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1689, 06, t. 7 (Affaires du temps)
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9.41 Mo
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345
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Texte
Library ofthe Universityof Michigan
TheCoylCollection.
MissJeanL.Coyl
ofDetroit
in memory ofher brother
Col.William Henry Coyl
1894.
1689

SEPTIEME PARTIE
DES
AFFAIRES
DU TEMPS.
20% Partie dejuin 1689 .
A PARIS ,
Chez MICHEL GUEROUT ,
Court-neuve du Palais ,
au Dauphin.
M. DC.IXXXIX.
Avec Privilege du Roy.
840.6
M558
1689 .
Jun .
2
Cov
10 14 55
88544
AVIS
Outes les Affaires de
l'Europe eſtant aujourd'huy
liées enſemble
par le meſme noeud , ne
laiſſent pas d'avoir pluſicurs
parties ſeparées ,
dont chacune ſe raporte
à un feul point , qui eſt
l'abaiſſement de la France.
Son élevation le fait
ſouhaiter ; mais comme
a ij
AVIS.
les
on feroit paroiſtre trop
d'injustice , ſi on laiſſoit
voir qu'on n'agit que par
un motif de jaloufie ,
chaque Etat a cherché des
pretextes pour la couvrir,
& pour embaraffer
affaires . Celle de l'Electorat
de Cologne eſt arrivée
tout à propos , pour
mettre l'Empereur en
eſtat d'agir contre la
France . Les Partis ſe ſont
formez ,& le Prince d'Orange
, habile Politique ,
AVIS.
gon
en feignant de ne prendre
part dans cette affaire
que pour les autres,n'a
agy que pour luy ſeul.
J'ay cru que cette Hiftoire
, où tous les Princes
de l'Europe joüent aujourd'huy
chacun un perſonnage
, meritoit d'eſtre
traitée autrement que par
articles de nouvelles ,
comme ſont ceux de mes
Lettres ordinaires, &cela
m'a fait prendre le deſſein
d'en former un-Corps ,
a iij
AVIS.
où l'on trouvaſt les refforts
marquez avec les évenemens
. Ce qui ſe paſſe
à la veuë des hommes ,
*& qui doit eſtre regardé
comme les particularitez
d'une intrigue , eſt toujours
connu du Public ,
& le dernier du Peuple
ne le ſçauroit ignorer ;
mais les refforts qui en
font la cauſe , ſont ſouvent
inconnus aux plus
habiles. J'ay entrepris de
faire connoiſtre les uns
AVIS .
& les autres dans le mefme
Ouvrage , & d'y joindre
toutes les pieces que
l'Hiſtoire ne fait ordinairement
que citer . Me
voicy au ſeptiéme Volume.
Comme ils paroifſent
avec le Mercure , à
qui l'on peut dire qu'ils
font joints en quelque
forte , ſans que pourtant
ils y foient liez , on a
ſouhaité ſçavoir s'il y en
auroit à l'avenir autant
de Parties que du Mer
a iiij
AVIS.
ou
cure. Je répons à cela ,
qu'outre que la matiere
Ine fera pas eternelle comme
cele des Nouvelles
de chaque mois , puis
qu'elle finira avec la
guerre d'aujourd'huy,
plutofſt avec la cheute ,
où l'entier affermiſſement
du Prince d'Orange en
Angleterre , il me feroit
impoffible d'en donner
un Volume chaquemois,
quand meſme la matiere
augmenteroit au lieu de
1
AVIS.
diminuer j'ay meſme
beaucoup pris fur moy
endonnant ces fept Vo
lumes , & ce grand travail
m'a mis hors d'eftat
de faire à l'avenir tout ce
que je ſouhaiterois pour
contenter le Public. Je
l'avertis donc , que je
donneray encore deux
Volumes de fuite à cauſe
de l'abondance de la ma
tiere qui me reſte , & des
choſes curieuſes que j'ay
ramaffées. Il peut com
AVIS.
pter là-deſſus comme fur
un plan , que des ordres
abfolus feroient ſeuls capables
de m'obliger à
changer ; mais aprés ces
deux Volumes dont le
dernier fe debitera le premier
jour de Septembre ,
j'affure que quoy qu'il
puiſſe arriver , la ſuite
n'en paroiſtra que trois
mois aprés , & meſme ,
que ſi la cheute du Prince
d'Orange eſtoit renfermée
dans ces deux
AVIS .
Volumes , je ne poufferois
pas cette Hiſtoire
plus avant , mon but
n'ayant eſté que de renfermer
dans les Affaires
du temps , tout ce qui
concerne l'ufurpation de
la Couronne d'Angleterre
, faite par le Prince
d'Orange , & ce qui regarde
la France à l'occafion
de ce deffein . Selon
ce projet , je puis
preſque afſurer que les
Volumes de cette Hiſtoi
t
AVIS.
1
re ne s'étendront guere
✓plus loin que le reſte de
Cette année. Je trouve
meſme que le terme eſt
long pour le regne d'un
Prince qu'on doit regar
der comme un Roy que
le hazard n'a élevé que
pour peu de temps. On
peut s'étonner de ce que
j'avance , & demander
fur quel fondement je
parle de cette forte . J'avoue
que je n'ay pas une
entiere certitude de la
AVIS .
cheute de ce Prince, mais
je croy qu'on peut faire
des conjectures plus affurées
ſur la fituation
des Affaires d'Angleterre
, principalement lors
qu'on examinera celles
de l'Europe en general ,
que ceux qui ſe mélent
de deviner n'en font fur
ce qui doit arriver aux
hommes-, en regardant
ſeulement leur main . Enfin
j'ay tellement approfondy
cette affaire , afin
1 3
AVIS.
d'en inſtruire le public ,
qu'il me paroiſt que je
puis entrevoir plus de
choles qu'un autre par
mille endroits , qu'il ſeroit
auſſi difficile d'expliquer
que le je ne ſçay
quoy qui fait que demediocres
beautez plaiſent
ſouvent davantage que
les plus parfaites . Quoy
que j'aye déja donné
beaucoup de choſes touchant
l'Angleterre , &
que le cinquiéme Volu
AVIS.
me des Affaires du Temps
en contienne beaucoup
plus que deux des autres
enſemble , il me reste encore
tant de matiere que
je pourrois preſque dire
queje ne faisquecommencer
d'en parler. A l'égard
des Affaires d'Irlande,j'en
fuis demeuré à l'embarquement
de Sa Majefté
Britannique pour ce
Royaume- là . Je ne vous
ay encore rien dit de celles
d'Ecoffe & j'ay finy
1 AVIS.
celles d'Angleterre au re
merciement fait par le
Prince d'Orange à la
Convention,aprés qu'elle
l'a choiſi pour Roy.
Ce qui eſt arrivé dans
ces trois Royaumes de
puis ce temps- là , fera
contenu dans les deux
premiers Volumes que je
dois donner , à quoy je
joindray tout ce qui ſe
paſſera juſqu'au dernier
d'Aouſt , ainſi que plufieurs
choſes curicufes
que j'ay déce ertestouAVIS.
:
chant ce que j'ay déja
traité. Il y a long- temps
que mes Memoires Tont
preſts. Je croyois que
les affaires d'Angleterre
rempliroient du moins la
moitié de cette ſeptiéme
Partic , mais je me fuis
heureuſement trouvé en
gage dans une matiere
qui m'a donné lieu do
juftifier entierement le
procedé de la France , &
je puis dire qu'il ya pre
fentement beaucoup ide
AVIS
gens éclaircis de ce qu'ils
fouhaitoient ſçavoir à
fond ,& qui ne ſe laifferont
pas empoiſonner
l'efprit & le jugement
par l'accablante quanti
té des Ecrits de Hol
lande. Je parlerois autrement
, fi je croyois
les avoir détrompez pár
des raiſonnemens tirez
de moy- meſme. Je ſçay
la modeftie que doi
vent avoir tous ceux qui
écrivent ; mais je puis
AVIS.
parler hardiment du bien
que peut caufer cet Ou
vrage , puis que je n'ay
cité que des faits ; que
je lesvay ramaffez , &
refferrez en rappro
chant ce qui s'eſt paflé
depuis 1667. c'eſt à dire
des faits , quieſtant étendus
dans une Hiſtoire de
vingt-deux ans , estoient
trop éloignez de lame
moire des uns ,& comme
perdus pour celle des
autres, Ces faits rapro
bij
AVIS.
chez , & mis dans leur
jour font voir que le
Roy r'a jamais enfraint
de Traitez , & repondent
à ce qu'on luy impute
fauffement , mais en l'envelopant
de tant de pa--
✔roles inutiles & de faux
raifonnemens , que la verité
atoûjours efté étoufée
ſous le grand amas
qu'on ya mellé de menfonges
, & d'injures . II
falloit la retirer de ces
abiſmes ,&je crey avoir
AVIS.
le bonheur d'en eſtre
venu à bout. Chacun applaudit
à cette Hiftoire
par l'intereſt que l'on
prend au Roy. On a de
la joye de voir ſa juſtice
y paroiſtre à découvert ,
& l'on se fait un plaifir
du chagrin que doivent
avoir ſes Ennemis d'eſtre
pouffez ; car quand meſ
me ils ne ceſſeroient
point de faire écrire , ce
que je fuis fort perfuadé
qu'il continueront de
AVIS .
faire , il ne fortira de leur
plume que des injures ,
des raiſonnemens & des
Predictions , qui ne pour
ront détruire ce que j'ay
écrit , puis qu'il faudroit
nier l'Histoire , qui quoy
que differente ſelon la
paſſion des Ecrivains , ne
peut s'empefcher de marquer
en quel temps , &
enquelles occafions on a
fait des Tréves & des traitez
de Paix , quand on a
repris les armes, pour quel
AVIS.
fujet , quand on a fain
des ligues , & par qui
elles ont eſté faites . Ces
faits énoncez avec les
dates font connoiſtre la
verité , d'une maniere à
n'en pouvoir laiſſer aus
cun doute à ceux qui
voudront y faire refle
xion , & quand rien ne
la déguiſe , & qu'elle
prendſoin de ſe montrer
elle-meſme , on la con
noift beaucoup mieux .
Ainfi ce n'estpoint d'un
AVIS.
:
2
Bel ouvrage que je m'applaudis
mais d'avoir
trouvé le ſecret demettre
la verité dans ſon jour.
Il n'y en avoit point d'au
tre voye que de remonter
aux faits paffez , &de les,
rapporter enſemble , afin
que les confiderant tout
d'une veuë,on puſtmieux
remarquer , ce qu'on ne
voit pas ſi bien dans l'éloignement.
Je n'ay pas
laiſfé de combatre quelques
raiſonnemens captieux
AVIS .
tieux ; mais enfin , quand
on ne feroit nulle confideration
ſur ce qui vient
de moy , il ſuffit qu'on
ajoûte foy à ce que j'ay
rapporté de l'Histoire , &
il eſt certain qu'on ne le
peut faire fans que le Roy
demeure justifié , touchant
les infractions
dont on l'accuſe ſi injustement.
En effet , on
ne sçauroit s'empeſcher
de croire , ce qui eſt dans
une infinité , non pas de
تسه
C
AVIS.
1
Libelles de Hollande ,
mais deVolumes d'Hiſtoires,&
mefme dans celles
de toutes les Natious. Enfin
il y a de certains faits.
de Cabinet, qui quoy que
veritables peuvent toujours
eſtre difputez , parce
qu'on n'en a fouvent
pour garands que ceux
qui les rapportent , mais.
il n'en eſt pas de meſme
des faits publics dont
perſonne ne peut diſconvenir
, tels هque font le
AVIS.

jourde la naiſſance d'un
Roy,celuy defon triomphe
, de fa mort , de la
perte ou du gain d'une
bataille , &de la concluſion
d'un Traité de Paix,
dont les articles font diſtribuez
au Public. C'eftoit
une choſe qui crioit
vangeance , que ceux qui
ont fait tout cequ'ils imputent
à Sa Majesté, oſafſent
l'en accufer. A force
de vouloir faire croire
une choſe, on vientquel
cij
AVIS.
quefois à bout de la perfuader,
mais je ne croy pas
que les Ennemis du Roy
réuffiffent à noircir la
réputation de ce Monarque
par cet artifice. Ils
peuvent écrire preſentement
autant qu'il leur
plaira , je ne leur répondray
plus , tant qu'ils ne
diront que les meſmes
choſes .
Il ne me reſte plus rien à
dire , fi ce n'est que ces
Volumes font faits avec
AVIS.
tant de precipitation , &
imprimez en ſi peu de
temps , qu'il eſt impoffible
, quelque foin que
l'on en prenne , qu'il ne
s'y gliffe des fautes. Je ne
fais point d'Errata , parce
que je croy le Lecteur
aſſez éclairé pour les remarquer
luy-meſme, mais
il y a quelquefois des endroits
fi défigurez , que
l'on n'en ſçauroit deviner
le ſens . Il s'en trouve
un de cette nature dans la
AVIS.
feconde page de la Preface
de la fixiéme Partie
des Affaires du Temps ,
où il ya , & d'ailleurs ,
qui voudroit avoir tout
ce que j'ay mis en fix
Volumes , outre qu'il l'auroit
fans ordre ,feroit contraint
de garder en papiers
inutiles , plus que
trente de ces pieces ne contiennent.
Il faut lire ,feroit
contraint de garder
plus de pieces que n'en
pourroient contenir trente
AVIS.
Volumes comme les fix
premiers des Affaires du
Temps , parce que plufieurs
de ces pieces font accompagnées
, &c...

AFFAIRES
DU TEMPS. 1
SEPTIEME PARTIE.
I
E ne croyois pas ,
quand j'ay commencéà
vous écrireſur les
Affaires du Temps , que cette
matiere auroit de quoy me
mener ſi loin. Je ſçavois bien
que la Guerre dont je vous
A
2 VII. P. des Affaires
ay découvert le noeud dans
mes Lettres precedentes , ne
faiſant que s'allumer , m'obligeroit
à vous en dire les
évenemens juſqu'à ce qu'elle
euſt ceſſé, mais j'avois ſujet
decroire que je n'aurois plus
rien à vous apprendre touchant
l'intrigue qui a mis les
Affaires de l'Europe dans la
firuation où elles ſont aujourd'huy,
non plus que touchant
quelques actions du
Prince d'Orange , dont perſonne
n'a pû ſçavoir juſqu'icy
les veritables motifs. Cependant
j'en ay penetré la verité,
こdu Temps. 3
au moins ſi j'en croy des perſonnesdignes
de foy , & qui
en ont eu de ſeures lumieres,
parce qu'ils eſtoient dans des
poſtes d'où l'on peut découvrir
beaucoup de choſes pour
peu qu'on foit attentif aux
évenemens finguliers , &
qu'on prenne ſoin d'en examiner
les cauſes. Mais avant
que d'entrer dans ce que j'ay
à vous dire de nouveau làdeſſus
, j'ay à vous entretenir
des Affaires que la France a
aujourd'huy avec la plus
grande partie des Puiſſances
de l'Europe , aprés quoy je
A ij
4 VII. P. des Affaires
reprendray le Journal de ce
qui ſe paſſe en Angleterre , à
l'endroit où je l'ay laiffé la
derniere fois.bafter comm
-Comme je n'avance rien
dans toutes mes Lettresque les
pieces à la main, afin de pouvoir
le juſtifier , c'eſt à dire ,
en rapportant des endroits de
cellesque je cite , en vous en
envoyant d'autres entieres ,.
ou en vous marquant des
faits publics , & genetalement
connus , ne vous étonnez
pas ſi je reprens les meſ
mes Articles toutes les fois
que j'ay de nouveaux éclairdu
Temps .
ciſſemens à vous en donner.
J'enuſeray toujours de la même
forte lors qu'il me viendra
de nouvelles preuves; qui
fortifieront ce que j'auray déja
ditou qui justifieront ce
que j'auray encore à vous dire
fur les meſmes Articles. J'en
vais retoucher un grand , &
dont les Ennemis du Roy
ſouhaiterojent que l'on n'cuſt
jamais parlé parce qu'ils
n'ont point de détours pour
le défendre. Aufſimettenteils
toute leur application
à faire fupprimer ce
qui peut donner occafion
Aiij
6 VII. P. des Affaires
de traiter encore cette mas
tiere. Les Princes Catholi
ques ne veulent pas que cette
Guetre ſoit une Guerre de
Religion ,& que la veritable
Egliſe en puiſſe ſouffrir. Cependant
comme ils ne peuvent
ſe déguiſer à eux-mef
mes le contraire de ce qu'ils
diſent, ils tâchent par toutes
les voyes imaginables , d'oſter
à leurs Sujets la connoiffance
de tout ce qui s'écrit
là-deſſus ; mais pendant
qu'ils en ufent ainsi,les Proreſtans
leurs Alliez ne gardent
pas la mefme referve.
A
du Temps . 7
Non ſeulement ils publient
que cette Guerre caufera la
perte de la Religion Catholique
, mais ils l'écrivent mefme,&
font répandre ces écrits
parmy tous ceux qui font du
melme party , afin de les animer
davantage à cette Guerre
comme à une guerre de Religion.
On voit des preuves de
ce que je dis dans un Livre
imprimé en Hollande , & intitulé,
Les heureuſes ſuites de
l'Alliance & de l'Union du
Prince d'Orange avec les Etats
Generaux. Il y a cent endroits
dans ce Livre qui prouvent
ر A iiij
1
& VII. P. des Affaires
ce que je viens d'avancer.
Vous en jugerez par celuycy
: Si la France estoit abaißée ,
la Paix rétablie l'Angleterre
la Hollande unies étroitement
. &les Proteftans en repos
, on verroit bien- toſt la décadence
du Papiſme. Voilà ce
qui s'appelle s'expliquer nertement
& fans détour , &
nommer les choſes par leur
nom. S'ils levent ainſi le
maſque quand ils doivent
diffimuler , de quelle maniere
en uſeroient - ils ſi la
France n'avoit pas affez de
force pour leur tenir teſte?
... du Temps .
1
Comme ils ſont ſuperieurs
en nombre aux Catholique's
leurs alliez , ils ne tarderoient
guere à fe declarer contre
eux , & n'en feroient point
de ſcrupule , parce qu'il s'agiroit
de Religion , & de rendre
toute l'Europe Proteftante.
Cependant c'eſt la pieuſe
Maiſon d'Autriche , & la
Cour de Rome qui leur mettent
les armes à la main au
hazard de tout ce qui en peut
arriver. Quand on fait reflexion
ſur des faits fi extraordinaires
, l'imagination ſe
trouve fi remplie ,& fiéton-
ر
10 VII. P. des Affaires
née en meſme temps , qu'on
demeure dans ſa ſurpriſe ſans
pouvoir exprimer ceque l'on
penſe ,tant il eſt difficile d'ajoûter
foy à ce que l'on voit,
&à ce que l'on entend. Un
autre endroit de ce meſfme
livre porte: Ilfaut avantque
de parler de paix , que Loüis
XIV. rétabliſſe l'Edit de Nantes
,& remette les Reformez
dans l'état où ils estoient avant
la mort de Henry IV. &repa .
re tous les dommages qu'ils ont
Soufferts. Voila le but de l'alliance
des Princes Proteftans
avec les Princes Catholiques
duTemps. Ir
hautement declaré par là , &
l'on voit qu'ils ſe mettent
peu en peine qu'on le ſcache,
puis qu'ils laiſſent debiter publiquement
un Livre qui explique
ſi bien leurs intentions.
Si le bon état où le
Roy a mis la France , n'empeſchoit
pas ce malheur , la
Cour de Rome en ſuſcitant
la guerre qui embraſe aujourd'huy
l'Europe , auroit
caufé l'entiere deſtruction
de la Religion Romaine, car
il eſt hors de doute que fi la
France avoit plié ſous lejoug
des Proteftans, le reſte des
ر
12 VII. P. desAffaires
Catholiques de l'Europe ſe-
Foit trop fofoible pour leur refifter.
Aini il ne faut, pas
s'eſtonner ſi tant de Puiſſances
s'uniſſent inutilement
contre le Royce Monarque
prend les intereſts du Ciel ,
& le Ciel prend ſoin de ſes
Etats.
Le meſme Autheur dit encore
: Le rétabliſſement desPrinces
depoffedez & des Protestans
exilez est l'une des plus beureu
fes & des plus importantesfuites
de l'union des Confederez.
On s'aveugle ſouvent lorf
que l'on tient un méchant
du Temps .
party , &le mot de Princes
depoffedezeſt mis là fans refle
xion en parlant de la France,
mais comme on veut la charger
de toutes fortes de crimes
afin qu'elle devienne
odieuſe , on les entaſſe les
uns fur les autres ſans examiner
ſi ce que l'on dit eſt
vray ou non. L'importance
eſt d'en nommer beaucoup,
&de ſurprendre les peuples
par le grand nombre , afin
qu'ils ne puiſſent demeſler la
verité ; mais qui voudra faire
un peu de reflexion ſur cet
article trouvera qu'il eft con-
ر
14 VII. P. des Affaires
tre les ennemis de Sa Majeſté
, au lieu d'eſtre à leur
avantage , & que le Roy
d'Angleterre est le Prince depoſſedé
du rétabliſſement duquel
il s'agit. Comme le Roy
n'a point d'aurre but , ce ne
feroit pas ce Monarque qui
arreſteroit la concluſion de
la paix , s'il n'eſtoit queſtion
que de cet article. Voila
comme l'on ſe trompe en ſe
declarant pour une mauvaiſe
cauſe ; l'ardeur inconſiderée
que l'on a de la défendre fait
que ſouvent l'on expoſe faux
fans y penſer , & qu'on fait
du Temps . 15
L
r
voir l'injuſtice du party que
l'on ſouſtient. Voicy encore
un endroit du meſme livre.
Les Catholiques ont intereſt de
perdre les pretendus Heretiques.
Il n'en est pas de mesme des Eccleſiaſtiques
Protestans dont la
converfion de leurs Adverſaires
n'augmente point les revenus, de
qui fait qu'ils ne s'y portent
point avec chaleur. Rien n'eſt
plus contre les Pretendus Reformez
que cet endroit . On
a voulu faire voir par là ,
pour abuſer les Princes Catholiques
Confederez , que
les Proteftans, ne cherche
16 VII. P. des Affaires
roient que la perte des Catholiques
, mais fans leprouver
on eſt tombé dans un inconvenient
auquel on n'a pas
penſé , qui eſt de faire connoiſtre
que les Proteftans n'agiffentque
par intereſt,&que
lors qu'il n'ya point de revenu
à augmenter , ils ſe mettent
peu enpeinede la converfion
de leurs Freres , quoy qu'ils
ne les croyent pas dans la
bonne voye. Les termes ſont
formels , & on n'a qu'à lire
fans commenter ,& fans faire
de raiſonnemens. Il n'y a
point de revenu àaugmenter,
du Temps.
donc il n'y apointdecharité
ppaarrmmyy les Proteftans. C'eſt
un ide deurs meilleurs Ecrivairisi
qui le dit.Cet endroit
donnelieu de faire des refle
xions ſur des veritez inconteſtables
,& qui ont paru ,&
continué de ſo faire remarquer
depuis l'établiſſement
de la Religion Proteftante. Si
on veut ſe donner la peine
d'examiner cequ'ont fait les
Gatholiques &les Proteftans,
on trouverai que les Catholi
ques n'ont cherchés que le
falut des Proteftans , & que
Ies Proteftans n'ont cherché.
B
18 VII. P. des Affaires
que la mort des Catholiques.
Les premiers n'ont employé
pour armes & pour Soldats
que les raiſons&les Miniftres
de l'Evangile , ſans avoir ja
mais cherche àrépandre une
goute de ſang,& les derniers
n'ont répondu à Vardeur de
ce zele pour leur falut que
par le fer , & par le feu ;de
forte que les Guerres qui ont
duré fi long temps entre ces
deux Partis &quront defolé
laFrance ſous trois ou quatre
de nos Rois , n'auroient pas
eſté ſi ſanglantes ou plinoft
n'auroient point du fout
-
du Temps, 19
couſté de ſang , fi les Proteſtans
cuſſent voulu employer
des raiſons , au lieu
d'employer les armes ; mais
ils veulent la mort du Pe
cheur , & les Catholiques
veulent que le Pecheur ſe
convertiffe , & qu'il vive.
On lit ce qui fuit dans le
mefme Livre. Les Catholiques
Romains s'imagineront que le
rétabliſſement des Protestans exilezne
les regarde pas , mais il
les touche de plus prés qu'ils ne
penfent. Il y a encore vingt
endroits dans ce Livre qui
marquent que les Proteftans
Bij
20 VII. P. des Affaires
confederez ne font la guerre
que pour rétablir les Protef
tans en France. Cette verité
qu'il faut croire , puis qu'ils
prennent tant de ſoin de la
publier , & de la faire paroiſtre
dans la pluſparr de
leurs écrits eſtant conſtante ,
la Cour de Rome , & la
Maiſon d'Auſtriche ne peuvent
plus nier , que cette
guerre ne ſoit une guerre de
Religion ,& par confequent
toute contre lesCatholiques,
parce que les Catholiques
confederez ne veulent rien
faire pour leur Religion , &
2 du Temps z
que loin de rien demander
fon avantage , ils ne cherchent
avec les Proteftans,
qu'a opprimer un Monarque
qui ſoutient ,& qui peut feul,
foutenir la Religion Catholique.
Il en est l'unique appuy,
&ficetappuyvient à tomber,
il faudra neceſſairement qu'-
elle periffe. Je ne croy pas que
Rome & Vienne ofent dire
que Sa Majesté ne la ſoutient
pas. Lapreuve en ſcroit dif
ficile à faire. Ces deux Etats
ne peuventionon plus, nier
que leur deſſein ne foit pas
d'opprimer le Roy. Doncen
22 VII. P. des Affaires
cherchant la ruine de la
France,ils concourent à celle
cent a
de la Religion Catholique.
Ils ont beau dire qu'ils n'en
veulent point à la Religion.
Elle ne peut dansla ſituation
où font les affaires , eſtre ſeparée
de ce qui regarde la
France , d'où l'on doit conclure
que chercher la ruine
de la France , c'eſt travailler
à détruire la Religion Ca.
tholique dans l'Europe. On
ne peut dire que ce n'est pas
là le but des Proteftans confederez
, puis qu'ils ne ſe contentent
pas de le publier,
2
du Femps.23
mais qu'ils rempliffent leurs
* écrits de leurs deffeins ; on
ne peut non plus fe vanter
qu'on ſçaura en arreſter l'execution
, puis que les Troupes
des Catholiques font beaucoup
moins nombreuſes que
celles des Proteftans , avec
lofquels ils fe font unis.
Je pourrois vous marquer
encore beaucoup d'endroits
dans le Livre dont j'ay commencéàvous
parler !,& qui
font tous à la confuſiondes
Ennemis dela France , quoy
quepco Livrefoit écrit parun
Proteftant, &publié& avoüé
24VII. P. des Affaires
dansdesEtatsProteftans,mais
jeme contenteray de rapporter
encore celuy- cy. Silest
Confederez prennent avec cha
leur le rétabliſſement de l'Edit
de Nantes , ne veulent point
de Paixfans cette condition , ils
gagneront le coeur de tous les
Protestansde France , &feront
affeurez d'y avoir un puissant
Voilà de ces endroits qui
parlent d'eux-meſmes , & quit
n'ont point beſoin de commentaires
. On y voit ch
quatre lignes tout ce que
penſent les Proteftans , &!
tout
du Temps. 25
tout le mal dont Rome , &
la Maiſon d'Auſtriche fe
roient cauſe , ſi le Roy , dont
Dieu a beny le gouvernement
, n'eſtoit feul plus puiffant
que tous ſes Ennemis enſemble,&
que lesplus triomphans
de fes Predeceffeurs ,
qui ſeuls n'auroient pû refiſter
àun In grand nombre de
Puiffances .
- Tous les Extraits que vous
venez de lire ayant elté tirez
d'un Livre imprimé en Hol
lande, comme je vous l'ay
déja marqué , font voir que
laCour de Romen'a pas pa-
C
26 VII . P. des Affaires
role de la moderation des
Proteftans ſur le fait de la
Religion,en cas que les Confederez
remportaſſent de
grands avantages , & que
quoy qu'ils euffent, promis
là-deſſus, ils ne le tiendroient
pas, puis qu'ils ſe vantent déja
de ce qu'ils veulent faire en
France ſur ce ſujet , & que
s'ils avoient une fois reduic
une Puiſſance ſi redoutable à
leur accorder toutes leurs de
mandes , & à plier ſous leur
joug toutes les autres ne feroient
contre eux que des efforts
inutiles. Ainsi il eſt
,
du Temps . 27
hors de doute que ſi la Franſuccomboit
CC dans cette
guerre , la Religion Proteftante
auroit non ſeulement
le deſſus dans toute l'Europe,
mais que la Catholique ſeroit
en danger d'y eſtre abolie;de
forte que tous les Catholiques
de l'Europe , & meſme
ceux qui ſont Sujets des Princes
alliez avec les Proteftans ,
doivent fouhaiter que la
France triomphe du grand
nombre d'Ennemis qu'elle a
à combattre. Ce n'eſt pas
moins leur affaire que celle
de cette Couronne-là , puis
Cij :
28 VII. P. des Affaires
que tous les Catholiques en
doivent également craindre
les ſuites . Rome meſme ne
doit pas être exempte de cette
apprehenfion , quoy qu'elle
foit en parfaite intelligence
avec les Confederez Proteſtans
,& que ces derniers ſe
reffentent de l'argent qu'elle
donne aux Catholiques leurs
Alliez , pour faire la guerre
à la France. Cette guerre a
beau eſtre facheuſe pour les
Catholiques d'Angleterre,
Rome n'entre point dans
leur malheur ,& a ſceu faine
connoiſtre à M' Porter, En
r
du Temps. 29
voyé de Sa Majeſté Britannique
, que toute ſa pitié eſtoit
reſervée pour les Proteftans
d'Allemagne dont la France
a triomphé. Le Cardinal Pio ,
qui eſt mort dans le temps
que le Prince d'Orange a paſſe
en Angleterre , & qui avoit
eu d'autant moins de peine à
prendre les ſentimens de la
Cour de Rome , qu'il eſtoit
tout Allemand & Protecteur
de l'Empire , s'écria devant
beaucoup de perſonnes un
peu avant la mort , Heureux
débarquement du Prince d'Orange
, qui abastra la puiſſance
Cij
30 VII. P. des Affaires
de la France. Je ne rapporte
ces paroles que pour faire
voir, que puis qu'un Cardinal
a pu parler de la forte
Rome ne defapprouvoit pas
cette entrepriſfe , & qu'ainſi
il n'y a pas lieu de douter que
tout ce qu'on a dit là- deſſus
ne ſoit veritable ; mais de
quelque maniere qu'on en ait
parléeenn France , on l'a toujours
fait avec beaucoup de
circonfpection, tant les Fran
çois ont de reſpect pour ceux
qui gouvernent l'Eglife. Cependant
ce qui s'eſt paſſé à
Rome là-deſſus ,& ce qui s'y
du Temps. 31
paſſe encore tous les jours ,
devroit nous lever tous nos
fcrupules ; & puis qu'on n'y
cache pas l'intereſt que l'on y
prend, on en peut parler librement
par tout , ſans qu'il
yait lieu d'y trouver à redire,
au moins avec juſtice . Si le
Pape n'eſtoit pas dans les ſentimensduCardinal
Pio, cette
Eminence n'auroit ofé s'expliquer
ſi hautement qu'elle
a fait dans le lit de la mort ,
&comme cette circonſtance
empeſcheque l'on n'en doute
, on ne devoit pas croire
que Sa Sainteté accordaſt au-
C iiij
32 VII. P. des Affaires
r
cune ſomme à M' Porter ,
Envoyé d'Angleterre , pour
contribuer au rétabliſſement
du Roy ſon Maiſtre.On peut
dire neanmoins , outre toutes
les raiſons que j'ay marquées
dans ma ſixiéme Lettre qui
l'y devoient engager , qu'il y
eſtoit encore obligé , parce
qu'il avoit fait affurer ce Monarque,&
que l'Empereur luy
avoit fait dire auffi pluſieurs
fois , que le grand armement
de Hollande ne le regardoit
en aucune fortes ce qui luy
avoit fait refuſer des ſecours
qui auroient indubitable,
duTemps . 33
ment empefché l'invaſion du
Prince d'Orange. Le noeud
de cette affaire eſtant expliqué
dans ma troiſième Lertre
, je ne le repete point ;
mais je dois vous dire une
chofe ,à propos de la dureté
du Pape pour le Roy de
France& pour le Roy d'Angleterre
, qui merite d'avoir
place icy.M' Porter, Envoyé
de Sa Majeſté Britannique à
Rome, ayant paffé en France
pour voir la Reine d'Angleterre
avant que d'aller joindre
le Roy ſon Maiſtre en
Irlande , eut l'honneur de fa34
VII.P. des Affaires
lüer Sa Majeſté ; & comme il
eftoit impoffible qu'en l'entretenant
ſur ſon Voyage de
Rome , cet Envoyé ne luy
parlaſt pas du Pape , le Roy
luy dit d'un air plein de douceur
,&qui marquoit ſa prudence
& fa bonté , Je ſuis
perfuadé que le Pape ne croit
point mal faire , &que fon intention
est bonne , mais je suis
faché qu'il ſe ſoit engagé dans
une méchante cabale. En verité
on ne doit pas s'étonner fi
on donne tant de loüanges au
Roy , puis que ce Princefournit
chaque jour de nouveaux
du Temps. 35
ſujets de l'admirer. Le Roy
pouvoit parler avec aigreur ,
& marquer les juſtes ſujets
qu'il a de ſe plaindre; onn'en
auroit pas eſté furpris ; il
auroit pû meſme fe permetttre
quelque emportement ,
& il n'auroit fait en cette
rencontre , que ce qui eſt naturel
à tous les hommes. Cependant
il fait paroiftre la
plus haute moderation dont
un Souverain puiſſe eſtre jamais
capable , & je pourrois
meſme dire que qui examinera
bien tout ce que la Cour
de Rome a fait contre ce
36 VII. P. des Affaires
Monarque , avoüera que quad
leRoyſe poſſede ainſi lui-mêmmeei,
ill ſemet en quelque forte
au deſfus de l'homme.Ce n'eſt
pas que ſon coeur ne ſoit
ſenſible , mais ſa pieté l'emporte
ſur lesjuſtes ſujets qu'il
a de fe plaindre & il n'eſt pas
moins Roy tres - Chreftien
d'effet que de nom. Dans le
meſme temps que Sa Majefté
parle du Pape d'une maniere
ſi honneſte , vû la ſituation
des affaires , & tout ce
que ſa Sainteté a fait contre
la France , loin que ce Chef
l'Egliſe prenne d'autres ſentidu
Temps. 37
mens & travaille à établir
la concorde entre les Princes
Catholiques , il veut tou
jours voir par d'autres yeux
que les fiens,& ne trouvant
pas le feu de laguerre affez al-
Lumé,il fait folliciter les Suiffes
par fon Nonce , d'ouvrir
auxennemisduRoydes paffa
gesquieſtantlibresne peuven
que doner occafion de repani
dre beaucoup de ſangChré
tien, & fervirà faire égorger
des milliers d'hommes , dont
lavie feroit beaucoup mieux
employée , contre Lennemy
commun de da Chreſtienté.
38 VII. P. des Affaires
Les Princes du monde peuvent
acheter la paix par la
guerre , mais ce n'eſt pas là la
voye que le Pape doit choifir
pour la procurer à l'Eu
rope. Il eſt le Pere commun
de la Chreſtienté ; il ne doit
point exciter ſes enfans à ſe
battre les uns contre les autres
, il ne doit point chers
cher à voir répandre leur
fang. Nous liſons que c'eft
une choſe qui eft en horreur
à l'Eglife ,& le glaive que
noſtre Seigneur fit remettre
à faint Pierre dans fon fourreau
, nous apprend qu'elle
du Temps. 39
ne doit ny s'en ſervir ny conſeiller
qu'on s'en ſerve. Ainfi
le Pape pourroit employer
d'autres voyes que celle des
armes pour pacifier l'Europe,
mais il ne faudroit pas pour
cela qu'il fuſt partial , ny
qu'il euſt luy meſme des intereſts
humains , qui luy fif
ſent ſouhaiter de voir la Fran
ce abaiffée , afin qu'elle fuſt
moins en état de conſerver
ſes droits à Rome, Voilà en
partie l'origine de tout ce
que nous voyons arriver aujourd'huy
, & fi nous reprenons
les choſes dés leur four40
VII. P. des Affaires
ce , nous verrons , que les
Villes de Spire , Vormes ,
Openheim , & Frankendal
qui viennent d'eſtre brulées,
doivent une partie de leur
malheureuſe deſtinée à la
Cour de Rome,puis qu'ayant
fuſcité au Roy un nombre
preſque infini d'Ennemis , il
s'eft trouve indifperablement
obligé de brûler ces Places,
pour empêcher qu'on ne fift
un degalt en France beau
coup plus confiderable. Sal
Majefté n'a fait en cela que
ce qu'Elle a dû faire, comme
je vous l'ay fait voir plus au
du Temps, 41
long , en juftifiant par de fortes
raiſons , la deſtruction de
pluſieurs Places du Palatinat,
à quoy je dois encore ajoûter
celle- ci que l'on trouveradans
Quinte Curſe. Memnon le
Rhodien conſeilla à Darius
de faire brûler pluſieurs Places
de l'Afic Mineure pour
empefcher
1
qu'Alexandre
n'entraſt dans ſes Etats. D'abord
Darius ne voulut point
fuivre des avis ſi ſalutaires ,
mais le peril commençant
à le preſſer, il fit mettre le
feu àquelques-unes. Il eſtoit
trop tard &Alexandre en
D
42 VII. P. des Affaires
eſtoit trop proche , de forte
que ce Conquerant arriva afſez
à temps pour le faire
éteindre. Par là Darius fut
contraint de ſuccomber , &
pour avoir voulu épargner
quelques Places , il ne put
ſauver ſa perſonne. La politique
du Roy a eſté meilleure ,
&ſa prudence plus grande.
Il a oſté à ſes ennemis tout ce
qui leur pouvoit faciliter les
moyens de venir à luy ,& ce
qui doit empêcher de crier ,
comme on fait injustement ,
contre un procedé qui eſtoit
abſolument neceſſaire , c'eſt
du Temps . 43
qu'en ruinant ſeulement des
Maiſons , & des murailles , il
a épargné le ſang de pluſieurs
milliers d'hommes de l'un
& de l'autre Party , qu'on au
roit indubitablement vû cou- .
ler , fi ce Monarque n'euſt
pris une reſolution ſi ferme,
&en meſime temps ſi utile au
bien de toute l'Egliſe Romaine.
On auroit peine àcompter
le nombre de Souve
rains qui ſe ſont iguez contre
luy ſeul.On fçait que l'Allemagne
en eſt toute pleine
,& que tous les membres
de l'Empire, ſe ſont unis
Dij
44 VII. P.des Affaires
contre la France ; que l'Eſpagne
, & la Hollande s'y font
jointes ; que l'Angleterre eſt
de la partie ,& que fi la Cour
de Rome ne fournit pas
d'hommes , elle ne laiſſe pas
d'eſtre d'une grande utilité
dans le Party , puis qu'elle
donne ſa part en argent.
Quand je parle du grand
nombre d'Ennemis que la
haure reputation du Roy luy
a fufcitez , je ne dis que ce
qui eſt tres connu , & fi quelqu'un
en vouloit douter , il
me feroit fort aifé de le convaincre
par la peinture que
duTemps 45
vous allez voir. Elle eſt tirée
d'un Livre quia paru depuisquelques
mois, & qui eſt
intitulé , Les veritables interests
des Princes de l'Europe dans
les Affaires preſentes. Voicy
de quelle maniere l'Auteur
parle des Ennemis de la France.
Il faut avoñer que la Franceneſe
peut tirer de la ſituation
incommode où elle est aujour.
d'hay. Ellefe voit fur les bras
plus d'Ennemis tout à la fois
que la Couronne n'en avoit en
depuis cent ans à diverſes fois.
Ce n'est pas une fimple ligue
c'est une espece de conjuration
ligue
46 VII.P.des Affaires
univerſelle , pour la perdre. Tout
eft réuny ,&les Protestans ,&
les Catholiques entrent dans le
mesme deſſein. La revolution
qui vient d'arriver en Angleterre
jette la France dans de nouvelles
agonies , &parmy tant
de peuples voisins , elle ne trouve
pas un Allié; ce font tous
ennemis.
Si ceux qui font de telles
peintures ſont bien perfuadez
que la France ait un fi
grand nombre d'Ennemis , ils
ne peuvent ſans injustice
trouver à redire , qu'elle ſe
ſerve de tous les moyens que
duTemps. 47
laguerre , & l'extrême necefſité
permettent , pour en arrefter
la multitude, qui cherche
de tous coſtez à fondre
dans les Etats , & qui voudroit
pouvoir penetrer jufques
au coeur de la France ,
afin d'obliger les nouveaux
Convertis à prendre les armes.
Il eſt hors de doute que
ſi l'on examine avec l'attention
neceſſaire , le danger où
elle auroit pu ſe trouver fans
les ſages & prudentes precautions
qu'elle a priſes , on
demeurerad'accord,pour peu
qu'on veüille ceffer d'eſtre
48 VII.P.des Affaires
partial , que jammaaiiss feu n'a
eſté ſi ſalutaire que celuy
qu'elle a fait mettre aux Villes
qui ont eſté brûlées aprés
que l'on en a garanty non
ſeulement tous les Habitans,
mais encore tous leurs meubles
, qu'ils ont eu un temps
affez long pour les ſauver , &
qu'on leur adonné toutes les
chofes dont ils ont eu befoinpour
les tranſporter dans
les lieux où ils ont voulu aller
faire leur demeure.Je ſçai bien
que n'y ayant rien qui n'ait
deux faces, il n'eſt pas difficile
de noircir ce que la France
vient
du Temps . 49
vient de faire en faiſant mettre
le feu à quelques Villes ,
&que lors qu'on ne fera pas
reflexion ſur la neceſſité prefſante
qui a demandé qu'on
en uſaſt de la forte , on condamnera
toujours cette action
, parce qu'elle eſt condamnable
en ſoy , & comme
il n'y a que les circonſtances
qui la puiſſent rendre legitime,
on ne la ſçauroit juſtifier
qu'aprés les avoir examinées.
C'eſt ce que font ceux qui
ſçavent la ſituation des affaires
,& ce que permet la guerre
en de certaines conjonctu
taines conj
50 VII. P. des Affaires
res. Quant aux autres, ils parlent
en ignorans. Ils regardent
le mal parce qu'il eſt veritablement
mal , mais il le
faut regarder quelquefois
comme eſtant capablede produire
un fort grand bien. J'en
ayfait voir des exemples que
je ne repete point.
Je viens de vous rapporter
par occaſion un endroit du
Livre qui a pour titre, Les
veritables interests des Princes
de l'Europe , & je croy vous en
devoir entretenir plus au
long parce qu'on a cu
grand ſoin de le répandre
,
du Temps. 51
dans toutes les Cours , & que
ces fortes de Livres peuvent
faire impreſſion ſur les eſprits
foibles,&fur lesignorans qui
croyent ce qu'ils liſent. Il eſt
cependant certain que s'ils y
faiſoient un peu de reflexion,
le plus greffier connoiſtroit
que la paffion fait parler les
Auteurs de ces Ecrits , & que
rien ne peut eſtre plus facilement
détruit que ce qu'ils
avancent. On en dira peuteſtre
autant de mes Lettres ,
mais la difference eſt grande.
Tous ces Auteurs attaquent
la France , & pour la noircir
E ij..
52 VII. P. des Affaires
ils ſuppoſent mille fauſſetez,
au lieu que je ne fais que répondre,
& les convaincre par
des faits réels & connus , par
des Pieces juſtificatives , &
ſouvent par les endroits de
leurs Ecrits qui ſe contrediſent
, du peu de verité qu'il
y a dans ce qu'ils tâchent de
nous faire croire.
L'Auteur dont je viens de
vous parler , veut perfuader à
tous les Princes de l'Europe
que la France eſt remplie
de mécontens. Son but eſt
de les rendre fermes dans leur
union, par l'eſpoir qu'il predu
Temps. 53
tend leur faire prendre par
là , que ce puiſſant Etat con
tribuera bien - toft de luymeſme
à ſa ruine en ſe révoltant
contre fon propre Souverain.
S'ils ne ſe fondent que
là-deſſus , leurs affaires ne
ſçauroient qu'aller fort mal ,
puis que jamais on n'a allegué
de plus foibles raiſons ,
pour faire croire une choſe
qui paroiſt autant éloignée
de la vray- femblance qu'elle
l'eſt en effer. Je laiſſe là les
Nouveaux Convertis; ils peuvent
ne l'eſtre pas tous de
bonne foy; mais on peut dire
E iij
54VII. P. des Affaires
auſſi qu'il eſt ridicale devouloir
qquu'iilnnn'yy enait aucun qui
ait veritablement abjuré de
coeur. Avant la fuppreffion
de l'Edit de Nantes on voyoit
tous les jours des Proteftans
ſe convertir par la ſeule force
de la verité , ſans que le Roy
euſt aucune part à ce changement
de Religion. Pourquoy
ne veut-on pas qu'il y
en ait qui s'y foient rendus
, lors que ce Monarque
a pris des ſoins extraordinaires
pour les faire inſtruire
par tout ce qu'il y a de
ſçavans hommes dans ſon
L
4
duTemps . 55
Royaume ? Mais enfin je ne
veux point m'opiniaſtrer làdeſſus
, je veux eſtre plus
équitable que les ennemis de
la France qui outrent tout ce
qu'ils diſent , & je conſens à
leur accorder que parmy les
Nouveaux Convertis il s'en
peut trouver qui ne le font pas
veritablement; mais je demande
à ces Ecrivains s'ils
font perfuadez que ceux qui
font convertis ſeulement en
apparence , fe declareront
contre le Roy. Si l'on en croit
un nombre preſque infiny
d'Ecrits venus de Hollande,
E iiij
56 VII. P. des Affaires
les Potentats n'ont point
de plus fidelles Sujets , &
quoy qu'ils different de Religion
avec eux , ils font tellement
attachez à leur devoir ,
qu'ils expoferont toujours
leur fang pour celuy qu'ils
font obligez de reconnoiftre
pour leur Souverain. Si cela
eſt , on ne doit rien craindre
des Nouveaux Convertis , car
foit qu'ils le foient veritablement
ou non , ils feront
toujours fidelles à leur Prince
legitime , & fi la Religion les
faits'éloigner de leur devoir,
comme pretend l'Auteur
duTemps 57
des veritables intereſts des
Princes de l'Europe, il faut
qu'il avoue , que tous ſes pareils
qui dans leurs Ecrits font
fonner ſi haur la fidelité des
Proteftans, ont voulu tromper
le Public en ſouſtenant
ce qu'ils n'ont pas cru, & que
ſelon les occurrences , & l'utilité
qu'ils en croyent tirer,
ils ne font point de difficulté
de parler differemment fur
une meſme matiere . Mais
pour vous faire connoiſtre
que noftre Auteur s'eft
trompé groſſierement , lors
qu'il a voulu perfuader que
38 VII. P. des Affaires
la France mécontente eſtoit
fur le point de ſe révolter ,
je veux bien luy accorder
ce qui n'eſt pas, & qu'il n'y
a aucun des Nouveaux Convertis
qui le ſoit veritablement.
Ne faudra- t- il pas qu'il
convienne en meſme temps
que ces Nouveaux Convertis
ne peuvent nuire à la
France,&que les précautions
du Roy ſont ſi ſages & fi
grandes , & fon Etat ſi bien
gouverné, qu'il eſt impoffible
qu'ils foient en eſtat de
nous faire le mal que tous les
Proteftans Etrangers pudu
Temps.
blient. La France n'ayantrien
à craindre de ce coſté-là ,
voyons par où l'Auteur auquelje
répons pretend qu'elle
eſt mécontente , & qu'elle
s'appreſte à ſe ſoûlever. Vous
ſçavez , que lors que le Roy
commença à regner par luymeſme,
il fit quantité de Reglemens
& d'Ordonnances
pour le bien de ſes Sujets ;
qu'il reforma les abus qui
s'eſtoient gliſſez dans la Juſtice
,& que par le moyen des
Grands- Jours il reprima l'infolente
autorité de pluſieurs
Seigneurs de Province qui
60 VII.P. des Affaires
fortifiez d'un terrain avangeux
,& pouffez par des pafſions
violentes, maltraitoient
impunément leurs Vaſſaux ,
&croyoient leurs injustices
à couvert de la recherche
parce qu'elles l'avoient eſté
fous les regnes precedens ;
mais celuy du Roy eſtoit reſervé
pour nous faire voir
des chofes qu'on avoit jufqu'icy
cruës impoffibles.Voilà
les fondemens fur lesquels
l'Auteur s'appuye pour faire
croire que la France mécontente
ſedoit révolter. Il eſt
vray que comme il ne trou-
7
3
du Temps. στ
veroit pas ſon compte à faire
voir à découvert les chofes
quejeviensde vous marquer,
il les envelope , & fe contente
de dire que les Nouveaux
Convertis , la Nobleſſe des
Provinces, & la juſtice qu'on
a tâché d'abaiſſer , ne manqueront
pas de prendre des
ſentimens de révolte quand
les Princes liguez entreront
dans le Royaume. S'ils fondent
là-deſſus leurs eſperances,
& s'ils n'ont point d'autres
Troupes que celles que
la France leur fournira, leurs
Armées ſeront peu groſſies,
62 VII. P. des Affaires
&pourroient plûtoſt diminuer
qu'augmenter , s'il eſtoit
poſſible qu'elles entraſſent
dans le Royaume. Je ne ſçay
fi les Ennemis s'en flatent ,
mais il faut eſtre bien aveuglé,
bien malicieux, ou croire
avoir àfaireàdes eſprits bien
eredules , pour ofer avancer
que la France eſt remplie de
Mécontens .
Il n'y a aucun Seigneur à la
Courqui aitjuſqu'icy marqué
-dumécontentement , ny aucun
qui ait ſujet d'en avoir.
Le Roy ne répand-il pas ſes
graces à pleines-mains fur
du Temps. 63
tous ceux qui lacompoſent ?
Les Charges& les Gouvernemens
ſont - ils donnez à des
Etrangers ? Les Commanderies
de Saint Lazare qui ſont
en grand nombre , ne fontelles
pas pour ceux qui ſe
diftinguenr dans les armes ?
Y reçoit on la moindre bleffure
ſans eſtre recompenfé
fur le champ , au lieu qu'on
ſervoit autrefois toute ſa vie
fans aucune recompenfe?N'en
donne t- on pas aux Veuves
meſmes ,& les Enfans n'obtiennent
- ils pas lesCharges
de leurs Peres quand ils en
64 VII. P.des Affaires
font dignes ? Le Roy au lieu
d'amaſſer de grands trefors ,
n'employe-t-ilpas une grande
partiede fon revenu , à donner
tous les ans des Penſions ,
ou des gratifications aux perſonnes
de merite ? Chacuu
n'eſt- il pas recompenſé ſelon
ce qu'il eſt ,& les Soldats qui
deviennent invalides, ne ſontils
pas nourris , veſtus , & logez
tout le reſte de leur vie ,
dans un lieu dont la beauté
fert d'adouciſſement à leurs
peines ? Enfin tout le monde
ſçait qu'aucun Officier , &
meſme aucun Soldat n'a eſté
*
du Temps. 65
bleſſfé dans la derniere Campagne
, ſans que dans le mefme
inſtant on l'ait foulagé
par quelque don . C'eſt encore
là une de ces chofes dont
toutes les hiſtoires ne fourniſſent
point d'exemples , &
qui ne font jamais arrivées
que fous le Regne du Roy.
Il n'y a dans tout cela que
des faits , & ces faits font fo
conftans qu'on ne les fçauroit
nier ; mais ils font en meſme
temps ſi glorieux pour Sa
Majefté, que leur ſimple dénombrement
, ſans rien ajoû
ter pour les mettre dans leur
RA
66VII. P des Affaires
jour , ſemble tenir de la flaterie
, & voilà pourquoy les
jaloux de lagloire de ceMonarque
, & qui n'en peuvent
ſupporter l'éclat, veulent perfuader
qu'on le louë,& qu'on
le flatte lors qu'on ne fait que
nommer les grandes chofes
qu'il fait , dignes d'eſtre remarquées.
Aprés avoir prouvé
que la France n'a pas fujet
d'eſtre mécontente du Roy
ny de fon Gouvernement ,
comme ſes Ennemis tâchent:
dele faire croire , il faut voir
tout au contraire ce qu'ellea
fait d'extraordinaire pour luy
marquer l'ardeurdefon zele.
du Temps. 67
On n'a jamais veude pricres
ſi ferventes , & fi continuelles
que celles que tous les
Peuples de ſes Erats ont faites
pour le retour de la ſanté de
ce Prince, lors qu'il a eſté malade.
Jamais on n'a tant veu de
Feſtes pour rendre graces à
Dieu de ſon rétabliſſement ,
& jamais tant de réjoüiffances
publiques. On pourroit
dire qu'il n'y a rien der
nouveau en cela. J'en con.
viens pour les prieres ; mais
ondoit auffi demeurer d'accord
qu'on n'a jamais ordonné
de Feſtes en pareille occa-
Fij
68 VII. P. des Affaires
fion , & qu'il n'y avoit point
cu d'ordres pour celles-la.
Ily a plus encore. Ces Feſtes
n'ont pas ſeulement efté magnifiques
, & accompagnées
d'Eloges de cePrince prononcez
publiquement , mais elles
ont duré fi long- temps , &
ont eſté faites avec de telles
dépenfes , que le Roy a eſté
obligé de commander abfolument,&
pluſieurs fois mê
me,qu'on les fit ceffer. Voilà
ce qui ne s'eſtoit point encore
faitdenosjours ni dans aucun
ficcle. Nous avons veu auffi
depuis quelques années que
du Temps . 69
د
le zele ardent des Peuples a
renouvellé , pour la gloire du
Roy ce qui ne s'eft fait que
dans l'ancienne Grece&dans
l'ancienne Rome. Vous voyez
bien que je parle de l'uſage
des Statuës. Il eſt vray que
l'on eennaaeerigé àdifferens Souverains
, mais ce n'a jamais
eſté que dans la Capitale de
leurs Etats , au lieu qu'au
jourd'huy il n'y a point de
Provinces , ny prefquel de
Villes , où l'on n'en éleve
qui marquent la grande affection
des Peuples pour le
Roy. Celles de Bronze qui
70VII. P. des Affaires
repreſentent ce Monarque à
cheval, furdes Piedeſtaux environnez
de bas reliefs & de
Figures , reviennent à de tresgrandes
ſommes ; mais rien
ne coûteaux Peuples charmez
de la grandeur, &de la bonté
deleur Prince,tors qu'il s'agit
de fatisfaire l'ardeur d'un zele
auſſi ardét que fincere.Cezele
a cſté encore plus loin,&nous
venons de voir ces meſmes
Peuples ,&ces meſmesVilles
qui font travailler à ces Statuës
avec tant de dépense ,
donner volontairement des
fommes confidcrables , pour
du Temps.
eſtre employées à ſoûtenir les
efforts du grand nombre
d'Ennemis de ce Monarque.
De pareils dons , quand ils ne
ſont point exigez , & qu'on
n'a pas meſme fait preffentir
aux Peuples , que l'on en
pourroit avoir befoin , font
affez connoiftre qu'ils ont
plus d'amour pour leur Souverain,&
qu'ils font en meilleur
eftat qu'on ne veut le
laiffer croire. Ces dons ſe
font faits fi volontairement
&avec tant de chaleur , que,
leRoyagenereuſementrefuſé
ceux de pluſieurs Villes ,
72VII. P. desAffaires
parce qu'il voyoit que leur
bonne volonté ſurpafſoit
leurs forces . Voilà ce que
j'ay cru devoir oppofer à la
fauſſe peinture qu'on fait du
mécontentement des Peuples:
de France,&qui ne contient
que des paroles fans faits ,&
fans preuves , au lieu que je
ne raporte que des faits pour
réponſe mais des faits dont
les Auteurs que je cite ont
cent fois parlé dans leursi
écrits,&dont par confequent
ils font demeurez d'accord
Il faut qu'ils les détruiſent
avant qu'ils soient crûs ſur le
méconren.
A
du Temps. 73
mécontentement des Peuples
de France , & comme il
eſt abſolument impoſſible de
prouver que ce qui a eſté fait
aux yeux de toute l'Europe ,
&meſme de toute la terre ,
ne l'ait pas eſté,il y a auſſi une
entiere impoſſibilité de faire
voir que la France foit mécontente
, comme l'oſe dire
l'Auteur des veritables intereſts
des Princes de l'Europe .
Il pretend prouver encore que
la France eſt miferable parce
que l'Arriere-ban ne s'eſt pas
trouvé nombreux. Il y a
beaucoup de choſes à répon-
G
74VII. P. des Affaires
dreſur cela,que l'Auteur n'eſt
pas obligé de ſçavoir , ou fur
leſquelles il n'a peut - eſtre
pas voulu faire de reflexion ,
fon deſſein n'eſtant pas de
donner à ſes Lecteurs une
juſte idée du bon eſtat de la
France, puis qu'au contraire,il
ne cherche qu à la faire croire
abatuë, fans forces& fans
vigueur. Je demeure d'accord
que fi on jugeoit de l'Arricre-
ban par les Gentilshommes
de l'Iſlede France, c'eſt à dire
des environs de Paris , qui ſe
ſont preſentez pour marcher,
on trouveroit qu'ils ſeroient
du Temps. 75
en petit nombre , mais comme
toute la Nobleſſe de ces
quartiers- là paſſe à Paris la
plus grande partie de l'année
,& qu'en vertu du droit
de Bourgeoifie dont elle y
joüit , elle eſt exempte de
'Arriere-ban , on ne doitpas
s'eſtonner , fi un Canton qui
a fi peu d'étenduë , & tant
de perſonnes privilegiées , a
fourny ſi peu de monde. Les
choſes ne ſe ſont pas paſſées
de la meſme forte dans le
reſte des Provinces , & comme
leCorps qu'elles ont fourny
toutes enſemble , s'eſt
Gij
76 VII. P. desAffaires
trouvé confiderable , on n'en
a employé que la moitié , &
le reſte a eſté congedié juſques
à l'année prochaine. Ce
n'eſt pas que le tout joint ,
faſſe un auſſi grand nombre
de troupes qu'il ſemble
que l'on auroit deu l'attendre
d'un Etat auſſi peuplé ,
&auſſi floriſſant que la France,
mais les raiſons qui l'empeſchent
font avantageuſes ,
&doivent donner de la terreur
à ſes Ennemis , au lieu
de la joye que leur ignorance
leur fait prendre , lors
qu'ils ne trouvent pas l'Ar20
du Temps. 77
T
riere-ban auffi grand qu'ils
avoient pu ſe l'imaginer. Il
eft impoffible qu'il le ſoit ,
puis que la Nobleffe de France
eſt ſi portée à la guerre &
a tant de zele pour fon Prince&
pour ſa Patrie, qu'elle ſe
trouve aujourd'huy preſque
toute dans les armées de Sa
Majefté. Du moins peut - on
dire qu'il y a fort peu de
Gentilshommes qui n'y ayent
quelques-uns de leurs enfans,
& comme on eft exempt de
l'Arriere- ban lors qu'on eft
dans le ſervice , que l'on a
ſervi foy- meſine , qu'on eſt
Giij
78. VII. P. desAffaires
dans un âge déja avancé ,
ou que l'on poffede quelque
charge dans la Maiſon
Royale , il ne faut pas s'étonner
s'il ſe trouve fi peu
de Gentilshommes preſts à
monter à cheval pour faire la
Campagne. On doit bien
pluſtoſt eſtre ſurpris qu'il s'en
trouve encore. Ce qu'il ya
d'extraordinaire en cela , c'eſt
que le peu qu'il y en a ,
au lieu de marquer la foibletſe
de la France , en fait voir
la force , puis que lors qu'il
n'y en devroit point avoir ,
parce que toutes les armées
110
duTemps. 79
du Roy en font remplies , &
qu'il y a une infinité de Cadets
, dont eſt formée une
pepiniere qui fournit des
Officiers , il ſe trouve encore
tant de Nobleſſe preſte à
monter à cheval , qu'on n'en
fait ſervir preſentement qu'une
partie ,& qu'on referve
l'autre pour l'année prochaine.
Ainſi les Ennemis doivent
s'étonner de voir que
nonobſtant le grand nombre
de Gentilshommes qui ferventdans
nos armées ,& dans
les Compagnies de Cadets ,
il en refte encore qui foient
G iiij
80 VII. P. des Affaires
en eſtat de prendre les armes,
& l'Arriere-ban qui leur a d'a
bord fait mal juger de nos
forces , doit preſentement
leur faire avoir des penfées
toutes contraires . En effet ils
ont tout ſujet de craindre des
armées remplies d'une Noblefſſe
fi genereuſe & fi intrepide
, qu'elle n'a jamais fuy ,
lors meſme qu'elle s'eft veuë
abandonnée des Soldats qui
ont pris la fuite quand ils ont
eſté attaquez par des Troupes
beaucoup fuperieures en
nombre.
* On ne peut prendre la dédu
Temps 81
fenfe de la Cour de Rome
avec plus de chaleur que fait
l'Auteur dont je parle. Il
marque en cela bien peu de
prudence , & elle doit s'en
tenir defobligée , s'il est vray
qu'il n'ait écrit que pour la
justifier ; mais on doit bien
plûtoſt croire qu'il entre de
lamalice dans cette défenſe ,
puis qu'un Proteftant ne peut
prendre ſon party avec ardeur
ſans avoir ſujet de s'en
loüer , ce qui eſt honteux
pour elle , & découvre une
intelligence qui dévroit toûjours
eſtre cachée. Je ne ſcay
0
82 VII. P. desAffaires
pourtant fi Rome s'en met
affez en peine. On ne fait pas
quelquefois tout ce que la
raiſon voudroit que l'on fift ;
une faute fait ſouvent tomber
dans une autre , & quoy
qu'il ſemble qu'on doive naturellement
vouloir que le
mal qu'on fait ne ſoit pas
connu , il ne s'enfuit pas toûjours
que l'on cherche à le
cacher. Il eſt des occaſions
où l'on s'applaudit du mal
comme du bien , & où l'on
fait vanité de ce qui devroit
faire honte . Si Rome ne s'applaudit
pas du mal qu'elle
du Temps. 83
fait enprenant un party contraire
à la Religion , & en
faiſant des follicitations qui
peuvent cauſer ſa ruine entiere
, il eſt du moins certain
qu'elle ne s'en cache pas Ce
qui ſe vient de paſſer en Suiſſe
en eſt une preuve , puis que
le Nonce du Pape y a fait de
grandes cabales pour engager
les Cantons à donner paffage
aux Troupes Allemandes
& qu'il a déclaré pour mieux
réüffir dans ſon deſſein , que
la Guerre que les Princes Ca
tholiques unis avec les Proteſtans
font à la France , n'eſt
7
84 VII.P.des Affaires
point une Guerre de Religion.
Je vous ay prouvé pref
que dans toutes mes' Lettres
que c'en eſt une , en vous
faiſant voir le mal que l'Eglife
en a fouffert ,& celuy qu'elle
en ſouffrira; mais je vais m'ex
pliquer encore plus clairement,
afin que perſonne n'en
puiſſe douter, & que les Ennemis
de la France qui pour la
perdre riſquent la Religion ,
n'ayent plus de raiſons qui
paroiſſent ſpecieuſes , pour
faire voir que la Guerre prefente
ne regarde qu'un inte
refttemporel.
du Temps. 85

د
Si on ne veut point avoir
égard au mal qu'une guerre
peut cauſer à la veritable Religion
, mais ſeulement au
ſujet qui fait recourir aux
armes il eſt conſtant que
cette Guerre ne paſſfera pas
pour une Guerre de Religion
, encore qu'il ſoit vray
que la Religion en doive recevoir
de grands prejudices.
Ce ne ſera ſi on veut , que
par accident ; mais il n'importe
de quelle maniere la
choſe arrive fi la partie
qu'on veut épargner court
1
riſque de n'eſtre pas moins
86 VII. P. des Affaires
bleſſée que celle qu'on a reſolu
de faire fouffrir. Il ne
s'agit dans une parcille occafion
, ny du nom , ny de la
volonté. Il n'eſt queſtion que
de l'effet. Or il eſt certain que
cette guerre peut mettre la
Religion en danger. Ainfi ,
qu'elle foit appellée ou non
guerre de Religion , elle ne
Laiſſe pas d'en eſtre une , puis
qu'elle peut produire à cet
égard toutes les facheuſes
ſuites . qu'entraineroit aprés
elle une guerre , que l'on auroit
entrepriſe ſous le nom
de guerre de Religion .
du Temps. 87
Ces confiderations font rejetrées
; on n'y entre point.
On pretend que c'eſt ſeulement
la France que l'on attaque
,& on ne veut point faire
de reflexion ſur les ſuites
que peut avoir cette guerre ,
&fur les maux que la veritable
Egliſe en doit craindre.
Avant que de pourſuivre ce
raiſonnement , je ne puis cacher
qu'il me paroiſt que celay
qui entreprend unechoſe
dans la veuë de faire un
bien, & qui la pourfuit avec
obſtination , lors qu'il doit
eſtre perfuadé que le mal
1
88 VII. P. des Affaires
qu'elle peut cauſer ſera plus
grand que le bien qu'il en
attend, conſent que ce mal
arrive s'il perſiſte dans la
meſme volonté. Je ne ſçay
mefme ſi on ne pourroit pas
dire qu'il le ſouhaite lors qu'il
va juſqu'aux effets. La Cour
de Rome ne peut ignorer ce
que ſouffriroit la Religion ,
s'il arrivoit que la France
manquaſt de forces pour ſe
tirer des affaires qu'elle, luy a
ſuſcitées. Elle s'obſtine à la
vouloir accabler , & ce que
je viens de vous marquer qu'-
elle a fait dire aux Suiſſes ,
du Temps: 89
13
aprés les avoir fait affembler,
en eſt une preuve. Elle avoit
beaucoup cabalé auparavant,
pour les empeſcher de ratifier
le Traité de Neutralité
qu'ils avoient conclu , comme
un moyen d'épargner le
fangde l'Europe, & de porter
les Parties àune Paix ou
à une Treve ; mais Rome veut
du ſang , quoy que Dieu luymeſme
ait défendu à Saint
Pierre d'en verfer? Ehe ne
fçauroit defavoüer quelle
veut bien que la Religion
fouffre , puis qu'elle riſque à
la faire fouffrir, mais comme
H
90 VII.P. des Affaires
on dira peut eſtre que la
France pourroit eſtre abaiffée
fans que la Religion Catholique
s'en reſſentiſt , je prouveray
le contraire dans la fin
de cet Article , d'une maniere
qui empeſchera qu'on
n'y puiſſe repliquer; mais enfin
de quelque coſté que l'avantage
tourne , il y aura toujours
beaucoup de fang répandu
,& la Cour de Rome
en fera caufe.
Je paſſe aux autres guerres
qu'on veut eſtre les ſeules
guerres de Religion , car je ne
pretens laiſſer rien à dire fur
du Temps, 91
un point qui partage aujourd'hui
toute l'Europe. Lesguerresqui
ont eſté juſqu'icy appellées
guerres de Religion,
font celles que les Souverains
ont euës contre leurs Sujets
révoltez ſous pretexte de Religion,&
fortifiez dans quelques
Places de leurs Etats
dont ces Rebelles s'eſtoient
cmparez. On donne encore
ce nom aux guerres qui fur
viennent ,lors que des Pouples
de differente Religion
ſe veulent perfuader les uns
aux autres d'embraſſer celle
qu'ils profeſſent ; que cette
Hij

92 VII. P.des Affaires
difpute leur donne lieu defe
quereller ,& qu'ils en viennent
là-deſſus aux mains. Les
Croiſades font auffi dunombre
de ces guerres. Ce n'eſt
pas à dire que toutes celles
qui ne font pas de cette na--
ture,&dans lesquelles la Religion
eft comprife , ne luy
puiffent eſtre fort préjudiciables
,& ne luy faſſent ſouvent
autant de mal , que fi
elles eſtoient marquées au titre
qu'il faut pour faire qu'on
les appelle guerres de Religion.
Cependant comme celle
d'aujourd'huy n'a point ce
duTemps. 93
titre,on en prend ſujet de dire
qu'elle ne regarde point la
Religion. Elle n'eſt , dit- on,
que contre la trop grande
puiſſance de la France, & la
Religion n'a rien à démefler
avec les raiſons qui font fouhaiter
ſon abaiſſement. Mais
je demande qu'on me faffe
voir par quelsmoyens on peut
accabler la France ſans que
la Religion en ſouffre cruel
lement , puis qu'on ne peur,
& qu'on ne veut luy faire du
mal que par les Proteftans,
& en la forçant , comme on
yali
94 VII. P. des Affaires
le publichautement, & comme
on l'a fait imprimer , de
remettre toutes les choſes qui
regardent la Religion , dans
l'eſtat où elles eſtoient avant
la ſuppreſſion de l'Edit de
Nantes. Si cela arrivoit , il
faudroit que Rome, qui malgré
ſa mauvaiſe volontépour
la France , en a fait chanter le
TeDeum, donnaſt des larmes
à ce rétabliſſement , puis que
la raiſon veut que l'on s'affli
ge de voir qu'on rétabliſſeune
choſe , de la deſtruction de
laquelle on a marqué de la
joye. Il n'y a rien de plus
du Temps . 95
naturel, maisRomefurmonte
tout lors qu'il s'agit de ſe
déclarer contre la France ;
elle voit des maux réels fur
leſquels elle ne veut pas jetter
les yeux pour ne point empoifonner
le plaiſir qu'elle
goûte par avance du mal
dont elle ſe perfuade que ce
Royaume va eſtre accablé ,
&elle croit ſe tirer d'affaire ,
endiſant que la guerre qu'on
met fur les bras d'une Puifſance
qu'il faut abaiſſer , n'étant
point de la nature des
guerres dont je viens de faire
Llee dénombrement , la Reli
:
96 VI. P. des Affaires
gion n'y a point de part
mais quand tout cela ſeroit
veritable,ne fuffit il pas pour
faire quitter un deffein fi
fanguinaire , qu'il puiffe mettre
la Religion en danger ?
Qu'importe que ce foit par
une guerre qui ait le nom de
guerre de Religion , ou par
une autre que des motifs
temporels font allumer , &
dont les fuites ne pourroient
eſtre que funeſtes à cette mefme
Religion , fi le Roy n'avoit
mis la France dans un
état affez floriſſant pour pouvoir
par ſes ſeules forces dé
tourner
du Temps. 97
tourner un ſi grand mal. Je
ne vous repete point par où
ce mal pourroit arriver. Je
vous en ay déja fait de longues
peintures , mais je ne
puis m'empeſcher de dire encore
que fi le Prince d'Orange,
qui a déja trompé une fois
les Princes liguez , avoit joüy
plus paiſiblementqu'il n'a fait
juſqu'à aujourd'huy duRoiaume
d'Angleterre , il auroit
abuſé une ſeconde fois de la
croyance trop facile des Princes
Catholiques , & ſe joignant
avec tous les Proteſtans
de l'Europe , il travailleroit
I
98 VII. P. des Affaires
preſentement àyfaire reconnoiſtre
la Religion Protef
tante. AlorslaCour de Rome
ne pourroit nier , que cette
guerre n'en fuft une de Re
ligion dans toutes les formes ,
&que celles qu'elle a excitées
pour embarraffer la France ,
n'en fuſſent la cauſe . Outre
tous les maux auſquels on
voit qu'elle expoſelaReligion
Catholique ſans qu'on veüille
y faire de reflexion , je vous
ay déja fait voir ce que cette
Religion a fouffertenAngleterre
,& comme on ne peut
nier les chofes paffees , fur
du Temps
tout lors qu'elles font devenues
publiques , Rome ne
ſçauroit diſconvenir du mal
qu'elle a fait à la Religion ,
en allumant une guerre pour
iles raiſons que vous avez
leuës dans mes Lettres pro
cedentesma 1003
L'Auteur du Livre dont
j'ay commencé à vous rap-
-porter quelques endroits ,
continuant à faire une pein-
Iture du miferable eſtat oùil
fe perfuade qu'on verra biencoſt
llaa France , ſe fonde fur
des Batailles qu'il dit qu'elle
-pourra perdre & dont il pre-
4
I ij
100VII. P. des Affaires
tend qu'une ou deux peuvent
ſuffire pour la mettre au
point où l'on voudroit qu'el.
Ie fuſt reduite. Il ſe figure
des ſoulevemens qui aſſeurément
n'arriveront pas , & qui
font autant de viſions. Il
compte ſur des mécontens ,
comme s'il y en avoit dans le
Royaume;&dans la certitude
qu'il croit avoir , que lesAnglois
& les Hollandois defcendront
ſur nos coſtes, qu'il
s'imagine que nous ne ſcaurions
défendre , il avance hardiment
qu'on ne verra jamais
leRoy d'Angleterre ré
du Temps. 10F
tably , & que ny la France
ny aucune Puiſſance Catholi
que ne peuvent le remeftre
fur le Troſne. Il ditque nos
terres ne feront point cultivées
, parce que nos Païfans
eſtant armez , n'auront pas le
temps de les labourer , c'eſt
àdire qu'un homme ou deux
tirez de chaqueVillage pourrontempefcher
qu'on ne
cultive les Terres . Il affeure
que nos Troupes font en
fort méchant eſtat , & que
l'argent manque au Roy. Le
contraire de la plus grande
partie de ces chofes ayant
1
I iij
102 VII.P. des Affaires
efté reconnu depuis que cee
ouvrage eft public,iln'eſt past
neceffaire d'y répondre. Le
reſte eſt ſi viſiblement faux
qu'il ſuffit de le rapporter
pour obliger l'Auteur d'en
rougir. Labonté des Troupes
de Franeeeft affez connuë
& il faut eftre bien
ignorant pour dire que le
Roy manque d'argent. Il eft
vray que toutes les fois que
ſes Ennemis ont entrepris de
luy déclarer la guerre ,ils ont
cru qu'ils l'attaqueroient en fi
grand nombre , que fes Fi
nances feroient bien- toſt é-
د
du Temps. 103
puiſées , à caufe de la quantité
de Troupes qu'il fer
roit contraint de mettre fur
pied ; mais ilsn'ontjamais eu
cette penſée qu'ils ne l'ayent
reconnuë fauffe . Ils viennent
encore d'eſtre trompez , puis
qu'il eſt conſtant , ( & mefme
ils n'en doutent plus preſenrement
)que non ſeulement
le Roy peut entretenir des
Armées nombreuſes pendant
tout le reſte de la Campagne,
mais qu'il a meſme des fonds
de reſerve , pour les befoins
preſſans qu'on ne peut prevoir.
Cependant ce Prince ne
I iiij
104VII. P. desAffaires
leve nuls deniers extraordinaires
fur ſes Peuples. On n'a
mis aucuns Impoſts dans le
Royaume , & le Parlement
n'a point eſté occupé à verifier
ces fortes d'Edits. On le
faifoit ſouvent autrefois
quand Sa Majeſté ne gouvernoit
pas par Elle-meſme , &
qu'on n'avoit qu'une Armée
de vingt-mille hommes en
Flandre,&de petites Armées
en Catalogne & en Italie ,
ſans que l'on euſt des forces
en Mer , la Marine eſtant
alors ſi peu confiderable parmy
les François , qu'on n'en
duTemps. 105
entendoit preſque point parler.
Cependant nos Vaiſſeaux
font fuir aujourd'huy les Puif
ſances qui eſtoient les plus redoutables
de la Mer ,& s'appreſtent
à ſoûtenir les efforts
de pluſieurs autres que l'on
voit unies enſemble. Peut- on
dire aprés cela que la France
ſoit en mauvais eſtat ? Elle a
aſſez de Vaiſſeaux fur l'une &
fur l'autre Mer , pour faire
trembler ſes Ennemis ; elle a
trois ou quatre cens mille
hommes bien entretenus , &
de l'argent de reſte, ſans qu'on
ait levé de nouveaux ſubſides
106 VII. P. desAffaires
fur les Peuples.Ainſi ellepeut
encore compter que s'il arri
voit qu'elle en euſt beſoin ,
leRoy en trouveroitd'autant
plus facilement dans leurs
bources ,que fans leur rien
demander , il auroit déja
foûtenu les premiers efforts
de toute l'Europe liguée
contre luy , &garanty fes
Sujets des menaces terribles
qui ont retenty preſque dans
toutes les Cours. :
L'Auteur pourſuit en difant
, que lesfuccés de la France
font moins venus de ſes forces
que de la foibleffe defes Ennedu
Temps . 107
mis.Il leur fait bien peu
d'honneur , & fur tout à ce
grandCorps compofé detant
de Puifſſances d'Allemagne,&
qu'on tient ſi redoutable par
cette raiſon. Cependant lors
qu'il n'eſtoit point épuisé par
une longue guerre , comme
celle qu'il vient d'avoir avec
les Turcs , la France en a
triomphe ainſi que de l'Eſpagne,
du Dannemark , & de
Ia Hollande. Si le Roy aprés
avoir retenu en ce temps-là
les plus importantes de ſes
Conqueſtes,& fait rendre au
Roy de Suede , pour lors fon
108 VII. P. des Affaires
Allié , les Places que le Roy
de Dannemark & l'Electeur
de Brandebourg luy avoient
priſes , a impoſe la Paix aux
conditions qu'il luy a pleu
de regler malgré les nombreuſes
Troupes d'Angleterre
,
nouvellement débarquées
pour ſe joindre à tant
de Puiſſances , pourquoy ne
veut-t on pas que la France
ſoit aujourd'huy en état de reſiſter
à ces meſmes Ennemis
Eſt elle moins puiſſante ? Les
François ſont- ils moins riches
, moinsbraves , & moins
affectionnez à leur Roy', &
du Temps . 10
ce Monarque n'a- t il pas un
Fils , qui depuis ce temps-là
s'eft rendu capable de le ſeconder
? Il y a à la verité
quelques Proteftans de moins
dans le Royaume , mais c'eſt
un avantage conſiderable ,
puis qu'il eſt purgé par là de
mauvais Sujets ,& qui dans
la derniere guerre avoient intelligence
avec les Ennemis
de la France , au lieu qu'elle
n'a plus aujourd'huy que des
Sujets zelez & fidelles , qui
défendront vaillamment leur
Religion , leur Prince , &
leursbiens.p
110 VII. P. desAffaires
Le meſme Auteur condamme
la France d'avoir déclaré
la guerre la premiere .
On vauroit voulu qu'elle
n'cuſt pas vû ſi clair ,afin de
la mieux ſurprendre ,& qu'-
elle ſe fuſt endormie quand
les Ligues ſefaifoient de
ates parts que ſes Ennemis
eſtoientarmez ; que le Prince
d'Orange estoit embarqué
pour paffer en Angleterre,,
dans le deſſein de nous attaquer
quand il s'en feroit
rendu le maiſtre que l'on
Se vantoit en Allemagne
qu'on eſtoit en termes/ defaidu
Temps. 111
te la paix avec le Turc pour
paſſer en France ; qu'on vouloit
ravir un Electorat à
unCardinal canoniquement
élû , ſeulement parce qu'il
eſtoit Amy du Roy , & que
l'Electeur Palatin dont on
connoiſt l'eſprit dangereux ,
portoit la Cour de Vienne,
par la ſeule veuë de ſes inte
refts,à ſe declarer contre la
France,ne le mettant pas en
peine que toute l'Europe fuſt
en armes ,&que la Religion
Catholique fuſt abolic en
-Angleterre , pourveu que
tous ces defordres ſerviſſent
112 VII. P. des Affaires
2.
à l'empefcher de reſtituer à
Madame les heritages qu'il
luy retenoit injuſtement.
Quand on confiderera toutes
ces chofes on demeurera
d'accord qu'il y alloit de la
prudence du Roy, de ſe preparer
à la guerre pour ne pas
laiſſer à ſes Ennemis l'avantage
de le ſurprendre ; qu'il
yalloit en meſme temps de
ſa gloire ,de montrer qu'il ne
les redoutoit pas , &qu'ainfi
il devoit les prevenir par une
Declaration dans les formes,
&dignede fa grandeur , pendant
qu'ils ſe declaroient ladu
Temps . 113
chement & en fecret
fecret, par
leurs ligues & par les meſures
qu'ils prenoient avec un
Prince , qui pour ſes intereſts
particuliers cherchoit à metire
le feu dans toute l'Europe
, & avec lequel l'honneur
ſemble ne pouvoir ſouffrir
qu'on prenne de liaiſon. Les
raiſons en ſont connues , &
on ſçait que rien ne coute au
Prince d'Orange quand il s'agit
de tout facrifier à ſa fauf
ſe gloire.
Pourroit- on croire qu'un
homme qui écrit , fiſt ſi
peu de reflexion ſur ſon
K
114 VII. P. des Affaires
ouvrage , qu'aprés avoir bla
méla France de s'eſtre decla
rée la premiere , il veut en-
Cuite montrer le contraire , en
marquant que ce ſont ſes
Ennemis qui l'attaquent . If
employe pour cela les termes
fuivans. C'eft icy le temps
d'attaquer la France, parce qu'il
eft de la prudence d'attaquer un
Ennemy quand il commence a
joüer de malbeur , &quand la
terreur le prend. Il fait cons
noiſtre qu'il n'eſtime pas
beaucoup les Princes Confederez
, puis qu'il ne les tient
capables d'attaquer leur En
du Temps. 13
د
nemy , que quand la frayeur
l'a mis en defordre. Les paro.
les dont il ſe ſert juftifient la
France ,& en difſant ce qu'il
ne devoit pas , & qu'il ne
croyoit pas dire , il prouve
tres clairement qu'ellea bien
fait deſe declarer la premiere
, parce qu'on ſe preparoit
à la ſurprendre ; qu'on
croyoit qu'ellejoüoit de malheur,
& que l'on estoit per
fuadé que la terreur l'avoit
prife
Le meſme Auteur dit un
peu aprés ; Mais aujourd'huy
que le mal est fait , si tant ef
Kij
116 VII. P. des Affaires
que ce soit un mal , ce mal eft
Sans remede. Que peut-ilyavoir
abefiter ? Qu'on faffe tout ce
qu'on voudra , toutes les Ligues
Catholiques ne rétabliront pas
le Roy d'Angleterre. Ainsi la
prudence veut que les Etats Catholiques
ſe prevalent & profi
tent d'une circonstance qui en
foy paroift douloureuse pour la
Religion Catholique , mais qui
dans les ſuites luy fera plus de
bien que de mal.D'autre part les
Princes Proteftans doivent confiderer
que ceferoit à eux la dernierefolie
de ſe laiſſfer gagnerpar
laFrance dans le temps preſent,
du Temps. 117
&de se détacher de la Ligue>
parce qu'ils ne trouverontjamais
un amas de conjonctures favorables
comme celles d'aujourd'huy.
La difference de Religion
fait toujours un grand abiſme
de separation entre les
Princes Proteftans, &les Princes
Catholiques ,fur tout ceux
de la Maison d'Auftriche, ce qui
rend les Alliances difficiles . Aujourd'huy
que la conduite de la
France a comblé ce grand abifme,
&qu'elle a forcé le Pape,
&les Princes de la Maiſon
d'Auſtriche à s'unir avec les
Proteftans , ceux- cy ne doivent
118 VII. P. desAffaires
pas negliger une occafion qui
ne se trouvera pas fi favorable
en dix fiecles , de mortifier cette
fiere Puiſſance qui fait hautement
profeffion d'en vouloir à
leur Religion , mais qui en veut
bien davantage à leurs Etats.
Il ne faut que lire cet endroit
pour connoiſtre que la
Religion Catholique doit
fouffrir ; que cette guerre eſt
une guerre de Religion , &
que le Pape s'eſt uny avec les
Proteftans. Ce n'eſt pas moy
qui le dis ; ce font les propres
paroles de l'Auteur , aufquel
les je n'ajoûte ny ne diminuë.
du Temps. Ing
Repaſſons ſur quelques endroits
de cet Article , &
voyons ſi je me trompe.
Mais aujourd'huy que le mal
est fait , si tant est que ce soit
un mal , ce mal eſt ſans remede.
Le mal dont l'Auteur parle
eft celuy que la ReligionCatholique
ſouffre par l'inva
fion du Prince d'Orange en
Angleterre. Il ajoûte , fi tant
estque c'en foit un , parce qu'il
eft Proteftant, & que de mal
n'eſt pour luy qu'un mal imaginaire
, & dont les Proteftans
ne font pas fachez. Il dit
enfuire , que puis que ce mat
2
120VII. P.des Affaires
est fait , il faut que les Etats
Catholiques profitent d'une circonstance
qui enfoy paroist donloureuse
pour la Religion Catholique,
mais qui dans lesfuites
luy fera plus de bien que de
mal. Voilà le mal avoüé pour
les Catholiques , & meſme
fortement par le mot de douloureuse.
On ne peut donc
plus diſconvenir de ce mal ,
puis qu'il eſt fait , mais on
peut fort bien ne pas tomber
d'accord ſur la foy de
l'Auteur , que les ſuites de
ce mal , c'eſt à dire de cette
guerre , feront avantageufes
duTemps. 121
geuſes à la Religion Catholique.
On doit plûtôt croire
qu'elle continuera d'en fouffrir
ſi la France ne triomphe
de ſes Ennemis; que les Princes
Proteftans tromperont le
Pape , comme a déja fait le
Prince d'Orange , & qu'ils
auront peu de ſcrupule à mécontenter
leChefd'une Egliſe
à laquelle ils ne croyent
pas , & qu'ils n'ont épargné
aujourd'huy dans leurs railleries
, que parce qu'il eſt entré
dans leurs Ligues. Je pafſe
par deſſus beaucoup de
lignes qui ne font que pour
Juin 1689. L
122 VII. P. des Affaires
exciter les Princes Proteſtans
à ne ſe pas laiſſer gagner par
la France , comme ſi la France
leur faifoit la cour , & les
craignoit , & je viens à un
endroit deciſfif, contre ceux
qui nient que le Pape ſoit
entré dans la Ligue des Proteſtans.
Ce n'eſt pas que
quand il n'y ſeroit point
entré , il fuſt moins cauſe de
ce qu'a fouffert , & de ce
qu'endure encore la Religion
Catholique, par la fituation
deſavantageuſe où ſon Conſeil
a mis les Affaires de l'Europe
pour cette Religion.
T
du Temps. 123
r
Voicy l'endroit qui decide ,
que le Pape eſt entré dans la
Ligue des Proteftans. La conduite
de la France , dit l'Auteur
du Livre , aforcé le Pape
les Princes de la Maiſon
d'Auftriche à s'unir avec les
Proteftans, Les Proteftans l'a.
voüent, ils l'écrivent,& font
debiter leurs Ecrits ; il n'y a
point d'équivoque , les termes
font formels , & l'on n'a
beſoin ny de commentaires ,
ny de raiſonnemens pour les
faire entendre . Comme cet
endroit eſt delicat , & fa
cheux pour la Cour de Rome,
Lij
124 VII. P. desAffaires
& qu'il luy doit eſtre ſenſible
, je me contente de le raporter
ſans y ajouſter une parole
, afin que fi elle trouve
qu'elle a ſujet de ſe plaindre ,
elle n'ait pas droit de m'accuſer
, mais ſeulement l'Auteur
qui découvre des ſecrets
qu'elle voudroit ſans doute
qui fufſfent cachez . Sa difcretion
ne ſçauroit eſtre blâmée
là-deſſus ; on trouve ſeulement
qu'elle devroit eſtreencore
plus grande , & que le
Nonce auroit deu tenir ſes
pratiques plus ſecretes enSuiffe,
où ſa trop grande intellidu
Temps. 125
gence avec les Cantons Proteſtans
a'paru , les ayant fait
parler ſelon ſes intentions autant
qu'il a voulu , & meſme
contre leurs propres intereſts.
Il dit dans ce meſme Article
, en parlant de la France
& des Princes Proteftans';
Ilne faut pas negliger l'occafion
de mortifier cette fierePuiffance
qui fait hautement profeffion
d'en vouloir à leur Religion
, mais qui en veut bien
davantage à leurs Etats . Il y a
trois choſes à remarquerdans
ce peu de lignes. L'Auteur a
dit que la France ne devoit
L iij
126 VII.P des Affaires
pas declarer la guerre , mais
il fait connoiſtre par là l'union
qu'on avoit faite pour
mortifier , dit-il , sa fiere Puisfance.
Il dit que la France en
veut à la Religion des Proteſtans
, & comme les Prote
ſtans la veulent défendre , on
peutjuſtement donner à cette
guerre le nom de guerre de
Religion , & cet endroit- là
fait voir que c'en est unedans
toutes les formes . Mais en
verité , c'eſt bien chercher à
vouloir injuſtement faire la
guerre à la France que d'em
ployer ce pretexte. Quoy ,
du Temps. 127
1
parce que le Roy ne veut
point permettre dans fon
Royaume l'exercice de la Religion
Proteftante , il faut luy
declarer la guerre ? Il faudroit
donc que par la meſme
raiſon le Roy la fiſt à tous
les Princes qui ne fouffrent
point la Catholique
dans leurs Etats , & que non
ſeulement dans toute l'Eu
rope , mais encore par toute la
terre,tous les Souverains la des
claraffent à ceux qui nevoudroient
pas que l'on exerçaſt
chez eux celle qu'ils profeffe
roient , c'eſt à dire qu'il fau
Liiij
128 VII.P.des Affaires
droit qu'il y euſt une guerre
univerſelle dans le monde
fur le ſujet de la Religion .
L'Auteur ne s'eſt pas fi toſt
ſervi de ce pretexte de Religion
touchant la guerre que
l'on fait au Roy, qu'il en
fon
changedans la meſme ligne ,
& dit que Sa Majefté en veut
biendavantage aux Etats des
Princes Proteftans qu'à leur
Religion. On ne peut rien
alleguer qui ait moins de
vray- ſemblance , & il n'y a
pas plus de raiſon à parler
ainfi , qu'il y en auroit à dire,
que les Electeurs deBrande
duTemps . 129
bourg & de Saxe , & la Maifon
de Brunswic font la guerre
au Roy, parce qu'il en veut
à leurs Etats , à quoy il eſt
certain qu'il ne penſe point ,
ce Monarque n'ayant aucun
démeſlé avec eux , ny ces
Princes aucun ſujet de s'en
plaindre. On ſçait en effet
qu'ils ne ſont entrez dans la
Ligue qu'à la ſollicitation de
la Cour de Rome & de la Mais
fon d'Auſtriche. Quant à l'Electeur
de Brandebourg , il
s'y eſt laiſſe engager par une
double raiſon. Il eſt fortement
lié avec le Prince d'O130.
VII.P. des Affaires
range , & ils ont tous deux
reſolu d'étendre la Religion
Proteftante , moins par zele
que par politique, & feulement
parce qu'ils croyentque
par le moyen des Proteftans
ils feront plus aisément
réuffir leurs vaſtes deſſeins .
Mais le Prince d'Orange qui
n'eſt remply que de ſes ſeuls
intereſts , ne tiendra parole à
perfonne , & l'Electeur de
Brandebourg aura peut- eftre
bien toſt ſujet de s'en plaindre,
s'il ne l'a point eu juſqu'à
preſent. Je ne parle point icy
des Hollandois ; leur orgueil
: duTemps 131
A
leur attirera toûjours beaucoup
d'ennemis,& cet orgueil
paroiſt inſupportable dans un
de leurs écrirs , cù ils diſent,
que les Rois de Macedoinefe tenoient
fort honorez d'estre Capitaines
Generaux des Athe
niens , témoin Philippes , Pere
d'Alexandre le Grand. Ils ont
dit celaà l'occaſion du Prince
d'Orange , qui demeure en.
core leur Statouder ou Capitaine
General , quoy que pretendu
Roy d'Angleterre,
Cettevanité n'eſt rien , fi on
examine àfond le peu de confideration
où doit cſtre le
132 VII. P. des Affaires
Prince d'Orange par fon injuſte
entrepriſe , & combien
ſa nouvelle dignité eſt mal
affermie ; mais on ne laiſſera
pas de la condamner comme
injurieuſe à tous les Souverains
de la Terre , fi on fait
reflexion juſques à quel point
eft montée la vanité de ces
Republiquains , qui ſouffrent
qu'on débite publiquement
chez eux des Libelles , ou
l'on voit qu'il ſe perfuadent
que les Rois ſe doivent tenir
honorez de les fervir &d'eſtre
àleur folde.
Je ne rapporteray plus
du Temps. 133
qu'un endroit de l'Ouvrage
dont je viens de vous faire
voir quelques articles . L'Auteur
dit en parlant de l Entrée
de M de Lavardin dans
Rome ; Le Roy a fait entrer
un Capitaine à Rome qui s'est
ſaiſi d'un quartier de la Ville ,
& qui par armes & par vio
lence l'aſouftrait àſon veritable
Souverain . Cette expreffion
outrée ſemble nous marquer
un Siege , & l'on a peine à
lire ces lignes ſans avoir envie
de demander s'il y a eu
beaucoup de ſang répandu ,
& fi l'on a fait grand nombre
134 VII.P.des Affaires
1
de Priſonniers Cependant M
de Lavardın n'a fait autre
choſe que prendre poffeffion
d'un quartier , dont M le
Duc d'Estrées , ſon Predecef
ſeur, a toujours joüy paiſiblement.
Il n'a pretendu riendavantage
, & comme on navoit
pas difputé à M³ le Duc
d'Eſtrées ce que Male Marquis
de Lavardin a occupé ,
ce Marquis n'avoit pas lieu
de ſe contenter de moins ,
& le Roy , loin d'avoir rien
fait depuis ce temps- là qui
ait obligé à rien retrancher
des anciens privileges de fa
du Temps. 135
Couronne , avoit merité au
contraire qu'on luy en accordaſt
de nouveaux , ce qui ſeroit
arrivé ſous un autre Pontificat
, puis qu'il a fait une
infinité de choſes glorieuſes ,
& utiles à l'Egliſe Romaine ;
qu'il l'a fait fleurir , & que
fon zele & ſes ſoins luy ont
acquis un plus grand nombre
d'Oüailles . Ce Prince , quoy
qu'afſez payé par la fatis
faction interieure qu'il ſent à
bienfaire , ne veut pas pour
cela laiſſer perdre aucun des
droits qu'il a trouvez établis
en recevant la Couronne
136 VII. P. des Affaires
mais il n'a point repandu de
ſang pour les maintenir.comme
il ſemble que l'Auteur à
qui je réponsĮveüille faire
croire lors qu'il dit , que M
de Lavardin a ſouſtrait par ar
mes &par violence un quartier
de Rome à son veritable
Souverain . Je diray icy à l'avantage
de cet Ambaſſadeur
puis que l'occaſion s'enpreſente
, que quoy qu'il ait conſervé
les Franchiſes de ſon
quartier , on n'y a ſauvé aucun
Coupable pendant tout
le ſejour qu'il a fait à Rome.
Les uns n'y ont point eſté re
duTemps. 137
ceus à cauſe de l'énormité de
ce qu'ils avoient commis , &
les autres ne s'y font point
expoſez , ſcachant que ce
Marquis examineroit la nature
des crimes avant que de
vouloir accorder fa protection
, & qu'il la refuſeroit à
de certains Criminels , à qui
l'on ne doit jamais pardonner.
Tout s'eſt paſſe dans ſon
uartier avec une tranquillité
admihriraabbllee.. Il n'y a point
cu de defordres , fa Maiſon a
paru un lieu de pieté , & le
fervice s'y eſt fait d'une maniere
fort édifiante. Quoy
M
138 VII. P. desAffaires
qu'il fuſt accompagné d'un
grand nombre de François
parmy leſquels il y en avoit
beaucoup d'une affez grande
jeuneſſe, il a fi bien ſceu les
retenir dans les bornes du
devoir , que Rome a eu plus
de ſujet de s'en loüer que de
s'en plaindre . Sa magnificence
a eſté d'une utilité fort
grande au Peuple Romain ,
qui ne trouve que difficile,
ment le moyen de ſubſiſter
ſous le Pontificat d'aujourd'huy
, à caufe des nouveautez
qu'on veut introduire , &
de tout ce qu'on tâche d'adu
Temps . 139
bolir , ce qui empeſche ce
Peuple de travailler à beaucoup
de choſes qui font devenuës
inutiles , & de debiter,
ſes denrées & ſes Ouvrages
. Me de Lavardin n'a
pas quitté Rome comme la
pluſpart des Ambaſſadeurs ,
qui ſont bien ſouvent chargez
de dettes lors qu'ils fortent
d'un Etat , & qui font
crier les Peuples,en ſe retirant
fans les avoir acquitées.Chacun
a donné de grandes
marques de triſteſſe lors qu'il
eſt party , & les Pauvres dont
il faisoit fubfifter un fort
Mij
140VII. P. desAffaires
grand nombre , ont tous
pleuré ſon départ. Ainfi fi
la fincere affection des Peuples
marque un veritable
triomphe ſur les coeurs , on
peut dire que jamais Ambaffadeur
n'eſt forty de Rome
plus triomphant que M² de
Lavardin. *
* Je n'ay plus à vous parler
que d'un Article des affaires
de France avec les Souverains
de l'Europe , aprés quoy je
viendray à l'Anglererre.
article regarde l'infolente dé--
claration de Guerre du Gou
Cet
verneur des Pays -bas Eſpa
du Temps . 141
gnols contre la France . Vous
avez vû celle du Roy dans
ma fixiéme Lettre fur les
Affaires du temps & les raiſons
que Sa Majefté en donne
, qui font des faits , &
non des injures. Il eſt bon
de vous y faire faire reflexion,
afin que vous compariez ces
deux Declarations , & que
vous examiniez l'honneſteté
de l'une pour la Perſonne du
Roy d'Eſpagne , & les injures
qu'un ſimple Gouverneur ofe
dire au Roy. Sa Majesté fait
voir le
defir qu'Elle a en que de maintenir la Tréve , l'aportée
:
142 VII. P. des Affaires
à diffimuler la conduite qu'ont
tenuë les Ministres d'Espagne
dans toutes les Cours des Princes
de l'Europe , où ils ne se font
appliquez qu'à les exciter à
prendre les armes contre la France.
On voit par là l'honne
ſteté du Roy , qui accuſe les
Miniſtres Eſpagnols d'une
choſe dont il ne veut pas
croire que le Roy leurMaiſtre
euſt pû eftre capable. Sa Ma-,
jeſté parle enſuite de la Ligue
d'Auſbourg. C'est encore un
fait conſtant où l'Eſpagne 2
cu part. On a d'abord nié
eette Ligue , & quand on a
duTemps. 143
vu qu'on ne pouvoit plus
diſconvenir qu'il n'y en euft
cu unee, parce que la choſe
eſtoit trop connue , on a
voulu déguiſer le ſujet de
cette Affemblée , & l'on a
dit qu'on ne la faifoit qu'afin
de renouveller d'anciennes
Alliances qui ne regardoient
point la France. En fuite on
a jugé à propos de lever le
mafque, fur ce qu'on a cru que
l'invaſion du Prince d'Orange
en Angleterre donneroit
lieu d'accabler la France , &
l'on n'a plus gardé de meſures.
On a éclaté , on a menacé, &
144 VII. P.des Affaires
mille& mille Ecrits ont fait
voir que l'on alloit attaquer
la France , & qu'on avoit refolu
de la forcer malgré elle
d'entrer dans une guerre , qui
non ſeulement la feroit déchoir
de ſa grandeur , mais
qui pouvoit meſme l'accabler
; & c'eſt juſtement dans
ce temps- là que Sa Majefté
s'eſt déclarée , aprés s'eftre
miſe en estat d'éviter l'orage
qu'on ſe preparoit à fai
re fondre ſur ſes Etats. Il n'y
a rien dans tout ce procedé
qui ne foit conforme aux
regles de la prudence , de
la
du Temps. 145
politique , & de la justice , &
l'Eſpagne ne peut ſe plaindreque
le Roy l'ait inſultée
en parlant du Traité d'Aufbourg,
puis que c'eſt un fait
preſentement avoüé, & prouvé
, par les armes que les
PrincesConfederez ont priſes
en confequencede ce Traité.
LeRoypourſuit en marquant
qu'il a esté informé de la part
qu'a euë le Gouverneur des
Pays - bas , dans l'entrepriſe
que le Prince d'Orange a faite
contre l'Angleterre ; mais il dit
en meſmetemps , qu'il ne peut
croire que la conduite que ce
N
146 VII.P. des Affaires
Gouverneur a tenuë a cet égards
luy eust esté preſcrite par leRoy
Son Maistre , qui par beaucoup
de raiſons de Religion ,defang,
de ſeureté pour les Rois ,
estoit obligé de s'oppoſer à une
pareille ufurpation . Que peuton
trouver en tout cela qui
doive choquer le Roy d'Efpagne
? Quand tout ce que le
Gouverneur des Pays-bas a
fait de concert avec le Prince
d'Orange , luy auroit eſté
preſcrit par Sa Majesté Catholique
, le Roy ne l'en accuſe
point , & ne parle que
du Gouverneur desPays-bas,
Pays-bas
1
du Temps 147
qui s'eſt ſi ouvertementmêlé
de cette affaire , qu'il feroit
démenty par toute l'Europe
s'il prétendoit le nier , puis
qu'il s'eſt abouché ſouvent
avec le Prince d'Orange ,
& que leur intelligence a eſté
remarquée , depuis que ce
-Prince a ufurpé la Couronne
d'Angleterre. Il ya une infinité
de faits là-deſſus , qui
eſtant publics , n'ont pas beſoin
d'eftre rapportez. Le
Roy auroit pû pouffer les
choſes plus loin dans ſa Déclaration
deGuerre, à l'égard
de l'intelligence des Elpa
Nij
148 VII. P. des Affaires
gnols avec le Prince d'Orange
, pour favoriſer ſon
invaſion en Angleterre. On
ſçait les cabales de l'Ambaffadeur
d'Eſpagne à Londres
fur cette affaire. On ſçait ce
qu'il a fait pour gagner les
Preſbiteriens les uns aprés
les autres ; qu'il pratiquoit les
plus remuans , & qu'il en
faifoit toûjours diſner quelques-
uns chez- luy. Enfin on
ſçait que Sa Majeſté Britannique
le regardoit comme
un de ſes plus dangereux
Ennemis. Cependant le Roy
n'a point voulu toucher cet
duTemps. 149
article , afin d'épargner la
perſonne du Roy d'Eſpagne ,
parce qu'un Ambaſſadeur ne
doit rien faire fans les ordres
de ſon Maiſtre ; il a feulement
parlé du Gouverneur
des Pays-bas , qui n'eſtant
pointAmbaſſadeur , pouvoit
de ſon chef, par un faux zele
& pour ſon intereſt propre
à cauſe du poſte qu'il rempliſſoit
, pouſſer ſon intelligence
trop loin avec le Prince
d'Orange , dans la penſée que
ſon élevation à la Couronne
d'Angleterre , ſeroit caufe
que ſon Gouvernement des
Niij
150 VII. P. des Affaires
Pays bas s'aggrandiroit par
le moyen des Anglois que
ce nouveau Roy envoyeroit
en Flandre pour aider aux
Eſpagnols à prendre beaucoup
de Places fur les François
.
Le Roy marque dans la
fuite de ſa Déclaration , que
le Roy d'Espagne estant obligé
par des raiſons de religion , de
Sang. &defeureté pour tous les
Rois de s'oppoſer à l'ufurpation
du Prince d'Orange , Sa Majesté
avoit eſperéde pouvoir porter
leRoy Catholique à s'unir
avec Elle pour le rétabliſſement
1
du Temps . Isr
du Roy legitime en Angleterre ,
& pour la confervation de la
Religion Catholique contre l'union
des Princes Proteftans , ou
au moins à garder une neutralité
exacte ,fi l'estat des affaires
d'Espagne ne permettoit pas au
Roy Catholique de prendre de
pareils engagemens. Tout eſt
viay dans cette article , &
rien ne sçauroit bleſſer le
Prince le plus delicat. On
peut demander à un Roy Catholique
qu'il veüille s'unir ,
pour conferver la Religion ,
contre les Princes Proteftans
liguez. On peut dire au Roy
N iiij
152VII. P. desAffaires
d'Eſpagne qu'il a des raiſons
deſang, pour ſe declarer contre
le Prince d'Orange, eſtant
ce qu'il eſt au Roy d'Angleterre,
& on a pu ajoûter qu'il
y eſt obligé pour la ſeureté
de tous les Rois , puis qu'il
s'agit d'un Roy détrôné par
une Republique , & par une
Republique ennemie des Souverains
, & qui ne pouvant
les abaiſſer comme elle ſouhaiteroit
, a ſouvent voulu
eſtre arbitre de leurs demeflez
afin de pouvoir s'élever au
deſſus d'eux . Le Roy a donc
pû folliciter l'Eſpagne de
du Temps. 153.
2
s'unir avec luy contre cette
fiere Republique ; mais fon
honneſteté a eſté encore pouf
ſée plus loin comme vous
venez de voir dans le meſme
article , puis que Sa Majesté
ne demande au Roy Catholique
qu'une Neutralité exacte,
en cas que l'estat deſes affaires
ne luy permette pas de prendre
d'autres engagemens. La fuite
de la Declaration eſt un peu
plus forte , mais ce qu'elle
contient fait voir que le Roy
a eſté contraintd'en uſer ainfi.
Voicy ce qui s'y trouve en
parlant du Roy d'Eſpagne.
7
154 VII. P. desAffaires
SaMajeftéluy affaaiittfairepour
cet effet differentes propoſitions ,
depuis le mois de Novembre dernier,
qui ont esté bien receuës ,
tandis que le fuccés du Prince
d'Orange a paru douteux , mais
ces favorables difpofitions ont
disparu dés que l'on n'a plus
parlé que de guerre contre la
France. Sa Majesté a appris en
meſme temps que l'Ambassadeur
d'Espagne en Angleterre voyoit
journellement lePrince d'Orange
, &le follicitoit de faire que
les Anglois declaraffent laguerre
à la France ; que le Gouverneur
des Pays-bas Espagnols levoit
du Temps . 155
des troupes avec empreffement ;
qu'il promettoit aux Etats Generaux
de les joindre aux leurs au
commencement de la Campagne,
&lesfollicitoit auffi- bien que le
Prince d'Orange à faire paffer
des Troupes en Flandre pour le
mettre en estat de faire la guerre
à la France . Le Roy ne pouvoit
moins faire que d'expofer
l'eftat veritable où estoient
les choſes. Ils n'y a que des
faits dans cet Article , rien
n'y eſt injurieux ; & l'on ne
ſçauroit s'en offenfer, à moins
que d'eſtre choqué de la verité
; mais fi l'Eſpagne fair
156 VII. P. desAffaires
mal , ce n'est pas la faute du
Roy Tres- Chreftien ; elle ne
doit s'en prendre qu'à ellemeſme.
Le Roy ſe trouve indiſpenſablement
obligé de
declarer laguerre , parce que
ſes Ennemis le veulent ſurprédre
, & qu'il ſçait qu'ils tiennent
leurs deſſeins cachezjufqu'à
ce qu'ils foient en eſtat
d'agir. Ainſi Sa Majesté ne
ſçauroit ſe diſpenſer de faire
voir les raiſons qui la forcét à
les prevenir. Vous venez d'en
lire une partie , voicy les autres
.Je ſçay qu'elles vous font
déja connuës, mais je me vois
du Temps. 137
obligé de les rapporter encore
icy,à cauſe de la réponſe que
je fais à chaque Article , &
qu'il eſt neceſſaire que l'article
,& la réponſe ſe trouvent
enſemble. Tous ces avis ayant
fait juger à Sa Majesté qu'il
estoit de fa prudence de sçavoir
à quoy s'en tenir , Elle a donné
ordre au Marquis de Rebenac ,
fon Ambassadeur à Madrid, de
demander une réponſe poſitive
aux Ministres du Roy Catholique
, luy offrant la continuation
de la Tréve, pourveu qu'il
vouluſt s'obliger , en gardant
une neutralité exacte , de ne
158 VII. P. des Affaires
Secourir directement ny indire-
Aement les Ennemis de Sa Majefté
; mais les mauvais confeils
ayant prévalu, Sa Majesté a
efté informée que la refolutien
avoit esté priſe de favorifer
l'Usurpateur d'Angleterre , &
de ſe joindre aux Princes Protestans
. Sa Majesté a appris auſſi
preſqu'en meſme temps , que les
Agens du Prince d'Orange ont
touché des fommes confiderables
à Cadix &à Madrid , que les
Troupes de Hollande & de
Brandebourg ſont entrées dans
les principates Places des Eſpagnols
en Flandre , & que le
4
duTemps. 159
Gouverneur des Pays- bas pour
le Roy Catholique faifoit folliciter
les Etats Generaux de faire
avancer leur Armée ſous Bruxelles.
Tous ces avis joints àla
réponse que le Marquis de Rebenac
a receuë à Madrid ne
laiſſant à Sa Majesté aucun
lieu de douter que l'intention
du Roy Catholique ne ſoit de
ſe joindre à ses Ennemis , Sa
Majesté a cru ne devoir pas
perdre de temps à prevenir fes
mauvais deffeins , & a resolu
de luy declarer la guerre tant
par mer que par terre , c.
Il faut eſtre bien injufte
160 VII. P. desAffaires
pour ſe plaindre du procedé
du Roy en ce rencontre. Ce
Prince veut ſçavoir à quoy
s'en tenir. Il demande une
réponſe poſitive , il offre la
continuation de la Treve
pourveu qu'on garde une
neutralité exacte , & qu'on
ne ſecoure directement , ny
indirectement ſes ennemis .
On ne l'accepte pas ; on veut
donc les ſecourir , &par conſequent
on eſt reſolu de faire
la guerre. Le Roy n'enaccuſe
point Sa Majeſté Catholique
,& dit que les mauvais
conſeils ont prévalu , aprés
du Temps. 161
quoy il fait voir toutes les reſolutions
qui avoient eſté
priſes touchant cette guerre;
que le Prince d'Orange a
receu de l'argent des Eſpagnols
,& que toutes les Places
de Flandre ſont remplies
des Troupes de ſes Ennemis.
Enfin leRoy fait connoiſtre
que toutes ces chofes , & la
réponſe faite à Madrid à M
de Rebenac l'engagent à prévenir
le Roy Catholique , &
à luy declarer la guerre , il le
fait par la Declaration que
vous venez de lire , mais il
n'en uſe pas enſuire avec la
162 VII. P. des Affaires
rigueur que marquent les
Ecrivains de Hollande. Aprés
que cette Declaration a eſté
faite , les François arreſtent
dans quelques- uns de nos
Ports pluſieurs Bâtimens Efpagnols
que la Treve y avoir
fairaborder, mais il envoye
auffi-toft fes ordres pour les
faire relâcher ,ne voulant pas
que l'on en retienne aucun
juſqu'à ce que tous les Sujers
de Sa Majefte Catholique
ayent pû apprendre cette De
claration. Voila de quelle
maniere le Roy en a ufé.
Voyons le procedé que l'on
du Temps. 163
a tenu à ſon égard. Pendant
que l'Eſpagne conſulte comment
elle formera ſa Declarattiiooddeeguerre,&
qu'on endref.
ſe pluſieurs projets , qui ſont
leus dans ſon Confeil , Dom
Antonio Agourto,cy-devant
Mestre de Camp , & devenu
Marquis de Caſtanaga depuis
qu'il eſt Gouverneur de
Flandre , en fait une en fon
particulier. Je paſſe par def
fus ce procedé irregulier , ne
comprenant pas pourquoy
un ſimple Gouverneur fait
une Declaration en fon nom,
fur tour avant que le Roy fon
Oij
164 VII. P. des Affaires
Maiſtre en ait fait une au
fien , pour l'envoyer dans
toutes les Terres de ſon obeiffance
, où les Gouverneurs
la font publier enſuite. Je
croy qu'on a trouvé cet expedient
pour dire plus d'injures
à Sa Majesté , & pour
en diverſifier la maniere .
Quoy qu'il en ſoit , voicy
l'infolente Declaration du
Gouverneur des Pays - bas ,
que je ne crains point de
faire voir , parce qu'elle doit
plus faire de honte à ſon Auteur
, que de tort à la gloire
du Roy, n'eſtant remplie que
1
duTemps. 1165
de fauſſetez qu'il eſt aifé de
combattre , & qui pourroient
ſe détruire d'elles meſmes ,
fans qu'on y fiſt de replique
Enfin la Déclaration du Roy
eſt toute prudente , & pleine
d'égards pour Sa MajeftéCatholique.
Ce ſage Monarque
prudente
épargne ſa perſonne Royale,
&quand il eft obligé de marquer
ce qui le porte à faire
cette Declaration , parce
qu'on ne doit pas entrepren
dre une guerre ſans en avoir
de fortes raifons ,il ne cite
que des fairs & non pas des
fauſſetez , comme le Marquis
4
166 VII. P. des Affaires
de Caftanaga , qui ne dit que
des injures,ce qui fait connoître
la difference d'un Roy qui
parle & d'un fimple Sujet ;
un Roy ne parlant jamais
qu'avec moderation , & fans
invectives , quand mefme il
a de juſtes ſujets de ſe plain
dre. Mais le Gouverneur des
Pays -bas veut ſe vanger de
ce qu'on a de trop bons yeux
en France , & qu'on y a dé
couvert l'étroite liaiſon qu'il
a avec le Prince d'Orange ,
dans laquelle il a mal à propos
engagé le Roy fon Mailtre
pour fes intereſts parti
du Temps. 167
culiers , croyant , comme je
l'ay déja dit , qu'il verroit
accroiſtre l'étenduë de fon
Gouvernement par le moyen
de ce Prince ,& rifquant par
là de faire perdre ou ruiner
une partie de ceux de Sa
Majeſté Catholique.
Quoy que je vienne de
vous marquer que le Roy n'a
cité que des faits pour juſtifier
fa Declaration de guerre , il
pouvoit la faire publier , fans
donner toutes ces raiſons ,&
l'on peut dire qu'elle n'eſt
preſque faire , que dans la
veuë d'empeſcher que ſes
10
168 VII. P. des Affaires
Sujets ne ſe laiſſaſſent ſurprendre
, puis que les Eſpagnols
avoient refolu cette
guerre quand le Roy l'a declarée
, & que l'on avoit déja
receu les Ennemis du Roy
dans leurs Places .
Je viens à la Declaration
faite par le Gouverneur des
Pays-bas.Envoicy les termes.
Vous la pouvez confronter
avec celle du Roy,que je vous
ay déja envoyée entiere , &
quevous venez encore de lire
par articles ſeparez .
OR-
יאמ
du Temps. 169
OR DONNANCE
De Dom Antonio Agourto ,
Marquis de Caftanaga ,
Gouverneur des Pays-bas.
A
Prés tous les Traitez de
Paix &de Treve ffiirree--
ligieusement obfervezpar le Roy
Catholique nostre Souverain ,&
filegèrement enfraints ,fi volontairement
rompus , &fi temerairement
violezparla France,
par une infinité d'Actes qui'l ſeroit
fuperflu de rapporter , estant
furabondamment connus àtoute
l'Europe auffi- bien que fon
ambition qui la devore , Sa Ma-
P
170 VII. P. desAffaires
jesté qui avoit tant eu de moderation
, en veuë de conferuer la
tranquillité publique ,se trouve
par un nouvel attentat recompensée
d'une injuste Déclaration
deGuerre que le Roy Tres-Chrêtien
a fait publier le 15. du mois
dernier , destituée de raiſons&
de pretextes legitimes. Elle est
injurieuse à Sa Majesté , s'efforçant
de faire paſſerpour unscandale
les Alliances qu'Elle peut
avoir avec les Princes & Etats
voisins , quoy qu'elles ne tendent
qu'à aſſeurer le repos de laChrétienté,&
à l'avantage defes
Etats pendantque les Armes de
du Temps, 171
France defolent inhumainement
4) avec des cruautez & des
barbaries inoüies tous les Etats
de l'Empire , ſans aucun égard
aux Loix de Religion , non plus
qu'à celles de la Guerre ny au
droit facré des Capitulations ,
que fes Ministres employent
toute forte de moyens pour troubler
l'harmonie de la Chreftienté,
attirer toutes lesforcesOtomanes
àla deftruction de laHongrie,
traverſeren meſme temps la
conclufion de la Paix entre S. M.
Imperiale les Hauts Alliez
avec la Porte. Or comme S. M.
fe trouve attaquée fi injustement,
Pij
172 VII. P. desAffaires
Nous voulant employer
tous les moyens que nous avons
pour la gloire &pour le bien de
ſes Sujets , &par le principe
d'une juste défenſe , nous efperons
que Dieu benira les bonnes &
faintes intentions de Sa Majesté.
C'estpourquoy nous ordonnons
&commandons à tous Generaux
Gouverneurs , Commandans
, Chefs &autres Officiers
Militaires ,
tant de pied que de cheval , de
quelque Nation qu'ilssoient ,&
àtous autres Officiers & Sujets
de S. M. de s'oppoſer de toutes
leursforces aux Sujets deFrance,
Soldats
L
du Temps. 173
leur courre ſus , &faire contre
cux tous actes d'hostilité tant
par Mer que par Terre , comme
contre nos Ennemis , Aggreffeurs
Infracteurs des Traitez. Ordonnons
à tous Sujets Vaffaux
de Sa Majesté qui se trouvent
en quelque lieu de la Domination
de France , d'en fortir dans
quinze jours de la datte de cette
Ordonnance , de ne tenir aucune
correspondance.communication
ou commerce avecles Sujets
de Francefans noſtre permiffion
expreffe à peine de la vie . Dé
clarons en outre tous les biens
meubles immeubles , rentes,
Piij
174 VII.P.des Affaires
or
revenus , droits , actions ,
effets fituez dans les dépendances
de noftre Gouvernement , appartenans
aux François,confifquez
au profit de Sa Majesté
donnons àtous François naturels
&autres Sujets de France qui
font en ce Pays d'en fortir avec
leurs Femmes , Enfans & Familles
dans huit jours de la publication
de la preſente Ordonnance
,à peine d'estre faits Prifonniers
de guerre ; deffense à
tous Sujets de Sa Majesté de
donner retraite à aucuns François
à peine de mille patacons
d'amende pour la premiere fois ,
du Temps. 175
de deux mille pour la feconde .
de trois mille pour la troifiéme
avec correction arbitraire ,
la moitié au profit du Dénonciateur
& le reste pour l'Officier
du lieu où la capturesefera. Ordonnons
que cette preſente Ordonnance
soit leuë
dans les lieux accoûtumez , afin
que perſonne n'en pretende cauſe
d'ignorance. Donné àBruxelles
le 3. May 1689. Signéle Marquis
de CASTANAGA,&c.
publiée
Si je croyois que cetteDeclaration
puſt produire quelque
mauvais effet , meſme
1 Piiij
176VII. P.des Affaires
dans les eſprits les plus dif
poſez à recevoir legerement
les premieres impreffions , je
ne vous l'envoyerois pas;mais
je ſuis perfuadé qu'il faut eftre
bien ignorant dans les affaires
du monde pour y ajoûterfoy,
&que les moins habiles en
font fi bien éclaircis , qu'il
n'y a perſonne qui n'en ſoit
affez inſtruit, pour connoiſtre
à fond les fauffetez de cette
Ordonnance .
Les premieres lignes ne
font que des paroles qui ne
prouvent rien , ou plûtoſtun
amas d'injures.On dit que le
du Temps. 177
Roy a enfraint , rompu , &
violé des Traitez , & tous ces
trois mots qui ne ſignifient
que la mefme choſe , eſtant
accompagnez de beaucoup
d'autres , on veut ſurprendre
l'esprit du Lecteur par cette
expoſition qui ſemble rem
fermer beaucoup de choſes ,
&qui neanmoins ne veut
rien dire , finon que le Roy
a enfraint des Traitez. Cela
ne convaine de rien, nonplus
que l'ambition dont on dit
enfuire que ce Prince eſt
devoré. On ajoûte qu'ilfevoit
superflu de rapporter uno
178VII. P. des Affaires
infinité d'actes pour le prouver .
toutes ces chofes eftant furabondamment
connues à toute l'Eu
rope. J'avoüe que les Ennemis
du Roy ont remply l'Europe
d'un nombre preſque incroyable
d'écrits injurieux
qui
qui contiennent une infinité
de choſes fauffes , de faits
ſuppoſez , de viſions folles ,
& de projets de Monarchic
univerſelle , à laquelle on
veut que la France afpire
qui eſt une chimere inventée,
qui n'a pas la moindre ombre
de vray- ſemblance , toutes
les actions du Roy bien
du Temps. 179
4
loin de marquer un pareil
deſſein, ayant dû faire croire
qu'il en avoit des ſentimens
tout contraires , puis qu'un
Prince qui ſe dépoüille d'une
partie de fes Conqueftes..
pour donner la Paix à l'Europe
, & qu'on publie qui
ne vouloit point de guerre
lors qu'on l'a forcé de la
faire , eſt bien éloigné d'afpirer
à la Monarchie univers
felle , à moins que ce ne ſoit
à celle des coeurs, ou qu'il ne
foit poffible de l'obtenir par
tout ce qui luy eſt oppoſé ,
puis qu'on n'y parvient pas
en rendant des Places à ſes
180 VII.P. des Affaires
Ennemis , & en ne voulant
point de guerre , comme tous
les Ecrits de Hollande le publient
dans le meſme temps
qu'ils diſent que le Roy afpire
à la Monarchie univerſelle.
Comment peut- on accorder
deux choſes fi differen
tes , & fi oppofées , & les mettre
dans les meſmes écrits ? Il
faut avoir beaucoup de malice
, ou beaucoup d'aveuglement
ou mesme tous les deux
enſemble , pour avancer des
choſes ſi ſeditieuſes & fi éloi- .
gnées du ſens commun , mais
on ne s'en met pas en peine
du Temps 1.81
pourven qu'on fatisfaſſe l'envie
qu'on a de noircir les plus
belles actions du Roy , &
qu'on vienne à bout de furprendre
les plus credules , &
les plus mal intentionnez
pour la France. Voilà à quoy
M² d'Agourto renvoye le
Public endiſant , que tout ce
qu'il impute au Roy eft connu
par toute l'Enrope auffi-bien
que l'ambition qui le devore ;
mais il devoit s'expliquer par
des faits ,& citer quels ſujets
de plainte le Roy a donnez à
l'Eſpagne depuis la Treve
conclut pour vingtans. Iln'y
182 VII. P. des Affaires
en a aucun puis qu'on n'en
allegue point , & qu'on n'en
ſuppoſe pas meſme. Il eſt
vray qu'elle a crû en avoir un
depuis la paix de Nimegue ,
& que la priſe de Luxembourg
luy tient au coeur ,
mais cela ne peut s'appeller
infraction , & l'affaire a
eſté debatue & decidée. Le
Roy d'Eſpagne eſtoit obligé
par le Traité de Nimegue ,
dedonner au Roy quelques
Chaſtellenies , qui l'accommodoient
fort , & dont il
ne pouvoit ſe refoudre à ſe
défaifir. Le Roy l'en preſſa.
du Temps. 183
Sa Majesté Catholique apporta
des delais. Le Roy fit
connoiſtre qu'il affiegeroit
Luxembourg,& qu'il le prendroit
pour équivalent. Cette
menace n'échauffa point la
froideur des Eſpagnols , qui
croyent toûjours qu'en temporiſant
, ils viendront à
bout de ce qu'ils ſouhaitent.
Cette politique leur
reuſſiſſoit autrefois , mais elle
n'eſt pas de ſaiſon ſous le
regne du Roy, Sa Majesté
fatiguée de tant de delais , &
voyant le but des Eſpagnols ,
&que la Conference établie
184 VII. P. desAffaires
à Courtray pour terminer
cette affaire ne décidoit rien,
aſſiegea Luxembourg , & le
pric. L'affaire s'accommoda ,
&le Roy eut cette Place pour
équivalent des Terres & des
Chaſtellenics que le Roy
d'Eſpagne eſtoit obligénde
donner à la Frances par le
Traité de Nimegue. Les Ecrivains
de Hollande ſe dés
chaiſnerent ; c'eſtoit une
choſe inoüie dans leursEcrits,
on eſtoit en paix , & le Roy
avoit pris une Place (ans de
clarer la guerre. C'eſt peuteſtre
celle de toutes les ac
du Temps. 185
tions du Roy qui le couvrira
le plus d'une veritable & folide
gloire. Elle eft accom
pagnée d'un fi grand fond
de bonté & de generoſité
qu'on ne peut l'examiner ſans
en demeurer d'accord ; mais
il faut pour cela la vouloir
voir dans toute ſon étendue,
& ne pas fermer les yeux &
l'oreille à la verité , comme
font eux qui n'écrivent que
pour tâcher de l'empoifon
ner.LeRoy pritLuxembourg
fans avoir auparavant deelat
la guerre , afin de montref
qu'il ne cherchoit poin
186 VII. P. des Affairess
rompre la Paix , & qu'il ne
vouloit certe Place que pour
l'équivalent qu'on eſtoit obli.
gé de luy donner.On répondra
à cela qu'on devoit ſe
ſaiſir de ce qui luy eſtoit dû
par le Traité de Paix , & ne
point affieger Luxembourg ;
mais il auroit fallu entrer
dans le coeur de la Flandre
avec une Armée , ce qui auroittrop
alarmé les Etats voifins
, & leur auroit faitprendre
les armes , ainſi qu'aux
Eſpagnols, Il n'en auroit pas
fally davantage pour faire
crier toute l'Europe,&caufer
la rupture de la Paix que le
du Temps. 187
Roy eſtoit reſolu de maintenir
,& que le Prince d'Orange,
qui ſe trouvoit alors fans
employ , & par confequent
fans pouvoir , cherchoit à
faire rompre , de quoy il ſeroit
venu àbout , fi les Troupes
de Sa Majesté ſe fuſſent
approchées des Places des
EtatsGeneraux. Ainfi onpeut
dire que le Roy en a uſé dans
cette occafion avec une prudence
& une bonté inconcevable
à l'égard de toute
el'Europe,dont il ne vouloit
point troubler le repos. Il
prend l'équivalent de ce qui
188 VII. P. des Affaires
luy eſt deu , & fa moderation
le porte à ne pas declarer la
guerre , quoy qu'il euſt un
juſte & fpecieux pretexte de
le faire ,& qu'il füft en eſtar
de fe rendre maistre de la
plus grande partie de l'Europe.
Il eſt certain que s'il
avoit voulu ſe ſervir de ſes
avantages , & étendre ſes
Conquestes , il le pouvoit
puis que toute l'Allemagne
eſtoit alors affez embarraſſée
à repouffer les Turcs , donto
la puiſſance eſtoit encore for
midable , & donnoit beau
coup d'occupation aux Alle
م
duTemps. 189
mans , quoy que ces Infidelles
cuſſent levé le Siege de Vienne.
C'eſt ſur quoy il eſt àpropos
de faire reflexion , puis
qu'on ne doit porter jugementde
rienfans examiner les
temps, les lieux , & les circon
ſtances qui rendent les mêmes
actions differentes , & qui
montrent qu'on en peutjuger.
differemment . Ce que je rap->
porte de la moderation
Roy en cette occafion ; eft
un fait qui ne ſçauroit eſtre
conteſté ,& j'en ay pour rémoin
la Ville d'Amſterdam,
qui entra prudemment dans
du
1
190VII. P. desAffaires
les ſentimens de Sa Majesté ,
& ſauva l'Europe en empefchant
laguerre que le Prince
d'Orange tâchoit d'allumer ,
&que le Roy vouloit éviter ,
quoy qu'il fuſt hors dedoute
qu'elle luydevoit eſtro avantagcuſe.
Le Traité de Nimegue
portoit ,Que ſi la France
attaquoit l'Eſpagne , les Hellandois
luy envoyeroient un
ſecours de ſeize mille hommes.
Le Prince d'Orange
vouloit qu'on fourniſt ce fecours
, afin d'embarquer la
guerre, de se faire des Creaures
endifpofant desCharges,
duTemps. 191
&de remplir ſes coffres en ordonnant
des fonds. Il ne ſe
mettoit pas en peine s'il donneroit
par là occafion à la
France de fairedegrádes conqueſtes,
ce qui luy auroit eſté
aifé , puis que tous les Princes
d'Allemagne estoient occupez
contre les Turcs. Il ne
confideroit que luy ſeul , &
croyoit que plus les Etats feroient
embaraſſez dans cette
guerre , plus il leur feroit
neceſſaire. Il avoit gagné les
principaux de la Province de
Hollande , qui craignant la
malheureuſe deſtinée de ceux
192 VII. P. des Affaires
i
1
1
}
qui avoient pris foinde leurs
affaires,quand ce Prince avoir
commencé à commander
leurs Troupes , avoient conſenty
par force à ce qu il avoit
voulu ; mais la Ville d'Amſterdam
, prudente , &pleine
d'une genereuſe fermeté,admira
la moderation du Roy ,.
qui ne vouloit point profiter
des grands avantages que la
fortune luy preſentoit, & elle
refuſa ſon conſentement à la
levée des ſeize mille hommes,
malgré toutes les menaces du
Prince d'Orange ; elles fu
rent fi grandes que la Ville
donna.
du Temps. 193
donna des Gardes à M
42
٢٠
Van-Beuninguen ſon Bourgmeſtre,
dont ellecroyoit la vie
en peril. Voilà des faits connus,&
auſquels il n'y a point
de replique. Les Ecrivains
de Hollande ne peuvent les
ignorer, & ils devroient rendre
plus de justice au Roy
là deſſus , auſſi bien que le
Gouverneur des Pays bas, qui
ne peut parler que de l'affaire
de Luxembourg, lors qu'il dit
avec tant d'exageration &
tant de paroles inutiles , que
le Roy enfraint les Traitez ,
mais il n'oſe expliquer quels
R
194 VII. P. des Affaires
Traitez , parce qu'il ſe trouveroit
fort embaraſſé à les
marquer. Il ſe contente de
dire que ce ſeroit inutilement
qu'on rapporteroit ce qui eſt
connu de toute l'Europe , &
ſe repoſe touchant tout ce
qu'il avance ſans ofer entrer
dans aucune explication faute
de preuves valables, ſur les
Libelles , qui pour plaire aux
Puiſſancesjalouſes de lagloire
de Sa Majesté , ont roujours
empoisonné tout ce
qu'Elle a fait de grand . Mais
comme par le moyen de ces
Libelles ſeditieux toute l'Eu-
:
du Temps. 195
rope retentit des infractions
que l'on pretend avoir eſté
faites par le Roy , il faut voir
ſi pendant qu'on en impoſe
d'imaginaires à ce Monarque
dans toutes les Declarations
de guerre , on ne peut pas
faire voir que l'Empereur , le
Roy d'Eſpagne, & la Hollande
ontveritablement enfraint
des Traitez de Paix.
En 1667. le Roy eſtant
en guerre avec les Eſpagnols.
& en paix avec la Hollande,
les Hollandois donnerent
des marques d'une ingratitude
dont l'Hiſtoire auroit pei-
Rij
196 VII. P.des Affaires
(
ne à fournir de pareils exemples
. Il y avoit prés de cent
ans que la Paix duroit entre
la France , & ces Republicains,
c'eſt à dire quedepuis le
temps que les ſept Provinces
s'étoient unies , ils n'avoient
jamais eu que des ſujets de ſe
loüer de la France , dont ils
avoient toûjours eſté ſecourus
dans leurs preſſans beſoins
quoy qu'ils en euffent fouvent
malufé. Enfin l'on peut
dire qu'ils luy devoient toue
leur éclat , & la bonne fi-
1
tuation où ſe trouvoient
leurs affaires , puis que ſon al-
1.
du Temps. 197
liance les ayant mis àcouvert
de toutes les inſultes de leurs
Ennemis , ils avoient eu le
temps , ſous l'ombre de ſa
protection , d'établir & de
faire fleurir leur commerce ,
à quoy rien n'eſt plus oppoſe
que la guerre. C'eſt ce qui
a fait déchoir cette Republique
des deux tiers depuis
l'année 1672. qu'elle s'eſtattiré
des guerres & des Mattres
, qui luy ont fait voir
que les ingrats ſe repentent
toft ou tard. Elle estoit
dans ſon plus haut point d'é-
Riij
198 VII. P. des Affaires
levation, & dans l'état florifſant
que je viens de vous
marquer , lors qu'elle devint
jaloufe du Monarque à qui
elle devoit ſa tranquillité &
ſa grandeur , & que pour arrefter
le cours des Conqueſtes
de ce Prince , elle fit une Ligue
avec l'Angleterre , & la
Suede qui fut nommée la
Triple Alliance . Ces trois Puifſances
devoient agir contre
celuy des deux Rois qui
ne mettroit pas les armes bas,
c'eſt à dire que cette-Ligue
eſtoit directement contre la
France , parce que l'Eſpagne
du Temps . 199
n'avoit pas aſſez de force pour
luy reſiſter , de forte qu'elle
eſtoit d'intelligence avec des
deux Couronnes , & cette
Republique , pour empefcher
par ce ſtratagême que la
France ne fiſt davantage de
Conqueſtes ſur elle . L'affaire
reuffit comme la Hollande
qui en avoit fait le projet, l'avoit
ſouhaité , &la France ne
ſe trouva pas en état de parer
un coup ſi inopiné , & que
toute la prudence humaine
n'auroit pas du prévoir , parce
qu'elle n'avoit aucun ſujer
de ſe défier des Hollandois ,
Riiij
200 VII.P.des Affaires
ny de croire qu'ils puſſent
eftre ingrats juſqu'au point
d'en uſer ſi lâchement , avec
un Etat à qui ils avoient de ſi
grandes obligations , & qui
eſtoient caufe que leur Commerce
estoit floriflant. On
peut juger fi des gens qui
ſe ſont noircis par un procedé
fi injufte & fi ingrat ,
Pont droit d'acuſer la France
d'infraction , ſur tout à
leur égard. Ces Republicains
'enfiez d'un orgüeil auſſi
infolent, & auffi infupportable
que temeraire , firent
frapper une Médaille , où
:
duTemps. 201
l'on voyoit Joſüé qui arreſtoit
le Soleil , par allufion
au nom de Van- Beuninguen,
qui s'appelloir Jofüé , & dont
les Negociations avoient
réüſſi dans la triple Alliance
formée pour arreſter les
progrés du Roy , que l'on
regardoit en cette occafion
comme le Soleil , à cauſe que
cet Aftre fait le corps de fa
Deviſe. Leurs Ecrivains flaterent
leur vanité , ils ſe plurent
dans leur orgücil , &
ils le poufferent plus loin en
faiſant frapper la Medaille
que l'onappelle , de affertis le
202 VII. P. desAffaires
gibus , par laquelle ils ſe déclaroient
défenſeurs des Loix,
marquant qu'ils les avoient
rétablies& affeurées , & qu'ils
eſtoient Arbitres des Rois .
Ils estoient enfin devenus inſupportables
à tous les Souverains
de l'Europe , par cette
vanité outrée , lors que le
Roy s'allia contre eux avec
l'Angleterre en 1672. afin de
vanger la Majesté des Rois
mépriſée. Ce Monarque ſe
ſouvenoit encore du procedé
injuſte , pour ne pas dire
ſcelerat , qu'ils avoient tenu
àſon égard en 1667. & fon
du Temps. 203
reſſentiment ne pouvoit eſtre
blamé. Onſçait avec combien
de vigueur cette Guerre fut
pouffée ,& que la Repulique
de Hollande receut les coups
qu'elle meritoit , & dont elle
n'eſt pas encore bien guerie.
L'Eſpagne qui connoiſſoit que
la France ne luy déclareroit
point la Guerre , & qui en
avoit une parolebienaſſcurée,
ne put s'empeſcher de rompre
avec elle , ſans en avoir
aucun pretexte , & fans en
pouvoir donner. Aufſi payat-
elle cher l'infraction qu'elle
oſa faire à la Paix . Le Roy
204 VII. P. des Affaires
irrité de ſon procedé , pourfuivit
les Hollandois avec
moins de chaleur , & tourna
contre elle la meilleure partie
de ſes armes , pour la punir
d'avoirofé l'attaquer, je pourrois
dire fi lâchement , ſi je
parlois comme leGouverneur
des Pays bas ; mais je garde
plus de reſpect pour les Teſtes
Couronnées. Le procedé des
Eſpagnols fut extremement
blaſmé ,, mefme des Puiffances
qui ſuportoient impatiemment
la gloire du Roy ,
& qui ſouhaitoient de voir
la France abatuë. On s'éton
du Temps. 205
noit qu'un Monarque que le
ſang , & d'étroites alliances
uniſſoient au Roy, ſe fuſtdéclaré
contre luy , pour empefcher
la perte des Hollandois ,
qu'il ne devoit regarder que
comme des Sujets Rebelles ,
qui s'eſtoient ſouſtraits de
ſon obeïſſance. Les Eſpagnols
eurent bien toſt lieu de s'en
repentir. Le Roy emporta
leurs meilleures Places , qui
luy ſont demeurées depuis ce
temps- là , & l'Eſpagne en eft
au deſeſpoir. Cette perte eft
cauſe qu'elle veut autant de
mal au Roy , que ſi elle n'a
206 VII. P. des Affaire
voit pas declaré la Guerre en
cetemps-là,demeſmequ'elle
vient de faire encore aujourd'huy.
Cependant on éclate
eninjures contre le Roy ; on
le traite d'infracteur ; on ne
veut point faire reflexion
qu'on l'a toûjours attaqué ,
& ſes Victoires cauſant de
noirs chagrins à ſes Ennemis,
luy attirent tous les mauvais
traitemens dont les libelles
font pleins. On ſeconſole par
là des pertes qu'on fait , &
parce que la France eſt ſage ,
& qu'elle ne repouſſe point
les injures par d'autres injures,
duTemps. 207
on ſe ſert de l'avantage que
l'on a d'écrire ſeul,& le plaifir
de n'eſtre point contredit fait
croire qu'on a raifon.
L'Empereur qui fait tant de
bruit aujourd'huy , & qui
s'emporte auſſi contre la
France dans ſes injurieuſes
Declarations de guerre , a
prés avoir fait une Ligue
avec un Ufurpateur qui adéjacouté
ſi cher à la Religion
Catholique , que cette Ligue
doit encore faire beaucoup
fouffrir , n'a pas épargné la
France quand il s'eſt agy de
donner ſecours aux Hollan
208 VII. P. des Affaires
dois , quoy que loin de s'en
devoir montrer l'Ennemy ,
il euſt tout ſujet de ſe loüer
d'elle , n'ayant eu aucun démelé
avec les François depuis
que le Roy luy avoit envoyé
les Troupes , qui.empefcherent
la ruine de l'Empire à la
Bataille de S. Godard. Ainfi
l'Empereur avoit encore à Sa
Majeſté cette obligation toute
entiere lors qu'il l'attaqua
injuſtement dans la guerre
de 1672. Le Roy eut alors
pour furcroiſt d'Ennemis ,
non ſeulement toute la Maiſon
d'Auftriche , mais encodu
Temps. 209
A
re la plus grande partie des
Princes d'Allemagne , que Sa
Majesté Imperiale fit entrer
dans cette guerre , ſeulement
pour empêcher la perte des
Hollandois que la Maiſon
d'Auftriche devoit haït , puis
qu'elle en eſtoit bravée tous
les jours , mais ſa politique
luy fit trouver à propos
de les défendre , quoy qu'elle
ne les aimaſt pas , & qu'el
le cuft de grands ſujets de
s'en plaindre. Elle penſa au
contraire qu'il eſtoit de ſes
intereſts d'attaquer la France
malgré les obligations recen
S
210 VII.P.des Affaires
tes qu'on luy avoit , & qui
font telles qu'il eſt certain
que l'Histoire en parlera éternellement
. Elle avoit ſauvé
l'Empire , & l'on ne trouvoit
aucun pretexte pour s'armer
contre elle , ſi ce n'eſt que la
politique ne ſouffroit pas
qu'on la laiſſaſt agrandir , &
que la gloire du Roy commençoit
à donner de l'ombrage
, mais enfin il falloit
pluſtoſt l'attaquer, injufte+
ment que de ſouffrir qu'elle
s'augmentat. Cependant , le
croiroit on ? Ce font-là les
Puiſſances qui parlent au-
1
du Temps . 211
jourd'huy ſi haut contre la
France,&qui l'accuſent d'in.
fraction dans leurs injurieuſes
Declarations de guerre ,
aprés l'avoir elles-meſmes attaquée
ſi injustement dans
celle de 1672.commeje viens
de vous le faire connoiſtre .
Si le Roy en avoit fait alors
autant , & s'il avoit attaqué
des Princes ,à qui il auroit
du ſa Couronne , fans en
avoir eu d'autres raiſons que
celle de ne vouloir pas permettre
leur agrandiffement
& d'eſtre jaloux de leur gloi
re , on auroit veu un torrent
Sij
212VII. P. desAffaires
1
d'écrits , qui auroient déchiré
la reputation de ce Monarque
;& toute l'Europe auroit
eſté rempliede ces libelles
.
Le Turcayant peu de temps.
aprés declaré laguerre àl'Empire
,leRoy cut occafion de
s'en vanger ; cependant la
grandeur de fon ame ne luy
permit pas d'écouter le moindre
reſſentiment. Il marqua
au contraire qu'il eſtoit veritablement
touché des malheurs
dont il voyoit que les
Othomans menaçoient l'Empire
; il fit connoiſtre qu'il
du Temps213
l'euſt ſecouru fi on luy cuſt
demandé des Troupes , & il
fouffrit que l'élite de ſa Nobleffe
allaft combattre dans
celles de l'Empereur. Il fit
plus encore. Mr le Maréchal
de Crequi commandoit une
Armée devant Luxembourg,
&cette Place eſtoit menacée
d'un Siege , files Eſpagnols
ne remettoient entre les
mains de Sa Majesté ce qu'ils
eſtoient obligez de luy donner
par le Traité de Nimegue,
mais ce Prince oublia
fes intereſts & la justice qu'on
luy devoir , fi-toſt qu'il vit
214 VII. P. des Affaires
l'Empire attaqué , & M² le
Maréchal de Crequi receut
une Lettre qui a efté renduë
publique , & par laquelle Sa
Majesté luy ordonnoit ordo de retirer
ſes Troupes de devant
Luxembourg , pour ne donner
aucun ombrage à l'Empire
, & pour ne point empefcher
qu'il ne tournaſt toutes
ſes forces contre l'Ennemi
commun de la Chreſtienté.
Le Siege de Vienne fut levé ,
&Neuhauſel pris par les Almands.
Ils devinrent fiers &
inſupportables ; ils parlerent
avec mépris des François qui
du Temps . 215
ne les avoient pas fecourus.
Cependant ils ne l'avoient
pas voulu ,& avoient envoyé
demander du ſecours dans
toutes les Cours de l'Europe,
àl'exception de celle de France.
Les injurieux & ſeditieux
Libelles de Hollande commencerent
à paroiſtre , & on
voulut noircir la gloire du
Roy , en marquant qu'il n'avoit
donné aucun ſecours
à l'Empire. Comment auroit-
il pû en envoyer , puis
qu'en n'en demandant pas ,
on avoit affez marqué qu'on
n'envouloit point. On avoit
216 VII. P. des Affaires
des raiſons pour cela ; on
fçavoitque les François brilleroient
par tout où ils ſeroient
,& que tous les avantages
qu'on remporteroit, feroient
dûs à leur valeur. On
Papprehendoit , & l'on aima
mieux expoſer l'Empire àſon
entiere ruine , que d'avoir le
chagrin de voir triompher
la France , & de luy devoir
cequ'on auroit eſté ſeur d'obtenir
par leur ſecours. L'eſprit
des Allemands eſtant dans.
cette ſituations jugez de quelle
maniere les Troupes de
France auroient eſté receuës,
fu
duTemps 217
ſi on en euſt envoyé malgré
eux , & fi on n'auroit pas dû
apprehender qu'on ne les euſt
traitées comme ennemies. On
auroit eu quelque raiſon de le
faire,ſans ſent eſtéenqquudereloleiesstdFreasn'çeonipslaeiunf--
dre , puis que leurs Troupes
feroient entrées dans un Païs
où elles n'auroient pas eſté
demandées. Les Eſpagnols
voyant que les Allemands
commençoient à ne plus
craindre les Turcs, commencerent
auffi àne plus apprehender
les François. Ainſi ils
ne voulurent entendre à leur
T
218 VII. P. des Affaires
donner ny ce qui leur eſtoit
dû par le Traité de Nimegue
, ny l'équivalent. Le
Roy voyant la fierté des uns
& des autres , & que l'on
commençoit meſme à le menacer
de faire la paix avec le
Turc pour fondre dans ſes
Etats, jugea à propos de faire
retourner ſes Troupes devant
Luxembourg , & enfin ,ode
prendre cette Place pour l'équivalent
des Chaſtellenics
qu'on s'estoit engagé de luy
livrer. Voilà des faits hiſtoriques
, dont il n'y a perſonne
anqui puiffe diſconvenir. Si tous
29 du Temps . 8219
a
les faiſeurs de Libelles eftoient
obligez de dire ainſi
des choſes veritables, leurs Ecrits
ne paroiſtroient pas en ſi
grand nombre. On n'en voit
point qui ne ſe déchaiſnent
contre la pretenduë ambiation
du Roy , à qui ces Auteurs
imputent de vouloir
artout envahir , quoy qu'on le
force pourtant à faire la guer-
- re. Ils éclatent aprés en menaces
& font enſuite des
Vraiſonnemens à perte de vûë ,
-fur le malheureux état où les
onAlliez voir mettre la France,
2s&ivoilà enoquoy conſiſtent
Tij
220 VII. P. desAffaires
tous ces Ecrits , qui ne contiennent
la plufpart que des
éloges du Princed'Orange, &
de longs raiſonnemens furl'avenir
; ainſi onn'y parle d'aucuns
faits fi ce n'eſt des grands
exploits qu'on préſume que
feront les Alliez ; & ce qu'il
y a de ſurprenant, c'eſt qu'on
voit chaque ſemaineun nombre
preſque infiny d'Ecrits
de cette nature , qui ne diſent
tous que la meſme choſe ;
mais enfin il ne faut qu'un peu
de bon ſens pour découvrir
que la Maiſon d'Auſtriche ſe
voyant puiſſante dans l'un &
du Temps. 221
dans l'autre monde , & pofſedant
l'Empire, & divers
Royaumes , & grands Etats
dans l'Europe , a fouffert impatiemment
que le Roy ait
tiré affez de forces du ſeul,
Royaume de France , pour
remplir toute la terre du bruit
de fon nom. Le Pape né Sujet
du Roy d'Eſpagne , &
dont le premier Miniſtre eſt
Genois , c'eſt à dire , preſque
Eſpagnol , eſt entré dans tous
les deffeins de la Maiſon
d'Auftriche . Ils ont voulu
abaiſſer la France , & voyant
bien qu'ils ne pourroient en
Tiij
222VII. P. des Affaires
venir à bout tant que le Roy
d'Angleterre feroit Amy de
Sa Majeſté, ils ont cherché àle
détacherde ſes intereſts,ſans le
pouvoir faire. L'Electorat de
Cologne a vaqué pendant ce
temps , & l'Empereur n'ayant
point voulu qu'il fuſt rempli
paruunnee perſonne attachée au
Roy , le Pape l'a aſſuré qu'il
ne ſouffriroit jamais queMr le
Cardinal de Furſtemberg fuſt
Eleteur , Deux ElectionsCa
noniques n'ont pû obliger
le faire recevoir. On n'a PEL
gardé que ce qui avoir efte
refolu ,& non pas la Juſtied.
du Temps. 223
& l'Election. La France qui
le party de
9
prend toûjours le
L'équité , a fait connoiſtre
qu'elle ſouſtiendroit celuy
de ce Cardinal. Les Hollandois
s'en ſont inquietez , parce
que l'Electorat de Cologne
a des Places voifines de leurs
Etats. Le Prince d'Orange
qui avoit reſolu depuis longtemps
d'uſurper la Couronne
d'Angleterre , a pris cette
occaſion pour découvrir à la
Maiſon d'Auftriche une partie
de ſon defſein. Il a fait
voir qu'en donnant des affaires
à Sa Majefté Britannique ,
८.
Tiiij
224 VII.P. des Affaires
il mettroit la France dans un
fort grand embarras , & l'empêcheroit
de maintenir le veritable
Electeur de Cologne
dans l'Electorat. La Cour de
Rome , & la Maiſon d'Autriche
ont donné dans cette
propofition , & ont permis
pour leurs feuls intereſts , &
pour chagriner la France ,
que la Religion Catholique
fuſt entierement abolie en
Angleterre. Ils ont efté
cauſe d'une ufurpation , non
ſeulement contraire au droit
des gens , mais qui bleſſe
encore les Loix de l'hon-
:
du Temps. 225
neur de l'amitié , de l'Alliance
& du Sang , & aprés
'avoir foulevé preſque tous les
Princes de l'Europe contre le
Roy , & avoir allumé la plus
grande guerre dont on ait encore
oiy parler en Europe ,
& cela dans le temps qu'elle
eft attaquée par les Ennemis
du nom Chreftien , ils oſent
avancer fauſſement , & injurieuſement
dans toutes leurs
Declarations de guerre , que
le Roy a enfraint tous les
Traitez de Paix & de Treve.
Quoy qu'il ſemble que je
me fois éloigné de mon fu226
VII.P. des Affaires
jet , en repaſſant ce qui s'eſt
fait de plus remarquable depuis
l'année 1672. je croy
qu'on ne trouvera pas que
j'en fois forty , puis que
n'ayant parlé principalement
que de ce qui regarde la Paix,
& la guerre , j'ay fait voir ,
non pas par des raiſonne
mens , mais par des faits po
fitifs , que la France n'a enfraint
aucuns Traitez comme
on l'en veut accuſer , mais
qu'au contraire toutes les
Puiſſances qui la taxentine
juſtement , ont fait elles-mêmes
ce qu'elles luy repro
du Temps. TIN227
chent; & pour montrer que
ce que je dis n'eſt point remplyde
raifonnemens capticux
comme tous les écrits que
Fondebite enHollande,j'ay
micux aimé eſtre plus long ,
&donnerun abregé de l'Hiftoire
qui fait connoiſtre le
temps , les lieux , & les circonſtances
de toutes les ruptures
que je cite , faites par
ceux qui oſent accufer le Roy
d'en avoir fair ,& c'eſt par là
que je pretens avoir répondu
au premier Article de la Declaration
de guerre du Gouverneur
des Pays-Bas , qui dir
228 VII. P. des Affaires
que le Roy a enfraint , rompu
,& violé les Traitez . Il
ne me fera pas difficile de
faire voir que la ſuite de
ſa Declaration eft auffi faufſe
que le commencement .
Il dit en parlant du Roy d'Efpagne
fon Maiſtre , que Sa
Majesté qui avoit en tant de
moderation , en veuë de conferver
la tranquillité publique ,ſe
trouve par un nouvel attentat
recompensée d'une injuste Declaration
de Guerre que le Roy
Tres Chrestien a fait publier.
Il y a quelque choſe de bien
captieux dans cet endroit.On
du Temps. 229
a beſoin de memoire , puis
qu'il faut ſe ſouvenir de ce
qui s'est fait , & examiner
la Declaration du Roy , pour
ne ſe pas laiſſer ſurprendre à
une fauffeté fi hardiment foûtenuë
. De la maniere que cet
article eft conceu , ne diroiton
pas que le Roy d'Eſpagne
ne vouloir point de guerre ,
& qu'il avoit refolu de conſerver
la tranquillité publique
? Cependant ce ne font
que des paroles , &cela ne ſe
trouve que dans la Declaration
du Gouverneur des Paysbas.
La guerre que le Roy
230 VII. P. des Affaires
3
d'Eſpagne a aujourd'huy ,
n'eſt pasà cauſe de la Declaration
que Sa Majesté luy a
faite il y a fort peu de temps ,
mais parce qu'il avoit reſolu
de l'avoir , & qu'il s'y eſtoit
preparé. Toutes ſes meſures
eſtoient priſes avec l'Empereur
, & avec les Hollandois ,
& ces derniers avoient jetté
des Troupes dans pluſieurs
Places de Flandre,long-temps
avant cette Declaration de
Guerre faite par le Roy. Si Sa
Majesté Catholique avoit
voulu conſerver la tranquillité
publique , ainſi que porte
du Temps . 231
la Declaration du Gouverneur
des Pays-bas , il auroit
accepté la Neutralité que
Me de Rebenac luy a offerte
de la part du Roy. On a
tenu pluſieurs fois des Conſeils
d'Etat à Madrid ſur cette
propoſition , plûtoſt par for.
me , & pour cacher la part
qu'on avoit dans la Ligue
23
formée contre la France , que
pour examiner ſi on recevroit
la Neutralité. Enfin aprés
beaucoup de déliberations
là- deſſus , & de délais accordez
par l'Ambaſſadeur du
Roy , elle n'a point eſté ac-
DV
232 VII. P. desAffaires
L
ceptée , & M de Rebenac
a quitté la Cour de Madrid.
Je croy qu'il n'eſt pas mal
aiſé de deviner , que qui ne
yeut point de Neutralité dans
une conjoncture comme celle
d'aujourd'huy , ne peut prendre
que le party de la guerre ,
puis qu'il n'y en a point
d'autre , ſur tout , quand on
s'eſt précautionné là deſſus ,
comme avoit fait Sa Majesté
Catholique , & qu'on eſt entré
dans une Ligue qu'on
croit capable d'accabler fon
Ennemy dés l'ouverture de
la Campagne. Le Roy ayant
1
du Temps . 233
ſceu la Declaration du Roy
d'Eſpagne qui pouvoit paſſer
pour une Declaration de
guerre , & qui en eſtoit une
pour luy , quoy qu'elle ne fuſt
ny publiée ny affichée , en fit
paroiſtre une dans les formes,
afin que ſes Peuples fuſſent
avertis de cette guerre , &
comme celle de Me de Caſtanaga
n'a paru qu'enfuite ,
il a ofé dire dans ſa Decla
ration , que le Roy Tres-
Creſtien déclaroit la guerre
au Roy d'Eſpagne , lors que
Sa Majesté Catholique n'avoit
en veuë que de confer-
V
234 VII. P. des Affaires
ver la tranquillité publique.
Il faut eſtre bien ennemy de
la verité pour parler de cette
forte avoir une hardieſſo
au delà de tout ce qu'on peut
s'imaginer, & croire le Public
bien ignorant, ២០ ម
A
Me de Caſtanaga dit enfuite
, que la Declaration du
Roy est destituée de raiſons
de pretextes legitimes. Il ne
faut que lire cette Declaration
pour voir le contraire ,
& qu'elle cft route remplic
de raifons. Il pouvoit dire
qu'elles ne font pas bonnes,
parce qu'il eft obligé dene
les pas trouver telles ; mais
VIN du Temps. 235
le peu de poids qu'elles ont
auprés de luy , n'empefche
pas que ce ne foient des raifons.
D'ailleurs on ne ſcauroit
nier qu'elles n'ayent tout
ce qui peut donner licu a
une Declaration de guerre ,
Il ſuffit que le Roy expoſe
le fait dans toutes fes circon
ſtances , & qu'il marque que
le Roy d'Eſpagne a refuſé la
Neutralité. Il n'a pas beſoin
d'autres raiſons ,& c'en eft
une affez bonne pour ſe re
foudre à faire la guerre, que de
ſçavoir qu'on nous la veut
déclarer. Celle-là eſt ſans re
aism & aallas javuous ifsq aat
236 VII. P. des Affaires
plique,&l'on ne sçauroitbla
mer le Roy, à moins qu'on ne
veüille qu'il laiſſe attaquer ſes
Etats ſans les défendre .
r
La ſuite de la Declaration
de M' de Caſtanaga eft conceuë
en ces termes Il dit en
parlant de celle du Roy de
France. Elle eft injurieuse à Sa
Majesté , s'efforçant de faire
paffer pour un scandale les alliances
qu'Elle peut avoir avec
les Princes & Etats voiſins ,
quoy qu'elles ne tendent qu'à
affeurer le repos de la Chreftienté,
& à l'avantage deſes Etats.
Je n'ay veu perſonne qui ait
du Temps. 237
pu lire cet article ſans s'étonner
del'aveuglement de celuy
qui l'a imaginé . Le Roy ne
parle dans ſa Declaration que
des alliances que le Roy d'Efpagne
a faites avec le Prince
d'Orange. Ainfi M de Caſtanaga
ne peut pretendre
parler que de celles qui
y ſont marquées , & lors
qu'il répond à cet endroit ,
il ne sçauroit dire fans s'expoſer
à la raillerie publique
, que l'alliance du Prince
d'Orange affure le repos de la
Chreftienté. Il ſeroit plus vray
de dire que ſon ambition a
1
3
238 VII. P. desAffaires
mis les armes à la main de
tous les Princes de l'Europe,
qu'elle a. allumé une guerre
fanglante ; qu'elle eft cauſedo
tout le ſang qu'on y a verfe
qu'elle a couté la vie à une
infinité d'Irlandois de l'une
& de l'autre Religion qui
vivoient en repos chez eux
&qui ne penſoient pas qu'il
fuft au monde , & qu'enfin
bien loin qu'on doive croire
qu'il peut affurer le repos de
la Chretienté,il n'eſt né que
pour y porter le trouble,&la
faire gemir ſous le poids de
l'ambition qui le devore.M
2 du Temps. 0 239
de, Caſtanaga n'a guere pris
ſoin de la gloire du Roy fon
Maiſtre , lors qu'il a parlé de
cete forte ,& qu'il a dit que
l'Alliance d'uinn UUffuurrppaartccuurr
eſtoit avantageuſe à ſes Etats .
A
Comme il eſt amyparticulier
du Prince d'Orange , il s'eft
laiffé emporter à ſon inclina
tion, ſans faire reflexion que
toute la terre auroit les yeux
ouverts fur ce qu'il expofcroit
au public. Tout ce qu'il y
ad'honneſtes gens s'eſtoient
déja ſcandaliſez ayant ro
marqué que laGazette deBruxelles
avoit eſté la premiere
240VII. P. des Affaires
à donner la qualité de Roy à
l'Ufurpateur d'Angleterre.
Outre qu'on ne peut fans
injustice luy donner ce nom ,
il n'y avoit pas alors de
prudence & de politique à le
faire , puis que M' de Caftanaga
faiſoit découvrir par là
que le Roy ſon Maiſtre eſtoit
d'intelligence avec cet Ufurpateur,
dans un temps que le
Conſeil de Madrid le vouloit
encore cacher. Ainſi ſon zele
trop precipité pour un
amy ſi peu digne d'en avoir,
pouvoit gaſter les affaires de
ſon Maiſtre , & s'il n'y a pas
nuy,
duTemps . 241
nuy , il a du moins ſervy à
faire blâmer pluſtoſt l'Alliance
qu'il a contractée avec
un homme qui n'eſt connu
que par des endroits , qui ne
le feront pas loüer dans les
fiecles à venir. La Declaration
de M. de Caftanaga ;
porte encore ces mots : Pendant
que les armes de France
defolent inhumainement &avec
des cruautez &des barbaries
inoüies , tous les Etats de l'Empire
,fans avoir égard aux loix
de la Religion,non plus qu'à celles
de la guerre , &audroitfacré
des Capitulations. Comme
X
242 VII. P. des Affaires
cet Article a de la liaiſon
avec le precedent , je dois
vous direque le mot de pendant,
par lequel commencent
les Lignes que je viens de
rapporter , marque que le
Roy d'Eſpagne s'allioit avec
le Prince d'Orange , pendant
que
que le Roy deſoloit les Etats
de l'Empire. Ce qu'il dit du
Roy eſt manifeſtement faux,
puis que toute l'Europe ſçait
que les Troupes de Sa Majefté
n'ont affiegé Philifbourg ,
qu'aprés qu Elle a euconnoiffancede
la Ligue formée contre
Elle par les Princes Con
du Temps, 243
federez ,dont l'Eſpagne eſt du
nombre . C'eſt un fait hiſtorique
qui ne sçauroit eſtre
diſputé. Du reſte , je ne me
dois pas mettre en peine de
répondre à un Article qui
eſt bâty fur un fondement fi
contraire àla verité;auffi-bien
la fuite ne roule-t- elle que
fur une peinture chargée des
barbaries exercées dans l'Empire.
Jay déja ſi amplement
répondu à cet Article , &
avec des raiſons fi fortes , &
ſi convaincantes , qu'à moins
qu'on ne veüille ſe declarer
ennemy de la verité , on ne
X ij
244 VII.P. des Affaires
peut difconvenir de ce que
j'ay dit là- deſſus. J'ajouteray
cependant icy pour la
justification des Troupes
Françoiſes , qu'il s'en faut
beaucoup qu'elles n'ayent
exercé des cruaurez pareilles
à celles des Allemands ,
qui n'ont point donné de
quartier , & qui ont eſté
tuer deſang froid juſques aux
Malades dans les Hoſpitaux.
Il eſt vray que le Roy s'eſt
vû obligé par les loix de la
guerre de ruiner quelques Places
, mais cela s'eſt fait ſans
qu'il en ait couté la vie à
du Temps. 245
perfonne , & il l'a ſauvée par
lâ à une infinité de peuples
que les Allemans ſe diſpofoient
à traiter à la Turque.
De la maniere qu'ils parlent,
& qu'ils agiffent , il eſtoit à
craindre qu'en brûlant les
Villes , ils ne brûlaſſent auſſi
les Habitans. Ainfi la prudence
du Roy a eſté grande , ce
qu'elle luy a ſuggeré pour
fauver la vie à tant de gens ,
n'ayant fait perire perſonne.
La fuite de la Declaration de
M de Caſtanaga n'est pas
moins injurieuſe & moins
fauffe, que ce que je vous en
X iij
246 VII. P. des Affairess
ay déja fait examiner . Il pourfuit
en ces termes ,ten parlant
de la France , Ses Ministres
employent toutes fortes de
moyens pour troubler l'harmonie
de la Chreftienté , & attirer
toutes les forces Othomanes àla
destruction de la Hongrie , &
pourtrave,fer en mesme temps la
conclufion de la Paix entre Sa
Majesté Imperiale & les hauts
Alliez, avec la Porte . Cette intelligence
pretenduë de la
France avec les Turcs eſt un
lieu commun qu'on a employé
depuis le commence
ment de la guerre de Hondu
Temps. 247
grie , dans tous les Libelles
qui ont paru ,& qui les remplit
fans nul fondement, ſans
aucune vray-femblance , &
ce qui eft digne de remarque
&de reflexion , ſans qu'on ait
jamais ofé entrer en matiere
là-deſſus , en entreprenant par
quelques détours, & par quelques
méchantes raiſons , de
vouloir prouver cette fauffeté
, tant on a cru la choſe infoutenable
, meſme en la publiant.
On a toujours parlé de
la mefme forte , & on n'a ofé
raifonner , de crainte qu'en fe
perdantdansde faux raiſonne
X iiij
248 VII. P. des Affaires
mens , on ne découvriſt le
contraire de ce qu'on avançoit
avec ſi peu de juftice &
de certitude. Si- toſt que la
France a quelque avantage ,
&que la guerre du Turc occupe
les Ennemis , on ſuppoſe
que le Roy le fait
agir, parce que ſes mouvemens
les arreſtent , & qu'en
leur faiſant partager leurs forces
, il ſe trouve veritablement
que les Othomans fervent
aux affaires du Roy ;
mais ce n'eſt pas à dire pour
cela qu'il les faffe marcher où
il veut, comme il pourroit
duTemps. 249
faire unde ſes Vaſſaux. On ne
fait pas ainſi mouvoir cette
grande Puiſſance , & on n'anime
pasaifément un figrand
corps. Mais quand bien la
politique voudroit qu'on euſt
des intelligences avec la Porte,
ce ſeroit une choſe pref.
que impoffible , & qui ne
pourroit jamais eſtre ſecrete,
à caufe des perpetuels mouvemens
de cette Cour , & du
changement continuel des
Grands Viſirs quien font les
premiers Miniſtres. Ce qu'il
y a de ſurprenant dans les reproches
qu'on ne ceſſe point
250 VII.P.des Affaires
de faire à la France , fur ce
qu'on veut qu'elle s'entende
avec le Grand Seigneur, c'eſt
qu'on est tellement accourumé
à les faire , qu'on ne
change point de langage dans
les temps meſme où la France
eſt plus broüillée avec la
Porte , que ceux qui l'accufent
d'une parfaite union avec
cette Puiſſance. Cela s'eſt vû
pendant les grands demeflez
qu'elle a eus avec la Cour
Othomane touchant l'affaire
du Sopha. Entre celles qui
n'ont point allumé de guerres
, il y en acu peu , qui
du Temps. 251
ayent eſté plus vivement
pouffée parmy les Souverains
que celle- là. Ce demeſlé s'aigrit
meſme à cauſe de la Canonnade
de Chio. M de
Guilleragues , pour lors Ambbaafſlſaaddeeuur
de France à Conſtantinople
, y demeura quelque
temps comme Priſonnier
,& je ne ſçay meſme fi
ſans la grande fermeté qu'il
fit paroiſtre , & la haute reputation
du Roy , on ne luy
auroit point fait quelque
cruelle avanie. Le Grand
Viſir , ſans lequel on ne peut
avoir d'intelligence à la Porte,
252 VII. P. des Affaires
eſtoit ennemy déclaré de la
France , & je doute meſme
qu'il euſt aſſiegé Vienne ,
s'il euſt cru que nous euſſions
pu
pû tirer quelques avantages
de cette guerre. La grandeur
& la puiſlance du Roy luy
faifoient ombrage,& ne pouvant
voir qu'avec chagrin
qu'il y cuſt ſur la terre un
Monarque qui paruſt plus
grand que l'Empereur Turc
fon Maiſtre , il cherchoit à
l'abaiſſer , en refuſant le Sopha
à ſon Ambaſſadeur. Cependant
pourroit on croire
que dans tout le temps que
duTemps. 253
&
la France a eu ces grands demeſlez
avec la Porte , on ait
eu la meſme injustice qu'aujourd'huy
; qu'on ait tenu le
meſme langage , qu'on ait
écrit les meſmes chofes ;
que la France ait eſté injuricuſement
attaquée
accuſée des meſmes intelligences
avec les Turcs , dont
on continue à la taxer avec
ſi peu de raiſon , &
qu'un ſimple Gouverneur
a la hardieſſe de luy reprocher
ſi lachement ? Enfin ,
dés que les Turcs déclarent
laGuerre aux Allemans , c'eſt
254 VII. P.des Affaires
par le conſeil &à la ſollicitation
des François , & ce font
encore eux qui agiſſent , mefme
quand ils aident à les
repouffer , & que leur plus
illuſtre Nobleſſe expoſe ſa
vie ,& perit ſouvent pour ſecourir
des ingrats, qui voyent
avec regret les ſervices qu'on
leur rend , parce qu'ils ne
ſçauroient fouffrir que de
braves gens ſe couvrent de
gloire , & qu'ils croyent que
les Lauriers dont ils ſe couronnent
leur font dérobez
quoy qu'ils n'ayent fongé à
les cueillir que pour eux. Il
د
duTemps. 255
eſt certain que l'uſage eſt ſi
fortement & fi injuſtement
étably ,de dire que les François
font Amis des Turcs ,
& qu'ils les engagent à faire
laguerre aux Allemans quand
il leur plaiſt , qu'il n'y a point
de langage plus commun
dans tous les Etats des Souverains
, jaloux de la gloire de
Sa Majeſté. Les Enfans meſme
y font inſtruits à le publier
; mais il faut connoiſtre
bien peu ce Monarque , ou
ne vouloir pas eſtre informé
de la beauté de ſon ame,pour
luy impoſer des choſes ſi
256 VII. P. des Affaires
éloignées de fon caractere. Il
eſt non ſeulement par luymeſme
plus que par l'étenduë
de les Etats , le plus grand
Prince du monde , mais il
pourroit diſputer la qualité
du plus honneſte homme
à tous les Souverains de la
terre . Ce caractere ſe fit aſſez
remarquer lors que les Turcs
parurent devant Vienne
comme j'ay fait voir ailleurs .
Sa douleur fut ſincere&profonde
, & il n'a rien fait depuis
qui l'ait démentie , quoy
que la maniere dont on en a
ufé avec luy, cuſt pu porter
duTemps 257
un Prince moins genereux ,
& moins Chreftien, aux dernieres
extremitez , & que lors
que les Catholiques font entrer
tous les Proteftans de
l'Europe dans une guerre contre
luy, il puſt s'unir avec les
Mahometans pour ſauver
l'Europe & la Religion Catholique.
Dans des maux extrêmes
, la raiſon veut que
l'on ait recours aux remedes
violens. Si leRoy avoit attiré
les Turos en Hongrie , il
auroit profité de l'occaſion ,
&puis qu'il ne l'a point fait,
ondoit eſtre convaincu qu'il
Y
258 VII.P. des Affaires
n'a pointſongé àles yfaire ve
nir. Loin de vouloir rien faire
qui puſt nuire à la Religion,
il eſtoit alors entierement occupé
à bannir l'Hereſie de
fon Royaume , & l'application
qu'il avoit à venir à
bout de ce grand ouvrage ,
devoit raſſurer les Allemans,
s'il eſt vraye qu'ils euffent
apprehendé ce qu'ils ne devoient
pas craindre. En
treprendre dans ſes Etats
ce que ſept Rois ſes Predecefſeurs
n'avoient pû faire , c'es
ſtoit ſe tailler affez de befogne,
pour tirer d'alarme les
du Temps. 259
Allemans & les Elpagnols ,
&leur faire croire qu'on ne
penſoit à rien moins qu'à les
attaquer ; mais lors qu'il s'agit
de noircir la gloire du
Roy , on n'entre dans rien de
tout ce qui peut le juſtifier .
On ne veut pas meſme fe
donner le moindre ſoin d'examiner
ſa conduite , & de
faire reflexion fur ce qui pa
roiſt tout évident ; on travaille
bien plûtoſt à donner
aux Peuples de mauvaiſes
impreſſions de ce Monarque,
& l'on veut qu'il ſoit Turc
d'iuclination , quand il eſt
Yij
260 VII. P. des Affaires
tout Catholique par ſes actions.
Mais comme c'eſt par
les oeuvres que l'on connoiſt
l'homme , le Roy doit eſtre
pleinement juſtifié par les
fiennes . Ce qu'il a fait dans
tous ſes Etats en faveur de la
vraye Religion , n'eſt party
que du zele le plus pur , puis
qu'il n'en pouvoit tirer aucuns
avantages du coſté des
intereſts humains , & qu'il
eſtoit ſeur au contraire de
fouffrir quelques dommages,
& de perdre quelques-uns de
fes plus braves Sujets. Ainſi
fice Prince n'avoit point tra-.
1
du Temps. 261
vaillé chez luy pour l'accroif
ſement de la Religion Catholique
,&qu'il euft voulu profiter
de l'invaſion des Turcs ,
il eſt tres-certain qu'il ſe ſeroit
rendu Maistre de l'Europe.
Il n'avoit qu'à le vouloir
& à paroiſtre; perſonne
n'eſtoit en pouvoir de luy
refifter. C'eſt ce qui fera toujours
aſſez difficile , & on le
voit meſme encore aujourd'huy.
Toute l'Europe eſt liguée
contre luy feul ,,&malgré
une ſi puiſſante Ligue , il
eſt le ſeul qui ait juſqu'icy
remporté quelque avanta262
VII. P. des Affaires
ges. Cependant M² de Caſtanaga
luy impute dans ſon injuricuſe
Declaration de guerre,
dénüée de bonnes raiſons,
toute remplie de fauffetez &
contraire au bon fens & au
reſpect que l'ondoit auxRois,
d'avoir troublé l'harmonie de la
Chreftienté ,&attiré toutes les
forces Othomanes à la deftruction
de la Hongrie & traversé
mefme- temps la conclufion de
la Paix , entre Sa Majesté Imperiale
& les Hauts Alliez aver
La Porte..
en
Je puis ajoûter à tout ce
que j'ay déja répondu ſur cet
!
T د 263 du Temps. 1
Article ,que des calomnies
de cette nature fans aucunes
preuves , & fans qu'on les
puiffe feulement ſouſtenir
par de faux raiſonnemens ,
ainſi qu'on l'a remarqué jufques
icy , ne peuvent eſtre inſcrées
que dans des Libelles
diffamatoires , faits par des
Auteurs qui ne ſe nommant
point, riſquent des fauſſerez,
&des calomnies, parce qu'ils
n'en peuvent ny rougir ny
eftre repris , & qu'il arrive
quelquefois que les plus
groffiers d'entre les Peuples y
ajoûtent foy. Ces Auteurs
280
264VII. P. desAffaire
n'endeinandent pas davanta
ge , & veulent ſeulement ſeduire
ces fortes d'ignorans ,
parce qu'ils font ordinairement
les plus feditieux , &
que pourveu que l'on vienne
àbout de les exciter , ils font
capables d'en entrainer d'autres.
Par ce moyen, la reputation
de ceux qu'ils attaquent
ſe trouve noircie , & ce
qu'ils leur imputent dans
leurs écrits , paffe en tant de
bouches ,que l'on commence
à le croire veritable , parce
qu'on en entend parler de
tous coſtez. Mais il n'en eſt
pas
du Temps. 265
pas de meſme de ce qui regar.
de des actes publics tels que
font les Declarations de guerre
ces
où ſi les Rois ne parlent
eux- meſmes à d autres Rois ,
on parle en leur nom à
Souverains. Ces actes doivent
eſtre ſerieux , car on ne
ſe jouë point groſſierement
des Puiſſances . Ils ne doivent
contenir que des faits veritables
& connus , ou fi ce ſont
des choſes qui juſque-là ayent
eſté ſecretes , ceux qui les
font publier doivent prouver
tout ce qu'ils, découvrent ,
ز Z
afin qu'on ne les puiſſe accu-.
-266 VII. P. des Affaires
fer de vouloir calomnier des
Perſonnes ſacrées . Mr de Caftanaga
n'a pas gardé tant de
meſures; il s'eſt ſervy de faufſetez
qui n'ont pas meſme de
vray-ſemblance , ſans confiderer
qu'il attaquoit un puiffant
Monarque , & qu'il accuſoit
le Prince du monde le
plus Religieux , d'avoir une
intelligence formée avec le
plus grand Ennemyde laFoy,
pour détruire la Religion .
Une temerité, pareille n'eſt
pas ſouſtenable , & quiconque
oſe attaquer fauſſement
une Teſte couronnée , merite
plus que des reprimandes . S'il
duTemps. 267
nous eſtoit arrivé une affaire
ſemblable , on la releveroit
dans un million d'écrits. La
France en ſeroit accablée , &
on tâcheroit de la rendre
odicuſe à toutes les Nations.
Elle ne doit pas s'écarter du
droit chemin ; l'envie qu'on
luy porte fait qu'on l'examine
de prés ; toutes les plumes
de l'Europe ſont tournées
contre elle , de meſme que les
armes de tous les Souverains .
Elle doit s'en tenir glorieuſe
; c'eſt l'effet d'un vray
merite. Ses plus grands Ennemis
voudroient bien joüir
Zij
268 VII. P. des Affaires
و
de ſon bonheur & voir
leurs Etats briller de la meſme
gloire.
Voicy le dernier article de
la Declaration de M de Caſtanaga.
Or comme Sa Majesté
ſe trouve attaquéeſi injustement,
& Nous, voulant employer tous
les moyens que nous avons pour
la gloire , & pour le bien de
fes Sujets , par les principes
d'une juste défense , nous efperons
que Dieu benira les bonnes intentions
de Sa Majesté Catholique.
C'est pourquoy nous ordonnons
, &c ... N'est - ce pas
une choſe ſurprenante qu'a
1
du Temps. 269
prés avoir veu la verité dans
les éclairciſſemens que je
vous en ay donnez , M de
Caftanaga mefle dans ſa Declaration
, que Sa Majefté
Catholique ſe trouve injuſtement
attaquée ? Cela ſe peutil
, aprés l'alliance que je
vous ay fait voir qu'il a avoüé
au commencement de
la meſme Declaration , avoir
eſté faite entre le Roy d'Efpagne
ſon Maiſtre & le
Prince d'Orange ; aprés que
la Maiſon d'Auſtriche en a
receu des Troupes Irlandoiſes
; aprés que Sa Majesté
Z iij
270 VII.P.des Affaires
Catholique a marqué le reconnoiſtre
pour Roy , ayant
laiffé fon Ambaſſadeur à
Londres, lors qu'il n'y eſt demeuré
que ceux des Princes
Proteftans ; aprés qu'il a refufé
toutes fortes de ſecours
au Roy d'Angleterre , & de
concourir avec Sa Majesté
à fon rétabliſſement ; aprés
ce que les Gazettes de Brus
xelles qui font fous ſa direction
, ont dit contre la France;
aprés qu'on a remply les
Places de Flandre d'Ennemis
du Roy , & qu'on a trouvé à
propos dans le Conſeil d'Ei
du Temps. 271
tat tenu à Madrid , de refuſer
la Neutralité , & de declarer
par ce refus la guerre à la France
? Aprés toutes ces chofes&
mille autres de meſme nature
, le Roy n'a-t- il pas eu
grand tort de faire publier
une Declaration de guerre
contre l'Eſpagne , & M² de
Caſtanaga n'at il pas grande
raiſon de dire que l'Elpagne
ſe trouve injuſtement attaquée?
Il faut qu'il croye les
Flamans bien groſſiers , s'il ſe
perfuade qu'ils ſe laiſſeront
tromper par ſa Declaration ,
&que cela leur fera fuporter
Z iiij
272 VII. P. desAffaires
patiemment les contributions
que leur coute une Declaration
de guerre faite ſi à contre-
temps ,& les autres maux
que fera tomber fur euxune
Ligue ſi fatale au repos de la
Flandre. L'Empereur commence
à ſe repentir d'y eſtre
entré,& on ſçait que ſesMiniſtres
ont dit qu'ils avoient
eſté trompez , & qu'on les
avoit aſſurez que le Prince
d'Orange devoit ouvrir la capagne
par deux deſcétes qu'il
feroit faire en mefme-temps
aux deux bouts de la France.
On n'auroit jamais crû que
du Temps. 273
Sa Majeſté Imperiale , dont
la pieté eſtoit connuë , & qui
juſqu'icy avoit ſouſtenu les
intereſts de la Religion avec
une fermeté qui avoit paru
inébranlable , euſt pu ſe refoudre
à entrer dans une Ligue
, où la poſterité ne pourra
jamais croire que de vrais
Catholiques foient entrez .
Cependant outre tout ce
qu'on ſçait là-deſſus , & la
jonction de ſes Troupes avec
ſes Alliez Proteftans,on voit
une Lettre de ce Prince qui
ſervira de preuve éternelle de
cette union , ſi fatale à la
274 VII. P. des Affaires
Religion Catholique , & fi
honteuſe aux Princes qui la
profeſſent. Cette Lettre ne
m'eſt pas tombée entre les
mains , mais voicy de quelle
maniere en parle un Ecrit de
Hollande , qui en rapporte les
dernieres lignes en ces termes ;
Il paroist une Lettre de l'Empe
reur à Sa Majesté Britannique
Guillaume III. en date du s. de
Mars , où aprés avoir remerciéce
Prince du foin qu'il prend d'empescher
qu'on ne faffe violence
aux Catholiques Romains, il luy
promet de faire la mesine choſe
de son costé à l'égard des Pro
du Temps . 275
teftans , &de mettre le point de
la Religion en un tel eftat, que
tout le monde , & les gens de
bien principalement , applaudiront
à une fi bonne harmonie.
On demande ce que le
Prince d'Orange a fait pour
les Catholiques depuis qu'il
eſt en Angleterre. Il peut
avoir empêché que quelquesuns
n'ayent eſté aſſommez
par les Proteftans , ſuivant la
maniere dont ils en uſent
toujours , lors qu'ils ſe
voyent les plus forts ; car du
reſte , on n'a rien fait qu'en
parler ſouvent dans le Parle276
VII. P. des Affaires
ment pour établir loix fur
loix contre eux . On les bannit
, on ne leur laiſſe aucuns
privileges , on ne les ſouffre
dans aucunes Charges ; ils
font exceptez des loix penales
, qu'on adoucit à l'égard
des autres Non Conformif
tes ; on court fur eux; on les
emprisonne , afin que leurs
perſonnes répondent de ce
qui peut arriver de mal aux
Proteſtans d'Irlande , comme
s'ils pouvoient empefcher
qu'ils ne ſe jettent eux-mef.
mes dans des precipices,dont
labonté de leur Souverain audu
Temps . 277
roit de la peine à les retirer ,
parce qu'il eſt mal - aifé de
ſauver ceux qui s'obſtinent à
vouloir perir. Cependant on
ſçait que la bonté du Roy
d'Angleterre eſt grande , &
qu'il cherchera toujours à
épargner le ſang de ſes Peuples.
Maisje veux que le Prince
d'Orange ſouffre à preſent
Catholiques , il ne le fait
que parce qu'eſtant mal affermy,
il acheveroit de tomber ,
du moment que les Princes
Catholiques qui font entrez
dans la Ligue , n'eſtant pas
contens de luy , s'accommoderoient
avec la France .Cette
les
278 VII. P. desAffaires
raiſon l'oblige encore à les
ménager , & à leur accorder
ce que les Princes ſes Alliez
luy demandent pour couvrir
la honte qu'ils ont de s'eſtre
unis avec luy , ce qui ne leur
feroit pas poſſibles'ils ne pro..
duiſoient quelques petits fervices
rendus aux Catholiques
par le moyen de ce Prince
Ufurpateur , qui les juftifient
auprés des gens de bien ,
on devroit dire auſſi auprés
de la Cour de Rome ; mais
elle a beſoin , pour s'excuſer
elle-meſme , que le Prince
d'Orange faſſe quelque choſe
du Temps . 279
pour les Catholiques . Le peu
qu'on en doit attendre ne
dureroit pas s'il devenoit abſolu
en Angleterre. Il ne
pourroit pas meſme leur donner
une trop grande protection
, quand il le voudroit ,
parceque lesCalviniſtes & les
Prefbyteriens , mortels ennemis
de la Religion Catholique,
ne luy ont aidé à monter
ſur le Trône qu'afin qu'il travaillaſt
à ſa deſtruction entiere
dans toute l'Europe. C'eſt
avec eux , & pour faire réuffir
ce grand deſſein , que
tout ce que nous avons vû
4.
280 VII. P. des Affaires
arriver depuis huit mois en
Angleterre , a eſté concerté.
Ceux qui ont fait des volumes
entiers pour juſtifier le
Prince d'Orange , & prouver
qu'il ne ſongeoit point à ſe
faire Roy lors qu'il a paffé
dans ce Royaume , oublient
ce qu'ils ont dit à force d'écrire
trop ſouvent , &laiſſent
fans y penſer , échaper des
endroits entierement contraires
à ce qu'ils ſe ſont d'abord
efforcez de faire croire .
Un de ces Auteurs, peu Amy
de M le Comte d'Avaux ,
ſeulement parce qu'il eſt prer
du Temps. 281
fentement auprés du Roy
d'Angleterre , & qu'il peut
luy donner de bons conſeils
, & voulant l'accuſer
de peu de penetration pendant
qu'il a eſté Ambafiadeur
pour le Roy en Hollande
, dit en propres termes
en parlant du Prince
d'Orange,& de cet Ambaſſadeur
: Ce Prince a menagé
fes deffeins sur l'Angleterre
pendant trois ou quatre ans,fans
que l'Ambassadeur de Franceles
ait pû penetrer. Il eſt vray qu'il
ne les a pas découverts dés
qu'ils ont eſté conceus , mais
Aa
L
282 VII.P.des Affaires
il les a ſceus affez toſt pour les
faire avorter , fi des raiſons
que j'ay déja dites , & que je
vais encore toucher en paffant
, n'y euſſent pas mis obſtacle
; mais l'endroit que je
viens de rapporter , merite
qu'on y faffe auparavant un
peu de reflexion. On ne peut
rien dire de plus fort pour
faire voir que le Prince d'Orange
a ufurpé la Couronne,
S'il n'avoit pas eu ce deſſein,
il n'auroit pas eſté neceſſaire
qu'il euſt cabalé pendant
trois ou quatre années, comme
l'Auteur nous l'apprend. S'il
du Temps. 283
a eſté obligé de ménager les
eſprits pendant tout ce temps,
il n'y a donc guere de bonne
foy dans tout ce qu'on avoulu
nous perfuader , & le Prince
d'Orange n'a pas eſté autant
recherché qu'on a prétendu
nous le faire croire.Quand on
eſt ſouhaité auſſi ardemment
que l'on a dit qu'il l'avoit eſté,
on n'a pas beſoin de trois ou
quatre ans pour faire des bri
gues. Si on eſt veritablement
appellé ,& qu'on n'ait deffein
d'aller qu'avec de bonnes &
juſtes intentions , on marche
fans ſe precautionner avec
Aa ij
284 VII. P. des Affaires
tant de ſoin. Les ménagemens
font inutiles à ceux qui
ont envie de bien faire , ou
du moins il n'en euſt pas fallu
tant au Prince d'Orange ,
s'il n'euſt eu en veuë que
ce qui estoit porté par ſes
Manifeſtes , mais il en falloit
beaucoup pour le deſſein caché
qu'il avoit de ſe faire
Roy , & l'Auteur a eu raiſon
de dire , que ce Prince a ménagéses
deſſeins sur l'Angleterre
pendant trois ou quatre années.
On doit remarquer dans ce
peu de lignes la force de ces.
deux mots , fur l'Angleterre.
ن ا
duTemps. 285
Rien ne fait mieux voir le
deſſein qu'il avoit formé de
s'en rendre maiſtre , & ces
paroles ne peuvent ſignifier
autre choſe . Ainfi l'Auteur
ayant l'idée remplie de la
verité qu'il ſcait , & qu'il
ne ſe peut cacher à luy- mefme
, la fait connoiſtre ſans
y faire toute la reflexion ,
qu'il y auroit faite fans doute
fi l'invaſion du Prince
d'Orange avoit eſté plus récente,
mais on commence en
Hollande à n'y plus prendre
garde de ſi prés , & la verité ,
quand on en eft fortement
286VII. P.des Affaires
perfuadé comme on doit
l'eſtre de l'intention que le
Prince d'Orange avoit de ſe
faire Roy, engage ſouvent à
dire plus que l'on ne voudroit,
&à la faire connoiſtre,
malgré le deſſein qu'on a pris
de la cacher. Ce qu'il y a d'étonnant,
c'eſt que l'Auteur qui
vient d'en tomber d'accord
en termes ſi clairs , eſt un de
ceux qui ont foûtenu , avec
plus de fauſſes raiſons & plus
de chaleur , que le Prince
d'Orange ne merite point le
titre d'Ufurpateur , & qu'il a
eſté élu par un Parlement
du Temps. 287
ibre ; cependant il avouë
qu'il luy a fallu trois ou
quatre ans , pour ménager fes
deſſeins ſur l'Angleterre. La
penſée de le faire Roy n'eſt
donc pas venue tout d'un
coup aux Anglois lors que
ce Prince eſt arrivé à Londres
. Il n'y a point de vrayſemblance
à cela , mais il y
en a bien plus à croire qu'il
a menagé cette affaire pendant
trois ou quatre années ,
comme l'Auteur le marque
fort bien. Quant à ce qui regarde
M d'Avaux , qu'il
blame de n'avoir pas d'abord
288 VII. P. des Affaires
penetré ce grand ſecret , outre
qu'il n'y avoit point de neceffité
de le découvrir fi
long- temps avant qu'il
éclataft , il eſt mal - aifé
& meſme preſque impoffible
, de penetrer d'abord
ce qui n'eſt que dans l'idée
de quelques perſonnes , &
quand ce ſecret ne va pas
plus loin que les intereffez ,
qui rarement ſe laiſſent furprendre
, on feroit des efforts
biéinutiles pour ledécouvrir,
puis qu'on ne ſçauroit tenter
des gens qu'on ne conoiſtpas .
Ainfi on ne peut dire qu'un
homme
du Temps. 289
homme qui a intereſt d'apprendre
ce qui ſe paſſe dansun
Etat , ait manqué d'adreſſe, de
vigilance & de penetration ,
pour entrer dans le ſecret
d'une intrigue que l'on prend
ſoin de tenir cachée , juſqu'à
ce qu'on ait commencé de
faire mouvoir les reſſorts neceſſaires
pour l'execution.
C'eſt alors que rien ne luy
doit échaper , & c'eſt ce que
M' d'Avaux a découvert ;
mais ces avis furent d'abord
rejettez du Roy d'Angleterre.
Ce Prince avoit quelque
raiſon de ne les pas
вь
290 VII. P. desAffaires
croire , puis que la Cour de
Rome & celle de Vienne ,
l'aſſeuroient du contraire ,
d'une maniere à ne luy laiſſer
aucun doute qu'elles n'en cuffent
une certitude entiere.
Cependant comme la verité
ne peut demeurer toûjours
cachée , le Roy d'Angleterre
apprit une partie des reſolu.
tions du Prince d'Orange,
mais ſa bonté naturelle , &
la confiance qu'il avoit en ſes
Sujets , furent cauſe qu'il ne
voulutpoint de fecours étranger
,& qu'il fut enfin obligé
de ceder à la force.
A
duTemps . 291
Comme l'affaire d'Angleterre
a noüé toutes celles
d'aujourd'huy , & que c'eſt
de là que ſont venuës tant
de Declarations de Guerre
contre la France , il faut vous
parler de celle de l'Electeur
de Brandebourg. Je vous en
diray pourtant peu de choſe,
& ne vous la rapporteray
point entiere comme celles
de France & d'Eſpagne. Elle
eſt toute remplie de cequ'on
repete tous les jours contre
le Roy dans les Libelles de
Hollande , & ce qui vous
furprendra , & qui merite
Bb ij
292 VII. P. des Affaires
d'eſtre remarqué , c'eſt que
voulant faire la guerre au
Roy , parce que la Ligue l'a
reſolu , & defirant faire une
Declaration particuliere pour
ſe diftinguer davantage , il a
trouvé qu'il manquoit de
prétextes pour la remplir , de
forte qu'il s'eſt aviſé de prendre
le party du Pape , & des
Religieuſes de Charonne.
Cela doit paroiſtre affez extraordinaire
dans la Declaration
de guerre d'un Prince
Proteſtant à un Roy Catholique.
Ils veulent tous eſtre
Ennemis du Roy , & ne ſçaduTemps.
vent quels pretextes prendre;
mais en mêlant la Cour de
Rome dans leurs affaires , ils
découvrent ce qu'elle voudroit
tenir caché. Les loüanges
qu'ils luy donnent luy
attirent le blâme des vrais
Catholiques , & des perfonnes
veritablement pieuſes ,&
juſtifient pleinement laconduite
qu'a tenuë Sa Majesté
à l'égard de cette Cour .
FIN.
Bb iij
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déposé , ſon horoſcope , & la revolution
de cette horoſcope, les deſcriptions
de toutes les revoltes des Janiſſaires
fous vingt-trois Empereurs Turcs ;
tout ce qui s'eſt paflé de plus parti
culier à la Porte pour depoſer Mahomet
, & élever Soliman III. ſur le
Trône ; une deſcription de ſon Couronnement
; la continuation des Trou .
bles depuis cette ceremonie , avec plufieurs
autres choſes curieuſes. 3. volumes
in douz e. 4.1. 10. f.
Ambaſſades de Monf. le Comte de
Guilleragues , & de M. Girardin, auprés
du Grand Seigneur, avec pluſieurs
Pieces curieuſes , tirées des Memoires
de tous les Amballadeurs de France à
la Porte, qui font connoiſtre les grands
avantages que la Religion & tous les
Princes de l'Europe ont tirez des alliances
faites par les François avec Sa
Hautelle depuis le regne de François I.
&principalement ſous le regne da
1
Bb iij
Roy , à l'égarddela Religion, enſemble
pluſieurs deſcriptions de Feſtes &
Cavalcades à la maniere des Turcs ,
qui n'ont point encore eſté données au
Public , ainſi que celle des Tentes
duGrand Seignenr . 1. 1. 10. f.
- Hiſtoire des Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y eſt paffé de
remarquable juſqu'à la fin de l'année
1687 . 6. vol. in douze , 9. 1 .
Le Grand Viſir Cara Mustapha ,
Hiſtoire contenant ſon élevation , fes
amours dans le Serrail , ſes divers
emplois, le vray ſujet qui luy a fait
cntreprendre le Siege de Vienne , &
les particularitez de la mort 1. 1. 10. f.
Le Secretaire Turc , contenant l'ait
d'exprimer ſes penſées ſans ſe voir .
ſans ſe parler, & fans s'écrire , avec
les circonstances d'une avanture Tarque
, & une Relation tres- curieuſe de
pluſieurs particularitez dn Serrail qui
n'ont pas encore eſté veuës . 1. 1. 10. f.
Le Seraskier Bacha. 1.1.10.6.
* ij
OEUVRES DE M
de Fontenelle.
Dialogues des Morts. 2. vol. indouze.
3.1.
Jugement de Pluton ſur les Dialogues
des Morts. 1.1. 10. f.
Entretiens ſur la pluralité des Mondes
, augmentez en pluſieurs endroits,
avec un fixiéme Soir qui n'a point encore
paru , contenant les dernieres
découvertes qui ont eſté faites dans
leCiel 1. 1. 10. f.
Hiſtoire des Oracles . 1. liv. to f.
Poësies Pastorales avec unTraité de
la Nature de l'Eglogue , & une Digreſſion
ſur les Anciens & les Modernes.
1. li.ro. f.
Lettres galantes de M. le Chevalier
d'Her... 2. vol . 3.1.
Les Malheurs de l'Amour , ou Eleonor
d'Yvrée . 1. 1. 10. f.
Academie galante. 2. vol . 3. liv.
LaDucheffed'Eſtramene. 2.vol.2.1.
Les Dames Galantes. 3.16
1
Caracteres de l'Amour. r. 1. ro. C
Sentimens ſur les Lettres & fur
l'Hiſtoire , avec des Scrupules ſur le
Stile.
Le Mary Jaloux.
1.1. το. f.
1.1.10. f.
L'Illuftre Genoife. 1.1. 16. f.
Le Napolitain. 1. 1.
L'Ariofte moderne. 4. v. 6.1.
Secrets concernant la beauté & la
ſanté. 2. vol. in octavo . 6.1.
Dialogues Satyriques & Moraux.
2. vol. 3. 1.
Diſcours Satyriques & Moraux en
Vers. 1. 1.
Fables nouvelles. 1. 1.
Epiſtres en Vers de M. Sabatier
del Ademie Royale d'Arles. 1.1.
Le Chevalier à la Mode. 1. 1. 10. Γ.
La Déſolation des Joüeuſes. 10. [
La Devinereſſe . 1. Γ.
Artaxerxe.. 10. f.
La Comete. 10. f.
La Methodedu Blaſon du PereMeneſtrier
, avec lesArmesde la pluſpart
des plus conſiderables Maiſons de
* ii
France , imprimée en 1688. 2. liv.
Chevalerie ancienne& moderne,avec
la maniere de faire la preuve pour tous
les Ordres de Chevalerie 1.1. 10. f
Eclairciſſement nouveau & tres-utile
fur le preſt & l'intereſt. 1, liv.
Hiſtoire de l'Afrique ancienne &
moderne, enrichie de 80. figures , 4.
volumes indouze. 8. liv.
Hiſtoire de Normandie. 1. 1. 10. f.
Eloges des Perſonnes Illuſtres de
l'ancien Teftament , par M. Doujat .
2.1
1.5.
Traité de la Tranſpiration du ſang.
1.1.13.f.
Abregé nouveau de l'Histoire generale
d'Eſpagne , contenant ce qui
s'eſt paílé dans les Pays dépendans de
cette Monarchie depuis ſon origine
juſqu'à preſent. 3. vol. 4. liv. 10. f.
Réflexione ſur l'Acide & fur l'Al-
Kali. 1. liv. 10. f.
Eſſais de Morale & de Politique,
oùil eſt traité des Devoirs de l'Homme
conſideré comme particulier &
comme vivant en Societé . 2. vol. 2.1.
Obſervations de M. Spon ſur les
Fiévres & les Febrifuges . 1.1.
•Antiquitez du meſme M. Spon, Ouvrage
enrichy de pluſieurs Figures .
7.1.
Notes de M. Corneille ſur les Remarques
de M. de Vaugelas, ſuivant
le ſentiment du Pere Bouhours , &
de Meſſieurs Chapelain & Menige ,
avec les Remarques meſmes. 2. vol.
indouze. 4. liv. 10. f.
Arithmetique raiſonnée , enrichie
depluſieurs figures pour en faire mieux
comprendre les demonſtrations , avec
l'art de toiſer &de jauger. 1.1.10.f.
L'Art de laver, ou nouvelle maniere
de peindre ſur le papier , ſuivant le
coloris des Deſſeins qu'on euvoye à la
Cour , par M. Gautier de Nifimes.
1. 1.
Voyage du Chevalier Chardin en
Perſe , & aux Indes Orientales , par
la Mer noire & par la Colchide eniſt
chy de 18. grandes Figures. 2. 4,۷۰۰
to fo
RelationduVoyage du Roy en Flan
-dre en 1680. 1.1.10.f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal. 1. 1. 10.f.
Reation du Mariage de Mademoiſelle
ave le Roy d'Eſpagne. 1. 1. 1o.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiselle
deBlois. 1.1.10..6
Relation du Mariage de Monſeigneur
le Dauphin , avec la Princeffe
Anne - Chreſtienne- Victoire de Baviere.
1.1. 10.6.
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
, contenant la deſcription
des Places de la haute & baſſe Alface,
& de celles de la Province de la
Sare& de Luxembourg. 1. liv. 1o . f.
Relation du Siege de Luxembourg
1.1.10.f.
+ Relation de ce qui a eſté fait devant
Genes en 1684. par l'Armée Navale
de Sa Majeſté. 1. 1. 10. f.
La Feſte de Chantilly , contenant
tout ce qui s'eſt paſſé pendant le ſejour
que Monseigneur le Dauphin y a fait
en 1688. avec une deſcription exacte
du Chaſteau & des Fontaines .
Ambaſlade de Siam en France, contenant
la reception qui a eſté faite aux
Amballadeurs de Sa Majesté Siamoiſe
dans toutes les Villes où ils ont paílé,
les ceremonies obſervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy & de
la Maiſon Royale , les complimens
qu'ils ont faits , & ce qu'ils ont dit
de remarquable ſur tout ce qu'ils ont
veu , avec une deſcription exacte des
Châteaux , Appartemens , Jardins &
Fontainesde Versailles , S. Germain
en Laye , Marly & Clagny , de la
Machine de Marly , des Invalides , de
l'Obſervatoire , de S. Cyr , des Chevaux
qui ſont dans les deux Ecuries
du Roy , des Galeries de Sceaux , ce
qu'ils ont veu pendant leur Voyage
en Flandre ; la deſcription des Villes
&de tous les lieux où ils ont eſté , de
la Feſte donnée par Monfieur à Saint
Cloud , & des Prefens qui leur ont
eſté envoyez aprés leur Audience de
Congé. 4. Vol. in douze. 6. liv.
Outre les Mercures de douze années,
àcommencer en 1677. il y a trentedeux
Extraordinaires , dans lesquels
ſont divers Traitez tres-curieux , &
plufieurs matieres qui regardent les
Sciences & les Arts .
Recueil d'Ouvrages faitsà la loiange
du Roy , fur l'extirpation de l'Herefie.
C
1.1.10.1.
Relation des Prieres publiques qui
ont eſté faites par toute la France , en
actions de graces de la gueriſon du
Roy. 1.1.10. f.
Airs Serieux & Bachiques à deux &
àtrois Parties , meſlez de Simphonies
& en Trio pour les Violons & les
Flûtes avec des accompagnemens dans
tous les recits , le tout fait exprés, pour
concerter tout un Livre de ſuite en
quatre Parties. 3.1.
Campagne de Monſeigneur le Dauphin
, où l'on voit une deſcription de
Philifbourg , avec les noms de ceux
qui l'ont fait fortifier , & de ceux qui
ont affſiegé cette Place , un état des
Brigades des Regimens de Cavalerie,
Infanterie & Dragons qui compofoient
l'Armée ; un état des Officiers
Generaux & des Aides de Camp de
Menſeigneur le Dauphin , avec les
noms de tous les Volontaires ; un détail
de tout ce qui s'eſt paffé au Siege,
diviſé par jours& par nuits , &c. 1. 1.
10. f.
Relation du SiegedeVienne. 1.1. 10. f.
Hiſtoire du Siege de Bude. 1. 1. 10.f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chreſtiennes en Hongrie
, &dans la Morée , avec la priſe
de pluſieursPlaces furlesInfidelles.1.1.
Eſtat preſent de la Puiſſance 0-
thomane, avec les cauſes de ſon accroiſſement
& de ſa décadence. 1. 1 .
10. Γ.


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4
3 9015 06574 3265
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le