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1689, 07, t. 8 (Affaires du temps)
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8.47 Mo
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371
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Texte
Sibraryofthe University of Michigan
TheCoylCollection.
MissJeanL.Coyl
ofDetroit
inmemoryofher brother
Col. William HenryCoyl
1894.
6.591 我
!
HUITIE' ME PARTIE
DES
AFFAIRES
DU TEMPS.
2de Partiedepuille1t689.
A PARIS ,
Chez MICHEL GUEROUT ,
Court- neuve du Palais ,
au Dauphin.
M. DC. LXXXIX.
AvecPrivilege du Roy.
:
840.6
1558
1689
Jut.
pt.2
Coyl
60fischalk
1855 88594
555522522 55252252
AU LECTEUR .
N trouvera dans
cette Lettre mes dernieres
réponſes aux écrits
ſeditieux de Hollande ,
auſquels je n'en feray
plus avant le commencement
de l'année prochaine.
Ce n'eſt pas que je ne
fois perfuadé que beaucoup
de ces Ecrits paroîtront
encore avant ce
temps-là , puis qu'il y en
a ij
AVIS
a, non ſeulement d'ordinaires
tous les mois &
toutes les ſemaines , du
nombre deſquels je ne
mets point les Gazettes ,
mais qu'on en voit auſſi
beaucoup d'extraordinaires
, ce qui fait que depuis
long - temps on ne
trouve que des repetitions
dans tous les Ouvrages
de cette nature , de
forte que pour y répondre
, il faut attendre que
le temps ait fait changer
les matieres . Je vais neanAU
LECTEUR.
:
moins en combattre encore
un dans cette Preface
, mais je n'auray beſoin
pour cela que d'une douzaine
de lignes , parce
que la pluſpart des chofes
qu'il contient , ont
efté déja rebatuës pluſieurs
fois par l'Auteur ,
ou bien ce ne font que
des repetitions de ce que
les autres ont dit. Ainfi
il ne faut preſentement
que deux ou trois
pages pour répondre à
a iij
AVIS
?
des Ecrits , auſquels on
n'auroit pu d'abord repliquer
fans faire des Vo
lumes entiers . Ce n'eft
pas , à dire le vray , qu'il
fuft neceffaire de les refuter
s'il ne ſe trouvoit
point d'eſprits foibles ,
qui peuvent ſe laiſſer ſurprendre
par de faux raiſonnemens,&
fi les Etrangers
qui doivent eſtre
moins inſtruits que les
François de ce qui ſe paſſe
chez nous , ne pouAU
LECTEUR.
voient eſtre trompez,même
ſur les choſes le plus
manifeſtement fauſſes. Il
faut conſiderer que tous
ces Ecrivains font Proteſtans
, &que par confequent,
lePrince d'Orange
doit eſtre un Heros
pour eux ; mais quoy que
ſon invaſion en Angleterre
leur puiſſe eſtre utile,
on n'a pas lieu de conclure
pour cela qu'elle
ſoit juſte , & que , parce
qu'ils en tirent de l'avana
iiij
AVIS
tage , elle doive eſtre approuvée
de toute la terre.
On ne les blâmera
point quand ils n'en parleront
pas mal , & qu'ils
trouveront meſme des
couleurs pour excuſer
quelques-unes de ſes actions
, mais ils ne peuvent
ſans paroiftre ridicules
aux perſonnes defintereffées
, l'appeller Herosi, &
luy donner tous les eloges
, qu'ont jamais merité
les plus grands homAU
LECTEUR .
4
mes. Il y a de certains
faits publics & conftans ,
fur leſquels on ne ſcauroit
tromper le public ,
& l'invafion du Prince
'd'Orange eſt un de ces
faits inexcuſables . C'eft
le vol d'une Couronne
caufé par une ambition
demeſurée. Ce vol n'eſt
autorisé par aucune Religion
, Dieu & les hommes
l'ont toûjours condamné
, & il n'a jamais
eſté approuvé dans aucuAVIS
ne Hiſtoire, quand meſme
les Ufurpateurs auroient
regné long - temps , &
qu'ils feroient devenus
poſſeſſeurs paiſibles des
Etats acquis par une voye
fi injuste . Ainfi tout Ecrivain
quitraite le Prince
d'Orange de Heros &
de Roy , ne doit eſtre regardé
que comme un
homme partial , & corrompu
par differens intereſts
qui luy font écrire
ce qu'il ne penſe pas , &
AU LECTEUR .
ce que ce Prince eſt bien
éloigné de croire luy
meſme . Il eſt Ufurpateur ,
c'eſt un fait inconteſtable
, il ne peut eſtre nié ,
& la poſterité n'en parlera
point autrement. Si
Religionnaires de fon
party veulent que ceſoit
ungrandHomme , à cauſede
la maniere dont il a
executé ſon entrepriſe ,
il ne peut meriter cette
gloire , que du coſté de
Phabileté à malfaire. Je
les
AVIS S
ne dis rien icy là- deffus ,
c'eſt un endroit que j'ay
traité dans la fin de ce
Volume. Je paffle au dernier
Ecrit de Hollande
qui prouve que ce que je
viens de vous dire touchant
les repetitions continuelles
, eſt veritable ,
puis qu'il parle encore
d'une pretenduë Allian
ce avec le Turc. Je croy
que cent écrits de Hollande
en ont parlé chacun
plus de vingt fois ,
AU LECTEUR.
depuis le commencement
de cette guerre.
J'y ay répondu deux
fois fort amplement , ....
pour ne point imiter les
repetitions que je condamne
, j'ajoûteray ſeulement
quelques lignes à
ce que j'ay deja dit , fans
vouloir jamais retoucher
cette matiere , quelques
écrits qui la puiffent requelques
battre. Il eſt à remarquer
que toutes les fois qu'on
a parlé de cette alliance
AVIS
ſuppoſée , on n'a pas
meſme trouvé de fauſſes
raiſons pour colorer un
menſonge ſi peu vrayſemblable
, & qu'on s'eſt
enfin avisé de dire dans
ce dernier écrit , que le
Turc n'a pointfait la Paix
avec l'Empereur , à cause
de l'alliance offensive &
défenſive qu'il a avec la
France. Voilà une conſequence
bien-toſt tirée ,
&ſurun fondement bien
injuſte. Si les Turcs ne
AU LECTEUR .
ſont pas aujourd'huy
habiles dans le meſtier
de la Guerre qu'ils l'ont
eſté autrefois , ils n'en
ſont pas moins grands
politiques , & l'Europe
n'en a peut - eſtre point
qui les paffe là-deſſus . On
a voulu leur faire acheter
la Paix par la ceffion
depluſieurs Places, &par
de grandes fommes . Ces
demandes leur ont paru
exorbitantes , & comme
ils ne ſe preffent jamais
AVISO
de conclure , & qu'ils
temporiſent toûjours , ils
ont attendu pour voir fi
leur peu d'empreffement
ne leur feroit point obtenir
de meilleures conditions.
Ils ont appris
pendant ce temps- là , que
l'Empereur devoit envoyer
la plus grande partie
de ſes Troupes fur le
Rhin , & cette diverſion
les a empeſchez de faire
une Paix qu'ils trouvoient
tout à fait defa
AU LECTEUR.
vantageuſe. Il n'y a rien
en cela qui ne ſoit tresnaturel
,& que de moins
politiques qu'eux n'eufſent
fait dans la meſme
conjoncture .
L'Auteur du meſme Ecrit
ſuppoſant que la
France eſt dans un tresmauvais
eftat dit , que
c'est sa faute , & qu'elle
a bien voulu s'attirer la
guerre qu'elle a aujourd'huy
fur les bras. Peuts
on toûjours ſe contra
c.
AVIS
rier , & oublier dans un
écrit ce qu'on a dit dans
vingt autres ? Tantoſt la
Frances'eſt attiré la guerre
; tantoſt c'eſt elle qui
la fait & qui veut tout
envahir , & tantoſt on
la contraint de prendre
les armes . Pourveu qu'on
écrive & qu'on parle
contre la France , cela
ſuffit. Il n'importe qu'un
écrit parle differemment
de l'autre , on n'y prend
pas garde de ſi prés , &
AU LECTEUR..
c'eſt aſſez que ce ne ſoit
pas le meſine , comme fi
d'une ſemaine à l'autre ,
la fituation des affaires
avoit tellement changé ,
que la France vouluſt aujourd'huy
envahir l'Europe
, & qu'elle ſe viſt
demain ſur le point de
fon entiere ruine. Ces
écrits ne marquent pas
moins que des chofes fi
oppoſécs , & non ſeulement
tous ceux qui écrivent
en Hollande , ne
cij
AVIS
font pas encore d'accord
là-deſſus ; mais il n'y en
a meſme aucun qui le
foit avec luy-mefme , &
qui dans le meſme écrit
ne ſe contrarie ſur cet
article . Si la France eſtoit
auſſi coupable que ſa
gloire eſt enviée , chacun
luy reprocheroit la mefme
choſe . Il ſe trouve
aujourd'huy un Auteur ,
qui aprés avoir fait voir
qu'elle doit eſtre accablée
par le nombre deſes
AU LECTEUR .
Ennemis , s'étonne de ce
qu'elle n'a pas encore
fait de Conqueſtes de
cette Campagne .. Si c'eft
tout de bon qu'il parle ,
je luy répondray que la
France eſt ſage , & que
n'ayant pointvoulu troubler
la Paix , & ne demandant
rien à ſes Ennemis
, elle triomphe en
empeſchant que tant de
Princes liguez ne faffent
de Conquestes fur elle ,
& fi cet Auteur pretend
,
AVIS
railler , je luy diray que
la France a ouvert la
Campagne par la priſe
de Philiſbourg , & du
Palatinat , & que les Ennemis
doivent craindre
qu'elle ne la ferme avec
autant d'éclat qu'elle l'a
ouverte .
Le meſme Auteur qui
eſt celuy à qui je répons,
ditque le commerce , les
manufactures , les ſciences
, les arts , la navigation
, tout eft ruiné en
AU LECTEUR .
:
France . Voilà bien, des
choſes avancées dont il
pretend eſtre cru ſur ſa
parole. Cependant rien
n'eſt moins vray , & il
n'y a qu'à ouvrir les yeux
pour voir le contraire.
Le commerce eſt la ſeule
choſe en quoy la France
pourroit fouffrir ; mais
comme elle n'en fait pas
fon capital ainſi que fait
la Hollande , elle fe ſentira
peu de cette diminution
, qui ne peut duAVISA
rer fans que la Hollande
en ſoit entierement ruinée.
A l'égard des Ma
nufactures , elles. n'ont
point ceffé. On n'a qu'à
voir dans les lieux où
elles ſe font , & où l'on
a toujours travaillé. Je
pourrois juſtifier plus amplement
ce que j'avance,
mais il faudroit defcendre
dans des détails qui
conviennent peu à une
Preface. Pour ce qui eft
des arts & des Sciences ,
toutes
AU LECTEUR .
toutes les Academies qui
font en France eſtant publiques
, on peut voir fi
elles fleuriffent ou non.
Je puis afſeurer que leurs
fonds font tres - bien
payez , & que les gratifications
des particuliers
le font auffi . Je ne daigne
pas répondre à l'article
de la navigation , puis
que la Flote du Roy plus
forte que celle des Anglois
, & des Hollandois
joints enſemble y répond
AVIS :
pour moy ; chacun ſçait
qu'il n'y a d'Ecole de
Marine qu'en France , &
qu'on y trouve des Arſenaux
que l'on ne voit
point ailleurs .
Cet Auteur qui connoiſt
ſi mal l'état de la
France , ſe croit plus habile
que tous les Miniftres
, & veut donner des
leçons de politique parce
qu'il a lû quelques Livres
qui en parlent. Il en
fait des applications , &
AU LECTEUR .
va juſqu'aux paralelles ,
des minifteres des Cardinaux
de Richelieu , &
Mazarin avec le gouvernement
preſent. Il écrit
bien , & la proſe eſt belle
, mais il n'y a rien de
plus faux que ce qu'il
avance, comme vous venez
de voir ; & en verité
il faut que des particuliers
foient bien viſionnaires
lors qu'ils veulent
donner des leçons de politique
à ceux qui goui
ij
AVIS
vernent de grands Etats,
&qu'ils les accuſent d'avoir
fait des fautes. Quoy
que les Juges doiventjuger
ſelon la Loy , & les
Medecins ordonner felon
leurs preceptes , les
premiers jugent ſelon les
circonstances des Affaires
,& les ſeconds ordonnent
ſelon celles des maladies
. Sans cela ils feroient
des injuftices &
des beveuës en fuivant au
pied de la lettre les preAU
LECTEUR .
ceptes & la Loy. Il en eft
de meſme d'un Miniſtre ;
il y a de certaines regles
generales de politique
qu'il doit ſçavoir , & que
tous les hommes peuvent
apprendre , mais il faut
qu'il s'en ſerve ſelon qu'il
connoiſt les affaires de
l'Etat , &c'eſt ce que ne
ſçavent pas les Particuliers
qui ſemeſlentde cenfurer
indifcretement la
conduite des Miniſtres.
Au reſte quoy que le
i iij
AVIS
Lecteur doive être furpris
de trois ou quatre choſes
qu'il trouvera dans
ce Volume touchant les
Affaires d'Angleterre ,
dont le public n'a point
eu connoiffance & dont
une ou deux ſemblent ne
devoir preſque avoir eſté
ſceues que de ceux qui les
ont penſées , je puis neanmoins
l'aſſurer qu'elles
font tres- vrayes , & que
je n'ay rien mis ſur ces
articles-là, dont les parAU
LECTEUR .
ties qu'ils touchent le
plus n'ayent une entiere
certitude , ſi je voulois
expliquer icy comment
elles font venues à ma
connoiſſance , on ſeroit
perfuadé que je n'ay rien
dit que de veritable.
J'ayaſſurédans ma ſeptiéme
Lettre , que je donnerois
le dernier Volume
des Affaires du Temps , le
premier de Septembre ,
pour ne les reprendre
qu'au mois de Janvier , en
AVIS
cas qu'il ſe fuſt paſſé des
évenemens affez finguliers
pour cela . Je tiendray
parole , mais comme
toute la matiere qui me
reſte , ne pourroit entrer
dans un ſeul Volume , je
me vois contraint d'en
faire deux , dont l'un ſera
donnéaurs Aouft & contiendra
tout ce qui s'eſt
paffé en Irlande & en
Ecoffe depuis l'invaſion
du Prince d'Orange en
Angleterre. Ce ſera la
AU LECTEUR .
neuviéme Partie des Affaires
du Temps ; le ſecond
Volume qui ſera la derniere
Partie de la meſme
Hiſtoire , paroiſtra le premier
Septembre.
On a trouvé que j'ay
avancé dans ma Preface
du ſeptiéme Volume ,
quelque choſe de hardy
touchant la chute dont
le Prince d'Orange paroiſt
eſtre menacé . Je
pourrois répondre à cela
que les Ufurpateurs le
AVIS
font toujours , lors mefme
qu'ils jouiffent le plus
tranquillement du fruit
de leurr crimes , mais fans
vouloir me ſervir de cette
verité pour me défendre ,
je feray voir dans ma
neuviéme Lettre que j'ay
pû parler commej'ay fait,
fans garantir pourtant
que cela arrive. Je diray
auſſi des chofes qui meriteront
que le Public y
faffe attention .
AFFAIRES
AFFAIRES
2
DU TEMPS.mo
HUITIEME PARTIE,
UOY que je me
0fois propofé de reprendre
dans cette
Lettre la ſuite des Affaires
d'Angleterre , que j'ay interrompuës
pour parler de celles
de France , je croy que vous
A
2 VIII. P. des Affaires
ne ferez pas fachée que je
réponde à un nouvel Ecrit
de Hollande avant que d'entrer
dans la matiere, qui doit
faire le principal ſujet de cette
huitième Lettre, J'ay appris
que l'Ouvrage que je vais
combattre , eſt de M Jurieu .
Je n'en ay pas neanmoins une
entiere certitude ; mais quoy
que je n'oſe l'aſſurer fur la
foy de ceux qui me l'ontdir,
il y a beaucoup de choſes qui
m'empeſchent d'en douter.
Son caractere y paroiſt à découvert
; ſa bile noire y eſt
imprudemment répanduë par
du Temps. 3
tout ; on y voit beaucoup
d'emportement , & peu de
conduite &debon ſens. C'eſt
toujours un homme outré de
colere , qui écrit avec une efpece
de fureur ,que ceux mefme
de ſon party n'ont pû encore
approuver.Si on n'ajoûte
pas foy à tout ce qu'il dit , on
eft criminel ou ignorant. Il
querelle ſans ceſſe le Public ,
&la bonne opinion qu'il a de
luy-meſme luy fait prendre
tellement à coeur toutes les
chofes qu'il veut prouver ,
qu'il y a ſujet de croire que
le mauvais ſuccés de ſon en-
A ij
4 VIII. P.des Affaires
trepriſe , & fon orgueil qui
ſe trouve humilié par là , le
mettront bientoſt hors d'état
de vomir des injures contre
tous ceux qui s'oppoſent à
ſes ſentimens , & de déchirer
la renommée des veritables
Souverains , pour élever les
Ufurpateurs . On doit cependant
demeurer d'accord
qu'il a du feu & de l'érudition
, mais il eſt ſi partial ,
qu'il ne connoiſt point la juſtice
, & ne veut pas meſme
l'examiner . Comme il eſt
aveuglé de paſſion , & que
rien ne luy plaiſt tant que les
du Temps.
invectives, tous ſes Ecrits font
remplis de contradiction ,
d'imprudence , & de fautes
de jugement. Il condamne
dans l'un ce qu'il approuve
dans l'autre ; il ne fait reflexion
furrien ; il s'abandonne
à ſes premieres penfées , &
croit avoir reüffi , quand en
écrivant il a répandu beaucoup
de venin.
La peinture que vous ve
nez de lire du caractere des
Ouvrages de M' Jurieu , ne
me doit point eſtre attribuée.
Ce font les ſentimens du Public
que j'ay ramaffez , &
A ij
6 VIII.P.des Affaires
j'aurois pû l'étendre beaucoup
davantage , fi j'avois
voulu rapporter tout ce qui
ſe dit de luy. Il n'y a point
deux voix là-deſſus ; ſes meilleurs
Amis , & tous les Proteſtans
ont toujours blámé
ſa maniere d'écrire injurieuſe&
emportée. Elle fait que
rarement on ajoûte foy à ce
qu'il publie , parce qu'il eſt
aifé de connoiſtre que la paffion
le fait plus parler que
la raiſon, & que le dépit qu'il
a de voir qu'on ne le croit
pas , le porte plus à redoubler
ſes emportemens , que
du Temps, 7
l'intereſt dela pretenduë verité
qui le fait écrire. Ne
croyez pas que la vangeance
m'ait engagé à vous parler de
la forte de M Juricu. Je n'ay
aucun reſſentiment des injures
qu'il m'a dites , & je puis
croire que jene m'abuſe point
moy-mefme là deſſus , puis
qu'elles ne m'ont caufé nulle
émotion. Si elles m'avoient
faché , je reconnoiſtrois par
là que la paſſion me feroit
agir ; & fon exemple me
rendant ſage , j'éviterois les
defauts où je voy qu'il tombe;
mais loin que ſes injures
A iiij
8 VIII.P.desAffaires
ayent fait ſur mon efpritl'effet
qu'il a pretendu , elles
m'ont plûtoſt donné de la
joye , en me faiſant voir que
la maniere dontj'ay repouflé
ce qu'il impute fort injuftement
au Roy , ne luy a pas
plû ,& qu'elle a détruit quelques-
unes des fauſſes imprefſions
qu'il avoit données de
ce Monarque. C'eſtoit le ſeul
but que je m'eſtois propoſé .
Les injures de M' Juricu me
font connoiſtre que je l'ay
atteint, & puis qu'elles m'ont
appris ce que je n'euffe jamais
Iceu fi elles n'euſſent
duTemps. 9
point éclaté , j'ay tout fujet
d'en eſtre content .
On pourroit me demander
pourquoy je fais une peinture
fi deſavantageuſe du caractere
de M Jurieu , puifque
la vangeance n'y a point
de part ; il me fera aifé de
répondre. J'écris pour faire
voir l'injustice de ceux qui
pour affermir un Ufurpateur
, tâchent d'obſcurcir la
gloire du Roy , empoiſonnent
ſes plus belles actions ,
& luyen ſuppoſent d'odieuſes
afin d'en prendre ſujet
de le calomnier. Dans ce
10 VIII. P. desAffaires
deſſein , je ne dois rien oublier
de tout ce qui peut
contribuer à le faire reüſſir .
Mr Juricu eſt l'ennemy que
j'ay à détruire , puis qu'il a
luy ſeul plus écrit contre la
reputation du Roy, que tous
les Ecrivains de Hollande enſemble
, & comme les ignorans
& ceux qui prennent
trop facilement toutes les
impreffions qu'on leur veut
donner , pourroient ajoûter
foy à cet Autheur ſeditieux,
quand il n'auroit pas écrit
contre moy , j'aurois eſté
obligé de parler de luy com
duTemps. 11
me j'ay fait, rien ne pouvant
m'eſtre plus avantageux dans
ce que j'ay entrepris ; que de
faire voir la foibleſſe de cet
Ennemy, & le peu de créance
qu'on doit avoir àtout ce qu'il
dit. Lors qu'il fera tout à fait
connu , je tiendray ma cauſe
àdemy gagnée , ſelon lamaxime
qui eft generalement
reconnue dans le monde , &
qui nous apprend , que les
loüanges données par une perfonnequi
merite d'estre louée ellemesme,
font honneur à ceux qui
les reçoivent, &qu'au contraire
on ne peut estre blamé par des
12 VIII. P. des Affaires
r
personnes peu estimées dans le
monde du coſtéde l'honneur,fans
que ce blâme tourne ànoſtre gloire.
M Jurieu eſt du nombre de
ces derniers , & comme il travaille
fans ceſſe à dechirer la
reputationduRoy,tout le mal
qu'il oſe en dire augmente la
gloire de ſa Majesté.Ainſi j'ay
deu faire voir le caractere de
cet Auteur violent & trop
emporté , afin qu'on en tiraſt
les conſequences qui en doivent
reſulter, ſelonla maxime
que j'ay marquée.
Je paſſe à l'Ecrit , dont j'ay
reſolu de combatre les principaux
Articles , les autres
du Temps. 13
n'eſtant pas conſiderables , &
ne ſervant que de liaiſon à
ceux que je vais vous rapporter.
Cet ouvrage eſt une Lettre
écrite àun Bourgeois de Soleure
, fur les intereſts des
Cantons Suiſſes . Elle a paru
pendant que la Diette tenoit,
& qu'elle estoit ſollicitée par
le Nonce du Pape , & par la
Maiſon d'Autriche , de ne
point garder de Neutralité,
& de donner paſſage aux
Troupes des Alliez pour entrer
enFrance.Vous voyez que
le Nonce n'eſtoit pas là pour
travailler à la Paix , puis que
14 VIII. P. des Affaire
1
les inſtances qu'il faiſoit ne
tendoient qu'à faire verſer du
fang ,&à perpetuer la guerre.
Voicy de quelle maniere
l'Auteur de cette Lettre raiſonne
, pour perfuader aux
Suiſſes de rompre le Traité de
Neutralité qu'ils avoient conclu
peu auparavant. Chacun
fçait que la France veut tout ce
qu'elle a un grand interest de
vouloir pour fa grandeur ,&
par confequent on ne peut douter
qu'elle n'ait deffein de vous conquerir
, pour s'ouvrir le chemin
àde plus grandes Conquestes. Il
feroit mal-aifé de dire en
du Temps. 15
moins de paroles plus de
choſes inutiles , & qui ne
prouvent rien. Quand la
France veut tout ce qu'elle a
ungrand intereſt de vouloir
pour ſa grandeur , elle ne
fait que ce que tous les Princes
de laTerre ,& toutes les
perſonnes raiſonnables doivent
faire. Veritablement on
peut eſtre blamé ſelon les
manieres qu'on met enuſage
pour réüffir , & felon les
injuftices qu'on peut quelquefois
employer dans ſes
deſſeins ; mais comme l'Auteur
poſe un fait fans cir
16 VIII. P. des Affaires
conſtances , la France nepeut
eſtre blâmée lors qu'elle veut
ce qu'elle a un grand intereft
de vouloir ,& que tout
autre voudroit en pareille
occafion ; & il conclut mal
lors qu'il pretend que la
France cherche à conquerir
la Suiffe , parce qu'elle veut
tout ce qu'elle a grand intereft
de vouloir pour ſa grandeur.
Si cela eſtoit , elle auroit
ſans doute des penſées plus
vaſtes,puis qu'ily auroitbeaucoup
de Conquêtes qui luy ſeroient
plus utiles que de ſoumettre
la Suiffe. Que ſçait-il
duTemps. 17
ſi l'union qui regne entre la
France , & les Suiffes ne l'accommode
point plus que ne
feroit la Conqueſte de leur
Pays ? Elle en tire des ſecours
volontaires qu'elle n'obtiendroit
peut-eſtre qu'avec grande
peine lors que ces ſecours
feroient forcez , & je ne ſçay
fi elle n'auroit point autant
de ſujet de ſe défier des Suifſes
, quoy que naturellement
fidelles , que le Prince d'Orange
en a de ne ſe pas fier
aux Anglois , encore qu'on
leur ait voulu faire croire
qu'ils avoient ſouhaité d'eftre
B
18 VIII. P desAffaires
fous ſa domination. Mais
quand on auroit pu imputer
àla France des penſées vaines
& vagues , comme celle de
vouloir afſujettir la Suiſſe , il
ne s'agiroit tout au plus que
d'une penſée , & non d'un
deſſein formé , mais de ces
penſées qui roulent dans
l'eſprit , & paſſent ſans qu'on
s'y arreſte , ou du moins fans
qu'elles faſſent rien déterminer
; & fur cela il ſeroit bon
que l'Auteur nous diſt comment
il a découvert que la
France ait cu de ces fortes de
penſées. Il doit le prouver ,
du Temps. 19
ou s'il ne pretend pas parler
d'une penſée vague , il faut
que ce deſſein de Conqueſte
ait paffé à des effets viſibles
& à des preparatifs de guerre
contre la Suiffe , de quoy on
ne peut accuſer la France.
Cependant l'Auteur veut que
les Suiſſes luy déclarent la
guerre , parce que , dit il , on
ne peut douter qu'elle n'ait defſein
de les conquerir. Voilà un
bel argument pour obliger
les Cantons à déclarer la
guerre à la France. Le fondement
ſeroit bien leger , & les
Suiſſes auroient bien envie de
Bij
20 VIII.P. des Affaires
tout le
rompre avec elle , fi ſur un-
Ecrit remply de vifions &
d'injures , envoyé de Rotterdam
par Mr Jurieu aux Bourgeois
de Soleure
Corps Helvetique declaroit
la guerre au Roy. Cette penfée
est fi creuſe , & tellement
hors de la vray ſemblance ,
qu'on ne peut comprendre
comment elle a pu tomber
dans ſon eſprit. Cependant
comme il veut toûjours avoir
raiſon , & qu'il querelle tous
ceux qui ne ſont pas de fon
ſentiment , il declarera bientoſt
la guerre aux Suiffes , parduTemps.
2F
ce qu'ils n'ont pas voulu fuivre
ſes avis , enrompant avec
la France.
Je n'avois pas cru d'abord
que cet article fuft digne
d'aucune réponſe. Ce ſont de
ces choſes qui fe déttuiſent
d'elles- mefmes , & les chimeres
d'un particulier ne
meritent pas qu'ony faſſe attention;
auſſi ne vous l'ay-je
rapporté ,que pour faire voir
qu'un homme qui a de pa
reilles viſions en peut remplir
ſes écrits , ce qui doit
obliger ceux qui ſe laiſſent
aifément perfuader , à ne pas
22 VIII. P. des Affaires
croire legerement les rêveries
,& les fauſſetez qu'il leur
pourroit débiter , touchant
Ics choſes dont ils n'ont nulle
connoiſſance.
:
L'Auteur pourſuit de la
forte.Je vous prie de confiderer
que ces tributs que vous tirez de
la France , ne sçauroient durer
long-temps. Il est certain qu'elle
Sera épuisée cette année. On le
voit on le jugepar les horribles
dépenses qu'elle a faites , &par
la maniere ſurprenante dont
elle épuiſe toutes les fources de
fes Finances. Quoy que j'aye
déja prouvé dans mes autres
duTemps. 23
Lettres ſur les Affaires du
r
Temps , le bon estat de la
France ,je ne sçaurois m'empeſcher
de faire voir le ridicule&
le faux de cet endroit.
Jevoudrois bien ſçavoir comment
M Jurieu , qui ne ſe
meſloit que des Affaires de
la Religion à Sedan où il
demeuroit , &qui depuis s'eſt
retiré àRoterdam d'où il n'a
point ceſſé d'écrire d'infru-
Aueuſes Lettres Pastorales
aux nouveaux Convertis de
France pour les faire foûlever
, je voudrois , dis-je , ſçavoir
, comment un homme
24 VIII. P. desAffaires
de fon caractere , qui n'a vů
les affaires ny de prés ny de
loin , & qui doit plus ignorer
celles del'Etat qu'aucunhomme
du Royaume , rien n'etant
ſi éloigné de l'employ
dont il fait profeſſion , peut
connoiſtre à fond l'eſtat des
Finances de France , dont
l'abiſme eſt impenettable.
On l'a veu par les affaires qui
font arrivées ſur ce ſujet un
peu aprés le mariage du Roy,
puis que ceux qui les avoient
maniées long-temps , & les
hommes du Royaume les
plus éclairez en toutes fortes
d'affaires ,
du Temps. 25
d'affaires , commis pour en
developer les miſteres , n'ont
pû venir à bout de les penetrer
, tant elles ont derefforts
cachez & de parties entrelacées
l'une dans l'autre ; mais
tout cela ne ſervant qu'à couvrir
leur immenſité , ne ſçauroit
eſtre qu'avantageux à la
France , puis qu'il fait voir
que le fond de ſes Finances
eſt inépuisable , & qu'outre
ce qu'elles fournifſoient dans
les dernieres Guerres pour les
beſoins de l'Etat qui eſtoit
aſſez floriſſant quand le Roy
ſemaria ,elles pouvoient en-
C
:
26 VIII.P. des Affaires
core enrichir ceux qui les
manioient,& leur faire égaler
en richeſſes , les Souverains
qui ne font pas du premier
ordre. On peut juger par ce
que je dis du bon eſtat où ſe
trouve la France de ce coſtélà
, aujourd'huy que l'oeil du
Prince , & la probité de ceux
qui les gouvernent font que
tour ce qui appartient au
Roy vient dans ſes coffres.
Ce ſont des ſecrets inconnus
à Mª Juricu , qui n'a pu ſçavoir
l'eſtat des Finances de
r
France , dans le temps que
toute l'habileté de ceux qui
du Temps. 27
la gouvernoient ne le pouvoit
penetrer , & qui eſtant
retiré à Roterdam , n'eſt pas
à portée d'en pouvoir prefentement
découvrir le fond ,
qui eſt inconnu , meſme à la
pluſpart de tous ceux qui les
manient. Tout ce qu'il peut
ſçavoir , ainſi que tout lePublic
, c'eſt qu'eſtant bien dirigées
, & rien de ce qui appartient
à Sa Majefté n'en
eſtant ſouſtrait , ſes affaires
doivent eſtre en bon estat ,
& c'eſt ce qu'il s'efforce de
cacher, en voulant perfuader
le contraire , comme s'il en
Cij
28 VIII. P. desAffaires
devoit eſtre cru ſur ſa parole,
&qu'il euſt ſur cette matiere
des Memoires qu'on eſt fort
ſeur qu'il n'a pas ,& qu'il ne
peut meſme avoir. Il dit que
la France ſera épuiſée cette
année,& tranche le mot avec
une certitude dont on ne doit
jamais ſe répondre dans les
choſes d'une aufli grande importance.
Le terme eſt court,
&je ne ſçay pas comment cet
épuiſement pourroit arriver,
ia France n'eſtant point affoiblie
depuis la derniere Guerre.
Le Roy la finit glorieuſement
, & aprés avoir triom
duTemps. 29
phé pendant fix années , il
foutint enfuite les efforts de
la plus grande partie des
Princes de l'Europe , & leur
ayant impofé la Paix , il fit
rendre aux Suedois tout ce
que le Roy de Danemark ,
& l'Electeur de Brandebourg
leur avoient pris . C'eſt un
fait public marqué dans toutes
les Hiſtoires , & qui n'a
pas beſoin de raiſonnemens
pour eſtre prouvé. L'Auteur
aprés s'eſtre ſervi du mot de
certain , pour ne point laiffer
douter que la France ne ſoit
* bien - toſt épuiſée , ajoûte
Ciij
30VIII. P.des Affaires
qu'on juge que cela ſera. C'eſt
ſe démentir d'un moment à
l'autre. Un homme qui aſſure
une choſe comme eſtant cerraine,
ne peut plus dire qu'on
juge qu'elle arrivera, puis que
juger , c'eſt raiſonner ſur les
apparences , qui font fort
fouvent trompeuſes, & qu'on
ne sçauroit juger de cette
forte , que de ce qui eſt incertain
avant que l'évenement
en ait décidé. Il n'y a
rien de folide en tout cela ,
& dire qu'on juge que la
France eſt ſur le point d'eſtre
épuisée , ne ſuffifoit pas pour
du Temps . 31
faire refoudre les Suiſſes à
rompre avec elle. L'Auteur
pretend que ce qu'il predit
ne peut manquer d'arriver ,
& il apporte pour raifons les
horribles dépenſes qu'il dit
que la France a faites , & la
maniere ſurprenante dont il
fuppoſe que ſes Finances font
tous les jours épuiſées . Si la
France a fait d'horribles dé
penſes , elles ont eſté à lever
des Troupes , & comme ces
Troupes coutent beaucoup
plus la premiere année que la
feconde , parce qu'aprés qu'-
elles font levées , il ne s'agit
C iiij
32 VIII. P. des Affaires
plus que de les entretenir ,
les dépenſes qu'on fait pour
les lever dans une année , n'épuiſent
point les Finances de
l'année ſuivante . Au contraire
, ces premieres dépenses
eſtant faites , on a moins beſoin
d'en faire d'autres ; &
comme les revenus du Roy
font grands , & qu'il peut les
augmenter par beaucoup de
juſtes voyes , au lieu d'inferer
que la France ſera épuiſéc
cette année , à cauſe des dépenfes
qu'elle a faites, on doit
conclurre qu'ayant fait tous
ſes armemens , & achevé de
duTemps. 33
fortifier toutes ſes Places, elle
pourra facilement les entretenir
les années ſuivantes .
S'il faut foutenir la guerre ,
elle y employera tous ſes
grands fonds , & toutes les
grandes reſſources qui ne luy
manquant jamais , luy ont
toujours donné lieu de fournir
à tout lors qu'on l'a creuë
épuiſée. Les refforts de la
France font incomprehenfibles
là-deſſus , & il eſt impoſſible
qu'on ne ſoit trompé
lors que l'on pretend approfondir
ſes Finances . C'eſt ce
qui a eſté cauſe que ſes En
34 VIII.P.des Affaires
nemis ont eſté ſi ſouvent batus
pendant la derniere guerre.
Ils s'éloignoient de la
Paix , parce que d'année en
année ils la croyoient hors
d'eſtat de continuer ſes grandes
dépenfes , & lors qu'ils
penſoient que ſes Finances
eſtoient preſtes à tarir , &
qu'ils avoient trové le fond
de l'abiſme , ils en voyoient
auſſi toſt jallir de groffes &
nouvelles ſources qui rompoient
toutes leurs meſures
& leur faifoient voir leur
ignorance. En effet , c'eſtoit
fort mal à propos qu'ils ſe
د
du Temps. 35
mefloient de juger d'une
choſe , qui embaraſſeroit même
la pluſpart des François ,
qui font employez dans le
maniement des Finances de
cet Etat. Ainſi ſi les Ennemis
mettent leur eſpoir dans
l'épuiſement de ſes Finances,
on peut affurer que leurs mefures
ſe trouveront fauſſes .
Il eſt vray que pour relever
leur eſperance , cet Auteur ,
aprés avoir dit , que la France
fera épuisée eette année
par les horribles dépenses qu'elle
a faites , ajoûte , & par la
maniere ſurprenante dont elle
36 VIII. P. des Affaires
épuise toutes ſes ſources de finances
. Voilà une choſe bien
legerement avancée , & qui
n'eſt ſoûtenuë d'aucune preuve.
Ce qu'il y a d'étonnant,
c'eſt que bonnes ou méchantes
, il ne ſe met pas meſme
en eftat d'en apporter. Il faut
qu'il foit bien perfuadé qu'on
le croira pour en uſer de la
forte. Cependant il ne dit rien
qui ne doive eſtre ſuſpect ,
& ce que je viens de vous
marquer touchant l'eſtat des
Finances du Royaume , fait
bien connoiſtre qu'il eſt impoſſible
qu'il ne ſe trompe
duTemps. 37
pas groffierement. Quand
cet Auteur a parlé des refſources
épuiſées , on n'y avoit
preſque point encore eu
recours , & les choſes ſe ſont
paſſées d'une maniere qui a
fait voir que le Roy en employant
ces reſources , obligeoit
plus ſes Sujets , que ſes
Sujets ne luy faifoient deplaifir.
On ſçait avec quel empreſſement
ils ont couru porter
leur argent au Trefor
Royal . Je ne le repete point,
l'ayant aſſez marqué& prouvé
ailleurs ; mais je me crois
obligé de dire icy , à propos
1
38 VIII. P. desAffaires
des reſources qui ſont inépuiſables
en France, qu'on vient
de paſſer au Parlement quelques
affaires qui produiront
de grandes ſommes au Roy.
Aucun Ecrit de Hollande
n'en a encore parlé ; mais
comme les Ennemis de Sa
Majesté ne manquent pas
d'empoisonner tour , & qu'-
ayant déja dit que ce Prince
épuiſe toutes ſes reſources, ils
auront occaſion de reprendre
cet Article , à cauſe du nouvel
argent qui va entrer dans
ſes coffres , je croy qu'en répondant
à ce qu'on a déja
du Temps . 39
dit ſur cette matiere , je ne
puis me diſpenſer de vous
parler des Edits qui feront
dire de nouveau à tous les
Ecrivains de Hollande , que
la France épuiſe toutes les
ſources de ſes Finances , &
qu'ainſi elle ſera épuiſée dés
cette année. Quand le Roy
n'auroit eu aucune guerre ,
auroit pu faire une partie des
choſes dont je vais vous informer
, puis que les unes
foulagent ſes Peuples , & que
les autres leur font plaifir.
Les Memoires qui ont eſté
donnez par les Commiſſaires
il
40 VIII. P. des Affaires
envoyez dans les Provinces
pour la reformation de la
Juſtice , ayant eſté examinez
dans le Conſeil du Roy , il a
trouvé qu'il ſeroit tres- utile à
ſes Sujets d'établir des Commiſſaires
aux Saifies réelles
dans les lieux où il n'y en a
point eu juſques à preſent ; &
à l'égard des lieux où ils
ont eſté établis, de retrancher
cette multiplicité d'Officiers
qui eſt toûjours à charge au
public , & de les reduire à un
ſeul. Ily avoit des Particuliers
nommez par les Juges , qui
quoy qu'ils ne fuſſent point
du Temps . 41
د
reveſtus de Charges , jouifſoient
des droits comme auroient
fait des Officiers titulaires,
cepédant perſonne n'en
recevoit le meſme avantage.
Enfin pluſieurs joüiſſoient des
droits attribuez aux Contrô
leurs , & aux Commis , ce
qui tournoit à la charge des
Sujets du Roy , ſans que Sa
Majesté en retiraſt aucune
finance. Il n'y a rien que de
naturel dans ce que le Roy a
reſolu ſur cet article. Il fait
du bien à ſon Peuple , & il
s'en fait ; & quand il auroit
eſté ſans guerre, il auroitvou-
D
42 VIII.P.des Affaires
lu la meſme choſe pour le
foulagement des intereſſez ;
j'entens de ceux de ſes Peuples
que ces affaires regardent ,
puis que les Commiſlaires
envoyez dans les Provinces
pour la reformation de la
Juſtice , avoient donné des
Memoires là- deſſus .
Quant à l'Edit portant
creation de fix cens mille
livres d'augmentation de gages
aux Officiers des Jurifdictions
Royales , c'eſt quelque
choſe de bien commode
pour eux , que de trouver à
rendre leurs charges plus cons
duTemps . 43
fiderables , en plaçant leur argent
,& d'en recevoir le revenu
en mefme temps que
celuy qu'ils recevoient auparavant
de leurs Charges.
A l'égard de la Declarationtouchant
les droits d'amortiſſement
, on n'en peut
lire le titre ſans connoiſtre
qu'elle eſt juſte , puis qu'elle
n'en pourroit avoir fi le mot
de droits n'y entroit pas.
Auſſi ces droits font ils des
plus anciens de la Couronne.
Ils ont eſté établis avant le
regne de Saint Loüis , & ce
Princeen a joüy. Il eſt juſte
Dij
44VIII.P.des Affaires
que dans une guerre de Religion
, où l'Egliſe eſt intereffée
, elle contribué à la
ſoûtenir , pour éviter la ruine
dont elle eſt menacée par
ceux meſmes , qui devroient
travailler à la maintenir avec
la meſme vigueur qu'ils travaillent
à ſa perte.
Pour ce qui regarde la creationdes
cinq cens millelivres
de rentes provinciales , la
bonté du Roy paroiſt de
deux manieres en cette occaſion.
Toute l'Europe jalouſe
s'eſtant unie pour obfcurcir
l'éclat de ſa gloire , ſes cof
du Temps. 45
fres doivent toûjours ſe trouver
remplis pour reſiſter à
tant d'Ennemis liguez , &
quand il peut charger ſes Peuples
de levées , & d'impoſitions
extraordinaires, il aime
mieux ſouffrir quelque diminution
de ſes revenus , que
de rien lever ſur eux. Il fait
plus ; il regarde à ne rien
faire qui n'aille à leur avantage
à meſme temps qu'il
agit pour luy , & aprés avoir
obligé la Ville Capitale en
creant des rentes ſur l'Hôtel
de Ville de Paris , il fait la
meſme grace aux Habitans
46 VIII.P.desAffaires
des Provinces qui ont de
l'argent à placer , & leur ofte
la peine de le porter à Paris ,
& d'y venir recevoir les arrerages
de leurs rentes
de commettre des gens pour
cela.
د
ou
On a ſupprimé les Offices
des Receveurs & Contrôleurs
des Octrois ; on les rembourſe
, & on en crée d'autres .
Perſonne n'eſt lezé dans les
ſuppreffions ,& dans les creations
, le peuple eſt ſoulagé ,
& les Affaires du Roy s'en
trouvent mieux . On a créé
auſſi deux Payeurs des gages
du Temps . 47
en chaque Bureau des Finanecs
, & quelques charges neceſſaires
dans la Generalité de
Mets , le nombre en eſtant
trop petit . Il n'y a point
d'impoſitions nouvelles dans
tout cela , ce ne ſont quafi
que des reglemens , qui doivent
d'autant plus faire admirer
l'eſprit , & la bontédu
Roy , & l'intelligence de ſes
Miniſtres , que lebien public
s'accorde dans toutes ces chofes
avec l'intereſt de Sa Majefté.
Ceux qui ſe meſlent de juger
des Finances de France
48 VIII.P. desAffaires
ſans qu'ils y ayent jamais rien
compris , peuvent voir parlà
qu'elles ne font pas en eſtar
d'eſtre épuiſées,&que le Roy
aura encore de quoy faire la
guerre l'année prochaine
puis qu'outre ſes revenus ordinaires
qui font grands , ſes
Finances groffiront par tous
les articles que je viens de
rapporter . D'ailleurs le Roy
ayant les coeurs de tous fes
Sujets , auroit encore leurs
bources , s'il arrivoit qu'il en
euſt beſoin .
Je reviens à la Lettre dont
j'ay entrepris de vous parler.
L'Auteur
du Temps. 49
L'Auteur dit , en parlant de
la France , les victoires precedentes
nefont-elles pas des affu
rances qu'elle doit estre vaincuë,
felon la loy des viciffitudes &
par la maxime que toutes les
armesfont journalieres ? Jamais
il n'y eut de raiſonnement ſi
peu juſte que celuy- là , &
dont onpuiſſe moins conclu-
're les conſequences que
l'Auteur en veut tirer. En
trois lignes il expoſe trois
choſes abſolument fauſſes .
On ne peut dire affirmative.
ment , que les victoires precedentes
de la Francefont des af-
E
50 VIII. P. des Affaires
furances qu'elle fera vaincuë.
Elle peut l'eſtre , il eſt vray ,
mais ſi elle éprouve ce malheur,
ce ne ſera point à cauſe
des victoires qu'elle a remportées.
Il n'eſt point ſeur
qu'un Prince qui a eſté pluſieurs
fois vainqueur , perdra
une bataille , parce qu'il en a
gagné d'autres . Sila certitude
en eſtoit telle qu'elle ne
puſt eſtre revoquée en doute,
il n'y a point d'homme qui
vouluſt embraſſer le meſtier
de la guerre , puis qu'en le
faiſant il s'expoſeroit à des
chagrins aſſurez , car ou il ne
du Temps. SE
pourroit douter qu'il les efſuyeroit
d'abord , ou s'il eſtoit
aſſez heureux pour les éviter
dans ſes premieres Campagnes
, il feroit ſeur d'eſtre
vaincu dans la ſuite. S'il y
avoit quelques raiſonnemens
à faire fur les victoires de la
France dont l'Auteur demeure
d'accord , c'eſt qu'il y a
beaucoup d'apparence qu'ayant
toûjours esté victorieuse , elle le
fera encore parce que c'est la
mesme Nation qui combat,qu'elle
a toûjours la mesme valeur ,
la meſme conduite ,le mesme zole
pourfon Prince ,& que c'est
E ij
52. VIII.P. des Affaires
toûjours ſous fes drapeaux , ſous
ſes ordres , &fous fon beureuſe
étoile qu'elle combat. Voilà ce
que l'on peut inferer fans le
devoir affurer pourtant , puis
que le fort des combats eſt
entre les mains de Dieu , &
nonpas dire en decidant , que
les victoires precedentes de la
France font des affurances qu'elle
doit estre vaincuë. L'Auteur
ajoûte,felon la loy des viciffitudes.
C'eſt à luy à nous expliquer
ce que c'eſt , que cette loy
des viciffitudes. Il eſt vray
qu'on voit des viciffitudes
dans le monde , mais tous
du Temps. 53
ecux qui ont vécu juſques à
prefent, & qui font encore
fur la terre , ne les ont pas
éprouvées.La choſen'eſtdonc
pas fugenerale qu'elle ne fouffre
quelque exception ,&dés
qu'il y a de l'exception , il n'y
a point de loy , c'eſt àdire,
que quoy que tout homme
puiſſe éprouver des viciffitudes
, il n'y a point de loy qui
porte qu'il en effuyera infailliblement.
On voir tous les
jours des gens qui ont gagné
de grands biens , & ils meurent
ſans que la fortune qui
les avoit élevez leur ait fait
E lij
54 VIII. P.des Affaires
fouffrir aucun revers pour
les abaiffer . Enfin , l'Auteur
dit que la France fera vaincuë
par la maxime que toutes les
armes font journalieres . Il eſt
vray qu'on dit par une eſpece
de proverbe que les armesfont
journalieres , parce qu'on a
fouvent reconnu qu'elles l'étoient
, mais ce n'est pas à
dire qu'elles doivent l'eſtre
neceſſairement pour tout le
monde. On a veu des Capitaines
qui n'ont jamais eſté
vaincus , & des Etats toûjours
floriſſans , & quand ils ne
pourroient s'exempter d'en
du Temps 55
durer quelques revers , l'Auteur
, à moins que d'avoir cu
des revelations , ne peut aſſurer
que la France ſera vaincuë
cette année,puis que ſon bonheur
pourroit ne changer de
fort long- temps . Aprés avoir
aſſuré , il ſe dément comme il
a fait dans d'autres Articles ,
& pourſuit en difant : faut-il
eftre grand Prophete pour voir
que la France perira toft ou tard
dans cette affaire ? Elle devoit
tout à l'heure perir cette année
, à prefent c'eſt toſt ou
tard . Cela pourra aller encore
loin; un temps indeterminé
E iiij
56 VIII. P. des Affaires
eft fouvent longà venir.Auffi
les Suiffes n'ont-ils point
écouté ces raiſons , quoy
qu'elles viennent d'un homme
qui ſe meſle de prophetifer.
Ildit que nos Generaux
font morts . Il eſt vray que la
France a perdu de grands Capitaines
, mais il s'en eſt toûjours
trouvé depuis le commencement
du monde qui
ont ſuccedé les uns aux autres.
Le commandement &
Jes occafions font le General,
Depuis Alexandre & Cefar ,
tous les fiecles ont produit
des Capitaines que leur repu
duTemps . 57
tation nous fait eftimer , & il
y a un fort grand nombre
d'Officiers Generaux en France
, qui font beaucoup plus
capables de commander des
Armées en Chef , que tous
les Generaux de nos Ennemis.
L'aveuglement de cet
Auteur va juſques à dire , que
le Prince d'Orange eſt un
grand Capitaine , dans le
temps qu'il veut abaiſſer les
Generaux de France. Un
grand Capitaine peut perdre
des Batailles , & lever des
Sieges , & les choſes ſe trouvent
quelquefois dans une
58 VIII. P. des Affaires
fituation , où il luy ſeroit impoſſible
de vaincre à moins
d'un miracle ; mais ce n'eſt
pas par les pertes continuelles
qu'on peut meriter le nom
de grand Capitaine , & qu'on
l'a jamais acquis. Ainfi on ne
peut donner ce nom au Prince
d'Orange , qui n'eſt connu
que par des Batailles perduës,
& par des Sieges levez . Mafftric
, Charleroy , la Bataille
de Caffel , & pluſieurs avantures
auſſi peu glorieufes que
celles - là en font foy , &
comme il n'a jamais réüffi
dans aucune , il eſt à croire
du Temps. 59
que s'il euſt falu tirer ſeule
ment un coup de mouſquet
pour faire réüffir celled'Angleterre
, il n'auroit pû en
venir à bout. Il eſt plus habile
dans le Cabinet que l'épée
à la main , parce qu'il
facrifie tout à ſon élevation ;
mais il a beau mettre tous
les refforts de la Politique
en uſage ; nous ne ſommes
plus au temps où les Eſpagnols
reparoient par des
coups de Cabinet , les pertes
que leur cauſoient les armes
de France. La France eſt aufr
politique que guerriere ſous
60 VIII. P. des Affaires
le regne du Roy , & il n'eſt
pas aujourd'huy plus aiſé de
la vaincre dans le Cabinet
que les armes à la main .
L'Auteur , après avoir fair
paffer le Prince d'Orange
pour un plus grand Capitaine
que tous les Generaux qui
commandent les Armées du
Roy , fans l'avoir pu perfuader
aux Suiſſes , comme l'évenement
l'a fait voir, dit en
parlant des Cantons , Qu'ils
laiſſent lever des Troupes chez
eux , & revenir celles de France
, on les payera bien . Le papier
fouffre tout ,& les cho-
1
duTemps. 61
ſes les plus impoſſibles y ſont
exprimées ainſi que les plus
faciles. Qui feroit celuy des
Alliez qui payeroit les vingtquatre
mille Suiſſes , ou environ
, qui font en France ,
&les nouvelles levées , dont
parle cet Ecrivain ? Scroitce
l'Empereur ? Sa puiſſance
eſt bien bornée ſans les ſecours
de l'Empire , & il y a
plus d'un Electeur plus puiffantque
luy,&qui peutmettre
plus deTroupes ſur pied. Les
Suiſſes luy couteroient trop ,
& fa Quaiſſe Militaire n'eſt
pas affez bien remplie pour
62 VIII. P.des Affaires
en pouvoir payer un ſi grand
nombre. Il n'y a point de
Souverain en Allemagne qui
le puſt faire, & tout le revenu
de celuy qui le voudroit
entreprendre n'y ſuffiroit pas .
Onrépondra peut eſtre acela
que toute l'Allemagne enſemble
pourroit faire cet effort.
Je veux que cela ſe puiſſe
, mais les Suiſſes auroient
bien des Maiſtres , qui ſeroient
toujours fort emprefſez
à leur commander , &
fort pareſſeux à leur donner
de l'argenr. On feroit affez
embaraffé à leur, affigner des
1
du Temps. 63
quartiers d'hiver , & la Diete
de Ratiſbonne auroit beaucoup
d'occupation à lire les
Memoires de ceux qui croiroient
avoir des raiſons pour
s'en faire décharger , de forte
qu'ils ſe trouveroient peureſtre
à charge à leur Pays.
Mais je ſuppoſe qu'ils foient
bien payez , & que rien de
tout cela n'arriveroit tant
qu'ils ſeroient à la ſolde des
Alliez, ils n'y pourroient eſtre
que pourun temps. Les guerres
ne font point éternelles ,
fur tout lors qu'elles font
violentes , & quand celle qui
64 VIII. P. des Affaires
trouble aujourd'huy toute
l'Europe ſeroit finie , les
Suiſſes demeureroientà loüet,
& ne trouveroient perſonne
qui ſe vouluft charger d'une ſi
groffe dépenſe , particulierement
dans un temps où leur
ſervice ſeroit inutile. La Francequ'ils
auroient abandonnée
pendant la guerre, auroit
raiſon de ne pas vouloir des
Troupes ſi cheres dans un
temps de Paix, & qui auroient
quitté ſon ſervice quand elles
auroient pu luy eſtre utiles.
Il n'y a donc que la France
qui les puiffe accommoder ,
duTemps. 65
puis que non ſeulement elle
les garde en tout temps, mais
encore que les Officiers y
peuvent faire fortune , &
qu'ils y reçoivent des récompenſes
ſuivant leur merite ,
& leur valeur , que les autres
Souverains ne pourroient
donner › ny fi grandes , ny
en ſi grand nombre , ny fi
long-temps.
L'Auteur pourfuit en difant
aux Suifles , Laiffez les paffages
ouverts , lesAlliez payeront
ce qu'ils prendront en paffant.
Erplus bas.Si les Armées paffent
chez vous , vous n'aurez
F
66 VIII. P. des Affaires
que de beaux jours. Voilà de
foibles raiſons pour engager
un Etat à rompre avec un
Prince auffi puiſſant que le
Roy , & dont l'alliance luy
eſt d'une utilité que l'on ne
pourroit trouver ailleurs. Cependant
les Suiſſes doivent
rompre , & entrer en guerre
avec la France , parce que les
Allemans payeront bien en
paſſarit fur leurs terres. En
verité les Suiſſes ont tort de
ne ſe pas rendre à de ſi fortes
raiſons. Je ne ſçay fi
quand il ne tiendroit qu'à
cela qu'ils manquaſſent à leur
du Temps. 67
۱
Traité, les Allemans pourroient
s'empeſcher de piller
en paſſant ſur leurs terres.
On ſçait qu'ils ne laiſſent pas
meſme les portes& les feneſtres
dans tous les lieux où
ils paſſent. Ils en ont de tout
temps ufé de cette maniere ,
&il eſt mal- aiſé que des Soldats
qu'on ne diſcipline pas
comme on veut , quittent
une vieille habitude qui leur
ſert d'amorce pour le métier
de la guerre. Ainfi c'eſt un
paradoxe de dire que leur
paſſage donnera de beaux
jours aux lieux où leur mar
Fij
68 VIII. P. desAffaires
che ne doit cauſer que de
l'épouvante.
L'Auteur voulant répondre
à ce que diſent les Suiſſes ſe
fait faire cette objection par
cux.C'est une affaire de Religion
dites- vous. Les Calviniſtes de
France esperent s'en prevaloir ,
pourse faire rendre leurs Temples
leurs Edits. Voilà déja un
Roy Catholique chaffé de fon
Royaume. C'est à quoy nous ne
donnerons jamais les mains,
c'est la raison pourquoy nous n'avons
pas voulu répondre à la
Lettre que le Roy Guillaume a
écrite aux Cantons,
:
duTemps. 69
Il ſeroit mal- aifé de faire
un éloge qui fuſt plus gloricux
aux Suiffes . On connoiſt
par là qu'ils font plus
ſages , & plus équitables que
tous les Princes Catholiques
de l'Europe ; que les Cantons
Catholiques ont plus de religion
qu'on n'enadansRome,
&que les Proteftans ont plus
de prudence , & entendent
mieux leurs affaires que tous
les Princes Proteſtans ; enfin
que les uns & les autres font
amis de la juſtice , & de la
paix ; que les Catholiques.
ne veulent point contribuer
70 VIII. P. desAffaires
à la deſtruction de leur Religion
, & que les Proteſtans
voyant bien que toutes les
Ligues d'aujourd'huy ne fe
font que pour affermir l'autorité
d'un Ufurpateur , afin
dedonnerun nouvel Ennemy
àla France , refuſent d'entrer
dans ce party pour ne pas rendre
leur memoire odieuſe à la
poſterité,eſtant certain qu'on
ne peut eſtre dans les intereſts
du Prince d'Orange ſans
favoriſer la plus injufte uſurpation,
dont on ait peut- eſtre
encore entendu parler. Si un
voleur eſt criminel lors qu'il
duTemps. 71
vole des paſſans qu'il ne connoiſt
point , ſon crime eſt encore
plus énorme , & puny
avec bien plus de rigueur lors
qu'il s'attaque à ſon ſang&
à ſon amy. C'eft ce qui fait
que le crime du Domeſtique
qui vole ſon Maiſtre
eft moins pardonné. L'Auteur
qui contrefait le Catholique,
croyant n'eſtre pas connu
, pourſuit de la forte. En
verité , mon cher Monfieur , je
fuis auſſi bon Catholique que
vous , mais au nom de Dieu ne
nous piquons pas d'eſtre plus Catholiques
que le Pape. Laiſſons
72 VIII. P. des Affaires
nous conduire par le Chefde l'Eglife
, & neſoyons pas plusfages
que l'Empereur &le Roy
d'Espagne. On ne peut s'em-
P p
eſcher de s'arreſter aprés que
l'on a lû cet endroit , & de
faire voir par un filence qui
marque l'étonnement où l'on
eſt ,combien on eſt indigné
qu'on ofe alleguer de pareil.
les choſes. Voila de ces endroits
imprudens qui écha
pent à Me Jurieu fans refle
xion ,& dont il eſt ſi ſouvent
blamé par fes Amis. Sa demangeaiſon
d'écrire eſt cauſe
qu'il fait plus de tort à fon
party
1
du Temps 73
party qu'il ne le fert ,& qu'il
découvre ce qu'on veut tenir
caché. Enfin cet article eſt
tellement clair , & fait connoiſtre
ſi bien l'union de la
Cour de Rome avec les Proteſtans
, que je ne vous en diray
rien, érant perfuadé que
vous vous en direz aſſez à
vousmeſme. Etque pourroiton
dire de plus ? Il prouve en
fix lignes , ce que je n'ay pu
mettre dans ſon jour que par
des Lettres entieres. L'Auteur
pourſuit par ces mots
avec la meſme imprudence.
Jamais on ne croira que vous
G
74 VIII.P. des Affaires
Soyez perfuadez qu'une Partie
dont l'Empereur & le Pape ſont
comme les Chefs , foit formée
contre l'Eglife Il eſt vray qu'on
ne devroit pas le croire , tant
cettePartie eſt extraordinaire;
mais quoy que l'Auteur avance
, ſans ſe mettre en peine
d'en donner aucunes preuves,
qu'elle n'eſt point formée
contre l'Eglife , il eſt neanmoins
conſtant que l'Eglife
en peut fouffrir , & qu'elle
eſt beaucoup expoſée , puis
que les Proteftans qui font
unis avec la Cour de Rome ,
& la Maiſon d'Autriche , ne
du Temps . 75
peuvent avoir les ſuccés que
cette Cour & cette Maiſon
leur ſouhaitent , ſans que la
Religion Catholique foit entierement
ruinéeen Angleterre
, & fort affoiblie en France.
Je l'ay prouvé dans mes Lertres
precedentes , & les Suifſes
l'ont crû de la meſme forte
, ſuivant leurs paroles que
l'Auteur a rapportées , & que
vous venez de lire. Aprés cela
, il veut engager les Suiſſes
par des raiſons d'impuiſſance
à ne ſe pas piquer d'eſtre fermes
, & voicy ce qu'il leur
dit. Venons au fond de vostre
A
Gij
70 VIII.P.des Affaires
difficulté. Deux choses vous
choquent , l'expulsion du Roy
d'Angleterre , & l'invasion du
Prince d'Orange. Mais ditesmoy
, eftes-vous capables , de
meurant feuls , de remedier à un
fi grand mal ? L'Empereur & le
Pape ne jugent pas à propos d'y
travailler, & vous voulez l'en.
treprendre. N'est- ce pas fe mocquer
du monde ? Les Sages neſe
taiſſent ils pas aller au torrent
quand ils ne peuvent refifter ?
Ne tire-t-on pas la lumiere des
tenebres , & les remedes des poi
Sons ? Il y abeaucoup de bonne
foy dans cet article , &
du Temps. 77
P'Auteur avouë fans y penſer,
que ce que le Prince d'Orange a
fait en Angleterre , est une invasion.
Il confeſſe que c'est un
grand mal pour la Religion , &
demeure d'accord que le Pape,
& l'Empereur n'y veulent pas
remedier. Ainſi quand il veut
perfuader aux Suiſſes de pren
dre le party qui eſt oppofé
aux intereſts de la France , ce
n'eſt point à cauſe que la
Cour de Rome , & l'Empereur
ne travaillent pas à perfecuter
la Religion , au contraire il
en convient , & ne leur conſeille
de ſe joindre à ce party,
Giij
78 VIII. P. des Affaires
que parce qu'ils nefont pas capables,
demeurantſeuls,de remedier
à un si grand mal , & qu'il est
de la ſageſſe de ne refifter pas au
torrent. Il n'y a rien à répondre
à cela , & j'aurois bien de
la peine à m'expliquer plus
nettement pour faire voir
que la Religion Catholique
fouffre, & que la Cour de Rome
, & la Maiſon d'Autriche
en ſont cauſe. Je diray donc
feulement à ceux qui s'obſtinentànier
cette verité, qu'ils
n'ont qu'à lire ce qu'a écrit
la-deſſus M Jurieu ,& qu'ils
n'en pourront diſconvenir ,
r
du Temps. 79
puis qu'un Miniſtre ſi zelé
pour la Religion Proteftante
en demeure d'accord .
Je ne comprens pas bien les
dernieres lignes de l'Article
que je viens de rapporter, où
il y a , ne tire- t-onpas la lumiere
des tenebres , & les remedes des
poiſons Cepedant malgré l'obſcuriré
de cet endroit , il me
paroiſt que l'Auteur veut dire
que ſi l'on fait du mal à la Religion
Catholique, c'eſt pour
en tirer un bien ; mais il s'agit
d'un mal fait , & puis qu'il
eſt fait , il eſt réel , au lieu
que lebien que l'on en pre-
G iiij
80 VIII.P. des Affaires
tend tirer , peut n'eſtre qu'imaginaire.
Il eſt meſme impoffible
qu'un ſi grand mal
produiſe jamais un bien ,
mais comme la France en fe
mettant à couvert des infultes
qu'on luy veut faire , en
garantira la Religion , elle
empefchera l'augmentation
du mal que 1 Egliſe ſouffriroit
, fi elle eftoit accablée
par ſes Ennemis.
L'Article que vous allez
lire eſt du meſme caractere
que le precedent. Uniffezvous
avec le Pape & l'Empereur
. Il mesemble que vous ne
1
du Temps. 81
ferez pas en danger de pecher
contre les devoirs des Catholi
ques , ſous les Chefs du Chriftianisme
pour le Spirituel &
pour le Temporel. Si c'est par
confcience que vous ne voulez
pas entrer dans l'Union , qui
peut dégager vostre confcience.
plus ſcurement que celuy qui
donne les Diſpenſes , &qui est
le maistre des Cas de confcience?
Il y a lieu de croire en conferant
cet Article avec les
precedens qui parlent du Pape
, que cet Ouvrage n'eſt
fait que pour prouver l'union
de la Cour de Rome avecles
82 VIII. P. des Affaires
Proteftans . Quant aux Dif
penſes,& aux Cas de confcience
, dont l'Auteur dit que le
Pape eſt le maiſtre,il faut examiner
ſi l'affaire eſt temporel -
le ou ſpirituelle ; car enfin le
pouvoir du Pape eſt limité ,
& il y a des chofes qui ne le
regardent en aucune maniere.
Il eſt impoſſible que le Pape ſe
foit uny contre le Roy , parce
qu'il croit que c'eſt un Prince,
méchant Catholique , qui a
perdu dans ſon Royaume les
affaires de la Religion , & qui
les gâte ailleurs. Si ces mo.
tifs faifoient agir le Pape , il
duTemps. 83
:
ne voudroit pas s'unir avec les
Proteftans . Il eſt donc conſtant
que ce n'eſt point pour
cela qu'il s'eſt ligué avec eux,
& que bien que la Religion
en ſouffre , il n'entre point
de Religion à ſon égard dans
cette Ligue ; mais il veut
abaiſſer la gloire de la France,
quoy qu'il en puiffe couſter à
l'Eglife. Or fi Sa Sainteté ne
ſe ſert point du motif de la
Religion dans cette affaire ,
elle eſt purement temporelle
& humaine , & le Pape agifſant
alors comme Prince temporel
, ne doit plus eſtre re
84 VIII.P. des Affaires
gardé que comme tel par ceux
contre qui il ſe declare. Ainfi
il ne peut agir comme Pape,
& n'a pu donner de Bulles
au Prince Clement pour l'Electorat
de Cologne , puis
qu'il ne peut les avoir données
que comme Prince temporel
, parce qu'il s'agiffoit
d'une affaire temporelle , &
de chagriner la France qu'on
n'attaquoit point pour le fait
de la Religion , mais parce
que la puiſſance de ſon Souverain
fait ombrage , & que
le Roy a voulu foutenir les
droits de ſa Couronne , qu'il.
du Temps,
atrouvez établis à Rome. Ge
n'eſt pas que quand il ne ſe
ſeroit agy que du ſpirituel
dans l'affaire de Cologne, les
Bulles fuffent bien données.
M' le Cardinal de Furſtemberg
eſtoit Coadjuteur dans
toutes les formes , & preſque
tout d'une voix , & il avoit
enſuite eſté nommé Electeur
à la pluralité des fuffrages.
J'ay trop difcuté cette matiere
pour chercher à la rebattre.
Ainſi je paſſe à cer
autre Article de la Lettre.
Suppofons que les Princes Protestans
dovinſſent affez confi
86 VIII.P.des Affaires
derables dans cette affaire pour
rétablir leur Religion en France,
je vous prie , dites- moy un peu
ce que cela nous importe à vous
&à moy , & en general à tout
le Party Catholique. Il y a une
grande diſtinction là-deſſus
entre les uns & les autres.
Il a raiſonde dire, qu'il n'importe
aux Proteftans , ny à
luy , qu'on rétabliſſe la Religion
Proteftante en France.
Si on ne vient pas à bout de
ce deſſein, ils ne ſe trouve,
ront ny en pire , ny en meilleur
eſtat , mais s'ils réuſſiſent
dans la reſolution qu'ils
du Temps. 87
ont priſe là- deſſus , ils n'en
demeureront pas là. On ſçait
dequelle maniere les Protef
tans ont accoutumé d'agir
quand ils font les maiſtres ;
ainſi tout ſeroit à craindre
pour les Catholiques. Mais
ſuppoſons qu'on en demeu.
raft au rétabliſſement qu'on
s'eſt propoſé , ſeroit- il bien
glorieux au Pape d'en eſtre
la cauſe ? Il voit clairement
qu'il luy feroit imputé , puis
que la Ligue qu'il a excitée
n'a point d'autre but. Il ne
peut dire qu'il ne le ſçait pas,
aprés les foins qu'elle prend
88 VIII.P.desAffaires
de le faire publier par mille
Ecrits ; mais ce qui doit le
convaincre là-deſſus c'eft
que la France dont il cherche
l'abaiſſement , ne peut
eſtre dans l'eſtat où il la ſouhaite,
fans que le rétabliſſement
dont je parle arrive.
Son abaiſſement, & le triomphe
de la Religion Proteſtante
chez elle , ne peuvent
eſtre ſeparez , & puis qu'il
faut neceſſairement , ou que
la France triomphe encore de
ſes Ennemis , ou que la Religion
Proteftante y rentre
victoricuſe , Sa Sainteté cuſt
du Temps. 8)
beaucoup mieux fait de ne
point exciter la Ligue , puis
que de quelque maniere que
tournent les affaires , Elle aura
toûjours le chagrin ,
ou de
n'avoir pas réüſſi dans ſon
deſſein d'abaiſſer la France ,
ou de voir que le triomphe
de ſa vangeance , ſera celuy
de la Religion Proteftante.
L'article que vous allez
lire de la meſme Lettre ,
confirme ce raiſonement. Puis
done qu'on nesçauroit empefcher
les Huguenots d'eſtre au monde,
il vaut mieux qu'ils soient en
France qu'ailleurs. Quel interest
H.
90 VIII. P. des Affaires
6
avons nous qu'il n'y ait qu'une
Religion en France au lieu
de deux ? S'il nous estoit poſſible,
nous devrions y en mettre dix..
Ce font des ſemences de divifion
qui cauſent des Guerres
Civiles , & qui occuperoient
toute cette remuante Nation .
On doit remarquer d'abord
que Mª Jurieu s'oublie. Il a
voulu paroiſtre Catholique
au commencement de ſa Lettre
, mais en ſe joignant dans
cet Article aux Proteftans par
le mot de Nous , il découvrece
qu'il avoit envie de cacher.
On n'est pas encore
r
du Temps . 91
preſt de voir en France les
Guerres Civiles que ce Miniſtre
nous ſouhaitte. Le Roy
y eſt trop aimé , & les affaires
de ſon Etat ſont dans une
trop bonne ſituation pour
laiſſer croire que ſes Ennemis
auront ce plaifir. - Les ſouhaits
de la Cour de Rome ne
feront jamais accomplis làdeſſus
, & il n'y a pas d'apparence
que le Pape vive affez
long- temps pour voir des
defordres de cette nature.
Comme Chef de l'Eglife , 11
ne les devroit pas ſouhaiter,
puiſque la Religion en foufre
Hij
92 VIII. P. des Affaires
toujours , mais comme il a
toute la politique d'un Prince:
temporel , & qu'il agit de
meſme , il ne faut pas s'éton
ner s'il eſt dans les meſmess
ſentimens que ceux à qui des
motifs humains font ſouhaiter
l'abaiſſement de la France..
Ceque l'Auteur avoue dans
l'Article qui ſuit eſt digne de
remarque. Il est certain que
c'est aux mouvemens pour cause
de Religion , que l'Europe eft
redevable de l'heureuse conjon-
Eture où ellese trouve , favorable
au recouvrement de sa liberduTemps.
93
1
té. Les Princes protestans indi--
gnez du mauvais traitement
qu'on fait à leur Religion , ont
remué les efprits. Le Prince
d'Orange a trouvé là dedans de
la raison , ou le pretexte de fes
demarches . It eft donc clair que
le pretexte de vostre zele làdeſſus
, ne peut estre fondé, ny
fur les interests de l'Eglife , ny
Sur ceux de l'Etat. Pendant:
que la Cour de Rome & la
Maiſon d'Auſtriche s'effor--
cent de faire croire que cette
Guerre n'eſt point uneGuerre
de Religion , les Princes Pro.
teſtans leurs alliez le publiene
94 VIII.P. des Affaires
chez eux , & dans toute l'Europe
, puiſque c'eſt le publier
que de ſouffrir qu'on l'écri
ve , qu'on l'imprime , &
qu'on le debite dans toutes
les Cours. Je ne pretens
point faire voir par des conſequences
tiréesde cet article ,
que la guerre d'aujourd'huy
eſt une guerre de Religion .
Cela eſt expreſſement marqué
dans deux endroits, dont
I'un porte ; Il est certain que
c'eſt aux mouvemens pour cause
de Religion , &c. & l'autre ,
les Princes Proteftans indignez
du mauvais traitement qu'onfai
4
du Temps. 95
foit à leur Religion , ont remué
c. Voilà donc les Princes
Proteftans , ſuivant ces termes
qui font formels , les armes
à la main , pour cauſe de
Religion, & ce n'eſt plus pour
abaiffer la gloire , & la trop
grande puiſſance de la France.
Que devroit- il arriver de
cela , & par qui la France
devroit- elle eſtre ſecouruë ? Il
n'y a perſonne qui ne convienne
que quand la Religion
eſt attaquée , le Chefde
l'Egliſe doit embraffer fon
party. La raiſon , la justice ,
P'intereſt de cette Eglife, tour
96VIII. P. des Affaires
le veut , tout le demande.
Que fait la Cour de Rome ?
Elle voit d'un coſté la France
attaquée & menacée de
ruine par tous les Princes Proteſtans
, parce qu'elle a banny
l'hereſie de ſes Eſtats ,que
le Roy a fait ce que ſept de
ſes Predeceſſeurs n'ont pu faire
, & qu'enfin en faiſant
triompher la Religion Catholique
, il a fait triompher
Rome , & merité du Chefde
l'Egliſe tout ce qu'un Fils qui
a ſçû vaincre pour elle , a fujet
d'attendre d'applaudiffemés
&de ſecours.C'eſt ce que
Rome
du Temps. 97
Rome ne ſe peut cacher; mais
pendant que d'un coſté elle
voit ce Prince attaqué par les
Proteftans , elle voit de l'autre
que la Maiſon d'Auſtriche
pour qui elle s'intereſſe ,
veut faire la guerre à Sa Majeſté
, pour abattre ſa puiſſance
qui luy fait ombrage. La
Maiſon d'Auſtriche dit pour
ſe juſtifier que les affaires de
Religion ne l'obligent point
d'attaquer la France , & cela
eſt aſſez vray- ſemblable ; mais
cependant elle s'unit aux
Princes Proteftans , qui n'ont
que ce motif de Religion ,
I
98 VIII. P. des Affaires
pour faire la guerre au Roy.
Lequel vaut mieux , & qu'importe
que la Maiſon d' Auſtriche
attaque directement la
France pour fait de Religion ,
ou qu'eſtant unie avec ceux
qui ne la veulent ruiner que
par ce motif, elle triomphe
avec eux ? Il n'y a perſonne
qui ne demeure d'accord
qu'on n'y peut trouver de difference
, & qu'encore que la
Maiſon d'Auſtriche ne mette
pas dans ſes Manifeſtes que
la guerre qu'elle a avec la
France eſt une guerre de Religion
, elle agit neanmoins
f
duTemps . '99
(
pour prendre part au triomphe
de ceux qui attaquent la
Religion Catholique , comme
on voit que ces derniers
s'en vantent, & ne peut remporter
de victoire conjointement
avec eux , que la veritable
Religion n'en fouffre
beaucoup , & qu'un grand
nombre de Catholiques , qui
pourroient eſtre employez
contre les Infidelles , ne periſſent
dans cette guerre.
Qu'a fait la Cour de Rome
en voyant les affaires dans
cette ſituation , ou plûtoſt ,
que devoit-elle faire ? Elle
I ij
100 VIII.P.des Affaires
devoit travailler à remettre
l'union entre les Princes Chreſtiens
, puis qu'elle n'eſt établie
que pour cela. Elle devoit
facrifier tous les intereſts
humains qui pouvoient
la faire agir. Il auroit eſté
glorieux au Pape d'oublier
qu'il eſt né Sujet d'Eſpagne .
& fon premier Miniſtre eſtant
Genois , il devoit craindre
de trop déferer à ſes conſeils.
Laplace qu'il tient ſur le Trône
de S. Pierre , luy faiſoit un
devoir indiſpenſable de travailler
pour la gloire de l'Eglife
& pour fon accroiffe
duTemps . JOL
ment. S'il vouloir agir en
vray Pere des Chreſtiens , il
falloit qu'il s'employaſt de
tout ſon pouvoir à mettre la
paix entre tous les Princes
Catholiques , & s'il ne pouvoit
en venir à bout , du
moins il ne devoit pas groffis
le party de ceux qui font unis
avec les Princes Proteftans ,
puis qu'il eſt impoſſible qu'ils
triomphent fans que la Religion
Catholique en fouffre
cruellement , & fans qu'elle
faſſe de fort grandes pertes.
Cependant la Cour de Rome
, non ſeulement s'eſt jet-
I nj
102VIII.P.des Affaires
tée dans le party où les Pro
teſtans l'emportent par le
nombre , mais elle a excité
l'orage , elle a lié la partie ,
ellea confeillé , elle a exhorré
, elle a contribué de ſes
deniers , & fçachant que des
Bulles données à un Prince
dqeusi n'avoit pas la pluralité
des voix , cauſeroient des differens
que l'on ne pourroit
accommoder , elle a accordé
ces Bulles , fi fatales à la Religion
Catholique ,& fi avantageuſes
à la Proteftante, puis
qu'elles leur ont mis les armes
à la main aux uns & aux
duTemps. 103
autres , & qu'elles font caufe
que les Princes Catholiques
ſe ſont joints aux Princes
Proteftans ,quoy que l'armement
de ces derniers n'ait
point d'autre but que la
deſtruction de la Religion
Catholique.
L'Article qui fuit vous
Дис ,
furprendra. Le Pape , le Grand
& la Republique de
Genes pourroient joindre leurs
Vaisseaux à ceux d'Espagne ,
d'Angleterre & de Hollande.
Ils y font mesme obligez aprés
l'alliance que leRoy de France
vient de faire avec les Alge
Riiij
104 VIII.P.desAffaires
riens , les Ennemis communs de
l'Italie , & de toute la Chreftienté.
Le Roy Tres- Chrestien
travaille à faire une Ligue offensive
e défenſive avec le
Turc , & en attendant que cela
foit fait , it en fait une autre
avec les Algeriens , qui luy doivent
donner trente Vaisseaux
pour joindre sa Flote. C'eſt
affeurement quelque choſe
de nouveau que d'entendre
un Proteftant , dire aux
Suiſſes pour les engager à
rompre avec la France
Ie Pape fournira des Vaiffeaux
, & qu'il les joindra à
, que
du Temps . 105
ceux d'Angleterrre & de
Hollande , puis qu'on n'a
point encore oüy parler des
Vaiſſeaux de Sa Sainteté .Mais
quoy qu'on ſçache qu'Elle est
favorable aux Proteftans qui
ſe reſſentent del'argent qu'Elle
donne à l'Empereur , Elle
ne voudroit pas que ſes forces
paruſſent ſi viſiblement
jointes à celles de l'Ufurpateur
d'Angleterre , & fi l'on
veut engager les Suiſſes à faire
la guerre au Roy , on s'y
prend bien mal lors qu'on
pretend leur perfuader que les
Vaiſſeaux du Pape feront une
106 VIII.P.desAffaires
grande diverſion , auffi-bien
que ceux du Grand Duc. Outre
que les forces Maritimes
de ce Prince ne conſiſtent
qu'en quelques Galeres , qu'il
joint genereufement tous les
ans aux forces Venitiennes ,
pour faire la guerre aux Infidelles
, & qu'ainſi elles ſont
plus utiles à la Chreftienté
que ſi elles ſervoient à la deftruction
des Catholiques , on
fçait que le Grand Duc n'a
jamais voulu prendre part .
dans aucun des differens de
l'Europe , & qu'il eſt perfuadé,
que le repos de ſes Etats
du Temps . 107
- dépend de la neutralité qu'il
conſerve exactement. Quant
àGenes , cette Republique eſt
- preſenrement trop fage &
trop convaincuë qu'elle auroit
licu de ſe repentir un
jour de ce qu'elle feroit aujourd'huy
contre la France ,
pour ofer rien entreprendre
qui luy fuſt contraire. Ce que
l'on allegue des Algeriens ,
n'a aucune vray- ſemblance ,
&jamais on n'a rien dit de ſi
faux. Comment le Roy auroit-
il fait alliance avec ces
Corſaires , & comment luy
- donneroient - ils trente Vaif-

108 VIII.P. des Affaires
mo- ſeaux , puis que dans le
ment que je vous écris , il n'y
a encore ny Paix ny Tréve
avec eux , & quand l'une ou
l'autre ſe concluroit avant
que vous receuffiez ma Lettre
, M' Jurieu n'auroit pas
laiſſé d'impoſer , puis qu'il n'y
avoit ny Paix ny Tréve lors
qu'il a écrit ſi affirmativement
. Ce n'eſt pas que quand
on auroit à conclure l'une ou
l'autre , ou que le Traité ſe
concluft preſentement , le
Roy fiſt alliance avec eux ,
& vouluſt en recevoir trente
Vaiſſeaux. Outre qu'ils ne
duTemps. 109
font pas affez puiſſans pour
les donner , & que s'ils faifoient
cet effort , il ne leur en
reſteroit pas pour leurs courſes
, dont il eſt impoſſible
qu'il ſe paſſent , puis qu'ils
n'ont de revenu que ſur leurs
pirateries , leurs Baſtimens
eſtant fort legers , ſont plus
propres à éviter le combat,
qu'à le chercher; ſur tout lors
qu'il s'agit d'un de ces combats
quiſe doiventdonner entre
deux Flottes. Enfin ils ne
ſont que pour ſe ſaiſir des
Vaiſſeaux Marchands & ,
:
pour s'empefcher aprés leur
110 VIII.P.des Affaires
priſe d'eſtre joints par les Vaifſeaux
de guerre qui leur fervent
ordinairement d'eſcorte.
Vous voyez par toutes ces
choſes que cet article n'eſt
qu'un pur effet de la malice
de l'Auteur , pour abuſer les
Peuples , & leur inſpirer des
ſentimens de haine contre la
France , n'eſtant pas poſſible
qu'il ſoit affez aveuglé , &
affez ignorant des affaires du
monde , pour ne pas ſçavoir
que ce qu'il avance , eſt non
ſeulement abſolument faux ,
mais qu'il n'y a pas mefme la
moindre apparence deverité.
du Temps. 111
Cependant ces fortes d'Ecrits
ne laiſſeroient pas de produire
de méchans effets , s'ils demeuroient
ſans replique. Ils
peuvent faire des impreſſions
dangereuſes parmy le menu
Peuple , qui embraſſe avidement
tout ce qu'il voit imprimé
, & qui s'abandonnant
àfon ignorance , crie enſuite
contre un Souverain , parce
qu'il le voit noircy , quoy
qu'injuſtement. Les meſmes
raiſons qui détruiſent l'Alliance
du Roy avec les Algeriens
, & le ſecours que l'on
pretend qu'il en doit tirer ,
A
112 VIII.P.desAffaires
font voir la fauſſeté de la pretenduë
Alliance offenſive,&
deffenſive avec les Turcs , &
que l'une n'eſt pas moins
ſuppoſée que l'autre . Quoy
que j'aye déja fait voir dans
mes autres Lettres combien
cette ſuppoſition d'Alliance
avec la Porte eſt éloignée
-d'eſtre vray- ſemblable , je
ne sçaurois m'empêcher
d'ajouſter encore icy , que
c'eſt une choſe ſurprenante
qu'on ſe ſoit obſtiné de
puis pluſieurs fiecles , à vouloir
noircir la France touchant
cet article , ſans l'apdu
Temps . 113
puyer d'aucun fondement ;
je ne dis pas , de preuves , car
il eſt impoſſible d'en donner
touchant une choſe imaginaire.
Enfin me voicy au dernics
article de la Lettre de M' Jurieu
, qui loin de faire imprefſion
ſur les Suiſſes , n'a ſervy
qu'à faire connoiſtre leur
prudence,& leur ſageſſe, ainſ
que leur bonne foy , dans l'execution
de leurs traitez. Il
paroiſt par cet article qu'il a
auſſi mal finy que commencé.
La France,dit-il,ſera ſi occupée
contreſes autres ennemis , qu'el-
K
114 VIII.P. des Affaires
le n'aura pas le moyen deſe tourner
de vostre coſté. Pour prix de
voſtre bonne Oeuvre , on vous
ostera Huninguen , ou plustoston
vous le donnera. On affurera vos
Frontieres du costé du Lac ,&
en affermiſſant la liberté de Geneve,
& vous donnant lePays
de Gex qui est une des clefs de
voſtre Etat on remettra la
Franche- Comté entre vous &
l'Ennemy commun de la liberté
de l'Europe. Nefera-ce
pas affezgagner? Si cela ne vous
accommode pas , il est certainque
les Alliezvousferont tellepartde
leurs conqueſtes, que vous le defi
du Temps. 115
rerez.Il ne faut pas s'étonner ſi
M'Jurieu décide de toutà tort
&à travers dans ſonCabinet,
& ſi ne ſuivant que ſa paffion,
il remplit tous ſes Ecrits d'une
infinité de choſes imprudentes
, & peu vray ſemblables.
Rien ne luy coute , &
il diſtribuë ſelon qu'il luy
plaiſt , les Villes , les Provinces,&
les Etats . On le voit
par ce qu'il vient de promettre
aux Suiſſes . Ne croyant
pas leur offrir affez , il dit
qu'ils n'ont qu'à parler , &
que les Alliez leur donneront
telle part qu'ils pourront vou
Kij
116 VIII.P. des Affaires
foir de leurs Conqueſtes. Je
m'étonne qu'il n'a efté dans
fon humeur liberale , juſqu'à
leur offrir un autre monde ;
mais je ne ſçay pas qui ſera
garant de ce qu'il promet.
L'importance eſt de tenir parole.
Il y a bien du chemin
à faire avant que de pouvoir
entamer la France. Il faut
reprendre quelques Electorats
, dont apparemment on
en rendroit deux à ceux qui
les poſſedoient ; mais il n'eſt
pas fort aifé de les repren
dre , & quand on réuffiroit
dans cette entrepriſe , il faut
du Temps. 117
du temps pour l'executer.
Tandis que les Ennemis ſeront
occupez à ſe reſaiſir
de tant de Places , ils ne feront
pas autre choſe , & la
France pourroit pendant ce
temps-là ſe mettre en eftat
d'en reprendre plus qu'on
n'en auroit pris ſur elle.Ona
cherché à la ſurprendre,& elle
n'avoit pas lieu de s'imaginer
que pour luy ſuſciter des affaires
, dans la ſeule veuë de
diminuer l'éclat de ſa gloire ,
les Princes Catholiques facrifieroient
les intereſts de leur
Religion ; que la Cour de
:
118 VIII. P. des Affaires
Rome s'uniroit avec les Prins
ces Proteftans , & que tous
enſemble favoriſeroient l'invaſion
d'un Uſurpateur. Elle
n'avoit pas mesme cru que
le Prince d'Orange, quoy que
ſa reputation fuſtdéja noircie
par beaucoup de projets indi.
gnes d'un Prince , oſaſt ſe
charger , à la veuë de toute la
terre , d'une action qui fait
horreur à tous les honneftes
gens. Ce n'eſt pas qu'aprés ce
qu'il a déja fait, on duſt douter
qu'il n'en fuft capable
dans le fond de l'ame , mais
enfin les hommes les plus
1
!
du Temps. 119
د
déterminez , & les plus hardis
à tout ofer gardent
quelquefois des meſures >>
& font bien-aiſes de cacher
leurs crimes , afin que le Public
ne les ſçachant pas avec
certitude , les laiſſe en pouvoir
de les nier. La France a
donc vû arriver fur cet Article
ce qu'elle n'attendoit pas..
Nous prévoyons rarement les
choſes dont nous ſommes incapables,
& ce qui n'eſt point
de noſtre caractere ne nous
fçauroit tomber dans l'eſprit.
L'invaſion qu'on ne pouvoit
croire , n'a pas laiflé d'ariver;
120 VIII.P.des Affaires
mais comme la vigilance du
Roy eſt grande pour le bien
de ſes Sujets, & que ſa prudence
& ſa continuelle application
font cauſe qu'on
ne peut le prendre au dépourvû,
parce qu'il ſe tient
roujours en estat de ſe garantir
des ſurpriſes , & de ſe défendre
vigoureuſement , jufqu'à
ce qu'il attaque encore
plus fortement que ſes Ennemis
ne peuvent faire, il a paré
les premiers coups qu'on
cherchoit à luy porter. Les
Ennemis auront peut- eftre de
la peine à ſe parer à leur
tour
du Temps. 121
tour de ceux qu'il leur portera
ſi la Guerre dure. Mais
pour revenir aux promeſſes.
que M Jurieu fait faire aux
Suiſſes par les Alliez , ne diroit-
on pas du Fanfaron de la
Comedie , qui promet des
Royaumes , & qui n'a pas
de quoy ſe loger ? Quand il a
parlé ainfi , & qu'il a tiré toutes
ces idées de ſon cerveau ,
qu'on ne dira pas qui fuſt
vuide , puis qu'il n'y avoit
que trop de quoy le remplir,
les Ennemis de la France eftoient
ſi peu en pouvoir de
luy reſiſter qu'ils n'oſoient
L
122 VIII.P. des Affaires
paroiſtre devant elle.Les François
emportoient des Places
enCatalogne , ilsbattoient la
Flote du Prince d'Orange ſur
Mer; enfinils impoſoient des
Cõtributions en Flandre & en
Allemagne,& recevoient l'argent
qu'ils en exigeoient , de
forteque les Ennemis avoient
bien du chemin à faire,&bien
des coups à doner avant qu'ils
puſſent executer les promeſſes
que M'Jurieu faifoit de leur
part aux Suiſſes. Ils pourront
faire la guerre pendant pluſieurs
années , travailler à la
ruine de la Religion Catholique,&
par le ſang qu'ils feront
du Temps . 1-2-3
verſer , rendre l'Europe incapable
de s'oppoſer de longtemps
à la puiſſance de l'Ennemy
du nom Chreftien .
Voilà à quoy ſe termineront
leurs grands deſſeins.
Comme la Lettre de M
Jurieu eſt éloignée de toute
ſorte de vray- femblance , &
que les faufletez & les viſions
qu'elle renferme pourroient
faire croire que c'eſt une Lettre
qu'on a ſuppoſée , afin
d'avoir lieu de faire voir en
y répondant que la paſſion
l'aveugle tellement , que ſes
Ouvrages font en beaucoup
Lij
124 VIII.P desAffaires
d'endroits deſtituez de raiſon,
&meſme de ſens commun ,
je me crois obligé de marquer
icy qu'elle a eſté imprimée
à la Haye , chez Abraham
Troyes , Libraire , ſur la
grand' Salle de la Cour.
Il eſt temps de reprendre
les Affaires d'Angleterre, que
jen'interrompray point avant
la fin des deux Lettres que je
me ſuis obligé de donnerencore
fur ce ſujet , & dans lefquelles
je pretens renfermer
tout ce qui ſe fera paffé jufques
au jour que je vous envoyeray
la derniere. Mais
duTemps. 125
avant que de rentrer dans le
fil des mouvemens dont j'ay
commencé la deſcription , je
crois ne pouvoir rien faire de
mieux que de revenir à quelques
endroits , qui devroient
avoir eſté inſerez dans ce que.
je vous en ay déja donné. On
n'eſt pas ſi bien inftruit de
toutes les particularitez d'une
Hiſtoire qu'on écrit à meſure
que les évenemens ſe paſſent,
qu'il n'en échape toûjours
quelques-uns , non pas par
oubly , mais parce qu'on ne
ſçauroit quelquefois découvrir
ſi- toſt tous les refforts de
: Liij
126 VIII.P.des Affaires
la politique que les principaux
Intereſſez mettent en
ufage , & diverſes autres choſes
, qui bien que moins diffi.
ciles à ſçavoir , ne viennent
pas toujours à la connoiſſance
dans les temps qu'elles arrivent.
Il y a auffi ſouvent des
pieces que l'on ne peut pas
toujours recouvrer d'abord.
Comme je croy que vous ſe-
Fez bien- aiſe d'avoir une Hif
toire à laquelle rien ne manque
, je vous feray part de
toutes ces choſes Quoy qu'on
ne les trouve pas dans l'ordre
où elles devroient avoir eſté
miſes , cela ne fera nul em
du Temps. 127
barras aux perſonnes d'eſprit,
qui ſçavent placer dans leur
imagination les nouvelles circonſtances
qu'on leur apprend,
ſelon les évenemens
auſquels elles ont rapport. Ce
n'eſt pas à dire que la meſme
choſe doive arriver dans toutes
mes Lettres . J'ay tant de
ſoin de ramaſſer tout ce qui
peut empefcher qu'elles ne
ſoient défectueuſes,& de marquer
les endroits ſur leſquels
j'ay pu m'abufer , que ſi elles.
ne font pas tout- à- fait fidelles,
elles approcheront beaucoup
de la perfection , au moins
L iiij
128 VIII.P. des Affaires
de ce coſté- là; car pour ce qui
me regarde , j'avoiie qu'elles
ne ſont pas écrites auffi-bien
qu'elles pourroient l'eſtre ,&
que la matiere le demaderoir;
mais la précipitation eſt une
excuſe d'autant pluslegitime,
que vous m'avez témoigné
ſouhaiter qu'elles tiraffent
plûtoſt leur beauté de la verité
des chofes , que de la
pureté du ſtile. Vous ſçavez
qu'il ne peut eſtre affez châtié
, lors qu'on donne de
pareils Ouvrages preſque
comme des nouvelles , c'eſt
à dire , en prenant ſi peu de
duTemps. 129
remps pour les polir ,qu'il
eſt impoffible que l'on n'y
laiſſe toujours beaucoup de
defauts qui ſeroient inexcufables
, ſi le plaiſir de la nouveauté
ne meritoit pas qu'on
leur fiſt grace. Il en eftdes Re.
latiós précipitées comme des
fruits verds , qui ſont agreables&
d'un grand prix,& que
l'on ne conſidere que parce
qu'on les voit hors de leur
faiſon,les meſmes fruits,quoy
que mille fois plus beaux ,
eſtant moins eſtimez fi-toft
qu'ils font devenus communs.
Suivat ce queje viens de vous
130VIII. P. des Affaires
dire qu'il me reſte pluſieurs
choſes à vous apprendre qui
n'ont point eſté placées dans
leur rang , parce qu'elles n'étoient
pas encore venuës à ma
connoiſſance , je vais remonter
preſque à la ſource des
mouvemens qui agitent aujourd'huy
l'Angleterre. Le
Prince d'Orange ayant rêvé
long-temps aux moyens de
les faire réuſſir avant qu'il
les laiſſaſt éclater , & ayant
meſme commencé à noüer
quelques intelligences avec
pluſieurs Seigneurs Anglois,
il ſe trouvoit encore bien
du Temps . 131
éloigné du but qu'il avoie
en veuë , lors que M' de
Schomberg paſſa en Angleterre
à fon retour de Portugal.
Ce Maréchal eſtoit party
de France quelque temps aprés
la fuppreffion de l'Edit
de Nantes , quoy qu'il fuſt en
fon pouvoir de n'en pas fortir,
& que le Roy ſouhaitaſt même
qu'il y demeuraſt. Il eut
une converſation particuliere
avec Sa Majesté , lors qu'il
prit congé d'Elle. Le Roy
fut touché de fon départ , &
luy fit connoiſtre avec une
vendre émotion , que c'eſtoit
132 VIII.P. desAffaires
luy qui ſe reſolvoit à le quirter
. Les manieres de ce Prince
font affez connuës lors
qu'il veut donner des marques
de fon eſtime à ceux
qu'il en juge dignes. Cependant
toutes honneſtes & toutes
engageantes qu'elles font,
* elles ne purent retenir Mº de
Schomberg, qu'on a toujours
cru, & qu'on croit encore avoir
eſté entraîné par la femme,
qui ne pouvoir demeurer
dans un Royaume , où ſa Religion
n'eſtoit pas foufferte.
Il partit enfin pour le Portugal
, où il fut d'abord receu
duTemps. 133
avec applaudiſſement, à cauſe
des grands fervices qu'il a
autrefois rendus à cette Couronne
; il a meſme beaucoup
de bien en ce Pays là ,
& ce bien eſt accompagné de
Titres fort honorables . Les
Grands luy rendirent les honneurs
qu'il pouvoit attendre
d'eux , & l'on tient meſme
que quelques - uns luy en
firent trop. Enfin s'il eut des
amis en Portugal , il eur auffi
des jaloux. La Religion ſe
méla à la jaloufie , ou du
moins elle fervit de pretexte
à tout ce qu'on fit pour l'o
134 VIII.P. desAffaires
bliger d'en partir . Il paſſa en
Angleterre , où le Roy Jacques
II . luy fit rendre les
honneurs qui estoient deus à
ſa qualité & à ſon merite ,
mais comme il eſtoit d'humeur
à ſe chagriner de tout,
peut- eſtre par le remords qui
le tourmentoit pour avoir
quitté la France ſi legerement
, aprés toutes les honneſtetez
qu'il avoit receuës du
Roy, il ſe perfuada qu'eſtant
Protestant , le Roy d'Angleterre
n'auroit pas affez d'ouverture
de coeur pour luy, &
refolut de choiſir une autre
du Temps. 135
r
demeure. Il y avoit longtemps
que le Prince d'Orange
le regardoit comme un
homme qui le pouvoit ſervir
dans ſon entrepriſe. M de
Schomberg avoit eſté Page
, & enfuite Chambellan
d'Henry Frederic de Naſſau,
ſon ayeul , & le Prince d'Orange
dans ſa plus tendre
jeuneſſe l'avoit toujours appellé
ſon pere , de forte qu'il
avoit une certaine veneration
pour luy, qui ne luy avoit
encore pû permettre de luy
découvrir un deſſein auſſi
criminel que celuy qu'il avoit
136VIII. P. des Affaires
formé d'envahir le Royaume
d'Angleterre , & de detrôner
fon Beaupere. Enfin , je ne
puis vous dire quand , comment
, ny par qui l'ouverture
luy en fut faite , ſi ce fut en
Portugal, & fi M² de Schomberg
avoit paffé en Angleterre
pour y fervir le Prince
d'Orange, ou fi cefut là ſeulelement
que les deſſeins de ce
Prince luy furent connus ,
mais ce qu'il y a de tres conftant
, c'eſt que le projet du
Prince d'Orange auroit eu
beaucoup de peine à reüffir
ſans M'de Schomberg. Ce
du Temps . 137
Maréchal
terre
6
s'aboucha avec
pluſieurs Seigneurs d'Angle-
& prit des meſures
avec eux. Ceux qui n'auroientpas
écouté les propoſitions
de ce Prince ambitieux,
qu'ils regardoient comme un
jeune temeraire qu'ils avoient
veu malheureux dans
toutes ſes entrepriſes , prefterent
l'oreille à ce que leur
dit M' de Schomberg , non
ſeulement parce qu'il eſtoit
grand Capitaine , & qu'il
avoit toujours reuſſy dans ce
qu'il avoit voulu tenter
mais encore par ce qu'il ar
M
۱
138 VIII.P. des Affaires
voit la reputation d'eſtre
homme de teſte , & de bon
conſeil. Ce fut ce qui les
porta à noüer entierement
la partie avec luy. Ainfi it
ne fut plus queſtion que
d'achever de prendre des mefüres,&
de gagner ceux qu'on
jugeroit à propos de faire
entrer dans ce ſecret, & dont
on avoit le plus de beſoin.
M de Schomberg pour éloigner
tout foupçon , paſſa auprés
de l'Electeur de Brandebourg
qui le retint à fon
ſervice , afin de mieux couvrir
lejeu qu'on vouloitjoüer.
du Temps . 139
H rendit compte à cet Electeur
de tout ce qu'il avoit
fait en Angleterre, & le Prince
d'Orange quitta la Haye
& les vint trouver pour conferer
avec eux. Il falut du
temps pour regler tout ce qui
regardoit une affaire de cette
imporrance, & pour lever les
obſtacles qu'on y rencontroit
, de forte que le Prince.
d'Orage ayantbeſoin d'entretenir
ſouvent M² de Schom
berg , ce Maréchal vint demeurer
à la Haye. Vous avez,
ſceu le reſte , & que comme.
on ignoroit cette intrigue, on
Mij
140 VIII.P. des Affaires
douta long-temps , ſi M' de
Schomberg demeureroit au
ſervice des Etats , ou s'il retourneroit
à celuy de l'Electeur
de Brandebourg.
Cet article meritoit d'autant
plus de trouver place
dans mes Lettres , qu'il eſt
comme la baſe ſur laquelle
roulent tous les mouvemens
que je décris,& que chacun a
ſouhaité ſçavoir comment
s'eſtoit traitée cette grande
affaire , qui avoit éclaté tout
d'un coup , ſans qu'on euſt
pû deviner les refforts qui
avoient fait mouvoir toute
du Temps. 141
Y
l'Angleterre , dans le temps
qu'elle paroiſſoit tout à fait
tranquille , & que ſon Souverain
jouïſſoit de toute l'autorité
que les Loix de l'Etat
donnent aux Rois de la
GrandBretagne.
Onvoit par ce queje viens
de vous apprendre, que les
bruits qui avoient couru que
le Roy de France avoit obligé
Mª de Schomberg à fortir
de fon Royaume, & qui ef,
toient crus, & le font encore
par le Public , & particulierement
par les Etrangers, font
remplis de fauſſeté. Mª de
142 VIII. P. des Affaires
Schomberg ne tenoit pas le
mefme langage ; mais il gardoit
un filence qui paroiffort
l'approuver.Il luy eſtoit avantageux
pour ſa reputation
qu'on cruſt que le Roy de
France l'avoit obligé de fortir
de fes Etats , parce qu'autrement
la maniere dont il
en uſoit avec un Roy fon
allié ne pouvoit eſtre juftifiée.
Ce n'est pas que ſon procedé
ne fuſt blamable par
beaucoup d'autres endroits .
Outre que les obligations
qu'il avoit au feu Roy Charles
II . & dont j'ay parlé ail
duTemps . 143
leurs , eſtoient un motif pour
le retenir , il devoir ſonger
qu'il n'eſt jamais glorieux
de favorifer des crimes ,
& de fervir d'inſtrument
pour ravir une Couronne
à ſon legitime Poffeffeur.
La difference de Religion
ne permet point de ravir
le bien d'autruy . C'eſt un
fait qui n'eſt diſputé par aucune
Nation , & toutes les
Religions le défendent. Aufſi
M'de Schomberg aprés avoir
preſté ſa teſte pour une action
fi noire , ſemble refuſer fon
bras depuis qu'il eſt enAn,
144 VIII. P. des Affaires
gleterre. Il ne ſe declare pas
directement là-deſſus , mais
comme il a toujours éludé le
combat ſous divers pretextes ,
on voit bien qu'il n'évite de
ſe mettre en campagne que
par la crainte qu'il a de ternir
la gloire qu'il s'eſt acquiſe
dans toutes les occaſions où
il s'eſt trouvé .
Je viens à un autre Article
qui regarde le Comte de Sunderland
, dont je vous ay déja
entretenue , ſa trahiſon eſtant
une des plus infames actions
dont on ait oüy parler depuis
pluſieurs fiecles . Il a couru
depuis
du Temps . 145
-
depuis trois mois une Lettre
de ce Comte , dont je n'ay pû
avoir la copie , mais que des
perſonnes tres- dignes de foy
ont leuë. Il marque dans
cette Lettre en termes formels
, Qu'il avoit fait lafolie
de feindre de ſe rendre Catholique
pour s'attirer l'entiere
confiance du Roy Jacques II. &
luy donner enſuite des conſeils
violens qui puſſent détruire la
Religion qu'il avoit feint d'embraffer.
Il eſt donc conſtant
que ce Comte qui estoit premier
Miniſtre du Roy d'Angleterre
, a travaillé de con-
N
146 VIII.P.desAffaires
cert avec le Prince d'Orange
pour faire tomber ce Monarque
dans les pieges qu'ils
luy tendoient l'un & l'autre.
Il eſtoit impoſſible que Sa
Majesté s'en garantiſt , puis
qu'ils eſtoient convenus que
ce Comte,pour mieux ébloüir
les hommes , commenceroit
par ſe jouër du Ciel , en feignant
de ſe rendre Catholique.
Il alla plus loin
faiſant les fonctions de cette
Religion , il pouſſa la perfidie
& le facrilege juſques à
communier publiquement
dans la Chapelle du Roy.
د
&
du Temps. 147
Aprés cela peut- on condamner
ce Prince de s'y eſtre
confié , de luy avoir découvert
ſes deſſeins , & d'avoir
pris ſes avis ſur les moyens
de les faire reuſſir ? Il eſtoit
déja ſon premier Miniſtre ,
& avoit eſté attaché à ſa
perſonne dés le temps que ce
Monarque n'eſtoit que Duc
d'Yorc . Il paroifſſoit non feulementCatholique
, mais Catholique
zelé , & le Roy à
cauſe de la diverſité des Religions
d'Angleterre ,& de la
haine qu'on y a pour ceux
qu'on nomme Papiſtes, avoit
Nij
148VIII.P. desAffaires
peu de perſonnes en qui il
puſt s'aſſurer . Ainſi on n'a
pas ſujet d'eſtre ſurpris , ſi
croyant de la ſincerité dans
ce Comte, il n'a point connu
que ſon Ennemy travailloit
par luy àſa ruine. Cet Article
ſeul, à l'examiner avec toute
l'attentionqu'on luy doit,détruit
tous les Manifeſtes du
Prince d'Orange ,& fait voir
que ſon ambition ſeule ,& le
feul deſſein d'uſurper la Couronne
d'Angleterre , l'a fait
paffer en ce Royaume- là, ſans
que laReligion y ait eu aucune
part. On l'a connu depuis
duTemps. 149
d'une maniere à n'en point
douter , & il n'y a preſentement
là- deſſus qu'une ſeule
voix. Les motifs qui l'ont fait
agir , ne font ignorez ny des
Peuples , ny des Grands, & ils
l'avoient tous , de quelque
Religion qu'ils foient. Ce
Prince n'avoit pas de prétextes
affez forts pour autorifer
fon paſſage en Angleterre
avec une Armée. Il veut
qu'un Roy, qui eſt ſon Oncle&
fon Beaupere , faſſe des
choſes qui aigriffent ſes Sujets
,& il luy fait conſeiller
par ſes principaux Miniſtres
Niij
150 VIII.P. desAffaires
qu'il a fubornez , ce qu'il doit
faire pour rendre fon gouvernement
odieux , & les engager
enſuite à la révolte. En
effet , ſi les Peuples d'Angleterre
ont cru avoir lieu de ſe
plaindre de leur Roy , c'eft
parce qu'il a executé ce que
le Prince d'Orange avoit concerté
avec les Traintres , qui
par des ſemblansétudiez d'un
zele apparent , s'eſtoient rendus
maiſtres de l'efprit de ce
Monarque. Il ne faut pas eftre
fort habile pour voir qu'un
hommequi en uſe de la forte,
n'a ny honneur ny Religion ..
du Temps. 131
:
S'il avoit voulu ſervir la Religion
, comme portent ſes
Manifeſtes , il n'avoit qu'à ne
pas faire donner au Roy
d'Angleterre, les confeils que
fes Emiſſaires l'ont comme
forcé de fuivre , & fi au lieu
de ceux- là , il luy en avoit
fait donner de tout contraires
, il auroit appuyé la Religion
Proteftante , fans eftre
obligé de paſſer en Angleterre
, pour luy rendre des
ſervices qu'elle n'exigeoit pas
de luy. Mais il vouloit que
les affaires fuſſent dans la fi
tuation où il eſt venu à bout
N iiij
132 VIII.P. des Affaires
de les faire mettre , afin de
profiter des troubles , & de
paroiſtre publiquement Reftaurateur
du mal qu'il avoit
fait conſeiller ſecretement.
Le Prince d'Orange avoit
auprés du Roy d'Angleterre
pluſieurs autres perſonnes
que le Comte de Sunderland
qui le trahiſſoient , & qui appuyoient
les avis de ce Comte
, fans qu'ils paruſſent d'intelligence
avec luy , & c'eſt
par ce ſtratagême que l'empriſonnement
des Eveſques
a eſté conſeillé , & qu'on a
paflé à l'execution .
du Temps. 153
J'ay encore une choſe à
vous aprendre touchant les
mouvemens d'Angleterre ,
qui vous ſurprendra , & qui
vous fera connoiſtre , qu'il y
a long- temps qu'on a commencé
d'en jetter les fondemens.
On ne doit pas en
eftre furpris ; il fautbeaucoup
de temps pour faire meurir
une auffi grande entrepriſe..
Je vous diray donc , que j'ay
ſçû par des perfonnes à qui
l'on doit ajoûter foy , & qui
ontaſſez d'interêt aux affaires
d'Angleterre, pour faire croire
qu'ils en ont eudes lumie154
VIII.P. des Affaires
res particulieres , que le feu
Marquis deGrana, a travaillé
au Projet de ce qui ſe paſſe
aujourd'huy avec le Prince .
d'Orange. On voit par là que
l'Eſpagne n'eſt pas moins en
trée dans cette affaire que ce
Prince . C'eſt l'ordinaire de
la Maiſon d'Auſtriche de
chercher à reparer dans le
Cabinet les affronts qu'elle
reçoit les armes à la main.
Elle crie contre les Conque.
rans , quoy qu'ils ne combatent
qu'à juſte titre , &
tâche de noircir leur reputation.
Son hipocrifie va jul-
1
duTemps. 155
qu'à l'excés , & on croiroit à
P'entendre , que la raifon , &
la juſtice reglent tous ſes pas,
& que rien au monde ne
feroit capable de l'engager
à ce qui pourroit leur cftre
contraire. Cependant elle
a toujours ſeen ſe prevaloir
des occaſions qu'elle a trouvées
pour s'agrandir , quelque
injustice qu'il y ait
eu , & il eſt certain que ſi la
Maiſon d'Auſtriche avoit vû
fes affaires dans une fituation
auffi avantageuſe que celles
du Roy estoient quand les
Turcs attaquerent Vienne ,
136 VIII.P. des Affaires
elle ne ſe ſeroit guere miſe
en peine de la justice , & de
la Religion ; elle auroit con .
quis la moitié de l'Europe ,
comme il eſtoit facile à Sa
Majeſté de le faire en ce
temps- là. Ses Partiſans mefmes
ne s'en cachent pas , &
s'eſtonnent que le Roy né
l'ait pas fait . On voit que les
intereſts les plus facrez ne
peuvent arreſter cette Maifon,
lors qu'elle ſe trouve en
état d'agir , ou par la force
des armes , ou par la politique
, & la part qu'elle a aujourd'huy
aux mouvemens
duTemps. 157
d'Angleterreen eſt une preuve.
Le Roy Jacques paroiffoit
trop amy de la France,
il ne ſe vouloit point declarer
contre elle ; elle a travaillé à
la perte de ce Prince , ſans
examiner s'il y avoit de la
justice dans ſon procedé , &
ſi la Religion n'en foufriroit
pas. Je ne repete point ce que
j'ay ditdans toutes mes Ler+
tres, & qui juſtifie que le Pape
s'eſt employé à détrôner
ceMonarque.Je ne ſuis rentré
un moment dans cet Article
que pour faire voir ce que
je ne viens que de décou
138 VIII.P. des Affaires
vrir , qui eft que le feu Marquis
de Grana , a dreſſé pour
l'Eſpagne le premier plan de
cette affaire. C'eſt par où elle
a commencé, & elle finit par
le congé qu'on a donné à
Madrid à l'Envoyé Extraordinaire
du Roy d'Angleterre,
d'où il a eſté chaſſé , pour
ainſi dire , je ne dis pas honteuſement
, car ce n'eſt point
ſur ce Prince que la honte en
rejalit, mais fur ceux qui pour
plaire à un Ufurpateur à qui
ils ont applany le chemin du
Trône , chaſſent le Miniſtre
d'un Roy legitime, qui ſoufre
du Temps. 159
pour la veritable Religion
que les Eſpagnols ont tant de
ſoin de faire fleurir chez eux,
pendant qu'ils travaillent à la
détruire dans trois Royaumes.
Il faut encore vous parler
d'une choſe qui a fait raiſon.
ner toute l'Europe , & à laquelle
les politiques n'ont
pû rien comprendre , parce
qu'elle a paru directement
oppoſée au caractere du
Prince d'Orange. On ſçait
qu'il n'a jamais rien épargné
pour arriver à ſes fins, &qu'il
s'eſt toûjours ſervy des voyes
160VIII.P . des Affaires
les plus courtes. Ainſi on
a eſté fort ſurpris de voir
qu'ayant pû eſtre maiſtre de
la Perſonne du Roy ſon
Beaupere , il l'ait neanmoins
laiffé échaper. On s'eſt épuiſe
en raiſonnemens là-deſſus,
& cependant perſonne n'a
frapé au but ; auſſi n'eſtoit- ce
pas une choſe aiſée , comme
vous allez le voir. Lors qu'on
arreſta le Roy aprés qu'il ſe
fut ſauvé la premiere fois , le
Peuple de Londres en témoigna
une joye toute extraordinaire.
Ce Prince fut reconduit
dans ſon Palais avee des
1
du Temps .. 161
acclamations generales , &
l'on peut dire que la foule le
reporta preſque comme en
triomphe juſque dans ſon
Apartement. Chacun ſuivoit
en cela ſon inclination ; perſonne
n'eſtoit gagné pour en
uſer de la forte , & le Roy
n'avoit pas crû qu'on l'arrefteroit
, & qu'il feroit obligé
de ſe laiſſer remener à Londres.
Ainſi lors que la joye
éclatoit pour ſon retour , elle
ne venoit que du pur zele des
Peuples. La cabale du Prince
d'Orange n'avoit pû s'étendre
juſque - là , on ne peut
Ο
162 VIII. P.des Affaires
avoir d'inrelligence avec des
Peuples , le ſecret feroit mal
gardé , & c'eſtoit beaucoup
que ce Prince en euſt avec
les principaux Seigneurs
d'Angleterre , & la plus
grande partie des plus confiderables
Officiers de l'Armée.
Le Prince d'Orange ayant
appris les grands & éclatans
tranſports de joye que le
Peuple avoit marquez au retour
du Roy à Londres , &
qu'il les avoir pouſſez juſqu'à
faire des feux de joye le foir
en beaucoup d'endroits de la
Valle , demeura dans une furduTemps.
163
priſe qu'il feroit dificile d'exprimer
, & ſe trouva hors de
toutes meſures. Si d'un coſté
il luy paroiſſoit dangereux
de laiſſer paſſer le Roy en
France , où il ne doutoit
point qu'il n'euſt deſſein de
fe retirer , il ne trouvoit pas
qu'il y euſt moins d'inconvenient
à le garder Prifonnier,
& à faire travailler à fon pro
cés. Il le pouvoit, & il eftoir
meſme preſque feur de tous
les Preſbiteriens . C'eſtoit la
feule voye qu'il avoit de fo
défaire du Roy ; autrement il
cuft riſqué à ruiner entiere
O ij
164 VIII.P. des Affaires
ment ſes affaires , par ce que
dans la ſituation où eſtoient
les choſes , les exemples pafſez
auroient aisément fait
voir , de quelle main euſt
party le coup , & il eſtoit à
craindre qu'on ne vouluſt
point pour Souverain un
Prince qui ſe défaifoit fi
violemment de ſes Ennemis ,
& meſme des Perſonnes d'un
rang auſſi élevé que celuy du
Roy. Ces reflexions l'occupe .
rent pendant quelque temps,
& aprés avoir bien rêvé à ce
qu'il avoit à faire dans une
conjoncture ſi delicate & fi
duTemps. 165
importante pour luy , il fir
faire au Roy toutes les propoſitions
dont je vous ay
parlé dans leur lieu , & prit
fi bien ſes meſures , que ce
Prince ne pouvoit aller ailleurs
qu'à Rochester. Il l'y
envoya avec une tres-foible
Garde, fort perfuadé qu'il ſe
trouveroit défait de ſa perſonne
par le moyen qu'il
avoit imaginé. Il avoit choiſi
Rochester , parce que le Peuple
de cette Ville- là eſt extremement
brutal , & amy de
la nouveauté , & qu'il eſtoit
preſque le ſeul qui n'euſt
166 VIII.P.des Affaires
::
point donné de marques de
tendreſſe pour fon Souverain.
Cela fit croire au Prince
d'Orange que ce Peuple, déja
naturellementporté à la révolte,
eſtant excité ſous main,
paſſeroit aux dernieres ex-
Eremitez , forceroit le lieu où
eſtoit le Boy , & le facrifiesoit
à ſa fureur. La Garde
eſtoit foible , & les Commandans
inſtruits de ce qu'ils avoient
à faire. Ainſi pour peu
que le Peuple ſe fuſt mis en
eſtat de ſe rendre maiſtre du
Château , ſi toſt qu'on l'y auroit
veu entrer en tumulte
1
du Temps. 167
le reſte ſe fuſt trouvé fait ,
fans qu'on cuſt ſçû d'où ſeroit
party le coup , & les plus
feditieux en auroient eſté
chargez , fans que pourtant
aucun l'euſt eſté perſonnellement
, puis qu'on auroit rejetté
cet abominable parricide
fur la multitude , & fur
la mauvaiſe deſtinée du Roy .
Enfin on avoit pris en ſecret
toutes les meſures neceffaires
pour ſa perte , & file Peuple
ne ſe fuſt pas aviſé de luymefme
de ce qu'on vouloit
qu'il fiſt, tout estoit concerté
pour l'y exciter fans qu'on
168 VIII.P.desAffaires
cuſt pû découvrir d'où cela
ſeroit venu , de forte qu'il
auroit cru faire de luy meſme
ce qu'on l'auroit engagé de
faire. Pendant qu'on travail,
loit d'un coſté à faire perir le
Roy, ce Prince ſongeoit de
l'autre aux moyens de ſe
fauver. Ceux qui le gardoient
ne ſçavoient pas ce qui avoit
eſté projetté , mais ils s'apperçevoient
bien , qu'ils feroient
plaiſir au Gouvernement
preſent , s'ils ne le gardoient
pas avec une exactitude
rigoureuſe , & meſme
s'ils fermoient les yeux fur
fout
4
du Temps. 169
1
tout ce qu'il pourroit faire.
Il eſt vray que c'eſtoit l'intention
de ceux qui vouloient
que le Roy fuſt ſacrifié, mais
quand ils avoient pretendu
que la Garde n'en uſeroit pas
avec une ſeverité trop exacte,
ils entendoient qu'elle ne
s'oppoſeroit que foiblement
à la violence du Peuple , ſurquoy
ils ne s'eſtoient pas entierement
expliquez , ne voulant
que laiſſer entrevoir les
choſes , ſans les dire poſitivement
, afin de ne pouvoir
eſtre accuſez , ou du moins
convaincus , lors que le coup
P
170 VIII. P.des Affaires
feroit fait. Cependant il
arriva que la Garde prit le
change. Elle laiſſa échaper
le Roy, avant que le Peuple
euſt executé ce qu'on attendoit
de luy. On eſtoit en
quelque forte afſeuré qu'il auroit
répondu toſt ou tard à
ce qu'on s'eſtoit promisde ſa
violencepour un ſi lâche attentat,&
quand cela ne ſeroit
pas venu de luy-meſme, il s'y
feroit trouvé excité ; mais
l'emportement qu'on luy fouhaitoit
contre le Roy n'avoit
pû encore paroiſtre , parce
que fa fureur avoit toujours
du Temps. 171
eu de l'occupation, &qu'elle
s'eſtoit attachée contre pluſieurs
Catholiques , qu'elle
avoit inſultez , & fur leſquels
elle s'eſtoit répandue avec
une impetuoſité ſi précipitée.
qu'elle ne pouvoit continuer
ſans relaſcher pour prendrehaleine
, s'il m'eſt permis
de parler ainfi .
AA
Voilà un grand éclaircifſement
pour la poſterité qui
apprendra par là de quelle
maniere le Ciela confervé le
Royd'Angleterre , & quelles
eftoient les intentions du
Prince d'Orange, contre la
Pij
172 VIII . P. des Affaires
vie de ſon Beaupere , & de
fon Oncle , & enfin d'un
Monarque , qui ne s'eſtoit
point voulu mettre en eſtat
de ſe garantir des coups dont
on l'avertiſſoit qu'il devoit
eſtre frapé , ny recevoir aucun
des ſecours qu'on luy
offroit , parce qu'il croyoit
ſon Gendre trop honneſte
homme , pour luy vouloir
ravir le Trône , & la vie . Cependant
ce Gendre a executé
une partie de ſes criminels,
& ambitieux projets. Il s'eſt
violemment & à main armée
cmparé du Trône , ainſi que
du Temps. 173
font les Tirans , mais Dieu
permis que ſes horribles
deſſeins contre la vie duRoy
n'ayent point eu d'effet.
Aprés vous avoir parlé de
quelques faits hiſtoriques, que
les raiſons que je vous ay
dites m'ont empefché de
placer dans mes Lettres precedentes
ſelon l'ordre des
évenemens , je viens à un Sermon
du Docteur Burnet
qui m'échapa dans le temps
qu'il fut pprroonnoncé devantle
Prince d'Orange. Ce fut
dans la premiere occaſion qui
ſe preſenta aprés l'arrivée de
Piij
174 VIII. P.des Affaires
ce Prince à Londres. En voicy
quelques endroits. Un evenement
tel que celuy- cy, peut estre
appellé justement l'Ouvrage de
Dieu, si l'on donne ce nom à
toutes les grandes choses.
Il eſt vray que cet évenement
eſt grand de beaucoup
de manieres , quoyqu'aucune
grande action n'y ait part. Il
eſt grand par l'énormité du
crime ; il eſt grand par une
trahiſon inoüye & il eſt
d'autant plus grand par ſa
nouveauté , que la Religion
ya ſervy de pretexte. On le
publie , on l'écrit ; on le
ر
du Temps. 175
preſche , & cependant il feroit
difficile de ſçavoir quelle
eſt la Religion qui autoriſe
de pareils deſſeins , car bien
loin qu'il y en ait aucune qui
permette de ravir le bien
de fon prochain , il n'y en
a point qui ſouffre meſme
qu'on en forme le defir. A
l'égard de ce que Burnet dir,
Que cet évenement peut estre
justement appellé l'Ouvrage de
Dieu , il n'y a rien de plus
captieux , & l'apparence de
verité qui s'y trouve n'em
peſche pas que ce qu'il avance
ne ſoit abſolument faux,
Piiij
176 VIII.P. desAffaires
Tout ce qui fe fait dans le
monde n'eſt pas l'Ouvrage
de Dieu ; autrement on auroit
lieu de conclure qu'il ſeroit
l'Auteur de tout le mal
qui arrive , & il eſt certain
que ce ſeroit luy faire un outrage
que d'ofer l'en accufer.
Chacun a fon libre arbitre
pour faire le bien , ou choifir
le mal; & lors que le méchant
prend le party de faire le
mal, on nepeut dire que Dieu
en foit cauſe. Tout ce que
l'on pourroit avancer en cette
occafion , c'eſt que le Prince
Orange s'eftant volontairedu
Temps. 177
ment déterminé au mal, Dieu
auroit permis que ſes crimes
ſerviſſent à punir les Peuples
d'Angleterre ; mais il n'y a
nulle gloire pour les Tyrans
par qui cette forte de punition
ſe fait. Les Inſtrumns de
la juſtice de Dieu ne ſont pas
plus eſtimez que ceux qui executent
les Arreſts de la juſtice
des homes. Dieu fait voir ſa
colere cotre ceux qu'il châtie,
& precipite ſouvent ceux qui
ont ſervyà ſa văgeance. Attila
fut undes pluspuiſſansMonarques
du monde; il ne paſſa
neanmoins que pour un Ty178
VIII.P. desAffaires
ran,& fut furnommé le Fleau
de Dieu. Je pourrois prouver
par une infinité de raiſons ,
que le Prince d'Orange , ny
ceux qui voulant juſtifier ſon
ufurpation , cherchent à faire
paſſer ſes crimes pour des vertus,
ne ſçauroient dire qu'il
eſt protegé de Dieu , & que
ſon invaſion en Angleterre
en eſt l'Ouvrage,ſans faire un
blafpheme horrible contre la
Divinité . Comment oferoiton
ſouſtenir que Dieu autoriſe
ce que font les Ufurpateurs
pour détrôner les Rois
legitimes , puis que S. Paul
du Temps. 179
parlant aux Romains , ſelon
ſon eſprit qu'il avoit receu ,
leur dit touchant l'obligation
d'eſtre ſoumis aux Puiſſances
Souveraines , Que tout le monde
foit foumis aux Puiſſances
Superieures , car il n'y a pointde
Puiſſance qui ne vienne deDieu
c'eſt luy qui a étably toutes
celles qui font fur la terre. Dotrine
Apoftolique & divine
fur la puiſſance des Rois&des
autres Souverains, contre tous
ceux qui ſous pretexte de Religion
violent la Religion
meſme en ſecoüant le joug
de l'autorité . Celuy donc qui
180 VIII.P. desAffaires
reſiſte aux Puiſſances , refifte à
l'ordre de Dieu , & ceux quiy
refiftentsattirent la condamnation
fur eux.mefmes . Ce raifonnement
eſt tiré d'un Ouvrage
fait contre l'invaſion du Prince
d'Orange en Angleterre.
Je paſſe à la ſuite du Sermon
de MeBurnet. r
Un vent contraire qui ſembloitſeulement
nous devoirfaire
craindre la main de Dieu ,fans
toutefois que nous en ayons beaucoupfouffert,
&que nous ayons
perdu plus d'un homme ; un autre
vent frais &favorable, qui
nous a garantis de ceux quir
du Temps. 181
avoient ordre de nous attendre ,
qui nous a portez fi proche du
port , qui changea immediatement
aprés pour nous y faire
entrer , &qui ayant executé fa
commiffion,ſe mit immediatement
à une autre pointe , & tout cela
joint à la douceur de l'air dans
une ſaiſonſi avancée , renferme
des circonstancesfi remarquables,
qu'il faudroit que nous fuſſions
bieninfenfibles pour ne pasrefſſen
tir de tres-profondes impreffions.
Voilà unArticle bien remply
de vent. L'Auteur parle d'abordd'un
vent contraire , &
enſuite d'un autre vent frais
182 VIII. P. des Affaires
qui les porta prés du Port ,
les y fit entrer , & qui ayant
executé ſa commiſſion ſe mit
aprés à une autre Pointe. Je
croyois que ces deux vents
feroient les deux Points de
ce Sermon , & qu'on y verroit
une Differtation ſur leur
nature. Cependant ils ne font
placez dans cet article que
pour prouver que l'invaſion
du Prince d'Orange en Angleterre
eſt l'ouvrage de Dieu.
Voilà les conſequences qu'il
tire de ſon argument; elles
font tres-mal fondées & ily
auroit peu de gens receus
du Temps . 183
Docteurs , s'ils argumentoient
de cette forte . Mr Burnet
ne peut nous convaincre
qu'il y ait du miracle dans le
Perſonnage qu'il fait joüer
aux vents , à moins qu'il ne
nous prouve qu'ils n'ont jamais
fait le meſme manege
pour perſonne , &
que de tout temps il a eſté
impoſſible à aucun Vaiſſeau
d'aborder les coſtes d'Angleterre
. C'eſt toutefois une
choſe qu'on voit tous les
jours , & ceux qui y ont débarqué
ne ſe ſont point encore
aviſez de dire que c'eſt
184 VIII.P. des Affaires
un ouvrage de Dieu , & de
faire , pour le prouver , une
peinture des vents favorables
qui ont contribué à les y faire
paſſer. Si les vents qui n'ont
point eſté contraires au Prince
d'Orange , devoient nous
marquer la volonté de Dieu
pour le ſuccésde la plus lâche
entrepriſe dont on ait encore
oüy parler , pourquoy Me
Burnet ne fait - il mention
dans ſes Sermons , que des
vents qui ont favoriſé la Flote
de ſon Heros , & pourquoy
ne dit- il rien de ceux qui
avoient auparavant ſi mal:
du Temps. 187
traité cette meſme Flote ? II
faut qu'il tombe d'accord
qu'elle fut diſperſée en plufieurs
endroits , qu'il y eut
pluſieurs Baſtimens perdus, &
un fort grand nombre de
chevaux noyez,& que l'on fut
obligé de revenir dans les
Ports , & de refaire preſque
un armement tout nouveau.
On devoit dés lors concluse
que cette sempeſte eſtoit
l'ouvrage de Dieu , & dire
qu'il s'oppoſoit aux injuſtes
defſeins d'unTiran, puis qu'il
eſt auſſi probable que les
vents contraires ont prefagé le
186 VIII.P.desAffaires
couroux du Ciel contre l'U..
furpateur d'Angleterre , que
vrayde dire que le calme a fait
cõnoiſtre que Dieu conſentoit
àſonufurpation. MaisM² Bur.
net fupprime toutce qui eſt
contre luy,& veut ébloüir les
Peuples avec du vent , en
faiſant un dénombrement de
circonſtances fort ordinaires,
&qui n'ont rien qui les faffe
approcher du miracle. Il faloit
que la matiere de fon
Sermon luy fiſt beaucoup
de peine à trouver , &qu'elle
fuſt bien ſterile , pour s'amuſer
à preſcher devant tout ce
du Temps . 187
que l'Angleterre avoit de
plus conſiderable , des bagatelles
qui n'eſtoient pas capables
de tromper meſme des
Enfans , & qui devoient plus
ſervir à faire voir la foibleſſe
de ſa cauſe, qu'à la rendre
bonne. Si c'eſt par là qu'il eſt
parvenu à l'Epiſcopar , on
peut dire que le Prince d'Orange
fait peu d'état des Eveſchez
d'Angleterre , puis
qu'il en pourvoit de ſi foibles
Orateur
Orateurs , & qui d'ailleurs ſe
trouvent noircis de crimes ,
comme je vous l'ay déją
marqué. Mais il a eu ſes rai
ij
188 VIII.P.des Affaires
fons pour en uſer de la forte ,
&la fuite nous le fera encore
mieux connoiſtre. Cependant
voyons ſi le reſte du
Sermon répond au commencement.
Voicy comment ce
Predicateur pourfuit.
Tant de grands Princes qui.
ont concouru dans cette affaire,
& principalement l'heureuse
union qui s'est trouvée dans les
Provinces Confederées ,lesquelles,
toutes composées qu'elles font de
tant de differens Corps,ſemblent
n'avoir eu en cette occafion,
qu'une teste , & qu'un caar ,
tout cela renferme des caracteres
du Temps. 189
fenſibles de la Main de Dieu.
Cet article fait voir d'abord
ce que la plufpart des Alliez
veulent nier , ſçavoir qu'ils
ont travaillé avec le Prince
d'Orange pour détioner le
Roy d'Angleterre. M' Burner
le preſche publiquement devant
une Aſſemblée ſi nombreuſe
, & ſi diſtinguée , qu'il
n'auroit ofé avancer des chofes
de cette nature ſi elles n'avoient
eſté veritables. Aufh
n'avons-nous point ſceu que
ces grands Princes ayent formé
aucunes plaintes contre
luy pour avoir découvert
Iyo VIII.P.des Affaires
leur ſecret fi publiquement.
Ces Princes font bien honorez
d'eſtre loüez par M Burnet
, pendant que le Ciel ſe
plaint de ce qu'ils font fouffrir
à la veritable Religion ;
que ce qu'il y a de perſonnes
de pieté parmy leurs Sujets
murmurent , & qu'ils font
aſſeurez que la Poſterité condamnera
ce qu'ils ont fait
contre un Roy dont la bonté
égale la naiſſance , qui a toûjours
fait paroiſtre une pieté
exemplaire , qui n'a point
ufurpé les Etats d'autruy , &
dont aucun Souverain n'a
en
du Temps. 191
lieu de ſe plaindre. Quand
meſme il auroit vêcu en Tyran
,& que le ſang qu'il auroit
verſé couleroit par toute
l'Europe, les Rois ſe donnant
le nom de Freres , devoient
veiller à ſa conſervation , &
ne pas permettre qu'on le
détrônaſt , l'exemple eſtant
d'une dangereuſe conſequence
, puis qu'ils ne le peuvent
autoriſer,ſans avoir beaucoup
à craindre un jour pour euxmeſmes
. La ſuite du meſme
Article découvre ce que les
Hollandois ont toujours nié,
parce qu'il ne leur eſtoit pas
192 VIII.P. des Affaires
fort glorieux d'avoir travaillé
ſi unanimement à détrô .
ner un Roy legitime,& qu'on
a toûjours d'abord de la peine
& de la honte à convenir
qu'on a eu part à un attentat
qu'on voit detefté de tout le
monde ; mais M' Burnet qui
n'ena point, leve lemaſque en
Angleterre. Il ne faut pas s'étonner
ſi on y avouë le crime
avec hardieſſe , & avec impunité
, puis qu'on n'eſtoit
party de Hollande avec un
appareil ſi confiderable , que
pour l'y faire regner. La fin
de l'article fait connoiſtre
que
duTemps.19٤
que l'heureuſe Union des
Etats pour détrôner Sa Majeſté
Britannique, renferme des
caracteres ſenſibles de la main
de Dieu . Cetre ridicule concluſion
reſſemble à celle que
j'ay déja combattuë . Comme
l'Auteur a dit que les vents
qui avoient favorisé le débarquement
du Prince d'O.
range en Angleterre, eſtoient
un Ouvrage de Dieu , il conclut
icy que l'heureuſe union
qui s'eſt trouvée dans les Provinces
Confederées pour perdre
un Roy Catholique , renferme
les caracteres ſenſibles de
R
194 VIII.P.desAffaires
la main de Dieu . C'eſt repeter
la meſme choſe par differens
mots . On peut dire toutefois
qu'il y a bien plus d'impieté
dans ce ſecond Article que
dans le premier , & que les caracteres
de la main de Dieu ne
doivent avoir aucun rapport
avec l'Union des Etats, pour
aider à commettre une action
qui renferme pluſieurs crimes
felon Dieu & ſelon les hommes
, & à ſe ſaiſir du bien
d'autruy ; & cela , non pas par
une guerre ouverte , mais en
ſeduiſant fourdemenr les propres
Sujets d'un Roy contre
duTemps. 195
ſa Perſonne, & en faiſant éle .
ver ſon Sang contre Sa Majeſté
ſacrée . Tous ces crimes
ont eſté cauſez par 1 Union
qu'ont faite les Provinces
Confederées , qui n'ont en
cette occafion qu'une teſte,
& qu'un coeur. On le dit , on
veut l'infinuer aux Peuples
par mille Ecrits ſeditieux , &
l'on voit un criminel au premier
chef qui facrifie tout à ſa
fortune , & qui avec une impieté
qui va juſques à l'effronterie
, le preſche publiquement
, & conclut qu'une
union qui amis en feu toute
Rij
196 VIII.P. des Affaires
l'Europe , qui a déja fait couler
des ruiſſeaux de ſang prefque
dans toutes ſes parties ,
qui n'a eſté ſuivie que de facrileges
& d'affaffinats , renferme
des caracteres ſenſibles de
la main de Dieu . Mais devant
qui oſe- t- il tirer des conclufions
ſi criminelles & ſi ſacrileges
, par leſquelles il pretend
montrer que la perfidie
des Etats qui faifoient embraffer
un Roy par leurs Ambaſſadeurs,
en l'aſſurant qu'ils
n'en vouloient ny à ſa Perfonne
ny à ſon Trône ,
renferme des caracteres ſen
du Temps. 197
fibles de la main de Dieu ?
Quoy que cette Union que
les Hollandois ſembloient
avoir plus fortement jurée
entre eux , qu'elle ne l'eſtoit
auparavant , fuſt la ſource de
tous les maux qui accablent
aujourd'huy l'Europe, que ce
fuſt une conjuration ſecrette
contre tous les Oingts du
Seigneur , & une ſuite des
Medailles par leſquelles les
Etats ont fait voir qu'ils pretendoient
ſe rendre Arbitres
des Rois , Sa Majesté les en a
fait repenrir. La meſme choſe
pourra encore arriver , & la
Riij
198 VIII.P. desAffaires
guerre qu ils viennent d'allumer
n'eſt pas finie. Elle ne
devroit pas durer fort longtemps
ſi tous les Souverains
ouvroient les yeux , mais la
pluſpart , aveuglez par les
fauſſes raiſons d'un Erat qui
n'a rien fait que d'intelligen -
ce avec un Prince que l'ambition
devore , ont aidé à faire
ofter la Couronne à un Fils,
&Frere de Roy,qui l'areceuë
pardroit de fucceffion , fans
examiner la confequence
d'un ſi dangereux exemple,&
à quoy il peut autorifer contre
eux mefmes les ambitieux
du Temps . 199
qu'aucun reſpect de Religion
, de fang , & d'honneur,
ne peut retenir. Si je me fuis
un peu écarté de ce que j'avois
commencé à vous dire ,
c'eſt parce que la matiere eſt
inépuiſable fur cet endroit ;
mais pour y rentrer , voyons
devant qui Burnet oſe unir
Dieu avec les Etats de Hollande
, & le faire entrer dans
les meſmes intereſts . C'eſt
devant l'Ufurpateur d'Angleterre
avec qui la partie eſt
faite , & par les organes de
qui parle cet Orateur ſeditieux.
Il le fait avec toute la
R iiij
200 VIII.P. desAffaires
vehemence poſſible,& les impictez
ne luy coutent rien
pour prouver ce qu'il avance.
On ſçait qu'il en a de grandes
raiſons . Si le legitime Souverain
d'Angleterre rentre
dans l'autorité qu'il tient directement
de ſa naiſſance , &
du Ciel , & que ce Docteur
foit pris, il ne ſçauroit éviter
de finir ſes jours comme il le
merite , non ſeulement pour
cette derniere rebellion, mais
pour ſes premieres actions
qui l'ont rendu criminel au
premier chef ; & fi la fortune
de l'Ufurpateur s'affermit , il
du Temps . 201
eſt aſſuré de ſe voir pourveu
des plus hautes digniez de
l'Eglife . Ainſi d'un coſté il
ne voit que l'échafaut dont ſes
attentats l'ont rendu digne ,
&dont il ne peut s'épargner
la honte felon les loix , &de
l'autre il ne voit que des hon
neurs dont les Ufurpateurs
ont accoûtumé de combler
ceux qui les ſervent. Ce n'eſt
pas qu'ils ne connoiffent , &
qu'ils ne haiſſent meſme la
lâcheté de ces ames baſſes ,
mais les crimes qu'ils com.
mettent leur eftant utiles , ils
ferment les yeux , & ouvrent
202 VIII.P.des Affaires
les mains pour les attacher à
eux par des recompenfes.
On doit juger ſi Burnet ſe
trouvant dans une fituation
qui ne luy laiſſoit voir
que l'échafaut ou l'Epiſcopat,
a balancé à prendre le party
qui luy faiſoit éviter l'un &
meriter l'autre , & s'il a agy
pour luy ſeul fans ſe mettre
en peine de la verité & de la
justice. Onfacrifie tout pour
ſauver ſa vie, &pour faire fa
fortune. Il a trouvé qu'il
pouvoit faire l'un & l'autre ,
en renonçant à l'honneur , &
enparlant contre la juſtice,&
duTemps . 203
il n'a point heſité. Rien ne
fait peine à un homme déja
criminel d'ailleurs , & dont
l'ame eft endurcie aux forfaits.
Cependant ceux qui
l'écoutent , & qui font de
bonne foy , demeurent ſeduits
par des raiſons ſpecieuſes
, quoy qu'elles foient faufſes.
Ils ſe rendent à ce qu'on
leur dit , & ne découvrant
point les motifs ſecrets qui
font parler l'Orateur , ils fuivent
plus volontiers le penchant
qu'ils ont à la revolte ,
entraînez par les pretenduës
veritez qu'ils croyent enten204
VIII.P.des Affaires
dre. Ce n'eſt pas que Burnet
euſt beſoin d'une éloquence
fort perfuafive pour ſe faire
croire lors qu'il prêchale Sermon
dont il s'agit ; il n'avoit
que des Auditeurs tres- favorables
. Il parloit par l'organe
du Prince d'Orange qui l'écoutoit
, & devant la plus
grande partie de ceux qui
s'eſtoient laiſſé corrompre
pour trahir leur honneur
Ieur confcience & leur Roy;
& comme leur rebellion pouvoit
encore faire de la peine
à quelques- uns dans le fond
de l'ame , ils eſtoient bien ai
د
duTemps. 205
ſes d'entendre des raiſonnemens,
qui bien que faux,fembloient
avoir dequoy les flater.
En voicy la ſuite.Leconfentement
univerſel , plein de joye ,
ddeettoouuttllee mmoonnddee,, ddeeppuuis les plus
élevezjuſques à ceux de la plus
baße condition , de ceux qui font
dans le Gouvernement , & de
ceux qui n'y ont point de part ,
qui les a engagez à pouffer ce
deſſein de toutes leurs forces , &
à hazarder tout pour le faire
réuffir , Jans épargner ny leurs
Flotes , ny leurs Armées , ny
leurs trefors ; ce confentement .
dis -je , fait conclure à cha
206 VIII.P des Affaires
cun que c'eſt icy le doigt de
Dieu.
د
Cet article ne ſert qu'à
faire voir encore mais en
d'autres termes , l'étroite union
des Etats pour détrôner
le Roy d'Angleterre ; il marque
auſſi que le conſentement
eſtoit unanime , &
qu'on n'a rien épargné pour
le rendre tel . L'action eft
belle pour s'en vanter ; mais
il ne faut pas s'étonner ſi Burnet
accoûtumé aux crimes ,
ne ſçait loüer que les actions
qui en font remplies. Il a
cherché à mettre dans ſon
1
du Temps. 207
jour , ce qui fera la honte des
Erats Generaux dans toute la
Poſterité , & aprés avoir eu
la temerité de le preſcher , il
l'a encore répandu dans des
Ecrits,rendus publics par l'impreſſion.
Les Defcendans des
Souverains qui font aujourd'huy
unis avec certe Republique
pour ofter la Couronne
à un grand Roy , &
pour affermir l'autorité de
l'Ufurpateur de ſes Etats, condamneront
ce que leurs Predeceſſeurs
auront fait en cette
occaſion , & s'uniront contre
cette meſme Republique ,
208 VIII.P.des Affaires
ennemie des Rois , pour em
peſcher qu'elle ne travaille à
les faire deſcendre du Trône ,
ſi toutefois il luy reſte encore
beaucoup de puiſſance , aprés
l'épuiſement de toutes choſes
où la va reduire cette guerre.
L'article retourné que vous
venez de lire du Sermon de
Burnet , qui ne contient que
ce qu'il a dit dans le precedent
, finit par le refrain des
deux autres , mais l'expreſſion
en eſt differente. Dans la fin
du premier , l'invaſion faite
en Angleterre est l'Ouvrage
deDieu. Dans la finde l'autre,
1
du Temps. 209
elle porte des caracteresfenfibles
de la main de Dieu ; & dans le
troiſiéme, elle eſt attribuée au
doigt de Dieu . Voilà le nom de
Dieu bien mal employé. Le
voilàrendu Auteurde tous les
maux réfermez dans l'execrable
attétat du Prince d'Orange.
C'eſt une choſe qu'on a
peineàconcevoir,qu'un home
qui ne connoîtpoint de Dieu,
parce qu'il n'a point de Religion
, comme je vous l'ay
déja marqué , & comme je
le feray voir encore, employe
ſi ſouvent un nom qu'on ne
doit jamais prononcer en
S
210 VIII. P. des Affaires
vain. Son aveuglement eft
grand , s'il pretend par là
ébloüir les Peuples ; il n'y en
a point de ſi groſſiers qui ne
foient perfuadez , que l'invaſion
du Prince d'Orange en
Angleterre , eſt un attentat ,
qui comprend des crimes de
differente nature , & qui en
fait commettre tous les jours
une infinité d'autres par tous
ceux qui ont trahy leur Souverain
, & violé leurs ſermens
. Ainſi il n'y a point .
d'homme , s'il a quelques
principes d'honneſteré & un
peu de teinture de ce qu'on
د
du Temps . 211
doit à Dieu & aux hommes ,
à qui il puiſſe entrer dans
l'eſprit , qu'on doive attribuer
aux ordres du Ciel les
crimes de l'ambition du Prince
d'Orange. Quelques couleurs
qu'on puiſſe employer
pour ſurprendre les ignorans
&les foibles, il eſt impoſſible
de ſeduire leur raiſon ſur
certe matiere , puis que tout
ce qu'on enſeigne aux hommes
preſque dés le Berceau ,
juſqu'au dernier moment de
leur vie , eſt directement oppoſé
à ce que toute la terre
deteſte dans l'invaſion qui
(
Sij
:
212 VIH.P.des Affaires
vient d'arriver. S'il eft quelques
Souverains qui applaudiffent
à l'attentat du Prince
d'Orange , ils ne laiſſent pas
d'en connoiſtre la noircenr ;
mais ils ſe voyent obligez de
témoigner qu'ils l'approuvent,
aprés y avoir contribué,
à cauſe du fruit imaginaire
qu'ils en eſperent tirer , &
de la puiſſance d'un Roy ,
dont la gloire leur fait mal
aux yeux ,& qu'ils pretendent
abattre par là.Voicy de quelle
maniere Burnet pourſuit ſon
Sermon , ou plutoſt l'éloge
des crimes du Prince d'Orange.
du Temps. 213
La premiere fois qu'il parut
au monde , dit- il en parlant de
ce Prince , il apporta la deliurance
aux heureuſes Provinces
dont il est Gouverneur
car elles ont esté heureuſes depuis
le temps qu'elles font tombées
ſous la protection. Ceux qui
ont vûla paix & l'abondance
dont elles joüiffent , l'ordre & la
justice qui y regnent , & les
Sentimens qu'on a pour la conduite
de celuy qui les entretient,
ont vû une des plus grandes benedictions
qui femblent se pre-
Senter à nous . Et en effet , la
paffion que tous les Habitans
214 VIII.P. desAffaires
de ces Provinces ont témoignée
lors qu'il a pris congéd'eux,
efioit un augure tres - veritable
de la maniere dont on le devoit
recevoir icy. Cet Article
eft remply de grandes faufferez
, & de conſequences qui
ne ſont pas juſtes. Les Particuliers
, les Magiftrats fubornez
& enfin tous
د
ccux
qui écrivent en faveur du
Prince d'Orange , ont beau
exagerer ce que les Etats Generaux
luy doivent , ces Etats
n'en demeurent pas d'accord,
quoyque leursMembres ſouffrent
toutes fes injustices ,
du Temps. 215
د
pour ne fe pas voir traitez
comme l'ont eſté leurs Prédeceffeurs
, parce qu'ils n'avoient
que l'intereſt de leur
Patrie en recommandation .
Les Provinces Unies & libres
font devenuës fujettes
depuis la domination
du Prince d'Orange. Elles
n'eſtoient unies que pour
s'enrichir par le commerce.
La Guerre eſtoit leur fleau ,
& leur politique vouloit
qu'elles confervaffent la paix.
Leur Souverain, qui ne le devoit
pas eſtre ,mais bien leur
Sujet , puis qu'il eſtoit à leurs
216 VIII. P. des Affaires
F
gages , n'a conſideré que la
guerre , pour s'agrandir luy
ſeul , & pour s'enrichir. Il
n'auroit point fait parler de
luy fans la Guerre , & fi
l'ambition ne l'avoit pas devoré
, il n'auroit point acquis
de trefors , parce qu'il n'auroit
eu le maniement d'aucuns
fonds. Il ſouhaitoit l'un
& l'autre avec une avidité qui
n'a point d'exemple , & il ne
s'eſt pas foucié de ruiner les
Etats en les épuiſant d'hommes
& d'argent . Il les avoit
trouvez floriſſans , il les a
laiſſez accablez de dettes ;
tout
duTemps . 217
tout leur commerce à demy
ruiné ayant beſoin de pluſieurs
fiecles pour ſe rétablir,
puis qu'ils ne ſçavent par où
acquitter les grandes ſommes
qu'ils doivent. Ceux qui leur
ont prêté du ſecours pendant
les dernieres Guerres , leur
demandent une partie du
fond & les arrerages. Enfin
le corps de l'Etateſt épuisé ,
& on l'a vû tirer quatre fois
du Peuple le deux- centiéme
denier en une année. Les Particuliers
qui ne parloient que
par tonnes d'or , ont changé
de langage , leur commerce
T
218 VIII.P. des Affaires
ayant diminué de plus de
moitié depuis la Guerre de
1672. Onfçait que cette guerre
coute aux Etats plus de
cinq cens millions , & ils ne
s'en cachent pas. Ils ont eſté
obligez de la foutenir fix
ans , & le Prince d'Orange
ayant diſpoſé de tous les
fonds pendant ce temps-là ,
a gagné de quoy s'acquerir
le Royaume d'Angleterre, de
forte que ſes grandes richefſes
jointes à ſon exceffive
ambition , ont fait tous les
crimes du Roy ſon Beau-pere.
Mais pour revenir à l'ac
du Temps . 219
cablement où les Etats Generaux
ſe voyent aujourd'huy ,
la Guerre preſente que le
Prince d'Orange leur a attirée
, va achever leur ruine
Il faut qu'en ſe défendant ils
défendent l'Eſpagne , qui n'a
preſque point de Troupes en
Flandre , & qui leur a fait
ſçavoir au commencement
de cette Guerre, que s'ils vouloient
qu'elle ſe declaraſt
pour eux , il falloit qu'ils
payaſſent pour elle, c'eſt à dire,
qu'ils défendiſſent les Places
qui luy reſtent aux Païsbas
, & c'eſt le party que les
Tij
220 VIII.P. des Affaires
pauvres Hollandois ont eſté
forcez de prendre , car quoy
que le mauvais eſtat de leurs
Finances ne le vouluſt pas ,
la politique les y obligeoit ,
& il leur eſtoit impoſſible de
faire autrement , ſans laiſſer
des paſſages libres aux Armées
de France pour entrer
chez eux. D'un autre coſté
jamais la France n'a eſté fi
puiſſante ſur Mer , & n'a eu
des Armateurs en ſi grand
nombre. Ils deſolent les
Hollandois , & ont déja fait
fur eux un ſi grand nombre
depriſes qu'il feroit malaiſé
du Temps. 221
de les compter. Jugez fi
aprés tant de malheurs , tant
de dépenſes & tant de pertes
, qui font des fairs inconteſtables
, que connoiſt toute
la terre , & dont toute l'Europe
ſcait que les EftatsGeneraux
font redevables au Prince
d'Orange , Burnet a pu dire
dans ſon Sermon , fans im
poſer à ſes Auditeurs , & faire
des menſonges tout à fait
groffiers , que la premiere fois
que ce Prince parut au monde
il apporta la délivrance aux
heureuſes Provinces dont il est
Gouverneur , &qu'elles ont esté
Tiij
222 VIII.P. des Affaires
heureuſes depuis le temps qu'elles
font tombées ſousfa protection.
Quelle délivrance, quel bonheur
, & quelle protection !
Ce qui fuit n'eſt pas moins
faux lors qu'il ajoûte , que
ceu x qi ont vû la paix ,
l'abondance dont elles jouiffent,
l'ordre & la justice qui y regnent
, & les sentimens qu'on
aa pour la conduite de celuy qui
les entretient , ont vû une des
plus grandes benedictions qui
ſemblent se presenter à eux.
Ces ſept ou huit lignes contiennent
fix choſes abfolument
fauſſes . Les Provinces
duTemps . 223
Unies ne joüiſſent ny de la
paix , ny de l'abondancemarquées
dans cet endroit ; je
viens de vous le prouver , &
quand Mt Burnet ofe avancer
le contraire de ce qui eſt ſceu
de tout le monde , il ne devroit
pas le faire imprimer ,
aprés l'avoir prefché témerairement,
parce qu'au moins
la fauſſeré n'en ſeroit connuë
que de ceux de ſes Auditeurs
qui veulent eſtre trompez ,
qu'elle pourroit échaper
aux autres. A l'égard de l'ordre
& de la justice qu'il veut
Tiiij
224 VIII.P. desAffaires
qui regnent en Hollande , ce
font deux choſes qu'on n'y
connoiſt plus depuis que le
Prince d'Orange a pris le foin
des affaires. On n'y a plus
gardé aucun ordre ; on a fait
injuſtice au merite ; on n'a
point conferé les grands emplois
à ceux qui en estoient
dignes , & on a eſté contraint
de les remplir des creatures
du Prince d'Orange , qui n'eſtoient
pas celles des Etats.
Voilà déja quatre fauſſetez
prouvées. La cinquiéme , &
la fixiéme font , la conduite
du Prince d'Orange , & les
du Temps. 225
benedictions qu'elle s'eſt attirées.
Sa conduite eſt ſi criminelle
, que tout coupable ,
& tout Ufurpateur qu'il eſt ,
je me ſuis trouvé obligé de
chercher à enveloper ſes crimes
toutes les fois que je vous
en ay entretenuë , parce qu'il
ſemble qu'on doive cette
honneſteté aux Princes,quand
meſme leurs méchantes actions
auroient eſté auſſi pu
bliques que celles que vous
voyez bien que je veux vous
faire entendre . Je vous laiſſe à
penſer ſi lePrince d'Orange a
pu s'attirer de grandes bene226
VIII. P.desAffaires
dictions par là , & fi Burnet
ne fait pas plus de tort que
de bien à la reputation de
ce Prince ,lors qu'il parle des
benedictions que luy attire
ſa conduite , puis que lors
qu'on veut chercher la cauſe
de ces pretenduës benedi-
Etions , on ne trouve rien
qui ne luy doive faire meriter
la haine du Ciel , & l'indignation
de la terre.
Quant à la fin de l'Article
que vous venez de lire , qui
parle de la joye qu'on a marquée
en Hollande lors que
le Prince d'Orange a pris
du Temps . 227
congé des Etats, j'en demeure
d'accord avec luy , & meſme
que cette joye a eſté beaucoup
plus ſenſible qu'il ne l'a
dépeinte , mais je croy qu'il
en faut tirer des conſequences
toutes oppoſées à celles que
nous voyons qu'il en tire. Si
les Hollandois avoient bien
aimé le Prince d'Orange ,ils
auroient témoigné quelque
chagrin de le voir partir ,
mais au contraire l'eſperance
qu'ils ont euë d'en eſtre delivrez
pour toujours , a rendu
leur joye parfaite , & ils luy
ont fait , pour ainſi dire, un
228 VIII.P.des Affaires
pont d'or , comme des gens
de bon ſens ont écrit qu'on
doit faire à ſes Ennemis lors
qu'ils ſe retirent, ou qu'ils
font paroiſtre qu'ils ſe veulent
éloigner. Les Hollandois
eſperoient que cette heureuſe
retraite leur feroit recouvrer
leur liberté. Les Magiſtrats
croyoient pouvoir dire leurs
avis fans contrainte & fans
apprehenfion , & tous ſe flatoient
que fi la Paix revenoit
un jour dans leurs Provinces,
aprés s'eſtre défaits d'un homme
qui s'eſtoit rendu leur
Maiſtre , & qui ne pouvoit
du Temps. 229
vivre ſans guerre, parce qu'il
ne pouvoit regner , ny amaffer
des trefors ſans le commandement
des Armées , &
ladiſpoſition des fonds , ils
viendroient bien- toſt à bout
de faire refleurir le commerce,
qui achevera d'eſtre ruiné
chez eux en peu de temps, ſi on
ne travaille à le rétablir ; mais
il y a bien à craindre que cela
n'arrive point , ſi le Prince
d'Orange , dont ils ſe ſont
delivrez , ſe trouve obligé de
retourner en Hollande , &
quand meſme il n'y retourneroit
pas , qui afſeurera les
230 VIII.P.desAffaires
Hollandois que ſon ambition
ne les engagera pas avec
luy dans des guerres , dont
peut-eſtre ils auront peine à
fortir , qu'aprés qu'ils feront
épuiſez d'argent & d'hommes?
C'eſt un malheur auquel
ils paroiſſent deſtinez , & j'en
donnerois de bonnes raiſons ,
ſi c'eſtoit icy le lieu. L'occafion
pourra s'en offrir une
autre fois .
Quand le Docteur Burnet
prêcha le Sermon dont je
viens de vous rapporter quelques
endroits , il eſtoitChapelain
du Prince d'Orange , 1
duTemps . 131
& faifoit profeffion du Calviniſme.
Ils ſe diſojent l'un
& l'autre de cette Religion ,
parce qu'il en faut avoir une,
du moins exterieurement , &
celle - là les accommodoit .
C'eſtoit la Religion des Hollandois
, & celle qui pouvoit
le plus contribuer aux defſeins
que le Prince d'Orange
avoit faits ſur l'Angleterre ,
puis qu'en promettant aux
Refugiez de France de les
rétablir , il en pouvoit tirer
des ſecours d'hommes &
d'argent, comme il a fait, fort
perfuadé pourtant qu'il ne
232 VIII. P.des Affaires
pourroit leur tenir parole ,
& qu'un Roy d'Angleterre a
toûjours affez d'affaires chez
luy, pour n'eſtre pas en eſtat
de ſe meſler de celles des autres.
Si elles ne manquent pas
aux Rois legitimes , les Ufurpateurs
en doivent avoir
encore davantage. Les criminels
ſont toûjours en crainte,
& obligez de ſe défier de
tout. D'ailleurs , quiconque
eſt mal affermy dans la pofſeſſion
des biens qu'il a ufurn'eft
pez , pas en pouvoir de
travailler pour les autres , fur
tout lors qu'il s'agit de mer-
1
du Temps . 233
tre en uſage toutes les choſes
dont on a beſoin pour
foy. Ainſi les Proteftans qui
ont fondé leurs efperances
fur ce que le Prince d'Orange
leur a promis , ſe ſont
trompez bien groffierement.
Ils ont crû, parce qu'ils ont
fouhaité , mais ils devoient
plûtoſt prévoir que ce Prince
ayant eu beſoin d'eux
pour envahir l'Angleterre ,
n'auroit pas moins affaire de
leur ſecours pour s'y maintenir.
On s'aveugle quelquefois
, & c'eſt le plus fin qur
dupe les autres.
V
234 VIII.P.des Affaires
Je vous ay fait voir quelle
eſt la Religion politique du
Prince d'Orange , & parconſequent
celle de Burnet ; car
fice Prince veut paroiſtre
d'une Religion qui accommode
ſes affaires auprés de
ceux qui le peuvent ſervir ,
Burnet qui veut faire les ſiennes
auprés de ce Prince , eſt
preſt d'embraſſer toutes cel.
les qui luy apporteront quel.
que utilité comme je vais
vous le faire voir. Cependant
ceux qui croyent les bien
connoiſtre l'un & l'autre
ſont perfuadez qu'ils font
د
du Temps. 235
Sociniens , & ce qui les confirme
dans cette penſée , c'eſt
qu'on eſt Socinien lors qu'on
n'a guere de Religion. On
ne peut dire que Burnet en
ait beaucoup, puis qu'il vient
d'en joindre une troifiéme
aux deux premieres , en acceptantun
Evêché de l'Egliſe
Anglicane , laquelle on ſçait
differer plus de la Calviniſte,
que la Calviniſte n'eſt differente
de la Catholique. Voilà
donc le Docteur Burnet de
trois Religions à la fois ; il a
choiſi la premiere pour le libertinage;
la ſeconde par po
Vij
236 VIII.P. desAffaires
litique ; & la troifiéme pour
joüir du revenu de l'Evêché
dont on vient de le pourvoir.
Un homme qui peut avoir
rant de Religions à la fois
s'accommoderoit encore de
mille autres ſi l'occafion
s'en preſentoit & qu'il en
puſt recevoir quelque avanrage.
Ceux qui font de ce
caractere ont toutes for
tes de vocations en meſme
temps. Ils ne reconnoiffent
que la Fortune pour Divinité ,
& l'intereſt eſt le Dieu ſeul
qu'ils adorent. Il faloit une
Creature au Prince d'OranduTemps.
237
ge parmy les Eveſques , ou
plûtoſt un Eſpion, & ce nouveau
Pasteur luy en ſervira.
Son Maiſtre & luy ſe joüent
de toutes les Religions pour
leur intereſt . Burnet demeurera
Evefque , & joüira des
revenus de ſon Eveſché , jufqu'à
ce qu'on aboliſſe l'Epifcopat
en Angleterre. Avant
que cela arrive , Burnet mis
au nombre des Eveſques ,
fera l'hypocrite , & trahira
ſes Confreres dans le temps
qu'il feindra de prendre leur
party , & quand on traitera
les Eveſques comme en Ecof
238 VIII.P.des Affaires
fe , on luy donnera d'autres
recompenfes , & peut- eftre
meſme le revenu de pluſieurs
Eveſchez , fi le Prince d'Orange
, comme il y a tout lieu
de le croire , s'empare du revenu
de tous. On peut penſer
que ce Prince ne trahira
pas tout le party Preſbiterien
, qui l'a élevé ſur le Trône
à condition qu'il détruiroit
la Religion Catholique
& l'Anglicane , pour ne pas
faire perdre un Eveſche à
Burnet. Il ne manque pas
d'autres moyens pour recomprenſeſes
crimes aux dépens
duTemps. 239
des Anglois , & quand il l'a
fait Eveſque , il ne l'a fait
que pour tromper ceux qui
font du party Epiſcopal , en
leur faiſant croire qu'il les
maintiendroit , puis qu'il
donnoit un Eveſché à un de
ſes Favoris , à qui il doit la
Couronne en partie. Tout le
monde ſçait que Burnet eft
l'Ateur du Manifeſte plein de
ſuppoſitions , qui a devancé
ſon arrivée en Angleterre , &
avec lequel il a ébloüy , trompé
, & enfuite enchaîné les
Peuples , qui ont veu & qui
voyent encore tous les jours
240VIII.P.desAffaires
détruire toutes les Loix qu'il
avoit feint de vouloir maintenir
, auffi-bien que la ReligionAnglicane.
Il eſt vray
qu'il ne l'a pas encore détruite
; on ne peut venir à
bout de tant de grands defſeins
à la fois ; mais fans y
toucher , il a commencé
la ſapper d'une cruelle maniere
, en donnant aux Non-
Conformiſtes ( à l'exception
des Catholiques ) tout ce qui
peut faire fleurir leur Religion.
Enfin ce Prince , aprés
avoir injuftement ufurpė lautorité
Royale , en feignant
de
duTemps. 241
de condamner le pouvoir
arbitraire , met tout en ulage
pour établir ce meſme pouvoir.
Il y a deux ans que
Burnet eſtoit bien éloigné
de croire que ce Prince en
voulût à la Souveraineté.C'eſt
ce qui luy fit tenir le langage
qu'il a employé dans un de
ſes Livres imprimé à Roterdam
en 1688. intitulé, Voyage
de Suiffe & d'Italie par M
Burnet. Voicy l'article. Il
parle de ce qu'il pretend que
lele Prince d'Orange ait fait
aprés eſtre entré dans leGouvernement
.
242 VIII. P. desAffaires
On ne tarda guere cependant
qu'on ne remarquaft combien fidellement
le Prince recherchoit
le bien du Pays au prejudice du
ſien propre , car il rejetta toutes
les propoſitions de paix qu'on
luy fit parce qu'elles estoient
contre le bien de la Patrie ,
quoy qu'elles luy fullent fort
avantageuses ; vous sçavez fi
j'ay de bons Memoires de cela.
Il refuſa entre autres la Souveraineté
de la principale Ville qui
luy fut offerte par une députation
folemnelle ,ſe contentantde
l'autorité que ses Ancestres
avoient fi long-temps poffedée
du Temps . 243
avec tant de gloire, parce, diſoitil,
qu'il sçavoit qu'ily afurieuſement
à risquer pour ceux qui
penſent à avancer leur autorité,
en changeant les Loix , & les
Privileges établis depuis longtemps
dans un Pays , & qu'agirfelon
ces maximes est une
choſe également injuste & dangereuse.
:
Si le Prince d'Orange rejetta
des propoſitions de
Paix , ce n'eſt pas qu'elles luy
fuffent avantageuſes. En quoy
pouvoit- il trouver de l'utilité
dans la Paix , puis que ſans la
Guerre il n'avoit ny autorité
X ij
244 VIII.P. desAffaires
ny commandement , & qu'il
ne pouvoit diſpoſer d'aucuns
fonds ? Si ce Prince refuſa la
Souveraineté de quelque Ville
, c'eſtoit ſans doute , parce
qu'une Ville foule ne lepou .
voit maintenir dans le rang
de Souverain . S'il ſe contentoit
de l'autorité de ſes Anceſtres
, c'eſtoit malgré luy ,
comme ils ont fait malgré
eux , aprés avoir eſſayé inutilement
de l'uſurper . Je m'en
rapporte à ce que l'hiſtoire en
dit, & je n'employe icy l'article
du Livre du Docteur
Burnet , que pour faire voir ,
du Temps . 245
qu'il loüoit il n'y a que deux
ans le Prince d'Orange , d'avoir
refuſé l'autorité Souve-
& raine qu'on luy offroit
qu'aujourd'huy il fait un Heros
de ce meſme Prince qui
l'a ufurpée. Voilà comme
font les Flateurs intereſſez .
Ils changent de langage ſelon
les differentes maximes &
les differentes actions des
Princes , & ne ſe font point
une honte de ſe dédire de ce
qu'ils ont avancé. Le Prince
d'Orange a changé luy-mefme
de langage depuis deux
ans , ce qui fait voir qu'il n'y
X iij
246 VIII.P. desAffaires
avoit que de l'hypocrifie
dans ſes diſcours , puis qu'il
diſoit alors , qu'il ſcavoit qu'il
y afurieusement à riſquer , pour
ceux qui pensent à avancer leur
autorité, en changeant les Loix ,
& les privileges établis depuis
long-temps dans un Pays , &
qu'agir felon ces maximes , eft
une choſe également injuste
dangereuse. Ses propres paroles
ſervent à le condamner
, puis qu'elles marquent ,
que ſelon luy , ce qu'il fait
aujourd'huy en Angleterre
eſt dangereux & injufte. Lors
qu'il imputoit au Roy fon
du Temps. 247
Beau-pere ,d'avoir voulu établir
le pouvoir deſpotique, &
qu'il cherchoit à luy faire
un crime de cet injuſte deffein,
il ne parloit que de
loix , que d'obſerver les loix ,
que de ne rien faire contre
les loix. Il traitoit de ſervitude
& d'eſclavage la tyrannie
,& tout ce qui s'écartoit
tant ſoitpeu de l'obſervation
exacte & rigoureuſe de certaines
loix penales , faites
dans des circonstances qui
font entierement changées.
Il diſputoit aux Rois le pou
voir d'en diſpenſer quand ils
X iiij
248 VIII.P.desAffaires
le jugeoient à propos pour
le bien de leurs Etats ,& pre
tendoit, lors qu'ils enufoient
ainſi qu'ils meritoient d'eſtre
décriéz , comme des Princes
qui opprimoient leurs Sujets.
Il s'eſt obligé par là à nous
montrer quelles font les loix,
qui luy ont permis de faire
ce qu'il a fait. Il ne s'agit pas
d'exemples qui prouvent que
l'injuftice & la violence
ayent triomphe ; comme il
y a eu toûjours des méchans ,
l'hiſtoire en fournit de tous
les crimes . Le Prince dOrange
ayant oppoſé l'obferdu
Temps. 249
vation des loix à un Gouvernement
deſpotique & arbitraire
( c'eſt le nom qu'il
c'eft le
donne à celuy de Sa Majesté
Britannique , pour avoir difpenſé
de quelques loix a.
dieuſes en faveur de certaines
perſonnes ) s'il ne veut pas
eſtre du nombre de ceux
dont faint Paul a dit , Vous
vous rendez inexcufables , vous
qui condamnez les autres , parce
qu'en les condamnant vous vous
condamnez vous - mesmes , puis
que vous faites les mesmes choses
que vous condamnez , il faut
qu'il nous faſſe voir des loix
230 VIII. P. desAffaires
établies dans l'Angleterre par
les Rois & par les Parlemens ,
qui donnent droit au Gendre
du Roy , comme plus proche
Heritier de la Couronne , lors
mefme qu'il a ceſſé de l'eſtre
par la naiſſance d'un Fils , de
ſe rendre juge de fon Beau
pere , en condamnant ſa conduite
de tirannie ſans aucune
forme de juſtice , d'envahir
ſon Royaume avec une Flote
nombreuſe , d'y entrer à la
teſte d'une grande Armée ,
de ſe ſaiſir de ſes Places , foit
qu'elles fe rendent ou qu'elles
reſiſtent , d'arreſter ſes re:
du Temps. 251
venus , de folliciter ſes Sujets
de trahir leur Prince,en ſe joignant
à l'Ufurpateur de fon
autorité Royale , de faire paffer
ladefertion de ſes Soldats
qui les rend dignes de mort ,
pour une marque qu'ils ont
de la conſcience & de l'honneur
,& le ferment qu'ils ont
fait à leur legitime Souverain
, pour un engagement illegitime
dans un injuſte ſervice.
Mais comment demander
qu'il nous le montre ? Ne
ſçait- on pas que ſi le Prince
d'Orange , voulant décrier
leGouvernement du Roy fon
Beau- pere , comme deſpoti252
VIII.P.des Affaires
> ce
que & arbitraire , a tant fait
valoir la neceſſité de ne rien
faire que ſelon les loix
n'a eſté que pour amuſer le
monde ? Les Ufurpateurs &
les Tyrans ſe mettent au def
fus de toutes les loix , & lors
qu'ils veulent que les autres
s'y aſſujettiſſent , ils trouvent
qu'il eſt au deſſous d'eux , de
s'y aſſujettir eux-mefmes.
D'abord ils ne parlent que
de liberté & que de Parlemens
libres , mais leurs defſeins
ont à peine réüſſi , qu'ils
font des Eſclaves de ceux qui
ont pris leurs intereſts dans
du Temps . 253
T'elperance de ſe voir plus
libres , & reduiſent en ſervitude
les Parlemens & les
Peuples.
Si tous les Ufurpateurs font
criminels envers Dieu & cnvers
les hommes , Ic Prince
d'Orange & la Princeſſe ſa
Femme le font encore davantage.
Le cinquiéme Commandement,
qui porte , Honore
ton pere &ta Mere , nous fait
un devoir indiſpenſable d'honorer
le Roy. La Souveraineté
appartenoit au commencement
aux Peres , & c'eſt de
leur pouvoir qu'elleeſt déri
254 VIII.P.desAffaires
vée. Peut- on dire que le Roy
foit honoré , lors que l'on oſe
tirer l'épée contre luy ? Le
Pere pouvoit accuſer ſon Fils
& fa Fille , le Mary ſa Femme
, & il leur eſtoit permis
de mettre la main fur eux , &
de pourſuivre leur mort, mais
les Enfans n'avoient aucun
droit d'accuſer le Pere, ny la
Femme le Mary. Cela nous
apprend qu'il eſt défendu aux
Enfans & aux Sujets , de s'élever
contre les Peres & contre
les Rois , qui ont en eux
le caractere de Pere , non pas
meſme pour le ſervice de
du Temps 255
Dieu , & que leurs perſonnes
font inviolables. Aufli parmy
tant de jugemens contre les
Rois Idolâtres, dont l'Hiſtoire
Sainte eſt pleine , nous ne
voyons pas qu'il foit marqué
enaucun endroit, que le Peuple
ait eſté repris de n'avoir
pas déposé ſon Roy.
Voicy ce qu'on trouve dans
un Livre qui traite de l'origine
des Troubles d'Angleterre
fous Charles I. La Rebellion
est contre nature. Elle est
de ces charmes qui corrompent
l'usage de la raison pour un
temps , mais qui n'en peuvent
256 VIII.P. des Affaires
détruire lafaculté , qui enfin s'éclaircit
de ce nuage,&n'en retient
autre impreſſion que lahonte&
l'étonnement defes erreurs
paßées , &une ardeur d'enfaire
( reconnoiffance . Cette notion naturellement
emprainte aux coeurs
des Sujets , Qu'il faut obeirau
Roy ,& qu'à luy dedroit appartient
le pouvoir de la paix
&de la guerre , le relevera
quand il aura tout perdu. Le
feul nomdeRoy luy ferafourdre
des Soldats de la terre, les coutres
luy fourniront des épées : les
fleaux &les gaules combattront
pour la Couronne ,&feront peur
du Temps . 257
aux pistolets & aux piques ; les
armes qu'on luy a ravies reconnoistront
leur Maistre , & retourneront
d'elles- meſmes à luy.
Ce qui fuit ſe trouve encore
dans le meſme Livre.
C'est une chose bien difficile
de combatire la nature..
Cela ſe voit aux Provinces de
la Ligue où tandis que le Roy
y estoit maistre , on levoit des
Armées de dix mille hommes en
buit jours , mais depuis que ceux
de la Ligueycommandent. quoy
qu'ils levent des hommes incef.
Samment , leurs armées décroif
fent continuellement , & ceus
Y
258 VIII.P. desAffaires
qu'ils enrolent de jour , se
bandent la nuit. Que si les fecrets
jugemens de Dieu qui nous
veut chaſtier, n'avoient rendu les
Peuples craintifs & irrefolus
pour un temps , tel estleur nombre
&leur haine contre le party
de la Ligue , qu'ils en auroient
déja dépeſché le pays avec grande
facilité , quoy qu'ils foient
defarmez ,& il faudra enfin
natureSurmonte la
que
la contrainte
, car le Roy est le centre
de l'Etat , où toutes les pieces
tendent par leurpropre poids, &
où toutes les lignes des interefts
communs aboutiffent. Il arrive
du Temps . 259
aujourd'huy la mesme choſe
au Prince d'Orange à l'égard
de ſes Armées ; plus il
leve de Soldats , moins il
a de Troupes , & dans une
ſeule reveuë, les Commiſſaires
ont trouvé quatorze mille
hommes de moins . Les
Rois legitimes ont toujours
de grands avantages , & les
Peuples qui veulent s'attri
buer une autorité que Dieu
ne leur donne pas , en font
toſt ou tard punis . Cette
maxime déloyale que le
Corps de l'Etat eſt par deſſus
leRoy,ſe trouve contredite
Yij
260VIII.P.des Affaires
par le ſtile ordinaire des
cahiers preſentez aux Rois
d'Angleterre par le Parlement.
Les deux Chambres
ſupplient tres - humblement
le Roy leur Souverain Seigneurs
& ſe qualifient les tres-hum
bles & loyaux Sujets de Sa
Majesté. C'eſt le Corps repreſentatif
du Royaume qui
parle,& qui ne dit rien pat
compliment , mais par devoir.
Bodin en faiſant le dé
nombrement des Monarchies
Souveraines met en ce
rang celles d'Angleterre &
du Temps. 264
d'Ecoffe , & dir , Que les Rois
yontfans controverse tous les
droits de Majesté ,& qu'il n'y
eſt loiſible aux Sujets , ny àpart
ny en corps , de faire chofe au
cune contre la vie , ou la reputation
, ou les biens du Souucrain
,foit par voye de force , ou
de justice , quand bien il feroit
coupable de tous les crimes qu'on
peut imaginer en un. Tiran.
Le Roy Jacques I. remarque
dans ſon Livre du droit
des Rois , en examinant le
quatrième inconvenient, que
du temps d'Edoüard III . les
Etats firent, une Ordonnance,
262 VIII.P.desAffaires
par laquelle ils déclarerent
Traiſtres tous ceux qui imaginent
(c'eſt le mot de la Loy)
ou qui machinent la mort de
leur Souverain . C'eſt ſur cette
Ordonnance que les Juges du
Pays ſont fondez , lors qu'ils
ont toujours depuis jugé pour
traiſtres ceux qui ont ofé parler
de la dépoſition du Roy ,
parce qu'ils ont cru qu'on ne
luy pouvoit oſter la Couronne
ſans luy oſter la vie.
C'eſtoit autrefois un crime
digne de mott , de dire du
mal du Roy , & meſme d'imaginer
rien contre ſa puif
du Temps . 263
fance. La parole de Dieu y
eſt expreſſe , puis qu'elle nous
défend de dire mal du Roy ,
nonpas meſme en la penſée.
Calvinque le Prince d'Orange
doit reconnoiſtre , ne luy
eſt pas plus favorable que les
autres . Voicy comme il parles
dans ſon Livre des Inſtitutions.
Si noussommes tourmentez
pour la pieté par un méchant
&facrilege Prince , avant
toutes chofes ,ſouvenons- nous de
nos pechez , ne faisant point de
doute que Dieu n'envoye des
fleaux pour nous chastier. Par
ce moyen nous tiendrons l'impa-
)
264 VIII.P.des Affaires
tience en bride par l'humilité.
Aprés cela ,ſouvenons-nous que
ce n'est pas à nous à remedier à
ces maux-là que tout ce que
nous avons àfaire est d'implorer
L'aide de Dieu en la main duquel
font les coeurs des Rois , &
les mouvemens des Royaumes.
Il avoit dit un peu auparavant
, la parole de Dicu nous
oblige à estre ſujets , non ſeulement
aux Princes qui font dignement
leur devoir ; mais à
tous Princes , de quelque façon
qu'ilsfoient parvenus à la Souveraineté
, & encore qu'ils ne
faffent rien moins que le dervoir
de
du Temps . 265
de bons Souverains .
En ſon Commentaire fur
Daniel ; Apprenons , dit- il , par
l'exemple du Prophete à prier
Dieu pour les Tyrans , s'il luy
plaiſt de nous afſujettir à leur
plaifir defordonné car
quoy
qu'ils foient indignes de tous offices
d'humanité , cependant parce
que c'eſt par la volonté de Dieu
qu'ils commandent , c'est à nous
deporter doucement leur joug ,
non seulement à cause de l'ire,
comme S. Paul admoniſte , mais
auſſi à cause de la confcience ;
autrement nous ne sommes pas
Seulement rebelles contre eux
Z
د
266 VIII.P. des Affaires
mais contre Dieu . Cette leçon
eſt du meſme Commentaire .
Que cecy nous foit continuellement
en la memoire , que la même
autorité divine qui donne autorité
aux Rois , établit auſſi les
plus méchans Rois . Que jamais
ces pensées ſeditieuſes ne nous
montent en l'esprit , qu'il faut .
traiter le Roy felon ſes merites ,
&qu'il n'est pas raifonnable de
rendre le devoir de Sujets à celuy
qui ne nous veut pas rendre celuy
de Roy. Il n'y a pas une
ligne dans tous ces Paſſages
qui ne condamne le Prince
d'Crange , & il y auroit mille
du Temps. 267
reflexions , & mille raifonnemens
à faire qui me meneroient
trop loin.
Pierre Martir n'eſt pas
moins contraire aux ſeditieux
de la Convention , & à
l'invaſion qui vient d'eſtre
faite en Angleterre. En ex-
- poſant ce paſſage des Proverbes
; Par moy regnent les Rois ,
il dit , quefous le nom de Rois ,
leTexte entend auſſi les Tirans ,
d'où il tire cette conſequence.
Pourtant apprenant d'icy que
ton Roy est étably de par Dieu ,
tu ne machineras rien de feditieux
en l'Etat. Tout ce que tu
Zij
268 VIII. P. desAffaires
peux faire quand tu es oppreßé,
est d'en appeller au Tribunal de
Dieu , n'y ayant point d'autre
Puiſſance Superieure à qui un
Tyran doive obeir. Il dit auffi ,
que lors que Dieu a voulu chaffer
ou chaſtier les Rois deJuda pour
leurs pechez, il ne l'a point fait
par les Juifs , mais par les Babiloniens
, Affiriens &Egiptiens,
montrant par la conduite de ſa
Justice & Providence , que ce
n'est point aux Sujets de prendre
connoiffance des fautes de leurs
Souverains , mais qu'ils les doivent
laiſſer entierement à Dieu ,
qui a d'autres moyens en main
du Temps. 269
pour les punir & ranger à leur
devoir. Tous ces paſſages font
voir que l'action du Prince
d'Orange eſt condamnée par
les loix Divines & humaines
. Quoy qu'il n'y ait
perſonne qui ne demeure
d'accord que ſon invaſion le
rend criminel envers Dieu ,
& envers les hommes , & que
les uns l'avoüent hautement
pendant que les autres ſe contentent
de ſe le dire tout bas,
eſtant retenus , ou par l'intereſt
, ou par la crainte , on ne
laiſſe pas de raiſonner beaucoup
ſur ce fuprenant évene-
Zij
270 VIII.P.desAffaires
ment. Perſonne n'approuve
les crimes du Prince d'Orange
, mais ce qu'il a fait
attire une attention qui ne
luy eſt pas entierement def.
avantageuſe. Il ne faut pas en
eſtre ſurpris. Tous les grands
fuccés d'une entrepriſe hardie,
quoy que criminelle , &
qui paroiſt non ſeulement
difficile , mais auſſi preſque
impoſſible , font ouvrir les
yeux , & regarder celuy qui
en vient à bout , avec une
certaine eſpece de ſurpriſe
pleine d'admiration & d'étonnement
, parce qu'il faut
du Temps. 271
pour l'executer avec bonheur
un eſprit accompagné de
mille talents qui ne ſe trouvent
ny dans le commun des
hommes , ny meſme ſouvent
dans les perſonnes qui font
diftinguées par beaucoup de
qualitezextraordinaires.Ainſi
la pluſpart de ceux qui n'ont
examiné que le bruit qu'a
fait l'entrepriſe du Prince
d'Orange ,& le ſuccés qu'elle
paroiſt avoir eu , ont dit que
ſi elle le rendoit indigne du
nom d'honneſte-homme, elle
luy faiſoit meriter du moins
en quelque maniere celuy de
Z iiij
272 VIII.P.des Affaires
grand homme. On en peut
juger de cette forte quand
on ne fait pas de juſtes reflexions
ſur tout ce qui regarde
la choſe dont l'évenement
fait décider; maisquand
on viendra à examiner ſerieuſement
l'ufurpation de
la Couronne d'Angleterre ,
aprés eſtre ſorty de la premiere
ſurpriſe qui cauſe un
étonnement precipité , on
trouvera que ces entrepriſes
ne ſont pas ſi difficiles qu'on
ſe l'imagine , lors qu'on veut
bien ſacrifier pour y rétiſſir ,
tous les ſentimens d'hon
duTemps. 273
neſte-homme ; qu'on foule
aux pieds la Religion ,l'honneur
& la Justice , qu'on eſt
fans foy& fans parole , qu'on
ſe fait un jeu des plus lâches
&plus noires fourberies , &
que pour écarter , & meſme
pour immoler tout cequi peut
s'oppoſer à la fureur d'une
ambition ſanglante & dereglée
, on fait mille ſuppoſitions
qui facilitent les moyens
de s'en défaire. Voilà de
quelle maniere agit le Prince
d'Orange , pour venir à bout
de tous ſes deſſeins. Il poſſede
ce caractere ſi parfaitement ,
274 VIII.P. desAffaires
qu'il faut ſçavoir combien
il luy eſt naturel pour ne pas
prendre les ſuppoſitions qu'il
fait pour autant de veritez.
Par là on écarte tout ce qui
nuit , on l'exile , on le ſacrifie,
& on met tout en uſage , la
violence , les injustices , &
la trahifon . Il n'eſt enfin befoin
pour réüſſir dans les projets
de la nature de ceux du
Prince d'Orange , que de
prendre la reſolution d'eſtre
grandement méchant , s'il
m'eſt permis de parler ainſi ,
& on le devient , mais non
pas grand homme. Il eſt cer
du Temps 275
tain, à parler en general , que
quiconque pourra ſe refoudre
à commettre toutes fortes
de crimes ſans aucuns égards ,
pour venir à bout de la plus
haute entrepriſe , y réuffira
toujours fans beaucoup de
peine. Il ne faut que travail-
Ier d'abord à ſurmonter les
ſcrupules , qu'il ſemble que
le moins honneſte homme
doit avoir .Cependant ily a des
gens qui font nez avec de fi
méchantes inclinations , & fi
naturellement portez au mal,
& à commettre tous les crimes
qui les peuvent élever ,
276 VIII.P.des Affaires
qu'ils n'ont jamais ſenty de
fcrupules , & par confequent
aucuns mouvemens d'honneſteté.
Il eſt à croire queles
grands criminels , qui ſe ſignalent
par ces crimes étudiez
, commis avec lenteur ,
& avec art , & qui ne font
point excuſables par les aveugles
tranſports d'un premier
emportement , ne ſe trouvent
que parmy les perſonnes du
temperament dur & inſenſible
, que je viens de vous
marquer. Si, comme pluſieurs
pretendent , parmy les ſce-
Ierats de cette nature, on doit
du Temps . : 277
en trouver , qui à l'eſtime
prés que l'on ne sçauroit
avoir pour eux , peuvent
eſtre regardez comme de
grands hommes , le Prince
d'Orange ne peut eſtre mis
dans ce rang. Il doit preſque
tout le ſuccés de ſon invafion
à ceux qui ont trahy
leur Roy . & au fecret que
l'on a fi bien gardé dans cette
affaire , qu'il n'y a peut eſtre
point d'exemple qu'une choſe
d'une fi grande importance,
ſceuë par tant de gens ,
ait eſté tenuë fi longtemps
cachée . Mais à l'égard de ce
278 VIII. P.desAffaires
ſecret , ceux qui ont trahy Sa
Majefté Britannique ont plus
de part que luy à la gloire
de ne l'avoir point découvert.
Comme ils eſtoient moins
intereſſez que ce Prince à le
garder , ils pouvoient en le
declarant à leur Roy , s'en
faire un merite auprés de luy ,
& obtenir par là leur pardon,
& des recompenfes ; mais
l'affaire regardant entierement
le Prince d'Orange , il
ne pouvoir le découvrir ſans
manquer ſon entrepriſe , & ce
n'eſt pas avoir une habileté
extraordinaire que de garder
du Temps. 279
fon propre fecret , ſur tout
lors qu'on ne peut le laiſſer
échaper , ſans voir avorter
ce qui a couté de grandes
ſommes , & des ſoins & des
peines extraordinaires. Je
veux pourtant que dans la
maniere dont le Prince d'Orange
a envahy les Etats du
Roy ſon Beau- pere , il y ait
un peu de cette gloire peu
eſtimable & peu eſtimée ,
que l'on ne ſçait comment
appeller. Il ne peut la difputer
que contre les Ufurpareurs
qui ont réuſſi avant luy
dans de pareils attentats.
280 VIII. P. desAffaires
Ainſi la victoire qu'il remportera
ne ſera que ſur des
Tirans . C'eſt un avantage qui
n'eſt pas fort glorieux , puis
que le vainqueur ne peut
eſtre que celuy qui aura travaillé
à s'acquerir la plus
odieuſe memoire . Comment
ſe réjoüir du triomphe , fi
l'on peut dire que c'en ſoit
un, lors qu'aprés avoir étouffé
tous les ſentimens d'honneur
& de vertu , & s'eſtre
précautionné contre les plus
juſtes remords , on ne remporte
que l'avantage de pafſer
pour le plus grand crimi
du Temps . 281
nel dont les hiſtoires ayent
jamais parlé ? On s'en fait un
honneur , parce qu'il y a du
plus , & du grand . Il eſt
honteux de diſputer du plus,
à moins que de ſe faire une
gloire qui n'eſt reconnuë que
parmy les ſcelerats , & dont
Ies honneſtes gens ne parlent
qu'afin de la déteſter.
De toutes les Uſurpations,
celle du Prince d'Orange ſe
trouve la plus lâche, la plus facile
, & celle qui peut moins
faire meriter par aucun endroit
le nomde grand homme
à celuy quil'a faite, parce qu'il
A a
282VIII.P. desAffaires
s'eſt ſervy des voyes les plus
honteuſes. Il a pris d'abord le
chemin des hommes ſans
coeur, & n'a cherché à réuſſir
que par de lâches ſurpriſes.
Il y en a de certaines qu'on
peut employer , &beaucoup
de ruſes ſont permiſes dans
la guerre , mais Phonneur
ne ſouffre rien de ce qu'on
fait contre la parole donnée,
& l'on trouve meſme peu
de criminels qui ne la gardent
, quand ce ne ſeroit que
pour eacher une partie de
leurs crimes ſous un exterieur
de probité en confervant د
du Temps 283
quelque choſe de ce qui diftingue
les honneſtes gens.
Ils marquentpar là que s'ils
ſe trouvent forcez de fe
laiſſer entrainer aux crimes, ils
n'ont pas encore étouffé tous
les ſentimens d'honneur , &
qu'ils les connoiffent , qucy
qu'ils les pratiquent peu . Le
Prince d'Orange n'a pas faitde
même , & par un procedé qui
n'eſt guere en ufage , meſme
parmy ceux qui facrifient
toutàl'ambition, il s'eſt noircy
fans aucunséguds de tous
les crimes qu'il a cruluy pouvoir
eftre utiles . Lors quede
Aa ij
284 VIII.P.desAffaires
bruit du deſſein qu'il avoit
fait d'ufurper la Couronne
d'Angleterre commença à ſe
répandre , ce Prince fit aſſurer
Sa Majeſté Britannique , par
les Ambaſſadeurs de Hollande,
que ce qu'on y diſoit de
ſon entrepriſe , eſtoit entierement
faux, & il luy fit faire
mille honneſtetez pour luy
oſter la penſée qu'il duſt l'attaquer
, mais lors qu'il connut
que ſon armement pouvoit
le rendre ſuſpect , il écrivit
au Roy d'Angleterre pour
luy confirmer , ce que luy
avoient dit les Ambaſſadeurs
du Temps . 285
1
د
de Hollande ; de forte que
ce Monarque trouva mauvais
qu'on noirciſt ſon Gendre
auprés de luy , & fe feroit
déclaré contre ceux qui l'accufoient
s'il avoit cu à
prendre party. Ainſi tout
ce qui a fait le fuccés de l'entrepriſe
du Prince d'Orange
, c'eſt d'avoir heureuſement
trompé un Roy à qui
il eſtoit attaché par tant
de noeuds , & de luy avoir
manqué de parole , ce que les
ſcelerats meſme ne font pas ,
ces fortes de ruſes n'eſtant pas
permiſes en bonne guerre.
C
286 VIII. P. des Affaires
Quoy que le crime fuſt égal
àtromper un ennemy , il auroit
au moins eu de quoy ſe
vanter de l'avoir ſurpris, mais
il n'y aque de la lâcheté , &
nul avantage à tromper ſon
Oncle & fon Beau- Pere. Il
n'eſtoit pas malaiſé au Prince
d'Orange d'en venir à bout ,
puis que naturellement le
Roy d'Angleterre devoit
s'aſſurer ſur ce qu'il luy faiſoit
dire. Tout honneſte
homme&qui ſur ſes propres
ſentimens , croit que le fang
dont il eſt formé eſt incapable
de faire des erimestone
duTemps. 287
:
fçauroit eſtre blâmé de ſe re
poſer ſur la parole de ceux
qui ſont de ce meſme fang.
C'eſt ce qui est arrivé au Roy
d'Angleterre. Il eſtoit Oncle
&Beau- Pere , & de la maniere
hipocrite dont un Prince ,
fon Gendre & ſon Neveu
tout enſemble , luy faiſoit
jurer que toutes ſes intentions
eſtoient finceres , il n'a fait
en le croyant que ce que tout
autre euſt fait comme luy
dans un cas pareil. Mais quel
honneur en peut efperer le
Prince d'Orange ? Il n'a eu
beſoinpour reuffir , que de
288 VIII.P. desAffaires
corrompre de lâches Sujets
pour en faire autant de traîtres
, en quoy on ne croira pas
qu'il doive avoir eu beaucoup
de peine , pour peu qu'on fafſe
de reflexion ſur les agitations
perpetuelles des Anglois
, qui voudroient voir
changer tous les jours la forme
du Gouvernement , & qui
ne sçauroient neanmoins dire
ce qu'ils ſouhaitent . Non
ſeulement ce Prince n'a fait
aucune action de vigueur ,
mais il eſtoit ſeur de n'en
point faire , & de n'eſtre expoſé
àaucun riſque. On ſçait
qu'il
du Temps. 289
qu'il a dit, que quand il neferoit
paßé en Angleterre qu'avec
cinq cens hommes , il il estoit affurédu
succés des defſſeins qui luy
avoient fait entreprendre ce
voyage. Il n'alloit donc affronter
aucuns perils , puis
qu'il eſtoit ſeur de n'avoir
point d'ennemis àcombattre,
Cela eſtant , il y auroit lieu de
dire , que ton ombre luy faiſoit
peur lors qu'il a paſſé
avec tant de Troupes , & un
fi grand attirail de guerre ,
quoy qu'il cuſt pû venir à
bout de ſon entrepriſe , avec
cinq cens hommes,comme il
вь
290 VIII.P.des Affaires
en eſtoit perſuadé , & comme
la ſuite a fait voir qu'il avoit
raiſon de l'eſtre . On voit par
là qu'il n'y a pas eu plus de
gloire pour luy du coſté des
moyens de faire reuffir ce
qu'il avoit projetté. Les ar.
mes qui ont ſervy pour l'executer
, font l'ingratitude , le
parjure , la perfidie, l'impieté
, les facrileges , & mille autres
choſes de cette nature.
Ce ſont là les armes d'un Con
querant fans gloire , qui n'a
point hazardé ſa vie ,& qui
par la trahifon a porté les
coups mortels à ſes ennemis,
ていま
... du.Temps. 291
ſans eſtre en danger d'en
recevoir .De pareils Vainquers
triomphent ſans gloire , parce
qu'ils combattent fans peril.
Les attentats font leurs exploits
, & leur victoire eſt,
ſemblable au triomphe odieux
, que remportercit un
homme , qui aprés avoir juré
à un autre qui ſe ſeroit defié
de luy , une amitié inviolable
, le poignarderoit par derriere
en l'embraſſant. Le Prin
ce d'Orange a fait la mefme
choſe à l'égard du Roy qu'il
a détrôné . Il a abuſé de la
trop bonne opinion qu'il
Bb ij
292 VIII.P. desAffaires
avoit de luy , & il n'a trouvé
par là que des facilitez dans
ſon entrepriſe. Les obſtacles
ſe devoient rencontrer dans
fon coeur , mais ce ſont ceux
qu'il a le plus facilement furmontez
, & il eſt meſme à
croire qu'il n'y en a point
trouvé du tout. Ainſi il n'a
pas eu plus depeine à triompher
de ce coſté là, que du
coſté des Anglois , de la docilité
deſquels il pouvoit ſe
roleque loin de s'oppoſer à
tenir ſeur, puis qu'il avoit paſadefcente,
ils ſe joindroient
cousà luy. Cefar n'auroit pas
du Temps. 293
donné de loüanges à de pareilles
conqueſtes , puis qu'il
ne pouvoit ſouffrir celles
qu'on remportoit aisément ,
meſme en combatant, & plu .
ſieurs font perfuadez que lors
qu'il a dit , qu'il estoit venu,
qu'il avoit vû, &qu'il avoit
vaincu , il ſe moquoit de la
facilité qu'il avoit trouvée à
vaincre. Ce ne ſont pas les
fuccés des entrepriſes qui les
rendent glorieuſes. C'eſt la
maniere dont on vient à bout
des deſſeins qu'on a formez.
Un Capitaine ne peut meriter
le nom de Grand lors
Bb iij
294 VIII.P.des Affaires
1
qu'il a pratiqué des Traiſtres
qui luy ouvrent les portes
d'uneVille , ſans qu'il ait tiré
un feul coup, de mefme qu'un
Scelerat ne peut diſputer d'efprit
, d'adreſſe , ny de conduite
parmy ſes pareils , quoy
que fon crime l'emporte par
fa noirceur, lors qu'il a reuffi
-ſans peine , & qu'il n'a pas eu
plus d'obstacles à furmonter,
qu'en a trouvé le Prince
d'Orange.
:
Un Ufurpateur qui ſe voit
dans un Trône , ſe croit tout
couvert de gloire , parce qu'il
eft glorieux d'avoir le titre
du Temps. 295
de Roy , mais la difference
eſt grande de regner par ufurpation
, ou par un droit legitime
, & quand, ce Prince
qui n'eſt aimé en Angleterre
que de ſes Creatures & des
Preſbiteriens , pourroit deevenir
les delices des Peuples ,
& s'attirer leur amour par
mille actions auſſijuſtes qu'é
clatantes ; je dis plus encore ;
quand la mort de ceux à qui
appartient la Couronne avant
qu'il puiſſe y pretendre , l'en
rendroit enfin legitime pofſeſſeur
, la poſteriré ne luy
peut donner dans | Hiſtoire
Bb inj
296 VIII.P.des Affaires
d'autre nom que celuy d'Ufurpateur.
Ce que je dis eft
incontestable , & il n'y a ja
mais eu d'exemple du contraire.
Mais quand l'Hiſtoire
auroit favorisé quelques Ufurpateurs
, ce qui ne ſe trouve
point ,le Prince d'Orange
ne pourroit eſperer la meſme
choſe, puis que s'il aſceu ſe
diftinguer , ce n'eſt que par
les endroits qui peuvent rendre
un homme coupable.
J'ay apris d'un de ſes Domeftiques
, qu'il ny a pas d'homme
plus violent. Il a beau
ſe déguifer là- deſſus , ſes acduTemps.
297
zions le trahifſent ; il eſt infupportable
à tous , mais particulierement
à luy- meſme ,
&change ſouvent d'un moment
àl'autre ſans ſçavoir ce
qu'il fouhaite ; mais il ne faut
pas s'en étonner. Tout homme
qui aprés s'eſtre agrandy
par des crimes fignalez ,
eſt obligé pour ſe maintenir,
de faire des injuftices à tous
momens , afin de ſe conſerver
le rang où la trahiſon l'a élevé
, a lieu de tout craindre ,
& quand on craint tout, on
ne peut eſtre longtemps dans
la meime afficte. La belle
298 VIII. P.desAffaires
-gloire eftant inconnue au
-Prince d'Orange , ne luy sçauroit
avoir inſpiré l'envie de
regner , & quiconque connoiſtra
l'excés de ſon avarice,
fera bien perfuadé qu'il a fou-
-haité le Trône pour eftre en
pouvoir de remplir: fes cofres
. Il ne fera jamais comme
Alexandre , qui ne vouloit
des Couronnes que pour avoir
la gloire de triompher,
& le plaisir de les rendre.
Quoy que le Prince d'Orangeait
le nom de Roy , il ne
doit pas croire que la puiſſan.
ce foitbien affermie. La force
1
diuTemps. 299
le ſoutient ; mais dés que
l'autorité d'un Ufurpateur
vient à s'affoiblir , & que
l'éclat qui l'environnoit n'é--
bloüit plus , il commence à
paroiſtre criminel & quand
il fe laifſe ſurprendre , ceux
qui l'encenfoient le regardent
en coupable. Il ne doute
pas luy- mefme qu'il ne le
ſoit ; il ſçait que les crimes
-d'un Tiran , ne ſont juſtifiez
que pendant qu'il regne , &
qu'il eft coupable dés que
fon regne a ceffe.Peut- il croire
aprés cela,& ceux qui embraffent
fon party , peuvent- ils
300 VIII. P. desAffaires
eſtre perfuadez, que fes perfadies
puiſſent luy faire meriter
le nom de grand homme ?
Ce nom & celuy de criminel
ne s'accordent point enſemble
; ainſi ce dernier luy
reſte toûjours. Et comment
un homme , que toutes les
loix divines & humaines condamnent
,& dont le Procés
ſe trouve tout fait lors qu'il
tombeduTrône,peut - il croire
qu'il a merité un nom
glorieux ? Il en eſt desUſurpareurs
qui regnent , comme
de ceux qu'on pretend qui
ayent des charmes , & qui
duTemps. 301
tant qu'ils les ont ſe diſtinguene
dans les choſes pour
leſquelles ils leur ont eſté
donnez, mais qui , ſi toſt que
le charme ceffe , perdent tout
àcoup ce qui les faifoit briller
, & retombent dans l'efpece
de neant , d'où ils avoient
cru s'eſtre tirez. L'autorité
abſoluë , & la Majesté
du Trône ſont le charme
qui fait briller les Ufurpateurs;
mais dés que ces deux
choſes commencent à leur
manquer, ils paroiffent tout
cequ'ils eſtoient auparavant.
Leurs crimes dénuez d'éclat
1
302111: P. des Affaires
ſemblent horribles ; on en
voit toute la noirceur qui
eſtoit couverte par les brillans
de la Couronne , & en ceffant
d'eſtre Rois, ils ſont criminels
devant les hommes ,
comme ils l'eſtoient aupara
vant aux yeux de Dieu .
Les Politiques qui avoient
trouvé que ſelon le caractere
du Prince d'Orange ,qui eft
de facrifier tout à fon ambi
tion ſans en excepter les devoirs
les plus facrez , il avoit
fait tout ce qu'un ambitieux
qui foule aux pieds , le fang ,
P'honneur,& la Religion peut
du Temps 3038
faire, ne l'ont pas trouvé habile
depuis fon débarquement
en Angleterre. Iln'a pas joüy
de ſes avantages , comme il
auroit pu faire à l'égard del
l'Irlande , & il s'eſt laiffé
tromper dece coſté là,com
me je pretens vous le faire
voir , lors que je vous parle
ray des affaires de ce Royaume.
Ilen a negligé aufli beau- 1
coup d'autres , & s'eſt arreſté
lors qu'ileſtoit important d'a-l
gir. L'empreſſement d'avoir
le titre de Roy , & de fe voir
reveſtu des habits Royaux ,
luya fait perdre un temps
304 VIII.P. desAffaires
1
infiny qu'il ne recouvrera
jamais. Ce titre devoit peu
luy importer , puis qu'il avoit
la Puiſſance. Il ſuffiſoit qu'elle
luy fourniſt un ſecours certain
pour vaincre tous les obſtacles
qui l'ont embarraſſe
depuis qu'il s'eſt fait élire
Roy , & qui s'appreſtent encore.
Tousces obſtacles eſtant
furmontez , il ſe ſeroit fait
offrir la Couronne quand il
l'auroit jugé à propos , avec
cette difference qu'en l'acceptant
ſans avoir montré
d'avidité de l'avoir , il ſe ſeroit
veu en ſeureté dans un
(
duTemps. 30F
Trône , où il n'eſt pas tropbien
affermy. Ainsi , en tombant
d'accord que du coſté
de l'intention rien ne luy
manque pour eſtre au nombre
des criminels les plus renommez
, on ne dira pas pourtant
qu'il doive eſtre mis au rang
des plus habiles ducoſté de
l'execution, quoyque la maniere
dontil a commencé,&
la grandeur de ſon entrepriſe
femblent avoir ébloüy d'abord.
Mon deffein eftoit de reprendre
dans cette huitiéme
Partie la ſuite du Journal du
Cc
306 VIII.P. desAffaires
1
Parlement d'Angleterre ;
j'entens à l'égard des Affaires
d'Etat , car je ne pretens pas
vous parler de celles des particuliers
qui n'y ont point de
rapport ; mais l'abondance de
la matiere m'oblige à remettre
à une autre fois ce que
j'ay à vous en dire . Vous le
trouverez dans les autres Parties
de cette Hiſtoire. Cependant
je croy que vous ne
ferez pas fachée de voir ce
qu'on a écrit ſur ce Parlement.
Čela vous ſervira à juger de
beaucoup de choſes qui s'y
font paſſées.
e.
du Temps. 307
1
Onpretend que ce Parlement
établira de fi bonnes loix , &
mettra fi bon ordre qu'elles foient
executées , qu'il n'y aura plus
de renverſement à craindre, mais
on veut que ce soit un Parlement
libre , & c'est sur ce mot
de libre qu'on fonde principalement
l'esperance de ces grands
avantages.
Etrange aveuglement , de ne
pas voir qu'un Parlement libre
dans la conjoncture preſente .
est une auſſi grande chimere qu'-
une montagne fans vallée ! Ce
qu'on prend pour fondement
dans ces declarations en est une
Ccij
308VIII.P. desAffaires
/ preuve indubitable. Il n'y a
rien, dit-on , de plus certain
que les loix ne peuvent eſtre
faites en Angleterre que du
conſentement du Roy & du
Parlement. Or un confentement
force n'est pas un vray
confentement , c'est une maxime
établie par toutes les loix,
qu'on n'est pas censéfaire librement
ce qu'on ne fait que pour
éviter un mal confiderable, dont
on nous menace , ou que nous
avons raisonnablement ſujet de
craindre qui ne nous arrive par
une violence injufte. Comment
donc un Parlement, où tout fe
du Temps. 309
au
doitfaire par un mutuel confen
tement du Roy , & des Membres
qui le compofent, peut-il
eftre libre, fileRoy n'a du moins
autant de libertéde propoſer
Parlement ce qu'il veut , &de
confentir à ce que le Parlement
luy propose , que le Parlement
de propoſer au Roy ce qu'iljuge
à propos pour le bien de l'Etat,
de l'Etat,
&de confentir à ce qui luy es.t
proposé de la part duRoy.
Cela est plus clair que le jour,
il n'est pas moins clair que
dans l'état où est maintenant
l'Angleterre,il n'y pourvoit avoir
de liberté ny de part ny d'autre
310 VIII.P.des Affaires
dans ce Parlement pretendu libre.
Un Gendre dénaturéy estant
entré avec une Armée de Prefbiteriens
étrangers , s'est emparé
du pouvoir legitime de fonBeaupere.
Il a attiré son autreGendre
à fon party , il a foulevé
les Peuples parses Declarations
Seditieuses , & eft entré en vi-
Etorieux dans toutes les Villes
qu'il a trouvées sur sa marche ;
il a par tout excité ou fomenté
de furieux emportemens de la
Populace contre la Religion du
Roy ; il a menacé des plus cruels
traitemens tous ceux qui demeureroient
fidelles à Sa Majesté,
1
1
du Temps. 31
aprés avoir eu l'inſolence de
demander pour preliminaire de
-ce Parlement, que le Roy n'eust
plus la garde de la Tour de Londres
, il l'a fait tomber en ſa
puiffance , & on y a enfermé
les principaux Seigneurs , dont
tout le crime est d'avoir fidellement
fervi Sa Majesté..
On voit affez que les choses
estant en cet estat , le Roy ne
pouvoit demeurer à Londres, qu'-
eftant entre les mains de ses ennemis
en danger d'estre traité
par cette malheureuse Nation
comme le Roy fon Pere , qu'elle
honore comme un Martir dans
312 VIII.P. desAffaires
fa Liturgie, aprés l'avoir maſſacré.
N'est- ce doncpas une illufion
qu'on fait à toute l'Europe ,d'etourdir
le monde par la demande
d'un Parlement libre , lors que
celuy qui en doit estre neceffairement
l'ame le chef, auroit esté
reduit dans la plus dure Glaplus
indigne captivité qui futjamais?
Il ne pouvoit pas y arvoir
plus de liberté pour les Membres
du Parlement , car il faudroit
pour cela que tous ceux qui
l'auroient composé euffentpûpropofer
fans crainte tout ce qu'ils
auroient jugé avantageux pour
le bien de l'Etat , foir pour ap
puyer
<
du Temps. 313
puyer le deffein qu'avoit le Roy
d'oster le Test , &les Loix penales
, foit pour combattre ce deffein.
Orsçauroit esté une folie de
ſe promettre qu'on y auroit eu
la liberté de faire la premier ,
c'està dire , de foutenir la pen-
Sée de Sa Majesté Britannique
aprés ce que le Prince d'Orange
à la teſte d'une grande
Armée, le Roy n'en ayant plus
aucune à luy oppofer , a fait entendre
dans ſes Manifestes que
le Test & les Loix penales eflan!
le foûtien neceſſaire de la ReligionAnglicane,
c'est estre traiſtre
àſaReligion &àsa Patrie , de
Dd
314 VIII.P.desAffaires
confentir qu'on les affoibliffe
aprés les horribles menaces qu'il
y fait de traiter tous ceux qu'il
croit avoir appuyé ceſentiment
du Roy , comme d'execrables criminels.
Il n'y a donc rien de plus ridicule
que de donner le nom de
libre à un Parlement , où il n'y
auroit eu que les Factieux &
les Republiquains , &ce vieux
levain de Cromveliſme , qui auroient
dit avec infolence tout
ce qu'ils se feroient imaginé de
plus déraisonnable & de plus
injuste pour oprimer entierement
les Catholiques & fouler aux
du Temps. 315
pieds l'autorité de leur Souverain
, où les Protestan's moderez
& équitables n'auroient pu
ouvrir la bouche pour les contredire
fans s'expoſer , ou à estre
mis en pieces par la canaille de
Londres dont la fureur va jufqu'à
violer le droit des gens en
Saccageant les Maiſons des Ambaſſadeurs,
ou à eſtre livrez à la
discretion de l'armée de ce nouveau
Cromvel ,felon la menace
qu'il en a fait par avance.
AinsiSa Majesté Britannique
a eu tres - grande raison de répondre
à ceux qui depuis l'arrivée
du Prince d'Orange le preffoient
Ddij
316 VIII.P. desAffaires
1
d'aſſembler ce Parlement libre
qu'on luy demandoit , qu'il eſtoit
tres-disposé à le faire smais qu'il
falloit qu'auparavant cette armée
d'étrangersfortiſt du Royaume.
Quesipour n'avoir rien àfe
reprocher il s'eft rabaißé depuis
jusqu'à vouloir bien le convcquer,
comme il le fit témoigner
au Prince d'Orange par trois
Milords qu'il luy envoya , la
maniere infolente dont ce Prince
reçût cette extrême condescendance
, & les conditions tiranniques
qu'il exigea en voulant
qu'on rendist le Peuple de Londres
maistre de la Tour , ont dû
du Temps. 317
neceſſairement porter Sa Majefte
Britannique au party qu'elle a
pris de revoquer cette convocation
en rompant ces honteux liens
qu'on luy preparoit , par unefage
retraite , juſqu'à ce que Dieu
ait touché le coeur de cette
malheureuſe Nation comme
il écrivit dans une Lettre fi touchante
&fi Chreftienne au Comte
de Feversham.
Il me reſte encore quelques
Pieces ſeparées , & qui ont
eſté écrites par differentes
perſonnes. Je vous en feray
part dans la ſuite.
FLN .
Ddiij
SS
សហ
សាល
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255 s22s
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui se débitent chez le
Sieur Guerout , Court-neuve du
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Ffaires du Temps . 7. vol. in 12 .
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pagne juſqu'à preſent. 3. volumes in
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le Regne du Roy Jacques II .
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Hiſtoire de Mahomet IV. dépoſſe...
dé , contenant beaucoup de chofes
touchant l'Empire Othoman , avec
le portrait des inclinations du Sultan
déposé , ſon horoscope , & la revolution
de cette horoſcope, les deſcriptions
de toutes les revoltes des Janiſſaires
ſous vingt- trois Empereurs Turcs
tout ce qui s'eſt paſlé de plus parti
culier à la Porte pour depoſer Mahomet
, & élever Soliman III . for le
Trane ; une deſcription de ſon Couronnement
; la continuation des Trou.
bles depuis cette ceremonie , avec pluſieurs
autres choſes curicuſes. 3. volumes
in douze.. 4. 1. 10. f.
Amballades de Monf. le Comte de
Guilleragues , & de M. Girardin, auprés
du Grand Seigneur, avec pluſieurs
Pieces curieuſes , tirées des Memoires
detous les Ambaſſadeurs de France à
la Porte, qui font connoiſtre les grands
avantages que la Religion & tous les
Princes de l'Europe ont tirez des alliances
faites par les François avec Sa
Hauteſledepuis le regne de François I.
& principalement. ſous le regne du
Roy , àl'égarddela Religion, enſemble
pluſieurs deſcriptions de Feſtes &
Cavalcades à la maniere des Turcs ,
qui n'ont point encore eſté données au
Public , ainſi que celle des Tentes
du Grand Seignenr . 1.1.10.1.
Hiſtoire des Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y eſt paflé de
remarquable juſqu'à la fin de l'année
1687 . 6. vol. in douze , 9. l .
Le Grand Viſir Cara Mustapha .
Hiſtoire contenant ſon élevation , ſes
amours dans le Serrail , ſes divers
emplois , le vray ſujet qui luy a fait
entreprendre le Siege de Vienne , &
■ les particularitez de la mort 1. 1. 10. f.
Le Secretaire Turc , contenantl'ast
d'exprimer ſes penſées ſans ſe voir ,
fans ſe parler , & fans s'écrire , avec
les circonstances d'une avanture Tar
que , & une Relation tres- curieuſe de
pluſieurs particularitez du Serrail qui
n'ont pas encore eſté venës. 1. 1. 10. f.
Le Seraskier Bacha. 1.1.10...
1
1
OEUVRES DE M
de Fontenelle .
Dialogues des Morts. 2. vol. indouze.
3.. Ι .
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des Morts. 1.1. 10. f.
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avec un ſixiéme Soir qui n'a point encore
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Epiſtres en Vers de M. Sabatier
Le Chevalier à la Mode. 1. 1. 10. f.
La Déſolation des Joüeuſes.
La Devinereſſe.
Artaxerxe.
La Comete.
10. f
10. f.
10. f.
10. f.
La Methode du Blaſon du PereMeneſtrier
, avec les Armes de la pluſpart
des plus confiderables Maiſons de
France , imprimée en 1688. 2. liv.
Chevalerie ancienne & moderne,avec
la maniere de faire la preuve pourtous
les Ordres de Chevalerie 1.1. 10. £.
Eclairciſſement nouveau & tres-utile
fur le preſt & l'intereſt. Iliv.
Hiſtoire de l'Afrique ancienne &
moderne, enrichie de 80. figures , 4 .
volumes in douze. 8. liv.
Hiſtoire de Normandie. 1.1 . 10. f.
Eloges des Perſonnes Illuſtres de
l'ancien Teſtament , par M. Doujat .
1. 1.5. f.
Traité de la Tranſpiration du ſang.
,
1.1.10.6.
Abregé nouveau de l'Histoire generale
d'Eſpagne contenant ce qui
s'eſt paſlé dans les Pays dépendans de
cette Monarchie depuis ſon origine
juſqu'à preſent. 3. vol. 4. liv. 10. f.
Réflexione ſur l'Acide & fur l'Al-
Kali. 1. liv. 10. f.
Eſſais de Morale & de Politique,
où il eſt traité des Devoirs delHomme
conſideré comme particulier , &
comme vivant en Societé . 2. vol. 2.L
Obſervations de M. Spon ſur les
Fiévres & les Febrifuges .
1.1.
Antiquitez du meſme M. Spon, Ouvrage
enrichy de pluſieurs Figures .
7.1.
Notes de M. Corneille ſur les Remarques
de M. de Vaugelas, ſuivant
le ſentiment du Pere Bouhours , &
de Meſſieurs Chapelain & Ménage ,
avec les Remarques meſmes. 2. vol.
indouze. 4. liv. 10. f.
Arithmetique raiſonnée , enrichie
depluſieurs figures pour en faire mieux
comprendre les demonftrations , avec
l'art de toiſer & de jauger. 1.1.10.f.
L'Art de laver, ou nouvelle maniere
de peindre ſur le papier , ſuivant le
coloris des Deſſeins qu'on euvoye à la
Cour , par M. Gautiet de Niſines .
1. 1.
Voyage du Chevalier Chardin en
Perſe , & aux Indes Orientales , par
la Mer noire & par la Colchide enrichy
de 18. grandes Figures. 2. v. 4.1.
10. f. Relation
RelationduVoyage du Roy en Flandre
en 1680. 1.1.10.f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal . 1.1.10.Γ.
Relation du Mariage de Mademoiſelle
avec le Roy d'Eſpagne. 1. 1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois. 1.1.10.6.
Relation du Mariage de Monſeigneur
le Dauphin , avec la Princeſſe
Anne - Chreſtienne- Victoire de Baviere.
1.1.10.6.
,
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
contenant la deſcription
des Places de la haute & baſſe Alface,
& de celles de la Province de la
Sare & de Luxembourg. 1. liv . 1o . f.
Relation du Siege de Luxembourg
1. 1.10.0.
Relation de ce quia eſté fait devant
Genes en 1684. par l'Armée Navale
de Sa Majeſté. 1.1. 10. f.
La Feſte de Chantilly, contenant tout
Ec
ce qui s'eſt paſſé pendant le ſejour que
Monſeigneur le Dauphin y a fait en
1688. avec une deſcription exacte du
Chaſteau &des Fontaines . 1.1.10. f.
Ambaſſade de Siam en France, contenant
la reception qui a eſté faite aux
Ambaſladeurs de Sa Majesté Siamoiſe
dans toutes les Villes où ils ont paffé,:
les ceremonies obſervées dans l'Audience
qu'ils ont euë du Roy & de
la Maiſon Royale , les complimens
qu'ils ont faits , & ce qu'ils ont dit
de remarquable ſur tout ce qu'ils ont
ven , avec une deſcription exacte des
Châteaux , Appartemens , Jardins &
Fontaines de Versailles , S. Germain
en Laye , Marly & Clagny , de la
Machine de Marly , des Invalides , de
l'Obſervatoire , de S. Cyr , des Chevaux
qui ſont dans les deux Ecuries
du Roy , des Galeries de Sceaux , ce
qu'ils ont veu pendant leur Voyage
en Flandre ; la deſcription des Villes
&de tous leslieux où ils ont eſté , de
la Feſte donnée par Monfieur à Saint
Cloud, &c. 4. vol. 6. liv.
1
1




UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06574 3273
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le