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1689, 08, t. 9 (Affaires du temps) (Lyon)
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EX BIBLIOTHECA
AUGVSTINIANA
LVGDUNENSI

{
AFFAIRE'S
DU
TEMP
TOME
LYON
CONTENANT CE QUI
s'eft paffé en Irlande &
en Ecoffe.
AVEC VNE PREFACE
Qui fait voir que le Prince
d'Orange ne peut poffeder long !
tems le Trône qu'il a ufurpe.
ALTON ,
Chez THOMAS AMAULRY :
ruë Merciere , au Mercure
Galant .
M. DC. LXXXIX .
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
E5
虫虫虫照虫虫虫虫虫: 虫虫虫虫虫虫虫
PREFACE.
Uand j'ay affuré dans la Preface
de ma feptiéme Lettre ſur
les Affaires du Temps , que je cefferois
cet Ouvrage au premier jour de
·Septembre , pour ne le reprendre
qu'au mois de Janvier , j'ait dit , 'que
fila chute du Prince d'Orange arrrivoit
plutôt , je ne poufferois pas cette
Hiftoire plus avant , queje ne croyois
pas qu'elle dût aller plus loin que
le refte de cette année. L'impatience
que tous les honneftes gens ont de
voir finir le regne du Ufurpateur,
a fait prendre ces paroles au pied de
la lettre mais differemment . Les uns
ont cru que je fçavois des chofes
particulieres qui devoient rendre fa
chute infaillible ; & les autres à quỉ
ce terme a paru un peu court , ont
regar lé ce que j'en ay d't , comme
une espece de prediction dont l'évenement
eftant incertain , leur a
donné lieu de croire , que je ne de-
7
á ij
PREFACE.
vois pas m'en charger.Je répondray
aux uns & autres qu'il n'y a poine
d'Ufurpateur dont on ne puiffe dire
ce que j'ay avancé du Prince d'Orange
, quand mêine il ne paroitroit
menacé d'aucun revers , & qu'il
jouyroit avec la tranquilité la plus
paifible , de tout le fruit de fes attentats
. Lors qu'on s'eft emparé du
bien d'autruy , on ne fçauroit affiırer
qu'on en demeurera toujours
poffeffeur , & que la punition ne
fuivra point le vol qu'on a fait , tout
homme qui s'eft rendu criminel envers
Dieu , & envers les hommes
devant craindre à tout moment que
le Ciel ne l'abandonne à la juftice
de la terre. L'Ufurpateur le plus favorifé
de la fortune , eft toujours
preft à perdre ce qu'il a acquis par
des voyes injuftes , de même qu'un
bel édifice qu'on a élevé fur du fable
mouvant est toujours preft à
tomber , fans en pouvoir eftre ga.
ranty par tout ce qui le fait paroitre
brillant , & folidement baty aux
yeux des hommes .
PREFACE.
Il eft certain que dans la fituation
où se trouvent les affaires d'Angle
terre, le Prince d'Orange doit efte
dans un fort grand embaras , & que
parmi ce grand nombre de perfonnes
qui lui font leur cour avec le
plus d'affiduité , il ne peut déméler
ceux qui le préparent à l'abardonner
, & ceux qui ont refolu de luy
demeurer fidelles . Il y en a même
beaucoup d'incertains de ce qu'ils
doivent faire , & qui attendent toujours
l'occafion pour fe déterminer,
& comme ceux - là ne manquent
jamais à fe ranger avec les plus
forts , & que les plus grands Amis
d'un Ufurpareur le quittent dés que
fa fortune commence à changer il
eft feur que ceux qui doutent à prefen
t, feront des premiers à fe laiffer
entraîner au torrent , qui abattra
fa fortune. Il n'y a dans toute
l'Angleterre que les Presbiteriens
qui puiffent eftre fatisfaits ; encore
ne doit-on pas croire qu'ils foient
tous dans le même fentiment. 11 fe
trouve parmi eux d'honneftes gen's
á iij
PREFACE.
qui étoient contens de la liberté de
confcience que le Roy leur laiffoit.
Ainfi les feuls Presbiteriens cabaliftes
, Amis du defordre & du fang,
peuvent goûter quelque joye de voir
un Ufurpateur à leur tête, qui apuye
leurs infolences & leurs injuftices,
pendant que fes crimes en font protegez
. Tout le reste de l'Angleterre
accablé fous la domination injuſte
du Tyran dont elle baife la main
qu'elle voudroit voir coupée , n'attend
que le moment favorable pour
fecoüer un joug qui luy eft fi odieux.
Ce n'eft point icy une Prediction ,
c'eſt un fait conftant qui doit refulter
de toutes les chofes que je vais
dire .
Tous ceux qui profeffent la Religion
Anglicane apprehendant tout
du Prince d Orange pour leur Religió,
doivét , s'ils en veulent empécher
la ruine entiere , fe joindre à tous les
Mécontens , quand l'occafion s'en
prefentera , afin de le renvoyer aux
lieux d'où il eft venu,s'il peut étre affez
heureux pour y retourner , puis
PREFACE.
·
que fans cela ils verront bien toft
abolir l'Epifcopat comme en Ecoffe.
Cet exemple abrege tous les raifonnemens
que l'on pourroit faire
là deffus.Le Prince d'Orange eft venu
pour empefcher qu'il n'i eut aucun
changement dans la Religion ,
Son Manifefte le porte, il eftoit également
pour l'Ecoffe , & pour l'Angleterre.
11 fuppofoit que le Roi vouloit
détruire la Proteftante , il entendoit
parler de l'Anglicane , qui
eft comprife fous ce nom, qui eft la
Religion de l'Etat , & cependant il
vient de l'abolir en Ecoffe,& de l'af.
foiblir tellement en Angleterre ,
qu'il n'i a plus que la Presbiterienne
qui ait le deffus , de forte que l'on
auroit peine à dire quelle eft la Religion
de l'Etat. On ne laiffe pas d'i
en fouffrir quelques-unes , mais c'eft
feulement afin de ne pas avoir pour
Ennemis ceux qui les profeffent .
On voit bien que la Presbiterienne
qui eft la favorite , fe met en eftat
de regner feule ; & que fon parti n'a
élevé l'Ufurpateur , qu'afin qu'il la
ā iiij
PREFACE.
faffe triompher de toutes les autres;
mais quelque avantage qu'elle femble
avoir , elle ne doit pas laiffer
de craindre , puis que l'Ufurpateur:
qui n'en reconnoit aucune que felon
l'utilité qu'elle lui peut apporter
,
favorifera toûjours celles dont ,
il efperera quelques fervices , & abolira
les autres , de crainte qu'elles
ne lui nuifent . Ainfi toutes les Re-.
ligions devant eftre , ou détruites,
ou dans de continuelles alarmes , il
eft hors de doute . que la Religion
qui lui a fervi, de pretexte pour envahir
l'Angleterre , fervira à le faire
chaffer du Trône qu'il a ufurpé.
Si le Prince d'Orange fait fouffrir
toutes les Religions en Angle
terre jufques à la Favorite , à la
quelle il doit l'élevation où il fe
trouve , les Loix qu'il a fuppofé
qu'il venoit pour maintenir auffibien
que la Religion , ne fouffrent
pas moins , & l'on ne peut pas dire
qu'il y ait prefentement aucune des
anciennes Loix en vigueur. On n'y
connoit plus les Loix penales , quoi-
1
PREFACE.
sap the
que l'on fit un crime terrible au
Roi , de la feule penfée que l'on pretendoit
qu'il eut de les abolir. Cette
penſée le rendoit fi criminel, que
pour l'avoir euë , il meritoit de perdre
le Trône. Cependant ces Loix
font telleinent adoucies , parce
qu'elles font contre les Presbiteriens
à qui le Prince d'Orange doit
la Couronne , qu'on ne les reconnoit
plus . Les Seigneurs ne jouyffent
plus de l'avantage de la Loy
Habeas corpus , & ainfi ils feront
coupables dés qu'ils deviendront
fufpects à l'Ufurpateur , & il ne
manquera point de pretextes pour
les perdre. 11 a commencé de fi
bonne heure à fe défaire de tout ce
qui lui eft oppofé , qu'étant devenu
grand Maitre en cet Art , ce n'eft
plus pour lui un apprentiffage. Je
ne ferai point le dénombrement
des Loix détruites , elles font connuës,&
il n'y apour cela qu'à lire les
Journeaux de ce qui fe paffe au Parlement
d'Angleterre. Je diray feuleinent
que la deftructió de toutes ces
PREFACE.
Loix fera une des caufes de la prochaine
cheute du Prince
d'Orange.
Pour
prouver le
mécontentement
qu'on en a, ainfi que de fon
gouver
nemét,il ne fut
qu'examiner la quatité
des
perfonnes qui n'ont point
voulu luy prefter les
nouveaux fermens,
& que faire reflexion fur ceux
qui les ont preftez par force , dont
le
nombre doit être encore plus
grand. Ainfi l'on peut affurer que
qui n'aprouve
point
l'ufurpation ,
quand
l'Ufurpateur
paroît le mieux
étably fera prèt à renoncer à le repour
fon prince dés que connoître
la fortune
commencera à l'abandonner,
&
cherchera mefme les occafions
de faire avancer cet heueux
tems.
On ne peut nier que le Prince
d'Orange n'ait fait tout le contraire
de ce qui eft porté dans fon Manifefte
à l'égard de la Puiffance arbitraire
, & qu'il ne l'ait plus violament
exercée dépuis qu'il a ufurpé
le Trône , que tous les Rois
Angleterre enfemble. S'il l'ofe
PREFACE.
mettre en pratique pendant que le
Parlement eft affemblé, & fur tout à
l'égard des Seigneurs qu'il ne craint
point de faire arrêter , il eft à croire
que dés que ce Parlement fera feparé,
il la pouffera encore plus loin .
& qu'un pouvoir limité , tel qu'il
aura été reglé par les deux Chambres
ne l'accommodera point. Ce
Prince ayant toûjours êté abfolu en
Hollande , fon humeur altiere ne
peut reconnoitre de Loix , & comme
il eft trop accoûtumé à être libre
, il luy fera impoffible de fouffrir
de frein ; il voudra le rejetter , &la
haine qu'il s'attirera par là , forcera
les Mecontens de chercher à s'en
defaire , parce qu'ils le trouveront
trop dificile à reduire fur les chofes ,
aufquelles la Majesté Royale eft fujette
en Angleterre.
Outre ce que je viens de marquer
des Religions maltraitées , des Loix
abolies , de la Puiffance arbitraire
ufurpée , l'Angleterre eft encore
remplie de Mécontens pour mille
articles
generaux , qui intereffent
PREFACE.
.
prefque toutes les Familles. Cela fe.
voit dins le grand nombre de ceux.
qu'on veut excepter de l'amniftie .
Ce font Perfonnes illuftres , & diftinguées
par leur qualité , qui ont
des Amis attachez à leur fortune, & .
les uns & les autres devenant ennemis
de l'Ufurpateur , feront toûjours
prêts à s'en défaire . Il s'en attirera .
encore beaucoup d'autres en facrifiat
tout ce qui pourra lui faire ombrage;
il n'épargnera pas même ceux qui
l'ont fervi en trahiffant leur legitime
Souverain , de crainte qu'un repentir
ne les oblige à le trahir luymême
à fon tour , & toutes ces chofes
luy devant donner pour ennemis
les trois quarts de l'Angleterre ,.
il est aisé de prévoir ce qui luy arrivera
fi- tôt que le Roy , ou fes Armées
commenceront d'y paroître.
Ainfi , au lieu que le Prince d'Orange
n'a êté receu en Angleterre que,
par des Traîtres , lors qu'il eft venu
en ufurper la Couronne , on verra
des millions d'ames courir au devant
de la feule ombre des Armées
PREFACE.
de Sa Majefté , dés que lon fçaura
qu'elles s'avancent. On doit regar
der tout un peuple qui a failly ,
comme un pecheur qui commet un
crime dont il fe repent un peu aprés ,
& qui dans la douleur qu'il en a ,
imite le flux & le reflux de la mer. Le
flux , c'est à dire un mouvement de
fedition auquel il faut que tout cede
, l'a entraîné en tumulte au criine
, fans qu'il ait eu le tems dexa .
miner ce qu'il faifoit ; le reflux qui
eft un retour à l'obeiflance qu'il doit
à fon vray Monarque , le reporte
vers luy avec la même viteffe , lors
que les remords faififfent fon coeur.
Voilà comment le Peuple d'Angleterre
fe repentira d'avoir peché contre
les Loix . divines & humaines ,
en fe declarant contre fon Roy , qui
a receu fa puiffance du Ciel , pour
prendre le party d'un homme qui
n'eft venu que pour renverfer fes
Loix , s'enrichir aux dépens de
fon bien , troubler la tranquillité,
dont il joüiffoit , inquieter fa concience
, mettre le defordre dans les
PREFACE.
trois Royaumes , en faire revolter les
Sujets contre leurs Compatriotes ,
exciter entre eux une mortelle , &
cruelle haine , & les expofer au peril
d'avoir à facrifier leur vie pour
leur Religion, quoy que fous le regne
du Roy que l'Ufurpateur à obligé
de fortir de fes Etats, chacun pût
exercer paifiblement celle qui luy
fembloit la meilleure ; de forte que
quand ces Peuples viendront à ouvrir
les yeux & à examiner le fang
qu'ils auront verfé , ils connoîtront
qu'ils l'auront fait fans neceffité ,
& que vainqueurs ou vaincus ils ne
leur en pouvoit revenir d'autre
avantage que celui dont ils jouïffoient
fous leur veritable Maître .
quel fujet n'auront ils pas alors de
maudire l'Uforpateur , & fon regne,
pendant lequel ils auront êté animez
d'un efprit de fureur qu'il leur aura
infpiré afin qu'eftant occupez à fe
déchirer les uns les autres ils fuffent
moins en état d'examiner fes
injuftices , & toutes les demarches
pour les mettre fous un joug, dont
PREFAC E.
perte
la
il leur dût être impoffible de fe defaire
;
On peut juger fi dés que
ces malheureufes Victimes de l'ambition
de ce phantôme de Souverain ,
feront un peu de reflexion fur leur
malheur,& fur le fang qui aura coulé
dans les trois Royaumes, ils perdront
un moment à fe declarer contre
un Ufurpateur , qui ne pourroit
continuer de regner , fans que
de leurs libertez fûr fuivie de
celle de leurs biens , & de leurs vies.
Voilà des motifs affez puiffans pour
engager les Peuples à ne demeurer
pas encore long-tems fous le joug
qu'on leur à fait recevoir
en leur
prefentant l'image de la liberté ,
& quand l'êtat où l'on a deffein de
les reduire , pour les affoiblir & les
tenir en bride par le moyen des
Troupes étrangeres , afin d'empêcher
qu'ils ne fe repentent , ne feroit
pas une raifon affez forte pour
leur faire prendre au plûtôt ce party
, la crainte du châtiment qui
eft dû à ceux qui s'obſtinent dans
une longue rebellion , aprés le par-
>
PREFACE.

don qu'on leur a offert , fera fans
doute une prompte impreffion fur
leurs efprits , & les obligera de
hâter ce que leur devoir , la raifon
& leurs propres interefts leur
feroient peut - être faire avec une
lenteur qui ne meriteroit pas detrouver
grace auprés de leur Souverain.
Si par tant de raisons differentes ,
les Peuples doivent reconnoître leur
Roy , de crainte que leur endurciffement
dans le crime nempêche
qu'il ne leur foit pardonné , l'Ufurpateur
qui les a furpris fous des
promeffes
qu'il ne leur tient pas , ne
voit aucune affurance à prendre. Il
ne peut compter fur la plus grande
partie de fes Troupes , qui ont
tant de fois voulu le quiter , & qui
ont jetté fi fouvent leurs armes . Ces
Troupes ne manqueront pas de
joindre celles du Roy fi- tôt qu'elles
déploieront leurs Etendards. Elles
y reconnoîtront des Sujets fidel--
les dont elles envieront la gloi-.
re , & leur veuë leur reprefentant.
,
PREFACE.
leur rebellion , elles tâcheront auffi
tôt de l'effacer en rentrant dans.
leur devoir. On ne peut former au~;
cun doute là deífus , à moins que
de mal juger des évenemens . Quand
le Prince d'Orange a paffé en Angleterre
tout y paroiffoit tranquille
, & la Nation fembloit vouloir
être fidelle à fon Roy. Elle ne paroît
pas aujourd huy de même pour
celuy qui en a ufurpé l'autorité fouveraine.
Tout y eft en mouvement
; plufieurs font éclater prefqu'à
fa vûë l'amour qu'ils ont pour
leur Roi , & dans les lieux les plus
éloignez , on parle plus haut , on
agit , & l'on prend les armes . Ainfi
, il y a tout lieu de croire qu'on
courra avec beaucoup plus d'empreffement
au devant du Roi lors .
qu'il commencera de paroître ,
que l'on n'a fait au devant du Prince
d'Orange quand il a paru , puis
qu'il n'y avoit que des traîtres , &
que les Sujets fidelles ne le fuivoient
que par force , au lieu
ns cette occafion les peuples y
que
PREFACE.
feront portez d'eux-mêmes, par leur
repentir , par un veritable zele , &
par un fincere amour pour leur
Souverain
Les cruelles craintes qui tourmentent
fans relache les Ufurpateurs ,
agitent de même leurs nouveaux
Sujets , dont la defenée fe trouve.
attachée à leur fortune. Anfi ces
Sujets fatiguez d'alarmes continuelles
, ne font pas plûtôt entrez fous
le joug qui leur fait fouffrir de fi violentes
inquietudes , qu'ils font prefts:
de le fecouer pour fe remettre dans
un êtat tranquille & naturel . Mais
quand celu . d'agitation ne leur feroit
pas tout- à - fait infupportable, &
quils s'efforceroient de le fouffrir
pour un tems , il eft impoffible que
le Peuple Anglois s'accommode des
impôts exceffifs que l'on veut mettre
fur lui. Les riches fe trouvent
toûjours peu difpofer à donner , ce
n'eft point lufage du Pais ; & quand
de pareilles levées ne les incommoderoient
point , ils craignent que
les premieres ne donnent lieu aux
PREFACE.

fecondes , & les fecondes à d'autres ,
& qu'enfin on n'aille jufqu'à un
excés qui leur devienne one eux.
Si les riches craignent fi fort les
impôts en Angleterre ceux qui
ne font pas en êtat de les fupporter
en murmurent encore beaucoup
davantage , & il ne faut point
douter qu'ils n'embraffent avec
joye la premiere occafion qu'ils
tro veront de fe foulever. Comme
on a impofé plus d'argent depuis
fix mois , que l'on n'avoit fait depuis
cent ans la levée ne s'en fera
fans obftacles , & ces obftacles
ne peuvent matiquer de produire
une rebellion qui fera changer de
face aux affaires . L'Impôts qu'on a
mis fur le Chocolat & fur le Caffé,
a êté caufe d'un changement affez
furprenant. C'eft dans les lieux , où
l'on va le boire , qu'on a commencé
à cabaler contre le Roi , & à gagner
les peuples pour les engager
à la revolte , & c'eft prefentement
dans ces mêmes lex qu'on
parle contre le Prince d'Orange.
pas
PREFACE
Ceux qui s'y affemblent ne peuvent
prendre de ces boiffons , qui ne font
faites que pour amufer , fans fe reprefenter
auffi toft l'Impoft qu'il a
mis deffus, & par confequent fans fe
repentir de ce qu'ils ont fait pour
lui , & fans fe promettre de le détruire.
Si tous ces Impofts avoient
produit quelque effet avantageux ,
on pourroit s'en confoler, mais avec
toutes ces grandes fommes, tous les
projets dont on avoit fait un fi
grand bruit , ont efté en fumée ;
les Anglois , & les Hollandois enfemble
n'ont pû eftre Maiftres de la
Mer , comme ils s'en eftoient flatez
, & ils fe font trouvez bien éloignez
de defcendre fur nos coftes ,
aprés toutes les menaces qu'ils en
avoient faites ; de forte que fi le
Prince d'Orange demeure en Angleterre
, il faudra qu'il leve de
nouvelles fommes , pour échouer
de la méme forte une autre année
, au lieu que fi Sa Majesté
Britannique rentre dans fes Etats
, & qu'on remette les choſes
PREFAC E.
comme elles étoient auparavant
toutes les levées de deniers, ceffefont
, les confciences feront en repos
, les agitations , & les craintes
Te diffiperont , les beaux jours reviendront
avec le calme & la paix ,
& toutes les affaires reprendront
une riante face . Tous les Peuples
ayant un intereft fi notable à fouhaiter
un bonheur fi grand , y a-t'il
perfonne qui ne doive eftre perfuadé
qu'ils n'attendent qu'un favorable
moment pour reconnoitre celui
que le Ciel leur a donné pour
les gouverner ? Le Parlement méme
qui ne fçait plus ce qu'il veut ,
ni ce qu'il fait , ni ce qu'il doit faire
, a befoin , aprés avoir embaraffé
des affaires qu'il ne fçauroit dé- .
broüiller , que le Roi pour les déméler
, vienne par fa prefence couper
le noeud Gordien qui les tient
einbaraffées , fans quoi il leur fera
impoffibre d'en venir à bout.
Tous les Ufurpateurs qui fe font
ouvert le chemin du Trône par le
n'ont jamais enfemble carnage
PREFACE.
fait couler plus de fang pour s'élever
que le Prince d'Orange en a fait
répandre feul . Toute l'Europe en
peut rendre témoignage . Le Roi
aiant declaré la Guerre aux Holandois
en 1672. pour les raisons que
jay marquées au long dans mes
Lettres , avoit pris à peine les armes
, qu'au milieu de la rapidité de
Les Conqueftes , qui furent l'étonnement
& l'admiration de toute la
terre , il ouvrit fon coeur à la clemence
, & fe laiffa toucher , en êcoutant
favorablement les propofitions
que les Hollandois lui firent
faire , de forte que la paix étoit en
état d'étre concluë par l'entremiſe
de Meffieurs de Vvith , ces Catons
de la Hollande , ces fages Républicains
, qui aimoient veritablement
leur Patrie , & qui cherchoient à
lui épargner les maux infeparables
d'une longue guerre. Le Prince
d'Orange s'y oppofa avec un emportement
digne de tout ce qu'il a
fait depuis ce temps là ; & ces deux
genereux Freres payerent de leur
PREFACE.
vie le deffein qu'ils avoient eu d'em
pêcher que
les malheurs de la Repu
blique ne continuaffent. Je ne dirai
point par quel ordre & par quel bras
ils furent affaffinez ; mais feulement
que leur mort fit avorter tous ces
projets d'accommodement, aufquels
s'oppofoit le Prince d'Orange . Ainfi
ce Prince qui ne regardoit que lui
feul , & qui vouloit coinmander , fie
reculer la paix de plus de fix ans, &
pourfuivre une Guerre dont le feu
embrafa l'Allemagne , la Flandre ,
& les Royaumes du Nord. Elle fut
cauſe que Monfieur de Turenne donna
plufieurs Batailles à la honte de
l'Allemagne ; elle fit perir quantité
de milliers d hommes dans les Armées
de Dannemarck , de Suede
& de Brandebourg qui fe donne ...
rent differens combats ; elle coura
au Roi Catholique les meilleures
Places de Flandre , qu'il ne put perdre
fans effufion de fang , & la Bataille
de Senef qui en a tant fait verfer
, ne fe feroit point donnée fans
cette guerre. Enfin tout le fang qui
PREFACE.
inondé la plus grande partie de
l'Europe pendant dix années d'une
cruelle guerre entre plus de vingt
Souverains , n'eut point êté répandu
, ſi pour avoir le plaifir de commencer
, le Prince d'Orange n'euft
mis obſtacle à la Paix que traitoient
Meffieurs de Vvith , pour le repos
de tous les Etats intereffez . Le Roi
au milieu de fes triomphes , maître
de la Ville de Gand fi confiderable
pour fa fituation , & faifant trembler
Anvers , & par confequent
toute la Hollande , qui voyoit fes
Troupes fort peu éloignées , voulut
arrefter le cours de tant de defordres
, dont le Prince d'Orange
fouhaitoit la fuite , & facrifia une
partie de fes Conqueftes pour inpofer
la paix à l'Europe qui la receut
avec joye . La Hollande l'accepta
la premiere , & tout le Peuple.
de la Haye ayant témoigné par des
cris d'allegreflo réiterez , à la veuë
du Trompete qui en porta la nouvelle
, l'extreme fatisfaction qu'elle
lui donnoit , ces cris de joye furent
&
des
PREFACE.
des coups de poignard dans le coeur
du Prince d'Orange , qui n'étant pas
encore fatisfait de tous les malheurs
qu il avoit caufez dépuis fix ans , refolut
de rompre cette Paix , à quoi
il reüffit en partie. La Bataille de
faint Denis qu'il donna ayant le
Traité figné dans fa poche , fut des
plus fanglantes , mais elle n'eut pas
les fuites qu'il avoit crû qu'elle auroit.
Le Roi toûjours genereux , &
voulant que l'Europe jouit du repos
qu'il venoit de lui donner , vit bien
que le crime commis contre la foi
des Traitez , ne regardoit point les
Hollandois qui avoient figné la
Paix , mais qu'il venoit d'un Particulier
, ambitieux & chagrin , qui
s'étoit flaté qu'en donnant une bataille
, il irriteroit Sa Majefté , &
l'obligeroit à une rupture qui étoit
le but de tous fes fonhairs . Ainfi
cette Paix eut fon effet malgré tou
tes les cabales , & la fureur du Prin
ce d'Orange, qui fit dépuis plufieurs
efforts inutiles pour la rompre , &
qui vient enfin de reüffir , & d'alPREFACE
lumer la Guerre par toute l'Europe,
afin que pendant ces troubles ; il
puiffe plus aifément jouir du fruit
de fon crime, & affermir fon autorité
en Angleterre. Sans cette Guerre
allumée par lui , tout le fang qui a
efté répandu l'hiver dernier dans le
Palatinat , & dans l'Electorat de
Cologne, ainfi que celui qui a cou
lé depuis que la Campagne eft ouverte
, & qui coulera encore avant
qu'elle finiffe ; enfin tout ce qu'il
en a couté à l'Irlande , & à l'Ecoffe
depuis fon invafion , n'auroit point
efté verfé . L'Angletere
feroit tranquile,
elle ne verroit point les malheurs
qui la défolent de toutes parts ,
& ne feroit pas dans une fituation à
devoir encore en apptehender
de
plus fâcheux.
Il refulte de tous ces malheurs , &
de tout ce fang verfé , que fi le Prince
d'Orange a pû confentir à tant
d'horreurs pour avoir la fimple qualité
de Commandant à gages dans
une Republique , il les porteroit au
dernier excés pour le conferver ces
!
PREFACE.
lui de Roi , fi
l'Angleterre ne s'oppofoit
pas à fa violence. Il tacheroit
de
l'affoiblir par
toutes fortes
de voies , comme on fait par de
frequentes
faignées un corps trop
robufte dont on croit devoir épuifer
les forces ; il
détruiroit ceux qui
lui
feroient
ombrage , en les excitant
les uns contre les autres , & les
engageant
par ce moien à s'accufer
les uns les autres , & à travailler
eux-mêmes à leur perte ; il feindroit
des
confpirations
contre lui
& contre
l'Etat , afin
d'avoir lieu
d'en
facrifier
d'autres , &
reduiroit fi
bas
l'Angleterre , qu'aprés
avoir épuifé
les forces , il
acheveroit de la
dompter , & d'établir le pouvoir arbitraire
avec une armée
d'Etrangers
entierement à fa dévotion , & de la
fidelité
defquels il feroit plus affiné
que de celle des T oupes
fevées dans
le païs ,Mais
heureufement
l'Angleterre
a les yeux ouverts fur tout cela.
Elle fait tout, elle voit tout, &
le regne d'un homme à qui les plus
grands
defordres ne peuvent
caufer

é ij
PREFACE.
1
d'horreur , lui faisant juger de ce
qu'il feroit pour ne pas tomber du
Trône , puis qu'il n'a rien épargné
pour fe prolonger le Commandement
de l'Armée d'une Republique,
elle connoit bien qu'elle auroit à effuier
tout ce que la plus rigoureufe
tirannie peut faire fouffrir , fi elle
demeuroit plus long- temps fous le
joug cruel d'un Ufurpateur que toutes
les injuftices n'ont encore pû
fatisfaire. C'eft pour cela que tous
les honneftes gens font refolus de
le fecoüer. Ils font revenus du coup
qui les avoit étourdis , & la prudence
aiant voulu qu'ils aient cedé à la .
force & à la furpriſe, le Prince d'Orange
fera obligé de ceder à fon
tour. Il ne pourra l'éviter , parce
qu'il eft impoffible de lire dans les
cours , & fi pour s'en garantir il
fait, arrèfter ceux qu'il foupçonne ,
& les facrifie à fa fureur , il irritera
encore plus la Nation , qui eft déja
bleffée dans le fond de l'ame , & avancera
par- là le moment heureux
qui doit tirer l'Angleterre d'eſelavaPREFAC
E.
ge. Quelque bruit que ce Prince
faffe dans le monde , & dans quelque
élevation qu'il fe foit mis , comme
on ne lui rend que des refpects
forcez, & que fes plus Confidés font
ceux à qui ſes crimes font le mieux
connus , on peut dire qu'il n'y a perfonnefur
la terre qui le confidere veritablement
, parce que n'eftant recommandable
par aucun caractere
de grandeur d'ame , ou de vertu heroique
, il eft feulement regardé par
-ce qui diftingue les grands criminels.
Lui mort tout feroit mort,avec
lui , & ceux qui paroiffent aujourd'hui
le plus dans fes interefts , loin
d'en prendre encore à ce qui le toucheroit
, chercheroient tous les moyens
poffibles de faire publier qu'ils
eulent efté de fes Amis . Tout
homme qui ne regne ainfi que par
la force , ou qui n'eft applaudi que
par politique , ou par intereft , ne
doit pas fe croire en feureté dans fa
plus haute fortune. Il a lieu de
craindre à tous momens les glaives
que Dieu tient fufpendus fur la
é iij
PREFACE.
tefte des coupables , & qui font
rout prefts à porter le coup. Enfin
non feulement il yyaa fujet de
dire que la profperité d'un homme
du caractere du Prince d'Ofa
>
range ne fera pas durable
, mais
on eft mêine obligé de le penfer.
Quand cela n'arrive point , ce qui eft fort rare
ce font des fecrets:
de la providence
qu'il n'eft point
permis de penetrer. Dieu fatisfait
vangeance
en quelque temps que
ce foit , & s'il la recule quelque
fois jufqu'à differer
de punir un
Ufurpateur
en l'autre monde , c'eft
qu'il lui plait de faire fentir en
celui - cy des effets de fa colere à la Nation
fur laquelle
fa main ef
apefantie
.
Ceux qui ont pris hautement le
parti du Roi , ou qui le tiennent
feulement dans le coeur , ainfi que
ceux qui ayant eu le malheur d'être
découverts , fe trouvent punis
de la fidelité , qu'ils lui ont gardée
doivent avoir une patience.
digne de leur zele , & eftre perfua
PREFACE.
dez que toft ou tard ils fe verront
delivrez du Tiran qui les opprime.
Il n'y a prefque point d'exemple
que le regne d'un Ufurpateur ait
efté long , lors que le Prince dont il
a envahi les Etats eft vivant ; que
loin d'eftre en fon pouvoir , il eft
En eftat de fe faire rendte la Couronne
; que pendant qu'il a regné
il a traité les Sujets plutoft en Pere
qu'en Roi , & qu'il ne s'eft attiré
que les Ennerais des gens de bien,
qui nefont jamais du parti de l'honneur
& de la vertu,& avec qui il eſt
glorieux d'être mal .
Mais comme on peut m'objecter
que Cromvvel a regné douze ans ,
& que fon regne auroit encore
duré davantage , fi une mort naturelle
ne l'eût accourci , d'où il y a
fujet d'inferer que le Prince d'Orange
peut demeurer long-temps fur
le Trône , je répons à cela qu'il y a
une grande difference entre Cromvvel
& ce Prince & que la durée du
regne de l'un n'autorife point .
croire que celui de l'autre fera long..
é. iiij ,
PREFACE.
11 fe trouve auffi une difference tres
notable, & qui peut prefque decider
de tout , entre un heritier , dont un
Tiran envahit le T- one, & un Monarque
qui l'a poffedé , & qui aprés
en avoir efté exclus , met tout en
ufage pour y remonter . Je vais tafcher
de mettre toutes ces chofes
dans leur jour, & j'efpere que par le
portrait que je fer y de ces diverfes
perfonnes, & de la fituation de leurs
affaires , dans le temps que les uns
ont regné, & que les autres ont cherché
à fe refaifir de leur Couronne
ufurpée on jugera fi c'eft fur de bons
& feurs fondemens que j'ay avancé,
fans en donner pourtant une entie: e
certitude
, que le regne du Prince
d'Orange ne doit pas être de longue
durée.Je diray auparavant que parce
que celui de Croinvvel a êté long,
on doit prefumer que celui du Prince
d'Orange fera court. On fçait ce
Cromvvel a fait fouffrir dans les
trois Royaumes.Ses cruautez font encore
prefentes à la inemoire d'une infinité
de gens qui s'y font veus expoque
PREFACE.
fez,& il n'i a point de Famille illuftre
qui ne fe fouvienne d'avoir veu cou
ler beaucoup de fon fang Les Peuples
n'ont pas oublié tous leurs malheurs
, & l'Etat en general ayant
fait une trifte experience d'un regne
fi deteſtable , ne laiffera point
échaper l'occafion de fecouer au plu
toft le joug qu'un Ufurpateur lui
vient d'impofer . Ceux qui y tiennent
quelque rang confiderable
n'auroient jamais reconnu fon aus
torité , s'ils n'avoient eſté furpris &
forcez par des Traiftres ; mais fi la
prudence veut quelquefois que l'on
cede au temps , elle fait auffi que l'on
ne perd pas celui qui fe trouve favorable
pour fe delivrer de la tirannie.
Ceux qui n'ont ni Foi ni Reli¬
gion , & à qui le Trône ne paroiſt
pas acheté trop cher par les plus
grands crimes prendront fans
doute Cromvvel pour modelle, mais:
la plufpart l'imiteront mal . L'ambi
tion de cet adroit Politique étoit
inconnue , & celle du Prince d'Orange
a éclaté aux yeux de toute la

e
PREFACE.'
terre , dés la premiere année qu'il
a commencé à commander , & à
faire couler les torrens de fang qui
ont inondé l'Europe: depuis feize
années. Quand l'Angleterre s'accoûtuma
à regarder Croinvvel comme
fon Maître , elle ne penfoit à
rien moins qu'à s'en donner un . Il
y avoit longtemps qu'elle n'avoit vû
d'Ufurpateur ; ainfi elle n'étoit point
en garde là deffus , & en agiffant
pour lui , elle ne croyoit travailler
qu'à fe delivrer du joug de l'autori
té Royale. Ce fin Politique fe ca--
choit parmi la foule de ceux qui é
toient dans les interefts du Peuple ,
& pour empêcher qu'on ne penetrât
dans fes deffeins , il affecta une moderation
extraordinaire & parla
fouvent en faveur du Roi , mais d'une
manière qui ne laiſſa pas de faire
toûjours croire au Peuple qu'il étoit
plus fortement attaché à fon parti
qu'à celui de ce Monarque. Enfin
il parvint au pouvoir fuprême en
le refuſant toûjours , & s'y affermit
avec une feinte humilité , par le
1
PREFACE.
moyen de laquelle il fe rendit plus
abfolu qu'aucun Roi ne l'avoit encore
été en Angleterre. Il n'en voulut
point recevoir le nom , & fe
contenta de celui de Protecteur
qui eft glorieux à ceux qui le portent
, & qui n'effarouche point les
Peuples que l'envie de s'affranchir
de la puiffance arbitraire entraîne
aiſement à la revolte . Ainfi Crom--
vvel étoit à la moitié de fon regne.
avec une autorité plus forte que la
Royale , fans que l'Angleterre fe
fuft encore apperceuë qu'elle avoit
un Maître. Le Prince d'Orange a
pris des maximes toutes oppofées..
Il s'eft ouvertement declaré contre
te Roi dans fes Manifeftes , & lui à
fait fon procés en condamnant tou
tes les actions de fon regne , en quoi
l'alliance & le fang le rendoient plus
coupable que Cromvvel. D'ailleurs
il eft venu la foudre à la main pour
foumettre ceux qui balanceroient à
lui offrir la Couronne. Il ne l'a point
refulée comme Cromvvel ; il n'a pu
même obtenir de lui , de feindge
et vjj
PREFACE.
par

par politique qu'il n'en vouloit pas;
il s'en eft d'abord faifi , de peur
qu'on ne la lui offrit pas deux fois ,
de forte qu'ayant laillé voir
qu'il avoit impofé dans fon Manifefte
, & qu'il n'avoit eu deffein d'agir
que pour lui en prometant de
travailler pour le public , ce même
public qui le connoit tout entier ,
& qui par les violences qu'il a faites
, juge de celles dont il eft capable
, ne fouffre qu'impatiemment
le joug fous lequel la force & la furprife
l'ont mis . Il falut beaucoup
plus de temps aux Peuples pour ou
vrir les yeux fur la tirannie de
Cromvvel , puis qu'il étoit queftion.
de developer l'interieur d'un homme
tout deguifé. On ne pouvoit que
lui reprocher ; quoi que fon autorité
n'euft point de bornes , il n'avoit
pourtant nulle dignité ; il gardoit
toûjours le Titre de Protecteur , &
ce nom étoit fi beau , qu'il ſembloit
injufte de fe foulever pour faire le
procés à un homme à qui on l'avoit
Yû prendre , avec joye. Cependant
YU
PREFACE.
à
comme le temps apporte du changement
à toutes chofes , on fit
peu
peu reflexion fur le pouvoir abfolu
de ce Tyran , & on commença à
s'en laffer. Il s'en apperçut , & fit
fentir tout ce qu'il étoit. Il arriva
des foulevemens dont les Auteurs
furent châtiez ,
& enfin il affermit
par le fang une puiffance qu'il avoit
commencé à s'établir par les apparences
affectées d'un dés-intereffement
qui avoit trompé les Peuples.
Les chofes étant en cet état quand
fa mort est arrivée , il n'auroit peutétre
pas fini fes jours dans fon lit, ou
du moins en Angleterre , fans la
maladie qui l'emporta. Elle termina
une vie , dont tous les fiecles parleront
plus avantageufement que de
celle du Prince d'Orange , quoy
que ce foit en deteftant fa memoire.
Ce n'a été que fur la fin de fon regne
qu'il a commencé à s'attirer la
haine des Peuples & des Seigneurs ,
au lieu que le Prince d'Orange s'eft:
prefque trouvé hai generalement -
Loft qu'il a mis la Couronne fut fa
PREFACE.
..
3.
tefte. Voilà pourquoi lun a pû regner
long - tems fans qu'on en
doive tirer nulle. confequence pour
la durée du regne de l'autre . Cette
raifon n'eft pas la feule qui
faffe voir qu'on à tort de croire que:
le Prince d'Orange mourra fur le
Trône , puifque Cromvvel a poffedé
l'autorité abfolue jufqu'à fon dernier
moment. La longueur du regne
d'un Ufurpateur dépend beaucoup
& même prefque entierement , de
la fituation des affaires des Princes,
voifins , ainfi que des Souverains
que peut avoir pour amis le Monarque
exclus du Trône. Je diray plus ;
elle dépend de ce Monarque même,
& lors qu il n'a point encore regné,
il lui et bien plus difficile de fe
mettre en poffeffion de la Couronne
, que lors qu'il a déja gouverné
ces mêmes Etats , dont il veut fe
refaifir fur un Tiran . La raifon eft
qu'il est bien plus naturel de re--
gretter la perte de ce qu'on a eu ,
que celle de ce qu'on n'a point en- -·
core poffedé. Ce fut un des bon--
PREFACE..
heurs de Cromvvel: Le Trône , lors
qu'il l'occupa fous le Titre de Prote-
&teur , n'avoit point encore êté rem--
pli par le Roy Charles II . à qui il
appartenoit legitimement. Ce Prince
êtoit jeune, il n'êtoit ny aimé, ny
hai ; on le regardoit avec indifference;
on ne fçavoit de quoy il étoit ca.-
pable , ny.fi fon regne feroitdoux ,.
11.
ou non. Malgré tout cela , ilne laiffa
pas de former en Angleterre un
affez puiffant party pour donner
une bataille , & s'il ne l'euft pas perduë
, l'Angleterre l'auroit plûtôt reconnu
pour fon veritable Souverain.
Il peut arriver que le Roy
Jacques en donnera une , & qu'il
féra plus heureux que le Roy fon frere.
Si fes armes font fuivies de la
Victoire , le Prince d'Orange aura
joüy moins de tems de la qualité
de Roy , que Cromvvel de celle
de Protecteur. 11 fe flatte vainement
d'un bonheur femblable à celui
de Cromvvel , qui a qui a poffedé
jufqu'à fa mort une autorité inde--
pendente qu'on ne lui a point con-
**
PREFACE.

diteftée
; fon avide ambition eft dé
couverte , & celle de Cromvvel demeura
cachée. Ainfi il y a grande
apparence qu'on ne lui laiffera pas ,
comme à ce Tiran habile , le tems.
de jetter tous les fondemens d'une.
puiffance arbitraire. Il eft traversé
par tout ; il a un Royaume moins.
que n'eut Cromvvel , iill ne peut
re qu'il foit affeuré de celui d'Ecoffe
; elle est toute divifée , & pouri
peu que le parti du Roy y augmente
, ce Monarque en fera bien-tôt
entierément maître. Quand la moitié
d'un Etat eft declaré pour fon
legitime Souverain , le refte fuit
en fort peu de tems . N'y en euft- il
même que le quart pour lui , il fe
peut compter plus avancé qu'un
Ufurpateur avec le refte. C'est un
effet de la bonne caufe , & de la juftice.
Leur parti croît plus rapidement
lors qu'une fois il a commencé
à groffir , on s'y jette en foule ,
& le plaifir que ceux qui le fuivent
fentent à bien faire , fait qu'ils fe
facrifient avec joye. Les plus grands
PREFACE.
perils ne peuvent les arreſter , &
leur exemple attire les autres . Quand
la confcience n'a rien à fe reprocher
, on hazarde tout , parce qu'il
eft plus glorieux de perir en faisant
bien , que de triompher lors qu'il
en coûte l'honneur. On s'engage
quelquefois fi avant dans un inju-
Ate parti , qu'on a beau vouloir s'en
retirer , on n'en peut plus trouver
les moyens , & c'est par cette raifon
que ceux qui fe font rendus
les plus criminels en Angleterre ,
voudroient inaintenir le Prince d Orange.
Quelque attachement que
les plus zelez du Parlement faffent
paroître pour lui , ils agiffent moins
pour les interefts que pour les leurs
propres. On a choifi pour membres
de ce Parlement , ceux qui ont
toûjours cherché à choquer l'autorité
du Roy pendant qu'il étoit en
Angleterre ; ce qui les rendoit déjà
criminels envers ce Monarque.
Leurs crimes ont redoublé par
Pintelligence qu'ils ont eue avec
l'Ufurpateur , & par la Couronne
PREFACE.
qu'ils lui ont offerte. Ils ont cherché
depuis à perdre tous les Amis
de Sa Majesté , afin qu'ils ne puffent
lui aider à remonter fur le
Trône , & fe
trouvant
par là tout
chargez
de crimes
, ils
craignent
&
empêchent
fon
retour
autant
qu'ils
le peuvent
faire
, à caufe
qu'ils
envifagent
la punition
qui
leur
eft
deue.
Mais
il eft à
croire
que
ceux
qui
n'ont
pas
encore
bien
ouvert
les
yeux
fur
ce qui fe paffe
,
les
auront
bien
- tôt
entierement
deffilles
, & que
Dieu
ne
permettra
pas
que
tout
un Etat
foit
plus
long
- tems
couvert
de lignominie
la
plus
honteufe
, pour
l'intereft
de
quelques
coupaples
qui
ne fe foucient
pas de trahir
leur
Religion
&
& leur
Patrie
, pourveu
qu'ils
évitent
le châtiment
de leurs
crimes
.
Ce qui doit perfuader plus qu'aueune
chofe que le Roy Jacques fera
bientôt remis fur le Trône , c'eſt
que l'ayant déja occupé , il doit par
tout ce qui s'est fait pendant le cours
de fon regne , & par les malheurs
I
PREFACE.
que l'ingratitude de quelques - uns
de fes Sujets , & la cruelle perfidie
de fon propre Sang luy ont caufez,
fçavoir le fort & le foible de tout
FEtat , connoître le fond de tous
les coeurs des Grands , & les inclinations
des Peuples , de même qu'un
General connoît jufques aux moindres
fentiers des pats où il a perdu
& gagné des batailles , & qu'il a
long- tems étudiez Ce General en
doit fçavoir tous les détours , les
endroits où il ne faut pas s'engager
imprudemment , ceux par où
Fon peut paffer fans qu'il y ait d'em
bufches à craindre , & par quels cô
tez on peut éviter , cu prendre fes
Ennemis. Sa Majefté Britannique
eft prefentement dans le même êtat
l'égard de l'Angleterre. Comme
une fâcheuse experience luy a fait
connoître fes Sujets à fond , on a
tout fujet de croire que ce Monarque
prendra les uns par où ils font
fenfibles , & battra les antres du côté
de leur foible. En effet ; il luy doit
être beaucoup plus aifé de faire rentrer
dans leur devoir des Peuples:
3 PREFACE
qu'il a déja gouvernez , & dont tout
l'interieur luy eft connu, qu'il ne feroit
à un autre , qui ne leur ayant
jainais commandé , feroit peu inftruit
de leur caractere. D'ailleurs
fon regne a êté doux & paifible. Il
n'a donné à perfonne aucun fujet de
fe chagriner avec raifon, & ceux qui
portent les armes contre lui , n'y ont
pas êté pouffez par des mécontentemens
dont ils euffent à fe plaindre ,
mais feulement parce qu'ils ne vou
loient pas que d'autres qu'eux euffent
lieu de s'en loüer. On a fait reflexion
là - deffus depuis qu'on a reconnu la
mauvaiſe foy du Prince d'Orange , &
l'on peut dire que prefque tous les
coeurs font au vrai Roi d'Angleterre;
mais comme on gemit fous la tirannie
& qu'on n'ofe fe découvrir avant
qu'on foit en êtat ou de fe défendre,
ou d'attaquer , on prend fes mefures,
& on attend les occafions favora-
-bles , qui affeurément ne manqueront
pas , puis que la France s'intereffe
pour un rétabliffement fi jufte.
C'est ce qui donne de la hardieffe ,
& du courage aux Peuples des trois
1
PREFACE.
Royaumes , & c'est pour cela qu'on
les a déja vûs agir en divers endroits .
Ils ont raifon ; la France n'eft plus
dans un tems de regence ; elle n'a
plus un Roy enfant comme pendant
le regne de Cromvvel ; mais elle
en a un veritablement Grand par
tout ce qui peut faire meriter ce
glorieux titre ; elle en a un triomphant
, Protecteur des Autels , &
Vangeur des crimes. Quoi qu'il ait
prefque tous les Princes de l'Europe
pour Ennemis , il eft cent fois plus
en êtat de travailler au rétabliffement
du Roy d'Angleterie , qu'il
n'auroit pû faire lors que Cromvvelvoit
, quand même il n'auroit
point alors eu de guerre , ce qui
n'étoit pas , puis qu'il l'avoit avec
Efpagne , qui étoit en ce tems - là
bien moins foible qu'aujourd'huy ,
& que la rebellion de fes Sujets
avoit épuifé fes forces.
L'Angleterre ne doit pas feulement
travailler pour fa gloire , &
pour éffacer la tache d'infanie ,
dont elle fera noircie dans toute la
pofterité , mais encore pour empéPREFACE.
cher que l'Ufurpateur , aprés avoir
fait couler fan fang , ne falle fortir
Les Finances de l'Etat , pour les retrouver
un jour en cas qu'on lui ôte
la Couronne, ou pour enrichir ceux
qui fe font joints à lui , afin de reduire
les Anglois à la fervitude où
ils fe trouvent. Elle voit que le tems
preffe , fi elle veut empécher que
ces maux n'augmentent: Ainfi l'on
doit croire qu'elle prendra pour agir
les voyes les plus promptes qui lui
pourront être offertes , & qu'elle
n'attendra pas que fon faux Roy
s'affermiffe davantage dans l'autorité
qu'il a ufurpée.
Diverfes fautes qu'à faites le
Prince d'Orange contre la bonne
politique , lui ont fufcité des Ennemis
qu'on trouvera toûjours preſts
à ébranler cette autorité. Il pouvoir
fe ménager les efprits des Ecoffois ,
d'une autre maniere , & il devoit fur
tout prendre garde à n'irriter pas
tous les Proteftans Conformistes , en
aboliflant l'Epiſcopat . C'eft un grand
Parti qui ne peut manquer deftre
contre lui dés qu'il en aura l'occaPREFACE.

Lion. C'êtoit la Religion du Païs ;
êtoit venu pour maintenir les choſes
dans leur état , & pour empefcher
comme je l'ay déja dit ,
qu'on ne touchât à la Religion . Ce.
pendant il fe range du côté des
Presbiteriens d'Ecoffe dés qu'ils lui
demandent de détruire les Evêques.
Il craint fi fort de voir reculer d'un
feul moment fon Election au Trône
d'Ecoffe , qu'il confent d'abord à
tout ce qu'on lui demande , fans
examiner s'il y a de la justice ou
non , & fi les confequences qui en
doivent refulter ne feront point un
jour contre lui. Il ne regarde que le
prefent , & ne voit pas qu'il donne
les mains à ce qui doit avancer fa
perte , puis que ce qui lui fait des
Ennemis en Ecoffe , doit à la premiere
occafion faire foûlever prefque
toute l'Angleterre, tous les Evefques
de ce Royaume qui jugent de ce
qu'il fera parce qu'il a fait , eftanţ
fort perfuadez que la Religion
Proteftante Conformiste y feroit
déja abolie comme elle l'eft dans
PREFACE.
Ecoffe , s'il avoit ofé l'entreprendre
, & fi le nombre de ceux qui
croient à cette Eglife , n'avoit pas
êté trop grand. Cela fait voir
clairement que tous ceux qui font
profeffion de la Religion Anglicane
, ne pouvant douter que leur
perte ne foit prefque inévitable ,
s'ils laiffent regner le Prince d'Orange
, travailleront de tout leur
pouvoir à lui ofter la Couronne ,
puis que c'est le feul
qu'ils puiffent mettre en pratique ,
pour empêcher que l'Epifcopat ne
foit aboli en Angleterre , aprés
qu'il l'a déja êté en Ecoffe.
moyen
On peut conclure de toutes ces
chofes , qu'il faut neceffairement
que le Prince d'Orange foit bientoft
chaffé du Trône , ou qu'il
fera obligé d'en defcendre de luimême
, y aiant une infinité de
gens aigris qui n'attendent que
le moment d'éclater. 11 cache avec
foin la fituation de fon efprit qui
eft toute contraire à ce qu'il fait
paroitre.Il est au defefpoir de voir .
qu'avec
PREFACE.
2.
qu'avec le Sceptre à la main il
eft moins abfolu en Angleterre qu'il
ne l'eftoit en Hollande , & voir
avec une mortelle douleur que la
Campagne eft prefque écoulée
fans que toutes les forces de l'Europe
ayent pu entamer la France.
Il voit fes tréfors épuifez , &
qu'il lui fera impoffible de lever
de grandes fommes en Angleterre
malgré tous les actes du Parlement.
Il confidere qu'il a à coſté
de lui l'Irlande pour Ennemie ,
que de l'autre costé l'Ecoffe eft en
troubles , & qu'il y découvre chaque
jour de nouveaux partis qui
ont confpiré fa perte . L'Angleter.
re qui eft au milieu de ces deux
Royaumes , & où cét Ufurpateur
fe trouve , eft remplie des Amis
de fon veritable Souverain , & la
France qui en eft voifine , eft fi puiffamment
armée qu'elle lui donne
de continuelles alarmes . La
Hollande eft feule pour lui , mais
épuisée & fi abatuë , qu'il eft aife:
>
PREFACE.
re >
,
>
de connoître qu'elle ne fera pas
encore longtemps les efforts qu'el
le a faits cette année . Je puis donc
dire aux fideles Sujets d'Angleter :
aprés un examen ferieux de
toutes ces chofes qu'ils ne doi
vent point perdre courage , & à
ceux qui font encore dans la rebellion
qu'ils ne peuvent rien
faire de mieux que d'accepter l'Amniftie
que le Roy Jacques leur a
envoyée. Le Prince d'Orange la
craint , puis qu'il fait faire le procés
à ceux qui l'ont debitée . S'il
l'apprehende , c'eft une marque
qu'il fçait que le peuple eft contre
lui . Si le peuple le hait , il
ne peut douter qu'il ne le regarde
comme fon Tiran , & tout Tiran
devat craindre d'être chaffé d'un
Etat dont il ne s'eft emparé que par
des voyes criminelles,le grand nombre
de raifons que je viens de rapporter
donnent lieu de croire que le
Prince d'Orange ne joüira pas longe
temps de fon ufurpation .
NEUFVIE
NEUFIE'ME PARTIE
DES AFFAIRES.
DU TEMPS LY
UAND j'ay com
mencé à vous parler.
des Affaires d'Angleterre
, les Royaumes
d'Ecoffe , & d'Irlande étoient
fpectateurs paifibles des
chofes qui s'y paffoient. Il y
avoit quelques perfonnes qui
cabaloient pour le Prince d'O
range, mais leurs intrigues demeuroient
fecretes , & tout y
A
IX. P. des Affaires
paroiffoit calme. Ce Prince ne
vouloit pas que tout fut en mouvement
dans le même temps.ll
craignoit que s'il fe faifoit tant
d'affaires à la fois , il ne réuffit
pas également bien par tout,&
que le revers qu'il eut pu avoir
dans l'un de ces trois Royaumes
, ne donnât de méchantes
difpofitions pour lui dans les
deux autres. Cela fut caufe
qu'il ne mit d'abord fon apli
cation toute entiere qu'à s'affu
rer de tous les efprits dans
l'Angleterre , ne doutant point
que quand fon autorité y feroit
bien établie, l'Ecoffe & l'Irlan
de ne fe viffent obligées de gré ,
ou de force à fubir le même,
joug , & à fuivre le mouvement
de ce premier des trois .
Royaumes qui compofent la
Grand -Bretagne, & dont il re .
E
du
Temps. 3
gardoit les deux autres comme
des
Provinces. Ils n'ont pas efté
long - temps fans fe mettre de
la partie , & diverfes Factions
les ont agitez preſque en même
temps . La révolte ayant
caufè un
foulevement univerfel
, & ce qui trouble les trois
Etats , n'eftant qu'une même
affaire , j'aurois pû vous en
parler dans les mêmes Lettres,
mais comme il eft mal-aifé de
bien traiter trois Articles differens
tout à la fois , & qu'il eut
falu dans un même Livre paffer
d'Angleterre en Ecoffe , &.
d'Ecoffe en Irlande, ce qui auroit

embaraffer l'efprit des
Lecteurs, jay jugé plusia propos
de faire une Lettre entiere .
de ce qui regarde ces deux
Royaumes. Elle ne laiffera
pourtant pas d'eftre une fuite
A ij
4 1X . P. des Affaires
écrites
de celles que je vous ay
fur les Affaires du Temps , &
dont elle n'eft feparée qu'à
caufe que j'ay voulu éviter de
confondre les matieres. Je
commence par l'Irlande . Son
fincere attachement aux interefts
de fon Souverain , & l'avantage
qu'elle a de l'avoir
chez elle , lui font meriter le
premier rang. D'ailleurs , ce
n'eft pas d'aujourd'hui que ce
Royaume a donné des marques
de fa fidelité envers fes
Rois. Lors qu'il a fait le contraire,
on peut dire qu'il y a été
forcé, comme on le voit par la
Declaration de l'Affemblée generale
d'Irlande, donnée fur les
procedures faites contre le Roy
Charles premier. En voicy les
termes.
Puis que la liberté qui fe rédu
Temps.
S
tablit beureusement dans les
trois Royaumes , nous donne moyen
de declarer nos fentimens
que nous avons efté obligez de
cacher pendant tant d'années
par la contrainte qui s'éxerçoit
fur tous les Anglois , nous declarons
folemnellement que nous
avons toujours detefté , & que
nous aurons à jamais en horreur
ce qui s'eft paffé contre noftre
défunt Roy. Nous defirons que
la pofterité fcache que nous avons
condamné la violence fans
exemple qui fut faite au Parlement
d'Angleterre en 1648. &
le jugement funefte que cette
inique Chambre,injuftement appellée
la Haute Cour de luftice,
prononça , & fit executer avec
une barbarie fans exemple pour
facrifier le meilleur de nos Souverains
à l'ambition de nos Ti-
A j
rans.
6 IX. P. des Affaires
Le zele qui paroit accompa
gner cette Declaration
, rend
I'Irlande digne du témoignage.
que lui a rendu un fameux Auteur
qui a écrit fur les affaires
d'aujourd'hui
. Il en parle de
cette forte.
L'Irlande merite bien d'étre
confiderée en particulier . Elle a
¨porté une infinité de Saints,
il y en a eu plufieurs embrafez
d'un fi grand zele pour faire
adorer Iefus - Chriſt , qu'ils ont
paffé les Mers pour le faire connoitre
à ceux à qui il n'avoit
point efté prêché , ou qui étoient
retombez dans les tenebres de
l'Infidelité. Tels furent dans le
buitiéme Siecle Saint Suitbert ,
S.Vvillebrode & leurs Compagnons
qui ont porté la lumiere de
l'Evangile dans le Pays , d'où
eft forti ce perfecuteur de la Na.
A
du
Temps. 7
tion de ces Saints , qui eft toute
demeurée attachée à la même
foi qu'ils ont prêchée à ceux qui
voudroient aujourd'hui , ou la
leur faire abjurer , ou au moins
leur en ofter l'exercice. Voilà ce
qu'il entend quand il promet à
l'Irlande comme une chofe dont
elle lui feroit bien obligée , de
la délivrer du Papifme, elle qui
ne connoit point d'autre Religion
que la Catholique , qu'il
appelle de ce nom pour en faire
peur aux ignorans ; car il n'y a
de Proteftans en Irlande que
des Anglois qui s'y font établis
fouvent malgré ceux du Pays
par force par violence ; mais
les Irlandois , comme Irlandois ,
font tous , on prefque tous Catholiques.
Ainfi c'est à l'égard
de ce Royaume que la perfecution
qu'on lui veut faire eft plus
A iiij.
,
8 IX. P. des Affaires
injufte ; car y a t - il une plus
grande injuftice que de vouloir
que toute une Nation qui n'a
jamais eu que la même Foy
Chrêtienne depuis qu'elle a
connu Iefus-Chrift , change cettefoi
, on n'ofe plus l'exercer&
fervir Dieu felon que cette Foi
l'ordonne , parce qu'une Nation
voifine , enpartiepar des intrigues
d'Etat , & en partie parce
qu'elle s'eft laiffe enforceler,
comme dit Saint Paul des Ga
lates par des Novateurs Jans
Miffion & fans Miracles , à
changé fa foi pour en prendre
une nouvelle ? Le bon fens a
fait juger aux Suffes combien
ce procedé eft déraisonnable :
car quoi qu'ils ayent eu grand
tort , n'étant qu'une Troupe de
Laiques,de fe rendre lugesentre
Zuingle & le Grand Vicaire
7
T
7
du Tems. 9
d'un Evêque , dont l'un foutenoit
des fentimens contraires à
toute l'Eglife, & l'autre la Foi
de toute l'Eglife , ils ont au
moins eu raifon quand ils ont
jugé que fi la plus grande partie
d'une ville, d'un Bourg, d'un
village demeuroit attachée à
fon ancienne Foi, il les y faloit
laiffer , & ne leur point ofter la
liberté qu'ils avoient eue inf
qu'alors de fervir Dieu comme
tous les autres Catholiques.
Combien plus cela doit- il être
vrai à l'égard d'une Nation
toute entiere , ou presque entiere
, qui demeure conftante
dans la même Foi , qui lui a
toujours efté commune avec l'Eglife
Catholique répandue par
toute la terre , & qui tire fon
origine des Apôtres par une fucceffion
non interrompue ?:
A v
IO IX.P. des Affaires
Rien ne marque mieux l'ufurpation
du Prince d'Orange,
que fa tirannie à vouloir fe
rendre maiſtre de l'Irlande & .
en eſtre reconnu Roy . Non .
feulement il ne peut juftifier
fon procedé à cet égard , mais
il ne peut même trouver de
fauffes raifons pour en colorer .
l'injuftice. Quand il feroit vrai
qu'il euft efté appellé en An--
gleterre , comme il a voulu le
faire croire , & qu'il n'y cuſt
point excité la revolte , ce qu'il
a fait , ainfi que je l'ay claire--
ment montré dans plufieurs de
mes Lettres , il ne feroit point
en droit de fe vouloir rendre :
Maiftre de l'Irlande. Sa conduite
eſt entierement contraire
à fes Manifeftes . L'Irlande eft
prefque toute Catholique , l'Irlande
ne veut point changer
du
Temps.
II!
de Religion ; il y veut regner
malgré elle , il en veut chaffer
fon veritable Souverain ,
& pretend qu'une Troupe de
Traitres Proteftans Non-Conformiftes
qu'il a feduits en Angleterre
, lui doive donner la
Couronne d'Irlande . Cela
s'accorde mal à tous les écrits
qu'il a fait publier. Il ne
vient , dit- il , que parce qu'il
eft appellé ; il ne vient que
pour maintenir la liberté , il
ne veut point employer la vioil
n'arme que pour
l'empefcher ; il ne prend que
ce qu'on le prie d'accepter , &
cependant , il veut l'Irlande
qu'on ne lui offre pas ,
que le Roy forte de fon Trône
lors que fes Sujets cherchent
à l'y maintenir
fait voir enfin par le procelence
,
,
il veut
" &
A vj
12 IX.P.des Affaires
J
dé qu'il tient à l'égard de
Irlande celui qu'il auroit
tenu en Angleterre , fi fes
Partifans n'euffent pas eu le
credit de lui faire donner la
Couronne , tant il eft vray
qu'il n'eftoit venu avec une
Armée nombreuſe que pour
s'en faifir de force , en cas
que les chofes n'euffent pas
tourné felon fes fouhaits .
Sans cela il
n'auroit pas
eu beſoin de tant de Troupes;
elles devoienteftre inutiles ,
s'il eftoit vray que toute l'Angleterre
feuft demandé pour
fon Roy. Quand on eft appellé
par tout un Etat , il
n'eft pas neceffaire d'avoir
des forces pour s'en affurer la
poffeffion, puis qu'on doit avoir
tous les coeurs & tous les bras.
de ceux qui nous fouhaitent
>
1
du
Temps. 13
avec tant d'ardeur , mais on fupofoit
le tout lors qu'on n'êtoit
affuré que d'une partie , & cette
partie avoit befoin de forces
pour intimider ceux qu'elle
vouloit contraindre à fuivre les
fentimens.
Pendant que le Prince d'Orange
travailloit à fe faire déclarer
Roy d'Angleterre , le
Comte de Tirconel , Vice - Roi
d'Irlande,donnoit tous les foins
à conferver à fon fouverain le
Royaume dont il lui avoit con
fié le Gouvernement. Ce Comte
eft de la Maifon de Taillebor
, originaire de Normandie.
Il a fervi dans les Troupes
de France , où il a apris le
métier de la guérre , fon Bifaycul
foutint long-tems le parti
de la Réligion Catholique ,
contre la Reyne Elizabeth. Le
14 IX. P. des Affaires
Prince d'Orange crût d'abord
qu'il n'auroit pas grande peine à
l'engager dans les fentimens de
rébellion où il avoit attiré les
autres , & que s'il combattoit
d'abord les raifons de ceux
qu'il lui envoya pour envoya pour lui parler
il fe rendroit tôt ou tard à
l'exemple de la plupart des
Seigneurs d'Angleterre qu'il
avoit féduits , & que l'appréhenfion
d'être accablé l'obligeroit
de ceder au temps , &
d'embraffer le parti que prendroient
deux grands Roiaumes.
Tout le contraire arriva . Ce
Comte fut irrité de la baffeffe
des Traiftres , & leur perfidie
lui fit rédoubler la généreufe
réfolution qu'il avoit prife de
demeurer fidéle à fon Roy . Il
réfifta hautement à ceux qui
venoient pour le féduire , leur
du
Temps: TS
8
réprefenta leurlacheté, & tacha
de leur en donner horreur. Il
montra l'exemple à tous les
Gouverneurs , & à tous les Ma--
giftrats d'Irlande, & jamais zé--
le ne parut fi vif que celuy des
peuples. On ne doit pas en
être furpris. Comme ils font :
tous Catholiques , ils appré--
hendoient la domination du
Prince d'Orange , & le régardoient
comme un homme qui
en détrônant leur Roy, vouloit -
détruire leur Réligion.Ainfil'Ir..
lande doit au Comte de Tirconnel
le glorieux avantage de
joüir de la présence de fon fouverain
& de lui marquer fa fi--
delité d'une manière qui fera
admirer dans tous les fiécles
l'éclatante action qui la couvre
aujourd'huy de gloire ; & en
même temps la Réligion Ca16
IX. P. des Affaires
tholique eft redevable à la généreufe
fermeté de ce Comte ,
de tous les avantages dont elle
jouit aujourd'huy en Irlande.
Cela fait voir qu'il ne faut fouvent
qu'un Sujet fidéle , lors
qu'il n'a que fon ſeul devoir
en vûë , pour empêcher la ruine
de tout un Etat , & quand
cela arrive , il a feul autant de
gloire, & de fatisfaction à bien
faire , que tous les traîtres enfemble
ont de chagrins, & de
rémords , car on en eft tolljours
accablé quand on fait
mal,quelque avantage qui nous
en revienne , au lieu qu'un
homme qui fait fon devoir reffent
une joye interieure qui le
fatisfait , quand même il feroit
affez malheureux pour ne pouvoir
réuffir. Il eft confolé du
mauvais fuccez qu'il a parle
du
Temps.
37
plaifir d'avoir entrepris une
chofe glorieufe, & comme tout
ce qu'il y a d'honnêtes gens
lui rendent la justice qu'il doit
être feur que la pofterité ne lui
réfufera pas,il prefere un ma!
heur qui lui affure une reputation
avantageuſe à la honteuſe
fortune des Traîtres , qui n'eft
accompagnée que d'infamie ;
ce qui les fait regarder comme
des lâches par ceux même à
qui leur trahifon eft utile , &
il arrive même fouvent qu'ils
cherchent à s'en défaire, aprés
avoir tiré d'eux le fervice qu'ils
en attendoient, craignant qu'ils
ne les trahiffent comme ils ont
fait ceux pour qui ils êtoient
obligez d'avoir une fidélité inviolable.
Quoi que
lande
les Proteftans d'Ira
yent fait grand tort aux
18 IX. P. des Affaires
Affaires du Roy d'Angleterre ,
comme on a vû par le Siége de
Londonderry , ils n'ont fait
-pourtant que les réculer, Le
Prince d'Orange avoit attendu
beaucoup davantage de leur
zéle. Il s'êtoit flaté que dans
la furprife où l'Irlande ſe trou-
-veroit de le voir en poffeffion
de l'Angleterre, ces Proteftans
quoy que beaucoup inferieurs
en nombre aux Catholiques ,
ne laifferoient pas d'être affez
puiffans , pour les engager à le
reconnoiftre pour Roy , & que
la crainte qu'il ne defcendit
chez eux avec une forte armée
les obligeroit de faire un pas
auquel il ne doutoit pas qu'ils
n'euffent une entiére repugnance.
Leur averfion l'inquiétoit
peu pourveu que ce
pas fe fit , la manière lui êtoit:
du Tems: 19
indifférente. C'eft ainfi qu'agiffent
les Ufurpateurs . Comme
ils connoiffent que les coeurs
leur font fermez , & qu'ils ne
peuvent regner que par la force
, ils font toujours preparez à
l'employer ; mais quelquefois
ce n'eft pas affez de prendrecetté
réfolution , il faut fe fervir
du tems , & qui laiffe échaper
l'occafion quand elle fe
montre favorable , n'eft pas af
furé de la retrouver. Le Prin
ce d'Orange le connoift prefentement
, ayant fait beaucoup
de fautes de cette nature.
Celle de ne s'être pas rendu
maitre de l'Irlande , aprés avoir
paffé en Angleterre , n'eft
pas la premiére ; il avoit une
paffion fi forte d'être revétu du :
manteau Royal , & d'avoir le
nom de Roy , qu'il crut ques
20 IX. P. des Affaires
Ainfi il
ce foin devoit faire fon unique
aplication . Cependant il
ne raiſonnoit pas jufte ; il devoit
agir , puis qu'il avoit le
pouvoir. Quand on eft maitre
abfolu , on fe fait donner
tel titre qu'on veut.
n'y avoit rien de plus impor
tant à faire pour lui que de s'af
furer les trois Royaumes , fous
quelque nom que ce fut; ils valoient
bien le Sceptre , la Cou
ronne , & le manteau Royal
pour lesquels ils s'est arrêté
au milieu de fa courfe , & qui
ont empêché la conquéte qu'il
auroit pu faire de l'Irlande . S'il
en avoit été maitre auffi tôt que
de l'Angleterre , ou que du
moins il s'en fut mis en poffef
fion peu de tems aprés , il auroit
pu faire réuffir une partie
de fes grands deffeins , au lieu
du Tems. 21
qu'il a été obligé de garder
toutes les forces , pour {e garantir
des amis qui restent au
Roy en Ecoffe & en Angleterre
, où le voyant prêt de paffer
atous momens , ils s'employent
utilement à fortifier fon party ,
qui ne peut manquer de groffir
beaucoup lors que ce Monarque
commencera d'y paroitre,
Si le Prince d'Orange s'ap
pliquoit entiérement à obliger
la Convention de lui donner le
titre de Roy , le Comte de Tirconnel
travailloit de fon côté
avec beaucoup de fuccez à
l'empêcher de monter fur le
Trône d'Irlande. Ce Prince
fe chagrina des obftacles qu'il
mettoit à fes deffeins , mais comme
il avoit laiffé paffer l'occa .
fion de faire agir fes forces , &
qu'il en avoit befoin pour
22
IX
. P. des
Affaires
achever ce qu'il avoit com
mencé , parce que les pas qu'il ,
avoit faits l'empêchoient de re
culer , il tenta d'autres moiens
qui font felon fon panchant, &
qui ont accoutumé de lui réuffir.
Ce fut de chercher à faire
corrompre le Comte de Tirconnel.
Le Chevalier Temple
s'engagea d'y travailler
par l'entremiſe du Secretaire
de ce Comte, avec qui il avoit
affez de correfpondance pour
pouvoir entrer en quelque intrigue
avec lui. Il en noua une.
en fort
peu de tems & s'acquit .
par- là beaucoup de credit auprés
du Prince d'Orange , qui
lui confia de grands emplois.
Tantôt ce Chevalier l'affuroit
qu'il termineroit bien- tôt ce
qu'il avoit entrepris, puis il faifoit
naitre des obftacles , qui
du Tems. 23
fembloient facheux , & dont il
ne laiffoit pas de lui promettre ,
qu'il furmonteroit les difficultez .
Ĉela dura fi long-tems que le
Prince d'Orange douta enfin
du fuccez de la negociation du
Chevalier Temple , & commença
même à entrer en défiance
, de fa bonne foi . Il crûc
qu'il abufoit de fa con- ,
fiance & qu'il s'entendoit avec
le Secretaire du Comte de
Tirconnel , plûtôt pour le trahir
que pour le fervir , & ilen.
fut tellement perfuadé que fuivant
fes maximnes violentes , il
prit le deffein de s'en défaire
s'il voyoit qu'il tardât encore
long - tems à venir à bout de
l'entrepriſe dans laquelle il se
toit engagé, & dont il lui avoit
fait attedre unfavorable fuccés.
Le peu d'éfer qu'avoient fes
22 IX. P. des Affaires
promeffes donnoit d'autant plus
d'inquiétude à ce Prince, qu'un
fort grand nombre de ceux qui
avoient promis de le fervir en
Irlande abandonnoient fon
parti , & que celuy des Proteſtans
s'affoibliffant à toute heure
, la plufpart s'éloignoient de
la Capitale , & du coeur du païs
ce qui êtoit caufe que les affaires
du Roi alloient tous les jours
de mieux en mieux . Les peuples
le fouhaitoient, & le Comte
de Tirconnel le faifoit affurer
qu'il pouvoit venir en Irlande
fans rien craindre.
pendant comme il êtoit dangereux
que ce Monarque rifquát
fa perfonne,aprés les dangers
qu'il avoit courus , & dont
il êtoit échapé comme par miracle,
puis qu'on n'avoit pas eu
deffein d'épargner fa vie, mais
Cẹ-
que
du Tems. 25
que l'ufurpateur avoit feulement
voulu empêcher que fa mort ne
lui fut imputée, il ne fut pas jugé
à propos de le laiffer paffer
en Irlande, fans que l'on fur affuré
auparavant de la véritable
difpofition des efprits & des forces
de ce Roiaume, deforte
que
S. M. Tres- Chrêtienne nomma
M.de Pointi pour aller examiner
ce qui s'y paffoit , afin de venir
enfuite rendre compte de
ce qu'on pouvoit attendre des
Peuples felon les forces qu'on
auroit mifes fur pied. Monfieur
de Pointy partit, & comme
il y avoit tout lieu d'efperer
qu'il trouveroit les affaires dans
le bon état que l'on avoit mandé
tant de fois , le Roy denna
ordre qu'on équipât les
Vaiffeaux neceffaires pour le
deſſein qu'on avoit,& qu'on les
B
26 IX. P. des Affaires
tint prêts de mettre à la voile
incontinent aprés fon retour.
Son voyage fut heureux , & il
trouva encore plus de zéle dans
les peuples & dans les Troupes
d'Irlande pour leur véritable
fouverain,que toutce qu'on
avoit écrit en France n'en avoit
fait croire. Ce qu'il rapor
ta faifant juger que le Roy
d'Angleterre pourroit être en
ce Royaume avec une entiére
feureté , on crut qu'il étoit de
fes interêts qu'il fe hataft des'y
rendre , afin que fa prefence
fortifiaft fon parti , par la joye
qu'elle donneroit à ceux qui
faifoient gloire d'en être , &
qu'abattant le courage du peu
qu'il y avoit de rébelles , elle
ferviſt à les faire diffiper. La
réſolution êtant prife pour le
départ de ce Monarque , on
1
du Tems. 27
>
donna des ordres preffans afin
de faire achever l'équipement
des Vaiffeaux , & on en augmenta
le nombre , à caufe de
la quantité d'Anglois & d'Irlandois
; qui s'étant échapez
d'Angleterre pafferent en
France , & fe rendirent à Breſt,
pour être conduits en Irlande
dans les Vaiffeaux qui devoient
y mener le Roy. Tous les
Írlandois qui étoient en ce Royaume
, auroient fait la même
chofe pour le fervice de Sa
Majefté, s'ils avoient pû ſe ſauver
, mais le Prince d'Orange
donna des ordres fort rigoureux
qui les empêcherent d'en for
tir. Dés ce tems- là , il prit le
deffein de les envoyer à l'Empereur
qui les feroit paffer en
Hongrie , afin qu'étant extrémement
éloignez, il leur fut en
Bij
28 IX. P. des Affaires
quelque forte impoffible de retourner
en Irlande. Sans cette
veuë que lui fit avoir ſa politique
, il n'euft pas donné de
Troupes à Sa Majesté Impériale
, en ayant tres-grand befoin
pour lui-même. Peut- il dire
aprés cela qu'il ne cherche
point à tirannifer les peuples
lui qui contraint jufqu'aux volontez
, & qui envoye des Soldats
à quatre ou cinq cens lieuës
pour les faire perir , afin qu'ils
ne revoyent jamais leur Patrie
?
On agiffoit bien différemment
en Angleterre & en Frace.
Le Prince d'Orange penfoità
envoyer des Irlandois en
Hongrie , & Sa Majeſté Tres-
Chrêtienne nommoit des François
pour aller en Irlande . Ce
Royaume n'avoit pas besoin de
>
1
"
L
T
7
du Tems. 2.9
Troupes , il en étoit tout rempli
, & chacun y vouloit porter
les armes pour fervir fa Patrie
, fa Réligion fon Souverain.
Mais comme le zéle de
ces Peuples , quelque ardent
qu'il fut ne leur pouvoit inf
pirer que du courage , fans les
rendre habiles dans le métier
de la guerre, & que ceux qui
auroient pû leur en donner des
leçons ayant paffé en Angleterre,
y avoient été retenus de
force , aprés avoir été déſarmez
, les Officiers leur manquant
, le Roy en nomma de
fubalternes & de Généraux &
Meffieurs Rofe , de Puifignan
Boiffelau ,Maumont, & de Pointy
furent de ce nombre. Le
Roy ordonna auffi que l'on envoyat
à Breft beaucoup de provifions
de guérre , avec des ar
Bij
30 IX. P. des Affaires
mes pour équiper plufieurs miliers
de foldats , & que tout cela
ſe trouvaft embarqué quand
le Roy d'Angleterre y arriveroit
. Comme il n'y a point de
Prince fur la terre qui foit
mieux fervi que fa Majefté
tous les ordres furent ponctuellement
executez
, & tout fe
trouva embarqué fur onze
Vaiffeaux qui êtoient accompagnez
de quelque Fregates.
Ce qu'il y eut de furprenant ;
c'eft que les Anglois & les Hollandois
n'êtoient point en état
de foppofer à nos Vaiffeaux ,
quoy que le Prince d'Orange
en euft couvert la mer quatre
mois auparavant , lors qu'il eftoit
paffé en Angleterre accompagné
d'une Armée Hollandoife.
Il s'êtoit rendu maîſtre
depuis ce tems -là de tous les
3
du
Temps. 31
Vaiffeaux qui êtoient en ce
Royaume, & ces deux Puiffances
fe croyoient fi formidables
fur mer , qu'elles fe vantoient
que la France ne pouvant jamais
avoir un auffi grand nombre
de Vaiffeaux , il lui feroit
inutile d'en armer , puis qu'clle
n'en pourroit équiper affez
pour les combattre. Ceux dans
lefquels le Roi d'Angleterre de.
voit paffer en Irlande êtant en
état , ainfi que tout ce qu'ils y
devoient tranfporter , ce Prinee
partit de Saint - Germain en
Laye pour fe rendre à Breft
comble des honneurs qu'il avoit
reçeus du Roy & de toute
la Maifon Royale , & des prefens
de fa Majefté , conſiſtant
outre les fix cens mille écus
qu'on avoit embarquez fur les
Vaiffeaux , pour le payement
B iiij
32 IX. P. des Affaires
de fes Troupes jufqu'à ce qu'il
cuft convoqué un Parlement
en Irlande qui lui fournit de
l'argent , en un double équipage
de guérre pour fa perfonne
, pareil à celui dont Sa
Majefté s'eft toujours fervie
dans les Campagnes qu'Elle a
faites. Il y avoit auffi douze
tres - beaux chevaux , & deux
fervices de tres- belle Vaiſſelle
d'argent , comme je vous l'ay
déja marqué ailleurs . Lors que
le Prince d'Orange aprit que le
Roi d'Angleterre êtoit parti de
Paris , il parut furpris de cette
nouvelle; comme s'il avoit été
frapé d'un coup de foudre. Il
eut beau rapeller toute fa politique
, elle n'eut pas affez de
force pour l'engager à déguifer
fon étonnement,& fon vifage
l'aiant trahi d'abord en faif
1
du Fems. 33.
fant voir toute fa furpriſe &
toute fa crainte, il ne pouvoit
faire que ce qui avoit paru
n'euft pas été découvert . Il eftoit
trop habile pour ne pas
voir que l'Irlande lui couteroit
cher, & feroit peut - être cauſe
un jour qu'il fe verroit obligé
de repaffer en Hollande . Ily
a un vieux proverbe connu de
tous les Anglois , qui dit, veuxtu
être maître de l'Angleterre ?
prens l'Irlande. C'est une marque,
ou que les Irlandois ont de
l'afcendant fur les Anglois , ou
quel'Irlade a des facilicités pour
la conquête de l'Angleterre.
Enfin foit que le Prince d'Orage
fut prévenu de la vérité de
ce proverbe , de même que la
plufpartdes Anglois qui y ajou
tet foi,ou quela faute qu'il avoit
faite de ne pas travailler à fe
By
34 IX. P. des Affaires
>
rendre maître de ce Roiaume
pendant qu'il avoit encore toutes
les troupes qui avoient débarqué
avec lui , que tout êtoit
en mouvement pour fes interêts
, & que le Roy d'Angleter
re fuioit en France, loin de tourner
la tête vers l'Irlande , lui paf
faft devant les yeux , jamais on
n'a tant veu de cette agitation :
qui marque de la crainte dans
le coeur d'un homme d'un ca--
ractére auffi dur , & qui commetavec
autant de fang froid
tout ce qui peut rendre fa memoire
odieuſe à la pofterité. Il
eft à croire que dans cette occafion
la violence de fon dépit
avoit paffé malgré lui jufque
fur fon front , & qu'il étoit au
defefpoir de voir qu'il ne pou
voit envoyer fes troupes en Ir--
lande , en ayant befoin pour
du
Temps. 35
maintenir fon autorité en Angleterre.
Il auroit mal fait de
ne les pas retenir. Si un legitime
Souverain s'y trouve rarement
en feureté à caufe de
l'inconftance des Peuples , un
Ufurpateur y doit toujours être
armé & craindre un revers ,
même au milieu de fes Troupes
, & de ceux qui paroiffent
les plus empreffez pour fon fer-
D'ailleurs les fécours vice.
que le Roy de France donnoit
au Roy d'Angleterre
, lui caufoient
de cruelles
inquiétudes.
Il en connoiffoit
toute l'importance
, & ne doutoit pas qu'on
ne réuffit toujours avec un pareil
appuy, quand on ne le negligeoit
point, & qu'on s'en fervoit
à
propos,
Sa Majefté Britannique eftoit
attendue à Brest par beau-
B vj
36 IX. P. des Affaires
coup d'Anglois , d'Irlandois
& d'Ecoffois , qui s'eſtoient échapez
d'Angleterre pour ne
pas porter les armes contre
leur legitime Souverain. Le
Prince d'Orange croyant que
c'eftoit autant d'ennemis qu'il
auroit dans le Royaume, avoit
d'abord conſenti tacitement à.
leur évafion ; mais s'eftant aperçu
que le nombre de ceux
qui fe retiroient eftoit fi confiderable
, qu'en continuant
ainfi de défiler , toutes fes Troupes
pourroient fortir du Royaume
, il voulut mettre ordre
à cette déſertion , & fe fir dé--
fendre dans tous les Ports de
paffer perfonne en France .
Cette défenſe en obligea un
grand nombre à fe faire con--
duire en Hollande , d'où ils
venoient enfuite rejoindre leur
Roy , mais il faloit beaucoup
du Tems.
37
d'argent pour ce long voyage,
& il n'y avoit prefque que les
feuls Officiers qui le puffent
faire. On trouva en France le
moyen d'y faire venir les Soldats
fans qu'ils fuffent obligez
de prendre ce détour , & même
fans qu'ils euffent befoind'argent.
On les fit avertir
qu'ils trouveroient des gens fur
nos Ports qui payeroient leur
paffage . Les Patrons des Barques
excitez par l'efperancedu
gain reçurent dans leurs
Bâtimens tous ceux qui le pre--
fenterent , & oublierent les or--
dres du Prince d'Orange . Ceux
qui rifquerent le premier vo--
yage apprirent aux autres
qu'ils avoient efté tres bien
payez. Ainfi
-
voyant qu'on te--
noit parole il n'y eut aucun
Patron qui fit difficulté
de ve
38 IX. P. des Affaires
nir. Leurs voyages furent reiterez
plufieurs fois , & leurs
Barques fe trouvoient toujours
toutes remplies , de forte que
quantité de ces fidelles Sujets
fe rencontrerent à Breft lors
que le Roy d'Angleterre y arriva
, & il y en vint encore
beaucoup aprés lui . Quoi qu'il
y eut ordre de Sa Majefté de
leur fournir des voitures fur les
chemins, & que les Particuliers
prêtaffent même les leurs , afin
de leur faciliter le moyen de
rejoindre plutôt leur Prince,ils
ne purent neanmoins en avoir
tous , parce que leur nombre
fe trouva trop grand . Cela fut
caufe que plufieurs vinrent à
pied , l'ardeur de leur zele, &
le defir preffant qu'ils avoient
de fe rendre auprés de leur
Souverain avant qu'il paffat
du
Temps.
39
en Irlande , leur ayant donné
des forces pour fupporter la fatigue
de ce voyage . Les vents
contraires qui l'arrêterent long.
temps à Breft , en favoriferent
un affez grand nombre , qui
eurent le temps d'arriver avant
fon embarquement , ce qu'ils
n'auroient pû fans cet obftacle.
Il en arriva même beaucoup
aprés que Sa Majesté fut
partie , & ils furent obligez
d'attendre une autre occafion
pour paffer en Irlande.
r
Le Roy d'Angleterre arriva
à Breft le 5. de Mars , accompagné
de M le Comte de
Mailly, à qui Sa Majesté avoit
donné ordre de lui faire rendre
dans les lieux de fon paffage,
tous les honneurs qu'on lui auroit
rendus à Elle-même. Je
vous ay marqué ailleurs tour
40 IX.P des Affaires
ce qui fe paffa dans fa route,
& vous ay envoyé toutes les
Harangues qui lui furent faites
. Mrle Maréchal d'Eſtrées
l'avoit efté recevoir à Lanveoc
de l'autre cofté de la rade , à
trois lieuës de Breft , avec une
Fregate , & toutes les Chaloupcs
des Vaiffeaux , dont toute
Î'Artillerie le falüa à ſon paſfage
, ainfi que toute celle du
Château. Il fut reçu à la defcente
par M l'Evêque de
Leon,qui eftoit en habits Pontificaux
, & à la tefte de fon
Clergé , & trouva en arri
vant M le Comte d'Avaux,
qui devoit paſſer avec lui en
Irlande , & que Sa Majesté
Tres-Chreftienne avoit nommé
fon Ambaſſadeur Extraor
dinaire auprés de ce Prince.
Les Bourgeois eftoient fous les
du
Temps .
41
armes , & formoient une double
haye jufqu'au logis qui lui
avoit efté preparé . Il voulut
bien fouper en public
pour fatisfaire à l'empreffement
que tout le monde avoit
de le voir. M: le Duc de Bervvich
, M. le Maréchal d'Eſ
trées, & les Officiers Generaux
de la Marine , eftoient à fa table
, avec les Officiers que le
Roy lui avoit donnez pour
l'accompagner en Irlande , &
pour fervir dans fes Troupes.
Le 6. Sa Majesté Britannique
alla voir les Vaiffeaux, & monta
fur ceux que comãdoient Mrs
Gabaret & Foran , Chefs d'Efcadre.
Ce Prince vifita le foir les
Magafins & l'Arſenal de Marine,
dont il fut furpris, quoi qu'il
en eut fouvet entendu parler a
vec beaucoup d'avatage. Deux:
42 IX. P. des Affaires
jours avant qu'il fut arrivé
à Breft , le Neveu du Comté
de Tirconnel qui l'êtoit venu
trouver de la part de ce Comte,
en êtoit parti fur une Fregate ,
pour aller dire en Irlande que
Sa Majefté Britannique étoit
proche de Breft , où Elle devoit
s'embarquer pour le fuivre
en ce Royaume . Ce Monarque
, qui ne s'appliquoit
pas uniquement aux affaires
d'Irlande écrivit avant fon depart
de Breft une Lettre dont
la fufcription étoit : Aux Lords
Spirituels & temporels , Commiffaires
des Provinces , &
Bourgs affemblez , ou qui s'af
femblerout dans nôtre bonne
Ville d'Edimbourg. Cettte Lettre
qu'on ne fçauroit lire fans
admirer la genereuſe bonté de
ce Prince , & fans y remarquer
S
du
Temps.
43
un caractere d'honneſteté qui
devroit faire repentir de leur
perfidie ceux qui ont pû ſe refoudre
à le trahir , eſt toute entiere
dans la cinquiéme Partie
des affaires du temps . C'eſt ce
qui m'empefche de la mettre
ici , mais je vous en entretiendray
lors que j'entreray dans
le détail des affaires d'Ecoffe.
Comme le vent qui empêchoit
que le Roy d'Angleterre
ne partit , étoit favorable à
ceux qui vouloient venir d'Irlande
en France , il en arriva
une Fregate que Sa Majesté y
avoit dépêchée , dont le Capitaine
apporta une Relation de
plufieurs avantages remportez
par les Catholiques fur les Proteftans.
Lobftination de ces
derniers étoit la feule caufe de
44 IX P. des Affaires
leur malheur . On ne demandoit
que la foumiffion
qu'ils font obligez d'avoir pour
leur veritable Prince , fans
vouloir les empêcher d'étre de
la Religion qu'ils profeffoient ,
même d'en faire l'exercice ny
รา
mais ils étoient excitez à la revoire
par les creatures du Prince
d'Orange , qui ne cherchoit
qu'à mettre de la divifion dans
l'Irlande , & à s'y faire un puiffant
party , afin de s'en rendre
maître aprés qu'on s'y feroit
fi fort affoibli de chaque
cofté par le fang des Citoyens
qu'on y feroit tous les jours répandre
, qu'il auroit enfuite
peu de peine à triompher d'un
Eftat fans vigueur , & qui auroit
lui -même travaillé à fa
ruine en déchirant fes propres
du
Temps. 45
entrailles pour fervir celui qui
avoit refolu d'en ufurper la
Couronne , & d'y établir la
puiſſance arbitraire qu'il avoit
feint de vouloir détruire lors
qu'il étoit arrivé en Angleterre.
Il luy falloit un pretexte pour
cela , & les Ufurpateurs ont
toûjours l'adreffe de choisir
ceux qui flåtent le Peuple
parce qu'il eft malaifé qu'ils
reuffiffent s'ils ne le mettent
dans leur party , ce qui leur eft
d'autant plus facile qu'il fe laifſe
preſque toûjours tromper par
les apparences , & qu'on ne
manque pas d'en faire paroître
à fes yeux de fauffes , que
la nouveauté qui luy plait tou
jours luy fait regarder comme
veritables.
La Flote étant en eſtat de fai❤
46
IX. P: des Affaires
tré
re voile , & le vent s'étant monfavorable
, le Roy s'embarqua
le 7. de Mars à quatre heures
aprés midi , pour partir le
lendemain dés que le jour paroiftroit.
Si toft que ce Prince
fe fut embarqué , on mit fon
pavillon Royal au grand maſt
de tous les navires , ce qui fe fit
avec l'adreffe & la galanterie
naturelle aux François , & avec
la même viteffe que l'on voit
changer une decoration de
theatre , de forte que tous les
Vaiffeaux qui étoient François
un inftant auparavant ,
compoferent une Flote qui parut
toute Angloife , ce qui
marquoit que ce n'étoit point
la France qui agiffoit en cette
occafion , parce qu'elle n'avoit
point de guerre contre la na-
"
du Temps.
47
tion Angloife ; au contraire elle
reftoit cette flote au Roy
d'Angleterre , pour la fecourir
contre l'Ufurpateur fous lequel
gemiffoit tout ce Royaume
qu'il avoit envahi par le moyen
de quelques Traiftres
avec lefquels il avoit formé
des intelligences , & qui fous
de faux pretexes devoient le
faire monter au Trône , à condition
que pour recompenfe de
leur perfidie , il les éleveroit
aux plus hautes charges , &
aux dignitez les plus éclatantes.
Le vent qui étoit favorable,
lors qu'on s'étoit embarqué
ayant changé dans le tems
qu'on s'apprêtoit à partir on
fut obligé de s'arrêter malgré
l'impatience que chacun avoit
48 IX. P.des Affaires
de commencer le voyage. Celle
du Roy d'Angleterre étoit la
plus grande , & la plus jufte ,
parce qu'il avoit plus d'intereſt
que les autres à fe montrer en
Irlande. Cependant comme il
eft accoutumé à de plus grands
revers de fortune , & que d'ailleurs
il eft naturellement bon
& patient , il fouffrit cet obſtacle
à fes deffeins avec une
tranquillité exemplaire , parut
modéré en cela comme en toutes
chofes. Depuis le 7. de
Mars , on appareilla fouvent ,
& l'on crut de Jour en jour
qu'on pourroit partir , mais il
ne fut pas poffible de mettre à
la voile avant le 17. Ce rétardement
ne fervit de rien au
Prince d'Orange ni aux Hollandois.
Quoy qu'ils euffent
fçû que Sa Majesté Britannique
du Tems
49
que devoit paffer en Irlande ,
même avant qu'elle fut partie
de faint Germain pour fe rendre
à Breft , ils ne purent preparer
aucuns Vaiffeaux pour
s'opposer à fon paffage ; ce qui
a étonné toute l'Europe , &
qui commença dés lors à faire
croire , que l'Angleterre & la
Hollande unies ne feroient pas
Maiftreffes de la Mer , quoy
que chacune de ces puiffances
croye feparément qu'il n'y en a
aucune qui foit en eftat de refifter
à fes Flotes .
Lors que le Roy d'Angleterre
partit de Breft , il étoit fur le
Vaiffeau nommé le Saint Michel
, & ce Vaiffeau étoit commandé
par M. Gabaret. Il y a
d'Officiers peu
generaux
qui entendent mieux la mer,
& il a fait voir en plufieurs oc-
C
50 IX . P. des
Affaires
cafions que fon experience
rém
pondoit
à fon
courage .
II
commandoit
toute la Flote
avant qu'elle cuft le Pavillon
d'Angleterre
, mais alors
elle ne pouvoit reconnoitre
que fa Majefté Britannique
, & au retour le même .
Monfieur Gabaret devoit en
reprendre le commandement
,
Le Dimanche 20. de Mars,
la Flotte eftant déja fort
proche d'Irlande , une Fluſte
Angloife partie de Briſtol
pour la Virginie , vint donner
dedans . Le Roy la fit
arrefter
>
& on y trouva
une grande Lettre fort injurieufe
& en maniere de
Manifeſte. Elle eftoit remplie
d'éloges pour le Prince
d'Orange , & portoit que ce
Prince s'étott emparé de l'Andu
Temps. SI
ferre à cause que le Roi de
France étoit fon ennemi juré ,
celui de toute l'Europe , & l'Ami
du Roi defunt , c'êtoit ainſi que
cette Lettre parloit du Roy
Jacques qu'elle faifoit mort ,
quoy qu'il fut dans une fanté
parfaite. Ce Monarque
êtoit extremement mal- traité
dans cette maniere de manifefte
. Les mots de haute
trahiſon ſe
trouvoient preſque
à chaque ligne , & on peut
dire que l'on y contoit des fables
, parce qu'on parloit à
des perfonnes éloignées , & à
qui il étoit d'autant plus aifé
de faire croire tout ce
qu'on vouloit leur perfuader,
qu'il n'êtoit encore party aucun
bâtiment , qui cuſt pu leur
faire fçavoir l'invasion du
Prince d'Orange en l'Anglecij
52 IX. P. des Affaires
terre , la fituation des affaires .
de ce Roiaume , & l'état de
celles du Roy. Sa Majefté aprés
avoir lû le Libelle écrit
contre elle par fes ennemis ,
marqua un fort grand mépris,
& pour l'Ouvrage & pour
ceux qui l'envoyoient , & loin
de faire paroiftre aucun mouvement
d'agitation & de colere,
non feulement Elle voulut
qu'on rendiſt l'écrit à ceux
qui êtoient chargez de le répandre
, mais encore Elle ordonna
que la Barque fut relâchée,
& qu'on lui laiſſaſt faire
fa route. La bonté du
Roy êtonna toute l'armée, &
fut caufe que les manieres du
Prince d'Orange , fi opofées à
cette conduite furent regardées
avec plus d'indignation ,
& parurent plus condamnadu
Tems.
53
bles , & plus injuftes qu'on ne
les avoit encore trouvées.
Le 22. de Mars la Flote arriva
au Port de Kinfale , &
moüilla le long de la Fortereffe,
où le Regiment du Comte
de Tirconnel , qui eft d'environ
mille hommes , êtoit en
garnifon . L'empreffement que
les peuples témoignerent pour
voir le Roy , ne sçauroit être
dépeint. Il y en eut qui fe
jetterent à l'eau pour joüir les
premiers de cet avantage.
Leur zele neparut pas moins
ardent pour fon fervice , &
s'il y avoit eu dequoy armer
tout l'Etat , tout l'Etat fe fe.
roit armé pour la gloire &
pour la défenſe de fon Roy.
les Proteftans qui ne fongeoient
qu'à fe retirer à l'autre bout
du Royaume , & qui commen-
"
#
Ciij
54 1X. P. des Affaires
çoient à mediter la rebellion
que l'on a vû éclater depuis ,
quoy qu'on ne les inquietaft
pas , & qu'on n'en euft pas même
le deffein, ne parurent point
à fon arrivée.
-
Le Roy alla le 23. au matin
vifiter la Fortereffe , & il
y coucha . Elle défend tresbien
l'entrée du Port à droite
en entrant , & à gauche il y
a de tres bonnes Bateries a
fleur d'eau. On voit au deffus
un vieux Chasteau que Sa
Majefté vifita auffi . Il eſt ſeulement
fortifié d'ouvrages de
terre , mais pour peu qu'on y
travaillaſt , on en feroit une
Place forte. On arrêta le même
jour un Officier , qu'on
fçeut être un Efpion du Prince
d'Orange ; il avoit paffé fur le
Bord de M.le Chev . d'Ervaux .
1
T
du Temps.
Pendant que Sa Majené
Britannique avançoit pour
donner de la vigueurà ſesPeuples
par fa prefence qu'ils avoient
fouhaitée avec une ardeur
qu'il feroit difficile d'exprimer
, le Comte de Tirconnel
continuant dans le même
zele pour fon Prince , agiffoit
de fon côté avec fuccez . Ce
Comte ayant receu une Déclaration
du Prince d'Orange ,
pour ordonner aux Catholiques
de quiter les armes ; leur
faifant efperer toutes fertes de
bons traitemens
, en fit peu
jours aprés publier une autre ,
par laquelle il commandoit à
tous les Proteftans de Dublin
de porter leurs armes chacun
dans fa paroiffe, & ménaçoit de
faire piller toutes les Maifons,
où il s'en trouveroit contre fes
de
C iiij
56 IX. P. des Affaires
defenfes. Cette Ordonnance
fut ponctuellement executée
par les foins du Lord Maire de
Dublin , qui alla en perfonne
vifiter la plupart des Maiſons
fufpectes. Ce Comte fit auffi
publier une Déclaration contraire
à celle du Prince d'Orange
, par laquelle il défendit
à toutes perfonnes d'y avoir égard
, & exhorta tous les bons
Sujets de fa Majefte à lui demeurer
fidéles , promettant de
maintenir l'Irlande dans le devoir
, & même d'envoyer du ſecours
en Angleterre ou en Ecoffe
, ainsi qu'à tous ceux qui en
auroient befoin pour s'opposer
aux violentes entreprises des
Rebelles.
Les chofes étant en cét étatʼ
plufieurs Proteftans d'Irlande
trouverent moyen de paffer en
du Tems. 57
Angleterre , & beaucoup de
Catholiques Anglois s'échaperent
d'Angleterre pour venir
en Irlande , ce qui donna lieu
à l'Ordonnance fuivante que
le Prince d'Orange fit publier,
Le Roy veut & entend qu'on
ait un foin tout particulier dans
les Ports de Chefter ,, de Beaumarrais
de Holy- head , de
Milford , ainfi que dans toutes
les autres Bayes Havres fur
"
les Mers d'Irlande , qu'aucunes
perfonnes , de quelque rang ,
qualité ou condition qu'elles
foient , ne paffent en Irlande
à moins qu'elles n'ayent un paffeport
de Sa Majesté , ou de l'un
de fes Secretaires d'Etat , & il
eft ordonné par les prefentes de
part le Roy à tous Maires , officiers
des Douanes , & autres
à qui il appartient , de faire
C F
58 IX. P. des Affaires
duement & ponctuellement executer
ce que deffus , finon ils en
répondront à leurs perils.Donné
à la Cour de Vvitheall,le 8.jour
de Mars 1689.
"
Le Prince d'Orange voulant
fe faire des Creatures , &
avoir des Troupes , en qui il
pût avoir plus de confiance
qu'aux Anglois , qui lui font
toujours fufpects , crut que les
Proteftans d'Irlande lui pour--
roient garder plus de fidelité
& que s'ils ne le faifoient par
inclination , ils le feroient pár
neceffité, à caufe qu'étans une
fois fortis de leur Païs, l'apprehenfion
d'être punis les empêcheroit
d'y retourner . Il crut
auffi qu'ils feroient plus ardens.
que d'autres à la Conquefte de
ce Royaume s'il y envoyoit des
Troupes, parce qu'ils agiroiene
du Tems. 59
pour leurs propres interêts , &
pour rentrer dans leurs biens.
Ce fut ce qui l'engagea à faire
publier ce qui fuit.
On faitfçavoir par ordre du
Roy que tous les Officiers Proteftans
qui ont été caffez en Irlande
, ou qui ont depuis peu
quitté leurs Emplois en ce Paislà,
& qui ne font pas encore
entrez au fervice de Sa Majesté
, ayent à apporter leurs
के
noms & des certificats , comme
ils ont cy- devant commandé , au
Commiffaire General des Montres
à la Garde à cheval auprés
de Vvitehall , lequel Commiffaire
a ordre de prendre la lifte
de leurs noms & de leurs emplois
, afin qu'ils foient inceffament
reçûs au fervice , & à la
paye de Sa Majesté.
Cependant le Roi d'Angle
C V
60 IX P des Affaires
terre , qui avoit paffé de Breft
à Kynfale , où il demeura deux
jours , en partit pour aller à
Kork , & de là à Dublin . Les
Peuples marquerent les mêmes
empreffements à le voir
lors qu'il partit , qu'ils avoient
eu à fon arrivée , & les Filles
l'accompagnerent avec
des
Mufettes
, en danfant
& en
criant
, Vive le Roy.
L'empreffement
des Peuples
.
de la campagne
pour voir ce
Monarque
ne ceda point à celuy
des habitans
des Villes . Chacun
accouroit
de toutes
parts , & ce n'étoit
en tous lieux
que des acclamations
continuelles
. On fit des feux de joye
dans toutes
les Villes par où il
paffa , & les nuits entieres
furent
employées
en réjoüiffances.
Le Comte
de Tirconnel
du Tems. 61
vint à Ki kenny recevoir Sa
Majesté . S'il avoit pû fuivre
l'impatience qu'il avoit de la
voir , il feroit venu jufques au
lieu où Elle avoit dêbarqué, &
auroit même êté plus loin s'il
avoit été poffible , mais fa prefence
étoit neccffaire dans le
coeur de ce Royaume , pour y
maintenir toutes chofes en état .
Le Roi lui donna tous les témoignages
de fatisfaction qui
étoient dûs à un Sujet fidéle
& lui marqua fon eſtime en le
créant Duc. Aprés qu'il lui
eut rendu un compte exact de
toutes les affaires d'Irlande , Sa
Majefté tint Confeil , où ce
nouveau Duc eut. l'honneur
d'entrer. Toute la Cour du Roi
le congratula fur la genereufe
fermeté , & fur la fidelité inviolable
qu'il avoit fait voir
2
62 IX. P. des Affaires
pour fon legitime Souverain ,
de forte qu'il goûta alors tout
le plaifir qu'un veritable homme
de bien peut reffentir , lors
qu'il a fait ce que fon honneur
& fon devoir exigeoient de lui.
Le Roy continua fa route vers
Dublin , & trouva par tout les
chemins bordez de Peuple.
Les marques joye qui accompagnerent
la reception qui lui
fut faite dans cette Capitale ,
parurent encore plus grandes ,
parce que les Peuples , & la
Nobleffe y étoient en plus
grand nombre , mais le fond
des coeurs étoit le même par
rout,& chacun y reffentoit tout
ce que la prefence d'un Sou--
verain digne de l'amour de fes-
Sujets, eft capable d'infpirer.Sr
c'étoit ici le lieu de vous parler
de la Ville de Dublin je vous
du
Temps:
63
en dirois beaucoup de choſes.
Elle est belle & grande , & fituée
fur la côteOrientale de l'Ile
, au Midi fur la Riviere de
Liff, qui paffe dans le milieu ,
& fur laquelle il y a quatre
ponts de pierre ; le Quay eft
fort beau , auffi - bien que les
maiſons.Dublin a auffi un Port,
où fè font les embarquemens
.
pour l'Angleterre . L'embou
cheure de la Riviere eft à l'abry
de quelques hautes montagnes
qui s'avancent dans la
mer en forme de Promontoire..
La marée remonte dans cette
Riviere, où les groffes barques
arrivent. Il y a de grandes places
dans la Ville , & un beau
Château . On y vit à bon marché,
& la plupart des chofes
neceffaires à la vie , s'y trouvent
en abondance, & y fong
64
IX
P.des
Affaires
expofées en vente dune maniere
tout-à-fait propre .
Quelques jours aprés l'arrivée
du Roi à Dublin , M le
Comte d'Avaux , Ambaffadeur
extraordinaire de France , eut
fa premiere Audience de Sa
Majefté. M. le Duc de Tirconnel
le vint prendre dans
une belle Maifon au bout de
Ja Ville avec vingt carroffes à
fix chevaux , & quantité d'au
tres à quatre. Le troupes bordoient
toutes les rues par où
fon Excellence paffa. Il y avoit
auffi une fort grande affluence
de Peuples. Le Roi étoit
fur un Trône placé fous un
Dais. Le Chancelier avec les
Sceaux étoit à la gauche de
Sa Majefté, qui étoit environnée
de quantité de milords , &
de perfonnes de la premiere:
du Tems. 65
Qualité. Le Roi ſe leva , fe
tint debout & couvert , & M:
le Comte d'Avaux de même.
Voici le compliment que lui fit
ce Comte.
SIRE,
L'intereft que le Roy mon
Maistreprend à tout ce qui touche
Votre Majefté , l'a porté à
m'ordonner de la fuivre dans
une entrepriſe figrande & fi legitime
, pour luy marquer par
là l'union & l'amitié qu'il veut
conferver en tout tems & en tous
lieux avec elle , de même qu'il
a voulu luy faire paroistre par
tous les fecours qui dépendent de
luy , le defir qu'il a de l'ayder à
Joumettre fes sujets rebelles ,
à triompher de fes Ennemis . Je
ne crois pas SIRE , qu'il foit
جوم
66
IX. P. des Affaires
neceffaire que je donne là deffus
de nouvelles affurances à Vôtre
Majefté. Elle a été informée par
Elle- même des fentimens du
Roy mon Maifre. Elle a ven
avec quellejoye & avec quelle
promptitude il a embraffé l'occafion
de foutenir la juftice d'une
fi bonne caufe, & je ne puis
douter que Votre Majesté ne
foit bien perfuadée que le Roy
mon Maistre ne fera pas moins
fenfible au bon fuccés de vos deffeins,
qu'au bien de fon propre
Royaume.
En effet , SIRE , il a vos interefts
fi forts à coeur , queje ne
tuy puis rien mander de plus agreable
que le bon état où font
les affaires de Vôtre Majesté
dans ce Royaume , les acclamationsgenerales
de tous vos Peuples
, & particulierement les
du Temps.
67
témoignages extraordinaires de
joye , d'amour & d'attachement
que cette Ville capitale a fait
paroiftre à l'arrivée de Vôtre
Majefté.
Cezele , SIRE , de vôtre Peuple
d'Irlande , toûjours fidel à
fon Dieu & à fon Roy , la fidelité,
la prudence & lafermeté
d'un chefquiafceu rompre dans
ce Royaume toutes les mesures
de vos Ennemis , & la difpofition
generale dans laquelle je
vois tous vos fidels Sujets defacrifier
volontiers leurs vies pour
unfi bon Prince , font des gages
certains du fuccés qu'auront les
armes de vôtre Majefté.
Auffije m'affure, que fi vôtre
Majefté a eu cela de commun
avec le plusfaint de tous les Rois
de s'étre trouvé non seulement
abandonné par une defertion
68
IX. P. des Affaires
prefque generale de ces Sujets
mais encore d'avoir veu dansfa
propre famille les auteurs de la
rebellion , Elle aura auffi le
même bonheur qu'eut ce fage
Prince , & fe verra bien toft
rétablie dans fes Etats par le
petit nombre de Suiets qui luy
font demeurez fidelles
Le Roy mon Maistre , comme
le meilleur ami de vôtre Majefté,
a voulu que fes Suiets euffent
part à cette gloire . Il vous
a donnépour cet effet ceux qu'il
a iugez les plus capables de feconder
le zele de vos fidels ferviteurs.
Ge font des Generaux
dont il connoit la capacité&
le merite , & qui font prefts à
expofer leur vie pour lefervice
de vôtre Maiefté
le
Roy
Pour moy , SIRE , que
mon Maistre a honoré du ca.
du Tems. 69
ractere de fon Ambassadeur Extraordinaire
auprés de Vôtre
Maiefté , ie n'ay pas tant confideré
lefardeau d'un employ fi
fort au deffus de mes forces , que
iay fuivi ma propre inclination
&fatisfait au defir que i'ay de
rendre à Vôtre Maiefté tous les
Services dont ie fuis capable.
Dans cette veuë , Sire , ie donneray
toute mon application aux
fonctions de mon de mon miniftere ,
eftant bien perfuadé que je ne
puis faire rien de plus agreable
au Roy mon Maistre , que de
fervir de tout mon pouvoir le
Prince du monde qu'il eftime ,
qu'il confidere , & qu'il aime
le plus.
M. Le Comte d'Avaux ayant
ceffé de parler , prefenta à Sa
Majefté Britanique les Officiers
70 IX. P. des Affaires
Generaux qui avoient paffé en
Irlande , à l'exception de Meſfieurs
de Puifignan & Boiffelau
, parce qu'ils étoient allez
joindre les Troupes. Le Roy
d'Angleterre répondit à ce difcours
en grand Monarque ,
& en Prince reconnoiffant , &
aprés qu'il eut reglé quelques
affaires à Dublin , & donné fes
ordres pour la convocation du
Parlement , il refoulut avec fon
Confeil , de faire un voiage
dans le Nord d'Irlande , tant
pour
fe faire voir à fes Peuples
qui le fouhaitoient avec ardeur
que pour diffiper par ſa preſence
le refte du party proteftant.
Je vous ay décrit ce voyage
dans mes Lettres ordinaires ,
où je vous ay marqué que l'empreffement
pour voir ce Monarque
fut fi grand , que les
du Tems. 71
1
Femmes aprés l'avoir veu '
montoient en croupe derriere
les Cavaliers pour joüir plus
long- tems de ce plaifir.A mefure
qu'on avança dans le Nord ,
les chemins fe trouverent plus.
difficiles , les vivres plus rares ;
mais le zéle des Habitans
pour
leur Roi fe trouva toujours égal.
On a dit & écrit ſi peu de
veritez ſur ce voyage , & fur
ce qui s'eft paffé devant Londonderry,
jufqu'à ce que cette
Place ait été affiegée dans
les formes , qu'il paroiffoit au
Public que le Siége en avoit
été fort long , avant qu'on eut.
feulement commencé à le former.
J'ay heureufement recouvré
une Lettre d'un Officier
General, qui vous apprendra
quantité de chofes là deffus
que l'on n'a point ſçuës ,
72
IX
. P.des
Affaires
cette lettre n'aiant point eſté
rendue publique , & n'ayant
été veuë que de quelques- uns
de fes amis. Vous y apprendrez
au vray de quelle maniere
les Officiers generaux françois
, qui commandoient dans
les Troupes d'Irlande , ont été
tuez. Je ne changeray rien à
cette relation , que vous trouverez
dans les propres termes
qu'elle a été écrite , & qui
étant d'un homme du mêtier ,
ne peut que bien faire concevoir
les chofes qu'on a voulu
faire entendre . D'ailleurs on y
trouve une grande netteté , &
on peut juger en la lifant que
celuy qui l'a faite auroit pû êcrire
mieux , s'il euft eu plus de
loifir , & qu'il eut été queſtion
d'autres matieres.
DU
du
Temps. 73
虫虫要虫虫虫虫虫虫虫虫虫虫
DU CAMP
Devant Londonderry dans le
Nord d'Irlande , ce 11. May
1689.
SAVO
A Majefté Britanique qui
avoit cru que fa prefence
avanceroit la foumiffion des Rebelles
de cette Province , s'étoit
rendue à grandes journées à
Straban , gros Village éloigné
d'environ dix milles de cette
Ville , & fur la même Riviere .
Là , Elle apprit que les Ennemis
étoient de l'autre côté de
l'eau en fort grand nombre . Le
Lieutenant General Hamil
ton , le Duc de Bervik , & M.
de Puifignan , Marefchal de
Camp , remonterent le long de
D
74 IX.P. des Affaires
cette Riviere avec quatre Efcadrons
& un Bataillon feulement
, pour aller tâcher de fe
rendre Maistres d'un Pont nommé
Claren , à quatre milles
de Straban. Ils trouverent ce
Pont rompu & les Ennemis en
Bataille au de là de cette Rivie
re ? cependant ils refoulurent de
la paffer de les aller charger.
La Cavalerie Paffa à la nage
les Officiers Generaux à la tefte ,.
& l'Infanterie moitié fur les
débris du Pont , où l'on mit quelques
planches à la haste , &
l'autre partie dans l'eau , fe tenant
à la queûe des chevaux
qui nageoient. L'infanterie des
Ennemis qui étoient bien au
nombre de cinq milles hommes ,
fit un tres-grand feu fur eux
pendant leur paffage ; mais leur
Cavalerie , quoi-que de moitié
du Tems.
75
plus forte que celle du Roy d'Angleterre
, n'ofa venir à la charge
, & auffi toft que nos Troupes
furent paffées,tout lâcha le pied
& fe retira en defordre le long
de cette Riviere. Il n'y eut à
cette action , fans doute fort
hardie , que trois on quatre Cavaliers
de tuez , autant de Soldats
, & un Major de Cavalerie
noyé è mais il y eut bien cent
des Ennemis qui demeurerent
fur la place.
Cependant M's Rofe , de Maumont
& Girardin qui étoient
fur le bord de l'eau à Straban
avec deux Troupes de Cavalerie
& un Bataillon , voyant venir
les Ennemis de l'autre cofté,
fansfçavoir ce qui s'étoit paffé
à Claren , & croiant feulement
que ces Troupes alloientſe jetter
dans Londonderry , prirent le
Dij
76 IX. P. des Affaires
party , pour les rompre , de paffer
la Riviere , où il falut auffi
un peu nager ; ce qu'ils executerentfort
heureufement avec leurs
deux Troupes de Cavalerie &
leur Bataillon , & les Ennemis
aprés leur avoir fait une grande
décharge , s'enfuirent , &ſe
difperferent fans qu'on en puft
joindre beaucoup .
Sa MajeftéBritannique ayant
dans le même temps receu , avis
qu'il avoit paru une Flote Angloife
devant Kingsale , dont
on pouvoitcraindre quelque defcente
, & voyant d'ailleurs qu'il
falloit fe refoudre à faire le
Siege de Londonderry, qui tireroit
peut eftre en longueur , &
que l'affemblée du Parlement
qui approchoit ne lui permettoit
pas de faire un fi long Sejour ,
Elle fe remit en marche pour re-.
du
Tems. 77
emmenant tourner à Dublin
avec Elle Mrs Rofe & Girardin
&laiffa le commandement de fis
Troupes & la conduite du Siege
à M. de Maumont , & fous luy
Hamilton le Duc de Bervick >
& Puifignan. Lors qu'Elle
fut à Charlemont qui eft éloigné
de straban de deux grandes
journées , Elle receut un Exprés,
par lequel le Duc de Bervick
luy mandoit que les Rebelles
ayant envoyé des Deputez pour
Sçavoir quelle compofition on leur
vouloit faire , les Officiers Generaux
étoient perfuadez que la
prefence de Sa Majesté pouvoit
eftre utile à cette negociation.
Sur cela Elle rebrcuffa tout dur
coup chemin , & s'en vint même
jufques fur la hauteur prothe de
Londonderry , mais les Rebelles
ayant tiré fur quelques Tropes
Dij
78 IX. P. des Affaires
qui s'étoient avancées plutör
par hazard que par deffein , on
ne crut pas cette affaire fi prête
àêtre confommée; & fur cela
Sa Majesté Britannique reprit
dans le moment même le deffein
de retourner à Dublin, laiffant
les chofes dans la difpofition
qu'Elle avoit d'abord établie.
Pendant tout ceci ces Navires
Anglois, dont on croit qu'il y en
avoit trois de Guerre, & qui êtoient
chargez de quinze cens
hommes pour jetter dans Londonderry
, avoient mouillé à
l'entrée de la Riviere de cette
Ville ; mais les Anglois ayant
voulu qu'en entrant dans la Ville
les Bourgeois leur remiffent
le Gouvernement , & les Bourgeois
l'ayant voulu garder, tout
ce fecours s'en étoit retourné
comme il étoit venu.
da Tems. 75
Maumont étant venuprendrefes
quartiers tout autour de la
place, afin d'attendre les munitions
& les chofes neceffaires à
former le siege , les Ennemis
firent une fortie le Dimanche
premier de ce mois , & vinrent
pour attaquer le quartier qui eft
Te long de la Riviere en defcendant
Leur Cavalerie où il y
avoit bien trois cens chevaux
vint le long de la Greve , &.
leur infanterie composée d'envi
ron quinze cens hommes,s'étendit
à la gauche fur des hauteurs
entrecoupées de terre relevée,
de cette maniere ce quartier qui
n'étoit défendu que par environ
quatre vingt chevaux tant Cavalerie
que Dragons , & par
trois cens hommes d'Infanterie,
fe trouvoit envelopé , étant fort
proche de la Ville. Tous les Offi
Dij
80 IX. P. des Affaires
ciers Generaux qui fe trouverent
là par hazard ensemble, & qui
virent bien qu'il n'y avoit de
falut que dans un party vigoureux
, ne balancerent pas à le
prendre.Ils jetterent leur Infanterie
dans des mazures derriere
des hayes , & à la tefte de leur
petite Troupe de Cavalerie ; allerent
attaquer celle des Ennemis
qui furent ébranlezparcette
hardieffe , & qui plierent , &
s'enfuirent à toute bride dans la
Ville , fuivis de toute l'Infanterie
, qui fe retira avec la
même confufion ; mais cela n'avoit
pû se faire fans que les
noftres effuyaffent un feu extraordinaire
; de forte que tous
les Officiers Generaux fans exception
, ont été tuez , bleffez ,
ou ont eu des chevaux tuez fous
eux, & les deux tiers des CBdu
Temps.
8t
valiers &Dragons tuez ou leurs
chevaux Maumont fut tuéfur
la place. Hamilton eut un che .
val tué , le Duc de Bervvick ,
deux , Pufignan , un , Sheldon
fut bleffé à la tefte d'un coup de
fabre, & plufieurs Officiers particuliers
farent traitez de la
même forte. Il faut loüer ce qui
le merite. Cette action eft fort
hardie & fort belle , & les of
ficiers Generaux fur tout , sy
font comportez avec une valeur
digne de toute eftime.
Tarrivay le 3. de ce mois à
l'endroit où l'on m'avoit indiqué
que l'Artillerie étoit placée qui
eft vis à vis de la Ville de l'antre
côté de la riviere, &fi commodément
fitué, que toute la
Ville eft vue à revers , mais j'y
trouvay fi peu de choſe pour fer-
- vir trois canons , & deux petits
D y

82.
IX. P.des Affaires
mencer >
mortiers en quoi confifte toute
cette Artillerie , que je ne jugeai
pas à propos defaire com--
avant qu'un peu de
munitions que je fçavois étre
en chemin , m'eut mis en état
de faire appercevoir que j'étois
arrivé. Le manque de batteaux,
& le mauvais tems m'empêcherent
d'aller an quartier.
d'Hamilton , qui étoit devenu-
Commandant en chef, plûtôt
que le jeudi matin. Ie trouvai
en chemin un billet qu'il m'écrivoit
, par lequel il me prioit de
m'y rendre inceffament , étant
de la derniere
confequence que
nous priffians des refolutions fur
ce qu'il y avoit à faire . Ie l'allay
trouver en pofte avancé , où
il m'attendoit avec le Duc de
"

Puifignan , & Bervich ,
afin que nous puffions plas faci--
du Tems. 83
lement aller reconnoître la Place
, ils avoient fait avancer de
petitesgerdes d'Infanterie affez
prés de la ville , derriere des
terres relevées. Quelques Fantaffins
qui fortirent vinrentpour
en chaffer une , & des Dragons
quife trouverent là , les rechaf
ferent ; mais lors -que nous y arrivâmes
, nous vimes une plus
grande Troupe fortir des portes
& qui fe gliffant auffi derriere
Les terres relevées qui étoient
de leur côté auffibien que du nôtre
, vinrent faire des décharges
fur nous d'affez prés. Le
Duc de Bervichy fut blessé d'un
coup de moufquet entre les deux
épaules qui ne fit qu'effleurer ,
& j'y eu mon cheval bleſſe . On
les repoußa neanmoins quelques
pas , & comme nous avions vû
ce que nous avions à voir , ce·
D vjj
84 IX. P. des
Affaires
carabinage étant inutile , onfit
retirer toutes ces petites Troupes
jufques à la tête de nôtre
quartier avancé. Les Ennemis.
qui apparemment crurent que
c'étoit par épouvante , s'encouragerent
, de forte qu'ils fortirent
bien deux mille cinq cens:
hommes , comme nous le vimes
par lafuite , & occupant le terrain
que nous avions abandonné
ils brûlerent quelques maifons.
Nous étions fi prês les uns
des autres quefans les terres relevées
dont nous nous fervions
également, il y auroit eu beaucoupde
gens de tuez. Comme
nous voions à tous momeus groffir
la Toupe, & que notre quartier
où il n'i avoit pas fix cens hom
mes de pied , & environ deux
cens cheveaux Cavalerie &
Dragons , tant dans les gardes...
>
du Tems.
8.5
avancées que fur la hauteur
derriere pourroit bien étre
forcé , Hamilton s'en alla fur
une hauteur qui étoit fur notre
droite , pour juger par la fituation
des Ennemis , ce qu'il y auroit
à entreprendre. Puifignan
& moi , qui étions demeurez à
la tefte du petit Efcadron qui
faifoit la garde avancée
aiant vu les Ennemis tout en
bas fe gliffer le long de la Riviere
, nous crûmes les pouvoir
couper en paffant par quelques
bréches qui étoient à ces terres
relevées dont j'ai parlé ,
dans ce deffein nous menames ce
petit Elcadron à la charge l'épée
à la main mais à peine
cûmes- nous paffé la premiere
bréche , que les Ennemis qui
étoient répandus de tous côtez,
firent un tres grand feu & Pus
86 IX P des Affaires
fignan qui étoit fur ma droite
recent un coup de moufquet
dans le creux de l'eftomach , qui
va fortir dans les reins , &
dont il y a fort peu d'apparence
qu'il puiffe échaper . L'efcadron
tint neanmoins , & je luifis paf--
fer lafeconde bréche , maisdans
ce fecond terrein le feu aiant
beaucoup augmenté , Milord
Abriecorne qui me fuivoit aiant
été culbuté , parce que fon cheval
fut tué tout roide , & le
Capitaine qui commandoit cette
garde aiant été blessé d'un coup
de moufquet à la cuiffe , l'efcadron
tourna tout court à gauche
pour aller gagner une breche
qui y étoit , & fe rendre au bord
de la Riviere où il croioit étre
en feureté. l'allai aprés pour
L'en empêcher , mais cela étoit
déja fait, car une autre petitedu
Tems: 87
Troupe de Cavalerie qui venoit
bravement à la charge , avoit
ocupé le paffage, & nous retournames
tous enfemble aux Ennemis
, mais à peine fumes - nous
au milieu du terrain , que ces
deux Troupes furent également
rompues par le feu qui se fit &
sen allerent à toutes jambest
chercher cette même bréche
pourfe retirer, deforte que le s.
Dameton , Aide de Camp , qui :
étoit demeuré feul avec moi ;
m'aiant demandé s'il iroit faire
avancer l'infanterie , fans quoi
il ne voioit pas qu'on pût deformais
forcer ces gens - là , je lui~
dis d'aller plûtôt avertir M.
d'Hamilton , ne voulant pas me
charger de la fuite dé cette affaire.
Hamilton de fon côté qui
avoit vû fur la hauteur tout ce
qui fepaffgit , s'y en venoitràr
&& IX. P.des Affaires
>
ces
toutes jambes. Nous étions fi
prés des Ennemis qu'il nous fut
aisé de voir derriere leurs petits
retranchemens comme ils s'ebranloient
pour s'enfuir , & il
eft certain que fi la Cavalerie.
n'eut pas plié , & qu'elle fut
venue jufqu'au petit retranchement
qu'il ne lui étoit pas
impoffible de franchir
gens- là étoient coupez , & on
en auroit tué autant qu'on aroit
voulu , mais ayant repris
courage par la retraite des nôtres
, ils continuerent leur fen.
Mes habits furent percez en
divers endroits , & je reçus
un coup de moufquet au bout
de l'os de la banche droite qui
me va fortir dans les reins &
qui ne me permit plus de penfer
à autre chofe qu'à me retirer.
Cependant Hamilton qui étoit
du Tems. S 89
arrivé, aiant bien fait garnir
tous les petits Poftes defon quar
tier & aiant fait mettre fa Cavalerie
en bataille fur la bauteur
de derriere , les chofes de
meurerent quelque tems en ces
état , jufqu'à ce que Rainfey ,
Brigadier d'Infanterie , dont le
quartier eft au de - là de la Ville
& qu'on avoit envoié avertir
de marcher , prenant les Enne
mis par derriere, les épouvanta
tellement qu'ils rentrerent en
grade cofufion dans leur Ville.Il
n'y eut pendant tout ce jour qu'un
Capitaine de Cavalerie, un d'Infanterie,
& fix foldats de tuez ,
deux Capitaines de Cavalerie
bleffez, cinq Cavaliers tuez ou
bleßez à mort, & plufieurs chevaux.
Si le beau tems qui com.
mence continue , nous pourrons
avoir enfin des munitions . La
Y
90 IX. P. des Affaires
grande quantité de Peuple qu'il
ya dans cette ville nous en facilitera
la prifepar l'effet des
bombes & du Čanon , & quand
Londonderry fera pris , toute
l'Irlande fera en repos & affurée
au Roy d'Angleterre , qui
pourra enfuite fuivre fes def
feins Puifignan eft mort.
La Ville de Londonderry
qui fait aujourd'huy tant de
bruit dans toute l'Europe , s'appelloit
autrefois Derry , & on y
ajoûte le mot de London , parce
qu'elle fervoit d'entre -poft aux
Marchands de Londres , qui
venoient Y 'faire commerce.
Cette Place tenant pour la ligue
, fut affiegée du tems de
CromWel , parles Ecoffois quifoutenoient
le party du Roy ,
mais lors que ces fidels Sujets
étoient fur le point de
1
du Tems. 91
s'en rendre maître , les Irlandois
leur en firent lever le Siege
, & plufieurs Ecoffois perirent
en cette occafion.
La Relation que vous venez
de lire ne marque rien de M.
Maignoles -Montmeïan de
Aide de Camp de M. de Maumont
; mais comme les Nouvelles
publiques ont dit que les
deux Aides de Camp de M. de
Maumont avoient été tuez , je
fuis obligé de vous affurer que
M. de Maignoles n'a été que
bleffé . Ce gentilhomme étoit
Capitaine dans le Regiment
de Champagne , quand il partit
avec M. de Maumont pour luifervir
d'Aide de Camp.Depuis
fa bleffure , il a été fait Colonel
d'un Regiment Irlandois.
La nouvelle de la mort des
Officiers François , dont il eſt
92 IX. P. des Affaires
parlé dans cette Relation ;
aiant été fçeuë en France , le
Roy nomma M. le Comte de
Gacé pour fervir en Irlande
en qualité de Lieutenant Ge
neral , M. le Comte d'Hoquincourt
, & M. le Marquis d'Ef
caut , pour y faire la fonction
de Maréchaux de camp , &
M. d'Armancé & de Saint Pacelle
de Brigadiers. Sa
Majefté y avoit auffi envoié
quelque tems auparavant , M.
de Lery , Officier de fes Gardes
du Corps , pour fervir auprés
de la perfonne du Roy
d'Angleterre.
ter ,
>
Ce Prince étant de retour
du Blocus de Londonderry
& aiant trouvé à Dublin toutes
chofes preftes pour l'ouverture
du Parlement , s'y rendit
le dix-feptiéme de May Voi
ci la Harangue qu'il y fit.
du Tems.
93
MILORDS ET MESSIEVRS,
La fidélité exemplaire , que
cette Nation m'a témoignée dans
un tems, où d'autres de mes Sujets
fe font infidélement conduits
à mon égard, ou m'ont fi
lâchement trahi ; & les efforts
que vous avezfaits , en Jecondant
mon Deputé, dans le conrage
qu'il a eu de foûtenir mes :
droits, en confervant ce Royau- .
me , & le mettant en état de
défenfe , m'a fait prendre la
refolution de venir ici , & de
hazarder ma vie avec vous
pour défendre vos libertez &
monpropre bien Et certes , je
puis dire,à ma grande fatisfac- .
tion , que non feulement je vous
ay trouvez prêts à me fervir ,
mais qu'auffi vôtre fermeté a
égale vôtre zéle. Ie me fuis tou
1
94
IX.P.des Affaires
>
jours declaré en faveur de la
liberté de confcience , & contre
ceux qui ufurpent les proprietez
de qui que cefait, mefouvenant
de ce que dit l'Ecriture Sainte,
Fais comme tu veux que l'on
te falle , car c'est en cela que
confifte la Loy & les prophétes
Cette liberté de confcience que
j'ay donnée , a épouventé mes
Ennemis dans mesEtats & dans
Les pays Etrangers ; principalement
, lors qu'ils ont vû que j'étois
refolu de l'établir par les
Loix dans toutes les terres de
ma domination. Elle eft caufe .
qu'ilsfefont armez contre moi,
mais par de differens motifs .
les uns ayant eu peur qu'étant
une fois établie, mon peuple ne
devint trop heureux ; & les
autres qu'il fe rendit trop puiffant.
Ceft de ces raifons qu'ils
du Temps . 95
fe font fervis , pour perfuader
leurs Peuples defejoindre à eux,
pour engager beaucoup de
mes Suiets à me traiter de la
maniere connuë de toute la terre.
Neanmoins aucune choſe ne
me ferajamais changer depenfée
à cet égard, & dans tous les
lieux où je feray le Maiftre, ay
deffein avec l'aide de Dieu , de
l'établir par la Loy , & de ne.
faire aucune diftinction de perfonne
, que par la regle de la
fidelité. Je mattens que vous
concourrerez avec moy dans
cette oeuvre Chreftienne, & que
vous ferez des Loix contre les .
prophanes & les débauchez. Je
confentiray de toute mon ame ,
que vous faffiez des Loix , telles
qu'elles puiffent contribuer à
l'avantage de la Nation
l'augmentation du commerce, &
" à
96 IX. P. des Affaires
àlareparation des injufticesfaites
à ceux qui ont fouffert par
les derniers Actes d'établiſſe
ment , autant qu'elles pourront
compatir avec la raifon , la juftice
& le bien commun de mon
Peuple. Et comme je travailleray
de toutes mes forces à vous
rendre riches & heureux , je ne
doute pas que vous ne m'aidiez
à me mettre en eftat de m'oppofer
aux injuftes deffeins de mes
Ennemis , & de rendre cette
Nation floriffante . Et afin de
nous y encourager davantage ,
je vous prie de confiderer avec
combien de generofité & d'affection
Sa Majesté Tres - Chrêtienne
a tendu les bras à laReine
mon Epoufe , à mon Fils &¨à
moy. Confiderez qu'ayant été
forcez de nous retirer d'Angleterre
,ce Prince nous a receus
ن م
du Temps. 97
"
& protegez dans son Royaume ;
qu'il aembraffé courageusement
mes interefts,& qu'il m'afourni
toutes fortes de fecours, m'ayant
mis en état de venir icy. Sans
cette affiftance , je ne pouvois
rien faire , & je luy en fuis
d'autant plus redevable qu'il
me l'a donnée , & me la continuera
dans un temps , où il a
tant d'ennemis fi puiffans en
tefte. Je finis par où j'ay commencé
, en vous affeurant que
je fuis auffi fenfible qu'il fepeut,
aux marques que vous m'avez
données de vostre infigne fidelité,
& en vous protestant , que
je me feray une affaire de vous
rendre, vous tous mes Suiets,
Les plus beureux qu'il me fera
poffible.
Ce difcours recent de grands
applaudiffemens , & l'union ,
"
E
98 IX P.des Affaires
s
& la juſtice regnant dans ce
Parlement , on y travailla de
concert à paffer tous les actes
qui pourroient eftre de quelque
utilité au Roy dans la conjoncture
prefente , ainfi qu'au
bonheur & à la gloire de l'Etat.
On y a declaré l'Irlande.
independante des Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoffe. On a
caffé la Declaration d'Angleterre
, qui avoit confirmé aux
Anglois , quand le Roy Charles
II. fut remis fur le Trône,
les dons que Cromvvel leus
avoit faits des biens des Irlan→
dois chacun rentre par ce
moyen dans les domaines qui
lui avoient cfte ravis il y a qua
rante ans Le Roy en doit re
ftituer beaucoup qui lui avoient
cfté donnez par cette Decla
ration lors qu'il étoit Duc
LYON
du
Temps.
99
dYorc , mais il doit profiter en
recompenfe des biens des Rebelles
fugitifs , qui ſont confif
quez à fon profit . Le mefme
Parlement a paffé un Acte
pour accorder à Sa Majefté
un fubfide de vinge mille livres
ſterlins par mois , durant
treize mois ; un pour fupprimer
les appels en Angleterre ,
des Sentences renduës par les
Cours de juftice d'Irlande . Il
eft declaré par le même Acte ,
que ceux des Parlemens d'Angleterre
ne pourront avoir force
de loy à l'égard des Irlandois.
On en a auffi paffé plufieurs
autres ; un pour établis
la liberté de conſcience ; un
pour lever toutes les incapacitez
civiles , qui empêchoient
les Irlandois de pouvoir tenir
diverſes Charges de Robe &
Eij
LATE
DE
LYON
1893
"
100 IX. P. des Affaires
d'Epée ; un autre pour fuppri
mer les délais en Juftice , les
Lettres appellées d'Erreur, & ie
Privilege appellé du Clergé à
l'égard de ceux qui feront coupables
de felonnie , & un autre
pour donner cours dans le Ro
yaume aux efpeces étrangeres.
On a auffi travaillé dans ce
Parlement contre ceux qui en
étant jufticiables , ſe font revoltez
contre le Roy, & font
fortis d'Irlande fans fa per-,
miffion.
La fatisfaction que ce Parlement
a donnée à ce Monarque
, a efté troublée par une
maladie dangereuſe furvenuë
au Duc de Tirconnel , dont
on a cru long- temps qu'il ne
rechaperoit pas. Je fuis obligé
de dire icy que ce fut à Cork,
& non dans le lieu que je vous
du Tems.
for
ay marqué , qu'il vint trouver
Sa Majefté Britannique aprés
fon arrivée en Irlande , & qu'il
y vint fuivi des Gardes que fa
qualité de Viceroy lui permet
d'avoir , & qu'il amena pour
accompagner le Roy . Il y avoit
outre cela cent Gentilhommes
cheval , què l'empreffement
de voir & de faluër Sa Majeſté
avoit fait venir. Le Roy luy fit
un honneur que les Souverains
font rarement à leurs Sujets ;
l'ayant apperceu il s'avança
vers luy julques à la porte de
fa chambre, & l'embraffa . I
luy donna les louanges deües
à l'inviolable fermeté qu'il avoit
fait paroître pour fon fervice
, & luy fit non feulement
l'honneur de le faire dîner à
fa table , mais il le fit mettre à
fa droite , & le Duc de Ber-
2
E iij
102
IX. P: des Affaires
vvich à fa gauche.
Les premiers fecours que le
Roy de France avoit donez au
Roy d'Angleterre ne fuffitant
pas, & ce Prince ayant fur tout
befoin d'Ingenieurs, d'armes &
d'argent , Sa Majefté luy en en
voya. Le debarquement
s'en fitz
comme vous avez fçeu , dans
la Baye de Bantrie à la veuë de
la Flote Angloife, qui fut batuës
enfuite , & repouffée jufques
fur fes côtes , & qui pour cou
vrir fa honte , a publié que la
Flote Françoiſe étoit plus forte
, quoy que ce foit une chofe
abfolument fauffe , & pleinement
verifiée par les Lettres
qui ont paru de part , & d'autre,
& qu'on fçait d'ailleurs être
tres veritables . Comme ce
que la Flote de France avoit
debarqué étoit particulieredu
Temp's. 103
ment pour le fecours de Londonderry
, chacun crut que
ceue Place devoit eftre prife
auffi -toft aprés le débarquement
de ces Munitions , fans
examiner que la Baye de Bantrie
, & Londonderry font aux
deux bouts de l'Irlande , &
qu'on compie cent milles de
Dublin à Londonderry
, quoy
que Dublin foit à plus de la
moitié du chemin de la rade de
Bantrie à cette place affiegée.
D'ailleurs on n'avoit pas la
quantité de charrois neceffaires,
& les chemins font fort dif
ficiles en Irlande , étant par
tout coupez de foffez relevez de
terre comme des digues .On peut
juger par là qu'on manquoit
encore de beaucoup de chofes
pour affieger Londonderry dans
les formes , quand l'impatience
E iv
104 IX. P. des Affaires
fix
qu'on avoit d'apprendre fa
prife , faifoit croire que le Siege
avoit déja duré plufieurs
mois. Lors que la Flote Angloife
prit la fuite pour éviter d'être
entièrement défaite ,
Vaiffeaux Anglois que l'on crut
longtems perdus en Angleter
re , vinrent devant Londonderry.
Ils firent des fignaux
de victoire & de joye à la Ville,
& tirerent quantité de coups
de Canon . La Ville y répondit
par des feux de joye , & leurs
Chaloupes , & celles de Londonderry
fe donnerent reciproquement
de leurs nouvelles pendant
quelques nuits. your
M. de Lery , aprés avoir
marqué un Camp à trois mil
les de Dublin , pour dix mille
hommes d'Infanterie , &
quelque Cavalerie & Dragons,
du Tems. 105
partit le 3. de Juin pour aller
commander un Camp volant
aux environs d'Imfchilin , où il
y a cinq à fix mille Rebelles ,
qu'on veut feulement refferrer
pour
leur laiffer conſumer leurs
vivres, parce qu'on ne veut les
affieger qu'aprés la prife de
Londonderry. Il y a fujet de
croire que M. de Lery réüffira¹
dans tout ce qu'on lui ordond'entreprendre
, puis nera
qu'outre la valeur Françoife
qu'on remarque en lui , & ce
qu'il fait du mêtier de la Guerre
, il s'eft attiré les coeurs de
toutes les Troupes.
Le Parlement d'Irlande continua
fes Affemblées avec une
entiere fatisfaction des Peuples
qui témoignoient la joye qu'ils'
avoient de rentrer dans la plufpart
de leurs biens , & de leurs
E
J06 IX. P. des Affaires
anciens privileges , & pendant
ce tems , le Roy qui dans fon
voiage du Nord d'Irlande ,
avoit foumis Coleraine , Place
fort confiderable , & reçû les
foumiffions de quelques autres
Villes , aufquelles il avoit don
né une Amniftie generale ,.
parce qu'elles avoient quitté les
interefts du party Proteftant ,,
apprenoit que fon autorité s'affermiffoit
tous les jours dans le :
refte de l'Irlande , & que les
plus opiniâtres qui ne vouloient
pas recevoir les marques de fa
clemence genereuſe , ſe retiroient
dans Londonderrry ,.
de forte qu'il ne faut pas s'étonner
de fa longue & forte refi--
ftance , puifque non feulement
cette Ville eft grande & peu--
plée , mais que prefque tous les
Proteftans rebelles de tout le
du Tems. 107
Royaume qui n'ont pas voulu
rentrer dans leur devoir , & recevoir
l'Amniſtie , s'y font retirez.
Plufieurs même de ceux
qui l'avoient acceptée s'y font
jetez , & on l'a connu en cè
que le comte de Buchan , en
ayant défait un grand Party
qui vouloit encore s'y jetter
comme les autres , on trouva
far la plupart des Prifonniers
de pardon que le Roy leur avoit
fait expedier. La refiftance de
Londonderry ne vient pas feulément
du grand nombre de
perfonnes portant les armes
qui font dans la Place , elle
vient auffi de l'efperance du
grand fecours dont on a flaté
les Affiegez . Ils fe font repentis
-de n'avoir pas receu le premier
qu'on leur a envoié , qui étoi
Confiderable. Ce fecours n'en-
E vj
108
IX. P. des Affaires
V
tra point , parce qu'on ne vou
lut pas remettre lentier Gouvernement
de la Place à ceux
qui le commandoient . Dépuis
ce temps - là il y est entré
fort peu de monde , mais
beaucoup de Barques chargées
de munitions dont elle
avoit le plus de befoin. Les
Generaux qui commandent
au Siege auroient pu la prendre
, mais comme il s'agiffoic.
d'attaquer une armée dans une
Place , ils ont jugé à propos
d'épaigner le fang des Afficgeans
, & de ne point acheter
cette Conqueſte par la perte
d'un grand nombre des plus fr
déles Sujets du Roy d'Angleterre.
C'eft pour cela qu'ils ont
refolu de l'affamer , en empêchant
qu'il n'y puiffe entrer au
cú fecours par terre & pár mes.
du Tems... 109
Dans ce deffein ils ont fait une
eftacade à l'endroit le plus étroit
de la Riviere , & qui a
neanmoins cent toifes de face,
& huit braffes de fond . Les
deux bouts de cette eftacade
font deffendus par des redou
tes , & par des batteries à fleur
d'eau . Outre ces redoutes
il y a encore des retranchemens
qui en font fort prés , &
dans lefquels on a logé des
Moufquetaires, Ces retranchemens
enfilent l'eftacade , & n'en
font qu'à la portée du Pistoler.
On a auffi fait une eftacade
plus avancée de la même maniere,
& avec de pareils retra nchemens.
Ces eftacades ne peuvent
eftre forcées fans un peril
évident, parce qu'o n'y peut ar
river que vet arriere, & qu'ain
file retour en feroit prefque
110 IX. P. des Affaires
impoffible. Ces ouvrages ont
produit l'effet qu'on en attendoit
, Le Major General Kirk
eftant parti avec un fecours
confiderable , n'a pû l'introduire
dans Londonderry. Voici
une Lettre du bord de fa Flote
qui en fait foy.
NOSTRE paffage jusqu'à
Highlake a eftéfort ennuieux
&fort difficile , aiant beaucoup
de mauvais tems. Nous avons
étépendant quinze jours à l'an's
cre à la portée du Canon du
Fort de Kilmore Les Ennemis
fe fant bien retranchez des deux
coftez de la Riviere ils ont
des Batteries de vingt - quatre
livres de balle , dans les enx
droits les moins larges , qui ne
font pas de plus de la portée du
piftolet . S'il n'y avoit que cela, ›
du Tems: IIE
nous pourrions paffer à la faveur
d'un bon vent ; mais ils ont
affuré la Riviere par une groffe
eftacade qui la traverse , & qui
eft faite de cables , de chaifnes
& debois de charpente. Outre
cela ils ont enfoncé dans le mi- -
lieu du courants de grans bat--
teaux remplis de pierres , de
forte que le Confeil de guerre
naiant pas trouvé à propos de:
fecourir Londonderri par la Ri
viere , nous attendons davaninge
de forces pour mettre pied !
à terre, & marcher à la ville.
Cependant nous donnons aux:
Affiegeans des alarmes continuelles,
par des Partis que nous
faifons débarquer quand nous ·
avons befoin d'eau.
.
Voilà de quelle maniéres
parlent les Ennemis ; vous
I [ 2 IX. P. des Affaires
pouvez juger par - là de l'état
de la Ville de Londonderry:
Je vous apprendray à la fin
de cette Lettre les diverſes
nouvelles que l'on en aura reçûës.
Cependant je paffe à
ce qui s'est fait en Ecoffe dépuis
l'invaſion du Prince d'O - `
range en Angleterre . Je retrancherai
une infinité de chofes
fauffes qui fe font dites , &
qui ont rempli les nouvelles
publiques, & ne vous donneray
prefque autre chofe
que les Pieces dans cette Relation
.

du Tems. 113
AFFAIRES D'ECOSSE.
L étoit fort
important
au Prince
d'Orange
que lors qu'il viendroit
executer
la criminelle
entreprife
qu'il avoit formée d'ôter
la Couronne
au Roi fon Beau-
Pere , l'Ecoffe ne mit pas d'ob
ftacle à fes deffeins , parce que
ce Royaume
êtant contigu à
l'Angleterre
, & les Ecoffois
n'ayant point de mer à traver
fer pour s'y rendre, pouvoient
plus facilement
que les Irlandois,
venir
interrompre le cours
de fes progrés , en ſe joignant
à ceux des Anglois qui , quoy
que toujours
fidéles au fervice
de leur Prince , étoient
*TT4. IX. P. des Affaires
neanmoi is contraints de ceder
à la force , & nofoient le découvrir.
Le Prince d'Orange
pour empêcher le revers de
fortune qui luy pouvoit arriver
de ce côté-là , s'étoit acquis de
deux manieres ceux qui pouvoient
donner du mouvement
a tous les autres . Il avoit gagné
un nombre confiderable
de Presbiteriens à qui il avoit
promis qu'il donneroit fon
confentement pour l'aboliffe.
ment de l'Epifcopar, qui n'eft
pas trop aimé en Ecoffe , &
par le moyen d'une grande
fomme , il avoit fait entrer
dans fes interefts huit perſonnes
des plus remuantes de l'Etat
, dont le caractere luy étoit
connu & qu'il fçavoit qu'il
n'entraineroit dans fon party
que par cette forte d'intereft..
du Tems.
115.
Il partit de Hollande aprés ces
mefures prifes , ne doutant
point que
l'Ecoffe retenuë par
tous ceux dont il s'eftoit affeuré
, ne vid fon débarquement:
fans inquietude , & ne paruft
immobile , jufqu'à ce que la
Convention d'Angleterre qu'il
étoit demeuré d'accord avec
fes creatures de faire affembler:
lors qu'il feroit arrivé à Londres
, donnât un exemple à ce
Royaume fur lequel il n'euft
plus qu'à fe regler. La chofe
étoit bien imaginée ; & il étoit
vray-femblable que l'exemple:
de l'Angleterre qui eft un Etat
puiffant , feroit fuivy de
l'Efcoffe , qui eft beaucoup
moins confiderable ; ce qui ne
pouvoit manquer d'arriver , les
uns fe laiffant conduire à ce
qu'ils voyent faire, & les autres ,
116 IX. P. des Affaires
à la crainte d'être accablez par
le plus grand nombre. D'ailleurs
, tous ceux qui s'étoient
laiffé corrompre,devoient prendre
les uns & les autres par leur
foible , & les faire tomber dans
les fentimens où ils avoient arrefté
qu'ils tâcheroient de les
faire entrer , en leur reprefentant
à chacun les chofes qui
convenoient à leur caractere.
L'Ecoffe en trahiffant ainsi
fon Roy , n'a pas manqué feulement
à ce qu'elle luy doit
felon toutes les loix divines
& humaines , mais elle contrevient
à fes propres Loix,
& aux Actes de fon Parlement
, comme on peut
le voir
par un Acte qui a pour titre :
Acte du Parlement d'Ecoffe pour
la caffation du Convenant , &
de tout ce qui s'eft paffé en con-
~
du
Temps. 117
Sequence d'iceluy. En voicy les
termes.
de Le pouvoir des Armes
faire des Ligues & des Alliances,
eft un privilege irrevocable de
la Couronne , & une partie effentielle
de l'autorité des Rois
d'Ecoffe , tellement reconnue par
les Etats du Parlemet de ce tresancien
Royaume , que pour ſoûtenir
ce jufte droit de nos Souverains
, ils ont declaré que c'étoit
un crime de Leze- Majefté
à tous Sujets en quelque nombre
& de quelque qualité qu'ils
fuffent , ou quelque pretexte
qu'ils puffent alleguer , de prendre
les Armes , ny d'entrer en
aucunes Ligues ny Alliances
avec les Etrangers ou entre euxmêmes
, qu'en vertu de l'ordre
ouconfentement Special du Prince,
& ont annulle toutes Afsem.
118 IX. P. des Affaires
blées d'Etats , Actes de Parles
ment,ou autres paffexfans cette
circonftance.
Or comme nous favons que
durant les derniers troubles il
s'eft ainfi fait quantité d'unions
& de traitez défectueux , lefquels
peuvent caufer des jalonmes-
intelligences entre fies &
les Etats de Sa Majefte enEcoffe
, & ceux d'Irlande & d'Angleterre
, nous avons jugé à
Propos , pour ôter tous fujets de
divifion , & étouffer pour jamais
defi funeftes jemences, de déclaver
comme nous faifons par ces
Prefentes , qu'il n'i a aucune
obligation à ce Roiaume par
Convenant , Traitez ou autres
Attes , de fe mettre fons les armes
pour travailler à la refor .
me de la Religion dans toure
l'Angleterre , ou de s'ingcrep
du Tems. f 119
du Gouvernement public , & de
l'administration des affaires de
ce Royaume.
Avant que d'entrer dans le
détail de ce qui s'eft paffé depuis
l'ouverture de la Convention
jufqu'à aujourd'huy , il eft
à propos de vous rapporter l'Article
du Manifefte du Prince
d'Orange.
Les deplorablesfuites dupouvoir
arbitraire, & des pernicieux
confeils , font fi connues
dans l'état deplorable du Royau
me d'Ecoffe , que noftre raison
& noftre confcience nous engagent
à en avoir borrear. Ne
pouvant donc nous empêcher :
détre fenfiblement toucher de
ces miferes , nous avons pensé à
um remede convenable pour ſa-.
tisfaire à l'attente des gens de
bien & àtous lespraisProtefiams,
120
IX. P. des Affaires
c'eft la grande affaire que nous
nous propofons dans cette expedition,
dont l'équité paroistra à
tout le monde , quand ce qui a
été fait par ces mauvais Confeillers
fera examiné de près &
Sans prevention.
Il n'y a point de perfonnes
de bon fens qui puiffent fe
laiffer furprendre par cet arti
cle. Le Prince d'Orange auroit
deu prouver qu'il a quelque
droit d'entreprendre fur l'Ecoffe,
& c'est ce qu'il dédaigne de
faire , comme fi ce droit étoit
une choſe dont tout le monde
duft étre perfuadé . L'Ecoffe étoit
paifible, elle étoit contente,
elle n'exigeoit rien de luy , &
je l'ay prouvé dans les premieies
parties de cette Hiftoire, en
Vous rapportant les Adreffes
entieres de plufieurs Provin
ces .
du Tems. 121
res. Quelles étoient donc ces
déplorables fuites des pernicieux
confeils , & cet état déplorable
du Royaume d'Ecof-
-fe , & qui eft celuy qui dit, que
la raifon & la confcience l'obligent
d'en avoir horreur , &
qu'il a pensé à un remede convenable
pour fatisfaire à l'attente
des gens de bien ? Il faut
pour en ufer de la forte que
Dieu, & les hommes lui ayent
donné une autorité fur tous les
Rois , qui foit reconnuë , & ne
foit point difputée ; enfin qu'il
foit étably leur Juge , car autrement
il n'y a perfonne qui
foit en droit de parler par Nous,
& de marquer qu'il vient châ
tier les Rois. Cependant cette
confcience delicate eft un
homme , qui pour établir fon
autorité a commencé tout jeu
F
>
"
112 IX.P.des Affaires
ne , à ne reconnoître aucuns
fcrupules de conſcience lors
qu'il s'eft agy de s'élever , &
de s'affermir dans un pouvoir
que Dieu ne lui donnoit pas.
Cet homme qui ne fe fert que
de termes d'horreur pour condamner
la conduite d'un Monarque
qui n'a jamais regné
qu'avec douceur, & dont tous
fes peuples étoient fatisfaits , fi
l'on en exceptequelques efprits
remuans qui fe font laiffé furprendre
, eft un Prince qui ne
tire fon éclat que du fang de
ce Monarque qu'il veut détrôner,
ayant d'ailleurs toujours êté
aux gages d'une Republique
marchande, & n'ayantfait juf
qu'ici pour s'agrandir que des
actions capables d'infpirer
l'horreur , avec laquelle il die
qu'il regarde celles d'un Souve
du Tems. 123
rain legitime, qui n'a pas cherché
à parer le coup dont il fe
voit accablé,parce que rien n'a
pû luiperfuader qu'il cût l'ame
affez méchante pour en former
T'entreprife. Cependant, c'eſt
celui qui vient fans miſſion détrôner
les Rois , & même ceux
dont le fang & l'alliance de
vroient l'engager à prendre les
interêts , & qui lors qu'il n'eſt
appellé quepar quelques Traîtres
qu'il a corrompu pour les
attirer dans fon parti , ôſe dire
qu'il a pensé à un remede convenable
pour fatisfaire à l'attente
des gens de bien & que c'est
la grande affaire qu'il fe propo-
Se dans fon expedition, dont l'équitéparoîtra
à tout le monde.
Quand il a mis cét Article dans
fon Manifefte , il feignoit encore
d'être éloigné d'en vou-
Fij
124 IX. P. des Affaires
loir à la Couronne ; cependant
il n'avoit point d'autre but , &
on l'a connu par l'avidité avec
laquelle il l'a acceptée , ne ſe
l'étant pas fait offrir deux fois,
& n'ayant même ôfé témoigner
qu'il l'acceptoit avec
peine , de crainte que ceux
qui n'étoient pas dans fes interêts
ne goûtaffent fes raifons,
de forte qu'au lieu de l'équité
qu'il a dit dans ſon Manifeſte
qui devoit paroitre à tout le
monde , on l'a va ufurper une
Couronne fur un Roy , à qui les
droits les plus faints devoient
lui faire une obligation indifpenfable
de la conferver , méme
aux dépens de fa vie. Mais
fon deffein étoit d'abufer les
peuples , fachant bien que s'il
eut découvert d'abord fes veritables
fentimens , tous ceux
du Tems. 125
+
qui aimoient leur Roy , n'auroient
pû fouffrir les projets injuftes
d'un Ufürpateur.
Le 14. du mois de Mars
vieux ftile & le 24. felon le nôtre
, la Convention s'ouvrit en
Ecoffe. L'Affemblée fe trouva
fort nombreufe, & les Priéres
furent - lues par l'Evêque
d'Edimbourg. On examina enfuite
les Elections des Deputez,
dont il y en eut douze contef
tées. On nomma des Commiffaires
pour régler cette conteftation,
& l'on propofa enfuite
le Duc d'Hamilton , & le
Marquis d'Hatol pour prefider.
Le premier l'emporta de
plufieurs voix . La premiere
déliberation de l'Affemblée
fut de fonger aux moyens ,
d'engager le Duc de Gourdon
à fortir du Château d'E
Fij
116
IX. P. des Affaires
dimbourg , parce que ce Chateau
qui commande à la Ville
pouvoit fort l'incommoder , &
qu'on ne vouloit pas qu'il fut
occupé par un fidéle ferviteur
du Roi , & qui d'ailleurs étoit
Catholique. Or refolut d'envoyer
les Comtes de Tvveeda
le & de Lothian, pour le fommer
de le rendre, & pour lui of
frir une Amnistie, quoi qu'il ne
fût point au cas où il auroit pu
en avoir befoin, puis que fuppofé
que le nouveau Gouvernement
eut dû être legitime
il n'avoit changé que dépuis
deux ou trois heures ; mais
quand on fait mal , on agit ordinairement
avec tumulte , &
l'on fait peu de reflexion fur
ce qu'on refout. Le Duc
de Gourdon ayant demandé
vingt-quatre heures,les mêmes
du Tems. 127
Deputez retournerent au Château
le foir du lendemain 25.
mais il leur demanda encore
douze jours pour fe determi
ner , & enfin il refufa en difant
, qu'il avoit receu avis que
le Roy fon Maistre & le leur
étoit arrivé en Irlande & qu'il
étoit refolu de luy conferver ce
pofte , puis qu'il avoit bien
voulu luy en confier la garde .
Il fit même fçavoir aux Magiftrats
qu'il vouloit témoigner
fa joye de cette arrivée
par une décharge d'Artillerie ,
dont la ville ne devoit pas s'alarmer
puifqu'il l'affeuroit
qu'elle n'en recevroit mul dommage.
Il fut aisé de connoiftre
par cette réponse que ce Duc
perfifteroit dans fa genereufe
refolution ; mais comme fouvent
ceux qui n'obfervent pas
>
Fiiij
128
IX. P. des Affaires
·
la juftice dans les chofes qui
font les plus importantes & les
plus cffentielles , gardent un
grand exterieur dans celles qui
font peu confiderables, la Convention
qui manquoit à fondevoir
envers le Roi, voulut qu'on
fuivit toutes les formalitez de
la juftice à l'égard du Duc de
Gourdon , & elle ordonna que
des Herauts d'Armes revêtus
de leurs Robes de ceremonies,
iroient le fommer de rendre
inceffamment le Château ,
peine d'être declaré coupable
de haute trahifon , & que s
refufoit d'en fortir, ils iroient à
la Place publique , où avec les
mêmes ceremonies,ils le proclameroient
traitre & rebelle , défendant
à toutes fortes de perfonnes
,fous peine d'être reconnuës
atteintes du même crime,
à
s'il
du
Temps.
T29
d'avoiraucune correfpondance
traité, ou liaiſon avec lui , ni de
l'aider, appuyer, ou fecourir en
aucune chofe, & qu'aprés cela.
on confifqueroit fes biens , s'il
n'obéiffoit pas aux ordres de la
Convention. Les Herauts s'étant
acquitez de leur commiffion,
il leur répondit que le Roy
Jacques II. lui ayant confié la .
garde de ce Château , il ne le
rendroit qu'à lui, ou par fon ordre.
Aprés leur avoir parlé ainfi
du haut du Rampart, il leur
jetta trois guinées pour boire à
la fanté de Sa Majeſté. Ce même
jour , M. Crane ayant bien.
voulu fe charger d'une Lettre
du Roi malgré tout ce qu'il y
avoit à craindre de la part du
Prince d'Orange , la porta à
la Convention . C'étoit celle
que Sa Majefté avoit écrite a
F V
130 IX. P. des Affaires
Breft avant que de paffer en
Irlande, & que je vous ay donnée
entière dans la cinquième
Partie de cette hiftoire. Elle a
été applaudie de tous les honneftes
gens , & l'on y remarque
un caractere de bonté , &
d'honnefteté qui paroit pourtant
compatible avec la Majeft
Royale. La Convention
receut en même temps une
Lettre du Prince d'Orange.
Elle étoit du même ſtile que
Manifefte , & n'en contenoit
qu'une repetition fuccinte . On
delibera laquelle des deux. Lettres
feroit luë la premiere. La
difpute fut grande , mais enfin
il fut refolu de commencer
par celle du Prince d'Orange ,
chacun étant convenu qu'il
n'avoit aucun pouvoir pour
rompre l'Affemblée. C'étoie
fon
du
Temps.
131
fa
demeurer d'accord de l'autorité
legitime du Roy. On paffa
enfuite un acte , par lequel
on declara que quay que l'on
puft trouver dans la Lettre de
Sa Majesté pour empêcher les
procedures de la Convention, elle
étoit legale,& libre, & qu'elle
fe continueroit. Cela ayant
été agité long-temps , ne pafque
de deux voix . Vous remarquerez
que la Convention
vient d'établir que le Prince
d'Orange n'avoit nulle autorité
fur elle , & que par là elle
demeuroit d'accord de celle du
Roy. Cependant elle conclut
dans le même temps qu'elle
eft legale , & libre , & qu'elle
n'aura point d'égard aux ordres
de Sa Majesté. D'où luy
peut donc venir fon autorité ,
lors qu'elle ne reconnoiſt ny
132 IX. P. des Affaires.
les
celle de l'Ufurpateur , ny celle
de fon legitime Souverain ?
Elle n'en peut avoir d'elle - même,
& par confequent elle n'a
pû s'en donner. Ce font fes loix
qu'elle témoigne avoir tant à
coeur. Elle s'affemble pour
maintenir , & elle les rompt.
en s'affemblant. Ainfi le premier
pas qu'elle fait rend inutile
tout ce qu'elle peut faire
dans la fuite . La Convention .
n'eut aucun égard à la Lettre.
de Sa Majefté , & l'on peut dire
que cinq chofes en furent
caufe ; les voix achetées par le
Prince d'Orange; celles des foibles
que des Traiftres corrompus
fçeurent attirer dans leur
party ; le plaifir que d'autres
fentoient à gouverner dans la
Convention ; la joüiffance
des privileges qui font atta
du
Temps. 133
chez à fes membres , & la nouveauté
qui ayant par tout
beaucoup d'empire , en a plusen
ces- Royaumes là que dans
les autres , de forte que la Convention
nomma des Commiffaires
pour faire réponſe à la
Lettre du Prince d'Orange.
le remercier , & le
congratu
>
ler fur fes heureux fuccés en
Angleterre, Un Sergent d'Armes
qu'on avoit commis à garder
le Gentilhomme qui avoit
apporté la Lettre du Roy , eut
ordre de le relâcher , & on luy
donna même un paffe - poit
pour s'en retourner. Il n'étoit
refté dans l'Affemblée que trois
Evêques qui refuferent tous.
trois de figner la Lettre pour
le Prince d'Orange. Plufieurs:
Membres firent le même refus..
La Convention. fe devoit
134 IX. P. des Affaires
trouver embarraffée > parce
que
fes manieres different en
beaucoup de chofes de celles
d'Angleterre , & que toutes
fes refolutions doivent felon fes
loix étre fignées de tous ceux
de l'Affemblée. Cependant , il
y avoit beaucoup de Membres.
qui ne vouloient point figner ,
ce qui faifoit une nullité. En--
fin elle trouva un expedient
qui fut de faire figner fa Lettre
par le Prefident au nom
de tous ; mais cela ne pouvoit
empêcher qu'elle ne fuſt defequeule
de mefme que tous
les actes qui ont efté paffez depuis
dans cette Convention .
Ainfi tout y eft remply de nullitez
mais il ne faut pas s'étonner
qu'il s'en trouve tant:
dans une chofe qui ena dans
fon principe. On peut voir
du Tems. 135
par là fi tout ce qui a été fait
dans cette Affemblée en faveur
du Prince d'Orange peut
être valable. Elle luy donna
le titre de Roy d'Angleterre
en luy écrivant , mais comme
elle ne l'avoit pas encore nommé
Roy d'Ecoffe , ceux dont
elle étoit formée ne prirent
point la qualité de Sujets . Voicy
la Lettre qui luy fut portée
par Milord Reſſ..
SIRE ,
Comme les Hommes n'ont riew
de plus cher au monde, que leur
Religion , leur Liberté & leurs
Loix , auffi le fentiment des extremesperils
aufquels ces chofes
viennent d'eftre expofées doir
produire de profondes actions
degraces de lapart du Royaume
136 IX. P. des Affaires
A
d'Ecoffe à Vostre Majefté ,
que nous reconnoiffons avec toute
la fincerité & gratitude
imaginable , avoir eſté , aprés
Dieu , noftre grand & unique
Liberateur ; & nous nous acquittons
d'autant plus volontiers
de ce devoir , que Dieu
afait la grace à Voftre Majefté
, d'eftre l'illuftre inftrument
de la confervation
de
La verité ; & qu'il a favori-
Jé vos entreprises d'un heureux
fuccez par le progrés
confiderable que vous avezfait
dans noftre délivrance
dans la confervation de la Religion
Proteftante , & de nos
Familles.
>
&
Nous faifons nos tres humbles
remerciemens à Voftre
Majefté , d'avoir accepté l'ad
miniftration de nos affaires pudu
Tems. 137
bliques , & d'avoir convoqué
les Eftats de ce Royaume. Nous
prendrons Voftre Lettre en nofre
ferieufe confideration , auffi-
toft qu'il nous fera poffible ;
& nous efperons avec la grace
de Dieu , de prendre dans
peu des refolutions qui vous feront
agreables , qui affureront
la Religion Proteftante , & établiront
le Gouvernement , les
Loix & les Libertez de ce Royaume
, fur des fondemens falides,
qui tendent au bienpublic,
& qui répondent aux inclinations
du peuple.
Quant à la propofition de
l'Vnion , nous ne doutons
pas
que Voftre Majesté ne difpo-
Je cette affaire ; de forte , qu'on
trouve en Angleterre une égale
difpofition à la recevoir ;
comme l'un des meilleurs mo138
IX. P. des Affaires
>
gens pour affeurer le bonheur
de ces Nations & l'établis
fement d'une bonne & durable
paix.
Nous avons jufqu'à present
fait noftre poffible , & continuerons
à le faire , pour éviter les
animofitez & les prejugez qui
pourroient troubler nos deliberations
, afin que comme nous
fouhaitons le bien public , nous
travallions à le procurer à la
nation , avec la concurrence &
>
l'approbation generale du Royaume.
Cependant nous prions
Voffre Majefté de nous continuer
fes foins & ſa protection ,
dans tout ce qui nous regarde
les obligeantes expreffions dont
voftre Lettre eft remplie , nous
en donnant d'entieres affeurances.
Signé au nom de Nous
qui compofons les Eftats du
du Tems. 139
Royaume d'Ecoffe , par noftre
Preſident qui eft ,
SIRE ,
De Votre Majefté,
Le tres-humble, tres -fidelle &
tres obeiffant Serviteur ,
HAMILTON.
A Edimbourg , le 23. Mars 16
Cette Lettre eft entierement
contraire à la deliberation de
l'Affemblée du jour precedent..
On y étoit convenu qu'on pouvoit
lire la Lettre du Prince
d'Orange , parce qu'il n'avoit
aucune autorité pour caffer l'Affemblée.
Ce font les propres
140 IX. P. des Affaires
"
1
termes dont la Convention s'eft
fervie , & voicy ceux dont el
le fe fert dans fa réponſe au
Prince d'Orange . Nous rendons
tres - humblement graces
à Vôtre Majesté d'avoir convoqué
les Eftats de ce Royaume.
Comment fe peut-il que
le Prince d'Orange n'ait pas
le pouvoir de caffer la Convention
, comme il vient d'eftre
dit , & qu'il ait celuy de
la convoquer , comme porte
cette Lettre ? Ces contra dictions
font pitié , & l'on voit
la tefte tourne à que
ceux qui cherchent des pretextes
pour mal faire , & qu'ils
fe contredifent fans aucun égard
à ce qu'ils font , à meſure
qu'ils veulent faire approuver
leurs injuftices. Quant aux
louanges dont la Lettre eft
bien
du
Temps.
141
pleine , il ne faut pas s'étonner
que des gens gagnez en donnent
à un Prince qui les a feduits.
Beaucoup de perfonnes
ayant connu par les deux premieres
Seances de la Convention
, que la liberté des fuffrages
n'y feroit pas entiere , &
qu'il y avoit un party de gens
aveuglement attachez au Prin
ce d'Orange , qui ne fouffriroit
pas que rien paffaft que
ce qu'il avoit concerté avec ce
Prince , fe retirerent de l'AL
femblée. Plufieurs Evêques qui
découvrirent la Ligue qu'on
avoit faite pour abolir l'Epif
copat , furent de ce nombre.
II y eut mefme des Creatures
du Prince d'Orange qui pour
donner l'exemple aux Presbiteriens
, exciterent du defordre
dans quelques Eglifes des Pro742
IX. P. des Affaires
teftans Conformiſtes , croyant
que la fedition deviendroit
plus generale , & qu'ils avanceroient
par là leurs affaires.
La Convention nomma un
Commité de huit Seigneurs ,
huit Chevaliers , & huit Bourgeois
, pour établir la forme du
Gouvernement , & donna plufieurs
ordres pour fa feureté,
parce que les Traiftres apprehendent
toujours. Ce fut pour
cela que l'on mit dans les Fauxbourgs
quelques Regimens venus
d'Angleterre , & qui éto-
⚫ient commandez par le General
Mackay. Elle fit remercier
les Officiers de la Province de
Glafcovv , par qui elle s'étoit
fait garder , & ordonna que
toutes les Milices du Royaume
, tant Cavalerie qu'Infanterie
, feroient affemblées dans
du Tems. 143
ܨܐ
les endroits les plus commodes
des Provinces , & continueroient
de l'eftre pendant fix
jours confecuufs ; qu'enfuite
elles fe tiendroient preftes de
marcher avec des munitions
pour vingt jours. Elle reſolut
auffi que Machay feroit battre
le Tambour pour faire des recrues
pour quatre Regimens
d'Infanterie , & un de Dragons
: que les Magiſtrats d'Edimbourg
fourniroient les Chariots
, & le Comte de Marre
l'Artillerie ; le tout felon que
Mackay , qu'elle declar Commandant
en chef des Milices
& des forces qui feroient levées
, le jugeroit à propos . On
leut dans la Convention des
Lettres de Milord Livingſtonne
, par lesquelles il rendoit
compte des raifons qui l'a144
IX. P. des Affaires

voient obligé de fe retirer d'Edimbourg.
On en leut auffi du
Vicomte de Dundée fur le même
fujet. On fit pre fter le ferment
aux Magiftrats d'Edimbourg
& la Convention s'êtant
ajournée , à quelques jours
de là , les Commiffaires établis
pour regler les affaires du Royaume
, continuerent de s'affembler.
Il y eut de grandes
agitations & de grandes cabales.
Pendant ce temps -là , les
Amis du grand Chancelier du
Royaume , qui avoit efté arrefté
au Chateau de Sterling ,
fe remuerent beaucoup . On
tira des armes des lieux où il
y en avoit , pour les diftribuer
dans les Provinces à ceux qui
étoient gagnez par les Partifans
du Prince d'Orange ; &
comme on eftoit bien aife :
·
du Tems. 143
que les Catholiques fortiffent
du Royaume , parce qu'on les
apprehendoit , on fit offiir
des Paffeports
à tous ceux qui
voudroient fe retirer. Plufieurs
Membres de la Convention
refolurent de n'y plus retour-
& quelques Magiftrats
d'Edimbourg
quitterent leurs
Charges plûtoft que de luy
vouloir prêter ferment.
ner

&
?
Les Commiffaires nommez
pour établir le Gouvernement
étant tous tirez du
nombre de ceux que l'on
avoit mis dans les interefts du
Prince d'Orange , declarerent
le Trône vacant. On établit .
un Sous - Committé pour en
donner les raifons , & aprés
quelques deliberations les
Voix furent recueillies . Il n'y
en eut que douze d'un avis
G
146 IX. P. des Affaires
contraire ; mais fi ceux qui s'é
toient abfentez , fe fuffent trouvez
à l'Affemblée , leur nombre
l'auroit emporté ſur celuy des
Creatures du Prince d'Orange.
Voicy en propres termes cc
qu'on arreſta.
Les Etats du Royaume d'Ecoffe
trouvent & declarent que
le Roy Lacques VII. faifant
profeffion de la Religion Papiſte,
s'eft attribué le pouvoir Royal ,
& a agi comme Roy , Sans
avoir prefté les fermens requis
Par
les Loix , & qu'il a par
L'avis des méchans Confeillers
envahy la Conftitution fondamentale
de ce Royaume , &
l'a changé d'une Monarchie
legale & limitée en un pouvoir
arbitraire& defpotique , &
qu'il a gouverné à la ruine de
la Religion Proteftante, & à la
du
Temps. 147
violation des Loix des libertés
de la Nation,détruisant toutes
lesfins du Gouvernement en
quoy ila forfait. Le droit de la
Couronne, & le Trône eft par là
devenu vacant.
J'ay fait voir la faufſeté de
ces raiſons en tant d'endroits ,
que je ne les repeteray point
icy. Je diray feulement que
la Maifon de Stuait étant
originaire d'Ecoffe , il fembloit
que ce Royaume - là , devoit
regarder cet honneur comme
un avantage qui l'engageoit
à prendre les interefts d'un
Monarque qui en fot , contre
l'attentat d'un Ufurpateur.
Il eft vray que l'on peut dire
que ce n'est pas la Nation
qui a agi en cette rencontre
mais feulement ce qu'elle a de
parties corrompues , qui l'ont
Gj
148 IX. P. des Affaires
emporté fur les plus faines. Plu
fieurs Deputez dirent leurs
fentimens avant que l'Acte que
Vous venez de lire paffaft , &
demanderent , Si felon les Loix
le Roy devoit eftre refponfable
de la mauvaise conduite de ceux
qu'il avoit employez , s'il n'étoit
pas de l'équité naturelle, &
encore plus du refpect qu'ils devoient
à Sa Majefté , de luy
envoyer des Deputez pour luy
reprefenter leurs griefs , & le
prier de leur donner la fatisfa
tion qu'ils devoient raifonnablement
efperer fur tous les articles
; enfin s'il ne falloit pas
examiner avant toutes chofes ,
quelle étoit l'autorité des Etats
pour juger un Roy legitime , à
qui toute la Nation avoit fait
ferment, puis qu'il étoit certain
que cette pretention ne pouvoit
du Tems. 149
être autorisée par aucune Loy s
ny par aucun exemple non contefté
, Toutes ces propofitions
demeurerent fans effet ; ce qui
avoit été arrefté dans le Cabinet
du Prince d'Orange , &
qui étoit appuyé par fes Creatures
, devoit paffer, Auffi foûtinrent
- elles que la Convention
avoit une autorité contraire
à ce qui eft porté dans
une infinité d'actes de plufieurs
Parlemens d'Ecoffe. Sept Evêques
& quelques Seigneurs étoient
revenus à la Convention
, croyant y pouvoir fervir
le Roi ; mais la partie étoit
trop forte , & on étoit moins af
femblé pour deliberer , que
pour paffer ce que les Partifans
du Prince d'Orange avo
ient arreſté entre eux ; de for
te que ces fidelles Sujets ne
150 IX. P.des Affaires
trouverent point d'autre mo
yen de fervir Sa Majesté Britanique
, qu'en proteſtant contre
un Acte qui doit rendre
la Nation odieufe à la Pofterité
, & que cette Nation ne
τέ
manquera pas d'avoir elle -même
un jour en horreur , comme
elle a eu tous ceux qu'elle a
paffez contre le Roy Charles -
premier.
Pendant qu'on agiffoit de
la forte , le Vicomte de Dundée
qui s'étoit retiré à une
Maifon de Campagne , ayant
refufé de venir rendre compte
de fa conduite , fut declaré
rebelle. Le Duc de Gourdon
fit éclater fa fidelité , & l'injuſtice
qu'on faifoit au Roy
fembla avoir augmenté l'ardeur
qu'il montra pour défendre
le Château.
du
Temps. Ist
Le Committé ayant été d'a
vis de reconnoiftre le Prince
& la Princeffe d'Orange Roy
& Reyne d'Ecoffe , la Convention
fuivit ce Refultat , en
les faifant proclamer. Les Amis
du Prince d'Orange firent
paroiftre leur zele , & la Convention
dreffa les Articles fuivans
pour leur eftre prefentez.
Z.Les Etats fouhaitent que leurs
Majeftés fereniffimes reconnoiffent
qu'il eft contraire aux loix
du Roiaume qu'un Papifte en
foit Roi ou Reine ni qu'il y poffede
aucune charge , & qu'un
Succeffeur Proteftant faffe les
fonctions de l'autorité royale
avant qu'il aitfait les fermens
defon avenement à la Couronne.
II. Que les loix défendent
G iiij
8.52 IX. P. des Affaires
Bufftoutes les proclamations que
tendent àfufpendre ou aneantir
les Loix & à introduire le pouvoir
abfolu , à ériger des Colleges
de Jefuites , à changer les
Temples Proteftans en Eglifes
Aes , à fouffrir qu'ony di
fe effe , qu'on imprime & debus
Lures papiftes , qu'on
en we des enfans pour les faire
before hors du pays chez des
Carboliaves Romains , qu'on êreffe
des fonds & des revenus
Bussieretient des Ecoles papifies
gr on donne des penfions
aux Prészes , & qu'on folicite
Les Prot ftans à changer de religion
par des offres de charges :
de preference ou autrement .
III. Qu'il eft contraire
aux loix qu'on defarme les proteftans
, qu'on donne aux papiftes
les emplois civils & militaidu
Tems. 153
res les plus importans , & qu'on
leur confie les Magaſins , les Citadelles
,& les autres placesfortes.
IV. Qu'il n'est pas permis
d'impofer de certains formula:-
res de ferment ou de nouveaux
fubfidesfans l'autorité du Parlement
, ou de l'affemblée des
Etats,
V. Que les Loix défendent
d'envoier des Officiers de l'armée
en qualité de Juges par tout
le Roiaume, de leur donner droit
de Iurifdiction en quelque lien
qu'ils fe trouvent , de condamner
à mort & de faire execu
ter les gens fans forme, ni figure
deprocez, d'impofer des ama
des exceffives d'exiger des cau
tions exorbitantes , de difpofer
des amandes & des confifca
tions avant que la Sentencefoits
GY
154 IX. P. des Affaires
donnée, d'emprisonner quelqu'un
fans en rendre raison, de differer
de lui faire droit , de le
poursuivre & de confifquer fes
biens fur des pretextes frivoles
& des preuves d'effectueuses ,
comme on afait à l'égard dufeu
Comte d'Argile.
VI. Qu'on ne peut nommer
les Magiftrats que conforme- .
ment aux chartres &privileges :
des viles.
VII. Qu'il n'eft pas permis
d'envoier des lettres de cachet
aux Cours de juftice qui
ordonnent aux luges de fufpendre
le jugement d'un procez , ou
qui leur preferivent la maniere .
d'y proceder , ni de changer les
Juges à vie en des Inges qu'on
peut dépofer quand on veut.
VIII. Qu'il eft contre les
Loix d'accorder protection per
du Tems. ISS
Jonnelle à quelqu'un pour l'exemter
depayer fes dettes,
IX. Qu'il n'est pas permis
de forcer les accufez à déposer
contre eux-mêmes n'y d'apliquer
à la question pour des crimes
ordinaires , ou fans preuves
évidentes.
X. Qu'il eft défendu d'envovoier
une armée eu tems depaix
pour faire des hoftilitez en quelque
partie du Royaume, de donnerfranc-
quartier aux Soldats ,
chez les Habitans , ou de les
mettre en garnison chez des
particuliers fans l'autorité du
Parlement.
XI. Que fans autorité on
ne peut preferire des Loix aux
Cours de juftice au nom du Roy
ni fufpendre les Avocats qui ne
veulent pas plaider devant les
Tribunaux qu'ils ontfubis.
G vi
156 IX. P. des Affaires
XII. Qu'il eft contre les
loix de foutenir que c'est être.
coupable de haute trahison , de
ne vouloir pas dire ce qu'on penfe
en fait de trabifon , ni juger
des actions des autres:
des
XIII. Qu'on ne doit pas
condamner à l'amende les Maris
dont les Femmes quittent la
Communion de l'Eglife.
XIV. Que l'Epifcopar eft à
charge à la Nation , & n'est
propre qu'à caufer des troubles
dans le Royaume , parce que
Miniftres égaux en autorité y
ayant établi la reformation , le
general des Ecoffois eftportépour
le Gouvernement Presbiterien.
C'est pourquoi il feroit à propos
d'abolir l'Epifcopat , & toutefuperiorité
entre les Pafteurs de
ce peuple.
XV. Que c'est un des priamdu
Tems.
157
leges desfujets de pouvoir protefter
devant le Roi & le Par-
Lement pour remedier à la loy
contre les Sentences des Seigneurs
des Affifes , & de pren
dre garde qu'ils ne furfeoient
L'execution de ces Sentences .
XVI. Que c'est encore un des
droits des fujets de prefenter
des Adreffes au Roi, & que tous
emprifonnemens & toutes pours
fuites faites à cause de ces adref
Les contre ceux qui lès ont prefentées,
font contraires auxloix.
XVII. Que pour redreffer
ces Griefs , corriger , confirmer
& conferver les loix, il eft neceffaire
de convoquer fouvent
des Parlemens , & de donner
aux membres qui les compofent.
la liberté de dire & defoutenir
Leur opinion.
Comme il faut ordinaire
i58 IX. P. des Affaires
.
ment employer divers moyens
pour faire fubfifter les injuſtices,
ce qui n'arrive pas quand
tout le fait felon le droit & la
raiſon , la Convention trouva
à propos de faire publier la
Proclamation fuivante , pour
affeurer le crime qu'elle venoit
de commettre en préferant
un Ufurpateur à fon legitime
Souverain .
Les Etats du Roiaume d'Ecoffe
ayant proclamé & déclaré
Guillaume & Marie Roi &
Reine d'n Agleterre , de France
& d'irlande, Roi & Reine
d'Ecoffe , ont trouvé à propos
defaire fçavoir au peuple par
une proclamation publique , que
perfonne ne prefume de reconnoitre
Jacques VII. ci-devant
Roi , pour fon Roi , ni d'obeir
accepter ou recevoir aucuness
>
du Tems. 159
·
commiffions ou ordes par lui donnez,
ni de correfpondre avec lui
d'aucune autre maniere ; & ne
prenne la liberté , fous peine
d'encourir les plus grans perils,
d'impugner ou defavoüer de vive
voix, par écrit, en préchant
ou de quelque autre maniere
que cefoit , l'Autorité Royale de
Guillaume de Marie Roy &
Reine d'Ecoffe , mais que tous
Les Sujets de ce Royaume rendent
toutes fortes de refpects &
d'obeiffance à leurs Majeftez ,
& que perfonne ne prenne la
bardieffe de mal interpreter les
procedures des Etats, & de fairenaitre
des aloufies on de
mauvaises conftructions des actions
du Gouvernement ; mais:
que tous les Miniftres de l'Evangile
dans ce Roiaume,prient
pour le Roi Guillaume & la
160
IX. P' des Affaires
>
r
ن م
Reine Marie comme Roi &
Reine de ce , Royaume . Les Etats
ordonnent aux Miniftres de cette
ville de lire Dimanche prochain
24. de ce prefent mois
d'Avril, la prefente proclamation
dans leurs chaires , à lafin
de leur Sermon du matin
aux Miniftres demeurant de ce
côté ci de la Riviere de Tay , de
la lire le Dimanche fuivant
premier Mai ; & ceux de de- là
la même Riviere le 8. du même
mois, fur les mêmes peines , exemptant
les uns les autres
de lire dans les Eglifes, la Proclamation
du Confeil , en date
du 26. Septembre 1686. Et les
Etats défendent à toutes perſon--
nes , de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de faire
aucune injure à aucun Miniftre
de l'Evangile , fait dans les E--
>
du
Temps.
161
glifes ou dans les Conventicules
qui y font à prefent en poffeffion
de leur Miniftere pourveu qu'ils
tiennent une conduite conforme
auprefent Gouvernement, & ils
ordonnent que cette proclama.
tion foit publiée à la Croix dr
Marché d'Edimbourb avec
lafolemnité accoûtumée , afon
queperfonne n'enpretende caufe
d'ignorance.
La convention ordonna auffi
que perfonne ne s'abſentaſt
des Séances fous peine de Prifon
; cependant plufieurs Seigneurs
& Deputez , & tout ce
qu'il y êtoit refté d'Evêques
s'en retirerent. C'étoit mar
quer avec beaucoup de vigueur
, l'injuſtice faite au Roi
& rendre defectueux ce qui
faifoit à la Convention, quand'
même elle auroit êté legitime162
IX. P. des Affaires
ment aſſemblée. On ne peut
douter que tout ce qui fe paffoit
en Ecoffe ne fe fit violemment
& par ceux qu'avoit gagnez
le Prince d'Orange , puis
qu'on apprenoit à tous momens
que plufieurs perfonnes de difinction
prenoient le party du
Roy, & qu'on ne pouvoit ap
porter quelque ordre à ce qu'on
en devoit craindre , qu'en les
failant arrêter. Le Comte de
Belcarres , le Lieutenant Colonnel
Balfour & plufieurs
autres furent de ce nombre, & il
ylen eut quife retirerent dans le
Nord oùils furet joins par plu-
Geurs Sujets fidelles . D'un autre
côté la vigoureuſe reſiſtance
du Duc de Gourdon dans le
Château d'Edimbourg , faifoit
connoiftre qu'il y avoit des
Pairs du Roiaume, & des troudu
Temps. 163
pes ; qui aux dépens de leurs
vies , vouloient demeurer fidé
les au Roi . Quoi que la
Convention ſe trouvaft tellement
diminuée par le nombre
de ceux qui s'en êtoient
retirez , qu'elle n'avoit plus
affez de voix pour rien con
clare , quand même elle auroit
été legale , elle nomma nean◄
moins des Commiffaires pour
aller offrir la Couronne d'Ecoffe
au Prince d'Orange , aux
conditions que vous venez de
lire. Ces Commiffaires furent
le Comte d'Argile , le Cheva
lier Jacques Montgommery
,
de Skimorley , & le Chevalier
Jean d'Arumple. Il faut remarquer
que le Comte d'Argile
avoit trahi le Roy de la
même maniere que le Comte
de Sunderland, que fon Pere &
fon grand-Pere ont été execu
164 1X. F. des Affaires
.
tez pour crimes de haute trahifon,
& qu'il avoit feint de fe
rendre Catholique pour obtenir
du Roy un pardon dont il
êtoit fort indigne. On peut jujer
par-là fi la voix d'un homme
de ce caractere doit eftre
comptée , quand il s'agit de
dépofer un Roy legitime , &
fi une affemblée qui a forgé
le nom de Convention pour
fe le donner , & qui ne peut
être legitimement affemblée
felon les loix de l'Etat, aufquelles
elle contrevient en s'affemblant,
fous pretexte de les mainrenir
, lors qu'elle les enfraint
a pû détrôner fon Roy , pour
mettre en fa place un Prince,,
qui dés qu'il a pû avoir le moindre
commandement, n'a point
donné de bornes à fon ambition,
& a cru que tout étoit permis
pour regner .
du Tems.
165
Les deputez partirent chargez
d'une Lettre des Etats pour
Te Prince & la Princeffe d'O
range, qui leur apprenoit qu'ils
les avoient proclamez Roy &
Reyne d'Ecoffe , à condition
qu'ils promettroient par ferment
d'executer les Articles
qu'on leur venoit preſenter. Ils
remercioient par la méme lettre
ce Prince & certe Princeffe
des Troupes qu'ils avoient envoyées
, & pour ce qui regardoit
l'union des deux Nations
en un feul corps, dont le Prince
d'Orange leur avoit parlé
dans celle qu'ils avoient reçeuës
de lui , ils marquoient
qu'ils nommeroient des Commiffaires
pour preparer la matiere
. Cette lettre finiffoit
par
la priere que la Convention
faifoit à ce Prince de la chan166
1X. P. des Affaires
ger en Parlement. Elle ne
tine plus aucune Séance depuis
ce tems-là , & elle fe fepara
juſques à la fin du mois.
Pendant que quelques deputés
de la Convention s'acquitoient
fi mal de leur devoir, plufieurs
Miniftres faifoient le leur , en
refuſant de faire des prieres
dans leurs Eglifes pour le Prince
& la Princeffe d'Orange.
Ces Miniftres ayant été citez
devant les Commiffaires des
Etats , répondirent , qu'ils ne
pouvoient obeir à l'ordre de la
Convention
, fans manquer के
leur devoir envers Dieu, envers
leur Roy legitime , & envers le
public à quifelon leur profeſſion
ils doivent donner un bon exemple.
Leurs raiſons êtoient fi
recevables , que les Commisfaires
n'y purent répliquer, Cedu
Tems.
169
pendant ils ne laiffairent pas
de les exhorter à changer d'avis
, & d'employer la force au
lieu des raisons en les privant
de leurs benefices. Ils firent
auffitôt arrêter Milord Mitland,
qui témoigna être dans les interêts
du Roy ; mais le Vicomte
Dondée aiant mieux fait fa
partie , & êtant d'intelligence
avec plufieurs perfonnes qui te
noient pour le Roy , fe retira
dans le Nord d'Ecoffe avec environ
cent chevaux. On aprit
quelques jours aprés , lors
que Makay avoit affure la
Convention que ce Vicomte
êtoit à Inverneffe , qu'il entra
le même jour, à trois heures du
matin , dans la Ville de Perth
ou Sainte-Jolionftonne . qui eſt
à cent milles d'Inverneffe , où
il avoit furpris les Batons de
168 IX. P. des Affaires
Blair & de Pork , qui avoient
levé à leurs dêpens des Troupes
de cavalerie pour le Prince
d'Orange ; que les ayant fait
tous prifonniers , il avoit fait
monter leurs fiens fur les chevaux
; qu'il s'étoit faifi auffi
de tout l'argent qu'il avoit trouvé
dans dans cette Ville, difant
aux Magiftrats, qu'il en repondroit
au Roy Jacques , leur
véritable Maiſtre ; que quarante
Gentilshommes s'êtoient
joints à lui que ce jour - là les
Dames lui avoient fait quanti
té de préfens : qu'il êtoit parti
de Perth environ à quatre heu.
res aprés midy , & avoit marché
vers Dundée que ces
Troupes s'augmentant toujours
en marchant & avançant vers
Prefth , il avoit gagné le Marquis
de ce nom , & le Comte
de
du
Temps.
169
Dunmere fon Fils ; que quand
le Vicomte fut arrivé à Dundée
, tous les Gentilshommes
des environs l'étoient venus
joindre , & que la plus grande
partie du Peuple s'étoit declarée
à haute voix pour le Roi ,
& qu'aux environs il avoit
trouvé une troupe de Cavalerie
, commandée par Milord
Rollo ; que les les ayant faits prifonniers
, il avoit fait monter
encore plufieurs des fiens fur
leurs chevaux , & qu'en même
temps deux troupes de Dragons
avoient pris le parti de Sa
Majefté , & s'étoient jointes à
lui , ainfi que faifoient tous les
vieux Officiers quand ils en
trouvoient l'occafion.
Ces nouvelles allarmerent
d'autant plus les Partifans du
Prince d'Orange qu'elles fu-
H
170 IX. P. des Affaires
rent confirmées par les Lettres
du General Mackay , qui
écrivit qu'il n'étoit pas affez
fort pour s'opposer à Milord
Dundée, & qui demanda avec
beaucoup d'inftance qu'on lui
envoyaft les Troupes qu'il avoit
laiffées devant le Château
d'Edimbourg. On les fit auffitoft
partir , mais comme il
y en avoit d'Angloiſes fur la
Frontiere qu'on n'avoit pas
voulu recevoir en Ecoffe , on
écrivit afin qu'elles vinffent
tenir devant le Château le
pofte que Mackay avoit été
obligé d'abandonner. Dans
le temps que l'on voyoit augmenter
ce defordre dans l'Eil
y en avoit encore plus
dans l'Eglife , tous les Curez
Conformistes & plufieurs autres
, ayant refuſé de faire des
tat ,
du
Temps. 171
Prieres pour le Prince , & la
Princeffe d'Orange. On en priva
de leurs Benefices , comme
on avoit déja fait auparavant ,
& on en mit en prifon qui avoient
fait des prieres pour lc
rétabliſſement du Roy Jacques .
Le Committé qui les pourfuivoit
fit aufli faifir les chevaux
& les biens des Catholiques ,
& mal-traiter les Fermiers du
Duc de Gourdon du Vicomte
de Dundée , & des
autres Seigneurs , que la fidélité
qu'ils gardoiert au Roi
avoit obligez de ſe retirer.
On arreſta les Lords Turber ,
Lovvat , & Dumnore &
quelques autres perfonnes de
qualité, entre lefquelles étoient
des Dames qu'on croyoit avoir
des intelligences pour le rétabliffement
du Roi, & on expedia
>
Hij
172 IX. P. des Affaires
des ordres pour en arreſter
encore plufieurs autres, mais le
grand nombre fut cauſe qu'on
n'en trouva pas l'execution aifée.
Le jour de la naiſſance de
Sa Majefté , le Duc de Gourdon
fit faire de grandes réjoüiffance
dans le Château d'Edimbourg.
On but les fantez
du Roy , de la Reine , du Prince
de Galles , & de tous ceux
qui leur étoient demeurez fidelles
, & cela fe fit au bruit
des décharges de toute l'Artillerie
du Château, & au fon des
Tambours & des Trompettes.
Ce bruit de joye réveilla la fidelité
qu'on ne permettoit pas
de faire paroître pour le veritable
Souverain , & plufieurs
Particuliers allerent au pied du
Château, où il beurentles mêmes
fantez . Quand le vin les
du
Temps. 173
eut mis en belle humeur , ils fe
rendirent au milieu de la grande
Place de la Ville , & y burent
de nouveau les fantez Royales
, & comme les veritez fe
difent ordinairement dans le
vin , ils parlerent avec zele de
leur veritable Roi , & de la fidelité
qu'ils lui devoient. Les
nouveaux Magiftrats,tout remplis
de zele pour la Convention
qui les venoit de faire nommer,
& dont ils étoient Creatures ,
voulurent les empêcher de con.
tinuer , & firent même marcher
des Troupes , pour en venir
plus facilement à bout, mais
la populace déja échauffée , fe
mutina,& commençant à charger
ces Troupes, les obligea de
fe retirer. Cela n'eut aucune
fuite le lendemain le jour
diffipant ce qui fe fait la nuit
>
H iij
174 IX. P. des Affaires.
en tumulte. Les Magiſtrats
voyant l'affaire calmée , trouverent
qu'il étoit de la pruden
ce d'oublier
cet emportement
.
du peuple , de peur qu'en le
voulant traiter de feditieux
on n'excitât un orage qu'il auroit
été peut.étre difficile d'appaifer.
Les Etats s'étant r'affemblez
, le Duc d'Hamilton
leur
fit çavoir que le Prince d'Orange
lui avoit envoyé une
commiffion
pour reprefenter
fa
perfonne
dans la prochaine
Séance , avec ordre de confentir
à un Acte pour changer
les Etats en Parlement, & de fe
feparer aprés cela , pour étre
raffemblez
dans un temps mar.
qué . Ce même ordre l'autori
foit à confentir
auffi dans la
fuite , non feulement aux Loix
qui puffent remedier aux artidu
Temps.
175
cles particuliers des Griefs , &
les redreffer , mais auffi à tous
autres Actes qu'ils propoferoient
pour la feureté de la Religion
, de la Paix , & du bonheur
du Royaume d'Ecoffe. On
leut enfuite la Commiffion du
Prince d'Orange , & la Lettre
qu'il écrivoit aux Etats ; aprés
quoy le Duc d'Hamilton dit ,
que la volonté de ce Prince
étoit que le Comte de Cravvfordprefidât
au Parlement. Ce
Comte fut appellé afin de prendre
place dans la chaire de
Prefident pour les Seffions prochaines.
Les Etats pafferent en--
fuite un Acte , par lequel ils déclarerent
, que les trois Etats
affemblez le sme jour de Juin
1689. compofez des Seigneurs,
des Chevaliers & des Bourgeois,
étoient un Parlement legitime:
H. iiij
$76
IX. P. des Affaires
tre ,
& libre à toutes fortes d'égards,
& que quiconque ne reconnoitroit
pas , difputeroit ou impugneroit
la dignité , & autorité
de ce Parlement , fous quelque
pretexte que ce fuft , feroit coupable
de haute trahifon. Cet
Acte ayant été touché du Sceple
Prefident , par ordre du
Duc d Hamilton , grand Commiffaire
, adjourna le Parle-
´ment au 17. de Juin . Il fut refolu
dans cette Seance que l'Epifcopat,
feroit aboly , comme
étant à charge à la Nation ..
Le Grand Commiffaire toucha
cet Acte avec le Sceptre. C'eſt
ainfi qu'une Affemblée fans autorité
pour s'affembler , un Sujet
rebelle n'ayant miffion que
d'un homme qui n'a aucun
droit de lui en donner , enfin
un tas de gens tumultuairement.
du Tems. 177
,
unis,& tous perfides à leur legi
time Souverain , & dignes par
là de punition, aboliffent en un
inſtant la Religion de l'Etat
comme fi c'étoit une affaire or
dinaire , qui ne meritât aucune
reflexion , ny qu'on prift des
mefures pour en refoudre.
Toutes les Maifons du Château
d'Edimbourg étant démolies
dépuis long-temps par
les Bombes , le Duc de Gourdon
lui-même étoit obligé de
demeurer dans une cave. Il
n'avoit plus prefque de munitions
de guerre , & les Af
fiegeans étant au bord du foffé
avoient fait de nouvelles
batteries , dont le feu continuel
l'incommodoit fort.
Ainfi il crut à propos de capituler
, pour conferver le
ang des Sujets fidelles à leur
H
>
178
IX. P. des
Affaires
Souverain , qui avoient combatu
avec luy Il auroit neanmoins
encore differé de quelques
jours à fe rendre fi quathe
Deferteurs n'euffent point.
découvert la cor efpondance
qu'il avoit avec quelques perfonnes
demeurant fur la montagne
du Château , qui luy
faifoient fçavoir ce qui fe paffoit
avec un linge blanc quand.
il y avoit de bonnes nouvel
les, & avec quelques lambeaux.
d'étoffes noires lors qu'elles.
étoient méchantes. Ils luy écrivoient
auffi quelquefois fur
une planche en gros caracte
res , & ce Duc lifoit avec des
lunettes d'approche , ce qui
étoit marqué fur la planche.
Les fidelles Sujets qui fervoient
leur Prince en rendant ce
fervice au Duc de Gourdon ,
du
Temps.
1799
ayant été arrétés , fans qu'il
en euft pû étre averti il fut:
abufé par les Signaux , qu'il
croioit encore'venir de ceux
qui lui en avoient fait pendant
tout le Siege du château , lors
qu'ils lui étoient faits par les
Rebelles. Voilà ce qui avança
fa reddition de quelques
jours. Il eut grande peine à s'y
refoudre, & les pourparlers recommencerent
à differentes
reprifes ; mais enfin il convint
des Articles fuivans.
Le Duc de Gourdon a tant de ref
pect pour tous les Pinces de la Famille
du Roi lacques, qu'il ne veut point faire
de conditions avec aucun d'eux, pour
fon intereft particulier; ainfi il ſe rend'
entierement à la difcretion du Roy
Guillaume.
I. Que le Lieutenant Colonel
Vindram , Lieutenant Gouverneur du:
Château , fe foumettra au bon plaisin
H vi
180 IX. P. des Affaires
du Roy Guillaume ,fa vie étant enfeureté;
tout le refte de la Garnison aura
la vie, fa liberté, & fes biens affenrez;
& on accordera des paffeports à
ceux qui feront ferment de ne point
porter
les armes contre le Gouvernement
prefent.
II. On permet à la Garnison defortir
avec l'épée, & le bagage qui luiapartient
enpropre.
III. Que tous les volontaires , les
Domestiques & autres de la garnifon,
jouiront de la même capitulation que le
refte de la Garnison.
IV. Que toutesfortes de perfonnes
qui ont entretenu correfpondance avec
ceux du Chafteau , & qui n'ont pas été
en armes , jouiront du premier Article
& ceux quifont prefentement à Edim
bourg on dans le même Comté , feront,
indemnifez & auront le benefice de
cette Capitulation.
V. Que lesfoldats malades auront
la liberté d'aller où bon leur femblera
enfe comportant comme ils doivent.
VI. Que tous les Officiers , Gentilshommes
2 Domestiques & Soldats
du Tems. 18.1
jouiront du même benefice que les
autres pourven qu'ils vivent en
paix.
,
VII. Qu'un poste confiderable dans
Le Châtean fera incontinent mis
entre les mains des Forces que commande
le Major General Lanier
aprés qu'on aura donné feureté à la
Garnifon , pour les Articles cy - de fus
mentionnez.
Jean Lanier. Gourdon ,
Les Troupes du Chevalier
Jean Lanier entrerent dans le
Chasteau , & le feul Duc de
Gourdon demeura Prifonnier
ayant mieux aimé s'employer
pour fauver la Garnifon
, que de fonger à fes propres
interêts qu'il a genereuſement
abandonnez en cette rencontre
.
C'eft fouvent lors qu'on ne
peut rien qu'on entreprend
cout , parce que l'on rifque
182 IX. P. des Affaires
peu ; mais les entrepriſes faites
pendant le tumulte contre
l'autorité legitime , font diffipées
fitoft que le calme
commence à fe rétablir. Il en
fera de même de tout ce que
fait le nouveau Parlement
d'Ecoffe pendant le defordre
des affaires d'aujourd'huy . Il
a changé la forme de ces
procedures ordinaires dés fes
premiéres Séances , touchant
la manière de dreffer les Articles
, & a ordonné que huit.
Lords , autant de Barons. , &
autant de Bourgeois avec les
Grands Officiers , prepareront
toutes les matieres qui
doivent paffer en Loy. Il a
fait un Acte , par lequel il a
caffé tous les fermens d'Allegence,
de Suprematie , du Teft ,
& généralement tous les audu
Tems. 183
tres : Cette abolition du ferment
du Teft , mérite que l'on
y faffe réflexion , puifque le
Prince d'Orange a paffé en
Angleterre pour empeſcher
qu'il ne fuft caffe , & que c'eft
un des principaux motifs
dont il s'eft fervi pour avoir
occafion d'y venir , publiant
que le Roy avoit refolu de le
caffer & que Sa Majesté lay
enavoit fait demanderfon confentement
à luy-même. Le mal
n'auroit pas été fort grand ,
mais puis que la feule penſée
de fupprimer le Serment du
Teft , a pû donner lieu d'agir
contre le Roy de la maniére
qu'on a fait , le Prince d'Orange
ne peut permettre que:
fes Creatures l'aboliffent , fans
fe rendre plus coupable que
ne l'eſt Sa Majeſte Britanni
184 IX. P. des Affaires
que , puis qu'on ne l'accufe
que d'avoir eu un deffein injufte
, & que le Prince d'Orange
a paffé jufqu'à l'effet.
Dans le même tems que le
Parlement d'Ecoffe caffa ce
ferment , on y réfolut d'en
dreffer un nouveau , par lequel
on jureroit fidélité au
Prince & àla Princeffe d'Orange
, & ce ferment fut prêté
par tous les Deputez en levant
la main , à la reſerve du
Comte de Kincerden qui fe
retira . Il ne faut pas s'étonner
fi ce ferment fut figné , &
prefté par le reste de l'Affemblée.
Elle étoit fi peu nombreufe
, & tant de Sujets fidelles
s'en eftoient retirez
qu'il n'y êtoit demeuré que
les perfonnes feduites par le
Prince d'Orange, & par ceux
du
Temps.
185
de fon party . Comme la fidelité
gardée à fon legitime
Souverain , eft le plus grand
crime qu'on puiffe commettre
envers les Ufurpateurs
la Comteffe Doüairiere d'Artol
fut mife en priſon , pour
avoir eu correfpondance avec
le Roy , & avec le Vicomte de
Dundée.
Le Parlement ne fe trouvant
pas affez nombreux pour faire
paffer les Actes en Loy , a été
obligé d'ordonner à fes Greffiers
de faire une lifte de tous
les Deputez qui ſe ſont abſentez
, fans en avoir obtenu la
permiffion , afin d'en uſer contre
eux felon la rigueur de fes
loix nouvelles. On y a lâu
un acte qui porte , Qu'aucunes
perfonnes de celles qui ont
marqué étre mécontentes
en
186 IX P.des Affaires
agiffant contre le Gouvernement,
depuis que le Prince & la
Princ fed Orange ont été proelamez
Roy & Reine d'Ecoffe
ou qui ont retardé & empêché
les deffeins des Etatspour affurer
la Religion Proteftante, établir
la Couronne & les droits des
Sujets , & redreffer les Griefs
en mettant obftacle à ces deffeins
, depuis qu'ils ont étéfaits
publics par les deliberations, &
par les actes de l'Affemblée des
Etats, ne pourront poffeder aucune
charge. La lecture de cet
Acte fit naître quelques conteftations
, & l'on ordonna que
cette claufe y feroit inferée
Pour avoir agi dans les empietemens
mentionnez dans les articles
de reclamation du droit ,
qui font declarez eftre contraires
aux loix . Il fut produ
Tems. 189
pofé enfuite d'ajoûter une
clauſe à l'acte pour déclarer
que ce feroit fans prejudice
des autres punitions qui pourroient
eftre infligées par les
Loix à ces mêmes perfonnes ,
mais aprés qu'on l'eut dreffée,
il fut jugé à propos de ne la
point ajouter. Cela êtant fait ,
on délibera fi l'on mettroit
Un
que l'Acte feroit approuvé
ou differé , & on arrêta que
l'on mettroit , approuvé.
Parlement qui n'eft point
compofé d'un nombre competent
de Membres pour faire
valider fes Actes ; l'abfence
de fes Députez que les menaces
ne peuvent obliger d'y
revenir ; les peines ordonées
contre eux ; les fidelles Sujets
du Roy , qui s'expofent en
prenant les armes pour fes
188
IX. P. des
Affaires
interefts ; les murmures des
Peuples contre le Gouvernement
prefent , & le refus des
Miniftres de l'Eglife de prier
Dieu pour le Prince & la
Pinceffe d'Orange , font voir
que ce n'eſt point la Nation
qui met les choſes en l'eftat
où elles font , & qu'elle eft
violentée par les Traiftres
que des veuês particulieres
ont engagez à fe mettre dans
le party de l'Ufurpateur. Cette
Affemblée tumultucufe qui détruit
& établit , fans avoir
d'autres regles que la volonté
d'un Prince injuſte , qui veut ,
& ne veut plus, & qui fait faire
& défaire felon qu'il croit
que les chofes ferviront à fortifier
fon autorité ; cette Af
femblée , di je , a paffé un
Acte pour la fuppreffion de
>

du Tems. 189
L'Epifcopat , qui eſt une fuite
de celui dont je vous ay déja
parlé. Cet Acte contient
Que les Etats ayant declarépar
leur refultat du 21. Avril, que
toute Prelature & Superiorité
Ecclefiaftique au deffus de la
Preftrife , a toûjours étéfort
onereufe, infuportable à la Nation,&
contraire à l'inclination
de la plus grande partie du
peuple depuis le commencement
de la Reformation , qui avoit
eftéfaitepar de fimples Prêtres:
le Prince& la Princeffe d'Orange
proclamez Roy & Reine
d'Ecoffe , aboliffent par cette
raifon toutes les Dignitez Ecclefiaftiques
fuperieures à celle
de Prétre , caffant & annullant
tous actes contraires
declarant que de l'avis , & du
confentement des Etats , ilsfe
190 IX. P. des Affaires
ront paẞer en loy le Gouverne .
mentEcclefiaftique qui fera le
plus conforme aux inclinations
du Peuple
.
>
Il n'y a point eu d'exemple
qu'on ait traité les affaires de
la Religion de cette maniére
là , & il n'y en aura peut- être
jamais. Elles font regardées en
cette occafion comme pure .
ment humaines & fe trouvent
envelopées dans la foule
des chofes qu'on renverſe
comme fi elle n'êtoient d'aucune
importance. On ne veut
ny écouter de raiſons , ni examiner
on rejette les propofitions
faites là deffus, & on pro.
nonce ; qu'on établira & fera
paffer en loy le Gouvernement
Ecclefiaftique qui fera le
plus conforme aux inclinations
du Peuple. Voilà une grande
du Tems. 191
déference pour une populace
qui ne fuit que fon emportement
& fon caprice , & que fa
paffion aveugle ordinairement.
Je dis populace, & non pas peuple
, parce que lors qu'il s'agit
de déferer au Peuple , ce n'eſt
jamais à la partie la plus faine
& la plus relevée. Ainſi c'eſt
cette partie rampante que le
Prince d'Orange veut fatisfai
re en cette recontre, parce que
c'eſt celle dont il a befoin pour
pouvoir jouyr de fon ufurpation.
Il lui promet pour cela tout
ce qu'elle fouhaite, jufte ou non,
& fait fervir ce qu'il y a de
plus facré pour autorifer ce
qu'on peut faire de plus lâche,
de plus criminel & de plus impie,
en un mot tout ce qu'il a fait
pour envahir les Etats d'un Roi
192 IX. P. des Affaires
que tant de droits l'obligeoient
de refpecter. C'est ce qu'on ne
fçauroit faire fans noircir ſon
nom des plus grands crimes ;
mais par quels autres degrez les
Ufurpateurs pourroienr - ils mõ
ter au Trône ? Ce
n'eft
pyl'a.
mour de la juftice, ny l'envie de
travailler au bonheur des Peuples,
qui les y font afpirer, mais
une ambition violente qui les
empêche d'avoir le coeur fenfible
à la belle gloire . Peut- on
comprendre ce que le preten.
du Parlement d'Ecoffe a fait ? Il
vient de laiffer au Prince d'Orange
la liberté d'établir une
nouvelle forme de Miniftere
Presbiterien, c'eft à dire, une Re
ligion à fa fantaiſie . Voila un.
digne Chefpour la Religion. Il
l'accommodera à fa fortune , la
facrifiera à fes interefts,& il fera
de
du Temps.
193
de toutes celles qui affeureront
le plus fes affaires. Cependant
il a eu beau l'abandonner au
peuple d'Ecoffe, & y faire fervir
les Evêques de victimes aux
Presbiteriens ; il n'a encore pû
tirer aucun nouveau fubfide
de ce Royaume- là , quoy qu'il
en ait fouvent fait demander
avec de grandes inftances , &
reprefenter le grand befoin
qu'il en a.
Il eft certain que les Parlemens
d'Angleterre & d'Ecoffe
nous font voir des chofes qui
ont jufqu'icy été inoüies . On
ne pourra jamais croire qu'un.
Corps affemblé pour faire des
loix , ait paffé un Acte pour
caffer toutes les Sentences renduës
dépuis vingt neuf ans ,
particulierement pour trahifon
, fedition , & autres crimes
I
194 IX. P. des Affaires
qui y ont rapport ,
declarant
auffi que toutes les confifcations,
& amendes ordonnées par les
mêmes Sentences , n'auront point
de lieu , & que ceux qui à cette
occafion ont fouffert quelque
dommage , pourront avoir recours
à l'Affemblée qui aurafoin
de leur en procurer le dedommagement
. C'eſt à dire qu'il
n'y a pas eu un honneſte homme
dans tous les Parlemens
& toutes les Jurifdictions d'Ecoffe
dépuis vingt- neuf ans ,
puis qu'on caffe tout ce qu'ils
ont fait. Si l'Ecoffe n'a pas eu
un homme de probité dans
fes Parlemens , & dans toutes
fes Jurifdictions pendant ce
temps - là , comment pourrat'on
s'imaginer que le Parlement
d'aujourd'huy foit compofé
de plus honneftes gens ,
du Tems. 195
& d'où lui viendra le caracere
de probité que
les autres
n'ont pas eu ? Eft- ce à cauſe
que l'on y a fait entrer les
creatures d'un homme qui n'a
que des Traiftres & des Scelerats
pour Amis , & des compagnons
de fes crimes ? S'il n'en
tire pas fa probité , il eft du
moins tres conftant qu'il n'a
d'autorité que pár eux. Enfin
voilà par un Acte d'une nouvelle
conftitution
Traiftres & tous les Seditieux:
abfous des crimes qu'ils ont
commis depuis vingt neuf ans
Il ne faut pas s'étonner fi un
homme qui n'a que de ces
gens- là à fon fervice , fait don-;
ner des Actes qui font telle
ment à leur avantage , qu'ils .
femblent n'avoir été faits que
pour eux. Je ne finirois pas fi
tous les
I ij
196 IX. P. des Affaires
je m'étendois fur tout ce que
cet Acte a d'extravagant &
d'extraordinaire . Il faut de neceffité
, ou qu'il foit donné injuſtement
, ou que pendant un
fort grand nombre d'années il
n'y ait pas eu un feul Scelerat
en Ecoffe digne d'eftre condamné
, ce qui eft abfolument
impoffible , & ce qui par confequent
rend l'Acte entierement
ridicule . Ainfi l'on peut
dire qu'il y a tant de Loix en
Ecoffe & en Angleterre , qu'il
n'y, en a point du tout , puisqu
on en caffe inceffamment
pour en faire de nouvelles , &
que ces nouvelles n'étant pas
univerſellement receües , ne
peuvent avoir forcé de loy. Elles
font prefque toûjours fai--
tes ou détruites dans des occafions
violentes , & par des
du Tems. 197
Seditieux ; de forte qu'on ne
fçait aufquelles on eft obligé
de fe tenir , & qu'on eft en
quelque forte également criminel
en les fuivant , & en ne
les fuivant pas. C'est ce qui
n'arrive point d'une loy que
le temps a confirmée , & que le
nombre des ans a fceu rendre
venerable.
Je reviens au Vicomte de
Dundée , dont je ne vous ay
point parlé depuis que je vous
ay fait voir avec quel zele il
avoit animé les fidelles Sujets
du Roi , & avec quelle vigilance
il avoit furpris les Traîtres
. La Convention ayant ordonné
que l'on allât aprés luy,
ainfi que vous l'avez vû , on
fit publier bientoſt aprés , pour
empêcher les Peuples de fe
foulever , que fon parti étoit
I iij
198
IX. P. des Affaires
entierement diffipé , & que ce
Vicomte étoit mourant, Il eſt
vrai que fes Troupes n'avoient
pû augmenter , parce que celles
de la Convention qui tenoient
la Campagne , ne permettoient
pas qu'il fuft joint
par ceux qui auroient voulu
aller à lui , mais on a fçû depuis
qu'il n'a pas laiffé de défoler
les Troupes du General
Mackay. Celles de ce fidelle
Sujet fe retiroient dans des cavernes
où elles ne pouvoient
être forcées , & d'où elles fortoient
au fon de certains cors
qu'elles faifoiet fonner pour leur
fervir de fignal. Ce même fon
étoit celui de rentrer aprés avoir
furpris & battu leurs Ennemis
; de forte que Mackay
ne le pouvant obliger à quiter
ce pofte , & voyant que fes
du Temps .
199
Troupes déperiffoient tous les
jours , refolut de ne les plus expofer
, & d'en mettre feulement
aux Paffages , afin d'empêcher
les courſes . Il vint enfuite
rendre compte au Parlement
de ce qu'il avoit fait ;
& il étoit à peine arrivé qu'on
apprit que le Vicomte de Dundée
devoit paffer dans la Kintaille
; de forte qu'on donna
auffi -toft ordre à Machay , &
au Colonel Ramſey de partir
pour lui aller couper les paffages
. Dans le temps qu'ils fe preparoient
à executer cet ordre ,
on reçût encore de plus facheufes
nouvelles . Elles portoient
que quinze cens Irlandois
avoient debarqué dans le
Nord d'Ecoffe , & qu'ils étoient
venus fur trois Fregates
I iiij
200 IX. P. des Affaires
Françoifes , & plufieurs autres
Bâtimens commandez par M,
du Quefne Monnier ; que ces
trois bâtimens étoient retournez
en Irlande pour y prendre
d'autres Troupes , & les tranf
porter en Ecoffe , & qu'en s'en
retournant elles avoient pris
deux Fregates Ecoffoifes qui
étoient les feules qu'il y euft
de ce côté là Tout cela joint
aux courfes des Montagnards ,
inquieta fort le pretendu Parlement
, qui fit une Proclamation
pour empêcher qu'on ne
donnât retraite aux Irlandois
& pour ordonner de fournir à
Mackay par tout où il pafferoit
, des chevaux , des vivres
& des munitions .
Le Prince d'Orange jugeant
peu
par le de zele que quantité
de gens diftinguez d'Eco-
1
du
Temps .
201
fe faifoient voir pour lui , qu'ils
devoient être dans les intereſts
du Roy , a voulu imiter la politique
de Cromvvel , qui fuppofoit
que ceux qu'il avoit deffein
de perdre , parce qu'il
s'en défioit , avoient conſpiré
contre l'Etat . Voilà pourquoi
felon le fentiment de plufieurs
perfonnes intelligentes dans les
affaires d'Angleterre , le grand
Commiffaire du Parlement
d'Ecoffe , qui ne peut avoir
cette qualité fans être entierement
devoué au Prince d'Orange
, a dit par un artifice
plus groffier que ceux dont
Cromvvel avoit accoutumé de
fe fervir ; qu'il avoit recen
une Lettre d'une main inconnuë
, qui contenoit l'avis d'un
deffein formé par un grand
I v
202
1X
. P.
des
Affaires
nombre de perfonnes pour fe
faifir des Deputez des Etats,
& les massacrer, & pour mettre
le feu à plufieurs endroits
de la ville. Il eft à remarquer
que pour animer les Etats , &
les engager à faire faifir ceux
qui déplaifent au Prince d'Orange
, on marque d'abord
que l'on a deffein de les maffacrer
; il n'en faut pas davantage
pour faire immoler des innocens
fous de fpecieux pretextes.
On en a fait arrêter
trente - neuf, chaque Membre
ayant eu foin d'indiquer fon
Ennemy. On verra dans la
fuite fi on produira de faux
témoins contre eux comme
faifoit Cromvvel . On a confinué
d'arrêter toutes les pertonnes
fufpectes , & on a pafdu
Tems. 203
ger
fé un Acte pour les appliquer
à la torture , afin de les oblià
déclarer leurs complices.
Il n'y a que le temps qui puiffe
déveloper cette intrigue. Cependant
les affaires fe broüillent
fort en Ecoffe , & le Parlement
commence d'autant
plus à fe défier du Prince d'Orange
, qu'un de fes Deputez
pour lui prefenter les griefs de
la Nation , & lui offrir la Cou
ronne ne lui a prefenté les
griefs qu'aprés l'acceptation ,
& la preſtation du ferment .
Ainfi le Prince d'Orange ne
fe trouve engagé qu'à tres - peu
de chofe envers la Nation . Cét
Etat ne manque pas d'affaires,
& felon les apparences , il aura
bien- toft fujet de ſe repentir
d'avoir preferé le parti d'un
>
204 IX. P. des Affaires
Ufurpateur , à celui de la fidelité
envers fon Roy legitime.
Je paffe à la fuite des affaires
d'Irlande , dont je vous
ay promis de vous dire tout ce
que j'en apprendrois avant que
de finir cette Lettre .
Suite des Affaires d'Irlande .
On ne peut fouhaiter des
nouvelles d'Irlande que pour
en fçavoir de Londonderry , la
fuite des affaires de ce Royaume
là ne fe devant regler que
fur la prise de cette Place , ou
fur la levée du Siege. Je vous
avois marqué que la tranchée
devoit eftre ouverte le 13. de
Juin , & cependant elle ne l'a
le 30. On a eu fi peu
efté
que
du
Temps. 205
voit que
>
de Canon pour la battre
qu'il n'étoit pas capable de
l'obliger à fe rendre , il n'y adeux
Mortiers à Bombes
. Les fept premiers jours de
tranchée , on avança jufqu'au
pied de la Contrefcarpe, & on
ne perdit que fept hommes. Le
bruit d'un puiffant ſecours s'étant
répandu dans le Camp, on
tint Confeil de Guerre chez
Mr de Pointy, qui eftoit incommodé
de la bleffure que je vous
ay dit ailleurs qu'il avoit reçuë.
On y refolut tout d'une
voix de lever le Siege, afin de
ne pas laiffer perir inutilement
devant cette Place des Troupes
dont le Roy d'Angleterre
avoit befoin pour executer
d'autres projets. Ms de Pointy
qui n'ignoiroit pas l'effet quer
1
206 IX. P.des Affaires
devoit produire l'eftacade qu'il
avoit fait faire , & dont je vous
ay parlé dans une autre Lettre,
leur fit connoitre qu'il ne faloit
pas s'alarmer fi promptement,
& qu'il eftoit impoffible que
l'or forçaft les travaux qu'il avoit
eu foin de faire élever. De
plus, comme il fçait tres- bien la
Mer,ayant commandé en France
les Galiotes Bombardieres
du Roy , il les affura que quoy
que les Ennemis ne fuffent qu'à
quatre lieuës , bien loin d'arriver
cette nuit - là , comme ils le
craignoient , ils n'y avoit que
les Marées du jour qui les puffent
amener , celles de nuit ne
leur pouvant eftre favorables,
ce qui fe trouvoit heureux,parce
qu'il eft plus facile de s'oppofer
de jour à fes Ennemis,
du Tems. 207
que pendant la nuit . Enfin Me
de Pointy dit à tous les Officiers
qui furent de ce Confeil,
qu'ils pouvoient garder leurs
poftes , & même fe repofer
pendant qu'il alloit veiller , &
qu'affurement il n'y avoit rien
craindre. Cependant il fe fit
porter à l'Estacade , il la vifita,
& fit renforcer la Garde des
Moufquetaires . L'éloignement .
des Ennemis confirma le lendemain
tout ce qu'avoit dit Mr.
de Pointy. S'il y avoit eu plus de
Troupes au Siege , la Place fe
feroit alors renduë ; mais comme
on eftoit continuellement
menacé d'une defcente duy
Maréchal de Schomberg avec
vingt ou trente mille hommes,
les Troupes eftoient diſperſées
en divers endroits des côtes . Il
208 IX. P. des Affaires
y
en avoit un Corps comman
dé par M. de Boiffelot, & d'autres
Officiers Generaux com.
mandoient les autres. Il en faloit
auffi pour obſerver un
Corps de cinq ou fix mille Proteftans
, qui inquiete encore
quelques parties de l'Irlande .
Toutes ces chofes ont efté caufe
que le nombre des Troupes
n'a pas efté confiderable devant
Londonderry , & qu'on
n'y en a même envoyé qu'à
mefure qu'on y en a eu un entier
befoin. Cela n'a pas empêché
que M.du Quefne Monnier
, qui commande trois Fregates
Françoifes, n'en ait porté
en Ecoffe , comme vous avez
fçû. C'eſt un effet de la bonté
du Roy d'Angleterre , qui n'y
a envoyé ces Troupes qui luy
du Tems. 109
party,
font plus neceffaires en Irlande
, à caufe que ce Monarque
y eft en perfonne , que pour
empefcher que les Ecoffois fidelles
qui font dans fon
ne fuffent embaraffez. Milord
Richard Hamilton qui commande
au Siege devand Londonderry
a prié M. Rofe d'y
faire un tour , & ce General a
efté l'y viſiter. La Place commençant
à manquer de pain,
on prit de nouvelles refolutions
pour affamer les Ennemis. On
a efté obligé de prendre une
partie du Canon qui battoit la
Place , pour une Batterie entre
les Vaiffeaux qui avoient
amené du fecours , & qui ne
font point retirez. Enfin on
fqut à Dublin qu'environ le
17. Juin Milord Douvres en
110 IX. P. des Affaires

partit pour venir en France ; les
Affiegez s'étoient trouvez fort
incommodez des Bombes ;
qu'ils avoient demandé à capituler
, & qu'une des chofes qui
les y obligeoit davantage, eftoit
que les Soldats manquoient de
fouliers . On fçut aufli qu'ils avoient
demandé à étre tranf
portez en Angleterre dans les
Vaiffeaux qui eftoient venus
pour leur amener du fecours, ce
qui ne leur avoit pas encore été
accordé.
On a encore défait mille
Proteftans en Irlande,& on leur
a pris beaucoup de bétail . Les
uns écrivent que ce parti a esté
défait par M.le Duc de Bervvic,
& les autres par M. Roſe ; mais
quoi que les Lettres ne s'accordent
pas là - deffus , elles condu
Temps.
211
viennent toutes que le parti à
efté défait.
FIN.
Les nouvelles d'Ecoffe font
qu'on y a mis à la tourture quelques-
uns de ceux que l'on pretend
avoir confpiré contre le
Gouvernement prefent. Le Prinee
d'Orange fuit peut - eſtre là,
deffus l'exemple de Cromvvelqui
faifoit appliquer à une douce
question des gens avec qui il
eftoit d'intelligence . Il en tiroit
cette utilité , qu'ils nommoient
tous ceux qu'il foupçonnoit de
n'être pas de fes Amis , ou dont
I apprehendoit l'efprit inconftant
, qui est toujours fort à
craindre dans les Traîtres C'étoit
un pretexte pour s'en défaire.
Sur cette maxime qui eft
212
IX. P. des Affaires
celle des Tirans, ceux qui ont le
plus fervy le Prince d'Orange ,
font ceux qui doivent le moins
saffurerfur fes promeſſes .
Je viens de voir un nouveau
détail des Affaires d'Irlande
, & je vous en feray part
dans ma dixiéme Lettre.
DEL
LYON
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le