Allemans
qui ne gardent nulles
mefures , & qui ont accoû.
tumé d'en ufer violemment
contre ceux dont ils veulent
eftre ennemis , avoient refolu
contre toute forte de raifon
& de juftice , de faire enlever
204 MERCURE
Mr le Cardinal de Furftem
berg Cette Eminence en
ayant- efté avertie , vint par
terre de Rome à Genes en habit
de Chevalier de Malthe , &
elle eut la fermeté de s'y embarquer
avec Ml'Abbé Mɑrel
& deux Domeſtiques fur
un Vaiffeau Genois , du Capitaine
duquel elle ne croyoit
pas eftre connuë . M'de Furftemberg
s'aperceut dans la
route que ce Capitaine ne le
croyoit pas Chevalier de
Malthe , & fans témoigner ce
qu'il connoiffoit , il fit voir
une intrepidité qui auroit pû
•
GALANT 305
*
faire croire au Capitaine qu'il
fe trompoit , s'il n'avoit pas
parfaitement connu fon vifage
. Le calme furvint devant
Final , Place qui appartient
aux Espagnols , & le
Vaiffeau y fut arrefté pendant
fept heures. M' le Cardinalide
Furftemberg ne fit paroiftre
nulle inquietude , & le Capitaine
luy ayant demandé s'il
avoit peur , il répondit qu'il
n'avoit aucun fujet de craindre
, & que s'il avoit quelque
choſe à apprehender c'eftoit
pour l'Abbé qui l'accompagnoit,
parce qu'il eftoit Fran
Decembre 1689. Cc
306 MERCURE
çois Le Capitaine luy repartic
qu'on fe devoit croire en feupreté
fous fa conduite . Le vent
eftant enfuite devenu bon, le
Vaiffeau arriva fur les coftes
de Provence , & le Capitaine
fit voir à M de Furftemberg
lors qu'il débarqua, qu'il n'avoit
point douté de ce qu'il
eftoit . Ce Cardinal voulant
avoir le plaifir de le remercier
d'un procedé fi honnefte & fi
genereux , luy avoua qu'il' ne
s'eftoit point trompé. Tout
homme qui en ufe de cette
maniere-là,doit être bien content
de luy-mefme , puis que
les Intereffez qui auroient fouGALANT
307
haité qu'il en euft ufe d'une
autre forte , ne peuvent luy
refufer les applaudiffemens
qu'il merite. soulag
On rapporte une chofe fort
particuliere d'un Predicateur
du Roy d'Espagne qui en
a quarante , & tous de differ
rens Ordres . Un Cordelier
ayant à preſcher à son tour
devant ce Monarque
, parur
dans la Chaire avec fon bafton
à la main , & fon Breviaire
fous fon bras . Aprés qu'il
cut prononcé fon Texte , il
expliqua ce que fignifioit fon
équipage , & dit qu'ayant re-
Ccij
208 MERCURE
folu de parler dans toute la
la liberté que luy permettoit
fon Miniftere , il s'eftoit mis
en eftat d'aller en exil ou en
prifon où fon Breviaire le
confoleroit de fes foufrances
Il s'étendit enfuite fur les de.
fordres du Gouvernement
d'Espagne , d'une maniere
qui ne laiffoit pas douter des
perfonnes qu'il peignoit , &
marqua le peu de Religion du
Confeil de Sa Majefté Catho
lique , ce qui fe voyoit dans
la ligue faite avec les Proteftans
, afin d'appuyer un
Ufurpateur heretique , qui
GALANT. 309
détrônoit un Roy , fon Oncle
& fon Beaupere parce qu'il
eftoit Catholique . Hparla
avec beaucoup de force & de
vehemence , & n'oublia rien
fur tout de ce qui pouvoit
donner de l'horreur des fe
cours que la Cour de Madrid
prefte au Prince d'Orange . Il
acheva fon Sermon, fans avoir
eſté interrompu , & fon zela
ne luy attira ny l'exil ny la
prifon ...
La faifon rend les nouvelles
de guerre fteriles , && jjee ne
vous diray rien de Flandres
finon que nous avons fair
310 MERCURE
démolir Valcour , Sautour,
& Florange , & que le nou
veau Retranchement , dont
vous avez oüy parler fous le
nom de la Ligne , eft achevé.
Il a cinq licues de long , douze
pieds de large , & fix de
profondeur ; mais on le doit
élargir & plaquer au Prin
temps . Ses fortifications font
un Parapet derriere , fait du
cube des terres qu'on a tirées
des Redens & des Redoutes
de diftance en diſtance pour
flanquer ce foffé , avec des
Corps de garde pour les Soldats.
On a fortifié Epierre ,
20
GALANT. ZIK
1
ainfi que le Cimetiere de fon
Eglife, parce que ces endroitslà
eftoient trop aifez à attaquer.
L'Enigme du mois paffé
a efté expliquée fur la Porte,
qui en eft le veritable fens,
par M's l'Abbé de S. Cir
Jean Bertun : le Breton : Damblard
d'Aix : L. Boucher ,
ancien Curé de Nogent le
Roy : de Chevrigny : du Val ,
de S. Germain en Laye: Grou
fteau V. D. S. N. de Blois
de Longueil , Seigneur de
Beauvergé M.J. B. P. R. de
Poitiers : Baurin l'aifné :l'Ab
:
212 MERCURE
bé Monget d'Abbeville : Bal
tus , Vicaire de la Paroiffe de
S. Marcel de Mets : le Comte
de Rotillac , Inventeur du
Tabac ; C.Hutuge d'Orleans :
le Chevalier de Vilmont : le
Marquis de Tillet de la ruë
Serpente ; & fon infeparable
du Fauxbourg S. Germain ;
les trois plus heureux Gentilshommes
de la mefme ruë,
voifins de la fiere Blonde du
mefme lieu le fpirituel Apollon
du petit Hoftel de
Crequi : l'Ecolier de Menars :
le Fidelle de la petite Mignonne
de la rue S. Jacques
de
GALANT.
313
go
de la Boucherie : les deux
Amans fidelles L.B.G.D.D.G..
& le Chevalier de Covix de
Vannes: le Solitaire Abdenade
la rue de la Juifverie :
le Cadet Boeuf Provençal :
l'Amant de la fpirituelle capricieufe
du Guemené ; &
par Mefdemoiselles de Valancourt
Loüife Lucie de
Chaſtillon en Bazois : Diane
d'Alcleon : la Deeffe aimantée
: la Nimphe aux jours
filez de foye la petite charmante
, & fon ancien Favory :
la belle Chambon, & la grande
Caillette de l'Ifle.
:
:
Decembre 1689. Dd
314 MERCURE
Je vous envoye , à mon
ordinaire , und Enigme nouvelle
, dont vous ferez part à
vos Amies.
22255522-222255252
J
ENIGME.
E fuis deplus d'une matiere ,
Souvent de plus d'une couleur,
Et fais de plus d'une maniere
Reffentir le pouvoir de mon intearicur.
ricur.
S
On le redoute quelquefois ,
Mais plus fouvent encore on aime
ma puissance s
Cependant pour ma recompenfe
GALANT. 315
On fe
mocque de
moy pendanc plus
defix mois.
Je produis un Enfant hardy , fier &
fansfoy ,
Qui me devoreroit moy-mefme ,
Tant fon injuftice eft extrême ,
S'ilpouvoit fe faifir de moy.
Voicy un fecond Air nouveau
, dont vous ne ferez pas
moins fatisfaité , que du premier
que vous avez trouvé
au commencement de cette
Lettre.
Ddij
316 MERCURE
AIR NOUVEAU.
I c'est tonfort de n'aimer qu'elle,
Ceur malheureux , n'aime pas
tant.
Tu deviens tous les jours plus tendre
& plus conftant ,
Et ton Iris devient tous les jours
plus cruelle.
Quelque foin que je prenne
d'avertir , qu'il faut envoyer
les noms propres écrits tres,
correctement , je les reçois la
plufpart d'un caractere fi peu
lifible , qu'il eft impoffible
que je ne m'y trompe. Ainfi
en vous parlant dans ma LetGALANT.
317
tre d'Octobre dernier , des
Lieutenans de Vaiffeaux faits
Capitaines , je vous ay nommé
le Chevalier de Veinfe ,
au lieu de vous dire , le Chevalier
de Venife , qui eftoir
la Campagne derniere Lieutenant
fur le Conquerant , que
commandoit Mr de Tourville.
Ce n'eft pas d'aujourd'huy
que M's de Venife ,
Gentilshommes de Bourbonnois
, font dans le fervice . Ils
eftoient fept Freres , L'Ainé
eftant Capitaine dans le Regiment
de la Reine , fut tué
en 1667. Le fecond , qui
Dd iij
318 MERCURE
eftoit Lieutenant de Cavalerie
dans le Regiment de
Montgommery , fut tué au
paffage du Vefer en 1679.
Le troifiéme cftant Capitaine
dans le Regiment de Bourbon
Infanterie , vient d'eftre tué
en défendant Bonn . L'Ainé .
des quatre autres eft Capitaine
dans le Regiment de
la Reine , & le fecond dans
celuy de la Marine . Le troifiéme
eft le Capitaine de
Vaiffeau , qui eft maintenant
en courfe , & le quatriéme
eft Capitaine dans le Regiment
des Bombardiers , & a
GALANT. 319
fervy dans Mayence . Ces
quatre Freres ne portent pas
tous le nom de Venife.
Je vous ay dit dans la meſme
Lettre , que M Darnault
Chamelain commandoit le
Moderé , au lieu de vous le
nommer Mr des Nos Champmeſdin
, pour faire la difference
de fon Frere Ainé M
des Nos , qui eft auffi Capitaine
de Vaiffeau & le plus
ancien , & qui a commandé
cette Campagne le Vaiffeau
le Furieux . Ces Meffieurs ont
un autre Frere , appellé encore
Mr des Nos , & qui eft
Dd iiij
320 MERCURE
Ecuyer ordinaire de la grande
Ecurie du Roy.
Il vous a efté aifé de remarquer
par l'exactitude
dont eft le Journal du Siege
de Mayence que je vous envoyay
le mois paffé , qu'il
avoit efté écrit par un Officier
qui a tout fceu par luymefme
. Il eft de M d'Hardicant
, Major de la Place
pendant le Siege . Si toft
qu'elle fut renduë , il vint à
la Cour , & il eut l'honneur
de falüer le Roy , qui luy à
donné la Charge de Major
de Philifbourg. Toute l'Eu-
*
GALANT. 321
rope luy a obligation de nous
avoir donné le Journal du
Siege de Mayence , puis que
les particularitez n'en feroient
point encore fceues ,
fans le foin qu'il a pris de
les écrire , tout ce qui en
avoit efté publié jufque - là
s'eftant trouvé faux .
M' le Comte de Brionne
a époufé depuis peu de jours
Mademoiſelle d'Epinay , riche
Heritiere de Bretagne.
Elle eft de la Maiſon de Saint
Luc , dont il y a eu un Maréchal
de France. Quoy qu'-
elle ait toujours demeuré en
322 MERCURE
Province , elle a paru à la
Cour avec des manieres auffi
aifées , que fi elle y avoit esté
élevée.M' le Comte de Brionne
s'appelle Henry de Lorraine
, & il y a déjà quelques
années qu'il a efté receu grand
Ecuyer de France en furvivance
. Il eft Fils de Louis de
Lorraine , Comte d'Armagnac
, de Brionne en Normandie
, & de Charny en
Bourgogne, Grand Ecuyer de
France , Grand Senefchal de
Gouverneur
Bourgogne
d'Anjou & des Villes & Chafteaux
d'Angers & du Pont de
GALANT. 323
Cé , & de Catherine de Neufville
- Villeroy . Je vous ay
parlé fi fouvent de cette illuftre
Maifon , qu'il me feroit
inutile de vous en rien dire
davantage .
Le Roy eftant extrémement
fatisfait du fervice que luy
-rendent fes Gardes du Corps.
a refolu de les augmenter
de
quatre cens , quoy que ce
Corps foit déja fort confiderable
; & comme il y a qua
tre mille Cadets entretenus
par Sa Majeſté , on en choifira
quatre cens pour cette
augmentation
, & il ne fera
324 MERCURE
pas mal aifé d'en trouver par
my un fi grand nombre , qui
puiffent occuper les places
qu'on veut leur faire remplir.
J'aurois beaucoup à vous
dire des Nouvelles d'Angleterre
& d'Irlande , mais je
remets au mois prochain à
vous en entretenir , & je joindray
ce qui s'y fera paſſé juſqu'au
dernier jour de Janvier .
Je fuis , Madame , Voftre ,
& c .
A Paris le 31. Decembre 1689.
552552252 25SSZESZ
P
TABLE.
Relude.
Sonnet.
Compliment fait par M. dela Chambre
, Curé de S. Barthelemy , à
M. le premier Prefident.
Avanture funefte arrivée en Breta-
10
18
23
gne.
Galanterie faite par M. de Meffange,
•fur les Couches de Madame la
Marquife d'Antin , accouchée de
deux Garçons.
Détail de tout ce qui s'eft passé
dans les nouveaux foulevemens
arrivez à Siam .
Suite du cinquiéme Article du Traité
des Propheties , Vaticinations , &
Prediction de M. de Comiers. $5.
28
TABLE.
Edit du Roy touchant la difpofition
des biens de ceux de la Religion
Pretendue Reformée , qui ont
quité le Royaume.
Rondeau.
Galanterie à Iris .
143
153
ISS
Etat des Affaires du Duché de Saxe
157
Lavvembourg.
Declaration du Roy touchant le rehauffement
de l'argent.
164
Autre Declaration du Roy pour reprimer
le luxe.
175
Edit pour la fabrication des nouvelles
efpeces.
Hiftoire.
Livres nouveaux.
Morts.
185
189
228
243
Mariage de M. le Marquis de la
Fayette.
La Tontine.
255
259
Refolution prise dans la derniere
TABLE.
Diette tenue par les Suißes. 298
Expeditions envoyées par le Pape.
299
Retour de M. le Cardinal de Furftem-
303 berg.
Zele & fermeté d'un Cordelier Predicateur
du Roy d'Espagne.
H
Nouvelles de Flandre.
Article des Enigmes.
305
309
322
Correction à faire dans le Mercure
d'Octobre. 16
320
M. d'Hardicant eft fait Major de
Philisbourg.
Mariage de M. le Comte de Brionne
& de Mademoifelle d'Epinay. 321
Les Gardes du Corps vont eftre augmentez
de quatre cens. 323
Avis pour placer les Figures .
L'Air qui commence par , Un
Berger tendre & conftant , doit regarder
la page 27.
La Medaille doit regarder la
page 227 .
L'Air qui commence par , Si c'eft
ton fort de n'aimer qu'elle , doit regarder
la page 316.
1
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nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout, Galerie-neuve du
Palais...
L >
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A Vie de Tres- Haute & Tres
Puiffante Princeffe Marie
Henriette de France , Reine d'Angleterre,
dans laquelle outre fes actions
particulieres de pieté, on trouve ce qui
s'eft paffé de plus remarquable pendant
les Regnes de Charles I. fon Epoux,
& de Charles II . fon Fils. Vol. in
Octavo . 2. 1. ro f.
Reflexions pour les Gens d'affaires
qui veulent vivre Chreftiennement . '
vol. in douze , où il eft traité des Plaideurs
, en general , des Intendans dest
grandes Maiſons , des Procureurs , des
Avocats, des Notaires, & c. 1. l. 10.f.
Michaelis Ettmuleri , Phil. & Med.
D. Operum omnium Phifico- medicorum
, Editio noviflima , cæteris om-
Ee
nibus , tum correctior , tum auctior
tum facilior. 2. vol . infol .. 20. livr
Journal du Voyage fait a la Mer du
Sud, avec les Flibuftiers de l'Amerique
en 1684. & années fuivantes
par le Sieur Raveneau de Luffan.
vol. in douze 1. liv . 10. f.
Lettres fur toutes fortes defujets . 2.
vol . in douze
3. livr. 10. f.
Obfervations de Medecine , contenant
la guerifon de plufieurs malaladies
confiderables , avec la maniere
de bien preparer & adminiftrer les
remedes , par l'Auteur de l'Anatomie
du corps humain. vol . in douze 1. liv .
10. f.
I.
Traité de la Tranfpiration des hu
meurs , qui font les caufes des Maladies
, ou la metode de guerir les Maladies
fans le fecours de la frequente
Saignée. vol . in douze- 1. liv. 10. f.
Les Regles de la Vie Chreftienne,
tirées de l'Ecriture Sainte, & des Peres
de l'Eglife . vol. in feize I. 1. 10. f
"
Affaires du Temps. 10 : vol . in 12.
15. liv.
Recueil
de divers
Difcours
pronon- cez
à l'Academie
Françoife
depuis
.
l'année
1687
.
I. liv. 1o.f.
Eleonor
d'Yvrée
, par
Mademoiſelle
Bernard
.
1. l. 10. f..
Le Conte d'Amboife par la mefme.
2.vol.
3. liv..
Relation du Voyage de Naples en
1654. 1. liv.
Entretien de l'Aftrologie judiciaire,
où l'on repond à tout ce qu'on peut
dire en fa faveur , & où l'on fait voir
en meſme temps la fuperftitieufe
vanité
de fa pratique
,..
1. liv.. Réflexions
& maximes
fur divers
fujets
de Morale
, de Religion
& de politique
. 1. liv. io . f. Hiftoire
du Monde
. 5. vol . in 12. 9. l. Etat nouveau
de la France
. 2. vol.
in douze .
3. liv.
Hiftoire
de
l'établiffement
de
la
Republique
de
Hollande
, ou fa
re- volte. 1. vol. in 12 . 2. liv..
E e ij
B bliotheque choifie de Colomiez .
1. vol in oct. 1.liv . 10. f.
Ordonnances de Louis XIV . fur
le fait des Eaux & Forefts , nouvelle
Edition. in 24. 1. t.
Amballades de Monf. le Comte de
Guilleragues , & de M. Girardin , auprés
du Grand Seigneur, avec plufieurs
Pieces curieufes , tirées des Memoires
de tous les Ambafladeurs de France à
la Porte , qui font connoiftre les grands
avantages que la Religion & tous les
Princes de l'Europe ont tirez des alhances
fa tes par les François avec Sa
Hautefle depuis le regne de François 1 .
& principalement fous le regne du
Roy , à l'égard de la Religion , enfemble
plufieurs defcriptions de Feftes &
Cavalcades à la maniere des Turcs ,
qui n'ont point encore efté données au
Public , ainfi que celle des Tentes
du Grand Seigneur. 1.1.10.f.
Hiftoire des Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y eft paffé de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
1687. 6. vol. in douze , 9. I.
›
Le Grand Vifir Cara Muftapha.
Hiftoire conten ant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers.
emplois , le vray fujet qui luy a fait
entreprendre le Siege de Vienne , &
les particularitez de la mort 1. L. 10. f.
Le Secretaire Turc , contenant l'art
d'exprimer fes penfées fans fe voir .
fans fe parler, & fans s'écrire , avec
les circonftances d'une avanture Tarque
, & une Relation tres- curieufe de
plufieurs particularitez du Serrail qui
n'ont pas encore efté veuës . I. I. 10. f.
Le Seraskier Bacha . 1.1..10 . f.
Notes de M. Corneille fur les Remarques
de M. de Vaugelas, fuivant
le fentiment du Pere Bouhours , &
de Meffieurs Chapelain & Ménage ,
avec les Remarques mefmes. 2. vol.
4. liv . 10. f. in douze .
L'Art de laver, ou nouvelle maniere
de peindre fur le papier , fuivant le
coloris des Deffeins qu'on euvoyé à la
Cour , par M. Gautier de Nifmes.
OEUVRES DE M
de Fontenelle.
Dialogues des Morts. 2. vol. indouze
.
3.1.
Jugement de Pluton fur les Dialo-
1.1. 10. f.
gues des Morts.
Entretiens fur la pluralité des Mondes
, augmentez en plufieurs endroits,
avec un fixiéme Soir qui n'a point encore
paru , contenant les dernieres
découvertes qui ont efté faites dans
le Ciel 1. 1. 10. f.
Hiftoire des Oracles . J. liv. 10 f.
Poëfies Paftorales av ec un Traité dela
Nature de l'Eglogue , & une Digreffion
fur les Anciens & les Moder-
1. li. 10. f.
Lettres galantes de M, le Chevalier
d'Her... 2. vol .
nes .
Academie galante . 2. vol .
3.1.
3. liv.
3.
L.
LaDucheffe d'Eftramene. 2.vol.2.1.
Les Dames Galantes,
3
Relation duVoyage du Roy en Flan
dre en 1680.
1.1.10.1.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal
. 1. l. 10.f..
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Efpagne . 1. 1. 10.f..
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoifelle
de Blois . 1.1. 10. f.
Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , avec la Princeffe.
Anne Chreftienne- Victoire de Bar
viere . 1. 1. 10. f.
-
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
, contenant la defcription
des Places de la haute & baffè Alface ,
& de celles de la Province de la
Sare & de Luxembourg. 1. liv. 10. f.
Relation du Siege de Luxembourg
1. 1.10.f.
Relation de ce qui a efté fait devant
Genes en 1684. par l'Armée Navale
de Sa Majesté.
La Fefte de Chantilly.
1. 10.f.
1. liv. 10.f.
Caracteres de l'Amour. 1. I. Yo. L.
Sentimens fur les Lettres & fur
l'Hiftoire , avec des Scrupules für le
Stile .
Le Mary Jaloux.
L'Illuftre Genoifs.
L'Ariofte moderne. 4. v.
1.1. 10. f.
1. l. ro. f.
r. l. 10. f.
6.1.
Secrets concernant la beauté & la
fanté. 2. vol . in octavo .
<
6. I
Dialogues Satyriques & Moraux .
2. vol. 3. 1.
Difcours Satyriques & Moraux em
Vers!
Fables nouvelles.
Epiftres en Vers de M.
de l'Academie Royale d'Arles .
I. 1.
1. 1.
Sabatier
1. I
Le Chevalier à la Mode. 1. 1. 10. f.
La Défolation des Joueufes.
La Devinereffe .
Artaxerxe.
La Comete.
10. f.
10. f.
10. f.
10.f.
La Methode du Blafon du Pere Meneftrier
, avec les Armes de la plufpart
des plus confiderables Maifons de
France , imprimée en 1688. 2 .
liv.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères