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1689, 09
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Eur.
511
m
1689.9
Eur
511
-1689,9
Mercure
<36624555120010
<36624555120010
S
33
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
SEPTEMBRE 1689.
A PARIS ,
AU
PALAIS
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
E: MICHEL GUER OUT , Court- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . LXXXIX ,
'AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
******* ******
Q
AVIS.
Velques prieres qu'on aitfaites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laisse pas d'y manquer
toûjours. Cela eft cauſe qu'ily a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peutfervir.
On reitere la mefme priere de
bien écrire ces noms , enforte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux . On prie feulement
ceux qui les envoyent , &fur
A ij
AVIS .
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Letres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent. C'eftfort
peu de chofe pour chaque particulier,
le tout enfemble est beaucoup pour
un Libraire.

Le fieur Guerout qui debite
prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mous. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure, Comme ces paquets feront
plufieurs jours en chemin , Paris ne
laiffera pas d'avoir le Mercure long-
·temps avant qu'ilfoit arrivé dans
A VIS.
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Genx
quife le font envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toûjours fort tard
par deux raifons . La premiere ,parce
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quelques
jours avant qu'on en faffe le
debit ; & l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont leu , eux &
quelques autres à qui ils le preftent ,
ils rejettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois . On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout,puis qu'il fe charge de faire
Les paquets luy-mefme & de les faire
A iij
AVIS
porter à la poſte ou aux Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adreffe. Ilfera la mesme chofe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera ,foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront..
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois ,
il les joindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
cela fera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre
content.
MERCVRE
GALANT
SEPTEMBRE 1689.
U AND la gloire
d'un Monarque eft
parvenue au plus
haut degré d'élevation , on
voit fous fon Regne ce qui n'a
point efté vû pendant que
d'autres Souverains peu diftin
A iiij
8 MERCURE
guez ont regné. Tout parle
de fa grandeur , & on ne fait
point d'action celebre dans la
Chaire , dans le Barreau , &
dans les Spectacles publics ,
où l'on n'entende des éloges
de ce Prince extraordinaire .
Ceux qui les font , ont de
tres- grands avantages , non
feulement parce que la matiere
leur fournit dequoy
faire briller leur efprit , mais
encore parce qu'ils font feurs
qu'elle plaira à leurs Auditeurs
. Cela fe rencontra le
mois paffé au College Mazarin
, ou des Quatre Nations;
GALANT 9
où Mr Feuardent , Profeffeur
de Rethorique , Auteur de la
Tragedie de Jonathas , qui
y fut reprefentée avec beaucoup
d'applaudiffement , fit
faire l'ouverture de la Scene ,
par le Prologue qui fuit . La
beauté des Vers vous perfuadera
aisément des acclamations
qu'il receut .
IO MERCURE
WWWWKKK .
S52522 55 5 5ZZZZ SEZ
L'ANGE
DE LA FRANCE
A L'ANGE
DE LA RELIGION..
ANge Saint,dont laforce eft
Vous voyez anjourd'huy l'Europe
conjurée
Marcher fous l'Etendart du crime ,
& de l'Erreur .
GALANT:
II
Pour apporter icy l'épouvante , &
l'horreur.
Nous devons tous deux craindre en
ce peril extrême ;
Ily va de la Foy , comme du Diadême
;
Et de quelque couleur qu'on couvre
l'attentat
On en veut aux Autels , auffi-bien
qu'à l'Etat.
Protegeons un grand Roy , qui depuis
tant d'années
Ne pense qu'à remplir fes grandes
deftinées ;
Vaincre pour vous , ô Ciel , & rangerfous
vos loix
L'Univers étonné du bruit de fes
exploits ;
Rétablir les vertus ; exterminer les
vices ;.
1
1
12 MERCURE
Condamner les excés ; punir les
injuftices ;
Regner abfolument , mais toûjours.
par raifon ,
Et gouverner la France , ainsi que
Sa Maison.
A l'entendre parler , à le regarder
faire ,
On doute s'il en eft ou le Maistre , out
le
Pere ,
Tant il mefle d'amour à fon autorité
,
Et regle le pouvoir au gré de la bonté.
Mille Remparts forcez ; mille Places
conquifes ;
Cent Paffages franchis ; cent Provinces
foûmifes
Tant de Princes vaincus , d'Ennemis
terraffezi
Cet amas de Lauriers l'un fur l'autre
entaffez;
GALANT. 13
Ce cours precipité de Victoire en
Victoire ,
Nefont presque aujourd'huy qu'un
point de fon Hiftoire.
Quel éclat l'environne au milieu de
La Paix !
C'est là qu'il me paroift plus Heros
quejamais.
Je le vois reprimant ces defirs de
vangeance ,
Que n'infpire que trop une grande
puisance ,
Etfans rien confulter que fon coeur
genereux ,
Permettre à fon Rival des progrés
dangereux.
Je le vois foudroyant Alger & fes
Corfaires ,
Terminer l'Esclavage , &finir les
miferes
De cent mille Captifs gemiſſans - dans
les fers
4 MERCURE
Affurer le Commerce , & nettoyer
les Mers.
[geffe ,
Je le vois , infpiré d'une haute fa
Prendre unfoin paternel de lajeune
Nobleffe ,
Etformer en des lieux dignes de
fa grandeur ,
Un Sexe à la Vaillance , & l'autre à
la Pudeur.
Fe le vois refolu , fans craindre
pourfa tefte ,
Sans craindre pour l'Etat ny peril ,
ny tempefte,
Abbatre d'unfeul coup , & détruire
un party ,
Qui fit trembler les Rois , dont ce
Prince eft forty.
C'en eft fait deformais , & quoy
qu'on ofe dire ,
L'Herefie eft éteinte , ou du moins
elle expire i
GALANT. 15
Non , la France n'a plus le poifon
dans le fein.
De quelle grandeur d'ame est un fi
grand deffein ?
Ab ! qui pourroit entrer dans le
fond de cette ame ,
Que la Charité meſme anime de fa
flame
Qu'on y verroit pour Dieu de tendres
mouvemens !
Que de refpects profonds ! que
d'humbles fentimens !
L'ANGE DE LA RELIGION.
CEF LOVIS Je montre
icy que
incomparable
,
D'adorer comme ilfait , le feul eftre
adorable ;
D'y mettrefon espoir d'y chercher
fon appuy

16 MERCURE
De s'abbaiffer enfin , & trembler devant
luy.
Ouy , quand vuide du monde , &
s'oubliantfoy mefme ,
Il reconnoift en Dieu la Majesté fu
prême ;
Quand il s'aneantit au pied de fes
Autels ,
Il eft , il est alors le plus grand des
Mortels.
Mais auffi c'eft fur luy que le Ciel
Se repoſe
Dufoin de foutenir l'intereft de fa
cauſe ;
Il n'arme que fon bras contre tant
d'Ennemis ,
A qui leur paffionfemble avoir tout
permis.
L'un , dans le vain projet d'infulter
cette terre
Se hafte d'envahir le Sceptre d'Angleterre
;
GALANT. 17
En vain la voix du fang tâche de
l'arrefter ,
Il fe fait un honneur de ne point
l'écouter ;
Etfur le faux foupçon d'une lâche
imposture ,
nature.
Viole indignement les droits de la
L'autre , enflé des fuccés qu'on vient
de luy fouffrir ,
Ne veut point accorder ce qu'il devroit
offrir,
Et fe rendant fauteur d'une noire
entrepriſe ,
Hazarde tout ensemble & l'Empire ,
& l'Eglife.
Contre nn Roy Catholique , & d'un
Zele éclatant ,
Un Prince Auftrichien affifte un
Proteftant;
Il luy prefte la main pour le chaffer
du Trône :
Septemb. 1689.
B
18 MERCURE
Enfin Jerufalem fe lie à Babylone..
Dieu , quel aveuglement ! quel malheur
en ces jours,
Qui d'ailleurs pour la Foy prenoient.
un heureux cours !
Fout plioit , tout cedoit , & déja la
Hongrie
Du jougdes Ottomans fe trouvoitaffranchie:
Le Moldave , & le Grec n'attendoient
qu'une main ,
Qui fcenft les délivrer d'unpouvoir
inhumain :
Et bien-toft des Chreftiens les forces
ramaßées
Se vangeoient pleinement de leurs
pertes paffées.
Mais la Foy triomphante , & LOVIS
glorieux
Eftoient pour leurs jaloux un objet
odieux
GALANT 19
Malgré tant d'interefls ils ont repris
les armes.
Qu'il va leur en coûter & de fang,
& de larmes !
Que de Villes en feu ; de lieux abandonnez;
De Peuplesfugitifs ; de Païs ruinez !!
Fut-iljamais parlé d'un femblable.
ravage?
Le Ciel dans fon couroux n'en fait
pas davantage.
Ce font des maux , belas ! qu'ils pouvoient
éviter ;
Auffifont-ce des maux qu'ils doivent
s'imputer...
Pour LOVIS cependant , ainsi que
pour la France ,
Ange leur Protecteur , soyez en affurance
:
Il a feul plus qu'eux tous & de
tefte , & de coeur ;
Bij
20 MERCURE
Ilfut fouvent , que di-je ? il est né
leur vainqueur.
Quoy que fes Bataillons foient à
peine en Campagne ,
Ils tiennent en fufpens la Flandre,
& l'Allemagne ;
Alarment l'Iralie ; & jettent dans
Madrit
Un trouble accompagné de honte ,
& de dépit.
Sa puiffancefur Mer n'eft pas moins
redoutée :
Trop heureux les Anglois , s'ils l'enf
fent évitées
Leur Flotte a fuy long- temps , & le
fameux Herbert
N'a pu prefqu'affez- tof trouver un
Port ouvert.
Mais fon plus grand fecours eft le
fecours celefte;
Il ne doit avec luy rien craindre de
funefte ;

GALANT. 21
Et de tant de Liguez les efforts
inouis
Ne feront qu'augmenter la gloire de
vre
LOVIS.
Vous venez d'entendre
loüer le Roy dans un Spectacle
ferieux , & dans un lieu
où la jeuneffe apprenant à viapprendra
en mefme
temps à l'admirer & à faire
fon éloge, Il faut prefentement
vous faire connoiftre
de quelle maniere on a parlé
de ce Prince dans une Fefte
galante qui regarde des Bergers
. C'eft dans un Concert
qui s'eft fait une fois chaque
22 MERCURE
femaine prefque pendant tout:
l'Efté chez M ' de Mallebranche,
Confeiller au Parlement
de Paris. La Mufique eft de
la compofition de M Martin,
& l'on peut juger par les frequentes
repetitions de ce
Concert , dont plufieurs perfonnes
de la premiere qualité
ont demandé la continuation
lors qu'on eftoit fur le point
de les ceffer , combien on en
a receu de plaifir . Cette petite
Paftorale qui a pour titre
, Les Bergers heureux , eſt:
de M' de Tonti , Gentilhomme
Italien , dont je vous ay
GALANT: 23
quelquefois envoyé des Vers
que vous avez trouvez fort
galans . Il y en a prés de cinq
cens dans cet Ouvrage , où
l'Amour , la Jaloufie , l'Indifference
, l'Innnocence , &.
l'Infenfibilité
, font dépeintes .
avec des traits naturels , de
le coeur , les oreilles
forte
que
&
l'efprit
, fe
trouvent
agrea
blement
occupez
,
tant
que
ce
divertiffement
dure
. The--
mis
, la
Gloire
, & la
Renommée
en
font
le
Prologue
par
les
Vers
qui
fuivent
.
24 MERCURE
LA RENOMME' E.
Toute l'Europe eft en alarme
De la puiffance de LOVIS,
Et nous voyons qu'elle arme ,
Pour arrefter le cours de fes faits
inouïs.
LA GLOIRE .
L'Europe a beau s'armer , auffi- toft
qu'il commande ,
Tout eft à fes ordres foumis,
Et plus il aura d'Ennemis
Et plus fa gloire fera grande.
THEMIS
Le Roy , le Protecteur des Rois ,
Que l'on a vu voler de victoire en
victoire
Va pour le comble defa gloire ( loix
Forcer tout l'Univers à recevoir fes
LA RENOM ME'E.
Soit dans la Paix , foit dans la
Guerre ,
On
GALANT. 25
On le voit au milieu de fa fuperbe
Cour ,
Toujours plus craint que le Tonnerre
,
Toujours plus aimé que l'Amours
LA GLOIRE.
Le Ciel, qui pour luy s'intereffe,
Seconde fes juftes projets ,
Et l'on voit qu'il répand fans
ceffe
Des biens furfes heureux Sujets.
THEMI S.
Il rend des Potentats les efforts inutiles
,
Et nous voyons fous ce Heros
Les Bergers de ces lieux dans un
profond repos ,
Vivre toujours contens , vivre toujours
tranquilles.
Rien n'interrompt le cours
De leurs tendres amours.
Sept. 1682 .
C
26 MERCURE
CHOEV R.
Rien n'interrompt le cours
De leurs tendres amours.
THEMIS , LA GLOIRE , &
LA RENOMME'E enſemble .
ن م
F'entens le fon de leurs Mufettes,
Allons pour écouter leurs tendres
chanfonnettes.
CHOE V R.
F'entens le fon de leurs Mufettes,
Allons
pour
écouter leurs tendres
chanfonnettes.
La Chanfon qui commence
par , Non , je ne verray plus
Silvie, & que je vous envoyay
dernierement . notée , eft du
mefme M Tonti qui a fait
auffi depuis peu les Vers que
GALANT.
27
vousallez lire , fur une belle
Perfonne qui fe baigne.
Venus qu'on vit fortir fi charmante
de l'onde ,
Eut befoin de l'Amour ,
Pour troubler tous les coeurs du
monde :
Mais dans cet aimable fejour ,
Quand vous quittez la rive
De nos claires & pures eaux ,
Par des charmes toujours nouveaux
On vous y voit briller d'une beauté
plus vive ;
Et le feul éclat de vos yeux
·
Trouble aisément les coeurs des hommes
& des Dieux.
Tout ce qui m'embaraſſe
Eft de fçavoir par quel deftin ,
Quand nous fortons tous deux
du Bain ,
Cij
28 MERCURE
Voftre coeur eft remply de glace ,
le mien pour vous brule de
mille feux.
Et
que
Cette injustice m'épouvante ,
Queje fois toujours amoureux,
Et vous toujours indifferente,
Il n'y a que Paris au monde
qui puiffe fournir toutes
les commoditez de la vie au
point où elles s'y trouvent.
Les Arts y fleuriffent , les
Sciences y font dans le plus
haut degré de perfection , &
tout ce qui eft neceffaire
pour le foulagement des plus
facheufes & plus longues ma
ladies s'y rencontre en abonGALANT.
29
,
dance . Les Hôpitaux y font
grands & en nombre confiderable
, & on vient encore
d'y établir une Infirmerie en
faveur des Officiers Militaires
des Provinciaux , des
Errangers , Negocians Forains
, des Domestiques , des
Compagnons de métier , &
generalement des perfonnes ,
qui n'ayant point de ménage ,
ont befoin d'une affiſtance
étrangere. On a choiſi pour
cela une maiſon agreable ,
dans un tres bon air avec
beaucoup de jardinage . Elle
eft à l'entrée du Fauxbourg
C iij
30 MERCURE
S. Antoine , au milieu de la
grande ruë de Pincourt , où
l'on trouve pour adreffe les
Infcriptions de l'Apoticairerie
Royale. Plufieurs Pavillons
differemment fituez & ordonnez,
compofent cette maifon
, dans laquelle les Malades
font placez felon le Sexe,
la qualité , & la nature des
indifpofitions. Quand les
gens font du moyen ordre ,
ainfi que les maladies , leur
penſion n'eft reglée qu'à quarante
fols par jour , mais ceux
qui font en eftat de faire une
dépenfe plus confiderable ,
GALANT. 31
ou qui s'y trouvent forcez
par des maux plus dangereux ,
y font traitez avec une juſte
diſtinction. Chaque Malade
fe fait connoiftre
en entrant,
& eft obligé de payer huit
jours de penfion par avance ,
ce qu'il continuë de faire
jufqu'à fon entiere guerifon ;
au moyen dequoy , fans payer
rien davantage , on reçoit
toutes fortes de fecours , c'eft
à dire de vifites & d'avis de
Medecins , d'operations de
Chirurgiens & de Sages - Femmes
, de Remedes generaux
& ſpecifiques , de nourriture
Ciiij
32 MERCURE
convenable au mal , de linge,
de feu , de lumiere , & enfin
de tout ce qui peut eftre neceffaire
à chaque Malade en
particulier . On y adminiſtre
pareillement le Remede du
Roy , les Bandages de la Manufacture
Royale , les Peffaires
à reffort , & tous les autres
Remedes qui peuvent
contribuer à guérir les Def
centes de toutes especes : la
Panacée Mercuriale de M' de
la Brune , dont on a fait les
experiences par ordre de Sa
Majefté en l'Hoſtel Royal
des Invalides , & en general
GALANT.
33
?
tous les remedes experimentez
pour la cure des Maladies
refervées ; le remede Anglois
pour la guerilon des Fiévres,
acheté & publié aux dépens
du Roy ; la racine Indienne
pour les flux de ventre &
pour les diffenteries , dont le
fecret a efté apporté en France
par M' Grenier , & qu'il a
plû au Roy d'acheter du Medecin
Hollandois ; la Conferve
de M de la Haye , Medecin
de feu Madame , pour
les Pulmoniques & les Aftmatiques
; le Baume vert ; le
Vulneraire de M Laugier ,
34 MERCURE
Chirurgien de la Societé
Royale : le Baume blanc des
Indes l'Elixir de Rabel : le
Baume du Perou : l'Eau d'ar
quebufade , & tous les Remedes
qui confolident les playes,
& qui arreftent les Hemoragies
; les grains d'or & les
grains Hylteriques qui gueriffent
radicalement les vapeurs
dans les deux Sexes , la
folie , & les maladies Saturniennes
& Hypocondriaques
;
le Sirop qui purge la bile ; la
Pâte , ou le Purgatif univerfel
de M' Peliffon , & tous les
remedes qui peuvent chaffer
GALANT:
35
S
les humeurs malignes . On s'y
fert auffi des Bains & Etuves
nouvellement inventées par
les Medecins de la Societé
Royale , & ces Bains produifent
un plus grand effet pour
les foibleffes de nerfs , pour les
paralyfies › pour les rumatilmes
› pour les goutes , &
pour les douleurs qui ont des
caufes malignes , que la boüe
de Barbotan , que la Douche
de Bourbon , & que les Bains.
& les Eaux de Bagniere , de
Barege , de Vichy , de Sainte-
Reine , & c La raiſon eſt que
l'on y tranſpire auffi abon26
MERCURE
damment que commodemenc
à la Vapeur d'une décoction
compofée felon le genre du
mal , en forte qu'on y cft
baigné fans eftre dans l'eau ,
& que l'on y fue fans eftre à
fec , pour n'avoir pas la poitrine
affoiblie & le ventre
referré , comme dans les bains
ordinaires , & pour n'eftre pas
énervé & abattu comme dans
les Etuves communes . Le prix
reglé n'augmente jamais ,
quoy que l'on mande extraor
dinairement du confeil dans
toutes les difpofitions perilleufes
, pour lesquelles on
GALANT.
37
7
employe de grandes précautions
fur l'adminiſtration des
Sacremens. On tient un Rcgiftre
exact , non feulement
de l'entrée & de la fortie de
chaque Malade , mais encore
de tout ce qui concerne les
habillemens ou les autres
commoditez qu'on fait apporter
en ce lieu- là . Les Malades
font fervis par des
perfonnes
qui ont autant d'affiduité
que d'exactitude . Ceux
qui font atteints de quelques
indifpofitions particulieres ,
s'y peuvent introduire fans
fcrupule à la faveur de l'Apo38
MERCURE
ricairerie Royale qu'on y a
établie , & des preparations
curieufes que l'on y debite .
Outre qu'on y peut recouvrer
les drogues & les compofitions
de la Pharmacie ,
les remedes de la Chymie, les
machines Mathematiques ,
Philofophiques & naturelles
de la Societé Royale , & toutes
les efpeces d'antidotes &
de contrepoifons . On y vend
encore en gros & en détail , les
Eaux , les Effences , les Syrops
, les Parfums , les Paftilles
, & les Liqueurs de Montpellier
, de Turin , de ProGALANT
. 39
4
vence , d'Italie , d'Eſpagne :
d'Angleterre , de Hollande ,
de la Chine , du Japon , & de
l'Amerique . Tous les Dimanches
, aprés que le fervice Divin
eft finy , on fait des Confultations
gratuites de deux
heures en faveur de tous les
Malades , & enfuite on leur
debite gratis les avis & les
ordonnances qui leur peuvent
eftre neceffaires. Pour les enregiſtremens
, & premieres
confignations , il faut s'adreſfer
au Bureau de l'Infirmeric à
Paris , vis à vis l' Abbreuvoir
de la ruë de Guenegaud , à
40 MERCURE
l'Hoftel de la Societé Royale.
Si l'effet répond à ce qu'on
promet , rien ne fera plus
utile que cet établiſſement .
Sa Majefté ayant ordonné
de fortifier Abbeville , ce travail
s'execute avec beaucoup
d'exa&itude par les foins de
Mr Arnould , Intendant de
Marine , & de M' de Combes
, Ingenieur. Comme cette
Ville , qui eft une des plus
importantes & le Magafin des
bleds de la Picardie , manque
de Commandant depuis la
mort de M' de Launay , M
de la Vercantiere , LieuteGALANT.
41
nant de Roy à Dunkerque ,
l'un des plus experimentez
Officiers des Troupes , vient
d'eftre nommé pour remplir
cette place , & M' Manefier
de Brazigny , pour celle de
Mayeur de la mefme Ville ,
comme l'a efté fon Bifayeul
en l'année 1592. pendant laquelle
il fit par l'ordre du
Roy la réunion de la Charge
de Gouverneur à la Mairie
, fuivant l'hiſtoire de Ponthieu
, page 722. Ce fut en
cette confideration , & des
fervices de fes Predeceffeurs ,
que Henry le Grand confirma
Septemb. 1689.
D
42 MERCURE
fes Enfans dans leur ancienne
Nobleffe , par Brevet de l'année
1596. fans aucun égard à
la dérogeance de ce Bifayeul ,
tenue fuffifamment relevée
par cette Mairie , qui avoit
alors le Privilege d'annoblir
fes Mayeurs. Les Arreſts du
Confeil des années 1656. 1663
& 1671. ont encore maintenu
cette Famille dans fa Nobleffe
. Elle porte d'argent à
trois hures de Sanglier.
Je vous envoye la traduc
tion d'une Fable du Pere
Comire Jefuite. Vous fçavez
qu'il n'en fait point qui
GALANT. 43
n'ayent un tour tres- ingenieux.
Celle- cy n'eſt pas nouvelle
, mais elle fera toûjours
du temps , lors qu'en la lifant
on voudra faire reflexion
aux affaires d'aujourd'huy.
Elle a efté mise en noftre
Langue par Mr Saurin.
2225522222255 $225
L'ALLIANCE
DES CHIENS
AVEC LES LOUP'S
UN
FABLE.
N Berger nourriſoit graffe
ment des Mâtins ,
Dij
44 MERCURE
Pour garder Son Troupeau pour
veiller àfa porte :
>
Les animaux de cette forte
Sont d'ordinaire fort mutins ,
Et dangereux même à leur Maistre.
Ceux- cy le firent bien connoiftre,
Car quay qu'il efperaft par fes bons

traitemens
D'adoucir la fierté de ces beftes
cruelles ,
Il eftoit étourdy d'importuns abaimens.
Au lieu de les rendre fidelles ,
Plus il les careffoit , & plus ces infolens
,
Sans respect luy montroient les
dens.
Ses Amis fouvent l'avertirent
De ne plus tant les ménager ;
Et prompts à lefervir, luy dirent,
GALANT: 45
Prevenez , il eft temps , prevenez le
danger ,
Qui menace vos jours & voxe
Bergerie ;
Et la force à la main reprimez leur
furie.
Mais fa naturelle douceur
Negligea d'écouter ce confeil falutaire
;
Et le Berger crut affez faire ,
De menacer les Chiens ,fans ufer de
rigueur.
Bien loin que fa clemence arrefte
leur malice >
On la foupçonne d'artifice :
On croit que dans fon coeur il cache
unfier couroux ,
Preft à lancer fur eux d'inévitables
coups.
Donc pourprevenir leur ruine ,
2
46 MERCURE
On murmure enfecret , on cabale , on2·
machine
La perte du Berger & celle du Troupeau
;
Et la fureur qui les anime ,
Leur infpire un crime nouveau ,
Pour les mettre à couvert des peines
de leur crime.
Ils forment une ligue avec des Loups
cruels
Qui par des Sermensfolemnels
S'engagent hautement à prendre leur
défenfe.
Quelle monstrueuse alliance !
Les Loups & les Matins s'entredonnent
leurfoy:
D'eftre unis deformais ilfe font une
loy.
Avides de fang, de carnage ,
Ils foupirent aprés le temps ,
Qu'ils pourront affouvir leur
rage ,
GALANT
47
Et dans leur attentat ils demeurent
conftans.
Du vigilant Pafteur l'ordinaire prudence
En de fertiles lieux conduifoit les
Troupeaux :
Ils y paisoient en afſurance ,
Et s'égayoient au fon de fes doux
chalumeaux.
Cependant pour cacher leur noire
perfidie ,
Les fiers Dogues fembloient dormir
dans les valons ,
Nonchalamment couchez fur la verte
prairie ,
Lors quefoudain les Loups felons,
Paroiffant au prochain rivage ›
Menacent d'un trifte ravage ,
Et donnent l'épouvante aux timides
Moutons .
Alors les traiftres quifommeillent
1
48 MERCURE
Au bruit de leurs clameurs s'éveillent
;
Et comme s'ils eftoient à leur Maistre
foûmis ,
Courent en aboyant contre les Ennemis.
Le Berger prend fon dard , les fuit
& les excite ,
Des mains & de la voix au combat
les invite.
Mais quel futfon étonnement ,
Quand il vir des Mâtins la Troupe
fcelerate
Carreffer les Loups de la pate ,
Et les Loups reciproquement
Leurfaire un accueil favorable :
Enfin Loup au Mâtin , Mâtin au
Loup traitable ,
Oubliant tout reffentiment ,
Sous un mefme étendard faire éclater
leurjoye
Et
GALANT. 49
Et bien-toft du Troupeau fe promettre
la proye !
Contre tant d'affaffins que peut un
feul Berger,
Abandonné dans le danger ?
A leur fureur barbare il dérobe fa
vie ,
Pour n'eftre point , helas , d'un deftin
rigoureux ,
Et de leur brutale furie
Un exemple trop malheureux.
Privé de fon Pafteur le Troupeau déplorable
Eft cruellement déchiré
Par le fier raviffeur de fonfang alteré,
[ pitoyable
Et des Loups furieux la dent im-
Va chercher les Agneaux fugitifs
dans les bois.
Alors une Brebis dans l'avenirfçavante
,
Sept. 1689 . E
50 MERCURE
F
Et reduite aux derniers abois
Prononça d'une voix mourante.
Une lâche Societé ,
Que le crime entretient , que l'audace
a formée ,
N'a jamais de ſtabilité ,
Et fe diffipe ainfi qu'une vaine fumée.
Les Chiens perfides & les Loups
En peu de temps reprendront
tous
Leur inimitié naturelle :
Les cruels fe déchireront ,
Eux- mefmes fe devoreront ,
Signalant à l'envy leur haine mutuelle.
Calmez voftre douleur , ó Berge
outragé ,
Vous aurez le plaifir d'eftre bientoft
vangé.
GALANLY
-
T
l'herbette
Rouverjur
Une Bergere feulette ,
C'est un grand bien, c'est un gran
mal..
E ij
MEDID
50
E
P

Que
Et 1
I
F
1
1
1
Sigi
Cal
outra
Vous aurez le plaifir d'eſtre bientoft
vangé
.
GALANT. 51
Si vous avez efté contente
des deux Chanſons que vous
avez trouvées dans ma Lettre
du mois paffé , vous ne devez
pas l'eſtre moins de celle- cy ,
puis qu'elle eft d'un excellent
Maistre , & que les paroles
font de M' de Fontiniere. Il
a un talent fi particulier pour
les bien tourner , qu'il feroit
fort difficile d'y mieux réuffir.
AIR NOUVEAU.
T
Rouverfur l'herbette
Une Bergere feulette ,
C'est ungrand bien , c'eft ungrand
mal..
E ij
52 MERCURE
C'est un grand bien quand elle eft
tendre & belle .
Mais fi par un deftin fatal ,
Elle eft cruelle
C'est un grand mal.
Je vous envoye la fuite du
Traité de Mr Comiers d'Ambrun
, fur les Propheties,
Vous en avez vû le commencement
dans ma Lettre du
mois paffé , & la fatisfaction
que vous me marquez avoir
receuë de cette lecture , m'eſt
une affurance du plaifir que
vous donneront les trois Articles
fuivans que vous allez
lire.
GALANT 53
55252555:222252222
SUITE
DES PROPHETIES,
Devinations, Vaticinations,
Predictions , & Pronoftications.
ARTICLE III
Que les Prophetes ne doivent
eftre crus qu aprés avoir prouvé
qu'ils font envoyez pour
parler de la part de Dieu .
Ieu
voulant que les
Peuples
ajoûtaffent
:
D
foy
à ce que les Prophetes predi-
E
iij
54 MERCURE
foient devoir avenir aprés de
longues fuites d'années , il
faifoit qu'auparavant ils s'ac
queroient le merite & l'eſtime
des veritables Prophetes , en
predifant les chofes qui devoient
bien- toft arriver . Ainfi
Elic predit que a pendant les
trois prochaines années il ne
tomberoit point de pluye.
Ainfi Micheas predit au Roy
Achab qu'il periroit s'il afficgeoit
Ramoth en Galaad.Ainfi
Elifée prédit que le lendemain
le bled feroit à fi bon
marché , que deux grandes
3. Reg. chap. 7. V. I.
GALANT.
55
mefures ne couteroient qu'u
ne petite piece d'argent . Ainfi
Ifaïe prédit que la prochaine
année la recolte des grains
feroit tres grande ; que l'année
d'aprés les fruits des arbres
feroient en abondance ,
& que la troifiéme année les
vendanges feroient tres - copieufes.
Ainfi Jeremie prédit
que Nabuchodonofor ravageroit
bien- toft l'Egypte .
Les Prophetes du nouveau.
Teftament , de mefme que
ceux de l'ancien , ont elté
obligez de prouver leur miſfion
par fignes, prodiges , &
E
56 MERCURE
miracles . Le Sauveur du mon
de , le Meffie , le Prophete
des Prophetes que Dieu avoir
promis par la bouche de
Moyfe, n'a pas luy- mefme
voulu qu'on s'en rapportaft à
fon feul témoignage ; mais il
ordonna aux. Juifs de s'en informer
diligemment des Ecritures
, ajoutant qu'elles portoient
témoignage de luy. En .
effet , dans Ifaïe on trouve
predit miſterieuſement , par la
Tettre Main , qui eſt toujours
clofe , c'eft à dire , entierement
fermée quand elle eft
finale , & toujours ouverte
GALANT. 57
au milieu des mots , mais qui
fe trouve fermée dans le feul
mot le Marbé, que le Meffic
naiftroit d'une Mere toujours
vierge. Et l'ancien Teffament
eft remply des Prophetics
touchant le temps , & le lieu
de la naiſſance de cet Emma.
nuël , de ce Dieu avec nous ..
On y trouve predit mefme
en détail , l'Adotation des
trois Rois Mages dans Be
thléem , & enfin fa vie , fes
miracles , fa Paffion , le genre
de fa Mort, & fa Refurrection .
Neanmoins Dieu permit
que dans fon Temple mefme,
+8 MERCURE
les Princes des Preftres , & les
Senateurs le vinrent trouver ,
quand il enfeignoit, & lay dirent,
c Par quelle autoritéfaitesvous
cecy, & qui vous a donné
le pouvoir ? Il permit encore
qu'on luy demandaft des
fignes de fa Miffion . d Quels
miracles faites- vous , afin qu'en
les voyant nous les croyions ?
Que faites- vous d'extraordinaire
? Énfin le Sauveur luy- même
marque la neceffité abfo
luë que les Prophetes ont de
prouver leur Miffion , & que
c Matth. ch. 21. v. 23 .
d S. Jean chap. 6 v.36.
GALANT. 59
ils
fans cela les Peuples ne les
doivent pas
écouter. Voicy
les propres termes de la Verité
incréée , & du Prophete
des Prophetes. e Si je n'avois
pas fait parmy cux des oeuvres
que nul autre n'a faites
n'auroient point de peché.
Les Apoftres receurent avec
le S. Efprit la confirmation
de leur Miffion par fignes :Car
quand les jours de la Pentecofte
furent accomplis , on entendit un
grand bruit comme d'un vent
violent & impetueux qui venoit
du Ciel , & en mefme temps des
we S.Jean ch . 15. V. 24a
60 MERCURE
langues de feu s'arrefferent fur
chacun d'eux & ils commencerent
à parler diverfes Langues ,
& les Juifs religieux qui pour
lors estoient affemblez en Ferufalem
, venus de toutes les Regions
qui fontfous le Ciel , furent
tous épouvantez de ce
qu'un chacun d'eux les entendoit
parler en fa Langue .
Mais peut-eftre le Prince
d'Orange qui afpire à l'Empire
de l'Antichriſtianiſme ,
dont il porte déja d'affez bonnes
marques , ayant violé
comme Abfalon & Abimelech
, les loix du Ciel , &
GALANT 61
de la Nature , fe fondant fur
fon 31. Article de fa Confef
fion de foy , dira que fon Precurfeur
& Prophete Jurieu ,'
eft , comme autrefois Luther
& Calvin , ſuſcité d'une façon
extraordinaire , & que
par confequent il eft exempt,
ainfi qu'eux , de prouver fa
miffion ; fur quoy je luy demanderay
qu'il ait à produire
ce pretendu privilege , ou du
moins qu'il en cote la date ,
s'il ne veut , comme ces deux
Herefiarques, paffer pour faux
Prophete , & envoyé par l'ef
prit de Sathan pour troubler
62 MERCURE
l'Eglife de Dieu . C'est pourquoy
Mr Juricu , qui faic
fortement efperer aux mauvais
François le rétabliſſement
du Calvinisme , fera reconnu
auffi grand fourbe & menteur
, que Luther le fut dans
le dernier ficcle , lors que
pour faire efperer à ceux de
fa Secte l'aboliſſement du
Papifme , il leur chanta cette
pretenduë Prophetic.
Peftis eram vivus, moriens ero
mors tua , Papa.
M Jurieu alleguera , comme
Luther , pour toute preu.
GALANT. 63
5
1
ve de fa miffion , Eructavit
cor meum verbum bonum , Mon
coeur a dit de bonnes paro
les ; mais tous fes Ecrits le
démentent , puis que cet inju,
rieux Clazomenien les a remplis
de blafphemes & de calomnies
contre le Roy Tres-
Chreftien , Fils aifné de l'E
glife . & que dans toutes les
Lettres Paftorales fon but eft
d'infpirer l'efprit de rebellion
aux Sujets , ce qui est bien éloigné
du caractere d'un veritable
Apoftolat , puis que les
Apoftres n'ont jamais parlé ,
preſché , ny écrit contre les
64 MERCURE
Rois , non pas mefme contre
ceux qui eftoient Idolâtres ,
& que le Sauveur luy mefme
a fait ce divin Commandement
, Rendez à Cefar ce qui
appartient à Cefar , & à Dieu
ce qui appartient à Dieu.
Peur-cftreMr Jurieu avoüera
que ce qu'il a dit prophetiquement,
luy a cfté dicté
par fon efprit interieur, efprit
particulier , ou Python , qui
luy a donné le difcernement
du veritable fens de l'Apocalypfe
. F'appelleray icy cont
tre luy à témoin les plus ha
biles de fa Secte qui ont re
¡GALANT. 65
jetté cet efprit particulier &
interieur , comme une chofe
chimerique, dans l'Article de
leur Confeffion de foy. Il me
fouvient d'en avoir fait convenir
MrMorus & M Claude,,
fameux Miniftres de Charenton
, en les preffant de recon.
noiftre avec moy , qu'outre
linfaillibilité de revelation :
dont nous convenons en la
Sainte Ecriture , il faut une
infaillibilité d'explication
pour le fens de l'Ecriture ,
que cette infaillibilité ne
peut eftre que dans l'Eglife ,
& ne peut le trouver dans
Septemb, 1689,
F
66 MERCURE
cet efprit interieut & particulier
d'un chacun ; autrement
Luther , Zuingle , &
Calvin , qu'ils appellent gens
fufcitez d'une façon extraordinaire
, feroient convenus
d'une explication des termes
de Jefus- Chrift , Cecy est mon
Corps.
Peut eftre que M Jurieu
ajoûtera que cet efprit familier
eft bien plus fçavant , &
en tout femblable à celuy
dont le grand Hiftorien Froiffart
parle dans le troifiéme
Volume de fon Hiftoire , pa
ge 60. Cet efprit Orthon
GALANT. 67
avoit cfté envoyé de Barcelone
en Gafcogne , pour fai
re un tintamarre la nuit , &
empefcher de dormir le Baron
Raymond , Seigneur de
Coraffe grand Amy du Comte
de Foix ; mais cet Elprit
familier qui parloit bon Gafcon
, quoy que venu d'Eſpagne
, s'eftant donné audit Seigneur
de Coraffe , il luy fervit
de Meffager invifible , &
il luy apportoit la nuit des
nouvelles en toute diligence,
comme depuis Prague en
Bohemejufqu'au Chateau de
Coraffe, & fept lieues de la
Fij
68 MERCURE
Ville d'Ortais en Gascogne.
Mais l'efprit de M Jurieu ne
paroiftra à la fin que comme
I'Efprit Orthon , en deux feftus
de paille , & difparoiftra entierement
en truye maigre ,
chaffée par les chiens. Enfin
cet Elprit Orthon n'enſeigna
jamais à parler contre les Sou
verains. C'est pourquoy je
vous prie de remarquer avec
moy combien M Jurieu
seft oublié , lors que fon ef
prit particulier l'a enflé d'ore
gueil jufqu'à le porter à ce
fuprême degré de folie , da
prendre la qualité de PropheGALANT.
69
te , & fous ce titre fpecieux ,
devenir Seducteur des Peuples,
& les porter par fes infolentes
declamations à détrôner
le legitime Roy d'Angleterre
, puis que ce mefme
Jurieu en l'année 1683., dans la
89.page de lafeconde partie defon
Apologie pour la Reformation
avoit gardé de la moderation
& du refpect pour les Teftes
Coutonnées . Comme fes termes
en parlant de, Marie
Stuart , Reine d'Ecoffe , fentent
l'honneste homme , je
veuxbien luy enfaire icy honneur.
Je fais profeffion, difoit70
MERCURE
il , de respecter les Teftes Couronnées
, lors mefme qu'elles ne
font plus que des Ombres , &
fur tout felon moy , l'azile de
la mort devroit eftre inviolable:
Aprés de fi beaux fentimens
peut- on n'eftre pas furpris
que le mefme Jurieu ait voulu
cinq ans aprés prostituer
fa voix & fa plume à l'ambition
du Prince d'Orange pour
faire foulever les Sujets contre
leurs Rois ? Enfin , fi Mi
Jurieu veut qu'on efpere
quelque chofe de fa preten
due Prophetic , il doit abfolument
donner auparavant
GALANT. 71
des fignes & des marques de
fa prétendue Miffion extraor
dinaire , puis que Saint Paul ,
dont la Miffion fut extraordinaire
, en donna des preuves
tres- autentiques . Voicy
fes termes. f Les marques de
mon Apoftolat ont paru parmy
vous dans toute forte de tolerance
& de patience , dans les
miracles , dans les prodiges , &
dans les effets extraordinaires
de la puiffance divine .
Mais fuppofons que de
tant de chofes que le fanatique
Jurieu a fait efperer aur
f 2. Cor, chap. 12. VAS
72 MERCURE
efprits foibles , encore infeez
de l'Herefie de fa Secte
il en feroit arrivé quelqu'u
ne , de mefme qu'il en arrive
aux difeurs de bonne fortune ,
ce pretendu Prophete &
Apoftre fans Miffion en pouvoit-
il tirer quelque confe
quence valable contre l'Egli
fe Romaine, qui a toujours
efté, eft, & fera toujours Une,
Sainte & Apoftolique ? Pour
détromper tous les foibles
efprits feduits par Juricu, qui
arme les Sujets contre leurs
Rois , dans la folle efperance
de rétablir leur pretenduë.
GALANT:
73
due Religion défectueufe en
des points principaux de la
Foy & par confequent injurieufe
à J. C. à fon Eglife,hors
laquelle il n'y a point de falut
, fuivant mefme leur dif
cipline Ecclefiaftiqne . Ilfuffic
de leur alleguer l'Ordonnance
divine , faite fur une femblable
matiere. En voicy les
termes , tirez du 13. chapitre
du Deuteronome.
S'il s'éleve au milieu de vous
un Prophete qui dife qu'il a eu
une vifion en fonge , ou qui predife
quelque figne ou quelque prodige
& que ce qu'il avoit pre-
Septemb . 1689 .
G
74. MERCURE
>
dit foit arrivé , & qu'il vous
dife en mefme temps Allons ,
honorons les Dieux Etrangers ,
fervons- les , vous n'écouterez
pas les paroles de ces Prophetes
& de ces Inventeurs de
vifions & de fonges , parce
que le Seigneur voſtre Dieu
vous tente & éprouve par là
voltre foy , afin qu'il paroiffe
clairement fi vous l'aimez de
tout vostre coeur & de toute voftre
ame , ou fi vous ne l'aimez
pas de cette forte ; fuivez le Seigneur
voftre Dieu , craignez- le,
gardez fes Commandemens ;
écoutez fa voix , fervez- lefeul ,
GALANT.
75
attachez- vous à luy feal ;
mais que ce Prophere & que cet
Inventeur de fonges foit puny
de mort , parce qu'il vous a
parlé pour vous détourner du Seigneur
votre Dieu.
ARTICLE IV,
Les hommes envoyez de Dieu
ont prophetisé par paroles
co par fignes.
Le Prophete Ahias Solonice,
grompit en douze pieces
le manteau de Jeroboam ,
Fils de Nabat , qu'il declara
Roy d'Ifraël, en luy difant ,
gs. Reg. chap. 11.v. 3o .
Gij
76 MERCURE
Prens ces dix pieces pour toys
& il ajoûta , Le Seigneur dit , Je
déchireray le Royaume de la
main de Salomon , & t'en donneray
dix Lignées.
Ifaïe par l'ordre de Dieu ;
allant nuds pieds & déchauffé ,
le Seigneur dit : Ainfi que mon
Serviteur Ifate a cheminé nud ,
déchauffé , ce fera le figne & la
merveille de trois ans Jur l'Esypte
& fur l'Ethiopie .
Ainfi Jeremie h par ordne
de Dieu prophetifa au Peuple
Juif fa deftruction . Eftant
allé vers l'Euphrate , il cacha
h Chap. 13. v. 3₁ .
GALANT: 77
"
fa ceinture de lin dans le trou
d'une pierre , & quelques
jours aprés l'ayant deterrée ,
il la trouva toute pourrie ,
de forte qu'elle n'eftoit plus
convenable à aucun ufage ;
& le Seigneur dit , Ainfi feray
-je pourrir l'orgueil de Juda
le grand orgueil de Jeruſalem.
Ainfi Ezechieli voit &
prophetifa par fignes fuivant
f'ordre de Dieu que Jerufalem
feroit affiegée , & la grande
famine que les Juifs fouffriroient
dans ce Siege. Il fit
i Chap. 4.
Giij
78 MERCURE
fur une Tuile le Portrait de
la Ville de Jerufalem , & for.
ma autour , tout ce qui concerne
un Siege , & par l'ordre
de Dieu , il mangea pendant
390. jours des pains cuits fous
la cendre , couverts de fiente
de Boeuf aux yeux du Peuple.
Le Prophete Ozéc / pro
phetifa par fignes au Peuple
d'Ifraël , que Dieu les abandonneroit
à caufe de leurs
abominables paillardifes &
idolatrie. Il prit une Femme
paillarde , & fe fit des Enfans
de fornicarion ; car an.
1 Chap. I. v. e
GALANT. 79
joûte le Seigneur , La Terre
paillardant fe retirera de moy .
Dieu dit au Prophete Jereniem
Fais- toy des liens des
chaifnes , & tu les mettras à
ton col & les envoyeras aux
cing Rois liguez contre Nabuchodonofor
, mon Serviteur ;
au Roy d'Edom , au Roy de
Moab au Roy des Enfans
d'Ammon , au Roy de Tyr &
au Roy de Sidon.
Le Prophete Jeremie n dit
au Prophete Ananias ? Ecoûte,
Ananias. Le Seigneur ne t'a pas
m chap. 27. v . 2 .
n chap. 28. v. 14.
G iiij
8% MERCURE
envoyé , & tu as fait prendre.
confiance à ce Peuple- cy en menfonge
; partant le Seigneur dit ,
Tu mourras cette année , car tu
as parlé contre le Seigneur ; &
il mourut au feptième mois
de la mefme année . Il arrivera
la mefme chofe à Jurieu ..
Dans le nouveau Teftament
, le Prophete Agabus
pour prophetifer que S. Paul
feroit mis aux liens en Jerufalem
, & de là mené à Rome,
employa les fignes & les paroles
, & pour les expliquer
il prit la ceinture de S. Paul ,
s'en liant les pieds & les
GALANT: 81
mains , & dit ; o Voicy ce que
dit le Saint Efprit. L'Homme à
qui eft cette ceinture ,fera lié de
cette forte en Ferufalem par
Juifs , & ils le livreront entre
les mains des Gentils, ·
ARTICLE V.
Les
Les Noms des veritables Prophetes
& Propheteffes, & des
Pythons, des Pythoniffes .
Dieu ayant chery par un
amour de pure élection le
Peuple d'Ifraël , qu'il appelle
parlant à Moyfe , Filium primogenitum
, luy envoya en
Actes des Apoftres , ch . 21. v. 10..
82 MERCURE
tous temps des Prophetes &
des Prophereffes Marie
Soeur de Moyfe ; Debora ,
Femme de Lapidoth , & Holda
, Femme de Sellum .
Voicy par ordre les noms
des Prophetes , dont l'office
eftoit de maintenir le Peuple
de Dieu par promeffes de fes
benedictions dans le culte
du Seigneur , & dans l'obfervance
des preceptes de la
Loy , & de le rappeller au
culte du vray Dieu , par Predictions
des châtimens , lors
qu'il auroit aboly , abandonné
, ou alteré fon fervice.
GALANT. 83
Addo ,
Moyfe , Joſüé , Samuel , David
, Gad , Nathan , Ahias
Solinite , Semeias
Micheas Fils d'Iemla , Elifée,
Elie Tefbite. Ils furent fuivis
par les quatre grands Prophetes
, Ifaye , Jeremie , Eze
chiel , Daniel.
J'ajoûte les noms des douze
petits Prophetes
aprés Efdras .
Baruch , Ofée , Joël , Amos ,
Abdias
, Jonas
Micheas
Moratiste, Nahum, Habacuc ,
Sophonic
, Aggée , Zacharie,
Malachie . Enfin , à tous ces
>
Prophetes & Propheteffes ,
on doit ajoûter ceux & celles
84 MERCURE
qui ont efté immediatement
à la fin de l'Ancien Teftament
, & au commencement
du Nouveau , dont voicy les
noms. Sainte Elizabeth , la
Vierge Marie , S. Jean - Bapti
fte ; Saint Zacharie fon Pere ,
S. Simeon , & Anne la Prophereffe
.
Sainte Elizabeth ayant entendu
la voix de Marie qui
la falüoit , elle s'écria , a Vous
eftes benite entre toutes les femmes
, & le fruit de vos entrailles
eft beny. D'où me vient ce bonheur
que la Mere de mon Sau-
AS. Luc chap. 12. Y. 42,
GALANT 85
eur vienne vers moy ? La
Sainte Vierge répondit prophetifant
d'elle - mefme , b
Deformais je feray appellée bienheureuse
dans la fucceffion de
tous les fiecles.
Zacharie eftant remply du
S. Efprit prophetifa dans fon
Cantique , e que le Meffic
eftoit venu pour la remiffion
des pechez , & que S. Jean Ba
ptifte fon Fils , feroit le Prophete
du Tres- haut. On peut
appeller S. Jean Baptifte le
plus grand des Prophetes ,
b V.682
c Verf. 76,
86 MERCURE
parce qu'il eut l'avantage d'adorer
avant fa naiffance le
Meffie dans le ventre de fa
Mere , & puis de montrer
J. C. & enfeigner qu'il eſtóir
l'agneau qui laveroit dans fon
fang les pechez du monde.
S. Simeon ayant le bonheur
de prefenter J. Chr. au
Temple , prophetifa dans fon
Cantique d qu'il eftoit le
Melfie , la lumiere de toutes
les Nations , & la gloire du
Peuple d'Ifraël , ajoûtant ,
Cet Enfant eft pour la refurre-
Aion de plufieurs dans Ïfraël ,
d Luc, chap. 2. V. 29.
GALANT. 87
&pour eftre en butte à la contradiction
des hommes
. Enfin ,
en mefme temps lae Prophe
teffe nommée
Anne , Fille de
Phanuel
, âgée d'environ
quare-
vingt- quatre ans , fe prit
à louer le Seigneur
, & à parler
de luy à tous ceux qui attendoient
la redemption
d'Ifraël.
Le Demon qui a toujours
efté le finge de la Divinité ,
s'est fait en tout temps des
faux Prophetes & Devins ,
ayant des Efprits familiers
que l'Ecriture appelle Pythons
e Ibid. v. 37 .
88 MERCURE
ou Pythoniffes . Moiſe fit cette
Ordonnance au Peuple d'Ifraël.
fQu'il ne fe trouve perfonne
parmy vous qui confulte
les Devins , qui obferve les fonges
& les Augures , ou qui foit
Sorcier ou Enchanteur , ou qui
confulte ceux qui ont l'efprit de
Python , on qui fe mefle de deviner
s car le Seigneur a en abo
mination toutes ces chofes .
Le Roy Saul g s'eftant déguifé
confulta à Endor la
Femme Pythoniffe , & l'on
fçait quelle fut pour ce fujet
la fin defaftreufe
de ce Roy.
Deut. ch.p. 18. V. IS:
GALANT. 89
Le Roy h Manaffés établit des
Devinateurs & des Pythoniens
, ayant des Efprits familiers.
Dans le Nouveau
Teftament , une Servante de
Phylippe qui avoit un Eſprit
de Python , apportoit un
grand gain à fes Maiſtres en
devinant ; elle fe mit à fuivre
pendant plufieurs jours Saint
Paul , & les autres en criant ,
Ces hommes font des ferviteurs
du Tres - baut , qui nous annoncent
la voye du Salut. S. Paul
ayant peine à la fouffrir , fe
h. 4. Reg..chap. v. 6.,
i Actcs ch: 16. v . 16....
Septemb. 1689.
H
90 MERCURE
retourna vers elle , & dit a
l'Esprit , Je te commande au
nom de J. Ch. de fortir de cette
Fille, & il fortit à l'heure
mefme .
Telles eftoient les Pythoniffes
, qui de deffus le trepied
, rendoient les Oracles
ou réponses aux demandes
dans le Temple d'Apollon à
Delphes . Elles tiroient leur
nom d'Apollon Pythius ,
grand Maiftre de l'art Dhevi
natoire . Ces Femmes recevoient
cet efprit ou fouffle
fatidique qui fortoit de l'antre
par un endroit fort étroit ›
GALANT. 91
& leur enfloit le ventre
ainfi que le raconte Plutarque
dans fon Livre de la Cef
fation des Oracles . C'eſt pourquoy
dans la Sainte Ecriture
ces hommes ou femmes Pythoniffes
font appellez des
Outres ou ventres enflez , &
pour ce fujet les 70. Interpretes
les ont nommez Ventriloquentes
, parleurs du ventre
, In ftridore , comme dit
Ifaye , a d'où le nom d'Ora
culorum eft tiré. C'est ce qui
rendoit la voix des Pythons
gromellante , au rapport du
a chap. 8. v. 19.
Hij
92 MERCURE
Prophete Ifaye , ch. 24. v. 4.
Coelius Rhodiginus b afſure
avoir veu une femme Pythoniffe
, qui parloit par le
bas du ventre.
Le Demon, pere du menfonge
, rendoit par là fes faux.
Oracles en haine du Meffie ,
qu'il fçavoit devoir eftre
conceu d'une Mere toûjours
Vierge. Noftre Roy Tres-
Chreftien , par fon Edit du
mois de Juillet 1682. a purgé
la France de ce grand nom
bre d'Enchanteurs & Devinateurs
par leurs Pythons qu
hliy. 8. v. 10.
GALANT: 93
Efprits familiers , à l'exemple
du Roy Jofias c qui les avoit
autrefois oftez de tout le
Royaume de Juda & de Jes
rufalem . Auffi pouvonsnous
dire de Louis le Grand
ce que la Sainte Ecriture dit
du Roy Jofias. Il n'y eut devant
luy Roy femblable à luy ,
qui fe retourna au Seigneur de
toutfon coeur , de toutefon ame
& de toute fa vertu , felon
toute la Loy de Moyfeny auffi
aprés luy ne s'en leva point de
pareil.
Le Peuple de Dieu eftant
4. Reg. ch. 2.3.-W. 2·5..
94 MERCURE
feparé en deux Royaumes ,
fous Roboam , Fils de Salomon,
lors que Jeroboam Fils
de Nabat , fut par l'ordre de
Dieu déclaré Roy des dix
lignées du Peuple d'Ifraël , le
Demonfufcita un grand nombre
de Faux Prophetes dans
l'un & dans l'autre eftat. C'est
dequoy Dieu fe plaint par
la bouche de Jeremic. d Fay
veu folies és Prophetes de Samarie
, lefquels prophetifoient
en Baal , & decevoient mon-
Peuple Ifraël ; auffi és Prophetes
de Ferufalem ay ver le
d . Reg. chup. 18.
GALANT. 95
chemin du menfonge.
L'Idole de Baal 4 avoit qua
tre cens cinquante faux Pro
phetes , lefquels avec les qua
tre cens Prophetes des bocages
qui mangeoient de la table
de Jezabel , monterent au
Mont-Carmel par l'ordre du
Roy Achab, pour décider fuivant
le confeil du Prophete
Elie , par le miracle du feu
du Ciel defcendu fur l'Holoi
caufte , fi Baal eftoit le vray
Dieu d'Ifraël . Elie qui eftoir
refté le feul Prophete du
vray Dieu , ayant convaincu
a 2.Reg. ch.1 :
96 MERCURE
tout Ifraël , que Baal n'eftoit
pas leur Dieu , il fit mener les
850. Prophetes au Torrent de
Cifon , cù ils furent tous
égorgez. Le refte des Prophetes
de Baal , fon Idole & fon
Temple furent détruits par
Jehu , Fils de Jofaphat. e
De l'Ancien Teftament
paffons au Nouveau . Ha efté
édifié par des Prophetes
hommes de Dieu , & il a efté
troublé par des Prophetes ,
hommes fufcitez par Sathan .
Commençons à parler des
veritables Prophetes dela loy
3. Reg. chap. 10. V. ISTA
*
de
GALANT.
97
de grace , par les termes de
Saint Paul aux Hebreux . Le
Pere Eternel avoit autrefois
parlé par les Prophetes en diverfes
occafions & en diverſes manieres
; il nous a parlé en ces
derniers temps par fon Fils .
J.C.a efté le Prophete des
Prophetes que Dieu avoit promis
en parlant à Moyfe . I
Auffi J. Chr. de qui tous les
Prophetes de l'Ancien Teftament
avoient parlé & prédit
jufqu'aux moindres circonftances
du lieu de fa naiffance,
Chap. I. v.
1 Exode .
Septemb. 1689.
98 MERCURE
de fa vie , & de fa mort , m
prophetifa luy- mefme fa Paffion.
Ja Refurrection , fa Gloire, &
l'entiere deftruction de la Ville
de Ferufalem, & du Peuple
Fuif.
Difons encore avec Saint
Paul n que l'Ecriture dit , que
F. C. eftant monté en haut sil a
répandu fes dons fur les hom
mes. Luy mefme donc a donné
à fon Eglife , les uns pour eftre
Apoftres les autres pour eftre
Prophetes , les autres pour eftre
Evangeliſtes, les autrespour eſtre
m Matth. chap. 10. v . 19..
a Aux Eph. ch . 4. v, 3,
GALANT.
99
Pafteurs Docteurs , afin
qu'ils travaillent à la perfection
des Saints , & à la fonction
de leurs Minifleres , à l'édification
du Corps de J. C. jusqu'à
ce que nous parvenions tous à
l'unité d'une mefme foy.
Saint Paul qu'on appelle
l'Apoftre par excellence , predit
fes liens & les perfecutions
qu'il devoit fouffrir en
Jerufalem , & depuis conduit
prifonnier à Rome ,
eftant
fur la Mer de Candie , rudement
battu par une tres - violente
tempefte;car comme dit
S.Luc , oʻla Navigation eftoit
I ij
o Actes ch. 13. ¥. 9 .
100 MERCURE
devenuê perilleuſe ; le temps
du jeûne eftant déja paffé ,
il predit qu'aucun ne feroit
naufrage , & qu'il n'y auroit
que le Vaiffeau de perdu , fuivant
qu'il en avoit esté averty
la nuit precedente par un Ange.
Saint Luc nous affeure encore
, que le nombre des
Prophetes étoit grand dans
Jerufalem.p En ce temps, ditil
, quelques Prophetes vinrent
de Jerufalem en Antioche , l'un
defquels nommé Agabus , predit
par l'efprit de Dieu qu'il y auroit
une grande famine par
p Actes c. 13. v. 9.
GALANT. Iol
toute la terre comme il arriva
enfuite fous l'Empereur
Claude.
Saint Jean l'Evangelifte eft
un des plus grands Propheres
du nouveau Teftament. Il ne
faut que voir fon Apocalypfe .
Ce Livre contient autant de
myfteres qu'il a de caracteres,
& bien que dés le premier
verfet il ait affuré que l'Apocalypfe
eftoit la revelation de
7. Ch. pour découvrir les chofes
qui doivent bien-toft arriver
les Ennemis de J. Chr. attendent
follement qu'il arrive le
renversement de l'Eglife Ro-
I iij
102 MERCURE
maine , en luy appliquant la
vifion qu'eut S. Jean , dans le
Chap. 18. v. 1. d'un Ange qui
defcendoit du Ciel , qui cria à
haute voix Elle est tombée
cette grande Babylone , elle eft
tombée . Et v . 4. Une autre voix
du Ciel qui dit , Sortez de Babylone
mon Peuple , fortez de
Babylone de peur que vous
n'ayez part à ſes pechez» &
que vous ne foyez envelopez
dans fes playes . V. 8. Car les
playes , la mort, le deüil & la
famine viendront fondre fur elle
en un mefme jour , & ellefera
brûlée par le feu . Chaftimens
GALANT. 103
que S. Jean avoit eu en reve
lation devoir bien- toft arriver
à la Rome Payenne , & à
fon Empire Idolâtre , donnant
, comme avoit fait Saint
Pierre à la fin de fa premiere
Epiftre , le nom de Babylone
à la Ville de Rome qui eft
fur le Tibre , par rapport à
l'Empire Idolâtre de l'ancienne
Babylone fur l'Euphrate ,
où l'ancien Peuple de Dieu
fut en captivité. Toute cette
Prophetic fut accomplie,mefme
à la lettre , fur Rome Idolâtre
, abreuvée du fang des
Martyrs , & cela , fous l'Em-
I iiij
104 MERCURE
2
'
pite d Honorius , en l'année
1163. de fa fondation , & en
la 410. année de J. Chr. par
Alaric fuivant que le Prophete
Balaam l'avoit prédit
du temps de Moyfe en parlant
à l'Idolâtre Roy des
Moabites , aux Nombres chapitre
24. v.14 . Voicy ce que fera
ton Peuple au dernier temps.
V. 16. Je le verray, mais non
pas maintenant. V. 17. Je le
regarderay, mais non pas de prés;
une Etoile procedera de Facob ;
un Sceptre s'élevera d'Ifraël,
qui détruira tous les Enfans de
Seth. V. 23. Las , qui vivra

GALANT. 103
lors que le Seigneur fera telles
shofes ? V. 24. Ils viendront
és Galeres d'Italie , ils furmonteront
les Affyriens , &
auffi gâteront les Hebreux ; à la
fin auffi iceux periront . Ainfi
fuivant la Prophetic de Saint
Jean , Alaric ruina la Rome
Payenne , où les
pereurs !
faifant adorer , & leurs Statues,
Rome eftoit l'objet mefme
de l'Idolâtrie ; car Diocles ,
né en la Sclavonic , & Afranchy
d'Amuline , qui fut en
l'année 284. proclamé Empereur
par les Soldats ,
les Soldats , ayant
appris que dans fon nom .
106 MERCURE
Diocles aUgUftUs , les
Chreftiens trouvoient par
Ifofiphie , ou par l'addition
de la valeur des lettres numerales
le nombre D. C. L.
X. V. I. c'eſt à dire 666. par le
quel nombre il eftoit defigné
eftre la Befte dans le dernier
verfet du 13 chapitre de l'Apocalypfe
de Saint Jean en
ces termes , Hic eft fapientia ,
&c. C'eft icy que doit paroistre
la fageffe . Que celuy qui
a intelligence compte le nombre.
de la Beste , fon nombre est un
nombre d'homme , & ſon nombre
eft 666-
GALANT . 107
Cet Empereur écumant de
rage jura la perte des Chreftiens
, il fe fit appeller Diocletianus
Jovius , c'eſt à dire ,
Seigneur & Dieu des hommes
, & ayant fait mettre fa
Statue parmi celles des Dieux ,
il la fit adorer & luy donner
de l'encens . Il fit enfuite avec
Maximin l'Herculeen
, le premier
des trois qu'il affocia à
l'Empire Romain , le cruel
Edit contre les Chreftiens ,
portant défense de vendre ou
acheter , de faire moudre du
bled , ny mesme de puifer de
l'eau , fans avoir donné aupa108
MERCURE
ravant de l'encens aux Idoles ,
qui estoient exposées en toutes
les places publiques. C'est pourquoy
pour vendre ou acheter
il falloit porter fur le front le
caractere de la Befte , c'est à
dire faire publique profeffion
d'Idolâtrie , ou porter ce caractere
dans la main , en tenant
l'encenfoir pour donner
de l'encens à l'Image de l'Empereur
& de leurs faux Dieux ,
ainfi qu'on voit dans la Lettre
de Pline le Jeune à l'Empereur
Trajan.
la
Je ne veux pas omettre icy
preuve de ce cruel Edit
GALANT 109
de Diocletien contre les Chreftiens
, que j'ay leu autrefois
dans le troifiéme Tome du
Venerable Bede , grand Mathematicien
Anglois . Elle eft
dans la 7. & 10. Strophe de
l'Hymne de la Paffion de
Saint Juftin Martyr , en la 9.
année de fon âge .
Dum crudelis Diocletianus
Romani Imperii
Simul cum Maximiano
Teneret Monarchiam , &c.
Non illis emendi quicquam
Aut vendendi copia ,
Nec ipfam haurire
Dabatur licentia
aquam
110 MERCURE
1
.
Antequam thurificarent
Deteftandis Idolis , &c .
Du temps de la primitive
Eglife , Dieu accorda meſme
aux Filles le don de Prophetie
, puis que S. Luc a nous
affure que S. Paul eftoit logé à
Cezarée chez Philippe l'Evangelifte
, l'un des fept Diacres ,
qui avoit quatre Filles Vierges
qui prophetifoient ; & ce don
de Prophetic a duré & durera
juſques à la fin des Siecles ,
puis que les Apoftres ayant
receu le S. Efprit , S. Pierre
commença la premiere Prea
Actes ch . 21,
GALANT. IN
dicationpar ces termes bConfiderez
ce qui a efté dit par le
Prophete Joël dans les derniers
temps , dit le Seigneur. Je répandray
mon efprit fur toute
chair. Vos Fils & vos Filles
prophetiferont vos jeunes gens
auront des vifions, & vos vieil
lards auront des fonges , & il
ajoûte , En ces jours là je répandray
mon Efprit fur mes Serviteurs
fur mes Servantes , &
ils prophetiferont. Mais fans
faire le Prophete , le Viſionnaire
ou le Songeur, pourroiton
pas dire qu'en expliquant
b.Aftes ch . 2. V : 16₁
112 MERCURE
en 1665. dans mon Livre de
la Nature & prefage des Cometes
le dernier Aphorifme
du Centiloque de Sptolomée ,
j'aurois predit aux Anglois
dans la page 182. la perfidie
denaturée du Prince d'Orange
par ces quatre Vers.
Ceft un prefage feur qu'une
cruelle guerre
,
Armera fans fujet le Fils
contre le Pere
Et
que fans épargner Parens
Amis ny
rang ,
On combattra par tout l'alliance
& le fang.
Le tout conformement à
GALANT. 113
mes termes pronoftificatifs
dans la page 408. Et penitus
toto divifos orbe Chriftiano
ayant en cela auffi bien rencontré
que dans la page 402 .
affeurant que par l'effet du zele
extraordinaire en la Perfonne
facrée de noftre Roy Tres -Chrêtien
pour le falut de fes Sujets ,
nous finirions nos guerres de
Controverfe , & de Religion.
Voilà le Prince d'Orange
defcendu en Angleterre.
D'une main il renverfe te
Trône & l'autorité du legitime
Roy , fon Beau- Pere ;
de l'autre il perfecute les Ca-
Septemb. 1689.
K
114 MERCURE
tholiques , & abat les Autels,
Auffi n'en doit- il plus attendre
fa reconciliation avec
Dieu ; car pour parler avec
S. Paul c fi nous pechons volon
tairement aprés avoir receu la
connoiffance de la verité , il n'y
a plus deformais d'hofties pour
les pechez , mais il ne reste plus
qu'une attente effroyable du Jugement
l'ardeur du feu qui
doit devorer les Ennemis de
Dieu . Combien , ajoûte Saint
Paul , fera digne d'un plus
grandfupplice que la mort temporelle
, celuy qui aura foulé aux
e Aux Hcb, ch. 10. v. , 26%
GALANT . 5
pieds le Fils de Dieu ?
Qui pourroit penetrer dans
le coeur de ce perfide & dénaturé
Gendre & Neveu , on
l'entendroit chanter & parler
en ces termes ;
Sous le zele trompeur de rétablir
la Foy
Fe cache le projet d'une grandeur
future.
Honneur, Religion ,Nature,
Tout cede dans mon coeur au
defir d'estre Roy.:
F'immoleray mille Victimes
Al'ardent
defir de regner »
Et pour y parvenir s'il ne
faut que des crimes,
Kij
116 MERCURE
Je fuis d'un caractere à ne rien
épargner...
Heſt bien facile de predire
que fon regne ne peut eftre
long , puis que fon commencement
eft injurieux au Ciel ,
& hay des
qu'il commence
d'agir en
Tiran pour s'affermir un Trône
ufurpé , imitant la conduite
de l'Idolâtre Jeroboam ;
car cet Ufurpateur du Trône
craignant que les Catholiques
ne fe foumettent à leur legitime
Roy Jacques H. abolit
autant qu'il peut la Religion
Romaine , & ayant la mefine
gens de bien , &
GALANT. 017
8
frayeur du cofté de ceux qui
font profeffion de la Religion
Anglicane , il travaille
pour l'étoufer entierement ,
parce qu'elle eft bien plus
éloignée du Calvinisme que
de l'Eglife Romaine .
L'adreffe de ce Politique
eft admirable . D'un fcelerat
profcrit , du Docteur Burnet,
il en fait un Evefque de Salifburi
, affuré de fa renonciation
à
l'Epifcopat , pour
ger les autres Evefques d'Angleterre
de fuivre fon exemple
;mais les Anglois qui ont
peine à obeir à leur legitime
Y
obli118
MERCURE
Souverain , fçauront bientoft
fecoüer un joug fi tirannique.
Il doit donc s'attendre qu'il
luy arrivera dans Londres , ce
qui arriva à l'Ufurpateur Abimelech
, ainfi que nous lifons
dans le 9. chapitre des Juges ,
verf. 23. Le Seigneur envoya
un tres- mauvais Esprit entre
Abimelech & les Habitans de
Sichem, & ils commencerent à
avoir deteftation de luy. Enfin
fon regne ne peut eftre long,
puis que fes jours doivent
eftre abregez , fuivant l'Arreft
du S. Efprit , prononcé
par la bouche du Prophete
GALANT. 119
Roy. a L'homme de Sang &
plein de tromperie ne parviendra
pas à la moitié de fes jours . Ce
Fils dénaturé ne doit point
attendre de jouir du fruit des
fauffes proteftations d'amitié
& de refpect dont il s'eft feramufer
& tromper le
vi
pour
Roy
fon
Beau
-pere
, Filio
dolofo
nil
erit
boni
. Ma
prediction
eft
fondée
fur
ces
paroles
de
la
Sainte
- Ecriture
,
couchées
aux
Proverbes
,
L'Innocent
croit
à toutes
paroles
; l'homme
rusé
confidere
fes
á Pfal . 57. V. 24.
b. Chap. 14. V K.-
b
120 MERCURE
pas ; il n'en arrivera rien de
bon à ce Fils plein de fraude.
S'il eftoit permis à un Avcugle
d'avoir des vifions , je
verrois le Prince d'Orange
transformé en l'Etranger Abimelech
, qui au préjudice du
jeune Prince Joathan,à la tefte
de quelques vagabonds payez
en ficles d'argent tirez du
Temple de Balberic , c'eſt à
dire de la ligue des Heretiques
entre dans Sichem , -
c'eft à dire dans Londres , &
s'y fait proclamer Roy . J'entendrois
en mefme temps le
jeune Prince Joathan.de Galles,
qui
GALANT. 121
qui reproche aux Milords de
Sichem, d'avoir reconnu pour
leur Roy ce buiffon dont le
feu les confumera . J'entendrois
auffi Gad a crier à haute
voix , comme dit la Sainte
Ecriture dans le livre des Juges
, b Qui est Abimelech &
Quelle est la Ville de Sichen
pour luy eſtre afſujetie ? Enfin
je verrois le Prince d'Orange
comme cet autre Abimelech
au bas d'une Tour , écrasé c
d'un morceau
de pierre de
a Juges ch. 9. v. 28.
b Idem .
c Verf. 53.
Septemb. 1689.

L
122 MERCURE
la Moulin , c'eft à dire par
funefte fuite , & pour tout
fruit de la Prophetie de
Pierre Dumoulin, qui a porté
ce Prince à envahir le Royaume
de fon Beau - pere fous
prétexte d'y vouloir par tout
établir le Calvinisme .
Per fua fic Anglis mitefcet
funera princeps.
Je fuis encore plus furpris
du procedé de la Princeffe
d'Orange contre le Roy fon
Pere , & contre le Prince de
Galles fon Frere. Elle a monté
fur le Trône d'Angleterre
par un parricide & par un
GALANT. 123
1
Fratricide
volontaire , ayant
imité l'execrable Reyne Atalia
, & l'abominable
Romaine
Tullia , Femme de
Tarquin , & Fille du Roy
Servius Tullius . Celle- là ,
en Samarie fe voyant fans
Enfans , voulut faire perir
tous ceux de la lignée Royale,
& il n'y cut que le Prince Joas
qu'on déroba à fa fureur ,
pour monter fur le Trône ,
ainfi qu'il eft écrit au 4. Livre
des Rois , d & celle - cy dans
Rome fit paffer fon Char fur
corps de fon Pere. Neant le
d Chap. 1.

Lij
124 MERCURE
moins comme je fçay que
cette Princeffe a la veuë fort
tendre , je ne puis me perfuader
, qu'elle ait eu le coeur
affez dur pour ne pas trembler
en montant fur le Trône
du vivant de fon Pere , &
du vivant du Prince de Galles
fon Frere , quelque exhortation
que l'efprit de l'ambition
du Prince d'Orange luy
ait faite pour la porter à faire
une démarche fi dénaturée ,
Puis que c'eft pour regner, prens
le plus court chemin .
crainspoint de pafferfur le
de mon Pere
Ne
corps

GALANT. 125
Ce n'est pas une affaire ,
Difoit à fon Cocher la Femme
de
Tarquin.
Fais - toy voir en nos jours une
Fille plus dure
ton or Pouffe fans nul égard
güeil plus avant ,
Et foulant à tes pieds le fang
& la nature,
e
Paffe , afin de regner , fur
ton Pere vivant.
N'attendez pas que je vous
faffe icy le détail de la maniere
, & par qui l'Angleterre
fera délivrée de l'Ufurpateur
du Sceptre . Je pour
Liv iij
126 MERCURE
ray dans des queftions fi relevées
vous répondre comme
font les Rabins , Tifbi Jethares
Kafiot. Elie Tesbite les
foudra .
Neanmoins pour vous fatisfaire
pleinement là - deffus ,
je vous envoye mon Livre
de la Nature & prefages des
Comettes , imprimé à Lyon en
1665. Vous trouverez dans la
page 474. une Prophetie tresancienne
, & auffi- belle que
celle de l'Allemand Drabifius.
L'évenement de quan
tité de chofes qui y font prédites
, fait attendre un heuGALANT:
127
reux faccés de toutes les autres
.
Quot premiffa futuriş
Dant exempla fidem ?
Voyez , Madame , fi vous
ferez difficulté de foufcrire
au Jugement d'Efculape ; les
Vers que vous allez lire vous
en inftruiront .
粥粥粥粥粥粥粥粥粥粥粥諾茶
LA COQUETTE
E
INCURABLE
.
Sculape l'autre jour
Dit qu'il vouloii entreprendre
Tous les Malades d'amour.
Venus leur dit de fe rendre
Inceffamment à fa Cour ,
Liiij
128 MERCURE
Et le curieux . Mercure
Pour voir cette belle cure ,
I vint de mesme àson tour..
N'attendez pas que je die
Ce qu'à chaque maladie
Ce grand Docteur ordonna ,
Tant & plus il raiſonna ,
La matiere eft infinie .
Aux uns il dit de changer
D'air , d'aliment , de regime :
Aux autres de fe purger
De quelque bumeur cacochime ;
A quelques- uns ,feulement
Il dit d'attendre que l'âge
Changeaft leur temperament ,.
Mais à tous également
Il leur confeilla l'ufage
Du fouffrir patiemment ,
Mauvais & frequent breuvage..
Il croyoit avoir tout fait ,
Quand il vit entrer Lifette..
GALANT: 129
Quel mal à cette Brunette ,
Dit Efculape ? il parait
Qu'elle eft fortfaine &fort nette..
Cela paroift en effet ,
Mais , dit-on , elle eft coquette..
Coquette , dit-il ! helas !
Elle est belle , elle eft aimable ,
Maisfon mal eft incurable ,
Je ne l'entreprendray pas.
Il eft dangereux de bleffer
l'Amour quand il fe pique de
delicateffe. Il fe révolte à la
moindre injure , & s'il ne
meurt pas entierement du
coup qu'il reçoit , il en demeure
fi fort affoibli , qu'il
ne recouvre jamais fa premiere
force. Une jolie Dame
120 MERCURE
demeurée Veuve à vingt ans ,
en a fait l'épreuve depuis peu
aux dépens de fon repos . Elle
cftoit belle , & toute pleine de
cet agrément qui frapant
d'abord les yeux , faifit auffitoft
le coeur avec une vio.
lence qu'il eft mal - aifé de
repouffer. Beaucoup de partis
fe prefenterent , & l'on
peut dire que le merite de
fa perfonne contribua plus
à luy attirer des Adorateurs
› que
que les avantages
qu'on pouvoit attendre en
l'époufant du cofté de la fortune.
Ce n'eft pas qu'elle
GALANT. II
n'euft affez de bien , mais
trois Enfans que luy avoit
laiffez fon Mary, eftoient une
dette contractée qui en devoit
emporter une fort grande
partie , & fi elle joüiffoit d'un
gros revenu , elle ne pouvoit
difpofer du fond . Comme elle
joignoit beaucoup de raiſon
à une grande fageffe , elle refolut
, pour ne leur pas nuire,
de ne point penfer à un ſecond
mariage , & pour fe
mettre à couvert de toute
furpriſe , quoy qu'elle ne fuſt
pas d'un âge à s'accommoder
de la folitude , elle trouva
132 MERCURE
moyen d'écarter tous ceux
en qui elle remarquoit de
l'empreffement qui pouvoit
avoir des fuites . Tout ce qui
avoit quelque apparence d'amour
luy faifoit prendre de
fcrupuleufes referves , & fi elle
fouffroit des douceurs quand
elles partoient d'une fimple
honnefteté , c'eftoit affez
pour eftre banni que de luy
en dire d'un air ferieux qui
fift connoiftre qu'on fentoit
ce qu'on difoit. Cette conduite
mit fon coeur en feurereté
, & il feroit toujours demeuré
tranquille fi elle cuft
GALANT. 133
agrea
eu la meſme précaution contre
un jeune Cavalier , dont
une de fes Amies luy donna
la connoiffance . Il eftoit bien
fait , avoit de l'efprit , & fes
manieres eftoient toutes propres
à le faire recevoir
blement par tout. L'éloignement
que bien des raifons
luy faifoient avoir pour le
mariage , fut caufe qu'il vit
cette aimable Veuve affez in
differemment. Il avoit pour
elle tous les fentimens de
complaifance qu'on doit à
une jolie perfonne qui a du
merite , mais il ne faifoit au134
MERCURE
cune démarche qui fift paroiftre
qu'il en cuft le coeur
touché. Il ne cherchoit
point de temps favorable
pour l'entretenir en particulier,
& les foins qu'il luy rendoit
luy devenoient d'autant
moins fufpects , que
n'eftant point affidus , ils ne
marquoient rien qui fuſt dangereux
pour elle. D'ailleurs
elle fçavoit que le Cavalier
dépendoit d'un Pere d'une
humeur facheufe , & qui ,
quoy que riche , eftoit fi avare
, qu'il le mettoit hors d'eftat
de faire des dépenfes fuGALANT.
135
perfluës . Ainfi à moins d'un
party tres - avantageux , on
eftoit perfuadé qu'il n'euft pas
fouffert que fon Fils luy cuft
choifi une Belle- Fille , & la
connoiffance
que l'on avoit
de fon caractere
, eftant pour
la jeune Veuve une nouvelle
raifon de ne craindre rien ,
elle n'entra dans aucune dé.
fiance de l'engagement

elle pouvoit tomber . Un an ſe
palla de cette forte , & ce
temps ayant fervi à les convaincre
l'un l'autre d'un veritable
merite , la belle Veuve
ne put refufer fon eftime
"
136 MERCURE
au Cavalier , & le Cavalier fe
fit une gloire d'eftre des Amis
de la belle Veuve . Comme ils
vivoient fans inquietude , ils
n'approfondirent rien par de
là ces fentimens . Chacun
d'eux les prit pour ce qu'ils
vouloient qu'ils fuffent , &
ils feroient demeurez encore
long - temps dans l'erreur qui
leur faifoit croire que ce n'eftoit
que de l'amitié & de
de l'eftime , fi le Cavalier .
n'cuſt pas efté obligé de faire
un voyage de deuxmois. L'abfence
leva le voile qui leur
cachoit ce qu'ils s'eftoient
GALANT.
137
déguifé . Huit jours s'eftoient
à peine écoulez , qu'ils reconnurent
tous deux qu'il leur
manquoit quelque chofe pour
eftre contens . La Dame fut ef
frayée de ce qu'elle découvrit
en s'examinant , & ce qui fit
fon plus grand chagrin , c'eft
qu'elle craignit d'avoir fair
un pas que le Cavalier n'euft
point fait de fon cofté . Il luy
écrivit trois ou quatre fois , &
il luy parut fi refervé dans fes
Lettres , qu'elle fut perfuadée
qu'il eftoit tranquille , tandis
qu'elle fouffroit de ne le plus
voir. Elle en jugea fort inju-
Septemb. 1689.
M
138 MERCURE
ftement ; il fouffroit encore
plus qu'elle , & n'avoit que
trop connu qu'il l'aimoit d'amour
, mais le refpect l'empefchoit
d'expliquer ſes ſentimens
, & il luy fembloit que
le papier feroit mal connoître
ce qu'il falloit que Les actions
marquaffent quand l'occa
fion s'en trouveroit favora
ble .Cependant la Dame eftoit
dans des agitations continuelles.
Elle fe reprochoit tous
les jours comme une foibleffe
inexcufable de fe furprendre
dans des fentimens qu'elle
m'avoit pû caufer , & quoy
GALANT . 139
,
que dans la refolution qu'elle
avoit prife de demeurer Veuelle
ne duft fouhaiter
rien tant que de n'eftre point
aimée , elle eftoit au defef
poir de ne l'eftre pas . Etrange
bizarrerie de l'amour Elle
convenoit avec elle - mefme
que le Cavalier l'aimant , elle
auroit peine à fe garantir de
vouloir changer d'eftat , &
ce peril ne l'étonnoit pas af
fez pour l'emporter fur
honte qu'elle fe faifoit de
trouver fon coeur fenfible
fans qu'elle cuft touché le
fien . Enfin le temps de leur
Mij
140 MERCURE
feparation finit. Le Cavalier
eftant de retour , fon premier
foin fut d'aller chez elle , &
Pembarras où il fe trouva
par fes nouveaux fentimens ,
meflant à fa joye un trouble
fecret qui l'empefchoit deparoiftre
dans tout fon excés ,
la Dame crut que cette joye·
eftoit mediocre
, & foit pour
luy rendre indifference pour
Indifference
, foit que la
crainte de rien laiffer échaper
qui fuft contraire à fà
gloire , l'obligeaft de s'obferver
, elle le recent avec affez
de froideur. Le Cavalier furGALANT:
147
pris de ce froid accueil , ne
put s'empefcher de dire qu'aprés
ce que le chagrin de ne
la point voir luy avoit coûté,
il ne croyoit pas s'eftre rendu
digne du changement
qu'il trouvoit en elle . La
Dame , toute reſervée qu'elle
tâchoit d'eftre , ne put tenir
contre ce reproche . Elle répondit
qu'elle jugeoit d'elle
comme elle devoit, & que ne
fe connoiffant aucun merite
qui engageaft à la regreter
quand on ne la voyoit pas ,
elle eftoit perfuadée que l'é
loignement n'avoit pas beau142
MERCURE
Cela
coup
troublé
fon repos .
fut dit d'un
air vif qui l'invitoit
à une réponſe
vive
, & il la fir dans
les termes
les
plus tendres
& les plus paffionnez
, La belle
Veuve
qui
prenoit
plaifir
à l'écouter
ne s'apperceut
qu'un
peu
tard qu'elle
luy fouffroit
des
expreffions
qui ne convenoient
qu'à un Amant
. Elle
voulut
y remedier
, en luy
difant
qu'il
ne fongeoit
pas
qu'il
luy parloit
une Langue
qui ne devoit
point
luy eftre
permife
. Ces
mots
qu'elle
prononça
un peu en defordre
,
GALANT. 143
produifirent un effet qui dévelopa
pour l'un & pour
l'autre leurs plus fecrets fentimens
. Elle rougit , il s'embarraffa
, & ils demeurerent
tous deux interdits d'une
certaine maniere qui leur fit
connoiftre qu'ils eftoient touchez
de la mefme paffion.
La Dame fut quelques jours
fans en demeurer d'accord ,
& fe trouvant enfin obligée
d'en convenir , elle refolut
de faire agir fa raifon pour
empefcher que l'amour n'en
fuft le maiftre. Le peril
qu'elle couroir ne fe pouvoit
144 MERCURE
éviter que par la fuite ; mais
Fe remede eftoit violent , &
fi elle vint à bout de fe faire
affez d'effort pour prier le
Cavalier de ne la plus voir,
que rarement ce fut un
ordre donné fans aucune
envie qu'on l'executaft . Le
Cavalier ne le vit que
trop . Auffi continua - t : il
fes foins avec tout l'empref
fement que donne le fort
amour. Les plaintes qu'elle
faifoit de fa refiftance à fes
volontez , n'empefchoient
point qu'il ne fuft toûjours
reced d'une maniere agreable
GALANT.
145
1
ble , & fes
vifites ,
quelques
longues
qu'elles
fuflent , ne la
pouvoient
jamais
ennuyer . Il
ne fut plus
queftion de luy
opofer
l'intereft
de fes Enfans
qui ne
fouffroit point
qu'elle
fe
remariaft. Elle paffa par
deffus , &
s'arrefta au feul
obftacle du Pere du Cavalier
qui luy fembloit
invincible.
Comme
l'amour fe
Alate
toûjours , il promit de
le
forcer ,
pourveu
qu'elle
luy
permift de
l'entreprendre.
En effet , il fit agir des
perfonnes
d'une telle autorité
, que tout autre qu'un
Septemb. 1689. N
146 MERCURE
bizarre fe feroit rendu à leurs
pricres mais rien ne put
l'ébranler. Il traita de ridicule
la propofition qui luy
fut faite & prétendit que
ce feroit vouloir ruiner fon
Fils , que de fouffrir qu'il épouſaft
une Femme qui eftoit
chargée de trois enfans . Ce
refus que
la Dame avoit preveu
, luy caufa de grands
chagrins mais ils furent adoucis
par le defefpoir qu'elle
vit dans fon Amant. Elle
tâcha de le confoler , &
cut tout lieu d'eftre fatisfaite
des tendres proteftations qu'il
GALANT. 147
luy fit de l'aimer jufqu'au
tombeau , & d'attendre à
l'époufer aprés la mort de
fon Pere s'il ne pouvoit flechir
fa mauvaiſe humeur . Elle
répondit qu'elle ne prenoit
aucune parole de luy , parce
que l'amour qu'il luy marquoit
eftoit une paffion trop
violente pour
n'avoir pas
tout à craindre du temps ,
& que d'ailleurs il fembloit
que le Veuvage eftoit un
eftat qu'elle devoit préferer
à la douceur d'un engagement
où elle trouvoit de fi
grands obftacles . Cependant
Nij
148 MERCURE
T'affaire ayant fait grand bruit.
elle crut pour l'intereſt de ſa
gloire , ne devoir plus voir
le Cavalier que chez leur
Amie commune , qui avoit
contribué à leur liaiſon . Il
eft vray qu'elle y venoit fi
fo vent que cette referve
n'eut rien de facheux pour
luy. Il luy apprit que fon
Pere , pour faire ceffer fon
attachement , avoit deſſein
de le marier à une riche
Bourgeoife , & qu'il l'en faifoit
preffer par tous fes Amis.
La Dame qui ne vouloir
point nuire à fa fortune , luy
GALANT. 149
confeilla de luy obeïr , l'af
feurant que l'amitié qui avoit
commencé à les unir , n'en
feroit pas moins fincere , &
qu'elle le verroit avec joye
dans un établiffement con
fiderable , tandis qu'il la laif
feroit en liberté de fe don
ner toute entiere à fes Enfans.
Un procedé fi honneſte
redoubla l'amour du Cavalier.
Il rompit toutes les mefures
que prenoit fon Pere ,
& aima mieux renoncer à
une avance tres -avantageuſe
qu'il luy promettoit , que
de manquer à la belle Veuve.
Niij
150 MERCURE
L'obftination quece Pere eut
à ne luy donner que fort peu
de chofe pour fa dépenfe ordinaire
, ne luy caufa aucun
embarras. La Dame empefchoit
qu'il ne fouffrift de fon
avarice , & luy preftoit de
l'argent pour luy faire faire
une agreable figure . Comme
il avoit du merite , & que
Pon fçavoit qu'il auroit un
jour beaucoup de bien , les
plus aimables perfonnes de
la Province n'euffent pas eſté
fachées de l'attirer , & une
entre autres luy marqua des
fentimens fi favorables en
GALANT. 1st
plufieurs occafions' , qu'on le
fit appercevoir qu'il ne luy
déplaifoit pas , Elle avoit dequoy
toucher un coeur qui
n'auroit pas efté prevenu
mais celuy du Cavalier eftoit
trop remply pour recevoir
des impreffions nouvelles
& s'il répondit civilement
aux honnefterez qu'elle avoit
pour luy , ce fut fans luy témoigner
plus que de l'eftime .
Il perdit fon Pere en ce
temps-là , & ce qui peut
eftre l'affligea plus que fa
perte , la Dame fut obligée
d'aller à Paris en diligence
N iiij
152 MERCURE
folliciter un Procés , où il
s'agiffoit pour fes Enfans de
la plus grande partie de leur
bien. Il luy propofa de l'épouſer
avant fon depart ,
mais elle crut qu'un mariage
fi precipité dans un temps
de deüil feroit trop parler.
le monde , & le délay qu'elle
demanda, mit le Cavalier
dans un déplaifir inconcevable.
Les affaires qu'il avoit
de fon cofté ne luy permettant
pas de l'accompagner ,
il la pria mille fois de ne le
pas oublier dans un lieu où
il prevoyoit que fon merite
1
GALANT. 153
luy attireroit d'illuftres hommages.
Elle l'affeura qu'il luy
faifoit tort de luy demander
de la conftance , puis qu'un
coeur comme le fien eftoit
incapable de changer de fentimens.
Ils s'écrivirent fouvent
, & elle auroit pû remplir
fes Lettres des conquêtes
qu'elle dédaigna pour luy
fi elle cuft pu fe faire une
gloire de ces fortes de triomphes
; mais elle ne vouloit
devoir fa tendreffe qu'à fon
Leul panchant , & elle cuft
efté fachée qu'aucun moif
de reconnoiffance l'euft
154 MERCURE
porté à foûtenir une paffion
qu'il luy avoit tant de fois
juré ne devoir finir qu'avec
fa vie . Cependant elle réjetta
divers partis fort confiderables
, qui l'emportoient fur
le Cavalier. Il est vray que
loin d'ofter l'efperance à un
Marquis , que fes manieres
toutes agreables & un air
noble qui foutenoit fa beauté
luy donnerent pour Amant
, elle fembla voir avec
plaifir qu'il s'attachaſt à luy
plaire. Les complaifances
honneftes qu'elle avoit pour
luy , luy donnoient fujet de
7
GALANT. 155 .
croire qu'elle agreoit fon
amour , & il en eftoit d'autant
plus perfuadé , qu'aucun
de ceux qui avoient voulu
luy rendre des foins , n'avoit
efté traité de la meſme
forte. Ce qui l'obligeoit à
cette diftinction , eftoit le
grand credit du Marquis qui
follicitoit pour elle , & qui
pouvoit tout fur la plupart
de fes Juges. Ainfi elle avoit
grand intereft à le ménager ,
& comme elle avoit beaucoup
d'efprit , quand il luy
parloit de mariage , elle fça
voit fi bien fe tirer d'affaires ,
156 MERCURE
que fans fe trop engager , elle
luy laiffoit entrevoir que le
confentement qu'il luy demandoit
dépendoit du gain
de fon Procés. Jugez avec
quelle ardeur il mettoit tout
en ufage , pour luy procurer
le fuccés qu'elle attendoir.Les
affeurances finceres qu'elle avoit
données au Cavalier , de
voient fi bien luy répondre
de la bonté de fon coeur ,
qu'elle negligea de l'avertir
de cette conquefte , comme
elle avoit negligé de l'informer
de toutes les autress.. Il en
cut pourtant avis , & ce fut.
GALANT. 157
pour luy un coup terrible.
il feroit partyfurl'heure pour
fe tirer du trouble d'eſprit
où il eftoit , s'il n'cuft efté
retenu par des affaires qui ne
luy pouvoient permettre de
s'éloigner. Le filence de la
Dame fur une affaire qui fembloit
eftre d'éclat , eltoit un
outtage qu'il reffentoit vivement,
& neanmoins il n'afoit
s'en plaindre de peur de
bleffer fa delicateffe. Elle
vouloit qu'on l'aimaſt avec
eftime , & il ne pouvoit la
foupçonner d'une lâcheté ,
fans témoigner qu'il l'efti

158 MERCURE
ras ,
moit peu. Dans cet embaril's'avifa
d'un expedient
qu'il crut infaillible ,pour luy
donner lieu de s'expliquer fur
la jaloufie qui le tourmentoit.
Il voyoit de temps en temps
la jolie perfonne qui avoit
deffein de s'en faire aimer. It
commença à la voir fouvent ,
& ne douta point que cette
affiduité , dont apparemment
la Dame feroit informée par
leur Amie , ne la portaft à
luy faire des reproches. Alors
il eftoit en droit de luy parler
du Marquis fans qu'elle
s'en puft fâcher , & cela deGALANT.
19
voit produire l'éclairciffe
ment qu'il fouhaitoit . Son
raifonnement ne fe trouva jufe
qu'en une partie . Le bruit
qué firent les nouveaux foins
qu'il rendit , alarma l'Amie
commune . Elle condamna le
Cavalier, & luy dit qu'ayant
fervi à favorifer far paffion ,
elle ne pouvoit fe difpenfer
d'écrire à la Dame l'infidelicé
qu'il luy faifoit . Il ré
pondit qu'il ne manqueróit
jamais à ce qu'il devoit à cette
aimable perfonne , & que fi
elle trouvoit à redire à des
devoirs pallagers qu'il rendoit
160 MERCURE
en fon abſence , il y avoit des
moyens fort feurs pour la fatisfaire.
L'Amie écrivit , & la
Dame qui jugeoit des autres
comme elle vouloit que l'on
jugeaft d'elle , luy marqua
par fa réponse qu'elle croiroit
faire tort au Cavalier de le
foupçonnerd'aimer perfonne
à fon préjudice , & qu'il y
auroit de la cruauté à luy
envier quelques momens des
plaifir pendant qu'il eftoit
éloigné d'elle. Le Cavalier vit
cette réponse qui luy fuc
montrée
, afin que l'honne
fteté qu'avoit la Dame , luy
GALANT. 161
fft une espece d'obligation
de rompre l'affiduité qu'il
i
avoit pour fa Rivale . Elle
produifit un effet contraire
dont il ne fit rien paroiſtre.
Il s'imagina que la Dame ne
ft repofoit ainfi fur la bonne
foy, que dans le deffein de le
porter à l'autorifér
par fon:
exemple à devenir infidelle.
Dans cette pensée il chargea
un de fes Amis intimes que
quelques affaires faiſoient aller
à Paris , d'obferver la Da
me , & d'avoir des Efpionss
chez le Marquis , afin de fçavoir
ce qu'on y difoit. Il n'ap
Septemb. 1689.
162 MERCURE
prit rien d'agreable . Le Mar
quis eftoit tres-affidu auprés
de la Dame , & perfonne ne
doutoit chez luy que le mariage
ne fe duft faire dans fort
peu de temps . Le Cavalier perdit
patience à ces nouvelles . Il
voulut eftre éclaircy à quelque
prix que ce fuft , & pour
en venir à bout , il luy envoya
une Lettre de change de tout
l'argent qu'elle luy avoit prêté
pendant que fon Pere eftoit
vivant , & luy manda qu'il
fouhaitoit qu'elle fuft heureufe
avec le Marquis ; qu'il
alloit tâcher de l'eftre en
GALANT. 163
époufant une Perſonne du
coeur de laquelle il eftoit feur,
& qu'il luy rendroit fes Lettres
à elle- mefme fistoft qu'-
elle feroit de retour , afin
qu'elle ne cruft pas qu'il en
vouluſt faire aucun ufage qui
luy donnaft du chagrin . Il ne
douta point que fi la Dame
eftoit innocente
, cet emportement
qu'elle devoit prendre
pour une marque d'amour
ne l'obligeaft à s'oppoſer à
fon changement , & à l'affurer
qu'elle n'avoit nul deffein
pour le Marquis. Elle receut
cette lettre le mefme jour qu'
O ij
164 MERCURE
elle gagna fon procés. Ainfi
l'on peut dire qu'elle cut dans
le mefme temps-un tres grand
chagrin , & une fenfible joye.
Comme elle eftoit hors d'af
faires , elle n'avoit plus que
les feuls ménagemens
d'honnefteté
à garder avec le Marquis
qui eftoit caufe de tout
le defordre , & elle auroit pû
convaincre le Cavalier da
l'injuſtice que luy faifoient
Les foupçons , mais il luy pa
rut fi peu digne d'elle aprés
la conduite qu'il tenoit qu'
elle refolut,non ſeulement de
ne plus fonger à luy , mais
GALANT. 165
Encore de le priver du plaifir
d'apprendre qu'elle fentift
auffi vivement qu'elle faifoit
l'indignité de fon procedé
Ce fut ce qui l'obligea àluy!
répondre en peu de paroles
mais ›fans vouloir ſe juſtifier:
fur l'article du Marquis qu'el
Le prenoit part au choix qu'il
faifoit , dont elle eftoit tres
contente , & qu'à l'égard de
fés Lettres, il en pouvoit faire
co qu'il luy plairoit , parce
qu'elle ne luy avoit jamais
rien écrit qui la duft mettre
en inquietude fur ſon indif
166 MERCURE
cretion . Cette réponſe acheva
de luy faire croire qu'il eftoit
trahy. Ne rien dire du Marquis
, c'eftoit avouer qu'elle
l'aimoit , & il ne put fe per
fuader que fi l'infidelité qu'il
luy reprochoit n'euft pas efté
veritable, elle cuft dédaigné
de luy faire voir qu'il l'accufoit
avec injuftice . Un fentiment
de fierté qui ſe joignit
au chagrin de fe voir trompé,
au moins à ce qu'il croyoits
ne le laiffa plus fonger qu'au
plaifir de ne fouffrir pas qu'on
dift dans la Ville que la belle
Veuve luy cuſt manqué de
GALANT. 167
parole. Il fe fit un point
d'honneur de la prévenir , &
de montrer en fe donnant à
une autre, qu'il l'avoit quittée
avant qu'elle l'euft quitté. La
Demoiſelle à qui il rendoit
des foins , meritoit affez fon
attachement. Elle eftoit aimable
& jeune , & fon choix
ne pouvant eftre blâmé de
perfonne , faifoit connoistre
que c'eftoit luy qui renonçoit
à la Dame. Quelques - uns
de fes Amis , ou qui estoient
dans la mefme erreur touchant
fa pretenduë infidelité,
ou à qui fes trois Enfans don
.
168 MERCURE
A
noient du dégouft pour elles
furent d'avis de ce mariage ,
& le Contract fur figné au
dédit de mille piftoles . La
joye qu'on en cut dans la Fa--
mille de fa nouvelle Maiftreffe
, le fit bien-toft éclater
dans toute la Ville . On voulur
le conclurre en peu de jours
mais la paffion du Cavalier
toûjours violente , quoy que
combatue par le dépit, luy fit
demander du temps. It alla
chez fon Amic , à qui il parla
en homme defefperé , qui ne
fe pardonnoit point l'engage
ment où il venoit de fe mettic..
GALANT. 169
elle manda
tre. Elle penetra fes fentimens
, & jugeant bien que
mille piſtoles ne feroient pas
un obſtacle qui l'empefcheroit
de
rompre
,
à la Dame qu'elle n'avoit
qu'à luy expliquer fes intentions
, & que malgré le Contrar
figné , elle eftoit feure
que le Cavalier feroit la joye
de luy prouver fon amour
en luy facrifiant toutes cho
fes. Elle ne receut aucune réponſe
, & ce filence luy fit
croire à elle-mefine que le
titre de Marquife avoit ébloüy
la belle Veuve , & que
Septemb. 1689.
P
170 MERCURE
que
ce n'eftoit pas fans raifon
le Cavalier l'accufoit de perfidie.
Cependant les chofes
alloient tout autrement qu'elle
ne penfoit. Elle cut à peine
gagné fon Procés qu'citant
preffée de nouveau par le
Marquis , elle luy dit qu'elle
eftoit fi fenfible.nent touchée
de l'honneur qu'il luy
vouloit faire , que fi elle pouvoit
fe refoudre à un fecond
mariage , elle le prefereroit
à tout autre , mais qu'aprés
avoir examiné ce qu'elle devoit
, & à la memoire de
fon Mary , & à elle - mefme ,
GALANT. 171
il luy paroiffoit que rien
n'eftoit plus loüable en une
Veuve que de ne fonger
qu'à élever fes Enfans , &
qu'elle croyoit qu'il avoit
pour elle affez d'eftime pour
vouloir bien approuver le
deffein qu'elle avoit fait de
ne point changer d'eftat. Le
Marquis combatit longtemps
cette refolution fans
la pouvoir ébranler , & il fut
enfin contraint de la laiffer
retourner dans fa Province .
Elle alla d'abord chez fon
Amie , qui apprenant que le
bien de fes Affaires eftoit
Pij
172 MERCURE
l'unique motif qui luy avoit
fait fouffir les foins du Mar.
quis , voulut luy parler du
Cavalier , mais la Dame l'arrefta
, & en luy ouvrant
fon coeur , elle luy dir que
ce n'eftoit pas fans de grands
efforts qu'elle avoit vaincu fa
paffion , mais que l'outrage
qu'il luy avoit fait par fes
injuftes foupçons , dans un
temps où elle luy facrifioit
avec plaifir une plus grande
fortune que celle qu'elle auroit
pû attendre de luy l'avoit
tellement bleffée , qu'il
luy eftoit impoffible de l'ouGALANT.
173
S
blier que par là il l'avoit
renduë à elle- mefme, & qu'elle
profiteroit de cet avantage
pour demeurer toûjours maiftreffe
de fa liberté . Elles
eftoient fur cette matiere
quand le Cavalier vint les interrompre
. Il fut fort furpris
de voir la Dame dont il
n'avoit point appris le retour
, & il la trouva fi belle:
que tout fon amour ſe ré
veilla . Une petite émotion
de colere qu'elle laiffa voir ,
rendit fes yeux plus brillans
que de coûtume , & il parut
un incarnat fur fes jouës dont
Piij
174 MERCURE
il fut tout ébloüy . Il fe trou
bla à fa veuë , & fentant la
perte qu'il faifoit , il luy demanda
en tremblant fi elle
eftoit mariée . Elle répondit
froidement que non , & qu'-
elle fe réjoüiffoit d'eftre arrivée
affez tolt pour eftre à
fes Noces. Le Cavalier outré
de douleur , luy dit que s'il
cftoit inconftant il avoit fuivy
l'exemple qu'elle luy avoit
donné , & que fon reſpect ne
luy avoit pas permis de s'oppofer
à fes avantages . Alors
elle voulut bien le détromper
fur l'affaire du Marquis ,
GALANT. 175
& luy fit connoiftre que la
conduite qu'elle avoit tenue ,
malgré les partis qui s'étoient
offerts , ne l'avoit pas
rendue digne des impreffions
defavantageufes qu'ilen avoit
prifes . La joye qu'il eut de
fortir d'erreur l'obligea de fe
jetter à fes pieds, mais la belle
Veuve n'écouta pas fes remerciemens.
Elle luy fit voir
une fierté qui le rendit immobile,
& luy declara qu'elle
ne s'eftoit juſtifiée que pour
fa gloire ; que loin d'exiger
rien de fon repentir, elle verroit
avec joye qu'il épouſaft
Piiij
176 MERCURE
la belle Perfonne qu'il luy
avoit preferée , & qu'aprés ce
qu'il avoit efté capable de
faire , elle ne vouloit jamais
le revoir. Il fut fi faifi de ces
paroles qu'il s'évanoüit. La
Dame fe retira fans en paroiftre
touchée , & l'abandonna
à fon Amie , qui fenfible aux
plaintes qu'elle luy entendit
faire aprés qu'il fut revenu à
luy , fit les efforts pour
foler , en luy promettant de
le fervir auprés de la Dame.
Tout ce qu'elle dit fut inutile.
Labelle Veuve témoigna eftre
ravie que cette avanture luy
le
conGALANT:
177
euft fait ouvrir les yeux fur la
foibleffe des hommes , & fit
ferment de n'en écouter jamais
aucun . Le Cavalier effaya
de la fléchir par toutes
fortes de voyes , & n'y pouvant
réuffir , il monta unjour
jufqu'à fa chambre fans avoir
trouvé perfonne qui allaft
Fen avertir. Elle eftoit feule
dans fon Cabinet , & avoit les
yeux attachez fur des papiers.
C'eftoient les Lettres
qu'elle relifoit . Il les reconnut
, & s'imagina que ce moment
eftoit favorable pour
appaifer fa colere . Il luy dit
les chofes les plus tendres, &
1
178 MERCURE
toute la réponſe qu'il en eut.
fut qu'elle vouloit bien luy
avouer , qu'ayant eu pour luy
une tres forte tendreffe , elle
n'avoir pu le perdre fans une
douleur inconcevable ; qu'elle
ne haiffoit encore de luy
que fon crime , mais que ce
crime eftoit tel que fon repentir
n'en obtiendroit jamais
le pardon. Il s'évanouit
encore à fes pieds , & cet ob
jet luy tira des larmes . Elle
prit foin de le faire revenir ,
& fur ce qu'il luy reprocha la
cruauté qu'elle avoit de le
rappeller à la vie que fa haine
luy rendroit infupportable ,
GALANT 179
1
elle confentit enfin à luy pardonner
, & à vouloir demeurer
de fes Amies , à condi- .
tion qu'il acheveroit le mariage
qu'il avoit figné . Il protefta
qu'il n'en feroit rien ,
mais elle voulut la chofe fi
abfolument , & luy en reitera
l'ordre tant de fois , & par
elle- mefme, & par fon Amic,
en luy difant qu'il y alloit.do
fa gloire de ne donner pas
fujer de dire qu'elle cuſt` la
foibleffe de chercher un vain
triomphe , qu'elle l'obligea
de fe marier. Quoy qu'il ait
pour fa Femme toutes les
180 MERCURE
honneftetez imaginables , il
ne laiffe pas de regreter toujours
ce qu'il a perdu . La belle
Veuve , qui de fon cofté a
renoncé pour jamais au mariage
, voit fort peu de monde,
& fi l'on s'en doit rappor
ter aux apparences , on a lreu
de croire qu'ils font à plain
dre tous deux.
Le Jeudy 25. du mois paffé,
jour de la Fefte de S. Loüis
Roy de France , M's de l'Academie
Françoife s'affemble
rent , felon leur coutume ,
dans la Chapelle du Louvre ,
ou Mr l'Abbé de Lavau, l'un
GALANT 181
des quarante Academiciens ,
celebra la Meſſe , pendant la .
quelle un Corps de Mufique
compofé de plufieurs belles
Voix & de divers Inftrumens,
chanta d'excellens motets, de
la compofition de M Oudor.
La Meffe finie, M ' l'Abbé de
Riqueti prononça le Panegyrique
du Saint. Le choix que
l'Academie avoit fait de luy
pour cette action vous doit
perfuader ailement de fon
merite , puis qu'elle a tou .
jours eu foin d'y employer
les Predicateurs les plus eftimez.
Il eft de la Maiſon de
182 MERCURE
Riqueti , originaire de Flo
rence , qui s'étendit en France
durant les partis des Guelphes
& des Gibelins . Il vient
de la fouche que Pierre de Riqueti
fit en Provence , s'eftant
arrefté à la Cour du Roy de
Naples , qui en eftoit Comte.
Il a trois Freres Officiers dans
les Troupes , qui fe font diftinguez
dans toutes les occafions
où il s'eft agy de faire '
voir leur bravoure
, qu'on
peut dire naturelle à ceux de
cette Maiſon , & qui n'ont
point interrompu le fervice
depuis la derniere Campagne
GALANT. 183
de Candie . Ils y perdirent un
Oncle , auquel M le Maréchal
de la Feuillade , qui fut
témoin de tout ce qu'il fit ,
& de fa mort heroïque, eftant
de retour en France , donna
des éloges qui ne font dûs
qu'aux plus vaillans hommes,
Mr l'Abbé de Riqueti a tout
le merite de fon eftat. Il eft
né avec les plus riches talens,
de l'Eloquence , & peu de
Predicateurs pofedent com .
me luy les avantages exterieurs
qui difpofent l'Auditeur
à écouter favorablement.
Il a une
repreſentation agrea184
MERCURE
ble , une voix flexible , un
ton infinuant, une action noble
, & tout ce qui eſt neceſ
faire pour plaire & pour perfuader.
Jugez fi avec ces grandes
qualitez, il pouvoit manquer
de réuffir dans le Panegyrique
de Saint Louis . Il y
employa tant de tours nouveaux
, & une telle abondance
de penſées choifies , que
l'Affemblée qui eftoit nombreufe
, interrompit plufieurs
fois par fes applaudiffemens
l'attention qu'elles demandoient.
On trouva fon texte
fait exprés pour fon fujet. Il
GALANT . 185
le tira du neuvième chapitre
de la Sageffe , pour faire dire
à S. Louis ces paroles de Salomon
, Vous m'avez choifi,
Seigneur , pour regnerfur v .ftre
Peuple , vous m'avez deftiné
pour vous dreſſer un Autel dans
le lien que vous avez choifi
pour voftre habitation . Il en fit
voir d'abord la jufteffe , en y
appliquant ce que S. Louis fir
pour rétablir le culte de Dieu
dans la Terre Sainte , qui fut
proprement
le lieu qu'avoit
choifi le Meffie pour habiter
avec les hommes . Enfuite il fie
voirque ce Texte.renfermoit
Septemb. 1689.
186 MERCURE
ce que Dieu fait pour les Rois,,
& ce que les Rois font obligez
de faire pour Dieu , qui
confifte du cofté de Dieu à
faire regner les Rois , & deceluy
des Rois à faire adorer
Dieu . Aprés cela il établit la
divifion de fon Difcours fur
cette verité pleine d'édification
, que ceux que Dieu à
mis fur le Trône , doivent
fervir Dieu de toute l'éten
duë du pouvoir de la Royauté
, & par les vertus qui con
viennent à cette grandeur fu
prême ; & fa divifion fut, que
S. Louis par cer ufage de la
GALANT. 187
"
Royauté eftoit celuy de tous
les Saints qui avoit mieux
fervi Dieu en Roy , & celuy
de tous les Rois qui avoit
mieux regné en Saint. Il prouva
ces deux propofitions par
les plus hauts faits de l'Hif
toire de la vie de ce faint Roy..
Sa clemence , fon humilité, &
fa juftice firent le corps de las
premiere partie de fon Difcours
, & il la commença para
cette Thefe que le Royaume
de France eftant le premier
Royaume Chreftien , Dieu
pour marquer ce que vaut
auprés de luy le droit d'aif-
Qij
188}
les Rois de
que
la
MERCURE
neffe en la Foy de J. C. avoit
destiné pour
France le plus élevé de tous
les Trônes, & pour ce Trône
fi élevé les plus grands de
tous les Rois. Il dit
Monarchie Françoife portoit par
tout dés fon premier âge l'évidence
de cette verité , & que qui
voudroit en douter fur le paßé
n'auroit qu'à revenir au preſent
pour en eftre convaincu , quoy.
que ce retour ne fuft pas necef
faire , pour peu que l'on s'attachaft
à l'hiftoire du regne de
S. Louis, ce Saint que Dieu avoit
voulu donner à la terre , comme
GALANT 189
Pidée la plus parfaite d'un grand
Roy grand par les attributs de
la Royauté , plus grand encore
par l'usage qu'il en avoit
fait , qui tantost les armes à la
main , tantoft le Sceptre , fuivant
les befoins de l'Etat , &
toujours la Croix de J. C. devant
les yeux & dans le coeur ,
felon l'obligation de la foy
avoit eu toute la valeur d'un
vray Conquerant à la tefte de
fes Troupes , toute l'integrité d'un
parfait Legislateur au milieu de
fes Peuples , & par tout le zele
la pieté d'un Saint du pre ~
mier ordre , ufant de fon autorité.
:
:
190 MERCURE
avec clemence , de fa grandeur
avec humilité , & de fa juftice.
fans paffion . Il entra enfuite
dans le detail de la pratique
de ces trois vertus , & venant
à l'endroit de la justice , il y
mêla l'éloge du Roy , d'une
maniere auffi delicate ques
nouvelle. Voicy les termes
dont il fe fervit. Quand je vois
d'un coflé Saint Louis faire fa
principale occupation de la juftice
, la rendre en tout temps &
en tous lieux à toutes fortes de
Perfonnes , & que de l'autre
je vois depuis tant de Siecles,
pour plufieurs Siecles encore »
GALANT. 191
ainsi
fa Pofteritefurce mefme Trône,
fon Sceptre dans les mains
d'un Heritier qui fait
que fon faint Ayeul , fon plus
doux plaifir de fon devoir , fon
plus preffant de voir de la juftice
qui la rend contre les premiers de
fon Royaume fans avoir égard à
leur Dignité , & contre Joy
mefme fans écouter fes interefts,
qui fe lie par la log du ferment .
de crainte que fa bonté naturelle
ne faffe grace malgréfon devoir,
qui ouvre fes mains bienfaiſantes
pour répandre fur chaque
Profeffion les faveurs, & les
recompenfes qui luy conviennent
ན་
192 MERCURE

avec un difcernement qui fait
juger qu'il a luyfeul le merite de
tous ceux qui ont pû s'en rendre
dignes , je dis
l'amour que
que
Saint Louis eut pour la justice
n'a pas feulement perpetue la
Royauté dans fon auguste race,
mais encore que cet amour pour
la justice s'y est perpetué luy
mefme, puifque ce qui fait aujourd'huy
la gloire de fon fang,
& qui fera à jamais le bonheur
des François c'eft de voir le
coeur de ce Saint Roy dans
le Heros qui luy a fuccede,
dans le coeur de ce Heros
1
tout l'amour que ce Saint Roy
ent
GALANT. 193
eut pour la justice. Fatteste icy
la foy publique , Meffieurs , fi la
flaterie à quelque part dans ce
que je viens de dire . Et qu'ayje
dit que tout le monde ne fçache,
& furquoy vous n'euſſiez
blámé mon filence ? Mais pourrions
- nous nous promettre que les
fiecles à venir croiront les prodiges
qui nous frappent tous lesjours , fi
fon Augufte Dauphin , l'heureux
Chefdefa Pofterité , ne nous venoir
d'affeurer par un premier
Exploit de guerre qui paffe ce
que l'on pourroit attendre d'une
valeur confommée par l'experiences
que fes Defcendansferont
Septemb . 1689 .
R
194 MERCURE
fes Imitateurs ? Si nous croyons
aujourd'buy les merveilles du regne
de Saint Louis , c'est parce
que nous en voyons encore de plus
grandes dans celuy de Louis le
Grand. Son zele pour la Religion
nous en promet d'auffi faintes,
& nous prefumons du foin
qu'il prend de fervir Dieu en
Roy , que Dieu fanctifiera fon
regne.
"
Il commença
la feconde
partie de fon Difcours
par
plufieurs
obfervations
morales
fur la condition
des Souverains
, & par une jufte application
à la conduite
de Saint
GALANT.
195
Louis , & aprés avoir dit que
la Gloire des Rois n'a qu'un faux
éclas fi les vertus Creftiennes
n'en font l'ornements; qu'il n'y
a rien de folide dans l'appareil
de grandeur qui les environne ,
s'ils nefont auffifaints auxyeux
de Dieu , que Dieu les a faits
grands aux yeux des hommes ;
qu'encore que la Renommée porte.
le bruit de leurs grandes actions,
jufques aux extremitez de la
Terre , fi la Foy de I. C. ne les
éleve jufqu'au Cielpour les écrire
dans le Livre de Vie , unique
fource de l'immortalité leurs noms
leurs exploits ne peuvent
Rij
196 MERCURE
manquer d'eftre un jour enfervelis
dans les abifmes de l'oubly , &
qu'enfin ces fuperbes Monumens
dreffez pour éternifer leurs
triomphes , où l'on voit le marbre
, le bronze & l'airain em
ployez avec tant d'Art pour
affujettir le temps à leur memoire
ne ferviront qu'à les
aßsujettir eux- mefmes à la malignité
du temps s'ils n'ont travaillé
pour l'Eternité. Il fit une
Peinture de S. Louis qui fut
trouvée admirable . Je pourrois,
ajoûta- t-il , vous repreſenter icy
ce Saint Roy aupied des Autels,
plus affidu à fe profterner devant
GALANT 197
le Maistre des Rois , qu'à rece
voirfur un Trône élevé les hom
mages de fes Sujets , plus content
de remplir les devoirs d'un vray
Adorateur que d'ufer du pouvoir
d'un Grand Monarque
plus diligent à confulter Dieufur
les évenemens de fon Eftat qu'à
écouter les Deliberations de fon
Confeil , plus exact à examiner
les Deliberations qu'à les executer
, ne les executant qu'aprés
les avoir pezées au poids du
fanctuaire pour les épurer de tout
autre intereft que de celuy du
bien public , ennemy de la violence
par tout où la moderation
Riij
198 MERCURE

peut fuffire , affligé de charger
les Peuples quand la neceffité
défend de lesfouleger, empreffé à
les foulager dés que cette neceffité
diminuë , n'ayant pour paffion
que le zele de Dieu , l'af
fection de fes Sujets » & le défir
de la Sainteté. Je pourrois vous
montrer fa haine pour l'orgueil ,
fon averfion pour l'injuſtice › &
Jon horreur pour l'ufurpation ;
vous le faire voir uniquement
appliqué à ne fuivre pour regle
de fes actions que fa foy, accoutumé
à combattre fans colere fice
n'eft les paffions , à vaincre fans
ambition fi ce n'eft les vices, & à
GALANT. 199
triompherfans joyefi ce n'eft pour
faire triompher la vertu . Tous ces
traitsferoient autant de preuves
que fon regne fut le regne d'un
Saint, mais une plus noble idée
qui renferme en gros tout de détail,
m'arrestre & me decouvre
encore mieux la Sainteté de fon
regne. La voicy tette idée , comprenez-
la bien. Saint Louis ne
s'appliqua qu'à faire regner I.
C. & ne defira que de regner
comme luy. Faire regner I. C.
fut tout fon occupation ; regner
comme F. C. toute fon ambition .
M' l'Abbé de Riqueti fuivit
cette idée avec beaucoup de
R iiij .
200 MERCURE
jufteffe . Il parla de la défaite
des Albigeois, & prit occafion
de faire un portrait de l'Herefie
qui fatisfit toute l'Affemblée.
L'Herefie , dit ilfe fert de l'Autel
pour attaquer le Trône & du
Trône pour renverser l'Autel.
Elle en veut à l'un à l'autre; &
à l'Autel par ce qu'il luy impofe
le joug de la foy , au Trône par
ce qu'il la foufmet à celuy de la
Loy. L'un s'oppose àfa liberté,
l'autre à fon libertinage
, tous
deux au defir qu'elle a de l'independance
? Que doit donc faire
un Roy zelé pour le regne de f.
E.? Doit- il ufer d'exhortations
de conferences avant que d'en.
GALANT 201
venir aux Ordonnances & aux
Edits Cette conduite est fans
doute pleine d'équité; mais s'il
arrive que la Rebellion & l'opiniaftreté
qui font les Filles de
'Herefie , ferment l'oreille des
Heretiques à la doctrine de l'Evangile
toûjours veritable , &
leur coeur à l'autorité Royale
toujours legitime , que reste- t- il
pour la détruire , fi ce n'eft la
verge de fer que Dieu a mife
dans les mains des Rois la
force des armes toujours jufte
dans cette conjoncture , & neceffaire
mefme pour foutenir
l'Autel le Trône , & pour
>
202 MERCURE
défendre les droits de Dieu & du
Prince , qui eftant fon Image
fon Miniftre tout ensemble , ne
peutfans prevarication épargner
les Ennemis de la Foy , ny negliger
ceux de la Royauté ? Tout
le monde crut qu'il vouloit
parler du Calviniſme. Ce n'eftoit
qu'une figure, mais comme
elle eftoit placée avec l'adreffe
qui eft naturelle à ceux
qui poffedent la veritable Eloquence
,elle fit fentir par un
feul mot tout ce qui fe pouvoit
dire de plus glorieux
pour Sa Majesté . Attendez ,
Meffieurs , continua t- il , ne
GALANT. 203
précipitez pas vos jugemens . Si
vous cherchez à prevenir ma
pensée , vous vous expoſeż à
vous tromper. Vous croirez peuteftre
que je veux vous propofer
icy la deftruction du Calvinif
me , par un coup d'autorité qui
a confondu les Politiques , &
prouvé contre la ſageſſe humaine,
que dans les deffeins que
Foy infpire , fi la Foy feule en
regle les moyens , & fi elle n'en
confie la conduite qu'à fes premiers
& plus éclairez Miniftres
, le fuccés en est infaillible.
Non , Meffieurs , c'est un miracle
du regne de Louis le Grand
la
204 MERCURE
c'eft du regne de S. Louis que je
parle. Il pourfuivit avec plus
de force qu'auparavant , & ce
fut alors , que prenant occafion
de parler de ce que Saint
Louis cuft fair , fi de fon
temps les affaires d'Angleterre
euffent efté dans l'eftat où
nous les voyons , il déteſta
avec une fainte indignation
l'attentat du Prince d'Oran
ge , & releva la gloire que le
Roy s'eft acquife par l'azile
& le fecours qu'il a donné
au Roy d'Angleterre . Il fe
fervit pour cela d'expreffions
tirées de l'Ecriture , & il en
1
GALANT. 205
fit une fi jufte application ,
qu'il fembloit qu'elles cuffent
efté dictées pour l'évenement
qu'il décrivoit . Que
n'euft- il pas fait , ce faint Roy ,
dit-il en parlant de S. Louis ,
fi de fon temps la haine que
l'Herefie nourrit contre l'Eglife
Romaine , enft détrôné un Roy Catholique
pour avoir aiméfa Foy
plus quefon Trône, &fi elle euft
mis en fa place un Ufurpateur.
qui n'a pour Religion que la
fureur de regner , & qui pour
regner , aprés avoir conſpiré ,
comme un autre Abfalon , contre
le regne de fon Pere , & juré "
206 MERCURE
la mort de fon Frere , cherche à
joindre le parricide au facrilege ?
N'eufl-il pas ouvertfon Palais ,
fon trefor fon coeur à ce David
perfecuté ? La France a eu
de tout temps la reputation de
donner azile aux mal- heureux
dans les guerres mefme les plus
échauffées. Ce faint Roy cust
fans doute foutenu une réputa
tion fi glorieufe , en recevant
d'une maniere toute royale un
Roy dégradé pour fa Foy , t
en ouvrant fon trefor à fes befoins
, fon coeur à fon infortune.
Il me femble que je le voy,
ce Moyfe de la nouvelle Alliance
GALANT. 207
en laperfonne de Louis le Grand,
tourner fes forces contre Babylone
, r'ouvrir les playes de l'Egipte
, pourfuivre les Incirconcis,
& pour vanger la défolation
d'Ifraël , fendre les eaux de la
Mer rétablir les Tribus fugitives
dans la liberté d'offrir
des facrifices au vray Dieu .
Déja cette Flote terrible , compo
sée de tant de Forteresses monvantes
que ce Heros oppofe aux
mouvemens d'une rebellion facrilege
, me paroift couler à fond
celle qui porte & protege les Rebelles
. Je ne vois plus de l'Armée
de Pharaon que le débris de fon
208 MERCURE
naufrage. Tout m'affure que Te
Peuple ennemi de Dieu eft fubmergé
, & qu'Ifraël devenu libre
ne chante plus que la gloire du
Dieu qui l'a delivré. Ce n'eft
qu'eenn voeux & en defirs , direz-
Ous. Il est vray , mais j'en attens
le fuccés. Le Dieu qui commande
àla mer aux vents intereßé
à noftre caufe , s'eftant déja
declaré pour nous,femble le rendre
infaillible. Il eft deu à la paix de
l'Europe , à l'union des Princes
Chreftiens, au triomphe de la Foy,
toutes ces chofes font deuës
à Louis le Grand. L'Eglife qui
n'a point de force victorienfe
GALANT·
209
qu'en luy , les attend de luy avec
confiance. Son bras toujours terrible
les promet , fes armes tou
jours triomphantes
les affurent ;
ne comptons- nous pour rien
la protection
de Saint Louis , fi
interessé
au regne de F. C. an
triomphe de l'Eglife, & àl'union
des Fidelles ? Tout cela fut fon
point de veuefur la terre. Il conferve
encore cette inclination
bienfaifante
au milieu de fa fe,
licité. Il a fait regner J. C. It
regne avec luy dans le Ciel
nous pouvons nous promettre tout
tout attendre de fon pouvoir
de fon Auguste Pofterité. Je palle
Sept. 1682.
S
210 MERCURE
une infinité de traits qui ne
font connus que des grands
Maiftres , & qui fe trouverent
heureufement employez
dans ce Difcours . En voicy
un entre autres qui fut exttémement
applaudi . Aprés que
M* l'Abbé de Riqueti eut fait
un détail fuccint de tout ce
qui fe paffi dans les deux
Voyages que fit S. Loüis , &
qu'il eut dit qu'une infinité
d'autres évenemens , les uns
funeftes , les autres avantageux
à l'Etat , & tous égalelement
glorieux pour ce fains
Roy , s'offroient en foule à
GALANT. 211
fon efprit , en forte qu'il ne
fçavoit à quoy s'arrester , il
continua ainfi. Si l'Eloquence
avoit une figure qui copiaft l'art
du Miroir , & qui puft reprefenter
à la fois plufieurs objets
dans la mefme fituation & dans
le mefme ordre qu'ils fe prefentent
je tâcherois de m'en fervir
icy, & vous verriez d'un feul
coup d'oeil mille prodiges de fainteté.
Là vous le verriez comme
un autre Abraham , paſſer dans
une Terre Etrangere , devenir
parfa foy le Peredes Chreftiens,
meriterparfon obeiffance aux
ordres de Dieu une Pofterité fe-
Sij
212 MERCURE
> comme
lon la chair , que les hommes ne
pourront nombrer. Là
un aurre Job & perdre fa fanté ,
fes Enfans , ce qu'il avoit de
plus cher, & furmonter la derniere
infortune par fa patience.
Là , comme un autre Gedeon, de
livrer le Peuple de Dieu de
l'oppreffion , & dreffer un Autel
au Seigneur fur les ruines de
Baal. Là , comme un autreFofué,
franchir les eaux du Jourdain ,
fe rendre par deux grandes
victoires le Maiftre d'une Nation
barbare. Là , comme un autre
Samfon entre les mains des
Philiftins par trahison , redou
GALANT: 213
,
2
bler fon courage en voyant diminuer
les forces. Là , comme
un autre Manaffes captifà Babilone
fanctifier fes fers , &
faire de fa prifon , toute forcée
qu'elle eft , une penitence volontaire
. Là , comme un autre Ezechias
obtenir de Dieu , par fa
refignation dans une maladie
mortelle , de nouveaux jours de
vie , les employer à de nouveaux
facrifices. Là , comme un
autre Daniel , employer toute fa
puiffancepourfoutenir lesfoibles,
défendre les oppreffez & ſe
rendre le Protecteur des Pau
ures. Là enfta , comme un autre
214 MERCURE
Salomon , enrichir le Temple du
Seigneur , & ne rien épargner
pour ajoûter à la magnificence
de l'édifice celle de la Sainteté.
Ces divers évenemens vous paroiftroient
dans leur veritable
jour. Ceux qui regardent fa profperité
fes triomphes ne vous
Jurprendroient pas ; accoûtumez
depuis fi long- temps à voir fon
Trône appuyéfur le bonheur &
fur la victoire, vous n'y trouve,
riez rien de nouveau. Sa refignation
mefme, & fa force d'ef
prit dans les maladies dont il fut
atteint en divers temps , non plus
que l'amour de fes Peuples dont
GALANT. 215
la douleur qu'ils fentirent durant
fon mallajoye exceffive qu'ils
marquerent àfa guerifon furent
des preuves finceres , n'auroient
pas dequoy vous étonner ; un
trop augujte exemple vous a depuis
peu raſſurez là-deſſus, Il
n'y a proprement que l'évenement
de faprifon , & les circon
ftances de fa mort capables de
vous arrefter. Il cuft efté difficile
de parler plus finement
de la Maladie du Roy & de
la profperité de fon regne.
Il traita avec la mefme delicateffe
l'endroit de la mort
de Saint Louis . Nos Peres, die
216 MERCURE
Heritier
que
il , en furent inconfolables . Il
auroit fallu pour ne l'eftre pas
qu'ils euffent pu penetrer dans
Pavenir, démefler dans cette
fuite de Rois qui devoient venir
de cette fainte tige par la derniere
de fes branches , ce digne
la Nature aformé
de fon fang, que la Grace.
a orné de fes vertus , que le Ciel
a donné a nos prieres ,& qui
regne aujourd'huy fi glorieufement
fur fon Trône . Alors au
lieu de pleurer la mort de ce
faint Roy ils euffent admiré
fon immortalité. Non moritur
qui vivam relinquit imagi
>
nem.
GALANT. 217
m.

nem. C'eft fon image vivante ;
il porte les mefmes traits , les
mefmes vertus brillent en luy
plus heureux & plus puissant
que luy aux yeux des hommes
animé du mefme efprit , il n'eft
appliqué qu'à devenir auffifaint
aux yeux deDieu . Tout l'Univers
l'a veu avec admiration
laffer la Victoire pour affeurer le
repos de fes Sujets , plus admirable
encore quand il la laiſſe
repofer fur fes Lauriers pour
donner la paix à l'Europe. La
Foy qu'il a'receuë de F. C. celle
qu'il doit àfes Alliez intervompent
aujourd'huy ce repos . La
Septemb. 1689.
T
218 MERCURE
રે
Victoire délaẞée va le fuivre
avec plus de rapidité , & il fau
dra de nouvelles Couronnes pour
fes nouvelles Conqueftes . Il entra
enfuite dans fa Morale ,
& toûjours par rapport à
Saint Louis qui a fervy Dieu
en Roy , & regné en Saint
felon la divifion de fon Difcours
, il s'adreffa aux Riches,
aux Grands , & aux Perfonnes
du plus mediocre eſtat , &
leur découvrit le fruit qu'ils
devoient tirer des vertus de
ce faint Roy. Il n'oublia pas
MTS de l'Academie , & en
leur marquant que ceux dont
GALANT. 219
les jours eftoient confacrez
aux Lettres , pour rendre à
Dieu une jufte reconnoiffance
des heureux talens dont
il les avoit pourveus , devoient
le fervir en Sçavans ,
& étudier en Saints ; Et qu'estce
, dit-il , que fervir Dieu en
Sçavant & étudier en Saint ,
fi ce n'est fe fervir de ſes lumieres
pour connoiftre Dieu ,
appliquer à le bien con-
& ne
noiftre que pour le mieux adorer
? Beaucoup de Sçavans manquent
par là. Ils n'étudient que
pour le titre de Sçavans ; ils
ne voulent estre fçavans que
Tij
220 MERCURE
pour avoir une espece de droit
de douter de tout ; ils veulent
douter de tout pour fe tromper
eux-mefmes fur le fait de la
Religion . Leur Science éteint
prefque toujours leur foy , & la
Foy éteinte entraine l'irreligion,
mene à l'impieté. Ce nefont
là que de faux Sçavans qui
trouvent icy leur condamnation
,
icy où l'on voit pour le moins
autant de folidité pour noftre
Foy que de delicateffe pour
noftre Langue , & plus de zele
encore pour les faintes Lettres
que pour les Lettres humaines.
Que fert-il en effet d'eftre la
GALANT. 2 : 1
que
des admiraregle
du bien-dire , fi l'on n'eft
le modelle de bien faire ? On
excite pour un temps l'applaudiffement
du monde . Je veux
mefme que triomphant de l'envie
, l'on n'ait
teurs. C'est une bien petite recompenfe
pour tant de peine ,
tant d'étude , tant de recherches.
Les applaudiffemens paffent avec
ceux qui les donnent. Cette
réputation vieillit avec ceux
qui l'ont acquife , & fi avec
l'avantage d'eftre les Sçavans
du fiecle , les gens de Lettres
n'entrent dans la pratique de la
fcience des Saints ; helas ! qu'ils
Tiij
222 MERCURE

feront à plaindre à l'heure de ta
mort ! Alors le faux Sçavant
rougira de fa réputation ; il fe
repentira du fuccés de fes longues
veilles en deteftant le
Monde qui l'aura trompé par
fes acclamations il fera inconfolable
d'avoir le premier trompé
le Monde par un faux brillant
qui n'aura fait qu'éblouir .
ceux qu'il euft den éclairer..
C'est fans doute Meffieurs ,
pour éviter ce malheur que vous
ne vous fervez de vos belles
connoiffances & de voftre profonde
érudition que pour vous
Sanctifier vous aider à

GALANT. 223
F
EX
0.
fanctifier les autres . Continuez
de donner la veritable vertu
pour objet à voftre étude , le Salut
eternel en fera le fruit.Continuez
d'employer voftre éloquence
à bien mettre dans fon
jour ce que vostre Augufte Protecteur
a fait de grand pour l'Etat
, ce qu'il fait tous les
jours pour la Foy. Par là vour ·
ne loüerez que des actions héroiques
& des actions de pieté .
C'est le moyen d'immortalifer
vos Ouvrages . Si occupez à rem
plir de nouveaux volumes de
fes nouveaux prodiges , vous contribuez
à perpetuer la gloire de
Tilij
224 MERCURE
fon regne fes prodiges perpe
tueront le merite de voftre éloquence.
La Posterité en les li
fant admirera le Heros qui en
aura fourny la matiere , & les
excellens Ouvriers qui l'auront
fi bien mise en oeuvre
ainfi
Timmortalité de vos écrits fe
trouvera dans fes Lauriers.
Cette fin regardoit la Devife
de l'Academie , qui eft une
Couronne de Lauriers avec
ce mot au milieu , A l'Immortalité.
Il me feroit inutile de
donner des loüanges à M
l'Abbé de Riquety , & de
vous dire combien il receut
GALANT. 225
d'applaudiffemens de tous
ceux qui l'entendirent. Les
beaux endroits que je vous
ay raportez de fon Sermon ,
font fon éloge d'une maniere
d'autant plus avantageufe
pour luy , qu'elle ne fçauroit
eftre fufpece . Il a prefché en
plufieurs occafions , & toujours
charmé fon Auditoire.
Comme ce que vous venez
de voir de fon Panegyrique
de S. Louis , fera fans doute
naiftre l'envie de le lire entier
, vous pouvez avertir vos
Amis qu'il eft imprimé , &
qu'on le débite chez le S
226 MERCURE
Auroy , Libraire , ruë Saing
Jacques , à l'Image S. Jerôme ;
& chez le S ' Guerout , Court
neuve du Palais.
L'apréfdînée de ce mefme
jour , l'Academie Françoiſe
tint une Séance extraordinaire
pour la diftribution des
Prix . M. l'Abbé Raguenet de
Beaufejour remporta celuy
de l'Eloquence , & M ' l'Abbé
de Maumenet celuy de Poë
fie. Ces deux Ouvrages furent
lûs par M' l'Abbé Regnier
, Secretaire perpetu
de l'Academie , & ils receurent
beaucoup d'applaudiffe
GALANT. 227
mens. Le Difcours de Profe
eftoit fur le merite & la dignité
du Martire . L'Auteur
fait voir dans fa premiere
partie que les Martirs ayant
enduré les plus grands tourles
motifs les plus
mens par
nobles
, & pour la fin la plus
fainte
, leur
merite
eft fuperieur
à celuy
des autres
hommes.
Aprés
avoir
peint
les
divers
fupplices
que leur ont
fait fouffrir
les Tirans
, il dit
que
leurs
fouffrances
ont
toujours
cfté accompagnées
des
fentimens
de la plus profonde
humilité
. Ce
n'estoit
228 MERCURE
point , pourfuivit- il , de ces Phi
lofophes vains & Superbes qui
cachoient leur defefpoir & leur
rage , fous les debors trompeurs
d'une fermeté forcée . Le Philo
fophe combat les maux avec of
tentation , le Martir lesfupporte
avec modeftie . Le Philofophe
fe croit au deffus des autres
parce qu'il fouffre , & le
Martir s'eftime indigne de fouffrir.
Le Philofophe cherche les
applaudiffemens , & le Martir
au contraire fuit le fpectacle des
hommes . Il ne fouhaite point les
acclamations
du Peuple ; il fe
contente du témoignage de fa
GALANT. 229
confcience. Son coeur eft le feul
theatre de fa vertu , & Dieu le
témoin qu'il veut avoir de fon
combat. Il fe regarde comme un
Pecheur qui a merité la mort qu'il
fouffre il pense que fon Mar-
મં
tire est le
penitence , non pas la confommation
de fa vertu , & il eft
perfuadé que quoy qu'il fouffre ,
il demeurera toujours redevable
à la Justice divine, puis qu'aprés
tout , quand mefme il ripandroit
jufqu'à la derniere goute de fon
fang, ce ne feroit toujours que
le fang d'un pecheur qu'il donneroitpour
celuy d'un Dieu qu'il
commencement de fa
230 MERCURE
a receu. La feconde partie de
ce Difcours fait voir que les
Martirs ont établi la Divinité
de J. C. que ce font eux qui
ont confirmé la verité des
mifteres qu'il a revelez , & affermi
l'Eglife qu'il a fondée ,
ce qui juftifie qu'il n'y a point
d'eftat qui renferme tant de
grandeur & de dignité. Sur
cela , l'Auteur voulant prouver
que la gloire des plus
grands Heros n'a jamais égalé
celle des Martirs , mefme en
ce monde ; C'est en vain, dit - il ,
Conquerans de la terre, que vous
pretendez effacer l'éclat de toutes
GALANT. 231
à la
les autres grandeurs par celuy de
vos Entrées triomphantes ; c'eft
en vain que le luxe & la magnificence
s'épuifent pourfournir
pompe d'un feul spectacle .
Vos triomphes ne durent qu'un
jour. Ils n'occupent qu'un lieu,
ils n'intereffent qu'un Peuple,
celuy de's Martirs , au contraire
, s'étend au delà des temps ,
remplit tous les lieux , & réjouit
tout le Monde Chreftien . Si l'on
decouvre de nouveaux Pays ,
auffi-toft la foy s'y établit , le
nom des Martirsy eft porté, mille
nouvelles bouches s'ouvrent pour
faire retentir leurs louanges , leur
232 MERCURE
gloire s'accroift avec l'Eglifeles
Fidelles font éclater le culte dont
ils les honorent par des Festes qui
renouvellent tous les ans , & qui
fent jouir lesMartirs d'un triomphe
perpetuel par tous les climats
dans tous les fiecles . M ' l'Abbé
Raguenet ſe trouvant prefent
, receut le prix des mains
de M' l'Abbé Tallemand le
jeune , aujourd'huy Directeur
de l'Academie. C'eſt luy qui
a fait l'Hiftoire de l'Ancien
Teftament. Elle luy fait d'autant
plus d'honneur,qu'eftant
dans un âge fort peu avancé,
quelque temps qu'il puiffe
GALANT. 233
donner aux belles Lettres , it
ne peut avoir autant d'acquis
qu'il en a fans un excellent
genic . M' l'Abbé de Maumenet
, Chanoine de Beaune ,
ayant efté averty que la pluralité
des fuffrages luy avoit
.
donné le prix des Vers , envoya
un Sonnet pour remercier
la Compagnie . Il fut lû
avec fon Ode , aprés quoy ,
un de M'S de l'Academie
de Soiffons , qui eut place
dans cette Seance , leut un
fort beau Difcours fur l'Aumône.
C'est une maniere de
ribut que cette Academic
Septemb. 1689.
V
234 MERCURE
doit tous les ans à l'Acade
mie Françoife , le jour de la
Fefte de S. Louis , pour marquer
qu'elle eft affociée avec
elle . Cela eftant fait , M' l'Abbé
Tallemand remplit dignementl'honneur
qu'il avoit de
fe trouver en qualité de Dire-
Eteur à la tefte de cette fameufe
Compagnie. Il parla avec
beaucoup d'éloquence fur
l'état où fe trouvoient alors les
Affaires. L'Eloge du Roy luy
fourniffoit une matiere abondante
, & vous comprendrez
fans peine avec quel plaifir
il fut écouté , quand je vous
GALANT. 235
diray qu'il parla longtemps ,
& finit trop toft. Aprés cela
on fit part à l'Affemblée de
diverfes pieces de Poëf.3. M
de Benferade leut une Satyre
tres -ingenieuſe fur la plufpart
des defauts des hommes ,
adreffée à l'Illuftre Mr Miton
, & enfuite une Confolation
à Monfieur ,fur la mort
de la Reine d'Efpagne, L'une
& l'autre fut trouvée digne
de luy . Il vous eft aifé
par là
de juger de leur beauté. M
le Clerc regala l'Aſſemblée
de deux Sonnets , & la Seance:
finit par la lecture d'une Pa
Vij
236 MERCURE
raphrafe en Vers , faite par M
Perrault , d'un chapitre de la
Sageffe , & par quelques Stances
fur la dignité du Martire.
Je ne vous dis rien de particulier
de tous ces Ouvrages,
parce qu'on en a fait un Recueil
qui fe debite chez le
S Coignard , Libraire de l'Academie
,à la Bible d'or . Ceux
de vos Amis qui voudront le
voir l'y trouveront . L'abondance
de la matiere me fait
differer jufqu'au mois prochain
à vous parler de ce qui
s'est fait le jour de S. Loüis ,
en diverfes Villes du Royau
GALANT. 237
me , & fur tout en plufieurs
Academies..
Le 11. d'Aouft , le Fils de
Mr de Charron , Treforier
én la Generalité de Touloufe,
foutint publiquement dans
l'Eglife du College des Jefuites
de la mefme Ville , des
Thefes en cahier de l'Hiftoire
Univerfelle depuis la creation
du monde jufqu'à J. Chrift .
L'abregé qu'il propofoit eftoit
conduit par les Rois des
tre premieres Monarchies , &
par les Patriarches , Juges ,
Kois , & Pontifes des Juifs .
On fut d'autant plus furpris
qua.
238 MERCURE
de la memoire du Soutenant,
& de la facilité avec laquelle
il s'expliqua fur ces diverfes
matieres , qu'il n'eft qu'en
Troifiéme , & n'a pas encore
atteint quatorze ans. Le Pere
d'Aigrefueille- Filfaine , fon
Regent , eut beaucoup d'honneur
de cet Acte qui dura
plus de deux heures.L'Affemblée
eftoit nombreuſe , &
compofée de Meffieurs de la
Generalité , de l'Univerfité ,
du Corps de Ville, & de plufieurs
Chanoines des deux
Chapitres de S. Eftienne & de
Saint Sernin . Le Soutenant
*
GALANT. 239
ajoûta à tout cela l'interpretation
Françoiſe , & Latine de
toute l'Eneide de Virgile..
Voicy une Medaille qui a
efté frapée à l'occafion de
l'Entrée de la Reine à Paris.
Vous
voyez par là que je ne
vous envoye
pas de fuite toutes
celles
qui regardent
la vie
du Roy , puis que vous en
avez déja eu plufieurs
que
jay fait graver
, qui marquent
beaucoup
d'actions
de
ce Monarque
qui fe font paffées
depuis.
En vous parlant il y aun
mois de la Journée de Val
240 MERCURE
court , j'oubliay de vous ap
prendre que Mr le Chevalier
du Ferrand- Berthier, Capitai
neau Regiment de Forest , s'étant
mis à la teſte de la Brigade
de Champagne en qualité de
Volontaire avec Mle Com--
te de Chemeraut fon Colo
nel , avoit efté tué de deux
coups de Moufquet . On a
fait de grands changemens
dans le Regiment des Gardes
à l'occafion des places vacan
tes . Plufieurs Officiers du même
Regiment font montez's
& il y a eu auffi quelquesunes
de ces places remplies
par
GALANT. 241
par d'anciens Officiers des
Moufquetaires. Voicy les
noms des uns & des autres
& les places qu'ils remplif
fent.
CAPITAINES.
M" de Montgeorges.
De
Vitry.
De
Bragelone.
Manevillette
LIEUTENANS.
M's Pidou .
Seraucourt.
Hautefort.
Balincourt.
Fabre , premier Maréchal des
Logis des Moufquetaires gris.
Septemb. 1689.
X
242 MERCURE
SOUS- LIEUTENANS.
Mrs de la Tour de Camp .
Le Chevalier d'Artagnan .
Daquin.
La Patriere , Brigadier des
Moufquetaires gris .
Villevielle.
Chamillart , Lieutenant de
Vaiffeau .
ENSEIGNES
Lufancy.
Des Mures.
Gaugeac.
Labregement.
On a donné une Enſeigne à
vendre aux Capitaines des
Grenadiers, pour les Soldats
GALANT.
243
qui ont efté tuez à Valcourt .
A la place de M's de Montgeorges
& de Vitry qui ef
toient Aides Major , on a
nommé Mrs de Seraucourt &
du Jardin .

-
A la place de M³ des Mures,
Lieutenant des Grenadiers ,
on a mis M ' de Seraucourt .
A la place de Mr le Chevaliet
d'Artagnan , Enſeigne de
Grenadiers , monté à la Sous-
Lieutenance , on a mis M
de la Pradrie.
A la place de M's de Seraucourt
& Hautefort , Sous- Aides-
Majors montez à des
Xij
244 MERCURE
Lieutenancés , on a mis M",
de Miſtral & de Coclolet.
On a auffi remply la place
de M de Binanville , Sous-
Lieutenant des Grenadiers
tué , mais je n'ay pû encore
fçavoir à qui cette place à
efté donnée .
Mr le Bailly Colbert dont
vous avez fceu la mort, eftoit
Colonel du Regiment de
Champagne, qui eſt un vieux
Corps fort eftimé , & remply
de tres braves gens . Ce Regiment
a efté donné à M le
Marquis de Blainville fon
Frere , qui en avoit un de
nouvelle creation , & Mr le
GALANT 245
Chevalier de Sceaux , fon autre
Frere , a efté pourveu de
celuy qu'avoit M de Blainville.
Si ce jeune Chevalier
marche fur les traces de ces
deux genereux Freres , il ne
fera pas longtemps fans ſe diftinguer
,puis qu'il eft impoffible
de marquer plus d'intrepidité
& plus de feu qu'a fair
M' le Bailly Colbert . dans
F'affaire de Valcourt , & que
prefque dans le mefme temps,
M' de Blainville s'eft fignalé
à la prise de Cocheim .
J'oubliay le mois paſſé en
vous parlant de M' Moreau ,
X iij
246 MERCURE
dans l'article des Officiers
nommez pour fervir Monfeigneur
le Duc de Bourgogne ,
de vous dire que la Charge
qu'il remplit , eft celle de
premier Valet de Chambre..
J'oubliay auffi de vous nommer
les Huiffiers , qui font
Mrs Harfan & de Bonnefond ..
Mrs de Limonet, & de laFoffe,
font Valets de Garderobe , &
M' de Vienne , Porte manteau.
Comme il y a beaucoup
de difference de fervir par
choix du Roy , ou d'accepter
une Charge , & que ce choix
les honore , j'ay cru leur devoir
rendre la mefme juſtice
le
GALANT. 247
que j'ay fait aux autres en
mettant icy leurs noms .
Le Roy a auffi nommé M
Odinet pour remplir la place
d'Antiquaire , & Garde des
Medailles de fon Cabinet, IL
eftoit auprés de feu M
Rheinfant , qui poffedoit cet
employ ; & ainfi ce choix
marque la fatisfaction que Sa
Majefté avoit de l'un & de
l'autre .
Je vous parlay le mois paffé
de la prife de Cocheim , mais
je n'entray point dans le détail
. Le voicy . Il manqueroit à
l'hiftoire fije negligeois de
X iiij.
248 MERCURE
yous l'envoyer . Les Ennemis
s'eftant emparez au mois de
May dernier d'une partie des
poftes que nous avions fait
occuper par nos Troupes dans
le Pais de Tréves , entre- autres
de la Ville & du Château
de Cocheim
, appellé vulgairement
Cokom , fitué fur le
bord de la Mozelle , à
peu
prés à moitié chemin de
Mont - Royal à Coblents ,
dont la Garnifon qui eftoit
fort confiderable faifoit fouvent
des courſes dans le
Pays , cela fit prendre la re
folution de les en chaffer .
GALANT. 249
Pour cet effet , Mr le Marquis
de Bouflers partit le 24. du
mois paffé du Camp deMont
zelfeld prés Berncaſtel , où il
avoit féjourné pendant quinze
jours avec fon Armée ,
compofée de 46. Efcadrons
de Cavalerie ou de Dragons ,
aufquels il joignit 2400.hommes
de pied détachez de
douze Bataillons qui font en
Garnifon à Mont- Royal , a
vec quatre Colonels , quatre
Lieutenans Colonels , quarante-
huit Capitaines & des
Officiers fubalternes à
portion , dont on compofa
pro250
MERCURE
quatre Bataillons commandez
par les Colonels , qui font
M's le Marquis de Crequy, le
Comte de Chamilly , le Marquis
de la Chatre , & le Marquis
de Blainville . On marcha
jufques à moitié chemin de
Cocheim où l'on fit alte depuis
trois heures aprés midy
jufqu'à neuf heures du foir ,
pour donner le temps aux
Troupes de manger & de fe
repofer , aprés quoy l'on partit
pour marcher toute la
nuit , afin de pouvoir arriver
comme l'on fit le lendemain
à la pointe du jour à la veuë
GALANT 251
de cette Place Mr le Marquis
de Bouflers employa
toute la matinée à en reconnoiftre
les environs
› pour >
faire occuper les paffages qui
pourroient faciliter la retraite
de la Garnifon , ou l'entrée
de quelque fecours dans la
Place , & l'on fit porter vers
le foir par la Cavalerie & les
Dragons des Fafcines pour
mettre en batterie quatre
pieces de Canon , dont on fit
pendant la nuit deux Bat,
teries , l'une de trois pieces
& l'autre d'une , à une gran
de portée de Moufquet de
252 MERCURE
la Ville & du Château , le
terrain ne permettant pas
que l'on approchaft plusprés,
parce que la Ville eft environnée
de Montagnes extremement
hautes qui en rendent
les abords impraticables.
Les Batteries s'eftant
trouvées ce matin en eftat
de tirer , Mr de Bouflers envoya
un Tambour afin de
fommer le Gouverneur de fe
rendre mais ce Tambour
ayant efté renvoyé fans réponſe
,M' de Bouflers prit le
party d'y envoyer M de
Ville , Lieutenant de fes GarGALANT.
253
des , pour propofer au Gouverneur
de fe rendre , à condition
d'eftre luy & fa Garnifon
prifonniers de guerre ,'
& pour luy dire , que fi on
l'obligeoit à faire tirer le Canon ,
il n'y auroit plus de Capitulation
pour eux. Le Gouverneur
ayant retenu M ' de Ville
pendant prés de deux heures ,
fous pretexte de tenir confeil
avec les Officiers , pour
fçavoir à quelles conditions
il pourroit fe rendre , & M
de Bouflers ayant jugé que
ce Gouverneur ne cherchoit
qu'à gagner du temps , dans
2
254 MERCURE
&
l'efperance d'eftre fecouru ,
il envoya des Officiers
pour
luy déclarer , que s'il ne renvoyoit
M de Ville , & qu'il
ne ſe déterminaſt pas promptement
à prendre une refolution ,
il alloit faire tirer le Canon ,
donner des ordres pour faire infulter
la Place. Le Gouverneur
renvoya M ' de Ville
pour expliquer fon intention
à M de Bouflers , qui
eftoit de fe défendre juſqu'à
l'extremité
à moins qu'on
ne luy accordaft de fortir de
la Place avec fa Garnifon armies
& Bagago.
GALANT. 255
les
Mr de Bouflers fit en mefme
temps tirer le Canon , &
l'on battit deux portes , fça
voir , une de la Ville & celle
du Château pour y faire bré
che , ce qui dura jufques à
quatre heures aprés midy ,
que l'on s'apperceut que
Troupes du Chateau qui
avoient efté long - temps
faire feu faute de munitions ,
en fortoient pour rentrer
dans la Ville à la faveur
d'une paliffade qui fe communiquoit
de l'une à l'autre.
M² de Bouflers qui eftoit dans
ce temps -là aux Batteries ,
fans
256 MERCURE
fic dire au détachement de
cinquante hommes du Bataillon
, commandé par
Mr de
la Chatre
, que
l'on
avoit
fait
avancer
auprés
d'un
cheval
de
frife
planté
dans
le
chemin
du
Château
, &
à la
demi
-portée
du
fufil
de
la
premiere
porte
, de
marcher droit
au
Château
, où
il
fut
fuivy
par
ce
Marquis
à
la tefte de cent hommes ou
environ , qui s'eftoient poftez
au pied de la Montagne , pour
foutenir au befoin le détachement
de cinquante hom-..
mes. Nos gens entrerent dans
GALANT. 257
le Château , où il ne fe trouva
perfonne , & voyant que
les Ennemis fe retiroient
auffi de derriere les retranchemens
, qui défendoient
l'entrée de la Ville du cofté:
du Château , quelques Offieiers
& des Soldats y cou-
Furent , forcerent ce qui ref
toit de gens
derrière les paliffades
, & entrerent dans la
Ville. Ils y furent bien - toft
fuivis par toutes les autres
Troupes quieftoient du cofté
de l'attaque avecun détachement
de Dragons qui tuerent
tout ce qui fe rencontra dans
Septemb. 1689.
258 MERCURE
les rues . Les Troupes qui étoient
dans les autres quartiers
où commandoient M
de Crequi , de Chamilly &
de Blainville , & les Dragons,
marcherent au bruit de la
Moufqueterie qui fe faiſoir
dans la Ville , ce qui leur fic
juger que nos gens y eſtoient
entrez , ou qu'on eftoit employé
à l'infulter ; de maniere
, qu'en moins de demiheure
la Ville fe trouva remplie
de plus de quinze cens
hommes de nos Troupes ,
tant Soldats que Dragons ,
qui allerent forcer les EuneGALANT.
259
mis. Ils s'eftoient refugiez
dans l'Eglife & dans la Maifon
des Capucins , en fe battant
en retraite . Il eft inconcevable
comment on a pus
forcer fi facilement une fi
groffe Garnifon , dans un
Pofte où les Ennemis avoient
fait des retranchemens & des
ouvrages capables de tenir
beaucoup plus long- temps
mais comme les munitions
leur manquoient , il y a appa
rence qu'ils ont creu d'abord
qu'ils eftoient perdus . Les pre
mieres Troupes qui entrerent,
mirentle feu dans la Ville.Les
Y
ij
260 MERCURE
Officiers , Soldats & Habitans
furent tous.menez au quareftre
gar
tier du Roy
pour y
4
dez , jufqu'à ce que M de
Bouflers les fift conduire à
Mont Royal . Comme les Ennemis
eftoient poſtez dans
les Tours qui flanquent , &
derriere les retranchemens
qu'ils avoient faits pour la
défenfe de la Ville , il a fallu
que nos Troupes ayent efuyé
un tres- grand feu avant que
de la pouvoir forcer , ce qui
ne s'eft pas fait fans quelque
perte Tous les Travaux de la
Ville ayant efté razez , cela
GALANT 261
répandit une fi grande terreur
dans les Païs de Tréves
que les Ennemis abandonnerent
tous les autres quartiers
qu'ils occupoient , fans
attendre qu'on les y alla forcer.
M' de Bouflers fit partic
le 27.un détachement de ſept
cens Chevaux ou Dragons ,
commandez par M' le Cheva
lier Duc, Maréchal de Camp,
pour aalllleerr à Keifer , Efch ,
Meien & Monreal qu'il a fait
brûler. M' de Bertillac , auffr
Maréchal de Camp , qui fut
détaché le 28 avec quinze
cens Chevaux ou Dragons
262 MERCURE
pour aller à Ulm , Daux, Heidelheim
, & Kerpen, les trouva
abandonnez
. Le 27. Mr de
Bouflers s'eftant mis en.marche
pour venir camper à Me
ren , envoya cinquante Dragons
pour brufler Ulm , &
l'on ne traita pas mieux les
autres poſtes lors la dé
que
molition en fut achevée , de
forte que les Ennemis ne
peuvent plus prendre de quar
tiers d'hiver dans ce pays- là .
Mr de Bouflers fit partir le 29
les Prifonniers de guerre faits
à Cocheim . Il y avoit prés de
fept cens Soldats , un Lieute
GALANT. 263
› quatre Capi
nant Colonel
taines , dix-fept ou dix - huit
Officiers Subalternes , & le
Colonel Gratz qui commandoit
dans la Place . Ils furent
conduits à Mont- Royal, & de
là à Mets & à Nancy . La Garnifon
eftoit compofée de neuf
Compagnies , fçavoir cinq
du Regiment de Grats des
Troupes du Duc de Saxe Gottorp
, trois de celles de l'Eleteur
de Treves , & une du
Regiment du jeune Prince de
Lorraine. Cette priſe a valu
en argent plus de cent mille
écus aux Troupes . On a en264
MERCURE
voyé au Roy fix Drapeaux
qu'on a pris dans la Place.
Voicy une lifte de ceux qui
ont cfté tuez en cette occafion
, & de ceux qui n'ont eſté
que bleffez.
MORTS.
Mrs de Lofiere , Colonel
de Dragons.
De Maticu , Cap. du Reg.
De Berad , de la Marine .
Chaluer , Capitaine du Regiment
Royal.
De Roguenu , Capitaine &
Major du Regiment de Foix,
mort de fes bleffures.
De Changy , Lieutenant.du
Regiment
GALANT. 265
Regiment de Fallou .
Soldats .
Dragons.
BLESSEZ.
35
9
M' de
Cremaux .
Capitaine
dans
Piemont , bleffé dangereufement.
De Pienes, autre
Capitaine
dans le mefme
Regiment.
LA MARINE .
De Bellenaux , Lieutenant
Colonel , bleffé legerement .
De Jalier, Major, une contufion
au visage .
De Jufton ,
Capitaine .
D'Herbelet , Capitain .
Gerard , Aide- Major .
Septemb. 1689 .

f
266 MERCURE
REGIMENT ROYAL.
M's de Caiffac , Capitaine .
bleffé legerement
.
De Queras, Capitaine.
De Fienne , Aide- Major.
Du Pacau & du Chaſtelier ,
Lieutenans .
Du Pré & Chauville, Sous-
Lieutenans.
TOURAINE.
Ms de la Gaucherie , Capiraine-
Lieutenant de la Colo
nelle, mort de fes bleffures.
De la Barthe , Lieutenant .
De la Neuville , Lieutenant .
BOURGOGNE.
M du Pin , Sous- Lieutenant.
GALANT. 267
HAINAUT.
M³ de la Vinouſe , Capitaine.
DE LAUSIER.
Mr de Faveroles , Capitaine.
M de Boubet , Capitaine.
DE FALLOU.
Mr le Chevalier du Breuil,
Capitaine.
Soldats ,
Dragons ,
169
S7
Ce font 196. tant Soldats
que Dragons. Il n'y en a que
trente qui foient bleffez dangereufement
.
Depuis la prife de Cocheim,
un détachement de quinze
Zij
268 MERCURE
mille hommes , Infanterie &
Cavalerie , avec du Canon de
l'Armée de M' l'Electeur de
Brandebourg qui eſt devant
Bonn , eft venu camper à
deux lieues de celle de M' de
Bouflers , pour tâcher de l'engager
à une action generale,
ou pour attirer quelque détachement
de cette Armée ,
afin d'avoir leur revanche de
Coeheim . On s'eft contenté
de les aller reconnoiftre fans
rien hazarder , à caufe que
leurs Troupes eftoient de
beaucoup fuperieures à celles
de Mr de Bouflers . Le 9. de ce
GALANT. 269
mois , ce détachement prit le
party de s'en retourner du
cofté de Bonn , & en s'en retournant
ils inveftirent le
Chafteau de Nurembourg ›
où nous avons cent cinquante
hommes de Garniſon , commandez
par M du Pleffis ,
Capitaine des Grenadiers du
Regiment de Bourgogne .
Mr Schoning , Commandant
des Troupes de Brandebourg,
le fit fommer trois fois de fe
rendre , en l'affurant qu'il luy
feroit bon quartier . Il répondit
fierement , que s'il ofoit
l'attaquer , il fe trouvoit en
Z iij
270 MERCURE
eftat de le bien recevoir.Cette
fermeté fut caufe qne le Commandant
des Troupes Ennemies
leva fon Blocus , & alla
joindre l'Armée de M. de
Brandebourg
.
Vous avez appris que l'Armée
d'Eſpagne , beaucoup
plus forte que celle de France
, commandée par M. le
Duc de Noailles , avoit affiegé
Campredon , que ce Duc
avoit pris fur les Espagnols
au commencement de la
Campagne, & qu'il vient de
démolir cette Place à leur
veuë, auffi bien que
le Fort
GALANT: 271
3 de la Roque ; mais apparemment
vous ignorez encore cè
qui s'eft paffé pendant co
Siege , & durant cette démo
lition , les Nouvelles publi
ques n'en ayant rien dit.C'eft
ce qui m'oblige à vous faire
part de ce morceau d'hiſtoire
, afin qu'il foit confervé
dans mes Lettres . Je vous en
envoye une Relation venuë
de l'Armée qui a efté em
ployée à certe expedition .
C'est un original qui vous
fera voir plus clairement le
détail de ce que j'ay à vous
apprendre , que fi je le tirois
Z iiij
272 MERCURE
des
differentes Lettres qu'on
en a receuës.
MMMMMMMMKMMMMMMMMM
RELATION
Du Siege de Campredon , fait
par l'Armée Espagnole .
M
R le Duc de Noailles
ayant affembléles Froupes
pour le fecours de Campredon,
partit d'Ille , quartier general
, le 17. Aouft , pour aller à
Villefranche » où il ſéjourna le
18. pour leur donner le temps.
d'arriver. Le 19. il prit fa
marche
par
Le
Canigou , qui
GALANT. 273
eft la plus haute Montagne des
Pyrenées , & fit alte fur la hauteur
de Platguillem , où il apprit
que M de Langallerie , Maréchal
de Camp , qui menoit l'avant-
garde de l'Armée , avoit
campé fur la hauteur du Tect.
C'est un pofte tres- avantageux ,
dont les Ennemis auroient pú
fe rendre Maistres & où ils
auroient pú arrefter l'Armée avec
peu de monde . Mr le Duc
de Noailles poursuivit fa marche
vers cette hauteur du Tect,
où M de Langallerie l'atten-·
en arrivant il l'envoya
>
doit
accuper une autre hauteur fur
274 MERCURE
>
le paffage dont les Ennemis
s'eftoientfaifis , ce qui fut exeeuté
par MT de Langallerie
auec beaucoup de conduite & de
courage. Il fit charger vigoureufement
par fes Dragons & fes
Carabiniers leurs premieres
Gardes qui fe retirerent de hauteur
en hauteur , & abandon.
nerent ces poftes fi avantageux
,
qu'une fort petite Troupe pouvoit
arrefter nne Armée de vingt
mille hommes. M³ de Langallerie
fit la nuit beaucoup de feux,
pour marquer qu'il eftoit maistre
de la hauteur , & campa dans
ce lieu là , à demy - lieuë de
GALANT. 275
&
l'Armée des Ennemis , & M
de Noailles avec le reste de
l'Armée campa derriere luy en
plate Campagne , fur la hauteur
des Montagnes , fans habitations
, fans aucun arbre
fans un brin d'herbe , par une
nuit auffi froide qu'elle auroit
pú l'eftre en plein hiver. Le 20.
M de Langallerie marcha en
Bataille jufqu'à la hauteur qui
eft fur Campredon › & Mª le
Duc de Noailles avec M. de
Chaferon , Lieutenant General,
M. de Rivaroles , Maré
chal de Camp , marcha aprés
buy. Il fut furpris de voir les
276 MERCURE
poftes que les Ennemis avoient
abandonnez , & en approchant
ils entendirent leur Canon qui
battoit la Place , & ne tiroit
que par falve. Ils joignirent à
dix heures du matin M de
Langallerie fur la hauteur de
Campredon , d'où ils virent l'Armée
d'Eſpagne en Bataille , au
delà du Vallon de Llenaffe fur
la pente de la Montagne
. Les
Espagnols avoient leur gauche
au Village de Llenaffe qui eft
dans le Vallon , leur droite à la
bauteur des trois Croix , & un
quartier à la Roquaffe vis à vis
de Campredon , d'où ils s'éten
GALANT: 277
doient dans le Vallon , & furle
revers des Montagnes juſqu'au
Village de Saint Pau. Ils avoient
devant eux la Riviere
du Ter , qui eft rapide comme
un Torrent , dont les bords fort
remplis de rochers relevez
font un retranchement naturel
, derriere lequel ils s'eftoient
encore retranchez. Leur Batterie
eftoit fur la Montagne qu'on
appelle des trois Croix , & ils
avoient fait de forts retranchemens
derriere la Roquaffe , avec
un Pont de communication
qui joignoit les deux Montagnes
les rendoit Maitres
278 MERCURE
du Vallon , qui eft fort étroit
en ce lieu-là . M. le Duc de
Noailles
marqua le Camp
de
l'Armée
, & mit fa droite
fur
la hauteur
du Village
de Llenaffe
, & fa gauche
à Campredon
ayant
la hauteur
fur eux.
M. de Pitoux
, Gouverneur
de
la Place
, avoit
fait le matin
unefortie
avecfa Garnifon
, &
ayant
pouffé
les Ennemis
hors
de leur
Tranchée
, il alla jufqu'à
leur Batterie
. Il auroit
pris
ou encloüé
le Canon
, fans
un
Efcadron
cuiraffé
qui eftoit une
Compagnie
de Gardes
du Roy
d'Espagne
qui l'obligea
de fe
GALANT. 279
retirer
en s'avançant avec
beaucoup de hardieffe jufqu'à la
paliffade de la Place , où le Commandant
de l'Eſcadron fut tué
par un Sergent , & l'Escadron
entierement défait par le feu du
Canon & celuy de la Mouf
queterie de la Garnifon. Peu
de temps aprés que l'Armée fut
arrivée , les Ennemis détacherent
quelque Infanterie , qui
ayant passé la Riviere traverfa
toute la Plaine pour venir occuper
une petite maison , qui
eftoit à demy - cofte de noftre
hauteur. M le Duc de Noailles
commanda auffi- toft des Suiffes
280 MERCURE
les
du Regiment d'Erlac_pour
aller dépofter , ce qu'ils firent.
Ils les chafferent de cette maison,
en demeurerent les maiftres.
Le reste du jour ſe paſſa en efcarmouches.
Leur Canon qui
avoit commencé des le matin à
faire grand bruit , fe ralentit
vers le foir, & un peu après on ne
l'entendit plus. M' de Pitoux fit
encore une fortie à l'entrée de la
nuit , & pouſſa jufqu'à la Batteriesoù
il ne trouva plus de Canon
. Les Ennemis firent grand
feu de leur retranchement, mais
il ne fortit perfonne. Le 21.au
matin , le brouillard s'estant difGALANT.
281
na
fipé on les découvrit en bataille
fur le bord de l'eau. Noftre Canon
qui eftoit arrivé la nuit, fut
mis en batterie, on les canonvigoureusement
, fans que
les Efcadrons & Bataillons fiſſent
aucun mouvement pour s'en ga
rantir. Lors qu'ils eurent effuge
ce grand feu qui dura prés de
deux heures , quatre Escadrons
fe détacherent foutenus de deux
autres , après avoir passé la
riviere , ils marcherent dans las
plaine vers noftre droite. Mle
Duc de Noailles qui poftoit les
Gardes du Camp , ayant vi de
loin ce mouvement, envoya or
Sept. 1682. Asa
282 MERCURE
*
dre à quelques Dragons qui s'eftoient
trop avancez dans le vallon
, de fe retirer plus avant vers ·
la hauteur , mais M le Marquis
du Chaftelet , qui commandoit
le piquet de trois cens Chevaux
s'eftant avancé vers ces
Efcadrons , les Ennemis allerent
a luy avec beaucoup de refolution
fous le feu de l'Infanterie,
aprés avoir effuyé la décharge
noftre Cavalerie , ils la chargerent
l'épée à la main , &la
contraignirent de plier. Au lieu
de fe retirer vers la hauteur où
elle aurait estéfoutenuës elle s'engageà
dans un chemin bas , où
GALANT. 283
là Cavalerie la pouſſa. Mª de
Noailles voyant cette Cavalerie
engagée mal à propos , envoya
ordre aux Dragons & à l'Infanterie
, d'aller gagner le deflus
d'un rocher , pour arrefter ces
Escadrons Espagnols qui pouf
foient noftre Cavalerie dans le
Defilé. M le Chevalier d'Auffillon,
Lieutenant Colonel du fe
cond Regiment de Dragons de
Languedoc , executa cet ordre.
avec beaucoup de conduite , &
ayantfait mettre pied à terre à
fes Dragons , il gagna la haus
teur fit faire une décharge.
fur la Cavalerie Espagnole
"

A a ij
284 MERCURE
L'Infanterie furvint dans le
mefme temps , & toute la hau
teur du Defilé fut bordée de
Moufquetaires , ce qui arrefta la
Cavalerie Ennemie . Celle qui·
avoit paßé au delà ne pouvant
plus revenir fur fes pas fous le
feu de l'Infanterie & des Dragons
aprés avoir cherché quelque
temps une fortie , fut obligée
de grimperfur la hauteur de
l'autre costé & de fe retirer
comme elle put , relâchant plufieurs
de nos Cavaliers qui avoient
efté faits prifonniers. La
queue de cette Cavalerie alla
rejoindre les deux Efeadrons qui
GALANT. 285
lafoutenoient à l'entrée du Defilé,
& tous les Escadrons allerent
fe remettre en bataille dans la
plaine.
Pendant
que cette action fe
paffoit parmy la Cavalerie fur
noftre droite , un Regiment d'Infanterie
Espagnole , qu'on appelle
Los Amarillos , parce
qu'il eft revestu de jaune, (
c'eft leur meilleure Infanterie)
ayantpaẞé la riviere , & traverse
le vallon, marcha en courant
pour aller attaquer fur la
gauche la petite maifon à demycofte
, d'où ils avoient efté chaf
fez le jour precedent , & dans
286 MERCURE
laquelle M le Duc de Noailles
avoit mis un detachement de
trois cens hommes, fouftenus par
un Bataillon Suiffe d'Erlac. On
n'a jamais vû deTroupes marcher
avec plus de bardieſe à une en
treprise auffi difficile. Nos Gens
allerent au devant d'eux, &
il y eut une furienſe eſcarmouche
de part & d'autre ,
& d'un grand nombre de
Miquelets d'Espagne , cachez
dans la prairie, ou derriere leurs
retranchemens
de la Riviere:
Le Bataillon
d Erlac s'avança
pour foutenir le detachement ,
fi la maison fut vigoureuſeGALANT.
287
ment attaquée , elle fut encore
mieux défenduësfur tout par les
Suiffes , dont plufieurs furent
bleffez à coups de bayonnettes.
Dans ces deux actions , nous
eufmes prés de trois cens hommes
tuez,bleffez, ou faits prifonniers
tant Officiers , que Cavaliers &
Soldats. Mr de Montazels Lieutenant
Colonel du Regiment de
Cavalerie de Poinſegu , fut du
nombre des tuez. Les Ennemis
y perdirent encore plus de monde.
Dom Dionifio d'Obregon , Commiffaire
general de la Cavalerie,
Officier d'une grande reputation,
yfut tué ; & à l'attaque de
288 MERCURE
l'Infanterie , Dom Fernando
d'Avila , qui commandoit ce
Regiment , fut bleẞé &fait prifonnier
, ainfi que le Maior nommé
d'Ariola. Les efcarmouches.
ne cefferent point de tout le jour
entre les poftes avancez , de la
mefme forte que dans une Tran
chée, & peut- efire n'a-t- on jamais
veu un plus grand ny
un plus long feu. Le Soir un
Trompette de l'Armée Espagnole
vint demander une treve d'une
demi-heure pour enterrer les
Morts , & ce fut fans doute à
caufe de cet Officier General , dont
pourtant les Ennemis cacherent
GALANT. 289
la mort avec foin, mais fon nom
fon employ furent connus par
les Lettres Pouvoirs que l'on
trouva dans fa poche, & qui
furent portez à M' le Duc de
Noailles. Sur les fix heures du
foir on fut furpris d'entendre
tirer leur Canon, que l'on croyoit
marcher à S. Pau , co qu'ils
pointerent contre les Troupes . M
de Prechac , Brigadier d'Infan
terie , eftoit fur un rideau à la
tefte de fix cens hommes de pied,
pourfoutenir deux maiſons qui
eftoient à fa droite & à fa gauche
où nous avions de l'Infanterie.
Il effuya sout le reste du
Septemb. 1689.
a
Bb
290 MERCURE
a
"jour le feu du Canon & des efcarmouches
avec beaucoup de
Yang froid. La nuit , M de
Noailles jugea à propos , pour
conferver fes Troupes de retirer
les poftes avancez ; il fit mettre
le feu à toutes ces petites maifons
à demy-cofte , & refferra
toutes les Troupes dans fon Camp,
afin qu'elles fuffent moins étendues
. Le 22. les Ennemis firent
paroistre encore quelques · Efcadrons
en bataille , mais on les
canonna fi rudement , qu'ils prirent
le party de fe retirer , & de
demeurercachez tout le jour dans
des ravins profonds dont tout
GALANT. 291
Leur Campfe trouvoit entrecoupé.
On ne laiffa pas de leur tuer.
beaucoup de monde , parce qu'en
quelque lieu qu'ils puffent fe cam
cher , ils eftoient veus des deux
batteries de fept pieces de Canon
du Camp , de celuy de la Place ,
ou de celuy du Chateau de la
Roque. Ils fe tinrent affez calmes
tout le jour. Nous n'avions.
plus aucuns poftes avancez dans
Lefquels la portée du Moufquet
Bifcayen leur donnoit beaucoup
d'avantage fur les nofires . Ainfi
les efcarmouches cefferent. Ils tiroientfeulementfur
la Ville , de,
leurs retranchemensdes hauteurs
Bb ij
292 MERCURE
qui en découvroient les défenſes.·
M² de Pas , Capitaine d'Infanterie
& Ingenieur de la Place ,
y fut tué. M. de Villa- Hermofa
renvoya par un Trompette les
Prifonniers à M. le Duc de
Noailles. Parmy eux eftoient
M. du Bouchet , Capitaine dans
le Regiment de Cavalerie de la
Reine , M. le Chevalier du
&
Chastelet , blessé d'une infinité
de coups de fabre fur la iefte ,
de pistolet en plufieurs endroits
du corps. M. de Noailles
luy renvoya les fiens , &
entre autres Dom Fernando
d'Avila , le Major d'Ariola ,
GALANT. 293
& un Officier nommé Vellaf
que , de la Maifon du Conneflable
, qui dit que le Marquis de
Conflans qui commandoit l'Armée
le jour du Combat en l'abfence
de M. de Villa Hermofa ,
qui eftoit allé à Aulot , avoit
fait donner la Cavalerie d'un
cofté, l'Infanterie de l'autre,
dans le deffein d'attirer noftre
Cavalerie dans la Plaine , &
d'engager une affaire generale.
En effet elle tint à peu . Toute la
Cavalerie eftoit montée à che
val , fans les ordres que M
le Duc de Noailles envoya l'un
fur l'autre , l'affaire alloit s'en
Bb iij
294 MERCURE
gager infenfiblement . L'honnefteté
de M. de Villa -Hermofa à
renvoyer les Prifonniers , obligea
M. de Noailles de luy faire
dire par le Trompette qui estoit
venu luy faire des complimens
de fa part , qu'ayant fceu où
il campoit , on ne tireroit point
fur fon quartier. Auffi- toft M.
Villa- Hermofa fit tendre fes
Tentes qui n'avoient point encore
paru. Cela donna une forme plus
bonorable au Camp de l'Armée
d'Espagne. Le foir , les Ennemis
qui avoient efté dix- huit heures
fans tirer , remirent leur Canon
en batterie , & le pointerent
de
GALANT 295 .
ད་
contre le Camp. Cela devint la
chofe la plus finguliere qu'on.
ait encore veue. Il ne fut plus.
queftion de Siege ; ils avoient
abandonné leur tranchée , &
n'attaquoient la Place qu'à
coups de Moufquet . C'estoient
deux Armées en prefence , dont
les Gardes avancées eftvient à
la portée du moufquet l'une de
Lautre. Nous avions la communication
libre avec Campredon
qui eftoit à noftre gauche ,
& l'on y montoit la Garde
tous les jours. Les deux Camps
eftoient comme deux Citadelles
qu'on ne pouvoit attaquer..
Bb iiij
296 MERCURE
difputoient
Les Armées fe regardoient fans
fe rien faire ,
une Place qui ne devoit eftre
à perfonne. M. le Duc de
Noailles en avoit refervé la
démolition pour la fin de la
Campagne , afin que les Efpagnols
ne fongeaffent pas à faire
d'autres entreprises fur le Rouffillon,
en cas qu'ilsfe viffent en
eftat de faire un Siege . Il eftoit
party pourfecourir Campredon ,
refolu de le faire fauter aux
geux de l'Armée d'Eſpagne. Il
fe difpofa à faire cette execution
Secretement ; mais comme ilfallut
détacherdes Mineurs des Ba1
GALANT
. 297
taillons de l'Armée , & que l'on
découvroit des hauteurs tout ce
qui fe paffoit dans la Place , les
Ennemis qui en eurent connoiffance
, la battirent furieufement
le 23. de quatre pièces de Canon
de feize livres de balle , de quatre
autres pieces , & de deux
Mortiers qu'ils avoient remis en
batterie pour cela. Leur Artille
rie eftoit fervie admirablement ,
on ne peut voir des Canon ,
niers plus adroits . Le 24 .
Armées continuerent de canonner.
Nous battions le Camp des
Ennemis , ils battoient la Place
par dehors & M. le Duc de
les
298 MERCURE
a
Noailles
l'attaquoit par dedans
. Ils eurent encore ce jourlà
beaucoup de gens tuez par
noftre Canon . Le 25. la bréche
Je trouva confiderable
à la Ville ›
dont la muraille eftoit foible . Il
avoit deux bréches , l'une à un
pied demy de terre qui eftoit
la plus petite ; l'autre avoit encore
fix pieds de mur , mais ce
qui estoit entre deux eftoit fort
ébranlé , & cinq ou fix volées
de Canon pouvoient des deux
bréches n'en faire qu'une . Mr
le Duc de Noailles jugea à pro
pos de ne pas remettre ce qu'il
avoit refolu. Il envoya ordre au
GALANT.
299
Gouverneur de Campredon &
>
au Commandant du Château
de la Roque de fe tenir prefts
pour l'entrée de la nuit , &
ayant fait évacuer la Place de
toute l'Artillerie , des Munitions
de guerre & de bouche ,
il fit mettre l'Armée en bataille .
Le ſignal fut donné fur les neuf
beures dufoir,& auffi-tot le Gouverneur
de Campredon fortit d'un
cofté avec fa Garnifon de fept ou
buit cens hommes , & M le • & M'
Marquis de la Garde qui eftoit à
la bréehe avec fon Bataillon , fe
retira par un autre . Le Commandant
du Chasteau de la Ro300
MERCURĖ
que , quoy qu'environné
des Ennemis
,fortit de mefme avec tout
fon monde fans aucun obftacle ,
prefque en mefme temps
feu prit aux mines, & fit fauter
le Chafteau de Campredon , &
toutes les fortfications . La mefme
chofe arriva dans le Chasteau
de la Roque , où l'on fit crever
deux Canons , parce qu'il eftoit
impoffible de les tranfporter d'un
Roc efcarpé comme celuy- là . L'action
est belle & particuliere ,&
M. de Noailles la conduifit en
grand Capitaine. Il fit enfuite
défiler les Equipages & l'Artillerie,
& fitfa retraite en tres- bon
GALANT . 301
ordre , fans avoir perdu un ſeul
bagage. Les Ennemis qui s'étoient
mis en bataille au bruit des mi
nes , demeurerent paisibles dans
leur Camp , fans envoyer aprés
luy, & l'on eftoit à une lieuë
de Campredon qu'en les entendoit
encore canonner la Ville. M. le
Duc de Noailles , aprés avoir
marché en bataille par les hauteurs,
fit faire alte à l'entrée du
défilé , afin d'attendre le jour , ·
continua enfuite fa marche
fort heureufement. Les Ennemis
ont perdu devant Campredom un
Officier General & plus de
douze cens hommes , tuez ou mis
302 MERCURE
hors de combat. Ils ont attaqué
la Ville pendant huit jours avant
l'Armée du Roy fuft arrivée,
n'ont pu la prendre avec huit
pieces de gros Canon
que
deux
Mortiers , & M. de Noailles
l'avoit prise en trois jours auſſibien
que le Chasteau , quoy qu'il
n'euft point de gros Canon , &
enfin il a fait fauter la Place ;
s'eft retiré devant une Armée
plus forte une fois que n'étoit
la fienne. Outre MS de
Pas Montazel , nous avons
perdu dans toutes les attaques
& efcarmouches , M. dis
Breuil , Capitaine dans NorGALANT.
303
#
mandie , M. Deinellet , Capitaine
dans Erlach , dix Capi-'
taines bleffez tant Cavalerie
qu'Infanterie , des Lieutenans à
proportion, environ quatre- vingt
Soldats tuez & deux cens blef
Jez.On a eu nouvelles depuis ee
temps-là , que plus de quatre
1
censDeferteurs Milanois avoient
paßé ; ce quifait voir que l'Armée
Ennemie eft confiderable-
.
ment diminuée !!
Mayence eft pris , vous n'en
devez pas eftre ſurpriſe ; au
contraire , il ya fujet de s'éronner
que les Ennemis ne
s'en foient pas plutoft rendus
304 MERCURE
!
maiftres. C'eſt une Place fans
dehors , & dont toute la force
confiftoit en fa Garnifon.
Maſtric avoit ces deux avantages
lors que le Roy l'attaqua.
Il y avoit une Armée
dedans , & la Place fe trouvoir
eftre une des plus fortes
de l'Europe. Cependant Sa
Majefté la prit en treize jours,
quoy qu'elle ne manquaſt de
ricn , au lieu que Mayence a
a tenu prés de deux mois ,
quoy que des Bombes tombées
fur un de fes Magazins
euffent brûlé beaucoup de fa
poudre. Ainfi onne peut nier
GALANT. 305
eu
que tout ce qui s'eft paffé à
ce Siege ne foit une espece
de triomphe pour la France .
Il n'y a point encore
d'exemple
que la valeur ait
efté pouffée fi loin , & on
en doit demeurer d'accord ,
fi on examine qu'on eftoit
maiftre de la contrefcarpe
quand on a capitulé , de forte
que l'on peut dire qu'à l'exception
d'un Jardin & d'un
Gibet qui ont couſté ſept femaines
aux Ennemis , & beaucoup
de fang répandu , cette
formidable Armée, compofée
de tant de Souverains , n'eftoir
Septemb. 1689. Cc
306 MERCURE
Pas plus avancée que le premier
jour. Cela eftant , les
François en défendant Mayence
avec la valeur qu'ils ont fait
paroiftre , doivent avoir infpiré
de la terreur aux Ennemis
à qui ils ont fait connoiftre,
qu'il leur fera impoffibled'emporter
fur eux une Placeregulierement
fortifiée , &
qui aura d'es dehors . Mayence
ne peut eftre mife de ce
nombre. C'eft une de ces
Places qu'on n'a guere accoutumé
de difputer à ceux qui
font les Maiftres de la Cam-*
pagne. On y eftoit entré fans
GALANT. 307
perdre un feul homme , on l'a
prife afin qu'elle ferviſt à ruiner
l'Armée des Ennemis; on
a fait ce qu'on avoit cu defſein
de faire , & Mayence
ayant fait fon devoir , on a
lieu d'eftre content . Si on a
quelque chagrin, c'eft d'avoir
connu fur la vigoureufe refiftance
que la Garnifon a faite,
qu'on pouvoit cftre encore
plus heureux, que l'on n'avoit
Touhaité de l'eftre. Les grands
& continuels avantages aufquels
le Roy a accouftumé la
France , font que la moindre
perte eft fenfible à ceux qui
Ccij
208 MERCURE
ne penetrent pas les fecrets du
Cabinet, & qui ne ſçauroient
voir abandonner
ce qu'on avoit
refolu de perdre en le
prenant . Si j'avois le temps
de vous faire ici un plus
grand détail , je vous ferois
fans compter
la
voir ,
que
prife
de
Philisbourg
, nos
avantages
font
dix
fois
plus
confiderables
depuis
le com-
'mencement
de
cette
guerre
,
que
ceux
des
Ennemis
. Nous
en
avons
une
armée
de
prifonniers
, fi
je
puis
parler
ainfi
. Nous
avons
ruiné
tous
les
bords
du
Rhin
dans
leur
.
GALANT. 300
J
propre Pays , & détruit rous
les Forts qu'ils avoient élevez,
& toutes les Places qu'ils avoient
fortifiées pour reffer
rer celles que nous avons de
cc cofté- là, & ils ne fçauroient
hiverner fans beaucoup
de
peine dans l'étendue de plus
de quarante lieuës . Ainfi en
s'amufant à prendre une Ville
qu'on ne vouloit point gar
der , ils ont veu ruiner leur '
pays , & en abandonnant
une
Place qu'on ne fongeoit point
à conferver
, nous en avons
mis plufieurs autres à couvert,
& nous leur avons fait perdre
310 MERCURE
1
2
prefque tous leurs premiers
Officiers , & leurs meilleurs
Ingenieurs , comme eux- memes
en conviennent . Ils attaquerent
la Contrefcarpe le 6.
de ce mois , à quatre heures
aprés midy , avec toute
leur Infanterie , & la
moitié de la Cavalerie , qui
avoit mis pied à terre . L'atta
que dura cinq heures . Ils defcendirent
quatre fois dans le
chemin couvert, d'où ils furent
toujours repouffez . Le
nombre des Morts fut fi
grand du cofté des Ennemis ,,
qu'ils perdirent plus de mon
GALANT. ZI
de
qne nous n'en avons per
du pendant tout le Siege . Il
ne refta prefque aucun de
leurs Colonels , & cette attaque
leur coute trois ou quatre
Officiers generaux , ce qui
fut caufe qu'ils employerent
tout le jour fuivant à retirer
les Morts , dont ils avoient
que
le nombre a efté julqu'à
deux mille, fan's mille bleffez .
Le 8. ils approcherent leurs
batteries , & tirerent fans difcontinuer.
Le mefme jour fur
le midy , les Affiegez battirent
la chamade. Ils avoient
déja tenté tout ce que peu312
MERCURE
vent faire des gens qui n'ont
plus de poudre , ayant fait
des forties avec, des faulx ,
& fi on avoit voulu les abandonner
à leur ardeur , ils auroient
pery l'épée à la main,
mais il eft de la prudence
d'un Geneaal d'empefcher la
perte de tant de Braves , fur
tout lors qu'il voit que leur
mort ne produiroit aucun
' avantage. Ce qu'il y a de furprenant
, c'eft que les nouvelles
Troupes ont fait voir
la mefme ardeur , & ont
combattu avec autant de courage
que les vieilles . Il fe
trouva
GALANT. 313
trouva des Soldats des unes
& des autres qui allerenr prendre
fur la Contrefcarpe, des
facs à laine que les Ennemis
y avoient laiffez . Le nombre
devoit en eftre grand , puis
qu'ils en vendirent pour deux
cens écus dans la Ville . La
chamade ayant eſté battuë ,
comme je viens de le dire ,
on envoya pour oftages un
Lieutenant- Colonel
Capitaine de
& un
part & d'autre .
Le Prince Charles de Lorraine
laiffa Mr le Marquis d’Uxelles
maiſtre de la Capitulation
, & il l'approuva telle
Septemb. 1689 .
Dd
314 MERCURE
que ce Marquis l'envoya dreffée.
La Garnifon fortit le II.
pour eftre conduite à Landau
par le chemin le plus court.
Elle confiftoit encore en prés
de fix mille hommes , fans
compter les Malades & les
Bleffez . La marche commença
à neuf heures du matin .
Elle fortit Tambour battant,
Enfeignes déployées , avec
armes & bagages , fix pieces de
Canon , & deux Mortiers. Elle
demeura cinq heures à paffer ,
& pendant tout ce temps-là ,
le Prince Charles de Lorraine ,
& les Electeurs de Baviere &
GALANT. 215
de Saxe demeurerent à cheval.
La Cavalerie marcha la
premiere. Le Prince Charles
fit de grandes honneſtetez à
M ' le Marquis d'Uxelles , &
falüa tous les Officiers d'une
maniere qui luy attira mille
louanges . Les Malades devoient
eſtre conduits par cau,
& il est resté un Commiffaite
& des Officiers pour en avoir
foin. Je vous envoye la lifte
des Morts & des Bleffez . Elle
eft grande , mais elle regarde
tout le temps du Siege , &
vous y verrez beaucoup plus
de bleffez que de tuez. On ne
Dd ij
316 MERCURE
fçauroit trop faire connoiftre
des gens qui fe font dé.
fendus avec une intrepidité
fifurprenante. Il faudroit un
volume entier pour marquer
la perte des Ennemis
, puis
que la lifte de leurs Morts ,
& de leurs Bleffez de la feule
action du 6. de ce mois , eft
auffi longue que celle que je
vous envoye
.
REGIMENT DE BOURBONOIS,
Capitaines.
Mrs de Belinde .
De Saint Denis .
De Giulle .
bleffez.
Lieutenans.
Mrs Daudichon. tuez,
GALANT. 317
De la Motte.
De Chateaubrun.
De Magnanne.
Du Riveau.
bleffez
REGIMENT DAUPHIN.
•Capitaines.
Mrs
Dayron .
Le Preftre.
De Sarrazin .
De Prolange.
De Princé.
De Ribier,
D'Haudicourt.
De Virville .
Lieutenans.
Mrs de Mirabel.
Duflart.
Le Marquis de Boutiller.
Le Comte de Roquefpine..
Le Chevalier de Carné.
Le Chevalier de Soüil.
Le Chevalier de Chanron .
De Boifrogey.
tuez
bleffez,
thez.
Dd iij
318 MERCURE
Le Chevalier Marion de Chanrofe ,
Enfeigne Colonel,
Dorfanne.
De Courcelliers.
De Condé .
De Connezac .
Le Chevalier de Muret..
Du Pleffis.
Le Gardeur.
Le Cheval er de Feyrac
De Guloffre.
De Boulon.
bleffez
REGIMENT DU MATNE
Capitaines.
Mrs de Villemarceau.
De Mony.
De Ruolle .
Du Teil.
tuel
bleffez.
De Beauharnois .
Le Marquis de Thury , Colonel .
Lieutenans.
Mrs de Burgos ..
Du Pleffis .
De Roumilly..
tuez,
bleffez.
GALANT. 319
De Fontenailles.
De Menache.
Du Hagé.
De Figeac .
De Rogey.
Dortanne .
De Cornet .
Deflas.
De la Montagne.
REGIMENT D'ORLEANS.
Capitaines
Mrs le Camus .
De Cadricu .
De Colinier.
De Ras.
Defcorieres .
De Meaux .
rué.
bleffez
De Lama.
De Mercier.
De Bailleul , Colonel.
Lieutenans.
Mrs Defcoufteaux .
De la Roiffonade.
De Boillec.
Dd iiij
tuez,
320 MERCURE
De Caftel Bayard.
De Montmorency .
De Boisvert.
De Vaucourt.
De Raucourt .
De Boifrenard .
De Chaftellier.
De Neville.
De Sauvagere.
De Bioneau.
De Bonjour.
De Lepinay.
De Sabelas.
De Sardis.
blessen.
REGIMENT DE BRETAGNE.
Capitaines.
Mrs de Sainte Marguerite.
De Boisvillette .
Detival.
De la Souchaye.
De Fontvieille .
De la Broffe..
bleffez.
De la Chaiffaigne , Lieutenant Col.
De Bufte , Major.
GALANT. 321
De Leftang , Ayde- Major.
Lieutenans .
MES de Cormoulin.
De Nouy .
Demblieres .
Du Pont .
De Mongogent.
De la Fage.
Du Chaftel.
tuel:
bleffez
REGIMENT DE BOMBARDIERS
Capitaines.
Mrs de Vialet .
Titon .
De Cardon.
De Mauclere.
De la Roche.
De la Courcelles .
De Daty.
Dedfrerieux .
Mrs Des Rivieres .
De Romainville,
De Grenette .
De Rigor.
bleſſez
Lieutenans.
tnez.
322 MERCURE
De Vigny , Colonel .
De Saint Marc .
De Vauray.
Du Roy.
De la Perouze.
De Menonville.
De Javary.
De Courcelles .
bleſſez
REGIMENT DE CURSO L.
Capitaines.
Mis de Villeneuve.
De la Fonds.
De Boufquet.
tuez.
bleffez
De Panat.
De Criftie.
De Volenne.
Lieutenans.
Mrs de la Boyade .
tucz
De la Cofte.
De Monby. blaffez
De Beauregard.
De Lapetit , Ayde- Major..
De Cherie.
De Villotray.
GALANT. 323
De la Clotte .
REGIMENT DE FARZE.
Capitaines.
Mrs de Repere.
De Chaunoy .
De Saint Pey , Ayde- Major,
Lieutenans.
bleffez.
ικές
tuez.
Mrs de Bret.
De Blanchet
De Conftant .
De Saint Rayard , Major.
De L'huilliers . L. Col.
Darlieu .
bleffcz
De Molezun ..
De Claverie.
Mrs Domec .
REGIMENT D'ANJOV .
De Louffel.
De Meligny.
Euftache.
Capitaines.
tuel
Le Comte d'Hautefort , Col. bleſſez.
De la Boulaye.
De Cominges.
1
324 MERCURE
De
Havy.
De
Rabictin.
De
Crufel,
Des Granges.
De Choifinet.
De Soize .
Lieutenans.
Mrs de Belair . tuez
De la Ferté .
Dc la Reille .
De Blaru , Lieut . Col. bleffe
De Saint Vincent,
De la Moaille.
De Creuzel.
De Saint Marceau .
De Sebert.
De Mirabel,
De Maliere.
De Montenay .
De Marigny.
De Seneville,
De Caftan
GALANT. 325
REGIMENT DE BEAUVOISIS.
Capitaines.
Mrs de Montet .
bleffez.
Du Paſquier.
De Moru .
De Lamy.
Lieutenans.
Mrs de Montenal . thez.
De Frevilliers.
De Neville.
De Malleret .
Dozial.
De Malleran .
Dalvarade .
De Redon .
De Lionniere .
Pernot .
De Verneuil.
Deftionville.
Chavane .
De Bergle .
bleſſez;
REGIMENT DE VIV ANS.
Cavalerie.
Un Lieutenant bleffé.
326 MERCURE
REGIMENT DE LA LANDE.
Dragons.
Mrs de Logere , Lieutenant. tuez.
De Breteuil , Cornette .
De la Lande , Colonel.
Le Major.
>
De Barbançon , Capitaine.
De Robotange , Lieutenant.
De Beaulieu , Cornette.
bleffez.
Elie & de Plennevaux , Maréchaux
des Logis .
Capitaines tuez 15.
Capitaines bleffez , 57.
Lieutenans , Sous-Lieutenans , ou
Cornettes tuez 40
оц
Lieutenans , Sous -Lieutenans
Cornettes bleffcz , 80.
Le nombre des Sergens & Soldats
tuez eft de fept à huit cens.
Et celuy des bleffez paffe douze cens.
Ma derniere Lettre portoit
un ample detail de la prife
GALANT 327
d'un Vaiſſeau Anglois par M
le Chevalier du Mené , qui receut
dans le combat un coup
dont il eut l'épaule caffée .
Il defcendit auffi- toft à fond
de cale , & avec un grand
ſens froid il ſe fit couper le
bras qui luy pendoit de l'épaule.
Il n'a vêcu que trentefix
heures aprés fa bleſſure .
Se voyant preft de mourir, il
envoya prier M de Seignelay
de payer quelques dettes qu'il
avoit, & d'avancer fon Neveu,
qui eftoit alors fur fon bord
en qualité de Volontaire ,
& qui s'eftoit diftingué dans
328 MERCURE
l'occafion où ce Chevalier
avoit receu le coup de la
mort. M' de Seignelay pro,
mit d'acquitter fes dettes ,
& fit fon Neveu Lieutenant
de Vaiffeau . Ce font de ces
chofes qui ne fe font guere
qu'en France , où le fervice
eft tres - agreable fous le regne
du Roy. M. du Mené
eftoit Chevalier de Malthe ,
& avoit commencé à faire
connoiftré il y a plus de vingt
ans ce qu'on pouvoit attendre
de fon courage . Du Mené
du Perrier , jadis Comte
de Quintin , Seigneur du PerGALANT.
329
rier & de la Roche- Diré en
Anjou , porte d'azur à dix
billettes d'or. Cette Famille a
produit en 1393. un Maréchal
de Bretagne dans le temps que
cetteProvince avoir des Ducs,
& en 1485. Maurice du Mené
eftoit Chambellan ardinaire
d'une Ducheffe de Bretagne
& Capitaine de fes Gardes.
Marc du Perrier , Seigneur du
Mené , époufa l'Heritiere de
Cherleau & de Boifgarin , qui
eftoit de l'illuftre Maifon de
Perrien , dont M. le Marquis
de Crenan eft Cadet. De be
mariage fortit Dame Marie
Septemb. 1687. Ea
230 MERCURE
du Perrier , qui fut Ayeule
de M. Deslandes , grand Archidiacre
de Treguier. François
du Perrier , Olivier &
Gilles du Perrier , Freres de
M. le Chevalier du Mené ,
font tous morts dans le fervice
. Marie du Perrier époufa
un Seigneur de Beaumanoir ,
& Julienne du Perrier fut
mariée à Olivier de Cliffon.
Je ne rendrois pas juſtice:
à la valeur de M' le Chevalier
Thierfanville, fi j'oubliois
de vous dire qu'il fe diftingua:
beaucoup dans le combat qui
acouté la vie à M. du Mené..
de
GALANT. 33г 331
Ce Chevalier cherche avec
tant d'ardeur les occafions de
fe fignaler , que quoy qu'il
luy foit refté deux balles dans
le corps des bleffures qu'il
teceut l'année derniere au
Siege de Negrepont , & que
fes playes ne fuffent pas encore
fermées au Printemps ,
lors qu'il apprit à Malthe l'armement
naval de France , &
que Sa Majesté avoit à foutenir
les efforts de la plus
grande partie des Puiſſances
de l'Europe , il fe jetta fur le
premier Bord qu'il rencontra,
& aprésavoir paſſé le Dé-
Ee ij
332 MERCURE
troit , & s'eftre joint à la Flore
de M' le Chevalier de Tourville,
il alla chercher les perils
de Bord en Bord , difant ,
Qu'il n'y avoit point de temps
à perdre , puis qu'il devoit retourner
aprés la Campagne au
fervice de la Religion .
Depuis l'arrivée de M. de
Tourville à Breft , toute l'Europe
attendoit des Nouvelles
d'un Combat naval , qui devoit
eftre important
, & prefque
décifif. Les François le
fouhaitoient
avec paffion , &
n'ont rien oublié de ce qui
pouvoit engager la Flore EnGALANT.
333
nemie dans cette grande af
faire . Vous le connoiftrez
par l'extrait d'une Lettre de
Breft
que je vous envoye.
Voicy pour la feconde fois
que nous mouillons icy. Nous
en partifmes deux jours aprés le
départ de M de Seignelay dans
le deffein d'aller combatre les
Ennemis. Nous dreffames à cet
effet noftre route fur les Croifieres
, où ils avoient accoûtumé
de fe trouver , qui eft environ à
la hauteur de
Pennemanch , &
de l'Ile des Saints , à dix
lieues d'Oueffant , & où ils vemoient
ordinairement faire leurs
a
334 MERCURE
bravades. Nous nous y fommes
rendus , fans que nous les
ayons découverts. Nous y avons
demeuré douze jours la premiere
fois avec M de Seignelay ,
la feconde fois huit. Nous y
ferions encore fans un coup de´
vent qui nous a obligez de relacher
à Belle- Ifle . Enfin ces
braves Anglois
n'ontplus paru depuis la jonction
de M. de Tourville , &
ceffé les rodomontades qu'ilsfont
venus faire fur nos coftes , lors
que le petit nombre de nos Vaiffeaux
ne nous permettoit pas
de les en aller chaffer.
Hollandois
ils
ont
GALANT.
335
1
Voicy un autre endroit de
la mefme Lettre , qui confirme
ce que je vous ay dit de
M ' de Mené .
Le Capitaine du Vaiffeau
Anglois que feu M. du Mené a
combatu a rendu un témoigna ,
ge authentique de la vigueur
avec laquelle il a esté enlevé ,
en moins d'une heure & demie..
Il a dit qu'il y avoit vingt ans
qu'il commandoit des Vaiffeaux
de Guerre , & qu'il n'avoit jamais
vû de particulier faire un
fi beau Feu » & une Artillerie
fi bien fervie. Il a ajouté que fi
tous les Vaiffeaux de France
336 MERCURE
faifoient auffi bien leur devoir ,
que celuy qu'il avoit combatu ,
la Guerre feroit bien- toft finie
par Mer , & qu'il n'y en a
point parmy eux qui ſe battent
de cette force.
Nos Armateurs continuent
à faire des prifes de tous coftez,
mais je ne vous entretiendray
pas davantage aujour
d'huy des Affaires de Mer,
& ne vous parleray plus que
de celle de Quebec . Deux
Vaiffeaux Anglois , l'un de
dix-huit Pieces de Canon , &
l'autre de dix eftant venus atle
Fort Sainte Anne , y
taquer
trouGALANT.
337
trouverent Mr d'Iberville ,
Commandant pour la Compagnie
Françoife du Nord
dans laBaye de Hudſon . Quoy
qu'il n'cuft avec luy que 26.
hommes , il les repouffa vigoureufement,
pritun petit Fort
qui avoitefté conftruit par les
Anglois , & les obligea de ſe
rendre à difcretion , en forte
qu'il demeura Maistre des
deux Vaiffeaux , fans avoir
perdu qu'un homme .
Ce qui s'eft paffé en Flandre
pendant ce mois merite
d'eftre expliqué , afin que
ceux qui deſeſperent de tour
Septemb. 1689.
Ff
328 MERCURE
fur la
moindre
apparence,
d'un mauvais fuccés pour la
0
France connoiffent
fes
que
affaires font toûjours dans
une bonne fituation , & que
fon bonheur eftant un effet
de la prudence avec laquelle
elle eft gouvernée , fa fortune
n'eft pas prefte de changer.
Quoy que nos Troupes ayent
efté les premieres en Cam +
pagne en Flandre , & qu'elles
cuffent.pu faire quelque entrepriſe
, on a cru par une
à
moderation plus loüable que
la valeur quand on s'en fert
propos que devant avoir
GALANT. 339
prefque toute l'Europe fur
les bras , il falloit voir fes
démarches avant que d'entrer
en action . Ainfi on s'eſt
contenté d'abord de vivre
dans le Païs ennemy , & de
le faire contribuer , aprés
quoy l'Armée des Ennemis
a paru , & s'eft groffie , ce
qui ne pouvoit marquer d'arriver,
puis qu'elle devoit eftre
compofée des Troupes de
plufieurs Puiffances ; de forte
que toute la Campagne s'eſt
paffée en differens mouvemens
, pendant lefquels Mr
de Humieres a toûjours cher-
Ff
ij
340 MERCURE
le Prince de
ché à e
engager
Valdec à une Bataille . C'ek
ce qu'il a toûjours évité &
l'affaire de Valcourt n'eft
arrivée que par là . Quelque
avantage que les Ennemis y
ayent remporté , ils ne l'ont
pas jugé affez grand pour
en prendre le deffein de combattre
contre nous , & il femble
qu'ils ne s'en forent fervis
, que pour nous arrefter,
afin de fuir pendant ce tempslà
avec plus de feureté Ils .
éviterent donc le combat,
dont ils avoient déja plufieurs
fois détourné le coup ,
GALANT. 241
& ils l'ont encore évité de
puis , & abandonné mefme
leurs Milades , en laiffant
entrer M de Humieres dans
fon Camp de Leffine , où ils
ont mieux aimé le laiffer
Vivre aux dépens de leur
Pais , que d'en venir à une
Bataille . Ces deux Armées
n'ont pas efté les feules en
Flandre pendant cette Campagne
. Nous voulions couvrir
noftre Païs d'un autre
cofté , & nous avions une
ligne élevée avec des redou
tes depuis le Pont des Pierres
jufqu'à Menin. M¹ de Calvo
Efiij
342 MERCURE

avec un petit Corps gardoit
cette ligne ; le Gouverneur
des Païs-bas , & le Prince de
Vaudemont eftoient en delà,
& avoient auffi un Corps de
Troupes. Les Espagnols fe
refolvant à faire un effort ,
afin que l'on parlaft d'eux
cette Campagne , compoſe .
rent dernierement un gros
Corps tiré de leurs Garniſons,
& l'ayant joint à celuy qu'ils
avoient déja,ils pafferent laligne,
mais trop tard pour faire
un gros butin; ceux qui occupent
les lieux des environs ,
avoient eu le temps de jetter
GALANT 343
i leurs effets dans l'Ifle & dans
Tournay. Quelques - uns des
plus timides donnerent quel
que argent pour les contributions
, contre les défenfes
expreffes de la Cour ; mais les
chofes n'ont pas efté longtemps
fans changer de face ,
& M' de Calvo s'eft bientoft
trouvé plus fort que les
Ennemis . M' de Humieres
a auffi avancé dans leur Païs ,
& a impofé des contributions
quatre fois plus fortes
que celles qu'ils ont tirées ,
de forte que de crainte d'eftre
batus , ou de voir affieger
1
Ff
iij
344 MERCURE
quelqu'une de leurs Places ;
ils ont fait rentrer leurs Troupes
dans les Villes , d'où ils
les avoient tirées , & leurs
Payfans ont efté contraints
de raccommoder
la ligne ,
dont les porcaux avoient
feulement
efté enterrez .
La Nouvelle de la mort da
Pape ayant fait partir tous les
Cardinaux qui eſtoient en diverfes
Cours , il y a grande
apparence qu'ils font prefentement
arrivez à Rome . M. le
Cardinal Ranuzzi , qui eftoit
icy depuis long - temps en
qualité de Nonce de Sa Sain-
!
GALANT 245
teté , a efté conduit juſqu'à
la Frontiere par M. du Boulay,
Gentilhomme ordinaire
de la Maifon du Roy ,
dont cette Eminence fe loue
beaucoup. Ce Gentilhomme
fuivant les ordres de Sa
Majeſté , luy a fait rendre
dans toutes les Villes oùl a
paffé les honneurs deus à fon
caractere , c'eft à dire , qu'il a
efté harangué par les Corps ,
& qu'il areceu les preſens des
Villes.Ileft un des Cardinaux ,
Papables , dont la liſte venuë
de Rome fait montet le nombre
à dix . En voicy les noms
346 MERCURE
Le Cardinal Cibo
Le Cardinal Conti .
Le Cardinal Cerri .
Le Cardinal Carpegna
.
Le Cardinal Marefcotti
Le Cardinal Capizucchi.
Le Cardinal Lauria.
Le Cardinal de Angelis .
Le Cardinal Ranuzzi.
Le Cardinal Ginetti.
Commeje nevous ay point
parlé de ce qui s'eft paffé
Rome depuis que le S. Siege
eft vacant je vous diray enpeu
de mots qu'auffi toft que le
Pape Innocent XI. fut expi
ré , le Cardinal Cibo qui faiGALANT
347
foit les fonctions de premier
Miniftre, en fit avertir le Cardinal
Altieri , Camerlingue
de la Sainte Eglife. Lors qu'il
fe fut rendu au Palais , accompagné
des Clercs & des
autres Officiers de la Chambre
, il appella trois fois BenedettoOdescalchi
à haute voix,
& le procés verbal de mort
ayant efté dreſſé en la maniere
ordinaire , il rompit
l'Anneau du Pefcheur , & fit
rompre le plomb des Bulles.
Cela eftant fait , il retourna
à fon Palais . La Garde du
Pape l'accompagna , pour
348 MERCURE
marque de l'autorité que luy
donne fa Charge , tant que le
Siege demeure , vacant Le
Cardinal Cibo , comme ( ardinal
Doyen , convoqua les
Cardinaux Chefs d Ordre ,
qui firent expedier les Lettres
pour donner avis de la mort
du Pape aux Cardinaux abfens
, & les inviter de venir
promptement à Rome pour
entrer dans le Conclave. La
cloche du Capitole annonça
cette mort au Peuple , & on
fit les dépefches neceffaires
pour en avertir les Couronnes
& les Princes Catholi
GALANT. 349
ques. Les Magiftrats s'affem
blerent , & on delivra quelques
Prifonniers pour marque
de l'ancienne fiberté . On ouvrit
le corps du Pape , qui
avoit deux pierres dans les
reins ; l'une du poids de neuf
onces, & l'autre de fept 11.
fut embaumé le foir, & tranfporté
le 13 du mois paffe de
Monte Cavallo au Vatican .
Une partie des Chevaux legers
de la Garde marchoient
à la tefte du Convoy avec
ཟ་ leurs Trompettes qui fon
noient à la fourdine . Les
Moufquetaires & Hallebar-
J
1
·
350 MERCURE
diers fúivoient avec les bas
Officiers de l'Ecurie , veftus
de rouge, & ayant des flambeaux
à la main . Les Palefreniers
, qui eſtoient auffi veftus
de rouge avoient des man
teaux violets . Ils portoient
des torches , & la Garde Allemande
avoit le Drapeau
plié. La Litiere fur laquelle
eftoit le corps du Pape , avec
l'Etole & la Mitre en tefte ,
eftoit tirée par deux Mules
blanches , & precedée par le
Maistre des Ceremonies qui
marchoit feul à cheval . Les
Penitenciers , qui avoient
*
GALANT. 35T
chacunun cierge, marchoient
autour du corps en pfalmodiant
. L'Ecuyer alloit enfuite.
Il eftoit auffi feul à cheval ,
& aprés luy paroiffoient fept
pieces de Canon . Le refte des
Chevaux-legers de la Garde ,
& les Cuiraffiers fermoient la
marche avec l'épee nuë. Le
Convoy cftant arrivé en l'E
glife . de S. Pierre , on monta
corps à la Chapelle Pauliq
ne , où eft le Jugement de
Michel Ange. Il y demeura
jufqu'au lendemain matin .
qu'on le defcendir fur les
onze heures , à l'entrée de
352 MFR CURE
S. Pierre , vis à vis de la Cha
pelle du Saint Sacrement . Il
fut expofe une heure , pendant
laquelle on fir un Service,
où affifterent tous les Cardinaux
, aprés quoy on le mit
dans la Chapelle du S. Sacrement
, la porte fermée , & les
pieds paflez au travers de la
grille pour eftre baſez du
Peuple, qui accourut en foule
pendant trois jours . Les obfeques
furent commencées
le 5 par une Meffe folemnelle
que celebra le Cardinal
Mellini . Le 16 il fut mis dans
la Biere , ou plutolk dans les
GALANT. 353
Bieres , puis qu'elles font au
nombre de trois l'une dans
T'autre. On l'inhuma auprés
des Tombeaux de
Leon X. & d'Innocent X...
en preſence de fes Creatures.
Cependant les Cardinaux s'eftant
affemblez pour élire les
Officiers neceffaires pendant
que le Siege fera vacant, nommerent
le 14. Dom Livio ,
Neveu du feu Pape , General
de la Sainte Eglife, & confir
merent le Cardinal de Sainte
Cecile dans la Charge de Gou
verneur de Rome. M Cufani
fut fait. Gouverneur du Con
.
Septemb. 1689. G.g
354 MERCURE
clave. La Ceremonie des Ob
feques qui dura neuf jours
devant fe terminer le 22 M
Schelftrat , Chanoine de Saint
Pierre , prononça l'Oraifon
Funebre , & cinq Cardinaux
firent la derniere abfolution .
Le 23 on celebra la Meffe du
Saint Efprit dans la Chapelle
du Choeur de Saint Pierre , &
tous les Cardinaux y affifterent.
Les Prieres accoutumées
ayant efté faites , l'Abbé Sergardi
, Sienois , parla avec
beaucoup d'éloquence , pour
les exhorter à élire un Sujet
capable de gouverner dignes
>
GALANT 355
ment l'Eglife . Aprés cela ,
eftant entrez proceffionnellement
à la Chapelle Pauline,
ils s'y enfermerent, & on leur
leut differentes Bulles fur l'élection
des Papes , qu'ils jure
rent d'obferver. Au fortir de
là ils entrerent dans le Conclave,
& chacun fe retira dans
la Cellule qui luy eftoit deftinée.
Ils y receurent les vifites
des Prelats & dé la Nobleffe
, & le Conneſtable Colonne
y alla avec une fuite
de plus de cent perfonnes.
On ne ferma le Conclave
qu'à deux heures aprés mi-

Ggij
356 MERCURE
nuit , à caufe de l'affluence
du monde. Le Prince Savelli
quien eft Maréchal hereditaire
, pofta aux environs quinze
cens Soldats en differens
Corpsde garde . Le 24. le Cardinal
Cibo , Doyen du Sacré
College celebra la Meffe.
Tous les Cardinaux qui étoient
preſens y communierent
, & aprés une nouvelle
lecture des Bulles pour l'é
Fection des Papes , ils jure
rent encore de les obferver.
Il faut avoir les deux tiers des
voix , & une de plus pour
eftre éleu Pape , c'est à dire
GALANT. 357-

quarante & une de foixante ,
fifoixante Cardinaux fe trou
voient dans le Conclave, Le
party du Cardinal Capizuce
chi eft grand , & comme il
eft foûtenu par les Cardinaux
Altieri & Chigi , il s'en fallut
trois voix feulement qu'il ne
fuft d'abord éleu . Le Cardinal
d'Eſtrées arreſta le coups
en perfuadant aux Cardinaux
d'attendre l'arrivée de
ceux de France , & le confentement
de Sa Majefté:
Le Cardinal Lauria aprés
avoir dit que s'il eftoi
Papeil accommoderoit les
358 MERCURE
affaires , propofa aux Cardinaux
de commencer par envoyer
des Nonces à tous les
Princes qui font en guerre,
pour obtenir une fufpenfion
d'armes , ce qui a tellement
irrité l'Ambaffadeur d'Efpagné
, qu'il luy a donné l'exclufion
de la Papauté . Le
zele de ce Cardinal pour travailler
à la paix , ne peut recevoir
affez de louanges . Il
faut qu'il ait beaucoup de
droiture d'ame , pour n'avoir
pû déguiſer des fenti
mens qu'il ne devoit pas
douter qui ne luy attiraffent
GALANT 359
l'exclufion d'Espagne . Tous
les hommes font capables de
faire des injuftices , mais la
pluſpart ne s'en vantent pas ,
& affectent au contraire de
s'en montrer ennemis , au lieu
qu'il y a de l'imprudence à
Ambaffadeur de Sa Majesté
Catholique , de fe declarer
contre une bonne action . Il
pouvoit s'en vanger fecretement
, & à l'Eſpagnole . Le
Cardinal Conti revenant à
Rome pour le Conclave , de
fon Evefché d'Ancont , ren
contra dans fon chemin quantité
de Païfans , qui le pre360
MERCURE
nant pour le Cardinal Ginetti,
luy demanderent fa Benedition
, & les Indulgences in
articulo mortis . Ce Cardinal
furpris de la demande de ces
bonnes gens , leur dit que
cela eftoit refervé au Pape
feul. Ils répondirent qu'il eftoit
vray, mais qu'ils fçavoient
qu'il devoit eftre éleu Pape ,
parce que la Prophetic porte
que le Succeffeur du défunt eft
à Sermo . Le Cardinal Conti
repliqua qu'ils fe trompoient,
& qu'il eftoit Evefque d'Ancone
, & non pas Archevefque
de Sermo . Le Cardinal
Ginetti,
GALANT 361
Ginetti a la voix du Peuple ,
& on envit une marque lors
qu'il alla au Conclave. Unc
grande foule l'accompagna
criant,Ginetti Papa, fate lo . Ce
Cardinal , pour fe dérober à
la veuë du Peuple , fut obligé
de tirer les rideaux de fon
Carroffe. Le Cardinal d'AL
guirre a protefté hautement
qu'il veut obferver les Conftitutions
du Conclave . C'eft
ce qui eft caufe qu'il a refufé
de fe charger des Inftructions
d'Espagne , parce qu'il les
trouve incompatibles avec la
reſolution où il eft de ne rien
Hh
Septemb. 1689.
362 MERCURE
faire contre fa confcience.
L'Ambaffadeur d'Espagne
s'eft mis tout de bon en poffeffion
des Franchifes de fon
quartier; il les étend fort loin ,
& a fait declarer aux Officiers
des Sbirres , qu'il ne leur
permettroit pas de s'en approcher.
Les Cardinaux luy
ont fait dire qu'ils le reconnoiftroient
pour Ambaſſadeur
lors qu'il en prendroit
les marques , & qu'à l'égard
des Franchifes ils en remet
toient le differend au Pape
future
Mile Marquis de Torfy a
GALANT. 363
efté pourveu de la Charge de
Secretaire d'Eftat , en furvivance
de M' Colbert de
Croiffy fon Pere . Il eft fur .
prenant de luy voir de fibonne
heure poffeder les qualitez
qui demandent tant de temps
pour faire un Miniftre. Il a
acquis dans plufieurs Voya
ges,où il a toujours efté chargé
de quelque Negociation,
les connoiffances neceffaires
aux gens d'Eftat , mais il en
a encore beaucoup plus acquis
dans le Cabinet de M
fon Pere. Il a l'efprit vif
& penetrant beaucoup de
Hh ij
364 MERCURE
fageffe , & une grande hon
nefteté pour tous ceux avec
qui il a à traiter. Ces avantages
joints à plufieurs autres , le faifoient
fouhaiter de tout le
monde dans le grand employ
dont Sa Majefté l'a jugé digne,
Vous connoiſſez ceux que
Mile Pelletier a exercez avec
tant de gloire. Je vous les
marquay quand il fut fait
Contrôleur General des Finances
en 1683. Ses fervices
luy ayant tout fait meriter du
Roy , il l'a prié d'agréer qu'il
fe démift de cette penible
Charge , & Sa Majeſté luy en
GALANT 265
a enfin accordé la permiffion,
mais en mefme temps Elle l'a
retenu dans fon Confeil Etroir
en qualité de Miniftre d'Etat .
La demiffion qu'il vient de
faire ne vous doit pas étonner,
puis que vous connoiffez il y
a longtemps fa moderation
& fa fageffe.
Le Roy voulant remplir ce
grand pofte, a choifi un hom.
me digne des plus hauts em
plois , & d'autant plus digne
de celuy- cy , qu'une injufte
défiance de luy mefme luy
faifoit apprehender que fon
zele & fon application ne
Hhiij
366 MERCURE
fuffent pas fecondez d'une ca
pacité égale , & qui répondift
à ce qu'on doit attendre du
choix d'un grand Roy qui n'a
pas accoutumé de fe tromper.
Je ne doutepoint qu'à ce caratere
de modefte vous ne connoiffiez
fans peine que c'eſt de
M' de Pontchartrain que je
vous parle. Vous fçavez que
fon nom eft Phelippeaux . Le
Confeil duRoya depuis longtemps
efté rempli de Perfondages
Illuftres de certe Mai
fon , & on y a ! vû plufieurs
Miniftres & Secretaires d'EGALANT.
367
rat, qui ont tous foutenu avec
éclat la réputation qu'ils s'y
font acquife , mais fur tout
qui ont fait paroiftre une
grande probité & un attachement
inviolable à la perfonne
de leurs Souverains Auffi leur
habileté dans leurs emplois a
-elle efté recompenfée , &
le fuccés des chofes qui
leur ont efté ordonnées ou
confiées , & par la justice que
les Hiftoriens leur ontrenduë
là deffus. Mr de Pontchar
train a paru au Parlement de
Paris d'une maniere tres- dif
tinguée, & n'avoit que trente-
Hh iiij
par
368 MERCURE
quatre ans quand le Roy le
nomma premier Prefident au
Parlement de Bretagne. C'eſt
dans l'exercice de cette importanre
Charge que ce Monarque
éclairé connur le befoin
qu'il avoit de luy dans
fon Confeil , & qu'il luy fit
accepter la place qu'il quitte
d'Intendant
des Finances . Il y
a fait paroistre tant d'intelligence
, tant d'activité , & une
penetration jointe à tant d'exactitude
, qu'on peut dire
qu'elle n'a elté qu'un degré
pour le faire paffer à celle de
Contrôleur
General
, qu'on
GALANT. 369
eft afluré qu'il exercera utilement
pour le bien des affai
res de Sa Majefté , & pour
celuy de fes Peuples..
2
M, de Novion , premier Prefident
au Parlement de Paris, eftant
dans un âge qui a beſoin de repos
le Roy en agreant fa démiffion
a donné cette grande Charge à
Meffire Achille de Harlay , Procu
reur General dans le melnie Parlement
. Je ne vous diray rien de
fa Maiſon , dont la Nobleffe eft
tres ancienne , & qui eft encore
plus illuftre par une fidelité inviolable
, & par un zele fans borne
pour le fervice, de nos Rois: Chrif
tophle de Harlay a cfté un des plus
doctes Magiftrats de fon temps.
Roy Henry II. l'honora d'une
Le :
370 MERCURE
Charge de Prefident au Mortier
en 1555. & fa douceur & fon honnefteté
jointes à fon grand fçavoir,
luy acquirent une eftime generale .
Achille de Harlay fon Fils a merité
que noftre Hiftoire luy ait donné
des Eloges qui dureront autant
que la Monarchie . Henry III . le
fit premier Prefident aprés la mort
de Chriftophle de Thou, fon Beau-
Pere. Il montra fa fermeté dans'
le jour funefte des Barricades , où
voyant fans s'ébranler l'audace des
Revoltez armée contre luy , &
condamnant les emportemens de
ceux qui fe fervoient d'un vain
pretexte de Religion , pour autorifer
le mépris qu'ils ofoient faire
de l'autorité Royale, il dit aux
Chefs de la Ligue avec un courage
digne de la place qu'il occupoit ,
GALANT: 371
que fon ame eftoit à Dieu , & fon
coeur au Roy, & qu'il n'y avoit que
fon corps au pouvoir des Revoltez .
Aprés avoir efté retenu quelque
remps prifonnier à la Baftille , on
le laiffa en eftat de fe retirer auprés
du Roy , & il travailla à faire
refleurit la Juftice fous Henry IV.
Il eut de Catherine de Thou ,
Chriſtophle de Harlay , fecond du
nom , Comte de Beaumont , Gou
verneur de la Ville & Duché d'Orleans
, Bailly du Palais , qui fut
envoyé Ambaffadeur en Angleterre.,
& mourut en 1615. laillant
Achille de Harlay , II . du nom ,
Comte de Beaumont , Maiftre des
Requeftes , & enfuite Procureur,
General au Parlement de Paris
qui de Jeanne-Marie de Bellievre,
cut Achille de Harlay , III . du
372 MERCURE
nom , qui vient d'eftre fait Premier
Prefident. On connoift fon genie
vafte & fans bornes ; fon zele pour
le Roy eft à toute épreuve , & on
ne fçauroit douter de l'amour qu'il
a pour la Religion , non plus que
de fon defintereffement , qui a
paru dans toutes les actions . Jugez
par là combien fon adminiftration
donnera d'éclat à l'augufte Parlement
dont il eft le Chef.
M de la Briffe , qui luy fuccede
dans la Charge de Procureur General
Gendre de M. de Novion, eft
Fils d'un homme dont la droiture
& la probité eftoient fi recommandables,
qu'il eftoit choisi pour arbitre
dans les affaires les plus importan
tes , fans qu'on ait jamais appellé
de fes décifions. Il a herité de ces
grandes qualitez , & s'eſt acquis la
GALANT: 373
mefme reputation dans toutes ! es
Charges où il a paffé , & dans les
emplois qu'il a eus au Parlement &
au Confeil. Il eftoit Procureur Genere
cette importante Commi
fion , appellée Grands -jours , qui a
fait tant de bien dans la Guienne
& dans le Poitou , & où les mar
ques qu'il a données & de fon amour
pour la juftice & de fa ca
pacité , ont confirmé d'une mas
niere fi avantageute l'opinion qu'on
avoit de luy.
M. de Novion , petit Fils de
M. de Novion , premier Prefident,
a efté pourveu de la Charge de
Prefident au Mortier de M. Colbert
de Croilly.
Mr Daligre , Petit- Fils du Chancelier
de ce nom , a eu la place de
Confeiller d'honneur auParlement,
374 MERCURE
qu'avoit Mr de la Briffe .
Le mot de l'Enigine du mois
paffé eftoit la Rofe , & ceux qui
l'ont trouvé font en petit nombre.
Ce font Mrs Ergeval , à l'Anagramine
,fiecle d'Amour ; Liebault
de Commercy ; Baudot, de la në
Grenier Saint Lazare ; Diane de
la Foreft d'Alcleon ; Mademoiſelle
Louife Lucie de Chaftillon en Bazois
; la petite Charmante de l'Hôtel
des Lions, le Soupirant du Cap
de Bonne - Efperance : Digeon
Voifin de la Fontaine des Blancs-
Manteaux ; l'aimable Madelon de
la rue Simon le Franc ; J'ay bien
deviné , rue S. Denis ; ma Voifine
la grand' Parleufe , & l'Ami de
Battereau .
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , dont l'Auteur eft le
GALANT. 375
Mitron Poëte de la rue Grenier
Saint Lazare.
2225522222255 5225
ENIGME
Leforce de
coups ,
E bien qu'on ade moy n'est qu'à
La couleur dontjefuis eft artificielle.
Le feu qui détruit tout rend ma
forme plus belle ,
Je fuis le bien-aimé des fages & des
fous.
2
Sorty de cent prifons je fuis utile à
tous,
[ parcelle,
Fe fuis un composé de plus d'une
Parun Soleil ardent ma maison naturelle
[calme & doux.
Perit avecque moy dans un temps
S
376 MERCURE
Pour eftre bon & beau je fuis per
fur la Terre ,
Je fers pour foûtenir
de la guerre
les longueurs
Fayplus d'yeux qu'un Argus -je
bois & ne dors point.
Je faisdans les trefors un des plus
neceffaires , [ baut point ,
Cette neceffité va jufqu'au plus
Et quand on ne m'a pas on fait mal
fes affaires.
Les paroles que vous allez lire
ont efté notées par M. du Four,
Muficien de Toulouſe.
S
AIR NOUVEAU.
Ans espoir d'eftre aimé
pour Climene ,
je
brûle
L'Ingrate n'a pour moy que fierté,
que rigueur,
Et malgréfes mépris conſtant dans
mon ardeur
377
îne.
T
2 plus
☛ que
vivre
aucun
¡ pris
fouf
perte
qui a
celuy
verfer
in Al-
Bonn.
puis
ncée,
faire
ayen
376
Pour e
Je fer.
Fay ph
Je fui.
Cette
Et
que
Les
ont e
Mufic
A
S'
Ling
Et m
GALANT. 377
Je nesçaurois brifer ma chaîne.
Non , je ne puis me dégager,·
Et quand elle feroit mille fois plus
cruelle
J'aime encor mieux souffrir que
de changer,
Et mourir malheureux que de vivre
infidelle.
Les Ennemis n'ont fait aucun
progrés depuis qu'ils ont pris
Mayence. Ils avoient affez fouffert
pour fe repofer , & leur perte
a efté fi grande que le Party qui a
fait chanter le TeDeum , eft celuy
qui a eu le plus de fujet de verfer
des larmes. On compte déja en Al--
lemagne fur la prise de Bonn .
On peut ne fe pas tromper , puisque
cette Place eft fort avancée ,
& qu'on la gardoit pour la faire
fervir au mefme uſage que Mayen
Septemb. 1689, Li
378 MERCURE
12
>
ce. La Tranchée fut ouverte le 16.
de ce mcis. Le Prince Charles de
Lorraine ayant envoyé fon Infanterie
à ce Siege , a donné une partie
de fa Cavalerie à l'Electeur de
Baviere , qui a repaffé le Rhin , &.
il couvre le Siege de Bonn avec le
refte . Quand cette affaire fera confommée
la Guerre commencera
& l'on verra comment
les François deffendent les Places
fortes. Il y a grande apparence qu'il
ne fera pas aifé de les forcer à des
rendre , puis qu'ils font perir tant
de Troupes devant celles qui n'ont
point de dehors, & dont les For
tifications ne font que pour les
empefcher d'eftre infultées.
M. le Maréchal de Lorge doit
partir demain , premier jour d'Ocrobre
pour fe rendre en AllemaGALANT.
379
E
A
gne. Comme il a appris le Meſtier
de la Guerre fous feu M. de
Turenne fon oncle , dont il a é
tudié toutes les manieres , & qu'il
fit aprés la mort de ce Grand
Homme , une retraite qui fut admirée
de toute l'Europe , & qui le
couvrit de gloire , il y a lieu d'at
tendre beaucoup de luy.
A l'égard de l'Angleterre , le
Prince d'Orange travaille à reftablir
le Fouvoir Arbitraire que la
Nation apprehende , & fans lequel
un Ufurpateur ne peut regner.
Il a befoin pour cela de toute
fon adreffe. La Guerre favorife
beaucoup fon deffein , parce
que fous ce pretexte - là il fait venic
i des Troupes Etrangeres , de forre
que fi les Affaires de cet Eftat ne
changent bien - toft de face la
Li ij
280 MERCURE
Nation connoiftra qu'elle eft la
dupe de ce Prince , mais il fera
peut- eftre trop tard. L'union des
deux Religions eft un coup de politique..
L'Anglicane y perdra beaucoup
, mais la verité de l'une ou
de l'autre Religion n'eft pas ce qui
embaraffe ce Prince , il cherche
l'union pour fon intereft , & cet:
intereft demande que les Presbiteriens
foient contens. On dira que
les deux Religions font d'accord,
parce que trois ou quatre traiftres
qui font fervir la Religion à leur
fortune prétendront avoir reglé
unft grand differend
ceux de la Religion Anglicane
feront contraints d'y foufcrire..
Ainfi il eft impoffible que la pluf .
part des Anglois foient fatisfaits
dans le coeur. On dit que trente-
1
tous
GALANT: 38t
ont
cinq perfonnes , du nombre deſ.
quelles il y a cinq Femmes
confpiré contre le Prince d'Oran
ge. Du moins il pretend que cela
foit , & a donné ordre pour les
faire arrefter.
44
Quant aux Affaires d'Irlande, le
Comte de Melfort , qui eftoit auprés
du Roy d'Angleterre en qualité
de Secretaire d'Eftat , arriva à
Breft le 20. de ce mois. Il dit qu'il
eftoit party d'Irlande le 17. Que le
18. Sa Majesté Britannique ſe devoit
mettre à la tefte de fon Armée
composée de vingt- cinq mille
Hommes , & aller au devant du
Maréchal de Schomberg qui avoit :
pris Califergus , aprés y avoir
perdu neuf cens Hommes , & que
le . Comte de Naffau avoit esté
bleffé à ce Siege. Les deux Armées :
"
782 MERCURE
pourroient eftre venues aux mains
depuis ce temps - là . Je fuis voftre ,
& c.
A Paris , ce 30. Septembre 1689.
粥光光光粥粥M諾諾諾光光光諾諾諾
TABLE.
Rélude:
I
L'Ange de la France à l'Ange
de la Religion.
Concert.
Nouvel établissement.
10
21 .
28
Fortifications faites à Abbeville , &
nouveaux Officiers nommez.
Fable. "
40
43
Suites des Propheties , Devinations
& Pronoftications.
La Coquette incurable.
53
127
"
TABLE.
Hiftoire.
129
Ce qui s'est passé à l'Academie Francoife
le jour de la Fefte de Saint
Louis. 18.0
237
Thefes en cahier , de l'Hiftoire Univerfelle
depuis là Creation du
monde jufques à Jeſus - Chrift ,
foutenues à Thoulouse .
Officiers nommez par Sa Majesté. 240.
Détail de la Prife de Cocheim , avec
les noms des Morts & des Blef
fiz.:
Tentative inutile faite par le General
Schoning devant le Château de
Nurembourg
Relation du Siege de Campredon
fait par l'Armée Espagnole. 270
Prife de Mayence , avec les noms des
Morts & des Bleffezi
Nouvelles de Mer.
Nouvelles de Flandres.
247
267
303
326
337
TABLE
Nouvelles de Rome.
Nouvelles Charges données.
Enigme.
344
363
375
377
Affaires d'Allemagne & d'Angletere.
Fin de la Table.
Avis pourplacer les Figures .
Air qui commence par Trou
verfar l'herbette , doit regar
LA I
der la page 51.
.
La Medaille doit regarder la«
page 239.
L'Air qui commence par , Sans
efpoir d'eftre aimé , doit regarder
la page 376
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le