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1689, 06, t. 7 (Affaires du temps) (Lyon)
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EX BIBLIOTHECA
AUGVSTINIANA
LVGDUNENSI
T
807158
1 AFFAIRES
DU
BE
TEMPS .
TOME
VILYON
*1803 *
ht
+
ALTON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere , au Mercure
Galant .
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
虫虫
A VIS
OVTES les Affaires
de l'Europe étant
aujourd'hui liées en-
Semble par le même næud , ne
l'aiffent pas d'avoir plufieurs
parties feparées,dont chacune fe
raporte à un feul point , qui eft
l'abaiffement de la France. Son
élevation le fait fouhaiter,
mais comme on feroit paroiftre
trop d'injustice, fi on laiffoit voir
qu'on n'agit que par un motif
de jaloufie , chaque Etat a cher.
ché des pretextes pour la cou-
& pour embaraffer les
wrir ,
affaires
. Celle
de l'Electorat
de
Cologne
eft
arrivée
tout
à pro-
ร
AVIS.
pos, pour mettre l'Empereur en
eftat d'agir contre la France.
Les Partisfe fontformez , & le
Prince d'Orange , habile Politique,
en feignant de ne prendre
part dans cette affaire que
pour les autres, n'a agi que pour
luifeul. I'ay cru que cette Hiftoire,
où tous les Princes de l'Europe
joüent aujourd'hui chacun
un perfonnage , meritoit d'être
traitée autrement que par articles
de nouvelles , comme font
ceux de mes Lettres ordinaires,
& cela m'a fait prendre le deffein
d'en former un Corps , où
L'on trouvât les refforts marquez
avec les évenemens. Ce
qui fe paffe à la vûë des hommes
, & qui doit être regardé
comme les particularitez
d'une
intrigue , est toujours connu du
A VIS.
Me voici au
Comme ils
public , & le dernier du peuple
ne le fauroit ignorer ; mais les
refforts qui en font la caufe ,
font fouvent inconnus aux plus
babiles. L'ay entrepris de faire
connoître les uns & les autres
dans le même Ouvrage , & d'y
joindre toutes les pieces que
Hiftoire ne fait ordinairement
que citer.
Septiéme Volume.
paroiffent avec le Mercure ,
qui l'on peut dire qu'ils font
joints en quelque forte , fans
que portant ils y foient liez ,
on a fouhaité favoir s'il y en
auroit à l'avenir autant de
Parties que du Mercure. Ie répons
à cela , qu'outre que la
matiére ne fera pas éternelle
comme celles des Nouvelles de
chaque Mois , puis qu'elle fiájj
AVIS .
nira avec la guerre d'au
jourd'hui , ou plutôt avec la
cheute , où l'entier affermiffement
du Prince d'Orange en
Angleterre , il me feroit impoffible
d'en donner un Volu
me chaque mois , quand même
la matière augmenteroit au
Lieu de diminuer ; j'ay même
beaucoup pris fur moi en donnant
ces fept Volumes , & ce
grand travail m'a mis hors
d'état de faire à l'avenir tout
ce que je souhaiterois pour contenter
le public. Le l'avertis
donc , que je donnerai encore
deux Volumes de fuite à caufe
de l'abondance de la matiere
qui me rafte , & des chofes curieufes
que j'ay ramaffées' Il
peut compter là - deffus comme
fur un plan ; que des ordres ab-
A
1
T
AVIS
folus feroient feuls capables de
m'obliger à changer ; mais aprés
ces deux Volumes dont le
dernier fe debitera le premier
jour de Septembre , j'affure que
quoi qu'il puiffe arriver, la
Suite n'en paroîtra que trois
mois aprés , & même , que fi la
chute du Prince d'Orange étoit
renfermée dans ces deux Volumes
, je ne poufferois pas cette
Hiftoire plus avant , mon
but n'ayant été que de renfermer
dans les Affaires du
Tems , tout ce qui concerne l'u-
Surpation de la Couronne d'Angleterre
, faite par le Prince
d'Orange , & ce qui regarde
la France à l'occafion de ce
deffein. Selon ce projet , je
puis presque affurer que les Volumes
de cette Hiftoire ne s'éǎ
žij
A V I S.
tendront guere plus loin que le
refte de cette année. Le trouve
même que le terme eft
le
long
pour
regne
d'un
Prince
qu'on
doit
regarder
comme
un Roy
que le hazard
n'a éle
vé que pour
peu de
temps. On
peut
s'étonner
de ce que j'avance
, & demander
fur
quel
fondement
je parle
de cette
fors
te.
I'avoue
que
je n'ay
pas
une entiére
certitude
de la chute
de ce Prince
, mais
je croi
qu'on
peut
faire
des conjectu
res plus
affurées
fur
la fituasion
des
Affaires
d'Angleter-
.
re , principalement
lors
qu'on
examinera
celles
de l'Europe
en general
, que
ceux
qui fe
mélent
de deviner
n'en
font
fur
ce qui
doit
arriver
aux
hommes
, en regardant
feuleA
VIS.
ment leur main. Enfin j'ay tellement
approfondi cette affaire
, afin d'en inftruire le public
, qu'il me paroit que je
puis entrevoir plus de chofes
qu'un autre par mille endroits ,
qu'il feroit auffi difficile d'expliquer
que le je ne Scay
quoy qui fait que de mediocres
beautez plaiſent ſouvent
davantage que les plus parfaites.
Quoy que j'aye déja don
né beaucoup de chofes touchant
l'Angleterre , & que le cinquième
Volume des Affaires du
Temps en contienne beaucoup
plus que deux des autres enfemble
, il me reste encore tant
de matière que je pourrois
prefque dire que je ne fais que
commencer d'en parler . A l'é
gard des Affaires d'Irlande
4 inj
AVIS.
j'en fuis demeuré à l'embarquement
de Sa Majesté Bri
tannique pour ce Royaume - là..
Ie ne vous ay encore rien dit
de celles d'Ecoffe , & j'ay fini
celles d'Angleterre au remerciement
fait par le Prince à
la Convention , aprés qu'elle
l'a choisi pour Roi . Ce qui eft
arrivé dans ces trois Royaumes
depuis ce temps-là , fera contenu
dans les deux premiers Vo
lumes que je dois donner ด้
quoi ie ioindrai tout ce qui fe
paffera infqu'au dernier d'
Acuft , ainfi que plufieurs chofes
curieufes que i'ai découver
tes touchant ce que l'ai déja
traite. Il y a long - temps
que mes Memoires font prefts.
Je croiois que les affaires d'Angleterre
rempliroient du moins
>
A VIS.
la moitié de cette feptiéme
Partie , mais ie me fuis heureuſement
trouvé engagé dans
une matiere qui m'a donné lieu
de iuftifier entierement le procedé
de la France , & ie puis
dire qu'il y a prefentement
beaucoup de gens éclaircis de
ce qu'ils fouhaitoient fçavoir
à fond , & qui ne fe laifferont
pas empoisonner l'esprit & le
iugement par l'accablante
quantité des Ecrits de Hollande.
Te parlerois autrement,
fi ie croiois les avoir détrompez
par des raisonnemens tirez
de moi même. Ie fçai la
modeftie que doivent avoir tous
ceux qui écrivent ; mais ie puis
parler hardiment du bien que
peut caufer cet ouvrage , puis
que ie n'ai cité que des faits;
·
ã v
AVIS,
i
que les ay ramaſſez , & ref
Jerrez , en rapprochant ce qui
s'eft paffé depuis 1667. c'est à
dire des faits , qui efltant é
tendus dans une Hiftoire de
vingt - deux ans , estoient trop
éloignez de la memoire des uns,
& comme perdus pour celles des
autres- Ces faits raprochez ,
& mis dans leur iour,font voir
que le Roi n'a jamais enfraint
de Traitez , & répondent à ce
qu'on lui impate fauffement ,
mais en l'enveloppant de tant
de paroles inutiles & de faux
raifonnemens , que la verité a
toujours efté étoufée fous le
grand amas qu'on y a mélé de
menfonges , d'iniures. Il faloit
la retirer de ces abifmes, &
je croy avoir le bonheur d'en étre
venu à bout. Chacun apAVIS.
*
plaudit à cette Hiftoire par
Pintereft que l'on prend au Roi .
On a de la joye de voir fa iufticey
paroitre à découvert ,
l'on fe fait un plaifir du cha
grin que doivent avoir fes En
nemis d'eftre pouffezicar quand
méme ils ne cefferoient point de
faire écrire , ce que ie fuis fort
perfuadé qu'ils continueront de
faire , il nefortira de leur plume
que des iniures , des raison
nemens & des predictions , qui
ne pourront détruire ce que i'ay
écrit , puis qu'il faudroit nier
'Hiftoire , qui quoique differen
te felon la paffion des Ecri
vains , ne peut s'empécher de
marquer en quel temps , & en
quelles occafions on a fait des
Tréves des traitez de Paix,
quand on a repris les armes
A VIS.
pour quelfuiet, quand on a fait
des ligues , & par qui elles ont
efté faites. Ces faits énoncez
avec les dates font connoitre la
verité , d'une maniere à n'en
pouvoir laiffer aucun doute à
ceux qui voudront y faire reflexion
, & quand rien ne la déguife
, & qu'elle prend foin de
fe montrer elle- même, on la connoit
beaucoup mieux. Ainfi ce
n'eft point d'un bel ouvrage que
ie m'applaudis , mais d'avoir
trouvé le fecret de mettre la ve
rité dans fon iour. Il n'y en avoit
point d'autre voye que de
remonter aux faits paffez , &
de les rapporter ensemble , afin
que les confiderant tout d'une
vüe , on pût mieux remarquer,
ce qu'on ne voit pas fi bien.
dans l'éloignement. Te n'ay pas
A V I S.
Laiffé de combatre quelques
raifonnemens captieux ; mais
enfin , quand on ne feroit nulle
confideration fur ce qui vient
de moy , il fuffit qu'on ajoûte
foy à ce que j'ay rapporté de
Hiftoire , & il eft certain
qu'on ne le peut faire fans que
le Roy demeure justifié , touchant
les infractions dont on
l'accufe fi injustement . En effet,
on ne fauroit s'empêcher de croire
, ce qui eft dans une infinité,
non pas de Libelles de Hollande,
mais de Volumes d'Hiftoires .
& même dans celles de toutes
les Nations. Enfin il y a de certains
faits de Cabinet, qui quoi
que veritables peuvent toujours,
être difputez , parce qu'on n'en
a fouvent pour garands que
ceux qui les rapportent , mais il
A VIS.
n'en eft pas de méme des faits
publics dont perfonne ne peut
difconvenir ; tels que font le
jour de la naissance d'un Roy .
celui de fon triomphe , de Ja
mort , de la perte ou du gain
d'une bataille, & de la conclufion
d'un Traité de Paix , dont
les articles font diftribuez au
public. C'étoit une chose qui
crioit vangeance , que ceux qui
ont fait tout ce qu'ils imputent
à Sa Majesté, ofaffent l'en accufer.
A force de vouloir faire
croire une chofe, on vient quelquefois
à bout de la perfuader ;
mais je ne crois pas que les Ennemis
du Roy réuſſiſſent à noircir
la réputation de ce Monarque
par cet artifice. Ils peuvent
écrire prefentement auiant
qu'illeur plaira ,je ne leur
A VIS.
répondrai plus , tant qu'ils ne
les mémes chofes.
diront
que
Il ne me reste plus rien à dire
, fi ce n'est que ces Volumes
font faits avec tant de precipitation,
& imprimez en fi peu
de tems, qu'il eft impoffible, quelque
foin que l'on en prenne
qu'il ne s'y gliffe des fautes . Ie
ne fais point d'Errata , parce
que ie croi le Lecteur affez éclairé
pour les remarquer luiméme
, mais il y a quelquefois
des endroits fi défigurés , que
n'en fauroit deviner le fens. Il
s'en trouve un de cette nature
dans la feconde page de la Preface
de la fixiéme Partie des
Affaires du Tems, où il y a , &
d'ailleurs , qui voudroit avoir
tout ce que j'ai mis en fix Volumes
, outre qu'il l'auroit fans
L'on
AVIS.
ordre , feroit contraint de garder
en papiers inutiles, plus que
trente de ces pieces ne contiennent.
Ilfaut lire,feroit contraint
de garder plus de pieces que
n'en pourroient contenir trente
Volumes comme les fix premiers
des Affaires du Tems
parce que plufieurs de ces pieces
font accompagnées , & c....
SEPTIE
SEPTIE ME PARTIE
DES AFFAIRES
DU TEMPS
DEL
YOONE
VILLE
E ne croyois pas
quand j'ai commencé
à vous écrire fut
les Affaires du Tems,
que cette matiere auroit dequoi
me mener fi loin . Je ſavois
bien que la Guerre dont
je vous ai découvert le noeud
dans mes Lettres precedentes
,
ne faifant que s'allumer, m'obligeroit
à vous en dire les évenemens
juſqu'à ce qu'elle cu¤
Tome VII. A
2 VII. P. des Affaires
perceffé,
mais j'avois fujet de croire
que je n'aurois plus rien à
vous aprendre touchant l'intrigue
qui a mis les Affaires de
l'Europe dans la fituation où
elles font aujourd'hui , non plus
que touchant quelques actions
du Prince d'Orange, dont
fonne n'a pû favoir jufqu'ici
les veritables motifs . Cependant
j'en ai penetré la verité,
au moins fi j'en croi des perfonnes
dignes de foi , & qui en
ont eu de fures lumiéres, parce
qu'ils étoient dans des poftes
d'où l'on peut découvrir beaucoup
de chofes pour peu qu'on
foit attentif aux évenemens
finguliers, & qu'on prenne foin
d'en examiner les caufes Mais
avant que d'entrer dans ce que
j'ai à vous dire de nouveau làdeflus
, j'ai à vous entretenir
du
Temps.
des Affaires que la France a
aujourd'hui avec la plus grande
partie des Puiffances de
l'Europe, aprés quoi je reprendrai
le Journal de ce qui fe
paffe en Angleterre , à l'endroit
où je l'ai laiffé la derniere
fois .
Comme je n'avance , rien
dans toutes mes Lettres que les
pieces à la main, afin de pouvoir
le juſtifier, c'eſt- à - dire , en
raportant des endroits de celles
que je cite , en vous en envoyant
d'autres entiéres , ou ent
vous marquant des faits publics,
& généralement connus ,
ne vous étonnez pas fi je reprens
les mêmes Articles toutes
les fois que j'ai de nouveaux
éclairciffemens à vous en don
ner. J'en uferai toujours de la
même forte lors qu'il me vien-
A iij
4. VII. P. des Affaires
dra de nouvelles preuves , qui
fortifieront ce que j'aurai déja
dit , ou qui juſtifieront ce que
j'aurai encore à vous dire fur
les mêmes Articles. J'en vais
retoucher un grand , & dont
les Ennemis du Roi fouhaiteroient
que l'on n'euft jamais
parlé , parce qu'ils n'ont point
de détours pour le défendre.
Auffi mettent -ils toute leur application
à faire fuprimer ce
qui peut donner occafion de
traiter encore cette matiere.
Les Princes Catholiques ne
veulent pas que cette Guerre
foit une Guerre de Religion ,
& que la veritable Eglife en
puiffe fouffrir . Cependant comme
ils ne peuvent le déguiſer
à eux-mêmes le contraire de
Ce qu'ils difent , ils tâchent
par toutes les voyes imaginadu
Temps.
5
bles , d'ôter à leurs Sujets la
connoiffance de tout ce qui s'écrit
là - deffus ; mais pendant
qu'ils en ufent ainsi , les Proteftans
leurs Alliez ne gardent
pas la même referve . Non
feulement ils publient que cette
Guerre caufera la perte de
la Religion Catholique , mais
ils l'écrivent même, & font répandre
ces écrits parmi tous
ceux qui font du même parti ,
afin de les animer davantage
à cette Guerre comme à une
guerre de Religion . On voit
des preuves de ce que je dis
dans un Livre imprimé en
Hollande, & intitulé, Les heureufes
fuites de l'Alliance & de
I'Vnion du Prince d'Orange avec
les Etats Generaux . Il y a cent
endroits dans ceLivre qui prouvent
ce que je viens d'avancer.
A iij
6
VII. P. des Affaires
Vous en jugerez par celui- ci :
Si la France étoit abaiffée , la
Paix rétablie , l'Angleterre &
la Hollande unies étroitement ,
& les Proteftans en repos , on
verroit bien tôt la décadence
du Papifme. Voilà ce qui s'appelle
s'expliquer nettement &
fans détour , & nommer les
chofes par leur nom . S'ils levent
ainfi le mafque quand ils
doivent diffimuler , de quelle
maniere en uferoient-ils fi la
France n'avoit pas affez de
force pour leur tenir tefte ?
Comme ils font fuperieurs en
nombre aux Catholiques Icurs
alliez ils ne tarderoient guere à
fe declarer contre eux, & n'en
feroient point de fcrupule , parce
qu'il s'agiroit de Religion ,
& de rendre toute l'Europe
Proteftante. Cependant ceft la
du
Temps.
7
pieufe Maifon d'Autriche , &
la Cour de Rome qui leur mettentles
armes à la main au hazard
de tout ce qui en peut
arriver . Quand on fait refle
xion fur des faits fi extraordi
naires , l'imagination fe trouve
fi remplie , & fi étonnée en
mefme temps , quon demeure
dans la furprife fans pouvoir
exprimer ce que l'on
penfe
, tant il eft difficile d'ajoûter
foy à ce
que l'on voit ,
& à ce que l'on entend. Un
autre endroit de ce meſme
livre porte Il faut avant
que de parler de paix , que
Louis XIV. rétabliſſe l'Edit
de Nantes , & remette les Reformez
dans l'état où ils eftoient
avant la mort de Henry IV.
repare tous les domages qu'ils
ont foufferts. Voila le but de
A iiij .
8
VII. P. des Affaires
l'alliance des Princes Proteftans
avec les Princes Catholiques
hautemet déclarée par là ,
& l'on voit qu'ils fe mettent
peu en peine qu'on le fcache,
puis qu'ils laiffent debiter publiquement
un Livre qui explique
fi bien leurs intentions . Si
le bon état où le Roy a mis la
France , n'empefchoit pas ce
malheur , la Cour de Rome en
fufcitant la guerre qui embraſe
aujourd'huy l'Europe , auroit
caufé l'entiere deftruction de la
Religion Romaine , car il eft
hors de doute que fi la France
avoit plié fous le joug des Proteftans
, le refte des Catholi
ques de l'Europe feroit
foible pour leur reſiſter. Ainfi
il ne faut pas s'eftonner fi
tant de Puiffances s'uniffent
inutilement contre le Roy ; ce
trop
du
Temps.
9
Monarque prend les interefts
du Ciel, le Ciel prend foins de
fes Etats.
Le mefme Autheur dit encore
: Le retablissement des
Princes depoffedez, & des proteftans
exilez eft l'une des plus
heureufes & des plus importantes
fuites de l'union des Confederez.
On s'aveugle fouvent
lorfque l'on tient un méchant
party , & le mot de Princes depoffedez
eft mis là fans réflexion
en parlant de la France ,
mais comme on veut la charger
de toutes fortes de crimes
afin qu'elle devienne odieuſe ,
on les entaffe les uns fur les autres,
fans examiner fi ce que l'on
dit eft vray ou non. L'importance
eſt d'en nommer beaucoup,
& de furprendre les
ples par le grand nombre , afin
peu-
A v
10
VII. P. des Affaires
qu'ils ne puiffent demefler la
verité , mais qui voudra faire
un peu reflexion fur cet article
trouvera qu'il eft contre les ennemis
de Sa Majefté , au lieu
d'eftre à leur avantage , & que
le Roy d'Angleterre eft le Prince
depoffelé du rétabliſſement
du quel il s'agit. Comme
le Roy n'a point d'autre but,
' ce ne feroit pas ce Monarque
qui arrêteroit la conclufion de
la paix , s'il n'étoit queſtion
que de cet article . Voila comme
l'on fe trompe en ſe declarant
pour une mauvaiſe cauſe ;
l'ardeur inconfiderée que l'on
a de la défendre fait que fouvent
l'on expoſe faux fans y
penfer , & qu'on fait voir l'injuſtice
du parti que l'on foûttient.
Voici encore un endroit
du même livre. Les Catholiques
du Tems . II
ont interêt de perdre les pretendus
Hérétiques Il n'en eft pas
de même des Ecclefiaftiques Proteftans
dont la converfion de
leurs Adverfaires n'augmente
point les revenus , ce qui fait
qu'ils ne s'y portent point avec
chaleur. Rien n'eſt plus contre
les Pretendus Reformez que cet
endroit. On a voulu faire voir
par-là, pour abufer les Princes
Catholiques Confederez , que
les Proteftans ne chercheroient
que la perte des Catholiques ,
mais fans le prouver on eft tom +
bé dans un inconvenient auquel
on n'a pas penſé , qui eſt
de faire connoître que les Proteftans
n'agiffent que par inte
rêt, & que lors qu'il n'y a point
de revenu à augmenter , ils fe
mettent peu en peine de la con+
verfion de leurs Freres , quoi
A vj
12
VII. P. des Affaires
qu'ils ne les
croyent pas dans
la bonne voye . Les termes font
formels , & on n'a qu'à lire fans
commenter
, & fans faire de
raiſonnement. Il n'y a point de
revenu à augmenter
, donc il
n'y a point de charité parmy
les Proteftans
. C'eft un de leurs
meilleurs
Ecrivains
qui le dit .
Cet endroit donne lieu de faire
des reflexions
fur des veritez
inconteſtables, & qui ont paru,
& continué de fe faire remarquer
depuis l'établiſſement
de
la Religion
Proteftante
. Si on
veut fe donner la peine d'examiner
ce qu'ont fait les Catholiques
& les Proteftans
, on
trouvera
que les Catholiques
n'ont cherché que le falut des
Proteftans
, & que les Proteftans
n'ont cherché
que la mort des
Catholiques
, Les premiers
n'ont
du
Temps. 13
employé pour armes & pour
Soldats que les raifons & les
Miniftres de l'Evangile , fans
avoir jamais cherché à répandre
une goute de fang , & les
derniers n'ont répondu à l'ardeur
de ce zele pour leur falut
que par le fer & par le feu ; de
forte que les Guerres qui ont
duré fi long- temps entre ces
deux Partis, & qui ont deſolé la
France fous trois ou quatre de
nos Rois , n'auroient pas eſté fi
fanglantes,ou plûtoft n'auroient
point du tout coufté de fang, fi
les Proteftans euffent voulu employer
des raifons,au lieu d'employer
les armes ; mais ils veulent
la mort du pecheur , &
les Catholiques veulent que le
Pecheur fe convertiffe, & qu'il
vive .
On lit ce qui fuit dans le mê14
VII. P. des Affaires
me Livre. Les Catholiques Romains
s'imagineront que le rétabliſſement
des Proteftans exilez
ne les regarde pas , mais il
Les touche de plus prés qu'ils ne
penfent. Il y a encore vingt endroits
dans ce Livre qui marquent
que les Proteftans confederez
ne font la guerre que
pour rétablir les proteftans en
France. Cette verité qu'il faut
croire puis qu'ils prennent
tant de foin de la publier , &
de la faire paroître dans la plufpart
de leurs écrits étant conf
tante , la Cour de Rome , & la
Maifon d'Auftriche ne peuvent
plus nier , que cette guerre ne
foit une guerre de Religion, &
par confequent toute contre les
Catholiques ,parce que les Catholiquesconfederez
ne veulent
rien faire pour leur Religion,&
du Tems. 15
que loin de rien demander à
fon avantage, ils ne cherchent
avec les Proteftans qu'à oprimer
un Monarque qui foutient,
& qui peut feul foutenir la Religion
Catholique. Il en est l'unique
apui , & fi cet apui vient
à tomber , il faudra neceffairement
qu'elle periffe. Je ne croi
pas que Rome & Vienne ôfent
dire que Sa Majefté ne la foutient
pas. La preuve en feroit
difficile à faire. Ces deux Etats
ne peuvent non plus nier que
leur deffein ne foit pas d'opri
mer le Roy. Donc en cherchant
la ruine de la France, ils
concourent à celle de la Religion
Catholique. Ils ont beau
dire qu'ils n'en veulent point
à la Religion. Elle ne peut
dans la fituation où font les
affaires , être feparée de ce
16 VII. P. des Affaires
là
qui regarde la France , d'où l'on
doit conclure que chercher la
ruine de la France , c'eſt travailler
à détruire la Religion
Catholique dans l'Europe. On
ne peut dire que ce n'eſt pas
le but des Proteftans confederez
puis qu'ils ne ſe contentent
pas de le publier , mais qu'ils
rempliffent leurs écrits de leurs
deffeins ; on ne peut non plus
fe vanter qu'on fçaura en arrefter
l'execution
, puis que les
Troupes des Catholiques font
beaucoup moins nombreuſes
que celles des Proteftans, avec
lefquels ils fe font unis .
le pourrois vous marquer
encore beaucoup d'endroits.
dan le Livre dont j'ay commencé
à vous parler , & qui
font tous à la confufion des
Ennemis de la France , quoy
du
Temps .
17
que ce Livre foit écrit par un
Proteftant , & publié & avoué
dans des Eftats Proteftans ;
mais je me contenteray de
rapporter encore celuy - cy . Si
les Confederez prennent avec
chaleur le rétablissement de
l'Edit de Nantes , & ne veulent
point de Paix fans cette
condition ils gagneront le
coeur de tous les Proteftans de
France; & feront affurez d'y
avoir un puiffant parti.
>
Voilà de ces endroits qui
parlent d'eux mêmes , & qui
n'ont point befoin de commentaires.
On y voit en quatre
lignes tout ce que penfent
les Proteftans , & tout le mal
dont Rome & la Maiſon
d'Auftriche feroient caufe , fi
le Roy , dont Dieu a beny le
gouvernement , n'eftoit feul
›
18 VII. P. des Affaires
plus puiffant que tous fes Enne.
mis enfemble , & que les plus
triomphans de fes Predeceffeurs
, qui feuls n'auroient pu
refiftter à un fi grand nombre
de Puiffances .
Tous les Extraits que vous
venez de lire ayant efté tirez
d'un Livre imprimé en Hollande
, comme je vous l'ai déja
marqué , font voir que la
Cour de Rome n'a pas parole
de la moderation des Proteftans
fur le fait de la Religion ,
en cas que les Confederez remportaffent
de grands avantages,
& que quoi qu'ils euffent
promis là - deffus , ils ne le tiendroient
pas , puis qu'ils fe vantent
déja de ce qu'ils veulent
faire en France fur ce fujet , &
que s'ils avoient reduit une
Puiffance fi redoutable à leur
du Tems. 19
accorder toutes leurs demandes
, & à plier fous leur joug ,
toutes les autres ne feroient
contre eux que des éforts inuti g
les. Ainfi il eft hors de doute
que fi la France fuccomboit
dans cette guerre , la Religion
Proteftante auroit non feulement
le deffus dans toute l'Europe
, mais que la Catholique
feroit en danger d'y être abolie;
de forte que tous les Catholiques
de l'Europe , & même
ceux qui font Sujets des Princes
alliez avec les Proteftans
doivent fouhaiter que la France
triomphe du grand nombre
d'Ennemis qu'elle a à combatre.
Ce n'eft pas moins leur affaire
que celle de cette Couronne
là , puis que tous les Ca
tholiques en doivent également
craindre les fuites. Rome
20 VII. P. des Affaires
>
même ne doit pas être exempre
de cette apprehenfion, quoi
qu'elle foit en parfaite intelligence
avec les confederez
Proteftans & que ces derniers
fe reffentent de l'argent
qu'elle donne aux Catholiques
leurs Alliez, pour faire la guerre
à la France. Cette guerre a
beau eftre fâcheufe pour les
Catholiques d'Angleterre , Rome
n'entre point dans leur malheur
, & à fçu faire connoitre
à Mr Porter,Envoyé de fa Majefté
Britannique , que toute fa
pitié eftoit refervée pour les
Proteftans d'Allemagne dont
la France a triomphe. Le Cardinal
Pio , qui eft mort dans le
temps que le Prince d'Orange
a paffé en Angleterre , & qui
avoit eu d'autant moins de peine
à prendre les fentimens de
du
Temps.
27
la Cour de Rome , qu'il eftoit
tout Allemand & Protecteur
de l'Empire , s'écria devant
beaucoup de perfonnes un peu
avant la mort. Heureux débarquement
du Prince d'Orange ,
qui abattra la puissance de la
France, le ne rapporte ces paroles
que pour faire voir , que
puis qu'un Cardinal a pu parler
de la forte , Rome ne defaprouvoit
pas cette entrepriſe, &
qu'ainfi il n'y a pas lieu de douter
que tout ce qu'on a dit làdeffus
ne foit veritable; mais de
quelque maniere qu'on en ait
parlé en France, on l'a toujours
fait avec beaucoup de circonſpection
tant les François
ont de refpect pour ceux qui
gouvernent l'Eglife . Cependant
ce qui s'eft paffé à
Rome là-deffus , & ce qui s'y
paffe encore tous les jours
22
VII. P. des Affaires
devroit nous lever tous nos
fcrupules & puis qu'on n'y
cache pas l'interêt que l'on y
prend, on en peut parler librement
par tout , fans qu'il y ait
lieu d'y trouver à redire , au
moins avec juſtice. Si le Pape
n'étoit pas dans les fentimens
Au Cardinal Pio,cette Eminence
n'auroit ofé s'expliquer fi
hautement qu'elle a fait dans
le lit de la mort , & comme
cette circonstance empêche
que l'on n'en doute, on ne devoit
pas croire que Sa Sainteté
acordât aucune fomme à M.
Porter , Envoyé d'Angleterre,
pour contribuer au retabliſſement
du Roy on Maitre. On
peut dire neanmoins
toutes les raifons que j'ay marquées
dans ma fixiéme , Lettre
qui l'y devoient engager, qu'il
> Outre
du Tems. 23
3
y étoit encore obligé , parce
qu'il avoit fait affurer ce Monarque
, & que l'Empereur
luy avoit fait dire aufli plufieurs
fois , que le grand armement
de Hollande ne le regardoit
en aucune forte ; ce qui
luy avoit fait refufer des lecours
qui auroient indubitablement
empeché l'invanſion du
Prince d'Orange, le noeud de
cette afaire eftant expliqué
dans ma troifiéme Letre, je në
le repete point ; mais je dois
vous dire une chofe , à propos
de la dureté du Pape pour le
Roy de France & pour le Roy
d'Angleterre , qui merite d'a
voir place icy M. Porter , Envoyé
de Sa Majesté Britannique
à Rome , ayant paffe en
France pour voir la Reine
d'Angleterre avant que d'aller
"
14 VII. P. des Affaires
of
joindre le Roy fon Maître en
Irlande , eut l'honneur de falüer
Sa Majefté ; & comme il
eftoit impoffible qu'en l'entretenat
fur fon Voyage de Rome,
cer Envoyé ne luy parlaft pas
du Pape , le Roy luy dit d'un
air plein de douceur , & qui
marquoit fa prudence & fa
bonté , le fuis perfuadé que le
Pape ne croit point mal faire ,
& que fon intention eft bonne
mais je fuis faché qu'il fe foit
engagé dans une méchante cabale
. En verité on ne doit pas
s'étonner fi on donne tant de
loüanges au Roy , puis que ce
Prince fournit chaque jour de
nouveaux fujets de l'admirer.
Le Roy pouvoit parler avec
aigreur , & marquer les juftes
fujets qu'il a de fe plaindre; on
n'en auroit pas efté furpris ; il
auroit
du Tems. 25
auroit pû mefine ſe permettre
quelque emportement , & il
n'auroit fait en cette rencontre
, que ce qui eft naturel à
tous les hommes . Cependant il
fait paroiftre la plus haute moderation
dont un Souverain
puiffe eftre jamais capable , &
je pourrois mefme dire que qui
examinera bien tout ce que la
Cour de Rome a fait contre ce
Monarque avoüera que
quand le Roy fe poffede aïðfi
lui - même il fe met en quelque
forte au deffus de l'homme . Ce
n'eft pas que fon coeur ne foit
fenfible , mais fa pieté l'emporte
fur les juftes ſujets qu'il a
de fe plaindre & il n'eft pas
moins Roy tres- Chreftien d'effet
que de nom. Dans le mefme
temps que Sa Majesté par-
B
26 VII. P. des Affaires
le du Pape d'une maniere fi
honnefte , vu la fituation des
affaires , & tout ce que fa Sainteté
a fait contre la France
loin que ce Chef de l'Eglife
prenne d'autres fentimens , &
travaille à établir la concorde
entre les Princes Catholiques,
il veut toujours voir par d'autres
yeux que les fiens , & ne
trouvant pas le feu de la guerre
affez allumé , il fait folliciter
les Suiffes par fon Nonce ,
d'ouvrir aux ennemis du Roy
des paffages qui eftant libres, ne
peuvent que donner occafion
de repandre beaucoup de fang
Chrétien, & fervir à faire égorger
des milliers d'hommes , dont
la vie feroit beaucoup mieux
employée , contre l'ennemy
commun de la Chreftienté.
Les Princes du monde peudu
Tems. 27
vent acheter la paix par la
guerre , mais ce n'eft pas là la
voye que le Pape doit choifit
pour la procurer à l'Europe . Il
eft le Pere commun de la Chreftienté
; il ne doit point exciter.
fes enfans à fe battre les uns
contre les autres, il ne doit point
chercher à voir répandre leur
fang Nous lifons que c'est une
chofe qui eft en horreur à l'Eglife
, & le glaive que nôtre
Seigneur fit remettre à faint
Pierre dans fon fourreau , nous
apprend qu'elle ne doit ny
s'en fervir ny confeiller qu'on
s'en ferve. Ainfi le Pape pourroit
employer d'autres
que celle des armes pour pacifier
l'Europe , mais il ne faudroit
pas pour cela qu'il fuft
partial , ny qu'il euſt luy mefme
des intereſts humains,
voyes
Bij
28
VII. P. des Affaires
qui luy fiffent fouhaiter de
voir la France abaiffée , afin
qu'elle fuft moins en état de
conferver-fes droits à Rome .
Voilà en partie l'origine de
tout ce que nous voyons arriver
aujourd'huy , & fi nous
reprenons les chofes dés leur
fource , nous verrons , que les
Villes de Spire , Vormes , Openheim
, & Frankendal qui
viennent d'eftre brulées , doivent
une partie de leur malheureuſe
deſtinée à la Cour
de Rome , puis qu'ayant fufcité
au Roy un nombre prefque
infini d'Ennemis , il s'eft
trouvé indifpenfablement obligé
de brûler ces Places ,
pour empêcher qu'on ne fift
un degaft en France beaucoup
plus confiderable . Sa Majeſ
té n'a fait en cela que ce
du
Temps.
29
)
qu'Elle a dû faire , comme je
vous l'ay fait voir plus au long,
en juftifiant par de fortes raifons,
la deftruction de plufieurs
Places du Palatinat , à quoi je
dois encore ajoûter celle- ci
que l'on trouvera dans Quinte
Curfe. Memnon le Rhodien
confeilla à Darius de faire brûler
plufieurs Places de l'Afie
Mineure pour empêcher qu'Alexandre
n'entrât dans fes Etats
. D'abord Darius ne voɩlut
point fuivre des avis fi falutaires
, mais le peril commençant
à le preffer , il fit mettre
le feu à quelques -unes . Il êtoit
trop tard , & Alexandre en
êtoit trop proche , de forte qué
ce Conquerant arriva affez à
tems pour le faire éteindre.
Par là Dárius fut contraint
de fuccomber , & pour avoir
•
B iij
30 VII. P. des Affaires
voulu épargner quelques places
, il ne put fauver fa perlonne,
La politique du Roy a efté
meilleure , & fa prudence plus
grande. Il a ofté à les ennemis
tout ce qui leur pouvoit faciliter
les moyens de venir à lui ,
& ce qui doit empêcher de
crier , comme on fait injuftement,
contre un procedé qui
eftoit abfolument neceffaire ,
c'eſt qu'en ruinant feulement
des Maifons , & des murailles,
il a épargné le fang de plufieurs
milliers d'hommes de l'un
& de l'autre Party, qu'on auroit
indubitablement vû couler , fi
ce Monarque n'euft pris une
refolution fi ferme , & en mef-.
me temps fi utile au bien de toute
l'Eglife Romaine. On auroit
peine à compter le nombre de
Souverains qui fe font liguez
du
Temps. 31
que
contre lui feul. On fait que
l'Alemagne en eft toute pleine,
& que tous les membres de
l'Empire fe font unis contre la
France ; que l'Espagne , & la
Hollande s'y fout jointes ; que
l'Angletere eft de la partie , &
fi la Cour de Rome ne
fournit pas d'hommes , elle ne
laiffe pas d'eftre d'une grande
utilité dans le Party puis
qu'elle donne fa part en argent.
Quand je parle du grand
nombre d'Ennemis que la
haute reputation du Roy luy
a fufcitez , je ne dis que ce
qui eft tres connu , & fi qu'el- ,
qu'un en vouloit douter , il me
feroit fort aifé de le convaincre
par la peinture que vous
allez voir. Elle eft tirée d'un
Livre qui a paru depuis quelques
mois , & qui eft intitulé ,
B iiij
32 VII. P. des Affaires
Les veritables interêts des Princes
de l'Europe dans les Affaires
prefentes. Voici de quelle maniére
l'Auteur parle des Ennemis
de la France. Il faut avoüer
que la France ne fe peut tirer
de la fituation incommode où elle
eft aujourd'hui . Elle fe voit
fur les bras plus d'Ennemis tout
à la fois que la Couronne n'en
avoit eu depuis cent ans à diverfes
fois . Ce n'eft pas une fimple
ligue, c'est une espece de conjuration
univerfelle , pour la
perdre. Tout eft réuni , & les
Proteftans , & les Catholiques
entrent dans le même deffein .
La revolution qui vient d'arri-·
ver en Angleterre jette la France
dans de nouvelles agonies, &
parmi tant de peuples voisins ,
elle ne trouve pas un Allié ; ce
font tous ennemis.
du Tems. 33
Si ceux qui font de telles
peintures font bien perfuadez
que la France ait un fi grand
nombre d'Ennemis, ils ne peuvent
fans injuftice trouver à
redire , qu'elle fe ferve de tous
les moyens que la guerre , &
l'extrême neceffité permettent
,
pour en arrêter la multitude
, qui cherche de tous côtez
à fondre dans fes Etats ,
& qui voudroit pouvoir penetrer
jufques au coeur de la
France, afin d'obliger les nouveaux
Convertis à prendre
les armes . Il eft hors de doute
que fi l'on examine avec
l'attention neceffaire , le danger
où elle auroit pu fe trouver
fans les fages & prudentes
precautions qu'elle a prifes ,
on demeurera d'accord , pour
peu qu'on veuille ceffer d'être
B v
3.4 VII. P. des Affaires
partial , que jamais feu n'a été
fii falutaire que celui qu'elle a
fait mettre aux Villes qui ont
été biûices aprés que l'on en
a garanti non feulement tous
les Habitans, mais encore tous
leurs meubles , qu'ils ont eu un
temps affez long pour les fauver,
& qu'on leur a donné toutes
les chofes dont ils ont eu
befoin pour les tranſporter dans
les lieux où ils ont voulu aller
faire leur demeure le fçai bien
que n'y ayant rien qui n'ait
deux faces, il n'eft pas difficile
de noircir ce que la France
vient de faire en faifant mettre
le feu à quelques Villes , &
que lors qu'on ne fera pas reflexion
fur la neceflité preffante
qui a demandé qu'on en
ufaft de la forte , on condam→
nera toujours cette action , pardu
Temps. 35
ce qu'elle eft condamnable en
foy , & comme il n'y a que les
eirconftances qui la puiffent
rendre legitime, on ne la fçauroit
juftifier qu'aprés les avoir
examinées. C'est ce que font
ceux qui fçavent la fituation
des affaires , & ce que permet
la guerre en de certaines conjonctures.
Quant aux autres,
parlenten ignorans. Ils regar
dent le mal parce qu'il eft veritablement
mal, mais il le faut
regarder quelquefois comme
étant capable de produire un
fort grand bien . l'en ay fait
voir des exemples que je ne repete
point.
ils
le viens de vous rapporter
par occafion un endroit du Livre
qui a pour titre . Les veri--
tables interefts des Princes de
l'Europe , & je croy vous en'
B vj
36 VII. P. des Affaires
devoir entretenir plus au long,
parce qu'on a eu grand ſoin de
le répandre dans toutes les
Cours , & que ces fortes de Livres
peuvent faire impreffion
fur les efprits foibles , & fur les
ignorans qui croyent ce qu'ils
lifent. Il eſt cependant certain
que s'ils y faifoient un peu de
reflexion , le plus groffier connoitroit
que la paffion fait parler
les Auteurs de ces Ecrits, &
que rien ne peut eftre plus facilement
détruit que ce qu'ils
avancent . On en dira peut - être
autant de mes Lettres , mais la
difference eft grande.Tous ces
Auteurs attaquent la France, &
pour la noircir ils fuppofent
mille fauffetez , au lieu que ie
ne fais que répondre,& les convaincre
par des faits réels &
connus , par des Pieces justifidu
Tems. 37
catives , & fouvent par les
endroits de leurs Ecrits qui
fe contredifent , du peu de
verité qu'il y a dans ce
qu'ils tâchent de nous faire
croire.
L'Auteur dont ie viens de
vous parler , veut perfuader à
tous les Princes de l'Europe
que la France eft remplie de
mécontens. Son but eft de les
rendre fermes dans leur union ,
par l'espoir qu'il pretend leur
faire prendre par là , que ce
puiffant Etat contribuera bientoft
de lui- même à fa ruine en
fe révoltant contre fon propre
Souverain . S'ils ne fe fondent
que là - deffus , leurs affaires
ne fçauroient qu'aller fort
mal , puis que jamais on n'a
allegué de plus foibles raiſons ,
pour faire croire une choſe
38 VII. P. des Affaires
qui paroit autant éloignée de
la vrai-femblance qu'elle l'eſt
en effet. le laiffe là les Nou
veaux Convertis ; ils peuvent
ne l'eftre pas tous de bonne
foismais on peut dire auffi qu'il
eft ridicule de vouloir qu'il n'y
en ait aucun qui ait veritablement
abjuré de coeur. Avant la
fuppreffion de l'Edit de Nantes
on voyoit tous les jours des:
Proteftans fe convertir par la
feule force de la verité , fans
que le Roy cuft aucune part
à ce changement de Religion.
Pourquoi ne veut on pas qu'il
y en ait qui s'y foient rendus,
lors que ce Monarque a pris
des foins extraordinaires
pour
les faire inftruire par tout ce
qu'il y a de fçavans hommes
dans fon Royaume ? Mais enfin
je ne veux point m'opiniât
du Tems.
39
trer là - deffus , je veux être plus
équitable que les ennemis de
la France qui outrent tout ce
qu'ils difent , & je confens à
leur accorder que parmi les
Nouveaux Convertis il s'en
peut trouver qui ne le font pas
veritablement ; mais je demande
à ces Ecrivains s'ils font
perfuadez que ceux qui font
convertis feulement en apparence
, fe declareront contre le
Roy. Si l'on en croit un nombre
prefque infini d'Ecrits venus
de Hollande , les Potentats
n'ont point de plus fidelles Sujets
, & quoi qu'ils different de
Religion avec eux , ils font tellement
attachez à leur devoir,
qu'ils expoferont toujours leur
fang pour celui qu'ils font obligez
de reconnoitre pour leur
Souverain . Si cela eft , on ne
1
40 VII. P. des Affaires
•
doit rien craindre des Nouveaux
Convertis , car foit qu'ils
le foient veritablement , out
non , ils feront toujours fidelles
à leur Prince legitime , & fi la
Religion les fait éloigner de
leur devoir , comme pretend
l'Auteur des veritables interefts
des Princes de l'Europe ,
il faut qu'il avoue , que tous
fes pareils qui dans leurs Ecrits
font fonner fi haut la fidelité
des Proteftans , ont voulu tromper
le Public en foutenant ce
qu'ils n'ont pas cru , & que felon
les occurrences , & l'utilité
qu'ils en croyent tirer , ils ne
font point de difficulté de parler
differemment fur une même
matiere. Mais pour vous
faire connoitre que nôtre Auteur
s'eft trompé groffierement,
da Tems. 41
lors qu'il a voulu perfuader
que la France mécontente étoit
fur le point de ſe révolter,
je veux bien lui accorder ce
qui n'eft pas, & qu'il n'y a aucun
des Nouveaux Convertis qui
le foit veritablement. Ne faudra-
t-il pas qu'il convienne
en même temps que ces Nouveaux
Convertis ne peuvent
nuire à la France , & que les
précautions du Roy font fi fages
& fi grandes , & fon Etat
fi bien gouverné , qu'il eft impoffible
qu'ils foient en eftat
de nous faire le mal que tous
les Proteftans Eſtrangers publient.
La France n'ayant rien
à craindre de ce cofté - là ,
voyons par où l'Auteur auquel
ie réponds pretend qu'elle
eft mécontente , & qu'elle
s'appreſte à fe foûlever . Vous
42 VII. P. des Affaires
fçavez , que
commença
lors que le Roy
regner par luimême
, il fit quantité de Reglemens
& d'Ordonnances
pour le bien de fes Sujets , qu'il
reforma les abus qui s'eftoient
gliffez dans la luftice , & que
par le moyen des Grands Iours
il reprima l'infolente autorité
de plufieurs Seigneurs de Province
qui fortifiez d'un terrain
avantageux & pouſſez par des
paffions violentes, maltraitoient
impunément leurs Väffâux , &
croyoient leurs injuſtices à couvert
de la recherche , parce
qu'elles l'avoient été fous les
regnes precedens ; mais celui
du Roy eftoit refervé pour
nous faire voir des chofes qu'on
avoit jufqu'ici cruës impoffibles.
Voilà les fondemens fur
lefquels l'Auteur s'appuye pour
du Tems. 43
faire croire
que
la France mé-
· contente fe doit révolter . Il eft
vray que comme il ne trouveroit
pas fon compte à faire voir
à découvert les chofes que je
viens de vous marquer
, il les
enveloppe , & fe contente de
dire que les Nouveaux Convertis
, la Nobleffe des Provinces
& la Iuftice qu'on a tâché
d'abaiffer, ne manqueront pas
de prendre des fentimens de
révolte quand les Princes liguez
entreront dans le Royaume.
S'ils fondent là deffùs leurs
eſperances , & s'ils n'ont point
d'autres Troupes que celles
cellesque
la France leur fournira , leurs
Armées feront peu groffies , &
pourroient plutôt diminuer
qu'augmenter , s'il étoit poffible
qu'elles entraffent dans le
Royaume. le ne fçay files En44
VII. P. des Affaires
nemis s'en flatent , mais il faut
eſtre bien aveuglé , bien malicieux
, ou croire avoir à faire à
des efprits bien credules , pour
ofer avancer que la France eft
remplie de Mécontens.
-
Il n'y a aucun Seigneur à la
Cour qui ait jufqu'ici marqué
du mécontentement
, ny aticun
qui ait fujet d'en avoir. Le
Roy ne répand- il pas fes graces
à pleines mains fur tous
ceux qui la compofent : Les
Charges & les Gouvernemens
font- ils donnez à des Eftrangers
? Les Commanderies de
Saint Lazare qui font en grand
nombre , ne font elles pas pour
ceux qui fe diftinguent dans les
armes ? Y reçoit - on la moindre
bleffure fans eftre recompené
fur le champ , au lieu
qu'on fervoit autrefois toute fa
du Tems.
45
>
vie fans aucune recompenfe ?
N'en donne- t-on pas aux Veuves
mêmes & les Enfans
n'obtiennent- ils pas les Charges
de leurs Peres quand ils
en font dignes ? Le Roy au
lieu d'amaffer de grands trefors
, n'employe- t- il pas une
grande partie de fon revenu , à
donner tous les ans des Penfions
, ou des gratifications aux
perfonnes de merite ? Chacun
n'eft - il pas recompenfé felon
ce qu'il eft & les Soldats , qui
deviennent invalides , ne fontils
pas nourris , veftus, & logez
tout le refte de leur vie,dans un
lieu dont la beauté fert d'adouciffement
à leurs peines ? Enfin
tout le monde fçait qu'aucun
Officier, & même aucun Soldat
n'a été bleffé dans la derniere
capagne,fans que dans le même
46 VII. P. des Affaires
inftant on l'ait foulagé par
quelque don. C'est encore là
une de ces chofes dont toutes
les hiftoires ne fourniſſent
point d'exemples , & qui ne
font jamais arrivées que fous le
Regne du Roy . Il n'y a dans .
tout cela que des faits , & ces
faits font fi conftans qu'on ne
les fçauroit nier ; mais ils font
en même temps fi glorieux
pour Sa Majefté , que leur fimple
dénombrement , fans rien
ajoûter pour les mettre dans
leur jour , femble tenir de la
Aaterie , & voilà pourquoy les
jaloux de la gloire de ce Monarque
, & qui n'en peuvent
fupporter l'éclat , veulent perfuader
qu'on le louë , & qu'on
le flate lors qu'on ne fait que
nommer les grandes choſes
qu'il fait , dignes d'eftre redu
Tems.
47
marquées. Aprés avoir prouvé
que la France n'a pas fujet
d'eftre mécontente du Roy ny
de fon Gouvernement , comme
fes Ennemis tâchent de le faire
croire, il faut voir tout au contraire
ce qu'elle a fait d'extraordinaire
pour lui marquer
l'ardeur de fon zele.
On n'a jamais veu de prieres
fi ferventes , & fi continuelles
que celles que tous les Peuples
de fes Etats ont faites pour le
retour de la fanté de ce Prince,
lors qu'il a été malade. Iamais
on n'a tant veu de Festes pour
rendre graces à Dieu de fon
rétabliffement , & jamais tant
de réjouyffances publiques.On
pourroit dire qu'il n'y a rien de
nouveau en cela . l'en conviens
pour les prieres ; mais on doit
auffi demeurer d'accord qu'on
48 VII. P. des Affaires
enn'a
jamais ordonné de Feftes
en pareille occafion , & qu'il
n'y avoit point eu d'ordres
pour celles-la . Il y a plus
core. Ces Feftes n'ont pas feulement
été magnifiques , & ac-.
compagnées d'Eloges de ce
Prince prononcez publiquement
, mais elles ont duré fi
long- temps , & ont été faites
avec de telles dépenfes, que le
Roy a efté obligé de commander
abfolument,& plufieurs fois
même, qu'on les fit ceffer. Voilà
ce qui ne s'eftoit point encore
fait de nos jours ny
dans aucun
fiécle.
que
Nous avons veu
auffi depuis quelques années
le zele ardent des Peuples
a renouvellé , pour la gloire du
Roy , ce qui ne s'est fait que
dans l'ancienne Grece & dans
l'ancienne Rome, Vous voyez
bien
du Tems. 49
lieu
bien que je parle de l'ufage des
Statues. Il est vrai Pon en
que
a erigé à differens Souverains,
mais ce n'a jamais été que dans
la Capitale de leurs Etats , au
qu'aujourd'hui il n'y a
point de Provinces , ni prefque
de Villes , où l'on n'en éleve
qui marquent la grande affectió
des Peuples pour le Roi.Celles
de Bronze qui reprefentent
ce Monarque à cheval , fur des
Piedeftaux environnez de bas
reliefs & de figures, reviennent
à de tres- grandes ſommes; mais
rien ne coûte aux Peuples charmez
de la grandeur , & de la
bonté de leur Prince, lors qu'il
s'agit de fatisfaire l'ardeur d'un
zéle auffi ardent que fincere.Ce
zéle a été encore plus loin, &
nous venons de voir ces mêmes
Peuples , & ces mêmes Villes
C
So VII. P. des Affaires
l'on
qui font travailler à ces Statues
avec tant de dépenſe , donner
volontairement des fommes
confiderables , pour être en
ployées à foutenir les efforts du
grand nombre d'Ennemis de
ce Monarque. De pareils dons,
quand ils ne font point exigez,
& qu'on n'a pas même fait
preffentir aux Peuples, que
en pourroit avoir befoin , font
affez connoître qu'ils ont plus
d'amour pour leur Souverain ,
& qu'ils font en meilleur état
qu'on ne veut le laiffer croire.
Ĉes dons fe font faits fi volontairement
& avec tant de chaleur
, que le Roi a genereufement
refufé ceux de plufieurs
Villes , parce qu'il voyoit que
leur bonne volonté furpaffoit
leurs forces. Voilà ce que j'ai
crû devoir oppofer à la fauffe
du
Temps.
$
peinture qu'on fait du mécontement
des Peuples de France,
& qui ne contient que des pa-
Foles fans faits, & fans preuves,
@au lieu que je ne raporte que
des faits pour réponce , mais
des faits dont les Auteurs que
je cite ont cent fois parlé dans
leurs écrits, & dont par confequent
ils font demeurez d'accord.
Il faut qu'ils les détruifent
avant qu'ils foient crûs
fur le mécontentement des
Peuples de France , & comme
il eft abfolument impoffible de
- prouver que ce qui a été fait
aux yeux de toute l'Europe, &
même de toute la terre, ne l'ait
pas été, il y a auffi une entiére
impoffibilité de faire voir que
la France foit mécontente , comme
l'ofe dire l'Auteur des veritables
interêts des Princes de
Cij
52 VII. P. des Affaires
l'Europe.Il pretend prouver encore
que la France eft miferablé
parce que l'Arriere -ban ne
s'eft pas trouvé nombreux. Il y
a beaucoup de chofes à répondre
fur cela, que l'Auteur n'eft
pas obligé de favbir,ou ſur leſquelles
il n'a peut- être pas vou
lu faire de reflexion , ſon deſſein
n'étant pas de donner à fes Lecteurs
une jufte idée du bon
état de la France puis qu'au
contraire, il ne cherche qu'à la
faire croire abatue , fans forces
& fans vigueur. Je demeure
d'accord que fi on jugeoit de
l'Arriere-ban par les Gentilshommes
de l'Ile de France, c'eſt
à dire des environs de Paris, qui
fe font prefentez pour marcher,
on trouveroit qu'ils feroient en
petit nombre,mais comme toute
la Nobleffe de ces quartiers - là
"
du Tems. $ 3
3
د م ح م
་
paffe à Paris la plus grande
partie de l'année, & qu'en vertu
du droit de Bourgeoifie dont
elle y jouit, elle eft exempte de
l'Arriere- ban , on ne doit pas
S'étonner, fi un Canton qui a fi
peu d'étendue , & tant de perfonnes
privilégiées , a fourni fi
peu de monde. Les chofes ne fe
font pas paffées de la même
forte dans le refte des Provinces,
& comme le Corps qu'elles
ont fourni toutes enfemble, ' eft
trouvé confiderable, on n'en a
# employé que la moitié , & le
reſte a été congedié jusques à
l'année prochaine . Ce n'eft pas
que le tout joint , faffe un auffi
grand nombre de troupes
qu'il femble que l'on auroit
deu l'attendre d'un Etat auffi
peuple , & auffi floriffant que
la France mais les raifons
Cij
54 VEL. P. des Affaires
qui l'empêchent font avantageufes,
& doivent donner de la
terreur à fes Ennemis , au lieu
de la joye que leur ignorance
leur fait prendre, lors qu'ils ne
trouvent pas l'Arriere - Ban aufgrand
qu'ils avoient pu
fe l'imaginer. Il eft impoffible
qu'il le foit,puis que la Nobleffe
de France eft fi portée à la
guerre & a tant de zéle pour
fon Prince & pour fa Patrie ,
qu'elle fe trouve aujourd'hui
prêque toute dans les armées
de Sa Majefté. Du moins peuton
dire qu'il y a fort peu de
Gentilshommes qui n'y ayent
quelques-uns de leurs enfans,
& comme on eft exempt de
l'Arriere- Ban lors qu'on eft
dans le fervice, que l'on a fervi
foi-même , qu'on eft dans un
âge déja avancé , ou que l'on
du
Temps. 55
C
poffede quelque charge dans
la Maifon Royale,il ne faut pas
s'étonner s'il fe trouve fi peu de
Gentilshommes prêts à monter
à cheval pour faire la Campagne.
On doit bien plutôt être
furpris qu'il s'en trouve encore.
Ce qu'il y a d'extraordinaire
en cela, c'eft que le peu qu'il y
en a , au lieu de marquer la
foibleffe de la France , en fait
voir la force,puis que lors qu'il
n'y en devroit point avoir, parce
que toutes les armées du Roi
en font remplies , & qu'il y a
une infinité de Cadets , dont
eft formée une pepiniere qui
fournit des Officiers , il fe trouve
encore tant de Nobleffe
prête à monter à cheval, qu'on
n'en fait fervir prefentement
qu'une partie, & qu'on referve
l'autre pour l'année prochaine.
C iiij
56 VII. P. des Affaires
Ainfi les Ennemis doivent s'étonner
de voir que nonobftant
le grand nombre de Gentilshommes
qui fervent dans nos
armées, & dans les Compagnies
de Cadets , il en reste encore
qui foient en état de prendre les
armes, & l'Arriere- ban qui leur
a d'abord fait mal juger de nos
forces , doit prefentement
leur
faire avoir des penfées toutes
contraires. En effet ils ont tout
fujet de craindre des armées
remplies d'une Nobleffe fi genereufe
& fi intrepide , qu'elle
n'a jamais fui,lors même qu'elle
s'eft veuë abandonnée
des
Soldats qui ont pris la fuite
quand ils ont été attaquez
par
des Troupes beaucoup fuperieures
en nombre .
}
On ne peut prendre la défence
de la Cour de Rome avec
du Tems . \ 17
plus de chaleur que fait l'Auteur
dont je parle. Il marque
en cela bien peu de prudence ,
& elle doit s'en tenir defobligée,
s'il eft vrai qu'il n'ait écrit
que pour la juftifier ; mais on
doit bien plutôt croire qu'il entre
de la malice dans cette défenfe,
puis qu'un Proteſtant ne
peut prendre fon parti avec ar
deur fans avoir fajet de s'en
fouer , ce qui eft honteux pour
elle , & découvre une intelligence
qui dévroit toujours être
cachée. Je ne fai pourtant fi
Rome s'en met affez en peine.
On ne fait pas quelquefois tout
ce que la raifon voudroit que
l'on fit ; une faute fait fou
vent tomber dans une autre, &
quoi qu'il femble qu'on doi
ve naturellement vouloir , que
le mal qu'on fait ne foit pas
58 VII. P. des Affaires
, connu il ne s'enfuit pas toutjours
que l'on cherche à le cacher
. Il eft des occafions où
l'on s'aplaudit du mal comme
du bien , & où l'on fait vanité
de ce qui devroit faire honte .
Si Rome ne s'aplaudit pas du
mal qu'elle fait en prenant un
parti contraire à la Religion ,
& en faifant des folicitations
qui peuvent caufer fa ruine
entiére, il eſt du moins certain
qu'elle ne s'en cache pas. Ce
qui fe vient de paffer en Suiffe
en eft une preuve , puis que le
Nonce du Pape y a fait de
grandes Cabales pour engager
les Cantons à donner paffage
aux Troupes Allemandes , &
qu'il a déclaré pour mieux réüffir
dans fon deffein,que la Guerre
que les Princes Catholiques
unis avec les Proteftans
du
Temps. $9
font à la France , n'eft point
une Guerre de Religion Je vous
ay prouvé prefque dans toutes
mes lettres que c'en eft une, en
vous faifantvoir le mal que l'Eglife
en a fouffert , & celuy
qu'elle en fouffrira ; mais je vais
m'expliquer encore plus clairement
, afin que perfonne n'en
puiffe douter , & que les Ennemis
de la France qui pour
la perdre riſquent la Religion,
n'ayent plus de raiſons qui paroiffent
fpecieuſes , pour faire
voir que la Guerre prefente ne
regarde qu'un interêt tempo
rel.
Si on ne veut point avoir é
gard aumal qu'une guerre peut
caufer à la véritable Religion ,
mais feulement au fujet qui fait
recourir aux armes , il eft conftant
que cette Guerre ne paf-
C vj
60 VII. P. des Affaires
fera pas pour une Guerre de
Religion , encore qu'il foit vrai
que la Religion en doive recevoir
de grands préjudices
.
Ce ne fera , fi on veut , que
par accident; mais il n'importe
de quelle maniére la chofe arrive,
fi la partie qu'on veut épargner
court riſque de n'être
pas moins bleffée que celle
qu'on a refolu de faire fouffrir.
Il ne s'agit dans une pareille
occafion , ni du nom , ni de la
volonté
. Il n'eft queſtion que
de l'effet. Or il eſt certain que
cette guerre peut mettre la Religion
en danger . Ainfi , qu'elle
foit appellée ou non guerre de
Religion, elle ne laiffe pas d'en
être une, puis qu'elle peut pro
duire à cet égard toutes les fâ
cheufes faites , qu'entraineroit
aprés elle une guerre, que l'on
du
Temps.
6T
S
auroit entrepriſe fous le nom de
guerre de Religion .
Ces confiderations font rejetées,
on n'y entre point. On pre--
tend que c'eft feulement la Frace
que l'on attaque , & on ne
veut pointfaire de reflexion fur
les fuites que peut avoir cette
guerre , & fur les maux que la
veritable Eglife en doit craindre.
Avant que de poursuivre
ce raiſonnement, je ne puis ca
cher qu'il me paroît que celui
qui entreprend une chofe dansla
veuë de faire un bien, & qui
la pourſuit avec obftination , lors
qu'il doit être perfuadé que le
mal qu'elle peutcaufer fera plus
grand que le bien qu'il en atted
confent que ce mal arrive s'il
perfifte dans la même volonté ..
Je ne fai même fr on ne pourroitgasdire
qu'ille fouhaitelors qu'il
62 VII. P. des Affaires
va jufqu'aux effets . La Cour de
Rome ne peut ignorer ce que
fouffriroit la Religion , s'il arrivoit
que la France manquât de
forces pour fe tirer des affaires
qu'elle lui a fufcitées . Elle s'obftine
à la vouloir accabler , &
ce que ie viens de vous marquer
qu'elle a fait dire aux Suiffes
, aprés les avoir fait affembler,
en eft une preuve . Elle avoit
beaucoup cabalé auparavat,
pour les empêcher de ratifier
le Traité de Neutralité qu'ils
avoient conclu , comme un moyen
d'épargner le fang de l'Europe
, & de porter les Parties à
une Paix ou à une Tréve ; mais
Rome veut du fang , quoi que
Dieu lui même ait défendu à
Saint Pierre d'en verfer.Elle ne
fçauroit défavouer qu'elle veut
bien que la Religion fouffre,
du Tems. 63
puis qu'elle rifque à la faire
fouffrir ; mais comme on dira
peut-eftre que la France pourroit
eftre abaiffée fans que la
Religion Catholique s'en reffentit
, je prouveray le contrai
re dans la fin de cet article,
d'une maniere qui empêchera
qu'on n'y puiffe repliquer;mais
enfin de quelque cofté que l'avantage
tourne , il y aura toujours
beaucoup de fang répandu,&
la Cour de Rome en fera
caufe.
le paffe aux autres guerres
qu'on veut eftre les feules guer
res de Religion, car ie ne pretens
laiffer rien à dire fur un
point qui partage aujourd'hui
toute l'Europe. Les guerres qui
ont efté jufqu'ici apellées guerres
de Religion, font celles que
les Souverains ont cues contre
64 2
VII. P. des Affaires
leurs Sujets révoltez fous pretexte
de Religion , & fortifiez
dans quelques Places de leurs
Etats dont ces Rebelles s'étoient
emparez. On donne encore ce
nom aux guerres qui furviennent
, lors que des Peuples de
differente Religion fe veulent
perfuader les uns aux autres
d'embraffer celle qu'ils profef
fent ; que cette difpute leut
donne lieu de fe quereller , &
qu'ils en viennent là - deſſus aux
mains . Les Croiſades font auffi
du nombre de ces guerres . Ce
n'eftpas à dire que toutes celles
qui ne font pas de cette nature,
& dans lesquelles la Religion
eft comprife, ne lui puiffent etre
fort préjudiciables, & ne lui
faffent fouvent autant de mal
que fi elles eftoient marquées
au dire qu'il faut pour faire
du Tems. 69
3
qu'on les appelle guerres de
Religion . Cependant comme
celle d'aujourdui n'a point ce
titre, on en prend fujet de dire
qu'elle ne regarde pointla Religion
. Elle n'eft , dit - on , que
contre la trop grande puiffance
de la France , & la Religion
n'a rien à déméler avec les raifons
qui font fouhaiter fon a
baiffement. Mais ie demande
qu'on me faffe voir par quels
moyens on peut accabler la
France fans que la Religion en
fouffre cruellement, puis qu'on
ne peut , & qu'on ne veut lui
faire du mal que par les Proteftans,
& en la forçant , comme
on le publie hautement , &
comme on l'a fait imprimer, de
remettre toutes les chofes qui
regardent la Religion , dans l'état
où elles eftoient avant la fu
66
VII. P. des Affaires
preffion de l'Edit de Nantes . Si
cela arrivoit , il faudroit que
Rome, qui malgré fa mauvaiſe
volonté pour la France , en a
fait chanter le Te Deum , donnât
des larmes à ce rétabliffement
, puis que la raiſon veut
que l'on s'afflige de voir qu'on
rétabliffe une chofe , de la deftruction
de laquelle on a marqué
de la joye. Il n'y a rien de
plus naturel , mais Rome furmonte
tout lors qu'il s'agit de fe
déclarer contre la France ; elle
voit des maux réels fur lesquels
elle ne veut pas jetter les yeux
pour ne point empoifonner le
plaifir qu'elle goûte par avance
du mal dont elle fe perfuade
que ce Royaume va eſtre accablé
& elle croit fe tirer d'affaire
, en difant que la guerre
qu'on met fur les bras d'une
du Tems . 67
j
Puiffance qu'il faut abaiffer,
n'étant point de la nature des
guerres dont je viens de faire
le dénombrement , la Religion
n'y a point de part; mais quand
tout cela feroit veritable , ne fuffit
il pas pour faire quitter un
deffein fi fanguinaire qu'il
puiffe mettre la Religion en
danger ? Qu'importe que ce
foit par une guerre qui ait le
nom de guerre de Religion , ou
par une autre que des mo-
+ tifs temporels font allumer , &
dont les fuites ne pourroient étre
que funeftes à cette même
Religion , fi le Roy n'avoit mis
la France dans un état affez
floriffant pour pouvoir par fes
feules forces détourner un fi
grand mal . Ie ne vous repete
point par où ce mal pourroit
arriver. le vous en ay déja fait
3
68 VII. P. des Affaires
?
de longues peintures , malse
ne puis m'empêcher de dire
encore que fi le Prince d'Orange
, qui a déja trompé une
fois les Princes liguez , avoit
jouy plus paifiblement qu'il n'a
fait jufqu'à aujourd'huy du Royaume
d'Angleterre , il auroit
abufé une feconde fois de la
croyance trop facile des Princes
Catholiques, & fe joignant
avectous les Proteftans de l'Ed .
rope , il travailleroit prefentement
à y faire reconnoître la
Religion Proteftante. Alors la
Cour de Rome ne pourroit
nier , que cette guerre n'en fut
une de Religion dans toutes les
formes , & que celles qu'elle a
excitées pour embarraffer la
France , n'en fullent la caafe.
Outre tous les maux aufquels
zon voit qu'elle expofe la Relidu
Tems. 69*
Y
gion Catholique fans qu'on
veüille y faire de reflexion , je
vous ay déja fait voir ce que
cette Religion a fouffert en Angleterre
, & comme on ne peut
nier les chofes paffees, fur tout
lors qu'elles font devenues publiques
, Rome ne fçauroit dif
convenir du mal qu'elle a fait
à la Religion , en allumant une
guerre pour les raifons que
Vous avez leuës dans mes Lettres
precedentes .
-L'Auteur du Livre dont j'ay
commencé à vous rapporter
quelques endroits , continuant
à faire une peinture du miſerable
eftat où il fe perfuade
qu'on verra bien - toft la Fran
ce , fe fonde fur des Batailles
qu'il dit qu'elle pourra perdre,
& dont il pretend qu'une ou
deux peuvent fuffire pour la
ชน
70 VII. P. des Affaires
mettre au point où l'on voudroit
qu'elle fut reduite. Il le figure
des foulevemens qui affu-.
rément n'arriveront pas, & qui
font autant de vifions. Il compte
fur des mécontens , comme
sil y en avoit dans le Royaume
; & dans la certitude qu'il
croit avoir , que les Anglois &
les Hollandois defcendront fur
nos , coftes , qu'il s'imagine que
nous ne fçaurions défendre , il
avance hardiment qu'on ne
verra jamais le Roy d'Angleterre
rétably,& que ny la France
ny aucune Puiffance Catholique
ne peuvent le remettre
fur le Trône, Il dit que nos
terres ne feront point cultivées,
parce que nos Payfans eſtant
armez,n'auront pas le temps de
les labourer, c'eſt à dire, qu'un
homme ou deux tirez de chadu
Tems.
71
.
que Village pourront empêcher
qu'on ne cultive les Terres.
Il affure que nos Troupes
font en fort méchant eftat , &
que l'argent manque au Roy.
2 Le contraire de la plus grande
partie de ces chofes ayant efté
reconnu depuis que cet ouvrage
eft public , il n'eſt pas neceffaire
d'y répondre. Le refte
eft fi viſiblement faux , qu'il
fuffit de le rapporter pour obliger
l'Auteur d'en rougir. La
bonté des Troupes de France
cft affez connue , & il faut être
bien ignorant pour dire
que le Roy manque d'argent.Il
eft vray que toutes les fois que
fes Ennemis ont entrepris de
luy déclarer la guerre , ils ont
cru qu'ils l'attaqueroient en fi
grand nombre , que fes Finances
feroient bien - toft épuisées,
72 VII. P. des Affaires
à caufe de la quantité de Troupes
qu'il feroit contraint de
mettre fur pied ; mais ils n'ont
jamais eu cette penſée qu'ils
ne l'ayent reconnuë fauffe. Ils
viennent encore d'eftre trompez,
puis qu'il eſt conſtant, ( &
même ils n'en doutent plus prefentement
) que non ſeulement
de Roy peut entretenir des Ar
mées nombreuſes pendant tout
le refte de la Campagne , mais
qu'il a même des fonds de referve
, pour les beſoins preffans
-qu'on ne peut prevoir. Cepen-
Idant ce Prince ne leve nuls
deniers extraordinaires fur fes
Peuples. On n'a mis aucuns
impofts dans le Royaume, & le
Parlement n'a point efté occupé
à verifier ces fortes d'Edits.
On le faifoit ſouvent autrefois
quand Sa Majesté ne
gouvernoit
du Tems . 73
I
gouvernoit pas par Elle- même,
& qu'on n'avoit qu'une Armée
de vingt- mille homes en Flandre
, & de petites Armées en
Catalogne & en Italie , fans
que l'on eût des forces en Mer,
la Marine eftant alors fi peu
confiderable parmy les François,
qu'on n'en entendoit prefque
point parler . Cependant
nos Vaiffeaux font fuir aujourd'hui
les Puiffances qui êtoient.
les plus redoutables de la Mer,
& s'appreftent à foutenir les éforts
de plufieurs autres que l'on
voit unies enfemble. Peut on
dire aprés cela que la France
foit en mauvais eftat Elle a
affez de Vaiffeaux fur l'une &
fur l'autre Mer,pour faire trembler
fes Ennemis ; elle a trois
ou quatre cens mille hommes
bien entretenus , & de l'argent
D
74 VII. P. des Affaires
de refte, fans qu'on ait levé de
nouveaux fubfides fur les Peuples.
Ainfi elle peut encore
compter que s'il arrivoit qu'elle
en euſt beſoin , le Roy en trouveroit
d'autant plus facilement
dans leurs bources , que fans
leur rien demander , il auroit
déja foûtenu les premiers efforts
de toute l'Europe liguée
contre lui , & garanti fes Sujets
des menaces terribles qui ont
retenti prefque dans toutes les
Cours.
L'Auteur pourfuit en difant,
que les fuccés de la France font
moins venus de fes forces que de
la foibleffe de fes Ennemis. Il
leur fait bien peu d'honneur,
& fur tout à ce grand Corps
compofé de tant de Puiffances
d'Allemagne , & qu'on tient fi
redoutable par cette raison.Cedu
Temps.
75
pendant lors qu'il n'êtoit point
épuisé par une longue guerre,
comme celle qu'il vient d'avoir
avec les Turcs , la France en a
triomphé ainsi que de l'Eſpagne
, du Dannemark , & de la
Hollande.Si le Roy aprés avoir
retenu en ce temps - là les plus
importantes de fes Conquêtes,
& fait rendre au Roy de Suede,
pour lors fon Allié , les Places
que le Roy de Dannemark
& l'Electeur de Brandebourg
lui avoient priſes , a impofé la
Paix aux conditions qu'il lui a
plû de regler malgré les nombreufes
Troupes d'Angleterre,
nouvellement débarquées pour
ſe joindre à tant de Puiffances,
pourquoi ne veut - on pas que la
France foit aujourd'hui en état
de refifter à ces mêmes Ennemis
? Eft-elle moins puiffante ?
Dij
76 VII. P. des Affaires
Les François font - ils moins riches
, moins braves , & moins
affectionnez à leur Roy , & ce
Monarque n'a t'il pas un Fils,
qui depuis ce temps - là s'eft
rendu capable de le feconder?
Il y a à la verité quelques Proteftans
de moins dans le Royaume
, mais c'eſt un avantage
confiderable , puis qu'il eft
purgé par là de mauvais Sujets,
& qui dans la derniere guerre
avoient intelligence avec les
Ennemis de la France , au lieu
qu'elle n'a plus aujourd'hui que
des Sujets zelez & fidelles , qui
défendront vaillamment leur
Religion, leur Prince , & leurs
biens.
Le même Auteur condamne
la France d'avoir déclaré la
guerre la premiere. On auroit
voulu qu'elle n'eut pas vû fi
1
du Tems.
77
clair , afin de la mieux furprendre
, & qu'elle fe fut endormie
quand les Ligues fe fai-
S foient de toutes parts ; que fes
Ennemis étoient armez ; que le
Prince d'Orange étoit embarqué
pour paffer en Angleterre,
dans le deffein de nous attaquer
quand il s'en feroit rendu
le maiftre ; que l'on fe vantoit
en Allemagne qu'on eftoit en
termes de faire la paix avec le
Turc pour paffer en France';
1 qu'on vouloit ravir un Electorat
à un Cardinal canoniquement
élû feulement parce qu'il
eftoit Amy du Roy , & que
fecteur Palatin dont on connoit
l'efprit dangereux , portoit la
Cour de Vienne , par la feule
veuë de fes interefts , à fe declarer
contre la France , ne fe
mettant pas en peine que toute
I'EDiij
78 VII. P. des Affaires
l'Europe fut en armes, & que la
Religion Catholique fut abolie
en Angleterre , pourveu que
tous ces defordres ferviffent à
l'empêcher de reftituer à Madame
les heritages qu'il lui retenoit
injuſtement. Quand on
confiderera toutes ces chofes ,
on demeurera d'accord qu'il y
alloit de la prudence du Roy,
de fe preparer à la guerre pour
ne pas laiffer à fes Ennemis l'avantage
de le furprendre ; qu'il
y alloit en même temps de fa
gloire , de montrer qu'il ne les
redoutoit pas, & qu'ainfi il devoit
les prevenir par une Declaration
dans les formes, & digne
de fa grandeur , pendant
qu'ils fe declaroient lâchement
& en fecret , par leurs ligues
& par les mesures qu'ils
prenoient avec un Prince, qui
du Tems. 79%
pour les intereſts particuliers
cherchoit à mettre le feu dans.
toute l'Europe , & avec lequel
T'honneur femble ne pouvoir
fouffrir qu'on prenne de liaiſon.
Les raifons en font connuës, &
on fait que rien ne coûte au
Prince d'Orange quand il s'a- ,
git de tout facrifier à fa fauffe
gloire.
Pourroit on croire qu'un
homme qui écrit , fift fi peu peu de
reflexion fur fon ouvrage , qu' ,
aprés avoir blâmé la France de
s'eftre declarée la premiere , il
veut enfuite montrer le contraire,
en marquant que ce font
fes Ennemis qui l'attaquent. Il
employe pour cela les termes
fuivans. C'eft icy le temps d'ataquer
la France, parce qu'il eft
de la prudence d'ataquer un
Ennemy quand il commence à
D iiij
80 VII. P. des Affaires
jouer de malheur , & quand la
terreur le prend . Il fait connoitre
qu'il n'eftime pas beaucoup
les Princes Confederez,
puis qu'il ne les tient capables
d'ataquer leur Ennemy , que
quand la frayeur l'a mis en
defordre . Les paroles dont il
fe fert juftifient la France , &
en difant ce qu'il ne devoit pas ,
& qu'il ne croyoit pas dire , il
prouve tres clairement qu'elle
à bien fait de fe declarer la premiere
parce qu'on fe preparoit
à la furprendre ; qu'on croyoit
qu'elle jouoit de malheur , &
que l'on eftoit perfuadé que la
terreur l'avoit prife .
que
le
Le même Auteur dit un peu
aprés ; Mais aujourd'hui
mal eft fait , fi tant eft que ce
foit un mal , ce mal eft fans re-.
mede . Que peut -il y avoir à bedu
Tems. St
Z
fiter ? Qu'onfaffe tout ce qu'on
voudra , toutes les Ligues Catholiques
ne rétabliront
pas le
Roy d'Angleterre. Ainfi la prudence
veut que les Eftats Catho
liques fe prévalent & profitent
d'une circonstance qui en foy pa
roit douloureuse pour la Religion
Catholique, mais qui dans
les fuites lui fera plus de bien
que de mal. D'autre part les
Princes Proteftans doivent confiderer
que ce feroit à eux la
derniere folie de fe laiffer gagner
par la France dans le temps
prefent , & de fe détacher de
la Ligue, parce qu'ils ne trouveront
jamais un amas de conjon
ctures favorables comme celles
d'aujourd'hui. La difference de
Religion fait toujours un grand
abifme de feparation entre les
Princes Proteftans , & les Prin
D v
82
VII. P. des Affaires
qui
ces Catholiques , fur tout ceux
de la maison d'Auftriche, ce
rend les Alliances difficiles. Aujourd'hui
que la conduite de la
France a comblé ce grand abifme,
& qu'elle a forcé le Pape,
& les Princes de la maison
d'Autriche à s'unir avec les
Proteftans , ceux- cy ne doivent
pas negliger une occafion qui ne
Je trouvera pas fi favorable en
dix fiecles , de mortifier cette
fiere Puissance qui fait bautement
profeffion d'en vouloir à
leur Religion , mais qui en veut
bien davantage à leurs Etats .
Il ne faut que lire cét enpour
connoitre que la Re-
Jigion Catholique doit ſouffrir ;
que cette guerre eft une guerre
de Religion , & que le Pape
s'eft uny avec les Proteftans :
Ce n'eft pas moy qui le dis ; ce
droit
du Tems. 83
竿
font les propres paroles de
l'Auteur aufquelles je n'ajoûte
ny ne diminuë . Repaffons
fur quelques endroits de cét
Article , & voyons fi je me
trompe.
Mais aujourdhui que le mal
eft fait , fi tant eft que ce foit
un mal , ce mal eft fans remede.
Le mal dont l'Auteur parle eft
celui que la Religion Catholique
fouffre par l'invafion du
Prince d'Orange en Angleterre.
Il ajoûte , fi tant eft que
c'en foit un, parce qu'il eft Proteftant,&
que ce mal n'eſt pour
lui qu'un mal imaginaire , &
dont les Proteftans ne font pas
fachez . Il dit enfuite , que puis
que ce mal eft fair , il faut que
les Eftats Catholiques profitent
d'une circonstance qui en foy
= paroit douloureuse pour la Re-
D vj
84 VII. P. des Affaires
ligion Catholique , mais qui
dans les fuites lui fera plus de
bien
donc
que
de mal. Voilà le mab
avoué pour les Catholiques
, &
même fortement par le mot de
douloureufe. On ne peut
plus difconvenir
de ce mal ,
puis qu'il eft fait , mais on peut
fort bien ne pas tomber d'ac--
cord fur la foy de l'Auteur, que
les fuites de ce mal , c'eſt à dire,
de cette guerre, feront avantageufes
à la Religion Catholique.
On doit plutôt croire
qu'elle continuera d'en fouffrir
fi la France ne triomphe de fes
Ennemis ; que les Princes Proteftas
tromperont le Pape, commea
déja fait le Prince d'Orage
& qu'ils auront peu de fcrupule
à mécontenter
le Chef d'une
Eglifeà laquelle ils ne cro
du Tems. 89
H
,
yent pas , & qu'ils n'ont épar
gné aujourd'huy dans leurs
railleries , que parce qu'il eft
entré dans leurs Ligues . Ie
paffe par deffus beaucoup de
lignes qui ne font que pour
exciter les Princes Proteftans à
ne fe pas laiffer gagner par la
France , comme la France
leur faifoit la Cour , & les craignoit
, & je viens à un endroit
decifif , contre ceux qui nient
que le Pape foit entré dans la
Ligue des Proteftans. Ce n'eft
1 pas que quand il n'y feroit
point entré , il fut moins caufe
de ce qu'a fouffert , & de ce
qu'endure encore la Religion
Catholique , par la fituation
defavantageufe où fon Con
feil a mis les affaires de l'Europe
pour cette Religioni
86
VII. P. des Affaires
Voici l'endroit qui decide, que
le Pape eft entré dans la Ligue
des Proteftans . La conduite
de la France, dit l'Auteur du
Livre , a forcé le Pape & les
Princes de la Maifon d'Auftriche
à s'unir avec les Proteftans.
Les Proteftans l'avoüent , ils
fécrivent , & font debiter leurs
Ecrits ; il n'y a point d'équivoque
, les termes font formels, &
l'on n'a befoin ny de
commenny
de raifonnemens taires
pour les faire entendre . Comme
cet endroit eft delicat , &
fâcheux pour la Cour de Rome
, & qu'il luy doit eftre fenfible
, je me contente de le raporter
sans y ajouter une parole
, afin que fi elle trouve
qu'elle a fujet de ſe plaindre ,
elle n'ait pas droit de m'accufer
, mais feulement l'Auteur
du Tems. 87
qui découvre des fecrets qu'elle
voudroit fans doute qui fuffent
cachez . Sa difcretion ne sçauroit
eftre blâmée là- deffus ; on
trouve feulement qu'elle de
vroit eftre encore plus grande,
& que le Nonce auroit deu tenir
fes pratiques plus fecretes
en Suiffe , où fa trop grande
intelligence avec les Cantons
Proteftans a paru, les ayant fait
parler felon fes intentions autant
qu'il a voulu , & meſme
contre leurs propres intereſts.
Il dit dans ce mefme Article ,
en parlant de la France & des
Princes Proteftans ; Il ne faut
pas negliger l'occafion de mortifier
cette fiere Puissance qui
fait hautement profeffion d'en
vouloir à leur Religion , mais
qui en veut bien davantage à
leurs Etats. Il y a trois cho88
VII. P. des Affaires
fes à remarquer dans ce per
de lignes. L'Auteur a dit que la
France ne devoit pas declarer
la guerre, mais il fait connoître
par là l'union qu'on avoit faite
pour mortifier , dit-il , fa fiere
puifance. Il dit que la France
en veut à la Religion des Proteftans,
& comme les Proteftans
la veulent défendre , on peut
juftement donner à cette guerre
de Religion , & cet endroitlà
, fait voir que c'en est une
dans toutes les formes . Mais
en verité , c'est bien chercher
à vouloir injuftement faire la
guerre à la France que d'employer
ce pretexte. Quoi, par
ce que le Roi ne veut point
permettre dans fon Royaume
l'exercice de la Religion-
Proteftante , il faut lui declarer
la guerre Il faudroit done
du
Temps.
89
que par la même raifon le
Roi la fit à tous les Princes
qui ne fouffrent point la Catholique
dans leurs Etats , &
que non feulement dans toute
l'Europe, mais encore par toute
la terre , tous les Souverains la
déclaraffent
à ceux qui ne vouà
droient pas que l'on exerçât
chez eux celle qu'ils profefferoient
, c'est- à - dire qu'il fau
- droit qu'il y eût une guerre
univerfelle dans le monde fur
le fujer de la Religion. L'Auteur
ne s'eft pas fi -tôt fervi de
ce pretexte de Religion touchant
la guerre que l'on fait
au Roi , qu'il en change dans
la même ligne , & dit que Sa
Majefté en veut bien davantage
aux Etats des Princes Proteftans
qu'à leur Religion On
ne peut rien alleguer qui ait
9Q VII. P. des Affaires
moins de vrai- femblance , & il
n'y a pas plus de raiſon à parler
ainfi , qu'il y en auroit à dire
, que les Electeurs de Brandebourg
& de Saxe, & la Maifon
de Brunfvvic font la
guerre
au Roy , parce qu'il en veut à
leurs Etats , à quoi il eſt certain
qu'il ne pense point, ce Monarque
n'ayant aucun ' démêlé avec
eux , ni ces Princes aucun
fujet de s'en plaindre . On fait
en effet qu'ils ne font entrez
dans la Ligue qu'à la folicitation
de la Cour de Rome & de
la Maifon d'Auftriche. Quant
à l'Electeur de Brandebourg ,
il s'y eft laiffé engager par
une double raiſon . Il eſt fortement
lié avec le Prince d'Orange
, & ils ont tous deux refolu
d'étendre la Religion Proteftante
, moins par zéle que
du
Temps.
9.1
A
le
= par politique , & feulement
parce qu'ils croyent que par
moyen des proteftans ils feront
plus aifément réuffir leurs vaftes
deffeins. Mais le Prince
-d'Orange qui n'eft remply que
de fes feuls interefts , ne tiendra
parole à perfonne , & l'Electeur
de Brandebourg aura
peut - eftré bien toft fujet de
s'en plaindre , s'il ne l'a point
eu juſqu'à preſent. Je ne parle
point icy des Hollandois ; leur
orgueil leur attirera toûjours
beaucoup d'ennemis & cet orgueil
paroift infupportable
dans un de leurs écrits , où ils
difent, que les Rois de Macedoi.
ne fe tenoient fort honorez d'ef
tre Capitaines Generaux des
Atheniens, témoin Philipes pere
d'Alexandre le Grand Ils ont
dit cela à l'occafion du Prince
ܐ9 VII. P. des Affaires
d'Orange qui demeure encore
feur Statouder ou Capitaine
General , quoy que pretendu
Roy d'Angleterre. Cette vanité
n'eft rien , fi on examine
à fond le peu de confideration
où doit eftre le Prince d'Orange
par fon injufte entreprife , &
combien fa nouvelle dignité
eft mal affermie ; mais on ne
laiffera pas de la condamner,
comme injurieufe à tous les
Souverains de la Terre , fi on
fait reflexion jufques à quel
point eft montée la vanité de
ces Republiquains , qui fouffrent
qu'on debite publiquement
chez eux des Libelles
où l'on voit qu'ils fe perfuadent
que les Roi fe doivent tenir honorez
de les fervir & d'être à
leur folde.
Ie ne rapporteray plus qu'un
du
Temps. 93
AP
endroit de l'Ouvrage dont je
viens de vous faire voir quelques
articles. L'Auteur dit en
parlant de l'Entrée de Mr de
Lavardin dans Rome ; Le Roy
a fait entrer un Capitaine à
Rome qui s'eft faifi d'un quartier
de la Ville , & qui par armes
& par violence la fouftrait
àfon veritable Souverain. Cette
expreffion outrée femble
nous marquer un Siege, & l'on
a peine à lire ces lignes fans avoir
envie de demander s'il
ya
eu beaucoup de fang répandu,
& fi l'on a fait grand nombre
de Prifonniers. Cependant Mr
de Lavardin n'a fait autre chofe
que prendre poffeffion d'un
quartier , dont M le Duc d'Eftrées,
fon Predeceffeurs , a toujours
jouy paisiblement. Il n'a
pretendu rien davantage ,
94 VII. P. des Affaires
& comme on navoit pas difputé
à M. le Duc d'Estrées
ce que M. le Marquis de Lavardin
a occupé , ce Marquis
n'avoit pas lieu de fe contenter
de moins , & le Roy , loin d'avoir
rien fait depuis ce tempslà
qui ait obligé à rien retrancher
des anciens priviléges de
fa Couronne , avoit merité au
contraire qu'on lui en accordât
de nouveaux , ce qui feroit arrivé
fous un autre Pontificat ,
puis qu'il a fait une infinité de
chofes glorieufes , & utiles à l'Eglife
Romaine ; qu'il l'a fait
fleurir , & que fon zéle & fes
foins lui ont acquis un plus
grand nombre d'Ouailles . Ce
Prince, quoi qu'affez payé par
la fatisfaction interieure qu'il
fent à bien faire , ne veut pas
pour cela laiffer perdre aucun
du
Temps. 95
e
1
1
!
1
des droits qu'il a trouvez établis
en recevant la Couronne ;
mais il n'a point répandu de
fang pour les maintenir , comme
il femble que l'Auteur à
qui je répons veuille faire croire
lors qu'il dit, que M. de Lavardin
a foûtrait par armes &
par violence un quartier de Rome
à fon veritable Souverain .
Je dirai ici à l'avantage de cét
Ambaffadeur puis que l'occafion
s'en prefente , que quoi
qu'il ait confervé les Franchifes
de fon quartier , on n'y a
fauvé aucun Coupable pen .
dant tout le fejour qu'il a fait à
Rome. Les uns n'y ont point
été reçus à caufe de l'énormité
de ce qu'ils avoient commis , &
les autres ne s'y font point expofez
, fachant que ce Marquis
examineroit la nature des cri96
VII. P. des Affaires
mes avant que de vouloir ac
corder fa protection , & qu'il la
refuferoit à de certains Criminels
, à qui l'on ne doit jamais
pardonner Tout s'eft paffé
dans fon quartier avec une
tranquilité admirable. Il n'y a
point eu de defordres ; ſa Maifon
a paru un lieu de piété, &
le fervice s'y eft fait d'une maniere
fort édifiante. Quoi qu'il
fut accompagné d'un grand
nombre de François parmi lefquels
il y en avoit beaucoup
d'une affez grande jeunffe , il
a fi bien fçû les retenir dans
les bornes du devoir , que Rome
a eu plus de fujet de s'en
loüer que de s'en plaindre . Sa
magnificence a été d'une utilité
fort grande au Peuple Romain
, qui ne trouve que difficilement
le moyen de fubfifter
fous
du Tems. 97
fous le Pontificat d'aujourd'hui
, à caufe des nouveautez
qu'on veut introduire , & de
tout ce qu'on tâche d'abolir, ce
qui empefche ce Peuple de
travailler à beaucoup de chofes
qui font devenuës inu
tiles , & de debiter fes denrées
& les Ouvrages. M' de
Lavardin n'a pas quitté Rome
comme la plupart des Ambaf
fadeurs , qui font bien fouvent
chargez de dettes lors qu'ils fortent
d'un Etat , & qui font crier
les Peuples , en fe retirant fans
les avoir acquitées . Chacun a
donné de grandes marques de
trifteffe lors qu'il eft parti, & les
Pauvres dont il faifoit fubfifter
un fort grand nombre, ont tous
pleuré fon départ. Ainfi fi la
fincere affection des Peuples
marque un veritable triomphe
E
98 VII. P. des Affaires
fur-les coeurs, on peut dire que
jamais Ambaffadeur
n'eſt ſorti
de Rome plus triomphant que
M. de Lavardin .
J
Je n'ay plus à vous parler
que d'un Article des affaires de
France avec les Souverains de
l'Europe , aprés quoi je viendrai
à l'Angleterre . Cet article
regarde l'infolente déclaration
de Guerre du Gouver
neur des Païs - bas Eſpagnolscontre
la France . Vous avez vû
celle du Roy dans ma fixiéme
Lettre fur les Affaires du tems
& les raifons que Sa Majesté
en donne , qui font des faits
& non des injures. Il eft bon
de vous y faire faire reflexion ,
afin que vous compariez cess
deux Declarations, & que vous
examiniez l'honnêteté de l'une
pour la Perfonne du Roi
1
du
Temps.
92N
DEL
L
un d'Eſpagne, & les injures
fimple Gouverneur ôfe dire atr
Roi. Sa Majesté fait voir, que
le defir qu'Elle a en de maintenir
la Tréve,l'a portée à diffimuler
la conduite qu'ont tenuë
les Miniftres d'Espagne dans
toutes les Cours des Princes de
l'Europe , où ils ne se font appliquez
qu'à les exciter à prendre
les armes contre la France.
On voit par- là l'honnêteté du
Roi , qui accufe les Miniftres
Espagnols d'une chofe dont
il ne veut pas croire que le
Roi leur Maître eût pû être
capable . Sa Majefté parle enfaite
de la Ligue d'Ausbourg .
C'eft encore un fait conſtant
où l'Eſpagne a eu part. On a
d'abord nié cette Ligue , &
quand on a vu qu'on ne pouvoit
plus difconvenir qu'il n'y
.
E ij .
100 VII. P.des Affaires
en eut eu une , parce que la
chofe étoit trop connuë , on a
voulu déguifer le fujet de cette.
Affemblée , & l'on a dit qu'on
ne la faifoit qu'afin de renouveller
, d'anciennes Alliances
qui ne regardoient point la
France.Enfuite on a jugé à propos
de lever le mafque , fur ce
qu'on a cru que l'invafion du
Prince d'Orange en Angleterre.
donneroit lieu d'accabler la
France , & l'on n'a plus gardé
de meſures . On a éclaté , on a
menacé,& mille & mille Ecrits
ont fait voir que l'on alloit attaquer
la France , & qu'on avoit
refolu de la forcer malgré elle
d'entrer dans une guerre , qui
non feulement la feroit déchoir
de fa grandeur , mais qui pouvoit
même l'accabler ; & c'eſt
juſtement dans ce tems -là que
du Tems. 101
1
Sa Majefté s'eft déclarée, aprés
s'être mise en état d'éviter l'orage
qu'on fe preparoit à faire
fondre fur fes Etats .Il n'y a rien
dans tout ce procedé qui ne
foit conforme aux régles de la
prudence, de la politique, & de
la juftice, & l'Eſpagne ne peut
fe plaindre que le Roi l'ait infultée
en parlant du Traité
d'Ausbourg , puis que c'eſt un
fait prefentement avoué , &
prouvé , par les armes que les
Princes Confederez ont prises
en confequence de ce Traité.
Le Roi pourfuit en marquant
qu'il a efté informé de la part
qu'a eüe le Gouverneur des
Pays - bas , dans l'entreprife
que le Prince d'Orange a faite
contre l'Angleterre ; mais il dit
en même tems , qu'il ne peut
croire que la conduite que ce
E iij
102
VII. P. des Affaires
Gouverneur a tenue à cet égard,
lui eût été preferite par le Roi
fon Maître , qui par beaucoup
de raifons de Religion, de fang,
& de feureté pour les Rois , êtoit
obligé de s'opposer à une pareille
ufurpation. Que peut-on
trouver en tout cela qui doive
choquer le Roi d'Espagne ?
Quand tout ce que le Gouverneur
des Pays- bas a fait de
concert avec le Prince d'Orange
,
lui auroit été prefcrit par
Sa Majefté Catholique, le Roi
ne l'en accufe point, & ne parle
que du Gouverneur des
Pays bas , qui s'eft fi ouvertement
mêlé de cette affaire, qu'il
feroit démenti par toute l'Europe
s'il prétendoit le nier, puis
qu'il s'eft abouché fouvent avec
le Prince d'Orange , &
que leur intelligence a été redu
Tems .
103
<
marquée, dépuis que ce Prince
a ufurpé la Couronne d'Angleterre.
Il y a une infinité de
faits là-deffus , qui étans publics
, n'ont pas besoin d'être
rapportez. Le Roi auroit pu
pouffer les chofes plus loin
dans fa Déclaration de Guerre
, à l'égard de l'intelligence
des Eſpagnols avec le Prince
d'Orange , pour favoriſer fon
invafion en Angleterre . On fait
les cabales de l'Ambaffadeur
d'Eſpagne à Londres ſur cette
affaire. On fait ce qu'il a fait
pour gagner les Presbiteriens
les uns aprés les autres ; qu'il
pratiquoit les plus remuans , &
qu'il en faifoit toujours difner
quelques-uns chez - luy . Enfin
on fçait que 'Sa Majesté Britannique
le regardoit comme
un de fes plus dangereux
E iiij
104 VII. P. des Affaires
Ennemis. Cependant le Roy
n'a point voulu toucher cet article
, afin d'épargner la perfonne
du Roy d'Espagne , parce
qu'un Ambaffadeur ne doit
rien faire fans les ordres de fon
Maître ; il a feulement parlé
du Gouverneur des Pays - bas ,
qui n'étant point Ambaffadeur,
pouvoit de fon chef , par un
faux zéle & pour fon interêt
propre à caufe du pofte qu'il
rempliffoit , pouffer fon imtelligence
trop loin avec le Prince
d'Orange , dans la penfée que
fon élevation à la Couronne.
d'Angleterre , feroit caufe
fon Gouvernement des Paysbas
s'agrandiroit par le moyen
des Anglois que ce nouveauRoi
envoyeroit en Flandre , pour aider
aux Eſpagnols à prendre
beaucoup dePlaces fur les François.
que
du Tems. JOS
1
#
Le Roi marque dans la fuite
de fa Déclaration , que le
Roy d'Espagne étant obligé par
des raisons de religion , de
Sang, & de feureté pour tous les
Rois, de s'oppofer à l'ufurpation
du Prince d'Orange, Sa Majefté
avoit efperé de pouvoir porter
le Roy Catholique à s'unir
avec Elle pour le rétablissement
du Roi legitime en Angleterre,
pour la confervation de la
Religion Catholique contre l'union
des Princes Proteftans , ou
au moins à garder une neutralité
exacte , fi l'état des affaires
d'Espagne ne permettoit pas
au Roy Catholique de prendre
de pareils engagemens.Tout eft
vrai dans cet article , & rien
ne fauroit bleffer le Prince
le plus delicat. On peut demander
à un Roi Catholique
E v
106
VII. P. des Affaires
qu'il veuille s'unir , pour conferver
la Religion , contre les
Princes Proteftans liguez. On
peut dire au Roi d'Espagne
qu'il a des raifons de fang, pour
fe declarer contre le Prince
d'Orange, étant ce qu'il eſt au
Roi d'Angleterre , & on a pu
ajouter qu'il y eft obligé pour
la feureté de tous les Rois , puis
qu'il s'agit d'un Roi détrôné
par une Republique, & par une
Republique ennemie des Souverains
, & qui ne pouvant les
abaiffer comme elle fouhaiteroit
. a fouvent voulu être arbitre
de leurs demêlez afin de
pouvoir s'élever au deffus
d'eux . Le Roi a donc pu foliciter
l'Efpagne de s'unir avec lui
contre cette fiere Republique;
mais fon honnêteté a été encore
pouffée plus loin , comme
du Tems. TOT
•
ا
Vous venez de voir dans le mê-
25 me article , puis que Sa Majefté
ne demande au Roy Catholique
qu'une Neutralité exacte
, en cas que l'état de fes
affaires ne lui permette pas de
prendre d'autres engagemens.
La fuite de la Declaration eſt
un peu plus forte, mais ce qu'elle
contient fait voir que le Roi
a été contraint d'en ufer ainfi.
Voici ce qui s'y trouve en
parlant du Roi d'Espagne . Sa
majesté luy a fait faire pour
cet effet differentespropofitions,
depuis le mois de Novembre dernier,
qui ont efté bien receuës ,
tandis que le fucces du Prince
d'orange a paru douteux , mais
ces favorables difpofitions ont
que
l'on n'a plus disparu dés
parlé que de guerre contre la
France. Sa majesté a apris en
E vj
108 VII. P. des Affaires
même
temps que l'Ambassadeur
le
d'Espagne en Angleterre voyoit
journellement le Prince d'Orange
, & le folicitoit de faire que
les Anglois declaraffent la guerre
à la France que le Gouvernuer
despays-basEspagnols leuoit
des troupes avec empreffemètiqu
ilprométoit aux Etats Generaux
de les joindre aux leurs au commencement
de la campagne , &
Les folicitoit auffi - bien que
Prince d'Orange à faire paffer
des Troupes en Flandre pour le
mettre en état de faire la guerre
à la France. Le Roy ne pouvoit
moins faire que d'expofer
l'eftat veritable où êtoient les
chofes. Il n'y a que des faits
dans cét Article , rien n'y eft
injurieux , & l'on ne fçauroit
s'en offenfer, à moins
tre choqué de la verité ; mais fi
que
d'ê-
2
du
Temps.
109
l'Eſpagne fait mal , ce n'eft pas
la faute du Roy Tres-Chrêtien ;
elle ne doit s'en prendre qu'à
elle- même. Le Roy fe trouve
indifpenfablement obligé de
declarer la guerre , parce que
fes Ennemis le veulent furprendre,
& qu'il fçait qu'ils tiennent
leurs deffeins cachez jufqu'à ce
qu'ils foient en êtat d'agir.Ainfi
Sa Majefté ne fçauroit fe difpenter
de faire voir les raifons
qui la forcent à les prevenir.
Vous venez d'en lire une partie,
voicy les autres.le fçai qu'el
les vous font déja connuës; mais
ie me vois obligé de les rapporter
encore icy, à caufe de la
réponse que je fais à chaque
article, & qu'il eft neceffaire que
l'article, & la réponſe fe trouvet
enfemble. Tous ces avis ayant
fait juger à Sa Majesté qu'il
ΠΙΟ VII. P. des Affaires
eftoit de fa prudence de fçavoir
à quoi s'en tenir , Elle a donné
ordre au Marquis de Rebenac ,
fon Ambassadeur à Madrid , de
demander une réponse positive
aux Miniftres du Roy Catholique,
lui offrant la continuation
de la Tréve , pourvu qu'il voulut
s'obliger , en gardant une
neutralité exacte , de ne fecourir
directement ny indirectement
les Ennemis de fa Majefté;
mais les mauvais confeils
ayant prévalu , Sa Majesté a
été informée que la refolution
avoit étéprife de favoriserl'ufurpateur
d'Angleterre , & de
fe joindre aux Princes Proteftans.
Sa Majefté a appris auffi
prefqu'en même temps , que les
Agens du Prince d'Orange ont
touché des fommes confiderables
à Cadix & à Madrid , que les
du Tems. H
Troupes de Hollande & de Brandebourg
font entrées dans les
= -principales Places des Efpagnols
en Flandre , & que le Gouverneur
des Pays - bas pour le
Roy Catholique faifoit foliciter
les Etats Generaux de faire avancer
leur Armée fous Bru- .
xelles. Tous ces avis joints à la
réponse que le Marquis de Rebenac
a reçue à Madrid ne laiffant
à fa Majesté aucun lieu de
douter que l'intention du Roy
Catholique ne foit de fe joindre
à fes Ennemis, fa Majesté a cru
ne devoir pas perdre de
à prevenir fes mauvais deffeins
, & a refolu de lui declarer
la guerre tant par mer que
par terre, &c.
temps
Il faut eftre bien injufte pourfe
plaindre du procedé du Roy
en ce rencontre, Ce Prince veut
112
VII. P. des Affaires
·
fçavoir à quoy s'en tenir Il demande
une réponſe poſitive , il
offre la continuation de la Tréve
pourveu qu'on garde une
neutralité exacte , & qu'on ne
fecoure directement, ny indire-
&tement fes ennemis . On ne
l'accepte pas ; on veut donc les
fecourir , & par conſequent on
eft refolu de faire la guerre. Le
Roy n'en accule point ſa Majeſté
Catholique , & dit que les
mauvais confeils ont prévalu ,
aprés quoi il fait voir toutes les
refolutions qui avoient été prifes
touchant cette guerre ; que
le Prince d'Orange a reçu de
l'argent des Espagnols , & que
toute le Places de Flandre font
remplies des Troupes de fes
Ennemis.Enfinde
Roy fait connoitre
que toutes ces chofes , &
la réponſe faite à Madrid à M、
du Tems . 113
de Rebenac l'engagent à pré-
Evenir le Roy Catholique , & à
lui declarer la guerre ; il le fait
par
la
Declaration que vous
venez de lire , mais il n'en uſe
pas
enfuite avec la rigueur que
= marquent les Ecrivains de Hol-
Ilande. Aprés que cette Declaration
a été faite , les François
arrêteret dans quelques - uns de
nos Ports plufieurs Bâtimens Efpagnols
que la Tréve y avoit
fait aborder , mais il envoya
auffi-toft ſes ordres pour les faire
relâcher, ne voulant pas que
l'on en retienne aucun jufqu'à
ce que tous les Sujets de fa Majesté
Catholique ayent pû apprendre
cette Declaration .Voi
la de quelle maniere le Roy en
a ufé . Voyons le procedé que
l'on a tenu à ſon égard . Pendant
que l'Espagne confulte
114 VII P. des Affaires
comment elle formera fa Declaration
de guerre, & qu'on en
dreffe plufieurs projets, qui font
leus dans fon confeil.Dom Antonio
Agourto , ci - devant Meſtre
de Camp , & devenu Marquis
de Caftanaga depuis qu'il
eft Gouverneur de Flandre, en
fait une en fon particulier. le
paffe par deffus ce procedé irregulier,
ne coprenant pas pourquoi
un fimple Gouverneur fait
une Declaration en fon nom,
fur tout avant que le Roy fon
Maiftre en ait fait une au fien ,
pour l'envoyer dans toutes les
Terres de fon obeyffance , où
les Gouverneurs
la font publier
enfuite. le croy qu'on a trouvé
ét expedient pour dire plus
d'injures à fa Majefté , & pour
en diverfifier la maniere. Quoi
qu'il en foit , voicy l'infolente
du Tems. 115
Declaration du Gouverneur
des Pays -bas , que ie ne crains
point de faire voir,parce qu'elle
doit plus faire de honte à fon
Auteur , que de tort à la gloire
du Roy , n'eftant remplie que
de fauffetez qu'il eſt aiſé de
combattre, & qui pourroient fe
détruire d'elles - mêmes , fans
qu'on y fit de replique . Enfin
la Déclaration du Roy eſt toute
prudente, & pleine d'égards
pour fa Majefté Catholique.Ce
fage Monarque épargne faperfonne
Royale , & quand il eſt
obligé de marquer ce qui le
porte à faire cette Declaration,
parce qu'on ne doit pas entreprendre
une guerre fans en avoir
de fortes raiſons , il ne cite
que des faits & non pas des
faufletez , comme le Marquis
de Caftanaga , qui ne dit que
116 VU P. des Affaires
des injures , ce qui fait connoître
la difference d'un Roy qui
parle & d'un fimple Sujet ; un
Roy ne parlant jamais qu'avec
moderation , & fans invectives,
quand même il a de juftes fujets
de fe plaindre . Mais le
Gouverneur des Pay-bas veut
ſe vanger
de ce qu'on a de
trop bons yeux en France , &
qu'on y a découvert l'êtroite
liaifon qu'il a avec le Prince
d'Orange , dans laquelle il a
mal à propos engagé le Roy
fon Maiftre pour fes intereſts
particuliers , croyant, comme ie
l'ay déja dit , qu'il verroit accroitre
l'étendue de fon Gouvernement
par le moyen de ce
Prince , & rifquant par là de
faire perdre ou ruiner une partie
de ceux de fa Majeſté Catholique.
du
Temps.
117.
Quoi que ie vienne de vous
marquer que le Roy n'a cité
que des faits pour juftifier fa
Declaration de guerre , il pouvoit
la faire publier , fans donner
toutes ces raifons , & l'on
peut dire qu'elle n'eft prefque
faite, que dans la veuë d'empêcher
que fes Sujets , ne fe laiffaffent
furprendre, puis que
Espagnols avoient refolu cette
guerre quand le Roy l'a declarée,
& que l'on avoit déja reçu
les Ennemis du Roy dans leurs
Places.
•
les
Ie viens à la Declaration faite
par le Gouverneur de. Paysbas.
En voicy les termes . Vous
la pouvez confronter avec celle
du Roy,que ie vous ay déja envoyée
entiere , & que vous ve
nez encore de lire par articles
ſeparez.
118 VII. P. des Affaires
ORDONNANCE
De Dom Antonio Agourto ,
Marquis de Caftanaga , Gouverneur
des Pays- bas.
Prés tous les Traitez de
Apaix& de trève ji religieufement
obfervez par le Roy
Catholique noftre fouverain , &
fi legerement enfraints , fi vo
lontairement rompus , & fi te
merairement violez par la
France , par une infinite' d' Ates
qu'il feroit fuperflu de rap.
porter , eftantfurabondamment
connus à toute l'Europe , auffibien
que fon ambition qui la
devore , fa Majesté qui avoit
tant eu de moderation , en vüe
de conferver la tranquilité publique
, fe trouve par un nouvel
attentat recompensée d'une
du Tems. 119
injufte Déclaration de Gue re
que le Roy tres Chrêtien a fait
publier le 15. du mois dernier ,
deftituée de raifons & de pretextes
legitimes. Elle eft injurieufe
à fa Majesté , s'efforçant
de faire paffer pour unfcandale
les Aliances qu'Elle peut avoir
avec les Princes & Etats voifins
, quoi qu'elles ne tendent
qu'à affurer le repos de la Chrêtiente
, & à l'avantage de fes
Etats , pendant que les Armes
de France defolent inhumainement
avec des cruautez &
des barbaries inouyes tous les Etats
de l'Empire, fans aucun égard
aux Loix de Religion , non
plus qu'à celles de la Guerre ny
au droit facré des Capitulations
, & que fes Miniftres employent
toute forte de moyens
pour troubler l'harmonie de ta
110 VII. P. des Affaires
-
Chrêtienté, & attirer toutes les
forces Otomanes à la deftruction
de la Hongrie , & traverfer
en même temps la conclufion
de la paix entre Sa Majesté
Imperiale & les Hauts Aliez
avec la Porte.Or comme fa Majefté
fe trouve ataquée fi injuftement
, & Nous , voulant employer
tous les moyens que nous
avons pour la gloire & pour le
bien de fes Sujets , & par le
principe d'une jufte défenfe ,
nous espérons que Dieu benira
Les bonnes & faintes intentions
de fa Majesté. C'est pourquoy
nous ordonnons & commandons
à tous Generaux , Gouverneurs,
Commandans , Chefs & autres
Officiers Militaires , & foldats
tant de pied que de cheval , de
quelque Nation qu'ils foient, &
à tous autres Officiers & fujets
de
du
Temps.
121
-7
de fa Majefté de s'oppofer de
toutes leurs forces auxsujets de
France, leur courre fus ,& faire
contre eux tous actes d'hoftilité
tant par mer que par terre,
comme contre nos Ennemis, Aggreffeurs
& Infracteurs des
Traitez. Ordonnons à tous fu
jets & Vaffaux de Sa Majesté
qui fe trouvent en quelque lien
de la Domination de France ,
d'en fortir dans quinze iours de
la datte de cette Ordonnance,
& de ne tenir aucune correfpondance
, communication ou com .
merce avec les fujets de France
fans noftre permiffion expreffe
peine de la vie. Déclarons en
outre tous les biens meubles &
immeubles rentes revenus
droits , actions , & effets fituez
dans les dépendances de noftre
Gouvernement,appartenans aux
> >
F
122 VII. P. des Affaires
François , confifquez aux profit
de Sa Majesté, & ordonnons à
tous François naturels & autres
fujets de France qui font en
ce pays
,
d'en fortir avec leurs
femmes, enfans & familles dans
buit iours de la publication de
la prefente Ordonnance , à peine
d'eftre faits prifonniers de
guerre deffense à tous fuiets
defa Majesté de donner retraite
à aucuns François à peine de
mille
patacons dd'amende
pour
la premiere fois , de deux mille
pour la feconde , & de trois mil=
le pour la troifiéme avec corre
tion arbitraire , la moitié au
profit du Dénonciateur
, & le
refte pour l'officier du lieu où la
capture fe fera. Ordonnons que
cette prefente. Ordonnance
foit
Lene & publiée dans les lieux
accoûtumez
, afin que perfonné
du Tems. 123
n'en pretende caufe d'ignorance.
Donné à Bruxelles le 3. May
1689.Signé le Marquis de CASTANAGA
&c.
Si je croyois que cette Déclaration
pût produire quelque mauvais
effet, même dans les efprits
plus difpofez à recevoir legerement
les premieres impreffions
, je ne vous l'envoyerois
= pas ; mais je fuis perfuadé qu'il
faut eftre bien iguorant dans
les affaires du monde pour y
ajoûter foy & que les moins
habiles en font fi bien éclaircis
, qu'il n'y a perfonne qui
n'en foit affez inftruit pour connoitre
à fond les fauffetez de
Cette Ordonnance .
Les premieres lignes ne font
que des paroles qui ne prouvent
rien , ou plutôt un amas
Fij
124 VII. P. des Affaires
d'injures. On dit que le Roy
a enfraint , rompu, & violé des
Traitez , & tous ces trois mots
qui ne fignifient que la même
chofe , eftant accompagnez
de beaucoup d'autres , on veut
furprendre l'efprit du Lecteur
par cette expofition qui femble
renfermer beaucoup de
chofes , & qui neanmoins ne
veut rien dire , finon que le
Roy a enfraint des Traitez .
Cela ne convainc de rien , non
plus que l'ambition dont on dit
enfuite que ce Prince eft devoré
.On ajoûte qu'il feroit fuperflu
de rapporter une infinité
d'actes pour le prouver , toutes
ces chofes eftant furabondamment
connues à toute l'Europe,
J'avoue que les Ennemis du
Roy ont rempli l'Europe d'un
nombre prefque incroyable
du Tems- 125
C
d'écrits injurieux , qui contien
nept une infinité de chofes
fauffes , de faits fuppofez , de
vifions foles , & de projets de
Monarchie univerfelle , à laquelle
on veut que la France
afpire , qui eft une chimere inventée
, qui n'a pas la moindre
ombre de vray - femblance,
toutes les actions du Roy bien
loin de marquer un pareil deffein
, ayant dû faire croire qu'il
en avoit des fentimen tout contraires
, puis qu'un Prince qui
fe dépouille d'une partie de
Les Conqueftes pour donner la
Paix à l'Europe , & qu'on publie
qui ne vouloit point de
guerre lors qu'on l'a forcé de
la faire , eft bien éloigné d'afpirer
à la Monarchie univerfelle
, à moins que ce ne foit
Fiij
126 VII. P. des Affaires
à celle des coeurs , ou qu'il ne
foit poffible de l'obtenir par
tout ce qui lui eft oppofé , puis
qu'on n'y parvient pas en rendant
des Places à fes Ennemis ,
& en ne voulant point de guerre
, comme tous les Ecrits de
Hollande le publient dans le
même tems qu'ils difent que le
Roi afpire à la Monarchie
univerfelle . Comment peut- on
accorder deux chofes fi differentes,
& fi opofées, & les mettre
dans les mêmes écrits ? Il
faut avoir beaucoup de malice
, ou beaucoup d'aveuglement
, ou même tous les deux
enfemble pour avancer des
chofes fi feditieufes & fi éloignées
du fens commun, mais´on
ne s'en met pas en peine pourveu
qu'on fatisfaffe l'envie
qu'on a de noircir les plus beldu
Tems . J27
les actions du Roi , & qu'on
vienne à bout de furprendre
les plus credules , & les plus
mal intentionnez pour la France.
Voilà à quoi M. d'Agourto
renvoye le Public en difant
que tout ce qu'il impute au Roi
eft connu par toute l'Europe auffi-
bien que l'ambition qui le devore
; mais il devoit s'expliquer
par des faits , & citer quels fujets
de plainte le Roi a donnez
à l'Espagne depuis la Treve
conclue pour vingt ans. Il n'y
en a aucun puis qu'on n'en allegue
point , & qu'on n'en ſupofe
pas même.ll eft vrai qu'el
le a cru en avoir un depuis la
paix de Nimegue , & que
prife de Luxembourg lui tient
au coeur , mais cela ne peut
s'appeller infraction, & l'affaire
a été debatuë & decidée. Le
F
•
la
128 VIL P. des Affaires
Roi d'Efpagne étoit obligé par
le Traité de Nimegue, de donner
au Roi quelques Châtellequi
l'accommodoient
nies ,
fort
, &
dont
il
ne
pouvoit
fe
refoudre
à fe
défaifir
. Le
Roi
l'en
preffa
. Sa
Majeſté
Catholique
apporta
des
delais
.
Le
Roi
fit
connoiftre
qu'il
affiegeroit
Luxembourg
, &
qu'il
le
prendroit
pour
équivalent
.
Cette
menace
n'échauffa
point
la
froideur
des
Espagnols
, qui
croyent
toujours
qu'en
temporifant
, ils
viendront
à bout
de
ce
qu'ils
fouhaitent
.
Cette
politique
leur
reüffiſſoit
autrefois
, mais
elle
n'eft
pas
de
faifon
fous
le
regne
du
Roy
.
Sa
Majefté
fatiguée
de
tant
de
délais
, &
voyant
le
but
des
Efpagnols
, &
que
la
Confe
rence
établie
à
Courtray
pour
du
Temps.
129
terminer cette affaire ne déci
doit rien, affiegea Luxembourg,
& le prit. L'affaire s'accommoda
, & le Roi eut cette Place
pour équivalent des Terres &
des Châtellenies que le Roi
d'Eſpagne étoit obligé de donner
à la France, par le Traité de
Nimegue.Les Ecrivains deHollande
fe déchaînerent ; c'étoit
une chofe inoûie dans leurs Ecritsson
étoit en paix , & le Roi
avoit pris une Place fans declarer
la guerre. C'est peut- être
celle de toutes les actions du
Roi qui le couvrira le plus d'une
veritable & folide gloire.
Elle eft accompagnée d'un
fi grand fond de bonté & ,
de generofité , quon ne peut
l'examiner fans en demeurer
d'accord ; mais il faut pour
cela la vouloir voir dans toute
F V
130 VII. P. des Affaires
fon étenduë , & ne pas fermer
les yeux & l'oreille à la verité ,
comme font ceux qui n'écri
vent que pour tâcher de l'empoifonner,
Le Roi prit Luxem→
bourg fans avoir auparavant
declaré la guerre, afin de montrer
qu'il ne cherchoit point à
rompre la Paix, & qu'il ne vouloit
cette Place que pour l'équivalent
qu'on étoit obligé
de lui donner. On répondra à
cela qu'on devoit fe faifir de ce
qui lui étoit dû par le Traité
de Paix , & ne point affieger
Luxembourg; mais il auroit falu
entrer dans le coeur de la
Flandre avec une Armée , ce
qui auroit trop alarmé les Etats
voifins, & leur auroit fait prendre
les armes, ainſi qu'aux Eſ
pagnols. Il n'en auroit pas falu
davantage pour faire crier tou
du Tems. 131
1
3
le
te l'Europe, & caufer la rupture
de la Paix que le Roi étoit refolu
de maintenir , & que
Prince d'Orange, qui fe trouvoit
alors fans emploi, & par confequent
fans pouvoir , cherchoit
à faire rompre , dequoi il feroit
venu à bout , fi les Troupes de
Sa Majesté fe fuffent approchées
des Places des Etats Generaux.
Ainfi on peut dire que
le Roi en a ufé dans cette occafion
avec une prudence &
une bonté inconcevable à l'égard
de toute l'Europe, dont il
ne vouloit point troubler le repos.
Il prend l'équivalent de
ce qui lui eft deu, & fa moderation
le porte à ne pas decla
rer la guerre , quoi qu'il eut un
jufte & fpecieux pretexte de
fe faire, & qu'il fut en état
1 de fe rendre maître de la plus
F vj
132 VII. P. des Affaires
grande partie de l'Europe. Il
eft certain que s'il avoit voulu
fe fervir de les avantages , &
étendre fes Conquêtes , il le
pouvoit , puis que toute l'Allemagne
étoit alors affez embarraffée
à repouffer les Turcs ,.
dont la puiffance étoit encore
formidable , & donnoit beaucoup
d'occupation aux Allemans
, quoi que ces Infidelles
euffent levé le Siege de Vienne.
C'eft fur quoi il eſt à propos
de faire reflexion, puis qu'on ne
doit porter jugement de e n
fans examiner les tems,les lieux ,
& les circonstances qui rendent
les mêmes actions differentes
, & qui montrent qu'on
en peut juger differemment. Ce
que je rapporte de la moderation
du Roi en cette occafion ;
cft un fait qui ne faurois être
du Tems . 133
conteſté , & j'en ai pour té-
1 moin la Ville d'Amſterdam, qui
entra prudemment dans les fentimens
de Sa Majefté , & fauva
l'Europe en empêchant la
guerre que le Prince d'Orange
tâchoit d'allumer, & que le Roi
vouloit éviter , quoi qu'il fut
hors de doute qu'elle lui devoit
être avantageufe . Le Trai
té de Nimegue portoit, Que fi
la France attaquoit l'Espagne ,
les Hollandois lui envoyeroient
un fecours de feize mille
hommes. Le Prince d'Orange
vouloit qu'on fournit ce
fecours , afin d'embarquer la
guerre ,
de fe faire des Creatures
en difpofant des Charges
, & de remplir fes coffres
en ordonnant des fonds . Il ne
ſe mettoit pas en peine s'il
donneroit par là occafion à la
134 VII . P. des Affaires
France de faire de grandes.
conqueftes , ce qui luy auroit
efté aifé puis que tous les Prin
ces d'Allemagne eftoient occupez
contre les Turcs. Il ne confideroit
que luy feul, & croyoit
que plus les Etats feroient embaraffez
dans cette guerre ,
plus il leur feroit neceffaire. Il
avoit gagné les principaux de
la Province de Hollande , qui
craignant la malheureuſe deftinée
de ceux qui avoient pris
foin de leurs affaires, quand ce
Prince avoit commencé à
commander leurs Troupes ,
avoient confenty par force à
ce qu'il avoit voulu ; mais
la Ville d'Amfterdam , pru➡
dente , & pleine d'une genereufe
fermeté , admira la
moderation du Roy , qui ne
vouloit point profiter des grands
du Tems. 135
J.
1
avantages que la fortune luy
prefentoit , & elle refufa fon
confentement à la levée des
feize mille hommes , malgré
toutes les menaces du Prince
d'Orange ; elles furent fi grandes
que la Ville donna des
Gardes à M. Van - Beuninguen
fon Bourgmestre , dont elle
croyoit la vie en peril . Voilà des
faits connus, & aufquels il n'y
a point de replique. Les Ecrivains
de Hollande ne peuvent
les ignorer , & ils devroient
rendre plus de juftice au Roy
la deffus , auffi bien que le
Gouverneur des Pays bas , qui
ne peut parler que de l'affaire
de Luxembourg , lors qu'il dit
avec tant d'exageration & tant
de paroles inutiles , que le Roy
enfraintles Traitez, mais il n'ofe
expliquer quels Traitez, parce
136 VII. P. des Affaires
qu'il fe trouveroit fort embaraf
fé à les marquer. Il fe contente
de dire que ce feroit inutilemét
qu'on rapporteroit ce qui eſt
connu de toute l'Europe , & fe
repoſe touchant tout ce qu'il
avance fans ofer entrer dans
aucune explication faute de
preuves valables, fur les Libelles
, qui pour plaire aux Puiffances
jaloufes de la gloire de
Sa Majefté , ont toujours empoifonné
tout ce qu'Elle a fait
de grand. Mais comme par le
moyen de ces Libelles feditieux
toute l'Europe retentit des infractions
que l'on pretend avoir
efté faites par le Roy , il faut
voir fi pendant qu'on en impofe
d'imaginaires
à ce Monarque
dans toutes les Declarations
de
guerre,on ne peut pas faire voir
que l'empereur, le Roy d'Efpa
du Tems.
137
gne, & la Hollade ont'veritable
met enfraint des traités de paix.
En 1667. le Roy eſtant en
guerre avec les Espagnols , &
en paix avec la Hollande , les
Hollandois donnerent des marques
d'une ingratitude dont
l'Hiftoire auroit peine à fournir
de pareils exemples . Il y
avoit prés de cent ans que la
Paix duroit entre la France ,
& ces Republicains, c'eſt - à - dire,
que depuis le tems que les
= fept Provinces s'étoient unies ,
ils n'avoient jamais eu que des
fujets de fe louer de la France,
dont ils avoient toujours êté fe
courus dans leurs preffans befoins
quoi qu'ils en euffent fouvent
mal ufé. Enfin l'on peut dire
qu'ils lui devoient tout leur
éclat , & la bonne fituation
où se trouvoient leurs affaires,
138
VII
. P. des
Affaires
puis que fon aliance les ayant
mis à couvert de toutes les infultes
de leurs Ennemis , ils avoient
eu le tems, fous l'ombre
de fa protection, d établir & de
faire fleurir leur commerce , à
quoi rien n'eft plus oppofé que
la guerre C'est ce qui a fait
déchoir cette Republique des
deux tiers depuis l'année 1672 ,
qu'elle s'eft attiré des guerres &
des Maiftres , qui lui ont fait
voir que les ingrats fe. repen
tent toft ou tard . Elle eftoit dans
fon plus haut point d'élevation,
& dans l'état floriffant que je
viens de vous marquer , lors
qu'elle devint jalouſe du Mo,
narque à qui elle devoit fa
tranquilité & fa grandeur , &
que pour arrefter le cours des
Conqueftes de -ce Prince , elle
fit une Ligue avec l'Angleterdu
Temps. 139
re , & la Suede qui fut nommée
la Triple Aliance. Ces
trois Puiffances devoient agir
contre celui des deux Rois qui
ne mettroit pas les armes bas,
c'eft à dire , que cette Ligue étoit
directement contre la France,
parce que l'Espagne n'avoit
pas affez de force pour lui refifter,
de forte qu'elle eftoit d'intelligence
avec ces deux Couronnes
, & cette Republique ,
pour empêcher par ce ftratagéme
que la France ne fit davantage
de Conqueftes fur elle.
L'affaire reuffit comme la Hollande
qui en avoit fait le projet,
l'avoit fouhaité, & la France
ne fe trouva pas en eftat de
parer un coup fi inopiné , &
que toute la prudence humai
ne n'auroit pas du prévoir,parce
qu'elle n'avoit aucun fujet
140 VII. P. des Affaires
de fe défier des Hollandois, ny
de croire qu'ils poffent étre ingrats
jufqu'au point d'en ufer
fi lâchement , avec un Etat à
qui ils avoient de fi grandes obligations
, & qui eftoit cauſe
que leur Commerce eftoit floriffant.
On peu juger fi des
gens qui fe font noircis par un
procedé fi injufte & fi ingrat ,
ont droit d'accufer la France
d'infraction , fur tout à leur égard.
Ces Republicains enfiés
d'un orgueil auffi infolent , &
auffi infupportable que temeraire
, firent frapper une Médaille,
où l'on voyoit Jofué qui
arreftoit le Soleil , par allufion
au nom de Van - Beun ngaen ,
qui s'appel oit Jofué , & dont
les Negociations avoient réüffi
dans la triple Aliance formée
pour arreſter les progrés du
du Tems.
141
que
Roy , que l'on regardoit en
cette occafion comme le Soleil,
à caufe que cet Aftre fait le
corps de fa Devife. Leurs Ecrivains
flaterent leur vanité , ils
fe pleurent dans leur orgueil,
& ils le poufferent plus loin en
faifant frapper la Medaille
l'on appelle , de affertis legibus
, par laquelle ils fe déclaroient
défenfeurs des Loix,mar,
quant qu'ils les avoient rétablies
& affurées, & qu'ils étoient
Arbitres des Rois . Ils eftoient
enfin devenus infupportables à
tous les Souverains de l'Europe,
par cette vanité outrée, lors
que le Roy s'alia contre eux
avec l'Angleterre en 1672 .
afin de vanger la Majefté des
Rois méprilée. Ce Monarque
fe fouvenoit encore du pro
cedé injufte , pour ne pas dire
142 VII. P. des Affaires
fcelerat , qu'ils avoient tenu à
fon égard en 1667. & fon reffentiment
ne pouvoit eſtre blâmé.
On fçait avec combien de
vigueur cette Guerre fut pouffée
, & que la Republique de
Hollande reçut les coups qu'elle
meritoit , & dont elle n'eſt
pas encore bien guerie . L'Efpagne
qui connoiffoit que la
France ne lui déclareroit point
la Guerre , & qui en avoit une
parole bien affurée,ne put s'em.
pêcher de rompre avec elle ,
fans en avoir aucun pretexte,
& fans en pouvoir donner.
Auffi paya t'elle cher l'infraction
qu'elle ofa faire à la Paix .
Le Roy irrité de fon procedé,
pourfuivit les Hollandois avec
moins de chaleur , & tourna
contre elle la meilleure partie
de fes armes, pour la punir d'adu
Tems. 143
voir ofé l'attaquer , je pourrois
dire fi lâchement , fi je parlois
comme le Gouverneur des Païs
bas;mais je garde plus de refpect
pour les Têtes Couronnées. Le
procedé des Efpagnols fut extremement
blâmé , même des
Puiffances qui fupportoient im
patiemment la gloire du Roy, &
qui fouhaitoient de voir la Fran
ce abatuë. On s'étonnoit qu'un
Monarque que le fang, & d'étroites
aliances uniffoient au
Roy , fe fut déclaré contre lui,
pour empêcher la perte des
Hollandois , qu'il ne devoit re
garder que comme des Sujets
Rebelles , qui s'étoient fouftraits
de fon obeyffance. Les
Efpagnols curent bien - toft lieu
de s'en repentir. Le Roy emporta
leurs meilleures Places,
qui lui font demeurées depuis
144 VII. P. des Affaires
qu'elle
ce temps - là, & l'Eſpagne en eft
au deſeſpoir. Cette perte eft
caufe qu'elle veut autant de
mal au Roy , que fi elle n'avoit
pas declaré la Guerre en
ce temps - là , de même qu
vient de faire encore aujour.
d'huy. Cependant on éclate
en injures contre le Roy ; on le
traite d'infracteur ; on ne veut
point faire reflexion qu'on l'a
toûjours attaqué , & les Victoires
caufant de noirs chagrins à
fes Ennemis , lui attirent tous
les mauvais traitemens dont les
libelles font pleins . On fe confole
par là des pertes qu'on fait,
& parce que la France eft fage,
& qu'elle ne repouffe point les
injures par d'autres injures , on
fe fert de l'avantage
que l'on a
d'écrire feul, & le plaifir de n'étre
point contredit fait croire
qu'on a raiſon. L'Em
1
du Tems.
145
'Empereur qui fait tant de
bruit aujourd'hui , & qui s'emporte
auffi contre la France
dans fes injurieufes Declara
tions de guerre, aprés avoir fait
une Ligue avec un Ufurpateur
- qui a déja couté fi cher à la
Religion Catholique, que cette
Ligue doit encore faire beaucoup
fouffrir , n'a pas épargné
la France quand il s'eft , agy de
donner fecours aux Hollandois
quoi que loin de s'en devoir
montrer l'Ennemi , il euft tout
fujet de fe louer d'elle, n'aiant
eu aucun démelé avec les François
depuis que le Roi lui avoit
envolé les Troupes , qui empê
cherent la ruine de l'Empire à
la Bataille de faint Godar. Ainfi
l'Empereur avoit encore à Sa
Maiefté cette obligation tou
te entiere lors qu'il l'attaqua
G
146 VII, P. des Affaires
injuftement dans la guerre de
1672. Le Roi cut alors pour furcroit
d'Ennemis, non feulement
toute le maifon d'Auftriche ,
mais encore la plus grande
partie des Princes d'Allemagne
que Sa Majefté Imperiale fit
entrer dans cette guerre , feulement
pour empêcher la perte
des Hollandois que la Maifon
d'Auftriche devoit hair ,
puis qu'elle en êtoit bravée
tous les jours mais fa politique
lui fit trouver à propos de les défendre
, quoi qu'elle ne les aimât
pas , & qu'elle eur de grans
fujets de s'en plaindre.Elle penfa
au contraire qu'il étoit de fes
interêts d'attaquer la France
malgré les obligations recentes
qu'on lui avoit , & qui font
telles qu'il eft certain que l'hiftoire
en parlera éternellement.
i
du
Temps. 147
Ce
Elle avoit fauvé l'Empire , &
l'on ne trouvoit aucun pretexte
pour s'armer contre elle , fi ce
n'eft que la politique ne fouf-.
roit pas qu'on la laiffât agrandir,&
que la gloire du Roi commençoit
à donner de l'ombrage,
mais enfin il falloit plûtôt
l'attaquer injuftement que de
fouffrir qu'elle s'augmentât.Cependant
, le croiroit - on
font- là les puiffances qui parlent
aujoud'hui ſi haut contre la
France , & qui l'accufent d'infraction
dans leurs injurieufes
Declarations de guerre , aprés
l'a voir elles- mêmes attaquée fi
injuftement dans celle de 1672 .
1 comme je viens de vous le faire
connoître. Si le Roi en avoit
fait alors autant, & s'il avoit attaqué
des Princes ,à qui il auroit
1
Gij
148 VII. P. des Affaires
du fa Couronne , fans en avoir
eu d'autres raisons que celle de
ne vouloir pas permettre leur
agrandiffement, & d'être jaloux
de leur gloire , on auroit veu
un torrent d'écrits , qui auroient
déchiré la reputation de
ce Monarque , & toute l'Europe
auroit été remplie de ces libelles.
Le Turc ayant peu de tems
aprés déclaré
la guerre
à l'Empire,
le Roi eut occafion
de s'en
vanger; cependant
la grandeur
de fon ame ne lui permit pas
d'écouter
le moindre
reffentiment.
Il marqua
au contraire
qu'il êtoit veritablement
touché
des malheurs
dont il voioit
que les Othomans
menaçoient
l'Empire
; il fit connoitre
qu'il
l'euft fecouru fi on lui euft de
mandé des Troupes
, & il foufdu
Tems. 149
ftit que l'élite de fa Nobleffe
allât combattre dans celles de
l'Empereur. Il fit plus encore.
M.le Maréchal de Créqui commandoit
une Armée devant
Luxembourg, & cette Place eftoit
menacée d'un Siége , fi les
Eſpagnols ne remettoient entre
les mains de Sa Majefté ce
qu'il étoient obligés de lui donner
par le Traité de Nimegue ,
mais ce Prince oublia fes interêts
& la juftice qu'on lui devoit
, fi tôt qu'il vit l'Empire attaqué
, & Mr le Maréchal de
Crequi receut une lettre qui a
été renduë publique, & par la
quelle Sa Majesté lui ordonnoit
de retirer fes troupes de devant
Luxembourg , pour ne donner
aucun ombrage à l'Empire , &
pour ne point empêcher qu'il
ne tournât toutes fes forces
Giij
150 VII. P. des Affaires
contre l'Ennemi commun de la
Chreftienté. Le fiége de Vienne
fut levé , & Neuhaufel pris
par les Allemands. Ils devin .
rent fiers & infuportables ; ils
parlerent avec mépris des
François qui ne les avoient pas
fecourus. Cependant ils ne
F'avoient pas voulu , & avoient
envoie demander du fecours
dans toutes les Cours de l'Eurorope
, à l'exception de celle de
France Les injurieux & ſeditieux
Libelles de Hollande
commencerent à paroitre , &
on voulut noircir la gloire du
Roi en marquant qu'il n'avoit
donné aucun fecours à l'Empire
Comment auroit il på en envoier,
puis qu'en n'en demandant
pas on avoit affés marqué qu'on
n'en vouloit point . On avoit
des raisons pour cela ; on fça-
1
du Tems. ISF
voit que les François brilleroient
par tout où ils feroient
, & que tous les avanta÷
ges qu'on remporteroit, feroient
dû à leur valeur. On l'apre
hendoit , & l'on aima mieux
expofer l'Empire à fon entiere
ruine , que d'avoir le chagrin
de voir triompher la France; &
de lui devoir ce qu'on auroit
été feur d'obtenir par leur fecours.
L'efprit des Allemands
étant dans cette fituation , jugez
de quelle maniere les Trouper
de France auroient été reçûës,
fi on en euft envoié malgré
eux, & fi on n'auvoit pas dû
apprehender qu'on ne les euft
traitées comme ennemies. On
auroit eu quelque raifon de le
faire, fans que les François euffent
été en droit de s'en plaindre
, puis que leurs Troupes
G iiij
151 VII. P. des Affaires
feroient entrées dans un Pays
où elles n'auroient pas été demandées.
Les Eſpagnols voiant
que les Allemands comméçoient
à ne plus craindre les
Turcs ,commencerent auffi à ne
plus aprehender les François.
Ainfi ils ne voulurent entendre
à leur donner ni ce qui leur eftoit
dû par le traité de Nimegue
ni l'équivalent. Le Roi voyant
la fierté des uns & des autres &
que l'on commençoit même à le
menacer de faire la paix avec
le Turc pour fondre dans fes
Etats, jugea à propos de faire
retourner fes Troupes devant
Luxembourg, & enfin ,de prendre
cette Place pour l'équivalent
des Chaftellenies qu'-
on s'eftoit engagé de luy
livrer. Voilà des faits hiftoriques
, dont il n'y a perfonne
du Tems.
Si qui puiffe difconvenir .
tous les faifeurs de Libelles ef
toient obligez de dire ainfi des
chofes veritables , leurs écrits
ne paroiſtroient pas en fi grand
nombre. On n'en voit point
qui ne fe déchaifnent contre la
pretendue ambition du Roy , à
qui ces Auteurs imputent de
vouloir tout envahir, quoi qu'on
le force pourtant à faire la guerre.
Ils éclatent aprés en menaces
, & font enfuite des raifonnemens
à perte de vûë
fur le malheureux
etat où
les Alliez vont mettre la
France , & voilà en quoi confiftent
tous ces Ecrits qui ne
contienent la plufpart que des
éloges du Prince d'Orange, &
de longs railonemens fur l'avenir;
ainfi on n'y parle d'au
cuns faits, fi ce n'eft des grands
GW
>
154 VII. P. des Affaires
exploits qu'on prefume que fe
ront le Alliez ; & ce qu'il y a
de furprenant , c'eſt qu'on voit
chaque femaine un nombre
prefque infini d'Ecrits de cette
nature, qui ne difent tous que la
même chofe ; mais enfin il ne
faut qu'un peu de bon fens pour
découvrir que la maiton d'Auf
triche fe voiant puiffante dans.
l'un & dans l'autre monde , &
poffedant l'Empire , & divers
Roiaumes & grands Etats
dans l'Europe , a fouffert impa
tiemment que le Roi ait tiré affez
de forces du feul Roiaume
de France , pour remplir toute
la terre du bruit de fon nom ,
Le Pape né fujet du Roi d'Efpagne
, & dont le premier Miniftre
eft Génois c'eſt-à -dire ,
prefque Efpagnol, eft entré dans
tous les deffeins de la Maifon
,
du Tems.
255
d'Auftriche. Ils ont voulu abaiffer
la France , & voiant bien
qu'ils ne pourroient en venir à
bout tant que le Roi d'Angle-:
terre feroit Ami de Sa Majeſté ,
ils ont cherché à le détacher de
fes interêts , fans le pouvoir
faire. L'Electorat de Cologne
a vaqué pendant ce tems , &
l'Empereur n'ayant point voulu
qu'il fut rempli par une perfonne
attachée au Roi , le Pape
l'a affuré qu'il ne fouffriroit jamais
que M. le Cardinal de
Furftemberg fur Electeur. Deux
Elections Canoniques n'ont pû
obliger à le faire recevoir. Ôn
n'a regardé que ce qui avoit
été réfolu , & non pas la juftice,
& l'Election . La France qui
prend toujours le parti de l'équité
, a fait connoître qu'elle
fouftiendroit celui de ce Cardi
G vj
156 VII. P. des Affaires
nal. Les Hollandois s'en font
inquietez, parce que l'Electorat
de Cologne a des places voifines
de leurs Etats. Le Prince
d'Orange qui avoit réfolu depuis
long- tems d'ufurper la
Couronne d'Angleterre , a prist
cette occafion pour découvrir
à la Maifon d'Auftriche une
partie de fon deffein . Il a fair
voir qu'en donnant des affaires
à Sa Majefté Britanique , il met
troit la France dans un fort grad
embarras , & l'empêcheroit de
maintenir le veritable Electeur
de Cologne dans l'Electorat. La
Cour de Rome , & la Maifon
d'Auftriche ont donné dans certe
propofition , & ont permis
pour leurs feuls interés, & pour
chagriner la France ,que la Religion
Catholique fut entierement
abolie en Angleterrells
du Tems 7.5.7
ontété caufe d'une ufurpation
non feulement contraire au
droit des gens , mais qui bleffe
encore les Loix de l'honneur
, de l'amitié , de l'Alliance
& du fang, & aprés avoir
foulevé prefque tous les Princes
de l'Europe contre le Roi , & avoir
allumé la plus grande guer
re dont on ait encore oüi parler
en Europe , & cela dans le
tems qu'elle eft attaquée par
les ennemis du nom Chrêtien,
ils ofentavancer fauffement , &
injurieufement dans toutes leurs
Declarations de guerre ; que
Roi a enfraint tous les Traitez
de Paix & de Treve.
le
Quoi qu'il femble que je me
fois éloigné de mon fujet , en
repaffant ce qui s'eft fait de
plus remarquable depuis l'année
1672.je croi qu'on ne trou158
VII. P. des Affaires
par
vera pas que j'en fois forti, puis
que n'ayant parlé principale
ment que de ce qui regarde la
Paix, & la guerre, j'ay fait voir ,
non pas par des raifonnemens,
mais des faits pofitifs , que´
la France n'a enfraint aucuns
Traitez comme on l'en veut
accuſer , mais qu'au contraire´´
toutes les Puiffances qui la taxent
injuftement , ont fait elles
- mêmes ce qu'elles lui re--
prochent ; & pour montrer
que ce que je dis n'eſt point
remply de railonnemens captieux
comme tous les écrits que
l'on debite en Hollande , j'ay
mieux aimé eftre plus long , &
donner un abregé de l'Hiftoire
qui fait connoître le temps , les
lieux , & les circonstances de
toutes les ruptures que je cite,
faites par ceux qui ofent acdu
Tems. 159'
cufer le Roy d'en avoir fait, &
c'eſt par là que je pretens avoir
répondu au premier Article de
la Déclaration de guerre du
Gouverneur des Pays- Bas , qui
dit que le Roy à enfraint, rompu
, & violé les Traitez Il ne
me fera pas difficile de faire
voir que la fuite de fa Déclaration
eft auffi fauffe que le com--
mencement Il dit en parlant dus
Roy d'Espagne fon Maiftre,que
Sa Majesté qui avoit eu tant de
moderation en veie de conferver
la tranquilité publique , fe
trouve par un nouvel attentat
recompensée d'une injufte De--
claration de Guerre que le
Roy Tres-Chreftien a fait publier.
II y a quelque chofe de bien
captieux en cet endroit. On
a befoin de memoire , puis
160 VII. P. des Affaires
qu'il faut fe fouvenir de ce qui
s'eft fait , & examiner la Dé
claration du Roy , pour ne fe
pas laiffer furprendre à une
fauffeté fi hardiment foûtenuë.
De la maniere que cet article
eft conçu , ne diroit - on pas
que le Roy d'Espagne ne vouloit
point de guerre , & qu'il
avoit refolu de conferver la
tranquillité publique ? Cependant
ce ne font que des paroles
, & cela ne fe trouve que
dans la Déclaration du Gouverneur
des Pays-bas.La guerre
que le Roy d'Espagne a aujourd'hui
, n'eſt pas à cauſe de
la Déclaration que Sa Majesté
lui a faite il y a fort peu de
temps , mais parce qu'il avoit
refolu de l'avoir, & qu'il s'y éroit
preparé. Toutes fes me fures
eftoient prifes avec l'Empedu
Temps.
161
reur, & avec les Hollandois, &
ces derniers avoient jetté des
Troupes dans plufieurs Places
de Flandre , long- temps avant
cette Déclaration de Guerre
faite par le Roy. Si Sa Majeſté
Catholique avoit voulu conferver
la traquillité publique, ainfi
que porte la Déclaration du
Gouverneur des Pays -bas , il
auroit accepté la Neutralité
que M de Rebenac lui a offerte
de la part du Roy. On a
tenu plufieurs fois des Confeils
d'Etat à Madrid fur cette propofition
, plutôt par forme , &
pour cacher la part qu'on avoit
dans la Ligue formée contre la
France , que pour examiner fi
on recevroit la Neutralité.
Enfin aprés beaucoup de déliberations
la deffus , & de dé-
Lais accordez par l'Ambaffadeur
162 VII. P. des Affaires
du Roy, elle n'a point eſté acceptée
, & M de Rebenac a
quitté la Cour de Madrid . Je
croy qu'il n'eft pas mal aifé de
deviner , que qui ne veut point
de Neutralité dans une conjoncture
comme celle d'aujourd'hui,
ne peut prendre que
le parti de la guerre, puis qu'il
n'y en a point d'autre, fur tout,
quand on s'eft précautionné là
deffus , comme avoit fait Sa
Majefté Catholique , & qu'on
eft entré dans une Ligue qu'on
croit capable d'accabler fon
Ennemy dés l'ouverture de la
Campagne. Le Roy ayant fçu
la Déclaration du Roy d'Efpagne
qui pouvoir paffer pour
une Déclaration de guerre , &
qui en eftoit une pour lui , quoi
qu'elle ne fut ny publiée , ny
affichée , en fit paroitre une
du
Temps. 163
T
dans les formes , afin que fes
Peuples fuffent avertis de cette
guerre , & comme celle de Mr
de Caftanaga n'a paru qu'en
fuite , il a ofé dire dans fa Déclaration
que le Roy Tres-
Chrêtien déclaroit la guerre
au Roy d'Espagne , lors que
Sa Majefté Catholique n'avoit
en veuë que de conferver la
tranquillité publique . Il faut
être bien ennemy de la verité
pour parler de cette forte , avoir
une hardieffe au delà de
tout ce qu'on peut s'imaginer,
& croire le Public bien ignorant.
M. de Caftanaga dit enfuite
, que la Déclaration du Roy
eft deftituée de raifons , de
pretextes legitimes. Il ne faut
que lire cette
Déclaration
pour voir le contraire, & qu'elle
164 VII. P. des Affaires
eft toute remplie de raifons . II
pouvoit dire qu'elles ne font
pas bones, parce qu'il eft obligé
de ne les pas trouver telles ;mais
le peu de poids qu'elles ont auprés
de lui, n'empêche pas que
ce ne foient des raifons . D'ailleurs
on ne fçauroit nier qu'elles
n'ayent tout ce qui peutdon
ner lieu à une Déclaration
de
guerre
. Il fuffit
que le Roy
expofe
le fait dans
toutes
fes circonftances
;& qu'il
marque
que le Roy
d'Efpagne
a refufé
la Neutralité
. Il n'a pas befoin
d'autres
raifons
, & c'en eft une
affez
bonne
pour
ſe refoudre
à faire
la guerre
, que de fçavoir qu'on
nous
la veut
declarer
.
Celle
- là eft fans replique
,& l'on
ne fçauroit
blâmer
le Roy
, à moins
qu'on
ne veuille
qu'il
du Tems.
165
laiffe attaquer les Etats fans les
défendre .
La fuite de la Déclaration
de M. de Caftanaga eft conçuë
en ces termes . Il dit en parlant
de celle du Roy de France.Elle
eft injurieuse àfa Majesté, s'éfor.
çant de faire paffer pour un
Scandale les aliances qu'Elle
peut avoir avec les Princes &
Etats voisins , quoy qu'elles ne
tendent qu'à affurer le repos de
la Chrétienté , & à l'avantage
de fes Etats. le n'ay vû perfonne
qui ait pu lire cet article
, fans s'étonner de l'aveuglement
de celui qui l'a imaginé.
Le Roy ne parle dans
fa Déclaration que des aliances
que le Roy d'Espagne a
faites avec le Prince d'Orange,
Ainfi M de Caftanaga
ne peut pretendre parler que
166 VII. P. des Affaires
de celles qui y font marquées,
& lors qu'il répond à cet endroit
, il ne fçauroit dire fans
s'expofer à la raillerie publique
, que l'alliance du Prince
d'Orange affure le repos de la
Chreftienté. Il feroit plus vray
de dire que fon ambition a mis
les armes à la main de tous les
Princes de l'Europe ; qu'elle a
allumé une guerre fanglante ;
qu'elle eft caufe de tout le fang
qu'on y a verſé; qu'elle a couté
la vie à une infinité d'Irlandois
de l'une & de l'autre Religion
qui vivoient en repos chez eux,
& qui ne penfoient pas qu'il
fuft au monde, & qu'enfin bien
loin qu'on doive croire qu'il
peut affurer le repos de la
Chretienté, il n'eft né que pour
y porter le trouble , & la faire
gemir fous le poids de l'ambi-
4
du Tems. 167
tion qui le devore. M. de Caftanaga
n'a guere pris ſoin de
la gloire du Roy on Maiſtre,
lors qu'il a parlé de cette forte,
& qu'il a dit que l'Alliance
d'un Ufurpateur eftoit avantageufe
à les Etats. Comme il eſt
amy particulier du Prince d'Orange
, il s'eft laiffé emporter à
fon inclination , fans faire reflexion
que toute la terre auroit
les yeux ouverts fur ce qu'il
expoſeroit au public. Tout ce
qu'il y a d'honneftes gens s'eftoient
déja fcandalifez , ayant
remarqué que la Gazette de
Bruxelles avoit efté la premiere
à donner la qualité de
Roy à l'Ufurpateur d'Angleter
re' Outre qu'on ne peut fans
injustice luy donner ce nom,
il n'y avoit pas alors de prudence
& de politique à le faire,
168 VII. P. des Affaires
puis que M. de Caſtanaga faifoit
découvrir par là que le
Roy fon Maître eftoit d'intel
ligence avec cet Ufurpateur,
dans un temps que le Confeil
de Madrid le vouloit encore
cacher. Ainfi fon zele trop precipité
pour un amy fi peu digne
d'en avoir , pouvoit gafter les
affaires de fon Maiftre , & s'il
n'y a pas nuy , il a du moins
fervy à faire blâmer pluſtoſt
l'Alliance qu'il a contractée avec
un homme qui n'eſt connu
que par des endroits , qui
ne le feront pas louer dans les
fiécles à venir. La Declaration
de M, de Caftanaga , porte encore
ces mots : Pendant que les
armes de France defolent inhumainement&
avec des cruautez
& des barbaries inoüies tous
les Etats de l'Empire , fans
avoir
du Temps. 169
avoir égard aux loix de la Religion
, non plus qu'à celles de la
guerre, & au droit facré des Capitulations
Comme cet article a
de la liaifon avec le precedent,
je dois yous dire que le mot de
pendant , par lequel commencent
les Lignes que je viens de
rapporter , marque que le Roy
d Eſpagne s'allioit avec le Prince
d'Orange , pendant que le
Roy defoloit les Etats de l'Empire.
Ce qu'il dit du Roy eſt
manifeftement faux , puis que
toute l'Europe fçait que les
Troupes de Sa Majesté n'ont
affiege Philisbourg , qu'aprés
qu'Elle a eu connoiffance de la
Ligue formée contre Elle par
les Princes Confederez , dont
l'Espagne eft du nombre. C'eſt
un fait hiftorique qui ne fauroit
étre difputé. Du refte , je
H
170 VII. P. des Affaires
ne me dois pas mettre en peine
de répondre à un Article qui
eft bâty for un fondement fi
contraire à la verité ; auffi- bien
la fuite ne roule - t- elle que fur
une peinture chargée des barbaries
exercées dans l'Empire.
Tay déja fi amplement répondu
à cét Article , & avec des
raifons fi fortes , & fi convaincantes
, qu'à moins qu'on ne
veüille fe declarer ennemy de
la verité , on ne peut difconvenir
de ce que j'ay dit là-deffus,
I'ajoûtera y cependant icy pour
la juftification des Troupes
Françoifes,qu'il s'en faut beaucoup
qu'elles n'ayent exercé
des cruautez pareilles à celles
des Allemands , qui n'ont point
donné de quartier , & qui ont
efté tuer de fang froid jufques
aux malades dans les Hôpi
du
Temps.
171
taux .Il eſt
}
vray que le Roy s'eft
vû obligé par les loix de la
guerre de ruiner quelques Places,
mais cela s'eft fait fans qu'il
en ait couté la vie à perſonne,
& il l'a fauvée par là à une infinité
de Peuples que les Alle
mans fe difpofoient à traiter à
la Turque.De la maniere qu'ils
parlent, & qu'ils agiffent,il étoit
à craindre qu'en brûlant les
Villes, ils ne brûlaffent auffi les
Habitans.Ainfi la prudence du
Roy a efté grande , ce qu'elle
lui a fuggere pour fauver la vie
à tant de gens, n'ayant fait perir
perfonne La fuite de la Declaration
de Mr de Caftanaga
n'eft pas moins injurieuſe &
moins fauffe , que ce que je
vous en ay déja fait examiner.
Il pourfuit en ces termes , en
parlant de la France, fes Minif-
* Hij
171 VII. P. des Affaires
tres emploient toutes fortes de
moyens pour troubler l'harmonie
de la Ghrétienté , & attirer
toutes les forces Othomanes à la
deftruction de la Hongrie , &
pour traverfer en méme-temps
la conclufion de la Paix entrefa
Maiefté Imperiale & les hauts
Alliez avec la Porte. Cette intelligence
pretenduë de la
France avec les Turcs eft un
lieu commun qu'on a employé
depuis le commencement de la
guerre de Hongrie , dans tous
Les Libelles qui ont paru,& qui
les remplit fans nul fondement,
fans aucune vrai- ſemblance , &
ce qui eft digne de remarque
& de reflexion , fans qu'on ait
jamais ofé entrer en matiere làdeffus
, en entreprenant
par
quelques détours & par quelques
méchantes raifons
vouloir prouver cette fauffeté,
de
du Tems. 173.
tant on a cru la chofe infoutenable
, même en la publiant .
On a toujours parlé de la méme
forte , & on n'a ofé railonner
, de crainte qu'en fe perdan:
dans de faux raifonnemens
, on ne découvrit le con-.
traire de ce qu'on avançoit avec
fi peu de juftice & de certitude.
Si toft que la France a
quelque avantage , & que la
guerre du Turc occupe les Ennemis
, on fuppofe que le Roy,
le fait agir,parce que fes mou--
vemens les arreſtent , & qu'en .
leur faifant partager leurs for-,
ces , il fe trouve veritablement
que les Othomans fervent aux
affaires du Roi, mais ce n'eſt pas
à dire pour cela qu'il les faffe
marcher où il veut , comme il
il..
pourroit faire un de fesVaffaux.
On ne fait pas ainfi mouvoir
Hij
174 VII. P. des Affaires
cette grade Puiffance, & on n'a.
nime pas aifément un fi grand
corps. Mais quand bien la po
litique voudroit qu'on euft des
intelligences avec la Porte , ce
feroit une chofe prefque impoffible
, & qui ne pourroit ja
mais eftre fecrete , à caufe des
perpetuels mouvemens de cette
Cour, & du changement continuel
des Grands Vifirs qui en
font les premiers Miniftres . Ce
qu'il y a de furprenant dans les
reproches qu'on ne ceffe point
de faire à la France fur ce
qu'on veut qu'elle s'entende
avec le Grand Seigneur , c'eſt
qu'on eft tellement accoutumé
à les faire , qu'on ne change
point de langage dans le temps
même où la France eft plus
brouillée avec la Porte , que
ceux qui l'acufent d'une parfaite
du Tems: 175
union avec cette Puiffance.Ce
la s'eft veu pendant les grands
démélez qu'elle a eus avec la
Cour Othomane touchant l'affaire
du Sopha. Entre celles
qui n'ont point allumé de guer-
Dese
il y ena eu peu , qui al
yent efté p'us vivement pouffée
parmy les Souverains que
celle -là . Ce demêlé s'aigrit même
à caufe de la canonnade de
Chio, M de Guilleragues ,
pour lors Ambaffadeur de
France à Conftantinople , y
demeura quelque tems comme
Prifonnier , & je ne fçay
même fi fans la grande ferme.
té qu'il fit paroiftre , & la
haute reputation du Roi, on ne
Juy auroit point fait quelque
cruelle avanie. Le Grand Vifir,
fans lequel on ne peut avoir
d'intelligence à la Porte , étoit
Hj
176 VII. P. des Affaires
ennemy déclaré de la France,
& je doute même qu'il euft affiegé
Vienner, s'il euft cru que
nous euffions pâ tirer quelques
avantages de cette guerre. La
grandeur & la puiffance du
Roy lui faifoient ombrage , &
ne pouvant voir qu'avec chagrin
qu'il y cuft fur la terre un
Monarque qui parut plus grand
que l'Empereur Turc fon Maitre
, il cherchoit à l'abaiffer, en
refufant le Sopha à fon Ambaffadeur.
Cependant pourroit
-on croire que dans tout le
temps que la France a eu ces
grands demélez avec la Porte,
on ait cu la même injuſtice
qu'aujourd'hui qu'on ait tenu
le même langage ; qu'on ait écrit
les mêmes chofes ; que la
France ait efté injurieufement
attaquée , & accofée des mê-
H
du Temps.
177
les
mes intelligences avec les
Turcs , dont on continuë a la
taxer avec fi peu de raiſon, &
qu'un fimple Gouverneur à la
hardieffe de lui reprocher fi
lâchement ? Enfin, dés que
Turcs déclarent la guerre aux
Allemans , c'eft par le confeil
& à la follicitation des François,
& ce font encore eux qui
agiffent , même quand ils aident
à les repouffer , & que
leur plus illuftre Nobleffe expofe
fa vie , & perit fouvent
pour fecourir des ingrats , qui
voyent avec regret les fervices
qu'on leur rend , parce qu'ils
ne fçauroient fouffrir que de
braves gens fe couvrent de
gloire , & qu'ils croyent que
les Lauriers dont ils fe couronnent
leur font dérobez
quoy qu'ils n'ayent fongé à
Hv
178
VII
. P. des
Affaires
II les cueillir que pour eux.
eft certain que l'ufage eft fi fortement
& fi injuftement étably,
de dire que les François font
Amis des Turcs , & qu'il les
engage à faire la guerre aux
Allemans quand il leur plaiſt ,
qu'il n'y a point de langage
plus commun dans tous les
Etats des Souverains, jaloux de
la gloire de Sa Majefté. Les
Enfans même y font inftruits
à le publier ; mais il faut connoiftre
bien peu ce Monarque,
ou ne vouloir pas eftre informé
de la beauté de fon ame , pour
luy impoſer des choſes fi éloignées
de fon caractere . Il eft non
feulement par luy - mefme plus
que par l'étenduë de fes Etats
le plus grand Prince du monde
mais il pourroit difputer la qualité
du plus honnefte homme
du
Temps.
179
"
à tous les fouverains de la terre.
Ce caractere fe fit affez
remarquer lors que les Turcs
parurent devant Vienne comme
j'ai fait voir ailleurs. Sa
douleur fut fincere & profon
de & il n'a rienfait depuis qui
Fait dementie, quoy que la maniére
dont on en a ufé avec lui
euft pu porter un Prince moins
genereux , & moins Chref
tien , aux dernieres extremirez
, & que lors que les Catholiques
font entrer tous les
Proteftans de l'Europe dans
une guerre contre lui , il puft
s'unir avec les Mahometans
pour fauver l'Europe & la Religion
Catholique . Dans des
maux extrêmes , la raiſon veut
que l'on ait recours aux reme .
des violens. Sile Roi avoit attiré
les Turcs en Hongrie , il auroit
1
H vj
180
VII. P. des Affaires
A
3
profité de l'occafion & puis
qu'il ne l'a point fait , on doit
étre convaincu qu'il n'a point
fongé à les y faire venif. Loin
de vouloir rien faire qui puft
nuire à la Religion, il étoit alors
entierement occupé à banir
l'Herefie de fon Royaume , &
Faplication qu'il avoit à venir à
bout de ce grand ouvrage, devoit
raffurer les Allemans , s'il
eft vrai qu'ils euffent apprehendé
ce qu'ils ne devoient pas
craindre.Entreprendre dans fes
Etats ce que fept Rois fes Predeccffeurs
n'avoient pu faire
c'étoit fe tailler affez de befogne
, pour tirer d'alarme les
Allemans & les Eſpagnols , &
leur faire croire qu'on ne penfoir
à rien moins qu'à les atta
quer,mais lors qu'il s'agit de
noircir la gloire du Roi on n'en
du Tems. 181
-
tre dans rien de tout ce qui peut
le juſtifier. On ne veut pas même
le donner le moindre foin
d'examiner fa conduite , & de
faire reflexion fur ce qui paroît
tout évident : on travaille
bien plutôt à donner aux Peuples
de mauvaiſes
impreffions
de ce Monarque , & l'on veut
qu'il foit Turc d'inclination ,
quand il est tout Catholique par
fes actions. Mais comme c'eſt
par les oeuvres que l'on connoit
1 homme , le Roi doit être pleinement
juftifié par les fiennes.
Ce qu'il a fait dans tous fes Etats
en faveur de la vraie Religion,
n'eft parti que du zéle le
plus pur , puis qu'il n'en pouvoit
tirer aucuns avantages du
côté des interêts humains , &
qu'il étoit feur au contraire de
fouffrir quelques dommages ,
182 VII. P. des Affaires
& de perdre quelques - uns de
fes plus braves Sujets . Ainfi fi
ce Prince n'avoit point travail
lé chez lui pour l'accroiffement
de la Religion Catholique
, & qu'il euft voulu profiter
de l'invafion des Turcs , il eft
tres- certain qu'il fe feroit rendu
Maître de l'Europe. Il n'avoit
qu'à le vouloir & à paroitre ;
perfonne n'étoit en pouvoir de
lui refifter. C'est ce qui fera
toujours affez difficile , & on le
voit même encore aujourd'hui .
Toute l'Europe eft liguée contre
lui feul , & malgré une fi
puiffante Ligue,il eft le feul qui
ait jufqu'icy remporté quelques
avantages . Cependant
Mr de Caftanaga lui impute
dans fon injurieufe Declaration
de guerre , dénuée de
bonnes raifons , toute remplic
du Tems-
183
de fauffetez & contraire au bon
fens & au respect que l'on doit
aux Rois, d'avoir troublé l'harmonie
de la Chrétienté,& attiré
toutes les forces Othomanes à la
deftruction de la Hongrie &
traversé en même tems la conclufion
de la Paix , entre fa Ma
jefté Imperiale & les Hauts Alliez
avec la Porte.
Je puis ajoûter à tout ce que
j'ay déja répondu fur cét Article,
que des calomnies de cette
nature fans aucunes preuves, &
fans qu'on les puiffe feulement
foûtenir par de faux raiſonnemens,
ainſi qu'on l'a remarqué
jufques icy , ne peuvent eſtre
inferées que dans des Libelles
diffamatoires, faits par des Auteurs
qui ne fe nommant point,
rifquent des fauffetez , & des
calomnies , parce qu'ils n'en
184 VII. P. des Affaires
peuvent ny rougir ny eftre repris,
& qu'il arrive quelquefois
que les plus groffiers d'entre les
Peuples y ajoûtent foy.Ces Auteurs
n'en demandent pas davantage
, & veulent feulement
feduire ces fortes dignorans ,
parce qu'ils font ordinairement
les plus feditieux, & que pourveu
que l'on vienne à bout de
les exciter, ils font capables d'en
entrainer d'autres. Par ce moyen,
la reputation de ceux qu'ils
attaquent
fe trouve noircie , &
ce qu'ils leur imputent dans
leurs écrits , paffe en tant de
bouches
, que Fon commence
à le croire veritable, parce qu'on
en entend parler de tous côtez.
Mais il n'en eft pas de même
de ce qui regarde des actes publics,
tels que font les Declarations
de guerre , où fi les Rois
du Tems. 185
ne parlent eux- mêmes à d'autres
Rois, on parle en leur nom
à ces Souverains. Ces actes doivent
eftre ferieux , car on ne
fe jouë point groffierement des
Poiffances . Ils ne doivent contenir
que des faits veritables &
connus , ou fi ce font des chofes
qui jufques- là ayent eſté ſecretes
, ceux qui les font pu
blier doivent prouver tout ce
qu'ils découvrent , afin qu'on
ne les puiffe accufer de vouloir
calomnier des Perfonnes
facrées. M de Caftanága n'a
pas gardé tant de meſures ; il
s'eft fervi de fauffetez qui
n'ont pas même de vray - femblance
, fans confiderer qu'il
attaquoit un puiffant Monarque
, & qu'il accufoit le Prince
du monde le plus Religieux,
d'avoir une intelligence for--
186 VII P.des Affaires
mée avec le plus grand Enne
my de la Foy , pour détruire la
Religion . Une temerité pareille
n'eft pas foutenable
foutenable , & quiconque
ofe attaquer fauffement
une Tête Couronnée , merite
plus que des reprimandes . S'il
nous eftoit arrivé une affaire
femblable,on la releveroit dans
un milion d'écrits . La France en
feroit accablée , & on tâcheroit
de la rendre odieuſe a toutes
les Nations. Elle ne doit pas
s'écarter du droit chemin ; l'envie
qu'on lui porte fait qu'on
l'examine de prés ; toutes les
plumes de l'Europe font tournées
contre elle , de même que
les armes de tous les Souverains.
Elle doit s'en tenir glorieufe
; c'eft l'effet d'un vray
merite Ses plus grands Ennemis
voudroient bien jouyr de
du Tems. 187
fon bon- heur , & voir leurs
Etats briller de la même gloire.
Voicy le dernier article de
la Déclaration de Mr de Caftanaga
. Or comme fa Majefté
fe trouve attaquée fi iniuftement
, & Nous , voulant emploger
tous les moyens que nous avons
pour fa gloire , & pour le
bien de fes fuiets , & par les
principes d'une infte défenfe ,
nous efperons que Dien benira
les bonnes intentions de fa Ma
iefté Catholique. C'est pourquoy
nous ordonnons, &c... N'eft- ce
pas une chofe furprenante qu'
après avoir vu la verité dans
les éclairciffemens que je vous
en ay donnez , M de Caftanaga
méle dans fa Déclara
tion , que fa Majesté Catholi
que fe trouve injuftement attaquée
Cela fe peut-il, aprés
188 VII. P. des Affaires
que
l'aliance que je vous ay fait
voir qu'il a avoué au commencement
de la même Déclaration
avoir efté faite entre
le Roy d'Espagne fon Maiftre ,
& le Prince d'Orange ; aprés
la maifon d'Auftriche en a
reçu des Troupes Irlandoiſes ;
aprés que
que fa Majefté Catho
lique a marqué le reconnoitre
pour Roy , ayant laiffé fon
Ambaffadeur à Londres , lors
qu'il n'y eft demeuré que ceux
des Princes Proteftans ; aprés
qu'il a refuſé toutes fortes de
fecours au Roy d'Angleterre,
& de concourir avec fa Majefté
à fon rétabliſſement ; aprés
ce que les Gazettes de
Bruxelles qui font fous fa direction,
on dit contre la France;
aprés qu'on a rempli les Places
de Flandre d'Ennemis du Roy,
du Tems. 189
& qu'on a trouvé à propos
dans le Confeil d'Etat tenu à
Madrid , de refufer la Neutralité
, & de déclarer par ce refus
la guerre à la France ?
Aprés toutes ces choſes & mil
le autres de même nature , le
Roy n'a-t il pas eu grand tort
de faire publier une Déclaration
de guerre contre l'Eſpagne
, & M de Caftanaga n'atil
pas grande raifon de dire
que l'Espagne fe trouve injuftement
attaquée ? Il faut qu'il
croye les Flamans bien groffiers
, s'il fe perfuade qu'ils fe
laifferont tromper par la Déclaration
& que cela leur fera
fuporter patiemment les contributions
que leur coute une
Déclaration de guerre faite fi
à contre - temps , & les autres
maux que fera tomber fur eux
190 VII. P. des Affaires
de
une Ligue fi fatale au repos
la Flandre. L'Empereur commence
à fe repentir d'y être entré
, & on ſçait que les Minif
tres ont dit qu'ils avoient eſté
trompez , & qu'on les avoit affurez
que le Prince d'Orange
devoit ouvrir la campagne par
deux defcentes qu'il feroit faire
en même temps aux deux
-bouts de la France.
·
On n'auroit jamais crû que
fa Majefté Imperiale , dont la
pieté eftoit connuë , & qui jufqu'icy
avoit foutenu les intérêts
de la Religion avec une fermeté
qui avoit inébranlable,
paru
euft pû fe refoudre à entrer
dans une Ligue, où la poſterité
ne pourra jamais croire de
que
vrais Catholiques foient entrez .
Cependant outre tout ce qu'on
fçait là - deffus, & la jonction de
du Tems. 191
de fes Troupes avec fes Alliez
Proteftans , on voit une Lettre
de ce Prince qui fervira de
preuve éternelle de cette union,
fi fatale à la Religion Catholique,
& fi honteufe aux Princes
qui la profeffent. Cette Lettre
ne m'eft pas tombée entre les
mains , mais voicy de quelle
maniere en parle un Ecrit de
Hollande , qui en rapporte les
dernieres lignes en ces termes;
Il paroit une Lettre de l'Empereur
à fa Maiefté Britannique
Guillaume III. en date du 5. de
Mars , où aprés avoir remercié
ce Prince du foin qu'il prend
d'empécher qu'on ne faffe vielence
aux Catholiques Romains,
il lui promet de faire la méme
chofe de fon côté à l'égard des
Proteftans, & de mettre le point
de la Religion en un tel eftat,que
192 VII. P. des Affaires
*
sout le monde, & les gens de bien
principalement, applaudiront à
une fi bonne harmonie.
-
On demande ce que le Prince
d'Orange a fait pour les Catholiques
depuis qu'il eft en
Angleterre, Il peut avoir empêché
que quelques uns n'ayent
efté affommez par les Proteftans,
fuivant la maniere dont
ils en uſent toujours , lors qu'ils
fe voyent les plus forts ; car du
refte , on n'a rien fait qu'en
parler fouvent dans le Parle
ment pour établir loix fur loix
contre eux. On les bannit , on
ne leur laiffe aucuns privileges,
on ne les fouffre dans au-
Cunes Charges ; ils font exceptez
des loix penales , qu'on adoucit
à l'égard des autres Non-
Conformiftes ; on court fur
eux ; on les empriſonne , afin
que
du
Temps.
193
que leurs perfonnes répondent
de ce qui peut arriver de mal
aux Proteftans d'Irlande , comme
s'ils pouvoient empêcher
qu'ils ne fe jettent eux-mêmes
dans des precipices , dont la
bonté de leur Souverain auroit
de la peine à les retirer , parce
qu'il eſt mal - aifé de fauver
ceux qui s'obſtinent à vouloir
perir. Cependant on fçait que
la bonté du Roy d'Angleterre
eft grande , & qu'il cherchera
toujours à épargner le fang de
fes Peuples. Mais je veux que
le Prince d'Orange fouffre à
prefent les Catholiques, il ne le
fait que parce qu'étant mal affermi
, il acheveroit de tomber,
du moment que le Princes Ca
tholiques qui font entrez dans
la Ligue , n'étant pas contens
de lui
> s'accommoderoient
I
194 VII. P. des Affaires
moyen
avec la France . Cette raifon
l'oblige encore à les ménager,
& à leur accorder ce que les
Princes fes Alliez lui demandent
pour couvrir la honte qu'-
ils ont de s'étre unis avec lui , ce
qui ne leur feroit pas poffible
s'ils ne produifoient quelques
petits fervices rendus aux Catholiques
par le de ce
Prince Ufurpateur,qui les juftifient
auprés des gens de bien ,
on devroit dire auffi auprés de
la Cour de Rome ; mais elle a
befoin , pour s'excufer elle -méme
, que le Prince d'Orange
faffe quelque choſe pour les
Catholiques Le peu qu'on en
doit attendre ne dureroit pas
s'il devenoit abſolu en Angleterre.
Il ne pourroit pas même
leur donner une trop grande
protection , quand il voudroit,
du Tems. 195
parce que les Calviniftes & les
Prefbyteriens
, mortels Ennemis
de la Religion Catholique , ne
lui ont aidé à monter fur le
Trône qu'afin qu'il travaillât à
fa deftruction entiere dans toute
l'Europe. C'eſt avec eux, &
pour faire réuffir ce grand deſ
fein , que tout ce que nous
avons vû arriver depuis huit
mois en Angleterre , a efté concerté.
Ceux qui ont fait des volumes
entiers pour juſtifier le
Prince d'Orange
, & prouver
qu'il ne fongeoit point à fe faire
Roy lors qu'il a paffé dans
ce Royaume , oublient ce qu'ils
ont dit à force d'écrire trop
fouvent , & laiffent fans y penfer
, échaper des endroits entierement
contraires à ce qu'ils
fe font d'abord efforcez de faire
croire-Un de ces Auteurs, peu
I ij
196 VII. P. des Affaires
Ami de M. le Comte d'Avaux,
feulement parce qu'il eft prefentement
auprés du Roy
d'Angleterre , & qu'il peut lui
donner de bons confeils , &
voulant l'accufer de peu de penetration
pendant qu'il a eſté
Ambaffadeur pour le Roy en
Hollande , dit en propres termes
en parlant du Prince d'Orange,
& de cét Ambaffadeur:
Ce Prince a menagé fes deffeins
fur l'Angleterre pendant trois
ou quatre ans , fans que
baffadeur de France les ait pu
penetrer. Il eft vray qu'il ne les
a pas découverts dés qu'ils ont
conçus , mais il les a fçus
affez toft pour les faire
les faire avorter,
fi des raisons que j'ay déja dites
, & que je vais encore toucher
en paffant, n'y cuffent pas
mis obftacle ; mais l'endroit
efté
l'Amdu
Tems. 197
que je viens de rapporter , merite
qu'on y faffe auparavant
un peu de reflexion . On ne
peut rien dire de plus fort pour
faire voir que le Prince d'Orange
a ufurpé la Couronne .
S'il n'avoit pas eu ce deffein , il
n'auroit pas été neceffaire qu'il
euft cabalé pendant trois ou
quatre années , comme l'Auteur.
nous l'apprend. S'il a eſté obligé
de ménager les efprits pendant
tout ce temps , il n'y a
donc guere de bonne foy dans
tout ce qu'on a voulu nous perfuader
, & le Prince d'Orange
n'a pas efté autant recherché
qu'on a prétendu nous le faire
croire. Quand on eſt ſouhaité
auffi ardemment que l'on a dit
qu'il l'avoit efté , on n'a pas
befoin de trois ou quatre
ans pour faire des brigues .
T
I ij
198
VII. P. des Affaires
*
Si on eft veritablement appel-
·le , & qu'on n'ait deffein d'aller
qu'avec de bonnes & juftes
intentions , on marche fans fe
precautionner avec tant de
foin. Les ménagemens font
inutiles à ceux qui ont envie
de bien faire , ou du moins il
n'en eut pas falu tant au Prince
d'Orange , s'il n'eut eu en
vûë que ce qui étoit porté par
fes Manifeftes, mais il en faloit
beaucoup pour le deffein caché
qu'il avoit de ſe faire Roi ,
& l'Auteur a eu raifon de dire,
que ce Prince a ménagé fes
deffeins fur l'Angleterre pendant
trois ou quatre années, On
doit remarquer dans ce peu
de lignes la force de ces deux
mots,fur l'Angleterre. Rien ne
fait mieux voir le deffein qu'il
avoit formé de s'en rendre
maiftre , & ces paroles ne
DE
Lad
du Tems.
SALUTE
peuvent fignifier autre che! YON
Ainfi l'Auteur ayant l'ide
remplie de la verité qu'il
fait , & qu'il ne fe peut cacher
à lui- même, la fait connoitre
fans y faire toute la reflexion
qu'il y auroit faite fans doute,
fi l'invafion du Prince d'Orange
avoit été plus recente :
mais on commence en Hollande
à n'y plus prendre garde
de fi prés, & la verité, quand
on en eſt fortement perfuadé
comme on doit l'être de l'intention
que le Prince d'Orange
avoit de fe faire Roi , engage
fouvent à dire plus que
l'on ne voudroit , & à la faire
connoiftre , malgré le deſfein
qu'on a pris de la cacher,
Ce qu'il y a d'étonnant , c'eft
que l'Auteur qui vient d'en tomber
d'accord en termes fi clairs,
I
iiij
200
VII. P. des Affaires
;
eft un de ceux qui ont foutenu,
avec plus de fauffes raifons &
plus de chaleur , que le Prince
d'Orange ne merite point le titre
d'Ufurpateur, & qu'il a été
élu par un Parlement libre
cependant il avoue qu'il lui a
falu trois ou quatre ans , pour
ménager fes deffeins fur l'Angleterre.
La penfée de le faire
Roy n'eft donc pas venuc tout
d'un coup aux Anglois lors
que ce Prince eft arrivé à Londres.
Il n'y a point de vrayfemblance
à cela, mais il y en
a bien plus à croire qu'il a me
nagé cette affaire pendant
trois ou quatre années , comme
l'Auteur le marque fort bien.
Quant à ce qui regarde M. d'Avaux
, qu'il blame de n'avoir
pas d'abord penetré ce grand
fecret,outre qu'il n'y avoit point
du Tems. 201
de neceffité de le découvrir fi
long-tems avant qu'il éclatât, il
eſt mal - aiſé , & même preſque
impoffible, de penetrer d'abord
ce qui n'eſt que dans l'idée de
quelques perfonnes , & quand
ce fecret ne va pas plus loin
que les intereffez, qui rarement
fe laiffent furprendre' , on feroit
des efforts bien inutiles
pour le découvrir, puis qu'on ne
fauroit tenter des gens qu'on
ne connoît pas. Ainfi on ne
peut dire qu'un homme qui a
interêt d'apprendre ce qui fe
paffe dans un Etat , ait man- .
qué d'adreffe , de vigilance &
de penetration , pour entrer
dans le fecretd'une intrigue que
l'on prend foin de tenir cachée,
jufqu'à ce qu'on ait commencé
de faire mouvoir les refforts
neceffaires pour l'execution
202 VII. P. des Affaires
C'eft alors que rien ne lui doit
échaper, & c'est ce que M.d'Avaux
a d'écouvert ; mais ces
avis furent d'abord rejettez du
Roy d'Angleterre . Ce Prince
avoit quelque raifon de ne les
pas croire , puis que la Cour de
Rome & celle de Vienne , l'affuroient
du contraire,d'une maniere
à ne lui laiffer aucun doute
qu'elles n'en euffent une certitude
entiere.Cependant comme
la verité ne peut demeurer
toujours cachée , le Roy d'Angleterre
apprit une partie des
refolutions du Prince d'Orange,
mais fa bonté naturelle, &
la confiance qu'il avoit en fes
Sujets , furent caufe qu'il ne
voulut point de fecours étranger,
& qu'il fut enfin obligé de
ceder à la force.
Comme l'affaire d'Angleterdu
Tems.
203
ce ,
re à noüé toutes celles d'aujourd'hui,
& que c'eſt de là
que
font venuës tant de Déclarations
de guerre contre la Franil
faut vous parler de celle
de
l'Electeur de
Brandebourg.
Ie vous en diray pourtant peu
de choſe, & ne vous la rappor
teray point entiere comme celles
de France & d'Eſpagne . Elle
eft toute remplie de ce qu'on
repete tous les jours contre le
Roy dans les Libelles de Hollande
, & ce qui vous furprendra,&
qui merite d'eftre remarqué
, c'est que voulant faire la
guerre au Roy, parce que la Ligue
l'a refolu , & defirant faire
une Déclaration particuliere
pour ſe diſtinguer davantage, il
a trouvé qu'il manquoit de prétextes
pour la remplir, de forte
qu'il s'eft avifé de prendre le
204 VII. P. des Affaires
parti du Pape, & des Religieu
les de Charonne.Cela doit paroitre
affez extraordinaire dans
la Déclaration de guerre d'un
Prince Proteftant à un Roy Catholique.
Ils veulent tous eftre
Ennemis du Roy, & ne fçavent
quels pretextes prendre; mais en
mélant la Cour de Rome dans
leurs affaires, ils découvrent ce
qu'elle voudroit tenir caché.Les
louanges qu'ils lui donnent lui
attirent le blâme des vrais Catholiques,
& des perſonnes veritablement
pieuſes , & juſtifient
pleinement la conduite qu'a tenuë
Sa Majesté à l'égard de
cette Cour
DEN.
LYON
AUGVSTINIANA
LVGDUNENSI
T
807158
1 AFFAIRES
DU
BE
TEMPS .
TOME
VILYON
*1803 *
ht
+
ALTON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere , au Mercure
Galant .
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
虫虫
A VIS
OVTES les Affaires
de l'Europe étant
aujourd'hui liées en-
Semble par le même næud , ne
l'aiffent pas d'avoir plufieurs
parties feparées,dont chacune fe
raporte à un feul point , qui eft
l'abaiffement de la France. Son
élevation le fait fouhaiter,
mais comme on feroit paroiftre
trop d'injustice, fi on laiffoit voir
qu'on n'agit que par un motif
de jaloufie , chaque Etat a cher.
ché des pretextes pour la cou-
& pour embaraffer les
wrir ,
affaires
. Celle
de l'Electorat
de
Cologne
eft
arrivée
tout
à pro-
ร
AVIS.
pos, pour mettre l'Empereur en
eftat d'agir contre la France.
Les Partisfe fontformez , & le
Prince d'Orange , habile Politique,
en feignant de ne prendre
part dans cette affaire que
pour les autres, n'a agi que pour
luifeul. I'ay cru que cette Hiftoire,
où tous les Princes de l'Europe
joüent aujourd'hui chacun
un perfonnage , meritoit d'être
traitée autrement que par articles
de nouvelles , comme font
ceux de mes Lettres ordinaires,
& cela m'a fait prendre le deffein
d'en former un Corps , où
L'on trouvât les refforts marquez
avec les évenemens. Ce
qui fe paffe à la vûë des hommes
, & qui doit être regardé
comme les particularitez
d'une
intrigue , est toujours connu du
A VIS.
Me voici au
Comme ils
public , & le dernier du peuple
ne le fauroit ignorer ; mais les
refforts qui en font la caufe ,
font fouvent inconnus aux plus
babiles. L'ay entrepris de faire
connoître les uns & les autres
dans le même Ouvrage , & d'y
joindre toutes les pieces que
Hiftoire ne fait ordinairement
que citer.
Septiéme Volume.
paroiffent avec le Mercure ,
qui l'on peut dire qu'ils font
joints en quelque forte , fans
que portant ils y foient liez ,
on a fouhaité favoir s'il y en
auroit à l'avenir autant de
Parties que du Mercure. Ie répons
à cela , qu'outre que la
matiére ne fera pas éternelle
comme celles des Nouvelles de
chaque Mois , puis qu'elle fiájj
AVIS .
nira avec la guerre d'au
jourd'hui , ou plutôt avec la
cheute , où l'entier affermiffement
du Prince d'Orange en
Angleterre , il me feroit impoffible
d'en donner un Volu
me chaque mois , quand même
la matière augmenteroit au
Lieu de diminuer ; j'ay même
beaucoup pris fur moi en donnant
ces fept Volumes , & ce
grand travail m'a mis hors
d'état de faire à l'avenir tout
ce que je souhaiterois pour contenter
le public. Le l'avertis
donc , que je donnerai encore
deux Volumes de fuite à caufe
de l'abondance de la matiere
qui me rafte , & des chofes curieufes
que j'ay ramaffées' Il
peut compter là - deffus comme
fur un plan ; que des ordres ab-
A
1
T
AVIS
folus feroient feuls capables de
m'obliger à changer ; mais aprés
ces deux Volumes dont le
dernier fe debitera le premier
jour de Septembre , j'affure que
quoi qu'il puiffe arriver, la
Suite n'en paroîtra que trois
mois aprés , & même , que fi la
chute du Prince d'Orange étoit
renfermée dans ces deux Volumes
, je ne poufferois pas cette
Hiftoire plus avant , mon
but n'ayant été que de renfermer
dans les Affaires du
Tems , tout ce qui concerne l'u-
Surpation de la Couronne d'Angleterre
, faite par le Prince
d'Orange , & ce qui regarde
la France à l'occafion de ce
deffein. Selon ce projet , je
puis presque affurer que les Volumes
de cette Hiftoire ne s'éǎ
žij
A V I S.
tendront guere plus loin que le
refte de cette année. Le trouve
même que le terme eft
le
long
pour
regne
d'un
Prince
qu'on
doit
regarder
comme
un Roy
que le hazard
n'a éle
vé que pour
peu de
temps. On
peut
s'étonner
de ce que j'avance
, & demander
fur
quel
fondement
je parle
de cette
fors
te.
I'avoue
que
je n'ay
pas
une entiére
certitude
de la chute
de ce Prince
, mais
je croi
qu'on
peut
faire
des conjectu
res plus
affurées
fur
la fituasion
des
Affaires
d'Angleter-
.
re , principalement
lors
qu'on
examinera
celles
de l'Europe
en general
, que
ceux
qui fe
mélent
de deviner
n'en
font
fur
ce qui
doit
arriver
aux
hommes
, en regardant
feuleA
VIS.
ment leur main. Enfin j'ay tellement
approfondi cette affaire
, afin d'en inftruire le public
, qu'il me paroit que je
puis entrevoir plus de chofes
qu'un autre par mille endroits ,
qu'il feroit auffi difficile d'expliquer
que le je ne Scay
quoy qui fait que de mediocres
beautez plaiſent ſouvent
davantage que les plus parfaites.
Quoy que j'aye déja don
né beaucoup de chofes touchant
l'Angleterre , & que le cinquième
Volume des Affaires du
Temps en contienne beaucoup
plus que deux des autres enfemble
, il me reste encore tant
de matière que je pourrois
prefque dire que je ne fais que
commencer d'en parler . A l'é
gard des Affaires d'Irlande
4 inj
AVIS.
j'en fuis demeuré à l'embarquement
de Sa Majesté Bri
tannique pour ce Royaume - là..
Ie ne vous ay encore rien dit
de celles d'Ecoffe , & j'ay fini
celles d'Angleterre au remerciement
fait par le Prince à
la Convention , aprés qu'elle
l'a choisi pour Roi . Ce qui eft
arrivé dans ces trois Royaumes
depuis ce temps-là , fera contenu
dans les deux premiers Vo
lumes que je dois donner ด้
quoi ie ioindrai tout ce qui fe
paffera infqu'au dernier d'
Acuft , ainfi que plufieurs chofes
curieufes que i'ai découver
tes touchant ce que l'ai déja
traite. Il y a long - temps
que mes Memoires font prefts.
Je croiois que les affaires d'Angleterre
rempliroient du moins
>
A VIS.
la moitié de cette feptiéme
Partie , mais ie me fuis heureuſement
trouvé engagé dans
une matiere qui m'a donné lieu
de iuftifier entierement le procedé
de la France , & ie puis
dire qu'il y a prefentement
beaucoup de gens éclaircis de
ce qu'ils fouhaitoient fçavoir
à fond , & qui ne fe laifferont
pas empoisonner l'esprit & le
iugement par l'accablante
quantité des Ecrits de Hollande.
Te parlerois autrement,
fi ie croiois les avoir détrompez
par des raisonnemens tirez
de moi même. Ie fçai la
modeftie que doivent avoir tous
ceux qui écrivent ; mais ie puis
parler hardiment du bien que
peut caufer cet ouvrage , puis
que ie n'ai cité que des faits;
·
ã v
AVIS,
i
que les ay ramaſſez , & ref
Jerrez , en rapprochant ce qui
s'eft paffé depuis 1667. c'est à
dire des faits , qui efltant é
tendus dans une Hiftoire de
vingt - deux ans , estoient trop
éloignez de la memoire des uns,
& comme perdus pour celles des
autres- Ces faits raprochez ,
& mis dans leur iour,font voir
que le Roi n'a jamais enfraint
de Traitez , & répondent à ce
qu'on lui impate fauffement ,
mais en l'enveloppant de tant
de paroles inutiles & de faux
raifonnemens , que la verité a
toujours efté étoufée fous le
grand amas qu'on y a mélé de
menfonges , d'iniures. Il faloit
la retirer de ces abifmes, &
je croy avoir le bonheur d'en étre
venu à bout. Chacun apAVIS.
*
plaudit à cette Hiftoire par
Pintereft que l'on prend au Roi .
On a de la joye de voir fa iufticey
paroitre à découvert ,
l'on fe fait un plaifir du cha
grin que doivent avoir fes En
nemis d'eftre pouffezicar quand
méme ils ne cefferoient point de
faire écrire , ce que ie fuis fort
perfuadé qu'ils continueront de
faire , il nefortira de leur plume
que des iniures , des raison
nemens & des predictions , qui
ne pourront détruire ce que i'ay
écrit , puis qu'il faudroit nier
'Hiftoire , qui quoique differen
te felon la paffion des Ecri
vains , ne peut s'empécher de
marquer en quel temps , & en
quelles occafions on a fait des
Tréves des traitez de Paix,
quand on a repris les armes
A VIS.
pour quelfuiet, quand on a fait
des ligues , & par qui elles ont
efté faites. Ces faits énoncez
avec les dates font connoitre la
verité , d'une maniere à n'en
pouvoir laiffer aucun doute à
ceux qui voudront y faire reflexion
, & quand rien ne la déguife
, & qu'elle prend foin de
fe montrer elle- même, on la connoit
beaucoup mieux. Ainfi ce
n'eft point d'un bel ouvrage que
ie m'applaudis , mais d'avoir
trouvé le fecret de mettre la ve
rité dans fon iour. Il n'y en avoit
point d'autre voye que de
remonter aux faits paffez , &
de les rapporter ensemble , afin
que les confiderant tout d'une
vüe , on pût mieux remarquer,
ce qu'on ne voit pas fi bien.
dans l'éloignement. Te n'ay pas
A V I S.
Laiffé de combatre quelques
raifonnemens captieux ; mais
enfin , quand on ne feroit nulle
confideration fur ce qui vient
de moy , il fuffit qu'on ajoûte
foy à ce que j'ay rapporté de
Hiftoire , & il eft certain
qu'on ne le peut faire fans que
le Roy demeure justifié , touchant
les infractions dont on
l'accufe fi injustement . En effet,
on ne fauroit s'empêcher de croire
, ce qui eft dans une infinité,
non pas de Libelles de Hollande,
mais de Volumes d'Hiftoires .
& même dans celles de toutes
les Nations. Enfin il y a de certains
faits de Cabinet, qui quoi
que veritables peuvent toujours,
être difputez , parce qu'on n'en
a fouvent pour garands que
ceux qui les rapportent , mais il
A VIS.
n'en eft pas de méme des faits
publics dont perfonne ne peut
difconvenir ; tels que font le
jour de la naissance d'un Roy .
celui de fon triomphe , de Ja
mort , de la perte ou du gain
d'une bataille, & de la conclufion
d'un Traité de Paix , dont
les articles font diftribuez au
public. C'étoit une chose qui
crioit vangeance , que ceux qui
ont fait tout ce qu'ils imputent
à Sa Majesté, ofaffent l'en accufer.
A force de vouloir faire
croire une chofe, on vient quelquefois
à bout de la perfuader ;
mais je ne crois pas que les Ennemis
du Roy réuſſiſſent à noircir
la réputation de ce Monarque
par cet artifice. Ils peuvent
écrire prefentement auiant
qu'illeur plaira ,je ne leur
A VIS.
répondrai plus , tant qu'ils ne
les mémes chofes.
diront
que
Il ne me reste plus rien à dire
, fi ce n'est que ces Volumes
font faits avec tant de precipitation,
& imprimez en fi peu
de tems, qu'il eft impoffible, quelque
foin que l'on en prenne
qu'il ne s'y gliffe des fautes . Ie
ne fais point d'Errata , parce
que ie croi le Lecteur affez éclairé
pour les remarquer luiméme
, mais il y a quelquefois
des endroits fi défigurés , que
n'en fauroit deviner le fens. Il
s'en trouve un de cette nature
dans la feconde page de la Preface
de la fixiéme Partie des
Affaires du Tems, où il y a , &
d'ailleurs , qui voudroit avoir
tout ce que j'ai mis en fix Volumes
, outre qu'il l'auroit fans
L'on
AVIS.
ordre , feroit contraint de garder
en papiers inutiles, plus que
trente de ces pieces ne contiennent.
Ilfaut lire,feroit contraint
de garder plus de pieces que
n'en pourroient contenir trente
Volumes comme les fix premiers
des Affaires du Tems
parce que plufieurs de ces pieces
font accompagnées , & c....
SEPTIE
SEPTIE ME PARTIE
DES AFFAIRES
DU TEMPS
DEL
YOONE
VILLE
E ne croyois pas
quand j'ai commencé
à vous écrire fut
les Affaires du Tems,
que cette matiere auroit dequoi
me mener fi loin . Je ſavois
bien que la Guerre dont
je vous ai découvert le noeud
dans mes Lettres precedentes
,
ne faifant que s'allumer, m'obligeroit
à vous en dire les évenemens
juſqu'à ce qu'elle cu¤
Tome VII. A
2 VII. P. des Affaires
perceffé,
mais j'avois fujet de croire
que je n'aurois plus rien à
vous aprendre touchant l'intrigue
qui a mis les Affaires de
l'Europe dans la fituation où
elles font aujourd'hui , non plus
que touchant quelques actions
du Prince d'Orange, dont
fonne n'a pû favoir jufqu'ici
les veritables motifs . Cependant
j'en ai penetré la verité,
au moins fi j'en croi des perfonnes
dignes de foi , & qui en
ont eu de fures lumiéres, parce
qu'ils étoient dans des poftes
d'où l'on peut découvrir beaucoup
de chofes pour peu qu'on
foit attentif aux évenemens
finguliers, & qu'on prenne foin
d'en examiner les caufes Mais
avant que d'entrer dans ce que
j'ai à vous dire de nouveau làdeflus
, j'ai à vous entretenir
du
Temps.
des Affaires que la France a
aujourd'hui avec la plus grande
partie des Puiffances de
l'Europe, aprés quoi je reprendrai
le Journal de ce qui fe
paffe en Angleterre , à l'endroit
où je l'ai laiffé la derniere
fois .
Comme je n'avance , rien
dans toutes mes Lettres que les
pieces à la main, afin de pouvoir
le juſtifier, c'eſt- à - dire , en
raportant des endroits de celles
que je cite , en vous en envoyant
d'autres entiéres , ou ent
vous marquant des faits publics,
& généralement connus ,
ne vous étonnez pas fi je reprens
les mêmes Articles toutes
les fois que j'ai de nouveaux
éclairciffemens à vous en don
ner. J'en uferai toujours de la
même forte lors qu'il me vien-
A iij
4. VII. P. des Affaires
dra de nouvelles preuves , qui
fortifieront ce que j'aurai déja
dit , ou qui juſtifieront ce que
j'aurai encore à vous dire fur
les mêmes Articles. J'en vais
retoucher un grand , & dont
les Ennemis du Roi fouhaiteroient
que l'on n'euft jamais
parlé , parce qu'ils n'ont point
de détours pour le défendre.
Auffi mettent -ils toute leur application
à faire fuprimer ce
qui peut donner occafion de
traiter encore cette matiere.
Les Princes Catholiques ne
veulent pas que cette Guerre
foit une Guerre de Religion ,
& que la veritable Eglife en
puiffe fouffrir . Cependant comme
ils ne peuvent le déguiſer
à eux-mêmes le contraire de
Ce qu'ils difent , ils tâchent
par toutes les voyes imaginadu
Temps.
5
bles , d'ôter à leurs Sujets la
connoiffance de tout ce qui s'écrit
là - deffus ; mais pendant
qu'ils en ufent ainsi , les Proteftans
leurs Alliez ne gardent
pas la même referve . Non
feulement ils publient que cette
Guerre caufera la perte de
la Religion Catholique , mais
ils l'écrivent même, & font répandre
ces écrits parmi tous
ceux qui font du même parti ,
afin de les animer davantage
à cette Guerre comme à une
guerre de Religion . On voit
des preuves de ce que je dis
dans un Livre imprimé en
Hollande, & intitulé, Les heureufes
fuites de l'Alliance & de
I'Vnion du Prince d'Orange avec
les Etats Generaux . Il y a cent
endroits dans ceLivre qui prouvent
ce que je viens d'avancer.
A iij
6
VII. P. des Affaires
Vous en jugerez par celui- ci :
Si la France étoit abaiffée , la
Paix rétablie , l'Angleterre &
la Hollande unies étroitement ,
& les Proteftans en repos , on
verroit bien tôt la décadence
du Papifme. Voilà ce qui s'appelle
s'expliquer nettement &
fans détour , & nommer les
chofes par leur nom . S'ils levent
ainfi le mafque quand ils
doivent diffimuler , de quelle
maniere en uferoient-ils fi la
France n'avoit pas affez de
force pour leur tenir tefte ?
Comme ils font fuperieurs en
nombre aux Catholiques Icurs
alliez ils ne tarderoient guere à
fe declarer contre eux, & n'en
feroient point de fcrupule , parce
qu'il s'agiroit de Religion ,
& de rendre toute l'Europe
Proteftante. Cependant ceft la
du
Temps.
7
pieufe Maifon d'Autriche , &
la Cour de Rome qui leur mettentles
armes à la main au hazard
de tout ce qui en peut
arriver . Quand on fait refle
xion fur des faits fi extraordi
naires , l'imagination fe trouve
fi remplie , & fi étonnée en
mefme temps , quon demeure
dans la furprife fans pouvoir
exprimer ce que l'on
penfe
, tant il eft difficile d'ajoûter
foy à ce
que l'on voit ,
& à ce que l'on entend. Un
autre endroit de ce meſme
livre porte Il faut avant
que de parler de paix , que
Louis XIV. rétabliſſe l'Edit
de Nantes , & remette les Reformez
dans l'état où ils eftoient
avant la mort de Henry IV.
repare tous les domages qu'ils
ont foufferts. Voila le but de
A iiij .
8
VII. P. des Affaires
l'alliance des Princes Proteftans
avec les Princes Catholiques
hautemet déclarée par là ,
& l'on voit qu'ils fe mettent
peu en peine qu'on le fcache,
puis qu'ils laiffent debiter publiquement
un Livre qui explique
fi bien leurs intentions . Si
le bon état où le Roy a mis la
France , n'empefchoit pas ce
malheur , la Cour de Rome en
fufcitant la guerre qui embraſe
aujourd'huy l'Europe , auroit
caufé l'entiere deftruction de la
Religion Romaine , car il eft
hors de doute que fi la France
avoit plié fous le joug des Proteftans
, le refte des Catholi
ques de l'Europe feroit
foible pour leur reſiſter. Ainfi
il ne faut pas s'eftonner fi
tant de Puiffances s'uniffent
inutilement contre le Roy ; ce
trop
du
Temps.
9
Monarque prend les interefts
du Ciel, le Ciel prend foins de
fes Etats.
Le mefme Autheur dit encore
: Le retablissement des
Princes depoffedez, & des proteftans
exilez eft l'une des plus
heureufes & des plus importantes
fuites de l'union des Confederez.
On s'aveugle fouvent
lorfque l'on tient un méchant
party , & le mot de Princes depoffedez
eft mis là fans réflexion
en parlant de la France ,
mais comme on veut la charger
de toutes fortes de crimes
afin qu'elle devienne odieuſe ,
on les entaffe les uns fur les autres,
fans examiner fi ce que l'on
dit eft vray ou non. L'importance
eſt d'en nommer beaucoup,
& de furprendre les
ples par le grand nombre , afin
peu-
A v
10
VII. P. des Affaires
qu'ils ne puiffent demefler la
verité , mais qui voudra faire
un peu reflexion fur cet article
trouvera qu'il eft contre les ennemis
de Sa Majefté , au lieu
d'eftre à leur avantage , & que
le Roy d'Angleterre eft le Prince
depoffelé du rétabliſſement
du quel il s'agit. Comme
le Roy n'a point d'autre but,
' ce ne feroit pas ce Monarque
qui arrêteroit la conclufion de
la paix , s'il n'étoit queſtion
que de cet article . Voila comme
l'on fe trompe en ſe declarant
pour une mauvaiſe cauſe ;
l'ardeur inconfiderée que l'on
a de la défendre fait que fouvent
l'on expoſe faux fans y
penfer , & qu'on fait voir l'injuſtice
du parti que l'on foûttient.
Voici encore un endroit
du même livre. Les Catholiques
du Tems . II
ont interêt de perdre les pretendus
Hérétiques Il n'en eft pas
de même des Ecclefiaftiques Proteftans
dont la converfion de
leurs Adverfaires n'augmente
point les revenus , ce qui fait
qu'ils ne s'y portent point avec
chaleur. Rien n'eſt plus contre
les Pretendus Reformez que cet
endroit. On a voulu faire voir
par-là, pour abufer les Princes
Catholiques Confederez , que
les Proteftans ne chercheroient
que la perte des Catholiques ,
mais fans le prouver on eft tom +
bé dans un inconvenient auquel
on n'a pas penſé , qui eſt
de faire connoître que les Proteftans
n'agiffent que par inte
rêt, & que lors qu'il n'y a point
de revenu à augmenter , ils fe
mettent peu en peine de la con+
verfion de leurs Freres , quoi
A vj
12
VII. P. des Affaires
qu'ils ne les
croyent pas dans
la bonne voye . Les termes font
formels , & on n'a qu'à lire fans
commenter
, & fans faire de
raiſonnement. Il n'y a point de
revenu à augmenter
, donc il
n'y a point de charité parmy
les Proteftans
. C'eft un de leurs
meilleurs
Ecrivains
qui le dit .
Cet endroit donne lieu de faire
des reflexions
fur des veritez
inconteſtables, & qui ont paru,
& continué de fe faire remarquer
depuis l'établiſſement
de
la Religion
Proteftante
. Si on
veut fe donner la peine d'examiner
ce qu'ont fait les Catholiques
& les Proteftans
, on
trouvera
que les Catholiques
n'ont cherché que le falut des
Proteftans
, & que les Proteftans
n'ont cherché
que la mort des
Catholiques
, Les premiers
n'ont
du
Temps. 13
employé pour armes & pour
Soldats que les raifons & les
Miniftres de l'Evangile , fans
avoir jamais cherché à répandre
une goute de fang , & les
derniers n'ont répondu à l'ardeur
de ce zele pour leur falut
que par le fer & par le feu ; de
forte que les Guerres qui ont
duré fi long- temps entre ces
deux Partis, & qui ont deſolé la
France fous trois ou quatre de
nos Rois , n'auroient pas eſté fi
fanglantes,ou plûtoft n'auroient
point du tout coufté de fang, fi
les Proteftans euffent voulu employer
des raifons,au lieu d'employer
les armes ; mais ils veulent
la mort du pecheur , &
les Catholiques veulent que le
Pecheur fe convertiffe, & qu'il
vive .
On lit ce qui fuit dans le mê14
VII. P. des Affaires
me Livre. Les Catholiques Romains
s'imagineront que le rétabliſſement
des Proteftans exilez
ne les regarde pas , mais il
Les touche de plus prés qu'ils ne
penfent. Il y a encore vingt endroits
dans ce Livre qui marquent
que les Proteftans confederez
ne font la guerre que
pour rétablir les proteftans en
France. Cette verité qu'il faut
croire puis qu'ils prennent
tant de foin de la publier , &
de la faire paroître dans la plufpart
de leurs écrits étant conf
tante , la Cour de Rome , & la
Maifon d'Auftriche ne peuvent
plus nier , que cette guerre ne
foit une guerre de Religion, &
par confequent toute contre les
Catholiques ,parce que les Catholiquesconfederez
ne veulent
rien faire pour leur Religion,&
du Tems. 15
que loin de rien demander à
fon avantage, ils ne cherchent
avec les Proteftans qu'à oprimer
un Monarque qui foutient,
& qui peut feul foutenir la Religion
Catholique. Il en est l'unique
apui , & fi cet apui vient
à tomber , il faudra neceffairement
qu'elle periffe. Je ne croi
pas que Rome & Vienne ôfent
dire que Sa Majefté ne la foutient
pas. La preuve en feroit
difficile à faire. Ces deux Etats
ne peuvent non plus nier que
leur deffein ne foit pas d'opri
mer le Roy. Donc en cherchant
la ruine de la France, ils
concourent à celle de la Religion
Catholique. Ils ont beau
dire qu'ils n'en veulent point
à la Religion. Elle ne peut
dans la fituation où font les
affaires , être feparée de ce
16 VII. P. des Affaires
là
qui regarde la France , d'où l'on
doit conclure que chercher la
ruine de la France , c'eſt travailler
à détruire la Religion
Catholique dans l'Europe. On
ne peut dire que ce n'eſt pas
le but des Proteftans confederez
puis qu'ils ne ſe contentent
pas de le publier , mais qu'ils
rempliffent leurs écrits de leurs
deffeins ; on ne peut non plus
fe vanter qu'on fçaura en arrefter
l'execution
, puis que les
Troupes des Catholiques font
beaucoup moins nombreuſes
que celles des Proteftans, avec
lefquels ils fe font unis .
le pourrois vous marquer
encore beaucoup d'endroits.
dan le Livre dont j'ay commencé
à vous parler , & qui
font tous à la confufion des
Ennemis de la France , quoy
du
Temps .
17
que ce Livre foit écrit par un
Proteftant , & publié & avoué
dans des Eftats Proteftans ;
mais je me contenteray de
rapporter encore celuy - cy . Si
les Confederez prennent avec
chaleur le rétablissement de
l'Edit de Nantes , & ne veulent
point de Paix fans cette
condition ils gagneront le
coeur de tous les Proteftans de
France; & feront affurez d'y
avoir un puiffant parti.
>
Voilà de ces endroits qui
parlent d'eux mêmes , & qui
n'ont point befoin de commentaires.
On y voit en quatre
lignes tout ce que penfent
les Proteftans , & tout le mal
dont Rome & la Maiſon
d'Auftriche feroient caufe , fi
le Roy , dont Dieu a beny le
gouvernement , n'eftoit feul
›
18 VII. P. des Affaires
plus puiffant que tous fes Enne.
mis enfemble , & que les plus
triomphans de fes Predeceffeurs
, qui feuls n'auroient pu
refiftter à un fi grand nombre
de Puiffances .
Tous les Extraits que vous
venez de lire ayant efté tirez
d'un Livre imprimé en Hollande
, comme je vous l'ai déja
marqué , font voir que la
Cour de Rome n'a pas parole
de la moderation des Proteftans
fur le fait de la Religion ,
en cas que les Confederez remportaffent
de grands avantages,
& que quoi qu'ils euffent
promis là - deffus , ils ne le tiendroient
pas , puis qu'ils fe vantent
déja de ce qu'ils veulent
faire en France fur ce fujet , &
que s'ils avoient reduit une
Puiffance fi redoutable à leur
du Tems. 19
accorder toutes leurs demandes
, & à plier fous leur joug ,
toutes les autres ne feroient
contre eux que des éforts inuti g
les. Ainfi il eft hors de doute
que fi la France fuccomboit
dans cette guerre , la Religion
Proteftante auroit non feulement
le deffus dans toute l'Europe
, mais que la Catholique
feroit en danger d'y être abolie;
de forte que tous les Catholiques
de l'Europe , & même
ceux qui font Sujets des Princes
alliez avec les Proteftans
doivent fouhaiter que la France
triomphe du grand nombre
d'Ennemis qu'elle a à combatre.
Ce n'eft pas moins leur affaire
que celle de cette Couronne
là , puis que tous les Ca
tholiques en doivent également
craindre les fuites. Rome
20 VII. P. des Affaires
>
même ne doit pas être exempre
de cette apprehenfion, quoi
qu'elle foit en parfaite intelligence
avec les confederez
Proteftans & que ces derniers
fe reffentent de l'argent
qu'elle donne aux Catholiques
leurs Alliez, pour faire la guerre
à la France. Cette guerre a
beau eftre fâcheufe pour les
Catholiques d'Angleterre , Rome
n'entre point dans leur malheur
, & à fçu faire connoitre
à Mr Porter,Envoyé de fa Majefté
Britannique , que toute fa
pitié eftoit refervée pour les
Proteftans d'Allemagne dont
la France a triomphe. Le Cardinal
Pio , qui eft mort dans le
temps que le Prince d'Orange
a paffé en Angleterre , & qui
avoit eu d'autant moins de peine
à prendre les fentimens de
du
Temps.
27
la Cour de Rome , qu'il eftoit
tout Allemand & Protecteur
de l'Empire , s'écria devant
beaucoup de perfonnes un peu
avant la mort. Heureux débarquement
du Prince d'Orange ,
qui abattra la puissance de la
France, le ne rapporte ces paroles
que pour faire voir , que
puis qu'un Cardinal a pu parler
de la forte , Rome ne defaprouvoit
pas cette entrepriſe, &
qu'ainfi il n'y a pas lieu de douter
que tout ce qu'on a dit làdeffus
ne foit veritable; mais de
quelque maniere qu'on en ait
parlé en France, on l'a toujours
fait avec beaucoup de circonſpection
tant les François
ont de refpect pour ceux qui
gouvernent l'Eglife . Cependant
ce qui s'eft paffé à
Rome là-deffus , & ce qui s'y
paffe encore tous les jours
22
VII. P. des Affaires
devroit nous lever tous nos
fcrupules & puis qu'on n'y
cache pas l'interêt que l'on y
prend, on en peut parler librement
par tout , fans qu'il y ait
lieu d'y trouver à redire , au
moins avec juſtice. Si le Pape
n'étoit pas dans les fentimens
Au Cardinal Pio,cette Eminence
n'auroit ofé s'expliquer fi
hautement qu'elle a fait dans
le lit de la mort , & comme
cette circonstance empêche
que l'on n'en doute, on ne devoit
pas croire que Sa Sainteté
acordât aucune fomme à M.
Porter , Envoyé d'Angleterre,
pour contribuer au retabliſſement
du Roy on Maitre. On
peut dire neanmoins
toutes les raifons que j'ay marquées
dans ma fixiéme , Lettre
qui l'y devoient engager, qu'il
> Outre
du Tems. 23
3
y étoit encore obligé , parce
qu'il avoit fait affurer ce Monarque
, & que l'Empereur
luy avoit fait dire aufli plufieurs
fois , que le grand armement
de Hollande ne le regardoit
en aucune forte ; ce qui
luy avoit fait refufer des lecours
qui auroient indubitablement
empeché l'invanſion du
Prince d'Orange, le noeud de
cette afaire eftant expliqué
dans ma troifiéme Letre, je në
le repete point ; mais je dois
vous dire une chofe , à propos
de la dureté du Pape pour le
Roy de France & pour le Roy
d'Angleterre , qui merite d'a
voir place icy M. Porter , Envoyé
de Sa Majesté Britannique
à Rome , ayant paffe en
France pour voir la Reine
d'Angleterre avant que d'aller
"
14 VII. P. des Affaires
of
joindre le Roy fon Maître en
Irlande , eut l'honneur de falüer
Sa Majefté ; & comme il
eftoit impoffible qu'en l'entretenat
fur fon Voyage de Rome,
cer Envoyé ne luy parlaft pas
du Pape , le Roy luy dit d'un
air plein de douceur , & qui
marquoit fa prudence & fa
bonté , le fuis perfuadé que le
Pape ne croit point mal faire ,
& que fon intention eft bonne
mais je fuis faché qu'il fe foit
engagé dans une méchante cabale
. En verité on ne doit pas
s'étonner fi on donne tant de
loüanges au Roy , puis que ce
Prince fournit chaque jour de
nouveaux fujets de l'admirer.
Le Roy pouvoit parler avec
aigreur , & marquer les juftes
fujets qu'il a de fe plaindre; on
n'en auroit pas efté furpris ; il
auroit
du Tems. 25
auroit pû mefine ſe permettre
quelque emportement , & il
n'auroit fait en cette rencontre
, que ce qui eft naturel à
tous les hommes . Cependant il
fait paroiftre la plus haute moderation
dont un Souverain
puiffe eftre jamais capable , &
je pourrois mefme dire que qui
examinera bien tout ce que la
Cour de Rome a fait contre ce
Monarque avoüera que
quand le Roy fe poffede aïðfi
lui - même il fe met en quelque
forte au deffus de l'homme . Ce
n'eft pas que fon coeur ne foit
fenfible , mais fa pieté l'emporte
fur les juftes ſujets qu'il a
de fe plaindre & il n'eft pas
moins Roy tres- Chreftien d'effet
que de nom. Dans le mefme
temps que Sa Majesté par-
B
26 VII. P. des Affaires
le du Pape d'une maniere fi
honnefte , vu la fituation des
affaires , & tout ce que fa Sainteté
a fait contre la France
loin que ce Chef de l'Eglife
prenne d'autres fentimens , &
travaille à établir la concorde
entre les Princes Catholiques,
il veut toujours voir par d'autres
yeux que les fiens , & ne
trouvant pas le feu de la guerre
affez allumé , il fait folliciter
les Suiffes par fon Nonce ,
d'ouvrir aux ennemis du Roy
des paffages qui eftant libres, ne
peuvent que donner occafion
de repandre beaucoup de fang
Chrétien, & fervir à faire égorger
des milliers d'hommes , dont
la vie feroit beaucoup mieux
employée , contre l'ennemy
commun de la Chreftienté.
Les Princes du monde peudu
Tems. 27
vent acheter la paix par la
guerre , mais ce n'eft pas là la
voye que le Pape doit choifit
pour la procurer à l'Europe . Il
eft le Pere commun de la Chreftienté
; il ne doit point exciter.
fes enfans à fe battre les uns
contre les autres, il ne doit point
chercher à voir répandre leur
fang Nous lifons que c'est une
chofe qui eft en horreur à l'Eglife
, & le glaive que nôtre
Seigneur fit remettre à faint
Pierre dans fon fourreau , nous
apprend qu'elle ne doit ny
s'en fervir ny confeiller qu'on
s'en ferve. Ainfi le Pape pourroit
employer d'autres
que celle des armes pour pacifier
l'Europe , mais il ne faudroit
pas pour cela qu'il fuft
partial , ny qu'il euſt luy mefme
des intereſts humains,
voyes
Bij
28
VII. P. des Affaires
qui luy fiffent fouhaiter de
voir la France abaiffée , afin
qu'elle fuft moins en état de
conferver-fes droits à Rome .
Voilà en partie l'origine de
tout ce que nous voyons arriver
aujourd'huy , & fi nous
reprenons les chofes dés leur
fource , nous verrons , que les
Villes de Spire , Vormes , Openheim
, & Frankendal qui
viennent d'eftre brulées , doivent
une partie de leur malheureuſe
deſtinée à la Cour
de Rome , puis qu'ayant fufcité
au Roy un nombre prefque
infini d'Ennemis , il s'eft
trouvé indifpenfablement obligé
de brûler ces Places ,
pour empêcher qu'on ne fift
un degaft en France beaucoup
plus confiderable . Sa Majeſ
té n'a fait en cela que ce
du
Temps.
29
)
qu'Elle a dû faire , comme je
vous l'ay fait voir plus au long,
en juftifiant par de fortes raifons,
la deftruction de plufieurs
Places du Palatinat , à quoi je
dois encore ajoûter celle- ci
que l'on trouvera dans Quinte
Curfe. Memnon le Rhodien
confeilla à Darius de faire brûler
plufieurs Places de l'Afie
Mineure pour empêcher qu'Alexandre
n'entrât dans fes Etats
. D'abord Darius ne voɩlut
point fuivre des avis fi falutaires
, mais le peril commençant
à le preffer , il fit mettre
le feu à quelques -unes . Il êtoit
trop tard , & Alexandre en
êtoit trop proche , de forte qué
ce Conquerant arriva affez à
tems pour le faire éteindre.
Par là Dárius fut contraint
de fuccomber , & pour avoir
•
B iij
30 VII. P. des Affaires
voulu épargner quelques places
, il ne put fauver fa perlonne,
La politique du Roy a efté
meilleure , & fa prudence plus
grande. Il a ofté à les ennemis
tout ce qui leur pouvoit faciliter
les moyens de venir à lui ,
& ce qui doit empêcher de
crier , comme on fait injuftement,
contre un procedé qui
eftoit abfolument neceffaire ,
c'eſt qu'en ruinant feulement
des Maifons , & des murailles,
il a épargné le fang de plufieurs
milliers d'hommes de l'un
& de l'autre Party, qu'on auroit
indubitablement vû couler , fi
ce Monarque n'euft pris une
refolution fi ferme , & en mef-.
me temps fi utile au bien de toute
l'Eglife Romaine. On auroit
peine à compter le nombre de
Souverains qui fe font liguez
du
Temps. 31
que
contre lui feul. On fait que
l'Alemagne en eft toute pleine,
& que tous les membres de
l'Empire fe font unis contre la
France ; que l'Espagne , & la
Hollande s'y fout jointes ; que
l'Angletere eft de la partie , &
fi la Cour de Rome ne
fournit pas d'hommes , elle ne
laiffe pas d'eftre d'une grande
utilité dans le Party puis
qu'elle donne fa part en argent.
Quand je parle du grand
nombre d'Ennemis que la
haute reputation du Roy luy
a fufcitez , je ne dis que ce
qui eft tres connu , & fi qu'el- ,
qu'un en vouloit douter , il me
feroit fort aifé de le convaincre
par la peinture que vous
allez voir. Elle eft tirée d'un
Livre qui a paru depuis quelques
mois , & qui eft intitulé ,
B iiij
32 VII. P. des Affaires
Les veritables interêts des Princes
de l'Europe dans les Affaires
prefentes. Voici de quelle maniére
l'Auteur parle des Ennemis
de la France. Il faut avoüer
que la France ne fe peut tirer
de la fituation incommode où elle
eft aujourd'hui . Elle fe voit
fur les bras plus d'Ennemis tout
à la fois que la Couronne n'en
avoit eu depuis cent ans à diverfes
fois . Ce n'eft pas une fimple
ligue, c'est une espece de conjuration
univerfelle , pour la
perdre. Tout eft réuni , & les
Proteftans , & les Catholiques
entrent dans le même deffein .
La revolution qui vient d'arri-·
ver en Angleterre jette la France
dans de nouvelles agonies, &
parmi tant de peuples voisins ,
elle ne trouve pas un Allié ; ce
font tous ennemis.
du Tems. 33
Si ceux qui font de telles
peintures font bien perfuadez
que la France ait un fi grand
nombre d'Ennemis, ils ne peuvent
fans injuftice trouver à
redire , qu'elle fe ferve de tous
les moyens que la guerre , &
l'extrême neceffité permettent
,
pour en arrêter la multitude
, qui cherche de tous côtez
à fondre dans fes Etats ,
& qui voudroit pouvoir penetrer
jufques au coeur de la
France, afin d'obliger les nouveaux
Convertis à prendre
les armes . Il eft hors de doute
que fi l'on examine avec
l'attention neceffaire , le danger
où elle auroit pu fe trouver
fans les fages & prudentes
precautions qu'elle a prifes ,
on demeurera d'accord , pour
peu qu'on veuille ceffer d'être
B v
3.4 VII. P. des Affaires
partial , que jamais feu n'a été
fii falutaire que celui qu'elle a
fait mettre aux Villes qui ont
été biûices aprés que l'on en
a garanti non feulement tous
les Habitans, mais encore tous
leurs meubles , qu'ils ont eu un
temps affez long pour les fauver,
& qu'on leur a donné toutes
les chofes dont ils ont eu
befoin pour les tranſporter dans
les lieux où ils ont voulu aller
faire leur demeure le fçai bien
que n'y ayant rien qui n'ait
deux faces, il n'eft pas difficile
de noircir ce que la France
vient de faire en faifant mettre
le feu à quelques Villes , &
que lors qu'on ne fera pas reflexion
fur la neceflité preffante
qui a demandé qu'on en
ufaft de la forte , on condam→
nera toujours cette action , pardu
Temps. 35
ce qu'elle eft condamnable en
foy , & comme il n'y a que les
eirconftances qui la puiffent
rendre legitime, on ne la fçauroit
juftifier qu'aprés les avoir
examinées. C'est ce que font
ceux qui fçavent la fituation
des affaires , & ce que permet
la guerre en de certaines conjonctures.
Quant aux autres,
parlenten ignorans. Ils regar
dent le mal parce qu'il eft veritablement
mal, mais il le faut
regarder quelquefois comme
étant capable de produire un
fort grand bien . l'en ay fait
voir des exemples que je ne repete
point.
ils
le viens de vous rapporter
par occafion un endroit du Livre
qui a pour titre . Les veri--
tables interefts des Princes de
l'Europe , & je croy vous en'
B vj
36 VII. P. des Affaires
devoir entretenir plus au long,
parce qu'on a eu grand ſoin de
le répandre dans toutes les
Cours , & que ces fortes de Livres
peuvent faire impreffion
fur les efprits foibles , & fur les
ignorans qui croyent ce qu'ils
lifent. Il eſt cependant certain
que s'ils y faifoient un peu de
reflexion , le plus groffier connoitroit
que la paffion fait parler
les Auteurs de ces Ecrits, &
que rien ne peut eftre plus facilement
détruit que ce qu'ils
avancent . On en dira peut - être
autant de mes Lettres , mais la
difference eft grande.Tous ces
Auteurs attaquent la France, &
pour la noircir ils fuppofent
mille fauffetez , au lieu que ie
ne fais que répondre,& les convaincre
par des faits réels &
connus , par des Pieces justifidu
Tems. 37
catives , & fouvent par les
endroits de leurs Ecrits qui
fe contredifent , du peu de
verité qu'il y a dans ce
qu'ils tâchent de nous faire
croire.
L'Auteur dont ie viens de
vous parler , veut perfuader à
tous les Princes de l'Europe
que la France eft remplie de
mécontens. Son but eft de les
rendre fermes dans leur union ,
par l'espoir qu'il pretend leur
faire prendre par là , que ce
puiffant Etat contribuera bientoft
de lui- même à fa ruine en
fe révoltant contre fon propre
Souverain . S'ils ne fe fondent
que là - deffus , leurs affaires
ne fçauroient qu'aller fort
mal , puis que jamais on n'a
allegué de plus foibles raiſons ,
pour faire croire une choſe
38 VII. P. des Affaires
qui paroit autant éloignée de
la vrai-femblance qu'elle l'eſt
en effet. le laiffe là les Nou
veaux Convertis ; ils peuvent
ne l'eftre pas tous de bonne
foismais on peut dire auffi qu'il
eft ridicule de vouloir qu'il n'y
en ait aucun qui ait veritablement
abjuré de coeur. Avant la
fuppreffion de l'Edit de Nantes
on voyoit tous les jours des:
Proteftans fe convertir par la
feule force de la verité , fans
que le Roy cuft aucune part
à ce changement de Religion.
Pourquoi ne veut on pas qu'il
y en ait qui s'y foient rendus,
lors que ce Monarque a pris
des foins extraordinaires
pour
les faire inftruire par tout ce
qu'il y a de fçavans hommes
dans fon Royaume ? Mais enfin
je ne veux point m'opiniât
du Tems.
39
trer là - deffus , je veux être plus
équitable que les ennemis de
la France qui outrent tout ce
qu'ils difent , & je confens à
leur accorder que parmi les
Nouveaux Convertis il s'en
peut trouver qui ne le font pas
veritablement ; mais je demande
à ces Ecrivains s'ils font
perfuadez que ceux qui font
convertis feulement en apparence
, fe declareront contre le
Roy. Si l'on en croit un nombre
prefque infini d'Ecrits venus
de Hollande , les Potentats
n'ont point de plus fidelles Sujets
, & quoi qu'ils different de
Religion avec eux , ils font tellement
attachez à leur devoir,
qu'ils expoferont toujours leur
fang pour celui qu'ils font obligez
de reconnoitre pour leur
Souverain . Si cela eft , on ne
1
40 VII. P. des Affaires
•
doit rien craindre des Nouveaux
Convertis , car foit qu'ils
le foient veritablement , out
non , ils feront toujours fidelles
à leur Prince legitime , & fi la
Religion les fait éloigner de
leur devoir , comme pretend
l'Auteur des veritables interefts
des Princes de l'Europe ,
il faut qu'il avoue , que tous
fes pareils qui dans leurs Ecrits
font fonner fi haut la fidelité
des Proteftans , ont voulu tromper
le Public en foutenant ce
qu'ils n'ont pas cru , & que felon
les occurrences , & l'utilité
qu'ils en croyent tirer , ils ne
font point de difficulté de parler
differemment fur une même
matiere. Mais pour vous
faire connoitre que nôtre Auteur
s'eft trompé groffierement,
da Tems. 41
lors qu'il a voulu perfuader
que la France mécontente étoit
fur le point de ſe révolter,
je veux bien lui accorder ce
qui n'eft pas, & qu'il n'y a aucun
des Nouveaux Convertis qui
le foit veritablement. Ne faudra-
t-il pas qu'il convienne
en même temps que ces Nouveaux
Convertis ne peuvent
nuire à la France , & que les
précautions du Roy font fi fages
& fi grandes , & fon Etat
fi bien gouverné , qu'il eft impoffible
qu'ils foient en eftat
de nous faire le mal que tous
les Proteftans Eſtrangers publient.
La France n'ayant rien
à craindre de ce cofté - là ,
voyons par où l'Auteur auquel
ie réponds pretend qu'elle
eft mécontente , & qu'elle
s'appreſte à fe foûlever . Vous
42 VII. P. des Affaires
fçavez , que
commença
lors que le Roy
regner par luimême
, il fit quantité de Reglemens
& d'Ordonnances
pour le bien de fes Sujets , qu'il
reforma les abus qui s'eftoient
gliffez dans la luftice , & que
par le moyen des Grands Iours
il reprima l'infolente autorité
de plufieurs Seigneurs de Province
qui fortifiez d'un terrain
avantageux & pouſſez par des
paffions violentes, maltraitoient
impunément leurs Väffâux , &
croyoient leurs injuſtices à couvert
de la recherche , parce
qu'elles l'avoient été fous les
regnes precedens ; mais celui
du Roy eftoit refervé pour
nous faire voir des chofes qu'on
avoit jufqu'ici cruës impoffibles.
Voilà les fondemens fur
lefquels l'Auteur s'appuye pour
du Tems. 43
faire croire
que
la France mé-
· contente fe doit révolter . Il eft
vray que comme il ne trouveroit
pas fon compte à faire voir
à découvert les chofes que je
viens de vous marquer
, il les
enveloppe , & fe contente de
dire que les Nouveaux Convertis
, la Nobleffe des Provinces
& la Iuftice qu'on a tâché
d'abaiffer, ne manqueront pas
de prendre des fentimens de
révolte quand les Princes liguez
entreront dans le Royaume.
S'ils fondent là deffùs leurs
eſperances , & s'ils n'ont point
d'autres Troupes que celles
cellesque
la France leur fournira , leurs
Armées feront peu groffies , &
pourroient plutôt diminuer
qu'augmenter , s'il étoit poffible
qu'elles entraffent dans le
Royaume. le ne fçay files En44
VII. P. des Affaires
nemis s'en flatent , mais il faut
eſtre bien aveuglé , bien malicieux
, ou croire avoir à faire à
des efprits bien credules , pour
ofer avancer que la France eft
remplie de Mécontens.
-
Il n'y a aucun Seigneur à la
Cour qui ait jufqu'ici marqué
du mécontentement
, ny aticun
qui ait fujet d'en avoir. Le
Roy ne répand- il pas fes graces
à pleines mains fur tous
ceux qui la compofent : Les
Charges & les Gouvernemens
font- ils donnez à des Eftrangers
? Les Commanderies de
Saint Lazare qui font en grand
nombre , ne font elles pas pour
ceux qui fe diftinguent dans les
armes ? Y reçoit - on la moindre
bleffure fans eftre recompené
fur le champ , au lieu
qu'on fervoit autrefois toute fa
du Tems.
45
>
vie fans aucune recompenfe ?
N'en donne- t-on pas aux Veuves
mêmes & les Enfans
n'obtiennent- ils pas les Charges
de leurs Peres quand ils
en font dignes ? Le Roy au
lieu d'amaffer de grands trefors
, n'employe- t- il pas une
grande partie de fon revenu , à
donner tous les ans des Penfions
, ou des gratifications aux
perfonnes de merite ? Chacun
n'eft - il pas recompenfé felon
ce qu'il eft & les Soldats , qui
deviennent invalides , ne fontils
pas nourris , veftus, & logez
tout le refte de leur vie,dans un
lieu dont la beauté fert d'adouciffement
à leurs peines ? Enfin
tout le monde fçait qu'aucun
Officier, & même aucun Soldat
n'a été bleffé dans la derniere
capagne,fans que dans le même
46 VII. P. des Affaires
inftant on l'ait foulagé par
quelque don. C'est encore là
une de ces chofes dont toutes
les hiftoires ne fourniſſent
point d'exemples , & qui ne
font jamais arrivées que fous le
Regne du Roy . Il n'y a dans .
tout cela que des faits , & ces
faits font fi conftans qu'on ne
les fçauroit nier ; mais ils font
en même temps fi glorieux
pour Sa Majefté , que leur fimple
dénombrement , fans rien
ajoûter pour les mettre dans
leur jour , femble tenir de la
Aaterie , & voilà pourquoy les
jaloux de la gloire de ce Monarque
, & qui n'en peuvent
fupporter l'éclat , veulent perfuader
qu'on le louë , & qu'on
le flate lors qu'on ne fait que
nommer les grandes choſes
qu'il fait , dignes d'eftre redu
Tems.
47
marquées. Aprés avoir prouvé
que la France n'a pas fujet
d'eftre mécontente du Roy ny
de fon Gouvernement , comme
fes Ennemis tâchent de le faire
croire, il faut voir tout au contraire
ce qu'elle a fait d'extraordinaire
pour lui marquer
l'ardeur de fon zele.
On n'a jamais veu de prieres
fi ferventes , & fi continuelles
que celles que tous les Peuples
de fes Etats ont faites pour le
retour de la fanté de ce Prince,
lors qu'il a été malade. Iamais
on n'a tant veu de Festes pour
rendre graces à Dieu de fon
rétabliffement , & jamais tant
de réjouyffances publiques.On
pourroit dire qu'il n'y a rien de
nouveau en cela . l'en conviens
pour les prieres ; mais on doit
auffi demeurer d'accord qu'on
48 VII. P. des Affaires
enn'a
jamais ordonné de Feftes
en pareille occafion , & qu'il
n'y avoit point eu d'ordres
pour celles-la . Il y a plus
core. Ces Feftes n'ont pas feulement
été magnifiques , & ac-.
compagnées d'Eloges de ce
Prince prononcez publiquement
, mais elles ont duré fi
long- temps , & ont été faites
avec de telles dépenfes, que le
Roy a efté obligé de commander
abfolument,& plufieurs fois
même, qu'on les fit ceffer. Voilà
ce qui ne s'eftoit point encore
fait de nos jours ny
dans aucun
fiécle.
que
Nous avons veu
auffi depuis quelques années
le zele ardent des Peuples
a renouvellé , pour la gloire du
Roy , ce qui ne s'est fait que
dans l'ancienne Grece & dans
l'ancienne Rome, Vous voyez
bien
du Tems. 49
lieu
bien que je parle de l'ufage des
Statues. Il est vrai Pon en
que
a erigé à differens Souverains,
mais ce n'a jamais été que dans
la Capitale de leurs Etats , au
qu'aujourd'hui il n'y a
point de Provinces , ni prefque
de Villes , où l'on n'en éleve
qui marquent la grande affectió
des Peuples pour le Roi.Celles
de Bronze qui reprefentent
ce Monarque à cheval , fur des
Piedeftaux environnez de bas
reliefs & de figures, reviennent
à de tres- grandes ſommes; mais
rien ne coûte aux Peuples charmez
de la grandeur , & de la
bonté de leur Prince, lors qu'il
s'agit de fatisfaire l'ardeur d'un
zéle auffi ardent que fincere.Ce
zéle a été encore plus loin, &
nous venons de voir ces mêmes
Peuples , & ces mêmes Villes
C
So VII. P. des Affaires
l'on
qui font travailler à ces Statues
avec tant de dépenſe , donner
volontairement des fommes
confiderables , pour être en
ployées à foutenir les efforts du
grand nombre d'Ennemis de
ce Monarque. De pareils dons,
quand ils ne font point exigez,
& qu'on n'a pas même fait
preffentir aux Peuples, que
en pourroit avoir befoin , font
affez connoître qu'ils ont plus
d'amour pour leur Souverain ,
& qu'ils font en meilleur état
qu'on ne veut le laiffer croire.
Ĉes dons fe font faits fi volontairement
& avec tant de chaleur
, que le Roi a genereufement
refufé ceux de plufieurs
Villes , parce qu'il voyoit que
leur bonne volonté furpaffoit
leurs forces. Voilà ce que j'ai
crû devoir oppofer à la fauffe
du
Temps.
$
peinture qu'on fait du mécontement
des Peuples de France,
& qui ne contient que des pa-
Foles fans faits, & fans preuves,
@au lieu que je ne raporte que
des faits pour réponce , mais
des faits dont les Auteurs que
je cite ont cent fois parlé dans
leurs écrits, & dont par confequent
ils font demeurez d'accord.
Il faut qu'ils les détruifent
avant qu'ils foient crûs
fur le mécontentement des
Peuples de France , & comme
il eft abfolument impoffible de
- prouver que ce qui a été fait
aux yeux de toute l'Europe, &
même de toute la terre, ne l'ait
pas été, il y a auffi une entiére
impoffibilité de faire voir que
la France foit mécontente , comme
l'ofe dire l'Auteur des veritables
interêts des Princes de
Cij
52 VII. P. des Affaires
l'Europe.Il pretend prouver encore
que la France eft miferablé
parce que l'Arriere -ban ne
s'eft pas trouvé nombreux. Il y
a beaucoup de chofes à répondre
fur cela, que l'Auteur n'eft
pas obligé de favbir,ou ſur leſquelles
il n'a peut- être pas vou
lu faire de reflexion , ſon deſſein
n'étant pas de donner à fes Lecteurs
une jufte idée du bon
état de la France puis qu'au
contraire, il ne cherche qu'à la
faire croire abatue , fans forces
& fans vigueur. Je demeure
d'accord que fi on jugeoit de
l'Arriere-ban par les Gentilshommes
de l'Ile de France, c'eſt
à dire des environs de Paris, qui
fe font prefentez pour marcher,
on trouveroit qu'ils feroient en
petit nombre,mais comme toute
la Nobleffe de ces quartiers - là
"
du Tems. $ 3
3
د م ح م
་
paffe à Paris la plus grande
partie de l'année, & qu'en vertu
du droit de Bourgeoifie dont
elle y jouit, elle eft exempte de
l'Arriere- ban , on ne doit pas
S'étonner, fi un Canton qui a fi
peu d'étendue , & tant de perfonnes
privilégiées , a fourni fi
peu de monde. Les chofes ne fe
font pas paffées de la même
forte dans le refte des Provinces,
& comme le Corps qu'elles
ont fourni toutes enfemble, ' eft
trouvé confiderable, on n'en a
# employé que la moitié , & le
reſte a été congedié jusques à
l'année prochaine . Ce n'eft pas
que le tout joint , faffe un auffi
grand nombre de troupes
qu'il femble que l'on auroit
deu l'attendre d'un Etat auffi
peuple , & auffi floriffant que
la France mais les raifons
Cij
54 VEL. P. des Affaires
qui l'empêchent font avantageufes,
& doivent donner de la
terreur à fes Ennemis , au lieu
de la joye que leur ignorance
leur fait prendre, lors qu'ils ne
trouvent pas l'Arriere - Ban aufgrand
qu'ils avoient pu
fe l'imaginer. Il eft impoffible
qu'il le foit,puis que la Nobleffe
de France eft fi portée à la
guerre & a tant de zéle pour
fon Prince & pour fa Patrie ,
qu'elle fe trouve aujourd'hui
prêque toute dans les armées
de Sa Majefté. Du moins peuton
dire qu'il y a fort peu de
Gentilshommes qui n'y ayent
quelques-uns de leurs enfans,
& comme on eft exempt de
l'Arriere- Ban lors qu'on eft
dans le fervice, que l'on a fervi
foi-même , qu'on eft dans un
âge déja avancé , ou que l'on
du
Temps. 55
C
poffede quelque charge dans
la Maifon Royale,il ne faut pas
s'étonner s'il fe trouve fi peu de
Gentilshommes prêts à monter
à cheval pour faire la Campagne.
On doit bien plutôt être
furpris qu'il s'en trouve encore.
Ce qu'il y a d'extraordinaire
en cela, c'eft que le peu qu'il y
en a , au lieu de marquer la
foibleffe de la France , en fait
voir la force,puis que lors qu'il
n'y en devroit point avoir, parce
que toutes les armées du Roi
en font remplies , & qu'il y a
une infinité de Cadets , dont
eft formée une pepiniere qui
fournit des Officiers , il fe trouve
encore tant de Nobleffe
prête à monter à cheval, qu'on
n'en fait fervir prefentement
qu'une partie, & qu'on referve
l'autre pour l'année prochaine.
C iiij
56 VII. P. des Affaires
Ainfi les Ennemis doivent s'étonner
de voir que nonobftant
le grand nombre de Gentilshommes
qui fervent dans nos
armées, & dans les Compagnies
de Cadets , il en reste encore
qui foient en état de prendre les
armes, & l'Arriere- ban qui leur
a d'abord fait mal juger de nos
forces , doit prefentement
leur
faire avoir des penfées toutes
contraires. En effet ils ont tout
fujet de craindre des armées
remplies d'une Nobleffe fi genereufe
& fi intrepide , qu'elle
n'a jamais fui,lors même qu'elle
s'eft veuë abandonnée
des
Soldats qui ont pris la fuite
quand ils ont été attaquez
par
des Troupes beaucoup fuperieures
en nombre .
}
On ne peut prendre la défence
de la Cour de Rome avec
du Tems . \ 17
plus de chaleur que fait l'Auteur
dont je parle. Il marque
en cela bien peu de prudence ,
& elle doit s'en tenir defobligée,
s'il eft vrai qu'il n'ait écrit
que pour la juftifier ; mais on
doit bien plutôt croire qu'il entre
de la malice dans cette défenfe,
puis qu'un Proteſtant ne
peut prendre fon parti avec ar
deur fans avoir fajet de s'en
fouer , ce qui eft honteux pour
elle , & découvre une intelligence
qui dévroit toujours être
cachée. Je ne fai pourtant fi
Rome s'en met affez en peine.
On ne fait pas quelquefois tout
ce que la raifon voudroit que
l'on fit ; une faute fait fou
vent tomber dans une autre, &
quoi qu'il femble qu'on doi
ve naturellement vouloir , que
le mal qu'on fait ne foit pas
58 VII. P. des Affaires
, connu il ne s'enfuit pas toutjours
que l'on cherche à le cacher
. Il eft des occafions où
l'on s'aplaudit du mal comme
du bien , & où l'on fait vanité
de ce qui devroit faire honte .
Si Rome ne s'aplaudit pas du
mal qu'elle fait en prenant un
parti contraire à la Religion ,
& en faifant des folicitations
qui peuvent caufer fa ruine
entiére, il eſt du moins certain
qu'elle ne s'en cache pas. Ce
qui fe vient de paffer en Suiffe
en eft une preuve , puis que le
Nonce du Pape y a fait de
grandes Cabales pour engager
les Cantons à donner paffage
aux Troupes Allemandes , &
qu'il a déclaré pour mieux réüffir
dans fon deffein,que la Guerre
que les Princes Catholiques
unis avec les Proteftans
du
Temps. $9
font à la France , n'eft point
une Guerre de Religion Je vous
ay prouvé prefque dans toutes
mes lettres que c'en eft une, en
vous faifantvoir le mal que l'Eglife
en a fouffert , & celuy
qu'elle en fouffrira ; mais je vais
m'expliquer encore plus clairement
, afin que perfonne n'en
puiffe douter , & que les Ennemis
de la France qui pour
la perdre riſquent la Religion,
n'ayent plus de raiſons qui paroiffent
fpecieuſes , pour faire
voir que la Guerre prefente ne
regarde qu'un interêt tempo
rel.
Si on ne veut point avoir é
gard aumal qu'une guerre peut
caufer à la véritable Religion ,
mais feulement au fujet qui fait
recourir aux armes , il eft conftant
que cette Guerre ne paf-
C vj
60 VII. P. des Affaires
fera pas pour une Guerre de
Religion , encore qu'il foit vrai
que la Religion en doive recevoir
de grands préjudices
.
Ce ne fera , fi on veut , que
par accident; mais il n'importe
de quelle maniére la chofe arrive,
fi la partie qu'on veut épargner
court riſque de n'être
pas moins bleffée que celle
qu'on a refolu de faire fouffrir.
Il ne s'agit dans une pareille
occafion , ni du nom , ni de la
volonté
. Il n'eft queſtion que
de l'effet. Or il eſt certain que
cette guerre peut mettre la Religion
en danger . Ainfi , qu'elle
foit appellée ou non guerre de
Religion, elle ne laiffe pas d'en
être une, puis qu'elle peut pro
duire à cet égard toutes les fâ
cheufes faites , qu'entraineroit
aprés elle une guerre, que l'on
du
Temps.
6T
S
auroit entrepriſe fous le nom de
guerre de Religion .
Ces confiderations font rejetées,
on n'y entre point. On pre--
tend que c'eft feulement la Frace
que l'on attaque , & on ne
veut pointfaire de reflexion fur
les fuites que peut avoir cette
guerre , & fur les maux que la
veritable Eglife en doit craindre.
Avant que de poursuivre
ce raiſonnement, je ne puis ca
cher qu'il me paroît que celui
qui entreprend une chofe dansla
veuë de faire un bien, & qui
la pourſuit avec obftination , lors
qu'il doit être perfuadé que le
mal qu'elle peutcaufer fera plus
grand que le bien qu'il en atted
confent que ce mal arrive s'il
perfifte dans la même volonté ..
Je ne fai même fr on ne pourroitgasdire
qu'ille fouhaitelors qu'il
62 VII. P. des Affaires
va jufqu'aux effets . La Cour de
Rome ne peut ignorer ce que
fouffriroit la Religion , s'il arrivoit
que la France manquât de
forces pour fe tirer des affaires
qu'elle lui a fufcitées . Elle s'obftine
à la vouloir accabler , &
ce que ie viens de vous marquer
qu'elle a fait dire aux Suiffes
, aprés les avoir fait affembler,
en eft une preuve . Elle avoit
beaucoup cabalé auparavat,
pour les empêcher de ratifier
le Traité de Neutralité qu'ils
avoient conclu , comme un moyen
d'épargner le fang de l'Europe
, & de porter les Parties à
une Paix ou à une Tréve ; mais
Rome veut du fang , quoi que
Dieu lui même ait défendu à
Saint Pierre d'en verfer.Elle ne
fçauroit défavouer qu'elle veut
bien que la Religion fouffre,
du Tems. 63
puis qu'elle rifque à la faire
fouffrir ; mais comme on dira
peut-eftre que la France pourroit
eftre abaiffée fans que la
Religion Catholique s'en reffentit
, je prouveray le contrai
re dans la fin de cet article,
d'une maniere qui empêchera
qu'on n'y puiffe repliquer;mais
enfin de quelque cofté que l'avantage
tourne , il y aura toujours
beaucoup de fang répandu,&
la Cour de Rome en fera
caufe.
le paffe aux autres guerres
qu'on veut eftre les feules guer
res de Religion, car ie ne pretens
laiffer rien à dire fur un
point qui partage aujourd'hui
toute l'Europe. Les guerres qui
ont efté jufqu'ici apellées guerres
de Religion, font celles que
les Souverains ont cues contre
64 2
VII. P. des Affaires
leurs Sujets révoltez fous pretexte
de Religion , & fortifiez
dans quelques Places de leurs
Etats dont ces Rebelles s'étoient
emparez. On donne encore ce
nom aux guerres qui furviennent
, lors que des Peuples de
differente Religion fe veulent
perfuader les uns aux autres
d'embraffer celle qu'ils profef
fent ; que cette difpute leut
donne lieu de fe quereller , &
qu'ils en viennent là - deſſus aux
mains . Les Croiſades font auffi
du nombre de ces guerres . Ce
n'eftpas à dire que toutes celles
qui ne font pas de cette nature,
& dans lesquelles la Religion
eft comprife, ne lui puiffent etre
fort préjudiciables, & ne lui
faffent fouvent autant de mal
que fi elles eftoient marquées
au dire qu'il faut pour faire
du Tems. 69
3
qu'on les appelle guerres de
Religion . Cependant comme
celle d'aujourdui n'a point ce
titre, on en prend fujet de dire
qu'elle ne regarde pointla Religion
. Elle n'eft , dit - on , que
contre la trop grande puiffance
de la France , & la Religion
n'a rien à déméler avec les raifons
qui font fouhaiter fon a
baiffement. Mais ie demande
qu'on me faffe voir par quels
moyens on peut accabler la
France fans que la Religion en
fouffre cruellement, puis qu'on
ne peut , & qu'on ne veut lui
faire du mal que par les Proteftans,
& en la forçant , comme
on le publie hautement , &
comme on l'a fait imprimer, de
remettre toutes les chofes qui
regardent la Religion , dans l'état
où elles eftoient avant la fu
66
VII. P. des Affaires
preffion de l'Edit de Nantes . Si
cela arrivoit , il faudroit que
Rome, qui malgré fa mauvaiſe
volonté pour la France , en a
fait chanter le Te Deum , donnât
des larmes à ce rétabliffement
, puis que la raiſon veut
que l'on s'afflige de voir qu'on
rétabliffe une chofe , de la deftruction
de laquelle on a marqué
de la joye. Il n'y a rien de
plus naturel , mais Rome furmonte
tout lors qu'il s'agit de fe
déclarer contre la France ; elle
voit des maux réels fur lesquels
elle ne veut pas jetter les yeux
pour ne point empoifonner le
plaifir qu'elle goûte par avance
du mal dont elle fe perfuade
que ce Royaume va eſtre accablé
& elle croit fe tirer d'affaire
, en difant que la guerre
qu'on met fur les bras d'une
du Tems . 67
j
Puiffance qu'il faut abaiffer,
n'étant point de la nature des
guerres dont je viens de faire
le dénombrement , la Religion
n'y a point de part; mais quand
tout cela feroit veritable , ne fuffit
il pas pour faire quitter un
deffein fi fanguinaire qu'il
puiffe mettre la Religion en
danger ? Qu'importe que ce
foit par une guerre qui ait le
nom de guerre de Religion , ou
par une autre que des mo-
+ tifs temporels font allumer , &
dont les fuites ne pourroient étre
que funeftes à cette même
Religion , fi le Roy n'avoit mis
la France dans un état affez
floriffant pour pouvoir par fes
feules forces détourner un fi
grand mal . Ie ne vous repete
point par où ce mal pourroit
arriver. le vous en ay déja fait
3
68 VII. P. des Affaires
?
de longues peintures , malse
ne puis m'empêcher de dire
encore que fi le Prince d'Orange
, qui a déja trompé une
fois les Princes liguez , avoit
jouy plus paifiblement qu'il n'a
fait jufqu'à aujourd'huy du Royaume
d'Angleterre , il auroit
abufé une feconde fois de la
croyance trop facile des Princes
Catholiques, & fe joignant
avectous les Proteftans de l'Ed .
rope , il travailleroit prefentement
à y faire reconnoître la
Religion Proteftante. Alors la
Cour de Rome ne pourroit
nier , que cette guerre n'en fut
une de Religion dans toutes les
formes , & que celles qu'elle a
excitées pour embarraffer la
France , n'en fullent la caafe.
Outre tous les maux aufquels
zon voit qu'elle expofe la Relidu
Tems. 69*
Y
gion Catholique fans qu'on
veüille y faire de reflexion , je
vous ay déja fait voir ce que
cette Religion a fouffert en Angleterre
, & comme on ne peut
nier les chofes paffees, fur tout
lors qu'elles font devenues publiques
, Rome ne fçauroit dif
convenir du mal qu'elle a fait
à la Religion , en allumant une
guerre pour les raifons que
Vous avez leuës dans mes Lettres
precedentes .
-L'Auteur du Livre dont j'ay
commencé à vous rapporter
quelques endroits , continuant
à faire une peinture du miſerable
eftat où il fe perfuade
qu'on verra bien - toft la Fran
ce , fe fonde fur des Batailles
qu'il dit qu'elle pourra perdre,
& dont il pretend qu'une ou
deux peuvent fuffire pour la
ชน
70 VII. P. des Affaires
mettre au point où l'on voudroit
qu'elle fut reduite. Il le figure
des foulevemens qui affu-.
rément n'arriveront pas, & qui
font autant de vifions. Il compte
fur des mécontens , comme
sil y en avoit dans le Royaume
; & dans la certitude qu'il
croit avoir , que les Anglois &
les Hollandois defcendront fur
nos , coftes , qu'il s'imagine que
nous ne fçaurions défendre , il
avance hardiment qu'on ne
verra jamais le Roy d'Angleterre
rétably,& que ny la France
ny aucune Puiffance Catholique
ne peuvent le remettre
fur le Trône, Il dit que nos
terres ne feront point cultivées,
parce que nos Payfans eſtant
armez,n'auront pas le temps de
les labourer, c'eſt à dire, qu'un
homme ou deux tirez de chadu
Tems.
71
.
que Village pourront empêcher
qu'on ne cultive les Terres.
Il affure que nos Troupes
font en fort méchant eftat , &
que l'argent manque au Roy.
2 Le contraire de la plus grande
partie de ces chofes ayant efté
reconnu depuis que cet ouvrage
eft public , il n'eſt pas neceffaire
d'y répondre. Le refte
eft fi viſiblement faux , qu'il
fuffit de le rapporter pour obliger
l'Auteur d'en rougir. La
bonté des Troupes de France
cft affez connue , & il faut être
bien ignorant pour dire
que le Roy manque d'argent.Il
eft vray que toutes les fois que
fes Ennemis ont entrepris de
luy déclarer la guerre , ils ont
cru qu'ils l'attaqueroient en fi
grand nombre , que fes Finances
feroient bien - toft épuisées,
72 VII. P. des Affaires
à caufe de la quantité de Troupes
qu'il feroit contraint de
mettre fur pied ; mais ils n'ont
jamais eu cette penſée qu'ils
ne l'ayent reconnuë fauffe. Ils
viennent encore d'eftre trompez,
puis qu'il eſt conſtant, ( &
même ils n'en doutent plus prefentement
) que non ſeulement
de Roy peut entretenir des Ar
mées nombreuſes pendant tout
le refte de la Campagne , mais
qu'il a même des fonds de referve
, pour les beſoins preffans
-qu'on ne peut prevoir. Cepen-
Idant ce Prince ne leve nuls
deniers extraordinaires fur fes
Peuples. On n'a mis aucuns
impofts dans le Royaume, & le
Parlement n'a point efté occupé
à verifier ces fortes d'Edits.
On le faifoit ſouvent autrefois
quand Sa Majesté ne
gouvernoit
du Tems . 73
I
gouvernoit pas par Elle- même,
& qu'on n'avoit qu'une Armée
de vingt- mille homes en Flandre
, & de petites Armées en
Catalogne & en Italie , fans
que l'on eût des forces en Mer,
la Marine eftant alors fi peu
confiderable parmy les François,
qu'on n'en entendoit prefque
point parler . Cependant
nos Vaiffeaux font fuir aujourd'hui
les Puiffances qui êtoient.
les plus redoutables de la Mer,
& s'appreftent à foutenir les éforts
de plufieurs autres que l'on
voit unies enfemble. Peut on
dire aprés cela que la France
foit en mauvais eftat Elle a
affez de Vaiffeaux fur l'une &
fur l'autre Mer,pour faire trembler
fes Ennemis ; elle a trois
ou quatre cens mille hommes
bien entretenus , & de l'argent
D
74 VII. P. des Affaires
de refte, fans qu'on ait levé de
nouveaux fubfides fur les Peuples.
Ainfi elle peut encore
compter que s'il arrivoit qu'elle
en euſt beſoin , le Roy en trouveroit
d'autant plus facilement
dans leurs bources , que fans
leur rien demander , il auroit
déja foûtenu les premiers efforts
de toute l'Europe liguée
contre lui , & garanti fes Sujets
des menaces terribles qui ont
retenti prefque dans toutes les
Cours.
L'Auteur pourfuit en difant,
que les fuccés de la France font
moins venus de fes forces que de
la foibleffe de fes Ennemis. Il
leur fait bien peu d'honneur,
& fur tout à ce grand Corps
compofé de tant de Puiffances
d'Allemagne , & qu'on tient fi
redoutable par cette raison.Cedu
Temps.
75
pendant lors qu'il n'êtoit point
épuisé par une longue guerre,
comme celle qu'il vient d'avoir
avec les Turcs , la France en a
triomphé ainsi que de l'Eſpagne
, du Dannemark , & de la
Hollande.Si le Roy aprés avoir
retenu en ce temps - là les plus
importantes de fes Conquêtes,
& fait rendre au Roy de Suede,
pour lors fon Allié , les Places
que le Roy de Dannemark
& l'Electeur de Brandebourg
lui avoient priſes , a impofé la
Paix aux conditions qu'il lui a
plû de regler malgré les nombreufes
Troupes d'Angleterre,
nouvellement débarquées pour
ſe joindre à tant de Puiffances,
pourquoi ne veut - on pas que la
France foit aujourd'hui en état
de refifter à ces mêmes Ennemis
? Eft-elle moins puiffante ?
Dij
76 VII. P. des Affaires
Les François font - ils moins riches
, moins braves , & moins
affectionnez à leur Roy , & ce
Monarque n'a t'il pas un Fils,
qui depuis ce temps - là s'eft
rendu capable de le feconder?
Il y a à la verité quelques Proteftans
de moins dans le Royaume
, mais c'eſt un avantage
confiderable , puis qu'il eft
purgé par là de mauvais Sujets,
& qui dans la derniere guerre
avoient intelligence avec les
Ennemis de la France , au lieu
qu'elle n'a plus aujourd'hui que
des Sujets zelez & fidelles , qui
défendront vaillamment leur
Religion, leur Prince , & leurs
biens.
Le même Auteur condamne
la France d'avoir déclaré la
guerre la premiere. On auroit
voulu qu'elle n'eut pas vû fi
1
du Tems.
77
clair , afin de la mieux furprendre
, & qu'elle fe fut endormie
quand les Ligues fe fai-
S foient de toutes parts ; que fes
Ennemis étoient armez ; que le
Prince d'Orange étoit embarqué
pour paffer en Angleterre,
dans le deffein de nous attaquer
quand il s'en feroit rendu
le maiftre ; que l'on fe vantoit
en Allemagne qu'on eftoit en
termes de faire la paix avec le
Turc pour paffer en France';
1 qu'on vouloit ravir un Electorat
à un Cardinal canoniquement
élû feulement parce qu'il
eftoit Amy du Roy , & que
fecteur Palatin dont on connoit
l'efprit dangereux , portoit la
Cour de Vienne , par la feule
veuë de fes interefts , à fe declarer
contre la France , ne fe
mettant pas en peine que toute
I'EDiij
78 VII. P. des Affaires
l'Europe fut en armes, & que la
Religion Catholique fut abolie
en Angleterre , pourveu que
tous ces defordres ferviffent à
l'empêcher de reftituer à Madame
les heritages qu'il lui retenoit
injuſtement. Quand on
confiderera toutes ces chofes ,
on demeurera d'accord qu'il y
alloit de la prudence du Roy,
de fe preparer à la guerre pour
ne pas laiffer à fes Ennemis l'avantage
de le furprendre ; qu'il
y alloit en même temps de fa
gloire , de montrer qu'il ne les
redoutoit pas, & qu'ainfi il devoit
les prevenir par une Declaration
dans les formes, & digne
de fa grandeur , pendant
qu'ils fe declaroient lâchement
& en fecret , par leurs ligues
& par les mesures qu'ils
prenoient avec un Prince, qui
du Tems. 79%
pour les intereſts particuliers
cherchoit à mettre le feu dans.
toute l'Europe , & avec lequel
T'honneur femble ne pouvoir
fouffrir qu'on prenne de liaiſon.
Les raifons en font connuës, &
on fait que rien ne coûte au
Prince d'Orange quand il s'a- ,
git de tout facrifier à fa fauffe
gloire.
Pourroit on croire qu'un
homme qui écrit , fift fi peu peu de
reflexion fur fon ouvrage , qu' ,
aprés avoir blâmé la France de
s'eftre declarée la premiere , il
veut enfuite montrer le contraire,
en marquant que ce font
fes Ennemis qui l'attaquent. Il
employe pour cela les termes
fuivans. C'eft icy le temps d'ataquer
la France, parce qu'il eft
de la prudence d'ataquer un
Ennemy quand il commence à
D iiij
80 VII. P. des Affaires
jouer de malheur , & quand la
terreur le prend . Il fait connoitre
qu'il n'eftime pas beaucoup
les Princes Confederez,
puis qu'il ne les tient capables
d'ataquer leur Ennemy , que
quand la frayeur l'a mis en
defordre . Les paroles dont il
fe fert juftifient la France , &
en difant ce qu'il ne devoit pas ,
& qu'il ne croyoit pas dire , il
prouve tres clairement qu'elle
à bien fait de fe declarer la premiere
parce qu'on fe preparoit
à la furprendre ; qu'on croyoit
qu'elle jouoit de malheur , &
que l'on eftoit perfuadé que la
terreur l'avoit prife .
que
le
Le même Auteur dit un peu
aprés ; Mais aujourd'hui
mal eft fait , fi tant eft que ce
foit un mal , ce mal eft fans re-.
mede . Que peut -il y avoir à bedu
Tems. St
Z
fiter ? Qu'onfaffe tout ce qu'on
voudra , toutes les Ligues Catholiques
ne rétabliront
pas le
Roy d'Angleterre. Ainfi la prudence
veut que les Eftats Catho
liques fe prévalent & profitent
d'une circonstance qui en foy pa
roit douloureuse pour la Religion
Catholique, mais qui dans
les fuites lui fera plus de bien
que de mal. D'autre part les
Princes Proteftans doivent confiderer
que ce feroit à eux la
derniere folie de fe laiffer gagner
par la France dans le temps
prefent , & de fe détacher de
la Ligue, parce qu'ils ne trouveront
jamais un amas de conjon
ctures favorables comme celles
d'aujourd'hui. La difference de
Religion fait toujours un grand
abifme de feparation entre les
Princes Proteftans , & les Prin
D v
82
VII. P. des Affaires
qui
ces Catholiques , fur tout ceux
de la maison d'Auftriche, ce
rend les Alliances difficiles. Aujourd'hui
que la conduite de la
France a comblé ce grand abifme,
& qu'elle a forcé le Pape,
& les Princes de la maison
d'Autriche à s'unir avec les
Proteftans , ceux- cy ne doivent
pas negliger une occafion qui ne
Je trouvera pas fi favorable en
dix fiecles , de mortifier cette
fiere Puissance qui fait bautement
profeffion d'en vouloir à
leur Religion , mais qui en veut
bien davantage à leurs Etats .
Il ne faut que lire cét enpour
connoitre que la Re-
Jigion Catholique doit ſouffrir ;
que cette guerre eft une guerre
de Religion , & que le Pape
s'eft uny avec les Proteftans :
Ce n'eft pas moy qui le dis ; ce
droit
du Tems. 83
竿
font les propres paroles de
l'Auteur aufquelles je n'ajoûte
ny ne diminuë . Repaffons
fur quelques endroits de cét
Article , & voyons fi je me
trompe.
Mais aujourdhui que le mal
eft fait , fi tant eft que ce foit
un mal , ce mal eft fans remede.
Le mal dont l'Auteur parle eft
celui que la Religion Catholique
fouffre par l'invafion du
Prince d'Orange en Angleterre.
Il ajoûte , fi tant eft que
c'en foit un, parce qu'il eft Proteftant,&
que ce mal n'eſt pour
lui qu'un mal imaginaire , &
dont les Proteftans ne font pas
fachez . Il dit enfuite , que puis
que ce mal eft fair , il faut que
les Eftats Catholiques profitent
d'une circonstance qui en foy
= paroit douloureuse pour la Re-
D vj
84 VII. P. des Affaires
ligion Catholique , mais qui
dans les fuites lui fera plus de
bien
donc
que
de mal. Voilà le mab
avoué pour les Catholiques
, &
même fortement par le mot de
douloureufe. On ne peut
plus difconvenir
de ce mal ,
puis qu'il eft fait , mais on peut
fort bien ne pas tomber d'ac--
cord fur la foy de l'Auteur, que
les fuites de ce mal , c'eſt à dire,
de cette guerre, feront avantageufes
à la Religion Catholique.
On doit plutôt croire
qu'elle continuera d'en fouffrir
fi la France ne triomphe de fes
Ennemis ; que les Princes Proteftas
tromperont le Pape, commea
déja fait le Prince d'Orage
& qu'ils auront peu de fcrupule
à mécontenter
le Chef d'une
Eglifeà laquelle ils ne cro
du Tems. 89
H
,
yent pas , & qu'ils n'ont épar
gné aujourd'huy dans leurs
railleries , que parce qu'il eft
entré dans leurs Ligues . Ie
paffe par deffus beaucoup de
lignes qui ne font que pour
exciter les Princes Proteftans à
ne fe pas laiffer gagner par la
France , comme la France
leur faifoit la Cour , & les craignoit
, & je viens à un endroit
decifif , contre ceux qui nient
que le Pape foit entré dans la
Ligue des Proteftans. Ce n'eft
1 pas que quand il n'y feroit
point entré , il fut moins caufe
de ce qu'a fouffert , & de ce
qu'endure encore la Religion
Catholique , par la fituation
defavantageufe où fon Con
feil a mis les affaires de l'Europe
pour cette Religioni
86
VII. P. des Affaires
Voici l'endroit qui decide, que
le Pape eft entré dans la Ligue
des Proteftans . La conduite
de la France, dit l'Auteur du
Livre , a forcé le Pape & les
Princes de la Maifon d'Auftriche
à s'unir avec les Proteftans.
Les Proteftans l'avoüent , ils
fécrivent , & font debiter leurs
Ecrits ; il n'y a point d'équivoque
, les termes font formels, &
l'on n'a befoin ny de
commenny
de raifonnemens taires
pour les faire entendre . Comme
cet endroit eft delicat , &
fâcheux pour la Cour de Rome
, & qu'il luy doit eftre fenfible
, je me contente de le raporter
sans y ajouter une parole
, afin que fi elle trouve
qu'elle a fujet de ſe plaindre ,
elle n'ait pas droit de m'accufer
, mais feulement l'Auteur
du Tems. 87
qui découvre des fecrets qu'elle
voudroit fans doute qui fuffent
cachez . Sa difcretion ne sçauroit
eftre blâmée là- deffus ; on
trouve feulement qu'elle de
vroit eftre encore plus grande,
& que le Nonce auroit deu tenir
fes pratiques plus fecretes
en Suiffe , où fa trop grande
intelligence avec les Cantons
Proteftans a paru, les ayant fait
parler felon fes intentions autant
qu'il a voulu , & meſme
contre leurs propres intereſts.
Il dit dans ce mefme Article ,
en parlant de la France & des
Princes Proteftans ; Il ne faut
pas negliger l'occafion de mortifier
cette fiere Puissance qui
fait hautement profeffion d'en
vouloir à leur Religion , mais
qui en veut bien davantage à
leurs Etats. Il y a trois cho88
VII. P. des Affaires
fes à remarquer dans ce per
de lignes. L'Auteur a dit que la
France ne devoit pas declarer
la guerre, mais il fait connoître
par là l'union qu'on avoit faite
pour mortifier , dit-il , fa fiere
puifance. Il dit que la France
en veut à la Religion des Proteftans,
& comme les Proteftans
la veulent défendre , on peut
juftement donner à cette guerre
de Religion , & cet endroitlà
, fait voir que c'en est une
dans toutes les formes . Mais
en verité , c'est bien chercher
à vouloir injuftement faire la
guerre à la France que d'employer
ce pretexte. Quoi, par
ce que le Roi ne veut point
permettre dans fon Royaume
l'exercice de la Religion-
Proteftante , il faut lui declarer
la guerre Il faudroit done
du
Temps.
89
que par la même raifon le
Roi la fit à tous les Princes
qui ne fouffrent point la Catholique
dans leurs Etats , &
que non feulement dans toute
l'Europe, mais encore par toute
la terre , tous les Souverains la
déclaraffent
à ceux qui ne vouà
droient pas que l'on exerçât
chez eux celle qu'ils profefferoient
, c'est- à - dire qu'il fau
- droit qu'il y eût une guerre
univerfelle dans le monde fur
le fujer de la Religion. L'Auteur
ne s'eft pas fi -tôt fervi de
ce pretexte de Religion touchant
la guerre que l'on fait
au Roi , qu'il en change dans
la même ligne , & dit que Sa
Majefté en veut bien davantage
aux Etats des Princes Proteftans
qu'à leur Religion On
ne peut rien alleguer qui ait
9Q VII. P. des Affaires
moins de vrai- femblance , & il
n'y a pas plus de raiſon à parler
ainfi , qu'il y en auroit à dire
, que les Electeurs de Brandebourg
& de Saxe, & la Maifon
de Brunfvvic font la
guerre
au Roy , parce qu'il en veut à
leurs Etats , à quoi il eſt certain
qu'il ne pense point, ce Monarque
n'ayant aucun ' démêlé avec
eux , ni ces Princes aucun
fujet de s'en plaindre . On fait
en effet qu'ils ne font entrez
dans la Ligue qu'à la folicitation
de la Cour de Rome & de
la Maifon d'Auftriche. Quant
à l'Electeur de Brandebourg ,
il s'y eft laiffé engager par
une double raiſon . Il eſt fortement
lié avec le Prince d'Orange
, & ils ont tous deux refolu
d'étendre la Religion Proteftante
, moins par zéle que
du
Temps.
9.1
A
le
= par politique , & feulement
parce qu'ils croyent que par
moyen des proteftans ils feront
plus aifément réuffir leurs vaftes
deffeins. Mais le Prince
-d'Orange qui n'eft remply que
de fes feuls interefts , ne tiendra
parole à perfonne , & l'Electeur
de Brandebourg aura
peut - eftré bien toft fujet de
s'en plaindre , s'il ne l'a point
eu juſqu'à preſent. Je ne parle
point icy des Hollandois ; leur
orgueil leur attirera toûjours
beaucoup d'ennemis & cet orgueil
paroift infupportable
dans un de leurs écrits , où ils
difent, que les Rois de Macedoi.
ne fe tenoient fort honorez d'ef
tre Capitaines Generaux des
Atheniens, témoin Philipes pere
d'Alexandre le Grand Ils ont
dit cela à l'occafion du Prince
ܐ9 VII. P. des Affaires
d'Orange qui demeure encore
feur Statouder ou Capitaine
General , quoy que pretendu
Roy d'Angleterre. Cette vanité
n'eft rien , fi on examine
à fond le peu de confideration
où doit eftre le Prince d'Orange
par fon injufte entreprife , &
combien fa nouvelle dignité
eft mal affermie ; mais on ne
laiffera pas de la condamner,
comme injurieufe à tous les
Souverains de la Terre , fi on
fait reflexion jufques à quel
point eft montée la vanité de
ces Republiquains , qui fouffrent
qu'on debite publiquement
chez eux des Libelles
où l'on voit qu'ils fe perfuadent
que les Roi fe doivent tenir honorez
de les fervir & d'être à
leur folde.
Ie ne rapporteray plus qu'un
du
Temps. 93
AP
endroit de l'Ouvrage dont je
viens de vous faire voir quelques
articles. L'Auteur dit en
parlant de l'Entrée de Mr de
Lavardin dans Rome ; Le Roy
a fait entrer un Capitaine à
Rome qui s'eft faifi d'un quartier
de la Ville , & qui par armes
& par violence la fouftrait
àfon veritable Souverain. Cette
expreffion outrée femble
nous marquer un Siege, & l'on
a peine à lire ces lignes fans avoir
envie de demander s'il
ya
eu beaucoup de fang répandu,
& fi l'on a fait grand nombre
de Prifonniers. Cependant Mr
de Lavardin n'a fait autre chofe
que prendre poffeffion d'un
quartier , dont M le Duc d'Eftrées,
fon Predeceffeurs , a toujours
jouy paisiblement. Il n'a
pretendu rien davantage ,
94 VII. P. des Affaires
& comme on navoit pas difputé
à M. le Duc d'Estrées
ce que M. le Marquis de Lavardin
a occupé , ce Marquis
n'avoit pas lieu de fe contenter
de moins , & le Roy , loin d'avoir
rien fait depuis ce tempslà
qui ait obligé à rien retrancher
des anciens priviléges de
fa Couronne , avoit merité au
contraire qu'on lui en accordât
de nouveaux , ce qui feroit arrivé
fous un autre Pontificat ,
puis qu'il a fait une infinité de
chofes glorieufes , & utiles à l'Eglife
Romaine ; qu'il l'a fait
fleurir , & que fon zéle & fes
foins lui ont acquis un plus
grand nombre d'Ouailles . Ce
Prince, quoi qu'affez payé par
la fatisfaction interieure qu'il
fent à bien faire , ne veut pas
pour cela laiffer perdre aucun
du
Temps. 95
e
1
1
!
1
des droits qu'il a trouvez établis
en recevant la Couronne ;
mais il n'a point répandu de
fang pour les maintenir , comme
il femble que l'Auteur à
qui je répons veuille faire croire
lors qu'il dit, que M. de Lavardin
a foûtrait par armes &
par violence un quartier de Rome
à fon veritable Souverain .
Je dirai ici à l'avantage de cét
Ambaffadeur puis que l'occafion
s'en prefente , que quoi
qu'il ait confervé les Franchifes
de fon quartier , on n'y a
fauvé aucun Coupable pen .
dant tout le fejour qu'il a fait à
Rome. Les uns n'y ont point
été reçus à caufe de l'énormité
de ce qu'ils avoient commis , &
les autres ne s'y font point expofez
, fachant que ce Marquis
examineroit la nature des cri96
VII. P. des Affaires
mes avant que de vouloir ac
corder fa protection , & qu'il la
refuferoit à de certains Criminels
, à qui l'on ne doit jamais
pardonner Tout s'eft paffé
dans fon quartier avec une
tranquilité admirable. Il n'y a
point eu de defordres ; ſa Maifon
a paru un lieu de piété, &
le fervice s'y eft fait d'une maniere
fort édifiante. Quoi qu'il
fut accompagné d'un grand
nombre de François parmi lefquels
il y en avoit beaucoup
d'une affez grande jeunffe , il
a fi bien fçû les retenir dans
les bornes du devoir , que Rome
a eu plus de fujet de s'en
loüer que de s'en plaindre . Sa
magnificence a été d'une utilité
fort grande au Peuple Romain
, qui ne trouve que difficilement
le moyen de fubfifter
fous
du Tems. 97
fous le Pontificat d'aujourd'hui
, à caufe des nouveautez
qu'on veut introduire , & de
tout ce qu'on tâche d'abolir, ce
qui empefche ce Peuple de
travailler à beaucoup de chofes
qui font devenuës inu
tiles , & de debiter fes denrées
& les Ouvrages. M' de
Lavardin n'a pas quitté Rome
comme la plupart des Ambaf
fadeurs , qui font bien fouvent
chargez de dettes lors qu'ils fortent
d'un Etat , & qui font crier
les Peuples , en fe retirant fans
les avoir acquitées . Chacun a
donné de grandes marques de
trifteffe lors qu'il eft parti, & les
Pauvres dont il faifoit fubfifter
un fort grand nombre, ont tous
pleuré fon départ. Ainfi fi la
fincere affection des Peuples
marque un veritable triomphe
E
98 VII. P. des Affaires
fur-les coeurs, on peut dire que
jamais Ambaffadeur
n'eſt ſorti
de Rome plus triomphant que
M. de Lavardin .
J
Je n'ay plus à vous parler
que d'un Article des affaires de
France avec les Souverains de
l'Europe , aprés quoi je viendrai
à l'Angleterre . Cet article
regarde l'infolente déclaration
de Guerre du Gouver
neur des Païs - bas Eſpagnolscontre
la France . Vous avez vû
celle du Roy dans ma fixiéme
Lettre fur les Affaires du tems
& les raifons que Sa Majesté
en donne , qui font des faits
& non des injures. Il eft bon
de vous y faire faire reflexion ,
afin que vous compariez cess
deux Declarations, & que vous
examiniez l'honnêteté de l'une
pour la Perfonne du Roi
1
du
Temps.
92N
DEL
L
un d'Eſpagne, & les injures
fimple Gouverneur ôfe dire atr
Roi. Sa Majesté fait voir, que
le defir qu'Elle a en de maintenir
la Tréve,l'a portée à diffimuler
la conduite qu'ont tenuë
les Miniftres d'Espagne dans
toutes les Cours des Princes de
l'Europe , où ils ne se font appliquez
qu'à les exciter à prendre
les armes contre la France.
On voit par- là l'honnêteté du
Roi , qui accufe les Miniftres
Espagnols d'une chofe dont
il ne veut pas croire que le
Roi leur Maître eût pû être
capable . Sa Majefté parle enfaite
de la Ligue d'Ausbourg .
C'eft encore un fait conſtant
où l'Eſpagne a eu part. On a
d'abord nié cette Ligue , &
quand on a vu qu'on ne pouvoit
plus difconvenir qu'il n'y
.
E ij .
100 VII. P.des Affaires
en eut eu une , parce que la
chofe étoit trop connuë , on a
voulu déguifer le fujet de cette.
Affemblée , & l'on a dit qu'on
ne la faifoit qu'afin de renouveller
, d'anciennes Alliances
qui ne regardoient point la
France.Enfuite on a jugé à propos
de lever le mafque , fur ce
qu'on a cru que l'invafion du
Prince d'Orange en Angleterre.
donneroit lieu d'accabler la
France , & l'on n'a plus gardé
de meſures . On a éclaté , on a
menacé,& mille & mille Ecrits
ont fait voir que l'on alloit attaquer
la France , & qu'on avoit
refolu de la forcer malgré elle
d'entrer dans une guerre , qui
non feulement la feroit déchoir
de fa grandeur , mais qui pouvoit
même l'accabler ; & c'eſt
juſtement dans ce tems -là que
du Tems. 101
1
Sa Majefté s'eft déclarée, aprés
s'être mise en état d'éviter l'orage
qu'on fe preparoit à faire
fondre fur fes Etats .Il n'y a rien
dans tout ce procedé qui ne
foit conforme aux régles de la
prudence, de la politique, & de
la juftice, & l'Eſpagne ne peut
fe plaindre que le Roi l'ait infultée
en parlant du Traité
d'Ausbourg , puis que c'eſt un
fait prefentement avoué , &
prouvé , par les armes que les
Princes Confederez ont prises
en confequence de ce Traité.
Le Roi pourfuit en marquant
qu'il a efté informé de la part
qu'a eüe le Gouverneur des
Pays - bas , dans l'entreprife
que le Prince d'Orange a faite
contre l'Angleterre ; mais il dit
en même tems , qu'il ne peut
croire que la conduite que ce
E iij
102
VII. P. des Affaires
Gouverneur a tenue à cet égard,
lui eût été preferite par le Roi
fon Maître , qui par beaucoup
de raifons de Religion, de fang,
& de feureté pour les Rois , êtoit
obligé de s'opposer à une pareille
ufurpation. Que peut-on
trouver en tout cela qui doive
choquer le Roi d'Espagne ?
Quand tout ce que le Gouverneur
des Pays- bas a fait de
concert avec le Prince d'Orange
,
lui auroit été prefcrit par
Sa Majefté Catholique, le Roi
ne l'en accufe point, & ne parle
que du Gouverneur des
Pays bas , qui s'eft fi ouvertement
mêlé de cette affaire, qu'il
feroit démenti par toute l'Europe
s'il prétendoit le nier, puis
qu'il s'eft abouché fouvent avec
le Prince d'Orange , &
que leur intelligence a été redu
Tems .
103
<
marquée, dépuis que ce Prince
a ufurpé la Couronne d'Angleterre.
Il y a une infinité de
faits là-deffus , qui étans publics
, n'ont pas besoin d'être
rapportez. Le Roi auroit pu
pouffer les chofes plus loin
dans fa Déclaration de Guerre
, à l'égard de l'intelligence
des Eſpagnols avec le Prince
d'Orange , pour favoriſer fon
invafion en Angleterre . On fait
les cabales de l'Ambaffadeur
d'Eſpagne à Londres ſur cette
affaire. On fait ce qu'il a fait
pour gagner les Presbiteriens
les uns aprés les autres ; qu'il
pratiquoit les plus remuans , &
qu'il en faifoit toujours difner
quelques-uns chez - luy . Enfin
on fçait que 'Sa Majesté Britannique
le regardoit comme
un de fes plus dangereux
E iiij
104 VII. P. des Affaires
Ennemis. Cependant le Roy
n'a point voulu toucher cet article
, afin d'épargner la perfonne
du Roy d'Espagne , parce
qu'un Ambaffadeur ne doit
rien faire fans les ordres de fon
Maître ; il a feulement parlé
du Gouverneur des Pays - bas ,
qui n'étant point Ambaffadeur,
pouvoit de fon chef , par un
faux zéle & pour fon interêt
propre à caufe du pofte qu'il
rempliffoit , pouffer fon imtelligence
trop loin avec le Prince
d'Orange , dans la penfée que
fon élevation à la Couronne.
d'Angleterre , feroit caufe
fon Gouvernement des Paysbas
s'agrandiroit par le moyen
des Anglois que ce nouveauRoi
envoyeroit en Flandre , pour aider
aux Eſpagnols à prendre
beaucoup dePlaces fur les François.
que
du Tems. JOS
1
#
Le Roi marque dans la fuite
de fa Déclaration , que le
Roy d'Espagne étant obligé par
des raisons de religion , de
Sang, & de feureté pour tous les
Rois, de s'oppofer à l'ufurpation
du Prince d'Orange, Sa Majefté
avoit efperé de pouvoir porter
le Roy Catholique à s'unir
avec Elle pour le rétablissement
du Roi legitime en Angleterre,
pour la confervation de la
Religion Catholique contre l'union
des Princes Proteftans , ou
au moins à garder une neutralité
exacte , fi l'état des affaires
d'Espagne ne permettoit pas
au Roy Catholique de prendre
de pareils engagemens.Tout eft
vrai dans cet article , & rien
ne fauroit bleffer le Prince
le plus delicat. On peut demander
à un Roi Catholique
E v
106
VII. P. des Affaires
qu'il veuille s'unir , pour conferver
la Religion , contre les
Princes Proteftans liguez. On
peut dire au Roi d'Espagne
qu'il a des raifons de fang, pour
fe declarer contre le Prince
d'Orange, étant ce qu'il eſt au
Roi d'Angleterre , & on a pu
ajouter qu'il y eft obligé pour
la feureté de tous les Rois , puis
qu'il s'agit d'un Roi détrôné
par une Republique, & par une
Republique ennemie des Souverains
, & qui ne pouvant les
abaiffer comme elle fouhaiteroit
. a fouvent voulu être arbitre
de leurs demêlez afin de
pouvoir s'élever au deffus
d'eux . Le Roi a donc pu foliciter
l'Efpagne de s'unir avec lui
contre cette fiere Republique;
mais fon honnêteté a été encore
pouffée plus loin , comme
du Tems. TOT
•
ا
Vous venez de voir dans le mê-
25 me article , puis que Sa Majefté
ne demande au Roy Catholique
qu'une Neutralité exacte
, en cas que l'état de fes
affaires ne lui permette pas de
prendre d'autres engagemens.
La fuite de la Declaration eſt
un peu plus forte, mais ce qu'elle
contient fait voir que le Roi
a été contraint d'en ufer ainfi.
Voici ce qui s'y trouve en
parlant du Roi d'Espagne . Sa
majesté luy a fait faire pour
cet effet differentespropofitions,
depuis le mois de Novembre dernier,
qui ont efté bien receuës ,
tandis que le fucces du Prince
d'orange a paru douteux , mais
ces favorables difpofitions ont
que
l'on n'a plus disparu dés
parlé que de guerre contre la
France. Sa majesté a apris en
E vj
108 VII. P. des Affaires
même
temps que l'Ambassadeur
le
d'Espagne en Angleterre voyoit
journellement le Prince d'Orange
, & le folicitoit de faire que
les Anglois declaraffent la guerre
à la France que le Gouvernuer
despays-basEspagnols leuoit
des troupes avec empreffemètiqu
ilprométoit aux Etats Generaux
de les joindre aux leurs au commencement
de la campagne , &
Les folicitoit auffi - bien que
Prince d'Orange à faire paffer
des Troupes en Flandre pour le
mettre en état de faire la guerre
à la France. Le Roy ne pouvoit
moins faire que d'expofer
l'eftat veritable où êtoient les
chofes. Il n'y a que des faits
dans cét Article , rien n'y eft
injurieux , & l'on ne fçauroit
s'en offenfer, à moins
tre choqué de la verité ; mais fi
que
d'ê-
2
du
Temps.
109
l'Eſpagne fait mal , ce n'eft pas
la faute du Roy Tres-Chrêtien ;
elle ne doit s'en prendre qu'à
elle- même. Le Roy fe trouve
indifpenfablement obligé de
declarer la guerre , parce que
fes Ennemis le veulent furprendre,
& qu'il fçait qu'ils tiennent
leurs deffeins cachez jufqu'à ce
qu'ils foient en êtat d'agir.Ainfi
Sa Majefté ne fçauroit fe difpenter
de faire voir les raifons
qui la forcent à les prevenir.
Vous venez d'en lire une partie,
voicy les autres.le fçai qu'el
les vous font déja connuës; mais
ie me vois obligé de les rapporter
encore icy, à caufe de la
réponse que je fais à chaque
article, & qu'il eft neceffaire que
l'article, & la réponſe fe trouvet
enfemble. Tous ces avis ayant
fait juger à Sa Majesté qu'il
ΠΙΟ VII. P. des Affaires
eftoit de fa prudence de fçavoir
à quoi s'en tenir , Elle a donné
ordre au Marquis de Rebenac ,
fon Ambassadeur à Madrid , de
demander une réponse positive
aux Miniftres du Roy Catholique,
lui offrant la continuation
de la Tréve , pourvu qu'il voulut
s'obliger , en gardant une
neutralité exacte , de ne fecourir
directement ny indirectement
les Ennemis de fa Majefté;
mais les mauvais confeils
ayant prévalu , Sa Majesté a
été informée que la refolution
avoit étéprife de favoriserl'ufurpateur
d'Angleterre , & de
fe joindre aux Princes Proteftans.
Sa Majefté a appris auffi
prefqu'en même temps , que les
Agens du Prince d'Orange ont
touché des fommes confiderables
à Cadix & à Madrid , que les
du Tems. H
Troupes de Hollande & de Brandebourg
font entrées dans les
= -principales Places des Efpagnols
en Flandre , & que le Gouverneur
des Pays - bas pour le
Roy Catholique faifoit foliciter
les Etats Generaux de faire avancer
leur Armée fous Bru- .
xelles. Tous ces avis joints à la
réponse que le Marquis de Rebenac
a reçue à Madrid ne laiffant
à fa Majesté aucun lieu de
douter que l'intention du Roy
Catholique ne foit de fe joindre
à fes Ennemis, fa Majesté a cru
ne devoir pas perdre de
à prevenir fes mauvais deffeins
, & a refolu de lui declarer
la guerre tant par mer que
par terre, &c.
temps
Il faut eftre bien injufte pourfe
plaindre du procedé du Roy
en ce rencontre, Ce Prince veut
112
VII. P. des Affaires
·
fçavoir à quoy s'en tenir Il demande
une réponſe poſitive , il
offre la continuation de la Tréve
pourveu qu'on garde une
neutralité exacte , & qu'on ne
fecoure directement, ny indire-
&tement fes ennemis . On ne
l'accepte pas ; on veut donc les
fecourir , & par conſequent on
eft refolu de faire la guerre. Le
Roy n'en accule point ſa Majeſté
Catholique , & dit que les
mauvais confeils ont prévalu ,
aprés quoi il fait voir toutes les
refolutions qui avoient été prifes
touchant cette guerre ; que
le Prince d'Orange a reçu de
l'argent des Espagnols , & que
toute le Places de Flandre font
remplies des Troupes de fes
Ennemis.Enfinde
Roy fait connoitre
que toutes ces chofes , &
la réponſe faite à Madrid à M、
du Tems . 113
de Rebenac l'engagent à pré-
Evenir le Roy Catholique , & à
lui declarer la guerre ; il le fait
par
la
Declaration que vous
venez de lire , mais il n'en uſe
pas
enfuite avec la rigueur que
= marquent les Ecrivains de Hol-
Ilande. Aprés que cette Declaration
a été faite , les François
arrêteret dans quelques - uns de
nos Ports plufieurs Bâtimens Efpagnols
que la Tréve y avoit
fait aborder , mais il envoya
auffi-toft ſes ordres pour les faire
relâcher, ne voulant pas que
l'on en retienne aucun jufqu'à
ce que tous les Sujets de fa Majesté
Catholique ayent pû apprendre
cette Declaration .Voi
la de quelle maniere le Roy en
a ufé . Voyons le procedé que
l'on a tenu à ſon égard . Pendant
que l'Espagne confulte
114 VII P. des Affaires
comment elle formera fa Declaration
de guerre, & qu'on en
dreffe plufieurs projets, qui font
leus dans fon confeil.Dom Antonio
Agourto , ci - devant Meſtre
de Camp , & devenu Marquis
de Caftanaga depuis qu'il
eft Gouverneur de Flandre, en
fait une en fon particulier. le
paffe par deffus ce procedé irregulier,
ne coprenant pas pourquoi
un fimple Gouverneur fait
une Declaration en fon nom,
fur tout avant que le Roy fon
Maiftre en ait fait une au fien ,
pour l'envoyer dans toutes les
Terres de fon obeyffance , où
les Gouverneurs
la font publier
enfuite. le croy qu'on a trouvé
ét expedient pour dire plus
d'injures à fa Majefté , & pour
en diverfifier la maniere. Quoi
qu'il en foit , voicy l'infolente
du Tems. 115
Declaration du Gouverneur
des Pays -bas , que ie ne crains
point de faire voir,parce qu'elle
doit plus faire de honte à fon
Auteur , que de tort à la gloire
du Roy , n'eftant remplie que
de fauffetez qu'il eſt aiſé de
combattre, & qui pourroient fe
détruire d'elles - mêmes , fans
qu'on y fit de replique . Enfin
la Déclaration du Roy eſt toute
prudente, & pleine d'égards
pour fa Majefté Catholique.Ce
fage Monarque épargne faperfonne
Royale , & quand il eſt
obligé de marquer ce qui le
porte à faire cette Declaration,
parce qu'on ne doit pas entreprendre
une guerre fans en avoir
de fortes raiſons , il ne cite
que des faits & non pas des
faufletez , comme le Marquis
de Caftanaga , qui ne dit que
116 VU P. des Affaires
des injures , ce qui fait connoître
la difference d'un Roy qui
parle & d'un fimple Sujet ; un
Roy ne parlant jamais qu'avec
moderation , & fans invectives,
quand même il a de juftes fujets
de fe plaindre . Mais le
Gouverneur des Pay-bas veut
ſe vanger
de ce qu'on a de
trop bons yeux en France , &
qu'on y a découvert l'êtroite
liaifon qu'il a avec le Prince
d'Orange , dans laquelle il a
mal à propos engagé le Roy
fon Maiftre pour fes intereſts
particuliers , croyant, comme ie
l'ay déja dit , qu'il verroit accroitre
l'étendue de fon Gouvernement
par le moyen de ce
Prince , & rifquant par là de
faire perdre ou ruiner une partie
de ceux de fa Majeſté Catholique.
du
Temps.
117.
Quoi que ie vienne de vous
marquer que le Roy n'a cité
que des faits pour juftifier fa
Declaration de guerre , il pouvoit
la faire publier , fans donner
toutes ces raifons , & l'on
peut dire qu'elle n'eft prefque
faite, que dans la veuë d'empêcher
que fes Sujets , ne fe laiffaffent
furprendre, puis que
Espagnols avoient refolu cette
guerre quand le Roy l'a declarée,
& que l'on avoit déja reçu
les Ennemis du Roy dans leurs
Places.
•
les
Ie viens à la Declaration faite
par le Gouverneur de. Paysbas.
En voicy les termes . Vous
la pouvez confronter avec celle
du Roy,que ie vous ay déja envoyée
entiere , & que vous ve
nez encore de lire par articles
ſeparez.
118 VII. P. des Affaires
ORDONNANCE
De Dom Antonio Agourto ,
Marquis de Caftanaga , Gouverneur
des Pays- bas.
Prés tous les Traitez de
Apaix& de trève ji religieufement
obfervez par le Roy
Catholique noftre fouverain , &
fi legerement enfraints , fi vo
lontairement rompus , & fi te
merairement violez par la
France , par une infinite' d' Ates
qu'il feroit fuperflu de rap.
porter , eftantfurabondamment
connus à toute l'Europe , auffibien
que fon ambition qui la
devore , fa Majesté qui avoit
tant eu de moderation , en vüe
de conferver la tranquilité publique
, fe trouve par un nouvel
attentat recompensée d'une
du Tems. 119
injufte Déclaration de Gue re
que le Roy tres Chrêtien a fait
publier le 15. du mois dernier ,
deftituée de raifons & de pretextes
legitimes. Elle eft injurieufe
à fa Majesté , s'efforçant
de faire paffer pour unfcandale
les Aliances qu'Elle peut avoir
avec les Princes & Etats voifins
, quoi qu'elles ne tendent
qu'à affurer le repos de la Chrêtiente
, & à l'avantage de fes
Etats , pendant que les Armes
de France defolent inhumainement
avec des cruautez &
des barbaries inouyes tous les Etats
de l'Empire, fans aucun égard
aux Loix de Religion , non
plus qu'à celles de la Guerre ny
au droit facré des Capitulations
, & que fes Miniftres employent
toute forte de moyens
pour troubler l'harmonie de ta
110 VII. P. des Affaires
-
Chrêtienté, & attirer toutes les
forces Otomanes à la deftruction
de la Hongrie , & traverfer
en même temps la conclufion
de la paix entre Sa Majesté
Imperiale & les Hauts Aliez
avec la Porte.Or comme fa Majefté
fe trouve ataquée fi injuftement
, & Nous , voulant employer
tous les moyens que nous
avons pour la gloire & pour le
bien de fes Sujets , & par le
principe d'une jufte défenfe ,
nous espérons que Dieu benira
Les bonnes & faintes intentions
de fa Majesté. C'est pourquoy
nous ordonnons & commandons
à tous Generaux , Gouverneurs,
Commandans , Chefs & autres
Officiers Militaires , & foldats
tant de pied que de cheval , de
quelque Nation qu'ils foient, &
à tous autres Officiers & fujets
de
du
Temps.
121
-7
de fa Majefté de s'oppofer de
toutes leurs forces auxsujets de
France, leur courre fus ,& faire
contre eux tous actes d'hoftilité
tant par mer que par terre,
comme contre nos Ennemis, Aggreffeurs
& Infracteurs des
Traitez. Ordonnons à tous fu
jets & Vaffaux de Sa Majesté
qui fe trouvent en quelque lien
de la Domination de France ,
d'en fortir dans quinze iours de
la datte de cette Ordonnance,
& de ne tenir aucune correfpondance
, communication ou com .
merce avec les fujets de France
fans noftre permiffion expreffe
peine de la vie. Déclarons en
outre tous les biens meubles &
immeubles rentes revenus
droits , actions , & effets fituez
dans les dépendances de noftre
Gouvernement,appartenans aux
> >
F
122 VII. P. des Affaires
François , confifquez aux profit
de Sa Majesté, & ordonnons à
tous François naturels & autres
fujets de France qui font en
ce pays
,
d'en fortir avec leurs
femmes, enfans & familles dans
buit iours de la publication de
la prefente Ordonnance , à peine
d'eftre faits prifonniers de
guerre deffense à tous fuiets
defa Majesté de donner retraite
à aucuns François à peine de
mille
patacons dd'amende
pour
la premiere fois , de deux mille
pour la feconde , & de trois mil=
le pour la troifiéme avec corre
tion arbitraire , la moitié au
profit du Dénonciateur
, & le
refte pour l'officier du lieu où la
capture fe fera. Ordonnons que
cette prefente. Ordonnance
foit
Lene & publiée dans les lieux
accoûtumez
, afin que perfonné
du Tems. 123
n'en pretende caufe d'ignorance.
Donné à Bruxelles le 3. May
1689.Signé le Marquis de CASTANAGA
&c.
Si je croyois que cette Déclaration
pût produire quelque mauvais
effet, même dans les efprits
plus difpofez à recevoir legerement
les premieres impreffions
, je ne vous l'envoyerois
= pas ; mais je fuis perfuadé qu'il
faut eftre bien iguorant dans
les affaires du monde pour y
ajoûter foy & que les moins
habiles en font fi bien éclaircis
, qu'il n'y a perfonne qui
n'en foit affez inftruit pour connoitre
à fond les fauffetez de
Cette Ordonnance .
Les premieres lignes ne font
que des paroles qui ne prouvent
rien , ou plutôt un amas
Fij
124 VII. P. des Affaires
d'injures. On dit que le Roy
a enfraint , rompu, & violé des
Traitez , & tous ces trois mots
qui ne fignifient que la même
chofe , eftant accompagnez
de beaucoup d'autres , on veut
furprendre l'efprit du Lecteur
par cette expofition qui femble
renfermer beaucoup de
chofes , & qui neanmoins ne
veut rien dire , finon que le
Roy a enfraint des Traitez .
Cela ne convainc de rien , non
plus que l'ambition dont on dit
enfuite que ce Prince eft devoré
.On ajoûte qu'il feroit fuperflu
de rapporter une infinité
d'actes pour le prouver , toutes
ces chofes eftant furabondamment
connues à toute l'Europe,
J'avoue que les Ennemis du
Roy ont rempli l'Europe d'un
nombre prefque incroyable
du Tems- 125
C
d'écrits injurieux , qui contien
nept une infinité de chofes
fauffes , de faits fuppofez , de
vifions foles , & de projets de
Monarchie univerfelle , à laquelle
on veut que la France
afpire , qui eft une chimere inventée
, qui n'a pas la moindre
ombre de vray - femblance,
toutes les actions du Roy bien
loin de marquer un pareil deffein
, ayant dû faire croire qu'il
en avoit des fentimen tout contraires
, puis qu'un Prince qui
fe dépouille d'une partie de
Les Conqueftes pour donner la
Paix à l'Europe , & qu'on publie
qui ne vouloit point de
guerre lors qu'on l'a forcé de
la faire , eft bien éloigné d'afpirer
à la Monarchie univerfelle
, à moins que ce ne foit
Fiij
126 VII. P. des Affaires
à celle des coeurs , ou qu'il ne
foit poffible de l'obtenir par
tout ce qui lui eft oppofé , puis
qu'on n'y parvient pas en rendant
des Places à fes Ennemis ,
& en ne voulant point de guerre
, comme tous les Ecrits de
Hollande le publient dans le
même tems qu'ils difent que le
Roi afpire à la Monarchie
univerfelle . Comment peut- on
accorder deux chofes fi differentes,
& fi opofées, & les mettre
dans les mêmes écrits ? Il
faut avoir beaucoup de malice
, ou beaucoup d'aveuglement
, ou même tous les deux
enfemble pour avancer des
chofes fi feditieufes & fi éloignées
du fens commun, mais´on
ne s'en met pas en peine pourveu
qu'on fatisfaffe l'envie
qu'on a de noircir les plus beldu
Tems . J27
les actions du Roi , & qu'on
vienne à bout de furprendre
les plus credules , & les plus
mal intentionnez pour la France.
Voilà à quoi M. d'Agourto
renvoye le Public en difant
que tout ce qu'il impute au Roi
eft connu par toute l'Europe auffi-
bien que l'ambition qui le devore
; mais il devoit s'expliquer
par des faits , & citer quels fujets
de plainte le Roi a donnez
à l'Espagne depuis la Treve
conclue pour vingt ans. Il n'y
en a aucun puis qu'on n'en allegue
point , & qu'on n'en ſupofe
pas même.ll eft vrai qu'el
le a cru en avoir un depuis la
paix de Nimegue , & que
prife de Luxembourg lui tient
au coeur , mais cela ne peut
s'appeller infraction, & l'affaire
a été debatuë & decidée. Le
F
•
la
128 VIL P. des Affaires
Roi d'Efpagne étoit obligé par
le Traité de Nimegue, de donner
au Roi quelques Châtellequi
l'accommodoient
nies ,
fort
, &
dont
il
ne
pouvoit
fe
refoudre
à fe
défaifir
. Le
Roi
l'en
preffa
. Sa
Majeſté
Catholique
apporta
des
delais
.
Le
Roi
fit
connoiftre
qu'il
affiegeroit
Luxembourg
, &
qu'il
le
prendroit
pour
équivalent
.
Cette
menace
n'échauffa
point
la
froideur
des
Espagnols
, qui
croyent
toujours
qu'en
temporifant
, ils
viendront
à bout
de
ce
qu'ils
fouhaitent
.
Cette
politique
leur
reüffiſſoit
autrefois
, mais
elle
n'eft
pas
de
faifon
fous
le
regne
du
Roy
.
Sa
Majefté
fatiguée
de
tant
de
délais
, &
voyant
le
but
des
Efpagnols
, &
que
la
Confe
rence
établie
à
Courtray
pour
du
Temps.
129
terminer cette affaire ne déci
doit rien, affiegea Luxembourg,
& le prit. L'affaire s'accommoda
, & le Roi eut cette Place
pour équivalent des Terres &
des Châtellenies que le Roi
d'Eſpagne étoit obligé de donner
à la France, par le Traité de
Nimegue.Les Ecrivains deHollande
fe déchaînerent ; c'étoit
une chofe inoûie dans leurs Ecritsson
étoit en paix , & le Roi
avoit pris une Place fans declarer
la guerre. C'est peut- être
celle de toutes les actions du
Roi qui le couvrira le plus d'une
veritable & folide gloire.
Elle eft accompagnée d'un
fi grand fond de bonté & ,
de generofité , quon ne peut
l'examiner fans en demeurer
d'accord ; mais il faut pour
cela la vouloir voir dans toute
F V
130 VII. P. des Affaires
fon étenduë , & ne pas fermer
les yeux & l'oreille à la verité ,
comme font ceux qui n'écri
vent que pour tâcher de l'empoifonner,
Le Roi prit Luxem→
bourg fans avoir auparavant
declaré la guerre, afin de montrer
qu'il ne cherchoit point à
rompre la Paix, & qu'il ne vouloit
cette Place que pour l'équivalent
qu'on étoit obligé
de lui donner. On répondra à
cela qu'on devoit fe faifir de ce
qui lui étoit dû par le Traité
de Paix , & ne point affieger
Luxembourg; mais il auroit falu
entrer dans le coeur de la
Flandre avec une Armée , ce
qui auroit trop alarmé les Etats
voifins, & leur auroit fait prendre
les armes, ainſi qu'aux Eſ
pagnols. Il n'en auroit pas falu
davantage pour faire crier tou
du Tems. 131
1
3
le
te l'Europe, & caufer la rupture
de la Paix que le Roi étoit refolu
de maintenir , & que
Prince d'Orange, qui fe trouvoit
alors fans emploi, & par confequent
fans pouvoir , cherchoit
à faire rompre , dequoi il feroit
venu à bout , fi les Troupes de
Sa Majesté fe fuffent approchées
des Places des Etats Generaux.
Ainfi on peut dire que
le Roi en a ufé dans cette occafion
avec une prudence &
une bonté inconcevable à l'égard
de toute l'Europe, dont il
ne vouloit point troubler le repos.
Il prend l'équivalent de
ce qui lui eft deu, & fa moderation
le porte à ne pas decla
rer la guerre , quoi qu'il eut un
jufte & fpecieux pretexte de
fe faire, & qu'il fut en état
1 de fe rendre maître de la plus
F vj
132 VII. P. des Affaires
grande partie de l'Europe. Il
eft certain que s'il avoit voulu
fe fervir de les avantages , &
étendre fes Conquêtes , il le
pouvoit , puis que toute l'Allemagne
étoit alors affez embarraffée
à repouffer les Turcs ,.
dont la puiffance étoit encore
formidable , & donnoit beaucoup
d'occupation aux Allemans
, quoi que ces Infidelles
euffent levé le Siege de Vienne.
C'eft fur quoi il eſt à propos
de faire reflexion, puis qu'on ne
doit porter jugement de e n
fans examiner les tems,les lieux ,
& les circonstances qui rendent
les mêmes actions differentes
, & qui montrent qu'on
en peut juger differemment. Ce
que je rapporte de la moderation
du Roi en cette occafion ;
cft un fait qui ne faurois être
du Tems . 133
conteſté , & j'en ai pour té-
1 moin la Ville d'Amſterdam, qui
entra prudemment dans les fentimens
de Sa Majefté , & fauva
l'Europe en empêchant la
guerre que le Prince d'Orange
tâchoit d'allumer, & que le Roi
vouloit éviter , quoi qu'il fut
hors de doute qu'elle lui devoit
être avantageufe . Le Trai
té de Nimegue portoit, Que fi
la France attaquoit l'Espagne ,
les Hollandois lui envoyeroient
un fecours de feize mille
hommes. Le Prince d'Orange
vouloit qu'on fournit ce
fecours , afin d'embarquer la
guerre ,
de fe faire des Creatures
en difpofant des Charges
, & de remplir fes coffres
en ordonnant des fonds . Il ne
ſe mettoit pas en peine s'il
donneroit par là occafion à la
134 VII . P. des Affaires
France de faire de grandes.
conqueftes , ce qui luy auroit
efté aifé puis que tous les Prin
ces d'Allemagne eftoient occupez
contre les Turcs. Il ne confideroit
que luy feul, & croyoit
que plus les Etats feroient embaraffez
dans cette guerre ,
plus il leur feroit neceffaire. Il
avoit gagné les principaux de
la Province de Hollande , qui
craignant la malheureuſe deftinée
de ceux qui avoient pris
foin de leurs affaires, quand ce
Prince avoit commencé à
commander leurs Troupes ,
avoient confenty par force à
ce qu'il avoit voulu ; mais
la Ville d'Amfterdam , pru➡
dente , & pleine d'une genereufe
fermeté , admira la
moderation du Roy , qui ne
vouloit point profiter des grands
du Tems. 135
J.
1
avantages que la fortune luy
prefentoit , & elle refufa fon
confentement à la levée des
feize mille hommes , malgré
toutes les menaces du Prince
d'Orange ; elles furent fi grandes
que la Ville donna des
Gardes à M. Van - Beuninguen
fon Bourgmestre , dont elle
croyoit la vie en peril . Voilà des
faits connus, & aufquels il n'y
a point de replique. Les Ecrivains
de Hollande ne peuvent
les ignorer , & ils devroient
rendre plus de juftice au Roy
la deffus , auffi bien que le
Gouverneur des Pays bas , qui
ne peut parler que de l'affaire
de Luxembourg , lors qu'il dit
avec tant d'exageration & tant
de paroles inutiles , que le Roy
enfraintles Traitez, mais il n'ofe
expliquer quels Traitez, parce
136 VII. P. des Affaires
qu'il fe trouveroit fort embaraf
fé à les marquer. Il fe contente
de dire que ce feroit inutilemét
qu'on rapporteroit ce qui eſt
connu de toute l'Europe , & fe
repoſe touchant tout ce qu'il
avance fans ofer entrer dans
aucune explication faute de
preuves valables, fur les Libelles
, qui pour plaire aux Puiffances
jaloufes de la gloire de
Sa Majefté , ont toujours empoifonné
tout ce qu'Elle a fait
de grand. Mais comme par le
moyen de ces Libelles feditieux
toute l'Europe retentit des infractions
que l'on pretend avoir
efté faites par le Roy , il faut
voir fi pendant qu'on en impofe
d'imaginaires
à ce Monarque
dans toutes les Declarations
de
guerre,on ne peut pas faire voir
que l'empereur, le Roy d'Efpa
du Tems.
137
gne, & la Hollade ont'veritable
met enfraint des traités de paix.
En 1667. le Roy eſtant en
guerre avec les Espagnols , &
en paix avec la Hollande , les
Hollandois donnerent des marques
d'une ingratitude dont
l'Hiftoire auroit peine à fournir
de pareils exemples . Il y
avoit prés de cent ans que la
Paix duroit entre la France ,
& ces Republicains, c'eſt - à - dire,
que depuis le tems que les
= fept Provinces s'étoient unies ,
ils n'avoient jamais eu que des
fujets de fe louer de la France,
dont ils avoient toujours êté fe
courus dans leurs preffans befoins
quoi qu'ils en euffent fouvent
mal ufé. Enfin l'on peut dire
qu'ils lui devoient tout leur
éclat , & la bonne fituation
où se trouvoient leurs affaires,
138
VII
. P. des
Affaires
puis que fon aliance les ayant
mis à couvert de toutes les infultes
de leurs Ennemis , ils avoient
eu le tems, fous l'ombre
de fa protection, d établir & de
faire fleurir leur commerce , à
quoi rien n'eft plus oppofé que
la guerre C'est ce qui a fait
déchoir cette Republique des
deux tiers depuis l'année 1672 ,
qu'elle s'eft attiré des guerres &
des Maiftres , qui lui ont fait
voir que les ingrats fe. repen
tent toft ou tard . Elle eftoit dans
fon plus haut point d'élevation,
& dans l'état floriffant que je
viens de vous marquer , lors
qu'elle devint jalouſe du Mo,
narque à qui elle devoit fa
tranquilité & fa grandeur , &
que pour arrefter le cours des
Conqueftes de -ce Prince , elle
fit une Ligue avec l'Angleterdu
Temps. 139
re , & la Suede qui fut nommée
la Triple Aliance. Ces
trois Puiffances devoient agir
contre celui des deux Rois qui
ne mettroit pas les armes bas,
c'eft à dire , que cette Ligue étoit
directement contre la France,
parce que l'Espagne n'avoit
pas affez de force pour lui refifter,
de forte qu'elle eftoit d'intelligence
avec ces deux Couronnes
, & cette Republique ,
pour empêcher par ce ftratagéme
que la France ne fit davantage
de Conqueftes fur elle.
L'affaire reuffit comme la Hollande
qui en avoit fait le projet,
l'avoit fouhaité, & la France
ne fe trouva pas en eftat de
parer un coup fi inopiné , &
que toute la prudence humai
ne n'auroit pas du prévoir,parce
qu'elle n'avoit aucun fujet
140 VII. P. des Affaires
de fe défier des Hollandois, ny
de croire qu'ils poffent étre ingrats
jufqu'au point d'en ufer
fi lâchement , avec un Etat à
qui ils avoient de fi grandes obligations
, & qui eftoit cauſe
que leur Commerce eftoit floriffant.
On peu juger fi des
gens qui fe font noircis par un
procedé fi injufte & fi ingrat ,
ont droit d'accufer la France
d'infraction , fur tout à leur égard.
Ces Republicains enfiés
d'un orgueil auffi infolent , &
auffi infupportable que temeraire
, firent frapper une Médaille,
où l'on voyoit Jofué qui
arreftoit le Soleil , par allufion
au nom de Van - Beun ngaen ,
qui s'appel oit Jofué , & dont
les Negociations avoient réüffi
dans la triple Aliance formée
pour arreſter les progrés du
du Tems.
141
que
Roy , que l'on regardoit en
cette occafion comme le Soleil,
à caufe que cet Aftre fait le
corps de fa Devife. Leurs Ecrivains
flaterent leur vanité , ils
fe pleurent dans leur orgueil,
& ils le poufferent plus loin en
faifant frapper la Medaille
l'on appelle , de affertis legibus
, par laquelle ils fe déclaroient
défenfeurs des Loix,mar,
quant qu'ils les avoient rétablies
& affurées, & qu'ils étoient
Arbitres des Rois . Ils eftoient
enfin devenus infupportables à
tous les Souverains de l'Europe,
par cette vanité outrée, lors
que le Roy s'alia contre eux
avec l'Angleterre en 1672 .
afin de vanger la Majefté des
Rois méprilée. Ce Monarque
fe fouvenoit encore du pro
cedé injufte , pour ne pas dire
142 VII. P. des Affaires
fcelerat , qu'ils avoient tenu à
fon égard en 1667. & fon reffentiment
ne pouvoit eſtre blâmé.
On fçait avec combien de
vigueur cette Guerre fut pouffée
, & que la Republique de
Hollande reçut les coups qu'elle
meritoit , & dont elle n'eſt
pas encore bien guerie . L'Efpagne
qui connoiffoit que la
France ne lui déclareroit point
la Guerre , & qui en avoit une
parole bien affurée,ne put s'em.
pêcher de rompre avec elle ,
fans en avoir aucun pretexte,
& fans en pouvoir donner.
Auffi paya t'elle cher l'infraction
qu'elle ofa faire à la Paix .
Le Roy irrité de fon procedé,
pourfuivit les Hollandois avec
moins de chaleur , & tourna
contre elle la meilleure partie
de fes armes, pour la punir d'adu
Tems. 143
voir ofé l'attaquer , je pourrois
dire fi lâchement , fi je parlois
comme le Gouverneur des Païs
bas;mais je garde plus de refpect
pour les Têtes Couronnées. Le
procedé des Efpagnols fut extremement
blâmé , même des
Puiffances qui fupportoient im
patiemment la gloire du Roy, &
qui fouhaitoient de voir la Fran
ce abatuë. On s'étonnoit qu'un
Monarque que le fang, & d'étroites
aliances uniffoient au
Roy , fe fut déclaré contre lui,
pour empêcher la perte des
Hollandois , qu'il ne devoit re
garder que comme des Sujets
Rebelles , qui s'étoient fouftraits
de fon obeyffance. Les
Efpagnols curent bien - toft lieu
de s'en repentir. Le Roy emporta
leurs meilleures Places,
qui lui font demeurées depuis
144 VII. P. des Affaires
qu'elle
ce temps - là, & l'Eſpagne en eft
au deſeſpoir. Cette perte eft
caufe qu'elle veut autant de
mal au Roy , que fi elle n'avoit
pas declaré la Guerre en
ce temps - là , de même qu
vient de faire encore aujour.
d'huy. Cependant on éclate
en injures contre le Roy ; on le
traite d'infracteur ; on ne veut
point faire reflexion qu'on l'a
toûjours attaqué , & les Victoires
caufant de noirs chagrins à
fes Ennemis , lui attirent tous
les mauvais traitemens dont les
libelles font pleins . On fe confole
par là des pertes qu'on fait,
& parce que la France eft fage,
& qu'elle ne repouffe point les
injures par d'autres injures , on
fe fert de l'avantage
que l'on a
d'écrire feul, & le plaifir de n'étre
point contredit fait croire
qu'on a raiſon. L'Em
1
du Tems.
145
'Empereur qui fait tant de
bruit aujourd'hui , & qui s'emporte
auffi contre la France
dans fes injurieufes Declara
tions de guerre, aprés avoir fait
une Ligue avec un Ufurpateur
- qui a déja couté fi cher à la
Religion Catholique, que cette
Ligue doit encore faire beaucoup
fouffrir , n'a pas épargné
la France quand il s'eft , agy de
donner fecours aux Hollandois
quoi que loin de s'en devoir
montrer l'Ennemi , il euft tout
fujet de fe louer d'elle, n'aiant
eu aucun démelé avec les François
depuis que le Roi lui avoit
envolé les Troupes , qui empê
cherent la ruine de l'Empire à
la Bataille de faint Godar. Ainfi
l'Empereur avoit encore à Sa
Maiefté cette obligation tou
te entiere lors qu'il l'attaqua
G
146 VII, P. des Affaires
injuftement dans la guerre de
1672. Le Roi cut alors pour furcroit
d'Ennemis, non feulement
toute le maifon d'Auftriche ,
mais encore la plus grande
partie des Princes d'Allemagne
que Sa Majefté Imperiale fit
entrer dans cette guerre , feulement
pour empêcher la perte
des Hollandois que la Maifon
d'Auftriche devoit hair ,
puis qu'elle en êtoit bravée
tous les jours mais fa politique
lui fit trouver à propos de les défendre
, quoi qu'elle ne les aimât
pas , & qu'elle eur de grans
fujets de s'en plaindre.Elle penfa
au contraire qu'il étoit de fes
interêts d'attaquer la France
malgré les obligations recentes
qu'on lui avoit , & qui font
telles qu'il eft certain que l'hiftoire
en parlera éternellement.
i
du
Temps. 147
Ce
Elle avoit fauvé l'Empire , &
l'on ne trouvoit aucun pretexte
pour s'armer contre elle , fi ce
n'eft que la politique ne fouf-.
roit pas qu'on la laiffât agrandir,&
que la gloire du Roi commençoit
à donner de l'ombrage,
mais enfin il falloit plûtôt
l'attaquer injuftement que de
fouffrir qu'elle s'augmentât.Cependant
, le croiroit - on
font- là les puiffances qui parlent
aujoud'hui ſi haut contre la
France , & qui l'accufent d'infraction
dans leurs injurieufes
Declarations de guerre , aprés
l'a voir elles- mêmes attaquée fi
injuftement dans celle de 1672 .
1 comme je viens de vous le faire
connoître. Si le Roi en avoit
fait alors autant, & s'il avoit attaqué
des Princes ,à qui il auroit
1
Gij
148 VII. P. des Affaires
du fa Couronne , fans en avoir
eu d'autres raisons que celle de
ne vouloir pas permettre leur
agrandiffement, & d'être jaloux
de leur gloire , on auroit veu
un torrent d'écrits , qui auroient
déchiré la reputation de
ce Monarque , & toute l'Europe
auroit été remplie de ces libelles.
Le Turc ayant peu de tems
aprés déclaré
la guerre
à l'Empire,
le Roi eut occafion
de s'en
vanger; cependant
la grandeur
de fon ame ne lui permit pas
d'écouter
le moindre
reffentiment.
Il marqua
au contraire
qu'il êtoit veritablement
touché
des malheurs
dont il voioit
que les Othomans
menaçoient
l'Empire
; il fit connoitre
qu'il
l'euft fecouru fi on lui euft de
mandé des Troupes
, & il foufdu
Tems. 149
ftit que l'élite de fa Nobleffe
allât combattre dans celles de
l'Empereur. Il fit plus encore.
M.le Maréchal de Créqui commandoit
une Armée devant
Luxembourg, & cette Place eftoit
menacée d'un Siége , fi les
Eſpagnols ne remettoient entre
les mains de Sa Majefté ce
qu'il étoient obligés de lui donner
par le Traité de Nimegue ,
mais ce Prince oublia fes interêts
& la juftice qu'on lui devoit
, fi tôt qu'il vit l'Empire attaqué
, & Mr le Maréchal de
Crequi receut une lettre qui a
été renduë publique, & par la
quelle Sa Majesté lui ordonnoit
de retirer fes troupes de devant
Luxembourg , pour ne donner
aucun ombrage à l'Empire , &
pour ne point empêcher qu'il
ne tournât toutes fes forces
Giij
150 VII. P. des Affaires
contre l'Ennemi commun de la
Chreftienté. Le fiége de Vienne
fut levé , & Neuhaufel pris
par les Allemands. Ils devin .
rent fiers & infuportables ; ils
parlerent avec mépris des
François qui ne les avoient pas
fecourus. Cependant ils ne
F'avoient pas voulu , & avoient
envoie demander du fecours
dans toutes les Cours de l'Eurorope
, à l'exception de celle de
France Les injurieux & ſeditieux
Libelles de Hollande
commencerent à paroitre , &
on voulut noircir la gloire du
Roi en marquant qu'il n'avoit
donné aucun fecours à l'Empire
Comment auroit il på en envoier,
puis qu'en n'en demandant
pas on avoit affés marqué qu'on
n'en vouloit point . On avoit
des raisons pour cela ; on fça-
1
du Tems. ISF
voit que les François brilleroient
par tout où ils feroient
, & que tous les avanta÷
ges qu'on remporteroit, feroient
dû à leur valeur. On l'apre
hendoit , & l'on aima mieux
expofer l'Empire à fon entiere
ruine , que d'avoir le chagrin
de voir triompher la France; &
de lui devoir ce qu'on auroit
été feur d'obtenir par leur fecours.
L'efprit des Allemands
étant dans cette fituation , jugez
de quelle maniere les Trouper
de France auroient été reçûës,
fi on en euft envoié malgré
eux, & fi on n'auvoit pas dû
apprehender qu'on ne les euft
traitées comme ennemies. On
auroit eu quelque raifon de le
faire, fans que les François euffent
été en droit de s'en plaindre
, puis que leurs Troupes
G iiij
151 VII. P. des Affaires
feroient entrées dans un Pays
où elles n'auroient pas été demandées.
Les Eſpagnols voiant
que les Allemands comméçoient
à ne plus craindre les
Turcs ,commencerent auffi à ne
plus aprehender les François.
Ainfi ils ne voulurent entendre
à leur donner ni ce qui leur eftoit
dû par le traité de Nimegue
ni l'équivalent. Le Roi voyant
la fierté des uns & des autres &
que l'on commençoit même à le
menacer de faire la paix avec
le Turc pour fondre dans fes
Etats, jugea à propos de faire
retourner fes Troupes devant
Luxembourg, & enfin ,de prendre
cette Place pour l'équivalent
des Chaftellenies qu'-
on s'eftoit engagé de luy
livrer. Voilà des faits hiftoriques
, dont il n'y a perfonne
du Tems.
Si qui puiffe difconvenir .
tous les faifeurs de Libelles ef
toient obligez de dire ainfi des
chofes veritables , leurs écrits
ne paroiſtroient pas en fi grand
nombre. On n'en voit point
qui ne fe déchaifnent contre la
pretendue ambition du Roy , à
qui ces Auteurs imputent de
vouloir tout envahir, quoi qu'on
le force pourtant à faire la guerre.
Ils éclatent aprés en menaces
, & font enfuite des raifonnemens
à perte de vûë
fur le malheureux
etat où
les Alliez vont mettre la
France , & voilà en quoi confiftent
tous ces Ecrits qui ne
contienent la plufpart que des
éloges du Prince d'Orange, &
de longs railonemens fur l'avenir;
ainfi on n'y parle d'au
cuns faits, fi ce n'eft des grands
GW
>
154 VII. P. des Affaires
exploits qu'on prefume que fe
ront le Alliez ; & ce qu'il y a
de furprenant , c'eſt qu'on voit
chaque femaine un nombre
prefque infini d'Ecrits de cette
nature, qui ne difent tous que la
même chofe ; mais enfin il ne
faut qu'un peu de bon fens pour
découvrir que la maiton d'Auf
triche fe voiant puiffante dans.
l'un & dans l'autre monde , &
poffedant l'Empire , & divers
Roiaumes & grands Etats
dans l'Europe , a fouffert impa
tiemment que le Roi ait tiré affez
de forces du feul Roiaume
de France , pour remplir toute
la terre du bruit de fon nom ,
Le Pape né fujet du Roi d'Efpagne
, & dont le premier Miniftre
eft Génois c'eſt-à -dire ,
prefque Efpagnol, eft entré dans
tous les deffeins de la Maifon
,
du Tems.
255
d'Auftriche. Ils ont voulu abaiffer
la France , & voiant bien
qu'ils ne pourroient en venir à
bout tant que le Roi d'Angle-:
terre feroit Ami de Sa Majeſté ,
ils ont cherché à le détacher de
fes interêts , fans le pouvoir
faire. L'Electorat de Cologne
a vaqué pendant ce tems , &
l'Empereur n'ayant point voulu
qu'il fut rempli par une perfonne
attachée au Roi , le Pape
l'a affuré qu'il ne fouffriroit jamais
que M. le Cardinal de
Furftemberg fur Electeur. Deux
Elections Canoniques n'ont pû
obliger à le faire recevoir. Ôn
n'a regardé que ce qui avoit
été réfolu , & non pas la juftice,
& l'Election . La France qui
prend toujours le parti de l'équité
, a fait connoître qu'elle
fouftiendroit celui de ce Cardi
G vj
156 VII. P. des Affaires
nal. Les Hollandois s'en font
inquietez, parce que l'Electorat
de Cologne a des places voifines
de leurs Etats. Le Prince
d'Orange qui avoit réfolu depuis
long- tems d'ufurper la
Couronne d'Angleterre , a prist
cette occafion pour découvrir
à la Maifon d'Auftriche une
partie de fon deffein . Il a fair
voir qu'en donnant des affaires
à Sa Majefté Britanique , il met
troit la France dans un fort grad
embarras , & l'empêcheroit de
maintenir le veritable Electeur
de Cologne dans l'Electorat. La
Cour de Rome , & la Maifon
d'Auftriche ont donné dans certe
propofition , & ont permis
pour leurs feuls interés, & pour
chagriner la France ,que la Religion
Catholique fut entierement
abolie en Angleterrells
du Tems 7.5.7
ontété caufe d'une ufurpation
non feulement contraire au
droit des gens , mais qui bleffe
encore les Loix de l'honneur
, de l'amitié , de l'Alliance
& du fang, & aprés avoir
foulevé prefque tous les Princes
de l'Europe contre le Roi , & avoir
allumé la plus grande guer
re dont on ait encore oüi parler
en Europe , & cela dans le
tems qu'elle eft attaquée par
les ennemis du nom Chrêtien,
ils ofentavancer fauffement , &
injurieufement dans toutes leurs
Declarations de guerre ; que
Roi a enfraint tous les Traitez
de Paix & de Treve.
le
Quoi qu'il femble que je me
fois éloigné de mon fujet , en
repaffant ce qui s'eft fait de
plus remarquable depuis l'année
1672.je croi qu'on ne trou158
VII. P. des Affaires
par
vera pas que j'en fois forti, puis
que n'ayant parlé principale
ment que de ce qui regarde la
Paix, & la guerre, j'ay fait voir ,
non pas par des raifonnemens,
mais des faits pofitifs , que´
la France n'a enfraint aucuns
Traitez comme on l'en veut
accuſer , mais qu'au contraire´´
toutes les Puiffances qui la taxent
injuftement , ont fait elles
- mêmes ce qu'elles lui re--
prochent ; & pour montrer
que ce que je dis n'eſt point
remply de railonnemens captieux
comme tous les écrits que
l'on debite en Hollande , j'ay
mieux aimé eftre plus long , &
donner un abregé de l'Hiftoire
qui fait connoître le temps , les
lieux , & les circonstances de
toutes les ruptures que je cite,
faites par ceux qui ofent acdu
Tems. 159'
cufer le Roy d'en avoir fait, &
c'eſt par là que je pretens avoir
répondu au premier Article de
la Déclaration de guerre du
Gouverneur des Pays- Bas , qui
dit que le Roy à enfraint, rompu
, & violé les Traitez Il ne
me fera pas difficile de faire
voir que la fuite de fa Déclaration
eft auffi fauffe que le com--
mencement Il dit en parlant dus
Roy d'Espagne fon Maiftre,que
Sa Majesté qui avoit eu tant de
moderation en veie de conferver
la tranquilité publique , fe
trouve par un nouvel attentat
recompensée d'une injufte De--
claration de Guerre que le
Roy Tres-Chreftien a fait publier.
II y a quelque chofe de bien
captieux en cet endroit. On
a befoin de memoire , puis
160 VII. P. des Affaires
qu'il faut fe fouvenir de ce qui
s'eft fait , & examiner la Dé
claration du Roy , pour ne fe
pas laiffer furprendre à une
fauffeté fi hardiment foûtenuë.
De la maniere que cet article
eft conçu , ne diroit - on pas
que le Roy d'Espagne ne vouloit
point de guerre , & qu'il
avoit refolu de conferver la
tranquillité publique ? Cependant
ce ne font que des paroles
, & cela ne fe trouve que
dans la Déclaration du Gouverneur
des Pays-bas.La guerre
que le Roy d'Espagne a aujourd'hui
, n'eſt pas à cauſe de
la Déclaration que Sa Majesté
lui a faite il y a fort peu de
temps , mais parce qu'il avoit
refolu de l'avoir, & qu'il s'y éroit
preparé. Toutes fes me fures
eftoient prifes avec l'Empedu
Temps.
161
reur, & avec les Hollandois, &
ces derniers avoient jetté des
Troupes dans plufieurs Places
de Flandre , long- temps avant
cette Déclaration de Guerre
faite par le Roy. Si Sa Majeſté
Catholique avoit voulu conferver
la traquillité publique, ainfi
que porte la Déclaration du
Gouverneur des Pays -bas , il
auroit accepté la Neutralité
que M de Rebenac lui a offerte
de la part du Roy. On a
tenu plufieurs fois des Confeils
d'Etat à Madrid fur cette propofition
, plutôt par forme , &
pour cacher la part qu'on avoit
dans la Ligue formée contre la
France , que pour examiner fi
on recevroit la Neutralité.
Enfin aprés beaucoup de déliberations
la deffus , & de dé-
Lais accordez par l'Ambaffadeur
162 VII. P. des Affaires
du Roy, elle n'a point eſté acceptée
, & M de Rebenac a
quitté la Cour de Madrid . Je
croy qu'il n'eft pas mal aifé de
deviner , que qui ne veut point
de Neutralité dans une conjoncture
comme celle d'aujourd'hui,
ne peut prendre que
le parti de la guerre, puis qu'il
n'y en a point d'autre, fur tout,
quand on s'eft précautionné là
deffus , comme avoit fait Sa
Majefté Catholique , & qu'on
eft entré dans une Ligue qu'on
croit capable d'accabler fon
Ennemy dés l'ouverture de la
Campagne. Le Roy ayant fçu
la Déclaration du Roy d'Efpagne
qui pouvoir paffer pour
une Déclaration de guerre , &
qui en eftoit une pour lui , quoi
qu'elle ne fut ny publiée , ny
affichée , en fit paroitre une
du
Temps. 163
T
dans les formes , afin que fes
Peuples fuffent avertis de cette
guerre , & comme celle de Mr
de Caftanaga n'a paru qu'en
fuite , il a ofé dire dans fa Déclaration
que le Roy Tres-
Chrêtien déclaroit la guerre
au Roy d'Espagne , lors que
Sa Majefté Catholique n'avoit
en veuë que de conferver la
tranquillité publique . Il faut
être bien ennemy de la verité
pour parler de cette forte , avoir
une hardieffe au delà de
tout ce qu'on peut s'imaginer,
& croire le Public bien ignorant.
M. de Caftanaga dit enfuite
, que la Déclaration du Roy
eft deftituée de raifons , de
pretextes legitimes. Il ne faut
que lire cette
Déclaration
pour voir le contraire, & qu'elle
164 VII. P. des Affaires
eft toute remplie de raifons . II
pouvoit dire qu'elles ne font
pas bones, parce qu'il eft obligé
de ne les pas trouver telles ;mais
le peu de poids qu'elles ont auprés
de lui, n'empêche pas que
ce ne foient des raifons . D'ailleurs
on ne fçauroit nier qu'elles
n'ayent tout ce qui peutdon
ner lieu à une Déclaration
de
guerre
. Il fuffit
que le Roy
expofe
le fait dans
toutes
fes circonftances
;& qu'il
marque
que le Roy
d'Efpagne
a refufé
la Neutralité
. Il n'a pas befoin
d'autres
raifons
, & c'en eft une
affez
bonne
pour
ſe refoudre
à faire
la guerre
, que de fçavoir qu'on
nous
la veut
declarer
.
Celle
- là eft fans replique
,& l'on
ne fçauroit
blâmer
le Roy
, à moins
qu'on
ne veuille
qu'il
du Tems.
165
laiffe attaquer les Etats fans les
défendre .
La fuite de la Déclaration
de M. de Caftanaga eft conçuë
en ces termes . Il dit en parlant
de celle du Roy de France.Elle
eft injurieuse àfa Majesté, s'éfor.
çant de faire paffer pour un
Scandale les aliances qu'Elle
peut avoir avec les Princes &
Etats voisins , quoy qu'elles ne
tendent qu'à affurer le repos de
la Chrétienté , & à l'avantage
de fes Etats. le n'ay vû perfonne
qui ait pu lire cet article
, fans s'étonner de l'aveuglement
de celui qui l'a imaginé.
Le Roy ne parle dans
fa Déclaration que des aliances
que le Roy d'Espagne a
faites avec le Prince d'Orange,
Ainfi M de Caftanaga
ne peut pretendre parler que
166 VII. P. des Affaires
de celles qui y font marquées,
& lors qu'il répond à cet endroit
, il ne fçauroit dire fans
s'expofer à la raillerie publique
, que l'alliance du Prince
d'Orange affure le repos de la
Chreftienté. Il feroit plus vray
de dire que fon ambition a mis
les armes à la main de tous les
Princes de l'Europe ; qu'elle a
allumé une guerre fanglante ;
qu'elle eft caufe de tout le fang
qu'on y a verſé; qu'elle a couté
la vie à une infinité d'Irlandois
de l'une & de l'autre Religion
qui vivoient en repos chez eux,
& qui ne penfoient pas qu'il
fuft au monde, & qu'enfin bien
loin qu'on doive croire qu'il
peut affurer le repos de la
Chretienté, il n'eft né que pour
y porter le trouble , & la faire
gemir fous le poids de l'ambi-
4
du Tems. 167
tion qui le devore. M. de Caftanaga
n'a guere pris ſoin de
la gloire du Roy on Maiſtre,
lors qu'il a parlé de cette forte,
& qu'il a dit que l'Alliance
d'un Ufurpateur eftoit avantageufe
à les Etats. Comme il eſt
amy particulier du Prince d'Orange
, il s'eft laiffé emporter à
fon inclination , fans faire reflexion
que toute la terre auroit
les yeux ouverts fur ce qu'il
expoſeroit au public. Tout ce
qu'il y a d'honneftes gens s'eftoient
déja fcandalifez , ayant
remarqué que la Gazette de
Bruxelles avoit efté la premiere
à donner la qualité de
Roy à l'Ufurpateur d'Angleter
re' Outre qu'on ne peut fans
injustice luy donner ce nom,
il n'y avoit pas alors de prudence
& de politique à le faire,
168 VII. P. des Affaires
puis que M. de Caſtanaga faifoit
découvrir par là que le
Roy fon Maître eftoit d'intel
ligence avec cet Ufurpateur,
dans un temps que le Confeil
de Madrid le vouloit encore
cacher. Ainfi fon zele trop precipité
pour un amy fi peu digne
d'en avoir , pouvoit gafter les
affaires de fon Maiftre , & s'il
n'y a pas nuy , il a du moins
fervy à faire blâmer pluſtoſt
l'Alliance qu'il a contractée avec
un homme qui n'eſt connu
que par des endroits , qui
ne le feront pas louer dans les
fiécles à venir. La Declaration
de M, de Caftanaga , porte encore
ces mots : Pendant que les
armes de France defolent inhumainement&
avec des cruautez
& des barbaries inoüies tous
les Etats de l'Empire , fans
avoir
du Temps. 169
avoir égard aux loix de la Religion
, non plus qu'à celles de la
guerre, & au droit facré des Capitulations
Comme cet article a
de la liaifon avec le precedent,
je dois yous dire que le mot de
pendant , par lequel commencent
les Lignes que je viens de
rapporter , marque que le Roy
d Eſpagne s'allioit avec le Prince
d'Orange , pendant que le
Roy defoloit les Etats de l'Empire.
Ce qu'il dit du Roy eſt
manifeftement faux , puis que
toute l'Europe fçait que les
Troupes de Sa Majesté n'ont
affiege Philisbourg , qu'aprés
qu'Elle a eu connoiffance de la
Ligue formée contre Elle par
les Princes Confederez , dont
l'Espagne eft du nombre. C'eſt
un fait hiftorique qui ne fauroit
étre difputé. Du refte , je
H
170 VII. P. des Affaires
ne me dois pas mettre en peine
de répondre à un Article qui
eft bâty for un fondement fi
contraire à la verité ; auffi- bien
la fuite ne roule - t- elle que fur
une peinture chargée des barbaries
exercées dans l'Empire.
Tay déja fi amplement répondu
à cét Article , & avec des
raifons fi fortes , & fi convaincantes
, qu'à moins qu'on ne
veüille fe declarer ennemy de
la verité , on ne peut difconvenir
de ce que j'ay dit là-deffus,
I'ajoûtera y cependant icy pour
la juftification des Troupes
Françoifes,qu'il s'en faut beaucoup
qu'elles n'ayent exercé
des cruautez pareilles à celles
des Allemands , qui n'ont point
donné de quartier , & qui ont
efté tuer de fang froid jufques
aux malades dans les Hôpi
du
Temps.
171
taux .Il eſt
}
vray que le Roy s'eft
vû obligé par les loix de la
guerre de ruiner quelques Places,
mais cela s'eft fait fans qu'il
en ait couté la vie à perſonne,
& il l'a fauvée par là à une infinité
de Peuples que les Alle
mans fe difpofoient à traiter à
la Turque.De la maniere qu'ils
parlent, & qu'ils agiffent,il étoit
à craindre qu'en brûlant les
Villes, ils ne brûlaffent auffi les
Habitans.Ainfi la prudence du
Roy a efté grande , ce qu'elle
lui a fuggere pour fauver la vie
à tant de gens, n'ayant fait perir
perfonne La fuite de la Declaration
de Mr de Caftanaga
n'eft pas moins injurieuſe &
moins fauffe , que ce que je
vous en ay déja fait examiner.
Il pourfuit en ces termes , en
parlant de la France, fes Minif-
* Hij
171 VII. P. des Affaires
tres emploient toutes fortes de
moyens pour troubler l'harmonie
de la Ghrétienté , & attirer
toutes les forces Othomanes à la
deftruction de la Hongrie , &
pour traverfer en méme-temps
la conclufion de la Paix entrefa
Maiefté Imperiale & les hauts
Alliez avec la Porte. Cette intelligence
pretenduë de la
France avec les Turcs eft un
lieu commun qu'on a employé
depuis le commencement de la
guerre de Hongrie , dans tous
Les Libelles qui ont paru,& qui
les remplit fans nul fondement,
fans aucune vrai- ſemblance , &
ce qui eft digne de remarque
& de reflexion , fans qu'on ait
jamais ofé entrer en matiere làdeffus
, en entreprenant
par
quelques détours & par quelques
méchantes raifons
vouloir prouver cette fauffeté,
de
du Tems. 173.
tant on a cru la chofe infoutenable
, même en la publiant .
On a toujours parlé de la méme
forte , & on n'a ofé railonner
, de crainte qu'en fe perdan:
dans de faux raifonnemens
, on ne découvrit le con-.
traire de ce qu'on avançoit avec
fi peu de juftice & de certitude.
Si toft que la France a
quelque avantage , & que la
guerre du Turc occupe les Ennemis
, on fuppofe que le Roy,
le fait agir,parce que fes mou--
vemens les arreſtent , & qu'en .
leur faifant partager leurs for-,
ces , il fe trouve veritablement
que les Othomans fervent aux
affaires du Roi, mais ce n'eſt pas
à dire pour cela qu'il les faffe
marcher où il veut , comme il
il..
pourroit faire un de fesVaffaux.
On ne fait pas ainfi mouvoir
Hij
174 VII. P. des Affaires
cette grade Puiffance, & on n'a.
nime pas aifément un fi grand
corps. Mais quand bien la po
litique voudroit qu'on euft des
intelligences avec la Porte , ce
feroit une chofe prefque impoffible
, & qui ne pourroit ja
mais eftre fecrete , à caufe des
perpetuels mouvemens de cette
Cour, & du changement continuel
des Grands Vifirs qui en
font les premiers Miniftres . Ce
qu'il y a de furprenant dans les
reproches qu'on ne ceffe point
de faire à la France fur ce
qu'on veut qu'elle s'entende
avec le Grand Seigneur , c'eſt
qu'on eft tellement accoutumé
à les faire , qu'on ne change
point de langage dans le temps
même où la France eft plus
brouillée avec la Porte , que
ceux qui l'acufent d'une parfaite
du Tems: 175
union avec cette Puiffance.Ce
la s'eft veu pendant les grands
démélez qu'elle a eus avec la
Cour Othomane touchant l'affaire
du Sopha. Entre celles
qui n'ont point allumé de guer-
Dese
il y ena eu peu , qui al
yent efté p'us vivement pouffée
parmy les Souverains que
celle -là . Ce demêlé s'aigrit même
à caufe de la canonnade de
Chio, M de Guilleragues ,
pour lors Ambaffadeur de
France à Conftantinople , y
demeura quelque tems comme
Prifonnier , & je ne fçay
même fi fans la grande ferme.
té qu'il fit paroiftre , & la
haute reputation du Roi, on ne
Juy auroit point fait quelque
cruelle avanie. Le Grand Vifir,
fans lequel on ne peut avoir
d'intelligence à la Porte , étoit
Hj
176 VII. P. des Affaires
ennemy déclaré de la France,
& je doute même qu'il euft affiegé
Vienner, s'il euft cru que
nous euffions pâ tirer quelques
avantages de cette guerre. La
grandeur & la puiffance du
Roy lui faifoient ombrage , &
ne pouvant voir qu'avec chagrin
qu'il y cuft fur la terre un
Monarque qui parut plus grand
que l'Empereur Turc fon Maitre
, il cherchoit à l'abaiffer, en
refufant le Sopha à fon Ambaffadeur.
Cependant pourroit
-on croire que dans tout le
temps que la France a eu ces
grands demélez avec la Porte,
on ait cu la même injuſtice
qu'aujourd'hui qu'on ait tenu
le même langage ; qu'on ait écrit
les mêmes chofes ; que la
France ait efté injurieufement
attaquée , & accofée des mê-
H
du Temps.
177
les
mes intelligences avec les
Turcs , dont on continuë a la
taxer avec fi peu de raiſon, &
qu'un fimple Gouverneur à la
hardieffe de lui reprocher fi
lâchement ? Enfin, dés que
Turcs déclarent la guerre aux
Allemans , c'eft par le confeil
& à la follicitation des François,
& ce font encore eux qui
agiffent , même quand ils aident
à les repouffer , & que
leur plus illuftre Nobleffe expofe
fa vie , & perit fouvent
pour fecourir des ingrats , qui
voyent avec regret les fervices
qu'on leur rend , parce qu'ils
ne fçauroient fouffrir que de
braves gens fe couvrent de
gloire , & qu'ils croyent que
les Lauriers dont ils fe couronnent
leur font dérobez
quoy qu'ils n'ayent fongé à
Hv
178
VII
. P. des
Affaires
II les cueillir que pour eux.
eft certain que l'ufage eft fi fortement
& fi injuftement étably,
de dire que les François font
Amis des Turcs , & qu'il les
engage à faire la guerre aux
Allemans quand il leur plaiſt ,
qu'il n'y a point de langage
plus commun dans tous les
Etats des Souverains, jaloux de
la gloire de Sa Majefté. Les
Enfans même y font inftruits
à le publier ; mais il faut connoiftre
bien peu ce Monarque,
ou ne vouloir pas eftre informé
de la beauté de fon ame , pour
luy impoſer des choſes fi éloignées
de fon caractere . Il eft non
feulement par luy - mefme plus
que par l'étenduë de fes Etats
le plus grand Prince du monde
mais il pourroit difputer la qualité
du plus honnefte homme
du
Temps.
179
"
à tous les fouverains de la terre.
Ce caractere fe fit affez
remarquer lors que les Turcs
parurent devant Vienne comme
j'ai fait voir ailleurs. Sa
douleur fut fincere & profon
de & il n'a rienfait depuis qui
Fait dementie, quoy que la maniére
dont on en a ufé avec lui
euft pu porter un Prince moins
genereux , & moins Chref
tien , aux dernieres extremirez
, & que lors que les Catholiques
font entrer tous les
Proteftans de l'Europe dans
une guerre contre lui , il puft
s'unir avec les Mahometans
pour fauver l'Europe & la Religion
Catholique . Dans des
maux extrêmes , la raiſon veut
que l'on ait recours aux reme .
des violens. Sile Roi avoit attiré
les Turcs en Hongrie , il auroit
1
H vj
180
VII. P. des Affaires
A
3
profité de l'occafion & puis
qu'il ne l'a point fait , on doit
étre convaincu qu'il n'a point
fongé à les y faire venif. Loin
de vouloir rien faire qui puft
nuire à la Religion, il étoit alors
entierement occupé à banir
l'Herefie de fon Royaume , &
Faplication qu'il avoit à venir à
bout de ce grand ouvrage, devoit
raffurer les Allemans , s'il
eft vrai qu'ils euffent apprehendé
ce qu'ils ne devoient pas
craindre.Entreprendre dans fes
Etats ce que fept Rois fes Predeccffeurs
n'avoient pu faire
c'étoit fe tailler affez de befogne
, pour tirer d'alarme les
Allemans & les Eſpagnols , &
leur faire croire qu'on ne penfoir
à rien moins qu'à les atta
quer,mais lors qu'il s'agit de
noircir la gloire du Roi on n'en
du Tems. 181
-
tre dans rien de tout ce qui peut
le juſtifier. On ne veut pas même
le donner le moindre foin
d'examiner fa conduite , & de
faire reflexion fur ce qui paroît
tout évident : on travaille
bien plutôt à donner aux Peuples
de mauvaiſes
impreffions
de ce Monarque , & l'on veut
qu'il foit Turc d'inclination ,
quand il est tout Catholique par
fes actions. Mais comme c'eſt
par les oeuvres que l'on connoit
1 homme , le Roi doit être pleinement
juftifié par les fiennes.
Ce qu'il a fait dans tous fes Etats
en faveur de la vraie Religion,
n'eft parti que du zéle le
plus pur , puis qu'il n'en pouvoit
tirer aucuns avantages du
côté des interêts humains , &
qu'il étoit feur au contraire de
fouffrir quelques dommages ,
182 VII. P. des Affaires
& de perdre quelques - uns de
fes plus braves Sujets . Ainfi fi
ce Prince n'avoit point travail
lé chez lui pour l'accroiffement
de la Religion Catholique
, & qu'il euft voulu profiter
de l'invafion des Turcs , il eft
tres- certain qu'il fe feroit rendu
Maître de l'Europe. Il n'avoit
qu'à le vouloir & à paroitre ;
perfonne n'étoit en pouvoir de
lui refifter. C'est ce qui fera
toujours affez difficile , & on le
voit même encore aujourd'hui .
Toute l'Europe eft liguée contre
lui feul , & malgré une fi
puiffante Ligue,il eft le feul qui
ait jufqu'icy remporté quelques
avantages . Cependant
Mr de Caftanaga lui impute
dans fon injurieufe Declaration
de guerre , dénuée de
bonnes raifons , toute remplic
du Tems-
183
de fauffetez & contraire au bon
fens & au respect que l'on doit
aux Rois, d'avoir troublé l'harmonie
de la Chrétienté,& attiré
toutes les forces Othomanes à la
deftruction de la Hongrie &
traversé en même tems la conclufion
de la Paix , entre fa Ma
jefté Imperiale & les Hauts Alliez
avec la Porte.
Je puis ajoûter à tout ce que
j'ay déja répondu fur cét Article,
que des calomnies de cette
nature fans aucunes preuves, &
fans qu'on les puiffe feulement
foûtenir par de faux raiſonnemens,
ainſi qu'on l'a remarqué
jufques icy , ne peuvent eſtre
inferées que dans des Libelles
diffamatoires, faits par des Auteurs
qui ne fe nommant point,
rifquent des fauffetez , & des
calomnies , parce qu'ils n'en
184 VII. P. des Affaires
peuvent ny rougir ny eftre repris,
& qu'il arrive quelquefois
que les plus groffiers d'entre les
Peuples y ajoûtent foy.Ces Auteurs
n'en demandent pas davantage
, & veulent feulement
feduire ces fortes dignorans ,
parce qu'ils font ordinairement
les plus feditieux, & que pourveu
que l'on vienne à bout de
les exciter, ils font capables d'en
entrainer d'autres. Par ce moyen,
la reputation de ceux qu'ils
attaquent
fe trouve noircie , &
ce qu'ils leur imputent dans
leurs écrits , paffe en tant de
bouches
, que Fon commence
à le croire veritable, parce qu'on
en entend parler de tous côtez.
Mais il n'en eft pas de même
de ce qui regarde des actes publics,
tels que font les Declarations
de guerre , où fi les Rois
du Tems. 185
ne parlent eux- mêmes à d'autres
Rois, on parle en leur nom
à ces Souverains. Ces actes doivent
eftre ferieux , car on ne
fe jouë point groffierement des
Poiffances . Ils ne doivent contenir
que des faits veritables &
connus , ou fi ce font des chofes
qui jufques- là ayent eſté ſecretes
, ceux qui les font pu
blier doivent prouver tout ce
qu'ils découvrent , afin qu'on
ne les puiffe accufer de vouloir
calomnier des Perfonnes
facrées. M de Caftanága n'a
pas gardé tant de meſures ; il
s'eft fervi de fauffetez qui
n'ont pas même de vray - femblance
, fans confiderer qu'il
attaquoit un puiffant Monarque
, & qu'il accufoit le Prince
du monde le plus Religieux,
d'avoir une intelligence for--
186 VII P.des Affaires
mée avec le plus grand Enne
my de la Foy , pour détruire la
Religion . Une temerité pareille
n'eft pas foutenable
foutenable , & quiconque
ofe attaquer fauffement
une Tête Couronnée , merite
plus que des reprimandes . S'il
nous eftoit arrivé une affaire
femblable,on la releveroit dans
un milion d'écrits . La France en
feroit accablée , & on tâcheroit
de la rendre odieuſe a toutes
les Nations. Elle ne doit pas
s'écarter du droit chemin ; l'envie
qu'on lui porte fait qu'on
l'examine de prés ; toutes les
plumes de l'Europe font tournées
contre elle , de même que
les armes de tous les Souverains.
Elle doit s'en tenir glorieufe
; c'eft l'effet d'un vray
merite Ses plus grands Ennemis
voudroient bien jouyr de
du Tems. 187
fon bon- heur , & voir leurs
Etats briller de la même gloire.
Voicy le dernier article de
la Déclaration de Mr de Caftanaga
. Or comme fa Majefté
fe trouve attaquée fi iniuftement
, & Nous , voulant emploger
tous les moyens que nous avons
pour fa gloire , & pour le
bien de fes fuiets , & par les
principes d'une infte défenfe ,
nous efperons que Dien benira
les bonnes intentions de fa Ma
iefté Catholique. C'est pourquoy
nous ordonnons, &c... N'eft- ce
pas une chofe furprenante qu'
après avoir vu la verité dans
les éclairciffemens que je vous
en ay donnez , M de Caftanaga
méle dans fa Déclara
tion , que fa Majesté Catholi
que fe trouve injuftement attaquée
Cela fe peut-il, aprés
188 VII. P. des Affaires
que
l'aliance que je vous ay fait
voir qu'il a avoué au commencement
de la même Déclaration
avoir efté faite entre
le Roy d'Espagne fon Maiftre ,
& le Prince d'Orange ; aprés
la maifon d'Auftriche en a
reçu des Troupes Irlandoiſes ;
aprés que
que fa Majefté Catho
lique a marqué le reconnoitre
pour Roy , ayant laiffé fon
Ambaffadeur à Londres , lors
qu'il n'y eft demeuré que ceux
des Princes Proteftans ; aprés
qu'il a refuſé toutes fortes de
fecours au Roy d'Angleterre,
& de concourir avec fa Majefté
à fon rétabliſſement ; aprés
ce que les Gazettes de
Bruxelles qui font fous fa direction,
on dit contre la France;
aprés qu'on a rempli les Places
de Flandre d'Ennemis du Roy,
du Tems. 189
& qu'on a trouvé à propos
dans le Confeil d'Etat tenu à
Madrid , de refufer la Neutralité
, & de déclarer par ce refus
la guerre à la France ?
Aprés toutes ces choſes & mil
le autres de même nature , le
Roy n'a-t il pas eu grand tort
de faire publier une Déclaration
de guerre contre l'Eſpagne
, & M de Caftanaga n'atil
pas grande raifon de dire
que l'Espagne fe trouve injuftement
attaquée ? Il faut qu'il
croye les Flamans bien groffiers
, s'il fe perfuade qu'ils fe
laifferont tromper par la Déclaration
& que cela leur fera
fuporter patiemment les contributions
que leur coute une
Déclaration de guerre faite fi
à contre - temps , & les autres
maux que fera tomber fur eux
190 VII. P. des Affaires
de
une Ligue fi fatale au repos
la Flandre. L'Empereur commence
à fe repentir d'y être entré
, & on ſçait que les Minif
tres ont dit qu'ils avoient eſté
trompez , & qu'on les avoit affurez
que le Prince d'Orange
devoit ouvrir la campagne par
deux defcentes qu'il feroit faire
en même temps aux deux
-bouts de la France.
·
On n'auroit jamais crû que
fa Majefté Imperiale , dont la
pieté eftoit connuë , & qui jufqu'icy
avoit foutenu les intérêts
de la Religion avec une fermeté
qui avoit inébranlable,
paru
euft pû fe refoudre à entrer
dans une Ligue, où la poſterité
ne pourra jamais croire de
que
vrais Catholiques foient entrez .
Cependant outre tout ce qu'on
fçait là - deffus, & la jonction de
du Tems. 191
de fes Troupes avec fes Alliez
Proteftans , on voit une Lettre
de ce Prince qui fervira de
preuve éternelle de cette union,
fi fatale à la Religion Catholique,
& fi honteufe aux Princes
qui la profeffent. Cette Lettre
ne m'eft pas tombée entre les
mains , mais voicy de quelle
maniere en parle un Ecrit de
Hollande , qui en rapporte les
dernieres lignes en ces termes;
Il paroit une Lettre de l'Empereur
à fa Maiefté Britannique
Guillaume III. en date du 5. de
Mars , où aprés avoir remercié
ce Prince du foin qu'il prend
d'empécher qu'on ne faffe vielence
aux Catholiques Romains,
il lui promet de faire la méme
chofe de fon côté à l'égard des
Proteftans, & de mettre le point
de la Religion en un tel eftat,que
192 VII. P. des Affaires
*
sout le monde, & les gens de bien
principalement, applaudiront à
une fi bonne harmonie.
-
On demande ce que le Prince
d'Orange a fait pour les Catholiques
depuis qu'il eft en
Angleterre, Il peut avoir empêché
que quelques uns n'ayent
efté affommez par les Proteftans,
fuivant la maniere dont
ils en uſent toujours , lors qu'ils
fe voyent les plus forts ; car du
refte , on n'a rien fait qu'en
parler fouvent dans le Parle
ment pour établir loix fur loix
contre eux. On les bannit , on
ne leur laiffe aucuns privileges,
on ne les fouffre dans au-
Cunes Charges ; ils font exceptez
des loix penales , qu'on adoucit
à l'égard des autres Non-
Conformiftes ; on court fur
eux ; on les empriſonne , afin
que
du
Temps.
193
que leurs perfonnes répondent
de ce qui peut arriver de mal
aux Proteftans d'Irlande , comme
s'ils pouvoient empêcher
qu'ils ne fe jettent eux-mêmes
dans des precipices , dont la
bonté de leur Souverain auroit
de la peine à les retirer , parce
qu'il eſt mal - aifé de fauver
ceux qui s'obſtinent à vouloir
perir. Cependant on fçait que
la bonté du Roy d'Angleterre
eft grande , & qu'il cherchera
toujours à épargner le fang de
fes Peuples. Mais je veux que
le Prince d'Orange fouffre à
prefent les Catholiques, il ne le
fait que parce qu'étant mal affermi
, il acheveroit de tomber,
du moment que le Princes Ca
tholiques qui font entrez dans
la Ligue , n'étant pas contens
de lui
> s'accommoderoient
I
194 VII. P. des Affaires
moyen
avec la France . Cette raifon
l'oblige encore à les ménager,
& à leur accorder ce que les
Princes fes Alliez lui demandent
pour couvrir la honte qu'-
ils ont de s'étre unis avec lui , ce
qui ne leur feroit pas poffible
s'ils ne produifoient quelques
petits fervices rendus aux Catholiques
par le de ce
Prince Ufurpateur,qui les juftifient
auprés des gens de bien ,
on devroit dire auffi auprés de
la Cour de Rome ; mais elle a
befoin , pour s'excufer elle -méme
, que le Prince d'Orange
faffe quelque choſe pour les
Catholiques Le peu qu'on en
doit attendre ne dureroit pas
s'il devenoit abſolu en Angleterre.
Il ne pourroit pas même
leur donner une trop grande
protection , quand il voudroit,
du Tems. 195
parce que les Calviniftes & les
Prefbyteriens
, mortels Ennemis
de la Religion Catholique , ne
lui ont aidé à monter fur le
Trône qu'afin qu'il travaillât à
fa deftruction entiere dans toute
l'Europe. C'eſt avec eux, &
pour faire réuffir ce grand deſ
fein , que tout ce que nous
avons vû arriver depuis huit
mois en Angleterre , a efté concerté.
Ceux qui ont fait des volumes
entiers pour juſtifier le
Prince d'Orange
, & prouver
qu'il ne fongeoit point à fe faire
Roy lors qu'il a paffé dans
ce Royaume , oublient ce qu'ils
ont dit à force d'écrire trop
fouvent , & laiffent fans y penfer
, échaper des endroits entierement
contraires à ce qu'ils
fe font d'abord efforcez de faire
croire-Un de ces Auteurs, peu
I ij
196 VII. P. des Affaires
Ami de M. le Comte d'Avaux,
feulement parce qu'il eft prefentement
auprés du Roy
d'Angleterre , & qu'il peut lui
donner de bons confeils , &
voulant l'accufer de peu de penetration
pendant qu'il a eſté
Ambaffadeur pour le Roy en
Hollande , dit en propres termes
en parlant du Prince d'Orange,
& de cét Ambaffadeur:
Ce Prince a menagé fes deffeins
fur l'Angleterre pendant trois
ou quatre ans , fans que
baffadeur de France les ait pu
penetrer. Il eft vray qu'il ne les
a pas découverts dés qu'ils ont
conçus , mais il les a fçus
affez toft pour les faire
les faire avorter,
fi des raisons que j'ay déja dites
, & que je vais encore toucher
en paffant, n'y cuffent pas
mis obftacle ; mais l'endroit
efté
l'Amdu
Tems. 197
que je viens de rapporter , merite
qu'on y faffe auparavant
un peu de reflexion . On ne
peut rien dire de plus fort pour
faire voir que le Prince d'Orange
a ufurpé la Couronne .
S'il n'avoit pas eu ce deffein , il
n'auroit pas été neceffaire qu'il
euft cabalé pendant trois ou
quatre années , comme l'Auteur.
nous l'apprend. S'il a eſté obligé
de ménager les efprits pendant
tout ce temps , il n'y a
donc guere de bonne foy dans
tout ce qu'on a voulu nous perfuader
, & le Prince d'Orange
n'a pas efté autant recherché
qu'on a prétendu nous le faire
croire. Quand on eſt ſouhaité
auffi ardemment que l'on a dit
qu'il l'avoit efté , on n'a pas
befoin de trois ou quatre
ans pour faire des brigues .
T
I ij
198
VII. P. des Affaires
*
Si on eft veritablement appel-
·le , & qu'on n'ait deffein d'aller
qu'avec de bonnes & juftes
intentions , on marche fans fe
precautionner avec tant de
foin. Les ménagemens font
inutiles à ceux qui ont envie
de bien faire , ou du moins il
n'en eut pas falu tant au Prince
d'Orange , s'il n'eut eu en
vûë que ce qui étoit porté par
fes Manifeftes, mais il en faloit
beaucoup pour le deffein caché
qu'il avoit de ſe faire Roi ,
& l'Auteur a eu raifon de dire,
que ce Prince a ménagé fes
deffeins fur l'Angleterre pendant
trois ou quatre années, On
doit remarquer dans ce peu
de lignes la force de ces deux
mots,fur l'Angleterre. Rien ne
fait mieux voir le deffein qu'il
avoit formé de s'en rendre
maiftre , & ces paroles ne
DE
Lad
du Tems.
SALUTE
peuvent fignifier autre che! YON
Ainfi l'Auteur ayant l'ide
remplie de la verité qu'il
fait , & qu'il ne fe peut cacher
à lui- même, la fait connoitre
fans y faire toute la reflexion
qu'il y auroit faite fans doute,
fi l'invafion du Prince d'Orange
avoit été plus recente :
mais on commence en Hollande
à n'y plus prendre garde
de fi prés, & la verité, quand
on en eſt fortement perfuadé
comme on doit l'être de l'intention
que le Prince d'Orange
avoit de fe faire Roi , engage
fouvent à dire plus que
l'on ne voudroit , & à la faire
connoiftre , malgré le deſfein
qu'on a pris de la cacher,
Ce qu'il y a d'étonnant , c'eft
que l'Auteur qui vient d'en tomber
d'accord en termes fi clairs,
I
iiij
200
VII. P. des Affaires
;
eft un de ceux qui ont foutenu,
avec plus de fauffes raifons &
plus de chaleur , que le Prince
d'Orange ne merite point le titre
d'Ufurpateur, & qu'il a été
élu par un Parlement libre
cependant il avoue qu'il lui a
falu trois ou quatre ans , pour
ménager fes deffeins fur l'Angleterre.
La penfée de le faire
Roy n'eft donc pas venuc tout
d'un coup aux Anglois lors
que ce Prince eft arrivé à Londres.
Il n'y a point de vrayfemblance
à cela, mais il y en
a bien plus à croire qu'il a me
nagé cette affaire pendant
trois ou quatre années , comme
l'Auteur le marque fort bien.
Quant à ce qui regarde M. d'Avaux
, qu'il blame de n'avoir
pas d'abord penetré ce grand
fecret,outre qu'il n'y avoit point
du Tems. 201
de neceffité de le découvrir fi
long-tems avant qu'il éclatât, il
eſt mal - aiſé , & même preſque
impoffible, de penetrer d'abord
ce qui n'eſt que dans l'idée de
quelques perfonnes , & quand
ce fecret ne va pas plus loin
que les intereffez, qui rarement
fe laiffent furprendre' , on feroit
des efforts bien inutiles
pour le découvrir, puis qu'on ne
fauroit tenter des gens qu'on
ne connoît pas. Ainfi on ne
peut dire qu'un homme qui a
interêt d'apprendre ce qui fe
paffe dans un Etat , ait man- .
qué d'adreffe , de vigilance &
de penetration , pour entrer
dans le fecretd'une intrigue que
l'on prend foin de tenir cachée,
jufqu'à ce qu'on ait commencé
de faire mouvoir les refforts
neceffaires pour l'execution
202 VII. P. des Affaires
C'eft alors que rien ne lui doit
échaper, & c'est ce que M.d'Avaux
a d'écouvert ; mais ces
avis furent d'abord rejettez du
Roy d'Angleterre . Ce Prince
avoit quelque raifon de ne les
pas croire , puis que la Cour de
Rome & celle de Vienne , l'affuroient
du contraire,d'une maniere
à ne lui laiffer aucun doute
qu'elles n'en euffent une certitude
entiere.Cependant comme
la verité ne peut demeurer
toujours cachée , le Roy d'Angleterre
apprit une partie des
refolutions du Prince d'Orange,
mais fa bonté naturelle, &
la confiance qu'il avoit en fes
Sujets , furent caufe qu'il ne
voulut point de fecours étranger,
& qu'il fut enfin obligé de
ceder à la force.
Comme l'affaire d'Angleterdu
Tems.
203
ce ,
re à noüé toutes celles d'aujourd'hui,
& que c'eſt de là
que
font venuës tant de Déclarations
de guerre contre la Franil
faut vous parler de celle
de
l'Electeur de
Brandebourg.
Ie vous en diray pourtant peu
de choſe, & ne vous la rappor
teray point entiere comme celles
de France & d'Eſpagne . Elle
eft toute remplie de ce qu'on
repete tous les jours contre le
Roy dans les Libelles de Hollande
, & ce qui vous furprendra,&
qui merite d'eftre remarqué
, c'est que voulant faire la
guerre au Roy, parce que la Ligue
l'a refolu , & defirant faire
une Déclaration particuliere
pour ſe diſtinguer davantage, il
a trouvé qu'il manquoit de prétextes
pour la remplir, de forte
qu'il s'eft avifé de prendre le
204 VII. P. des Affaires
parti du Pape, & des Religieu
les de Charonne.Cela doit paroitre
affez extraordinaire dans
la Déclaration de guerre d'un
Prince Proteftant à un Roy Catholique.
Ils veulent tous eftre
Ennemis du Roy, & ne fçavent
quels pretextes prendre; mais en
mélant la Cour de Rome dans
leurs affaires, ils découvrent ce
qu'elle voudroit tenir caché.Les
louanges qu'ils lui donnent lui
attirent le blâme des vrais Catholiques,
& des perſonnes veritablement
pieuſes , & juſtifient
pleinement la conduite qu'a tenuë
Sa Majesté à l'égard de
cette Cour
DEN.
LYON
Qualité de la reconnaissance optique de caractères