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,1Jti.f;r1ftU'fYUnJr,f"lDJlI1t
CALANT -
DEDIE' A MONSEIGNEUR
A PARIS,
AV PALAIS,
1.
ONdonnera toujours un Volume
-
no-veau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq Cols en Parchemin.
A PARIS,
Clicz G. DE LUYNE,au Palais, dans la
Salle des Merciers, à la Justice.
T. GIRARD,au Palais ,dans la Grande
Salle , à l'Envie.
£s MICHEL GUEROUT, Court-neuve
du Palais, au Dauphin.
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
PL-ÎLIE {¡"f.
j- - )
AOVsr 168,.
L ne s'est rien fait
depuis long -temps
qui marque mieux la
pieté & la grandeur d'ame
qu'on admire dans le Roy,
qu'une Plainte que la Religion
adresse aux Princes Cacholiques.
En leur reprochant
qu'ils l'abandonnent
lors qu'ilssouffrent les attentats
d'un Usurpateur
y contre
un Prince qui ne Ce voit
hors du Trône que pour ses
seuls interests, elle fait connoistre
combien il est glorieux
à Sa Majesté d'estre
toujours ferme à la soutenir,
êi à se distinguer entre tous
les Souverains par un zele qui
a produit le plus beau de ses
triomphes. Cet Ouvrage est
de Mr l'Abbé du Jarry, dont
la réputation vous est connue
par plusieurs autres qui
luy ont acquis beaucoup d'esisme
,& je croy ne pouvoir
mieux commencer ma Lettre
qu'en vous faisant part de
ce que son zele pour nostre
Auguste Monarque, luy a
fait dire à sa gloire.
PLAINTE
DE LA RELIGION
aux Princes Catholiques. Dsuprèmepouvoirsacrez dépojîiaircs
,
Sur qui Dieufaitbrillerses plus vifs
caracteres
, Et que le ciel engage à difendre mes
Loix.
Par les augustes noms de chrestien.
&deRois;
Princes, mes chersEnfans, ouvre
vos coeurs aux plaintes
.!i?!!,i vont de ma douleur vous mat
quer les atteintes.
J'esperois sur vos fronts du crim
reverez
Trouverpourmessaints droits de
ajyles jàçre'{,
Ht que de vostre rang ma gloire in
separable,
AuxprophanesHumains me rendroi
venerable:
Mais que vois-je aujourd'huy ? vou
trompez, mon espoir,
rOMSfluffret des enfersl'attentat
plusnoir,
Dufar Usurpateurl'affresetyran
nie, [punie
Le crime couronnépar l'audace im.
L'Oint du Seigneur errant sur de
fraisses vaisseaux
, En proye à la fureur des mutins &
des eaux ;
a Le lieusaintprophanê,lesigne de
Id beste
11 Et le bandeen Royalsur une mefine
teste.
PrillltJ) VOIN le voyez, de ce CIma
mun affront
La tache efi imprimée à voJlrt augttffe
fvont)
Du Diadêm en rjous lagloire inte.
riffe
,
Du Titre le plus saint la majesté
bitfiée,
Tous les Trônes du monde en un
seul ébranlez)
Tous vos droits, tous les miens en
un jour violez,,
a Apoc. c. 3.
Et parmy tant de Rois,je ne vcy
qu'un Monarque,
,Qui de mon défenseurporte l'illustre
marque.
Ovoussur qui le Ciel ver/ases riches
dons,
Pour sauver de foubly la gloire des
grands Noms:
Dont les heureux écrits vantezdans
touslesâges,
Doivent du- marbre usé voir tomber
les ouvrages,
Far destraits immortels) a la poflerité
Confierez* de LOVIS la generoJitL
-91-M,on porte au Ciel l'éclat de ses
autresTropbées
,
La difeorde & l'erreurpar son bras
étouffées,
L'orgueil de ses Rivaux par ses
Irmeçdomité,,
Ce degré de puissance a fin comble
montéi
Ce qui doit te (ouvrirr/une gloire
immortelle,
Ffl âeflre lesoutien d'un Trône qui
chancelle.
Luysitis,demes Autels l'inébranlable
appuy,
Fait hcmt à tous ces Rots conjurez
contre luy.
b Seigneur,livre àfin brasfis cn
nemisen proye ;
Frappe-les des terreurs que ta colere
envoye ; - riflé
.si!:!!e le Tiran confusperissi embac
Danslepiègefatal que luy-mesme
a dressé:
LAijJè tomber les fléaux marquez,
dans tes Oracles
b Macab. c I. C. 4. Psal.cf.
d Surlesprophanateurs de tessaints
Tibernacles;
:{tle l'impie aveuglé d'un bonheur
criminel
Ne dise pINS; Ou donc est le Dieu
8 d'israel?
Et queles Nations scachentque tu
protégés
Le Monarque ennemy des Trônes
sacrileges.
Toy, qui viens de donner l'exemple
glorieux
D'un Sceptre abandonné pour l'interess
des Cieux,
Héros, ne rougis ¡.lllt de ta disgrace
illustre ;
Dans les bras de LOVIS tu prens
un nouveau lustre,
En effiJant les pleurs d'un Monarque
Chrcften,
d Judith, c. 9.
~l te couvre d'éclat quand il te rend
letien.
~e voy briller sur toy sa gloire répandue
,
[ confonduë,
De vos augustes fronts la splendeur
Par un nouveau[peliade instruisant
les Mortels,
Vous montrezjusqu'où va le 7,ele
des Autels,
Quand pour les proteger,l'ardeur
qui vous anime
Enfait l'un le Vangeur , &lautre
la Victime.
Mais que dis-je ? d'orgüeille Tiran
enyvre
Aux traits du Ciel vangeur luymesme
s'est livré,
II voit deses desseins prosperer l'insolence
,
c Ilsemblemesurer les monts dans
labalance
,
e 2. Macab. c. 9.
Maiflre de l'Océan,commander à siJ
flots;
Mais quand l'homme est puny ,
le
Ciel brise sesfleaux.
Combien d'Usurpateurs redoutezsur
la terre
guépargnerent un temps les coups
de son tonnerre,
f Au soufle du Seigneur du Trône
renversez,
g Comme la poudre en l'air ont esté
JiJftrfiTj
Il n'a qu'à laisserchoircettegrandeurfragile,
Ellesi brisera comme un vase d'argile:
Ilfrappe le haut cedre avec l'humble
reseau
f , lob. c. 4.
g Psal. 1.j
Et du sùprêmerang precipite tll,
tombeau.
Princes , quelle fureur VOtlJ fait
mettre un obstacle
Au Ciel, qui par LOVISprepare ce
miracle?
Complices d'un Tiran , que nepart.
tget vous
Lagloire du Heros dont vous esses
jaloux?
lïefendez* comme luy mes droits avec
lesvostres
) Aux interests du Ciel immolant totu
les dlltres. [ darts Ileutjadis horreur de voirses éten-
A ïenvy du Sultan menacer vos
ramparts Quand du bron,ze embrazé fitmoient
les murs de Vienne,
Son coeurfut penetré d'une doit/air
Chrestienne,
Sa vertu fittomber les Armes de ses
mains, Il fit taire en son coeur tous sentimens
humains,
Et l'Empire panchant aux bords du précipice,
Doitsonsalut peut-estre à ce grand
ficrif/a.
h .!!!.!!etAigle par l'effortd'un Roy
religieux
,
Prennesur le Croissant un vol victorieux
,
LOVIS voitsans allarme accroistresa
Il pttiffince ) triomphe avec moy] de l'effroy de
Bisance
Il , ne veut plus cüeillir de Lauriers
que les miens,
Illaisse le champ libre aux Conquerans
Chrestiens,
b Le Roy de Pologne
Ses Escadrons du Rhin desertent les
rivages,
Il refpccle une main qui vange mes
outrages ;
Maistre de son couroux il le sçait
étouffer,
Il aime un ennemy qui me fait
triompher, ( vie
» Et met égalementau dessus de t'en-
La grandeur de son ame,&l'éclat
desavie.
O vous qui l'offejsez, Vllinqtlel/r
des Othomans
,
De leur sang infidelle encore tour
famans,
NejoúiUtzpdS vosmains à quije
dois des Temples.
Suivez de ce Heros les généreux:
exemples,
Il respectoit en vous les Vangeurs
de la Croix;
N'attaquez pas en luy le Défenseur
des Rois.
Quevostre ardeur pour moy soit
égale à sienne, Il aima vostre gloire attachée à la
mienne ,
Pour estre comme luy mes veritables
Fils,
,AimeZsis.i,ttrtjh avec les miens
unis:
Contre le Monstre affreux qui vomitlesblasphêmes
,.
Tournez le fer vangeur armé contre
vous-mesmes.
Craignezque les horreurs d'lin criminel
combat,
De vos Lauriers sacrez ne ternlJJenP
l'éclat.
Sifance vous ouvroit ses superbes
murailles ; i Apoc. 15,
Ses Peuples en fureur déchiroient
leurs entrailles;
Son Empire ébranlé, ses Sultans
égorgez,
Sembloient marquer le jour de mes
Autelsvangez
, Et la Croixsans effort surses mtw
arborée,
Vous presentoit de loin la Palme
preparée.
c'est-làques'ilsipeut, par desfaits
inoüis [ LOVIS.
Vous devez balancer les Exploits de
uand£Europe à ses pieds voit
tomberl'Heresie
,
Purgez, d'un culte affreux l'Empire
de iAfie Il , va vaincre pour maysur les rives
du Rhin,
Plantez, mes étendarts sur les bords
du Jourdain,
Et d'une égaleardeur armez pour
ma querelle
,
Ne vous montrez Rivaux qu'en
disputant de zele.
Mais quoy? vous estes sourds à
ma plaintive voix,
Vos Guerriers font gemir 14 Terre
sous leur poids,
1 Et l'affreux appareil d'une Ligue
barbare
Contre l'OintduSeigneurpar l'enfer
se préparé!
GrandDieu,l'impieespereau nombre
de seschars,
tn ilparle avec orgueil couvert de
cent remparts ;
Mais LOVIS appuyé du ser & de
la lance,
l Psal. 2.
m Psal. r9.
Dans ton bras tout-puissant a mis
sonesperance.
n Arme donc ses Gueritrs de ton
glaive vainqueur, Fais prosperer en toutses voeuxse-
Ionfin coeury
Reçoy du haut du ciel avec un oeil
propice,
Desespeuples unis le coeur ensacrisiee.
*Pour un RJicher, sigrand
?
&sipieux,
Les holocaustes saints plaisent de.-
vant tesyeux,
Entenssur tout la voix des Epouses
sacrées
,
Au pied de son Palais des pornp($'
feparces,
n Psal. 19,
Ibid.
Etlespremierssoupirs de ces coeurs
innocens,
Jguidc leurs voeuxpourluy t'offrent
le purencens: Commande aux Escadrons de tes
Anges fidelles
p De défendre son Trône à l'ombre
de tes aîles ;
Veille sur le berceau de ce Royal
EnfintJ
.,tf4e tu mets en depost chez ce Roy
triomphant.
Instruitssesfoibles mains à terraser
l'audace
D!fftperhe ennemy dont l'orgueil le
menace,
Renverseles projets de la rebelionq
Fais tomberàsespieds lesuperbe
Lion ,
p Psal.90.
'}. Ibid.
Ouvre
f(jU'Vrt devantses ças tes fentiersfalutaires
, ,
Et le porte en tes mains AH Trône de
ses Peres.
Le temps approche où nous
devons voir l'effet des preparatifs
qu'on a publié depuis
quelques mois que les Turcs
faisoient pour la Campagne.
Le Kan des Tartares a esté
appellé aux Conferences qui
se font tenuës à Andrinople
surcesujet.LeGrand Visir
ayant eu nouvelles qu'il y
devoit arriver le lQ. Janvier,
envoya son Kiahia au devant
de luy à une journée de la
Ville, avec trois cens Soldats
de sa Garde
,
vingt Agas,
le Chiaoux Bachi & quarante
Chiaoux. Il sortit luymesme
d'Andrinople, accompagné
de son Aga& des
deux Commandans des Spahis,
& alla jusqu'à deux lieuës
pour le recevoir fous une
Tente qu'on avoit dressée
exprés. Lors qu'il s'y fût reposé
un peu de temps, le Kan
arriva. Le Visir vint à sa rencontre
jusqu'à l'entrée de la
Tente,& le conduisit dedans,
marchant le premier. On leur
presenta le Café & le Sorbet,
aprés quoy ils monterent à
cheval. Le Visir avoir la
droite. Ses Gardes & [es
Chiaoux marchoient devant,
& ses Musiciens derriere,avec
environ trois cens Tartares.
On se rendit en cet ordre au
Palais du Grand Visir qui entra
avant le Kan. & alla l'attendre
au haut de l'Escalier
pendant qu'il mettoit pied à
terre. Ce fut là qu'il le receut,
& ensuite il le mena à la
Chambre d'Audience, marchant
toujours devant luy.
Le Kan y prit place à droite,
&le Grand Visir à gauche.
Ils eurent une assez longue
conversation qui preceda le
soupé. Ce repas finy
)
le
Visir luypresenta une Veste
dezibeline, & l'accompagna
jusqu'alEscalier. Le Kan
ayant pris congé de luy,
montasur un cheval bien enharnaché
dont il luy avoit
fait present & on le mena à
un Palais qui luy avoit esté
preparé. Le Grand Visir luy
lendit visite le lendemain,
& le 23. il l'envoya inviter à
venir à l'Audience de Sa Hautesse.
On le conduisit au PalaisduVisirqui
l'accompa'
na au Serrail du Grand Sei^
gneur. Ils entrerent par la
Porte du Jardin
y
& allerent
mettrepied à terre à l'apparement
du Bostangi Bachi:,
ou Chef des Jardiniers. IlsY
prirent le Café
, & pendant
ce temps, on vint avertir ce
premier Ministred'allertrouver
Sa Hautesse. Un peu après
leCapigi Aga vint avec 1c
Capigilar ~Klahia
, pour conduire
le Kanà la Chambro
où Elle estoit. Le salut du
Kan futde baisser la telle en
entrant, & de mettre la mainjusquà
terre. Le Grand Seigneurestant
descendu de son
Trône
,
s'avança trois pas
pour le recevoir
y
puis le salua
en bailfancaussî la teste,
& retourna sur son Trône. Le
Kan s'rtflu a sa droite sur un
tabouret, & le Grand Visir
à sa gauche sur un autre. L'entretien
fut d'un quart-d'heure.
On donna au Kan une
Veste de zibeline, ayant de
gros boutons d'or & des gances
de mesme
,
& un bonnet
ausside zibeline, avec deux
petites plumes des deux cotez
enrichies de pierreries.
Au sortir del'Audience, il
monta sur un cheval caparaçonné
comme pour le
Grand Seigneur mesme. Quarante
Tartaresmarchant deux
à deux: alloient à pied devant
luy. Ils estoient suivis
du Chiaoux Bachi avec ses
Chiaoux
,
& du Maistre des
Ceremonies. Ceux-cy precedoient
leKan& le Visir
,
le
premier ayant la droite de
l'autre. La Cour du Visir
marchoit ensuite, puis le premier
Ministre du Kan avec
tous ses Tartares aussi deux
à deux? revestus de belles
Vestes qui estoient un prelent
de Sa Hautesse. Ce fut
avec cette pompe qu'ilsarriverent
à la porte du Palais
du Grand Visir. Alors ce
Ministre sans mettre pied à
terre salua le Kan, .& entra
chez luy avec ses Gardes &
ses Pages,tandis que le Kan,
accompagné de toute sa suite,
retourna au Palais où il logeoit.
Il y eut le jour suivant
une longue conférence touchant
les moyens de reduire
Yeghen Bacha
)
Seras kier de
Hongriedont larévolteempechoit
que l'on ne prist de
justes mesures pour,la guerre.
En attendant qu'on pust en
venir à bout, on resolut de
donner sa Charge à un nouveau
Seras-k-ler,& Arap Regeb
Bacha fut choisi pour la remplir.
Quelques jours après le
Neveu de ce Rebelle fut pris
à Philippopoli. Il n'avoit que
dix- huit ans, &illuy menoit
quatre cens hommes. Sa teste
avec cellesde ses Soldats fut
envoyée à Andrinople,ainsi
que la teste du Bacha de Silistrie,
qui avoit esté le Kiahiad'Yeghen.
Le 13. de Fevrier
, leKan eut son Audience
de congé, du Grand
Seigneur. On luy fit present
d'une autre Vestede zibeline,
d'un Cimeterre, d'un Arc
avec ses Fléches, & d'un cheval
avec un harnois Impérial.
Au retour de l'A udience, il
mit pied à terre au Palais du
Grand-Visir,où l'on tint un
grand Conseil en prcfence
du Mussy
,
des deux Cadileskers
,
du Janissaire Aga,
*des principaux Officiers des
Janissaires, & des deux Agas
des Spahis. Le Conseil estant
finy, tous les Officiers se retirerent
)
à l'exception du
Mufti, qui demeura le reste
du foir avec le Kan &.-
Grand Visir. Le 14. ce premierMinistreconduisit
le
Kan hors la Ville avec la
mesme fuite qu'il avoit euë
en allant le recevoir. Le 9 de
Mars, la teste d'Yeghen Bacha,
&celles de seize de ses
-
principaux Officiers furent
apportées à Andrinople
, ce
qui causa beaucoup de joye
à la Porte. Il estoit allé avec
huit cens hommes trouver
un nommé Mahmut,Bey en
Albanie, qui en commandoit
quatre mille dans les
Montagnes. Mahmut l'ayant
receu d'abord avec de grandes
honneftetez ,le trahit ensuite
, & le livra au Bacha
Arap, nouveau Seraskier.
L'Empire Othoman estant
délivré de ce Rebelle, on ne
songeaplusqu'àpréparer toutes
choses pour la guerre. Le
9. d'Avril on dressales Tentes
du Grand Seigneur & celles
du Grand Visir, avec les ceremonies
accoûtumées, & le
Peuple fit connoifire par ses
acclamations l'interest qu'il
y prenoit. Les jours suivans
on vit arriver plusieursVolontaires,
Ils avoient le Turan
noir & la Veste noire.
C'est la couleur dont se fervent
ceux qui vont à la guere
par le seul zele de Religion.
Le 18. du mesmemois
~nfit lareveuë des Janissaires
une lieuë d'Andrinople.Le
GrandVisir, devant quielle
fut faite, en choisit douze
Ddas ou Chambres pour aller
du costé de Negrepont. Il
changea quelques Officiers,
& permit à ceux qui ne pouvoient
plus servir à cause de
leur grand âge, d'aller prendre
du repos, après les avoir
recompensez. Peu de jours
après, le Janissaire Aga sortit
de la Ville en grand appareil
pour aller au Camp ,
où il
mena six mille Janissaires
choisis. Ces préparatifs flatant
le Peuple
, on chercha à l'animer
encore davantage, en
faisant porter par la Ville
soixante & quatre Drapeaux
pris sur les Croates & les
Allemans; qui avoient eilé
taillezenpieces à Genibazar
dans la Bossine
,
& ils furent
exposez prés des Tentes du
Grand Seigneur, avec toutes
les marques de satisfaction
que pouvoient donner les
1
Troupes. Le lendemain Sa
Hautesse forcit du Serrail. Le
Grand Visir
,
le Musti, &
les plus considerables Officiers
de l'Empire l'accompagnoient.
L'Etendart de Mahomet
estoit à la teste
, avec
quatre cens Cherifsà Turban
verd
, destinez à le garder
pendant la Campagne. Le
Grand Seigneur, qui fit paroi
stre un air fier & martial
dans toute la marche, sarrefta
devant les Drapeaux qu'on
avoit pris sur les Allemans,
& parlant fort haut au Grand
Visir
a
il dit qu'il fal/oit
prendre courage; que les Musulmans
pourvoients'asseurer
qu'ils le verroienttoujours 4
leurteste, & qu'il ejloitrejoltt
de partager avec eux tous les
perils aussi-bien que la gloire
decette Campagne. Le 27. on
coupa la telle devant ses
Tentes à deux Officiers des
Troupes d'Yegen Bacha
,
à
qui des discours seditieux
estoient échapez. Ona eu
quelques avis que le Grand
Seigneur estant party d'Andrinople
s'estoit avancéjusqu'à
Philippopoli
)
mais la
confirmation enest necessaire
avant qu'on y doive ajoûter
foy.
Il est difficile que n'a vous yez entendu parler de la
grande affaire pour laquelle
on a travaillé depuis quelque.,
temps àfaire un Traité d'accommodement
entre le Roy
de Dannemarc& le Ducdç;
Holstein-Gottorp, Hol[acc:,
ou Holstein, est une Province,
d'Allemagne dans la Baffe-
Saxe, comprise aujourd'huy
dans le Dannemarc. Elle efb
diviséeenquatre parties, dost,
l'uneretientle nom de Hol- ficin) qu'elle s'c£|. propre'
ment attribué. L'autre est
Stomaren; la troisiéme Ditmarck
,,
& la derniere Wag-
-
heren. Les principales Villes
font Lubec & Hambourg,
qui sont Anseatiques. Gluckftadt,
Brunsbuttel,Meldorp,
Pinnanberg, Rensborg,avec
tout le Comté de Segeberg
> font au Roy de Dannemarc,
& Kiel Oldenborg
,
Lunden,
& quelques autres, appartiennent
au Duc de Holstein.
Charles-Gustave,Roy de Suede,
épousa en 1654. Hedwige-
Eleonor, Soeur de Christierne-
Albert, Duc de HolsteinGottorp
, & par le Traité de
Roschild qu'il fit au commencement
de l'an 1658. avec
Frédéric Roy de Dannemarc,
il l'obligea de ceder au
Duc son Beau-frere, les droits
de Souverainetéqu'il avoit
sur le DuchédeSleswich.Le
Roy de Dannemarc y ayant
confenty
,
confirma encore
cette cession par le Traité de
Copenhague de l'an 1660. Depuis
la derniere guerre entre
les Danois & les Suedois,
aprés l'an 1674. Christierne
V.Roy de Dannemarc, Fils
de Frederic, s'est niisfcnpoP
session de divers droits, ap..
partenans au Duc de Holfc
tein;& par le Traité de Paix
conclu à Fontainebleau, ce
Duc a rentré danstout ce qui
luy estoit acquis par lesTraitez
de Roschil & de Copenhague.
Les différends n'ont
paslaissé de continuer entre
ces -
deux Princes; & le Duc
de Holstein ayantchoisi pour
Médiateurs
,
l'Empereur, &,.
les Electeurs de Saxe & de
Brandebourg,SaMajesté
Imperiale, & leurs Altesses.
Electorales envoyerent leurs
Ministres à Altena, oùTAf-jsemblée
se devoit tenir pour
terminer cette affaire.Le 10.de
May dernier, les Plenipotentiaires
du Duc deHolstein-
Gottorp donnerent un Memoire
aux Ministres Mediateurs,
par lequel ils demandoient
larestitutionduDuché
deSleswich en toute Souveraineté
,& celle desquatre
Bailliagesengagez, sans que
l'on fust obligé d'en faire au»-
cun dédommagement, le par
rage des contributions de ce
Duché,&de celuy dcHolilejn;
quatre cens mille écus pour k rétablissement de laFôits~
resse de Toningue,les Canons
& les munitions qui s'y trouvoient
lors qu'elle fut demolie
en 1675. & cinq cens
milleécus pour les non joüissances
,
declarant que ce
Duc ne vouloir estre tenu à
ces offres que pendant un
mois. Le 10. de Juin,jouroù
finissoit le terme donné pour
accepter les propositions d'accommodement
J
les Médiateurs
de Dannemarc, de Suede,
de Hollande, deZell, &
de Hanover, se rendirent à
Altena, & après une longue
Conférence, les Médiateurs
n'ayant pu faire convenir les
Parties d'aucun Traité, dresserent
unnouveau projet dont
ils donnerent une copie aux
Ministresdu Roy de Dannemarc,
& une autre à ceux du
Duc de-H-olst-ein-Gottorp, protestantquesi l'accommodement
n'estoit figné dans le
terme de quinze jours, l'Empereur
& les Electeurs de Saxe
& de Brandebourg se de->
clareroient contre celuy qui
refufcroit de le terminer. Il
futenfin conclu le 30. du
mesme mois par Sa Majesté
Danoise, & par le Duc de
Holstein,aux conditions qui
suivent.
I. Ily aura une Amnistiegenerale
&un oublyperpetuel de
tout ce qui s'est pajlé de part *,
d'autre, les Ministres & les
Sujets de l'un ny de l'autre ne
pouvant estre recherchez, ou molcftez
pour cela; Et on ne regardera
de mauvais oeil, aucun des
Sujets du Ducde Holstein qui
sifont soûmisau Roy de Dane-
,
marc; maisau contraire, on renouvelle
par ce Traité,une amitiéinviolable&
une uniontresétroite
entre S.M.Danoise~&Son
Àlte]]},ainsi qu'entreleurs Heritiers
ritiers & Successeurs.
II Le Roy de Danemdrc rétablira
le Duc de Holflein dans
toutes ses Terres & biens, dans
sa Souveraineté, ses Regales , droits de lever de l'argent
,
de
faire des Alliances
,
de bastir des
Forts ~&y mettre GarnisonJ (!7
dans tous les autres Droits,Privileges
& Preéminencesdont il
joiïifjoit en vertu des Traitez de
VVejlplJalÙ& du Nord,jusques
en l'année1675. &dans tout ce
qui luy appartient par le Traité
de Fontainebleau,qui estconfirmé
par celuy-cy; & Sa e./J1a..
jestérendra aussi à tous les Sujets
& Domefliques de Son Altesse,
leurs effets, biens Capitaux.
III. Et comme leDucentreses
autres prétentions, demande que
le Roy dégagé tljle de Femeren
~& les Bailliages de Steinborst, de
Tremsbuttel & de Trittavv de
tous hipoteques ~&engagemens,
,& les luj rende francs libres
de toutes dettes, Sa Majestépour
donner de nouvelles marques de
sa sincerité & de son affection
fraternelle,renonce à l'hipotéque
qu'Elle asur le Bailliage de Trittavv
> quoy qu'illuysit encore
dû une somme d'argent considerMe
, (jr luy rendra leditBai
liageavecses autres Estats.Mais
que pour ce qui regarde l'Isle de
Femeren & les Bailliages de
Steinborst & de Tremsbuttel
, n'estantpas entreses mains
,
mais
entre celles deSon Altesse Roya*
le le Prince George de Danemarc
son Frere, les Mediateurs pour
affermir & conserverlapaix du
Nord qui est si necessaire, & le
Cercle de la Bajje Saxe auquel
le bien commun est siinteressé,se
font chargez de trouver un milieu,
sans frais ny préjudice à
Sa Majesté,pour satisfaire son
Altesse Royale, touchant les prétentions
qu'Elle asur ladite IJJe
&surlesdits Bailliages, de forte
qu'ils puissentestre rendus au
Duc de Holstein, francs de toutes
dettes.
IV. D'autre costé, le Duc renonce
non feulement à toutes les
prétentions qu'il pourroit avoir
sur le Roy , pour avoir saisie
gardéses Estats, mais aujjtse démet
@J abandonne le procèsqu'il
avoit intentéà la CourImpériale
contre le Duc de Ploen.
V. Pour ce qui regarde l'Union
dr les Accords entre les deux
Familles, & les Traitez faits
jusqu'en 167/. ils continueront en
leurentiere force, ~&s'observeront
religieusement , ainsi que
ceux de VVestphalie> du Nord
üde Fontainebleau ; üle Roy
de son cossé cedera tous les arrerages
(7 contributions qui ne
sont pas encore levées.
V1. Les choses de moindre
consequence qui ne sontpas encore
terminées, feront accommodées
Famiable ou par la voye
de droit,sans qu'aucune des deux
parties pttijfe rien entreprendre
par voye de fait.
VII. L'Echange des ratifications
de ce Traitéfe fera àAltena
14. jours après sa datte,~& le
contenuseramis àexecution huit
jours après. En foy de quoy 2)
&c.
L'ouvrage que vous allez
lire est la traduction d'un
Poëme Latin composé par un
Jesuite,ensuite d'un discours
fort éloquent
,
qu'il avoit
prononcé en faveur de la langue
Latine contre la Françoijfe.
Celafait voir que quand
on a de l'esprit, on peut soûtenir
également le pour & le
contre.
PALINODIE.
RAisonnemens trompeurs, Eloquencefuneste
, Vains discours,queje vous detefie!
J'ay voulu lâchement trahirvostre
party,
France,mon aimable. Patrie: J'ay voulu signaler mon aveugle fu*.
rie,
Et moyseulje mesuis trahy.
Ah, Mere des beauxArts, pardonne
à l'insolence
D'un Orateur trop vehement.
riens) langue des Latins, rens à
celle de France
L'honneur que tu luy doissi légitimement.
, X)ou vient que malgré tavieillesse
Tu veux tepiquer de beauté?
Scais-tu que ton éclat qui surprend
lajeunesse.
N'a rien qui nesoit emprunté ?
C'est vainement que l'on s'enteste
Desfoibles ornemens que ton adresse
aprefie,
Tous ces airsconcentrez,cettefausse
candeur,
Cefardqu'on voitsurton visage,
- Cestermes affectezquiforment lOti:
langage ,
Tefont Sibille en
âge aussi-bienqu'en,
laideur.
Voilà ce qui tefit silong-temps
Souveraine [tesloix,
Des Romainsprévenus en fAveur d,
Mais aujourd'huy tu tiens àpeine
Un petit coin de terre où tu maintiens
tes droits.
Rarement on t'entend dans la bouche
des Rais ,
Le beau monde te fuit;tesplusbeaux
privilèges,
Sont renfermezdans les colleges,
Déterrons des Latins les plus vieux
monumens,
Foüillons dans leurssombres Archives.
:en verrons-nous un seul exempt des invectives
Etdes censures des Sçavans ?
Ciceron ,le premieren butte à la Critique
Laisse un peu trop voir etart,diuen,
quand il s'explique, Il est diffus en trop d'endroits.
Live qu'on metaurangdes Auteurs
les plus rares,
Garde de son pays certains termes
barbares
Donton le raille quelquefois.
Plaute, cet illustre Comique,
A-t-ilaujourd'huy rien quipique?
Voit-on un Peupleassez badaut
A qui plustsabouffonnerie,
Etsasadeplaisanterie
Neseroit-ellepassiflée à Guenegaut ? 9
Terence a toutpill,éM,énandre :
Seneque estempouâe>pour ne le pas
entendre
L'Auditeur effrayése retire à l'écart.
Enfin la Scene antique estsans regle
&sans art.
Laissons le Cothurne tragique,
Pour parler du PoëmeEpique :
Virgile a-t-il rien destbeaae?
Enparlant deses Dieux,desTroyens,
deson Pere,
'fJQnueses vers ont-ils de nouveau ennuyeuxtissu des dépoüilles
d'Hornere!
Est-ce
d,Ovidsel'Amoureux
Dont on vaudra vanter la plume ?
-que n'a-t-ilestéplussoigneux
De remettre ses vers mal polis fils fenclume?
Scaligernous apprend qu'ils en vaudroient
bien mieux.
Jï^uand au dessus du vent je vois
volerHorace
Il tombe, dit , un autre,&sa chute me
glace.
Lucain esttropguindé;Juvenal efi
trop duri [obscur.
Evitantd'estre long,Perse devient.
Le badinage de Tibulle
Ne me charme pas plus que celuy de
Catulle,
Dont le vers sautillant
>
siflant, &
mal-formé
Ressemble hfin , Moineaudansla cage
enfermé.
Mais,France, Pepiniere agreable&
secondé
Des plus fameux auteurs du
monde,
Nous voyons aujourd'hui que tes
heureux Dessins
Te mettent au dessus des Grecs &des
Latins.
Aristote efi vaincu ,son traducteur
Cassandre
Estpluspoly, plus doux, &se fait
mieux entendre. [ voix,
Philipe qui craignit Demostene J&si
Trembleroit aux Sermons du tonnant
Bourdaloüe;
Et quand le Divin Flechierloüse,
C'est bien mieux que Pline autresiss.
&
Jamais Rome au Barreauvit-elle une
éloquence
Egale au grand Patru plaidant pour
l'innocence,
Et du vainqueur d'Asie en lisant les
combats,
N'estime t-on pas moins Curse que
VaugeLu ?
Malgré les vers pompeux que Lucain
nous étaley
Cesar eust de Brebeuf adoré la Pharsale;
Toutsçavantqu'ilestoit il auroitfait
saCour,
Pour avoir un cahier chez,liUtfîre
Ablanceur.
Mais Rome enfinse glorifie
D'avoir eu dans son sein la doli
Sulpicie: [jou
Ellese vante encor d'avoirdonnél
A lasçavante Cornelie :
NostreFrance bien plus polie,
A de charmansobjets à vanter à fioti
tour.
Elle n'a pas pour une Muse;
Bregy, Des-Houlieres, la Suze,
Et mille autres Saphos que je ne nomme
pas,
Font de nostre Parnasse un lieu rempli
-d'dpas.
Qu'on ne nous vanteplus le theatre
d'Athene,
Dont les Acteurscruels ensanglantoient
la Scene ;
Sidans Sophocle,Ajax meurtdesa
propre main ,
Etsi dans Euripide une mere cruelle
Plonge àses deux enfans unpoignard
dans lefein
Avoüons , que che.z-noUi la methode
estplusbelle.
Le Cid, Pompée, Horace en seront
les témoins;
C'estlà que le divin Corneille
Touchant le coeur,charmel'oreille.
Dans Cinna que croiroit-on moins
£)uun ingrataccabléparlesfaveurs
d'Auguste,
Conspirant contre luypar un retour injuste?(sanglant
Il eustfallu dans Rome unfpeffade
Pourpunir cette audaceextrême
Maisle pardon tient lieu desang,
Auguste oublie
, Emilie aime,
Cinna devient reconnoissant,
Et les vers du Poëte ont un toursi
puiffint
Qu'on croit entendre August
méme. a
Represente-t-on Phedre&toutesse
fureurs? On y plaint le chaste Hyppolite.
Si la veuve d'Hectorpleure, Dieux
quelle excite
De tendressentimens dans lefond d
nos coeurs!
Raciney ce charmant Genie,
Tire des soûpirs & des pleurs
Des Peuples attendris au récit de.
malheurs,
D'une mourante Iphigenie.
Chacuns'Agamemnpn abhorre le dejsein,
(victime
Voyant le couteau prest d'égorger la
Chacunsoupire de ce crime,
Etcroitsentir le coup qui luyperce U
sein.
Las de pleurersi l'on- veut rire
Et dans le mêrne-inlfantî"I'nstruire,
Qu'on aille de Moliere écouter les
leçons.
En voyant le Tartusse drson misque
hypocrite,, On apprendra comme on évite-
De tant defaux Devots les trompeurs
hameçons.
LesMarquisyles Facheax
, l'A
vare
Et le Misantrope hitttrrt,
LesmauvaisMedecins, lesFemmes,
les Maris
verront de leurs moeurs la. critique
subtile
, -
Comme ontfait la Cour & Paris.
Heureux, quijoint ainsi leplaisant
à l'utile!
Veutprodiguerses Versendéfitde
Minerve,
Et pour peu que ify-mefine on si
connoisse bien
, Lisant le nom d'un autre on peut
lire le sien.
Heureuxenfin, heureux
,
qui pour
devenirsage,
En voyant ces Portraits peuty voir
son image!
Nais si le Lesteuraime mieux-
Un Ouvrage qui soit comique &-
serieux ;
Voiture efi inventeur de ce genre
décrire
,
admire,
J%u'on ne peut imiter & que chacun
La Langue Françoisia tente
Toutcequafait l'Antiquité;
Le Bossu Phrygien d'line facile
veine -
A fait parler les Animaux,
Sesdiscours fabuleuxsont beaux;
Mais on donne la Palme à ceux dè
la Fontaine..
cf<!!oy quejelife tous lèsjours
Les entretiens& etArifte & d'EII.
Je gene». voy je nefcty.quoy- dans leurs
charmas discours,
Dontle tour m'enchantetoujours ;
Ll-s Grâcess'unissant aux Filles
d'Hypacrene
,
Y font l'éloge de Bouhours
En cela nostreLangueétalefin (mpire.
Far longueperiphraje un Latinfiait
écrire;
£'Espagnoltrop enflé, l'Italien• trtp
doux.
Sans lesecours de l'Art ne pourront
jamais dire
Ce que le naturel exprimera eheZ
-
nous..
Noussçavons bien que le langage
Dont nous..nous servonsaujourd'huy
[ malpoly,
Futpendant certains temps un marbre
Et brut, on ne peut davantage.
Nostre France eut besoin alors
De cesHommes fameux & de tous
leurs efforts
a Pour polir unsigrand Ouvrage.
Malherbe d'abord l'ébaucha,
L'inutileilen retranchai.
.Sdlzac la lime en main vint & fifit
connoistre,
Il radoucit, il retoucha,
Sescoups surent des coups de
Hdijlre 3/
Deces deuxOuvrierscharmans
Nojlre Langue recent ses premiers
ornemens.
La politesse alorsparlaFêurpre
affermie
Du grand Armandsuivit les loix.
Ce. futluy qftifil le beau choix
Dont ilforma l'Acadtmie.
Cette Academie au Berceau,
Semblable au valeureux Alcide,
Etoussoit tous les jours quelque
Monstre nouveau
Dont l'ignoranceestoitleguide.
Arbitre déja des écrits,
Lessentimens des beaux Esprits
Estoientfournis àsapuissance.
Sa force accruë avec le temps
Sans peineproduisît dans son adolescence
Vn nombreinfny de Sçavans,
Nous la voyons enfin au comble dfr
sonâge,
Et dans ce comblefortune
c!i!.!!,'adora sous Platon l'Univers
étonné,
Dans ces fameux Jardins & danJ<
l'Areopage,
L'Eloquence,les Vers, les Languess.
les b.tltux Arts,
Les travaux de Minerve & les exploitsde
Mars,
Sont les heureux emplois que les
Muses luy donnent:
LOVISson Apollon ,
l'illuminetoujours,
Son augustepresenceanime ses discours,
Son exemplel'instruit tsesbien-faits
la couronnent.
Animezvos coeurs & vos voix,
Vous , Homeres nouveaux,& voufi.
Cursessublimes :
Employé£ l'Eloquence
,
& les plus
douces rimes,
Pourparlerduplusgranddes Rois.
Annoncez, par toutsesVictoires Eternisez, son , nom dans vos doctes
memoires.
La,que sur l'airain dureront
ses exploits.
OU), grandRoy, cessçavans Oracles
Aux siecles à venir apprendront tes
miracles.
Ils tepeindront tonnantsur le Rhin,
forClfch
Vainqueur sur l'Escaut,sur la Meuse;
Et triomphant tout seul d'une hgut
fameuse
.!f!.!!,i t'acquit àjamais un honneur
immortel.
On
On verra par ton bras les placesfoudroyées,
Faire voler bien loin les Aigles esfrayées:
•
On verra les Lions soûmis
Implorer à tes pieds ton auguste
clemence;
Enfin l'on te verradans le coeur de
la France,
Renverser par ta foy de plusfiers
Ennemis.
L'Indien étonné dubruit de ces
merveilles,
En croit à peine ses oreilles:
Ilpart ensuperbeappareil,
Quitteses Dieux brillans, le Soleil,
& laurare;
Il vient, il te voit, il t'adore,
Surpris en toy de voir encore
Un éclat plus brillant que celuydit
Soleil.
Mais, GRAND Roi, ma
Mufe s'égare,
Et pensant ay ~destini d'Icare,
Son aiste foible encor pourtraverser
les Mers,
Vêle à fleurd'eau, tremblante,&refuse
des vers.
Tant d'exploits à chanter sont de
douces amorces;
Mais c'est une entreprise au dessus de
sesforces;
Et quoy qu'elle ait long-temps suivi
tesétendards,
Ses chants les plus hardissont peu
dignes de Mars.
Retirée, à l'écart, au coin d'une
Province
,
[Prince,
Elle adore ensecret les vertus deson
Fait mille voeux pour luy ,veut chanter
ses vertus
Tfend La Plume, Li quitte
,
(£• lU
peut rien de plus.
Il est temps de m'acquiter
de ma parole touchant la
mort de Madame la Princesse
de Bade, arrivéeicy le 7.du
moispassé,aprés huit jours
d'une fiévrecontinuë. Madame
la Princesse de Cari- gnan sa Mere .,-
, en fit aussitost
donner avis au Roy, a
Monseigneur
,
à Madame la
Dauphine, &à toute la Maison
Royale par Mr
-
l'un Darcy , de ses Ecuyers ,qui alla
porter lamesme nouvelle à
la Reyne d'Angleterre. Sa
Majesté & Monseigneur le
Dauphin l'envoyerent complimenter
,
ainsi que Mesdemoiselles
de Soissons ses petitesFilles
, par Mr de Saint
Aulon, Gentilhomme ordinaire
; & Madame la Dauphine&
la Reyned'Angleterre
leur firent faire de semblablescomplimens
par leurs
Ecuycrs. Monsieur ne se contenta
pas de leurenvoyer M
le Marquis d'Effiat ,
il leur
rendit visite luymesme le
lendemain. Toute la Maison
Royale,& tous les Princes &
Princesses du Sang s'acquiterent
du mesme devoir, à
l'occasion de cette mort dont
le Roy a pris le deüil. Le
jour suivant les entrailles & le
coeur de Madame la Princesse
de Bade furent portez Capucines, aux & presentez par
Mrs d'Argence & la Borde,
Aumôniers de Madame la
Princesse de Carignan. Ils
estoient accompa gnez de
Mrs de Birague&de Coque-
Y-et ses Ecuyers, & de la Maison
de la Princesse défunte.
Son Corps a esté porté à la
Chartreuse de Gaillon
,
lieu
de la Sepulture des Princes
dela Maison de Soissons &
il fut feulement suivy des
mesmes personnes que je
viens de vous nommer , cette
Princesse ayant ordonné que
cela se fist sans aucune pompe.
Madame la Princesse de
Carignan a envoyé en Piedmont
Mr de Birague,son
premier Ecuyer, pour donner
avis de cette mort à leurs
Altesses Royales de Savoye
& aux Princes & princesses
du Sang de cette Maison.
Loüise Christine de S;l.pye)
Princesse deBade
,
dont je
vous apprens la morts, e ftoïc
Fille de Thomas-François de
Savoye
,
Prince de Carignan,
&de Marie deBourbon, qu'il
avoit épousée en 1624. Ce
Prince,si connu par tout fous
le nom du Prince Thomas,
,
a donné pendant sa vie de
grandes marques de valeur
& de courage. Il n'estoit âgé
que de seize ans lors qu'il
suivit le Duc de Savoye son
Pere, Charles- Emanuel I. surnommé
le Grand, aux Sieges
deTrin &d'Ast.Ilsesignala
à la Prise de Masseran & de
Felissan
,
& au Combat de
Corniento. La Guerre ayanc
Monts. Il se jetta dans le
party d'Espagne
,
& fut fait
General des Armées de Sa
Majesté Catholique aux Paysbas.
LaPrincesse deCarignan
sa Femme alla à Milan avec
ses Enfans, & de là en Efpagne,
&il arriva à Bruxelles
le20. Avril1634. L'année fuivante,
le Cardinal Infant
ayant resolu d'attaquer la
Ville de Tréves en donna
la conduite au Prince Thomas
, qui prit l'Electeur
) &
l'envoya prisonnier à Namur,
ce qui fut cause de la Guerre
outre. la France & l'Espagne
Il força Bohain en 1636. & prit
le Catelet ,Bray sur-Somme
& Corbie. La mort de Victor
Amé, Duc de Savoye
,
son
Frere, qui avoir succedé en
1630. à Charles- Emanuel,
estant arrivée en 1637. les
Espagnols exigerent de la
Princesse de Carignan une
déclaration de sa main, par
laquelle elle mettoit la personne
de son Maryd'elle,
& de leurs Enfans
)
fous la
protection de la Couronne
d'Espagne
>
ce que le Prince
Thomas ratifia. Aprés certe
affeurance * Sa Majesté Catholique
continua de le faire
General de ses Aimées en
Flandre, où il fit lever le
Siege de Saint Omer
,
sauva
Gueldres, que le Prince d'Orange
avoit aniegee) &mit
à couvert Bethune
)
Arras &
Cambray. En 1639. il passa des
Pays- bas à Milan
,
d'où il
déclara à Madame Royale,
Christine de France,Fille du
Roy Henry IV. qu'il pretendoit
la tutelle de Charles-
EmanuclII. son Neveu
,
né
le 20. Juin1634. &la Regence
des Etats conjointement avec
le Prince Maurice de Savoye
Cardinal, son Frere * ce qui
causa de grandes Guerres
Civiles. Les Princes furent
assistez des Espagnols
,
&c
Madame Royale des François.
Le Prince Thomas entra
en Piedmont à main armée,
& prit Chivas, Yvrée,
Crefcentin
,
Verruë ,
Villeneuve,
Montcalier, Aft, Trin
& Turin. Apres une Trêve
entre Madame Royale & les
Princes Maurice & Thomas,
le Cornue d'Harcourt de la
Maison de Lorraine, qui commandoit
l'Armée de France,
assiegea Turin, & s'en rendit
maistre. Le Prince Thomas
mal satisfait des Espagnols,
& recherché par le Cardinal
de Richelieu
y
fit son accommodement
avec Madame
Royale, & avec la France.
On luy donna les Troupes
Françoises à commander, &
il chassa les Espagnols du
Piedmont. Le zi. Septembre
1641.il receut deux cou ps de
Mousquet en ses armes dans
uncombat qu'on donna proche
le Chasteau de Prô, au
passage de la Gogne. Il vint
en France en 1646. & ilen
partit l'année suivance pour
l'entreprise d'Orbitelle
, qui
ne luyréussit pas. Il se mit
en mer par ordre du Roy,
avec cent treize voilés en
1648. sur l'esperance d'un soulevement
à Naples, & les
choses n'ayant pas tourné
comme on sel'estoitpromis,
il revint à la Cour de France
le 14. Aoust, & fut declaré
Chef du Conseil de Sa Majesté.
En 1651. le Roy luy
donna la Charge de Grand-
Maistre de France. Il retourna
en Piedmont l'an 1655. en
qualité de Generalissime des
ArméesdeSaMajestéenIta-
- - .-- -- .-
ie, &ayantassiegé Pavieau
nois de Juillet avec le Duc
le Modene, il leva le Siège
LU mois de Septembre. Il
nourut à Turin le 22.Janvier
1656. laissant Loiiife-
Christine de Savoye, Princesse
le Bade,née le premierde
May 1627.Philibert-Emanuel
'\mé) Prince deCarignan. né
- • e 20 Aoust1630.qui en 1684.
épousa Marie d'Est de Modene,
dont il a deux Filles;
& Eugene-Maurice deSavoye,
Comte deSoissons,né
le 3. May 1633. & mort le 8.
suin 1673 Le Prince Eugène
ayant esté destiné d'abord
l'Eglise, renonça à cette pro
session, & épousa en Févrie
1657. Olimpe de Mancini
Niece duCardinal Mazarin
& en a eu huit Enfans, ra.
voir Thomas-Louis de Sa
voye
,
aujourd'huy Comte
de Soissons
,
Chevalier de
l'Ordre de l'Annonciade ; le Prince Philippe
,
Abbé
Comte de Saint Pierre de
Corbie, de Saint Medard de
Soissons, & de Nostre Damc
du Gard; le Chevalier de
Savoye mort au Siege de
Vienne en 1683. le Comte de
tué fous luy. Estant allé en
Flandre à la teste desonRegiment
en 1667. ily donna
des marques de sa valeur, &
fut fait Lieutenant général
des Armées de Sa Majesté en
1670. Depuis ce temps-là il
s'est distingué dans toutes les
occasions jurqu'à sa mort,
arrivée en Allemagne. Je ne
vous dis rien de la Royale
Maison de Savoye, & ne vous
repete point ce que je vous
ay marqué dans la Lettre particuliere
que je vous ay écrite
touchant la Négociation du
mariage de Monsieur le Duc
de Savoye d'aujourd'huy avec
l'Infante de Portugal, que
depuis Bcrold qui en fut fait
le premier Comte l'an 1014.
par Rodolphe Roy de Bourgogne
&de Provence jusqu'à
François-Vicor-Amé II. qui
regne presentement,ellen'a
point eu de Souverain qui
n'ait esté Fils ou petit-Fils
d'un Comte ou Duc de Savoye,
car elle ne fut étigée
en Duché que l'an 1476. fous
Amé VIII. dit le Pacifique,
qui ayant laissé ses Etats à ses
Enfans pour se retirer au
Prieuré de Ripaille, où il
fonda l'Ordre de S. Maurice,
futélu Pape en 1430. fous îè:
nomde Felix V. par le Concile
de Basle, qui le voulut
opposer au Pape Eugene IV.
mais après la mort d'Eugene,
Nicolas V. ayantesté mis sur.
le Siège de S. Pierre, Felix
cherchant à finir les Schismes
qui avoient duré plus de
quarante ans, se démit dik
Eontificat en 1445.afin de
donner la paix àl'Eglise. La)
Savoye dont jeviens de vous
faire voir que la succe fifoncontinuë
de Pere en Fils>ian&
nulle, interruption depuis septi
(Qcnsans ,adonné neuf Prin-
1
cesses à la France, & ceu en a re- treize. La treizième est
Anne -
Marie d'Orléans,née
le 17. Aoust 166.9. que François-
Victor-Amé II. épousa
le 17. Janvier 1684. Vous sçavez
qu'elle est Fille de Philippe
de France, Duc d'Ojfcleans
,Frere Unique de Sa
Majesté, & d'HenrietteStuart
d'Anglterre, Soeur du Roy
Jacques II.
Quant à Marie deBourbon,
Princesse de Carignan >&
Mere de Madame laPrincesse
de Bade,elle. est Fille de Charles
de Bourbon,Comte
-
de
- , -- ,;"-- k
Soissons,Pair& Grand Maître
de France, Fils puisné de
Loüis de Bourbon I. du nom,
Prince de Condé, & de Françoise
d'Orleans sa seconde
Femme, & Frere d'Henry de
Bourbon, aussi premier du
nom, Prince de Condé, Bifayeul
de Monsieur le Prince
d'aujourd'huy. Charles de
Bourbon, Comte de Soissons,
épousa en 1601. Anne, Comtesse
de Montafié
) morte en
1643.& ilen eut Loüis, Comte
de Soissons, tué à la bataille
de Sedan en 1642. sans avoir
laisse qu'un Fils naturel, appellé
le- Chevalier de Soissons.
Il eut aussi deux Filles
y Loüise&Marie deBour bon.
Cette derniere est Madame la
Princesse de Carignan. Loüise
de Bourbon, son aînée
épousa Henry d'Orleans II.
dunom, Ducde Longueville,
mort en 1663. & de ce mariageestsortie
Marie d'Orleans
de Longueville, née en 162.j,
& mariée le 22. May1657. à
Henry de Savoye II. au
nom.,
Duc de Nemours, mort le 4.
Janvier 1659. Il estoit Frere
de Charles Amedée de Savoye,
qui fut tué en duel à
Paris en 1652. laissant d'Elizabeth
de Vendosme
,
Marie-
Jeanne-Baptiste
,
Demoiselle,
de Nemours, aujourd'huy
Duchesse Doüairiere de Savoye
,
& Marie
-
Françoise-
Elizabeth, Demoiselle d'Aumale,
morte Reine de Porru..
gal. La mort d'Henry de Savoye
II. du nom, Duc de
Nemours dont je viens de
vous parler
? a fait finir la
branche des Ducs de Nemours
de la Maison de Savoye
,
qui avoit commencé
en France en la personne de
Philippes de Savoye Comte - de
deGenevois,Fils puisnéde
Philippes,Duc deSavoye& de
Claudine de Brosse-Bretagne ,
auquel le Roy François I. (on
Neveu,avoit donné le Duché
de Nemours, en le mariant
en iji8. avec Charlotte
d'Orleans
,
Fille de Louis
d'Orléans I. du nom ,Duc de
Longueville.
Loüis de Bourbon, Prince
de Condé, Ayeul de Madame
la Princesse de Carignan,
puis qu'il fut Pere de Charles
de Bourbon) Comte deSoissons,
étoit Fils puisné deCharles
de Bourbon ,Duc de Vejidorme
J dont le Fils aîne, Antoine
de Bourbon, épousa
Jeanne d'Albret
,
Reine de
Navarre
,
qui le fit Pere da
Roy Henry le Grand, de
sorte que Charles de Bourbon,
Duc de Vendosme,est
Trisayeul de Loüis XIV.& de
Madame la Princesse de Bade
qui vient de mourir. Il me
reste à vous parler de son mariage.
Le 15. Mars 1653. elle
épousa Ferdinand Maximi-
IIi. Marquis de Bade,mort
en 1669 & le 8. d'Avril 1654.
elle accoucha de Loüis Guillaume
,Marquis de Bade, efilme
grand Capitaine,& dont
la reputation s'est establie
t, avec gloire par les preuves de
| valeur qu'il a données dans
les guerres d'A llemagne contre
les Turcs. Il est Generalif-
; lme des Armées de l'Empe-
| reur dans la Hongrie, Le Marquisat
de Badeest sur la rive
droite du Rhin entre le Bisgaw
& le Duché de Wirtemberg,
& ceux qui le possedent
sont Princes de l'Empire.Leur
Maison est tres-ancienne. La
-
plus commune opinion est
que les Marquis de Bade viennent
des Comtes de Vindonisse
& d'Altembourg, & des
Ducs de Zeringen. Herman
II. Fils d'un autre Herman,
Cadet deBertolde ,Duc de
Zeringen?épousaJudith,Heritiere
de Bade dont les successeursprirentle
nom & les
armes.Jacques deBade épousa
en 1416". Catherine deLorraine,
Fille de Charles I. Duc de
Lorraine,&de Marguerite de
Baviere, & fut Pere de Chriftophle,
qui fit un accord en
1490. avec Philippes, Marquis
d'Hocberg, par lequel se
reconnoissant tous deux descendus
de la mesme famille,
ils se firent une donation
mutuelle de leurs biens era
cas de mort sans enfans.Philippes
mourut en 1505. & ne
laissa de Marie de Savoye sa
Femme qu'une Fille unique
nommée Jeanne, Marquise
de Rothelin & de Neufchastel
enSuisse,quifutmariée
en 1504. à Louis d'Orléans I
du nom,Duc de Longueville.
Chriftophle ayant herité
des autres Terres, laissa Bernard
& Ernest
,
qui ont fait
les deux branches de la Maison
de Bade. Bernard quia
commencé celle que l'on appelle
de Bade-Baden
y
eut de
Françoise de Luxembourg, Philiberttué en 1569. à la bataille
de Moncontour, &
Christophle, qui ayant époufé
en 1564. Cecile
,
Fille de
Gustave I. Roy de Suede,
continua la posterité. Il en
eutEdoüard le Fortuné, Pere
de Guillaume,Chevalier de la
Toison d'Or, & Juge de la
Chambre Imperiale de Spire.
Celuy-cy fut Pere de Ferdinand
Maximilien, Marquis
de Bade, dontLoüiseChristine
de Savoye qui vicnt de
mourir estoit veuve. Ceux de
cette Branche font Catholiques,
mais ceux qui sortent
d'Ernest, Cadet de Bernard
,
& qui font la Branche de BadeDourlac.,
suivent les sentimens
de Luther. Ernest eut lesMarquisas d'Hocberg &
de Psortzen, & laissa d'Elizabeth
)
Tille de Frederic V.
Marquis de Brandebourg
Charles, qui d'Anne, Fille
de Robert) Prince Palatin,
laissa Georges Frédéric. Ce
dernierfut Pere de Frederic , & Ayeul d'un autre Frédé-
Iie, quiaépousé Chriitine-
Madeleine, Fille de Jean Casimir
J
Comte Palatin du
RhÚ-i, & soeur de Charles
Gustave, Roy de Suede,dont
il a des Enfans. Cette branche
de Bade-Dourlach a deux
voix aux Dietes de l'Empire,
& aux patriculieres deSoüabe,
l'une pour Dourlach, l'autre
pour Hocberg. Les deux
branches alternent en toutes
les séances aux Dietes, & cha
cune procede à son tour.
Médire Jean Courtin,Marquis
de Givry, Baron de Tubeuf,
mourut le 25. de Juin.
Je vous ay déja parlé de sa
Maison en plusieurs occasions,&
l'on [air qu'il n'y en
a guere de plus illustre, ny
de plus distinguée par son ancienneté
, par sesalliances,&
par les Emploisconsiderables,
dont nos Rois ont honoré
ceux qui en font. Il avoit
épousé la Fille de Mr Lamy,
Conseiller au Parlement de
Roüen
, une des plus riches
heritieres de bjortnalidie> &
qui a joint aux avantages de
la fortune,une sagesse consomme,
une vertu profonde
y
& un merite accomply.
N'ayant point eu d'enfans de
son marirge,il ainilituéMrle
Comted'Avaux,Fils de Mai
dame la Presidente de Mesmes
sa soeur, son Legataire universes
)
à la charge de porter
son nom& ses armes , avec
substitution au profit de Mr
le Prefidcntde Mesmes, &
en cas qu'il vinst à deceder
sans Enfans;ila appelle le
Fils de Mr le PresidentBriconnct.,
forty d'une Fille de
son Frere aîné» & qui porte
déja le nom de la Terre de
Rozay ,
qui estentrée il y a
pr es de ceux siecles dans cette
Maison, par le mariage de
Geneviève du Bois, Fille de
Messire Guillaume du Bois,
Secretaite d'Etat d'Anne de
Bretagne, & ensuite de Charles
VIII. avec Guillaume
Courtin Seigneur deGournay&
de Neuvy,&gouverneur
de Guise.
Les morts causées par des
maladies facheuses ne furprennent
point; comme on
en connoist la caufeelles passent
pour le tribut ordinaire
que l'onrend à la nature.,
mais on ne croit point qu'on
puisse mourir d'amour, &
toutes les Peintures d'Amans
prests à expireront regardées
comme des exagérations qui
n'ont lieu que chez les Poèces.
Cependant on asseure que
depuis fort peu de temps une
jeune Demoiselle d'Aix en
Provence n'a pû resister à la
perte d'un Amant,, pour qui
elle avoitconçeu la plus forte
passion. Le Pere du Cavalier
qui ne trouvoit pas que la
Demoiselle eust assez de bien,.
ne voulut point entendre parler
du mariage. Cet obstacle
qu'il fut impossible de surmonter.
ne toucha pas moins
l'A mant que l'Amante. Ilfut
surpris d'une dangereuse maladie,
& lors qu'il eut recoujvre
assez de forces pour supporter
la fatigue d'un voyage,
on l'obligea de partir sans
voir sa Maistresse. Il vint à
Paris, & la Demoiselle qui
s'en vit abandonnée, ressentit
si vivement ce cruel oubly,
qu'elle tomba dans une
langueur, dont elle est morte
quelques mois après. C'est sur
cette moit que Mr Calvy,
Avocat au Parlement de Provence,
Auteur du Comte du
faux Noble, Se d'autres Ou^
vrages que je vous ay en
voyez,afait les Vers que vous
allez lire.
LES SOUPIRS
d'Olimpe mourante.
VOicy
mafatale journée,4
Cruel Daphnis, Daphnis , écoutemoy;
D'un amour trop constant victime
infortunée,
Je meurs ensoupirantpourtoy;
Maisje ne prêtenspas qu'un éternel
silence
Cache ton injustice, & mes justes
Je regrets; veux te découvrir tous les maux
que m'a faits
Ta criminelle indifference.
Oublions ce malheureux temps
Oùsans cesse exposée à tes soupirs
ardens, Je te livrois un coeurtropfacileàsi
rendre.
Tu mejurois desfeux constans,
Et tu me les jurois d'un airtouchant
& tendre,
Ce coeur pouvoit-ilsen défendre?
Maissi ta passion devoit 'éteindre
un jour
Tourquoy me forçois-tu de prendre
tant d'amour?
Ah ! quand tu me jurois une flâme
éternelle
Je croyois tes sermens,& tu nJ
pensoispas;
Car enfin quelle loy cruelle
T'ohlige , en me quittant à causer mon
trépas ?
C'est toy qui m'arraches la vie,
Avide faim de l'or, detestablemanie,
Ebloüy de tesfaux appas
Cesi à toy qu'il me flcrijÎe.
Maisquedis-je ,
Daphnis? Nonje
connois ta foy.
Excuse les fureurs d'une Amante
éperdue.
y J'ay vu ton ame combatuë
Balancerplus d'un an entre ton Pere
& moy.
Rebelle aux loix de la Na/are,
Tu ne reconnoissois que celles de
l'Amour.
Jgntels assauts ton ejjrit soutenoit
chaque jour!
Rien ne pouvoit détruire uneflâme
si pure.
Après tant de combats? accablé de
langueur
,
Tufuspresqueexpirant. Hslasl
quelle douleur!
Queldesespoir pour une ame
amoureuse ! [affrettfl-J
La mort dans cet instantmeparoissoit
Et quand je meurs pour toy, je la
voissans frayeur,
Ta revins à la vie, & tu m'aimois
encore. [peu
Tu m'aimois? Ah! qu'on aime
JVttandon a le pouvoir defuirqui
nous adore !
TII fuispour éteindre ton feu ;
Et moy , trop malheureuse A..
Je mante , sens,plus tume suis
> que moi
amour s'augmente.
Tout aigrit les tourmens que tume. faissoufrir,
Et toy ,peut-estre atteint d'uneflâme
nouvelle,
Tn ris de ma douleur mortelle.
Paris te voit content lors qu'Aix me
voitmourir. 9
Baphnis -
s
peurrois -je bien le
croire?
Voudrois-tucombler mes mal-
Leurs?
Non5 non, ma déplorable histoire
Te fera répandre des pleurs.
Ah! diras-tu, tant de confiance
Meritoit un fortplus heureux.
L'Hymen àtant d'amour devoitjoindreses
noeudsy
C'est toy qui mas perdu, paternelle
fuiffince.
Par un ordre fatal ta barbare rigueur,
M'ostantcequej'aimois rtle déchire le
,.r.oeur.
Cet espoir estpour moy le seul bien
qui me resse ;
Si tu pleures mon trissesort,
Je mourray contente, & la mort
N'aurapourmoy rien desuneste.
Déja des nuagesépais
Troublent mes sens, & l'air que je
respire.
Adieu, Daphnis,Adieu; j'expire
Plus amoureuse que jamais.
Ainsi mourutcette Fille adorable,
Dans cesiecleperversexemplemémorable.
[ trissejour.,
Daphnissceut la toucher; depuis es
Malgré sa lâche persidie
,
Elle l'aima plus quesa vie,
Et son derniersoupirsut un foapir
d'amour.
Le chagrin ou la Demoiselle
estoittombée par la
persidiedeson Amant,l'ayant
portée à ne plus songer qu'à
Dieu
,
le mesme Auteur a
voulu luy rendre justice sur
ce sentiment par ces autres
Vers.
L'OMBRE D'OLIMPE.
.!J!!!tl Fantôme odieux "t'ient,me
faire la guerre,
Ettroubler mon repos dans le sein
de laTerre ?
Apeine ay-je perdu la lumiere du
jour
JOuon arme contremoylesfurenrs
de l'Amour.
On dit quen ce toe,beaie luy fewl
m'afait descendre,
BarlàdevainsRimeurs déshonorent
ma cendre)
Desfoiblesses d'amourPartisanscriminels
,
ils me font expirer aux pieds de
ses Autels.
Mais je ne les crains point ; malgré
leur injustice,
J'd}'Vamcufisappas,jevaincrtlJsa
malice.
La simple vérité sortant de mon
tombeau
Vafaire de ma vie unfidelle tableau.
OÜJ ,
j'écoutay Daphnis, j'tl!
prouvaysatendresse,
Esclave de l'Amourj'eus la mesme
soiblesse :
Mais éprisè bien-tost d'une cfleJl-e
ardeur,
On me vit expier lessoupirs de mon
Je coeur. vis partir Daphnis sfin heureuse
inconstance
Ramena ma raison & mon indifférence.
Heureux lejour,Daphnis, ou tu quitas
ce lieu:
Laperte d'un Amant mest trouver
mon Dieu.
Sous ce MaistreDivin maistresse de
moy-mesme,
Je vis couler mes jours dans un bonheur
suprême.
Ah! quej'eus de regret à ce temps
malheureux,
Où l'amour d'un Mortel fut maistre
de mes voeax!
Pour effacer les traits de mon ardeur
premiere,
A ma nouvelle ardeur je me ltvrohr
entiere,
Je méprisois le mONde, &fuyoisses
faux biens.
c'est vous que je cherchois
,
delices
desChrestiens,
Eternelle beauté quej'ay tant desirée,
Par vous de sa prison mon ame délivrée,
N'admirant dans le Ciel que vostre
éclat divin,
Va jouir d'un bonheur qui n'aura
pointdefin.
Voilà de mm trépas la cause glorieuse.
Respectez,montombeau , vous, dont
l'ame envieuse
M'impute des transports inconnus à
mon coeur,
Et répandsur mes os samaligne
fureur.
Mais que dis-je ? vos rers ne blessent
point ma gloire,
Contre eux mes derniersjoursassurent
ma memoire,
Et de peur que ce bruit n'imposeà
l'Vnivers, 'on entende par tout retentir ces
deux vers.
Tous les feux de l'amour me paroissoient
un crime: Je meursfin ennemie,& nonpassa
viélime.
Les faisons passent,mais le
temps desbelles choses ne
passe point, & l'Air que je
vousenvoye, quoy que fait
sur lePrintemps, ne peut
manquer de vous plaire, puis
qu'il est dela composition du
fameux Mr Lambert.Cenom
vous
vous dit tout. Les paroles
fontdu temps,& plus d'une
personne a sujet de leschanter.
AIR NOUVEAU. TDut brillant des beautez de
Ftore,
Printemps , vous n'avez, point
d'appas»[j'adore.
Vous pressez le départ du Heros que
roustjlestafaiftn des plus affreux
Combats;
Maissi vous me livrez, à des peines
mortelles
Durant le cours de ses travaux
guerriers)
L'Hyver me le rendra plus couvert
de Lauriers,
cfR.!!e vous n'd'liet de fleurs nouvelles.
1 Vous sçavez
,
Madame,
-
qu'il y a beaucoup de Sujets
du Roy, qui ayant quitté la
France, se font engagez au
service de ses Ennemis. Comme
la pluspart ont des heritages
dans les Païs de l'obeissance
de Sa Majesté,ils ont
Jai{fé sur les lieux où ces hetages
sontsituez, lesuns leurs
Femmes, d'autres leurs Ensans,
& d'autres leurs Freres.
Quelques-uns mesme qui par
leur âge, ou par les incommoditez
de leurs personnes
font horsdeftat de servir, demeurent
sur les biens quileur
appartienn-cntfous ladomination
duRoy, & par le revenu
qu'ils en reçoiventils trouvent
moyen d'entretenir leurs
Enfans dans un servicecontraire
à celuy de Sa Majesté.
Cefont desabusaufquelsil ya
long tempsquece Monarque
auroitcherchéàremediersans
sa bonté ordinaire, qui luy
jfait toujours suspendre les
xhofes qui ont quelques ap-
-parences de rigueur; mais lès
préjudices qui en peuvent arriver
, ont enfin contraint
Sa Majesté d'avoir recours
aux remedes qu'Elle a cru capables
cuemlicfchcr les Sujets
de demeurer dans le party de
ses Ennemis. Cette tolerance
peut d'autant plus nuire au
bien de l'Etac
y que la valeur
naturelle aux François estant
toujours la mesme dans ceux
qui fervent contre la France,
fournit de trop fortes armes
aux envieux de sa gloire, &
que l'argent qu'ils tirent des
biens qu'ils y ont laissez
s'employe à , un ufagc prejudiciable
à leur patrie; outre
que cette separation des
Membres d'une mesme Famille
peut contribuer à faire
donner des avis, dont les Ennemis
de cette Couronne seroient
en estat de profiter. Le
Roy pour remedier a ces abus,
a fait publier une Ordonnance
du 30. du mois pasle,
par laquelle Sa Majesté veut
& entend , Que tous ceux de
ses Sujets
J
dont lesPeres ose
les Enfins
>•
mesme les Freres
sont auservice de ses Ennemis ,
comme aussi les Femmes, donP
les Maris sont dans ce mesme
service
,
sortent dans un mois
dis Terres de sa domination
pour estre ensuite leurs biens
saisis lè conftJque% au profit de
SaAIajcflé}& mis entre les
mains des Receveurs des corfiscations,
à moins que ces Peres,
Maris , Enfans
, ou Freres qui
portent les aimes contre la
France, ne quittent & abandonnent
tout a fait le service
des Ennemis, & ne viennent
dans ce temps d'un mois presser
sermentdefidelitéàSaMajesté,
entre les mains des Gouverneurs
desesPlaces, dans le Gouvernement
desquels leurs biensfont
fiturk.
Tout ce que je vous ay
envoyé du sçavant Mr Comiers
d: Ambrun, Prestre,
Docteur en Theologie, a
toûjours esté si bien receu,
que je croy ne vous pouvoir
prevenir plus avantageusement
pour le Traité que
vous allez lire, qu'en vous
disant qu'il en est l'Auteur.
La matiere est de faison
, &
les observationstres-curieuses.
TRAIT E)
DES PROPHETIES
y
Vaticinations, Predictions
& Prognostications.
}'A vois lieu de me promettre
un profond repos
dans le fond de l'Hôpital
Royal des Quinze-Vingts,
où la persecution des Ennemis
du Roy, de l'Eglise&
de l'Etat m'ont reduit
,
lors
que vous estes venu troubler
ce repos si cher, pour [avoir
quels font mes vrais sentimens
sur les pretenduës Propheties
de Mr Jurieu, Ministre
à Roterdam,deNostradamus,&
d'autres Prophetes
de la mesme espece, & si lors
que quelque affaire est proposée
, on peut parler juste
sur l'évenement qu'elle doit
avoir. Vous m'avez taillé
beaucoup de besogne, car
outre que suivant ma Devise,
conforme à mes Armes tirées
de saint Ambroise, c-Patrimonium
& hæreditas Crux, la
Croix feule est tout mon bien,
la perte de mes yeux m'oblige
depuis cinq ans d'emprunter
la main d'un Scribe.
Neanmoins comme ma réponse
vous peut estre utile,
j'entreprendray volontiers de
vous la faire
,
& m'appliqueray
principalement à vous
démontrer que la Prophetie
que le Fanatique Pierre Jurieu
a fait courir, pour abuser les
Heretiques, en leur faisant
espererun prompt rétablissement
du Calvinisme
y
n'est
que la fuite d'une chimerique
vision de Pierre Dumoulin,
Ministre de Charenton,mort
en 1658. Ayeulmaternel de
ce Pierre Jurieu, Ministre de
l'EgliseVallonne àRoterdam.
Pour mieux détruire toutes
les diverses formes, explications)
changemens & additions
qu'on a faites, afin de
donner au moins quelque
faux jour à cette fausse Prophetie
, au sujet de laquelle
Mr Jurieu
,
& d'autres faux
Docteurs ont en diverses manieres
forcé le legitime sens
de quelque passage de l'Apocalipse
,
j'ay resolu de vous
faire un assez long Traité
qui fera enfermé dans sept
Articles.
Dans le premier vous trouverez
ce que c'est que Prophetie
&que dans tous les
âges du monde il y a eu de
veritables & de faux Prophetes
,
& que ces derniers
ont trouvé d'abord plus facilement
creance parmy les
Ignorans, en ne leur prophetisant
que ce qui estoit con
forme à leur inclination.
Dans le second
? vous connoiftrez
que les veritables
Prophetes ont demandé à
Dieu des signes, pour estre
asseurez que c'estoit Dieu qui
leur parloit.
Dans le troisiéme
,
je vous
feray voir que les Peuples ne
font pas obligez de croire,
mesme aux veritables Prophetes
,
qu'aprésqu'ils ont
prouvé leur Mission par des
signes
,
&parquelques miracles
ou prodiges surnaturels.
Dans le quatriéme vous remarquerez
que les Envoyez
de Dieu ont prophetisé par
parol es& par lignes.
Dans le cinquiéme
,
feront
contenus les noms des veritables
Prophetes & Prophetesses.,
avec les noms de ceux
&de celles qui ont ufurpé
cette qualité
,
& enfin cequi
concerne les Pythons &Pythonisses.
Dans le sixiéme,je vous
donneray des démonstrations
solides
,
de l'erreur &
vanité de la chimerique Prophetie
deDumoulin
,
& de
tout ce que Jurieu a forgé
pour appuyer cette pretenduë
Prophetie du rétablissement
du Calvinisme,laquelle n'a
eu pour fondement qu'une
remarque Astrologique puifée
dans l'Ephemeride d'Andreas
Argolus pour l'année
1683. dans la neuviémeligne,
page 363 scavoir,que la conjonction
des deux Planeces
su perieures, Saturne & Jupileij
se faisant en 1683 dans le
Trigone Ignée
,
suivant la
remarque des Anciens
,
il
arriveroit de grands changemens
•& degenerales constitutions,
& qu'on changeroit
facilement la Domination.
Enfin vous trouverez dans
le septiéme la justeCritique
des Centuries de Nostradamus
,
& l'artifice dont l'Auteur
de l'Almanach de Milan
se fertafin qu'on le tienne
pour Devin.
ARTICLE I.
Dieu, comme dit S.Paul,a,
a répandu ses dons sur les
hommes,&luy-mesmeadonné
à l'Eglise les uns pour estre
Apostres, lesautres pourestre
Prophetes, &c. C'est pourquoy
il dit que la Prophetie
est un un don de Dieu, par
lequell'homme a la connoissance
des chosesfutures,
commeaussi des passées,& des
presentes, quoy que cachées
même dans lesreplis ducoeur,
& impénétrables à l'esprtc
humain. C'est immediatea
Aux Eph.ch. 4. v. II.
ment de Dieu, b qui dit luymesme
, en parlant de son
Peupled'Israel ,J( connoistoutes
leurs pensées, & je scay
dés aujourd'huycequ'ilsferont,
& à quifeul & par nature les
chosespassées, & les choses à
venir font toujours presentes,
que ces Prophetes reçoivent lç
don de Prophetie, car comme
dit cS. Pierre, Ce n'a pas
esté par la volonté des hommes
que les Propheties nous ont esté
apportées; mais ç'aestépar e
mouvement du SaintEsprit qu&
bDENT.ch.31.v.21.
c2.Ep.ch.I.v.21.
les saints hommes de Dieu ont
parlé.
Dieu pour apprendre aux
hommes qu'il cit le souverain
Arbitre de toutes choses,
employe pour demonstration
incontestable, la connoissance
infaillible qu'il a de l'avenir,
qu'il regle &dispose d'une
volonté toujours absoluë,
& à cette fin il fait par la
bouche de son Prophete un
défi aux Prophetes des Idoles
de prédire l'avenir. C'est par
dIsaïe: Annonce,dit-il les
choses qui doivent venir au
d Ch.II.v.13.
temps futur
s & nous connoitrons
que vous estes, Dieux.
Bien que nos premiers Parens
deussent par leur création
, adorer, aimer, craindre
) & obeïr àleur Createur,
Dieu voul ut neanmoins faire
encore sentir sa Divinité par
la connoissance qu'il a luy
fcul de l'avenir, & laquelle
estaudessus de l'humaine nature
, mesme dans le Paradis
Terrestre, & dans l'estat d'innocence.
C'est pourquoy
Dieu mesme leur prophetisa
cette longue suite de malheurs
qui fontencore gemir
toutes les Nations, s'ils man
geoient du fruit défendu,
par lequel Adam & Eve commencerent
de connoistre, &
sentir le mal, eux qui n'avoient
esté creez que pour
enoistre le bien, & pourjouir
d'une félicité inalterable.
Dieu ensuite
,.
& pour lai
mesme raison, de faire connoistre
aux hommes qu'il
estoit le seul Dieu, &le Dieu
des Dieux que le Démon
avoit établis dans la croyance
des Idolâtres, donna en4 tout
temps de véritables Prophe-
MS? tant dans l'ancien que
dans le nouveau Testament
&mesme aux Gentils, car
Baalam à qui l'Asne parla,
& qui fut arresté par
l'Ange, lors qu'à la priere
du Roy desMoabitesilalloitpour
maudire le Peuple de
Dieu, estoit Gentil, f &
de Mesopotamie. Les Egyptiens
ont eu le Prophete
Mercure Trismegiste, & les
sibilles; les Grecs leProphete
Drphée; les Scythes le Prophète
Abaris; les Getes, Xanolkis,
& lesPerses Zoroatres,
qui est le seul des homf
Dcut.ch.13.Y..4-
mes qu'on dit estre né en
riant.
Le Demon
, cet Ennemy
irréconciliable de la gloirede
Dieu,& du salut du genre
humain, qui fut le premier
faux Prophete,lors que dans
le Paradis terrestre il fitesperer
à Adam & à Eve, qu'ils
deviendroient semblables à
Dieu, s'ils mangeoient du
fruit défendu,s'esttoujours
fait des Adorateurs pour détourner
les hommes du vray
culte de Dieu,&pour cela il
leur a fourny en tous lieux
de fauxProphetes.
i Ces faux. Prophetes; pcn-
1 , pendant
l'ancien Testament, &
dans tous les siecles
,
feduifirent
&attirèrent facilement
après eux des Peuples entiers
par une Religion commode,
en prophetisant toûjours au
Peuple leschoses souhaitées &
avantageuses à la vie temporelle.
C'est dequoy le prophete
Jeremiefse plaint à Dieu en
ces termes) A >a,a,Seigneur,
monDieu, Itsfaux Prophetes
diftnîauTtuple,vousnevtrrez
poi- nt lte gltaive ti- rel srurvous,
f&avoums ne reissenntireez ja.mais la
fCh.14.v.13.
Les faux Prophetes,comme
Luther, Calvin, & Jurieu,
que le Demon a suscitez
dans l'Eglise du nouveau Testament,
sont, comme dit
g S. Paul
,
de faux Jpojlres,
des hommes trompeurs qui se
transforment en Apostres du
Sauveur, &on ne doit pas s'en
étonner, puis que Sathanmesme
se transforme en Ange de lumiere.
Il n'est donc pas étrange,
comme dit le même Apostre,
sises Ministres setransforrnent
aujJi en Ministres de justice;
mais leur fin sera conforme a
g3.Ep.chap. II.v.13. leurs
leurs oeuvres.Ces faux Prophetes
, de mesme que ceux
de l'ancien Testament
, ont
seduit des Nations entieres,
par la tromperie, & par l'adrrffi
qu'ils ont euë, comme
dit b S. Paul, à les engager
dans l'erreur, en preschant une
Religion commode, qui ne refuse
rien.auxsens> promettant par
la feule foy le Salut éternel',
sans le besoin des bonnes
oeuvres, ny de la penitence,
& sans qu'on foit obligé de
garder les Commandemens
qu'ils disent impossibles aux
h Aux Eph. ch. 4. v.14.
Fidelles, mesme aidez du secours
de la grâce, ce qui est
formellement contraire à ce
qui est écrit dans le i Deuteronome,
Maudit celuy qui ne
demeure pas ferme dans l'Ordonnance
de la Loy, & qui ne
l'accomplit pas effectivement.
Ainsi fous des termes couverts
ils permettent tout débordement&
toute licence,
en dispensant de l'observation
des loix divines& humaines,
que leSauveur luy-mesme
a rel igieusement obrervés.
Non veni solvere Itgcm, fid
adimplere.
i Chap 27.V.dern.
Il ne faut donc pas s'étonner
si ces faux Prophetes qui
donnent en ce monde toute
forte de liberté sans rien ordonner
qui mortifie la chair,
& qui promettent toute forte
debonheur en l'autre, font
mieux suivis & mieux écoutez
que les Docteurs de la
pureté de l'Evangile, qui ne
prêchent que penitence, que
lnortificatÎ'On, que l'obeïssance
à Dieu & aux Rois, qui
font les Images vivantes de la
Majesté Divine.
La curiosité de sçavoir,
l'avenir
,
est une contagion
spirituelle
,
qui se communiquant
facilement aux Esprits
foibles, perd les deux tiers
du monde, de mesme qu'il
arriva Cous-Marc Antoine par
la contagion corporelle
comme on lit chezJule Capitolin,
lors que dans la Seleucie
les Soldats deVentidius
Cassius ouvrant avec trop d'aviditéuneCassette
d'or qu'ils
avoient prise dans leTemple
d'Apollon en Baby lone, pour
partie de leur butin, furent
d'abordinfectez d'un air corrom
pu qui en sortir. Cetair
qu'ils reccurent infecta enj.
coreles autres, ce qui repandit
la peste par toute la terre,
avec tant de violance qu'elle
fit mourir la troisiéme partie
du genre humain.
Cette demangeaison deconnoistre
l'avenir, a toujoursesté
abominabledevant
Dieu. On l'a nommée un crime,
par lequel les hommes,
comme ditTertullien,furan-
Ztir dinjiriitatem> s'efforcent de
voler la divinité. C'est pourquoy
l Moyse fait cette Ordonnance
de la part de Dieu:
qu'il ne se trouve personne parl
Dcut. ch. is. v. xo.
my vous qui interroge lesdevini.,
explique les songes
,& observe
les Augures. Ne souffrez point
de gens qui usent de malesices
&d'enchantemens
, ny ceux qui
consultent les Pythonisses C.
Devins. & qu'il ne si trouve
personne parmy vous qui interroge
les Morts, pour apprendre la
verité de ce qui concerne Ils Vivans
, car Dieu a toutes ces
chosesenabomination,dr pour,
cette sorte de crime Dieu les
exterminera.
C'est pource sujet quenostre
Roy Tres Chrestien, Fils
aisné del'Eglise,&leMoyse
du nouveau Peuple de Dieu,
ayant en horreur ces déccita.
bles abominations, & voulanten
garantir sesSujets,a
fait l'importantEditdu mois
de Juillet1682.verifiéen Parlement
le 3h Aoust, contre les
Devins&: faiseurs d'Horoscopes
, d'autant que par unefunestesuite
d'engagemensilssesont
porte à cette extremitéd'ajouter
le malefice & le poison aux
impiete%&auxfortileges3pouf
obtenir l'effet de leurs méchantes
predictions. Les motifs
que Sa Majesté a eus de
fairecet Edit font tres-saints
& tres- avantageux à Ces bons
Sujets. J'en parle par experience
, ayant esté le but de la
persecution,& la victime de
tous les Apostats, & autres
mauvais François, depuis
l'année 1660. que par l'aide
de Mrle Marquis de Saint-
André- Montbrun,Capitaine
general des Armées du Roy,
je fis poser les armes à quelques
Mutins des Sevenes, &
persuaday à Mr le Comte de
Dona de remettre à Sa Majesté
la Ville, Citadelle &
Principauté d'Orange, pour
le prix & somme de deux cens
mille livtes,que je touchay
,
pour luy dans la Ville d'Avignon,
chez Mrle Comte de
Ferastiere
,
son Beau- pere ;
car depuis ce temp s-là, la
cabale des mal-intentionnez
pour le service du Roy, s'estant
jointe à celle des Empoilonneurs
,
j'ay toûjours
esté exposé à la fureur de
l'une & de l'autre.
La reddition d'Orange entre
les mains de Sa Majesté
& l'empêchement que vr de
Saint André Montbrun &
moy fismes en 1665. à la fabrique
des Poifons
, j(jint au
procès que j'intentay contre
ceux quis'enme sloient, nous
ent bien fait ressentir, qu'ils
ne faisoient de funestes prédictions
7 que pour faire attribuer
aux Astres & à une
payenne &inévitable fatalité
les morts qu'ils meditoient
par les plus grandssortileges
de la plus noire magie,
ou qu'ils préparoient dans
leurs funestes drogues,essences
execrables, eaux blanches
& rougeastres,&poudres infernales
pour empoisonner
les linges & gobelets que Denis
Lhomme avoit commencé
de travailler dans la Verrerie
du Bois- Gizet prés la
Nocle. Ce Denis Lhomme
autrefois déguisé fous le nom
d'Olivier, Moine défroqué,
Apostat, & plusieurs fois Relaps
à Geneve,& par Sentence
du 2. Juin i(5)i banny de
cette République pour crime
de vol
J
depuis Relaps en
France le 6. Mars 1667. au
lieu de la Nocle prés Bourbon
Lancy entre les mains de
Charles Perraut,Ministre de
l'Eglisedecelieu là s'eItanc
fabriquédu 19. J !V:er1656.
des L.clu-es.de ;Docteur en
Medecine de l'Université
d'Orange,fut dans la Verrerie
du Bois-Gizet
,
à trois
lieuës de Bourbon-Lancy ,le
premier artiste des execrables
Poisons de l'abominable Scelerat
,
qui n'ayant pû faire
achever parce Denis Lh omme
dans la Verrerie duBois
Gizet ses plus subtils poisons
pourprématurer les Successions
& les Emplois, & pour
rendre des Benefices & des
Charges vacances, perit miserablement
à Paris en J67L.
en voulant luymesme composer
les infernales drogues.
Celuy qui luy avoir enseigné
cette execrable science
, je
veux dire Denis Lhomme,
grand fabricateurdes Sceaux
& des écritures publiques,
avoit appris tousces misteres
d'iniquité fous Antoine
Pagant, qui pour s'estre van- tédeperdre la France Sen:(a
spargimento di sangue, fut arresté
à laBastille le 19. Novembre
1651. Son Eleve craignant
le feu de la Justice humaine,
voulut sortir de France, &
se sauver en Angleterre,
comme il paroist encore dans
une de ses Lettres dattée de
la Nocle du 17. Juin 16ge:
par laquelle il
@
s'engageoit
d'aller pratiqueraLondres ses
funestes essences au fervicc
desEnnemis de la Royauté.
J'ay fait ce petit détail;
pour vous faire mieux comprendre
ce qu'on doit craindre
de ces diseurs de bonne
fottune ou faiseursd'Horoscopes,
& gens qui le m fient
de deviner, sur touts'ils font
profession de Medecine
,
de
Chymie, ou qu'ils soient de
la Religion Protestante,laquelle
n'ayant que le Demon
pour Auteur, porte par tout ,
l'esprit de revolte,qui estle
véritable caraaere de l'Heresie
; car puis que les Heretiques
ne croyant pas la Realité
du Sacrement de l'A utel,
accusent Dieu de manque
de parole>& en échange luy
manquent defoy» en foulant
aux pieds
,comme dit saint
Paul, m le Corps du Fils de
Dieu, il ne doit pasestre surfrenant
qu'ils s'attaquent à
autorité, au Trône & à la
personne des Rois qui font
les images vivantes de la Majesté
Divine,& qui par conmAuxHebr.
ch.10. vt
sequens
,
n'ont que Dieu seul
pour Juge de leur conduite.
Cest une vérité autentiquement
établie dans la sainte
Ecriture par les termes du
Prophete Roy,Tibisolipeccavi.
Les saintsProphetes tirent
immed iatement de Dieu la
connoissance des choses les
plus secretes, & les plus éloignées,
comme dit Daniel, n
Ainsi Samuel connoissoit ce
que Saül avoir dans le coeur
lors qu'il cherchoit les Anes,
ses de ron Pere. o Ainsi Elisée
n Chap.2.v.22.
ô I. Rtg. ch. 9. v. 19.
avoit , comme il dit ,
son
coeur present, lors que Giegi
qui avoit couru après Naaman
receut deux talens.pAinsi
Daniel estant encore jeune
& élevé Captif dans la Cour
de Nabuchodonosor en Babylone
apprit immédiatement
de Dieu lanuit precedente
par une vision
,
l'explication
dele Songe que le Roy
avoit eu & oublié» de cette
grande & terrible Statuequr
estoit la figure des furures-i
Monarchies du Monde, dont
la cette estoit d'or,»les bras lX;--
p4.Reg.ch.5.v.16.
la poitrine d'argent, le ventre.
& les cuisses d'airain, les jam-.
bes de fer,& les pieds & les
doigtsméssezde fer & d'argile.
ARTICLEII.
Les véritables Prophetes,
bien qu'immédiatement en*,
voyez de Dieu
, en vouloient
estre asseuvez
) & pour ce
sujet ilsluydemandoient des
Signes manifestes. Dieu mesmeadonné
son Arc-en-cieL
aprèsleDeluge, pour figne
de l'alliance qu'ilfaisoit avec
la Terre. Si vous demandez.
comment depuis le Déluge
cetArc-en-ciel peut signifier
l'alliance de Dieu avec les
hommes,en voicy ma pensée.
C'est parce que cet Arc est
sans corde, & mesme dans
une situation contraire à décocher
sur la Terre. Aussi le
Prophete Ezechiel vit la Majesté
Divine dans son Lit de
Justice, ÔC au Trône de sa
gloire paréd'un Arc-en-ciel.
Dieu parlant en vision â.-
Abraham "q promit de luy
donner & àtoute sa Posterité
là Terre de Chanaam. Ce
qu'Abraharn crut ,
~&il luyfut
q Geneseosch. ir.v. 8.
reputéàjustice.Neantmoins
ce Pere de croyance demanda
un figne pour estre asseuré
qu'il la possederoit.
Mayre estant envoyé de
la part de Dieu à Pharaon,
pour recirer le Peuple de la
captivitéd'Egipte
)
répondit,
r se ne feraypascreu
, 0*
on me prendra pour un Imposteur
& on me dira que le Seigneur
ne ma pas apparu; mais
Dieu l'asseura de (à presence,
& luy donna trois lignes miraculeux
pour prouver sa.
Mission, car par l'ordre de
r Exode ch. .
Dieu Moyse ayant jetté sa
verge à terre elle fut convertie
en Serpent, dont il fut
effrayé ; mais par le mesme
ordre l'ayant empoigné par
la queuë , ce Serpent repritsa
premiere nature de bois
>
& devint
la mesmeverge de Moyse.
Dieu luy commanda encore
de mettre la main dans son
sein, d'où il la tira lepreuse,
blanche comme la neige; &
lors qu'il l'y eut remire, il
la retira entièrement saine.
L'Histoire des Jugesnous
apprend dans le sixiéme chapitre,
que Dieu ayant dit à
Gedeon ,Va
, pars sçache qui
c'est moy qui t'envoye
y
il répondit,
Seigneur,sij'aytriouvé
grâceauprès devous, donnez-
moy quelque signeque c'est vous
qui meparlez.
SLe Prestre Zacharie osfrantles
Parfums au Temple
du Seigneur, & ayant appris
de l'Ange Gabrië,qu'il au*
roit un Fils nommé Jean, demandaun
signe;car il dità
l'Ange, A quoy connoistrai-je,
la vérité de ce que vous me
dites ?
/Lu(. ch.I. Y. IS."
ARTICLE III.
Les Peuples avant que de
croire aux Prophètes ,qui se
disoient choisis pour leurs
parler de la part de Dieu,
devoient aussi en estre assurez
par quelques signes ou
miracles. Ainsi Moyse ayant
esté envoyé pour délivrer le
Peuple de la captivité d'Egipte
, t fit devant luy par
l'ordonnance de Dieules,
deux signes miraculeux que
nous avons cy-deuus rapportez.
Il prit encore de l'eau
du Fleuve du Nil,& l'épant
Exodech. 4,.
cha sur la terte, & toute l'eau
qu'on prenoit dans le Fleuve
estoit changée en fang. Le
Peuple ayant veu ces trois signes
u s'abandonna à croire
& à faire tout ce que Moyse
devoit proposer.Moyse prouva
ensuite sa Mission au Roy
Pharaon & à toute l'Egipte
par dix differens miracles»
qu'on appelle les dix Playes
d'Egipte. Il la prouva encore
dans le desert, x lorsque
Coré, Dathan,&Abiron s'é.
leverent contre luy & Aaron,
u Exod. eodem. Y. 30.
x Nombres ch.16.y.28. &
ôc voulurent usurper la Prestrise,
carayant dit : Par ces
signes vous connoistrez que Dieu
ma, envoyé
,
incontinent la
terre qui estoit fous les pieds
de ces Révoltez se fendit, &
les engloutit avec tous leurs
Tabernacles, &ilsdescendirent
vivans dans les Enfers.
Jcroboam ayant esté éleu
Roy des dix Lignéesd'Israël,
pour s'assurer la Couronne&
empêcher le Peuple de monter
en Jerusalem pour sacrifier
au Temple de Salomon,
fit fondre un Veau d'Or en
Bethe,& y dressaun Autel
,
sur lequel il presentoit luymesme
les encens, y lorsqu'un
jeune Prophece venu deJuda
s' écria: Autel, Autel,le Seigneurdljrtèï
dit: Il naîtra de
la Maison de David un -1-Irince
nomme fofias, qui immolera sur
toy-mcfme tes Preflres)(!/ voicy
le fgae que Dieu parle par ma
bouche,cet Autel se rompra ;
il se rompit.
Voicy un autre Exemple
dans le IV. Livre des Rois.
Ezechias estant malade, Dieu
luy envoya le Prophere Isaïe
pour luy dire qu'il disposast de
y 3. Reg.ch.13.v.5.
sa maison, parce qu'il mourroit.
Ce pieux Roy qui avoit
brisé le Serpent d'airain, &
rétably les Autels & le culte
du vray Dieu, que l'impie
Roy Achab son pere avoit
détruit & aboly
,
fondit en
larmes, & obtint par ses prieres
la revocation de l'arrest
de samort. AinsileProphete
n'estoit pas encore au milieu
du porche pour sortir,
que Dieu luyordonna de retourner
sur ses pas, & d'assurer
le Roy que dans trois
jours il monteroit au Temple,
& qu'il vivroit encore
quinze ans. Ce bon & Juste
Roy demanda au Prophete: clfèra le signe que Dieu me
guérira? & que je monteray
dans trois jours au Temple? Il
obtint le signe qu'il demandoit,
car l'ombre du Soleil
retrograda de dix degrez sur
l'horloge solaire d'Achab.
Je vous parlay il y a deux
ans de Mr de Cironis de
Beaufort, qui, quoy que fort
jeune, avoit rem porté le premier
Prix dans l'Academie
desJeux Floraux de Toulouse.
Je vous en ay marqué
l'Institution dans quelques-
- unes de mes Lettres, & vous
ay entretenuë de tout ce qui'
la regarde. Il a rem porté
cette année le Prix de Iai
Violette qui est le second.
On peut dire qu'il a un genie
extraordinaire,&qu'il etï rare
qu'une personne si peu avancée
en âge possede si parfaitement
les belles. Lettres. Vousvous
souvenez sans doute
que je vous appris en 1687,
qu'il estpetit-fils du celebre
Mr de Cironis, President au
Mortier du Parlement de
Toulouse. Comme il y a
toujours un Sonnet à faire
pour l'essay
, voicy celuy
qu'il fit sur ce Vers.
Les Mechans apprendront à vous
estre fdettes.
AU ROY.
GRand Monarque ,vostre ame
en vertussifeconde
Vient d'immortaliser lasplendeur de
VIS Lys, [fonde
De vos pieux desseins lasagessepro-
Rendnostrejoyeentiere,&nos voeux
accomplis.
On vous Aime, on vous craint sur
la Terre &sur l'onde,
Par tout fume l'encens des Autels
rétablis,
Et de tant de vertus, les delices do-
Monde,
Nos Marbressont ornez & no-s Vers
embellis.
Si Liege a bien
osé
rompre l'intelligence
De ses Etats unis avec ceux de la
France,
Sans respecter les Loix qu'impose fin
grand Vainqueur;
Voussçaurez,châtierses Habitans
rebelles ;
Par l'exemple fameux de leurpropre
malheur,
Les Méchans apprendront à vous
estre fidelles.
Le Chant Royal quiluy
a fait meriter le prix de la
Violette, estoit celuy que
vous allez lire.
HESIONE,
CHANT- ROYAL. ELVIre tous les HEROS,dofit
le fermecourage
Rend leur nom memorable à la pojrcritey
Vlllujlre Fils d'Alcmene asur eux
davantage
Dm'avooirrtlae lpiretméi.er rang dans l'im- r ;"in,7 l'im.-
Busiris> Gerion , le Monstre d'Erimanthe
VnLionfurieu, x, une Hidre rt.
nai(Jante>
.ArcllhlèZ fous le poids de sa malt
vigueur,
Sont d'illustres témoinsdesa haute
valeur.
De tant de beaux exploits, dont le
seul nombre étonne,
Je chante seulement dans ma noble
chaleur,
Le Heros qui s'oppose aux malheurs
d'Hesione.
Ilion alloit estre un trisse Marécage,
Neptuneravageoit cette illustreCité,
Et les Troyens estoient un vivant
témoignage [ rité.
Deceque peut un Dieu justement ir-
Contre Laomedon sacolereconstante
Luy faisoit exercer tous les maux
qu'elle invente, il remplit la Troade, & desang CT
d'horreur,
On voit de toutes parts tombersous
sa rigueur
Des Morts & des Mourans que la
Parque moissonne;
Heureux ,
s'ils avoient eu dans ce
pressant malheur
Le Héros qui soppofe aux malheurs
d'Hefione.
De tant d'lnfortlllJft le funeste
carnage avoii pas assouvy toutesa cruauté;
Ce n'estoitpas pourappaifrfi.
rage,
Un Monstre formidable eff contre
euxJùflité.
Ses griJfis, & les dens desa gueule
écumante
Leur font encor sentir sa faim trop
violente,
Desa ferocité l'insatiableardeur
Séme de toutes parts la mort,ou La
terreur ;
Ce Monstre redouté ne respecte perflnne
[fureur
Le Cielsereservoit pour punir fi-
Le Heros qui s'oppose aux malheurs
d'Hefione.
Tourse mettre à rabry d'unsi fumfte
orage
Jgue feront les Troyens ! l'Oracle
consulté,
Leur apprendqu'Hesione exposée
aurivage
, Seule peut adoucir cette Divinité;
JjhiaaMonflredansFexcès de sa.
rage sanglante
S'appreste à devorer cette Fi/lé innocente.
Les Troyens, à ces tKds, voyant
avecdouleur
Jgjtil leur faut immoler, ou sa vit
ou la leur,
Sont forcez d'accomplir ce que l'Oracleordonne>
Mais on voit aussi-totcombattre en
leurfaveur
Le Heros qui s'oppose aux mal
heurs d'Hesione.
Cess troppeu qu'aux hasards ou
la terre l'engage
Alcide aitsignaléson intrépidité;
L'Onde encor àson tour avec elle partage
Lagloire d'exercersa generosité.
C'estoit pour ce Heros laVictoireimportante,
JOut devait couronner sa valeur
triomphante;
Après ce grand Exploit, cet illustre
vainqueur,
Redonne un nouvean lustre à sa
hautesplendeur.
Du bruitdeses hautsfaitstoutl'Univers
resonne ,
Ilion reconnoistpourson Libérateur
Le Héros qui s'oppose aux malheurs
d'Hesione.
ALLEGORIE. LO VIS est desvertus unesource
abondante,
Son extrême bonté, son humeur
bien-faisante,
D'un Prince fugitif le font le Protecteur.
Sur l'Anglois révoltésignalant son
grand Il coeur , va rendre à leur Roy le Sceptre
&laCouronne.
Nous pouvons appliqueràsasainte
ferveur
Le Heros qui s'oppose aux malheurs
d'Hefione.
Les matieres du temps font
si amples & si belles
)
qu'elles
donnent à chacun de quoy
s'exercer selon son génie.
M de la Tronche de Rouen,
Auteur du Dialogue qui suit,
les a traitées d'une maniere
qui vous plaira d'autant plus
que l'Allegorie qu'il y fait
regner, nous representefort
ingeuieusement les Ligues
qui se sont forméescontre le
Roy depuis quelque temps,
.'& qui ont produit la Guerré
que nous voyons allumée
dans toute l'Europe.
: DIALOGUE
ALLEGORIQJJE
Ik De Jupiter & de Mercure
surlesAffairesduTemps.- >! Ly a quelque temps que Jupiter
a nepouvant plus retenir
la jalousie que luy cause le
grand éclat du Soleil, b appell
aL'empereur.
J, le Roy de France.
Mercure
, c & luy commanda
d'aller dans toutes les Cours des
Planetes ,pour leur remontrer
qu'ils n'avoient pas moins d'interest
que luy, d'empescher que
ce bel Astre nejjfaçafl: par son
brillant la clarté dont elles iftoientenvironnées,
Mets en
usage toute ton éloquence, luy
dit-il, pour les obliger d'entrer
contre luy dans une Ligue offensive
& défensive; mais afin
qu'ellespuissent toutes ensemble
mieuxreussir dans ce que je
t'ordonne de leur proposer,sou-
-q;Ùns-toy qu'ilfaut tenir la ne
c l/Ble&eur Palatin,
gociationsecrete, gf agirauprès
de chacune avec beaucoup de
prudence. Va d'abord trouver,
Saturne. d Comme il est le plus
élevé en dignité il aura plus de
pouvoir qu'aucun, autre pour les
faire entrer de concert dans une
Affaire si delicate. Tu iras ensuite
parler à e Venus. Ses charmes
pourront aisément attirer
Mars f dansnostre party, cquand
tu teseras asseuré de l'un
& de l'autre
, tu passerasau
Ciel de la Lune, gpourl'oblid.
LePape.
e La Hollande.
f Le Prince d'Ol'angc.-
gL'fifyagnc.
ger par son opposition de causer
au Soleil quelquegrande Eclipse,
qui luy flft perdrel'estime que
toute la terre a pour luy, au préjudice
des autres Planetes
, ce
qu'elles ne peuvent souffrir sans
se rendre indignes de leursublime
grandeur. La commission
dont vous m'honore^ rnefl fort
glorieuse, répondit Mercureavec
un air de Planete subalterne
,
mais s'il m'estoit permisdeparlersans
perdre le refiuél que je
vous dois, je vous dirois que
vous pourriez vous tromper dans
vos mesures ; car comment pretendez-
vous que j'aille dans
toute l'etenduë des Cirux faire
gendarmer toutes les Planetes
contre leSoleilsans qu'il en ait
connoissance, luy qui esi si clairvoyant
qu'il ny a rien qui êchape
àsesrayons,jusqu'à penetrer
leplus profond des Abysmes?
J'apprehende mesme qu'à l'heure
qu'il rfi
}
il ne nous découvre
ensemble,&quil ne devine le
secret que vous 'Voule:( bien me
confier, Ë7 j'ay d'autant plus
sujet de le craindre
J que je ne
fuis pas trop bien avec luy.
Vous le fçave%» & vous r/ignorek
pas qu'ayant besoin d'un
Arbitre, nousavons luy * moy
nommé Saturne, que j'aurois pâ
exempter de cette peine en accordant
au Soleil ce qu'il me demandoit
avec justice ; mais si je
ne l'ay pasfait, ce n'a estéque
pour mieux entrer dans vos interefls.
Presentementselon le
train que doivent prendre- les
choses j) croy que Saturne aura,
de la peine à (e declarer pour
vous, parce qu'estant établi par
le souverain Destin pour Moderateurde
toutes les contestations
& de tous les démeslezquipeuvent
s'émouvoir parmy les Pla-«,
netes ,soit pour l'honneur de la.
preséance,oupourquelque interest
particulier ,il ne doit point
en qualité de Médiateurprotéger
les uns plúfO que les autres 2 s'il veutcouper piedà de cruelles
Guerres, dont le Ciel &U
Terre ressentiroient de terribles
JecouJifs
, qui peut-estreobligeroient
leDestin d'en rendre Sa.,
turneresponsable.
Cela est njraj3 dit Jupiter,
mais sçais-tubien,puis qu'ilfaut
enfin te découvrirtout mon coeur,
que lors qu'on estaussi tourmenté
de jalousie que je lefuis ,la
raison n'est pas ce que l'on hou*
Ir. ?Je ne te le cache point
J'aimerois mieux cJfayer tous les
malheurs de Id Guerre, que JPen.-
tendre plus long-temps la Renommée,
quisemblen'avoirpoint
assiz de bouches pour publier
lemerite du Soleil. Aquelque
prix que ce soit,j'enveux affoiblir
l'éclat.J'en viendray àbout
par lesecours des Planetes.Elles
prendront toutes mon party lors
qu'elles verront Saturne dans
mes interests.Jen'oublie rien
pour l'y attirer. C'est pour cela
que j'ay dans sa Cour deux
Etoiles h à mesgages. Ces deux
Etoiles peuvent tout sur son esprit
& luy feront prendre en
b Le Cardinal Cibo & le Cardinal.
la faveur tous les sentimens
u'elles voudront. Jay à te dire
le plus que l'Etoile i du Nord
efi entierement dévoüée à moy >
vec quantité d'autres Etoiles k
lui grossiront mon party pour
aire toutes ensembles une noable
diversion
, par tout où elle
ourra m'estreavantageuse.
Ainsi prepare toy à partir; je
vais donner ordre à tes Lettres
le creance.
Nefaitesrien,s'il vous plaist
repartitMercure, que vous
J.'àyez bien examinélasituation
i Le Roy de Suede.
x Les Electeurs de l'Empire.
où font presentement 1er autres
Planetes. Il n'y a pas d'apparence
que la Lune veüille si,
broüiller tout de nouveau avec
le Soleil. Elle sçaittropce qu'il
luy en a coûtépour avoir pris,
avec vous la querelle de Venus.
Si la pajjton qui vous aveugle
ne vous permet pas de vous en
ressouvenir
,
vostreAigle qui a
perdu plusieurs plumes d'un costé
vous en pourra rafraichir la.
memoire. C'est, pourquoy j'ay
beaucoup de peineàcroireque
la Lune pour contenter vojlre
jalousie
,
donne sottement teste
baissée dans l'entreprise que vous
'Voule'{
voulez faire. Elle craindra de
recevoir avecvous pour une feconde
fois le déplaisir de se voir
forcée à faire une paix IJonteufe.
Quoy qu'elle "Fafft par son opposuion
pour obscurcir la lumiere
du Soleil, elle ne le peut faire
tout au plus que pour deux ou
trois heures, au lieu que ce bel
Astre peut l'éclipserpendant
toutes les nuits de son regne , en
attirant quantitéde vapeurs &
d'exhalaisons qui cacheroient entierement
sa lumiere aussi-bien
que celle des Etoiles dont vous
riPerez l'appuj
,
($f qui ne sont
peut- estre pas à se repentir de
s'estreengagées à seconder vos
projets, dont elles n'esperent pas
une bonne issut. Pour ce qui est
de Venus, il me semble que
vous ne de'Vez pas faire un
grandfond sur elle; car tenant
de la ^Mtr qui est le lieu de son
origine, elle est fort sujette au
changement. Ainsi vous ne deve^
pas vousy fier. Toute Femme
qui se soustrait de l'autorité
de son Epoux & qui ne luy est
pasfidelle,peutmanquer de foy
à d'autres. Elle est comme ces
Coquettes quinese donnentque
pour un temps,selon que la passion
ou l'interest lesy portcC'cft
ce qu'elle a bienfait voir en
admettant Mars dansson fein
)
afin de s'en servir contre les at..
taq ues de ceux quelle a trompez;
maiselle commence à s'en lajjcr,
On le voitparsa conduite, puis
qu'apprehendantqu'il ne prist
chez elle un pouvoir de Maistre
elle a si bienfait parses persuasions,
qu'il est allé dans une
autre 1 Plage
,
dont elle luy a
fait croire que la Conqueste luy
seroit facile, non pas tant par
son courage que par les ruses (y4
les trahisons quelle luy a inspirée.
Quand vous aure pesé
L'Angleterre.
toutes ces raisons,vous trouverez
peut-estre à propos de ne pas aller
si viste
, & laijjere% en paix le
Soleil qui ria pas voulu vous
troubler quand vous estiez en
guerre contre une Cornette m
Cornuë, afin defaire voir à Saturne
ainsi qu'aux autres Planetes
, qu'il sçait donner des
bornes à son courage quand la
justice le demande;carsans cela
vous eujjïe^ esté encore une fois
contraint d'abandonner honteusement
le plus beau lieu de
vostre n Domaine.Faites-y
mLeTurc.
» Vienne.
4
reflexion. S'il n'eust pas estéajJe
genereux pour vous épargner en
ce temps-là, c'estoit fait de vous
& de toutes vos Etoiles
) &
peut-estre aussi de moy. Comme
nous avons payé cette moderation
d'ingratitude,ilya (ujet
de craindre que tost ou tard nous
n'en soyons justement punis.
Tais-toy, interrompit Jupiter
d'un ton altier. Tes raisonnemens
nesonttirez qued'une politique
craintive , & de si lâches precautions
ne sçauroient abbattre
un coeur aussi intrepide que le
mien.L'entreprise est resoluë,
&je veux estre obey. Vous le
serez
, repartit Mercure. Puis
que vous me l'ordonnez d'autorité
absoluë. yje vousferay voir
que ce ricjl point une politique
craintive qui m'a obligéde parler
comme j'ay fait; mais plûtostune
politique prudente, dont
onne peuts'écartersans risquer
tout. Je connois bien ce que je
hasarde
3
& que j'ay tout lieu
de craindre, qu'en me rencontrant
dans le cours de vos Iro,
trigues, le Soleil ne me brusle les
aisles que j'ay à la teste e aux pieds peut-estre mesme qu'il
ne me consume toutà fait,quoy
que cela ne soit pas dans les
Propheties de certains Mortels
quiprétendent penetrer dans l'a.-
venir
3 & qui veulent faire
croire aux autres ce que vous ne
si.,t"ve'{ pas vous-mesme9jout
éclairéque vous ef/es. Si je ne
metrompe, continua-t-il
3
il me
semble que je voy déja de loin
une Etoile o errante qui fort
du Soleil
3
& dont la clarté
extraordinaire
3 en se rejfeniant
du lieu de sa naissance
3
ne me
fait rien augurer de bon. Au
contraire elle me fait craindre
que voffre mine ne foit é-ventee
par la penetration des rcidions>
0Monfclgneurle DaM-hir;.
de votre Ennemy. La rapidité
avec laquelle cette Etoile s'avance
vers la Voye LaElée p efl
d'un fort mauvais presage
) &
j'ay d'autant plui d'inquictude
que je croy voiraujjt plusieurs
Tourbillons q impetueux qui la
precedent, pour exciter quelque
orage dans l'endroit ou va cette
Etoile
3
qui toute errante quelle
cft) fc fçaura bien fixer malgré
vous & malgrémoyen tel lieu
qu'elle voudra.
Je ne fç<y ce que tu Vuis>
dit Jupiter> mais je sçay bien
p Le Rhin.
q Efcarlrons de Cavalerie qui allerent '.rsieger
Thilisbourg.
cequele vois quand jeteregarde.
Je vois un Visionnaire
que la peur remplit defaux objets.
Il faut en effet qu'elle te
préoccupe terriblement pour te
reduire aux alarmes, à l'ajpeti
d'un petit Aieteore qui n'est
quune vapeur e-nftâméeJ & qui
ne laijJè pas néanmoins de te
tenir lieu d'une Etoile errante.
Petit Adeteore tant qu'il vous
plaira
3
répartit Mercure
>
nous
en verrons les effets. Ils pourront
causer de grandsdejordres
dent vous serez cause encore
plus que moy ,
puis que vous
m'aurez forcé de vous obéir,
710nnez ordre à tout 3
je riay
plus rien à vous dire.
La Reine d'Angleterre qui
ne fait aucun voyage à Pans
que par des morifs de pieté,
s'y rendit le 19. du mois
passé) pour assîster au Salue
dans le Monastere des Dames
Ghanoincfles regulieres Anglosses,
qui s'y faisoit pour
la conclusion des Prieres de
quarante heures, que ces Dames
avoient faites, pour demander
à Dieu la confervatioti
de la personne sacrée du
Roy, & de leurs Majestez
Britanniques, & pour l'heureux
succés de leurs armes.
Cette Princesse qui savoit
que Louis VII. avoir eu autrefois
la generosité de donner
un asile en France à Saint
;Thomas:'- Arc hevesque :d'e
Cantorbery
»
Chancelier &
,,
Primat d' Angleterrey lors
<ju'iJ se réfugia en ce Royaume,
ayant appris que ce saint
,.
Prelar, pendant le sejour qu'il
y avoit fait, avoit choisi sa
demeure parmy les Chanoines
reguliers de l'Abbaye de
Saint Victor, & que dans une
Chapelle dédiée à son honl
•
neuron conservoit leCilice'
dont il estoit revestu lors
qu'il fut assassiné., eut la devotion
d'y venir faire sa priè-
- re. Sa Majestésurreceuë à la
porte de l'Eglise par le Chapitre
des Chanoines reguliers
de cette Abbaye, ayant à
leur teste Mr de Bourges qui
en estPrieur.Voicy le compliment
qu'illuy fit.
MADAME,
La presence de Voflre Majesséinspire
à nos coeurs des sentimens
que nous ne pouvons
exprimer par nos paroles, Permettez
nous, Madame, pour
Cuppleerà ce defaut d'emprunter
celles que le Saint Esprit mit
autrefois dans la bouche du
plus Jage Roy de la terre, pour
faire le Portrait e l'Eloge de
l'Epouse du Souverain Roy du
Ciel, quam pulchn funt greffus
cui
,
Filia Principisi
Grande Reine
3
Princejje incomparable,
que vos démarches
font belles! que tous vos pas
sont dignes de remarquei Je pretenspas,Madame,par ne
pretens pas, Madame-i parcceess
paroles loüer dans VostreMajeflé
cet air de grandeursimajefiueux
£? si nobles qui luy attire le
respect e la vénération de tous
les Peuples.Je craindrois de bIef,
fer la delicatesse de vôtre pieti,
si dans ce Lieu Saint,jemarreftois
à ces fortes d'avantages humains
que vous tirez de voflre
AugufleNaissance. Je parle,
Madame3 de ces démarchés toutes
faintes
? que vous faites
dans le sentier de la rvertu. Nous
voyons avec admiration Voflre
Majesté marcher sur les traces
des plus illustres Saints de son
Royaume. Le grandSaint
Tbomas, Chancelier, & depuis
Primat d'Angleterre, & Arche
vesque de CantorberyJpersecuté
pour la dcfenfe des liberîe% de
l'Eglise, Je retira dans la France
; il y trouva un azile assuré
fous la proteéhon d'un de nos
Rois, & dans leJejour cjuilfit
en cette Ville» il choisit cette
Aiaifon pour le lieu de sa demeure.
Son inclination pour
l'Ordre des Chanoines Reguliers
étakly dans son Eglise de Cantorbery
, & dont il portoit toujours
l'habit fous les ornemens
convenables a sa Dignité3çjsr
plus encore son amour d; son
tele pour la difeiplinereguhere9
> qui jieurijfoit en cette Abbaye
>
nous attirèrent un sidigne Hojle.
ghesinos Peresfurentinstruits
des discours,, t édifiez de la
pieté de ce Saint Prelat, nous
osons dire
,
Madame, qu'il trouva
aujJi dans cette Maison des
exemples capablesdel'édifier. Il
y recueillit, pourainsiparler,
les esprits du fang encore tout
fumant d'un autre Thomas
Prieur de cette Abbaye, & Vicaire
General de l'Evesque de
Paris, qui quelque temps auparavant
avoitsacrifié son sang
&sa viepoursoutenir les droits
de Epouse du Sauveur. La
Providence sans doute l'avoit
conduit dans ce lieu pour l'antmer
par cet exemple à imiter le
souverain Pasteur de nos Ames
qui s'est livré à la mort pour le
salut de son Eglise. Cette Abbaye,
Madame,conserve encore
aujourd'huy comme un gage
pretieux de l'amitié de ce Saint,
l'instrument rigoureux de ses
austeritezsecrettes, cet aspreCilice
qu'il portoit pendant sa ie"
çy dont il fut trouve revejiit
après samort, Permettez-nous,
Madame,definir ce discours par
les paroles qui l'ont commencé.
Grdnde Reine
j que vos démarches
sont belles ! Vous marchez
sur les pas de cet illustre Saint,
de vostre Royaume..
Comme luy, vous venez en
France pour la cause de Dieu3
de la Religion & de l'Eglise;
comme luy
, vous cherchez un
azileà vostre Foy; comme llty
vousy trouvez un Prince Religieux
qui vous reçoit comme un
dignepresentdu Ciel; maisplus
heureuje que luy
, vous y
trouvez un Monarque? qui &-
ant tadmiration de toute la
Terre) devientl*admirateur de
voflre vertu. Comme luy ensisi
Voflre Majefielhonore défitprefence
cetteMaison qui a servy
de.rttraite à ce Saint. Que si
vous y troy : :,,(; ,)
Àitùû"
me>cesvr.:^nscxcwfius àe r:..,er. (,: tuqui c.i;<l'emuj-ii.-nThomasj- sipar n;.u,jeur nous ne pommes
plus que Membre de nos Peres,
du moins,Madame
y
Vojlre
Majefié peut s'affiurer de trouver
dans tous lesjujets qui composentcette
Compagnie autant
de personnesdévouées aux interefis
de sa Couronne, *jje£lion*
nées au service de jes fidelles
Sujetsygelées pour la gloire3 la*
jante
J
la prosperité de sa Perjonnejacrêe,
(£p de touteja FamilleRoyale.
La Reine ayant remerci.
ce Prieur avec son honnefteté
ordinaire) fut conduite au
bruit des cloches & au Ion
de rorgue à un Prie- Dieu
qui luy avoit esté preparé au
milieu du Clioeur, tendu
ainsi que la Nef de riches
Tapisseries. Sa Majesté
; aprés
avoir fait sa Piiere pendant
le Te Deum que les
Chanoines chanterent
,
vie
le Cilice de SaintThomas
de Canrorbery, & plusieurs
autres Reliques; après quoy
elle passi dans la Chapelle
dédiée à ce Saint &
en celle de la Vierge. De
la elle futconduite dans
la fameuseBibliothèque de
cette Abbaye) si célébré par
le nombre & par l'antiquité
de ses Manuscrits } puis elle
passa par les Jardins sur une
(terrasses où fous une arcade
fort richement tapissee, on
jhiy (ervit une collation trespropre.
La Reine en sortant témoignaà
M1 de Bourges qui avoic
toujours eu l'honneur
de Taccompagner) beaucoup
de fatisfachon de la reception
qu'on luy avoit faite. Ce
Prieur,qui cft Docteur en
Théologie de la Facultéde
Paris,ten: proche parent de
M de Bourges) ce fameux
Millionnaire.Apostolique
,
que le Pape Innocent XI.
parce qu'il travaille depuis
vingt cinq ans dans la Cochinchine
& dans le Tonquin
à la conversion des Insidellesa
faitEvesque en l'année1679.
Sa Sainteté luy envoya
ses Bulles aux Indes fous
le titre de l'Evesché d'Auren,
en luy permettant de se faire
sacrer par un Evesque seul &
deux Preftresau lieu d'Evesques)
& s'il ne setrouvoic
pas de Prestres, par un Evefà
que seul. Il revint du fond du
Royaume de Tonquin pour
recevoir la confecracion EpiC.
copale en laVille de Siam).
deux ans après que le Pape eue
fait expedier ses Bulles. Cest
ce MifllonnaireApostolique
qui est l'Auteur de la Relation
du Voyage de Mr lEvesque
de Bcrite, Vicaire Apostolique
du Royaume de
la Cochinchine qui fut imprimée
pourla premiere fois
a, PParis en 1666. & ddé'ddi.é'e a, l
Sa Majesté. Ce fut luy qui
accompagna ce digne Prélat
dans le grand Voyage qu'il
fie parterre pouraller à Siam.
Ils traverserent ensemble la
Turquie l'Arabie deterce, la
Perre) le Mogol
>
les Indes,&
le Royaume deSiam,&arriverent
après plus de deux
mille lieuës de chemin,en la
Chine, & au Royaume de
Tonquin, qui estoit le lieu
de leur Minion. L'Evesque de
Berite renvoya quelques années
après Mr de Bourges en
Europe, pour les affaires qui
la regardoient. Il eut l'hon-
-
neur lors qu'il fut en France,
- d'entretenir le Roy de Ces
VoyagesVoyages-,&
deluy presenter
la Relation qu'il en avoit
faite. Il passa de là à Rome,
où il fut tres bien receu de Sa
Sainteté, & obtint une partie
de ce qu'il Iuy demanda
pour le progrés de la Foy
dans le Royaume de Tonquinj
où ileft retourné pour
y mourir attaché à sonEglise.
- Comme il estparlé dans la
Harangue faite a la Reine
d'Angleterre d'un Thomas,
Religieux de Saint Vîêtor)
donfon fait un paraielle avec
SaintThomas de Cantorbery
,
parce qu'ils ont perdu la vie
l'un & l'autre pour avoir défend
u avec vigueur les libertez
de leurs Eglises, vous ne
ferez pas fachée d'estreéclaircie
de quelques circonstances
de la vie, & de la mort de ce
saint Religieux, qui fut celebre
en son temps. Il estoit
de Paris, & avoit lié une amitié
sott étroite avec Saint Bernard.
On le fit Prieur de
l'Abbaye de saine Victor,&
à cause de son mérité extraordinaire
le fameux Estienne,
Evesque de Paris en ce
temps-là, le choisit pour son
Vicaire General dans l'étenduë
de son Diocese. Il exerça
cette Charge avec un zele
& unevigueur toute Apostolique
, s'estant opposé ,comme
Vicaire, à plusieurs abus,
& sur tout à de certaines
exactions qui se faisoient sur
les Prestres & sur les Curez
par des personnes constituées
en dignité Ecclesiastique.
Cela luy attira une si grande
haine de la part de ceux qui
proficoient de l'argent que raportoient
ces exactions qu'ils
resolurent de l'assassiner. Ils
executerent ce malheureux
dessein à Gournay, proche
l'Abbaye de Chelles, lors
que ce saint Hommeaccompagnoit
Estienne, Evesque de
Paris, comme son Vicaire General,
dans les Vifices de son
Diocese. La rage de ses Ennemis
fut telle qu'ilsl'assassinerent
un jour de Dimanche
entre les bras mesme de
son Evesque, sans aucun réf.
pect
, ny de la sainteté du
jour, ny de la presence de ce
grand Prelat. Cela est marqué
en de si beaux termes
&si precis dans la lettre
que ce mesme Prelat écrivit
au Pape Innocent 11.
sur ce sujet, que je ne puis
m'empescher de les rapporter.
Vir religiosus, Priorsancti
Victoris, Mgister Thomas, in
objequio charitatis
, in itinere
quod indixerat pietas,inopere
sancto, in Dominico die,insinu
meo, & inter manus meas, crudeliter
ab impiis pro justitiâ ex..
cerebratus est. Exitus aquarum
deducite oculi mei, quoniam Jere"",
liquit me virtus mea, & lumen
oculorum meorum & ipsum non
est mecum. Episcopi nomen ego
gerebam
,
ille exercebat opus.
Honorespretoonus totis njiribus
fupportabat. Les Sçavans qui
en voudront sçavoir davantage
peuvent lire cette Lettreentiere
qui estla 159. dans
les Oeuvres de saint Bernard.
Toutes les circonstances de
ce détestable assassinat fs
trouvent dans l'histoire de la
Vie de ce Saint Homme, faite
en Latin parM1 Goureau de
laProutiere,cy devant Prieur
de S. Vlâor, & aujourd'huy
Prieur deVilliers-le-Bel.
Voicy des Vers de Mr Diereville
sur l'honneur que receurent
Mrs de S. Victor, par
, la Visite de la Reine d'Angleterre.
Vous les devez regarder
selon la. situationoù
fc trouvoient les affaires lors
que l'Auteur lesa faits. Comme
elles peuvent changer
d'unmomentà l'autre, vous
ne luy devez rien imputer
si dans le temps que vous les.
lirez il s'y trouve quelque
chose qui ne soit pas juste.
A LA REINE
L d'Angleterre. Cr; que vous visitez cette il-
Lufire Mai/on,
Qui porte le glorieux nom -
Du Saint qui renversa de son pied
lesIdoles,
.:i!!!e ne vOJrZVOIIS dttnJ no*
coeurs 1
Les doux ravissemens qtiy clluflnl
tels honneurs!
Pour les bien exprimer iln'estpoint
de paroles.
Aux pieds de cesficre*{ Autels,
Où la Pieté vous amene, Ne nous croyezpas ,grandeReine,
Moinssensibles pour vous à vos destins
cruels.
Cesont les sentimens qu'un grand
merite inspire.
Sur ces rares vertus que dans vous
on admire,
Avec tant de douceur çfr tant de
majesté, [ ,trrejlt,
Par un charme jur'ffjntl\fprit cfl
Ce Peuple qui vous environne
) Estpourtant nioins attiré dans ce
lieu,
Par le desir de voir vostre auguste
Personne,
Quepoury demander à Dieu Qu'il
vous rende cette Couronne
Que ravit à fin oncle un indigne
Neveu.
Sous cette precieuse pierre,
Ousacrifioitsaint Thomas,
Qui, comme vous, contraint de
quitter l'Angleterre,
Vint chercher un asile en ces heureux
Climats,
Il mesemble entendreson Ombre,
Comme dans un Monumentsombre,
Prier le Dieu vivant d'exaucer tous
nos væux.
Ses décretssontimpenetrables
Quand il tardelong-temps , à punir
lescoupables
, C'estpour leurpreparer des tourmens
plus affreux.
Dufier Tiran qui vous opprime,
Telsera le funestesort;
Il tombera du Trône où l'a placé le
crime
Lors qu'il s'y croira le plusfort.
Deses pareils c'ejl la chute ordinaire
;
Sur cc TrôneleCiel Iny permet de
monter,
POlir faire voir ce temeraire
Deplus hautseprccipiter.
Vous le verrez,grande Princesse,
Ne cessez, point de l'esperer;
jjHiand LOVIS pour vous s'intertffe
Vous pouvez vous en asseurer.
Pourmettre lecomble àsagloire,
Le Ciel luy reservoit cette grande
Victoire.
C'estle Constantin de nosjours,
Dont ilsifirt poursa vangeance ; Il ne peut d'un Tiran souffrir la
violence ,
Et de fis attentats il va rompre Il
cours-
Ce granddeffenseur de l'Eglise,
Fameux partant d'exploits divers,
Pour unesi belle entreprise
Deses Vaisseaux couvre les Hers
Nous le verronssur la Ttlmife
Seconder vostreEpoux& mettre dam
lesfers
VEnnemy qui vous tirannife.
QueleDieuquisoûtientsonbras,
Anime toujoursfin COftrdge,
Et qt!'ilpuee bien-tost couronner
son ouvrage,
En vous rendant vos trois Etais.
Comme les Jesuites se distinguent
dans tout ce qu'ils
font, il y a toujours plaisir
à entendre parler de ce qui
les regarde, & je ne doute
point que vous n'en trouviez
à apprendre le sujet du Balet,
qui a servi d'entre-Aes à
la Tragedie qu'on a repre.
sensée cette année dans leur
College de Louis le Grand.
Le foin qu'ils se donnent
tous les ans pour ce divertissementnesçauroit
qu'estre
utile au Public, puis qu'il
fert à former la Jeunesse
pour la Chaire, & pour le
Barreau,& à luy faire prendre
des maniérés aisées, sans
lesquelles rien n'est fait de
bonne grâce. La Tragedie
qu'ils ont fait representer par
leursEcoliers le 17. de ce mois,
estoit intitulée Polimestor, &
comme on en faisoit rouler
le noeud sur un secret qui empêchoitceRoy
de distinguer
son Fils d'avec sonEnnemy,
leBalet qui servoit d'entre- Actes
à cette Piece,avoit esté fait
sur le secret. Il ne faut pas
s'étonner si ce choix parut
heureux &judicieux. Quand
des Sujets qui doivent estre
unis ensemble ont tant de
rapport,le divertissement ne
sçauroit manquer de plaire.
Je ne vous parleray point de
la Tragedie, & vous diray
feulement que le Balet estoit
divisé en quatre parties. Da.
bord la Nuit accompagnée
des Ombres donnoit la naissanceàSigalion,
DieuduSilence,
qui represente le Secret,
& il estoit mis entre les mains
des Sybilles,pour estre nour
ri par des Fées, avec ordre de
ne le faire voir à personne.
Des Curieux, des Chymistes
soufleurs & des Sorciers venoient
les uns après les autres
pourtacher de luyparler;
mais les premiers n'obtenoient
que des feüilles que
leur jettoient les Sybilles, Se
dans lesquelles ils cherchoient
inutilement ce qu'ils
avoient envie de scavoir. Les
seconds vouloien)t corrompre
ses Gardes en leur promettant
de l'or, & ne remportoient
que de la fumée,
& les derniers qui croyoient
le découvrir en employant
leurs Ceremonies Magiques,
estoient effrayez par des Lutins
qui les obligeoient à
prendre la fuite. Ensuite la
Renommée ennemie du Secret,
venait declarer la guerre
à Sigalion au son des
Tambours & des Trompettesaussi-
totf on voyoit
paroistre les Ecrivains, Gaze
tiers,& Colporteurs, qui s'enroloient
fous ses étendards.
Bacchus qui hait mortelle.
ment leSecret, amenoit une
bande d'Ivrognes pour com.
batre Sigalion. Les Enfans,
à qui l'indiscretion est naturelle
,semettoient de la partie
, & Momus & les Foux
qui vouloient aussi en estre,
paroissoient accompagnez
d'une rccruë de Bohemiens,
qui se vantoient de venir à
bout de penetrer les avantures
les plus secretes. Sigalion
se voyant ainsi. attaqué de
toutes parcs, le prépara a la
défense, après avoir assemblé
son Conseil, composé d'Areopagites
& de Pytagotjf.
ciens. En même temps les
plus grands Capitaines vinrent
luy jurer fidelité, & le
firent reverer à leurs Soldats
fous la figure du Minotaurer
ancien symbole du Secret
parmy les Romains. On donna
le soin de l'Hospital de
l'Armée aux Empiriques feudaraires
du Secret., qui vinrent
luy offrir leur service,
& qui en firent l'experience
en faisant marcher droit des
Estropiez. Les Vieillards
Confidens du Secret, s'estant
aussi presentez pour défendre
Sigalion
3 on les dessinaà
garder le bagage,&les Plaideurs
& les Orateurs qui amenèrent
des Troupes de Mensonges,
furent mis au Corps
de reserve pour le besoin.,
Alors Sigalion se vangea différemment
de ses Ennemis.
Ilfit déchirer Penthée par les
Bacchantes pour avoir voulu
découvrir les secrets misteres
de Bacchus. Tantale sur plongé
dans unérang parles Furies
pour punition d'avoir revele
les secrets des Dieux. Mer-
, cure changea le Berger Battus
en statuë de pierre en presence
de quelques Bergers
)
asia
de les instruire par ce châtiment
àestre plus reservez à
garder le secret,& la Boete.
de Pandore ayant esté ouverte
, on en vit sortir le Demoa
de la guerre, la Discorde, la
Furie,&leDesespoir. Vous
pouvez juger par tout ce que.
je vous dis de la beauté des
Entrées. Il s'en fit une genera
le dans laquelle Sigalion parut
sur un Trône au milieus
de sesOfficiers. Tous ses EnDemis
chargez de chaînes relevoient
l'éclat de son triomphe.
CeBalet, dont l'ouverture
se fit par les plus illustres,
Nations de l'Univers, qui établissant
leur politique sur le
secret, se preparerent à rendre
hommage à Sigalion
, ne
pouvoirmanquer de plaire
en toutes ses parties) puis que
le sujet en estoit agreable &
attachant,& que Mr Colasse,
l'un des Maistres de Musiqué
.,.de la Chapelle du Roy, en avoit
fait tous les Airs. C'est
luy qui depuis la mort de
Mr de Lully a fait la Musique
des Opera avec le succés
dont je vous ay déjà parlé.
Les Entrées estoient de ME
i Pecour, qui depuis deux ou
trois ans travaille aux Enttées
de l'Opera, & qui fit le Balet
de Chantilly, lors que
Monseigneur le Dauphin y
fut régalé avec la magnificence
digne du Prince qui
le reçût. On ne peut dancer
àde meilleure grace que firent
ce Balet du Secret le fils de
Mrle Duc de Villeroy, & celuy
de Mr deSaint Vallier..
Les grands applaudissèmens
qu'on leur donna en furent
des marques.
- Vous avez attendu bietv
tard à me demander ce que
c'est qu'un Livre intitulé, Les
plus belles Lettres des meilleurs
Auteurs François. Cet Ouvrage
est deMr Richeler, Auteur
du Dictionnairequiporte
son nom, & son titre,
vous apprend en quoy il
consiste. Les Lettres dont il
nous a donné un recueil
Jo
j
font tirées de vingt- huit,
Auteurs differens quionttous.
de la reputation, & comme
il a choisi les meilleures, il
ne se peut que son Livre n'ait
de fort grandes beautez. pa:
y voit quelques Portraits de
ceux dont il nous donne les
Lettres, & outre le plaisir
qu'on a de lire ce qu'il y a
de plus excellent & de plus
vif dans ce genre, les Notesqu'on
y trouve sur chacune,.
"ont d'une forr grande infruction
, ayant esté faires:
noinspour le langage, qu'ain
de faire connoistre mille
hofes, qui sont ignorées de
beaucoup de gens. Ce sont
roprement des Clefs qui ourent
lesmisteres de ces Lettres.
Si cetessay plailt, son;
eflfçin est de poursuivre.
vu* Monseigneur le Duc de
Bourgogne ayant atteint l'â-
- ge de sept ans, qui est celuy
où l'on a accoutumé de donner
un Gouverneur aux Princes
de sa Naissance, & foaesprit
ayant de beaucoup de.
vancé sonâge, ce que la vivacité
de ses reparties faisoit;
remarquer de jour enJfour)si
le Royanommé pour fbnj
Gouverneur Mr le Duc dog
Beauvilliers premier Gentil,1
homme de sa Chambre,
Chef de son
ConseilRoyalj}
des Finances. La sagesse dC\j
ce Duc estsi connue, il Yaj
tancj
I tant d'ordre dans ses actions,
[&' ilest dans une estime si
generale,qu'il n'y a personne
qui ait esté surpris de ce
choix. Il me seroit inutile de
rien ajoûter à ce court éloge,
vousayant parlé deluyplus
,
amplement lors qu'il fut nommé
Chef du Conseil.
! KTS'AbbédeFenelon.Do-5
6teur en Théologie de la Faculté
de Paris, a esté choisy
pour Precepteur de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
IlestFilsde feu MrleMarquis
de Fenelon,&: Neveu de
feu M de la Motte de Fene-.
lon, Lieutenant de Roy de la
Marche, si fameux par sa valeur,
par sa veritable devotion,
& par une probité que la medisance
mesme a toujours
esté obligée de respecter.
L'ancienneté de sa Noblesse,
& les grandes alliances de sa
Maisonsontassez connuës.
Le sejour qu'il a fait dans le
Seminaire de Saint Sulpice,
est une preuve de sa pieté. Il
presche avec cette éloquence
qui a donné tant de reputation
à S. Jean Chrisostome
dans l'Eglise Grecque, & il a
fait plusieurs Millions avec
succés pour la conversion des
Heretiques, dont un grand
nombre s'est rendu à ses raisons
, & s'est confirmé dans
laFoy, encore plus persuadé
par son exemple.Nous avons
quelques Ouvrages de luy,
qu'on voit bien qui sont de
main de Maistre. Il po(Tedc?
parfaitement les Belles Lettres,
& sçait tres-bien les Langues
sçavantes.Mrl'Abbéde
Fenelon efl: aussi Neveu de Mc;
l'Evesque de Sarlat
,
Prelat
d'une grande reputation pour
sa pieté & pour sa doctrine.
Il a l'esprit doux, quoy que
tres-vif, & son humilité &
samodestie sont assez connoistre
la solidité de sa devotion.
Ses talens font admirables
pour ramener les ames à
-*v;,Dieu
& les Malades qu'il
veut bien assister, éprouvent
par la maniere dont il les
conduit,
des effetssensibles
de la Grace. Le choix que le
Roy a fait de luy pour le mettre
auprès de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, prouve
bien le soin que ce grand
Monarque prend de son
'*tR;oyaume> & l'amour qu'il a
pour la Religion, puis qu'il
la Charge de Viceroy. On
cfpere qu'il en fera bien tost
de retour. Il a plusieurs Freres
dans l'Eglise connus par
leur merite,& unentr'autres,
Grand Vicaire de Mt l'Evesque
de Chartres.
MrduPuy,Gentilhomme
Ordinaire du Roy,a esté fait
Gentilhomme de la Manche.
Il est d'une grande pieté, &
a beaucoup de iàccffc,& on l'a
toujours vû avec des gens distinguez
par leur esprit & par
la bonté de leurs moeurs.
Mr de l'Eschelle a auni
esté fait Gentilhomme de la
Manche. Il s'est gouverné si
sagement & pendant qu'on
l'a veu Page du Roy, &
pendant qu'il a esté dans les
Mousquetaires
, que Sa Majesté
l'a remarqué, & c'est
ce qui l'a determinée au
choix qu'Elle a fair. Cela nous
apprend qu'on ne perd jamais
auprés de ce grand Prince,
quand on estsage.
Mr Moreau est premier
Valet de Garderobe dés l'ensance.
Il est fort propre &
fort eraendu, d'une sagesse
exemplaire,plein d'esprit, &
a mille bonnes qualitez. Il
dessigne entr'autres parfaite-
- ment bien, & il se connoist
a tout. Il y a long-temps que
le Roy sçait qu'il n'a pas
un attachement mediocre
pour sa personne.
M' Bachelier en premier
Valet déTSïïETrobe, & Mrs
Bidaut, le
-
Fevre, & Mayas
ont esté nommez pour Valets
de Chambre ordinaires,
c'est à dire, qu'ils doivent
servir toute l'année.. Le choix
du Roy pour leur faire remplir
ces emplois,prouve leur
merite. Aussi pçut-on dire
qu'iln'y enaaucun,mesmedes
Officiers qui sont au dessous
de ceux dont jeviens de vous
dire les noms )
qui ne soit
distingué par une vie exempl,
ire, de sorte que Sa Majfié
fait plus d'un bien en
recompensant la sagesse, puis
que par-là Elle excite à l'acquerir
ceux qui ont des vûës
pour leur élevation. -
Ce Monarque ayant permis
aux Religieux de Clerlieux,
Ordre de Cisteaux
)
Diocese
de Toul, de faire élection
,
de trois d'entre eux,dont
ensuite il nommeroit l'un,
pour remplir la place d'Abbé,
vacante par la mort de Dom
Bichet, Abbé regulier
, &
l'élection estant tombée sur
Dom Bonnet, Prieur & Religieux
de cette mesme Maison
,
Sa Majesté l'a nommé
préferablement aux deux autres
qui ont estééleuscomme
luy, ayant eu égard à son
propre merite, & à l'a pprobation
generale que la Province
donnoit à ce choix.
Voussçavezque Ml'Abbé
de Beauveau a esté nommé à
l'Evesché de Sarlat.Voicy le
Compliment que Mrle
Doyen,à la teste du Chapitre
de la Cathedrale
,
luyfit à
son arrivée.
MONSEIGNEVR,
Vostre Chapitre ient vous
rendreses soûmîssions
, & vous
marquer la satisfaction qu'il a
devous voir.>Monseigneur
, de la grandeur de nostre
joye par l'honneur que nous recevons
d'estre les Membres d'un
Corps
,
dont vous efts le Cbcf.
Encore un coup, Monseigneury
jugez de la grandeur de nostre
joye ,
quand nous considerons,
que par une siglorieuseliaison
,
nous avons part a tous vos
avantages ,
à l'élevation de totre
naissance
, au pouvoir de
vofire Diçnite,aladijlinélion
devostre mérité
, & à tant d'eminentes
qualitez quipourvoient
faire le bonheur de lA premiere
Eqjije du monde, Apres tant de
biens, Afonfeignetir, nejommesnous
pus obligez de benir mille
fois la main qui nous a fait un
si richepresent, @J dans un esprit
de reconnoissance,pouvonsnous
aetez faire de VOEUX pour
le plus sage
,
le plttspuijJantJ
&leplus religieux de tous les
Princes? Dans cet estat, Monseigneur
,
noflrebonne fortune
na rien a cLjÎrcr
,
Jinan qu'il
vous plaise nous continuer les
témoignages de cette bonté, dont.
vous aluck voulu nous donner
paravance de si sensibles preuves
; & comme c)esi la faveur
la plus precieuse que nous putÇfions
souhaiter
, je suis chargé
avec plaisir
5
Monseigneur, de
vous asseurer que nous tâcherons
de meriter cette grâce par nos
soins
, par nos respects, çy par
nostre obeissance.
t* Il fautvous parler des personnes
considerables que nous
avons perduës depuis peu de
temps.
Dame Marguerite P-ic-ot.
Elle estoit Veuve de Messire
Charles Pinon
,
Vicomte de
Quincy,Seigneur de Boist
bouson,Maistre des Requefies,
& Fils de Messire Jacques
Pinon, qui est mort Doyen
desConseillers du Parlement
de Paris. Cette Famille a donné
plusieursMaistres des Requestes
,
Presidens & Conseillers
aux Parlemens de Paris,
& de Mets, Officiers en la
Chambre des Comptes, Tresoriers
de France, & autres
Compagnies de Judicature.
Il ya presentement trois Conseillers
de cette Famille au
Parlement de Paris,sçavoit,
Mlc Estienne Pinon, Conseiller-
Clerc en la Grand'-
Chambre
, receu en 1653.
Messire Bernard Pinon , receu
en 1671. Conseiller en la Cinquiéme
des Enquestes, &
Messire Charles François Pinon
receu en 1684, Conseiller
en la Deuxième des En
quefies. Cette Famille porte
i'azur au Chevron d'or, accomdpaegmnéesdme
tero.is pommes de pin is p lit
Dame Claire-Brice. Elle
étoitVeuvedeMessire Robert
Clapisson d'Ulin, Seigneur
de Chartrettes
,
du Vau, &
autres lieux, Doyen des Auditeurs
en la Chambre des
Comptes à Paris. La Famille
des Brice a donné des Conseillers
au Parlement, & aux
Compagnies de Judicature de
cette Ville; & celle de Glapisson
a donné aussi divers
Officiers aux Compagnies de
Jud icature de Paris. Messire
NicolasClapiffon d'Ulin,qui
enest, fut receu en 1651. Conseiller
en la Cour des Aides.
Dame Catherine de Nouveau.
Elle estoit Veuve de
Messire Charles, Marquis de
Bourdeille& d' Archiac, Baron
de la Tour. Blanche, &
Comte de Mata. Feu Mrde
Nouveau estoit son Frere, &
Madame de Monterolier sa
Soeur.
Dame Marguerite de la
Grange- Trianon
)
Femme de
MessireAntoine-François de
la Tremoille ) ,Duc de Noirmoutier
Baron du Plessis
aux Tournelles. Elle estoit
Fille de Mr de la Grange,
cy devant President en la
Seconde Chambre des Requestes
du Parlement deParis.
Elle a laissé deux Freres; l'un
Conseiller au Parlement, Se
l'autre Conseiller au Grand
Conseil. Madame sa Soeur, a
épousé Mr de Poussemothe
deLestoille, Seigneurde Chenoust
& de Graville,President
,,,: en la Cour des Aides. Quant
à Mr de Noirmoutier son
Mary, il estFils defeuMessire
Loüis de la Tremoille,
Duc de Noirmoutier, Vicomte
de Tours, Baron de
Chafteauneuf& de Semblancé,
Lieutenant General des
Camps & Armées du Roy,
Maréchal de ses Camps &
Armées,Gouverneur de Charleville
& de Mont-Olimpe,
Thoüars) Pair de France,
Prince de Tarente & de Talmont,
Comte de Laval, Chevalier
des Ordres du Roy,&
premier Gentilhomme de la
Chambre. Les Marquis de
Royan sont encore de cette
Maison de laTremoille) qui
porte d'or au chevron de gueules,
accompagnéde troisAiglesd'azur
bequez & membrez de gueules.
Messire Henry de Massuë,
S' de Ruvigny, & Marquis
de Reneval Il est mort
en Angleterre, âgé de 84.
ans, dans une Maison du
Roy appellée Grenich. Il
estoit né à laBastille, dont
Mr de Ruvigny son Pore
estoit Gouverneur, & avoit
eu une Soeur qui a fait grand
bruit par sa beauté, & à laquelleleMaréchal
de Biron
qui eut la teste coupée dans
la court de la Bastille, donna
un beau diamant qu'il avoit
au doigt, peu d'heures avant
qu'il montast sur l'échafaut.
Elle n'avoit alors que dix à
douze ans. Elle fut mariée
en premieres Noces à Mr de
la Maison-fort
? quimourut
presque aussi-tost qu'il l'eut
épousée. Elle demeura Veuve
L
quelque temps, jusqu'à ce
que Milord Wratostoli,Comte
de Souptanton
,
qui enfuite
fut fait grand Trésorier
d'Angleterre , l'ayant veuë
au Cours, fut frappé de sa
beauté,& l'épousa.Elleétoit
brune, & comme c'est une
qualité assez rare en Angleterre
,
& que l'on prefere aux
Blondes, elle n'y fut paî
'* - moins admirée qu'en France.
D'elle sont venuës deux ou
trois belles personnes qui ont
esté mariées aux meilleurs!
partis de ce Païs-là. Milord
Russel en avoit épousé une
MrdeRuvigny, dont jevous
a pprens la mort, a porté les
armes dés sa plus grande jeunesse.
Il se trouva dans Mantouë
lors qu'elle fut prise par
Collal to. Il revint en France,
où il servit dans routes les
Guerres. Il commanda longtemps
le Régiment de Cavalerie
du Grand Maistre
,
qui
estoit.Mr le Maréchal de la
Meilleraye, & se maria aved
Dame Marie Tallemand,
Soeur de Monsieur l'Abbé
Tallemand
,
Aumônier du
Roy, & premier Aumônier
de Madame. Cent mesme
1
jnez ; qui avoit succedé en:1
cette Charge à Mr le Marquis
mandant sur tout une personne
en qui il puft avoir
confiance;mais ce Miniftrc
qui n'accordoit pas aisément;
ce qu'on souhaitoit de luy,,
répondit qu'il n'estoit pas à
propos qu'un Député General
des Prétendus Reformez
pofledalt encore un pareil cmploy.
On ne laissa pas de luy;
donner la qualité de Lieute-i
nanr General> ce qui fait voir:
que sans le maiheur de sa
Religion, il auroic pu afpn
rer aux premieres dignire
de l'épée. Il n'a pas moin*
reussi dans les Negociationsi
ayant elle Ambassadeur en
Portugal, où il a conduit la
défunte Reyne. Il a eu beaucoup
de part à l'affaire de
Dunkerque. Il estoitalors
ou Ambassadeur,ou Envoyé
en Angleterre, & il y négocia
avec beaucoup de succés
en l'une & en l'autre qualité.
Il eut le bonheur peu de
temps après
,
de découvrir
la trahison du nommé le
Roux, qui fut pris en Suiffe,
mené à la Bastille
5
& executé
publiquement. Les autres
Ambassadeursont rendu souvent
ce témoignage de luy
9
que dans les Lettres qu'ilss'écrivent
les uns aux autres, il
n' y en avoit point qui fist
mieux le plan de la Cour ou
il estoit, ny qui reprefentaft
mieux l'estat des affaires. II.
a receu plusieurs graces de.
Sa Majesté qui luy donnoit:
six mille livres de pension,,
& quatre mille à son Fils aîné.
Cela a continuejusqu'aj
leur départ de France, ôa
mesme on les a laissé jouïn
tran quillement de leurs Ter-r
rcs. Le Pere & le Fils aifnâ
font demeurez paisibles dans
tous les Troubles, qui mettent
l'Angleterre en division.
Le Cadet s'est laissé gagner
par le Maréchal de Schombert
contre leur sentiment,&
contre celuy de sa Merc qui
estcres- sensiblement rouc hép
de la perte d'un Mary qu'e lle
a toujours tendrementaimé
ôc qu'elle croyoit revenu d'une
longue indisposition,caufée
par une cheure qu'il avoic
faite l'hyver dernier, & dont
il estoit demeuré long- temps
aulit; mais ayant repris Ces
forces, peut -
estre les avoiril
trop exercées en se promenant
dans le Parc & dans les
Jardins de Grenic
,
d'où la,
veille de sa mort il ne se retira
qu'à neuf ou dix heures
du foir. Il passa la nuit assez
doucement, & le lendemain
sur les huit heures du matin
il« sentit une fort grande foiblesse,&
une espece de défaillance.
Il se jetta à genoux, &
mourut en recommandant
son ame à Dieu. Quand Sa
Majesté eut appris sa mort.
Elle eut la bonté de faire un
éloge de luy, & de dire que
de tous ceux qui avoient cité
employez à son service, il n'y
avoit personne qui l'eust plus
fidellement, plus secretement
& plus"agréablement servie.
Un témoignage si glorieux
doit estre une grande conso,:
lation à tous les Amis,
Depuis la déclaration dela
guerre, les Ennemis de la
France se vantent d'avoir fait
beaucoup de prifesfur nous , mais ils ne les nomment
point; au lieu que nos Armateurs
en font. tous les;
jours, & en plus grand nombre
qu'on ne le publie. L'un
d'eux en a fait une sur leSt
Anglois depuis peu detemps,.
& il l'a conduite à S. N1J.to'
Elle est estimee quinze à
seize mille livres.
Un aurre Armateur leur a
pris un Bastiment qui efloit
chargé de vins de Canarie.
Le Vaisseau nommé le Clement,
s'estaussi rendu maistre
d'un Bastiment qui revenoit
de Lisbonne Il estoit chargé
de Sel.
Le20. dumois paSe, qua- ,' cre Prises Angloises furent
amenées à S. Malo, où la
Fregate,appellée la Vierge de
qrace, en avoic déjà amené
une qu'on estimoit quinze
milleécus.
Le 2.7. une autre priie fore
confickrable fut amenée dans
le Port de Brest par trois de
nos Armateurs. C'efioit un
BaflimentAngloischargé de
divetfesmarchandisesj& entre
autres d'un fort grand
nombre de balles de foye.
Cette prise est estimée cent
mille écus.
Mr le Chevalier d'Amble
mont, après six semaines
de courre, rentra la 4. de ce
mois au Port de Dunkerque»
avec un Navire moitié guerre,
moitié marchand, de trentedeux
pieces de Canon
,
&
une grande Flûte, le tout pris
sur les Hollandois.IUavoic
avec luy quatre petites Frétes,
& ayant rencontrécinq
de leurs. Vajfleaux, il les attaqua.
Le combat fut rude
,
& l'un des plusvigoureux
qui le roient donnez depuis,
longtemps. Il coula d'abord
à fond un de ces Vaiflcaux>.
& un autre fauta, le feu avant
pris aux poudres, ou par un
coup de Canon venu du Vaisseau
de ce Chevalier, ou,
comme plusieurs laiTurent*
par le feu que le Capitaine y
mit luy-mesme
) en disant
qu'il valoit autant fauter que
d'eftrc pendu. C'elloit un
François qui avoitdéferré depuis
plusieurs années. Il y
avoit dans ce Vaisseau vingtcinq
ménages qui alloient
aux Isles. Il y en eut encore
un coulé à fond,&un
autre pris, de vingt-quatre
pieces de Canon- Il clioic
chargé de vivres» & l'autre
que Mr le Chevalierd'Arnblimont
amena en mesme
temps au Port de Dur kerque,
l'cftoitde marc handées
pour Curaçao, Il perdît prés
de deux cens hommes, un
Capitaine en fecond & un
Enseigne qui estoit sur le
Vaisseau-qui fauta a prés avoir
esté abordé. Le cinquième
Valffeau, qui s'estoit fauve
pendant le combaty fut pris
le lendemain par un de nos
Armateurs. Il estoit de soixante&
dix tonneaux, & de
quatre pieces de Canon.
Peu de jours auparavant il
s'estoitdonné un autre combat
qui dura six heures. La
Fregate l'Intrepide ayant attaqué
un VaisseauAnglois
de trois cens tonneaux, le
prità la hauteur des Sorlingues
,
mais en l'amenant à
Brest
,
elle rencontra trois
Vaisseaux de guerre à lahauteur
de l'Isle d'Ouessant. Ils
luy donnerent la chasse, &
elle fut obligée d'abandonner
la prise & de relâcher à S.
Malo,où elle mena le Capitaine
Anglois & les Prisonniers.
Le Vaisseau nommé le PetitSaintLoüis,
a. conduit deux
autres prises
a ce mesme Port;
l'une estoit chargée de poudre
d'or,de dents d'Elephant,
de bois rouge,& d'autres riches
marchandées on l'estime
plus de six vingt mille
livres.
Lejojepb, Fregate du même
lieu, qu'on avoit armée
en course, en a pris une sur
les Ennemis de huit pieces de
Canon.
J'ajoûteray à tant d'Articles
glorieux pourra France,
trois avions surprenantes qui
se sont faites sur Mer par des
Capitaines François, & qui
meritent, non s ulement d'être
sçûës comme des nouvelles
agreables & avantageuses
dans la situation où sont les
Il affaires, mais mesme que l'histoire
les remarque afin que
la memoire en soit confer.
vée. Mr Julien, de la Rochelle
, Lieutenant de Vaisseau
)
& Commandant, dans
l'occasiondont ilsagit, d'un
petit Bâtiment du Roy de
dix picces de Canon,armé
en course, revenoit de l'Amerique
avec un Vaisseau
marchand qu'il accompagnoit,
nommé La Àfjirfahale,
monté de seize pieces de Canon
, & commandé par Mr
Guillot
,
& estans à trente
lieuës au large de Belle-Isle,
il rencontra un Vaisseau de
guerre Hollandois de soixante
pieces de Canon? &une
Fregate devingt- deux pieces
qui firent ensemble leur décharge
à la portée du fusil sur
ces deux Bâtimens François,
qui non seulement avoient
les trois quarts de Canon
moins que leurs Ennemis,
mais qui furent mesme surpris
! en forte qu'avant que
de pouvoir tirer un seul coup,
ils essuyerent tout le Canon
du Vaisseau Hollandois & de
laFregate. Mrs Julien&Guillot
n'en furent ny étourdis
ny découragez mais se sentant
plustost animez, ils resolurent
de ne se point rendre,
& de vendre cher leurs
vies, s'il falloit mourir. Ils
soûtinrent le combat, & ce
qui semble incroyable
J
ils
resisterent vigoureusement
pendant six heures à des décharges
continuelles de quatre-
vingt- deux pieces de Canon,
ce qui auroit dû les
mettre en pieces, & les abîmer,
sans leur grande experience
>
& le fang froid qu'ils
conserverent pour donner
leurs ordres. Ils lefirentavec
toutela presence d'espritimaginable
, & enfin apréssixgrandes
heures de combat,
le petit Bâtiment du Roy
commandé par Mr Julien, étant
percé à l'eau de tous
costez
, ce Commandant fit.
signal au vaisseau la Maréchale
de s'aprocher, & n'ayant
plus que douze hommes en
estat de combatre, il se jetta
dedans avec le reste de ces
braves qui venoient de faire
tant de prodiges, & qui étoient
resolus d'en faire encore
de nouveaux,quoy que
les Hollandois parussent encore
plus en estat de. vaincre
que quand le combat avoit
commencé. A peine les François
eurent-ilsquitté le petit
Bâtiment, où ils avoient esté
foudroyez par le grand nombre
de coups de Canon qu'oui
avoir tirez sur eux, que ce
Bastiment coula à fond. Ainsi
les deux Capitaines n'avoient
plus qu'un Vaisseau
marchand de seize pieces
pour se défendre contre deux
Bastimens, montez de quatrevingt-
deux. Ilss'avilerent der
faire des sabords à la chambre
de leur Vaisseau
,
& de
charger leurs Canons de bou*
lets à leur teste, & de carcouches.
Cela leur réussir
heureusement. La Fregate qui
vint à l'abordage futvivement
repoussée
,
& avec une
tres-grande perte de ceux qui
estoient dessus, & le Vaisseau
Hollandois,quoy que grand
& sort, fut démâté. Cependant
le Canon des Ennemis
ayant rasé les platsbords dtt
VaiseauFrançois, & mis
tout sonpontàdécouvert,
Mrs Julien & Guillot imaginerent
un moyen de luy
donner de nouveaux bords.
Ils en firent un de balles de
coton,après quoy ils continuerent
à se défendre jusques
à la nuit, avec lamême
vigueur qu'ils avoient fait
lors qu'ilsavoient plus de
monde, & qu'ils estoient fecondez
du Bastimentqui avoit
coulé à fond. Le lendemain
le gros Vaisseau qui
n'avoit pû se remaster parut
fous le vent, & les Commandans
François remarquèrent
qu'avec les Chaloupes des
deux Bastimens on envoyoit
environ cent hommes à la
Fregate. Ces deux Bastimens
ennemis s'approcherent ei*.1
fuite du Vaisseau François,
qui déchargea sa bordée de
siprés, & si heureusement*
parce que le temps de la lâ.
cher fut pris à propos?qu'il
y eut un grand nombre des
Ennemis tuez & mis hors de
combat. Leur Beaupré tomba,
& resta sur la Maréchale,
ce qui montre qu'ils estoient
bien prés l'un de l'autre; il y
eut ensuite un autre abordage
qui ne fut pas moins heureux
aux François, qui démâterent
la Fregate. Elle fut
par làobligéede s'approcher
du gros Vaisseau, & de &
mettre sur le costé, estant
percée de pluficurs coups.
On remarqua qu'il ne restoit
que cinquante hommes sur le
VaisseauHollandois
, au lieu
des deux cens qu'on y avoit
vûs le matin. MrsJulien Se
Guillot trouverent à propos
de se retirer, quoy qu'ils
n'eussent perdu que dix hommes,
& que le nombre de
leurs blessez, parmylesquels
estoit le Contre-maistrequi
eut le bras emporté, ne fust
pas considerable ; mais leur:
Vaisseau estoit si maltraité,
que si le Hollandois n'eust.
pas eité: dans l'estat que je
viens de vous marquerai,illuy
auroit esté fort aisé d'emporter
une victoire
,
qui dés l'entrée
du combat avoit dû luy
estre seure. QuantauVaisseau
François
,
c'estoit triompher
que de se garantir d'estre pris;
mais c'est une honte aux
deux autres qui estoient quatre
foisaussi forts, non seulement
de ne s'en estre pas.
rend us mai stres, mais encore
d'avoir perdu plus de deux
cens hommes, & de se voir
tellement ruinez, qu'ils n'ont
pû poursuivre des Ennemis
qui
qui leur estoientsi inférieurs,
& qui navoient presque eu
pour eux que leur courage,
& la resolution de se bien
défendre.Le Capitaine Julien
est un nouveau réuny, &
peut-estrequeles Ennemis qui
veulent soulevercontre le
Roy ceux qui se sont rendus
Catholiques, auroient connu,
s'ilsestoient entrez en France,
qu'ils se feroient trompez, 6C
que les nouveaux Convertis,
qu'ils croyoïent devoir prenlire
leur party ,
les auroient
batus
» comme le Ca pitaine
Julien a fait les deux Vaisseaux
Hollandois. 1
Je passe à une autreaction
aussi singuliere qu'elle est
gloricuse pour la France. Le
18. de ce mois, M le Marquis
de Seignelay. qui avoit 1
monté sur la Flote, esperant
voir une bataille navale
& que les Ennemis ne la
fuiroient pas comme ils ont
fait, impatient d'en apprcn-.j
dre des nouvelles,détacha,
Mr le Chevalier du Mené *
quicommandoit le Vaisseau,
nommé leMarquis, venu de:
Provence avec Mr le Chevalier
de Tourville, & monté:
de trois cens cinquante hommes,
& de cinquante - huit
pieces de Canon, pour aller
reconnoistre les FlotesAngloise
& Hollandoise qui étoient
à la hauteur des Sorlingues.
Les Ennemis qui apptehendoient
dlefirc surpris,
& qui ne craignoient rien
tant que le combat3 où ils
sçavoient que no£ Vaisseaux
avoient ordre de les engager,
détacherent un de leurs plus
gros Vaisseaux dont la baterie
baffe estoit de 18. livres
de bales, pour découvrir où
estoitnostre Flore afind'éviter
sa rencontre. M le Cheva
lier du Mené l'ayant apperceu?
appareilla aussi-cost,
& l'aborda à la portée du
mousquet. Il s'avançaensuite
jusqu'à demy portee, & l'approcha
enfinjusqu'à la portée
du pistolet, où il ne fut
pas plustoll qu'il luy lâcha
sa bordée. Elle eut tout le
succés que ce Chevalier en
pouvoit attendre. Le Vaifïeau
Anglois fut démasté &
desamparé
,
& il y eut ensuire
un grand feu de Mousqueterie
de part& d'autre. Le
Capitaine Anglois sc trouva
blessé à mort ?
& environ foixante
hommes furent tuez
sur son bord
,
& plus decent
mis hors de combat,de forte
que les François se rendirent
maistres de ce Vaisseau. ML
le Chevalier du Mené eut le
bras emporté d'un coup de
Canon, & sa blessure auroit
•
pû refroidirsonéquipage,si ce
brave Ca pitaine en cu.t1: paru
alarmé; mais il empêcha que
ce malheur ne ralentift l'ardeur
des Officiers &des Soldats
J
& commanda qu'on
agist de mesme que s'il n'avoit
point esléblessé. Le
Vaisseau Anglois fut pris, &:
on le remorqua pour l'amener,
Mr le Chevalier du Mené
mourut le lendemain, &Mr
le Chevalier de Combes, Capitaineen
seconddu mesme
Vaisseau, qui avoir agy fous
ses ordres depuis qu'il avoit
eu le bras emporté, en prit
le commandement en Chef.
Il conduisoit ce Vaisseau vers
nostre Flore, lors qu'il en
apperceut huit ou dixautres
de l'Escadre bleuë des Ennemis,
qui avançoient vers luy
d'une maniere à faire connoifire
qu'ils auroient voulu que
le ventleseust poussez avec
plus de rapidité esperant
s\ls l-abordoient,non seulement
empescher que leur;
Vaisseaune sust emmené,
mais encore avoir l'avantage
de se saisir du nostre
,
& de
le conduire à leur Flote. M*
deCombes jugeant qu'il leur
seroitaiséd'executer leur
dessein, parce qu'il ne pou
voit aller aussi viste qu'eux,
àcause du Vaisseau qu'il remarquoit,
fit passer sur son
bord prés de deux cens cinquante
Anglois,avec le Capitaine
qui estoit blessé à
mort, & ensuite fit fauter le
Vaisseau pris? par le feu qu'on
mit aux poudres. Ce fut
comme un coup de foudre
pour les Ennemis. L'étonnement
les artestadans le milieu
de leurcourse,& Mrde Com- ,
bes eut le temps de revenir
sans qu'ils l'osassent pourfuivre.
Il n'eut sur son bord que
douze hommes tuez, & quinze
mis hors de combat. Mr
, de Seignelay fit distribuer les
Prisonniers sur les Vaisseaux.
Le Lieutenant du Vaisseau
Anglois assura que les deux
Flores ennemies jointes ensemble
ne montoient qu'à
65. Vaisseaux de guerre.
Quoy que l' Article qui
fuit regarde l'Irlande, c'est
une action qui peutestre mise
au nombre de celles dont
je viens de vous parler, puis
qu'elle a esté faite par unFrançois
»Commandant trois des
Bastimens de SaMajesté. Lors
que le Roy d'Angleterre pafsa
en Irland e ,
le Roy luy
donna trois Fregates commandées
par Mr du Quesne
Monnier, Capitaine de Ma-*
rine., pour servir Sa Majestè
Britannique dans cette Mer,
découvrir les Bastimens Anglois
qui voudroient approcher
de tacotte de ce Royau
me,les prendre ou leur donner
la chasse suivant leur force
& leur nombre, & transporter
d'un Port à l'autre
d'Irland e les c hosesqu'on auroit
besoin d'y faire conduire,
pour gagner par ce moyen
la plus grande partie du
temps qu'il faut donner aux
Voitures qui se font par terre.
Ces Fregates partirent de
la Rade deCalifergus, qui est
au Nord d'Irlande, pour aller
à l'IsledeMole en Ecosse débarquer
des Troupes du Roy
d'Angleterre? & des Officiers
que ce Prince envoyoit pour
commander une partie de celles
que l'exemple des rebelles
n'a pû seduire,& qui exposent
genereusement leur vie eu
Ecosse pour le service de leur
Souverain. Les troisFregates
qui leur portoient ce se
cours , rencontrerent le 20.
de Juillet à huit heures du
matin, cinq Voiles fous le
Cap Contier, qui est une
terre d'Ecosse. Il y en avoit
trois assez prés de terre, &
qui en pouvoient estre environ
à deuxlieues au vent
des autres. Les Fregates de SaMajestésetrouvant
au
vent, arrivèrent dessus pour
les reconnoistre
?
& remarquèrent
quand elles en furent
plus proche, que les
deux premiers de ces Baftimens,
estoient deux Navires
de guerre Anglois,ayant chacun
une fiame au grand ma(t,
ce qui obligea M' du Quesne
de s'approcher du Commandant
; & comme un des
deux Navires renoit plus le
vent que l'autre) il détacha;
la Fregate laJolie, commandée
par un CapitaineAnglois
nomméNaigle
3
pour
Cattaquer
; & ayant resolu
d'aller avec la sienne attaquer
l'autre Navire, qui estoit celuy
du Commandant» il ordonna
à M Boothj au.
tre Capitaine Anglois, qui
commandoit la Fregate la
Tempeste
J
de se tenir en estat
de secourir cell des deux qui
en auroit le plus de besoin.
Il s'approcha du Navire Angloisàla
portée du pifilet)
& après luy avoir donné sa
bordée de Canon,& sa décharge
de Mousquet, il vint à l'abordage. Le combat dura
environ une demy-heure. Le
Capitaine du Navire nommé
Guillaume Ham, fut tué, &
après sa mort roue l'Equipage
demanda quartier. L'autre
Navire qui avoic esté preiré
de prés
1 voyant ce Vaisseau
rendu, suivit son exemple.1'
Ces deux Bastimens estoient
Ecossois & montez chacun
de cinquante pieces de Canon
j avec trois cens hommes
d'équipage. Ils avoient eu
ordre de croiser entre l'Irlande
ez l'Ecosse
,
afin de s'opposerau
secours que le Roy
d'Angleterre pourroit envoyer
au Vicomte deDundée.
Les trois autres eurent
le temps de s'éloigner pendant
le combat, & gagnerent
lacoste d"EcosseOÙ leurs
,
gens se sauverent. Cela n'empêcha
pas que l'on n'en prist
deux. L'un estoit chargé de
vivres pour Londonderry,&:
il y avoit un Milord dans
l'autre qui eut le bonheur
d'échaper. Du reste
, on y
? trouva peu de monde, àxcause
qu'on pretendoit le remplir
! de Protestans qui se devoient
| rendre surla coste. Les Fre-
¡ gates du Roy continuerent
leur route, & arriverent le
2.3. au lieu où elles devoient
débarquer les Troupes qu>|
elles portoient, ce qu'elles
executerent heureusement.
Ainsi ces trois Fregates eurent
l'avantage de prendre
quatre Navires, de donner la
chasse au cinquiéme , & d'executer
ce qu'elles avoient
entreprepris de faire
y
malgré
l'empêchement qu'y pouvoient
mettre cinq grands
Bastimens. Les mesmes Fregates
du Roy prirent au retour
un petit Bastiment monté
de huit pieces de Canon,
qui servoit à porter les Lettres
d'Angleterre à Londonderry.
L'on trouva dessus le
Fils d'un Echevin deDublin
chargé d'un paquet, qui contenoit
beaucoup de choses,
dont l'éclaircissement a esté
d'une grande utilité aux affaires
de Sa Majesté Britannique.
Elles prirentaussi quelques
autres Bastimens Anglois
outre ceux que je viens
de nommer, &mesme quelques
BastimensEspagnols ,si
bien que le tout ensem ble
forme une petiteFlote qui
en pourroir battre une plus
nombreuse.
Le mot de l'Enigme dix;,
dernier mois
,
qui estoit 14
Chaireàprescher,aesté trouvé
par MrsRoussel, Curé de
S. Estienne de Conches:Foucher,
Prestre habitué enl'EghTe
S. Thomas de S. Lo ::
Petit de Legueval
,
à l'Anagramme
, Amourdu siecle : Arnaud
,
Chirurgien de la ruë
du Four: Hongnant:Bataillot,
l'Avocat : Digeon
, voisin
de la Fontaine des Blancsmanteaux
:l'Abbé d'Epagny
de Langres: De Baye, Cadet
aux Gardes dans la Compagnie
de Fourille : J'ay Bien
deviné, de la ruë S. Denis:
le Voisin de la Veuve incomparable
du Château:le Pasteur
de la teste noire de la
ruë des Bourdonnois : le petit
Mouton:le Païsan de la Bastille
: l'Oedipe de la ruë
Bourgeoise
,
à S. Lo : Fulny
le beau Grandon : de Beaujour
J
Sr de Guilleranche, de
Mascon : le Solitaire de la
:.ruë aux Rats: le grand Def
vineur de S. Denisu: MesdemoisellesVoyant,
de la Porte
S. Victor: Janneton & Madelon
de Monfort l'Amaury:
la petite Lisette la Hollandosse
: Diane de la Forest
d'Alcleon:la Nimphe Louite
Lucie de Chatillon en Bazois
: l'agreable Brune EIeo:
nor,del'Hôtel deSoissons:
la Veuve enjoüée de la ruë
Xaintonge: la belle Marcourelle
de Perpignan: la Belle
à l'Anagramme,se changeray,
& son petit Berger de Villefranche
en Beaujolois : la
Belle soûpirante du Pont au
Change:son aimable Voisine
aiméede l'Amant inconnu,
& sa chere Compagne de
l'Image S. Georges: l'aimable
Manon la conquerante, de la ruë du Four :l'aimable
Madelon de la ruë Simon-lefranc
: l'aimable Recluse de
S. Clair
,
& sa charmante
Voisine du mesme lieu:l'incom
parable Spirituelle du
Cloistre S. Jacques de la Bou",
cherie, & la fiere Guespine
du quartier S. Leu.
Vous me manderez lapensée
de vos Amies sur l'Enigme
nouvelle que je vous5
envoye. ENIGME
JE fuis d'une, dr de deux coupleurs,
1 ,. • Mon habit de morceaux m'envelope.
lateste,
Bcaucoaç de gens qui me font
j¡)Îe
Tâchent en tne baisant d'assouvir
leurs ardeurs ;
Lun m'aime unfcul moment,l'autre
un jour, l'autre une heure.
Jïuand on me fait sortird'où je
fais ma demeure,
Tel se pl.t'jl d'arracher tous mes
habillemens.
La cruauté du sort me rend infortunée
y On me vient enlever dans mes retranchemens,
Et mes infidelles Amans
Ayantjouyde moypendant une
journée,
Me laissent tom ,
abandonnée.
Le second Air nouveau
eue j'ajoûte icy ,
est encore
del'illustreMrLambert. -
iOEle j'ay peine à quitter cet
jimable Bocage !
Un jjiïf, unseul moment en augmentel'ombrage
;
Maisje crains d'y revoir un Berger
trop charmant.
Fuyonssans tarderdavantage.
Peut-estrequ'un naissant amour * Me faitaimer ce beauséjour,
Plûtost que le naissant feüillage.
Vous souhaitez que je
vous apprenne les Modes
nouvelles; comme on ne
quittera le deüil à laCourque
le premier jour de Septembre.,
je ne puis vousen mander.
Le regne des rubans a recommence
depuis deux mois, &:
comme c'est à Versailles que
les premiers ont paru ,
chacun
s'est fait une loy d'en^
porter. Le luxe a presque toujours
fait inventer les Modes
; mais la charité a fait renaistrecelle-
cy. Les Ouvriers
avoient besoin que l'on en
reprist
, & le Roy qui avoit
abandonné cette mode longtemps
avant les autres,parce
qu'il ne gouste pas ce quiest
superflu,
- a bien voulu ent
porter le premier pour donner
l'exemple. La pluspart
des f1
des femmes ont d'abord mis
des échelles de ruban; mais
on commence à en voir
moins à la Cour. On y voit
beaucoup de certains Colliers
dont je vous parlay il y a
quelques années. Ils sont de
la façon des sieurs Berthon,
& Jacquin qui ont seuls le secret
d'imiter les perles fines;
de forte qu'au lieu de changer,
elles embellissentplus on
les porte. Je ne vous entretiens
jamais d'aucuns secrets,
j'y croy peu, & mes Lettres
en feroient toujours remplies,
(î je voulois en par ler. Cependant
il y a des Orfevres
bqeuaiusteé plaignent fort de la
de ces perles, & qui
asseurent qu'elles empêchent
le debit des véritables. Les
Marchands qui en vendent de
fausses, ayant eu l'adresse de
tirerdeceux qui ont trouvé le
secret deces belles perles, des
Colliers de leur façon pour
en debiter
, en ont fait refaire
de celles du Temple, dont
on ne porte plus depuis dix
ans, à cause qu'elles estoient
sujettes à fc gâter. Ils ont:
meslé dans chaque Collier14.
ou ij. grains des perles de la
nouvelle façon, & ontensuite
vendu ces Colliers, qu'ils
ont mesme portez en Ville,
les uns se disant Gendres de
Jacquin
,
& les autres Beauperes
de Berthon. Ainsi la
Ville s'est trouvée pleines de
gens qui les representoient
fous ces noms de Gendre &
de Beaupere. Ceux qui voudront
n'estre point trompez
s'adresseront à la ruë du Petit-
Lion où ils demeurent. On
peut aussi s'adresser à eux de
la Campagne ; il ne faut
qu'envoyer deux Loüis d'or
pour chaque Collier,& mander
si on veut que les perles
soient rondes ou baroques.
.,
Le Roy ayant remply la
veille & le jour de l'Assomption
, toutes les fonctions
dont il a coutume de s'acquitter
avec tant de pieté
dans les Festes solemnelles,
nomma à l'Abbaye de S. Pé,
Diocese de Tarbes, un Fils
de Mr Dallon, Premier President
au Parlement de Navarre.
Le Pere est un homme
d'un merite distingué.Il avoir
esté auparavant Avocat General
au Parlement de Bordeaux,
où il avoit paru avec
éclat) Il n'y eut que ce Benesice
donné ce jourlà,ne s'en
cftant point trouvé d'autres
vacans.
Tout le monde sçait la mort
du Pape. Elle arriva le 12. de
ce mois à quatre heures aprés
midy. Il s'appelloit Benoist
Odescalchi,&il choisit aprés
son élection le nom d'Innocent
XI.Il eftoirFils d'un
riche Banquier delaVille de
Come dans le Duché de Milan,
où plusieursGentilshommes
font la Banque, ainsi que
dans le reste de l'Italie. Le
sejour qu'il luy arriva de faire
à Bruxelles? fut cause qu'il
porta les armes en Flandre
pour les Espagnols
)
& en
combattant contre la France,
il receut un coup de Mousquet
à l'épaule droite, dont
il a esté incommodé toute
sa vie. Il disoit quelquefois
que c'estoitaux François qu'il
estoit redevable de l'incommodité
que cette blessure
luy causoit. Lors qu'il eut
quitté la profession des armes
qui ne luy plut pas, il fit un
voyage à ROine) où il connut
le Cardinal Pancirole, Secrétaire
d'Etat fous Innocent X.
qui luy conseilla de ne s'y pas
arrêter longtemps,ne croyant
point qu'il eustdessein de
s'avancer dans l'Eglise, parce
qu'il ne voyoit pas qu'il eust
pris ce party-là. Odefcalchi
luy témoigna qu'il avoit resolu
de s'attacher à la Cour
de Rome, ce qui embarassa
le Cardinal Pancirole, qui ne
croyoit pas que le métier
qu'il avoit fait, & celuy de
Voyageur qu'il faisoit, luy
eussent laissé beaucoup de
temps pour s'appliquer à l'Etude
; mais comme il y aune
autre voyc permise, & qui
avance beaucoup en peu de
temps, qui est celle des Charges,
ce Cardinalluy demanda
s'il avoit de l'argent pour
en acheter une.Odescalchiqui
avoit de grands biens,marqua
qu'ilestoit en estatde s'attacher
par ce moyen à la Cour
de Rome, & peu de temps aprés
il acheta une Charge de
Clerc de Chambre. Elle luy
donna entrée chez Dona Olimpia,
Belle soeur d'Innocent
X. quiestoit toute puissante
sur l'esprit de ce Pape.
Il s'attacha à luy faire sa Cour,
joignit beaucoup de complaisance
à ses assiduitez, &
accompagna de temps en
temps sa complaisance de
quelques presens, mais illes
fit avec beaucoup d'erprit,
Se d'adresse
,
n'en donnant
point, qu'il n'eust fait naistre
des occasions de les donner
agréablement, & mesme des
pretextes qui sembloient devoir
l'autoriser & luy oster
toute crainte des'exposer à la
honte du refus. Il en faisoit
aussi quelquefois sans se faire
connoistre
>
mais il y avoit
toujouts quelque circonstance
qui faisoit deviner à Dona
Olimpia qu'ils venoient de
deluy. Un jour qu'il avoit
esté voir des cabinets avec
elle, il s'en trouva un plus
beau que les autres qu'elle
marchanda; mais l'excés du
prix l'empefcha de l'acheter.
Odefcalchi ne témoigna
pas qu'ileutremarqué
la passion qu'elle avoit d'avoir
ce cabinet, & il la vie
plusieurs fois depuis ce jourlà
sans qu'on en parlast. C'étoit
une chose qui paroissoit
oubliée, lors qu'il l'envoya
payer par des Inconnus qui le
porterent chez Dona Olimpia,
sans vouloir dire de quelle
part ils venoient. Elle se
souvint qu'elle n'avoit esté
voir ce cabinet qu'avec Odescalchi
;qu'elle n'en avoit
parléàpersonne, & qu'ainsi
il n'y avoit queluy qui eust
pu luy faire ce present
, &
elle en fut d'autant plus persuadée
qu'elle avoit déja eu
des marques de sa maniere
d'agir envers elle. Loin d'en
estre querellé, il fut encore
vû de meilleur oell, & comme
il ne s'agissoit point de
galanterie, & que son but
estoit plus noble, toutes les
occasions qui broüillent or.
dinairement ceux qui vivent
sur ce pied-là, n'altererent
point leur union, qui se fortifia
de plus en plus. Les
jeu de la Prime estoit alors
à la mode, & Dona Olimpia
y joüoit souvent..
Odescalchi l'apprit pour Y'
joüer avec elle, & commes
il estimpossible qu'il n'arrives
des occasions de disputer
dans le jeu, il s'en rencon-
(sa, & il en fit mesme nai--
stre afin de pouvoir luy
marquer sa complaisance
) en
allant toûjoursau devant de:
ses souhaits
, & luy cedant
tout ce qu'elle témoignoit
vouloir emporter. Il pouffa
mesme plus loin son desinteressement,
& se laissa souvent
perdre.Les sommes n'estoient
pas grosses, mais plusieurs
deces sommesmises ensemble
, ne laissoient pas d'en
faire une fort considerable.
Cependant le temps approchoit
où Dona Olimpia
pouvoit luy rendre l'important
service qu'il en esperoit.
Comme il avoit de grands
biens, il afpiroit aux plus
hauts honneurs, & se trouvoit
en estat de les soûtenir,
ce qui eU un avantage tort
grand pour ceux qui font revestus
des premieres dignitez.
Dona Olimpia avoit tout le
credit necessaire
, & pouvoit
luy procurer ce qui luy manquoit.
Auni l'encens qu'il
luy donnoit,estoit-il de la
nature de celuy dont on se
sert pour se rendre la fortuneJ
favorable. Il n'épargnoit rien
dans l'esperance de retirer
davantage, semblable aux
plus avares Chimistes, à qui
les millionsnecoûtent rien,
parce qu'ilsseflâtent que
l'or qu'ilsferont les en re^
4 "i
compensera ; la difference
qu'il y avoit entre-eux &
Odescalchi, c'est qu'il estoit
presque seur qu'il ne semois
pas inutilement. Il se servit
de la conjoncture, & dans le
temps qu'on parloit de faire
des Cardinaux,s'étant rencontré
chezDonaOlimpia,
qui l'engagea à joüer à la
Prime, il trouva heureusement
l'occasion de mette le
comble à ses manieres honnestes
& genereuses. Le jeu
fut extremément gros ce jour
là, & contre son gré il luy
estoit toûjours favorable
, ce
qui luy causoit de l'embarras,
parce qu'il n'avoit pas envie
de gagner. Enfin lassé de la
fortune qui luy paroissoit
contraire, plus elle vouloit
le favoriser, & se voyant des
cartes qui alloient luy faire
gagner une somme si con siderable
,
qu'il estoit impossible
que de l'humeur donc
estoit Dona Olimpia, elle
n'en eust beaucoup de chagrin,
il fit en sorte, sans montrer
pourtant aucune affectation
, qu'un homme qui appartenoit
à cette Prince flè,
& qui estoit à costé de luy
,
remarqua son jeu. Aussi-tost
aprés
)
il broüilla les cartes,
;
& dit qu'il avoit perdu.
Cela fut rapporté à Dona
Olimpia,
.,
qui luy en feeue
si bon gré, qu'elle redoubla
en elle-mesme la forte resolution
qu'elleavoit déja prise
de le iervir auprés d'Innocent
X. Peu de temps aprés,
(c'estoit en 1645. ) ce Pape fit
voir aDona Olimpialaliste
de ceux qu'il avoit dessein
d'élever au Cardinalat, dans
la promotion qu'il alloit faire.
Elle n'y vit point Odcfcalchi
qu'elle luy avoit recommandé,
ce qui l'obligea
à rayer un de ceux qui esroient
sur cette liste, & à le
mettre en sa place. Ensuite
-
elle pria le Pape de l'y laisser,
& il y consentit d'autant plus
volontiers, qu'Odescalchi
menoit une vie sans reproches
,
& qu'il avoit beaucoup
de bien pour soutenir
cette dignité. Le Pape luy
donna un peu après l'Evesché
de Novare dans le Milanois.
Pendant tout le temps
qu'Odescalchi fut Cardinal,
il fit toujours voir beaucoup
de respect pour les Couronnes,
& fut d'avis que l'on
fatisfift le Roy sans delay,au
sujet de l'affaire qui arriva à
Mrde Crequi, en 1662. sous
le Pontificat d'Alexandre
VII. Avant que d'estreélu
Pape, il a toujours mené une
vie fort retirée, & ne s'est
appliqué uniquement qu'à ses
affaires, marquantbeaucoup
de desinteressement,&faisant
toujours de grandes aumônes.
Il joüissoit de trente mille écus
de rente,& son Frere, Pere
deDomLivio,en avoit autant.
Si tôt qu'il fut éluPape il donna
tout son bien à ceNeveu,
qui ayant herité de son Pere,
se trouva soixantemille écus
de rente au commencement
du Pontificat de son Oncle.
Odefcalchifut éleu le21.de
Septembre 1676. qui est le
jour de Saint Mathieu,Feste
des Banquiers,&on luy appliqua
ces paroles, Vidimus sedentem
in telonio. On mit par
son ordre un S. Mathieu à
la premiere Monnoyequifut
batuë apréssonélection. Il
estoit d'une fort grande taille,
& fort droite, & est mort
âgé environ de 79. ans,ayant
laissé à la Chambre Apostolique
cinq millions de livres,
& augmenté son revenu de
trois cens mille écus Romains,
& laissé de vacances
de Benefices pour plus de
cent mille écus de revenu.
Il n'a voulu voir personne en
mourant, & a refusélavisite
des Cardinaux, & mesme
celle du Cardinal Coloredo,
Pere de l'Oratoire, grand Penitencier,
qu'il estimoit fort.
On assure qu'il a témoigné
à sa mort qu'il cftoit faché
de n'avoir pas assisté le
Roy d'Angleterre, puis qu'il
cftoit en estat de le faire,
Quoy qu'il yeust neufplaces
de Cardinaux vacantes,
il n'a point voulu faire de
promotion. Celle du Cardinal
qui fera son Successeur
fera la dixième. , ÎÏL
Je viens à ce qui regarde
la Campagne des Imperiaux,
dont je vais vous faire le détail
eu peu de paroles,esperant
vous le faire mieux comprendre
, & que l'ordre &'
la netteté tiendront lieu dans
cette Relation d'un plus long
discours. Leur dessein estoit ,
de passer en France
,
& de
ne point faire de Siege d'a-
1
bord. Ils estoient persuadez
que les Anglois & les Hal.
landois feroient des descentes
en divers endroits de nos
Costes, quon se souleveroit
dans le coeur du Royaume
.,
& qu'ayant femé par tout
l'épouvante, pillé & brûlé ;
il leur feroit aisé d'attaquer
ensuite les Places frontieres,
qui se trouvant éloignées &
sans espoir de secours, parce
que tout le Royaume seroit
en proye à leurs armes ,
seroient
forcées de se rendre.
Ils avoient cru qu'ils passeroient
par la Suiffe, & le
Prince Charles de Lorraine
avoit esté reconnoistre le
passages, fous pretexte qu'i
devoit aller plus loin pou
quelque devotion. Vous ave:
sceu comment la prudenci
des Suisses a rompu leur
mesures. D'un autre costé l
Prince d'Orange, & les Hol
landois ne paroissoient guer
en estat de tenir la paroi
qu'on avoit donnée, ce qu
fit resoudre dans l'Assemblée
de Francfort d'assiege
Mayence. L'Electeur de c
nom l'avoitdemandé àl'Em
pereur, & à cette conditio
il avoit promis sa voix au
Roy de Hongrie, que Sa Majessé
Imperiale vouloit faire
élireRoy des Romains. La
Ville de Francfortpressoitde
son costé, & offroit des munitions
de guerre & de bouche.
Elle pretendoitestredélivrée
par la prise de cette
Place, des coursesde la garnison
de Mayence,& même des
contributions qu'elle seroit
obligée de payer l'hiver prochain.
L'Empereur, l'Electeur
de Mayence & la Ville de
Francfort avoient lieu de souhaiter
qu'on prist cette Place,
mais leurs rai sons ne faisoient
qu'on la pust prendre aisément
,ny mesme que l'on
en dust hazarder le Siege,
ôc celles du Prince Charles
qui s'y opposoit, estoient
meilleures. Il prévoyoit que
l'avantage qu'on retirerait de
la prise de cecrçPlaceronen
venoit à bout, ne recompenferoit
pas la perte des hommes
qu'elle cousteroit
:
Deplus,
comme le premier dessein
des Imperiaux avoitesté
de passer en France ,ils avoient
beaucoup plus de Cavalerie
que d'Infanterie
J parce
qu'elle leur estoit necec-
: saire pour faire les courses
qu'ils s'estoient proposées ;
t
cependant le Siege de Mayenj
ce fut resolu dans le Conseil
de guerre tenu à Francfort ;
mais on arresta en mesme
¡ tempsque pour couvrir ce
dessein on passeroit outre,
parce qu'en alarmant pluj
sieurs Places à la fois, les
j François pourroient en dé.
1 garnir quelques-unes, qu'on
| investiroitaussi tosts'il étoit
possible, pour tâcher à prositerde
l'occasion. On se flata
mesme qu'on feroit sortir
des Troupes de Mayence htost
que des contre-marches
auroient donné lieu de croire
à cette Ville-là qu'elle ne
seroit point assiegée. Elles
furent inutiles, & ne servirent
qu'à fatiguer leur Armée.
Les François ne sont
pas aujourd'huy aisez à furprendre.
Ainsi les Ennemis
aprés avoir marché quelque
temps,vinrent devant Mayence
qu'ils investirent le 17. de
Juillet. Ce Siege causa beau- o coup de joye à la Cour, &
en voicy laraison. Dés qu'on
eut sceu que presque tous les
Princes de l'Europe s'estoient
liguez contre la France, non
pas pour luy faire la guerreà
l'ordinaire, mais pour l'envahir,
la piller& la brûler, &engager
ses Peuples à s'égorger
les uns les autres, on resolut
de se rendre maistre dePhilisbourg,
pour avoir de nouvelles
entrées chez eux ,
&
les retenir par la crainte qu'on
n'y passast, s'ils s'avançoient
du cofté de France. On prit
aussi Mayence, dans la pensée
qu'ils ne manqueraient pas
de l'assieger,&qu'ils pourroient
la reprendre aprés
avoir perdu leur Armée, &
leur Campagne, & l'on
estoit fort content dela voir
en leur pouvoir à ces conditions,
parce que c'est une
Place que le Roy ne veut
pas garder, & qu'il ne peut
s'empêcher de rendre au premier
Traité de paix, mais il
voulut que sa resistance leur
faisânt perdre la Campagne,
donnast lieu de se préparer,
en forte que la France ne
pust rien apprehender pour
l'avenir. Elle est presentement
à couvert de surprise
& d'insulte, & il est absolument
impomble qu'ils la
puissent entamer par aucuri,
endroit; ainsi ils prendront
Mayence quand ils pourront;
la Place a rendu le service
que le Royen attendoit,
leur Armée a presque pery,
la Campagne est plus qu'à
moitiépallée, & pendant
qu'ils ont esté devant cette
Place,ils n'ont pas esté occupez
ailleurs. Vous jugez
bien par toutes ces choses,
que la France n'aura rien
perd u en la perdant, maissi
les Allemans ne la prennent
pas, ils doivent
-
desespeter
d'emporter jamais aucune de
nos Places, puis que la moindre
de celles du Roy, est
beaucoup plusreguliere &
plus forte que Mayence. Je
devrois vous donner icy un
Journal de ceSiège, mais il
est impossible d'en pouvoir
faire un juste, comme si nous
estionsAssiegeans. On ne
sçauroit rien apprendre que
par les Deserteurs qui quittent
le Camp des Ennemis,
& par les Espions que nous
y envoyons; mais les rapport
des uns & des autres font peu
justes. Les Ennemis ne nous
font point sçavoir leurs per<
tes, & ceux dela Ville ne
peuvent que de temps en
temps & tres-difficilement,
nous mander leurs avantages.
Ainsi il faut attendre la
fin du Siege pour sçavoir la
vérité de tout ce qui s'y fera
passé. Si on en croit les nouvelles
duCamp des Ennemis,
on ne fait point de sorties
que l'on ne soitrepousse. Ils
ont raison de le dire, si les
retraites peuvent estre appellées
fuites, il faut necessairement
que les Assiegez fuyent
toujours ,& on ne fait point
de sortie qu'on ne se prepare
a rentrer. C'est unenecessité
que chacun retourne au lieu
d'où il est party,& si les
Assiegez ne rentroient pas
dans la Ville, ce seroit une
marque de leur défaite.Ce
qu'il y a de constant, c'est
que les Ennemis n'ont
encore attaqué aucuus dehors,
tant Mr le Marquis
:¿'uxelles y a mis bonordre.
Il s'est vu dans une méchante
Place, mais avec un grand
nombre de bonnes Troupes;
il n'a pas voulu s'y laisser enfermer.
parce que ce grand
nombre de braves gens est
inutile, quand oncommence
à estre ferré. Il a fait tous les
jours des sorties,&quelquefois
plusieurs en un jour, &
il se trouve que par differens
combats de cette nature, il a
tellement affoibly une grosse
Armée, qu'elle pourra estre
contrainte de lever le Siège.
Elleest fort affoiblie, & outre
l'Infanterie dont ils manquent
,ayant presque perdu
toute celle qu'ilsont amenée
à ce Siège, qu'il faut menacer
& battre pour la faire aller
àla tranchée, ils ont eu plus
(
Hannover
,
& deux de ses
Gentilshommes. Le Grand
Maistre de l'OrdreTeutoniquea
receuune contusionau
costé d'un boulet de Fauconneau,
qui avoit perdu toute
sa force en perçant des fascines.
Le Prince Eugene de Sao
voye a aussi esté dangereusement
blessé
>
& le Prince de
Waldensblesle à mort. Je ne
parle point des simples Capitaines
& des Officiers Subalternes
,il me faudroit trop de
place pour cela. Toutes les petites
VillesduRingau sont
remplies de Malades ,&c de
Blessez. Ils fonr assez mal soignez
, & peu de ceux qui
ont receu quelque blessure à
ce Siegeenréchapent, parce
que les Ennemis n'ont point
d'Hôpital. On ne peut rien
ajoûtcr au courage que font
paroi stre les Assiegez.Toutes
les autres Troupes voudroient
estre à leur place, &!
les Officiers le souhaitent
encore plusardemment. Mrsl
deBarbesieres & de Losieres
ont elle assez heureux pour
trouver moyen d'entrer dans
Mayence.Ils se meflerent parmy
lesTroupesdelaGardede
la Tranchée, & le Prince
Charles estant allé la visiter
ce jour-là
, apperceut deux
hommes qui n'avoient pas
l'air Allemand, & qui luy
estoient inconnus. Il commanda
qu'on allast voir qui
ils estoient. Unboulet de
Canon de la Ville donna en
mesme temps à leurs pieds,
& la terre qu'il fit élever les
ayant cachez, ils gignerent
la Ville à toute bride. Les
dernieres nouvelles qui en
font venuës marquoient que
les Moutons paissoient encore
fort tranquillement dans
les Fossez. Les Ennemis apprehendant
d'attaquer la Place
, & craignant les Mines
& les coups de main, travaillent
sous terre, & disent
que par ce moyen ils s'ouvriront
un chemin jusqu'au
milieu de la Ville. C'est ce
que les Turcs vouloient faire
à Vienne;mais cela ne leur
réussir pas, quoy qu'i ls soient
plus habiles qu'eux dans ces
fortes de travaux. Comme
le Canon de la Place tire sans
ceÍfe, l'ébranlement qu'il
cause à la terre fait presque
tous les jours éboulerune
parne de leur travail, ce qUit
a déja causé la mort de plufleurs
de leurs Travailleurs.,
D'ailleurs les Bombes de la-
Ville ont ruiné la plus grande
partie de la Batterie Imperiale
; de sorte que pour s'enmettre
à couvert, les Ennemis
prétendent l'enfermer
dans un Bastiment de pierre
sur le haut duquel il y aura
des trous, & des pentes, ce
qui fera que les Bombes sero
nt necessitées d'y entrer,&':
de là dans des Puits qu'on:
doit creuser au dessous. On
est bien embarrassé, quand it
faut avoir recours à tant
d'artifices. Le succés en est
souvent incertain, & l'on
est obligé de lever le Siege
avant que les experiences en
soient faires. Les Fourageurs
des Ennemis sont fort incommodez
par la Garnison. du.
Château d'Ebeisbourg, que
ommande Mr de la Bretêche.
C'est un homme d'une
vigilance, & d'une activitéincroyable,
&qui sçait parfaitement
bien joindre les
rusesde Guerre à lavaleur &.
à l'intrépidité. Les Ennemis,
n'ofcnc qu'à peine de cccosté-
là aller au fourage - à
une heure de leur Camp, &
il fait les siens plus proche du
leur que les Allemands du
sien. Cela doit paroistre incroyable
à ceux qui ne connoistront
pas ce hardy Commandant.
Les Ennemis avant
que d'investir Mayence, avoient
assiegé ce Château qui
n'est qu'à quelques lieues de
leur Camp. Sa longue resistance
les impatienta; ils l'abandonnerent,
& s'en repen..
tent presentement.
Les Fourageursdes Ennemis
ne sont pas seulement inquietez
par les Troupes de Mf
de la Bretêche ; mais par celles
de Mrde Montal qui leur
coupent les fourages en deux,
endroits, ce qui les incommode
beaucoup. Les dernieres
nouvelles de ce Camp portent
qu'une Garde de Mr de
Baviere avoit resolu de se jetter
dans Mayence
, que deux
hommes feulement y estoient
passez, que les autres avoient
cfté arrestez, & qu'on en avoit
executée quel ques-uns.
Je vous envoye le plan de
cette Place. On m'asscure que
lesattaques sont depuis A
jusqu'a B, & depuis C jusqu'à
D, parce que celle qui
est du costé de la Citadelle est
vûë à revers, de l'autre coté
du Rhin, & que l'autre
n'ayant qu'un petit front,les
Assiegeans ont moins de fea
à essuyer. Les deux attaques
que je vous marque peuvent
en avoir fait quatre au commencement
du Siege, parce
qu'on se joint en approchant
d'une Place, & qu'alors
deux attaques n'en font plus
qu'une. Je viens d'apprendre
que les Ennemis ont esté
jusqu'à l'angle de la Contreéscarpe,
& qu'ils en ont esté
chassez..
Je passeà ce qu'afait Mr de
Duras depuis que les Ennc",
mis ont commencé le Siège
de Mayence. Comme on ne
doutoit point à la Cour qu'ils
ne rentteprissent, on y avoit
arresté que s'ils le faisoient,
Mr deDuras passeroitle Rhin.
Tous les ordres furent donnez
pour cela
,
& les Corps
choisis dont il devoit avoir le
commandement; mais cette
course ne se devoit faire,
qu'en casque les Ennemis eussent
assezpeu de prévoyance,
pous laisser sans une Armée
considerable un Païs où nous
pouvions entrer pendant qu'-
ils feroient attachez au Siege
de Mayence, & où nous ne
devions pas manquer daller,
puis- que toutes les regles de
la Guerre le vouloient; outre
que l'on n'avoit resolu. de
faire chez eux que ce qu'ils
avoient dessein de faire en-. France, quoy que ce ne foit
pointce qui nous y a portez,
mais parce qu'il auroit fallu
entendre peule mestier de la
Guerre pour ne. le pas faire..
Rien ne pouvoit ellre plus
avantageux ,
puis qu'on remlio
portoit par-là trois avantages
tres-considerables. On estoit
asseuré en y allant de faire
beaucoup de prisonniers, d'oster
desretraitesauxEnnemis
en ruinant plusîeurs Places,
& de les laisser sans moyens
de subsisterensesafissantde
leurs Magazins, ce qui les
mettoit dans de fâcheux em.
barras à l'égard de leurs quartiers
d'hiver. Comme ODlnc
pouvoit en prendre de ces
costezlà» il falloitqu'ilss'éloignassent
de nous, joint
qu'ils devoient estre beaucoup
coup affoiblis par les prisonniers
que l'on ne pouvoit
manquer de faire sur eux.
Voyons de quelle manière
les choses se sont passées.
-
MleMaréchal Duc deDuras
partie de son Camp fous
Neusdat le 2.dece mois,
&allacamper àla petiteHollande
sur le bord du Rhin,
où il fut joint par onze Bataillons
de Landau. L'Artillerie
estantarrivée le lendemain
à son Camp
,
ainsi que
76. Escadrons, tant de Gendarmerie
que Cavalerie, &
six autres de Dragons, il passa
le Rhin au Fort de Philisbourg.
Une partie défila le
long desFortifications dela
Place,& l'autre par la Ville,
d'où il sortit encore cinq
Bataillons quijoignirentl'Armée
Elle alla camper à deux
lieuës de là, & l'on s'avança
prés d'Heidelberg, d'où l'on
tira quelques coups de Fauconneau.
Ils tuerent un Cavalier,&
MrValieres, Lieutenant
Colonel du Regiment
de Piemond ,
fut blessé d'un
coup de Mousquet à l'épaule.
Cet Officier est tres- brave &:
fort estimé. On commanda
Mrle Comte de Hautefeüille
pour prendre une Redoute.
Il l'attaqua& s'en rendit
maistre avec beaucoup de valeur
; mais estant fortyle
foir pour se promener autour
de cette Redoute) quelques
Fuseliers qui estoientcouchez
sur leventre se leverent,
& firent une décharge,dont
il futblesséà mort. Mrde
Duras sçachant qu'il y avoit
deux mille Schenapans dans
la Place,& qu'il y estoit entré
des Troupes par derrierê
les Montagnes,ne jugea pas
à propos de s'y arrester. La
prise luy en estoit peu importante
,
puis qu'il n'avoit
ordre de garder aucune des
Places qu'il devoit ruiner
dans sa courre, & qu'Heidelberg
l'avait esté déja
en partie lors que nous l'avions
abandonné. On dit
mesme que Mr de Duras ne
s'estoit arresté devant cette
Place, que pour faire croire àun Corps de six mille
hommes qu'il vouloit surprendre,
& qui n'estoit pas
loin de là
1
qu'il y demeureroit
*
plus long-temps ; mais
comme l'usage est de brûler
le Camp qu'on quitte, les
Soldats qui le doutoient
qu'on alloit chercher les Ennemis
, & qui brûloient
d'envie de les attaquer ,
mirent
troptost le feu au Camp;
& la fumée leur ayant fait
connoistre le dessein qu'on
avoit pris,ilsse retirerenc
dans le mesme temps. On
marcha sans bagage & ala
vec une grande vitesse, afin
de pouvoir les joindre plûtost
, les Officiers Generaux
marquant en cette rencontre
la joye qu'ils avoient d'aller
combattre. M Mafel & Mr
de Janson qui avoient esté
détachez avec 500; Chevaux
pour brûler Scintsheim
, &,
sçavoir des nouvelles des En.
nemisyayant appris qu'ils a- • voient décampé & passé le
Nekre,Mrde Janson en vint
donner avis à - Mrde Duras
un quart delieue au-delà de
Vissoc ,demaniéré que l'Armée
retourna sur ses pas, &
"vine camper à Vissoc qu'on
brûla, parce que c'estoit un:
lieu fermé, qu'il yavoit un
Magazinde fourages,& que
ce poste pouvoit estre utile
aux Ennemis. Onallaensuite
à Bruchfal ,& en y allant
on força un Châreau dans
lequel il y avoir 60 hommes
qu'on fit prisonniers ck
guerre. On fit sauter leChâteau.
Quantà Bruchsal
,
il se
rend it à discretion, & on y
fit plus de mille prisonniers,
tant Cavalerie qu'Infanterie.
Le rr. de ce mois Mr le
Comte de Choiseul
, Lieutenant
General,& Mr le Comte
de Tallard furent détachez
le premier avec trois mille
Chevaux, quatre mille hommes
d'Infanterie & deux pieces
de Canon pour aller à
Bretten) qui se rendit le lendemain
ainsi que le Chateau
de Stassurt
,
& l'autre pour
aller à Gochsheim qui se rendit
lemesme jour; On y mit
le feu. Quelques partis ce
nemis se trouvant sur leur
passàge,furent chargez avec
beaucoup de vigueur,& M.1
de Balliniere avec 50 Maistres
du premier détachement,
pouffa rrois Escadrons,& emmena
quelques prisonniers.
On en fit prés de huit cens
dans les trois endroits que je
viens de vous nommer. Le.
13.. on campa à Wingarten.»
d'où l'on envoya investir
Dourlach. Il se rendit aussi
(oft.!. quoy, qu'il y eustplus,
de quatre cens hommes de
pied, cinquante Maistres, &
huit pieces deCanon de sonte
avec des munitions. Le 14.
on arriva à Dourlach
»
& ce
mesmejour Mr le Marquis
de Lanion fut détaché pour
aller investirEtlingen
,
dont
la Bourgeoisie. luy ouvrit
d'abord les portes., la Garni
son en estantsortie,& Mr
de Nabonne alla du costé
de Pfortzheim avec environ
150. Maistres. Il entra dans la
Ville où il ne trouva que
quelquesPaïsans, & y mit k feu, Les Habitans s'étaient
retirez,ainsi que la Garnison;
qui l'avoir abandonnée. On
séjourna le 15. à Dourlac,&
le lendemain on marc ha à
Etlingenwerper. On fccut
que les Ennemis avoient retiré
leurs Troupes de tous
les quartiers jusqu'a Offembourg,
& qu'ils avoientmesme
adandonnéStolhoffen
où ilsavoient fait des travaux
fortconsiderables> qu'on fit.
combler par trois mille Païsans
que l'on avoit fait venir
d'Alsace. On y fit demeurer - deux Baraillons
,
jusqu'à ce
queles travaux. fussent tellement
ruinez qu'on n'y pult
rien rétablir. Cette Place
estoit tres- bien fortifiée,. &
d'une fort grande utilité aux
Ennemis à cause de sa situation.
Monsieur de Duras
a presque toujours elle
à cheval pendant toutes ces
courses , & a plus fatigué
qu'aucun de l' Armée, n'ayant
pas souventle temps de manger.
M, le Prince de Conty
l'a toûjours suivy avec une
ardeur digne de son sang.
M le Duc de Vandosme, &
Mr le Grand Prieur ont témoigné
le mesmeempressement
de se signaler
,
& ont;
essuyé les mesmes fatiguer.,
Elles ont esté grandes, puis
qu'en quinze jours on a fait
toutes les expéditions que
vous venez de lire, & ruiné
tout ce qui s'esttrouvédans
quarante lieuës de Païs, en
quelque endroit qu'il fust
situé. Il n'y a personne qui
ne convienne, que le dommagequ'en
souffrent lesEnne.
mis, est beaucoup plus considerable
pour eux, que la
perte de Mayence ne pourra
estre pour nous. Il falloitou
qu'ilsn'assiegeassent point
cette Place-là, ou qu'ils eussent
un gros Corps dans le
Païs que nous,avons ruiné.,
& n'yen ayant point,ilsdevoient,
pour ne pas faire une
seconde faute,avoir donné
ordre à leurs Troupes d'abandonner
d'abord les Places
qu'elles ne pouvoient
défendre, comme ont fait
les garnirons des dernieres
Places dont ons'est saisy.On
demandoit aux Troupes qu'-
on faisoirPrisonnieres de
guerre,pourquoyelles nes'étoient
pas retirées
,
puis qu'elles ne
pouvoientse dispenser cfeftre
prises, Ôc ellesrepondoient;
qu'elles avoient ordre de garder
lesmagasins ; mais comme il
leur estoit impossible de le
faire, c'estoit vouloir perdre
les hommes, outre les magazins,
puisqu'ils ne pouvoient
éviter d'estre pris. Enfin on
ne sçauroit concevoir comment
les ennemis ont cru que
huit mille hommes dispersez
pourroient tenir contre une
grosseArmée,&fort aguerrie. Ilsemble qu'on ait pris plaisir
à vouloir enrichir nos
Troupes, & à nous faire faire
des Prisonniers ; cependanr
comme l'on doit avoir
des raisons,bonnes ou mauvasses,
pour toutce qu'on fait,
on dit qu'onnavoit pasmieux
garny le Pays que nous avons
ruiné,parce qu'on avoit creu que
le Siege de Mayence dureroit si
peu, que nos Troupes n'auroient
pas assez, de temps pourpasserle
Rhin avant la prise de cette place
li ou que si elles s'assembloient.
ce feroit ppur en venir tenterle
secours. On dit aussi, que les
Princes à quices Troupes appartenoient,
les avoient laissées dans
les postes que nous avons pris..
raftn. quelles fassentsaisiesparavancedes
quartiers d'hyverparce
qu'ils causent tous les hivers
de grands démélez parmy
les Allemans.
Quantàce qui regarde la
Flandré, les ennemis y font
venus si tard
,
qu'ils nous ont
laissé long-temps maistres de
la Campagne;les Troupes du
Roy y ont paru de bonne
heure,ce qui luy a procuré
diversavantages,l'un est que
les Troupes ont moins de
paye lors qu'elles sont en
campagne , & qu'elles peuvent
faire payer de grandes
contributions quand elles y
font feules. Enfin quoy que
les Espagnols n'ayent point
encore perdu de Places, cette
Campagne ne laisse pas de
leur couter cher, puis que Ici
François
,
les Espagnols, les
Anglois,lesHollandois,& generalement
toutes les Troupes
des deux Armées, ont vécu
aux dépens de la Flandre.
On y a vû beaucoup d'actions,
qui, quoy que petites, parce--
quelles n'estoient faites que
par des Partis, n'ont pas laissé
d'estre grandes;à l'égarddu
courage. Celle de Mr le
ChevaherduRosel est digne
d'estre remarquée. Sapreselnce
d'esprit & son intrépidité
ont esté causequ'avec soixante
Maistres il en a fait fuir
trois cens. Il fit cacher à
l'entrée d'un bois où il se
trouva, une partie de ses,
Troupes, avec ordre de battre
à la Dragonne quand les
Ennemis approcheroient ; il
fitface à l'entrée du bois
avec lereste de ses gens Sa
bonne contenance étonna les
Ennemis;mais ils furent encore
plus surpris quand ils
entendirent battre dans le
bois la marche des Dragons ,.q'!!.' .app!!t UI1?
grande face d'un plus grand
Corps , & prirent la fuite.
jeunesse fit voir beaucoup
d'intrepidité. Il parutensuite
fort humain,& secourut luymesme
ce Commandant qui
sévanoüit. Mrle Marquis de
Nogaret fut blessé en cette
occasion,& MrleComte de
Guiche eut un cheval de tué
fous luy. Mrle Marquis de
Saint-Gelais ayant cftC; jusqu -
aux portes de Bruxelles,y pilla
un Fauxbourg, le brûla enfuite,&
obligea Les Espagnol à
payer contribution pour les
Faux bourgs de la mefmc
Ville. Il ramena dix Gardes
du Gouverneur des Pays- bas,
.&. il y en eut trente ou quarante
de blessez.MrdeChoiseul
alla avec des Troupes
pour soutenir ce détachement,
& Mrle Duc du Mai;.
ne qui s'empresse pour avoir
part àtoutes les actions d'éclat,
voulut estre de la partie.
Mrle Chevalier de Nesle, &
divers autres ont esté en party
, & tous en fontrevenus
avecquelquesprisonniers. Les
Ennemis ayant paffé la
Sambre à Fontaine Levet
que,Mr de Humieres la passa
aussi-tost pour aller à eux.
Il visita d'abord tous les
lieux par eu les
,
Ennemi
pouvoient avancer. Il sir des
détachemenspour occuper
tous les passages, mit des
troupes dans tous les Chafléaux,&
laissa M1 d'Aubrecamp
, Lieutenant Colonel
du Regiment de GrederSuifse,
dans Toüen , avec deux
mille hommes Les Avantgardes
estant alors à la portée
du pistolet, Mr le Maréchal
de Humieres visita tous les
portes
?
& trouva àson retour
a un Chasteau nommé Fontiane,
un magnifique dîner,
que Mr le Duc dtt Maine
avoit fait préparer,& auquel
ce Prince avoit invitépresque
tous les Officiers de l'Armée.
Il y avoit vingt tables
dans un bois. Il envoya aux
Officiers des Gardes
,
des
Gendarmes, & des Chevauxlegers,
qui ne s'y pûrent trouver
despastez, des jambons,.
des langues, & du vin. Ce
repas estoit pour marquer la
joye quece Prince avoit de se
voir sur le point decombattre
dans une Bataille rangée.
On monta ensuite à cheval
pour observerles Ennemis
qui ayant fait mine les premiers
de vouloir combattre
se refroidirent peu à peu, &
seretirerent. MrleMaréchal
l
de Humieres ayant sceu qu'ils;
,,,1 avoient quitte leur Camp,alla
prendre le sien à la Bussiere,..
:;
de sorte que les deux Armées
n'estoient qu'à deux lieuës
l'une de l'autre. Le 23. tout
se passa en legeres e[carnlou--
ches,& le lendemain 14. sur
les quatre heures du foir
y ce
Maréchal ayant receu ordre
de la Cour de chercher les
Ennemis; qui s'estoient éloignez
de quatre lieuës, pour
aller camper proche Valcourt,
à deux lieuës & demie
--,..- .- de
de Philippeville, quitta son
Camp de Bussiere le 2j. à
cinq heures du matin. Mrs
de Tilladet& de Maurevertmarchoient
à l'Avant-garde,
composée des Regimens de
Bezons, Villepion&Massor.
En arrivant à Bossu, qui estoit
le lieu choisy pourle nouveau
Camp, on découvrit dans la
plaine assez prés de ce Village
une Troupe d'Ennemis
qui fourageoient. Ils estoient
au nombre de cinqcens Chevaux.
Sitost qu'ils virent venir
nostre avantgarde ils se
retirerent dans un endroité-
..i
levé, qui avoit fort peu de
Fronc. Mr. le Duc de Choiseüil,
Lieutenant général de
jour, les fit charger,& ils furent
renversezmalgré l'avantage
du lieu & du nombre.
On en tua quarante ou cinquante
, on prit autant de
Chevaux, & on mit leur garde
en fuite. Cet avantage fut
cause quel'on voulut les
pousser plus loin. On ne pouvoit
executer ce dessein qu'en
passant par un fort grand défilé,
que gardoient cinq Maisons
entourées de charbon,
qui leur servoit de retranchement,
& un petit ruisseau qui
passoitau pied.Toutescesdisficultez
n'empêcherent point
qu'onn'allast les attaquer.
Cela fut emporté par le Régiment
étranger de Pompone,
& par le Regiment de Cavalerie
deVillepion,à la tese
duquel Mr du Mets se trouva.
Il n'en cousta que dix
ou douze Cavaliers, & les
Ennemis? quine purent toûtenir
La vigueur avec laquelle
les nostres vinrent sur
eux, perdirent beaucoup de
monde, sans quarante ou
cinquante prisonniers qu'on
sir, Ils fc sauverent par derriere
une hauteur dans un fond
où estoientquelques Maisons,
&comme ilsy furent encore
forcez par le Regiment de
Dragons Dauphins, ils gagnerent
une autre hauteur, & de
là une plaine, qui aboutissoit
à deux chemins creux allant
vers leur Camp,&àdes hayes
ducôté de la petite Villede
Valcourt
,
oùils avoient mis
un grand nombre d'Infanterie,
ce qui favorisa leur retraite.
On les poursuivit pendant
cinq heures lépée à la
main, leur tuant toûjours
beaucoup de monde,& raifant
des Prisonniers, &cl'oti
s'arresta dans cette plaine,
parce qu'il n'y avoit encore
que l'avantgarde de nostre
Armée qui fust arrivée. La
Maison duRoy ayant Íllivy,s'y
mit en bataille avec quatre ou
cinq Regimens deCavalerie,à
mesure qu'ilsl'eurentgagnée
On posta trois Regimens de
Dragons derriere des hayes à
l'extremité de cette Plaine du
costé du Camp des Ennemis,
qui en paroissoit alors éloigné
d'une petite demy-lieuë. On
fit venir aussi un Bataillon
Suisse qui borda les hayes qui
regardent Valcourt, & qui
descendent sur la gauche le
long d'un chemin creux qui
entoure environ la troisiéme
partie de cette petite Ville.
Elle est environnée de muraillesqui
sonthors;d'insulte,
& situéesur une hauteur ailex
escarpée d'un costé, de l'autre
c'ctf un terrain plein. Mr
le Maréchal de Humieres en
ayant resolu l'attaque, on fit
avancer le Regiment des GardesFrançoises
,&c ceux de
Chanipagne,de Greder Suisse,
& de Greder Allemand. Elle
se fit par détachemens M1
le Comte de Soissons.comme
Brigadier de jour, eut ordre
de la commencer à lateste
des Grenadiers de Soissons &
deGuiche. Onmitdeux pieces
de Canon de huit & douze
livres de balle à l'entrée
de Valcourt entre deux maisons,
& l'on en posta deux
autres sur une petite hauteur
d'où l'on canonna quelques
Escadrons des Ennemis qui
se retirerent à l'instant. Ils
pointerent aussi deux pieces
contre les deux nostres
) &
firentnt trois décharges de cha..-
teste duRegimentde Champagne
& deGreder. On fie
encore un Troisiéme détachement,
& nos Troupes animées
par l'interpidité de leurs
Commandans sirent des esforts
extraordinaires
,
mais
l'Armée des Ennemis estant
campée derriere Valcourt,ils
pouvoient facilement y jetter
du monde selon le besoin
qu'ils en avoient. C'estoit
encore pour eux un grand avantage
d'avoir dix ou douze
pieces de Canon postées sur
une hauteur entre deux bois
àJa droite où estoitleur Ca<
valerie,& d'où ils faisoient
un feu continuel. D'ailleurs,
comme il n'y avoit point de
bréche, & que la muraille est
fort escarpée
,
ils tiroient incessamment
de haut en bas à
travers les creneaux & divers
trous qu'ils avoient percez
dans cette muraille. Cependant
leur plus grande
force consistoit en un petit
Chasteau dans le fond sur la
gauche. On fit approcher
l'Infanterie pour l'investir,
sçavoir quatre Bataillons du
Regimeut des Gardes Françoises,&
deux des Gardes
Suisses, & un du Regiment
de Champagne,qu'on distribua
en trois attaques. Il fallut
pour insulter de plus prés le
Chasteau
,
passer deux Ruisseaux
l'un aprés l'autre, ce
qui fut fait avec beaucoup de
valeur, l'Infanterie ayant l'eau
jusque pardessus la ceinture,
& essuyant un grand feu que
faisoient les Ennemis ,[ur lesquels
ils tirerent à leur tour,
dés qu'ils en furent sortis.
Qnoy qu'ils fussent dans un
lieu extrêmement ferré, enfoncé
& desavantageux,ils
firentpendant plus d'une
heure&denÜeftout ce qu'on
pouvoir attendre de gensque
l'ardeurde vaincre rendoit in-<
-
capables de voir le peril. On
mit le feu à la porte, & l'on i
peut dire que dans cette oc-"
casion nos Soldats combatirent
en lions,, en forte qu'on
eut de la peine à les retenir;
maisenfin lesennemisayant
cinq bataillons en ce lieu-là,
dont les murailles, comme
je l'ay déja dit, estoient sans
aucunebreche,il fallut songer
à se retirer, & l'on s'y vit
d'autant plus obligé, que par
une gorge couverte derriere.
Valcourt, il venoit encore
deux gros Bataillons Hollanlois
de renfort, & que surla
gauche de cettegorge les Ennemis
avoient posté six pieces
de Canon de dix huit livres
de balle ,qui commençoient
à faire un grand feu
ur nostre Infanterie.Onconidera
encore que vers le Chaleau
où ilsestoientle mieux
retranchez,& d'où ils tiroienc
e plus, lechemin estoittrop
enfoncé pour y monter du
Canon. Ainsi Mr le Maréchal
de Hun:Ü;rlli qui fut present
à toute cetce action & toûjours
exposé au grand feu,1
ayant remarquél'avantage du
poste des Ennemis, la facilité
qu'ils avoient de secourir
ceux qui l'occupoient, & la
peine qu'il y auroit à le garder
aprés l'avoir pris, à cause
de cette hauteut où ils avoient
posté leur Canon, fit battre
la retraite, & fc retira avec
l'Infanterie en fort bon ordre.
par le chemin creux à la droite,
on tira six volées de Canon
sur sa Troupe,&unmesms
boulet emporta Mr de
Saint Gelais) Maréchal de
Camp,qui ne faisoit que de
le joindre&Mr deMets-Tiercelin
le jeune,Commissaire
d'Artillerie,Neveu deMrdu
Mets. Mr de Boiscanteau, Escuyer
de Mrle Comte de Soissons
,
fut tué auprés de luy.
M1le Prince Philipe sonfrere,
qui n'enestoit qu'à six pas,
comme volontaire, s'est trouvé
depuis l'ouverture de la
Campagne dant, toutes les occasions
ou il a fallu combatre.
Mrdu MetsaeudeuxChevaux
tuez sous luy, & ion justeaucorps
percé en plusieurs
endroits. Dés le foir mesme
les Ennemis brulerent Valcourt.
Quoy que cette occasion
nous ait cousté du monde
, & des Officiers considerables
,
leur perte a esté
encore plus grande. La pluspart
de ceux qu'ils avoient
fait poster dans des hayes
ont estétuez, ainsi que leur
Major General, qu'ils regretent
fort. L'épouvante qui eftoitparmy
eux, & la manière
dontils se retiroient, avoient
donné lieu de croire qu'ils ne
s'arresteroient pas derriere-
Valcourt, & comme ils pouvoientpasser
outre sans y
jetter de monde, les regles
de la guerre demandoient
qu'onattaquast cette Place,
parce qu'en la prenant on
les eust défaits entierement.
D'ailleurs onavoitassuré Mc
de Humieres qu'il y avoit
deuxbréches, & dans l'ardeur
où estoit l'Armée, il
n'y avoitpas d'apparencede
la faire retirer sans tenter da:*<
vantage.On ne le pouvoit
sans s..po[er à estre blâmt,
& à faire dire qu'on auroit
manquéà gagner une Bataille.
C'est mc sme le trop de
valeur qui a causé une partie
dela perte qu'onafaite, car
on eut beaucoup de peine à
faire retirer ceux quatta.
quoient Valcourt, & ils n'obeirent
que longtemps a prés
qu'on eut battu la retraite.
Enfin nos Troupes se font,
couvertes de gloire, & les
Ennemis voyant que le péril
n'en faisoit reculer aucun,
ont admiré leur intrépidité;
& c'est ce qui les a obligez à
le retirer, de crainte d'estre
forcez d'en venir aux mains.
Ainsi hors la perte de ceux
qui ont esté tuez, cette
actionne porte aucun préjudice
aux affaires du Roy.
Il n'a rien perdu, & ses Ennemis
fuyent. Aprés cela, je
croy ne vous devoir point
cacher les noms des Motts
&desBlessez,tantpourleur
gloire, que pour celle deleurs
Familles, Je vous ay déja
marque que Mr le Marquis
de Saint Gelais, & Mr de
Mets-Tiercelin, ontefté tuez
du mesme coup. Mrle Bailly
Colbert, Colonel du Regi-
-
ment de Champagne, aesté
blessé. dangereusement à la
teste.
GARDES FRANCOISES
Capitaines.
Mrs. de Laage.,
Charnillard,
D'Attignac,£ tuez.
De Roinviile.
Champlatrcux,c
De-'an. { bleifez.
LitutefJAfJJ.
De Marsal,j De Binanville.
5
tuezi
De FonttbOn,
Deftiuir,*
-
C
- Carrelier,j DeBdiiïî, De Jànt-âc}, ?
5. - (JuyoïK.
Aydes-Majors.
De Mongeorges
3 DeVitry.
Sous-Lieutenans.
Le Chevalierde Saillan,
Janqueux»
Doüet,
Le Comte d'Artagnan,
Nossé
, La Tour de Camps,
Sonlebon.
Enseignes.
De Luzanci.
De Renausart,
De Rouffereau,
De Contade.
CHAMPAGNE.
Capitaines.
Dageans, - tue)
De Vezvins,Lieut. Col.
Gasquet Major
Closet Capitaine de Grenadiers,
Fagel Vase.,
Du Plcffis hlejfcz*.
De Roux.
Dauquifardou,
Second Capitaine de Grenadiers
Lieatenans.
Gosse, Lieutenant de Grenadiers
,
tué-
Saint Amant, Lieutenant de
Grenadiers,
Couriere , Gimay
Mausou,ville, ¡'¡tffi-t
Figeau
Marabousin.
Boigaru,
Fedeau, écrasé d'un pan de muri!
1e, & non mort.
Trois Sergens tuez, blessez. & ém*
Maison du Roy.
Chaferon
,
Exemptde la Compagnie
de Noailles, bleiïé a mort.
CAVALERIE.
Villepion.
Romainville, Capitaine, tué.
Villeneuve ,
Aide-Major
,
blessé à
mort.
Un Cornette tué 81 un antre bldré
à mort.
Calvisson
,
Volontaire, cy-devant
Lieutenant aux Gardesblessé.
- Nous avons perdu prés de quatre
cens hommes dans la mesme
occasion, Se il y en a eu environ
trois cens blessez.
Quantà Mr l'Electeur de
Brandebourg,son Arméeest
tres belle, & son Artillerie
tnccçe davantage; aussi at-ii
passé laCampagne à tirer dii;
Canon & jetter des Bombes,i
qui n'ont effrayé que les oiseaux,
& les animaux desenvirons.
Il s'est choqué de
ce qu'un grand Prince du
nombre des Alliez a dit,qu'il-
Avoitperdu tout son temps à faire
desfeuxd'artifice. Les Généraux
de son Arméenefont pasr
en bonne intelligence3&le
second Filsde Mr leMaréchal
de Schomberg
, ne pouvant
s'accommoder aveceux,a,parfé
en Angleterre, & quitté cet
Electeur.llamarchandé longtempsavec
les Alliez pour
faire
faire le Siege de Bonn,&adit
pour ses raisons, que cet Ele-
[forat n'estans pas pour luy> il
n'estoit pas juste qu'ilperdistses
Troupes à conquérir un pays
dont il ne luy reviendroit rien.
N'ayant point eu de raison
des Alliez,il estentré en traité
avec la Ville de Cologne,
mais comme ce traité ne se
conclud point, & que la
Campagne s'avance, il se console
de ce que ses Troupes feront
assez fraîches, & en asfez
grand nombre pour disputer
des quartiers d'hiver
aux Alliez.
Dans la promenade que le Prince
Charles fit avant qued'assiegér
Mayence,il trouva que la petite.
Ville de Cocheim sur la Moselleà
cinq lieues au-dessousde Mont-.
Royal, luy pourrait estre de quelque
avantage. Ainsiil y fit mettre
unegrosse Garnison , de donna ses
ordres pour la fortifier. Il yavoit
seize cens hommes dedans, tam
des Troupes dé l'Empereur
, &c de
l'Eltaeurde Treves quedes Compagniesde
la Milice & des Bourgeois.
M.deBouflerss'estant présentedevant-
cette Place avec quarante
-
six Escadrons, deux mille
quatre cens hommes d'Infanterie
commandez par M. le Marquisde,
Creoui
>
Se deux pieces de Canon,
illa fit sommer & demanda que la
garnison se rendistprisonniere de
guerre ; mais elle s'obstinaa vouloir
sortir avec armes & bagage
pour se retirer ailleurs.-M. de Bou..
estantredoublée,ils entrerent avec
eux dans la Ville. Les Troupes
des autres attaques les suivirent,
Se toutes enfernble gagnerent la
grande Place,où les Ennemis firent
assez de refiilance pour augmenter
la gloire des Attaquans. Il
y en eut treize cens tuez,dont le
Commandant auroit pu sauver la
vie, s'il ne se fust point opiniâtré
à se défendre. Ainsi on ne fit que
trois cens Prisonniers. Comme on
ne peut faire des aétions de cette
vigueur sans quelque perte, nous
y avons eu cent cinquante Soldats
ou environ, ruez ou blessez, trois
Capitaines, &: quelques autres Officiers
M. de Loziere
,
Colonel
de Dragons,y a esté tué. Ce nom
est fameux, 8c tous ceux qui le
portent lesignalent. On ne peut
lien ajouter a ce qu'a fait M. de
Bouflers en cette occasion. Il feroit
impossible de trouver un
homme plus vigilant, & plus ardent
pour le service. Il a écrit au
Roy, q)ue chacun avoitJibienfait
fin devoir, qu'il ne pouvoit luy
marquer ceux qui s'estoient difiinguerfls
nommer tous les officiers,,
maisquon ne pouvoit rien ajouter
à ce quavoientfait lrfIS, les Marquis
de Crequy ,
de laChâtre
,
&de
Blainville.
; Jenevousay jamais mandé de
nouvelles douteuses, &: appuyées
feulement sur le mot de on dit; cependant
il est impossible de parler
autrement de celles d' Angleterre;
parce que la politique du Prince
d'Orange est de faire répandre
toujours des nouvelles contraires à.
celles qui luy font desavantageuses,.
& que la plufpartdes Lettres estant
écrites par des François Protestans,
ils déguisent aussilavérité,,
qu'on ne ftit pas mesme dans.
Londres, tant ce Prince prend de
mesures pour empecher qu'elle ne
puisse y trouver accès. Vous aurez,.
de la peine à croire qu'aprés tour
ce qu'on a affuré de la mort diii
Vicomte de Dundée) les dernie.
res nouvelles disent qu'il n'est pas
vray qu'il foit. mort> quoy que
tour Londres le publie, mais quand i e fidelle Sujet auroit esté tué,
vous ferez bien aise de sçavoir de
quelle maniéré il a gagné la Bataille
, dont vous avez déjà où y.
parler, Voicy ce qu'on enécrit.
LeVjtomte de Dundeeestant arrivé
auprès deDanki
y
&fie voyant
a(£urédu MilordMort^, accepta le
desy
v & fil mureh: r fis Troupes.
il prit si bien ses mesures
qmayantfait fèrrer fies aisles) fion
Armée neparoissoit qu'un petitpelo--
ton tCe qui obligea Makay a comment
cer la bataille avec mépris, voyant
paroifiresipeu de Troupes,• mais les
deuxaisles de l'Armée venant à s'é
tendre, trois Regimens Anglois ver
nus deHollande avecMakay,furent
tous mis en déroute à ce Jeul afpcff\
fikns tireruncoup. Le Rcghwntcommandépêr
le Colonelne pas de mesme) il fie dejfcnditsi vi
gOMYfujèmtnJ, qu'iln'en efi ressé que
trente hommes, le Regiment de ca..
valerie de Laniefitfort peu de refifiance,
ily en a eu plus de la mqitit.
4t tuez,dansfia déroute,ayanteefii
poursuivy par les DragonsIrlandois-,
quifirentsi bien que toute L'Armée
de Makayfut entierement défaite. Il
aperdu trois mille hommes,& Dundee
cinq cens. Tout le monde blâme
Makay d'avoirsi temerairement donné
la bataille. On croit que cela attirera
la perte entiereduRoyaume. Les
Troupes quisesontéchapées du comhat
sont allées à Stelling ou le Duc
d'Hamiltontâche de les rassembler,
pourempescher que Dundée ne vienne
à Edimbourg.
Le party du Roy augmente en
Ecosse
, tous les Evesques s'y font
joints, & 300. Gentil s- hommes,*
lesautresqui le prennentont député
au Roy pour le prier d'y paffer.
Le Duc d'Hamilton en est fort
alarmé, & veut faire prendre les:
armes à tous ceux qni en font ca.;.
gables, depuis16.jusqu'àsoixante
ans. La Ville de Londres presse
le Prince d'Orange de luy rendre
les deux cens mille livressterlins,
qu'elle luy a pressé à son arrivée en
Angleterre. Le Parlement ayant
donné un Acte par lequel ilestoit
défendu aux gens de mestier & domestiques
de se vestir d'étoffes de
foye, & aux Dames d'en porter
plus de six mois de l'année, cela
fit soûlever lesOuvriers en foye,
& ils allerent en tumulte au Parlement,
comme vousavez appris par
les nouvelles publiques.On leurpromit
de les contérer,aprés leur avoir
remontré que de telles Assemblées
n'estoient pas permises. Le Prince
d'Orange a prorogé le Parlement
pourun mois. Il n'a point d'argent,
&. tous les Officiers) tant de guerre
qued'Eglise se plaignenr de cc*
qu'on ne leur paye point leurs gages.
La. Flotte Angloise est fort affligée
du Scorbut & du flux desang.
On travaille à équiper d'autres
Vaisseaux, parce que la pluspart
des anciens sont si vieux, qu'ils,
ne peuvent re sisterau gros temps.
Tous lesAnglois murmurent beaucoup
des prises que les Françoisfont
sureux,&lesMarchandsde Londres
se sont assemblez pour representer j
au Parlementles dommages qu'ils
en ont souffers, qu'ilssont monter
à prés d'un millionsterling. Les
partis de laNoblesse du Nord d'An..
gleterre se sont déclarez pour le
Roy. Toutes ceschoses jointes au
grand nombre des mécontens,font
qu'on a de lu peine à croire que
M.deSchomberg soitpassé en lrm
lande,& que ses forces s'écartent
d' Angleterre. Quand il feroit déhirqué
surlescostes d'Irlande, ce
Royaume n'est pas perdu pour cela.
Il faut beaucoup de temps pour
y avancer, y il n'y a presque point
de pieces de terre qui ne soient
entourées de Foltez. Il y a quantité
de Montagnes & de désilez
les vivres y sont rares-, les munitions
de guerre encore plus,,& il
faudra tout faire venir d'Angleterre.
C'est une affaire pour un
hommequi a autant de besogne
que le Prince d'Orange, Be nous
devons nous préparer à entendre
bien desfaussetez avant que l'Irlande
soit subjuguée. Je fuis, Madame
,Vostre
, &c,
On adoutjé la Jteuviimt Partie
des Affaires du Temps le 15. de ctmois
,& on débite la dixième Partie
avec le Mercure dA$njl.
Fr/nces Catholiques.!Ji
Voiage du Kan des Ttritiresà
Andrinople avant l'ouverture de
la CampagneaveclesMoscovites.25
Traité d'accommodement entre le
Roy de Dannemarc,&le Duc de
Holstein Gotorp. 41
Palinodie ff
Ce qui J'ejl passè à lamort de MadamelaPrincese
de Bade JJ.
L'Amante morte d'Amour ioy
Les Soupirs d'olimpe mourante rio
L'Ombred'Olimpe 116
Ordonnance du Roy 122
Traité des Propheties, Vaticinations,
Prédictions& Prognostications 128
Prix remporté aux IeuxFloraux de Thoulouse172
Allegorie 181
Diadloguue ATlleegomriqupesusr1Af8fai3res
Ce qui s'estpassé a Saint Victor lors
que la Reyne d'Angleterre a esté à
cette Abbaye 102
Tragedie representée au College de
Louis leGrand avec le Balet du
Secret. 224
Dernier Ouvrage de M. Richelet 236
Personnes nommées pour gouverner,
instruire & servirMonseigneur
le Duc de Bourgogne. 240
Election d'un Abbé de Clerlieux
249
ReSceptioan fraitleaà Mt. .£E2ves5que1de
Morts 25J
ïIuJîcuys Prises faites par les Françoissur
les Anglois, & les Hollandois
271
Blellae acRtionoducChapeitalinleeJu2lie7n8de
AvantageremportésurunVaisseau
Anglais Par M. le Chevalier du
Mené zpo
Divers Combats donntT^> & prises
faites par M. du Quelque-Mon
nier 296
Article des Enigmes sot
Modes JIT
Abbaye donnéepar le Roy s16
Mort du Pape avecplusieurs parti-
(uUritcx, touchantsa vie 3*7
Ce que les Troupes Impériales ont fait depuis Couverture de bl, Camp«gte> Expéditions faitespar Fermée commandée
par Mr de Duras J)S
Tout ce qui sest passé en Flan dre
depuis le commencement de la
Campigne 37i
Campagne de M. l'Electeur de
Brandebourg joy
Prise de Cocheim 410
Nouvelles d'Ecosse, d'Angleterre &
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui se débitent cheZ le
Sieur Guerout , Court-neuve du
Palais.
AFfairesdu Temps, 10-vol. in 12
n. liv.
Guerres des Turcs contre' la Pologne
,
la Moscovie, & la Hongrie,
1. l.10 s.
Abrégé nouveau de l'Histoired'Espagne
jusqu'à present. 3. volumes in
douze. 4. liv. 10. s.
Abrégé nouveau de l'Histoire d'Angleterre
,
d'Ecosse & d'Irland e , comprenant
le Regne du Roy JacquesII.
4. vol. in douze. 6. liv.
Histoire de Mahomet IV. dépossedé
, contenant beaucoup de choses
touchant l'Empire Othoman, avec
le portrait des inclinations du Sultan
déposé
,
son horoscope, & la révolution
de cette horoscope,les descriptions
de toutes les revoltes des Janissaires
fous vingt-trois Empereurs Turcs;
tout ce qui s'est passé de plus particulier
à la Porte pour deposer Mahomet
, & élever Soliman III. sur le
Trône;unedescription de son couronnement
;la continuation des Trou.
bles depuis cette cérémonie, avec phisieurs
autreschoses curicufes. 3. vo.
lumes in douze. 4.l.10. s.
Ambassades de Mons. le Comte de
Guilleragues,& de M. Girardin, aupPriéescedsu
Grand Seigneur,avecplusieurs
curieuses,tirées des Mémoires
de tous les Ambassadeursde France à
la Porte, quifont connoistre les grands
avantages que la Religion & tous les
Princes de l'Europe ont tirez desalliancesfaites
par lesFrançois avecSa
Hautessedepuis le regne deFrançoisI.
& principalement fous le regne dtt
&oy>àl'égarddelaReligion, cnfemè>
ie plusieurs descriptions deFestes 3cI
Cavalcades à la maniere des Turcs,
qui n'ont point encore estédonnées au
Public, ainsi que celle desentes
duGrand Seignenr. 1. 1.Io. f.
Histoire des Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y efl: passé de
remarquable jusqu'à la fin de l'année
1687. 6. vol. in douze, 9.l.
Le Grand VisirCara Mustapha.,
Histoire conten ant son élévation
,
les
amours dans le Serrail, ses divers
emplois, le vray sujet qui luya fait
entreprendre le Siege de Vienne, &
les particularitez de sa mort 1. l.10. f.
Le Secretaire Turc, contenant l'art
d'exprimer ses pensées sans se voir,
sans se parler, & sans s'écrire, avec:
les circonstances d'une avanture Tar- -[-
que,& une Relation tres-curieuse de 'f'
plusieurs particularitez du Serrail qui ili
n'ont pas encore estéveuës. 1. l.10;s
Le Serasxier Bacha.1.l, io,£i.
Dialogues des Morts, 2. vol. iiVv
douze. 3.l.
Jugement de P luton sur les Dialogues
des Morts. 1.l. 10. f.
Entretienssur la pluralité des Mondes5augmentez
en plusieurs endroits,
avec unsixiéme Soir qui n'a point encore
paru , contenant les dernieres
découvertesquiont esté faites dans
le Ciel, 1.l.10. f.
Histoire des Oracles, 1. liv.10 s.
Pocfifcs Pastorales avec unTraité de
la Nature de l'Eglogue
,
& une Dingrefliéon
ssur le.s1Anciens.& les Moder-, li. jq f.
Lettres garantesdeM,le ChevalierdHer.
2..vol. 3.l.
Les Malheurs de l'Amour, ou Eleonord'Yvrée.-
1. 1. 10. s
Academie-.galante. 2.vol, 3.liv 4PuchciTed'Eltrl1,1ç.1ç YQ1.1.ket Ae§GaUatf&r à
Caracteres de l'Amour. 1. l. 10. s.
Sentimens sur les Lettres & sur
l'Histoire
, avec des Scrupules sur le
Stile. 1.l.10. s.
Le Mary Jaloux. 1. 1. 10. f.
L'Illustre Genoise.1.l. 10. f.
.;
Le Napolitain. I.l..
L'Ariostemoderne. 4.v. 6.1.
Secrets concernant la beauté & la
fanté. 2.. vol. in octave. 6. l
Dialogues Satyriques & Moraux..
2. vol. 3. L
DiscoursSatyriques & Moraux en
Vers. il.1.
Fables nouvelles. 1. 1.
Epistres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles. 1.l.
Le Chevalier à la Mode. 1. 1. JO. f.
LaDésolationdesJoüeuses-. 10. s.
La Devineresse..10. s.
Artaxerxe. 10. s.
La Comete. 10. f.
L a Methode du Blason du Pere Menestrier,
avec les Armesde la pluspart
des plus çoniidwabkfr MaliensdeFrance
,imprimée en t6'88. 2. liv.
Chevalerie ancienne& moderne,avec
a maniere de faire la preuve pour tous
es Ordres de Chevalerie 1.l.10.s.
Eclaircissementnouveau &tres-utile
surleprest & l'intereft» l.liv. v
Histoire de l'Afrique ancienne &
moderne, enrichie de 80. figures, 4.,
volumes in douze.
-
8. liv.
<
Histoire de Normandie, 1. l.10. f.
Eloges des Personnes Illustres de
l'ancien Testament, par M. Doujat. - 1,l.5.s.
Traité de la Transpiration du fang.
1.l.10.f.
Abrégénouveau de 1)H1fioire generale
d'Espagne
, contenant ce qui
s'est passé dans les Pays dépendans de
cette Monarchie depuissonorigine,
jusqu'àpresent.3.vol. 4. liv.10.f.
Réflexions sur l'Acide & sur l'Alrali.
1.liv.10.f.
Essais de Morale & de Politique,
oùil est traité des Devoirs de l'Hom--
meconsideré comme particulier?&
•A.VI
commevivantenSociété, 2. vol. 2. i,
Observations de M. Spon sur les
Fièvres &les Febrifuges. 1.l.
Antiquitezdumesme M. Spon, Ouvrage
enrichy de plusieurs Figures.
7.1.
Notes de M. Corneille surles Remarques
de M. de Vaugelas. suivant
le sentiment du Pere Boahours, 8c
de MeilleursChapelain & Ménage,
avec les Remarques mesmes. 2. vol.
in douze. 4. liv. 10. s.
Arichmctique raisonnée
,
enrichie
de plusieurs figures pouren fairemieux
comprendre les demonstrations, avec
l'art de toiser&de jauger. i.1.1o. f.
L'Art de laver, ou nouvelle maniere:
de peindre sur le papier, suivant Ici,
coloris des Desseins qu'on euvoye à la
Cour; par M. Gautiet de Nismes.
1.1.
Voyagedu Chevalier Chardin en
Perse
,
& aux Indes Orientales , par
la Mernoire & par la Colchide enrichy
dc.i£gradesFigures. 2. Y.4
110. £
RelationduVoyage du Roy en Flaiv^
dre en1680. r.l.10. f.
La Négociation du Mariage de
Monsieur le Ducde Savoyeavec lIn-.
Tante de Portugal.. 1.l.10.f.
Re'ation du Mariag e de Mademoifelleavec
leRoyd'Espagne. 1.l.10.f.
Relation du Mariage de Monsieur
le Prince de Conty avecMademoiselle
deBlois.. 1.l.10.f.
Relation du Mariage de Monseigneur
le Dauphin
, avec la Princesse
Anne- Chrestienne-Victoire de Bavière.
1. 1. 10. f.
Journal du Voyage du Roy à Lu - xembourg ,contenant la d[c.rj,I:".vn
des Places de la haute & bassle Alsace,
& de celles de la Province de la
Sare &de Luxembourg. 1. liv. 10. s
Relation du Siege de Luxembourg-
1.l.10.f.
Relationde ce quiaesté fait devant
Genesen nu. par l'Armée Navale
de Sa Majesté. 1. l.10. f
JUFcfledeÇbantilly. 1.liy. ie*f*.
Avis pourplacer les Figures. LAir qui commence par., Tout
brillant des beautez de Flore,
doit regarder la page Ill.
L'Air qui commence par , ^ue
fay peine d quitercetaimable Bocage,
doit regarder la page 311.
Le Plan de Mayence doit regarder
la page 356.
Fautes à corriger.
(•«,w,m«\y./«-«V.)
/,,..,.. -
,1Jti.f;r1ftU'fYUnJr,f"lDJlI1t
CALANT -
DEDIE' A MONSEIGNEUR
A PARIS,
AV PALAIS,
1.
ONdonnera toujours un Volume
-
no-veau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq Cols en Parchemin.
A PARIS,
Clicz G. DE LUYNE,au Palais, dans la
Salle des Merciers, à la Justice.
T. GIRARD,au Palais ,dans la Grande
Salle , à l'Envie.
£s MICHEL GUEROUT, Court-neuve
du Palais, au Dauphin.
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
PL-ÎLIE {¡"f.
j- - )
AOVsr 168,.
L ne s'est rien fait
depuis long -temps
qui marque mieux la
pieté & la grandeur d'ame
qu'on admire dans le Roy,
qu'une Plainte que la Religion
adresse aux Princes Cacholiques.
En leur reprochant
qu'ils l'abandonnent
lors qu'ilssouffrent les attentats
d'un Usurpateur
y contre
un Prince qui ne Ce voit
hors du Trône que pour ses
seuls interests, elle fait connoistre
combien il est glorieux
à Sa Majesté d'estre
toujours ferme à la soutenir,
êi à se distinguer entre tous
les Souverains par un zele qui
a produit le plus beau de ses
triomphes. Cet Ouvrage est
de Mr l'Abbé du Jarry, dont
la réputation vous est connue
par plusieurs autres qui
luy ont acquis beaucoup d'esisme
,& je croy ne pouvoir
mieux commencer ma Lettre
qu'en vous faisant part de
ce que son zele pour nostre
Auguste Monarque, luy a
fait dire à sa gloire.
PLAINTE
DE LA RELIGION
aux Princes Catholiques. Dsuprèmepouvoirsacrez dépojîiaircs
,
Sur qui Dieufaitbrillerses plus vifs
caracteres
, Et que le ciel engage à difendre mes
Loix.
Par les augustes noms de chrestien.
&deRois;
Princes, mes chersEnfans, ouvre
vos coeurs aux plaintes
.!i?!!,i vont de ma douleur vous mat
quer les atteintes.
J'esperois sur vos fronts du crim
reverez
Trouverpourmessaints droits de
ajyles jàçre'{,
Ht que de vostre rang ma gloire in
separable,
AuxprophanesHumains me rendroi
venerable:
Mais que vois-je aujourd'huy ? vou
trompez, mon espoir,
rOMSfluffret des enfersl'attentat
plusnoir,
Dufar Usurpateurl'affresetyran
nie, [punie
Le crime couronnépar l'audace im.
L'Oint du Seigneur errant sur de
fraisses vaisseaux
, En proye à la fureur des mutins &
des eaux ;
a Le lieusaintprophanê,lesigne de
Id beste
11 Et le bandeen Royalsur une mefine
teste.
PrillltJ) VOIN le voyez, de ce CIma
mun affront
La tache efi imprimée à voJlrt augttffe
fvont)
Du Diadêm en rjous lagloire inte.
riffe
,
Du Titre le plus saint la majesté
bitfiée,
Tous les Trônes du monde en un
seul ébranlez)
Tous vos droits, tous les miens en
un jour violez,,
a Apoc. c. 3.
Et parmy tant de Rois,je ne vcy
qu'un Monarque,
,Qui de mon défenseurporte l'illustre
marque.
Ovoussur qui le Ciel ver/ases riches
dons,
Pour sauver de foubly la gloire des
grands Noms:
Dont les heureux écrits vantezdans
touslesâges,
Doivent du- marbre usé voir tomber
les ouvrages,
Far destraits immortels) a la poflerité
Confierez* de LOVIS la generoJitL
-91-M,on porte au Ciel l'éclat de ses
autresTropbées
,
La difeorde & l'erreurpar son bras
étouffées,
L'orgueil de ses Rivaux par ses
Irmeçdomité,,
Ce degré de puissance a fin comble
montéi
Ce qui doit te (ouvrirr/une gloire
immortelle,
Ffl âeflre lesoutien d'un Trône qui
chancelle.
Luysitis,demes Autels l'inébranlable
appuy,
Fait hcmt à tous ces Rots conjurez
contre luy.
b Seigneur,livre àfin brasfis cn
nemisen proye ;
Frappe-les des terreurs que ta colere
envoye ; - riflé
.si!:!!e le Tiran confusperissi embac
Danslepiègefatal que luy-mesme
a dressé:
LAijJè tomber les fléaux marquez,
dans tes Oracles
b Macab. c I. C. 4. Psal.cf.
d Surlesprophanateurs de tessaints
Tibernacles;
:{tle l'impie aveuglé d'un bonheur
criminel
Ne dise pINS; Ou donc est le Dieu
8 d'israel?
Et queles Nations scachentque tu
protégés
Le Monarque ennemy des Trônes
sacrileges.
Toy, qui viens de donner l'exemple
glorieux
D'un Sceptre abandonné pour l'interess
des Cieux,
Héros, ne rougis ¡.lllt de ta disgrace
illustre ;
Dans les bras de LOVIS tu prens
un nouveau lustre,
En effiJant les pleurs d'un Monarque
Chrcften,
d Judith, c. 9.
~l te couvre d'éclat quand il te rend
letien.
~e voy briller sur toy sa gloire répandue
,
[ confonduë,
De vos augustes fronts la splendeur
Par un nouveau[peliade instruisant
les Mortels,
Vous montrezjusqu'où va le 7,ele
des Autels,
Quand pour les proteger,l'ardeur
qui vous anime
Enfait l'un le Vangeur , &lautre
la Victime.
Mais que dis-je ? d'orgüeille Tiran
enyvre
Aux traits du Ciel vangeur luymesme
s'est livré,
II voit deses desseins prosperer l'insolence
,
c Ilsemblemesurer les monts dans
labalance
,
e 2. Macab. c. 9.
Maiflre de l'Océan,commander à siJ
flots;
Mais quand l'homme est puny ,
le
Ciel brise sesfleaux.
Combien d'Usurpateurs redoutezsur
la terre
guépargnerent un temps les coups
de son tonnerre,
f Au soufle du Seigneur du Trône
renversez,
g Comme la poudre en l'air ont esté
JiJftrfiTj
Il n'a qu'à laisserchoircettegrandeurfragile,
Ellesi brisera comme un vase d'argile:
Ilfrappe le haut cedre avec l'humble
reseau
f , lob. c. 4.
g Psal. 1.j
Et du sùprêmerang precipite tll,
tombeau.
Princes , quelle fureur VOtlJ fait
mettre un obstacle
Au Ciel, qui par LOVISprepare ce
miracle?
Complices d'un Tiran , que nepart.
tget vous
Lagloire du Heros dont vous esses
jaloux?
lïefendez* comme luy mes droits avec
lesvostres
) Aux interests du Ciel immolant totu
les dlltres. [ darts Ileutjadis horreur de voirses éten-
A ïenvy du Sultan menacer vos
ramparts Quand du bron,ze embrazé fitmoient
les murs de Vienne,
Son coeurfut penetré d'une doit/air
Chrestienne,
Sa vertu fittomber les Armes de ses
mains, Il fit taire en son coeur tous sentimens
humains,
Et l'Empire panchant aux bords du précipice,
Doitsonsalut peut-estre à ce grand
ficrif/a.
h .!!!.!!etAigle par l'effortd'un Roy
religieux
,
Prennesur le Croissant un vol victorieux
,
LOVIS voitsans allarme accroistresa
Il pttiffince ) triomphe avec moy] de l'effroy de
Bisance
Il , ne veut plus cüeillir de Lauriers
que les miens,
Illaisse le champ libre aux Conquerans
Chrestiens,
b Le Roy de Pologne
Ses Escadrons du Rhin desertent les
rivages,
Il refpccle une main qui vange mes
outrages ;
Maistre de son couroux il le sçait
étouffer,
Il aime un ennemy qui me fait
triompher, ( vie
» Et met égalementau dessus de t'en-
La grandeur de son ame,&l'éclat
desavie.
O vous qui l'offejsez, Vllinqtlel/r
des Othomans
,
De leur sang infidelle encore tour
famans,
NejoúiUtzpdS vosmains à quije
dois des Temples.
Suivez de ce Heros les généreux:
exemples,
Il respectoit en vous les Vangeurs
de la Croix;
N'attaquez pas en luy le Défenseur
des Rois.
Quevostre ardeur pour moy soit
égale à sienne, Il aima vostre gloire attachée à la
mienne ,
Pour estre comme luy mes veritables
Fils,
,AimeZsis.i,ttrtjh avec les miens
unis:
Contre le Monstre affreux qui vomitlesblasphêmes
,.
Tournez le fer vangeur armé contre
vous-mesmes.
Craignezque les horreurs d'lin criminel
combat,
De vos Lauriers sacrez ne ternlJJenP
l'éclat.
Sifance vous ouvroit ses superbes
murailles ; i Apoc. 15,
Ses Peuples en fureur déchiroient
leurs entrailles;
Son Empire ébranlé, ses Sultans
égorgez,
Sembloient marquer le jour de mes
Autelsvangez
, Et la Croixsans effort surses mtw
arborée,
Vous presentoit de loin la Palme
preparée.
c'est-làques'ilsipeut, par desfaits
inoüis [ LOVIS.
Vous devez balancer les Exploits de
uand£Europe à ses pieds voit
tomberl'Heresie
,
Purgez, d'un culte affreux l'Empire
de iAfie Il , va vaincre pour maysur les rives
du Rhin,
Plantez, mes étendarts sur les bords
du Jourdain,
Et d'une égaleardeur armez pour
ma querelle
,
Ne vous montrez Rivaux qu'en
disputant de zele.
Mais quoy? vous estes sourds à
ma plaintive voix,
Vos Guerriers font gemir 14 Terre
sous leur poids,
1 Et l'affreux appareil d'une Ligue
barbare
Contre l'OintduSeigneurpar l'enfer
se préparé!
GrandDieu,l'impieespereau nombre
de seschars,
tn ilparle avec orgueil couvert de
cent remparts ;
Mais LOVIS appuyé du ser & de
la lance,
l Psal. 2.
m Psal. r9.
Dans ton bras tout-puissant a mis
sonesperance.
n Arme donc ses Gueritrs de ton
glaive vainqueur, Fais prosperer en toutses voeuxse-
Ionfin coeury
Reçoy du haut du ciel avec un oeil
propice,
Desespeuples unis le coeur ensacrisiee.
*Pour un RJicher, sigrand
?
&sipieux,
Les holocaustes saints plaisent de.-
vant tesyeux,
Entenssur tout la voix des Epouses
sacrées
,
Au pied de son Palais des pornp($'
feparces,
n Psal. 19,
Ibid.
Etlespremierssoupirs de ces coeurs
innocens,
Jguidc leurs voeuxpourluy t'offrent
le purencens: Commande aux Escadrons de tes
Anges fidelles
p De défendre son Trône à l'ombre
de tes aîles ;
Veille sur le berceau de ce Royal
EnfintJ
.,tf4e tu mets en depost chez ce Roy
triomphant.
Instruitssesfoibles mains à terraser
l'audace
D!fftperhe ennemy dont l'orgueil le
menace,
Renverseles projets de la rebelionq
Fais tomberàsespieds lesuperbe
Lion ,
p Psal.90.
'}. Ibid.
Ouvre
f(jU'Vrt devantses ças tes fentiersfalutaires
, ,
Et le porte en tes mains AH Trône de
ses Peres.
Le temps approche où nous
devons voir l'effet des preparatifs
qu'on a publié depuis
quelques mois que les Turcs
faisoient pour la Campagne.
Le Kan des Tartares a esté
appellé aux Conferences qui
se font tenuës à Andrinople
surcesujet.LeGrand Visir
ayant eu nouvelles qu'il y
devoit arriver le lQ. Janvier,
envoya son Kiahia au devant
de luy à une journée de la
Ville, avec trois cens Soldats
de sa Garde
,
vingt Agas,
le Chiaoux Bachi & quarante
Chiaoux. Il sortit luymesme
d'Andrinople, accompagné
de son Aga& des
deux Commandans des Spahis,
& alla jusqu'à deux lieuës
pour le recevoir fous une
Tente qu'on avoit dressée
exprés. Lors qu'il s'y fût reposé
un peu de temps, le Kan
arriva. Le Visir vint à sa rencontre
jusqu'à l'entrée de la
Tente,& le conduisit dedans,
marchant le premier. On leur
presenta le Café & le Sorbet,
aprés quoy ils monterent à
cheval. Le Visir avoir la
droite. Ses Gardes & [es
Chiaoux marchoient devant,
& ses Musiciens derriere,avec
environ trois cens Tartares.
On se rendit en cet ordre au
Palais du Grand Visir qui entra
avant le Kan. & alla l'attendre
au haut de l'Escalier
pendant qu'il mettoit pied à
terre. Ce fut là qu'il le receut,
& ensuite il le mena à la
Chambre d'Audience, marchant
toujours devant luy.
Le Kan y prit place à droite,
&le Grand Visir à gauche.
Ils eurent une assez longue
conversation qui preceda le
soupé. Ce repas finy
)
le
Visir luypresenta une Veste
dezibeline, & l'accompagna
jusqu'alEscalier. Le Kan
ayant pris congé de luy,
montasur un cheval bien enharnaché
dont il luy avoit
fait present & on le mena à
un Palais qui luy avoit esté
preparé. Le Grand Visir luy
lendit visite le lendemain,
& le 23. il l'envoya inviter à
venir à l'Audience de Sa Hautesse.
On le conduisit au PalaisduVisirqui
l'accompa'
na au Serrail du Grand Sei^
gneur. Ils entrerent par la
Porte du Jardin
y
& allerent
mettrepied à terre à l'apparement
du Bostangi Bachi:,
ou Chef des Jardiniers. IlsY
prirent le Café
, & pendant
ce temps, on vint avertir ce
premier Ministred'allertrouver
Sa Hautesse. Un peu après
leCapigi Aga vint avec 1c
Capigilar ~Klahia
, pour conduire
le Kanà la Chambro
où Elle estoit. Le salut du
Kan futde baisser la telle en
entrant, & de mettre la mainjusquà
terre. Le Grand Seigneurestant
descendu de son
Trône
,
s'avança trois pas
pour le recevoir
y
puis le salua
en bailfancaussî la teste,
& retourna sur son Trône. Le
Kan s'rtflu a sa droite sur un
tabouret, & le Grand Visir
à sa gauche sur un autre. L'entretien
fut d'un quart-d'heure.
On donna au Kan une
Veste de zibeline, ayant de
gros boutons d'or & des gances
de mesme
,
& un bonnet
ausside zibeline, avec deux
petites plumes des deux cotez
enrichies de pierreries.
Au sortir del'Audience, il
monta sur un cheval caparaçonné
comme pour le
Grand Seigneur mesme. Quarante
Tartaresmarchant deux
à deux: alloient à pied devant
luy. Ils estoient suivis
du Chiaoux Bachi avec ses
Chiaoux
,
& du Maistre des
Ceremonies. Ceux-cy precedoient
leKan& le Visir
,
le
premier ayant la droite de
l'autre. La Cour du Visir
marchoit ensuite, puis le premier
Ministre du Kan avec
tous ses Tartares aussi deux
à deux? revestus de belles
Vestes qui estoient un prelent
de Sa Hautesse. Ce fut
avec cette pompe qu'ilsarriverent
à la porte du Palais
du Grand Visir. Alors ce
Ministre sans mettre pied à
terre salua le Kan, .& entra
chez luy avec ses Gardes &
ses Pages,tandis que le Kan,
accompagné de toute sa suite,
retourna au Palais où il logeoit.
Il y eut le jour suivant
une longue conférence touchant
les moyens de reduire
Yeghen Bacha
)
Seras kier de
Hongriedont larévolteempechoit
que l'on ne prist de
justes mesures pour,la guerre.
En attendant qu'on pust en
venir à bout, on resolut de
donner sa Charge à un nouveau
Seras-k-ler,& Arap Regeb
Bacha fut choisi pour la remplir.
Quelques jours après le
Neveu de ce Rebelle fut pris
à Philippopoli. Il n'avoit que
dix- huit ans, &illuy menoit
quatre cens hommes. Sa teste
avec cellesde ses Soldats fut
envoyée à Andrinople,ainsi
que la teste du Bacha de Silistrie,
qui avoit esté le Kiahiad'Yeghen.
Le 13. de Fevrier
, leKan eut son Audience
de congé, du Grand
Seigneur. On luy fit present
d'une autre Vestede zibeline,
d'un Cimeterre, d'un Arc
avec ses Fléches, & d'un cheval
avec un harnois Impérial.
Au retour de l'A udience, il
mit pied à terre au Palais du
Grand-Visir,où l'on tint un
grand Conseil en prcfence
du Mussy
,
des deux Cadileskers
,
du Janissaire Aga,
*des principaux Officiers des
Janissaires, & des deux Agas
des Spahis. Le Conseil estant
finy, tous les Officiers se retirerent
)
à l'exception du
Mufti, qui demeura le reste
du foir avec le Kan &.-
Grand Visir. Le 14. ce premierMinistreconduisit
le
Kan hors la Ville avec la
mesme fuite qu'il avoit euë
en allant le recevoir. Le 9 de
Mars, la teste d'Yeghen Bacha,
&celles de seize de ses
-
principaux Officiers furent
apportées à Andrinople
, ce
qui causa beaucoup de joye
à la Porte. Il estoit allé avec
huit cens hommes trouver
un nommé Mahmut,Bey en
Albanie, qui en commandoit
quatre mille dans les
Montagnes. Mahmut l'ayant
receu d'abord avec de grandes
honneftetez ,le trahit ensuite
, & le livra au Bacha
Arap, nouveau Seraskier.
L'Empire Othoman estant
délivré de ce Rebelle, on ne
songeaplusqu'àpréparer toutes
choses pour la guerre. Le
9. d'Avril on dressales Tentes
du Grand Seigneur & celles
du Grand Visir, avec les ceremonies
accoûtumées, & le
Peuple fit connoifire par ses
acclamations l'interest qu'il
y prenoit. Les jours suivans
on vit arriver plusieursVolontaires,
Ils avoient le Turan
noir & la Veste noire.
C'est la couleur dont se fervent
ceux qui vont à la guere
par le seul zele de Religion.
Le 18. du mesmemois
~nfit lareveuë des Janissaires
une lieuë d'Andrinople.Le
GrandVisir, devant quielle
fut faite, en choisit douze
Ddas ou Chambres pour aller
du costé de Negrepont. Il
changea quelques Officiers,
& permit à ceux qui ne pouvoient
plus servir à cause de
leur grand âge, d'aller prendre
du repos, après les avoir
recompensez. Peu de jours
après, le Janissaire Aga sortit
de la Ville en grand appareil
pour aller au Camp ,
où il
mena six mille Janissaires
choisis. Ces préparatifs flatant
le Peuple
, on chercha à l'animer
encore davantage, en
faisant porter par la Ville
soixante & quatre Drapeaux
pris sur les Croates & les
Allemans; qui avoient eilé
taillezenpieces à Genibazar
dans la Bossine
,
& ils furent
exposez prés des Tentes du
Grand Seigneur, avec toutes
les marques de satisfaction
que pouvoient donner les
1
Troupes. Le lendemain Sa
Hautesse forcit du Serrail. Le
Grand Visir
,
le Musti, &
les plus considerables Officiers
de l'Empire l'accompagnoient.
L'Etendart de Mahomet
estoit à la teste
, avec
quatre cens Cherifsà Turban
verd
, destinez à le garder
pendant la Campagne. Le
Grand Seigneur, qui fit paroi
stre un air fier & martial
dans toute la marche, sarrefta
devant les Drapeaux qu'on
avoit pris sur les Allemans,
& parlant fort haut au Grand
Visir
a
il dit qu'il fal/oit
prendre courage; que les Musulmans
pourvoients'asseurer
qu'ils le verroienttoujours 4
leurteste, & qu'il ejloitrejoltt
de partager avec eux tous les
perils aussi-bien que la gloire
decette Campagne. Le 27. on
coupa la telle devant ses
Tentes à deux Officiers des
Troupes d'Yegen Bacha
,
à
qui des discours seditieux
estoient échapez. Ona eu
quelques avis que le Grand
Seigneur estant party d'Andrinople
s'estoit avancéjusqu'à
Philippopoli
)
mais la
confirmation enest necessaire
avant qu'on y doive ajoûter
foy.
Il est difficile que n'a vous yez entendu parler de la
grande affaire pour laquelle
on a travaillé depuis quelque.,
temps àfaire un Traité d'accommodement
entre le Roy
de Dannemarc& le Ducdç;
Holstein-Gottorp, Hol[acc:,
ou Holstein, est une Province,
d'Allemagne dans la Baffe-
Saxe, comprise aujourd'huy
dans le Dannemarc. Elle efb
diviséeenquatre parties, dost,
l'uneretientle nom de Hol- ficin) qu'elle s'c£|. propre'
ment attribué. L'autre est
Stomaren; la troisiéme Ditmarck
,,
& la derniere Wag-
-
heren. Les principales Villes
font Lubec & Hambourg,
qui sont Anseatiques. Gluckftadt,
Brunsbuttel,Meldorp,
Pinnanberg, Rensborg,avec
tout le Comté de Segeberg
> font au Roy de Dannemarc,
& Kiel Oldenborg
,
Lunden,
& quelques autres, appartiennent
au Duc de Holstein.
Charles-Gustave,Roy de Suede,
épousa en 1654. Hedwige-
Eleonor, Soeur de Christierne-
Albert, Duc de HolsteinGottorp
, & par le Traité de
Roschild qu'il fit au commencement
de l'an 1658. avec
Frédéric Roy de Dannemarc,
il l'obligea de ceder au
Duc son Beau-frere, les droits
de Souverainetéqu'il avoit
sur le DuchédeSleswich.Le
Roy de Dannemarc y ayant
confenty
,
confirma encore
cette cession par le Traité de
Copenhague de l'an 1660. Depuis
la derniere guerre entre
les Danois & les Suedois,
aprés l'an 1674. Christierne
V.Roy de Dannemarc, Fils
de Frederic, s'est niisfcnpoP
session de divers droits, ap..
partenans au Duc de Holfc
tein;& par le Traité de Paix
conclu à Fontainebleau, ce
Duc a rentré danstout ce qui
luy estoit acquis par lesTraitez
de Roschil & de Copenhague.
Les différends n'ont
paslaissé de continuer entre
ces -
deux Princes; & le Duc
de Holstein ayantchoisi pour
Médiateurs
,
l'Empereur, &,.
les Electeurs de Saxe & de
Brandebourg,SaMajesté
Imperiale, & leurs Altesses.
Electorales envoyerent leurs
Ministres à Altena, oùTAf-jsemblée
se devoit tenir pour
terminer cette affaire.Le 10.de
May dernier, les Plenipotentiaires
du Duc deHolstein-
Gottorp donnerent un Memoire
aux Ministres Mediateurs,
par lequel ils demandoient
larestitutionduDuché
deSleswich en toute Souveraineté
,& celle desquatre
Bailliagesengagez, sans que
l'on fust obligé d'en faire au»-
cun dédommagement, le par
rage des contributions de ce
Duché,&de celuy dcHolilejn;
quatre cens mille écus pour k rétablissement de laFôits~
resse de Toningue,les Canons
& les munitions qui s'y trouvoient
lors qu'elle fut demolie
en 1675. & cinq cens
milleécus pour les non joüissances
,
declarant que ce
Duc ne vouloir estre tenu à
ces offres que pendant un
mois. Le 10. de Juin,jouroù
finissoit le terme donné pour
accepter les propositions d'accommodement
J
les Médiateurs
de Dannemarc, de Suede,
de Hollande, deZell, &
de Hanover, se rendirent à
Altena, & après une longue
Conférence, les Médiateurs
n'ayant pu faire convenir les
Parties d'aucun Traité, dresserent
unnouveau projet dont
ils donnerent une copie aux
Ministresdu Roy de Dannemarc,
& une autre à ceux du
Duc de-H-olst-ein-Gottorp, protestantquesi l'accommodement
n'estoit figné dans le
terme de quinze jours, l'Empereur
& les Electeurs de Saxe
& de Brandebourg se de->
clareroient contre celuy qui
refufcroit de le terminer. Il
futenfin conclu le 30. du
mesme mois par Sa Majesté
Danoise, & par le Duc de
Holstein,aux conditions qui
suivent.
I. Ily aura une Amnistiegenerale
&un oublyperpetuel de
tout ce qui s'est pajlé de part *,
d'autre, les Ministres & les
Sujets de l'un ny de l'autre ne
pouvant estre recherchez, ou molcftez
pour cela; Et on ne regardera
de mauvais oeil, aucun des
Sujets du Ducde Holstein qui
sifont soûmisau Roy de Dane-
,
marc; maisau contraire, on renouvelle
par ce Traité,une amitiéinviolable&
une uniontresétroite
entre S.M.Danoise~&Son
Àlte]]},ainsi qu'entreleurs Heritiers
ritiers & Successeurs.
II Le Roy de Danemdrc rétablira
le Duc de Holflein dans
toutes ses Terres & biens, dans
sa Souveraineté, ses Regales , droits de lever de l'argent
,
de
faire des Alliances
,
de bastir des
Forts ~&y mettre GarnisonJ (!7
dans tous les autres Droits,Privileges
& Preéminencesdont il
joiïifjoit en vertu des Traitez de
VVejlplJalÙ& du Nord,jusques
en l'année1675. &dans tout ce
qui luy appartient par le Traité
de Fontainebleau,qui estconfirmé
par celuy-cy; & Sa e./J1a..
jestérendra aussi à tous les Sujets
& Domefliques de Son Altesse,
leurs effets, biens Capitaux.
III. Et comme leDucentreses
autres prétentions, demande que
le Roy dégagé tljle de Femeren
~& les Bailliages de Steinborst, de
Tremsbuttel & de Trittavv de
tous hipoteques ~&engagemens,
,& les luj rende francs libres
de toutes dettes, Sa Majestépour
donner de nouvelles marques de
sa sincerité & de son affection
fraternelle,renonce à l'hipotéque
qu'Elle asur le Bailliage de Trittavv
> quoy qu'illuysit encore
dû une somme d'argent considerMe
, (jr luy rendra leditBai
liageavecses autres Estats.Mais
que pour ce qui regarde l'Isle de
Femeren & les Bailliages de
Steinborst & de Tremsbuttel
, n'estantpas entreses mains
,
mais
entre celles deSon Altesse Roya*
le le Prince George de Danemarc
son Frere, les Mediateurs pour
affermir & conserverlapaix du
Nord qui est si necessaire, & le
Cercle de la Bajje Saxe auquel
le bien commun est siinteressé,se
font chargez de trouver un milieu,
sans frais ny préjudice à
Sa Majesté,pour satisfaire son
Altesse Royale, touchant les prétentions
qu'Elle asur ladite IJJe
&surlesdits Bailliages, de forte
qu'ils puissentestre rendus au
Duc de Holstein, francs de toutes
dettes.
IV. D'autre costé, le Duc renonce
non feulement à toutes les
prétentions qu'il pourroit avoir
sur le Roy , pour avoir saisie
gardéses Estats, mais aujjtse démet
@J abandonne le procèsqu'il
avoit intentéà la CourImpériale
contre le Duc de Ploen.
V. Pour ce qui regarde l'Union
dr les Accords entre les deux
Familles, & les Traitez faits
jusqu'en 167/. ils continueront en
leurentiere force, ~&s'observeront
religieusement , ainsi que
ceux de VVestphalie> du Nord
üde Fontainebleau ; üle Roy
de son cossé cedera tous les arrerages
(7 contributions qui ne
sont pas encore levées.
V1. Les choses de moindre
consequence qui ne sontpas encore
terminées, feront accommodées
Famiable ou par la voye
de droit,sans qu'aucune des deux
parties pttijfe rien entreprendre
par voye de fait.
VII. L'Echange des ratifications
de ce Traitéfe fera àAltena
14. jours après sa datte,~& le
contenuseramis àexecution huit
jours après. En foy de quoy 2)
&c.
L'ouvrage que vous allez
lire est la traduction d'un
Poëme Latin composé par un
Jesuite,ensuite d'un discours
fort éloquent
,
qu'il avoit
prononcé en faveur de la langue
Latine contre la Françoijfe.
Celafait voir que quand
on a de l'esprit, on peut soûtenir
également le pour & le
contre.
PALINODIE.
RAisonnemens trompeurs, Eloquencefuneste
, Vains discours,queje vous detefie!
J'ay voulu lâchement trahirvostre
party,
France,mon aimable. Patrie: J'ay voulu signaler mon aveugle fu*.
rie,
Et moyseulje mesuis trahy.
Ah, Mere des beauxArts, pardonne
à l'insolence
D'un Orateur trop vehement.
riens) langue des Latins, rens à
celle de France
L'honneur que tu luy doissi légitimement.
, X)ou vient que malgré tavieillesse
Tu veux tepiquer de beauté?
Scais-tu que ton éclat qui surprend
lajeunesse.
N'a rien qui nesoit emprunté ?
C'est vainement que l'on s'enteste
Desfoibles ornemens que ton adresse
aprefie,
Tous ces airsconcentrez,cettefausse
candeur,
Cefardqu'on voitsurton visage,
- Cestermes affectezquiforment lOti:
langage ,
Tefont Sibille en
âge aussi-bienqu'en,
laideur.
Voilà ce qui tefit silong-temps
Souveraine [tesloix,
Des Romainsprévenus en fAveur d,
Mais aujourd'huy tu tiens àpeine
Un petit coin de terre où tu maintiens
tes droits.
Rarement on t'entend dans la bouche
des Rais ,
Le beau monde te fuit;tesplusbeaux
privilèges,
Sont renfermezdans les colleges,
Déterrons des Latins les plus vieux
monumens,
Foüillons dans leurssombres Archives.
:en verrons-nous un seul exempt des invectives
Etdes censures des Sçavans ?
Ciceron ,le premieren butte à la Critique
Laisse un peu trop voir etart,diuen,
quand il s'explique, Il est diffus en trop d'endroits.
Live qu'on metaurangdes Auteurs
les plus rares,
Garde de son pays certains termes
barbares
Donton le raille quelquefois.
Plaute, cet illustre Comique,
A-t-ilaujourd'huy rien quipique?
Voit-on un Peupleassez badaut
A qui plustsabouffonnerie,
Etsasadeplaisanterie
Neseroit-ellepassiflée à Guenegaut ? 9
Terence a toutpill,éM,énandre :
Seneque estempouâe>pour ne le pas
entendre
L'Auditeur effrayése retire à l'écart.
Enfin la Scene antique estsans regle
&sans art.
Laissons le Cothurne tragique,
Pour parler du PoëmeEpique :
Virgile a-t-il rien destbeaae?
Enparlant deses Dieux,desTroyens,
deson Pere,
'fJQnueses vers ont-ils de nouveau ennuyeuxtissu des dépoüilles
d'Hornere!
Est-ce
d,Ovidsel'Amoureux
Dont on vaudra vanter la plume ?
-que n'a-t-ilestéplussoigneux
De remettre ses vers mal polis fils fenclume?
Scaligernous apprend qu'ils en vaudroient
bien mieux.
Jï^uand au dessus du vent je vois
volerHorace
Il tombe, dit , un autre,&sa chute me
glace.
Lucain esttropguindé;Juvenal efi
trop duri [obscur.
Evitantd'estre long,Perse devient.
Le badinage de Tibulle
Ne me charme pas plus que celuy de
Catulle,
Dont le vers sautillant
>
siflant, &
mal-formé
Ressemble hfin , Moineaudansla cage
enfermé.
Mais,France, Pepiniere agreable&
secondé
Des plus fameux auteurs du
monde,
Nous voyons aujourd'hui que tes
heureux Dessins
Te mettent au dessus des Grecs &des
Latins.
Aristote efi vaincu ,son traducteur
Cassandre
Estpluspoly, plus doux, &se fait
mieux entendre. [ voix,
Philipe qui craignit Demostene J&si
Trembleroit aux Sermons du tonnant
Bourdaloüe;
Et quand le Divin Flechierloüse,
C'est bien mieux que Pline autresiss.
&
Jamais Rome au Barreauvit-elle une
éloquence
Egale au grand Patru plaidant pour
l'innocence,
Et du vainqueur d'Asie en lisant les
combats,
N'estime t-on pas moins Curse que
VaugeLu ?
Malgré les vers pompeux que Lucain
nous étaley
Cesar eust de Brebeuf adoré la Pharsale;
Toutsçavantqu'ilestoit il auroitfait
saCour,
Pour avoir un cahier chez,liUtfîre
Ablanceur.
Mais Rome enfinse glorifie
D'avoir eu dans son sein la doli
Sulpicie: [jou
Ellese vante encor d'avoirdonnél
A lasçavante Cornelie :
NostreFrance bien plus polie,
A de charmansobjets à vanter à fioti
tour.
Elle n'a pas pour une Muse;
Bregy, Des-Houlieres, la Suze,
Et mille autres Saphos que je ne nomme
pas,
Font de nostre Parnasse un lieu rempli
-d'dpas.
Qu'on ne nous vanteplus le theatre
d'Athene,
Dont les Acteurscruels ensanglantoient
la Scene ;
Sidans Sophocle,Ajax meurtdesa
propre main ,
Etsi dans Euripide une mere cruelle
Plonge àses deux enfans unpoignard
dans lefein
Avoüons , que che.z-noUi la methode
estplusbelle.
Le Cid, Pompée, Horace en seront
les témoins;
C'estlà que le divin Corneille
Touchant le coeur,charmel'oreille.
Dans Cinna que croiroit-on moins
£)uun ingrataccabléparlesfaveurs
d'Auguste,
Conspirant contre luypar un retour injuste?(sanglant
Il eustfallu dans Rome unfpeffade
Pourpunir cette audaceextrême
Maisle pardon tient lieu desang,
Auguste oublie
, Emilie aime,
Cinna devient reconnoissant,
Et les vers du Poëte ont un toursi
puiffint
Qu'on croit entendre August
méme. a
Represente-t-on Phedre&toutesse
fureurs? On y plaint le chaste Hyppolite.
Si la veuve d'Hectorpleure, Dieux
quelle excite
De tendressentimens dans lefond d
nos coeurs!
Raciney ce charmant Genie,
Tire des soûpirs & des pleurs
Des Peuples attendris au récit de.
malheurs,
D'une mourante Iphigenie.
Chacuns'Agamemnpn abhorre le dejsein,
(victime
Voyant le couteau prest d'égorger la
Chacunsoupire de ce crime,
Etcroitsentir le coup qui luyperce U
sein.
Las de pleurersi l'on- veut rire
Et dans le mêrne-inlfantî"I'nstruire,
Qu'on aille de Moliere écouter les
leçons.
En voyant le Tartusse drson misque
hypocrite,, On apprendra comme on évite-
De tant defaux Devots les trompeurs
hameçons.
LesMarquisyles Facheax
, l'A
vare
Et le Misantrope hitttrrt,
LesmauvaisMedecins, lesFemmes,
les Maris
verront de leurs moeurs la. critique
subtile
, -
Comme ontfait la Cour & Paris.
Heureux, quijoint ainsi leplaisant
à l'utile!
Veutprodiguerses Versendéfitde
Minerve,
Et pour peu que ify-mefine on si
connoisse bien
, Lisant le nom d'un autre on peut
lire le sien.
Heureuxenfin, heureux
,
qui pour
devenirsage,
En voyant ces Portraits peuty voir
son image!
Nais si le Lesteuraime mieux-
Un Ouvrage qui soit comique &-
serieux ;
Voiture efi inventeur de ce genre
décrire
,
admire,
J%u'on ne peut imiter & que chacun
La Langue Françoisia tente
Toutcequafait l'Antiquité;
Le Bossu Phrygien d'line facile
veine -
A fait parler les Animaux,
Sesdiscours fabuleuxsont beaux;
Mais on donne la Palme à ceux dè
la Fontaine..
cf<!!oy quejelife tous lèsjours
Les entretiens& etArifte & d'EII.
Je gene». voy je nefcty.quoy- dans leurs
charmas discours,
Dontle tour m'enchantetoujours ;
Ll-s Grâcess'unissant aux Filles
d'Hypacrene
,
Y font l'éloge de Bouhours
En cela nostreLangueétalefin (mpire.
Far longueperiphraje un Latinfiait
écrire;
£'Espagnoltrop enflé, l'Italien• trtp
doux.
Sans lesecours de l'Art ne pourront
jamais dire
Ce que le naturel exprimera eheZ
-
nous..
Noussçavons bien que le langage
Dont nous..nous servonsaujourd'huy
[ malpoly,
Futpendant certains temps un marbre
Et brut, on ne peut davantage.
Nostre France eut besoin alors
De cesHommes fameux & de tous
leurs efforts
a Pour polir unsigrand Ouvrage.
Malherbe d'abord l'ébaucha,
L'inutileilen retranchai.
.Sdlzac la lime en main vint & fifit
connoistre,
Il radoucit, il retoucha,
Sescoups surent des coups de
Hdijlre 3/
Deces deuxOuvrierscharmans
Nojlre Langue recent ses premiers
ornemens.
La politesse alorsparlaFêurpre
affermie
Du grand Armandsuivit les loix.
Ce. futluy qftifil le beau choix
Dont ilforma l'Acadtmie.
Cette Academie au Berceau,
Semblable au valeureux Alcide,
Etoussoit tous les jours quelque
Monstre nouveau
Dont l'ignoranceestoitleguide.
Arbitre déja des écrits,
Lessentimens des beaux Esprits
Estoientfournis àsapuissance.
Sa force accruë avec le temps
Sans peineproduisît dans son adolescence
Vn nombreinfny de Sçavans,
Nous la voyons enfin au comble dfr
sonâge,
Et dans ce comblefortune
c!i!.!!,'adora sous Platon l'Univers
étonné,
Dans ces fameux Jardins & danJ<
l'Areopage,
L'Eloquence,les Vers, les Languess.
les b.tltux Arts,
Les travaux de Minerve & les exploitsde
Mars,
Sont les heureux emplois que les
Muses luy donnent:
LOVISson Apollon ,
l'illuminetoujours,
Son augustepresenceanime ses discours,
Son exemplel'instruit tsesbien-faits
la couronnent.
Animezvos coeurs & vos voix,
Vous , Homeres nouveaux,& voufi.
Cursessublimes :
Employé£ l'Eloquence
,
& les plus
douces rimes,
Pourparlerduplusgranddes Rois.
Annoncez, par toutsesVictoires Eternisez, son , nom dans vos doctes
memoires.
La,que sur l'airain dureront
ses exploits.
OU), grandRoy, cessçavans Oracles
Aux siecles à venir apprendront tes
miracles.
Ils tepeindront tonnantsur le Rhin,
forClfch
Vainqueur sur l'Escaut,sur la Meuse;
Et triomphant tout seul d'une hgut
fameuse
.!f!.!!,i t'acquit àjamais un honneur
immortel.
On
On verra par ton bras les placesfoudroyées,
Faire voler bien loin les Aigles esfrayées:
•
On verra les Lions soûmis
Implorer à tes pieds ton auguste
clemence;
Enfin l'on te verradans le coeur de
la France,
Renverser par ta foy de plusfiers
Ennemis.
L'Indien étonné dubruit de ces
merveilles,
En croit à peine ses oreilles:
Ilpart ensuperbeappareil,
Quitteses Dieux brillans, le Soleil,
& laurare;
Il vient, il te voit, il t'adore,
Surpris en toy de voir encore
Un éclat plus brillant que celuydit
Soleil.
Mais, GRAND Roi, ma
Mufe s'égare,
Et pensant ay ~destini d'Icare,
Son aiste foible encor pourtraverser
les Mers,
Vêle à fleurd'eau, tremblante,&refuse
des vers.
Tant d'exploits à chanter sont de
douces amorces;
Mais c'est une entreprise au dessus de
sesforces;
Et quoy qu'elle ait long-temps suivi
tesétendards,
Ses chants les plus hardissont peu
dignes de Mars.
Retirée, à l'écart, au coin d'une
Province
,
[Prince,
Elle adore ensecret les vertus deson
Fait mille voeux pour luy ,veut chanter
ses vertus
Tfend La Plume, Li quitte
,
(£• lU
peut rien de plus.
Il est temps de m'acquiter
de ma parole touchant la
mort de Madame la Princesse
de Bade, arrivéeicy le 7.du
moispassé,aprés huit jours
d'une fiévrecontinuë. Madame
la Princesse de Cari- gnan sa Mere .,-
, en fit aussitost
donner avis au Roy, a
Monseigneur
,
à Madame la
Dauphine, &à toute la Maison
Royale par Mr
-
l'un Darcy , de ses Ecuyers ,qui alla
porter lamesme nouvelle à
la Reyne d'Angleterre. Sa
Majesté & Monseigneur le
Dauphin l'envoyerent complimenter
,
ainsi que Mesdemoiselles
de Soissons ses petitesFilles
, par Mr de Saint
Aulon, Gentilhomme ordinaire
; & Madame la Dauphine&
la Reyned'Angleterre
leur firent faire de semblablescomplimens
par leurs
Ecuycrs. Monsieur ne se contenta
pas de leurenvoyer M
le Marquis d'Effiat ,
il leur
rendit visite luymesme le
lendemain. Toute la Maison
Royale,& tous les Princes &
Princesses du Sang s'acquiterent
du mesme devoir, à
l'occasion de cette mort dont
le Roy a pris le deüil. Le
jour suivant les entrailles & le
coeur de Madame la Princesse
de Bade furent portez Capucines, aux & presentez par
Mrs d'Argence & la Borde,
Aumôniers de Madame la
Princesse de Carignan. Ils
estoient accompa gnez de
Mrs de Birague&de Coque-
Y-et ses Ecuyers, & de la Maison
de la Princesse défunte.
Son Corps a esté porté à la
Chartreuse de Gaillon
,
lieu
de la Sepulture des Princes
dela Maison de Soissons &
il fut feulement suivy des
mesmes personnes que je
viens de vous nommer , cette
Princesse ayant ordonné que
cela se fist sans aucune pompe.
Madame la Princesse de
Carignan a envoyé en Piedmont
Mr de Birague,son
premier Ecuyer, pour donner
avis de cette mort à leurs
Altesses Royales de Savoye
& aux Princes & princesses
du Sang de cette Maison.
Loüise Christine de S;l.pye)
Princesse deBade
,
dont je
vous apprens la morts, e ftoïc
Fille de Thomas-François de
Savoye
,
Prince de Carignan,
&de Marie deBourbon, qu'il
avoit épousée en 1624. Ce
Prince,si connu par tout fous
le nom du Prince Thomas,
,
a donné pendant sa vie de
grandes marques de valeur
& de courage. Il n'estoit âgé
que de seize ans lors qu'il
suivit le Duc de Savoye son
Pere, Charles- Emanuel I. surnommé
le Grand, aux Sieges
deTrin &d'Ast.Ilsesignala
à la Prise de Masseran & de
Felissan
,
& au Combat de
Corniento. La Guerre ayanc
Monts. Il se jetta dans le
party d'Espagne
,
& fut fait
General des Armées de Sa
Majesté Catholique aux Paysbas.
LaPrincesse deCarignan
sa Femme alla à Milan avec
ses Enfans, & de là en Efpagne,
&il arriva à Bruxelles
le20. Avril1634. L'année fuivante,
le Cardinal Infant
ayant resolu d'attaquer la
Ville de Tréves en donna
la conduite au Prince Thomas
, qui prit l'Electeur
) &
l'envoya prisonnier à Namur,
ce qui fut cause de la Guerre
outre. la France & l'Espagne
Il força Bohain en 1636. & prit
le Catelet ,Bray sur-Somme
& Corbie. La mort de Victor
Amé, Duc de Savoye
,
son
Frere, qui avoir succedé en
1630. à Charles- Emanuel,
estant arrivée en 1637. les
Espagnols exigerent de la
Princesse de Carignan une
déclaration de sa main, par
laquelle elle mettoit la personne
de son Maryd'elle,
& de leurs Enfans
)
fous la
protection de la Couronne
d'Espagne
>
ce que le Prince
Thomas ratifia. Aprés certe
affeurance * Sa Majesté Catholique
continua de le faire
General de ses Aimées en
Flandre, où il fit lever le
Siege de Saint Omer
,
sauva
Gueldres, que le Prince d'Orange
avoit aniegee) &mit
à couvert Bethune
)
Arras &
Cambray. En 1639. il passa des
Pays- bas à Milan
,
d'où il
déclara à Madame Royale,
Christine de France,Fille du
Roy Henry IV. qu'il pretendoit
la tutelle de Charles-
EmanuclII. son Neveu
,
né
le 20. Juin1634. &la Regence
des Etats conjointement avec
le Prince Maurice de Savoye
Cardinal, son Frere * ce qui
causa de grandes Guerres
Civiles. Les Princes furent
assistez des Espagnols
,
&c
Madame Royale des François.
Le Prince Thomas entra
en Piedmont à main armée,
& prit Chivas, Yvrée,
Crefcentin
,
Verruë ,
Villeneuve,
Montcalier, Aft, Trin
& Turin. Apres une Trêve
entre Madame Royale & les
Princes Maurice & Thomas,
le Cornue d'Harcourt de la
Maison de Lorraine, qui commandoit
l'Armée de France,
assiegea Turin, & s'en rendit
maistre. Le Prince Thomas
mal satisfait des Espagnols,
& recherché par le Cardinal
de Richelieu
y
fit son accommodement
avec Madame
Royale, & avec la France.
On luy donna les Troupes
Françoises à commander, &
il chassa les Espagnols du
Piedmont. Le zi. Septembre
1641.il receut deux cou ps de
Mousquet en ses armes dans
uncombat qu'on donna proche
le Chasteau de Prô, au
passage de la Gogne. Il vint
en France en 1646. & ilen
partit l'année suivance pour
l'entreprise d'Orbitelle
, qui
ne luyréussit pas. Il se mit
en mer par ordre du Roy,
avec cent treize voilés en
1648. sur l'esperance d'un soulevement
à Naples, & les
choses n'ayant pas tourné
comme on sel'estoitpromis,
il revint à la Cour de France
le 14. Aoust, & fut declaré
Chef du Conseil de Sa Majesté.
En 1651. le Roy luy
donna la Charge de Grand-
Maistre de France. Il retourna
en Piedmont l'an 1655. en
qualité de Generalissime des
ArméesdeSaMajestéenIta-
- - .-- -- .-
ie, &ayantassiegé Pavieau
nois de Juillet avec le Duc
le Modene, il leva le Siège
LU mois de Septembre. Il
nourut à Turin le 22.Janvier
1656. laissant Loiiife-
Christine de Savoye, Princesse
le Bade,née le premierde
May 1627.Philibert-Emanuel
'\mé) Prince deCarignan. né
- • e 20 Aoust1630.qui en 1684.
épousa Marie d'Est de Modene,
dont il a deux Filles;
& Eugene-Maurice deSavoye,
Comte deSoissons,né
le 3. May 1633. & mort le 8.
suin 1673 Le Prince Eugène
ayant esté destiné d'abord
l'Eglise, renonça à cette pro
session, & épousa en Févrie
1657. Olimpe de Mancini
Niece duCardinal Mazarin
& en a eu huit Enfans, ra.
voir Thomas-Louis de Sa
voye
,
aujourd'huy Comte
de Soissons
,
Chevalier de
l'Ordre de l'Annonciade ; le Prince Philippe
,
Abbé
Comte de Saint Pierre de
Corbie, de Saint Medard de
Soissons, & de Nostre Damc
du Gard; le Chevalier de
Savoye mort au Siege de
Vienne en 1683. le Comte de
tué fous luy. Estant allé en
Flandre à la teste desonRegiment
en 1667. ily donna
des marques de sa valeur, &
fut fait Lieutenant général
des Armées de Sa Majesté en
1670. Depuis ce temps-là il
s'est distingué dans toutes les
occasions jurqu'à sa mort,
arrivée en Allemagne. Je ne
vous dis rien de la Royale
Maison de Savoye, & ne vous
repete point ce que je vous
ay marqué dans la Lettre particuliere
que je vous ay écrite
touchant la Négociation du
mariage de Monsieur le Duc
de Savoye d'aujourd'huy avec
l'Infante de Portugal, que
depuis Bcrold qui en fut fait
le premier Comte l'an 1014.
par Rodolphe Roy de Bourgogne
&de Provence jusqu'à
François-Vicor-Amé II. qui
regne presentement,ellen'a
point eu de Souverain qui
n'ait esté Fils ou petit-Fils
d'un Comte ou Duc de Savoye,
car elle ne fut étigée
en Duché que l'an 1476. fous
Amé VIII. dit le Pacifique,
qui ayant laissé ses Etats à ses
Enfans pour se retirer au
Prieuré de Ripaille, où il
fonda l'Ordre de S. Maurice,
futélu Pape en 1430. fous îè:
nomde Felix V. par le Concile
de Basle, qui le voulut
opposer au Pape Eugene IV.
mais après la mort d'Eugene,
Nicolas V. ayantesté mis sur.
le Siège de S. Pierre, Felix
cherchant à finir les Schismes
qui avoient duré plus de
quarante ans, se démit dik
Eontificat en 1445.afin de
donner la paix àl'Eglise. La)
Savoye dont jeviens de vous
faire voir que la succe fifoncontinuë
de Pere en Fils>ian&
nulle, interruption depuis septi
(Qcnsans ,adonné neuf Prin-
1
cesses à la France, & ceu en a re- treize. La treizième est
Anne -
Marie d'Orléans,née
le 17. Aoust 166.9. que François-
Victor-Amé II. épousa
le 17. Janvier 1684. Vous sçavez
qu'elle est Fille de Philippe
de France, Duc d'Ojfcleans
,Frere Unique de Sa
Majesté, & d'HenrietteStuart
d'Anglterre, Soeur du Roy
Jacques II.
Quant à Marie deBourbon,
Princesse de Carignan >&
Mere de Madame laPrincesse
de Bade,elle. est Fille de Charles
de Bourbon,Comte
-
de
- , -- ,;"-- k
Soissons,Pair& Grand Maître
de France, Fils puisné de
Loüis de Bourbon I. du nom,
Prince de Condé, & de Françoise
d'Orleans sa seconde
Femme, & Frere d'Henry de
Bourbon, aussi premier du
nom, Prince de Condé, Bifayeul
de Monsieur le Prince
d'aujourd'huy. Charles de
Bourbon, Comte de Soissons,
épousa en 1601. Anne, Comtesse
de Montafié
) morte en
1643.& ilen eut Loüis, Comte
de Soissons, tué à la bataille
de Sedan en 1642. sans avoir
laisse qu'un Fils naturel, appellé
le- Chevalier de Soissons.
Il eut aussi deux Filles
y Loüise&Marie deBour bon.
Cette derniere est Madame la
Princesse de Carignan. Loüise
de Bourbon, son aînée
épousa Henry d'Orleans II.
dunom, Ducde Longueville,
mort en 1663. & de ce mariageestsortie
Marie d'Orleans
de Longueville, née en 162.j,
& mariée le 22. May1657. à
Henry de Savoye II. au
nom.,
Duc de Nemours, mort le 4.
Janvier 1659. Il estoit Frere
de Charles Amedée de Savoye,
qui fut tué en duel à
Paris en 1652. laissant d'Elizabeth
de Vendosme
,
Marie-
Jeanne-Baptiste
,
Demoiselle,
de Nemours, aujourd'huy
Duchesse Doüairiere de Savoye
,
& Marie
-
Françoise-
Elizabeth, Demoiselle d'Aumale,
morte Reine de Porru..
gal. La mort d'Henry de Savoye
II. du nom, Duc de
Nemours dont je viens de
vous parler
? a fait finir la
branche des Ducs de Nemours
de la Maison de Savoye
,
qui avoit commencé
en France en la personne de
Philippes de Savoye Comte - de
deGenevois,Fils puisnéde
Philippes,Duc deSavoye& de
Claudine de Brosse-Bretagne ,
auquel le Roy François I. (on
Neveu,avoit donné le Duché
de Nemours, en le mariant
en iji8. avec Charlotte
d'Orleans
,
Fille de Louis
d'Orléans I. du nom ,Duc de
Longueville.
Loüis de Bourbon, Prince
de Condé, Ayeul de Madame
la Princesse de Carignan,
puis qu'il fut Pere de Charles
de Bourbon) Comte deSoissons,
étoit Fils puisné deCharles
de Bourbon ,Duc de Vejidorme
J dont le Fils aîne, Antoine
de Bourbon, épousa
Jeanne d'Albret
,
Reine de
Navarre
,
qui le fit Pere da
Roy Henry le Grand, de
sorte que Charles de Bourbon,
Duc de Vendosme,est
Trisayeul de Loüis XIV.& de
Madame la Princesse de Bade
qui vient de mourir. Il me
reste à vous parler de son mariage.
Le 15. Mars 1653. elle
épousa Ferdinand Maximi-
IIi. Marquis de Bade,mort
en 1669 & le 8. d'Avril 1654.
elle accoucha de Loüis Guillaume
,Marquis de Bade, efilme
grand Capitaine,& dont
la reputation s'est establie
t, avec gloire par les preuves de
| valeur qu'il a données dans
les guerres d'A llemagne contre
les Turcs. Il est Generalif-
; lme des Armées de l'Empe-
| reur dans la Hongrie, Le Marquisat
de Badeest sur la rive
droite du Rhin entre le Bisgaw
& le Duché de Wirtemberg,
& ceux qui le possedent
sont Princes de l'Empire.Leur
Maison est tres-ancienne. La
-
plus commune opinion est
que les Marquis de Bade viennent
des Comtes de Vindonisse
& d'Altembourg, & des
Ducs de Zeringen. Herman
II. Fils d'un autre Herman,
Cadet deBertolde ,Duc de
Zeringen?épousaJudith,Heritiere
de Bade dont les successeursprirentle
nom & les
armes.Jacques deBade épousa
en 1416". Catherine deLorraine,
Fille de Charles I. Duc de
Lorraine,&de Marguerite de
Baviere, & fut Pere de Chriftophle,
qui fit un accord en
1490. avec Philippes, Marquis
d'Hocberg, par lequel se
reconnoissant tous deux descendus
de la mesme famille,
ils se firent une donation
mutuelle de leurs biens era
cas de mort sans enfans.Philippes
mourut en 1505. & ne
laissa de Marie de Savoye sa
Femme qu'une Fille unique
nommée Jeanne, Marquise
de Rothelin & de Neufchastel
enSuisse,quifutmariée
en 1504. à Louis d'Orléans I
du nom,Duc de Longueville.
Chriftophle ayant herité
des autres Terres, laissa Bernard
& Ernest
,
qui ont fait
les deux branches de la Maison
de Bade. Bernard quia
commencé celle que l'on appelle
de Bade-Baden
y
eut de
Françoise de Luxembourg, Philiberttué en 1569. à la bataille
de Moncontour, &
Christophle, qui ayant époufé
en 1564. Cecile
,
Fille de
Gustave I. Roy de Suede,
continua la posterité. Il en
eutEdoüard le Fortuné, Pere
de Guillaume,Chevalier de la
Toison d'Or, & Juge de la
Chambre Imperiale de Spire.
Celuy-cy fut Pere de Ferdinand
Maximilien, Marquis
de Bade, dontLoüiseChristine
de Savoye qui vicnt de
mourir estoit veuve. Ceux de
cette Branche font Catholiques,
mais ceux qui sortent
d'Ernest, Cadet de Bernard
,
& qui font la Branche de BadeDourlac.,
suivent les sentimens
de Luther. Ernest eut lesMarquisas d'Hocberg &
de Psortzen, & laissa d'Elizabeth
)
Tille de Frederic V.
Marquis de Brandebourg
Charles, qui d'Anne, Fille
de Robert) Prince Palatin,
laissa Georges Frédéric. Ce
dernierfut Pere de Frederic , & Ayeul d'un autre Frédé-
Iie, quiaépousé Chriitine-
Madeleine, Fille de Jean Casimir
J
Comte Palatin du
RhÚ-i, & soeur de Charles
Gustave, Roy de Suede,dont
il a des Enfans. Cette branche
de Bade-Dourlach a deux
voix aux Dietes de l'Empire,
& aux patriculieres deSoüabe,
l'une pour Dourlach, l'autre
pour Hocberg. Les deux
branches alternent en toutes
les séances aux Dietes, & cha
cune procede à son tour.
Médire Jean Courtin,Marquis
de Givry, Baron de Tubeuf,
mourut le 25. de Juin.
Je vous ay déja parlé de sa
Maison en plusieurs occasions,&
l'on [air qu'il n'y en
a guere de plus illustre, ny
de plus distinguée par son ancienneté
, par sesalliances,&
par les Emploisconsiderables,
dont nos Rois ont honoré
ceux qui en font. Il avoit
épousé la Fille de Mr Lamy,
Conseiller au Parlement de
Roüen
, une des plus riches
heritieres de bjortnalidie> &
qui a joint aux avantages de
la fortune,une sagesse consomme,
une vertu profonde
y
& un merite accomply.
N'ayant point eu d'enfans de
son marirge,il ainilituéMrle
Comted'Avaux,Fils de Mai
dame la Presidente de Mesmes
sa soeur, son Legataire universes
)
à la charge de porter
son nom& ses armes , avec
substitution au profit de Mr
le Prefidcntde Mesmes, &
en cas qu'il vinst à deceder
sans Enfans;ila appelle le
Fils de Mr le PresidentBriconnct.,
forty d'une Fille de
son Frere aîné» & qui porte
déja le nom de la Terre de
Rozay ,
qui estentrée il y a
pr es de ceux siecles dans cette
Maison, par le mariage de
Geneviève du Bois, Fille de
Messire Guillaume du Bois,
Secretaite d'Etat d'Anne de
Bretagne, & ensuite de Charles
VIII. avec Guillaume
Courtin Seigneur deGournay&
de Neuvy,&gouverneur
de Guise.
Les morts causées par des
maladies facheuses ne furprennent
point; comme on
en connoist la caufeelles passent
pour le tribut ordinaire
que l'onrend à la nature.,
mais on ne croit point qu'on
puisse mourir d'amour, &
toutes les Peintures d'Amans
prests à expireront regardées
comme des exagérations qui
n'ont lieu que chez les Poèces.
Cependant on asseure que
depuis fort peu de temps une
jeune Demoiselle d'Aix en
Provence n'a pû resister à la
perte d'un Amant,, pour qui
elle avoitconçeu la plus forte
passion. Le Pere du Cavalier
qui ne trouvoit pas que la
Demoiselle eust assez de bien,.
ne voulut point entendre parler
du mariage. Cet obstacle
qu'il fut impossible de surmonter.
ne toucha pas moins
l'A mant que l'Amante. Ilfut
surpris d'une dangereuse maladie,
& lors qu'il eut recoujvre
assez de forces pour supporter
la fatigue d'un voyage,
on l'obligea de partir sans
voir sa Maistresse. Il vint à
Paris, & la Demoiselle qui
s'en vit abandonnée, ressentit
si vivement ce cruel oubly,
qu'elle tomba dans une
langueur, dont elle est morte
quelques mois après. C'est sur
cette moit que Mr Calvy,
Avocat au Parlement de Provence,
Auteur du Comte du
faux Noble, Se d'autres Ou^
vrages que je vous ay en
voyez,afait les Vers que vous
allez lire.
LES SOUPIRS
d'Olimpe mourante.
VOicy
mafatale journée,4
Cruel Daphnis, Daphnis , écoutemoy;
D'un amour trop constant victime
infortunée,
Je meurs ensoupirantpourtoy;
Maisje ne prêtenspas qu'un éternel
silence
Cache ton injustice, & mes justes
Je regrets; veux te découvrir tous les maux
que m'a faits
Ta criminelle indifference.
Oublions ce malheureux temps
Oùsans cesse exposée à tes soupirs
ardens, Je te livrois un coeurtropfacileàsi
rendre.
Tu mejurois desfeux constans,
Et tu me les jurois d'un airtouchant
& tendre,
Ce coeur pouvoit-ilsen défendre?
Maissi ta passion devoit 'éteindre
un jour
Tourquoy me forçois-tu de prendre
tant d'amour?
Ah ! quand tu me jurois une flâme
éternelle
Je croyois tes sermens,& tu nJ
pensoispas;
Car enfin quelle loy cruelle
T'ohlige , en me quittant à causer mon
trépas ?
C'est toy qui m'arraches la vie,
Avide faim de l'or, detestablemanie,
Ebloüy de tesfaux appas
Cesi à toy qu'il me flcrijÎe.
Maisquedis-je ,
Daphnis? Nonje
connois ta foy.
Excuse les fureurs d'une Amante
éperdue.
y J'ay vu ton ame combatuë
Balancerplus d'un an entre ton Pere
& moy.
Rebelle aux loix de la Na/are,
Tu ne reconnoissois que celles de
l'Amour.
Jgntels assauts ton ejjrit soutenoit
chaque jour!
Rien ne pouvoit détruire uneflâme
si pure.
Après tant de combats? accablé de
langueur
,
Tufuspresqueexpirant. Hslasl
quelle douleur!
Queldesespoir pour une ame
amoureuse ! [affrettfl-J
La mort dans cet instantmeparoissoit
Et quand je meurs pour toy, je la
voissans frayeur,
Ta revins à la vie, & tu m'aimois
encore. [peu
Tu m'aimois? Ah! qu'on aime
JVttandon a le pouvoir defuirqui
nous adore !
TII fuispour éteindre ton feu ;
Et moy , trop malheureuse A..
Je mante , sens,plus tume suis
> que moi
amour s'augmente.
Tout aigrit les tourmens que tume. faissoufrir,
Et toy ,peut-estre atteint d'uneflâme
nouvelle,
Tn ris de ma douleur mortelle.
Paris te voit content lors qu'Aix me
voitmourir. 9
Baphnis -
s
peurrois -je bien le
croire?
Voudrois-tucombler mes mal-
Leurs?
Non5 non, ma déplorable histoire
Te fera répandre des pleurs.
Ah! diras-tu, tant de confiance
Meritoit un fortplus heureux.
L'Hymen àtant d'amour devoitjoindreses
noeudsy
C'est toy qui mas perdu, paternelle
fuiffince.
Par un ordre fatal ta barbare rigueur,
M'ostantcequej'aimois rtle déchire le
,.r.oeur.
Cet espoir estpour moy le seul bien
qui me resse ;
Si tu pleures mon trissesort,
Je mourray contente, & la mort
N'aurapourmoy rien desuneste.
Déja des nuagesépais
Troublent mes sens, & l'air que je
respire.
Adieu, Daphnis,Adieu; j'expire
Plus amoureuse que jamais.
Ainsi mourutcette Fille adorable,
Dans cesiecleperversexemplemémorable.
[ trissejour.,
Daphnissceut la toucher; depuis es
Malgré sa lâche persidie
,
Elle l'aima plus quesa vie,
Et son derniersoupirsut un foapir
d'amour.
Le chagrin ou la Demoiselle
estoittombée par la
persidiedeson Amant,l'ayant
portée à ne plus songer qu'à
Dieu
,
le mesme Auteur a
voulu luy rendre justice sur
ce sentiment par ces autres
Vers.
L'OMBRE D'OLIMPE.
.!J!!!tl Fantôme odieux "t'ient,me
faire la guerre,
Ettroubler mon repos dans le sein
de laTerre ?
Apeine ay-je perdu la lumiere du
jour
JOuon arme contremoylesfurenrs
de l'Amour.
On dit quen ce toe,beaie luy fewl
m'afait descendre,
BarlàdevainsRimeurs déshonorent
ma cendre)
Desfoiblesses d'amourPartisanscriminels
,
ils me font expirer aux pieds de
ses Autels.
Mais je ne les crains point ; malgré
leur injustice,
J'd}'Vamcufisappas,jevaincrtlJsa
malice.
La simple vérité sortant de mon
tombeau
Vafaire de ma vie unfidelle tableau.
OÜJ ,
j'écoutay Daphnis, j'tl!
prouvaysatendresse,
Esclave de l'Amourj'eus la mesme
soiblesse :
Mais éprisè bien-tost d'une cfleJl-e
ardeur,
On me vit expier lessoupirs de mon
Je coeur. vis partir Daphnis sfin heureuse
inconstance
Ramena ma raison & mon indifférence.
Heureux lejour,Daphnis, ou tu quitas
ce lieu:
Laperte d'un Amant mest trouver
mon Dieu.
Sous ce MaistreDivin maistresse de
moy-mesme,
Je vis couler mes jours dans un bonheur
suprême.
Ah! quej'eus de regret à ce temps
malheureux,
Où l'amour d'un Mortel fut maistre
de mes voeax!
Pour effacer les traits de mon ardeur
premiere,
A ma nouvelle ardeur je me ltvrohr
entiere,
Je méprisois le mONde, &fuyoisses
faux biens.
c'est vous que je cherchois
,
delices
desChrestiens,
Eternelle beauté quej'ay tant desirée,
Par vous de sa prison mon ame délivrée,
N'admirant dans le Ciel que vostre
éclat divin,
Va jouir d'un bonheur qui n'aura
pointdefin.
Voilà de mm trépas la cause glorieuse.
Respectez,montombeau , vous, dont
l'ame envieuse
M'impute des transports inconnus à
mon coeur,
Et répandsur mes os samaligne
fureur.
Mais que dis-je ? vos rers ne blessent
point ma gloire,
Contre eux mes derniersjoursassurent
ma memoire,
Et de peur que ce bruit n'imposeà
l'Vnivers, 'on entende par tout retentir ces
deux vers.
Tous les feux de l'amour me paroissoient
un crime: Je meursfin ennemie,& nonpassa
viélime.
Les faisons passent,mais le
temps desbelles choses ne
passe point, & l'Air que je
vousenvoye, quoy que fait
sur lePrintemps, ne peut
manquer de vous plaire, puis
qu'il est dela composition du
fameux Mr Lambert.Cenom
vous
vous dit tout. Les paroles
fontdu temps,& plus d'une
personne a sujet de leschanter.
AIR NOUVEAU. TDut brillant des beautez de
Ftore,
Printemps , vous n'avez, point
d'appas»[j'adore.
Vous pressez le départ du Heros que
roustjlestafaiftn des plus affreux
Combats;
Maissi vous me livrez, à des peines
mortelles
Durant le cours de ses travaux
guerriers)
L'Hyver me le rendra plus couvert
de Lauriers,
cfR.!!e vous n'd'liet de fleurs nouvelles.
1 Vous sçavez
,
Madame,
-
qu'il y a beaucoup de Sujets
du Roy, qui ayant quitté la
France, se font engagez au
service de ses Ennemis. Comme
la pluspart ont des heritages
dans les Païs de l'obeissance
de Sa Majesté,ils ont
Jai{fé sur les lieux où ces hetages
sontsituez, lesuns leurs
Femmes, d'autres leurs Ensans,
& d'autres leurs Freres.
Quelques-uns mesme qui par
leur âge, ou par les incommoditez
de leurs personnes
font horsdeftat de servir, demeurent
sur les biens quileur
appartienn-cntfous ladomination
duRoy, & par le revenu
qu'ils en reçoiventils trouvent
moyen d'entretenir leurs
Enfans dans un servicecontraire
à celuy de Sa Majesté.
Cefont desabusaufquelsil ya
long tempsquece Monarque
auroitcherchéàremediersans
sa bonté ordinaire, qui luy
jfait toujours suspendre les
xhofes qui ont quelques ap-
-parences de rigueur; mais lès
préjudices qui en peuvent arriver
, ont enfin contraint
Sa Majesté d'avoir recours
aux remedes qu'Elle a cru capables
cuemlicfchcr les Sujets
de demeurer dans le party de
ses Ennemis. Cette tolerance
peut d'autant plus nuire au
bien de l'Etac
y que la valeur
naturelle aux François estant
toujours la mesme dans ceux
qui fervent contre la France,
fournit de trop fortes armes
aux envieux de sa gloire, &
que l'argent qu'ils tirent des
biens qu'ils y ont laissez
s'employe à , un ufagc prejudiciable
à leur patrie; outre
que cette separation des
Membres d'une mesme Famille
peut contribuer à faire
donner des avis, dont les Ennemis
de cette Couronne seroient
en estat de profiter. Le
Roy pour remedier a ces abus,
a fait publier une Ordonnance
du 30. du mois pasle,
par laquelle Sa Majesté veut
& entend , Que tous ceux de
ses Sujets
J
dont lesPeres ose
les Enfins
>•
mesme les Freres
sont auservice de ses Ennemis ,
comme aussi les Femmes, donP
les Maris sont dans ce mesme
service
,
sortent dans un mois
dis Terres de sa domination
pour estre ensuite leurs biens
saisis lè conftJque% au profit de
SaAIajcflé}& mis entre les
mains des Receveurs des corfiscations,
à moins que ces Peres,
Maris , Enfans
, ou Freres qui
portent les aimes contre la
France, ne quittent & abandonnent
tout a fait le service
des Ennemis, & ne viennent
dans ce temps d'un mois presser
sermentdefidelitéàSaMajesté,
entre les mains des Gouverneurs
desesPlaces, dans le Gouvernement
desquels leurs biensfont
fiturk.
Tout ce que je vous ay
envoyé du sçavant Mr Comiers
d: Ambrun, Prestre,
Docteur en Theologie, a
toûjours esté si bien receu,
que je croy ne vous pouvoir
prevenir plus avantageusement
pour le Traité que
vous allez lire, qu'en vous
disant qu'il en est l'Auteur.
La matiere est de faison
, &
les observationstres-curieuses.
TRAIT E)
DES PROPHETIES
y
Vaticinations, Predictions
& Prognostications.
}'A vois lieu de me promettre
un profond repos
dans le fond de l'Hôpital
Royal des Quinze-Vingts,
où la persecution des Ennemis
du Roy, de l'Eglise&
de l'Etat m'ont reduit
,
lors
que vous estes venu troubler
ce repos si cher, pour [avoir
quels font mes vrais sentimens
sur les pretenduës Propheties
de Mr Jurieu, Ministre
à Roterdam,deNostradamus,&
d'autres Prophetes
de la mesme espece, & si lors
que quelque affaire est proposée
, on peut parler juste
sur l'évenement qu'elle doit
avoir. Vous m'avez taillé
beaucoup de besogne, car
outre que suivant ma Devise,
conforme à mes Armes tirées
de saint Ambroise, c-Patrimonium
& hæreditas Crux, la
Croix feule est tout mon bien,
la perte de mes yeux m'oblige
depuis cinq ans d'emprunter
la main d'un Scribe.
Neanmoins comme ma réponse
vous peut estre utile,
j'entreprendray volontiers de
vous la faire
,
& m'appliqueray
principalement à vous
démontrer que la Prophetie
que le Fanatique Pierre Jurieu
a fait courir, pour abuser les
Heretiques, en leur faisant
espererun prompt rétablissement
du Calvinisme
y
n'est
que la fuite d'une chimerique
vision de Pierre Dumoulin,
Ministre de Charenton,mort
en 1658. Ayeulmaternel de
ce Pierre Jurieu, Ministre de
l'EgliseVallonne àRoterdam.
Pour mieux détruire toutes
les diverses formes, explications)
changemens & additions
qu'on a faites, afin de
donner au moins quelque
faux jour à cette fausse Prophetie
, au sujet de laquelle
Mr Jurieu
,
& d'autres faux
Docteurs ont en diverses manieres
forcé le legitime sens
de quelque passage de l'Apocalipse
,
j'ay resolu de vous
faire un assez long Traité
qui fera enfermé dans sept
Articles.
Dans le premier vous trouverez
ce que c'est que Prophetie
&que dans tous les
âges du monde il y a eu de
veritables & de faux Prophetes
,
& que ces derniers
ont trouvé d'abord plus facilement
creance parmy les
Ignorans, en ne leur prophetisant
que ce qui estoit con
forme à leur inclination.
Dans le second
? vous connoiftrez
que les veritables
Prophetes ont demandé à
Dieu des signes, pour estre
asseurez que c'estoit Dieu qui
leur parloit.
Dans le troisiéme
,
je vous
feray voir que les Peuples ne
font pas obligez de croire,
mesme aux veritables Prophetes
,
qu'aprésqu'ils ont
prouvé leur Mission par des
signes
,
&parquelques miracles
ou prodiges surnaturels.
Dans le quatriéme vous remarquerez
que les Envoyez
de Dieu ont prophetisé par
parol es& par lignes.
Dans le cinquiéme
,
feront
contenus les noms des veritables
Prophetes & Prophetesses.,
avec les noms de ceux
&de celles qui ont ufurpé
cette qualité
,
& enfin cequi
concerne les Pythons &Pythonisses.
Dans le sixiéme,je vous
donneray des démonstrations
solides
,
de l'erreur &
vanité de la chimerique Prophetie
deDumoulin
,
& de
tout ce que Jurieu a forgé
pour appuyer cette pretenduë
Prophetie du rétablissement
du Calvinisme,laquelle n'a
eu pour fondement qu'une
remarque Astrologique puifée
dans l'Ephemeride d'Andreas
Argolus pour l'année
1683. dans la neuviémeligne,
page 363 scavoir,que la conjonction
des deux Planeces
su perieures, Saturne & Jupileij
se faisant en 1683 dans le
Trigone Ignée
,
suivant la
remarque des Anciens
,
il
arriveroit de grands changemens
•& degenerales constitutions,
& qu'on changeroit
facilement la Domination.
Enfin vous trouverez dans
le septiéme la justeCritique
des Centuries de Nostradamus
,
& l'artifice dont l'Auteur
de l'Almanach de Milan
se fertafin qu'on le tienne
pour Devin.
ARTICLE I.
Dieu, comme dit S.Paul,a,
a répandu ses dons sur les
hommes,&luy-mesmeadonné
à l'Eglise les uns pour estre
Apostres, lesautres pourestre
Prophetes, &c. C'est pourquoy
il dit que la Prophetie
est un un don de Dieu, par
lequell'homme a la connoissance
des chosesfutures,
commeaussi des passées,& des
presentes, quoy que cachées
même dans lesreplis ducoeur,
& impénétrables à l'esprtc
humain. C'est immediatea
Aux Eph.ch. 4. v. II.
ment de Dieu, b qui dit luymesme
, en parlant de son
Peupled'Israel ,J( connoistoutes
leurs pensées, & je scay
dés aujourd'huycequ'ilsferont,
& à quifeul & par nature les
chosespassées, & les choses à
venir font toujours presentes,
que ces Prophetes reçoivent lç
don de Prophetie, car comme
dit cS. Pierre, Ce n'a pas
esté par la volonté des hommes
que les Propheties nous ont esté
apportées; mais ç'aestépar e
mouvement du SaintEsprit qu&
bDENT.ch.31.v.21.
c2.Ep.ch.I.v.21.
les saints hommes de Dieu ont
parlé.
Dieu pour apprendre aux
hommes qu'il cit le souverain
Arbitre de toutes choses,
employe pour demonstration
incontestable, la connoissance
infaillible qu'il a de l'avenir,
qu'il regle &dispose d'une
volonté toujours absoluë,
& à cette fin il fait par la
bouche de son Prophete un
défi aux Prophetes des Idoles
de prédire l'avenir. C'est par
dIsaïe: Annonce,dit-il les
choses qui doivent venir au
d Ch.II.v.13.
temps futur
s & nous connoitrons
que vous estes, Dieux.
Bien que nos premiers Parens
deussent par leur création
, adorer, aimer, craindre
) & obeïr àleur Createur,
Dieu voul ut neanmoins faire
encore sentir sa Divinité par
la connoissance qu'il a luy
fcul de l'avenir, & laquelle
estaudessus de l'humaine nature
, mesme dans le Paradis
Terrestre, & dans l'estat d'innocence.
C'est pourquoy
Dieu mesme leur prophetisa
cette longue suite de malheurs
qui fontencore gemir
toutes les Nations, s'ils man
geoient du fruit défendu,
par lequel Adam & Eve commencerent
de connoistre, &
sentir le mal, eux qui n'avoient
esté creez que pour
enoistre le bien, & pourjouir
d'une félicité inalterable.
Dieu ensuite
,.
& pour lai
mesme raison, de faire connoistre
aux hommes qu'il
estoit le seul Dieu, &le Dieu
des Dieux que le Démon
avoit établis dans la croyance
des Idolâtres, donna en4 tout
temps de véritables Prophe-
MS? tant dans l'ancien que
dans le nouveau Testament
&mesme aux Gentils, car
Baalam à qui l'Asne parla,
& qui fut arresté par
l'Ange, lors qu'à la priere
du Roy desMoabitesilalloitpour
maudire le Peuple de
Dieu, estoit Gentil, f &
de Mesopotamie. Les Egyptiens
ont eu le Prophete
Mercure Trismegiste, & les
sibilles; les Grecs leProphete
Drphée; les Scythes le Prophète
Abaris; les Getes, Xanolkis,
& lesPerses Zoroatres,
qui est le seul des homf
Dcut.ch.13.Y..4-
mes qu'on dit estre né en
riant.
Le Demon
, cet Ennemy
irréconciliable de la gloirede
Dieu,& du salut du genre
humain, qui fut le premier
faux Prophete,lors que dans
le Paradis terrestre il fitesperer
à Adam & à Eve, qu'ils
deviendroient semblables à
Dieu, s'ils mangeoient du
fruit défendu,s'esttoujours
fait des Adorateurs pour détourner
les hommes du vray
culte de Dieu,&pour cela il
leur a fourny en tous lieux
de fauxProphetes.
i Ces faux. Prophetes; pcn-
1 , pendant
l'ancien Testament, &
dans tous les siecles
,
feduifirent
&attirèrent facilement
après eux des Peuples entiers
par une Religion commode,
en prophetisant toûjours au
Peuple leschoses souhaitées &
avantageuses à la vie temporelle.
C'est dequoy le prophete
Jeremiefse plaint à Dieu en
ces termes) A >a,a,Seigneur,
monDieu, Itsfaux Prophetes
diftnîauTtuple,vousnevtrrez
poi- nt lte gltaive ti- rel srurvous,
f&avoums ne reissenntireez ja.mais la
fCh.14.v.13.
Les faux Prophetes,comme
Luther, Calvin, & Jurieu,
que le Demon a suscitez
dans l'Eglise du nouveau Testament,
sont, comme dit
g S. Paul
,
de faux Jpojlres,
des hommes trompeurs qui se
transforment en Apostres du
Sauveur, &on ne doit pas s'en
étonner, puis que Sathanmesme
se transforme en Ange de lumiere.
Il n'est donc pas étrange,
comme dit le même Apostre,
sises Ministres setransforrnent
aujJi en Ministres de justice;
mais leur fin sera conforme a
g3.Ep.chap. II.v.13. leurs
leurs oeuvres.Ces faux Prophetes
, de mesme que ceux
de l'ancien Testament
, ont
seduit des Nations entieres,
par la tromperie, & par l'adrrffi
qu'ils ont euë, comme
dit b S. Paul, à les engager
dans l'erreur, en preschant une
Religion commode, qui ne refuse
rien.auxsens> promettant par
la feule foy le Salut éternel',
sans le besoin des bonnes
oeuvres, ny de la penitence,
& sans qu'on foit obligé de
garder les Commandemens
qu'ils disent impossibles aux
h Aux Eph. ch. 4. v.14.
Fidelles, mesme aidez du secours
de la grâce, ce qui est
formellement contraire à ce
qui est écrit dans le i Deuteronome,
Maudit celuy qui ne
demeure pas ferme dans l'Ordonnance
de la Loy, & qui ne
l'accomplit pas effectivement.
Ainsi fous des termes couverts
ils permettent tout débordement&
toute licence,
en dispensant de l'observation
des loix divines& humaines,
que leSauveur luy-mesme
a rel igieusement obrervés.
Non veni solvere Itgcm, fid
adimplere.
i Chap 27.V.dern.
Il ne faut donc pas s'étonner
si ces faux Prophetes qui
donnent en ce monde toute
forte de liberté sans rien ordonner
qui mortifie la chair,
& qui promettent toute forte
debonheur en l'autre, font
mieux suivis & mieux écoutez
que les Docteurs de la
pureté de l'Evangile, qui ne
prêchent que penitence, que
lnortificatÎ'On, que l'obeïssance
à Dieu & aux Rois, qui
font les Images vivantes de la
Majesté Divine.
La curiosité de sçavoir,
l'avenir
,
est une contagion
spirituelle
,
qui se communiquant
facilement aux Esprits
foibles, perd les deux tiers
du monde, de mesme qu'il
arriva Cous-Marc Antoine par
la contagion corporelle
comme on lit chezJule Capitolin,
lors que dans la Seleucie
les Soldats deVentidius
Cassius ouvrant avec trop d'aviditéuneCassette
d'or qu'ils
avoient prise dans leTemple
d'Apollon en Baby lone, pour
partie de leur butin, furent
d'abordinfectez d'un air corrom
pu qui en sortir. Cetair
qu'ils reccurent infecta enj.
coreles autres, ce qui repandit
la peste par toute la terre,
avec tant de violance qu'elle
fit mourir la troisiéme partie
du genre humain.
Cette demangeaison deconnoistre
l'avenir, a toujoursesté
abominabledevant
Dieu. On l'a nommée un crime,
par lequel les hommes,
comme ditTertullien,furan-
Ztir dinjiriitatem> s'efforcent de
voler la divinité. C'est pourquoy
l Moyse fait cette Ordonnance
de la part de Dieu:
qu'il ne se trouve personne parl
Dcut. ch. is. v. xo.
my vous qui interroge lesdevini.,
explique les songes
,& observe
les Augures. Ne souffrez point
de gens qui usent de malesices
&d'enchantemens
, ny ceux qui
consultent les Pythonisses C.
Devins. & qu'il ne si trouve
personne parmy vous qui interroge
les Morts, pour apprendre la
verité de ce qui concerne Ils Vivans
, car Dieu a toutes ces
chosesenabomination,dr pour,
cette sorte de crime Dieu les
exterminera.
C'est pource sujet quenostre
Roy Tres Chrestien, Fils
aisné del'Eglise,&leMoyse
du nouveau Peuple de Dieu,
ayant en horreur ces déccita.
bles abominations, & voulanten
garantir sesSujets,a
fait l'importantEditdu mois
de Juillet1682.verifiéen Parlement
le 3h Aoust, contre les
Devins&: faiseurs d'Horoscopes
, d'autant que par unefunestesuite
d'engagemensilssesont
porte à cette extremitéd'ajouter
le malefice & le poison aux
impiete%&auxfortileges3pouf
obtenir l'effet de leurs méchantes
predictions. Les motifs
que Sa Majesté a eus de
fairecet Edit font tres-saints
& tres- avantageux à Ces bons
Sujets. J'en parle par experience
, ayant esté le but de la
persecution,& la victime de
tous les Apostats, & autres
mauvais François, depuis
l'année 1660. que par l'aide
de Mrle Marquis de Saint-
André- Montbrun,Capitaine
general des Armées du Roy,
je fis poser les armes à quelques
Mutins des Sevenes, &
persuaday à Mr le Comte de
Dona de remettre à Sa Majesté
la Ville, Citadelle &
Principauté d'Orange, pour
le prix & somme de deux cens
mille livtes,que je touchay
,
pour luy dans la Ville d'Avignon,
chez Mrle Comte de
Ferastiere
,
son Beau- pere ;
car depuis ce temp s-là, la
cabale des mal-intentionnez
pour le service du Roy, s'estant
jointe à celle des Empoilonneurs
,
j'ay toûjours
esté exposé à la fureur de
l'une & de l'autre.
La reddition d'Orange entre
les mains de Sa Majesté
& l'empêchement que vr de
Saint André Montbrun &
moy fismes en 1665. à la fabrique
des Poifons
, j(jint au
procès que j'intentay contre
ceux quis'enme sloient, nous
ent bien fait ressentir, qu'ils
ne faisoient de funestes prédictions
7 que pour faire attribuer
aux Astres & à une
payenne &inévitable fatalité
les morts qu'ils meditoient
par les plus grandssortileges
de la plus noire magie,
ou qu'ils préparoient dans
leurs funestes drogues,essences
execrables, eaux blanches
& rougeastres,&poudres infernales
pour empoisonner
les linges & gobelets que Denis
Lhomme avoit commencé
de travailler dans la Verrerie
du Bois- Gizet prés la
Nocle. Ce Denis Lhomme
autrefois déguisé fous le nom
d'Olivier, Moine défroqué,
Apostat, & plusieurs fois Relaps
à Geneve,& par Sentence
du 2. Juin i(5)i banny de
cette République pour crime
de vol
J
depuis Relaps en
France le 6. Mars 1667. au
lieu de la Nocle prés Bourbon
Lancy entre les mains de
Charles Perraut,Ministre de
l'Eglisedecelieu là s'eItanc
fabriquédu 19. J !V:er1656.
des L.clu-es.de ;Docteur en
Medecine de l'Université
d'Orange,fut dans la Verrerie
du Bois-Gizet
,
à trois
lieuës de Bourbon-Lancy ,le
premier artiste des execrables
Poisons de l'abominable Scelerat
,
qui n'ayant pû faire
achever parce Denis Lh omme
dans la Verrerie duBois
Gizet ses plus subtils poisons
pourprématurer les Successions
& les Emplois, & pour
rendre des Benefices & des
Charges vacances, perit miserablement
à Paris en J67L.
en voulant luymesme composer
les infernales drogues.
Celuy qui luy avoir enseigné
cette execrable science
, je
veux dire Denis Lhomme,
grand fabricateurdes Sceaux
& des écritures publiques,
avoit appris tousces misteres
d'iniquité fous Antoine
Pagant, qui pour s'estre van- tédeperdre la France Sen:(a
spargimento di sangue, fut arresté
à laBastille le 19. Novembre
1651. Son Eleve craignant
le feu de la Justice humaine,
voulut sortir de France, &
se sauver en Angleterre,
comme il paroist encore dans
une de ses Lettres dattée de
la Nocle du 17. Juin 16ge:
par laquelle il
@
s'engageoit
d'aller pratiqueraLondres ses
funestes essences au fervicc
desEnnemis de la Royauté.
J'ay fait ce petit détail;
pour vous faire mieux comprendre
ce qu'on doit craindre
de ces diseurs de bonne
fottune ou faiseursd'Horoscopes,
& gens qui le m fient
de deviner, sur touts'ils font
profession de Medecine
,
de
Chymie, ou qu'ils soient de
la Religion Protestante,laquelle
n'ayant que le Demon
pour Auteur, porte par tout ,
l'esprit de revolte,qui estle
véritable caraaere de l'Heresie
; car puis que les Heretiques
ne croyant pas la Realité
du Sacrement de l'A utel,
accusent Dieu de manque
de parole>& en échange luy
manquent defoy» en foulant
aux pieds
,comme dit saint
Paul, m le Corps du Fils de
Dieu, il ne doit pasestre surfrenant
qu'ils s'attaquent à
autorité, au Trône & à la
personne des Rois qui font
les images vivantes de la Majesté
Divine,& qui par conmAuxHebr.
ch.10. vt
sequens
,
n'ont que Dieu seul
pour Juge de leur conduite.
Cest une vérité autentiquement
établie dans la sainte
Ecriture par les termes du
Prophete Roy,Tibisolipeccavi.
Les saintsProphetes tirent
immed iatement de Dieu la
connoissance des choses les
plus secretes, & les plus éloignées,
comme dit Daniel, n
Ainsi Samuel connoissoit ce
que Saül avoir dans le coeur
lors qu'il cherchoit les Anes,
ses de ron Pere. o Ainsi Elisée
n Chap.2.v.22.
ô I. Rtg. ch. 9. v. 19.
avoit , comme il dit ,
son
coeur present, lors que Giegi
qui avoit couru après Naaman
receut deux talens.pAinsi
Daniel estant encore jeune
& élevé Captif dans la Cour
de Nabuchodonosor en Babylone
apprit immédiatement
de Dieu lanuit precedente
par une vision
,
l'explication
dele Songe que le Roy
avoit eu & oublié» de cette
grande & terrible Statuequr
estoit la figure des furures-i
Monarchies du Monde, dont
la cette estoit d'or,»les bras lX;--
p4.Reg.ch.5.v.16.
la poitrine d'argent, le ventre.
& les cuisses d'airain, les jam-.
bes de fer,& les pieds & les
doigtsméssezde fer & d'argile.
ARTICLEII.
Les véritables Prophetes,
bien qu'immédiatement en*,
voyez de Dieu
, en vouloient
estre asseuvez
) & pour ce
sujet ilsluydemandoient des
Signes manifestes. Dieu mesmeadonné
son Arc-en-cieL
aprèsleDeluge, pour figne
de l'alliance qu'ilfaisoit avec
la Terre. Si vous demandez.
comment depuis le Déluge
cetArc-en-ciel peut signifier
l'alliance de Dieu avec les
hommes,en voicy ma pensée.
C'est parce que cet Arc est
sans corde, & mesme dans
une situation contraire à décocher
sur la Terre. Aussi le
Prophete Ezechiel vit la Majesté
Divine dans son Lit de
Justice, ÔC au Trône de sa
gloire paréd'un Arc-en-ciel.
Dieu parlant en vision â.-
Abraham "q promit de luy
donner & àtoute sa Posterité
là Terre de Chanaam. Ce
qu'Abraharn crut ,
~&il luyfut
q Geneseosch. ir.v. 8.
reputéàjustice.Neantmoins
ce Pere de croyance demanda
un figne pour estre asseuré
qu'il la possederoit.
Mayre estant envoyé de
la part de Dieu à Pharaon,
pour recirer le Peuple de la
captivitéd'Egipte
)
répondit,
r se ne feraypascreu
, 0*
on me prendra pour un Imposteur
& on me dira que le Seigneur
ne ma pas apparu; mais
Dieu l'asseura de (à presence,
& luy donna trois lignes miraculeux
pour prouver sa.
Mission, car par l'ordre de
r Exode ch. .
Dieu Moyse ayant jetté sa
verge à terre elle fut convertie
en Serpent, dont il fut
effrayé ; mais par le mesme
ordre l'ayant empoigné par
la queuë , ce Serpent repritsa
premiere nature de bois
>
& devint
la mesmeverge de Moyse.
Dieu luy commanda encore
de mettre la main dans son
sein, d'où il la tira lepreuse,
blanche comme la neige; &
lors qu'il l'y eut remire, il
la retira entièrement saine.
L'Histoire des Jugesnous
apprend dans le sixiéme chapitre,
que Dieu ayant dit à
Gedeon ,Va
, pars sçache qui
c'est moy qui t'envoye
y
il répondit,
Seigneur,sij'aytriouvé
grâceauprès devous, donnez-
moy quelque signeque c'est vous
qui meparlez.
SLe Prestre Zacharie osfrantles
Parfums au Temple
du Seigneur, & ayant appris
de l'Ange Gabrië,qu'il au*
roit un Fils nommé Jean, demandaun
signe;car il dità
l'Ange, A quoy connoistrai-je,
la vérité de ce que vous me
dites ?
/Lu(. ch.I. Y. IS."
ARTICLE III.
Les Peuples avant que de
croire aux Prophètes ,qui se
disoient choisis pour leurs
parler de la part de Dieu,
devoient aussi en estre assurez
par quelques signes ou
miracles. Ainsi Moyse ayant
esté envoyé pour délivrer le
Peuple de la captivité d'Egipte
, t fit devant luy par
l'ordonnance de Dieules,
deux signes miraculeux que
nous avons cy-deuus rapportez.
Il prit encore de l'eau
du Fleuve du Nil,& l'épant
Exodech. 4,.
cha sur la terte, & toute l'eau
qu'on prenoit dans le Fleuve
estoit changée en fang. Le
Peuple ayant veu ces trois signes
u s'abandonna à croire
& à faire tout ce que Moyse
devoit proposer.Moyse prouva
ensuite sa Mission au Roy
Pharaon & à toute l'Egipte
par dix differens miracles»
qu'on appelle les dix Playes
d'Egipte. Il la prouva encore
dans le desert, x lorsque
Coré, Dathan,&Abiron s'é.
leverent contre luy & Aaron,
u Exod. eodem. Y. 30.
x Nombres ch.16.y.28. &
ôc voulurent usurper la Prestrise,
carayant dit : Par ces
signes vous connoistrez que Dieu
ma, envoyé
,
incontinent la
terre qui estoit fous les pieds
de ces Révoltez se fendit, &
les engloutit avec tous leurs
Tabernacles, &ilsdescendirent
vivans dans les Enfers.
Jcroboam ayant esté éleu
Roy des dix Lignéesd'Israël,
pour s'assurer la Couronne&
empêcher le Peuple de monter
en Jerusalem pour sacrifier
au Temple de Salomon,
fit fondre un Veau d'Or en
Bethe,& y dressaun Autel
,
sur lequel il presentoit luymesme
les encens, y lorsqu'un
jeune Prophece venu deJuda
s' écria: Autel, Autel,le Seigneurdljrtèï
dit: Il naîtra de
la Maison de David un -1-Irince
nomme fofias, qui immolera sur
toy-mcfme tes Preflres)(!/ voicy
le fgae que Dieu parle par ma
bouche,cet Autel se rompra ;
il se rompit.
Voicy un autre Exemple
dans le IV. Livre des Rois.
Ezechias estant malade, Dieu
luy envoya le Prophere Isaïe
pour luy dire qu'il disposast de
y 3. Reg.ch.13.v.5.
sa maison, parce qu'il mourroit.
Ce pieux Roy qui avoit
brisé le Serpent d'airain, &
rétably les Autels & le culte
du vray Dieu, que l'impie
Roy Achab son pere avoit
détruit & aboly
,
fondit en
larmes, & obtint par ses prieres
la revocation de l'arrest
de samort. AinsileProphete
n'estoit pas encore au milieu
du porche pour sortir,
que Dieu luyordonna de retourner
sur ses pas, & d'assurer
le Roy que dans trois
jours il monteroit au Temple,
& qu'il vivroit encore
quinze ans. Ce bon & Juste
Roy demanda au Prophete: clfèra le signe que Dieu me
guérira? & que je monteray
dans trois jours au Temple? Il
obtint le signe qu'il demandoit,
car l'ombre du Soleil
retrograda de dix degrez sur
l'horloge solaire d'Achab.
Je vous parlay il y a deux
ans de Mr de Cironis de
Beaufort, qui, quoy que fort
jeune, avoit rem porté le premier
Prix dans l'Academie
desJeux Floraux de Toulouse.
Je vous en ay marqué
l'Institution dans quelques-
- unes de mes Lettres, & vous
ay entretenuë de tout ce qui'
la regarde. Il a rem porté
cette année le Prix de Iai
Violette qui est le second.
On peut dire qu'il a un genie
extraordinaire,&qu'il etï rare
qu'une personne si peu avancée
en âge possede si parfaitement
les belles. Lettres. Vousvous
souvenez sans doute
que je vous appris en 1687,
qu'il estpetit-fils du celebre
Mr de Cironis, President au
Mortier du Parlement de
Toulouse. Comme il y a
toujours un Sonnet à faire
pour l'essay
, voicy celuy
qu'il fit sur ce Vers.
Les Mechans apprendront à vous
estre fdettes.
AU ROY.
GRand Monarque ,vostre ame
en vertussifeconde
Vient d'immortaliser lasplendeur de
VIS Lys, [fonde
De vos pieux desseins lasagessepro-
Rendnostrejoyeentiere,&nos voeux
accomplis.
On vous Aime, on vous craint sur
la Terre &sur l'onde,
Par tout fume l'encens des Autels
rétablis,
Et de tant de vertus, les delices do-
Monde,
Nos Marbressont ornez & no-s Vers
embellis.
Si Liege a bien
osé
rompre l'intelligence
De ses Etats unis avec ceux de la
France,
Sans respecter les Loix qu'impose fin
grand Vainqueur;
Voussçaurez,châtierses Habitans
rebelles ;
Par l'exemple fameux de leurpropre
malheur,
Les Méchans apprendront à vous
estre fidelles.
Le Chant Royal quiluy
a fait meriter le prix de la
Violette, estoit celuy que
vous allez lire.
HESIONE,
CHANT- ROYAL. ELVIre tous les HEROS,dofit
le fermecourage
Rend leur nom memorable à la pojrcritey
Vlllujlre Fils d'Alcmene asur eux
davantage
Dm'avooirrtlae lpiretméi.er rang dans l'im- r ;"in,7 l'im.-
Busiris> Gerion , le Monstre d'Erimanthe
VnLionfurieu, x, une Hidre rt.
nai(Jante>
.ArcllhlèZ fous le poids de sa malt
vigueur,
Sont d'illustres témoinsdesa haute
valeur.
De tant de beaux exploits, dont le
seul nombre étonne,
Je chante seulement dans ma noble
chaleur,
Le Heros qui s'oppose aux malheurs
d'Hesione.
Ilion alloit estre un trisse Marécage,
Neptuneravageoit cette illustreCité,
Et les Troyens estoient un vivant
témoignage [ rité.
Deceque peut un Dieu justement ir-
Contre Laomedon sacolereconstante
Luy faisoit exercer tous les maux
qu'elle invente, il remplit la Troade, & desang CT
d'horreur,
On voit de toutes parts tombersous
sa rigueur
Des Morts & des Mourans que la
Parque moissonne;
Heureux ,
s'ils avoient eu dans ce
pressant malheur
Le Héros qui soppofe aux malheurs
d'Hefione.
De tant d'lnfortlllJft le funeste
carnage avoii pas assouvy toutesa cruauté;
Ce n'estoitpas pourappaifrfi.
rage,
Un Monstre formidable eff contre
euxJùflité.
Ses griJfis, & les dens desa gueule
écumante
Leur font encor sentir sa faim trop
violente,
Desa ferocité l'insatiableardeur
Séme de toutes parts la mort,ou La
terreur ;
Ce Monstre redouté ne respecte perflnne
[fureur
Le Cielsereservoit pour punir fi-
Le Heros qui s'oppose aux malheurs
d'Hefione.
Tourse mettre à rabry d'unsi fumfte
orage
Jgue feront les Troyens ! l'Oracle
consulté,
Leur apprendqu'Hesione exposée
aurivage
, Seule peut adoucir cette Divinité;
JjhiaaMonflredansFexcès de sa.
rage sanglante
S'appreste à devorer cette Fi/lé innocente.
Les Troyens, à ces tKds, voyant
avecdouleur
Jgjtil leur faut immoler, ou sa vit
ou la leur,
Sont forcez d'accomplir ce que l'Oracleordonne>
Mais on voit aussi-totcombattre en
leurfaveur
Le Heros qui s'oppose aux mal
heurs d'Hesione.
Cess troppeu qu'aux hasards ou
la terre l'engage
Alcide aitsignaléson intrépidité;
L'Onde encor àson tour avec elle partage
Lagloire d'exercersa generosité.
C'estoit pour ce Heros laVictoireimportante,
JOut devait couronner sa valeur
triomphante;
Après ce grand Exploit, cet illustre
vainqueur,
Redonne un nouvean lustre à sa
hautesplendeur.
Du bruitdeses hautsfaitstoutl'Univers
resonne ,
Ilion reconnoistpourson Libérateur
Le Héros qui s'oppose aux malheurs
d'Hesione.
ALLEGORIE. LO VIS est desvertus unesource
abondante,
Son extrême bonté, son humeur
bien-faisante,
D'un Prince fugitif le font le Protecteur.
Sur l'Anglois révoltésignalant son
grand Il coeur , va rendre à leur Roy le Sceptre
&laCouronne.
Nous pouvons appliqueràsasainte
ferveur
Le Heros qui s'oppose aux malheurs
d'Hefione.
Les matieres du temps font
si amples & si belles
)
qu'elles
donnent à chacun de quoy
s'exercer selon son génie.
M de la Tronche de Rouen,
Auteur du Dialogue qui suit,
les a traitées d'une maniere
qui vous plaira d'autant plus
que l'Allegorie qu'il y fait
regner, nous representefort
ingeuieusement les Ligues
qui se sont forméescontre le
Roy depuis quelque temps,
.'& qui ont produit la Guerré
que nous voyons allumée
dans toute l'Europe.
: DIALOGUE
ALLEGORIQJJE
Ik De Jupiter & de Mercure
surlesAffairesduTemps.- >! Ly a quelque temps que Jupiter
a nepouvant plus retenir
la jalousie que luy cause le
grand éclat du Soleil, b appell
aL'empereur.
J, le Roy de France.
Mercure
, c & luy commanda
d'aller dans toutes les Cours des
Planetes ,pour leur remontrer
qu'ils n'avoient pas moins d'interest
que luy, d'empescher que
ce bel Astre nejjfaçafl: par son
brillant la clarté dont elles iftoientenvironnées,
Mets en
usage toute ton éloquence, luy
dit-il, pour les obliger d'entrer
contre luy dans une Ligue offensive
& défensive; mais afin
qu'ellespuissent toutes ensemble
mieuxreussir dans ce que je
t'ordonne de leur proposer,sou-
-q;Ùns-toy qu'ilfaut tenir la ne
c l/Ble&eur Palatin,
gociationsecrete, gf agirauprès
de chacune avec beaucoup de
prudence. Va d'abord trouver,
Saturne. d Comme il est le plus
élevé en dignité il aura plus de
pouvoir qu'aucun, autre pour les
faire entrer de concert dans une
Affaire si delicate. Tu iras ensuite
parler à e Venus. Ses charmes
pourront aisément attirer
Mars f dansnostre party, cquand
tu teseras asseuré de l'un
& de l'autre
, tu passerasau
Ciel de la Lune, gpourl'oblid.
LePape.
e La Hollande.
f Le Prince d'Ol'angc.-
gL'fifyagnc.
ger par son opposition de causer
au Soleil quelquegrande Eclipse,
qui luy flft perdrel'estime que
toute la terre a pour luy, au préjudice
des autres Planetes
, ce
qu'elles ne peuvent souffrir sans
se rendre indignes de leursublime
grandeur. La commission
dont vous m'honore^ rnefl fort
glorieuse, répondit Mercureavec
un air de Planete subalterne
,
mais s'il m'estoit permisdeparlersans
perdre le refiuél que je
vous dois, je vous dirois que
vous pourriez vous tromper dans
vos mesures ; car comment pretendez-
vous que j'aille dans
toute l'etenduë des Cirux faire
gendarmer toutes les Planetes
contre leSoleilsans qu'il en ait
connoissance, luy qui esi si clairvoyant
qu'il ny a rien qui êchape
àsesrayons,jusqu'à penetrer
leplus profond des Abysmes?
J'apprehende mesme qu'à l'heure
qu'il rfi
}
il ne nous découvre
ensemble,&quil ne devine le
secret que vous 'Voule:( bien me
confier, Ë7 j'ay d'autant plus
sujet de le craindre
J que je ne
fuis pas trop bien avec luy.
Vous le fçave%» & vous r/ignorek
pas qu'ayant besoin d'un
Arbitre, nousavons luy * moy
nommé Saturne, que j'aurois pâ
exempter de cette peine en accordant
au Soleil ce qu'il me demandoit
avec justice ; mais si je
ne l'ay pasfait, ce n'a estéque
pour mieux entrer dans vos interefls.
Presentementselon le
train que doivent prendre- les
choses j) croy que Saturne aura,
de la peine à (e declarer pour
vous, parce qu'estant établi par
le souverain Destin pour Moderateurde
toutes les contestations
& de tous les démeslezquipeuvent
s'émouvoir parmy les Pla-«,
netes ,soit pour l'honneur de la.
preséance,oupourquelque interest
particulier ,il ne doit point
en qualité de Médiateurprotéger
les uns plúfO que les autres 2 s'il veutcouper piedà de cruelles
Guerres, dont le Ciel &U
Terre ressentiroient de terribles
JecouJifs
, qui peut-estreobligeroient
leDestin d'en rendre Sa.,
turneresponsable.
Cela est njraj3 dit Jupiter,
mais sçais-tubien,puis qu'ilfaut
enfin te découvrirtout mon coeur,
que lors qu'on estaussi tourmenté
de jalousie que je lefuis ,la
raison n'est pas ce que l'on hou*
Ir. ?Je ne te le cache point
J'aimerois mieux cJfayer tous les
malheurs de Id Guerre, que JPen.-
tendre plus long-temps la Renommée,
quisemblen'avoirpoint
assiz de bouches pour publier
lemerite du Soleil. Aquelque
prix que ce soit,j'enveux affoiblir
l'éclat.J'en viendray àbout
par lesecours des Planetes.Elles
prendront toutes mon party lors
qu'elles verront Saturne dans
mes interests.Jen'oublie rien
pour l'y attirer. C'est pour cela
que j'ay dans sa Cour deux
Etoiles h à mesgages. Ces deux
Etoiles peuvent tout sur son esprit
& luy feront prendre en
b Le Cardinal Cibo & le Cardinal.
la faveur tous les sentimens
u'elles voudront. Jay à te dire
le plus que l'Etoile i du Nord
efi entierement dévoüée à moy >
vec quantité d'autres Etoiles k
lui grossiront mon party pour
aire toutes ensembles une noable
diversion
, par tout où elle
ourra m'estreavantageuse.
Ainsi prepare toy à partir; je
vais donner ordre à tes Lettres
le creance.
Nefaitesrien,s'il vous plaist
repartitMercure, que vous
J.'àyez bien examinélasituation
i Le Roy de Suede.
x Les Electeurs de l'Empire.
où font presentement 1er autres
Planetes. Il n'y a pas d'apparence
que la Lune veüille si,
broüiller tout de nouveau avec
le Soleil. Elle sçaittropce qu'il
luy en a coûtépour avoir pris,
avec vous la querelle de Venus.
Si la pajjton qui vous aveugle
ne vous permet pas de vous en
ressouvenir
,
vostreAigle qui a
perdu plusieurs plumes d'un costé
vous en pourra rafraichir la.
memoire. C'est, pourquoy j'ay
beaucoup de peineàcroireque
la Lune pour contenter vojlre
jalousie
,
donne sottement teste
baissée dans l'entreprise que vous
'Voule'{
voulez faire. Elle craindra de
recevoir avecvous pour une feconde
fois le déplaisir de se voir
forcée à faire une paix IJonteufe.
Quoy qu'elle "Fafft par son opposuion
pour obscurcir la lumiere
du Soleil, elle ne le peut faire
tout au plus que pour deux ou
trois heures, au lieu que ce bel
Astre peut l'éclipserpendant
toutes les nuits de son regne , en
attirant quantitéde vapeurs &
d'exhalaisons qui cacheroient entierement
sa lumiere aussi-bien
que celle des Etoiles dont vous
riPerez l'appuj
,
($f qui ne sont
peut- estre pas à se repentir de
s'estreengagées à seconder vos
projets, dont elles n'esperent pas
une bonne issut. Pour ce qui est
de Venus, il me semble que
vous ne de'Vez pas faire un
grandfond sur elle; car tenant
de la ^Mtr qui est le lieu de son
origine, elle est fort sujette au
changement. Ainsi vous ne deve^
pas vousy fier. Toute Femme
qui se soustrait de l'autorité
de son Epoux & qui ne luy est
pasfidelle,peutmanquer de foy
à d'autres. Elle est comme ces
Coquettes quinese donnentque
pour un temps,selon que la passion
ou l'interest lesy portcC'cft
ce qu'elle a bienfait voir en
admettant Mars dansson fein
)
afin de s'en servir contre les at..
taq ues de ceux quelle a trompez;
maiselle commence à s'en lajjcr,
On le voitparsa conduite, puis
qu'apprehendantqu'il ne prist
chez elle un pouvoir de Maistre
elle a si bienfait parses persuasions,
qu'il est allé dans une
autre 1 Plage
,
dont elle luy a
fait croire que la Conqueste luy
seroit facile, non pas tant par
son courage que par les ruses (y4
les trahisons quelle luy a inspirée.
Quand vous aure pesé
L'Angleterre.
toutes ces raisons,vous trouverez
peut-estre à propos de ne pas aller
si viste
, & laijjere% en paix le
Soleil qui ria pas voulu vous
troubler quand vous estiez en
guerre contre une Cornette m
Cornuë, afin defaire voir à Saturne
ainsi qu'aux autres Planetes
, qu'il sçait donner des
bornes à son courage quand la
justice le demande;carsans cela
vous eujjïe^ esté encore une fois
contraint d'abandonner honteusement
le plus beau lieu de
vostre n Domaine.Faites-y
mLeTurc.
» Vienne.
4
reflexion. S'il n'eust pas estéajJe
genereux pour vous épargner en
ce temps-là, c'estoit fait de vous
& de toutes vos Etoiles
) &
peut-estre aussi de moy. Comme
nous avons payé cette moderation
d'ingratitude,ilya (ujet
de craindre que tost ou tard nous
n'en soyons justement punis.
Tais-toy, interrompit Jupiter
d'un ton altier. Tes raisonnemens
nesonttirez qued'une politique
craintive , & de si lâches precautions
ne sçauroient abbattre
un coeur aussi intrepide que le
mien.L'entreprise est resoluë,
&je veux estre obey. Vous le
serez
, repartit Mercure. Puis
que vous me l'ordonnez d'autorité
absoluë. yje vousferay voir
que ce ricjl point une politique
craintive qui m'a obligéde parler
comme j'ay fait; mais plûtostune
politique prudente, dont
onne peuts'écartersans risquer
tout. Je connois bien ce que je
hasarde
3
& que j'ay tout lieu
de craindre, qu'en me rencontrant
dans le cours de vos Iro,
trigues, le Soleil ne me brusle les
aisles que j'ay à la teste e aux pieds peut-estre mesme qu'il
ne me consume toutà fait,quoy
que cela ne soit pas dans les
Propheties de certains Mortels
quiprétendent penetrer dans l'a.-
venir
3 & qui veulent faire
croire aux autres ce que vous ne
si.,t"ve'{ pas vous-mesme9jout
éclairéque vous ef/es. Si je ne
metrompe, continua-t-il
3
il me
semble que je voy déja de loin
une Etoile o errante qui fort
du Soleil
3
& dont la clarté
extraordinaire
3 en se rejfeniant
du lieu de sa naissance
3
ne me
fait rien augurer de bon. Au
contraire elle me fait craindre
que voffre mine ne foit é-ventee
par la penetration des rcidions>
0Monfclgneurle DaM-hir;.
de votre Ennemy. La rapidité
avec laquelle cette Etoile s'avance
vers la Voye LaElée p efl
d'un fort mauvais presage
) &
j'ay d'autant plui d'inquictude
que je croy voiraujjt plusieurs
Tourbillons q impetueux qui la
precedent, pour exciter quelque
orage dans l'endroit ou va cette
Etoile
3
qui toute errante quelle
cft) fc fçaura bien fixer malgré
vous & malgrémoyen tel lieu
qu'elle voudra.
Je ne fç<y ce que tu Vuis>
dit Jupiter> mais je sçay bien
p Le Rhin.
q Efcarlrons de Cavalerie qui allerent '.rsieger
Thilisbourg.
cequele vois quand jeteregarde.
Je vois un Visionnaire
que la peur remplit defaux objets.
Il faut en effet qu'elle te
préoccupe terriblement pour te
reduire aux alarmes, à l'ajpeti
d'un petit Aieteore qui n'est
quune vapeur e-nftâméeJ & qui
ne laijJè pas néanmoins de te
tenir lieu d'une Etoile errante.
Petit Adeteore tant qu'il vous
plaira
3
répartit Mercure
>
nous
en verrons les effets. Ils pourront
causer de grandsdejordres
dent vous serez cause encore
plus que moy ,
puis que vous
m'aurez forcé de vous obéir,
710nnez ordre à tout 3
je riay
plus rien à vous dire.
La Reine d'Angleterre qui
ne fait aucun voyage à Pans
que par des morifs de pieté,
s'y rendit le 19. du mois
passé) pour assîster au Salue
dans le Monastere des Dames
Ghanoincfles regulieres Anglosses,
qui s'y faisoit pour
la conclusion des Prieres de
quarante heures, que ces Dames
avoient faites, pour demander
à Dieu la confervatioti
de la personne sacrée du
Roy, & de leurs Majestez
Britanniques, & pour l'heureux
succés de leurs armes.
Cette Princesse qui savoit
que Louis VII. avoir eu autrefois
la generosité de donner
un asile en France à Saint
;Thomas:'- Arc hevesque :d'e
Cantorbery
»
Chancelier &
,,
Primat d' Angleterrey lors
<ju'iJ se réfugia en ce Royaume,
ayant appris que ce saint
,.
Prelar, pendant le sejour qu'il
y avoit fait, avoit choisi sa
demeure parmy les Chanoines
reguliers de l'Abbaye de
Saint Victor, & que dans une
Chapelle dédiée à son honl
•
neuron conservoit leCilice'
dont il estoit revestu lors
qu'il fut assassiné., eut la devotion
d'y venir faire sa priè-
- re. Sa Majestésurreceuë à la
porte de l'Eglise par le Chapitre
des Chanoines reguliers
de cette Abbaye, ayant à
leur teste Mr de Bourges qui
en estPrieur.Voicy le compliment
qu'illuy fit.
MADAME,
La presence de Voflre Majesséinspire
à nos coeurs des sentimens
que nous ne pouvons
exprimer par nos paroles, Permettez
nous, Madame, pour
Cuppleerà ce defaut d'emprunter
celles que le Saint Esprit mit
autrefois dans la bouche du
plus Jage Roy de la terre, pour
faire le Portrait e l'Eloge de
l'Epouse du Souverain Roy du
Ciel, quam pulchn funt greffus
cui
,
Filia Principisi
Grande Reine
3
Princejje incomparable,
que vos démarches
font belles! que tous vos pas
sont dignes de remarquei Je pretenspas,Madame,par ne
pretens pas, Madame-i parcceess
paroles loüer dans VostreMajeflé
cet air de grandeursimajefiueux
£? si nobles qui luy attire le
respect e la vénération de tous
les Peuples.Je craindrois de bIef,
fer la delicatesse de vôtre pieti,
si dans ce Lieu Saint,jemarreftois
à ces fortes d'avantages humains
que vous tirez de voflre
AugufleNaissance. Je parle,
Madame3 de ces démarchés toutes
faintes
? que vous faites
dans le sentier de la rvertu. Nous
voyons avec admiration Voflre
Majesté marcher sur les traces
des plus illustres Saints de son
Royaume. Le grandSaint
Tbomas, Chancelier, & depuis
Primat d'Angleterre, & Arche
vesque de CantorberyJpersecuté
pour la dcfenfe des liberîe% de
l'Eglise, Je retira dans la France
; il y trouva un azile assuré
fous la proteéhon d'un de nos
Rois, & dans leJejour cjuilfit
en cette Ville» il choisit cette
Aiaifon pour le lieu de sa demeure.
Son inclination pour
l'Ordre des Chanoines Reguliers
étakly dans son Eglise de Cantorbery
, & dont il portoit toujours
l'habit fous les ornemens
convenables a sa Dignité3çjsr
plus encore son amour d; son
tele pour la difeiplinereguhere9
> qui jieurijfoit en cette Abbaye
>
nous attirèrent un sidigne Hojle.
ghesinos Peresfurentinstruits
des discours,, t édifiez de la
pieté de ce Saint Prelat, nous
osons dire
,
Madame, qu'il trouva
aujJi dans cette Maison des
exemples capablesdel'édifier. Il
y recueillit, pourainsiparler,
les esprits du fang encore tout
fumant d'un autre Thomas
Prieur de cette Abbaye, & Vicaire
General de l'Evesque de
Paris, qui quelque temps auparavant
avoitsacrifié son sang
&sa viepoursoutenir les droits
de Epouse du Sauveur. La
Providence sans doute l'avoit
conduit dans ce lieu pour l'antmer
par cet exemple à imiter le
souverain Pasteur de nos Ames
qui s'est livré à la mort pour le
salut de son Eglise. Cette Abbaye,
Madame,conserve encore
aujourd'huy comme un gage
pretieux de l'amitié de ce Saint,
l'instrument rigoureux de ses
austeritezsecrettes, cet aspreCilice
qu'il portoit pendant sa ie"
çy dont il fut trouve revejiit
après samort, Permettez-nous,
Madame,definir ce discours par
les paroles qui l'ont commencé.
Grdnde Reine
j que vos démarches
sont belles ! Vous marchez
sur les pas de cet illustre Saint,
de vostre Royaume..
Comme luy, vous venez en
France pour la cause de Dieu3
de la Religion & de l'Eglise;
comme luy
, vous cherchez un
azileà vostre Foy; comme llty
vousy trouvez un Prince Religieux
qui vous reçoit comme un
dignepresentdu Ciel; maisplus
heureuje que luy
, vous y
trouvez un Monarque? qui &-
ant tadmiration de toute la
Terre) devientl*admirateur de
voflre vertu. Comme luy ensisi
Voflre Majefielhonore défitprefence
cetteMaison qui a servy
de.rttraite à ce Saint. Que si
vous y troy : :,,(; ,)
Àitùû"
me>cesvr.:^nscxcwfius àe r:..,er. (,: tuqui c.i;<l'emuj-ii.-nThomasj- sipar n;.u,jeur nous ne pommes
plus que Membre de nos Peres,
du moins,Madame
y
Vojlre
Majefié peut s'affiurer de trouver
dans tous lesjujets qui composentcette
Compagnie autant
de personnesdévouées aux interefis
de sa Couronne, *jje£lion*
nées au service de jes fidelles
Sujetsygelées pour la gloire3 la*
jante
J
la prosperité de sa Perjonnejacrêe,
(£p de touteja FamilleRoyale.
La Reine ayant remerci.
ce Prieur avec son honnefteté
ordinaire) fut conduite au
bruit des cloches & au Ion
de rorgue à un Prie- Dieu
qui luy avoit esté preparé au
milieu du Clioeur, tendu
ainsi que la Nef de riches
Tapisseries. Sa Majesté
; aprés
avoir fait sa Piiere pendant
le Te Deum que les
Chanoines chanterent
,
vie
le Cilice de SaintThomas
de Canrorbery, & plusieurs
autres Reliques; après quoy
elle passi dans la Chapelle
dédiée à ce Saint &
en celle de la Vierge. De
la elle futconduite dans
la fameuseBibliothèque de
cette Abbaye) si célébré par
le nombre & par l'antiquité
de ses Manuscrits } puis elle
passa par les Jardins sur une
(terrasses où fous une arcade
fort richement tapissee, on
jhiy (ervit une collation trespropre.
La Reine en sortant témoignaà
M1 de Bourges qui avoic
toujours eu l'honneur
de Taccompagner) beaucoup
de fatisfachon de la reception
qu'on luy avoit faite. Ce
Prieur,qui cft Docteur en
Théologie de la Facultéde
Paris,ten: proche parent de
M de Bourges) ce fameux
Millionnaire.Apostolique
,
que le Pape Innocent XI.
parce qu'il travaille depuis
vingt cinq ans dans la Cochinchine
& dans le Tonquin
à la conversion des Insidellesa
faitEvesque en l'année1679.
Sa Sainteté luy envoya
ses Bulles aux Indes fous
le titre de l'Evesché d'Auren,
en luy permettant de se faire
sacrer par un Evesque seul &
deux Preftresau lieu d'Evesques)
& s'il ne setrouvoic
pas de Prestres, par un Evefà
que seul. Il revint du fond du
Royaume de Tonquin pour
recevoir la confecracion EpiC.
copale en laVille de Siam).
deux ans après que le Pape eue
fait expedier ses Bulles. Cest
ce MifllonnaireApostolique
qui est l'Auteur de la Relation
du Voyage de Mr lEvesque
de Bcrite, Vicaire Apostolique
du Royaume de
la Cochinchine qui fut imprimée
pourla premiere fois
a, PParis en 1666. & ddé'ddi.é'e a, l
Sa Majesté. Ce fut luy qui
accompagna ce digne Prélat
dans le grand Voyage qu'il
fie parterre pouraller à Siam.
Ils traverserent ensemble la
Turquie l'Arabie deterce, la
Perre) le Mogol
>
les Indes,&
le Royaume deSiam,&arriverent
après plus de deux
mille lieuës de chemin,en la
Chine, & au Royaume de
Tonquin, qui estoit le lieu
de leur Minion. L'Evesque de
Berite renvoya quelques années
après Mr de Bourges en
Europe, pour les affaires qui
la regardoient. Il eut l'hon-
-
neur lors qu'il fut en France,
- d'entretenir le Roy de Ces
VoyagesVoyages-,&
deluy presenter
la Relation qu'il en avoit
faite. Il passa de là à Rome,
où il fut tres bien receu de Sa
Sainteté, & obtint une partie
de ce qu'il Iuy demanda
pour le progrés de la Foy
dans le Royaume de Tonquinj
où ileft retourné pour
y mourir attaché à sonEglise.
- Comme il estparlé dans la
Harangue faite a la Reine
d'Angleterre d'un Thomas,
Religieux de Saint Vîêtor)
donfon fait un paraielle avec
SaintThomas de Cantorbery
,
parce qu'ils ont perdu la vie
l'un & l'autre pour avoir défend
u avec vigueur les libertez
de leurs Eglises, vous ne
ferez pas fachée d'estreéclaircie
de quelques circonstances
de la vie, & de la mort de ce
saint Religieux, qui fut celebre
en son temps. Il estoit
de Paris, & avoit lié une amitié
sott étroite avec Saint Bernard.
On le fit Prieur de
l'Abbaye de saine Victor,&
à cause de son mérité extraordinaire
le fameux Estienne,
Evesque de Paris en ce
temps-là, le choisit pour son
Vicaire General dans l'étenduë
de son Diocese. Il exerça
cette Charge avec un zele
& unevigueur toute Apostolique
, s'estant opposé ,comme
Vicaire, à plusieurs abus,
& sur tout à de certaines
exactions qui se faisoient sur
les Prestres & sur les Curez
par des personnes constituées
en dignité Ecclesiastique.
Cela luy attira une si grande
haine de la part de ceux qui
proficoient de l'argent que raportoient
ces exactions qu'ils
resolurent de l'assassiner. Ils
executerent ce malheureux
dessein à Gournay, proche
l'Abbaye de Chelles, lors
que ce saint Hommeaccompagnoit
Estienne, Evesque de
Paris, comme son Vicaire General,
dans les Vifices de son
Diocese. La rage de ses Ennemis
fut telle qu'ilsl'assassinerent
un jour de Dimanche
entre les bras mesme de
son Evesque, sans aucun réf.
pect
, ny de la sainteté du
jour, ny de la presence de ce
grand Prelat. Cela est marqué
en de si beaux termes
&si precis dans la lettre
que ce mesme Prelat écrivit
au Pape Innocent 11.
sur ce sujet, que je ne puis
m'empescher de les rapporter.
Vir religiosus, Priorsancti
Victoris, Mgister Thomas, in
objequio charitatis
, in itinere
quod indixerat pietas,inopere
sancto, in Dominico die,insinu
meo, & inter manus meas, crudeliter
ab impiis pro justitiâ ex..
cerebratus est. Exitus aquarum
deducite oculi mei, quoniam Jere"",
liquit me virtus mea, & lumen
oculorum meorum & ipsum non
est mecum. Episcopi nomen ego
gerebam
,
ille exercebat opus.
Honorespretoonus totis njiribus
fupportabat. Les Sçavans qui
en voudront sçavoir davantage
peuvent lire cette Lettreentiere
qui estla 159. dans
les Oeuvres de saint Bernard.
Toutes les circonstances de
ce détestable assassinat fs
trouvent dans l'histoire de la
Vie de ce Saint Homme, faite
en Latin parM1 Goureau de
laProutiere,cy devant Prieur
de S. Vlâor, & aujourd'huy
Prieur deVilliers-le-Bel.
Voicy des Vers de Mr Diereville
sur l'honneur que receurent
Mrs de S. Victor, par
, la Visite de la Reine d'Angleterre.
Vous les devez regarder
selon la. situationoù
fc trouvoient les affaires lors
que l'Auteur lesa faits. Comme
elles peuvent changer
d'unmomentà l'autre, vous
ne luy devez rien imputer
si dans le temps que vous les.
lirez il s'y trouve quelque
chose qui ne soit pas juste.
A LA REINE
L d'Angleterre. Cr; que vous visitez cette il-
Lufire Mai/on,
Qui porte le glorieux nom -
Du Saint qui renversa de son pied
lesIdoles,
.:i!!!e ne vOJrZVOIIS dttnJ no*
coeurs 1
Les doux ravissemens qtiy clluflnl
tels honneurs!
Pour les bien exprimer iln'estpoint
de paroles.
Aux pieds de cesficre*{ Autels,
Où la Pieté vous amene, Ne nous croyezpas ,grandeReine,
Moinssensibles pour vous à vos destins
cruels.
Cesont les sentimens qu'un grand
merite inspire.
Sur ces rares vertus que dans vous
on admire,
Avec tant de douceur çfr tant de
majesté, [ ,trrejlt,
Par un charme jur'ffjntl\fprit cfl
Ce Peuple qui vous environne
) Estpourtant nioins attiré dans ce
lieu,
Par le desir de voir vostre auguste
Personne,
Quepoury demander à Dieu Qu'il
vous rende cette Couronne
Que ravit à fin oncle un indigne
Neveu.
Sous cette precieuse pierre,
Ousacrifioitsaint Thomas,
Qui, comme vous, contraint de
quitter l'Angleterre,
Vint chercher un asile en ces heureux
Climats,
Il mesemble entendreson Ombre,
Comme dans un Monumentsombre,
Prier le Dieu vivant d'exaucer tous
nos væux.
Ses décretssontimpenetrables
Quand il tardelong-temps , à punir
lescoupables
, C'estpour leurpreparer des tourmens
plus affreux.
Dufier Tiran qui vous opprime,
Telsera le funestesort;
Il tombera du Trône où l'a placé le
crime
Lors qu'il s'y croira le plusfort.
Deses pareils c'ejl la chute ordinaire
;
Sur cc TrôneleCiel Iny permet de
monter,
POlir faire voir ce temeraire
Deplus hautseprccipiter.
Vous le verrez,grande Princesse,
Ne cessez, point de l'esperer;
jjHiand LOVIS pour vous s'intertffe
Vous pouvez vous en asseurer.
Pourmettre lecomble àsagloire,
Le Ciel luy reservoit cette grande
Victoire.
C'estle Constantin de nosjours,
Dont ilsifirt poursa vangeance ; Il ne peut d'un Tiran souffrir la
violence ,
Et de fis attentats il va rompre Il
cours-
Ce granddeffenseur de l'Eglise,
Fameux partant d'exploits divers,
Pour unesi belle entreprise
Deses Vaisseaux couvre les Hers
Nous le verronssur la Ttlmife
Seconder vostreEpoux& mettre dam
lesfers
VEnnemy qui vous tirannife.
QueleDieuquisoûtientsonbras,
Anime toujoursfin COftrdge,
Et qt!'ilpuee bien-tost couronner
son ouvrage,
En vous rendant vos trois Etais.
Comme les Jesuites se distinguent
dans tout ce qu'ils
font, il y a toujours plaisir
à entendre parler de ce qui
les regarde, & je ne doute
point que vous n'en trouviez
à apprendre le sujet du Balet,
qui a servi d'entre-Aes à
la Tragedie qu'on a repre.
sensée cette année dans leur
College de Louis le Grand.
Le foin qu'ils se donnent
tous les ans pour ce divertissementnesçauroit
qu'estre
utile au Public, puis qu'il
fert à former la Jeunesse
pour la Chaire, & pour le
Barreau,& à luy faire prendre
des maniérés aisées, sans
lesquelles rien n'est fait de
bonne grâce. La Tragedie
qu'ils ont fait representer par
leursEcoliers le 17. de ce mois,
estoit intitulée Polimestor, &
comme on en faisoit rouler
le noeud sur un secret qui empêchoitceRoy
de distinguer
son Fils d'avec sonEnnemy,
leBalet qui servoit d'entre- Actes
à cette Piece,avoit esté fait
sur le secret. Il ne faut pas
s'étonner si ce choix parut
heureux &judicieux. Quand
des Sujets qui doivent estre
unis ensemble ont tant de
rapport,le divertissement ne
sçauroit manquer de plaire.
Je ne vous parleray point de
la Tragedie, & vous diray
feulement que le Balet estoit
divisé en quatre parties. Da.
bord la Nuit accompagnée
des Ombres donnoit la naissanceàSigalion,
DieuduSilence,
qui represente le Secret,
& il estoit mis entre les mains
des Sybilles,pour estre nour
ri par des Fées, avec ordre de
ne le faire voir à personne.
Des Curieux, des Chymistes
soufleurs & des Sorciers venoient
les uns après les autres
pourtacher de luyparler;
mais les premiers n'obtenoient
que des feüilles que
leur jettoient les Sybilles, Se
dans lesquelles ils cherchoient
inutilement ce qu'ils
avoient envie de scavoir. Les
seconds vouloien)t corrompre
ses Gardes en leur promettant
de l'or, & ne remportoient
que de la fumée,
& les derniers qui croyoient
le découvrir en employant
leurs Ceremonies Magiques,
estoient effrayez par des Lutins
qui les obligeoient à
prendre la fuite. Ensuite la
Renommée ennemie du Secret,
venait declarer la guerre
à Sigalion au son des
Tambours & des Trompettesaussi-
totf on voyoit
paroistre les Ecrivains, Gaze
tiers,& Colporteurs, qui s'enroloient
fous ses étendards.
Bacchus qui hait mortelle.
ment leSecret, amenoit une
bande d'Ivrognes pour com.
batre Sigalion. Les Enfans,
à qui l'indiscretion est naturelle
,semettoient de la partie
, & Momus & les Foux
qui vouloient aussi en estre,
paroissoient accompagnez
d'une rccruë de Bohemiens,
qui se vantoient de venir à
bout de penetrer les avantures
les plus secretes. Sigalion
se voyant ainsi. attaqué de
toutes parcs, le prépara a la
défense, après avoir assemblé
son Conseil, composé d'Areopagites
& de Pytagotjf.
ciens. En même temps les
plus grands Capitaines vinrent
luy jurer fidelité, & le
firent reverer à leurs Soldats
fous la figure du Minotaurer
ancien symbole du Secret
parmy les Romains. On donna
le soin de l'Hospital de
l'Armée aux Empiriques feudaraires
du Secret., qui vinrent
luy offrir leur service,
& qui en firent l'experience
en faisant marcher droit des
Estropiez. Les Vieillards
Confidens du Secret, s'estant
aussi presentez pour défendre
Sigalion
3 on les dessinaà
garder le bagage,&les Plaideurs
& les Orateurs qui amenèrent
des Troupes de Mensonges,
furent mis au Corps
de reserve pour le besoin.,
Alors Sigalion se vangea différemment
de ses Ennemis.
Ilfit déchirer Penthée par les
Bacchantes pour avoir voulu
découvrir les secrets misteres
de Bacchus. Tantale sur plongé
dans unérang parles Furies
pour punition d'avoir revele
les secrets des Dieux. Mer-
, cure changea le Berger Battus
en statuë de pierre en presence
de quelques Bergers
)
asia
de les instruire par ce châtiment
àestre plus reservez à
garder le secret,& la Boete.
de Pandore ayant esté ouverte
, on en vit sortir le Demoa
de la guerre, la Discorde, la
Furie,&leDesespoir. Vous
pouvez juger par tout ce que.
je vous dis de la beauté des
Entrées. Il s'en fit une genera
le dans laquelle Sigalion parut
sur un Trône au milieus
de sesOfficiers. Tous ses EnDemis
chargez de chaînes relevoient
l'éclat de son triomphe.
CeBalet, dont l'ouverture
se fit par les plus illustres,
Nations de l'Univers, qui établissant
leur politique sur le
secret, se preparerent à rendre
hommage à Sigalion
, ne
pouvoirmanquer de plaire
en toutes ses parties) puis que
le sujet en estoit agreable &
attachant,& que Mr Colasse,
l'un des Maistres de Musiqué
.,.de la Chapelle du Roy, en avoit
fait tous les Airs. C'est
luy qui depuis la mort de
Mr de Lully a fait la Musique
des Opera avec le succés
dont je vous ay déjà parlé.
Les Entrées estoient de ME
i Pecour, qui depuis deux ou
trois ans travaille aux Enttées
de l'Opera, & qui fit le Balet
de Chantilly, lors que
Monseigneur le Dauphin y
fut régalé avec la magnificence
digne du Prince qui
le reçût. On ne peut dancer
àde meilleure grace que firent
ce Balet du Secret le fils de
Mrle Duc de Villeroy, & celuy
de Mr deSaint Vallier..
Les grands applaudissèmens
qu'on leur donna en furent
des marques.
- Vous avez attendu bietv
tard à me demander ce que
c'est qu'un Livre intitulé, Les
plus belles Lettres des meilleurs
Auteurs François. Cet Ouvrage
est deMr Richeler, Auteur
du Dictionnairequiporte
son nom, & son titre,
vous apprend en quoy il
consiste. Les Lettres dont il
nous a donné un recueil
Jo
j
font tirées de vingt- huit,
Auteurs differens quionttous.
de la reputation, & comme
il a choisi les meilleures, il
ne se peut que son Livre n'ait
de fort grandes beautez. pa:
y voit quelques Portraits de
ceux dont il nous donne les
Lettres, & outre le plaisir
qu'on a de lire ce qu'il y a
de plus excellent & de plus
vif dans ce genre, les Notesqu'on
y trouve sur chacune,.
"ont d'une forr grande infruction
, ayant esté faires:
noinspour le langage, qu'ain
de faire connoistre mille
hofes, qui sont ignorées de
beaucoup de gens. Ce sont
roprement des Clefs qui ourent
lesmisteres de ces Lettres.
Si cetessay plailt, son;
eflfçin est de poursuivre.
vu* Monseigneur le Duc de
Bourgogne ayant atteint l'â-
- ge de sept ans, qui est celuy
où l'on a accoutumé de donner
un Gouverneur aux Princes
de sa Naissance, & foaesprit
ayant de beaucoup de.
vancé sonâge, ce que la vivacité
de ses reparties faisoit;
remarquer de jour enJfour)si
le Royanommé pour fbnj
Gouverneur Mr le Duc dog
Beauvilliers premier Gentil,1
homme de sa Chambre,
Chef de son
ConseilRoyalj}
des Finances. La sagesse dC\j
ce Duc estsi connue, il Yaj
tancj
I tant d'ordre dans ses actions,
[&' ilest dans une estime si
generale,qu'il n'y a personne
qui ait esté surpris de ce
choix. Il me seroit inutile de
rien ajoûter à ce court éloge,
vousayant parlé deluyplus
,
amplement lors qu'il fut nommé
Chef du Conseil.
! KTS'AbbédeFenelon.Do-5
6teur en Théologie de la Faculté
de Paris, a esté choisy
pour Precepteur de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
IlestFilsde feu MrleMarquis
de Fenelon,&: Neveu de
feu M de la Motte de Fene-.
lon, Lieutenant de Roy de la
Marche, si fameux par sa valeur,
par sa veritable devotion,
& par une probité que la medisance
mesme a toujours
esté obligée de respecter.
L'ancienneté de sa Noblesse,
& les grandes alliances de sa
Maisonsontassez connuës.
Le sejour qu'il a fait dans le
Seminaire de Saint Sulpice,
est une preuve de sa pieté. Il
presche avec cette éloquence
qui a donné tant de reputation
à S. Jean Chrisostome
dans l'Eglise Grecque, & il a
fait plusieurs Millions avec
succés pour la conversion des
Heretiques, dont un grand
nombre s'est rendu à ses raisons
, & s'est confirmé dans
laFoy, encore plus persuadé
par son exemple.Nous avons
quelques Ouvrages de luy,
qu'on voit bien qui sont de
main de Maistre. Il po(Tedc?
parfaitement les Belles Lettres,
& sçait tres-bien les Langues
sçavantes.Mrl'Abbéde
Fenelon efl: aussi Neveu de Mc;
l'Evesque de Sarlat
,
Prelat
d'une grande reputation pour
sa pieté & pour sa doctrine.
Il a l'esprit doux, quoy que
tres-vif, & son humilité &
samodestie sont assez connoistre
la solidité de sa devotion.
Ses talens font admirables
pour ramener les ames à
-*v;,Dieu
& les Malades qu'il
veut bien assister, éprouvent
par la maniere dont il les
conduit,
des effetssensibles
de la Grace. Le choix que le
Roy a fait de luy pour le mettre
auprès de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, prouve
bien le soin que ce grand
Monarque prend de son
'*tR;oyaume> & l'amour qu'il a
pour la Religion, puis qu'il
la Charge de Viceroy. On
cfpere qu'il en fera bien tost
de retour. Il a plusieurs Freres
dans l'Eglise connus par
leur merite,& unentr'autres,
Grand Vicaire de Mt l'Evesque
de Chartres.
MrduPuy,Gentilhomme
Ordinaire du Roy,a esté fait
Gentilhomme de la Manche.
Il est d'une grande pieté, &
a beaucoup de iàccffc,& on l'a
toujours vû avec des gens distinguez
par leur esprit & par
la bonté de leurs moeurs.
Mr de l'Eschelle a auni
esté fait Gentilhomme de la
Manche. Il s'est gouverné si
sagement & pendant qu'on
l'a veu Page du Roy, &
pendant qu'il a esté dans les
Mousquetaires
, que Sa Majesté
l'a remarqué, & c'est
ce qui l'a determinée au
choix qu'Elle a fair. Cela nous
apprend qu'on ne perd jamais
auprés de ce grand Prince,
quand on estsage.
Mr Moreau est premier
Valet de Garderobe dés l'ensance.
Il est fort propre &
fort eraendu, d'une sagesse
exemplaire,plein d'esprit, &
a mille bonnes qualitez. Il
dessigne entr'autres parfaite-
- ment bien, & il se connoist
a tout. Il y a long-temps que
le Roy sçait qu'il n'a pas
un attachement mediocre
pour sa personne.
M' Bachelier en premier
Valet déTSïïETrobe, & Mrs
Bidaut, le
-
Fevre, & Mayas
ont esté nommez pour Valets
de Chambre ordinaires,
c'est à dire, qu'ils doivent
servir toute l'année.. Le choix
du Roy pour leur faire remplir
ces emplois,prouve leur
merite. Aussi pçut-on dire
qu'iln'y enaaucun,mesmedes
Officiers qui sont au dessous
de ceux dont jeviens de vous
dire les noms )
qui ne soit
distingué par une vie exempl,
ire, de sorte que Sa Majfié
fait plus d'un bien en
recompensant la sagesse, puis
que par-là Elle excite à l'acquerir
ceux qui ont des vûës
pour leur élevation. -
Ce Monarque ayant permis
aux Religieux de Clerlieux,
Ordre de Cisteaux
)
Diocese
de Toul, de faire élection
,
de trois d'entre eux,dont
ensuite il nommeroit l'un,
pour remplir la place d'Abbé,
vacante par la mort de Dom
Bichet, Abbé regulier
, &
l'élection estant tombée sur
Dom Bonnet, Prieur & Religieux
de cette mesme Maison
,
Sa Majesté l'a nommé
préferablement aux deux autres
qui ont estééleuscomme
luy, ayant eu égard à son
propre merite, & à l'a pprobation
generale que la Province
donnoit à ce choix.
Voussçavezque Ml'Abbé
de Beauveau a esté nommé à
l'Evesché de Sarlat.Voicy le
Compliment que Mrle
Doyen,à la teste du Chapitre
de la Cathedrale
,
luyfit à
son arrivée.
MONSEIGNEVR,
Vostre Chapitre ient vous
rendreses soûmîssions
, & vous
marquer la satisfaction qu'il a
devous voir.>Monseigneur
, de la grandeur de nostre
joye par l'honneur que nous recevons
d'estre les Membres d'un
Corps
,
dont vous efts le Cbcf.
Encore un coup, Monseigneury
jugez de la grandeur de nostre
joye ,
quand nous considerons,
que par une siglorieuseliaison
,
nous avons part a tous vos
avantages ,
à l'élevation de totre
naissance
, au pouvoir de
vofire Diçnite,aladijlinélion
devostre mérité
, & à tant d'eminentes
qualitez quipourvoient
faire le bonheur de lA premiere
Eqjije du monde, Apres tant de
biens, Afonfeignetir, nejommesnous
pus obligez de benir mille
fois la main qui nous a fait un
si richepresent, @J dans un esprit
de reconnoissance,pouvonsnous
aetez faire de VOEUX pour
le plus sage
,
le plttspuijJantJ
&leplus religieux de tous les
Princes? Dans cet estat, Monseigneur
,
noflrebonne fortune
na rien a cLjÎrcr
,
Jinan qu'il
vous plaise nous continuer les
témoignages de cette bonté, dont.
vous aluck voulu nous donner
paravance de si sensibles preuves
; & comme c)esi la faveur
la plus precieuse que nous putÇfions
souhaiter
, je suis chargé
avec plaisir
5
Monseigneur, de
vous asseurer que nous tâcherons
de meriter cette grâce par nos
soins
, par nos respects, çy par
nostre obeissance.
t* Il fautvous parler des personnes
considerables que nous
avons perduës depuis peu de
temps.
Dame Marguerite P-ic-ot.
Elle estoit Veuve de Messire
Charles Pinon
,
Vicomte de
Quincy,Seigneur de Boist
bouson,Maistre des Requefies,
& Fils de Messire Jacques
Pinon, qui est mort Doyen
desConseillers du Parlement
de Paris. Cette Famille a donné
plusieursMaistres des Requestes
,
Presidens & Conseillers
aux Parlemens de Paris,
& de Mets, Officiers en la
Chambre des Comptes, Tresoriers
de France, & autres
Compagnies de Judicature.
Il ya presentement trois Conseillers
de cette Famille au
Parlement de Paris,sçavoit,
Mlc Estienne Pinon, Conseiller-
Clerc en la Grand'-
Chambre
, receu en 1653.
Messire Bernard Pinon , receu
en 1671. Conseiller en la Cinquiéme
des Enquestes, &
Messire Charles François Pinon
receu en 1684, Conseiller
en la Deuxième des En
quefies. Cette Famille porte
i'azur au Chevron d'or, accomdpaegmnéesdme
tero.is pommes de pin is p lit
Dame Claire-Brice. Elle
étoitVeuvedeMessire Robert
Clapisson d'Ulin, Seigneur
de Chartrettes
,
du Vau, &
autres lieux, Doyen des Auditeurs
en la Chambre des
Comptes à Paris. La Famille
des Brice a donné des Conseillers
au Parlement, & aux
Compagnies de Judicature de
cette Ville; & celle de Glapisson
a donné aussi divers
Officiers aux Compagnies de
Jud icature de Paris. Messire
NicolasClapiffon d'Ulin,qui
enest, fut receu en 1651. Conseiller
en la Cour des Aides.
Dame Catherine de Nouveau.
Elle estoit Veuve de
Messire Charles, Marquis de
Bourdeille& d' Archiac, Baron
de la Tour. Blanche, &
Comte de Mata. Feu Mrde
Nouveau estoit son Frere, &
Madame de Monterolier sa
Soeur.
Dame Marguerite de la
Grange- Trianon
)
Femme de
MessireAntoine-François de
la Tremoille ) ,Duc de Noirmoutier
Baron du Plessis
aux Tournelles. Elle estoit
Fille de Mr de la Grange,
cy devant President en la
Seconde Chambre des Requestes
du Parlement deParis.
Elle a laissé deux Freres; l'un
Conseiller au Parlement, Se
l'autre Conseiller au Grand
Conseil. Madame sa Soeur, a
épousé Mr de Poussemothe
deLestoille, Seigneurde Chenoust
& de Graville,President
,,,: en la Cour des Aides. Quant
à Mr de Noirmoutier son
Mary, il estFils defeuMessire
Loüis de la Tremoille,
Duc de Noirmoutier, Vicomte
de Tours, Baron de
Chafteauneuf& de Semblancé,
Lieutenant General des
Camps & Armées du Roy,
Maréchal de ses Camps &
Armées,Gouverneur de Charleville
& de Mont-Olimpe,
Thoüars) Pair de France,
Prince de Tarente & de Talmont,
Comte de Laval, Chevalier
des Ordres du Roy,&
premier Gentilhomme de la
Chambre. Les Marquis de
Royan sont encore de cette
Maison de laTremoille) qui
porte d'or au chevron de gueules,
accompagnéde troisAiglesd'azur
bequez & membrez de gueules.
Messire Henry de Massuë,
S' de Ruvigny, & Marquis
de Reneval Il est mort
en Angleterre, âgé de 84.
ans, dans une Maison du
Roy appellée Grenich. Il
estoit né à laBastille, dont
Mr de Ruvigny son Pore
estoit Gouverneur, & avoit
eu une Soeur qui a fait grand
bruit par sa beauté, & à laquelleleMaréchal
de Biron
qui eut la teste coupée dans
la court de la Bastille, donna
un beau diamant qu'il avoit
au doigt, peu d'heures avant
qu'il montast sur l'échafaut.
Elle n'avoit alors que dix à
douze ans. Elle fut mariée
en premieres Noces à Mr de
la Maison-fort
? quimourut
presque aussi-tost qu'il l'eut
épousée. Elle demeura Veuve
L
quelque temps, jusqu'à ce
que Milord Wratostoli,Comte
de Souptanton
,
qui enfuite
fut fait grand Trésorier
d'Angleterre , l'ayant veuë
au Cours, fut frappé de sa
beauté,& l'épousa.Elleétoit
brune, & comme c'est une
qualité assez rare en Angleterre
,
& que l'on prefere aux
Blondes, elle n'y fut paî
'* - moins admirée qu'en France.
D'elle sont venuës deux ou
trois belles personnes qui ont
esté mariées aux meilleurs!
partis de ce Païs-là. Milord
Russel en avoit épousé une
MrdeRuvigny, dont jevous
a pprens la mort, a porté les
armes dés sa plus grande jeunesse.
Il se trouva dans Mantouë
lors qu'elle fut prise par
Collal to. Il revint en France,
où il servit dans routes les
Guerres. Il commanda longtemps
le Régiment de Cavalerie
du Grand Maistre
,
qui
estoit.Mr le Maréchal de la
Meilleraye, & se maria aved
Dame Marie Tallemand,
Soeur de Monsieur l'Abbé
Tallemand
,
Aumônier du
Roy, & premier Aumônier
de Madame. Cent mesme
1
jnez ; qui avoit succedé en:1
cette Charge à Mr le Marquis
mandant sur tout une personne
en qui il puft avoir
confiance;mais ce Miniftrc
qui n'accordoit pas aisément;
ce qu'on souhaitoit de luy,,
répondit qu'il n'estoit pas à
propos qu'un Député General
des Prétendus Reformez
pofledalt encore un pareil cmploy.
On ne laissa pas de luy;
donner la qualité de Lieute-i
nanr General> ce qui fait voir:
que sans le maiheur de sa
Religion, il auroic pu afpn
rer aux premieres dignire
de l'épée. Il n'a pas moin*
reussi dans les Negociationsi
ayant elle Ambassadeur en
Portugal, où il a conduit la
défunte Reyne. Il a eu beaucoup
de part à l'affaire de
Dunkerque. Il estoitalors
ou Ambassadeur,ou Envoyé
en Angleterre, & il y négocia
avec beaucoup de succés
en l'une & en l'autre qualité.
Il eut le bonheur peu de
temps après
,
de découvrir
la trahison du nommé le
Roux, qui fut pris en Suiffe,
mené à la Bastille
5
& executé
publiquement. Les autres
Ambassadeursont rendu souvent
ce témoignage de luy
9
que dans les Lettres qu'ilss'écrivent
les uns aux autres, il
n' y en avoit point qui fist
mieux le plan de la Cour ou
il estoit, ny qui reprefentaft
mieux l'estat des affaires. II.
a receu plusieurs graces de.
Sa Majesté qui luy donnoit:
six mille livres de pension,,
& quatre mille à son Fils aîné.
Cela a continuejusqu'aj
leur départ de France, ôa
mesme on les a laissé jouïn
tran quillement de leurs Ter-r
rcs. Le Pere & le Fils aifnâ
font demeurez paisibles dans
tous les Troubles, qui mettent
l'Angleterre en division.
Le Cadet s'est laissé gagner
par le Maréchal de Schombert
contre leur sentiment,&
contre celuy de sa Merc qui
estcres- sensiblement rouc hép
de la perte d'un Mary qu'e lle
a toujours tendrementaimé
ôc qu'elle croyoit revenu d'une
longue indisposition,caufée
par une cheure qu'il avoic
faite l'hyver dernier, & dont
il estoit demeuré long- temps
aulit; mais ayant repris Ces
forces, peut -
estre les avoiril
trop exercées en se promenant
dans le Parc & dans les
Jardins de Grenic
,
d'où la,
veille de sa mort il ne se retira
qu'à neuf ou dix heures
du foir. Il passa la nuit assez
doucement, & le lendemain
sur les huit heures du matin
il« sentit une fort grande foiblesse,&
une espece de défaillance.
Il se jetta à genoux, &
mourut en recommandant
son ame à Dieu. Quand Sa
Majesté eut appris sa mort.
Elle eut la bonté de faire un
éloge de luy, & de dire que
de tous ceux qui avoient cité
employez à son service, il n'y
avoit personne qui l'eust plus
fidellement, plus secretement
& plus"agréablement servie.
Un témoignage si glorieux
doit estre une grande conso,:
lation à tous les Amis,
Depuis la déclaration dela
guerre, les Ennemis de la
France se vantent d'avoir fait
beaucoup de prifesfur nous , mais ils ne les nomment
point; au lieu que nos Armateurs
en font. tous les;
jours, & en plus grand nombre
qu'on ne le publie. L'un
d'eux en a fait une sur leSt
Anglois depuis peu detemps,.
& il l'a conduite à S. N1J.to'
Elle est estimee quinze à
seize mille livres.
Un aurre Armateur leur a
pris un Bastiment qui efloit
chargé de vins de Canarie.
Le Vaisseau nommé le Clement,
s'estaussi rendu maistre
d'un Bastiment qui revenoit
de Lisbonne Il estoit chargé
de Sel.
Le20. dumois paSe, qua- ,' cre Prises Angloises furent
amenées à S. Malo, où la
Fregate,appellée la Vierge de
qrace, en avoic déjà amené
une qu'on estimoit quinze
milleécus.
Le 2.7. une autre priie fore
confickrable fut amenée dans
le Port de Brest par trois de
nos Armateurs. C'efioit un
BaflimentAngloischargé de
divetfesmarchandisesj& entre
autres d'un fort grand
nombre de balles de foye.
Cette prise est estimée cent
mille écus.
Mr le Chevalier d'Amble
mont, après six semaines
de courre, rentra la 4. de ce
mois au Port de Dunkerque»
avec un Navire moitié guerre,
moitié marchand, de trentedeux
pieces de Canon
,
&
une grande Flûte, le tout pris
sur les Hollandois.IUavoic
avec luy quatre petites Frétes,
& ayant rencontrécinq
de leurs. Vajfleaux, il les attaqua.
Le combat fut rude
,
& l'un des plusvigoureux
qui le roient donnez depuis,
longtemps. Il coula d'abord
à fond un de ces Vaiflcaux>.
& un autre fauta, le feu avant
pris aux poudres, ou par un
coup de Canon venu du Vaisseau
de ce Chevalier, ou,
comme plusieurs laiTurent*
par le feu que le Capitaine y
mit luy-mesme
) en disant
qu'il valoit autant fauter que
d'eftrc pendu. C'elloit un
François qui avoitdéferré depuis
plusieurs années. Il y
avoit dans ce Vaisseau vingtcinq
ménages qui alloient
aux Isles. Il y en eut encore
un coulé à fond,&un
autre pris, de vingt-quatre
pieces de Canon- Il clioic
chargé de vivres» & l'autre
que Mr le Chevalierd'Arnblimont
amena en mesme
temps au Port de Dur kerque,
l'cftoitde marc handées
pour Curaçao, Il perdît prés
de deux cens hommes, un
Capitaine en fecond & un
Enseigne qui estoit sur le
Vaisseau-qui fauta a prés avoir
esté abordé. Le cinquième
Valffeau, qui s'estoit fauve
pendant le combaty fut pris
le lendemain par un de nos
Armateurs. Il estoit de soixante&
dix tonneaux, & de
quatre pieces de Canon.
Peu de jours auparavant il
s'estoitdonné un autre combat
qui dura six heures. La
Fregate l'Intrepide ayant attaqué
un VaisseauAnglois
de trois cens tonneaux, le
prità la hauteur des Sorlingues
,
mais en l'amenant à
Brest
,
elle rencontra trois
Vaisseaux de guerre à lahauteur
de l'Isle d'Ouessant. Ils
luy donnerent la chasse, &
elle fut obligée d'abandonner
la prise & de relâcher à S.
Malo,où elle mena le Capitaine
Anglois & les Prisonniers.
Le Vaisseau nommé le PetitSaintLoüis,
a. conduit deux
autres prises
a ce mesme Port;
l'une estoit chargée de poudre
d'or,de dents d'Elephant,
de bois rouge,& d'autres riches
marchandées on l'estime
plus de six vingt mille
livres.
Lejojepb, Fregate du même
lieu, qu'on avoit armée
en course, en a pris une sur
les Ennemis de huit pieces de
Canon.
J'ajoûteray à tant d'Articles
glorieux pourra France,
trois avions surprenantes qui
se sont faites sur Mer par des
Capitaines François, & qui
meritent, non s ulement d'être
sçûës comme des nouvelles
agreables & avantageuses
dans la situation où sont les
Il affaires, mais mesme que l'histoire
les remarque afin que
la memoire en soit confer.
vée. Mr Julien, de la Rochelle
, Lieutenant de Vaisseau
)
& Commandant, dans
l'occasiondont ilsagit, d'un
petit Bâtiment du Roy de
dix picces de Canon,armé
en course, revenoit de l'Amerique
avec un Vaisseau
marchand qu'il accompagnoit,
nommé La Àfjirfahale,
monté de seize pieces de Canon
, & commandé par Mr
Guillot
,
& estans à trente
lieuës au large de Belle-Isle,
il rencontra un Vaisseau de
guerre Hollandois de soixante
pieces de Canon? &une
Fregate devingt- deux pieces
qui firent ensemble leur décharge
à la portée du fusil sur
ces deux Bâtimens François,
qui non seulement avoient
les trois quarts de Canon
moins que leurs Ennemis,
mais qui furent mesme surpris
! en forte qu'avant que
de pouvoir tirer un seul coup,
ils essuyerent tout le Canon
du Vaisseau Hollandois & de
laFregate. Mrs Julien&Guillot
n'en furent ny étourdis
ny découragez mais se sentant
plustost animez, ils resolurent
de ne se point rendre,
& de vendre cher leurs
vies, s'il falloit mourir. Ils
soûtinrent le combat, & ce
qui semble incroyable
J
ils
resisterent vigoureusement
pendant six heures à des décharges
continuelles de quatre-
vingt- deux pieces de Canon,
ce qui auroit dû les
mettre en pieces, & les abîmer,
sans leur grande experience
>
& le fang froid qu'ils
conserverent pour donner
leurs ordres. Ils lefirentavec
toutela presence d'espritimaginable
, & enfin apréssixgrandes
heures de combat,
le petit Bâtiment du Roy
commandé par Mr Julien, étant
percé à l'eau de tous
costez
, ce Commandant fit.
signal au vaisseau la Maréchale
de s'aprocher, & n'ayant
plus que douze hommes en
estat de combatre, il se jetta
dedans avec le reste de ces
braves qui venoient de faire
tant de prodiges, & qui étoient
resolus d'en faire encore
de nouveaux,quoy que
les Hollandois parussent encore
plus en estat de. vaincre
que quand le combat avoit
commencé. A peine les François
eurent-ilsquitté le petit
Bâtiment, où ils avoient esté
foudroyez par le grand nombre
de coups de Canon qu'oui
avoir tirez sur eux, que ce
Bastiment coula à fond. Ainsi
les deux Capitaines n'avoient
plus qu'un Vaisseau
marchand de seize pieces
pour se défendre contre deux
Bastimens, montez de quatrevingt-
deux. Ilss'avilerent der
faire des sabords à la chambre
de leur Vaisseau
,
& de
charger leurs Canons de bou*
lets à leur teste, & de carcouches.
Cela leur réussir
heureusement. La Fregate qui
vint à l'abordage futvivement
repoussée
,
& avec une
tres-grande perte de ceux qui
estoient dessus, & le Vaisseau
Hollandois,quoy que grand
& sort, fut démâté. Cependant
le Canon des Ennemis
ayant rasé les platsbords dtt
VaiseauFrançois, & mis
tout sonpontàdécouvert,
Mrs Julien & Guillot imaginerent
un moyen de luy
donner de nouveaux bords.
Ils en firent un de balles de
coton,après quoy ils continuerent
à se défendre jusques
à la nuit, avec lamême
vigueur qu'ils avoient fait
lors qu'ilsavoient plus de
monde, & qu'ils estoient fecondez
du Bastimentqui avoit
coulé à fond. Le lendemain
le gros Vaisseau qui
n'avoit pû se remaster parut
fous le vent, & les Commandans
François remarquèrent
qu'avec les Chaloupes des
deux Bastimens on envoyoit
environ cent hommes à la
Fregate. Ces deux Bastimens
ennemis s'approcherent ei*.1
fuite du Vaisseau François,
qui déchargea sa bordée de
siprés, & si heureusement*
parce que le temps de la lâ.
cher fut pris à propos?qu'il
y eut un grand nombre des
Ennemis tuez & mis hors de
combat. Leur Beaupré tomba,
& resta sur la Maréchale,
ce qui montre qu'ils estoient
bien prés l'un de l'autre; il y
eut ensuite un autre abordage
qui ne fut pas moins heureux
aux François, qui démâterent
la Fregate. Elle fut
par làobligéede s'approcher
du gros Vaisseau, & de &
mettre sur le costé, estant
percée de pluficurs coups.
On remarqua qu'il ne restoit
que cinquante hommes sur le
VaisseauHollandois
, au lieu
des deux cens qu'on y avoit
vûs le matin. MrsJulien Se
Guillot trouverent à propos
de se retirer, quoy qu'ils
n'eussent perdu que dix hommes,
& que le nombre de
leurs blessez, parmylesquels
estoit le Contre-maistrequi
eut le bras emporté, ne fust
pas considerable ; mais leur:
Vaisseau estoit si maltraité,
que si le Hollandois n'eust.
pas eité: dans l'estat que je
viens de vous marquerai,illuy
auroit esté fort aisé d'emporter
une victoire
,
qui dés l'entrée
du combat avoit dû luy
estre seure. QuantauVaisseau
François
,
c'estoit triompher
que de se garantir d'estre pris;
mais c'est une honte aux
deux autres qui estoient quatre
foisaussi forts, non seulement
de ne s'en estre pas.
rend us mai stres, mais encore
d'avoir perdu plus de deux
cens hommes, & de se voir
tellement ruinez, qu'ils n'ont
pû poursuivre des Ennemis
qui
qui leur estoientsi inférieurs,
& qui navoient presque eu
pour eux que leur courage,
& la resolution de se bien
défendre.Le Capitaine Julien
est un nouveau réuny, &
peut-estrequeles Ennemis qui
veulent soulevercontre le
Roy ceux qui se sont rendus
Catholiques, auroient connu,
s'ilsestoient entrez en France,
qu'ils se feroient trompez, 6C
que les nouveaux Convertis,
qu'ils croyoïent devoir prenlire
leur party ,
les auroient
batus
» comme le Ca pitaine
Julien a fait les deux Vaisseaux
Hollandois. 1
Je passe à une autreaction
aussi singuliere qu'elle est
gloricuse pour la France. Le
18. de ce mois, M le Marquis
de Seignelay. qui avoit 1
monté sur la Flote, esperant
voir une bataille navale
& que les Ennemis ne la
fuiroient pas comme ils ont
fait, impatient d'en apprcn-.j
dre des nouvelles,détacha,
Mr le Chevalier du Mené *
quicommandoit le Vaisseau,
nommé leMarquis, venu de:
Provence avec Mr le Chevalier
de Tourville, & monté:
de trois cens cinquante hommes,
& de cinquante - huit
pieces de Canon, pour aller
reconnoistre les FlotesAngloise
& Hollandoise qui étoient
à la hauteur des Sorlingues.
Les Ennemis qui apptehendoient
dlefirc surpris,
& qui ne craignoient rien
tant que le combat3 où ils
sçavoient que no£ Vaisseaux
avoient ordre de les engager,
détacherent un de leurs plus
gros Vaisseaux dont la baterie
baffe estoit de 18. livres
de bales, pour découvrir où
estoitnostre Flore afind'éviter
sa rencontre. M le Cheva
lier du Mené l'ayant apperceu?
appareilla aussi-cost,
& l'aborda à la portée du
mousquet. Il s'avançaensuite
jusqu'à demy portee, & l'approcha
enfinjusqu'à la portée
du pistolet, où il ne fut
pas plustoll qu'il luy lâcha
sa bordée. Elle eut tout le
succés que ce Chevalier en
pouvoit attendre. Le Vaifïeau
Anglois fut démasté &
desamparé
,
& il y eut ensuire
un grand feu de Mousqueterie
de part& d'autre. Le
Capitaine Anglois sc trouva
blessé à mort ?
& environ foixante
hommes furent tuez
sur son bord
,
& plus decent
mis hors de combat,de forte
que les François se rendirent
maistres de ce Vaisseau. ML
le Chevalier du Mené eut le
bras emporté d'un coup de
Canon, & sa blessure auroit
•
pû refroidirsonéquipage,si ce
brave Ca pitaine en cu.t1: paru
alarmé; mais il empêcha que
ce malheur ne ralentift l'ardeur
des Officiers &des Soldats
J
& commanda qu'on
agist de mesme que s'il n'avoit
point esléblessé. Le
Vaisseau Anglois fut pris, &:
on le remorqua pour l'amener,
Mr le Chevalier du Mené
mourut le lendemain, &Mr
le Chevalier de Combes, Capitaineen
seconddu mesme
Vaisseau, qui avoir agy fous
ses ordres depuis qu'il avoit
eu le bras emporté, en prit
le commandement en Chef.
Il conduisoit ce Vaisseau vers
nostre Flore, lors qu'il en
apperceut huit ou dixautres
de l'Escadre bleuë des Ennemis,
qui avançoient vers luy
d'une maniere à faire connoifire
qu'ils auroient voulu que
le ventleseust poussez avec
plus de rapidité esperant
s\ls l-abordoient,non seulement
empescher que leur;
Vaisseaune sust emmené,
mais encore avoir l'avantage
de se saisir du nostre
,
& de
le conduire à leur Flote. M*
deCombes jugeant qu'il leur
seroitaiséd'executer leur
dessein, parce qu'il ne pou
voit aller aussi viste qu'eux,
àcause du Vaisseau qu'il remarquoit,
fit passer sur son
bord prés de deux cens cinquante
Anglois,avec le Capitaine
qui estoit blessé à
mort, & ensuite fit fauter le
Vaisseau pris? par le feu qu'on
mit aux poudres. Ce fut
comme un coup de foudre
pour les Ennemis. L'étonnement
les artestadans le milieu
de leurcourse,& Mrde Com- ,
bes eut le temps de revenir
sans qu'ils l'osassent pourfuivre.
Il n'eut sur son bord que
douze hommes tuez, & quinze
mis hors de combat. Mr
, de Seignelay fit distribuer les
Prisonniers sur les Vaisseaux.
Le Lieutenant du Vaisseau
Anglois assura que les deux
Flores ennemies jointes ensemble
ne montoient qu'à
65. Vaisseaux de guerre.
Quoy que l' Article qui
fuit regarde l'Irlande, c'est
une action qui peutestre mise
au nombre de celles dont
je viens de vous parler, puis
qu'elle a esté faite par unFrançois
»Commandant trois des
Bastimens de SaMajesté. Lors
que le Roy d'Angleterre pafsa
en Irland e ,
le Roy luy
donna trois Fregates commandées
par Mr du Quesne
Monnier, Capitaine de Ma-*
rine., pour servir Sa Majestè
Britannique dans cette Mer,
découvrir les Bastimens Anglois
qui voudroient approcher
de tacotte de ce Royau
me,les prendre ou leur donner
la chasse suivant leur force
& leur nombre, & transporter
d'un Port à l'autre
d'Irland e les c hosesqu'on auroit
besoin d'y faire conduire,
pour gagner par ce moyen
la plus grande partie du
temps qu'il faut donner aux
Voitures qui se font par terre.
Ces Fregates partirent de
la Rade deCalifergus, qui est
au Nord d'Irlande, pour aller
à l'IsledeMole en Ecosse débarquer
des Troupes du Roy
d'Angleterre? & des Officiers
que ce Prince envoyoit pour
commander une partie de celles
que l'exemple des rebelles
n'a pû seduire,& qui exposent
genereusement leur vie eu
Ecosse pour le service de leur
Souverain. Les troisFregates
qui leur portoient ce se
cours , rencontrerent le 20.
de Juillet à huit heures du
matin, cinq Voiles fous le
Cap Contier, qui est une
terre d'Ecosse. Il y en avoit
trois assez prés de terre, &
qui en pouvoient estre environ
à deuxlieues au vent
des autres. Les Fregates de SaMajestésetrouvant
au
vent, arrivèrent dessus pour
les reconnoistre
?
& remarquèrent
quand elles en furent
plus proche, que les
deux premiers de ces Baftimens,
estoient deux Navires
de guerre Anglois,ayant chacun
une fiame au grand ma(t,
ce qui obligea M' du Quesne
de s'approcher du Commandant
; & comme un des
deux Navires renoit plus le
vent que l'autre) il détacha;
la Fregate laJolie, commandée
par un CapitaineAnglois
nomméNaigle
3
pour
Cattaquer
; & ayant resolu
d'aller avec la sienne attaquer
l'autre Navire, qui estoit celuy
du Commandant» il ordonna
à M Boothj au.
tre Capitaine Anglois, qui
commandoit la Fregate la
Tempeste
J
de se tenir en estat
de secourir cell des deux qui
en auroit le plus de besoin.
Il s'approcha du Navire Angloisàla
portée du pifilet)
& après luy avoir donné sa
bordée de Canon,& sa décharge
de Mousquet, il vint à l'abordage. Le combat dura
environ une demy-heure. Le
Capitaine du Navire nommé
Guillaume Ham, fut tué, &
après sa mort roue l'Equipage
demanda quartier. L'autre
Navire qui avoic esté preiré
de prés
1 voyant ce Vaisseau
rendu, suivit son exemple.1'
Ces deux Bastimens estoient
Ecossois & montez chacun
de cinquante pieces de Canon
j avec trois cens hommes
d'équipage. Ils avoient eu
ordre de croiser entre l'Irlande
ez l'Ecosse
,
afin de s'opposerau
secours que le Roy
d'Angleterre pourroit envoyer
au Vicomte deDundée.
Les trois autres eurent
le temps de s'éloigner pendant
le combat, & gagnerent
lacoste d"EcosseOÙ leurs
,
gens se sauverent. Cela n'empêcha
pas que l'on n'en prist
deux. L'un estoit chargé de
vivres pour Londonderry,&:
il y avoit un Milord dans
l'autre qui eut le bonheur
d'échaper. Du reste
, on y
? trouva peu de monde, àxcause
qu'on pretendoit le remplir
! de Protestans qui se devoient
| rendre surla coste. Les Fre-
¡ gates du Roy continuerent
leur route, & arriverent le
2.3. au lieu où elles devoient
débarquer les Troupes qu>|
elles portoient, ce qu'elles
executerent heureusement.
Ainsi ces trois Fregates eurent
l'avantage de prendre
quatre Navires, de donner la
chasse au cinquiéme , & d'executer
ce qu'elles avoient
entreprepris de faire
y
malgré
l'empêchement qu'y pouvoient
mettre cinq grands
Bastimens. Les mesmes Fregates
du Roy prirent au retour
un petit Bastiment monté
de huit pieces de Canon,
qui servoit à porter les Lettres
d'Angleterre à Londonderry.
L'on trouva dessus le
Fils d'un Echevin deDublin
chargé d'un paquet, qui contenoit
beaucoup de choses,
dont l'éclaircissement a esté
d'une grande utilité aux affaires
de Sa Majesté Britannique.
Elles prirentaussi quelques
autres Bastimens Anglois
outre ceux que je viens
de nommer, &mesme quelques
BastimensEspagnols ,si
bien que le tout ensem ble
forme une petiteFlote qui
en pourroir battre une plus
nombreuse.
Le mot de l'Enigme dix;,
dernier mois
,
qui estoit 14
Chaireàprescher,aesté trouvé
par MrsRoussel, Curé de
S. Estienne de Conches:Foucher,
Prestre habitué enl'EghTe
S. Thomas de S. Lo ::
Petit de Legueval
,
à l'Anagramme
, Amourdu siecle : Arnaud
,
Chirurgien de la ruë
du Four: Hongnant:Bataillot,
l'Avocat : Digeon
, voisin
de la Fontaine des Blancsmanteaux
:l'Abbé d'Epagny
de Langres: De Baye, Cadet
aux Gardes dans la Compagnie
de Fourille : J'ay Bien
deviné, de la ruë S. Denis:
le Voisin de la Veuve incomparable
du Château:le Pasteur
de la teste noire de la
ruë des Bourdonnois : le petit
Mouton:le Païsan de la Bastille
: l'Oedipe de la ruë
Bourgeoise
,
à S. Lo : Fulny
le beau Grandon : de Beaujour
J
Sr de Guilleranche, de
Mascon : le Solitaire de la
:.ruë aux Rats: le grand Def
vineur de S. Denisu: MesdemoisellesVoyant,
de la Porte
S. Victor: Janneton & Madelon
de Monfort l'Amaury:
la petite Lisette la Hollandosse
: Diane de la Forest
d'Alcleon:la Nimphe Louite
Lucie de Chatillon en Bazois
: l'agreable Brune EIeo:
nor,del'Hôtel deSoissons:
la Veuve enjoüée de la ruë
Xaintonge: la belle Marcourelle
de Perpignan: la Belle
à l'Anagramme,se changeray,
& son petit Berger de Villefranche
en Beaujolois : la
Belle soûpirante du Pont au
Change:son aimable Voisine
aiméede l'Amant inconnu,
& sa chere Compagne de
l'Image S. Georges: l'aimable
Manon la conquerante, de la ruë du Four :l'aimable
Madelon de la ruë Simon-lefranc
: l'aimable Recluse de
S. Clair
,
& sa charmante
Voisine du mesme lieu:l'incom
parable Spirituelle du
Cloistre S. Jacques de la Bou",
cherie, & la fiere Guespine
du quartier S. Leu.
Vous me manderez lapensée
de vos Amies sur l'Enigme
nouvelle que je vous5
envoye. ENIGME
JE fuis d'une, dr de deux coupleurs,
1 ,. • Mon habit de morceaux m'envelope.
lateste,
Bcaucoaç de gens qui me font
j¡)Îe
Tâchent en tne baisant d'assouvir
leurs ardeurs ;
Lun m'aime unfcul moment,l'autre
un jour, l'autre une heure.
Jïuand on me fait sortird'où je
fais ma demeure,
Tel se pl.t'jl d'arracher tous mes
habillemens.
La cruauté du sort me rend infortunée
y On me vient enlever dans mes retranchemens,
Et mes infidelles Amans
Ayantjouyde moypendant une
journée,
Me laissent tom ,
abandonnée.
Le second Air nouveau
eue j'ajoûte icy ,
est encore
del'illustreMrLambert. -
iOEle j'ay peine à quitter cet
jimable Bocage !
Un jjiïf, unseul moment en augmentel'ombrage
;
Maisje crains d'y revoir un Berger
trop charmant.
Fuyonssans tarderdavantage.
Peut-estrequ'un naissant amour * Me faitaimer ce beauséjour,
Plûtost que le naissant feüillage.
Vous souhaitez que je
vous apprenne les Modes
nouvelles; comme on ne
quittera le deüil à laCourque
le premier jour de Septembre.,
je ne puis vousen mander.
Le regne des rubans a recommence
depuis deux mois, &:
comme c'est à Versailles que
les premiers ont paru ,
chacun
s'est fait une loy d'en^
porter. Le luxe a presque toujours
fait inventer les Modes
; mais la charité a fait renaistrecelle-
cy. Les Ouvriers
avoient besoin que l'on en
reprist
, & le Roy qui avoit
abandonné cette mode longtemps
avant les autres,parce
qu'il ne gouste pas ce quiest
superflu,
- a bien voulu ent
porter le premier pour donner
l'exemple. La pluspart
des f1
des femmes ont d'abord mis
des échelles de ruban; mais
on commence à en voir
moins à la Cour. On y voit
beaucoup de certains Colliers
dont je vous parlay il y a
quelques années. Ils sont de
la façon des sieurs Berthon,
& Jacquin qui ont seuls le secret
d'imiter les perles fines;
de forte qu'au lieu de changer,
elles embellissentplus on
les porte. Je ne vous entretiens
jamais d'aucuns secrets,
j'y croy peu, & mes Lettres
en feroient toujours remplies,
(î je voulois en par ler. Cependant
il y a des Orfevres
bqeuaiusteé plaignent fort de la
de ces perles, & qui
asseurent qu'elles empêchent
le debit des véritables. Les
Marchands qui en vendent de
fausses, ayant eu l'adresse de
tirerdeceux qui ont trouvé le
secret deces belles perles, des
Colliers de leur façon pour
en debiter
, en ont fait refaire
de celles du Temple, dont
on ne porte plus depuis dix
ans, à cause qu'elles estoient
sujettes à fc gâter. Ils ont:
meslé dans chaque Collier14.
ou ij. grains des perles de la
nouvelle façon, & ontensuite
vendu ces Colliers, qu'ils
ont mesme portez en Ville,
les uns se disant Gendres de
Jacquin
,
& les autres Beauperes
de Berthon. Ainsi la
Ville s'est trouvée pleines de
gens qui les representoient
fous ces noms de Gendre &
de Beaupere. Ceux qui voudront
n'estre point trompez
s'adresseront à la ruë du Petit-
Lion où ils demeurent. On
peut aussi s'adresser à eux de
la Campagne ; il ne faut
qu'envoyer deux Loüis d'or
pour chaque Collier,& mander
si on veut que les perles
soient rondes ou baroques.
.,
Le Roy ayant remply la
veille & le jour de l'Assomption
, toutes les fonctions
dont il a coutume de s'acquitter
avec tant de pieté
dans les Festes solemnelles,
nomma à l'Abbaye de S. Pé,
Diocese de Tarbes, un Fils
de Mr Dallon, Premier President
au Parlement de Navarre.
Le Pere est un homme
d'un merite distingué.Il avoir
esté auparavant Avocat General
au Parlement de Bordeaux,
où il avoit paru avec
éclat) Il n'y eut que ce Benesice
donné ce jourlà,ne s'en
cftant point trouvé d'autres
vacans.
Tout le monde sçait la mort
du Pape. Elle arriva le 12. de
ce mois à quatre heures aprés
midy. Il s'appelloit Benoist
Odescalchi,&il choisit aprés
son élection le nom d'Innocent
XI.Il eftoirFils d'un
riche Banquier delaVille de
Come dans le Duché de Milan,
où plusieursGentilshommes
font la Banque, ainsi que
dans le reste de l'Italie. Le
sejour qu'il luy arriva de faire
à Bruxelles? fut cause qu'il
porta les armes en Flandre
pour les Espagnols
)
& en
combattant contre la France,
il receut un coup de Mousquet
à l'épaule droite, dont
il a esté incommodé toute
sa vie. Il disoit quelquefois
que c'estoitaux François qu'il
estoit redevable de l'incommodité
que cette blessure
luy causoit. Lors qu'il eut
quitté la profession des armes
qui ne luy plut pas, il fit un
voyage à ROine) où il connut
le Cardinal Pancirole, Secrétaire
d'Etat fous Innocent X.
qui luy conseilla de ne s'y pas
arrêter longtemps,ne croyant
point qu'il eustdessein de
s'avancer dans l'Eglise, parce
qu'il ne voyoit pas qu'il eust
pris ce party-là. Odefcalchi
luy témoigna qu'il avoit resolu
de s'attacher à la Cour
de Rome, ce qui embarassa
le Cardinal Pancirole, qui ne
croyoit pas que le métier
qu'il avoit fait, & celuy de
Voyageur qu'il faisoit, luy
eussent laissé beaucoup de
temps pour s'appliquer à l'Etude
; mais comme il y aune
autre voyc permise, & qui
avance beaucoup en peu de
temps, qui est celle des Charges,
ce Cardinalluy demanda
s'il avoit de l'argent pour
en acheter une.Odescalchiqui
avoit de grands biens,marqua
qu'ilestoit en estatde s'attacher
par ce moyen à la Cour
de Rome, & peu de temps aprés
il acheta une Charge de
Clerc de Chambre. Elle luy
donna entrée chez Dona Olimpia,
Belle soeur d'Innocent
X. quiestoit toute puissante
sur l'esprit de ce Pape.
Il s'attacha à luy faire sa Cour,
joignit beaucoup de complaisance
à ses assiduitez, &
accompagna de temps en
temps sa complaisance de
quelques presens, mais illes
fit avec beaucoup d'erprit,
Se d'adresse
,
n'en donnant
point, qu'il n'eust fait naistre
des occasions de les donner
agréablement, & mesme des
pretextes qui sembloient devoir
l'autoriser & luy oster
toute crainte des'exposer à la
honte du refus. Il en faisoit
aussi quelquefois sans se faire
connoistre
>
mais il y avoit
toujouts quelque circonstance
qui faisoit deviner à Dona
Olimpia qu'ils venoient de
deluy. Un jour qu'il avoit
esté voir des cabinets avec
elle, il s'en trouva un plus
beau que les autres qu'elle
marchanda; mais l'excés du
prix l'empefcha de l'acheter.
Odefcalchi ne témoigna
pas qu'ileutremarqué
la passion qu'elle avoit d'avoir
ce cabinet, & il la vie
plusieurs fois depuis ce jourlà
sans qu'on en parlast. C'étoit
une chose qui paroissoit
oubliée, lors qu'il l'envoya
payer par des Inconnus qui le
porterent chez Dona Olimpia,
sans vouloir dire de quelle
part ils venoient. Elle se
souvint qu'elle n'avoit esté
voir ce cabinet qu'avec Odescalchi
;qu'elle n'en avoit
parléàpersonne, & qu'ainsi
il n'y avoit queluy qui eust
pu luy faire ce present
, &
elle en fut d'autant plus persuadée
qu'elle avoit déja eu
des marques de sa maniere
d'agir envers elle. Loin d'en
estre querellé, il fut encore
vû de meilleur oell, & comme
il ne s'agissoit point de
galanterie, & que son but
estoit plus noble, toutes les
occasions qui broüillent or.
dinairement ceux qui vivent
sur ce pied-là, n'altererent
point leur union, qui se fortifia
de plus en plus. Les
jeu de la Prime estoit alors
à la mode, & Dona Olimpia
y joüoit souvent..
Odescalchi l'apprit pour Y'
joüer avec elle, & commes
il estimpossible qu'il n'arrives
des occasions de disputer
dans le jeu, il s'en rencon-
(sa, & il en fit mesme nai--
stre afin de pouvoir luy
marquer sa complaisance
) en
allant toûjoursau devant de:
ses souhaits
, & luy cedant
tout ce qu'elle témoignoit
vouloir emporter. Il pouffa
mesme plus loin son desinteressement,
& se laissa souvent
perdre.Les sommes n'estoient
pas grosses, mais plusieurs
deces sommesmises ensemble
, ne laissoient pas d'en
faire une fort considerable.
Cependant le temps approchoit
où Dona Olimpia
pouvoit luy rendre l'important
service qu'il en esperoit.
Comme il avoit de grands
biens, il afpiroit aux plus
hauts honneurs, & se trouvoit
en estat de les soûtenir,
ce qui eU un avantage tort
grand pour ceux qui font revestus
des premieres dignitez.
Dona Olimpia avoit tout le
credit necessaire
, & pouvoit
luy procurer ce qui luy manquoit.
Auni l'encens qu'il
luy donnoit,estoit-il de la
nature de celuy dont on se
sert pour se rendre la fortuneJ
favorable. Il n'épargnoit rien
dans l'esperance de retirer
davantage, semblable aux
plus avares Chimistes, à qui
les millionsnecoûtent rien,
parce qu'ilsseflâtent que
l'or qu'ilsferont les en re^
4 "i
compensera ; la difference
qu'il y avoit entre-eux &
Odescalchi, c'est qu'il estoit
presque seur qu'il ne semois
pas inutilement. Il se servit
de la conjoncture, & dans le
temps qu'on parloit de faire
des Cardinaux,s'étant rencontré
chezDonaOlimpia,
qui l'engagea à joüer à la
Prime, il trouva heureusement
l'occasion de mette le
comble à ses manieres honnestes
& genereuses. Le jeu
fut extremément gros ce jour
là, & contre son gré il luy
estoit toûjours favorable
, ce
qui luy causoit de l'embarras,
parce qu'il n'avoit pas envie
de gagner. Enfin lassé de la
fortune qui luy paroissoit
contraire, plus elle vouloit
le favoriser, & se voyant des
cartes qui alloient luy faire
gagner une somme si con siderable
,
qu'il estoit impossible
que de l'humeur donc
estoit Dona Olimpia, elle
n'en eust beaucoup de chagrin,
il fit en sorte, sans montrer
pourtant aucune affectation
, qu'un homme qui appartenoit
à cette Prince flè,
& qui estoit à costé de luy
,
remarqua son jeu. Aussi-tost
aprés
)
il broüilla les cartes,
;
& dit qu'il avoit perdu.
Cela fut rapporté à Dona
Olimpia,
.,
qui luy en feeue
si bon gré, qu'elle redoubla
en elle-mesme la forte resolution
qu'elleavoit déja prise
de le iervir auprés d'Innocent
X. Peu de temps aprés,
(c'estoit en 1645. ) ce Pape fit
voir aDona Olimpialaliste
de ceux qu'il avoit dessein
d'élever au Cardinalat, dans
la promotion qu'il alloit faire.
Elle n'y vit point Odcfcalchi
qu'elle luy avoit recommandé,
ce qui l'obligea
à rayer un de ceux qui esroient
sur cette liste, & à le
mettre en sa place. Ensuite
-
elle pria le Pape de l'y laisser,
& il y consentit d'autant plus
volontiers, qu'Odescalchi
menoit une vie sans reproches
,
& qu'il avoit beaucoup
de bien pour soutenir
cette dignité. Le Pape luy
donna un peu après l'Evesché
de Novare dans le Milanois.
Pendant tout le temps
qu'Odescalchi fut Cardinal,
il fit toujours voir beaucoup
de respect pour les Couronnes,
& fut d'avis que l'on
fatisfift le Roy sans delay,au
sujet de l'affaire qui arriva à
Mrde Crequi, en 1662. sous
le Pontificat d'Alexandre
VII. Avant que d'estreélu
Pape, il a toujours mené une
vie fort retirée, & ne s'est
appliqué uniquement qu'à ses
affaires, marquantbeaucoup
de desinteressement,&faisant
toujours de grandes aumônes.
Il joüissoit de trente mille écus
de rente,& son Frere, Pere
deDomLivio,en avoit autant.
Si tôt qu'il fut éluPape il donna
tout son bien à ceNeveu,
qui ayant herité de son Pere,
se trouva soixantemille écus
de rente au commencement
du Pontificat de son Oncle.
Odefcalchifut éleu le21.de
Septembre 1676. qui est le
jour de Saint Mathieu,Feste
des Banquiers,&on luy appliqua
ces paroles, Vidimus sedentem
in telonio. On mit par
son ordre un S. Mathieu à
la premiere Monnoyequifut
batuë apréssonélection. Il
estoit d'une fort grande taille,
& fort droite, & est mort
âgé environ de 79. ans,ayant
laissé à la Chambre Apostolique
cinq millions de livres,
& augmenté son revenu de
trois cens mille écus Romains,
& laissé de vacances
de Benefices pour plus de
cent mille écus de revenu.
Il n'a voulu voir personne en
mourant, & a refusélavisite
des Cardinaux, & mesme
celle du Cardinal Coloredo,
Pere de l'Oratoire, grand Penitencier,
qu'il estimoit fort.
On assure qu'il a témoigné
à sa mort qu'il cftoit faché
de n'avoir pas assisté le
Roy d'Angleterre, puis qu'il
cftoit en estat de le faire,
Quoy qu'il yeust neufplaces
de Cardinaux vacantes,
il n'a point voulu faire de
promotion. Celle du Cardinal
qui fera son Successeur
fera la dixième. , ÎÏL
Je viens à ce qui regarde
la Campagne des Imperiaux,
dont je vais vous faire le détail
eu peu de paroles,esperant
vous le faire mieux comprendre
, & que l'ordre &'
la netteté tiendront lieu dans
cette Relation d'un plus long
discours. Leur dessein estoit ,
de passer en France
,
& de
ne point faire de Siege d'a-
1
bord. Ils estoient persuadez
que les Anglois & les Hal.
landois feroient des descentes
en divers endroits de nos
Costes, quon se souleveroit
dans le coeur du Royaume
.,
& qu'ayant femé par tout
l'épouvante, pillé & brûlé ;
il leur feroit aisé d'attaquer
ensuite les Places frontieres,
qui se trouvant éloignées &
sans espoir de secours, parce
que tout le Royaume seroit
en proye à leurs armes ,
seroient
forcées de se rendre.
Ils avoient cru qu'ils passeroient
par la Suiffe, & le
Prince Charles de Lorraine
avoit esté reconnoistre le
passages, fous pretexte qu'i
devoit aller plus loin pou
quelque devotion. Vous ave:
sceu comment la prudenci
des Suisses a rompu leur
mesures. D'un autre costé l
Prince d'Orange, & les Hol
landois ne paroissoient guer
en estat de tenir la paroi
qu'on avoit donnée, ce qu
fit resoudre dans l'Assemblée
de Francfort d'assiege
Mayence. L'Electeur de c
nom l'avoitdemandé àl'Em
pereur, & à cette conditio
il avoit promis sa voix au
Roy de Hongrie, que Sa Majessé
Imperiale vouloit faire
élireRoy des Romains. La
Ville de Francfortpressoitde
son costé, & offroit des munitions
de guerre & de bouche.
Elle pretendoitestredélivrée
par la prise de cette
Place, des coursesde la garnison
de Mayence,& même des
contributions qu'elle seroit
obligée de payer l'hiver prochain.
L'Empereur, l'Electeur
de Mayence & la Ville de
Francfort avoient lieu de souhaiter
qu'on prist cette Place,
mais leurs rai sons ne faisoient
qu'on la pust prendre aisément
,ny mesme que l'on
en dust hazarder le Siege,
ôc celles du Prince Charles
qui s'y opposoit, estoient
meilleures. Il prévoyoit que
l'avantage qu'on retirerait de
la prise de cecrçPlaceronen
venoit à bout, ne recompenferoit
pas la perte des hommes
qu'elle cousteroit
:
Deplus,
comme le premier dessein
des Imperiaux avoitesté
de passer en France ,ils avoient
beaucoup plus de Cavalerie
que d'Infanterie
J parce
qu'elle leur estoit necec-
: saire pour faire les courses
qu'ils s'estoient proposées ;
t
cependant le Siege de Mayenj
ce fut resolu dans le Conseil
de guerre tenu à Francfort ;
mais on arresta en mesme
¡ tempsque pour couvrir ce
dessein on passeroit outre,
parce qu'en alarmant pluj
sieurs Places à la fois, les
j François pourroient en dé.
1 garnir quelques-unes, qu'on
| investiroitaussi tosts'il étoit
possible, pour tâcher à prositerde
l'occasion. On se flata
mesme qu'on feroit sortir
des Troupes de Mayence htost
que des contre-marches
auroient donné lieu de croire
à cette Ville-là qu'elle ne
seroit point assiegée. Elles
furent inutiles, & ne servirent
qu'à fatiguer leur Armée.
Les François ne sont
pas aujourd'huy aisez à furprendre.
Ainsi les Ennemis
aprés avoir marché quelque
temps,vinrent devant Mayence
qu'ils investirent le 17. de
Juillet. Ce Siege causa beau- o coup de joye à la Cour, &
en voicy laraison. Dés qu'on
eut sceu que presque tous les
Princes de l'Europe s'estoient
liguez contre la France, non
pas pour luy faire la guerreà
l'ordinaire, mais pour l'envahir,
la piller& la brûler, &engager
ses Peuples à s'égorger
les uns les autres, on resolut
de se rendre maistre dePhilisbourg,
pour avoir de nouvelles
entrées chez eux ,
&
les retenir par la crainte qu'on
n'y passast, s'ils s'avançoient
du cofté de France. On prit
aussi Mayence, dans la pensée
qu'ils ne manqueraient pas
de l'assieger,&qu'ils pourroient
la reprendre aprés
avoir perdu leur Armée, &
leur Campagne, & l'on
estoit fort content dela voir
en leur pouvoir à ces conditions,
parce que c'est une
Place que le Roy ne veut
pas garder, & qu'il ne peut
s'empêcher de rendre au premier
Traité de paix, mais il
voulut que sa resistance leur
faisânt perdre la Campagne,
donnast lieu de se préparer,
en forte que la France ne
pust rien apprehender pour
l'avenir. Elle est presentement
à couvert de surprise
& d'insulte, & il est absolument
impomble qu'ils la
puissent entamer par aucuri,
endroit; ainsi ils prendront
Mayence quand ils pourront;
la Place a rendu le service
que le Royen attendoit,
leur Armée a presque pery,
la Campagne est plus qu'à
moitiépallée, & pendant
qu'ils ont esté devant cette
Place,ils n'ont pas esté occupez
ailleurs. Vous jugez
bien par toutes ces choses,
que la France n'aura rien
perd u en la perdant, maissi
les Allemans ne la prennent
pas, ils doivent
-
desespeter
d'emporter jamais aucune de
nos Places, puis que la moindre
de celles du Roy, est
beaucoup plusreguliere &
plus forte que Mayence. Je
devrois vous donner icy un
Journal de ceSiège, mais il
est impossible d'en pouvoir
faire un juste, comme si nous
estionsAssiegeans. On ne
sçauroit rien apprendre que
par les Deserteurs qui quittent
le Camp des Ennemis,
& par les Espions que nous
y envoyons; mais les rapport
des uns & des autres font peu
justes. Les Ennemis ne nous
font point sçavoir leurs per<
tes, & ceux dela Ville ne
peuvent que de temps en
temps & tres-difficilement,
nous mander leurs avantages.
Ainsi il faut attendre la
fin du Siege pour sçavoir la
vérité de tout ce qui s'y fera
passé. Si on en croit les nouvelles
duCamp des Ennemis,
on ne fait point de sorties
que l'on ne soitrepousse. Ils
ont raison de le dire, si les
retraites peuvent estre appellées
fuites, il faut necessairement
que les Assiegez fuyent
toujours ,& on ne fait point
de sortie qu'on ne se prepare
a rentrer. C'est unenecessité
que chacun retourne au lieu
d'où il est party,& si les
Assiegez ne rentroient pas
dans la Ville, ce seroit une
marque de leur défaite.Ce
qu'il y a de constant, c'est
que les Ennemis n'ont
encore attaqué aucuus dehors,
tant Mr le Marquis
:¿'uxelles y a mis bonordre.
Il s'est vu dans une méchante
Place, mais avec un grand
nombre de bonnes Troupes;
il n'a pas voulu s'y laisser enfermer.
parce que ce grand
nombre de braves gens est
inutile, quand oncommence
à estre ferré. Il a fait tous les
jours des sorties,&quelquefois
plusieurs en un jour, &
il se trouve que par differens
combats de cette nature, il a
tellement affoibly une grosse
Armée, qu'elle pourra estre
contrainte de lever le Siège.
Elleest fort affoiblie, & outre
l'Infanterie dont ils manquent
,ayant presque perdu
toute celle qu'ilsont amenée
à ce Siège, qu'il faut menacer
& battre pour la faire aller
àla tranchée, ils ont eu plus
(
Hannover
,
& deux de ses
Gentilshommes. Le Grand
Maistre de l'OrdreTeutoniquea
receuune contusionau
costé d'un boulet de Fauconneau,
qui avoit perdu toute
sa force en perçant des fascines.
Le Prince Eugene de Sao
voye a aussi esté dangereusement
blessé
>
& le Prince de
Waldensblesle à mort. Je ne
parle point des simples Capitaines
& des Officiers Subalternes
,il me faudroit trop de
place pour cela. Toutes les petites
VillesduRingau sont
remplies de Malades ,&c de
Blessez. Ils fonr assez mal soignez
, & peu de ceux qui
ont receu quelque blessure à
ce Siegeenréchapent, parce
que les Ennemis n'ont point
d'Hôpital. On ne peut rien
ajoûtcr au courage que font
paroi stre les Assiegez.Toutes
les autres Troupes voudroient
estre à leur place, &!
les Officiers le souhaitent
encore plusardemment. Mrsl
deBarbesieres & de Losieres
ont elle assez heureux pour
trouver moyen d'entrer dans
Mayence.Ils se meflerent parmy
lesTroupesdelaGardede
la Tranchée, & le Prince
Charles estant allé la visiter
ce jour-là
, apperceut deux
hommes qui n'avoient pas
l'air Allemand, & qui luy
estoient inconnus. Il commanda
qu'on allast voir qui
ils estoient. Unboulet de
Canon de la Ville donna en
mesme temps à leurs pieds,
& la terre qu'il fit élever les
ayant cachez, ils gignerent
la Ville à toute bride. Les
dernieres nouvelles qui en
font venuës marquoient que
les Moutons paissoient encore
fort tranquillement dans
les Fossez. Les Ennemis apprehendant
d'attaquer la Place
, & craignant les Mines
& les coups de main, travaillent
sous terre, & disent
que par ce moyen ils s'ouvriront
un chemin jusqu'au
milieu de la Ville. C'est ce
que les Turcs vouloient faire
à Vienne;mais cela ne leur
réussir pas, quoy qu'i ls soient
plus habiles qu'eux dans ces
fortes de travaux. Comme
le Canon de la Place tire sans
ceÍfe, l'ébranlement qu'il
cause à la terre fait presque
tous les jours éboulerune
parne de leur travail, ce qUit
a déja causé la mort de plufleurs
de leurs Travailleurs.,
D'ailleurs les Bombes de la-
Ville ont ruiné la plus grande
partie de la Batterie Imperiale
; de sorte que pour s'enmettre
à couvert, les Ennemis
prétendent l'enfermer
dans un Bastiment de pierre
sur le haut duquel il y aura
des trous, & des pentes, ce
qui fera que les Bombes sero
nt necessitées d'y entrer,&':
de là dans des Puits qu'on:
doit creuser au dessous. On
est bien embarrassé, quand it
faut avoir recours à tant
d'artifices. Le succés en est
souvent incertain, & l'on
est obligé de lever le Siege
avant que les experiences en
soient faires. Les Fourageurs
des Ennemis sont fort incommodez
par la Garnison. du.
Château d'Ebeisbourg, que
ommande Mr de la Bretêche.
C'est un homme d'une
vigilance, & d'une activitéincroyable,
&qui sçait parfaitement
bien joindre les
rusesde Guerre à lavaleur &.
à l'intrépidité. Les Ennemis,
n'ofcnc qu'à peine de cccosté-
là aller au fourage - à
une heure de leur Camp, &
il fait les siens plus proche du
leur que les Allemands du
sien. Cela doit paroistre incroyable
à ceux qui ne connoistront
pas ce hardy Commandant.
Les Ennemis avant
que d'investir Mayence, avoient
assiegé ce Château qui
n'est qu'à quelques lieues de
leur Camp. Sa longue resistance
les impatienta; ils l'abandonnerent,
& s'en repen..
tent presentement.
Les Fourageursdes Ennemis
ne sont pas seulement inquietez
par les Troupes de Mf
de la Bretêche ; mais par celles
de Mrde Montal qui leur
coupent les fourages en deux,
endroits, ce qui les incommode
beaucoup. Les dernieres
nouvelles de ce Camp portent
qu'une Garde de Mr de
Baviere avoit resolu de se jetter
dans Mayence
, que deux
hommes feulement y estoient
passez, que les autres avoient
cfté arrestez, & qu'on en avoit
executée quel ques-uns.
Je vous envoye le plan de
cette Place. On m'asscure que
lesattaques sont depuis A
jusqu'a B, & depuis C jusqu'à
D, parce que celle qui
est du costé de la Citadelle est
vûë à revers, de l'autre coté
du Rhin, & que l'autre
n'ayant qu'un petit front,les
Assiegeans ont moins de fea
à essuyer. Les deux attaques
que je vous marque peuvent
en avoir fait quatre au commencement
du Siege, parce
qu'on se joint en approchant
d'une Place, & qu'alors
deux attaques n'en font plus
qu'une. Je viens d'apprendre
que les Ennemis ont esté
jusqu'à l'angle de la Contreéscarpe,
& qu'ils en ont esté
chassez..
Je passeà ce qu'afait Mr de
Duras depuis que les Ennc",
mis ont commencé le Siège
de Mayence. Comme on ne
doutoit point à la Cour qu'ils
ne rentteprissent, on y avoit
arresté que s'ils le faisoient,
Mr deDuras passeroitle Rhin.
Tous les ordres furent donnez
pour cela
,
& les Corps
choisis dont il devoit avoir le
commandement; mais cette
course ne se devoit faire,
qu'en casque les Ennemis eussent
assezpeu de prévoyance,
pous laisser sans une Armée
considerable un Païs où nous
pouvions entrer pendant qu'-
ils feroient attachez au Siege
de Mayence, & où nous ne
devions pas manquer daller,
puis- que toutes les regles de
la Guerre le vouloient; outre
que l'on n'avoit resolu. de
faire chez eux que ce qu'ils
avoient dessein de faire en-. France, quoy que ce ne foit
pointce qui nous y a portez,
mais parce qu'il auroit fallu
entendre peule mestier de la
Guerre pour ne. le pas faire..
Rien ne pouvoit ellre plus
avantageux ,
puis qu'on remlio
portoit par-là trois avantages
tres-considerables. On estoit
asseuré en y allant de faire
beaucoup de prisonniers, d'oster
desretraitesauxEnnemis
en ruinant plusîeurs Places,
& de les laisser sans moyens
de subsisterensesafissantde
leurs Magazins, ce qui les
mettoit dans de fâcheux em.
barras à l'égard de leurs quartiers
d'hiver. Comme ODlnc
pouvoit en prendre de ces
costezlà» il falloitqu'ilss'éloignassent
de nous, joint
qu'ils devoient estre beaucoup
coup affoiblis par les prisonniers
que l'on ne pouvoit
manquer de faire sur eux.
Voyons de quelle manière
les choses se sont passées.
-
MleMaréchal Duc deDuras
partie de son Camp fous
Neusdat le 2.dece mois,
&allacamper àla petiteHollande
sur le bord du Rhin,
où il fut joint par onze Bataillons
de Landau. L'Artillerie
estantarrivée le lendemain
à son Camp
,
ainsi que
76. Escadrons, tant de Gendarmerie
que Cavalerie, &
six autres de Dragons, il passa
le Rhin au Fort de Philisbourg.
Une partie défila le
long desFortifications dela
Place,& l'autre par la Ville,
d'où il sortit encore cinq
Bataillons quijoignirentl'Armée
Elle alla camper à deux
lieuës de là, & l'on s'avança
prés d'Heidelberg, d'où l'on
tira quelques coups de Fauconneau.
Ils tuerent un Cavalier,&
MrValieres, Lieutenant
Colonel du Regiment
de Piemond ,
fut blessé d'un
coup de Mousquet à l'épaule.
Cet Officier est tres- brave &:
fort estimé. On commanda
Mrle Comte de Hautefeüille
pour prendre une Redoute.
Il l'attaqua& s'en rendit
maistre avec beaucoup de valeur
; mais estant fortyle
foir pour se promener autour
de cette Redoute) quelques
Fuseliers qui estoientcouchez
sur leventre se leverent,
& firent une décharge,dont
il futblesséà mort. Mrde
Duras sçachant qu'il y avoit
deux mille Schenapans dans
la Place,& qu'il y estoit entré
des Troupes par derrierê
les Montagnes,ne jugea pas
à propos de s'y arrester. La
prise luy en estoit peu importante
,
puis qu'il n'avoit
ordre de garder aucune des
Places qu'il devoit ruiner
dans sa courre, & qu'Heidelberg
l'avait esté déja
en partie lors que nous l'avions
abandonné. On dit
mesme que Mr de Duras ne
s'estoit arresté devant cette
Place, que pour faire croire àun Corps de six mille
hommes qu'il vouloit surprendre,
& qui n'estoit pas
loin de là
1
qu'il y demeureroit
*
plus long-temps ; mais
comme l'usage est de brûler
le Camp qu'on quitte, les
Soldats qui le doutoient
qu'on alloit chercher les Ennemis
, & qui brûloient
d'envie de les attaquer ,
mirent
troptost le feu au Camp;
& la fumée leur ayant fait
connoistre le dessein qu'on
avoit pris,ilsse retirerenc
dans le mesme temps. On
marcha sans bagage & ala
vec une grande vitesse, afin
de pouvoir les joindre plûtost
, les Officiers Generaux
marquant en cette rencontre
la joye qu'ils avoient d'aller
combattre. M Mafel & Mr
de Janson qui avoient esté
détachez avec 500; Chevaux
pour brûler Scintsheim
, &,
sçavoir des nouvelles des En.
nemisyayant appris qu'ils a- • voient décampé & passé le
Nekre,Mrde Janson en vint
donner avis à - Mrde Duras
un quart delieue au-delà de
Vissoc ,demaniéré que l'Armée
retourna sur ses pas, &
"vine camper à Vissoc qu'on
brûla, parce que c'estoit un:
lieu fermé, qu'il yavoit un
Magazinde fourages,& que
ce poste pouvoit estre utile
aux Ennemis. Onallaensuite
à Bruchfal ,& en y allant
on força un Châreau dans
lequel il y avoir 60 hommes
qu'on fit prisonniers ck
guerre. On fit sauter leChâteau.
Quantà Bruchsal
,
il se
rend it à discretion, & on y
fit plus de mille prisonniers,
tant Cavalerie qu'Infanterie.
Le rr. de ce mois Mr le
Comte de Choiseul
, Lieutenant
General,& Mr le Comte
de Tallard furent détachez
le premier avec trois mille
Chevaux, quatre mille hommes
d'Infanterie & deux pieces
de Canon pour aller à
Bretten) qui se rendit le lendemain
ainsi que le Chateau
de Stassurt
,
& l'autre pour
aller à Gochsheim qui se rendit
lemesme jour; On y mit
le feu. Quelques partis ce
nemis se trouvant sur leur
passàge,furent chargez avec
beaucoup de vigueur,& M.1
de Balliniere avec 50 Maistres
du premier détachement,
pouffa rrois Escadrons,& emmena
quelques prisonniers.
On en fit prés de huit cens
dans les trois endroits que je
viens de vous nommer. Le.
13.. on campa à Wingarten.»
d'où l'on envoya investir
Dourlach. Il se rendit aussi
(oft.!. quoy, qu'il y eustplus,
de quatre cens hommes de
pied, cinquante Maistres, &
huit pieces deCanon de sonte
avec des munitions. Le 14.
on arriva à Dourlach
»
& ce
mesmejour Mr le Marquis
de Lanion fut détaché pour
aller investirEtlingen
,
dont
la Bourgeoisie. luy ouvrit
d'abord les portes., la Garni
son en estantsortie,& Mr
de Nabonne alla du costé
de Pfortzheim avec environ
150. Maistres. Il entra dans la
Ville où il ne trouva que
quelquesPaïsans, & y mit k feu, Les Habitans s'étaient
retirez,ainsi que la Garnison;
qui l'avoir abandonnée. On
séjourna le 15. à Dourlac,&
le lendemain on marc ha à
Etlingenwerper. On fccut
que les Ennemis avoient retiré
leurs Troupes de tous
les quartiers jusqu'a Offembourg,
& qu'ils avoientmesme
adandonnéStolhoffen
où ilsavoient fait des travaux
fortconsiderables> qu'on fit.
combler par trois mille Païsans
que l'on avoit fait venir
d'Alsace. On y fit demeurer - deux Baraillons
,
jusqu'à ce
queles travaux. fussent tellement
ruinez qu'on n'y pult
rien rétablir. Cette Place
estoit tres- bien fortifiée,. &
d'une fort grande utilité aux
Ennemis à cause de sa situation.
Monsieur de Duras
a presque toujours elle
à cheval pendant toutes ces
courses , & a plus fatigué
qu'aucun de l' Armée, n'ayant
pas souventle temps de manger.
M, le Prince de Conty
l'a toûjours suivy avec une
ardeur digne de son sang.
M le Duc de Vandosme, &
Mr le Grand Prieur ont témoigné
le mesmeempressement
de se signaler
,
& ont;
essuyé les mesmes fatiguer.,
Elles ont esté grandes, puis
qu'en quinze jours on a fait
toutes les expéditions que
vous venez de lire, & ruiné
tout ce qui s'esttrouvédans
quarante lieuës de Païs, en
quelque endroit qu'il fust
situé. Il n'y a personne qui
ne convienne, que le dommagequ'en
souffrent lesEnne.
mis, est beaucoup plus considerable
pour eux, que la
perte de Mayence ne pourra
estre pour nous. Il falloitou
qu'ilsn'assiegeassent point
cette Place-là, ou qu'ils eussent
un gros Corps dans le
Païs que nous,avons ruiné.,
& n'yen ayant point,ilsdevoient,
pour ne pas faire une
seconde faute,avoir donné
ordre à leurs Troupes d'abandonner
d'abord les Places
qu'elles ne pouvoient
défendre, comme ont fait
les garnirons des dernieres
Places dont ons'est saisy.On
demandoit aux Troupes qu'-
on faisoirPrisonnieres de
guerre,pourquoyelles nes'étoient
pas retirées
,
puis qu'elles ne
pouvoientse dispenser cfeftre
prises, Ôc ellesrepondoient;
qu'elles avoient ordre de garder
lesmagasins ; mais comme il
leur estoit impossible de le
faire, c'estoit vouloir perdre
les hommes, outre les magazins,
puisqu'ils ne pouvoient
éviter d'estre pris. Enfin on
ne sçauroit concevoir comment
les ennemis ont cru que
huit mille hommes dispersez
pourroient tenir contre une
grosseArmée,&fort aguerrie. Ilsemble qu'on ait pris plaisir
à vouloir enrichir nos
Troupes, & à nous faire faire
des Prisonniers ; cependanr
comme l'on doit avoir
des raisons,bonnes ou mauvasses,
pour toutce qu'on fait,
on dit qu'onnavoit pasmieux
garny le Pays que nous avons
ruiné,parce qu'on avoit creu que
le Siege de Mayence dureroit si
peu, que nos Troupes n'auroient
pas assez, de temps pourpasserle
Rhin avant la prise de cette place
li ou que si elles s'assembloient.
ce feroit ppur en venir tenterle
secours. On dit aussi, que les
Princes à quices Troupes appartenoient,
les avoient laissées dans
les postes que nous avons pris..
raftn. quelles fassentsaisiesparavancedes
quartiers d'hyverparce
qu'ils causent tous les hivers
de grands démélez parmy
les Allemans.
Quantàce qui regarde la
Flandré, les ennemis y font
venus si tard
,
qu'ils nous ont
laissé long-temps maistres de
la Campagne;les Troupes du
Roy y ont paru de bonne
heure,ce qui luy a procuré
diversavantages,l'un est que
les Troupes ont moins de
paye lors qu'elles sont en
campagne , & qu'elles peuvent
faire payer de grandes
contributions quand elles y
font feules. Enfin quoy que
les Espagnols n'ayent point
encore perdu de Places, cette
Campagne ne laisse pas de
leur couter cher, puis que Ici
François
,
les Espagnols, les
Anglois,lesHollandois,& generalement
toutes les Troupes
des deux Armées, ont vécu
aux dépens de la Flandre.
On y a vû beaucoup d'actions,
qui, quoy que petites, parce--
quelles n'estoient faites que
par des Partis, n'ont pas laissé
d'estre grandes;à l'égarddu
courage. Celle de Mr le
ChevaherduRosel est digne
d'estre remarquée. Sapreselnce
d'esprit & son intrépidité
ont esté causequ'avec soixante
Maistres il en a fait fuir
trois cens. Il fit cacher à
l'entrée d'un bois où il se
trouva, une partie de ses,
Troupes, avec ordre de battre
à la Dragonne quand les
Ennemis approcheroient ; il
fitface à l'entrée du bois
avec lereste de ses gens Sa
bonne contenance étonna les
Ennemis;mais ils furent encore
plus surpris quand ils
entendirent battre dans le
bois la marche des Dragons ,.q'!!.' .app!!t UI1?
grande face d'un plus grand
Corps , & prirent la fuite.
jeunesse fit voir beaucoup
d'intrepidité. Il parutensuite
fort humain,& secourut luymesme
ce Commandant qui
sévanoüit. Mrle Marquis de
Nogaret fut blessé en cette
occasion,& MrleComte de
Guiche eut un cheval de tué
fous luy. Mrle Marquis de
Saint-Gelais ayant cftC; jusqu -
aux portes de Bruxelles,y pilla
un Fauxbourg, le brûla enfuite,&
obligea Les Espagnol à
payer contribution pour les
Faux bourgs de la mefmc
Ville. Il ramena dix Gardes
du Gouverneur des Pays- bas,
.&. il y en eut trente ou quarante
de blessez.MrdeChoiseul
alla avec des Troupes
pour soutenir ce détachement,
& Mrle Duc du Mai;.
ne qui s'empresse pour avoir
part àtoutes les actions d'éclat,
voulut estre de la partie.
Mrle Chevalier de Nesle, &
divers autres ont esté en party
, & tous en fontrevenus
avecquelquesprisonniers. Les
Ennemis ayant paffé la
Sambre à Fontaine Levet
que,Mr de Humieres la passa
aussi-tost pour aller à eux.
Il visita d'abord tous les
lieux par eu les
,
Ennemi
pouvoient avancer. Il sir des
détachemenspour occuper
tous les passages, mit des
troupes dans tous les Chafléaux,&
laissa M1 d'Aubrecamp
, Lieutenant Colonel
du Regiment de GrederSuifse,
dans Toüen , avec deux
mille hommes Les Avantgardes
estant alors à la portée
du pistolet, Mr le Maréchal
de Humieres visita tous les
portes
?
& trouva àson retour
a un Chasteau nommé Fontiane,
un magnifique dîner,
que Mr le Duc dtt Maine
avoit fait préparer,& auquel
ce Prince avoit invitépresque
tous les Officiers de l'Armée.
Il y avoit vingt tables
dans un bois. Il envoya aux
Officiers des Gardes
,
des
Gendarmes, & des Chevauxlegers,
qui ne s'y pûrent trouver
despastez, des jambons,.
des langues, & du vin. Ce
repas estoit pour marquer la
joye quece Prince avoit de se
voir sur le point decombattre
dans une Bataille rangée.
On monta ensuite à cheval
pour observerles Ennemis
qui ayant fait mine les premiers
de vouloir combattre
se refroidirent peu à peu, &
seretirerent. MrleMaréchal
l
de Humieres ayant sceu qu'ils;
,,,1 avoient quitte leur Camp,alla
prendre le sien à la Bussiere,..
:;
de sorte que les deux Armées
n'estoient qu'à deux lieuës
l'une de l'autre. Le 23. tout
se passa en legeres e[carnlou--
ches,& le lendemain 14. sur
les quatre heures du foir
y ce
Maréchal ayant receu ordre
de la Cour de chercher les
Ennemis; qui s'estoient éloignez
de quatre lieuës, pour
aller camper proche Valcourt,
à deux lieuës & demie
--,..- .- de
de Philippeville, quitta son
Camp de Bussiere le 2j. à
cinq heures du matin. Mrs
de Tilladet& de Maurevertmarchoient
à l'Avant-garde,
composée des Regimens de
Bezons, Villepion&Massor.
En arrivant à Bossu, qui estoit
le lieu choisy pourle nouveau
Camp, on découvrit dans la
plaine assez prés de ce Village
une Troupe d'Ennemis
qui fourageoient. Ils estoient
au nombre de cinqcens Chevaux.
Sitost qu'ils virent venir
nostre avantgarde ils se
retirerent dans un endroité-
..i
levé, qui avoit fort peu de
Fronc. Mr. le Duc de Choiseüil,
Lieutenant général de
jour, les fit charger,& ils furent
renversezmalgré l'avantage
du lieu & du nombre.
On en tua quarante ou cinquante
, on prit autant de
Chevaux, & on mit leur garde
en fuite. Cet avantage fut
cause quel'on voulut les
pousser plus loin. On ne pouvoit
executer ce dessein qu'en
passant par un fort grand défilé,
que gardoient cinq Maisons
entourées de charbon,
qui leur servoit de retranchement,
& un petit ruisseau qui
passoitau pied.Toutescesdisficultez
n'empêcherent point
qu'onn'allast les attaquer.
Cela fut emporté par le Régiment
étranger de Pompone,
& par le Regiment de Cavalerie
deVillepion,à la tese
duquel Mr du Mets se trouva.
Il n'en cousta que dix
ou douze Cavaliers, & les
Ennemis? quine purent toûtenir
La vigueur avec laquelle
les nostres vinrent sur
eux, perdirent beaucoup de
monde, sans quarante ou
cinquante prisonniers qu'on
sir, Ils fc sauverent par derriere
une hauteur dans un fond
où estoientquelques Maisons,
&comme ilsy furent encore
forcez par le Regiment de
Dragons Dauphins, ils gagnerent
une autre hauteur, & de
là une plaine, qui aboutissoit
à deux chemins creux allant
vers leur Camp,&àdes hayes
ducôté de la petite Villede
Valcourt
,
oùils avoient mis
un grand nombre d'Infanterie,
ce qui favorisa leur retraite.
On les poursuivit pendant
cinq heures lépée à la
main, leur tuant toûjours
beaucoup de monde,& raifant
des Prisonniers, &cl'oti
s'arresta dans cette plaine,
parce qu'il n'y avoit encore
que l'avantgarde de nostre
Armée qui fust arrivée. La
Maison duRoy ayant Íllivy,s'y
mit en bataille avec quatre ou
cinq Regimens deCavalerie,à
mesure qu'ilsl'eurentgagnée
On posta trois Regimens de
Dragons derriere des hayes à
l'extremité de cette Plaine du
costé du Camp des Ennemis,
qui en paroissoit alors éloigné
d'une petite demy-lieuë. On
fit venir aussi un Bataillon
Suisse qui borda les hayes qui
regardent Valcourt, & qui
descendent sur la gauche le
long d'un chemin creux qui
entoure environ la troisiéme
partie de cette petite Ville.
Elle est environnée de muraillesqui
sonthors;d'insulte,
& situéesur une hauteur ailex
escarpée d'un costé, de l'autre
c'ctf un terrain plein. Mr
le Maréchal de Humieres en
ayant resolu l'attaque, on fit
avancer le Regiment des GardesFrançoises
,&c ceux de
Chanipagne,de Greder Suisse,
& de Greder Allemand. Elle
se fit par détachemens M1
le Comte de Soissons.comme
Brigadier de jour, eut ordre
de la commencer à lateste
des Grenadiers de Soissons &
deGuiche. Onmitdeux pieces
de Canon de huit & douze
livres de balle à l'entrée
de Valcourt entre deux maisons,
& l'on en posta deux
autres sur une petite hauteur
d'où l'on canonna quelques
Escadrons des Ennemis qui
se retirerent à l'instant. Ils
pointerent aussi deux pieces
contre les deux nostres
) &
firentnt trois décharges de cha..-
teste duRegimentde Champagne
& deGreder. On fie
encore un Troisiéme détachement,
& nos Troupes animées
par l'interpidité de leurs
Commandans sirent des esforts
extraordinaires
,
mais
l'Armée des Ennemis estant
campée derriere Valcourt,ils
pouvoient facilement y jetter
du monde selon le besoin
qu'ils en avoient. C'estoit
encore pour eux un grand avantage
d'avoir dix ou douze
pieces de Canon postées sur
une hauteur entre deux bois
àJa droite où estoitleur Ca<
valerie,& d'où ils faisoient
un feu continuel. D'ailleurs,
comme il n'y avoit point de
bréche, & que la muraille est
fort escarpée
,
ils tiroient incessamment
de haut en bas à
travers les creneaux & divers
trous qu'ils avoient percez
dans cette muraille. Cependant
leur plus grande
force consistoit en un petit
Chasteau dans le fond sur la
gauche. On fit approcher
l'Infanterie pour l'investir,
sçavoir quatre Bataillons du
Regimeut des Gardes Françoises,&
deux des Gardes
Suisses, & un du Regiment
de Champagne,qu'on distribua
en trois attaques. Il fallut
pour insulter de plus prés le
Chasteau
,
passer deux Ruisseaux
l'un aprés l'autre, ce
qui fut fait avec beaucoup de
valeur, l'Infanterie ayant l'eau
jusque pardessus la ceinture,
& essuyant un grand feu que
faisoient les Ennemis ,[ur lesquels
ils tirerent à leur tour,
dés qu'ils en furent sortis.
Qnoy qu'ils fussent dans un
lieu extrêmement ferré, enfoncé
& desavantageux,ils
firentpendant plus d'une
heure&denÜeftout ce qu'on
pouvoir attendre de gensque
l'ardeurde vaincre rendoit in-<
-
capables de voir le peril. On
mit le feu à la porte, & l'on i
peut dire que dans cette oc-"
casion nos Soldats combatirent
en lions,, en forte qu'on
eut de la peine à les retenir;
maisenfin lesennemisayant
cinq bataillons en ce lieu-là,
dont les murailles, comme
je l'ay déja dit, estoient sans
aucunebreche,il fallut songer
à se retirer, & l'on s'y vit
d'autant plus obligé, que par
une gorge couverte derriere.
Valcourt, il venoit encore
deux gros Bataillons Hollanlois
de renfort, & que surla
gauche de cettegorge les Ennemis
avoient posté six pieces
de Canon de dix huit livres
de balle ,qui commençoient
à faire un grand feu
ur nostre Infanterie.Onconidera
encore que vers le Chaleau
où ilsestoientle mieux
retranchez,& d'où ils tiroienc
e plus, lechemin estoittrop
enfoncé pour y monter du
Canon. Ainsi Mr le Maréchal
de Hun:Ü;rlli qui fut present
à toute cetce action & toûjours
exposé au grand feu,1
ayant remarquél'avantage du
poste des Ennemis, la facilité
qu'ils avoient de secourir
ceux qui l'occupoient, & la
peine qu'il y auroit à le garder
aprés l'avoir pris, à cause
de cette hauteut où ils avoient
posté leur Canon, fit battre
la retraite, & fc retira avec
l'Infanterie en fort bon ordre.
par le chemin creux à la droite,
on tira six volées de Canon
sur sa Troupe,&unmesms
boulet emporta Mr de
Saint Gelais) Maréchal de
Camp,qui ne faisoit que de
le joindre&Mr deMets-Tiercelin
le jeune,Commissaire
d'Artillerie,Neveu deMrdu
Mets. Mr de Boiscanteau, Escuyer
de Mrle Comte de Soissons
,
fut tué auprés de luy.
M1le Prince Philipe sonfrere,
qui n'enestoit qu'à six pas,
comme volontaire, s'est trouvé
depuis l'ouverture de la
Campagne dant, toutes les occasions
ou il a fallu combatre.
Mrdu MetsaeudeuxChevaux
tuez sous luy, & ion justeaucorps
percé en plusieurs
endroits. Dés le foir mesme
les Ennemis brulerent Valcourt.
Quoy que cette occasion
nous ait cousté du monde
, & des Officiers considerables
,
leur perte a esté
encore plus grande. La pluspart
de ceux qu'ils avoient
fait poster dans des hayes
ont estétuez, ainsi que leur
Major General, qu'ils regretent
fort. L'épouvante qui eftoitparmy
eux, & la manière
dontils se retiroient, avoient
donné lieu de croire qu'ils ne
s'arresteroient pas derriere-
Valcourt, & comme ils pouvoientpasser
outre sans y
jetter de monde, les regles
de la guerre demandoient
qu'onattaquast cette Place,
parce qu'en la prenant on
les eust défaits entierement.
D'ailleurs onavoitassuré Mc
de Humieres qu'il y avoit
deuxbréches, & dans l'ardeur
où estoit l'Armée, il
n'y avoitpas d'apparencede
la faire retirer sans tenter da:*<
vantage.On ne le pouvoit
sans s..po[er à estre blâmt,
& à faire dire qu'on auroit
manquéà gagner une Bataille.
C'est mc sme le trop de
valeur qui a causé une partie
dela perte qu'onafaite, car
on eut beaucoup de peine à
faire retirer ceux quatta.
quoient Valcourt, & ils n'obeirent
que longtemps a prés
qu'on eut battu la retraite.
Enfin nos Troupes se font,
couvertes de gloire, & les
Ennemis voyant que le péril
n'en faisoit reculer aucun,
ont admiré leur intrépidité;
& c'est ce qui les a obligez à
le retirer, de crainte d'estre
forcez d'en venir aux mains.
Ainsi hors la perte de ceux
qui ont esté tuez, cette
actionne porte aucun préjudice
aux affaires du Roy.
Il n'a rien perdu, & ses Ennemis
fuyent. Aprés cela, je
croy ne vous devoir point
cacher les noms des Motts
&desBlessez,tantpourleur
gloire, que pour celle deleurs
Familles, Je vous ay déja
marque que Mr le Marquis
de Saint Gelais, & Mr de
Mets-Tiercelin, ontefté tuez
du mesme coup. Mrle Bailly
Colbert, Colonel du Regi-
-
ment de Champagne, aesté
blessé. dangereusement à la
teste.
GARDES FRANCOISES
Capitaines.
Mrs. de Laage.,
Charnillard,
D'Attignac,£ tuez.
De Roinviile.
Champlatrcux,c
De-'an. { bleifez.
LitutefJAfJJ.
De Marsal,j De Binanville.
5
tuezi
De FonttbOn,
Deftiuir,*
-
C
- Carrelier,j DeBdiiïî, De Jànt-âc}, ?
5. - (JuyoïK.
Aydes-Majors.
De Mongeorges
3 DeVitry.
Sous-Lieutenans.
Le Chevalierde Saillan,
Janqueux»
Doüet,
Le Comte d'Artagnan,
Nossé
, La Tour de Camps,
Sonlebon.
Enseignes.
De Luzanci.
De Renausart,
De Rouffereau,
De Contade.
CHAMPAGNE.
Capitaines.
Dageans, - tue)
De Vezvins,Lieut. Col.
Gasquet Major
Closet Capitaine de Grenadiers,
Fagel Vase.,
Du Plcffis hlejfcz*.
De Roux.
Dauquifardou,
Second Capitaine de Grenadiers
Lieatenans.
Gosse, Lieutenant de Grenadiers
,
tué-
Saint Amant, Lieutenant de
Grenadiers,
Couriere , Gimay
Mausou,ville, ¡'¡tffi-t
Figeau
Marabousin.
Boigaru,
Fedeau, écrasé d'un pan de muri!
1e, & non mort.
Trois Sergens tuez, blessez. & ém*
Maison du Roy.
Chaferon
,
Exemptde la Compagnie
de Noailles, bleiïé a mort.
CAVALERIE.
Villepion.
Romainville, Capitaine, tué.
Villeneuve ,
Aide-Major
,
blessé à
mort.
Un Cornette tué 81 un antre bldré
à mort.
Calvisson
,
Volontaire, cy-devant
Lieutenant aux Gardesblessé.
- Nous avons perdu prés de quatre
cens hommes dans la mesme
occasion, Se il y en a eu environ
trois cens blessez.
Quantà Mr l'Electeur de
Brandebourg,son Arméeest
tres belle, & son Artillerie
tnccçe davantage; aussi at-ii
passé laCampagne à tirer dii;
Canon & jetter des Bombes,i
qui n'ont effrayé que les oiseaux,
& les animaux desenvirons.
Il s'est choqué de
ce qu'un grand Prince du
nombre des Alliez a dit,qu'il-
Avoitperdu tout son temps à faire
desfeuxd'artifice. Les Généraux
de son Arméenefont pasr
en bonne intelligence3&le
second Filsde Mr leMaréchal
de Schomberg
, ne pouvant
s'accommoder aveceux,a,parfé
en Angleterre, & quitté cet
Electeur.llamarchandé longtempsavec
les Alliez pour
faire
faire le Siege de Bonn,&adit
pour ses raisons, que cet Ele-
[forat n'estans pas pour luy> il
n'estoit pas juste qu'ilperdistses
Troupes à conquérir un pays
dont il ne luy reviendroit rien.
N'ayant point eu de raison
des Alliez,il estentré en traité
avec la Ville de Cologne,
mais comme ce traité ne se
conclud point, & que la
Campagne s'avance, il se console
de ce que ses Troupes feront
assez fraîches, & en asfez
grand nombre pour disputer
des quartiers d'hiver
aux Alliez.
Dans la promenade que le Prince
Charles fit avant qued'assiegér
Mayence,il trouva que la petite.
Ville de Cocheim sur la Moselleà
cinq lieues au-dessousde Mont-.
Royal, luy pourrait estre de quelque
avantage. Ainsiil y fit mettre
unegrosse Garnison , de donna ses
ordres pour la fortifier. Il yavoit
seize cens hommes dedans, tam
des Troupes dé l'Empereur
, &c de
l'Eltaeurde Treves quedes Compagniesde
la Milice & des Bourgeois.
M.deBouflerss'estant présentedevant-
cette Place avec quarante
-
six Escadrons, deux mille
quatre cens hommes d'Infanterie
commandez par M. le Marquisde,
Creoui
>
Se deux pieces de Canon,
illa fit sommer & demanda que la
garnison se rendistprisonniere de
guerre ; mais elle s'obstinaa vouloir
sortir avec armes & bagage
pour se retirer ailleurs.-M. de Bou..
estantredoublée,ils entrerent avec
eux dans la Ville. Les Troupes
des autres attaques les suivirent,
Se toutes enfernble gagnerent la
grande Place,où les Ennemis firent
assez de refiilance pour augmenter
la gloire des Attaquans. Il
y en eut treize cens tuez,dont le
Commandant auroit pu sauver la
vie, s'il ne se fust point opiniâtré
à se défendre. Ainsi on ne fit que
trois cens Prisonniers. Comme on
ne peut faire des aétions de cette
vigueur sans quelque perte, nous
y avons eu cent cinquante Soldats
ou environ, ruez ou blessez, trois
Capitaines, &: quelques autres Officiers
M. de Loziere
,
Colonel
de Dragons,y a esté tué. Ce nom
est fameux, 8c tous ceux qui le
portent lesignalent. On ne peut
lien ajouter a ce qu'a fait M. de
Bouflers en cette occasion. Il feroit
impossible de trouver un
homme plus vigilant, & plus ardent
pour le service. Il a écrit au
Roy, q)ue chacun avoitJibienfait
fin devoir, qu'il ne pouvoit luy
marquer ceux qui s'estoient difiinguerfls
nommer tous les officiers,,
maisquon ne pouvoit rien ajouter
à ce quavoientfait lrfIS, les Marquis
de Crequy ,
de laChâtre
,
&de
Blainville.
; Jenevousay jamais mandé de
nouvelles douteuses, &: appuyées
feulement sur le mot de on dit; cependant
il est impossible de parler
autrement de celles d' Angleterre;
parce que la politique du Prince
d'Orange est de faire répandre
toujours des nouvelles contraires à.
celles qui luy font desavantageuses,.
& que la plufpartdes Lettres estant
écrites par des François Protestans,
ils déguisent aussilavérité,,
qu'on ne ftit pas mesme dans.
Londres, tant ce Prince prend de
mesures pour empecher qu'elle ne
puisse y trouver accès. Vous aurez,.
de la peine à croire qu'aprés tour
ce qu'on a affuré de la mort diii
Vicomte de Dundée) les dernie.
res nouvelles disent qu'il n'est pas
vray qu'il foit. mort> quoy que
tour Londres le publie, mais quand i e fidelle Sujet auroit esté tué,
vous ferez bien aise de sçavoir de
quelle maniéré il a gagné la Bataille
, dont vous avez déjà où y.
parler, Voicy ce qu'on enécrit.
LeVjtomte de Dundeeestant arrivé
auprès deDanki
y
&fie voyant
a(£urédu MilordMort^, accepta le
desy
v & fil mureh: r fis Troupes.
il prit si bien ses mesures
qmayantfait fèrrer fies aisles) fion
Armée neparoissoit qu'un petitpelo--
ton tCe qui obligea Makay a comment
cer la bataille avec mépris, voyant
paroifiresipeu de Troupes,• mais les
deuxaisles de l'Armée venant à s'é
tendre, trois Regimens Anglois ver
nus deHollande avecMakay,furent
tous mis en déroute à ce Jeul afpcff\
fikns tireruncoup. Le Rcghwntcommandépêr
le Colonelne pas de mesme) il fie dejfcnditsi vi
gOMYfujèmtnJ, qu'iln'en efi ressé que
trente hommes, le Regiment de ca..
valerie de Laniefitfort peu de refifiance,
ily en a eu plus de la mqitit.
4t tuez,dansfia déroute,ayanteefii
poursuivy par les DragonsIrlandois-,
quifirentsi bien que toute L'Armée
de Makayfut entierement défaite. Il
aperdu trois mille hommes,& Dundee
cinq cens. Tout le monde blâme
Makay d'avoirsi temerairement donné
la bataille. On croit que cela attirera
la perte entiereduRoyaume. Les
Troupes quisesontéchapées du comhat
sont allées à Stelling ou le Duc
d'Hamiltontâche de les rassembler,
pourempescher que Dundée ne vienne
à Edimbourg.
Le party du Roy augmente en
Ecosse
, tous les Evesques s'y font
joints, & 300. Gentil s- hommes,*
lesautresqui le prennentont député
au Roy pour le prier d'y paffer.
Le Duc d'Hamilton en est fort
alarmé, & veut faire prendre les:
armes à tous ceux qni en font ca.;.
gables, depuis16.jusqu'àsoixante
ans. La Ville de Londres presse
le Prince d'Orange de luy rendre
les deux cens mille livressterlins,
qu'elle luy a pressé à son arrivée en
Angleterre. Le Parlement ayant
donné un Acte par lequel ilestoit
défendu aux gens de mestier & domestiques
de se vestir d'étoffes de
foye, & aux Dames d'en porter
plus de six mois de l'année, cela
fit soûlever lesOuvriers en foye,
& ils allerent en tumulte au Parlement,
comme vousavez appris par
les nouvelles publiques.On leurpromit
de les contérer,aprés leur avoir
remontré que de telles Assemblées
n'estoient pas permises. Le Prince
d'Orange a prorogé le Parlement
pourun mois. Il n'a point d'argent,
&. tous les Officiers) tant de guerre
qued'Eglise se plaignenr de cc*
qu'on ne leur paye point leurs gages.
La. Flotte Angloise est fort affligée
du Scorbut & du flux desang.
On travaille à équiper d'autres
Vaisseaux, parce que la pluspart
des anciens sont si vieux, qu'ils,
ne peuvent re sisterau gros temps.
Tous lesAnglois murmurent beaucoup
des prises que les Françoisfont
sureux,&lesMarchandsde Londres
se sont assemblez pour representer j
au Parlementles dommages qu'ils
en ont souffers, qu'ilssont monter
à prés d'un millionsterling. Les
partis de laNoblesse du Nord d'An..
gleterre se sont déclarez pour le
Roy. Toutes ceschoses jointes au
grand nombre des mécontens,font
qu'on a de lu peine à croire que
M.deSchomberg soitpassé en lrm
lande,& que ses forces s'écartent
d' Angleterre. Quand il feroit déhirqué
surlescostes d'Irlande, ce
Royaume n'est pas perdu pour cela.
Il faut beaucoup de temps pour
y avancer, y il n'y a presque point
de pieces de terre qui ne soient
entourées de Foltez. Il y a quantité
de Montagnes & de désilez
les vivres y sont rares-, les munitions
de guerre encore plus,,& il
faudra tout faire venir d'Angleterre.
C'est une affaire pour un
hommequi a autant de besogne
que le Prince d'Orange, Be nous
devons nous préparer à entendre
bien desfaussetez avant que l'Irlande
soit subjuguée. Je fuis, Madame
,Vostre
, &c,
On adoutjé la Jteuviimt Partie
des Affaires du Temps le 15. de ctmois
,& on débite la dixième Partie
avec le Mercure dA$njl.
Fr/nces Catholiques.!Ji
Voiage du Kan des Ttritiresà
Andrinople avant l'ouverture de
la CampagneaveclesMoscovites.25
Traité d'accommodement entre le
Roy de Dannemarc,&le Duc de
Holstein Gotorp. 41
Palinodie ff
Ce qui J'ejl passè à lamort de MadamelaPrincese
de Bade JJ.
L'Amante morte d'Amour ioy
Les Soupirs d'olimpe mourante rio
L'Ombred'Olimpe 116
Ordonnance du Roy 122
Traité des Propheties, Vaticinations,
Prédictions& Prognostications 128
Prix remporté aux IeuxFloraux de Thoulouse172
Allegorie 181
Diadloguue ATlleegomriqupesusr1Af8fai3res
Ce qui s'estpassé a Saint Victor lors
que la Reyne d'Angleterre a esté à
cette Abbaye 102
Tragedie representée au College de
Louis leGrand avec le Balet du
Secret. 224
Dernier Ouvrage de M. Richelet 236
Personnes nommées pour gouverner,
instruire & servirMonseigneur
le Duc de Bourgogne. 240
Election d'un Abbé de Clerlieux
249
ReSceptioan fraitleaà Mt. .£E2ves5que1de
Morts 25J
ïIuJîcuys Prises faites par les Françoissur
les Anglois, & les Hollandois
271
Blellae acRtionoducChapeitalinleeJu2lie7n8de
AvantageremportésurunVaisseau
Anglais Par M. le Chevalier du
Mené zpo
Divers Combats donntT^> & prises
faites par M. du Quelque-Mon
nier 296
Article des Enigmes sot
Modes JIT
Abbaye donnéepar le Roy s16
Mort du Pape avecplusieurs parti-
(uUritcx, touchantsa vie 3*7
Ce que les Troupes Impériales ont fait depuis Couverture de bl, Camp«gte> Expéditions faitespar Fermée commandée
par Mr de Duras J)S
Tout ce qui sest passé en Flan dre
depuis le commencement de la
Campigne 37i
Campagne de M. l'Electeur de
Brandebourg joy
Prise de Cocheim 410
Nouvelles d'Ecosse, d'Angleterre &
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui se débitent cheZ le
Sieur Guerout , Court-neuve du
Palais.
AFfairesdu Temps, 10-vol. in 12
n. liv.
Guerres des Turcs contre' la Pologne
,
la Moscovie, & la Hongrie,
1. l.10 s.
Abrégé nouveau de l'Histoired'Espagne
jusqu'à present. 3. volumes in
douze. 4. liv. 10. s.
Abrégé nouveau de l'Histoire d'Angleterre
,
d'Ecosse & d'Irland e , comprenant
le Regne du Roy JacquesII.
4. vol. in douze. 6. liv.
Histoire de Mahomet IV. dépossedé
, contenant beaucoup de choses
touchant l'Empire Othoman, avec
le portrait des inclinations du Sultan
déposé
,
son horoscope, & la révolution
de cette horoscope,les descriptions
de toutes les revoltes des Janissaires
fous vingt-trois Empereurs Turcs;
tout ce qui s'est passé de plus particulier
à la Porte pour deposer Mahomet
, & élever Soliman III. sur le
Trône;unedescription de son couronnement
;la continuation des Trou.
bles depuis cette cérémonie, avec phisieurs
autreschoses curicufes. 3. vo.
lumes in douze. 4.l.10. s.
Ambassades de Mons. le Comte de
Guilleragues,& de M. Girardin, aupPriéescedsu
Grand Seigneur,avecplusieurs
curieuses,tirées des Mémoires
de tous les Ambassadeursde France à
la Porte, quifont connoistre les grands
avantages que la Religion & tous les
Princes de l'Europe ont tirez desalliancesfaites
par lesFrançois avecSa
Hautessedepuis le regne deFrançoisI.
& principalement fous le regne dtt
&oy>àl'égarddelaReligion, cnfemè>
ie plusieurs descriptions deFestes 3cI
Cavalcades à la maniere des Turcs,
qui n'ont point encore estédonnées au
Public, ainsi que celle desentes
duGrand Seignenr. 1. 1.Io. f.
Histoire des Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y efl: passé de
remarquable jusqu'à la fin de l'année
1687. 6. vol. in douze, 9.l.
Le Grand VisirCara Mustapha.,
Histoire conten ant son élévation
,
les
amours dans le Serrail, ses divers
emplois, le vray sujet qui luya fait
entreprendre le Siege de Vienne, &
les particularitez de sa mort 1. l.10. f.
Le Secretaire Turc, contenant l'art
d'exprimer ses pensées sans se voir,
sans se parler, & sans s'écrire, avec:
les circonstances d'une avanture Tar- -[-
que,& une Relation tres-curieuse de 'f'
plusieurs particularitez du Serrail qui ili
n'ont pas encore estéveuës. 1. l.10;s
Le Serasxier Bacha.1.l, io,£i.
Dialogues des Morts, 2. vol. iiVv
douze. 3.l.
Jugement de P luton sur les Dialogues
des Morts. 1.l. 10. f.
Entretienssur la pluralité des Mondes5augmentez
en plusieurs endroits,
avec unsixiéme Soir qui n'a point encore
paru , contenant les dernieres
découvertesquiont esté faites dans
le Ciel, 1.l.10. f.
Histoire des Oracles, 1. liv.10 s.
Pocfifcs Pastorales avec unTraité de
la Nature de l'Eglogue
,
& une Dingrefliéon
ssur le.s1Anciens.& les Moder-, li. jq f.
Lettres garantesdeM,le ChevalierdHer.
2..vol. 3.l.
Les Malheurs de l'Amour, ou Eleonord'Yvrée.-
1. 1. 10. s
Academie-.galante. 2.vol, 3.liv 4PuchciTed'Eltrl1,1ç.1ç YQ1.1.ket Ae§GaUatf&r à
Caracteres de l'Amour. 1. l. 10. s.
Sentimens sur les Lettres & sur
l'Histoire
, avec des Scrupules sur le
Stile. 1.l.10. s.
Le Mary Jaloux. 1. 1. 10. f.
L'Illustre Genoise.1.l. 10. f.
.;
Le Napolitain. I.l..
L'Ariostemoderne. 4.v. 6.1.
Secrets concernant la beauté & la
fanté. 2.. vol. in octave. 6. l
Dialogues Satyriques & Moraux..
2. vol. 3. L
DiscoursSatyriques & Moraux en
Vers. il.1.
Fables nouvelles. 1. 1.
Epistres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles. 1.l.
Le Chevalier à la Mode. 1. 1. JO. f.
LaDésolationdesJoüeuses-. 10. s.
La Devineresse..10. s.
Artaxerxe. 10. s.
La Comete. 10. f.
L a Methode du Blason du Pere Menestrier,
avec les Armesde la pluspart
des plus çoniidwabkfr MaliensdeFrance
,imprimée en t6'88. 2. liv.
Chevalerie ancienne& moderne,avec
a maniere de faire la preuve pour tous
es Ordres de Chevalerie 1.l.10.s.
Eclaircissementnouveau &tres-utile
surleprest & l'intereft» l.liv. v
Histoire de l'Afrique ancienne &
moderne, enrichie de 80. figures, 4.,
volumes in douze.
-
8. liv.
<
Histoire de Normandie, 1. l.10. f.
Eloges des Personnes Illustres de
l'ancien Testament, par M. Doujat. - 1,l.5.s.
Traité de la Transpiration du fang.
1.l.10.f.
Abrégénouveau de 1)H1fioire generale
d'Espagne
, contenant ce qui
s'est passé dans les Pays dépendans de
cette Monarchie depuissonorigine,
jusqu'àpresent.3.vol. 4. liv.10.f.
Réflexions sur l'Acide & sur l'Alrali.
1.liv.10.f.
Essais de Morale & de Politique,
oùil est traité des Devoirs de l'Hom--
meconsideré comme particulier?&
•A.VI
commevivantenSociété, 2. vol. 2. i,
Observations de M. Spon sur les
Fièvres &les Febrifuges. 1.l.
Antiquitezdumesme M. Spon, Ouvrage
enrichy de plusieurs Figures.
7.1.
Notes de M. Corneille surles Remarques
de M. de Vaugelas. suivant
le sentiment du Pere Boahours, 8c
de MeilleursChapelain & Ménage,
avec les Remarques mesmes. 2. vol.
in douze. 4. liv. 10. s.
Arichmctique raisonnée
,
enrichie
de plusieurs figures pouren fairemieux
comprendre les demonstrations, avec
l'art de toiser&de jauger. i.1.1o. f.
L'Art de laver, ou nouvelle maniere:
de peindre sur le papier, suivant Ici,
coloris des Desseins qu'on euvoye à la
Cour; par M. Gautiet de Nismes.
1.1.
Voyagedu Chevalier Chardin en
Perse
,
& aux Indes Orientales , par
la Mernoire & par la Colchide enrichy
dc.i£gradesFigures. 2. Y.4
110. £
RelationduVoyage du Roy en Flaiv^
dre en1680. r.l.10. f.
La Négociation du Mariage de
Monsieur le Ducde Savoyeavec lIn-.
Tante de Portugal.. 1.l.10.f.
Re'ation du Mariag e de Mademoifelleavec
leRoyd'Espagne. 1.l.10.f.
Relation du Mariage de Monsieur
le Prince de Conty avecMademoiselle
deBlois.. 1.l.10.f.
Relation du Mariage de Monseigneur
le Dauphin
, avec la Princesse
Anne- Chrestienne-Victoire de Bavière.
1. 1. 10. f.
Journal du Voyage du Roy à Lu - xembourg ,contenant la d[c.rj,I:".vn
des Places de la haute & bassle Alsace,
& de celles de la Province de la
Sare &de Luxembourg. 1. liv. 10. s
Relation du Siege de Luxembourg-
1.l.10.f.
Relationde ce quiaesté fait devant
Genesen nu. par l'Armée Navale
de Sa Majesté. 1. l.10. f
JUFcfledeÇbantilly. 1.liy. ie*f*.
Avis pourplacer les Figures. LAir qui commence par., Tout
brillant des beautez de Flore,
doit regarder la page Ill.
L'Air qui commence par , ^ue
fay peine d quitercetaimable Bocage,
doit regarder la page 311.
Le Plan de Mayence doit regarder
la page 356.
Fautes à corriger.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères