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1689, 08, t. 10 (Affaires du temps)
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Texte
Library oftheUniversity ofMichiga
TheCoyl Collection.
MissJean L.Coyl
ofDetroit
in memory ofherbrother
Col.William Henry Coyl
1894.
Anit
1

AFFAIRES
DU TEMPS.
DIXIEME PARTIE
Mga Parne D Aban
84
A PARIS ,
Chez MICHEL GUER OUT
Court-neuve du Palais
au Dauphin.
M. D C. LX XXIX.
Avec Privilege du Roy
AMET
840.6
1891
pt.2
COMO DE LAS GYD
CPA PUCHET CHABONL
V 5VK12'
W DCT X X XIX
wel ab ayylisini bosh
Coyl
Gottschalk
10.14.55
88594
SS252255552222 522
PREFACE.
QUoy que la matiere qui me reftoit
pour cette dixiéme Partie
m'ait mené plus loin que je ne croyois ,
à caufe des recherches curieufes que
jay faites , & des pieces que j'ay rap
portées , ce qui m'a empefché de la
pouffer plus avant que les Declara
tions de guerre de France & d'Angleterre
, je tiendray parole , & ne
donneray da fuite de ces Volumes
qu'au mois de Janvier. Il s'agit moins
icy de fçavoir ce qui fe paffe dans le
temps quelles chofes font nouvelles ,
que de la verité de l'hiftoire. Ainf
celle - cy doit cftre également bonne en
tout temps il est mefme affez mal - ai-
"
a ij
PREFACE
®
fé d'en donner de pareilles & mefure
qu'on voit arriver les évenemens , puis
qu'il y faut meller quantité de pieces
qu'on ne peut fouvent fouvent recouvrer for
Fheure. Quant aux Ecrirs de Hollande
, je puis prefque affeurer qu'il n'y
aura rien du . tour de nouveau dans
tout ce qu'ils diront pendant quatre
mois , & qu'ils ne feront que rebatre
des chofes aufquelles j'ay déja répons
du. Tout ce qui fe peut dire touchane
Ufurpation du Prince d'Orange eft
épuifé , ainfi que tout ce qui regarde
l'origine de la guerre d'aujourd'huy
dont j'ay fait voir d'abord toutes les
contradictions des differens Ecrivains,
& toutes celles des mefmes Auteurs
dans leurs differens écrits . L'obftination
de la plufpart eft invincible fur
cet Article & dés qu'ils croyent
qu'on a oublié les repliques qu'on
ya faites , ils s'efforcent de
nouveau
de perfuader que le Roy eft auteur de
PREFACE
la guerre , dont l'Europe eft prefente
ment agitée . ay es J'ay éclaircy en plufieurs
endroits ce qu'ils avoient enveloppé
pour le faire croire. Ils ont tant de
détours là - deffus qu'ils peuvent em
baraffer d'abord ceux qui n'y font ppas
toute la reflexion neceffaire, mais on ne
ferajamais (urpris, & l'on reconnoiftra
la verité fans peine, lors que fans trop
s'attacher au prefent , on remontera
à l'origine de tout ce qu'ils alleguent
Ceft à quoy il en faut toujous revenir
& par où l'on trouvera toujours le up,
Roy juftifié. Auffi tâchent-ils de fur
prendre des qu'on a perdu cette origi
dés
ne de veuë . Quoy que leurs Ecrits
foient remplis de mille chofes qui
n'ont pas befoin de replique , parce
que la verité eft plus forte que
de tels menfonges , il y en a nean
moins quelques- unes , qui bien qu'ab
folument fauffes pourroient eftre
crues , fi on n'y répondoit pas , &
ST19
PREFACE.
qui fe trouvent détruites dés de pre
mier mot qu'on dit pour les combat
tre. Elles ne laiffent pas d'avoir . befoin
qu'on les éclairciffe , parce que
le filence feroit croire qu'on en tomberoit
d'accord . L'accueil qu'a fait
de Public aux neuf premieres Parties
de cet Ouvrage , m'a de volume en
volume tellement excité à le pourfuivre
, que j'ays fait des efforts pour
l'excés du travail , dont je ne croyois
pas qu'un homme puft eftre capable
& c'eft l'abattement où il m'a mis , &
manque de forces pour y refifter,
qui m'obligent à en remettre la fuite
au mois de Janvier prochain . J'ajoû
teray icy touchant la Preface de la
IX . Partie qui a fait tant de bruit ,
que je n'ay pas pretendu dire que co
qu'elle contient foit infaillble. Jo
croy avoir donné cent raifons qui fonu
soutes bonnes parce qu'elles font
coutes girées de la verité mais coma
le
ce
PREFACE.
me ce qui arrive quatre-vingt dixneuf
fois peut manquer la centiéme
& qu'on ne peut pas mefme affeurer
que ce qui eft toûjours arrivé continuera
d'arriver , l'Angleterre peut
eftre affez malheureufe , pour avoir
long-temps le Prince d'Orange pour
Maiftre ; mais il eft indubitable que
fi fon regne continue , il la gouvernera
avec le pouvoir arbitraire qu'elle
apprehende fi fort , puis qu'il eft im-.
poffible qu'un Ufurpateur fe maintienne
par une autre voye , quand
meſme il ne voudroit point regner de
la forte. Il luy faut une autorité abfolue
pour fe conferver ; il faut qu'il
emprifonne , il faut qu'il facrifie ce
qui luy eft oppofé , & qu'il tienne
mefme la Nation comme à la chaîne ,
pour empefcher qu'elle ne retourne
vers fon Roy , & ne faffe pour fon
Monarque legitime , ce qu'elle a fait
pour celuy qui eft caufe que tant de
REALAMA
PREFACE.
fang de la meſme Nation a déja eſté
verfé .
Ce Volume s'eftant trouvé remply
& le temps me preflant , j'ay mis
dans la fin du Mercure , ce que j'as
vcis promis dans la IX . Partie des
Affaires du Temps que j'ajoûterois
à la fin de la X.
'AFFAIRES
AFFAIRES
DU TEMPS.
DIXIEME PARTIE.
A
VANT que d'entrer
dans le détail
de ce qui me refte
રે vous dire touchant les affaires
d'Angleterre , je croy
vous devoir entretenir encore
A
2 X. P. des Affaires,
de quelques Ecrits nouveaux ,
mais je ne vous en diray que
tres- peu de chofe , parce qu'il
vous fera aifé de connoiftre
par les endroits que je vous
raporteray , que la paffion qui
fait parler ces Ecrivains , les
aveugle tellement, qu'ils n'écrivent
prefque plus rienfans
fe contredire , & fans juſtifier
la France par les chofes mefmes
qu'ils avancent pour déchirer
fa reputation. Je n'ay
pas befoin de raifonnemens
pour le prouver, & vous en
demeurerez d'accord dés que
vous aurez jetté les yeux fur
du Temps. 3
ce que vous allez lire . Le premier
de ces Ecrits eft intitulé.
Sentimens veritables des Flamans
touchant la Declaration
de la guerre du Roy de France
contre Sa Majesté Catholique ,
la contre- Declaration du
Marquis de Caftanaga , On
dit d'abord en parlant du
Roy : Aprés avoir declaré la
guerre à l'Empereur › & en méme
temps à l'Empire , parce
qu'il cherche la ruine de la Maifon
d'Auftriche entiere , il a auffi
declaré la guerre au Roy Catholique
. Il est vray qu'avant
que d'en venir là , il n'y a pas de
A ij
4 X. P. des Affaires
moyens dont la Cour de France
ne fe foit fervie pour feduire la
Cour d'Espagne, & pour l'arracher
à fes veritables interefts .
Le commencement decet
Article fait voir que le Roy
a declaré la guerreà l'Empereur
& à l'Empire , parte
qu'il cherche la ruine de la
Maifon d'Auftriche entiere ,
ce qui ne s'accorde pas avec la
fuite , où l'Auteur dit , qu'avant
que d'en venir là , il n'y a
moyens
pas de
France ne fe foit fervie pour ſeduire
la Cour d'Efpagne &pour
l'arracher à fes veritables intedont
la Cour de
du
Temps.
5
refs. Si le Roy a tenté toutes
fortesde moyens pour s'empêcher
de declarer la
guerre à
l'Efpagne, on ne fçauroit dire
avec juftice qu'il cherche la
ruine de la Maifon d'Auftrii
che entiere , puis que l'Eſpaghe
quoy que foible à prefent,
en a toujours été la bran--
che la plus confiderable ,
Empire eftant électif , &
pouvant d'ailleurs fortir de la
Maiſon d'Auftriche . De plus ,
l'Empereur eft fi peu de chofe
fans l'Empire , & il a fi peu de
revenu , qu'il n'y a point de
Province en France qui ne
A iij.
6 X. P. des Affaires
puiffe donner plus d'hommes
au Roy , & luy fournir plus
d'argent.
Quoy que la contradiction
que je viens de vous faire
voir, foit manifefte , & qu'on
n'y puiffe repliquer, l'Auteur
s'en eft neanmoins
fi peu apperceu
, que dans les lignes
fuivantes il eft encore tombé
plus groffierement dans
la mefme faute en di .
fant ; Il est vray auffi que
Louis XIV. fe voyant char-
'gé du Roy Jacques d'Angleterre
qui luy est venu tomber fur
les bras , eust bien voulu endordu
Temps. 7
mir l'Espagne, & feduire l'Empereur
par des efperances de paix
par des motifs de Religion .
On voit par là dans une même
page que le Roy ne fait la
guerre que pour détruire entierement
la Maifon d'Autriche
, & qu'il luy feroit libre
de ne pas entrer dans cette
guerre ; mais qu'il la veut
injuftement , parce qu'il luy
plaift de la faire , qu'il veut
dominer ; & qu'enfin il cherche
la ruine de la Maifon
d'Auftriche entiere . Il faut
neceffairement
que ce que je
dis refulte de ces paroles mar-
A iiij
8 X. P. des Affaires
quées dans l'Article , car el
les ne font dites que pour
noircir la reputation de Sa
Majefté , & attenter à fa gloire
, eſtant certain qu'un Partifan
de la Maifon d'Auftri
che , & qui écrit pour elle ,
ne diroit pas pour louer le
Roy, qu'il veut la ruine entiere
de cette Maiſon . Voilà .
donc ce Monarque dépeint
dans le commencement de
cet Article comme un Prince
qui peut tout , & qui par
confequent ne craint rien , &
qui veut entreprendre une
guerre injufte , par la paffion
du
Temps.
-
dominante qu'il a de s'agrandir
; & quelques lignes plus
bas, le portrait qu'on fait de
luy eft tout different. Ce
Prince qui vouloit la guerre à.
toute force pour ruiner toute
la Maifon d'Autriche , eft un
Prince tremblant , qui craint
cette même guerre , qui veut
L'éviter , & qui pour s'empêcher
de l'avoir , a voulu endormir
l'Espagne , & féduire l'Empereur.
Il eft mal - aifé de concevoir
qu'un homme faſſe fi
peu de reflexion fur ce qu'il
écrit , qu'il
marque
dans un
mefme feüillet
que
le
Roy
10 X. P. des Affaires
veüille la guerre , & que pour
ne pas l'avoir , il cherche à
endormir & à féduire ceux
dont il fouhaite la ruine entiere
. Cependant
tout cela eft
marqué mot pour mot dans
le mefme Article . Ce ne font
point des raifonnemens
que
je fais , & des inductions que
je tire . On n'a qu'à lire les
roles de l'Auteur , pour tom
ber d'accord qu'il n'y eut jamais
une contradiction
fi manifefte.
Il faut que la paffion.
aveugle bien ceux qui écrivent
de la forte, pour ne voir
pas quel en est le ridicule.
padu
Temps.
II
Quelque envie qu'ils ayent
de noircir le Roy , peuventls
s'imaginer qu'il leur fuffife
d'en dire du mal , pour rendre
croyable tout ce qu'ils en
difent Ils devroient fe détromper
, puis que non feulement
le Public defintereffe
n'en juge pas fur ce qu'ils écrivent,
mais que mefme ceux
de leur party font fouvent
fort éloignez d'entrer dans
leurs fentimens . Tout ce que
l'on veut empoisonner n'eft
pas toujours fufceptible de
poifon , & l'éclat de ce que l'on
tâche d'obfcurcir avec les
12 X. P.des Affaires
plus fombres voiles , eft quelquefois
fi brillant , qu'il perce
toutes les tenebres qu'on
veut oppofer à la lumiere..
Comme on ne fçauroit rien
faire par les armes qui affoibliffe
la gloire du Roy , &
qu'au contraire tout ce que
lon tente ne fert qu'à la relever
, on s'attache à la déchirer
dans des Ecrits publiez
de jour en jour. On y fuppofe
mille faufferez , pour a
mufer & furprendre les Peuples
, en les empêchant par ce.
moyen honteux de ſe chagriner
contre leurs Souverains,
du
Temps. 13
qui animez d'une baffe jaloufie,
& excitez par de mauvais
confeils , s'obftinent à
une guerre deſavantageuſe à
toute l'Europe , dans le feul
deffein de nuire au Roy.
Comme ces Ecrits font fort
frequens , je vous ay fait remarquer
en d'autres Lettres ,
que dans l'avidité de parler
contre ce Prince, on fe contredifoit
fouvent d'une femaine
à l'autre , & qu'aprés
l'avoir peint comme un Monarque,
dont l'ambition devorante
vouloit envahir tous les
Etats , & afpiroit à la Monar14
X. P. des Affaires
chie univerfelle , on le reprefentoit
peu de jours aprés ,
comme un Souverain malheureux
, qui ne vouloit
point de guerre, parce qu'elle
ne luy pouvoit eftre
nefte, & qui alloit eſtre attaqué
par un monde d'Ennemis,
dont il luy feroit impoffible
de fe défendre . Si ces
frequentes & groffieres conque
futradictions
marquent un aveuglement
fi grand , qu'il
femble que des gens qui fe
piquent d'efprit,ne devroient
pas faire des fautes ſi aiſées à
découvrir , on doit cftre bien
du Temps.
15
plus étonné de voir dans le
mefme füillet celle de l'Article
que je viens de rapporter.
Tous ceux qui ont fuivy
avec quelque attention le fil
des Affaires d'aujourd'huy ,
doivent démeller d'abord la
verité au milieu de deux portraits
fi oppofez . Prefque toute
l'Europe a confpiré contre
la gloire du Roy ; elle a fait
de fecrettes brigues ; elle s'eft
liguée , & pendant toutes ces
pratiques le Roy s'eft preparé
à parer le coup qui le menaçoit
, & s'eftant trouvé plûtoft
en état que fes Ennemis ,
16 X. P. des Affaires
il s'eft mis le premier en
Campagne , & a pris Philifbourg
. Les Ennemis au defefpoir
de fe voir prevenus ,
fe font emportez contre ce
Monarque , comme contre
un Prince dont l'ambition
vouloit tout envahir , quoy
qu'il n'euft fait que fe garantir
de la furprife , & ſe mettre
à couvert des premiers
coups qu'on avoit deffein de
luy porter. Voilà le ſujet du
premier portrait. Ce même
Prince eftant en eftat de fe
défendre de l'infulte , & de
refifter à fes Ennemis , a fait
du
Temps. 17
voir fa moderation ordinaire
, & a marqué qu'il eftoit
preft de contribuer à la Paix ,
& d'empefcher que le fang
qui alloit couler dans toute
l'Europe ne fuft repandu ; &
c'est pour cette raiſon que
l'on a dit , qu'il vouloit endormir
l'Espagne , & féduire l'Empereur
, fans prendre garde
qu'il ne pouvoit en mefme
temps avoir deffein d'envahir
toute l'Europe , en détrui
fant la Maifon d'Autriche
entiere , & eftre affez foible
pour avoir befoin d'endormir
l'Eſpagne , & de fédui
B
18 X. P. des Affaires
re l'Empereur , afin d'ob
tenir la Paix . Son ambi
tion n'a rien voulu envahir ,
puis qu'il n'eftoit point armé
lors que tant de Souverains
fe font liguez contre
luy , & que le Prince d'Orange
a paffé cn Angleterre ; &
la crainte ne luy a point fait
fouhaiter la Paix , puis qu'il
s'eftoit mis non feulement
en eftat de fe défendre , mais
même de triompher de fesEnnemis
, lors qu'il a eu la bonté
de faire connoitre qu'il ne
tiendroit pas à luy que l'Europe
ne jouit plus longdu
Temps.
19
temps de la Paix qu'il luy a--
voit accordée .
On doit eftre perfuadé
que les Ecrits , dans lesquels
on trouve d'abord autant de
contradictions qu'il y en a
dans l'Article que vous venez
de voir , ne doivent pas faire
beaucoup d'impreffion fur .
l'efprit du Lecteur , & par le
commencement on peut ju--
ger de la fuite. On y demeu
re d'accord fans aucun dé.
tour de l'union avec le Prince
d'Orange ; on dit qu'on
eftoit de fes Amis avant qu'il
paffaft en Angleterre ; qu'on n'a

Bij
20 X. P. des Affaires
point fujet de ne le pas eftre .
depuis ce temps- là , & que l'Af
faire du Roy Jacques est une
Affaire entre luy & fon Peuple
, enfin on donne au Prin
ce d'Orange le nom. de Roy
d'Angleterre. Il n'y a rien de
fous - entendu dans cet Article
; tout y eft expliqué fort
clairement , & l'on y avoue
l'intelligence de Sa Majeſté
Catholique avec le Prince
d'Orange , lors mefme qu'on
ne fçauroit plus le regarder
que comme l'Ufurpateur de
la Couronne d'Angleterre
.
ce qui marque , non feule
du
Temps.
de ce
ment que l'Espagne n'auroit
pas travaillé à empefcher cette
ufurpation , fi elle avoit
efté en eftat de le faire , mais
qu'elle y auroit contribué,
s'il avoit efté en fon pouvoir,
& qu'elle a de la Joye de
qui eft arrivé au Roy d'An
gleterre , puis qu'elle dit •que
c'est une affaire entre ce Monarque
&fon peuple. On voit dans
ces paroles pleines de froideur
& méprifantes
pour Sa
Majefté Britannique , que la
Maifon d'Auftriche a fait des
voeux pour l'heureux fuccés
de l'entrepriſe du Prince
22 X. P. des Affaires
d'Orange , & qu'elle ne trouve
point à condamner, qu'une
Republique ait eu la hardieffe
de travailler à priver
un Roy du Trône que fa
naiffance luy donne. Sa chute
l'accommode ; la deftruction
de la Religion Catholique en
Angleterre luy eft utile , &
il ne luy importe qu'elle y
foit détruite entierement ,
pourveu qu'elle tire quelques
avantages de fa ruine. Čela
nous fait voir que la Maiſon
d'Auftriche n'auroit ny la
moderation ny la delicateffe
de confcience du Roy , fi
du
Temps.
23
elle trouvoit une Puiffance
qui fuft occupée contre un
Ennemy auffi formidable
que le Turc a efté autrefois ,
& que pendant que cette
Puiffance employeroit fes
forces à combattre pour la
Foy , elle ne feroit aucun
fcrupule de fe fervir de l'occafion
pour Faccabler.
Le mefme Auteur pretend
prouver que le Prince d'Orange.
n'eft pas Ufurpateur , parce que
la Princeffe fa Femme eft Fille
du Monarque fur lequel il a
ufurpé la Couronne . Si cela
eftoit , peu d'hommes vou24
X.P. des Affaires
droient marier leurs Filles ,
puis qu'ils s'attireroient autant
d'Ennemis qu'ils auroient
de Gendres , & que ce feroit :
un droit contre eux pour les
traiter avec la plus injufte
rigueur , pour les chaffer de
'chez eux , & les dépouiller
de tous leurs biens.
On a peu vû d'Auteur de
meilleure foy que celuy de
l'Ecrit dont je vous parle.
En avouant tout fincerement,
il détruit ce qu'une infinité
d'autres ont voulu déguifer
dans leurs Ouvrages
, puis
qu'il demeure d'accord dans
les
du Temps .
25
le fien qu'on n'a fait la Ligue.
d'Aufbourg , que pour attaquer
la France. Il eft vray
qu'il affure qu'on ne devoit
point agir que la Tréve ne
fuft finie . Cependant il dit
dans les lignes fuivantes , que
l'Empereur vouloit faire la paix
avec le Turc , pour tourner fes
armes contre la France . Si l'Em
percur travailloit aux moyens
de faire finir dés à prefent
la guerre de Hongrie, dans le
deffein d'attaquer la France
fitoft qu'il auroit conclu la
paix avec le Turc , il n'avoit
donc pas deffein d'at-
C
26 X. P. des Affaires
tendre que la Tréve fuft finie,
puis qu'elle est pour vingt
années , & qu'elle ne fait que
de commencer . Cela eft fi
befoin
vifible , qu'il n'eft pas
d'y faire reflexion pour s'en
appercevoir
. Ainfi tous ces
Ecrits que l'on fait contre la
France , la juftifient bien plus
qu'ils ne la noirciffent
, &
font voir , que le Roy fçachant
que l'on avoit refolu de
le furprendre
dés que la paix
feroit faite avec les Turcs ,
pouvoit
prévenir & attaquer
l'Empereur
avant que cette
paix fuft concluë
, afin d'emdu
Temps.
27
contre
pefcher l'orage dont il eftoit
menacé. Cependant il ne l'a
pas voulu faire , quoy qu'il
n'euft point à douter qu'il ne
pouffaft fes conqueſtes auffi
loin qu'il auroit pû ſouhaiter.
Il ne s'eft declaré
l'Empire qu'à l'extremité ,
c'est à dire , lors qu'il a vû
la paix preste à eftre concluë
avec le Turc , & que l'Empereur
d'intelligence avec l'U
furpateur d'Angleterre avoit
ligué contre luy toute l'Europe
qui le préparoit à l'accabler
; ce qu'elle auroit fait,
fi le bon estat où fa prudence
Cij
28 X. P. des Affaires
& fes foins continuels ont
mis ſes affaires , ne luy avoit
donné lieu d'eftre plûtoft
preft à le défendre , & mefme
à aller au devant de fes
Ennemis , qu'ils ne l'ont eſté
pour le furprendre , malgré
toutes les précautions qu'ils
avoient prifes de longue
main.
Enfin aprés vous avoir parlé
de quantité d'Ecrits differens
par leurs titres & par leurs
Auteurs, mais qui ont tous rebattu
la même matiere en cent
façons , & relevé la gloire du
Roy , parce que tout ce qu'ils
du Temps.
29
ont dit s'eft trouvé faux & ma
licieufement inventé , comme
je vous l'ay fait voir , je
vais vous entretenir d'une
matiere nouvelle , & d'un
Auteur dont je n'ay encore
parlé que dans la Preface de
ma huitiéme Lettre fur les
Affaires du Temps. Cet Auteur
donne au Public tous les
quinze jours des cahiers volans
, plus ou moins amples ,
felon l'étenduë de fa matiere.
Perfonne én Hollande n'écrit
mieux que luy , & tout le
monde eft content de la
beauté de fa Profe , mais il
Cij
30 X. P. des Affaires
n'en eft pas de mefme des
raifonnemens dont il fe fert .
Quoy qu'on y remarque
beaucoup d'efprit , & qu'il
tire de fa matiere tout ce qu'-
elle peut produire , & mefme
au delà , les méchantes caufes
demeurent toujours ce
qu'elles font , & en s'atta
chant à les foutenir, on brille
fouvent plus qu'on ne perfuade.
Je ne doute point qu'il
ne foit luy- mefme convaincu
de la fauffeté de ce qu'il
écrit ; il paroift avoir le difcernement
trop bon
le
pour
ne
pas eftre. Son Libraire qui
du
Temps.
31
le connoift feul , dit qu'il
ceffera d'écrire fi toft qu'il
ne pourra plus cacher fon
nom. C'eſt une marque qu'il
eft François , qu'il fçait rout
le mal qu'il fait , ou plûtoft
celuy qu'il pretend faire , &
qu'il s'en fait de fecrets reproches
; & comme on penetre
que c'eft par chagrin
qu'il parle , on voit aisément
que ce mefme chagrin luy fait
chercher de noires couleurs
pour déguifer la verité , &
pour obscurcir l'éclat de la
France. Il feroit à fouhaiter
qu'un fi habile homme fe
C iiij
32 X. P. des Affaires
mift dans le bon Party , & il
y a tout fujet de croire que
s'il l'avoit embraffé , perfonne
en France ne refuferoit de
rendre juftice à fon merite.
La matiere de celuy de fes
Ecrits que je pretens refuter
eft fur l'ufurpation. Dans le
deffein qu'il a de prouver que
le Prince d'Orange poffede
juſtement la Couronne d'Angleterre
: Il n'y a point , ditil
, de Cour au monde plus delicate
que celle de France , fur
tout ce qui s'appelle ufurpation,
puis qu'elle ne peut fouffrir fur
le Trane d'Angleterre un Prince
du Temps .
33
du Sang Royal , Epoux de ba
plus proche heritiere.
Voilà des paroles qui ne
prouvent rien . Si la France
eft delicate fur ce qui s'appelle
ufurpation , elle a grand
fujet de l'eftre. Aucun Souverain
ne doit approuver
les
ufurpations , & l'on voit fort
peu d'honneftes gens qui ap
plaudiffent aux Ufurpateurs.
Il n'y a rien en cela que
naturel & d'un ancien uſage,
& je ne voy pas pourquoy
trouver à redire qu'on ait ak
fez de delicateffe pour condamner
une chofe qui repu
de
34 X.P. des Affaires
gne à l'honnefteré , au devoir
, à la justice & au droit
des gens , qui doit eftre inviolable
parmy les Souverains.
Je ne voy pas non plus
que l'Auteur ait raison de
croire que le Prince d'Orange
doive eftre fouffert fur le
Trône , parce qu'il est Prince
du Sang Royal & Epoux de la
plus proche Heritiere . Ces avantages
doivent l'engager à défendre
la Couronne d'Angleterre
contre ceux qui s'en
voudroient emparer , & à
prendre le party du Roy fon
Beau -pere , même contre fes
du
Temps. 35
Sujets rebelles , mais ils ne luy
donnent aucun droit d'ufurper
la Couronne fur ce mefme
Roy , ny de s'en faifir lors
qu'il vitencore , & qu'il a un
Fils à qui elle doit appartenir
avant que de tomber fur fa
tefte. L'Auteur pretend peuteftre
prouver ce qu'il a d'abord
avancé en difant , comme
il a fait dans la fuite
le Prince d'Orange a esté appella
Nation pour l'affranchir
du joug où elle eftoits que
la mefme Nation le reconnoist
pour liberateur , & enfin qu'il
fe trouve éleve fur le Trône par

par
que
36 X. P. des Affaires
que
le Prinle
confentement des Etats . Je
répons à cela , ce que j'ay
dit plufieurs fois ,
ce d'Orange n'auroit point esté
appellé s'il n'eust cabalé pour fe
faire appeller par des traitres ;
qu'il n'eft pas vray que la Nation
fouffrift , puis qu'elle avoit
une entiere liberté de conſcience,
& que tous les mouvemens dont
il s'agit ne font caufez qu'à l'égard
de la Religion ; qu'il n'eft
point le Liberateur de l'Angleterre
, mais le Tiran ; que toutes
les Loix qu'il a fuppose qu'il
venoit
pour maintenir font abo
Ties ; que toutes les perfonnes de
du
Temps. 37
probité du Royaume en demeurent
d'accord , mais qu'elles n'oferoient
l'avouer publiquement ,
parce qu'elles gemiffent fous la
tirannie ; qu'il n'a esté élevé
fur le Trône que par force ; qu'il
n'y a efté porté que par les traiftres
avec lesquels il eftoit d'intelligence
; & que fi tout ce qu'on
fuppofe du confentement des Peuples
eftoit vray , on ne fe fouleveroit
pas en mille endroits comme
on fait en Angleterre & en
Ecoffe ; qu'il ne faudroit point de
Troupes pour s'opposer à ceux qui
tiennent le party de leur veritable
Souverain , & qu'enfin le
38 X. P. des Affaires
Prince d'Orange " auroit auffi
efté reconnu Roy en Irlande . Je
ne croy pas qu'on puiffe repliquer
à toutes ces chofes ,
& cela m'empêche de m'étendre
autant que je pourrois
faire pour les mettre dans
leur jour .
L'Auteur ajoûte que s'il y
eut jamais de difpofition , &
d'inftallation legitime dans un
cas extraordinaire , c'est dans celuy
où un Monarque fe depoffede
lug- même en fe mettant audeffus
des Loix Ce cas extraordinaire
eft admirable, & je n'ay
jamais ouï dire qu'il y en eût
du Temps.
39
ny qu'il y en pût avoir pour
chaffer unRoy du Trône.Ileft
facile de voir , que l'Auteur
eft dans les Terres d'une Re..
publique , & qu'il fçait qu'en
avançant une choſe fi abſolument
fauſſe , il fera plaifir
aux Republicains. Mais
quand il feroit vray qu'il
puft y avoir un de ces cas
extraordinaires , & qu'il s'en
fuft en effet trouvé un qui
euft pû autorifer le Prince
d'Orange à fe faire nommer
Roy , il falloit pour loüer ce
Prince fe fervir bien jufte du
moment dans lequel il eft
40 X. P. des Affaires
monté fur le Trône , car tout
ce qui s'eft paffé depuis qu'il
l'occupe , bien loin de juftifier
qu'il n'eft pas Ufurpateur,
& qu'on ne doit point le dé.
poffeder , comme l'Auteur le
pretend , fait voir qu'il n'y
en cut jamais un qui l'ait
efté plus regulierement , &
qu'il l'eft dans toutes les
formes. Il ne faut pour en
eftre convaincu , que jetter
les yeux fur l'état prefent des
affaires d'Angleterre , & l'on
verra que non feulement cet
Ufurpateur a executé tous
les deffeins qu'il fuppofoit
du
Temps.
41
peu de dire
que
que le Roy avoit , mais qu'il
a prefque aboly toutes les
Loix , aufquelles Sa Majesté
n'auroit pu toucher , fans
qu'on l'euft auffi - toft accufée
du plus cruel attentat contre
l'autorité des Seigneurs & du
Peuple. C'eſt
toutes les Loix font changées
ou abolies ; aucun des fermens
qu'on preftoit du temps
du Roy ne fubfifte plus , de
que tout eft en confufion
dans les trois Royaumes
,
& que les Traiftres ont chargé
les Peuples d'impofts , le
Prince d'Orange ayant beſoin
førte
D
42 X. P. des Affaires
de fommes immenfes contre
ces mefmes Peuples , pour les
empefcher de fe révolter , &
pour les forcer à demeurer
dans la fervitude où il les a
mis.
L'Auteur pourſuit, en difant
que le Prince d'Orange est reveftu
de toutes les qualitez &
de tout le droit qui peuvent autorifer
un femblable changement.
Quand le Prince d'Orange
auroit toutes les qualitez
qu'on peut fouhaiter
dans un Monarque , toute la
valeur & toute l'experience
d'un grand Capitaine , & tou
du Temps. 43
tes les vertus d'un honnefte
homme , de quoy le Public
ne demeure pas d'accord ,
tout ce grand merite n'auroit
pas mis le Roy d'Angleterre
dans l'obligation de
fortir du Trône pour l'y faire
affeoir , & il n'y a point de
Loy qui autorifaft cet Ufur- .
pateur à fe fervir de la force
pour fe faire Roy . Si tous
ceux qui meritent des Couronnes
en devoient avoir , il
faudroit que la terre fuft divifée
en autant de Royaumes
qu'on y pourroit compter de
Provinces ; & fi les qualitez
Dij
44 X. P. des Affaires
diftinguées eftoient un droit
pour envahir les Etars des
Princes que de juftes titres
ont mis fur le Trône , l'ambition
feroit encore couler
plus de fang qu'on ne luy en
voit répandre , quoy qu'elle
ait accoutumé de n'épargner
rien pour fe fatisfaire.
L'Auteur ajoûte ; Tout cela
neanmoins n'est pas un titre legitime
pour la Cour de France
; c'eft affez que le Roy Jacques
foit dépoffedé pour conclure que
le Roy Guillaume est un Ufur.
pateur ; & il luy fuffit qu'un
Ufurpateur foitfurla terre pour
du Temps.
45
luy declarer la guerre . Il n'y a
rien dans cet Article dont il
-
ne doive eſtre
avantageux à
la Cour de France de convenir.
Auffi feroit- elle gloire
de prendre les armes pour
s'opposer à tous les Ufurpateurs
, fi fes forces eftoient
fuffifantes
pour leur declarer
la guerre , & principalement
à tous ceux dont le crime eft
triple comme celuy du Prince
d'Orange , qui attaque injuftement
dans une mefme perfonne
un Roy , un Oncle , &
un Beau pere , & qui le
furptenant
avec lâcheté
-
46 X. P. des Affaires
le poignarde en l'embraffant,
puis qu'il n'eft entré en Angleterre
qu'aprés l'avoir aſſuré
par la bouche de fon Favory,
&
par
des Lettres de fa main ,
qu'il eftoit bien éloigné d'avoir
la pensée d'en vouloir à
fa Couronne. Ainfi la baffeffe
eft jointe au crime , & les
artifices honteux font les
moyens qu'il a employez
pour s'affeurer l'autorité fou
veraine. Tous les Ufurpateurs
font à détefter, mais au moins
y en a qui par des actions
de valeur femblent avoir merité
qu'on ferme les yeux fur
il
du Temps. 47
leurs injuftices. Comme ils
ſe font expofez aux plus
grands perils pour arriver au
faifte de la grandeur , & qu'on
a fouvent vu couler leur fang
avant qu'ils ayent pu forcer
tout ce qui leur refiftoit , ils
one pretendu s'eftre élevez
juftement au Trône , à cauſe
qu'ils y font montez par des
degrez éclatans , & arrachant
l'épée à la main ce qu'ils ne
pouvoient avoir par une voye
legitime , ils ont tâché de
prouver que le droit de conquête
étoit un titre réceu parmytous
les Conquerans.Quoy
48 X. P. des Affaires
que ce titre ne rende pas legitime
la poffeffion d'une Couil
fait que l'Ufurpa ronne >
perteur
eft moins odieux ,& qu'en
feparant le crime de fa
fonne, on trouve en luy quel
que chofe de grand , mais le
Prince d'Orange n'a jamais été
diftingué par aucun endroit
digne d'une Ame heroïque .
Il n'a fait briller aucune vertu,
& quoy que tous les Ecrivains
de Hollande ayent toujours
cu les yeux ouverts pour tâcher
d'en remarquer , ils n'ont
jamais pû luy donner
loüanges generales qui conque
des
viennent
du Temps . 49
viennent à tous les Grands ,
& qu'on leur donne ordinai
rement , quoy que peu les
meritent à juste titre .
Je reprens l'Article que j'ay
quitté. L'Auteur après avoir
parlé des qualitez , dont il dit
que le Prince d'Orange eft
reveftu , & des droits qu'il a
au Trône d'Angleterre pour
avoir épousé une Princeffe
du SangRoyal, ajoûte , comme
vous venez de voir , tout
cela neanmoins n'eft pas un titre
legitime pour la Cour de France.
La Cour de France n'a- telle
pas grand tort de trou-
E
so
X.P.des Affaires
ver , que ces titres ne font
pas fuffifans pour détrôner un
Roy, ou pluftoft que le Prin
ce d'Orange ne peut mefme
produire de ces faux titres
qui peuvent ébloüir par une
apparence de verité ? Lors
que la Maifon d'Auftriche ,
& quelques autres Souverains
les trouvent legitimes , ils
ont leurs raifons pour cela ,
& fe fervent de l'Ufurpateur
en fermant les yeux fur l'ufurpation
. Il luy fuffit , dit
l'Auteur en parlant de la
France , que le RoyJacques foit
depoffedé pour
conclure le
que
du Temps.
SI
#
Roy Guillaume est un Ufurpateur.
La concluſion eſt juſte
, & je ne voy pas que perfonne
puiffe conclure autrement
fans fe vouloir expofer
à paſſer pour ridicule . Il s'agit
d'un fait , & il n'y a rien
dire contre les faits. Il
fuffit de voir & d'écouter.
Je fçay bien que les Princes
intereffez , & ceux qui craignent
le Prince d'Orange, ne
tirent pas tout haut les conclufions
qui refultent de cet
Article ; mais cela n'empef
che pas qu'ils n'en demeu
rent d'accord en fecret avec
E ij
52 X. P. des Affaires
eux-mêmes. Une verité vifible
ne fçauroit eftre ignorée,
mais onpeut s'en taire quand
on a des
raifons
pour n'en
rien dire. Il faut bien que
le Prince d'Orange foit Ufurpateur
, puis qu'il a ufurpé ,
& comme c'eft la Couronne
du Roy Jacques qu'il a ufurpéc,
on ne peut conclure touchant
cette ufurpation , qu'en
difant que puis que le Roy
Facques a esté depoffedé par le
Prince Guillaume , le Prince
Guillaume eft un Ufurpateur.
La France n'eft pas la feule
qui tire cette confequence ,
du Temps. 33
c'eft la Terre toute entiere ;
mais c'eſt la France qui en
parle le plus hautement , parce
que l'Augufte Monarque
dont elle reçoit les Loix ne
fçauroit fouffrir les crimes.
Quand un grand Prince gouverne
par luy- même, les fentimens
heroïques paroiffent
toujours dans les occafions
de cette nature , & le caractere
de grandeur & de bonté
, eft infeparable de ceux
qui font nez avec la Couronne
, pourvû qu'ils agiffent par
leurs propres mouvemens.
Et il luy fuffit ( c'eſt à dire à
E iij
34 X. P des Affaires
la France ) qu'un Ufurpateur
foit fur la terre pour luy declarer
la guerre . Il vaut mieux
punir les méchans , que de
contribuer à l'établiffement
& à l'affermiffement de la
tirannie . Si le Roy eftoit en
eftat de renverser les projets
de tous les Ufurpateurs , je ne
doute point que l'amour de la
juſtice ne le portaft à leur fai
re à tous la guerre . Ceux qui
luy feroient un crime d'employer
fes armes à détruire les
Tirans ne feroient pas crûs ,
& on les regarderoit comme
des gens attachez à leur
leur pardu
Temps.
55
ty,qui ne parlant pas de bonne
foy , feroient perfuadez
du contraire de ce qu'ils diroient.
Les Avocats qu'on
permet aux criminels de
choifir pour les défendre
ce qui eft fur tout l'ufage de
l'Angleterre
, n'ignorent past
le crime de ceux dont ils foûtiennent
la caufe , quoy qu'ils
fe fervent de leur éloquence
pour l'affoiblir , & quelquefois
même pour tâcher de
faire croire qu'ils font innocens
, à quoy ils reuffiffent
fouvent , en déguiſant le fait
par des circonstances
qui luy
E iiij
56 X. P. des Affaires
donnent toute une autre face,
& qui le changent entierement.
Les Ecrivans de Hollande,
qui font les Avocats du
Prince d'Orange, font la même
chofe. Il tâchent à trouver
des couleurs. pour donner
à fon ufurpation un autre
nom que celuy de crime ;
ils tournent fon entrepriſe de
cent façons differentes , afin
qu'elle foit moins odieuſe ,,
mais c'est toujours un Trône
ufurpé , puis qu'il n'a pû leremplir
fans en chaffer un
Souverain legitime , & un vol
eft toujours vol de quelque
du
Temps. 37
maniere , & fur quelque perfonne
qu'il puiffe eftre fait.
On eft étonné de la fubtilité
de femblables criminels ; on
admire leur adreffe ; ils fervent
d'entretien au public ,
mais on ne laiffe pas de punir
leur crime . Nous en avons des
exemples tout récens ; chacun
en peut faire la comparaifon
, car je reſpecte encore
affez le fang du Prince d'Orange
pour ne vouloir la
pas
faire moy même. Cependant
elle paroift jufte à tout le
monde , & il n'y a que la
difference qui fe trouve du
58 X. P. des Affaires
petit au grand . Mais apour
chever de répondre à ce
qu'on dit qu'il fuffit au Roy
qu'il y ait un Ufurpateur pour
luy declarer la guerre , ce Monarque
obligeroit tout le
genre humain , fi , fuppofé
qu'il fuft affez puiſſant pour
cela , il le vouloit entreprendre
. Les Ufurpateurs font autant
de Monftres fur la terre,
& il feroit auffi glorieux au
Roy de l'en purger , qu'il l'a
efté à Hercule de la délivrer
des Bufiris & des Gerions .
Ainfi je ne comprens
pas
par où l'on pretend noircir
J
du Temps.
59
Sa Majefté , & quel tort on
croit luy faire en difant qu'il
n'y a aucun Ufurpateur qui
n'attire fon averfion. On s'a.
veugle fort fouvent , & on
loue fans y penfer ceux dont
on n'a eu intention de parler
que pour en dire du mal ;
mais il eft bien mal- aiſé que
cela n'arrive , quand celuy
dont on prétend obfcurcir la
gloire , eft louable par tant
d'endroits , qu'au lieu de defauts
on ne luy fçauroit trouver
que des vertus . Si l'on
n'eft tout- à-fait ennemy
pas
de l'équité , que pourroit- on
60 IX. P. des Affaires
imputer au Roy pour avoir
declaré la guerre au Prince
d'Orange , comme à un Ufurpateur
? Quoy que ce que l'on
agite dans le Confeil des Rois
foit fecret ou du moins
qu'il le doive eſtre rien
n'eft plus connu que ce qui
fe fait dans le Parlement de
Londres, Ainfi on n'y a pas
plûtoft mis en deliberation
de declarer la guerre à la
France , que le Roy en a cfté
informé. Ce Monarque n'i-
>
gnoroit pas que ce qu'on propofoit
là-deffus dans ce Parlement
, n'eftoit qu'une for ,
du
Temps :
61
malité , & que la Maiſon
d'Autriche n'avoit confenty
que le Prince d'Orange prift
le nom de Roy , qu'à condi
tion qu'il declareroit la guerre
à la France , fi - toft qu'il
feroit monté fur le Trône .
On fçavoit mefme qu'il avoit
efté refolu entre eux que
l'Ufurpateur feroit diverfes
defcentes fur nos Coftes , où
il feroit joint par les nouveaux
Convertis , pendant
que de leur cofté les Princes
Catholiques entreroient par
terre en France , & fatisferoient
leur jaloufic aux dé62
X. P. des Affaires
pens de la Religion qu'ils
profeffent. Ce que je dis
nc fçauroit eftre nié ; ce
font des faits fi conftans, que
mille & mille Ecrits de Hollande
les ont imprudemment
publiez. Aprés, cela pourra- ton
blâmer le Roy d'avoir declaré
la guerre au Prince d'Orange
, d'avoir mis fa gloire
& fon Royaume à couvert
des infultes dont il eftoit menacé
, & de s'eftre trouvé afſez
roſt preſt pour prévenir
ceux qui ne font unis que
pour mettre obftacle à fa
grandeur ? Je ne dis pas qu'il
du
Temps. 63
n'euft pû declarer la guerre
au Prince d'Orange , quand
mefme cet Ufurpateur n'auroit
pas formé le deffein de
l'attaquer. Le Roy que le
Sang & l'amitié font entrer
avec juſtice dans les intereſts
d'un Prince opprimé, fe trouve
aujourd'huy le plus puiffant
Monarque de la terre ,
la paix regne dans la France
il cft les delices de fes Peuples
, fes Finances font en
bon eftat , il n'eft plus dans
une regence traverfée par des
Rebelles ; il peut tout ce qu'il
voudra , & comme il voudra
64 X. P. des Affaires
toujours ce qui fera jufte, on
ne doit pas s'éronner s'il
cherche à remettre fur le
Trône un Roy traité fi indignement
par fes Sujets.
On lit encore dans le même
Ouvrage l'Article qui
fuit. Que n'auroit - on point à
dire fi les motifs qu'on allegue
contre le Roy Guillaume, étoient
de poids , & s'il eftoit vray que
le cours naturel de la fucceffion
deuft eftre une regle inviolable ,
pour la forme du gouvernement ?
mais fi ces motifs font infuffifans
contre la Loy fuperieure du bien
public , que n'a -t - on point à dire
du
Temps
65
en faveur de la caufe du Roy
Guillaume contre celle du Roy
Facques ?
&
Cet Article eft de ceux
qu'on ne comprend pas à
la premiere lecture
dont il faut deviner le fens.
Quoy qu'on puiffe interpreter
celuy- cy differemment, il
eft certain que l'Auteur a
pretendu juftifier l'ufurpation
du Prince d'Orange , ou
du moins continuer de par
ler pour fa juftication . Que
n'auroit-on point à dire fi les
motifs qu'on allegue contre le
Roy Guillaume eftoient de poids?
66 X. P. des
Affaires
Je ne voy pas que ces paroles
fignifient rien. L'Auteur ne
doit point douter que ce
qu'on allegue contre l'ufurpation
du Prince d'Orange ne
foit de poids , & s'il ne croit
pas qu'il le foit , il eſt obligé
de faire voir le contraire.
Il n'eft point queſtion de
fçavoir s'il y a eu des Ufurpateurs,
& fi leur regne a duré
longtemps , mais feulement
s'il y a des cas qui permettent
d'ufurper une Couronne ,
& de
dépoffeder un Roy.
Comme le contraire a déja
eſté prouvé , & que je feray
du Temps.
67
obligé
le
indifpenfablement
d'en parler encore , je pourfuis
fans m'étendre davantage
là- deffus . S'il eftoit vray que
cours naturel de la fucceffion
deuft eftre une regle inviolable
pour la forme du gouvernement.
Cet endroit me paroiſt fort
obfcur , & je ne sçaurois
trouver en quoy l'Auteur a
pû pretendre qu'il doit cftre
avantageux au Prince d'O
range ; car enfin , qu'importe
à ce Prince , & au Roy d'Angleterre
mefme , que la fucceffion
foit une regle inviolable
pour la forme du gouvernement ?
Fij
68 X. P. des Affaires
Pour moy , je ne voy pas
qu'elle puiffe , ny qu'elle doive
jamais l'eftre pour qui que
ce foit. Tous les Souverains
fuivent ordinairement de certaines
loix fondamentales qui
fe trouvent dans chaque Etat,
& du refte , chacun gouverne
felon fon genie. L'un eft plus :
doux , l'autre eft plus cmporté
; l'un aime la guerre ,.
& a toujours les armes à la ..
main , l'autre fait fes delices.
de la paix , & paffe tranquillement
fa vie . Le Magnifique
fait de la dépenfe , & l'Avare
amaffe des trefors . Ces mas
du
Temps .
69
nieres de vivre font differentes
, & cependant les peuples
n'y fçauroient trouver à redire
. La mefme choſe arrive
dans tous les Etats. Les hommes
font nez avec differentes
inclinations qu'il leur eſt impoffible
de forcer , & cela
n'empefche pas que les affaires
n'aillent toujours leur
train. Chaque Souverain
prend le timon de l'Etat felon
le cours naturel de la fucceffion,
pour me fervir des termes de
l'Auteur , mais ce cours ne
fait pas que la regle de
verner foit inviolable , pour
доц.
70 X. P. des Affaires
continuer à me fervir de fes
paroles . On n'enfraint pas
toutes les regles qu'on n'obfer
ve point , de mefme que nous
ne laiffons pas d'arriver au
lieu où nous nous fommes
propofé d'aller › quoy que
nous prenions des routes differentes
de celles que d'autres
ont prifes , & que nous y allions
à pas comptez
,
qu'ils y ont efté en courant.
Enfin l'un obtient une chofe
par priere , & l'autre par menace
, & c'est toujours l'obtenir.
L'Article finit avec
autant d'obfcurité qu'il a
lors
du
Temps.
commencé , puis qu'on y lit,
maisfi ces motifs font infuffifans
contre les droits des Etats , &
contre la loy fuperieure du bien
public • que n'a- t- on point à
dire en faveur de la caufe du
Roy Guillaume contre celle du
Roy Jacques ?
Je laiffe à de plus habiles
que moy à déveloper cet Article
, mais quelque explication
que l'on y puiffe donner
, il eſt tres- certain qu'il
faut quelque chofe de plus
clair , & de plus fenfible pour
défendre une méchante caufe
, & faire valoir une ufurpa
72 X. P. des Affaires
tion faite par des fi lâ voyes
ches & fi indignes d'un homme
, qui ne voudroit mefme:
conferver que les apparences
de
l'honneur
. Je croy que la
force de cet Article confifte:
dans la Loy fuperieure du bien
public. On voit bien qu'il y
a quelque chofe de grand là,
dedans, & qui impoſe beaucoup
, mais la queſtion eſt de
fçavoir ce que
c'eft que cette
Loy fuperieure du bien public ,
quelle eft fon origine , qui
font les Legiflateurs qui l'ont
faite , en quoy elle confifte ,
& quelles peines encourent
ceux
'du Temps. 73
ceux qui fe difpenfent de
l'obferver. Je croy que les
Partiſans du Prince d'Orange
n'ont rien à répondre touchant
cette Loy , finon qu'el
le eft de la façon de ce Prinqu'il
luy a donné un
nom , qu'il l'a faite expreffément
contre le Roy d'Angleterre
, qu'il a marqué la
ce
punition à laquelle feroient
fujets ceux qui l'enfraindroient,
qu'il a accufé ce Monarque
de l'avoir violée , qu'il
l'a declaré coupable
, & qu'il
l'a puny en le faiſant defcendre
du Trône pour fe mettre
G
74 X. P. des Affaires
en fa place . Ainfi il a efté le
Legiſlateur , la partie & l'executeur
, aprés avoir eſté le
Juge , & avoir jugé à fon profit
, fans prendre confeil que
de fon ambition . Pour l'abfoudre
de tant d'injuftices &
de tant de crimes , un Refugié
François , forty du Royaume
fans qu'on l'en ait chaffé ,
chagrin de fa mauvaiſe fortune
dont le Roy eft moins
caufe que fon peu de conduite
croit impofer à toure
l'Europe , quand il dit moins
par raiſon , que pour
fervir
le
Prince d'Orange , dont on
du Temps . 75
voit bien qu'il attend de
grands avantages, que ce Prince
eft autorisé par la Loy Superieure
du bien public. Il eft
conſtant que les Souverains
doivent en toutes chofes regarder
le bien public , mais
cela n'empêche pas qu'ils ne
foient les maiſtres d'agir làdeffus
comme ils le trouvent
à propos, fans en devoir rendre
compte à perfonne, & fans
que l'on foit en droit de leur
en demander aucun , & fur
tout un Etranger qui le peut
moins que tout autre . Le
Peuple n'eft pas capable de
Gij
76 X. P. des Affaires
connoiftre ce qui luy doit
eftre utile . On travaille bien
fouvent pour luy fans qu'il
en foit perfuadé , il ne fuit
que fes caprices , & ſe laiſſe
ordinairement conduire par
l'avis des plus feditieux , de
forte qu'il n'y a point de
Monarque qui ne renonçaft
à la Couronne , s'il eftoit obligé
d'agir felon les mouvemens
de fon Peuple , &
point de Peuple qui avec le
temps ne faſt fort fâché que
fon Prince l'euft gouverné
felon fon
déreglement , puis
que les uns & les autres en
du Temps. 77
recevroient du defavantage ,
& que tout l'Etat feroit en
confufion & en defordre .
L'Auteur finit fon Ouvrage
prefque par ces mots . Il dit
en parlant du Roy d'Angleterre
. Il s'eft retiré du Royaume
pour ſe jetter entre les bras
d'un Monarque étranger , afin
de pouvoir foumettre la Nation
par les armes. Le Trône vacant
a efté remply d'un Prince qui
eft le premier du Sang Royal ,
Epoux de la plus prochaine
Heritiere , grand par fes qualitez
perfonnelles , & encore plus
parfes actions. Je ne fçay pas
Giij
78 X. P. des Affaires
comment un homme d'ef
prit peut dire , pour blâmer
le Roy d'Angleterre
, qu'il
s'eft jetté entre les bras d'un
Monarque étranger. L'Auteur
nous auroit fait plaifir
de nous dire ce qu'il auroit
voulu
que ce Roy cuft fait.
Il doit convenir
pour peu
qu'il foit homme à fe rendre
à la raifon que le Roy d'Angleterre
ne pouvoit demeurer
au milieu des traiftres qui
environnoient
fa perfonne
& que fon Ennemy avoit corrompus
. Il n'y avoit de feu
reté pour luy dans aucune
>
du
79
au Temps
Province de fon Etat. Ce mê
me Ennemy avoit des Emif.
faires tout; il avoit furpris
par
la fidelité des Officiers de fes
Troupes , afin
devinft un corps fans ame ; il
avoit couvert la Mer de Vaiffeaux
pour venir envahir ſes
Etats , & avoit fait débarquer
une groffe Armée qui
venoit au devant de luy , &
l'Auteur trouve à redire aprés
cela que ce Prince ait paffé
dans un autre Royaume , &
dit , que le Monarque chez
qui il s'eft retiré eft étranger.
Je ne fçay quel crime il luy
que fon Armée
G iiij
80 V p •des Affaires
veut faire de ce que ce Monarque
eſt étranger , mais j'ignore
où il auroit pû en
trouver un qui ne le fuft
point , tout Monarque , &
tout Royaume eftant étranger
à l'égard d'un autre , quelque
voifins qu'ils puiffent eftre..
C'eft eftre bien remply d'une
bile noire que d'en répandre
jufque fur les chofes de cette
nature. Mais voyons fi le-
Roy d'Angleterre pouvoit
faire un meilleur choix que
celuy qu'il fit alors
pour
fa
retraite . Non feulement le
Roy de France eft aujourd'huy
le plus puiffant Prince
du
Temps.
81
de la Terre , & le feul qui
puſt donner au Roy d'Angleterre
, les grands fecours
qui luy estoient neceffaires ,
mais ils font étroitement unis
par le Sang. Tous les autres
Souverains chez qui il cuft
pû fe retirer , eftoient liguez
avec le Prince d'Orange ; ainfi
il auroit beaucoup rifqué
en fe refugiant chez eux , &
il devoit éviter fur tout de
fe jetter entre les bras de la
Maifon d'Autriche . Les fui
tes en eftoient douteufes &
fort à craindre pour ce Monarque
, qui en ſe retirant en
France , n'a fait que ce qu'il
82 X. P. des Affaires
a pû , & qu'il a dû faire . It
y pouvoit demeurer longtemps
, mais l'Auteur ne fçauroit
luy faire un crime du
peu de fejour qu'il y a
fait , puis que dés que ce
Monarque
a cru qu'une partie
de l'Irlande luy feroit fidelle
, il a jugé ces Peuples
dignes de l'honneur de fa prefence
, & quoy qu'il n'y euft
pas pour luy une feureté entiere
, il est allé fe confier à
leur zele , & expofer fa vie
pour les empêcher de fubir le
joug de la tirannie . L'Auteur
dit en l'accufant dans ce que
vous venez de lire,qu'il s'eft redu
Temps. 83
tiréchez unMonarque Etranger,
afin de pouvoir foumettre la
Nation par les armes . C'eſt
donc à dire fuivant cet. Auteur
, qu'il doit cftre défendu
au Roy d'Angleterre de
prendre les armes pour rentrer
dans fes Etats , & que
dés qu'il cherchera à foumettre
des Rebelles , & à
combattre les Troupes que
l'Ufurpateur a amenées dans
fon Royaume , on luy en fera
un crime , en difant qu'il veut
foumettre la Nation par les armes.
Il n'en veut point à la
Nation , il fçait que la plus
84 X. P. des Affaires
grande partie a efté furpriſe
& forcée de reconnoiftre le
Prince d'Orange pour Roy.
Il n'en veut qu'aux Traiftres
qui ont vendu la Nation en
trahiffant leur Souverain legi
time, & qui font caufe qu'elle
paroiftra criminelle à la pofterité.
Ainfi le Roy pour
roit empêcher que cette tache
d'infamie ne s'étendift
plus loin , fi en puniffant les
Traiftres il donnoit lieu à
la Nation de fe repentir , &
de marquer l'ardeur de fon
zele pour fon Prince, ce qui ne
manquera pas d'arriver, fi - toſt
du
Temps. 85
que le party de l'Ufurpateur,
qui s'affoiblit tous les jours ,
aura achevé de l'abandonner.
L'Auteur , aprés avoir parlé
de la retraite du Roy d'Angleterre
, dit
que le Trône vacant
a efté remply. Ceux qui
ne fçauroient point l'hiſtoire
de l'ufurpation duPrince d'Orange
, pourroient croire lors
qu'on parle de la forte, que Sa
Majefté Britannique a eu tort
de fe retirer de fes Etats, &
que
puis qu'Elle avoit laiffé fon
Trône vacant , il falloit neceffairement
le remplir ; mais
çomme toutes les Nations
86 X. P. des Affaires
font informées du contraire,
il faut que
l'Auteur croye
parler aux habitans d'un autre
Monde , lors qu'il tient un
pareil langage . Je ne répondray
point au reſte de l'Article
ou pour autoriſer l'ufurpation,
on dit que le Prince
d'Orange eft le premier Prince
du Sang Royal, l'Epoux de
la plus prochaine Heritiere. Je
me fuis déja expliqué làdeffus
; mais quand l'Auteur
ce Prince est grand par
dit ,
que
fes qualitez perfonnelles &
plus grand encore par fes actions,
il faut qu'il ait des lumieres
du Temps.
87
que toute la terre n'a pas,
Perfonne n'ignore que le
Prince d'Orange ne s'eft jamais
diftingué par aucune
action d'éclat , fi ce n'eſt
qu'on veuille mettre en ce
rang tout ce qu'il a fait de
témeraire. Ainfi l'on peut dire
qu'on luy fera grace lors
qu'on ne parlera point de fes
qualitez perfonnelles.
J'ay remis juſqu'à la fin
de cette réponſe , à vous parler
d'un Article , qui fait la
plus grande partie de l'Ouvrage
que je viens de refuter.
Il y eft inferé d'une maniere
88 X. P. des Affaires
qui fait voir que l'Auteur
pretend qu'il ait rapport à
toutes fes parties , & qu'il
donne de la force à tous les
autres Articles , & les faffe
mefme valoir , quand bien
ils feroient défectueux . C'eft
par là qu'il croit prouver que
l'ufurpation du Prince d'Orange
le peut foutenir , & ne
fçauroit manquer d'eftre jufte
, le refte n'eftant que des
dépendances . Je ne doute
point que vous ne vous imaginiez
que pour marquer la
juſtice de l'invafion faite par
le Prince d'Orange , l'Auteur
du Temps.
89
rapporte
un grand nombre
defujets de plaintes du Peuple
d'Angleterre
contre le Roy ,
& qu'il s'étend fur les droits
& le pouvoir pretendu
de ces
Peuples pour le détrôner
, &
pour en choisir un autre en fa
place mais ce n'eſt rien
moins que cela , il ne fait
qu'un dénombrement de plufieurs
Ufurpateurs qui ont
regné en differens fiecles.
Pour moy , je ne fçaurois concevoir
par où il a pretendu
qu'il foit poffible de rien cons
clure de là qui foit avanta-
V
90 X. P. des Affaires
geux au Prince d'Orange , &
que ce dénombrement puiffe
aboutir à autre choſe , qu'à
faire mettre le nom de ce
Prince au bas de la lifte
pour la groffir . Je ne vous envoye
pas cet article , parce
que je n'y veux point répondre
en détail , Qu'importe
au
Public & au Roy d'Angleterre
qu'il y ait eu des Ufurpateurs?
Tout le monde conviendra
avec l'Auteur , qu'il
y en a eu mille fois plus qu'il
n'en nomme
& que leurs
noms fuffiroient pour remplir
de gros Volumes , mais
du Temps.
91
perfonne ne demeurera d'accord
pour cela qu'il y ait
plus de juftice à détrôner un
Roy qu'à voler un Particulier.
L'Auteur affecte de faire
voir qu'il y a eu des Ufurpateurs
en France , & dit en
mefme temps, que l'hiftoire n'a
laißé que des monumens dou
teux d'un temps fi éloigné ; de
forte que fije voulois répondre
à cet article , il me faudroit
employer beaucoup de
temps en recherches & en
lectures pour demefler fi tous
les Ufurpateurs
qu'il nomme
ont merité qu'on leur ait
Hij
92 X. P. des Affaires
donné ce nom . C'eſt
une
peine
que je prendrois
volontiers
pour
vous
éclaircir
fur
ce qu'il avance
, fi le fait dont
il s'agit
eftoit
de fçavoir
s'il
y a eu des Ufurpateurs
; mais
foit
que ceux
que l'Hiftoire
remarque
l'ayen
: efté , ou
qu'on
les en accufe
injuftement,
le nombre
en peut eftre
grand
, fans
qu'on
puiſſe
en
rien
conclure
pour
juftifier
le
Prince
d'Orange
. Au
contraire,
ce nombre
ne fert qu'à
faire
connoiftre
que la terre
a eu beaucoup
de ces criminels
qui pour
s'eftre
courondu
Temps.
93
nez , n'en ont pas efté moins
coupables. Ainfi cela ne decide
rien dans l'affaire dont il
s'agit. D'ailleurs , les circonftances
changent les faits , &
fi c'eftoit icy le lieu de faire
des difcuffions hiftoriques
fur
les pretendus Ufurpateurs
dont il parle , on rrouveroit
peut- eftre que leurs crimes ne
font pas fi grands quel' Auteur
le veut perfuader. J'avoue que
je ne comprens pas quel but il
a pû avoir lors qu'il a fait ce
denombrement
, ny en quoy
il a cru juſtifier par là l'inva
fion du Prince d'Orange
,puis
94 X. P. des Affaires
il
que loin de l'avoir fait ,
montre d'une maniere qui
empêche qu'on n'en doute,
qu'il eft fortement perfuadé,
qu'il doit eftre mis au nombre
des Ufurpateurs . S'il ne
croyoit pas qu'on ne luy fçauroit
donner un autre nom , il
n'auroit pas pris le foin de
chercher des exemples pour
juftifier fon ufurpation, cftant
abfolument
impoffible qu'il
les ait cherchez & citez qu'à
ce deffein . Ainfi il a travaillé
à prouver , ce qu'il devoit
nier pour fervir le Prince
d'Orange
, & à le mettre au
du Temps .
95
rang des fameux Coupables
lors qu'il devoit employer
tous fes raifonnemens à faire
voir que c'eſt injuſtement
qu'on l'y met. Peut- on conclure
qu'un Ufurpateur ne
foit point coupable , parce
qu'il y a eu plufieurs autres
Ufurpateurs avant luy Il faut
de neceffité que l'Auteur tire
cette confequence de ce dénombrement,
puis que c'eſt la
feule qui en puiffe refulter.S'il
n'avoit pas cru que le Public
feroit de fon fentiment , il
n'auroit pas cherché avec tant
de foin les noms de tous ceux
96 X. P. des Affaires
1
qui ont ufurpé une Couronne
; mais le Public ne fe laiffe
pas tromper fi facilement que
l'on s'imagine. A le regarder
dans le détail , il eft compofé
de quantité d'ignorans ,
mais en Corps c'eft rarement
qu'il s'abufe, & fes jugemens
font prefque toujours remplis
d'équité . Il voit bien
que dans l'affaire du Prince
d'Orange , ce n'eft pas
la juſtice de fa caule qui o
blige à la défendre , & qu'il
n'y en a jamais eu aucune qui
ait paru fi vifiblement injufte
dans toutes fes circonstances,
parce
du
Temps:
97
parce qu'il y en a une infinité
qui agravent l'attentat,
mais les Proteftans ont leurs
raifons
pour
même
pour
le louer
, & on
ne doit
pas
eftre
furpris
que
la pluſpart
eftant
complices
de
l'invafion
, ils
prennent
fi
hautement
fon
party
. Ils
en
ufent
comme
ceux
qui
chercheroient
des
raifons
pour
défendre
un
hom
me
faifi
d'un
vol
parce
qu'il
auroit
volé
leur
Ennemy
, & qui
diroient
pour
le
juftifier
que
d'autres
ayant
volé
avant
luy , il ne devroit
le foutenir &
I
98 X. P. des Affaires
point paffer pour coupable.
L'exemple d'un crime ne peut
jamais fervir d'excufe à un
autre. Si une injuftice , une
trahifon commife , autorifoient
à trahir ou à eftre inju
fte , il y a fi long-temps qu'on
a commencé à faire des crimes
, qu'il ne fe trouveroit
preſentement aucun homme
qui n'en fuft noircy. La jufti
ce feroit méprifée , on ne
voudroit reconnoiftre aucunes
Loix , & on verroit le
plus foible languir fous l'oppreffion
du plus puiffant.
Il y a une chofe dans cet
du
Temps.
29
article qu'on trouvera furprenante
, lors qu'on y fera toute
l'attention qu'elle merite,
Jamais homme n'a eu tant de
vanité que l'Auteur , ou ne
s'eft trompé fi groffierement,
s'il a cru que dans une affaire
qui ne peut eftre decidée que
par les paroles de l'Ecriture,
la bouche de Dieu , & par
par
celle des Apoftres , fes raifonnemens
ou plutot des raifonnemens
humains, qui que
ce foit quiles faffe , deuffentêtre
de quelque poids pour perfuader
ce qu'il avance. Ilfe per
fuade qu'en ne parlant point
I ij
100 X. P. des Affaires
de mille & mille paffages qui
font tous formellement
contre
le Prince d'Orange, quand
mefme ce qu'on impute au
Roy d'Angleterre
feroit auffi
vray qu'il eft faux , le Public
fera aTez ignorant pour ne
pas fçavoir ces paffages , &
que perfonne ne peut détrô
ner les Oingts du Seigneur ,
parce qu'ils tiennent la Couronne
de luy feul . Je ne doute
point que l'Auteur ne le ſçache
, & qu'ils n'en foit convaincu
. Le moyen qu'il ignoraft
des faits fi conftans , fi
& fi generalement
connus
du
Temps.
ΙΟΙ
per
reçûs ? Mais quand il fçair
qu'il n'a pas lieu d'en dou
ter & que toutes les paroles
de Dieu font des articles de
foy , il a tort de croire qu'en
les paffant fous filence, il
fuadeta le contraire par les
raifonnemens . Il y a en cela
une vanité, ou une ignorance
qu'on ne fçauroit excufer
dans un homme à qui il femble
qu'il ne manque rien que
d'eftre dans le bon party. On
trouvera prefque dans toutes
mes Lettres fur cette matiere,
de ces paffages de l'Ecriture
que je ne rapporte point icy,
I iij
102 X. P. des Affaires
de peur de tomber dans des
repetitions ; mais comme
l'Auteur eftProteſtant,& qu'it
croira peut- eftre Calvin plus
que tous les Saints qui fe
font expliquez fur ce fujer,
il trouvera dans la page 263.
de la huitiéme Partie des Affaires
du Temps & dans les
fuivantes , ce que Calvin a dit
là- deffus , en fen Livre des Inftitutions
& en fon Commentaire
fur Daniel. Il verra auffi ce
que Pierre Martir a dit , &
plufieurs autres articles touchant
cette matiere , qui font
voir que les Loix humaines
du Temps.
103
& divines font en cette occafion
entierement en faveur
des Rois, & contraires en tour
à fes faux raifonnemens .
Il n'y a peut - eftre point
eu de matiere depuis plu
fieurs ficcles , qui ait efté plus
agitée que celle de l'ufurpation
de la Couronne d'Anpar
le Prince gleterre
faite
d'Orange
, & il s'en faut beaucoup
qu'on
n'ait
autant
écrit
du temps
qu'on
fit le procés
à Charles
L. & que
Cromwel
monta
fur le Trône
fans porter
de Couronne
. Ce n'eft
pas que cet évenement
n'euft
I iiij
104 X.P. des Affaires
quelque chofe encore de plus
particulier que ce que nous
voyons aujourd'huy. L'Angleterre
fembloit alors ſeule
intereffée à ce qui fe paffoit
chez elle ; les Etrangers ne
s'en mêloient point, & Cromwel
eftoit de la Nation , aù
Lieu que le Prince d'Orange ,
quoy que du Sang Royal , ne
laiffe pas de paffer pour étranger
, puis qu'il avoit fuccedé
au rang & aux Charges de .
fon Pere & de fon Aycul
dans un autre Erat , & qu'il
eft entré en Angleterre avec
une Armée d'Etrangers . D'ail
du Temps. 101
feurs, une infinité de Protef
tans de ceux qu'on nomme
Prefbiteriens dans ce Royaume
fe font joints à luy , ou
fe font mis dans fes interefts,
& ces Proteftans animez contre
la France , pour ce qui les
regarde en leur particulier ,
ont crû qu'ils ne pouvoient
la chagriner davantage , qu'en
donnant des loüanges exceffives
au Prince d'Orange
qui dés qu'il a vâ: que la moderation
du Roy ne pouvoit
fouffrir que pour fatisfaire fon
ambition il fift couler du
fang dans toute l'Europe, s'en
1
106 X. P. des Affaires
eft declaré l'ennemy mortel.
Ces mefmes Proteftans ont
cherché en mefme temps des
couleurs pour mettre dans un
beau jour le plus noir des attentats
, c'eft à dire l'ufurpation
, & ils ont fuppofé que
les Peuples , & fur tout en
Angleterre, ont des Privileges
dont on n'a jamais oüi parler
que dans leurs écrits. Comme
j'ay répondu à plufieurs, & que
je fuis le feul en France qui
ay tâché jufqu'icy d'en faire.
connoiftre les faufſetez , j'ay
lû prefque tout ce qui pou
voit regarder cette matiere.
du
Temps.
107
Fay ramaffé beaucoup de pal
fages, qne j'ay déja citez , &
j'ay fait plufieurs recherches
dont vous avez vû une gran
de partie dans mes neuf premieres
Lettres fur les Affaires
du Temps. Il m'en refte encore
quelques- unes que vous
ferez bien aiſe de trouver
icy.Comme ce font des Fragmens
tirez de divers endroits
de plufieurs Livres , vous ne
devez pas vous étonner s'il
n'y a point de commencement.
Je le fupprime pour
ne rapporter que ce qui eft
pofitif. La plufpart de ces
108 X. P. des Affaires
Fragmens difent beaucoup,
& on lit prefque dans tous la
condamnation du Prince
d'Orange , & du pretendu
Parlement d'Angleterre. Voicy
le premier.
Dire que le Peuple a donné la
Puiffance au Roy, c'eft s'imagi
ner ce qui ne fut jamais . Meſme
aux Royaumes Electifs le Peu
ple ne donne point au Roy fon
autorité , car il ne peut donner
ce qu'il n'a point , feulement il
défere fon obeiffance à Henry ou
à Charles, mais ce Prince eftant
éleu, reçoit fon autorité de Dieu
comme du principe d'où tous
du Temps.
I
109
pouvoir decoule. L'Ecriture y eft
expreffe . Pro 8. 15. par luy
regnent les Rois , & Rom. 13. 1.
Iln'y a point de puiffance finon
de par luy, nul ne luy peut
ofter cette puiffance que Dieu qui
la luy a donnée.
Ce n'eft pas à nous à raifonner
aprés cela , & l'Auteur
dont je vous parlois tout à
l'heure doit fe taire, puis qu'il
n'a point d'autres raifons
pour prouver que l'ufurpation
du Prince d'Orange eft
jufte , que parce qu'il y a eu
des Ufurpateurs avant luy.
Sil trouve fa condamnation
110 X. P. des Affaires
dans l'Article que vous venez
de lire , il la trouvera encore
bien plus expreffe dans ceux
que vous allez voir.
Ce ChefSouverain est revestu
par la bonté & permiſſion du
Dieu tout puiffant, de pleniere
toute & entiere puiffance » prééminence,
& autorité , preroga
tive &juriſdiction , pour rendre
determination finale justice
en toutes cauſes , à toutes fortes
de Sujets dans ce Royaume, &
pluſieurs Loix, cơ Ordonnances
ont eftéfaites par les Parlemens
precedens pourla feure entiere
confervation de la prerogative
du
Temps.
III
preeminence de cette Cou
ronne.
Je paffe à un autre Article
beaucoup plus important , &
bien digne de voſtre atten
tion.
Ainfi la Femme choifit fon
Mary, & luy preste ferment
d'obeiſſance en ſe mariant , mais
ce n'eſt pas elle qui luy donne
fon autorité, cela luy vient de
plus haut, & ily a autant d'ab-
Jurdité à dire que le Peuple peut
depofer le Roy , parce qu'il l'a
éleu , que d'affirmer que la Femme
peut chaffer fon Mary , ou ſe
l'affujettir quand elle le jugera
Trz X. P. des Affaires
expedient parce qu'elle l'a cboify,
car la Femme perd la liberté de
fon choix par le noeud du mariage
, & le Peuple femblablement
perd la liberté de revoquer
fon choix quand le Prince élen
eft declaré Roy. C'est une étrange
confequence de dire que le Peuple
peut ofter au Roy fon autorité ,
par ce qu'il luy a jure obeiffance,
car l'élection n'eft autre chofe ,
c'est une raifon qui fe renverfe
elle-mefme de dire que le
Peuple peut ofer au Roy fon
autorité , puis qu'il la luy a
donnée: car pofez qu'il fuft vray
que le Peuple donne autorisé an
du
Temps.
113
Roy qu'il élit , puifque le Peuple
donne fon autorité , elle n'eft
plus à luy. Cette maxime eftant
une fois admife , qu'il eft loifible
à chacun de reprendre ce qu'il a
donné , romproit les Loix de la
focieté , & rempliroit le monde
d'injustice de confufion . Que
nos Ennemis fçachent que quand
l'autorité du Roy n'auroit commencé
que par le ferment de fidelité
que ce Parlement fit en
Corps au commencement de leur
Séance , le Corps de l'Etat a fait
par la un don irrevocable de fon
obeiffance au Roy, & que de ce
ferment nous tirons une meilleure
K
114 X. P. des Affaires
confequence que
la leur, àfçam
voir qu'ils ne peuvent plus dif
pofer de leur obeiffance à S. M.
puis qu'ils la luy ont donnée..
Puis , quand leurs raisons feroient
bonnes , elles n'ont lieu
qu'aux Royaumes électifs , &
font rien contre le Roy Char
les , car ny luy ny aucun des
Rois fes Anceftres par tant de
Siecles , n'est parvenu à la
Couronne par élection.
Le Parlement dont il eft
parlé dans cet article , eft ce
luy qui eftoit affemblé du
temps de la revolution , qui
arriva avant la mort de Chardu
Temps .
115
les I. & qui luy couta la vie.
Pendant ce defordre le
Peuple & le Parlement die
foient la mefme chofe qu'au
jourd'huy , ils avoient les
droits imaginaires dont ils fe
flatent encore. Aprés la mort
de Cromwel , ils reconnnurent
leurs fautes , fe déclarerent
coupables , & cafferent
tout ce qu'ils avoient fait
contre leur legitime Souve
rain , & on leur verra bientoft
faire la mefme chofe , lors
que le Prince d'Orange aura
efté obligé de fortir d'un
Trône qu'il remplit injufte
4
Kij
116 X. P. des Affaires
ment. Voyons fi les articles .
fuivans font auffi peu avan
tageux aux Peuples d'Angle
terre .
Aux fermens des Rois de
France & d'Angleterre à leur
Sacre
it n'y a aucune image
de ftipulation entre eux leurs
Sujets ; ils ne reçoivent la Cou
ronne à aucune condition ,
leurs Peuples leur doivent obeif
fance ,foit qu'ils gardent ou vio
tent leurs promeffes. Cé ferment
eft, une coutume loüable & utile
pour appuyer l'autorité du Prince
de l'amour de fes Sujets , &pour
donner aux Peuples cette fatisdu
Temps.· 117
faction , que
leur a donné, a intention
de les
gouverner
avec juftice & clemence
, de preferver
leurs
droits & libertez. Si le Roy
par fon ferment s'obligeoit
à dé
choir de fon Royaume
quand il
violeroit fes promeffes , il feroit
moindre aprés fon ferment qu'au
paravant. Que fi les Rois efti
moient diminuer leur proprietépar
leur ferment, ils ne le prendroient
le
Roy que Dien
de
jamais , pour montrer que
Leur autorité ne dépend pas
leur ferment , mais leur ferment
de leur autorité, les Rois d'An
gleterre le forment à leur plais
118 X. P. des Affaires
fir. A peine s'en trouvera-t- il
trois qui ayent pris mefme forme
de ferment fans y rien changer. ༡
Celle qu'on prefenta à Henry
VIII. fe voit dans les Archives,
corrigée de fa main , & écrite
entre les lignes. Et puis , le
ferment fe fait à Dieu , non aw
Peuple , oblige la confcience
du Prince , mais ne limite pas
fa Souveraineté. Si c'eftoit l'in
tention de cette folemnité de fti
puler avec le Peuple , le Peuple
feroit un ferment reciproque à la
mefme heure en une paction.
de telle importance il fe paffe
roit quelque Contrat public , chos
du
Temps.
119
fes qui ne fe pratiquent pas.
Rien n'eft plus fort que
cet article , & ne détruit davantage
tout ce qu'on a dir
du pretendu Contrat du Roy
avec le Peuple . L'article fuivant
eft encore fur la mefme
matiere.
Si les Angloisfontfujets au Roy
en détail , ne le feroient- ils pas
en gros ? Eftant nez Sujets auront-
ils le pouvoir de donner la
Souveraineté à leurs Deputez ,
c'est à dire de leur donner ce
qu'ils n'ont pas , & veu qu'ils
ne peuvent s'affembler en un
corps d'Etat fans le Brewer du
120 X. P. des Affaires
Roy, ce Brevet du Roy les rendra-
t-il Souverains par deffus le
-Roy?Le ftile du Brevet les appelle
ad confultandum de quibufdam
arduis, A confulter avec
luy de quelques affaires diffici-
·les, non à le maiftrifer &
à difpofer de fon autorité ;
puis qu'ils appellent cette grande
Cour , le Corps reprefentatif
des Sujets , il faut qu'ils foiem
Sujets autrement ils ne reprefenteront
pas ceux qui les envoyent,
& ce que le Roy leur
accorderafera octroyé à fes Souverains
, mais fes Sujets n'en
recevront aucun benefice. Qui
examinera :
du Temps .. 121
examinera cette propofition , que
la Souveraineté fur le Souverain
gift au Corps reprefentarif
des Sujets , trouvera qu'-
elle eft pleine de contradictions,
& fe détruit elle- mefme . On ne
peat apporter de probable raifon
( dit Bodin de Rep. lib. 1 .
cap. 8.7 que les Sujets doivent
commander à leurs Princes , ou
que l'Affemblée des Etats doive
avoir aucune autorité , fi ce n'eft
dans le temps que le Prince eft
en bas ag , on hors du fens ,
on capife Alors les Etais lug
peuvent députer un Regent , ou
Lieutenants autrement fi les
L
122 X. P. des Affaires
Rois eftoient fujets aux Loix des
Etats commandemens du
Peuple , leur pouvoir feroit . nul ,
le titre de Roy feroit un nom
fans chofe. Encore fous un tel
Prince , la Republique ne feroit
pas gouvernée par le Peuple ,
mais par quelque peu de perfonnes
égales en leurs fuffrages , qui
feroient des Loix & des Edits ,
non par l'autorité du Roy, mais
par
la leur propre , qui cependant
viendroient luy prefenter
humblement des requestes chacun
àpar foy, & tous en Corps , &
feroient femblant de luy porter
foy & obeiffance , chofes auffi
du Temps :
123
vidicules qu'il eft poffible d'imaginer.
Des raifonnemens fi forts,
& remplis d'autoritez inconteftables
, font fans doute
bien plus de plaifir à lire
que tout le verbiage des écrits
de Hollande , qui avancent
mille fauffetez , & qui ne
prouvent rien. On n'y voit
que des emportemens , & des
injures vomies contre la
France. Le Prince d'Orange
y eft dépeint par tout comme
le Heros du Siecle , &
jamais on n'a tant veu de
crimes fi lâchement , & fi
Lij
424 X. P. des Affaires
hardiment couronnez . Ce
qui fuit regarde encore les
droits des Rois d'Angleterre.
Entre les Privileges Les Ane
glois , ces trois font les principaux
, que le Roy ne fera: ascune
Loyfans le confentement de..
fes Etats ; que nulle 'Loyfaite en
Parlement neferarevoquée finon
en. Parlement, es que le Roy ne
fera aucune levée de deniers's
outre fes revenus ordinaires ,fans
la concurrence des deux Chambres.
Aux intervalles des Parlemens
, le Royfait des Edit feton
fon pouvoir Souverain . Si
ies Edits femblent onereux aux
du Temps.
123
le
•Sujets, ou derogeans à leurs Loix
à leurs Privileges , ils le luy
reprefentent humblement au prochain
Parlement
, & le Roy les
en foulage quand on luy fait
paroiftre que les plaintesfontjuf
tess car de faire paffer leurs
Requefies en Altes fans le plaifir
du Roy', ils ne peuvent , ny
le Roy faire auffi de nouveaux
Actes en Parlement fans qu'ils
y confentent. Cependant le Roy
ne les rend pas participans defon
autorité ; mais en les affemblant
en Parlement , il les rend, capables
de limiter fon autorité aux
ças qui apartiennent à leur con-
Liij
126 X. P. des Affaires
noiffance ; car il y a plusieurs cas
dont ils nefe doivent point mef
ler du tout , comme le point de la
Milice , & de peur qu'ils n'oublient
que ce pouvoir mefme de
limiter le Roy leur vient de
l'autorité du Roy,il le leur ofte
quand il luy plaift , plaift car en rompant
leur affemblée , il retire à
foy l'autorité qu'il leur avoit
donnée de limiter la fienne . S'ils
étendent leur Privilege pardelà
le plaifir du Roy , il eft au pouvoir
du Roy de le diffoudre ,
aprés la parole du Roy qui les
décharge & les renvoye , il n'eft
point en leur pouvoir de feoir ny
du Temps.
127
opiner une minute. D'où Bodin
, homme verfé en la Nature
des Etats de la Chrestienté
, conclud
pour l'autorité unique du
Roy d'Angleterre. De Repub.
lib. 1. cap. 8. Les Etats d'An
gleterre , dit-il , ne peuvent
eftre appellez ny renvoyez
que par l'Edit du Prince, non
plus qu'en France & en Eſpagne
, ce qui prouve ſuffiſamment
que ces Affemblées
n'ont aucun pouvoir de commander
ny de deffendre ,
il fe moque de l'ignorance de
Belluga , qui dit , que les Etats
d'Arragonfont pardeffus du Roy
Liiij
128 X. P. des Affaires
- néanmoins confiffe que les
Etats ne peuvent s'affembler
fans le Roy, ny fe feparer fans
lay. Illud novum & planè
abfurdum . Cela dit - il, est une
nouvelle Doctrine & une gran
de abfurdité. -
Les Ennemis du Roy d'Angleterre
ne peuvent eftre
mieux confondus
que par là ,
carje ne croy
pas qu'ils
y puiffent
rien repliquer
, non
plus qu'à
ce que
vous
allez
lire .
Les deux Chambres en tous
leurs Actes legislatifs reconnoif" :
fent le Roy leur vray & feul
Souverain . La Cour des Pairs
du
Temps.
129
feule peut renverser le jugement
des Cours de Justice , mais non
le fien propres fans le confentement
du Roy & de la Chambre
des Communes . Celle des Communes
n'eft pas une Cour de Judicature
, n'ayant pas feulement
le pouvoir d'adminiftrer un ferment
ny de mettre à l'amende ,
d'emprisonner , finon ceux de
leur Corps. Ces deux ne peuvent
à part ny enfemble faire aucune
Loy, mais quand elles veylent
établir quelque chofe , elles
prefentent conjointement un
cahier au Roy , en forme de requefte
. Si le Roy s'y accorde , le
ny
230 X. P. des Affaires
Garde des Sceaux répond pour
le Roy ce mot en François , Le
Roy le veut alors il fe fait
un Acte. Si le Roy le refufe , la
réponse eft , Le Roy s'avifera ,
& l'affaire ne paffe pas plus
loin. Avant le confentement
Royal , la propofition des deux
Chambres couchée fur le cahier,
eft pareille à ce que les Romains
appelloient Rogatio; mais quand
Le Roy s'y accorde , on la peut
nommer Lex. En effet , ce n'eft
qu'une requeste avant que le plaifir
du Roy la faffe paffer en Loy..
C'est pourquoy les Furifconfultes
Anglois appellent le Roy, La vic
du
Temps .
731
de la Loy , parce qu'encore que
le Roy en Parlement ne puiffe
faire aucune Loy fans la concurrence
dee deux Chambres, celeurs
pendant c'eft fon autorité feule
qui leur donne la vigueur & le
nom de Loy, tant s'en faut qu'il
ལུ ait aucune autorité legale en
commandemens fans le
vouloir du Roy , que le Droit
coutumier ne leur donne pas même
de nom , & n'en prend aucune
connoiffance.
Cet article eft encore tiré
d'un Livre qui fut fait du
temps du dernier Parlement
tenu fous Charles I. Vous
132 X.P.des Affaires
pouvez voir par celuy qui
fuit ce que c'eft que ce Corps.
Par le Parlement on entend
quelquefois l'une des Chambres ,
quelquefois toutes deux , quelquefois
le Roy , & les deux
Chambres enfemble. C'est ains
fi qu'on l'entend quand on
parle de la Cour Souveraine di
Parlement, & des Actes de Parlement
, car le Roy eft eftimé
le premier des trois Etats , fans
qui les deux autres ne peuvent
rien conclure legitimement
à
caufe que toute fon autorité eft
dérivée de luy , non feulement
pour une fois , mais par une cone
a
dis Temps. 133:
tinuelle influence
J
qui eftant
interrompuë , leur pouvoir ceffe
neceffairement. Ces trois enfem
ble ont le pouvoir d'interpreter
les Loix , de les revoquer &
d'en faire d'autres. Là propre
ment gift Oracle des Loix . Un
Auteurjudicieux appelle l'union
des trois Etats , Le facré trepié
d'où les , Oracles de la Loy
font

prononcez , Quand l'un
des trois eft feparé du refto , les
deux autres font boiteux
chancelans , & nepeuvent fervir
de fondement forme pour la
feureté de l'Etat. & la fatisfalion
de la confcience des Sujets .
134 X.P. des Affaires
Si le Parlement ne peut rien
fans le Roy , comme vous
venez de voir dans cet article,
& comme vous avez deu le
remarquer dans plufieurs autres
, celuy qui s'eft affemblé
depuis que le Roy d'An.
gleterre eft venu en France ,
en peut
eftre legitime. Ainfi
tous les actes qu'il a paffez ,
& ceux qu'il paffe encore
tous les jours font nuls , le
Prince d'Orange ne pouvant
leur donner de force , puis
qu'il n'y a point eu de Par
lement legitimement affemblé
, qui ait pu le nommer
du Temps.
135
&
Roy ; que quand meſme le
Parlement
auroit efté legiti
me , la Couronne d'Angleterre
n'eſt pas élective
,
que quand elle le feroit , elle
n'eftoit pas vacante . Il y a
plus encore , & vous avez
veu en cent endroits que je
vous ay rapportez , que felon
les Loix divines & humaines,
le Peuple ne peut depoffeder
un Roy & en mettre un autre
en fa place , pour quelque.
caufe que ce puiffe eftre . Vous
pourrez encore tirer des deux
articles fuivans des confequences
de ce que je viens
de vous dire.
136 X. P. des Affaires
24. Le Parlement tenu l'an du.
regne de Henry VIII. parle ainfi
cap. 12. Par diverfes anciennes
& authentiques Hiftoires &
Chroniques, il est manifeftement,
declaré que ce Royaume d'Angleterre
eft un Empire , & pour
tel a esté reconnu , au monde
gouverné por un Cheffouverain
sayen : la dignitée royale
grandeur, de la Couronne Impe
riale , auquel un Corps politie,
que composé de toutes fortes de
de tous degrez de perfonnes , tant
Ecclefiafiques que Seculier , eft
'lige de rendre aprés Deu nas
turelle obeiffance . Si le Corps Pog
du
Temps. 137
litique lay et naturellement af
fujetty , comme à fon Chef, c'eſt
contre nature qu'il foit affujetty.
au Corps Politique .
Voicy l'autre article .
La Preface ordinaire des Statuts
exprime naivement la nature
des trois Etats . Le Roy ,
par l'avis & confentement
des Prelats, Comtes & Barons ,.
& à l'inftance
& requeſte de.
la Communauté a ordonné ..
& c . car c'est le Roy feul proprement
qui ordonne les Pairs ,
comme Confeillers avifent er
confentents la Communauté com ..
efuppliante requiert& follicite.
M
138 X. P. des Affaires
Je croy avoir fait entrer dans
mes dix Lettres fur les Affaires
du Temps , prefque tout
ce qui a jamais efté écrit
fur le pouvoir des Rois & des
Peuples , & tout ce que les
Legiſlateurs en ont dit.
Tout cela fert d'autant plus
à faire voir que le Parlement
aujourd'huy affemblé en Angleterre
eft illegitime , &
que tous les actes qu'il paffe
font nuls , qu'il n'a donné
aucunes raifons valables de
ce qu'il a dit contre le Roy ,
ny cité aucunes Loix , s'étant
contenté de dire fans fe metdu
Temps . 139
tre en devoir d'en donner aucunes
preuves , que le Roy avoit
violé le Contrat original
qui eft entre luy & fon Peuple ,
qu'ayant renoncé au Gouvernement
en fe retirant , le
Trône eftoit devenu vacant . Jay
répondu amplement à tout
cela dans ma cinquiéme Lettre
, ainfi je ne le repete point.
Je vous diray feulement que
les extraits que je viens de
rapporter, confirment les raifonnemens
que j'ay faits , &
que le mot d'Original joint à
celuy de Contrat ne fignifie
sien. Il fembleroit par là qu'il
Mij
140 X. P. des Affaires
y auroit plus d'un Contrats
quoy qu'il n'y en ait point
du tout . On fait dans la
fuite un crime au Roy d'avoir
fufpendu l'execution des Loix
penales . Voicy de quelle maniere
un tres - habile homme
de ce fiecle a répondu à cette
accufation .
Le Roy a fufpendu Pexecu
tion des Loix penales , non feulement
à Pégard des Catholiques,
mais auffi à l'égard de tous les
autres, Non- Conformistes: Pres
biteriens , Bruniftes , Anabaptiftes
, Quakers Indépendans
& autres femblables Sectaires ,
i
du
Temps.
141
de
ce qui fait affez voir que fa
penfée à efté d'établirpar là dans
fes trois Royaumes ne grande
tranquillité, en ostani àfes Sujets
toute occafion de fe perfecu
ter les uns les autres pour caufe
Religion , & il en a esté remercié
par tant d'Adreffes qu'on
ne peut douter qu'une grande
partie de fon Peuple n'ait fort
approuvé ce deffein. Y a - t - il
donc rien de plus injuftè , de plus
déraisonnable & de plus dign
d'un homme qui fe moque de
la Religion , & n'a èn vûë que
fes interests , que ce que fait en
cette rencontre Guillaume Henry
de Naffan ?
142 X. P.des Affaires
A l'égard des mefmes Loix
Penales , il fait de terribles reproches
au Royfon Beau-pere de
ce qu'il les a fufpenduës en faveur
des Catholiques , & il ne
luy en fait aucun de ce qu'il les
a auffi fufpenduës à l'égard àes
Prefbiteriens & des autres Sectaires
, comme s'il fe pouvoitfaire
qu'il euft paffé fon pouvoiren
l'un , & qu'il ne l'euft pas paffé
en l'autre. Bien loin de le blamer
de ce qu'il a fait pour
Sectaires en leur permettant le
libre exercice de leur Religion ,
il tâche feulement de rendre fa
liberalité fufpecte en leur faisant
les
'du
Temps.
143
entendre par une tres - grande
malice qu'ils ont tout fujet de
craindre qu'il ne leur revoque
un jour ce qu'il leur accorde prefentement
. Il regarde donc la
liberté de confcience accordée par
le Roy à tous les Non- conformiftes
Protestans comme une bonchofe
que le Roy feroit mal
de revoquer & cette mefme liberté
donnée aux Catholiques
comme une mauvaiſe chofe qu'il
n'a pú ny dû leur accorder..
Pourroit-il donner de plus
grandes marques qu'l ne porte
des jugemens fi contraires fi
déraisonnables de ce qui regarde
ne
144 X. P. des Affaires
les mefmes Loix , que par une
paffion aveugle qui n'a pasfeulement
d'égard au bon fens ? Car
fi on confidere d'une part que la
Religion Catholique eft celle de
tous les Peuples &r de tous les
Rois d'Angleterre depuis que ce
Royaume eft Chreftien jufqu'au
regne d'Edouard VI. & qu'elle
luy adonné des Rois faints , comme
faint Edouard qui eft mis
dans le Calendrier de la Liturgie
de l'Eglife Anglicane au 18. de
Mars, & de l'autre, par fon antiquité
, par fon étendue , par fa
fucceffion non interrompuë depuis
les Apoftres , par le nom de Ca
sholique
du Temps. 145
tholique qui luy est toujours demeuré,
& par un éclat extraordinaire
de fainteté qui a paru
dans tous les fiecles en quelquesuns
de fes Enfans , elle a au
moins beaucoup plus d'apparence
d'eftre la vraye Eglife de Jefus
Christ, que ces nouvelles Sectes
nées depuis trois jours , &prefque
toutes renfermées dans un
petit coin de l'Europe . Les Proteftans
Epifcopaux , pour peu
qu'ils foient raisonnables pourront-
ils nier que fi on ne blâme
pas le Roy d'avoir accordé aux
autres Non- conformistes le libre
exercice de leur Religion , on a
N
146 X.P. des Affaires
infiniment moins de raifon de
le blâmer de l'avoir accordé aux
Catholiques quand luy - mefme
ne le feroit pas ? Mais fi on ajoûte
qu'il l'eft & de tres- bonne
foy, & que ce n'est que par
confcience & par un vray defir
de fe fauver qu'il a embraffe
une Religion qu'il a bien préveu
qui l'expoferoit à mille traverfes
, comme il ne l'a que trop
éprouvé , les Proteftans de l'Eglife
Anglicane quife piquent de
moderation & d'équité , en auroient
bien peu , fi , croyant comme
ils font , que le pouvoir de
leur Roy s'étend par tout fur le
du Temps .
147
Spirituel auffi- bien que fur le
Temporel , ils s'avifoient de le
restraindre fans raison , à l'égard
de la chofe du monde la
plusfavorable , qui eft d'accorder
le libre exercice de leur créance
à ceux de fes Sujets qui font
comme luy dans la Religion la
plus ancienne de toutes celles qui
adorent Jefus Chrift , & qui a
par là un grand préjugé pour
elle , quand on luy contefteroit
fes autres prérogatives.
Je croy qu'il feroit malaifé
de rien dire qui juſtifiaſt
mieux le Roy à l'égard de la
fufpenfion des Loix penales ;
Nij
148 X. P. des Affaires,
mais fi on pouvoit luy reprocher
quelque chofe là - deflus ,
le pretendu Parlement , & le
Prince d'Orange font prefentement
mille fois plus coupables
à l'égard de cet article
, puis qu'il n'y a plus de
Loix penales en vigueur que
contre les Catholiques , &
qu'au lieu de faire comme
le Roy , qui favorifoit également
les autres Religions en
fuivant la fienne , ils fe font
feulement declarez pour la
leur , & ont aboly en contrevenant
aux Loix , ce que
le Roy n'avoit fait que fufpendre.
du
Temps.
149
Je vais reprendre un détail
que j'ay difcontinué dans
quatre de mes Lettres , fans
avoir pourtant ceffé de traiter
toujours la meſme matiere .
Il a fallu differens refforts
pour mettre en train les af
faires d'Angleterre , & elles
en ont encore beaucoup ,
ainfi que diverfes branches .
J'ay efté oblige de parler de
toutes feparément , & des
parties intercflées , comme
des refforts que j'ay découverts
Qucy que l'entrée du
Prince d'Orange en Ang
terre fuft une invafion ma-
Niij
150 X. P. des Affaires
nifefte , il a tâché de la dé
guifer en apportant mille faux
pretextes , & tous les Ecrivains
de Hollande en ong
fait des Apologies , dans lef
quelles ils ont répandu beaucoup
de venin contre la Fran
ce . Il m'a fallu la défendre ,,
& par confequent rapporter
plufieurs pieces juftificatives
touchant ce que j'en ay dit ,
en répondant à une partie de
ces Libelles. Les affaires de
l'ufurpation m'ont auffi mené
fort loin , puis qu'elles m'ont
engagé à rechercher tout ce
que l'Ecriture a dit là- deffus ,
du Temps.
Ist
que
afin de faire voir que les Loix
divines & humaines font entierement
oppofées à tout ce
qu'a fait le Prince d'Orange ,
& les droits du Peuple
d'Angleterre fur les Rois ,
font des vifions , ces droits
ayant efté inventez & mis
au jour pendant les regnes
des Ufurpateurs , pour deux
puiffantes raifons ; l'une , parce
qu'ils faifoient plaifir aux
Peuples , en leur faifant croire
qu'ils eftoient reveſtus
d'une espece de Souveraineté
qui les charmoit , & l'au
tre , parce qu'ils remettoient
N iiij
152 X. P. des Affaires
l'efprit de ceux qui ayane
la confcience tendre , pouvoienr
eftre fujets aux remords
, & au retour d'obeiffance
vers leur legitime Souverain.
Non feulement je me
fuis veu obligé de parler de
toutes ces chofes , mais auffi
d'entrer dans le détail de ce
qui s'eft paffé en Ecoffe & en
Irlande depuis l'invaſion du
Prince d'Orange ; de forte
que tant de matieres differen
tes , qui font neanmoins toutes
fur le mefme fujet , ont
rempli mes quatre dernieres
Lettres fur les Affaires du
du Temps:
153
Temps. Il s'agit prefentement
de poursuivre le Journal du
Parlement d'Angleterre, & de
reprendre le Prince d'Orange
où je l'ay laiffé dans la fin de
ma cinquième Lettre . Cependant
malgré les quatre qui
font entre la cinquiéme & la
dixième , je ne croy pas que
l'on puiffe dire que je fois
forti de mon fujet . Je n'ay pû
me difpenfer de rapporter des
chofes qui fe paffent les unes
aprés les autres & qui ne
peuvent eftre dites toutes à
la fois . Ainfi il m'a efté ab.
folument impoffible de met154
X. P. des Affaires
tre toutes ces matieres dans
un autre ordre que celuy que
je me fuis attaché à leur donner.
L'affaire de l'ufurpation
du Prince d'Orange eft un
grand procés qui a beaucoup
de Parties puiffamment intereffées
dans cette caufe , &
dont on ne peut voir toutes
les Pieces que feparement
.
Je viens donc à la fuite des
Affaires de la Convention
d'Angleterre , & pour la reprendre
où je l'ay interrompuë
, je vous diray que les
deux Chambres
ayant reglé
une Adreffe , pour remercier
du Temps.
155
le Prince d'Orange de ce qu'il
difoit eftre venu pour les delivrer
du Papifme & du Pouvoir
Arbitraire , elle luy fut
prefentée dans la Sale des Banquets
par les Membres qui
font du Confeil Privé . En
Õ་
voicy les termes.
SIRE ,
Nous , les tres-fidelles & tres- obli
gez Sujets de voftre Majesté , qui
Sommes icy affemblez en Parlement ,
reffentons vivement noftre grande
& miraculeuse délivrance du Papifme
& du pouvoir Arbitraire ,four
lequel il nous auroit falu gemir , fi
Dieu n'euft choisi voftre Majestépour
156 X. P. des Affaires
>
eftre l'inftrument glorieux de noftre
retablissement. Auffi ne pouvons
nous que témoigner à Voftre Majesté
la reconnoiffance que nous avons
d'une fi belle & fi genereuse entrepriſe
auffi neceffaire pour le
maintien de la Religion Proteftante
en Europe , que pour rétablir les
Droits civils & les Libertez de cette
Nation , qui estoient fi évidemment
foulez & opprimez par les menées
des Papiftes ; & comme nous fommes
pleinement informez des efforts ,
que les Ennemis , tant de votre Majefté
que de cette Nation , font continuellement
pour exterminer la Religion
Proteftante , & pour renver
fer nos Loix & nos Libertez , nous
déclarons tous unanimement que
nous affisterons voftre Majesté de
nos biens & de nos vies , pour foudu
Temps. 157
tenir les Alliances qu'Elle a contractées
avec les Puiffances Etrangeres
pour reduire l'Irlande à voftre
obeisance , & pour maintenir la
Religion Proteftante dans ces Royaumes.
Ce Difcours contient des
chofes rebatuës en tant d'endroits
, & aufquelles j'ay fi
fouvent répondu , que je n'ay
prefque rien à vous en dire.
La Pofterité pourroit croireen
voyant de quelle maniere on
dit qu'on a efté delivré du
Papifme, que les Catholiques
eftoient en Angleterre fuperieurs
en nombre à ceux qui
profeffent les autres Reli158
X. P. des Affaires
gions , & que la force en
main , ils les vouloient engager
à faire regner l'Eglife
Romaine ; que la plufparr y
avoient déja efté contraints
,
& le reste alloit fuccomque
ber lors que le Prince d'Orange
eft venu . Cependant
il
n'y avoit en Angleterre
qu'un
fort petit nombre de Catholiques
; encore n'ofoient - ils
qu'à peine paroiftre ; ils y
eftoient feulement
foufferts ,
toujours humbles & rampans,
& tous les jours accablez par
mille avanies . Mais tout ce
qui regarde la Religion
eft
du Temps. 139
que
le
d'un fi grand poids fur le
Peuple , que le mot feul fait
impreffion fur luy , en forte
qu'il ne faut fouvent
prononcer pour le faire aller
jufqu'à la revolte . Le Prince
d'Orange a cru que pour venir
à bout de fon entrepriſe
il devoit d'abord émouvoir
les Peuples par cet endroit ,
parce qu'il leur cauferoit de
promptes alarmes , pendant
lefquelles il feroit maiſtre de
leur faire faire tel mouvement
qu'il voudroit pour fon
élevation fur le Trône. Il
s'eft auffi fervi du nom de
160 X. P. des Affaires
Pouvoir arbitraire , dont les
Anglois font toujours ef.
frayez ,& les fuppofitions qu'il
a faites là - deffus n'ont pas
manqué de luy réuffir . Il n'y
a point à s'en étonner , puis
que dans le temps qu'il les
faifoit entendre aux efprits
foibles , les Traiftres qui eftoient
d'intelligence tenoient
le mefme langage .
Il y a encore dans le mefme
difcours , que l'entreprise
du Prince d'Orange eftoit necef
faire pour le maintien de la Region
Proteftante. Cet endroit
eft captieux , & digne d'eftre
du Temps.
161
remarqué. Ce qu'on appelle
Religion Proteftante en Angleterre
, eft la Religion Anglicane
, dont les Eglifes font
;
gouvernées par des Evefques
.
On fuppofe , à caufe du nom
de Proteftante, que le Prince
d'Orange eft venu pour la
maintenir cependant, c'eft.
tout le contraire , & on fe
fert de l'équivoque du mot
pour tromper ceux qui font
de la Religion Anglicane, laquelle
le Prince d'Orange eft
venu détruire , pour élever la
Presbiterienne appellée auffi
Proteftante , & qui eft Non-
ON
162 X. P. des Affaires
Conformifte . Elle eft fujette
aux Loix penales , comme la
Catholique , & toutes les Religions
en Angleterre y font
fujettes par les Loix , à l'exce
ption de l'Anglicane. Ainſi
le Prince d'Orange , qui accufe
le Roy d'Angleterre d'avoir
coutrevenu aux Loix en
favorifant les Catholiques , eft
mille fois plus coupable que
ce Monarque, puis qu'il donne
à la Religion Presbiterienne
tout ce qu'elle peut fouhaiter
, & qu'il abolit l'Epif
copat en Ecoffe , ce qui fait
voir qu'il l'abolira en Angle
du Temps.
163
terre , pour maintenir dans
fon party les Presbiteriens ,
dontil tient la Couronne, dés
qu'il aura affez de forces
étrangeres pour gouverner.
arbitrairement. Voicy la réponſe
que ce Prince fit à l'Adreffe
des deux Cham
bres .
MILORDS ET MESSIEVRS ,
Si l'estime que j'ay toûjours cuë
pour un Parlement , & principale--
ment pour celuy- cy , pouvoit eftre
augmentée , ce fervit affeurement par
Les bonnes intentions que vous témoignez
dans l'Adreffe que vous:
m'avez préfentée. Elle eft fi bien
conceuë renferme des chofes fi
Osij
164 X. P. des Affaires
avantageufes pour noftre repos, qu'elle
ne me peut estre que tres - agreable.
Je puis vous affeurer que je n'abuferay
jamais de la confiance que
vous aurez en moy , eftant fort perfuadé
que la base d'une parfaite intelligence
entre un Roy &fes Sujets ,
confifte en une confiance réciproque .
Lors qu'elle est une fois troublée , le
Gouvernement eft énervé , c'estpourquoy
tous mes foins tendront à dif
pofer toutes chufes de telle manierequ'aucun
Parlement n'aura fujet de
Je méfier de moy; & l'unique moyen
que je fcache pour l'empefcher , eft .
de ne luy jamais rien demander qui
n'ait pour fin fon propre intereft.
Comme je ne fuis venu icy que
pour le bien de ce Royaume , &
c'est par vosfoins que je fuis élevé
à la Dignité prefente , il eftjufte que
que
du
Temps.
165
je faffe tous mes efforts pour parvenir
aux fins qui m'y ont amené. Il
plu à Dieu de fe fervir de moy
pour vous venir délivrer des malheurs
qui vous menaçoient ; & mon
unique defir , comme eftant mon devoir
, eft de mettre tout en ufage
pour conferver voftre Religion , vos
Loix & vos libertez , qui font les
feules raisons qui m'ont fait venir
en Angleterre ; auffi ne fais-je point
de doute que c'est là la cause pour
laquelle mon entreprise a eftécomblée
de tant de benedictions .
Lors que je vous parlay dernierement
, je vous remontray en mefme
temps la nece la neceffité qu'il y avoit d'af
fifter nos Alliez, & principalement
les Etats de Hollande , de qui la
promptitude pour vous venir fecourir
, fans avoir égard au peril &
166 X. P. des Affaires
aux dépenfes qu'ils ont faites , fuffit
pour vous faire goûter ma de
mande ; & comme j'ay efté témoin
oculaire de leur ardeur pour cette expedition
, &pour feconder mon entreprise
préférablement à leurs interefts
,je ne puis qu'eftre fort touché
de la ruine inévitable qu'ils fe font
attirée , en vous donnant de l'af
fiftance , fi vous ne la prevenez de
voftre cofté en les fecourant. On neſe
peut imaginer combien ils se font
épuisez de monde & d'argent ; &
je fuis affeuré que vostre generofité
envers eux nefera pas plus limitée
que celle qu'ils ont euë à votre
égard , & que non seulement vous
me donnerez le pouvoir de parachever
le Traité fait avec eux , & de
payer ce qu'ils ont deboursé en cette
occafion , dont nous vous donnerous
du
Temps.
167
le compte
, mais que vous les défendrez
contre les atteintes de leurs
Ennemis , qui doivent eftre auffi les
voftres , fi vous enuifagez l'intereft
de la Religion , & que l'unique but
de ces Ennemis eft d'abîmer la Hollande
, comme eftant le premier degré
pour parvenirà votre abaissement.
Il n'eft pas besoin de vous faire
connoiftre le déplorable eftat où l'Irlande
eft reduite aujourd'huy par la
tirannie des Papiftes qui enfont les
Habitans , &par l'encouragement &
les fecours de la France ; jusque - là
qu'on ne peut entreprendre de la
Secourir que par des forces coufiderables.
Je crois qu'on ne peut pas y envoyer
moins de vingt mille hommes,
tant de Cavalerie que d'Infanterie ;
mais avec ce nombre , ily a toutfujet
defperer que moyennant l'affiſtance
168 X. P. des Affaires
up
de
de Dieu , nous viendrons à bout de
noftre deffein. A la verité l'execution
ne s'en peut faire fans beauc
dépense. Ilfaut auffi que vous con-
Lideriez que pour faire réuffir plus
efficacement & plus promptement les
entreprises du cofté de l'Irlande &
de la France , il eft neceffaire d'équiper
une Flote confiderable , qui
eftantjointe avec celle de Hollande ,
nous rende Maiftres de la Mer , pour
empefcher que la France ne faffe aucun
transport ny en Irlande , ny en
quelque autre part , qui puft caufer
aucun dommage à Nous ou à nos
Alliez . Je vous recommande auſſi
de faire en forte que les revenus
foient fixez , afin qu'on en puisse
faire la collecte fans aucune oppofition.
Ces affaires demandent de
groffesfommes , & font par confe
quent
1
du
Temps.
169
quent onereufes pour le Peuple ; mais
fi vous confiderezque ny voftre Religion
ni voftre tranquillité ne peuvent
eftre affermies fans ces voyes je
conclus que vous ne pouvez acheter
trop cher voftre repos . Je m'oblige
auffi de mon cofté folemnellement
d'employer uniquement à cela tout
ce que vous voudrez accorder pour
fubvenir à ces befoins & comme
vous n'épargnez rien , pas mesme
ce qui vous est le plus cher ; auffi
n'épargneray-je pas mon fangpour
maintenir la Religion Proteftante , le
bien & la gloire de cette Nation .
Il y a dans toute cette réponſe
un certain efprit de
flaterie qui fait voir que le
Prince d'Orange ne fe fent
pas encore affez affermy dans
.
Р
170 X.P.des Affaires.
fa Dignité nouvelle pour ofer
parler en Maiftre. Rien n'eft
plus dangereux que de pareils
hipocrites ; lors qu'ils
viennent à avoir une puiffance
abfoluë , ils ſe recompenſent
bien de la contrainte
, où ils ont efté en diffimulant.
Tout le détail de Religion,
de Loix , & de liberté que le
Prince d'Orange dit qu'il eft
venu conferver, cft un pompeux
affemblage de chofes
fpecieufes ,, qui éblouit les
Peuples , mais qui produit
rarement les fruits qu'il fait
du
Temps.
171
efperer . Ils s'endorment ordinairement
fur ces promeffes
éclatantes plufieurs fois reïterées
, & fe perfuadent , parce
qu'elles font faites avec grand
bruit, & avec un zele qui paroift
auffi ardent que fincere,
qu'elles ne peuvent manquer
d'avoir leur effet, & quand ils
fe font bien imprimé dans
l'imagination le fuccés qui
les doit fuivre , ils laiffent
aller les chofes au gré de ceux
qui les trompent, & ne veulent
pas mefme s'en apercevoir,
de peur d'eftre obligez
de reconnoiftre, quils ont crû
Pij
172 X.P.
des Affaires
trop facilement ceux qui ne
cherchoient qu'à les abufer.
Le Prince d'Orange reprefente
dans ce difcours l'ardeur
que les Hollandois ont
fait paroiftre pour les fecou- `
rir , & les dépenses exceffives
qu'il pretend qu'ils ont faites .
Les motifs qui l'obligent d'en
ufer de cette forte doivent
eftre fortes , puis qu'ils l'empefchent
de confiderer le torr
qu'il fait par là à leur réputation
. Tout le monde fçait
qu'ils avoient publié le contraire
lors que ce Prince paffa
en Angleterre , & qu'ils adu
Temps. 173
voient mefme fait donner
prefque dans toutes les Cours
de l'Europe , un Memoire
entierement oppofé à ce
qu'il dit dans cette Reponse.
Les Hollandois avoient leurs
raifons en ce temps - là ,
& fuivoient la politique du
Prince d'Orange , qui avoit
auré le Roy d'Angleterre
qu'il n'avoit aucun deffein
d'entreprendre
ce qu'on luy a
vû faire depuis ce temps là .
Cette Republique ne vouloit -
pas que la France penetraft
alors dans fes deffeins . Elle
apprehendoit
qu'elle ne fe
Piij
174 X. P. des Affaires
declaraft , & vouloit avoir le
temps de fe preparer à foûttenir
les efforts d'une Nation,
dont elle a éprouvé à fes dépens
l'heureuſe & intrepide
valeur .
La mefme réponſe fait voir
que le Prince d'Orange a crû
que
lors
que les Flotes d'Angleterre
& de Hollande feroient
jointes , elles feroient
maiftreffes
de la Mer ; que
rien n'oferoit paroistre devant
elles , & qu'ainfi la France
ne pourroit faire aucun
transport en Irlande , ny avoir
de communication
pour
du Temps.
175
fecourir ce Royaume- là , en
quoy l'on connoift qu'il s'eft
trompé , & qu'il a fait concevoir
de fauffes efperances à
fes Alliez . Ce Prince eft à pei,
ne nommé Roy , & n'a pas
encore efté couronné , qu'il
commence à dire qu'il a befoin
de groffes fommes , qui par confequentferont
onereufes pour les
Peuples . Ainfi l'on ne peut af
fez admirer qu'il ait l'adreffe
de leur faire donner de l'argent,
même pour les troubles
que fon ambition excite chez
eux . Si le Roy n'euſt point
efté obligé de fortir du
P iiij
176 X.P.des Affaires
Royaume , l'Etat feroit demeuré
tranquille , le fang de
la Nation n'auroit point efté
verfé ; on auroit continué le
commerce,& il n'auroit point
coufté au Peuple ces groffes
fommes , qu'on avoue luy devoir
eftre onereufes dés la
premiere fois qu'on les luy
demande. Ce Prince finit en
diſant qu'il n'épargnera pas
fon fang pour maintenir la
Religion Proteftante . Il falloit
dire Proteftante Anglicane
; car fe fervir toujours de
l'équivoque de Proteſtante ,
c'eft continuer
à fe moquer
du
Temps.
177
de ceux qui font profeffion
de la Religion Anglicane.
Quoy que le Prince d'Orange
cuft beaucoup de creatures
dans les deux Chambres
, elles ne purent les empêcher
de murmurer de la
propofition qu'il fit de rembourfer
les Hollandois ; elle
furprit tellement qu'on ne la
mit pas ce jour-là en deliberation.
On examina les revenus
de la Couronne , & on
fit beaucoup de propofitions
vaines & vagues là- deffus ,
dont je ne vous diray rien ,
parce qu'on n'en a poinr par178
X. P. des Affaires
lé depuis ce temps - là . On
propofa d'accorder un fubfide
extraordinaire de deux
millions de livres fterlin à
cauſe des grandes dépenfes
qu'on prétendit que ce Prince
eftoit obligé de faire pour
le bien de l'Etat . Il y eut de
grandes conteftations là - deffus
, & les chofes fe pafferent
affez tumultuairement
, plu
fieurs ayant dit qu'ils ne
payeroient point leurs taxes
On remarqua mefme que le
Prince d'Orange avoit remis
adroitement l'impoft fur les
Cheminées , pour ébloüir les
du Temps.
179
Peuples , & gagner leur bienveillance
, & que cependant
il en profiteroit plus qu'eux ,
fi cette adroite liberalité luy
faifoit obtenir de plus grandes
fommes qu'il n'en remettoit.
Le Corps de Ville
ne laiffa pas de l'en remercier
par une Adreffe pendant
que le Parlement eftoit
obligé de déliberer fur des
levées extraordinaires. Il
fe trouva fort embarraffé .
Comme fon but eftoit de
faire voir que le Roy avoit
violé les Loix , on propoſa
d'accufer ceux qui avoient
180 X. P. des Affaires
confeillé à Sa Majefté Britannique
la confiſcation des
Chartres de plufieurs Villes ,
& l'établiffement de la Commiffion
Ecclefiaftique ; & les
plus zelez Partifans du Prince
d'Orange furent nommez .
Ces gens- là font beaucoup
plus criminels que les autres,
car , ou d'intelligence avec le
Prince d'Orange ils ont
donné au Roy des confeils
qui pouvoient luy attirer un
jour ce qui luy eft arrivé , ou
s'ils ont donné ces confeils de
bonne foy , c'eſt une baffeſſe
qui ne devroit
pas eftre pardu
Temps . 181
donnée , de s'eftre declarez
contre un Souverain qui les
regardoit comme fes Amis ,
& qui fuivoit leurs confeils ,
& d'avoir travaillé à luy faire
ofter la Couronne, pour avoir
fait les chofes dont ils ont
eſté d'avis . Des perfonnes de
ce caractere font à retrancher
de la focieté publique.
L'Etat les doit regarder
comme dangereufes , & l'Ufurpateur
n'entend pas fes interefts
, s'il ne s'en défie . Auffi
eft- il à croire qu'il les fait accufer
fous main , afin d'avoir
lieu de les éloigner de fa per182
X. P. des Affaires
fonne , fans qu'ils ayent droit
de s'en plaindre . Les Particuliers
préterent les nouyeaux
fermens , mais d'une
plaifante maniere , puis qu'ils
declarerent , qu'ils ne croyoient
s'engager à rien . Un Roy dont
le pouvoir eft fondé fur des
fermens de cette nature , &
qui font faits par des Peuples
inconftans , ne fe doit pas
croire bien affermi dans le
Trône . Des vingt - quatre Archevêques
ou Evêques d'Angleterre,
il n'y en eut que huit
qui préterent ces fermens .
Ön delibera fur la propofi
du
Temps.
183
tion de rembourfer les Hol
landois de fix cens mille livres
fterlin , & il en a efté fort
fouvent parlé , mais fans nul
effet .
Le Prince d'Orange s'eftant
rendu à la Chambre des Seigneurs
, & y ayant mandé les
Communes à l'ordinaire ,
donna fon confentement à
deux Actes. Le premier
eftoit pour luy donner pouvoir
de faire prendre , & de retenir
en prifon les perfonnes qu'il croiroit
pouvoir justemeni soupçonner
de ccoonnffpp.irreerr contre le gouvernement.
On n'a jamais en184
X. P. des Affaires
tendu parler d'un Acte pareil
en Angleterre. Ce qu'il
y a d'étonnant , c'est qu'il
donne au Prince d'Orange
le pouvoir arbitraire que les
Anglois apprehendent tant.
L'autre Acte eſtoit , pour annuller
, & renverser la conviction
, ou la Sentence renduë autrefois
contre le feu Sieur Guillaume
Ruffel , Ecuyer , appellé
communement Milord Ruffel.
Vous remarquerez
que le
mot de conviction qui eft
dans cet Acte , juſtifie ceux
qui ont condamné ce Milord .
Puis qu'on demeure d'accord
du Temps. 185
qu'il a efté convaincu , on
n'a rien à reprocher à fes Juges
, & le Parlement eft injufte
de vouloir caffer la Sentence
qui a efté donnée contre
luy ; mais le Prince d'Orange
a fon but, & veut par là
noircir la memoire du feu
Roy, & obfcurcir la gloire de
fon legitime Succeffeur . Je
croy que vous ne ferez pas fachée
d'apprendre quel eftoit
le crime de Milord Ruffel ; il
avoit efté condamné pour
avoir confpiré contre le Roy
Charles II. & contre le Duc
Yorck, à prefent Koy'd'Ane
186 X. P. des Affaires
Milord
gleterre. L'Auteur de cette
entrepriſe eftoit
Shaftsbury. Le projet d'affociation
qui fut trouvé parmy
fes papiers
, & qui eftoit
enrierement conforme à la
fameufe Ligue d'Ecoffe , ne
pouvoit avoir une fuite
moins funefte . Ce Seigneur
ayant
évité
par des intrigues
contraires à toute forme de
juftice , la punition qu'il me
ritoit felon les Loix , avoit
depuis continué les pratiques.
dangereufes pour engager
plufieurs perfonnes dans la
confpiration ; mais aprés que
du
Temps.
187
Le Roy de la Grand' Bretagne
par un foin particulier pour
le repos de fes Peuples , eut
reformé les abus qui eſtoient
la fource de plufieurs defordres
, parmy lefquels les feditieux
trouvoient l'impunité
de leurs crimes , Milord
Shaftsbury fe retira en Hollande
, & il y eft mort . Ceux
qu'il avoit engagez dans fon
entrepriſe , continuerent à
chercher les moyens de l'executer.
Ils firent pour cet effet
plufieurs affemblées fecretes ;
ils preparerent des armes ; ils
amafferent de l'argent , & ils
Qij
188 X. P. des Affaires
refolurent d'affaffiner le Roy
& le Duc d'Yorck fur le chemin
de Newmarket , d'où
Sa Majefté revenoit ordinairement
accompagnée de fort
peu de monde . Ils avoient
preparé des hommes armez
qui devoient attendre ce Monarque
dans un paffage étroit ,
tuer les Gardes s'ils faifoient
la moindre refiftance , affaffiner
Sa Majefté auffi bien
que le Duc d'Yorck , & changer
la forme du Gouvernement
; mais Dieu qui veille à
la confervation des Souverains
, & qui à prefervé en
du
Temps.
189
plufieurs occafions le Roy de
la Grand' Bretagne des entreprifes
de fes Sujets rebelles ,
en prit encore foin en celle.
cy. Un incendie arrivé
par hazard à Newmarket
obligea Sa Majefté à revenir
à Withehall plûtoſt qu'Elle
n'avoit refolu , & ainfi les
Confpirateurs ne purent executer
leur deffein . Ils déliberoient
encore fur d'autres
moyens d'en venir à bout à
la Comedie , ou en quelque
autre lieu public , lors que
quelques - uns des Complices,
touchez de l'horreur du.
190 X. P. des Affaires
crime , déclarerent au S'Jenkins
, Secretaire d'Etat , les
principales circonftances de la
Confpiration . Milord Ruſſel
ayant efté accufé & arrefté ,
fut mené à l'Old - Baily . Le
Colonel Rumfey dépofa que
ce Seigneur s'eftoit trouvé chez
un Marchand de vin avec plufieurs
des Conjurez qui aprés
avoir eu de longues conferences,
l'envoyerent, luy Colonel, à Milord
Shaftſbury , pour fçavoir
des nouvelles des Troupes qu'il
avoit promis de tenir preftes
au nombre de mille hommes de
pied & de quatre mille chevaux;

du
Temps.
191
qu'il leur avoit rapporté que cette
levée ne pouvoir eftre fi- toftfaite,
parce que la plupart de ceux
qu'on vouloit armer , faifoient
difficulté de s'engager avant que
d'avoir meurement delibere fur
l'entreprise . Le Marchand de
vin dépofa , que ce Seigneur
estoit venu à fa maifon maison avec
les autres , qu'ils luy avoient
demandé une chambre retirée ,
& qu'il avoit entendu qu'ils y
parloient d'exciter une rebellion ,
defefaifir des Gardes du Roy.
Milord Howard d'Efcrick
accufa auffi Milord Ruffel ,
& declara fort au long le
192 X. P. des Affaires
deffein des
Confpirateurs . Il
dit que Milord Shafifbury les
avoir affurez qu'il avoit dix
mille hommes dans Londres à
fa difpofition
qu'il les avoit
fouvent preffez d'agir , & qu'il
s'eftoit retiré lors qu'il avoit vú
que la lenteur de quelques Com
plices , & quelques autres difficultez
retardoient l'execution
du deffein. Jamais il n'y eut de
confpiration
mieux averée . Il
fuffit de connoiftre Milord:
Shafisbury pour n'en pas dou
ter ; il a paffé au fentiment
prefque general de l'Angleterre
, pour un des plus méchans
du
Temps .
193
chans hommes du fiecle .
D'ailleurs , on ne peut douter
de la
confpiration pour laquelle
Milord Ruffel a efté
condamné , puis que Milord
Shaftsbury qui on eftoit l'Auteur
, s'eftoit retiré en Hollande
, fçachant bien que s'il
cftoit arreſté , il ne
pourroit
éviter la mort qu'il avoit fi
fouvent meritée , & dont une
heureuſe adreffe l'avoit toujours
garanty . Jugez par l'A-
& e que le
Parlement a paſſe
là- deffus , de toutes les injuftices
qu'il fait ,
fur tout
lors qu'il s'agit de
proteger ,
R
194 X. P. des Affaires
d'abfoudre , & d'élever les fcelerats
. Le Prince d'Orange ,
aprés avoir donné fon confentement
aux deux Actes dont
je viens de vous parler , fit le
difcours . fuivant aux deux
Chambres,
MILORDS ET MESSIEVRS.
Eftant venu icy pour paffer ce Bill,
qui comme je l'efpere , doit beaucoup
contribuer à noftre commune feureté,
je meferviray de cette occafion pour
vous parler d'une chofe qui pourra
fervir à noftre établiſſement ; & noftre
établiffement eft une des chofes
qui pourra eftre la plus utile à renverfer
les deffeins de nos Ennemis.
Je travaille avec autant de diligence
queje puis à remplir les Charges
du
Temps.
& les Employs d'importance qui font
devenus vacans par cette derniere
revolution . Je fais bien que vous
connoiffez combien il eft neceffaire de
regler par quelque Loy les fermen
que ceux qui feront admis dans ces
charges & ces emplois , font obligez
de prefter. Je vous prie d'avoir foin
d'y pourvoir auffi- toft que vous pourrez
; & comme je ne doute pas que
vous nefaffiez de bonnes Loixpour
exclure les Papiftes des Offices & des
emplois auffi efperay-je que vous
laifferez lieu pour y recevoir toutes
fortes de Proteftans qui coudront
fervir,& qui enfont capables. Cette
union à mon fervice ne tendra qu'à
vous mieux unir entre vous - mêmes ,
& à redoubler vos forces contre nos
Ennemis communs .
Rij
196 X. P. des Affaires
A3
Je ne diray rien fur ce Difcours
, finon que tant de
traiftres enſemble ont grand
beſoin de s'unir , puis que la
plufpart des Troupes Angloifes
font fidelles à leur legitime
Souverain . On a ſouvent
dit qu'elles abandonnoient
le Prince d'Orange
;
ceux qui font dans fon party
publient que cela n'eft point,
& qu'on a fon but pour faire
courir ces bruits . Cependant
vous pouvez voir comment
le Prince d'Orange parle luymefme
dans la Proclamation
que vous allez lire .
2
du
Temps. 197
De par le Roy & la Reine,
PROCLAMATION..
GVILLAVME R..
Les Seigneurs Ecclefiaftiques &
Seculiers,& les Communes affemblez
en Parlement , ayant efte informez
que plufieurs Officers & Soldats font
prefentement dans une rebellion actuelle
faifant la guerre contre
Nous dans ce Royaume , & que di.
vers autres Soldats & plufieurs perfonnes
enclines à trahison , corref
pondent avec eux & leur adherent ,
nous ont fupplié par leur tres humble
Adreffe , de faire publier noftre
Proclamation Royale , pour declarer
lefdits Officiers Soldats & leurs
Adherans rebelles & traiftres , &
pour ordonner à tous nos bons Sujets
de les apprehender , de les réduire &
R iij
198 X. P. des Affaires
de lespoursuivre comme tels , & afin
que perfonne ne puiffe prétendre
ignorer ce à quoy les Loix l'engagent,
& quel eft fon devoir en pareil cas,
Nous avons trouvé à propos de publier
& de declarer par noftre prefente
Proclamation Royale , tous lesdits
Officiers & Soldats , tous ceux qui
Les affiftent , qui leur preftent main
forte & les appuyent , tous leurs
Fauteurs & Adherans , rebelles &
traîtres à Nous & à notre Gouver
nement. Et nous ordonnons expref
fément & commandons par les
prefentes
à tous & à un chacun des Gouverneurs,
Lieutenans - Gouverneurs,
Maires , Sherifs , Juges de Paix ,
Baillifs , Connétables , Sous- Connêtables
& autres Officers , tant civils
que militaires , & à tous nos autres.
Sujets , de quelque rang, qualité on
du Temps.
199
condition qu'ilsfoient , de faire tous
leurs efforts , tant pourrefifter aufdits
Rebelles & Traitres, leurs Complices ,
Correspondans , Fauteurs & Adherans
, les reponffer & les fupprimer ,
que pour les apprehender les faifir ,
»
les pourfuivre felon la plus grande
rigueur des Loix , ayant refolu
de faire de ces Criminels defeveres
exemples de noftre jufte indignation
, afin que toutes fortes de per-
Lonnes n'ayent deformais aucune excufe
, en cas qu'elles fe trouvent cou
pables du mefme crime . Donné en
noftre Cour à Vobitebal le 16. jour
du mois de Mars 1688. & de noftre
Regne le premier.
Il y a une chofe dans cette
Proclamation qui merite que
je vous la faffe remarquer .
R iiij
200 X. P. des Affaires
C'est que le Prince d'Orange
dit en parlant des Troupes
qui defertent , que ces Troupes
luy font la guerre. Voilà un
aveu remply de trop de finceriré
, & qui n'eſt pas à fa
gloire. Il fait connoiftre que
ce Prince n'a point efté appellé
par toute la Nation , &
que les Troupes n'auroient
pas regardé fon invaſion ſi
tranquillement qu'elles ont
fait , fi elles n'avoient pas.
efté prefque fans Officiers.
On a trouvé moyen d'en
corrompre une fort grande
partie , de forte que le mal
du Temps.
201
heur du Roy
d'Angleterre.
ne luy eft pas arrivé , pour
aucune chofe dont la Nation
cuft cu fujet de fe
plaindre ; mais parce que des
efprits foibles & intereffez
s'eftoient laiffé gagner aux
promeffes d'un homme plus
intereffé , & plus adroit
qu'eux ..
J'avois cru d'abord que
je vous envoyerois un Journal
du prétendu Parlement ;
mais ce que je vous en rapporteray
fera court , ne voulant
vous faire part que des
chofes qu'on a trouvé à pro202
X. P.des Affaires
pos d'y arrefter , & qui ont
eu quelque effet ; car fi je voulois
vous faire un détail de
tout ce qui s'y eft dit , il y
auroit de quoy faire encore
plufieurs Volumes . Jamais
dans une Affemblée on n'a
fait tant de propofitions inutiles
, & qui n'ont abouty
à rien. C'est ce qui arrive
ordinairement quand on s'eft
affemblé fans pouvoir , & feulement
pour faire des injuftices
. La confufion regne ,
chacun parle , chacun expofe
fes imaginations , chacun fe
querelle , il n'y a point de
du
Temps.
203
matiere fixe , on paffe de l'une
à l'autre , & on n'en finit
aucune , quoy qu'on en entame
une infinité. Tout s'agite
, & rien ne fe conclut.
On a fouvent déliberé qu'on
délibereroit ; on a ordonné
la levée d'une infinité de
fommes , mais fans arrefter
de quelle maniere elle fe feroit
. Ainfi mille chofes refoluës
n'ont point efté executées
, & prefque tout ce que
l'on a conclu eft demeuré
fans effet , faute de pouvoir
trouver des moyens propres
pour le faire reüffir . On a fair
204 X.P. des Affaires
les plus beaux projets du
monde pour lever des Armées
nombreuſes , & il y a eu
pour cela d affez groffes fommes
delivrées , mais le Prince
d'Orange en a payé une partie
des fuffrages , dont il avoit
cu befoin
fe faire nompour
mer Roy . Il s'en feroit difpenfé
, s'il s'eftoit cru affez
affermy pour l'ofer faire , car
un Ufurpateur qui a de l'habileté
ne fe doit
doit pas rendre
elclave de fa parole ; mais il
n'eftoit pas encore temps
d'en manquer aux Traiftres ,
fur tout pendant que les
du Temps. 203
Compagnies entieres donnoient
des exemples de defertion
» & que l'Armée menaçoit
d'en faire une generale.
Non feulement il falloit de
l'argent aux Anglois qui
avoient vendu la Couronne
au Prince d'Orange ; mais
le S Benring, fon Favory ,
homme extremement
avare
& reffemblant
par cet endroit
à fon Maistre , ainfi que
par beaucoup d'autres , n'avoit
regardé l'invaſion de ce
Prince , que comme une chofe
qui le devoit enrichir.
D'autres Hollandois avoient
206 X. P. des Affaires
agy par les mefmes interefts ,
de forte que le premier
argent
qu'ils luy ont veu rece
voir , leur a paru eftre un
bien où ils devoient avoir
part ›
& ils s'en font emparez
avec une avidité qui a
commencé
à avoir des fuites,
qui en aura encore , & qui a
embarraffé
le Prince d'Orange.
Voilà ce qui a fait reculer
l'armement
contre l'Irlande
, la plus grande partie
de l'argent deſtiné pour ce
Pays là , ayant paſſé dans la
bourfe de ceux qui avoient
conduit fes intelligences.
du Temps. 207
Le jour que ce Prince devoit
faire la ceremonie de toucher
les Malades , & de laver les
pieds à douze Pauvres.comme
ont toûjours fait les Rois legitimes
, il declara qu'il croyoit
qu'il y avoit de la fuperftition
dans cette pratique , &
donna feulement ordre que
les aumônes fu Tent délivrées
aux Pauvres fuivant la coûtume.
Il faut remarquer
que
tous les Rois d'Angleterre
qui ont fait profeffion de la
Religion Anglicane , fe font
toûjours acquitez de la ceremonie
dont je parle , fans faire
208 X. P des Affaires
paroiftre qu'elle leur caufaft le
moindre fcrupule . Ainfi la
Prince d'Orange s'eftant échapé
à faire ce pas contre
l'uſage ordinaire de la Religion
Anglicane , c'eſtoit une
marque qu'il n'avoit aucun
deffein d'en faire profeſſion,
& ceux qui la fuivent avoient
lieu de croire qu'il
fongeroit peu à la proteger
s'il n'employoit pas les foins
à la ruiner entierement . Cependant
ſi l'on s'en
rapporte
à ſon Manifefte , il n'eftoit
venu que dans le deffein de
la maintenir , & il ne craint
du Temps.
209
point de la choquer dés la
premiere occafion qui fe rencontre,
non pas de la foûtenir,
mais feulement de montrer
qu'il en fait profeffion . Ce
n'eft donc par aucun zele
pour une Religion qu'il ne
fuit pas , qu'il a fongé à venir
en Angleterre , comme il l'a
fauffement publié dans fon
Manifefte ; il est évident qu'
ayant commencé à la traiter
de fuperftitieuſe , mefme avant
que fon autorité fuft
affermie , il confentira à l'abolir
tout à fait s'il fe voit
jamais poffeffeur paifible de
S
210 X.P. des Affaires
la Couronne qu'il a ufurpée ..
Il arriva le mefme jour une
choſe qui fir bien voir que la
protection de ce Prince rend
les Presbiteriens bien plusabfolus
en Angleterre , que
ceux qui font de l'Eglife.
Anglicane , puis que fur la
conteftation que fit émouvoir
dans la Chambre des Communes
la propofition qui fut
faite de remettre les Seances
aprés les Festes de Pâques ,.
que l'Eglife Anglicane avoit
toujours accoûtumé de feſter ,
ceux de cette Eglife furent
de cet avis , & les Prefbite-
7
du Temps.
211
riens emporterent à la pluralité
des voix que les Seances.
recommenceroient le Lundy,
c'eft à dire , dés le lendemain
du jour de Pafques . Ce triomphe
des Prefbiteriens fur les
Conformistes les rendit fi infolens
, qu'un d'entre eux
tout fier de cet avantage , les
railla avec aigreur , ce qui
excita beaucoup de bruit
dans la Chambre. Les Conformiftes
demanderent reparation
, & les Presbiteriens
fçachant que leur nouveau
Roy eftoit leur appuy , les
raillerent encore plus vive-
Sij
212 X. P. des Affaires
ment. Le defordre augmenta
dansette Chambre , &
les plus politiques de cette
Religion ayant jugé qu'il n'é
toit pas temps de faire pa
Toiftre toute leur autorité ,
& que le Prince d'Orange
leur Protecteur n'avoit pas .
encore affez de puiffance pour
cela , convinrent que celuy
qui avoit offenfe demanderoit
pardon publiquement ,
& comme cela ne regardoit :
qu'un particulier qui s'eftoit :
emporté mal à propos , ils furent
portez d'autant plus à
croire que cela ne pouvoi
du Temps. 213
caufer aucun préjudice au
Corps , qu'il ne laiffoit pas
d'avoir l'avantage , puis que:
la Chambre deeit entrer
pendant les Festes que les
Conformistes ont coûtume
d'obferver , & qui avoient
efté celebrées du temps des
Parlemens precedens. Cela
juftifie que la venue du Prince
d'Orange en Angleterre
· n'a fervy qu'à faire abolir les
Loix , au lieu que fon Mani
fefte marque que fon deffein
eftoit feulement de les comferver
.
Ce Prince approuva l'Acte
214 X. P. des Affaires
pour naturalifer le Prince
George de Dannemarc, fecond
Gendre du Roy d'Angleterre
,
& quelques autres perfonnes ..
Cet Article eft un effet de fa
politique. Il a cru par là les
attacher plus fortement à fes
interefts , en les affurant qu'il
fe ferviroit de cette occafion
pour leur donner de grands
biens , qu'il ne pourroit leur
procurer autrement . Il donna
fon Ordre de la Jartiere au
Maréchal
de Schomberg
,
croyant qu'ayant efté nommé
Roy , le Roy fon Beaupere
ne devoit plus avoir
du Temps.
275
l'Ordre qu'il porte , & que
c'eftoit à luy qu'il appartenoit.
Il donna auffi celuy du
Duc d'Albermarle
au Comte.
de Dévonshire. On fçait que
l'ardeur de maintenir la Relipas
obli- gion & les Loix n'a
gé ce Comte à fe declarer
contre fon legitime Souve
rain , & qu'il avoit encouru
fa difgrace avec juſtice , ce
qui l'avoit engagé non feulement
à prendre le party du
Prince d'Orange , mais mefme
à cabaler pour luy , & à
faire groffir le party des Traiftres.
Ainfi la Nation doit
216 X. P. des Affaires
voir qu'elle en eft la dupe, &
qu'il ne s'agit de conferver
ny fa Religion , ny fes Loix ,
qui n'ont fervi que de prepretexte
à l'ambition de l'Ufurpateur
, & aux Traiftres ,
qui avoient leurs veuës particulieres
, & intereffées , lors
qu'ils fe font joints à luy.
La Charge de Chancelier
de l'Ordre de la Jartiere fe
trouvant attachée à l'Evefché
dont le Docteur Burnet a efté
pourveu , il en prefta le ferment.
Jamais Acteur n'a ré
prefenté tant de perfonnages
à la Comedie, que ce Do
eur
du Temps.
217
teur en a joué fur le theatre.
du monde. Il eft de ceux qui
aprés avoir foûtenu un jour les
roles les plus rampans
, paroiffent
le lendemain reveſtus
des plus hautes dignitez . La
difference qu'il y a , c'eft qu'il
eft en effet ce que les autres
ne font que paroiftre, & qu'il
peut eftre veritablement puny
, ce qui ne fçauroit arriver
à ceux qui reprefentent ce
qu'ils ne font pas . Jamais
homme ne s'eft plus mis en
eftat que luy d'eftre le jouer
de la fortune . Il eft impoffible
que l'on n'ait quelques
T
218 X. P. des Affaires
revers , quand on s'eft accommodé
de toutes les chofes .
qui font directement oppofées
, & qu'on le montre dans
un mefme temps de toutes
Religions. Il y en a toujours
quelqu'une dont le party fe
vange du mépris qu'on en a
fait.
range
fon
Le jour que le Prince d'Ofut
proclamé , il fit le
Comte de Shrewsbury
,
Secretaire d'Eftat ; les Comtes
de Devonshire , & de Dorfct,
l'un Grand Maiftre , & l'autre
Chambellan de Sa Maifon ; le
Marquis d'Halifax , Garde du
du
Temps .
219
Sceau Privé ; le Comte de
Dambi, Prefident du Confeil;
M' de Benting , premier Gentilhomme
de la Chambre &
Garde de la Bourfe privée , &
M' l'Evefque de Londres, Garde
de fon Cabinet. Il choifit
auffi un Confeil compofé du
Prince de Dannemark , de
l'Archevefque de Cantorbe
ry , du Duc de Norfolk , des
Marquis de Vincheſter &
d'Halifax , des Comtes de
A
Lindley , de Shrewbury
d'Oxford , de Bedford , de
Damby , de Devonshire , de
Maclesfield, de Nottingham,
Tij
220 X. P. des Affaires
de Bath , de Dorfet , de Milord
Churchil , des Vicomtés
de Falcombridge , Mordant,
Neuport, de Milord Warton ,
de Milord de la Mere , de
l'Evefque de Londres , de
Milord Montague , de Milord
Lomley, de MS Benting
, Sidney , Ruffel , du
Chevalier Robert Howard ,
d'Henry Powl , de Richard
Hampden , du Chevalier Capel
& de Huges Bofcawen .
Il fit le Docteur Burnet fon
Aumofnier, M. d'Owerckerk
Grand Efcuyer , MilordWiltshire,
Chambellan de la Prindu
Temps . 221
ceffe d'Orange , & M.Warton ,
Controlleur de fa Maifon . Il
crea cinq Commiffaires pour
gouverner la Treforerie , fçavoir
Milord Mordant ,Milord
Lundley , le S Robert Howard
, le S Henry Capel &
M. Witlok. M. Gepfon en
fut fait le Secretaire . Le Duc
d'Ormont fut nommé premier
Gentilhomme de la
Chambre , le Chevalier Villers,
Grand Efcuyer de la Princeffe
d'Orange , M . Zuileftein
fon Vicechambellan , & le
Docteur Stanleg fon premier
Aumofnier On choifit les
Tiil
222 X. P. des Affaires
Comteffes de Derby , & de
Dorfet pour eftre Dames
d'honneur de cette Princeffe .
La plufpart de ceux qui furent
nommez pour remplir
les Charges ayant trahy le
Roy , receurent par là la récompenfe
de leur infidelité.
Quant à ceux que le Prince
d'Orange choifit pour compofer
fon Confeil , il n'en fut
pas tout à fait de mefme .
Comme ce n'eftoit qu'un titre
pour les ebloüir , & que le
Confeil fecret d'un Ufurpateur
, qui facrifie tout pour
maintenir , n'a pas beſoin de
fe
'du
Temps:
223
tant de perfonnes , il ne fit
ce choix pour que pour faire
pa
roiftre aux yeux de la Nation ,
qu'il avoit refolu d'en prendre
confeil dans toutes les
fonctions de fa Dignité nouvelle
, & qu'il croyoit ne
pouvoir mieux faire que de
confulter tout ce qu'elle avoit
prefque de perfonnes
diftinguées. Il vouloit auffi
par là s'en attirer quelques.
uns qui n'eftoient pas dans
fes interefts , du nombre def
quels eftoit l'Archevefque de
Cantorbery , homme venerable
, fage , ennemi de la ti-
Tiiij
124 X. P. des Affaires
rannie , & croyant à fa Religion
plus que le Docteur
Burnet à aucune de celles
qu'il profeffe , & qui n'avoit
voulu ny fe trouver à la
Convention , ny préter aucun
ferment au Prince d'O.
range ; ce que n'ayant point
fait,comme vous verrez dans
la fuite , il n'a point autorifé
par fa prefence dans les Con
feils de ce Prince , des refolutions
qui ne pouvoient
eftre que funeftes , & honteufes
à la Nation , & à la
Religion Anglicane.
Le Prince
d'Orange voyant
du Temps. 125
nc
que les grandes fommes dont
on propofoit
la levée ,
fuffiroient
pas , quelque
extraordinaires
qu'elles
fufpour
remedier fent
aux
le
beſoins preffans , s'il ne ſe
trouvoit des gens qui vouluffent
faire des avances fur
ces fommes , & jugeant bien
qu'il ne pourroit en trouver ,
tant qu'on croiroit que
Roy feroit vivant , fit corrompre
par argent un particulier
, qui affura avec ferment
devant des Commiffaires
de la Chambre des Seigneurs
que ce Monarque
226 X. P. des Affaires
eftoit mort à Breft . Quand
on voudroit nier cet Article,
il ne faut qu'avoir le fens
commun pour ne douter pas
que ce particulier n'euſt eſté
gagné.En effet, il n'y a pas d'aparence
qu'il fût venu dire de
luy -même une chofe fi éloignée
de la verité & de la vrayfemblance,
le Roy n'ayant pas
feulement efté malade , &
quand mefme il l'euft voulu
dire pour fe divertir , il eſt
évident qu'il n'euft ofé l'affurer
par ferment , devant des
perfonnes , qui , fi elles n'euffent
point fceu d'où venoit
du Temps .
227
la fourberie , n'auroient pas
manqué de l'en punir. On fit
enfuite des Relations de la
feinte mort de Sa Majefté , &
on les diftribua au Public . Ce
n'eftoit tromper qué pour un
temps ; mais dans des affaires.
de la nature de celles du
Prince d'Orange , il pouvoit
pendant trois ou quatre jours,
que la tromperie devoit fubfifter
, faire paffer divers Actes
importans , & ſe faire accorder
plufieurs chofes qui
auroient efté conteftées fi on
avoit creu le Roy en Irlande .
La politique de ce Prince
228 X. P. des Affaires
a toujours efté de faire paroiftre
quelque chofe d'avantageux
pour luy , toutes
les fois qu'il a voulu faire
quelque affaire importante
auprés de ceux dont il dépendoit
. D'ailleurs , il tient
pour maxime
qu'il faut toujours
déguiſer la verité aux
Peuples , leur faire donner les
impreffions qu'on veut qu'ils
prennent , & faire employer
des fauffetez dans les Gazettes
. Il dit que l'Eſpagne s'en
eft toujours bien trouvée , &
qu'en empêchant par là les
premiers mouvemens que
du Temps. 229
+
pourroient avoir les Peuples
s'ils apprenoient les mauvais
fuccés des affaires qui les
touchent , on a le temps d'y
remedier. Il fe perfuade auffi
que par les Gazettes & tous
les Ecrits publics , on accoûtume
infenfiblement les Peuples
aux chofes dans lefquelles
on veut qu'ils entrent ,
foit pour avoir de l'averfion
& de la haine , foit pour
prendre de l'eftime ou de
l'amour ; aprés quoy ce qui
les étonneroit fans cette
prévention , & qu'ils n'approuveroient
pas , ne les furprend
point , parce qu'on leur
230 X. P. des Affaires
en a fait connoiftre les raifons
qui ne font pas toujours
les veritables
. Je fçay que
pendant pluſieurs années ce
Prince a pris foin de faire
faire de ces écrits volans de
Hollande qu'on nomme Lardons
, & qu'il avoit deux Ecrivans
à fes gages , qui en compofoient
dans tout ce temps
là felon fes avis , & qui déchiroient
affez adroitement
la reputation de tous ceux
dont la gloire le bleſſoit ;
mais comme l'un d'eux eft
mort , qu'on a mis l'autre en
état de ne plus rien faire , &
du Temps. 231
qu'il feroit difficile d'en trouver
d'auffi capables pour les
remplacer , je ne fçay fi ceux
qui écrivent prefentement
reçoivent encore les inftructions.
Ce que je puis dire ,
c'eft que leurs Ouvrages ne
font plus remplis que d'invectives
groffieres , & comme
ils font tres- peu eſtimez ,
peu de perfonnes les voyent.
Ayant commencé à vous
entretenir de la politique du
Prince d'Orange , je vais achever
de vous en faire la
peinture IIll n'y a point
d'homme fur la terre quifça-
A
232 X. P. des Affaires
che mieux fuppofer que luy ,
& c'eſt par là qu'il trouve
moyen de venir à bout de
la plus grande partie des chofes
que l'ambition luy fait
entreprendre . S'il veut fe défaire
d'un homme , il ne manque
point à luy imputer un
crime , & donne de fauffes
preuves qui font voir qu'il l'a
commis . S'il veut élever un
fcelerat à caufe des fervices
qu'il en peut tirer , il le fait
paffer pour honnefte homme ,
& le reveft des emplois qui
conviennent au ſervice qu'il
en attend. S'il veut entre
du Temps. 233
prendre une guerre , il fuppo
fe qu'on la luy veut faire , &
generalement pour tout ainfi
ce qui peut luy fervir ou nuire.
C'eft une chofe incroya
ble que le grand nombre de
fuppofitions qu'il a faites
pour venir à bout de fon
entrepriſe fur l'Angleterre,
Combien a- t il fait d'innocens
coupables , & combien
de criminels a- t- il fçû jußifier
? Enfin rien ne luy manque
par- là , il a toujours rai
fon , & fes Ennemis ont toujours
tort , & tout cela eft
couvert d'une honneſteté ap.
V
234 X. P. des Affaires
-
parente , & d'une fauffe douceur
avec laquelle il empoifonne
& affaffine , & dont il
fe faut défier , ce qui eft
tres difficile. Il n'oublie
pas de mettre en pratique ces
manieres douces & honneftes
avec les Grands Corps dont il
a beſoin ; c'eſt ainfi qu'il en a
ufé avec les Etats Generaux ,
& qu'il en ufe à prefent avec
le prétendu Parlement
d'Angleterre
. Bien loin de montrer
de l'emportement
contre
ces Corps , il paroift toujours
foumis à ce qu'ils fouhaitent
,
afin de s'attirer par- là la bien
du Temps. 235
veillance du public , & qu'on
foit perfuadé de la douceur
de fon Gouvernement . Cependant,
il a grand foin que
chaque membre foit inftruit
en particulier qu'il y va de
fa ruine totale, & mefmede
plus encore , s'il s'oppose à
fes fentiments , de forte que
chacun abandonne l'intereft
du general pour fonger au
propre , & qu'on facrifie
fa patrie, pour ne fe pas voir
facrifié . Il cache pourtant f
bien toutes fes pratiques qu'il
n'en paroift aucune chofe au
Public . Le Prince eft adoré
fien
Vij
236 X. P. des Affaires
de ceux qui ne le connoiffent
pas , & ceux qui fçavent ſ‹ s
intelligences fourdes , & ſa
tirannie couverte d'une douceur
apparente , n'oſent témoigner
qu'ils s'en font aperçeus,
parce que leur perte fe
roit infaillible. Ainfi ce loup
deguifé en agneau ravit tout
lors qu'il paroift ne penſer à
rien, & ne rien vouloir , & en
joüant ce Perfonnage , qui
luy a fait marquer qu'il n'en
vouloit point à la Couronne,
il fe l'eft fait mettre fur la
tefte. Il a trompé en cela tous
les Princes de l'Europe , &
du
Temps.
237
Les Anglois mêmes, hors ceux
qui eftoient de fon intelligence,
& qui ayant trahy, &
Ia Nation , & leur legitime
Souverain , auront fervy à
établir le pouvoir arbitraire ,
puifque fi le Prince d'Orange
trouve une fois fon autorité
affez affermie pour eſtre en
êtat de faire craindre fepare.
ment à tous les membres des
Parlements des effets de fa
vangeance s'ils ofent refifter
à fes volontez , il viendra à
bout de tout ce qu'il entreprendra
, & gouvernera à fon
gré, c'eft à dire felon fa feule
238 X. P. des Affaires
volonté , fans avoir égard à
aucunes Loix , qui eft proprement
, fi je puis dire ce qu'il
m'en paroift , ce que les Anglois
appellent gouverner avec
une puiffance arbitraire .
Quoy que le Prince d'Orangecût
été declaré Roy,& qu'il
fift toutes les fonctions de la
Royauté, il fouhaittoit ſe voir
couronné avec beaucoup
plus d'empreffement que n'auroit
fait un Monarque legitime,
parce qu'un Ufurpateur
fçachant qu'il n'a point de
droit au bien dont il s'eft mis
en poffeffion, craint toujours
du Temps.
239
que ce qu'il tient ne luy échappe
. Ce Prince n'ayant
que fon Couronnement
en
tefte fit publier la Proclamation
fuivante..
GVILLAV ME R.
Comme nous avons refolu , moyennant
la grace & la benediction de
Dieu , de celebrer la Solemnité de
noftre Couronnement Royal , dans
noftre Palvis de VVeftminster , l'onziéme
du mois d'Avril prochain , &
que felon les anciennes coûtumes de
ce Royaume , comme auffi en vertu
de la poffeffion de plufieurs Manoirs,
Fiefs , Terres & autres heritages ,
plufieurs de nos Amez Sujets pretendent
, & font en effet obligez de
faire diverfes chofes , & de rendre
240 X.P. des Affaires
certains fervices ce jour là , & pendant
le temps du Couronnement ,
ainsi que leurs Anceftres , & ceux
au nom defquets ils le pretendent &
le reclament , ont fait cy-devant aux
Couronnemens de nos Predeceffeurs
les Rois les Reines de ce Royaume
; Nous donc voulant avoir ſoin
de conferver les juftes droits & les
heritages de nos Amez Sujets à qui
ils peuvent appartenir , avons trou
vé à propos de faire fçavoir & publier
noftre refolution là - deffus
comme nousfaifons par cesprefentes;
nous faifons de plus fçavoir par
noftre prefente Proclamation , que
par noftre Commiffion Scellée de
noftre grand Sceau d'Angleterre »-
nous avons nommé , étably & autorifé
noftre Féal & bien Amé Coufin
& Confeiller Thomas , Comte de
Danby
du
Temps. 241
Damby , Prefident de noftre Confeil ;
noftre Feal & bien Amé Coufin &
Confeiller George , Marquis de Hallifax
, Garde de noftre Sceau Privé ;
noftre Feal & bien Amé Coufin &
Confeiller Henry , Duc de Norfolk
Comte, Maréchal d'Angleterre ; nôtre
Feal & bien Amé Coufin & Confeiller
, Charles , Marquis de VVinchefter
; noftre Feal & bien Amé
Coufin & Confeiller Robert , Comte
de Lindsey Grand Chambellan
d'Angleterre noftre Feal & bien
AméCoufin & Confeiller Guillaume ,
Comte de Devonshire , Grand Maiftre
de noftre Maison ; noftre Feal & bien
Amé Coufin & Confeiller Charles ,
Comte de Dorfet & de Middlesex ,
Chambellan de noftre Maison ; noftre
Feal & bien Amé Coufin & Confeiller
Charles , Comte de Shrevvs-
19
X
242 X. P. des Affaires
bury , noftre Secretaire d'Etat ; noftre
Feal & bien Amé Coufin & Confeiller
François, Vicomte de Nevvport,
Tréforier de noftre Maison ; le Tres-
Reverend Pere en Dieu Henry , Seigneur
Evefque de Londres ; noftre
Feal & bien Amé Confeiller Radulphus,
Baron de Montague , Grand
Maiftre de noftre Garderobe ; noftre
Feal& bien Amé le Chevalier Guillaume
Dolben , l'un des Juges de
noftre Cour du Banc du Roy , &
noftre Feal &bien Amé le Chevalier
Jean Povvell , l'un des Juges de
noftre Cour des Plaids Communs ,
ou trois ou plus d'entre eux , pour
recevoir , oüir & terminer les Requeftes
ou pretentions qui leur feront
reprefentées là-deffus par aucuns de
nos Amez Sujets. Et nous ordonnons
pour cet effet , à nofdits Comdu
Temps. 243
miffaires de s'affembler , & tenir
leurs Seances dans la Chambrepeinte
de noftre Palais de VVestminster,
pour la premiere fois , le vingt-huitiéme
de ce prefent mois de Mars à
neuf heures du matin , & de s'affembler
& s'affeoir de temps en
temps , ainfi qu'ils lejugeront à propos
, pour executer noftre-dite Commiffion
. Ce que nous faisonsfçavoir
par les prefentes , afin que tous ceux
qui peuvent y avoir quelque intereft
, fçachent quand & où il faut.
qu'ils s'adreffent , pour prefenter
leurs requestes & exhiber leurs pretentions
, touchant les fervices fusmentionnez
, qu'ils nous doivent
rendre à noftre Couronnement. Et
nous faifonsfçavoir par lesprefentes
à tous & à un chacun de nos Sujets
qui y ont quelque intereft , que nous
X
ij
244 X. P. des Affaires
voulons & qu'il nous plaift , & nous
enjoignons & ordonnons expreßément
à toutes fortes de perfonnes ,
de quelque rang, qualité ou condition
qu'elles foient , qui,foit par nos
Lettres de cachet à eux adreffées ,
foit en vertu deleurs Charges , Fiefs,
beritages ou autrement ,font obligées
de nous rendre quelque fervice ce
jour-là , ou dans le temps de noftre
Couronnement , de venirfelon leur
devoir , & dy fervir en toutes chofes
felon qu'ils y font obligez , en
équipage avec la fuite que demande
& requiert une fi grande folemnité
, & qui répondent aux dignitez
, charges ou emplois qu'eux
ou un chacun d'eux poffede. Et ny
eux ny aucuns d'eux ne doivent pas
manquer à ce que deffus , finon ils
en réqondront à leurs perils & for
du
Temps.
245
tunes , à moins que nous ne les dif
penfions de leurs fervices , fur des
raifons plaufibles par cux alleguées ,
& que nous approuvions par un
Acte figné de nostre main . Donné
en noftre Cour à VVhitehal , le 16.
jour du mois de Mars 1688. & de
noftre Regne le premier.
&
Vous remarquerez que cette
datte , ainfi qu'une autre pareille
qui a déja efté emploiée,
eft felon le vieux ftile ,
doit eftre prife felon nous
pour le 26.Mars 1689. Le Couronnement
eftoit fur le point
de fe faire , que les deux
Chambres n'eftoient pas encore
convenues du ferment
X iij
246 X. P. des Affaires
que ce nouveau Roy prefte
roit, pour maintenir les Loix ,
& pour ne rien innover . Il
ne falloit point de nouveaux
fermens . Les changemens que
l'on y a faits font voir que
le Prince d'Orange a contrevenu
à fon Manifefte , & que
les deux Chambres elles mêmes
alterent les Loix pour
maintien defquelles elles s'étoient
declarées peu de temps
auparavant contre le Roy en
faveur du Prince d'Orange.
Enfin on ne les a jamais veuës
en Angleterre dans la fituation
où elles font aujourle
du Temps . 247
d'huy. On accufe le Roy d'y
manquer, & on les renverfe ;
on en veut d'autres , & fans
eftre neanmoins d'accord de
celles qu'on veut , on fait
des Projets , & pendant ce
temps le nouveau Roy jure
par provifion , qu'il obfervera
les Statuts reglez par le
Parlement, quoy qu'ils ne le
foient pas encore . Les Chambres
font contentes pourveu
que leur puiffance s'augmente
, fans voir que ce qu'elles
prennent pour une augmentation
de pouvoir , affoiblit
par le defordre que l'Etat ,
par
X iiij
248 X. P. des Affaires
caufent ces nouveautez, & que
voulant auffi ufurper fur l'autorité
Royale, elles preparenz
des
troubles , pour le temps
qu'on pretendra leur reprendre
ce qu'elles auront ufurpé :
Le Prince d'Orange de fon
cofté ne fe met pas en peine
de relâcher des droits du Roy,.
pourveu qu'il obtienne la
Couronne. Il fçait que les
Rois font mineurs , & qu'ils
rentrent toujours dans leurs
droits lors que leur autorité
eft bien établie ; ainfi il promet
tout pour ne rien tenir ,
& chacun de ſon coſté pre
du Temps :
249
pare de la matière
pour
de
nouveaux troubles . Les uns
ne veulent pas prefter les
nouveaux fermens , & les autres
refufant de prefter même
les anciens , difent pour
s'en exempter , que les ayant
déja preftez au Roy , ils ne
les peuvent prefer à deux
Souverains. L'Archevefque
de Cantorbery fe declare làdeffus
avec une fermeté heroïque
. Il fait plus encore , il
refufe de couronner le Prince
d'Orange . L'honneur de facrer
les Rois eftant attaché
à la qualité de Primat du
250 X. P. des Affaires
Royaume, il marque avec une
noble fierté qu'il eft preft d'y
renoncer, & de vivre de huit
cens livres de rente qui font
fon Patrimoine . Enfin la Ceremonie
fe fait fans ce Prelat.
On y prefche , & on fait
dans ce Sermon un Eloge
du Prince d'Orange , qui
juftifie fon ufurpation , ou
plûtoft par où l'on pretend
la juftifier. On ne trouve rien
que de grand en luy ; le Roy
eft détrôné justement , &
l'Ufurpateur poffede avec juftice
le Trône du legitime
Monarque. L'Evefque d'Ely
du
Temps.
251
eft prefent à ce Sermon , il
l'écoute , il y applaudit , &
cependant ce mefme Evefque
a prefché tout le contraire au
Couronnement du Roy Jacques
II . qui eft legitime Roy
d'Angleterre , & qui tient fa
Cour aujourd'huy dans fon
Royaume d'Irlande . J'ay ce
Sermon imprimé en Anglois,
& je vous en envoye l'extrait
traduit. Quoy que j'aye mis
dans mes Lettres beaucoup
de Pieces à l'avantage du Roy
d'Angleterre , vous n'en avez
encore vû aucune , fur laquelle
vous deviez faire une
252 X. P. des Affaires
fi grande attention , qui foit
plus contre le Prince d'Orange,
& contre tous les Ufurpateurs
, ny qui marque mieux
l'obeiffance qu'on doit aux
Souverains legitimes. Vous
aurez peine à fortir de l'étonnement
que vous caufera l'extrait
que vous allez lire, quand
vous fongerez que ce Sermon
a efté prefché par un Evefque
Anglois , aujourd'huy traiftre
à fon Roy , & à fa Religion,
& dans le party du Prince
d'Orange . Vous reconnoiftrez
par cette lecture , que fr
l'inconſtance qui eſt naturelle
du Temps.
253
aux hommes , les porte quel ,
quefois au changement malgré
toute forte de raiſon &
de juftice , la verité eſt toujours
la meſme , & n'eft point
capable de changer , puis que
malgré tout ce qu'on a fait
en Angleterre , & tout ce
qu'on a dit pour la détruire ,
le changement de party qui
deshonore l'Evefque d'Ely ,
qu'on voit ceder lâchement
à des interefts purement humains
, n'empefchera point
que fon Sermon ne vous paroiffe
fi fort & fi perfuafif,
que je me tiens feur que rien
254 X. P. des Affaires
ne pourra détruire dans voftre
efprit , ny dans celuy
d'aucun honnefte homme ,
l'impreffion qu'il y laiffera à
l'avantage des veritables Souverains
. Voicy ce qui doit
faire la condamnation
de cet
Evefque , & faire valoir la
caufe du Roy.
Alors Salomon s'affit fur le
Trône du Seigneur au lieu de
Davidfon Pere . Il fut heureux,
& tout Ifraël luy obeit.
Pour me renfermer dans de fi
juftes bornes , & ne pas m'égarer
dans une matiere auffi vafte
du
Temps.
255
le
qu'est l'Hiftoire de Salomon , je
me reduiray à quatre points ,
au travers defquels nous pourrons
voir le Roy Salomon dans
toute fa gloire. Premierement
fon titre estoit bon , puis que
texte porte qu'il s'affit fur le.
Trône du Seigneur , qu'il s'y
affit comme Roy au lieu de David
fon Pere. En fecond lieu
fon gouvernement fut auffi bon
que fon titre, puis qu'il fut tel
qu'on le pouvoit attendre d'un
Roy auffifage que Salomon .
En troifiéme lieu fon Peuple luy
fut obeiffant, puis qu'il eft dit
que tout Ifraël luy obeït . En256
X. P. des Affaires
fin Dieu répandit fes benedictions
fur luy & fur fon regne
puis qu'il eft dit qu'il fut heu
reux .
Ne voulant pas entrer dans
le detail de l'hiftoire de ce grand
Roy, je me contenteray de dire
en general qu'en quelque Prince
& en quelque Peuple que ce
foit que fe rencontrent les mefmes
caufes de bonheur & de
profperité & non ailleurs ) on
doit auffi attendre des effets &
des fuites auffi heureuſes.
Premierement afin que le Roy
& le Peuple foient heureux , il
faut que le Roy ait droit au
du
Temps.
257
Royaume dont il joüit ; car comment
un Ufurpateur peut- il efperer
de regner heureusement
lors que plufieurs de ceux qui
font dans fon Royaume croyent
luy eftre égaux, pour ne pas dire
au deffus de luy ? Il faut encore
que fon droitfoit incontestable ,
autrement il aura des competiteurs.
le
En fecond lieu, il faut que
gouvernement du Roy foit auffs
fage que fa poffeffion eftjufte &
royale . Les droits de deux de nos
Rois Edouard II. & Richard
eftoient incontestables ; cependant
ces Princes fe perdirent par
Y
258 X. P. des Affaires
leur
mauvais
gouvernement..
En troifiéme lieu , quelque
juftes que foient les droits du
Roy , quand l'enfer même ne
pourroit pas les contefter , enfin
quand le Roy feroit comme un
Ange de Dieu pour la connoiffan
ce & la
conduite dans le gouver
nement , neanmoins fi fes Sujets ·
deviennent
des enfans de Belial ,
c'eſt à dire , du Diable , car c'eſt
ainfi que l'Ecriture
nomme les
rebelles , ces hommes fans foy qui
ne
veulent point porter de jong ,
il est toujours en leur pouvoir
d'eftre auffi miferables
qu'ils le
veulent eftre , & puis que la:
du
Temps.
259
·
il
volonté de l'homme eft libre ,
faut avouer qu'il dépend de luy
d'eftre heureux ou malheureux
de jouir des benedictions de la
paix , ou d'attirer furfoy & fur
fa pofterité une ruine certaine.
La defobeiffance du Peuple qui
ne pouvoit goûter la douceur du
gouvernementa efté cauſe que
le meilleur de nos Rois a eté treshonteusement
rejetté , comme s'il
n'euft pas efté l'Oint du Seigneur.
Ilferoit fâcheux maintenant de
dire combien le Royaume a payé
cher le meurtre de ce faint Roy
mais je ne puis m'empêcher de
vous faire remarquer que quoy
Yij,
260 X. P. des Affaires
que la confervation
de la Religion
foit ordinairement
le pretexte
le plus plaufible dont fe
fert la rebellion , comme il l'a déja
efté de nos jours, comme on
s'en est encore voulu fervir depuis
pourfufciter une feconde revolie
; neanmoins
il est conftant
la rebellion
eft le moyen
plusfeur pour détruire la Religion
, comme nous l'avons déja
éprouvé. Je ne dis pasfeulement
que fi-toft que les hommes commencent
à devenir rebelles , ils
ceffent d'estre interieurement
re
ligieux , & veritablement
bons
justes , mais je vais plus
Que
Te
du Temps.
261
toin , & je dis la rebellion
que
eft le chemin le plus droit pour
ruiner l'exterieur & la profef
fion de quelque Religion que ce
foit. La preuve en eft claire
dans l'hiftoire de Salomon . Ce
Prince dans fa vieilleſſe fit une
chute terrible : jamais Prince
Chreftien n'en peut faire une
telle fans renoncer à fon Baptê
me. Il paffa de l'adoration de
la beauté à celle des Dieux des
Gentils , c'eft à dire du Diable ;
car c'eft ainfi que l'Apostre appelle
les Idoles. Toutefois pendant
tout ce temps- là tout Ifraël
lug obeit , & continua toujours
262 X. P. des Affaires
dadorer Dieu , comme ils le pouvoient
aifement fans aucun inconvenient
; mais Salomon ne
fut pas pluftoft mort que Feroboam
fe rebella , car quoy qu'il
foit dit qu'il luy euft efté promis
un Royaume , & quefon affaire
eftoit celle de Dieu, neanmoins
cette promeffe ne luy avoit efté
faite que fous des conditions
qu'il ne garda pas. Il ne voulut:
jamais attendre le temps du Seigneur,
comme avoit fait David..
Il entraîna dans fa rebellion dix
Tribus d'Ifraël. Enfuite cetheu
reux rebelle par des raifons de
politique pouffa les dix Tribus à
du Temps. 263
adorer les veaux d'or. C'eftoit
encore peu , il leur défendit
d'aller en Ferufalem pour y
adorer Dieu. C'est ainsi que
Idolatriefut non feulement introduite
, mais encore établie par
les Loix du rebelle Feroboam qui
fit pecher Ifraël. Ce fut la rebellion
qui produifitfon peché, e
ce feul peché fut la fource de
tous fes malheurs & de fa captivité.
Enfin depuis cette feule
rebellion jamais leur Eglife ny
leur Etat n'eut un jour heureux,
elle eft l'unique caufe de ce
que ces Tribus font encore au
jourd'huy miferablement répan264
X. P. des Affaires
dues dans l'Univers .
y verrez
Ce que vous venez de lire,
merite d'eftre leu plus d'une
fois , & je vous laiffe y faire
vos reflexions . Vous
que le regne d'un Ufurpateur
ne peut eftre heureux , & que
la revolte eft le moyen le plus
feur pour détruire la Religion.
Je paffe au refte de la
ceremonie du Couronnement
du Prince d'Orange . Elle fut
faite avec autant de regularité
que s'il fe fuft agy de celuy
d'un Monarque legitime . La
Chambre des Communes s'y
trouva on Corps. Quant aux
Seigneurs
du Temps.
265
Seigneurs , ils avoient prefque
tous à faire des fonctions qui
dépendoient de leurs Charges
, ou qui eftoient attachées
aux Fiefs qu'ils poffedent.
Aprés la ceremonie chacun
s'eftant rendu dans la grande
Salle de Weſtminſter , prit
place , felon ſon rang , aux
tables que l'on avoit
l'on avoit prepa
1
rées. Avant le fecond fervice
, le Champion du Roy à
caufe de fon Fief de Scrivelbi
dans le Comté de Lincoln ,
entra dans la Salle avec l'accompagnement
ordinaire en
de pareilles occafions . Il é

266 X. P. des Affaires
toit armé de toutes pieces, &
monté fur un cheval blanc .
Lors qu'il fut à l'entrée de la
Salle , le Heraut fit le cry or
dinaire en ces termes : Sily
a icy quelqu'un de quelque qualité
qu'il foit , qui ofe nier ou
contester que noftre fouverain
Seigneur Guillaume, Roy d'Angleterre
& d'Irlande neſoit pas
legitimepoffeffeur de la Couronne,
ou qu'il n'en doive pas jouir
fon Champion eft icy qui luy
donne le dementy comme à un
il eft prest de faux traître ,
le combattre
corps à corps
du
Temps.
267
de rifquer fa vie en combattant
contre luy au jour qui fera marqué.
Il jetta enfuite fon gantelet
pour gage de la bataille
, & perfonne ne l'ayant ramaffé,
le Heraut le rendit au
Champion. Il s'avança au
milieu de la Salle , où le Heraut
fit le mefme cry encore
deuxfois, &le
Champion jetta
encore deux fois fon gantelet
, aprés quoy le champ luy
fut ajugé . Il fe trouva une
Femme qui dit fort haut aprés
le fecond cry qu'elle ne fçavoit
qui estoit le Roy Guillau
me , qu'elle ne le reconnoif
*
Z ij
268 X. P. des Affaires
foit point pour fon legitime Sou
verain. On la traita de folle ,
& comme on vit qu'elle s'appreftoit
à continuer , on l'arrefta
avec le moins de bruit
que l'on put , afin de ne point
laiffer éclater la chofe , & on
n'en apoint oui parler depuis
ce temps - là . Je finiray cer .
article en vous difant , que
lors que le Champion entra
dans la Salle , les quatre pieds
manquerent tout d'un coup
à fon cheval , en forte qu'il
sabatit . Je n'en tire point
d'augure ; chacun en peut
penter ce qu'il luy plaira.
du Temps.
269
Le matin de cette Ceremonie
, comme on reveftoit le
Prince d'Orange des Habits
Royaux , il tomba en foibleffe
, & l'on fut obligé d'avoir
recours à quelques caux pour
empefcher qu'il ne s'éva
noüift entierement . Peu de
temps aprés il fe fentit preffe
d'une douleur plus fenfible ,
dont la fuite produifit les
effets qu'une grande peur a
coutume de caufer. Je ne
m'expliqueray point davantage
pour faire entendre ce que
c'eft que ces fortes de fuites de
peur , je le laiffe dire à ceux
la
Z iij
270 X.P. des Affaires
ра-
qui ont eu de ces accidens 3
ou qui en ont entendu parler
Quant à la peur que de p
reilles avantures marquent
elle fait connoiftre
que tout
homme qui fent fon crime
dans le fond de l'ame , n'eft
pas maistre des effets que
nature produit lors qu'il s'apprefte
à le confommer.
la
Le Prince d'Orange vou
lant que tous les Seigneurs
d'Angleterre luy fuffent redevables
de leurs Dignitez , créa
le Prince Geotge de Dannemark,
Baron d'Ockhingham ,
Comte de Kendall , & Duc
du Temps.
271
de Cumberland. Charles
Seigneur Marquis de Winchefter
, Duc de Bolton . Le
S Benting , Baron de Cirencefter
, Vicomte de Woodftock
, & Comte de Portland .
Thomas , Seigneur Vicomte
Faucomberg , Comte de Fau
comberg. Charles Seigneur
Vicomte Mordant , Comte
de Montmouth
. Radulphe
Seigneur Montagu , Vicomte
de Mount Hermer & Comte
de Montagn. Jean Seigneur
Churchill, Comte de Marles
borough . M' Henry Sidney,
Baron de Milton & Vicomte
Z iiij
272 X. P. des Affaires
4
Sidney de Sheppey , dans le
Comté de Kent . Richard
Seigneur Vicomte Lumley
de Waterford en Irlande ,
Vicomte de Lumley de
Lumley - Caſtle , dans la
Comté Palatine de Durham .
Hugues Seigneur Vicomte
Chelmondley , de Kellis en
Irlande , Baron de Chelmondley
& Witchmalbanch , autrementNamptwich
en Chefhire.
Il nomma auffi les Gouverneurs
des Comtez & Provinces
d'Angleterre , dans
Fordre qui fuit.
1
du Temps .
273
De Bedford , le Comte de
Bedford.De Berks le Duc de
Norfolk . De Bucks , le Comte
de Bridgwater . D Cambridge
, le Comte de Bedford .
De Cheshire , Milord Delamer
. De Cornouaille ,le Comte
de Bath. De Cumberland , le
Comte de Carlifle . De Derby,
le Comte de Devonshire .
De Devon,le Comte de Bath.
De Dorfet, le Comte de Brif
tol . D'Effex , le Comte d'Oxford
. De Glocefter & de Hereford
, le Comte de Macklesfeid
. De Hertford , le Comte
de Shrewsbury durant la
274 X.P. des Affaires
minorité du Comte d'Effex.
De Huntingdon , le Comte
de Mancheſter . De Kent , le
Comte Winchelley . De Lancafter
, le Comte de Derby.
De Leiceſter , le Comte de
Rutland. De Lincoln ," le
Comte de Lindſey . De Middleſex
, le Comte de Clare.
De Monmouth , le Comte de
Macklesfeild. De Norfolke ,
le Duc de Norfolk. De Northumberland
, Milord Lumley.
De Northampton , le
Vicomte Mordant. De Not
zingham , le Comte de Kingfton.
D'Oxford , le Comte
du Temps.
275
d'Abingdon. De Salop , Ic
Vicomte Newport De Soms
merfet , le Vicomte Fintzharding.
De Southampton ,
le Marquis de Wincheſter .
De Stafford , Milord Paget.
De Suffolke , Milord Cornwallis.
De Surrey , le Duc
de Norfolke. De Suffex , le
Comte de Dorfet & Middleſex.
De Warwicke le Com
te de Northampton. De
Weftmorland , le Chevalier
Lowther de Lowther. De
Wilts , le Comte de Pembrooke.
De la partie Orienta
le d'Yorck , le Comte de
276 X.P. des Affaires
Kingſton . De la partie Septentrionale
d Yorck , le Vi
comté Falcomberg. De la
partie Occidentale d'Yorck
le Comte de Damby . De la
Principauté de Galles , le
Comte de Macklesfeild .
Quoy que la Maiſon d'Auftriche
euft une étroite liaifon
avec le Prince d'Orange ,
comme vous avez vû en plufieurs
endroits de cette Hiftoire
, l'Empereur & le Roy
d'Eſpagne differerent le plus
long- temps qu'il leur fut poffible
à la faire paroistre aux
yeux du Public , retenus par

du Temps. 277
la honte que l'on a toujours
lors qu'on fait des actions
qui doivent cftre blâmées.
Ce fut ce qui empefcha Sa
Majefté Catholique d'écrire
au Prince d'Orange fur la
mort de la Reine fon Epouſe,
Auffi ce Prince s'en plaignit
il à Dom Pedro Ronquillo ,
en luy difant qu'il n'en prendroit
point le deüil . L'Envoyé
de l'Electeur de Brandebourg
n'en ufa pas de la
forte. Son Maiftre , comme
Prince Proteftant , fe faiſant
une gloire de ce que les Princes
Catholiques regardoient
278 X. P. des Affaires
comme une honte avec beau
coup de fujet , avoit envoyé
ordre à fon Miniftre à Londres
, de demander une audience
publique pour complimenter
le Prince , & la
Princeffe d'Orange fur leur
Couronnement ; ce qui fut
executé , & donna beaucoup
de joye à l'un & à l'autre ,
qui prirent un tres grand plai
fir à fe voir traitez de Majefté
Cependant ils n'avoient
pas lieu de croire que la fidelité
de beaucoup de leurs
nouveaux Sujets fuft à lés
preuve , puis que la plufpart
du Temps. 279
dire
du Peuple tient dans le coeur
le party de fon veritable Roy,
& qu'il ne penfoit à rien
moins qu'à former des plaintes
contre luy, quand le Prince
d'Orange a envahy l'Angleterre.
Ainfi l'on peut
que fi le Roy a cedé , c'eſt
parce que la partie eftoit trop
bien faite pour ne luy pas faire
perdre fes mefures . Il en eſt de
même de l'Armée, qui s'eftant
trouvée fans Officiers , eftoit
devenue un corps fans ame
& qui pourtant n'avoit point
pris le party contraire , com
me vous pouvez voir par la
280 X. P. des Affaires
Proclamation que vous allez
lire , & que le Prince d'Orange
a fait publier plufieurs
fois.
• GVILLAVME R.
D'autant que lors qu'on caffa ily
4 quelque temps l'Armée , & par les
defordres qui font arrivez depuis
peu parmy les Soldats qui ont de-
Jerte , unegrande quantité d'Armes,
de Munitions , d'Armures & d U
Stenciles de Guerre nous appartenant,
ont efte jettées & abandonnées par
les Soldats , mifes en gage , vendues
ou engagées d'autre maniere ; & que
monobftant la Proclamation que nous
avons depuis quelque temps fait pu
cet effet , ces Armes ou autres
Uftenciles deguerre n'ont pas encore
Lier
à
du
Temps.
281
efté
découvertes , ou
raportées pour
noftre ufage , comme elles
devroient
avoir efté , Nous
ordonnons par les
prefentes , &
commandons
à tous
ceux qui ont de ces armes , Munitions
, ou
Uftenciles de guerre en
leur garde , de les porter au Maire ,
au principal
Officier de la Ville , ou
au plus prochefuge de Paix de la
Comté ou
Province dans
laquelle
ellesferont
trouvées ; & pour encourager
&
recompenfer
ceux qui feront
en cela leur devoir , Nous
ordonnons
qu'il leur fera payé , & leur allouons
la fomme de cinq
shillings
pour chaque moufquet
en maniere de
fufil , de deux
Shillings &fixfols
pour chaque
moufquetà
ferpentin ous
a mêche ; de cinq Shillings pour chaque
Carabine , de cinq Shillings pour
chaque paire de Pistolets , & la qua
A a
282 X. P. des Affaires
triéme partie de l'entiere valeur de
toutes autres fortes de Munitions
d'Armures & dUftenciles de guerre.
Et en cas qu'aucune perfonne , ou
perfonnes en la garde defquelles ily
a, ou ily aura quelques- unes de ces
armes négligent de les apporter , la
recompenfe cy-deffus fpecifice fera
payée à ceux qui découvriront lef
dites armes , ou les ferontfaifir pour
noftre ufage ; & les fommesfufdites
feront payées par le Maire , l'officier
ou le fuge de Paix , aufquels lefdites
Armes feront apportées ; lefquels
Maire , Officier& Fuge de Paix recevant
lefdites armes , en donneront
avis aux principaux Officiers de
noftre Artillerie demeurant à noftre
Tour de Londres , comme auffi de
Pargent par eux payépour icelles , qui
leur fera remboursé par lesdits Offi
du
Temps.
283
ciers de noftre Artillerie qui font
requis par les prefentes , de leur
payer & de recevoir ces armes pour
noftre ufage. Nous ordonnons en
outre par ces prefentes à tous nos
Gouverneurs , Lieutenans Gouver
neurs , & autres Officiers fubalternes
de noftre Milice à tous Sherifs,
Fuges de Paix , Maires & principaux
Officiers des Comtez , Villes &
Bourgs où ily aura quelques- unes def
dites Armes , d'en faire une exacte
diligente perquifition , de tâcher
4 les découvrir par toutes les voyes
& tous les moyens legitimes ; & les
faire faifer pournoftre ufages comme
auffi de faire arrefter , & de s'affen.
rer des Perfonnes entre les mains
defquelles telles
armestre
elles
trouvées
, & mefme proceder contre elles
Selon les Loix comme contre des
Aa ij
284 X.P. des Affaires
gens qui retiennent nos Armes &
Uftenciles , afin qu'on leur faffe
leur procés , & qu'ils foient punis
pourcette offenfe aux premieres Sef
fions on Affifes qui fe tiendront
dans la Comté , Ville on Bourg, où
telle faute aura efté commise
Le Prince d'Orange demeure
d'accord par cette Proclamation
, que les Soldats ont
deferté , abandonné , & jetté
leurs armes , que les uns les
ont mifes en gage , & que
les autres les ont vendues.
Cette Proclamation plufieurs
fois reiterée , avec celle dont
je vous ay déja fait part , &
F 285
du
Temps.
dans laquelle le Prince d'O
range avoue que les Deferreurs
luy font la guerre , fais
voir clairement , & par fon
aveu mefme , que ces Soldats
font autant d'Ennemis qu'il
a dans le païs . Joignez à cela
prefque tous ceux qui eftant
de la Religion Anglicane
tiennent le party de leurs
Evefques qui n'ont point
voulu prefter de ferment
ainfi que quantité de Seigneurs
, & vous verrez qu'il
ne peut avoir efté appellé en
Angleterre , que par quelques
Traiftres fubornez, & non par
286 X. P. des Affaires
la Nation , & qu'il n'a efte
fait Roy que par les Prefbis
teriens qui compofent le Par
lement, & que la force ou
l'argent a fait élire par ceux
qui ont droit d'élection.
Quoy que le Prince d'Orange
cuft promis aux Princes
Catholiques fes Alliez , de ne
point tourmenter les Catho
liques , il ne laiſſa pas d'agir
de concert avec les Presbite
riens du Parlement , afin de
faire paffer un Acte pour les
obliger de s'éloigner de Londres
de dix milles aux environs.
Il fe rendit au Parle
'du
Temps.
287
ment pour approuver cet A
te , & fit faire auffi- toft la
Proclamation fuivante.
GVILL AVME R.
D'autant que par un Acte de ce
prefent Parlement , intitulé , A&te
pour êloigner les Papiftes & ceux
qui font reputez tels des Villes de
Londres & de VVeſtminſter , &
à la diftance de dix milles aux environs
, les Papiftes qui enfi grand
nombre frequentent ces Villes , font
declarez & ont efté trouvez dange
reux à la paix & à la tranquillité
de ce Royaume , & qu'il y a des
voyes & des moyens preferits & or
donnez par cet Alte , tant pour dé
couvrir que pour éloigner ces perfonnes-
là defdites Villes & des autres.
1
288 X. P. des Affaires
Lieux dans la diftance de dix milles
(hormis ceux qui font exceptez
dans ledit Acte ) Leurs Majeftez
ayant tous les jours des experiences
des méchans & pernicieux deffeins
qui fe forment & que l'on met en
pratique dans & autour desdites
Filles , parmy leurs bien- Amez Sujets
, tendant à la ruine & à la deftruction
de tous les Proteftans , &
au rétablissement du Papifme dans
ces Royaumes , & ayant efté priez
par les Communes affemblez en Par
lement de remedier à ce defordre ,
ordonnent & commandent expreffément
par la prefente Proclamation
à tous Papiftes & à ceux qui font
reputez tels , à la referve de ceux
qui font exceptez dans ledit Acte ,
defortir inceffamment defdites Villes
de tous autres lieux à la distance
de:
du Temps.
289
de dix milles d'icelles. Leurs Majeftez
ordonnant en outre & commandant
par
aucuns Papiftes , ou ceux qui font
reputez tels , qui ne font pas exceptez
dans ledit Acte , demeurent
dans l'une ou l'autre defdites Villes
ou ailleurs à dix milles aux
environs , le Seigneur Maire de
Londres & tous lesJuges de Paix
defdites Villes & des lieux circonvoifins
procedent contre eux comme
contre des gens qui confpirent
contre la paix & le bien du Gouvernement.
Donné en noftre Cour
à Hamptoncourt, le 9. de May 1689.
de noftre Regne le premier.
Les prefentes , que fi
Les Prefbiteriens font grands
amateurs de ces fortes de Pro-
Bb
290 X. P. des Affaires
7
clamations, parce qu'elles leur
donnent lieu d'exercer la
haine qu'ils ont contre les
Catholiques , de leur faire des
avanies , & de les maltraiter
quand ils fortent. Les Vagabonds
& gens fans aveu vont
plus loin , & fe fervent fouvent
de ce pretexte pour piller
leurs maifons .
Le Prince
d'Orange approuva
le mefme jour l'Acte
pour abroger les anciens fermens
d'Allegeance
& de Suprematie
, & mettre en ufage
les nouveaux
. On détrône le
Roy parce qu'on fuppofe
du
Temps.
291
qu'il enfraint les Loix,& veut
établir des nouveautez . Cependant
on fait tout ce que
l'on condamne en ce Mo-
·
narque , & lors qu'on le rend
coupable, pour avoir difpenfé
de quelques fermens , on
va jufques à les abroger , &
l'on en fait de nouveaux qui
font receus en leur place . II
eft inouï que l'on ait jamais
parlé d'une chofe auffi extraordinaire
que ce qui s'eft
fait en cette rencontre . Les
Evefques ayant infifté qu'on
s'oppofaft à l'Acte qui oblige
de prefter les nouveaux
Bb ij
292 X. P. des Affaires
que
le fermens , il fut refolu
Prince d'Orange auroit pouvoir
d'en difpenfer douze perfonnes ,
que moyennant cette difpenfe
ils pourroient jouir du tiers de
leurs revenus Ecclefiaftiques. Si
ces fermens font juftes , chacun
doit les prefter fans exception
, & s'ils ne font pas
trouvez tels , on ne les doit
point prefter du tout . Le bon
fens ne fouffre pas qu'on accorde
des difpenfes de bien
faire. Mais pourquoy s'en
étonner ? Quand on a tout
mis en confufion, on ne fçait
plus ce qu'on fait.
du
Temps.
293
Le prince d'Orange voulant
envoyer des Troupes en
Hollande , jamais Prince n'a
paru avoir fi peu de pouvoir
fur elles . Tantoft tous les Of
ficiers d'un Regiment defertoient
; tantoft la mefme chofe
arrivoit à tous les Soldats
d'un autre , de forte qu'on
n'a fouvent fait qu'un feul
Regiment de ces Officiers &
de ces Soldats , qui eſtoient
de differens Regimens. Des
Troupes fi peu affectionnées
au fervice feroient à craindre
dans une journée où l'on feroit
obligé de donner com-
Bb iij
294 X. P. des Affaires
bat. Auffi voit- on beaucoup
de deſertions dans celles qui
font en Flandre au fervice
des Hollandois , & on y entend
dire publiquement à la
pluſpart, que dans un jour de
bataille elles pafferoient du
cofté de France , ne voulant
point de guerre avec un Monarque
qui a fi genereufement
fecouru leur Roy . Le
Prince d'Orange voudroit
qu'elles ne revinffent jamais
en Angleterre , & il en fait
Tous les jours paffer par petites
troupes que l'on débarque
en differens Ports , afin que
du Temps . 291
Ies Anglois ne les apperce
vant point n'en puiffent pren
dre d'ombrage . Ces Trou
pes ne font pas feulement
Hollandoifes , mais de tous
les Etats de l'Europe . Il a des
creatures par tout , & les employe
à corrompre jufques
aux fimples Soldats qui ont
quelque reputation , & pen
dant que tout couronné qu'il
eft, il effuye avec une diffimulation
fans égale les caprices
du Parlement , malgré tous
les Amis qu'il y a , jamais
Corps compofé de tant de
teftes n'ayant manqué de
Bb iiij
296 X. P. des Affaires
donner des chagrins aux méchans
Princes ainfi qu'il en
donne aux bons , il prend
toutes les mefures neceffaires.
pour s'emparer du pouvoir
arbitraire , fans lequel il eſt
impoffible qu'un homme de
fon caractere regne feurement.
Je ne doute point qu'il
n'en vinft à bout, fi par bonheur
pour la Nation
, le Roy
n'avoit un puiffant party en
Angleterre & en Ecoffe , qui
dés que ce Prince pretendra
agir avec l'autorité qu'il voudroit
bien ufurper, comme il
a fait déja la Couronne , fera
du Temps. I 297
groffi par ceux qui paroiffent
le plus dans fes intereſts .
Comme l'union qu'il avoit
faite avec la Maiſon d'Auftriche
& les autres Princes
fes Alliez , eftoit fondée fur
la Declaration de guerre
qu'il devoit faire à la France,
& qu'on le preffoit de tenir
parole , ce qu'il ne ſouhaitoit
pas moins ardemment qu'eux,
ne fe fouciant pas du fang
qu'il en couteroit à toute l'Europe
, pourveu qu'il cuſt la
gloire de fe voir Chef d'une
Ligue dont le fuccés luy fembloit
indubitable , il travail
298 X. P. des Affaires
la luy -mefme aux Memoires
de l'Adreffe qu'il avoit concerté
avec fes creatures que
le Parlement luy prefenteroit
fur ce fujet. Il fit mettre enfuite
tous ces Memoires en
corps par le Docteur Burnet,
aprés quoy avec le Confeil
de fes plus pernicieux Confidens
, il y jetta encore du
venin , de forte que cet ouvrage
qui femble avoir efté
compofé par les Demons , parut
tel , même à une partie
des creatures de ce Prince ,
puis que la Chambre - baſſe
l'ayant communiqué à la
"du "Temps.
299
Chambre haute , les Seigneurs
le regarderent avec horreur,
& blâmerent ceux qui l'avoient
dreffé , diſant qu'on
ne devoit point traiter les
Rois avec cette indignité.
C'eſt un Ouvrage qui n'eſt
compofé que d'injures contre
le Roy, & de fuppofitions exe
erables. Ainfi il fut arrefté
par la Chambre haute que
cette Adreffe qu'on nomma la
longue Adreffe , feroit fupprimée.
Il fe trouva neanmoins
un Libraire affez hardy pour
Pofer faire imprimer , mais
la Chambre- haute ordonna
300 X. P. des Affaires
7
qu'il feroit recherché , pourfuivy
& condamné . Un tel
procedé merite fans doute de
grandes louanges , & je ne
puis m'empefcher de luy en
donner icy. On doit connoiftre
par-là que beaucoup f
de ces Seigneurs ne fçauroient
fouffrir de lâchetez , & que
la plufpart de ceux qui font
dans le party du Prince d'Orange
, s'y trouvant malheureufement
engagez , & ne
pouvant prefentement le quit
ter fans s'expofer à fe perdre
, ne manqueront pas de
prendre celuy de leur le
du Temps. 301
gitime Souverain , dés que
l'occafion s'en offrira . Quant
à l'Adreffe dont je viens de
vous patler , c'eft un fait
conftant , & j'en ay une copie
. La Chambre des Communes
qui a de coûtume de
fe revolter contre celle des
Seigneurs , & qui n'agit pref
que jamais qu'en tumulte &
avec emportement , comme
part
fait le Peuple , qui n'eſt pas
moins paffionné dans la plufde
fes mouvemens , qu'il
a d'aveuglement à les fuivre ,
défera à la Chambre haute ,
parce que ce n'eft pas de coeur
453
302 X. P. des Affaires
qu'elle fe pique, & qu'il luy de
voit fuffire , que les Seigneurs
confentiffent à la guerre qu'el
le demandoit . D'ailleurs
comme ceux qui avoient
paru les plus emportez pour
faire que cette Adreffe fuft
rendue publique , eftoient
reconnus pour eftre entierement
devoüez au Prince d'Orange
, ce Prince mefme ne
jugea pas à propos qu'ils
pouffaffent les chofes plus
loin , parce que l'on commençoit
à remarquer que l'Adreffe
qu'il vouloit qu'on luy
prefentaft , eftoit un Ouvrage
du Temps. 303
où il avoit la plus grande
part , ce qui ne le pouvoit
faire paffer que pour un
homme qui ne gardoit plus
aucunes meſures , & qui atraquoit
fes Ennemis avec des
armes indignes du rang où
il s'eftoit élevé. Si- toft qu'on
cut ceffé de parler de cette
Adreffe , la Chambre des
Communes prefenta celle qui
fuit
Nous, les tres -fidelles & tres-obeif
fans Sujets les Communes affemblez
en ce prefent Parlement , venons
tres humblement prier Voftre Majefté
de confiderer ferieufement les
moyens iniques dont le Roy Tres304
X. P. des Affaires
2
Chreftien s'eftfervy depuis quelques
années pour ruiner le commerce,
troubler la tranquillité & l'intereſt
de ce Royaume ,& particulierement
la prefente invasion du Royaume
d'Irlande , & l'affiftance qu'il donne
vos Sujets rebelles en ce Pays là.
Nous ne doutons en aucune maniere
que felon lafageffe de Voftre Majefté,
les alliances qu'Elle a déja faites, &
-celles qu'Elle fera en cette occafion, ne
produifent les effets qu'on en attend, ›
en reduifant le Roy Tres Chrétien en
tel eftat , qu'il ne foit plus deformais
en fon pouvoir de violer la paix de
la Chrétienté ny de porter préjudice
au negoce ou à la profperité de vostre
Royaume d'Angleterre . C'est pour cela
que nous fuplions tres humblement
Voftre Majefté d'eftre affurée fur la ›
promeffe folemnelle que nousluyfai
du
Temps. 305
>
fons ,& fur les engagemens que nous
Luy donnons de bon coeur , que lors
qu'Elle trouvera à propos d'entreren
guerre contre le Roy Tres - Chrétien
nous donnerons à Voftre Majesté les
moyens , par noftre affiftance felon la
methode des Parlemens , de la mettre
en eftat , moyennant cette protection
cette benediction dont Dieu l'a toû
・jours favorifée , de foûtenir & finir
glorieufement cette Guerre.
Voicy la réponse que leur
fit le Prince d'Orange.
GUILLAUME ROY.
Je reçois cette Adreſſe comme une
marque de la confiance que vous avez
en moy,dontje vousfuis obligé , vous
affurant que je tafcheray par toutes
mes actions de vous y confirmer. Je
Cc
306 X. P. des Affaires
Fe
vous affure que mon ambition ne me
fera jamais engager dans aucune
Guerre , qui puiffe expofer la Nation
à des perils ou à de la dépense ; mais
dans l'eftat où font les affaires,je regarde
la Guerre comme ‹ſtantſifort
declarée par la France , que ce n'eftpas
tant un acte de vostre choix , qu'une
neceffité inévitable de nousdeffendre..
me contenteray de vous dire que
comme j'ay hazardé ma vie & tout ce
que j'ay de plus cher , pour délivrer
Cette Nation des maux qu'elle fouffroit
, je fuis encore preft de l'expofer
pour la conferver& la deffendre contre
tous fes Ennemis ; & commeje
ne doutepas que vous ne me donniez
une affiftance qui réponde à l'avis que
vous me donnez de declarer la Guerre
à un puissant Ennemy , auffi pouvez-.
vous vous repoferfur moy , qu'aucu
'du Temps. 307
ne partie de ce que vous me donnerez
pour la faire avec fuccés , ne fera employée
par moy à aucun autre uſage.
On peut dire que bien loin
que l'Adreffe que vous venez
de lire contienne de bonnes
raifons, il n'y a pas feulement
de fens commun. Perfonne
n'en peut trouver dans l'en
droit où la Chambre - baffe
dit , que le Roy de France s'eft
fervi de moyens iniques depuis
quelques années , pour ruiner le
Commerce , & troubler la tranquillité
de l'Angleterre. Quels
font ces moyens iniques , &
qu'a fait le Roy pour ruiner
Cc ij
308 X. P. des Affaires
le commerce d'Angleterre ?
Ce font des paroles fans aucuns
faits , & il n'y a pas mê
me en tout cela de prefom
ptions qui puiffent faire foupçonner
ce que l'on impute à
Sa Majesté . Les Anglois n'a
voient formé aucune plainte,
ce qui arrive ordinairement ,
quand les chofes font dans
la fituation que la Chambre
baffe les dépeint. Les deux
Rois vivoient en paix , tout
eftoit calme en Angleterre ,,
chacun y profeffoit fa Religion
, il n'y avoit point de
nouveaux impoſts, & elle n'a
du Temps.
309
1
eftétroublée depuis ce tempslà
que par ceux qui l'ayant
mife dans le defordre où elle
cft prefentement
, ont ruiné
le commerce , & troublé la
tranquillité
qu'ils accufent
les autres d'avoir eu envie
de troubler . On parle enfuire
de l'invasion du Roy en
Irlande , & de l'affiftance qu'il
donne aux Sujets rebelles du
Prince d'Orange . Aprés avoir
expolé que le Roy de France
s'eft fervi depuis plufieurs années
de moyens iniques pour troubler
l'Angleterre
, on expofe des
fujets prefens , qui n'ont nul
310 X. P. des Affaires
a
rapport avec le paffé , la fituation
de toutes les affaires
ayant tellement changé
depuis le débarquement
du Prince d'Orange
, que
ceux qui oppofent prefentement
leurs forces à celles
d'Angleterre
, vouloient les
joindre il n'y a pas un an à
celles de ce même Royaume
,
pour empefcher qu'il ne fuft
accablé des maux qu'il fouffre
, depuis que l'ambition
de ce Prince l'a porté à
ufurper la Couronne . Quant
à l'invafion d'Irlande , il eft
ridicule
de dire , parce que
'du
Temps.
317
Te Roy d'Angleterre a paffé
dans ce Royaume avec quelques
Officiers François , que
Le Roy de France y a fait une
invasion , & qu'il affifte les Su
jets rebelles du Prince d'Orange:
Les Irlandois ne font point
Sujets de ce Prince, & ne l'ont
jamais efté , & quand il pourroit
donner ce nom aux Anglois
qui ont trahy leur Roy ,
& qui l'ont appellé , dont le
nombre eft tres-petit en comparaifon
de tout le Peuple
d'Angleterre, il ne peut avoir
mefme de méchans pretextess
pour nommer ainfi les Irlan
312 X. P. des Affaires
dois. L'Irlande eft un Royaume
feparé, qui n'ayant aucun
lieu de plainte contre fon
Roy, ne s'en plaignoit point ,
& parce que quelques traitres
ont appellé le Prince d'Orange
en Angleterre , il ne s'enfuit
pas que les Irlandois qui
ne l'ont point appellé , doivent
eftre fes Sujets , & que
cet exemple les mette dans
l'obligation des les imiter ..
On lit fur la fin de cette Adreffe
que Sa Majesté ne viole
la paix de la Chrestienté. Com
ment la peut- elle violer , puis
qu'elle ne penfoit point à la
Guerre.
1
du
Temps . 313
Guerre, qu'Elle n'eftoit point
armée , & que le Prince d'Orange
a fait des Ligues pour
l'y engager , afin qu'ayant
toute l'Europe fur les bras ,
ce Monarque fuft moins en
pouvoir de donner contre luy
de grands fecours au Roy
d'Angleterre ; & voilà pourquoy
cet ambitieux à mis le
feu aux quatre coins de l'Europe
pour executer fon entreprife
pendant ce temps - là .
La Maiſon d'Auftriche qui a
crû en profiter , s'eft peu mife
en peine fi la Religion en
fouffriroit , pourvu qu'elle
Dd
314 X. P. des Affaires
fift fes affaires aux defpens
de ce qu'il en couſteroit aux
Catholiques . Enfin la Chambre
des Communes a tort de
dire que le Roy portoit préjudice
à la tranquillité & au
negoce d'Angleterre , puis
que tout y Auriffoit ; mais
ce ne fera plus maintenant la
mefme chofe. Les Hollandois
partageront tout , &
trouveront en toutes rencon-
P
tres de la faveur auprés du
faux Souverain d'Angleterre,
& ce fera alors qu'elle pourfon
negoce ra dire que
profperera moins . La répondu
Temps.
315
fe le Prince d'Orange a
que
faite à cette Adreffe , eft d'un
homme qui fe déguife , &
qui paroift doux & foumis
pour venir plus aiſément à
lon but On voit qu'il veut
de l'argent , non feulement
parce qu'il l'aime naturellement
, mais parce qu'il en
faut beaucoup pour foûtenir
fon invafion. A l'égard de
la guerre qu'il regarde , dit - il ,
comme declarée par la France ,
il n'avoit jamais douté qu'il
ne deuft l'avoir , puis qu'il
avoit mis toutes chofes en
état cela , & qu'il avoit
pour
*
A
Ddij
316 X. P. des Affaires,
lieu de croire qu'un Monarque
auffi genereux que le
Roy , prendroit le party d'un
Prince fon Allié , lâchement
trahy par fon Sang , & abandonné
par une partie de fes
Sujets . La plufpart ne fone
pas à s'en repentir , & ceux
qui en ont pu donner des
marques, l'ont déja fait . Vous
avez vû par les Proclamations
du Prince d'Orange mefme,
comme les Troupes defertent
de jour en jour , & vous verrez
par celle que vous allez
lire ,que les Matelots en ufent
de meſme à ſon égard.
du Temps.
T 317
GUILLAUME ROY.
D'autant que leurs excellentes Ma
jeftez le Roy & la Reine ont befoin.
d'employer leur flote Royale , pour
l'honneur lafeureté de leurs Royaumes
, Eftats & Pays de leur obeiffance,
en faifant la guerre contre le Roy des
François que par les Loix de ce
Royaume, chaque Marinier , Matelot,
Soldat ayant receu le preft ou argent
d'avance , pourfervir Sa Majestéfur
aucun de fes Vaiffeaux , & refufant
aprés cela de fervir , ou manquant de
fe rendre au temps & lieu qui luy ont
efté preferits pour le fervice de Sa Majefté
, encourt le danger de Felonie ,
Sen rend coupable , & doit eftre puny
& traité comme felon ; Et Sa Majefté
eftant néanmoins informée , que
divers Mariniers , Matelots & Sol
D d iij
318 X. P. des Affaires
dats engagez à fon fervice , & ayant
receu le preft d'avance , négligent de
Se rendre à leurs poftes & quittent le
fervice , ce qui pourroit eftre cauſe que
les Vaiffeaux de leurs. Majeftez feroient
mal montez & mal fervis
au danger de leurs Peuples , particulierement
en ce temps que les
François ont déja envahi les Etatsde
leurs Majeftez , & se preparent
à dépouiller leurs Sujets du privilege
de leur Commerce , & de divers autres
avantages ; Leurs Majeftez prevoyant
donc par leurfageffe Royale,.
les inconveniens qui en peuvent
arriver , ont trouvé à propos de
l'avis de leur Confeil Privé , de publier
leur Royale Proclamation ; &
Elles enjoignent & commandent tres
expreßiment par icelle , à tous Mariniers
, Matelots & Soldats quifont:
du Temps.
319
on feront cy-aprés engagez à leur
Service , fur aucun des Navires ou
Vaiffeaux de leur Flote , & qui ont
receu ou recevront le preft ou argent
d'avance pour cela , d'aller& de fe
rendre felon leur devoir , aux lieux
qui leur font prefcrits , & dans le
temps qui leur eft marqué , & de
refter dans le fervice auquel ilsfont
ou feront appliquez fur peine de
mort , & de telles autres peines ,
punitions que les Loix leur рец
vent infliger ou impofer. Et afin de
poursuivre plus promptement & plus
efficacement les Délinquans , leurs
Majeftez ont jugé à propos , & ont
deffein de donner inceffamment des
Commiffions d'oyer & de Terminer,
pour leur faire leur procés felon les
Loix , & les faire punir en Fuftice.
Et afin de mieux executer l'intention
Dd iiij
320 X. P. des Affaires
Royale de leurs Majeftez , ils enjoignent
commandent par cette
Proclamation , à tous &à chacun des
Gouverneurs,Maires , Sherifs ,Juges
de Paix , Baillifs , Conneftables ,
fous - Conneftables & autres leurs
Officiers , Miniftres & Sujets de ce
Royaume , de quelque qualité & condition
qu'ils foient , de faire une
exacte perquifition & recherche avec
toute la diligence & le foin poffible,
afin de découvrir & apprehender
tous & un chacun des Délinquans ,
& de les envoyer inceffamment , ou
les faire mettre dans la plus prochaine
prifon de la Province , de la
Ville , ou du lieu où ils feront ar
reftez, pour y demeurer jufqu'à ce
que leur procés leurfoit fait , & n'en
Sortir que par la voye de la Fuftice ;
& que les noms des Perfonnes ainfi
du Temps .
321
arrestées & emprisonnées , foient inceffamment
envoyez à leurs Majeftez
ou à leur Confeil Privé , afin
qu'on ait foin de les faire auffi-toft
pourfuivre en Fustice. Donné en
noftre Cour à Hampioncourt , le 29.
Avril 1689. & de noftre Regne le
premier.
J'ay crû abfolument neceffaire
de mettre icy cette
Proclamation
, parce que toutes
les Nouvelles publiques
imprimées en Hollande font
remplies du contraire , &
qu'on y a toujours marqué
que des milliers de Matelots
fe prefentoient tous les jours
pour fervir le Prince d'Oran
322 X. P.des Affaires
ge ; ce qui ne peut eftre , puis
qu'on voit dans une piece
publiée à Londres , que les
peines ordonnées contre ceux
qui ne demeureroient pas
dans le fervice , alloient juf
ques à la mort.
Comme il n'y a point de
guerres qui ne foient doureufes
,mefme pour ceux dont
les forces femblent eftre fupericures
en nombre à celles.
de leurs Ennemis , le Prince
d'Orange s'eftoit fervy des
Creatures qu'il a dans le Par
lement , pour engager ces
deux Chambres à luy deman
du Temps.
323
der plufieurs fois de la declarer
à la France , mefme à l'en
preffer , & à luy prefenter des
Adreffes. Il évitoit par là
d'eftre garant de l'évenement ,
& quoy qu'il cuft tout concerté
pour cette guerre avant
qu'il cuft quitté la Hollande,
comme elle ne paroiffoit
point du tout venir de fon
mouvement , & qu'il avoit
dupé la Nation , en ſe faifant
preffer par ces deux
Chambres de faire ce qu'il
fouhaitoit avec ardeur , on ne
pouvoir l'accufer de l'avoir
entrepriſe , fi elle réuffiffoit
324 X. P. des Affaires
mal . Il n'agiſſoit que pour
luy en cette rencontre , &
voulant affoiblir la Nation
qu'il luy eftoit important de
dompter , ce qui n'eft pas
trop facile , il avoit par là de
feurs moyens de faire expofer
le plus ceux qu'il craignoit
davantage, & de chaffer honorablement
de leur patrie les
Troupes & les Officiers , dont
la fidelité luy eftoit fufpecte,
& qu'il croyoit attachez dans
le coeur à leur legitime Sou
verain , ou du moins en qui il
foupçonnoit
du panchant à
retourner
fous l'obeiffance
du
Temps. 325
qu'ils luy devoient . Cet éloignement
luy eftoit encore
utile , en ce qu'il luy donnoit
lieu , pour remplir leur place ,
de faire venir dans le Royaume
des Troupes étrangeres
,
en qui il prenoit plus de confiance
; & en troifiéme lieu ,
la Nation loin de fe plaindre
de le voir armé , luy en devoit
avoir obligation
, quoy
qu'il ne le fuft que pour la
tenir en bride , & pour ache.
ver de la mettre dans l'efclavage
. Outre tous ces avantages
qu'il tiroit contre les Anglois
, de la guerre qu'il de326
X. P. des Affaires
claroit à la France, elle luy
fervoir encore à remplir fes
cofres , & à fatisfaire fon ava
rice , & celle de fes Favoris,
puis que fous pretexte des
grandes fommes dont il a befoin
pour la foutenir contre un
auffi redoutable Ennemy que
le Roy de France , on fait de
tant de fortes d'impofitions,
qu'il en a beaucoup de reſte ;
auffi luy & fes Amis prennentils
foin de fe partager toujours
les premiers. On fçait qu'il
y a déja eu quelques plaintes
lâ deffus , & qu'eftant impoffible
que dans un grand corps
du Temps . 327
comme le Parlement d'Angleterre
, il ne fe trouve quelques
Membres qui ne foient
pas dévoüez au Prince d'Orange
, il y en a eu qui onr
propoſé plufieurs fois de faire
rendre compte
des fommes
qu'on a levées pour la guerre.
On voit par toutes ces chofes
combien cette guerre contre
la France , eft préjudiciable
aux Anglois . Elle fert à faire
facrifier leurs Troupes , en
les envoyant hors du Royaume
, à les épuifer d'argent par
des levées dont on n'a jamais
entendu parler en ce Royau328
X. P. des Affaires
me ; à ruiner leur commerce ,
la France ayant fait plus de
prifes qu'elle ; & enfin elle fe
livre elle- mefme par cette
guerre au Gouvernement arbitraire
, puis que c'eſt le but
du Prince d'Orange , & qu'il
ne fçauroit manquer de l'établir
ayant une Armée d'Etrangers
dans le coeur du
Royaume . Voicy fa Declaration
de guerre contre la
France .
GVILLAV ME R.
Comme il a plû à Dieu defe fervir
de
Nous
pour eftre les heureux
inftrumens de la délivrance de ces
du Temps. 329
Nations , des grands & éminens
dangers aufquels elles eftoient expo-
Sees ,& de nous placer fur le Trône
de ces Royaumes , Nous nous croyons
obligez de faire tout noftre poffible
pour procurer le bien de nos Peuples,
qui ne fçauroit jamais eftre affeuré ,
qu'en prevenant les malheurs dont
ils font menacez par les Ennemis
de dehors. Lors que nous confiderons
tous les injuftes moyens dont le Roy
des François s'eft fervy depuis quel
ques années pour fatisfaire à fon
ambition ; qu'il n'a pas feulement
envahy les Etats de l'Empereur &
de l'Empire à prefent en amitié avec
nous , défolant des Provinces entieres
& ruinant leurs Habitans par
fes Armées ; mais qu'il a declaré la
Guerre à nos Alliez Sans y eftre provoqué
, violant manifeftement par
*
E.e
230 X. P. des Affaires
la
g*
bà , les Traitez confirmez par
rantie de la Couronne d'Angleterre ;
Nous ne sçaurions moins faire que
de nous joindre à nos Alliez pour
nous oppofer aux deffeins du Roy
des François , que nous regardons
comme le Perturbateur
de la Paix &
Ennemy commun de la Chreftienté.
Mais outre les engagemens dans lef
quels nous fommes entrez , par les
Traitez faits avec nos Alliez , qui
justifientfuffisamment noftreprife des
armes en ce temps- cy , puis qu'ils
nous ont requis de le faire , les injuftices
qui nous ont eftéfaites &
a nos Sujets par le Roy des François
fans aucune reparation , font telles
& enfi grand nombre , que bien
depuis quelques années , on n'en
ait pris aucune connoiffance , pour
des raisons connues de tout le
que
du
Temps.
231
Monde, nous ne voulons pas pour
tant les laiſſer paffer ,fans faire pu
bliquement connoiftre le jufte reffentiment
que nous avons de ces outrages.
Il n'y a pas fort long- temps.
que les François prenoient des permiffions
du Gouverneur Anglois de
Terre-Neuve , pour pefcher dans les
Mers de cette Cofte , & qu'ils
payoient un tribut pour ces permif
fions , comme une reconnoiffance du
droit que la feule Couronne d'Angleterre
a fur cette Iſle; & neanmoins
les François ont depuis fi fort empieté
fur noftre dite Ifle , & fur le
commerce & la pefche de nos Sujets
que leurs actions ont eu plus l'appar
rence d'une invafion faite par des
Ennemis , que le procedé d' Amis , qui
ne jouiffoient de Ravantage de ce
negoce que par permiffion. Mais que
Ec ij
332 X. P. des Affaires
le Roy des François ait envahy nos
Ifles Charibes , & fe foit emparé par
force de nos Terres dans la Province
de la nouvelle Torc & de la Baye de
Hulfon , fe foit rendu Maistre de
nos Forts , qu'il ait bruflé les Mai
fons de nos Sujets , & enrichy fon
Peuple du pillage de leurs biens &
de leurs marchandifes , qu'il ait
retenu quelques-uns de nos Sujets
dans un dur & rigoureux emprifonnement
, en ait fait inhumainement
tuer d'autres , & expofer le
refte en Mer dans un petit Vaiffeau,,
fans nourriture & fans les autres
chofes neceffaires à la vie, cefont des
que
des Ennemis mefmes ne
voudroientpasfaire; &neanmoins il
étoit fi éloigné de fe declarer tel que
dans ce mefme temps-là , il faifoit
negocier icy en Angleterre par fes
actions
du
Temps.
3333
Miniftres,un Traité de Neutralité &
de bonne correfpondance en Amerique.
Le procede de ce Roy contre nos
Sujets en Europe , eft fi notoire , qu'il
n'eft point neceffaire de nous étendre
là - deffus. L'appuy qu'il donnoit aux
Armateurs François pour le faifir des
Navires des Anglois , la défenfe
qu'il a faite d'apporter dans fon
Royaume une grande partie des Manufactures
& des Denrées d'Angleterre
, & les droits exorbitans qu'il
a impofez fur les autres , nonobftant
Le grand avantage que luy , & la Nation
Françoife tirent de leur negoce
avec l'Angleterre , font des marques
évidentes du deffein qu'il avoit de
ruiner le Commerce , & par confequent
la navigation des Anglois ,
d'où dépendent extremement le bien
& la feureté de cette Nation . Le
334 X.P. des Affaires
droit du Pavillon attaché à lo Couronne
d'Angleterre a efté difputé par
fes ordres , ce qui viole la Souve--
raineté
que Nous avonsfur les Mers
Britanniques, que nos Prédeceffeurs
ent de tout temps maintenuë , & que
Nous avons auffi refolu de maintenir
pour l'honneur de noftre Couronne &
de la Nation Angloife . Mais ce qui
Nous touche plusfenfiblement , eft la
maniere fi indigne d'un Chrétien
dont il a perfecuté plufieurs de nos
Sujets Proteftans en France pour le
fait de la Religien contre le droit
des gens & les Traitez exprés , les
contraignant par des cruautez auffi
étranges qu'extraordinaires, à abjurer
leur Religion , en empriſonnant des
Maiftres & des Matelots de nos Vaif
feaux Marchansd, en faisant condam
nerd'autres aux Galeresfous pretex,
.
du Temps:
335
te qu'ily avoit dans leurs Navires
quelques-uns de fes miferables Sujets
Proteftanson de leurs effets ; &
enfin comme il a depuis quelques années
par des infinuations & des promeffes
defecours , tâché de renverfer
Le Gouvernement d'Angleterre , ainfi
auffi prefentement il fait toutfon pof
fible pourruiner entierement nos bons
& fidelles Sujets de noftre Royaume
dIrlande , par des voyes ouvertes &
violentes , & par l'invasion actuelle
de ce Royaume. Eftant donc obligez
de prendre les armes , & efperant
que Dieu favorifera nos juftes entreprifes
, nous avons trouvé à propos
de declarer & declarons par la prefente
la Guerre au Roy des François ,
& que nous la luy ferons vigoureu
fement par Mer & par Terre conjointement
avec nos Alliez , puis qu'il
336 X.P. des Affaires
ba
afi injustement commencée , eftant
affeurez que nos Sujets concoureront
de bon coeur avec nous , &
nous aideront de mefme à foûtenir
unefi bonne caufe , mandant & orla
prefente Declaration donnant par
au General de nos Armées , à nos
Commiffairespour executer la Charge
de Grand Amiral , aux Gouverneurs
de nos Provinces de nos Forts&
Garnisons , & à tous autres nos Offcers
& Soldats tant par Mer que par
Terre , de commettre & d'exercer tous
actes d'hoftilité en faisant la guerre
contre le Roy des François , fes Vaffaux
&fes Sujets , & de s'opposer à
leurs entreprifes , requerant tous nos
Sujets d'en prendre connoiffance , leur
défendant expreffément d'avoir ou
d'entretenir cy- aprés aucune corref
pondance ou communication avec le
Roy
1.
du Temps. 337
Roy des François ou Jes Sujets . Et
comme il y a dans nos Royaumes plufieurs
Sujets du Roy des Erançois
nous declarons & donnons noftre pa
role Royale, que tous ceux de la Ñation
Francoife qui se comporteront
comme ils doivent envers nous ,
qui n'auront aucune correspondance
avec nos Ennemis , feront en feureté
pour leurs perfonnes & pour leurs
biens, & exempts de toute moleftation
& de tout trouble , de quelque
forte que ce foit. Donné en noftre
Cour à Hamptoncourt , le feptiéme
jour du mois de May 1689. & de
noftre Regne le premier.
Il y a tant de chofes à dire
contre cette Declaration
, que
je manquerois
fans doute à ce
que vous attendez de moy ,
Ff
338 X. P. des Affaires
fi je n'y répondois pas . Je
ne dis rien du faftueux preambule.
Le Prince d'Orange
peut fe donner toutes les
louanges & tous les avantages
que fon ambition luy fait
fouhaiter ; comme cela ne regarde
point la France , & que
perfonne n'ignore que c'eft
un Ufurpateur qui parles &
qui voudroit éblouir par de
brillantes couleurs && par des
raifons forcées , je paffe pardeffus
ces fortes d'Articles ,
parce qu'il faudroit avoir l'efprit
bien groffier , & eftre
bien ignorant des affaires du
du Temps . 339
monde pour s'y laiffer furprendre.
11 dit dans le fecond Article
que depuis quelques années
le Roy s'eft fervi de moyens in
justes pour fatisfaire fon ambition
, & fe contente de ces
paroles fans nous faire voir
quels font ces moyens injuftes.
Cela eft bien - toft dit ,
& il ne faut
120
que
nier
,
pour
répondre
à cet
endroit
de
mefme
qu'il
eft prouvé
. On fçait
que
l'envie
fe déchaîne
.
ordinairement
contre
un
Prince
conquerant
, mais
il cft
avantageux
d'en
effuyer
Ffj ij
340 X. P.des Affaires
tous les les traits quand
on n'y
eft expofé que parce qu'on
eſt le plus heureux
& le plus
grand Homme
de fon ficcle .
Jay répondu
plufieurs
fois à
ce qui eft dit dans cet Article
, & je fuis entré là - deffus
dans des détails hiftoriques
&
dans des preuves inconteftables
, de forte que je me trouve
embaraffé
car fi je
replique
à ces pretendus
moyens injuftes qu'on veut
que le Roy ait employez
,
on m'accufera
de n'eftre pas
affez ſcrupuleux
fur les repetitions
, & fije ne répons
>
du Temps
341
?
je me con
rien , il femblera que je cher
che des faux - fuyans pour
m'en difpenfer . Cependant
me contenteray de ren
voyer aux raifons que j'ay
déja données fur les mefmes
plaintes , & d'y ajoûter feulement
ce que jay dit ailleurs,
qui eft, que fi le Royna
uoit efté plus Catholique que la
Maifon d'Auftriche , il en auroit
ufe comme elle fait aujourd'huy,
& fe feroit rendu maiftre
de la plus grande partie
Allemagne aux dépens de la
Religion , de mefme qu'aux dépens
de cette mefme Religion,
de
342 X. P. des Affaires
la Maifon d'Auftriche a tache
d'envahir la France aprés avoir
confenty pour en venir plus facilement
à bout
9110
ue la Reli-
,
que
gion Catholique fut abolie en
Angleterre. Le Prince d'Orange
pourfuit la Declaration de
guerre en ces termes . Le Roy
de France n'a pas Teulement envahi
les Etats de l'Empereur
de l'Empire à prefent en amitié
avec Nous defolant des
Provinces entieres , ruinant
2
leurs Habitans par fes Armées ;
mais il a declaré la guerre à fes
Alliez fans y eftre provoqué
violant manifeftement par-làles
du Temps.
343
Traitez confirmez par
la
дам
rantie de la Couronne d'Angle
terre. S'il ne s'agiffoit que
d'un Ecrit de Hollande , je
ne répondrois pas à ces plaintes
dont j'ay fi fouvent faiz
voir l'injuftice , mais dûffayje
tomber dans des repetitions
, je ne fçaurois m'empê
cher de repliquer du moins
quelque chofe à tous les Articles
d'une Declaration de
guerre, qui eft une piece hif
torique, où l'on ne doit faire
entrer que des faits conftans
,
puis qu'autrement
la Decla
ration de guerre
eft injufte ,
Ff iiij
344 X. P. des Affaires
& le fang qu'elle fait verfer
injuſtement répandu , ce qui
en rend coupables & refpon
fables tout enfemble ceux qui
prennent de méchans pretextes
pour ces Declarations .
Celle qu'a faite le Prince
d'Orange roule fur ce qu'il
prétend que le Roy n'a point
efté provoqué à en ufer de
la maniere qu'il a fait en
Allemagne , de forte que fi
ce Monarque ya cfté provoqué,
il faut que l'on demeure
d'accord qu'il n'a rien fait
que de jufte . Le Roy ne penfoit
point du tout à la guerre
du Temps. 345
où il fe trouve prefentement
engagé ; c'eft un fait conſtant
& reconnu dans une infinité
d'Ecrits faits contre luy
uy par
1
fes Ennemis mefmes . Pendant
qu'il ne fongeoit qu'à la paix.
& à faire fleurir la Religion
Catholique dans tout fon
Royaume , le Prince d'Orange
mettoit fon application
toute entiere à envahir l'Angleterre
, & eftoit , pour ainfi
dire , à l'afuft afin de fe faifir
des premiers pretextes qui
s'offriroient de brouiller l'Europe
, ce qu'il pretendoit devoir
empêcher laFrance de dé
346 X.P. des Affaires
couvrir fes deffeins . L'affaire
de l'Electorat de Cologne eft
arrivée, & il s'en eft fervi fort
adroitement , en propoſant à
la Maiſon d'Auftriche d'agir
de concert avec elle contre
le Roy; l'Empereur a d'autant
plus volontiers accepté
le party , qu'il eftoit perfuadé
que les Sujets de Sa Majefté ,
qu'il croyoit n'eftre pas dans
le coeur bien réunis à l'Eglife
Romaine , donneroient de la
befogne à ce Prince . Dans
cette penſée on a fait des Ligues
& des projets d'envahir
la France. On devoit débardu
Temps . 347
entrer
quer en deux ou trois endroits
fur les Coftes , &
jufques au coeur de l'Etat , où
Fes Allemans
fe devoient
rendre
de leur cofté. Enfin la
France eftoit déja en proye à
ces nombreux
Ennemis, felon
ce qu'ils s'en étoient imaginé
& le fuccés de leurs grands
deffeins leur paroiffoit infaillible.
Voilà
ce qui a provo
qué le Roy ; on l'auroit eſté à
moins , & le Prince d'Orange
a tort de dire que Sa Majefté
n'avoit aucun fujet de faire
une Declaration
de guerre
.
Cependant
ce Monarque
, au
348 X. P. des Affaires
M
lieu de violer les Traitez , en
a ufé avec une generofité
dont on ne fçauroit difconvenir
, & voyant que ceux
qui le menaçoient , & qui
devoroient déja la France en
idée , ne feroient pas fi-toft
prefts d'entrer en action , par
un effet de fon bon gouver
nement , qui met toujours fes
affaires dans une heureufe fituation,
il s'eſt trouvé plûtoſt
armé que ceux qui fe preparoient
à engloutir fes Etars .
Quoy qu'il les ait prevenus, il
leur a encore offert la paix à
des conditionstres avantageudu
Temps. 349
fes , dont voicy les termes. Et
comme Sa Majesté n'a pas entrepris
le Siege de Philifbourg
pour s'ouvrir des moyens d'attaquer
l'Empire , mais feulement
pour fermer l'entrée de fes
Etats à ceux qui voudroient
exciter de nouveaux troubles ,'
Elle offre pour faciliter davantage
le Traité de Paix , de faire
démolir les fortifications de ladite
Ville de Philifbourg , lors
qu'Elle l'aura reduite à fon
obeiffance , & de la faire rendre
à l'Evefque de Spire , pour.
jouir de la mefme maniere que
fes Predeceffeurs ont fait avant
en
350 X. P. des Affaires
la Place fuft fortifiées fans
en pouvoir rétablir les fortifi
que
cations.
On lit enſuite . Sa Majesté
veut bien encore ajoûter à fes
offres une preuve tres confiderable.
& plus convaincante du
defir qu'Elle a de rétablir une
bonne correspondance avec l'Empereur
, l'Empire , de la
rendre d'une longue durée ; &
quoy que les dépenfes extraordinaires
qu'Elle a faites pour
rendre la Place de Fribourg imprenable
, comme elle eft à prefent
, la doivent obliger à ne la
détacher jamais de fa Couronne ,
du
Temps.
351
neanmoins pour procurer une
longue paix à toute la Chreftienté
, & pour faire voir qu'
Elle n'a pensé qu'à fermer Son
Royaume , & non pas à fe cou-
Server des moyens de s'agrandir ,
Elle veut bien auffi demanteler
les fortifications de cette importante
Place & la rendre à
Empereur, avec fes dépendances
, à condition qu'elle ne pourra
jamais eftre fortifiée. Voilà un
fait qui ne peut eftre nié, puis
que ces offres du Roy ont
efté imprimées, renduës publiques
, & envoyées dans
toutes les Cours . On ne de-
S
352 X. P. des Affaires
vroit jamais avancer aucune
chofe qui ne fuft ainfi foûtenue
par des faits conftans ;
celuy que je viens de raporter
ne pouvant eftre mis en
doute , auroit deu il y a longtemps
fermer la bouche aux
Ennemis de Sa Majefté , &
arrefter la plume des Ecrivains
de Hollande , puis que
tout ce que les uns ont dit ,
& ce que tous les autres
ont écrit , eft entierement
détruit par les offres faités
avant le Siege de Philisbourg.
Si les Ennemis ſe
plaignent de la priſe du
>
du Temps.
353
Palatinat , & des dégats qu'y
ont caufeles Troupes du Roy,
ils ne fe doivent plaindre
que d'eux-mefmes , puis que
ce Prince les a avertis , & qu'il
a bien voulu acheter la Paix
aux dépens de deux Places
imprenables. Je dis acheter ;
loin qu'il y ait de
de la honte ,
rien ne luy pouvoit donner
plus de gloire. S'il a ſouhaité
la Paix , c'eftoit pour en faire
un nouveau prefent à l'Europe
& pour empefcher
qu'on ne répandist encore
du fang. On en fera convaincu
, fi l'on confidere que lors
Gg
354 X.P.des Affaires
qu'il a fait ces offres , il
ne craignoit pas les Ennemis.
Il eftoit armé ; ils ne
l'eftoient pas encore , & il
ne pouvoit mefme douter
qu'il n'emportaft Philisbourg
avant qu'aucun d'eux fuft en
eftat d'entrer en Campagne
.
Cependant il n'a pas laiffé
de vouloir bien acheter la
Paix au prix de deux Places
imprenables , comme je viens
de le dire , pour la donner
non feulement
à l'Europe',
mais encore à la vraye Reli
gion , qui eftoit ſur le point
de fouffrir les cruches perfe
du
Temps. 355
cutions que l'on a veu arriver
depuis . Le Prince d'O
range au defefpoir de cette
generofité du Roy , qui luy
auroit fait manquer fon coup,
puis que fi la France n'euft
eu que luy à combattre , il
n'auroit pas feulement ofé
regarder l'Angleterre , s'employa
auprés de la Maiſon
d'Auftriche , pour l'empef
cher d'accepter les offres de
ce Monarque , & redoubla
les affeurances qu'il avoit
déja données de penetrer
jufques au coeur du Royaume
par les defcentes qu'il y
"
Ggij
356 X. P. des Affaires
feroit. La Maiſon d'Auftri
che plus animée que Catho
lique en cette rencontre , abandonna
le bien qu'elle
faifoit à la Religion en Hongrie
, pour luy faire la guerre
en France , & en Angleterre,
& elle aima mieux que le fer
& le feu defolaffent toute
l'Europe , que de laiffer au
Roy la gloire d'y maintenir
la Paix ; de forte que Sa Ma
jeſté jugeant par le refus des
grandes offres qu'Elle avoit
faites, & parles menaces qu'on
luy faifoit du grand nombre
d'Ennemis qu'Elle devoir
du Temps . 357
avoir à combattre , crut que
pour parer le coup , il luy étoit
important de prendre de plus
grandes precautions qu'on ne
fait dans une guerre ordinaire,
& qu'il luy devoit eftre permis
de fe défendre par toutes
fortes de moyens , de mefme
qu'il le feroit à un homme
qui auroit des Ennemis affez
lâches pour fe mettre dix
contre luy feul , car à propor
tion les Ennemis de la France
fe vantoient de devoir
eftre en auffi grand nombre
contre le Roy , fans compter
fes propres Sujets qu'ils pre-

358 X. P. des Affaires
sendoient joindre par plu
feurs endroits jufqu'au coeur
de fon Royaume , & à qui ils
devoient porter des armes
pour leur fervir en fe foulevant
. Ce Prince fe trouvant
donc obligé de défendre fes
fidelles Sujets , fe faifit du
Palatinat , & en ufa dans les
Etats qu'il prit, de la maniere
qu'il fçavoit qu'on en de
voit ufer dans les fiens. Cès
manieres ne luy eftoient
ordinaires, quoy que la guerre
les permette , & qu'il n'euft
pas voulu s'en fervir en 1672.
malgré la certitude où il
pas
du
Temps.
35.9
pouvoit eftre de conquerir la
Hollande , qui feroit à luy
prefentement , s'il eut voula
la traiter comme il a fait le
Palatinat ; mais ce Monarque
à qui la bonté eft naturelle ,
a fceu faire une grande difference
d'une guerre où il ne
devoit rien apprehender , &
d'une guerre où il eftoit obligé
de défendre fa gloire , fes
Sujets, & la Religion. Joignez
à cela qu'ayant offert la paix
à fes Ennemis , & deux Pla
ces imprenables , il n'avoit
rien à fe reprocher, puis qu'il
n'attaquoit que pour fe dé360
X. P. des Affaires
fendre , & en prenant la caufe
de fon Peuple , & celle de
Dieu . On peut juger aprés
cela fi le Prince d'Orange a
eu raifon de dire dans le fecond
Article de fa Declaration
de guerre , que le Roy a
violé les Traitez. Il eſt vray
que fes Ennemis ne pouvant
fe confoler de voir que leurs
deffeins eftoient découverts ,
& que ce Monarque les cuft
prévenus en fe mettant en
campagne plûtoft qu'eux , ont
pû dire qu'il les violoit
puis qu'il n'attendoit pas
qu'ils fiffent marcher leurs
Troupes;
*
ر د
du Temps. 361
Troupes; mais c'eft leur faute,
aprés avoir commencé les
premiers à fe preparer , ils ne
devoient pas eftre les derniers
prefts. On voit par là que le
Roy n'a point violé les Trai
tez , & qu'il n'a point envahy
d'Erats comme le Prince d'Orange
qui l'en accuſe , a luymefme
fait. Leur procedé
eft
bien different . Le Prince d'Orange
a nié qu'il allaſt en Angleterre
, & le Roy a fait imprimer
& publier qu'il envoyoit
fes Troupes dans le
Palatinat, & offert deux Places
pour n'eftre pas obligé
Hh
362 X. P. des Affaires
de les y faire entrer. Ainfi
tout ce que ce Prince reproche
au Roy là- deffus dans fa
Declaration eftant injurieux
& faux , il eft coupableluy feul
du fang que fa Declaration
de guerre fera répandre , puis
que cette guerre n'a aucune
caufe legitime, & que le Roy,
comme on voit par des faits
conftans , & par des offres
imprimées , publiées , &
envoyées dans toutes les
Cours , a fait tout le contraire
de ce qu'il cherche à luy imputer.
Le troifiéme Article de
"
du Temps . 363
cette mefme Declaration contient
ces paroles. Mais outre
les engagemens dans lesquels nous
fommes entrez par les Traitez
faits avec nosAlliez, qui juftifient
fuffifamment noftre prife d'armes
en ce temps- cy,puis qu'ils nous ont
requis de le faire , les injuftices
qui nous ont efté faites , & à
nos Sujets, par le Roy des François
, fans aucune reparation ,font
telles , en fi grand nombre ,
que bien que depuis quelques
années on n'en ait pris aucune
connoiffance , pour des raifons
connues de tout le monde , nous
né voulonspas pourtant les laif-
Hh ij
364 X. P. des Affaires
fer paffer fans faire publiquement
connoiftre le jufte reffenti
ment que nous avons de ces ou
trages.
fans
Je ne fçay comment le
Prince d'Orange a ofé donner
au Public la premiere
partie de cet article
apprehender de choquer la
Maifon d'Auftriche , fi ce
n'eft qu'ayant levé le mafque,
elle fe met prefentement peu
en peine que fes injuſtices
foient publiées & qu'on
voye qu'elle foûtient mal
le furnom de Catholique,
puis qu'elle abandonne la
du
Temps. 365
Religion , & qu'elle excite
fes Tirans à ufurper les Etats,
ce qui doit eftre vray , s'il eft
conftant , comme le Prince
d'Orange l'avance , qu'elle
l'ait requis de faire ce que
nous voyons aujourd'huy, par
où il pretend , dit- il , eftrefuf
fifamment juſtifié d'avoir pris
Les armes en ce temps - cy. Ainfi
on n'a point befoin de raifonnemens
pour faire connoiftre
que la Maifon d'Auftriche ayoit
des Traitez avec le Prince
d'Orange , & que par
confequent elle eft caule de
fon invafion en Angleterre ,
Hh iij
366 X. P. des Affaires
& comme cette invafion
coûte beaucoup à la Religion
Catholique , il eft aisé de voir
que la Maifon d'Auftriche eft
caufe de ce que cette meſme
Religion a fouffert , ſouffre
& fouffrira en Angleterre ,
& qu'elle auroit bien voulu
auffi qu'elle euft eu du defavantage
en France. Mais fi
ce que ce Prince expofe de
fes Traitez avec la Maifon
d'Auftriche pour eſtre juſtifié
d'avoir pris les armes en
ce temps cy , peut éftre caufe
qu'il a déclaré la guerre à la
France , il ne s'enfuit pas que
du Temps. 367
ceMonarque ait merité qu'on
la luy déclaraft. Ce font deux
chofes differentes , & le Prince
d'Orange a mal conclu à l'égard
de ce qu'il a expofe
dans la premiere partie de
cet article . La feconde fair
feulement voir qu'il a quel
ques plaintes à faire , & je
vais examiner l'article fuivant
, puis qu'il les renferme.
Il n'y a pas long- temps que les
François prenoient des permiffions
des Gouverneurs Anglois
deTerre-neuve pour pefcher dans
les Mers de cette Cofte , &
qu'ils payoient un tribut pour
Hh iiij
368 X. P. des Affaires
·cette permiffion's comme une reconnoiffance
du droit que la
feule Couronne d'Angleterre a
furcette Ifle , & neanmoins its
ant depuis-pen fi fort empieté
fur noftre-dite Ifle , & fur le
commerce de la pefche de nos
Sujets que leurs actions ont ex
plus l'apparence d'une invaſion
faite par des Ennemis , qu'elles
n'ont efté unprocedé d'amis , qui
ne jouiffent de l'avantage de ce
negoce que par permiffion .
On voit bien que le Prince
d'Orange
n'a pas de grandes
plaintes à faire , puis qu'il
s'amufe à des bagatelles qui
du Temps. 369
ectte
fontignorées du Public,& qui
ne peuvent tout au plus eftre
connues que de quelques
gens d'un tres- bas employ,
Le commencement de cette
Declaration en faifoit attendre
pour les fuites , ce qu'on
attendoit de groffe
Montagne qui devoit enfanter.
On croyoit devoir lire
de grands faits , & qui répondiffent
à la reputation de
deux grandes Nations , & on
ne voit refulter pour fujets
de plainte que des differens
de miferables pêcheurs , qui
u'aboutiroient peut- cftre à
370 X. P. des Affaires
rien , fi on fe donnoit la
peine d'en examiner le fond ;
mais la chofe eft de fi peu
de confequence qu'on n'en a
point entendu parler du tour.
Cependant cette pefche a de
l'air d'une invafion , à ce que
dit le Prince d'Orange , &
felon luy un attentat fur des
moruës de Terre- neuve en
eft une , & l'ufurpation d'un
Royaume eft une action qui
merite des loüanges.
Il y a un autre Article conceu
en ces termes . Mais que le
Roy des François ait envahi nos
Iles Charibes & fe foit emparé
du Temps . 371
par force de nos terres dans la
Province de la Nouvelle Torck
de la Baye de Hudſon , ſe
foit rendu maiftre de nos Forts ,
qu'il ait brûlé les maifons de nos
Sujets , er enricby fon Peuple
du pillage de leurs biens
marchandifes , & qu'il ait retenu
quelques - uns de nos Sujets
dans un dur & rigoureux empri
fonnement , en ait fait inhumainement
tuer d'autres , & expofer
le reste en Mer dans un petit
Vaiffeau fans nourriture &
fans les autres chofes neceffaires
la vie , ce font des actions
que
des Ennemis mefmes ne vou372
X. P. des Affaires
droient pas faire , & neanmoins
il estoit fi éloigné de fe declarer
tel , dans le mefme temps , il
que
faifoit negociericy en Angleter
re parfes Miniftres un Traité de
Neutralité , & de bonne corref
pondance en Amerique. Quoy
que cet Article femble un peu
plus fort à caufe de la pein
ture qu'on y fait de quelques
malheureux , il eft neanmoins
prefque de la nature du précedent.
Les deux Rois n'ont
point voulu prendre part à
ce qui s'eft paffé en ces quartiers
-là entre leurs Sujets , &
ces démeflez n'eftant que de
'du Temps: 373
particuliers , ils ont nommé
des gens pour les regler fur
les lieux , & font convenus
de faire examiner icy l'affaire,
en cas qu'elle ne ſe puſt accommoder
. Si ce démeflé
avoit efté une affaire d'Etat
il auroit fait plus de bruit.
Le Prince d'Orange le cite,
parce qu'on a peu de nouvelles
de fi loin , & qu'on s'en
met peu en peine , & croit
éblouir en peignant avec de
noires couleurs des chofes qui
dans le fond ne font que des
bagatelles ; mais il faut expofer
des ſujets de plaintes dans
374 X. P. des Affaires
une Declaration de guerre , &
il cherche tout ce qui peut
furprendre & aigrir le Peuple,
& dont il eft difficile de
prouver la fauffeté , du moins
fur le champ ; à caufe de l'éloignement
des lieux . Il avoue
luy- mefme que le Roy
de France eftoit bien éloigné
de fe declarer Ennemy ; donc
il ne croyoit pas avoir rien
fait qui dût engager aucun
Prince à eftre le fien . L'Article
que vous allez lire doit
encore moins fervir de fujet
pour une Declaration de guerrc.
Le procedé de ce Roy cont
du
Temps.
375
h
tre nos Sujets en Europe eft fr
notoire , qu'il n'est point necef
faire de nous défendre là- deſſus.
L'appuy qu'il donnoit aux Armateurs
François pour fe faifir
des Navires des Anglois ; la
défenfe qu'il a faite d'apporter
dans fon Royaume une grande
partie de nos Manufactures &
des Denrées d'Angleterre &
les droits exorbitans qu'il a impofez
fur les autres , nonobstant
le grand avantage que luy &
la Nation Françoife tirent de
leur negoce avec l'Angleterre ,
font des marques évidentes du
deffein qu'il avoit de ruiner le
376 X. P. des Affaires
commerce, & par confequent la
navigation des Anglois d'où dépendent
extremement le bien
La feureté de cette Nation.
Il feroit difficile de fçavoir
ce que le Prince d'Orange
entend par l'appuy qu'il
dit que le Roy donne aux Armateurs
François pour fe faifer
des Navires d'Angleterre. Ce
terme d'appuy n'explique rien
nettement , & ne paroiſt employé
que pour faire entendre
une chofe fauffe qu'on
n'oferoit dire en termes formels
, de peur d'en avoir le
démenty. Enfin quand il fe
du Temps.
377
roit arrivé que des Armateurs
François auroient pris
quelques Vaiffeaux Anglois ,
qui peut-eftre avoient changé
de Pavillon , ou qu'on ne
croyoit pas d'abord Anglois,
cela ne fuffit pas pour en faire
le fujet d'une groffe guerre
, & les Rois mefme n'entrent
pas toujours dans des
démeflez de Barques & de
petits Vaiffeaux , & laiſſentà
leurs Confeils de Marine à
juger ce qui eft de bonne
prife ou non , & l'on en prend
quelquefois que l'on reftitue
enfuite, Quant aux plaintes
Li
378 X. P. des Affaires
des défenfes que le Roy a
faites d'aporter en fon Royaume
des Manufactures
d'Angleterre
, & des droits qu'il a
impofez fur d'autres , il n'y
a rien de fi libre , & ces for
tes de défenſes , quoy que
pratiquées de tout temps ,
n'ont point encore obligé les
Kois à prendre les armes . Si
Sa Majefté a des Sujets qui ne
foient point occupez , & qui
puiffent fabriquer dans fon
Royaume ce que nous tirons
des autres Etats , Elle a raifon
de s'en fervir , & fes Voifins
ne s'en peuvent plainde , &
du Temps.. 379
ne s'en font jamais plaints.
Auffi ont ils le droit de reprefailles
pour ce qui fe debite
chez eux , & cela s'eft
toûjours fait de cette forte ,
fans que les Souverains foient
entrez en guerre pour un fi
foible fujet. Il y a plus encore
; nous voyons fouvent
que les Souverains défendent
certaines chofes dans leurs
propres Etats , pour y faire
moderer le luxe lors qu'il
commence à paroiſtre avec
excés. Ainfi les Etrangers ne
leur doivent point fçavoir
mauvais gré de ce qu'ils font
*
Ii ij
380 X. P. des Affaires
contre eux , lors qu'ils font la
mefme chofe contre leurs Sujets
felon qu'ils le jugent à
propos. Ce que le Prince
d'Orange ajoûte que la France
tire de l'avantage du commerce
d'Angleterre , mais qu'elle dé
fend fes Manufactures pour le
ruiner , eft trop puerile pour
y répondre . Si la France en
tire tant d'utilité & qu'ella
s'en prive, le Prince d'Orango
doit cftre bien aife de voir
que fon Ennemy ſe faffe un
tort fi notable pour le cha
griner ; mais fi l'avantage de
In France cft auffi confide
du Temps. I 381
*
rable dans ce commerce que
le veut perfuader ce Prince ,
il eft impoffible qu'il foir
auffi grand du cofté de l'An
gleterre , & que les deux
Royaumes faffent un profit
égal . Ils peuvent tous deux
gagner , parce que c'eft l'effet
du commerce ; mais enfin
l'un doit gagner plus que
l'autre . Je veux cependant
le gain & la perte fe
partagent de chaque coſté ;
de
quoy fe peut plaindre le
Prince d'Orange fi la France
fouffre également ? Il ne parle
pas jufte , lors qu'il veut faire
que *
382 X. P. des Affaires
entendre , que la France a la
malice de vouloir perdre pour
faire perdre fon Ennemy , puis
que c'eft vouloir juger de
l'intention , ce que perfonne
ne doit faire , tant il eft facile
de fe tromper
là deffus. Il
finit cet article en difant ,
que le bien & lafeureté de l' Angleterre
dépendent
de fon commerce
, & de fa Navigation
.
S'il le croit comme
il l'affure ,
il est bien coupable
envers la
Nation , de l'avoir engagée
à le preffer de déclarer
une
dont l'Angleterre
guerre ,
fera accablée , puis que fon
du Temps.
383
Commerce
ne fleurira pas
pendant qu'elle durera , ce
qui peut caufer fa ruine , felon
qu'il cherche à le faire
entendre par fa Declaration
.
Voicy un article auffi forcé
que le precedent . Le droit
de Pavillon attaché à la Couronne
d'Angleterre a efté difputé
par fes ordres ce qui viole la
Souveraineté que nous avons
fur les Mers Britanniques , que
nos Predeceffeurs ont de tout
temps maintenuë , & que nous
avons auffi refolu de maintenir,
pour l'honneur de noftre Cou384
X. P. des Affaires
ronne & de la Nation An
gloife
L'Angleterre n'a point de
Contrats > par lefquels la
France luy ait cedé la Souveraineté
que le Prince d'O
range pretend . Elle luy au
roit donné ce qui n'appartient
à perfonne , & dont le
plus fort joüit toûjours , tant
qu'il demeure le plus puiffamment
armé fur Mer.
L'Angleterre qui de tout
temps , hors fous le Regne
du Roy , a eu plus de forces
maritimes que la France a
cru avoir droit de Souveraineté
du Temps.a 385
raineté fur ce que perfonne
ne luy difputoit . Il n'y avoit
prefque point de Vaiſſeaux
en France avant le Miniſtere
du Cardinal de Richelieu , &
lå Marine s'eftantaccrue peu
2 peu depuis ce temps - là , la
France eft devenuë fi puiffante
fur Mer , qu'elle l'emporte
aujourd'huy fur l'Angleterre
, & fur la Hollande
enfemble , quoy que les principales
forces de ces deux
Nations confiftent en celles
de Mer . Ainfi il n'y a pas
d'apparence que la France
ccdaft à l'une des deux , ce
SILAHA
Kk
386 X. P. des Affaires
qu'elle difpute à toutes les
deux unies. J'avoue qu'il eft
arrivé en de certains temps
que la France & l'Angleterre
eftant en paix leurs Vaiffeaux
ont évité de fe rencon
trer , pour n'avoir point lieu
de difputer un honneur que
l'un & l'autre n'auroient cedé
que par un Combat . Jugez
par toutes ces chofes fi le
Prince d'Orange a fujet de
déclarer la guerre au Roy
fur cet article , & fi le plus
grand Monarque du monde ,
( ce n'eft pointicy uneloüan
ge , e'eft un fait qui prouvo
du Temps.
387
les
ce que j'avance ) un Monarque
qui a le pas fur tous
autres , & à qui l'Eſpagne a
fait dire par fon Ambaffadeur
en prefence de tous
les Ambaladeurs
de l'Europe
que les fiens ne le difputeroient
jamais à ceux de
France , doit ceder quelques
honneurs à un Ufurpateur
mal affermy & qui peut
chaque moment tomber d'un
Trône qui n'a pas fon poids
en le portant , pendant que
toute l'Europe liguée contre
Sa Majefté , ne peut ébranler
fa puiflance , & que felon ce
à
Kk ij
388 X. P. des Affaires
qui nous paroift , fes Ennemts
ont plus à craindre qu'à
efperen sind nebengibre
Enfin me voicy au dernier
article de la longue Decla
ration de Guerre du Prince
d'Orange , qui n'eſt longue
que parce que n'ayant rien à
dire , il a ramaffe beaucoup
de chofes de peur de confequences
afin qu'eſtant miſes
en un Corps , celles puffent
éblouir les Peuples par leur
nombre firelles n'avoient *
point affez de folidité pour
les convaincre. Il eſt conceu

en ces termes. I nsać całownią
29 du Temps. X 389
Mais ce qui nous touche plus
fenfiblement eft la maniere f
indigne d'un Chreftien, dont il a
perfecuté plufieurs de nos Sujets
Proteftans en France , pour le fait
de la Religions contre le droit des
gens & les Traitez exprés les
contraignant par des cruautez
auffi étranges qu'extraordinaires,
à abjurer leur Religion , en emprifonnant
des Maitres & des
Matelots de nosVaiffeaux Marchands
, en faifant condamner
d'autres aux Galeres fous pretexte
qu'il y avoit dans leurs
Navires quelques- uns defes miferables
Sujets Proteftans on de
Kk iij
390 X. P. des Affaires
par
des
leurs effets , & enfin comme il a
depuis quelques années
infinuations & des promeſſes de
fecours tafché de renverser le
Gouvernement d'Angleterre, ain
fi auffiprefentement il fait tout
fon poffible pour ruiner entierement
nos bons & fidelles Sujets
de noftre Royaume d'Irlande, par
des voyes ouvertes violentes,
par l'invafion actuelle de ce
>
Royaume.
Il eft aifé de répondre au
premier point de cet Article
, & en difant que ce qu'il
expofe eft abfolument faux ,
il n'y a perfonne qui n'en
du Temps .
391
convienne d'abord , parce que
c'eſt un fait public, & que toute
la Terre fçait que les Etrangers
n'ont point efté compris
dans ce qui s'eft fait en France
à l'égard des Pretendus
Reformez.Quant
à ce qui fuit.
dans le meſme Article , que le
Roy a depuis quelques années
par des infinuations & des promeffes
de fecours tâché de renverfer
le Gouvernement
d'Angleterre
, il y a beaucoup de
chofes à répondre. Le mot
d'infinuations ne prouve rien ,
& le Prince d'Orange n'a pas
fujet de declarer une guerre
Kk iiij
302 X. P. des Affaires
là deffus puis que quand ce
feroit à luy mefme qu'on au
roit infinué une chofes celuy
qui la luy sautoir infinuéc
pouroit encore la nier , s'il ne
luy en avoit point parlé po
fitivement. Hone s'agit done
que de prefomptions , & les
prefomptions font des preu -
ves bien legeres pour entreprendre
une guerre , qui nes
peut fe faire fans verfer beaus
coup de fang . Mais je luy
veux paffer cet Article qui les
choque , parce qu'il eft control
luy & en faveur de la Nation
Si le Roy avoit offerto cenfess
dis Temps I 393
'cours, & qu'on euft bien voulu
l'accepter , BAngleterre feroit
à prefent tranquilleycha
cun y profefferoit faReligion,
ce Royaume ne feroit point
accablés d'impofts , on n'au
roic point vû couler des tor
rens de fangen Ecoffe & en
Irlande, fans ce qu'il en couftera
encore aux trois Royaumesitant
que le Prince d'O
range fera fur le Trône , pur
que le regnè d'un Ulurpateur
ne fçauroit jamais eftre par
fible. En effet les chofes pren
nent un train qui doit faire
croire que l'ambition de ce
394 X.P. des Affaires
Prince fera couler plus du
tiers du fang de la Nation ,
ce qui prouve qu'il n'a pas
dit vray dans fes Manifeftes,
Jors qu'il a fuppofé qu'il avoit
efté appellé par toute la Nation
, puis que fi cela eftoit , il
n'y auroit aucun trouble dans
l'Angleterre , ceux qu'on y
voit arriver de jour en jour
n'eftant caufez que parce que
les fidelles Sujets de Sa Majefte
Britannique s'opposent
à fon Ufurpation. Je ne répons
rien à la derniere partie
de cet Article qui regarde
L'invafion que le Prince d'Odu
Temps.
395
range pretend
que le Roy
ait faite en Irlande , parce que
j'y ay déja répondu
dans un
autre Article de cette même
Declaration
.
Il ne me refte plus qu'à
vous faire voir la Declaration
de guerre que le Roy de
France a faite à cet Ufurpa
teur. Elle a pour Titre ,
396 X. P. des Affaires
ORDONNANCE
Du Roy , portant Decla
ration de Guerre ccoonntro
l'Ufurpateur des Royaumes
d'Angleterre & d'Ecoſſe ,
& contre fest Fauteurs &
Adherans , ebay
SA. Majeftéauroit declaré la guerà
l'Ufurpateur d'Angletere
dés que fon entreprife a éclaté, fi Elle
n'avoit apprebendé de confondre avec
Les adherans dudit Vfurpateur , tes
Sujets fideles de Sa Majesté Britanni
que , & qu'Elle n'eust toujours efper
ré que les honneftes gens de la Nas
tion Angloife ayant horreur de ca
que les Fauteurs du Prince d'Orange
leur ont fair faire contre leur Roy be
½ da Temps . I. 397
&
gitime , pourroient rentrer dans leur
devoir & travailler à chaffer ledit
Prince d'Orange d'Angleterre &
Ecoffe. Sa Majesté ayant esté informec
que ledit Prince d'Orange luy a
declare lala guerre
parJon Ordonnance
du du mois de May dernier , Sa
Majeften ordonné & ordonne à vous
fes Sujets , Vaffaux & Serviteurs ,
de courre fus aux Anglois & Ecoffois,
Fauteurs de l'Ufurpateur des Royau
mes d'Angleterre & d'Ecoffe , & lur
a défendu & défend d'avoir cy aprés
avec ṣeux, aucune communication
commerce , ny intelligence , à peine
de la vie, Et à cette fin , Sa Majesté
a dés-à-prefent revoqué & revoque
toutes Permiffions , Paffeports , Sauvegardes,
& Saufconduits qui pourvoient
avoir effé accordez par Elle
oùparfes Lieutenans Generaux ; &
398 X. P. des Affaires
autres Officiers , contraires à la Prefente
,& les a declarez nuls & de
nulle valeur. Défend à qui que ce
foit d'y avoir. Mande & ordonne Sa
Majesté à M. l'Amiral , aux Maréchaux
de France , Gouverneurs , &
fes Lieutenans Generaux enfes Provinces
& Armées , Maréchaux de
Camp , Capitaines , Chefs & Condu-
Eteurs de fes Gens de guerre , tant de
cheval que de pied , François & Etrangers
, & tous autresfes Officiers
qu'il appartiendra, que le contenu en
la Prefente ils faffent executer ch
cun à fon égard dans l'étendue de
leurs pouvoirs & Jurifdiétions. CAR
telle eft la volontéde Sa Majesté , laquelle
entend que la Prefentefoit publiée
& affichée en toutes fes Villes ,
tant maritimes qu'autres , & en tous
fes Ports , Havres , & autres lieux
du
Temps. 399
de fon Royaume que befoin fera , à ce
qu'aucun n'en pretende cauſe d'ignorance
; & qu'aux copies d'icelle duement
collationnées , for foit ajoûtée
comme à l'original. FAIT à Marly
le as . Juin 1689. Signé , LOUIS:
Et plus bas , LE TELLIER..
Cette Declaration qui ne
contient que huit ou dix li
gnes,le refte n'eftant que des
ordres , a efté admirée de tous
ceux qui l'ont veuë. On y remarque
beaucoup de fageffe,
& de prudence, & que le Roy
déclare la Guerre à l'Ufurpateur
d'Angleterre , fans la
déclarer à la Nation .
FIN.
Pa
Extrait du Privilege du Roy.
AR Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville, le 18 Tuillet 1683. Signé , Par
le Roy en fon Confeil , IUNQUIERES, Il eſt
permis au Sicur DANNEAU , Ecuyer, Sieur
Devizé, de continuer de faire imprimer, vendre
& debiter le Livre intitulé , MERCURE
GALANT , contenant plufieurs Relations,
Hiftoires , & generalement tout ce qui dépend
dudit Livie , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir , Et defenſes font faites à tous
Imprimeurs & Libraires , & tous autres de
faire imprimer, vendre & debiter ledit Livre,
ny graver aucunes Planche fervant à l'orne..
ment d'iceluy, ny mefme de le donner à
lire, pendant le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de fix mille livres
d'amende contre les Contrevenans , ainfi que
plus au long il eft porté efdites Lettres .
Registré fur le Livre de la Communauté,
aux charges & conditions portées , le 147
Septembre 1683 Signé ANGOT, Syndic.
Ledit Sieur Davize a cedé fon droit du
prefent Privilege à Michel Guerout Libraire
pour en jouir fuivant l'accord fair >
entr'eux.
D


UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06574 3299
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le