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1689, 08, t. 10 (Affaires du temps) (Lyon)
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ex
Dono
R. P. Cl..Franc.
Menestrier
Soc. Jehe.
ک ی
AFFAIRES
807158
Collegii D ULugdun. 1.
Trimit. Soc. JoseCat. Jufc.
TEMPS.
LYUN E
TOME
ناشمب
#1633
ALTON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere , au Mercure
Galant .
M. DC . LXXXIX .
AVEC PRIVILEGE DY ROT.
PREFACE.
ΤΟΥ
Vor que la matiére
qui me reftoit
pour cette dixiéme
Partie m'ait mené
plus loin que je ne croyois , à
caufe des recherches curieufes
que j'ay faites , & des pieces
que j'ay raportées , ce qui m'as
empéché de la pouffer plus avant
que les Déclarations de
guerre de France & d'Angle-·
terre , je tiendrai parole ,
ne donnerai la fuite de ces
Volumes qu'au mois de Ian--
vier. Il s'agit moins ici de?
Savoir ce qui fe paffe dans les
ã iij
PREFA C E.
tems que les chofes font nouvelles
, que de la verité de
L'hiftoire. Ainfi celle - ci doit
être également bonne en tout
temps ; il est même affez malaife
d'en donner de pareilles
à mesure qu'on voit arriver
les évenemens , puis
qu'il y faut méler quantité
de pieces , qu'on ne peut Jourecouvrer
fur l'heure. Dent
Quant aux Ecrits de Hol-
Lande, je puis presque affenrer
qu'il n'y aura rien du
tout de nouveau dans tout ce
qu'ils diront pendant quatre
mois , & qu'ils ne feront que
rebatre des chofes aufquelles
j'ai déja répondu. Tout ce qui
fe peut dire touchant l'vfur--
pation du Prince d'Orange eft
épuife , ainfi que tout ce qui
PREFACE.
regarde l'origine de la guerre
d'aujourd'hui , dont j'ay
fait voir d'abord toutes les
contradictions des differens
Ecrivains , & toutes celles
des mêmes Auteurs dans
leurs differens écrits . L'obftination
de la plupart eft
invincible fur cet Article
& dés qu'ils croyent qu'on
a oublié les repliques qu'on
y a faites , ils s'efforcent de
nouveau de perfuader que le
Roi eft auteur de la guerre ,
dont l'Europe eft prefentement
agitée. L'ai éclairci en plufieurs
endroits ce qu'ils avoient
enveloppé pour se faire
croire. Ils ont tant de détours
là-deffus qu'ils peuvent
embarraffer d'abord ceux qui
2. iiij
PREFACE.
ny font pas toute la reflexion
neceffaire , mais on ne
fera jamais furpris , & l'on
reconnoiftra la verité fans
peine , lors que fans trop s'attacher
au prefent , on remontera
à l'origine de tout ce
qu'ils alleguent. C'eſt à quoi
il en faut toujours revenir ,
& par où l'on trouvera toujours
le Roy juftifié. Auſſi tâchent
ils de Surprendre dés
qu'on a perdu cette origine
de veuë. Quoi que leurs Ecrits
foient remplis de mille chofes:
qui n'ont pas besoin de replique
, parce que la verité eft
plus forte que de tels menfonges
, ily en a néanmoins quelques
-unes qui bien qu'abſo- -
lument fauffes pourroient étre
crûes , fi on n'y répondoit
PREFACE
.
pas , & qui fe trouvent de
truites . dés le premier mot
qu'on dit pour les combattre.
Elles ne laiffent pas d'avoir
befoin qu'on les éclairciffe,
parce que le filence feroit
croire qu'on en tomberoit d'ac
cord. L'accueil
qu'a fait le
Public aux neufpremieres para
ties de cét Ouvrage m'a, de
volume en volume tellement
excité à le poursuivre , que
j'ai fait des efforts pour l'excés
du travail , dont je ne
croyois pas qu'un homme pût
être capable , & c'est l'abbattement
où il m'a mis , &.
le manque de forces pour y refifter
, qui m'obligent à en remettre
la fuite au mois de
Ianvier prochain. l'ajoûterai
icy touchant la Preface de
ن م
PREFACE.
.
la IX. Partie qui a fait
tant de bruit , que je n'ay
paspretendu dire que ce qu'elle
contient foit infaillible. Ie
croi avoir donné cent raifons
qui font toutes bonnes , parce
qu'elles font toutes tirées
de la verité ; mais comme ce
qui arrive quatre - vingt- dixneuf
fois pent manquer la
centiéme , & qu'on ne peut
pas même affeurer que ce
qui est toujours arrivé continuera
d'arriver , l'Angleterre
peut étre affez malheureuse
, pour avoir longtems
le Prince d'Orange pour
Maitre ; mais il eft indubitable
que fi fon regne continuë
, il la gouvernera avec
le pouvoir arbitraire qu'elle
apprehende fi fort , puis qu'il
PREFACE.
eft impoffible qu'un vfurpateur
fe maintienne par une
autre voye , quand même il
ne voudroit point regner de
la forte. Il lui faut une autorité
abfolue pour fe conferver;
il faut qu'il emprifonne,
il faut qu'il facrifie ce
qui lui eft opposé , & qu'il
tienne méme la Nation comme
à la chaîne , pour empécher
qu'elle ne retourne vers
fon Roy, & ne faffe pour fon
Monarque legitime , ccee le a fait pour celui qu'elqui
eft
caufe que tant de fang de la
méme Nation a déja été
verfé.
Ce Volume s'eftant tronvé
rempli & le temps me
preffant , j'ai mis dans la fin
PREFACE.
du Mercure , ce que j'avois
* promis dans la IX. Partie
des Affaires du Temps
que j'ajoûterois à la fin de
la X.
DIXIE
1 .
DIXIEME PARTIE
DES AFFAIRES
DU
TEMPS
faires
DE
LA
LYON
# 1893
VANT que d'entrer
dans le détail de ce
qui me reste à vous
dire touchant les afd'Angleterre
, je croi
vous devoir entretenir encore
de quelques écrits nouveaux ,
mais je ne vous en dirai que
tres-peu de chofe , parce qu'il
vous fera aisé de connoitre par
les endroits que je vous rapor-
A
VILLE
2 X. P. des Affaires
>
teray , que la paffion qui fait
parler ces écrivains , les aveugle
tellement , qu'ils n'écrivent
prefque plus rien fans fe contredire
& fans juftifier la
France par les chofes mêmes
qu'ils avancent pour déchirer
fa reputation . Je n'ai pas befoin
de raiſonnemens
pour le
prouver , & vous en demeurerez
d'accord dés que vous
aurez jetté les yeux fur ce que
vous allez lire. Le premier de
ces écrits eft intitulé. Sentimens
veritables des Flamans
touchant la Declaration de la
guerre du Roy de France contre
Sa Majesté Catholique , & la
contre - Declaration du Marquis
de Caftanaga. On dit d'abord
en parlant du Roi : Aprés
avoir declaré la guerre à l'Empereur
, & en même temps à
du Temps.
C
l'Empire , parce qu'il cherche
la ruine de la Maifon d'auftriche
entiere , il a auffi declaré
la guerre au Roi Catholique.
Il est vrai qu'avant que d'en
venir là , il n'y a pas de moyens
dont la Cour de France ne
fe foit fervie pour feduire la
Cour d'Espagne , & pour l'arracher
à fes veritables interefts,
Le commencement de cet
Article fait voir que le Roi a
declaré la guerre à l'Empereur
& à l'Empire parce qu'il cherche
la ruine de la Maiſon
d'Auftriche entiere , ce qui
ne s'accorde pas avec la fuite,
où l'Auteur dit , qu'avant que
d'en venir là , il n'y a pas de
moyens dont la Cour de France
ne fefoit fervie pour ſeduire
la Cour d'Espagne & pour
A ij
4 X. P. des Affaires
l'arracher à fes veritables interefts.
Si le Roi a tenté toutes
fortes de moyens pour s'empêcher
de declarer la guerre à
l'Eſpagne , on ne fçauroit dire
avec juftice qu'il cherche la
ruine de la Maiſon d'Auftriche
entiere , puis que l'Eſpagne
, quoi que foible à prefent,
en a toûjours été la branche
la plus confiderable, l'Empire
étant électif , & pouvant
d'ailleurs fortir de la Maiſon
d'Auftriche. De plus , l'Empereur
eft fi peu de chofe fans
I'Empire , & il a fi peu de revenu
, qu'il n'y a point de Province
en France qui ne puiffe
donner plus d'hommes au Roi,
& lui fournir plus d'argent.
Quoi que la contradiction
queje viens de vous faire voir,
foit manifefte , & qu'on n'y
du Tems.
puiffe repliquer , l'Autheur
s'en eft neanmoins
fi peu apperceu,
que dans les lignes fuivantes
il eſt encore tombé plus
groffierement dans la même
faute , en difant ; Il est vrai
auffi que Louis XIV. fe voiant
chargé du Roi Iacques d'Angleterre
qui lui eft venu tomber
fur les bras , euft bien voulu
endormir l'Espagne , & feduire
l'Empereur par des efperances
de paix & par des motifs
de Religion. Ôn voit par
là dans une même page que
le Roi ne fait la guerre que
pour détruire entierement la
Maifon d'Autriche , & qu'il
lui feroit libre de ne pas entrer
dans cette guerre ; mais
qu'il la veut injuftement , parce
qu'il lui plaît de la faire ,
qu'il veut dominer ; & qu'en-
A iij
6
X. P. des Affaires
car
fin il cherche la ruine de la
Maiſon d'Auftriche entiere. Il
faut neceffairement que ceque
je dis reſulte de ces paroles
marquées dans l'article ,
elles ne font dites que pour
noircir la reputation de Sa
Majefté , & attenter à fa gloire
, étant certain qu'un Partifan
de la Maiſon d'Auftriche,
& qui écrit pour elle , ne diroit
pas pour louer le Roi , qu'il
veut la ruine entiere de cette
Maiſon. Voilà donc ce Monarque
dépeint dans le commencement
de cet Article
comme un Prince qui peut
tout & qui par confequent
ne craint rien , & qui veut
entreprendre une guerre in.
jufte, par la paffion dominante
qu'il a de s'agrandir ; & quelques
lignes plus bas, le portrait
>
du
Temps.
7
qu'on fait de lui eft tout different.
Ce Prince qui vouloit la
e guerre à toute force pour ruïner
toute la Maiſon d'Auftriche,
eft un Prince tremblant, qui
craint cette même guerre , qui
veut l'éviter , & qui pour s'empêcher
de l'avoir , a voulu endormir
l'Espagne , & feduire
l'Empereur. Il eft malaifé de
concevoir qu'un homme faffe
fi peu de reflexion fur ce qu'il
écrit , qu'il marque dans un
même feuillet que le Roi veüille
la guerre , & que pour ne
pas l'avoir , il cherche à endormir
& à feduire ceux dont
il fouhaite la ruine entiere.
Cependant tout cela eft marqué
mot pour mot dans le même
article. Ce ne font point
des raifonnemens que je fais ,
& des inductions que je tire.
A j
8-
X. P. des Affaires
On n'a qu'à lire les paroles de
l'Auteur , pour tomber d'accord
qu'il n'y eut jamais une
contradiction fi manifefte. n
faut que la paffion aveugle
bien ceux qui écrivent de la
forte , pour ne voir pas quel
en eft le ridicule. Quelque envie
qu'ils ayent de noircir le
Roi
,
peuvent- ils s'imaginer
qu'il leur fuffife d'en dire du
mal , pour rendre croyable
tout ce qu'ils en difent ? Ils devroient
le détromper , puisque
non- feulement le Public defintereffé
n'en juge pas fur ce
qu'ils écrivent , mais que même
ceux de leur party font
fouvent fort éloignez d'entrer
dans leurs fentimens. Tout ce
que l'on veut empoifonner
n'eft pas toûjours fufceptible
de poifon , & l'éclat de ce que
du Tems. 9
l'on tâche d'obfcurcir avec les
plus fombres voiles , eft quelquefois
fi brillant , qu'il perce
toutes les tenebres qu'on veut
oppofer à fa lumiere.
Comme on ne fçauroit rien
faire par les armes qui affoibliffe
la gloire du Roi , &
qu'au contraire tout ce que
f'on tente ne fert qu'à la relever
, on s'attache à la déchirer
dans des écrits publiez de
jour en jour. On y fuppofe.
mille fauffetez ,› pour amufer
& furprendre les Peuples , en
les empêchant par ce moyen
honteux de fe chagriner contre
leurs Souverains , qui animez
d'une baffe jaloufie , &
excitez par de mauvais confeils
, s'obftinent à une guerre
dés- avantageufe à toute l'Europe
, dans le feul deffein de
A v
10 X. P. des Affaires
nuire auRoi. Comme ces êcrits
font fort frequens , je
vous ay fait remarquer en
d'autres Lettres , que dans l'avidité
de parler contre ce
Prince , on fe contredifoit fouvent
d'une femaine à l'autre ,
& qu'après l'avoir peint.comme
un Monarque , dont l'ambition
devorante vouloit envahir
tous les Etats , & afpiroit
à la Monarchie univerfelle
, on le reprefentoit peu
de jours aprés, comme un Souverain
mal heureux , qui ne
vouloit point de guerre , parce
qu'elle ne lui pouvoit estre
que funefte , & qui alloit étre
attaqué par un monde
d'Ennemis , dont il feroit im
poffible de fe défendre . Si ces
frequentes &" groffieres contra...
dictions marquent un aveu
du Tems. II
glement fi grand , qu'il femble
que des gens qui fe picquent
d'efprit , ne devroient
pas faire des fautes fi aifées à
découvrir , on doit étre bien
plus étonné de voir dans le
méme feuillet celle de l'Article
que je viens de rapporter.
Tous ceux qui ont fuivi avec
quelque attention le fil des Affaires
d'aujourd'hui , doivent
démêler d'abord la verité au
milieu de deux portraits fi oppofez.
Prefque toute l'Europe
a confpiré contre la gloire du
Roi ; elle a fait de fecretes brigues
; elle s'eft liguée , & pendant
toutes ces pratiques le
Roi s'eft preparé à parer le
coup qui le menaçoit , & s'étant
trouvé plutôt en état que
fes Ennemis, il s'eft mis le premier
en Campagne , & a pris
A vj
12. X. P. des Affaires
Philisbourg. Les Ennemis audefeſpoir
de ſe voir prevenus ,
fe font emportez contre ce
Monarque , comme contre un
Prince dont l'ambition vouloit
tout envahir , quoi qu'il n'euft
fait que fe garantir de la furprife
, & fe mettre à couvert
des premiers coups qu'on avoit
deffein de lui porter. Voilà le
fujet du premier portrait. Ce
même Prince étant en état de
fe défendre de l'infulte , & de
refifter à fes Ennemis a fait
voir fa moderation ordinaire ,
& a marqué qu'il étoit preft
de contribuer à la Paix , &
d'empêcher que le fang qui
alloit couler dans toute l'Europe
ne fuſt répandu ; & c'eſt
pour cette raison que l'on a
dit qu'il vouloit endormir
L'Espagne , & feduire. l'Empe-
,
du
Temps:
T3
>
reur , fans prendre garde qu'il
ne pouvoit en même temps avoir
deffein d'envahir toute
L'Europe , en détrifant la Maifon
d'Autriche entiere , & être
affez foible pour avoir be
foin d'endormir l'Espagne , &
de féduire l'Empereur afin
d'obtenir la paix . Son ambition
n'a rien voulu envahir
puis qu'il n'êtoit point armé
lors que tant de Souverains fe
font liguez contre lui , & que
le Prince d'Orange a paffé en
Angleterre ; & la crainte ne
lui a point fait fouhaiter la
Paix , puis qu'il s'étoit mis non
feulement en état de ſe défendre,
mais même de triompher
de fes Ennemis , lors qu'il a eu
la bonté de faire connoiſtre
qu'il ne tiendroit pas à lui que
L'Europe ne jouit plus long$
4 X. P. des Affaires
temps de la Paix qu'il lui avoit
accordée
.
On doit estre perfuadé que
les écrits , dans lefquels ontrouve
d'abord autant de contradictions
qu'il y en a dans
l'Article que vous venez de
voir;ne doivent pas faire beaucoup
d'impreffion fur l'eſprit
du Lecteur , && par le commencement
on peut juger de
la fuite. On y demeure d'accord
fans aucun détour de l'union
avec le Prince d'Orange
; on dit qu'on étoit de fes
Amis avant qu'il paſſat en Angleterre
, qu'on n'a point fujet
de ne le pas étre depuis ce
temps - là : & que l'Affaire du
Roy Lacques eftune Affaire entre
lui & fon Peuple , & enfin
on donne au Prince d'Orange le
nom de Roi d'Angleterre. Il n'y
du Tems.
IS
a rien de fous - entendu dans.
cet Article ; tout y eft expliqué
fort clairement , & l'on y
avoue l'intelligence de Sa Majefté
Catholique avec le Prince
d'Orange, lors même qu'on
ne fçauroit plus le regarder
que comme l'Ufurpateur de la
Couronne d'Angleterre ; ce
qui marque , non feulement
que l'Espagne n'auroit pas travaillé
à empêcher cette ufurpation.
fi elle avoit êté en état de
le faire , mais qu'elle y auroit
contribué s'il avoit été en
fon pouvoir , & qu'elle a de
la joye de ce qui eft arrivé au
Roy d'Angleterre , puis qu'elle
dit que c'est une affaire entre
ce Monarque & fon Peuple.
On voit dans ces paroles pleines
de froideur & méprifantes
pour Sa Majesté Britannique,,
;
16. X. P. des Affaires
que la Maifon d'Autriche a
fait des voeux pour l'heureux
fuccés de l'entrepriſe du Prince
d'Orange , & qu'elle ne trou .
ve point à condamner , qu'une.
Republique ait eu la hardieffe
de travailler à priver un Roi
du Trône que fa naiffance luidonne.
Sa cheute l'accommode
; la deftruction de la Religion
Catholique en Angleterre
lui eft utile , & il ne lui importe
qu'elle y foit détruite en--
tierement , pourveu qu'elle tire
quelques avantages de fa
ruine. Cela nous fait voir que
la Maifon d'Autriche n'auroit
ni la moderation ni la delicateffe
de confcience du Roi , fi
elle trouvoit une Puiffance qui
fuft occupée contre un Ennemi.
auffi formidable que le
Turc a été autrefois , & que
du
Temps.
17
pendant que cette Puiffance
employeroit fes forces à combattre
pour la Foi , elle ne feroit
aucun fcrupule de ſe ſervir
de l'occafion pour l'accabler.
Le même Auteur pretend
prouver que le Prince d'Orange
n'est pas vfurpateur , parce que
la princeffe fa Femme eft Fille
du Monarque fur lequel il a
ufurpé la Couronne. Si cela étoit
, peu d'hommes voudroient
marier leurs Filles , puifqu'ils
s'attireroient autant d'Ennemis
qu'ils auroient de Gendres, &
que ce feroit un droit contre
eux pour les traiter avec la plus
injufte rigueur , pour les chaf
fer de chez eux , & les dépouil
ler de tous leurs biens.
On a peu vû d'Auteur de
meilleure foi que celui de l'écrit
dont je vous parle . En a18
X. P. des Affaires
if voüant tout fincerement
détruit ce qu'une infinité d'autres
ont voulu déguiſer dans
leurs Ouvrages , puis qu'il demeure
d'accord dans le fien
qu'on n'a fait la Ligue d'Ausbourg
,, que pour attaquer la
France . Il eft vrai qu'il affeure
qu'on ne devoit point agir
que la Tréve ne fuft finie . Cependant
il dit dans les lignes
fuivantes , que l'Empereur vouloit
faire la paix avec le Turc,
pour tourner fes armes contre
la France. Si l'Empereur travailloit
aux moyens de faire
finir dés - à - prefent la guerre
de Hongrie , dans le deffein
d'attaquer la France fitoft
qu'il auroit conclu la paix avec
le Turc , il n'avoit donc pas
deffein d'attendre que la Tréve
fuft finie , puis qu'elle eft
du Tems. 19
pour vingt années , & qu'elle
ne fait que de commencer . Cela
eft fi vifible , qu'il n'eft pas
befoin d'y faire reflexion pour
s'en appercevoir. Ainfi tous
ces écrits que l'on fait contre
la France , la juſtifient bien
plus qu'ils ne la noirciſſent
& font voir , que le Roi fçachant
que l'on avoit refolu de
le furprendre dés que la paix
feroit faite avec les Turcs
pouvoit prévenir & attaquer
l'Empereur avant que cette
paix fuft concluë , afin d'empêcher
l'orage dont il étoit me.
nacé. Cependant il ne l'a pas
voulu faire , quoi qu'il n'cuſt
point à douter qu'il ne pouffât
fes conqueftes auffi lora qu'il
auroit på ſouhaiter . Il ne s'eft
declaté contre l'Empire qu'à
l'extremité , c'eſt à dire , lors
>
20
X. P. des Affaires
qu'il a vû la paix preſte à étre
conclue avec le Turc , & que
l'Empereur d'intelligence avec
l'Ufurpateur d'Angleterre avoit
ligué contre lui toute l'Europe
qui fe preparoit à l'accabler ;
ce qu'elle auroit fait , fi le bon
état où fa prudence & fes foins
continuels ont mis fes affaires,
ne lui avoit donné lieu d'étre
plûtôt preft à fe défendre , &
même à aller au - devant de fes
Ennemis , qu'ils ne l'ont été
pour le furprendre, malgré toutes
les précautions qu'ils avoient
prifes de longue main.
Enfin aprés vous avoir parlé
de quantité d'écrits differens
par leurs titres & par leurs Auteurs
, mais qui ont tous rebattu
la même matiere en cent façons
, & relevé la gloire du
Roi ,
, parce que tout ce qu'ils
du
Temps.
21
ont dit s'eft trouvé faux & malicieufement
inventé , comme
je vous l'ay fait voir , je vais
vous entretenir d'une matiere
nouvelle , & d'un Auteur dont
je n'ai encore parlé que dans
la Preface de ma huitiéme
Lettre fur les Affaires du
Temps. Cet Auteur donne au
Public tous les quinze jours
des cahiers volans , plus ou
moins amples , felon l'étenduë
de fa matiere. Perfonne en
Hollande n'écrit mieux que
lui , & tout le monde eft content
de la beauté de fa Profe ,
mais il n'en eft pas de même
des raisonnemens dont il fe
fert. Quoi qu'on y remarque
beaucoup d'efprit , & qu'il tire
de fa matiere tout ce qu'elle
peut produire , & méme audelà
: les méchantes cauſes de22
X. P. des Affaires
meurent toûjours ce qu'elles
font , & en s'attachant à les
foûtenir, on brille fouvent plus
qu'on ne perfuade . Je ne doute
point qu'il ne foit lui-même
convaincu de la fauffeté de ce
qu'il écrit ; il paroit avoir le
difcernement trop bon pour
ne le pas étre. Son Libraire
qui le connoit feul , dit qu'il
ceffera d'écrire ſi toſt qu'il ne
pourra plus cacher fon nom.
C'eft une marque qu'il eft
François, qu'il fçait tout le mal
qu'il fait , ou plûtôt celui qu'il
pretend faire , & qu'il s'en fait
de fecrets reproches ; & comme
on penetre que c'est par
chagrin qu'il parle, on voit aifément
que ce même chagrin
lui fait chercher de noires couleurs
pour deguifer la verité ,
& pour obfcurcir l'éclat de la
du Tems. 23
France. Il feroit à fouhaiter
qu'un fi habile homme fe mit
dans le bon Parti , & il y a
tout fajet de croire que s'il l'avoit
embraffé , perfonne en
France ne refuferoit de rendre
juſtice à fon merite . La matiere
de celui de fes écrits que je
pretens refuter eft fur l'ufurpation.
Dans le deffein qu'il a de
prouver que le Prince d'Orange
poffede justement la Couronne
d'Angleterre : Il n'y a
point , dit-il , de Cour au monde
plus delicate que celle de
France , fur tout ce qui s'appelle
ufurpation , puis qu'elle ne
peutfouffrir fur le Trône d'Angleterre
un Prince du Sang
Royal , Epoux de la plus proche
heritiere.
Voilà des paroles qui ne
prouvent rien. Si la France eft
24 X. P. des Affaires
.
delicate fur ce qui s'appelle ufurpation
, elle a grand fujet
de l'eftre . Aucun Souverain ne
doit approuver les ufurpations
, & l'on voit fort peu
d'honnêtes gens qui applaudiffent
aux Ufurpateurs. Il n'i
a rien en cela que de naturel
& d'un ancien uſage , & je ne
voy pas pourquoi trouver à
redire qu'on ait affez de delicateffe
pour condamner une
chofe qui repugne à l'honnefteté
, au devoir , à la justice
& au droit des gens , qui doit
étre inviolable parmi les Souverains.
Je ne voy pas non
plus que l'Auteur ait raison
de croire que le Prince d'Orange
doive étre fouffert fur le
Trône › parce qu'il eft Prince
du Sang Royal & Epoux de la
plus proche Heritiere . Ces áva
ntages
du Tems.
25
d
vantages doivent l'engager
défendre la Couronne d'Angleterre
conrre ceux qui s'en
voudroient emparer, & à prendre
le parti du Roi fon Beaupere
, même contre fes Sujets
rebelles , mais ils ne lui donnent
aucun droit d'ufurper la
Couronne fur ce même Roi ,
ni de s'en faifir lors qu'il vit
encore , & qu'il a un Fils à qui
elle doit appartenir avant que
de tomber fur fa tefte . L'Auteur
pretend peut - être prouver
ce qu'il a d'abord avancé
en difant comme il a fait
dans la fuite , que le Prince
d'Orange a été appellé par la
Nation pour l'affranchir du
joug où elle étoit ; que la même
Nation le réconnoit pour liberateur
, & enfin qu'il fe trouve
élevé fur le Trône par le
B
26
X. P. des Affaires
>
confentement des Etats. Je répons
à cela, ce que j'ai dit plufieurs
fois , que le Prince d'orange
n'auroit point été appellé
s'il n'euft cabalé pour se faire
appeller par des traiftres ;
qu'il n'eft pas vrai que la Nation
fouffrit , puis qu'elle avoit
une entiere liberté de confcience
que tous les mouvemens
dont il s'agit ne font caufex
qu'à l'égard de la Religion ;
qu'il n'eft point le Liberatear
de l'Angleterre , mais le Tiran
; que toutes les Loix qu'il
a Supposé qu'il venoit pour
maintenir font abolies ; que
toutes les perfonnes de probité
du Royaume en demeurent d'accord
, mais qu'elles n'oferoient
l'avouer publiquement
, parce
qu'elles gemiffentfousfa tirannie
; qu'il n'a été élevéfur le
du
Temps.
27
Trône que parforce ; qu'il n'y
a été porté que par les traitres
avec lesquels il étoit d'intelligence
;
یم
que fi tout ce qu'on
Suppose du confentement des
Peuples étoit vrai , on ne fe
fouleveroit pas en mille endroits
comme onfait en Angleterre&
en Ecoffe ; qu'il ne faudroit
point de Troupes pour s'opposer
à ceux qui tiennent le parti
de leur veritable Souverain ,
& qu'enfin le Prince d'Orange
auroit auffi été réconnu Roi en
Irlande, Je ne croi pas qu'on
puiffe repliquer à toutes ces
chofes , & cela m'empêche de
m'étendre autant que je pourfois
faire pour les mettre dans
leur
jour.
L'Auteur
ajoute
que
s'il
eut jamais
de difpofition
, &
d'installation
legitime
dans
un
Bij
28 X. P. des Affaires
cas extraordinaire , c'eft dans
celui où un Monarque fe depoffede
lui-même en se mettant
audeffus des Loix . Ce cas extraordinaire
eft admirable , &
je n'ay jamais oui dire qu'il y
en eût ni qu'il en pût avoir
pour chaffer un Roi du Trône.
Il eft facile de voir , que
l'Auteur eft dans les Terres
d'une Republique , & qu'il
fait qu'en avançant une chofe
fi abfolument fauffe , il fera
plaifir aux Republicains : Mais
quand il feroit vrai qu'il pût
avoir un de ces cas extraordinaires
, & qu'il s'en fut en
effet trouvé un qui eut pû autorifer
le Prince d'Orange à fe
faire nommer Roi , il falloit
pour louer ce Prince fe fervir
bien jufte du moment dans lequel
il eſt monté ſur le Trône,
du Tems . 29
car tout ce qui s'eſt paſſé dépuis
qu'il l'occupe , bien loin
de juftifier qu'il n'eſt pas Ufurpateur
, & qu'on ne doit
point le dépoffeder , comme
l'Auteur le pretend , fait voir
qu'il n'y en eut jamais un qui
l'ait été plus reguliérement, &
qui l'eft dans toutes les formes.
Il ne faut pour en être
convaincu , que jetter les yeux
fur l'état prefent des affaires
d'Angleterre,& l'on verra que
non feulement cet Ufurpateur
a executé tous les deffeins qu'il
fuppofoit que le Roi avoit ,
mais qu'il a prefque aboli toutes
les Loix aufquelles Sa Majefté
n'auroit pu toucher, fans
qu'on l'eut auffi -tôt accuſée
du plus cruel attentat contre
l'autorité des Seigneurs & du
Peuple. C'eſt peu
de dire que
Bij
30 X. P. des Affaires
,
toutes les Loix font changées
ou abolies ; aucun des fermens
qu'on prétoit du temps du Roi
ne fubfifte plus , de forte que
tout eft en confufion dans les
trois Royaumes & que les
Traîtres ont chargé les Peuples
d'impofts , le Prince d'Orange
aiant befoin de fommes
immenfes contre ces mefines
Peuples , pour les empêcher
de fe revolter , & pour les forcer
à demeurer dans la fervitude
où il les a mis.
L'auteur pourſuit , en difant
que le Prince d'Orange eft revétu
de toutes les qualitez &
de tout le droit qui peuvent
autorifer un femblable changement.
Quand le Prince d'Orange
auroit toutes les qualitez
qu'on peut fouhaiter dans
un Monarque , toute l'expedu
Temps.
31
"
rience d'un grand Capitaine
& toutes les vertus d'un honnête
homme , de quoi le Pablic
ne demeure pas d'accord ,
tout ce grand merite n'auroit
pas mis le Roi d'Angleterre
dans l'obligation de fortir du
Trône pour l'y faire affeoir
& il n'y a point de Loi qui
autorilât cet Ufurpateur à fe
fervir de la force pour fe faire
Roi, Si tous ceux qui meritent
des Couronnes en devoient avoir
, il faudroit que la terre
fût divifée en autant de Roiaumes
qu'on y pourroit compter
de Provinces ; & fi les qualitez
diſtinguées étoient un droit
pour envahir les Etats des
Princes que de juftes titres ont
mis fur le Trône , l'ambition
feroit encore couler plus de
fang qu'on ne lui en voit ré-
B iiij
32 X, P. des Affaires
pandre , quoi qu'elle ait accoûttumé
de n'épargner rien pour
fe fatisfaire .
L'Auteur ajoûte ; Tont cela
neanmoins n'eft pas un titre legitime
pour la Cour de France
; c'est affez que le Roi Iacques
foit depoffedé pour conclure
que le Roi Guillaume eft
un vfurpateur ; & il lui fuffit
qu'un vfurpateur foit fur la
terre pour lui declarer la guer.
re. Il n'y a rien dans cet Article
dont il ne doive eftre avantageux
à la Cour de France
de convenir. Auffi feroitelle
gloire de prendre les armes
pour s'opposer à tous les
Ufurpateurs , fes forces étoient
fuffifantes pour leur declarer
la guerre , & principalement
à tous ceux dont le crime
eft triple comme celui du
du Tems. 33
Prince d'Orange , qui attaque
injuſtement dans une même
perfonne un Roi , un Oncle ,
& un Beau- pere , & qui le furprenant
avec lâcheté , le poignarde
en l'embraffant , puis
qu'il n'eft entré en Angleterre
qu'aprés l'avoir affeuré par
la bouche de fon Favori , &
par des Lettres de fa main ,
qu'il étoit bien éloigné d'avoir
la pensée d'en vouloir à fa
Couronne. Ainfi la baffeffe eft
jointe au crime , & les artifices
honteux font les moyens
qu'il a employez pour s'affeurer
l'autorité fouveraine. Tous
les Ufurpateurs font à detefter
, mais au moins il y en a
qui par des actions de valeur
femblent avoir merité , qu'on
ferme les yeux fur leurs injuftices.
Comme ils fe font expo
B v
34 X. P. des Affaires
.
fez aux plus grands perils pour
arriver au faifte de la grandeur
, & qu'on a ſouvent vû
couler leur fang avant qu'ils
aient pu forcer tout ce qui leur
refiftoit , ils ont pretendu s'eftre
élevez justement au Trône
, à caufe qu'ils y font montez
par des degrez éclatans ,
& arrachant l'épée à la main
ce qu'ils ne pouvoient avoir.
par une voye legitime : ils ont
tâché de prouver que le droit
de conquête étoit un titre reçû
parmi tous les Conquerans.
Quoi que ce titre ne rende
legitime la poffeffio d'une couronne
, il fait que l'Ufurpateur
eft moins odieux, & qu'en fepa-.
rant le crime de fa perfonne ,.
on trouve en lui quelque chofe :
de grand , mais le Prince d'Orange
n'a jamais été diftingués
pas
du Tems. 35
par aucun endroit digne d'une
Ame heroïque. Il n'a fait briller
aucune vertu , & quoi que
tous les Ecrivains
de Hollande
ayent toûjours eu les yeux ouverts
pour tâcher d'en remarquer,
ils n'ontjamais pû lui don .
ner que des louanges generales
qui conviennent
à tous les
Grands , & qu'on leur donne
ordinairement
, quoi que peu
les meritent à jufte titre .
Je reprens l'Article que j'ay
quitté. L'Auteur aprés avoir
parlé des qualitez , dont il dit
quele Prince d'Orange eft revêtu,
& des droits qu'il a au trô--
ne d'Angleterre
pour avoir é--
poufé une Princeffe du Sag Ro.
yal , ajofite, comme vous venez
de voir,tout cela neanmoins n'eft
pas un titre legitimepour laCour
de France. La Cour de France
· B vjj
?
3.6 X. P. des Affaires
n'a -t- elle pas grand tort de
trouver , que ces titres ne font
pas fuffifans pour
détrôner un
Roi , ou plutôt que le Prince
d'Orange ne peut même produire
de ces faux titres qui
peuvent éblouir par une apparence
de verité ? Lors que
la Maifon
d'Auftriche , &
quelques autres Souverains les
trouvent legitimes : ils ont leurs
raifons pour cela , & fe fervent
de l'ufurpateur en fermant
les yeux fur l'ufurpation,
Il lui fuffit, dit l'Auteur en par
lant de la France , que le Roi
Jacques foit depoffedé pour
conclure que le Roi Guillaume
eft unvfurpateur. La conclufion
eft jufte, & je ne voi pas que
perfonne puiffe conclure autrement
fans fe vouloir expofer
à paffer pour ridicule . Il s'agir
du Tems. 37
que
d'un fait , & il ny a rien à dire
contre les faits . Il fuffit de
voir & d'écouter. Je fçai bien
les Princes intereffez , &
ceux qui craignent le Prince
d'Orange , ne tirent pas tout
haut les conclufions qui refultent
de cet Article ; mais cela
n'empêche pas qu'ils n'en demeurent
d'accord en fecret avec
eux-mêmes. Une verité vifible
ne sçauroit être ignorée ,
mais on peut s'en taire quand
on a des raifons pour n'en rien
dire. Il faut bien que le Prince
d'Orange foit Ufurpateur ,
puis qu'il a ufurpé , & comme
c'eft la Couronne du Roi Jacques
qu'il a ufurpée , on ne
peut conclure touchant cette
ufurpation , qu'en difant ,
puis que le Roi Iacques a été
depoffede par le Prince Guilque
3,8
*
X.
P.
des
Affaires
laume le Prince Guillaume eft
un Vfurpateur. La France n'eſt
pas la feule qui tire cette confequence
, c'eft la Terre toute
entiere , mais c'eft la France
qui en parle le plus hautement
, parce que l'Augufte
Monarque dont elle reçoit les
Loix ne sçauroit fouffrir les
crimes. Quand un grand Prince
gouverne par lui-même
fes fentimens heroïques paroiffent
toûjoues dans les occafions
de cette nature , & le
caractere de grandeur & de
bonté , eft infeparable de ceux
qui font nez avec la Couronne
, pourvû qu'ils agiffent par
leurs propres mouvemens. Ett
il lui fuffit ( c'eſt à dire à la
France ) qu'un vfurpateurfoit
fur la terre pour lui declarer la
guerre. Il vaut mieux punir les
du. Tems. 39.
méchans , que de contribuer
à l'établiffement . & à l'affermiffement
de la tirannie . Si le-
Roi étoit en état de renverſer
les projets de tous les Ufurpateurs
, je ne doute point que
l'amour de la juftice ne le por--
tât à leur faire à tous la guerre.
Ceux qui lui feroient un
crime d'employer ſes armes à
détruire les Tirans ne feroient
pas crus , & on les regarderoit
comme des gens attachez à
leur parti , qui ne parlant pasde
bonne foi , feroient perfuadez
du contraire de ce
qu'ils diroient. Les Avocats
qu'on permet aux criminels
de choifir pour les defendre ,
ce qui eft fur tout l'ufage de
l'Angleterre , n'ignorent pas le
crime de ceux dont ils foûtiennent
la caufe , quoi qu'ils fe
40 X. P. des Affaires
fervent de leur éloquence pour
l'affoiblir , & quelquefois même
pour tâcher de faire croire
qu'ils font innocens , à quoi
ils reuffiffent fouvent , en déguifant
le fait par des circonftances
qui lui donnent toute
une autre face, & qui le changent
entierement. Les Ecrivains
de Hollande , qui font
les Avocats du Prince d'Orange
, font la même chofe. Il
tâchent à trouver des couleurs
pour donner à fon ufurpation
un autre nom que celui de crime
; ils tournent fon entreprife
de cent façons differentes
afin qu'elle foit moins odieaſe ,
mais c'eft toûjours un Trône
ufurpé , puis qu'il n'a pû le
remplir fans en chaffer un Souverain
legitime , & un vol eft
toujours vol de quelque madu
Temps.
41
niere , & fur quelque perfonne
qu'il puiffe eftre fait. On eft
étonné de la fubtilité de femblables
criminels ; on admire
leur adreffe ; ils fervent d'entretien
au public , mais on ne
laiffe pas de punir leur crime.
Nous en avons des exemples
tout récens ; chacun en peut
faire la comparaifon , car je
reſpecte encore affez le fang
du Prince d'Orange pour ne
vouloir pas la faire moi- même.
Cependant elle paroit jufte
à tout le monde , & il n'y
a que la difference qui fe trouve
du petit au grand. Mais
pour achever de répondre à
ce qu'on dit qu'il fuffit au Roi
qu'il y ait un vfurpateur pour
lui declarer la guerre , ce Monarque
obligeroit tout le genre
humain , fi , fuppofé qu'il
42
X.
P.
des
Affaires
fuft affez puiffant pour cela ,
il le vouloit entreprendre . Les
Ufurpateurs font autant de
Monftres fur la terre , & il feroit
auffi glorieux au Roi de
l'en purger ; qu'il l'a efté à
Hercule de la delivrer des Bufiris
& des Gerions. Ainfi je
ne comprens pas par où l'on
pretend noircir Sa Majesté ,
& quel tort on croit lui faire
en difant qu'il n'y a aucun Ufurpateur
qui n'attire fon aver,
fion . On s'aveugle fort fouvent
, & on loüe fans y penfer
ceux dont on n'a eu intention
de parler que pour en dire du
mal ; mais il est bien mal - aifé
que cela n'arrive , quand celui
dont on pretend obfcurcir
la gloire , eft loüable par tant
d'endroits , qu'au lieu de defauts
on ne lui fçauroit trou
du Tems. 43
ver que des vertus . Si l'on n'eft
pas tout-à-fait ennemi de l'équité
, que pourroit- on imputer
au Roi pour avoir declaré
la guerre au Prince d'Orange,
comme à un Ufurpateur ?
Quoi que ce que l'on agite
dans le Confeil des Rois foit
fecret , ou du moins qu'il le
doive étre , rien n'eft plus connu
que ce qui fe fait dans le
Parlement de Londres. Ainfi
on n'y a pas plûtôt mis en deliberation
de declarer la guerre
à la France , que le Roi en
a été informé. Ce Monarque
n'ignoroit pas que ce qu'on
propofoit là - deffus dans ce Parlement
, n'étoit qu'une formalité
, & que la Maifon
d'Autriche n'avoit confenti
que le Prince d'Orange prit le
nom de Roi , qu'à condition
44 X. P. des Affaires
qu'il declareroit la guerre à la
France, fi -toft qu'il feroit monté
fur le Trône. On fçavoit
même qu'il avoit été refolu entre-
eux que l'Ufurpateur feroit
diverfes defcentes fur nos Côtes
, où il feroit joint par les
nouveaux Convertis , pendant
que de leur côté les Princes
Catholiques entreroient par
terre en France, & fatisferoient
leur jalousie aux dépens de la
Religion qu'ils profeffent. Ce
que je dis ne fçauroit étre nié;
ce font des faits fi conftans
que mille & mille Ecrits de
Hollande les ont imprudemment
publiez Aprés cela pourra
t'on blâmer le Roi d'avoir
declaré la guerre au Prince
d'Orange , d'avoir mis fa gloire
& fon Royaume à couvert
, des infultes dont il étoit mena-
,
du Tems. 45
cé , & de s'étre trouvé affez
toft prét pour prevenir ceux
qui ne fontunis que pour mettre
obſtacle à fa grandeur ? Je
ne dis pas qu'il n'euft pû declarer
la guerre au Prince d'Orange
, quand même cet Ufurpateur
n'auroit pas formé le
deffein de l'attaquer. Le Roy
que le Sang & l'amitié font
entrer avec juftice dans les intereſts
d'un Prince opprimé ,
fe trouve aujourd'hui le plus
puiffant Monarque de la terre
la paix regne dans la France ,
il eft les delices de fes Peuples ,
fes Finances font en bon état ,
il n'eft plus dans une regence,
traversée par des Rebelles ; il
peut tout ce qu'il voudra , &
comme il voudra toujours ce
qui fera jufte , on ne doit pas
s'étonner s'il cherche à remet46
X. P. des Affaires
tre fur le Trône un Roi traité
fi indignement par fes Sujets.
On lit encore dans le méme
Ouvrage l'Article qui fuit. Que
n'auroit- on point à dire fi les
motifs qu'on allegue contre le
Roi Guillaume , étoient de poids
& s'il étoit vrai que le cours
naturel de la fucceffion deuſt être
une regle inviolable , pour
la forme du gouvernement ?
mais fi ces motifs font infuffifans
contre la Loyfuperieure du
bien public , que n'a- t'on point
à dire enfaveur de la caufe du
Roi Guillaume contre celle du
Roi Iacques ?
Cet Article eft de ceux qu'on
ne comprend pas à la premiere
lecture , & dont il faut deviner
le fens. Quoi qu'on puiffe
interpreter celui- ci diffedu
Temps. 47
remment " il eft certain que
l'Auteur a pretendu juftifier
l'ufurpation du Prince d'Orange
, ou du moins continuer de
parler pour fa juftification . Que
n'auroit- on point à dire fi les
motifs qu'on allegue contre le
Roi Guillaume étoient de poids?
Je ne voy pas que ces paroles
fignifient rien. L'Auteur ne
doit point douter que ce qu'on
allegue contre l'ufurpation du
Prince d'Orange ne foit de
poids , & s'il ne croit pas qu'il
le foit , il eft obligé de faire
voir le contraire. Il n'eft point
queſtion de fçavoir s'il y a eu
des Ufurpateurs , & fi leur regne
a duré longtemps , mais
feulement s'il y a des cas qui
permettent d'ufurper une couronne
, & de dépoffeder un
Roi. Comme le contraire a
48 X. P. des Affaires
déja été prouvé , & que je ferai
indifpenfablement obligé
d'en parler encore , je pourfuis
fans m'étendre davantage làdeffus
. S'il étoit vrai que le
cours naturel de la fucceffion
deuft étre une regle inviolable
pour la forme du gouvernement.
Cet endroit me paroit fort obfcur
, & je ne fçaurois trouver
en quoi l'Auteur a pû pretendre
qu'il doit étre avantageux
.
au Prince d'Orange ; car enfin
, qu'importe à ce Prince ,
& au Roi d'Angleterre même,
que la fucceffion foit une regle
inviolable pour la forme du
gouvernement ? Pour moi , je
ne voi pas qu'elle puiffe , ni
qu'elle doive jamais l'étre pour
qui que ce foit. Tous les Sou
verains fuivent ordinairement
de certaines loix fondamentales
1
du
Temps.
49
les qui fe trouvent dans chaque
Etat , & du rete , chacun
gouverne felon fon genie . L'un
eft plus doux , l'autre eft plus
emporté ; l'un aime la guerre,
& a toujours les armes à la
main , l'autre fait fes delices de
la paix , & paffe tranquillement
fa vie. Le Magnifique
fait de la dépenfe , & l'Avare
amaffe des trefors . Ces ma nie .
res de vivre font differentes ,
& cependant les peuples n'y
fçauroient trouver à redire . La
même choſe arrive dans tous
les Etats . Les hommes font nez
avec differentes inclinations
qu'il leur eft impoffible de forcer
, & cela n'empêche pas
que les affaires n'aillent tou
jours leur train . Chaque Souverain
prend le timon de l'Etat
felon le cours naturel de la
C
so X. P. des Affaires
›
fucceffion , pour me fervir des
termes de l'Auteur mais ce
cours ne fait pas que la regle
de gouverner foit inviolable ;
pour continuer à me fervir de
fes paroles . On n'enfraint pas
toutes les regles qu'on n'oblerve
point , de même que nous
ne laiffons pas d'arriver au lieu
où nous nous fommes propofé
d'aller , quoi que nous prenions
des routes differentes
de celles que d'autres ont pri
fes, & que nous y allions à pas
comptez , lors qu'ils y ont été
en courant. Enfin l'un obtient
une choſe par priere , &l'autre
par merite, & c'est toujours
l'obtenir. L'Article finit avec
autant d'obfcurité qu'il a commencé
, puis qu'on y lit , mais
fi ces motifsfont infuffifans contre
les droits des Etats , & condu
Temps. 51
tre la loy Superieure du bien
public , que n'a- t'on point à di- .
re en faveur de la caufe du Roi
Guillaume contre celle du Roi
Jacques ?
Je laiffe à de plus habiles
que moi à déveloper cet Article
, mais quelque explication
que l'on y puiffe donner , il
eft tres- certain qu'il faut quel
que chofe de plus clair , & de
plus fenfible pour défendre une
méchante caufe , & faire va-
Eloir une ufurpation faite par
des voyes fi lâches & fi indignes
d'un homme, qui ne vou
droit méme conferver que les
apparences de l'honneur. Je
croi que la force de cet Article
confifte dans la Loi fuperieure
du bien public . On voit bien
qu'il y a quelque chofe de grad
là- dedans & qui impoſe beau-
Cij
52 X. P. des Affaires
coup , mais la queſtion eft de
fçavoir ce que c'eſt " que cette
Loy fuperieure du bien public ;
quelle eft fon origine, qui font
les Legiflateurs qui l'ont faite
en quoi elle confiſte , & quelles
peines encourent ceux qui
fe difpenfent de l'obferver . Je
croi que les Partifans du Prince
d'Orange n'ont rien à répondre
touchant cette Loi , finon
qu'elle eft de la façon de
ce Prince, qu'il lui a donné un
nom , qu'il l'a faite expreſſement
contre le Roi d'Angleterre
, qu'il a marqué la punition
à laquelle feroient fujets
ceux qui l'enfraindroient, qu'il
a accufé ce Monarque de l'avoir
violée , qu'il l'a declaré
coupable , & qu'il l'a puni en
le faifant defcendre du Trône
pour le mettre en fa place.
du Tems.
53
Ainfi il a efté le Legislateur, la
partie & l'executeur , aprês avoir
été le Juge , & avoir jugé
à fon profit , fans prendre
confeil que de fon ambition .
Pour l'abloudre de tant d'injuftices
& de tant de crimes ,
un Refugié François , forti du
Royaume fans qu'on l'en ait
chaffe , chagrin de ſa mauvaife
fortune dont le Roi eſt moins
cauſe que fon peu de conduite,
croit impofer à toute l'Europe
, quand il dit moins par
raifon, que pour fervir le Prince
d'Orange , dont on voit
bien qu'il attend de grands avantages
, que ce Prince eft autorifé
par la Loy Superieure du
bien public. Il eft conſtant que
les Souverains doivent en toutes
chofes regarder le bien public
, mais cela n'empêche pas
Ciij
54 X. P. des Affaires
qu'ils ne foient les maitres
d'agir là deffus comme ils le
trouvent à propos , fans en devoir
rendre compte à perfonne
, & fans que l'on foit en
droit de leur en demander aueun
, & fur tout un Etranger
qui le peut moins que tout au
tre. Le Peuple n'eſt pas capable
de connoitre ce qui lui doit
étre utile. On travaille bien
fouvent pour lui fans qu'il en
foit perfuadé ; il ne fuit que fes
caprices, & fe laiffe ordinairement
conduire par l'avis des
plus feditieux , de forte qu'il
n'y a point de Monarque qui
ne renonçât à la Couronne ,
s'il étoit obligé d'agir felon les
mouvemens de fon Peuple , &
point de Peuple qui avec le
temps ne fuft fort fâché que
fon Prince l'euft gouverné fedu
Tems. 55
lon fon dereglement , puis que
les uns & les autres en recevroient
du defavantage , & que
tout l'Etat feroit en confufion
& en defordre.
L'Auteur finit fon Ouvrage
#prefque par ces mots . Il dit en
parlant du Roi d'Angleterre.
Il s'eft retiré du Royaume pour
fe jetter entre les bras d'un Monarque
étranger , afin de pouvoirfoumettre
la Nationpar les
armes. Le Trône vacant a été·
remply d'un Prince qui eft le
premier du fang Royal , l'Epoux
de la plus prochaine Heritiere
, grand par fes qualitex
perfonnelles, & encore plus par
Les actions. Je ne fçai pas comment
un homme d'efprit peut
dire, pour blâmer le Roi d'Angleterre
, qu'il s'eft jetté entre
Les bras d'un Monarque étran-
C
c iiij
$6
X.
P.
des
Affaires
ger. L'Auteur nous auroit fait
plaifir de nous dire ce qu'il auroit
voulu que ce Roi euft fais.
Il doit convenir,pour peu qu'il
foit homme à fe rendre à la
raifon , que le Roi d'Angleterre
ne pouvoit demeurer au milieu
des traiftres qui environnoient
fa perfonne, & quefon
Ennemi avoit corrompus
. II
n'y avoit de feureté pour luy
dans aucune Province de fon
Etat. Ce même Ennemi avoit
des Emiffaires par tout ; il avoit
furpris la fidelité des Officiers
de fes Troupes , afin que fon
Armée devint un corps fans
ame ; il avoit couvert la mer
de Vaiffeaux pour venir envahir
fes Etats , & avoit fait
débarquer une groffe Armée
qui venoit au devant de lui ,
& l'Auteur trouve à redire à
1
1
du Tems.
57
cela que ce Prince ait paffé
dans un autre Royaume , &
dit, que le Monarque chez qui
il s'eſt retiré eſt étranger.Je ne
fçai quel crime il lui veut faire
de ce que ce Monarque eft
étranger , mais j'ignore où il
auroit pû en trouver un qui ne
le fuft point , tout Monarque ,
& tout Royaume étant étran
ger à l'égard d'un autre, quelque
voifins qu'ils puiffent étre.
C'est étre bien rempli d'une
bile noire que d'en répandre
jufques fur les choſes de cette
nature. Mais voions fi le Roi
d'Angleterre pouvoit faire un
meilleur choix que celui qu'il
fit alors pour fa retraite. Non
feulement le Roi de France eſt
aujourd'hui le plus puiffant
Prince de la Terre , & le feul
qui puſt donner au Roi d'An-
C v
5.8
X. P. des Affaires
gleterre , les grands fecours qui
lui étoient neceffaires , mais ils
font étroitement unis par le
Sang. Tous les autres Souverains
chez qui il euft pû ſe retirer
, étoient liguez avec le
Prince d'Orange ; ainfi il auroit
beaucoup rifqué en fe refugiant
chez eux , & il devoit
éviter fur tout de fe jetter entre
les bras de la Maifon d'Autriche.
Les fuites en étoient
douteufes & fort à craindre.
pour ce Monarque , qui en fe
retirant en France , n'a fait
que ce qu'il a pû , & qu'il a dû
faire. Il y pouvoit demeurer,
longtemps , mais l'Auteur ne.
fçauroit luy faire un crime du
peu de fejour qu'il y a fait, puis,
que dés que ce Monarque a
cru qu'une partie de l'Irlande:
lui étoit fidele,il a jugé ces Peudu
Temps. 59
·
ples dignes de l'honneur de fa
prefence, & quoi qu'il n'y euft
pas pour lui une feureté entiere
, il est allé fe confier à leur
zele , & expoſer fa vie pour les
empêcher de fubir le joug de
la tirannie. L'Auteur dit en
l'accufant dans ce que vous venez
de lire , qu'il s'eft retiré
chez un Monarque Etranger ,
afin de pouvoir foumettre la
Nation par les armes .
4
C'est
donc à dire fuivant cet Auteur
, qu'il doit étre deffendu
au Roi d'Angleterre de prendre
les armes pour rentrer dans
fes Etats, & que dés qu'il cherchera
à foumettre des Rebel .:
les , & à combattre les Troupes
que l'Ufurpateur a amenées
dans fon Royaume , on lui en
fera un crime , en difant qu'il
vent foumettre la Nation par
C vj
60
X. P. des Affaires
les armes. Il n'en veut point à
la Nation , il fçait que la plus
grande partie a été furpriſe &
forcée de reconnoitre le Prince
d'Orange pour Roi. Il n'en
veut qu'aux Traiftres qui ont
vendu la Nation en trahiſfant
leur Souverain legitime , &
qui font caufe qu'elle paroitra
criminelle à la pofterité. Ainfi
le Roi pourroit empêcher que
cette tache d'infamie ne s'étendit
plus loin , fi en puniffant
les Traiftres il donnoit
lieu à la Nation de fe repentir
, & de marquer l'ardeur
de fon zele pour fon
Prince , ce qui ne manquera
pas d'arriver , fi-toft que le
parti de l'Ufurpateur , qui s'affoiblit
tous les jours , aura achevé
de l'abandonner. L'Au-
Beur , aprés avoir parlé de la
...!
du
Temps.
61
,
retraite du Roi d'Angleterre
dit que le Trône vacant a esté
remply. Ceux qui ne fçauroient
point l'hiftoire de l'ufurpation
du Prince d'Orange , pour
roient croire lors qu'on parle
de la forte , que Sa Majesté
Britannique a eu tort de fe retirer
de les Etats , & que puis
qu'Elle avoit laiffé fon Trône
vacant il falloit neceffairement
le remplir ; mais comme
toutes les Nations font informées
du contraire , il faut il faut que
l'Auteur croye parler au Habitans
d'un autre Monde , lors
qu'il tient un pareil langage.
Je ne répondrai point au refte
de l'article , où pour autorifer
l'ufurpation,on dit que le Prince
d'Orange eft lepremier Prince
du Sang Royal , & l'Epoux
de la plus prochaine Heritiere.
62
X. P. des Affaires.
•
Je me fuis déja expliqué làdeffus
; mais quand l'Auteur
dit, que ce Prince eft grand par
fes qualitez perfonnelles , &
plus grand encore par fes actios,
il faut qu'il ait des lumieres
que toute la terre n'a pas. Perfonne
n'ignore que le Prince
d'Orange ne s'est jamais diftingué
par aucune action d'éclat
, fi ce n'eft qu'on veuille
mettre en ce rag tout ce qu'il a
fait de temeraire . Ainfi l'on
peut
dire qu'on lui fera grace lors
qu'on ne parlera point de fes
qualitez perfonnelles.
J'ay remis jufqu'à la fin de
cette réponſe , à vous parler
d'un Article , qui fait la plus
grande partie de l'Ouvrage
que je viens de refuter . Il y eft
inferé d'une maniere qui fair
voir que l'Auteur pretend qu'il
du
Temps.
63
ait rapport à toutes les parties ,
& qu'il donne de la force à
tous les autres Articles , & les
faffe même valoir , quand bien
ils feroient defectueux. C'eſt
par là qu'il croit prouver que
l'ufurpation du Prince dorange
fe peut foûtenir , & ne
fçauroit manquer d'eftre jufte
, le refte n'étant que des dépendances.
Je ne doute point
que vous ne vous imaginiez
que pour marquer la justice
de l'invafion faite par le Prince
d'Orange , l'Auteur rapporte
un grand nombre de fujets
de plaintes du Peuple d'Angleterre
contre le Roy , & qu'il
s'étend fur les droits & le pouvoir
pretendu de ces Peuples.
pour le détrôner , & pour en
choifir un autre en fa place ,.
mais ce n'eſt rien moins que
64 X. P. des Affaires
cela ; il ne fait qu'un dénombrement
de plufieurs Ufurpateurs
qui ont regné en differens
fiecles. Pour moi , je ne sçaurois
concevoir par où il a pretendu
qu'il foit poffible de rien
conclure de là qui foit avantageux
au Prince d'Orange , &
que ce dénombrement puiffe
aboutir à autre chofe , qu'à
faire mettre le nom de ce Prince
au bas de la lifte pour la
groffir . Je ne vous envoye pas
cet article , parce que je n'y
veux point répondre en détail.
Qu'importe au Public &
au Roi d'Angleterre qu'il y ait
eu des Vfurpateurs ? Tout le
monde conviendra avec l'Aureur
, qu'il y en a eu mille fois
plus qu'il n'en nomme , & que
leurs noms fuffiroient pour remplir
degros Volumes, mais per..
du Tems. 65
J
fonne ne demeurera d'accord
pour cela qu'il y ait plus de juftice
à détrôner un Roi qu'à
voler un Particulier. L'Auteur
affecte de faire voir qu'il y a
eu des Ufurpateurs en France,
& dit en même temps , que
l'hiftoire n'a laiffé que des monamens
douteux d'un temps fi
éloigné ; de forte que fi je voulois
répondre à cet article , il
me faudroit employer beaucoup
de temps en recherches
& en lectures pour démêler fi
tous les Vfurpateurs qu'il nomme
ont merité qu'on leur ait
donné ce nom. C'eſt une peine
que je prendrois volontiers
pour vous éclaircir fur ce qu'il
avance , fi le fait dont il s'agit
étoit de fçavoir s'il y a eu des
Vfurpateurs ; mais foit que
ceux que l'Hiftoire remarque
66
X. P. des Affaires
l'ayent été , ou qu'on les en
accufe injuftement, le nombre
en peut eftre grand , fans qu'on
puiffe en rien conclure pour
juftifier le Prince d'Orange.
Au contraire , ce nombre ne
fert qu'à faire connoitre que la
terre a eu beaucoup de ces criminels
qui pour s'étre couronnez
, n'en ont pas été moins
coupables. Ainfi cela ne decide
rien dans l'affaire dont il
s'agit . D'ailleurs , les circonftances
changent les faits , &
fi c'étoit ici le lieu de faire des
difcuffions hiftoriques fur les
pretendus Vfurpateurs dont il
parle , on trouveroit peut- être
leurs crimes ne font pas que
fi grands que l'Auteur le veut
perfuader. J'avoue que je ne
comprens pas quel but il a pû
avoir lors qu'il a fait ce dédu
Temps. 67
nombrement , ni en quoi il a
cru juftifier par là l'invafion
du Prince d'Orange , puis que
loin de l'avoir fait , il montre
d'une maniere qui empêche
qu'on n'en doute , qu'il eft fortement
perfuadé , qu'il doit étre
mis au nombre des Vfurpateurs.
S'il ne croyoit pas
qu'on ne lui fçauroit donner
un autre nom , il n'auroit pas
pris le foin de chercher des
exemples pour juftifier fon ufurpation
, étant abfolument
impoffible qu'il les air cherchez
& citez qu'à ce deffein . Ainfi
il a travailléà prouver , ce qu'il
devoit nier pour fervir le Prinee
d'Orange , & à le mettre au
rang des fameux Coupables
lors qu'il devoit employer tous
fes raifonnemens à faire voir
que c'eft injuftement qu'on l'y
68 X. P. des Affaires
met Peut-on conclure qu'un
Vfurpateur ne foit point coupable
; parce qu'il y a eu plufieurs
autres Vfurpateurs avant
lui Il faut de neceffité
que l'Auteur tire cette confequence
de ce dénombrement ,
puis que c'eft la feule qui en
puiffe refulter. S'il n'avoit pas
cru que le Public feroit de fon
fentiment , il n'auroir pas cherché
avec tant de foin les noms
de tous ceux qui ont ufurpé
une Couronne ; mais le Public
ne fe laiffe pas tromper fi
facilement que l'on s'imagine.
A le regarder dans le détail
il est composé de quantité d'ignorans
, mais en Corps c'eſt
rarement qu'il s'abufe , & fes
jugemens font prefque toûjours
remplis d'équité . Il voit bien
que dans l'affaire du Prince
>
du Tems. 69
1
d'Orange , ce n'eft pas la juftice
de fa caufe qui oblige à
la défendre , & qu'il n'y en a
jamais eu aucune qui ait paru
fi vifiblement injufte dans toutes
fés circonstances , parce
qu'il y en a une infinité qui a
gravent l'attentat , mais les Proteftans
ont leurs raifons pour le
foûtenir & méme pour le louer,
& on ne doit pas étre furpris
que la plufpart étant complices
de l'invafion , ils prennent
fi hautement fon parti . Ils en
ufent comme ceux qui chercheroient
des raisons pour
fendre un homme faifi d'un
vol, parce qu'il auroit volé leur
Ennemi , & qui diroient pourle
juftifier que d'autres ayant
volé avant lui , il ne devroit
point paffer pour coupable.
L'exemple d'un crime ne peut
dê70
X. P. des Affaires
jamais fervir d'excuſe à un autre.
Si une injuftice , une trahifon
commife , autorifoient à
trahir ou à étre injufte , il y a
fi long- temps qu'on a commencé
à faire des crimes , qu'il
ne ſe trouveroit prefentement
aucun homme qui n'en fuft
noirci. La juftice feroit meprifée
, on ne voudroit reconnoitre
aucunes Loix , & on verroit
le plus foible languir fous
l'oppreffion du plus puiffant.
Il y a une chofe dans cet article
qu'on trouvera furprenante
, lors qu'on y fera toute
l'attention qu'elle merite- Jamais
homme n'a eu tant de
vanité que l'Auteur , ou ne s'eſt
trompé fi groffierement , s'il a
cru que dans une affaire qui
ne peut eftre decidée que par
les paroles de l'Ecriture , par
du Tems. 71
la bouche de Dieu , & par celle
des Apoftres , fes raiſonnemens
, ou plûtôt des raifonnemens
humains , qui que ce
foit qui les faffe , deuffent étre
de quelque poids pour perfuader
ce qu'il avance . Il fe perfuade
qu'en ne parlant point
de mille & mille paffages qui
font tous formellement contre
le Prince d'Orange , quand
méme ce qu'on impute au Roi
d'Angleterre feroit aufli vrai
qu'il eft faux , le Public fera
affez ignorant pour ne pas fçavoir
ces paffages , & que perfonne
ne peut détrôner les
Oingts du Seigneur , parce
qu'ils tiennent la Couronne
de lui feul. Je ne doute point
que l'Auteur ne le fçache , &
qu'ils n'en foit convaincu . Le
moyen qu'il ignorât des faits
72
X. P. des
Affaires
fi conftans , fi connus , & fi generalement
reçûs ? Mais quand
il fçait qu'il n'a pas lieu d'en
douter , & que toutes les paroles
de Dieu font des articles
de foi , il a tort de croire qu'en
les paffant fous filence , il perfuadera
le contraire par fes
raifonnemens. Il y a en cela
une vanité , ou une ignorance
qu'on ne sçauroit excufer dans
un homme à qui il femble
qu'il ne manque rien que d'efre
dans le bon parti.On trouvera
prefque dans toutes mes
Lettres fur cette matiere , de
ces paffages de l'Ecriture que
je ne rapporte point icy , de
de tomber dans des repepeur
titions ; mais comme l'Auteur
eft Proteftant , & qu'il croira
peut - étre Calvin plus que tous
les Saints qui fe font expliquez
fur
du Tems. 73
fur ce fujet , il trouvera dans
la page 263. de la huitiéme
Partie des Affaires du Temps
& dans les fuivantes ce que
Calvin a dit là- deffus , en fon
Livre des Inftitutions & enfon
Commentaire fur Daniel.Il verra
auffi ce que Pierre Martir a
dit , & plufieurs autres articles
touchant cette matiere , qui
font voir que les Loix humaines
& divines font en cette occafion
entierement en faveur
des Rois, & contraires en tout
à fes faux raiſonnemens .
Il n'i a peut-être point eu de
matiere depuis plufieurs fiecles
, qui ait été plus agitée
que celle de l'ufurpation de la
Couronne d'Angleterre faite
par le Prince d'Orange , & il
s'en faut beaucoup qu'on n'ait
autant écrit du Temps qu'on
D
74 X. P. des Affaires
fit le procés à Charles I. & que
Cromvvel monta fur le Trône
fans porter de Couronne .
Ce n'eft pas que cet évenement
n'euft quelque chofe encore
de plus particulier que ce
que nous voyons aujourd'hui .
L'Angleterre fembloit alors
feule intereffée à ce qui ſe paſfoit
chez elle ; & les Etrangers
ne s'en méloient point , &
Cromvvel étoit de la Nation ,
au lieu que le Prince d'Orange
, quoi que du Sang Royal ,
ne laiffe pas de paffer pour étranger
, puis qu'il avoit fuccedé
au Rang & aux Charges
de fon Pere & de fon Ayeul
dans un autre Etat , & qu'il
eft entré en Angleterre avec
une armée d'Etrangers . D'ailleurs
, une infinité de Proteftans
de ceux qu'on nomme
du Tems. 75
Presbyteriens dans ce Royaume
, fe font joints à lui , ou ſe
font mis dans fes interefts , &
ces Proteftans animez contre
la France, pour ce qui les regarde
en leur particulier , ont
crû qu'ils ne pouvoient la chagriner
davantage , qu'en donnant
des louanges exceffives au
Prince d'Orange , qui dés qu'il
a vû que la moderation du Roi
ne pouvoit fouffrir que pour
fatisfaire fon ambition il fift
couler du farg dans toute
l'Europe , s'en eft declaré l'ennemi
mortel. Ces mêmes Pioteftans
ont cherché en même
temps des couleurs pour mettre
dans un beau jour le plus noir
des attentats , c'est à dire l'ufurpation
, & ils ont fupposé
que les Peuples , & fur tout en
Angleterre, ont des Privileges
Dij
76
X. P. des Affaires
dont on n'a jamais oui parler
que dans leurs écrits. Comme
j'ai répondu à plufieurs, & que
je fuis le feul en France qui ai
tâché jufqu'ici d'en faire con
noitre les fauffetez , j'ai lu pref
que tout ce qui pouvoit regarder
cette matiere . J'ai ramaffé
beaucoup de paffages , que
j'ai déja citez , & j'ai fait plufieurs
recherches dont vous avez
vû une grande partie dans
mes neuf premieres Lettres fur
les Affaires du Temps . Il m'en
refte encore quelques - unes
que vous ferez bien aile de
trouver ici, Comme ce font des
Fragmens tirez de divers endroits
de plufieurs Livres , vous
ne devez pas vous étonner s'il
n'y a point de commencement.
Je le fupprime pour ne rapporter
que ce qui eft pofitif. La
du
Temps.
que
plufpart de ces Fragmens dilent
beaucoup , & on lit prefdans
tous la condamnation
du Prince d'Orange,& du pretendu
Parlement d'Angleterre.
Voici le premier .
Dire
que le Peuple a donné
la Puiffance au Roi , c'eft s'imaginer
ce qui ne fut jamais.
Même aux Royaumes Electifs
Te Peuple ne donne point au Roi
fon autorité, car il ne peut don
ner ce qu'il n'a point ,feulement
il défere on obeiffance à Henry
ou à Charles , mais ce Prince étant
éleu , reçoit fon autorité
de Dieu comme du principe d'où
tout pouvoir decoule . L'Ecriturey
eft expreffe. Pro 8. 15. par
lui regnent les Rois , & Rom.
13. 1. Il n'y a point de puissance
finon de par lui , nul ne lug
peut ôter cette puissance que
D iij
78
X. P. des Affaires
Dieu qui la lui a donnée .
pour
Ce n'est pas à nous à raifonner
aprés cela , & l'Auteur
dont je vous parlois tout à
l'heure doit fe taire , puis qu'il
n'a point d'autres raiſons
prouver que l'ufurpation du
Prince d'Orange eft jufte, que
parce qu'il y a eu des Ufurpateurs
avant lui . S'il trouve fa
condamnation dans l'Article
que vous venez de lire il
la trouvera encore bien plus
expreffe dans ceux que vous
allez voir .
>
Ce ChefSouverain eft revetu
par la bonté & permiffion du
Dieu tout-puiffant , de pleniere,
toute & entierepuiſſance, prééminance
, & autorité, prerogative
& jurifdiction , pour rendre
juftice & determinationfinale
en toutes causes , à toutes
du Tems. 79
fortes de Sujets dans ce Royanme
, & plufieurs Loix & Ordonnances
ont été faites par les
Parlemens precedens pour la
feure & entiere confervation
de la prerogative & prééminence
de cette Couronne .
Je paffe à un autre Article
beaucoup plus important , &
bien digne de voſtre attention
.
Ainfi la Femme choifit fon
Mary , & lui prefte ferment
d'obeiffance en fe mariant, mais
ce n'eft pas elle qui lui donne
fon autorité , cela lui vient de
plus haut & ily a autant d'ab-
Surdité à dire le Peuple peut
depofer le Roy , parce qu'il l'a
éleu, que d'affirmer que la Femmepeut
chafferfon Mary, oufe
l'affujettir quand elle le jugera
expedient parce qu'elle l'a choique
D iiij
80
X. P. des Affaires
fi , car la Femme perd la liberté
de fon choix par le næud du
mariage , & le Peuple femblablement
perd la liberté de revoquerfon
choix quand le Prince
élen eft declaré Roi . C'est une
étrange confequence de dire que
le Peuple peut ôter au Roi fon
autorité , parce qu'il lui ajuré
obeiffance , car l'élection n'est
autre chofe , & c'est une ra fon
qui fe renverfe elle-même de
que le Peuple peut ôter au
Roifon autorité , puis qu'il la
lui a donnée : car pofez qu'il
fuft vray que le Peuple donne
autorité au Roi qu'il élit , puifque
le Peuple donne fon autorité
, elle n'eft plus à lui. Cette
maxime étant une fois admife,
qu'il est loifible à chacun de reprendre
ce qu'il a donné , romproit
les Loix de la focieté , &
dire
du Tems. 8 I
rempliroit le monde d'injustice
& de confufion. Que nos Ennemis
fcachent que quand l'autorité
du Roi n'auroit commencé
que par le ferment de fidelité
que ce Parlement fit en Corps
au commencement de leur Séance,
le Corps de l'Etat a fait par
là un don irrevocable de fon obeiffance
au Roi ; & que
de ce
ferment nous tirons une meilleure
confequence que la leur , à
Scavoir qu'ils ne peuvent plus
difpofer de leur obeiffance à Sa
Majefté , puis qu'ils la lui ont
donnée. Puis , quand leurs raifonsferoient
bonnes , elles n'ont
lieu qu'aux Royaumes électifs .
& ne font rien contre le Roi
Charles , car ni lui ni aucun
des Rois fes Anceftres par tant
de Siecles , n'eft parvenu à la
Couronne par élection .
>
D v
82
X. P. des Affaires
Le Parlement dont il eft
parlé dans cet article , eft celui
qui étoit affemblé du temps
de la revolution , qui arriva avant
la mort de Charles I. &
qui lui couta la vie . Pendant
ce defordre , le Peuple & le
Parlement difoient la même
chofe qu'aujourd'hui , ils avoient
les droits imaginaires dont
ils fe flatent encore. Aprés la
mort de Cromvvel , ils reconnurent
leurs fautes , fe déclarerent
coupables , & cafferent
tout ce qu'ils avoient fait con
tre leur legitime Souverain , &
on leur verra bientoft faire la
même chofe , lors que le Prince
d'Orange aura êté obligé
de fortir d'un Trône qu'il
remplit injuftement. Voyons
fi les articles fuivans font auffi
peu avantageux aux Peuples.
d'Angleterre..
du Tems. 83
"
نم
Aux fermens des Rois de
France & d'Angleterre à leur
Sacre , il n'y a aucune image
deftipulation entre eux & leurs
Sujets ; ils ne reçoivent la Couronne
à aucune condition
leurs Peuples leur doivent obeiffancefoit
qu'ils gardent ou violent
leurs promeffes Ce ferment
eft une coutume loüable & utile.
pour appuyer l'autorité du Prince
de l'amour de fes Sujets , &
pour donner aux peuples cette
Satisfaction , que le Roi que
Dieu leur a donné , a intention
de les gouverner avecjustice &
clemence, & de preferver leurs
droits & libertez. Si le Roi par
fonferment s'obligeoit à déchoir
de fon Royaume quand il violeroit
fes promeffes , il feroit
moindre aprés fon ferment
qu'auparavant. Que fi les Rois
D vj
$4 X. P. des Affaires
>
eftim oient diminuer leur proprieté
par leur ferment , ils ne
le prendroient jamais , & pour
montrer que leur autorité ne
dépend pas de leur ferment
mais leurferment de leur autorité
, les Rois d'Angleterre le
forment à leur plaifir. A peine
s'en trouvera - t-il trois qui
aient pris même forme de ferment
fans y rien changer. Celle
qu'on prefenta à Henry VIII.
fe voit dans les Archives , corrigée
defa main , & écrite en.
tre les lignes. Et puis , le ferment
fe fait à Dieu
peuple , & oblige la confcience
du Prince , mais ne limite pas
fa Souveraineté. Si c'étoit l'intention
de cette folemnité de
ftipuler avec le Peuple , le Peuple
feroit un ferment reciproque
à la méme heure ; en une
>
non au
du Tems. 85
paction de telle importance il
Se paßeroit quelque Contrat public,
chofes qui ne fe pratiquent
pas.
Rien n'eft plus fort que cet
article , & ne détruit davanta
ge tout ce qu'on a dit du pretendu
contrat du Roi avec le
Peuple.L'article fuivant eft encore
fur la méme matiere .
ن م
Si les Anglois font fujets an
Roi en detail , ne le feroientils
pas en gros ? Eftant nez Sujets
auront - ils le pouvoir de
donner la Souveraineté à leurs
Deputez , c'est à dire , de leur
donner ce qu'ils n'ont pas ,
veu qu'ils ne peuvent s'affembler
en un corps d'Etatfans le
Brevet du Roi , ce Brevet du
Roi les rendra- t- il Souverains
par deffus le Roi ? Le ſtile du
Brevet les appelle ad conful86
X. P. des Affaires
tandum de quibufdam arduis .
A confulter avec lui de quelques
affaires difficiles , & non à
le maistrifer & à difpofer de
fon autorité ; & puis qu ils appellent
cette grande Cour . le
Corps reprefentatif des Sujets,
il faut qu'ils foient Sujets , autrement
ils ne reprefenteront .
pas ceux qui les envoient , &
ce que le Roi leur accordera fera
octroyé à fes Souverains
mais fes Sujets n'en recevront
aucun benefice. Qui examinera
cette propofition , que le Souverain
gift au Corps reprefentatif
des Sujets , trouvera qu'el.
le eft pleine de contradictions ,
Se détruit elle- même. On ne
peut apporter de probable raifon
( dit Bodin de Rep. lib. r .
cap. 8. ) que les sujets doivent
commander à leurs Princes , ou4
du Tems. 87
que l'Affemblée des Etats doive
avoir aucune autorité , fi ce
n'eft dans le temps que le Prince
eft en bas âge , ou hors du
fens , ou captif. Alors les Etats
Ini peuvent députer un, Regent,
ou Lieutenant ; autrement fi
les Rois étoient fujets aux Loix
des Etats & commandemens du
Peuple , leur pouvoir feroit nul ,
& le titre de Roi feroit un nom
fans chofe. Encore fous un tel
Prince , la Republique ne feroit
pas gouvernée par le Peuple ,
mais par quelque peu de perfonnes
égales en leur fuffrages, qui
feroient des Loix & des Edits ,
non par l'autorité du Roi, mais
par la leur propre , qui cependant
viendroient lui prefenter
humblement des requestes chacun
à parfoi , & tous en Corps ,
& feroient femblant de luipré88
X. P. des Affaires
ter foi obeisance , chofes
auffi ridicules qu'il eft poffible
d'imaginer.
Des raisonnemens fi forts ,
& remplis d'autoritez inconteftables
, font fans doute bien
plus de plaifir à lire , que tout
le verbiage des écrits de Hollande
, qui avancent mille
faufferez , & qui ne prouvent
rien. On n'y voit que
des emportemens
, & des injures vomies
contre la France. Le
Prince d'Orange y eft dépeint
par tout comme le Heros du
Siecle , & jamais on n'a tant
veu de crimes fi lâchement ,
& fi hardiment couronnez . Ce
qui fuit regarde encore les
• droits des Rois d'Angleterre
.
Entre les Privileges des Anglois
, ces trois font les princidu
Temps.
89
paux , que le Roi ne fera aucune
Loi fans le confentement de
fes Etats ; que nulle Loi faite
en Parlement ne fera revoquée
finon en Parlement , & que le
Roi ne fera aucune levée de
deniers , outre fes revenus ordinaires
,fans la concurrence
des deux Chambres . Aux intervales
des Parlemens, le Roifait
des Edits felon fon pouvoir Souverain.
Si ces Edits femblent
onereux aux Sujets , ou deroeans
à leurs Loix & à leurs
Privileges , ils le lui repreſentent
humblement au prochain
Parlement , & le Roi les enfoulage
quand on lui fait paroiftre
que les plaintes font juftes ;
car defaire paffer leurs Requeftes
en Actes fans le bon plaifir
du Roi, ils ne le peuvent, ny
Roi faire auffi de nouveaux Ale
୨୦ X. P. des Affaires
Etes en Parlement fans qu'ils y
confentent. Cependant le Roi
ne les rend pas participans de
fon autorité; mais en les affemblant
en Parlement , il les rend
capables de limiter fon autorité
aux cas qui appartiennent à
leur connoiffance ; car il y aplufieurs
cas dont ils ne fe doivent
point méler du tout , comme le
point de la Milice , & de peur
qu'ils n'oublient que ce pouvoir
même de limiter le Roi leur
vient de l'autorité du Roi , il
le leur ofte quand il lui plaift ,
car en rompant leur affemblée,
il retire à foi l'autorité qu'il
leur avoit donnée de limiter la
fienne. S'ils étendent leur Privilege
par- delà le bon plaifir
du Roi, il eft au pouvoir du Roi
de le diffoudre , & aprés la parole
du Roi qui les décharge &
du
Temps .
91
les
renvoye , il n'est point en
leur pouvoir
de feoir ni d'opiner
une minute
. D'où
Bodin
,
homme
verfé en la Nature
des
Etats
de la Chreftienté
, conclud
pour
l'autorité
unique
du
Roi d'Angleterre
. De Repub
.
lib. 1. cap . 8. Les Etats d'Angleterre
, dit - il , ne peuvent
étre
appellez
ni renvoyez
que
par l'Edit du Prince
, non plus
qu'en
France
& en Espagne
,
ce qui prouve
fuffisamment
que ces Affemblées
n'ont
aucun
pouvoir
de commander
ni de deffendre
, & ilfe moque
de l'ignorance
de Belluga
, qui
dit , que les Etats
d'Arragon
fontpar deffus
l'autorité
du Roi,
& neanmoins
confeffe
que les
Etats ne peuvět
s'affembler
fans
le Roi , ni fe feparer
fans lui.
Illud novum
& planè
abfur92
X. P. des Affaires
dum. Cela , dit - il , eft une nouvelle
Doctrine
abfurdité.
une grande
Les Ennemis du Roi d'Angleterre
ne peuvent étre mieux
confondus que par là , car je
ne croi pas qu'ils y puiffent rien
repliquer
, non plus qu'à ce que
vous allez lire.
Les deux Chambres en tous
leurs Actes legislatifs reconnoiffent
le Roi leur vray &feul
Souverain. La Cour des Pairs
feule peut renverser le jugement
des Cours de Iuftice , mais non
le fienpropre , fans le confentement
du Roi & de la Chambre
des Communes. Celle des Communes
n'est pas une Cour de Iudicature,
n'ayant pas feulement
le pouvoir d'adminiſtrer un ferment
ni de mettre à l'amende
ni d'emprisonner, finon ceux de
•
•
du Tems. 93
leur Corps. Ces deux ne peuvent
à part ni ensemble faire aucune
Loi , mais quand elles veulent
établir quelque chofe, elles
prefentent conjointement un
cahier au Roi , en forme de requefte.
Si le Roy s'y accorde , le
Garde des Sceaux répond pour
le Roi ce mot en François , Le
Roi le veut ; & alors ilse fait
un Acte. Si le Roi le refufe , la
réponse eft , Le Roy s'avifera ,
& l'affaire ne paffe pas plus
loin. Avant le confentement
Royal , la propofition des deux
Chambres couchéefur le cahier,
eft pareille à ce que les Romains
appelloient Rogatio; mais quad
le Roi s'y accorde , on la peut
nommer Lex . En effet , ce n'est
qu'une requeste avant que le
plaifir du Roi la faffe paffer en
Loi. C'estpourquoi les Iurifcon94
X. P. des Affaires
fultes Anglois appellent le Roi .
La vie de la Loi , parce qu'encore
que le Roi en Parlement ne
puiffefaire aucune Loi fans la
concurrence des deux Chambres,
cependant c'est fon autoritéfeule
qui leur donne la vigueur &
le nom de Loi , tant s'en faut
qu'il y ait aucune autorité legale
en leurs commandemens·
fans le vouloir du Roi , que le
Droit coutumier ne leur donne
pas même de nom, & n'enprend
Aucune connoiffance.
Cet article eſt encore tiré
d'un Livre qui fut fait du
temps du dernier Parlement tenu
fous Charles I. Vous pouvez
voir par celui qui fuit ce
que c'eft que ce Corps.
Par le Parlement on entend
quelquefois l'une des chambres,
quelquefois toutes deux , quelquefois
le Roi , & les deux
du
Temps.
95
Chambres enfemble. C'est ainsi
qu'on l'entend quand on parle
de la Cour Souveraine du Parlement
, & des Actes de Parlement
, car le Roi eft eftimé le
premier des trois Etats , fans
qui les deux autres ne peuvent
rien conclure legitimement, à
cause que toute fon autorité eft
dérivée de lui , non feulement
pour une fois , mais par une
continuelle influence , qui étant
interrompuë , leur pouvoir ceffe
neceffairement. Ces trois enfemble
ont le pouvoir d'interpreter
les Loix , de les revoquer , &
d'en faire d'autres. La proprement
gift l'oracle des Loix. Vn
Auteur judicieux appelle l'union
des Trois Etats , Le facré
trepié d'où les Oracles de la
Loi font prononcez , Quand
l'un des trois eft feparé du re96
X.
P.
des
Affaires
fte , les deux autres font boiteux
& chancelans , & nepeuvent
fervir de fondement ferme
pour la feureté de l'Etat
& la fatisfaction de la confcience
des Sujets.
Si le Parlement ne peut rien
fans le Roi , comme vous venez
de voir dans cet article, &
comme vous avez deû le remarquer
dans plufieurs autres,
celui qui s'eft affemblé dépuis
que le Roi d'Angleterre eft venu
en France , ne peut cftre
legitime. Ainfi tous les actes
qu'il a paffez , & ceux qu'il
paffe encore tous les jours font
nuls , le Prince d'Orange ne
pouvant leur donner de force,
puis qu'il n'y a point eu de Parlement
legitimement affemblé,
qui ait pu le nommer Roi ; que
quand méme le Parlement auroit
du Tems. 97
roit été legitime , la Couronne
d'Angleterre n'eft pas élective
, & que quand elle le feroit
, elle n'étoit pas vacante .
Il y a plus encore , & vous avez
veu en cent endroits que je
vous ai rapportez , que felon
les Loix divines & humaines ,
le Peuple ne peut depoffeder
un Roi & en mettre un autre
en fa place, pour quelque caufe
que ce puiffe eftre. Vous
pourrez encore tirer des deux
articles fuivans des confequences
de ce que je viens de vous
dire.
Le Parlement tenu l'an 14.
du regne de Henry VIII parle
ainfi cap. 12. Par diverfes
anciennes & authentiques Hiftoires
& Chroniques , il eft
manifeftement declaré que ce
Royaume d'Angleterre est un
E
ม น
98
X. P. des Affaires
Empire , & pour tel a été reconnu
au monde , gouverné par
un Chef fouverain , ayant la
dignité & royale grandeur de
la Couronne Imperiale , auquel
un Corps politique , composé
de toutes fortes & de tous
degrez de perfonnes , tant Ecclefiaftiques
que Seculiers , eft
obligé de rendre aprés Dieu naturelle
obeiffance. Si le Corps
Politique lui eft naturellement
affujetti, comme àfon Chef, c'eft
contre nature qu'ilfoit affujetti
au Corps Politique.
Voici l'autre article .
La preface ordinaire des Statuts
exprime naifvement lanature
des Trois - Etats . Le Roi ,
par l'avis & confentement des
Prelats , Comtes & Barons , &
à l'inflance & requeſte de la
Communauté a ordonné , & c.
THEQUE
7༣
DE
LA
LYON
18030
"
du Tems. 99
car c'est le Roi feul proprement·
qui ordonne ; les Pairs , comme
Confeillers avifent & confentent
, la Communauté comme
Suppliante requiert & follicite.
Je croi avoir fait entrer dans
mes dix Lettres fur les Affaires
du Temps , prefque tout ce qui
a jamais été écrit fur le pouvoir
des Rois & des Peuples ,
& tout ce que les Legiflateurs
en ont dit. Tout cela fert d'autant
plus à faire voir que le
Parlement aujourd'hui affemblé
en Angleterre eft illegitime
, & que tous les actes qu'il
paffe font nuls , qu'il n'a donné
aucunes raifons valables
de ce qu'il á dit contre le Roi,
ni cité aucunes Loix , s'étant
contenté de dire fans fe met- .
tre en devoir d'en donner au-
E
TRAVE
LYON
* /893
DELA
100 X. P. des Affaires
>
cunes preuves, que le Roi avoit
violé le Contrat original qui
eft entre lui & fon Peuple , &
qu'ayant renoncé au Gouvernement
en fe retirant , le Trône étoit
devenu vacant , J'ai répondu
amplement à tout cela
dans ma cinquième Lettre
ainfi je ne le repete point. Je
vous dirai feulement que les
extraits que je viens de rapporter
, confirment les raiſonnemens
que j'ai faits , & que
le mot d'Original joint à celui
de Contrat , ne fignifie rien . Il
fembleroit par là qu'il y auroit
plus d'un Contrat , quoi
qu'il n'i en ait point du tout,
On fait dans la fuite un crime
au Roi d'avoir fufpendu l'execution
des Loix penales . Voici
de quelle maniere un tres habile
homme de ce fiecle à rédu
Tems. 101
là
pondu à cette accufation.
Le Roi a fufpendu l'execution
des Loixpenales, non feulement
A l'égard des Catholiques , mais
auffi à l'égard de tous les autres
, Non- Conformistes , Presbiteriens
, Bruniftes , Anabaptiftes
, Quakers , Indépendans
& autres femblables Sectaires,
ce qui fait affez voir que fa
pensée a été d'établir
par
dans fes trois Royaumes une
grande tranquilité , en ôtant
à fes Sujets toute occafion de fe
perfecuter les uns les autres
pour caufe de Religion, & il en
a êté remercie par tant d'Adreffes
qu'on ne peut douter
qu'une grande partie de fon
peuple n'ait fort approuvé ce
deffein. Y a- t'il done rien de
plus injufte , de plus déraifonnable
& de plus_digne d'un
E iij
102 X. P. des Affaires
homme qui fe moque de la Religion
, & n'a en vuë que fes
interefts , que ce que fait en
cette rencontre Guillaume Hende
Naffau ? ry
A l'égard des mefmes Loix
penales , il fait de terribles reproches
au Roi fon Beau pere
de ce qu'il les a fufpendues en
faveur des Catholiques , & il
ne lui en fait aucun de ce qu'il
Les a auffi fufpendues à l'égard
des Presbiteriens & des autres
Sectaires , comme s'ilfe pouvoit
faire qu'il eust passé fon pouvoir
en l'un, & qu'il ne l'euft
pas paffé en l'autre. Bien loin
de le blâmer de ce qu'il afait
pour les Sectaires en leur permettant
le libre exercice de
leur Religion , il tâche feulement
de rendre fa liberalité
fufpecte en leur faifant entendu
Tems. 103
dre par une tres grande malice
qu'ils ont tout fujet de craindre
qu'il ne leur revoque un jour
qu'il leur accorde prefentement.
Il regarde donc la liberté
de confcience accordée par le
Roi à tous les Non- conformi
ftes Proteftans comme une bonne
chofe que le Roi feroit mal
de revoquer
, & cette même liberté
donnée aux Catholiques
comme une mauvaise chofe qu'il
n'a pû ni dû leur accorder.
Pourroit - il donner de plus
grandes marques qu'il ne porte
des jugemens fi contraires & fi
déraisonnables de ce qui regarde
les mêmes Loix , que par une
paffion aveugle qui n'a pas feulement
d'égard au bon fens "?
Car fi on confidere d'une part
que la Religion Catholique eft .
celle de tous les Peuples & de
E iiij
104. X. P. des Affaires
tous les Rois d'Angleterre dépuis
que ce Royaume eft Chreftien
jusqu'au regne d'Edouard
VI. qu'elle lui a donné des
Rois faints , comme faint Edoüard
qui eft mis dans le Calendrier
de la Liturgie de l'Eglife
Anglicane au 18. de Mars ; &
de l'autre , par fon antiquité ,
par fon étendue , par safucceffion
non interrompue depuis les
Apoftres , par le nom de Catholique
qui lui eft toûjours demeuré,
&par un éclat extraordinaire
de fainteté qui a paru
dans tous les fiecles en quelquesuns
de fes Enfans , elle a au
moins beaucoup plus d'apparence
d'eftre la vraye Eglife de Iefus-
Chrift , que ces nouvelles
Sectes nées depuis trois jours
prefque toutes renfermées
dans un petit coin de l'Europe.
du
Temps. 105
Les Proteftans Epifcopaux ,
pour peu qu'ils foient raiſonnables
, pourront - ils nier que fi
on ne blâme pas le Roi d'avoir
accordé aux autres Non- conformiftes
le libre exercice de leur
Religion, on a infiniment moins
de raifon de le blâmer de l'avoir
accordé aux Catholiques
quand lui- même ne le feroit
pas ? Mais fi on ajoûte qu'il
l'eft & de tres bonne foi , &
que ce n'est que par confcience
& par un vrai defir de fe fanver
qu'il a embraffé une Religion
qu'il a bien préven qui
l'expoferoit à mille traverſes ,
comme il ne l'a que trop éprouvé,
les Proteftans de l'Eglife
Anglicane qui fe piquent de
moderation & d'équité , en auroient
bienpeu.fi , croyant comme
ilsfont , que le pouvoir de
E. v
106 X. P. des Affaires
leur Roi s'étend par tout fur le
spirituel auffi- bien que fur le
Temporel , ils s'avifoient de le
rétraindre fans raiſon , à l'égard
de la chofe du monde la
plus favorable , qui eft d'accorder
le libre exercice de leur créance
à ceux de fes Sujets qui
font comme lui dans la Religion:
La plus ancienne de toutes celles
qui adorent Iefus - Chrift
& qui a par là un grand
préjugé pour elle , quand on
Lui contefteroit fes autres prérogatives.
Je croi qu'il feroit mal - aiſé
de rien dire qui juſtifiât mieux
le Roi à l'égard de la fufpenfion
des Loix penales ; mais fi
on pouvoit lui reprocher quelque
chofe là-deffus , le pretendu
Parlement , & le Prince
d'Orange font prefentement
du
Temps. 107
mille fois plus coupables à l'égard
de cet article , puis qu'il
n'y a plus de Loix penales en
vigueur que contre les Catholiques
, & qu'au lieu de faire
comme le Roi , qui favorifoit
également les autres Religions
en fuivant la fienne , ils fe font
feulement declarez pour la
leur , & ont aboli en contrevenant
aux Loix , ce que le
Roi n'avoit fait que fufpendre.
Je vais réprendre un détail
que j'ai difcontinué dans
quatre
de mes Lettres , fans avoir
pourtant ceffé de traiter toûjours
la même matiere . Il a fallu
differens refforts pour mettre
en train les affaires d'Ar.
gleterre , & elles en ont encore
beaucoup , ainfi que diver-
Les branches. J'ai été obligé
E
vi
108
X. P. des Affaires
de parler de toutes feparément
& des parties intereffées , comme
des refforts que j'ai découvers.
Quoy que l'entrée du
Prince d'Orange en Angleterre
fuft une invafion manifeſte ,
il a tâché de la déguiſer en
apportant mille faux pretextes
, & tous les Ecrivains de
Hollande en ont des Apologies
, dans lesquelles ils ont
répandu beaucoup de venin
contre la France. Il m'a fallu
la défendre , & par confequent
r'apporter plufieurs pieces juftificatives
touchant ce que
j'en ai dit , en répondant à une
partie de ces Libelles . Les affaires
de l'ufurpation m'ont
auffi mené fort loin, puis qu'el
les m'ont engagé à rechercher
tout ce que l'Ecriture a dit làdeffus
, afin de faire voir que
du
Temps.
rog
,
les Loix divines & humaines
font entierement oppofées à
tout ce qu'a fait le Prince d'Orange
, & que les droits du
Peuple d'Angleterre fur les
Rois font des vifions ces
droits ayant été inventez &
mis au jour pendant les regnes
des Ufurpateurs , pour deux
puiffantes raifons ; l'une , parce
qu'ils faifoient plaifir aux
Peuples , en leur faiſant croire
qu'ils étoient revêtus d'une efpece
de Souveraineté qui les
charmoit,& l'autre parce qu'ils
remettoient l'efprit de ceux qui
ayant la confcience tendre ,
pouvoient étre fujets aux remords
, & au retour d'obeiffance
vers leur legitime Souverain.
Non feulement je me
fuis veu obligé de parler de
toutes ces chofes , mais auffi
ΓΙΟ X. P. des Affaires.
,
d'entrer dans le détail de ce
qui s'eft paffé en Ecoffe & en
Irlande depuis l'invafion du
Prince d'Orange ; de forte que
tant de matieres differentes
qui font neanmoins toutes fur
le même fujet , ont rempli mes
quatre dernieres Lettres fur
les Affaires du Temps. Il s'agit
prefentement de ' poutfuivre
le Journal du Parlement
d'Angleterre , & de reprendre
le Prince d'Orange où je l'ai
laiffé dans la fin de ma cinquiéme
Lettre. Cependant
malgré les quatre qui font entre
la cinquiéme & la dixième,
je ne croi pas que l'on puiffe
dire que je fois forti de mon
fujet. Je n'ay pû me difpenfer
de rapporter des chofes qui fe
paffent les unes aprés les auures
,& qui ne peuvent étre di
du
Temps.
IIA
tes toutes à la fois . Ainfi il m'a
été abfolument impoffible de
mettre toutes ces matieres dans
un autre ordre que celui
que
je me fuis attaché à leur donner.
L'affaire de l'ufurpation
du Prince d'Orange eſt un
grand procés qui a beaucoup
de Parties puiffamment intereffées
dans cette caufe, & dont
on ne peut voir toutes les Picces
que feparément.
Je viens donc à la fuite des
Affaires de la Convention:
d'Angleterre , & pour la reprendre
où je l'ay interrompuë
, je vous dirai que les deux
Chambres ayant reglé une Adreffe
, pour remercier le Prince
d'Orange de ce qu'il difoit
étre venu pour les delivrer du
Papifme & du pouvoir Arbitraire
, elle lui fut prefen
II.2 X. P. des Affaires
tée dans la Sale des Banquets,
par les Membres qui font
du Confeil Privé. En voici les
termes..
SIRE ,
, Nous les tres - fidelles &
tres-bligez Sujets de Vôtre Majefté
, qui fommes ici affemblez
en Parlement , reffentons vivement
noftre grande & miracu-
Teufe délivrance du Papifme &
dupouvoir Arbitraire , fous le
quel il nous auroit falu gemir, fi
Dieu n'euft choifi Vôtre Majeſté
pour étre l'inftrument glorieux
de nôtre rétablissement. Auffi
ne pouvons nous que témoigner
à Vôtre Majefté la réconnoiffance
que nous avons d'une fe
belle & fi generenfe entreprise,,
du Tems. 113
auffi neceffairepour le maintien
de la Religion Proteftante en
Europe , que pour rétablir les
Droits civils & les libertez de
cette Nation qui étoient fi évidemmentfoulez&
opprimez par
les menées des papiftes ; & comme
nous fommes pleinement informez
des efforts, que les Ennemis,
tant de vôtre Majefté que
decette Nation font continuellement
pour exterminer la Religion
Proteftante,& pour renverfer
nos loix & nos libertez nous
déclarons tous unanimement que
nous affifterons vôtre Majefté de
nos biens & de nos vies , pour
foutenir les alliances qu'Elle a
contractées avec les Puissances
Etrangeres,pour réduirel'Irlande
à vôtre obeisance , & pour .
maintenir la Religion Prote-
Etante dans ces Royaumes.
114 X. P. des Affaires
Ce Difcours contient des
chofes rebatuës en tant d'endroits
, & aufquelles j'ai fi fouvent
répondu , que je n'ai prefque
rien à vous en dire . La pofterité
pourroit croire en voiant
de quelle maniere on dit qu'on
a été delivré du Papifme, que
les Catholiques étoient en angleterre
fuperieurs en nombre
à ceux qui profeffent les autres
Religions , & que la force
en main , ils les vouloient engager
à faire regner l'Eglife
Romaine ; que la plupart y
avoient déja été contraints , &
que le reste alloit fuccomber
lors que le Prince d'Orange
eft venu. Cependant il n'y avoit
en Angleterre qu'un fort
petit nombre de Catholiques ;
encore n'ofoient- ils qu'à peine
paroitre ; ils y étoient feuledu
Temps.
115
ment foufferts , toujours humbles
& rampans
, & tous les
jours accablez par mille avanies.
Mais tout ce qui regarde
la Religion eft d'un fi grand
poids fur le Peuple , que le mot
feul fait impreffion fur lui , en
forte qu'il ne faut fouvent que
le prononcer pour le faire aller
jufqu'à la revolte. Le Prince
d'Orange a cru que pour
venir à bout de fon entrepriſe
il devoit d'abord émouvoir les
Peuples par cet endroit , parce
qu'il leur cauferoit de promptes
allarmes , pendant lefquelles
il feroit maitre de leur
faire faire tel mouvement qu'il
voudroit pour fon élevation
fur le Trône . Il s'eft auffi fervi
du nom de Pouvoir arbitraire
, dont les Anglois font
toujours effrayez , & les fup116
X. P.des Affaires
. pofitions qu'il a faites là del
fus n'ont pas manqué de lui
réüffir. Il n'y a point à s'en étonner
, puis que
puis que dans le temps
qu'il les faifoit entendre aux efprits
foibles , les Traiftres qui
étoient d'intelligence tenoient
le même langage.
Il y a encore dans le même
difcours , que l'entrepriſe du
Prince d'Orange étoit neceffaire
pour le maintien de la Religion
Proteftante. Cet endroit
eft captieux , & digne d'eftre
remarqué. Ce qu'on appelle
Religion Proteftante en Angleterre
, eft la Religion Anglicane
, dont les Eglifes font
gouvernées par des Evêques.
On fuppofe ; à caufe du nom
de Proteftante , que le Prince
d'Orange eft venu pour la
maintenir cependant c'eſt
du
Temps.
117
S
10
I
tout le contraire , & on fe fert
de l'équivoque du mot pour
tromper ceux qui font de la
Religion Anglicane , laquelle
le Prince d'Orange eft venu
détruire , pour élever la Presbiterienne
, appellée auffi Proteftante
, & qui eft Non Conformifte.
Elle eft fujette aux
Loix penales , comme la Catholique
, & toutes les Religions
en Angleterre y font fujettes
par les Loix , à l'exception
de l'Anglicane. Ainfi le
Prince d'Orange , qui accufe
le Roi d'Angleterre d'avoir
contrevenu aux I oix en favorifant
les Catholiques , eft
mille fois plus coupable que
ce Monarque , puis qu'il donne
à la Religion Presbiterienne
tout ce qu'elle peut fouhaiter
, & qu'il abolit l'Epif
118 X. P. des Affaires
copat en Ecoffe , ce qui fait
voir qu'il l'abolira en Angleterre
, pour maintenir dans fon
parti les Presbiteriens
, dont il
tient la Couronne , dés qu'il
aura affez de forces étrangeres
pour gouverner arbitrairement.
Voici la réponse que ce
Prince fit à l'Adreffe des deux
Chambres.
Milords & Meßieurs,
Si l'estime que j'ai toujours
eue pour un Parlement,& principalement
pour celui - ci , pouvoit
eftre augmentée , ce feroit
affurement par les bonnes intentions
que vous témoignez
dans l'Adreffe que vous m'avez
prefentée. Elle eft fi bien
conçue , renferme des chofes
du Tems. 119
fi avantageufes pour nôtre repos,
qu'elle ne me peut être que
tres-agréable. Ie puis vous af
feurer que je n'abuferai jamais
de la confiance que vous aurez
en moy , etant fort perfuade
que la base d'une parfaite intelligence
entre un Roi & fes
Sujets, confifte en une confiance
réciproque. Lors qu'elle est une
fois troublée, le Gouvernement
eft énervé , c'est pourquoi tous
mes foins tendront à difpofer
toutes chofes de telle maniére
qu'aucun Parlement n'aura fujet
de fe méfier de moy ; & l'unique
moyen que je fache pour
l'empêcher, eft de ne lui jamais
rien demander qui n'ait
pour fin son propre interêt.
Comme je ne fuis venu ici que
pour le bien de ce Royaume,
que c'est parvosfoins que je fuis
120 X. P. des Affaires
élevé à la Dignitéprefente, il
eft juste queje faffe tous mes efforts
pourparvenir aux fins qui
m'y ont amené. Il a plu à Dieu
de fe fervir de moi pour vous
venir délivrer, des malheurs
qui vous menaçoient ; & mon
unique defir, comme étant mon
devoir, eft de mettre tout en u-
Sage pour conferver vôtre Religion,
vos Loix & vos libertés,
qui font les feules raisons qui
m'ont fait venir en Angleterrez
auffi ne fais-je point de doute
que c'eft-là la caufe pour laquelle
mon entreprise a été
comblée de tant debénédictions.
Lors que je vous parlai dernierement,
je vous remontrai en
même-tems la néceffité qu'il y
avoit d'affifter nos Alliez , &
principalement lesEtats de Hol
lande,de qui la promtitude pour
vous
du Tems. 121
vous venirfecourir , fans avoir
égard au péril & aux dépenses
qu'ils ont faites,fuffit pour vous
faire goûter ma demande ; &
comme j'ai été témoin oculaire
de leur ardeur pour cette expedition,&
pour feconder mon entreprise
préferablement à leurs
interêts, je ne puis qu'être fort
touché de la ruine inévitable
qu'ils fe font attirée , en vous
donnant de l'affiftance,fi vous ne
laprevenez de vôtre côté enles
fécourant. On nefe peut imaginer
combien ils fe font épuifez
de monde & d'argent, & je fuis
affuré que vôtre générosité envers
eux ne fera pas plus limitée
que celle qu'ils ont cûe à vôtre
égard, &que non feulement
vous me donnerez le pouvoir de
parachever le Traité fait avec
eux, & depayer ce qu'ils ont de-
F122
X. P. des Affaires
boursé en cette occafion , dont
nous vous donnerons le compte ,
mais que vous les défendrez
contre les atteintes de leurs Ennemis,
qui doivent être auffi les
vôtres ,fi vous envisagez l'intèrêt
de la Religion, & que l'unique
but de ces Ennemis eft d'abimer
la Hollande, comme étant
le premier degré pour parvenir
à vôtre abaiffement
.
l'en-
Iln'eft pas besoin de vousfaire
connoître le déplorable état où
l'Irlande eft reduite aujourd'hui
par la tirannie des Papiftes qui
en font lesHabitans , & par
couragement & les fecours de la
France, jufque-là qu'on ne peut
entreprendre de la fecourir que
par des forces confiderables. Ie
-crois qu'on ne peut pas y envoyer
moins de 20.mille hommes, tant
que d'Infanterie; de
Cavalerie
mais avec ce nombre, ily a tout
du Tems. 123
fujet d'efperer que moyennant
l'affiftance de Dieu , nous viendrons
à bout de nôtre deffein .
A la verité l'execution ne s'en
peut fairefans beaucoup de dépenfe.
Ilfaut auffi que vous confideriez
que pour faire réuffir
plus efficacement & plus promtement
les entreprises du côté
de l'Irlande & de la France , il
eft neceffaire d'équiper une Flote
confiderable qui étant jointe
avec celle deHollande , nous rende
maîtres de la Mer, pour empécher
que la France ne falle
aucun transport ni en Irlande,
ni en quelque autre part , qui
pût caufer aucun dommage à
Nous ou à nos Alliez . le vous
recommande auffi de faire en
forte que les revenus foient fixez
, afin qu'on en puiffe faire
la collectefans aucune opofitio.
Fjj
124 X. P. des Affaires
Ces afaires demandent de groffes
fommes , &font par confequent
onereufes pour le Peuple;
mais fi vous confiderez que ni
vôtre Religion ni vôtre tranquiliténe
peuventêtre affermies
Jans cesvoyesje conclus que vous
ne pouvez acheter trop vôtre
repos. Ie m'oblige auffi de mon
côté folemnellement
d'employer
uniquement à cela tout ce que
vous voudrez accorderpourfubvenir
à ces befoins ; & comme
vous n'épargnez rien,pas même
ce qui vous eft le plus cher; auffi
n'épargnerai -je pas mon fang
pour maintenir la Religion
Proteftante , le bien & la gloire
de cette Nation
.
Il y a dans toute cette repònfe
un certain efprit de flaterie
qui fait voir que le Prince
d'Orange ne fe fent pas endu
Tems. 125
core affez affermi dans fa Dignité
nouvelle pour
ofer
parler
en Maiftre. Rien n'eft plus
dangereux que de pareils hipocrites
; lors qu'ils viennent
à avoir une puiffance abfoluë ,
ils fe recompenfent bien de la
contrainte , où ils ont efté en
diffimulant.
Tout le détail de Religion ,
de Loix , & de liberté que le
Prince d'Orange dit qu'il cft
venu conferver ,' eft un pom-.
peux affemblage de chofes fpecieuſes
, qui éblouit les Peup'es
; mais qui produit rarement
les fruits qu'il fait efperer.
Is s'endorment ordinairement
fur ces promes éclatantes
plufieurs fois reïterées
& fe perfuadent , parce qu'elles
font faites avec grand bruit,
& avec un zele qui paroit auffi
Fiij
126 X. P. des Affaires
ardent que fincere , qu'elles
ne peuvent manquer d'avoir
leur effet , & quand ils fe font
bien imprimé dans l'imaginarion
le fuccez qui les doit fuivre
, ils laiffent aller les chofes
au gré de ceux qui les
trompent , & ne veulent pas
même s'en appercevoir , de
peur d'étre obligez de reconnoitre
, qu'ils on crû trop facilement
ceux qui ne cherchoient
qu'à les abuſer.
Le Prince d'Orange reprefente
dans ce difcours l'ardeur
que les Hollandois ont fait paroitre
pour les fecourir , & les
dépenses exceffives qu'il pretend
qu'ils ont faites . Les mo .
tifs qui l'obligent d'en ufer de
cette forte doivent étre forts
puis qu'ils l'empêchent de con.
fiderer le tort qu'il fait par là
>
du
Temps.
127
à leur reputation. Tout le monde
fçait qu'ils avoient publié
le contraire lors que ce Prince
paffa en Angleterre , & qu'i's
avoient même fait donner
prefque dans toutes les Cours
de l'Europe , un Memoire entierement
oppofé à ce qu'il dit
dans cette réponſe . Les Hollandois
avoient leurs raifons
en ce temps- là , & fuivoient la
politique du Prince d'Orange ,
qui avoit affeuré le Roi d'Argleterre
qu'il n'avoit aucun
deffein d'entreprendre ce qu'o
lui a vu faire dépuis ce tempslà
. Cette Republique ne vouloit
pas que la France pénetrât
alors dans fes deffeins. Elle apprehendoit
qu'elle ne fe decla
rât , & vouloit avoir le temps
de fe préparer à foûtenir les
efforts d'une Nation , dont el
F iiij
128
X.P. Des Affaires
le a éprouvé à fes dépens l'heureuſe
& intrepide valeur.
La même réponſe fait voir
que le Prince d'Orange a crû
que lors que les Flotes d'Angleterre
& de Hollande feroient
jointes , elles feroient
maitreffes de la Mer ; que
rien n'oferoit paroitre devant
elles , & qu'ainfi la France ne
pourroit faire aucun tranſport
en Irlande , ni avoir de communication
pour fecourir ce
Royaume -là , en quoi l'on
connoit qu'il s'eft trompé , &
qu'il a fair concevoir de fauffes
efperances à fes Allz Ce
Prince eft à peine nommé Roi,
& n'a pas encore été couronné
, qu'il commence à dire
qu'il a befoin degroffes fommes ,
qui par confequent feront onereufes
pour les Peuples. Ainfi
du
Temps.
129
l'on ne peut affez admirer
qu'il ait l'adreffe de leur faire
donner de l'argent, méme pour
les troubles que fon ambition
excite chez eux . Si le Roi
n'euft point été obligé de fortir
du Royaume , l'Etat feroit
demeuré tranquille , le fang de
la Nation n'auroit point été
verfé ; on auroit continué le
commerce , & il n'auroit point
coûté au Peuple ces groffes
fommes , qu'on avoue lui de-,
voir étre onereufes dés la premiere
fois qu'on les lui demande
Ce Prince finit en difant
qu'il n'épargnera pas fon fang
pour maintenir la Religion
Proteftante. Il falloit dire Proteftante
Anglicane ; car fe fer.
vir toujours de l'équivoque de
Proteftante , c'eſt continuer à
ſe moquer de ceux qui font
F V
130 X. P. Des Affaires
profeffion de la Religion Anglicane.
Quoi que le Prince d'Orange
euft beaucoup de creatures
dans les deux Chambres , elles
ne purent les empêcher de
murmurer de la propofition
qu'il fit de rembourfer les Holandois
; elle furprit tellement
qu'on ne la mit pas ce jour- là
en déliberation . On examina
les revenus de la Couronne , &
on fit beaucoup de propofitions
vaines & vagues là - deffus
, dont je ne vous dirai rien,
parce qu'on n'en a point parlé
depuis ce temps - là . On propofa
d'accorder un fubfide extraordinaire
de deux millions
de livres fterlin à caufe des
grandes dépenfes qu'on prétendit
que ce Prince étoit obligé
de faire pour le bien de l'Edu
Temps. 13F
,
tat. Il y eut de grandes conteftations
là- deffus , & les choſes
fe pafferent affez tumultuairement
, plufieurs ayant dit qu'ils
ne payeroient point leurs taxes.
On remarqua même que
le Prince d'Orange avoit remis
adroitement l'impoft fur
les Cheminées › pour ébloüir
les Peuples , & gagner leur
bienveillance , & que cependant
il en profiteroit plus
qu'eux , fi cette adroite liberalité
lui faifoit obtenir de plus
grandes fommes qu'il n'en remettoit.
Le Corps de Ville ne
laiffa pas de l'en remercier par
une Adreſſe pendant que le
Parlement étoit obligé de déliberer
fur des levées extraordinaires
. Il fe trouva fort embarraffé
. Comme fon but étoit
de faire voir que le Roi avoit
F vj
132 X. P. des Affaires
violé les Loix,on propofa d'ac
cufer ceux qui avoient confeil .
bé à Sa
Majefté
Britannique la
confifcation des
Chartres de
plufieurs Villes , & l'établiſſement
de la
Commiffion Ecclefiaftique
; & les plus zelé Partifans
du Prince
d'Orange furent
nommez . Ces gens - là
font
beaucoup plus criminels
que les autres ; car , ou d'intelligence
avec le Prince d'Orange
ils ont donné au Roi des
confeils qui
pouvoient lui at.
tirer un jour ce qui lui eſt arrivé
, ou s'ils ont donné ces confeils
de bonne foi , c'eft une
baffeffe qui ne devroit pas étre
pardonnée , de s'étre declarez
contre un
Souverain qui les regardoit
comme fes Amis , &
qui fuivoit leurs confeils
d'avoir travaillé à lui faire ôter
> &
du Tems. 133
>
la Couronne , pour avoir fait
les choſes dont ils ont été d'avis.
Des perfonnes de ce caractere
font à retrancher de la
focieté publique. L'Etat les
doit regarder comme dangereufes
, & l'Ufurpateur n'entend
pas fes intereſts s'il ne
s'en défie. Auffi eft il à croire
qu'il les fait accufer fous main,
afin d'avoir lieu de les éloigner
de fa perfonne , fans qu'ils
ayent droit de s'en plaindre.
Les Particuliers prêterent les
nouveaux fermens , mais d'une
plaifante maniere, puis qu'ils
declarerent , qu'ils ne croyoient
s'engager à rien. Un Roi dont
le pouvoir eft fondé fur des fermens
de cette nature , & qui
font faits par des Peuples inconftans
, ne fe doit pas croire
bien affermi dans le Trône.
114 X. P. des Affaires
Des vingt - quatre Archevéques
ou Evêques d'Angleterre
, il n'y en eut que huit qui
prêterent ces fermens. On delibera
fur la propofition de
rembourfer les Hollandois de
fix cens mille livres fterlin , &
il en a été fort fouvent parlé ,
mais fans nul effet .
Le Prince d'Orange s'étant
rendu à la Chambre des Seigneurs
, & y ayant mandé les
Communes , à l'ordinaire, donna
fon confentement à deux
Actes. Le premier étoit pour lui
donner pouvoir de faire prendre
, & de retenir en priſon les
perfonnes qu'il croiroit pouvoir
justementfoupçonner de confpirer
contre legouvernement, On
n'a jamais entendu parler d'un
Acte pareil en Angleterre. Ce
qu'il y a d'étonnant , c'eft qu'il
du Tems
135
donne au Prince d'Orange le
pouvoir arbitraire que les Anglois
apprehendent tant. L'au.
tre Acte étoit , pour annuler, &
renverfer la conviction , ou la
Sentence rendue autrefois contre
le feu Sieur Guillaume Ruf-
Jel , Ecuyer , appellé communement
Milord Ruffel. Vous remarquerez
que le mot de conviction
qui eft dans cet Acte ,
juſtifie ceux qui ont condamné
ce Milord. Puis qu'on demeure
d'accord qu'il a efté
convaincu , on n'a rien à réprocher
à fes Juges , & le Par
lement eft injufte de vouloir
caffer la Sentence qui a efte
donnée contre lui ; mais le
Prince d'Orange a fon but , &
veut par là noircir la memoire
du feu Roi , & obfcurcir la
gloire de fon legitime Succe
136 X, P. des Affaires
feur.Je croi que vous ne ferez
pas fachée d'apprendre quel
étoit le crime de Milord Ruffel
; il avoit eſté condamné
pour avoir confpiré contre le
Roi Charles II. & contre le
Duc d'Yorck , à preſent Roi
d'Angleterre. L'Auteur de cette
entrepriſe étoit Milord
Shaftsbury. Le projet d'affo
ciation qui fut trouvé parmy
fe, papiers , & qui étoit entierement
conforme à la fameufe
Ligue d'Ecoffe , ne pouvoit
avoir une fuite moins funefte.
Ce Seigneur ayant évité par
des intrigues contraires à toureforme
de juftice , la punition
qu'il meritoit felon les Loix ,
avoit dépuis continué fes pratiques
dangereufes pour engager
plufieurs perfonnes dans
la confpiration ; mais aprés que
du
Temps.
137
le
le Roi de la Grande Bretagne
par un foin particulier pour
repos de fes Peuples , eut reformé
les abus qui étoient la
fource de plufieurs defordres ,
parmy lefquels les feditieux
trouvoient l'impunité de leurs
crimes , Milord Shaftsbury ſe
retira en Hollande , & il y eft
mort. Ceux qui avoit engagez
dans fon entrepriſe , continuerent
à chercher les moyens
de l'executer. Ils firent
pour cet effet plufieurs affembleés
fecretes ; ils preparerent
des armes ; ils amafferent de
l'argent , & ils refolurent d'affaffiner
le Roi & le Duc d'Yorck
fur le chemin de Nevvmarket
, d'où Sa Majeſté revenoit
ordinairement accompagnée
de fort peu de monde.
Ils avoient preparé des hom138
X. P. des Affaires
mes armez qui devoient attendre
ce Monarque dans un
paffage étroit , tuer fes Gardes
s'ils faifoient la moindre
refiſtance , affaffiner Sa Majefté
auffi bien que le Duc
d'Yorck , & changer la forme
du Gouvernement , mais Dieu
qui veille à la confervation
des Souverains , & qui a prefervé
en plufieurs occafions le
Roi de la Grand' Bretagne
des entreprifes de fes Sujets rebelles
, en prit encore foin en
celle-cy. Une incendie arrivée
par hazard à Nevvmarket obligea
Sa Majesté à revenir à
Vithehall plûtoft qu'Elle n'avoit
refolu , & ainfi les Confpirateurs
ne purent executer
leur deffein . Ils déliberoient
encore für d'autres moyens
d'en venir à bout à la Come .
du Temps.
139
die , ou en quefque autre lieu
public , lors que quelques-uns
des Complices , touchez de
l'horreur du crime , declarerent
au Sieur Jenkins , Secretaire
d'Etat, les principales circonftances
de la Confpiration .
Milord Ruffel ayant été accufé
& arrefté , fut mené à l'Old
Baily. Le Colonel Rumſey depola
que ce Seigneur s'étoit trouvé
chez un Marchand de vin
avec plufieurs des Conjurez , qui
aprés avoir eu de longues conferences
, l'envoyerent , lui Colonel
, à Milord Shaftsbury ,
pour fçavoir des nouvelles des
Troupes qu'il avoit promis de
tenir prestes au nombre de mille
hommes de pied & de quatre
mille chevaux ; qu'il leur
avoit rapporté que cette levée
nepouvoit étre fi- tôt faite, par140
X. P. des Affaires
ce que la plupart de ceux qu'on
vouloit armer , faifoient difficulté
de s'engager avant que
d'avoir meurement deliberefur
l'entreprife, Le Marchand de
vin dépofa , que ce Seigneur
étoit venu àfa maison avec
les autres , qu'ils lui avoient
demandé une chambre retirée
& qu'il avoit entendu qu'ils y
parloient d'exciter une rebellion
, & defe faifir des Gardes
du Roi, Milord Hovvard d'Efcrick
accufa auffi Milord Ruffel
, & declara fort au long le
deffein des Confpirateurs. Il
que Milord Shaftsbury les
avoit affurez qu'il avoit dix
mille hommes dans Londres à
Sa difpofition ; qu'il les avoit
fouvent preffez d'agir , & qu'il
s'étoit retiré lors qu'il avoit vû
que la lenteur de quelques Comdit
du Tems. 141
>
plices , & quelques autres difficultez
retardoient l'execution
du deffein. Jamais il n'y eut de
confpiration mieux averée. Il
fuffit de connoître Milord
Shaftsbury pour n'en pas douter
; il a paffé au fentiment
prefque general de l'Angleterre
pour un des plus méchans
hommes du fiécle . D'ailleurs
, on ne peut douter de la
confpiration pour laquelle Mi.
lord Ruffel a efté condamné ,
puis que Milord Shaftsbury
qui en étoit l'Auteur , s'étoit
retiré en Hollande , fçachant
bien que s'il étoit arrefté , il
ne pourroit éviter la mort qu'il
avoit fi fouvent meritée , &
dont une heureuſe adreffe l'avoit
toujours garanty. Jugez
par l'Ace que le Parlement a
paffé là- deffus, de toutes les in142
X. P. des Affaires.
>
juftices qu'il fait , fur tout lors
qu'il s'agit de proteger , d'abfoudre
, & d'élever les fcelerats.
Le Prince d'Orange
aprés avoir donné fon confentement
aux deux Actes dont je
viens de vous parler , fit le difcours
fuivant aux deux Chambres.
Milords & Meßieurs ,
Etant venu ici pour paſſer ce
Bill, qui comme je l'efpere, doit
beaucoup contribuer à nôtre
commune feureté , je me ſervirai
de cette occafion pour vous
parler d'une chofe qui pourra
Servir à notre établiſſement ;
& nôtre établissement est une
des chofes qui pourra étre la
plus utile à renverser les def
du Tems .
143
い
feins de nos Ennemis . Ie travaille
avec autant de diligence`
que je puis à remplir les Charges
& les Emplois d'importance
qui font devenus vacans par
cette derniere revolution. Ie
fais bien que vous connoiffez
combien il est neceffaire de régler
par quelque Loi les fermens
que ceux qui feront admis
dans ces charges & ces emplois,
font obligez de préter. Ie vous
prie d'avoir foin d'y pourvoir
auffi- tôt que vous pourrez ; &
comme je ne doute pas que vous
ne faffiez de bonnes Loix pour
exclure les Papiftes des Offices
des emplois, auſſi eſperayje
que vouslaifferez lieu poury
recevoir toutes fortes de Proteftans
qui voudront fervir , &
qui en font capables . Cette
union à mon fervice ne tendra
144 X. P. des Affaires
qu'à vous mieux unir entre
vous - mêmes , & à redoubler vos
forces contre nos Ennemis com 、
mans.
Je ne dirai rien fur ce Dif
cours , finon que tant de traitres
enſemble ont grand befoin
de s'unir, puis que la plupart
des Troupes Angloifes
font fidelles à leur legitime
Souverain . On a fouvent dit
qu'elles abandonnoient
le Prince
d'Orange ; ceux qui font
dans fon party publient que
cela n'eft point , & qu'on a
fon but pour faire courir ces
bruits. Cependant vous pouvez
voir comment le Prince
d'Orange parle lui- même
dans la Proclamation
que vous
allez lire.
De
du Tems. 145
1
De par le Roy & la Reine .
PROCLAMATION.
GVILLAVME R.
Les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers , & les Communes
affemblez en Parlement,
ayant été informez que
plufieurs Officiers & Soldats
font prefentement dans une rebellion
actuelle , & faisant la
guerre contre Nous dans ce
Royaume, & que divers autres
Soldats & plufieurs perfonnes
enclines à trahison, correfpondent
avec eux & leur adherent
nous ont fupplié par leur treshumble
Adreffe , de faire publier
nôtre Proclamation Royale
, pour declarer lefdits Officiers
& Soldats & leurs Adhe-
G
$47 X. P. des Affaires
>
rans rebelles & traitres , &
pour ordonner à tous nos bons
Sujets de les apprehender , de
les réduire & de les pourfuivre
comme tels, & afin que perfonne
ne puiffe prétendre ignorer
ce à quoi les Loix l'engagent ,
& quel est fon devoir en pareil
cas,Nous avons trouvé à propos
de publier & de declarer par
nôtre prefente Proclamation
Royale , tous lefdits Officiers &
Soldats, tous ceux qui les affiftent
, qui leur prétent main forte
les appuyent , tous leurs
Fauteurs & Adherans , rebelles
& traîtres à Nous & à nôtre
Gouvernement. Et nous ordonnons
expreffément & commandons
par les prefentes à tous &
à un chacun des Gouverneurs ,
Lieutenans - Gouverneurs, Maires,
Scherifs,Iuges de Paix,Bailda
Tems. 147
lifs, Connétables, Sous - Connétables
& autres Officiers, tant civils
que
militaires , & à tous
nos autres Sujets , de quelque
Tang, qualité ou condition qu'ils
foient , de faire tous leurs efforts,
tant pour réffter aufdits
Rebelles & Traitres leurs Complices,
Correfpondans , Fauteurs
Adherans,les repouffer & les
Suprimer, que pour les aprehender,
les faifir , & les poursuivre
felon la plus grande rigueur
des Loix, ayant refolu de faire
de ces Criminels de feveres exe
ples de notre jufte indignation,
afin que toutes fortes de perfonnes
n'ayent deformais aucune
excufe, en cas qu'elles fe trouv´t
coupables du méme crime . Don
né en nôtre Cour à Vuhitehalle
16.jour du mois de Mars 1689!
& de nôtre Regne le premier.
Gij
$48 X. P.des Affaires
Il y a une chofe dans cette
Proclamation qui merite que je
vous la faffe remarquer. C'eſt
que le Prince d'Orange dit en
parlant des troupes qui defertent
, que ces Troupes lui font
la guerre. Voilà un aveu rempli
de trop de fincerité, & qui
n'eft pas à fa gloire. Il fait
connoitre que ce Prince n'a
point été appellé par toute la
Nation , & que les Troupes
n'auroient pas regardé fon invafion
fi tranquilement qu'elles
ont fait , fi elles n'avoient
pas été prêque fans Officiers.
On a trouvé moyen d'en corrompre
une fort grande partie
, de forte que le malheur
du Roi d'Angleterre ne lui
eft pas arrivé , pour aucune
chofe dont la Nation eût eu
fujet de ſe plaindre; mais pardu
Temps.
149
ce que des efprits foibles &
intereffez s'étoient laiffé gagner
aux promeffes d'un hom
me plus intereffé, & plus adroit
qu'eux .
J'avois cru d'abord que je
vous envoyerois un Journal
du pretendu Parlement ; mais
ce que je vous en raporterai
fera court , ne voulant vous
faire part que des chofes
qu'on a trouvé à propos d'y
arrêter, & qui ont eu quelque
effet ; car fi je voulois vous
faire un détail de tout ce qui
s'y eft dit , il y auroit dequoi
faire encore plufieurs Volumes.
Jamais dans une Affemblée
on n'a fait tant de propofitions
inutiles , & qui n'ont
abouti à rien . C'eſt ce qui ar
rive ordinairement quand on
s'eft affemblé fans pouvoir, &
Giij
149 X. P. des Affaires
feulement pour faire des injuftices.
La confufion regne
chacun parle, chacun expofe
fes imaginations , chacun ſe
querelle , il n'y a point de matiére
fixe , on paffe de l'une à
l'autre , & on n'en finit aucune,
quoi qu'on en entame une
infinité. Tout s'agite , & rien
ne fe conclut. On a fouvent
déliberé qu'on délibereroit ; on
a ordonné la levée d'une infinité
de fommes , mais fans arrêter
de quelle maniére elle fe
feroit. Ainfi mille chofes refoluës
n'ont point été executées
, & prêque tout ce que
l'on a conclu eft demeuré fans
éfet , faute de pouvoir trouver
des moyens propres le faire
réüffir . On a fait les plus
beaux proiets du monde pour
lever des Armées nombreudu
Tems. 151
,
fes, & il y a eu pour cela d'affes
groffes fommes délivrées
mais le Prince d'Orange en a
payé une partie des fuffrages,
dont il avoit eu befoin pour
fe faire nommer Roy. Il s'en
feroit difpenfé , s'il s'étoit cru
affez affermi pour l'ofer faire ,
car un Ufurpateur qui a de
l'habileté ne fe doit pas rendre
efclave de fa parole ; mais
il n'étoit pas encore tems d'en
manquer aux Traitres , fur
tout pendant que les Compagnies
entiéres donnoient des
exemples de defertion , & que
l'Armée menaçoit d'en faire
une générale. Non feulement
il faloit de l'argent aux Anglois
qui avoient vendu la
Couronne au Prince d'Orange;
mais le fieur Benting, fon
Favori , homme extrêmement
Giiij
152 X. P. des Affaires
avare , & reffemblant par cét
endroit à ſon Maitre, ainfi
que
par beaucoup d'autres , n'avoit
regardé l'invafion de ce Prince,
que comme une choſe qui
le devoit enrichir. D'autres
Hollandois avoient agi par les
mémes interêts , de forte que
le premier argent qu'ils lui
ont vû recevoir , leur a paru
être un bien où ils devoient
avoir part, & ils s'en font emparez
avec une avidité qui a
commencé à avoir des fuites
qui en aura encore , & qui a
embarraffé le Prince d'Orange.
Voilà ce qui a fait reculer
l'armement contre l'Irlande , la
plus grande partie de l'argent
deftiné pour ce Païs - là , ayant
paffé dans la bourſe de ceux
qui avoient conduit fes intelligences.
du Tems. 153
Le jour que ce Prince de
voit faire la ceremonie de toucher
les Malades , & de laver
les pieds à douze Pauvres, comme
ont toûjours fait les Rois legitimes
, il declara qu'il croyoit
qu'il y avoit de la ſuperſtition
dans cette pratique , &
donna feulement ordre que
les aumônes fuffent délivrées
aux Pauvres fuivant la coutume.
Il faut remarquer que
tous les Rois d'Angleterre
qui ont fait profeffion de la
Religion Anglicane , fe font
toujours acquitez de la ceremonie
dont je parle, fans faire
paroitre qu'elle leur caufaft le
moindre ferupule. Ainfi le Prince
d'Orange s'étant échapé à
faire ce pas contre l'ufage ordinaire
de la Religion Anglicane
, c'étoit une marque qu'il
GY
154 X. P. des Affaires
n'avoit aucun deffein d'en faire
profeffion , & ceux qui la
fuivent avoient lieu de croire
qu'il fongeroit peu à la prote
ger ,s'il n'employoit pas les foins
à la ruiner entierement . Cependant
fi l'on s'en rapporte
à fon Manifeſte, il n'eftoit venu
que dans le deffein de la
maintenir , & il ne crain point
de la choquer dés la premie
re occafion qui fe rencontre,
non pas de la foûtenir , mais
feulement de montrer qu'il en
fait profeffion. Ce n'est donc
par aucun zele pour une Religion
qu'il ne fuit pas , qu'il a
fongé à venir en Angleterre,
comme il l'a fauffement publié
dans fon Manifefte ; il
eft évident qu'ayant commencé
à la traiter de fuperfti
icufe , même avant que fom
:
du Tems. Iss
autorité fut affermie , il confentira
à l'abolir tout - à-fait s'il
fe voit jamais poffeffeur paifible
de la Couronne qu'il a ufurpée.
Il arriva le même jour
une chofe qui fit bien voir que
la protection de ce Prince rend
les Presbiteriens bien plus abfolus
en Angleterre > que
ceux qui font de l'Eglife Anglicane
, puis que fur la conteftation
que fit émouvoir
dans la Chambre des Communes
la propofition qui fut
faite de remettre les Seances
aprés les Festes de Pâques ,
que l'Eglife Anglicane avoit
toujours accoûtumé de fefter,
ceux de cette Eglife furent de
cetavis, & les presbiteriens em.
porterent à la pluralité des voix
que les Seances recommenceroient
le Lundy , c'eſt à dire,
G vj
156
X. P. des Affaires
dés le lendemain du jour de
Pâques. Ce triomphe des Presbiteriens
fur les Conformiftes.
les rendit fi infolens , qu'un
d'entre eux tout fier de cet avantage
, les railla avec aigreur
, ce qui excita beaucoup
de bruit dans la Chambre. Les
Conformiftes demanderent reparation
, & les Presbiteriens
fçachant que leur nouveau
Roi étoit leur appuy , les raillerent
encore plus vivement.
Le defordre augmenta dans
cette Chambre, & les plus politiques
de cette Religion ayant
jugé qu'il n'étoit pas temps de
faire paroitre toute leur autorité
, & que le Prince d'Orange
leur Protecteur n'avoit
pas encore affez de puiſſance
pour cela , convinrent que ce
lui qui avoit offenſé demandu
Tems. 157
deroit pardon publiquement ,
& comme cela ne regardoin
qu'un particulier qui s'étoit
cmporté mal-à - propos , ils furent
portez d'autant plus à
croire que cela ne pouvoit cau
fer aucun préjudice au Corps,
qu'il ne laiffoit pas d'avoir l'avantage
, puis que la Chambre
devoit entrer pendant les
Feftes que les Conformiſtes
ont coûtume d'obſerver
qui avoient été celebrées du
temps des Parlemens precedens.
Cela juftifie que la venuë
du Prince d'Orange en Angleterre
n'a fervi qu'à faire abolir
les Loix , au lieu que fon Manifefte
que marque que fon deffein
> &
étoit feulement de les conferver.
Ce Prince approuva l'Ade
pour naturalifer le Prince
158 X. P. des Affaires
George de Dannemarc , fecond
Gendre du Roy d'Angleterre ,
& quelques autres perfonnes.
Cet Article eft un effet de fa
politique. Il a cru par-là les attacher
plus fortement à fes interêts
, en les affurant qu'il ſe
ferviroit de cette occafion pour
leur donner de grands biens ,
qu'il ne pourroit leur procurer
autrement. Il donna fon Ordre
de la Jartiere au Maréchal
de Schomberg, croyant qu'ayant
efté nommé Roy , le Roy
fon Beau-pere ne devoit plus
avoir l'Ordre qu'il porte , &
que c'eftoit à luy qu'il apparte
noit. Il donna auffi celuy du
Duc d'Albermarle au Comte
de Dévonshire . On fait que
l'ardeur de maintenir la Religion
& les Loix n'a pas obli
gé ce Comte à fe declarer
du Tems.
159
contre fon legitime Souverain ,
& qu'il avoit encouru fa difgrace
avec juftice , ce qui l'avoit
engagé non feulement à
prendre le party du Prince
d'Orange , mais même à cabaler
pour lui, & à faire groffir
le parti des Traitres . Ainfi la
Nation doit voir qu'elle en eft
la dupe , & qu'il ne s'agit de
conferver ni fa Religion , ni
fes Loix , qui n'ont fervi que
de pretexte à l'ambition de
Ufurpateur , & aux Traitres
, qui avoient leurs veuës
particulieres , & intereffées
lors qu'ils fe font joints à lui.
La Charge de Chancelier
de l'Ordre de la Jartiere fe
trouvant attachée à l'Evêché
dont le Docteur Burnet a été
pourveu , il en preſta le ferment..
Jamais. Acteur n'a ré
160 X.P. Des Affaires
prefenté tant de perfonnages
à la Comedie, que ce Docteur
en a joué fur le theatre du
monde. Ileft de ceux qui aprés
avoir foûtenu un jour les rôles
les plus rampans , paroiffent
le lendemain reveftus des plus
hautes dignitez . La difference
qu'il y a , c'est qu'il eft en
effet ce que les autres nefont
que paroiftre, & qu'il peut eftre
veritablement puny, ce qui
ne sçauroit arriver à ceux qui
reprefentent ce qu'ils ne font
pas. Jamais homme ne s'eft
plus mis en eftat que lui d'ef
tre le jouet de la fortune. Il eſt
impoffible que l'on n'ait quelques
revers, quand on s'eſt accommodé
de toutes les chofes
qui font directement oppofées
, & qu'on fe montre dans
un meſme temps de toutes
du
Temps.
161
Religions. Il y en a toujours
quelqu'une dont le party fe
vange du mépris qu'on en
a fait,
Le jour que le Prince d'Orange
fut proclamé , il fit le
Comte de Shrevvsbury,fon Secretaire
d'Eftat; les Comtes de
Devonshire , & de Dorfer, l'un
Grand Maitre, & l'autreChambellan
de Sa Maiſon ; le Marquis
d'Halifax,Garde du Sceau
Privé le Comte de Dambi,
Prefident du Conſeil , Mr. de
Benting , premier Gentilhomme
de la Chambre & Garde
de la Bourſe privée , & M.l'Evêque
de Londres , Garde de
fon Cabinet. Il choifit auffi un
Confeil compofé du Prince de
Dannemark, de l'Arch de Catorbery
, du Duc de Norfolk ,
des Marquis de Vincheſter &
362
X. P. des Affaires.
d'Halifax des Comtes de Lindfey
, de Shrevvbury , d'Oxford ,
de Bedford, de Damby, de Devonshire
, de Maclesfield , de
Nottingham, de Bath , de Dorfet,
de Milord Churchil, des Vicomtes
de Falcombridge , Mordant,
Neuport, de Milord Vvarton
, de Milord de la Mere , de
l'Evêque de Londres , de Milord
Montague , de Milord
Lomley , de Mrs Benting , Sidney,
Ruffel, du Chevalier Robert
Hovvard , d'Henry Povvl
, de Richard Hampden , du
Chevalier Capel & de Huges
Borfcavven . Il fit le Docteur
Burnet fon Aumônier , M.d'Ov- ·
verckerk Grand Eſcuyer, Milord
Vviltshire,Chambellan de
la Princeffe d'Orange , & M.
Vvarton , Controlleur de fa
Maiſon . Il crea cinq Commif
du Temps. 163
faires pour gouverner la Treforerie
, fçavoir Milord Mordant,
Milord Lundley, le S Robert
Hovvard ,le S Henry Capel
& M. Vvitlok. M. Gepfon
en fut fait le Secretaire. Le
Duc d'Ormont fut nommé
premier Gentilhomme de la
Chambre , le Chevalier Villers,
Grand Efcuyer de la Princeffe
d'Orange , M. Zuileftein
fon Vicechambellan , & le Do-
&teur Stanleg fon premier Aumônier.
On choifit les Comteffes
de Derby , & de Dorſet
pour eftre Dames d'honneur
de cette Princeffe.
La plufpart de ceux qui furent
nommez pour remplir les
Charges ayant trahy le Roy,
reçurent par là la récompenfe
de leur infidelité. Quant à
164 X. P. des Affaires
!
ceux que le Prince d'Orange
choifit pour compoſer fon
Confeil , il n'en fut pas tout à
fait de même. Comme ce n'étoit
qu'un titre pour les ébloüir
, & que le Confeil fecret
d'un Ufurpateur , qui facrifie
tout pour le maintenir, n'a pas
befoin de tant de perfonnes ,
il ne fit ce choix que pour
faire paroiftre aux yeux de
la Nation , qu'il avoit refolu
d'en prendre confeil dans toutes
les fonctions de fa Dignité
nouvelle , & qu'il croyoit
ne pouvoir mieux faire que
de confulter tout ce qu'elle
avoit prefque de perfonnes
diftinguées. Il vouloit auffi
par là s'en attirer quelquesuns
qui n'étoient pas dans
fes interefts , du nombre defquels
étoit l'Archevêque de
du
Temps. 165
Cantorbery , homme venerable
, fage , ennemi de la tirannie
, & croyant à fa Religion
plus que le Docteur Burnet à
aucune de celles qu'il profef
fe , & qui n'avoit voulu ni ſe
trouver à la Convention , ni
préter aucun ferment au Prince
d'Orange ; ce que n'ayant
point fait , comme vous verrez
dans la fuite , il n'a point
autorifé par fa prefence dans
les Confeils de ce Prince , des
reſolutions qui ne pouvoient
étre que funeftes, & honteufes
à la Nation , & à la Religion
Anglicane.
Le Prince d'Orange voyant
que les grandes fommes dont
on propofoit la levée , ne fuffiroient
pas , quelque extraor
dinaires qu'elles fuffent pour
remedier aux befoins preffans,
166
X. P. des Affaires
que
s'il ne fe trouvoit des gens qui
vouluffent faire des avances
fur ces fommes,& jugeant bien
qu'il ne pourroit en trouver ,
tant qu'on croiroit le Roi
feroit vivant fit corrompre
par argent un particulier
qui affeura avec ferment devant
des Commiffaires de la
Chambre des Seigneurs , que
ce Monarque êtoit mort à Breſt.
Quand on voudroit nier cet ar
ticle , il ne faut qu'avoir le fens
commun pour ne douter pas
que ce particulier n'euft été
gagné. En effet, il n'i a pas d'aparence
qu'il fût venu dire de
lui-même une choſe fi éloignée
de la verité & de la vraifemblance
, le Roi n'aiant pas
feulement efté malade , &
quand même il l'euft voulu
dire pour fe divertir , il eſt
du Tems.
167
évident qu'il n'euſt oſé l'afſeurer
par ferment , devant des
perfonnes , qui , fi elles n'euffent
point fceu d'où venoit la
fourberie , n'auroient pas man-.
qué de l'en punir. On fit enfuite
des Relations de la feinte
mort de Sa Majesté , & on les
diftribua au Public . Ce n'étoit
tromper que pour un temps ;
mais dans des affaires de la nature
de celles du Prince d'O.
range , il pouvoit pendant trois.
ou quatre jours que la tromperie
devoit fubfifter , faire paffer
divers Actes importans, &
fe faire accorder plufieurs choſes
qui auroient été conteſtées
fi on avoit creu le Roi en Irlande.
La politique de ce Prince
a toujours été de faire paoiftre
quelque chofe d'avantageux
pour lui , toutes
1
168 X. P. des Affaires
les fois qu'il a voulu faire quelque
affaire importante auprés
de ceux dont il dépendoit.
D'ailleurs , il tient pour
maxime qu'il faut toujours
déguiſer la verité aux Peuples,
leur faire donner les impreffions
qu'on veut qu'ils prennent
, & faire employer des
faufferez dans les Gazettes . Il
dit que l'Espagne s'en eſt toujours
bien trouvée , & qu'en
empêchant par là les premiers
mouvemens que pourroient a.
voir les Peuples s'ils apprenoient
les mauvais fuccez des af
faires qui les touchent , on ale
temps d'y remedier . Il fe per.
fuade auffi que par les Gazettes
& tous les écrits publics, on
accoûtume infenfiblement les
Peuples aux chofes dans lefquelles
on veut qu'ils entrent ,
foit
du Temps.
169
(
foit pour avoir de l'averfion
& de la haine , foit pour pren?
dre de l'eftimé ou de l'amour's
aprés quoi ce qui les étonneroit
fans cette prévention
& qu'ils n'approuveroient pas,
ne les furprend point , parce
qu'on leur en a fait connoitre
les raifons qui ne font pas
toujours les veritables . Je fçai
que pendant pluiffeurs and
nées ce Prince a pris foin de
faire faire de ces écrits volans
de Hollande qu'on nom
melLardons , & qu'il avoit
deux Ecrivains à fes gages ?
qui en compofoient dans tout
ce temps-la felon fes Pavis , &
qui dechiroiente affez adroitement
la reputation de tous
ceux dont la gloire le blef
foit ; mais comme l'un d'eux
eft mort, qu'on a mis l'autre en
H
170 X. P. des Affaires
état de ne plus rien faire , &
qu'il feroit difficile d'en trou
yer d'auffi capables pour les
remplacer, je ne fai fi ceux qui
écrivent prefentement reçoi
vent encore fes inftructions.
Ce que je puis dire , c'eft que
leurs Ouvrages ne font plus
remplis que d'invectives groffieres,
& comme ils font trespeu
eftimez , peu de perfon
nes les voyent.
Ayant commencé à vous
entretenir de la politique du
Prince d'Orange,je vais achever
de vous en faire la peinture.
Il n'y a point d'homme fur
la terre qui fache mieux fuppofer
que lui , & c'eſt par-là
qu'il trouve moyen de venir
à bout de la plus grande partie
des chofes que l'ambition.
lui fait entreprendre, S'il veut
du Toms. 171
1
fe défaire d'un homme , il ne
manque point à lui imputer
un crime , & donne de faufes
preuves qui font voir qu'il
l'a commis. S'il veut élever un
fcelerat à caufé des fervices
qu'il en peut tirer , il le fait
paffer pour honnête homme,
& le revêtdes emplois qui conviennent
au ſervice qu'il en
attend. S'il veut entreprendre
une guerre , il fuppofe qu'on
la lui veut faire , & ainfi généralement
pour tout ce qui
peut lui fervir ou nuire. C'eſt
une chofe incroyable que le
grand nombre de fuppofitions
qu'il a faites pour venir à bout
de fon entrepriſe fur l'Angleterre.
Combien a t il fait d'innocens
coupables, & combien
de criminels at il fçu juftifier
: Enfin rien ne lui man-
H ij
1.72 X. P. des Affaires
que par- là , il a toujours raifon
, & fes Ennemis ont toujours
tort , & tout cela eft
couvert d'une honnêteté apparente
, & d'une fauffe dou
ceuravec laquelle il empoiſonne
& affaffine , & dont il fe faut
défier , ce qui eft tres - difficile.
Il n'oublie pas de mettre, en
pratiques ces manieres douces
& honnêtes avec les Grands
Corps dont il a befoin ; c'eſt
ainfi qu'il en a ufé avec les Etars
Generaux , & qu'il en uſe à
prefent avec le prétendu Parlement
d'Angleterre. Bien loin
de montrer de l'emportement
contre ces Corps , il-paroit toujours
foumis à ce qu'ils fouhai
tent , afin de s'attirer par-là la
bienveillance du public , &
qu'on fait perfuadé de la douceur
de fon Gouvernement.:
·
du Tems. 173
Cependant , il a grand foin
que chaque membre foit inftruit
en particulier qu'il y va
de fa ruine totale, & même de
plus encore , s'il s'oppose à fes
fentimens , de forte que chacan
abandonne l'intereft da
general pour fonger au fien
propre , & qu'on facrifie fa
patrie pour ne fe pas voir facrifié.
Il cache pourtant fi bien
toutes fes pratiques qu'il n'en
paroit aucune chofe au Public.
Le Prince eft adoré de ceux
qui ne le connoiffent pas , &
ceux qui fçavent fes intelligences
fourdes , & fa tirannie couverte
d'une douceur apparente
n'ofent témoigner qu'ils
s'en font apperçeus , parce que
leur perte feroit infaillible .
Ainfice loup déguilé en agneau
ravit tout lors qu'il paroit ne
,
Hij
174 X. P. des Affaires
penfer à rien, & ne rien vouloir,
& en jouant ce Perfonnage
, qui luy a fait marquer
qu'il n'en vouloit point à la
Couronne , il fe l'eft fait mettre
fur la tefte. Il a trompé en
cela tous les Princes de l'Europe
, & les Anglois mêmes,
hors ceux qui eftoient de ſon
intelligence , & qui ayant trahi,
& la Nation , & leur legitime
Souverain , auront fervy
à établir le pouvoir arbitraire,
puifque fi le Prince d'Orange
trouve une fois fon autorité af.
fez affermie pour eftre en
êtat de faire craindre feparement
à tous les membres des
Parlements des effets de fa
vangeance s'ils ofent refifter
à fes volontez , il viendra à
bout de tout ce qu'il entreprendra,
& gouvernera à fon gré,
du Tems. 175
c'eſt à dire felon fa feule volonté,
fans avoir égard à aucunes
Loix, qui eft proprement ,
fi je puis dire ce qu'il m'en paroit,
ce que les Anglois appellent
gouverner avec une puiffance
arbitraire .
ge
Quoi que le Prince d'Orancût
été declaré Roi, & qu'il
fit toutes les fonctions de la
Royauté , il fouhaitoit fe voir
couronné avec beaucoup plus
d'empreffement que n'auroit
fait un Monarque legitime ,parce
qu'un Ufurpateur fçachant
qu'il n'a point de droit
au bien dont il s'eft mis en
poffeffion , craint toujours que
ce qu'il tient ne lui échappe.
Ce Prince n'ayant que fon
Couronnement en tefte fit
publier la Proclamation fuivante,
H iiij
176 X. P. des Affaires
the sub & S
GVILLAVMER, 6.[
· Comme nous avons refolu ,
moyennant la.grace & la benediction
de Dieu, de célébrer la
Solemnité de nôtre Couronne .
ment Royal , dans nôtre Palais
de Vueftminster , l'onzième du
mois d'Avril prochain , & que
felon les anciennes coûtumes de
ce Royaume, comme auffi en vertu
de la pofeffion de plufieurs
Manoirs, Fiefs , Terres & autres
heritages plufieurs de nós Amés
Sujets pretendent , & font en
effet obligez de faire diverfes
chofes , & de rendre certains
fervices ce jour là , & pendant
le tems du Couronnement , ainfi
que leurs Anceftres , & ceux
au nom defquels ils le pretendent
& le reclament on faitti
devant aux Couronnement de
du Temps.
177
nos Predeceffeurs les Rois & les
Reines de ce Royaume ; Nous
donc voulant avoir foin de conferver
les juftes droits & les he.
ritages de nos Amez Sujets à
qui ils peuvent appartenir, avons
trouvé à propos de faire
favoir publier nôtre refolution
là-deffus , comme nous faifons
par ses prefentes ; & nous
faifons de plus favoir par nôtre
prefente Proclamation , que par
nôtre Commiffion Scellée de nôtre
grand Sceau d'Angleterre,
nous avons nommé,établi & autorifé
nôtre Féal & bien Amé
Confin & Confeiller Thomas ,
Comte de Damby , Prefident de
pôtre Confeil,notre Feal &bien
améCoufin &Confeiller.George,
Marquis de Hallifax , Garde
de notre Sceau Privé, nôtre Feal
& bien AméCouſin &Confeiller
H
178 X. P. des Affaires
Henry , Duc de Norfolk Comte,
Maréchal d'Angleterre ; nôtre
Féal & bien Amé Confin
& Confeiller, Charles , Marquis
de Vvinchefter; nôtre Feal
& bien Amé Cousin & Con
feiller Robert, Comte de Lindfey,
Grand Chambellan d' Angleterre,
nôtre Feal& bienAml
Coufin & Confeiller Guillaume,
Comte de Devonshire , Grand
Maitre de nôtre Maiſon;nôtre
Feal&bien AméCouſin &Confeiller
Charles, Comte de Dorfet
& de Middlesex , Chambellan
denôtre Maiſon,nôtre Feat
& bien Amé Coufin & Confeiller
Charles, Comte de Shrevvsbury,
nôtre Secretaire d'Etat s
nôtre Feal & bien Amé Couſin
& Confeiller François, Vicomte
de Nevvport,Trêforier de nôtre
Matfon le Tres-Reverend Pere
du Tems. 179
en Dieu Henri , Seigneur Evêque
de Londres ; nôtre Feal &
bien Ame Confeiller Radulphus,
Baron de Montague , Grand
Maitre denôtre Garderobe, nôtre
Feal & bien Amé le chevalie
Guillaume Dolben, l'un des
Inges de nôtre Cour du Banc
du Roi, & noftre Feal & bien
Amé le chevalier Iean Povveft
, l'un des Iuges de noftre
Cour des Plaids communs , ou
trois ou plus d'entre eux , pour
recevoir , ouir & terminer les
Requêtes ou pretentions qui
leur feront reprefentées là deffus
par aucuns de nos Amez fujets.
Et nous ordonnons pour cét
effet , à nofdits commiſſaires de
s'aſſembler,& tenir leurs Seances
dans la chambre peinte de
noftre Palais de Vueftminster ,
Pour la premiere fois , le 28.
H vj
180
X. P. des Affaires
de ce prefent mois de Mars a
neufbeures du matin , & de
s'affembler & s'affeoir de tems
en tems, ainfi qu'ils le jugeront
à propos , pour executer nôtre
dite Commiffion. Ce que nous.
faifons fçavoir par les prefentes,
afin que tous ceux qui peuvent
y avoir quelque interêt,
fachent quand & où il faut
qu'ils s'adreffent, pourprefenter
leurs requêtes & exhiber leurs
pretentions , touchant les fervices
fus- mentionnez , qu'ils
nous doivent rendre à nôtre
Couronnement. Et nous faifons
Savoir par les prefentes à tous
& à un chacun de nos Sujets qui
yont quelque interêt , que nous
voulons & qu'il nous plait , &
nous enjoignons & ordonnons
expreffément à toutes fortes de
perfonnes , de quelque rang ,
du Tems. 18 !
qualité ou condition qu'elles
Joient, qui, foit par nos Lettres
de cachet à eux adreffées, foit
en vertu de leurs Charges, Fiefs
heritages ou autrement , font
obligées de nous rendre quelque
Service ce jour-là , ou dans le
tems de nôtre couronnement , de
venirfelon leur devoir , & d'y
fervir en toutes chofes felon
qu'ils y font obligez, en équipage
& avec la fuite que demande
& requiert une ſi grande ſo-
·lemnité, & qui répondent aux
dignitez , charges on emplois
qu'eux ou un chacun d'eux poffede.
Et ni eux ni aucuns d'eux
-ne doivent pas manquer à ce
que deffus , finon ils en répondront
à leurs perils & fortunes,
à moins que nous ne les difpenfions
de leurs fervices, fur
des raisons plausibles par
182 X. P. des Affaires
eux alleguées, & que nous approuvions
par un Acte figné de
noftre main. Donné en noftre
Cour à Vohitehal , le 16.
jour du mois de Mars 1689 .
& de noftre Regne le premier.
Vous remarquerez que cette
datte , ainfi qu'une autre pareille
qui a déja été employée,
eft felon le vieux ftile, & doit
être priſe ſelon nous pour le
26.Mars 1689. Le Couronnement
étoit fur le point de fe
faire que les deux Chambres
n'étoient pas encore conve
nuës du ferment que ce nouveau
Roy préteroit , pour
maintenir les Loix, & pour ne
rien innover. Il ne faloit point
de nouveaux fermens. Les
changemens que l'on y a fairs
di Tems.
183
font voir que le Prince d'Orange
a contrevenu à fon Manifefte,
& que les deux Chambres
elles-mêmes alterent les
Loix pour le maintien deſquelles
elles s'étoient déclarées
peu de tems auparavant contre
le Roi en faveur du Prince
d'Orange. Enfin on ne les
a jamais vûës en Angleterre
dans la fituation où elles font
aujourd'hui . On accufe le Roi
d'y manquer, & on les renverfe;
on en veut d'autres, & fans
être neanmoins d'accord de
celles qu'on veut , on fait des
Projets , & pendant ce tems le
nouveau Roi jure par provifion,
qu'il obfervera les Statuts
réglez par le Parlement , quoi
qu'ils ne le foient pas encore.
Les Chambres font contentes
pourveu que leur puiffance
184 X.P. Des Affaires
s'augmente , fans voir que ce
qu'elles prennent pour une
augmentation de pouvoir , affoiblit
l'Etat , par le defordre
que caufent ces nouveautez, &
que voulant auffi ufurper fur
l'autorité Royale , elles preparent
des troubles,pour le temps
qu'on pretendra leur reprendre
ce qu'elles auront ufurpé.
Le Prince d'Orange de fon cofté
ne fe met pas en peine de
relâcher des droits du Roy ,
pourveu qu'il obtienne la Couronne.
Il fçait que les Rois font
mineurs, & qu'ils rentrent toujours
dans leurs droits lors que
leur autorité eft bien établie;
ainfi il promet tout pour ne
rien tenir & chacun de fon co-
Até prepare de la matiere pour
de nouveaux troubles. Les uns
ne veulent pas prefter les
du Tems
185
·
nouveaux fermens, & les autres
refufans de prefter même
les an ciens , difent pour s'en
exempter que les ayant déja
preftez au Roy ils ne les peuventprefter
à deux Souverains .
L'Archevelque de Cantorbery
fe declare la deffus avec une
fermeté heroïque . Il fait plus
encore, il refufe de couronner
le Prince d'Orange. L'honneur
de facrer les Rois eftant
attaché à la qualité de Primat
du Royaume, il marque avec
une noble fierté qu'il eft prest
d'y renoncer , & de vivre de
huit cens livres de rente qui
font fon Patrimoine. Enfin la
Ceremonie fe fait fans ceprelar.
On y prefche , & on fait
dans ce Sermon un Eloge
du Prince d'Orange , qui'
juftifie fon ufurpation , ou
186
X. P. des Affaires
plutôt par où l'on pretend la
juftifier.On ne trouve rien que
de grand en lui ; le Roi eft détrôné
juſtement , & l'Ufurpa
teur poffede avec juftice le
Trône du legitime Monarque.
L'Evêque d'Ely eſt preſent à
ce Sermon , il l'écoute , il Y
applaudit , & cependant ce
même Evêque a prêché tout
le contraire au Couronnement
du Roi Jacques II. qui
eft legitime Roi d'Angleterre ,
& qui tient fa Cour aujourd'hui
dans fon Royaume d'Ir
lande. J'ai ce Sermon imprimé
en Anglois , & je vous en
envoye l'extrait traduit. Quoi
| que j'aye mis dans mes Lettres
beaucoup de Pieces à l'avantage
du Roi d'Angleterre
, vous n'en avez encore vû
aucune , fur laquelle vous deda
Temps.
187
viez faire une fi grande attention
, qui foit plus contre
le Prince d'Orange , & contre
tous les Ufurpateurs, ni qui
marque mieux l'obéiffance
qu'on doit aux Souverains legitimes.
Vous aurez peine à
fortir de l'étonnement que
yous caufera l'extrait que vous
allez lire , quand vous fongerez
que ce Sermon a été préché
par un Evêque Anglois
aujourd'hui traitre à fon Roi,
& à la Religion , & dans le
parti du Prince d'Orange .
Vous reconnoitrez par cette
lecture que fi l'inconftance qui
eft naturelle aux hommes
les porte quelquefois au changement
malgré toute forte
de raifon & de juſtice , la verité
est toujours la même , &
n'eft point capable de chan-
>
188 X. P.des Affaires
ger , puifque malgré tout ce
qu'on a fait en Angleterre ,
& tout ce qu'on a dit pour la
détruire , le changement de
parti qui déshonore l'Evêque
d'Ely , qu'on voit ceder lâchement
à des interefts purement
humains , n'empêchera point
que fon Sermon ne vous paroiffe
fi fort & fi perfuafif , que
je me tiens feur que rien në
pourra détruire dans vostre ef
prit,ni dans celui d'aucun honnêre
homme , l'impreffion qu'll
y laiffera à l'avantage des ve
ritables Souverains. Voici ce
qui doit faire la condamnation
de cet Evêques, & faire valoir
la caufe du Roi,
Alors Salomon s'affic fur le
Trône du Seigneur au lieu de
David fun Pere. Il fut heudu
Temps.
189
reux, tout Ifrael lui obeit.
Pour me renfermer dans de fi
iuftes bornes , & ne pas m'égarer
dans une matiere auffi vafte
qu'eft l'Hiftoire de Salomon , ie
me reduiray à quatre points
au travers defquels nous pour
rons voir le Roi Salomon dans
toute fa gloire. Premierement
fon titre étoit bon , puis que le
texte porte qu'il s'affſit ſur le
Trône du Seigneur , qu'il s'y
affit comme Boy au lieu de
David fon Pere. En fecond
licu fon gouvernement fut auffi
bon que son titre , puis qu'il
fut tel qu'on le pouvoit atten..
dre d'un Roi auffi fage que Salomon.
En troifiéme lieu fon
Peuple luy fut obeiffant , puis
qu'il eft dit que tout Ifraël luy
obeït. Enfin Dieu répandit fes
benedictions
fur luy fur
i90 X. P. des Affaires
fon regne, puis qu'il eft dit qu'il
fut heureux .
Ne voulant pas entrer dans
le detail de l'hiftoire de ce grad
Roi, je me contenterai de dire
en general qu'en quelque Prince
& en quelque peuple que ce foit
que fe rencontrent les mefmes
caufes de bonheur & de profperité
& non ailleurs ) on doit
auffi attendre des effets & des
fuites auffi heureuſes.
Premierement afin que le Roi
& le Peuplefoient heureux , il
faut que le Roi, ait droit au
Royaume dont iljoüit ; car comment
un vfurpateur peut-il efperer
de regner heureufement
lors que plufieurs de ceux qui
font dans fon Royaume croyent
luy eftre égaux , pour ne pas dire
au-deſſus de luy ? Il faut encore
que fon droit foit incontedu
Tems. 191
fable , autrement il aura des
competiteurs.
Enfecond lieu , ilfaut que le
gouvernement du Roi foit auffi
fage que fa poffeffion est juste &
royale . Les droits de deux de nos
Rois Edouard II. & Richard.
étoient incontestables ; cependant
ces Princes fe perdirent
par leur mauvais gouverne-·
ment,
En troifiéme lieu , quelque
juftes que foient les droits du
Roi , quand l'enfer même në
pourroit pas les contefter , enfin
quand le Roi feroit comme un
Ange de Dieu pour la connoiffance
& la conduite dans le gouvernement
, neanmoinsfifes Sujets
deviennent des enfans de
Belial, c'est-à-dire, du Diable ,
car c'est ainsi que l'Ecriture nome
les rebelles, ces hommes fans
}
?
192 X. P. des Affaires
foi qui ne veulent point porter
de joug , il eft toûjours en leur.
pouvoir d'eftre auffi miferables
qu'ils le veulent étre , & puis
que la volonté de l'homme eftlibre
, ilfaut avouer qu'il dépend
de lui d'être heureux our
malheureux, de joüir des benedi- ›
tions de la paix , ou d'attirer
furfoi &furfa pofterité une rui
ne certaine. La desobeissance du
Peuple qui ne pouvoit goûter la
douceur du gouvernement , a été
caufe que le meilleur de nos Rois .
tres- honteufement rejetté,
६a efté
comme s'il n'eut pas été l'oint .
du Seigneur. Il feroit fâcheux .
maintenant de dire combien lë
Royaume a payé cher le meur- ›
tre de cefaint Roy : mais je ne
puis m'empécher de vous faire
remarquer que quoi que la con
fervation de la Religion fort
ordinai
du
Temps.
193
,
S com-
9
ordinairement le pretexte le plus plaufible
dont fe fert la rebellion
me il l'a déja efté de nos jours , &
comme on s'en eft encore voulu fervir
dépuis pour fufciter une feconde revolte
, neanmoins il eft conftant que
la rebellion eft le moyen le plus feur
pour détruire la Religion comme
nous l'avons déja éprouvé le ne dis
pas feulement que fi - toft que les bommes
commencent à devenir rebelles
ils ceffent d'être interieurement religieux
, & veritablement bons & ju
ftes,mais je vais plus loin, je dis que
la rebellion eft le chemin le plus droit
pour unir l'exterieur & la profeffion
de quelque Religion que ce foit . La
preuve en eft claire dans l'hiftoire de
Salomon. Ce Prince dans fa vieilleffe
fit une chute terrible jamais Prince
Chreftien n'en peut faire une telle fans
renoncer à fon Baptême. Il paffa de
l'adoration de la beauté à celle des
Dieux des Gentils , c'eft à dire du
Diable ; car c'est ainsi que l'Apôtre
appelle les Idoles . Toutefois pendant
tout ce temps-là tout Ifraël lui obeit
I
>
194 X. P. des Affaires
continua toujours d'adorer Dieu ,
comme ils le pouvoient aisément fans
ancun inconvenient ; mais Salomon ne
fuft pas plutôt mort que Ieroboam fe
rebella , car quoi qu'il soit dit qu'il
Lui cuft êté promis un Royaume , &
que fon affaire étoit celle de Dieu ,
neanmoins cette promeffe ne lui avoit
efté faite quefous des conditions qu'il
ne garda pas. Il ne voulut jamais attendre
le temps du Seigneur , comme
avoitfait David . Il entraîna dans
fa rebellion dix Tributs d'Ifraël . Enfuite
cet heureux rebelle par des raifons
de politique pouffa les dix Tributs
à adorer les Veaux d'or. C'étoit
encore peu , il leur défendit d'aller
à lerufalem pour y adorer Dien.
C'est ainsi que l'idolâtrie fut non-ſeulement
introduite , mais encore établie
par les Loix du rebelle Ieroboam
qui fit pecher Ifraël. Ce fut la rebel-
Lion qui produifit fon peché , & ce
Seul peché fut la fource de tous fes
malheurs & defa captivité. Enfin depuis
cette rebellion jamais leur Eglife
ni leur Erat n'eut un jour heureux ,
du
Temps.
195
elle eft l'unique caufe de ce que ces
Tributs font encore aujourd'hui miferablement
répandues dans l'Vnivers .
Ce que vous venez de lire , merite
d'étre leu plus d'une fois , & je
vous laiffe y faire vos reflexions
.
Vous y verrez que le regne d'un Ufurpateur
ne peut étre heureux
, &
que la revolte
eft le moyen
le plus
feur pour détruire
la Religion
. Je
paffe au refte de la ceremonie
du
Couronnement
du Prince d'Orange.
Elle fut faite avec autant de regularité
que s'il fe fuft agi de celui
d'un Monarque
legitime
. La Chambre
des Communes
s'y trouva en
Corps. Quant aux Seigneurs
, ils
avoient
prefque
tous à faire des fonctions
qui dépendoient
de leurs
Charges
, ou qui étoient
attachées
aux Fiefs qu'ils poffedent
. Aprés la
ceremonie
chacun
s'étant
rendu
dans la grande
Salle de Vveſtminfter
, prit place , felon fon rang ,
aux tables que l'on avoit préparées.
Avant le fecond
fervice , le
I ij
196
X. P. des Affaires
,
Champion du Roi à caufe de fon
Fief de Scrivelbi dans le Comté de
Lincoln , entra dans la Salle avec
l'accompagnement
ordinaire en de
pareilles occafions . Il étoit armé
de toutes pieces , & monté fur un
cheval blanc . Lors qu'il fut à l'entrée
de la Sale , le Heraut fit le
cry
ordinaire en ces termes : S'il y a ici
quelqu'un de quelque qualité qu'il
foir , qui efe nier ou contefter que notre
fouverain Seigneur Guillaume
Roi d'Angleterre
& d'Irlande ne foit
legitime poff ffeur de la Couronne ,
on qu'il n'en doive pas joüir , fon
Champion eft ici qui lui donne le dementi
comme à un faux traitre , & il
eft preft de le combattre corps à corps, & de rifquer la vie en combattant
contre lui au jour qui fera marqué. Il
jetta enfuite fon gantelet pour ga
ge de la bataille , & perfonne ne
Payant ramaflé , le Heraut le rendit
au Champion. Il s'avança au milieu
de la Salle , où le Heraut fit le
méme cry encore deux fois , & le
Champion jetta encore deux fois
pas
â
du Tems. 197
>
font gantelet , aprés quoi le champ
lui fut ajugé. Il fe trouva une Femme
qui dit fort haut aprés le fecond
cry , qu'elle ne fçavoit qui étoit
le Roi Guillaume , & qu'elle ne
le résonnoiffoit point pour fon legitime
Souverain. On la traita de folle
, & comme on vit qu'elle s'ap◄
prétoit à continuer on l'arrefta
avec le moins de bruit que l'on put,
afin de ne point laiffer éclater la
chofe , & on n'en a point oui parler
dépuis ce temps- là . Je finiray
cet article en vous difant , que lors
que le Champion entra dans la Salle
, les quatre pieds manquerent
tout d'un coup à fon cheval , en
forte qu'il s'abatit . Je n'en tire
point d'angure ; chacun en peut
penfer ce qu'il lui plaira.
Le matin de cette Ceremonie
comme on revétoit le Prince d'Orange
des Habits Royaux , il tomba
en foibleffe , & l'on fut obligé
d'avoir recours à quelques caux
pour empêcher qu'il ne s'évanouit
entierement. Peu de temps aprés il
I j
198
X. P. des Affaires
fe fentia preffé d'une douleur plus
fenfible , dont la fuite produifit les
effets qu'une grande peur a coutume
de caufer. Je ne m'expliqueray
point d'avantage pour faire entendie
ce que c'eft que ces fortes de
fuites de la peur , je le laiffe dire à
ceux qui ont eu des accidens , ou
qui en ont entendu parler. Quant à
la peur que de pareilles avantures
marquent , elle fait connoître que
tout homme qui fent fon crime
dans le fond de l'ame , n'eft pas
maître des effets que la nature produit
lors qu'il s'apprête à le con
fommer.
Le Prince d'Orange voulant que
tous les Seigneurs d'Angleterre lui
fuffent redevables de leurs Dignitez
, créa le Prince George de Dan .
nemark , Baron d'Ockhingham
Comte de Kendall , & Duc de ·
Cumberland. Charles , Seigneur
Marquis de Vvincheſter , Duc de
Bolton . Le Sieur Benting , Baron
de Cirenceſter , Vicomte de Vvoodftock
, & Comte de Portland , Thodu
Temps.
DE
com mas , Seigneur Vicomte
berg,Comte de Faucomber Ch
les Seigneur Vicomte Mordant
Comte de Montmouth. Radulphe
Seigneur Montagu , Vicomte de
C
Mount-Hemer & Comte de Montagu.
Jean Seigneur Churchill
Cointe de Marleboroug. Mr Henry
Sidney , Baron de Milton & Vicomte
Sidney de Sheppey , dans le
Comté de Kent. Richard Seigneur
Vicomte Lumley de Vvaterford en
Irlande , Vicomte de Lumley de
Lumley - Castle , dans la Comté
Falatine de Durham. Hugues Seigneur
Vicomte Chelmondley , de
Kellis en Irlande , Baron de Chelmondley
& Vvitchmalbanch
autrement Namptvvich en Chefhire.
Il nomma auffi les Gouverneurs
des Comtez & Provinces
dans l'ordre d'Angleterre qui
fuit.
>
De Bedford , le Comte de Bed- '
ford. De Berкs le Duc de Norfolk.
De Bucks ,le Comte de Brid-
$
I iiij
200
X. P. des Affaires
>
gvvater. De Cambridge , le Comte
de Bedford. De Cheshire , Milord
Delamer. De Cornouaille , le
Comte de Bath . De Cumberland , le
Comte de Carlisle. De Derby , le
Comte de Devonshire. De Devon ,
le Comte de Ba h. De Dorfet , le
Comte de Briftol. D'Effex le
Comte d'Oxford. De Glocester &
de Hereford , le Comte de Macklesfeid.
De Hertford , le Comte
de Shrevvsbury durant la minoriaé
du Comte d'Effex. De Huntingdon
, le Comte de Manchefter.
De Kent , le Comte Vvinchelley.
De Lancaſter , le Comte de Derby.
De Leiceſter , le Comte de Rutland.
De Lincoln , le Comte de
Lindfei. De Midlefex , le Comte
de Clare. De Monmouth, le Comte
de Macklesfeild. De Norfolke , le
Duc de Norfolk.De Northüberland
Milord Lumlei.De Northampton, le
Vicomte Mordant.De Nottingham ,
le Comte de Kingston . D'Oxford ,
le Comte d'Abingdon . De Salop
le Vicomte Nevvport, De Sommerfet
, le Vicomte Fintzharding . De
du Tems. 201
Southampton , le Marquis de Vvinchefter.
De Stafford , Milord Paget.
De Suffolke Milord Cornyvallis
. De Surrey , le Duc de Norfol
xe. De Suffex , le Comte de Dorfet
& Middlefex. De Vvaryvicke
le Comte de Northampton . De
Vveftmorland , le Chevalier Lovvther
de Lovvther. De Vvilts , le
Comte de Pembrooke. De la partie
Orientale d Yorck , le Comte de
Kington. De la partie Septentiona
le d'Yorck , le Vicomte Falcomberg.
De la partie Occidentale d'Y.
orck le Comte de Danby. De la
Principauté de Galles , le Comte de
Macklesfeild .
Quoi que la Maifon d'Auftriche
euft une étroite liaiſon avec le Prince
d'Orange , comme vous avez vû
en plufieurs endroits de cette Hiftoire
l'Empereur & le Roi d'Efpagne
differerent le plus longtemps
qu'il leur fut poffible à la faire paroître
aux yeux du Public , retenus,
par la honte que l'on a toujours
lors qu'on fait des actions qui doi
I v
202
X. P. des Affaires
vent étre blâmées . Ce fut ce qui
empêcha Sa Majesté Catholique
d'écrire au Prince d'Orange fur la
mort de la Reine fon Epoufe. Auffi
ce Prince s'en plaignit - il à Dom
Pedro Ronquillo , en lui difant qu'il
n'en prendroit point le deuil . L'envoyé
de l'Electeur de Brandebourg
n'en ufa pas de la forte. Son Maitre
, comine Prince Proteftant , fe
faifant une gloire de ce que
les Prin
ces Catholiques regardoient comme
une honte avec beaucoup de fujet ,
avoit envoyé ordre à fon Miniftre
à Londres , de demander une audience
publique pour complimenter
le Prince , & la Princeffe d'Orange
fur leur Couronnement ; ce
qui fut executé , & donna beaucoup
de joye à l'an & à l'autre ,
qui
prirent un tres -grand plaifir à ſe
voir traitez de Majefté. Cependant
ils n'avoient pas lieu de croire que
la fidelité de beaucoup de leurs nouveaux
Sujets fuſt à l'épreuve , puis
que la plufpart du Peuple tient dans
le coeur le parti de fon veritable
du Tems. 203
Roy,& qu'il ne penfoit à rien mon's
qu'à former des plaintes contre luy,
quand le Prince d'Orange a envahi
Angleterre. Ainfi l'on peut dire
que fi le Roy a cedé , c'est parce
que la partie êtoit trop bien faite
pour ne luy pas faire perdre fes inefures.
Il en eft de même de l'Armée,
qui s'êtant trouvée fans Officiers,
êtoit devenue un corps fans ame, &
qui pourtant n'avoit point pris le
parti contraire, comme vous pouvez
voir par la Proclamation que vous
allez lire, & que le Prince d'Orange
a fait publier plufieurs fois .
GVILLAVME R.
D'autant que lors qu'on caffa il y
les a quelque tems lªArmée , &par
defordres qui font arrivez depuis
peu parmy les Soldats qui ont deferté
, une grande quantité d'Armes,
de Munitions , d'Armures & d'VStanciles
de Guerre nous appartenant,
ont efté jetiées & abandonnées par
les Soldats , mifes en gage, venduës
I vj
104 X. P. des Affaires
›
ou engagées d'autre maniere : & que
nonobftant la Proclamation que nous
avons depuis quelque tems fuit publier
à cet effet, ces Armes ou autres
Vftanciles de guerre n'ont pas encore
efté découvertes , ou raportées pour
nôtre ufage , comme elles devroient
avoir efté , Nous ordonnons par les
prefentes , & commandons à tous.
ceux qui ont de ces armes Munitions
on Vftenciles de guerre en
leurgarde , de les porter au Maire,
au principal Officier de la Ville , ou
au plus proche Iuge de Paix de la
Comté ou Province dans laquelle elles
feront trouvées ; & pour encourager
& recompenfer ceux qui feront
en cela leur devoir , Nous ordonnons
qu'il leur fera payé, & leur alloüons
la fomme de cinq Shillings pour
chaque mousquet en maniere de fufil,
de deux Shillings & fix fols pour
chaque moufquet à ferpentin ou à
mêche ; de cing Shillings pour chaque
Carabine, de cing Shillings pour
chaque paire de Pistolets , & la quasrieme
partie de l'entiere valeur de
du Tems. 205
toutes autres fortes de Munitions,
d'Armures & d'Vtenciles de guerre.
Et en cas qu'aucune perfonne , ou
perfonnes en la garde desquelles il y
a, ou il y aura quelques- unes de ces
armes negligent de les apporter , la
recompenfe cy - deffus Specifiée fera
payée à ceux qui découvriront lefdites
armes, ou les feront faifir pour
nôtre uſage ; & les fommes fufdites
Seront payées par le Maire, l'Officier
on le Inge de Paix , aufquels lesdites
Armes feront apportées ; lefquels
Maire , Officier & Luge de Paix recevant
lefdites armes , en donneront
avis aux principaux Officiers de nôtre
Artillerie demeurant à nôtre
Tour de Londres , comme auffi de
l'argent par eux pasé pour icelles,
qui leur fera remboursé par lefdits
Officiers de noftre Artillerie qui font
requis par les prefentes , de leur
payer & de recevoir ces armes pour
noftre ufage. Nous ordonnons en outre
par ces prefentes à tous nos Gouverneurs
, Lieutenans - Gouverneurs
autres Officiers fubalternes de
206
X. P. des Affaires
noftre Milice , à tous Sherifs , Inges
de Paix , Maires & principaux
Officiers des Comtez , Villes &
Bourgs où il y aura quelques - unes
defdues Armes , d'en faire une exa-
Ete & diligente perquifition , de tâcher
à les découvrir par toutes les
voyes & tous les moyens legitimes,&
le's faire faifir pour noftre usage ; comme
auffi de faire arreſter , & de s'affarer
des Perfonnes entre les mains
defquelles telles armes feront trouvées
, & méme proceder contre elles
felon les Loix , comme contre des
gens qui retiennent nos Armes &
Vftenciles , afin qu'on leur faffe leur
procés , & qu'ils foient punis pour
cette offenfe aux premieres Seffions
on Affifes qui fe tiendront dans la
Comté, Ville ou Bourg, où telle fante
aura efté commiſe.
Le Prince d'Orange demeure
d'accord par cette Proclamation,
que
les Soldats ont deſerté , abandonné,
& jetté leurs armes, que
uns les ont mifes en gage , & que
les
du Tems. 107
Les autres les ont venduës. Cette
Proclamation plufieurs fois reiterée ,
avec celle dont je vous ay déja fait
part,& dans laquelle le Prince d'orange
avoue que les Deferteurs luy
font la guerre , fait voir clairement,
& par fon aveu même, que ces Soldats
font autant d'Enneinis qu'il a
dans le pays. Joignez à cela pref
que tous ceux qui eftant de la Religion
Anglicane , tiennent le parti
de leurs Evêques qui n'ont point
voulu prêter de ferment , ainfi que
quantité de Seigneurs , & vous verrez
qu'il ne peut avoir efté appellé
en Angleterre , que par quelques
Traîtres fubornez , & non par la
Nation , & qu'il n'a efté fait Roy
que par les Presbiteriens qui compofent
le Parlement , & que la force
ou l'argent a fait élire par ceux
qui ont droit d'élection .
Quoy, que le Prince d'Orange
eût promis aux Princes Catholiques
fes Alliez de ne point tour
menter les Catholiques , il ne laiffa
pas d'agir de concert avec les Pref
•
208
X. P. des Affaires
biteriens du Parlement, afin de faire
paffer un Acte pour les obliger de
s'éloigner de Londres de dix milles
aux environs . Il fe rendit au Parlement
pour approuver cet Acte , & fit
faire auffi - tôt la Proclamation fuivante
.
GVILLAVME R.
D'autant que par un Acte de ce
prefent Parlement , intitulé , Acte
pour éloigner les Papiftes & ceux
qui font reputez tels des Villes de
Londres & de VVeftminſter, & à la
diſtance de dix milles aux environs ,
les Papiftes qui en fi grand nombre
frequentent ces Villes, font declarez
& ont efte trouvez dangereux à la
paix & à la tranquillité de ce Royaume
, & qu'il y a des voyes e des
moyenspreferits & ordonnez par cet
Acte , tant pour découvrir que pour
éloigner ces perfonnes - là defuites
-Villes & des autres lieux dans la diftance
de dix milles ( hormis ceux qui
font exceptez dans ledit Afte) Leurs
du
Temps.
209
la
Mapſtez ayant tous les jours des experiences
des méchans & pernicieux
"deffeins qui fe forment & que l'on
met en pratique dans & autour def
dites Villes ,parmi leurs bien- Amez
Sujets, tendant à laruines à la deftruction
de tous les Proteftans & an
rétabliſſement du Papifme dans ces
Royaumes, & ayant efté priezpar les
Communes affemblez en Parlement
de remedier à ce defordre , ordonnent
& commandent expreffément par
prefente Proclamation à tous Papistes
& àceux quifont reputez tels,à la
referve de ceux qui font excepiez das
led. Acte , de fortir inceſſamment defdites
Villes & de tous autres lieux à
la diftance de dix milles d'icelles .
Leurs Majeftez ordonnant en outre
& commandant par les prefentes,
que, fi aucuns Papifles , où ceux qui
font reputez tels, qui ne font pas exceptez
dans ledit Alle , demeurent
dans l'une ou l'autre defdites Villes
ou ailleus à dix milles aux environs,
le Seigneur Maire de Londres
& tous les Inges de Paix desdites
1
210
X. P. des Affaires
Villes & des lieux circonvoisins procedent
contre eux comme contre des
gens qui confpirent contre la paix &
le bien du Gouvernement , Donné en
noftre Cour à Hamptoncourt , le 9.
de May 1689. & de nostre regne le
premier.
Les Presbiteriens font grands
amateurs de ces fortes de Proclamations
, parce qu'elles leur donnent
lieu d'exercer la haine qu'ils ont
contre les Catholiques ,de leur faire
des avanies , & de les maltraiter
quand ils fortent. Les Vagabonds
& gens fans aveu vont plus loin , &
fe fervent fouvent de ce pretexte
pour piller leurs maifons.
Le Prince d'Orange approuva le
même jour l'Acte pour abroger les
anciens fermens d'Allegeance & de
Suprematie , & mettre en ufage les
nouveaux. On détrône le Roy, parce
qu'on fuppofe qu'il enfraint les
Loix , & veut établir des nouveautez
. Cependant on fait tout ce que
l'on condamne en ce Monarque , &
ors qu'on le rend coupable , pour
du
Temps.
211
avoir difpenfé de quelques fermens,
on va jufques à les abroger, & l'on
en fait de nouveaux qui font reçus
en leur place. Il eft inouy que l'on
ait jamais parlé d'une chofe auffi
extraordinaire que ce qui s'est fait
en cette rencontre. Les Evêques
ayant infifté qu'on s'opposât à l'A-
&te qui oblige de prêter les nouveaux
fermens , il fut refolu que le
Prince d'Orange auroit pouvoir d'en
difpenfer douze perfonnes, & que moyennant
cette difpenfe ils pourroient
jouyr du tiers de leurs revenus Ecclefiaftiques.
Si ces fermens font juftes ,
chacun doit les prêter fans exception
, & s'ils ne font pas trouvez
tels , on ne les doit point prêter du
tout. Le bon fens ne fouffre pas
qu'on accorde des difpenfes de bien
faire. Mais pourquoy s'en étonner ?
Quand on a tout mis en confufion ,
on ne fçait plus ce qu'on fait .
9
Le Prince d'Orange voulant envoyer
des troupes en Hollande
jamais Prince n'a paru avoir fi pén
de pouvoir fur elles. Tantôt tous
212
X. P. des Affaires
les Officiers d'un Regiment defertoient
; tantôt la mefme chofe arrivoit
à tous les Soldats d'un autre
de forte qu'on n'a fouvent fait qu'un
feul Regiment de ces Officiers &
de ces Soldats , qui étoient de differens
Regimens. Des Troupes fi
peu affectionnées au fervice feroient
à craindre dans une journée où l'on
feroit obligé de donner combat.
Auffi voit - on beaucoup de defertions
dans celles qui font en Flandre
au fervice des Hollandois , &
on y entend dire publiquement à la
plufpart , que dans un jour de bataille
elles pafferoient du côté de
France , ne voulant point de guerre
avec un Monarque qui a fi genereufement
fecouru leur Roy. Le Prince
d'Orange voudroit qu'elles ne
revinffent jamals en Angleterre , &
il en fait tous les jours paffer par petites
troupes que l'on débarque en
differens Ports , afin que les Anglois
ne les appercevant point n'en
puiffent prendre d'ombrage. Ces
Troupes ne font pas feulement Hol
du Tems. 213
landoifes , mais de tous les Etats
de l'Europe. Il a des creatures par
tout , & les employe à corrompre
jufques aux fimples Soldats qui ont
quelque reputation , & pendant que
tout couronné qu'il eft , il effuye
avec une diffimulation fans égale
les caprices du Parlement , malgré
tous les Amis qu'il y a , jamais
Corps compofé de tant de teles
n'ayant manqué de donner des chagrins
aux méchans Princes ainfi
qu'il en donne aux bons , il prend
toutes les mefures neceffaires pour
s'emparer du pouvoir arbitraire
fans lequel il eft impoffible qu'un
homme de fon caractere regne feurement.
Je ne doute point qu'il
n'en vint à bout , fi par bonheur
pour la Nation , le Roi n'avoit un
puiffant parti en Angleterre & en
Ecoffe ; qui dés que ce Prince pretendra
agir avec l'autorité qu'il
voudroit bien ufurper , comme il a
fait déja la Couronne , fera groffi
par ceux qui paroiffent le plus dans
fes interefts .
214 X. P. des Affaires
Comme l'union qu'il avoit faite
avec la Maifon d'Auftriche & les
autres Princes fes Alliez , étoit fondée
fur la Declaration de guerre
qu'il devoit faire à la France , &
qu'on le preffoit de tenir parole , ce
qu'il ne fouhaitoit pas moins ardemment
qu'eux , ne fe fouciant pas du
fang qu'il en couteroit à toute l'Europe
, pourveu qu'il cuft la gloire de
fe voir Chef d'une Ligue dont le
fuccez lui fembloit indubitable ,
il travailla lui -même aux Memoires
de l'Adreffe qu'il avoit concertée
avec fes créatures que le Parlement
lui prefenteroit fur ce fujet.
11 fit mettre enfuite tous ces Memoires
en corps par le Docteur Burnet,
aprés quoi avec le Confeil de fes
plus pernicieux Confidens, il y jetta
encore du venin , de forte que
cet ouvrage qui femble avoir été
compofé par les Demons , parut
tel , même à une partie des creatures
de ce Prince , puis que la Chambre-
baffe l'ayant communiqué à la
Chambre haute , les Seigneurs le
du
Temps. 215
regarderent avec horreur , & blâmerent
ceux qui l'avoient dreffé
difant qu'on ne devoit point traiter
les Rois avec cette indignité.
C'est un ouvrage qui n'eft compofé
que d'injures contre le Roy , & de
fuppofitions execrables . Ainfi il fur
arrefté par la Chambre haute que
cette Adreffe qu'on nomina la longue
Adreffe , feroit fupprimée. Il fe
trouva neanmoins un Libraire af
fez hardy pour lofer faire imprimer,
mais la Chambre - haute ordonna
qu'il feroit recherché , poursuivi &
condaniné. Un tel procedé merite
fans doute de grandes louanges , &
je ne puis m'empêcher de lui en
donner ici. On doit connoiſtre par
là que beaucoup de ces Seigneurs
ne fçauroient fouffrir de lâchetez
& que la plufpart de ceux qui font
dans le parti du Prince d'Orange
s'y trouvant malheureuſement engagez
, & ne pouvant prefentement
le quitter fans s'expofer à fe perdre
, ne manqueront pas de prendre
celuy de leur legitime Souve-
>
216
X.
P.
des
Affaires
.
pas
rain , dés que l'occafion s'en offri
ra. Quant à l'Adreffe dont je viens
de vous parler, c'eft un fait conftant,
& jen ai une copie . La Chambre des
Communes qui a de coûtume de fe
revolter contre celle des Seigneurs,
& qui n'agit prefque jamais qu'en
tumulte & avec emportement,com .
me fait le Peuple , qui n'eft
moins paffionné dans la plutpart
de fes mouvemens , qu'il a d'aveuglement
à les fuivre , défera à la
Chambre haute , parce que ce n'eſt
pas de coeur qu'elle fe pique , &
qu'il lui devoit fuffire que les Seigneurs
confentiffent à la guerre
qu'elle demandoit. D'ailleurs , comme
ceux qui avoient paru les plus
emportez pour faire que cette Adreffe
fuft rendue publique , étoient
reconnus pour étre entierement devoüez
auPrince d'Orange, ce Prince
même ne jugea pas à propos qu'ils
pouffaffent les chofes plus loin
parce que l'on commençoit à remar →
quer que l'Adreffe qu'il vouloit
qu'on lui prefentât , étoit un Ouvrage
du Tems. 217
vrage où il avoit la plus grande
part , ce quine le pouvoit faire paf
fer que pour un homme qui ne gardoit
plus aucunes mesures , & qui
attaquoit fes Ennemis avec des armes
indignes du rang où il s'étoit
élevé. Si toft qu'on eut ceffé de parler
de cette Adrelle , la Chambres
des Communes prefenta celle
qui fuit ,
-
>
Nous , les tres - fidelles & tresoberffans
Sujets les Communes affem
blez en ce prefent Parlement , venons
tres humblement prier Votre Majefté
de confiderer ferieuſement les
moyens iniques dont le Roy Tres-
Chreftien s'eft fervi depuis quelques
années , pour ruiner le comme ce
troubler la tranquillité & l'intereft de
ce Royaume , & particulierement la
prefente invafion du Royaume d'irlande,
& l'affiftance qu'il donne à vos
Sujets rebelles en ce Pays-là. Nous
ne doutons en aucune maniere quefe
lon la fageffe de Voftre Majefte , les
alliances qu'Elle a déjafaites , &cel·
K
218
X. P.des Affaires
Les qu'Elle fera en certe b cafion ne
produisent les effets qu'on jen awond
en reduifant te Ry Tres- hrêtien ch
' tel eftat , qu'il ne foit plus deformais
en fon pouvoir de violer paix de la
Chrétienté , ni de porter préjudice au
negoce ou à la profperité de vostre
Royaume d'Angleterre. C'est pour cela
que nous fupplions tres -humblement
Votre Maiefté d'être affeurée sur la
promeffe folemnelle que nous lui faifons
, & fur les engag mens quénous
lai donnons de bon coeur , que lors
qu'Elle trouvera à propos d'entrer en
guerre contre le Roi Tres - Chrêtten ,
nous donnerons à Vôtre Maiefté les
moyens , par noftre aſſiſtance ſelon la
methode des Parlemens , de la mettre
en eftat , moyennant cette protection
cette benedicton dont Dieu l'a
toûiours favorisée , de faûtenir & fi
nir glorieusement cette Guerre.
Voici la réponse que leur fie
le Prince d'Orange,sh
du
Temps .
219
GVILLAVME ROY
Ie reçois cette Adreſſe comme une
marque de la confiance que vous avez
en moi, dont je vous fuis obligé , vous
affurant que je tâcheray par toutes
mes actions de vous y confi mer. Ie
་ ༡
vous affure que mon ambition ne me
fera jamais engager dans
guerre , qui puiffe expofer la Nation
à desperils ou à de la dépense ; mais
dans l'état où font les affaires , ie regarde
la Guerre comme étant fi fort
declarée par
aucune
par la France , que ce n'est pas
tant un acte de vôtre choix , qu'une
neceffité inévitable de nous deffendre.
Je me contenterai de vous dire que
comme j'ai hazardé ma vie & tout ce
que j'ai de plus cher , pour delivrer
cette Na ion des maux qu'elle for fr
froit , ie fais encore preft de l'expofér
pour la conferver & la deffendre con
tre tous fes Ennemis ; & comme je
ne doute pas que vous ne me donnicz
une affistance qui réponde à l'avis que
Kij
220
X. P. des Affaires
vous me donnez de declarer la Guerre
à unpuiſſant Ennemi , auffi pouvezvous
vous repofer fur moi , qu'aucunepartie
de ce que vous me donnerez
pour la faire avec fuccez , ne fera employée
par moi à aucun autre uſage .
On
peut dire
bien
loin
que
que
l'Adreffe que vous venez de lire contienne
de bonnes raifons , il n'y a
pas feulement de fens commun .
Perfonne n'en peut trouver dans
l'endroit où la Chambre-baffe dit ,
que le Roi de France s'eft fervi des
moyens iniques depuis quelques années
,pour ruiner le Commerce , &
troubler la tranquillité de l'Angleterre.
Quels font ces moyens ini.
ques , & qu'a fait le Roi pour ruiner
le commerce d'Angleterre ? Ce
font des paroles fans aucuns faits ,
& il n'y a pas même en tout cela
de prefomptions qui puiffent faire
foupçonner ce que l'on impute à
Sa Majesté. Les Anglois n'avoient
formé aucune plainte , ce qui arrive
ordinairement , quand les chodu
Tems. 121
·
fes font dans la fituation que la
Chambre baffe les dépeint. Les
deux Rois vivoi et en paix, tout étoit
calme en Angleterre , chacun y
profeffoit fa Religion , il n'y avoit
point de nouveaux impofts , & elle
n'a été troublée depuis ce tempslà
que par ceux qui l'ayant mife
dans le defordre où elle eft prefentement
, ont ruiné le commerce &
troublé la tranquillité qu'ils accufent
les autres d'avoir eu envie de
tronbler . On parle enfuite de l'ivafion
du Roy en Irlande , & de l'affiftance
qu'il donne aux Sujets rebelles
du Prince d'Orange . Après avoir
expofé que le Roi de France s'eft fervi
depuis plufieurs années de moyens
iniques pour troubler l'Angleterre , on
expofe des fujets prefens , qui n'ont
nul rapport avec le paffé , la fituation
de toutes les affaires ayant tellement
changé depuis le débarquement
du Prince d'Orange , que
ceux qui oppofent prefentement
leurs forces à celles d'Angleterre ,
vouloient les joindre il n'y a pas wa
K iij
222 X P des Affaires
an à celles de ce même Royaume ,
pour empêcher qu'il ne fut accablé
des maux qu'il fouffre , dépuis que
l'ambition de ce Prince l'a porté
à ufurper la Couronne . Quant à
l'invafion d'irlande , il eft ridicule
de dire , parce que le Roi d'Angleterre
a paffé dans ce Royaume avec
quelques Officiers François , que le
Roi de France y a fait une invaſion , Ú
qu'il affifte les Sujets rebelles du Prin
ce d'Orange. Les Irlandois ne font
point Sujets de ce Prince, & ne l'ont
jamais été , & quand il pourroit don
ner cenom aux Anglois qui ont trahi
leur Roi , & qui lont appellé ,
dont le nombre eft tres - petit en
comparaifon de tout le Feuple d'Anglerere
, il ne peut avoir même de
méchans pretextes , pour nommer
ainfi les Irlandois . L'irlande eft un
Royaume feparé , qui n'ayant aucun
lieu de plainte contre fon Roi,
ne s'en plaignoit point , & parce
que quelques traitres ont appellé le
Prince d'Orange en Angleterre , il
ne s'enfuit pas que les Irlandois qui
du Tems 1223
ne l'ont point appellé , doivent érne
fes Sujets , & que cet exemple les
mette dans lobligation de les imi
ter, On lit fur la fin de cette Adref
fe que Sa Majefte vile la paix
de la Chreftienté. Comment la peutelle
violer , puis qu'elle ne penfoir
Foint à la guerre , qu'Elle n'étoit
point armée, & que le Prince d'Orange
a fait des Ligues pour l'y engager
, afin qu'ayant toute l'Europe
fur les bras , ce Monarque fût moins
en pouvoir de donner contre lui'de
grands fecours au Roi d'Angleterre;
& voilà pourquoi cet ambitieux a
mis le feu aux quatre coins de l'Europe
pour executer fon entreprife
pendant ce temps - là . La Maiſon
d'Aufriche qui a crû en profiter
s'eft pen mife en peine fi la Religion
en fouffriroit , pourveu qu'elle fint fes
affaires aux dépens de ce qu'il en
coûteroit aux Catholiques . Enfin la
Chambre des Communes à tort de
dire que le Roi portoit préjudice à
la tranquillité & au negoce d'Angleterre
, puis que tout y fleuriffoit ;
K iiij
224 X. P. des Affaires.
mais ce ne fera plus maintenant la
même chofe. Les Hollandois
partageront
tout , & trouveront
en
toutes rencontres
de la faveur auprés
du faux Souverain d'Angleter-
-re , & ce fera alors qu'elle pourra
dire que fon negoce profperera
moins. La réponſe que le Prince
d'Orange a-faite à cette Adreffe, eft
d'un homme qui fe déguiſe , & qui
paroit doux & foumis pour venir
plus aifément à fon but. On voit
qu'il veut de l'argent,non feulement
parce qu'il l'aime naturellement
,
mais parce qu'il en faut beaucoup
pour foûtenir fon invafion. A l'égard
de la guerre qu'il regarde ,dit-il,
comme declarée par la France , il n'avoit
jamais douté qu'il ne deuft l'avoir
, puis qu'il avoit mis toutes
chofes en état pour cela , & qu'il avoit
lieu de croire qu'un Monarque
auffi genereux que le Roi , prendroit
le parti d'un Prince fon Allié , lâchement
trahy par fon Sang, & abandonné
par une partie de fes Sujets.
La plupart ne font pas à s'en rependu
Tems. 225
tir , & ceux qui en ont pû donner
des marques , l'ont déja fait . Vous
avez vû par les Proclamations du
Prince d'Orange même , comme les
Troupes defertent de jour en jour,
& vous verrez par celle que vous allez
lire, que les Matelots en ufent de
même à fon égard.
GVILLAVME R.
D'autant que leurs excellentes
Majeftez le Roy & la Reine ont befoin
d'employer leur flote Royale,
pour l'honneur & la feureté de leurs
Royaumes , Eftats & Pays de leur
obeyfance , en faisant la guerre contre
Le Roy des François ; & que par les
Loix de ce Royaume , chaque Marią
nier, Matelot, & Soldat ayant recen
le preft ou argent d'avance , pour fervir
Sa Majesté fur aucuns Waiffeaux,
& refufant aprés cela de fervir , on
manquant de fe rendre au temps
lieux qui lui ont effé preferits pour le
fervice de Sa Majesté , encourt le
danger de Felonie , s'en rend compa-
Κ
226 X. P. des Affaires
ble, & doit eftre puni & traité commejelon
; Et Sa Majesté ‹ftant neanmoins
i formée , que divers Mariniers,
Matelots & Soldars engagez
àſon ſervice , & ayant receu le preft
d'avance , negligent de fe rendre à
leurs poftes quittent le fervice , ce
qui pourroit estre caufe que les Vaif-
Jeauxde leurs Majeftez feroient mal
montez & mal fervis au danger de
leurs Peuples , particulierement en ce
temps , que les François ont déia envahi
les Estats de leurs Maieftez,&
Se preparent à dépouiller leurs Suiets
du privilege de leur Commerce, & de
divers autres avantages ; Leurs Maiestez
prevoyant donc , par leur fageffe
Royale , les inconveniens qui en
peuvent arriver, ont trouvé à propos
de l'avis de leur Confeil Privé , de
publier leur Royale Proclamation;&
Elles enioignent & commandent tres.
expreffement par icelle, à tous Mariniers,
Matelots & Soldats qui font
ou feront cy - aprés engagez à leurfervice,
fur aucun des Navires ou Vaif
feaux de leur Elote, & qui ont reoeu
du Tems. 217
& de
ou recevront le přeft en argent d'avance
pour cela, d'aller & de fe rendre
felon leur de voir , aux lieux qui
leur font preferits , & dans le temps
qui leur eft marqué, & de refter dans
le fervice auquel ils font ou fero..
appliquez sur peine de mort ,
telles autres peines, & punitions, que
les Loix leur peuvent infliger ou im→
pofer. Et afin de poursuivre plus
promptement & plus efficacement les
Délinquans, leurs Majeftez ont iugé
propos , & ont deffein de donner
inceffamment des Commiffions d'Oyer
& de Terminer , pour leur faire leur
procés felon les Loix, & les faire punir
en luftice. Et afin de mieux exe-
Guter l'intention Royale de leurs
Majeftez , ils enioignent & comman
dent par certe Proclamation , à tous
& à chacun des Gouverneurs , Mail
res, Sherifs, luges de Paix , Baillifs=
Conneftables , fous Conneftables &
autres leurs Officiers Miniftres &
Susers de ce Royaume , de quelque
qualité condition qu'ils soient , de
faire une exalte perquiſition & wer
e
K vj
228 X. P. des Affaires
cherche avec toute la diligence & le
foin poffible , afin de découvrir &
apprehender tous & un chacun des
Délinquans, & de les envoyer inceffamment
, ou les faire mettre dans la
plus prochaine prifon de la Province
, de la Ville , ou du lieu où ils fe̱-
ront arreftez , pour y demeurer iufqu'à
ce que leur procés leur foit fait,
& n'en fortir que par la voye de la
Iuftice ; & que les noms des Perfonnes
ainfi arreftées & emprisonnées,
foient inceffamment envoyez à leurs
Majeftez ou à leur Confeil Privé,
afin qu'on ait foin de les faire auſſitoft
poursuivre en iuftice . Donné en
moftre Cour à Hamptoncourt , le 29.
Avril 1689. & de noftre Regne le
premier.
J'ay crû abfolument neceffaire de
mertre icy cette Proclamation, parce
que toutes les Nouvelles publiques
imprimées en Hollande font
remplies du contraire, & qu'on y a
toûjours marqué que des milliers de
Matelots fe prefentoient tous les
jeurs pour fervir le Prince d'Orang
du
Temps.
229
ge ; ce qui ne peut être, puis qu'on
voit dans une piece publiée à Londres,
que les peines ordonnées contre
ceux qui ne demeureroient pas
dans le fervice alloient juſques à la
mort.
Comme il n'y a point de guerres
qui ne foient douteufes même pour
ceux dont les forces femblent étre
fuperieures en nombre à celles de
leurs Ennemis , le Prince d'Orange
s'étoit fervi des Creatures qu'il a
dans le Parlement , pour engager
ces deux Chambres à lui demander
plufieurs fois de la declarer à la
France, même à l'en preffer, & à lui
perfenter des adreffes.11 évitoit par
là d'être garant de l'évenement , &
quoi qu'il eût tout concerté pour
cette guerre avant qu'il eût quitté
la Hollande , comme elle ne paroiffoit
point du tout venir de fon mouvement
, & qu'il avoit dupé là Nation
, en fe faifant preffer par ces
deux Chambres de faire ce qu'il
fouhaitoit avec ardeur , on ne pouvoit
l'accufer de l'avoir entreprife,&
230 X.P. Des Affaires
elle réuffiffoit mal. Il n'agiffoit que
pour lui en cette rencontre, & voulant
affoiblir la Nation qu'il lui êtoit
important de dompter , ce qui
n'eft pas trop facile , il avoit par là de
feurs moyens de faire expofer le plus
fouvét ceux qu'il craignoit davatage,
& de chaffer honorablement de leur
patrie les Troupes & les Officiers ,
dont la fidelité fui êtoit fufpecte, &
qu'il croyoit attachez dans le coeur
à leur legitime Souverain , ou du
moins en qui il foupçonnoit du
panchant à retourner fous l'obeyffance
qu'ils lui devoient.Cet éloignement
lui êtoit encore utile , en ce
qu'il lui donnoit lieu , pour remplir
leur place , de faire venir dans le
Royaume des Troupes étrangeres ,
en qui il prenoit plus de confiance;
& en troifiéme lieu , la Nation loin
de fe plaindre de le voir armé , lui
en devoit avoir obligation , quoi
qu'il ne le fut que pour la tenir en
bride , & pour achever de la mettre
dans l'esclavage. Outre tous ces avantages.
qu'il tiroit contre les Apdu
Temps.
231
glois , de la guerre qu'il declaroit à
la France , elle luy fervoit encore à
remplir fes cofres , & à fatisfaire
fon avarice , & celle de fes Favoris,
puifque fous pretexte des grandes.
fommes dont il a befoin pour la
foutenir contre un auffi redoutable
Ennemy que le Roy de France , on
fait de tant de fortes d'impofitions ,
qu'il a beaucoup de refte ; auffi luy
&fes Amis prennent-ils foin de fe
partager toujours les premiers . On
fçait qu'il y a déja eu quelques
plaintes là deffus , & qu'êtant impoffible
que dans un grand corps
comme le Parlement d'Angleterre
il ne fe trouve quelques
Membres qui ne foient pas dévoüez
au Prince d'Orange , il y en a eu
qui ont propofé plufieurs fois de faire
rendre compte des fommes qu'on
a levées pour la guerre. On voit par
Toutes ces chofes , combien cette
guerre contre la France, eft préjudiciable
aux Anglois. Elle fert à faire:
facrifier leurs Troupes , en les envoyant
hors du Royaume,à les épuifer
›
232 X.P des Affaires
›
d'argent par les levées dont on n'a
jamais entendu parler en ce Royaume
; à ruiner leur commerce la
France ayant fait plus de prifes
qu'elle ; & enfin elle fe livre ellemême
par cette guerre au Gouvernement
arbitraire , puis que c'eft le
but du Prince d'Orange, & qu'il ne
fçauroit manquer de l'établir ayant
une Armée d'Etrangers dans le
coeur du Royaume Voicy fa Decalration
de guerre contre la France.
GVILLAVME R.
Comme il a plû à Dieu de fe fervir
de Nous , pour eftre les heureux inf
trumens de la délivrance de ces Nations,
des grands éminens dangers
aufquels elles eftoient exposées , de
nous placer fur le Trône de ces Ro
yaumes , Nous-nous croyons obligez
defaire tout noftre poffible pour procurer
le bien de nos Peuples , qui ne
fçauroit iamais eftre affure , qu'en
prevenant les malheurs dont ils font
menacez par les Ennemis de dekars.
du
Temps.
233
"
Lors que nous confiderons tous les
iniuftes moyens dont le Roy des Franfois
s'eft fervi depuis quelques années
pour fatisfaire à ſon ambition ; qu'il
n'a pas feulement envahi les Etats de
l'Empereur & de l'Empire à prefent
en amitié avec nous , defolant des
Provinces entieres & ruinant leurs
Habitans par fes Armées , mais qu'il
a declaré la Guerre à nos Alliez fans
yeftre provoqué , violant manifeftement
par là , les Traitez confirmez
par lagarantie de la Couronne d'Argleterre
Nous ne sçaurions moins
faire que de nous ioindre à nos Alliez
, pour nous oppofer aux deffeins
du Roy des François , que nous regardons
comme le Perturbateur de la
Paix & l'Ennemi commun de la Chrê.
tienté. Mais outre les engagemens
dans lesquels nous fommes entrez,
par les Traitez faits avec nos Alliez
, qui iuftifient fufifamment nôtre
prife des armes en ce temps cy,
puis qu'ils nous ont requis de le faire,
les iniuftices qui nous ont estéfates
& à nos Suiets par le Roy des
;
-
234 X. P. des Affaires
François fans aucune reparation, font
telles & en fi grand nombre, que bien
que depuis quelques années , on n'en
ait pris aucune connoiffance ,pour des
raifons connues de tout le Monde ,
ne voulans pas pourtant les laißer
paler ,fans faire publiquement connoire
le infte reffentiment que nous
avons de ces outrages . Il n'y a pas
fort long- temps que les François prenoient
des permiffions du Gouverneur
Anglois deTerre - Neuve , pour pefcher
dans les Mers de cette Cofte , &
qu'ils payoient un tribut pour ces
permiffions , comme une reconnoiffance
du droit que la feule Couronne
d'Angleterre afur cette Ife; & neanmoins
les François ont depuis fi fort
empie é fur nôtre dite Ifle , & fur le
commerce & la pefche de nos Sujets ,
que leurs actions ont plus Papparence
d'une invafion faite par des
Ennemis que le proccdé d'Amis,qui
ne iouffuient de l'avantage de ce negoce
que par permiffion . Mais
Roy des François ait envahi nos Iſles
дне
le
du
Temps. 235
Charibes , &ffuit emparépar force.
de nos Terres dans la Province de
la nouvelle Torc & de la Baye de
Halfon,fe foit rendu Maître de nos
Suiets, & enrichi fen Peuple du pillage
de leurs biens & de leurs marchandifes
, qu'il ait retenu quelquesuns
de nos Sujets dans un dur & rigoureux
emprisonnement , en aut fair
inbumainement tuer d'autres & ex
pofer le reste en Mer dans un petit
Vaißenu , fans nourriture & fans les
autres chofes neceffaires à la vie , ce
font des actions que des Ennemis
mêmes ne voudroient pas faire ; &
neanmoins il étoitfi éloigné de fe declarer
el que dans ce même tempslà,
ilfaifoit negocier icy en Angleter
re par fes Miniftres , un Traité de
Neutralité & de bonne correfpondance
en Amerique.Le procedé de ce Roy
Contre nos Suiets en Europe , est fi
notoire , qu'il n'eft point neceffaire de
nous étendre là - deſſus . L'appuy qu'il
donnoit aux Armateurs François
pour le faifir des Navires des An236
X. P. des Affaires
glois , la défenfe qu'il a faite d'apporter
dans fon Royaume une grande
Partie des Manufactures & des Denrées
d'Angleterre ,& les droits exor
birans qu'il a impofezfur les autres,
nonobftant le grand avantage que
Luy, & la Nation Françoise tirent
de leur negoce avec l'Angleterre ,font
des marques évidentes du deffein
qu'il avoit de ruiner le Commerce,
&par confequent la navigation des
Anglois , d'où dépendent extremement
le bien & la feureté de cette.
Nation. Le droit du Pavillon attacké
à la Couronne d'Angleterre a
efté difpuié parfes ordres , ce qui viole
la Souveraineté que Nous avons
fur les Mers Britanniques , que nos.
Prédeceffeurs ont de tout temps maintenue,
que Nous avons auffi refolu
de maintenirpour l'honneur de noftre
Couronne & de la Nation Angloife.
Mais ce qui Nous touche plus fenfiblement,
eft la maniere fi indigne d'un
Chrêtien dont il a perfecuté plufieurs
de nos Suiets Proteftas en France pour.
Le fait de la Religion contre le droit
du Tems. 237
des
nées
gens & les Traitez exprés , les
contraignant par des cruautez auffi
étranges qu'extraordinaires, à abjurer
leur Religion , en emprifonnant des
Maitres & des Matelots de nos Vaif
feaux Marchands, en faisant condamner
d'autres aux Galeres fous pretex.
te qu'il y avoit dans leurs Navires
quelques uns de fes miferables Sujets
Proteftans , ou de leurs effets ; &
enfin comme il a dépuis quelques anpar
des infinuations & des promeffes
de fecours, taché de renverfer
le Gouvernement d'Angleterre , ainfi
auffi prefentement ilfait tout fon pos
fible pour ruiner entièrement nos bons
&fidéles Sujets de nôtre Royaume
d'Irlande, par des voyes ouvertes &
violentes, & par l'invasion actuelle
de ce Royaume. Eftant donc obligez
de prendre les armes , & efperant
que Dieu favorifera nos juftes entreprifes,
nous avons trouvé à propos
de declarer & declarons
par la prefente
la Guerre au Roy des François,
& que nous la lui ferons vigoureufementPar
Mer &par Terre conjoin238
X. P. des Affaires
tement avec nos Alliez , puis qu'il
l'a fi injustement commencée étant af-
•fenrez que nos Sujets concoureront de
bon coeur avec Nous , & nous aideront
de même à foûtenir une fi bonne
caufe , mandant & ordonnant par la
prefente Declaration au Général de
nos Armées , à nos Commiffaires
pour executer la Charge de Grand
Amiral , aux Gouverneurs de nos
Provinces , de nos Forts & Garnifons
, & tous autres nos Officiers
Soldats tant par Mer que par
Terre, de commettre d'exercer tous
actes d'hoftilité en faisant la guerre
contre le Roy des François , fes Vaffaux
& fes Sujets , & de s'oppofer à
leurs entreprises , requerant tous nos
Sujets d'en prendre connoiſſance, leur,
défendant expreffement d'avoir ou
d'entretenir ci-aprés aucune correſ
pondance on communication avec le
Roy des François ou fes Sujets . Et
comme ily a dans nos Royaumes plufieurs
Sujets du Roi des François ,
-nous declarons & donnons nôtre parole
Royale , que tous ceux de la Ñadu
Temps.
239
tion Francoife qui se comporteront
comme ils doivent envers nous , &
qui n'auront aucune corres ondance
avec nos Ennemis , feront en leureté
pour leurs perfonnes & pour leurs
biens , & exempt de toute moleftation
& de tout trouble , de quelque
forte que ce foit Donné en noftre
Cour à Hamptoncourt , le 7. iour du
mois de May 1689. de nôtre Regne
le premier.
Il y a tant de chofes à dire contre
cette Declaration , que je manquerois
fans donte à ce que vous
attendez de moi , fi je n'y répondois
pas. Je ne dis rien du faftueux
préambule. Le Prince d'Orange
peut fe donner toutes les louanges
& tous les avantages que fon ambi .
tion lui fait fouhaiter ; comme celá
ne regarde point la France, & que
perfonne n'ignore que c'eft un Vfurpateur
qui parle , & qui voudroit
éblouir par de brillantes couleurs
& par des raifons forcées , je paffe
pardeffus ces fortes d'Articles , par240
X. P. des Affaires
ce qu'il faudroit avoir l'efprit bien
groffies , & étre bien ignorant des
affaires du monde pour s'y laiffer
furprendre.
que
Il dit dans le fecond Article
dépuis quelques années le Roi s'eft fervi
de moyens iniuftes pour fatisfaire
fon ambition , & fe contente de ces
paroles fans nous faire voir quels
font ces moyens injuftes. Cela eft
bien-tôt dit , & il ne faut que nier,
pour répondre à cet endroit de mêine
qu'il eft prouvé . On fçait que
l'envie fe déchaine ordinairement
contre un Prince conquerant, mais
il est avantageux d'en effuyer tous
les traits quand on n'i eft expofé
que parce qu'on eft le plus heureux
& le plus grand Homme de fon fiecle.
J'ay répondu plufieurs fois à ce
qui eft dit dans cet Article , & je
fuis entré là-deffus dans des détails
historiques & dans des preuves inconteftables
; de forte que je me
trouve embarraffé , car fi je replique
à ces pretendus moyens iniu-
Ates qu'on veut que le Roi ait employez
du Tems. 241
P
4
"
·
pas ployez, on m'accufera de n'eftre
affez fcrupuleux fur les repetitions,
& fi je ne répons rien , il ſemblera
que je cherche des faux fuyans
pour m'en difpenfer . Cependant je
me contenteray de renvoyer aux
raifons que j'ay déja données fur les
-mêmes plaintes , & d'y ajoûter feulement
ce que j'ay dit ailleurs , qui
eft , que fi le Roy n'avoit efté plus
Catholique que la Maifon d'A ftriche
, il en auroit ufé comme elle fait
amourd'hui , & fe ferait rendu maître
de la plus grande partie de l'Allemagne
aux dépens de Religion,
de même qu'au dépens de cette méme
Religion , la Maifon d' Afribe a
tâché d'envahir la France après d
voir confenti pour en veni plus faci-
Lement à bout , que la Religion Ca.
tholique für abolie en Angleterre. Lo
Prince d'Orange pourfuit fa Declaration
de guerre en ces termes.
Le Roy de France n'a pas fulement
envahi les Etats de l'Empereur & de
L'Empire à prefent en amitié avec.
Nous , défolán des Provinces earie-
L
ས
241 X. P. des Affaires.
res, & ruinant leurs Habitans par fes
Armées; mais il a declaré la guerre
à fes Alliez fans y eftre provoqué,
violant manifeftement par - là Les
Traitez confirmaz parla garantie de
la Couronne d'Angleterre. S'il ne
s'agiffoit que d'un Ecrit de Hollande,
je ne répondrois pas à ces plaintes
dont j'ay fi fouvent fait voir l'injuftice
, mais dûffay- je tomber dans
des repetitions , je ne fçaurois m'empêcher
de repliquer du moins quelq;
chofe à tous les Articl.d'une Declar.
de guerre,qui eft une piece hiftoriq;,
où l'on ne doit faire entrer que des
faits conftans, puis qu'autrement la
Declar. de guerre eft injufte , & le
fang qu'elle fait verfer injuftement
répandu , ce qui en rend coupables &
refponfables tout en femble ceux qui
prennent de méchans pretextes pour
ces Declarations.
Celle qu'a faite le Prince d'Oráge
roule fur ce qu'il pretend que le Roy
n'a point êté provoqué à en ufer de
la maniere qu'il a fait en Allemagne,
de forte que fi ce Monarque y a êté
provoqué , il faut que l'on demeure
du Tems. 243
d'acord qu'il n'a rien fait que de jufte.
Le Roi ne penfoit point du tout à la
guerre, où il fe trouve.prefentement
engagé; c'eft un fait conſtant & recónu
dans une infinité d'Ecrits faits
contre lui par fes Ennemis mêmes.
Pendát qu'il ne fongcoit qu'à la paix
& à faire fleurir la Religion Catholique
das tout fon Roiaume,le Prince
d'Orange mettoitfon application
toute entiere à envahir l'Angleterre,
& êtoit,pour ainsi dire , à l'afût afin
de fe faifir des premiers pretextes
qui s'offriroient de brouiller l'Europe,
ce qu'il pretendoit devoir empêcher
la France de découvrir fes deffeins.
L'affaire de l'Electorat de Cologne
eft arrivée , & il s'en eft ſervi
fort adroitement, en propofant à la
Maiſon d'Auftriche d'agir de concert
avec elle contre le Roy;l'Empereur a
d'autant plus volontiers accepté le
parti, qu'il étoit perfuadé que les Sujets
de Sa Majefté , qu'il croyoit
n'eftre pas dans le coeur bien réunis
à l'Eglife Romaine ,donneroient
de la belogne à ce Prince. Dans
Lij
244 X. P. des Affaires
cette penſée on a fait des Ligues &
des projets d'envahir la France.On
devoit débarquer en deux ou trois
endroits fur les Coftes , & entrer
juſques au coeur de l'Etat , où les
Allemans fe devoient rendre de leur
cofté.Enfin la France eftoit déja en
proye à ces nombreux Ennemis felon
ce qu'ils s'en eftoient imaginé,
& le fuccés de leurs grands deffeins
leur paroiffoit infaillible . Voilà ce
qui a provoqué le Roy ; on l'auroit
efté à moins , & le Prince d'Oran
ge a tort de dire que Sa Majesté n'avoit
aucun fujet de faire une Declaration
de guerre .Cependant ce Monarque
, au lieu de violer les Traitez
, en aufé avec une generofité
dont on ne sçauroit difconvenir , &
voyant que ceux qui le menaçoient,
& qui devoroient déja la France en
idée , ne feroient pas fitoft prefts
d'entrer en action , par un effet de
fon bon gouvernement
, qui met
toujours fes affaires dans une heureuſe
ſituation , il s'eft trouvé plutôt
armé que ceux qui fe preparoient à
du Tems. 245
engloutir ces Etats . Quoy qu'il les
ait prevenus , il leur a encore offert
la paix à des conditions tres avantageufes
, dont voicy les termes. Et
comme Sa Majesté n'a pas entrepris
le Siege de Philisbourg pour s'ouvrir
des moyens d'attaquer l'Empire
, mais feulement pour fermer
l'entrée de fes Etats à ceux qui
voudroient exciter de nouveaux
troubles , Elle offre pour faciliter
davantage le Traité de Paix , de
faire démolir les fortifications de
ladite Ville de Philisbourg , lors
qu'Elle l'aura reduite à ſon obeysfance
, de la faire rendre à l'Evêque
de Spire , pour en jouyr de la
même maniere que fes Predeceffeurs
ont fait avant que la Place fut fortifiée,
fans en pouvoir rétablir les for-
-tifications.
On lit enfuite. Sa Majesté veut
bien encore ajouter à fes offres une
preuve tres- confiderable & plus convaincante
du defir qu'Elle a de rétablir
une bonne correspondance
avec l'Empereur , & l'Empire , &
•
Liij
246 X. P. des Affaires
de la rendre d'une longue durée ; &
& quoique les dépenses extraordinaires
qu'Elle a faites pour rendre
la Place de Fribourg imprenable ,
comme elle est à prefent , la doivent
obliger à ne la détacher iamais de fa
Couronne , neanmoins pour procurer
une longue paix à toute la Chrêtien
é , pour faire voir qu'Elle
n'a penfe qu'à fermer Son Royaume,
& non pas à fe conferver des moyens
de s'agrandir , Elle veut bien auffi
dénanteler les fortifications de cette
importante Place , & la rendre à
l'Empereur , avec ses dépendances , à
coditionqu'elle ne pourra íamais être
fortifiée. Voilà un fait qui ne peut
eftre nié , puis que ces offres du
Roy ont efté imprimées , renduës
publiques , & envoyées dans toutes
les Cours. On ne devroit jamais
avancer aucune chofe qui ne
fut ainfi foûtenue par des faits
conftans ; celui que je viens de
raporter ne pouvant eftre mis en
doute , auroit deu il y a long-
•
du Temps.
247
temps fermer la bouche aux Ennemis
de Sa Majeſté , & arreſter
la plume des Ecrivains de Hollande
, puis que tout ce que les uns
ont dit , & ce que tous les autres
ont écrit , eft entierement détruit
par offres faites avant le Siege de
Philisbourg. Si les Ennemis fe
plaignent de la priſe du Palatinat,
& des dégats qu'y ont caufé les
Troupes du Roy , ils ne fe devoient
plaindre que d'eux - méines , puis
que ce Prince les a avertis , & qu'il
a bien voulu acheter la Paix auxdépens
de deux Places imprenables.
Je dis acheter ; loin qu'il y
ait de la honte , rien ne lui pouvoit
donner plus de gloire . S'il a fouhaité
la Paix , c'eftoit pour en faire
nouveau prefent à l'Europe ,
& pour empefcher qu'on ne répandit
encore du fang. On en
fera convaincu , fi l'on confidere
lors qu'il a fait ces offres ,
que
ne craignoit pas fes Ennemis . Il
eftoit armé , ils ne l'eftoient pas
il
Liiij
248
X. P. des Affaires
encore , & il ne pouvoit même douter
qu'il n'emportaft Philisbourg
avant qu'aucun d'eux fut en eſtat
dentrer en Campagne . Cependant
il n'a pas laiffé de vouloir
bien acheter la Paix au prix de deux
Places imprenables , comme je viens
de le dire , pour la donner non feulement
à l'Europe, mais encore à la
vrye Religion , qui estoit fur le
point de fouffrir les cruelles perfecu
. ions que l'on a veu arriver depuis.
Le Prince d'Orange au defefpoir
de cette generofité du Roy,
qui lui auroit fait manquer fon
coup , puis que fi la France n'euft
eu que lui à combattre , il n'auroit
pas feulement ofé regarder l'Angleterre
, s'employa auprés de la
Maifon d'Auftriche , pour l'empef
cher d'accepter les offres de ce Mo.
narque , & redoubla les affurances
qu'il avoit déja données de penetrer
jufques au coeur du Royaume
par les defcentes qu'il y feroit . La
Maifon d'Auftriche plus animée que
Catholique en cette rencontre, adu
Tems. 249
bandouna le bien qu'elle faifoit à la
Religion en Hongrie , pour lui faire
la guerre en France , & en Angleterre
, & elle aima mieux que le
fer & le feu defolaffent toute 1 Europe
, que de laiffer au Roy la gloire
d'y maintenir la Paix; de forte
que Sa Majesté jugeant par le refus.
des grandes offres qu'Elle avoit faites
, & par les menaces qu'on lui
faifoit du grand nombre d'Ennemis.
qu'Elle devoit avoir à combattre,
crut que pour parer le coup il lui
eftoit important de prendre de plus
grandes precautions qu'on ne fait
dans une guerre ordinaire , & qu'il
lui devoit estre permis de fe défendre
par toutes fortes de moiens , de
même qu'il le feroit à un homme
qui auroit des Ennemis affez lâches
pour le mettre dix contre lui feul,
car à proportion les Ennemis de la
France fe vantoient de devoir eftre
en auffi grand nombre contre le
Roi , fans compter fes propres Sujets
qu'ils pretendoient joindre par
plufieurs endroits jufqu'au coeur de
L V
250 X. P des Affaires
les .
fon Royaume , & à qui ils devoient
porter des armes pour leur fervir en
fe foulevant. Ce Prince fe trouvant
donc obligé de défendre fes
fidelles Sujets , fe faifit du Palatinat
, & en ufa dans les Etats qu'il
prit , de la maniere qu'il fçavoit
qu'on en devoit ufer dans les fiens.
Ces manieres ne lui eftoient pas
ordinaires , quoi que la
guerre
permette , & qu'il n'euft pas voulu
s'en fervir en 1672. malgré la certitude
où il pouvoit estre de conquerir
la Hollande , qui feroit à lui
prefentement , s'il euft voulu la traiter
comme il a fait le Palatinat ;
mais ce Monarque à qui la bonté
eft naturelle , a fçu faire une gran
de difference d'une guerre où il ne
devoit rien apprehender , & d'une
guerre où il eftoit obligé de défendre
fa gloire, fes Sujets , & la Religion.
Joignez à cela qu'ayant offert
la paix à fes Ennemis , & deux
Places imprenables , il n'avoit rien
à fe reprocher , puis qu'il n'attaquoit
que pour fe défendre , & en
1
du Tems. 251
prenant la caufe de fon Peuple & celle
de Dieu. On peut juger aprés cela
fi le Prince d'Orange a eu raifon
de dire dans le fecond Article de fa
Declaration de guerre , que le Roy
a violé les Traitez. Il eft vray que
fes Ennemis ne pouvant fe confoler
de voir que leurs deffeins étoient
découverts, & que ce Monarque les
euft prévenus en fe mettant en campagne
plutôt qu'eux , ont pû dire
qu'il les violoit , puis qu'il n'attendoit
pas qu'ils fiffent marcher leurs
Troupes ; mais c'eft leur faute , aprés
avoir commencé les premiers
à fe preparer , ils ne devoient pas
eftre les derniers prefts. On voit
par là que le Roy n'a point violé les
Traitez , & qu'il n'a point envahi
d'Etats comme le Prince d'Orange
qui l'en accuſe , a lui - même fait.
Leur procedé eft bien different.
Le Prince d'Orange a nié qu'il allaft
en Angleterre , & le Roy a
fait imprimer & publier qu'il
envoyoit fes Troupes dans le
Palatinat & offert deux Pla-
>
L vj
252 X. P. des Affaires
ces pour n'eftre pas obligé de les y
faire entrer. Ainfi tout ce que ce
Prince reproche au Roy là - deffus
dans fa declaration étant injurieux &
faux, il est coupable lui feul du fang
que fa Declaration de guerre fera répandre,
puis que cette guerre n'a aucune
caufe legitime & que le Roy,
comme on voit par des faits conf
& par des offres imprimées
, publiées , & envoyées dans
toutes les Cours a fait tout le
contraire de ce qu'il cherche à lui
imputer.
tans >
و
Le troifiéme Article de cette méme
Declaration contient ces paroles.
Mais outre les engagemens dans
lefquels nous fommes entrez par les
Traitez faits avec nos Alliez , qui
infifient fuffisamment noftre prife
d'armes en ce temps - cy , puis qu'ils
nous ont requis de le faire , les iniuf
tices qui nous ont efté faites , & à
nos Suiets ,par le Roy des François,
Sans aucune reparation , font telles,,
en fi grand nombre , que bien que
du Tems. 253
depuis quelques années on n'en ait
pris aucune connoiffance , pour des
raifons connues de tout le monde,
nous ne voulons pas pourtant les
Laiffer paffer fans faire publique-.
ment connoitre le iufte reffentiment
que nous avons de ces
ges.
outra-
Je ne fçay comment le Prince
d'Orange a ofé donner au Public la
premier partie de cet article , fans
apprehender de choquer la Maiſon
d'Auftriche , fi ce n'eft qu'ayant levé
le mafque , elle fe met prefentement
peu en peine que les injuftices
foient publiées , & qu'on voye
qu'elle foûtient mal le furnom de
Catholique, puis qu'elle abandonne
la Religion , & qu'elle excite fes
Tirans à ufurper les Etats , ce qui
doit eftre vray , s'il eft conftant ,
comme le Prince d'Orange l'avance
,
qu'elle l'ait requis de faire ce
que nous voyons aujourd'hui , par
où il pretend,dit- il, eftre suffisamment
iuftifié d'avoir pris les armes ence tes ….
3. Ainfi on n'a point befoin de
254 X. P. des Affaires
raifonnemens pour faire connoitre
que la Maifon d'Auftriche avoit des
Traitez avec le Prince d'Orange, &
que par confequent elle eft caufe de
fon invafion en Angleterre & comine
cette invafion coûte beaucoup
à la Religion Catholique, il eft aifé
de voir que la Maifon d'Autriche
eft caufe de ce que cette même Religion
a fouffert , fouffre & fouffrira
en Angleterre , & qu'elle auroit
bien voulu auffi- qu'elle eut eu du
defavantage en France. Mais fi ce
que ce Prince expofe de ces Traitez
avec la Maifon d'Auftriche
pour eftre juftifié d'avoir pris les armes
en ce temps- cy, peut eftre caufe
qu'il a declaré la guerre à la France
, il ne s'enfuit pas que ce Monarque
ait merité qu'on la lui déclarât
. Ce font deux chofes differentes
, & le Prince d'Orange a mal
conclu à l'égard de ce qu'il a expofé
dans la premiere partie de cet article.
La feconde fait feulement voir
qu'il a quelques plaintes à faire, &
je vais examiner Particle fuivant
du Tems:
2550
نم
puis qu'il les renferme. I n'y a pas
long-temps que les François prenoient
des permiffions des Gouverneurs Anglois
de Terre- Neuve pour pefcber
dans les Mers de cette Cofte , &
qu'ils payoient un tribut pour cettepermiffion
, comme une reconnoiffance
du droit que la feule Couronne
d'Angleterre a fur cette Ifle , &
neanmoins ils ont depuis-peu fi fort
empieté fur noftre- dite Ife , & fur
le commerce de la pefche de nos Su- -
jets, que leurs actions ont en plus l'apparence
d'une invasion faite par des
Ennemis , qu'elles n'ont efté un procodé
d'amis , qui nejouyßent de l'avantage
de ce negoce que par permiffion.
On voit bien que le Prince d'Orange
n'a pas de grandes plaintes à
faire , puis qu'il s'amufe à des bagatelles
qui font ignorées du Public,
& qui ne peuvent tout au plus eftre
connues que de quelques gens d'un
tres- bas employ.Le commencement
de cette Declaration en faifoit
attendre pour les fuites , ce qu'on *
256 X.P. Des Affaires
attendoit de cette grolle Montagne
qui devoit enfanter. On croyoit
devoir lire de grands faits , & qui'
répondiffent à la reputation de
deux grandes Nations , & on ne
voit refulter pour fujets de plainte
que des differens de miferables pécheurs
, qui n'aboutiroient peutêtre
à rien , fi on fe donnoit la peine
d'en examiner le fond ; mais la
chofe eft de fi peu de confequence
qu'on n'en a point entendu parler
du tout. Cependant cette pêche a
de l'air d'une invafion , à ce que dit
le Prince d'Orange , & felon lui
un attentat fur des morues de Terre-
neuve en eft une, & l'ufurpation
d'un Royaume eft une action qui
merite des loüanges .
Il y a un autre Article conceu en
ces termes. Mais que le Roi des
François ait envahi nos les Charibes
& fe foir empa é par forces de nos
terres dans la Province de la Nonvelle
York & de la Baye de Hidfon
fe foit rendu maiftre de nos Forts,
qu'il ait brûlé les maisons de nos Suda
Temps.
257
jets , & enrichi fon Peuple du pillamarchandifes
, ge
de leurs biens
& qu'il ait retenu quelques - uns de nos
Sujets dans un dur & rigoureux emprifonnement
, en ait fait inhumainement
tuer d'autres , & expoſer le refteen
Mer dans un petit Vaiffeanfans
nourriture & fans les autres choſes
neceffaires à la vie , cefont des actions
que des Ennemis mêmes ne vou
droient pas faire , & neanmoins il
étoit fi éloigné de fe declarer tel, que
dans le même temps , il faifoit negod
cier ici en Angleterre par fes Miniftres
un Traité de Neutralité , & de
bonne correfpondance en Amerique.
Quoi que cet Article femble un peu
plus fort à caufe de la peinture
qu'on y fait de quelques malheu
reux , il est neanmoins prefque de
la nature du précedent. Les deux
Rois n'ont point voulu prendre part
à ce qui s'eft paffé en ces quartiers-
Jà entre leurs Sujets , & ces d mêlez
n'étant que de particuliers , ils
ont nommé des gens pour les regler
fur les lieux , & font convenus
$58. X. P. des Affaires
2
-
de faire examiner ici l'affaire , en cas
qu'elle ne fe puft accommoder . Si
ce démêlé avoit été une affaire d'Etat
il auroit fait plus de bruit . Le
Prince d'Orange le cite,parce qu'on
a peu de nouvelles de fi loin , & ·
qu'on s'en met peu en peine , &
croit éblouir en peignant avec de
noires couleurs des chofes qui dans
le fond ne font que des bagatelles ;
mais il faut expofer des fujets de
plaintes dans une Declaration deguerre,&
il cherche tout ce qui peut
furprendre & aigrir le Peuple , &.
dot il eft difficile de prouver la fauffeté,
du moinsfur le champ; à caufe
de l'éloignement des lieux . Il avoue
lui- même que le Roi de France étoit
bien éloigné de fe declarer Ennemi
; donc il ne croyoit pas avoir
rien fait qui dût engager aucun
Prince à étre le fien . L'Article que
vous allez lire doit encore moins
fervir de fujer pour une Declaration
de guerre Le procédé de ce Roi contre
nos Suiets en Europe eft fi notoi e,
qu'il n'est point neceffaire de nous dé
du
Temps!
259
fendre là-deffus. L'appui qu'il donnoit
aux Armateurs Francois pour se faifir
des Navires des Anglois ; la déa
fenfe qu'il a faite d'apporter dans fon.
Royaume une grande partie de nos
Manufactures & des Denrées d'Angle
terre, & les droits exorbitans qu'il a
impofez fur les autres , nonobftant le
grand avantage que lui la Nation
Francoife tirent de leur negoce avec
l'Angleterre,font des marques évidentes
du deffein qu'il avoit de ruiner le
commerce ,& par confequèt la navigation
des Anglois d'où dépendent extre
moment le bien la feurité de cette
Nation. Il feroit difficile de fçavoir
ce que le Prince d'Orange entend
par l'appui qu'il dit que le Roi donne
aux Armateurs Francois pour se faifir
des Navires d'Angleterre. Ce terme
d'apui n'explique rien nettement
& ne paroit employé que pour faireentendre
une chofe faulle qu'on n'oferoit
dire en termes formels , de
peur d'en avoir le déinenti . Fnfin
quand il feroit arrivé que des
Armateurs François auroient pris
260 X. P. des Affaires
quelques Vaiffeaux Anglois , qui
peut-étre avoient changé de Pavillon
, ou qu'on ne croyoit pas d'abord
Anglois , cela ne fuffit pas
pour en faire le fujet d'une groffe
guerre , & les Rois même n'entrent
pas toujours dans des démêlez de
Barques & de petits Vaiffeaux , &
laiffent à leurs Confeils de Marine,
à juger ce qui eft de bonne prife
ou non , & l'on en prend quelquefois
que l'on reftitue enfuite. Quant
aux plaintes des défenfes que le
Roi à faites d'apporter en fon Royaume
des Manufactures d'Angleterre
, & des droits qu'il a impofez
fur d'autres . il n'y a rien de fi
libre , & ces fortes de deffenfes
quoique pratiquées de tout temps ,
n'ont point encore obligé les Rois
à prendre les armes . Si Sa Majefte
a des Sujets qui ne foient point
occupez , & qui puiffent fabriquer
dans fon Royaume ce que nous tirons
des autres Etats , Elle a raiſon
de s'en fervir , & fes Voifins ne
s'en peuvent plaindre , & ne s'en
du Temps.
261
que
font jamais plaints . Auffi ont ils
le droit de reprefailles pour ce qui
fe debite chez- eux , & cela seft
toûjours fait de certe forte , fans
les Souverains foient entrez en
guerre pour un fi foible fujet . Il y
a plus encore, nous voyons fouvent
que les Souverains deffendent certaines
chofes dans leurs propres
Etats , pour y faire moderer le luxe
lors qu'il commence à paroitre
avec excez . Ainfi les Etrangers ne
leur doivent point fçavoir mativais
gré de ce qu'ils font contre eux,
lors qu'ils font la même chofe có re
leurs Sujets felon qu'ils le jugent à
propos. Ce que le Prince d Orange
ajoûte que la France tire de l'adu
commerce d'Angleterre , vantage
mais qu'elle diffend fes Manufactures
pourle ruiner , eft trop puerile pour
y répondre. Si la France en tire
tant d'utilité & qu'elle s'en prive ,
le Prince d'Orange doit efte bien
aife de voir que fon Ennemi fe faffe
un tort fi notable pour le chagriner
; mais fi l'avantage de la
262 X. P. des Affaires.
Françe eft auffi confiderable dans
ce commerce que le veut perfuader
ce Prince , il eft impoffible qu'il foir
auffi grand du cofté de l'Angleterre
, & que les deux Royaumes faffent
un profit égal. Ils peuvent tous
deux gagner , parce que c'est l'effet
du commerce ; mais en fin l'un
doit gagner plus que l'autre .Je veux
cependant que le gain & la perte fe
partagent de chaque cofté dequoy
fe peut plaindre le Prince d'Orange
fi la France fouffre également ? il
ne parle pas jufte , lors qu'il veut
faire entendre , que la France a la
malice de vouloir perdre pour faire
perdre fon Ennemy , puis que c'eſt
vouloir juger de l'intention, ce que
perfonne ne doit faire, tant il eſt facile
de fe tromper là - deffus. Il finit
cet article en difant , que le bien &
la feurere de l'Angleterre dépendent
de for commerce , & de fa Navigation
. S'il le croit comme il l'affure,
il est bien coupable envers la Nation
, de l'avoir engagée à le preffer
de declarer une guerre,dont 1 Andu
Temps. 263
gleterre fera accablée , puis que fon
commerce ne fleurira pas pendant
qu'elle durera, ce qui peut caufer fa
ruine ,felon qu'il cherche à le faire
entendre par fa Declaration.
Voicy un article auffi forcé que le
precedent. Le droit de P. villon attaché
à la Couronne d'Angleterre a efté
difputé par fes ordres , ce qui viote
la Souveraineté que nous avons fur
les Mers Britanniques , que nos Predeceffeurs
ont de tout temps maintenue,
& que nous avos auffi refolu de maintenir,
pour l'honneur de notre Couronne
de la Nation Angloise .
L'Angleterre n'a point de Contrats
, par lefquels la France lui ait
cedé la Souveraineté que le Prince
d'Orange , pretend. Elle lui auroit
donné ce qui n'appartient à perfonne
, & dont le plus fort joüit
roûjours , tant qu'il demeure le plus
puiffamment ariné fur Mer. L'Angleterre
qui de tout temps , hors
fous le Regne du Roy , a eu plus de
forces maritimes que la France , a
cry avoir droit de Souveraineté
264 X. P. des Affaires.
à
peu
fur ce que perfonne ne lui difputoit.
Il n'y avoit prefque point de Vaiffeaux
en France avant le Miniſte.
re du Cardinal de Richelieu , &
la Marine s'étant accruë peu
dépuis ce temps-là , la France eft devenue
fi puiffante fur Mer , qu'elle
l'emporte aujourd'hui fur l'Angleterre,
& fur la Hollande enſemble ,
quoi que les principales forces de
ces deux Nations confitent en celles
de Mer. Ainfi il n'y a pas d'apparence
que la France cedaft à l'une
des deux ce qu'elle difpute à
toutes les deux unies. J'avoue qu'il
eft arrivé en de certains temps que
la France & l'Angleterre étant en
paix , leurs Vaiffeaux ont évité de
fe rencontrer , pour n'avoir point
lieu de difputer un honneur que
l'un & l'autre n'auroient cedé que
par un Combat. Jugez par toutes
ces chofes fi le Prince d'Orange a fujet
de declarer la guerre au Roi fur
cet article, & fi le plus grand Monarque
du monde (ce n'eftpoint ici
une louange, c'est un fait qui prouve
,
се
du Tems. 265
"
>
ce que j'avance ) un Monarque
qui a le pas fur tous les autres , &
à qui l'Efpagne a fait dire par fon
Ambaffadeur , en prefence de tous
les Ambaffadeurs de l'Europe
que les fiens ne le difputeroient
jamais à ceux de France , doit
ceder quelques honneurs à un Ufurpateur
mal affermi , & qui peut
à chaque moment tomber d'un
Trône qui n'a pas fon poids en le
portant , pendant que toute l'Europe
liguée contre Sa Majefté , ne
peut êbranler fa puiffance , & que
felon ce qui nous paroit , fes Ennemis
ont plus à craindre qu'à eſperer,
Enfin me voici an dernier article
de la longue Declaration de Guerre
du Prince d'Orange , qui n'eft
longue que parce que n'ayant rien
à dire,il a ramaffé -beaucoup de chofes
de peu de confequence, afin qu'étant
mifes en un Corps , elles
puffent éblouir les Peuples par leur
nombre , fi elles n'avoient point
affez de folidité pour les covaincre,
M
266 X. P. des Affaires
Aleft conceu en ces termes.
2
Mais ce qui nous touche plus
fenfiblement , eft la maniere fi indigne
d'un Chreftien , dont il a perfe
cuté plufieurs de nos Suiets Proteftans
enFr ne , pour le fait de la Religion
, contre le droit des gens & les
Traitez exprés , les contraignant par
des cruautez auffi étranges qu'extraordinaires
, à abjurer leur Religion
, en emprifonnant des Maistres
des Matelots de nos Vaiffeanx
Marchands > en faifant condamner
d'autres aux Galeres fous pretexte
qu'il y avoit dans leurs Navires
quelques - uns de fes miferables Sujets
Proteftans on de leurs effets ,
& enfin comme il a dépuis quelques
années par des infinuations & des
promeffes de fecours tafché de renverfer
le Gouvernement d'Angleter
re , ainsi , auffi prefentement il fait
tout fon poffible pour ruiner entierement
nos bons & fidelles Sujets de noftre
Royaume d'Irlande,par des voyes
onvertes & violentes , par l'invafion
actuelle de ce Royaume.
du
Temps . 267
Il eft aifé de répondre au premier
point de cet Article , & en
difant que ce qu'il expoſe eſt abfolument
faux , il n'y a perfonne
qui n'en convienne d'abord , parce
que c'est un fait public , & que
toute la Terre fçait que les Etrangers
n'ont point été compris dans
ce qui s'est fait en France à l'égard
des Pretendus Reformez.
Quant à ce qui fuit dans le même
Article › que le Roi a dépuis
quelques années par des infinuations
& des promeffes de fecours taché de
renverser le Gouvernement & Angleterre
, il y a beaucoup de chofes à
répondre . Le mot d'infinuations ne
prouve rien , & le Prince d'Orange
n'a pas fujet de declarer une guerre
là - deffus , puis que quand ce feroit
à lui même qu'on auroit infinué
une chofe , celui qui la lui auroit
infinuée pourroit encore la nier , s'il
ne lui en avoit point parlé pofitivement.
Il ne s'agit donc que de prefomptions,&
les prefomptions font
des preuves bien legeres pour entre-
Mij
263
X. P. des Affaires
prendre une guerre , qui ne peur
fe faire fans verfer beaucoup de
fang. Mais je lui veux paffer cet
Article qui le choque , parce qu'il
eft contre lui & en faveur de la
Nation . Si le Roi avoit offert ce
fecours , & qu'on cuft bien voulu
l'accepter, l'Angleterre feroit à prefent
tranquille , chacun y profefferoit
fa Religion , ce Royaume ne
feroit point accablé d'impofts , on
n'auroit point vû couler des torrens
de fang en Ecoffe & en Irlande,
fans ce qu'il en coûtera encore
au trois Royaumes , tant que le
Prince d'Orange fera fur le Trône,
puis que le regne d'un Ufurpateur
ne fçauroit jamais eftre paisible . En
effet les chofes prennent un train
qui doit faire croire que l'ambition
de ce Prince fera couler plus
du tiers du fang de la Nation , ce
qui prouve qu'il n'a pas dit vrai
dans ces manifeftes, lors qu'il a fupposé
qu'il avoit été appellé par toute
Ja Nation , puis que fi cela étoit , il
ny auroit aucun trouble dans l'Andu
Temps.
269
gleterre , ceux qu'on y voit arriver
de jour en jour n'étant caufez
que parce que les fidelles Sujets
de Sa Majefté Britannique s'op
pofent à fon Ufurpation . Je ne répons
rien à la derniere partie de
cet Article qui regardé linvaſion.
que le Prince d'Orange pretend
que le Roy ait faite en Irlande
parce que j'y ay déja répondu dans
un autre Article de cette même
Declaration .
>
Il ne me refte plus qu'à vous.
faire voir la Declaration de guerre
que le Roi de France a faite
à cet Ufurpateur. Elle a pour
Titre ,
M. ifj
270 X. P. des Affaires
ORDONNANCE
du Roy , portant Declaration
de Guerre
contre l'Ufurpateur
des Royaumes d'Angleterre
& d'Ecoffe , &
contre fes Fauteurs &
Adherans .
S
>
A Majefté auroit declaré
la guerre à l'Vfurparur
d'Angleterre dés que
fun entreprise a é laté
fi Elle n'avoit apprehendé de confondre
avec les adherans dudit Vfurpa
teur , les Sujets fidelles de Sa Majefte
Britannique , qu'Elle n'enft toùjours
efperé que les honneftes gens
du Tems: 271
de la Nation Angloife ayant borrenr
de ce que les Fauteurs du Prince d'Orange
leur ont fait faire contre leur
Roy legitime, pourroient rentrer dans
leur devoir devoir , & travailler à
chaffer le Prince d'Orange d'Angleterre
& d'Ecoffe.Sa Majesté ayant êté
informée que ledit Prince d'Orange
lui a declaré la guerre par fon Ordonnance
du 17.du mois de May dernier;
Sa Maiefté a ordonné & ordonne
à tousfes Suiets Vaffaux & Serviteurs
, de courre fus aux Anglois &
Ecoffois,Fauteurs de l'vfurpateur des
Royaumes d'Angleterre & d'Ecoffe,
& leur à deffendu & deffend d'avoir
cy- aprés avec eux aucune communi–
cation , commerce, ny intelligence , à
peine de la vie,Et à cette fin, Sa Maiefté
a dés-à-prefent revoqué & revoque
toutes Permiffions , Paffeports,
Sauvegardes , & Saufconduits qui
pourroient avoir efté accordez par
Elle,ou par fes Lieutenans Generaux,
& autres Officiers , contraires à la
Prefente, & les a declárez nuls & de
272
X. P. des Affaires
nulle valeur.Défend à qui que ce soit
d'y avoir égard. Made ordone fa Maiefté
à M. l'Amiral , aux Maréchaux
de France , Gouverneurs , &fes Lieuterans
Generaux en fes Provinces &
Armées, Maréchaux de Camp , Capitaines
, Chefs & Conducteurs de fes
Gens de guerre, tant de cheval que de
pied, François & Etrangers , & tous
autresfes Officiers qu'il appartiendra,..
que le contenu en la Prefence ils faf
fent executer chacun à fon égard dans
Létendue de leurs pouvoirs & Iurif
dictions. CAR telle eft la volonté de
Sa Maiefté , laquelle entend que la
Pefente foit publiée & affichée en
toutes les Villes , tant maritimes:
qu'autres , en tousfes Ports , Hivres
, & autres lieux de fon Royaume
que befoin fera , à ce qu'aucun n'en
pretende caufe dignorance; qu'aux
copies d'icelle duement collationnées,,
foy foit ajoûtée comme à l'original.
Fait à Marly-le 25.Juin 1689.Signé,
LOVIS : Et plus bas,le TELLIER...
du Tems. 273
>
,
Cette Declaration qui ne contient
que huit ou dix lignes le
refte n'étant que des ordres 2
été admirée de tous ceux qui l'ont
veüe. On y remarque beaucoup
de fageffe , & de prudence , &
que le Roy declare la guerre à
l'Ufurpateur d'Angleterre , fans la
déclarer à la Nation .
*
BEL
TIBLIO
THEOTREANE
FIN
LYON
*/893
VILLE
274 X. P. des Affaires
shhhhhshh ahhth
EXTRAIT DV PRIVILEGE
Du Roy.
P
AR Grace & Privilege du
Roi , donné à Chaville , le
dix -huitiéme Juillet mil fix cens
quatre vingt - trois . Signé , Par
le Roi en fon Confeil, JuN QUIERES.
Il eft permis an Sieur
DANNEAU , Ecuyer Sieur
Devizé , de continuer de faire
imprimer , vendre & debiter le Livre
intitulé , MERCURE
GALANT contenant plufieurs
Relations , Hiftoires , & generalement
tout ce qui dépend dudit
Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir , Et deffenfes font
faites à tous Imprimeurs & Libraires
, & tous autres de faire imprimer
, vendre & debiter ledit Livre
ni graver aucunes Planches
fervant à l'ornement d'icelui , ny
›
,
même de le donner à lire , pendant
le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de
fix mille livres d'amende contre les
Contrevenans , ainfi que plus au
long il eft porté efdites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
, aux charges & conditions
portées , le í 4. Septembre
1683 .
Signé ANGOT , Syndic .
Ledit Sieur DEVISE' a cedé
fon droit du prefent Privilege à
Michel Guerout Libraire , pour en
joüir fuivant l'accord fait entr'eux .
Dono
R. P. Cl..Franc.
Menestrier
Soc. Jehe.
ک ی
AFFAIRES
807158
Collegii D ULugdun. 1.
Trimit. Soc. JoseCat. Jufc.
TEMPS.
LYUN E
TOME
ناشمب
#1633
ALTON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere , au Mercure
Galant .
M. DC . LXXXIX .
AVEC PRIVILEGE DY ROT.
PREFACE.
ΤΟΥ
Vor que la matiére
qui me reftoit
pour cette dixiéme
Partie m'ait mené
plus loin que je ne croyois , à
caufe des recherches curieufes
que j'ay faites , & des pieces
que j'ay raportées , ce qui m'as
empéché de la pouffer plus avant
que les Déclarations de
guerre de France & d'Angle-·
terre , je tiendrai parole ,
ne donnerai la fuite de ces
Volumes qu'au mois de Ian--
vier. Il s'agit moins ici de?
Savoir ce qui fe paffe dans les
ã iij
PREFA C E.
tems que les chofes font nouvelles
, que de la verité de
L'hiftoire. Ainfi celle - ci doit
être également bonne en tout
temps ; il est même affez malaife
d'en donner de pareilles
à mesure qu'on voit arriver
les évenemens , puis
qu'il y faut méler quantité
de pieces , qu'on ne peut Jourecouvrer
fur l'heure. Dent
Quant aux Ecrits de Hol-
Lande, je puis presque affenrer
qu'il n'y aura rien du
tout de nouveau dans tout ce
qu'ils diront pendant quatre
mois , & qu'ils ne feront que
rebatre des chofes aufquelles
j'ai déja répondu. Tout ce qui
fe peut dire touchant l'vfur--
pation du Prince d'Orange eft
épuife , ainfi que tout ce qui
PREFACE.
regarde l'origine de la guerre
d'aujourd'hui , dont j'ay
fait voir d'abord toutes les
contradictions des differens
Ecrivains , & toutes celles
des mêmes Auteurs dans
leurs differens écrits . L'obftination
de la plupart eft
invincible fur cet Article
& dés qu'ils croyent qu'on
a oublié les repliques qu'on
y a faites , ils s'efforcent de
nouveau de perfuader que le
Roi eft auteur de la guerre ,
dont l'Europe eft prefentement
agitée. L'ai éclairci en plufieurs
endroits ce qu'ils avoient
enveloppé pour se faire
croire. Ils ont tant de détours
là-deffus qu'ils peuvent
embarraffer d'abord ceux qui
2. iiij
PREFACE.
ny font pas toute la reflexion
neceffaire , mais on ne
fera jamais furpris , & l'on
reconnoiftra la verité fans
peine , lors que fans trop s'attacher
au prefent , on remontera
à l'origine de tout ce
qu'ils alleguent. C'eſt à quoi
il en faut toujours revenir ,
& par où l'on trouvera toujours
le Roy juftifié. Auſſi tâchent
ils de Surprendre dés
qu'on a perdu cette origine
de veuë. Quoi que leurs Ecrits
foient remplis de mille chofes:
qui n'ont pas besoin de replique
, parce que la verité eft
plus forte que de tels menfonges
, ily en a néanmoins quelques
-unes qui bien qu'abſo- -
lument fauffes pourroient étre
crûes , fi on n'y répondoit
PREFACE
.
pas , & qui fe trouvent de
truites . dés le premier mot
qu'on dit pour les combattre.
Elles ne laiffent pas d'avoir
befoin qu'on les éclairciffe,
parce que le filence feroit
croire qu'on en tomberoit d'ac
cord. L'accueil
qu'a fait le
Public aux neufpremieres para
ties de cét Ouvrage m'a, de
volume en volume tellement
excité à le poursuivre , que
j'ai fait des efforts pour l'excés
du travail , dont je ne
croyois pas qu'un homme pût
être capable , & c'est l'abbattement
où il m'a mis , &.
le manque de forces pour y refifter
, qui m'obligent à en remettre
la fuite au mois de
Ianvier prochain. l'ajoûterai
icy touchant la Preface de
ن م
PREFACE.
.
la IX. Partie qui a fait
tant de bruit , que je n'ay
paspretendu dire que ce qu'elle
contient foit infaillible. Ie
croi avoir donné cent raifons
qui font toutes bonnes , parce
qu'elles font toutes tirées
de la verité ; mais comme ce
qui arrive quatre - vingt- dixneuf
fois pent manquer la
centiéme , & qu'on ne peut
pas même affeurer que ce
qui est toujours arrivé continuera
d'arriver , l'Angleterre
peut étre affez malheureuse
, pour avoir longtems
le Prince d'Orange pour
Maitre ; mais il eft indubitable
que fi fon regne continuë
, il la gouvernera avec
le pouvoir arbitraire qu'elle
apprehende fi fort , puis qu'il
PREFACE.
eft impoffible qu'un vfurpateur
fe maintienne par une
autre voye , quand même il
ne voudroit point regner de
la forte. Il lui faut une autorité
abfolue pour fe conferver;
il faut qu'il emprifonne,
il faut qu'il facrifie ce
qui lui eft opposé , & qu'il
tienne méme la Nation comme
à la chaîne , pour empécher
qu'elle ne retourne vers
fon Roy, & ne faffe pour fon
Monarque legitime , ccee le a fait pour celui qu'elqui
eft
caufe que tant de fang de la
méme Nation a déja été
verfé.
Ce Volume s'eftant tronvé
rempli & le temps me
preffant , j'ai mis dans la fin
PREFACE.
du Mercure , ce que j'avois
* promis dans la IX. Partie
des Affaires du Temps
que j'ajoûterois à la fin de
la X.
DIXIE
1 .
DIXIEME PARTIE
DES AFFAIRES
DU
TEMPS
faires
DE
LA
LYON
# 1893
VANT que d'entrer
dans le détail de ce
qui me reste à vous
dire touchant les afd'Angleterre
, je croi
vous devoir entretenir encore
de quelques écrits nouveaux ,
mais je ne vous en dirai que
tres-peu de chofe , parce qu'il
vous fera aisé de connoitre par
les endroits que je vous rapor-
A
VILLE
2 X. P. des Affaires
>
teray , que la paffion qui fait
parler ces écrivains , les aveugle
tellement , qu'ils n'écrivent
prefque plus rien fans fe contredire
& fans juftifier la
France par les chofes mêmes
qu'ils avancent pour déchirer
fa reputation . Je n'ai pas befoin
de raiſonnemens
pour le
prouver , & vous en demeurerez
d'accord dés que vous
aurez jetté les yeux fur ce que
vous allez lire. Le premier de
ces écrits eft intitulé. Sentimens
veritables des Flamans
touchant la Declaration de la
guerre du Roy de France contre
Sa Majesté Catholique , & la
contre - Declaration du Marquis
de Caftanaga. On dit d'abord
en parlant du Roi : Aprés
avoir declaré la guerre à l'Empereur
, & en même temps à
du Temps.
C
l'Empire , parce qu'il cherche
la ruine de la Maifon d'auftriche
entiere , il a auffi declaré
la guerre au Roi Catholique.
Il est vrai qu'avant que d'en
venir là , il n'y a pas de moyens
dont la Cour de France ne
fe foit fervie pour feduire la
Cour d'Espagne , & pour l'arracher
à fes veritables interefts,
Le commencement de cet
Article fait voir que le Roi a
declaré la guerre à l'Empereur
& à l'Empire parce qu'il cherche
la ruine de la Maiſon
d'Auftriche entiere , ce qui
ne s'accorde pas avec la fuite,
où l'Auteur dit , qu'avant que
d'en venir là , il n'y a pas de
moyens dont la Cour de France
ne fefoit fervie pour ſeduire
la Cour d'Espagne & pour
A ij
4 X. P. des Affaires
l'arracher à fes veritables interefts.
Si le Roi a tenté toutes
fortes de moyens pour s'empêcher
de declarer la guerre à
l'Eſpagne , on ne fçauroit dire
avec juftice qu'il cherche la
ruine de la Maiſon d'Auftriche
entiere , puis que l'Eſpagne
, quoi que foible à prefent,
en a toûjours été la branche
la plus confiderable, l'Empire
étant électif , & pouvant
d'ailleurs fortir de la Maiſon
d'Auftriche. De plus , l'Empereur
eft fi peu de chofe fans
I'Empire , & il a fi peu de revenu
, qu'il n'y a point de Province
en France qui ne puiffe
donner plus d'hommes au Roi,
& lui fournir plus d'argent.
Quoi que la contradiction
queje viens de vous faire voir,
foit manifefte , & qu'on n'y
du Tems.
puiffe repliquer , l'Autheur
s'en eft neanmoins
fi peu apperceu,
que dans les lignes fuivantes
il eſt encore tombé plus
groffierement dans la même
faute , en difant ; Il est vrai
auffi que Louis XIV. fe voiant
chargé du Roi Iacques d'Angleterre
qui lui eft venu tomber
fur les bras , euft bien voulu
endormir l'Espagne , & feduire
l'Empereur par des efperances
de paix & par des motifs
de Religion. Ôn voit par
là dans une même page que
le Roi ne fait la guerre que
pour détruire entierement la
Maifon d'Autriche , & qu'il
lui feroit libre de ne pas entrer
dans cette guerre ; mais
qu'il la veut injuftement , parce
qu'il lui plaît de la faire ,
qu'il veut dominer ; & qu'en-
A iij
6
X. P. des Affaires
car
fin il cherche la ruine de la
Maiſon d'Auftriche entiere. Il
faut neceffairement que ceque
je dis reſulte de ces paroles
marquées dans l'article ,
elles ne font dites que pour
noircir la reputation de Sa
Majefté , & attenter à fa gloire
, étant certain qu'un Partifan
de la Maiſon d'Auftriche,
& qui écrit pour elle , ne diroit
pas pour louer le Roi , qu'il
veut la ruine entiere de cette
Maiſon. Voilà donc ce Monarque
dépeint dans le commencement
de cet Article
comme un Prince qui peut
tout & qui par confequent
ne craint rien , & qui veut
entreprendre une guerre in.
jufte, par la paffion dominante
qu'il a de s'agrandir ; & quelques
lignes plus bas, le portrait
>
du
Temps.
7
qu'on fait de lui eft tout different.
Ce Prince qui vouloit la
e guerre à toute force pour ruïner
toute la Maiſon d'Auftriche,
eft un Prince tremblant, qui
craint cette même guerre , qui
veut l'éviter , & qui pour s'empêcher
de l'avoir , a voulu endormir
l'Espagne , & feduire
l'Empereur. Il eft malaifé de
concevoir qu'un homme faffe
fi peu de reflexion fur ce qu'il
écrit , qu'il marque dans un
même feuillet que le Roi veüille
la guerre , & que pour ne
pas l'avoir , il cherche à endormir
& à feduire ceux dont
il fouhaite la ruine entiere.
Cependant tout cela eft marqué
mot pour mot dans le même
article. Ce ne font point
des raifonnemens que je fais ,
& des inductions que je tire.
A j
8-
X. P. des Affaires
On n'a qu'à lire les paroles de
l'Auteur , pour tomber d'accord
qu'il n'y eut jamais une
contradiction fi manifefte. n
faut que la paffion aveugle
bien ceux qui écrivent de la
forte , pour ne voir pas quel
en eft le ridicule. Quelque envie
qu'ils ayent de noircir le
Roi
,
peuvent- ils s'imaginer
qu'il leur fuffife d'en dire du
mal , pour rendre croyable
tout ce qu'ils en difent ? Ils devroient
le détromper , puisque
non- feulement le Public defintereffé
n'en juge pas fur ce
qu'ils écrivent , mais que même
ceux de leur party font
fouvent fort éloignez d'entrer
dans leurs fentimens. Tout ce
que l'on veut empoifonner
n'eft pas toûjours fufceptible
de poifon , & l'éclat de ce que
du Tems. 9
l'on tâche d'obfcurcir avec les
plus fombres voiles , eft quelquefois
fi brillant , qu'il perce
toutes les tenebres qu'on veut
oppofer à fa lumiere.
Comme on ne fçauroit rien
faire par les armes qui affoibliffe
la gloire du Roi , &
qu'au contraire tout ce que
f'on tente ne fert qu'à la relever
, on s'attache à la déchirer
dans des écrits publiez de
jour en jour. On y fuppofe.
mille fauffetez ,› pour amufer
& furprendre les Peuples , en
les empêchant par ce moyen
honteux de fe chagriner contre
leurs Souverains , qui animez
d'une baffe jaloufie , &
excitez par de mauvais confeils
, s'obftinent à une guerre
dés- avantageufe à toute l'Europe
, dans le feul deffein de
A v
10 X. P. des Affaires
nuire auRoi. Comme ces êcrits
font fort frequens , je
vous ay fait remarquer en
d'autres Lettres , que dans l'avidité
de parler contre ce
Prince , on fe contredifoit fouvent
d'une femaine à l'autre ,
& qu'après l'avoir peint.comme
un Monarque , dont l'ambition
devorante vouloit envahir
tous les Etats , & afpiroit
à la Monarchie univerfelle
, on le reprefentoit peu
de jours aprés, comme un Souverain
mal heureux , qui ne
vouloit point de guerre , parce
qu'elle ne lui pouvoit estre
que funefte , & qui alloit étre
attaqué par un monde
d'Ennemis , dont il feroit im
poffible de fe défendre . Si ces
frequentes &" groffieres contra...
dictions marquent un aveu
du Tems. II
glement fi grand , qu'il femble
que des gens qui fe picquent
d'efprit , ne devroient
pas faire des fautes fi aifées à
découvrir , on doit étre bien
plus étonné de voir dans le
méme feuillet celle de l'Article
que je viens de rapporter.
Tous ceux qui ont fuivi avec
quelque attention le fil des Affaires
d'aujourd'hui , doivent
démêler d'abord la verité au
milieu de deux portraits fi oppofez.
Prefque toute l'Europe
a confpiré contre la gloire du
Roi ; elle a fait de fecretes brigues
; elle s'eft liguée , & pendant
toutes ces pratiques le
Roi s'eft preparé à parer le
coup qui le menaçoit , & s'étant
trouvé plutôt en état que
fes Ennemis, il s'eft mis le premier
en Campagne , & a pris
A vj
12. X. P. des Affaires
Philisbourg. Les Ennemis audefeſpoir
de ſe voir prevenus ,
fe font emportez contre ce
Monarque , comme contre un
Prince dont l'ambition vouloit
tout envahir , quoi qu'il n'euft
fait que fe garantir de la furprife
, & fe mettre à couvert
des premiers coups qu'on avoit
deffein de lui porter. Voilà le
fujet du premier portrait. Ce
même Prince étant en état de
fe défendre de l'infulte , & de
refifter à fes Ennemis a fait
voir fa moderation ordinaire ,
& a marqué qu'il étoit preft
de contribuer à la Paix , &
d'empêcher que le fang qui
alloit couler dans toute l'Europe
ne fuſt répandu ; & c'eſt
pour cette raison que l'on a
dit qu'il vouloit endormir
L'Espagne , & feduire. l'Empe-
,
du
Temps:
T3
>
reur , fans prendre garde qu'il
ne pouvoit en même temps avoir
deffein d'envahir toute
L'Europe , en détrifant la Maifon
d'Autriche entiere , & être
affez foible pour avoir be
foin d'endormir l'Espagne , &
de féduire l'Empereur afin
d'obtenir la paix . Son ambition
n'a rien voulu envahir
puis qu'il n'êtoit point armé
lors que tant de Souverains fe
font liguez contre lui , & que
le Prince d'Orange a paffé en
Angleterre ; & la crainte ne
lui a point fait fouhaiter la
Paix , puis qu'il s'étoit mis non
feulement en état de ſe défendre,
mais même de triompher
de fes Ennemis , lors qu'il a eu
la bonté de faire connoiſtre
qu'il ne tiendroit pas à lui que
L'Europe ne jouit plus long$
4 X. P. des Affaires
temps de la Paix qu'il lui avoit
accordée
.
On doit estre perfuadé que
les écrits , dans lefquels ontrouve
d'abord autant de contradictions
qu'il y en a dans
l'Article que vous venez de
voir;ne doivent pas faire beaucoup
d'impreffion fur l'eſprit
du Lecteur , && par le commencement
on peut juger de
la fuite. On y demeure d'accord
fans aucun détour de l'union
avec le Prince d'Orange
; on dit qu'on étoit de fes
Amis avant qu'il paſſat en Angleterre
, qu'on n'a point fujet
de ne le pas étre depuis ce
temps - là : & que l'Affaire du
Roy Lacques eftune Affaire entre
lui & fon Peuple , & enfin
on donne au Prince d'Orange le
nom de Roi d'Angleterre. Il n'y
du Tems.
IS
a rien de fous - entendu dans.
cet Article ; tout y eft expliqué
fort clairement , & l'on y
avoue l'intelligence de Sa Majefté
Catholique avec le Prince
d'Orange, lors même qu'on
ne fçauroit plus le regarder
que comme l'Ufurpateur de la
Couronne d'Angleterre ; ce
qui marque , non feulement
que l'Espagne n'auroit pas travaillé
à empêcher cette ufurpation.
fi elle avoit êté en état de
le faire , mais qu'elle y auroit
contribué s'il avoit été en
fon pouvoir , & qu'elle a de
la joye de ce qui eft arrivé au
Roy d'Angleterre , puis qu'elle
dit que c'est une affaire entre
ce Monarque & fon Peuple.
On voit dans ces paroles pleines
de froideur & méprifantes
pour Sa Majesté Britannique,,
;
16. X. P. des Affaires
que la Maifon d'Autriche a
fait des voeux pour l'heureux
fuccés de l'entrepriſe du Prince
d'Orange , & qu'elle ne trou .
ve point à condamner , qu'une.
Republique ait eu la hardieffe
de travailler à priver un Roi
du Trône que fa naiffance luidonne.
Sa cheute l'accommode
; la deftruction de la Religion
Catholique en Angleterre
lui eft utile , & il ne lui importe
qu'elle y foit détruite en--
tierement , pourveu qu'elle tire
quelques avantages de fa
ruine. Cela nous fait voir que
la Maifon d'Autriche n'auroit
ni la moderation ni la delicateffe
de confcience du Roi , fi
elle trouvoit une Puiffance qui
fuft occupée contre un Ennemi.
auffi formidable que le
Turc a été autrefois , & que
du
Temps.
17
pendant que cette Puiffance
employeroit fes forces à combattre
pour la Foi , elle ne feroit
aucun fcrupule de ſe ſervir
de l'occafion pour l'accabler.
Le même Auteur pretend
prouver que le Prince d'Orange
n'est pas vfurpateur , parce que
la princeffe fa Femme eft Fille
du Monarque fur lequel il a
ufurpé la Couronne. Si cela étoit
, peu d'hommes voudroient
marier leurs Filles , puifqu'ils
s'attireroient autant d'Ennemis
qu'ils auroient de Gendres, &
que ce feroit un droit contre
eux pour les traiter avec la plus
injufte rigueur , pour les chaf
fer de chez eux , & les dépouil
ler de tous leurs biens.
On a peu vû d'Auteur de
meilleure foi que celui de l'écrit
dont je vous parle . En a18
X. P. des Affaires
if voüant tout fincerement
détruit ce qu'une infinité d'autres
ont voulu déguiſer dans
leurs Ouvrages , puis qu'il demeure
d'accord dans le fien
qu'on n'a fait la Ligue d'Ausbourg
,, que pour attaquer la
France . Il eft vrai qu'il affeure
qu'on ne devoit point agir
que la Tréve ne fuft finie . Cependant
il dit dans les lignes
fuivantes , que l'Empereur vouloit
faire la paix avec le Turc,
pour tourner fes armes contre
la France. Si l'Empereur travailloit
aux moyens de faire
finir dés - à - prefent la guerre
de Hongrie , dans le deffein
d'attaquer la France fitoft
qu'il auroit conclu la paix avec
le Turc , il n'avoit donc pas
deffein d'attendre que la Tréve
fuft finie , puis qu'elle eft
du Tems. 19
pour vingt années , & qu'elle
ne fait que de commencer . Cela
eft fi vifible , qu'il n'eft pas
befoin d'y faire reflexion pour
s'en appercevoir. Ainfi tous
ces écrits que l'on fait contre
la France , la juſtifient bien
plus qu'ils ne la noirciſſent
& font voir , que le Roi fçachant
que l'on avoit refolu de
le furprendre dés que la paix
feroit faite avec les Turcs
pouvoit prévenir & attaquer
l'Empereur avant que cette
paix fuft concluë , afin d'empêcher
l'orage dont il étoit me.
nacé. Cependant il ne l'a pas
voulu faire , quoi qu'il n'cuſt
point à douter qu'il ne pouffât
fes conqueftes auffi lora qu'il
auroit på ſouhaiter . Il ne s'eft
declaté contre l'Empire qu'à
l'extremité , c'eſt à dire , lors
>
20
X. P. des Affaires
qu'il a vû la paix preſte à étre
conclue avec le Turc , & que
l'Empereur d'intelligence avec
l'Ufurpateur d'Angleterre avoit
ligué contre lui toute l'Europe
qui fe preparoit à l'accabler ;
ce qu'elle auroit fait , fi le bon
état où fa prudence & fes foins
continuels ont mis fes affaires,
ne lui avoit donné lieu d'étre
plûtôt preft à fe défendre , &
même à aller au - devant de fes
Ennemis , qu'ils ne l'ont été
pour le furprendre, malgré toutes
les précautions qu'ils avoient
prifes de longue main.
Enfin aprés vous avoir parlé
de quantité d'écrits differens
par leurs titres & par leurs Auteurs
, mais qui ont tous rebattu
la même matiere en cent façons
, & relevé la gloire du
Roi ,
, parce que tout ce qu'ils
du
Temps.
21
ont dit s'eft trouvé faux & malicieufement
inventé , comme
je vous l'ay fait voir , je vais
vous entretenir d'une matiere
nouvelle , & d'un Auteur dont
je n'ai encore parlé que dans
la Preface de ma huitiéme
Lettre fur les Affaires du
Temps. Cet Auteur donne au
Public tous les quinze jours
des cahiers volans , plus ou
moins amples , felon l'étenduë
de fa matiere. Perfonne en
Hollande n'écrit mieux que
lui , & tout le monde eft content
de la beauté de fa Profe ,
mais il n'en eft pas de même
des raisonnemens dont il fe
fert. Quoi qu'on y remarque
beaucoup d'efprit , & qu'il tire
de fa matiere tout ce qu'elle
peut produire , & méme audelà
: les méchantes cauſes de22
X. P. des Affaires
meurent toûjours ce qu'elles
font , & en s'attachant à les
foûtenir, on brille fouvent plus
qu'on ne perfuade . Je ne doute
point qu'il ne foit lui-même
convaincu de la fauffeté de ce
qu'il écrit ; il paroit avoir le
difcernement trop bon pour
ne le pas étre. Son Libraire
qui le connoit feul , dit qu'il
ceffera d'écrire ſi toſt qu'il ne
pourra plus cacher fon nom.
C'eft une marque qu'il eft
François, qu'il fçait tout le mal
qu'il fait , ou plûtôt celui qu'il
pretend faire , & qu'il s'en fait
de fecrets reproches ; & comme
on penetre que c'est par
chagrin qu'il parle, on voit aifément
que ce même chagrin
lui fait chercher de noires couleurs
pour deguifer la verité ,
& pour obfcurcir l'éclat de la
du Tems. 23
France. Il feroit à fouhaiter
qu'un fi habile homme fe mit
dans le bon Parti , & il y a
tout fajet de croire que s'il l'avoit
embraffé , perfonne en
France ne refuferoit de rendre
juſtice à fon merite . La matiere
de celui de fes écrits que je
pretens refuter eft fur l'ufurpation.
Dans le deffein qu'il a de
prouver que le Prince d'Orange
poffede justement la Couronne
d'Angleterre : Il n'y a
point , dit-il , de Cour au monde
plus delicate que celle de
France , fur tout ce qui s'appelle
ufurpation , puis qu'elle ne
peutfouffrir fur le Trône d'Angleterre
un Prince du Sang
Royal , Epoux de la plus proche
heritiere.
Voilà des paroles qui ne
prouvent rien. Si la France eft
24 X. P. des Affaires
.
delicate fur ce qui s'appelle ufurpation
, elle a grand fujet
de l'eftre . Aucun Souverain ne
doit approuver les ufurpations
, & l'on voit fort peu
d'honnêtes gens qui applaudiffent
aux Ufurpateurs. Il n'i
a rien en cela que de naturel
& d'un ancien uſage , & je ne
voy pas pourquoi trouver à
redire qu'on ait affez de delicateffe
pour condamner une
chofe qui repugne à l'honnefteté
, au devoir , à la justice
& au droit des gens , qui doit
étre inviolable parmi les Souverains.
Je ne voy pas non
plus que l'Auteur ait raison
de croire que le Prince d'Orange
doive étre fouffert fur le
Trône › parce qu'il eft Prince
du Sang Royal & Epoux de la
plus proche Heritiere . Ces áva
ntages
du Tems.
25
d
vantages doivent l'engager
défendre la Couronne d'Angleterre
conrre ceux qui s'en
voudroient emparer, & à prendre
le parti du Roi fon Beaupere
, même contre fes Sujets
rebelles , mais ils ne lui donnent
aucun droit d'ufurper la
Couronne fur ce même Roi ,
ni de s'en faifir lors qu'il vit
encore , & qu'il a un Fils à qui
elle doit appartenir avant que
de tomber fur fa tefte . L'Auteur
pretend peut - être prouver
ce qu'il a d'abord avancé
en difant comme il a fait
dans la fuite , que le Prince
d'Orange a été appellé par la
Nation pour l'affranchir du
joug où elle étoit ; que la même
Nation le réconnoit pour liberateur
, & enfin qu'il fe trouve
élevé fur le Trône par le
B
26
X. P. des Affaires
>
confentement des Etats. Je répons
à cela, ce que j'ai dit plufieurs
fois , que le Prince d'orange
n'auroit point été appellé
s'il n'euft cabalé pour se faire
appeller par des traiftres ;
qu'il n'eft pas vrai que la Nation
fouffrit , puis qu'elle avoit
une entiere liberté de confcience
que tous les mouvemens
dont il s'agit ne font caufex
qu'à l'égard de la Religion ;
qu'il n'eft point le Liberatear
de l'Angleterre , mais le Tiran
; que toutes les Loix qu'il
a Supposé qu'il venoit pour
maintenir font abolies ; que
toutes les perfonnes de probité
du Royaume en demeurent d'accord
, mais qu'elles n'oferoient
l'avouer publiquement
, parce
qu'elles gemiffentfousfa tirannie
; qu'il n'a été élevéfur le
du
Temps.
27
Trône que parforce ; qu'il n'y
a été porté que par les traitres
avec lesquels il étoit d'intelligence
;
یم
que fi tout ce qu'on
Suppose du confentement des
Peuples étoit vrai , on ne fe
fouleveroit pas en mille endroits
comme onfait en Angleterre&
en Ecoffe ; qu'il ne faudroit
point de Troupes pour s'opposer
à ceux qui tiennent le parti
de leur veritable Souverain ,
& qu'enfin le Prince d'Orange
auroit auffi été réconnu Roi en
Irlande, Je ne croi pas qu'on
puiffe repliquer à toutes ces
chofes , & cela m'empêche de
m'étendre autant que je pourfois
faire pour les mettre dans
leur
jour.
L'Auteur
ajoute
que
s'il
eut jamais
de difpofition
, &
d'installation
legitime
dans
un
Bij
28 X. P. des Affaires
cas extraordinaire , c'eft dans
celui où un Monarque fe depoffede
lui-même en se mettant
audeffus des Loix . Ce cas extraordinaire
eft admirable , &
je n'ay jamais oui dire qu'il y
en eût ni qu'il en pût avoir
pour chaffer un Roi du Trône.
Il eft facile de voir , que
l'Auteur eft dans les Terres
d'une Republique , & qu'il
fait qu'en avançant une chofe
fi abfolument fauffe , il fera
plaifir aux Republicains : Mais
quand il feroit vrai qu'il pût
avoir un de ces cas extraordinaires
, & qu'il s'en fut en
effet trouvé un qui eut pû autorifer
le Prince d'Orange à fe
faire nommer Roi , il falloit
pour louer ce Prince fe fervir
bien jufte du moment dans lequel
il eſt monté ſur le Trône,
du Tems . 29
car tout ce qui s'eſt paſſé dépuis
qu'il l'occupe , bien loin
de juftifier qu'il n'eſt pas Ufurpateur
, & qu'on ne doit
point le dépoffeder , comme
l'Auteur le pretend , fait voir
qu'il n'y en eut jamais un qui
l'ait été plus reguliérement, &
qui l'eft dans toutes les formes.
Il ne faut pour en être
convaincu , que jetter les yeux
fur l'état prefent des affaires
d'Angleterre,& l'on verra que
non feulement cet Ufurpateur
a executé tous les deffeins qu'il
fuppofoit que le Roi avoit ,
mais qu'il a prefque aboli toutes
les Loix aufquelles Sa Majefté
n'auroit pu toucher, fans
qu'on l'eut auffi -tôt accuſée
du plus cruel attentat contre
l'autorité des Seigneurs & du
Peuple. C'eſt peu
de dire que
Bij
30 X. P. des Affaires
,
toutes les Loix font changées
ou abolies ; aucun des fermens
qu'on prétoit du temps du Roi
ne fubfifte plus , de forte que
tout eft en confufion dans les
trois Royaumes & que les
Traîtres ont chargé les Peuples
d'impofts , le Prince d'Orange
aiant befoin de fommes
immenfes contre ces mefines
Peuples , pour les empêcher
de fe revolter , & pour les forcer
à demeurer dans la fervitude
où il les a mis.
L'auteur pourſuit , en difant
que le Prince d'Orange eft revétu
de toutes les qualitez &
de tout le droit qui peuvent
autorifer un femblable changement.
Quand le Prince d'Orange
auroit toutes les qualitez
qu'on peut fouhaiter dans
un Monarque , toute l'expedu
Temps.
31
"
rience d'un grand Capitaine
& toutes les vertus d'un honnête
homme , de quoi le Pablic
ne demeure pas d'accord ,
tout ce grand merite n'auroit
pas mis le Roi d'Angleterre
dans l'obligation de fortir du
Trône pour l'y faire affeoir
& il n'y a point de Loi qui
autorilât cet Ufurpateur à fe
fervir de la force pour fe faire
Roi, Si tous ceux qui meritent
des Couronnes en devoient avoir
, il faudroit que la terre
fût divifée en autant de Roiaumes
qu'on y pourroit compter
de Provinces ; & fi les qualitez
diſtinguées étoient un droit
pour envahir les Etats des
Princes que de juftes titres ont
mis fur le Trône , l'ambition
feroit encore couler plus de
fang qu'on ne lui en voit ré-
B iiij
32 X, P. des Affaires
pandre , quoi qu'elle ait accoûttumé
de n'épargner rien pour
fe fatisfaire .
L'Auteur ajoûte ; Tont cela
neanmoins n'eft pas un titre legitime
pour la Cour de France
; c'est affez que le Roi Iacques
foit depoffedé pour conclure
que le Roi Guillaume eft
un vfurpateur ; & il lui fuffit
qu'un vfurpateur foit fur la
terre pour lui declarer la guer.
re. Il n'y a rien dans cet Article
dont il ne doive eftre avantageux
à la Cour de France
de convenir. Auffi feroitelle
gloire de prendre les armes
pour s'opposer à tous les
Ufurpateurs , fes forces étoient
fuffifantes pour leur declarer
la guerre , & principalement
à tous ceux dont le crime
eft triple comme celui du
du Tems. 33
Prince d'Orange , qui attaque
injuſtement dans une même
perfonne un Roi , un Oncle ,
& un Beau- pere , & qui le furprenant
avec lâcheté , le poignarde
en l'embraffant , puis
qu'il n'eft entré en Angleterre
qu'aprés l'avoir affeuré par
la bouche de fon Favori , &
par des Lettres de fa main ,
qu'il étoit bien éloigné d'avoir
la pensée d'en vouloir à fa
Couronne. Ainfi la baffeffe eft
jointe au crime , & les artifices
honteux font les moyens
qu'il a employez pour s'affeurer
l'autorité fouveraine. Tous
les Ufurpateurs font à detefter
, mais au moins il y en a
qui par des actions de valeur
femblent avoir merité , qu'on
ferme les yeux fur leurs injuftices.
Comme ils fe font expo
B v
34 X. P. des Affaires
.
fez aux plus grands perils pour
arriver au faifte de la grandeur
, & qu'on a ſouvent vû
couler leur fang avant qu'ils
aient pu forcer tout ce qui leur
refiftoit , ils ont pretendu s'eftre
élevez justement au Trône
, à caufe qu'ils y font montez
par des degrez éclatans ,
& arrachant l'épée à la main
ce qu'ils ne pouvoient avoir.
par une voye legitime : ils ont
tâché de prouver que le droit
de conquête étoit un titre reçû
parmi tous les Conquerans.
Quoi que ce titre ne rende
legitime la poffeffio d'une couronne
, il fait que l'Ufurpateur
eft moins odieux, & qu'en fepa-.
rant le crime de fa perfonne ,.
on trouve en lui quelque chofe :
de grand , mais le Prince d'Orange
n'a jamais été diftingués
pas
du Tems. 35
par aucun endroit digne d'une
Ame heroïque. Il n'a fait briller
aucune vertu , & quoi que
tous les Ecrivains
de Hollande
ayent toûjours eu les yeux ouverts
pour tâcher d'en remarquer,
ils n'ontjamais pû lui don .
ner que des louanges generales
qui conviennent
à tous les
Grands , & qu'on leur donne
ordinairement
, quoi que peu
les meritent à jufte titre .
Je reprens l'Article que j'ay
quitté. L'Auteur aprés avoir
parlé des qualitez , dont il dit
quele Prince d'Orange eft revêtu,
& des droits qu'il a au trô--
ne d'Angleterre
pour avoir é--
poufé une Princeffe du Sag Ro.
yal , ajofite, comme vous venez
de voir,tout cela neanmoins n'eft
pas un titre legitimepour laCour
de France. La Cour de France
· B vjj
?
3.6 X. P. des Affaires
n'a -t- elle pas grand tort de
trouver , que ces titres ne font
pas fuffifans pour
détrôner un
Roi , ou plutôt que le Prince
d'Orange ne peut même produire
de ces faux titres qui
peuvent éblouir par une apparence
de verité ? Lors que
la Maifon
d'Auftriche , &
quelques autres Souverains les
trouvent legitimes : ils ont leurs
raifons pour cela , & fe fervent
de l'ufurpateur en fermant
les yeux fur l'ufurpation,
Il lui fuffit, dit l'Auteur en par
lant de la France , que le Roi
Jacques foit depoffedé pour
conclure que le Roi Guillaume
eft unvfurpateur. La conclufion
eft jufte, & je ne voi pas que
perfonne puiffe conclure autrement
fans fe vouloir expofer
à paffer pour ridicule . Il s'agir
du Tems. 37
que
d'un fait , & il ny a rien à dire
contre les faits . Il fuffit de
voir & d'écouter. Je fçai bien
les Princes intereffez , &
ceux qui craignent le Prince
d'Orange , ne tirent pas tout
haut les conclufions qui refultent
de cet Article ; mais cela
n'empêche pas qu'ils n'en demeurent
d'accord en fecret avec
eux-mêmes. Une verité vifible
ne sçauroit être ignorée ,
mais on peut s'en taire quand
on a des raifons pour n'en rien
dire. Il faut bien que le Prince
d'Orange foit Ufurpateur ,
puis qu'il a ufurpé , & comme
c'eft la Couronne du Roi Jacques
qu'il a ufurpée , on ne
peut conclure touchant cette
ufurpation , qu'en difant ,
puis que le Roi Iacques a été
depoffede par le Prince Guilque
3,8
*
X.
P.
des
Affaires
laume le Prince Guillaume eft
un Vfurpateur. La France n'eſt
pas la feule qui tire cette confequence
, c'eft la Terre toute
entiere , mais c'eft la France
qui en parle le plus hautement
, parce que l'Augufte
Monarque dont elle reçoit les
Loix ne sçauroit fouffrir les
crimes. Quand un grand Prince
gouverne par lui-même
fes fentimens heroïques paroiffent
toûjoues dans les occafions
de cette nature , & le
caractere de grandeur & de
bonté , eft infeparable de ceux
qui font nez avec la Couronne
, pourvû qu'ils agiffent par
leurs propres mouvemens. Ett
il lui fuffit ( c'eſt à dire à la
France ) qu'un vfurpateurfoit
fur la terre pour lui declarer la
guerre. Il vaut mieux punir les
du. Tems. 39.
méchans , que de contribuer
à l'établiffement . & à l'affermiffement
de la tirannie . Si le-
Roi étoit en état de renverſer
les projets de tous les Ufurpateurs
, je ne doute point que
l'amour de la juftice ne le por--
tât à leur faire à tous la guerre.
Ceux qui lui feroient un
crime d'employer ſes armes à
détruire les Tirans ne feroient
pas crus , & on les regarderoit
comme des gens attachez à
leur parti , qui ne parlant pasde
bonne foi , feroient perfuadez
du contraire de ce
qu'ils diroient. Les Avocats
qu'on permet aux criminels
de choifir pour les defendre ,
ce qui eft fur tout l'ufage de
l'Angleterre , n'ignorent pas le
crime de ceux dont ils foûtiennent
la caufe , quoi qu'ils fe
40 X. P. des Affaires
fervent de leur éloquence pour
l'affoiblir , & quelquefois même
pour tâcher de faire croire
qu'ils font innocens , à quoi
ils reuffiffent fouvent , en déguifant
le fait par des circonftances
qui lui donnent toute
une autre face, & qui le changent
entierement. Les Ecrivains
de Hollande , qui font
les Avocats du Prince d'Orange
, font la même chofe. Il
tâchent à trouver des couleurs
pour donner à fon ufurpation
un autre nom que celui de crime
; ils tournent fon entreprife
de cent façons differentes
afin qu'elle foit moins odieaſe ,
mais c'eft toûjours un Trône
ufurpé , puis qu'il n'a pû le
remplir fans en chaffer un Souverain
legitime , & un vol eft
toujours vol de quelque madu
Temps.
41
niere , & fur quelque perfonne
qu'il puiffe eftre fait. On eft
étonné de la fubtilité de femblables
criminels ; on admire
leur adreffe ; ils fervent d'entretien
au public , mais on ne
laiffe pas de punir leur crime.
Nous en avons des exemples
tout récens ; chacun en peut
faire la comparaifon , car je
reſpecte encore affez le fang
du Prince d'Orange pour ne
vouloir pas la faire moi- même.
Cependant elle paroit jufte
à tout le monde , & il n'y
a que la difference qui fe trouve
du petit au grand. Mais
pour achever de répondre à
ce qu'on dit qu'il fuffit au Roi
qu'il y ait un vfurpateur pour
lui declarer la guerre , ce Monarque
obligeroit tout le genre
humain , fi , fuppofé qu'il
42
X.
P.
des
Affaires
fuft affez puiffant pour cela ,
il le vouloit entreprendre . Les
Ufurpateurs font autant de
Monftres fur la terre , & il feroit
auffi glorieux au Roi de
l'en purger ; qu'il l'a efté à
Hercule de la delivrer des Bufiris
& des Gerions. Ainfi je
ne comprens pas par où l'on
pretend noircir Sa Majesté ,
& quel tort on croit lui faire
en difant qu'il n'y a aucun Ufurpateur
qui n'attire fon aver,
fion . On s'aveugle fort fouvent
, & on loüe fans y penfer
ceux dont on n'a eu intention
de parler que pour en dire du
mal ; mais il est bien mal - aifé
que cela n'arrive , quand celui
dont on pretend obfcurcir
la gloire , eft loüable par tant
d'endroits , qu'au lieu de defauts
on ne lui fçauroit trou
du Tems. 43
ver que des vertus . Si l'on n'eft
pas tout-à-fait ennemi de l'équité
, que pourroit- on imputer
au Roi pour avoir declaré
la guerre au Prince d'Orange,
comme à un Ufurpateur ?
Quoi que ce que l'on agite
dans le Confeil des Rois foit
fecret , ou du moins qu'il le
doive étre , rien n'eft plus connu
que ce qui fe fait dans le
Parlement de Londres. Ainfi
on n'y a pas plûtôt mis en deliberation
de declarer la guerre
à la France , que le Roi en
a été informé. Ce Monarque
n'ignoroit pas que ce qu'on
propofoit là - deffus dans ce Parlement
, n'étoit qu'une formalité
, & que la Maifon
d'Autriche n'avoit confenti
que le Prince d'Orange prit le
nom de Roi , qu'à condition
44 X. P. des Affaires
qu'il declareroit la guerre à la
France, fi -toft qu'il feroit monté
fur le Trône. On fçavoit
même qu'il avoit été refolu entre-
eux que l'Ufurpateur feroit
diverfes defcentes fur nos Côtes
, où il feroit joint par les
nouveaux Convertis , pendant
que de leur côté les Princes
Catholiques entreroient par
terre en France, & fatisferoient
leur jalousie aux dépens de la
Religion qu'ils profeffent. Ce
que je dis ne fçauroit étre nié;
ce font des faits fi conftans
que mille & mille Ecrits de
Hollande les ont imprudemment
publiez Aprés cela pourra
t'on blâmer le Roi d'avoir
declaré la guerre au Prince
d'Orange , d'avoir mis fa gloire
& fon Royaume à couvert
, des infultes dont il étoit mena-
,
du Tems. 45
cé , & de s'étre trouvé affez
toft prét pour prevenir ceux
qui ne fontunis que pour mettre
obſtacle à fa grandeur ? Je
ne dis pas qu'il n'euft pû declarer
la guerre au Prince d'Orange
, quand même cet Ufurpateur
n'auroit pas formé le
deffein de l'attaquer. Le Roy
que le Sang & l'amitié font
entrer avec juftice dans les intereſts
d'un Prince opprimé ,
fe trouve aujourd'hui le plus
puiffant Monarque de la terre
la paix regne dans la France ,
il eft les delices de fes Peuples ,
fes Finances font en bon état ,
il n'eft plus dans une regence,
traversée par des Rebelles ; il
peut tout ce qu'il voudra , &
comme il voudra toujours ce
qui fera jufte , on ne doit pas
s'étonner s'il cherche à remet46
X. P. des Affaires
tre fur le Trône un Roi traité
fi indignement par fes Sujets.
On lit encore dans le méme
Ouvrage l'Article qui fuit. Que
n'auroit- on point à dire fi les
motifs qu'on allegue contre le
Roi Guillaume , étoient de poids
& s'il étoit vrai que le cours
naturel de la fucceffion deuſt être
une regle inviolable , pour
la forme du gouvernement ?
mais fi ces motifs font infuffifans
contre la Loyfuperieure du
bien public , que n'a- t'on point
à dire enfaveur de la caufe du
Roi Guillaume contre celle du
Roi Iacques ?
Cet Article eft de ceux qu'on
ne comprend pas à la premiere
lecture , & dont il faut deviner
le fens. Quoi qu'on puiffe
interpreter celui- ci diffedu
Temps. 47
remment " il eft certain que
l'Auteur a pretendu juftifier
l'ufurpation du Prince d'Orange
, ou du moins continuer de
parler pour fa juftification . Que
n'auroit- on point à dire fi les
motifs qu'on allegue contre le
Roi Guillaume étoient de poids?
Je ne voy pas que ces paroles
fignifient rien. L'Auteur ne
doit point douter que ce qu'on
allegue contre l'ufurpation du
Prince d'Orange ne foit de
poids , & s'il ne croit pas qu'il
le foit , il eft obligé de faire
voir le contraire. Il n'eft point
queſtion de fçavoir s'il y a eu
des Ufurpateurs , & fi leur regne
a duré longtemps , mais
feulement s'il y a des cas qui
permettent d'ufurper une couronne
, & de dépoffeder un
Roi. Comme le contraire a
48 X. P. des Affaires
déja été prouvé , & que je ferai
indifpenfablement obligé
d'en parler encore , je pourfuis
fans m'étendre davantage làdeffus
. S'il étoit vrai que le
cours naturel de la fucceffion
deuft étre une regle inviolable
pour la forme du gouvernement.
Cet endroit me paroit fort obfcur
, & je ne fçaurois trouver
en quoi l'Auteur a pû pretendre
qu'il doit étre avantageux
.
au Prince d'Orange ; car enfin
, qu'importe à ce Prince ,
& au Roi d'Angleterre même,
que la fucceffion foit une regle
inviolable pour la forme du
gouvernement ? Pour moi , je
ne voi pas qu'elle puiffe , ni
qu'elle doive jamais l'étre pour
qui que ce foit. Tous les Sou
verains fuivent ordinairement
de certaines loix fondamentales
1
du
Temps.
49
les qui fe trouvent dans chaque
Etat , & du rete , chacun
gouverne felon fon genie . L'un
eft plus doux , l'autre eft plus
emporté ; l'un aime la guerre,
& a toujours les armes à la
main , l'autre fait fes delices de
la paix , & paffe tranquillement
fa vie. Le Magnifique
fait de la dépenfe , & l'Avare
amaffe des trefors . Ces ma nie .
res de vivre font differentes ,
& cependant les peuples n'y
fçauroient trouver à redire . La
même choſe arrive dans tous
les Etats . Les hommes font nez
avec differentes inclinations
qu'il leur eft impoffible de forcer
, & cela n'empêche pas
que les affaires n'aillent tou
jours leur train . Chaque Souverain
prend le timon de l'Etat
felon le cours naturel de la
C
so X. P. des Affaires
›
fucceffion , pour me fervir des
termes de l'Auteur mais ce
cours ne fait pas que la regle
de gouverner foit inviolable ;
pour continuer à me fervir de
fes paroles . On n'enfraint pas
toutes les regles qu'on n'oblerve
point , de même que nous
ne laiffons pas d'arriver au lieu
où nous nous fommes propofé
d'aller , quoi que nous prenions
des routes differentes
de celles que d'autres ont pri
fes, & que nous y allions à pas
comptez , lors qu'ils y ont été
en courant. Enfin l'un obtient
une choſe par priere , &l'autre
par merite, & c'est toujours
l'obtenir. L'Article finit avec
autant d'obfcurité qu'il a commencé
, puis qu'on y lit , mais
fi ces motifsfont infuffifans contre
les droits des Etats , & condu
Temps. 51
tre la loy Superieure du bien
public , que n'a- t'on point à di- .
re en faveur de la caufe du Roi
Guillaume contre celle du Roi
Jacques ?
Je laiffe à de plus habiles
que moi à déveloper cet Article
, mais quelque explication
que l'on y puiffe donner , il
eft tres- certain qu'il faut quel
que chofe de plus clair , & de
plus fenfible pour défendre une
méchante caufe , & faire va-
Eloir une ufurpation faite par
des voyes fi lâches & fi indignes
d'un homme, qui ne vou
droit méme conferver que les
apparences de l'honneur. Je
croi que la force de cet Article
confifte dans la Loi fuperieure
du bien public . On voit bien
qu'il y a quelque chofe de grad
là- dedans & qui impoſe beau-
Cij
52 X. P. des Affaires
coup , mais la queſtion eft de
fçavoir ce que c'eſt " que cette
Loy fuperieure du bien public ;
quelle eft fon origine, qui font
les Legiflateurs qui l'ont faite
en quoi elle confiſte , & quelles
peines encourent ceux qui
fe difpenfent de l'obferver . Je
croi que les Partifans du Prince
d'Orange n'ont rien à répondre
touchant cette Loi , finon
qu'elle eft de la façon de
ce Prince, qu'il lui a donné un
nom , qu'il l'a faite expreſſement
contre le Roi d'Angleterre
, qu'il a marqué la punition
à laquelle feroient fujets
ceux qui l'enfraindroient, qu'il
a accufé ce Monarque de l'avoir
violée , qu'il l'a declaré
coupable , & qu'il l'a puni en
le faifant defcendre du Trône
pour le mettre en fa place.
du Tems.
53
Ainfi il a efté le Legislateur, la
partie & l'executeur , aprês avoir
été le Juge , & avoir jugé
à fon profit , fans prendre
confeil que de fon ambition .
Pour l'abloudre de tant d'injuftices
& de tant de crimes ,
un Refugié François , forti du
Royaume fans qu'on l'en ait
chaffe , chagrin de ſa mauvaife
fortune dont le Roi eſt moins
cauſe que fon peu de conduite,
croit impofer à toute l'Europe
, quand il dit moins par
raifon, que pour fervir le Prince
d'Orange , dont on voit
bien qu'il attend de grands avantages
, que ce Prince eft autorifé
par la Loy Superieure du
bien public. Il eft conſtant que
les Souverains doivent en toutes
chofes regarder le bien public
, mais cela n'empêche pas
Ciij
54 X. P. des Affaires
qu'ils ne foient les maitres
d'agir là deffus comme ils le
trouvent à propos , fans en devoir
rendre compte à perfonne
, & fans que l'on foit en
droit de leur en demander aueun
, & fur tout un Etranger
qui le peut moins que tout au
tre. Le Peuple n'eſt pas capable
de connoitre ce qui lui doit
étre utile. On travaille bien
fouvent pour lui fans qu'il en
foit perfuadé ; il ne fuit que fes
caprices, & fe laiffe ordinairement
conduire par l'avis des
plus feditieux , de forte qu'il
n'y a point de Monarque qui
ne renonçât à la Couronne ,
s'il étoit obligé d'agir felon les
mouvemens de fon Peuple , &
point de Peuple qui avec le
temps ne fuft fort fâché que
fon Prince l'euft gouverné fedu
Tems. 55
lon fon dereglement , puis que
les uns & les autres en recevroient
du defavantage , & que
tout l'Etat feroit en confufion
& en defordre.
L'Auteur finit fon Ouvrage
#prefque par ces mots . Il dit en
parlant du Roi d'Angleterre.
Il s'eft retiré du Royaume pour
fe jetter entre les bras d'un Monarque
étranger , afin de pouvoirfoumettre
la Nationpar les
armes. Le Trône vacant a été·
remply d'un Prince qui eft le
premier du fang Royal , l'Epoux
de la plus prochaine Heritiere
, grand par fes qualitex
perfonnelles, & encore plus par
Les actions. Je ne fçai pas comment
un homme d'efprit peut
dire, pour blâmer le Roi d'Angleterre
, qu'il s'eft jetté entre
Les bras d'un Monarque étran-
C
c iiij
$6
X.
P.
des
Affaires
ger. L'Auteur nous auroit fait
plaifir de nous dire ce qu'il auroit
voulu que ce Roi euft fais.
Il doit convenir,pour peu qu'il
foit homme à fe rendre à la
raifon , que le Roi d'Angleterre
ne pouvoit demeurer au milieu
des traiftres qui environnoient
fa perfonne, & quefon
Ennemi avoit corrompus
. II
n'y avoit de feureté pour luy
dans aucune Province de fon
Etat. Ce même Ennemi avoit
des Emiffaires par tout ; il avoit
furpris la fidelité des Officiers
de fes Troupes , afin que fon
Armée devint un corps fans
ame ; il avoit couvert la mer
de Vaiffeaux pour venir envahir
fes Etats , & avoit fait
débarquer une groffe Armée
qui venoit au devant de lui ,
& l'Auteur trouve à redire à
1
1
du Tems.
57
cela que ce Prince ait paffé
dans un autre Royaume , &
dit, que le Monarque chez qui
il s'eſt retiré eſt étranger.Je ne
fçai quel crime il lui veut faire
de ce que ce Monarque eft
étranger , mais j'ignore où il
auroit pû en trouver un qui ne
le fuft point , tout Monarque ,
& tout Royaume étant étran
ger à l'égard d'un autre, quelque
voifins qu'ils puiffent étre.
C'est étre bien rempli d'une
bile noire que d'en répandre
jufques fur les choſes de cette
nature. Mais voions fi le Roi
d'Angleterre pouvoit faire un
meilleur choix que celui qu'il
fit alors pour fa retraite. Non
feulement le Roi de France eſt
aujourd'hui le plus puiffant
Prince de la Terre , & le feul
qui puſt donner au Roi d'An-
C v
5.8
X. P. des Affaires
gleterre , les grands fecours qui
lui étoient neceffaires , mais ils
font étroitement unis par le
Sang. Tous les autres Souverains
chez qui il euft pû ſe retirer
, étoient liguez avec le
Prince d'Orange ; ainfi il auroit
beaucoup rifqué en fe refugiant
chez eux , & il devoit
éviter fur tout de fe jetter entre
les bras de la Maifon d'Autriche.
Les fuites en étoient
douteufes & fort à craindre.
pour ce Monarque , qui en fe
retirant en France , n'a fait
que ce qu'il a pû , & qu'il a dû
faire. Il y pouvoit demeurer,
longtemps , mais l'Auteur ne.
fçauroit luy faire un crime du
peu de fejour qu'il y a fait, puis,
que dés que ce Monarque a
cru qu'une partie de l'Irlande:
lui étoit fidele,il a jugé ces Peudu
Temps. 59
·
ples dignes de l'honneur de fa
prefence, & quoi qu'il n'y euft
pas pour lui une feureté entiere
, il est allé fe confier à leur
zele , & expoſer fa vie pour les
empêcher de fubir le joug de
la tirannie. L'Auteur dit en
l'accufant dans ce que vous venez
de lire , qu'il s'eft retiré
chez un Monarque Etranger ,
afin de pouvoir foumettre la
Nation par les armes .
4
C'est
donc à dire fuivant cet Auteur
, qu'il doit étre deffendu
au Roi d'Angleterre de prendre
les armes pour rentrer dans
fes Etats, & que dés qu'il cherchera
à foumettre des Rebel .:
les , & à combattre les Troupes
que l'Ufurpateur a amenées
dans fon Royaume , on lui en
fera un crime , en difant qu'il
vent foumettre la Nation par
C vj
60
X. P. des Affaires
les armes. Il n'en veut point à
la Nation , il fçait que la plus
grande partie a été furpriſe &
forcée de reconnoitre le Prince
d'Orange pour Roi. Il n'en
veut qu'aux Traiftres qui ont
vendu la Nation en trahiſfant
leur Souverain legitime , &
qui font caufe qu'elle paroitra
criminelle à la pofterité. Ainfi
le Roi pourroit empêcher que
cette tache d'infamie ne s'étendit
plus loin , fi en puniffant
les Traiftres il donnoit
lieu à la Nation de fe repentir
, & de marquer l'ardeur
de fon zele pour fon
Prince , ce qui ne manquera
pas d'arriver , fi-toft que le
parti de l'Ufurpateur , qui s'affoiblit
tous les jours , aura achevé
de l'abandonner. L'Au-
Beur , aprés avoir parlé de la
...!
du
Temps.
61
,
retraite du Roi d'Angleterre
dit que le Trône vacant a esté
remply. Ceux qui ne fçauroient
point l'hiftoire de l'ufurpation
du Prince d'Orange , pour
roient croire lors qu'on parle
de la forte , que Sa Majesté
Britannique a eu tort de fe retirer
de les Etats , & que puis
qu'Elle avoit laiffé fon Trône
vacant il falloit neceffairement
le remplir ; mais comme
toutes les Nations font informées
du contraire , il faut il faut que
l'Auteur croye parler au Habitans
d'un autre Monde , lors
qu'il tient un pareil langage.
Je ne répondrai point au refte
de l'article , où pour autorifer
l'ufurpation,on dit que le Prince
d'Orange eft lepremier Prince
du Sang Royal , & l'Epoux
de la plus prochaine Heritiere.
62
X. P. des Affaires.
•
Je me fuis déja expliqué làdeffus
; mais quand l'Auteur
dit, que ce Prince eft grand par
fes qualitez perfonnelles , &
plus grand encore par fes actios,
il faut qu'il ait des lumieres
que toute la terre n'a pas. Perfonne
n'ignore que le Prince
d'Orange ne s'est jamais diftingué
par aucune action d'éclat
, fi ce n'eft qu'on veuille
mettre en ce rag tout ce qu'il a
fait de temeraire . Ainfi l'on
peut
dire qu'on lui fera grace lors
qu'on ne parlera point de fes
qualitez perfonnelles.
J'ay remis jufqu'à la fin de
cette réponſe , à vous parler
d'un Article , qui fait la plus
grande partie de l'Ouvrage
que je viens de refuter . Il y eft
inferé d'une maniere qui fair
voir que l'Auteur pretend qu'il
du
Temps.
63
ait rapport à toutes les parties ,
& qu'il donne de la force à
tous les autres Articles , & les
faffe même valoir , quand bien
ils feroient defectueux. C'eſt
par là qu'il croit prouver que
l'ufurpation du Prince dorange
fe peut foûtenir , & ne
fçauroit manquer d'eftre jufte
, le refte n'étant que des dépendances.
Je ne doute point
que vous ne vous imaginiez
que pour marquer la justice
de l'invafion faite par le Prince
d'Orange , l'Auteur rapporte
un grand nombre de fujets
de plaintes du Peuple d'Angleterre
contre le Roy , & qu'il
s'étend fur les droits & le pouvoir
pretendu de ces Peuples.
pour le détrôner , & pour en
choifir un autre en fa place ,.
mais ce n'eſt rien moins que
64 X. P. des Affaires
cela ; il ne fait qu'un dénombrement
de plufieurs Ufurpateurs
qui ont regné en differens
fiecles. Pour moi , je ne sçaurois
concevoir par où il a pretendu
qu'il foit poffible de rien
conclure de là qui foit avantageux
au Prince d'Orange , &
que ce dénombrement puiffe
aboutir à autre chofe , qu'à
faire mettre le nom de ce Prince
au bas de la lifte pour la
groffir . Je ne vous envoye pas
cet article , parce que je n'y
veux point répondre en détail.
Qu'importe au Public &
au Roi d'Angleterre qu'il y ait
eu des Vfurpateurs ? Tout le
monde conviendra avec l'Aureur
, qu'il y en a eu mille fois
plus qu'il n'en nomme , & que
leurs noms fuffiroient pour remplir
degros Volumes, mais per..
du Tems. 65
J
fonne ne demeurera d'accord
pour cela qu'il y ait plus de juftice
à détrôner un Roi qu'à
voler un Particulier. L'Auteur
affecte de faire voir qu'il y a
eu des Ufurpateurs en France,
& dit en même temps , que
l'hiftoire n'a laiffé que des monamens
douteux d'un temps fi
éloigné ; de forte que fi je voulois
répondre à cet article , il
me faudroit employer beaucoup
de temps en recherches
& en lectures pour démêler fi
tous les Vfurpateurs qu'il nomme
ont merité qu'on leur ait
donné ce nom. C'eſt une peine
que je prendrois volontiers
pour vous éclaircir fur ce qu'il
avance , fi le fait dont il s'agit
étoit de fçavoir s'il y a eu des
Vfurpateurs ; mais foit que
ceux que l'Hiftoire remarque
66
X. P. des Affaires
l'ayent été , ou qu'on les en
accufe injuftement, le nombre
en peut eftre grand , fans qu'on
puiffe en rien conclure pour
juftifier le Prince d'Orange.
Au contraire , ce nombre ne
fert qu'à faire connoitre que la
terre a eu beaucoup de ces criminels
qui pour s'étre couronnez
, n'en ont pas été moins
coupables. Ainfi cela ne decide
rien dans l'affaire dont il
s'agit . D'ailleurs , les circonftances
changent les faits , &
fi c'étoit ici le lieu de faire des
difcuffions hiftoriques fur les
pretendus Vfurpateurs dont il
parle , on trouveroit peut- être
leurs crimes ne font pas que
fi grands que l'Auteur le veut
perfuader. J'avoue que je ne
comprens pas quel but il a pû
avoir lors qu'il a fait ce dédu
Temps. 67
nombrement , ni en quoi il a
cru juftifier par là l'invafion
du Prince d'Orange , puis que
loin de l'avoir fait , il montre
d'une maniere qui empêche
qu'on n'en doute , qu'il eft fortement
perfuadé , qu'il doit étre
mis au nombre des Vfurpateurs.
S'il ne croyoit pas
qu'on ne lui fçauroit donner
un autre nom , il n'auroit pas
pris le foin de chercher des
exemples pour juftifier fon ufurpation
, étant abfolument
impoffible qu'il les air cherchez
& citez qu'à ce deffein . Ainfi
il a travailléà prouver , ce qu'il
devoit nier pour fervir le Prinee
d'Orange , & à le mettre au
rang des fameux Coupables
lors qu'il devoit employer tous
fes raifonnemens à faire voir
que c'eft injuftement qu'on l'y
68 X. P. des Affaires
met Peut-on conclure qu'un
Vfurpateur ne foit point coupable
; parce qu'il y a eu plufieurs
autres Vfurpateurs avant
lui Il faut de neceffité
que l'Auteur tire cette confequence
de ce dénombrement ,
puis que c'eft la feule qui en
puiffe refulter. S'il n'avoit pas
cru que le Public feroit de fon
fentiment , il n'auroir pas cherché
avec tant de foin les noms
de tous ceux qui ont ufurpé
une Couronne ; mais le Public
ne fe laiffe pas tromper fi
facilement que l'on s'imagine.
A le regarder dans le détail
il est composé de quantité d'ignorans
, mais en Corps c'eſt
rarement qu'il s'abufe , & fes
jugemens font prefque toûjours
remplis d'équité . Il voit bien
que dans l'affaire du Prince
>
du Tems. 69
1
d'Orange , ce n'eft pas la juftice
de fa caufe qui oblige à
la défendre , & qu'il n'y en a
jamais eu aucune qui ait paru
fi vifiblement injufte dans toutes
fés circonstances , parce
qu'il y en a une infinité qui a
gravent l'attentat , mais les Proteftans
ont leurs raifons pour le
foûtenir & méme pour le louer,
& on ne doit pas étre furpris
que la plufpart étant complices
de l'invafion , ils prennent
fi hautement fon parti . Ils en
ufent comme ceux qui chercheroient
des raisons pour
fendre un homme faifi d'un
vol, parce qu'il auroit volé leur
Ennemi , & qui diroient pourle
juftifier que d'autres ayant
volé avant lui , il ne devroit
point paffer pour coupable.
L'exemple d'un crime ne peut
dê70
X. P. des Affaires
jamais fervir d'excuſe à un autre.
Si une injuftice , une trahifon
commife , autorifoient à
trahir ou à étre injufte , il y a
fi long- temps qu'on a commencé
à faire des crimes , qu'il
ne ſe trouveroit prefentement
aucun homme qui n'en fuft
noirci. La juftice feroit meprifée
, on ne voudroit reconnoitre
aucunes Loix , & on verroit
le plus foible languir fous
l'oppreffion du plus puiffant.
Il y a une chofe dans cet article
qu'on trouvera furprenante
, lors qu'on y fera toute
l'attention qu'elle merite- Jamais
homme n'a eu tant de
vanité que l'Auteur , ou ne s'eſt
trompé fi groffierement , s'il a
cru que dans une affaire qui
ne peut eftre decidée que par
les paroles de l'Ecriture , par
du Tems. 71
la bouche de Dieu , & par celle
des Apoftres , fes raiſonnemens
, ou plûtôt des raifonnemens
humains , qui que ce
foit qui les faffe , deuffent étre
de quelque poids pour perfuader
ce qu'il avance . Il fe perfuade
qu'en ne parlant point
de mille & mille paffages qui
font tous formellement contre
le Prince d'Orange , quand
méme ce qu'on impute au Roi
d'Angleterre feroit aufli vrai
qu'il eft faux , le Public fera
affez ignorant pour ne pas fçavoir
ces paffages , & que perfonne
ne peut détrôner les
Oingts du Seigneur , parce
qu'ils tiennent la Couronne
de lui feul. Je ne doute point
que l'Auteur ne le fçache , &
qu'ils n'en foit convaincu . Le
moyen qu'il ignorât des faits
72
X. P. des
Affaires
fi conftans , fi connus , & fi generalement
reçûs ? Mais quand
il fçait qu'il n'a pas lieu d'en
douter , & que toutes les paroles
de Dieu font des articles
de foi , il a tort de croire qu'en
les paffant fous filence , il perfuadera
le contraire par fes
raifonnemens. Il y a en cela
une vanité , ou une ignorance
qu'on ne sçauroit excufer dans
un homme à qui il femble
qu'il ne manque rien que d'efre
dans le bon parti.On trouvera
prefque dans toutes mes
Lettres fur cette matiere , de
ces paffages de l'Ecriture que
je ne rapporte point icy , de
de tomber dans des repepeur
titions ; mais comme l'Auteur
eft Proteftant , & qu'il croira
peut - étre Calvin plus que tous
les Saints qui fe font expliquez
fur
du Tems. 73
fur ce fujet , il trouvera dans
la page 263. de la huitiéme
Partie des Affaires du Temps
& dans les fuivantes ce que
Calvin a dit là- deffus , en fon
Livre des Inftitutions & enfon
Commentaire fur Daniel.Il verra
auffi ce que Pierre Martir a
dit , & plufieurs autres articles
touchant cette matiere , qui
font voir que les Loix humaines
& divines font en cette occafion
entierement en faveur
des Rois, & contraires en tout
à fes faux raiſonnemens .
Il n'i a peut-être point eu de
matiere depuis plufieurs fiecles
, qui ait été plus agitée
que celle de l'ufurpation de la
Couronne d'Angleterre faite
par le Prince d'Orange , & il
s'en faut beaucoup qu'on n'ait
autant écrit du Temps qu'on
D
74 X. P. des Affaires
fit le procés à Charles I. & que
Cromvvel monta fur le Trône
fans porter de Couronne .
Ce n'eft pas que cet évenement
n'euft quelque chofe encore
de plus particulier que ce
que nous voyons aujourd'hui .
L'Angleterre fembloit alors
feule intereffée à ce qui ſe paſfoit
chez elle ; & les Etrangers
ne s'en méloient point , &
Cromvvel étoit de la Nation ,
au lieu que le Prince d'Orange
, quoi que du Sang Royal ,
ne laiffe pas de paffer pour étranger
, puis qu'il avoit fuccedé
au Rang & aux Charges
de fon Pere & de fon Ayeul
dans un autre Etat , & qu'il
eft entré en Angleterre avec
une armée d'Etrangers . D'ailleurs
, une infinité de Proteftans
de ceux qu'on nomme
du Tems. 75
Presbyteriens dans ce Royaume
, fe font joints à lui , ou ſe
font mis dans fes interefts , &
ces Proteftans animez contre
la France, pour ce qui les regarde
en leur particulier , ont
crû qu'ils ne pouvoient la chagriner
davantage , qu'en donnant
des louanges exceffives au
Prince d'Orange , qui dés qu'il
a vû que la moderation du Roi
ne pouvoit fouffrir que pour
fatisfaire fon ambition il fift
couler du farg dans toute
l'Europe , s'en eft declaré l'ennemi
mortel. Ces mêmes Pioteftans
ont cherché en même
temps des couleurs pour mettre
dans un beau jour le plus noir
des attentats , c'est à dire l'ufurpation
, & ils ont fupposé
que les Peuples , & fur tout en
Angleterre, ont des Privileges
Dij
76
X. P. des Affaires
dont on n'a jamais oui parler
que dans leurs écrits. Comme
j'ai répondu à plufieurs, & que
je fuis le feul en France qui ai
tâché jufqu'ici d'en faire con
noitre les fauffetez , j'ai lu pref
que tout ce qui pouvoit regarder
cette matiere . J'ai ramaffé
beaucoup de paffages , que
j'ai déja citez , & j'ai fait plufieurs
recherches dont vous avez
vû une grande partie dans
mes neuf premieres Lettres fur
les Affaires du Temps . Il m'en
refte encore quelques - unes
que vous ferez bien aile de
trouver ici, Comme ce font des
Fragmens tirez de divers endroits
de plufieurs Livres , vous
ne devez pas vous étonner s'il
n'y a point de commencement.
Je le fupprime pour ne rapporter
que ce qui eft pofitif. La
du
Temps.
que
plufpart de ces Fragmens dilent
beaucoup , & on lit prefdans
tous la condamnation
du Prince d'Orange,& du pretendu
Parlement d'Angleterre.
Voici le premier .
Dire
que le Peuple a donné
la Puiffance au Roi , c'eft s'imaginer
ce qui ne fut jamais.
Même aux Royaumes Electifs
Te Peuple ne donne point au Roi
fon autorité, car il ne peut don
ner ce qu'il n'a point ,feulement
il défere on obeiffance à Henry
ou à Charles , mais ce Prince étant
éleu , reçoit fon autorité
de Dieu comme du principe d'où
tout pouvoir decoule . L'Ecriturey
eft expreffe. Pro 8. 15. par
lui regnent les Rois , & Rom.
13. 1. Il n'y a point de puissance
finon de par lui , nul ne lug
peut ôter cette puissance que
D iij
78
X. P. des Affaires
Dieu qui la lui a donnée .
pour
Ce n'est pas à nous à raifonner
aprés cela , & l'Auteur
dont je vous parlois tout à
l'heure doit fe taire , puis qu'il
n'a point d'autres raiſons
prouver que l'ufurpation du
Prince d'Orange eft jufte, que
parce qu'il y a eu des Ufurpateurs
avant lui . S'il trouve fa
condamnation dans l'Article
que vous venez de lire il
la trouvera encore bien plus
expreffe dans ceux que vous
allez voir .
>
Ce ChefSouverain eft revetu
par la bonté & permiffion du
Dieu tout-puiffant , de pleniere,
toute & entierepuiſſance, prééminance
, & autorité, prerogative
& jurifdiction , pour rendre
juftice & determinationfinale
en toutes causes , à toutes
du Tems. 79
fortes de Sujets dans ce Royanme
, & plufieurs Loix & Ordonnances
ont été faites par les
Parlemens precedens pour la
feure & entiere confervation
de la prerogative & prééminence
de cette Couronne .
Je paffe à un autre Article
beaucoup plus important , &
bien digne de voſtre attention
.
Ainfi la Femme choifit fon
Mary , & lui prefte ferment
d'obeiffance en fe mariant, mais
ce n'eft pas elle qui lui donne
fon autorité , cela lui vient de
plus haut & ily a autant d'ab-
Surdité à dire le Peuple peut
depofer le Roy , parce qu'il l'a
éleu, que d'affirmer que la Femmepeut
chafferfon Mary, oufe
l'affujettir quand elle le jugera
expedient parce qu'elle l'a choique
D iiij
80
X. P. des Affaires
fi , car la Femme perd la liberté
de fon choix par le næud du
mariage , & le Peuple femblablement
perd la liberté de revoquerfon
choix quand le Prince
élen eft declaré Roi . C'est une
étrange confequence de dire que
le Peuple peut ôter au Roi fon
autorité , parce qu'il lui ajuré
obeiffance , car l'élection n'est
autre chofe , & c'est une ra fon
qui fe renverfe elle-même de
que le Peuple peut ôter au
Roifon autorité , puis qu'il la
lui a donnée : car pofez qu'il
fuft vray que le Peuple donne
autorité au Roi qu'il élit , puifque
le Peuple donne fon autorité
, elle n'eft plus à lui. Cette
maxime étant une fois admife,
qu'il est loifible à chacun de reprendre
ce qu'il a donné , romproit
les Loix de la focieté , &
dire
du Tems. 8 I
rempliroit le monde d'injustice
& de confufion. Que nos Ennemis
fcachent que quand l'autorité
du Roi n'auroit commencé
que par le ferment de fidelité
que ce Parlement fit en Corps
au commencement de leur Séance,
le Corps de l'Etat a fait par
là un don irrevocable de fon obeiffance
au Roi ; & que
de ce
ferment nous tirons une meilleure
confequence que la leur , à
Scavoir qu'ils ne peuvent plus
difpofer de leur obeiffance à Sa
Majefté , puis qu'ils la lui ont
donnée. Puis , quand leurs raifonsferoient
bonnes , elles n'ont
lieu qu'aux Royaumes électifs .
& ne font rien contre le Roi
Charles , car ni lui ni aucun
des Rois fes Anceftres par tant
de Siecles , n'eft parvenu à la
Couronne par élection .
>
D v
82
X. P. des Affaires
Le Parlement dont il eft
parlé dans cet article , eft celui
qui étoit affemblé du temps
de la revolution , qui arriva avant
la mort de Charles I. &
qui lui couta la vie . Pendant
ce defordre , le Peuple & le
Parlement difoient la même
chofe qu'aujourd'hui , ils avoient
les droits imaginaires dont
ils fe flatent encore. Aprés la
mort de Cromvvel , ils reconnurent
leurs fautes , fe déclarerent
coupables , & cafferent
tout ce qu'ils avoient fait con
tre leur legitime Souverain , &
on leur verra bientoft faire la
même chofe , lors que le Prince
d'Orange aura êté obligé
de fortir d'un Trône qu'il
remplit injuftement. Voyons
fi les articles fuivans font auffi
peu avantageux aux Peuples.
d'Angleterre..
du Tems. 83
"
نم
Aux fermens des Rois de
France & d'Angleterre à leur
Sacre , il n'y a aucune image
deftipulation entre eux & leurs
Sujets ; ils ne reçoivent la Couronne
à aucune condition
leurs Peuples leur doivent obeiffancefoit
qu'ils gardent ou violent
leurs promeffes Ce ferment
eft une coutume loüable & utile.
pour appuyer l'autorité du Prince
de l'amour de fes Sujets , &
pour donner aux peuples cette
Satisfaction , que le Roi que
Dieu leur a donné , a intention
de les gouverner avecjustice &
clemence, & de preferver leurs
droits & libertez. Si le Roi par
fonferment s'obligeoit à déchoir
de fon Royaume quand il violeroit
fes promeffes , il feroit
moindre aprés fon ferment
qu'auparavant. Que fi les Rois
D vj
$4 X. P. des Affaires
>
eftim oient diminuer leur proprieté
par leur ferment , ils ne
le prendroient jamais , & pour
montrer que leur autorité ne
dépend pas de leur ferment
mais leurferment de leur autorité
, les Rois d'Angleterre le
forment à leur plaifir. A peine
s'en trouvera - t-il trois qui
aient pris même forme de ferment
fans y rien changer. Celle
qu'on prefenta à Henry VIII.
fe voit dans les Archives , corrigée
defa main , & écrite en.
tre les lignes. Et puis , le ferment
fe fait à Dieu
peuple , & oblige la confcience
du Prince , mais ne limite pas
fa Souveraineté. Si c'étoit l'intention
de cette folemnité de
ftipuler avec le Peuple , le Peuple
feroit un ferment reciproque
à la méme heure ; en une
>
non au
du Tems. 85
paction de telle importance il
Se paßeroit quelque Contrat public,
chofes qui ne fe pratiquent
pas.
Rien n'eft plus fort que cet
article , & ne détruit davanta
ge tout ce qu'on a dit du pretendu
contrat du Roi avec le
Peuple.L'article fuivant eft encore
fur la méme matiere .
ن م
Si les Anglois font fujets an
Roi en detail , ne le feroientils
pas en gros ? Eftant nez Sujets
auront - ils le pouvoir de
donner la Souveraineté à leurs
Deputez , c'est à dire , de leur
donner ce qu'ils n'ont pas ,
veu qu'ils ne peuvent s'affembler
en un corps d'Etatfans le
Brevet du Roi , ce Brevet du
Roi les rendra- t- il Souverains
par deffus le Roi ? Le ſtile du
Brevet les appelle ad conful86
X. P. des Affaires
tandum de quibufdam arduis .
A confulter avec lui de quelques
affaires difficiles , & non à
le maistrifer & à difpofer de
fon autorité ; & puis qu ils appellent
cette grande Cour . le
Corps reprefentatif des Sujets,
il faut qu'ils foient Sujets , autrement
ils ne reprefenteront .
pas ceux qui les envoient , &
ce que le Roi leur accordera fera
octroyé à fes Souverains
mais fes Sujets n'en recevront
aucun benefice. Qui examinera
cette propofition , que le Souverain
gift au Corps reprefentatif
des Sujets , trouvera qu'el.
le eft pleine de contradictions ,
Se détruit elle- même. On ne
peut apporter de probable raifon
( dit Bodin de Rep. lib. r .
cap. 8. ) que les sujets doivent
commander à leurs Princes , ou4
du Tems. 87
que l'Affemblée des Etats doive
avoir aucune autorité , fi ce
n'eft dans le temps que le Prince
eft en bas âge , ou hors du
fens , ou captif. Alors les Etats
Ini peuvent députer un, Regent,
ou Lieutenant ; autrement fi
les Rois étoient fujets aux Loix
des Etats & commandemens du
Peuple , leur pouvoir feroit nul ,
& le titre de Roi feroit un nom
fans chofe. Encore fous un tel
Prince , la Republique ne feroit
pas gouvernée par le Peuple ,
mais par quelque peu de perfonnes
égales en leur fuffrages, qui
feroient des Loix & des Edits ,
non par l'autorité du Roi, mais
par la leur propre , qui cependant
viendroient lui prefenter
humblement des requestes chacun
à parfoi , & tous en Corps ,
& feroient femblant de luipré88
X. P. des Affaires
ter foi obeisance , chofes
auffi ridicules qu'il eft poffible
d'imaginer.
Des raisonnemens fi forts ,
& remplis d'autoritez inconteftables
, font fans doute bien
plus de plaifir à lire , que tout
le verbiage des écrits de Hollande
, qui avancent mille
faufferez , & qui ne prouvent
rien. On n'y voit que
des emportemens
, & des injures vomies
contre la France. Le
Prince d'Orange y eft dépeint
par tout comme le Heros du
Siecle , & jamais on n'a tant
veu de crimes fi lâchement ,
& fi hardiment couronnez . Ce
qui fuit regarde encore les
• droits des Rois d'Angleterre
.
Entre les Privileges des Anglois
, ces trois font les princidu
Temps.
89
paux , que le Roi ne fera aucune
Loi fans le confentement de
fes Etats ; que nulle Loi faite
en Parlement ne fera revoquée
finon en Parlement , & que le
Roi ne fera aucune levée de
deniers , outre fes revenus ordinaires
,fans la concurrence
des deux Chambres . Aux intervales
des Parlemens, le Roifait
des Edits felon fon pouvoir Souverain.
Si ces Edits femblent
onereux aux Sujets , ou deroeans
à leurs Loix & à leurs
Privileges , ils le lui repreſentent
humblement au prochain
Parlement , & le Roi les enfoulage
quand on lui fait paroiftre
que les plaintes font juftes ;
car defaire paffer leurs Requeftes
en Actes fans le bon plaifir
du Roi, ils ne le peuvent, ny
Roi faire auffi de nouveaux Ale
୨୦ X. P. des Affaires
Etes en Parlement fans qu'ils y
confentent. Cependant le Roi
ne les rend pas participans de
fon autorité; mais en les affemblant
en Parlement , il les rend
capables de limiter fon autorité
aux cas qui appartiennent à
leur connoiffance ; car il y aplufieurs
cas dont ils ne fe doivent
point méler du tout , comme le
point de la Milice , & de peur
qu'ils n'oublient que ce pouvoir
même de limiter le Roi leur
vient de l'autorité du Roi , il
le leur ofte quand il lui plaift ,
car en rompant leur affemblée,
il retire à foi l'autorité qu'il
leur avoit donnée de limiter la
fienne. S'ils étendent leur Privilege
par- delà le bon plaifir
du Roi, il eft au pouvoir du Roi
de le diffoudre , & aprés la parole
du Roi qui les décharge &
du
Temps .
91
les
renvoye , il n'est point en
leur pouvoir
de feoir ni d'opiner
une minute
. D'où
Bodin
,
homme
verfé en la Nature
des
Etats
de la Chreftienté
, conclud
pour
l'autorité
unique
du
Roi d'Angleterre
. De Repub
.
lib. 1. cap . 8. Les Etats d'Angleterre
, dit - il , ne peuvent
étre
appellez
ni renvoyez
que
par l'Edit du Prince
, non plus
qu'en
France
& en Espagne
,
ce qui prouve
fuffisamment
que ces Affemblées
n'ont
aucun
pouvoir
de commander
ni de deffendre
, & ilfe moque
de l'ignorance
de Belluga
, qui
dit , que les Etats
d'Arragon
fontpar deffus
l'autorité
du Roi,
& neanmoins
confeffe
que les
Etats ne peuvět
s'affembler
fans
le Roi , ni fe feparer
fans lui.
Illud novum
& planè
abfur92
X. P. des Affaires
dum. Cela , dit - il , eft une nouvelle
Doctrine
abfurdité.
une grande
Les Ennemis du Roi d'Angleterre
ne peuvent étre mieux
confondus que par là , car je
ne croi pas qu'ils y puiffent rien
repliquer
, non plus qu'à ce que
vous allez lire.
Les deux Chambres en tous
leurs Actes legislatifs reconnoiffent
le Roi leur vray &feul
Souverain. La Cour des Pairs
feule peut renverser le jugement
des Cours de Iuftice , mais non
le fienpropre , fans le confentement
du Roi & de la Chambre
des Communes. Celle des Communes
n'est pas une Cour de Iudicature,
n'ayant pas feulement
le pouvoir d'adminiſtrer un ferment
ni de mettre à l'amende
ni d'emprisonner, finon ceux de
•
•
du Tems. 93
leur Corps. Ces deux ne peuvent
à part ni ensemble faire aucune
Loi , mais quand elles veulent
établir quelque chofe, elles
prefentent conjointement un
cahier au Roi , en forme de requefte.
Si le Roy s'y accorde , le
Garde des Sceaux répond pour
le Roi ce mot en François , Le
Roi le veut ; & alors ilse fait
un Acte. Si le Roi le refufe , la
réponse eft , Le Roy s'avifera ,
& l'affaire ne paffe pas plus
loin. Avant le confentement
Royal , la propofition des deux
Chambres couchéefur le cahier,
eft pareille à ce que les Romains
appelloient Rogatio; mais quad
le Roi s'y accorde , on la peut
nommer Lex . En effet , ce n'est
qu'une requeste avant que le
plaifir du Roi la faffe paffer en
Loi. C'estpourquoi les Iurifcon94
X. P. des Affaires
fultes Anglois appellent le Roi .
La vie de la Loi , parce qu'encore
que le Roi en Parlement ne
puiffefaire aucune Loi fans la
concurrence des deux Chambres,
cependant c'est fon autoritéfeule
qui leur donne la vigueur &
le nom de Loi , tant s'en faut
qu'il y ait aucune autorité legale
en leurs commandemens·
fans le vouloir du Roi , que le
Droit coutumier ne leur donne
pas même de nom, & n'enprend
Aucune connoiffance.
Cet article eſt encore tiré
d'un Livre qui fut fait du
temps du dernier Parlement tenu
fous Charles I. Vous pouvez
voir par celui qui fuit ce
que c'eft que ce Corps.
Par le Parlement on entend
quelquefois l'une des chambres,
quelquefois toutes deux , quelquefois
le Roi , & les deux
du
Temps.
95
Chambres enfemble. C'est ainsi
qu'on l'entend quand on parle
de la Cour Souveraine du Parlement
, & des Actes de Parlement
, car le Roi eft eftimé le
premier des trois Etats , fans
qui les deux autres ne peuvent
rien conclure legitimement, à
cause que toute fon autorité eft
dérivée de lui , non feulement
pour une fois , mais par une
continuelle influence , qui étant
interrompuë , leur pouvoir ceffe
neceffairement. Ces trois enfemble
ont le pouvoir d'interpreter
les Loix , de les revoquer , &
d'en faire d'autres. La proprement
gift l'oracle des Loix. Vn
Auteur judicieux appelle l'union
des Trois Etats , Le facré
trepié d'où les Oracles de la
Loi font prononcez , Quand
l'un des trois eft feparé du re96
X.
P.
des
Affaires
fte , les deux autres font boiteux
& chancelans , & nepeuvent
fervir de fondement ferme
pour la feureté de l'Etat
& la fatisfaction de la confcience
des Sujets.
Si le Parlement ne peut rien
fans le Roi , comme vous venez
de voir dans cet article, &
comme vous avez deû le remarquer
dans plufieurs autres,
celui qui s'eft affemblé dépuis
que le Roi d'Angleterre eft venu
en France , ne peut cftre
legitime. Ainfi tous les actes
qu'il a paffez , & ceux qu'il
paffe encore tous les jours font
nuls , le Prince d'Orange ne
pouvant leur donner de force,
puis qu'il n'y a point eu de Parlement
legitimement affemblé,
qui ait pu le nommer Roi ; que
quand méme le Parlement auroit
du Tems. 97
roit été legitime , la Couronne
d'Angleterre n'eft pas élective
, & que quand elle le feroit
, elle n'étoit pas vacante .
Il y a plus encore , & vous avez
veu en cent endroits que je
vous ai rapportez , que felon
les Loix divines & humaines ,
le Peuple ne peut depoffeder
un Roi & en mettre un autre
en fa place, pour quelque caufe
que ce puiffe eftre. Vous
pourrez encore tirer des deux
articles fuivans des confequences
de ce que je viens de vous
dire.
Le Parlement tenu l'an 14.
du regne de Henry VIII parle
ainfi cap. 12. Par diverfes
anciennes & authentiques Hiftoires
& Chroniques , il eft
manifeftement declaré que ce
Royaume d'Angleterre est un
E
ม น
98
X. P. des Affaires
Empire , & pour tel a été reconnu
au monde , gouverné par
un Chef fouverain , ayant la
dignité & royale grandeur de
la Couronne Imperiale , auquel
un Corps politique , composé
de toutes fortes & de tous
degrez de perfonnes , tant Ecclefiaftiques
que Seculiers , eft
obligé de rendre aprés Dieu naturelle
obeiffance. Si le Corps
Politique lui eft naturellement
affujetti, comme àfon Chef, c'eft
contre nature qu'ilfoit affujetti
au Corps Politique.
Voici l'autre article .
La preface ordinaire des Statuts
exprime naifvement lanature
des Trois - Etats . Le Roi ,
par l'avis & confentement des
Prelats , Comtes & Barons , &
à l'inflance & requeſte de la
Communauté a ordonné , & c.
THEQUE
7༣
DE
LA
LYON
18030
"
du Tems. 99
car c'est le Roi feul proprement·
qui ordonne ; les Pairs , comme
Confeillers avifent & confentent
, la Communauté comme
Suppliante requiert & follicite.
Je croi avoir fait entrer dans
mes dix Lettres fur les Affaires
du Temps , prefque tout ce qui
a jamais été écrit fur le pouvoir
des Rois & des Peuples ,
& tout ce que les Legiflateurs
en ont dit. Tout cela fert d'autant
plus à faire voir que le
Parlement aujourd'hui affemblé
en Angleterre eft illegitime
, & que tous les actes qu'il
paffe font nuls , qu'il n'a donné
aucunes raifons valables
de ce qu'il á dit contre le Roi,
ni cité aucunes Loix , s'étant
contenté de dire fans fe met- .
tre en devoir d'en donner au-
E
TRAVE
LYON
* /893
DELA
100 X. P. des Affaires
>
cunes preuves, que le Roi avoit
violé le Contrat original qui
eft entre lui & fon Peuple , &
qu'ayant renoncé au Gouvernement
en fe retirant , le Trône étoit
devenu vacant , J'ai répondu
amplement à tout cela
dans ma cinquième Lettre
ainfi je ne le repete point. Je
vous dirai feulement que les
extraits que je viens de rapporter
, confirment les raiſonnemens
que j'ai faits , & que
le mot d'Original joint à celui
de Contrat , ne fignifie rien . Il
fembleroit par là qu'il y auroit
plus d'un Contrat , quoi
qu'il n'i en ait point du tout,
On fait dans la fuite un crime
au Roi d'avoir fufpendu l'execution
des Loix penales . Voici
de quelle maniere un tres habile
homme de ce fiecle à rédu
Tems. 101
là
pondu à cette accufation.
Le Roi a fufpendu l'execution
des Loixpenales, non feulement
A l'égard des Catholiques , mais
auffi à l'égard de tous les autres
, Non- Conformistes , Presbiteriens
, Bruniftes , Anabaptiftes
, Quakers , Indépendans
& autres femblables Sectaires,
ce qui fait affez voir que fa
pensée a été d'établir
par
dans fes trois Royaumes une
grande tranquilité , en ôtant
à fes Sujets toute occafion de fe
perfecuter les uns les autres
pour caufe de Religion, & il en
a êté remercie par tant d'Adreffes
qu'on ne peut douter
qu'une grande partie de fon
peuple n'ait fort approuvé ce
deffein. Y a- t'il done rien de
plus injufte , de plus déraifonnable
& de plus_digne d'un
E iij
102 X. P. des Affaires
homme qui fe moque de la Religion
, & n'a en vuë que fes
interefts , que ce que fait en
cette rencontre Guillaume Hende
Naffau ? ry
A l'égard des mefmes Loix
penales , il fait de terribles reproches
au Roi fon Beau pere
de ce qu'il les a fufpendues en
faveur des Catholiques , & il
ne lui en fait aucun de ce qu'il
Les a auffi fufpendues à l'égard
des Presbiteriens & des autres
Sectaires , comme s'ilfe pouvoit
faire qu'il eust passé fon pouvoir
en l'un, & qu'il ne l'euft
pas paffé en l'autre. Bien loin
de le blâmer de ce qu'il afait
pour les Sectaires en leur permettant
le libre exercice de
leur Religion , il tâche feulement
de rendre fa liberalité
fufpecte en leur faifant entendu
Tems. 103
dre par une tres grande malice
qu'ils ont tout fujet de craindre
qu'il ne leur revoque un jour
qu'il leur accorde prefentement.
Il regarde donc la liberté
de confcience accordée par le
Roi à tous les Non- conformi
ftes Proteftans comme une bonne
chofe que le Roi feroit mal
de revoquer
, & cette même liberté
donnée aux Catholiques
comme une mauvaise chofe qu'il
n'a pû ni dû leur accorder.
Pourroit - il donner de plus
grandes marques qu'il ne porte
des jugemens fi contraires & fi
déraisonnables de ce qui regarde
les mêmes Loix , que par une
paffion aveugle qui n'a pas feulement
d'égard au bon fens "?
Car fi on confidere d'une part
que la Religion Catholique eft .
celle de tous les Peuples & de
E iiij
104. X. P. des Affaires
tous les Rois d'Angleterre dépuis
que ce Royaume eft Chreftien
jusqu'au regne d'Edouard
VI. qu'elle lui a donné des
Rois faints , comme faint Edoüard
qui eft mis dans le Calendrier
de la Liturgie de l'Eglife
Anglicane au 18. de Mars ; &
de l'autre , par fon antiquité ,
par fon étendue , par safucceffion
non interrompue depuis les
Apoftres , par le nom de Catholique
qui lui eft toûjours demeuré,
&par un éclat extraordinaire
de fainteté qui a paru
dans tous les fiecles en quelquesuns
de fes Enfans , elle a au
moins beaucoup plus d'apparence
d'eftre la vraye Eglife de Iefus-
Chrift , que ces nouvelles
Sectes nées depuis trois jours
prefque toutes renfermées
dans un petit coin de l'Europe.
du
Temps. 105
Les Proteftans Epifcopaux ,
pour peu qu'ils foient raiſonnables
, pourront - ils nier que fi
on ne blâme pas le Roi d'avoir
accordé aux autres Non- conformiftes
le libre exercice de leur
Religion, on a infiniment moins
de raifon de le blâmer de l'avoir
accordé aux Catholiques
quand lui- même ne le feroit
pas ? Mais fi on ajoûte qu'il
l'eft & de tres bonne foi , &
que ce n'est que par confcience
& par un vrai defir de fe fanver
qu'il a embraffé une Religion
qu'il a bien préven qui
l'expoferoit à mille traverſes ,
comme il ne l'a que trop éprouvé,
les Proteftans de l'Eglife
Anglicane qui fe piquent de
moderation & d'équité , en auroient
bienpeu.fi , croyant comme
ilsfont , que le pouvoir de
E. v
106 X. P. des Affaires
leur Roi s'étend par tout fur le
spirituel auffi- bien que fur le
Temporel , ils s'avifoient de le
rétraindre fans raiſon , à l'égard
de la chofe du monde la
plus favorable , qui eft d'accorder
le libre exercice de leur créance
à ceux de fes Sujets qui
font comme lui dans la Religion:
La plus ancienne de toutes celles
qui adorent Iefus - Chrift
& qui a par là un grand
préjugé pour elle , quand on
Lui contefteroit fes autres prérogatives.
Je croi qu'il feroit mal - aiſé
de rien dire qui juſtifiât mieux
le Roi à l'égard de la fufpenfion
des Loix penales ; mais fi
on pouvoit lui reprocher quelque
chofe là-deffus , le pretendu
Parlement , & le Prince
d'Orange font prefentement
du
Temps. 107
mille fois plus coupables à l'égard
de cet article , puis qu'il
n'y a plus de Loix penales en
vigueur que contre les Catholiques
, & qu'au lieu de faire
comme le Roi , qui favorifoit
également les autres Religions
en fuivant la fienne , ils fe font
feulement declarez pour la
leur , & ont aboli en contrevenant
aux Loix , ce que le
Roi n'avoit fait que fufpendre.
Je vais réprendre un détail
que j'ai difcontinué dans
quatre
de mes Lettres , fans avoir
pourtant ceffé de traiter toûjours
la même matiere . Il a fallu
differens refforts pour mettre
en train les affaires d'Ar.
gleterre , & elles en ont encore
beaucoup , ainfi que diver-
Les branches. J'ai été obligé
E
vi
108
X. P. des Affaires
de parler de toutes feparément
& des parties intereffées , comme
des refforts que j'ai découvers.
Quoy que l'entrée du
Prince d'Orange en Angleterre
fuft une invafion manifeſte ,
il a tâché de la déguiſer en
apportant mille faux pretextes
, & tous les Ecrivains de
Hollande en ont des Apologies
, dans lesquelles ils ont
répandu beaucoup de venin
contre la France. Il m'a fallu
la défendre , & par confequent
r'apporter plufieurs pieces juftificatives
touchant ce que
j'en ai dit , en répondant à une
partie de ces Libelles . Les affaires
de l'ufurpation m'ont
auffi mené fort loin, puis qu'el
les m'ont engagé à rechercher
tout ce que l'Ecriture a dit làdeffus
, afin de faire voir que
du
Temps.
rog
,
les Loix divines & humaines
font entierement oppofées à
tout ce qu'a fait le Prince d'Orange
, & que les droits du
Peuple d'Angleterre fur les
Rois font des vifions ces
droits ayant été inventez &
mis au jour pendant les regnes
des Ufurpateurs , pour deux
puiffantes raifons ; l'une , parce
qu'ils faifoient plaifir aux
Peuples , en leur faiſant croire
qu'ils étoient revêtus d'une efpece
de Souveraineté qui les
charmoit,& l'autre parce qu'ils
remettoient l'efprit de ceux qui
ayant la confcience tendre ,
pouvoient étre fujets aux remords
, & au retour d'obeiffance
vers leur legitime Souverain.
Non feulement je me
fuis veu obligé de parler de
toutes ces chofes , mais auffi
ΓΙΟ X. P. des Affaires.
,
d'entrer dans le détail de ce
qui s'eft paffé en Ecoffe & en
Irlande depuis l'invafion du
Prince d'Orange ; de forte que
tant de matieres differentes
qui font neanmoins toutes fur
le même fujet , ont rempli mes
quatre dernieres Lettres fur
les Affaires du Temps. Il s'agit
prefentement de ' poutfuivre
le Journal du Parlement
d'Angleterre , & de reprendre
le Prince d'Orange où je l'ai
laiffé dans la fin de ma cinquiéme
Lettre. Cependant
malgré les quatre qui font entre
la cinquiéme & la dixième,
je ne croi pas que l'on puiffe
dire que je fois forti de mon
fujet. Je n'ay pû me difpenfer
de rapporter des chofes qui fe
paffent les unes aprés les auures
,& qui ne peuvent étre di
du
Temps.
IIA
tes toutes à la fois . Ainfi il m'a
été abfolument impoffible de
mettre toutes ces matieres dans
un autre ordre que celui
que
je me fuis attaché à leur donner.
L'affaire de l'ufurpation
du Prince d'Orange eſt un
grand procés qui a beaucoup
de Parties puiffamment intereffées
dans cette caufe, & dont
on ne peut voir toutes les Picces
que feparément.
Je viens donc à la fuite des
Affaires de la Convention:
d'Angleterre , & pour la reprendre
où je l'ay interrompuë
, je vous dirai que les deux
Chambres ayant reglé une Adreffe
, pour remercier le Prince
d'Orange de ce qu'il difoit
étre venu pour les delivrer du
Papifme & du pouvoir Arbitraire
, elle lui fut prefen
II.2 X. P. des Affaires
tée dans la Sale des Banquets,
par les Membres qui font
du Confeil Privé. En voici les
termes..
SIRE ,
, Nous les tres - fidelles &
tres-bligez Sujets de Vôtre Majefté
, qui fommes ici affemblez
en Parlement , reffentons vivement
noftre grande & miracu-
Teufe délivrance du Papifme &
dupouvoir Arbitraire , fous le
quel il nous auroit falu gemir, fi
Dieu n'euft choifi Vôtre Majeſté
pour étre l'inftrument glorieux
de nôtre rétablissement. Auffi
ne pouvons nous que témoigner
à Vôtre Majefté la réconnoiffance
que nous avons d'une fe
belle & fi generenfe entreprise,,
du Tems. 113
auffi neceffairepour le maintien
de la Religion Proteftante en
Europe , que pour rétablir les
Droits civils & les libertez de
cette Nation qui étoient fi évidemmentfoulez&
opprimez par
les menées des papiftes ; & comme
nous fommes pleinement informez
des efforts, que les Ennemis,
tant de vôtre Majefté que
decette Nation font continuellement
pour exterminer la Religion
Proteftante,& pour renverfer
nos loix & nos libertez nous
déclarons tous unanimement que
nous affifterons vôtre Majefté de
nos biens & de nos vies , pour
foutenir les alliances qu'Elle a
contractées avec les Puissances
Etrangeres,pour réduirel'Irlande
à vôtre obeisance , & pour .
maintenir la Religion Prote-
Etante dans ces Royaumes.
114 X. P. des Affaires
Ce Difcours contient des
chofes rebatuës en tant d'endroits
, & aufquelles j'ai fi fouvent
répondu , que je n'ai prefque
rien à vous en dire . La pofterité
pourroit croire en voiant
de quelle maniere on dit qu'on
a été delivré du Papifme, que
les Catholiques étoient en angleterre
fuperieurs en nombre
à ceux qui profeffent les autres
Religions , & que la force
en main , ils les vouloient engager
à faire regner l'Eglife
Romaine ; que la plupart y
avoient déja été contraints , &
que le reste alloit fuccomber
lors que le Prince d'Orange
eft venu. Cependant il n'y avoit
en Angleterre qu'un fort
petit nombre de Catholiques ;
encore n'ofoient- ils qu'à peine
paroitre ; ils y étoient feuledu
Temps.
115
ment foufferts , toujours humbles
& rampans
, & tous les
jours accablez par mille avanies.
Mais tout ce qui regarde
la Religion eft d'un fi grand
poids fur le Peuple , que le mot
feul fait impreffion fur lui , en
forte qu'il ne faut fouvent que
le prononcer pour le faire aller
jufqu'à la revolte. Le Prince
d'Orange a cru que pour
venir à bout de fon entrepriſe
il devoit d'abord émouvoir les
Peuples par cet endroit , parce
qu'il leur cauferoit de promptes
allarmes , pendant lefquelles
il feroit maitre de leur
faire faire tel mouvement qu'il
voudroit pour fon élevation
fur le Trône . Il s'eft auffi fervi
du nom de Pouvoir arbitraire
, dont les Anglois font
toujours effrayez , & les fup116
X. P.des Affaires
. pofitions qu'il a faites là del
fus n'ont pas manqué de lui
réüffir. Il n'y a point à s'en étonner
, puis que
puis que dans le temps
qu'il les faifoit entendre aux efprits
foibles , les Traiftres qui
étoient d'intelligence tenoient
le même langage.
Il y a encore dans le même
difcours , que l'entrepriſe du
Prince d'Orange étoit neceffaire
pour le maintien de la Religion
Proteftante. Cet endroit
eft captieux , & digne d'eftre
remarqué. Ce qu'on appelle
Religion Proteftante en Angleterre
, eft la Religion Anglicane
, dont les Eglifes font
gouvernées par des Evêques.
On fuppofe ; à caufe du nom
de Proteftante , que le Prince
d'Orange eft venu pour la
maintenir cependant c'eſt
du
Temps.
117
S
10
I
tout le contraire , & on fe fert
de l'équivoque du mot pour
tromper ceux qui font de la
Religion Anglicane , laquelle
le Prince d'Orange eft venu
détruire , pour élever la Presbiterienne
, appellée auffi Proteftante
, & qui eft Non Conformifte.
Elle eft fujette aux
Loix penales , comme la Catholique
, & toutes les Religions
en Angleterre y font fujettes
par les Loix , à l'exception
de l'Anglicane. Ainfi le
Prince d'Orange , qui accufe
le Roi d'Angleterre d'avoir
contrevenu aux I oix en favorifant
les Catholiques , eft
mille fois plus coupable que
ce Monarque , puis qu'il donne
à la Religion Presbiterienne
tout ce qu'elle peut fouhaiter
, & qu'il abolit l'Epif
118 X. P. des Affaires
copat en Ecoffe , ce qui fait
voir qu'il l'abolira en Angleterre
, pour maintenir dans fon
parti les Presbiteriens
, dont il
tient la Couronne , dés qu'il
aura affez de forces étrangeres
pour gouverner arbitrairement.
Voici la réponse que ce
Prince fit à l'Adreffe des deux
Chambres.
Milords & Meßieurs,
Si l'estime que j'ai toujours
eue pour un Parlement,& principalement
pour celui - ci , pouvoit
eftre augmentée , ce feroit
affurement par les bonnes intentions
que vous témoignez
dans l'Adreffe que vous m'avez
prefentée. Elle eft fi bien
conçue , renferme des chofes
du Tems. 119
fi avantageufes pour nôtre repos,
qu'elle ne me peut être que
tres-agréable. Ie puis vous af
feurer que je n'abuferai jamais
de la confiance que vous aurez
en moy , etant fort perfuade
que la base d'une parfaite intelligence
entre un Roi & fes
Sujets, confifte en une confiance
réciproque. Lors qu'elle est une
fois troublée, le Gouvernement
eft énervé , c'est pourquoi tous
mes foins tendront à difpofer
toutes chofes de telle maniére
qu'aucun Parlement n'aura fujet
de fe méfier de moy ; & l'unique
moyen que je fache pour
l'empêcher, eft de ne lui jamais
rien demander qui n'ait
pour fin son propre interêt.
Comme je ne fuis venu ici que
pour le bien de ce Royaume,
que c'est parvosfoins que je fuis
120 X. P. des Affaires
élevé à la Dignitéprefente, il
eft juste queje faffe tous mes efforts
pourparvenir aux fins qui
m'y ont amené. Il a plu à Dieu
de fe fervir de moi pour vous
venir délivrer, des malheurs
qui vous menaçoient ; & mon
unique defir, comme étant mon
devoir, eft de mettre tout en u-
Sage pour conferver vôtre Religion,
vos Loix & vos libertés,
qui font les feules raisons qui
m'ont fait venir en Angleterrez
auffi ne fais-je point de doute
que c'eft-là la caufe pour laquelle
mon entreprise a été
comblée de tant debénédictions.
Lors que je vous parlai dernierement,
je vous remontrai en
même-tems la néceffité qu'il y
avoit d'affifter nos Alliez , &
principalement lesEtats de Hol
lande,de qui la promtitude pour
vous
du Tems. 121
vous venirfecourir , fans avoir
égard au péril & aux dépenses
qu'ils ont faites,fuffit pour vous
faire goûter ma demande ; &
comme j'ai été témoin oculaire
de leur ardeur pour cette expedition,&
pour feconder mon entreprise
préferablement à leurs
interêts, je ne puis qu'être fort
touché de la ruine inévitable
qu'ils fe font attirée , en vous
donnant de l'affiftance,fi vous ne
laprevenez de vôtre côté enles
fécourant. On nefe peut imaginer
combien ils fe font épuifez
de monde & d'argent, & je fuis
affuré que vôtre générosité envers
eux ne fera pas plus limitée
que celle qu'ils ont cûe à vôtre
égard, &que non feulement
vous me donnerez le pouvoir de
parachever le Traité fait avec
eux, & depayer ce qu'ils ont de-
F122
X. P. des Affaires
boursé en cette occafion , dont
nous vous donnerons le compte ,
mais que vous les défendrez
contre les atteintes de leurs Ennemis,
qui doivent être auffi les
vôtres ,fi vous envisagez l'intèrêt
de la Religion, & que l'unique
but de ces Ennemis eft d'abimer
la Hollande, comme étant
le premier degré pour parvenir
à vôtre abaiffement
.
l'en-
Iln'eft pas besoin de vousfaire
connoître le déplorable état où
l'Irlande eft reduite aujourd'hui
par la tirannie des Papiftes qui
en font lesHabitans , & par
couragement & les fecours de la
France, jufque-là qu'on ne peut
entreprendre de la fecourir que
par des forces confiderables. Ie
-crois qu'on ne peut pas y envoyer
moins de 20.mille hommes, tant
que d'Infanterie; de
Cavalerie
mais avec ce nombre, ily a tout
du Tems. 123
fujet d'efperer que moyennant
l'affiftance de Dieu , nous viendrons
à bout de nôtre deffein .
A la verité l'execution ne s'en
peut fairefans beaucoup de dépenfe.
Ilfaut auffi que vous confideriez
que pour faire réuffir
plus efficacement & plus promtement
les entreprises du côté
de l'Irlande & de la France , il
eft neceffaire d'équiper une Flote
confiderable qui étant jointe
avec celle deHollande , nous rende
maîtres de la Mer, pour empécher
que la France ne falle
aucun transport ni en Irlande,
ni en quelque autre part , qui
pût caufer aucun dommage à
Nous ou à nos Alliez . le vous
recommande auffi de faire en
forte que les revenus foient fixez
, afin qu'on en puiffe faire
la collectefans aucune opofitio.
Fjj
124 X. P. des Affaires
Ces afaires demandent de groffes
fommes , &font par confequent
onereufes pour le Peuple;
mais fi vous confiderez que ni
vôtre Religion ni vôtre tranquiliténe
peuventêtre affermies
Jans cesvoyesje conclus que vous
ne pouvez acheter trop vôtre
repos. Ie m'oblige auffi de mon
côté folemnellement
d'employer
uniquement à cela tout ce que
vous voudrez accorderpourfubvenir
à ces befoins ; & comme
vous n'épargnez rien,pas même
ce qui vous eft le plus cher; auffi
n'épargnerai -je pas mon fang
pour maintenir la Religion
Proteftante , le bien & la gloire
de cette Nation
.
Il y a dans toute cette repònfe
un certain efprit de flaterie
qui fait voir que le Prince
d'Orange ne fe fent pas endu
Tems. 125
core affez affermi dans fa Dignité
nouvelle pour
ofer
parler
en Maiftre. Rien n'eft plus
dangereux que de pareils hipocrites
; lors qu'ils viennent
à avoir une puiffance abfoluë ,
ils fe recompenfent bien de la
contrainte , où ils ont efté en
diffimulant.
Tout le détail de Religion ,
de Loix , & de liberté que le
Prince d'Orange dit qu'il cft
venu conferver ,' eft un pom-.
peux affemblage de chofes fpecieuſes
, qui éblouit les Peup'es
; mais qui produit rarement
les fruits qu'il fait efperer.
Is s'endorment ordinairement
fur ces promes éclatantes
plufieurs fois reïterées
& fe perfuadent , parce qu'elles
font faites avec grand bruit,
& avec un zele qui paroit auffi
Fiij
126 X. P. des Affaires
ardent que fincere , qu'elles
ne peuvent manquer d'avoir
leur effet , & quand ils fe font
bien imprimé dans l'imaginarion
le fuccez qui les doit fuivre
, ils laiffent aller les chofes
au gré de ceux qui les
trompent , & ne veulent pas
même s'en appercevoir , de
peur d'étre obligez de reconnoitre
, qu'ils on crû trop facilement
ceux qui ne cherchoient
qu'à les abuſer.
Le Prince d'Orange reprefente
dans ce difcours l'ardeur
que les Hollandois ont fait paroitre
pour les fecourir , & les
dépenses exceffives qu'il pretend
qu'ils ont faites . Les mo .
tifs qui l'obligent d'en ufer de
cette forte doivent étre forts
puis qu'ils l'empêchent de con.
fiderer le tort qu'il fait par là
>
du
Temps.
127
à leur reputation. Tout le monde
fçait qu'ils avoient publié
le contraire lors que ce Prince
paffa en Angleterre , & qu'i's
avoient même fait donner
prefque dans toutes les Cours
de l'Europe , un Memoire entierement
oppofé à ce qu'il dit
dans cette réponſe . Les Hollandois
avoient leurs raifons
en ce temps- là , & fuivoient la
politique du Prince d'Orange ,
qui avoit affeuré le Roi d'Argleterre
qu'il n'avoit aucun
deffein d'entreprendre ce qu'o
lui a vu faire dépuis ce tempslà
. Cette Republique ne vouloit
pas que la France pénetrât
alors dans fes deffeins. Elle apprehendoit
qu'elle ne fe decla
rât , & vouloit avoir le temps
de fe préparer à foûtenir les
efforts d'une Nation , dont el
F iiij
128
X.P. Des Affaires
le a éprouvé à fes dépens l'heureuſe
& intrepide valeur.
La même réponſe fait voir
que le Prince d'Orange a crû
que lors que les Flotes d'Angleterre
& de Hollande feroient
jointes , elles feroient
maitreffes de la Mer ; que
rien n'oferoit paroitre devant
elles , & qu'ainfi la France ne
pourroit faire aucun tranſport
en Irlande , ni avoir de communication
pour fecourir ce
Royaume -là , en quoi l'on
connoit qu'il s'eft trompé , &
qu'il a fair concevoir de fauffes
efperances à fes Allz Ce
Prince eft à peine nommé Roi,
& n'a pas encore été couronné
, qu'il commence à dire
qu'il a befoin degroffes fommes ,
qui par confequent feront onereufes
pour les Peuples. Ainfi
du
Temps.
129
l'on ne peut affez admirer
qu'il ait l'adreffe de leur faire
donner de l'argent, méme pour
les troubles que fon ambition
excite chez eux . Si le Roi
n'euft point été obligé de fortir
du Royaume , l'Etat feroit
demeuré tranquille , le fang de
la Nation n'auroit point été
verfé ; on auroit continué le
commerce , & il n'auroit point
coûté au Peuple ces groffes
fommes , qu'on avoue lui de-,
voir étre onereufes dés la premiere
fois qu'on les lui demande
Ce Prince finit en difant
qu'il n'épargnera pas fon fang
pour maintenir la Religion
Proteftante. Il falloit dire Proteftante
Anglicane ; car fe fer.
vir toujours de l'équivoque de
Proteftante , c'eſt continuer à
ſe moquer de ceux qui font
F V
130 X. P. Des Affaires
profeffion de la Religion Anglicane.
Quoi que le Prince d'Orange
euft beaucoup de creatures
dans les deux Chambres , elles
ne purent les empêcher de
murmurer de la propofition
qu'il fit de rembourfer les Holandois
; elle furprit tellement
qu'on ne la mit pas ce jour- là
en déliberation . On examina
les revenus de la Couronne , &
on fit beaucoup de propofitions
vaines & vagues là - deffus
, dont je ne vous dirai rien,
parce qu'on n'en a point parlé
depuis ce temps - là . On propofa
d'accorder un fubfide extraordinaire
de deux millions
de livres fterlin à caufe des
grandes dépenfes qu'on prétendit
que ce Prince étoit obligé
de faire pour le bien de l'Edu
Temps. 13F
,
tat. Il y eut de grandes conteftations
là- deffus , & les choſes
fe pafferent affez tumultuairement
, plufieurs ayant dit qu'ils
ne payeroient point leurs taxes.
On remarqua même que
le Prince d'Orange avoit remis
adroitement l'impoft fur
les Cheminées › pour ébloüir
les Peuples , & gagner leur
bienveillance , & que cependant
il en profiteroit plus
qu'eux , fi cette adroite liberalité
lui faifoit obtenir de plus
grandes fommes qu'il n'en remettoit.
Le Corps de Ville ne
laiffa pas de l'en remercier par
une Adreſſe pendant que le
Parlement étoit obligé de déliberer
fur des levées extraordinaires
. Il fe trouva fort embarraffé
. Comme fon but étoit
de faire voir que le Roi avoit
F vj
132 X. P. des Affaires
violé les Loix,on propofa d'ac
cufer ceux qui avoient confeil .
bé à Sa
Majefté
Britannique la
confifcation des
Chartres de
plufieurs Villes , & l'établiſſement
de la
Commiffion Ecclefiaftique
; & les plus zelé Partifans
du Prince
d'Orange furent
nommez . Ces gens - là
font
beaucoup plus criminels
que les autres ; car , ou d'intelligence
avec le Prince d'Orange
ils ont donné au Roi des
confeils qui
pouvoient lui at.
tirer un jour ce qui lui eſt arrivé
, ou s'ils ont donné ces confeils
de bonne foi , c'eft une
baffeffe qui ne devroit pas étre
pardonnée , de s'étre declarez
contre un
Souverain qui les regardoit
comme fes Amis , &
qui fuivoit leurs confeils
d'avoir travaillé à lui faire ôter
> &
du Tems. 133
>
la Couronne , pour avoir fait
les choſes dont ils ont été d'avis.
Des perfonnes de ce caractere
font à retrancher de la
focieté publique. L'Etat les
doit regarder comme dangereufes
, & l'Ufurpateur n'entend
pas fes intereſts s'il ne
s'en défie. Auffi eft il à croire
qu'il les fait accufer fous main,
afin d'avoir lieu de les éloigner
de fa perfonne , fans qu'ils
ayent droit de s'en plaindre.
Les Particuliers prêterent les
nouveaux fermens , mais d'une
plaifante maniere, puis qu'ils
declarerent , qu'ils ne croyoient
s'engager à rien. Un Roi dont
le pouvoir eft fondé fur des fermens
de cette nature , & qui
font faits par des Peuples inconftans
, ne fe doit pas croire
bien affermi dans le Trône.
114 X. P. des Affaires
Des vingt - quatre Archevéques
ou Evêques d'Angleterre
, il n'y en eut que huit qui
prêterent ces fermens. On delibera
fur la propofition de
rembourfer les Hollandois de
fix cens mille livres fterlin , &
il en a été fort fouvent parlé ,
mais fans nul effet .
Le Prince d'Orange s'étant
rendu à la Chambre des Seigneurs
, & y ayant mandé les
Communes , à l'ordinaire, donna
fon confentement à deux
Actes. Le premier étoit pour lui
donner pouvoir de faire prendre
, & de retenir en priſon les
perfonnes qu'il croiroit pouvoir
justementfoupçonner de confpirer
contre legouvernement, On
n'a jamais entendu parler d'un
Acte pareil en Angleterre. Ce
qu'il y a d'étonnant , c'eft qu'il
du Tems
135
donne au Prince d'Orange le
pouvoir arbitraire que les Anglois
apprehendent tant. L'au.
tre Acte étoit , pour annuler, &
renverfer la conviction , ou la
Sentence rendue autrefois contre
le feu Sieur Guillaume Ruf-
Jel , Ecuyer , appellé communement
Milord Ruffel. Vous remarquerez
que le mot de conviction
qui eft dans cet Acte ,
juſtifie ceux qui ont condamné
ce Milord. Puis qu'on demeure
d'accord qu'il a efté
convaincu , on n'a rien à réprocher
à fes Juges , & le Par
lement eft injufte de vouloir
caffer la Sentence qui a efte
donnée contre lui ; mais le
Prince d'Orange a fon but , &
veut par là noircir la memoire
du feu Roi , & obfcurcir la
gloire de fon legitime Succe
136 X, P. des Affaires
feur.Je croi que vous ne ferez
pas fachée d'apprendre quel
étoit le crime de Milord Ruffel
; il avoit eſté condamné
pour avoir confpiré contre le
Roi Charles II. & contre le
Duc d'Yorck , à preſent Roi
d'Angleterre. L'Auteur de cette
entrepriſe étoit Milord
Shaftsbury. Le projet d'affo
ciation qui fut trouvé parmy
fe, papiers , & qui étoit entierement
conforme à la fameufe
Ligue d'Ecoffe , ne pouvoit
avoir une fuite moins funefte.
Ce Seigneur ayant évité par
des intrigues contraires à toureforme
de juftice , la punition
qu'il meritoit felon les Loix ,
avoit dépuis continué fes pratiques
dangereufes pour engager
plufieurs perfonnes dans
la confpiration ; mais aprés que
du
Temps.
137
le
le Roi de la Grande Bretagne
par un foin particulier pour
repos de fes Peuples , eut reformé
les abus qui étoient la
fource de plufieurs defordres ,
parmy lefquels les feditieux
trouvoient l'impunité de leurs
crimes , Milord Shaftsbury ſe
retira en Hollande , & il y eft
mort. Ceux qui avoit engagez
dans fon entrepriſe , continuerent
à chercher les moyens
de l'executer. Ils firent
pour cet effet plufieurs affembleés
fecretes ; ils preparerent
des armes ; ils amafferent de
l'argent , & ils refolurent d'affaffiner
le Roi & le Duc d'Yorck
fur le chemin de Nevvmarket
, d'où Sa Majeſté revenoit
ordinairement accompagnée
de fort peu de monde.
Ils avoient preparé des hom138
X. P. des Affaires
mes armez qui devoient attendre
ce Monarque dans un
paffage étroit , tuer fes Gardes
s'ils faifoient la moindre
refiſtance , affaffiner Sa Majefté
auffi bien que le Duc
d'Yorck , & changer la forme
du Gouvernement , mais Dieu
qui veille à la confervation
des Souverains , & qui a prefervé
en plufieurs occafions le
Roi de la Grand' Bretagne
des entreprifes de fes Sujets rebelles
, en prit encore foin en
celle-cy. Une incendie arrivée
par hazard à Nevvmarket obligea
Sa Majesté à revenir à
Vithehall plûtoft qu'Elle n'avoit
refolu , & ainfi les Confpirateurs
ne purent executer
leur deffein . Ils déliberoient
encore für d'autres moyens
d'en venir à bout à la Come .
du Temps.
139
die , ou en quefque autre lieu
public , lors que quelques-uns
des Complices , touchez de
l'horreur du crime , declarerent
au Sieur Jenkins , Secretaire
d'Etat, les principales circonftances
de la Confpiration .
Milord Ruffel ayant été accufé
& arrefté , fut mené à l'Old
Baily. Le Colonel Rumſey depola
que ce Seigneur s'étoit trouvé
chez un Marchand de vin
avec plufieurs des Conjurez , qui
aprés avoir eu de longues conferences
, l'envoyerent , lui Colonel
, à Milord Shaftsbury ,
pour fçavoir des nouvelles des
Troupes qu'il avoit promis de
tenir prestes au nombre de mille
hommes de pied & de quatre
mille chevaux ; qu'il leur
avoit rapporté que cette levée
nepouvoit étre fi- tôt faite, par140
X. P. des Affaires
ce que la plupart de ceux qu'on
vouloit armer , faifoient difficulté
de s'engager avant que
d'avoir meurement deliberefur
l'entreprife, Le Marchand de
vin dépofa , que ce Seigneur
étoit venu àfa maison avec
les autres , qu'ils lui avoient
demandé une chambre retirée
& qu'il avoit entendu qu'ils y
parloient d'exciter une rebellion
, & defe faifir des Gardes
du Roi, Milord Hovvard d'Efcrick
accufa auffi Milord Ruffel
, & declara fort au long le
deffein des Confpirateurs. Il
que Milord Shaftsbury les
avoit affurez qu'il avoit dix
mille hommes dans Londres à
Sa difpofition ; qu'il les avoit
fouvent preffez d'agir , & qu'il
s'étoit retiré lors qu'il avoit vû
que la lenteur de quelques Comdit
du Tems. 141
>
plices , & quelques autres difficultez
retardoient l'execution
du deffein. Jamais il n'y eut de
confpiration mieux averée. Il
fuffit de connoître Milord
Shaftsbury pour n'en pas douter
; il a paffé au fentiment
prefque general de l'Angleterre
pour un des plus méchans
hommes du fiécle . D'ailleurs
, on ne peut douter de la
confpiration pour laquelle Mi.
lord Ruffel a efté condamné ,
puis que Milord Shaftsbury
qui en étoit l'Auteur , s'étoit
retiré en Hollande , fçachant
bien que s'il étoit arrefté , il
ne pourroit éviter la mort qu'il
avoit fi fouvent meritée , &
dont une heureuſe adreffe l'avoit
toujours garanty. Jugez
par l'Ace que le Parlement a
paffé là- deffus, de toutes les in142
X. P. des Affaires.
>
juftices qu'il fait , fur tout lors
qu'il s'agit de proteger , d'abfoudre
, & d'élever les fcelerats.
Le Prince d'Orange
aprés avoir donné fon confentement
aux deux Actes dont je
viens de vous parler , fit le difcours
fuivant aux deux Chambres.
Milords & Meßieurs ,
Etant venu ici pour paſſer ce
Bill, qui comme je l'efpere, doit
beaucoup contribuer à nôtre
commune feureté , je me ſervirai
de cette occafion pour vous
parler d'une chofe qui pourra
Servir à notre établiſſement ;
& nôtre établissement est une
des chofes qui pourra étre la
plus utile à renverser les def
du Tems .
143
い
feins de nos Ennemis . Ie travaille
avec autant de diligence`
que je puis à remplir les Charges
& les Emplois d'importance
qui font devenus vacans par
cette derniere revolution. Ie
fais bien que vous connoiffez
combien il est neceffaire de régler
par quelque Loi les fermens
que ceux qui feront admis
dans ces charges & ces emplois,
font obligez de préter. Ie vous
prie d'avoir foin d'y pourvoir
auffi- tôt que vous pourrez ; &
comme je ne doute pas que vous
ne faffiez de bonnes Loix pour
exclure les Papiftes des Offices
des emplois, auſſi eſperayje
que vouslaifferez lieu poury
recevoir toutes fortes de Proteftans
qui voudront fervir , &
qui en font capables . Cette
union à mon fervice ne tendra
144 X. P. des Affaires
qu'à vous mieux unir entre
vous - mêmes , & à redoubler vos
forces contre nos Ennemis com 、
mans.
Je ne dirai rien fur ce Dif
cours , finon que tant de traitres
enſemble ont grand befoin
de s'unir, puis que la plupart
des Troupes Angloifes
font fidelles à leur legitime
Souverain . On a fouvent dit
qu'elles abandonnoient
le Prince
d'Orange ; ceux qui font
dans fon party publient que
cela n'eft point , & qu'on a
fon but pour faire courir ces
bruits. Cependant vous pouvez
voir comment le Prince
d'Orange parle lui- même
dans la Proclamation
que vous
allez lire.
De
du Tems. 145
1
De par le Roy & la Reine .
PROCLAMATION.
GVILLAVME R.
Les Seigneurs Ecclefiaftiques
& Seculiers , & les Communes
affemblez en Parlement,
ayant été informez que
plufieurs Officiers & Soldats
font prefentement dans une rebellion
actuelle , & faisant la
guerre contre Nous dans ce
Royaume, & que divers autres
Soldats & plufieurs perfonnes
enclines à trahison, correfpondent
avec eux & leur adherent
nous ont fupplié par leur treshumble
Adreffe , de faire publier
nôtre Proclamation Royale
, pour declarer lefdits Officiers
& Soldats & leurs Adhe-
G
$47 X. P. des Affaires
>
rans rebelles & traitres , &
pour ordonner à tous nos bons
Sujets de les apprehender , de
les réduire & de les pourfuivre
comme tels, & afin que perfonne
ne puiffe prétendre ignorer
ce à quoi les Loix l'engagent ,
& quel est fon devoir en pareil
cas,Nous avons trouvé à propos
de publier & de declarer par
nôtre prefente Proclamation
Royale , tous lefdits Officiers &
Soldats, tous ceux qui les affiftent
, qui leur prétent main forte
les appuyent , tous leurs
Fauteurs & Adherans , rebelles
& traîtres à Nous & à nôtre
Gouvernement. Et nous ordonnons
expreffément & commandons
par les prefentes à tous &
à un chacun des Gouverneurs ,
Lieutenans - Gouverneurs, Maires,
Scherifs,Iuges de Paix,Bailda
Tems. 147
lifs, Connétables, Sous - Connétables
& autres Officiers, tant civils
que
militaires , & à tous
nos autres Sujets , de quelque
Tang, qualité ou condition qu'ils
foient , de faire tous leurs efforts,
tant pour réffter aufdits
Rebelles & Traitres leurs Complices,
Correfpondans , Fauteurs
Adherans,les repouffer & les
Suprimer, que pour les aprehender,
les faifir , & les poursuivre
felon la plus grande rigueur
des Loix, ayant refolu de faire
de ces Criminels de feveres exe
ples de notre jufte indignation,
afin que toutes fortes de perfonnes
n'ayent deformais aucune
excufe, en cas qu'elles fe trouv´t
coupables du méme crime . Don
né en nôtre Cour à Vuhitehalle
16.jour du mois de Mars 1689!
& de nôtre Regne le premier.
Gij
$48 X. P.des Affaires
Il y a une chofe dans cette
Proclamation qui merite que je
vous la faffe remarquer. C'eſt
que le Prince d'Orange dit en
parlant des troupes qui defertent
, que ces Troupes lui font
la guerre. Voilà un aveu rempli
de trop de fincerité, & qui
n'eft pas à fa gloire. Il fait
connoitre que ce Prince n'a
point été appellé par toute la
Nation , & que les Troupes
n'auroient pas regardé fon invafion
fi tranquilement qu'elles
ont fait , fi elles n'avoient
pas été prêque fans Officiers.
On a trouvé moyen d'en corrompre
une fort grande partie
, de forte que le malheur
du Roi d'Angleterre ne lui
eft pas arrivé , pour aucune
chofe dont la Nation eût eu
fujet de ſe plaindre; mais pardu
Temps.
149
ce que des efprits foibles &
intereffez s'étoient laiffé gagner
aux promeffes d'un hom
me plus intereffé, & plus adroit
qu'eux .
J'avois cru d'abord que je
vous envoyerois un Journal
du pretendu Parlement ; mais
ce que je vous en raporterai
fera court , ne voulant vous
faire part que des chofes
qu'on a trouvé à propos d'y
arrêter, & qui ont eu quelque
effet ; car fi je voulois vous
faire un détail de tout ce qui
s'y eft dit , il y auroit dequoi
faire encore plufieurs Volumes.
Jamais dans une Affemblée
on n'a fait tant de propofitions
inutiles , & qui n'ont
abouti à rien . C'eſt ce qui ar
rive ordinairement quand on
s'eft affemblé fans pouvoir, &
Giij
149 X. P. des Affaires
feulement pour faire des injuftices.
La confufion regne
chacun parle, chacun expofe
fes imaginations , chacun ſe
querelle , il n'y a point de matiére
fixe , on paffe de l'une à
l'autre , & on n'en finit aucune,
quoi qu'on en entame une
infinité. Tout s'agite , & rien
ne fe conclut. On a fouvent
déliberé qu'on délibereroit ; on
a ordonné la levée d'une infinité
de fommes , mais fans arrêter
de quelle maniére elle fe
feroit. Ainfi mille chofes refoluës
n'ont point été executées
, & prêque tout ce que
l'on a conclu eft demeuré fans
éfet , faute de pouvoir trouver
des moyens propres le faire
réüffir . On a fait les plus
beaux proiets du monde pour
lever des Armées nombreudu
Tems. 151
,
fes, & il y a eu pour cela d'affes
groffes fommes délivrées
mais le Prince d'Orange en a
payé une partie des fuffrages,
dont il avoit eu befoin pour
fe faire nommer Roy. Il s'en
feroit difpenfé , s'il s'étoit cru
affez affermi pour l'ofer faire ,
car un Ufurpateur qui a de
l'habileté ne fe doit pas rendre
efclave de fa parole ; mais
il n'étoit pas encore tems d'en
manquer aux Traitres , fur
tout pendant que les Compagnies
entiéres donnoient des
exemples de defertion , & que
l'Armée menaçoit d'en faire
une générale. Non feulement
il faloit de l'argent aux Anglois
qui avoient vendu la
Couronne au Prince d'Orange;
mais le fieur Benting, fon
Favori , homme extrêmement
Giiij
152 X. P. des Affaires
avare , & reffemblant par cét
endroit à ſon Maitre, ainfi
que
par beaucoup d'autres , n'avoit
regardé l'invafion de ce Prince,
que comme une choſe qui
le devoit enrichir. D'autres
Hollandois avoient agi par les
mémes interêts , de forte que
le premier argent qu'ils lui
ont vû recevoir , leur a paru
être un bien où ils devoient
avoir part, & ils s'en font emparez
avec une avidité qui a
commencé à avoir des fuites
qui en aura encore , & qui a
embarraffé le Prince d'Orange.
Voilà ce qui a fait reculer
l'armement contre l'Irlande , la
plus grande partie de l'argent
deftiné pour ce Païs - là , ayant
paffé dans la bourſe de ceux
qui avoient conduit fes intelligences.
du Tems. 153
Le jour que ce Prince de
voit faire la ceremonie de toucher
les Malades , & de laver
les pieds à douze Pauvres, comme
ont toûjours fait les Rois legitimes
, il declara qu'il croyoit
qu'il y avoit de la ſuperſtition
dans cette pratique , &
donna feulement ordre que
les aumônes fuffent délivrées
aux Pauvres fuivant la coutume.
Il faut remarquer que
tous les Rois d'Angleterre
qui ont fait profeffion de la
Religion Anglicane , fe font
toujours acquitez de la ceremonie
dont je parle, fans faire
paroitre qu'elle leur caufaft le
moindre ferupule. Ainfi le Prince
d'Orange s'étant échapé à
faire ce pas contre l'ufage ordinaire
de la Religion Anglicane
, c'étoit une marque qu'il
GY
154 X. P. des Affaires
n'avoit aucun deffein d'en faire
profeffion , & ceux qui la
fuivent avoient lieu de croire
qu'il fongeroit peu à la prote
ger ,s'il n'employoit pas les foins
à la ruiner entierement . Cependant
fi l'on s'en rapporte
à fon Manifeſte, il n'eftoit venu
que dans le deffein de la
maintenir , & il ne crain point
de la choquer dés la premie
re occafion qui fe rencontre,
non pas de la foûtenir , mais
feulement de montrer qu'il en
fait profeffion. Ce n'est donc
par aucun zele pour une Religion
qu'il ne fuit pas , qu'il a
fongé à venir en Angleterre,
comme il l'a fauffement publié
dans fon Manifefte ; il
eft évident qu'ayant commencé
à la traiter de fuperfti
icufe , même avant que fom
:
du Tems. Iss
autorité fut affermie , il confentira
à l'abolir tout - à-fait s'il
fe voit jamais poffeffeur paifible
de la Couronne qu'il a ufurpée.
Il arriva le même jour
une chofe qui fit bien voir que
la protection de ce Prince rend
les Presbiteriens bien plus abfolus
en Angleterre > que
ceux qui font de l'Eglife Anglicane
, puis que fur la conteftation
que fit émouvoir
dans la Chambre des Communes
la propofition qui fut
faite de remettre les Seances
aprés les Festes de Pâques ,
que l'Eglife Anglicane avoit
toujours accoûtumé de fefter,
ceux de cette Eglife furent de
cetavis, & les presbiteriens em.
porterent à la pluralité des voix
que les Seances recommenceroient
le Lundy , c'eſt à dire,
G vj
156
X. P. des Affaires
dés le lendemain du jour de
Pâques. Ce triomphe des Presbiteriens
fur les Conformiftes.
les rendit fi infolens , qu'un
d'entre eux tout fier de cet avantage
, les railla avec aigreur
, ce qui excita beaucoup
de bruit dans la Chambre. Les
Conformiftes demanderent reparation
, & les Presbiteriens
fçachant que leur nouveau
Roi étoit leur appuy , les raillerent
encore plus vivement.
Le defordre augmenta dans
cette Chambre, & les plus politiques
de cette Religion ayant
jugé qu'il n'étoit pas temps de
faire paroitre toute leur autorité
, & que le Prince d'Orange
leur Protecteur n'avoit
pas encore affez de puiſſance
pour cela , convinrent que ce
lui qui avoit offenſé demandu
Tems. 157
deroit pardon publiquement ,
& comme cela ne regardoin
qu'un particulier qui s'étoit
cmporté mal-à - propos , ils furent
portez d'autant plus à
croire que cela ne pouvoit cau
fer aucun préjudice au Corps,
qu'il ne laiffoit pas d'avoir l'avantage
, puis que la Chambre
devoit entrer pendant les
Feftes que les Conformiſtes
ont coûtume d'obſerver
qui avoient été celebrées du
temps des Parlemens precedens.
Cela juftifie que la venuë
du Prince d'Orange en Angleterre
n'a fervi qu'à faire abolir
les Loix , au lieu que fon Manifefte
que marque que fon deffein
> &
étoit feulement de les conferver.
Ce Prince approuva l'Ade
pour naturalifer le Prince
158 X. P. des Affaires
George de Dannemarc , fecond
Gendre du Roy d'Angleterre ,
& quelques autres perfonnes.
Cet Article eft un effet de fa
politique. Il a cru par-là les attacher
plus fortement à fes interêts
, en les affurant qu'il ſe
ferviroit de cette occafion pour
leur donner de grands biens ,
qu'il ne pourroit leur procurer
autrement. Il donna fon Ordre
de la Jartiere au Maréchal
de Schomberg, croyant qu'ayant
efté nommé Roy , le Roy
fon Beau-pere ne devoit plus
avoir l'Ordre qu'il porte , &
que c'eftoit à luy qu'il apparte
noit. Il donna auffi celuy du
Duc d'Albermarle au Comte
de Dévonshire . On fait que
l'ardeur de maintenir la Religion
& les Loix n'a pas obli
gé ce Comte à fe declarer
du Tems.
159
contre fon legitime Souverain ,
& qu'il avoit encouru fa difgrace
avec juftice , ce qui l'avoit
engagé non feulement à
prendre le party du Prince
d'Orange , mais même à cabaler
pour lui, & à faire groffir
le parti des Traitres . Ainfi la
Nation doit voir qu'elle en eft
la dupe , & qu'il ne s'agit de
conferver ni fa Religion , ni
fes Loix , qui n'ont fervi que
de pretexte à l'ambition de
Ufurpateur , & aux Traitres
, qui avoient leurs veuës
particulieres , & intereffées
lors qu'ils fe font joints à lui.
La Charge de Chancelier
de l'Ordre de la Jartiere fe
trouvant attachée à l'Evêché
dont le Docteur Burnet a été
pourveu , il en preſta le ferment..
Jamais. Acteur n'a ré
160 X.P. Des Affaires
prefenté tant de perfonnages
à la Comedie, que ce Docteur
en a joué fur le theatre du
monde. Ileft de ceux qui aprés
avoir foûtenu un jour les rôles
les plus rampans , paroiffent
le lendemain reveftus des plus
hautes dignitez . La difference
qu'il y a , c'est qu'il eft en
effet ce que les autres nefont
que paroiftre, & qu'il peut eftre
veritablement puny, ce qui
ne sçauroit arriver à ceux qui
reprefentent ce qu'ils ne font
pas. Jamais homme ne s'eft
plus mis en eftat que lui d'ef
tre le jouet de la fortune. Il eſt
impoffible que l'on n'ait quelques
revers, quand on s'eſt accommodé
de toutes les chofes
qui font directement oppofées
, & qu'on fe montre dans
un meſme temps de toutes
du
Temps.
161
Religions. Il y en a toujours
quelqu'une dont le party fe
vange du mépris qu'on en
a fait,
Le jour que le Prince d'Orange
fut proclamé , il fit le
Comte de Shrevvsbury,fon Secretaire
d'Eftat; les Comtes de
Devonshire , & de Dorfer, l'un
Grand Maitre, & l'autreChambellan
de Sa Maiſon ; le Marquis
d'Halifax,Garde du Sceau
Privé le Comte de Dambi,
Prefident du Conſeil , Mr. de
Benting , premier Gentilhomme
de la Chambre & Garde
de la Bourſe privée , & M.l'Evêque
de Londres , Garde de
fon Cabinet. Il choifit auffi un
Confeil compofé du Prince de
Dannemark, de l'Arch de Catorbery
, du Duc de Norfolk ,
des Marquis de Vincheſter &
362
X. P. des Affaires.
d'Halifax des Comtes de Lindfey
, de Shrevvbury , d'Oxford ,
de Bedford, de Damby, de Devonshire
, de Maclesfield , de
Nottingham, de Bath , de Dorfet,
de Milord Churchil, des Vicomtes
de Falcombridge , Mordant,
Neuport, de Milord Vvarton
, de Milord de la Mere , de
l'Evêque de Londres , de Milord
Montague , de Milord
Lomley , de Mrs Benting , Sidney,
Ruffel, du Chevalier Robert
Hovvard , d'Henry Povvl
, de Richard Hampden , du
Chevalier Capel & de Huges
Borfcavven . Il fit le Docteur
Burnet fon Aumônier , M.d'Ov- ·
verckerk Grand Eſcuyer, Milord
Vviltshire,Chambellan de
la Princeffe d'Orange , & M.
Vvarton , Controlleur de fa
Maiſon . Il crea cinq Commif
du Temps. 163
faires pour gouverner la Treforerie
, fçavoir Milord Mordant,
Milord Lundley, le S Robert
Hovvard ,le S Henry Capel
& M. Vvitlok. M. Gepfon
en fut fait le Secretaire. Le
Duc d'Ormont fut nommé
premier Gentilhomme de la
Chambre , le Chevalier Villers,
Grand Efcuyer de la Princeffe
d'Orange , M. Zuileftein
fon Vicechambellan , & le Do-
&teur Stanleg fon premier Aumônier.
On choifit les Comteffes
de Derby , & de Dorſet
pour eftre Dames d'honneur
de cette Princeffe.
La plufpart de ceux qui furent
nommez pour remplir les
Charges ayant trahy le Roy,
reçurent par là la récompenfe
de leur infidelité. Quant à
164 X. P. des Affaires
!
ceux que le Prince d'Orange
choifit pour compoſer fon
Confeil , il n'en fut pas tout à
fait de même. Comme ce n'étoit
qu'un titre pour les ébloüir
, & que le Confeil fecret
d'un Ufurpateur , qui facrifie
tout pour le maintenir, n'a pas
befoin de tant de perfonnes ,
il ne fit ce choix que pour
faire paroiftre aux yeux de
la Nation , qu'il avoit refolu
d'en prendre confeil dans toutes
les fonctions de fa Dignité
nouvelle , & qu'il croyoit
ne pouvoir mieux faire que
de confulter tout ce qu'elle
avoit prefque de perfonnes
diftinguées. Il vouloit auffi
par là s'en attirer quelquesuns
qui n'étoient pas dans
fes interefts , du nombre defquels
étoit l'Archevêque de
du
Temps. 165
Cantorbery , homme venerable
, fage , ennemi de la tirannie
, & croyant à fa Religion
plus que le Docteur Burnet à
aucune de celles qu'il profef
fe , & qui n'avoit voulu ni ſe
trouver à la Convention , ni
préter aucun ferment au Prince
d'Orange ; ce que n'ayant
point fait , comme vous verrez
dans la fuite , il n'a point
autorifé par fa prefence dans
les Confeils de ce Prince , des
reſolutions qui ne pouvoient
étre que funeftes, & honteufes
à la Nation , & à la Religion
Anglicane.
Le Prince d'Orange voyant
que les grandes fommes dont
on propofoit la levée , ne fuffiroient
pas , quelque extraor
dinaires qu'elles fuffent pour
remedier aux befoins preffans,
166
X. P. des Affaires
que
s'il ne fe trouvoit des gens qui
vouluffent faire des avances
fur ces fommes,& jugeant bien
qu'il ne pourroit en trouver ,
tant qu'on croiroit le Roi
feroit vivant fit corrompre
par argent un particulier
qui affeura avec ferment devant
des Commiffaires de la
Chambre des Seigneurs , que
ce Monarque êtoit mort à Breſt.
Quand on voudroit nier cet ar
ticle , il ne faut qu'avoir le fens
commun pour ne douter pas
que ce particulier n'euft été
gagné. En effet, il n'i a pas d'aparence
qu'il fût venu dire de
lui-même une choſe fi éloignée
de la verité & de la vraifemblance
, le Roi n'aiant pas
feulement efté malade , &
quand même il l'euft voulu
dire pour fe divertir , il eſt
du Tems.
167
évident qu'il n'euſt oſé l'afſeurer
par ferment , devant des
perfonnes , qui , fi elles n'euffent
point fceu d'où venoit la
fourberie , n'auroient pas man-.
qué de l'en punir. On fit enfuite
des Relations de la feinte
mort de Sa Majesté , & on les
diftribua au Public . Ce n'étoit
tromper que pour un temps ;
mais dans des affaires de la nature
de celles du Prince d'O.
range , il pouvoit pendant trois.
ou quatre jours que la tromperie
devoit fubfifter , faire paffer
divers Actes importans, &
fe faire accorder plufieurs choſes
qui auroient été conteſtées
fi on avoit creu le Roi en Irlande.
La politique de ce Prince
a toujours été de faire paoiftre
quelque chofe d'avantageux
pour lui , toutes
1
168 X. P. des Affaires
les fois qu'il a voulu faire quelque
affaire importante auprés
de ceux dont il dépendoit.
D'ailleurs , il tient pour
maxime qu'il faut toujours
déguiſer la verité aux Peuples,
leur faire donner les impreffions
qu'on veut qu'ils prennent
, & faire employer des
faufferez dans les Gazettes . Il
dit que l'Espagne s'en eſt toujours
bien trouvée , & qu'en
empêchant par là les premiers
mouvemens que pourroient a.
voir les Peuples s'ils apprenoient
les mauvais fuccez des af
faires qui les touchent , on ale
temps d'y remedier . Il fe per.
fuade auffi que par les Gazettes
& tous les écrits publics, on
accoûtume infenfiblement les
Peuples aux chofes dans lefquelles
on veut qu'ils entrent ,
foit
du Temps.
169
(
foit pour avoir de l'averfion
& de la haine , foit pour pren?
dre de l'eftimé ou de l'amour's
aprés quoi ce qui les étonneroit
fans cette prévention
& qu'ils n'approuveroient pas,
ne les furprend point , parce
qu'on leur en a fait connoitre
les raifons qui ne font pas
toujours les veritables . Je fçai
que pendant pluiffeurs and
nées ce Prince a pris foin de
faire faire de ces écrits volans
de Hollande qu'on nom
melLardons , & qu'il avoit
deux Ecrivains à fes gages ?
qui en compofoient dans tout
ce temps-la felon fes Pavis , &
qui dechiroiente affez adroitement
la reputation de tous
ceux dont la gloire le blef
foit ; mais comme l'un d'eux
eft mort, qu'on a mis l'autre en
H
170 X. P. des Affaires
état de ne plus rien faire , &
qu'il feroit difficile d'en trou
yer d'auffi capables pour les
remplacer, je ne fai fi ceux qui
écrivent prefentement reçoi
vent encore fes inftructions.
Ce que je puis dire , c'eft que
leurs Ouvrages ne font plus
remplis que d'invectives groffieres,
& comme ils font trespeu
eftimez , peu de perfon
nes les voyent.
Ayant commencé à vous
entretenir de la politique du
Prince d'Orange,je vais achever
de vous en faire la peinture.
Il n'y a point d'homme fur
la terre qui fache mieux fuppofer
que lui , & c'eſt par-là
qu'il trouve moyen de venir
à bout de la plus grande partie
des chofes que l'ambition.
lui fait entreprendre, S'il veut
du Toms. 171
1
fe défaire d'un homme , il ne
manque point à lui imputer
un crime , & donne de faufes
preuves qui font voir qu'il
l'a commis. S'il veut élever un
fcelerat à caufé des fervices
qu'il en peut tirer , il le fait
paffer pour honnête homme,
& le revêtdes emplois qui conviennent
au ſervice qu'il en
attend. S'il veut entreprendre
une guerre , il fuppofe qu'on
la lui veut faire , & ainfi généralement
pour tout ce qui
peut lui fervir ou nuire. C'eſt
une chofe incroyable que le
grand nombre de fuppofitions
qu'il a faites pour venir à bout
de fon entrepriſe fur l'Angleterre.
Combien a t il fait d'innocens
coupables, & combien
de criminels at il fçu juftifier
: Enfin rien ne lui man-
H ij
1.72 X. P. des Affaires
que par- là , il a toujours raifon
, & fes Ennemis ont toujours
tort , & tout cela eft
couvert d'une honnêteté apparente
, & d'une fauffe dou
ceuravec laquelle il empoiſonne
& affaffine , & dont il fe faut
défier , ce qui eft tres - difficile.
Il n'oublie pas de mettre, en
pratiques ces manieres douces
& honnêtes avec les Grands
Corps dont il a befoin ; c'eſt
ainfi qu'il en a ufé avec les Etars
Generaux , & qu'il en uſe à
prefent avec le prétendu Parlement
d'Angleterre. Bien loin
de montrer de l'emportement
contre ces Corps , il-paroit toujours
foumis à ce qu'ils fouhai
tent , afin de s'attirer par-là la
bienveillance du public , &
qu'on fait perfuadé de la douceur
de fon Gouvernement.:
·
du Tems. 173
Cependant , il a grand foin
que chaque membre foit inftruit
en particulier qu'il y va
de fa ruine totale, & même de
plus encore , s'il s'oppose à fes
fentimens , de forte que chacan
abandonne l'intereft da
general pour fonger au fien
propre , & qu'on facrifie fa
patrie pour ne fe pas voir facrifié.
Il cache pourtant fi bien
toutes fes pratiques qu'il n'en
paroit aucune chofe au Public.
Le Prince eft adoré de ceux
qui ne le connoiffent pas , &
ceux qui fçavent fes intelligences
fourdes , & fa tirannie couverte
d'une douceur apparente
n'ofent témoigner qu'ils
s'en font apperçeus , parce que
leur perte feroit infaillible .
Ainfice loup déguilé en agneau
ravit tout lors qu'il paroit ne
,
Hij
174 X. P. des Affaires
penfer à rien, & ne rien vouloir,
& en jouant ce Perfonnage
, qui luy a fait marquer
qu'il n'en vouloit point à la
Couronne , il fe l'eft fait mettre
fur la tefte. Il a trompé en
cela tous les Princes de l'Europe
, & les Anglois mêmes,
hors ceux qui eftoient de ſon
intelligence , & qui ayant trahi,
& la Nation , & leur legitime
Souverain , auront fervy
à établir le pouvoir arbitraire,
puifque fi le Prince d'Orange
trouve une fois fon autorité af.
fez affermie pour eftre en
êtat de faire craindre feparement
à tous les membres des
Parlements des effets de fa
vangeance s'ils ofent refifter
à fes volontez , il viendra à
bout de tout ce qu'il entreprendra,
& gouvernera à fon gré,
du Tems. 175
c'eſt à dire felon fa feule volonté,
fans avoir égard à aucunes
Loix, qui eft proprement ,
fi je puis dire ce qu'il m'en paroit,
ce que les Anglois appellent
gouverner avec une puiffance
arbitraire .
ge
Quoi que le Prince d'Orancût
été declaré Roi, & qu'il
fit toutes les fonctions de la
Royauté , il fouhaitoit fe voir
couronné avec beaucoup plus
d'empreffement que n'auroit
fait un Monarque legitime ,parce
qu'un Ufurpateur fçachant
qu'il n'a point de droit
au bien dont il s'eft mis en
poffeffion , craint toujours que
ce qu'il tient ne lui échappe.
Ce Prince n'ayant que fon
Couronnement en tefte fit
publier la Proclamation fuivante,
H iiij
176 X. P. des Affaires
the sub & S
GVILLAVMER, 6.[
· Comme nous avons refolu ,
moyennant la.grace & la benediction
de Dieu, de célébrer la
Solemnité de nôtre Couronne .
ment Royal , dans nôtre Palais
de Vueftminster , l'onzième du
mois d'Avril prochain , & que
felon les anciennes coûtumes de
ce Royaume, comme auffi en vertu
de la pofeffion de plufieurs
Manoirs, Fiefs , Terres & autres
heritages plufieurs de nós Amés
Sujets pretendent , & font en
effet obligez de faire diverfes
chofes , & de rendre certains
fervices ce jour là , & pendant
le tems du Couronnement , ainfi
que leurs Anceftres , & ceux
au nom defquels ils le pretendent
& le reclament on faitti
devant aux Couronnement de
du Temps.
177
nos Predeceffeurs les Rois & les
Reines de ce Royaume ; Nous
donc voulant avoir foin de conferver
les juftes droits & les he.
ritages de nos Amez Sujets à
qui ils peuvent appartenir, avons
trouvé à propos de faire
favoir publier nôtre refolution
là-deffus , comme nous faifons
par ses prefentes ; & nous
faifons de plus favoir par nôtre
prefente Proclamation , que par
nôtre Commiffion Scellée de nôtre
grand Sceau d'Angleterre,
nous avons nommé,établi & autorifé
nôtre Féal & bien Amé
Confin & Confeiller Thomas ,
Comte de Damby , Prefident de
pôtre Confeil,notre Feal &bien
améCoufin &Confeiller.George,
Marquis de Hallifax , Garde
de notre Sceau Privé, nôtre Feal
& bien AméCouſin &Confeiller
H
178 X. P. des Affaires
Henry , Duc de Norfolk Comte,
Maréchal d'Angleterre ; nôtre
Féal & bien Amé Confin
& Confeiller, Charles , Marquis
de Vvinchefter; nôtre Feal
& bien Amé Cousin & Con
feiller Robert, Comte de Lindfey,
Grand Chambellan d' Angleterre,
nôtre Feal& bienAml
Coufin & Confeiller Guillaume,
Comte de Devonshire , Grand
Maitre de nôtre Maiſon;nôtre
Feal&bien AméCouſin &Confeiller
Charles, Comte de Dorfet
& de Middlesex , Chambellan
denôtre Maiſon,nôtre Feat
& bien Amé Coufin & Confeiller
Charles, Comte de Shrevvsbury,
nôtre Secretaire d'Etat s
nôtre Feal & bien Amé Couſin
& Confeiller François, Vicomte
de Nevvport,Trêforier de nôtre
Matfon le Tres-Reverend Pere
du Tems. 179
en Dieu Henri , Seigneur Evêque
de Londres ; nôtre Feal &
bien Ame Confeiller Radulphus,
Baron de Montague , Grand
Maitre denôtre Garderobe, nôtre
Feal & bien Amé le chevalie
Guillaume Dolben, l'un des
Inges de nôtre Cour du Banc
du Roi, & noftre Feal & bien
Amé le chevalier Iean Povveft
, l'un des Iuges de noftre
Cour des Plaids communs , ou
trois ou plus d'entre eux , pour
recevoir , ouir & terminer les
Requêtes ou pretentions qui
leur feront reprefentées là deffus
par aucuns de nos Amez fujets.
Et nous ordonnons pour cét
effet , à nofdits commiſſaires de
s'aſſembler,& tenir leurs Seances
dans la chambre peinte de
noftre Palais de Vueftminster ,
Pour la premiere fois , le 28.
H vj
180
X. P. des Affaires
de ce prefent mois de Mars a
neufbeures du matin , & de
s'affembler & s'affeoir de tems
en tems, ainfi qu'ils le jugeront
à propos , pour executer nôtre
dite Commiffion. Ce que nous.
faifons fçavoir par les prefentes,
afin que tous ceux qui peuvent
y avoir quelque interêt,
fachent quand & où il faut
qu'ils s'adreffent, pourprefenter
leurs requêtes & exhiber leurs
pretentions , touchant les fervices
fus- mentionnez , qu'ils
nous doivent rendre à nôtre
Couronnement. Et nous faifons
Savoir par les prefentes à tous
& à un chacun de nos Sujets qui
yont quelque interêt , que nous
voulons & qu'il nous plait , &
nous enjoignons & ordonnons
expreffément à toutes fortes de
perfonnes , de quelque rang ,
du Tems. 18 !
qualité ou condition qu'elles
Joient, qui, foit par nos Lettres
de cachet à eux adreffées, foit
en vertu de leurs Charges, Fiefs
heritages ou autrement , font
obligées de nous rendre quelque
Service ce jour-là , ou dans le
tems de nôtre couronnement , de
venirfelon leur devoir , & d'y
fervir en toutes chofes felon
qu'ils y font obligez, en équipage
& avec la fuite que demande
& requiert une ſi grande ſo-
·lemnité, & qui répondent aux
dignitez , charges on emplois
qu'eux ou un chacun d'eux poffede.
Et ni eux ni aucuns d'eux
-ne doivent pas manquer à ce
que deffus , finon ils en répondront
à leurs perils & fortunes,
à moins que nous ne les difpenfions
de leurs fervices, fur
des raisons plausibles par
182 X. P. des Affaires
eux alleguées, & que nous approuvions
par un Acte figné de
noftre main. Donné en noftre
Cour à Vohitehal , le 16.
jour du mois de Mars 1689 .
& de noftre Regne le premier.
Vous remarquerez que cette
datte , ainfi qu'une autre pareille
qui a déja été employée,
eft felon le vieux ftile, & doit
être priſe ſelon nous pour le
26.Mars 1689. Le Couronnement
étoit fur le point de fe
faire que les deux Chambres
n'étoient pas encore conve
nuës du ferment que ce nouveau
Roy préteroit , pour
maintenir les Loix, & pour ne
rien innover. Il ne faloit point
de nouveaux fermens. Les
changemens que l'on y a fairs
di Tems.
183
font voir que le Prince d'Orange
a contrevenu à fon Manifefte,
& que les deux Chambres
elles-mêmes alterent les
Loix pour le maintien deſquelles
elles s'étoient déclarées
peu de tems auparavant contre
le Roi en faveur du Prince
d'Orange. Enfin on ne les
a jamais vûës en Angleterre
dans la fituation où elles font
aujourd'hui . On accufe le Roi
d'y manquer, & on les renverfe;
on en veut d'autres, & fans
être neanmoins d'accord de
celles qu'on veut , on fait des
Projets , & pendant ce tems le
nouveau Roi jure par provifion,
qu'il obfervera les Statuts
réglez par le Parlement , quoi
qu'ils ne le foient pas encore.
Les Chambres font contentes
pourveu que leur puiffance
184 X.P. Des Affaires
s'augmente , fans voir que ce
qu'elles prennent pour une
augmentation de pouvoir , affoiblit
l'Etat , par le defordre
que caufent ces nouveautez, &
que voulant auffi ufurper fur
l'autorité Royale , elles preparent
des troubles,pour le temps
qu'on pretendra leur reprendre
ce qu'elles auront ufurpé.
Le Prince d'Orange de fon cofté
ne fe met pas en peine de
relâcher des droits du Roy ,
pourveu qu'il obtienne la Couronne.
Il fçait que les Rois font
mineurs, & qu'ils rentrent toujours
dans leurs droits lors que
leur autorité eft bien établie;
ainfi il promet tout pour ne
rien tenir & chacun de fon co-
Até prepare de la matiere pour
de nouveaux troubles. Les uns
ne veulent pas prefter les
du Tems
185
·
nouveaux fermens, & les autres
refufans de prefter même
les an ciens , difent pour s'en
exempter que les ayant déja
preftez au Roy ils ne les peuventprefter
à deux Souverains .
L'Archevelque de Cantorbery
fe declare la deffus avec une
fermeté heroïque . Il fait plus
encore, il refufe de couronner
le Prince d'Orange. L'honneur
de facrer les Rois eftant
attaché à la qualité de Primat
du Royaume, il marque avec
une noble fierté qu'il eft prest
d'y renoncer , & de vivre de
huit cens livres de rente qui
font fon Patrimoine. Enfin la
Ceremonie fe fait fans ceprelar.
On y prefche , & on fait
dans ce Sermon un Eloge
du Prince d'Orange , qui'
juftifie fon ufurpation , ou
186
X. P. des Affaires
plutôt par où l'on pretend la
juftifier.On ne trouve rien que
de grand en lui ; le Roi eft détrôné
juſtement , & l'Ufurpa
teur poffede avec juftice le
Trône du legitime Monarque.
L'Evêque d'Ely eſt preſent à
ce Sermon , il l'écoute , il Y
applaudit , & cependant ce
même Evêque a prêché tout
le contraire au Couronnement
du Roi Jacques II. qui
eft legitime Roi d'Angleterre ,
& qui tient fa Cour aujourd'hui
dans fon Royaume d'Ir
lande. J'ai ce Sermon imprimé
en Anglois , & je vous en
envoye l'extrait traduit. Quoi
| que j'aye mis dans mes Lettres
beaucoup de Pieces à l'avantage
du Roi d'Angleterre
, vous n'en avez encore vû
aucune , fur laquelle vous deda
Temps.
187
viez faire une fi grande attention
, qui foit plus contre
le Prince d'Orange , & contre
tous les Ufurpateurs, ni qui
marque mieux l'obéiffance
qu'on doit aux Souverains legitimes.
Vous aurez peine à
fortir de l'étonnement que
yous caufera l'extrait que vous
allez lire , quand vous fongerez
que ce Sermon a été préché
par un Evêque Anglois
aujourd'hui traitre à fon Roi,
& à la Religion , & dans le
parti du Prince d'Orange .
Vous reconnoitrez par cette
lecture que fi l'inconftance qui
eft naturelle aux hommes
les porte quelquefois au changement
malgré toute forte
de raifon & de juſtice , la verité
est toujours la même , &
n'eft point capable de chan-
>
188 X. P.des Affaires
ger , puifque malgré tout ce
qu'on a fait en Angleterre ,
& tout ce qu'on a dit pour la
détruire , le changement de
parti qui déshonore l'Evêque
d'Ely , qu'on voit ceder lâchement
à des interefts purement
humains , n'empêchera point
que fon Sermon ne vous paroiffe
fi fort & fi perfuafif , que
je me tiens feur que rien në
pourra détruire dans vostre ef
prit,ni dans celui d'aucun honnêre
homme , l'impreffion qu'll
y laiffera à l'avantage des ve
ritables Souverains. Voici ce
qui doit faire la condamnation
de cet Evêques, & faire valoir
la caufe du Roi,
Alors Salomon s'affic fur le
Trône du Seigneur au lieu de
David fun Pere. Il fut heudu
Temps.
189
reux, tout Ifrael lui obeit.
Pour me renfermer dans de fi
iuftes bornes , & ne pas m'égarer
dans une matiere auffi vafte
qu'eft l'Hiftoire de Salomon , ie
me reduiray à quatre points
au travers defquels nous pour
rons voir le Roi Salomon dans
toute fa gloire. Premierement
fon titre étoit bon , puis que le
texte porte qu'il s'affſit ſur le
Trône du Seigneur , qu'il s'y
affit comme Boy au lieu de
David fon Pere. En fecond
licu fon gouvernement fut auffi
bon que son titre , puis qu'il
fut tel qu'on le pouvoit atten..
dre d'un Roi auffi fage que Salomon.
En troifiéme lieu fon
Peuple luy fut obeiffant , puis
qu'il eft dit que tout Ifraël luy
obeït. Enfin Dieu répandit fes
benedictions
fur luy fur
i90 X. P. des Affaires
fon regne, puis qu'il eft dit qu'il
fut heureux .
Ne voulant pas entrer dans
le detail de l'hiftoire de ce grad
Roi, je me contenterai de dire
en general qu'en quelque Prince
& en quelque peuple que ce foit
que fe rencontrent les mefmes
caufes de bonheur & de profperité
& non ailleurs ) on doit
auffi attendre des effets & des
fuites auffi heureuſes.
Premierement afin que le Roi
& le Peuplefoient heureux , il
faut que le Roi, ait droit au
Royaume dont iljoüit ; car comment
un vfurpateur peut-il efperer
de regner heureufement
lors que plufieurs de ceux qui
font dans fon Royaume croyent
luy eftre égaux , pour ne pas dire
au-deſſus de luy ? Il faut encore
que fon droit foit incontedu
Tems. 191
fable , autrement il aura des
competiteurs.
Enfecond lieu , ilfaut que le
gouvernement du Roi foit auffi
fage que fa poffeffion est juste &
royale . Les droits de deux de nos
Rois Edouard II. & Richard.
étoient incontestables ; cependant
ces Princes fe perdirent
par leur mauvais gouverne-·
ment,
En troifiéme lieu , quelque
juftes que foient les droits du
Roi , quand l'enfer même në
pourroit pas les contefter , enfin
quand le Roi feroit comme un
Ange de Dieu pour la connoiffance
& la conduite dans le gouvernement
, neanmoinsfifes Sujets
deviennent des enfans de
Belial, c'est-à-dire, du Diable ,
car c'est ainsi que l'Ecriture nome
les rebelles, ces hommes fans
}
?
192 X. P. des Affaires
foi qui ne veulent point porter
de joug , il eft toûjours en leur.
pouvoir d'eftre auffi miferables
qu'ils le veulent étre , & puis
que la volonté de l'homme eftlibre
, ilfaut avouer qu'il dépend
de lui d'être heureux our
malheureux, de joüir des benedi- ›
tions de la paix , ou d'attirer
furfoi &furfa pofterité une rui
ne certaine. La desobeissance du
Peuple qui ne pouvoit goûter la
douceur du gouvernement , a été
caufe que le meilleur de nos Rois .
tres- honteufement rejetté,
६a efté
comme s'il n'eut pas été l'oint .
du Seigneur. Il feroit fâcheux .
maintenant de dire combien lë
Royaume a payé cher le meur- ›
tre de cefaint Roy : mais je ne
puis m'empécher de vous faire
remarquer que quoi que la con
fervation de la Religion fort
ordinai
du
Temps.
193
,
S com-
9
ordinairement le pretexte le plus plaufible
dont fe fert la rebellion
me il l'a déja efté de nos jours , &
comme on s'en eft encore voulu fervir
dépuis pour fufciter une feconde revolte
, neanmoins il eft conftant que
la rebellion eft le moyen le plus feur
pour détruire la Religion comme
nous l'avons déja éprouvé le ne dis
pas feulement que fi - toft que les bommes
commencent à devenir rebelles
ils ceffent d'être interieurement religieux
, & veritablement bons & ju
ftes,mais je vais plus loin, je dis que
la rebellion eft le chemin le plus droit
pour unir l'exterieur & la profeffion
de quelque Religion que ce foit . La
preuve en eft claire dans l'hiftoire de
Salomon. Ce Prince dans fa vieilleffe
fit une chute terrible jamais Prince
Chreftien n'en peut faire une telle fans
renoncer à fon Baptême. Il paffa de
l'adoration de la beauté à celle des
Dieux des Gentils , c'eft à dire du
Diable ; car c'est ainsi que l'Apôtre
appelle les Idoles . Toutefois pendant
tout ce temps-là tout Ifraël lui obeit
I
>
194 X. P. des Affaires
continua toujours d'adorer Dieu ,
comme ils le pouvoient aisément fans
ancun inconvenient ; mais Salomon ne
fuft pas plutôt mort que Ieroboam fe
rebella , car quoi qu'il soit dit qu'il
Lui cuft êté promis un Royaume , &
que fon affaire étoit celle de Dieu ,
neanmoins cette promeffe ne lui avoit
efté faite quefous des conditions qu'il
ne garda pas. Il ne voulut jamais attendre
le temps du Seigneur , comme
avoitfait David . Il entraîna dans
fa rebellion dix Tributs d'Ifraël . Enfuite
cet heureux rebelle par des raifons
de politique pouffa les dix Tributs
à adorer les Veaux d'or. C'étoit
encore peu , il leur défendit d'aller
à lerufalem pour y adorer Dien.
C'est ainsi que l'idolâtrie fut non-ſeulement
introduite , mais encore établie
par les Loix du rebelle Ieroboam
qui fit pecher Ifraël. Ce fut la rebel-
Lion qui produifit fon peché , & ce
Seul peché fut la fource de tous fes
malheurs & defa captivité. Enfin depuis
cette rebellion jamais leur Eglife
ni leur Erat n'eut un jour heureux ,
du
Temps.
195
elle eft l'unique caufe de ce que ces
Tributs font encore aujourd'hui miferablement
répandues dans l'Vnivers .
Ce que vous venez de lire , merite
d'étre leu plus d'une fois , & je
vous laiffe y faire vos reflexions
.
Vous y verrez que le regne d'un Ufurpateur
ne peut étre heureux
, &
que la revolte
eft le moyen
le plus
feur pour détruire
la Religion
. Je
paffe au refte de la ceremonie
du
Couronnement
du Prince d'Orange.
Elle fut faite avec autant de regularité
que s'il fe fuft agi de celui
d'un Monarque
legitime
. La Chambre
des Communes
s'y trouva en
Corps. Quant aux Seigneurs
, ils
avoient
prefque
tous à faire des fonctions
qui dépendoient
de leurs
Charges
, ou qui étoient
attachées
aux Fiefs qu'ils poffedent
. Aprés la
ceremonie
chacun
s'étant
rendu
dans la grande
Salle de Vveſtminfter
, prit place , felon fon rang ,
aux tables que l'on avoit préparées.
Avant le fecond
fervice , le
I ij
196
X. P. des Affaires
,
Champion du Roi à caufe de fon
Fief de Scrivelbi dans le Comté de
Lincoln , entra dans la Salle avec
l'accompagnement
ordinaire en de
pareilles occafions . Il étoit armé
de toutes pieces , & monté fur un
cheval blanc . Lors qu'il fut à l'entrée
de la Sale , le Heraut fit le
cry
ordinaire en ces termes : S'il y a ici
quelqu'un de quelque qualité qu'il
foir , qui efe nier ou contefter que notre
fouverain Seigneur Guillaume
Roi d'Angleterre
& d'Irlande ne foit
legitime poff ffeur de la Couronne ,
on qu'il n'en doive pas joüir , fon
Champion eft ici qui lui donne le dementi
comme à un faux traitre , & il
eft preft de le combattre corps à corps, & de rifquer la vie en combattant
contre lui au jour qui fera marqué. Il
jetta enfuite fon gantelet pour ga
ge de la bataille , & perfonne ne
Payant ramaflé , le Heraut le rendit
au Champion. Il s'avança au milieu
de la Salle , où le Heraut fit le
méme cry encore deux fois , & le
Champion jetta encore deux fois
pas
â
du Tems. 197
>
font gantelet , aprés quoi le champ
lui fut ajugé. Il fe trouva une Femme
qui dit fort haut aprés le fecond
cry , qu'elle ne fçavoit qui étoit
le Roi Guillaume , & qu'elle ne
le résonnoiffoit point pour fon legitime
Souverain. On la traita de folle
, & comme on vit qu'elle s'ap◄
prétoit à continuer on l'arrefta
avec le moins de bruit que l'on put,
afin de ne point laiffer éclater la
chofe , & on n'en a point oui parler
dépuis ce temps- là . Je finiray
cet article en vous difant , que lors
que le Champion entra dans la Salle
, les quatre pieds manquerent
tout d'un coup à fon cheval , en
forte qu'il s'abatit . Je n'en tire
point d'angure ; chacun en peut
penfer ce qu'il lui plaira.
Le matin de cette Ceremonie
comme on revétoit le Prince d'Orange
des Habits Royaux , il tomba
en foibleffe , & l'on fut obligé
d'avoir recours à quelques caux
pour empêcher qu'il ne s'évanouit
entierement. Peu de temps aprés il
I j
198
X. P. des Affaires
fe fentia preffé d'une douleur plus
fenfible , dont la fuite produifit les
effets qu'une grande peur a coutume
de caufer. Je ne m'expliqueray
point d'avantage pour faire entendie
ce que c'eft que ces fortes de
fuites de la peur , je le laiffe dire à
ceux qui ont eu des accidens , ou
qui en ont entendu parler. Quant à
la peur que de pareilles avantures
marquent , elle fait connoître que
tout homme qui fent fon crime
dans le fond de l'ame , n'eft pas
maître des effets que la nature produit
lors qu'il s'apprête à le con
fommer.
Le Prince d'Orange voulant que
tous les Seigneurs d'Angleterre lui
fuffent redevables de leurs Dignitez
, créa le Prince George de Dan .
nemark , Baron d'Ockhingham
Comte de Kendall , & Duc de ·
Cumberland. Charles , Seigneur
Marquis de Vvincheſter , Duc de
Bolton . Le Sieur Benting , Baron
de Cirenceſter , Vicomte de Vvoodftock
, & Comte de Portland , Thodu
Temps.
DE
com mas , Seigneur Vicomte
berg,Comte de Faucomber Ch
les Seigneur Vicomte Mordant
Comte de Montmouth. Radulphe
Seigneur Montagu , Vicomte de
C
Mount-Hemer & Comte de Montagu.
Jean Seigneur Churchill
Cointe de Marleboroug. Mr Henry
Sidney , Baron de Milton & Vicomte
Sidney de Sheppey , dans le
Comté de Kent. Richard Seigneur
Vicomte Lumley de Vvaterford en
Irlande , Vicomte de Lumley de
Lumley - Castle , dans la Comté
Falatine de Durham. Hugues Seigneur
Vicomte Chelmondley , de
Kellis en Irlande , Baron de Chelmondley
& Vvitchmalbanch
autrement Namptvvich en Chefhire.
Il nomma auffi les Gouverneurs
des Comtez & Provinces
dans l'ordre d'Angleterre qui
fuit.
>
De Bedford , le Comte de Bed- '
ford. De Berкs le Duc de Norfolk.
De Bucks ,le Comte de Brid-
$
I iiij
200
X. P. des Affaires
>
gvvater. De Cambridge , le Comte
de Bedford. De Cheshire , Milord
Delamer. De Cornouaille , le
Comte de Bath . De Cumberland , le
Comte de Carlisle. De Derby , le
Comte de Devonshire. De Devon ,
le Comte de Ba h. De Dorfet , le
Comte de Briftol. D'Effex le
Comte d'Oxford. De Glocester &
de Hereford , le Comte de Macklesfeid.
De Hertford , le Comte
de Shrevvsbury durant la minoriaé
du Comte d'Effex. De Huntingdon
, le Comte de Manchefter.
De Kent , le Comte Vvinchelley.
De Lancaſter , le Comte de Derby.
De Leiceſter , le Comte de Rutland.
De Lincoln , le Comte de
Lindfei. De Midlefex , le Comte
de Clare. De Monmouth, le Comte
de Macklesfeild. De Norfolke , le
Duc de Norfolk.De Northüberland
Milord Lumlei.De Northampton, le
Vicomte Mordant.De Nottingham ,
le Comte de Kingston . D'Oxford ,
le Comte d'Abingdon . De Salop
le Vicomte Nevvport, De Sommerfet
, le Vicomte Fintzharding . De
du Tems. 201
Southampton , le Marquis de Vvinchefter.
De Stafford , Milord Paget.
De Suffolke Milord Cornyvallis
. De Surrey , le Duc de Norfol
xe. De Suffex , le Comte de Dorfet
& Middlefex. De Vvaryvicke
le Comte de Northampton . De
Vveftmorland , le Chevalier Lovvther
de Lovvther. De Vvilts , le
Comte de Pembrooke. De la partie
Orientale d Yorck , le Comte de
Kington. De la partie Septentiona
le d'Yorck , le Vicomte Falcomberg.
De la partie Occidentale d'Y.
orck le Comte de Danby. De la
Principauté de Galles , le Comte de
Macklesfeild .
Quoi que la Maifon d'Auftriche
euft une étroite liaiſon avec le Prince
d'Orange , comme vous avez vû
en plufieurs endroits de cette Hiftoire
l'Empereur & le Roi d'Efpagne
differerent le plus longtemps
qu'il leur fut poffible à la faire paroître
aux yeux du Public , retenus,
par la honte que l'on a toujours
lors qu'on fait des actions qui doi
I v
202
X. P. des Affaires
vent étre blâmées . Ce fut ce qui
empêcha Sa Majesté Catholique
d'écrire au Prince d'Orange fur la
mort de la Reine fon Epoufe. Auffi
ce Prince s'en plaignit - il à Dom
Pedro Ronquillo , en lui difant qu'il
n'en prendroit point le deuil . L'envoyé
de l'Electeur de Brandebourg
n'en ufa pas de la forte. Son Maitre
, comine Prince Proteftant , fe
faifant une gloire de ce que
les Prin
ces Catholiques regardoient comme
une honte avec beaucoup de fujet ,
avoit envoyé ordre à fon Miniftre
à Londres , de demander une audience
publique pour complimenter
le Prince , & la Princeffe d'Orange
fur leur Couronnement ; ce
qui fut executé , & donna beaucoup
de joye à l'an & à l'autre ,
qui
prirent un tres -grand plaifir à ſe
voir traitez de Majefté. Cependant
ils n'avoient pas lieu de croire que
la fidelité de beaucoup de leurs nouveaux
Sujets fuſt à l'épreuve , puis
que la plufpart du Peuple tient dans
le coeur le parti de fon veritable
du Tems. 203
Roy,& qu'il ne penfoit à rien mon's
qu'à former des plaintes contre luy,
quand le Prince d'Orange a envahi
Angleterre. Ainfi l'on peut dire
que fi le Roy a cedé , c'est parce
que la partie êtoit trop bien faite
pour ne luy pas faire perdre fes inefures.
Il en eft de même de l'Armée,
qui s'êtant trouvée fans Officiers,
êtoit devenue un corps fans ame, &
qui pourtant n'avoit point pris le
parti contraire, comme vous pouvez
voir par la Proclamation que vous
allez lire, & que le Prince d'Orange
a fait publier plufieurs fois .
GVILLAVME R.
D'autant que lors qu'on caffa il y
les a quelque tems lªArmée , &par
defordres qui font arrivez depuis
peu parmy les Soldats qui ont deferté
, une grande quantité d'Armes,
de Munitions , d'Armures & d'VStanciles
de Guerre nous appartenant,
ont efté jetiées & abandonnées par
les Soldats , mifes en gage, venduës
I vj
104 X. P. des Affaires
›
ou engagées d'autre maniere : & que
nonobftant la Proclamation que nous
avons depuis quelque tems fuit publier
à cet effet, ces Armes ou autres
Vftanciles de guerre n'ont pas encore
efté découvertes , ou raportées pour
nôtre ufage , comme elles devroient
avoir efté , Nous ordonnons par les
prefentes , & commandons à tous.
ceux qui ont de ces armes Munitions
on Vftenciles de guerre en
leurgarde , de les porter au Maire,
au principal Officier de la Ville , ou
au plus proche Iuge de Paix de la
Comté ou Province dans laquelle elles
feront trouvées ; & pour encourager
& recompenfer ceux qui feront
en cela leur devoir , Nous ordonnons
qu'il leur fera payé, & leur alloüons
la fomme de cinq Shillings pour
chaque mousquet en maniere de fufil,
de deux Shillings & fix fols pour
chaque moufquet à ferpentin ou à
mêche ; de cing Shillings pour chaque
Carabine, de cing Shillings pour
chaque paire de Pistolets , & la quasrieme
partie de l'entiere valeur de
du Tems. 205
toutes autres fortes de Munitions,
d'Armures & d'Vtenciles de guerre.
Et en cas qu'aucune perfonne , ou
perfonnes en la garde desquelles il y
a, ou il y aura quelques- unes de ces
armes negligent de les apporter , la
recompenfe cy - deffus Specifiée fera
payée à ceux qui découvriront lefdites
armes, ou les feront faifir pour
nôtre uſage ; & les fommes fufdites
Seront payées par le Maire, l'Officier
on le Inge de Paix , aufquels lesdites
Armes feront apportées ; lefquels
Maire , Officier & Luge de Paix recevant
lefdites armes , en donneront
avis aux principaux Officiers de nôtre
Artillerie demeurant à nôtre
Tour de Londres , comme auffi de
l'argent par eux pasé pour icelles,
qui leur fera remboursé par lefdits
Officiers de noftre Artillerie qui font
requis par les prefentes , de leur
payer & de recevoir ces armes pour
noftre ufage. Nous ordonnons en outre
par ces prefentes à tous nos Gouverneurs
, Lieutenans - Gouverneurs
autres Officiers fubalternes de
206
X. P. des Affaires
noftre Milice , à tous Sherifs , Inges
de Paix , Maires & principaux
Officiers des Comtez , Villes &
Bourgs où il y aura quelques - unes
defdues Armes , d'en faire une exa-
Ete & diligente perquifition , de tâcher
à les découvrir par toutes les
voyes & tous les moyens legitimes,&
le's faire faifir pour noftre usage ; comme
auffi de faire arreſter , & de s'affarer
des Perfonnes entre les mains
defquelles telles armes feront trouvées
, & méme proceder contre elles
felon les Loix , comme contre des
gens qui retiennent nos Armes &
Vftenciles , afin qu'on leur faffe leur
procés , & qu'ils foient punis pour
cette offenfe aux premieres Seffions
on Affifes qui fe tiendront dans la
Comté, Ville ou Bourg, où telle fante
aura efté commiſe.
Le Prince d'Orange demeure
d'accord par cette Proclamation,
que
les Soldats ont deſerté , abandonné,
& jetté leurs armes, que
uns les ont mifes en gage , & que
les
du Tems. 107
Les autres les ont venduës. Cette
Proclamation plufieurs fois reiterée ,
avec celle dont je vous ay déja fait
part,& dans laquelle le Prince d'orange
avoue que les Deferteurs luy
font la guerre , fait voir clairement,
& par fon aveu même, que ces Soldats
font autant d'Enneinis qu'il a
dans le pays. Joignez à cela pref
que tous ceux qui eftant de la Religion
Anglicane , tiennent le parti
de leurs Evêques qui n'ont point
voulu prêter de ferment , ainfi que
quantité de Seigneurs , & vous verrez
qu'il ne peut avoir efté appellé
en Angleterre , que par quelques
Traîtres fubornez , & non par la
Nation , & qu'il n'a efté fait Roy
que par les Presbiteriens qui compofent
le Parlement , & que la force
ou l'argent a fait élire par ceux
qui ont droit d'élection .
Quoy, que le Prince d'Orange
eût promis aux Princes Catholiques
fes Alliez de ne point tour
menter les Catholiques , il ne laiffa
pas d'agir de concert avec les Pref
•
208
X. P. des Affaires
biteriens du Parlement, afin de faire
paffer un Acte pour les obliger de
s'éloigner de Londres de dix milles
aux environs . Il fe rendit au Parlement
pour approuver cet Acte , & fit
faire auffi - tôt la Proclamation fuivante
.
GVILLAVME R.
D'autant que par un Acte de ce
prefent Parlement , intitulé , Acte
pour éloigner les Papiftes & ceux
qui font reputez tels des Villes de
Londres & de VVeftminſter, & à la
diſtance de dix milles aux environs ,
les Papiftes qui en fi grand nombre
frequentent ces Villes, font declarez
& ont efte trouvez dangereux à la
paix & à la tranquillité de ce Royaume
, & qu'il y a des voyes e des
moyenspreferits & ordonnez par cet
Acte , tant pour découvrir que pour
éloigner ces perfonnes - là defuites
-Villes & des autres lieux dans la diftance
de dix milles ( hormis ceux qui
font exceptez dans ledit Afte) Leurs
du
Temps.
209
la
Mapſtez ayant tous les jours des experiences
des méchans & pernicieux
"deffeins qui fe forment & que l'on
met en pratique dans & autour def
dites Villes ,parmi leurs bien- Amez
Sujets, tendant à laruines à la deftruction
de tous les Proteftans & an
rétabliſſement du Papifme dans ces
Royaumes, & ayant efté priezpar les
Communes affemblez en Parlement
de remedier à ce defordre , ordonnent
& commandent expreffément par
prefente Proclamation à tous Papistes
& àceux quifont reputez tels,à la
referve de ceux qui font excepiez das
led. Acte , de fortir inceſſamment defdites
Villes & de tous autres lieux à
la diftance de dix milles d'icelles .
Leurs Majeftez ordonnant en outre
& commandant par les prefentes,
que, fi aucuns Papifles , où ceux qui
font reputez tels, qui ne font pas exceptez
dans ledit Alle , demeurent
dans l'une ou l'autre defdites Villes
ou ailleus à dix milles aux environs,
le Seigneur Maire de Londres
& tous les Inges de Paix desdites
1
210
X. P. des Affaires
Villes & des lieux circonvoisins procedent
contre eux comme contre des
gens qui confpirent contre la paix &
le bien du Gouvernement , Donné en
noftre Cour à Hamptoncourt , le 9.
de May 1689. & de nostre regne le
premier.
Les Presbiteriens font grands
amateurs de ces fortes de Proclamations
, parce qu'elles leur donnent
lieu d'exercer la haine qu'ils ont
contre les Catholiques ,de leur faire
des avanies , & de les maltraiter
quand ils fortent. Les Vagabonds
& gens fans aveu vont plus loin , &
fe fervent fouvent de ce pretexte
pour piller leurs maifons.
Le Prince d'Orange approuva le
même jour l'Acte pour abroger les
anciens fermens d'Allegeance & de
Suprematie , & mettre en ufage les
nouveaux. On détrône le Roy, parce
qu'on fuppofe qu'il enfraint les
Loix , & veut établir des nouveautez
. Cependant on fait tout ce que
l'on condamne en ce Monarque , &
ors qu'on le rend coupable , pour
du
Temps.
211
avoir difpenfé de quelques fermens,
on va jufques à les abroger, & l'on
en fait de nouveaux qui font reçus
en leur place. Il eft inouy que l'on
ait jamais parlé d'une chofe auffi
extraordinaire que ce qui s'est fait
en cette rencontre. Les Evêques
ayant infifté qu'on s'opposât à l'A-
&te qui oblige de prêter les nouveaux
fermens , il fut refolu que le
Prince d'Orange auroit pouvoir d'en
difpenfer douze perfonnes, & que moyennant
cette difpenfe ils pourroient
jouyr du tiers de leurs revenus Ecclefiaftiques.
Si ces fermens font juftes ,
chacun doit les prêter fans exception
, & s'ils ne font pas trouvez
tels , on ne les doit point prêter du
tout. Le bon fens ne fouffre pas
qu'on accorde des difpenfes de bien
faire. Mais pourquoy s'en étonner ?
Quand on a tout mis en confufion ,
on ne fçait plus ce qu'on fait .
9
Le Prince d'Orange voulant envoyer
des troupes en Hollande
jamais Prince n'a paru avoir fi pén
de pouvoir fur elles. Tantôt tous
212
X. P. des Affaires
les Officiers d'un Regiment defertoient
; tantôt la mefme chofe arrivoit
à tous les Soldats d'un autre
de forte qu'on n'a fouvent fait qu'un
feul Regiment de ces Officiers &
de ces Soldats , qui étoient de differens
Regimens. Des Troupes fi
peu affectionnées au fervice feroient
à craindre dans une journée où l'on
feroit obligé de donner combat.
Auffi voit - on beaucoup de defertions
dans celles qui font en Flandre
au fervice des Hollandois , &
on y entend dire publiquement à la
plufpart , que dans un jour de bataille
elles pafferoient du côté de
France , ne voulant point de guerre
avec un Monarque qui a fi genereufement
fecouru leur Roy. Le Prince
d'Orange voudroit qu'elles ne
revinffent jamals en Angleterre , &
il en fait tous les jours paffer par petites
troupes que l'on débarque en
differens Ports , afin que les Anglois
ne les appercevant point n'en
puiffent prendre d'ombrage. Ces
Troupes ne font pas feulement Hol
du Tems. 213
landoifes , mais de tous les Etats
de l'Europe. Il a des creatures par
tout , & les employe à corrompre
jufques aux fimples Soldats qui ont
quelque reputation , & pendant que
tout couronné qu'il eft , il effuye
avec une diffimulation fans égale
les caprices du Parlement , malgré
tous les Amis qu'il y a , jamais
Corps compofé de tant de teles
n'ayant manqué de donner des chagrins
aux méchans Princes ainfi
qu'il en donne aux bons , il prend
toutes les mefures neceffaires pour
s'emparer du pouvoir arbitraire
fans lequel il eft impoffible qu'un
homme de fon caractere regne feurement.
Je ne doute point qu'il
n'en vint à bout , fi par bonheur
pour la Nation , le Roi n'avoit un
puiffant parti en Angleterre & en
Ecoffe ; qui dés que ce Prince pretendra
agir avec l'autorité qu'il
voudroit bien ufurper , comme il a
fait déja la Couronne , fera groffi
par ceux qui paroiffent le plus dans
fes interefts .
214 X. P. des Affaires
Comme l'union qu'il avoit faite
avec la Maifon d'Auftriche & les
autres Princes fes Alliez , étoit fondée
fur la Declaration de guerre
qu'il devoit faire à la France , &
qu'on le preffoit de tenir parole , ce
qu'il ne fouhaitoit pas moins ardemment
qu'eux , ne fe fouciant pas du
fang qu'il en couteroit à toute l'Europe
, pourveu qu'il cuft la gloire de
fe voir Chef d'une Ligue dont le
fuccez lui fembloit indubitable ,
il travailla lui -même aux Memoires
de l'Adreffe qu'il avoit concertée
avec fes créatures que le Parlement
lui prefenteroit fur ce fujet.
11 fit mettre enfuite tous ces Memoires
en corps par le Docteur Burnet,
aprés quoi avec le Confeil de fes
plus pernicieux Confidens, il y jetta
encore du venin , de forte que
cet ouvrage qui femble avoir été
compofé par les Demons , parut
tel , même à une partie des creatures
de ce Prince , puis que la Chambre-
baffe l'ayant communiqué à la
Chambre haute , les Seigneurs le
du
Temps. 215
regarderent avec horreur , & blâmerent
ceux qui l'avoient dreffé
difant qu'on ne devoit point traiter
les Rois avec cette indignité.
C'est un ouvrage qui n'eft compofé
que d'injures contre le Roy , & de
fuppofitions execrables . Ainfi il fur
arrefté par la Chambre haute que
cette Adreffe qu'on nomina la longue
Adreffe , feroit fupprimée. Il fe
trouva neanmoins un Libraire af
fez hardy pour lofer faire imprimer,
mais la Chambre - haute ordonna
qu'il feroit recherché , poursuivi &
condaniné. Un tel procedé merite
fans doute de grandes louanges , &
je ne puis m'empêcher de lui en
donner ici. On doit connoiſtre par
là que beaucoup de ces Seigneurs
ne fçauroient fouffrir de lâchetez
& que la plufpart de ceux qui font
dans le parti du Prince d'Orange
s'y trouvant malheureuſement engagez
, & ne pouvant prefentement
le quitter fans s'expofer à fe perdre
, ne manqueront pas de prendre
celuy de leur legitime Souve-
>
216
X.
P.
des
Affaires
.
pas
rain , dés que l'occafion s'en offri
ra. Quant à l'Adreffe dont je viens
de vous parler, c'eft un fait conftant,
& jen ai une copie . La Chambre des
Communes qui a de coûtume de fe
revolter contre celle des Seigneurs,
& qui n'agit prefque jamais qu'en
tumulte & avec emportement,com .
me fait le Peuple , qui n'eft
moins paffionné dans la plutpart
de fes mouvemens , qu'il a d'aveuglement
à les fuivre , défera à la
Chambre haute , parce que ce n'eſt
pas de coeur qu'elle fe pique , &
qu'il lui devoit fuffire que les Seigneurs
confentiffent à la guerre
qu'elle demandoit. D'ailleurs , comme
ceux qui avoient paru les plus
emportez pour faire que cette Adreffe
fuft rendue publique , étoient
reconnus pour étre entierement devoüez
auPrince d'Orange, ce Prince
même ne jugea pas à propos qu'ils
pouffaffent les chofes plus loin
parce que l'on commençoit à remar →
quer que l'Adreffe qu'il vouloit
qu'on lui prefentât , étoit un Ouvrage
du Tems. 217
vrage où il avoit la plus grande
part , ce quine le pouvoit faire paf
fer que pour un homme qui ne gardoit
plus aucunes mesures , & qui
attaquoit fes Ennemis avec des armes
indignes du rang où il s'étoit
élevé. Si toft qu'on eut ceffé de parler
de cette Adrelle , la Chambres
des Communes prefenta celle
qui fuit ,
-
>
Nous , les tres - fidelles & tresoberffans
Sujets les Communes affem
blez en ce prefent Parlement , venons
tres humblement prier Votre Majefté
de confiderer ferieuſement les
moyens iniques dont le Roy Tres-
Chreftien s'eft fervi depuis quelques
années , pour ruiner le comme ce
troubler la tranquillité & l'intereft de
ce Royaume , & particulierement la
prefente invafion du Royaume d'irlande,
& l'affiftance qu'il donne à vos
Sujets rebelles en ce Pays-là. Nous
ne doutons en aucune maniere quefe
lon la fageffe de Voftre Majefte , les
alliances qu'Elle a déjafaites , &cel·
K
218
X. P.des Affaires
Les qu'Elle fera en certe b cafion ne
produisent les effets qu'on jen awond
en reduifant te Ry Tres- hrêtien ch
' tel eftat , qu'il ne foit plus deformais
en fon pouvoir de violer paix de la
Chrétienté , ni de porter préjudice au
negoce ou à la profperité de vostre
Royaume d'Angleterre. C'est pour cela
que nous fupplions tres -humblement
Votre Maiefté d'être affeurée sur la
promeffe folemnelle que nous lui faifons
, & fur les engag mens quénous
lai donnons de bon coeur , que lors
qu'Elle trouvera à propos d'entrer en
guerre contre le Roi Tres - Chrêtten ,
nous donnerons à Vôtre Maiefté les
moyens , par noftre aſſiſtance ſelon la
methode des Parlemens , de la mettre
en eftat , moyennant cette protection
cette benedicton dont Dieu l'a
toûiours favorisée , de faûtenir & fi
nir glorieusement cette Guerre.
Voici la réponse que leur fie
le Prince d'Orange,sh
du
Temps .
219
GVILLAVME ROY
Ie reçois cette Adreſſe comme une
marque de la confiance que vous avez
en moi, dont je vous fuis obligé , vous
affurant que je tâcheray par toutes
mes actions de vous y confi mer. Ie
་ ༡
vous affure que mon ambition ne me
fera jamais engager dans
guerre , qui puiffe expofer la Nation
à desperils ou à de la dépense ; mais
dans l'état où font les affaires , ie regarde
la Guerre comme étant fi fort
declarée par
aucune
par la France , que ce n'est pas
tant un acte de vôtre choix , qu'une
neceffité inévitable de nous deffendre.
Je me contenterai de vous dire que
comme j'ai hazardé ma vie & tout ce
que j'ai de plus cher , pour delivrer
cette Na ion des maux qu'elle for fr
froit , ie fais encore preft de l'expofér
pour la conferver & la deffendre con
tre tous fes Ennemis ; & comme je
ne doute pas que vous ne me donnicz
une affistance qui réponde à l'avis que
Kij
220
X. P. des Affaires
vous me donnez de declarer la Guerre
à unpuiſſant Ennemi , auffi pouvezvous
vous repofer fur moi , qu'aucunepartie
de ce que vous me donnerez
pour la faire avec fuccez , ne fera employée
par moi à aucun autre uſage .
On
peut dire
bien
loin
que
que
l'Adreffe que vous venez de lire contienne
de bonnes raifons , il n'y a
pas feulement de fens commun .
Perfonne n'en peut trouver dans
l'endroit où la Chambre-baffe dit ,
que le Roi de France s'eft fervi des
moyens iniques depuis quelques années
,pour ruiner le Commerce , &
troubler la tranquillité de l'Angleterre.
Quels font ces moyens ini.
ques , & qu'a fait le Roi pour ruiner
le commerce d'Angleterre ? Ce
font des paroles fans aucuns faits ,
& il n'y a pas même en tout cela
de prefomptions qui puiffent faire
foupçonner ce que l'on impute à
Sa Majesté. Les Anglois n'avoient
formé aucune plainte , ce qui arrive
ordinairement , quand les chodu
Tems. 121
·
fes font dans la fituation que la
Chambre baffe les dépeint. Les
deux Rois vivoi et en paix, tout étoit
calme en Angleterre , chacun y
profeffoit fa Religion , il n'y avoit
point de nouveaux impofts , & elle
n'a été troublée depuis ce tempslà
que par ceux qui l'ayant mife
dans le defordre où elle eft prefentement
, ont ruiné le commerce &
troublé la tranquillité qu'ils accufent
les autres d'avoir eu envie de
tronbler . On parle enfuite de l'ivafion
du Roy en Irlande , & de l'affiftance
qu'il donne aux Sujets rebelles
du Prince d'Orange . Après avoir
expofé que le Roi de France s'eft fervi
depuis plufieurs années de moyens
iniques pour troubler l'Angleterre , on
expofe des fujets prefens , qui n'ont
nul rapport avec le paffé , la fituation
de toutes les affaires ayant tellement
changé depuis le débarquement
du Prince d'Orange , que
ceux qui oppofent prefentement
leurs forces à celles d'Angleterre ,
vouloient les joindre il n'y a pas wa
K iij
222 X P des Affaires
an à celles de ce même Royaume ,
pour empêcher qu'il ne fut accablé
des maux qu'il fouffre , dépuis que
l'ambition de ce Prince l'a porté
à ufurper la Couronne . Quant à
l'invafion d'irlande , il eft ridicule
de dire , parce que le Roi d'Angleterre
a paffé dans ce Royaume avec
quelques Officiers François , que le
Roi de France y a fait une invaſion , Ú
qu'il affifte les Sujets rebelles du Prin
ce d'Orange. Les Irlandois ne font
point Sujets de ce Prince, & ne l'ont
jamais été , & quand il pourroit don
ner cenom aux Anglois qui ont trahi
leur Roi , & qui lont appellé ,
dont le nombre eft tres - petit en
comparaifon de tout le Feuple d'Anglerere
, il ne peut avoir même de
méchans pretextes , pour nommer
ainfi les Irlandois . L'irlande eft un
Royaume feparé , qui n'ayant aucun
lieu de plainte contre fon Roi,
ne s'en plaignoit point , & parce
que quelques traitres ont appellé le
Prince d'Orange en Angleterre , il
ne s'enfuit pas que les Irlandois qui
du Tems 1223
ne l'ont point appellé , doivent érne
fes Sujets , & que cet exemple les
mette dans lobligation de les imi
ter, On lit fur la fin de cette Adref
fe que Sa Majefte vile la paix
de la Chreftienté. Comment la peutelle
violer , puis qu'elle ne penfoir
Foint à la guerre , qu'Elle n'étoit
point armée, & que le Prince d'Orange
a fait des Ligues pour l'y engager
, afin qu'ayant toute l'Europe
fur les bras , ce Monarque fût moins
en pouvoir de donner contre lui'de
grands fecours au Roi d'Angleterre;
& voilà pourquoi cet ambitieux a
mis le feu aux quatre coins de l'Europe
pour executer fon entreprife
pendant ce temps - là . La Maiſon
d'Aufriche qui a crû en profiter
s'eft pen mife en peine fi la Religion
en fouffriroit , pourveu qu'elle fint fes
affaires aux dépens de ce qu'il en
coûteroit aux Catholiques . Enfin la
Chambre des Communes à tort de
dire que le Roi portoit préjudice à
la tranquillité & au negoce d'Angleterre
, puis que tout y fleuriffoit ;
K iiij
224 X. P. des Affaires.
mais ce ne fera plus maintenant la
même chofe. Les Hollandois
partageront
tout , & trouveront
en
toutes rencontres
de la faveur auprés
du faux Souverain d'Angleter-
-re , & ce fera alors qu'elle pourra
dire que fon negoce profperera
moins. La réponſe que le Prince
d'Orange a-faite à cette Adreffe, eft
d'un homme qui fe déguiſe , & qui
paroit doux & foumis pour venir
plus aifément à fon but. On voit
qu'il veut de l'argent,non feulement
parce qu'il l'aime naturellement
,
mais parce qu'il en faut beaucoup
pour foûtenir fon invafion. A l'égard
de la guerre qu'il regarde ,dit-il,
comme declarée par la France , il n'avoit
jamais douté qu'il ne deuft l'avoir
, puis qu'il avoit mis toutes
chofes en état pour cela , & qu'il avoit
lieu de croire qu'un Monarque
auffi genereux que le Roi , prendroit
le parti d'un Prince fon Allié , lâchement
trahy par fon Sang, & abandonné
par une partie de fes Sujets.
La plupart ne font pas à s'en rependu
Tems. 225
tir , & ceux qui en ont pû donner
des marques , l'ont déja fait . Vous
avez vû par les Proclamations du
Prince d'Orange même , comme les
Troupes defertent de jour en jour,
& vous verrez par celle que vous allez
lire, que les Matelots en ufent de
même à fon égard.
GVILLAVME R.
D'autant que leurs excellentes
Majeftez le Roy & la Reine ont befoin
d'employer leur flote Royale,
pour l'honneur & la feureté de leurs
Royaumes , Eftats & Pays de leur
obeyfance , en faisant la guerre contre
Le Roy des François ; & que par les
Loix de ce Royaume , chaque Marią
nier, Matelot, & Soldat ayant recen
le preft ou argent d'avance , pour fervir
Sa Majesté fur aucuns Waiffeaux,
& refufant aprés cela de fervir , on
manquant de fe rendre au temps
lieux qui lui ont effé preferits pour le
fervice de Sa Majesté , encourt le
danger de Felonie , s'en rend compa-
Κ
226 X. P. des Affaires
ble, & doit eftre puni & traité commejelon
; Et Sa Majesté ‹ftant neanmoins
i formée , que divers Mariniers,
Matelots & Soldars engagez
àſon ſervice , & ayant receu le preft
d'avance , negligent de fe rendre à
leurs poftes quittent le fervice , ce
qui pourroit estre caufe que les Vaif-
Jeauxde leurs Majeftez feroient mal
montez & mal fervis au danger de
leurs Peuples , particulierement en ce
temps , que les François ont déia envahi
les Estats de leurs Maieftez,&
Se preparent à dépouiller leurs Suiets
du privilege de leur Commerce, & de
divers autres avantages ; Leurs Maiestez
prevoyant donc , par leur fageffe
Royale , les inconveniens qui en
peuvent arriver, ont trouvé à propos
de l'avis de leur Confeil Privé , de
publier leur Royale Proclamation;&
Elles enioignent & commandent tres.
expreffement par icelle, à tous Mariniers,
Matelots & Soldats qui font
ou feront cy - aprés engagez à leurfervice,
fur aucun des Navires ou Vaif
feaux de leur Elote, & qui ont reoeu
du Tems. 217
& de
ou recevront le přeft en argent d'avance
pour cela, d'aller & de fe rendre
felon leur de voir , aux lieux qui
leur font preferits , & dans le temps
qui leur eft marqué, & de refter dans
le fervice auquel ils font ou fero..
appliquez sur peine de mort ,
telles autres peines, & punitions, que
les Loix leur peuvent infliger ou im→
pofer. Et afin de poursuivre plus
promptement & plus efficacement les
Délinquans, leurs Majeftez ont iugé
propos , & ont deffein de donner
inceffamment des Commiffions d'Oyer
& de Terminer , pour leur faire leur
procés felon les Loix, & les faire punir
en luftice. Et afin de mieux exe-
Guter l'intention Royale de leurs
Majeftez , ils enioignent & comman
dent par certe Proclamation , à tous
& à chacun des Gouverneurs , Mail
res, Sherifs, luges de Paix , Baillifs=
Conneftables , fous Conneftables &
autres leurs Officiers Miniftres &
Susers de ce Royaume , de quelque
qualité condition qu'ils soient , de
faire une exalte perquiſition & wer
e
K vj
228 X. P. des Affaires
cherche avec toute la diligence & le
foin poffible , afin de découvrir &
apprehender tous & un chacun des
Délinquans, & de les envoyer inceffamment
, ou les faire mettre dans la
plus prochaine prifon de la Province
, de la Ville , ou du lieu où ils fe̱-
ront arreftez , pour y demeurer iufqu'à
ce que leur procés leur foit fait,
& n'en fortir que par la voye de la
Iuftice ; & que les noms des Perfonnes
ainfi arreftées & emprisonnées,
foient inceffamment envoyez à leurs
Majeftez ou à leur Confeil Privé,
afin qu'on ait foin de les faire auſſitoft
poursuivre en iuftice . Donné en
moftre Cour à Hamptoncourt , le 29.
Avril 1689. & de noftre Regne le
premier.
J'ay crû abfolument neceffaire de
mertre icy cette Proclamation, parce
que toutes les Nouvelles publiques
imprimées en Hollande font
remplies du contraire, & qu'on y a
toûjours marqué que des milliers de
Matelots fe prefentoient tous les
jeurs pour fervir le Prince d'Orang
du
Temps.
229
ge ; ce qui ne peut être, puis qu'on
voit dans une piece publiée à Londres,
que les peines ordonnées contre
ceux qui ne demeureroient pas
dans le fervice alloient juſques à la
mort.
Comme il n'y a point de guerres
qui ne foient douteufes même pour
ceux dont les forces femblent étre
fuperieures en nombre à celles de
leurs Ennemis , le Prince d'Orange
s'étoit fervi des Creatures qu'il a
dans le Parlement , pour engager
ces deux Chambres à lui demander
plufieurs fois de la declarer à la
France, même à l'en preffer, & à lui
perfenter des adreffes.11 évitoit par
là d'être garant de l'évenement , &
quoi qu'il eût tout concerté pour
cette guerre avant qu'il eût quitté
la Hollande , comme elle ne paroiffoit
point du tout venir de fon mouvement
, & qu'il avoit dupé là Nation
, en fe faifant preffer par ces
deux Chambres de faire ce qu'il
fouhaitoit avec ardeur , on ne pouvoit
l'accufer de l'avoir entreprife,&
230 X.P. Des Affaires
elle réuffiffoit mal. Il n'agiffoit que
pour lui en cette rencontre, & voulant
affoiblir la Nation qu'il lui êtoit
important de dompter , ce qui
n'eft pas trop facile , il avoit par là de
feurs moyens de faire expofer le plus
fouvét ceux qu'il craignoit davatage,
& de chaffer honorablement de leur
patrie les Troupes & les Officiers ,
dont la fidelité fui êtoit fufpecte, &
qu'il croyoit attachez dans le coeur
à leur legitime Souverain , ou du
moins en qui il foupçonnoit du
panchant à retourner fous l'obeyffance
qu'ils lui devoient.Cet éloignement
lui êtoit encore utile , en ce
qu'il lui donnoit lieu , pour remplir
leur place , de faire venir dans le
Royaume des Troupes étrangeres ,
en qui il prenoit plus de confiance;
& en troifiéme lieu , la Nation loin
de fe plaindre de le voir armé , lui
en devoit avoir obligation , quoi
qu'il ne le fut que pour la tenir en
bride , & pour achever de la mettre
dans l'esclavage. Outre tous ces avantages.
qu'il tiroit contre les Apdu
Temps.
231
glois , de la guerre qu'il declaroit à
la France , elle luy fervoit encore à
remplir fes cofres , & à fatisfaire
fon avarice , & celle de fes Favoris,
puifque fous pretexte des grandes.
fommes dont il a befoin pour la
foutenir contre un auffi redoutable
Ennemy que le Roy de France , on
fait de tant de fortes d'impofitions ,
qu'il a beaucoup de refte ; auffi luy
&fes Amis prennent-ils foin de fe
partager toujours les premiers . On
fçait qu'il y a déja eu quelques
plaintes là deffus , & qu'êtant impoffible
que dans un grand corps
comme le Parlement d'Angleterre
il ne fe trouve quelques
Membres qui ne foient pas dévoüez
au Prince d'Orange , il y en a eu
qui ont propofé plufieurs fois de faire
rendre compte des fommes qu'on
a levées pour la guerre. On voit par
Toutes ces chofes , combien cette
guerre contre la France, eft préjudiciable
aux Anglois. Elle fert à faire:
facrifier leurs Troupes , en les envoyant
hors du Royaume,à les épuifer
›
232 X.P des Affaires
›
d'argent par les levées dont on n'a
jamais entendu parler en ce Royaume
; à ruiner leur commerce la
France ayant fait plus de prifes
qu'elle ; & enfin elle fe livre ellemême
par cette guerre au Gouvernement
arbitraire , puis que c'eft le
but du Prince d'Orange, & qu'il ne
fçauroit manquer de l'établir ayant
une Armée d'Etrangers dans le
coeur du Royaume Voicy fa Decalration
de guerre contre la France.
GVILLAVME R.
Comme il a plû à Dieu de fe fervir
de Nous , pour eftre les heureux inf
trumens de la délivrance de ces Nations,
des grands éminens dangers
aufquels elles eftoient exposées , de
nous placer fur le Trône de ces Ro
yaumes , Nous-nous croyons obligez
defaire tout noftre poffible pour procurer
le bien de nos Peuples , qui ne
fçauroit iamais eftre affure , qu'en
prevenant les malheurs dont ils font
menacez par les Ennemis de dekars.
du
Temps.
233
"
Lors que nous confiderons tous les
iniuftes moyens dont le Roy des Franfois
s'eft fervi depuis quelques années
pour fatisfaire à ſon ambition ; qu'il
n'a pas feulement envahi les Etats de
l'Empereur & de l'Empire à prefent
en amitié avec nous , defolant des
Provinces entieres & ruinant leurs
Habitans par fes Armées , mais qu'il
a declaré la Guerre à nos Alliez fans
yeftre provoqué , violant manifeftement
par là , les Traitez confirmez
par lagarantie de la Couronne d'Argleterre
Nous ne sçaurions moins
faire que de nous ioindre à nos Alliez
, pour nous oppofer aux deffeins
du Roy des François , que nous regardons
comme le Perturbateur de la
Paix & l'Ennemi commun de la Chrê.
tienté. Mais outre les engagemens
dans lesquels nous fommes entrez,
par les Traitez faits avec nos Alliez
, qui iuftifient fufifamment nôtre
prife des armes en ce temps cy,
puis qu'ils nous ont requis de le faire,
les iniuftices qui nous ont estéfates
& à nos Suiets par le Roy des
;
-
234 X. P. des Affaires
François fans aucune reparation, font
telles & en fi grand nombre, que bien
que depuis quelques années , on n'en
ait pris aucune connoiffance ,pour des
raifons connues de tout le Monde ,
ne voulans pas pourtant les laißer
paler ,fans faire publiquement connoire
le infte reffentiment que nous
avons de ces outrages . Il n'y a pas
fort long- temps que les François prenoient
des permiffions du Gouverneur
Anglois deTerre - Neuve , pour pefcher
dans les Mers de cette Cofte , &
qu'ils payoient un tribut pour ces
permiffions , comme une reconnoiffance
du droit que la feule Couronne
d'Angleterre afur cette Ife; & neanmoins
les François ont depuis fi fort
empie é fur nôtre dite Ifle , & fur le
commerce & la pefche de nos Sujets ,
que leurs actions ont plus Papparence
d'une invafion faite par des
Ennemis que le proccdé d'Amis,qui
ne iouffuient de l'avantage de ce negoce
que par permiffion . Mais
Roy des François ait envahi nos Iſles
дне
le
du
Temps. 235
Charibes , &ffuit emparépar force.
de nos Terres dans la Province de
la nouvelle Torc & de la Baye de
Halfon,fe foit rendu Maître de nos
Suiets, & enrichi fen Peuple du pillage
de leurs biens & de leurs marchandifes
, qu'il ait retenu quelquesuns
de nos Sujets dans un dur & rigoureux
emprisonnement , en aut fair
inbumainement tuer d'autres & ex
pofer le reste en Mer dans un petit
Vaißenu , fans nourriture & fans les
autres chofes neceffaires à la vie , ce
font des actions que des Ennemis
mêmes ne voudroient pas faire ; &
neanmoins il étoitfi éloigné de fe declarer
el que dans ce même tempslà,
ilfaifoit negocier icy en Angleter
re par fes Miniftres , un Traité de
Neutralité & de bonne correfpondance
en Amerique.Le procedé de ce Roy
Contre nos Suiets en Europe , est fi
notoire , qu'il n'eft point neceffaire de
nous étendre là - deſſus . L'appuy qu'il
donnoit aux Armateurs François
pour le faifir des Navires des An236
X. P. des Affaires
glois , la défenfe qu'il a faite d'apporter
dans fon Royaume une grande
Partie des Manufactures & des Denrées
d'Angleterre ,& les droits exor
birans qu'il a impofezfur les autres,
nonobftant le grand avantage que
Luy, & la Nation Françoise tirent
de leur negoce avec l'Angleterre ,font
des marques évidentes du deffein
qu'il avoit de ruiner le Commerce,
&par confequent la navigation des
Anglois , d'où dépendent extremement
le bien & la feureté de cette.
Nation. Le droit du Pavillon attacké
à la Couronne d'Angleterre a
efté difpuié parfes ordres , ce qui viole
la Souveraineté que Nous avons
fur les Mers Britanniques , que nos.
Prédeceffeurs ont de tout temps maintenue,
que Nous avons auffi refolu
de maintenirpour l'honneur de noftre
Couronne & de la Nation Angloife.
Mais ce qui Nous touche plus fenfiblement,
eft la maniere fi indigne d'un
Chrêtien dont il a perfecuté plufieurs
de nos Suiets Proteftas en France pour.
Le fait de la Religion contre le droit
du Tems. 237
des
nées
gens & les Traitez exprés , les
contraignant par des cruautez auffi
étranges qu'extraordinaires, à abjurer
leur Religion , en emprifonnant des
Maitres & des Matelots de nos Vaif
feaux Marchands, en faisant condamner
d'autres aux Galeres fous pretex.
te qu'il y avoit dans leurs Navires
quelques uns de fes miferables Sujets
Proteftans , ou de leurs effets ; &
enfin comme il a dépuis quelques anpar
des infinuations & des promeffes
de fecours, taché de renverfer
le Gouvernement d'Angleterre , ainfi
auffi prefentement ilfait tout fon pos
fible pour ruiner entièrement nos bons
&fidéles Sujets de nôtre Royaume
d'Irlande, par des voyes ouvertes &
violentes, & par l'invasion actuelle
de ce Royaume. Eftant donc obligez
de prendre les armes , & efperant
que Dieu favorifera nos juftes entreprifes,
nous avons trouvé à propos
de declarer & declarons
par la prefente
la Guerre au Roy des François,
& que nous la lui ferons vigoureufementPar
Mer &par Terre conjoin238
X. P. des Affaires
tement avec nos Alliez , puis qu'il
l'a fi injustement commencée étant af-
•fenrez que nos Sujets concoureront de
bon coeur avec Nous , & nous aideront
de même à foûtenir une fi bonne
caufe , mandant & ordonnant par la
prefente Declaration au Général de
nos Armées , à nos Commiffaires
pour executer la Charge de Grand
Amiral , aux Gouverneurs de nos
Provinces , de nos Forts & Garnifons
, & tous autres nos Officiers
Soldats tant par Mer que par
Terre, de commettre d'exercer tous
actes d'hoftilité en faisant la guerre
contre le Roy des François , fes Vaffaux
& fes Sujets , & de s'oppofer à
leurs entreprises , requerant tous nos
Sujets d'en prendre connoiſſance, leur,
défendant expreffement d'avoir ou
d'entretenir ci-aprés aucune correſ
pondance on communication avec le
Roy des François ou fes Sujets . Et
comme ily a dans nos Royaumes plufieurs
Sujets du Roi des François ,
-nous declarons & donnons nôtre parole
Royale , que tous ceux de la Ñadu
Temps.
239
tion Francoife qui se comporteront
comme ils doivent envers nous , &
qui n'auront aucune corres ondance
avec nos Ennemis , feront en leureté
pour leurs perfonnes & pour leurs
biens , & exempt de toute moleftation
& de tout trouble , de quelque
forte que ce foit Donné en noftre
Cour à Hamptoncourt , le 7. iour du
mois de May 1689. de nôtre Regne
le premier.
Il y a tant de chofes à dire contre
cette Declaration , que je manquerois
fans donte à ce que vous
attendez de moi , fi je n'y répondois
pas. Je ne dis rien du faftueux
préambule. Le Prince d'Orange
peut fe donner toutes les louanges
& tous les avantages que fon ambi .
tion lui fait fouhaiter ; comme celá
ne regarde point la France, & que
perfonne n'ignore que c'eft un Vfurpateur
qui parle , & qui voudroit
éblouir par de brillantes couleurs
& par des raifons forcées , je paffe
pardeffus ces fortes d'Articles , par240
X. P. des Affaires
ce qu'il faudroit avoir l'efprit bien
groffies , & étre bien ignorant des
affaires du monde pour s'y laiffer
furprendre.
que
Il dit dans le fecond Article
dépuis quelques années le Roi s'eft fervi
de moyens iniuftes pour fatisfaire
fon ambition , & fe contente de ces
paroles fans nous faire voir quels
font ces moyens injuftes. Cela eft
bien-tôt dit , & il ne faut que nier,
pour répondre à cet endroit de mêine
qu'il eft prouvé . On fçait que
l'envie fe déchaine ordinairement
contre un Prince conquerant, mais
il est avantageux d'en effuyer tous
les traits quand on n'i eft expofé
que parce qu'on eft le plus heureux
& le plus grand Homme de fon fiecle.
J'ay répondu plufieurs fois à ce
qui eft dit dans cet Article , & je
fuis entré là-deffus dans des détails
historiques & dans des preuves inconteftables
; de forte que je me
trouve embarraffé , car fi je replique
à ces pretendus moyens iniu-
Ates qu'on veut que le Roi ait employez
du Tems. 241
P
4
"
·
pas ployez, on m'accufera de n'eftre
affez fcrupuleux fur les repetitions,
& fi je ne répons rien , il ſemblera
que je cherche des faux fuyans
pour m'en difpenfer . Cependant je
me contenteray de renvoyer aux
raifons que j'ay déja données fur les
-mêmes plaintes , & d'y ajoûter feulement
ce que j'ay dit ailleurs , qui
eft , que fi le Roy n'avoit efté plus
Catholique que la Maifon d'A ftriche
, il en auroit ufé comme elle fait
amourd'hui , & fe ferait rendu maître
de la plus grande partie de l'Allemagne
aux dépens de Religion,
de même qu'au dépens de cette méme
Religion , la Maifon d' Afribe a
tâché d'envahir la France après d
voir confenti pour en veni plus faci-
Lement à bout , que la Religion Ca.
tholique für abolie en Angleterre. Lo
Prince d'Orange pourfuit fa Declaration
de guerre en ces termes.
Le Roy de France n'a pas fulement
envahi les Etats de l'Empereur & de
L'Empire à prefent en amitié avec.
Nous , défolán des Provinces earie-
L
ས
241 X. P. des Affaires.
res, & ruinant leurs Habitans par fes
Armées; mais il a declaré la guerre
à fes Alliez fans y eftre provoqué,
violant manifeftement par - là Les
Traitez confirmaz parla garantie de
la Couronne d'Angleterre. S'il ne
s'agiffoit que d'un Ecrit de Hollande,
je ne répondrois pas à ces plaintes
dont j'ay fi fouvent fait voir l'injuftice
, mais dûffay- je tomber dans
des repetitions , je ne fçaurois m'empêcher
de repliquer du moins quelq;
chofe à tous les Articl.d'une Declar.
de guerre,qui eft une piece hiftoriq;,
où l'on ne doit faire entrer que des
faits conftans, puis qu'autrement la
Declar. de guerre eft injufte , & le
fang qu'elle fait verfer injuftement
répandu , ce qui en rend coupables &
refponfables tout en femble ceux qui
prennent de méchans pretextes pour
ces Declarations.
Celle qu'a faite le Prince d'Oráge
roule fur ce qu'il pretend que le Roy
n'a point êté provoqué à en ufer de
la maniere qu'il a fait en Allemagne,
de forte que fi ce Monarque y a êté
provoqué , il faut que l'on demeure
du Tems. 243
d'acord qu'il n'a rien fait que de jufte.
Le Roi ne penfoit point du tout à la
guerre, où il fe trouve.prefentement
engagé; c'eft un fait conſtant & recónu
dans une infinité d'Ecrits faits
contre lui par fes Ennemis mêmes.
Pendát qu'il ne fongcoit qu'à la paix
& à faire fleurir la Religion Catholique
das tout fon Roiaume,le Prince
d'Orange mettoitfon application
toute entiere à envahir l'Angleterre,
& êtoit,pour ainsi dire , à l'afût afin
de fe faifir des premiers pretextes
qui s'offriroient de brouiller l'Europe,
ce qu'il pretendoit devoir empêcher
la France de découvrir fes deffeins.
L'affaire de l'Electorat de Cologne
eft arrivée , & il s'en eft ſervi
fort adroitement, en propofant à la
Maiſon d'Auftriche d'agir de concert
avec elle contre le Roy;l'Empereur a
d'autant plus volontiers accepté le
parti, qu'il étoit perfuadé que les Sujets
de Sa Majefté , qu'il croyoit
n'eftre pas dans le coeur bien réunis
à l'Eglife Romaine ,donneroient
de la belogne à ce Prince. Dans
Lij
244 X. P. des Affaires
cette penſée on a fait des Ligues &
des projets d'envahir la France.On
devoit débarquer en deux ou trois
endroits fur les Coftes , & entrer
juſques au coeur de l'Etat , où les
Allemans fe devoient rendre de leur
cofté.Enfin la France eftoit déja en
proye à ces nombreux Ennemis felon
ce qu'ils s'en eftoient imaginé,
& le fuccés de leurs grands deffeins
leur paroiffoit infaillible . Voilà ce
qui a provoqué le Roy ; on l'auroit
efté à moins , & le Prince d'Oran
ge a tort de dire que Sa Majesté n'avoit
aucun fujet de faire une Declaration
de guerre .Cependant ce Monarque
, au lieu de violer les Traitez
, en aufé avec une generofité
dont on ne sçauroit difconvenir , &
voyant que ceux qui le menaçoient,
& qui devoroient déja la France en
idée , ne feroient pas fitoft prefts
d'entrer en action , par un effet de
fon bon gouvernement
, qui met
toujours fes affaires dans une heureuſe
ſituation , il s'eft trouvé plutôt
armé que ceux qui fe preparoient à
du Tems. 245
engloutir ces Etats . Quoy qu'il les
ait prevenus , il leur a encore offert
la paix à des conditions tres avantageufes
, dont voicy les termes. Et
comme Sa Majesté n'a pas entrepris
le Siege de Philisbourg pour s'ouvrir
des moyens d'attaquer l'Empire
, mais feulement pour fermer
l'entrée de fes Etats à ceux qui
voudroient exciter de nouveaux
troubles , Elle offre pour faciliter
davantage le Traité de Paix , de
faire démolir les fortifications de
ladite Ville de Philisbourg , lors
qu'Elle l'aura reduite à ſon obeysfance
, de la faire rendre à l'Evêque
de Spire , pour en jouyr de la
même maniere que fes Predeceffeurs
ont fait avant que la Place fut fortifiée,
fans en pouvoir rétablir les for-
-tifications.
On lit enfuite. Sa Majesté veut
bien encore ajouter à fes offres une
preuve tres- confiderable & plus convaincante
du defir qu'Elle a de rétablir
une bonne correspondance
avec l'Empereur , & l'Empire , &
•
Liij
246 X. P. des Affaires
de la rendre d'une longue durée ; &
& quoique les dépenses extraordinaires
qu'Elle a faites pour rendre
la Place de Fribourg imprenable ,
comme elle est à prefent , la doivent
obliger à ne la détacher iamais de fa
Couronne , neanmoins pour procurer
une longue paix à toute la Chrêtien
é , pour faire voir qu'Elle
n'a penfe qu'à fermer Son Royaume,
& non pas à fe conferver des moyens
de s'agrandir , Elle veut bien auffi
dénanteler les fortifications de cette
importante Place , & la rendre à
l'Empereur , avec ses dépendances , à
coditionqu'elle ne pourra íamais être
fortifiée. Voilà un fait qui ne peut
eftre nié , puis que ces offres du
Roy ont efté imprimées , renduës
publiques , & envoyées dans toutes
les Cours. On ne devroit jamais
avancer aucune chofe qui ne
fut ainfi foûtenue par des faits
conftans ; celui que je viens de
raporter ne pouvant eftre mis en
doute , auroit deu il y a long-
•
du Temps.
247
temps fermer la bouche aux Ennemis
de Sa Majeſté , & arreſter
la plume des Ecrivains de Hollande
, puis que tout ce que les uns
ont dit , & ce que tous les autres
ont écrit , eft entierement détruit
par offres faites avant le Siege de
Philisbourg. Si les Ennemis fe
plaignent de la priſe du Palatinat,
& des dégats qu'y ont caufé les
Troupes du Roy , ils ne fe devoient
plaindre que d'eux - méines , puis
que ce Prince les a avertis , & qu'il
a bien voulu acheter la Paix auxdépens
de deux Places imprenables.
Je dis acheter ; loin qu'il y
ait de la honte , rien ne lui pouvoit
donner plus de gloire . S'il a fouhaité
la Paix , c'eftoit pour en faire
nouveau prefent à l'Europe ,
& pour empefcher qu'on ne répandit
encore du fang. On en
fera convaincu , fi l'on confidere
lors qu'il a fait ces offres ,
que
ne craignoit pas fes Ennemis . Il
eftoit armé , ils ne l'eftoient pas
il
Liiij
248
X. P. des Affaires
encore , & il ne pouvoit même douter
qu'il n'emportaft Philisbourg
avant qu'aucun d'eux fut en eſtat
dentrer en Campagne . Cependant
il n'a pas laiffé de vouloir
bien acheter la Paix au prix de deux
Places imprenables , comme je viens
de le dire , pour la donner non feulement
à l'Europe, mais encore à la
vrye Religion , qui estoit fur le
point de fouffrir les cruelles perfecu
. ions que l'on a veu arriver depuis.
Le Prince d'Orange au defefpoir
de cette generofité du Roy,
qui lui auroit fait manquer fon
coup , puis que fi la France n'euft
eu que lui à combattre , il n'auroit
pas feulement ofé regarder l'Angleterre
, s'employa auprés de la
Maifon d'Auftriche , pour l'empef
cher d'accepter les offres de ce Mo.
narque , & redoubla les affurances
qu'il avoit déja données de penetrer
jufques au coeur du Royaume
par les defcentes qu'il y feroit . La
Maifon d'Auftriche plus animée que
Catholique en cette rencontre, adu
Tems. 249
bandouna le bien qu'elle faifoit à la
Religion en Hongrie , pour lui faire
la guerre en France , & en Angleterre
, & elle aima mieux que le
fer & le feu defolaffent toute 1 Europe
, que de laiffer au Roy la gloire
d'y maintenir la Paix; de forte
que Sa Majesté jugeant par le refus.
des grandes offres qu'Elle avoit faites
, & par les menaces qu'on lui
faifoit du grand nombre d'Ennemis.
qu'Elle devoit avoir à combattre,
crut que pour parer le coup il lui
eftoit important de prendre de plus
grandes precautions qu'on ne fait
dans une guerre ordinaire , & qu'il
lui devoit estre permis de fe défendre
par toutes fortes de moiens , de
même qu'il le feroit à un homme
qui auroit des Ennemis affez lâches
pour le mettre dix contre lui feul,
car à proportion les Ennemis de la
France fe vantoient de devoir eftre
en auffi grand nombre contre le
Roi , fans compter fes propres Sujets
qu'ils pretendoient joindre par
plufieurs endroits jufqu'au coeur de
L V
250 X. P des Affaires
les .
fon Royaume , & à qui ils devoient
porter des armes pour leur fervir en
fe foulevant. Ce Prince fe trouvant
donc obligé de défendre fes
fidelles Sujets , fe faifit du Palatinat
, & en ufa dans les Etats qu'il
prit , de la maniere qu'il fçavoit
qu'on en devoit ufer dans les fiens.
Ces manieres ne lui eftoient pas
ordinaires , quoi que la
guerre
permette , & qu'il n'euft pas voulu
s'en fervir en 1672. malgré la certitude
où il pouvoit estre de conquerir
la Hollande , qui feroit à lui
prefentement , s'il euft voulu la traiter
comme il a fait le Palatinat ;
mais ce Monarque à qui la bonté
eft naturelle , a fçu faire une gran
de difference d'une guerre où il ne
devoit rien apprehender , & d'une
guerre où il eftoit obligé de défendre
fa gloire, fes Sujets , & la Religion.
Joignez à cela qu'ayant offert
la paix à fes Ennemis , & deux
Places imprenables , il n'avoit rien
à fe reprocher , puis qu'il n'attaquoit
que pour fe défendre , & en
1
du Tems. 251
prenant la caufe de fon Peuple & celle
de Dieu. On peut juger aprés cela
fi le Prince d'Orange a eu raifon
de dire dans le fecond Article de fa
Declaration de guerre , que le Roy
a violé les Traitez. Il eft vray que
fes Ennemis ne pouvant fe confoler
de voir que leurs deffeins étoient
découverts, & que ce Monarque les
euft prévenus en fe mettant en campagne
plutôt qu'eux , ont pû dire
qu'il les violoit , puis qu'il n'attendoit
pas qu'ils fiffent marcher leurs
Troupes ; mais c'eft leur faute , aprés
avoir commencé les premiers
à fe preparer , ils ne devoient pas
eftre les derniers prefts. On voit
par là que le Roy n'a point violé les
Traitez , & qu'il n'a point envahi
d'Etats comme le Prince d'Orange
qui l'en accuſe , a lui - même fait.
Leur procedé eft bien different.
Le Prince d'Orange a nié qu'il allaft
en Angleterre , & le Roy a
fait imprimer & publier qu'il
envoyoit fes Troupes dans le
Palatinat & offert deux Pla-
>
L vj
252 X. P. des Affaires
ces pour n'eftre pas obligé de les y
faire entrer. Ainfi tout ce que ce
Prince reproche au Roy là - deffus
dans fa declaration étant injurieux &
faux, il est coupable lui feul du fang
que fa Declaration de guerre fera répandre,
puis que cette guerre n'a aucune
caufe legitime & que le Roy,
comme on voit par des faits conf
& par des offres imprimées
, publiées , & envoyées dans
toutes les Cours a fait tout le
contraire de ce qu'il cherche à lui
imputer.
tans >
و
Le troifiéme Article de cette méme
Declaration contient ces paroles.
Mais outre les engagemens dans
lefquels nous fommes entrez par les
Traitez faits avec nos Alliez , qui
infifient fuffisamment noftre prife
d'armes en ce temps - cy , puis qu'ils
nous ont requis de le faire , les iniuf
tices qui nous ont efté faites , & à
nos Suiets ,par le Roy des François,
Sans aucune reparation , font telles,,
en fi grand nombre , que bien que
du Tems. 253
depuis quelques années on n'en ait
pris aucune connoiffance , pour des
raifons connues de tout le monde,
nous ne voulons pas pourtant les
Laiffer paffer fans faire publique-.
ment connoitre le iufte reffentiment
que nous avons de ces
ges.
outra-
Je ne fçay comment le Prince
d'Orange a ofé donner au Public la
premier partie de cet article , fans
apprehender de choquer la Maiſon
d'Auftriche , fi ce n'eft qu'ayant levé
le mafque , elle fe met prefentement
peu en peine que les injuftices
foient publiées , & qu'on voye
qu'elle foûtient mal le furnom de
Catholique, puis qu'elle abandonne
la Religion , & qu'elle excite fes
Tirans à ufurper les Etats , ce qui
doit eftre vray , s'il eft conftant ,
comme le Prince d'Orange l'avance
,
qu'elle l'ait requis de faire ce
que nous voyons aujourd'hui , par
où il pretend,dit- il, eftre suffisamment
iuftifié d'avoir pris les armes ence tes ….
3. Ainfi on n'a point befoin de
254 X. P. des Affaires
raifonnemens pour faire connoitre
que la Maifon d'Auftriche avoit des
Traitez avec le Prince d'Orange, &
que par confequent elle eft caufe de
fon invafion en Angleterre & comine
cette invafion coûte beaucoup
à la Religion Catholique, il eft aifé
de voir que la Maifon d'Autriche
eft caufe de ce que cette même Religion
a fouffert , fouffre & fouffrira
en Angleterre , & qu'elle auroit
bien voulu auffi- qu'elle eut eu du
defavantage en France. Mais fi ce
que ce Prince expofe de ces Traitez
avec la Maifon d'Auftriche
pour eftre juftifié d'avoir pris les armes
en ce temps- cy, peut eftre caufe
qu'il a declaré la guerre à la France
, il ne s'enfuit pas que ce Monarque
ait merité qu'on la lui déclarât
. Ce font deux chofes differentes
, & le Prince d'Orange a mal
conclu à l'égard de ce qu'il a expofé
dans la premiere partie de cet article.
La feconde fait feulement voir
qu'il a quelques plaintes à faire, &
je vais examiner Particle fuivant
du Tems:
2550
نم
puis qu'il les renferme. I n'y a pas
long-temps que les François prenoient
des permiffions des Gouverneurs Anglois
de Terre- Neuve pour pefcber
dans les Mers de cette Cofte , &
qu'ils payoient un tribut pour cettepermiffion
, comme une reconnoiffance
du droit que la feule Couronne
d'Angleterre a fur cette Ifle , &
neanmoins ils ont depuis-peu fi fort
empieté fur noftre- dite Ife , & fur
le commerce de la pefche de nos Su- -
jets, que leurs actions ont en plus l'apparence
d'une invasion faite par des
Ennemis , qu'elles n'ont efté un procodé
d'amis , qui nejouyßent de l'avantage
de ce negoce que par permiffion.
On voit bien que le Prince d'Orange
n'a pas de grandes plaintes à
faire , puis qu'il s'amufe à des bagatelles
qui font ignorées du Public,
& qui ne peuvent tout au plus eftre
connues que de quelques gens d'un
tres- bas employ.Le commencement
de cette Declaration en faifoit
attendre pour les fuites , ce qu'on *
256 X.P. Des Affaires
attendoit de cette grolle Montagne
qui devoit enfanter. On croyoit
devoir lire de grands faits , & qui'
répondiffent à la reputation de
deux grandes Nations , & on ne
voit refulter pour fujets de plainte
que des differens de miferables pécheurs
, qui n'aboutiroient peutêtre
à rien , fi on fe donnoit la peine
d'en examiner le fond ; mais la
chofe eft de fi peu de confequence
qu'on n'en a point entendu parler
du tout. Cependant cette pêche a
de l'air d'une invafion , à ce que dit
le Prince d'Orange , & felon lui
un attentat fur des morues de Terre-
neuve en eft une, & l'ufurpation
d'un Royaume eft une action qui
merite des loüanges .
Il y a un autre Article conceu en
ces termes. Mais que le Roi des
François ait envahi nos les Charibes
& fe foir empa é par forces de nos
terres dans la Province de la Nonvelle
York & de la Baye de Hidfon
fe foit rendu maiftre de nos Forts,
qu'il ait brûlé les maisons de nos Suda
Temps.
257
jets , & enrichi fon Peuple du pillamarchandifes
, ge
de leurs biens
& qu'il ait retenu quelques - uns de nos
Sujets dans un dur & rigoureux emprifonnement
, en ait fait inhumainement
tuer d'autres , & expoſer le refteen
Mer dans un petit Vaiffeanfans
nourriture & fans les autres choſes
neceffaires à la vie , cefont des actions
que des Ennemis mêmes ne vou
droient pas faire , & neanmoins il
étoit fi éloigné de fe declarer tel, que
dans le même temps , il faifoit negod
cier ici en Angleterre par fes Miniftres
un Traité de Neutralité , & de
bonne correfpondance en Amerique.
Quoi que cet Article femble un peu
plus fort à caufe de la peinture
qu'on y fait de quelques malheu
reux , il est neanmoins prefque de
la nature du précedent. Les deux
Rois n'ont point voulu prendre part
à ce qui s'eft paffé en ces quartiers-
Jà entre leurs Sujets , & ces d mêlez
n'étant que de particuliers , ils
ont nommé des gens pour les regler
fur les lieux , & font convenus
$58. X. P. des Affaires
2
-
de faire examiner ici l'affaire , en cas
qu'elle ne fe puft accommoder . Si
ce démêlé avoit été une affaire d'Etat
il auroit fait plus de bruit . Le
Prince d'Orange le cite,parce qu'on
a peu de nouvelles de fi loin , & ·
qu'on s'en met peu en peine , &
croit éblouir en peignant avec de
noires couleurs des chofes qui dans
le fond ne font que des bagatelles ;
mais il faut expofer des fujets de
plaintes dans une Declaration deguerre,&
il cherche tout ce qui peut
furprendre & aigrir le Peuple , &.
dot il eft difficile de prouver la fauffeté,
du moinsfur le champ; à caufe
de l'éloignement des lieux . Il avoue
lui- même que le Roi de France étoit
bien éloigné de fe declarer Ennemi
; donc il ne croyoit pas avoir
rien fait qui dût engager aucun
Prince à étre le fien . L'Article que
vous allez lire doit encore moins
fervir de fujer pour une Declaration
de guerre Le procédé de ce Roi contre
nos Suiets en Europe eft fi notoi e,
qu'il n'est point neceffaire de nous dé
du
Temps!
259
fendre là-deffus. L'appui qu'il donnoit
aux Armateurs Francois pour se faifir
des Navires des Anglois ; la déa
fenfe qu'il a faite d'apporter dans fon.
Royaume une grande partie de nos
Manufactures & des Denrées d'Angle
terre, & les droits exorbitans qu'il a
impofez fur les autres , nonobftant le
grand avantage que lui la Nation
Francoife tirent de leur negoce avec
l'Angleterre,font des marques évidentes
du deffein qu'il avoit de ruiner le
commerce ,& par confequèt la navigation
des Anglois d'où dépendent extre
moment le bien la feurité de cette
Nation. Il feroit difficile de fçavoir
ce que le Prince d'Orange entend
par l'appui qu'il dit que le Roi donne
aux Armateurs Francois pour se faifir
des Navires d'Angleterre. Ce terme
d'apui n'explique rien nettement
& ne paroit employé que pour faireentendre
une chofe faulle qu'on n'oferoit
dire en termes formels , de
peur d'en avoir le déinenti . Fnfin
quand il feroit arrivé que des
Armateurs François auroient pris
260 X. P. des Affaires
quelques Vaiffeaux Anglois , qui
peut-étre avoient changé de Pavillon
, ou qu'on ne croyoit pas d'abord
Anglois , cela ne fuffit pas
pour en faire le fujet d'une groffe
guerre , & les Rois même n'entrent
pas toujours dans des démêlez de
Barques & de petits Vaiffeaux , &
laiffent à leurs Confeils de Marine,
à juger ce qui eft de bonne prife
ou non , & l'on en prend quelquefois
que l'on reftitue enfuite. Quant
aux plaintes des défenfes que le
Roi à faites d'apporter en fon Royaume
des Manufactures d'Angleterre
, & des droits qu'il a impofez
fur d'autres . il n'y a rien de fi
libre , & ces fortes de deffenfes
quoique pratiquées de tout temps ,
n'ont point encore obligé les Rois
à prendre les armes . Si Sa Majefte
a des Sujets qui ne foient point
occupez , & qui puiffent fabriquer
dans fon Royaume ce que nous tirons
des autres Etats , Elle a raiſon
de s'en fervir , & fes Voifins ne
s'en peuvent plaindre , & ne s'en
du Temps.
261
que
font jamais plaints . Auffi ont ils
le droit de reprefailles pour ce qui
fe debite chez- eux , & cela seft
toûjours fait de certe forte , fans
les Souverains foient entrez en
guerre pour un fi foible fujet . Il y
a plus encore, nous voyons fouvent
que les Souverains deffendent certaines
chofes dans leurs propres
Etats , pour y faire moderer le luxe
lors qu'il commence à paroitre
avec excez . Ainfi les Etrangers ne
leur doivent point fçavoir mativais
gré de ce qu'ils font contre eux,
lors qu'ils font la même chofe có re
leurs Sujets felon qu'ils le jugent à
propos. Ce que le Prince d Orange
ajoûte que la France tire de l'adu
commerce d'Angleterre , vantage
mais qu'elle diffend fes Manufactures
pourle ruiner , eft trop puerile pour
y répondre. Si la France en tire
tant d'utilité & qu'elle s'en prive ,
le Prince d'Orange doit efte bien
aife de voir que fon Ennemi fe faffe
un tort fi notable pour le chagriner
; mais fi l'avantage de la
262 X. P. des Affaires.
Françe eft auffi confiderable dans
ce commerce que le veut perfuader
ce Prince , il eft impoffible qu'il foir
auffi grand du cofté de l'Angleterre
, & que les deux Royaumes faffent
un profit égal. Ils peuvent tous
deux gagner , parce que c'est l'effet
du commerce ; mais en fin l'un
doit gagner plus que l'autre .Je veux
cependant que le gain & la perte fe
partagent de chaque cofté dequoy
fe peut plaindre le Prince d'Orange
fi la France fouffre également ? il
ne parle pas jufte , lors qu'il veut
faire entendre , que la France a la
malice de vouloir perdre pour faire
perdre fon Ennemy , puis que c'eſt
vouloir juger de l'intention, ce que
perfonne ne doit faire, tant il eſt facile
de fe tromper là - deffus. Il finit
cet article en difant , que le bien &
la feurere de l'Angleterre dépendent
de for commerce , & de fa Navigation
. S'il le croit comme il l'affure,
il est bien coupable envers la Nation
, de l'avoir engagée à le preffer
de declarer une guerre,dont 1 Andu
Temps. 263
gleterre fera accablée , puis que fon
commerce ne fleurira pas pendant
qu'elle durera, ce qui peut caufer fa
ruine ,felon qu'il cherche à le faire
entendre par fa Declaration.
Voicy un article auffi forcé que le
precedent. Le droit de P. villon attaché
à la Couronne d'Angleterre a efté
difputé par fes ordres , ce qui viote
la Souveraineté que nous avons fur
les Mers Britanniques , que nos Predeceffeurs
ont de tout temps maintenue,
& que nous avos auffi refolu de maintenir,
pour l'honneur de notre Couronne
de la Nation Angloise .
L'Angleterre n'a point de Contrats
, par lefquels la France lui ait
cedé la Souveraineté que le Prince
d'Orange , pretend. Elle lui auroit
donné ce qui n'appartient à perfonne
, & dont le plus fort joüit
roûjours , tant qu'il demeure le plus
puiffamment ariné fur Mer. L'Angleterre
qui de tout temps , hors
fous le Regne du Roy , a eu plus de
forces maritimes que la France , a
cry avoir droit de Souveraineté
264 X. P. des Affaires.
à
peu
fur ce que perfonne ne lui difputoit.
Il n'y avoit prefque point de Vaiffeaux
en France avant le Miniſte.
re du Cardinal de Richelieu , &
la Marine s'étant accruë peu
dépuis ce temps-là , la France eft devenue
fi puiffante fur Mer , qu'elle
l'emporte aujourd'hui fur l'Angleterre,
& fur la Hollande enſemble ,
quoi que les principales forces de
ces deux Nations confitent en celles
de Mer. Ainfi il n'y a pas d'apparence
que la France cedaft à l'une
des deux ce qu'elle difpute à
toutes les deux unies. J'avoue qu'il
eft arrivé en de certains temps que
la France & l'Angleterre étant en
paix , leurs Vaiffeaux ont évité de
fe rencontrer , pour n'avoir point
lieu de difputer un honneur que
l'un & l'autre n'auroient cedé que
par un Combat. Jugez par toutes
ces chofes fi le Prince d'Orange a fujet
de declarer la guerre au Roi fur
cet article, & fi le plus grand Monarque
du monde (ce n'eftpoint ici
une louange, c'est un fait qui prouve
,
се
du Tems. 265
"
>
ce que j'avance ) un Monarque
qui a le pas fur tous les autres , &
à qui l'Efpagne a fait dire par fon
Ambaffadeur , en prefence de tous
les Ambaffadeurs de l'Europe
que les fiens ne le difputeroient
jamais à ceux de France , doit
ceder quelques honneurs à un Ufurpateur
mal affermi , & qui peut
à chaque moment tomber d'un
Trône qui n'a pas fon poids en le
portant , pendant que toute l'Europe
liguée contre Sa Majefté , ne
peut êbranler fa puiffance , & que
felon ce qui nous paroit , fes Ennemis
ont plus à craindre qu'à eſperer,
Enfin me voici an dernier article
de la longue Declaration de Guerre
du Prince d'Orange , qui n'eft
longue que parce que n'ayant rien
à dire,il a ramaffé -beaucoup de chofes
de peu de confequence, afin qu'étant
mifes en un Corps , elles
puffent éblouir les Peuples par leur
nombre , fi elles n'avoient point
affez de folidité pour les covaincre,
M
266 X. P. des Affaires
Aleft conceu en ces termes.
2
Mais ce qui nous touche plus
fenfiblement , eft la maniere fi indigne
d'un Chreftien , dont il a perfe
cuté plufieurs de nos Suiets Proteftans
enFr ne , pour le fait de la Religion
, contre le droit des gens & les
Traitez exprés , les contraignant par
des cruautez auffi étranges qu'extraordinaires
, à abjurer leur Religion
, en emprifonnant des Maistres
des Matelots de nos Vaiffeanx
Marchands > en faifant condamner
d'autres aux Galeres fous pretexte
qu'il y avoit dans leurs Navires
quelques - uns de fes miferables Sujets
Proteftans on de leurs effets ,
& enfin comme il a dépuis quelques
années par des infinuations & des
promeffes de fecours tafché de renverfer
le Gouvernement d'Angleter
re , ainsi , auffi prefentement il fait
tout fon poffible pour ruiner entierement
nos bons & fidelles Sujets de noftre
Royaume d'Irlande,par des voyes
onvertes & violentes , par l'invafion
actuelle de ce Royaume.
du
Temps . 267
Il eft aifé de répondre au premier
point de cet Article , & en
difant que ce qu'il expoſe eſt abfolument
faux , il n'y a perfonne
qui n'en convienne d'abord , parce
que c'est un fait public , & que
toute la Terre fçait que les Etrangers
n'ont point été compris dans
ce qui s'est fait en France à l'égard
des Pretendus Reformez.
Quant à ce qui fuit dans le même
Article › que le Roi a dépuis
quelques années par des infinuations
& des promeffes de fecours taché de
renverser le Gouvernement & Angleterre
, il y a beaucoup de chofes à
répondre . Le mot d'infinuations ne
prouve rien , & le Prince d'Orange
n'a pas fujet de declarer une guerre
là - deffus , puis que quand ce feroit
à lui même qu'on auroit infinué
une chofe , celui qui la lui auroit
infinuée pourroit encore la nier , s'il
ne lui en avoit point parlé pofitivement.
Il ne s'agit donc que de prefomptions,&
les prefomptions font
des preuves bien legeres pour entre-
Mij
263
X. P. des Affaires
prendre une guerre , qui ne peur
fe faire fans verfer beaucoup de
fang. Mais je lui veux paffer cet
Article qui le choque , parce qu'il
eft contre lui & en faveur de la
Nation . Si le Roi avoit offert ce
fecours , & qu'on cuft bien voulu
l'accepter, l'Angleterre feroit à prefent
tranquille , chacun y profefferoit
fa Religion , ce Royaume ne
feroit point accablé d'impofts , on
n'auroit point vû couler des torrens
de fang en Ecoffe & en Irlande,
fans ce qu'il en coûtera encore
au trois Royaumes , tant que le
Prince d'Orange fera fur le Trône,
puis que le regne d'un Ufurpateur
ne fçauroit jamais eftre paisible . En
effet les chofes prennent un train
qui doit faire croire que l'ambition
de ce Prince fera couler plus
du tiers du fang de la Nation , ce
qui prouve qu'il n'a pas dit vrai
dans ces manifeftes, lors qu'il a fupposé
qu'il avoit été appellé par toute
Ja Nation , puis que fi cela étoit , il
ny auroit aucun trouble dans l'Andu
Temps.
269
gleterre , ceux qu'on y voit arriver
de jour en jour n'étant caufez
que parce que les fidelles Sujets
de Sa Majefté Britannique s'op
pofent à fon Ufurpation . Je ne répons
rien à la derniere partie de
cet Article qui regardé linvaſion.
que le Prince d'Orange pretend
que le Roy ait faite en Irlande
parce que j'y ay déja répondu dans
un autre Article de cette même
Declaration .
>
Il ne me refte plus qu'à vous.
faire voir la Declaration de guerre
que le Roi de France a faite
à cet Ufurpateur. Elle a pour
Titre ,
M. ifj
270 X. P. des Affaires
ORDONNANCE
du Roy , portant Declaration
de Guerre
contre l'Ufurpateur
des Royaumes d'Angleterre
& d'Ecoffe , &
contre fes Fauteurs &
Adherans .
S
>
A Majefté auroit declaré
la guerre à l'Vfurparur
d'Angleterre dés que
fun entreprise a é laté
fi Elle n'avoit apprehendé de confondre
avec les adherans dudit Vfurpa
teur , les Sujets fidelles de Sa Majefte
Britannique , qu'Elle n'enft toùjours
efperé que les honneftes gens
du Tems: 271
de la Nation Angloife ayant borrenr
de ce que les Fauteurs du Prince d'Orange
leur ont fait faire contre leur
Roy legitime, pourroient rentrer dans
leur devoir devoir , & travailler à
chaffer le Prince d'Orange d'Angleterre
& d'Ecoffe.Sa Majesté ayant êté
informée que ledit Prince d'Orange
lui a declaré la guerre par fon Ordonnance
du 17.du mois de May dernier;
Sa Maiefté a ordonné & ordonne
à tousfes Suiets Vaffaux & Serviteurs
, de courre fus aux Anglois &
Ecoffois,Fauteurs de l'vfurpateur des
Royaumes d'Angleterre & d'Ecoffe,
& leur à deffendu & deffend d'avoir
cy- aprés avec eux aucune communi–
cation , commerce, ny intelligence , à
peine de la vie,Et à cette fin, Sa Maiefté
a dés-à-prefent revoqué & revoque
toutes Permiffions , Paffeports,
Sauvegardes , & Saufconduits qui
pourroient avoir efté accordez par
Elle,ou par fes Lieutenans Generaux,
& autres Officiers , contraires à la
Prefente, & les a declárez nuls & de
272
X. P. des Affaires
nulle valeur.Défend à qui que ce soit
d'y avoir égard. Made ordone fa Maiefté
à M. l'Amiral , aux Maréchaux
de France , Gouverneurs , &fes Lieuterans
Generaux en fes Provinces &
Armées, Maréchaux de Camp , Capitaines
, Chefs & Conducteurs de fes
Gens de guerre, tant de cheval que de
pied, François & Etrangers , & tous
autresfes Officiers qu'il appartiendra,..
que le contenu en la Prefence ils faf
fent executer chacun à fon égard dans
Létendue de leurs pouvoirs & Iurif
dictions. CAR telle eft la volonté de
Sa Maiefté , laquelle entend que la
Pefente foit publiée & affichée en
toutes les Villes , tant maritimes:
qu'autres , en tousfes Ports , Hivres
, & autres lieux de fon Royaume
que befoin fera , à ce qu'aucun n'en
pretende caufe dignorance; qu'aux
copies d'icelle duement collationnées,,
foy foit ajoûtée comme à l'original.
Fait à Marly-le 25.Juin 1689.Signé,
LOVIS : Et plus bas,le TELLIER...
du Tems. 273
>
,
Cette Declaration qui ne contient
que huit ou dix lignes le
refte n'étant que des ordres 2
été admirée de tous ceux qui l'ont
veüe. On y remarque beaucoup
de fageffe , & de prudence , &
que le Roy declare la guerre à
l'Ufurpateur d'Angleterre , fans la
déclarer à la Nation .
*
BEL
TIBLIO
THEOTREANE
FIN
LYON
*/893
VILLE
274 X. P. des Affaires
shhhhhshh ahhth
EXTRAIT DV PRIVILEGE
Du Roy.
P
AR Grace & Privilege du
Roi , donné à Chaville , le
dix -huitiéme Juillet mil fix cens
quatre vingt - trois . Signé , Par
le Roi en fon Confeil, JuN QUIERES.
Il eft permis an Sieur
DANNEAU , Ecuyer Sieur
Devizé , de continuer de faire
imprimer , vendre & debiter le Livre
intitulé , MERCURE
GALANT contenant plufieurs
Relations , Hiftoires , & generalement
tout ce qui dépend dudit
Livre , par tel Imprimeur qu'il
voudra choifir , Et deffenfes font
faites à tous Imprimeurs & Libraires
, & tous autres de faire imprimer
, vendre & debiter ledit Livre
ni graver aucunes Planches
fervant à l'ornement d'icelui , ny
›
,
même de le donner à lire , pendant
le temps & efpace de dix années
entieres , le tout à peine de
fix mille livres d'amende contre les
Contrevenans , ainfi que plus au
long il eft porté efdites Lettres.
Regiftré fur le Livre de la Communauté
, aux charges & conditions
portées , le í 4. Septembre
1683 .
Signé ANGOT , Syndic .
Ledit Sieur DEVISE' a cedé
fon droit du prefent Privilege à
Michel Guerout Libraire , pour en
joüir fuivant l'accord fait entr'eux .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères