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1689, 08, t. 9 (Affaires du temps)
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395
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Texte
Library oftheUniversity of Michigan
TheCoylCollection
MissJean D.Coyl
ofDetroit
in memory ofher brother
Col. WilliamHenry Coyl
1894.
ERTABER
1689


AFFAIRES
DU TEMPS :
IX. PARTIE,
Contenant ce qui s'eft paflé
en Irlande & en Ecoffe.
AVEC UNE PREFACE
Quifait voirque le Prince d'Orange
ne peut poffeder long- temps
le Trône qu'il a ufurpé..
DePartie DAoun
2
A PARIS ,
Chez MICHEL GUEROUT
Court- neuve du Palais ,
au Dauphin.
M. D C. LXXXIX.
AvecPrivilege du Roy
840.6
M558
1689
Aug.
pt.2
Coyl
Gottschalk
10.14 55
88594
5SZ5225 2222225525
PREFACE
Ο
Uand j'ay affeuré dans
la Preface de ma feptiéme
Lettre fur les Affaires
du Temps , que je cefferois
cet Ouvrage au premier jour
de Septembre , pour ne le reprendre
qu'au mois de Janvier
, j'ay dit , que fi la cheute
du Prince d'Orange arrivoit
plûtoft , je ne poufferois pas cette
Hiftoire plus avant , & que je
ne croyois pas qu'elle duft aller
plus loin que le reste de cette
a įj
PREFACE .
année. L'impatience que tous
les honneftes gens ont de voir
finir le regne d'un Ufurpateur
, a fait prendre ces paroles
au pied de la lettre , mais
differemment . Les uns ont
cru que je fçavois des choſes
particulieres qui devoient
rendre fa cheute infaillible ;
& les autres , à qui ce terme a
paru un peu court, ont regardé
ce que j'en ay dit, comme
une espece de prediction
dont l'évenement eftant incertain
, leur a donné lieu de
croite , que je ne devois pas
m'en charger. Je répondray
PREFACE.
aux uns & aux autres qu'il n'y
a point d'Ufurpateur dont
on ne puiffe dire ce que j'ay
avancé du Prince d'Oranges,
quand mefme il ne paroiftroit
menacé d'aucun revers,
& qu'il jouirois avec la tranquillité
la plus paifible , det
tout le fruit de fes attentats .
Lors qu'on s'eft emparé du
bien d'autruy , on ne fçauroit
affeurer qu'on en demeurera
toujours poffeffeur , & que la
punition ne fuivra point le
vol qu'on a fait , tout homme
qui s'eft rendu criminel
envers Dieu , & envers les
a iij
PREFACE.
2
hommes devant craindre à
tout moment que le Ciel ne
l'abandonne à la juftice de la
terre. L'Ufurpateur le plus
favorifé de la fortune, eft tou
jours preft à perdre ce qu'l
a acquis par des voyes injuftes
, de mefme qu'un bel édifice
qu'on a élevé fur du fable
mouvant est toujours
preft à tomber , fans en pouvoir
eftre garanty par tout ce
qui le fait paroiftre brillant ,
& folidement bâ Y aux yeux
des hommes.
Il eft certain que dans la
fituation où le trouvent les
PREFACE .
affaires d'Angleterre , le Prince
d'Orange doit eſtre dans
un fort grand embaras , &
que parmy ce grand nombre
de perfonnes qui luy font leur
cour avec le plus d'affiduité ,
il ne peut démefler ceux qui
fe préparent à l'abandonner ,
& ceux qui ont refolu de luy
demeurer fidelles . Il y en a
mefme beaucoup d'incertains
de ce qu'ils doivent faire , &
qui attendent toujours l'occafion
pour fe déterminer
& comme ceux - là ne manquent
jamais à fe ranger avec
les plus forts , & que les plus
a iiij
PREFACE:
grands Amis d'un Ufurpateur
le quittent dés que fa fortune
commence à changer , il eft
feur que ceux qui doutent à
prefent , feront des premiers
à fe laiffer entraîner au torrent
, qui abattra fa fortune..
Il n'y a dans toute l'Angleterre
que les Prefbiteriens qui
puiffent eftre fatisfaits ; encore
ne doit- on pas croire qu'ils.
foient tous dans le mefme
fentiment
. Il fe trouve parmy
eux d'honneftes gens qui é
toient contens de la liberté
de confcience que le Roy
leur laiffoit. Ainfi les feuls
PREFACE.
Presbiteriens cabaliftes , Amis
du defordre & du fang , peuvent
goûter quelque joye de
voir un Ufurpateur à leur
tefte , qui appuye leurs infolences
& leurs injuftices ,
pendant que fes crimes en
font protegez. Tout le refte
de l'Angleterre accablé fous
la domination injufte du
Tyran dont elle baife la main
qu'elle voudroit voir coupée,
n'artend que le moment favorable
pour fecoüer un joug
qui luy eft fi odieux . Ce n'eſt
point icy une Prediction ,
c'eft un fait conftant qui doit
PREFACE.
refulter de toutes les chofes
que je vais dire.
Tous ceux qui profeffent la
Religion Anglicane apprehendant
tout du Prince d'Orange
pour leur Religion ,
doivent , s'ils en veulent
peſcher la ruine entiere , fe
joindre à tous les Mécontens
, quand l'occafion s'en
prefentera , afin de le renvoyer
aux licux d'où il eft
venu s'il
>
peut
eftre affez
heureux pour y retourner ,
puis que fans cela ils verront
bien toft abolir l'Efpicopat
comme en Ecoffe . Cet exemPREFACE
.
ple abrege tous les raiſonnemens
que l'on pourroit faire
là - deffus . Le Prince d'Orange
eft venu pour empeſcher
qu'il n'y euft aucun changement
dans la Religion . Son
Manifeſte le porte ; il eſtoit
également pour l'Ecoffe , &
pour l'Angleterre. Il fuppofoit
que le Roy vouloit détruire
la Proteftante , il entendoit
parler de l'Anglicane,
qui eft comprife fous ce nom ,
qui eft la Religion de l'Etat ,
& cependant il vient de l'abolir
en Ecoffe , & de l'affoiblir
tellement
en AnglePREFACE.
Ta
terre , qu'il n'y a plus que
Presbiterienne qui ait le deffus
, de forte que l'on auroit
peine à dire quelle eft la Religion
de l'Etat. On ne laiſſe
pas d'y en fouffrir quelquesunes
, mais c'eft feulement
afin de ne pas avoir pour Ennemis
ceux qui les profeffent.
On voit bien que la Presbiterienne
qui eft la favorite , fe
met en eftat de regner feule ,
& que fon party n'a élevé
l'Ufurpateur , qu'afin qu'il la
faffe triompher de toutes les
autres ; mais quelque avantage
qu'elle femble avoir , elle ne
PREFACE.
doit pas laiffer de craindre ,
puis que l'Ufurpateur qui
n'en reconnoift aucune que
ſelon l'utilité qu'elle luy peut
apporter , favorifera toûjours
celles dont il efperera quel
ques fervices , & abolira les
autres , de crainte qu'elles ne
luy nuifent. Ainfi toutes les
Religions devant eſtre , ou
détruites , ou dans de continuelles
alarmes , il eft hors
de doute , que la Religion
qui luy a fervy de
pretexte
pour envahir l'Angleterre ,
fervira à le faire chaffer du
Trône qu'il a ufurpé .
PREFACE.
Si le Prince d'Orange fait
fouffrir toutes les Religions
en Angleterre jufques à la
Favorite , à laquelle il doit
l'élevation où il fe trouve , les
Loix qu'il a fuppofé qu'il
venoit pour maintenir auffibien
que la Religion, ne ſouffrent
pas moins , & l'on ne
peut dire qu'il y ait preſentement
aucune des anciennes
Loix en vigueur . On n'y connoift
plus les Loix penales ,
quoy que l'on fiſt un crime
terrible au Roy , de la feule
penfée que l'on pretendoit
qu'il cuft de les abolir . Cette
PREFACE .
penfée le rendoit fi criminel,
que pour l'avoir euë , il meitoit
de perdre le Trône.
Cependanr ces Loix font tellement
adoucies , parce qu'el
les font contre les Presbiteriens
à qui le Prince d'Orange
doit la Couronne
qu'on ne les reconnoiſt plus .
Les Seigneurs ne jouiffent
plus de l'avantage de la Loy
Habeas
corpus & ainfi
il ne
ils feront coupables dés
qu'ils deviendront fufpects
à l'Ufurpateur , & iÎ
manquera point de pretextes
pour les perdre. Il a comPREFACE.
mencé de fi bonne heure à
fe défaire de tout ce qui luy
eft oppofé , qu'eftant devenu
grand maiſtre en cet Art,
ce n'eft plus pour luy un
apprentiffage . Je ne feray
point le denombrement des
Loix détruites , elles font
connuës, & il n'y a pour cela
qu'à lire les Journaux de ce
qui fe paffe au Parlement
Angleterre . Je diray feulement
que la deftruction
de toutes ces Loix fera une
des caufes de la prochaine
cheute du Prince d'Orange.
Pour prouver le mécontenPREFACE.
tement qu'on en a ainfi que
de fon gouvernement , il ne
faut qu'examiner la quantité
de perfonnes qui n'ont point
voulu luy prefter les nouveaux
fermens , & que faire
reflexion fur ceux qui les
ont preftez par force , dont
le nombre doit eftre encore
plus grand . Ainfi l'on peut af
furer que qui n'aprouve point
l'ufurpation, quand l'Ufurpa
teur paroift le mieux étably ,
fera preft à renoncer à le reconoiftre
pour fon Prince dés
que la fortune commencera à
l'abandonner , & cherchera
b
a
PREFACE.
mefme les occafions de faire
avancer cet heureux temps.
On ne peut nier que le
Prince d'Orange n'ait fait
tout le contraire de ce qui eft
porté dans fon Manifeſte à
l'égard de la Puiffance arbitraire
, & qu'il ne l'ait plus.
violemment exercée depuis
qu'il a ufurpé le Trône , que
tous les Rois d'Angleterre
enfemble. S'il l'ofe mettre en
pratique pendant que le Par
lement eit affemblé , & fur
tout à l'égard des Seigneurs
qu'il ne craint point de faire
arrefter, il eſt à croire que dés
PREFACE .
les
que ce Parlement fera ſeparé,
il la pouffera encore plus loin,
& qu'un pouvoir limité , tel
qu'il aura efté reglé par
deux Chambres , ne l'accommodera
point. Ce Prince
ayant toûjours efté abſolu en
Hollande , fon humeur altiere
ne peut reconnoiftre de
Loix , & comme il est trop
accoûtumé à eftre libre , il
luy fera impoffible de fouffrir
de frein il voudra le
rejetter , & la haine qu'il s'attirera
par là , forcera les Mecontens
de chercher à s'en
defaire , parce qu'ils le trou
b ij
PREFACE .
veront trop dificile à reduire
fur les chofes , aufquelles
las
Majefté Royale eft.fujette
en
Angleterre
.
Outre ce que je viens de
des Religions mal- marquer
traitées , des Loix abolies , de
la Puiffance arbitraire ufur
pée , l'Angleterre eft encore
remplie de Mécontens pour
mille articles generaux
, qui
intereffent prefque toutes les
Familles. Cela fe voit dans le
grand nombre de ceux qu'on
veut excepter de l'amniſtie.
Ce font Perfonnes illuftres, &
diftinguées par leur qualité ,
PREFACE.

qui ont des Amis attachez
à leur fortune , & les uns
& les autres devenant ennemis
de l'Ufurpateur , feront
toujours prefts à s'en défaire
. Il s'en attirera encore
beaucoup d'autres en facrifiant
tout ce qui pourra luy
faire ombrage , il n'épargnera
pas mefme ceux qui l'ont
fervi en trahiffant leur legitime
Souverain , de crainte
qu'un repentir ne les oblige
à le trahir luy meſme à fon
tour ,& toutes ces chofes luy
devant donner pour ennemis.
les trois quarts de l'AnglePREFACE
.
terre , il eſt aifé de prévoir
ce qui luy arrivera fi toft que
le Roy , ou fes Armées commenceront
d'y paroistre Ainfi
, au lieu que le Prince d'O
range n'a efté receu en Angleterre
que par des Traiftres ,
lors qu'il eft venu en ufurper
la Couronne , on verra des
millions d'ames courir au devant
de la feule ombre des.
Armées de Sa Majeſté , dés
que l'on fçaura qu'elles s'avanccnt.
On doit regarder
tout un Peuple qui a faillys
comme un Pecheur qui commet
un crime dont il fe re
PREFACE.
pent un peu aprés , & qui dans
la douleur qu'il en a , imite le
Alux & le reflux de la mer. Le
flux , c'est à dire un mouvevement
de fedition auquel il
faut que tout cede , l'a enwho
traîné en tumulte au crime ,
fans qu'il ait eu le temps d'e
xaminer ce qu'il faifoit ; le
reflux qui eft un retour à l'obeiffance
qu'il doit à fon vray
Monarque , le reporte vers
luy avec la meſme viteffe ,
lors que les remords faififlent
fon coeur. Voilà comment le
Peuple d'Angleterre fe repen
tira d'avoir peché contre les
PREFACE .
Loix divines & humaines , en
fe declarant contre fon Roy,
qui a receu fa puiffance du
Ciel ,
pour prendre le party
d'un homme qui n'eft venu
que pour renverfer fes Loix ,
s'enrichir aux dépens de fon
bien , troubler la tranquillité
dont il joüiffoit, inquieter fa
confcience , mettre le defordre
dans les trois Royaume ,
en faire revolter les Sujets
contre leurs Compatriotes ,
exciter entre eux une mortelle
, & cruelle haine , & les
expofer au peril d'avoir à ſacrifier
leur vie pour leur Religion
,
PREFACE.
ligion, quoy que fous le regne
du Roy que l'Ufurpateur a
obligé de fortir de fes Etats,
chacun puft exercer paifiblement
celle qui luy fembloit
la meilleure
; de forte que
quand ces Peuples viendront
à ouvrir les yeux , & à exa .
miner le fang qu'ils auront
verfé , ils connoiftront qu'ils
l'auront fait fans neceffité ,
& que vainqueurs ou vaincus
il ne leur en pouvoit revenir
d'autre avantage que celuy
dont ils jouïffoient fous leur
veritable Maiſtre . Quel fujer
n'auront ils pas alors de mau-
C
PREFACE.
dire l'Ufurpateur , & fon regne
, pendant lequel ils auront
efté animez d'un efprit
de fureur qu'il leur aura infpiré
, afin qu'eftant occupez
le déchirer les uns les au
tres , ils fuffent moins en état
d'examiner fes injuftices , &
toutes fes démarches pour
les mettre fous un joug , dont
il leur duft eftre impoffible
de fe defaire ? On peut juger
fi dés que ces malheureufes
Victimes de l'ambition de
ce phantofme de Souverain,
feront un peu de reflexion
fur leur malheur , & fur le
PREFACE,

de
fang qui aura coulé dans les
trois Royaumes , ils perdront
un moment à fe declarer contre
un Ufurpateur qui ne
pourroit continuer de regner
, fans que la perte
leurs libertez fuft fuivie de
celle de leurs biens & de
leurs vies. Voilà des motifs
affez puiffans pour engager
les Peuples à ne demeurer
pas encore long - temps fous
joug qu'on leur a fait recevoir
, en leur prefentant
l'image de la liberté
quand l'eftat où l'on a def
fein de les reduire , pour les
&
cij
PREFACE .
affoiblir & les tenir en bride
par le moyen des Troupes
étrangeres , afin d'empêcher
qu'ils ne fe repentent ,ne feroit
pas une raifon affez forte pour
lour faire prendre au pluttoft
ce party, la crainte du châtiment
qui eft dû à ceux . qui
s'obstinent dans une longue
rebellion , aprés le pardon
qu'on leur a offert , fera fans
doute une prompte impreffion
fur leurs efprits , & les
obligera de hâter ce que leur
devoir , la raifon & leurs
propres interefts leur fe-.
roient peut-eftre faire avec
PREFACE.
prés de
une lenteur qui ne meriteroit
pas de trouver grace auleur
Souverain .
par tant de raifons dif.
ferentes , les Peuples doivent
reconnoistre leur Reyde
crainte que leur endurciffement
dans le crime n'empê
che qu'il ne leur foir pardonné
, l'Ufurpateur qui les a
furpris fous des promeffes
qu'il ne leur tient pas , ne
voit aucune affurance à prendre.
Il ne peut compter fur
la plus grande partie de fes
Troupes , qui ont tant de fois
voulu le quitter , & qui ont
c iij
PREFACE.T
pas
jetté fi fouvent leurs armes.
Ces Troupes ne manqueronsd
de joindre celles du Roy
fi- toft qu'elles déploieront
leurs Etendards. Elles y reconnoiftront
des Sujets fidele
les , dont elles envieront la
gloire , & leur veuë leur re
prefentant leur rebellion , ele
les. tâcheront auffi - toft de
l'effacer en rentrant dans leur
devoir. On ne peut formerd
aucun doute là - deffus
moins
que de
mal
juger
des
évenemens
. Quand
le
Prins
ce d'Orange
a paffé
en
An-q
gleterre
, tour
y
paroiffois
?
PREFACE.
tranquille , & la Nation fem
bloit vouloir eftre fidelle a
fon Roy. Elle ne paroift pas
aujourd'huy
de mefme pour
celuy qui en a ufurpé l'au
torité fouveraine. Tout y eft
en mouvement
; plufieurs
font éclater preſqu'à ſa vûë
l'amour qu'ils ont pour leur
Roy , & dans les lieux les
plus éloignez , on parle plus
haut , on agit , & l'on prend
les armes . Ainfi , il y a tout
lieu de croire qu'on courra
avec beaucoup plus d'empreffement
au devant du Roy
lors qu'il commencera
de pas
c iiij
PREFACE
roiſtre , que l'on n'a fait au
devant du Prince d'Orange
quand il a paru, puis qu'il n'y
avoit que des traiftres , & quat
les Sujets fidelles ne les fuivoient
que par force , au lieu
que dans cette occafion les
Peuples y feront portez d'euxmefmes
, par leur repentir,par
un veritable zele , & par un
fincere amour pour leur Sou
verain .
Les cruelles craintes, qui
tourmentent fans relâche les
Ufurpateurs , agitent de mefme
leurs nouveaux Sujets ,
dont la deftinée fe trouver
PREFACE.
2
attachée à leur fortune . Ainfi
ces Sujets fatiguez d'alarmes
continuelles , ne font pas plûtoft
entrez ſous le joug qui
leur fait fouffrir de fi violentes
inquietudes, qu'ils font prefts
de le fecoüer pour fe remertre
dans un estat tranquille
& naturel. Mais quand celuy
d'agitation ne leur feroit
tout-à- fait infupportable , &
qu'ils s'efforceroient de le
fouffrir pour un temps , il eſt
impoffible que le Peuple Anglois
s'accommode des impofts
exceffifs que l'on veut
mettre fur luy. Les riches fe
pas
PREFACE
trouvent toujours peu difpo
fez à donner , ce n'eft point
Fuſage du Païs ; & quand de
pareilles levées ne les incom
moderoient point , ils crai
gnent que les premieres ne
donnent lieu aux fecondes ,
& les fecondes à d'autres , &
qu'enfin on n'aille jufqu'à un
excés qui leur devienne onereux
. Si les riches craignent fi
fort les impofts en Angleterre,
ceux qui ne font pas en eftat
de les fupporter en murmurent
encore beaucoup davantage
, & il ne faut point douter
qu'ils n'embraffent avec
joye la premiere occafion
PREFACE.
qu'ils
ils trouveront de fe fou
lever. Comme on a impofé
plus d'argent depuis fix mois,
que l'on n'avoit fait depuis
cent ans , la levée ne s'en fera
pas fans obftacles , & ces obftacles
ne peuvent manquer
de produire une rebellion
qui fera changer de face aux
affaires . L'Impoft qu'on a mis
fur le Chocolat & fur le Caffé,
Befté cauſe d'un changement
affez furprenant . C'eft dans les
licux , où l'on va le boire
qu'on a commencé à cabaler
contre le Roy, & à gagner,
Les peuples pour les engager
avilege p
PREFACE.
à la revolée , & c'eſt preſentement
dans ces mefmes lieux
qu'on parle contre le Prince
d'Orange . Ceux qui s'y affem..
blent ne peuvent prendre de
ces boiffons , qui ne font faites
que pour amuſer , fans fe re
prefenter auffi - toft l'Impost
qu'il a mis deffus , & par confequent
fans fe repentir de
ce qu'ils ont fait pour luy
& fans fe promettre de le détruire.
Si tous ces Impoſts
avoient produit quelque effet
avantageux , on pourroit s'en
confoler, mais avec toutes ces
grandes fommes tous les
3
PREFACE.
projets dont on avoit fait un
fi grand bruit , ont esté en
fumée ; les Anglois , & les
Hollandois enſemble n'ont
pû eftre maiftres de la Mer ,
comme ils s'en estoient flatez,
& ils fe font trouvez bien
éloignez de deſcendre fur nos
coftes , aprés toutes les menaces
qu'ils en avoient faites ;
de forte que fi le Prince d'O
range demeure en Angleterre
, il faudra qu'il leve de
nouvelles fommes , pour échouer
de la mefme forte
une autre année , au lieu
que fi Sa Majesté BritanPREFACE.
Ca
nique rentre dans fes Etats
& qu'on remette les chofes
comme elles eftoient auparavant
, toutes les levées de
deniers cefferont , les confciences
feront en repos , les
agitations , & les craintes fe
diffiperont , les beaux jours
reviendront avec le calme &
la paix , & toutes les affaires
reprendront une riante face,
Tous les Peuples ayant un
intereſt ſi notable à fouhaiter
un bonheur fi grand , y
a t - il perfonne qui ne doive
eftre perfuadé qu'ils n'atten
dent qu'un favorable mo-
1
PREFACE.
ment pour reconnoiftre ce
luy que le Ciel leur a donné
pour les gouverner ? Le Parlement
mefme qui ne fçait plus
ce qu'il veut, ny ce qu'il fait,
ny ce qu'il doit faire , a befoin
, aprés avoir embaraffé
des affaires qu'il ne fçauroit
débrouiller
, que le Roy pour
les démefler , vienne par fa
prefence couper le noeud
Gordien qui les tient emba
raffées , fans quoy il leur
fera impoffible d'en venir à
bout.
ཅུ་ Tous les Ufurpateurs qui
fe font ouvert le chemin du
PREFACE.
Trône par le carnage
, n'ont
jamais
enſemble
fait couler
plus de fang pour s'élever
que
le Prince d'Orange
en a fait
répandre
feul . Toute l'Europe
en peut rendre
témoignage
.
Le Roy ayant declaré
la
Guerre
aux Hollandois
en
1672. pour les raisons que j'ay
marqucés
au long dans mes
Lettres
, avoit pris à peine
les armes , qu'au milieu de la
rapidité
de les Conqueftes
,
qui furent l'étonnement
&
l'admiration
de toute laterre,
il ouvrit fon coeur à la clemence
; & fe laiffa toucher
,
a
PREEACE..
en écoutant favorablement
les propofitions que les Hollandois
luy firent faire , de
forte que la paix eftoit en
eftat d'eftre concluë par l'entremife
de M'S de With
ces Catons de la Hollande ,
ces fages Républicains , qui
aimoient veritablement leur
Patrie , & qui cherchoient à
luy épargner les maux inſeparables
d'une longue guerre.
Le Prince d'Orange sy op
pofa avec un emportement
digne de tout ce qu'il a fait
depuis ce temps-là , & ces
deux genereux Freres payed
PREFACE
rent de leur vie le deffein
qu'ils avoient eu d'empefcher
que les malheurs de la Repub
blique ne continuaſſent . Jel
ne diray point par quel ordre
& par quel bras ils furent
affaffinez ; mais feulement
que leur mort fit avorter tous
ces projets d'accommodement
, aufquels s'oppofoit
le Prince d'Orange .. Ainfi
ce Prince qui ne regardoit
que luy foul , & qui vouloit
commander , fit reculer la
paix de plus de fix ans , &
pourfuivre une Guerre dont
la feu embrafa l'Allemagne
4
PREFACE
*
la Flandre, & les Royaumes du
Nord. Elle fut caufe que M
de Turenne donna plufieurs
Batailles à la honte de l'Allemagne
, elle fit perir quan
tité de milliers d'hommess
dans les Armées de Danne
marckode Suede , & de
Brandebourg qui fe donne
rent differens combats ; elle:
couta au Roy Catholique
les meilleures Places de Flan
dres, qu'il ne put perdre fans
effufion de fang . & la Ba
taille de Senef qui en a tang
fait verfer , ne fe feroit poing:
donnée fans cette guerre . En
dij
PREFACE.
fin tout le fang qui a inondé
la plus grande partie de l'Europe
pendant dix années d'une
cruelle guerre entre plus
de vingt Souverains , n'cuſt
point efté répandu , fi pour
avoir le plaifir de comander,.
le Prince d'Orange n'euſt mis
obftacle à la Paix que trai
toient M's de With , pour le
repos de tous les Etats intereffez.
Le Roy au milieu
de fes triomphes , maiſtre de
la Ville de Gand fi confiderable
pour fa fituation , &
faifant trembler Anvers , &
par confequent toute la Hol
PREFACE.
lande , qui voyoit les Trou
-pes fort peu éloignées , vou→
lub arrefter le cours de tant
deidefordres , dont le Prince
d'Orange fouhaitoit la fuite,
& facrifia une partie de fes
Conqueftes pour impofer la
paix à l'Europe qui la receut
avec joye. La Hollande l'accepta
la premiere , & tout le
Peuple de la Haye ayant témoigné
par des cris d'allegreffe
reïrerez , à la veuë du
Trompete qui en porta la nouvelle
, l'extréme fatisfaction
qu'elle luy donnoit, cescris de
joye furent des coups de poiPREFACE

gnard dans le coeur du Prin
ce d'Orange , qui n'eftant pas
encore fatisfait de tous les
malheurs qu'il avoit caufen
depuis fix ans refolur des
rompre cette Paix , à quoy ik
rcuffit en partie. La Bataille
de fainte Denis qu'il donna
ayant le Traité figné dans fa
poche , fut des plus fanglantes
, mais elle n'eut pas les
fuites qu'il avoit crû qu'elle
auroit. Le Roy toûjours ge
nereux , & voulant que l'Eu
rope jouïft du repos qu'il vo
noit de luy donner , vit bien
que le crime commis contre
PREFACE
la foy des Traitez , ne regar
doit point les Hollandois qui
avoient figné la Paix , mais
qu'il venoit d'un Particulier,
ambitieux & chagrin
s'eftoit flaté qu'en donnant
une bataille , il irriteroit Sa
1.
qui
Majeſté , & l'obligeroit à une
rupture qui eftoit le but do
tous fes fouhaits . Ainfi cette
Paix cut fon effet malgré
toutes les cabales , & la fu
reur du Prince d'Orange, qui
fit depuis plufieurs efforts in
utiles pour la rompre, & qui
vient enfin de reüffir , & d'ale
lumer la Guerre par toure
PREFACE.
l'Europe , afin que pendant
ces troubles , il puiffe plus
aiſement jouir du fruit de
fon crime , & affermir fon
autorité en Angleterre . Sans
cette Guerre allumée par luy,
tout le fang qui a efté repandu
l'hiver dernier dans le
Palatinat , & dans l'Electorat
de Cologne , ainfi que celuy
qui a coulé depuis que la
Campagne eft ouverte , & qui .
coulera encore avant qu'elle
finiffe ; enfin tout ce qu'il en
a couté à l'Irlande , & à l'Ecoffe
depuis fon invaſion
n'auroit pointeſté verſé .
L'AnPREFACE.
L'Angleterre feroit tranquille
, elle ne verroit point les
malheurs qui la defolent de
toutes parts , & ne feroit pas
dans une fituation à devoir
encore en apprehender de
plus fâcheux .
que
Il refulte de tous ces malheurs
, & de tout ce fang verfé
, fi le Prince d'Orange
a pû conſentir à tant d'horreurs
pour avoir la fimple
qualité de Commandant à
gages dans une Republique,
il les porteroit au dernier excés
ſe
conferver celuy
pour
с
PREFACE.
de Roy , fi l'Angleterre në
s'oppofoit pas à la violence,
Il tâcheroit de l'affoiblir par
toutes fortes de
voyes.comme
on fait
par de frequentes foignées
un corps trop robuſte
dont on croit devoir épuiſer
les forces ; il détruiroit ceux
qui luy feroient ombrage , en
les excitant les uns contre les
autres , & les engageant par
ce moyen à s'accufer les uns
des autres , & à travailler euxmefmes
à leur perte ; il feindroit
des confpirations contre
luy & contre l'Etat , afin
d'avoir lieu d'en facrifier
PREFACE.
d'autres , & reduiroit fi bas
l'Angleterre , qu'aprés avoir
épuifé fes forces , il acheveroit
de la dompter , & d'établir
le pouvoir arbitraire avec
une armée d'Etrangers entierement
à la devotion , & de
la fidelité defquels il feroit
plus affeuré que de celle des
Troupes levées dans le Païs .
Mais heureufement l'Angleterre
a les yeux ouverts fur
tout cela. Elle fçait tout ,
elle voit tout , & de regne
d'un homme à qui les plus
grands defordres ne peuvent
caufer d'horreur , luy faifant
e ij
PREFACE
juger de ce qu'il feroit pour
ne pas tomber du Trône ,
puis qu'il n'a rien épargné
pour ſe prolonger le Commandement
de l'Armée d'une
Republique , elle connoiſt
bien qu'elle auroit à effuyer
tout ce que la plus rigoureufe
tirannie peut faire fouffrir ,
fi elle demeuroit plus longtemps
fous le joug cruel
d'un Ufurpateur que toutes
fes injuftices n'ont encore pû
fatisfaire . C'eſt pour cela
que rous les honneſtes gens
font refolus de le fecouër ,
Ils font revenus du coup qui
PREFACE.

y
les avoit étourdis , & la prudence
ayant voulu qu'ils
ayent cedé à la force & à la
furpriſe , le Prince d'Orange
fera obligé de ceder à fon
tour . Il ne pourra l'éviter
parce qu'il eft impoffible de
lire dans les coeurs , & fi pour
s'en garantir il fait arrefter
ceux qu'il foupçonne , & les
facrifie à fa fureur , il irritera
encore plus la Nation ,
qui eft déja bleffée dans le
fond de l'ame , & avancera
par là le moment heureux qui
doit tirer l'Angleterre d'ef
clavage. Quelque bruit que
e iij -
PREFACE.
ce Prince faffe dans le mon
de , & dans quelque élevation
qu'il fe foit mis , comme
on ne luy rend que des
refpects forcez , & què fes
plus Confidens font ceux à
qui fes crimes font le mieux
connus , on peut dire qu'il
n'y a perfonne fur la terre
qui le confidere veritable
ment , parce que n'eftant recommandable
par aucun caractere
de grandeur d'ame
ou de vertu heroïque , il eft
feulement regardé par ce qui
diftingue les grands criminels.
Luy mort , tout feroit
PREFACE.
mort avec luy, & ceux qui
paroiffent aujourd'huy le plus
dans fes interefts , loin d'en
prendre encore à ce qui le
toucheroit chercheroient
la
tous les moyens poffibles de
faire oublier qu'ils euffent efté
de fes Amis. Tout homme
qui ne regne ainfi que par
force , ou qui n'eft applaudy
que par politique , ou par
intereft , ne doit pas fe croire
en feureté dans fa plus haute
fortune. Il a lieu de craindre
à tous momens les glaives
que Dieu tient fufpendus fur
la tefte des coupables , & qui
e iiij
PREFACE.
font tout prefts à porter le
coup. Enfin non feulement il
ya fujet de dire que la profperité
d'un homme du caractere
du Prince d'Orange ne fera
pas durable, mais on eft mef
me obligé de le penfer. Quand
cela n'arrive point , ce qui eft
fort rare , ce font des fecrets
de la providence qu'il n'eft
point permis de penetrer..
Dieu fatisfait fa
vangeance
en quelque temps que ce foit,
& s'il la recule quelquefois
jufqu'à differer de punir un
Ufurpateur en l'autre monde,
c'eſt qu'il luy plaiſt de faire
PREFACE.
fentir en celuy- cy des effets
de fa colere à la Nation , fur
Jaquelle fa main eft apeſantie.
Ceux qui ont pris hautement
le party du Roy , ou
qui le tiennent feulement
dans le coeur , ainfi que ceux
qui ayant eu le malheur
d'eftre découverts , fe trouvent
punis de la fidelité qu'ils
luy ont gardée,doivent avoir
une patience digne de leur
zele , & eftre perfuadez que
toft ou tard ils fe verront delivrez
du Tiran qui les opprime.
Il n'y a prefque point
d'exemple que le regne d'un
PREFACE.
Ufurpateur ait efté long , lors
que le Prince dont il a envahy
les Etats eft vivant ; que
loin d'eftre en fon pouvoir ,
il est en eftat de fe faire rendre
la
Couronne
; que pendant
qu'il a regné il a traité
fes Sujets plûtoft en Pere
qu'en Roy , & qu'il ne s'eſt
attiré que les Ennemis des
gens de bien , qui ne font
jamais du party de l'honneur
& de la vertu , & avec qui
il est glorieux d'eſtre mal .
Mais comme on peut m'objecter
que Cromwel a regné
douze ans , & que fon regne
PREFACE.
auroit encore duré davantage
, fi une mort naturelle
ne l'euft accourcy , d'où il y
a fujet d'inferer que le Prince
d'Orange peut demeurer
long- temps fur le Trône ,
je répons à cela qu'il y a
une grande difference entre
Cromwel & ce Prince, & que
la durée du regne de l'un
n'autorife point à croire que
celuy de l'autre fera long. Il
fe trouve auffi une difference
tresnotable
, & quipeut pref
que decider de tout , entre un
heritier , dont un Tiran enva
hit le Trône, & un Monarque
PREFACE .
qui l'a poffedé , & qui aprés
en avoir efté exclus , met tout
en uſage pour y remonter . Je
vais tafcher de mettre toutes
ces chofes dans leur jour , &
j'efpere que par le portrait
que je feray de ces diverfes
perfonnes , & de la fituation
de leurs affaires , dans le temps
que les uns ont regné , &
que
les autres ont cherché à
fe refaifir de leur Couronne
ufurpée , on jugera fi c'eft fur
de bons & feurs fondemens
que j'ay avancé , fans en donner
pourtant une entiere certitude,
que le regne du Prince
PREFACE.
d'Orange ne doit pas eftre
de longue durée . Je diray auparavant
que parce que celuy
de Cromwel a efté long , on
doit prefumer que celuy du
Prince d'Orange fera court.
On fçait ce que Cromwel a
fait fouffrir dans les trois
Royaumes . Ses cruautez font
encore preſentes à la memoire
d'une infinité de gens qui
s'y font veus expofez , & il
n'y a point de Famille illuftre
qui ne fe fouvienne d'avoir
veu couler beaucoup de fon
fang. Les Peuples n'ont pas
oublié tous leurs malheurs ,
.PREFACE.
& l'Etat en general ayant
fait une trilte
experience
d'un regne fi deteſtable
, ne
laiffera point échaper l'occafion
de fecoüer au plûtoft
le joug qu'un Ufurpateur
luy
vient d'impofer. Ceux qui y
tiennent quelque rang confiderable
, n'auroient jamais
reconnu fon autorité , s'ils
n'avoient efté furpris & forcez
par des traiftres ; mais fi
la prudence veut quelquefois
que l'on cede au temps , elle
fait auffi que l'on ne perd pas
celuy qui fe trouve favorable
pour le délivrer de la tirannie.
PREFACE .
Ceux qui n'ont ny Foy ny
Religion , & à qui le Trône
ne paroift pas acheté trop
cher par les plus grands crimes
, prendront fans doute
Cromwel pour modelle, mais
la plufpart l'imiteront mal .
L'ambition de cet adroit Politique
eftoit inconnuë , &
celle du Prince d'Orange a
éclaté aux yeux de toute la
terre , dés la premiere année
qu'il a commencé à commander
, & à faire couler les
torrens de fang qui ont inondé
l'Europe depuis feize années.
Quand l'Angleterre
K
PREFACE.
s'acoutuma à regarder Cromwel
comme fon Maistre , elle
ne penfoit à rien moins qu'à
s'en donner un . Il y avoit
longtemps qu'elle n'avoit vû
d'Ulurpateur ; ainfi elle n'e、
ftoit point en garde là - deffus
, & en agiffant pour luy ,
elle ne croyoit travailler qu'à
fe delivrer du joug de l'autorité
Royale. Ce fin Politique
fe cachoit parmy la
foule de ceux qui estoient
dans les intereſts du Peuple,
& pour empefcher qu'on ne
penetraft dans fes deſſeins , il
affecta une moderation ex-

P.R EFACE ..
traordinaire , & parla fouvent
en faveur du Roy, mais d'une
maniere qui ne laiffa pas
de faire toujours croire au
Peuple qu'il eftoit plus fortement
attaché à fon party qu'a
celuy de ce Monarque . Enfin
il parvint au pouvoir ſuprê
me en le refufant toujours ,
& s'y affermit avec une feinte
humilité , par le moyem
de laquelle il fe rendit plus
abfolu qu'aucun Roy ne l'avoit
encore efté en Angle
terre . Il n'en voulut point
recevoir le nom , & fe contenta
de celuy de Protecteur,
PREFACE
qui eft glorieux à ceux qui le
portent, & qui n'effarouche
point les Peuples que l'envie
de s'affranchir de la puiffance
arbitraire entraifne aifé-
$
ment à la revolte . Ainfi
Cromwel eftoit à la moitié de
fon regne avec une autorité
plus forte que la Royale, fans
que l'Angleterre fe fuft enco
re apperceuë qu'elle avoit un
Maiftre. Le Prince d'Orange
a pris des maximes toutes oppofées.
Il s'eft ouvertement
declaré contre le Roy dans
fes Manifeftes , & luy a fait
fon procés en condamnant
toutes les actions de fon rePREFACE
.
gne , en quoy l'alliance
& le
fang le rendoient
plus coupable
que Cromwel
. D'ail
leurs il eft venu la foudre à
la main pour foumettre
ceux
qui balanceroient
à luy offrir
la Couronne
. Il ne l'a point
refufée comme Cromwel
; il
n'a pû meſme obtenir deluy,
de feindre
par politique
qu'il
n'en vouloit
pas ; il s'en eft
d'abord
faifi , de peur qu'on
ne la luy offriſt pas deux fois,
de forte qu'ayant
laiffé voir
par là qu'il avoit impofé dans
fon Manifefte
, & qu'il n'avoit
eu deffein d'agir que pour luy
fij
PREFACE.
A
en promettant de travailler
pour le public , ce mefme
Public qui le connoist tout
entier, & qui par les violences
qu'il a faites , juge de celles
dont il eſt capable , ne fouffre
qu'impatiemment
le joug
fous lequel la force & la furprife
l'ont mis . Il fallut beaucoup
plus de temps aux Peuples
pour ouvrir les yeux fur
la tirannie de Cromwel
, puis
qu'il eftoit queſtion de developer
l'interieur d'un homme
tout déguifé . On ne pouvoit
que luy reprocher ; quoy que
fon autorité n'cuft point de
PREFACE .
bornes , il n'avoit pourtant
nulle dignité, il gardoit toû
jours leTitre de Protecteur, &
ce nom eftoit fi beau , qu'il
fembloit injufte de fe foulever
pour faire le procés à un
homme à qui on l'avoit vû
prendre avec joye. Cependant
comme le temps apporte
du changement à toutes chofes
, on fit peu à peu reflexion
fur le pouvoir abſolu
de ce Tyran , & on commença
à s'en laffer . Il s'en
apperçut , & fit fentir tout
ce qu'il eftoit. Il arriva des
foulevemens dont lesAuteurs
PREFACE .
apparences
furent châtiez , & enfin i
affermit par le fang une puiffance
qu'il avoit commencé
à s'établir par les
affectées d'un defintereffement
qui avoit trompé lest
Peuples . Les chofes eftant
en cet eftat quand fa mort
eft arrivée , il n'auroit peuteftre
pas finy fes jours dans
fon lit , ou du moins en Angleterre
, fans la maladie qui
T'emporta. Elle termina une
vic , dont tous les ficcles par
leront plus avantageufement
que de celle du Prince d'Orange
, quoy que ce foit en
PREFACE.
déteftant fa memoire . Ce
n'a efté que fur la fin de fon
regne qu'il a commencé à
s'attirer la haine des Peuples
& des Seigneurs, au lieu que
le Prince d'Orange s'eft pref- i
que trouvé haï generalement
fi- toft qu'il a mis la Couronne
fur fa refte. Voilà :
pourquoy l'un a pû regner
long- temps fans qu'on en
doive tirer nulle confequence
pour la durée du regne,
de l'autre . Cette raifon n'eft /
pas la feule qui faffe voire
qu'on a tort de croire que
le Prince d'Orange mourra
PREFACE.
fins, ainfi
fur le Trône , puifque Cromwel
a poffedé l'autorité abfoluë
jufqu'à fon dernier moment.
La longueur du regne
d'un Ufurpateur dépend
beaucoup , & mefme prefque
entierement , de la fituation
des affaires des Princes voi→
que des Souverains
que peut avoir pour amis le
Monarque exclus du Trône .
Je diray plus elle dépend
de ce Monarque mefme , &
lors qu'il n'a point encore regné
, il luy eft bien plus difficile
de fe mettre en poffeffon
de la Couronne , que
lors
>
PREFACE .
lors qu'il a déja gouverné ces
mefmes Etats , dont il veut
fe refaifir fur un Tiran . La
raifon eft qu'il eft bien plus
naturel de regretter la perte
de ce qu'on a eu , que celle
de ce qu'on n'a point encore
poffedé. Ce fut un des bonheurs
de Cromwel. Le Trône
, lors qu'il l'occupa fous le
Titre de Protecteur , n'avoit
point encore efté remply par
le Roy Charles II. à qui il ap
partenoit legitimement. Ce
Prince eftoit jeune, il n'eftoit
ny aimé, ny
haï ; on le
regardoit
avec indifference ; on ne
ego
PREFACE .
fçavoit de quoy il eftoit capable
, ny fi fon regne feroit
doux , ou non. Malgré
tout cela , il ne laiffa pas
de former en Angleterre un
affez puiffant party pour donner
une bataille , & s'il ne
l'euft pas perdue , l'Angleterre
l'auroit pluftoft reconnu
pour fon veritable Souverain.
Il peut arriver que le
Roy Jacques en donnera
une , & qu'il fera plus heureux
que le Roy fon frere.
Si fes armes font fuivies de
la Victoire , le Prince d'Orange
aura joüy moins de
PREFACE.
temps de la qualité de Roy,
que Cromwel de celle de
Protecteur. Il fe flatte vainement
d'un bonheur femblable
à celuy de Cromwel,
qui a poffedé jufqu'à ſa mort
une autorité indépendante
qu'on ne luy a point conteftée
; fon avide ambition eft
découverte, & celle de Cromwel
demeura cachée . Ainfi
il y a grande apparence qu'on
ne luy laiffera pas , comme à
ce Tiran habile , le temps
de jetter tous les fondemens
d'une puiffance arbitraire .
Il eft traversé par tout ; il a
g ij
PREFACE .
le parun
Royaume moins que
n'eut Cromwel , il ne peut
dire qu'il foit affeuré de celuy
d'Ecoffe ; elle est toute divifée
, & pour peu que
ty du Roy y augmente , ce
Monarque en fera bien- toft
entierement maiſtre. Quand
la moitié d'un Etat eft declarée
pour fon legitime Souverain
, le refte fuit en fort
peu de temps. N'y en cuftil
mefme que le quart pour
luy , il fe peut compter plus
avancé qu'un Ufurpateur avec
le refte. C'eft un effet de la
bonne cauſe , & de la justice .
4
PREFACE.
Leur party croift plus rapi
dement lors qu'une fois il a
commencé à groffir , on s'y
jette en foule , & le plaifir
que ceux qui le fuivent fentent
à bien faire , fait qu'ils
fe facrifient avec joye. Les
plus grands perils ne peuvent
les arrefter , & leur exemple
attire les autres. Quand la
confcience n'a rien à fe reprocher
, on hazarde tout
parce qu'il eft plus glorieux
de perir en faifant bien , que
de triompher lors qu'il en
coufte l'honneur. On s'engage
quelquefois fi avant
g iij
PREFACE .
dans un injufte party , qu'on
a beau vouloir s'en retirer,
on n'en peut plus trouver les
moyens , & c'eft par cette
raifon que ceux qui fe font
rendus les plus criminels en
Angleterre,voudroient maintenir
le Prince d'Orange .
Quelque attachement que les
plus zelez du Parlement faffent
paroiftre pour luy , ils
agiffent moins pour fes interefts
que pour les leurs propres.
On a choifi pour membres
de ce Parlement , ceux
qui ont toujours cherché à
choquer l'autorité du Roy
PREFACE.
pendant qu'il eftoit en Angleterre
, ce qui les rendoit
déja criminels envers ce Monarque.
Leurs crimes ont
redoublé par l'intelligence
qu'ils ont eue avec l'Ulurpateur
, & par la Couronne qu'ils
luy ont offerte . Ils ont cherché
depuis à perdre tous les
Amis de Sa Majefté , afin
qu'ils ne puffent luy aider à
remonter fur le Trône , & fe
trouvant par là tout chargez
de crimes , ils craignent &
empêchent fon retour autant
qu'ils le peuvent faire ,
fe qu'ils envifagent la punicau
g iiij
PREFACE.
tion qui leur eft deuë . Mais
il eft à croire que ceux qui
n'ont pas encore bien ouvert
les yeux fur ce qui fe
paffe , les auront bien- toft
entierement deffillez, & que
Dieu ne permettra pas que
tout un Etat foit plus longtemps
couvert de l'ignominie
la plus honteufe , pour
l'intereft de quelques coupables
qui ne fe foucient pas
de trahir leur Religion &
leur Patrie , pourveu qu'ils
évitent le châtiment de leurs
crimes.
Ce qui doit perfuader plus
PREFACE.
qu'aucune chofe que le Roy
Jacques fera bien-toft remis
fur le Trône , c'eft que l'ayant
déja occupé, il doit par tour
ce qui s'eft fait pendant le
cours de fon regne, & par les
malheurs que l'ingratitude de
quelques- uns de fes Sujets , &
la cruelle perfidie de fon propre
Sang luy ont caufez , fçavoir
le fort & le foible de tout
l'Etat , connoiftre le fond de
tous les coeurs des Grands , &
les inclinations des Peuples ,
de mefme qu'un General connoift
jufques aux moindres
fentiers des païs où il a perdu
PREFACE.
& gagné des batailles,& qu'il
a longtemps étudiez . Ce General
en doit fçavoir tous les
détours , les endroits où il ne
faut pas s'engager imprudemment
, ceux par où l'on peut
paffer fans qu'il y ait d'embufches
à craindre , & par
quels coftez on peut éviter ,
ou prendre fes Ennemis. Sa
Majeſté Britannique eſt prefentement
dans le mefme état
à l'égard de l'Angleterre.
Comme une fâcheufe experience
luy a fait connoiftre
Les Sujets à fond , on a tout
fujet de croire que ce MonarPREFACE.
que prendra les uns par où ils
font fenfibles, & battra les autres
du cofté de leur foible.
En effet, il luy doit eftre beaucoup
plus aifé de faire rentrer
dans leur devoir des Peuples
qu'il a déja gouvernez ,
& dont tout l'interieur luy
eft connu , qu'il ne feroit à
un autre , qui ne leur ayant
jamais commandé , feroit peu
inftruit de leur caractere.
D'ailleurs fon regne a cfté
doux & paifible Il n'a donné
à perfonne aucun fujet de fe
chagriner avec raiſon, & ceux
qui portent les armes contre
PREFACE.
luy, n'y ont pas efté pouffez
par des mécontentemens dont
ils euffent à fe plaindre , mais
feulement parce qu'ils ne vou
loient pas que d'autres qu'eux
euffent lieu de s'en louer. On
a fait reflexion là- deffus depuis
qu'on a reconnu la mauvaife
foy du Prince d'Orange,
& l'on peut dire que prefque
tous les coeurs font au vray
Roy d'Angleterre; mais comme
on gemit fous la tirannic ,
& qu'on n'ofe fe découvrir
avant qu'on foit en état ou de
fe défendre , ou d'attaquer ,
on prend fes meſures , & on
PREFACE.
attend les occafions favora
bles , qui affeurément ne manqueront
pas , puis que la Fran
ce s'intereffe pour un rétabliffement
fi jufte . C'eft ce
qui donne de la hardieffe , &
du courage aux Peuples des
trois Royaumes, & c'est pour
cela qu'on les a déja vûs agir
en divers endroits. Il ont raifon
; la France n'eſt plus dans
un temps de regence'; elle n'a
plus un Roy enfant comme
pendant le regne de Cromwel
; mais elle en a un veritablement
Grand par tout ce
qui peut faire meriter ce gloPREFACE.
rieux titre ; elle en a un triomphant,
Protecteur des Autels ,
& Vangeur des crimes . Quoy
qu'il ait prefque tous les Princes
de l'Europe pour Ennemis,
il eft cent fois plus en eftat de
travailler au rétabliffement
du Roy d'Angleterre , qu'il
n'auroit pu faire lors que
Cromwel vivoit , quand même
il n'auroit point alors eu
de guerre , ce qui n'eftoit pas,
puis qu'il l'avoit avec l'Eſpagne
, qui eftoit en ce tempslà
bien moins foible qu'aujourd'huy
, & que la rebellion
de fes Sujets avoit épuifé
Les forces.
PREFACE.
L'Angleterre ne doit pas
feulement travailler
pour
fa gloire
, & pour
affoiblir
la ta- che
d'infamie
, dont
elle
fera noircie
dans
toute
la pofterité
,mais
encore
pour
empefcher
que l'Ufurpateur
, aprés avoir
fait
couler
fon
fang
, ne faffe
fortir
les Finances
de l'Etat
, pour
les retrouver
un jour en cas
qu'on
luy
ofte
la Couronne
, ou pour
enrichir
ceux qui
fe font
joints
à luy , afin
de reduire
les Anglois
à la fervi- tude

ils fe trouvent
. Elle
voit
que
le temps
preffe
, fi elle veut
empefcher
que
ces maux
PREFACE.
n'augmentent. Ainfi l'on doit
croire qu'elle prendra pour
agir les voyes les plus prompres
qui luy pourront eſtre
offertes, & qu'elle n'attendra
pas que fon faux Roy s'affermiffe
davantage dans l'autorité
qu'il a ufurpée.
Diverfes fautes qu'a faites
le Prince d'Orange contre la
bonne politique, luy ont fufcité
des Ennemis qu'on trouvera
toujours preſts à ébranler
cette autorité. Il pouvoir fe
ménager les efprits des Ecoffois
d'une autre maniere , &
il devoit fur tout prendre
PREFACE.
garde à n'irriter pas tous les
Proteftans Conformistes , en
aboliffant l'Epifcopar . C'eſt
un grand Party qui ne peur
manquer d'eftre contre luy
dés qu'il en aura l'occafion .
C'eftoit la Religion du Pays ;
il eftoit venu pour maintenir
les chofes dans leur état , &
pour empefcher , comme je
l'ay déja dit , qu'on ne touchaft
à la Religion. Cepen
dant il fe range du cofté des
Presbiteriens d'Ecoffe dés
qu'ils luy damandent de détruire
les Evêques. Il craine
fi fort de voir reculer d'un
映画
h
PREFACE.
feul moment fon Election au
Trône d'Ecoffe, qu'il confent
d'abord à tout ce qu'on luy
demande , fans examiner s'il y
a de la justice ou non, & files
confequences qui en doivent
refulter ne feront point un
jour contre luy . Il ne regarde
que le prefent , & ne voit pas
qu'il donne les mains à ce
qui doit avancer fa perte ,
puis que ce qui luy fait des
Ennemis en Ecoffe , doit à la
premiere occafion faire foû
lever prefque toute l'Angleterre
,tous les Evefques de ce
Royaume qui jugent de ce.
#
PREFACE
qu'il fera par ce qu'il a fait ,
eftant fort perfuadez que la
Religion Proteftante Conformifte
y feroit déja abolië
comme elle l'eft dans l'Ecoffe,.
s'il avoit ofé l'entreprendre ,
& fi le nombre de ceux qui
croyent à cette Eglife , n'avoit
pas efté trop grand . Cela
fait voir clairement que tous
ceux qui font profeffion de
la Religion Anglicane
pouvant douter que leur
perte ne foit prefque inévita
ble , s'ils laiffent regner le
Prince d'Orange , travailleront
de tout leur pouvoir à
nc .
hij
PREFACE.
Tuy ofter la Couronne , puis
que c'eſt le feul moyen qu'ils
puiffent mettre en pratique,
pour empefcher que l'Epifcopat
ne foit aboly en Angleterre
, aprés qu'il l'a déja eſté
en Ecoffe.
On peut conclure de toutes
ces chofes , qu'il faut neceffairement
que le Prince
d'Orange foit bientoft chaf
fé du Trône , ou qu'il fera
obligé d'en defcendre de
luy- mefme , y ayant une infinité
de gens aigris qui n'attendent
que le moment d'éclater
. Il cache avec foin la
PREFACE .
fituation de fon efprit qui
eft toute contraire à ce qu'il
fait paroiſtre . Il eſt au deſeſpoir
de voir qu'avec le Sceptre
à la main il eft moins abfolu
en Angleterre qu'il ne l'eftoit
la
en Hollande , & voir avec
une mortelle douleur que
Campagne eft prefque écou
lée , fans que toutes les forces
de l'Europe ayent pu entamer
la France . Il voit fes tréfors
épuifez , & qu'il luy fera im
poffible de lever de grandes
fommes enAngleterre malgré
tous les actes du Parlement
Il confidere qu'il a à coſté
PREFACE
de luy l'Irlande pour Enne
mic , que de l'autre cofté
l'Ecoffe eft en troubles , &
qu'il y découvre chaque jour
de nouveaux partis qui one
confpiré fa perte. L'Angleterre
qui eft au milieu de ces
deux Royaumes , & où cet
Ufurpateur fe trouve cft
remplie des Amis de fon veritable
Souverain, & la France
qui en eſt voisine , eft fi puiffamment
armée , qu'elle luy
donne de continuelles alarmes
. La Hollande eft feule
pour luy , mais fi épuiſée &
fi abatue , qu'il est aisé de
PREFACE.
connoiftre qu'elle ne fera pas
encore long-temps les efforts
qu'elle a faits cette année. Je
puis donc dire aux fidelles
Sujets d'Anglererre, aprés un
examen ferieux de toutes
ces chofes , qu'ils ne doivent
point perdre courage , & à
ceux qui font encore dans
la rebellion , qu'ils ne peuvent
rien faire de mieux que
d'accepter l'Amniſtie que le
Roy Jacques leur a envoyée ,
Le Prince d'Orange la craint,
puis qu'il fait faire le procés.
à ceux qui l'ont debitée . S'il
L'apprehende , c'eft une marPREFACE
.
que qu'il fçait que le peuple
eft contre luy. Si le peuple le
hair , ilil ne douter qu'il
peut
ne le regarde comme fon Tiran
, & tout Tiran devant
craindre d'eftre chaffé d'un
Etat dont il ne s'eft emparé
que par des voyes criminel
les , le grand nombre de raifons
que je viens de rappor
ter donnent lieu de croire
que le Prince d'Orange ne
jouira pas long-temps de fon
ufurpation.
AFFAIRES
AFFAIRES
DU TEMPS.
NEUFIE ME PARTIE.
UAND j'ay commencé
à vous parler
des Affaires d'Angleterre
, les Royaumes d'Ecoffe
, & d'Irlande eftoient
fpectateurs paifibles des cho-
A
2 IX. P. des Affaires
fes qui s'y paffoient . Il y
avoit quelques perfonnes qui
cabaloient
pour le Prince
d'Orange , mais leurs intrigues
demeuroient fecretes
& tout y paroifſoit calme .
Ce Prince ne vouloit pas que
tout fuft en mouvement dans
le mefme temps. Il craignoit
s'il fe faifoit tant d'affaires
à la fois , il ne réuffift pas
également bien par tour , &
que le revers qu'il euft pu
avoir dans l'un de ces trois
Royaumes , ne donnaſt de méchantes
difpofitions pour luy
dans les deux autres. Cela
que
du
Temps. 3
fut caufe qu'il ne mit d'abord
fon application toute entiere
qu'à s'affeurer de tous les cfprits
dans l'Angleterre , ne
doutant point que quand fon
autorité y feroit bien établie,
l'Ecoffe & l'Irlande ne fe vif
fent obligées de gré ou de force
à fubir le mefme joug , &
à fuivre le mouvement de ce
premier des trois Royaumes
qui compofent la Grand-
Bretagne , & dont il
regardoit
les deux autres comme
des Provinces. Ils n'ont pas
cfté long- temps fans fe mettre
de la partie , & diverfes Fa-
A ij
4 IX. P. des Affaires
ctions les ont agitez prefque
en mefme temps . La révolte
ayant caufé un foulevemeut
univerfel , & ce qui trouble
les trois Etats , n'eftant qu'-
une mefme affaire , j'aurois
pû vous en parler dans les
mefmes Lettres , mais comme
il eft mal-aifé de bien traiter
trois Articles differens tout
à la fois , & qu'il cuſt fallu
dans un meſme Livre paffer
d'Angleterre en Ecoffe , &
d'Ecoffe en Irlande , ce qui
auroit pû embaraffer l'efprit .
des Lecteurs , j'ay jugé plus
à propos de faire une Lettre
du
Temps.
5
entiere de ce qui regarde ces
deux Royaumes . Elle ne laiffera
pourtant pas d'eſtre une
fuite de celles que je vous ay
écrites fur les Affaires du
Temps , & dont elle n'eſt ſeparée
qu'à caufe que j'ay
voulu éviter de confondre les
matieres. Je commence par
I'Irlande. Son fincere attachement
aux interefts de fon
Souverain , & l'avantage qu'-
elle a de l'avoir chez elle, luy
font meriter le premier rang.
D'ailleurs , ce n'eft pas d'aujourd'huy
que ce Royaume a
donné des marques de fa fide-
A iij
6IX. P. des Affaires
lité envers les Rois . Lors qu'il
a fait le contraire , on peut dire
qu'il y a efté forcé , comme on
le voit par la Declaration de
l'Affemblée generale d'Irlande,
donnée fur les procedures.
faites contre le Roy Charles
Premier. En voicy les termes.
Puis que la liberté qui fe rétablit
heureusement dans les
trois Royaumes , nous donne
moyen de declarer nos fentimens
que nous avons efté obligez de
cacher pendant tant d'années par
la contrainte qui s'éxerçoit fur
tous les Anglois , nous declarons
folemnellement que nous avons
du Temps.
7
la
toûjours detefté , & que nous
aurons à jamais en horreur ce
qui s'eft paffé contre noftre défunt
Roy. Nous defirons que
pofterite fcache que nous avons
condamné la violence fans exemple
qui fut faite au Parlement
d'Angleterre en 1648. & le jugement
funefte que cette inique
Chambre , injuftement appellée la
Haute Cour de Justice , prononça,
fit.executer avec une barbarie
fans exemple , pour facrifier
le meilleur de nos Souverains à
l'ambition de nos Tirans .
Le zele qui paroift accompagner
cette Déclaration ?
A iiij
8 IX. P. des Affaires
rend l'Irlande digne du rémoignage
que luy a rendu
un fameux Auteur qui a écrit
fur les affaires d'aujourd'huy.
Il en parle de cette forte .
L'Irlande merite bien d'eftre
confiderée en particulier. Elle a
porté une infinité de Saints ,
ily en a eu plufieurs embrafez.
d'un fi grand zele pour faire
adorer Fefus - Chrift , qu'ils ont
paffé les Mers pour le faire connoistre
à ceux à qui il n'avoit
point eftéprefché, ou qui estoient
retombez dans les tenebres de
Infidelité. Tels furent dans le
buitiéme Siecle Saint Suitbert,
du
Temps.
$. Vvillebrode & leurs Compagnons
qui ont porté la lumiere
de l'Evangile dans le Pays ,
d'où eft forty ce perfecuteur de la
Nation de ces Saints , qui eft
toute demeurée attachée à la
meſme foy qu'ils ont preſchée à
ceux qui voudroient aujour
d'huy , ou la leurfaire abjurer ,
ou au moins leur en ofter l'exereice.
Voilà ce qu'il entend
quand il promet à l'Irlande
comme une chofe dont elle luy
feroit bien obligée , de la délivrer
du Papifmeelle qui ne connoist
point d'autre Religion que la
Catholique , qu'il appelle de oc
10 IX. P. des Affaires
nom pour en faire peur aux
ignorans ; car il n'y a de Proteflans
en Irlande que des Anglois
qui s'y font établis,fouvent
malgré ceux du Pays par force
& par violence ; mais les Irlandois
, comme Irlandois , font
tous ou presque tous Catholiques.
Ainfi c'est à l'égard de ce
Royaume que la perfecution qu'-
only veut faire eft plus injaje
, car y a-t- il une plus
grande injuftice que de vouloir
que toute une Nation qui n'a
jamais eu que la mefme Foy
Chreftienne depuis qu'elle a connu
Jefus Christ , change cette
du
Temps.
II
foy ou n'ofe plus l'exercer &
fervir Dieu felon que cette Foy
Fordonne , parce qu'une Nation
voifine , en partie par des intrigues
d'Etat , & en partie parce
qu'elle s'eft laiffé enforceler ,
comme dit Saint Paul des Galates
, par des Novateurs fans
Miffion & fans Miracles , à
changé fa foy pour en prendre
une nouvelle ? Le bon fens a
fait juger aux Suiffes combien ce
procedé eft déraisonnable : car
quoy qu'ils ayent eu grand tort,
n'eftant qu'une Troupe de Laiques
, de fe rendre luges entre
Zuingle le Grand Vicaire
12 IX. P. des Affaires
"J
d'un Evefque, dont l'un foute=
tenoit des fentimens contraires
à toute l'Eglife , & l'autre la
Foy de toute l'Eglife, ils ont au
moins eu raifon quand ils ont
jugé que fi la plus grande partie
d'une Ville d'un Bourg , d'un
Village demeuroit attachée à
Son ancienne Foy, il les y fal-
Toit laiffer, & ne leurpoint ofter
la liberté qu'ils avoient euë
jufqu'alors de fervir Dieu comme
tous les autres Catholiques.
Combien plus cela doit- il eftre
vray à l'égard d'une Nation
toute entiere , ou presque entieres
qui demeure conftante dans la
du
Temps . 13
mefme Foy , qui luy a toujours
efté commune avec l'Eglife Catholique
répandue par toute la
terre , & qui tire fon origine
des Apoftres par une fucceffion
non interrompuë ?
Rien ne marque mieux
l'ufurpation du Prince d'Orange
, que fa tirannie à vouloir
fe rendre maiftre de l'Irlande
& en eftre reconnu
Roy. Non feulement il ne
peut juſtifier ſon procedé à
cet égard , mais il ne peut
mefme trouver de fauffes raifons
pour en colorer l'injuftice.
Quand il feroit vray
14 IX. P. des Affaires
qu'il euft efté appellé en Angleterre
, comme il a voulu le
faire croire , & qu'il n'y euft
point excité la revolte , ce
qu'il a fait , ainfi que je l'ay
clairement montré dans plufieurs
de mes Lettres , il ne
feroit point en droit de fe
vouloir rendre Maistre de
l'Irlande . Sa conduite eft entierement
contraire à ſes Manifeſtes
. L'Irlande eft prefque
toute Catholique , l'Irlande
ne veut point changer de Religion
; il y veut regner malgré
elle , il en veut chaffer
fon veritable Souverain , &
du Temps. 15
pretend qu'une Troupe de
traiftres Proteftans Non- Conformiſtes
qu'il a feduits en Angleterre
, luy doive_donner
la Couronne d'Irlande . Cela
s'accorde mal à tous les écrits
qu'il a fait publier . Il ne
vient , dit il , que parce qu'il
eft appellé ; il ne vient que
pour maintenir la liberté , il
ne veut point employer la
violence
, il n'arme que pourl'empefcher
; il ne prend que
ce qu'on le prie d'accepter ,
cependant , il veut l'Irlande
qu'on ne luy offre pas, il veut
que le Roy forte de for
&
16 IX. P. des Affaires

Trône lors que fes Sujets
cherchent à l'y maintenir ,
& fait voir enfin par le procedé
qu'il tient à l'égard de
l'Irlande , celuy qu'il auroit
tenu en Angleterre , fi fes
Partifans n'euffent pas eu le
credit de luy faire donner la
Couronne , tant il eſt vray
qu'il n'eftoit venu avec une
Armée nombreufe que pour
s'en faifir de force , en cas
que les chofes n'euffent pas
tourné felon fes fouhaits . Sans
cela , il n'auroit pas eu befoin
de tant de Troupes ; elles devoient
luy eftre inutiles , s'il
du Temps.
17
eftoit
vray que toute l'Angleterre
l'euft demandé pour fon
Roy.Quand
on eft appellé par
tout un Etat , il n'eft pas neceffaire
d'avoir des forces
pour s'en affeurer la poffeffion
, puis qu'on doit avoir
tous les coeurs & tous les bras
de ceux qui nous ſouhaitent
avec tant d'ardeur , mais on
fuppofoit le tout lors qu'on
n'eftoit affeuré que d'une
partie , & cette partie avoit
befoin de forces pour inti
mider ceux qu'elle vouloit
contraindre à fuivre fes fentimens
.
- B
18 IX. P. des Affaires
Pendant que le Princed'Orange
travailloit à ſe faire
declarer Roy d'Angleterre ,
le Comte de Tirconnel , Vice-
Roy d'Irlande , donnoittous
fes foins à conferver à
fon fouverain le Royaume.
dont il luy avoit confié le:
Gouvernement . Ce Comte:
eft de la Maifon de Taillebot
, originaire de Normandie.
Il a fervy dans les
Troupes de France , où il a
apris le Meftier de la Guerre ;
fon Bifayeul foutint longtemps
le Party de la Religion
Catholique, contre la Reyne
du
Temps..
19
Elizabeth . Le Prince d'Orange
crut d'abord qu'il n'auroit
pas grande peine à l'engager
dans les fentimens de
rebellion où il avoit attiré
les autres, & que s'il combattoit
d'abord les raifons de
ceux qu'il luy envoya pour
luy parler , il fe rendroit
toft ou tard à l'exemple de
la plufpart des Seigneurs
d'Angleterre qu'il avoit feduits
, & que l'apprehenfion
d'eftre accablé l'obligeroit de
ceder au temps , & d'embrasfer
le party que prendroient
deux grands Royaumes .Tout
Bij
20 IX. P. des Affaires
le contraire arriva. Ce Comte
fut irrité de la baffeffe des
Traiftres , & leur perfidie luy
fit redoubler la genereufe refolution
qu'il avoit prife de
demeurer fidelle à fon Roy. Il
refifta hautement à ceux qui
venoient pour le feduire , leur
reprefenta leur lâcheté , &
tâcha de leur en donner horreur
. Il montra l'exemple à
tous les Gouverneurs , & à
tous les Magiſtrats d'Irlande ,
& jamais zele ne parut fi vif
que celuy des Peuples . On ne
doit pas en eftre furpris.
Comme ils font tous Catho
du Temps.
21
liques , ils apprehendoient la
domination du Prince d'Orange
, & le regardoient comme
un homme qui en détrônant
leur Roy vouloit détruire
leur Religion. Ainfi l'Irlande
doit au Comte de Tirconnel
le glorieux avantage
de jouir de la prefence de
fon Souverain & de luy marquer
fa fidelité d'une maniere
qui fera admirer dans tous les
fiecles l'éclatante action qui la
couvre aujourd'huy de gloire
; & en meſme temps la Religion
Catholique eſt redevable
à la genereufe fermeté de
22 IX.P. des Affaires
ce Comte , de tous les avantages
dont elle joüit aujourd'huy
en Irlande . Cela fait .
voir qu'il ne faut fouvent
qu'un Sujet fidelle , lors qu'il
n'a que fon feul devoir en
veuë , pour empêcher la ruine
de tout un Erat , & quand
cela arrive , il a feul autant de
gloire , & de fatisfaction à
bien faire , que tous les traîtres
enſemble ont de chagrins,
& de remords , car on en
cft toûjours accablé quand
on fait mal , quelque avantage
qui nous en revienne , au
lieu qu'un homme qui fait
du
Temps:
23
fon devoir reffent une joye
inrerieure qui le fatisfait ,
quand mefme il feroit affez
malheureux pour ne pouvoir
reuffir. Il eft confolé du mauvais
fuccés qu'il a par le plaifir
d'avoir entrepris une chofe
glorieufe , & comme tout:
ce qu'il y a d'honneftes gens
luy rendent la juftice qu'il
doit eftre feur que la poſterité
ne luy refuſera pas , il prefere
un malheur qui luy affure
une reputation avantageufe
à la honteufe fortune des
Traiftres , qui n'eft accompa
gnée que d'infamie ; ce qui
24 IX. P. des Affaires
les fait regarder comme des
lâches par ceux meſmes à qui
leur trahifon eft utile , & il
arrive meſme ſouvent qu'ils
cherchent à s'en défaire, aprés
avoir tiré d'eux le fervice
qu'ils en attendoient , craignant
qu'ils ne les trahiffent
comme ils ont fait ceux pour
qui ils eftoient obligez d'avoir
une fidelité inviolable .
Quoy que les Proteftans
d'Irlande ayent fait grand
tort aux Affaires du Roy
d'Angleterre , comme on a
vû par le Siege de Londonderry
, ils n'ont fait pourtant
que
du Temps. !! 25
que
les reculer . Le Prince
d'Orange avoit attendu beaucoup
davantage de leur zele .
Il s'eftoit flaté que dans la
furpriſe où l'Irlande ſe trouveroit
de le voir en poffeffion
de l'Angleterre, ces Proreftans
, quoy que beaucoup
inferieurs en nombre aux Catholiques
, ne laifferoient pas
d'eftre affez puiffans , pour les
engager à le reconnoiſtre
pour Roy , & que la crainte
qu'il ne defcendift chez eux
avec une forte armée , les
obligeroit de faire un pas auquel
il ne doutoit pas qu'ils
C
26 IX. P. des Affaires
n'euffent une entiere repu
gnance. Leur averfion l'inquietoit
peu; pourveu que ce
pas fe fift,la maniere luy étoit
indifferente. C'eft ainfi qu'agiffent
les Ufurpateurs . Comme
ils connoiffent que les
coeurs leur font fermez , &
qu'ils ne peuvent regner que
par la force , ils font toûjours
preparez à l'employer ;
mais quelquefois ce n'eft
pas affez de prendre cette refolution
, il faut fe fervir du
temps , & qui laiffe échaper
l'occafion quand elle fe montre
favorable, n'eſt pas affuré
du
Temps .
27
de la retrouver . Le Prince
d'Orange le connoift prefentement
, ayant fait beaucoup
de fautes de cette nature. Celle
de ne s'eftre pas rendu maître
de l'Irlande , aprés avoir
paffé en Angleterre , n'eft pas
la premiere ; il avoit une
paſſion fi forte d'eftre revé
tu du manteau Royal , & d'avoir
le nom de Roy , qu'il
crut que ce foin devoit faire
fon unique application. Cependant
il ne raiſonnoit pas
jufte ; il devoit agir,puis qu'il
avoit le pouvoir. Quand on
eft maitre abfolu , on fe fait
Cij
28 IX.P. des Affaires
donner tel titre qu'on veut.
Ainfi il n'y avoit rien de plus
important à faire pour luy
que de s'affurer les trois
Royaumes ,fous quelque nom
que ce fuft, ils valoient bien
le Sceptre , la Couronne , &
le manteau Royal , pour leſquels
il s'eft arrefté au milieu
de fa courfe , & qui ont empêché
la conquefte qu'il auroit
pûfaire de l'Irlande . S'il
en avoit efté maiſtre auffi- toft
que de
l'Angleterre , ou que
du moins il s'en fuft mis en
poffeffion peu de temps aprés,
il auroit pû faire reuffir une
du
Temps .
29
partie de fes grands deffeins ,
au lieu qu'il a efté obligé de
garder toutes les forces , pour
fe garantir des amis qui ref
tent au Roy en Ecoffe & en
Angleterre , où le voyant
preft de paffer à tous momens
, ils s'employent utilement
àfortifier fon party, qui
ne peut manquer de groffir
beaucoup lors que ce Monarque
commencera d'y paroître
.
Si le Prince d'Orange s'appliquoit
entierement
à obliger
la Convention
de luy
donner le titre de Roy , le
C iij
30 IX. P. des Affaires
Comte de Tirconnel travailloir
de fon cofté avec beau
coup de fuccés à l'empêcher
de monter fur le Trône d'Irlande.
Ce Prince fe chagrina
des obftacles qu'il mettoir à
fes deffeins , mais comme il
avoit laiffé paffer l'occaſion
de faire agir fes forces , &
qu'il en avoit befoin pour
achever ce qu'il avoit commencé
, parce que les pas
qu'il avoit faits l'empê
choient de reculer , il tenta
d'autres moyens qui font felon
fon panchant , & qui ont
accouftumé de luy reuflir. Ce
du Temps . 31
fut , de chercher à faire corrompre
le Comte de Tirconnel.
Le Chevalier Temple s'engagea
d'y travailler par l'entremiſe
du Secretaire de ce
Comte, avec qui il avoit affez
de correfpondance
pour pou
voir entrer en quelque intrigue
avec luy . Il en noüa une
en fort peu de temps & s'acquit
par là beaucoup de credit
auprés du Prince d'Orange
, qui luy confia de grands
emplois . Tantoft ce Chevalier
l'affuroit qu'il termineroit
bien- toft ce qu'il avoit entrepris
, puis il faifoit naiſtre
Ciiij
32 IX. P. des Affaires
des obftacles , qui fembloient
facheux , & dont il ne laiffoit
pas de luy promettre qu'il
furmonteroit les difficultez .
Cela dura fi long - temps que
le Prince d'Orange douta en
fin du fuccés de la negociation
du Chevalier Temple
& commença mefme à entrer
en défiance de fa bonne foy.
Il crut qu'il abufoit de ſa confiance
, & qu'il s'entendoit
avec le Secretaire du Comte
de Tirconnel, pluftoft pour le
trahir que pour le fervir , &
il en fut tellement perfuadé
que fuivant fes maximes viodu
Temps . 33
à
lentes , il prit le deffein de
s'en défaire , s'il voyoit qu'il
tardaft encore long- temps
venir à bout de l'entrepriſe
dans laquelle il s'eftoit engagé
, & dont il luy avoit fait
attendre un favorable fuccés .
Le peu d'effet qu'avoient
fes promeffes donnoit d'autant
plus d'inquietude à ce
Prince, qu'un fort grand nombre
de ceux qui avoient promis
de le fervir en Irlande
abandonnoient
fon party , &
que celuy des Proteftans s'affoibliffant
à toute heure , la
pluſpart s'éloignoient de la
34 IX.P.des Affaires
Capitale , & du coeur du païs,
ce qui eftoit cauſe que les affaires
du Roy alloient tous les
jours de mieux en mieux. Les
Peuples le fouhaitoient , & le
Comte de Tirconnel le faifoit
affurer qu'il pouvoit venir
en Irlande fans rien craindre.
Cependant comme il
eftoit dangereux que ce Monarque
rifquaft fa perfonne,
aprés les dangers qu'il avoit
courus , & dont il eftoit échapé
comme par miracle , puis
qu'on n'avoit pas eu deffein
d'épargner fa vie , mais que
l'Ufurpateur avoit feulement
du
Temps. 3'5
voulu empefcher que la mort
fuftimputée , il ne fur ne luy
pas jugé à propos de le laiſſer
paffer en Irlande , fans que
Pon fuft afſuré auparavant
de
la veritable difpofition
des
efprits & des forces de ce
Royaume , de forte que Sa
Majefté Tres - Chreftienne
nomma
Mr de Pointy pour
aller examiner
ce qui s'y paf
foit , afin de venir enfuire
rendre compte de ce qu'on
pouvoit attendre des Peuples
felon les forces qu'on au
roit mifes fur pied. M' de
Pointy partit , & comme il
36 IX. P. des Affaires
yavoit tout lieu d'efperer qu'il
trouveroit les affaires dans le
bon eftat que l'on avoit mandé
tant de fois , le Roy donna
ordre qu'on équipaft les
Vaiffeaux neceffaires pour le
deffein qu'on avoit , &
qu'on les tinft prefts de mettre
à la voile incontinent
aprés fon retour. Son voyage
fut heureux , & il trouva encore
plus de zele dans les
Peuples & dans les Troupes
d'Irlande pour leur veritable
Souverain , que tout ce
qu'on avoit écrit en France
n'en avoit fait croire. Ce qu'il
du
Temps. 37
rapporta faiſant juger que
le Roy d'Angleterre pourroit
eftre en ce Royaume avec une
entiere feureté , on cruc qu'il
eftoit de fes interefts qu'il fe
haftaft de s'y rendre , afin que
fa prefence fortifiaft fon party,
par la joye qu'elle donneroit à
ceux qui faifoient gloire d'en
eftre,& qu'abattant le courage
du peu qu'il y avoit de Rebelles,
elle fervift à les faire diffi
per. La refolution eſtant priſe
pour le depart de ce Monarque,
on donnades ordres preffans
afin de faire achever l'équi
pement des Vaiffeaux, & on en
38 IX. P. des Affaires
augmenta le nombre , à caufe
de la quantité d'Anglois &
d'Irlandois , qui s'eftant écha
pez d'Angleterre , pafferent
en France , & fe rendirent à
Breft , pour eftre conduits en
Irlande dans les Vaiffeanx
qui devoienty mener le Roy.
Tous les Irlandois qui étoient
en ce Royume , auroient fait
la mefme choſe pour le fervice
de Sa Majesté , s'ils
avoient pû ſe ſauver, mais le
Prince d'Orange donna des
ordres fort rigoureux
qui les
empefcherent d'en fortir. Dés
ce temps-là , il prit le deffein
du Temps. 39
2
de les envoyer à l'Empereur
quiles feroit paffer en Hon
gric , afin qu'eftant extremement
éloignez , il leur füft.
en quelque forte impoffible
de retourner en Irlande. Sans
cette veuë que luy fit avoir fa
politique , il n'euft pas donné
de Troupes à Sa Majefté
Imperiale, en ayant tres-grand
befoin pour luy - mefme.
Peut-il dire aprés cela qu'il
ne cherche point à tirannifer
les Peuples, luy qui contraint
jufqu'aux volontez , & qui
envoye des Soldats à quatre
ou cinq cens licuës pour les
40 IX.P. des Affaires
faire
perir
afin
qu'ils ne
revoyent
jamais
leur Patrie
?
On agiffoit
bien differem
ment
en Angleterre
& en
France. Le Prince
d'Orange
penfoit
à envoyer
des Irlandois
en Hongrie
, & Sa Majeſté
Tres - Chreftienne
nommoir
des
François
pour
aller
en
Irlande
. Ce Royaume
n'avoit
pas befoin
de Troupes
, il en
eftoit
tout
remply
, & chacun
y vouloit
porter
les armes
pour
fervir
fa Patrie
, fa
Religion
& fon Souverain
.
Mais
comme
le zele de ces
Peuples
quelque
ardent
qu'il
fuft , ne leur
pouvoit
inſpirer
du Temps. 41
que du
courage
fans les rendre
habiles dans le métier de
la guerre , & que ceux qui auroient
pû leur en donner des
leçons ayant paffé en Angle
terre , y avoient efté retenus
de force , aprés avoir efté defles
Officiers leur
armez ,
manquant , le Roy en nomma
de fubalternes & de
generaux
, & M¹³ Rofe , de Puifignan,
Boiffelau , Maumont,
& de Pointy furent de ce
nombre. Le Roy ordonna
auffi que l'on envoyait à Breſt
beaucoup de proviſions de
guerre , avec des armes pour
D
42 IX. P des Affaires
équiper plufieurs milliers de
Soldats , & que tout cela fe
trouvaſt embarqué quand le
Roy d'Angleterre y arriveroir
. Comme il n'y a point
de Prince fur la terre qui foit
mieux fervy que Sa Majefté ,
tous fes ordres furent ponctuellement
executez , & tout
fe trouva embarqué fur onze
Vaiffeaux qui eftoient accompagnez
de quelques Fregates.
Ce qu'il y eut de furprenant .
c'est que les Anglois & les
Hollandois n'eftoient point
en eftat de s'opposer à nos.
Vaiffeaux ; quoy que le Prince
du Temps.
43
d'Orange en euft couvert la
mer quatre mois auparavant,
lors qu'il eftoit paſſé en Angleterre
, accompagné d'une
Armée Hollandoife . Il s'eftoit
rendu maistre depuis ce
temps là de tous les Vaiffeaux
qui estoient en ce Royaume,
& ces deux Puiffances fe
croyoient fi formidables fur
mer , qu'elles fe vantoient
que la France ne pouvant ja
mais avoir un auffi grand
nombre de Vaiffeaux , il luy
feroit inutile d'en armer,puis
qu'elle n'en pourroit équiper
affez pour les combattre . Ceux.
Dij
44 IX. P. des Affaires
dans lefquels le Roy d'Angleterre
devoit paffer en Irlande
eftant en eftat , ainfi
que tout ce qu'ils y devoient
tranfporter , ce Prince partit
de Saint - Germain en Layepour
ſe rendre à Brest , comblé
des honneurs qu'il avoit
receus du Roy , & de toute
la Maiſon Royale , & des prefens
de Sa Majefté , confiftant
, outre les fix cens mille
écus qu'on avoit embarquez
fur les Vaiffeaux , pour le
payement de fes Troupes jufqu'à
ce qu'il cuft convoqué
un Parlement en Irlande qui
du Temps. 45
luy fournift de l'argent , en
un double équipage de guerre
pour fa perfonne , pareil à
celuy dont Sa Majeſté s'eſt
toujours fervic dans les Campagnes
qu'Elle a faites , Il y
avoit auffi douze tres - beaux
chevaux , & deux fervices de
tres - belle Vaiffelle d'argent,,
comme je vous l'ay déja marqué
ailleurs. Lors que le Prince
d'Orange apprit que le
Roy d'Angleterre eftoit party
de Paris , il parut furpris
de cette nouvelle , comme
s'il avoit efté frapé d'un coup
de foudre. Il cut beau rappel
46 IX. P. des Affaires
ler toute fa politique , elle
n'eut pas affez de force pour
F'engager à déguifer fon éton
nement , & fon viſage l'ayant
trahy d'abord en faifant voir
toute fa ſurpriſe & toute fa
crainte , il ne pouvoit faire
que ce qui avoit paru'n'cuſt
pas efté découvert. H eftoit
trop habile pour ne pas voir.
que l'Irlande luy couteroit
cher,& feroit peut- eftre caufe
un jour qu'il fe verroit
obligé de repaffer en Hollande.
Il y a un vieux proverbe
connu de tous les Anglois ,
qui dit , veux- tu eſtre maiſtre
du Temps.
47
la
de l'Angleterre prens l'Irlande.
C'eſt une marque , ou que les
Irlandois ont de l'afcendant
fur les Anglois , ou que l'Irlande
a des facilitez pour
conquefte de l'Angleterre.
Enfin foit que le Prince d'O
range fuft prévenu de la ve
rité de ce proverbe , de mê
me que la plufpart des Anglois
qui y ajoûtent foyo u
que la faute qu'il avoit faite
de ne pas travailler à fe rendre
maistre de ce Royaume ,
pendant qu'il avoit encore
toutes les Troupes qui avoient
débarqué avec luy , que tous
48 IX. P. des Affaires
eftoit en mouvement pour
fes interefts , & que le Roy
d'Angleterre fuyoit en France
, loin de tourner la tefte
vers l'Irlande , luy paſſaſt devant
les yeux , jamais on n'a
tant veu de cette agitation
qui marque de la crainte dans
le coeur d'un homme d'un.
caractere auffi dur , & qui
commet avec autant de fang
froid , tout ce qui peut rendre
fa memoire odieufe à la
pofterité. Il eft à croire que
dans cette occafion la violence
de fon dépit avoir paffé
malgré luy jufque fur fon
front
'du Temps . 49

front , & qu'il eftoit au defefpoir
de voir qu'il ne pouvoit
envoyer fes troupes en Irlande
, en ayant befoin pour
maintenir fon autorité en
Angleterre. Il auroit mal fait
de ne les pas retenir . Si un legitime
Souverain s'y trouve
rarement en feureté à caufe
de l'inconftance
des Peuples ,
un Ufurpateur y doit toûjours
eftre armé & craindre
un revers , mefme au milieu
de fes Troupes , & de ceux
qui paroiffent les plus empreffez
pour fon ſervice.
D'ailleurs les fecours que
E
le
so IX. P.des Affaires.
Roy de France donoit au Roy
d'Angleterre , luy caufoient
de cruelles inquietudes. Il en
connoiffoit toute l'importance
, & ne doutoit pas qu'on
ne réuffift toujours avec un
pareil appuy , quand on ne
Te negligeoit point , & qu'on
s'en fervoit à propos.
Sa Majefté Britannique
eftoit attendue à Breft par
beaucoup d'Anglois , d'Ir
landois , & d'Ecofois , qui
s'eftoient échapez d'Angleterre
pour ne pas porter les
armes contre leur legitime
Souverain. Le Prince d'Orandu
Temps .
SI
ge croyant que c'eſtoit autant
d'ennemis qu'il auroit dans
le Royaume , avoit d'abord
confenty tacitement à leur
évafion ; mais s'eftant aperceu
que le nombre de ceux
qui fe retiroient eftoit fi confiderable
, qu'en continuant
ainfi de défiler , toutes fes
Troupes pourroient fortir du
Royaume , il voulut mettre
ordre à cette défertion , & fit
défendre dans tous les Ports
de paffer perfonne en France.
Cette défense en obligea un
grand nombre à fe faire conduire
en Hollande ; d'où ils
E ij
32 IX. P. des Affaires
venoient enfuite rejoindre
leur Roy , mais il falloit
beaucoup d'argent pour ce
long voyage , & . il n'y avoit
prefque que les feuls Ófficiets
qui le puffent faire . On trouva
en France le moyen d'y
faire venir les Soldats fans
qu'ils fuffent obligez de prendre
ce détour , & mefme fans
qu'ils euffent befoin d'argent .
On les fit avertir qu'ils trou
veroient des gens fur nos
Ports qui payeroient leur paffage
. Les Patrons des Barques
excitez par l'efperance du
gain receurent dans leurs Bâdu
Temps.
33
timens tous ceux qui fe prefenterent
, & oublierent les
ordres du Prince d'Orange ,
Ceux qui rifquerent le premier
voyage apprirent aux
autres qu'ils avoient eſté tresbien
payez . Ainfi voyant
qu'on tenoit parole il n'y eur
aucun Patron qui fift difficulté
de venir. Leurs voyages
furent reiterez plufieurs
fois , & leurs Barques fe trouvoient
toujours toutes remplies
, de forte que quantité
de ces fidelles Sujets fe rencontrerent
à Brest lors que le
Roy d'Angleterre y arriva ,
E iij
$4 IX. P. des Affaires
& il y en vint encore beau
coup aprés luy. Quoy qu'il y
euft ordre de Sa Majefté de
leur fournir des voitures fur
les chemins , & que les Particuliers
prêtaffenr mefme les
leurs , afin de leur faciliter le
moyen de rejoindre plûtoft
leur Prince , ils ne purent
neanmoins
en avoir tous ,parce
que leur nombre fe trouva
trop grand. Cela fut caufe
que plufieurs vinrent à pied ,
l'ardeur de leur zele, & le defir
preffant qu'ils avoient de fe
rendre auprés de leur Souverain
avant qu'il paffaft en
du Temps.
55
Irlande, leur ayant donné des
forces pour fupporter la fatigue
de ce voyage . Les vents
contraires qui l'arrefterent
longtemps à Breft , en favoriferent
un affez grand nomtemps
d'arbre,
qui eurent le
river avant fon embarquement
, ce qu'ils n'auroient pû
fans cet obftacle. Il en arriva
même beaucoup aprés que Sa
Majefté fut partie , & ils furent
obligez d'attendre une
autre occafion pour paſſer en
Irlande .
Le Roy d'Angleterre arriva
à Breft le s . de Mars , accompa
E iiij.
56 IX. P. des Affaires
les
gné de Mr le Comte de
Mailly , à qui Sa Majeſté
avoit donné ordre de luy
faire rendre dans les lieux.
de fon paffage , tous
honneurs qu'on luy auroit
rendus à Elle mefme . Je vous
ay marqué ailleurs tout ce
qui fe paffa dans fa roure , &
vous ay envoyé toutes les
Harangues qui luy furent
faites. Mr le Maréchal d'EL
trées l'avoit efté recevoir
à Lanyeoc de l'autre cofté de
Ja Rade , à trois lieuës de
Breft , avec une Fregate , &
toutes les Chaloupes des Vaif
du
Temps.
57
feaux , dont , toute l'Artillerie
le falua à fon paffage ›
ainfi que toute celle du Chafteau
. Il fut receu à la defcente
par M l'Evefque de
Leon , qui eftoit en habits
Pontificaux , & à la tefte de
fon Clergé , & trouva en
arrivant Mr le Comte d'Avaux
, qui devoit paffer avec
luy en Irlande , & que Sa
Majesté Tres Chreftienne avoit
nommé fon Ambaffadeur
Extraordinaire auprés
de ce Prince . Les Bourgeois
eftoient fous les armes , &
formoient une double haye
58 IX. P. des Affaires
juſqu'au logis qui luy avoit
efté preparé. Il voulut bien
fouper en public pour fatisfaire
à l'empreffement
que
tout le monde avoit de le
voir. M' le Duc de Berwich ,
Mr le Maréchal d'Eftrées , &
les Officiers generaux de la
Marine , eftoient à fa table ,
avec les Officiers que Te Roy
luy avoit donnez pour l'accompagner
en Irlande , &
pour fervir dans fes Troupes,
Le 6. Sa Majeſté Britannique
alla voir les Vaiffeaux , &
monta fur ceux que commandoient
M's Gabaret & Foran,
du Temps.
59
Chefs d'Efcadre. Ce Prince
vifita le foir les Magafins &
l'Arſenal de Marine , dont il
fut furpris, quoy qu'il en cuft
fouvent entendu parler avec
beaucoup d'avantage . Deux
jours avant qu'il fuſt arrivé
à Breft , le Neveu du Comte
de Tirconnel qui l'eftoit venu
trouver de la part de ce Com
te , en eftoit party
Fregate pour aller dire en
Irlande que Sa Majeſté Britannique
eftoit proche de
Breft , où Elle devoit s'embarquer
pour le fuivre en ce
Royaume. Ce Monarque ,
fur une
60 IX. P. des
Affaires
&
qui ne s'appliquoit pas uni
quement aux affaires d'Irlande
, écrivit avant fon depart
de Breft , une Lettre dont la
fufcription eftoit : Aux Lords
Spirituels & temporels , Commiffaires
des Provinces
Bourgs affemblez, ou qui s'affembleront
dans noftre bonne
Ville d'Edimbourg. Cette
Lettre qu'on ne fçauroit lire
fans admirer la genereufe
bonté de ce Prince &
Lans y remarquer un caractere
d'honnefteté qui devroit
faire repentir de leur perfidie
ceux qui ont pû le refou-
>
du
Temps .
61
dre à le trahir, eft toute
entiere dans la cinquiéme
Partie des Affaires du Temps .
C'eft ce qui m'empeſche de
la metrre icy, mais je vous en
entretiendray lors que j'entreray
dans le détail des affaires
d'Ecoffe.
Comme le vent qui empê .
choit que le Roy d'Angleterre
ne partiſt , eftoit favorable
à ceux qui vouloient
venir d'Irlande en France , il
en arriva une Fregate que Sa
Majefté y avoit dépêchée ,
dont le Capitaine apporta
une Relation de plufieurs
62 IX. P. des Affaires
avantages remportez par les
Catholiques fur les Proteftans.
L'obftination de ces
derniers eftoit la feule caufe
de leur malheur. On ne demandoit
que la foumiffion
qu'ils font obligez d'avoir
pour leur veritable Prince ,
fans vouloir les empêcher
d'eftre de la Religion qu'ils
profeffoient , ny mefme
d'en faire l'exercice , mais ils
eſtoient excitez à la revolte
par les creatures du Prince
d'Orange , qui ne cherchoit
qu'à mettre de la divifion
dans l'Irlande , & à s'y faire
du
Temps.
63
un puiffant party , afin de s'en
rendre maiftre aprés qu'on
s'y feroit fi fort affoibly de
chaque cofté par le fang des
Citoyens qu'on y feroit tous
les jours répandre , qu'il auroit
enfuite peu de peine à
triompher d'un Eftat fans vigueur
, & qui auroit luy- même
travaillé à fa ruine en déchirant
fes propres entrailles
pour fervir celuy qui avoit
refolu d'en ufurper la Couronne
, & d'y établir la puiffance
arbitraire qu'il avoit
feint de vouloir détruire lors
qu'il eſtoit arrivé en Angle64
IX. P. des Affaires
terre. Il luy falloit un pretexte
pour cela,& les Ufurpateurs
ont toûjours l'adreffe
de choisir ceux qui flatent le
Peuple , parce qu'il eſt malaifé
qu'ils reuffiffent s'ils ne le
mettent dans leur party , ce
qui leur eft d'autant plus facile
qu'il fe laiffe prefque toû
jours tromper par les apparences
, & qu'on ne manque pas
d'en faire paroistre à fes yeux
de fauffes , que la nouveauté
quiluy plaît toûjours luy fait
regarder comme veritables .
La Flote eftant en eftat de
faire voile , & le vent s'eftant
du Temps.
65
montré favorable , le Roy
s'embarqua le 70 de Mars à
quatre heures aprés midy,
pour partir le lendemain dés
que le jour paroiftroit . Si toft
que ce Prince fe fut embar
qué , on mit fon pavillon
Royal au grand maſt de tous
les navires , ce qui fe fir avec
l'adreffe & la galanterie naturelles
aux François , & avec
la mefme viteffe que l'on voit
changer une decoration de
theatre , de forte que tous les
Vaiffeaux qui estoient François
un inſtant auparavant
compoferent une Flotè qui
F
66 IX. P. des Affaires
parut toute Angloife , ce qui
marquoit que ce n'eftoit
point la France qui agiffoit en
cette occafion , parce qu'elle
n'avoit point de guerre contre
la nation Angloiſe ; au
contraire elle preftoit cette
flote au Roy d'Angleterre,
pour la fecourir contre l'Ufurpateur
fous lequel gemifloit:
tout ce Royaume qu'il avoit
envahi par le moyen de quelques
Traiftres , avec lefquels.
il avoit formé des intelligences
, & qui fous de faux pretextes
devoient le faire mon
ter au Trône , à condition.
du Temps .
67
que pour recompenfe
de leut
perfidie
, il les éleveroit
aux
plus hautes
charges
, & aux
dignitez
les plus éclatantes
.
Le vent qui eftoit favo
rable lors qu'on s'eftoit
embarqué
, ayant changé
dans
le temps qu'on s'appreftoit
à
partir , on fut obligé de s'arrefter
malgré l'impatience
que
chacun
avoit de comencer
le
voyage
. Celle du Roy d'Angleterre
eftoit la plus grande ,,
& la plus jufte , parce qu'il
avoit plus d'intereft
que les
autres à fe montrer
en Irlande..
Cependant
comme
il eft ac
Eij
68 IX. P. des Affaires
coutumé à de plus grands
revers de fortune , & que
d'ailleurs il eft naturellement
bon & patient , il fouffrit cet
obftacle à fes deffeins avec une
tranquillité exemplaire , &
parut moderé en cela comme
en toutes choſes. Depuis le 7.-
de Mars , on appareilla fouvent
, & l'on crut de jour en
jour qu'on pourroit partir ,
mais il ne fut pas poffible de
mettre à la voile ayant le
17. Ce retardement ne fervit
de rien au Prince d'Orange
ny aux Hollandois . Quoy
qu'ils cuffent fceu que Sa Ma-

du
Temps.
60%
jefté Britannique devoit paffer
en Irlande , mefme avant
qu'Elle fuft partie de Saint
Germain pour fe rendre à
Breft , ils ne purent preparer
aucuns Vaiffeaux pour s'oppofer
à fon paffage ; ce qui
à étonné toute l'Europe , &
qui commença dés lors à
faire croire , que l'Angleterre
& la Hollande unies ne fe
roient pas Maiftreffes de la
Mer , quoy que chacune de
ces Puiffances croye feparement
qu'il n'y en a aucune qui
foit en eftat de refifter à fes
Flotes.
70 VI. P. des Affaires
Lors que le Roy d'Angleterre
partit de Breft , il eftoit
fur le Vaiffeau nommé le
Saint Michel , & ce Vaiffeau
eftoit commandé par M Gabaret.
Il y a peu d'Officiers
generaux qui entendent
mieux la Mer , & il a fait
voir en plufieurs occafionsque
fon experience répondoit
à fon courage . Il commandoit
toute la Flote ayant
qu'elle cuft le Pavillon
d'Angleterre , mais alors elle
ne pouvoit reconnoiftre que
Sa Majefté Britannique , &
au retour le mefme Mr Gadu
Temps. 71
baret devoit en reprendre le
commandement.
Le Dimanche 20. de Mars
la Flotte eftant déja fort proche
d'Irlande , une Flufte Angloife
partie de Bristol pour
la Virginie, vint donner de
dans. Le Roy la fit arrefter ,
& on y trouva une grande
Lettre fort injurieufe , & en
maniere de Manifefte . Elle
eftoit remplie d'éloges pour
le Prince d'Orange , & portoit
que ce Prince s'eftoit emparé
de l'Angleterre à caufe que
Te Roy de France eftoit fon
Ennemy juré , celuy de toute
72 VI.P. des Affaires
l'Europe & l'Amy du Roy
défunt ; c'eftoit ainfi que cette
Lettre parloit du Roy Jacques
qu'elle faifoit mort ,
quoy qu'il fuft dans une fanté
parfaite. Ce Monarque eftoit
extremement mal traité dans
cette maniere de Manifefte..
Les mots de haute trahifon
fe trouvoient prefque à chaque
ligne , & on peut dire
que l'on y contoit des fables ,
parce qu'on parloit à des
per
fonnes éloignées , & à qui il
eftoit d'autant plus aifé de
faire croire tout ce qu'on
vouloit leur perfuader , qu'il
n'eſtoit
du Temps.
73
n'eftoit encore party aucun
bâtiment , qui cuft pu leur
faire fçavoir l'invafion du
Prince d'Orange en Angleterre
, la fituation des affaires
de ce Royaume , & l'eftat
de celles du Roy. Sa Majesté
aprés avoir leu le Libelle écrit
contre Elle par fes Ennemis,
marqua un fort grand mépris
, & pour l'Ouvrage &
pour ceux qui l'envoyoient ,
& loin de faire paroiſtre aucun
mouvement d'agitation
& de colere , non feulement
-Elle voulut qu'on rendiſt l'écrit
à ceux qui eftoient char-
G
74 IX. P. des Affaires
gez de le répandre , mais encore
Elle ordonna que la Barque
fuft relâchée , & qu'on
luy laiffaſt faire fa route. La
bonté du Roy étonna toute
l'armée , & fut cauſe que
les
manieres du Prince d'Orange
, fi oppofées à cette conduite
furent regardées avec
plus d'indignation
, & parurent
plus condamnables , &
plus injuftes qu'on ne les
avoit encore trouvées .
Le 22. de Mars la Flote arriva
au Port de Kinfale , &
moüilla le long de la Fortereffe
, où le Regiment du
du Temps .
75
Comte de Tirconnel , qui eſt
d'environ mille hommes , eftoit
en garnison . L'empreffement
que les Peuples témoignerent
pour voir le Roy, ne
fçauroit eftre dépeint . Il y en
eut qui fe jeterent à l'eau pour
joüir les premiers de cet avan
tage. Leur zele ne parut pas
moins ardent pour fon fervice
, & s'il y avoit eu dequoy
armer tout l'Erat , tout l'Etat
fe feroit armé pour la gloire
& pour la défenſe de fon
Roy. Les Proteftans qui ne
fongeoient qu'à ſe retirer à
l'autre bout du Royaume , &
Gij
76 IX. P. des Affaires
qui commençoient à mediter
La rebellion que l'on a vû
éclater depuis , quoy qu'on ne
Les inquietalt pas , & qu'on
n'en euft pas mefme le deffein
, ne parurent point à fon
arrivée .
Le Roy alla le 23. au matin
vifiter la Fortereffe , & il
coucha . Elle défend tresbien
l'entrée du Port à droite
en entrant, & à gauche il y a
de tres- bonnes Bateries àfleur
d'eau. On voit au deſſus un
vieux Chafteau que Sa Majesté
vifita auffi. Il eft feulement
fortifié d'ouvrages de terre ,
du Temps. 77
mais pour peu qu'on y tra
en feroit une
vaillaft . on
Place forte . On arrefta le
meſme jour un Officier , qu'on
fceut eftre un Eſpion du Prince
d'Orange ; if avoit paffe
fur le Bord de M'le Cheval
lier d'Ervaux .
Pendant que Sa Majefté
Britannique avançoit pour
donner de la vigueur à fes
Peuples par fa prefence qu'ils
avoient fouhaitée avec une
ardeur qu'il feroit difficile
d'exprimer , le Comte de
Tirconnel continuant dans
le mefme zele pour fon
G111
78 IX. P. des Affaires
Prince , agiffoit de ſon coſté
avec fuccés. Ce Comte ayant
receu une Déclaration du
Prince d'Orange , pour ordonner
aux Catholiques de
quitter les armes , leur faifant
efperer toutes fortes de bons
traitemens en fit de
> peu
jours aprés publier une autre,
par laquelle il commandoit à
tous les Proteftans de Dublin
de porter leurs armes chacun
dansfa Paroiffe , & ménaçoit de
faire piller toutes les Maifons ,
où il s'en trouveroit contre fes
défenfes . Cette Ordonnance
fut ponctuellement executée
du Temps .
79
par les foins du Lord Maire
de Dublin , qui alla en petfonne
vifiter la plupart des
Maiſons fulpectes . Ce Comte
fir auffi publier une Déclaration
contraire à celle du Prince
d'Orange , par laquelle il
défendit à toutes perfonnes d'y
avoir égard , & exhorta tous les
bons Sujets de Sa Majesté à luy
demeurer fidelles promettant de
maintenir l'Irlande dans le de
voir , & mefme d'envoyer du
fecours en Angleterre ou en
Ecoffe , ainfi qu'à tous ceux qui
en auroient befoin pour s'oppo¬
fer aux violentes entreprises des
Rebelles.
G
iiij
80 IX. P. des Affaires
Les chofes eftant en cet
eftat , plufieurs Proteftans
d'Irlande trouverent moyen
de paffer en Angleterre , &
beaucoup de Catholiques Anglois
s'échaperent d'Angleterre
pour venir en klande ,
ce qui donna lieu à l'Ordonnance
fuivante que le Prince
d'Orange fit publier . Le Roy
veut & entend qu'on ait unfoin
tout particulier dans les Ports
de Chefter , de Beau-marrais , de
Holy-head de Milford , ainfi
que dans toutes les autres Bayes
Havresfur les Mers d'Ir-
Lande , qu'aucunes perfonnes, de
du Temps.
8F
quelque rang , qualité ou condi
tion qu'elles foient, ne paſſent in
Irlande , a
moins
que
ayent
un paffeport de Sa Majefié , on
de l'un de fes Secretaires d'Etat ›
& il eft ordonnépar les prefentes
de par le Roy , à tous Maires,
Officiers des Douanes , & autres
à qui il appartient, de faire duëment
& ponctuellement execu
ter ce que deffus , finon ils en rés
pondront à leurs perils . Donné à
la Cour à Vitheall , le 8. jour
de Mars 1689.
Le Prince d'Orange vou
lant fe faire des Creatures , &
avoir des Troupes , en qui il
82 IX. P. des Affaires
ils
puft avoir plus de confiance
qu'aux Anglois , qui luy font
toûjours fufpects , crut que
les Proteftans d'Irlande luy
pourroient garder plus de
fidelité , & que s'ils ne le
faifoient par inclination ,
le feroient par neceffité , à
caufe qu'eftant une fois fortis
de leur Pays , l'apprehenſion
d'eftre punis les empefcheroit
d'y retourner . Il crut auffi
qu'ils feroient plus ardens
que d'autres à la Conquefte
de ceRoyaume s'il y envoyoit
des Troupes , parce qu'ils
agiroient pour leurs propres
du Temps.
83
interefts, & pour rentrer dans
leurs biens. Ce fut ce qui l'engagea
à faire publier ce qui
fuit.
On fait fçavoir par ordre du
Roy que tous les Officiers Proteftans
qui ont efté caffez en Irlande
ou qui ont depuis peu
quitté leurs Emplois en ce Paislà
, & qui ne font pas encore
entrez au fervice de Sa Maà
jesté , ayent
apporter leurs
noms des certificats , comme
ils ont cy- devant commandé, au
Commiffaire General des Montres
, à la Garde à cheval auprés
de Vvitehall , lequel Commif
84 IX.P. des Affaires
faire a ordre de prendre la lifte
de leurs noms & de leurs emplois
, afin qu'ils foient incef-
Samment recûs au fervice
à la paye de Sa Majesté.
Cependant le Roy d'Angleterre
, qui avoit paffé de
Breft à Kinfale, où il demeura
deux jours , en partit pour
aller à Kork , & de là à Dublin
. Les Peuples marquerent
les mefmes empreffemens à
le voir lors qu'il partit, qu'ils
avoient eu à fon arrivée , &
les Filles l'accompagnerent
avec des Mulettes , en danfant
& en criant , Vive le
Roy.
du
Temps .
85
L'empreffement des Peuples
de la campagne pour
voir ce Monarque , ne ceda
point à celuy des Habitans
des Villes . Chacun accouroit
de toutes parts , & ce
n'eftoit en tous lieux que
des acclamations continuelles.
On fit des feux de joye
dans toutes les Villes par où
il paffa , & les nuits entieres
furent employées en réjoüiffances.
Le Comte de Tirconnel
vint à Kilkenny recevoir
Sa Majesté . S'il avoit
pû fuivre l'impatience qu'il
avoit de la voir , il feroit venu
86 IX. P. des Affaires
jufques au lieu où Elle avoit
débarqué , & auroit mefme
efté plus loin , s'il avoit efté
poffible , mais fa prefence
eftoit neceffaire dans le coeur
de ce Royaume , pour y maintenir
toutes chofes en eftar .
Le Roy luy donna tous les
témoignages de fatisfaction
qui eftoient dûs à un Sujet
delle, & luy marqua fon eftime
en le créant Duc . Aprés qu'il
luy eut rendu un compte
exact de toutes les affaires
d'Irlande , Sa Majesté tint
Confeil , où ce nouveau Duc
eutt'honneur d'entrer . Toute
du Temps.
87
la Cour du Roy le congratula
fur fa genereuſe fermeté , &
fut la fidelité inviolable qu'il
avoit fait voir pour fon legitime
Souverain, de forte qu'il
goûta alors tout le plaifir
qu'un veritable homme de
bien peut reffentir , lors qu'il
a fait ce que fon honneur &
fon devoir exigeoient de luy.
Le Roy continua fa roure
vers Dublin , & trouva par
tout les chemins bordez de
Peuple. Les marques de joye
qui accompagnerent
la reception
qui luy fut faite dans
cette Capitale parurent
88 IX. P. des Affaires
encore plus grands , parce
que les Peuples , & la Nobleffe
y
eftoient en plus
grand nombre , mais le fond
des coeurs eftoit le mefme par
tout , & chacun y reffentoit
tout ce que la prefence d'un
Souverain digne de l'amour
de fes Sujets , eft capable
d'infpirer. Si c'eftoit icy le
lieu de vous parler de la Ville
de Dublin , je vous en dirois
beaucoup de chofes . Elle eſt
belle & grande, & fituée fur
la cofte orientale de l'Ifle , au
Midy fur la Riviere de Liff ,
qui paffe dans le milieu , &
du Temps:
89
für laquelle il y a quatre ponts
de pierre le Quay eft fort:
Beau , auffi bien que les maifons
. Dublin a auffi un Port;
où le font les embarquemens
pour l'Angleterre . L'embou
cheure de la Riviere eft à l'as
bry de quelques hautes montagnes
qui s'avancent dans la
mer en forme de Promontoire
La marée remonte dans .
cette Riviere , où les groffes .
Barques arrivent. Il y a de
grandes places dans la Ville;
& un beau Château . On y vir
à bon marché , & la plufparc
des chofes neceffaires à la vie,
H
90 IX. P. des Affaires
s'y trouvent en abondance ,
& y font exposées en vente
d'une maniere tout à fait
propre.
7
Quelques jours aprés l'arrivée
du Roy à Dublin , M*
le Comte d'Avaux
"
Ambaffadeur
extraordinaire de
France , eut fa premiere Audience
de Sa Majefté . M' le
Duc de Tirconel le vint prendre
dans une belle Maiſon au
bout de la Ville avec vingt
caroffes à fix chevaux ,
quantité d'autres à quatre.
Les troupes bordoient toutes
les rues par où fon Excellen
&
du Temps.
91 .
ce paffa . Il y avoit auffi une
fort grande affluence de Peuples
. Le Roy eftoit fur un
Trône placé fous un Dais . Le
Chancelier avec les Sceaux
eftoit à la gauche de Sa Ma-.
jeſté, qui eftoit environnée de
quantité de Milords , & de
perfonnes de la premiere
Qualité. Le Roy fe leva , fe
tint debout & couvert , & M
le Comte d'Avaux de mefme.
Voicy le compliment que
luy fit ce Comte.
Hij
92 IX. P. des
Affaires.
SIRET
L'intereft que le Roy mon
Maistre
prend à tout ce qui tou
che Voftre
Majefté , l'a "porté à
m'ordonner
de lafuivre dans une
entreprife
fi grande
& fi legiti
me , pour luy marquer
par là l'union
l'amitié
qu'il veut con-
Server
en tout temps
en tous
lieux
avec Elle , de mefme
qu'il
a voulu
luy faire
paroiftre
par
tous lesfecours
qui dépendent
de
luy , le defir qu'il a de l'aider
à
foûmettre
fes Sujets
rebelles
,
à triompher
defes Ennemis
.Je ne.
du
Temps:
93€
crois pas , SIRE , qu'il foit ne
ceffaire que je donne là- deffus de
nouvelles affurances à Koftre
Majefté. Elle a eftéinformée par
Elle -même des fentimens du Roy
mon Maiftre. Elle a veu avec
quelle joye & avec quelle promptitude
il a embraße l'occafion de
foutenir la justice d'une fi bonne
caufe , & je ne puis douter que
Voftre Majefté ne foit bien per .
fuadée que le Roy mon Maiftre
ne fera pas moinsfenfible au bon
fuccés de vos deffeins , qu'au bien
de fon propre Royaume.
1
En effet , SIRE , il à vos
intereſts fifort à coeur , que je ne
94 IX. P. des Affaires
luy puis rien mander de plus
agreable que le bon état oùfont
les affaires de Voftre Majeſté
dans ce Royaume , les acclamations
generales de tous vos Peuples
, & particulierement les témoignages
extraordinaires de
joye , d'amour & d'attachement
que cette Ville capitale a fait paroistre
à l'arrivée de Vostre Majeſté.
Ce zele , SIRE , de vostre
Peuple d'Irlande , toujours fidel
le àfon Dieu & à fon Roy , la
fidelité , laprudence & la ferme
té d'un Chef qui a fceu rompre
dans ce Royaume toutes les me
du
Temps. 95
"
fures de vos Ennemis , & la difpofition
generale dans laquelle
je vois tous vos fidelles Sujets de
facrifier volontiers leurs vies pour
un fibon Prince , font des gages.
certains du fuccés qu'auront les
armes de Vostre Majesté.
Auffi je m'affure quefi Vô–
tre Majesté a eu cela de commun
avec le plusfaint de tous les Rois,
de s'eftre trouvé non feulement
abandonné par une defertion
prefque generale de fes Sujets
mais encore d'avoir veu dans fa
propre famille les auteurs de la
rebellion , Elle aura auffi le même
bonheur qu'eut ce fage Prin96
IX. P. des Affaires
cefe verra bien- toft rétablie
dans fes Etats par le petit nombre
de Sujets qui luy font demeu
rezfidéllės..
Le Roy mon Maifre , comme
le meilleur amy de Vostre Majefté,
a voulu que fes Sujets euffent
part à cette gloire. Il vous
a donnépour cet effet ceux qu'il
a jugez les plus capables de feconder
le zele de vos fidelles fer
viteurs. Ce font des Generaux
dont il connoift la capacité és lé
merite , & qui font prefts à expofer
leur vie pour le fervice de
Voftre Majefté.
Pour moy , SIRE , que
le
Roy
du Temps.
97
Roy mon Maiftre a honoré du
caractere de fon Ambaffadeur
Extraordinaire
auprés de Voftre
a
Majefté, je n'ay pas tant confideré
le fardeau d'un employ fi
fort au deffus de mes forces , que
j'ayfuivi ma propre inclination ,
&fatisfait au defir que jay de
rendre à Voftre Majeflé tous les
fervices dont je fuis capable.
Dans cette veuë, Sire , je donneray
toute mon application aux
fonctions de mon Miniftere
eftant bien perfuadé que je ne
puis faire rien de plus agreable
au Roy mon Maistre que de
fervir de tout mon pouvoir le
,
I
98 IX. P. des Affaires
Prince du monde qu'il eftime ,
qu'il confidere , & qu'il aime le
plus.
M' le Comte
d'Avaux ayant
ceffé de parler , preſenta à Sa
Majefté Britannique
les Offi
ciers Generaux
qui avoient
paffé en Irlande ,à l'exception
de M¹³ de Puifignan
& Boiffelau
, parce qu'ils eftoient allez
joindre les Troupes . Le Roy
d'Angleterre
répondit
à ce
difcours en grand Monarque,
& en Prince reconnoiffant
,
& aprés qu'il eut reglé quel
ques affaires à Dublin , &
du Temps .
99
donné fes ordres pour la
convocation
du Parlement ,
il refolut avec fon Confeil ,
de faire un voyage dans le
Nord d'Irlande , tant pour fe
faire voir à fes Peuples qui
le fouhaitoient avec ardeur ,
que pour diffiper par fa prefence
le refte du party Proteftant.
Je vous ay décrit ce
voyage dans mes Lettres ordinaires
, où je vous ay marqué
que l'empreſſement pour
voir ce Monarque fur fi
grand, que les Femmes aprés
l'avoir vû , montoient en
croupe derriere les Cavaliers
I ij
100 IX. P. des Affaires
les
pour joüir plus long- temps
de ce plaifir. A mesure qu'on
avança dans le Nord ;
chemins fe trouverent plus
difficiles , & les vivres plus
rares ; mais le zele des Habitans
pour leur Roy fe trouva
toujours égal. On a dit &
écrit fi peu de veritez fur ce
voyage , & fur ce qui s'eſt
paffé devant Londonderry ,
jufqu'à ce que cette Place ait
efté affiegée dans les formes ,
qu'il paroiffoit au Public que
le Siege en avoit esté fort
long , avant qu'on euft ſeulement
commencé à le former.
du Temps.
ΙΟΙ
J'ay heureuſement recouvré
une Lettre d'un Officier general
, qui vous apprendra
quantité de chofes là - deffus
que l'on n'a point fceues ,
cette Lettre n'ayant point
efté rendue publique
n'ayant eſté veuë que de
quelques - uns de fes Amis .
Vous y apprendrez au vray
de quelle maniere les Officiers
generaux François , qui
commandoient dans
> &
les
Troupes d'Irlande , ont efté
tuez . Je ne changeray tien à
cette Relation , que vous
trouverez dans les propres
I iij
102 IX. P. des
Affaires
termes qu'elle a efté écrite ;
& qui eſtant d'un
homme du
mêtier, ne peut que bien faire
concevoir les
chofes qu'on a
voulu faire
entendre.
D'ail
leurs on y
trouve une
grande
netteté , & on peut
juger en
la
lifant que celuy qui l'a faite
auroit pû
écrire
mieux ,
s'il cuft eu plus de loifir , &
qu'il euft efté
queftion d'autres
matieres.
du Temps .
103
粥粥粥粥粥粥粥粥粥粥粥粥粥光粥粥粥
DU
CAMP
Devant
Londonderry
dans le
Nord
d'Irlande
, ce 11 May
1689.
Sa
A Majefte
Britannique
qui
avoit cru que fa prefence
avanceroit
la foumiffion
des Rebelles
de cette Province
, s'eftoit
renduë
à grandes
journées
à Straban
, gros Village
éloigné
d'environ
dix milles de cette Ville ,
& fur la mefme
Riviere
. Là ,
Elle apprit
que les Ennemis
eftoient
de l'autre
cofté de l'eau
Lii
104 IX.P. des Affaires
à
enfort grand nombre . Le Lieutenant
General Hamilton , le
Duc de Bervick , & Mr de
Puifignan, Marefchal de Camp,
remonterent le long de cette Riviere
avec quatre Efcadrons &
un Bataillonfeulement , pour aller
tâcher de fe rendre Maistres
d'un Pont nommé Claren ,
quatre milles de Straban . Ils
trouverent ce Pont rompu
Ennemis en Bataille au de là de
cette Riviere cependant ils
refolurent de la paffer & de les
aller charger. La Cavalerie paffa
à la nage , les Officiers Generaux
l'Infanterie moitié à la tefte
les
du Temps. 105
fur les débris du Pont , où l'on
mit quelques planches à la hafte,
l'autre partie dans l'eau ,fe
tenant à la queuë des chevaux
qui nageoient. L'Infanterie des
Ennemis qui eftoient bien au
nombre de cinq mille hommes
fit un tres-grand feu fur eux
pendant leur paffage ; mais leur
Cavalerie ,• quoy que de moitié
plus forte que celle du Roy d'Angleterre
, n'ofa venir à la charge,
auffi- toft que nos Troupes
furent paffées , tout lafcha pied
fe retira en defordre le long
de cette Riviere. Il n'y eut à
cette action , fans doute fort
,
106 IX. P.des Affaires ,
bardie , que trois ou quatre Cavaliers
de tuez autant de Soldats
, & un Major de Cavalerie
noyé ; mais il y eut bien
cent des Ennemis qui demeurerent
fur la place..
Cependant M Roferde Mau-
Girardin qui estoient .
mont
fur le bord de l'eau à Straban
avec deux Troupes de Cavalerie
, & un Bataillon , voyant
venir les Ennemis de l'autre
cofté , fans fçavoir ce qui s'eftoit
passé à Claren , & croyant feulement
que ces Troupes alloient
fe jetter dans Londonderry , prirent
le party, pour les rompre de
'du Temps.
107
pafferla Riviere , où ilfalur auffi
un peu nâger ; ce qu'ils executerentfort
heureufement aves
leurs deux Troupes de Cavalerie
leur Bataillon , & les Ennemis
aprés leur avoir fait une
grande décharge , s'enfuirent
fe difperferent fans qu'on en
pull joindre beaucouр .
Sa Majefté Britannique ayant
dans le mefme temps receu avis
qu'il avoit paru une Flotte Angloife
devant Kingsale , dont
on pouvoit craindre quelque def
cente , & voyant d'ailleurs qu'il
falloit fe refoudre à faire le
"Siege de Londonderry, qui tire108
IX. P. des Affaires
و
roit peut- eftre en longueur , &
que l'affemblée du Parlement
qui approchoit ne luy permettoit
pas de faire un fi long séjour
Elle fe remit en marche pour retourner
à Dublin emmenant
avec Elle Ms Rofe & Girardin ,
laiffale Commandement defes
Troupes & la conduite du Siege
à M² de Maumont , & fous luy
Hamilton , le Duc de Berwick
Puifignan. Lors qu'Elle
fut à Charlemont qui eft éloigné
de Straban de deux grandes
iournées , Elle receut un Exprés,
par lequel le Duc de Bervick
luy mandoit que les Rebelles
duTemps.
IC9
ayant envoyé des Deputez pour
fçavoir quelle compofition on leur
vouloit faire , les Officiers Generaux
eftoient perfuadez que la
prefence de Sa Maiefté pouvoit
eftre utile à cette negociation .
Sur cela Elle rebrouffa tout d'un
coup chemin , & s'en vint mefme
iufque fur la hauteur proche de
Londonderry ; mais les Rebelles
ayant tiré fur quelques Troupes
qui s'eftoient avancéesplutoft par
hazard que par deffein , on ne
crut pas cette affaire fi prefte à
eftre confommée ; & fur cela
Sa Maiefté Britannique reprit
dans le moment mefme le deſſein
110 IX. P. des Affaires
·
de retourner à Dublin , laiffant
les chofes dans la difpofition
qu'Elle avoit d'abord établie.
Pendant tout cecy ces Navires
Anglois , dont on croit qu'il y
en avoit trois de Guerre , & qui
estoient chargez de quinze cens
hommes pour ietter dans Londonderry
avoient moüillée à
l'entrée de la Riviere de cette
Ville ; mais les Anglois ayant
voulu qu'en entrant dans la
Ville les Bourgeois leur remiffent
le Gouvernement, & les Bourgeois
l'ayant voulu garder , tout
ce fecours s'en estoit retourné
comme il estoit venu.
' du Temps.
111
Maumont eftant venu prendre
fes quartiers tout autour de la
Place , afin d'attendre les muni .
tions & les chofes neceffaires à
former le Siege , les Ennemis
firent unefortie le Dimanche premier
de ce mois , & vinrent pour
attaquer le quartier qui eft le
long de la Riviere en defcendant.
Leur Cavalerie où il y
avoit bien trois cens chevaux
vint le long de la Greve , &
leur infanterie composée d'envi¬
ron quinze cens hommes , s'étendit
à la gauche fur des hauteurs
entrecoupées de terre relevée , &
de cette maniere ce quartier qui
112 IX. P. des Affaires
n'eftoit défendu que par environ
quatre- vingt chevaux tant Cavalerie
que Dragons , & par
trois cens hommes d'Infanterie ,
fe trouvoit enveloppé, estant fort
procbe de la Ville. Tous les Officiers
Generaux qui fe trouverent
là par hazard enfemble , & qui
virent bien qu'il n'y avoit de
falut que dans un party vigoureux
ne balancerent pas à le
prendre. Ils ietterent leur Infanterie
dans des mazures derriere
des hayes , & à la tefte de leur
petite Troupe de Cavalerie , alberent
attaquer celle des Ennemis
quifurent ébranlez par cette
J
du
Temps. 113
les
hardieße , & qui plierent , &
s'enfuirent à toute bride dans la
Ville , fuivis de toute l'Infanterie
, qui fe retira avec la
mefme confufion ; mais cela n'avoit
pu le faire fans que
noftres effuyaffent un feu extraordinaire
; de forte que tous
les Officiers Generaux fans exception
, ont effé tuez , bleſſez ,
où ont eu des chevaux tuezſous
eux , les deux tiers des Cavaliers
Dragons tuez ou leurs
chevaux. Maumont fut tuéſur
la place . Hamilton eut un cheval
tué , le Duc de Bervvick ,
deux , Puifignan , un ; Sheldon
K
114 IX. P. des Affaires
qui
fut bleffé à la tefte d'un coup de
fabre , & plufieurs Officiersparticuliers
furent traitez de la
mefme forte. Ilfaut loüer ce
le merite. Cette action eft fort
hardie &fort belle , & les Officiers
Generaux fur tout s'y
font comportez avec une valeur
digne de toute eftime.
Farrivay le
3. de ce mois à
l'endroit où l'on m'avoit indiqué
que l'Artillerie eftoit placée qui
eft vis-à- vis de la Ville de l'autre
costé de la riviere , &fi commodément
fitué » que toute la
Ville est veue à revers , mais j'y
trouvayfi peu de choſe pour ferdu
Temps
115
ir trois canons , & deux petits
mortiers en quoy confifte toute
cette Artillerie , que je ne jugeay
pas à propos de faire commencer,
avant qu'un peu de munitions
que je fçavois eftre en chemin ,
m'euft mis en état de faire appercevoir
que j'estois arrivé. Le
de batteaux , manque le mauvais
temps m'empêcherent d'aller
au quartier d'Hamilton , qui
estoit devenu Commandant en
chefsplustost que le feudy matin.
Je trouvay en chemin un biller
qu'il m'écrivoit par lequel il me
prioit de m'y rendre inceffamment
, estant de la derniere con
7
Kij
116 IX. P. des Affaires
Puififequence
que nous priffions des
refolutions fur ce qu'il y avoit à
faire. Je l'allay trouver au Pofte
avancé, où il m'attendoit avec
le Duc de Bervvich ,
gnan & afin que nous pulfions
plus facilement aller reconnoistre
la Place , ils avoient fait avancer
de petites gardes d'Infanterie
affez prés de la Ville , derriere
des terres relevées. Quelques
Fantaffins qui fortirent vinrent
pour en chaffer une , & des Dra-
~gons qui fe trouverent là , les rechafferent
; mais lors que nous y
arrivâmes , nous vimes une plus
grande Troupe fortir des Portes
du
Temps.
117
qui fe glissant auffi derriere
les terres relevées qui eftoient de
leur côté auffi bien
vinrent faire des décharges fur
que
du nôtre,
nous d'affez prés. Le Duc de
Bervich y fut bleffé d'un coup de
moufquet entre les deux épaules
qui nefit qu'effleurer , & j'y eus
mon cheval bleffé. On les repouf
fa neanmoins quelques pas , &
come nous avions vû ce que nous
avions à voir ce carabinage étant
inutile , on fit retirer toutes ces
petites Troupes jufques à la tête
de noftre quartier avancé. Les
Ennemis qui apparemment crurent
que c'eftoit par épouvante ›
118 IX. P. des Affaires
s'encouragerent de forte qu'ils
fortirent bien deux mille cinq
cens hommes , comme nous le vi
mes par lafuite , & occupant le
terrain que nous avions abandonné
ils brûlerent quelques maifons.
Nous eftions fi près les uns
des autres que fans les terres relevées
dont nous nous fervions
également , il y auroit eu beaucoup
de
gens de tuez. Comme
nous voyons à tous momens groffir
la Troupe, & que noftre quartier
où il n'y avoit pas fix cens
hommes de pied , environ
deux cens chevaux , Cavalerie
Dragons,tant dans les gardes
du Temps.
119
avancées que fur la hauteur derriere
, pourroit bien eftre forcé
Hamilton s'en alla fur une hauteur
qui eftoit fur noftre droite
pour juger par la fituation des
Ennemis , ce qu'il y auroit à entreprendre.
Puifignan & moy
qui eftions demeurez à la tefte du
petit Efcadron qui faifoit la garde
avancée , ayant vu les Ennemis
tout en bas fe gliffer le long
de la Riviere , nous crûmes les
pouvoir couper en paffant par
quelques breches qui estoient à
ces terres relevées dont j'ay par
lé , dans ce deffein nous me- &&
names ce petit Efcadron à la.
120 IX. P. des Affaires
charge l'épée à la main , mais à
peine eûmes- nous paffé la premiere
bréche , que les Ennemis
qui estoient répandus de tous cotez
firent un tres grandfeu &
Puifignan qui eftoit fur
ma droite
, receut un coup de mousquet
dans le creux de l'estomach , qui
va fortir dans les reins ,
y a fort peu d'apparence qu'il
puiffe échaper. L'escadron tint
neanmoins , je luy fis paſſer
la feconde bréche , mais dans ce
fecond terrein, le feu ayant beaucoup
augmenté , Milord Abriecorne
qui me fuivoit ayant efté
culbuté , parce que fon cheval
il
dont
fut
'du Temps.
1.21
fut tué tout roide, & le Capitaine
qui commandoit cette gard
ayant efté bleẞé d'un coup de
moufquet à la cuiffe , l'escadron
tourna tout court à gauche pour
aller gagner une bréche qui y
estoit , & fe rendre au bord de
la Riviere où il croyoit eftre en
feureté. Fallay aprés pour l'en
empêcher , mais cela estoit déja
fait , car une autre petite Troupe
de Cavalerie qui venoit bravement
à la charge , avoit occupé
le paffage , & nous retournames
tous enfemble aux Ennemis , mais
à peine fumes- nous au milieu du
terrain , que ces deux Troupes
L
122 IX. P.des Affaires
feul
le
furent également rompuës par
feu qui fe fit & s'en allerent
à toutes jambes chercher cette
mefme bréche pour fe retirer
deforte que le S Dameton , Aide
de Camp , qui estoit demeuré
avec moy , m'ayant demandé
s'il iroit faire avancer l'infanterie
, fans quoy il ne voyoit
pas qu'on pust deformais forcer
ces gens-là , je luy dis d'aller
pluftoft avertir M³ d'Hamilton,
ne voulant pas me charger de la
fuite de cette affaire. Hamilton
defon côté, qui avoit vú fur la
hauteur tout ce qui fe paffoit ,
s'y en venoit à toutes jambes.
du Temps.
123
Nous eftions fi prés des Ennemis
qu'il nousfut aisé de voir derriere
leurs petits retranchemens
comme
ils s'ebranloient pour s'enfuir,
er il est certain que fi la Cavalerie
n'euft pas plié , & qu'elle
fuft venue jusqu'au petit retranchement
qu'il ne luy estoit pas
impoffible de franchir , ces genslà
eftoient coupez , & on en auroit
tué autant qu'on auroit voulu
, mais ayant repris courage
par la retraite des nôtres › ils continuerent
leur feu . Mes habits
furent percez en divers endroits ,
jereceus un coup de mousquet
au bout de l'os de la hanche droi
Lij
124 IX. P. des Affaires
te qui me vafortir dans les reins
qui ne me permit plus de penfer
à autre chofe qu'à me retirer.
Cependant Hamilton qui eftoit
arrivé , ayant bien fait garnir
tous les petits Poftes defon quartier
, & ayantfait mettre fa Cavalerie
en bataille fur la hauteur
de derriere , les chofes demeurerent
quelque temps en cet
état , jufqu'à ce que Rainfey ,
Brigadier d'Infanterie , dont le
quartier eft au de-là de la Ville,
& qu'on avoit envoyé avertir
de marcher , prenant les Ennemis
par derriere , les épouvanta
tellement qu'ils rentrerent en
'du Temps.
125

grande cofufion dans leur Ville.It
n'y eut pendant tout ce jour qu'un
Capitaine de Cavaleric , un d'Infanterie
, &fix foldats de tuez',
deux Capitaines de Cavalerie
bleffez , cinq Cavaliers tuez on
bleffez à mort , & plufieurs chevaux.
Si le beau temps qui com→
mence continue , nous pourrons
avoir enfin des munitions. Ea
grande quantité de Peuple qu'il
ya dans cette Ville nous enfacilitera
la prife par l'effet des
bombes & du Canon , & quand
Londonderry fera pris , toute l'Irlandefera
en repos & aſſurée au
Roy d'Angleterre , qui pourra
Liij
126 IX. P. des Affaires 1
enfuitefuivre fes deffeins. Puifignan
eft mort.
La Ville de Londonderry
qui fait aujourd'huy tant de
bruit dans toute l'Europe ,
s'appelloit autrefois Derry
& on y ajoûte le mot de
London , parce qu'elle fervoit
d'entre- poft aux Marchands
de Londres , qui venoient y
farre commerce . Cette Place
tenant pour la Ligue , fut
afficgée du temps de Cromwel
, par les Ecoffois qui foutenoient
le party du Roy ,
mais lors que ces fidelles Sujets
eftoient fur le point de
du Temps .
1277
s'en rendre maiftres , les Irlandois
leur en firent lever le
Siege , & plufieurs Ecoffois
perirent en cette occafion .
La Relation que vous venez
de lire ne marque rien
de Mr de Maignoles - Montmejan
, Aide de Camp de
Mr de Maumont ; mais comme
les Nouvelles publiques
ont dit que les deux Aides de
Camp de M de Maumont
avoient efté tuez, je fuis obligé
de vous affeurer que Mrde
Maignoles n'a efté que bleffé.
Ce Gentilhomme eftoit Capitaine
dans le Regiment de
Liiij
128 IX. P. des Affaires
Champagne , quand il partit
avec M de Maumont pour
luy fervir d'Aide de Camp .
Depuis fa bleffure , il a efté
fait Colonel d'un Regiment
Irlandois.
La nouvelle de la mort des
Officiers François , dont il eſt
parlé dans cette Relation ,
efté fceue en France ,
ayant
le Roy nomma M le Comte
de Gacé pour fervir en Irlande
en qualité de Lieutenant
General, M le Comte d'Hoquincourt
, & M le Marquis
d'Efcaut
, pour y faire la fonction
de Maréchaux de Camp,
'du Temps.
129
& Mrs-d'Armancé & de Saint
Pater , celle de Brigadiers. Sa
Majeſté y avoit auffi envoyé
quelque temps auparavant ,
M' de Lery , Officier de fes
Gardes du Corps , pour fervirauprés
de la perfonne du Roy
d'Angleterre.
Ce Prince cftant de retout
du Blocus de Londonderry ,
& ayant trouvé à Dublin
toutes chofes preftes pour
l'ouverture du Parlement, s'y
rendit le dix - feptiéme de
May. Voicy la Harangue
qu'il y fit.
130 IX. P. des
Affaires
MILORDS ET MESSIEVRS ,
La fidelité
exemplaire , que
cette Nation m'a témoignée dans
un temps , où d'autres de mes
Sujets fe font infidellement
conduits
à mon égard , ou m'ont fi
lâchement trahi ; & les efforts
que vous avezfails , en fecondant
mon Deputé , dans le courage
qu'il qu'il a eu de foûtenir mes
droits , en confervant ce Royaume
&le mettant en eftat de
défenfe , m'a fait prendre la
refolution de venir icy , & de
hazarder ma vie avec vous
pour défendre
vos libertez &
>
du Temps.
mon propre bien. Et certes , je
puis dire , à ma grande fatisfaction
, que non feulement je vous
ay trouvez prefts à me fervir ,
mais qu'auffi vostre fermeté
egale voftre zele. Je mesuis toujours
declaré en faveur de la
liberté de confcience , & contre
ceux qui ufurpent les proprietez
de qui que ce foit, me fouvenant
de ce que dit l'Ecriture Sainte
Fais comme tu veux que l'on
te falle , car c'est en cela que
confifte la Loy & les Prophetes.
Cette liberté de confcience que
jay donnée a épouventé mes
Ennemi; dans mes Etats & dans
132 IX. P. des Affaires
par
Tes
les Pays Etrangers ; principale
ment , lors qu'ils ont veu que
j'étois refolu de l'établir
Loix dans toutes les terres de
ma domination . Elle eft caufe
qu'ilsfe font armez contre moy,
mais par de differens motifs ;
les uns ayant eu peur qu'eſtant
une fois établie , mon Peuple ne
devinst trop heureux ; & les
autres qu'il fe rendift trop puiffant.
C'eft de ces raisons qu'ils
Se font fervis , pour perfuader
leurs Peuples de fe joindre à eux,
& pour engager beaucoup de
mes Sujets à me traiter de la
maniere connuë de toute la terre.
du Temps. 133
Neanmoins aucune chofe ne me
fera jamais changer de pensée à
cet égard , dans tous les
lieux où je feray le Maistre, jay
deffein avec l'aide de Dieu , de
l'établir par la Loy , & de ne
faire aucune diftinction de perfonne
, que par la regle de la
fidelite. Je m'attens que vous
concourrerez avec moy dans
cette oeuvre Chreftienne , & que
vous ferez des Loix contre les
prophanes & les débauchez. Je
confentiray de toute mon ame ,
que vous faffiez des Loix , telles
qu'elles puiffent contribuer à l'avantage
de la Nation de la Nation , à l'aug
134 IX.P. des Affaires
mentation du commerce , & à
la réparationdes injuftices faites
à ceux qui ont fouffert par les
derniers Actes d'établiffement
, autant qu'elles pourront
compatir avec la raison , la juftice
& le bien commun de mon
Peuple. Et comme je travailleray
de toutes mes forces à vous
rendre riches heureux , je ne
doute pas que vous ne m'aidiez
à me mettre en eftat de m'oppofer
aux injuftes deffeins de mes
Ennemis , de rendre cette
Nation floriffante. Et afin de
vous y encourager davantage ,
je vous prie de confiderer avec
du Temps. 135
combien de generofué d'af &
fection Sa Majesté Tres- Chrêtienne
a tendu les bras à la Reine
mon Epoufe , à mon Fils & à
moy. Confiderez qu'ayant efté
forcez de nous retirer d'Angleterre
ce Prince nous a receus
>
protegez dansfon Royaume;
qu'il a embraffé courageufement
mes interests , & qu'il m'a fourny
toutesfortes de fecours , m'ayant
mis en eftat de venir icy. Sans
cette affiftance , je ne pouvois
rien faire & je luy en fuis
d'autant plus redevable qu'il
me l'a donnée , me la contimuera
dans un temps , où il a

136 IX. P. des Affaires
tant d'ennemis fi puiſſans en
tefte. Je finis par où jay commencé
, en vous affeurant que
je fuis auffi fenfible qu'ilfe peut
aux marques que vous m'avez
données de voftre infigne fidelité,
& en vous proteftant , que
je me feray une affaire de vous
rendre, vous tous mes Sujets ,
les plus heureux qu'il me fera
poffible.
Ce difcours receut de
grands applaudiffemens , &
L'union , & la juftice regnant
dans ce Parlement , on y travailla
de concert à paffer tous
les actes, qui pourroient eftre
du Temps.
137
de quelque utilité au Roy
dans la conjoncture prefente,
ainfi qu'au bonheur & à la
gloire de l'Etat. On y a declaré
l'Irlande indépendante
des Royaumes d'Angleterre
& d'Ecoffe . On a caffé la Declaration
d'Angleterre , qui
avoit confirmé aux Anglois ,
quand le Roy Charles II . fut
remis fur le Trône , les dons
que Cromwel leur avoit faits
des biens des Irlandois ; cha
dans
cun rentre par ce moyen
les domaines qui luy avoient
efté ravis il y a
quarante
ans . Le Roy en doit refti-
M
138 IX. P. des Affaires
tuer beaucoup qui luy avoient
eſté donnez par cette
Declaration , lors qu'il eftoit
Duc d'Yorc , mais il doit profiter
en recompenfe des biens.
des Rebelles fugitifs, qui font
confifquez à fon profit . Le
mefine Parlement a paffe un
Acte pour accorder à Sa Majefté
un fubfide de vingt mille
livres fterlins par mois, durant
treize mois ; un pour fupprimer
les appels en Angleterre,
des Sentences renduës par les
Cours de juftice d'Irlande ..
Il eft declaré par le mefme
Acte , que ceux des Parledu
Temps.
139
mens d'Angleterre ne pour
ront avoir force de loy à l'égard
des Irlandois . On en a
auffi paffe plufieurs autres ;
un pour établir la liberté de
conſcience ; un pour lever
toutes les incapacitez civiles,
qui empefchoient les Irlandois
de pouvoir tenir diver
fes Charges de Robe & d'Epée
; un autre pour fupprimer
les delais en Juftice , les
Lettres appellées d'Erreur , &
le Privilege appellé du Clergé
à l'égard de ceux qui feront
coupables de felonnie ,
& un autre pour donner
Mij
140 IX. P. des Affaires
cours dans le Royaume aux
Efpeces étrangeres . On a auffi
travaillé dans ee Parlement
contre ceux qui en eftantjufticiables
, fe font revoltez
contre le Roy , & font fortis
d'Irlande fans fa permiſſion.
La fatisfaction que ce Parlement
a donnée à ce Monarque
, a efté troublée par une
maladie dangereuſe ſurvenuë
au Duc de Tirconnel , dont
on a cru- longtemps qu'il ne
rechaperoit pas . Je fuis obligé
de dire icy que ce fut à Cork,
& non dans le lieu que je
vous ay marqué , qu'il vint
du Temps . 141
trouver Sa Majesté Britanni
que aprés fon arrivée en Irlande
, & qu'il y vint fuivi des
Gardes que fa qualité de Viceroy
luy permet d'avoir , &
qu'il amena pour accompagner
le Roy. Il y avoit outre
cela cent Gentilhommes à
cheval , que l'empreffement
de voir & de faluër Sa Majefté
, avoit fait venir . Le Roy
luy fit un honneur que les
Souverains
font rarement à
Jeurs Sujets l'ayant apperceu
il s'avança vers luy jufques à
la porte de fa chambre , &
Eembraffa . Il luy donna lest
142 IX. P. des Affaires
louanges deuës à l'inviolable
fermeté qu'il avoit fait paroiroiſtre
pour fon fervice , &
luy fit non feulement l'honneur
de le faire dîner à fa
table , mais il le fit mettre
à fa droite , & le Duc de Berwich
à fa gauche
.
Les premiers fecours que le
Roy de France avoit donez au
Roy d'Angleterre ne fuffifant
pas , & cc Prince ayant fur tout
befoin d'Ingenieurs d'Armes
& d'argent , Sa Majefté luy
en envoya . Le debarquement
s'en fit , comme vous avez
fceu dans la Baye de Bantrie
du Temps. 143
à la veuë de la Flote Angloife ,
qui fut batue enfuite , & repouffée
jufque fur les coftes
& qui pour couvrir fa honte,
a publié que la Flote Françoife
eftoit plus forte , quoy
que ce foit une chofe abfolument
fauffe , & pleinement
verifiée par les Lettres qui
de part , & d'autre,
ont
paru
& qu'on
fçait
d'ailleurs
eftre
tres
veritables
. Comme
ce
que
la Flote
de France
avoit
débarqué
eftoit
particulierele
fecours
de Lonment
pour
donderry
, chacun
crut
que
cette
Place
devoit
eftre
prife
144 IX. P. des Affaires
auffi- toft aprés le débarquement
de ces Munitions, fans
examiner que la Baye de
Bantrie , & Londonderry font
aux deux bouts de l'Irlande ,
& qu'on compte cent milles
de Dublin à Londonderry ,
quoy que Dublin foit à plus
de la moitié du chemin , de
la rade de Bantrie à cette Place
affiegée . D'ailleurs on n'avoit
pas la quantité de charrois
neceffaires , & les chemins
font fort difficiles en Irlande,
de .
eftant par tout coupez
foffez relevez de terre comme
des digues. On peut juger
par
du Temps. 145
par là qu'on manquoit encore
de beaucoup de chofes pour
affieger Londonderry dans les
formes , quand l'impatience
qu'on avoit d'apprendre fa
prife , faifoit croire que le
Siege avoit déja duré plufieurs
mois . Lors que la Flote Angloife
prit la fuite pour éviter
d'eftre entierement défaite ,
fix Vaiffeaux Anglois que
l'on crut longtemps perdus
en Angleterre , vinrent devant
Londonderry. Ils firent
des fignaux de victoire
& de joye à la Ville , &
tirerent quantité de coups de
N
146 IX. P. des Affaires
Canon . La Ville y répondit
par des feux de joye , & leurs
Chaloupes , & celles de Londonderry
fe donnerent reciproquement
de leurs nouvelles
pendant quelques nuits ,
M' de Lery , aprés avoir
marqué un Camp à trois milles
de Dublin , pour dix mille
hommes d'Infanterie , &
quelque Cavalerie & Dragons
, partit le 3. de Juin pour
aller commander un Camp
volant aux environs d'Imf
chilin , où il y a cinq à fix
mille Rebelles , qu'on veut
feulement refferrer pour leur
du Temps .
147
laiffer confumer leurs vivres ,
parce qu'on ne veut les affieger
qu'aprés la prife de Londonderry.
Il y a fujet de croire
que Mr de Lery réuffira
dans tout ce qu'on luy ordonnera
d'entreprendre , puis
qu'outre la valeur Françoife
qu'on remarque en luy , & ce
qu'il fçait du meſtier de la
Guerre,il s'eft attiré les coeurs
de toutes les Troupes.
Le Parlement d'Irlande con
tinua ſes Aſſemblées avec une
entiere fatisfaction des Peuples,
qui témoignoient la joye
qu'ils avoient de rentrer dans
Nij
148 IX. P. des Affaires
la plufpart de leurs biens , &
de leurs anciens privileges ,
& pendant ce temps , le Roy
qui dans fon Voyage du
Nord d'Irlande , avoit foûmis
Coleraine , Place fort
confiderable , & reçû les foûmiffions
de quelques autres
Villes , aufquelles il avoit
donné une Amnistie generale
, parce qu'elles avoient
quité les interefts du party
Proteftant , apprenoit que
fon autorité s'affermiffoit tous
les jours dans le refte de l'Irlande
, & que les plus opiniâtres
qui ne vouloient pas redu
Temps. 149
cevoir les marques de fa clemence
genereufe , fe retiroient
dans Londonderry,
de forte qu'il ne faur pas s'étonner
de fa longue & forte
refiftance , puis que non feulement
cette Ville eft grande
& peuplée , mais que prefque
tous les Proteftans rebelles
de tout le Royaume qui
n'ont pas voulu rentrer dans
leur devoir, & recevoir l'Amniftie
, s'y font retirez . Plufieurs
mefme de ceux qui l'avoient
acceptée s'y font jettez
& on l'a connu en ce
que le Comte de Buchan , en
2
Niij
150 IX. P. des Affaires
ayant défait un grand party
qui vouloit encore s'y jetter
comme les autres , on trouva
fur la plufpart des Prifonniers
le Pardon que le Roy leur
avoit fait expedier . La refiftance
de Londonderry
ne
vient pas feulement du grand
nombre de perfonnes portant
les armes qui font dans la
Place , elle vient auff de
l'efperance du grand fecours
dont on a flaté les Affiegez.
Its fe font repentis de n'avoir
pas receu le premier qu'on
leur a envoyé , qui eftoit
confiderable . Ce fecours n'en
du Temps .
15.I
tra point , parce qu'on ne
voulut pas remettre l'entier
Gouvernement de la
Place à ceux qui le comman
doient. Depuis ce temps - là
il y eft entré fort peu de
monde mais beaucoup de
Barques chargées de munitions
dont elle avoit le plus
de befoin. Les Generaux qui
commandent au Siege auroient
pu la prendre , mais
comme il s'agiſſoit d'attaquer
une Armée dans une Place ,
ils ont jugé à propos d'épar
gner le fang des Affiegeans ,
& de ne point acheter cette
N iiij
152 IX. P. des Affaires
>
Conquefte par la perte d'un
grand nombre des plus ftdelles
Sujets du Roy d'Angleterre
. C'eft pour cela qu'ils
ont refolu de l'affamer , en
empefchant qu'il n'y puiffe
entrer aucun fecours par terre
& par mer . Dans ce deffein
ils ont fait une eftacade à
l'endroit le plus étroit de la
Riviere , & qui a neanmoins
cent toifes de face , & huit
braffes de fond . Les deux
bouts de ces eftacades font
défendus par des Redoutes ,
& par des Batteries à fleur
d'eau . Outre ces Redoutes ,
du
Temps.
153
il y a encore des Retranchemens
qui en font fort prés ,
& dans lefquels on a logé des
Moufquetaires. Ces retranchemens
enfilent l'eftacade ,
& n'en font qu'à la portée
du Piftolet . On a auffi faic
une eftacade plus avancée de
la mefme maniere , & avec
de pareils retranchemens . Ces
eftacades ne peuvent eftre
forcées fans un peril évident,
parce qu'on n'y peut arriver
que vent arriere , & qu'ainfi
le retour en feroit prefque
impoffible . Ces ouvrages ont
produit l'effet qu'on en ate
154 IX. P. des Affaires
tendoit , & le Major General
Kirk eftant party avec un
fecours confiderable , n'a pû
l'introduire dans Londonderry.
Voicy une Lettre du
bord de fa Flote qui en fait
foy.
NOSTRE paſſage juſqu'à
Highlake a efté fort ennuyeux
fort difficile , ayant eu beaucoup
de mauvais temps . " Nous
avons efté pendant quinze
jours à l'ancre à la portée du
Canon du Fort de Kilmore. Les
Ennemis fe font bien retranchez
des deux coftez de la Ridu
Temps. FSS
viere , & ils ont des Batteries
de vingt-quatre livres de balle,
dans les endroits les moins larges,
qui ne font pas de plus de
la portée du piftolet. S'il n'y
avoit que cela , nous pourrions
paffer à la faveur d'un bon vent;
mais ils ont affuré la Riviere
par une groffe eftacade qui la
traverfe , & qui est faite de
cables , de chaifnes & de bois
de charpente. Outre cela ils ont
enfoncé dans le milieu du courant
, de grands bateaux remplis
de pierres , de forte que
Confeil de guerre n'ayant pas
trouvé à propos de fecourir
le
156 IX. P. des Affaires
Londonderry par la Riviere ;
nous attendons davantage de
forces pour mettre pied à terre ,
marcher à la Ville . Cependant
nous donnons aux Affiegeans
des alarmes continuelles ,
par des Partis que nous faifons
débarquer quand nous avons
befoin d'eau.
Voilà de quelle maniere
parlent les Ennemis ; vous
pouvez juger par là de l'eftat
de la Ville de
Londonderry.
Je vous apprendray à la fin
de cette Letrre les diverfes
nouvelles que l'on en aura
receuës. Cependant je paſſe
du Temps. 157
à ce qui s'est fait en Ecoffe
depuis l'invafion du Prince
d'Orange en Angleterre . Je
retrancheray une infinité de
chofes fauffes qui fe font dites
, & qui ont rempli les
nouvelles publiques , & ne
vous donneray prefque autre
chofe que les Pieces dans
cette Relation.
158 1X. P. des Affaires
S$225522525SSSEZS
AFFAIRES D'ECOSSE.
1
Leftoit fort important au
Prince d'Orange que lors
qu'il viendroit executer la
criminelle entrepriſe qu'il avoit
formée d'ofter la Couronne
au Roy fon Beau. Pere,
l'Ecoffe ne miſt pas d'obftacle
à fes deffeins , parce que
ce Royaume eftant contigu à
l'Angleterre
, & les Ecoffois
n'ayant point de mer à traverfer
pour s'y rendre , pouvoient
plus facilement que les
Irlandois , venir interrompre
du
Temps. 159
le cours de fes progrés , en ſe
joignant à ceux des Anglois
qui , quoy que toûjours fidelles
au fervice de leur Prince
, eftoient
neanmoins contraints
de ceder à laforce , &
n'ofoient fe découvrir. Le
Prince d'Orange pour empécher
le revers de fortune qui
luy pouvoit arriver de ce côté-
là , s'eftoit acquis de deux
manieres ceux qui pouvoient
donner du mouvement
à tous les autres . Il avoit
gagné un nombre confiderable
de
Presbiteriens à qui il
avoit promis qu'il donneroit
160 IX. P. des Affaires
fon confentement pour l'aboliffement
de l'Epifcopat ,
qui n'eft pas trop aimé en
Ecoffe & par
le moyen
d'une grande fomme , il
avoit fait entrer dans fes interefts
huit perfonnes des plus
remuantes de l'Etat , dont le
cara & ere luy eftoit connu
& qu'il fçavoit qu'il n'entraîneroit
dans fon party que par
cette forte d'intereft . Il partit
deHollande aprés ces mesures
prifes , ne doutant point que
l'Ecoffe retenue par tous ceux
dont il s'eftoit affuré , ne vift
fon débarquement fans indu
Temps.
161
quietude , & ne paruft immobile,
jufqu'à ce que laConvention
d'Angleterre qu'il eftoit
demeuré d'accord avec fes
creatures de faire affembler
lors qu'il feroit arrivé à Londres
, donnaſt un exemple à
ce Royaume für lequel il
n'euft plus qu'à fe regler . La
chofe eftoir bien imaginée ;
& il eftoit vray - femblable:
que l'exemple de l'Angleterre
qui eft un Eftat puiffant ,
feroit fuivy de l'Ecoffe , qui
eft beaucoup moins conſiderable
; ce qui ne pouvoit manquer
d'arriver , les uns fe laif
162 IX. P.des Affaires
fant conduire à ce qu'ils
voyent faire , & les autres à la
crainte d'eftre accablez par le
plus grand nombre . D'ail
leurs , tous ceux qui s'estoient
laiffé corrompre , devoient
prendre les uns & les autres
par leur foible , & les faire
tomber dans les fentimens où
ils avoient arrefté qu'ils tâcheroient
de les faire entrer x
en leur reprefentant à chacun
les chofes qui convenoient à
leur caractere .
L'Ecoffe en trahiſſant ainſi
fon Roy, n'a pas manqué feulement
à ce qu'elle luy doin
du
Temps.
163
felon toutes les loix divines
& humaines , mais elle contrevient
à fes propres Loix ,
& aux Actes de fon Parlement,
comme on peut le voir
par un Acte qui a pour
Acte du Parlement d'Ecoffe pour
la caffation du Convenant , &
de tout ce qui s'eft paffé en con-
Sequence d'iceluy. En voicy les
termes :
titre :
Le pouvoir des Armes & de
faire des Ligues des Alliances,
est un privilege irrevocable de
la Couronne , & une partie effentielle
de l'autorité des Rois
d'Ecoffe tellement reconnuë par »
O ij,
164 IX.P. des Affaires
que
¿'ém
les Etats du Parlement de ce tresancien
Royaume , que pour foûtenir
ce jufte droit de nos Souverains
, ils ont déclaré
toit un crime de leze Majeſté
à tous Sujets en quelque nombre.
& de quelque qualité qu'ils
fuffent , ou quelque pretexte
qu'ils puffent alleguer , de prendre
les Armes ny d'entrer en
aucunes Ligues ny Alliances.
avec les Etrangers ou entre euxmefmes
, qu'en vertu de l'ordre
ou confentement special du Prin
ce , ont annullé toutes Affem--
blées d'Etats , Actes de Parlement,
ou autres paẞezfans cette
circonftance.
"
du Temps.
165.
Or comme nous fçavons que
durant les derniers troubles il
s'eft ainfi fait quantité d'unions
de traitez défectueux , lefquels
peuvent caufer des jaloufieses
mes- intelligences entre les
Etats de Sa Majesté en Ecoffe »
ceux d'Irlande & d'Angleterre
, nous avons jugé à propos ››
pour ofter tous fujets de divifion
, étouffer pour jamais de
fi funeftes femences , de déclarer
comme nous faifons par ces prefentes
, qu'iln'y a aucune ol
gation à ce Royaume par Convenant
,Traitez ou autres Actes ,
de fe mettre fous les armes pour
. obli166
IX. P.des Affaires
travailler à la reforme de la
Religion dans toute l'Angleterre
ou de s'ingerer du Gouvernement
public , de l'adminiftration &
des affaires de ce Royaume .
Avant que d'entrer dans
le détail de ce qui s'eſt paffé
depuis l'ouverture de la Ĉonvention
jufqu'à aujourd'huy,
il eft à propos de vous rapporter
l'Article du Manifeſte
du Prince d'Orange.
Les deplorables fuites du pou
voir arbitraire , des perni
cieux confeils , font fi connues
dans l'état deplorable du Royau
me d'Ecoffe , que noftre raison
du
Temps.
167
nofire confcience nous engagent
à en avoir horreur. Ne
pouvant donc nous empescher
d'eftre fenfiblement touchez de
ces miferes , nous avons pensé à
un remede convenable pour fatisfaire
à l'attente des gens de bien,
à tous vrais Proteftans. C'est
la grande affaire que nous nous
propofons dans cette expedition ,
dont l'équité paroistra à tout le
monde quand ce qui a estéfait
par ces mauvais Confeillers fera
examiné de prés & fans pre-
م و ي
vention.
Il n'y a point de perfonnes
de bon fens qui puiffent fe
168 IX. P. des Affaires
laiffer furprendre par cet article.
Le Prince d'Orange
auroit deu prouver qu'il a
quelque droit d'entreprendre
fur l'Ecoffe , & c'est ce qu'il
dédaigne de faire , comme fi
ce droit eftoit une chofe donr
tout le monde duft eftre perfuadé.
L'Ecoffe eftoit paisible,
elle eftoit contente , elle n'exigeoit
rien de luy , & je l'ay
prouvé dans les premieres
parties de cette Hiftoire , en
vous rapportant les Adreſſes
entieres de plufieurs Provinces.
Quelles eftoient donc
ces déplorables fuites des pernicieux
du Temps. 169
nicieux confeils , & cet eftar
déplorable du Royaume d'Ecoffe
, & qui eft celuy qui dit,
que la raison & la confcience
Pobligent d'en avoir horreur ,
& qu'il a pensé à un remede
convenable pour fatisfaire à
l'attente des gens de bien ? 11
faut pour en ufer de la forte
que Dieu , & les hommes luy
ayent donné une autorité fur
tous les Rois , qui foit reconnuë
, & ne foit point difputée
; enfin qu'il foit étably
teur Juge , car autrement il
n'y a perfonne qui foit en
droit de parler par Nous , &
P
170 IX.P. des Affaires
de marquer qu'il vient châtier
les Rois . Cependant cette
confcience delicate , eft un
homme , qui pour établir
fon autorité a commencé
tout jeune , à ne reconnoiftre
aucuns fcrupules de confcience
lors qu'il s'eft agy de
s'élever , & de s'affermir dans
un pouvoir que Dieu ne luy
donnoit pas . Cet homme qui
ne fe fert que de
d'horreur pour condamner la
conduite d'un Monarque qui
n'a jamais regné qu'avec douceur
, & dont tous les peuples
étoient fatisfaits,fi l'on en extermes
du
Temps.
171
cepte quelques efprits remuans
qui fe font laiffe furprendre ,
eſt un Prince qui ne tire fon
éclat que du fang de ce Monarque
qu'il veut détrôner ,
ayant d'ailleurs toujours efté
aux gages d'une Republique
marchande , & n'ayant fait
jufqu'icy pour s'agrandir que
des actions capables d'infpirer
l'horreur , avec laquelle il
dit qu'il regarde celles d'un
Souverain legitime , qui n'a
pas cherché à parer le coup
dont il fe voit accablé , parce
que rien n'a pû luy perfuader
qu'il euft l'ame affez
Pij
172 IX. P. des Affaires
pour
en former
méchante
l'entrepriſe . Cependant , c'eſt
celuy qui vient fans miffion
détrôner les Rois , & mefme
ceux dont le fang & l'alliance
devroient l'engager à prendre
les interefts , & qui , lors qu'il
n'eft appellé que par quelques
Traiftres qu'il a corrompus
pour les attirer dans fon party
, ole dire qu'il a pensé à un
remede convenable pour fatisfaire
à l'attente des gens de bien,
& que c'est la grande affaire
qu'il fe propofe dans fon expedition
, dont l'équité paroiftra
tout le monde. Quand il a mis
du
Temps.
173
cet Article dans fon Manifefte
, il feignoit encore d'être
éloigné d'en vouloir à
la Couronne ; cependant il
n'avoit point d'autre but, &
on l'a connu par l'avidité
avec laquelle il l'a acceptée ,
me fe l'eftant pas fait offrir
deux fois , & n'ayant mefme
ofé témoigner qu'il l'acceptoit
avec peine , de crainte
que ceux qui n'eftoient pas
dans fes interefts ne goûtalfent
fes raifons, de forte qu'au
lieu de l'équité qu'il a dit dans
fon Manifefte qui devoit pa-
Pij
174
IX.P. des Affaires
roiftre à tout le monde, on l'a
vû ufurper une Couronne fur
un Roy , à qui les droits les
plus faints devoient luy faire
une obligation indifpenfable
de la conferver , mefme aux
dépens de fa vie . Mais fon
deffein eftoit d'abufer les
peuples , fçachant bien que
s'il euft découvert d'abord
fes veritables fentimens, tous.
ceux qui aimoient leur Roy,
n'auroient pû fouffrir les
projets injuftes d'un Ufurpateur.
Le
14. du mois de Mars ,
vieux ftile , & le 24. felon le
du
Temps. 175
noftre , la Convention s'ouvrit
en Ecoffe . L'Affemblée
fe trouva fort nombreuſe , &
les Prieres furent luës par
l'Evefque d'Edimbourg. On
examina enfuite les Elections
des Deputez , dont il y en
eut douze conteſtées . On
nomma des Commiffaires
pour regler cette conteſtation
, & l'on propofa enfuite
le Duc d'Hamilton , & le
Marquis d'Hatol pour prefider.
Le premier l'emporta de
plufieurs voix . La premiere
déliberation de l'Affemblée
fut de fonger aux moyens ,
Piiij
176 IX. P. des Affaires
d'engager le Duc de Gourdon
à fortir du Château d'Edimbourg
, parce que ce Château
qui commande à la Ville
pouvoit fort l'incommoder ,
& qu'on ne vouloit pas qu'il
fuft occupé par un fidelle
ferviteur du Roy, & qui d'ailleurs
eftoit Catholique
. On
refolut d'envoyer les Comtes
de Tweedale & de Lothian ,
pour le fommer de le rendre ,
& pour luy offrir une Amniftie
, quoy qu'il ne fuft
point au cas où il auroit pû.
en avoir befoin, puis que fuppofé
que le nouveau Gouver
du Temps. 177
nement cuſt dû eftre legitime
, il n'avoit changé que
depuis deux ou trois heu--
res ; mais quand on fait
mal , on agit ordinairement
avec tumulte , & l'on fait
peu de reflexionfur ce qu'on
refout. Le Duc de Gour
don ayant demandé vingtquatre
heures , les mefmes
Deputez retournerent
Château le foir du lendemain
25. mais il leur deman
da encore douze jours pour
fe determiner , & enfin il refufa
en difant , qu'il avoit receu
avis que le Roy,fon Maistre
au
178 IX. P. des Affaires
& le leur eftoit arrivé en Irlande
, & qu'il eftoit refolu de
luy conferver ce pofte ›puis qu'il
avoit bien voulu luy en confier
la garde. Il fit mefme fçavoir
aux Magiftrats , qu'il vouloit
témoigner fa joye de cette arrivée
par une décharge d'Artillerie
, dont la Ville ne devoit pas
s'alarmer , puis qu'il l'affeuroit
qu'elle n'en recevroit nul dommage.
Il fut aifé de connoiſtre
par cette réponſe que ce Duc
perfifteroit dans fa genereuſe
refolution ; mais comme fouvent
ceux qui n'obfervent pas
la juftice dans les chofes qui
du
Temps.
179
font les plus importantes &
les plus effentielles , gardent
un grand exterieur dans celles
qui font peu confiderables ,
la Convention qui manquoit
à fon devoir envers le Roy ,
voulut qu'on fuivift toutes les
formalitez de la juftice à l'égard
du Duc de Gourdon , &
elle ordonna que des Herauts
d'Armes reveftus de leurs
Robes de ceremonies , iroient
le fommer de rendre inceffamment
le Château , à peine
d'eftre declaré coupable de
haute trahison , & que s'il
refufoit d'en fortir, ils iroient
180 IX. P. des Affaires
à la Place publique , où avec
les mefmes ceremonies , ils le
proclameroient traiftre &
Febelle , défendant à toutes
fortes de perfonnes,fous peine
d'eftre reconnues atteintes du
,
mefme crime d'avoir aucune
correfpondance , traité , ou
liaiſon avec luy , ny de l'ai
der , appuyer , ou fecourir en
aucune chofe, & qu'aprés cela
on confifqueroit fes biens ,
s'il n'obeïffoit pas aux ordres
de la Convention . Les Herauts
s'eftant acquittez de
leur commiffion , il leur répondit
que le RoyJacques VII.
du
Temps.
181
luy ayant confié la garde de ce
Château , il ne le rendroit qu'à
Auy ou parfon ordre. Aprés leur
avoir parlé ainfi du haut du
Rampart , il leur jetta trois
guinées pour boire à la fanté
de Sa Majefté. Ce mefme jour,
M ' Crane ayant bien voulu fe
charger d'une Lettre du Roy
malgré tout ce qu'il y avoit
à craindre de la part du Prince
d'Orange , la porta à la
Convention . C'eftoit celle
que Sa Majesté avoit écrite à
Breft avant que de paſſer en
Irlande , & que je vous ay
donnée entiere dans la cin182
IX. P. des Affaires
quiéme Partie de cette hiftoire.
Elle a efté applaudie de
tous les honneftes gens, & l'on
y remarque un caractere de
bonté , & d'honneſteté qui
paroift pourtant compatible
avec la Majefté Royale . La
Convention receut en mefme
temps une Lettre du Prince
d'Orange . Elle eftoit du même
ftile que fon Manifeſte , &
n'en contenoit qu'une repetition
fuccinte . On délibera
laquelle des deux Lettres ſeroit
luë la premiere . La difpute
fut grande , mais enfin
il fut refolu de commencer
du
Temps .
183
par
, par
lecelle
du Prince d'Orange,
chacun eſtant convenu qu'il
n'avoit aucun pouvoir pour
rompre l'Affemblée
. C'eftoit
demeurer d'accord de l'autorité
legitime du Roy . On
paffa enfuite un acte ,
quel on declara que quoy que
l'on puft trouver dans la Lettre
de Sa Majestépour empécher les
procedures de la Convention
, elle
eftoit legale , & libre , & qu'elle
fe continueroit
. Cela ayant efté
agité long- temps,ne paſſa que
de deux voix . Vous remarquerez
que la Convention
vient d'établir que le Prince
184 IX. P. des Affaires
d'Orange n'avoit nulle autorité
fur elle , & que par là clle
demeuroit d'accord de celle
du Roy. Cependant elle
conclut dans le mefme temps
qu'elle eft legale , & libre , &
qu'elle n'aura point d'égard
aux ordres de S. M. D'où luy
peur donc venir fon autorité,
lors qu'elle ne reconnoift ny
celle de l'Ufurpateur
, ny celle
de fon legitime Souverain ?
Elle n'en peut avoir d'ellemefme,
& par confequent
elle
n'a pu s'en donner. Ce font
fes loix qu'elle témoigne
avoir tant à coeur. Elle s'afdu
Temps.
185
femble pour les maintenir ,
& elle les rompt en s'affemblant.
Ainfi le premier pas
qu'elle fait , rend inutile tout
ce qu'elle peut faire dans la
fuite . La Convention n'eut
aucun égard à la Lettre de Sa
Majefté , & l'on peut dire que
cinq chofes en furent caufe ;
les voix achetées par le Prin
ce d'Orange ; celles des foi
bles que les Traiftres corrompus
fçeurent attirer dans leur
party ; le plaifir que d'autres
fentoient à gouverner dans la
Convention ; la joüiffance .
des privileges qui font atta186
IX. P. des Affaires
chez à fes membres , & la
nouveauté qui ayant par tout
beaucoup d'empire , en a plus
en ces Royaumes- là que dans
les autres de forte que
la Convention nomma des
Commiffaires pour faire réponſe
à la Lettre du Prince
d'Orange , le remercier , & .
le congratuler für fes heureux
fuccés en Angleterre . Un Ser--
gent d'Armes qu'on avoit
commis à garder le Gentilhomme
qui avoit apporté la
Lettre du Roy, cut ordre de
le relâcher , & on luy donna
mefme un paffe - port pour
du
Temps.
187
ver
s'en retourner. Il n'eftoit refté
dans l'Affemblée que trois
Evefques qui refuferent tous
trois de figner la Lettre pour
le Prince d'Orange . Plufieurs
Membres firent le mefme refus
. La Convention fe devoit
trouver embaraffée , parce
que fes manieres different en i
beaucoup de chofes de celles
d'Angleterre , & que toutes
fes refolutions doivent felon
fes loix eftre fignées de rouss
ceux de l'Affemblée . Cepen
dant , il y avoit beaucoup de
Membres qui ne vouloients
point figner , ce qui faifoit:
Qij
188 IX. P des Affaires
une nullité. Enfin elle trou
va un expedient qui fut de
faire figner fa Lettre par fe
Prefident au nom de tous ;
mais cela ne pouvoit empêcher
qu'elle ne fuft defectueufe
, de mefme que tous les
actes qui ont efté paffez de ..
puis dans cette Convention.
Ainfi tout y eft remply de
nullitez ; mais il ne faut pas s'étonner
qu'il s'en trouve tant
dans une chofe qui en a dáns
fon principe . On peut voir
par là fi tout ce qui a efté fait
dans cette Affemblée en faveur
du Prince d'Orange peu .
du Temps.
189.
eftre valable. Elle luy donna
le titre de Roy d'Angleterre
en luy écrivant , mais comme
elle ne l'avoit pas encore
nommé Roy d'Ecoffe , ceux
dont elle eftoit formée ne
prirent point la qualité de
Sujets. Voicy la Lettre qui
uy fut portée par Milord
Rcff..
SIRE,
Comme les Hommes n'ont rien
一个
de plus cher au monde , que lear
Religion , leur Liberté & leurs
Loix , auffi le fentiment dés extrémes
perils aufquels ces chofes
190 IX. P. des Affaires
viennent d'eftre exposées doit
produire de profondes actions de
graces de la part du Royaume
d'Ecoffe , à Voftre Majefté , que
nous reconnoiffons avec toute la
fincerité gratitude imaginable ,
avoir efté , aprés Dieu , nostre
grand & unique liberateur ; &
nous nous acquitons d'autant
plus volontiers de ce devoir, que
Dien a fait la grace à Vostre
Majesté , d'eftre l'illuftre inftru--
ment de la confervation de fa
verité ; e qu'il a favorifé vos
entreprises d'un heureux fuccés,
par le progrés confiderable que
vous avez fait dans nostre dés
du Temps.
191
livrance , dans la confervation
de la Religion Proteftante,
de nos Familles..
Nous faifons nos tres humbles
remercimens à Vostre Majesté,
d'avoir accepté l'adminif
tration de nos affaires publiques,
d'avoir convoqué les Eftats
de ce Royaume. Nous prendrons
Voftre Lettre en nostre ferieufe
confideration , auffi- toft qu'il nous
fera poffible ; & nous efperons
de Dieu , de pren- avec la
grace
dre dans peu des refolutions qui
vous feront agréables , qui affureront
la Religion Proteftante,
établiront, le Gouvernement,2
192 IX. •
A
P. des Affaires
les Loix & les Libertez de ce
Royaume fur des fondemens
folides , qui tendent au bien public
, qui répondent aux incli
nations du peuple.
Quant à la propofition de
l'Union , nous ne doutons pas
que Vostre Majefté ne diſpoſe
cette affaire de forte, qu'on trouve
en Angleterre une égale difpofition
à la recevoir, comme l'un
des meilleurs moyens pour affurer
le bonheur de ces Nations , &
l'établiſſement d'une bonne
durable paix.
Nous avons jufqu'à prefent ·
fait nostre poffible, & continuerons
du
Temps.
193
Tons à le faire , pour éviter les
animofitez les préjugez qui
pourroient troubler nos déliberations
, afin que comme nous fouhaitons
le bien public , nous
travaillions à le procurer à la Nation
, avec la concurrence &.
l'approbation generale du Royaume.
Cependant nous prions Voftre
Majefié de nous continuer fes
foins fa protection , dans tout
ce qui nous regarde , les obligeantes
expreffions dont voftre
Lettre eft remplie , nous en donnant
d'entieres affeurances . Signé
au nom de Nous qui
compofons les Etats du
R
194 IX. P. des Affaires
Royaume d'Ecoffe, par noftre
Prefident qui eft ,
SIRE ,
De Voftre Majefté,
Le tres - humble , tres -fidelle &
tres - obeiffant Serviteur ,
HAMILTON.
A Edimbourg, le 23. Mars 1689 .
Cette Lettre eft entierement
contraire à la déliberation
de l'Affemblée du jour
precedent. On y eftoit convenu
qu'on pouvoit lire la
Lettre du Prince d'Orange ,
du Temps.
195
parce qu'il n'avoit aucune autorité
pour caffer l'Affemblée . Ce
font les propres termes dont
la Convention s'eft fervie , &
voicy ceux dont elle fe fert
dans fa réponse au Prince
d'Orange. Nous rendons treshumblementgraces
à V. M. d'a ,
voir convoqué les Etats de ce
Royaume. Comment le
peutil
que le
Prince
d'Orange
n'ait
pas
le
pouvoir
de
caffer
la
Convention
,
comme
il
vient
d'eftre
dit
, &
qu'il
ait
celuy
de
la
convoquer
, com
me
porte
cette
Lettre
?
Ces
contradictions
font
pitié
, &
Rij
196 IX. P. des Affaires
Pon voit bien que la tefte
tourne à ceux qui cherchent
mal faire ,
des
pretextes pour
& qu'ils fe contrediſent
fans
aucun
égard
à ce qu ils font .
à mesure
qu'ils
veulent
faire
approuver
leurs
injuſtices.
Quant
aux louanges
dont la
Lettre eft pleine
, il ne faut
pas s'étonner
que des gens gagnez
en donnent
à un Prince
qui les a feduits. Beaucoup
de perfonnes
ayant
connu
les deux
premieres
Seances
de la Convention
,
par
que
la
liberté des fuffrages n'y feroit
pas entiere , & qu'il y avoir
du
Temps.
197
un party
de gens veuglement
attachez au Prince d'Orange ,
qui ne fouffriroit pas que rien
paffaft que ce qu'il avoit concerté
avec ce Prince, fe retirerent
de l'Affemblée . Plufieurs
Evefques qui découvrirent la
Ligue qu'on avoit faite pour
abolir l'Epiſcopat , furent, de
ce nombre . Il y eut mefme des
Creatures du Prince d'Orange
qui pour donner l'exemple
aux Presbyteriens , exciterent
du defordre dans quelques
Eglifes des Proteftans
Conformistes , croyant que
la fedition deviendroit plus
R iij
198 IX. P. des Affaires
fa
generale , & qu'ils avanceroient
par là leurs affaires . La
Convention nomma un Committé
de huit Seigneurs , huit
Chevaliers, & huit Bourgeois,
pour établir la forme du Gou
vernement , & donna plufieurs
ordres pour ſa feureré
parce que les Traiftres apprehendent
toujours Ce fut
pour cela que l'on mit dans les
Fauxbourgs quelques Regimens
venus d'Angleterre , &
qui eftoient commandez par
le General Mackay . Elle fir
remercier les Officiers de la
Province de Glafcow, par qui
du Temps .
199
elle s'eftoit fait garder , &
ordonna que toutes les Milices
du Royaume , tant Cava-)
lerie qu'Infanterie , feroient
affemblées dans les endroits
les plus commodes des Pro
vinces , & continueroient de
l'eftre pendant fix jours confe
cutifs, qu'enfuite elles fe tiendroient
preftes de marcher
avec des munitions pour vingt
jours. Elle refolut auffi que
Mackay feroit batre le Tambour
pour faire des recruës
pour quatre Regimens d'Infanterie
, & un de Dragons ;
que les Magiftrats d'Edim-
Riiij
200 IX . P. des Affaires
bourg fourniroient les Chariots
, & le Comte de Marre
l'Artillerie ; le tout felon que
Mackay , qu'elle declara
Commandant en chefdes Milices
& des forces qui feroient
levées , le jugeroit à
propos . On leut dans la Convention
des Lettres de Milord
Livingſtonne , par lefquelles
il rendoit compte des raifons
qui l'avoient obligé de ſe retirer
d'Edimbourg. On en
leut auffi du Vicomte de
Dundée fur le mefme fujet.
On fit prefter le ferment aux
Magiftrats d'Edimbourg , &
du Temps.
201
la Convention s'eftant ajour- d
née à quelques jours de là
les Commiffaites établis pour
regler les affaires du Royaume
, continuerent de s'affembler.
Il y eut de grandes agi
tations & de grandes cabales.
Pendant ce temps - là , les Amis
du grand Chancelier
du Royaume , qui avoit
efté arrefté au Chafteau de
Sterling , fe remuerent beaucoup.
On tira des armes
des lieux où il y en avoit ,
pour les diftribuer dans
les Provinces à ceux qui cftoient
gagnez par les Parti
202 IX. P. des Affaires
fans du Prince d'Orange ; &
comme on eftoit bien- aife
que les Catholiques fortiffent
du Royaume , parce qu'on les
apprehendoit , on fit offrir
des Paffeports à tous ceux
qui voudroient fe retirer.
Plufieurs Membres de la Convention
refolurent de n'y plus
retourner , & quelques Magiftrats
d'Edimbourg quiterent
leurs Charges plûtoft que de
luy vouloir prêter ferment .
Les Commiffaires nommez
pour établir le Gouverne ,
ment , eftant tous tirez du
nombre de ceux que l'on
du Temps. 203
avoit mis dans les interefts
du Prince d'Orange , declarerent
le Tiône vacant . On
établit un Sous - Committé
pour en donner les raifons
, & aprés quelques deliberations
, les Voix furent
recueillies . Il n'y en eut que
douze d'un avis contraire ,
mais fi ceux qui s'estoient
abfentez , fe fuffent trouvez
à l'Affemblée , leur nombre
l'auroit emporté fur celuy
des Creatures du Prince
d'Orange. Voicy en propres
termes ce qu'on arreta.
204 IX. P. des Affaires
Les Etats du Royaume d'Ecoffe
trouvent & declarent que
le Roy Jacques VII. faifant
profeffion de la Religion Papifte,
s'eft attribué le pouvoir Royal ,
& a agi comme Roy , Sans
avoir prefté les fermens requis
par les Loix , & qu'il a par
l'avis de méchans Confeillers
envahy la Conftitution fondamentale
de ce Royaume , &
l'a changé d'une Monarchie
legale & limitée en un pouvoir
arbitraire & defpotique,&
qu'il a gouverné à la ruine de
It Religion Proteftante , & à la
violation des Loix & des liberdu
Temps.
205
rez de la Nation, détruifant toutes
les fins du Gouvernement ,
en quoy il a forfait: Le droit de
la Couronne , & le Trône eft
par là devenu vacant.
J'ay fait voir la fauffeté de
ces raifons en tant d'endroits,
que je ne les repereray point
icy. Je diray feulement que
la Maifon de Stuart eftant
originaire d'Ecoffe , il fembloit
que ce Royaume- là devoit
regarder cet honneur
comme un avantage qui l'engageoit
à prendre les interefts
d'un Monarque qui en
fort , contre l'attentat d'un
206 IX. P. des Affaires
Ufurpateur. Il eft vray que
l'on peut dire que ce n'eft pas
la Nation qui a agi en cette
rencontre, mais feulement ce
qu'elle a de parties corrompuës
, qui l'ont emporté fur
les plus faines . Plufieurs Députez
dirent leurs fentimens
avant que l'Acte que vous
venez de lire paffaſt , & demanderent
, Si felon les Loix
le Roy devoit estre refponfable
de la mauvaiſe conduite de ceux
qu'il avoit employez » ` s'il n'etoit
pas de l'équité naturelle , &
encore plus du respect qu'ils devoient
à Sa Majesté, de luy
du Temps.
207
envoyer des Députez pour luy
repreſenter leurs griefs , & le
prier de leur donner la fatisfaction
qu'ils devoient raifonnablement
efperer fur tous les articles
; enfin s'il ne falloit pas
examiner avant toutes chofes ,
quelle estoit l'autorité des États
pour juger un Roy legitime , à
qui toute la Nation avoit fait
ferment , puis qu'il eftoit certain
que cette pretention ne pouvoit
eftre autorisée par aucune Loy
ny par aucun exemple non contefte
, Toutes ces propofitions
demeurerent fans effet ;
ce qui avoit eſté arreſté dans
208 IX. P. des Affaires
le Cabinet du Prince d'Oran、
ge , & qui eftoit appuyé par
fes Creatures , devoit paffer.
Auffi foûtinrent- elles que la
Convention avoit une autorité
contraire à ce qui eſt porté
dans une infinité d'Actes de
plufieurs Parlemens d'Ecoffe .
Sept Evefques & quelques
Seigneurs eftoient revenus à
la
Convention , croyant y
pouvoir fervir le Roy ; mais
la partie eftoit trop forte , &
on eftoit moins affemblé
pour deliberer , que pour paffer
ce que les Partiſans du
Prince d'Orange avoient ar
du Temps.
209.
refté entre eux ; de forteque
ces fidelles . Sujets ne
trouverent point d'autre ,
moyen de fervir Sa Majesté.
Britannique , qu'en proteftant
contre un Acte qui doit ren.
dre la Nation odieufe à la
Pofterité , & que cette Nation
ne manquera pas d'avoir
elle- mefme un jour en
horreur , comme elle a eu.
tous ceux qu'elle a paffez
contre le Roy Charles premier..
Pendant qu'on agiffoit de..
la forte , le Vicomte de
Dundée qui s'eftoit retiré à
S
210 IX. P. des Affaires
une Maifon de Campagne ,
ayant refufé de venir rendre
compte de fa conduite , fut
déclaré Rebelle. Le Duc de
Gourdon fit éclater fa fidelité
, & l'injuftice qu'on faifoit
au Royfembla avoir augmenté
l'ardeur qu'il montra
pour défendre le Château .
Le Committé ayant eſté
d'avis de reconnoiftre le
Prince & la Princeffe d'Orange
Roy & Reyne d'Ecoffe
, la Convention fuivit
ce Refultat , en les faifant
proclamer. Les Amis du Prinec
d'Orange firent paroiftre
du Temps.
ΣΙ
leur zele , & la Convention
dreffa les Articles fuivans
pour leur eſtre preſentez .
I. Les Etats fonhaitent que leurs
Majeftez Sereniffimes reconnoiffent
qu'il eft contraire aux loix du Royaume
qu'un Papifte en foit Roy ou Reine
ny qu'il y poffede aucune Charge,
& qu'un Succeffeur Proteftans faffe les
fonctions de l'autorité Royale , avant
qu'il ait fait les fermens defon avenement
à la Couronne.
II. Que les loix défendent auffi
toutes proclamations qui tendent à
fufpendre ou aneantir les Loix & à
introduire le pouvoir abfolu , à énger
des Colleges de Jefuites , à changer
les Temples Proteftans en Eglifes Papiftes
, à fouffrir qu'on y dife Meffe ,
qu'on imprime & debite des Livres
Sij
212 IX. P. des Affaires
Papiftes , qu'en enleve des enfans:
pour les faire inftruire hors du Pays
chez des Catholiques Romains, qu'on
établiffe des fonds & des revenus
pour l'entretien des Ecoles Papiftes
qu'on donne des penfions aux Prêtres
, & qu'on follicite les Proteftans,
à changer de Religion par des offres
de charges de preference ou autrements
>
III. Qu'il eft contraire aux loix
qu'on defarme les Proteftans , qu'on
donne aux Papiftes les emplois civils
& militaires les plus importans , &.
qu'on leur confie les Magafins, les Citadelles
, les autres Places fortes..
IV. Qu'il n'est pas permis d'impofer
de certains formulaires deferment
ou de nouveaux fubfides fans l'autorité
du Parlement , ou de l'affemblée
des Etats..
+
du Temps. 213.
de
la Senten
V. Que les Loix défendent d'envoyer
des Officiers de l'armée en qua-
Lité deFuges par tout le Royaume , de
leur donner droit de Furifdiction en
quelque lieu qu'ils fe trouvent ,
condamner à mort & de faire executer
les gensfans forme ny figure de
procés , d'impofer des amendes excef
fives d'exiger des cautions exorbitantes
, de difpofer des amendes &
des confifcations avant que
ce foit donnée , d'emprisonner quel
qu'un fans en rendre de raifon , de
differer de luy faire droit , de le pour-
Suivre & de confifquerfes biens fur
des pretextes frivoles & des preuves
defectueuses , comme on a fait à l'é--
gard du feu Comte d'Argile.
VI.. Qu'on nepeut nommer les Magiftrats
que conformement aux char
tres &privileges des Villes..
214 IX. P. des Affaires

VII. Qu'il n'est pas permis d'envoyer
des Lettres de cachet aux Cours
de Fustice qui ordonnent aux Juges
defufpendre le jugement d'un procés,
ou qui leur preſcrivent la maniere
d'y proceder, ny de changer les fuges
à vie en des Fuges qu'on peut déposer
quand on veut.
VIII. Qu'il eft contre les Loix
d'accorder protection perfonnelle à
quelqu'un pour l'exemter de payerfes
dettes.
IX. Qu'il n'eft pas permis de forcer
Les accufez à depofer contre eux-mesmes
n'y d'appliquer à la questionpour
des crimes ordinaires , ou fans preuves
évidentes.
X. Qu'il eft défendu d'envoyer une
armée en temps de paix pour faire
des hoftilitez en quelque partie du
Royaume , de donner franc quartier
du Temps. 215
aux Soldats chez les Habitans , ou de
les mettre en garnison chez des particuliers
fans l'autorité du Parlement.
XI. Que fans cette autorité on ne
peut preferire des Loix aux Cours de
juftice au nom du Roy , nyfufpendre
Les Avocats qui ne veulent pas plaider
devant les Tribunaux qu'ils ont
fubis.
XII. Qu'il eft contre les Loix de
foutenir que c'eft eftre coupable de
haute trahison de ne vouloir pas dire
ce qu'on penfe en fait de trahison , ny
juger des actions des autres .
XIII. Qu'on ne doit

pas
condam
ner à l'amende les Maris dont les
Femmes quittent la Communion de
l'Eglife.
XV. Que l'Epifcopat est à charge à
la Nation, & n'eft propre qu'à caufer
des troubles dans le Royaume
216 IX.P. des Affaires
parce que des Miniftres égaux en autorité
y ayant étably la reformation
le general des Ecoffois eft porté pour
le Gouvernement Presbiterien. C'eft
pourquoy il ferait à propos d'abolir
l'Epifcopat , & toute fuperiorité contre
les Pafteurs de ce Peuple..
XV. Que c'estun des privileges des
Sujets de pouvoir protester devant le
Roy & le Parlement, pour remedier à
la Loy contre les Sentences des Seigneurs
des Affifes , & deprendregar
de qu'ils nefurfeoient l'execution de
ces Sentences..
XVI. Que c'est encore un des droits.
des Sujets de prefenter des Adreſſes
au Roy , && que tous emprisonnemens
& toutes poursuites faites à caufe de
ces Adreffes contre ceux qui les ont.
prefentées ,font contraires aux loix.
XVII. Que pour redreffer ces
Griefs
du Temps.
217
Griefs , corriger , confirmer & conferver
les loix , il eft neceſſaire de convoquer
fouvent des Parlemens , &
de donner aux membres qui les compofent
, la liberté de dire & de foutenir
leur opinion.
Comme il faut ordinairement
employer divers moyens
pour faire ſubſiſter les injuſtices
, ce qui n'arrive pas quand
tout fe fait felon le droit &
la raiſon, la Convention trou .
va à propos de faire publier la
Proclamation fuivante , pour
affeurer le crime qu'elle venoit
de commettre en préferant
un Ufurpateur à fon legitime
Souverain .
Hi
Τ
218 IX. P. des Affaires
Les Etats du Royaume d'Ecoffe
ayant proclamé & declaré Guillaume
Marie Roy & Reine d'Angleterre,
de France & d'Irlande , Roy & Reine
d'Ecoffe , ont trouvé à propos de faire
Sçavoir au Peuple par une Proclamation
publique , que perfonne ne préfume
de reconnoistre Facques VII. cydevant
Roy , pour fon Roy , ny d'obeir
, accepter ou recevoir aucunes
commiffions ou ordres par luy don"
nez , ny de correfpondre avec luy
d'aucune autre maniere ; & ne prenne
la liberté , fous peine d'encourir les
plus grands perils , d'impugner ou
defavoüer de vive voix, par écrit, en
prêchant ou de quelque autre maniere
que ce foit , l'Autorité Royale de
Guillaume & de Marie Roy & Reine
d'Ecoffe , mais que tous les sujets de
ce Royaume rendent toutes fortes de
du Temps.
219
respects & d'obeiffance à leurs Majef
tez, & que perfonne ne prenne la
hardieffe de mal interpreter les proce
dures des Etats & de faire naître
des jaloufies ou de mauvaiſes conftructions
des actions du Gouvernement
; mais que tous les Miniftres de
l'Evangile dans ce Royaume , prient
pour le Roy Guillaume & la Reine
Marie , comme Roy Reine de ce
Royaume. Les Etats ordonnent aux
Miniftres de cette Ville de lire Dimanche
prochain 24. de ce prefent mois
d'Avril , la prefente Proclamation
dans leurs Chaires , à la fin de leur
Sermon du matin , & aux Miniftres
demeurant de ce cofté cy de la Riviere
deTay de la lire le Dimanche fuivant
premier May ; & ceux de de-là la
mefme Riviere le 8. du mefme mois
fur les mefmes peines , exemptant
Tij
220 IX. P. des Affaires
les uns & les autres , de lire dans les
Eglifes , la Proclamation du Confeil,
en datte du 26. Septembre 1686. Et
tes Etats défendent à toutes perfonnes,
de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de faire aucune injure
à aucuns Miniftres de l'Evangile ,
foit dans les Eglifes ou dans les Conventicules
, qui y sont à prefent en
poffeffion de leur Miniftere , pourvû
qu'ils tiennent une conduite conforme
au prefent Gouvernement , & ils ordonnent
que cette Proclamation Soit
publiée à la Croix du Marché d'Edimbourg
avec la folemnité accoûtumée
, afin que perfonne n'en pretende
caufe d'ignorance.
La Convention ordonna
auffi que perfonne ne s'abſentaft
des Séances fous peine
du Temps.
221
de prifon ; cependant plufieurs
Seigneurs & Deputez ,
& tout ce qu'il y eftoit resté
d'Evefques s'en retirerent .
C'eftoit marquer avec beaucoup
de vigueur , l'injuſtice
faite au Roy , & rendre défectueux
ce qui fe faiſoit à
la Convention , quand mefme
elle auroit cfté legitimement
affemblée. On ne peut
douter que tout ce qui fe paffoit
en Écoffe ne fe fift violemment
, & par ceux qu'avoit
gagnez le Prince d'Orange
, puis qu'on apprenoit
à tous momens que plufieurs
I iij
222 IX. P. des Affaires
& plufieurs
perfonnes de diftinction prenoient
le party du Roy , &
qu'on ne pouvoit apporter
quelque ordre à ce qu'on en
devoit craindre , qu'en les
faifant arrefter . Le Comte de
Belcarres , le Lieutenant Colonel
Balfour
autres furent de ce nombre ,
& il y en eut qui fe retirerent
dans le Nord , où ils .
furent joints par plufieurs.
Sujets fidelles . D'un autre
cofté, la vigoureuſe reſiſtance
du Duc de Gourdon dans le
Château d'Edimbourg,faifoit
connoiftre qu'il y avoit des
du Temps. 223
Pairs du Royaume , & des
Troupes , qui aux dépens de
leurs vics vouloient demeurer
fidelles au Roy. Quoy que la
Convention fe trouvaft tellement
diminuée par le nombre
de ceux qui s'en eftoiens
retirez , qu'elle n'avoit plus
affez de voix pour rien conclure
, quand mefme elle auroit
eflé legale , elle nomma
neanmoins des Commiffaires
pour aller offrir la Couronne
d'Ecoffe au Prince d'Orange,
aux conditions que vous venez
de lire . Ces Commiffaires
furent le Comte d'Argile , le
Tij
224 IX. P. des Affaires
Chevalier Jacques Montgom
mery , de Skilmorley , & le
Chevalier Jean d'Alrumple.
Il faut remarquer que le
Comte d'Argile avoit trahy
le Roy de la mefme maniere
que le Comte de Sunderland ;
que fon Pere & fon grand-
Pere ont efté executez pour
crimes de haute trahison', &
qu'il avoit feint de fe rendre
Catholique , pour obtenir du
Roy un pardon dont il eftoit
fort indigne. On peut juger
par
là fi la voix d'un homme
de ce caractere doit eftre
comptée , quand il s'agit de
du
Temps. 225
dépofer un Roy legitime , &
fi une Affemblée qui a forgé
le nom de Convention pour
fe le donner , & qui ne peut
eftre legitimement affemblée
felon les loix de l'Etat , aufquelles
elle contrevient en
s'affemblant , fous pretexte de
les maintenir , lors qu'elle les
enfraint , a pû détrôner ſon
Roy , pour mettre en fa place
un Prince , qui dés qu'il a pû
avoir le moindre commandement
, n'a point donné de
bornes à fon ambition , & a
cru que tout eftoit permis
pour regner.
226 IX. P. des Affaires
Les Deputez partirent chargez
d'une Lettre des Etats
pour le Prince & la Princeſſe
d'Orange qui leur apprenoit
qu'ils les avoient proclamez
Roy & Reyne d'Ecoffe
, à condition qu'ilspromettroient
par ferment d'e
xecuter les Articles qu'on leur
venoit prefenter. Ils remercioient
par la mefme Lettre
ce Prince & cette Princeffe
des Troupes qu'ils avoient
envoyées , & pour ce qui regardoit
l'union des deux Nations
en unfeul Corps , dont
le Prince d'Orange leur avoit
du
Temps.
227
parlé dans celle qu'ils avoient
receuë de luy , ils marquoient
qu'ils nommeroient des Commiffaires
pour preparer la
matiere. Cette Lettre finiffoit
par la priere que la Conver
tion faifoit à ce Prince de la
changer en Parlement . Elle
ne tint plus aucune Séance
depuis ce temps- là , & elle
fe fepara jufques à la fin du
mois.
Pendant que quelques Deputez
de la Convention s'acquitoient
fi mal de leur devoir
,plufieurs Miniftres faifoient
le leur , en refuſant de
228 IX. P. des Affaires
faire des Prieres dans leurs
Eglifes pour le Prince & la
Princeffe d'Orange . Ces Miniftres
ayant efté citez devanc
les Commiffaires
des Etats ,
répondirent, qu'ils ne pouvoient
obeir à l'ordre de la Convention
fans manquer à leur devoir
envers Dieu , envers leur
Roy legitime , & envers le Public
, à qui felon leur profeffion,
ils devoient donner un bon
exemple. Leurs raifons étoient
fi recevables , que les Commiffaires
n'y purent répli
quer. Cependant ils ne laifferent
pas de les exhorter à
du
Temps .
229
changer d'avis, & d'employer
la force au lieu des raifons,
en les privant de leurs Benefices
. Ils firent auffi arrefter
Milord Maitland , qui témoigna
eftre dans les intereſts
du Roy ; mais le Vicomte
Dundee ayant mieux fait fa
partie, & eftant d'intelligence
avec plufieurs perfonnes qui
tenoient pour le Roy, fe retira
dans le Nord d'Ecoffe avec
environ cent chevaux . On apprit
quelques jours aprés, lors
que Mackay avoit affeuré la
Convention que ce Vicomte
eftoit à Inverneffe, qu'il entra
230 IX. P. des Affaires
le mefme jour , à trois heures
du matin , dans la Ville de
Perth , ou Sainte -Jolionſtonne,
qui eft à cent milles d'Inverneffe
, où il avoit furpris
les Barons de Blair & de Pork,
qui avoient levé à leurs dépens
des troupes de Cavalerie
pour le Prince d'Orange ;
que les ayant fait tous prifonniers
, il avoit fait monter
les fiens fur leurs chevaux ;
qu'il s'eftoit faifi auffi de tout
l'argent qu'il avoit trouvé
dans cette Ville , difant aux
Magiſtrats , qu'il en répondroit
au Roy Jacques , leur
du Temps.
231
veritable Maiftre ; que quarante
Gentilshommes s'étoient
joints à luy ; que ce
jour-là les Dames luy avoient
fait quantité de prefens ; qu'il
eftoit party de Perth environ
à quatre heures aprés midy ,
& avoit marché vers Dundée;
que fes Troupes s'augmentant
toujours en marchant
& avançant vers Preſth , il
avoit paffé par le Païs d'Atol,
où il avoit gagné le Marquis
de ce nom , & le Comte de
Dunmere fon Fils, que quand
le Vicomte fut arrivé à Dundée
, tous les Gentilshommes
232 IX. P. des Affaires
le
des environs l'eftoient venus
joindre , & que la plus grande
partie du peuple s'eftoit declarée
à haute voix pour
Roy, & qu'aux environs il
avoit trouvé une troupe de
Cavalerie , commandée par
Milord Rollo; que les ayant
faits prifonniers , il avoit fait
monter encore plufieurs des
fiens fur leurs chevaux , &
qu'en mefme temps deux
troupes de Dragons avoient
pris le party de Sa Majeſté , &
s'eftoient jointes à luy ; ainfi
que faifoient tous les vieux
Officiers quand ils en trouvoient
l'occafion .
du Temps. 233
Ces nouvelles alarmerent
d'autant plus les Partifans du
Prince d'Orange , qu'elles
furent confirmées par les Lettres
du General Mackay , qui
écrivit qu'il n'eftoit pas affez
fort pour s'opposer à
Milord Dundée , & qui demanda
avec beaucoup d'inftance
qu'on luy envoyaft les
Troupes qu'il avoit laiffées
devant le Château d'Edimbourg.
On les fit auſſi - toſt
partir , mais comme il y
en avoit d'Angloifes fur la
Frontiere qu'on n'avoit pas
voulu recevoir en Ecoffe , on
V
234 IX. P. des Affaires
écrivit afin qu'elles vinſſent
tenir devant le Château le
poſte que Mackay avoit eſté
obligé d'abandonner . Dans
le temps que l'on voyoit augmenter
ce defordre dans l'Etat
, ily en avoit encore plus
dans l'Eglife , tous les Curez
Conformistes & plufieurs au
tres , ayant refufé de faire des
Prieres pour le Prince , & là
Princeffe d'Orange . On en
priva de leurs Benefices , comme
on avoit déja fait auparavant
, & on en mit en prifon
qui avoient fait des prieres
pour le rétabliſſement du.
du Temps. 235
Roy Jacques. Le Committé
qui les pourfuivoit fit auffi
faifir les chevaux & les
biens des Catholiques
, &
mal- traiter les Fermiers du
Duc de Gourdon , du Vicomte
de Dundée , & des
autres Seigneurs » que las
fidelité qu'ils gardoient au
Roy avoit obligez de fe retirer.
On arrefta les Lords >
Turbet, Lowat, & Dumnore ,
& quelques autres perfonness
de qualité , entre lesquelles
eftoient des Dames qu'on
croyoit avoir des intelligen
ces pour le rétabliffement du
Vij
236 IX. P. des Affaires
Roy, & on expedia des ordres
pour en arrefter encore
plufieurs autres, mais le grand
nombre fut cauſe qu'on n'en
trouva pas l'execution aifée .
Le jour de la naiffance de Sa
Majesté , le Duc de Gourdon
fit faire de grandes réjoüiffances
dans le Chafteau d'Edimbourg
. On but les fantez
du Roy , de la Reine , du
Prince de Galles , & de tous
ceux qui leur eftoient demeurez
fidelles , & cela fe ' fit au
bruit des décharges de toute
l'Artillerie du Chafteau , & au
fon des Tambours & des
du Temps. 237
Trompettes. Ce bruit de joye
réveilla la fidelité qu'on ne
permettoit pas de faire paroiftre
pour le veritable Souverain
, & plufieurs Particuliers
allerent au pied du Chasteau,
où ils beurent les mefmes fantez
. Quand le vin les eut mis
en belle humeur , ils fe rendirent
au milieu de la grande
Place de la Ville, & y burent
de nouveau les fantezRoyales ;
& comme les veritéz fe difent
ordinairement dans le vin , ils
parlerent avec zele de leur
veritable Roy , & de la fidelité
qu'ils luy devoient. Les
238 IX. P. des Affaires
nouveaux Magiftrats , tout
remplis de zele pour la Convention
qui les venoit de
faire nommer , & dont ils
eftoient Creatures, voulurent
les empefcher de continuer ,
& firent mefme marcher des
Troupes , pour en venir plus
facilement à bout, mais la populace
déja échauffée , fe mutina,
& commençant à charger
ces Troupes , les obligea de
fe retirer. Cela n'eut aucune
fuite le lendemain , le jour
diffipant ce qui ſe fait la nuit
en tumulte. Les Magiftrats
voyant l'affaire calmée , troudu
Temps:
239
verent qu'il eftoit de la pru
ce d'oublier cet
emportement
du peuple , de peur qu'en le
voulant traiter de feditieux,.
on n'excitaſt un orage qu'il
auroit efté peut eltre difficile
d'appaifer. Les eftats s'eftant
raffemblez , le Duc d'Hamilton
leur fit fçavoir que le
Prince d'Orange luy avoit
envoyé une commiffion pour
repreſenter fa perfonne dans
la prochaine Séance , avec
ordre de confentir à un Acte
pour changer les Etats en Parlement
, & de fe feparer aprés
cela , pour eftre raffemblez
240 IX. P. des Affaires
dans un temps marqué. Ce
mefme ordre l'autorifoit à
confentir auffi dans la fuite
non feulement aux Loix qui
puffent remedier aux articles
particuliers des Griefs , & les
*
redreffer , mais auffi à tous
autres Actes qu'ils propoferoient
pour la feureté de la
Religion , de la Paix , & du
bonheur du Royaume d'Ecoffe
. On leut enfuite la Com
miffion du Prince d'Orange,
& la Lettre qu'il écrivoit aux
Etats aprés quoy le Duc
d'Hamilton
dit, que la volonté
de ce Prince estoit que le Comte
*
de
du Temps .
241
de Crawford prefidaft au Parlement.
Ce Comte fut appellé
afin de prendre place dans la
chaire de Prefident pour les
Seffions prochaines. Les Etats
pafferent enfuite un Acte, par
lequel ils déclarerent , que les
trois Etats affemblez le cinquiéme
jour de Juin 1689. compofez
des Seigneurs , des Chevaliers
desBourgeois, eftoient un Parlement
legitime & libre à toutes
fortes d'égards , & que quiconque
ne reconnoiftroit pas difpu
teroit ou impugneroit la dignité' ,
autorité de ce Parlement ,
fous quelque pretexte que ce fuft
>
X
242 IX. P. des Affaires
feroit coupable de haute trahifon.
Cet Acte ayant efté touché
du Sceptre, le Prefident , par
ordre du Duc d'Hamilton ,
grand Commiffaire , adjourna
le Parlement au 17. de
Juin. Il fut refolu dans cette
Seance que l'Epifcopat feroit
aboly, comme eftant à charge
à la Nation . Le Grand Commiffaire
toucha cet Acte avec
le Sceptre. C'eft ainſi qu'une
Affemblée fans autorité pour
s'affembler , un Sujet rebelle
n'ayant miffion que d'un
homme qui n'a aucun droit
de luy en donner , enfin un
du
Temps.
243
tas de gens tumultuairement
unis , & tous perfides à leur
legitime Souverain , & dignes
par là de punition , aboliſſent
en un inftant la Religion de
l'Etat , comme fi c'eftoit une
affaire ordinaire , qui ne meritaft
aucune reflexion , ny
qu'on prift des mesures pour
en refoudre .
Toutes les Maifons du
Chafteau d'Edimbourg eftant
démolies depuis longtemps
par les Bombes , le Duc de
Gourdon luy -mefme eftoit
obligé de demeurer dans
une cave . Il n'avoit plus
X ij
244 IX. P. des Affaires
prefque de munitions de
guerre & les Affiegeans 2
eftant au bord du foffé ,
avoient fait de nouvelles
batteries , dont le feu continuell'incommodoit
fort.
Ainfi il crut à propos de capituler
, pour conferver le
fang des Sujets fidelles à leur
Souverain , qui avoient combatu
avec luy. Il auroit neanmoins
encore differé de quelques
jours à le rendre , fi quatre
Deferteurs n'euffent point
découvert la correfpondance
qu'il avoit avec quelques
perfonnes demeurant fur la
du Temps .
245
montagne
du Chateau
qui
luy faifoient
fçavoir
ce qui
fe paffoit avec un linge blanc
quand il y avoit de bonnes
nouvelles
, & avec quelques
lambeaux
d'étoffes
noires ,
lors qu'elles
eftoient
méchantes
. Ils luy écrivoient
auffi quelquefois
fur une
planche
en gros caracteres
,
& ce Duc lifoit avec des lunettes
d'approche
, ce qui
eftoit marqué
fur la planche
.
Les fidellesSujets
quifervoient
leur Prince , en rendant
ce
fervice
au Duc de Gourdon
,
ayant eſté arreſtez
, fans qu'il
X iij
246 IX. P. des Affaires
en cuft pû eftre averty , il fut
abufé par les Signaux , qu'il
croyoit encore venir
ceux qui luy en avoient fait
de
pendant tout le Siege du
Chateau , lors qu'ils luy
eftoient faits par les Rebelles.
Voilà ce qui avançaſa reddition
de quelques jours . Il eut
grande peine à s'y refoudre ,
& les pourparlers recommencerent
à differentes reprifes ;
mais enfin il convint des
Articles fuivans .
Le Duc de Gourdon a tant de refpect
pour tous les Princes de la Famille
du RoyJacques , qu'il ne veut
du Temps.
247
point faire de conditions avec aucun
d'eux , pourfon interest particulier ;
ainfi ilfe rend entierement à la difcretion
du Roy Guillaume.
1. Que le Lieutenant
Colonel
VVindram , Lieutenant
Gouverneur
du Château ,fe foumettra au bon plaïfer
du Roy Guillaume , fa vie eftant
enfeureté ; & tout le refte de la Garnifon
aura la vie , fa liberté, & fes
biens affeurez ; & on accordera des
Paffeports à ceux qui ferontferment
de ne point porter les armes contre
te Gouvernement
prefent.
II. On permet à la Garnifon de
fortir avec l'épée , & le bagage qui
luy appartient en propre.
les
III. Que tous les Volontaires ,
Domestiques
& autres de la Garnison,
jouiront de la mefme capitulation que
le refte de ladite Garnison.
X iiij
248 IX.P. des Affaires
IV. Que toutes fortes de perfonnes
qui ont entretenu correspondance
avec ceux du Château , & qui n'ont
pas efté en armes , jouiront du premier
Article ; & ceux qui font prefentement
à Edimbourg ou dans le
mefme Comté , feront indemnifez,&
auront le benefice de cette Capitulation.
V. Que les Soldats malades auront
la liberté d'aller où bon leur femen
fe comportant comme ils
gh blera
doivent.
VI. Que tous les Officiers , Gentilshommes
, Domestiques & Soldats,
jouiront du mefme benefice que les
autres , pourveu qu'ils vivent en
paix.
VII. Qu'un pofte confiderable dans
le Château , fera incontinent mis
entre les mains des Forces que comdu
Temps.
249
mande le Major General Lanier ,
aprés qu'on aura donné feureté à la
Garnifon , pour les Articles cy- deffus
mentionnez.
Jean Lanier. Gourdon.
Les Troupes du Chevalier
Jean Lanier entrerent dans le
Château , & le feul Duc de
Gourdon demeura Priſonnier
, ayant mieux aime
s'employer pour fauver fa
› que de fonger à
Garnifon ,
fes propres interefts qu'il a
genereufement abandonnez
en cette rencontre .
C'eſt ſouvent lors qu'on
ne peut rien qu'on entreprend
250 IX. P. des Affaires
tout , parce que l'on riſque
peu ; mais les entrepriſes faites
pendant le tumulte contre
l'autorité legitime , ſont diffipées
fi - tolt que le calme
commence à ſe rétablir . Il en
fera de mefme de tout ce que
fait le nouveau Parlement
'd'Ecoffe pendant le defordre
`des affaires d'aujourd'huy. Il
a changé la forme de fes procedures
ordinaires dés ſes premieres
Séances , touchant la
maniere de dreffer les Articles
, & a ordonné que huiz
Lords , autant de Barons , &
autant de Bourgeois avec les
du
Temps.
251
Grands Officiers ,
› prepareront
toutes les matieres
qui
doivent paffer en Loy. Il a
fait un Acte , par lequel il a
caffé tous les fermens d'Alle
geance,deSuprematie
, duTeft ,
& generalement
tous les autres
: Cette abolition
du ferment
duTeft, merite que l'on
y faffe reflexion
, puifque
le
Prince d'Orange
a paffé en
Angleterre
pour empefcher
qu'il ne fuſt caffé , & que c'eſt
un des principaux
motifs
dont il s'eft fervy pour avoir
occafion
d'y venir , publiant
que le Roy avoit refolu de le
caffer , & que Sa Majesté luy
252 IX. P. des Affaires
en avoitfait demanderfon confentement
à luy- mefme. Le mal
n'auroit pas efté fort grand ,
mais puis que la feule penfée
de fupprimer le Serment du
Tefta pû donner lieu d'agir
contre le Roy de la maniere
qu'on a fait , le Prince d'O
range ne peut permettre que
fes Creatures l'aboliffent , fans
fe rendre plus coupable que
ne l'eft Sa Majefté Britannique
puis qu'on ne l'accuſe
que d'avoir eu un deffein in.
juſte , & que le Prince d'Orange
a paffé jufqu'à l'effer.
Dans le mefme temps que
Parlement d'Ecoffe caffa ce
le
du Temps. 253
ferment , on y refolut d'en
dreffer un nouveau , par
lequel
on
jureroit
fidelité
au
Prince
&
à la
Princeffe
d'Orange
, &
ce
ferment
fut
prêté
par
tous
les
Deputez
en
levant
la
main
, à la
referve
du
Comte
de
Kincerden
qui
fe
retira
. Il
ne
faut
pas
s'étonner
fi
ce
ferment
fut
figné
, &
prefté
par
le
refte
de
l'Affemblée
. Elle
eftoit
fi
peu
nombreuſe
, &
tant
de
Sujets
fidelles
s'en
eftoient
retirez
,
qu'il n'y eftoit demeuré que
les perfonnes feduites par le
Prince d'Orange
, & par ceux
254 IX. P. des Affaires
de fon party. Comme la fidelité
gardée à fon legitime
Souverain , eft le plus grand
crime qu'on puiffe commettre
envers les Ufurpateurs ,
la Comteffe Douairière d'Artol
fut miſe en priſon , pour
avoir eu corespondance avec
le Roy , & avec le Vicomte
de Dundée .
Le Parlement ne fe trouvant
pas affez nombreux pour faire
paffer des Actes en Loy , acfté
obligé d'ordonner à ſes Greffiers
de faire une lifte de tous
les Députez qui fe font abfenfans
en avoir obtenu la
tez ,
du
Temps. 255
permiffion,afin d'en uſer contre
eux felon la rigueur de fes
loix nouvelles. On y a lû
un acte qui porte
Qu'aucunes
perfonnes de celles qui ont
marqué eftre mécontentes en
agiffant contre le Gouvernement,
depuis que le Prince & la
Princeffe d'Orange ont efté proclamez
Roy & Reine d'Ecoffe ,
ou qui ont retardé & empeſché
les deffeins des Etats pour affurer
la Religion Proteftante , établir
la Couronne & les droits des
Sujets & redreffer les Griefs ,
en mettant obftacle à ces deffeins,
depuis qu'ils ont eftéfaits publics
256 IX. P. des Affaires
par les deliberations , & par les
actes de l'Affemblée des Etats ,
ne pourront poffeder aucune Charge.
La lecture de cet Acte fit
naiftre quelques conteftations
, & l'on ordonna que
cette claufe y feroit inferée
, Pour avoir agi dans les
empietemens mentionnez dans
les articles de reclamation du
droit , qui font declarez eftre
contraires aux loix . Il fut propofé
enfuite d'ajouter une
claufe à l'acte pour declarer
que ce feroit fans préjudice
des autres punitions qui pourroient
eftre infligées par les
du Temps.
257
Loix à ces mefmes perfonnes,
mais aprés qu'on l'eut dreffée,
il fut jugé à propos de ne la
point ajoûter. Cela eftant fait,
on delibera fi l'on mettroit
que l'Acte feroit approuvé
ou differé , & on arreſta que
l'on mettroit , approuvé. Un
Parlement qui n'eft point
compofé d'un nombre.com.
petent de Membres pour faire
valider les Actes ; l'abfence
de fes Députez que les me
naces ne peuvent obliger d'y
revenir ; les peines ordonnées
contre eux ; les fidelles Sujets
du Roy , qui s'expofent en
Y
258 IX. P. des Affaires
prenant les armes pour fes
interefts ; les murmures des
Peuples contre le Gouvernement
prefent , & le refus des
Miniftres de l'Eglife de prier
Dieu pour le Prince & la
Princeffe d'Orange , font voir
que ce n'eft point la Nation
qui met les choſes en l'eftat
où elles font , & qu'elle eft
violentée par les Traiftres
que des veues particulieres
ont engagez à fe mettre dans
le party de l'Ufurpateur.Cette
Affemblée tumultucufe qui
détruit , & établit , fans avoir
d'autres regles que la volonté
du Temps.
259
d'un Prince injufte , qui veut,
& ne veut plus, & qui fait faire
& défaire , felon qu'il croit
que les chofes ferviront à fortifier
fon autorité ; cette Af
femblée , dis- je , a paffé un
Acte pour la fuppreffion de
l'Epifcopat qui eft une fuite
de celuy dont je vous ay dé
ja parlé. Cet Acte contient ,
Que les Etats ayant declarépar
leur refultat du 21. Avril , que
toute Prelature & Superiorité
Ecclefiaftique au deffus de la
Preftrife , a toujours efté fort
onereuſe , inſupportable à la Na.
tion, contraire à l'inclination
Y ij
260 IX. P. des Affaires
>
de la plus grande partie du
Peuple depuis le commencement
de la Reformation qui avoit
efté faite par de fimples Preftres
le Prince & la Princeffe d'Oran
ge proclamez Roy & Reine
d'Ecoffe aboliffent par cette
raifon toutes les Dignitez Ecclefiaftiques
fuperieures à celle
de Preftre caffant & annullant
tous Actes contraires & declade
l'avis , & du confentement
des Etats , ils feront
paffer en loy le Gouvernement
Ecclefiaftique qui fera le plus
conforme aux inclinations du
Peuple,
rant
que
du Temps.
261
Il n'y a point eu d'exemple
qu'on ait traité les affaires de
la Religion de cette manierelà
, & il n'y en aura peut- eftre
jamais . Elles font regardées en
cette occafion comme purement
humaines , & fe trouvent
envelopées dans la foule
des chofes qu'on renverſe
comme fi elles n'étoient d'aucune
importance . On ne veut
ny écouter de raiſons, ny examiner
; on rejette les propofitions
faites là- deffus , & on
prononce , qu'on établira &
fera paffer en loy le Gouverne
ment Ecclefiaftique qui fera le
1
262 IX. P. des Affaires
que
plus conforme aux inclinations
du Peuple. Voilà une grande
déference pour une populace
qui ne fuit que fon emporte
ment & fon caprice , &
fa paffion aveugle ordinairement.
Je dis populace , &
non pas peuple, parce que
lors qu'il s'agit de déferer au
Peuple , ce n'eft jamais à la
partie la plus faine & la plus
relevée
. Ainfi c'eſt cette partie
rampante que le Prin
ce d'Orange veut fatisfaire
en cette rencontre
, parce que
c'eft celle dont il a befoin
pour pouvoir jouir de for
1
du Temps: 263
ufurpation. Il luy promet
pour cela tout ce qu'elle foûhaite
, jufte ou non , & fait
fervir ce qu'il y a de plus
facré, pour autorifer ce qu'on
peut faire de plus lâche , de
plus crimimel & de plus impie
, en un mot tout ce qu'il
a fait pour envahir les Etats
d'un Roy que tant de droits
l'obligeoient de refpecter .
C'eft ce qu'on ne fçauroit faire
fans noircir fon nom des plus
grands crimes; mais par quels
autres dégrez les Ufurpateurs
pourroient-ils monter auTrône
? Ce n'eft ny l'amour de
264 IX. P. des Affaires
la juftice , ny l'envie de travailler
au bonheur des Peuples
, qui les y font afpirer,
mais une ambition violente
qui les empefche d'avoir le
coeur fenfible à la belle gloire.
Peut-on comprendre ce que
le pretendu Parlement d’Ecoffe
a fait ? Il vient de laiffer
au Prince d'Orange la liberté
d'établir une nouvelle forme
de MinifterePresbiterien, c'eft
à dire, une Religion à ſa fantaific.
Voila un digne Chef
pour la Religion. Il l'accommodera
à fa fortune , la facrifier
à fes interefts , & il fera
de
du
Temps .
265
y
de toutes celles qui affeureront
le plus fes affaires . Cependant
il a eu beau l'abandonner
au peuple d'Ecoffe , &
faire fervir les Evefques de
victimes aux Prefbiteriens ;
il n'a encore pû tirer aucun
nouveau fubfide de ce Royau-.
me- là , quoy qu'il en ait fouvent
fait demander avec de
grandes inftances , & reprefenter
le grand befoin qu'il
:
en a..
Il eft certain que les Parlemens
d'Angleterre & d'Ecoffe
nous font voir des chofes qui
ont juſqu'icy eſté inoüles .

266 IX. P. des Affaires
On ne pourra jamais croire
qu'un Corps affemblé pour
faire des Loix , ait paſſé un
Acte pour caffer toutes les
Sentences renduës depuis
vingt neuf ans , particuliere
ment pour trahison , ſedition,
& autres crimes qui y ont
rapport
, declarant
auffi que
toutes
les confifcations
, &amen
des ordonnées
par les mefmes
Sentences
n'auront
point de
lien , & que ceux qui à cette
occafion
ont fouffert
quelque
dommage
, pourront
avoir
recours
à l'Affemblée
qui aurafoin
de leur en procurer
le dédommas
du Temps.
267
gement . C'est à dire qu'il n'y a
pas eu un honnefte homme
dans tous les Parlemens , &
toutes les Jurifdictions d'Ecoffe
depuis vingt - neuf ans ,
puis qu'on caffe tout ce qu'ils
ont fait. Si l'Ecoffe n'a pas eu
un homme de probité dans
fes Parlemens , & dans toutes
fes Jurifdictions pendant ce
temps-là , comment pourrat-
on s'imaginer que le Parle
d'aujourd'huy foit
ment
compofé de plus honneftes
gens , & d'où luy viendra le
caractere de probité que les
autres n'ont pas eu ? Eft - ce à
Z ij
268 IX. P. des Affaires
caufe que l'on y a fait entrer
les creatures d'un homme
qui n'a que des Traiſtres &
des Scelerats pour Amis , &
des compagnons de fes crimes
? S'il n'en tire pas fa probité
, il eft du moins tres
conftant qu'il n'a d'autorité
que par eux . Enfin voilà par
un Acte d'une nouvelle conftitution,
tous les Traiftres &
tous les Seditieux abfous des
crimes qu'ils ont commis depuis
vingt neufans. Il ne faut
pas s'étonner fi un homme
qui n'a que de ces gens - là à
fon fervice , fait donner des
du
Temps.
260
Actes qui font tellement à
leur avantage , qu'ils ſemblent
n'avoir efté faits que pour
eux . Je ne finirois pas hje
m'étendois fur tout ce que
cet Acte a d'extravagant &
d'extraordinaire . Il faut de
neceffité, ou qu'il foit donné
injuftement , ou que pendant
un fort grand nombre d'années
il n'y ait pas eu un feul
Scelerat en Eccffe digne d'eftre
condamné , ce qui eft abfolument
impoffible , & ce
qui par confequent rend l'Ate
entierement ridicule .
Ainfi l'on peut dire qu'il y a
Z.iij
270 IX.P. des Affaires
tant de Loix en Ecoffe & én
Angleterre , qu'il n'y en a
point du tout puis qu'on en
caffe inceffamment pour en
faire de nouvelles , & que ces
nouvelles n'eftant pas univer
fellement receuës , ne peuvent
avoir force de loy . Elles font
prefque toujours faites ou détruites
dans des occafions violentes,
& par des Seditieux ; de
forte qu'on ne fçait aufquel
les on eft obligé de fe tenir ,
& qu'on eft en quelque forre
´également criminel en les fuivant,
& en ne les fuivant pas.
Ceft ce qui n'arrive point
du Temps .
271
d'une loy que le temps a confirmée
, & que le nombre des
ans a fceu rendre venerable .
Je reviens au Vicomte de
Dundée , dont je ne vous ay
point parlé depuis que je
vous ay fait voir avec quel
zele il avoit animé les fidelles
Sujets du Roy , & avec quel
le vigilance il avoit furpris
des traiftres . La Convention
ayant ordonné que l'on allaft
aprés luy , ainſi que vous l'avez
vû , on fit publier bientoft
aprés , pour empêcher
les Peuples de fe foûléver ,
que fon party eftoit entiere-
Z iiij
272 IX. P. des Affaires
ment diffipé , & que ce Vi
comte eftoit mourant. Il eft
vray que fes Troupes n'avoient
pû augmenter , parce
que celles de la Convention
qui tenoient la Campagne ,
ne permettoient pas qu'il fuft
joint par ceux qui auroient
voulu aller à luy ; mais on a
fçû depuis qu'il n'a pas laiffe
de défoler les Troupes du
General Mackay. Celles de
ce fidelle Sujet ſe retiroient
dans des cavernes où elles ne
pouvoient eftre forcées , &
d'où elles fortoient au fon
de certains cors qu'elles faidu
Temps.
273
foient fonner pour leur fervir
de fignal . Ce mefme fon
eftoit celay de rentrer aprés
avoir furpris & battu leurs
Ennemis ; de forte que Mackay
ne le pouvant obliger à
quitter ce pofte , & voyant
que fes Troupes déperiffoient
tous les jours, refolut de ne les
plus expofer, & d'en mettre
feulement aux Paffages , afin
d'empêcher les courſes . Il
vint enfuite rendre compte
- au Parlement de ce qu'il
avoit fait ; & il eftoit à pei
ne arrivé qu'on apprit que le
Vicomte de Dundée devoic
.
274 IX.P. des Affaires
paffer dans la Kintaille ; de
forte qu'on donna aufſi - toſt
ordre à Mackay , & au Colonel
Ramfey de partir pour luy
aller couper les paffages . Dans
le temps qu'ils fe preparoient
à executer cet ordre , on reçût
encore de plus fâcheufes
nouvelles . Elles portoient que
quinze cens Irlandois avoient
débarqué dans le Nord d'Ecoffe
, & qu'ils eftoient venus
fur trois Fregates Françoifes
, & plufieurs autres Bâ-
-timens commandez par M
du Quefne Monnier ; que ces
3. Baltimens eftoient retourdu
Temps.
275
nez en Irlande pour y prendre
d'autres Troupes , & les
tranfporter encore en Ecoffe,
& qu'en s'en retournant elles
avoient pris deux Fregates
Ecoffoiffes qui eftoient les
feules qu'il y euft de ce côtélà
. Tout cela joint aux cour
fes des Montagnards , inquieta
fort le pretendu Parlement
, qui fit une Procla
mation pour empêcher qu'on
ne donnaft retraite aux Irlan
dois , & pour ordonner de
fournir à Mackay par tout
où il pafferoit , des chevaux ,
des vivres & des munitions .
276 IX. P. des Affaires
Le Prince d'Orange ju
de zele que le peu
geant par
quantité de gens diftinguez
d'Ecoffe faifoient voir pour
luy , qu'ils devoient cftre
dans les interefts du Roy , a
voulu imiter la politique de
Cromwel , qui fuppofoit que
ceux qu'il avoit defein de
perdre , parce qu'il s'en défoit
avoient confpiré contre
l'Etat. Voilà pourquoy felon
le fentiment de plufieurs
perfonnes intelligentes dans
les affaires d'Angleterre , le
grand Commiffaire du Parlement
d'Ecoffe, qui ne peut
du Temps. 277
avoir cette qualité fans eftre
entierement devoüé au Prince
d'Orange , a dit par un artifice
plus groffier que ceux
dont Cromwel avoit accou
tumé de fe fervir ; qu'il avoit
receu une Lettre d'une main inconnuë'
, qui contenoit l'avis d'un
deffein formé par un grand nombre
de perfonnes pour fe faifir
des Deputez des Etats , & les
maſſacrer & pour mettre le feu
à plufieurs endroits de la Ville .
Il est à remarquer que pour.
animer les Etats , & les engager
à faire faifir ceux qui déplaifent
au Prince d'Orange ,
278 IX. P. des Affaires
on marque d'abord que l'on
a deffein de les maffacrer ; iln'en
faut pas davantage pour
faire immoler des innocens
fous de fpecieux pretextes
.
On en a fait arrefter trenteneuf,
chaque Membre ayant
eu foin d'indiquer fon En-.
nemy. On verra dans la fuite
fi on produira de faux témoins
contre eux comme faifoit
Cromwel . On a continué
d'arrefter toutes les perfonnes
ſuſpectes , & on a paffé un
Acte pour les appliquer à la
torture
, afin de les obliger
à déclarer leurs complices.
du
Temps.
279
Il n'y a que le temps qui puiffe
developer cette intrigue..
Cependant les affaires fe
broüillent fort en Ecoffe , &
le Parlement commence d'autant
plus à fe défier du Prince.
d'Orange , qu'un de fes Deputez
pour luy preſenter les
griefs de la Nation , & luy,
offrir la Couronne , ne luy a
preſenté les griefs qu'aprés
l'acceptation , & la preftation
du ferment . Ainfi le
Prince d'orange ne fe trouve
engagé qu'à tres- peu de chofe
envers la Nation . Cet
Etat ne manque pas d'affaires,
"
280 IX. P. des Affaires
& felon les
appparences , il
aura bien- toft fujer de fe repentir
d'avoir preferé le party
d'un Ufurpateur
, à celuy de
la fidelité
envers fon Roy
legitime
. Je paffe à la fuite
des affaires
d'Irlande
, dont
je vous ay promis
de vous
dire tout ce que j'en apprendrois
avant que de finir cette
Lettre.
Suite des Affaires d'Irlande.
On ne peut fouhaiter des
nouvelles d'Irlande que pour
en fçavoir de Londonderry ,
la fuite des affaires de ce
du Temps .
281
Royaume là ne fe devant regler
que fur la prise de cette
Place , ou fur la levée du Siege.
Je vous avois marqué
que la tranchée devoit eftre
ouverte le 13. de Juin , & cependant
elle ne l'a efté que
le 30. On a eu fi peu de Canon
pour la battre , qu'il n'étoit
pas capable de l'obliger
à fe rendre ; il n'y avoit que
deux Mortiers à Bombes . Less
fept premiers jours de tranchée,
on avança jufqu'au pied
de la Contrefcarpe , & on ne
perdit que fept hommes . Le
bruit d'un puiffant fecours
Ala
282 IX. P. des Affaires
s'eftant répandu dans le
Camp , on tint Confeil de
Guerre chez Mr de Pointy ,
qui eftoit incommodé de la
bleffure que je vous ay dit
ailleurs qu'il avoit receuë.
On y refolut tout d'une voix
de lever le Siege , afin de ne
pas laiffer perir inutilement
devant cette Place des Trou
pes dont le Roy d'Angleterre
avoit befoin pour executer
d'autres projets. M'de Pointy
qui n'ignoroit pas l'effet
que devoit produire l'eftacade
qu'il avoit fait faire , &
dont je vous ay parlé dans
du
Temps.
283
une autre Lettre , leur fit connoiftre
qu'il ne falloit pas s'alarmer
fi promptement , & qu'il eftoit
impoffible que l'on forçaft les tra .
vaux qu'il avoit eu foin de faire
élever. De plus , comme il fçait
tres-bien la Mer , ayant commandé
en France les Galiotes bombardieres
du Roy , il les affeura que quoy
que les Ennemis ne fuffent qu'à
quatre lieuës , bien loin d'arriver
cette nuit -là , comme ils le craignoient
, il n'y avoit que les Marées
du jour qui les puffent amener,
celles de nuit ne leur pouvant
eftre favorables , ce qui fe trouvoit
heureux , parce qu'il eft plus facile
de s'oppofer de jour à fes Ennemis, ›
que pendant la nuit . Enfin M. de
Pointy dit à tous les
furent de ce Confeil , qu'ils pou
Officiers qui
A a ij
284 IX. P. des Affaires
voient garder leurs poftes , &
mefme fe repofer pendant qu'il alloit
veiller , & qu'affeurement il
n'y avoit rien à craindre. Cependant
il fe fit porter à l'Estacade , il
là vifita , & fit renforcer la Garde
des Moufquetaires. L'éloignement
des Ennemis confirma le lendemain
tout ce qu'avoit dit Mr de :
Pointy.. S'il y avoit eu plus de:
Troupes au Siege , la Place fe feroit
alors rendue , mais comme on
eftoit continuellement menacé d'une
deſcente du Maréchal de Schomberg
avec vingt ou trente mille
hommes , les Troupes eſtoient difperfées
en divers endroits des cô-.
tes. Il y en avoit un Corps commandé
par M. de Boiffelot , &
d'autres Officiers Generaux commandoient
les autres. Il en falloit
du
Temps.
285
auffi pour obferver un Corps de '
einq ou fix mille Proteftans , qui
inquiete encore quelques parties de
Irlande. Toutes ces chofes ont
efté caufe que le nombre des Troupes
n'a pas efté confiderable devant
Londonderry , & qu'on n'y en a
meme envoyé qu'à mesure qu'on
y en a eu un entier befoin . Cela
n'a pas empêché que M. du Quefne
Monnier, qui commande trois Fre--
gates Françoifes , n'en ait porté en
Ecoffe , comme vous avez ſçû. C'eſt
un effet de la bonté du Roy d'Angleterre,
qui n'y a envoyé ces Troupes
qui luy font plus neceffaires en
Irlande,à caufe que ce Monarque y
eft en perfonne , que pour empefcher
que les Ecoffois fidelles qui
font dans fon party , ne fuffent embaraffez.
Milord Richard Hamil
1
286 IX. P. des Affaires
ton qui commande au Siege devant
Londonderry a prié Mr Rofe d'y
faire un tour , & ce General a été
l'y vifiter. La Place commençant à
manquer de pain , on prit de nouvelles
refolutions pour affamer les
Ennemis. On a efté obligé de
prendre une partie du Canon qui
battoit la Place › pour faire une
Batterie entre les Vaiffeaux qui
avoient amené du fecours , & qui
ne font point retirez. Enfin on
fceut à Dublin qu'environ le 17
Juin Milord Douvres en partit
pour venir en France ; les Afſiegez
s'étoient trouvez fort incommodez
des Bombes ; qu'ils avoient
demandé à capituler , & qu'une des
chofes qui les y obligeoit davanta
ge , eftoit que les Soldats manquoient
de fouliers . On fçût auffi
du
Temps.
287
qu'ils avoient demandé à être tranfportez
en Angleterre dans les Vail
feaux qui eftoient venus pour leur
amener du ſecours , ce qui ne leur
avoit pas encore efté accordé .
On a encore défait mille Protef
tans en Irlande , & on leur a pris
beaucoup de bétail . Les uns écrivent
que ce party a efté défait par
M. le Duc de Bervvic , & les autres.
par M. Rofe ; mais quoy, que les
Lettres ne s'accordent pas là - deffus,.
elles conviennent toutes que le party
a efté défait.
FIN
Les nouvelles d'Ecoffe font , qu'on
ya mis à la torture quelques- uns de
ceux que l'on pretend avoir conſpiré
contre le Gouvernement prefent. Le
288 IX. P. des Affaires
Prince d'Orangefuitpeut eftre là - def
fus l'exemple de Cramvvel , qui faifoit
appliquer à une douce queftion des
gens avec qui il eftoit d'intelligence.
Il en tiroit cette utilitè , qu'ils nommoient
tous ceux qu'ilsoupçonnoit
de n'eftre pas de fes Amis , ou dont
il apprehendoit l'efprit inconftant ,
qui est toujours fort à craindre dans
les Traîtres. C'eftoit un pretexte
pour s'en défaire. Sur cette maxime
qui eft celle des Tirans , ceux qui
ont le plus fervy le Prince d'Orange,.
font ceux qui doivent le moins s'aſſu
rer furfes promeffes.
Je viens de voir un nouveau
détail des Affaires d'Irlande , & je
vous en feray part dans ma dixić--
me Lettre.


UNIVERSITY OF MICHIGAN
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Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le