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1689, 11
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Eur.
511
m
1689.411
Eur.
511-1689, 19
Mercure
<36622049470018
<36622049470018
Bayer. Staatsbibliothek
33

MERCURE
GALANT
LE
DEDIE' A MÓNSEIGNEUR
DAUPHIN
NOVEMBRE 1689.
A PARIS ,
AU PALAIS.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie.
E: MICHEL GUER OUT , Court-neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . LXXXIX,
·
'AVEC PRIVILEGE DU Ror
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on nelaiffe pas d'y manquer
toûjours. Cela eft caufe qu'il y a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , enforte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
- l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie feulement
ceux qui les envoyent , & fur
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout enfemble eft beaucoup pour
un Libraire.
>
Le fieur Guerout qui debite pre-
Jentement le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
Laifera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'ilfoit arrivé dans
A VIS
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi- toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout ,puis qu'il fe charge de faire
lespaquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS.
porter à la pofte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mesme chofe gentralement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera ,fait qu'il les
debite ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront..
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ›
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un meſme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitu
de dont an aura tout lieu d'eftre:
Content.
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1689.
Uoy que les Ennemis
fe puiffent
vanter d'avoir pris
Mayence & Bonn , ces deux
Places n'eftant ny Places fortes
, ny de celles que le Roy
veüille garder , on trouvera
A iiij
8 MERCURE
en examinant ce qui s'eft
paffé depuis l'ouverure de
cette guerre, que Philifbourg,
Place dont tout le monde
connoift l'importance , demeure
à Sa Majefté , & que les
Imperiaux font fort affoiblis ,
toute leur Infanterie ayant
efté tuée ou ruinée
plufieurs milliers de Priſonniers
que nous avons faits fur
cux , & la Ville de Tréves ,
Capitale d'un Electorat, qu'ils
n'ont point encore rèprife .
Ainfi l'on peut dire

outre
que
Mi
de Hauteville
d'Auvergne
a
parlé
juſte
lors
qu'il
a fait
le
GALANT.
Sonnet qui fuit, dans le temps
qu'un fi grand nombre de
Souverains & de Princes li
guez contre nous , ont com
mencé à unir leurs forces .
52252522-525555252
SUR LA LIGUE
Des Puiffances de l'Europe
C.ONTRE
LOUIS LE GRAND
Voir contre LOVIS ce grand
A Corps Germanique ,
Auftrichiens, Saxons , Brandebourgs,
Bavarois
Palatins , Lunebourgs, Lantgraves,›
Liegeois ,
10 MERCURE
La Ville Imperiale avec l'Anfea
tique.
2
Le Prince Suedois, le Tiran Britannique
,
Que diray-je encor plas Espagnols,
Hollandois
Et Rome , qui l'euft cru ?ſejoindre
à tous ces Rois ,
Pour mieux fortifier leur espoir chimerique.
S
Qui ne diroit d'abord , la France va
perir.
Contre tant d'Ennemis qui peut la
fecourir?
LOVIS à chacun d'eux va ceder la
Victoire.
S
Mais tous ces Ennemis ne donnent
point d'effroy ,
GALANT. 11
( Foy
LOVIS défendra ſeulſon Empire &
fa gloire ,
Tant qu'il protegera la Justice & la
Ily a des chofes tellement
du temps dans un Difcours
qui m'eft tombé depuis peu
entre les mains , que je me
croy obligé de vous l'envoyer.
Vous y trouverez des
caracteres bien peints , &
dont je ne doute point que
vous ne foyez contente . Il eſt
de Mr Bifols, Avocat au Par
lement de Rennes , & me:
paroift avoir efté fait à l'occafion
de quelques Pretendus
Reformez opiniaftres qui
12 MERCURE
ayant efté prendre party dans
les Pays Etrangers , pour continuer
à profeffer leur Religion
, ont enfin reconnu l'erreur
où les avoit engagez le
malheur de leur naiffance, &
font revenus joüir de la grace
qu'il plaiſt au Roy d'accorder
à tous ceux de cette Secte
qni rentrent dans leur devoir,
en les remettant dans la poffeffion
de leurs biens . L'Auteur
les appelle Supplians en
parlant pour eux aux Juges ,
devant qui ils viennent fe
prefenter, afin qu'ils pronon
cent fur leur rétabliſſement.
GALANT: 13
ME
que
le mé-
ESSIEURS,
Il Temble d'abord
chant n'a rien à craindre , &
que l'homme de bien doit tout
apprehender. Le premier ne voit
dans le party oppofé que
les gens
d'honneur , incapables de nuire à
perfonne ; & le fecond a contre
luy tous les Scelerats , ennemis
de la vertu du Vertueux.
Cependant l'homme de bien eft
affeuré , qui fortis eft idem eſt
fidens , & l'effet de la bonne
confcience est tel que l'innocent
dans le peril mefme , ne craint
rien que le criminel dans
"
14 MERCURE
une feureté presque entiere s'éfraye
de tout . Le Tiran de Syracufe
eft fameux par l'Hiftoire
Grecque & par les Auteurs Latins.
Il eftoit inftruit dans les plus
belles connoiffances & reglé
dansfa maniere de vivre , hardy
pour entreprendre , & artificieux
pour executer. Sa naiſſance , au
rapport de Ciceron eftoit illuftre,
fait pour la qualité, foit pour les
maurs defes Ayeux. Il ne manquoit
ny de Parens ny d'Amis ;
il dominoitfur une belle & puif
fante Ville , mais il eftoit fouverainement
injuſte & malfaiſant.
Son naturel l'avoit conduit à
3
GALANT
15

l'ufurpation ; cette ufurpation
faifoit fon crime , & ce crime
l'empeſchoit de joüir de tant d'avantages
& l'épouvantoit continuellement.
Il fe défioit de ceux
mefmes qui l'avoient élevé fur
le Trône,& avoit donné lagarde
defa perfonne à des Etrangers , à
des Efclaves , qui profitant de fa
tirannie n'avoient garde de la
renverfer. Il fe precautionnoit
avec des inquietudes fans pareilles
contre fes propres Femmes
, avoit environnéfon lit
d'un foẞé profond. Il y entroit
par un Pont mouvant qu'il détournoit
luy-mefme après s'eftre
16 MERCURE
couché. Enfin , & le Peuple qui
le fouffroit , & les complices
mefmes de fa faute , luy estoient
également fufpects . Le Peuple
ne le voyoit que de loin , &
s'il échapoit àfes Confidens quelque
parole qui puft recevoir un
defavantageux , il les faifoit
arrester pour les punir ,
il n'y avoit point de pardon.
pour eux. C'est ainsi que le facrilege
defir de regner , l'avoit ,
pour ainfi dire , tres - étroitement.
emprifonné.
fens
Louis le Grand , Meffieurs ,
regne fur fes Peuples par le droit
glorieux de fes Ancestres par
GALANT. 17
quales
voeux de tout fon Royaume ,
par ce grand nombre de
litez éclatantes que les Heros
des Siecles paffez ne nous font
voir en eux tous enfemble que
tres-imparfaitement
. De là vient
cet accés fi facile de fa facrée
Perfonne > cette confiance fi entiere
en tous fes Sujets , en tous
les hommes. Chacun defire ardemment
de le voir & de le
fervir. Il habite parmy fon
Peuple comme un Pere dans fa
Famille fes Sujetsfont fagarde.
Que fi à l'exemple de Saint Louis
il en tient de plus prés autour de
luy , c'est plus pour la Majesté
Novemb. 1689. B
18 MERCURE
du Trône » que pour le besoin
qu'il en peut avoir. Ces mefmes
Gardes dans les conjonctures
font la principale feureté de fon
Etat , & la terreur certaine de
fes Ennemis tant il est vray
que les regards de ce grand Monarque
inſpirent le fentiment du
devoir le courage pour le conferver.
C'est lefalut defon Peuple
qui fait le continuel exercice de
fa prudence. Les bontez qu'il a
pour luy l'engagent fans ceffe à
foutenir les bons contre les me
chans , & à empefcher que les
méchans ne deviennent capables
de feduire les bons. Cependant
GALANT. 19
par un effet de fa fage confiance
il pardonne toujours au méchant
quand il redevient bon ; au
le Tiran punit le bon
lieu
que
pour cela mefme qu'il ne veut
pas devenir méchant , & le méchant
mefme n'eft pas épargné
fi - toft qu'il croit avoir lieu de
craindre qu'il ne devienne bon.
Le Portrait Meffieurs , que j'ay
fait d'un
fur le Trône , ne fe verifie que
trop de nos jours , quand je n'aw
rois pas l'hiftoire pour garant de
ce que j'en ay dit ; mais le Ciel
{ & nous l'en conjurons ) y
mettra cette notable difference
mal-honnefte - homme
Bij
20 MERCURE
que fi Denis opprima Siracufe
L'espace de trente- huit ans , l'odieux
Ufurpateur d'Angleterre
fera celuy qu'envisageoit le Roy
Prophete lors qu'il difoit , il
eftoit élevé comme un grand
arbre , & voicy , je n'ay fait
que paffer & il n'eftoit plus.
Pour le caractere de l'augufte
Prince qui regne aujourd'huy
fur nous ,
il est bien autrement
gravé dans vos coeurs que marqué
par mes difcours . Celuy de
tous les hommes qui fuit de plus
prés fes exemples , qui imite le
mieux fes actions ; ce Roy fi
digne de fa protection puiffantes
GALANT: 2Ï
la Reine fa Femme , le Prince
fon Fils , en inftruiſent par leur
experience les plus jaloux de fa
gloire , & leur témoignagefera
comme le fondement inébranlable
de la tradition des Siecles
qui fuivront celuy- cy. Ces Sup
plians qui pour la gloire de Dien
eftoient aveugles dés leur naiffance
, & qui par un effet de
ce premier malheur avoient
quitté depuis long- temps le fervice
de leur Souverain , pour
entrer dans celuy des Etrangers
, illuminez par les clartez
de la Grace , & redevenus bons
Sujets par la clemence de Sa
3
22 MERCURE
Majefté
beniront à jamais
l'inftrument dont Dieu s'eft fervy
pour établir leur felicité. Its
diront à tous ceux qu'ils rencontreront
à ceux du Pays , à leurs
Concitoyens
aux Etrangers ,
combien le Roy eft bon. Ils le
diront à leurs Enfans , avec
charge de le redire à leurs petits
Fils , afin que la connoiſſance en
paffe jufqu'à leurs derniers Ne
veux. Mais ,Meffieurs , fi Dieu
fe fert du Roy pour operer fes
merveilles , le Roy fe fert de
vous pour manifefter fes graces ,
pour en faire l'application . Dé
liez donc , s'il vous plaift , les
GALANT: 23
langues de ces muets qui font
à vos pieds & vous aurez
part à leurs benedictions. Je finis
, Meffieurs , mais auparapermettez
- moy de me vant
tune •
Louer de mon heureuse for
puis que c'est la fe=
conde fois que j'ay l'honneur
d'expliquer en voftre prefence
les plus chers fentimens
de mon coeur & d'exalter
devant vous les bien -faits du
Roy , principalement en la per
fonne de ceux qui par fa pieté
font arrivez de leurs incertitudes
à l'affeurance de la orage
Fey
24 MERCURE
Rien n'eft au deffus de cel
les de voſtre Sexe fur quelque
matiere qu'il à pro
noncer , & vous en allez eſtre
air
convaincuë par les Réponſes
que je vous envoye à des Queftions
fur l'Ame . Ces Quef
tions ont efté faites à une
jeune Perfonne dont la naiffance
eft confiderable , & qui
demeure dans une Province
fort reculée . Elle n'eft rede
vable de ce qu'elle fçait qu'à
l'élevation d'efprit que Dieu
luy a donnée , & à la lecture
de quelques livres François
qu'elle a trouvez dans la maifon
GALANT: 25
fon de fon Pere . Elle a cfté
engagée dés fa naiſſance dans
les erreurs de Calvin , & ce n'a
efté que depuis ces derniers
temps qu'elle les a reconnuës .
Elle en eft parfaitement fortie
, & l'on affure qu'il n'y a
point de plus veritable Catholique
dans le Royaume..
Sa pieté eft égale à fes lumieres
, & fa modeftie ne leur
cede point. Ainfi , quoy què
je vous cache fon nom , elle
fouffrira peut- eftre impatiemment
que je vous apprenne
qu'elle eft de Vitré en Bretagne.
Novembre 1689. C
26 MERCURE
SELESSS22-22225522
QUESTIONS
SUR L'AME
AVEC
LES REPONSE S.
A MADEMOISELLE...
JE
I. QUESTION .
E vous prie, Mademoiſelle ,
de vouloir bien me dire ce
que vous penfez de l'Ame rai .
fonnable. Je fuis comme perfuadé
, contre le fentiment
commun , qu'il y en a de pluGALANT.
27
fieurs efpeces ; les unes fuperieures
, les autres inferieures,
& que cela paroiſt dans les
penfées & dans les inclinations
differentes des hommes..
Peut- on croire , par exemple,
en lifant les Ouvrages de M
Pafcal , que l'ame de ce grand
homme fuft de mefme efpecelle
d'un ftupide Païce
que
fan
? On
dit
ordinairement
que
le temperament
du
corps
&
la
diverfo
difpofition
de
fes
organes
, font
toute
la
difference
des
operations
de
l'Ame
, J'ay
peine
à le croire
,
Cij
1
2
28 MERCURE
REPONSE .
Puis que vous ne vous rendez
point aux raisons dont je
me fuis fervie , pour me difpenfer
de répondre aux questions
que vous m'avez faites , je vous
diray, Monfieur, à l'égard de
celle- cy , que je ne prens point
party fur ces differens fentimens
, parce que cette matiere eft
trop élevée pour moy, & que je.
ne connois pas affez la nature
de noftre Ame . Il me femble cependant
qu'on ne sçauroit prouver
aisément que ce que vous pen-
Sez nefoitpas vray puis qu'il eft
difficile de fçavoir avec certitu
GALANT 29
"de fi toutes les Ames raiſonnables
font de mefme efpece . Dieu a
på les créer de differentes efpeces
, comme il a fait à l'égard des
Intelligences celeftes , dont l'Eglife
croit qu'il y en a de fupérieures
d'inferieures . Ce que
vous alleguez pour prouver que
cela eft en effet , a quelque appa
rence , & en eft peut- eftre un
effet , plûtoft que de la diverfité
des temperamens
de la differente
difpofition des organes du
corps , comme pretendent les partifans
de l'opinion contraire ; mais
auffi , Monfieur , ceux qui font
de ce dernierfentiment peuvent
>
Cij
30 MERCURE
l'appuyer de quelques raisons que
me paroiffent le rendre probable .
Ils peuvent
dire que l'Ecriture
·Sainte ne parle en aucun lieu de
cette diverfité d'efpeces des Ames
raisonnables , & qu'encore qu'-
elle ne nous dife
dife pas precisément
qu'il n'y en ait que d'une forte,
du moins je ne me fouviens pas
de l'y avoir veu ) elle nous l'infinue
pourtant en nous difant
que Dieu a formé d'un feul fang
tout le Genre humain , & nous
a tous fait defcendre d'un feul
bomme
; car en nous faifant
connoiftre par là que tous les
bommes font de mefme espece à
GALANT. zi
l'égard d'une des parties qui les
compofent, elle nous porte à croire
qu'il en eft de mesme à l'égard
de l'autre . On doit pourtant
avouer que fi des raifons plus
convaincantes prouvent le contraire
, ilfaut s'y rendre. Vous
pouvez en avoir que je ne fçay
·`pas, mais je n'en connois aucune,
car ce que j'ay
pouvoit faire n'en eft pas une
puis que Dieu ne fait pas tou
jours tout ce qu'il peut faire, &
que, de ce qu'une chofe peut
estre , ce n'est pas une preuve
qu'elle foit . Vous me permettrez
auffi de vous dire que
dit
que
Dien le
toûla
raison
Ciiij
32 MERCURE
que vous apportez pour prouver
que cela est en effet , n'est pas une
preuve bien forte , puis qu'on y
répond en difant que l'on peut
attribuer la difference des operations
des Ames en diverses perfonnes
, à la diverfe conforma
tion des organes du corps &
quand vous dites que vous avez
peine à le croire , c'eſt aſſurément
pour me donnerfujet de par-
-ler, n'eftant pas poffible que vous
ignoriez les raifons par lefquelles
on peut foutenir ce fentiment.
Il eft certain qu'un homme a la
mefme Ame en tous les divers
âges de fa vie, & que comme
GALANT. 33
cette Ame ne croift point dans
fon enfance , elle ne diminuë
point auffi dans fa vieilleffe , puis
que fi cela eftoit , elle feroit com
posée de parties. Ainfi elle feroit
materielle
mortelle
par le
>
& non pas im
& pourroit perir
defaffemblage de fes
parties ; mais puis que tout
le monde demeure d'accord que
noftre Ame eft fpirituelle & immortelle
, que par confequent
elle ne perit ny ne diminue , à
quoy attribuera- t - on les differentes
operations d'une mesme
Ame dans les divers âges d'une
mefme perfonne ? D'où vient
que dans le plus bas âge les Eny
34 MERCURE
fans ont fi peu de connoiffancer
qu'il y a beaucoup de Beftes qui
paroiffent en avoir davantage ,
fi ce n'est pas un effet de la
foibleffe de l'imperfection des
organes de leurs corps , qui est
caufe que l'Ame ne s'en peut fervir
pour agir quefort imparfaitement,
au lieu que quand les perfonnesfont
arrivées à un âge parfait
, dans lequel les organes de
leurs corpsfont parvenus à l'estat
où il faut qu'ils foient pour
laiffer l'Ame dans la liberté de
s'en bien fervir , on les voit
agir avec tant & de fi feures
lumieres ? D'où vient auffi que
l'on voit de vieilles gens retourGALANT
35
ner comme en enfance , perdre
la raison & la plupart des
connoiffances qu'ils avoient dans
leur jeuneffe , quoy qu'ils foient
dans un âge où l'experience les
leur devroit avoir beaucoup augmentées
, fi ce n'eſtdu corps , qui
eftant tombé en décadence , devient
incapable de fervir à l'Ame
pour agir ? La mefme chofe
fe prouve encore par l'eftat des
Malades en delire , & des perfonnes
qui ont perdu la raison.
D'où leur eft venu le changement
qu'on remarque en eux ?
Il est évident pour les premiers,
que le changement arrivé à leur
36 MERCURE
corps , eft la feule caufe de celuy
qui paroift dans leur efprit . On
peut parler des feconds de la
mefmeforte. On a veu quelques
perfonnes perdre la raifon par
des maladies , & d'autres par
des chagrins & par des peines
d'efprit , qui ayant fait impref
fion fur le corps , & changé la
difpofition ordinaire de fes organes
, femblent avoir alteré
T'esprit , ce qui pourtant n'eftoit
pas , comme je croy que tout le
monde en demeurera d'accord.
On voit par ce que je
viens de dire , qu'il a plû à Dieu
d'unir fi étroitement l'Ame avec
GALANT
.
37
le corps , qu'elle ne peut faire
aucune actionfans fon aide tant
qu'elle y eft renfermée, & qu'elle
agit plus ou moins parfaitement,
felon que fes organes font bien
ou mal difpofez pour la fervir,
dans fes operations . Il mefemble.
que
l'on doit conclure de tout cela
, que fi les differentes difpofitions
des organes du corps dans
les mefmes perfonnes ,font capables
de mettre de fi grandes differences
dans les operations d'une
mefme Ame , leur diverfe conformation
en diverfes perfonnes,
eft auffi fort capable de caufer la
difference qu'on voit entre les
operations de leurs Ames › quel38
MERCURE
que grande qu'elle foit , & pa
reille à celle que vous avez citée
de M Paſcal & d'un Payfan
Stupide. Que fi on dit qu'il eft
inutile à ce Payfan & àſes ſemblables
d'avoir autant de lumieres
que Mr Paſcal , puis qu'elles
ne paroiffent pas , & qu'ils ne
fe connoiffent pas eux - mefmes
eftre tels qu'ils font n'eftant pas
d'ailleurs croyable que Dieu , qui
eft la Sageffe mefme , faffe rien
d'inutile , on répondra que
nous a créez pour le bienfervir
en ce monde , & pour avoir le
bonheur de le poffeder en l'autre,
& non pour philofopher Subti-
Dieu
GALANT
39
lement. C'eftpourquoy files per
fonnes fupides ne font pas capa
bles de ces dernieres chofes , il
ne leur eft pourtant pas inutile
d'avoir autant de lumieres qu'en
avoit M Paſcal , car fi elles
ne leur fervent pas beaucoup en .
cette vie , elles leur ferviront en
l'autre , où ils jouiront de Dieu
d'autant plus parfaitement, qu'ils
feront plus capables de le connoiftre.
S'il n'a pas permis que
beauté de leur efprit paruft en
cette vie , c'est que cela ne leur
eftoit pas neceffaire pour faire
leur falut , qui eft la feule chofe
abfolument neceffaire. Ainfi s
la
40 MERCURE
Monfieur, quoy que je ne me
détermine pas fur ces divers fentimens
, d'une maniere que je
m'attache à l'un pour rejetter
l'autre abfolument , parce que ,
comme je l'ay déja dit , il eft dif
ficile de fçavoir la verité làdeffus
, je ne laiffe pas de pancher
bien plus du cofté de ce dernier,
à cause qu'il me paroift plus
probable que
l'autre.
II. QUESTION .
Que pensez-vous , Mademoifelle
, de ce qu'on tient
communement , que l'Ame
eftant feparée du corps , defire
naturellement d'y eftre
GALANT. 41
1
réunie ? Pour moy , je conçois
l'eftat de feparation fi avantageux
à l'Ame , que j'ay
peine à croire qu'elle ait un
defir naturel de s'y réunir.
Ce n'eft donc que pour oberr
à l'ordre de Dieu , que les
Ames bien- heureufes defirent
la
refurrection de leurs corps,
& je penfe que les autres ne
la defirent nullement , quoy
qu'elles foient fort malheu
reufes dans l'eftat de fepara
tion où elles font.
REPONS E.
S'il eftoit vray , Monfieur,
que Dieu euft creé nos ames pour
Novemb. 1682. D
42 MERCURE
vivre fans corps , ou qu'il ne l'es
euft envoyées dans les corps que
pour les punir , comme j'ay entendu
dire que quelques Philofophes
l'ont crú j'estime qu'aprés
qu'elles en feroient feparées
, elles ne defireroient point
d'y eftre réunies » parce qu'elles
regarderoient cette feparation
comme leur eftat naturel , &
L'union avec le corps comme une
fituation incommode
à laquelle Dieu les auroit affujetties
en punition de leurs pechez
mais comme le Chriftianifme
nous apprend que cette opinion
eft fort éloignée de la verité,
¿
violente»
GALANT. 43
que Dieu a creé les Ames
pour vivre avec les corps, il me
femble qu'on doit croire qu'en
les y uniffant , il leur a donné
une inclination naturelle pour
cet eftat , qui fait qu'aprés qu'el
Les font feparées du corps , elles
defirent d'y eftre réunies . C'eft
pourquoy je fuis perfuadée que
Les Ames bien- heureuſes aiment
leurs corps , parce qu'elles les regardent
comme eftant en quelque
façon une partie d'elles- mefmes ,
à laquelle elles fouhaitent d'eftre
que ce feroit pour elles reünies
une grande peine d'en eftre fe
parées , fi la poffeffion de Dien
Dij
44 MERCURE
>
mefme , qui eft leur Souverain
Bien , ne les en confoloit ; qu'elles
ne les regardent pas comme des
prifons dans lefquelles eftant de
nouveau renfermées elles ayent
moins de liberté , &foient moins.
beureufes qu'elles ne font puis
qu'elles fçavent que Dieu en
changera les qualitez » & qu'aprés
la refurrection ce ne feront
plus des corps groffiers & pefans,
fujets aux foibleffes & aux miferes
de leur condition paßée ,
mais qu'ilsferont changez , com
me dit Saint Paul , qu'ilsferont
rendus legers ,fubtils , & comme
fpirituels qu'ils feront glorieux

GALANT 47
1
affranchis pour toujours des
baffeffes & des miferes aufquel
les ils avoient efté affujettis par
le peché , & qu'ainfi ils n'appor
teront nul empefchement à leur
bonheur. Et en effet , Monfieur,
files Ames bien- heureuſes ne defirent
pas naturellement la réünion
à leurs corps , mais feulement
par foumiffion à l'ordre de
Dieu , elles ne regardent pas cette
réunion comme un bien pour elles,
& croyent au contraire , qu'elle
diminuera leur felicité ; mais ſeroit-
il bien croyable que Dien
qui a tant d'amour pour les Ames
bien-heureufes voulust reffuf- ?
46 MERCURE
eiter leurs corps & les préünir ,
fi cela eftoit capable de diminuer
leur bonheur ? Pour moy › bien
loin de l'e croire , je me perfuade
que Dieu employera tous les
moyens neceffaires pour les rendre
parfaitement heurenfes . Co
qui prouve encore , à mon avis ,
que c'est un bien pour l' Ame d'eftre
unie à fon corps c'est que la mort
qui l'en fepare est une peine du
peché , & que bien des gensfont
perfuadez que Dieu en a voulu
exempter quelques- uns de ceux
qui ont efte fes plus favoris ,
qu'ils
comme Enoch & Elie ,
croyent qu'il a retirez du monde
GALANT: 47
pour
en corps & en ame ce qu'ils
ne regarderoient pas,ce mefembles
comme une grace , fi c'euft efte
un bien leurs Ames d'eftre
feparées de leurs corps . Les Ames
bien-heureufes ont auffi des motifs
furnaturels d'aimer leurs
corps de fouhaiter d'y eftre
réunies; car elles leur doivent une
bonne partie des peines qu'elles
ont fouffertes pour Dieu , de
recompenfe defquelles elles jouiffent.
Par exemple , les Martirs
n'auroient pas en le bonheur de
donner leur vie pour Dieu , s'il's
n'avoient eu des corps capables
de mourir de forte que les re
res
48 MERCURE
gardant comme les compagnons
de leurs travaux , elles fouhai
tent qu'ils le foient auffi de leur
gloire & de leur felicité. Pour les
mal-heureuſes , je croy Ames
que ce que vous dites est fort
veritable , qu'elles font tres- malheureufes
dans leur eftat de feparation
puis qu'elles y font reduites
dans une privation horri
ble , premierement & principale
parce qu'elles font jepan
ment >
rées de Dieu qui eft leur centre
leur fouverain bien ; & fecondement
, parce qu'elles font
feparées de leurs corps pour lefquels
elles confervent la mesme
inclination
GALANT.
49
>
inclination qu'elles avoient › &
je croy qu'à cause de cette inclination
elles defirent d'y eftre
réunies ; mais je ne croy pas
pourtant qu'elles le defirent en
la maniere que cette réunion
fera faite , c'est à dire, pourfouffrir
eternellement
enſemble des
tourmens terribles, & qu'au contraire
, comme vous le dites fort
bien , elles l'éviteroient
s'il leur
eftoit poffible , parce qu'elles regardent
cet eftat comme devant
eftre plus malheureux pour elles ,
n puis que non feulement
elles
fouffriront leurs propres peines »
mais qu'elles compatiront encore
H
Novemb. 1689. E
50 MERCURE
à celles de leurs corps. En effet
fi elles fouhaitoient la réunion.
à leurs corps , mefme de la maniere
dont elle fera faite , cette
réunion eftant un accompliffement
de leurs defirs a feroit en
quelque façon un bien pour
elles , auffi bien que l'efperance
qu'elles auroient qu'elle arrive .
roit Dieu en reffufcitant
leurs corps , les réuniffant à
leurs Ames , fembleroit vouloir
leur donner un peu de foulagement
; mais comme nous
croyons que l'estat de ces malheureux
eft & fera à jamais
une privation de tous les biens ..
GALANT.
51
un accablement de tous les
maux, & que Dieu ne les regardant
plus que comme des objets
defa colere & des victimes
defa juftice , ne veut plus leur
faire aucune grace on ne doit
pas croire ce me femble , qu'el
les regardent cette réunion com
me un bien pour elles , ny qu'elles
la
fouhaitent
.
III. QUESTION.
On doutera peut eftre fi
les Ames , que Dieu pourroit,
s'il vouloir , créer hors des
corps auroient de l'inclination
pour y eftre unies , n'en
E
1
ij
52 MERCURE
ayant pas encore
reſſenty
la
baffeffe
& les miferes
. Pour
moy , je croy que non , &
que l'Ame
eftant tout efprit ,
eft toûjours
mieux fans corps
qu'avec
un corps . Et vous ,
Mademoifelle
, qu'en pensezvous
?
REPONSE
.
Je croy , Monfieur , que com
me les Creatures n'ont rien d'el-
Les- mefmes, fi ce n'eft le peché ,
& que c'eft Dien qui les fair
eftre tout ce qu'elles font › elles
n'ont point auffi d'elles - mefmes
d'inclination
pour aucun estat
particulier
, mais que c'eft Dieu
GALANT.
53
qui leur donne une inclination
naturelle pour l'eftat dans lequel
il veut qu'elles foient , autrement
il donneroit l'eftre à des
Creatures pour les rendre malbeureuſes
, ce quiferoit contraire
à fa bonté. C'est pourquoy , fi
Dieu créoit les Ames avant que
de les attacher à un corps •
comme il auroit deffein de les
mettre en cet eftat , je croy qu'il
leur donneroit une inclination
naturelle pour y eftre mifes
qui les obligeroit à le defirer ,
malgré la connoiffance qu'elles
auroient de la baffeffe des
miferes du corps , car eftant - de-
E iij
54 MERCURE
finées de Dieu poury eftre unies,
elles feroient encore plus mak
heureufes d'en eftre feparées ,
parce que leur bonheur confifte
à eftre dans l'eftat où Dieu les
veut , & pour lequel il les a
creées . On dira peut- estre que
ces Ames , bien loin d'estre
malheureufes de vivre feparées
des corps que Dieu leur auroit
destinez , en feroient au contraire
plus heureuſes , parce
qu'elles jouiroient de Dieu , &
qu'il est certain qu'elles en jouiroient
, puis que Dieu leur ayant
donné la capacité de le connoiftre
de l'aimer & devant par 2. అ
GALANT.
55
confequent eftre malheureufes
fi elles estoientprivées de fa poffeffion
, Dieu qui eft infiniment
bon ne les voudroit pas rendre
malheureufes puis qu'elles ne
l'auroient merité par aucun
peché , ny par confequent les
priver de luy ; qu'ainfi il n'y a
nulle apparence que ces Ames defiraffent
de s'unir avec les corps,
ny qu'elles euffent aucune inclination
pour cette union , qui les
feparant de Dieu les affujettit à
tant de miferes. Il me femble
qu'on peut fort bien répondre à
cela , en difant qu'il n'est pas
croyable que Dieu qui eft fi
C
E iiij
$6 MERCURE
l'on bon , voulust faire goûter à ces
Ames le bonheur infiny que
poffede enjouiffant de luy , ayant
le deffein de les en priver enfuite
pour les envoyer dans les
corps quoy qu'elles n'euffent
merité ce traitement par aucun
peché , & qu'il y a bien plus
d'apparence que Dieu leur cad
cheroit par quelque moyen ba
beauté de fon effence , & la
douceur de fa poffeffion , puis
que , comme je viens de dire , il
auroit deffein de les en priver,
& qu'il ne leur feroit point envifager
de plus grand bonheur
pour elles , & ne leur infpirerost
GALANT. 57
point de plus grand defir que
celuy d'eftre infufes dans les
corps qu'il leur auroit deftinez ;
parce que , comme j'ay déja dit ,
Dieu est trop bon pour rendre
fansfujet fes Creatures malheurenfes
, ce qu'il feroit pourtant ,
s'il ne leur donnoit pas d'inclination
pour l'eftat dans lequel
il veut qu'elles foient , car je
fuppofe toûjours , en difant tout
ce que je viens de dire que
Dieu auroit deffein de mettre
dans les corps les Ames dont
nous parlons ; s'il n'avoit pas
ce deffein fur elles , j'avouë
qu'elles n'auroient point d'in58
MERCURE
clination pour cet eftat , puis que
Dieu n'ayant pas refolu de les
mettre , ne leur en auroit donfans
doute , fi né aucune
cela eftoit , elles feroient bien
plus beureufes de vivre toûjours
feparées des corps , puis qu'ainfi
elles feroient dans la condition
des Anges , qu'elles auroient
comme eux le bonheur de joüir
de Dieu , car Dieu les ayant
creées à cette fin , & leur en
ayant donné la capacité , puis
qu'on les fuppofe égales aux notres
, pourquoy les en priveroitil
? Pourquoyfans qu'elles l'euffent
meritépar aucun peché , les
GALANT.
59
rendroit - il auffi malheureufes
que les Damnex ce que l'on appelle
la peine du dam , n'eftant
autre chofe que cette privation de
Dieu ? Ainfi le bonheur des efprits
ne confifte pas feulement
à cftre dégagez de la matiere ,
mais à jouir de Dieu , car au
contraire , s'ils n'en joüiffoient
pas , ilsferoient bien moins malheureux
d'eftre unis avec des
corps , qui les empefcheroient
de
reffentir le malheur de la privation
de Dieu , comme ils en empefchent
nos Ames , à moins que
Dieu par quelque autre moyen
ne les empefchaft de reffentir
60 MERCURE
malheur de cette privation .
IV. QUESTION
.
En attendant ,Mademoiselle,
que vous me difiez voftre
penſée , je tireray cette confequence
de la mienne , que
l'Ame , qui eft actuellement
enie au corps , doit donc naturellement
defirer d'en eftre
feparée , & qu'elle le defireroit
effectivement , fi l'incertitude
de fon bonheur futur
ne l'en empefchoit . Voyez un
Sauvage qui n'aura aucune
idée du Paradis ny de l'Enfer,
dites- luy que fon Ame eft un
pur efprit , un efprit immorGALANT.
61
tel , qui feparé du corps vivra
& agira plus parfaitement
qu'il ne fait avec le corps ,
vous verrez que ce Sauvage
vous répondra , qu'il eft donc
plus fouhaitable à l'Ame d'etre
feparée du corps que d'y
eftre unie , & que luy- mefme
fouhaitera cette feparation .
REPONSE.
Comme je fuis perfuadée
Monfieur, que vous n'avez té,
moigné eftre dans plufieurs des
fentimens que vous avez marquez
, que pour me donner fujet
de les combattre , je n'ay pas fait
difficulté d'oppofer mes fentimens
62 MERCURE
Ji
aux vostres , & je ne craindray
pas encore de conclurre le contraire
de ce que vous avez avancé.
Je vous diray donc qu'il me paroift
que ce n'eft pas feulemene
l'incertitude du futur bonheur ou
malheur de l'Ame » qui luy fait
craindre la mort , mais auffi l'inclination
naturelle qu'elle a de
demeurer unie à fon corps. Et
aprés tout , il n'eft pas befoin .
mon avis , de raifonnemens pour
prouver une chose que chacun
fent affez , puis que l'experience
de tout le monde eft plus puiffante
pour en convaincre que
tous les raifonnemens , car je ne
"
b.
GALANT. 63
par
croy pas qu'on puiffe alleguer
l'exemple d'une perfonne qui ait
donné des marques certaines qu'
elle fouhaitoit la mort , feulement .
le defir qu'elle avoit d'eftre
délivrée de laprifon de fon corpss
afin d'avoir le bien de vivre e
d'agir plus parfaitement enfuite.
Si Saint Paul , & plufieurs autres
ont defiré de quitter leurs
corps pour eftre avec le Seigneur,
ces defirs qu'on a cru que l'amour
leur a fait pouffer , eftoient des
defirs furnaturels , & une perfonne
qui ne croiroit ny Paradis
ny Enfer , n'en feroit pas capable.
J'avoue que plusieurs fou
64 MERCURE
par
Souhaitent
la mort fans qu'il y ait
rien de furnaturel dans ces
haits , qu'on en a veu beaucoup
fe faire mourir eux-mefmes
, mais ils ne l'ont fait que
parce qu'ils y estoient portez ou
l'envie de s'affranchir des
cruelles peines qu'ils fouffroient,
ou par de violens mouvemens
qu'excitoit en eux la crainte
de quelques grands maux. Ils
ne regardoient pas la mort comme
un bien , mais elle leur paroiffoit
un moindre mal que ceux
qu'ils fouffroient ou qu'ils craignoient
, & ils n'avoient point
d'autres moyens de s'en delivrer
--
GALANT. 65
que celuy-là. Ainfi la refolution
qu'ils prenoient de fefaire mourir
, venoit de ce qu'il eft auffi
naturel, d'éviter & de craindre
"d'eftre malhenreux , que d'éviter
& de craindre la mort , puis que
Fon ne craint la mort , que parce
qu'on la regarde comme un mal.
On apportera peut- eftre le fentiment
de quelques Philofophes ,
qui ont témoigné regarder la mort
comme un bien à fouhaiter , &
comme une liberatrice qui venoit
délivrer les hommes de leurs
miferes , affranchir leurs Ames
de l'esclavage du corps , & leur
procurer le bonheur d'une vie
Novemb. 1689. E
66 MERCURE .
plus libre e plus parfaite. Fe
veux que ces Philofophes per
fuadez du bonheur de l'autre
vie, que quelques - uns »
uns ce me
femble , reconnoiffoient confifter
dans l'union de l'ame avec Dieur
ayent regardé la mort de la ma-
Pon vient de dire , j'ay
niere
que
peine
à m'imaginer
qu'ils
n'en
ayent
en
aucune
crainte
car
quelques raisonnemens que l'on
puiffe faire là- deffus , nous ne
fçaurions tout - à- fait détruire
un fentiment naturel qui nous
porte à craindre la mort , & qui
vient des caufes dont j'ay parlé..
Ainfi je croy que lors qu'ils ont
GALANT. 67
Témoigné n'en avoir aucune
craintes ils l'ontfait par vanité,
pour fe faire admirer des
hommes , car s'il euft esté vray
qu'ils n'euffent pas craint la
mort , d'où vient qu'ils ne prevenoient
pas volontairement le
temps où elle devoit venir , puis
• qu'ils attendoient un fi grand
bonheur en l'autre vie ? Je n'ay
• pas entendu dire qu'aucun d'eux
l'ait fait , du moins par le mo
tifdont on parle , quoy que nous
ayons un tres-fort panchant à
nous procurer le bonheur autant
que nous le pouvons , a moins
qu'il ne faille employer pour cela

Fij
68 MERCURE
des moyens extremementfacheux
difficiles. Il est donc évident
que ce qui les en empefchoit , eftoit
L'oppofition naturelle qu'ils y avoient,
& par confequent l'horreurque
donne la mort ; car je
ne croy pas qu'ils fuffent perfuadez
comme nous , que ce fust
une méchante action de fe donner
la mort à foy- mefme. Ainfi
cela ne pouvoit les en empefcher.
On oppofera encore , qu'il y a
eu des perfonnes qui ont donné
des marques bien affurées qu'elles
defiroient la mort, puis qu'elles
fe la font donnée à elles- mefmes,
ainsi que Caton a fait , aprés.
GALANT. 69
avoir lû le Difcours d'un Philo
fophe fur l'immortalité de l'Ame,
qui luy promettoit beaucoup
bonheur , aprés que la fienne ſeroit
dégagée du corps ; mais il y
a bien de l'apparence que ces
gens- là eftoient fort malheureux
en eette vie , & que l'esperance
d'eftre plus heureux aprés la
mort , ainfi que le difcours du
- Philofophe dans Caton , avoit
excité en eux un viffentiment,
qui fe rendant maistre entiere-
S ment de leur Ame, ne leur avoit
= pas laissé la liberté de faire at
tention à l'amour naturel qu'ils
avaient pour la vie , & à l'hor
70 MERCURE
Teur que caufe la mort. Fe croy
mefme que fi quelqu'un les euft
empefchez de fe faire mourir
pendant la violence de leur tranf
port, ils ne fe feroient pas enfuite
portez à une telle action . Comme
on ne sçauroit prouver que ce
transport violent n'en foit pas
caufe , fay droit , ce me femble,
de le fuppofer, puis que cela eft
3
tres-probable &
"
poffible
qu'on n'a point d'exemple certain
que perfonne fe foit fait mourir,
ny mefme ait fouhaité de mourir
, fimplement par le defir d'efire
privé de la prifon de fon
corps , afin d'avoir le bonheur de
GALANT. 71
vivre d'agir plus parfaiteruent
. Voilà , Monfieur , ce que
m'ont fourny mes foibles lumieres
, & tout ce que vous avez
pû fouhaiter de ma complai
fance.
La liberté eft un bien qu'on
ne peut trop cftimer , mais
il eft de ceux dont le prix ne
fe connoift que par leur contraire
. Ainfi le Pinçon en cage
peut eftre crû fur ce qu'il
en dit. M. Moreau de Mautour
qui le fait parler , vous
eft connu par plufieurs Poëfies
galantes que je vous ay
déja envoyées de luy.
72 MERCURE
LES DEUX PINCONS,
FABLE
.
S'imy
A. M. B.
I pour prendre de mes leçons,
Amy , vous eftes trop habile ,
Ecoutez l'entretien de deux jeunes
Pinçons ,
Vous en pourrez tirer quelque precepte
utile.
Ils n'ont parlé rien moins que de
chansons ,
Quoy qu'en chansons, tout Chantre
volatile
Duft leur ceder.
( luder.
Je viens au fait , c'eſt aſſez pre-
S
De ces Pinçons , l'un habitoit la
Fille ,
Deftiné
GALANT. 73
é
Deftiné par le fort , pour divertif-
Sement
D'un Seigneur opulent ,
Qui le tenoit en magnifique cage.
Or fin embelliffoit cette douce prifon ,
Qui renfermoit l'Oiseau de beau
plumages
Auffi de le cherir fon Maistre avoit
raiſon.
L'autre habitoit les champs dés fa
naiffance ,
( loix ,
De la nature feule il connoiffoit les
Et fimple hofte des Bois ,
Vivoit en liberté , vivoit dans l'innocence.
&
Le hazard , ou plutoft le defir
curieux
De changer quelquefois de lieux
L'ayant conduit un jour pardewane ¸.
la feneftre
Novemb
. 1689 . G
74 MERCURE
Du gros Seigneur , il vit l'autre
Pinçon paroiftre ,
dorée ,
Et tout court s'arresta.
Eblouy par l'éclat de la cage
Pareil deftin cent fois il fouhaita ,
Et la cage par luyfut cent fois admirée,
S
Queje te trouve heureux , ditil
, cher Compagnon
,
D'habiter fi brillante , & fi belle
maiſon !
Je ne vois qu'or autour de toy
reluire.
Tu ne fçais pas ce que ton coeur admire
>
Luy répond auffi-toft noftre esclave
Pinçon.
Favois ainfi que toy pour demeure
champestre ,
GALANT. 75
Les feuilles d'un buiffon , ou les
branches d'un heftre ,
Et j'eftois libre. Helas , que ne le
fuis-je encor !
La Clefdes champs , croy moy , vaut
mieux que cage d'or.
pas
Rien n'eft tant à fouhaiter
que d'eftre libre, & on ne laiffe
de s'abandonner tous les
jours à des engagemens qui
oftent la liberté . On aime, on
tâche à fe faire aimer , & on
commence à eſtre ſi peu à
foy , qu'on ne connoift plus
d'autre plaifir que celuy de
voir ce que l'on aime. C'eſt
la folie des Amans. Ainfi
Gij
76 MERCURE
vous ne ferez pas furpriſe du
transport d'amour que vous
trouverez dans les Vers fuivans.
Ils ont efté mis en air
par un fort habile Maiſtre.
AIR NOUVEAU.
Tous
Ous mes mauxfont finis , j'ay
reveu ce que j'aime ,
"Difparoiffez , chagrins 'jaloux ,
Affreux tourmens , éloignez- vous,
Tout doit ceder à ce plaifir extrême ,
Tous mes maux font finis , j'ay reveu
ce que j'aime,
Quand nous affiegeons une
Place , nous pouvons avoir
des nouvelles de nos atta
GALANT. 77
ques , parce qu'elles peuvent
venir à droiture ; mais il n'en
eft pas de melme quand
nous fommes affiegez , il faut
traverser le Camp des Ennemis
, & c'est ce qu'on ne fait
pas fouvent pendant un Siege
. Ainfi tout ce qu'on rapporte
du dedans d'une Place ,
eft prefque toujours faux ,
& feulement fondé fur des
oüy dire. Le Siege de Mayence
confirme bien cette verité,
puis qu'on reconnoift prefentement
qu'il n'y a pas un
mot de veritable dans ce
qu'en ont dir les Nouvelles
1
Giij
78 MERCURE
1
publiques , tant que ce Siege
a duré. Quelque forte que
foit une Garnifon , elle ne faic
point tous les jours des forties
de deux ou trois mille
hommes , comme on a voulu
nous le faire croire . La plus
forte qu'on ait faite , n'a pas
efté de trois ou quatre cens.
Cependant il n'en a pas fallu
davantage pour empefcher
pendant cinquante jours , les
Ennemis d'approcher du
Corps de la Place, & pour leur
faire perdre tout ce que portent
leurs Relations , car on
les doit croire fur ce qui les
GALANT. 79
touche , puis qu'ils diminuc
roient bien plûcoft que d'aug
menter. Le Journal que je
vous envoye juftifie ce que
je vous dis . Il eft d'un Officier
qui a pris le foin de ramaffer
chaque jour ce qui s'eft
paffé . Je ne répons pas que
Tous les Noms propres foient
écrits correctement. Il n'y a
rien où l'on foit fi fujet à fe
tromper. J'ay feulement à
vous donner avis d'une chofe,
qui eft que quand l'Officier
qui a fait le Journal du Siege
que vous allez lire , dit , nofre
General , vous devez en-
G iiij
80 MERCURE
tendre M. le Marquis d'Uxel
les. Cela vient de ce que le
Roy , pour eftre bien fervy ,
a fait depuis plufieurs années,
ce qui ne fe pratiquoit point
autrefois. Il a étably un Commandant
des armes qui commande
fes Troupes dans une
certaine étenduë de Pays , &
qui fait fon fejour dans la Place
principale . Cette Place ne
laiffe pas d'avoir un Gouverneur
particulier . M ' le Marquis
d'Uxelles étoit Commandant
des armes à Mayence
comme M' d'Asfeld l'eftoit
à Bonn, & M' de Choiſi eftoit
GALANT. 8t
Gouverneur de Mayence , &
M' Raouffet , de Bonn.
52252522-525555252
RELATION
DU SIEGE
DE MAYENCE.
L
E 30. May fur les deux
heures aprés midy , la
Cavalerie Imperiale
, avec
quelques Regimens des Troupes
de Heffe parut de l'autre
cofté du Rhin , à la fortie du
Village de Hocfein , & défila
jufque fur la plaine où elle
82 MERCURE
per
fe rangea en Eſcadrons
à la
portée du Canon du Fort de
Mars , avec lequel on les falüa
plufieurs
fois. Leur marche
dura jufqu'à fept heures
du foir. Ils allerent
fe camfur
une hauteur proche
Mosbach , à une heure fous
la Ville . Pendant
leur marche
, M' de Barbezieres
s'avança
avec quelques Officiers
de Dragons , pour les reconnoiftre
de plus prés . Il y eut
quelques efcarmouches
, & il
fut contraint
de fe retirer.
Sur les fept heures , l'Infanterie
Heffoife commença
à
GALANT: 83
fortir du Village de Hocfein,
derriere lequel elle fe campa
le mefme foir, eftant defcenduë
à main gauche fur le bord
du Mein. M le Marquis d'U
xelles fit démonter le Pont
de Bateaux ; & refaire le lendemain
un Pont volant entre
la Ville & le Fort de Mars ,'
& comme on avoit befoin
d'avoir fans ceffe communication
, il ordonna de mettre
douze Bateliers dans le Fort ,'
avec des Bateaux fuffifamment
pour renforcer la Garnifon
en cas de befoin .
Le 31. il fe fit un détache84
MERCURE
ment de Cavalerie du Camp
de Mofbach environ de deux
Regimens , qui vinrent camper
proche de Coftheim ,
pour couvrir l'Infanterie Hef
foife . Sur les onze heures du
foir, la Redoute qui couvroit
le Pont , fut attaquée par un
détachement des Troupes de
Heſſe. M' Doron , Capitaine
du Regiment Dauphin , qui
gardoit le Pont avec 60. Soldats
, s'eftant long- temps défendu
dans cette Redoute ,
y mit le feu , fuivant l'ordre
qu'il avoir , & ne s'en retira
que lentement , dans une
GALANT. 85
autre petite de la largeur du
Pont , où il fit ferme envi
ron deux heures ; mais comme
on ne pouvoit la garder ,
M' d'Uxelles luy envoya M
de l'lfle , Aide Major du Regiment
Dauphin , luy com
mander d'y mettre encore le
feu , t rant hceeuqrue'uiſlefmiet n, tenavſeecreftoinmonde
, & deux Bateaux . Il
1 n'eut qu'un Soldat tué . Le
Roy luy a donné 5oo . livres
de penfion pour une action
fi vigoureufe . Outre les douze
Bateliers dont j'ay parlé , M'
d'Uxelles en fit mettre douze
86 MERCURE
autres dans une Maiſon prés
du Pont avec d'autres Batteaux.
Il en fit mettre auffi
dix fur une grande Barque à
la tefte du Rhin , où l'on
montoit un Corps avec 40 .
hommes , pour avertir de ce
qui fe pafferoit fur ce fleuve.
On en mit encore dix dans
deux autres Barques fur le
Rhin à deux toifes du bord
pour flanquer le Foffé du Fort
de Mars. Il y avoit quatre
pieces de Canon dans l'une
avec des gens pour les bien
fervir , ce qui eftoit une Redoute
flotante pour défendre
GALANT: 87
le Foffé du Fort . Dans l'autre
montoit un Lieutenant avec
24.
hommes pour le mefme
uſage , mais il n'y avoit que
des Fauconneaux
. Cette invention
a efté tenuë tresbonne
.
Le 1. Juin , les Heffois mirent
une Batterie de deux
petites pieces de Canon , à
cofté de l'Eglife de Coftheim,
- pour empefcher qu'on ne
travaillaft à une Redoute au
bord du Mein , mais les Canons
du Fort de Mars les
ayant contraints de la changer
,ils la remirent derriere
88 MERCURE
F'Eglife où elle eftoit à couvert
. Mr le General fit ordon .
ner aux Munitionnaires
que
les Moulins travaillaffent ,
pour faire une groffe pro .
vifion de farine , ce qui fut
executé avec grande exactitude
.
Le 2. on tira de part &
d'autre , & le 3. deux Regimens
d'Infanterie arriverent
au Camp de Moſbach . Le 4 .
Mr d'Uxelles fit mener treis
pieces de Canon à la Redoute
du bord du Mein , avec lef
quelles M' de Vigny canonna
le Camp des Heffois
GALANT. 89
& le Village de Coftheim de
puis deux heures du matin
juſques à dix .
&
Le s. 6. 7. 8. 9. & 10. on
G.
fe canonna de part & d'autre.
Les Canons des Ennemis blefferent
quelques Soldats ,
emporterent la teſte à un
Valer. Il arriva encore quelques
Regimens au Camp de
x Mosbach.
Le 6. Juin les Saxons formerent
leur Camp à deux
heures aprés midy , derriere
le Fort de Guftave, & à quatre
heures les Troupes y arriverent
à pied & à cheval : Quel-
Novembre 1689. H
90 MERCURE
ques jours aprés ils furent
renforcez
de dix Compagnies
à pied
.
Le 11. les Allemans jette
rent des Bombes du Village
de Coftheim . Il en tomba une
fur une Barque proche du
Fort de Mars , fur laquelle il
y avoit fept ou huit Soldats.
Aucun d'eux ne fut bleffé ,
quoy que la Barque fuſt enfoncée
avec les Canons ; mais
M' d'Uxelles donna fes ordres
fi à propos , que le lende
main on retira le Canon de
F'eau. Il fut remis fur une
autre Barque deux jours aprés
GALANT. gl
par M Gibault , Entrepreneur
des Fortifications de
Mayence.
Le 12. il arriva de la Cavalerie
au Camp de Mosbach.
Le lendemain elle partit pour
Coblents , & on canonna de
part & d'autre les deux jours
fuivans , mais fans grand fuccés.
Le If. deux Regimens d'Infanterie
logez à Visbad partirent
pour Coblents . Les
Allemans firent ce foir là un
Pont entre le Camp de Saxe
& de Heffe fur le Mein , &
l'aprefdifnée il arriva un
Hij
92 MERCURE
г
Tromperte de la part de M
le Comte de Lippes . Il apportoit
des Oranges à M
d'Uxelles , & le venoit prier
de luy envoyer quelques
bouteilles de vin de Bourgogne
pour Mr le Prince Charles
de Lorraine , qui devoit
arriver le foir à Hocfeim.
Cette nuit , les Allemans firent
encore une fois brûler le
-bout du Pont qui reftoit entre
Caffel & la Redoute de ce
mefme Pont , & entre minuit
& une heure on tira quelques
coups de Canon du Fort &
de la Ville , ce qui obligea
GALANT. 93
t
E
la Soldatefque à fe mettre en
armes ,
Le 16. un Regiment d'Infanterie
partit du Camp de
Coftheim , & defcendit vers
Rhingau.
Le 17. les Heffois jetterent
cinq Bombes de Coftheim au
cofté du Fort de Mars entre
les Travailleurs , mais fans
nul effet . Trois Soldats du
Camp des Saxons pafferent le
Mein à nage , & vinrent prendre
party. Ils eftoient François
de Nation.
Le 18. la Cavalerie Heffoife
changea fon Camp , & alla
94 MERCURE
le prendre plus bas à la portée
du Moufquet en defcendant
le Rhin . Ceux de Mosbach
commencerent à décamper
depuis fix heures du matin
jufques à dix . Sur le midy ,
le Camp eftant tout à fait
party , il Y arriva beaucoup
de Cavalerie qui s'y campa.
Le 19. on canonna de part
& d'autre , & deux autres
Soldats Saxons fe vinrent
· rendre.
Le 20. le Camp de Mofbach
partit le matin , & prit
la route des autres. La nuit ,
un Capitaine nommé M
GALANT: 95
Boifle , eftant forty avec un
Lieutenant & cinquante Dragons
pour reconnoiftre la
marche des Ennemis , tomba
dans une de leurs embufcades
. Ils luy firent leur décharge
, & fon cheval fut tué
fous luy de plufieurs coups.
Quoy qu'il ne fe vift ſuivy
que de quelques Dragons , il
ne laiffa pas de preffer les Ennemis
qui abandonnerent ce
terrein , & le lendemain il
vint rendre compte des ordres
qu'il avoit executez .
L'Infanterie des Heffois quitta
le Camp du bord du Mein,
xx
96 MERCURE
& alla le prendre où eftoit
leur Cavalerie. Sur les dix
heures, on vit beaucoup d'Infanterie
venant du coſté de
Francfort. Elle paffa fur le
pont qui eft fur le Mein , &
fe rendit au Camp des Saxons
.
Le 21, il arriva beaucoup
de Troupes , qui prirent leur
Camp entre les Saxons & le
Village de Grinfeim , Le 22 .
on fe canonna de part & d'au
tre , & le 23. il vint quelques
Deferteurs de Saxe & de
Heffe.
Le 24. deux chevaux écar
[ CZ
GALANT. 97
tez du Camp de Heffe vinrent
paiſtre vis à vis du Fort
de Mars . Le Commandant.
les fit amener fans aucun empeſchement
.
Le 25. & 26. les Allemans
jetterent douze ou quinze
Bombes depuis trois heures
aprés midy jufqu'à fix . Il en
tomba une fur la maifon d'un
Bourgeois . Elle mit le feu au
toit , & il fut éteint par la
diligence du monde qui y
accourut.
Le 28. on découvrit que les
Saxons travailloient du cofté
de Guſtave , & on leur tira
Novembre 1689. I
98 MERCURE
quelques coups de Canon . Le
29. à midy , le Regiment de
Dragons de M' de Barbefieres
partit pour Mont - Royal ,
avec M' Lozier Brigadier , &
fix ou fept Eſcadrons arriverent
le 30. au Camp des Saxons
.
Le 1. Juillet on canonna du
Fort de Mars & de Coftheim .
Le 2. fur le midy , M' le
Maréchal Duc de Duras arriva
avec Meffieurs les Princes ,
& autres Officiers Generaux .
Le 3. ce Maréchal partit à
cinq heures du matin avec
toute fa fuite. Les Allemans
GALANT: 99
jetterent quelques Bombes de
Coftheim , & clles tomberent
dans l'eau vers le Fort de
Mars. Il vint quatre Deferteurs
de Saxe. Les Heffois
couperent la nuit une grande
partie des grains vis à vis du
Fort , d'où on leur tira quel
ques coups de Canon & de
Moufquet , qui leur firent
abandonner la moiffon.
Le 4. le Regiment de Dragons
nommé de la Lande ,
arriva à la Garnifon avec le
Colonel. Le s..les Allemans
jetterent dix Bombes. Deux
I ij
100 MERCURE
tomberent fur le Fort , & les
autres alentour .
Le 6. les Troupes de Saxe
pafferent en reveuë , & un
petit Corps de Cavalerie avança
prefque jufqu'au bord
du Mein. Les Heffois firent
un foffé en façon de Tranchée
à la portée du Moufquet
du Fort , & l'on efcarmoucha
de part & d'autre . Le 7. un
Soldat eftant en fentinelle au
Fort , le Tonnerre luy brifa
la moitié de fon Moufquet
entre fes jambes .
Le 8. les Heffois jetterent
des Bombes depuis neuf
GALANT. 101
heures du foir jufqu'à minuit.
Elles tomberent dedans & alentour
du Fort , aprés quoy
il defcendit du Rhin un Brulot
pour brûler le Pont. Il fut
détourné par les Bateliers , &
quoy qu'arrefté , on ne pût
éteindre le feu . Le Commandant
du Fort , qui craignit
qu'il n'y cuſt dedans des feux
d'artifice , le fit relâcher fort
à propos , puis qu'il creva à
quelques momens de là .
Le 9. la Cavalerie de Saxe
décampa prefque toute , & on
s'apperceut qu'ils faifoient
mener des Bateaux qu'ils ti-
I iij
102 MERCURE
rerent hors du Mein pour les
conduire à Gunsheim fur le
-Rhin . L'efcarmouche des
Troupes Françoiſes & des
Heffois alloit cependant affez
mollement de leurs travaux
aux noftres dans l'Ile de
Marte.
Le 10, les Saxons menerent
encore plufieurs Bateaux à
Gunsheim , fitué au haut du
Rhin. Le 11. l'efcarmouche
du Fort de Mars & du retranchement
des Heffois ne ceffa
point . A minuit les Heffois
jetterent de leur retranchement
dix ou douzę Bombes.
GALANT. 103
Elles tomberent en partie fur
les logis , & en partie dans les
rues de la Ville , mais fans
effet.
Le 12. l'efcarmouche
con
tinua , & le 13. les Heflois paf
ferent en reveue devant la
Tente du Landgrave . Sur le
minuit , quelques Grenadiers
fortirent du Fort de Mars , &
les efcarmoucherent
dans
leurs retranchemens
.
Le 14. à deux heures aprés
midy , on apperceut que les
Heffois travailloient
à Caffet
du cofté du Fort , à une Batterie.
M' d'Uxelles comman-
I iiij
104 MERCURE
"
da de les canonner , ce que
l'on fit le reste du jour.
Le s . la Cavalerie Heffoife
paſſa en reveuë le matin , &
ils travaillerent
de nouveau
à leur Batterie pendant tout
le jour. M' d'Uxelles eftant
monté à cheval pour reconnoiftre
les Ennemis , les fit
pouffer par quelques Dragons
. M' Lanier eftoit à leur
tefte avec quelques Officiers
Volontaires qui efcarmoucherent
vigoureufement
l'efpace
d'une heure , les Allemans
venant de bonne grace.
M Segur y eut fon cheval
GALANT. 105
bleffe qui mourut le lendemain.
Noftre troupe ſe retira
le foir à fon pofte , & le len
demain les Arriere gardes de
Cavalerie & les Dragons s'approcherent
un peu de la Place,
où ils demeurerent en partie
jufque fur la fin du mois.
Noftre General & noftre
Gouverneur ayant conferé
enfemble fur les moyens de
la défendre , il fut refolu que
l'on monteroit un Colonel &
un Lieutenant- Colonel dans
les dehors , avec un gros détachement
du Corps , &
cela fut fait jufqu'à ce qu'on
106 MERCURE
y cuft monté en corps , & re
glé les défenfes par Bataillons.
M' de Vigny cut ordre
de mettre des gens de fon
Regiment au Canon pour le
bien faire fervir , ce qui fut
executé fort exactement par
fes Officiers, hommes de fervice
, de toute main , entendus
& entreprenans . M. de la
Cour , Ingenieur , cut auffi
ordre de faire achever les Ou-
Vrages qui estoient encore
brutes en quelques endroits
dans le foffe , ce qu'il fit tresbien
, & mefme plufieurs traverfes
dans le Foffé & dans la
GALANT. 107
-
Place. Il fut ordonné en même
temps à M' Petit, fubftitué
à l'Intendance , de faire
charier des fafcines , & paliffades
dans les dehors , & aux
Batteries , ce qu'il fit avec
une tres grande diligence.
C'eſt un homme intelligent
& fort actif. On luy avoit
encore donné le foin de faire
proviſion de boeufs & de
moutons en cas de Siege , &
il y pourveut fi judicieufement
qu'on n'en pouvoit
manquer de long- temps . M
d'Uxelles ordonna auffi aux
Artificiers , Charons , ForgeJOS
MERCURE
rons & Armuriers , de tra?
vailler chacun dans leurs emplois
avec affiduité . M ' de
Choify de fon cofté employa
fon experience à faire quelque
chicane par avance aux
Ennemis . M Camollin cut
ordre de faire faire les Batteries,
& de les bien faire fervir.
Il a fait voir en cela beaucoup
de vigilance & d'adreſfe
, ayant pris le foin particulier
des Baftions attaquez
.
Il fut encore arrefté qu'on
applaniroit quelques petits
chemins aux environs des attaques.
Le foin en fut donné
GALANT. 109
à Male Chevalier de Boutteville
& l'on cut fujet d'eftre
content de fa diligence . On
fit auffi faire quelques traverfes
ou travaillons dans le foffé:
M' de la Cour en eut la conduite,
& en remit l'execution
à M'S de Boutteville & du
Carrier, qui s'en acquitterent
tres. bien, ayant chacun leur
quartier à reparer , & ne bou.
geant du dehors , où ils
choient tous les jours.
Le 16. Juillet , fur les fept
heures du foir, l'Avant- garde
Imperiale commença à paroiftre
devant la Place , du
cou110
MERCURE
cofté du Village de Finden.
Elle
campa autour de Brutzheim
, à une lieuë de la Ville.
Le 17. le reste de l'Armée
arriva dés fept heures du ma
tin. Une partie prit fon camp
entre Sainte- Croix & Voifenau
, au bord du Rhin ; une
autre entre Bretzheim &
Teexheim ; une autre entre
Dalheim & Grafenheim. Sur
les quatre heures , on vit les
Saxons paffer le Rhin fur
douze ou quinze Batteaux ›
entre Voifenau & Gensheim .
Ils y employerent toute la
nuit du 17. au 18, juſques à
GALANT. III
midy du lendemain , & mirent
leur Camp fur la hau
teur de Voifenau.
Le 18. il leur arriva des
Troupes du cofté de Finden.
Les Heffois travaillerent à
force à leur Batterie à Caffel ,
& on les incommoda toute
la journée , tant du Fort que
de la Ville avec le Canon.
Le 19. on vit tomber quelques
Cavaliers des coups de
Canon tirez de la Ville . II
y cut plufieurs bleffez de part
& d'autre par l'efcarmouche ;
un détachement ' de'so . Grenadiers
& de yo. Fuzeliers
112. MERCURE
brûla un Moulin , à une
portée de Moufquet de la
Contrefcarpe. Sur les fept
heures du foir , on vit arriver
feize Drapeaux au Camp des
Saxons. La Cavalerie & l'Infanterie
Imperiale qui étoient
campées entre Voifenau
& Sainte Croix , décamperent
, & prirent leur route
vers Bretheim .
Le 20. on apperceut que
les Saxons avoient fait defcendre
leur Pont de Bateaux
de Gunsheim jufqu'au deffus
de Voiſenau , où ils l'amenerent
en bas piece par piece
GALANT. 113
Sur les cinq heures aprés
midy , les Heffois commencerent
à tirer la premiere:
fois de leur nouvelle Batterie
de Caffel , qui eftoit de
quatre groffes pieces de Canon
& de trois Mortiers . Ils
tirerent de leur Canon au
Pont volant , & le rendirent
impraticable. A l'égard des
Bombes , ilsen jetterent beaucoup
dans la Ville fans y faire
grand dommage .
Le 21 les Heffois ruinerent
le bout du pont vers le Fort
avec leur Canon . On tira de
la Ville quantité de coups
Novemb. 1689,
1
K
114 MERCURE
au Camp des Saxons , & il
arriva beaucoup de Cavalerie
& d'Infanterie à celuy
des Ennemis . Dix de nos
gens , tant Dragons que Fantaffins
s'eftant avancez à trois
cens pas de la grande Garde ,
poufferent quelques Fantaffins
Allemans qui eftoient dans
la Langue. Les Allemans envoyerent
quelques Troupes
pour foutenir les leurs . Un
Maréchal des Logis s'eftant
auffi avancé pour foutenir
les noftres avec quinze Mai-
Ares , les Ennemis y en envoyerent
trente & l'eſcarGALANT.
115
mouche devint chaude. Le
Maréchal des Logis fut
bleffé d'un coup de piſtolet
à la jouë . aprés avoir repouffé
vigoureuſement les Ênnemis
, & tué deux des leurs .
Le 22. l'on vit travailler à
force au Pont de Bateaux
entre Voifenau & Gunsheim.
Quatre Dragons embufquez.
au bout d'une haye , virent
venir un Fourier du Regiment
du jeune Prince de
Lorraine , qui vouloit paffer
au Camp des Saxons . Ils firent
leurs décharges fur luy »
le blefferent en trois endroits
Kij
116 MERCURE
differens , & l'amenerent encore
vivant dans la Ville . II
mourut peu d'heures aprés.
Les Saxons partagerent leur
Infanterie en fept endroits
entre Voifenau & Sainte-
Croix. Les Heffois jetterent
beaucoup de Bombes de Caffel
, dont l'une caufa un feu
qui confuma la moitié du
Cloiftre de Sainte Agnés , &
une autre tua deux Grenadiers
. M. d'Uxelles ayant ordonné
à M. de la Mothe, Capitaine
general des Mineurs ,
de faire force Fourneaux aux
angles flanquez & flanquans,il
GALANT. 117
s'y appliqua avec tant de foin
que la Place fe trouva creusée
en plufieurs endroits au bout
du glacis, & mefme à la plufpart
des Baftions , ayant de
beaux foufterrains
. On les luy
fit viſiter, & il rapporta qu'on
pouvoit tirer de là plufieurs
rameaux pour faire fauter les
Ennemis . On luy ordonna
d'y travailler , ce qu'il fit avec
tant d'adreffe & de fcience
que les Baſtions Saint
Alexandre & Saint Boniface
,
eftoient plus creux que pleins,
le tout eftant bien difpofé à
faire de grands fourneaux.
118 MERCURE
J
Depuis ce foir là , Mª d'Uxelles
& Mr de Choify ordonnerent
à Mr de la Mothe
de faire quelques fougaces
au bout du glacis , &
d'y enterrer quelques Bom.
bes , ce qui fut fait de manicre
, que les Allemans ont dû
croire que tout eftoit plein
de Mines & de Fourneaux .
Ils ordonnerent
encore de
planter & d'enterrer aux angles
du glacis où il finit, plufieurs
madriers armez de
pointes de clouds d'environ
un pied de long , & larges
d'une toife de forte que
GALANT. 119
-
ceux qui voudroient s'en ap
procher ne puffent demeurer
deffus fans en eftre percez ,
comme il arriva à l'un de
ceux qui les ayant plantez ,
& voulant paffer à cofté
donna dedans , & s'encloüa,
Pour achever la défenfe
entiere , M. d'Uxelles ayant
communiqué le deffein qu'il
avoit de faire mettre de petites
pieces de campagne aux
angles dans le chemin cou
vert , pour tirer la nuit fur les
Travailleurs , & les démonter
le jour , M. de Choify
trouva l'invention fort bon120
MERCURE
ne , & auffi- toft l'ordre fur
donné a M. de Camollin de
faire faire des échaffauts pour
porter ces pieces , qui furent le
lendemain en eftat de tirer . M.
de Vigny y établit des Com,
miffaires & des Canonniers
qui firent tres- bien leur devoir
, ayant tiré de quelqueunes
jufques à cent & fixvingt
boulets . Comme elles
eftoient de plufieurs calibres ,
& qu'elles fervirent fort frequemment,
mefme plus vifte
que le Moufquet , le feu qui
en eftoit continuel , incommoda
fort les Ennemis
,
y en
ayant
GALANT. 121
ayant cu douze ou quinze .
qui tiroient inceffamment la
nuit depuis deux jufques à
fix livres de balles.
La nuit du 22. au 23. les :
Ennemis ouvrirent la Tranchée
du coſté de la Baye d'Alefne
, à la faveur d'un Rideau
, qui les faifoit travailler
à couvert , & hots de la portée"
ordinaire du Moufquet.
La nuit du 23.au 24.M ' d'Uxelles
fit faire une fauffe attaque,
pendant laquelle on tira
beaucoup de coups de Mouf
quet. Il coucha fur le Baftion
S. Alexandre , & apperceur
Novembre 1689. L
122 MERCURE
le
matin que lę les Affiegeans
avoient fait un petit retranchement
à la gauche du Moulin
de Dalheim . Il fit canonner
auffitoft fur eux jufqu'à
dix heures , ce qui les incommoda
fort. Ils firent auffi
quelques rravaux fur la hauteur
de Salbach , & derriere
les Chartreux . Le 24. M' d'Uxelles
fit tirer jufqu'à fix cens
coups de Canon fur les travaux
des Ennemis . M' de
Cruffel , Capitaine d'Anjou ,
qui faifoit quelques obfervations
fur le glacis , fut bleffé avec
; fix Soldats vers la porte
GALANT. 123
deMunſter. Mr Marchimonts
Lieutenant du
Regiment
Dauphin , fut auffi bleffé
vers la Chartreuse avec deux
ou trois Soldats .
La nuit du 24. au 25. M²
d'Uxelles fit faire un feu per
petuel & fort grand , pour
empefcher
les Ennemis de
travailler. Le 25. on s'apper-'
ceut le matin que les Affiegeans
n'avoient
fait autre
chofe que d'épaiffir leurs travaux
. Sur les dix heures du
matin , M' de Villeneuve ,
Capitaine de Grenadiers
du
Regiment
de Cruffol , fut
Lij
124
MERCURE
tué en efcarmouchant auprés
du Moulin de Dalheim . Il
vouloit reconnoiftre les travaux
des Ennemis , & s'étant
avancé quatre ou cinq
pas tout à découvert , il receut
un coup de Moufquet à la
tefte . Sur les quatre heures,
M' Marin , Gentilhomme
François , Volontaire dans le
Régiment du Vieux Staremberg
, s'eftant venu rendre ,
rapporta que le Prince Frederic
de Neubourg avoit eſté
tué d'un coup de Fauconneau
que les Allemans avoient
deliberé deux jours .
GALANT. 125
;
s'ils afliegeroient
la Place ,
& qu'à la fin Mr de Lorraine
l'avoit voulu qu'il faifoit
venir pour cela le refte des
Troupes Imperiales de l'Armée
de M le Duc de Baviere
qui eftoit arrivé depuis
quelques jours . Dix Fantaffins
François s'eftant avancez
pour efcarmoucher
, la
Garde de la Cavalerie Allemande
s'avança auffi pour
leur couper chemin & les
faire prifonniers. Cinquante
Maiftres de noftre grande
Garde s'avancerent en mefme
temps , & il fe fit un choc
Liij
126 MERCURE
des deux coftez ; deux Alle
mans & un François y fu
rent tuez. Un autre François
du Regiment Dauphin fut
bleffé , & il y eut un cheval
de Dragons tué. Ce mefme
jour , fept Soldats furent bleffez
dans le chemin couvert.
Mr de Manoffe , Major du
Regiment Tarze , cut à la
jambe une contufion d'un
coup de Moufquet , & le
Lieutenant du mefme Regiment
en eut une autre à la
mamelle .
La nuit du 25. au 26. les
Affiegeans tirerent une ligne
GALANT. 127
de la Montagne à la Plaine ,
comme s'ils euffent voulu atcaquer
le Baftion Saint Alexandre
, ou la porte du Gau.
Du cofté des Chartreux il ne
parut aucun travail nouveau .
Cinq ou fix Soldats François
furent bleffez en efcarmouchant.
Il y en cut quatre autres
bleffez du cofté de la
porte du Gau . M. de Saint
Mars , Commiffaire d'Artillerie
, eftant fur le Baftion
Saint Alexandre , receut un
coup de Moufquet au coſté ;
la bleffure fut legere . Le 26.
à onze heures du matin , on
Liiij
128 MERCURE
vit venir quatre Regimens
Imperiaux de l'Armée de
M. de Baviere de l'autre cofté
du Rhin , entre Guntheim &
le Fort Guftave . Ils y camperent
le reste du jour , &
le Canon ne ceffa point de
tirer fur l'attaque Imperiale .
La nuit du 26. au 27. les
Affiegeans avancerent
deux toiſes , & un Sous-
Lieutenant nommé Marcheval
, du Regiment Barbonet ,
deferta pour fe jetter dans
les Ennemis. Les Heffois travaillerent
fort à une ligne
de communication de Cofde
GALANT. 129
9
theim à Caffel. Le 27. les
Troupes de Saxe formerent
leur Camp tout autrement
qu'il n'eftoit. Lear Cavalerie
arriva ce mefme jour , &
campa prefque toute vers le
Camp General entre Sainte
Croix & Voifenau , & l'Infanterie
la plufpart au deffus
de Sainte Croix. Les quarre
Regimens Imperiaux refterent
encore toute la journée
campez au delà du Rhin.
Depuis la tranchée ouverte ,
M. d'Uxelles a toûjours couché
, tantoft ſur un Baltion,
rantoft fur l'autre.
130 MERCURE
La nuit du 27. au 28. Fer
Affiegeans firent peu de travail.
M' d'Uxelles coucha fur
le Baftion Saint Boniface , &
commanda , fi l'Ennemy n'avançoit
plus , de ne plus tirer.
Le Pont entre Voifenau
& Guntheim n'eftoit pas encore
achevé. Le 28. il y euc
dix Soldats des quatre Bataillons
, bleffez dans le chemin
couvert, & un autre y fut tué .
M' de Courmoulin , Lieute
nant du Regiment de Breta
gne, faifant la charge de garçon
Major , cut le pied caffé
d'un coup de Fauconneau.
GALANT. 131
A quatre heures aprés midy,
un François eftant de tranchée
du Regiment du Vieux
Staremberg, vint fe rendre ,
& rapporta que la nuit du 26.
au 27. il y avoit eu plus de
trois cens cinquante hommes
tuez & bleffez , entre autres ,
deux Capitaines du Vieux
Staremberg, de deux coups
de Fauconneau . L'Armée
Imperiale ayant déterminé
d'attaquer les Baſtions de
S. Boniface & de S. Alexandre
, M' d'Uxelles & M' de
Choify refolurent de faire
planter une feconde paliffade
132 MERCURE
dans le chemin couvert fur
la feconde banquette , ce que
l'on executa .
La nuit du 28. au 29. les
Allemans firent une petite
Redoute à leur droite , & à
leur gauche un petit boyau ,
pour joindre avec le temps
la Redoute de leur droite. Le
feu de la Place fut fort grand ,
& à ce quedit un Rendu qui
eftoit de tranchée , ils furent
fort incommodèz du Canon.
M ' d'Uxelles coucha fur le
Baſtion S. Martin , où il
y cut
deux hommes tuez , & quatre
bleffez . M. Caftel Rogar ,
GALANT. 133
1
Lieutenant du Regiment de
Bretagne , fut bleffé à la jouë.
On commença le matin à retrancher
les deux Baſtions de
S. Boniface & de S. Alexandre
, Ce fut un fort grand
deffein . LeLe 29 . le Pont des
Saxons entre Voifenau &
Guntheim fut achevé. L'apréfdifnée
un Soldat du Regiment
de Staremberg qui fortoit
de la tranchée , vint fe
rendre , & affura que de fon
Regiment feul les Ennemis
avoient perdu quarante hommes
pour leur part de deux
Regimens que l'on avoit dê134
MERCURE
tachez ; qu'il avoit oüy dire
qu'ils avoient déja perdu plus
de quinze cens hommes , tant
tuez que bleffez. L'Infanterie
Heffoife qui campoit au coſté
du Village de Coftheim ,
marcha vers le Rhingau pour
paffer le Pont des Allemans,
& joindre l'Armée Imperiale,
forte de trois Regimens.
"
La nuit du 29. au 30. les
Imperiaux ne firent que reparer
le dommage que leur avoit
fait noftre Canon le jour précedent
. Du cofté de la Chartreufe
, il y eut un petit choc,
& l'on quitta & brûla la mai
GALANT. 135
3
t
fon duJardin Mr Fuefs, & un
autre poſte à deux cens pas
plus haut du cofté de Sainte-
Croix , qui contenoit cinq
ou fix Soldats ; on fit auffi
un Saxon prifonnier . Les
Heffois de Caffel jetterent
quelques Carcaffes fur le minuit.
Il en tomba une dans
le Fort fur les baraques , qui
les alluma & confuma toutà-
fait . Quelques- unes tomberent
en deça du Rhin autour
de la Citadelle.
La nuit du 30. au 31. M' d'Uxelles
coucha fur le Baſtion
de S. Alexandre . Les Enne136
MERCURE
mis reparerent les travaux
qui avoient eſté endommagez
par noftre Canon . Ils
avancerent environ quatre ou
cinq roifes , & ayant commencé
un boyau à main gauche
, ils ne purent l'achever
à caufe de noftre feu contiauel.
Du cofté de la Chartreuſe
, les Bavarois & Saxons
tirerent une ligne depuis le
bord du Rhin en montant
vers Sainte- Croix , jufqu'au
premier chemin d'où ils ef
carmouchoient
de temps en
temps . Le 31. quatre Rendus.
vinrent dire que noftre CaGALANT.
137
non les incommodoit fort du
cofté de la Chartreuſe au haut
Rhin , mefme qu'aux travaux
qu'y faifoient les Bavarois &
Saxons , il y avoit cu un Lieutenant
d'un Regiment Imperial
tué d'un coup de Canon,
& plufieurs Soldats. Les Bavarois
& Saxons fe declarerent
pour l'attaque du haut
Rhin, par une tranchée qu'ils
conduifirent comme s'ils euffent
voulu attaquer le Baſtion
S. Albane , ou la Citadelle.
Il y cut peu de nos Soldats
tuez & bleffez, M. de Buffé
Major du Regiment de Bre-
Novemb. 1689.
M
138 MERCURE
tagne , fut fort bleffé dans le
chemin couvert
.
3
La nuit du 31. au 1. Aouſt
l'Attaque Imperiale voulut
faire une jonction des deux
teftes de leurs travaux , par
une paralelle qui demeura
imparfaite. Il y cut un
grand feu de part & d'autre.
Du cofté de l'attaque des
Bavarois & Saxons , ils acheverent
la nuit ce qu'ils
voient ébauché le jour ,
ayant pouffé un petit travail
qui marquoit l'approche qu '
ils vouloient faire , & vinrent
deux fois pour attaquer nos
GALANT. 129
poltes avancez au nombre
de foixante ou quatre- vingt ;
mais ayant fait leurs décharges
chaque fois , ils fe retirerent
après avoir tué un
homme & bleffe un autre.
Il fe rendit le matin fept
Grenadiers du Regiment des
Gardes de M. de Baviere. Пs
cftoient François , & rappor
terent que cet Electeur avoit
penfé eftre tué d'un coup de
Canon , qu'ils perdoient beaucoup
de monde par noftre
moufqueterie, & encore plus
par le Canon. Ils confirmerent
la mort du Lieutenant
Mij
140 MERCURE
Colonel Allemand . M. d'Uxelles
alla cette nuit de tous
coftez pour donner les ordres
neceflaires aux attaques. Le
1. Aouſt , les Ennemis élargirents
travaux , fans toucher
à ce qu'ils avoient fait
la nuit. Les Imperiaux efcar.
moucherent , & blefferent
dangereuſement un Canonnier.
Sur les quatre heures
aprés midy , M. de Barbefie
res Brigadier des Dragons ,
& M. de Lozier , Brigadier
d'Infanterie , fe jetterent dans
la Place , ce qui réjouit fort
les Officiers & les Soldats,
GALANT: 141
Trois Officiers du Regiment
d'Orleans ayant remarqué
dans la tranchée des Ennemis
trois hommes de diftinction ,
s'attacherent à les tirer , &
plufieurs autres du mefme
Regiment les virent tous trois
tomber. Sur les fept heures,
les Heffois commencerent à
jetter des Bombes & des
Carcaffes de Caffel , ce qui
dura jufquos à minuit . La
plufpart tomberent autour
de la Place : Une. Carcaffe
tomba fur la Tour de Noftre-
Dame , & une Bombe fur
'Eglife , mais fans y mettre
142 MERCURE
le feu . Il s'alluma en plu
fieurs endroits , & la diligence
des Habitans en empefcha
les fuites. M¹ d'Uxclles
prévoyant par la démar
che des Ennemis qu'ils en
vouloient aux Bastions de
S. Alexandre & S. Boniface ,
fit faire à ce dernier dans les
Places d'armes des lunettes de
bois qu'on mit aux angles
du chemin couvert pour défendre
le logement de la Conarefcarpe
. Il y avoit auffi deux
paliffades du cofté des
des attaques
au chemin couvert la
derniere eftant auprés de la
GALANT. 143
feconde banquette . L'on mit
de ces lunettes à toutes les
places d'armes & angles faillans
du chemin couvert du
colté des attaques . De plus ,
dans le Baftion du foffé Saint
Alexandre , M ' d'Uxelles &
Mr de Choify ayant jugé à
propos de faire une Caponnic
re ou Eſcarpe du follé quoy
qu'il ne fuft pas reveftu , le
S Gibeau enreceut les ordres.
Il appliqua fon experience à
les faire executer . Cette Ca
ponniere devoit avoir engiron
dix toifes dans fes deux
branches. Je ne dois pas ou
144 MERCURE
blier icy la joye qui paru?
parmy tous les Officiers
, de
pouvoir
marquer
leur zele
pour le fervice du Roy . Elle
fut fi generale
, que chacun
armé de fufil & de per
taifanes
témoigna
vouloir
fe défendre
jufqu'à Pextremité.
L'on vit fur le vifage
des Soldats un air de bravou
re qu'ils repricent
dés qu'ils
quitterent
la broüette
pour
Ic fufil , ayant perdy ces airs
languiffans
que leur donnoit
le travail , pour
reprendre
leur vigueur. M' d'Uxelles
leur faifoit
diftribuer pour les
maintenir
"
·
GALANT. 145
maintenir en cet eftat deux
livres de pain à chacun , demy-
livre de viande , & chopine
de vin de Paris , avec
trois fols par jour . Cela s'eft
fait depuis le 8. Juillet , &
mefme on leur a donné du
fel par Compagnie. Ce mefme
jour premier Aouſt , la
pluye fut fi groffe , que nos
Soldats ne purent faire le feu
continuel qu'ils avoient accoutumé
, de forte que les
Ennemis travaillerent
avec
moins de rifque.
La nuit du r. au 2. les Imperiaux
ne firent qu'achever
Novembre 1689. N
146 MERCURE
la communication qu'ils avoient
ébauchée la nuit precedente
. Les Bavarois & Saxons
en firent de mefme , &
poufferent leurs travaux de
quelques toifes pour approcher
la Place ; cependant il fut
impoffible de juger alors s'ils
venoient attaquer le Fort S.
Alban , ou le baftion de la
Citadelle ; il y eut grand feu
de ce cofté - là par noftre
Moufqueterie.M' de Bertillac,
Brigadier & Lieutenant Colonel
du Regiment Dauphin ,
en avoit la défenſe. Le jour
fe paffa du cofté des Ennemis
GALANT. 147
à efcarmoucher & à renforcer
leurs travaux . Nous eûmes
trois Soldats bleffez aux
deux attaques . M ' de Princé,
Capitaine de Grenadiers du
Regiment Dauphin , receut
un coup de Moufquet qui
luy fit une groffe contufion
à la jambe. On apperceut du
cofté des Chartreux quelques
embrafures que les Ennemis
avoient faites à leur travail ;
mais comme elles n'eftoient
pas encore ouvertes , on ne
pût fçavoir à quoy elles eftoient
deftinées . M. de Lozier
prit fon jour de Briga
Nij
148 MERCURE
dier , & releva M. de Bertil
lac à l'attaque des Chartreux.
M. de Barbezieres , Brigadier
& Commandant de Cavalerie
& Dragons , prit auffi fon
jour. M le Lieutenant de
Roy refta à l'attaque des Imperiaux
, où il avoit toûjours
demeuré depuis l'ouverture
de la Tranchée.
La nuit du 2. au 3. la pluye
fut abondante ce qui incommoda
fort nos Soldats.
La Moufqueterie ne laiffa pas
de tirer , mais le feu fut
foible. Il recommença à l'ordinaire
fi - toft
que la pluye
GALANT. 149
ceffa , & empefcha que les
Allemans n'avançaffent leur
travail . Depuis douze jours
que l'on avoit ouvert la
Tranchée , il ne ſe trouvoit
encore que quarante Bleffez.
dans l'Hôpital dont une
partic venoit des Forts qu'on
faifoit & des angles faillans .
Il y en avoit foixante brûlez
par la poudre & par leur
faute. A l'attaque des Saxons
& Bavarois du cofté des
Chartreux , les Ennemis firent.
une petite prolongation pa
ralellement à la Place , mais
fi éloignée , qu'on ne put
Niij
150 MERCURE
juger alors à quel deffein ils
avoient fait ce travail . Ils
mirent deux petites pieces
de fix à huit livres de balles ;
l'une tira quelque coup dans
la Maifon du grand Doyen
qu'on tenoit encore , & fur
cet avis Mr d'Uxelles ordonna
de retirer la plupart
du monde qui y eftoit commandé,
& de ne laiffer que dix
hommes dedans , & un Sergent
,pour obferver la démarche
des Ennemis . Le foir, chacun
alla reprendre fes poftes.
L'autre piece de Canon tira
fur noftre Corps de Garde de
GALANT. 151
Cavalerie qu'on tenoit dehors
, tant pour inquieter les
Ennemis que pour faciliter
l'accés de la Place à ceux qui
voudroient fe jetter dedans ;
mais le mefme ordre de fe
mettre à couvert de ce feu
leur ayant efté donné , le
Major les changea ſeulement
à trente pas où ils furent
en feureté . Sur les fix heures
du foir M de Bertillac , Brigadier
de jour à l'attaque des
Saxons & Bavarois , voyant
avancer plufieurs Cavaliers
Allemans qui avoient l'air
d'Officiers 3 pour
recon-
N iiij
152 MERCURE
\
noiftre la Place de plus prés
fit gliffer des Fuzeliers dans
des Vignes , & détacha M
du Verdier , Lieutenant de la
grande Cavalerie avec dix
Cavaliers & ordre de s'avan
cer au petit pas . Les Alle
mans s'eftant approchez , le
Lieutenant fe prepara à les
charger . Il y alla de bonne
grace. Ils vinrent à luy de
mefme , & pafferent auprés
de nos Fufeliers , qui tuerent
trois de leurs chevaux , ce
qui les obligea de faire volteface.
Noftre Lieutenant vouloit
faire prifonniers ceux
GALANT. K53
qui estoient demeurez à pied ,
mais il eut ordre de fe retirer,
parce que leur grande Garde
de Tranchée s'avançoit en
diligence pour charger les
noftres qui allerent repren
dre leurs poftes en bon ordre.
Ce fut vers cette heure- là que
les Bavarois & Saxons commencerent
à tirer de leurs
Mortiers des Bombes dans
nos travaux ; elles furent frequentes
, & ne firent point
d'effet.
La nuit du 3. au 4. les Im
periaux épaiffirent & éleverent
ce qu'ils avoient fait les
154 MERCURE
1
nuits precedentes à leurs at
taques. Les Bavarois & Saxons
firent quelque petit ouvrage
aux leurs , mais fi imparfait
, qu'on ne put fçavoir
ce qu'ils en pretendoient faire.
Ils avoient trois Mortiers,
dont ils tirerent pendant la
nuit trente- quatre Bombes
fans fuccés. Elles pefoient
environ cent livres , fuivant
ce qu'on vit de deux qui n'avoient
point crevé , & que
les Soldats prirent dans leur
trou . Les Heffois du cofté
de Caffel jetterent plufieurs
balles à feu , Bombes & periGALANT.
155
tes Carcaffes, environ au nombre
de foixante , par quatre
Mortiers qui mirent le feu
en trois endroits de la Ville ,
mais la diligence des Bourgeois
l'éteignit d'abord . Elles
mirent auffi le feu à un tas
de fafcines de prés de trois
mille , & il fut éteint par
les foins de M'S de Beaumanoir
& de Choife , Capitaines
au Regiment d'Anjou , qui
arrivoient à ce poſte pour
leur Bioüac . Quoy que les
Ennemis tiraffent plufieurs
coups de Canon fur eux , ils
ne s'éloignerent point , qu'ils
156 MERCURE
n'euffent entierement mis
ordre au dommage qui fut
fort leger. Il y eut feulement
quelques bleffez cette nuitlà
, & d'autres brulez de
leur poudre. Le jour , il ne
fe paffa rien de confiderable
aux deux attaques que quel
ques efcarmouches de Moufqueterie
, qui fut égale dans
Pune & dans l'autre , avec
quelques Bombes feulement
du cofté des Saxons & Ba
varois.
La nuit du 4. aug . les Im
periaux firent fur la paralelle
qu'ils avoient achevée la nuit
GALANT. 157
precedence ,deux groffes Redoutes
qui défendoient admirablement
cette ligne , &
dont ils fe pouvoient ſervir
pour une Batterie , n'ayant
pas tiré de leur Canon . Perfonne
ne fut tué ny bleſſe
la nuit à cette attaque . M.
le Lieutenant de Roy avoit
fon attaque feparée , appellée
I'Imperiale , où il demeura
toûjours au dehors depuis
l'ouverture de la Tranchée.
C'est un homme d'une finc
bravoure , actif , vigilant , &
capable de bien executer les
ordres dont on le charge. A
158 MERCURE
l'attaque des Saxons & Ba
varois du cofté des Chartreux
, il parut par les ap .
proches qu'ils firent de quarante
ou cinquante toifes de
la Gloriette du grand Doyen,
qu'ils en vouluffent au Baftion
Saint Alban . Ils tirerent
quelques Bombes , du Canon
& force coups de Moufquet
, fans faire autre chofe
que quelques trous dans le
Parapet
.
Cette nuit un Dragon
de Commercy , François de
Nation , qui fe vint rendre à
la nâge par le Rhin , aſſura
GALANT. 159
que les Allemans avoient plus
de foixante & dix pieces de
Canon ; que l'on travailloit
inceffamment pour les mettre
en batterie , & que la plufpart
des nuits de tranchée on leur
avoit tué & bleffé plus de trois
cens hommes. Le jour , les
Allemans ne firent que s'approfondir
dans leurs travaux
fans avoir rien avancé , par
les bons ordres que M' d'U
xelles avoit donnez à M' Camollin
de tirer de fa Batterie.
Ils furent fi bien executez
que fon Canon leur oſta la
hardieffe de travailler en a160
MERCURE
vant. Les Saxons firent de
mefme à leur attaque , & ſe
contenterent
de tirer beaude
Moufquet
. coup de coups
Ils fe fervirent auffi quelquefois
de leur Canon & de leurs
Mortiers , dont ils tirerent
feulement une centaine de
bombes ce jour- là , qui blefferent
à la joüe M' de Caufenac
, Lieutenant du Regiment
Dauphin , & firent
quelques petits defordres à
un parapet. Mr du Carrier ,
Ingenieur , les repara auffitoft
par les ordres que M' le Gouverneur
luy donna. Il n'y cut
GALANT. 161
qu'un Soldat bleffé d'un coup
de Canon qui luy emporta le
gras de la jambe .
La nuit du 5. au 6. les Im
periaux quitterent leur travail,
& releverent beaucoup
de celuy qu'ils avoient fait
la nuit precedente. Ils avancerent
mefme la droite de
Cleurs attaques d'environ trente
toiſes fur leur paralelle à la
Place, ce qui fit qu'ils enrbrafferent
l'angle du baftion
S. Alexandre par ce travail .
M. de la Roche , Capitaine au
Regiment des Bombardiers ,
yayant eu ordre de mettre des
Ge
Novembre 1639.
Q
162 MERCURE
barils flamboyans fur nos
glacis pour découvrir les travaux
des Ennemis , cut un
doigt emporté d'un coup de
Moufquet en les pofant A
l'attaque des Saxons & Bavarois
, ils avancerent leur gauche
de trente ou quarante
toiſes , ayant fait à leur tefte
une Redoute imparfaite, d'où
ils efcarmoucherent affez fouvent
de leur droite . Ils avancerent
un boyau prefque d'autant
de toifes que l'autre ,
comme s'ils euffent eu deffein
d'attaquer le baſtion de
S. Alban . M. d'Uxelles &
GALANT. 163
30
M. le Gouverneur dormirent
à leur ordinaire , c'eft à dire ,
tout veſtus , pour voir à la
pointe du jour aux deux attaques
ce que les Ennemis auroient
fait , afin de donner
leurs ordres . Le jour , il y cut
feulement quelques efcarmouches
. Un Soldat de Stadiremberg
fe rendit , & aſſura
que fon Capitaine avoit eſté
fué avec huit Soldats ,& qu'ils
perdoient bien du monde.
On s'apperceut auffi que les
ave
de
Tentes de M. de Baviere eftoient
pliées , & que quelques
Regimens avoient mar-
O ij
164 MERCURE
ché , ce qui donna lieu de
croire que ce Prince avoit
décampé.
La nuit du 6. au 7. les Allemans
ne firent que perfectionner
leur grand paralelle,
& leur Redoute . & l'on découvrit
quelques embraſures..
Le feu de nos gens fut tou
jours fort grand. A l'attaque
des Saxons & Bavarois ils fi
rent une groffe Redoute imparfaite
qui les avançoit prés.a
de la Place au moins de qua
rante toiſes . Cela fit croire
qu'ils
vouloient attaquer la
Citadelle par cet
ouvrage. A
GALANT: 165
la pointe du jour, un de leurs
Fauconncaux caffa la cuiffe à
M. de Montmorency , Sous-
Lieutenant dans le Regiment
d'Orleans. Le jour le palla à
eſcarmoucher de part & d'au.
tre. Les Ennemis acheverent
le travail qu'ils avoient commencé
la nuit aux attaques
.
Sur le foir, quelques Cavaliers
fe détacherent , & fe mirent
à pied au nombre de douze ,
pour efcarmoucher noftre
3. Garde de Cavalerie du cofté
de Saint Remond. Quelque
temps aprés , un Maréchal des
Logis fic avancer dix Maiftres
166 MERCURE
qui donnerent fur cux fi brufquement
, qu'avant que leur
grande Garde les puft fecoufir
, il y en eut trois de tuez.
Les noftres fe retirerent en
bon ordre , deux d'entre eux
ayant receu quelque legere
bleffure.
La nuit du 7. au 8. les Im
periaux poufferent leur travail
du cofté de la Place ,
d'un paralelle d'environ vingt
toifes , malgré noftre grand
feu de Moufqueterie & de
Canon . Il fe rendit un Dragon
du Regiment de Savoye.
Il eftoit de Chartre en
GALANT: 167
Beauffe , & affura que M
le Chevalier de Savoye avoit
cu un coup de Moufquet
à la tefte , mais peu dangereux
, & qu'un Prince de
Neubourg
avoit cfté bleffé
à la cuiffe d'un coup de
Fauconneau
; que les Ennemis
perdoient beaucoup de monde
, & qu'on en comptoit
- plus de deux mille tuez ou
bleffez . Sur les quatre à cinq
heures du matin , les Allemans
firent deux grandes falves
de leur Moufqueterie
à la
Tranchée .Un moment aprés,
ils tirerent fur nos travaux
168 MERCURE
vingt- quatre coups de Canon
de leurs Batteries , & continuerent
par les vingt quatre
pieces dont ils battoient nos
défenfes . Aux Attaques des
Saxons & Bavarois ils firent
un grand boyau , comme s'ils
euffent voulu avancer du côté
du bastion de S. Alban , &
laiffer la Citadelle . Ils afurerent
la tefte de leur travail
par une Redoute fi parfaite ,
qu'ils en efcarmoucherent
fouvent. Nous abandonnâmes
le Prié- Dieu de la Vigne
du grand Doyen , où il y
avoit fix hommes & un Sergent.
GALANT.
169
gent . Mr d'Uxelles avoit ordonné
le jour precedent à un
Lieutenant de Dragons , de
fortir à la brune par les barrieres
,
accompagné de fept
ou huit Dragons , & d'aller
jufqu'aux retranchemens des
Ennemis , ce qu'il executa en
brave homme , donnant dans
ceux qui foutenoient les Tra
vailleurs , dont il en emmena
un prifonnier. Un de leurs
boulets s'eftant fendu, bleffa
dangereufement à la jouë un
Lieutenant de Dragons,nom .
mé M' de Corbian. Il n'y eur
prefque point de Soldats tuez .
Novemb. 1689, P
170 MERCURE
mais les éclats des Moufquets
en blefferent environ une
vingtaine. M ' de Bordeaux ,
Officier de Cavaleirie , ayant
efté commandé pour fortir à
la mefme heure fur l'attaque
Imperiale
bien de fon devoir : Il n'avoit
que le mefme nombre de Cavaliers
que l'autre avoit de
Dragons . Sur le foir , il y eut
une petite efcarmouche des
Troupes de Heffe , qui voulurent
tafter noftre Cavalerie
de leur cofté. Ils eftoient environ
deux cens hommes de
s'acquitta trespied
, & trois troupes de CaGALANT
. 171
valerie , mais M' de l'Ifle , Capitaine
de garde dans le Regiment
de Vivans , les foutint
d'une maniere fi vigou .
reuſe, qu'ils furent contraints
de s'en retourner , aprés avoir
laiffé quelques morts. Nous
y perdîmes un Cavalier &
rrois chevaux .
"
La nuit du 8. au 9. à l'Attaque
Imperiale , les Allemans
poufferent
une paralelle de
leur droite à leur gauche
pour mettre leur Batterie en
feureté . Cet ouvrage ne leur
donna aucune avance du cofté
de la Place, Ils avoient tiré le
Pij
172 MERCURE
jour precedent de leur Batterie
de vingt- quatre pieces,
cinq à fix cens coups de Canon
aux deffenfes . Les Saxons
poufferent un boyau pour approcher
de la Place , mais cela
ne les en approcha pas à beaucoup
prés comme les Imperiaux.
Ils tirerent quelques
Bombes & quelques volées
de Canon fans aucun effet.
Les Allemans augmenterent
leurs Batteries , & fur les
cinq heures du matin , ils tirerent
trente coups de fuite ,
quoy qu'affez lentement . Ils
cmporterent
quelques gueGALANT.
173
rites , couperent un peu des
paliffades , & n'endommagerent
prefque point les Parapets.
M' d'Uxelles ne voulant
rien oublier de ce qui pouvoit
inquieter les Ennemis ,
ordonna qu'on fift un grand
Rideau hors la porte de Gand,
pour foûtenir le logement
qu'on avoit à la Juſtice , ce
que M' de Choify fit tracer
par M le Chevalier de Bouteville
; on y mit cent hommes
qui s'y retrancherent.
Mr du Faux , cy - devant Capitaine
dans le Regiment des
Bombardiers , fut bleffé au
Piij
174 MERCURE
bras droit d'un éclat de pierre
par un boulet de Canon des
Ennemis. On ne sçauroit af
fez le louer pour fa diligence
à executer tous les ordres
qu'on luy donne . M' le Ge.
neral en parle aſſez hautement
, & comme il ne flatte
perfonne on peut ajoûter
foy à ce qu'il dit .
,
La nuit du 9. au 10. on fit
fur les Allemans une fortie
de quatre- vingt hommes ,
commandez par M's de Bardou
& du Teil du Regiment
du Maine.Ils allerent aux Travailleurs
, & en approcherent
GALANT. 175
fi prés , qu'ils poufferent
ceux qui les couvroient . Ces
gens commandez fe tinrent
d'abord fur leurs logemens ,
& l'on en tua quelques- uns ,
dont on emporta trois Fufils
& d'autres marques. Les Ennemis
firent grand feu de
leur Tranchée . Nous perdimes
deux Soldats , & M. du
Teil, Capitaine du Maine, fut
bleffé . Cette nuit les Imperiaux
avancerent beaucoup
leurs travaux du cofté du glacis
par un gros ouvrage en
triangle , dont ils firent une
paralelle pour joindre leur
Piiij
176 MERCURE
droite. A l'attaque des Ba
varois & Saxons , ils avancerent
auffi affez confidera-
>
·
blement
grande Redoute à leur gauche
pour joindre leur droite
par une paralelle qui fembloit
menacer le Baſtion de la
Tour de Druffus de la Citadelle.
A cinq heures du matin
M.deBertillac rendit compte
à M. d'Uxelles de l'eftat du
travail des Ennemis , & luy
propofa de faire une fortie ,
à quoy il refifta , mais fes
remontrances
firent enfin
conſentir ce General , qui
ayant fait une
GALANT. 177
0
2
1 luy ordonna de faire feulement
fortir cent hommes
pour voir la contenance des
Ennemis , & d'en commander
vingt - fept pour les foû.
tenir en cas qu'ils pliaffent ,
avec défenfe de s'engager
avec les Imperiaux . Sur les
huit heures , M. de Bertillac
fit fortir fon monde , dont
la chaleur fut fi grande , que
s'engageant trop avant , il
fut obligé de les faire foûtenir
, & enfuite de fortir
luy-mefme avec les Grenadiers
, l'envie que nos Officiers
avoient de fe fignaler
Et!
178 MERCURE
les ayant portez à paffer leurs
ordres . Les Allemans plier ent
& abandonnerent leurs travaux
, où l'on demeura aſſez
de temps pour les raſer , ſi
nous euffions eu des Travailleurs
. Cependant les Saxons
vinrent à la charge . On les
foûtint à fufil croifé avec
perte de part & d'autre. Leurs
Troupes groffiffant toûjours , ¿
M. de Bertillac jugea à propos
de fe retirer , ce qu'il fit
en fort bon ordre . Cette action
fut fi violente , que la
Compagnie des Grenadiers
d'Orleans commandée
par
GALANT: 179
6
M. de Belevere , chaffa les
Ennemis à coups de pierre ,
n'ayant pas le temps de recharger.
M. de Beaubourg ,
Colonel de Beauvoifis , s'étant
jetté dans leurs travaux
fans ordre, y fit tout ce qu'on
pouvoit attendre de fon courage
, auffi bien que plufieurs
Officiers , & generalement
tous les Soldats
des Regimens d'Orleans &
de Beauvoifis qui furent
de jour . Nous eûmes environ
vingt Soldats tueż ou
bleffez dans les chemins
couverts , en comprenant les
"
180 MERCURE
}
Sergens , & trois Officiers du
Regiment d'Orleans bleffcz
dangereufement
, fçavoir M.
du Farnay , Capitaine , M.
de Rincour & M. de Neuville
, tous deux Lieurenans.
M. de Mora , Capitaine
de
Beauvoifis , fut auffi bleffé .
Il l'avoit cfté legerement
le
jour precedent d'un éclar
d'une paliffade
par un coup
de Canon . M. le Chevalier
de Maleray, fut tué ; M. de
Pernau , Lieutenant
, bleffé,
& M. de la Cine Lieutenant
& Garçon Major ,
eut une contufion. Les Morts
>
GALANT . 181
3
qu'on vit fur la place , firent
connoiftre
que la perte des
Allemans avoit efté grande.
On ne peut fe difpenfer de
louer les Officiers d'Artillerie
qui donnerent fort jufte
dans leur gros , & qui les
obligerent fouvent de faire
alte , dans le deffein qu'ils
avaient de nous couper ,
comme on voyoit qu'ils s'y
preparoienr.
La nuit du 10. au n. les Allemans
firent un travail d'environ
trente toifes , fans rien
avancer du cofté de la Place.
C'eſtoit pour faire une veine
182 MERCURE
paralelle de leur droite à leur
gauche. Lors qu'ils en eurent
la moitié de fait , M ' d'Uxelles
fit détacher deux cens
hommes , qui s'avancerent
jufqu'au pied de nos glacis , &
fe pofterent derriere un petit
rideau , où l'on avoit pris de
la terre pour le fermer. Nos
gens commandez , qui n'eftoient
tout au plus qu'à quarante
toifes des Travailleurs
ennemis , leur firent un fort
grand feu , qui dura de meſme
force jufques à deux heures
du matin. Une groffe pluye
furvint , & le fit ceffer de part
GALANT. 183
& d'autre. Les Ennemis qui
tiroient de leurs retranchemens
& de leurs Redoutes , en
faifoient un fort grand fur
les noftres , en continuanr
toujours leur travail , qui doit
i leur avoir coufté fort cher ,
puis qu'ils citoient fi prés
de nos Moufquetaires ,qui s'aquittoient
bien de leur de
voir. Les Saxons & Bavarois
poufferent un travail confiderable,
mais qui pourtant n'approchoit
pas le Baſtion de
S. Alban , ce qui fit croire
qu'ils en vouloient à la Citadelle
, & avoient deffein d'a184
MERCURE
bandonner ce Baftion.
La nuit du II. au 12.les Imperiaux
à leurs attaques firent
un grand feu de leur Tranchées,
auquel les Regimens de
Cruffol & de Lorge , qui
avoient la garde du chemin
couvert , répondirent vigoureufement.
Les Allemans ne
d'achever leur. laifferent pas
communication , parce qu'ils
avoient commencé la nuit
paffée par une portion de
cercle , qui n'avançoit pas
plus que leur Redoute . A la
pointe du jour , Mle Lieutenan
de Roy qui commandoit
GALANT. 185
cette attaque depuis le commencement
du Siege, & dont
la bravoure & la vigilance
meritent la juftice qu'on luy
rend , receut ordre de M' d'Uxelles
de faire une fortie de
foixante ou 80. hommes avec
cinquante Travailleurs . Il ordonna
à M' de Curfol de faire
commander deux Capitaines
de fon Regiment , trois Lieutenans
& trois Sous- Licurenans.
Les deux Capitaines fu
rent M' de Sainte Cortie qui
commandoit la fortie , & M
de la Fonds. Il y avoit aufli
du Regiment de Lorge cin-
Novembre 1689.
Q
186 MERCURE
quante hommes commandez
avec des pelles ; M¹ de Samort
& du Ripert , Capitaines ; Mrs
Dores Marigny , & des
Champs Lieutenans , M
Deftier . Blanchet , & la Cla-
Sous - Lieutenans . Le verie
>
>
fignal eftant donné , tout le
monde avança avec une telle
refolution
, que les Allemans
plierent d'abord , ainſi que
Îes Travailleurs
& gens commandez
pour les foutenir.
Aprés qu'on en cut affomme
plufieurs , nos gens allerent
au delà du travail de la nuit.
precedente , & ils enraferent.
GALANT. 187
prés de trente toifes . Pendant
ce travail , ils poufferent jufqu'à
la Redoute des Ennemis,
où ils croiferent leurs armes,
& le feu y fut fort grand.
Noftre Commandant eſtant
I jufque dans le foffé de leur
Redoute , y fut bleffé d'un
coup de Ponton à la main
s deux heures de
gauche.
travail , on fit retirer les no
Eftres , qui remporterent
pour
marque de leur bravoure ,
plufieurs gabions des Enne
mis , qu'ils prefenterent lematin
à M ' d'Uxelles , avec des
Moufquets & des Épées .Nous
Q ij
188 MERCURE
pots
cufmes deux Soldats tuez , &
trois ou quatre bleffez : on
rapporta auffi plufieurs cades
Officiers & Soldats » .
des pioches & des paniers.
MdUxelles fit récompenfer
fur l'heure la bravoure des
Vainqueurs , quay que Mr le
Gouverneur, qui s'eftoit trouvé
dans le chemin couvert
pendant l'action , cuſt déja
donné aux Soldats beaucoup
d'argent de la bourſe , en les
loüant hautement , ainfi que
les Officiers. Les Saxons avancerent
un de leur cofté ,
peu
mais cette attaque n'eftoir
GALANT. 189
?
point pouffée fi vigoureufe
ment que la premiere . Le foir ,
les Imperiaux rétablirent sce
qu'on leur avoit rafé , &
continuerent leur communication
. Ils tirerent de leurs
Batteries de trente pieces de
Canon , depuis lejour jufques
0 à la nuit avec affez de fuccés.
à deux Tours qu'ils vouloient
abattre , mais tres peu à nos
travaux, fi ce n'eft à quelques
Opaliffados qui furent endommagées
dans les chemins coul
verts & rétablies par l'ordre
que M. d'Uxelles donna à M.
Defperoux , Lieutenant de
3
190 MERCURE
Roy de la Place , qui commandoit
à cette Attaque ,
de ne pas faire relever les
Majors des Regimens des
Gardes , qu'ils n'euffent fait
remettre des paliffades où il
en manquoit , ce qui fut exe
cuté fans confufion . Les Bombes
que les Imperiaux jetterent
dans nos chemins couverts
& dans nos Baſtions attaquez
ayant fait quelques
trous , ils furent remplis auffi-
roft par
Les Imperiaux en jettoient
de fix Mortiers , dont il y
en avoit qui tiroient des
و
le mefme ordre.
1
GALANT. 191
0
Carcaffes pleines de Grena
des , qui pefoient au moins
deux cens livres , & avoient
deux pouces d'épaiffeur . Ce
mefme jour 12. M. le Breft ,
Enfeigne Colonel du Regiment
de Lorge , fut tué d'un
coup de Moufquet , & il
cut quelques Soldats bleſſez .
Les deux dernieres nuits , les
Heffois de Caffel avoient jetté
douze ou quinze Bombes
ou Carcaffes , fans autre mal
que d'avoir donné de l'épouvante
aux Bourgeois .
y
La nuit du 12. au 13 les Imperiaux
fe contenterent de
192 MERCURE
perfectionner
& de rehauffer
leurs travaux.de maniere qu'il
nous parut qu'ils avoient deffein
de faire une Batterie
plus proche , ils commencerent
mefine un petit boyau
qui ne fembla pas de
de grande
importance. Ils tirerent force
bombes dans nos travaux
dont une tua M de Monby,
Lieutenant de Bretagne , &
bleffa quelques Soldats .M. du
Ruel, Capitaine au Regiment
du Maine , fut bleffe au pied
d'un éclat de bombe , & M.
de Mouy , Lieutenant de Gre
nadiers du mefme Regiment
,
la
,
GALANT. 193
le fut à la joue , d'un éclat
E de Canon. Ils firent grand
feu de leurs Moufquets , à
quoy l'on répondit vigou-
Oreufement toute la nuit. Le
matin , il parut qu'ils avoient
quatrepieces d'augmentation,

que l'on vit tirer de derriere
leur grande Batterie. Leur
Canon ayant fait quelque debris
, on en fit tranſporter les
pieces & les terres en d'autres
endroits , où les Ennemis ne
pouvoient nuire. A l'attaque
des Saxons , où M' de Bertil-
Elac commandoit , ils fortifierent
beaucoup la Redoute
Novembre 1689.
R
·
194 MERCURE
qu'ils faifoient à leur teftes &
il fembla mefme qu'ils y vou,
loient faire une groffe Batterieg
pour battre de bastion
de la Citadelle, & celuy de
S. Jean de la Ville. Le jour
ſe paffa en canonnades, mouf
querades & bombes à l'Atta
que des Imperiaux . Ce grand
feu couta la vie à quelquesuns
, & des bleffures à d'au
tres . On commença à monter
cinq Bataillons , trois à l'Ac
taque Imperiale, qui furent
Bourbonnois
, & b les deux
Dauphins ; & les deux d'Anjou
à l'Attaque des Saxons.? !
GALANT 195
** La nuit dus 139a42des
Imperiaux firent ſeulement
à feur Attaque une double
enceinte de leur ouvrage ,
éloigné d'environ vinge pieds
de celuy qu'on avoit fait la
derniere nuit. Cet ouvrage
parut fait dans la feule veuë
de raffurer le premier contre
les forties , mais il ne donnoit
nul avantage pour l'approche
de la Ville. Ils firent un tres
grand feu de leurs Moufquets,
& peu de leur Canon , mais
beaucoup de leurs bombes &
Garcaffes , dont ils tuerent &
blefferent quelques Soldats .
Rij
196 MERCURE
M' le Chevalier de Carne ,
Sous Lieutenant dans le Regiment
Dauphin , fut bleſſé ,
ainfi que M ™ de Coude , Daupergnis
& Mirabel, tous trois
Officiers dans le mefme Rcgiment
. On fit camper douze
Compagnies
de Grenadiers
dans le foffé des baftions
attaquez
de la face qui ne l'eftoit
pas. Chaque
Grenadier
eut quatre Grenades
, & leur
rendez- vous en cas d'alarme
,
leur fut marqué dans la Place
derriere des dehors . M ' des
Rivieres , Lieutenant
de Bombardiers
, eut le bras caffé
GALANT: 197
d'un coup de Moufquet
en
fervant
la piece de Canon
du
DILYS
-200
chemin couvert . Les Saxons
firent un affez grand feu, mais
M' de Barbezieres , Brigadier
de jour , en fit un encore plus
grand avec beaucoup de fuccés.
Les Heffois jetterent quelques
bombes & Carcaffes , qui
ne firent que troubler le repos
des Habitans. Le Major eut
ordre , s'il arrivoit quelque
alarme , de nommer deux Bataillons
pour fe jetter , l'un
dans S. Boniface, & l'autre
dans S. Alexandre, & d'avertir
les Officiers de vifiter à l'ave-
Riij
198 MERCURE
nir les Soldats pour voir s'ils
>feroient des- habillez en fe
couchant, ce qui fut expreffé
ment défenduay y robus
Yo La nuit du 14. au 15. les Imperiaux
firent grand feu de
leurs Bombes ayant fept
Mortiers qui tirerent inceffamment
& firent quelque
defordre , mais il fut reparé
prefque auffi - toft . Il y en
eut une qui mit le feu à trois
cens livres de poudre fur nôtre
Baſtion fans autre dommage.
Les Ennemis travaillerent
fort peu cette nuit- là ,
quoy que fon obſcurité leur
GALANT. 199
1
fuft favorable , mais le grand
& vigoureux feu de noftre
Moufqueterien les rallentit
beaucoup par les foins des Officiers
du Lieutenant de Roy
qui commandoit à cette Artaque.
Les Saxons avancerent
un boyau , au bout duquel
ils devoient faire une Re
doute , & par ce moyen ils
euffent efté prefque auffi prés
de la Place qu'à l'Attaque
Imperiale , qui eftoit encore
éloignée du bout de nos
glacis d'environ foixante à
quatre vingt toiles. Mr de
Barbezieres leur fit faire tout
Riiij
200 MERCURE
le fen qu'il put mais la fi
>
tuation du terrain où ils cftoient
leur eftant avantageufe
, fit qu'avec l'obſcurité
tenans,
un parci.
ment de
care : Fravai
ils n'eurent pas un fort grandeursoutils,dea
14:52
:
du
Bataillon de
Capitaine , deux
deux Sous -Lieur
quatre
Sergens ; &
caillon du Maine.
tous
leur
rendez-vo
pour
arriver au
mel
dommage.
La nuit du 15. au 16. les
Imperiaux poufferent leurs
boyaux jufque dans le bout
de nos glacis environ trois
ou quatre toifes . A la pointe
du jour , M' d'Uxelles ordonna
une
fortie
pour la faire
droit ,
afin
d'éviter
fur les dix heures du matin.
ffion
.
L'ordrefutau
(
Cinquante Fuzeliers de Bre- néde
faire tenir le r
tagne furent commandez à
Bataillon
de
Cruffol
vec un Capitaine , deux
Licuation Saint Alexar
GALANT 201
a
tenans , & quatre Sergens ) &
un pareil nombre du Regis
ment de Beauvoifis , avec
cent Travailleurs munis de
leurs outils , fçavoir cinquante
du Bataillon de Cruffohyun
Capitaine , deux Lieutenans ,
deux Sous Lieutenanst
quatre Sergens ; & autant du
Bataillon du Maine . Ils eurent
tous leur rendez- vous feparé
pour arriver au mefme en
droit , afin d'éviter la confufion
. L'ordre fut auffi donné
de faire tenir le refte du
Bataillon de Cruffol dans le
Baſtion Saint Alexandre ; le
202 MERCURE
7
refte du Bataillon du Maine
dans celuy de Saint Boniface,
& le Regiment d'Orleans
dans la Courtine , qui communiquoit
à ces deux Baftions
pour faire feu , en cas
que nos gens fuffent pouffez
par un grand Corps . M' de
Barbezieres monta à cheval
à la tefte de la Cavalerie, pour
eſcorter à portée de la Tranchée
, & foûtenir celle des
Ennemis . On leur donna deux
pieces de Canon que l'on fit
fortir fur le glacis , & elles
furent d'un grand ufage dans
la fuite. Les chofes cftant
GALANT. 203
ainfi difpofécs , Mª do Lozier
, Brigadier, fut commandé
pour aller dans les dehors
ordonner de la fortie tandis
que le Lieutenant de Roy ,
qui commandoit à l'Attaque
veilleroit à tout . M' d'Uxelles
ordonna à M™ de Ligny &
Camollin de faire tirer leur
Canon ,, & nos Bombes qui
donnoient où l'on vouloit
dans la batterie des Ennemis,
& de tirer fans ceffe fur leurs
Travaux deux heures avant
Ela fortie. Cela ayant eſté exccuté
à fouhait , les gens commandez
du Regiment Dau204
MERCURE
**
phin , qui cftoient de Tranchée,
fortirent . M. de Princé ,
premier Capitaine
des Grenadiers
, & M. de Ribier ,
fecond Capitaine , curent ordre
d'aller droit au travail
des Ennemis
, l'un par la
droite , & l'autre par la gauche
. Cent hommes de ce mefme
Regiment
, commandez
par M de Sarazin & le
Preftre ,Capitaines
, furent
choifis pour les foûtenir. Nos
gens le mirent en marche ,
& pouffercut
d'abord toute
la Tranchée
avec tant de fa
cilité , qu'ils allerent beaurs
GALANT.
205
coup plus loin qu'il ne leur
avoit efté ordonné ,puis qu'ils
efcaladerent leur Redoute environnée
d'un bon Foffé &
d'une paliffade dedans . Pendant
ce temps , nos Travailleurs
commencerent à rafer
leur travail , malgré le feu
#continuel de leur Batterie ,
& de la
Moufqueterie de
leur grand retranchement .
M's d'Uxelles & de Choify
#eftoient fur le Baftion à voir
l'action , & donnoient incef-
#famment des ordres à nos
* Canonniers. Les Allemans fe
reveillerent de leur affoupiffers
206 MERCURE
ment , & vinrent de lour corps
de referve à découvert par
plufieurs groffes Troupes ,
qui commencerent à charger
Leur Cavalerie vint auffi pour
couper noftre monde. Alors
la noftre s'avançant , on ef
carmoucha affez de temps
jufques au fignal de la Re
traite que nos Gens firent fans
precipitation , & en fort bon
ordre , aprés plus de demy
heuremonde poffeffioner desi
boyaux des Ennemis qui
ne furent pourtant pas razez
affez , à caufe des ordres qu'on
receur du General. Tout cb
GALANT 207
qu'on peut dire à l'avantage
de braves Troupes fe peut
dire à l'égard de celles- cy ,
tant pour la valeur des Ofu
ficiers , que pour la bravoure
des Soldats . M. de Breteuil
Cornette , fut bleffé , & dans
la Cavalerie , il y cut 14. ou
15. bleffez ou tuez , & quel.
-ques chevaux. M. de Chaffonville
, Ayde de Camp de
M. d'Uxelles , allant porter
des ordres, receut un coup de
Moufquet . M' de la Sauvagerede
Trenac , Sous - Lieu
tenant dans le Regiment du
Maine , & decla Poyade
208 MERCURE
Sous Major de Cruffol, furent
bleffez chacun d'un éclat de
bombe. M' le Breft , Lieutenant
Colonel de Cruffol, le fut
auffi au pied , mais legerement.
Mrs Maran , Lieutenant
dans Beauvoifis , de Boifvil
lette , Capitaine dans Bretagne
, & du Pleffis , Sous-
Lieutenant Dauphin , furent
tous bleffez d'un coup
de
Moufquet . M. Bourguet , Capitaine
des Grenadiers de
Cruffol, le fut à la tefte d'un
coup de Canon . Entre les
Officiers d'Infanterie , on ne
peut trop regreter M. le
GALANT. 209
Preftre
le
1
Capitaine dans le
Regiment Dauphin . M , de
Princé receut deux bleffures
en fe fignalant avec beaucoup
de bravoure. M. Ribier
, autre Capitaine de Grenadiers
, & M. Sarrazin , Capitaine
dans le mefme Regiment
, furent auffi bleſſez
avec Mrs le Chevalier
de Ferafq
, Mirabel , Leotor , le
Chevalier
de Muret & de
Coutfilliere
. M's Boilroger
,
le Chevalier
Sevil , le Gardeur
, & Bouteiller
, Licurenans
dans le Regiment
Dauphin
, furent tucz . Il y eut
Novemb
. 1689. S.
210 MERCURE
auffi prés de cent Soldats
tuez ou bleffez. Dans le Re
M. de
giment du Maine
Villemarteau , Capitaine tut.
M. de Sancés , Lieutenant ,
tué d'un coup de Canon,
Dans Beauvoifis , M. Redon,
Lieutenant , bleffé , & quel
ques Soldats . Cette action
eft une des plus vigourcufe
qui ait ofté faite de nos jours,
puis qu'il eft fort furprenant
qu'un fi petit nombre ait
fait plier une Tranchée , où
il monte ordinairement plus
de quatre mille hommes . Elle
é ourdit tellement les Enne.
mis , qu'ils n'oferent entrer
GALANT. 211
de tout le jour dans leur
boyau avancé.
nuit La 16 au 17. les
Allemans ayant voulu refaire
leur travail , & reconnoiftre
le noftre , battirent une chamade
, & firent dire que fi
nous voulions ils nous appor
teroient deux Officiers qu'ils
nous avoienta bleffez dans le
glacis . M le Gouverneur qui
eftoir prefent répondit que
s'ils vouloient , nous les en
voyerions chercher, fans qu'il
Fult befoin qu'ils les apportaf
fent ,fur quoy ils dirent qu'ils
les garderoient , & en au-
1 Sij
212 MERCURE
roient foin . La Treve finit,
& on recommença à tirer. Il
y cut quantité de Bombes &
de barils foudroyans pleinsde
grenades , tirez contre nous.
Mr. du Cartier , Ingenieur, fut
bleffé à la cuiffe d'un coup
de Moufquet fur le glacis.
A minait le Lieutenant de
Roy eut ordre de faire fortir
deux Capitaines & cinquante
Fuzeliers , pour reconnoiftre
le travail des Ennemis. M
Doncq & Comminges ayant
efté commandez , ils pouffe
tent les Travailleurs , qui pri
rent une telle épouvante que
1
GALANT. 213
nos gens demeurerent prés de
deux heures à razer leurs ouvrages
dans ce qu'ils avoient
fait fur nos glacis. Il eft vray
qu'un fecond détachement
d'un Capitaine du Regiment
d'Anjou s'acquitta fi bien de
fon devoir qu'ils n'oferent venir
charger les noftres , qui à
la pointe du jour rentrerent
dans nos chemins couverts
fort tranquillement , emportant
avec eux les fafcines des
Ennemis pour marque de leur
triomphe. On prit cette nuit
un de leurs Soldars à leur
acraque. Il affura qu'ils en a
214 MERCURE
voient perdu plus de vingt
par Compagnie, fans les blef
fez , & que tous les Villages
des environs.cn eftoient
pleins ; que noftre Canon &
nos Bombes leur avoient démonté
dix pieces , & que le
Colonel des Grenadiers avoit
efté tué. A l'attaque des Sa+
xons , M de Bertillac eftant
de jour les Ennemis firent
quelques lignes de communi
cation pour approcher , mais
leur travail allant auffi lente
ment que leur Canon & leurs
bombes , on crue qu'ils n'a
voient deffein que de faire
une fauffe attaque .
GALANT: 215
La nuic du 19 au 18. le
Lieutenant de Roy , Bourbonnois
Beauvoifis , & les
Dragons monterent dans le
dehors à l'Attaque des Allemans
, & Bretagne & Jerzé à
l'Attaque des Saxons , où M
de Barbezieres eftoit de jour.
1 M d'Uxelles ordonna deux
forties fur les Attaques , l'une
à minuit , & l'autre fur la
pointe du jour . La premiere
fut exécutée par M'de Saint
Denis , Capitaine du Bourbonnois,
avec cinquante hommes
. Ils la firent fi à propos,
qu'ils raferent toute la tefte
བ་
216 MERCURE
r
du travail , d'où ils emporte
rent faſcines & gabions dans
nos retranchemens
, fur la
droite , M de S. Denis y fut
bleffé , ainfi que M¹ de la Mothe
, Lieutenant du Bourbonnois.
L'autre fortie le fit à la
pointe du jour par M¨ de la
Cloderie, Capitaine dans le
Regiment de Beauvoifis ,
vieux Officier & fort capable.
Il eut ordre d'aller fur la
gauche du boyau des Ennemis
; ce qu'il fit avec tant de
vigueur , qu'il fit razer au
moins douze toifes de leur
travail , en forte qu'ils nous
abandonnerent
GALANT. 217
"
abandonnerent leurs gabions
& leurs fafcines. Le jour fe
paffa à raccommoder leurs
ouvrages fort doucement ,
mais peu du cofté des Saxons,
qui fe contenterent de ſe fortifier
, & de paliffader leur
Redoute pour affurer la telte
de leur travail. Hs jetterent
plufieurs bombes & barils
foudroyans fans beaucoup de
fruit , auffi bien que ceux de
l'Attaque Imperiale , qui fe
ralentirent de mefme que leur
Canon mais non
pas
des
Bombes & des barils foudroyans
.
Novembre 1689.
T
218 MERCURE
La nuit du 18 au 19. àl'Atlilles
Banot
di anique
taque des Imperiaux ,
taillons Dauphins & Curfol
nom
monterent . M' le Lieutenant
MOVS 20
-USTI.
2012
de Roy commandoit à cette
Attaque.Les Ennemis avoient
fort travaillé à faire deux Redoutes
à la tefte de leur
ancien boyau , n'ayant pas
repris ce qu'ils avoient commencé
au pied du glacis , &
qui leur avoit efté razé
les forties . Tout ce qu'ils firent
fut de mettre des chevaux
de Frife , & de s'épaiffir
beaucoup . Sur les dix heures
du foir , on fit une fortie que
290p 51
par
GALANT. 219
commanda M. d'Audicourt ,
Capitaine Dauphin.
he Dauphin. Ils trouverent
les Ennemis prefts à
les recevoir , ayant monté
pour cela deux gros Bataillons.
L'attaque fut vigoureufe
, & nos gens fe retire
rent en bon ordre fans avoir
rien fait. Mr du Sart , Lieutenant
Dauphin , y fut tué,
& M le Chevalier Charon ,
autre Lieutenant, bleffé , ainfi
que M. Panat, Capitaine de
Cruffol , & M. de Cofte, Lieurenant.
Il y eut auffi quelques
Soldats tuez & bleffez par la
Moufqueterie , & la quantité
Tij
220 MERCURE
des grenades que jetterent les
Ennemis . M. du Herou , Capitaine
dans le Regiment
Dauphin , en fut bleffe , &
mourut deux heures aprés.
C'eft une fort grande perte
2
pour ce Regiment. Il avoit
défendu la Redoute de Caffel
avec beaucoup
de vi
gueur . Les Saxons ne purent
rien avancer du cofté de
la Place . Ils jetrerent force
bombes
& barils foudroyans
dans nos chemins couverts
,
fans nous faire de dommage
.
Les Hellois jetterent auffi de
Caffel quelques Bombes &
GALANT: 220
C
Carcaffes fur les Bastions qui
regardoient l'Attaque de ceux
de Saxe , mais la plupart
creverent en l'air ', leur portée
eftant trop éloignée.
La nuit du 19. au 20. les
Imperiaux n'ofant plus tenter
le logement de la pointe
de noftre glacis qu'ils abandonnerent
, & cherchant à ſe
fortifier contre nos forties ,
commencerent une paralelle
de leur Redoute avancée , de
leur droite à leur gauche , &
de leur gauche à leur droite.
Ils cuffent pû , aprés ce tra-
ES vail finy , tenter de là le lo
Tiij
222 MERCURE
gement de la Contrefcarpe !
a la faveur de leur grand
feu & de leur groffe Redoute,
puis qu'ils n'auroient eu prefque
que le glacis à paffer ,
mais on fe mit en eftat de
les y
bien recevoir. Ils tirerent
plufieurs bombes & barils
foudroyans , dont une
Grenade bleffa à la refte M'
le Marquis de Thury , Colo.
nel du Maine & Mr de
Chalagne , Colonel de Bretagne
d'un éclat de bombe.
Il y eut fort peu de Soldats
bleffez . Ils tirerent beaucoup
moins de Canon que de coû
GALANT 223
edc
eu
es &
ont
refte
y, Cab
M
deB
bom
Sold
auco
deco
109r05v
tume , &le feu de leur Moufqueterie
ne répondit pas à
fix mille hommes , dont ils
montoient
leur Tranchée . Les
FREJO
KILO
Saxons firent un boyau à la
faveur d'une Redoute qu'ils
acheverent
cette mefme nuit .
Les Heffois jetterent vingtquatre
bombes fans endommager
la Ville.
ARBIC
La nuit du 20. au 21. les
Imperiaux travaillerent à leur
communication
, commencée
de leur droite à leur gauche
& ils l'acheverent malgré le
feu de noftre chemin cou
vert qui fut fort grand . Ils
Tiiij
224 MERCURE
firent auffi grand feu de leur
Moufquets , & tuerent quel
ques Sergents & Soldats , mais
celuy de leur Canon & de
leurs bombes diminua fort.
M' de Loffel ,
Capitaine au
Regiment d'Anjou , fut tué
d'un coup de Moufquet , M
Mathieu,
Lieutenant de Roy ,
commandant cette
Attaque ,
avec les deux Bataillons Dauphin
, & Bourbonnois . Les
Heffois ne firent rien cette
nuit de leurs bombes . Les
Saxons &
Bavarois perfectionnerent
le travail , qu'ils
avoient ébauché la nuit préGALANT.
225
cedente , & tirerent de là
a continuellement fur les Bataillons
de Cruffol , & fur les
Dragons de la Lande ; mais.
ils n'eftoient pas encore fi
bien retranchez, ny fi proche
que les Imperiaux . On mit le
feu cette mefme nuit à la
Maifon du grand Doyen .
cem
La nuit du 21. au 22 .
l'Attaque Imperiale , les Ensk
nemis ne firent que s'appro
fondir & fortifier la Redoute
squ'ils avoient fur le bord de
erfe noftre glacis , & creufer leur
qui communication , achevée de
puis trois jours. Ils parurent
226 MERCURE
.. faire des Puits & chercher
nos Mines , par la quantité de
terre qu'on leur vit tirer. Ils
nous laifferent affez en repos
de leurs Canons , bombes &
Carcaffes , mais leur Moufqueterie
fut un peu plus vio
lente , & coûta la vie à quelques
Soldats , & en bleſſa
d'autres . M. Donecq , Capitaine
d'Anjou , fut tué d'un
coup de Moufquet . Il fe rendit
fept Deferteurs des Grenadiers
de Baviere . A l'Attaque
des Saxons , les Ennemis
épaiffirent & agrandirent
leurs boyaux , avec la ReGALANT.
227
"
doute qui conduifoit au glaticis
, comme s'ils euffent vou
ret lu attaquer le Baſtion Drufus
de la Citadelle. Ils ne
firent pas grand feu de leurs
barils foudroy ans , dont l'un
lust tomba prés M. de la Coliagnere
, Lieutenant - Colonel
du Regiment d'Orleans . Il en
fut un peu bleffé , & il n'y
uè deut point d'autre dommage .
1 Sex La nuit du 22. au 23. les
es Imperiaux fortifierent extraordinairement
leur tefte de
En paliffades & gabionnades , en
di s'approfondillant
& épaiffifla
fant . Ils firent un ouvrage
A
"
228 MERCURE
dans l'angle faillant de noſtre
glacis , un peu plus grand
que le premier qu'on avoit
razé , & commencerent
par
cet ouvrage à nous fort avoi
finer. Il parut mefme qu'ils
faifoient une autre Batterie
pour voir mieux nos chemins
couverts , & la
& la
porte
de Gau ,
avec le Baſtion Saint Martin.
Leurs bombes & leur Canon
firent peu de feu , mais leur
Moufqueterie en fit un fort
grand. Il y eut quelques Sergens
& Soldats tuez . Les Saxons
s'approfondirent beaucoup
à leur Attaque. Ils s'éGALANT.
229
30
Bac
her
M
Cam
aisk
un fi
largirent & s'épaiffirent , &
ne tirerent que tres -peu de
bombes.
1 La nuit du 23. au 24. les
Imperiaux firent une petite
communication qu'ils n'avoient
pû achever la derniere
nuit ; cet ouvrage n'eftoit pas
de fi grande confequence que
celuy qu'ils avoient fait à leur
gauche , par un travail qui
aboutiffoit prefque à la moitié
de deffus nos glacis , ce
qui n'eftoit point veu des
autres pieces de nos dehors ,
à caufe de l'irregularité du
terrain. Ils firent un grand
es.
be
Is s
232 MERCURE
'
:
chemin couvert . M.de Mon
teil , Major du Regiment de
Beauvoifis , fut bleffé à la
jambe d'un éclat de bombe;
il n'y eut rien d'entamé ,
quoy que la bleſſure fuft
grande. M. de la Beleſtre ,
Capitaine des Grenadiers
d'Anjou . fut bleffé au bras
par un éclat de Grenade . Le
que firent les Engrand
feu
nemis
toute
la nuit , coûta
la
vie à quelques
Soldats
. Leur
Canon
commença
à tirer
plus fouvent
, mais c'eſtoient
des pieces
nouvelles
pour
abattre
nos défenfes
. Les Sa
GALANT. 233
bo
Nexons firent un travail pour
ment approcher l'angle du chemin
le couvert de la Citadelle au
baftion Druffus . M' de Cotiere
, Major du Regiment
d'Orleans , fut bleffé.
La nuit du 25. au 26. les
enta
use
A
Belet
au bi
adel
les E
Count
ts. La
à circ
enad Imperiaux firent un boyau
de leur droite à leur gauche,
& autant de leur gauche à
leur droite , pour tâcher à
faire une communication .
Leur Moufqueterie
fit grand
feu , leurs bombes & barils
toe foudroyans de mefme , & le
Canon de leur nouvelle Bat-
Novembre 1689.
po
Less V
234 MERCURE
7
terie fe réveilla un peu depuis
le jour précedent . M. de
Cruffel , Capitaine au Regiment
des Bombardiers , fut
bleffé au vifage d'un éclat de
bombe. M' de Lamy, Capitaine
des Grenadiers d'Anjou,
receut un coup de Moufquet
aux reins. Les Saxons & Bavarois
ouvrirent fort leurs embrafures
, d'où l'on apperceut
dix - huit pieces , & qu'ils en
vouloient aux Baftions de
Druffus & de S. Alban. Ils
fortifierent leur Redoute de
leur droite Cacheverent un
grand épaulement pour met
GALANT. 235
der ૧
tre leur Cavalerie , & tirerent
M
Uk
ers
BTS
perc
te
Br
un petit boyau de leur Redoute
pour venir vers le glacis
du chemin couvert du Baf
tion Druffus. My Maki
La nuit du 26. au 27. les Im
periaux firent un crochet de
peu de toifes fur le panchant
de noftre glacis de leur droite
à leur gauche pour fe joindre
enſemble , & faire une paralelle.
Le grand feu de nos
Moufquetaires les empefcha
an
d'achever leur ouvrage, & par
>>> les arangemens de leurs gaubions
qui eftoient fort mal
sanordre , ils parur qu'ils y
new
Vij
236 MERCURE
3
avoient travaillé avec grandeperte.
Ils redoubleren le feu ,
tant de leur Moufqueterie
que de leurs bombes & barils
foudroyans. Mr de Moüy ,
Capitaine au Regiment du
Maine , & Frere de M' de
Vilemarceau , tué quelques
jours auparavant , dont il
avoit eu la Compagnie , fut
auffi tué ; & M. de Saint Pé ,
Aide Major au Regiment de
Beauvoifis , fut bleffé . On
perdit d'ailleurs fort
;
pcu de
monde . Les Saxons s'emprefferent
fort à travailler à leur
grande Batterie.
GALANT. 237
La nuit du 27. au 28. M
d'Uxelles cut avis que les Alelemans
à leur Attaque avoient
monté avec leurs Drapeaux à
la Tranchée , ce qui l'obligea
par le Ma- de faire ordonner
jor à tous les Regimens qui
reftoient dans la Place , de
garder les poftes qui leur avoient
efté marquez fur les
Baftions , chemins couverts,
& tenailles , avec ordre aux
Officiers de fe tenir prefts,
d & pour rectifier ces ordres ,
le Major de la Place alla
voir à deux heures aprés minuit
fi rout eftoit en l'eftar
238 MERCURE
qu'on fouhaitoit , ce qu'il
trouva. Les Imperiaux acheverent
leur communication
fur le quart de nos glacis . Ils
l'avoient commencée depuis
deux jours. Ils redoublerent
toute la nuit leur feu de
Moufqueterie , de bombes &
de Carcaffes , & blefferent M.
de Provange , Capitaine au
Regiment Dauphin , Quelques
Soldats furent tuez , &
d'autres bleffez . M.de Grenel ,
Officier des Bombardiers , &
M. Poftant
Regiment de Jerzé y furent
tuez . Le matin , ils recommen
Lieutenant Pau
GALANT. 239
1
ན་
cerent à tirer de toutes leurs
pieces , à l'imitation des Saxons
, qui tirerent pour la
premiere fois de leur grande
Batterie , & qui blefferent M.
de Blaru , Lieutenant Colonel
d'Anjou , M. de Haute
forts Colonel d'Anjou , M.
de Vieubourg , Colonel de
Beauvoifis , & M. de Chavanes
, Lieutenant de Grenanadiers
de ce mefme Regiiment
.
La nuit du 28 au 29. les
Allemans ne firent qu'épaiffir
leur communication fur
le glacis ; il parut mefme par
240 MERCURE
deux manivelles qu'on voyoit
dans leur travail qu'ils cherchoient
à éventer nos Fourneaux
, & à trouver nos galeriesce
qui fut caufe que M.
d'Uxelles ordonna à M. de la
Mothe , Capitaine des Mineurs
, d'aller au devant , &
de leur donner une fougace
fi on les entendoit travailler .
Elle réuffit fi bien , que quand
les Mincurs jugerent que les
Allemans n'eftoient plus qu'à
deux pieds de leurs rameaux,
ils y mirent le feu , qui ſou-
Ala tout ce qui eftoit dans leur
travail . Les Ennemis firent
grand
GALANT. 241
grand feu de leur Canon
* Moufqueterie, pierres , bom
bes, & barils foudroyans, qui
cauferent quelque dommage
au Parapet & aux Paliffades,
mais tout fut reparé en
moins d'une heure , par l'application
de M. le Lieutenant
de Roy , qui a toujours commandé
à cette Attaque. Mrs
de Lazé , Dortan & Menage ,
Lieutenans du Regiment du
Maine , furent bleffez . Les
Saxons s'appliquerent à faire
une paralelle devant leur batlaterie
pour la mettre en feureté.
Ils en tirerent trente- fix
5 ཀ་
T Novembre 1689 . X
242 MERCURE
6
groffes pieces , outre huit me
diocres qu'ils avoient déja en
batterie depuis long- temps ,
fur les baftions Druffus & de
Not shor Saint Alban .
La nuit du 29. au 30. les
Imperiaux
ne firent que le
fortifier, & chercher nos Mines
& nos Fourneaux . M. de
la Mothe eftant aux écoutes,
& les ayant entendu travailler
pour venir au devant de
luy , les crut affez proche
pour leur foufler une fougace,
ce qu'il fit fi à propos , que
les ayant étouffez aux deux
endroits de leur travail, la
EGALANT 243
terre qui fauta de no1243
noftre gla
10160
cis , fe
in 2013 remit dans fon entier,
fi bien que toute la nuit on
n'entendit
plus rien d'aucun
cofté. Les Allemans
voulant
travailler
à leur nouvelle Batterie
fur la pointe de noftre
glacis furent obligez de l'a-
Bandonner
jufqu'à trois fois ,
par le feu
1901707
que luy fit faire
M de Bertillac , Lieutenant
Colonel du Regiment Dauphin.
Ils jetterent plus de
deux cens bombes & barils
foudroyans avec beaucoup
de pierres qui ne blefferent
que peu de perfonnes . Mr de
X ij
244 MERCURE
1
Vigny fut bleffe d'un éclat
de bombe , ainfi que M' de
la Miliere , Capitaine
des
Portes. Les Saxons & Bavarois
s'approcherent
fort de
nos glacis ; mefme ils commencerent
à travailler
avec
des manivelles
pour chercher
nos Mines. Ils tirerent force
de Canon de leurs quarante-
quatre Pieces qu'ils avoient
en batterie , & de fept
Mortiers
avec leurs bombes
& barils
foudroyans , qui
tuerent & blefferent
quelques
Soldats,
coups
La nuit du 30. au 31. les
GALANT. 245
31
Ba
COL
21:
erch
for
IS CO
'ils
Hele
omb
elqui
Imperiaux éleverent fort leurs
travaux qui eftoient à la
pointe du glacis de l'angle S.
Boniface. Ils firent une fougace
pour eventer nos Galeries,
mais elleleur fut fort préjudiciable
eftant retournée
vers cux, & n'ayant incommodé
ny nos Mines ny nos Mineurs
. Leurs trente- fix pieces
de Canon tirerent fouvent ,
& leurs fept Mortiers beaucoup
plus , qui jetterent cette
nuit plus de deux cens bombes
ou barils foudroyans dans
nos travaux , fans nous faire
que fort peu de mal . Ils en-
X iij
246 MERCURB
dommagerent fort nos pa
liffades , mais Mble Lieute
nante de Royoy remedia ‹à
fon ordinaire. Ils ouvrirent
trois Sapes pour venir à noftre
chemin couvert par trois
endroits mais on n'eut pas
envie de les y laiffer. M'de!
Burgas Lieutenant dans le
Regiment du Maine , fut
tué d'un éclat de bombe ,
M's de Ruel & de Mirabel
moururent de leurs bleffures ,
& M le Comte de Montereau
, Capitaine au Regiment
Dauphin, fut bleffé d'un coup
de pierre . A l'Attaque des
rs
الوا
GALANTM 247
E
1
edit
vi
annocth
M:
dans
om
Kira
Saxons , ils avancerent fub
la pointe de nos glacis , &
continuerent d'élever. Ilstra
vaillerene auffi à chercher nos
rameaux mais comme ils
n'eftoient pas encore affez $
ut prés de nos Mines on ne
put rien faire contre eux.
Leurs bombes Mortiers 188
barils foudroyans tirerent
fort fouvent , & mefme leurs
quarante - quatre picces de
Canon qui batoient les Baftions
Druffus , & de Saint
Albano, & ules traverfes de
2 & uleshtraverſes
nos chemins couverts. Les
Heffois de Caffel tirerent plus
Mures
Monte
imers
eide
J
x iiij
248 MERCURE
fieurs bombes dans la Ville.
Elles renverferent quelques
toits , & blefferent deux per
fonnes.
La nuit du 31. au 1. Septembre
, les Imperiaux joignirent
par un crochet deux
de leurs Sapes enfemble , en
forte que cela leur donnoit
un peu plus d'avance fur
noftre glacis . Ils jetterent
force bombes & pierres , &
tirerent beaucoup de leur
Moufqueterie. Ils blefferent
Mr le Chevalier Marion de
Chanrofe , Enſeigne dans le
Regiment Dauphin , & quel
GALANT: 249
M
tere
ques Soldats . Ils travaillerene
avec vigueur à leurs fapes
qu'ils fortifierent de gabions.
M' du Hayer , Lieutenant de
Dragons de la Lande fut
11 tué d'une bombe , & M. de
Maucler , Capitaine des Bombardiers
, bleffé dangereufement
d'une Grenade à la
tefte. Les Saxons & Bavarois
tenterent de faire un logeesment
à découvert fur l'angle
où finiffoit le glacis , mais
M. de Barbezieres
, B rgadier
¿ de nuit , ayant fait mettre
des Officiers & des Grenadiers
à l'affuſt , ils leur tueeren
ns
250 MERCURE
rent les deux premiers Offi
ciers qui parurent , & le refte
n'ofa avancer. Ainfi ils fo
contenterent de canonner de
grande force avec leurs quarante
quatre pieces de Canon ;
ils épaiffirent auffi leur travail
& l'avancerent beaucoup.
1
La nuit du 1. au 2. les Im
periaux tirerent beaucoup de
leur Moufqueterie , bombes
& pierriers dans nos travaux.
Ils communiquerent leur fape
de leur droite , comme ils.
avoient fait la nuit precedente
celle de leur gauche ,
GALANT . 251
če qui leur donna une petite
avance plus qu'ils n'avoient
fur noftre glacis . Leur feu fut
fort grand , & le noſtre y répondit
. A l'Attaque des Saxons
, le feu de Moufqueterie
& barils foudroyans joint
à leurs bombes , fut plus violent
que de coûtume , ce qui
leur donna la facilité de faire
un logement fur noftre glacis
approchant deux paliffades
du chemin couvert. Ils
furent par là à peu prés egaux
eaux Imperiaux.
Le nuit du 2. au 3. les Al
lemans firent un petit tra
avar
252 MERCURE
vail à la tefte de leur bonnet
de Preftre fur noftre glacis ,
qui les approcha fi prés de
noftre paliffade que leurs
grenades & les nostres tom.
boient dans les travaux de
part & d'autre . M. de la Lan
de fut bleffé d'un coup de
Moufquet à la jouë , & M'
Lallié- Refté , Lieutenant Colonel
, aut bras. A l'Attaque
des Saxons , on fit une petite
fortic fous les ordres de M
de Verfthiacy , qui commandoit
la Tranchée du Capitaine
Tergé , nommé M. de
Barriere , avec trente GrenaGALANT.
253
diers & trente Dragons . Ils
poufferent
vigoureuſement
les Ennemis , les chafferent
de leur travail au mur , firent
trois
prifonniers, &
emporterent
plufieurs marques de
leur bravoure.
C

Canons &
La nuit du 3. au 4 lés Alle
mans firent grand feu de leur
Moufqueterie
bombes , & encore plus de
leurs grenades qu'ils jettoient
dans nos chemins couverts
à la main. Ils
joignirent par
un petit logement deux fapes
qu'ils avoient ouvertes fur le
glacis, & tuerent & blefferent
P
254 MERCURE
quelques Soldats , mais comme
on voyoit leurs Travailleur
, il ne fe peut que les
noftres ne leur ayent fait perdre
beaucoup de monde par
le feu continuel qu'ils firent.
Le Canon de leur nouvelle
Batterie de fept pieces , pour
battre la courtine qui eft entre
le baftion S. Boniface &
celuy de S. Alexandre , y & fit
quelque petite bréche en tirant
inceffamment
, mais la
prévoyance de nos Generaux
avoit fi bien fortifié cer endroits,
qu'il eftoir plus fort
que les autres. Les Saxons &
GALANT: 255
5
ОД
N 1.
5
Bavarois poufferent une fape
affez prés de nos paliffades ,
& auffi proche de nos ouvrages
que celle des Imperiaux.
Ils nous tirerent de
leurs quarante - quatre pieces
de Canon , dont ils battirent
le Baſtion Saint Alban , mais
leurs bombes & barils fou
droyansa ne nous firent pas
grand malas tab qulog
La nuit du 4. au 5. les Allemans
approfondirent quelques
fapes , & comme ils ne
pouvoient prefque plus avancenquedureles
Mines & fur
nos Fourneaux , ils firent me256
MERCURE
ner grande quantité de faſcines
, de bateaux & de lignes
à la Tranchée
, ce qui fit
croire qu'ils pourroient attaquer
à tous momens le chemin
couvert. Ils blefferent
M. de Bretrandy , Gouver
neur cy- devant , & M. Daudijour
, Capitaine au Regiment
Dauphin. M'de Vigny
ayant eu ordre de tirer des
bombes , donna fi adroitement
dans leurs batteries ,
que l'une mit le feu dans leur
magazin aux poudres de dixneuf
mille livres , qui fic fauter
tout le logement avec
GALANT
257
beaucoup de perte , en forte
que les fafcines vinrent dans
nos baftions. Les Saxons ne
firent que s'élever dans leurs
e travaux pour ſe preparer en
mefme temps que l'Attaque
Imperiale. Ils blefferent le
Commiffaire d'Artillerie de
R la Citadelle .
ed
La nuit du f. au 6. ils n'avancerent
aucunement , à
caufe qu'ils eftoient trop
proche. Sur l'avis qu'on cut,
& les manieres qu'on leur
voyoit faire , on fe tint preft
à fe defendre . Un Deferteur
François des Grenadiers de
Novemb. 1689. Y
258 MERCURE
Baviere , s'eftant rendu dans
la Ville
,
affura que le contre.
ordre avoit cfté donné de
FILLE DE 38 300mⱭ $5 230p
ne plus attaquer
676
ce qui
MOX
trouva vray. Les Ennemis
nous avoient jetté l'apréſdtnée
du jour précedent huit
barils foudroyans à la fois
qui firent un feu extraordinaire.
Toutes ces Grenades
creverent inutilement pour
cux. M de Peroux , Licutenant
de Roy de la Ville , fut
dangereufement bleffé à la
tefte d'un coup de Moufquer .
Les Saxons avancerent leurs
approches autant que celles
} ༡
GALANT. 259
ゴル
1
des Allemans , & tirerent
toute la journée plufieurs
coups de Canon fur les baftions
de Druffus & de Saint
*
Alban. Sur les quatre heures
du foir , les Allemans , Saxons
& Bavarois donnerent
le fignal pour l'attaque du
chemin couvert tout à la
fois , par cinq coups de Canon
,& une bombe qui creva
en l'air. En mefme temps,
toutes leurs Troupes marcherent
de leur retranchement
des ga
91091
aux
paliffades ,
avec des
bions
mantelez
, garnis
de
plaques
de fer & balons
de Le 2142 3837520
260 MERCURE
Laine. Les Regimens qui ef
toient dans nos dehors , eftoient
le premier Bataillon
d'Anjou , & un autre à l'Attaque
des Bavarois , & ceux
du Maine , Orleans & Breta
gne à l'Attaque
Leurs de cuiraffes
& de pots en tefte , vinrent
à la paliffade fort fierement,
& furent receus de mefme.
Quelques- uns voulurent fau
ter dedans , mais on ne les y
laiffa
la pas demeurer. Pendant
ce commencement , la Ville
fut environnée preſque de
toutes parts par d'autres Trou,
gensarmez mperiale.
د م ح م
144
GALANT: 261
ils
pes qui s'approcherent de nos
baftions de terre avec de petires
pieces de campagne
qu'ils tirerent inceffamment ,
mais par le bon ordre qui
eftoit fur nos baſtions
a n'approcherent que pour fe
retirer , à caufe de la quantité
de coups de Canon qui
les y forcerent . Cela dura
prés de deux heures d'une
fort grande furie . Nos Sol
dats firent des chofes qui furpaffent
l'imagination
, pour
leur fermeté , leur bravoure ,
&& leur fierté. Cependant aprés
un grand Combat de
OU
262 MERCURE
deux heures , il falut ceder
les Ennenos
paliffades que les E
mis occuperent
fur le haut
de noftre
glacis. C'eft tour
ce qu'ils
purent
faire aprés
beaucoup
de carnage , & ce
qu'ils auroient
fait le lendela
fape fans rien
main par
rifquer. Les
quatre -vingt
pieces
de Canon de
Canon , les
vingt
Mortiers , & les barils foudroyans
tirerent fur nous fans
difcontinuer pendant tout le
temps de ce Combat , ce qui
caufa la perte de beaucoup
de monde. Quelques Bataillons
ont perdu dans la Place
GALANT. 263
plus de cent hommes . Il
cut treize Officiers du Regiment
d'Orleans tuez ou
Bleez
le refte à proportion
.
Les Ennemis ont perdu plus
de mille hommes à l'Attaque
de Baviere fans les Bleffez.
A l'Attaque Imperiale ,
ils ont beaucoup plus perdu
de monde. M ' de Lozier y
commandoit . Comme il eft
d'une experience confommée
& d'une haute bravoure
, il
ne s'eft point épargné pour
le fervice du Roy . M. Cle-
Batment
fut bleffé à la tefte
d'un éclat de bombe ..
ר ו מ ג
COL
UC
2
264 MERCURE
La nuit du 6. au 7. les En
nemis aux deux Attaquest ne
firent que s'élargir & s'épaif
fir , tirant force grenades &
coups de Moufquet de part
& d'autre.
La nuit du 7 au 8. fut pref
que de meſme , mais le 8. au
matin on commença à parles
menter , & les Oftages furent
donnez . On figna les Amicles
le 9. à condition qu'on fortiroit
le .au matin ,avec tou
tes les marques d'honneur
que les Affiegez pouvoient
fouhaiter .
Ib
GALANT. 265
Il paroift depuis peu de
jours un Plan de Venife , extremement
eftimé des Curieux
. Vous fçavez que cette
Ville eft d'une conftruction
fort finguliere. Outre la divifion
des Quartiers , on trouve
dans le Plan dont je vous
parle , les noms de tous les
Ponts , Canaux , & Edifices
publics , avec des marques
pour faire connoiftre les
Convents d'hommes , & de
Filles l'Ordre dont ils font ,
les Paroiffes , Chapelles , Ab
bayes , & c. Ileft enrichy des
veués des Places S. Marc , du
Novemb. 1689. Ꮓ
266 MERCURE
Pont Réal, du Bucentaure, du
Pont S. Barnabé , du Combat
coups de poingup & d'une
Cartes Geographique de la
Dogade ou environs de Venife
, le tout proprement
gravé . Ce Plan , qui fe vend
chez le S de Fer , Ifle du Palais
, eft le premier qui ait
fait remarquer toutes ces
chofes , & comme il fervita
de modelle à tous ceux qu'on
fera à l'avenir, il y a grande
apparence qu'on n'en voudra
plus que de cette maniere-là .
Je croirois faire injuftice
à la memoire des Perfonnes
GALANT 267
la
diftinguées qui meurent dans
de fervice , fidje ne vous aptprenois
que les fatigues que
M'Raouffer , Gouverneur de
Bonn , a cfluyées pendant de
Siege de cette Place , luy ont
à la fin coûté la vie. Il eftoit
d'une Famille établie dans
Tarafcon en Provence , &
dans laquelle on fait voir plus
de trois cens ans de Nobleſſe
de Pere en Fils fans nulle interruption.
Ceux de ce nom
fofont également fignalez
dans l'Epée & dans la Robe ,
& il y en a eu quantité de
Commandeurs & de Cheva-
Z ij
288
MERY
un
d'eux
liers de Malthe. L'un d'eux
ayant demandé au Grand-
Mailtre de l'Ordre la per
million de faire le voyage de
www.edu
Gigery , & d'eftre du nombre
des Chevaliers qui devoient
compofer le Batail.
lon , finit glorieufement fes
jours devant cette Place . Il
eftoit Coufin Germain de M
Raouflet , Gouverneur
Bonn. Ce dernier a eu l'honneur
de fervir le Roy pendant
trente- cinq ans . Il commença
à quatorze ans par une
Enfeigne dans Navarre . Il
commandoit ce Regiment à
Nerd stored authe
de
GALANT 269
la Bataille de Caffel , & il
donna tant de marques de
courage , que Monfieur l'a
toujours honoré de ſa bienveillance
depuis ce temps- la.
Il receut dans la mefme Cam-
219
221
pagne un coup de Moufquer
au travers du corps devant
Aire , & lors qu'il fut guery
de cette bleſſure , Sa Majeſte
luy donna la Lieutenance de
Roy de S. Omer , & l'infpection
des Troupes. Il fut fait
enfuite Gouverneur de Bonn,
où il a marqué fon zele
par
tous les foins & toute la vigilance
que l'on pouvoit atten-
Zij
278 MERCUR
?
dre de luy. Il laiffe trois Fre
res & une Soeur. L'Aifné eft
Confeiller au Parlement
d'Aix ; le fecond fert depuis
long - temps en qualité de
Capitaine dans le Regiment
de Navarre. Le dernier eft
Religieux Benedictin , & la
Sour ? Abbeffe de l'Abbaye
Royale de Beaucaire . Comme
certe Famille eft nombreuſe
, on en peut compter
prefentement plus de douze
Officiers , tant fur terre , que
fur mer , parmy lefquels font
trois Chevaliers de Malthe .
Elle cft alliée aux plus illu
TH
>
GALANT 271
"
ftres Maifons de Provences
fçavoir d'Oppede par un
mariage avec la Fille de M
d'Oppede premier Prefident
au Parlement d'Aix ; de la
Roque Fourbin , d'Aimar de
Chafteau Renard, & autres, b
21 Je vous dis fort peut de
chofe de M' d'Asfeld le mois
paffé . J'ajouteray aujour
d'huy , que s'il s'eft diftingué
avec avantage dans les
emplois de la Guerre , il ne
s'étoit pas rendu moins confiderable
dans les Negociations
pour lesquelles Sa Majesté
luy avoit fait l'honneur de le
Z iiij
272 MERCURE
choifing & entre autres pour
l'affaire de Cafal qu'il traita
avec tant d'adreffe & de fe
cret à Venifers qu'ibolas fic
réuffir malgré toutes les entreprifes
des Efpagnols , qui
n'oublierent rien de ce qui
pouvoit la faire échouer . A
fon retour de Venife , ils l'arrefterent
prifonnier à Milan ,
où il fut fix mois; ce qui obligea
M5 de Louvois de dire
au Marquis de la Fuente , alors
Ambaffadeur d'Espagne en
France , que fi Mile Baron
d'Asfeld n'eftoit pas mis inceffammenthors
du Chateau
GALANTM 273
de Milanoù il eftoit rotemu ,
le Roy envoyeroit un Corps
de Troupes dans la Flandre
Efpagnoles avec ordre d'y
refter jufqu'à ce qu'on luy
cuft rendu la liberté. Cela
fait voir l'eftime que l'on fai
foit de fa conduite de fat
bravoure . Il fut blefféun peu
avant que Bonn cuft capitulé,
& les Officiers luy ayant res
prefenté qu'il s'expoſoit trop
dans l'eftat où ce premier
coup avoit pu le mettre il
répondit que cela eftoit fair ,
ce qui marque qu'il n'ate
laiffé d'agir avec une bleffure
depas
274 MERCURE
mortelle. Il n'avoit que tren
te-cinq ans , & eftoit Maréchal
de Camp des Armées du
Roy. Il avoit un des plus
beaux Regimens de Dragons,
& des mieux entretenus qu'il
y ait en France . In yait l
P
Vous ferez bien-aife de
fçavoir ce qui s'eft paffé lors
que nos Troupes font forties
de Bonn. On m'en a fait
voir une Relation venue du
Camp de l'Electeur de Brandebourg,
& qui porte ce qui
fuit. Le Samedy 15. Octobre,
fur les neuf heures du matin,
tous les Regimens tant de
Cavalerie , que d'Infanterie
GALANT 275
de Brandebourg, de Hollan
de , & de Munfter fortirent
des lieux où ils campoient.
L'Infanterie fe rangea fur
deux lignes . Les Gardes
de Brandebourg en Livrées
bleues à pied , fe pofterent à la
Porte de l'Etoile , & derriere
eux , tous les Regimens de
Brandebourg qui avoient eu
la gauche pendant le Siege.
Vis - à - vis de ces Gardes eftoit
le Regiment Hollandois du
General Delwig , & celuy de
Lunebourg qui eft au Service
des Hollandois , tous veftus
de rouge & mêlez enfem/
226 MERGURE
ble . Enfuite on voyoit les
Regimens du General Major
Schlangenberg & du General
Major Lanoy, veftus de blanc,
& meflez auffi entr'eux , &
aprés ceux- cy, ce qui reftoit
de Regimens d'Infanterie de
Hollande & de Munſter. La
Cavalerie fut poftée fur trois
lignes . A la premiere les Dragons
; à la feconde la Cava
Terie
commandée pour conduire
la Garnifon Françoi
fe jufqu'à Thionville , & à
la troifiéme , le refte de la
Cavalerie. Ce qu'il y avoit de
Gendarmes à cheval de l'Em-
21752
1
GALANT
277
pereur , & des Princes Confederez
, demeura au deffus de
- Bonn . Le Prince Charles de
Lorraine , le Prince de Commercy,
& le Comte de Dunewald
s'avancerent par les
deux lignes jufqu'à la Porte ;
mais le Prince Charles n'entra
point dans la Ville , & fe
contenta d'y envoyer le Prince
de Commercy . Les Generaux
Delwig & Schwartz ,
qui font , l'un pour la Hol
lande , l'autre pour Munſter
ne laifferent pas , quoy que
bleffez , de fe rendre dans
Ela Ville où le General Spahn
278 MERCURE
les accompagna , ainfi que
divers Seigneurs , qui entrerent
dans la Place pour pren
dre congé du Baron» d'Asfeld
, qui avoit commandé
pour les François. La Garni
fon en devoit fortir à cette
mefme heure , mais faute de
Chariots & autres voitures ,
cela fut reculé juſqu'à cinq
heures du foir. Alors la fortie
fe fit en cette maniere . Un
Timbalier marchoit à la tefte,
frappant fur fes Timbales à
f'ordinaire , puis cinq Trom
pettes. Ils avoient des livrées
Touges , chamarrées de paffe
GALANT 279
mens d'or, Aprés cuxo deux
Officiers à cheval, feize autres
Officiers comme des Volon
taires auffi à cheval, chacun en
fon range puis un Etendard ;
quatre- vingt feize Cavaliers ;
un Etendard ; feize chevaux
de main deux à deux &
deux Chariots de bagage,
Un Bataillon d'Infanterie qui
{ fervoit d'escorte au bagage
fuivant ; fçavoir , un Chariot
remply d'armes & fort chargé
tiré par fix , chevaux ;
une Chaife roulante à deux
chevaux dix chevaux de
charge pareil nombre de
280 MERCURE
quatre
Chariots Partelez de quatres
& des Charettes de q
trois & deux chevaux & aus
tant de chevaux de fomitë
meflez de Mulets ; ce qui
montoit à foixante Chariots
& Charettes , fans compter
les Carroffes & les Chaïfes ,
& à cent trente chevaux &
mulets de fomme ou de
charge ; les chevaux eftoient
extraordinairement chargez
des deux coftez , & les chariots
de mefme . Tout ce
train eftoit environné
quantité de gens armez , &
d'autre monde qui couroit
X
de
GALANT 281
les=uns à cheval , les autres à
pied . Aprés cela venoient les
Dragons en livrée verte, quatre
Mulets tres- chargez avec
leurs houffes vertes, beaucoup
ont cru qu'ils l'eftoient d'argent
un chariot à quatre
chevaux, puis quantité d'au
tres chariots de bagage, cha
rettes & chevaux de fomme.
Un Bataillon d'Infanterie,fon
Colonel à la tefte, cinq Capitaines
à cheval ; un Lieutenant
à pied avec cent quarante-
quatre Moufquetaires ,
fans les Officiers fubalternes ,
& trois Drapeaux , blanc ,
Novembre 1689.
A a
282 MERCURE
noir & rouge ; cent foixante
& douze Moufquetaires , &
trois Drapeaux des mefmes
couleurs 4 cent cinquante.
trois Moufquetaires , divers
Officiers à cheval ; huit chevaux
de charge ; huic Dragons
à pied , & quantité de
Valets . LeBaron d'A'sfeld ,
dangereufement bleffé au petit
ventre durant le dernier
affaut , eftoit couché tour de
fon long fur un matelas dans
une littiere , couverte d'un
drap rayé de bleu & de blanc,
& portée par deux Mulers.
1 paffa à travers les deux li
GALANT 283
gnes, veltu d'un tres- riche
Jufte au corps du Japon ,
lüant tous les Officiers à droi
te & à gauche d'un courbement
de tefte autant qu'il le
pouvoit faire de deſſus ſon
lite Trois autres autres Officiers
bleffez fuivoient dans de pareilles
littieres puis quatorze
Officiers à cheval , & un Bataillon
d'Infanteriecent
vingt quatre Moufquetaires
à pied , & entre eux trois
Drapeaux , noir , blanc , &
jaune , encore cent Moufquetaires
, & treize hauts Offciers
accompagnez des Sub .
Aa ij
284 MERCURE
alternes ; un nouveau Báraillon
; quatre Officiers à cheval ;
vingt- cinq hommes à pied,
fix hauts Officiers , & douze
autres , fans compter les Femmes
, les Enfans , les Valets,
& les Coureurs ; un troifiéme
Bataillon , deux Officiers à
cheval, vingt-quatre hommes
pied & avec eux trois
Drapeaux noir blanc &
rouge ; cent foixante & dix
hommes à pied, & quantité
de Coureurs ; un Officier à
cheval , dix-huir hommes à
pied trois Officiers à chevals
cent cinquante hommes à
SCADANT 284
-pied ; fix Officiers , & quefques
chevaux de charge . Endore
un Bataillon ; un Coloneba
pied huit Officiers à
cheval ; un à pied , trente
hommes àpied , quatre Capi
raines à pied, foixante & huit
Moufquetaires trois baftons
d'autant d'Enfeignes qui n'y
tenoient plus une moitié
d'un pareil bafton quatrevingt-
treize Moufquetaires à
pied huit Officiers à cheval
& una pied ; trente hommes
à pied, & quatre Capitaines
à cheval. Le dernier Batailfon
fuivoir; huit Officiers
"2
286 MERCURE
cheval cinquante huit hommes
à pied , avec trois Drapeaux
marquez de lames blanches
& rouges trois cens
hommes à pieds buit Officiers
à cheval, & quatre chariots
de bagage fort chargez
Un Regiment de Dragons à
pied deux Officiers à pied ,
& vingt à cheval ; foixantefix
Dragons à pied , deux Etendards
verts ; 72. hommesà
pied,& trente- quatre chevaux
de charge , & enfin une Compagnie
d'Allemans avec un
Drapeau blanc. La nuit arriva
qui caufa quelque defor
a
GALANT 287
dre , parce que ceux qui for
1 toient fe mefloient alors les
uns parmy les autres . Il y en
eut bien une centaine qui
I n'avoient point de chapeau ,
l'ayant perdu au dernier affaut
. Voicy la Lifte des Trous
pes de la Garnifon qui fortirent
de la Place.yak , hog
Le Regiment du Marquis
de la Varenne , 141. Chevaux,
un Timbalier , fix Trompet
res & deux Etendards,
INFANTERIE t
Le Bataillon du Marquis de
Grange, d 237 hom.
26. de Lazarela edad 2731
288 MERCURE

36. Marquis de Caftre , 279.
1. Compagnie de Canon-
Teniers , 33.
336.
26. Pionfi ,
5.Bataillons de Provence 344.
G. Bataillons de Bourbon . 203.
7. Bataillons de Vendofme .
238.
244
86. Poitou .
Dragons à cheval & à pied
d'Asfeld .
352,
$3
La Compagnies
des Gardes
de Furftemberg
.
Infanterie
& Cavalerie
prés
du Bagage
,
1137
Il eft demeuré quinze cens
hommes dans la Ville , tant
Malades
GALANT 289
Malades que Bleffez.c
L'Electeur de Brandebourg
1 eftoit à cheval entre les deux
lignes. Lors qu'il vit Mr d'Affeld
, il s'approcha de fa lit
tiere , & luy parla quelque
temps . La Garnifon ne fit ca
jour-là qu'une lieuë au plus ,
& campa la nuit à cette diftance
de la Ville . nlCependant
quelques Voleurs attaquerent
le Bagage des Fran
çois, & prirent quelquesche
vaux de fomme sede petites
charettes .
les Dragons de Brandebourg
qui les efcorroient au nom
Bb
La Cavalerie &
Novembre 1689.
290 MERCURE
bre de fix à fept cens hommesodfirent
feu fur eux , &
il y enour quelques uns tucz
de cofté & d'autre , mais on
leur fit lâcher prife . La Garnifon
que l'on mit dans Bonn,
par provifion feulement , fut
compofée des Troupes de
Brandebourg , de Hollande ,
& de Munfter chaque Na
tion y cut un Bataillon , &
l'on en donna le commande
ment au Colonel Schlabbe
rendorfs pour les Brande
bourgs, au Colonel Berchem
pour les Hollandois , & au
Colonel Landtzberg pour
da
GALANT 291.
Munfter. Chacun de ces Colonels
devoit avoir le com
mandement en chef un jour ,
alternativement.h
On a donné au public depuis
peu trois Cartes du Pere Co
ronelli , qui font les Royau
mes d'Angleterre
, d'Ecoffe
& d'Irlande avec plufieurs
remarques curieufes qui n'avoient
point encore paru
norb pas mefme fur celles que
l'on a gravées en Angleterre .
On y trouve entre autres. autres
les Villes & Bourgs qui ont
droit d'envoyer des Dépu
tez aux Parlemens des trois
Bb
ij
292 MERCURE
Royaumes , diftinguez des
autres par une marque particuliere.
Les Eveſchez ont
auffi des chiffres particuliers,
qui font voir tout d'un coup
de quels Archeveſchez ik
font fuffragans . Sur la Carte
d'Angleterre il y a les anciens
Diocefes, avec leurs noms ; &
des tharqués pour les diftinguer
des modernes.On ytrouve
non feulement les divifions
des Provinces du Nort ,
de l'Oüeft , & les autres qui
font maintenant en ufage ,
mais aufli celles des fept
Royaumes des Saxons , &
r •
GALANT. 293
Be
des anciens Anglois , avec les
années où ces Royaumes
ont commencé & finy. La
Carte d'Ecoffe fait voir les
Provinces ou Villes qui ont
titre de Vicomtez , de Senéchauffées
, & de Bailliages ,
outres la divifion ordinaire
de l'Ecole en deux parties ,
fubdivifées en plufieurs Provinces.
On y a joint auffi les
Illes qui font encore , où qui
ont elté des dépendances du
Royaume d'Ecoffe . L'Irlande
eft divifée à l'ordinaire en fes
quatre Provinces , fubdivifées
en Comtez , dont plufieurs
Bb iij
$ 294 MERCURE
n'avoient point efté marquez
fur les Cartes gravées en
France ny en Hollande , non
? plus que les Baronnies qui
font dans chaque Comté. Ee
P. Coronelli ayant appris que
les Sçavans aimoient la correfpondance
de l'ancienne
Geographie avec la moderne,
-qu'il a déja mife fur plufieurs
2 autres de fes Cartes, en a ufé
de mefme fur celles cy , &
Dafin que l'on ne prift point
un nom ancien pour un moaderne
, il a mis des Etoiles
feulement à tous les noms.
anciens . Ceux quiaiment l'A·
GALANT.1.295
ftronomic trouveront en
marge les noms des Climats ,
leur étendue , & de dombien
d'heures font les joursen cha
cun de ces Royaumes . C'eft
avec raifon que l'Auteur en
a fair trois Cartes cela les
rend plus particulieres que
s'il n'y en avoit qu'une feule
qui renfermaft l'Angleter
ramEcoffe & l'Irlande
Il a cfté auffi obligé de les
faire fur des Echelles diffe
rentes ; mais afin que Bon
puiffe juger del la grandeur
de ces Royaumes & de leur
fituation à l'égardiles uns des
Bb iiij
296 MERCURE
autres , il a cru à propos de
donner une petite Carte gee
nerale des Ifles
Britanniques ,
où l'on met leur fituation &
leur grandeur , felon les pro
portions que les Geographes
obfervent . Gerte petite Carte
& les trois autres peuvent
eftre collées enfemble &
faire une des plus curieufes
& des I'meilleures Cartes
qui ayent encore paru des.
Iles Britanniques . On n'explique
point icyn lesz Cars
touches qui font à l'Angles
serre & à l'Irlandes ceux qui
devinent fi bien les
Enigmes
a
GALANT 297
les plus difficiles , verront
qu'ils font hiftoriques. On
trouve ces Cartes , & routes
Jes autres du P. Coronelli , à
Paris ; chez le S Jean Baprifte
Nolin , fur le Quay de
'Horloge du Palais. mitrea
cally a eu quelques Benefices
diftribuez ce mois- cy.M ' l'Abé
Benard de Rezé Chanoine
de Noftre Dame , & Fils de
M' Benard de RezéConfeiller
d'Eftat ordinaire, a cfté nommé
à l'Evêché d'Angouleſme .
Il eft de la Congregation des
Jefuites, & dans une grande
reputation de pieté. M. l'Ab298
MERCURE
&
bé de Luxembourg , Fils de
M le Duc de
Luxembourg, a
efté auffi nommé à l'Abbaye
de Saint Miel en Loraine.
Quelques jours aprés , le Roy
nomma à l'Abbaye de Saint
Taurin d'Evreux , M de Cofnac
, cy- devant premier Aumônier
detoMonfieur
Evefque de Valence , & prefentement
Archevêque d'Aix.
L'Abbaye de S. Taurin vaquoit
par la démiffion volon
raire de M. l'Abbé de Soubife
qui pour foutenir la Maiſon,
a pris le party de l'Epée aprés
la mort de My le Prince de
4
GALANT 299
Rohan fon Frere, qui eft mort
ce mois- cy , de la bleffure
qu'il avoit receue en Flandre
au commencement de
la Campagne. Quoy qu'il ne
fuft encore âgé que de vingttrois
ans , il avoit un Regiment
de Cavalerie , & s'eftoit:
diftingué en plufieurs occafions
. Madame de Colnad ,
Niece du mefme Archevef
que d'Aix , & Religieufe de
Ordre de S. Bernard à Tules,
a efté nommée à l'Abbaye de
Vernefon, du mefme Ordre à
Valence. L'Abbaye de Livry
a cfté donnée à M Sanguin ,
300 MERCURE
Evefque de Senlis . Cette Ab.
baye eft dans les Terres de fa
Maifon.Le Roy a auffi donné
l'Abbaye de Lire en Normandie,
qui vaquoit par la mort
de l'ancienEvêque
de Nilmes,
à M ' de Calvieres
, qui a remis
entre les mains de Sa
Majefté , celle de Pfalmodi ,
pour eftre unic à l'Eyeſché
d'Alais. Comme cet Eyeſché
n'a eſté érigé que depuis la
fuppreffion de l'Edit de Nanres
, afin que les nouveaux
Catholiques , fuffent mieux
inftruits fon revenu eftoit
peu confiderable.
2
GALANT. 301
Je vous ay parlé du choix
que le Roy a fait de M' de
Harlay , Procureur General,
pour remplir la place de premier
Prefident. Ce choix à
efté applaudy de tour le
monde & Fon connoift
chaque jour que Sa Majesté
n'en pouvoit faire un meil
leur. Comme ceux qui occuces
grands poftes peuit
pent
vent à tous momens rendre
des fervices confiderables , à
la follicitation de leurs Amis,
& mefme à la priere de leurs
Domeſtiques , & que lors
qu'on les écoute on peut
302 MERCURE
eftre foupçonné de ne rendre
pas toujours la justice avec
une entiere exactitude , M'
le premier Prefident a fait
une chofe digne d'eftre remarquée
, & qui fait voir ce
qu'on doit attendre de fa
grande integrité. Il a fait des
prefens à tous fes Domesti
ques, proportionnez.au rang
qu'ils tiennent auprés de luy,
& leur a défendu en mefme
temps de fe charger d'aucuns
papiers, & de luy faire aucu
nes prieres. Ainfi voilà une
porte fermée à ceux qui
ayant des procés douteux ,
GALANT 303
cherchent plûtoft des Amis
que des raifons & tâchent à
foutenir leur droit par de
telles recommandations . M
de Harlay fut receu premier
Prefident le 2. de ce mois,
avant l'ouverture du Parle
ment. Lors qu'il fut affemblé
, M Hervé , Doyen de
la Grand Chambre , rapporta
les informations de vie & do
moeurs. Ily avoit trois Té
moins , M de S. Euſtache ,
fon Curé M' de Ponchar
train, Contrôleur General des
Finances, & M Courtin , Confeiller
d'Eftar. Leurs rapports
304 MERCURE
Ľ
contenoient autant d'Eloges
deM' de Harlay.La lecturede
ces informations ayant efté
faite, on alla le querir au Parquer
, & il fut receu premier
Prefident par M de Maiſons,
qui fit cettefonction . M' de
Némond cftant le plus an
cien Prefident au Mortier,
l'auroit faite s'il n'eut pas
efté Parent. Toutes les Chambres
eftoient affemblées , &
plufieurs Ducs & Pairs Eccle
fiaftiques & Seculiers s'ef
toient rendus ce jour- là au
Parlement, pour honorer cette
prife de poffeffion. On alla
GALANT
305
1
enfuite à la Meffe folemnelle
qui fe celebre tous les ans ,
dans la Chapelle de la grande
Salle du Palais , pour l'ouverture
du Parlement. Elle fut
dite par M
l'Archevefque
Duc de Rheims , premier
Pair de France, aprés quoy on
fe rendit à la Grand Chambre ,
où M le premier Prefident
ayant pris la place.commença
à faire fa Charge par le remerciment
qu'il fit à ce Prelat
au nom de la Compagnie.
Ce remerciment fue
accompagné d'un Eloge , &
parmy les louanges qu'il luy
Novembre 1689. Co
306 MERCURE
donna il s'étendit fur
maniere dont ce Prelat gouverne
fon Diocefe . On ne
peut trop luy donner de
louanges là deffus , puis que
jamais Paſteur n'a cu plus de
foin de fon Troupeau. M
de Rheims répondit par un
excellent Difcours. Il dir que
Theodoric Roy d'Italie , en.
faifant Caffiodore fon Secretaire
d'Etat luy fit com
"noiſtre qu'il avoit deffein depuis
long temps de l'appeller
à la haute dignité ou il Félevoir
, & qu'il n'avoit differé
aluy faire remplir ce grand
1
GALANT 307
2
C
pofte , qu'afin que fes Sujets
euffent plus d'empreffement
à le fouhaiter dans le Miniftere
; que la mefme chofe
eftoit arrivée à l'égard de
Mode Harlay ; & qu'il avoit
fceu pai feu Mile Chancelier
fon Pere , qu'il y avoit
douze ans que le Roy avoir
dans la penfée de le nommer
Premier Prefident , ce qu'il
auroit fait plûtoft , s'il n'euft
pas efté bien aife de la faire.
fouhaitersin& qu'ainfi il p
avoit le mefme temps qu'il
occupoit dans l'efprit de ce
Monarque dansplas
Coij
208 MERCURE
hrs de fon Peuple , la place
où nous le voyons . Il le loua
fur tout ce qu'il a fair pour
l'Eglife Gallicane ; & pour
la fienne en particulier &
fur ce qu'il s'eftoit oppofé
aux ufurpations de la Cour
de Rome ; il die enfuite
qu'il efperoit que tout chan
geroit de face fous le nouveau
Pape qui vient d'ef
tre éleu , & l'exhorta à cons
tinuer de défendre les droits
de l'Eglife . Il finit en par
lant de Caffiodore , domme
il avoit fait encommençant,
& dit que fi les Peuples dé
GALANT 209
23
fon temps avoient fouhaité
le voirsélevé aux plus gran
des dignitez, il n'y en avoit
point de fi haute en France ,
où chacun ne fouhaitaft de
voir parvenir M de Harlay
Toure l'Affemblée fortit
charmée de ce Difcours . Jo
ne vous en parle cependant
que fur le
que fur le rapport d'auruy
& ce que j'en dis ne vous
en donnant qu'une idée tres
imparfaite , n'en doit pas di
minuer la beauté dans l'ef
prit de ceux qui ne l'ont
point entendu . CettenCere
monic effant achevéch Mila
310 MERCURE
Premier Prefident donna un
magnifque repas. Lan cable
eftoit de quarante couverts.
Ilyseurs trois fervices de
douze grands plats , & trentedeux
petits chacun , fans les
affiettes volantes la délica.
reffe , l'ordre & la magnificance
furont admirées en ce
repas nouă på tutun 15
On entra le mefme jour
dés le matin à la Cour dés
Aides , on Mh los Camus ,
premier Profidents) , ficun
res beau difcours. Il exa
mina ficon peut jager par les
sdgles dubon fense fims cons
GALANT. I

qui
fulter celles de la Jurifprudence
, & en faifant voir que
cela fe peut quelquefois , il
compara les Juges aux grands
& habiles Politiques
réuffiffent toujours en maniant
diverſement les affaires,
fuivant les diverfés perfonnes,,
& les divers genies avec lef
quels ils ont à traiter M des
Haguais ,premier Avocat General
parla enfuite fur la repu
tation , & fit remarquer qu'on
dévoit confiderer dans le Ma
giftrat l'homme inrericur &
Thomme exterieur . Vous ,ſça
vez , Madame , que M. des.
k
312 MERCURE
Haguais eft l'homme dumonde
qui penfe le mieux , le
plus finement, & avec le plus
de delicateffe , Ses expreffions
font nobles , & comme il
évite les paroles fuperfluës
,
il donne à tout ce qu'il dit
un tour fi particulier, que qui
peut le fuivre , entend toujours
quelque chofe de nouveau
. Tout fon Difcours fe
trouva remply de liaifons
naturelles
qui firent admi
rer l'enchaînement
des ma
tieres les unes avec les autres.
Il y fit entrer l'Eloge du Roy,
& dir en des termes differens;
T
mais
GALANT. 313

mais à peu prés dans cette
penfée , que quoy que ce Monarque
fuft feul contre toutes
les Puiffances de l'Europe,'
il ne laiſſoit pas de fe trouver
encore en eftat d'eftre l'afile
des Rois. Tout cela fe paffa
le 12. de ce mois , & le Lundy
21. la Grand' Chambre
ouvrit fes Audiences . L'Orateur
fut le fujet du Difcours
de M le premier Preſident ;
ce qui luy donna lieu de dire
aux Avocats qui doivent eſtre
bons Orateurs , qu'ils euffent
à imiter M les Gens du
Roy , dont il fit l'éloge .
Novemb. 1689. Dd
314 MERCURE
M' l'Avocat General Talon
fit un Difcours fur le mouvement
& fur le repos , avec
fon éloquence ordinaire , &
montra que le Roy au milieu
de fes grandes affaires , s'appliquoit
à choisir des perfonnes
dignes de remplir les
places de ceux qui doivent
rendre la Juftice , ce qui fe
remarquoit fur tout dans le
choix qu'il avoit fait de M '
le premier Prefident ,
L'aprefdinée du Mercredy
fuivant , le mefme M ' Talon
fit la Mercuriale
, & commença
par dire , qu'il ne fuf
-
GALANT 315
faire
fifoit pas que le Soleil échauf
faft la terre de ſes rayons
pour luy faire produire des
Plantes , mais qu'il falloit
qu'une main habile cultivaſt
tout ce qu'on vouloir qu'elle
produifiſt ; que c'eſtoit ce
que le Roy faifoit
faifoit pour
fleurir fon Royaume qu'il
avoit foin de tout ; qu'il
entroit dans tout , & qu'il
venoit de mettre à la tefte du
Parlement , un homme qui
devoit exciter à bien faire
ceux qui rempliffoient les
premieres places de la Jultice.
Il fit le Portrait de M le
Dd ij
216 MERCURE
#
Premier Prefident , & dit enfuite
que Sa Majesté avoir
permis à Mr de Novion de
fe repofer aprés une carriere
de cinquante années » qu'il
avoit donné une Charge de
Prefident au Mortier à fa
Famille , & l'avoit comblée
d'autres biens. Il ajoûta que
la fatisfaction publique fembloit
demander qu'on ne
dift rien de la ceremonie
du jour ; mais il ne laiſſa pas
d'entrer dans la Mercuriale ,
& de faire les remontrances
ordinaires , à ceux qui fonc
tort aux Parties dans la fonGALANT.
317
tion de leurs Charges. Mr
de Novion , petit Fils de M
le Premier Prefident de Novion
, fut receu Prefident au
Mortier le mefme jour , &
prit le nom de Potier . M. de
Ja Briffe avoit efté receu Procureur
General auparavant.
Je vous fis connoiftre les
qualitez qui le rendent digne
de cette Charge , quand je
vous appris qu'il y avoit efté
nommé.TO
On ne peut rien ajoûter
à la gloire que M. Colbert
s'eft acquife , en rétabliſſant
les Finances du Roy . Non
Dd iij
318 MERCURE
feulement elles eftoient dans
un grand defordre , mais la
plufpart des Domaines de Sa
Majefté eftoient engagez , &
Elle n'avoit que tres- peu de
tout ce qui fait aujourd'huy
l'ornement des MaifonsRoyales.
Depuis ce rétabliſſement
des Finances , la France : a
pris tout une autre face . Les
Arts ont fleury chez elle , &
elle a cfté comblée de profperitez
. Il eftoit jufte de
laiffer des Monumens qui
fiffent connoiftre à la Poffesité
un homme fi merveil
leux. M. Douvries , celebre
GALANT: 319
*
par une infinité de belles
Devifes , fit pour ce Miniftre
en 1674. celle que vous
voyez dans le revers de cette
Medaille , où eft le Dragon
qui garde les pommes d'or ,
fans en prendre. M. de Seignelay
ayant trouvé la Devife
belle & cherchant à
honorer la memoire d'un
Pere qui l'a mis en eftat de
faire connoiftre fon merite ,
& de parvenir jufques au
rang de Miniftre d'Etat , ou
l'on arrive tres- rarement à fon
âge , a fait frapper depuis
quelques jours la Medaille
Dd iiij
320 MERCURE
que je vous envoye ...
La nouvelle de la mort du
Roy de Siam eft veritable ,
mais on ne convient pas en,
core bien de quelle maniere
fe font faits les grands chan
gemens qui font arrivez aprés
fa mort . Il y avoit quatre ans
qu'il avoit un mal dont il ne
pouvoir efperer la guerifon .
Le Grand - pere de ce Prince
avoit , dit- on, ufurpéla Cou
ronne de Siam , & parmy les
Talapoins il fe trouvoit un
Prince du Sang , à qui elle
appartenoit. On pretend que
ce Prince Talapoin a obtenu
GALANT
321
du fecours de quelques Princes
voifins , & qu'avec ce
fecours , & une intrigue
qu'il avoit avec des Grands
du Pays , il a chaffé celuy que
le défunt Roy avoit étably
pour fuceffeur. Voilà dequoy
on convient le plus , mais
l'on n'eft pas bien d'accord
de ce qui s'eft fait pour exe
cuter toutes ces chofes , ny
de la maniere dont on a fait
mourir toute la Famille
2
Royale . Les Priſonniers qui
font en Hollande en fçavent
des nouvelles affurées .
On attend icy à tous mo
322 MERCURE
mens le Pere le Blanc Jefuite,
pour travailler à l'échange ;
ainfi la verité fera bien- toft
éclaircie .
C
On a nommé des quartiers
aux Officiers Generaux
pour commander
pendant
l'hiver . Je ne fçay s'il n'y a
rien de defectueux
dans la
copic que je vous envoye ,
puis que tout cet Article
n'eft compofé que de noms
propres , foit d'hommes , foit
de Villes , & qu'il eft rare
d'en trouver tant à la fois
fans qu'il y ait quelque chofe
de changé. M le Maréchal
GALANT: 323
de Lorge commandera en
Alface,& reftera à Strasbourg,
ayant fous luy M'S de Monclar
, de Sourdis , Talard ,
Puifieux , Lanion , Vertilly
de Herlac , & le Chevalier
de la Ferté . Mrs de Bertillac
& de Melac feront à Mont-
Royal; M" Duffon & de Romainville
fur la Sarre ; Mr
Prochat en Rouffillon ; M
Servon en Provence ; M
Grillon & Saint Silveftre en
Guyenne ; M Lombrans à
Cazal & Pignerol; M Bachervilliers
en Dauphine ; M ' de
Varenne & Vilpion en Com324
MERCURE
té ; MS S. Franon & Paris
en Champagne ; M¹ Cajena à
Soiffons & Amiens; Mr Courtebonne
en Normandie ; M
Bullonde depuis Abbeville
jufqu'à Calais ; M' Maulevrier
à Ypres , & fous luy M9
de Seppeville , du Thos , &
de Guimors : M de Calvo à
Tournay , & fous luy M's de
la Valette , du Bourg & de
Vaudricourt ; Mr de Vertillac
à Valenciennes , & fous luy
MS Damjan & de Bezons ;
Mr de Gournay en Hainaut ,
& fous luy Mrs de Vignon
M' de Vatteville à Philippors
rs.
GALANT. 325
ville ; M ' de Guifcar à Dinan
: M. de Bouflers à Luxembourg
& en Lorraine , &
fous luy Ms de Catinat , de
Teffé , Lomaria , Imecourt ,
Atargnan , & de Genlis.
Meffieurs de l'Academie
Royale de Nifmes connoiffant
le merite de M de la
Grange , Avocat au Parlement
de Paris , le receurent
dans leur Compagnie le 26.
du dernier mois . Il a donné
des preuves de fon fçavoir
dans fes plaidoyers , & continuë
d'en donner avec beaucoup
de fuccés . Le Prix qu'il
1
326 MERCURE
a remporté au jugement de
Mrs de l'Academie Royale
d'Angers eft un témoignage
de fon éloquence . Il a cu
l'honneur de prefenter fon
Difcours au Roy , qui luy afait
celuy de le recevoir favorablement.
On a veu de
luy des Ouvrages de Poëfie
à la gloire de Sa Majesté ,
& quelques Traductions qui
difputent avec leurs Origi
naux. Il eft Fils de M' de la
Grange , Secretaire du Roy ,
& Prefident du Prefidial de
Crefpy en Valois. La perte
que M's de l'Academic Roya-
·
2
GALANT. 327
le de Nifmes ont faite en la
perfonne de Meffire Jacques
Seguier , leur ancien Evefque,
qui avoit efté déclaré leur
Protecteur par Lettres Patentes
du mois d'Aouft 1682. à
efté
heureuſement reparée par
l'Illuftre M' Fléchier nommé
au mefme Eveſché. Il eſt
l'un des ornemens de l'Academie
Françoiſe , & donne
aujourd'huy à celle de Nifmes
un nouvel éclat , puis
qu'il eft auffi de cette celebre
Compagnic.
J'oubliay la derniere fois
en vous parlant de l'Acade
$28 MERCURE
mie de Toulouſe , de vous
dire
que
Mr Martel eftoit un
des principaux Academiciens
. Il eft Avocat de ce
Parlement , où il fe diftingue
par fa fciences par fon
exactitude & par ſa conduite.
Ces M's ont reçu Mr Bonner,
qui exerce avec honneur depuis
long-temps la Charge.
d'Avocat du Roy au Prefidial
de Sarlat . C'eft un homme
fage , & qui joint parfaitement
la connoiffance des
belles Lettres à celle du Droit
& des Coûtumes.
La ceremonie du couronGALANT.
329
nement du Pape ſe fit le 16 .
du mois paffe. Sa Sainteté
s'eftant renduë au Portique
de S. Pierre , Elle fut mife
fur un Trône , & le Cardinal
Archipreftre de la mefme
Eglife luy en ayant preſenté
les Chanoines , ils luy baiferent
les pieds. Le Pape fuc
porté enfuite à la Chapello
S. Gregoire , & de là à l'Aus
tel des Saints Apoftres , où il
celebra pontificalement la
Meffe . M le Duc de Chaunes
, qui luy donna à laver ,
eftoit fous le Dais , immediatement
aprés le Cardinal
Novembre 1689. Ee
330 MERCURE
Diacre. Il avoit Dom Livio
Odefcalchi , General de la
Sainte Eglife , & le Conneftable
Colonne aprés luy ,
tous deux auffi fous le Dais ..
Il y avoit des Balcons fort
élevez . Dans l'un eftoit Dom
Pietro Ottoboni , Nevqu de
Sa Sainteté , avec l'Ambaffadeur
de Venife : dans un autre
, l'Envoyé de l'Empereur
l'Ambaffadeur d'Espagne avec
toute fa Famille , & celle
du Conneftable Colonne. Les
Princeffes & les Dames occupoient
les autres . Tous les
Cardinaux eftoient veſtus de

GALANT 33
Blanc chacun felon fon ordre,
& la Mitre en tefte . Au:
commencement de la Meffe,.
le Pape eftant affis fur fon
Trône , les Cardinaux firent
l'adoration , en luy baifant
premierement les pieds , puis
la main qu'il tenoit fur fes
genoux , & la jouë enfuite ,
Sa Sainteté s'inclinant affez
bas pour les baifer . Les Prelats
continuerent la mefme
ceremonie , & luy baiferent
feulement les pieds. Les Pe-,
nitenciers de S. Pierre eurent
aprés eux le mefme honneur .
Le Pape dit l'Introite , & fir
Ecij
332 MERCURE
S
la Confeffion à l'Autel qu'il
encenfa , aprés quoy il revint
fur fon Trône , où il demeura
jufqu'à la Confecration qu'il
alla faire à l'Autel. A l'Elevation
illevale Corps & le precieux
Sang , en donnant la
benediction en forme de
croix. Il vint communier à
fon Trône où il fut debout ,
tandis que deux Diacres apporterent:
le Saint Sacrement
avec beaucoup de pompe ,
l'un l'Hoftie confacrée fur
une Patene couverte , & l'autre,
le precieux . Sang. Lors
qu'ils arriverent , le Pape fléGALANT.
333
chit les genoux avec tous les
Miniftres Affiftans , & communia
debout , prenant une
partie de la fainte Hoftic , &
donnant avec l'autre la Communion
au Diacre. Il prit
enfuite le precieux Sang par
un chalumeau d'or , & le
Diacre alla prendre le refte
à l'Autel. Ce fut le Cardinal
Maidalchini qui fit le Diacre ,
& le Cardinal Accioli fit le
Sous Diacre . Le Cardinal
Chigi eftoit en Chape, &
faifoit la fonction de Preftra
Affiftant. Outre cela un E334
MERCURE
vefque eftoit à l'Autel avec
Diacre & Sous - Diacre , &
reprefentoit tout ce qui fe
fait à la Meſſe , tandis que le
Pape reftoit fur fon Trône .
Lors qu'elle fut dite , Sa Sainteré
entonna le Te Deum , &
monta en fuite dans une des
Loges du Vestibule de Saint
Pierre qui répond fur la
Place , d'où Elle donna trois
fois la Benediction
au Peuple,
aprés que le Cardinal Maidalchin
, comme premier
Diacre , luy cut mis la Thiare
fur la tefte. La ceremonie
dura fix heures , & pendant
GALANT. 335
ce temps , il fe fit plufieurs
décharges de l'Artillerie du
Château Saint- Ange , & de
la Moufqueterie des Troupes
rangées fur la grande Place
de Saint Pierre . C'eftoit une
chofe furprenante que l'af
fluence du monde & le
nombre des Caroffes qui la
rempliffoient. Tandis que
l'on couronnoit le Pape , les
Dames qualifiées fe rendirent
dans une Salle du Vatican ,
où elles avoient efté invitées
pour recevoir la benediction
de Sa Sainteté feparément.
Elles y furent regalées par fes
336 MERCURE
ordres d'une magnifique col
lation. Le foir il y cut des
feux & des illuminations dans
toutes les rues , ainfi que le
jour fuivant , auquel Sa Sainteté
fit diftribuer un Jule à
chaque Pauvre , & du pain ,
& de l'argent aux Pauvres
honteux de chaque Paroiffe...
Le 23. le Pape alla en Cavalcade
depuis le Vatican juf
qu'à l'ancienne Eglife Patriar
chale de S. Jean de Latran ,
dont il prit poffeffion . Il s'y
rendit en littiere , devant la
quelle M le Duc de Chaunes
marchoit immediatement ,
entre
GALANT. 337
entre Dom Livio Odescalchi
& le Conneftable Colonne .
L'Ambaſſadeur d'Eſpagne ne
parut pointàcetteCeremonie.
Quantité de Cardinaux prece
doient la littiere de Sa Sainteté,
& ceux deMedicis & d'Efte,
dont les Livrées eftoient magnifiques
, avoient une fuite
de plus de cent cinquante
Gentilshommes. Les Prelats
marchoient felon leur rang
Les rues eftoient tapiffées , &
il y avoit à Campo Vacino
un grand Arc de triomphe
dreffe par les foins du Duc
de Parme & un autre au
Novemb. 1689. Ff
2
338 MERCURE
Capitole. La Ceremonie eftant
achevée , les Chanoines
de l'Eglife de S. Jean de Latran
baiferent les pieds du
Pape , qui donna deux fois
la benediction
au Peuple. On
fit le lendemain une aumône
generale , au lieu des Medailles
qu'on avoit accoutumé
de diftribuer. S. Jean de Latran
eft la premiere Eglife du
Siege des Papes , comme on
le voit par ces paroles gravées
au Portique fur un vieux mark
bre , Sacrofancta Ecclefia Lateranenfis
, omnium Ecclefiarum
mater caput. On dit que la
GALANT. 339
place où l'Eglife & le Palais
de Latran font
baftis
, Pala
Mont
Celien , appartenoit autrefois
à Lateranus que Neron fit
mourir. Conftantin y éleva
depuis la Bafilique que nous
y voyons , & la meubla d'ornemens
fort riches , en y attachant
un revenu confiderable
, pour l'entretien des
lampes & des Miniftres . Le
pavé cft tout de marbre , &
quatre rangs de colomnes
foutiennent la voûte , le rout
fort doré. Cette Eglife fuc
brûlée en 1308. fous Clement
V. & en 1361. fous In-
Ff
ij
340 MERCURE
nocent VI . & elle a toujours
efté réparée . La premiere fois
qu'on travailla à cette reparation
, les Dames Romaines
traifnoient elles - melmes les
chariots chargez de pierres ,
tant elles avoient d'empreffement
d'y contribuer. Elle
eft nommée la premiere Bafilique
du Monde Chreftien,
par une Declaration que fir
le Pape Gregoire XI . en 1372 .
Les Chanoines qui estoient
autrefois Reguliers , furent
fecularifez en 1471. par. Sixte
IV. Le Roy de France prefente
deux de ces Chanoines
GALANT 341
Sa Sainteté , en confideration
des grands biens que
l'Eglife a reccus de nos Monarques.
Il eft venu un Courier
extraordinaire, par lequel
on a donné avis au Roy que
Dom Pietro Ottoboni , Neveu
de Sa Sainteté , a eſté
fait Cardinal . Il eft le feul
de cette promotion . Je vous
ay mandé que le Cardinal
Ottoboni , aujourd'huy Pape,
avoit efté choisi pour Dataire
par Alexandre VII . Il n'a cu
cet employ que fous Clement
IX. Ce fut le Cardinal
Corrado qu'Alexandre VII .
fit Dataire. Ef iij
342 MERCURE
L'affaire qui occupe prefentement
le plus en Angleterre , eft de
trouver unfond pour la Campagne
prochaine . Les Prefbiteriens qui
ont favorifé l'invafion du Prince
d'Orange , & qui compofent la
plus grande partie du Parlement, y
travaillent avec application , parce
qu'ils craignent la punition qui eft
due aux traiftres , fi le Roy eftoit
rétably. Cependant tous les Peuples,
qui ne penfoient à rien moins.
qu'à chaffer leur Souverain legitime
, & qui fe font veus accablez
par la puiffance de l'Ufurpateur ,
forcez de luy obeir , ſe trouvent
obligez de payer ces grands ſubfides
, aufquels les Peuples d'Angleterre
ne font point accoûtumez,
& comme ils le font avec chagrin ,
il n'y a point à douter qu'ils ne
GALANT 343
180
fecoüent le joug de la tirannie , fi
toft que l'occafion s'en offrira.
Ainfi l'on ne peut dire que l'Angleterre
foit calme , quoy qu'elle
paroiffe tranquille , puis que les
efprits ne le font pas , eftant cer
tain que le <
repos
d'un Etat n'eft
point affeuré , lors qu'il eft gouverné
par un tiran , & que la pluf
part des Peuples ne luy rendant
qu'une obeiffance forcée , fe fou
leveroient contre l'autorité qu'il
a ufurpée , s'il n'avoit la force en
main. Comme le Prince d'Orange
ne peut regner fans cela , la Narion
fera toûjours malheureufe , &
payera toûjours des fubfides pour
entretenir les Troupes qui la tiendront
en bride. Je dois à l'occafion
de ce Prince , vous rapporter
une chofe arrivée depuis peu à
Ff iiij
344 MERCURE
Amfterdam. Vous avez ouy parler
du fameux Vanbuningue , & vous
fçavez que de grandes pertes qu'il
a faites ayant un peu alteré fon
efprit depuis quelques années , il
parle fans ceffe de l'Apocalypfe.
Cependant comme il a des momens
où tout fon efprit brille
encore Mrs du Confeil , d'Amfterdam
ordonnerent dernierement
qu'on l'ameneroit à une de
leurs Affemblées. Ils luy demanderent
ce qu'il penfoit des affaires
qui agitent aujourd'huy l'Europe.
Il ne répondit d'abord que par
un raifonnement fur l'Apocalypfe .
Ils le laifferent parler , & comme
ik ne fut point contredit , fon bon
fens revint , & il raiſonna fur l'af
faire propofée d'anne maniere qui
furprit tous ceux qui l'écoûtoient.
GALANT $345
5
If dit que le Roy de
France dont on
teur faifoit tant de peur , & qu'on
fuppofoit vouloir afſervir leur li
berté , ne fervoit que de pretexte
au Prince d'Orange , pour faire lugmefme
ce qu'il impuroit à ce Monarque
, & que ce qu'ily avoit de
furprenant dans cette affaire- là ,
eftoit qu'ils eftoient fi aveuglez qu'ils
ne voyoient pas qu'il fe fervost
d'eux mefmes pour forger les fers
où il les vouloit mettre , & qu'il
fuppofoit que le Roy de France leur
vouloit donner. Ces Mrs étonnez
de ce Difcours que M. de Vanbu
ningue prononçoit avec beaucoup
de vehemence , ordonnerent qu'on
le remenaft fans luy laiffer le temps
de l'achever. Cette avanture e
veritable , & j'en ay veu la Lettre
écrite par un homme digne de foy
T
346 MERCURE
ades perfonnes aufquelles on n'oferoit
mentir. Je reviens aux affaires
d'Angleterre. On y veut
faire le Procés aux Comtes de
-Salisbury , de Peterboroug & de
Caftelmaine pour avoir embraffé
la Religion Catholique. On
n'a jamais fait d'injuftice fi manifefte
, puis que le Parlement étably
aprés la mort du Roy d'Angleterre
, non feulement receut le
Duc d'Yorck pour Roy aprés
qu'il fe fut déclaré Catholique ;
mais il confentit meſme à la liberté
de confcience pour tous fes Peuples,
de forte qu'il n'y a pas un Bourg
ny une Ville en Angleterre , qui
n'ait prefenté des Adreffes pour
en remercier ce Monarque. Ainfi
le Parlement ne peut fans injuftice
condamner aujourd'huy ce
1
GALANT. 347
23
qu'il a autorifé , & qui n'a efté
fait que dans le temps qu'il l'a
permis. Tout ce qu'il pourroit
faire feroit de revoquer ce qu'il a
fait en ce temps-là , & de punir
ceux qui contreviendtoient à fes
nouvelles loix , mais non pas ceux
qui n'ont point failly , puis qu'ils
n'ont fait que ce qui eftoit alors
permis par les Loix. Cependant
cela ne doit point furprendre ; perfonne
n'eſt en liberté fous le regne
d'un Ufurpateur >
& la vie de
ceux qulil n'aime point , ou qu'il
foupçonne de n'eftre pas de fes
Amis , ne luy coûte rien .
Les affaires d'Irlande font en bon
eftat , & l'on peut prefque affurer
que ce Royaume eft fauvé . M. de
Schomberg n'a fait que s'y mor
fondre depuis trois mois qu'il y eft
348 MERCURE
arrivé. Le Pays n'eft pas
pas avanta
geux pour la faifon , & le mauvais
temps a fait perir beaucoup de fes
Troupes , qui ayant bien moins de
lieux que celles du Roy pour fe
mettre à couvert , demeurent expofées
aux injures de l'air . Ce General
accablé de fon âge , & à qui
il femble qu'un remords fecret des
actions dont il a noircy la fin de
fa vie,fair fuir le combat , n'a fongé
qu'à fe retrancher depuis qu'il eft
en Irlande. Pendant ce temps- là ,
l'Armée du Roy s'eft groffie , & a
efté difciplinée , de forte qu'elle
s'eft trouvée plus forte , & en meil
leur eftat que la fienne. Le Roy
dont la valeur & l'intrepidité font
connuës , vouloit l'attaquer dans
fes retranchemens ; mais fon Confeil
ne l'ayant pas trouvé à propos,
ཀ་
GALANT. 349
il a bien voulu moderer fa valeur ,
& fe rendre à fes avis. Tout fe
prepare pour le paffage de M. le
Comte de Laufun , & des Troupes
de Irlandes cependant Lance en
nous avons trente quatre Vaiffeaux
en mer , qui donneront pendant
tout l'hiver à nos Ennemis la meſ
me crainte qu'ils ont euë pendant
L'Efté
L'heure de midy eftoit le mot
de l'Enigme du dernier mois , & il
il a esté trouvé par Mrs d'Amblard
d'Aix : l'Abbé Sadot : Brimeux
d'Ambricourt, Capitaine au Regiment
d'Aumont : Rouffel , Curé
de S. Eftienne de Conches : do
Lavau d'Orleans: l'Abbé de Claire
fontaine Mefdemoiſelles Seveux
& Marmier fa Soeur , de Gray en
Franche Comté ; Anne Benard de
350 MERCURE
.
Saint Michel , de la Ferté Milon
: Louife- Lucie de Chaſtillon :
Heret de Senlis de Blanc Bourdon
; Benoift le Blond , & fon
Amant: la belle Blonde de l'Academie
Royale : le Spirituel de Mi- ,
ferey : l'Engageante de Courche
tet ; de Mordellet , Comiffaire des
Poudres & Salpeftres , ces quatre
derniers de Belançon ; Diane d'Alcleon
la Bergere fans heure du
Berger : le Berger Titfis : le Poli
tique de l'Abbaye de Charly ; la
Mignonne , & fon Mignon du Palais
Royal ; l'indigne Frere de la
Rofc-Croix ; la belle Gadon de la
que de la Monnoye l'Angeli
que Michelon de Blois : le beau
Confeiller aux appartemens du vin
de l'Ile d'Espagne ; bon Parent
de la rue S. Honoré: Baurin l'E
A
GALANT. 351
pagnol : du Maronnier du coin de
la rue de la Monnoye le jeune
Orateur de Me l'Abbeffe d'Epagny
à Abbeville : l'Amie des jeunes
Mules : le Joly Bruner de l'Hoftel
d'Anjou rue Serpente : le Spirituel
petit Maffu de la rue de Touraine
au Marais : le Virtunfo de la meſme
rue : la belle Blonde de la Sphere ,
ruë de la Harpe : les beaux yeux
qui ne difent mot , de la mefme
rue : l'aimable Marianne de la rue
de Poitou au Marais.
7
t
L'Enigme nouvelle que je vous
envoye , eft du petit Boileau de
Rouën.
2
352 MERCURE
L
ENIGME
'On me trouvepar tout utile ,
A la Campagne auſſi bien qu'à
la Ville ;
Mon corps felon les lieux eft plus
ou moins épais ,: Call
On lefait même fouvent double ,
Je caufe quelquefois du trouble ,
Et dans laguerre & dans la Paix
Bien qu'on méprife la baffeffe ,
Quand j'en ay , ce n'est pas ce qui
fait ma trifteffe
Sans vous rompre la tefte à rechercher
pourquoy,
C'est que les plus grands de la
terre
Ne m'ofant declarer la guerre ,
Sont contraints de plier fous moy.
GALANT 355
S
Prés des muraillesjeféjourne ;
Sur deuxjambes de fer , à demi l'on
me tourne ,
Aux allans , & venans j'obeis tous
Fexer
à tour.
'exerce Laquais & Servante ;
Pour conclure , enfin je me vante
D'eftre expofée au plus beaujour.
Voicy une feconde Chanfon ,
dont l'Air & les paroles plaifent
fort icy..
AIR NOUVEAU.
Ve tes loix
Armourfont
Ove
cruelles ?
Malheureux font les coeurs qui s'en
Laiffent charmer,
Novemb.1689. Gg
354 MERCURE
Plus malheurenx encor ceux qui te
font fidelles.
Mais quipeut vivrefans aimer ?.
Je vous envoye un Livre tour
nouveau que je fuis affuré qui
vous plaira , puis que vous avez
pris tant de plaifir à lire la Vie
de Madame de Montmorency , &
celle de Saint François de Sales . Il
eft du mefme Auteur , & contien
tout ce qui eft arrivé à la feuë
Reine d'Angleterre , Mere des
Rois Charles II. & Jacques II .
L'Auteur ayant eu en veuë d'écrire
la Vie , non feulement d'une
grande Reine , mais auffi d'une
Reine Chreftienne , a pris foin
de ramaffer tour ce qu'elle a fait
& dit pendant plus de quarante
tant en Angleterre qu'en
ans
.
GALANT 355
France , dans les differens eftars.
de la fortune. Les Dames de la
Vifitation de Chaillot , dont elle
a fondé le Monaftere , & avec lefquelles
elle a paflé la plus grande
partie de fes dix- huit dernieres
années , luy ont entendu fouvent
conter l'hiftoire de fes profperitez
& de fes malheurs , & c'eft rar
elles qu'on a fceu beaucoup de
chofes qu'on rapporte icy. La part
qu'elle a cue dans les difgraces du
Roy Charles I. fon Mary , a donné
lieu de s'étendre fur beaucoup
de particularitez tres - curieufes touchant
le Procés qui a eſté fait à ce .
Prince , & l'abominable attentat de
fes Sujets qui ont ofé le condamner
à la mort. La fuite du Roy Charles
II. fon Fils y eft enfuite traitée ,
ainsi que fon rétabliffement par
Gg ij
356 MERCURE
+
fe General Monk , qui s'eft cousvert
de gloire en remettant fon
Souverain legititime fur le Trône.
L'Auteur dit dans fan Preface
qu'en écrivant la Viersdeccette
admirable Reine , il ne luy don
ne point de rafinement de vertu,
parce que n'en faifant point pa
roiftre dans fa devotion , elle fe
contentoit de s'acquitter des vrais
devoirs de Chreftien , & de fuivre
autant qu'elle pouvoit la Regle de
la Vifitation, quand elle eftoit dans
fon Monaftere , s'obligeant à des
sexercices de piété, dont elle s'efton
fait une heureufe habitude , & for
tout de la Meditation, qu'elle pratiquoit
fidellement , en quelque lieu
qu'elle fuft , ne trouvant rien de
plus utile pour la faire rentrer en
alle-mefme dans les occafions où.

.
GALANT 357
elle fentoit que les perfecutions de
fes Ennemis fembloient affoiblir fa:
patience. Ceux de vos Amis qui
voudront avoir cet excellent Livre,
Je trouveront chezle SieurGuerout,
Libraire , Court-neuve du Palais .
Vous avez fceu qu'il a manqué
quatre Ordinaires d'Angleterre ,
parce que tous les Ports de ce
Royaume- là eftoient fermez . On
en ignoroit la cauſe , mais on a
appris par l'arrivée de Milord Grifin
en France , que le Prince d'Orauge
ayant découvert que ce Milord
eftoit dans les interefts du
Roy , avoit voulu le faire arrêter )
& que pour empefcher qu'il ne fe
fauvaft il avoit fait fermer tous les
Ports, ce qu'il avoit fait trop tard,
puis qu'il s'eftoit déja embarpté.
Na rapporté qu'il y avoit un fost
358 MERCURE
grand nombre de Milords dans les
interefts du Roy , & que quand
mefme le Prince d'Orange les connoiftroit,
il auroit à craindre un
foûlevement s'il entreprenoit de
les faire arrêter tous. Je fuis , Madame
, voftre , &c.
A Paris , ce 30. Novembre 1689.
»
Le Sieur Guerout avertit ceux qui
voudront avoirle Mercure , & autres
Livres qu'au commencement de
·Janvier 1690. il aura fa Boutigne
dans la Galerie neuve du Palais, auquel
lieu les Libraires de Province
buy pourront écrise.
TABLE.
Rélude,
Sonnet. PRél
Discours.
*༤ 》

TABLE.
Questions fur l'Ame..
Fable ba
24
71
Fournal du Siege de de Mayence . 77
Plan de Venife.
Morts.
5
1
265
266
274
291
Détail de la fortie dos Troupes Frangoifes
de la Ville de Bonn.
Cartes nouvelles d'Angleterre , Ecoffe
, & d'Irlande.
Benefices donne par le Roy. 297
Ce qui s'eft passé à l'ouverture du
Parlement, de la Cour des Aydes,
& à la Mercuriale.
Nouvelles de Siam.
Quartiers où les Officiers Generaux
doivent demeurer pendant l'hi-
301
310
ver. 322
Reception de Mr. de la Grange à
l'Academie de Nifmes. 325
Ceremonie faite au couronnement dy
Pape 32&
TABLE.
Sa Sainteté prend poſſeſſion de l'Eglife
defaintJean de Latran. 336
Affaires & Angleterre , & d'Irlande.
Article des Enigmes.
342 ง
349
Fie de la feue Reine d'Angleterre.
354
Milord'Grifin arrivé en France . 357
Avis pourplacer les Figures.
LA
Air qui commence par , Tous
mes mauxfont finis,doit regarder
la page 76.
La Medaille doit regarder la
page 317.
L'Air qui commence par , Que
tes loix, Amour , font cruelles , doit
regarder la page 3.53,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le