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1689, 06 (partie 1, complétée par les Affaires du temps) (Lyon)
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EXBIBLIOTHECA
AUGVSTINIANA
LVGDUNENSI


807156
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JVIN
16
Wow
A
LTON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
au Mercure Galant .
M. D C. LXXXIX
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
Avis pourplacer les Figures.
L'a
'Air qui commence par ,
Ceffez beaux jours , doit regarder
la pag.58 .
La Medaille doit regarder la
page 222.
L'Air qui
commence par , -
Dans la faifon , doit regarder
Tappet jo
1
LE LIBRAIRE
au Lecteur.
L'on continue à distribuer le
Iournal des Sçavans toutes les
Semaines pour fixfols chacun.
Ceux qui voudront les Mercures
où il n'y a point de Libraires qui le
diftribuent envoyeront fix Mois on
une année d'avance , l'on aurafoin
de leur envoyer par les voyes qu'ils
diront. Il eft inutile de marchander
les Mercures & Affaires du Temps ,
puifque leprix eft reglé à 20.f.cha.
que volumefans rien rabatre.
LIVRES NOUVEAUX
du mois de Iuin 1689 .
Affaires du Temps , concer
nant la France , Rome , l'Eſpaa
2
gue , l'Alemagne , Holande ,
Pologne , Brandebourg , Suitfe
& Cologne , avec l'entreprife
du Prince d'Orange fur l'Angleterre
& autres en 7.v. ind.7 .
liv . chaque volume fe fepare
pour 20. f.
Des Satyres Perfonnelles ,
traité Hiftorique & Critique ,
de celles qui portent le titre
d'Anti ,qui eft le onze & douziéme
tome des Jugemens des:
Sçavans , ind. deux volumes ,
4. liv.
Hiftoire de la Conjurationde
Portugal , ind . 15.f.
L'Etat de la France où l'on
voit tous les Premiers Ducs
& Pairs , Maréchaux de France
& autres Officiers de la Cou
ronne , les Evêques , les Cours
qui lugent en dernier reffort ,
less Gouverneurs des Provinces
,les Chevaliers des Ordres
enfemble ,, les noms des OFficiers
de la Maiſon du Roy , &
le quartier de leurs fervices
avec leurs gages & privileges ;
comme auffi des Offices des
Maifons Royales , jufqu'au
mois de luin 1689. ind. 1.v.
4. liv.

Le nouveau Dictionnaire
Pharmaceutique , par Monfieur
de Meuve augmenté de la
moitié , inquarto , 6. liv.
Nouvelle Aftrologie par
une Efleve de l'Academie
Royale , avec plufieurs figures
en taille douce , indouze ,
2. liv .
La fuite du Recueil des
Arrefts de Provence de Monfieur
Boniface , Infolio , trois
vol . 24.1.
Hiftoire de Louis onzième
de Varillas , ind. 4. volumes
7.1.
L'art de la Guerre de Monfieur
Gaya augmenté , avec
des Figures en taille douce
30. fols.
L'Apocalipfe avec une Ex
plication , par Monfieur l'Evêque
de Meaux , in- octavó .
-4. liv. 10. f.
Guerre des Turcs contre la
Pologne , la Mofcovie & la
Hongrie par Monfieur de la
Croix Secretaire de l'Ambaffade
à Conftantinople , ind.
30. fols.
Les Caractères de Theophra
fte , avec les Caracteres où les
Moeurs de ce Siecle , quatriéme
Edition , augmenté de plus.
de la moitié , ind . 30. f.
Hiftoire des Eglifes du Japon
, avec plufieurs figures en
taille douce , in 4. 2. v. 12. liv .
MER C.
MERCURE
GALANT
AVIN
LYON
16013
DE
LA
VILLE
E ne sçaurois com-
I mencer cette Lettre
par un Ouvrage plus
eftimé que celuy que
vous allez lire , ny qui foit
plus à la gloire de Sa Ma
jesté .
Tuin 1689. A
2 MERCVRE
.AU ROY
Sur ce qu'on ne peut luy
donner de nom qui réponde
à fa Grandeur.
Grand Roy, Maistre dufort des
Souverains du monde ,
Sur qui feul le repos de l'Univers fe
fende,
Et de qui la vertu penetrant juſqu'aux
Cieux
Les force à foutenir voftre bras glorieux
,
Sous quel furnom fameux noftre
Mufe fidelle
Pourra- t - elle chanter voftre gloire
immortelle
Fuis qu'Apollon confas n'ofe mesme
nommer
Un Heros , que le Cielà peine a fcen
former?
GALANT .
3
Les beaux titres de Grand, de Sage,
Pacifique ,
D'Invincible , Hardy , Liberal ,
Magnifique ,
De Conquerant , defort , & de Vi
ctorieux
,
De Clement , & de Bon , de Iufte ,
& de Pieux ,
Partage à cent Rois honnorent leur
memoire ,
Et ne fuffifent pas à votre seule
gloire.
Les noms de ces Heros qu'on met an
des Dieux ,
rang
Trop indignes de vous n'y conviennent
pas mieux.
Leur éclat , il eft vray , rend leur
memoire illuftre ,
Mais toujours quelque vice en a
terny le luftre.
Ilfemble que le Ciel s'éprouvoit fur
eux tous
Afaire un vray Heros qu'il n'ache
va qu'en vous...
A 2
4
MERCVRE
lupiter fe rendit redoutable à la
guerre,
Son bras fembloit lancer tous les
feux du Tonnerre ,
Ce qui perfuada les aveugles
Humains
Que cefaux Dieu portoit les foudres
dans fes mains ,
Mais ilnoircit l'éclat d'unefi belle
vie
Mettant Saturne aux fers par fon
injufle envie,
Hercule tcrraffant tant de Monftres
divers
En abien moins que vous garenty
l'Univers,
Le Ciel vous preparoit une plus
noble guerre
,
Il fembloit que l'Enfer fe joignift à
la
terre,
Pour vous faire en nos jours furmonter
à la fois
L'impieté , l'Erreur , les Peuples &
Les Rois.
1
1
GALANT. 5-
Quels Hydres renaiffans, quels Dra.
gons redoutables ,
Quels Taureaux , quels Lions ne
furentplus domptables
Que tous les Sectateurs de Luther,
de Calvin.
Qui vouloient ébranler jusqu'an
Trône divin !
Les Autels renverfez, l'Eglife partagée
,
Les Peuples foûlevez , la France
ravagée ,
Et les Rois maffacrez ,furent les attentats
De ces fiers ennemis du Ciel & des
Etats.
Nousfoupirons encor de cette tirannie
,
Sans efpoir de la voir entierement
finie ,
Quand le Seigneur touché de nos
trop long malheurs ,
Vous choifit pour tarir la fource de
nos pleurs.
A 3
6 MERCURE
Grand Roy , digne du Ciel qui vous
foumet la terre,
Vous termine enfin cettefanglante
guerre ,
Vous defarmez l'enfer fes malheureux
Suppots ,
Ne pourront deformais troubler no.
fre repos .
Achevez ce grand coup impoffible à
tout autre ,
C'est l'intereft du Ciel , ce n'eft pas
moins le vostre ,
L'Infidelle à fon Dieu l'eft toujours
à fon Roy ,
Il ne faut à l'Etat qu'un Prince &
qu'une Foy.
Les malheurs où l'on voit l'Angleterre
plongée ,
Sont les triftes effets d'une Foypartagée
Si l'erreury combat contre la verité,
Elley fert de pretexte à l'infidelité,
Suivez donc , ô grand Roy , vos
belles destinées ,
GALANT. 7
Chaffe de l'Vnivers les erreurs
obstinées ,
Et faites voir à tous , par vos faits
inoüis ,
Qu'Hercule mefine auroit tremblé
devant Louis .
Enfin de ce Heros la gloire fut
bornée ,
La vostre est tous les jours de nouveau
couronnée ,
Alexandre fuivit fes glorieux exploits
,
Il fut grand Conquerant , mais où
voit-onfes Loix ?
Si fa rare valeur qui luy foumit la
Terre ,
Le flatta d'eftre Fils du Maifire du
Tonnerre ,
Elle le fit rougir du fang de fes
Amis.
Souvent àfon couroux ce Vainqueur
futfoumis ;
Mais , grand Roy , vous joignez à
la valeur fuprême ,
A 4
8 MER CVRE
Le titre glorieux de Vainqueur de
vous- mefme,
Et la clemence , rare à ceux de voftre
rang.
Des Peuples & des coeurs vous fait
le Conquerant.
Loin de verfer le fang de vos Sujets
fidelles ,
Vous pardonne à ceux qui vous
furent rebelles ,
Et toujours genereux comme tou- ,
jours Vainqueur,
En épargnant le fang vous triomphez,
du coeur ,
Et devenezainfi le Maistre de la
Terre
Par les beaux droits dufang , d'amour
, & de la Guerre ,
La Grece n'a donc point de nomfi
glorieux
Dont le vostre ne foit toujours
victorieux ,
Voyons fi les Romains , fi vantek
dans l'Hiftoire ,
GALANT. 9
Pourront en trouver un digne de
voftregloire.
Ils offrent fierement un Cefar à nos
yeux ;
Un Pompée , un Auguſte élevé jufqu'aux
Cieux,
Mais on vit le premier pour regner
feul au monde ,
Du plus beau fang. Romain rougir
la terre , & l'onde ,
Perdre fes Alliez , fes Amis &
l'Etat ,
S'en rendre le tiran par un lâche
attentat.
La liberté de Rome en fes mains
confiée ,
A fon ambition fe vit facrifiée ,
L'Aigle combatit l'Aigle , & les
Drapeaux Romains
Contre eux- mefmes levez virens
leurs Chefs aux mains ,
Qu'on ne vante donc plus fon in
jafie victoire .
A
S
10 MERC VRE
Qui nepeut le placer au Temple de
la gloire ;
Vous feul pouvezremplir un ſifuperbe
rang,
Vous regnez par les droits de voflre
illuftrefang.
Vous pouffe , il est vray , vos fa.
meufes Conquestes
Par tout où le Soleilpeut brillerfur
nos estes
Mais toujoursla justice accompagne
vos pas,
Vous rentre dans des biens quevous
n'ufurpelpas ,
Abaiffez le Croiffant , & les Aigles
Romaines ,
Soumettez des Lions les fuperbes
Domaines ,
La justice foutient ces glorieux
exploits ,
Puis que le droit dufang les foumet
à vos Loix ,
Toujours heureux , & grand , tosjours
Vainqueur, & iufte ,
GALANT. II
Vous effacez les noms de Pompée, &
d'Augufte ,
Le premier iuste & grand eut un
fort rigoureux,
Et l'autre fut iniuste & cruel, quoy
qu'heureux.
Que de fang répandu pour fonder
la Puiffance ,
Qui ne peut s'affermir que par la
violence .
Il est vray que laffé de tant de
cruautez
Le trop heureux Cinna reffentit fes
bontez
Mais s'ilfit quelquefois ce que toujours
vous faites ,
On ne le vit iamais , grand Roy , ce
que vous eftes..
Eftre un Heros Chrestien, brave fans
cruauté ,
Triomphantfans orgueil,grandfans
impieté ;
Ceft estre revestu d'une immortelle
gloire
A 6
12
MERCVRE
4
Dont on ne peut d'Auguste honorer
la memoire.
C'est en vain qu'il ſe mit au deſſus
des Mortels
Et qu'il reccut l'encens qui n'eft deû
qu'aux Autels ,
Puis que le infte Cielpour punirfon
audace.
Finit en mefme temps & fa vie &
Sa race,
Refufant à fon nom cette immortalité
Qu'il accorde aux humains par leur
pofterité ;
Mais far la voftre il veut conron
ner voftre gloire ,
Par elle il fournira cent Heros à
l'Hiftoire ,
Et par elle on verra dans tous les
temps divers.
Les Illuftres Bourbons regner fur
l'Vnivers.
A l'ombre des Lauriers dont vous
couvrez leurs teftes,
GALANT .
13
Ils jouiront en paix de toutes vos
Conqueftes ,
Et l'un & l'autre pôle eftant par
Vous foumis ,
Ils regnerant fans crainte eftant
fans Ennemis.
PRIERE POUR LE ROY.
D
leu qui fis de LOUIS ta plus
fidelle image ,
En lerendant le Maiftre & l'amour
des humains ,
Conferve le Chef- d'oeuvre accomply
de tes mains ,
Elles n'ont rien formé de fi grand ,
defifage:
Son bras victorieux abat tes Ennemis
,
Sa puiffance à tes Loix rend l'Univers
foumis >
Afon Charpourjamais attache la
Victoire
14. MERCVRE
Retranche en fa faveur les plus
beaux de mes jours ,
Augmentes- en les fiens confacrez
à ta gloire ,
Et s'il fe peut , Seigneur , fais le
vivre toujours
Ces Vers ont efté faits par
une perfonne fort eftimée.
pour fa pieté , & qui a toujours
fait voir beaucoup de
zele pour les interefts & pour la
gloire de noftre Augufte Moparque.
C'est une Religieufe
de S. Pierre de Lion , appellée
Madame de Chevriy . Il femble
que Madame de Chaune qui
eft Abbeffe de ce Monaftere ,
& dont la naiffance & le me-
>
rite particulier Vous font
connus , infpire de l'efprit &
de la vertu à toutes celles qui
ont l'avantage de vivre fous,
fa conduite..
GALANT.
15
Le Samedy 14. du mois.
paffé , jour auquel Sa Majesté
entroit dans la quarante feptiéme
année de fon regne ,
I'Academie Royale d'Angers.
diftribua les prix d'Eloquence
& de Poëfie , qui estoient
deux belles Medailles d'or
données par Mr d'Autichamp
, Lieutenant de Roy
des Villes & Chafteau d'Angers
. Mr Magnin , Confeiller
honoraire au Prefidial de Mâcon
, & l'un des Academiciens
de l'Academie d'Arles
remporta le prix d'Eloquence
, & Mr l'Abbé Maumenet ,
Chanoine de Baune , celuy
de Poëfie . Il l'avoit encore
remporté l'année derniere , &
Mr Magnin l'avoit eu l'année
precedente dans la meſme
Academic. Mr l'Abbéle Pel16
MERCVRE
letier Auteur des Traductions
de la Vie de Sixte V.
de la Guerre de Chipre & de
l'Hiftoire de la Chine , qui eft
encore fous la preffe , y pro
nonça l'Eloge du Roy avec
beaucoup d'applaudiffement ,
Mr de Conftantin , Grand-
Prevoft d'Anjou , fut chcifi
pour le prononcer , à pareil
jour l'année prochaine , fuivant
l'ufage & l'intention de
Mrs du Corps de Ville qui ont
fondé cet Eloge . On y lut
enfuite d'autres Ouvrages qui
furent tres bien receus . Le
meſme jour Mr le Comte de
Serrant
, ccyy devant Chacelier
de Monfieur , fut nommé
Directeur de l'Academie en
la place de Mr de Nointel
Intendant de Champagne
& auparavant de Tourraine
*
GALANT . 17
& M. Grandet , Maire de la
Ville d'Angers , fut fait Chancelier
de la Compagnie , dans
laquelle on fit fucceder , & Mr
le Comte de Miribel , & Mr
le Marquis de Perdic , à Mrs
Verdier & Hunaut , Academiciens
morts depuis peu de
temps .
Vous ne ferez pas fâchée
d'aprendre ce que j'ay lû dans
une Lettre dattée de la Chapelle
Balon en la Marche.
Voicy ce qu'elle porte .
L
Ce 19. Avril 1689.
Je ne fçay , Monfieur , fi on
s'eft appercen à Paris d'une Eclipfe
de Soleil qui parut icy le 19.
de ce mois. Aucun Almanach de
cette année n'en a parlé , mais
j'en ay un qui prédit force chofes
depuis 1685. jufqu'en 1692. & il
18 MERCURE
marquoit cette Eclipfe à deux
heures après midy. Six perfonnes
de ma connoiffance in virent
dans un Vaiffeau plein d'eau , &
ils conviennent qu'il n'y a jamais
rien en de plus extraordinaire
. Deux Soleils fe battirent
quelque temps l'un contre l'autre ,
aprés quoy ils furent tous deux
couverts d'une nuë. Le Soleil ne
s'en fut pas fi-toft dégagé , qu'il
fe montra dans tout fon éclat. It
le conferva pendant un quartd'heure
, devint rouge enfuite >
& produifit de nouveau un ſecond
Soleil. Leur combat recommença
, & cela dura une heure
& demie. Peu de gens le remar
querent hors ceux qui regardoient
dans l'eau. Les autres furent
fi fort éblouis de la trop grande
Lumiere qu'ils ne virent presque
rien. L'Almanach qui marque
GALANT. 19
l'Eclipfe , dit qu'elle dénote une
grande Guerre depuis la fin
de 1688 jufqu'en 1690. & que,
ce Soleil fi heureufement tiré de
lanuë , eft un prefage que le Roy
de France vaincra tous fes Ennemis.
Ce que nous voyons déja
arrivé femble nous répondre
de ce qui fuivra . Ce qu'il y a
d'étonnant c'est qu'avant
l'année 1685. on ait prédit ,
que la France entreroit en
guerre fur la fin de 1688. Cela
fuppofé , comme le Roy n'entreprend
rien que de jufte ,
& qu'il conduit toujours fes
deffeins avec beaucoup de
prudence , il n'eſt pas difficile
de prévoir qu'ils feront
fuivis d'un heureux fuccés .
le vous ay déja envoyé divers
Ouvrages du Berger de
Flore , & vous m'en avez tou20
MER CVRE
jours paru fi contente , que
je croy vous obliger en vous
faifant part de celuy qui
fuit.
LETTRE
DV BERGER DE FLORE
à la belle Marthefie.
'Il fuffit à une perfonne
éclairée de voir une feule
Lettre d'une autre perfonne ,
pour en connoiftre l'efprit &
l'humeur , il ne fe peut ,
Madame
, queje ne fois beaucoup
plus connu de vous que vous
ne le témoignez , puis que
vous avez vû dans le Mercure
, non feulement plufieurs
S'éclairée dè vone
GALANT.' 21
>
Lettres de ma façon , mais
encore d'autres Pieces , &
principalement deux affez
confiderables , dont l'une regarde
l'Amitié , & l'autre l'Amour.
La lecture de ces deux
dernieres vous ayant fait connoftre
les qualitez que j'attribue
à un bon Ami , & àun
fincere Amant n'avez -vous
pas dû juger favorablement
pour moy , que ce font celles
que la nature a mifes dans
mon ame , & dont j'ay eu foin
de me parer , quand il m'a
fallu jouer l'un ou l'autre de
de ces perfonnages , fi frequens
dans le monde ? Vous n'eftes
pourtant pas contente de ces
lumieres , & à ce que je vois
vous voulez fçavoir l'ufage
que j'ay fait de ces qualitez ,
puis que vous m'ordonnez
22 MERCVRE
,
de vous apprendre les agreables
Societez dont j'ay eſté
les charmantes perfonnes qui
ont regné dans mon coeur ,
les manieres dont j'ay fignalé
mes affections , & en un mot ,
tout ce qui regarde ma vie
galante. Je ne vous déguife
point , Madame , que j'ay un
grand panchant à vous obeïr
mais Vous me difpenferez
de ce détail il feroit trop
long , & peut- eftre ennuyeux
Agréez donc que je vous en
conte feulement quelques circonftances
, & que j'abandonne
à vostre efprit la penetration
des autres.
l'ay efté de fix Societez
galantes qui ont fait quelque
bruit dans le monde . La premiere
eftoit nommée Le Cordon
vers , ou les Celadons , à
GALANT .
23
caufe d'un Cordon de cette
couleur que chaque perfonne
de la Societé eftoit obligée
de porter , à peine de banniffement
. Sa Devife eftoit ,
Plus d'esperance que de crainte.
Cette Societé fut toute Paftorale
, les Dames y furent
changées en Bergeres , les Cavaliers
en Bergers , & nos demeures
en hameaux . On y
donna le nom d'Aftrée à la
principale de ces Dames , &
celle à qui j'adreffay mes affe-
Ations , portoit le nom de
Filis . Il en eft des premieres
Amours , comme des premie
res amitiez ; elles ne s'oublient
prefque jamais tant leur douceur
dont l'ame n'a point
encore goûté de ſemblables
ny d'approchantes , fait d'agreables
impreffions fur elle .
>
24
MERCURE
Ie commençay donc à aimer
dans cette Societé & ayant
ouvert trop curieufement les
yeux aux charmes de la jeune
Filis , je m'apperceus en fort
peu de temps que le plaifir de
la regarder m'alloit coufter
mon repos . On met les Mufes
à la fuite d'Apollon , & il
me femble qu'elles feroient
mieux placées à la fuité de
l'Amour , parce qu'il eft bien
difficile d'avoir le coeur échauffé
fans que l'imagination
s'en reffente . On le voit
par la forte envie & par la
grande facilité qu'on a de
faire des Vers , d'abord qu'on
eft amoureux . I'en compofay
de plufieurs fortes pour Philis
, & voicy par où je débu
tay.
Que
GALANT.
1 25
> Que de graces , que de ris
Que de Rofes , que de Lis ?
Forment les appas de Filis !
Le Printemps & l'Aurore
Ne fçavent pas fi bien charmer.
Pardon grands Dieux fiie l'adore.
Ce n'est pas affezde l'aimer.
Elle a divinement faits
L'efprit , le corps & les traits ;
Elle brille de mille attraits .
Le Printemps , &c.
L'azur qui pare les Cieux
Cede à celuy de fes yeux ;
Ce font les Aftres de ces lieux
Le Printemps , &c.
Si toft que j'eus compofé ces
Vers , & plufieurs autres fur les
mefmes mefures. Je les fis mettre
en air par un de mes Amis
Iwin 1689. B
26 MERCURE
qui fçavoit la Mufique , & je
cherchay l'occafion de les faire
chanter à propos devant cette
Belle . La fortune me la fit
trouver. Les jeunes perfonnes
n'aiment rien tant que ce qui
les flate : Filis fut charmée de
cette chanson , & voulut fçavoir
le nom del'Auteur. Le
Muficien fe defendit longtemps
de l'en éclaircir pour allumer
davantage fa curiofité ;
puis illuy fit promettre qu'elle
n'en témoigneroit rien , quand
elle l'auroit appris ; & enfin il
luy dit que l'Air venoit de luy,
mais que les paroles venoient
de moy , ou plutoft d'elle , puis
que fa beauté me les avoit infpirées
. Elle ne fe gendarma
pas de cette declaration , comme
les Dames des Romans ont
accoûtumé de faire . C'eftoit
GALANT.
27
une petite prude de qualité ,
d'humeur honnefte , mais un
peu froide, Elle répondit feulement
que je ne devois pas
penfer à elle , puis qu'elle n'étoit
pas deſtinée à eſtre à moy,
& en effet fa Mere la vouloit .
mettre en Religion , je ne difcontinuay
pourtant pas de
l'aimer ; & voicy la maniere
refpectueuse , dont je luy demanday
aprés quelque temps,
l'explication de fes fentimens
fur mon amour.
m'ont
Depuis que vos beaux yeux mi
fait fentir leurs coups ,
Filis , vous connoiffez mon ardeur.
ma conftance ,
Et le refpect que j'ay pour vous,
Moy , j'ignore l'Effet de cette connoiffance
,
Et dans ce trifte eftat , incertain
demon fort ,
B 2
28
MERCVRE
Nuit & iour inquiet , ie voudrois
eftre mort ,
De grace foulage par un aveu fin_
cere
Un tourment qui me defefpere .
Quoy , voudrez- vous toûjours ,
loin de me fecourir ,
Efire aveugle à mes maux , eftre
fourde à ma plainte ,
le veux vaincre ou je veux mourir
Il est temps de m'ofter l'esperance
on la crainte.
Si vous m'aime , Filis , je beniray
monfort ,
Si vous ne m'aimez pas , je chercheray
la mort.
Parlez donc fans façon , vous ne
Scauriez rien dire
Qui ne termine mon martire.
Si vous m'aime , Filis , voftre
extrême pudeur
GALANT. 29
Vous oblige peut - estre à garder le
filence ,
Ne pouvant hors de voftre coeur
Pouffer le mot d'amour , fans trop
de violence ,
Ne le prononcez pas , s'il vous choque
fi fort ;
Dites - moy feulement , Berger
beniston fort:
Ces paroles , Filis , n'ont rien que
de modefte ,
Vos beauxyeux me diront le reste,
Si vous ne m'aimez pas , voftre
extrême doucear
Vous peut faire cacher le malheur
de ma chaîne
Ne pouvant hors de vostre coeur
Pouffer le mot de mort , qu'avec
beaucoup de peine.
Ne le prononcez pas , s'il vous choque
fi fort ;
Dites-moy feulement , Berger ie
plains ton fort.
B 3
30 MERCURE
Ces mots , belle Filis , fuffiront à
mon ame
Pour finir mes jours & maflâme .
Mais enfin , beniray- je , ou plaidrezvous
mon fort?
Sera t- il un objet de mifere , on
d'envie ?
le vois l'écueil . je vois le port ;
Oùme conduirez- vous , bel astre de
ma vie ?
Ah , Filis , mon amour trop bonnefte
& tropfort ,
Ofte de mon efprit , lacrainte de la
mort;
Le Ciel doit à mon coeur un deftin
moins fevere ,
Et c'est par vous que je l'efpere.
Ces Vers , Madame , emeurent
fon jeune coeur ; il fut
attendry , & elle me dit quelques
jours aprés qu'elle m'en
GALANT. 3 I
donnoit la moitié . J'avois
obtenu d'elle la permiffion de
luy écrire , je me fervis de
ce privilege pour luy mander
mes pensées fur la grace qu'elle
avoit bien voulu m'accorder.
Voicy la maniere dont
je m'expliquay.
Il est donc vray : belle Filis ,
que vous commencez à faire justice
à mon amour , & que ie tiens de
voftre bonté , la moitié de vostre
aimable coeur. Ce n'eft pas peu pour
une perfonne auffi ménagere de fes
faveurs que vous l'eftes , & c'eft
fans doute payer au delà de leur
merité.mes fervices & mes foins.
Que ie fuis heureux d'avoir place
au plus noble endroit du monde . fe
m'imagine qu'il n'y a point de
Monarque qui ne cedaft volontiers
fon Trône pour un avantage figlorieux
, ny de Divinité qui ne trou-
B 4
32 MER
CVRE
vastpour le moins autant de douceurs
devertus dans cet aimable
lieu , que dans le Ciel mefme.
Mais quand bien les Rois &
les Dieux
M'offriroient pour avoir ma
place ,
Leurs Trônes & leurs Cieux
Ils me verroient d'humeur à
leur en rendre grace .
Ah , divine Filis , fi un bien que
je ne poffede qu'à demy , m'eft fi
cher , & me rend fi content , que
ne feroit- ce point fije le poffedois
tout entier ! Il n'eft point d'expreffion
affezforte pour vous bien marquer
quelle feroit la grandeur de
majoye ; vous ne pouvez mefmes
la concevoir , à moins que de la
comparer à la grandeur de mon
amour , ou à celle de voftre beauté.
GALANT . 33.
Comme pour ce grand bien , je
me meurs de defir ,
Helas , fans doute alors , je
mourrois de plaiſir .
à
De grace , Filis , ne differez pas
à me caufer une mort fi douce.
Montrez que vous n'aime pas
faire les chofes à demy , & fouvenez
- vous de ce que Silvandre
difoit ces iours paffez à Madonte ,
Que jamais dans un coeur , à
moins d'un grand hazard ,
Sans l'avoir tout entier , un
Amant n'avoit part ;
Qu'Amour ne fait compte , ny
mife
D'un bien qui n'eft pas tout
à luy ,
Et que ce n'eft pas d'aujour
d huy
Que tout ou rien eft fa Devife.
B
5
34 MERCVRE
Beaucoup de temps fe paffa
encore , au moins felon mon
impatience , avant que ma
jeune Maiftreffe augmentaft le
don qu'elle m'avoit fait , mais
comme l'affiduité , le complaifance
& les foins mennent à
bout de ce qu'il y a de plus
difficile , il arriva que joüant
à des petits jeux avec elle , &
avec cinq ou fix autres perfonnes
de cette Societé , elle
fut condamnée à me reveler
un fecret ; & celuy qu'elle s'avifa
de me dire dans la belle
humeur où elle fe trouva ; fut
qu'elle m'aimoit de tout fon
coeur , elle ne put prononcer
ces mots fans rougir , & elle
me les dit fi bas , que tout ce
que je pus faire fut de les entendre.
Je vous laiffe à juger
de la joye que me caufa cette
GALANT.
35
charmante declaration . Ie ne
me vis pas plûtoft en liberté
de luy écrire , n'ayant pas eu
celle de luy parler en particulier
, que je luy marquay ma
reconnoiffance par ce Billet.
Ce que vous m'avez dit pour
fecret , au ieu de Commandement,
n'est - ce point fimplement par ieu,
belle Fillis , & quand vous avez
prononcé ces paroles , les plus douces
que j'ouis jamais. Je vous aime
de tout mon coeur , voftre coeur
eftoit- il bien d'accord avec voftre
langue ? En verité plus i'y penfe .
& moins ie trouve fuiet de me le
perfuader.
Que faites- vous pour moy
Qui me puiffe flater d'un fi
grand avantage ?
Ah je ne fçay que trop qu'en
l'amourcufeloy ,
Il faut croire aux effets , & peu
croire au langage .
B 6
36
MERCVRE
D'ailleurs , le
moyen que vous
m'aimiez de tout
voftre coeur , puis
que vous ne m'en avez accordé
la moitié ?
M'auriez - vous donné
que
l'autre fans que ie m'en fuſſe ap-
Perceu ?
Non , non , un bien de cette
confequence
A pour moy trop d'appas ,
Pour eftre mis en ma
puiffance,.
Et ne me faire pas
Par cent
douceurs reffentir
fa
prefence .
Vous ne m'aimez fans doute qu'à
demy ; je le connois trop fenfiblement
aux peines que je fouffre.
Nuit & jour je languis ; nuit.
& jour je ſoupire ,
Ie ne dors point la nuit, ie reſve
tout le iour.
T'endure plus que ie ne sçaue
rois dire
GALANT.
37
Si vous aviez une parfaite
amour.
le n'aurois pas tant de martire.
Pourtant , divine Filis , laraifon
voudroit que vous me fiſſiez juftice,
&puis que je me fuis donné à vous
tout entier, & que l'amour ne fe paye
que par l'amour.
Vous devez m'aimer fans
partage ,
Couronner ma conftance & ma:
fidelité ,
Et vous montrer des deux la .
veritable image ,
Autant par l'équité
Que vous l'etes par la beauté
Mais quoy ? Peut- eftre m'avez
vous accordé la justice que je vous
demande ; peut - eftre vos paroles.
font- elles finceres , & peut- efre
m'aimez vous de tout votre coeur,
O Dieux : fii'ay tant de bonheur,
38 MERCURE
Pardon , divin obiet de ma fidelle
ardeur ,
Si i'en goûte fi mal le plaifir &
la gloire ,
Ce bonheur eft fi grand que ie
ne le puis croire .
Ces Vers & ces Lettres luy
plurent trop . Elle vouloit les
garder pour les lire plus d'une
fois ; fa Mere les trouva , & ils
fervirent malheureufement à
avancer la refolution qu'on
avoit priſe de la mettre dans un
Couvent . On choifit un monaftere
éloigné. Elle y fut conduite
, & ce ne fut pas fans defolation
de part& d'autre..
Que les ouvertures des coeurs
Que fontlespremiers feux , abondent
en douceurs ?
Dieux qu'elles ont de puiſſans.
charmes ?
GALANT.
39
Mais quand il faut renoncer fans
retour
Auxplaifirs d'unfi tendre amour,
Helas que de douleurs , de fanglots
&de larmes !
!
Nous éprouvâmes bien ces
fâcheufes veritez dans cette
occafion , mais enfin il fallut
qu'elle fe foûmift à fa deftinée
, & moy à la mienne. Je
partis pour l'Italie en meſme
temps qu'elle fut mife dans.
fon Convent ; & fi je n'eus
pas en ce voyage la fatiffaction
que j'en efperois , la
malheureuſe conſtellation fous
laquelle je l'avois commencé
, en fut fans doute la caufe
.
On m'impofa dans cette
Societé le nom de Berger de
que je prens encore Flore
40 MERCVRE
,
aujourd'huy , & que j'ay toujours
gardé , bien qu'on m'en
ait donné d'autres dans les
Societez fuivantes . Il fut tiré:
de l'agreable vallée que j'habite.
Cette vallée qui porte
ce nom le portoit des le
temps mefme des celebres de
Bonnefons , comme on le voit
dans un de leurs Poëmes , où
ils décrivent le Pays des cinq
Rivieres , ou de la Main. Ce
Pays ; Madame , eft celuy d'où.
je vous écris , & où vous de-,
meuriez il y a quelques mois .
C'est l'un des plus agreables
du Royaume , & il en feroit
un des plus beaux , s'il eftoit
encore embelly de vostre prefence
; mais l'hymen vous l'a
fait abandonner , & c'eft un
nouveau mal que je veux à ce
Dieu qui ne fçauroir rendre.
GALANT. 41
un homme content qu'il n'en
afflige toujours un grand nombre
d'autres. En voilà , Madame
,affez pour une fois , & peuteſtre
trop . Pour ne vous pas
ennuyer , vous trouverez bon
que je referve à d'autres Lettres
la fuite que vous defirez
fçavoir de voſtre , &c.
LE BERGER DE FLORE .
"
>
Le 15. Avril , Dom Lorenzo
Colonna , Duc de Palliano
& grand Conneſtable
du Royaume de Naples
mourut à Rome , âgé de
cinquante- trois ans . Il a nommé
pourfes Executeurs Teftamentaires
, le Cardinal Barberin
, le Cardinal d'Efte , &
le Marquis de Cogolludo
Ambaffadeur d'Espagne , &
a inftitué Heritier univerfel ,
,
42 MERCURE
-
,
>
T
fon le Prince de Palliano
Fils aifné , qui a épousé une
Fille du Duc de Medina - Celi ,
cy devant premier Miniftre
d'Eſpagne. Il a laiffé deux
autres Fils fçavoir Dom
Marco Antonio , & Dom
Carlo , dont il a fixé les appanages.
Ce dernier a pris le
party de l'Eglife . Il les a fort
exhortez par un codicille fait
en faveur de la Princeffe fa
Femme , à luy rendre l'hopneur
& le refpect qu'ils luy
doivent . Elle eft Fille de Michel
- Laurent Mancini , Gentilhomme
Romain & de
Jeronime Mazarin , Soeur puifnée
de feu Mr le Cardinal Mazarin
, Mrle Duc de Nevers eft
fon Frere ce qui vous fait connoiftre
qu'elle eft Soeur de Madame
la Comteſſe de Soiffons
GAL ANT.
43
>
de Madame la Ducheffe Mazarin
, & de Madame la Ducheffe
de Bouillon . Outre les
legs pieux que le Conneſtable
Conlonne a faits , & les recompenfes
qu'il a ordonnées pour
tous ceux de fa Maifon , il a
laiffé de rares Tableaux au
Pape , au Roy Catholique , aux
Cardinaux Chihi , Barberin
Colonna & d'Efte & aux
Marquis de los Balbazés &
de Cogolludo . Lors qu'on a
ouvert fon corps on luy a
trouvé le coeur éloigné de
trois doigts de la fituation où
il devoit eftre. Il vivoit avec
beaucoup de magnificence
& comme il aimoit les fuperbes
Feftes , & qu'il les fçavoit
tres- bien ordonner , Al
donnoit tous les ans des
Opera & des Spectacle à
>
44
MER CURE
>
>
Rome. La Maiſon Colonna ,
l'une des plus anciennes d'Italie
, a efté feconde en Hommes
Illuftres . Jean Colonna
que le Pape Honoré III . inic
au nombre de Cardinaux en
1116. contribua fort à fon
élevation.Il fut declaré Legat
de l'Armée Chieftienne qu'on
envoya en Levant , & qui fous
-Iean Roy de Ierufalem &
fous les autres Croifcz , prit
la Ville de Damiette en 1219 .
aprés vingt deux mois de
Siege . Ce Cardinal , dont les
foins & les confeils avoient
fort contribué à cette prife ,
cftant tombé entre les mains
des Sairafins , ils le condamnerent
à eftre fcié par le milieu
du corps , afin de fe vanger
fur fa parfonne des maux
qu'il avoit pûleur caufer , mais
les furprit fi fort par fa con;
GALANT.
45
>
ftance lors qu'ils voulurent
executer cet Arreft qu'ils
le renvoyerent libre en donnant
des éloges à ſa vertu .
Iacques Colonna fut mis dans
le facré College en 1278. par
le Pape Nicolas III. Martin
IV. & Honoré IV. fes Succeffeurs
, l'eftimerent fort , &
pour le favorifer Nicolas IV .
donna le Chapeau de Cardinal
à Pierre Colonna , fon Neveu.
Il y a eu plufieurs autres
Cardinaux de ce nom , fçavoir
lean Colonna, Fils d'Eftienne
en 1327. Agaper Colonna en
1378. Eudes Colonna , Fils
d'Agapet , fut fait Cardinal
par Innocent VII. & ayant
efté éleu Pape au Concile de
Conftance fous le nom de
Martin V. il donna le Chapeau
à Profper Colonna , fon
Neveu . On a veu auffi de
>
46
MERCVRE
grands Capitaines de cette
Maiſon. Fabrice Colonna prit
les interefts de Ferdinand
Roy de Nalpes qui le fit
Conneftable . Eftienne Colonna
, Pere de Iules Cefar
Prince de Paleſtine , fat fort
eftimé fous le Regne de l'Empereur
Charles Quint , auquel
il rendit de grands fervices
. Il avoit appris le meftier
de la Guerre fous Profper
Colonna , fon Oncle. Marc-
Antoine Colonna , Duc de
Palliano , grand Conneſtable
de Naples , & Viceroy de
Sicile , eftoit Fils d'Afcagne
Colonna. Il porta les armes
dés fon plus bas âge , & les
porta toûjours avec gloire.
Il fervit tres- utilement les
Efpagnols , commanda fept
mille Italiens en 1557. & aprés
avoir contribué à la priſe de
>
GALANT. 47
gne
>
Sienne , il fut envoyé par le
Duc d'Albe dans la Campade
Rome , où il remporta
de grands avantages . Trois ans
aprés le Pape Pie V. le nomma
General des Troupes Ecclefiaftiques
que l'on envoya
contre le Turc & il receut
folemnellement l'Etendard
dans l'Eglife de S. Pierre . En
1571 il commanda en qualité
de Lieutenant General à la
celebre Bataille de Lepante ,
& à fon retour on le receut en
triomphe à Rome . Il mourut
en Eſpagne en 1584. &
avoit épousé Felicie Urfin ,
dont il eut Fabrice , qui époufa
Anne Borromée , Socur de S.
Charles Borromée , & Niece
de Pape Pie IV . Philippes Colonna
fut Pere de Frederic
Duc de Tagliacozzo & de
>
48 MERCVRE
Palliano , Prince de Botero , &
Conneftable du Royaume de
Naples . Ce Frederic Colonna
fut élevé à la Cour de Madrid
, & eftant retourné en
Efpaghe après avoir fervi à
Naples & en Sicile il fuc
nommé Viceroy de Valence
par le Roy Philippes IV . II
y acquit beacoup de reputation
par fa conduite fage &
moderée. L'année fuivante
>
la Catalogne s'eftant foumife
aux François , qui mirent le
Siege devant Tarragone , Frideric
Colonna défendit la
Place avec beaucoup de courage
, & mourut en 1641. fans
avoir laiffé d'Enfans. Marc-
Antoine Colonna , grand Conneftable
du Royaume de Naples
, époufa Ifabelle Gioëni
Princeffe de Caftiglioni en Sicile
>
GALANT. 49

cile , & il en eut Laurent qui
vient de mourir , Philippes , &
Anne , Femme du Duc de Sefto
, de la Maiſon de Spinola .
,
La mort du Conneftable
Colonne fut fuivie trois ou
quatre jours aprés de ceile
de la Reine Chriftine de
Suede caufée
par une re
cheute après une dangereufe
maladie. Elle avoit receu
tous les Sacremens , & fait
paroiftre une refignation à la
volonté de Dieu , digne de
la grandeur de courage qui
l'avoit fait renoncer à l'éclat
d'une Couronne
. Si - toft que
le Pape eut appris fa mort ,
il ordonna que tous les faints
Sacrifices qui fe feroient pendant
quelques jours dans toutes
les Eglifes de Rome , feroient
appliquez pour le re-
Juin 1689. C
50
MERCVRE
pos de fon ame . Elle a fait
fon Teftament
› par lequel
elle a inftitué le Cardinal Azzolini
fon Heritier univerfel ,
à la charge d'acquiter toutes
fes dettes , de faire dire vingt
mille Meffes , & de fatisfaire
à la Fondation qu'elle a faite
de trois Chapelles dans l'Efglife
de Saint Pierre avec une
Meffe tous les jours . Elle a
défendu qu'on luy dreffaft
aucun Maufolée , & n'a voulu
qu'une fimple Infcription , qui
fift connoiftre fon nom &
fon âge. Elle a laiffé à Sa
Sainteté un Chrift de marbre
de la main de Bernini , & fait
d'autres legs à l'Empereur
au Roy Tres Chreftien , au
Roy Catholique , à l'Electeur
de Brandebourg , & à quelques
Cardinaux . Elle a auffi
GALANT.
SI
3
fait plufieurs difpofitions
en faveur de la Marquife Capponi
, du Marquis del Monte ,
& de la Famille de l'un & de
l'autre . Il y a encore divers
legs pour les principaux Officiers
de fa Maifon , & par une
claufe fpeciale , elle a exempté
tous ceux qui l'ont fervie de
rendre aucun compte. Comme
vous entendez parfaitement
l'Italien & que fon
Teſtament a efté fait en cette
Langue , je vous en envoye
une Copie , afin que vous
n'ignoriez rien de ce qu'il
contient.
,
C 2
52
MERCVRE
CHRISTINA ALEXANDRA
Dei
gratia
Suecorum
Gothorum
que Regina.
Oi
>
Vandalorum-
>
Noiin virtù delprefente noftro
Diploma facciamo noto , che
ritrovandoci Noi aggravata da tale
indifpofitione, che potrebbe abbreviarci
la vita , habbiamo voluto ,
mentre fiamo , per gratia di Dio,
fana di mente , penfar feriamente
alla falute dell' anima noftra , e
difporre dell noftre facoltà , fi come
dipiena noftra poteftà da Dio folo
conceffaci , ne difponiamo mediante
il prefente noftro nuncupativo teftamento
nel modo , e forma , che
Jegue.
Primieramente, havendoci ilfigGALANT
.
53
Iddio chiamata alla luce della
vera Fede , ch'è quella , che profeffa
la fenta Madre Chiefa Catolica
Apoftolica Romana , & havendocidata
gratia , e virtù non folo
di poter profeffarla à tanto noftro
cofto , mà anco di perfeverare
coftantamente in effa , mal grado
di tutte le contradittioni , che l'Inferno
bà faputo fufcitarci , prote-
Stiamo coa una intiera raſſegnatione
alla divina volontà di voler
morire nel grembo della medefima
fantaChiefa , credendofermamente
chefuori di lei con vi fia falute ,
dolendoci pero con la più vera
contritione del cuore di tutti li
peccati da Noi commessi dall' ufo
della regione fino all'ultimo refpiro,
e deteftandoli come offefe fatte
als. Iddio humilmente lo fupplichiamo
del plenario perdono , Sperandolo
dalla fua infinita miferi-
C 3
54
MERCURE
cordia , fi come dalla medefima
habbiamo riceuuto innumerabili
beneficii , de quali ringraziamo
S. D. Maefta , con fupplicarla à
perdonarci la noftra ingratitudine .
Rancommandiamo l'Änima noſtra à
Dio noftro Creatore , eRedetore alla
B.Vergine Maria, noftra Avocata, al
noftro Angelo cuftode , à San Michel
Arcangelo , & à tutti li fanti del
Cielo , acciò la protegghino , e l'aintino
nel punto della morte , affinche
fia fatta degna della vita eterna.
Seguita la nostra morte , vogliache
dal noftro Erede fianofatte
celebrare ventimila Meffe di Requiem
per l'anima noftra. Item
vogliamo , che dal noftre Erede
fiano erette , & inftituite tre Ca
pellanie, ciafcheduna col pefo d'une
Meffa quotidiana perpetua per
l'anima noftra nella Bafilica di S.
Pietro de Roma , fatto l'invocatione
mo ,
GALANT.
55
ad arbitrio del noftre Erede, alquale
ne referviamo il iufpatronato ,
ad arbitrio dell' Erede fare elemofine
à poveri in quella fomma di
denaro , ch' egli giudicara conve
niente. Il noftro cadavere vogliamo,
che fia veftito di bianco, e che
fia fepelito nella Chiefa della
Rotonda di Roma , è in altra ad arbitrio
del noftro Eredefenza efpofi
zione del noftro cadavere, prohibědo
ogni pompa funebre , ed ogn' altra
fimile vanita. L'Epitaphio fia una
femplice lapide con questa pura
Infcrittione.
D. O. M.
VIXIT CHRISTINA
Anno Salutis ....
Ne vogliamo niente di più , ne
di meno. item vogliamo , che dat
C
4
56
MERCVRE
noftro Erede fi paghino tutti di noftri
debiti, fe ve ne faranno . Item
vogliamo , che dia lo fcorruccio , e la
quarantena à tutta la noftra corte
proportionatamente fecondo l'ufo
della corte Romana , difpiacendoci
che lo ftato noftro non cipermetta
di lafciarle divantaggio . Item lafciamo
al Papa regnante in fegno
della veneratione, e della ftima ,
che Noigli habbiamo come Vicario
di Giefu Chrifto in terra , il Salvatore
del Bernini ; all' Imperatore,
al Rè di Francia , al Rè di Spagna,
alli Signori Cardinali noftri amici,
& all Eletore di Brandeburgo un
legato per ciafcheduno in conformi
tà dell' ordine datone da Noi al
noftro Erede. Alla Marchefe Ottavia
Capponi oltre alle fue provifioni
in vita lafciamo ottomilafcudi
Romani di fopradote ; al Pupo della
medefima lafciamo cento cudi
GALANT.
57
ό
l'anno fino alli diece anni inclufive,
& allafua Pupa Cristina lafciamo
La provifione della Zia defonta
fintanto che fia maritata, ò monacata.
A Portia Guiftinianiper l'affidu
tà, e diligenza fingulare , con
cui bà affiftite al noftro fervitio ,
Lafciamo la previfione in vita, e
vogliamo , che le fia crefciuta tanto
quanto à quella dellafudeta Marchefe
Capponi, e dopo di lei vada la
fuaprovifione al Conte Gruftiniani
fuo Fratello in vita ; al Marchese
Gio :: Matthia del Monte lafciamo
tutto quello , che babbiamo donato
alfu Marchefe fuo padre , & in
oltre vogliamo , che glifiano pagati
diece mila feudi Romani per una
volta tantum oltre la penfione
affegnata al Marchefino fuo figlio,
ello difpenfiamo dal render conto..
Item vogliamo , che dal nostro Erede
fi paghino à Monf. Gantini , al
C
S
58 MERCURE
Comte d'Aribert , all' Abbate Capellari
, al Canonico D. Stephanox
de Marchii , al Zaldenbrad Segnorio
Suetefe , à Rornolo Spetioli,
D. Francefco Cameli , al Cap.
Franceſco Landini, à Pietr' Antonio
Bandiera , ad Alefio Spalla , &
allafua Moglie, à Maria, e Giulia
Defdate , lefolite loro provifioni loro:
vita durante , à Chriftina Aleffandra
Schiavetta lafciamo la provifione,
e la Dote, che hanno havuta
le altre noftrefchiave ; al Conte di
Vagno , oltre la provifione , che ha
di Sanita Brigida , lafciamo cinque
cento fcudi annui , fe fi porterà
bene ; Alla Marchefe Ottavia
Capponi , & à Portia Giuftiniani
lafciamo li noftri habiti , biancherie,
& altre galanterie che tengono
in loro cuftodia, e le difpenfiamo
dal render conto . A Pietr Antonio
Bandiera oltre laproviſione in vita
GALANT. 59
·qafciamo tutto quello , che spetta
alla noftra stillaria , tanto d'oro,
argenti , rami , ferri, quanto d'ogn'
altra cofa appartenente alla fun
profeffione, difpenfandolo dal ren .
der conto. Difpenfiamo parimente
il Canonico D. Stephano de Marchii
, noftro Maestro di cafa , dal
render conto dellafua adminiftra
tione , della quale ci dichiaramo
pienamentefodis fatta , efacciamo
in virtù di questa noftra difpofitisne
ampla quittanka à tutti li fudetti
della loro amminiftratione.
Comandiamo alli noftri Secretarii ,
che confegnino al nostro Erede tutte
le fcritture Spettanti alli nostri
dritti , pretenfioni , & intereffi pecuniarii
, e che abbruggino ogn' altra
forte difcritture , che terranno
nelle loro fegretarie . Lafciamo al
nostro Erede tutti li crediti , che
Noi habbiamo con la Corona di Sue
C 6
60 MERCURE
tia , e con qualfifia noftro Minifiro,
ò altra perfona , fecondo le notitie,
che ne beverà dalle noftrefcritture.
Item vogliamo , che il nostro Erede
fodiffaccia alli legati , & altre
difpofitioni , che Noi habbiamo
fatte per via de noftri Brevetti
volendo , che fi habbiano per ex-,
preffi nel prefente Diploma .
Inftituimo noftro Erede univer-.
faliffimo con le fudette conditioni
& oblighi, il Sigi Cardinale Decio
AZzolini , al quale per le fue incomparabili
qualità, e per meriti
proprii, e per quelli , che ha acquiftati
con Noi nel corfo di tanti anni ,
dobbiamo questa dimoftratione
d'affetto , diftima, e di gratitudi-.
ne.Per noftro Efecutore teftamentario
inftituimo il Papa regnante ,
confidando , che haverà la bontà
d'accettar volentieri questa noftra.
difpofitione. Finalmente raccoman
GALANT . 6418
diamo con tutto l'animo alla protettione
del Papa , del Rédi Francia
e del Re di Spagna , & a
quella delnostro Erede la nostrafamiglia
, & particolarmente le nostre
povere Donne ; e questo vogliamo
, che fia il nostro Testamento, e
ultima volonta , quale vogliamo,
che vaglia per ragione di Testa
mento nuncupativo detto di ragione
civile fenza fcritti, efe per questa
ragione non valeffe , vogliamo , che
vaglia per ragione di Codicillo, è
Se per questa ragione non valeffe,
vogliamo de vaglia per ragione di
Donatione caufa mortis , e di qua
lunque altra ultima volontà , caffando
& annullando ogni , e qualun
que altro Teftamento da Noifatto
fino al prefentegiornoper gl' atti di
qualunque Notaro , e con qualsivogliaparole
, e clauſole , e derogatarie
di derogatorie , volendo , che
62 MER
CVRE
quefto ultimo folamente vaglia , &
babbia il fuo effetto , e la fua effecutione
nonfolo nel modo fudetto, mà
in ogn' altro migliore .In fedediche
babbiamo fegnato il prefente nofire
Diploma con nostra Realferma,
e fatto lo munire col noftro Sigillo
Regio. Dato in Roma primo Marzo
1689.
CRISTINA ALESSANDRA..
Quoy que par ce Teftament
la Reyne Chriftine de Suede
euft ordonné qu'elle feroit
enterrée fans aucune pompe ,
le Pape n'a pas laiffé de luy
faire faire de Obfeques proportionnées
à la grandeur de
fon rang. Elle avoit choifi fa
fepulture à la Rotonde , anciennement
le Pantheon , où
font enterrez plufieurs grands
hommes qui ont excellé dans
GALANT. 63
les Arts , du nombre defquels.
eft Raphaël , & fon Corps y
fut porté dans un de fes Carroffes
le 21. d'Avril , aprés
avoir efté expofé dans la ,
Chambre de l'Audiance depuis
le 19. jour de fa mort..
Ce Carroffe eftoit couvert de
drap violet , & onze autres le
fuivoient drapez de noir ..
Tous les Eftafiers marchoient
devant tefte nuë. Ils eftoient
veftus de deüil , & avoient
chacun un flambeau à la
main Le 23. on mit le Corps.
fur un lit de parade , couvert
d'un drap de brocard d'or
où il demeura expofé , revestu
d'un habit blanc avec le
Manteau Royal , le Sceptre à
la main , & la Couronne à la
tefte. La Meffe fut chantéc
par la Mufique de la Chapelle
64
MERCVRE
>
en preſence du Sacré College ;
& de la Maifon du Pape
& le foir du mefme jour ; on
tranſporta le Corps à l'Eglife.
de Saint Pierre. Toute la
Ville de Rome accourut pour
voir cette lugubre ceremonie.
Les Communautez & les
Confrairies marchoient deux
à deux , chacun un flambeau
à la main , & precedoient les .
Eftafiers , & les autres moindres
Officiers de la Maiſon de
cette Princeffe . Enfuite venoit
le Corps. Les coins du drap
eftoient foûtenus par les Gentilshommes
de la Chambre ,,
& les Prelats les fuivoient em
Cavalcade. Vingt Cardinaux.
affifterent à cette Proceffion
ainfi que tout le Clergé des
Bafiliques & des Parroiffes..
Aprés que l'on cut fait less
GALANT .
65
> on l'inprieres
ordinaires
huma dans la mefme Eglife
où l'on tient que Sa Sainteté
a refolu de faire dreffer un
Maufolée . Cette Illuftre
Reyne eft morte dans fon
Palais de la Longare qui eftoit
fort magnifique , & où il y
avoit de tres grands Appartemens
richement meublez
& ornez des plus beaux Tableaux
de l'Europe . Ils étoient
tous de la main des
meilleurs Peintres des derniers
Siecles . Outre une tresbonne
Bibliotheque , dans laquelle
eftoient quantité de
Manufcrits
" & entre autres
celuy de Pyrro Ligorio , de l'Architecture
, & celuy de Stephanus
de Urbibus , noté de la main
de Lucas Holftenius
avoit un Cabinet remply de
elle
66 MERCURE
Medailles les plus rares d'Agates
& de pierres precieuſes ,
avec des Statues & plufieurs
autres curiofitez , dont elle
avoit apporté une partie de
Suede. Le reste avoit efté
achepté à Rome , où elle dépenfoit
tous les ans prés de
quatre cens mille livres qu'elle
avoit de revenu , ce qui accommodoit
fort la Ville .
Ainfi l'on peut dire que cette
mort , celle du Conneftable
Colonne , & la fortie de Mr
le Marquis de Lavardin , y
feront fouffrir le Peuple , qui
tiroit des avantages confiderables
de la grande dépense
que faifoient ces trois perfonnes
. Cette Reyne , pour mieux
vivre avec l'éclat d'une fi augufte
dignité , ne fortoit de
fon Palais que quatre ou cinq
GALAN T. 67
"
fois l'année , mais c'eftoit toujours
avec un grand appareil .
Toute fa fuite , jufqu'à fon Cocher
, alloit tefte nuë . Elle a
efté particulierement recommandable
pour les belles connoiffances
qu'elle a tâché
d'acquerir dés fes plus tendres
années . L'amour qu'elle avoit
pour les belles Lettres l'engagea
à faire venir à la Cour
de Suede les plus fçavans
hommes de fon temps , à qui
elle fit de grandes liberalitez.
Mr l'Abbé Huet , nommé à
l'Evefché de Soiffons , fi connu
par fa profonde érudition ,
fut de ce nombre . Elle nâquit
en 1626. de Guftave Adolfe
Roy de Suede ; & de Marie
Eleonor , Fille de lean Sigifmond
, Electeur de Brande
bourg. Vous fçavez que Gu
68 MERCURE
>
ftave Adolfe a efté un des
plus grands hommes de fon
temps . Charles fon Pere , qui
s'eftoit fait Roy de Suede
avoit pris un foin particulier
de le faire élever dans l'exercice
des armes & dans l'étude
des Lettres , & fa mort artivée
en 1611. le laiffa heritier
de la Couronne à l'âge de
dix huit ans . Les Proteftans
d'Allemagne s'allierent avec
luy fous pretexte de Religion
, & ce fut ce qui donna
lieu aux grandes Conqueftes
qui le rendirent redoutable
à toute l'Europe . Les Rois
de Danemarc & de Pologne
& le Grand Duc de Mofcovie
l'ayant attaqué en mef
me temps , ne firent que tra
vailler pour fa gloire . Il fit
quitter la Livonie au Roy de
GALANT .
69
Pologne , & prit Riga qui en
eft la Capitale , & les deux
autres furent obligez de faire
avec luy un Traité de Paix .
Il paſſa la mer en 1630. & vint
donner du fecours à la Ville
de Stralfond dans le Duché
de Pomeranie . Les Imperiaux
l'avoient afficgée . Il les attaqua
enfuite dans le meſme
Duché , dans le Mekelbourg ,
& ailleurs , & la victoire le
fuivit par tout . Il conquit en
moins de trois ans les deux
tiers de l'Allemagne , depuis
la Viftule jufqu'au Danube
& au Rhin ; & enfin aprés
plufieurs ravages faits dans
le Palatinat , dans la Baviere ,
& dans quelques autres Provinces
, ayant donné la Bataille
contre Valftein à Lutzen
, Ville d'Allemagne en
70 MERCURE
>
la Mifnic , dans le voisinage
de Leipfic Il y fut tué de
deux coup de piftolet le 16.
Novembre 1632. dans ſa quarantiéme
année . Chriftine , fa
Fille , luy fucceda , & fut reconnue
Reine l'année fui .
vante fous la tutelle des cinq
grands Officiers du Royaume.
Elle en fit une abdication
volontaire en 1654. en
faveur de fon Coufin Charles-
Guftave , Fils de Jean Cafimir
, Duc de Deux ponts ,
de la Maifon des Palatins du-
Rhin & de Catherine de
Suede , Soeur de Guftave- Adolfe.
Ce Charles Guſtave
mouruten 1660. & laiffa un
Fils qui regue aujourd'huy
fous le nom de Charles XI.
La Reine Chriſtine ayant abdiqué
, fit profeffion de la
>
>
GALANT.
71
>
Religion Catholique le 3. de
Novembre 1655 , & alla à Rome
en 1666. où elle retourna
deux ans aprés pour y établir
fa refidence . Elle vint en
France dans la mefme année
1656. & témoigna ne ſe plaire
pas dans la converſation des
Femmes dont la maniere de
s'habiller luy fembla trop incomode.
Elle eft caufe qu'elles
fe font fervies de Jufte-aucorps
qu'elles portent encore
aujourd'huy à la Chaffe . Cette
mode fit naiftre celle des Vef
tes pour les Dames ; mais ces
Veſtes ne leur couvroient pas
la gorge. La Reine Chriftine
a paru avec grande pompe
dans toutes les Cours où el.
le a paffé , & on a vû un fort
grand nombre d'Ouvrages à
fa gloire. Il eft certain que
72 MERCVRE
fon genie eftoit extraordinaire.
Le Pape luy a toujours
donné de grandes marques
d'eftime . La grace qu'il avoit
´accordée à ceux de fa Maifon
, qui estoient bannis , ou
que l'on avoit condamnez à
d'autres peines , ne s'est étenduë
que fur fept ou , huit perfonnes
; les autres fe font retirez
n'eftant point compris
dans ce pardon . Un Envoyé
de Brandebourg a demandé
au nom du Roy de Suede , les
Pierreries , les Tapifleries &
les Tableaux que cette Reine
n'emporta hors du Royaume
lors qu'elle en fortit , qu'à
condition qu'ils feroient rendus
aprés fa mort . Le meſme
Envoyé a demandé au nom
de l'Electeur de Brandebourg
fon Maiftre , la reftitution de
la
GALANT.
73
la Dot de Marie- Eleonor fa
Mere . Elle eftoit Fille , comme
je l'ay dit , de Iean Sigif
mond , Electeur de Brandebourg
, & Tante du feu Ele-
Aeur Frederic Guillaume.
Le mois d'Avril a efté fatal
aux Perfonnes d'un haut rang.
Ce fut le 4. de ce mefme mois
que mourut l'Archiducheffe
Marie- Anne- Iofephe , Soeur
de l'Empereur. Elle eftoit Fille
de l'Empereur Ferdinand II I.
qui épousa en premieres Noces
Marie-Anne d'Espagne ,
Fille de Phillippes III . dont
il eut Leopold , aujourd'huy
Empereur, né le 19. Juin 1640.
& Marie Anne , Mere de
Charles I I. Roy d'Efpagne."
Il époufa en fecondes Noces
Marie Leopoldine , Fille de
l'Archiduc Leopold qui
Luin 1689.
·
D
>
74 MERCVRE
A
3
mourut en 1649. après avoir
mis au monde Ferdinand-
Charles Jofephe , Archiduc
d'Auftriche , mort à Lints le
17. Ianvier 1664. & en 1661 .
il prit une troifiéme alliance
avec Eleonor de Gonzague ,
Fille de Charles Duc de Mantoüe
,dont entre autres Enfans
il eut Eleonor Marie , Veuve
de Michel Koribut Vviefnovviski
, Roy de Pologne , mariée
prefentement avec le
Prince Charles de Lorraine
& Marie -Anne- Jofephe , née
en 1654. dont je vous apprens
la mort . Elle époufa en 1678 .
Guillaume - Jofephe - Igna , Jean
>
ce de Neubourg , Prince Electoral
Palatin , Ducde Juliers ,
Fils de Philippes - Guillaume ,
Duc de Neubourg , & d'Elizabeth
- Amalie de HeffeGALANT.
75
Darmftat . Il n'eſt point venu
d'Enfans de ce Mariage .
Vous avez déja veu quelques
Lettres en monofillables.
On avoit creu que ce nouveau
genre d'écrire n'eftoit
pas propre à une matiere de
galanterie , parce que les mots
de tendreffe , d'amour & de
paffion n'y peuvent entrer &
cependant ce qui fuit vous
fera voir qu'avec de l'efpric
il n'y a rien dont on ne vienne
aifément à bout.
A L'AIMABLE IRIS .
E ne dors ny la nuit , ny le jour je
ne fay ce que c'eft:je croy que ceft
unmal , qui vient de ce queje vouS
vis , ily a buitjours , au bout du
Cours qui est le long des bords du
Clain , dont les eaux & les flots
D 2
76 MERCURE

que
font un doux bruit . Prés de là ily
a un beau lieu plein de fleurs , où
le vent rend l'air fort frais ; là le
chant de ceux dont les corps font
tous les jours dans les airs, faitdans
un bois qui n'en est pas loin,
un tres- doux fon , qui fe joint au
bruit de ces eaux ; en un mot les
jeux & les ris s'y font voir. C'est
l'on vous voit bien desfois
le jour , fur tout vers le foir , &
dans ces beaux jours du mois de
May. C'est dans ce lieu où je me
vis pris par des noeuds & fous des
fers , dont le poids me fut bien doux
& qui m'ont mis fous vos loix. Dés
ce temps- là mon coeur fit des voeux
fi purs & fi forts que je n'ay des
foins que pour vous ; mais ce n'est
pas à tort , car vous voir , c'est voir
tout ce qu'on peut voir de beau . IL
fort de vos grands yeux bleus des
traits fi vifs & fi doux que mon
GALANT. 77
lys
coeur en eft tout de feu , & que
quandje lefens , ie ne fçay ce que
jefuis , ny ce que je fais ; je vais ,
je cours en tous lieux . Non , non on
nepeut voir ce teint fi frais & de
, ce front , vos dents fi bien
dans leur lieu , vos mains , vos bras ,
en un mot ce port , cet ar fi gay,
qu'on ne foit pris par tant de dons,
dont le Ciel vous a fait part . C'eft
ce quifait que quand j'ay le bien
de vous voir , mon canrfe rend, &
il n'en peut plus. Oüy , il enfort
cent fois le jour des , ha je me
meurs. Mais ce qui rend monmal
plus grand , c'est qu'en vous ie ne
vois rien que de dur & de fier pour
moy ; pour moy , dis ie , qui ne vis
que pour vous , qui n'ay un coeur
que pour vous , & qui ne fais des
voeux que pour vous . Dieux ! quel
fort eft le mien ? Peut on rien voir
defi dur? Ondit que le mal dont ie
D 3.
8 MERCVRE
>
me plains fi fort , est un mal que
fait un Dieu dont le nom n'ét pas fi
court que les mots dont ie me fers ;
mais quel que foit ce Dieu
il est
tres-vray qu'ilfait , qu'il y a dans
moy un ie ne fçay quoy pour vous
quife fent mieux qu'il ne fe dit.
En un mot moncoeur est tout à vous.
& ie vous fuis. x. x.x.
Aux bords du Clain le neuf
du mois de May.
Vous venez de voir une
Lettre en Profe d'un caractere
particulier ; en voicy une autre
en Vers qui a efté leuë icy
avec affez de plaifir pour me
faire croire qu'elle vous divertira.
Vous connoiftrez par fon)
titre de quoy il s'agit.
1
GALANT. 79
CONSOLATION
A Madame la Marquife de ...
fur un Fils unique qui luy
eft échapé pour le mettre
dans le Service .
N'Est- il pas temps enfin que
voftre douleur ceffe ?
Doit- elle inceffamment dur er?
Faut- iltoujours gemir & Soupirer,
Et par quelques revers que le deftin
nous bleffe ,
La raifon , la vertu venant nous
éclairer
Et fecourir noftre foibleſſe ,
Ne doivent- elles pas toutes deux
operer
Le prompt renvoy de la trifteffe,
Inutile & facheufe hofteffe
D 114.
80 MERCVRE
Qui de chez nous trop toft ne pert
fe retirer?
Cependant qu'est - ce done ? Vn pere
qu'on enterre ,
Yn Epoux expirant, font - ils voftre
douleur ?
Car, à voir combien elle ferre
Voftre bon & fenfible coeur ,
On croit qu'il eft frapé du plus rude
malheur
Dont avec toute fa rigueur
Le Ciel puiffe accabler une amefur
la terre.
C'est un Fils party pour la guerre ;
Mais vous craignez pour luy ; les
hazards , fon ardeur
Fettent dans votre efprit une af
fligeante peur.
Pourquoy de cespenfers qui rendent
l'humeur noire
Vous fatiguer ainfi l'esprit & la
memoire ?
GALANT . 81
Pourquoy pluroft ne penfer pas
Que ce Fils marchant fur les pas
Que fes nobles Ayeux luy tracent
dans l'hiftoire
Pourra cueillir comme eux , fans nul
finiftre cas,
Vne riche moiſſon de Lauriers & de
gloire?
Mais c'eft un Fils unique, belas
J'entens , voilà le point & la raifon
touchante
Qui vous accable & vous tourmente.
Dieux,il ne faut qu'un malheur,
dites.vous
Sur ce que peut lefort nous preparer
de coups ,
Doit on avoir l'amefi prévoyante?
Il ne faut à chacun de nous
Qu'unmalheur , & c'est fait de
tous..
Mais quoy ,faut il toujours trembler
dans fon attente ?
DS
82 MER CVRE
Sans vous tourmenter vainement,
Car que fert un eſprit dolent , mélancolique
?
Appliquez- vous uniquement
Afaire que ce Fils d'où vient vêtre
tourment
,
Ne foit plus votre Fils unique.
Faites - luy- moy bien promptemet
Cinq ou fix Freres feulement .
A quoy que votre foin s'applique
Pour luy marquer vôtre reffenti-
J
ment
Et faire voir combien fa conduite
vous pique ,
Vous ne sçauriez trouver plus de
contentement
Qu'au moyen que je vous indique..
Vite donc , travaillez à le mettre
en pratique ,
Et l'Epoux revenu , n'y perdez un
moment.
Pour fe danger d'un Fils d'eft un
party charmant
GALANT. 83
Vous l'alliez marier, & voyant qu'il
préfere
Le Service an plaifir de faire
De petits poupons , faites - en
De voftre chef,fans bruit & fans
cancan
Et lors qu'il ofe ainfi refufer d'eftre
Pere ,
Soyez vous - mefme à nouveaux
frais maman.
Ce confeil eftfort falutaire.
Je vous parle de bonne foy ;
Et fi dans le deffein qu'icy je vous
propose
Vous me jugez de quelque employ
Me faire defefte je n'ofe,
Mais vous fçavez affez, je croy,
Que fi par bonheur je connoy
Qu'en grande ou qu'en petite
chofe ,
Vous pouviez- vous fervir de moy,
D &
84
MERCVRE
Mon panchant ne veut pas que je
demeure coy ,
Dans l'extrême douleur fur tout où
je vous voy ;
Et pour vous en oster la cauſe ,
Belle Marquife, helas ! de quoy
Ne ferois-jepas preft à me faire une
Loy ?
Je vous envoye un Printemps
plaintif. Il eft affez ordinaire
à ceux à qui l'amour
n'eſt pas favorable , de voir à
regret que les beaux jours renouvellent
. Je ne fçay de qui
font les paroles , je fçay feulement
que l'Air eft de Mr Normandeau
, Organiſte du Col
lege de Navarre.
GALANT . 85
AIR NOUVEAU.
CEffez
, beaux
Effex , beaux iours , ceffez;
Zephire
Ceffez de revenir deformais en ces
lieux.
L'obiet dont les aimables yeux
Sont les Auteurs de mon cruel
martire ,
Yous bannit du feiour le plus deli
cieux.
C'est en vain que pour vous dés
long- temps je foupire ,
Vos charmes luy font odieux.
Ceffez beauxjours , ceffez , Ze
phire ,
Ceffe de revenir deformais en ces
lieux.
Sa rigueur qui fait que j'expire
Feroit de vous les jours les plus
affreux.
Son coeur estun rocher quiiamais ne
refpire
86 MERCURE
Que laglace & l'horreur d'un hil
ver rigoureux.
Ah n'est-ce pas affez vous dire?
Ceffez beaux iours , ceffez , Zephire
,
Ceffez de revenir deformais en ces
lieux.
?
Monfieur le Duc de Savoye
a fait un Voyage à Nice , où
il n'avoit point encore efté
& l'on peut dire
que ce
Vovage s'eft fait avec une
dépenfe magnifique . Il y
arriva accompagné de toute
fa Cour , le Lundy 18. Avril
fur les cinq heures du foir
& ne voulut point que la Nobleffe
& les Officiers de la Ville
vinffent au devant de luy
pour des raifons qu'il fe referva
de faire conoitre aux Echevins.
Si toft qu'il fut à la veuë
GALANT. 87
de Nice , le Canon commen-
са à tirer , & tira trois fois au
nombre de foixante & quinze
pieces. La Citadelle tira auffi
enfuite tout fon Canon jufques
à trois fois . Il y eut une
fi grande foule de Peuple
dans toutes les rues , que l'on
avoit peine à y paffer , pour
le concours extraordinaire de
toutes fortes de perfonnes
accourues de tous coftez . La
Ville marqua fa joye par des
Illuminations qui furent faites
trois fois , & pendant lef
quelles le Canon recommend
ça à fe faire entendre . Deux
cens Pefcheurs qui avoient été
à la rencontre de fon Alteffe
Royale , veftus en Mariniers
& portant un Etentard où
eftoient fes armes , amenerent
an Bateau les deux premiers
88 MERCURE
foirs devant fon Palais , & ils
y mirent le feu . Ils vouloient
faire la mefme chofe le troi .
fiéme foir mais on les en
>
empefcha à cauſe de la trop
grande chaleur , & de l'incommode
fumée qui en venoit.
Nice eft une Ville de
Provence avec titre de Comté.
Elle eft fituée dans une
Campagne tres- fertile , au
pied des Alpes , & au bord
de la Mer , entre la Riviere
du Var , & Ville- franche qui
eft le Port. Elle fut d'abord
une Colonie des Marfeillois
& après avoir efté foûmiſe
aux Romains , aux Rois de
Bourgogne , & aux Comtes
de Provence , elle a paffé fous
la Domination des Ducs de
Savoye . Ce fut du temps
d'Amedée VII. qui n'eftoit
GALANT. 89
}

alors que Comte de Savoye ,
Amedée VIII. fon Fils en
ayant efté le premier Duc,
Le Château de cette Ville eft
tres fort : & ne put eftre pris
lorfque la Ville fut prife par
l'armée du Roy François I.
L'Amphitheatre , les Infcriptions
, & d'autres reftes que
l'on y voit , prouvent fon antiquité.
Elle n'est pourtant
devenue confiderable , que
depuis qu'elle s'eft augmen.
tée fur les ruines de Cemele
qui eftoit la Capitale , & le
Siege du Gouverneur des AIpes
maritimes , & qui fut ruinée
par les Gots & les Vandales
dans le fixième fiecle
felon quelques-uns , & felon
les autres , par les Lombards
ou les Sarrafins dans le feptiéme
ou huitiéme fiecle . Le
90 MERCURE
Siege de l'Evefché fut enfuite
transferé à Nice , qui n'étoit
qu'un Bourg randis que
Cemele eftoit une Ville floriffante.
Monfieur le Duc de Savoye
alla fe promener fur la
mer le lendemain de fon arrivée
& le Canon de la Ville tira
ainfi que celuy de la Citadelle,
lors qu'il s'embarqua &
qu'il débarqua. Le 20. il pric
le mefme divertiffement avec
Madame la Ducheffe Royale
, accompagnée de toutes
les Dames & des Cavaliers de
la Cour. On ne rentra dans
la Ville qu'à une heure de
nuit , & l'on trouva les Echevins
à la porte qui attendoient
avec un grand nombre
de flambeaux . Il ne s'eft
depuis paffé aucun jour , que
Son Alteffe Royale n'ait eſté
GALAN T.
91
fe promener au bord de la
mer , mais fans vouloir que
l'on tiraſt davantage le Canon
, quoy que les Sindics le
fiffent tenir tout preft. Le 21.
ces Sindics & les Officiers de
la Ville firent prefent à ce
Prince de huit cens piftoles
de Savoyes , en pieces de cinq
piftoles , dans une bourfe de
fatin blanc brodée d'or , ou
d'un coſté eftoit un Aigle fur
un roc , armes de la Ville , &
de l'autre un Citronnier qui
portoit des fruits , dont on
voyoit quelques - uns en maturité
avec ces mots , non uno
omnia partu. C'est l'ufage de ,
Savoye de faire des prefens
en argent la premiere fois
que les Souverains vont en
quelque Ville de leur domi
3 nation. On prefenta auffi à
8
92 MERCURE
,
Madame la Ducheffe Royale
cinq cens piftoles de Savoye
en une piece de vingt cinq
piftoles , en une de quinze en
trois de dix , & le refte en pieces
de cinq piftoles , dans une
bourfe auffi de fatin blancoù
d'un coſté eftoit un pefcher
fleury avec ce paroles , de cortice
gemma. Le 22. la Ville fic
porter à leurs Alteffes Royales
un magnifique prefent de deux
caiffes rouges , longues environ
d'une aune & un quart ,
larges d'une demi - aune > &
hautes d'un tiers . Elles étoient
divifées en trois étages . Dans
le premier il y avoit diverfes
effences & pommades ; dans le
fecond , des gands de chien &
de chamois de differentes couleurs
& fenteurs ; & dans le
troifiéme des poudres de fenGALANT.
93
teur & des favonnettes pour
les mains . Sur ces caiffes étoient
les armes de fon Alteffe
Royale & celles de France en
broderie d'or d'un demy- pié
de hauteur meſlée d'Aigles , le
tout d'une delicateffe & d'un
travail admirable. Ce nouveau
prefent fut accompagné de
plufieurs autres caiffes , fçavoir
de trois affez grandes pleines
de cire ; d'une autre pleine de
fucre rafiné à Nice , & auffi
bonque celuy de Venife ; de
huit autres de vin rouge le
plus delicatde tout le Pays ; de
quatre , de Verdée de Florence
; de fix d'un vinaigre tresexquis
; & de quatre , quatre , pleines
d'eau d'une nouvelle compofition
, & d'un prix confiderable.
Outre ces caiffes , il y avoit un
grand panier d'huiftres , cinq
(94
MERCVRE
grandes corbeilles de gros citrons
, une caiffe d'oranges de
Portugal ; une autre de citrons
auffi de Portugal ; une caiffe de
limes, quatre corbeilles de pois
verds ; deux corbeilles de diverfes
fleurs ; quatre petits
Figuiers plantez dans des vafes
& portant des Figues qui
commençoient à eftre meures
; une caffette Rouge d'effences
les plus precicules , un
baril de mufcat avec un autre
pareil de vin blanc , & un
autre de vin rouge ,
le tout
du crû du Pays. Son Alteffe
Royale fut tres fatisfaites
& témoigna prendre grand
plaifir à fe laiffer approcher
par les Pefcheurs & les Payfans
aufquels Elle prefentoit
fa main à baifer. Ce fut auffi
unfujet de joye à ce Prince ,
GALANT.
95
1
C₁
CP
de voir tant de marques d'une
affection fincere dans ce
Peuple qui s'empreffoit à
eftre tous les jours fur fon
paffage , & qui ne ceffoit de
crier Vive fon Alteffe Royale
La Semaine fuivante , Monfieur
le Duc de Savoye alla
vers l'emboucheure du fleuve
Var , pour entendre le grand
bruit qu'il fait lors qu'il entre
dans la Mer . Mr le Vicelegat
d'Avignon vint de Cemelle
où il demeure en la
Maiſon du Comte de Gubernatis
, pour luy faire compliment.
Mrle Prince de Monaco
vint auffi rendre vifite . Il fut
receû comme Duc & Pair de
France , & en cette qualité il
demeura couvert.
En vous parlant la derniere
fois de la mort de Mr Bruant
96 MERCVRE
des Carieres , Maistre des
Comptes Seigneur de Barangeville
, & de la Riviere ,
cy-devant Refident pour le
Roy à Liege , je remis à ce
mois- cy à vous entretenir de
plufieurs chofes qui fe font
paffées dans le temps de fon
employ. Comme elles font
voir l'efprit des Peuples de ce
Pays- là , qui ne fçauroit demeurer
longtemps dans une
mefme fituation , je ne doute
point que la connoiffance particuliere
qu'elles , vous en donneront
, ne vous tienne lieu
d'une nouvelle agreable , dans
l'eftat où se trouvent aujourd'huy
les affaires de l'Europe .
Il y a plus , & vous le verrez
dans la fuite de cet Article . Le
Pays de Liege eft un petit Etat
environné de toutes parts des
Places
GALANT.
97
3
es
Places de France & d'Espagne ,
& de celle des Provinces Unies
& des Etats de Juliers . Quoy.
que l'Evefque de Liege foit
Seigneur fpirituel & temporel
de tout ce Pays , les Etats ne
laiffent pas d'avoir beaucoup
de pouvoir. Ils font compofez
du Corps Ecclefiaftique ; qui
confifte au feul Chapitre de
la Cathedrale de S. Lambert ,
dont les Chanoines font preuve
de feize quartiers ce qui
fait que l'Evefque leur Prince
les traite ordinairement de
Nobles tres - chers & bien - aimez
Confreres. Le fecond
Corps de cet Eftat eft celuy
de la Nobleffe , & le troi
fiéme celuy qui eft appellé le
Tiers Eftat: Le Confeil d'Eq
ftat , nommé communement
la Regence , eft compofé de
Iuin 1689. E
STALE8
IBLIBY
MERCURE
quelques Chanoines de la Ca- Yohedrale
, choifis par le Prince
1813 la volonté & ce Confeil eft
perpetuel. Il y a outre cela
de Confuls qui jugent des
caufes civiles & criminelles ,
& les Magiftrats ou Bourgmeftres
qu'on crée tous les ans le
jours de S.Iacques , & qui ne
connoift que de la Pelice de la
Ville , comme ce Pays eft enclavé
entre quatre Puiffances
qui fe font fouvent la guerre ,
Liege eft un pont à chacune
pour aller à fes Ennemis
paffage pour leur retraite , un
magazin pour leur fubfiſtance,
& enfin un dehors & un pofte
avancé pour leurs Eftats.
Cette fituation eft extremement
importante à tous ces
divers Volfins , & il n'y a que
par la feule Neutralité que ce
, un
GALANT.
୨୨
es
10
e
Pays fe peut exempter de devenir
le Theatre de la guerre.
Le feu Electeur de Cologne,
Evefque & Prince de Liege ,
protefta toujours qu'il vouloit
fe conferver dans cette neutralité
avec tous les Rois , Princes
, & Potentats fes voiſins ,
& fur tout avec la France . Le
Roy ayant refolu de punir l'ingratitude
des Hollandois , &
L'infolence avec laquelle ces
Republiquains traitoient tous
les Souverains de l'Europe
leur declara la guerre en 1672.
Sa Majesté eftant obligée pour
aller à eux de faire paffer une
partie de fes Troupes fur le
Pays de Liege , & de rechercher
l'amitié du Prince & des
Etats , eut befoin d'avoir pour
cela un homme habile & intelligent
, qui connParfaite
FLYON
*
1893
*
VILLE
100 MERCVRE
>
ment le genie des Habitans de
la Capitalle , qui eft une grande
Ville , remplie d'une populace
de toutes Nations , qui fait une
grande Communauté , compofée
de trente - deux Metiers.
Tous ces divers Corps ont
beaucoup de prérogatives &
de privileges qui les rendent
infolens mal intentionnez
pour les Etrangers , envieux
& feditieux . De fi farouches
efprits devant faire de la peine ,
il falloit un homme qui euft
les qualitez propres à les ména
ger. On eut recours au Prince
& à fon Confeil pour en avoir
un, & on jetra les yeux for Mr
Bruant des Carrieres , Sujet
de Sa Majefté , qu'une maladie
populaire avoit obligé de
fe retirer depuis quelquetemps
à Dinan , & qui retour-

GALANT. 101
K
S
ſt
ace
bir
Mr
jet
lade
ue
.
ur
.
na à Liege , où il établit auffitoft
par ordre du Roy & du
Confeil du Prince de Liege
un Bureau de relais , ' de Poftes,
de, diligences , & de contributions.
C'eftoit comme le
centre où fe devoient reünir
toutes les correſpondances
qui regardoient les affaires
de Sa Majesté en 1671. tant à
l'égard de l'Empire que des
Couronnes du Nord , ce qui
luy donnoit de grandes lumieres
pour fervir utilement.
commiffion principale Sa
>
eftoit de veiller fur les actions
des Etats voisins & d'en
donner des avis certains au
Roy & à fes Miniftres. Il employoit
en mefme temps tous
fes foins à tenir le Prince
& les Etats de Liege fidellement
attachez à la Couronne
E 3
102 MERCVRE
4 à
de France . L'application qu'il
avoit àtout , luy fit découvrir
heureuſement les cabales que
le fameux Baron de Lifola entretenoit
avec quelques membres
du Chapitre , qui voulant
implorer le fecours de
l'Empereur , avoient deputé
à la Diette & à Vienne
l'infccu de Son Alteffe Elec
torale , leur Prince . Il penetra
de plus les projets que
les Ennemis
avoient formez , de
s'emparer de la Ville & Citadelle
de Liege , de s'introduire
dans les Poftes & Châteaux
du pays le long des
Rivieres d'Ourt , de Veſe , &
mefme dans la Ban lieuë , &
juſques aux portes de la Capitale
, dans le deffein de s'en
rendre maiftres par l'intelli
gence qu'ils avoient dans le
GALANT . 103
Chapitre . Cette connoiffance
déconcerta tellement les confeils
des Efpagnols & des Hol
landois , qu'ils ne trouverent
point de meilleur & de plus
prompt expedient pour le
fuccés de leur entreprife , que
de fe défaire de Mr Bruant
Miniftre de France. Dans ce
deffein ils fubornerent un Caporal
des Gardes du Prince
d'Orange , & l'envoyerent en
cafaque de toille bleue devant
fon logis pour y fervir d'Efpion
, & tacher d'executer leur
pernicieux deffein . Ils firent
d'ailleurs tout ce qu'il leur
fut poffible pour l'ntimider par
la canaille affemblée , & par de
groffes & furieuſes menaces de
gens de la lie du Peuple , attroupez
aux environs du lieu
où il demeuroit , & enfin ils
E 4
104 MERCURE
prirent une derniere refoluz
tion d'attenter à fa vie . Ils employerent
pour une action fi
deteftable un Soldat de la Com.
pagnie des Grenadiers du Capitaine
du Mont , engagé dans
le fervice du Prince d'Orange ,
nommé Veribeule
, en luy
promettant pour récompenfe
une Compagnie d'Infanterie.
Ce Soldat qui fut furpris dé
guifé & veftu de bleu , avoit
entrepris de l'enlever mort
ou vif, & c'est ce qui demeure
conftant par les Interrogatoires
qui luy furent faits le 11 .
Avril 1671. Peu de jours auparavant
Mr de Strasbourg luy
avoit donné avis de Bonn ,
machinoit quelque qu'on
chofe à Liege contre fa perfonne
. Il luy confeilloit de
changer de quartier , & d'aGALANT.
105
1
bonne
voir toujours une
garde dans fon voisinage
mais Mr des Carrieres ne jud'en
ufer gea pas à
propos
ainfi , de peur de marquer de
la foibleffe dans une occafion
où il eftoit neceffaire de faire
voir de la fermeté pour le
fervice du Roy fon Maistre.
Il envoya plufieurs Depelches
à la Cour pour donner
avis à Sa Majefté & à fes Miniftres
de tout ce qui fe paffoit
à Liege en 1674 & le
Roy eftant bien informé de
toutes les confpirations qui
fe faifoient contre la perfonné
de fon Refident en
fit des plaintes aux Magiftrats
de la Ville. Voicy la réponſe
qu'ils luy firent..
E
S
2
106 MERCVRE
SIRE ,
Par celle que Voftre Majefténous
a fait l'honneur de nous envoyer,
dattée du 22. du courant , laquelle
nous avons reccuë avec touteforte
de respect & de foumiffion , ayant
reconnu quefur les informations , à
Elle données par Mr des Carrieres,
fon Refident en cette Ville, de quelque
entreprise contre fa perfonne,
ta volonté de vostre Majefteferoit
qu'il fuft icz en une entierefeareté,
nous venons par celle - cy affeurer
Voftre Majefté de nos intentions
toutes conformes , & que depuis
que nous fommes entrez dans
Padministration , nous n'avons
rien laiffé en arriere pour le garen-.
tir de toute infulte , & luy procurer
la feureté qui luy eft deuë. Auffi à
la premiere nouvelle de la derniere
confpiration quife tramoit contre
GALANT. 107
t
luy, (Ce mot de derniere eft une
preuve qu'il y avoit eu d'autres
confpirations. ) nous avons fait
Saifir emprisonner quelques Accufez
, aufquels on fait le procés
dans les formes ordinaires à futur.
Nous affurons encor Vostre Majesté
que nous y continueros tous nos foins,
& que nous tiendrons une telle conduite
pour fon affurance , que nous
efperons que Voftre Majesté enfera
entierement fatisfaite , la priant
cependanttres humblement de nous
continuer l'honneur de fes bienveillances
& bonte Royales ,
puis que nous sommes tres- affurement
,
SIRE.
De V. M.
-
Tres humbles & tres- obéiffans
Serviteurs Les Bourg - meftres &
Confeil de la Cité de Liege.
Le 30. Septembre 1674. e
E
6
108 MER CURE
Par Ordonnance de Mefdits Seigneurs.
Du S ARCK.
On a auffi de bons Memoires
des difcours publics & des
Harangues que Mr des Car
rieres a prononcées avec force
& fermeté dans le Chapitre
de la Cathedrale , ou au
Confeil Privé , c'est à dire , à
ceux qui gouvernent . le ne
parle point des autres Ecrits
& des Remontrances , dont
les unes ont efté données au
public , & les autres font de-
-meurées parmi fes papiers. Ce
qu'il y a de fort remarquable ,
c'eft qu'en beaucoup de tencontres
, on fe remettoit à fa
prudence pour agir comme il
le croyoit le plus à propos.
La plus confiderable de fes
actions a esté d'avoir décou
GALANT. 109
1
1-
fa-
OS
il
fes
2
vert ce que projetoit le Cardinal
de Bade , qui n'eftoit à
Liege que pour faire reaffir
le deffein de la Triple allian
ce concerté à la Haye en
1672. entre les Miniftres de
l'Empereur & des autres Princes
. Il fe formoit un grand
party dans la Ville de Liege
dont on devoit s'emparer
ainfi que des poftes principaux
du Pays . Le Baron de
Lifola Envoyé Extraordinaire
de Sa Majefté Imperia
le , vint en perfonne à Liege
en 1674. pour jetter les fondemens
de ce grand deffein..
Le Cardinal de Bade s'y ren
dit enfuite fur la fin de la
mefme année , accompagné
de quantité de gens de guer
re & d'Officiers , qui pofoiena
& relevoient la garde à fa
>
110 MERCURE
porte comme on auroit fait
pour un Souverain dans fes
Etats . Mr des Carrieres s'êtant
apperceu des cabales que
ce Cardinal formoit dans le
Chapitre , & de la divifion
qu'il femoit dans le Confeil
& parmi lesprincipaux Bourgeois
pour les faire foûlever
contre leur Prince legitime ,
obferva fi bien tous les pas &
toutes les actions , qu'ayant
eu avis qu'il faifoit un grand
magazin de Marchandifes de
contrebande
, qu'il pretendoit
faire paffer en Allema
gne avec fon bagage , il en
informa M. le Comte d'Eftrades
, Gouverneur
pour le Roy
à Maftric . Ce Gouverneur
fit
mettre auffi toft plufieurs
Partis en campagne
pour, fe
hifir du bagage de cette
·
GALANT.
1-
a
en
raoy
fit
Cars
r
ece
d
Eminence , parmi lequel on
trouva tous fes Memoires &
Inftructions qui firent con .
noiftre le veritable fujet de
fon fejour à Liege pendant
les mois de Janvier , Fevrier
& Mars de l'année 1675. ce
qui alloit à renverser tout
PEtat , & à changer le Gouvernement
tant au fpirituel
qu'au temporel . Cette heureufe
découverte fut un effet
de la vigilance du Refident
de Sa Majeſté à Liege mais la
plus importante de toutes fes
negociations fut la dexterité
avec laquelle il tourna l'efprit
du Baron de Vierfet qui
commandoit pour fon Altef
fe Electorale dans la Citadelle
de Liege . I le menagea
bien qu'il le fit refoudre à recevoir
le fecours que le Roy
f
112 MERCURE
que
luy offroit pour conferver à
fon Maiftre la Neutralité
luy vouloit ofter l'Empereur.
Aprés qu'il luy eut fortement
reprefenté que les follicitations
& les prieres armées
s'écoutoient plus volontiers
que celles qui ne font
foûtenuës que du foible appui
des confiderations honneftes
& civiles , ce Commandant
fit fa declaration publique
par quelques volées de Canon
fur la Ville ce qui ne
fe paffa pas fans quelque émotion
du Peuple qu'échauffoit
la prefence du Cardinal , de la
maifon duquel les Chefs de la
fedition fortirent , criant dans
les Places publiques Aux
armes , vive l'Empereur. Mr des
Carrieres , pour tenir les cho-
Les dans l'eftat avantageux où
J
2:
.
GALANT.
113
elles eftoient , alla de la Citadelle
à Maftric , folliciter du
fecours , & toutes les chofes
neceffaires pour munir la Pla
ce. Il envoya un Trompette
aux Magiftrats de Liege , pour
leur faire entendre qu'on n'en
vouloit point à la Ville , & que
l'on eftoit bien éloigné de fonger
à rompre la neutralité, puis
qu'il y avoit laiffé fa Femme
& fes Enfans , qui eſtoient des
gages affurez de ce qu'il leur
avoit fait efperer de la part
du Roy > mais qu'il falloit
faire fortir de leur Ville les
principaux Seditieux , & fixer
leur demeure en des lieux cer-
15 tains pour y vivre en Bourgeois
neutres. Les Magiftrats
lay envoyerent des Députez
à Maftric , & firent faire des
Complimens à Mr le Comte
es
0.

114 MER CVRE

>
d'Eftrade , les affurant l'un &
l'autre qu'ils fatisferoient à
leur devoir. La Place eftant
bien munie d'hommes de
vivres & de munitions de
toutes fortes , les Ennemis fe
trouverent decheus de leurs
efperances & le Cardinal
fortit de la Ville remply de
confufion. Le Roy fit fçavoir
à fon Refident qu'il eftoit du
fervice de Sa Majesté qu'il
retournaft à Liege quand il
pourroit , & qu'il fe logeaft
fous la garde de la Citadelle
Le Commandant luy mit fentinelle
& Corps de garde , &
Mr des Carrieres receut auffitoft
pouvoir de la Cour pour
publier les Inftructions , Lettres
, Papiers & Chifres du
Cardinal de Bade , & les faire
reconnoiftre juridiquement
GALANT.
115
}
C
8
DI
du
C
par ceux qui y avoient intereft
. En mefme temps il fit
dreffer un Procés verbal avec
ce titre ; Voyage de Mr le Car
dinal de Bade , & fon fetour à
Liege. Toute cette expedition
fut d'un grand éclat , &
le bruit s'en répandit chez
tous les Voifins , Amis & Ennemis.
Les Ambaffadeurs , les
Envoyez , les Agens & Refidens
de Sa Majesté dans toutes
les Cours de l'Europe , en
firent des complimens à Mr
des Carrieres ; & luy donnerent
les éloges que meritoit
une action fi ferme & fi vigoureuſe.
Voiey les premieres pages
du Procés verbal dont
viens de vous parler. Ie vous
les envoye dans le ftile où il
Ca efté dreffé . Il s'agit d'une
116 MERCVRE

affaire paffée , & cependant il
n'y a rien qui doive eftre plus
de faifon aujourd'huy que le
recit de cette intrigue , puis
qu'elle fait voir que dés ce
temps - là , la Maifon d'Auftriche
avoit refolu de fe rendre
maiftreffe du fpirituel &
du temporel de l'Evefché de
Liege , de difpofer de l'Electorat
de Cologne & de
mettre la Cour de Rome dans
fes interefts , en paffant , pour
venir à bout de ſes deffeins ,
par deffus toutes les regles du
droit & de la justice , ce qui
fert de condamnation contre
eux dans l'affaire de Mr le
Cardinal de Furftemberg .
Tout ce qu'on a fait contre
Juy n'eft qu'une chicane de la
Cour de Rome, & de la Maifon
d'Auftriche . On vouloit eſtre
GALANT. 117
S
maiſtre de ces deux Evefchez
dés le temps qu'on n'avoit
point de pretexte pour fe
plaindre de Mr de Furftemberg
, & qu'il n'y pretendoit
pas , & l'on a continué dans la
mefme refolution , lors qu'il
s'eſt vû en eftat d'en eftre
pourvû, & qu'il l'a efté legitimement,
C'eft un fait conftant
, c'est une intrigue de
la Maifon d'Auftriche commencée
il y a vingt ans. Elle
veut difpofer abfolument de
l'Electorat de Cologne & de
Evefché de Liege ; elle a
mis Rome dans fes intereſts
& ces deux Puiffances refoluës
de pouffer leur violence
contre un Prince legitimement
pourvû , ont allumé la
guerre qui coûte déja tant de
fang , & la perte de tant de
1%
718 MERCVRE
Villes , qui a ruiné la Religion
Catholique en Angle
terre , & qui l'aboliroit dans
toute l'Europe , fi le Roy de
France n'eftoit pas affez puiffant
pour s'opposer à tous les
Princes que Rome & Vienne
ont faite armer contre luy
fans avoir égard à la Religion
, puis que ces deux Puiffances
fe font liguées avec des
Proteftans , pour combattre les
Troupes de France qui font
toutes Catholiques . Ce qui
fuit juftifiera tout ce que j'ay
dit touchant le procedé violent
& obftiné de la Maifon
d'Autriche à l'égard de l'autorité
qu'elle a pretendu , &.
qu'elle pretend encore ufurper
fur l'Electorat de Cologne ,
& fur l'Eveſché de Liege . Voicy
ce que porte le Procés ver
GALANT. 119
bla , auquel on a joint des Copies
de tous les Papiers dont
on y parle.
Le Voyage de M. le Cardinal de
Bade à Liege n'a pas efté un mistere
; on en fçavoit la fin avant qu'il
fuft party de fon Abbaye de Fulden
pour s'y rendre. On fçavoit qu'il y
eftoit venu par refultat confiftorial
de la Maifon d'Auftriche pour s'y
faire élire Coadjuteur , du confen
tement , fi on pouvoit , de Son Alteffe
l'Evefque & Prince de Liege,
finon de s'y pouffer & intrure dans
l'adminiftration
par toutes voyes.
On Sçavoit mefme qu'il ne bornoit
pas fa pretention au feul Evef
ché de Liege, & que
estoient fails auffi pour l'Electorat
& Archevefché de Cologne
qu'on devoit commencer par la
Coadjutorejie de Liege , comme un
les
projets
,
نم
120 MERCVRE
cheminfeur pourparvenir à celle de
Cologne. On n'ignoroit pas les voyes
que ce Cardinal avoit tenuës pour
s'acquerir l'idoneité ; &la premiere
capacité deparvenir à celle de Liege
, on veut dire , la maniere dont
il s'eftoit fait Chanoine . On luy
avoit veu obtenir fans fondement à
Rome un per obitum , du Canonicat
de M. d'Allamont , Evefque
de Gand , mort à Madrid , dont la
collation & difpofition appartenoit
à M.l'Evefque& Prince de Liege ,
qui l'avoit auffi conferé au Fils du
Comte de Berloz , Gouverneur d'Ingolstad
. On avoit remarqué que
M. le Cardinal de Bade ne pouvant
Pas eftre admis àfaire une Refidence
, en vertu d'un titre de cette qualité,
& fur un Canonicat litigieux,
&bien moins établir la qualité effentielle
pour parvenir à la chofe
où il buttoit ; & qui preffoit felon
les
GALANT. 121
les interefts de la Maison d'Auftri
che , avoit pratiqué ou pourparler
plus jufte , emprunté une autre Prebende
dans l'Eglife de Liege , fçavoir
celle de l'Archidiacre Bokholz,
Frere du Grand Commandeur de ce
nom , qu'on avoit fait pratiquer.
par le Grand Prieur de fon Ordre ,
pour difpofer fon Frere à luy refi
gner la fienne , & rendre ce fervice
à la Maifon d'Auftriche , &
qui le fitfaire en effet , mais à condition
de la luy rendre ou une autre
àfa difpofition , ce qui a eftéfort
bien executé , comme on le juftifie
q par une Lettre dudit Sr. Cardinal
de Bade écrite audit Sr.Commandeur
de Bokholz , par laquelle il luy
mande que pour fe délivrer des
continuelles inftances que luy faifoit
le Sr.Chanoine de la Margelle,
chat Son Neveu , & pour feconder fes
foabaits ( cefont festermes ) il luy
Juin 1689. F
122 MERC VRE
envoye uninftrument en blanc , qui
eftoit fa demiffion de la Prebende
litigieufe , pour la remplir du nom
de qui il luy plairoit , laquelle procu
ration on dit avoir efté remplie par
ledit Sr Commandeur de Bokholz
du nom du Sr Roco , fon Gentil-
>
homme , que l'on ajoûte
l'avoir
dé.
ja permutée
avec
le Sieur
Mean
contre
fa Dignité
d'Escolastre
, &
une Prebende
de Tongre
. On n'avoit
pas mefme
negligé
d'obferver
l'empreffement
de Monfieur
le Cardinal
de Bade, à fe faire
admettre
à pouvoir
faire
fa refidence
contre
le
Statut
du Chapitre
, qui ordonne
que les nouveaux
Pourveus
pourront
estre
admis
à faire
leur
refidence
qu'aprés
deux ans , & que
pour passer
par deffus
cette loy commune
, il avoit
fallu
employer
le nom.
& l'autorité
de l'Empereur
pour s'en
, ne
GALANT. 123
3011
s'en
le
ne
>
faire relever & diſpenſer. On fçavoit
que lesfactions & les intrigues
avoient efté difpofées pour cela
tant à Cologne , qu'à Liege , par le
Baron de Plitterdorff, Miniftre dudit
Sieur Cardinal de Bade , fur les
Plans qui en avoient eftéfaits , &
les difpofitions qui en avoient esté
établies par le feu Baron de Lifola .
On avoit veu de bons Memoires
qui avoient efté interceptez plus
de fix femaines avant l'arrivée de
ce Cardinal à Liege , qu'on fit voir
dés lors aux principaux de la Ville
qui s'en fouviendront bien, lefquels
Memoires établiffoient par diftintion
lafaction qui devoit fervir à
Liege , & celle qui devoit agir à
Cologne , pour faire réüſſir l'un &
l'autre de ces deffeins. La faction
de Liege devoit etre conduite par
le Sieur Harenne , Chanoine de S,
1
#
F 2
124 MERCURE
Jean de Liege , Domestique de M.
le Nonce de Cologne , que ce Nonce
luy devoit donner , & qu'il luy a
donné en effet, comme propre àfaire
A Liege les negociations neceffaires
& fans fufpicion. D'autres des plus
confiderables de Liege y avoient
leurs emplois , les uns de principal
mobile, d'autres des perfonnes affeurées
& neceffaires felon leurs cara-
Eteres& qualitez , quoy que peuteftre
plus felon la deftination &
l'inclination de ceux qui avoient
fait ces intrigues & dressé ces Memoires
, que par l'engagement des
perfonnes nommées . Les inftrumens
choifis pour la faction de Cologne
eftoient le Comte de Mandercheit ,
Doyen; le Vicaire General ; le Do-
Eteur Gemer , Chanoine de Cologne ;
le Baron de Deuring ; le Docteur
Biltin. Ily avoit mefme des Demoifelles
de Reufchemberg & •
GALANT. 115
Hes
ens
eit
Do
nati
D
d'autres du Monaftere de Sainte
Marie in Capitolio , qui estoient
employées dans cette intrigue. Les
Conventicules s'en tenoint chele
Prieur des Carmes Déchauffez de
Cologne , où prefidoit le Baron de
Phitterdorff, qui en eftoit le Chef.
On avoit bien à Liege des avis de
Rome que l'ony follicitoit ardemment
des Brefs ad Capitulum ,
Pour l'obliger fous des pretextes de
neceffité de Guerre , & de nonrefidence
de Son Alteffe Electorale,
de proceder à l'Election d'un Coadjuteur
, etiam invito Epifcopo.
L'Ambaffadeur de France en ladite
Cour , avoit informé le Roy fon
Maistre des poursuites que Mr.le
Cardinal de Bade y faifoit , non
feulement pour l'Evefché de Liege,
mais pour celuy de Strasbourg ; &
tous ces avis & memoires dont on
n'avoit pas toutes les preuves ,
F 3
126 MER CVRE
avoient bien preparéles efprits, &
on fe tenoit furfes gardes à Liege ,
mais Dieu a permis que la conduite
que Mr le Cardinal de Bade y a
tenuë , non feulement ait fourny
toutes les preuves de ces deffeins de
Coadjutorerie , mais ait fait découvrir
dans fes papiers qui ont efté
pris & porte à Mastric avec fon
bagage , pour avoir efté trouvéfar-
су de marchandifes de contrebande,
des mifteres & des chofes horribles,
que les Ennemis de la France preparoient
à la Ville & Pays de Liege
Pour le fpirituel & le temporel. Ce
n'eft pas d'aujourd'huy que la Maifon
d'Autriche regarde le Pays de
Liege comme l'objet defon facrifice,
ou pour fa grandeur, ou pour fa confervation.
On en a veu l'esprit autăt
que la refolution , par le Memoire
que lefeu Baron de Lifola & le Chevalier
de Camprik en donnerět aux
Etats de Hollande dés le 8. OctoGALANT.
127
ifit
607
นะ
Chi
etalt
Octo
to
i]?
C
4
bre 1672. qui a efté imprimé &
donné au Public lors que ledit Sr
Baron eftoit à Liege , & yagiffſoit
pour le faire déclarer , par lequel
Memoire ces Miniftres de l'Empereur
n'hefiterent point de dire &
de déclarer dés lors audits Etats
de Hollande , qu'il eftoit du bien
de la caufe commune de s'emparer
des Poftes du Pays de Liege ; que
Les difpofitions en eftoient belles, &
Les pretextes fpecieux , puis qu'on
avoit engagé le Chapitre & les
Etats du Pays à reclamer la Protection
de l'Empereur contre l'oppreffion
des François , que l'on avoit
pratiqué un grand party dans la
Ville, que tout y eftoit bien difpofé,
& qu'il ne falloit qu'une Armée
qui fe prefentast devant Liege :
pour y faire reüffir les deffeins communs.
Mais file Baron de Lifola
avoit fimplement ébauché des
F 4
128 MERCVRE
projets , Mr le Cardinal du bade
les a voulu achever, & a passé plus
avant , car il ne s'eft point confideré
, pourveu que fervant d'inftrument
àfaire reüfir les deffeins de
la Maifon d' Auftriche pour l'inva
fion de la Ville , Citadelle , & Pays
de Liege , il profita quoquo modo
du fpirituel , & parvint à l'Evefché
de Liege , ou par Coadju
torerie du confentement de l'Evef
que , ou dans l'adminiftration malgré
luy. Il n'y a rien qu'il n'ait
tenté pour cela. Nous avons les
preuves dans fes papiers , qu'il a
agi à Liege en confequence d'une
refolution de l'Empereur de pourvoir
à l'Eglife de Liege , quafi
vacaffet Ecclefia , & Imperatoti
ius competeret , & s'eft fur
cette bafe qu'il a travaillé. Nous
I avons des preuves par deux Lettres
, l'une du Sieur de Harenne du
GALANT. 129
و ر
E.
S
Alles
'ila
' un
jut .
uali
Taco
ftSur
Nous
< Let
oneda
T
-
30. Septembre , & l'autre du Sicur
de Ruyte , fon Agent à Rome , du
6.0ctobre 1674. & par confequent
de trois mois avant qu'ilfut arrivé
à Liege , qui parlent formellement
de la Coadjutorerie de Liege pour
luy , des difpofitions qu'il y trouveroit
, & qui exhortent le Baron de
PlitterdorffJon Miniftre , à qui
elles font écrites , de travailler par
fon fçavoir à faire obtenir le confentement
de Son Alteffe Electora
le. Nous y avons les pieces & les
preuves de fes pratiques & menées
dan's Liege , pour y parvenir par
toutes fortes de voyes , fes Lettres à
l'Empereur , & celles dudit Baronde
Plitterdorff ,fon Miniftre ,par leſquelles
ils le follicitent d'executer
Les refolutions par luy prifes , de
pourvoir à l'Evefché de Liege , pour
La feureté de la Maiſon Augufte ,
& pour l'ai confervation des Païs
F S
130
MERCURE
bas du Roy Catholique , de remet-
Are les chofes comme du temps des
Empereurs Charles- Quint & Mathias
, & luy font entendre que
Mrs du Chapitre de Liege font
difpofà faire tout ce qu'il plaira
à l'Empereur ; qu'ils les ont gagnez,
ou la plupart , & qu'on pourra
contraindre par l'apprehenfion des
armes ceux qui n'y voudrant pas
confentir , que l'on peut faire difpofer
ledit Sr Electeurparfes Traite
& prendre pour cela les avis dus
Comte de Zinkendorff & du Chan.
selier de la Cour , ad dandum
confenfum Capitulo, cum conditione
fine quâ non , & que
s'il ne le vouloit pas donner , un
pourroit prier le Pape de l'admonefter
de le faire , cum præcepto
tamen , &fi bien induire le Cardinal
Altieri , qu'il y puft porter Sa
Sainteté avec déclaration qu'Elle
GALANT. 131
m
wn
ON
pro
ETSA
Ell
feroit obligée de difpofer & de
·pourvoir d'office à l'Eglife s'il ne le
faifoit, & qu'ily en avoit des exem
ples à के Liege. M. le Cardinal de
Bade auroit peine à faire voir ces
exemples. Nous avons encore des
preuves dans fes papiers que lug
&fon miniftre ont écrit à l'Empereur
, & l'ont prié d'envoyer à cet
effeett au Chapitre de Liege des Lettres
monitoriales , & un écrit de fa
main à M. Fifcher , fox Envoyé à
Cologne , pour reprefenter toutes
chofes neceffaires de fa part . Sur
quoy nous dirons en paffant , que
nous ne sçavons pas comment M.
le Cardinal de Bade , & ceux qui
l'ont engagé àcette pourſuite, l'entendent
, car toute fa conduite
produit de foy une indignité pour
Evefche , mefme en une vacance
Libre , car elle a efté une poursuite
d'un Benefice d'un bavome vivant,
F 6
132
MER CURE
& c'est le cas , ou bien il n'enfat
jamais , de captanda morte , en
forte qu'en une vacance libre il ne
pourroit pas mefme y pretendre,
mais il eft Cardinal , & fçait for
fait . Nous en avons d'autres , qu'il
falloit obliger le Pays de Liege , de
fe foumettre entierement à la prosection
de l'Empereur , & d'abandonner
la Neutralité , s'affeurer de
la Ville & Citadelle de Liege &
autres Places , fe défaire du Minifre
de France , & par un nouveau
Gouvernement y établir la haute
autorité de l'empereur. Nous en
avons qui parlent d'un Regent
Temporel dans Liege , & quiporsent
qu'ily en a déja eu des exem
ples , & une infinité d'autres , qué
infinuent toûjours qu'ilfaut s'empa
rer de la Ville & Citadelle de Liege.
Nous avons parmy ces Papiers:
les Lettres dede Cardinal à MonGALANT
. 133

de
-70-
& de
veau
baute
us en
Regens
ipot.
exem
s'empa
de Lib
Papie
fieur de Chavagnac, & les réponses
de celuy- cy touchant les contributions
par luy demandées au Clergé
de Liege . Les fains que cette Eminence
a pris pour l'exemption du
Clergé feroient fans doute dignes
de fon caractere , car on n'a rien
veu de plus zelé , mais il aparu par
aes Lettres que ce zele avoit peu de
rapport aux follicitations de Monfieur
le Cardinal de Bade , pour
s'emparer de la Ville & Citadelle de
Liege , où le Clergé qu'il témoignoit
vouloir fervir , a la moitié du bien ..
Nous avons fes Lettres & les preuwes
dans fes papiers, qu'encore qu'il
fe fuft engagé par Lettre expreffe
auprés de Monfieur le Comte d'Efirades,
Gouverneur de Maſtric ,en
luy demandant fes premiers paffe-
•ports , fans que perfonne l'obligeaft
de le faire , qu'il ne venait à Liege
que pour y faire fimplement fan134
MERCURE
fidence de Chanoine fans fe vouloir
meler d'aucune affaire , il y a
commencé fon fejour par écrire &
protester à l'Empereur ( & a pris
Dieu a témoin decette verité) qu'il
n'y estoit venu faire fa refidence
que pour fon fervice , & celuy de
l'Augufte Maiſon , luy a rendu &
fait rendre compte par fon Mini_
ftre de tout ce qui fe paffoit à Liege,
y eft fait un Negotiateur general
pour la guerre & pour l'intrigue , a
pratiqué à Liege d'y faire rompre
commerce & communication
avec Maftric, en a rendu compte.
à l'Empereur comme d'un moyen
de faire tomber la Place d'ellemefmefans
frais &fans Siege, a
entretenu correfpondance avec les
-Espagnols , & particulierement
avec M. le Prince de Naffeau ,
Gouverneur de Limbourg , laquelle
efté fi intime & fi particuliere,
GALANT.
135
te
de
Tii.
e,
ge,
rom
Atton
ample
moyen
'elle
ge, '
Dec les
rement
affean
,
aquelle
iculie
qu'on a trouvé une Lettre de celuycy
, par laquelle ilfe plaint andis
Sr Cardinal, que les Officiers Im-
Periaux ne tiennent pas affez bonne
correspondance avec luy , &
qu'on menage trop la Nobleffe de
Liege ; qu'il faut s'emparer des
Placesfortes du Pays pour la feureté
des quartiers , & penser à la
Citadelle; & enfin M. le Cardinal
de Bade afait à Liege un lieu d'affemblée
de fa Maifon , comme tout
Le monde la feen & veu. Il s'eft
meflé du Traité du Château de
Huy, & a eu toute lapart en celuy
des fix mille écus Par
Ville a payez auditfieurde Chavan.
gnac , & tout de mefme enceluy di
Clergé , jufques aparoiftne par lefdites
Lettres, de s'eftre changé de
quatre mille efcus dudit Clergépaus
leditfieur de Chavagnac. Quant à
Le qui s'eft paffé dans la Maifon da
mois
que
La
136
MERCVRE
Monfieurle Cardinal de Badejuf
qu'au jour de fon départ pour
Liege , depuis que Sa Majesté tres-
Chreftienne a donné (ecours au Baron
de Vierfet , pour maintenir la
Citadelle & la Ville de Liege dans
lear Neutralité que l'Empereur leur
estoit & à tout le Païs de Liege par
fon écrit du 12.Janvier 1675.qu'il
avoit fait remettre à Son Alieffe-
Electorale par le Comte Forbenius ,
j'aime mieux le laiffer mediter à
ceux qui ont veu &fcen ce qui s'eft
passé chez luy , parce que j'ay trop
de respect pour fon caractere , Sa
dignité&faperfonne pour le vou
loirentreprendre . Comme Monfieur
Le Cardinal de Bade a defavoué ces
papiers , ce qu'il afait avec beau
coup de raifon qu'il a fouftenu
"qu'il n'y en avoit point de confidesable
parmy fon bagage , & s'eft
expliqué à tous ceux qui luy en ont
GALANT. 137
JOW.
Few
eall
fide
parlé, ou que luy- mefme en a en
tretenus , que c'estoient des fuppo
fitions & des calomnies ; & que
d'ailleurs ily a des gens à Liege qui
n'ont pas paru perfuadez que cela
puft eftre, parce qu'il ne devroit pas
eftre, &ontmêmepaſſé jufqu'à dire
que c'estoient des pretextes , pour
autorifer la vente de fon bagage ,
&donner couleur à ce qui s'eſt paſſé
Pour la Citadelle , il a efté juge
propos d'apporter de la forme àrendre
ces papiers & toutes ces veritez
publiques , & on ne le pouvoit faire
plus aurentiquement , qu'en faifant
porter les Originaux à Liege dans
La Citadelle, & qu'enfaisant prier
par le Refident de France Mrs du
Chapitre , du Confeil Privé de
Son Alieffe Electorale , & Bourgmestres
& Magiftrats , de vouloir
envoyer les voir par quelques - uns
de leurs Corps qui puffent leur fai138
MERCURE
re rapport dece qu'ils y auront ven
de leurspropresyeux , & de ce qu'on
leur preparoit à Liege, ce qui ayant
efté fait , même à l'égard de quelques
Particuliers , pour reconnoiftre
leurs Lettres & celles de leurs parens,
tous lesdits papiersfurent mis
en ordre.
Vous voyez par là , Madame
, que les pieces juftificatives
accompagnent ce pro.
cés verbal . le vous en parleray
le mois prochain , & vous
en envoyeray mefme quelques,
unes afin que vous
foyez entierement convain
cuë , que ce qui ſe paſſe aujourd'huy
au Pays de Liege ,
& dans l'Electorat de Cologne
, n'eft qu'une fuite des
deffeins que la Maifon d'Autriche
a conceus depuis vinge
ans.
GALANT. 139
S
LIS
e
Hes
1
ge
S'il eft mal- aifé de n'aimer
pas ce qu'on trouve aimable ;
il n'eft pas moins difficile de
renoncer à aimer quand on
croit le devoir faire &
les fentimens d'indifference
qu'on s'imagine avoir pris
pour le dégager , font quelquefois
des fentimens déguifez
qui ont dautant plus de
violence , qu'ils ont efté long.
temps retenus par le dépit
qui les à fait naiftre. L'avanture
dont vous allez lire les
particularitez en pourra fervir
de preuve . Un Gentilhomme
d'un veritable merite
, & d'une naiffance affez
diftinguée pour avoir pris le
nom de Marquis fans qu'on
puft dire qu'il l'euft ufurpé
eftant un jour allé entendre
un concert où il fut mené
140 MERCVRE
4
1
par un Amy , trouva dans la
Maifon où il fe faifoit , une
jeune Demoifelle dont la
beauté luy parut piquante.
Elle eftoit blonde , avoit les
traits affez reguliers , le teint
d'un éclat qui furprenoit , &
- une douceur toute charmante
répanduë fur fon viſage . Il
fit fi bien qu'il fe plaça auprés
d'elle , & tandis que tout
le monde preftoit l'oreille
avec foin aux belles Voix
dont le concert eftoit compofé
, il eut les yeux toujours
attachez fur cette aimable
perfonne . Les paroles qu'on
chanta luy donnerent lieu de
l'entretenir . Il en tira dequoy
la flater fur fon merite , & s'il
la mit dans quelque embarras
à force de luy donner des
louanges , il ne laiffa pas de
GALANT. 141
S
s'appercevoir qu'elle avoit
l'efprit aifé , & que le filence
qu'elle gardoit quelquefois
eftoit un effet de fa modeftic ;
Il ne fortit point de l'Affemblée
fans avoir appris qui elle
eftoit . Il fût que fa qualité
répondoit à fon merite ,
& qu'ayant perdu fon Pere
& fa Mere dans fon plus bas
âge , elle demeuroit chez une
Tante qui s'eftoit chargée de
fa conduite. Comme il l'avoit
trouvée toute aimable,
l'envie de la voir avec quelque
liberté luy fit chercher
accés auprés de la Tante , &
vous jugez bien qu'ayant de
l'efprit & du fçavoir faire , il
n'eut pas de peine à y reuffir
Dans les premiers foins qu'il
s'attacha à luy rendre , fon:
S unique veuë fut le plaifir
142
MERCVRE
d'un amufement honnefte
qui l'occupa pendant quelques
heures. Il dit force
douceurs à la Belle ; fe prepa
rant au triomphe d'attendrir
un jeune coeur. Ce ne luy fut
pas une chofe aifée . Elle s'accouftuma
à l'entendre , fans
qu'aucun fentiment particu
lier luy fift découvrir qu'elle
fuft touchée , & cette efpece
d'indifference bleffant le
Marquis , qui eftoit fier naturellement
, il ne put fouffrir
fans beaucoup de peine qu'elle
luy oftaft la gloire de luy
laiffer remarquer en elle un
commencement de paffion .
Ce n'eſt pas qu'elle n'euft
pour luy des honneftetez
dont il euft eu lieu d'eftre
content , s'il n'euft fouhaité
que de l'eſtime , mais ce n'e̱-
GALANT .
143

ftoient point des honneftetez
de diftinction , & il regardoit
comme une honte , qu'elle
attendift fon entier hommage
pour ſe declarer , aprés que
par tout ailleurs on l'avoit
prefque toujours prévenu par
des avances . Cependant les
manieres de la Belle , de quelque
froideur qu'elles luy paruffent
ne laifferent de
pas
l'enflâmer , & mefme on peut
dire que ce fut ce qui porta
fon amour à toute la violence
qu'il commença de fentir . Il
s'y abandonna malgré luy
& à quelque prix que ce puft
eftre , il refolut de fe donner
le plaifir de fe faire dire qu'il
eftoit aimé.. Ses empreffemens
qu'il redoubla le firent voir le
plus amoureux de tous les
hommes. Il dit à la Belle les
>
144
MERCVRE
chofes les plus flateuſes , & ne
douta point qu'en luy declarant
qu'il la vouloit époufer ,
il ne luy caufaft toute la joye
que luy devoit infpirer une,
alliance fi avantageufe. La
Belle reçeut cette declaration
avec beaucoup de reconnoiffance,
& aprés luy avoir marqué
en termes fort ferieux
qu'elle luy étoit fenfiblement
obligée de l'honneur qu'il
lay faifoit , elle ajoûta que
dépendant d'une Tante dont
les volontez regloient les fiennes
, c'eſtoit à elle qu'il fe devoit
adreffer. Une réponſe fi
peu attendue déplut au Marquis.
Il dit à la Belle avec un
peu de chagrin , qu'il ne fongeoit
à fe marier que pour
vivre heureux ; qu'il ne pouvoit
l'eftre s'il n'avoit fon &
соем
GALANT. 145
50
ס ע
coeur , & que ne voulant le
devoir qu'à elle- mefme , il feroit
fort inutile de luy faire
demander le confentement
de fes Parens , tant qu'il la
verroit dans cette referve. Il
fit ce qu'il put pour l'en tirer ,
& fes plus fortes prieres n'obtinrent
rien de plus favorable
pour fa paffion , qu'une
affurance qu'elle fuivroit fon
devoir fans aucune peine , &
qu'auffi - toft que fa Tante auroit
parlé , il auroit fujet d'être
content. Le Marquis tira
de là une confequence qui fit
fouffrir fa delicateffe . Il s'en
expliqua avec la Belle , & lay
dit d'un ton de plainte qu'il
luy devoit eftre bien fâcheux
de voir que fi fa Tante s'oppofoit
à fon bonheur.
Teroit prefte à fe degager pour
Iuin 1689.
G
elle
146
MERCVRE
la fatisfaire . La Belle luy repliqua
qu'il fe faifoit tort de
craindre qu'on n'eut pas
pour luy les égards qui
eftoient dûs & à fon merite
& à ſa naiſſance , & n'ayant
pû l'obliger de fe declarer
plus precifement , il luy fit
connoiftre qu'il alloit remet
tre au temps le fuccés de fes
deffeins afin que l'impreffion
que fes fervices feroient fur
fon coeur , lay fift tenir d'elle
feule ce que fon amour
ne pouvoit devoir à d'autres
. Il continua fes foins qui
furent toujours receus d'une
maniere affez engageante.
L'eftat où il fe trouvoit avoit
quelque chofe d'extraordinaire.
Il aimoit avec excés
& quoy que la Belle luy fift
voir beaucoup d'eftime
&
GALANT. 147
qu'il ne remarquaft rien qui
luy fift apprehender que fa
recherche ne luy fuft pas agreable
, il ne pouvoit le refoudre
à preffer de rien conclurre
, parce qu'il ne voyoit
pas qu'elle cuft pour luy les
empreffemens dont il croyoit
que fa paffion le rendoit digne.
Les chofes ayant encore
demeuré un peu de temps
dans ces mêmes termes , elles
changerent de face par un incident
qui eut des fuites qu'on
n'attendoit pas. Le Marquis
avoit un Frere qu'on nommoit
le Chevalier. Il eftoit à Rome
depuis trois ou quatre années,
& ilen revint en ce temps
Le Marquis qui avoit toujours
vefcu avec luy dans la plus
étroite liaiſon que l'amitié ait
jamais établie entre deux Frelà.
T
G
2
148
MER CVRE
res , ne manqua pas un peu
apres fon retour,de l'entretenir
de fa Maistreffe . Il ne luy parla
ny de fon efprit , ny de fa beauté
, & voulant qu'il en jugeaſt
par luy mefme, il le mena chez
cette jeune perfonne . Le Chevalier
qui avoit acquis dans
fes Voyages certaines manieres
pleines d'agrément qui perfectionnent
les heureux talens
que l'on a receus de la nature,
brilla fort avec la Belle dans
une affez longue converfation
qui fut auffi vive qu'enjouée .
Il fut touché de ce qu'il connut
d'aimable en elle , & fon Frere
Juy ayant demandé fon fentiment
, il luy en dit mille biens ,
& ne pouvoit fe laffer de luy
applaudir fur le choix qu'il
avoit fait Le Marquis ravi d'ê –
tre approuvé , & ne trouvant
GALANT. 149
1
1
gea
point de plus grand plaifir que
d'entendre parler d'elle , engale
Chevalier à la voir fouvent
. C'étoient toujours de
nouveaux
qu'il recevoit fur fa paffion , &
comme il eftoit aifé de voir que
le Chevalier luy parloit de
bonne foy ,& que rien n'enflâme
tant que les louanges qu'on
entend donner à ce qu'on aime
, le Marquis fans y penfer
prenoit des redoublemens d'amour
dont il ne pouvoit démé-
[ ler toute la force , Il trouvoit
que fa Maiftreffe avoit plus
d'efprit de jour en jour, & il ne
comprenoit pas qu'il luy eftoit
infpiré par l'envie de plaire .
La Belle ne fçavoit pas elle.
méme d'où luy venoient de
certains je ne fçay quoy qui la
rendoient plus charmante , &
applaudiffemens ·
G
3
150, MERCVRE
qui luy donnoient en tout une
vivacité extraordinaire . Elle
fuivoit un panchant qu'elle ne
connoiffoit pas , & le Chevalier
ne faifant rien qui ne parlaſt à
fon avantage , elle abandonnoit
fon coeur avec plaisir à des
fentimens qu'elle n'avoit jamais
eus . Elle ne s'apperceut
même qu'ils étoient nouveaux
pour elle , que lors que le Chevalier
paffa trois ou quatre
jours fans la venir voir avec
fon Frere . Elle en montra quelque
trouble , & l'empreffement
qu'elle avoit à demander ce
qui l'occupoit ailleurs , eftoit
une marque qu'elle y prenoit
intereft . Elle eftoit moins gaye
le refte du jour , & quand le
Chevalier revenoit , outre la
joye qu'elle laiffoit éclater fur
fon vifage , elle luy faifoit de
GALANT .
15x
C
ce
for
de
fi obligeans reproches de fa
negligence , qu'elle ne pouvoit
luy dire plus ouvertement que
rien ne lui plaifoit tant que fes
vifites . Elle ne cachoit rien de
tout cela au Marquis , parce
qu'agiffant naturellement , &
n'ayant jamais connu ce que
c'ftoit que l'Amour , elle eftoit
bien éloignée de penfer qu'il
y euft rien dans fes fentimens ,
dont il luy fallut faire miftere.
Cependant comme un Amant
veritablement touché a
les yeux bien éclairez fur les
moindres chofes , le Marquis ,
connut bien- toft que Sa Maiftreffe
fentoit pour le Chevalier
ce qu'il n'avoit jamais
pu luy faire fentir pour luy...
Il en eut un depit fecret
qui fut foûtenu par fa fierté ,
& au lieu d'y donner ordre
G 4
352
MERCURE
"
en l'empefchant de le voir
il s'en fit accompagner toutes
les fois qu'il alla chez elle . Il
eftoit toûjours de bonne hu
meur , & fans laiſſer échaper
aucun mouvement ny de jaloufie
, ny de chagrin , il
montroit un efprit libre qui
auroit trompé les plus clairvoyans.
Le Chevalier y fut
abufé , & ne crut point que
par cette fauffe liberté d'efprit
, il fe menageaft celle d'obferver
ce qui fe paffoit dans
le coeur de fa Maiftreffe ; mais
comme la Belle avoit pour
luy une honnefteté qui luy
découvroit des fentimens
plus forts que l'eftime ,
qu'il fe feroit fenty de grandes
difpofitions à y répondre
fans l'engagement où il la
voyoit , il refolut , & pour fon
&
GALANT. 153
Out
up
ens
&
a0.
dre
for
repos , & pour s'acquiter de
ce qu'il devoit à l'amitié du
Marquis , de renoncer à une
veuë agreable , mais qui pouvoit
le mettre en peril d'aller
plus loin qu'il ne luy " eftoit
permis. Il avoit déja ceffé de
parler fi fortement à fon Frere
du merite de la Belle , de peur
que le plaifir d'en dire du
bien ne découvrift trop ce
qu'il eut voulu pouvoir fe
déguifer à luy - mefme , & le
Marquis , homme attentif à
tout remarquer , avoit jugé
comme il le devoit de cette
referve . Ainfi quand le Chevalier
luy dit qu'il avoit deffein
de faire un voyage
, il
entra d'abord dans le motif
qui en eftoit caufe , & ce
que la Belle luy avoit laiffé
paroiftre avec ingenuité de
GS
154
MERCVRE
fes nouveaux fentimens , ne
Joy permettant point de douter
que leurs coeurs ne s'entendiffent
fans s'eftre expli
quez , il fit un effort fur luy
pour nnee monftrer aucune:
foibleffe . Après avoir pris
un vifage gay , il dit à fon
Frere qu'il voyoit fon embarras
que non feulement il
aimoit la Belle , mais qu'il
avoit deu s'appercevoir qu'il
avoit touché fon coeur , &c.
que pour n'écouter pas une
paffion qui luy pouvoit atti-:
rer le blâme de s'eftre fait
fon Rival , ilfe refolvoiti ài
s'éloigner. Là- deffus il l'embraffa
, comme luy eftant fort
obligé des égards honneftes
qu'ilavoit pour luy , & luy
dit enfuite que le plus grand
plaifir qu'il luy pouvoit faire
GALANT.
155
&
Fai
.t
em
fort
tes
Juv
Tand
faira
eftoit de ne point partir , &
de continuer à voir fa Maiftreffe
. Il ajoûta qu'il l'aimoit
beaucoup par les belles qua
litez qui la rendoient eſtimable
mais que fon amour
n'ayant jamais efté affez fort
pour luy faire vaincre l'averfion
qu'il avoit toujours
fentie pour le mariage , il s'étoit
tenu dans les feuls termes
d'Amant fans avoir ofé pouffer
les chofes plus loin , qu'a
prés l'ouverture qu'il lay faifoit
, c'eftoit à luy à fe confulter
, & que s'il eftoit affez
amoureux pour vouloir bien
époufer la Belle , il luy cederoit
fes pretentions avec d'au
tant plus de joye , qu'il em
pefcheroit en l'époufant
qu'on ne fe plaignift de luy..
Ge difcours , furprit tellement
G. 6
4
156 MERCURE
le Chevalier qu'il en demeura
embarraffé . Il répondit que
n'ayant rien à fe reprocher
dans fa conduite , il ne fe défendroit
point des fentimens
qu'on luy vouloit imputer
qu'il ne defavoüoit pas que
l'efprit & la beauté de la perfonne
dont il s'agiffoit ne
l'euffent rendu fenfible , mais
que tout ce qu'il fentoit demeurantfoumis
à fa raifon , il
n'avoit point à s'expliquer làdeffus
, qu'il confentoit à ne
point partir fi l'on jugeoit à
propos qu'il fufpendift fon
voyage ; mais qu'il feroit inutile
de luy demander qu'il
fift encore des vifites , qu'ab
folument il n'en rendroit aucune
à la Belle que fa fortune
ne fuft arreftée que le
Marquis ayant tant de fujer
"6
GALANT. 157
de l'aimer , pouvoit fatisfaire
fon amour , puis qu'il ne te
noit qu'à luy de fe rendre
heureux , & que s'il eftoit
vray qu'il fuft affez ennemy
du mariage pour eftre bien
aife de rompre l'engagement
qu'il avoit pris avec elle , il
pouvoit donner telle parole
qu'il luy plairoit en fon nom ,
avec affurance qu'il ne feroit
point defavoüé . Le Marquis
n'en voulut point fçavoir da
vantage. Il alla trouver la
Belle , & luy dit qu'il eftoit
temps qu'il connuſt s'il eftoit.
aimé veritablement. La Belle
qui cruc qu'il pretendoit encore
la faire expliquer , & qui
fe fentoit moins difpofec que
jamais à fe réjouir des mar
le ques qu'il luy pouvoit don
ner de fa paffion , luy répon
UC
J.
b.
U
-03
158 MERCVRE
,
dit avec beaucoup de froideur
, que fa Tante feule pouvoit
difpofer de fes volontez ,
comme elle l'en avoit déja
affeuré & qu'il n'eftoit pas
befoin. qu'il la confultaft fur
ce qu'il avoit à faire. Le dépit
qui animoit le Marquis
depuis quelque temps le fit
paffer par deffus l'aigreur de
cette réponſe. Il repliqua.
qu'elle n'eftoit pas entrée
dans ce qu'il avoit voulu luy
dire que s'eftant examiné
dans les fentimens qu'il avoit
pour elle , il s'eftoit connu fi
mal difpofé au mariage , que
dans la crainte de ne la pas
rendre auffi heureufe qu'elle
meritoit de l'eftre , il la prioit ,
fi elle avoit un peu de bonné
pour luy , de vouloir bien
Recevoir fon Frere en fa pla
GALANT. 199
qui
pai
'elle
oit
bies
& de trouver bon qu'il
allaft traiter cette affaire avec
fa Tante. L'émotion que fit
voir la Belle trahit tout le fecret
de fon coeur. Elle ne
feeut que répondre , tant la
joye l'avoit faific , & ce ne
fut qu'aprés que le Marquis
en continuant à luy parler ,
Jay eut donné le temps de
vaincre fon trouble , qu'elle
luy dit , quoy qu'un peu déconcertée
qu'elle fe feroit
toujours un fujet de joye de
L'obliger , mais qu'elle n'avoit
pas lieu de prefumer affez.
d'elle- même pour fe flater que
le mariage qu'il luy propofoit
fuft agreable à fon Frere . Le
Marquis en répondit , & cer
te affurance mit la Belle dans
un eftat de plaifir , qui luy fit
connoiftre tout ce que la
>
-
160 MERCURE
mour avoit produit pour le
Chevalier. L'entiere certitude
qu'il en eut par là , le fit
refoudre à ne plus fonger à
elle , & s'applaudiffant de ce
deffein comme s'il euft deu la
punir & fe vanger , parce
qu'en effet le party du Chevalier
luy eftoit bien moins
avantageux ,il alla trouver la
Tante. Elle fut furpriſe de
ce changement , mais il luy
parla d'un air fi libre , & luy
peignit avec tant de force le
dégouft prefque invincible
qu'il avoit du mariage ( ce
qui l'avoit obligé d'amener
fon Frere chez fa Niece dont
il avoit bien préveu qu'il deviendroit
amoureux ) qu'elle
demeura perfuadée qu'il ne
difoit rien qui ne fuſt vray.
Elle ne voulus pourtant luy
GALANT. 161
ce
៩ .
D
He
elle
De
donner aucune parole ; qu'elle
n'euft fceu les fentimens
de fa Niece . Elle les avoit déja
penetrez , & luy reprocha
qu'elle perdoit le rang de Marquife
pour ne s'eftre pas affez
poffedée , mais c'eſtoit un jeune
coeur furpris par l'amour,'
fans qu'il fe fuft fait connoiftre.
La Belle ne put s'empefcher
de parler du Chevalier
d'une maniere fort avantageufe
, & fa Tante la vit tellement
fatisfaite de ce choix ,
qu'elle y donna fon confentement.
Le Chevalier refifta
long temps à ce que fon Frere
avoit fait pour luy. Il le pria'
de fe micux examiner , & de
craindre qu'un peu de chagrin
n'euft part à la refolution qu'il
avoit prife ; mais plus il fit voir
pour luy d'honnefteté deffus
162 MERCURE
plus le Marquis l'affeura que
rien ne luy pouvoit faire tant
de plaifir que fon mariage &
il luy reitera ces affurances
avec des manieres fi ouvertes
& d'un efprit fi content , qu'il
ne laiffa plus de fcrupule au
Chevalier. Il continua de fe
fervir du mefme pretexte , &
pour mieux faire paroistre que
fon coeur étoit entierement libre
, il fit dreffer le Contrat luyméme
, & voulut faire les frais
de la noce . Rien ne luy fit peine
en tout cela , & il le protefta
à tous fes Amis . Cependant
on ne fut pas plûtoft revenu
de l'Eglife , où le Mariage
venoit d'eftre fait, qu'on fut
furpris de le voir tomber dans
un chagrin extraordinaire. H
dit qu'il fe trouvoit mal , & en
effet deux heures aprés , la
GALANT.
163
4
S
re
ja.
Fut
fievre le pritavec une extrême
violence . Cet accident troubla
fort la joye des Mariez , &
leur déplaifir augmenta beaucoup
le lendemain , quand le
tranfport au cerveau ne le laiffant
plus maître de fa raifon , fit
connoître la vraye caufe de fon
mal.Il dit cent chofes touchantes
fur ce qu'il navoit pû fe faire
aimer de la Belle , & fur la
neceffité oùil s'eftoit veû de la
ceder à fon Frere . On connut
par là qu'il s'eftoit fait violence
, & que la contrainte qu'il
avoit tâché de s'impofer , l'avoit
reduit au malheureux
eftat où ilfe trouvoit . Il vefcut
encore trois jours pendant lef- -
quels les agitations redoublerent,
fans qu'il ceffaft de parler,
du defefpoir où l'avoit jetté
fon trop de delicatelle ..
164
MERCURE
En vous parlant la derniere
fois du Combat qui s'eſt donné
entre une Efcadre des Vaiffeaux
du Roy , commandée
par Mrle Comte de Château-
Renault & la Flote d'Angleterre
, je vous dis quelque chofe
de l'accident arrivé au Vaiffeau
le Diamant , que comman .
doit Mr le Chevalier de Coëtlogon.
Comme l'avanture eft
fort finguliere , vous ne ferez
pas fachée d'en eftre éclaircies
Il y avoit dans la Chambre de
ce Commandant un baril de.
poudre qu'on y avoir mis pour
remplir les Bandoulieres des
Soldats . Le fer d'un bouler de
Canon y rencontra malheureufement
des pierres à fufil
dont il fit fortir du feu . Il prit
au Baril , qui bouleverfa toute
la proue du Navire . La Dunet
GALANT.
165
te qui eft un petit Pont au def
fas de la poupe , fut enlevée
avec lept Gardes Marines &
fix Soldats , qui apres avoir
efté jettez fort haut par la violence
de la poudre , tomberent
dans la Mer à une portée de
piftolet du Navire . Ils furent
tous noyez faute de fecours , ou
brifez de coups , à l'exception
de trois des Gardes Marines .
On trouva le premier , les reins
tous caffez dans la hune d'Artimon
, où il avoit efté enlevé ,
c'est à dire environ quarante
pieds au deffus du Pont où il
cftoit , lors que le feu prit au
de baril de poudre. Le fecond , qui
eft Mr de Fercourt , Fils d'un
Maistre des Requeſtes , eſtant
tombé dans la Mer , fe reprit à
un bout de corde , & regagna
le Vaiffeau . Le troifiéme fut
He
US
es
།།
166 MER CVRE
Mrle Chevalier d'Illieres , Fils
de Mr d'Entragues.Aprés avoir
nagé qu'elque temps , il eut le
bonheur de rencontrer une
planche , par le moyen de laquelle
il fe foûtint deux heures
dans l'eau. Il paffa entre les
deux lignes; & effuya pendant
ce temps tout le feu de nos
Vaiffeaux
& de ceux de l'ennemy.
Il fit la reveuë de tous ,
fans qu'il y en euft aucun qui
vouluft le fecourir. Au contraire
, s'eftant approché
d'une
Chaloupe
, & ayant conjuré les
Matelots de le recevoir , ils le
chargerent
à coups d'aviron ,
& l'un d'eux luy enfonça prefque
l'eftomach
. On croyoit
qu'il fut Anglois
, à cauſe
qu'on luy voyoit une chevelure
blonde. Enfin aprés que
plufieurs
Chaloupes
luy eu-
3
GALANT. 167
ሃይ
es
.
$
rent paffé par deffus le corps ,
lors que l'excés de la laffitude
le laiffoit fans efperance , il fut
receu dans celle de Mr le Chevalier
de Rofmadec , & embarqué
dans fon Vaiffeau comme
Anglois , fans y eftre reconnu.
d'aucun Officier ny d'aucun
Garde Marine . On luy parla.
cette Langue qu'il n'entendoit
pas, & comme il demeura prés
de trois heures fans rien dire ,
parce qu'il avoit perdu la
connoiffance , on pretendoit
que ce fuft un Heretique qui
ne vouloit pas répondre de
peur de fe convertir. Lors
qu'il eut un peu repris fes efprits
, il dit fon nom , & ce
fut une joye univerſelle dans
tout le Navire . Mr le Chevalier
de Rofmadec le fit porter
168 MERCVRE
dans fa Chambre , où il fut
traité avec tout le foin poffible.
Le Maiſtre Chirurgien
s'approcha de luy , & lui
trouva une bleffure à la jambe.
Onne la croit pas fort dangereufe.
Il l'avoit receuë un
peu avant que d'eftre enlevé
par l'effort des poudres.
l'ay à vous apprendre la
juftice qui a eſté renduë à
Madame de la Terriere , que
l'on a éleuë depuis peu de
temps pour eftre Superieure
du Convent de la Vifitation
de Sainte Marie de Villefranche
, Capitale du Beaujollois .
Vous fçavez que cet Ordre
eft prefentement un des plus
diftinguez que nous ayons ,
foit par la naiſſance , foit par
le merite des perfonnes qui le
compofent.Ces Dames élifent
ordinairement
GALANT 169
ordinairement leurs Officieres
la veille de la Fefte de
l'Afcenfion , & quoy qu'elles
ayent accoûtumé de fe donner
une nouvelle Superieure
tous les trois ans , il arrive
neanmoins que quand l'une
d'elles eft une fois parvenuë
à cette premiere dignité , elle ,
la conferve en quelque façon
tout le refte de fa vie , puis que
dans toutes leurs Maifons il
n'y a que deux perfonnes ,
ou trois tout au plus , qu'el
choififfent les alternativement
pour remplir ce pofte.
Cette coûtume ufitée entre
elles , avoit empefché jufques
icy la Maifon de Villefranche
de reconnoiftre les obligations
qu'elle avoit à Madame
de la Terriere , en l'élifant
pour Superieure.DeuxDames
Iuin 1689. H
.
MERCVRE
170
fort anciennes & d'une vertu
édifiante , exerçoient depuis
longtemps cette Charge l'une
aprés l'autre . Il en eftoit
mort une depuis un an , qui
avoit efté des premieres Religieufes
de ce Monaftere lors
qu'on l'établit à Villefranche ,
Cette perte ne pouvoit eftre
reparée plus avantageufement
que par Madame de la Terriere.
Elle avoit déja paſſé
plufieurs fois par toutes les
premieres Charges de la Maifon
, & ces deux anciennes
Superieures s'eftoient fouvent
repofées fur fes foins de tout
le fardeau de leur Charge.
Ainfi on peut dire qu'il ne luy
en avoit manqué que le nom ,
qui vient de luy eftre conferé
tout d'une voix , avec l'applaudiffement
de toute la Ville ,
GALANT. 171
& de la Province . Ce Monaftere
eft un des plus beaux de
l'Ordre , & l'un des premiers
qu'on ait établis en France.
La Communauté eft de plus
de foixante & dix Religieuſes ,
toutes de nom , de diftinction
& de merite , fans compter
les Penfionnaires qui font en
grand nombre. L'Eglife a
pour ornement des peintures
tres- exquifes , qui font l'ouvrage
d'un Peintre fameux .
Lors que la Cour alla à Lyon ,
le Roy & la Reine Mere logerent
dans ce Couvent , &
en parlerent avec avantage.
Madame de la Terriere dont
je vous apprens l'élection.
eft d'une Maiſon originaire
du Beaujollois , dont je vous
ay parlé dans plufieurs de
mes Lettres precedentes , &
H &
172
MERCVRE
qui s'eft renduë également
confiderable dans l'Epée &
dans la Robe . Feu Mr de la
Terriere , fon Pere , eft mort
Confeiller d'Eftat ordinaire.
&
Vous devez avoir appris la
mort de Mr le Chevalier
d'Harcourt arrivée le 8. de ce
mois C'eftoit un Prince fort
affable & fort honnefte il
eftoit Chevalier de l'Ordre de
Saint Jean de Jerufalem , &
Abbé de Royaumont
avoit efté general des Galeres
de la Religion . Ie ne doute
point que vous ne fçachiez
que tous les biens de la Maifon
d'Harcourt qui a tiré fon
nom du Bourg d'Harcourt
dans le Comté d'Evreux en
Normandie , entrerent dans
celle de Lorraine en 1554. par
le Mariage de Loüife de Rieux ,
8
GALANT. 173
Comteffe d'Harcourt , avec
René de Lorraine Marquis
d'Elbeuf , feptiéme Fils de
Claude de Lorraine , Duc de
Guife. De ce mariage fortit
Charles de Lorraine premier
du nom , Duc d'Elbeuf, Comte
d'Harcourt , de Liflebonne &
de Rieux , Pair , grand Ecuyer
& grand Veneur de France ,
Gouverneur de Bourbonnois ,
qui fut créé Duc d'Elbeuf
en 1581. Il épousa Marguerite
Chabot Fille de Leonor
Comte de Charny Grand
Ecuyer de France , & il en eut
Charles II. & Henry de Lorraine
. Charles II . Duc d'Elbeuf
fut marié en 1619. avec
Catherine Henriete legitimée
de France , Fille du Ro
Henry IV. & de Gabrielle
d'Eftrées , Ducheffe de Beau-
> >
H 3
174
MERCURE
,
fort , & il en eut Charles III .
aujourd'huy Dac d'Elbeuf ,
Pair de France Gouverneur
de Picardie , né en 1620. Henry
de Lorraine , Frere puifné
de Charles II . Comte d'Harcourt
, d'Armagnac
& de
Briofne , Vicomte
de Marfan ,
Chevalier
des Ordres
du
Roy , Grand Ecuyer
de France
, a efté un des plus grands
Capitaines
de fon temps . Il
mourut
fubitement
en 1666 .
laiffant
de Marguerite
de
Cambout
, Veuve
d'Antoine
l'Age ; Duc de Puylaurent
& Fille de Charles
, Baron de
Pontchateau
Chevalier
des
Ordres
' du Roi , & Lieutenant
General
dans la baffe
Bretagne
, qu'il avoit époufée,
en 1639. Louis de Lorraine
, Comte d'Armagnac
& de
Briofne
Grand
Ecuyer de
>
GALANT.
175
France , Philippes , dit le Chevalier
de Lorraine né en 1643.
Alfonfe Louis , né en 1644 .
qui eft celuy dont je vous ap !
prens la mort ; Raimond Beranger
, Abbé de S. Faron de
Meaux , & de S. Benoist fur
Loire , mort depuis un an ou
environ , & Charles Comte de
Marfan , né en 1648. Le Roy
avec cet air de bonté qui ne
le quite jamais , a donné
l'Abbaye de Royaumont
qu'avoit M. le Chevalier
d'Harcourt à M. l'Abbe d'Armagnac
, Fils de M. le Grand .
Je vous ay parlé en d'autres
occafions de cet Abbé , donc
le merite répond aux avanta
ges qu'il tire de fa_nai plu
Voicerlonnes confiderables
de l'un & de l'autre Sexe
H 4
176 MERCVRE
mortes auffi depuis peu de
temps .
Dame Anne de Benard de
Rezay Veuve de Meffire Pierre
de Launay Cathus Marquis
d'Onglée , Baron d'Hermet ,
de Frefmes & de Gerze , Seigneur
de Fouillouz . Elle eft
morte âgée de foixante &
feize ans , & eftoit demeurée.
Veuve à vingt , n'ayant eſté
mariée que fix mois. Elle
eftoit Fille de Pierre de Benard
, Seigneur de Rezay ,
Confeiller au Parlement , &
de Marie de Saint Germain
d'une ancienne famille qui a
donné un procureur general
au Parlement de Paris , &
plufieurs Confeillers Maîtres
des Comptes , & Offciers
aux Cours Superio
Son Grand- Pere Guillaume
,
GALANT. 177
de Benard ,Seigneur de Rezay ,
fut receu Confeiller au Parlement
fous le regne de Charles
IX . Elle avoit deux Freres
, l'Ainé Confeiller au Parlement
, puis Maistre des Requeftes
, & à preſent Confeil.
ler l'Etat , & le fecond Confeiller
Clerc au Parlement
& Chanoine en l'Eglife de
Paris . Mr de Benard de Rezay
fon Neveu , eft aujourd'huy
Prefident à la premiere Chambre
des Requeftes du Palais à
Paris . Cette Famille de Benard
de Rezay porte d'azur à deux
faces ondées d'argent au Chef de
fables , chargé de trois Cavaliers
d'échets d'or , & eft alliée à
l'ancienne Famille des Viole
par le mariage de Ieanne de
Benard de Rezay avec feu
Mr Viole , Seigneur d'Athis ,
HS
178' MERCVRE
2
Prefident aux Enquestes du
Parlement de Paris Elle eſt
encore alliée à la Famille des
Perrot confiderable en la
Robe, par le mariage de Mariede
Benard de Rezay , avec
Cyprien Perrot Seigneur
de Saint Die & de Fercourt
Confeiller au Parlement , puis
Preûdent aux Enquestes.
&
Mehre André Baron. Marquis
d'Erifcey , receu en 165 8.
Confeiller au Parlement de
Paris en la Quatrième Cham
bre des Enqueftes. Il eft mort
fans avoir laiffé aucuns Enfans
de fa Féme , qui eft Belle four
de Mr le Contrôleur General
le Pelletier. La Famille des
Baron a donné plufieurs Confeillers
au Parlement de Paris
depuis le regne de Henry IIL
que Pierre Baron y fut recen
GALANT. 179
Confeiller en 15 84. Denis Baron
y fut auffi receu Conſeiller
en 1620. Elle est alliée à celle
de Pomereux ,d'où font venus
divers Officiers dans les Confeils
de nos Rois , dans les
Armées , Capitaines aux Gar
des . Maiftres d'Hoftel du
Roy , Maiftres des Requeſtes,
Prefidens au Grand Confeil
au Parlement Maiftres des
Comptes , & Prevoft des Marchands
de Paris. Baron porte
d'azur à l'arbre d'or à coté de deux
épics de bled pofez fur une terraffe
d'or.
*
D
Meffire Nicolas Pichon . It
avoit esté receu Maiftre des
Comptes en 1665 .
Meffire Claude Rabeau , Marquis
de Givry.. Heftuit Colonel
de Dragons , Commandeur
de Soiffons de l'ordre de Saint
H 6
180 MERCVRE
Lazare , & de Noftre Dame
du Mont- Carmel .
Dame Elizabeth Julien . Elle
eftoit Veuve de Meffire Nico
las de Lingendes , Maiſtre ordinaire
de l'Hoftel du Roy, &c.
fon Envoyé en Espagne ; pour
la Negociation du Mariage du
feu Roy avec Anne d'Auftriche.
Feu Mr de Lingendes.
avoit épousé en premieres Noces
Marie d'Abra de Raconis,
d'une ancienne Famille de
Savoye Tante de Charles
François de Raconis , Evefque
de Lavaur , qui a écrit fur la
Theologie , & fur la Philofophie
. De ce mariage eft forty
Charles de Lingendes , cy - devant
Maiftre d'Haſteldu Roy,
& à prefent Sous Doyen des.
Chevaliers de l'ancien Ordre
du Roy , fous le titre de Saint
1
©H¢q*
GALANT. 181
Michel , lequel de Geneviève
de la Faye fa Femme , à eu un
Fils , & une Fille qui n'eft pas
mariée. Le Fils eft Jean Auguftin
de Lingendes , Moufquetaire
du Roy , puis Lieutenant
au Regiment de Tillader , enfaite
Cornette , & à prefent
Capitaine de Cavalerie , qui
s'eft fignalé en plufieurs occaparticulierement
au fions
Siege de Luxembourg
. Jean
de Lingendes
, Evefque de
Mafcon, l'un des plus éloquens
Predicateurs de fon temps ,
eftoit Frere de feu Mr de Lingendes.
Il y a eu encorde cette
Famille le Pere Claude de
Lingendes
Jefuite , qui eftoie
auffi celebre Prédicateur , &
dontles Ouvrages font imprimez.
La Famille de Lingendes,
l'une des plus anciennes
du
182
MERCURE
Bourbonnois ,
› porte
d' zur à
trois glands
d'or , & a donné
plufieurs
perfonnes
qui
fe
font
acquis
beaucoup
de re- putation
dans
les Armées
.
Meffire
Jean
de Bernage
Seigneur
de Saint
Maurice
Vaux
-la-Vallée
, Chaumont
,
& autres
lieux
. Il eftoit
Doyen
Semestre
d'hiver
du Grand
Confeil
, où il avoit
efté
re ceu en 1643.
& il a exercé
cette
Charge
de Confeiller
avec
eftime
pendant
quaran
te - fix années
. Il avoit
épousé
Magdeleine
du Voyer
d'Ar- genfon
, Fille
de René
du
Voyer
d'Argenfon
, Comte
de Paumy
, Ambaffadeur
pour
le Roy
à Venife
, & de ce mariage
eft
venu
Louis
de Bernage
Sr de S. Maurice
Receu
en 1687.
Confeiller
du
9
GALANT . 183
7
Roy en fon Grand Confeil
Grand Rapporteur en la
Chancellerie de France , &
Confeiller en la Chambre
Souveraine établie à l'Arfenak
pour l'Ordre de S. Lazare . La
Famille de Bernage eft origimaire
de Flandre , & porte facé
de gueules & d'or de fix pieces
chaque face de gueules chargée
de cing fautoirs d'argent , &
elle s'eft établie en France
dans le dernier fiecle.. U
en a trois branches. De la
premiere eftoit feu Mr de
Bernage qui vient de mourir
, & fes deux Freres lean-
Baptifte & Pierre de Bernage:
Capucin & Predicateur.. Ils
avoient pour Oncle lacques ,
de Bernage Prieur de Grandmont
, Chanoine en l'Eglife
de Paris , Confeiller & Au
184
MERCVRE
mônier du Roy Louis XIII.
De la feconde Branche eſtCharles
de Bernage Secretaire du
Roy & Avocat au Confeil , qui
eft de l'Academie de Ville
Franche en Beaujollois , dont la
Fille avoit époufé feu Monheur
de Seve Capitaine aux
Gardes , Frere de Monfieur de
Seve premier Prefident au Parlement
de Metz , & Fils de feu
Monfieur de Seve , Confeiller
an Confeil Royal & Prevoft
des Marchands à Paris . Il y avoit
encore de cette feconde
Branche feu Meffire Louis de
Bernage Evêque de Grace
Jean Baptifte de Bernage Seigneur
de Vaublanche,Capitai- ·
ne au Regiment de Picardie , &
Jean Bernage Sr de Bourbuif.
fon , dont la Fille a époufé M.
Belin , Doyen des Confeillers
GALANT. 185
,
du Chaftelet de Paris . De
la troifiéme branche eftoit
Gilles de Bernage , Seigneur
des Bordes Gentilhomme
ordinaire du Roy , dont la
Fille a épousé Mr de Hemard
, Seigneur de Paron
& de Bois la Pierre . Cette
Famille eft alliée aux le Picart
aux le Gras , Seigneurs
de Seffeval , & aux Luffon ,
dont eftoit Meffire Guil
laume Luffon , Premier Prefident
en la Cour des Monnoyes
, Jeanne de Bernage
grande Tante de tous ceux
dont je viens de vous parler ,
& fille de Louis de Bernage
Seigneur de Maurepas & de
Jaqueline Chevalier , époufa
François le Maçon Seigneur
de Bucy , fils de Hugues le Macon
Seigneur de Bucy, Secre
186 MER CURE
taire des Commandemens de
Mr le Duc d'Anjou & d'Alençon
d'une ancienne Famille
de Bourgogne qui a
donné divers Chambellans &
Maréchaux des Logis des anciens
Ducs de cette Province .
En vous apprenant le mois
paffé que Mr de Puifignan.
avoit efté tué en Irlande , je
Vous marquay qu'il eftoit
Capitaine aux Gardes , le m'étois
trompé. Il avoit efté
d'abord dans les Moufquetaires
, & eftoit devenu enfuite
Capitaine au Regiment.
du Pleffis Praflin , Capitaine
des Grenadiers , puis Major
& Lieutenant Colonel dans
le mefme Regiment , où il
s'eftoit toûjours diftingué . Il
avoit efté bleffé en plufieurs
occafions , & il eft mort d'un
GALANT. 187
coup de Moufquet qu'il receut
en repouffant les Ennemis qui
avoient fait une grande fortie
dans les premiers jours du Siege
de Londonderry . Il eftoit
Colonel da Regiment de Languedoc
, Brigadier & Infpeteur
des Armées du Roy , &
il fut fait Maréchal de Camp
par Sa Majesté lors qu'on arre
fta qu'il pafferoit en Irlande.
Onditqquuee leRoy d'Angleterre
l'avoit fait Lieutenant General
, aprés la mort de Mr de
Moumont , tué dans la méme
occafion où Mr Rofe a efté blef- ·
fé. Son merite perfonnel luy
avoit acquis l'eftime de tous les
honneftes gens . Il eftoit bienfait
& tres bon Amy , & avoit
époufé la Fille de Monfieur.
Iulien , Prefident au Mortier.
du Parlement de Grenoble , de
188 MERCURE
la Maifon de la Poipe , l'une des
plus illuftres de ce Pays - là .
Son nom de Famille eftoit Camus
, & il portoit celuy de Puifignan
, parce qu'il avoit efté
adopté par feu Mr le Marquis
de Puifignan , fon Oncle Maternel
, Lieutenant General
de la Fauconnerie , & Chef du
vol du Milan , qui l'avoit fait
fon feul heritier à cette condition
. Il a laiffé deux Freres ,
dont l'un eft Chevalier de Malthe,
& Lieutenant de Vaiffeau ,
& l'autre Capitaine dans le
Regiment de Poitou . Mr Camus
d'Arginy fon Frere aifné ,
qui eftoit Chef de vol pour le
Heron , & grand Bailly de.
Beaujollois , eft mort il y a
deux ans , & a laiffé deux
Enfans en bas âge, qui font avec
Madame là Comteffe d'Arginy
leur Mere. Cette branche d'arGALANT.
189
gnan ,
giny eft du Beaujollois
Quant à la Maifon de Puifielle
eft une des plus ancienne
du Dauphiné , & alliée
aux plus confiderables de cette
Province. le vous ay parlé fou- .
vent de celle de Camus , dont
eſt Mr de Pontcarré , Confeiller
au Parlement , ainfi que Mr:
Camus de Morton , à qui le
Roy vient de donner le Gouvernement
de Berfort. C'eſt
un des Officiers d'Infanterie
qui s'eft le plus diftingué . Il a
défendu le Fort du Vvart en
Hollande eftant Capitaine
dans le Regiment d'Auvergne
. Quoy qu'il n'euft encore
paffé par aucun autre dégré
dans les emplois de la guerre ,
il fut fait Brigadier , & envoyé
à Meffine en 1667. Il
a toûjours fervy en là mefme
,
190 MERCURE
1
qualité depuis ce temps - là , &
fut Infpecteur aprés que la
paix fut faite. Sa Majesté qui
T'honoroit de fa bienveillance
& de fon eftime , luy avoit
donné le Gouvernement de
Biche & une des deux premieres
Compagnies de Gentilshommes
qui furent mifes
fur pied. Le foin qu'il a pris
de la bien former , a efté une
preuve fi avantageufe de fa
conduite , que le Roy en luy
donnant le Gouvernement
de Betfort , luy a auffi donné
la Compagnie de Gentilshommes
qui eft dans la meſme
Place › parce qu'il ne
pouvoit plus conferver celle
qu'il avoit eſtant à Sarre
Louis . Il y a encore deux
autres branches de cette Famille
de Camus fçavoir
GALANT. 191
Ivours & Beaulieu .
Le Roy a donné à Mr le
Marquis d'Antin le Regiment
de Languedoc , vacant
par la mort de Mr de Puifignant.
Ce Marquis eft Colonel
du Regiment de l'Ile de
France , prefentement en garnifon
à Dunkerque , & comme
ce Regiment cft nouveau ,
& que par cette raiſon il eſt
deftiné pour les Garnifons ,
Monfieur d'Antin eft ravy d'en
avoir un qui eftant de ceux qui
doivent agir , luy donnera des
occafions de fe fignaler , qu'il
n'auroit pas aifément trouvées
à Dunkerque.Ce n'eft pas qu'il
ne s'y foit occupé utilement .
Aprés les foins qu'exigeoient
de luy le fervice de Sa Majefté ,
& fon Regiment , il s'eft attaché
à examiner tout ce qui re192
MERCVRE
garde la Marine , & comme il
fçait parfaitement les Mathematiques
, il a pris un plaifir
particulier à vifiter les Fortifications
de Dunkerque qui font
de Monfieur de Vauban , &
dont on fait un fi grand bruit
dans le monde . Le defir de voir
celles des Villes frontieres , l'a
porté à vifiter de la meſme
forte tous ces chef- d'oeuvres
de l'art fans fe mettre en peine
des Partifans ennemis . Au
milieu de toutes ces occupations
, il n'a pas laiffé de fe
diftinguer à Dunkerque comme
un galant homme doit
faire ; il y a paru magnifique ,
il a tenu table , & fait toutes
les chofes , qui attirent aux
François l'eftime des Etrangers
, de forte qu'en quittant
Dunkerque pour aller au Regiment
GALANT.
193
giment de Languedoc qui eft
en Bretagne , il a la fatisfaction
de connoiftre qu'il eft
extrémement regretté de la
Garnifon & de tous les honneftes
gens du Pays .
>
Cette vive ardeur de fe fignaler
dans toutes les occafions
qui s'en offrent , eft attachée
à tous ceux qui font de
ce mefme Sang. Vous l'avez
veu par ce que je vous ay déja
dit de Mr le Marquis de
Thiange Coufin germain
de M. d'Antin , touchant l'affaire
de la Redoute de Bonn .
C'eft une chofe étonnante de
voir avec quelle viteffe ces
deux jeunes Marquis courent
à la gloire dés leurs premieres
Campagnes . S'ils continuent
de la forte ils iront loin
en fort peu de temps , & il
Juin 1689. I
194
MERCVRE
n'y a point d'honneurs dans
le glorieux employ des armes
, aufquels ils ne puiffent
afpirer avant l'âge qui fait les
grands & experimentez Capitaines
. Ce que je vais vous
apprendre encore de Mr le
Marquis de Thiange vous
fera connoiftre que j'ay raifon
d'en parler ainfi .
Le 24. du dernier mois , à
deux heures du matin , Mr
d'Asfeld , Maréchal de Camp,
commandant les Troupes qui
font du cofté de Bonn . , fit un
détachement de huit Compagnies
de Grenadiers des Regimens
de Poitou , Grancey ,
Vandofme Bourbon Prc
vence , la Fare , Thiange , &
Furftemberg , de cent Dragons
du Regiment d'Asfeld , & de
quelques Officiers Volontai-
› >
GALANT.
195
>
res , faifant en tout fix cens
hommes. Le commandement
en fut donné à Mr le Marquis
de Thiange , avec ordre
de paffer le Rhin pour brûler
Rhindorf , Guenis , Venter
Rimberg & Honuf , qui
eftoient de gros Bourgs bien
gardez & fortifiez fur cette
Riviere en la remontant de
Bonn. Au milieu de ces cinq
Bourgs eftoit une Redoute
gardée par deux cens hommes
des Troupes de Brandebourg
& de Lunebourg. Mr
de Thiange à la tefte de l'Infanterie
, foûtenuë de cent
Dragons que commandoit
Mr le Chevalier d'Asfeld
marcha droit à Rhindorf. où
il arriva à la pointe du jour.
Il le trouva fortifié par des
retranchemens de terre , &
I 2
196
MERCVRE
>
·
en
par un double foffé tres large
& profond reveftu d'une
haye vive fi épaiffe , que deux
cens hommes des Ennemis
qu'on ne croyoit pas y rencontrer
s'y trouverent
affez grande feureté pour y
pouvoir faire une longue réfiftance.
En effet Mr de Thiange
eftant à la portée du
Moufquet, fut obligé de donner
fes ordres pour les attaquer
, ce qui fut exécuté
avec une intrepidité furprenante
; mais les Ennemis fe
défendirent avec tant d'opiniâtreté
& de courage , que ce
Marquis s'eftant apperceu
qu'il avoit déja perdu cinq
Officiers fubalternes , & plus
de vinge Soldats , tuez ou
bleffez fit defcendre Mr le
Chevalier de Tavigny , Capi-
>
GALANT. 197
des .
taine dans fon Regiment , ſon
Gentilhomme & fon Parent ,
dans le foffé , pour luy aider
à y defcendre luy mefme
Ils fe jetterent tous deux dans
une barriere du cofté
Ennemis , & ayant mis l'épée à
la main , ils crierent aux Grenadiers
qu'ils les fuiviffent. Les
Ennemis ayant reconnu qu'on
executoit cet ordre avec autat
de diligence que de valeur
gagnerent les montagnes . On
en tua huit ou dix ; on mit
dans ce Bourg une Garde de
cinquante hommes , commandez
par Mr le Chevalier d'Anieres
, Capitaine au Regiment
de Thiange , & enfuite l'on
marcha pour attaquer la Redoute
, dans laquelle s'eftoient
retirez plus de cinq cens Che- .
nepans Mr de Thiange l'ayant
I 3
198
MER
CVRE
appris , dit à ceux qu'il conduifoit
qu'on n'avoit pas fçen
qu'il y euft tant de monde dans
cette Redoute , lors qu'on luy avoit
ordonné de l'attaquer , mais qu'a
yant receu cet ordre il n'y vouloit
rien changer; & qu'ainfi il lesprioit
de lefuivre , & de fonger quefi le
fuccés répondoit à leur courage
comme il n'enpouvoit douter , quelque
difficile que leur paruft "l'entreprife
, ils en auroient plus
de gloire. Les Officiers & les
Soldats l'ayant affeuré que
rien ne leur feroit impoffible
fous un Chef fi brave , l'on fit
un détachement de deux cens
hommes qui marcherent par
le bord du Rhin & Mr de
Thiange avec le refte des
Troupes , prit par les montagnes
afin d'y faire la premiere
attaque ; mais les Ennemis.
>
7
GALANT. 199
ayant remarqué qu'on venoit
à eux par deux endroits , &
que difficilement pourroient
ils défendre le cofté des Mon.
tagnes qui eftoit le lieu de leur
retraite , prirent la fuite en
faifant des cris épouvanta
bles . On les vit fe jetter dans
des bateaux pour le fauver par
le Rhin , & nos Troupes ne
trouverent plus de refiftance .
On rafa le Fort , dont on prit
les Paliffades pour les Fortifications
de Bonn , & l'on brûla
les cinq gros Bourgs ou Villages
comme on l'avoit refolu,
avec plufieurs Chateaux &
belles Maifons , qui faifoient
l'ornement de deux lieuës
d'un très beau Pays . Mr de
Thiange eut foin d'ordoner à
M.le Chevalier deTavigny , de
garantir les Eglifes & les mo-
I 4
200 MERCVRE
nafteres de ce que le feu & le
Soldat pouvoient y caufer de
dommage ; il fit auffi épargner
l'honneur des Femmes , ce qui
eft fouvent affez difficile en de
pareilles occafions,
Mr de Maumont ayant efté
tué en Irlande , comme je vous
l'ay appris , le Roy a donné à
Mr de
Maumont fon Fils , quoy
que fort jeune fa Charge de
Capitaine aux Gardes , que
fa mort laiffoit vacante . Elle
auroit esté perduë fans la bonté
de Sa Majefté ; mais les Familles
de ceux qui rémpliffant
leurs devoirs avec zele & avec
fidelité repandent leur fang
pour ce Monarque , doivent
s'affurer de trouver toujours
auprés de luy tous les avantages
que leurs fervices auront
meritez .
GALANT. 201
Le Gouvernement d'Arras ,
& la Lieutenance Generale de
la Province d'Artois , ont efté
donnez à Mr le Marquis de
Tilladet , Lieutenant Gene...
ral des Camps & Armées du
Roy. Ce choix a efté univerfellement
applaudy . Auffi ne
fçauroit on dire trop de bien de
ce Marquis , eftant certain qu'il
n'y a pas deux avis fur fon merite
& fur la valeur . Cela fait
connoiftre que les graces de Sa
Majefté ne tombent. que fur
des Sujets qui en font dignes.
En vous parlant de Mr de Tilladet
, je ne puis me difpenfer
de vous dire que Mr du Bois:
de Loigny, fon Aide de Camp,
eftant allé au commencement
de ce mois porter un ordre à
Mrle Marquis de Crequi , d'ous
il revenoit fur le bord du Rhin
15
202 MERCURE
avec
>
au Camp de Mehauzen , paffa
par un endroit que l'eau avoit
creufé par deffous . La terre
fondit fous luy , & il tomba
fon cheval dans le Rhin .
où il fe noya . Il eftoit auffi
Exempt des Cent Suiffes de la .
Garde de Sa Majefté . Mr le
Marquis de Tilladet qui en
eft Capitaine fuivant les
mouvemens de fa generofité
ordinaire , n'a pas voulu profiter
de cette Charge , parce
que Mr du Bois de Loigny
eft mort au fervice du Roy,
& il l'a donnée à fon Frere
pour en difpofer. Ce procedé
juftifie ce que je vous
ay déja dit touchant ce Marquis
.
Le Roy a auffi donné le
Gouvernement de Coignac à
Mr le Comte de la Cafe ,
GALANT. 203
S
Commandant d'une Brigade
des Gardes du Corps . Il eſt de
la Maiſon de Pons en Xaintonge..
Le Gouvernement de la
Martinique a efté donné dans
le mefme temps au Frere de
Mr Gabaret qui s'eft diftingué
dans le dernier Combat
naval , & qui a eu l'honneur
de conduire le Roy d'Angleterre
en Irlande. La Martinique
, Ifle de l'Amerique , eft
une belle & grande terre où
les François fe font établis
depuis l'année 1635. Elle a environ
feize lieuës en longueur
fur une largeur inégale , &
quarante- cinq de tour. C'eſt
prefentement une des plus
peuplées & des plus celebres
des Ifles Antilles .
Vous fçavez que Mr le
I 6
204
MERCURE
(
Comte de Frontenac a déja
eu le Gouvernement de Canada
ou de la Nouvelle Fran .
ce. On a paru fi content de fa
conduite pendant neuf ans
qu'il a efté en poffeffion de
cet Employ , que Sa Majeſté
voulant luy donner des mar-.
ques de la fatisfaction qu'Elle:
en a receuë, l'a nommé tout de:
nouveau Gouverneur de ce
grand Pays de l'Amerique :
Septentrionale . On l'a nommé
la Nouvelle France à cauſe
les François en occupent la
meilleure partie , & qu'ils y
ont differentes Colonies . Celle
de Quebec établie depuis 160 &
eft la plus confiderable .. Iean
Verrazan Florentin prit pof
feffion de cette terre en 1525 .
Les François l'avoient décou
verte dés l'an 1504. & elle fut:
que!
GALANT. 2.05
foumite par Lacques Quartier
de faint Malo , aprés la mort
de Verrazanque les Sauvages
mangerent. Ces navigationsavoient
efté negligées jufqu'au
regne de Charles IX. &
enfin en 1604. on y envoya
une Colonie qui s'eft toûjours
augmentée .On comprend foust
ce nom de Canada tout ce qui
cft aux deux coftez de la grande
Riviere de S. Laurent, depuis
les Illes qui font au devant
de fon emboucheure , en
remontant le long de cette même
Riviere , & depuis les Golfes
& Détrois de Davis & de
Hufdon , jufqu'à la Nouvelle-
Efpagne..
On a feeu que l'Ile de S..
Euftache , l'une des Antilles
a efté prife fur les Hollandois,
par Monfieur le Comte de Ble
206 MERCVRE
nac , Viceroy dans les Ifles
d'Amerique . Ils y avoient étably
une Colonie confiderable,
aprés l'avoir fait fortifier . Il
n'y a eu que fix des noftres.
tuez , & douze bleſſez . Monfieur
le Comte de Blenac qui
a fait cette expedition , a donné
en plufieurs autres des marques
avantageufes de courage
& de bravoure. Ha long- tems.
commandé dans les Armées.
Navales du Roy , dont il eftoit
Chef d'Efcadre . Les Antilles
font plufieurs Inles entre le
Continent de l'Amerique Meridionale
, & la partie Orientale
de S. lean Porto Rico
qu'on nomme auffi Caraibes &
Canibales , du nom des Peuples
qui les poffedoient avanc
qu'on les découvriſt , ce que
fie Chriftophle Colomb en
GALANT. 107
S
ه ز
&
uc
en
pas
149 2. On en compte ordinairement
vingt huit de confiderables
, où les François , les
Anglois , & les Hollandois fe
font établis depuis l'an 1625
On leur a donné ce nom d'Antilles
, comme pour marquer
qu'elles font à l'oppofite des
grandes Ifles de l'Amerique ...
Celle de S.Euftache n'eft
éloignée de S. Chriftophle.
Ceft avec raifon qu'on a
admiré l'intrepidité qu'ont fait
paroiftre Monfieur Baërt , &
Monfieur leChevalier de Fourbin
dans une occafion des plus
hazardeuſes . Ils avoient efté
choifis
pour efcorter quatorze
Vaiffeaux Marchands , & ils
partirent du Havre le 20. du
mois paffé. Monfieur Baert
commandoit la Fregate les
Jeux,qui eftoit de 28. pieces de
208 MER CURE
Canon & de 120. hommes ,
& Mr le Chevalier de Fourbin
commandoit la Railleuse , de
16. pieces de Canon & de
100. hommes d'équipage
Lors qu'ils furent au milieu
de la Manche , ils apperceurent
deux Vaiffeaux de guerre
Anglois , l'un de 42. & l'autre
de 48. pieces de Canon . L'inégalité
de forces leur laiffoit,
peu d'efperance de fe tirer
d'un pas
fi facheux. Cependant
la veuë du peril naf
foiblit point leur courage..
Ils aviferent entre eux comment
ils pourroient fauver le
Convoy , & pour en venir à
bout , ils donnérent ordre à
trois des Vaiffeaux Marchands
qui eftoient les mieux armez
de combattre l'un des deux
Vaiffeaux Anglois , pendant
GALAN.T.
209
-
qu'ils iroient aborder l'autre .
Ils ne furent pas fi - toft à
portée , que Mr Baert alla à
pleines voiles fur celuy de
quarante huit pieces fans
avoir tiré un coup. Le malheur
voulut que le vent calma
dans ce moment , ce qui
luy fit faire un faux abordage.
D'ailleurs , fon Beaupré
s'ambaraffa dans les Haubans
du Vaiffeau qu'il pretendoit
attaquer. L'abordage réuffit
à Mrle Chevalier de rourbin,
& Mr Baert le fecondant , ils
obligerent les Ennemis , à
coups de Moufquet & de
Grenades de quitter leur pont
& leurs Gaillards . Il y a grande
apparence que l'ardeur
avec laquelle ils commencerent
ce rude combat , les euft
rendus Maistres du Vaiffeau ,
210 MERCURE
files Navires Marchands , qui
prirent la fuite , n'euffent pas
laiffé le fecond Vaiſſeau Ánglois
en pouvoir de les venir
battre en flanc à la petite portée
du fufil . Mr le Chevalier de
Fourbin & Mr Baert receurent
plufieurs bleffures , & 140. de
leurs hommes furent tuez ou
bleffez . Ainfi ils ne pûrent
empefcher la prise de leurs
deux Fregates ; que les Anglois
conduifirent à Plimouth
prefque toutes fracaffées.
Leur perte a auffi efté
confiderable , & de tres -
pareilles
victoires leur coute .
roient cher , s'ils en remportoient
fouvent , puis que la
plufpart de leurs Officiers , &
tout ce qu'il y avoit de Soldats
dans le Vaiffeau qui fut
attaqué , furent tuez ou blefGALANT.
211
• & ces
ic
fez dans ce combat . On peut
dire Cependant que les deux
Commandans François vinrent
à bout de leur entrepriſe;
ils vouloient fauver les Vaiffeaux
Marchands
Vaiffeaux échaperent aux Anglois.
Le bruit de ce qu'avoient
fait Mr Baert & Mr le
Chevalier de Fourbin s'eftant
répandu , on regarda leur valeur
comme un prodige
l'admiration qu'elle caufa ,obli
gea beaucoup de monde à les
aller voir à Plimouth dans le
lieu qui leur fervoit de prifon .
Ils n'ont pas fait voir moins
d'adreffeà s'en fauver , qu'ils avoient
marqué de bravoure en
cobattant. A leur retour ils ont
falué Sa Majefté , qui les a faits
l'un & l'autre Capitaines de
Vaiffeau. L'on connoift par là
212 MERCURE
qu'il n'y a qu'à faire bien pour
trouver fur l'heure la recom
penfe qu'on attendoit longtemps
autrefois , & qui venoit
rarement.
On continue de travailler à
l'armement de plufieurs Vajſfeaux
, & au commencement
du mois prochain le Roy aura
une groffe Flote fur l'Ocean ,
capable non feulement dé refifter
à fes Ennemis , mais méme
de faire peur à ceux qui
nous ont tant menacez . C'eft
une chofe admirable , de voir
la Cour de Mr le Maréchal
d'Eftrées à Breft , & la grande
quantité d'Officiers qui y paroiffent
avec éclat , & qui
tiennent table .
On a fceu que Mr le Chevalier
de Tourville , Lieutenant
General des Armées Navales
GALANT.
213
du Roy , eftoit party des Ifles
d'Hieres le 9. de ce mois , avec
vingt Vaiffeaux de guerre , une
Fregate , deux Tartanes , deux
Flutes & huit Brulots. Ces
Vaiffeaux de guerre font tous
gros Vaiffeaux , & remplis de
bonnes Troupes . Monfieur de
Tourville monte un Vaiffeau
neuf, appellé le Conquerant. II
eft du deuxième rang , & de
550. hommes d'équipage. On
ne fçait point la route qu'il
tient , on fçait feulement qu'il
ne luy eft point permis d'ouvrir
les ordres qu'il ne foit en
pleine Mer.
Le
14 . de ce mois Mr d'Andenne
, Capitaine de Brulot ,
commandant l'Hercule , Fregate
de 30. pieces de Canon , & M,
de Leau,Capitaine de Fregate
legere; commandant là Bien- ai
214
MECURRE
mée,qui n'étoit que de dix - huit
rentrerent dans la rade aprés
trois semaines de courſe , avec
trois Baftimens Anglois qu'ils
avoient pris à la hauteur de
Bellifle , chargez d'huile , de
cuirs , de raifins de Corinte ,
& autres marchandiſes du
Levant. Ces Baftimens étoient
eſcortez d'un Vaiffeau
de guerre Anglois de 36 .
pieces de Canon , contre lequel
ils fe batirent plus de
trois heures , ainsi que contre
les trois autres , mais enfin
les deux Fregates Françoiſes
s'en eftant approchés de fort
pres , terminerent le Combat
par un coup de Canon qui
mit le feu aux poudres du
Vaiffeau Anglois armé en
guerre. Il fauta en l'air , & les
trois autres fe rendirent auffitoft.
GALANT.
215
Mr de Château Renaud
partit de Breſt le 20. de ce
mois , pour aller croifer avec
dix Vaiffaux , en attendant
que le grand armement foit
achevé . Toutes les chofes
dont je viens de vous parler ,
vous font connoiftre le bon
eftat de la Marine . Auffi avons-
nous fait prés de 150.
prifes depuis la declaration
de la Guerre , fans qu'on en
ait fait prefque fur nous.
Cela montre évidemment
noftre fuperiorité , plus en
courage qu'en force. Cependant
quoy que les Ennemis
nous ayent fouvent menacez
de nous accabler fous une
Puiffance formidable , ils
n'ont jamais eu de defavan-
5 tage qu'ils n'ayent publié
que nous les furpaffions en
1
S
216
MERCVRE
9
nombre . C'eſt par là qu'ils ont
voulu juſtifier leur fuite dans
l'attaque de Mr le Comte de
Château Renaud . Ils n'ont
pas
cu lieu pourtant de fe fervir de
cette raison , comme vous l'avez
pu voir , tant par le nombre
de leurs Vaiffeaux dont ils
font eux mefmes demeurez
d'accord dans ce qu'ils en ont
écrit , que par l'ordre de Batail
{ le , & par la Relation du Combat
que je vous ay envoyée .
Comme les François leur cedoient
en nombre , leur victoire
en a efté plus glorieufe , &
& les fept Vaiffeaux Marchands
qu'ils ont pris parlent
hautement de la fuite des Anglois
. Voicy d'agreables Vers
qu'on a faits fur ce fujet.
·
A
La
GALANT. 217
La Flote de LOUIS LE
GRAND
Ayant défait la Flote Brita
nique,
Neptune envoya d'Amerique
En faveur de ce Conquerant
Que fa valeur éleve au faifte de
la gloire
Sept gros Vaiffeaux , chargez du
prix de la Victoire.
Quelque grand que foit le
nombre des Alliez , & quel
ques projets qu'ils ayent faits
d'envahir la France , nous n'avons
pas laiffé malgré toutes
leurs menaces , d'eftre par tout
les premiers à nous montrer
en Campagne. L'Armée de
Flandre eft en Corps dés le 24.
de May, & deux grands Camps
volants font en eſtat de la join-
Iuin 1689. K
218 MERCVRE
dre lors qu'elle en aura befoin ,
ou qu'on le jugera à propos. II
y a quelques jours qu'elle fit
un détachement de quinze
cens Chevaux , donc quatre
cens eftoient de la Maifon de
Sa Majesté . Mr le Marquis de
Gournay , Lieutenant Gene-,
ral , les commandoit. Ce détachement
alla avec fuccés aux
Villages prés de Termonde &
de Tirlemont, prefque en veuë
des Ennemis , qui estoient campez
préz d'Ouaren. Le coup
eftoit fort hardy . Mrde Gournay
paffa le défilé des cinq
Etoiles, & s'avança deux lieuës
dans la plaine , en ayant douze
de retraite à faire , & ne pouvant
fe retirer qu'en paffant
par des Places Ennemies. Il
demeura quatre jours dans ce
Party. Un autre détachement
GALANTM 212
de cinq cens Chevaux s'avança
prés de Bruxelles . Les Troupes
du Roy eftant fuperieures
par tout , ont fait payer beaucoup
de Contributions . I a
couru quelques faux eftats de
l'Armée de Flandre. Je vous
en envoye unOrdredeBataille
fort exact Outre ce qu'il y
a prefentement de Troupes
dans cette Armée , & les deux
Camps- volans elle devoit eſtre
encore renforcée de beaucoup
d'autres , quand cet Ordre de
Bataille a efté fait.
ORDRE DE BATAILLE .
BRIGADIERS.
Meffieurs De Longueval ,
De Quinſon ,
De Bezons ,
De Vaubecourt ,
K 2
220 MERCVRE
"
Davejan ,
De Guifcart ,
De Mariny
De Lignerie.n
PREMIERE LIGNE .
Gardes du Corps.8.Efcadrons.
Gendarmes ,
Chevaux - legers :
A
I.Efcadron .
de la Garde , 1.Efcadron. !
Arnaufiny ,
Le Mayne ,
Normandie ,
2.Efcadrons .
2.Efcadrons.
2. Bataillons.
Creder Allemand , 2. Bataillons .
Gardes Fraçoiſes, 4 . Bataillons .
Gardes Suiffes , 2. Bataillons .
Fufeliers, &
Vaubecourt .
2.Bataillons .
I. Bataillon .
Praflin , 2.Efcadrons .
Roham ,
2.Efcadrons .
Bezons , 3.Efcadrons.
Coiflin 3.Efcadrons
GALANT. 221
2.Efcadrons. Quinſon ,
Mede Camp General,
Eſcadrons. "
DRAGONS.
Dauphin. 3.Efcadrons.
Gramont 3.Efcadrons.
Queflus ,

3.Efcadrons.
Teffé , 3.Efcadron's.
Asfeld , 3. Efcadrons .
BRIGADIERS.
Meffieurs Lomaria.
De
Nangis.
Stopps.
De Soiffons.
De Florenfac,'
SECONDE LIGNE .
Cravates. 3 Efcadrons
Florenfac , 2.Efcadrons .
Magnac , 3.Efcadrons.
Maffot , 13.Efcadrons .
shandlas
Z
Royal Rouffillon , 1.Bataillon .
Salis,
3.Bataillons.
K
3
272 :
MERCYRE
Stopps , 3.Bataillons.
Greder Suiffe , 3. Bataillons.
La Marine Roïale, 1 . Bataillon.
Fontal, 3.Efcadrons.
Courtebonne , 3. Efcadrons.
Mont revert , 3.Efcadrons .
Lomaria, & 3.Efcadrons.
Royal Allemand , 3.Efcadrons .
CORPS DE RESERVE .
Chevalier Duc , 3.Efcadrons.
Vilpion .
3.Efcadrons .
Je vous envoye une Medaille
de la Viedu Royalle
a efté faite pour l'ouverture
de la Campagne 1672 mayo!?
La longueur des Articles
fur une mefme matiere , que je
joins fouvent enſemble , pour
vous faire lire de fuite touf
ce qui regarde un mefme fue
6
PERRVPTIS
BATAVIAE
CLAVS
Dolinarfecit
TERROR ET FVGA
M.DC.LXXII.
ROVISELE
DE
LYON
#
18937
GALANT .
223
>
jet , fait que je n'obferve pas
toujours l'ordre des dates .
Cela me paroift peu important
, pourveu que je vous
apprenne toutes les Nouvel
les . Ainfi , quoy que jaye
differé à vous dire que Mr
l'Abbé de la Montagne a
prêché depuis peu devant
le Roy vous voyez que
je ne l'ay pas oublié . Le
nom de cet Abbé vous eft
connu par quantité de Sermons
qu'il a faits avec fuccés
dans diverfes Chaires de
Paris . Vous fçavez que l'A
cademie Françoife choifit
tous les ans un Predicateur
de reputation , pour prêcher
dans la Chapelle du Louvre ,
le jour de la Fefte de S. Loüis ,
& il y a déja du temps qu'il
a efté de ce nombre . Les ju-
3
K
4
224
MERCVRE
ftes louanges qui luy ont efté
données toutes les fois qu'il
a cu l'honneur de prefcher
devant le Roy , l'ont fait encore
choisir pour y prefcher
le jour de la Pentecofte der
niere. La Cour en parut fort
fatisfaite , & les applaudiffemens
qu'il receut furent remarquez
de toute l'Affemblée.
Le compliment qu'il fit
à Sa Majefté fut écouté avec
grand plaisir , non ſeulement
parce qu'on en aa toujours
beaucoup à entendre fon éloge
, mais parce que cet Abbé
fe fervit heureufement des
matieres du temps , & des
Victoires de ce grand Monarque
, dont les nouvelles
eftoient encore toutes recentes
.
Mr l'Abbé de Sillery , DoGALANT.
225
Ateur en: Theologie , & qui a
foovert prefché avec beaucoup
de fuccés , a ' eſté nome
mé à l'Evefché d'Avranches
Il eft de l'illuftre Maifon de
Brulart , & Fille de Mr le Marquis
de Sillery ; & d'une focur ,
de feu Mr le Duc de la Rochefoucault.
Son Grand pere
eftoit le fameux Mr de Puifeux
, Miniftre & Secretaire
d'Etat , qui exerçoit cette
Charge avec tant d'éclat pendant
que Mr le Chancelier de
Sillery , fon Pere remplif
foit celle de Chef de la Juſtice
, & de Miniftre d'Etat avec
un applaudiffement univerfel.
Ainfi on ne doit pas s'étonner
fi Mr l'Abbé de Silleny
a des qualitez qui le ren
dent fr recommandable. Il y
a peu de Familles qui ayent
K
S
226
MERCURE

plus d'efprit qu'il s'en trouve
dans la fienne , & de cet ef
prit qui plaift generalementa
Cet Abbé eft parent de Mr le
Procureur General , & ce
grand Magiftrat , plus connus
encore par fes fublimes vers
tus que par fa Charge & par
fa naiffance , connoiffant fon
merite plus qu'un autre , s'eft
toujours intereffé à fanfora
tunezolana Ano
Mr. l'Abbé Ratabon , Grand
Vicaire de Strasbourg , &
Docteur en Theologie de la
Faculté de Paris , a efté nommé
à l'Evefché d'Ipres. Il
eft Fils de feu Mr Ratabon
Surintendant des Baſtimens
& Beau frere de Mr. le Com
te de Crecy. Il a prêché uns
Carefme à S. Roch , & a efté
Député à l'Affemblée du
Clergé.
GALANT. 217
Mr l'Abbé de Cartigni ,
dont la Famille eft de diftinction
parmy la Nobleffe , a efté
fait Grand Vicaire de Stras
bourg.
Le Roy a auffi donné quel
ques Abbayes , fçavoir une au
Frere de Mr d'Ornaifon . Enfeigne
des Gardes du Corps is
uncautre au Fils de Mr le Baron
de la Cofte , ancien Capi
taine au Regiment de Piedmont
, & une en regle à Mr
d'Epinay , Ecuyer de la petite
Ecurie , pour un de fes Parens ..
Pendant que Sa Majeſté
répand fes graces fur fes
Sujets , & fes largeffès fur les
Etrangers , Elle eft de tous
coftez comblée de louanges ;;
mais parmy celles qu'on luy
donne , il y en a de plus inge-.
nicufes les unes que les au-
"
K 6
228
MERCVRE
res , celles de Mr Pompe Italien
font d'un caractere particulier.
Dans le deffein d'exprimer d'une
maniere fymbolique la puiffante
protection que ce Prince
a donnée au Roy d'Angleterre
dans la retraite qu'il a
faite en France & de marquer
en mefme temps le fuccés que
l'on en doit efperer , il a fait
une Emblême en Tableau , &
a pris pour corps une Harpe
qui fe trouve dans les armes.
d'Angleterre . 11 prefenta der.
nierement cette Emblême à Sa
Majefté , avec ces fix Vers Italiens.
20 Darubelli , fellon , barbari
fuoni,
Sconcerto s'invola il Davico
fromento,
E'n fen fi reca a l'Apollica
concenta j
GALANT. 229
Puoi in fol , dice , xinovar misi
fronty
A cui , ei , con alma generofæ
e pronta
D'infidi fuoni accorderotti ad
onta.
L'Auteur par une hardieffe
Poëtique fuppofe que cette
Harpe déconcertée par Finfrdelité
de fes cordes , vient en
France , & que s'adreffant à
Apollon qui en a fait fon fejour
, elle luy dit ,.
C'est vous feul qui pouvez me
rendre l'harmonie.
Puoi tu fol , dice , rinovar miei
tuoni ,
& continuant dans cette même
figure , il luy fait répondre
par Apollon ,
C
Malgré tous tes faux fone je
Scauray raccorder.
D'infidi fuoni accordérotti
onian
230 MERCVRE
En effet cette Harpe déconcer
tée nous fait voir affez au naturel
l'eftat de l'Angleterre ,
dans la fituation où font les
Affaires , & Apollon qui accorde
cette Harpe , nous reprefente
le Roy, qui par la fageffe
& fon affiftance retablira l'ordre
dans l'Angleterre , & remettra
des Peuples rebelles
fous l'obeïffance de leur legiti
me Souverain...
Vous attendez fans doute
que je vous parle des Affaires
d'Allemagne fur lefquelles toute
l'Europe a les yeux ouverts..
Il ne s'y eft paffé pendant tout
ce mois que des actions partisculieres
, dont je vous ay déja
marqué quelques - unes. Les
Allemans ont efté toûjours occupez
à s'affembler , & à debarer
fur Fouverture de la
GALANT. 231
71
Campagne . Comme ils fontles
attaquans , c'eſt à eux à commencer
, puis que la France n'a
travaillé qu'à fe mettre en
eftat de leur tenir tefte . La plus
grande partie de leurs Troupes
, & leurs meilleurs generaux
commandent
cette année
furle Rhin . Le Prince Charles
de Lorraine femble n'y eftre
venu qu'à regret , ne voyant
pas lieu d'y acquerir de lagloire
, & paroiſt perfuadé qu'il
auroit efté plus avantageux
à
l'Empereur
, de continuer la
guerre contre les Turcs.La pieté
dont cc Prince fait profef
fion, & les lumieres qu'il a dans,
Je métier de la guerre , luy fai
foient connoiftre qu'outre qu'il
myavoit rien à gagner avec les
François , la Religion fouffroit
de deux manieres , puis que
232
MERCURE
cette guerre non feulement
empefchoit qu'elle ne s'aggrandift
du côté des Turcs,
mais qu'elle faifoit grand tort
aux Catholiques d'Angleterre,
par l'obftacle qu'elle mettoit au
rétabliſſement de Sa Majeſté
Britannique , qu'elle avoit déja
fait dêtrôner. Cependant
comme on ne fe regle pas à la
Cour de Vienne fur de fifages
avis , & que cette Cour
veut effuyer la honte de cette
guerre , on a voulu que
ce Prince la partageaſt , en le
forçant de venir fur le Rhin.
Il a eu beau s'en défendre
il n'a pu le refufer , & l'Imperatrice
ſe trouvant intereſſée
dans cette Affaire , parce
qu'elle eft fille de l'Electeur
Palatin , l'en a follicité avecdes
inftances of preffantes
GALANT.
233
ger
qu'il a efté obligé de fe chardu
commandement . Nous
verrons de quel fuccez il fera
fuivy. Si ce Prince ne
reuffit pas , il ne fera point
trompé , puis qu'il ne luyarrivera
rien qu'il n'ait préveu .
En attendant que je vous rapporte
les grandes actions aufquelles
le mois de Juillet paroift
eftre deſtiné , voicy des
nouvelles de ce mois .
Les Souverains qui voyent
leurs Etats menacez d'eftre
envahis par des Armées for
midables , eftant obligez de
défendre leurs Sujets par toutes
les voyes que permet la
guerre quand les occafions
font preffantes , il a efté jugé
à propos , pour garantir plu
fieurs Villes de France dont
la ruine cuft efté inévitable , de
2346 MER CV RE
faire mettre le feu à quelques
Places qui pouvoient faciliter
le deffein des Ennemis ,
en leur donnant des retraites:
& leur fourniffant de quoy:
fubfifter. Ainfi Vormes , Spire
& Openheim , ont eſté
brûlées , aprés que les Habitans
ont eu le temps de fe retirer
& d'emporter leurs effets
fur des Chariots que l'on a
preftez à ceux qui n'avoient
pas affez de voitures . On leur
a fait d'ailleurs tous les avantages
qu'on a pû leur procu-
Fer , & ils ont efté conduits
dans des Villes , où ils jouïffent
de beaucoup d'exemptions .
Lors que la guerre fera terminée
, chacun doit rentrer dans
la jouiffance de fes terres , &
là il fe trouvera qu'ils auront
beaucoup plus gagné que
par
GALANT- 235
perdu puis qu'il ne leur aura
Coufte que des logemens , peu
confiderables pour le prix en
ces Pays - là.
Mr le Comte d'Auvergne
fut détaché le 1. de luin par
Mr le Maréchal Duc de Duras,
avec quinze cens hommes , du
nombre defquels étoient deux
cens Dragons , pour s'aller
poſter à Inghezeim , qui eft
entre Binghen & Mayence ;
tant pour obferver les Enne
mis ,, que pour charger tout ce
qui fe prefenteroit à fon pofte.
Quelques jours aprés , il recent
ordre de faire brûler Binghen,
ce qu'il fit executer ; mais avec
des precautions qui empêcherent
que l'Eglife principale ne
rescuſt aucun dommage . Ce
Comte demeura à Inghezeim
jufqu'au 13. qu'il eut ordre de
236
MECURRE
rejoindre l'Armée à Openheim
.
Dés le 30. du paffé les Impe
riaux parurent à la portée du
Canon de Mayence , de l'autre
cofté du Rhin . Ils n'avoient
alors que de la Cavalerie , &
leur Infanterie eftoit campée
fur le Mein à demy-lieuë de
Mayence. Les Efpions raporteret
que ces deux Corps enfem
ble ne pouvoient monter à dix
mille hommes.M.de Duras par.
tit auffi - toft pour aller joindre
la Cavalerie Françoife qui
campe le long du Rhin . Nous
avions quelque Infanterie
dans deux Maifons au delà
de cette Riviere . Le Capi
taine qui la commandoit eut
ordre de la ramener , & d'a
bandonner les deux Maifons.
Il fe défendit long - temps
GALANT. 237
contreles Ennemis avant que
de fortir de ce pofte . Il ne
quitta d'abord que l'une de
ces Maifons , & ife retira dans
Fautre. Il s'y défendit vigou
reuſement , & les Ennemis
eurent plus de cent hommes
tuez ou bleſſez . Il n'en perdit
qu'un , & fit une retraite honorable
. Les Imperiaux ont
jerté quelques Bombes dans
Mayence , ou plûtoft ils ont
eu deffein d'y enjetter , car il
n'y en a pas eu trois qui ayent
porté jufque là , la plupart
eftant tombées dans le Rhin
Il y en eut une qui tomba
für un Bateau armé , que cet
accident fit enfoncer. Tous
ceux qui eftoient deffus fe
faurerent , & le Bâteau fut
remis fur l'eau le lendemain .
Les Ennemis ayant travaillé
238 MERCYRE
quelque temps à fe retran .
cher dans leur Camp à demyhieuë
de Mayence, les François
firent fur eux un feu continuel
d'une Redoute qu'ils occupent
dans une Ifle du Rhin , & leur
tuerent plufieurs Travailleurs
& quantité dé Chevaux . Le
feu de cette Redoute a entierement
détruit le Village de
Roftheim . Enfin l'Artillerie de
Mayence a fait tant de defor
dre parmy les Ennemis , que
plufieurs de leurs - Regimens
qui en eftoient fort incommodez
, ont efté contraints de
changer de quartier . rowla
On a conſtruit à deux lieuës
de Frankendal fur le bord du
Rhin , vis à vis Manheim ,
à l'embouchure du Nekre ,
un Fort où l'on a mis quatre
cens hommes , & neuf pieces
·
GALANT.
239
de Canon pour battre tout ce
qui paffera fur le Rhin , ou qui
s'y jettera par la communica
tion du Nekre .
Tous les Generaux des Ennemis
ont tenu Confeil à
Francfort & n'ont fait aucune
démarche qui n'ait fait
voir le deffein qu'ils ont eu
d'affieger Mayence ; mais enfuite
ils ont para incertains ,
ayant feeu qu'il y a dix Bataillons
Colonels dans cette Place'
avecdes vivres , & des muni->
tions pour plus d'un an . La
Compagnie des Bombardiers
y
eft auffi avec Mrs Camelain
& de la Mothe. Il y a encore un
Regiment de Cavalerie , & un ›
de Dragons ; & en cas de Sie-l
ge , Mr de Melac fe doit jetter
dedans avec trente Compa->
gnies de Grenadiers . Mr le
240 MERCURE
Marquis d'Uxelles en eft Gou
verneur. Quoy que les Ennemis
ayent trouvé de grandes
difficultez à faire ce Siege , ils
n'ont pas laiffé de faire voitu
rer de Francfort , & des autres
lieux circonvoifins , toutes les
chofes neceffaires à la conftruction
d'un Pont fur le Rhin, &
plufieurs de leurs Regimens
ont defcendu vers Coblens à
mefure qu'ils font arrivez . Nos
Troupes eftoient cependant .
cantonnées dans les Villages le
long de ce Fleuve , à la referve
de deux Camps , l'un à Vormes
,l'autre à Spire , commandez
par Monfieur le Marquis
de Tilladet , & par Monfieur
le Comte de Teffé . Celles de
Mr de Duras , attendant ainſi
en repos que les Ennemis
cuffent pris leur party , n'ont
fait
GALANT. 241
fait aucune démarche , & on
n'a point fait joindre les équipages
. Le vin , le grain , & le
fourage ont efté toûjours en
abondance dans fon Camp .
L'étendue de cette Armée
tenoit depuis Mayence juſ
ques à deux heures de Landau
, dont les Fortifications
font prefentement dans l'eftat
où l'on a eu deffein de les
mettre. Elles font d'une maniere
nouvelle & ont efté
inventées par M. de Vauban .
Les Baſtions font doubles. Il
y en a un grand qui en envelope
un plus petit , mais ce
petit eft plus élevé , & bat le
grand avec fon Canon ; de
forte qu'on peut eſtre maiſtre
de ce premier Baſtion & s'en
voir bien-toft chaffé . Sept à
huit mille hommes travailuin
1689.
>
L
242 MERCURE
loient depuis longtemps à
fortifier cette Place.
Quant à Mr de Baviere , il
eftoit campé le 2. de ce
mois dans la plaine d'Auberth
, une lieuë en deçà de
Brouffelles , qu'il laiffoit à fa
gauche. Brouffelles eſt à quatre
heures de Philisbourg. Ce
Prince s'en approcha avec
deux mille chevaux pour
reconnoiftre la Place ; mais
il n'y demeura pas longtemps
Mr Desbordes qui en
eft Gouverneur , fit retirer fon
pont volant. Quelques jours
aprés . Mr de Baviere s'approcha
de Philisbourg, n'y ayant
rien entre l'Armée & la Place ,
& voulut forcer un pont ,
qui fut confervé des Dragons
& des Grenadiers , que
Fon y avoit poftez . Car Ele x
par
GALANT. 243
&eur n'avoit encore que quatre
Regimens d'Infanterie
quatre de Cavalerie , & deux
de Dragons , deux pieces de
Canon de quatre , & douze
petites pieces , deux dequelles
il faifoit marcher à la tefte
de chaque chaque Regiment
d'Infanterie . Il attendoit
beaucoup de groffe artillerie ,
avec les Troupes des Cercles
des Princes. Son Armée devoit
estre de trente mille
hommes. Il avoit quelques
Officiers generaux , & plufieurs
Ingenieurs avec luy.
Le pain luy venoit d'Ulm'
d'Ausbourg , & de Dartem
berg ; ainfi on avoit de la
peine à en avoir quoy
qu'il ne fuft pas fort bon.
Sur l'avis que Mr Desbordes
eut le 4. que trois cens

L 2
244
MERCVRE
Chevaux s'eftoient aſſemblez
au Village de Loftein , il y :
envoya la nuit le Lieutenant
de Roy de Philisbourg , accompagné
de trois cens Fufeliers
, avec ordre de faire
main baffe. Il n'y en trouva
que cinquante , qui s'eftoient
retranchez dans une maiſon
qu'ils défendirent longtemps.
Ils furent tous tuez , n'ayant
point voulu de quarrier , à la
referve d'un feul. On brûla
le Vilage. Le 11. Mr. de Baviere
ayant fait avancer quelques
Troupes vers le Fort
Louis du Rhin , Mr de Bregy,
Gouverneur de ce Fort , fit
fortir une partie de la Garnifon
avec deux pieces de Canon
pour les repouffer. L'éclat
d'une de ces pieces , qui
creva , luy caffa la cuiffe , &
GALANT.
#45
+
ibeft mort de fa bleffure Mr de
Monclar eftoit alors campé à
Lauxembourg en deçà du
Rhin , à quatre heures du
Fort Louis . M. le Comte de
Choifeut , qui eftoit campé
entre Bafle & Huninguen
paffa le Rhinole 10. fur le
pont de cette derniere Place ,
avecun Corps de quatre à cinq
mille hommes , & fe campa à
Vefler , à une lieuë de Bafle
pour confumer les fourages
dans le Marquifat de Dourlach
, & ofter par là aux Ennemisle
moyen d'y faire fubfifter
leurs Troupes. Il eftoit utile à
beaucoup d'autres chofes en
cet endroit - là , & fuivant que
les affaires de la Diete des Suiffes
auroient tourné , il auroit
pû faire des mouvemens qui
L 3
246
MERCURE
ne leur auroient pas efté agrea?
bles , fi la France n'avoit pas
eu fujet de fe louer de leur.
équité . Il examinoit en meſme
temps Monfieur de Baviera
qu'il pouvoit côtoyer , & il ſe
pouvoitjoindre avec Monfieur
de Duras , en cas que cet Eleateur
fe joigniſt au Prince
Charles de Lorraine. Vous
voyez par toutes ces chofes , les
juftes mesures que l'on prend
en France. Monfieur de Bavicré
ayant fait battre fortement
la Redoute qui eſt au bout du
pont du Fort Louis du Rhin ,
Monfieur de Monclar qui étoit
à portée de ce Fort , comme je
vous ay déja marqué , s'eſt
jetté dedans à caufe de la mort
de Monfieur de Bregy , & a fait
paffer dans la Redoute une parg
GALANT. 247
tie de la Garnifon du Fort qu'il
a remplacée par d'autres Troupes
. Quelques - unes de celles
de l'Armée du Prince Charles
ayant paffé le Rhin à Coblentz ,
& traversé des défilez & des
montagnes , font venues fe
poſter à Bauvrat , & il a fait
avancer fon Avant - garde juf
ques Binghen qui avoit efté
brûlé fort à propos . On affure
que beaucoup de fes Troupes
ont encore paffé depuis. Vn
Party de Cavalerie de Mont-
Royal à fait une action furprenante
, en mettant pied à terre
pour forcer de l'Infanterie , für
laquelle il a eu un grand avantage.
Voilà ce qui s'eft paffé
en Allemagne pendant tout ce
mois. Vous ne le trouverez ny
fi étendu , ny en corps dans
L4
248 MER CURE
aucune Relation , puis qu'il
n'y a que des Lettres qui parlent
feparément de toutes ces
actions , & que c'est là - deffus
que j'en ay fait la Relation .
Beaucoup de perfonnes ont
expliqué la derniere Enigme
fur le point du jour , mais peu
en ont trouvé le vray lens . Elle
a efté faite far celuy des jours
de la Semaine qu'on nomme
Lundy. Voicyles noms de ceux
qui l'ont expliquée . Mrs du
Perier , Hongnant ; le Chevalier
de Velon , Hutuge d'Or
leans ; le Berger du Pont aux
Biches ; Berton , ruë Grenier
S. Lazare , & la Grondeufe de
la rue des quatre petites Fonnes.
On fupprime plufieurs
noms faux qu'on doit mieux
choifir fi on
veut qu'on les
employe,
GALANT. 249
L'Enigme nouvelle que je
Vous envoye vous donnera
peut eftre fujet de refver ,
quoy que le mot foit des plus
communs.
e
ENIGME.
VN Puceau me fait naiftre , ou
bien une Pucelle,
Avant que d'eftre nez ils me donz
nent le jour is
L'un & l'autre pour moy montrent
beaucoup d'amour
Et ma perte leur cauſe une peine
cruelle .
La couleur dontje fuis n'eſt point
originelle ,
Je ne puis l'acquerir que par un
Long détour;
Je ceffe au bout d'un temps , mais
non pas fans retour ,
L.S
250
MERCVRE
Et ce qui me détruit fourens me renouvelle.
·Bien que je naiffe en terre, ileft
des curieux
Qui penfent découvrir ma route
dans les Cieux.,
Onme croit pour les moeurs de grande
confequence..
Le rabaisse deprix quand je faise
furanné,
Etperis d'ordinaire au point de mas
naiſſance , t
Lors que d'un noble Sang jay
l'honneur d'eftre né….
Quoy que ce Printemps fi
niffe, il faut encore vous faire
part d'un des Airs nouveaux
qui ont efté faits à l'occafion
de cette faifon charmante . Il
eft d'un excellent Maiftre ;;
vous le connoiftrez en le
chantan
GALANT.
251
AIR NOUVEAU..
Dans la Saifon la plus belle
Où l'Univers renouvelle
Faudra - t- il gemir toûjours ?
En vain le Printemps rameine:
Les plaifirs & les amours..
Quand on aime une inhumaine ,.
Helas ! eft - ilde beauxjours ?
Comme la huitiéme Partie
des Affaires du Temps contiendra
tout ce qui s'eft paflé:
en Angleterre pendant: ce
mois , je me contenteray aujourd'huy
de vous en parler
en general , en vous , marquant
la fituation prefente ou
font les affaires .. Plufieurs ;
raifons donnent lieu de croire
que le Prince d'Orange eft
L 6
2252
MERCVRE
mal affermy dans fa dignité
nouvelle. Les Grands qu'il
fait arrefter & la quantité
de ceux qu'il excepte de
l'amnistie , luy attirent autant
d'ennemis qu'ils ont de
parens , ou de perfonnes attachées
à leur fortune. Les taxes
exceffives irrirent le Peuplé.
Il y en a jufque fur les
Fontaines qui donnent de
l'eau dans les maifons
particuliers >
des
& celles qui
font fur les meubles & fur
les immeubles , font tout - àfait
au préjudice des Marchands
> non pas à caufe de
la valeur de la fomme , quoy
qu'exorbitante pour les peuples
; qui n'en ont jamais tant
payé en vingt années , mais
parce que l'eftat de leurs af
GALANT.
253
que
faires eft connu par là CC
qui peut ruiner le credit de
plufieurs Negotians
D'ail
leurs il y a beaucoup de Seigneurs
qui n'ont confenty
que par force à l'élevation du
Prince d'Orange . Ainfi l'on
peut dire
les trois quarts
de l'Angleterre tiennent dans
le coeur le party de leur veri
table Souverain. Mais les avantages
que le Roy tire de
ce cofté- là font balancez par
la Chambre des Communes ,
qui décident de tout fans
avoir égard à la Chambre
Haute. Il n'eſt reſté que deux
eens perfonnes dans cette pre
miere ; mais comme c'eft l'élite
de ceux qui font entieremenedévoücz
au Prince d'Orange
ils ne gardent point.
254
MERCVRE
de mefures , connoiffant bien
que le Roy ne doit pas leur
pardonner , s'il remonte furle
Trône , à moins d'une bonté
exceffive , & dans ce doute ils
facrifient le refte de la Nation
pour leurs propres interefts
, & pour garantir leurs
teftes. Le Prince d'Orange de
fon coſté a beaucoup avancé
fes Affaires dans les temps.
qu'il paroiffoit agir peu. Il a
fceu écarter une partie des.
Troupes Angloifes , & il en
fait tous les jours venir d'étrangeres
à leur place . S'il peut
avoir une fois trentre mille
Etrangers , il fera fentir aux
Anglois qu'il eft leur Maiftre ,
& ne manquera pas d'établir
le pouvoir arbitraire qu'il
feine de condamner. Il n'i
GALANT. 255
gnore pas qu'il ne peut fe
conferver que par là , & il eft
trop bon politique , pour ne
pas faire tout ce qu'il croira
capable de le maintenir cependant
il eſt à croire que
toute la Nation qui a com
mencé a ouvrir les yeux , fe
mettra bien - toft en état de
fecouer le joug qu'il luy a
prefque impofé. Ce Prince
pourra manquer d'argent
sil compte fur ce qu'on
pourra luy avancer des nouvelles
taxes. Perfonne ne veut
rifquer fon argent en faveur
d'un homme , dont on voit
la cheute prefque: inévita
ble. Ceux qui feroient affez.
imprudens pour le donner ,,
loin d'avoir aucun recours ,
non feulement fe rendroient
256 MERCVRE
augurer
coupables par cette avance
de deniers pour faire la guerre
à leur legitime Roy , mais
ils fe mettroient encore en
état d'eftre les premiers pu
nis , fans qu'il fuft befoin
d'avoir d'autres preuves de
leur revolte . Enfin mille cho
fes doivent faire bien
du prompt rétabliſſement du
Roy & perfonne ne peut nier
que toute l'Angleterre , & particulierement
la Ville de Londres
ne fuft beaucoup plus
tranquille un jour avant que
ce Monarque fuſt arreſté . Un
legitime Souverain qui a pour
Juy la juftice & la plus grande
partie des coeurs de fesPeuples ,
vient toft ou tard à bout d'abattre
la tirannie , qui ne fubfite
jamais que par la force &
par l'artifice..
GALANT... 257

Quelques foins que le Prince
d'Orangé ait pris pour faire
que la Convention ne fuſt
compofée que de membres qui
luy fuffent entierement dévoüez
, tous ceux qui ont droit
d'en nommer n'ont pas répondu
à ſon attente , ou du moins
quelques - uns fe font trompez
dans leur choix , Milord Franchau
, & un autre Milord declarerent
dernierement à la
Convention que ce Prince lear
avoit fait degrandes offres , pour les
engager à prefter les nouveaux fermens
, mais qu'encore qu'ils euffent
peu de bien , ils eftoient neanmoins
·refolus de n'en rien faire , qu'il n'y
avoit jamais eu de traitres ny de
rebelles dans leurs familles , &
qu'ils ne vouloient pas eftre les premiers,
On n'ofa les punir , &

258 MERCVRE
on fe contenta d'envoyer dire
aux Villes quiles avoient choifis
, qu'elles nommaffent d'autres
Deputez .
Le Prince d'Orange a déja
fait connoiftre qu'il fonge à
mettre les deux Chambres de
la Convention en une feule .
On ne doit pas s'étonner qu'il
marche fur les pas de Cromvel
qui a fait la mefme chofe.Comme
le Peuple eft fuperieur en
nombre de voix , les Seigneurs
n'auroient alors aucun credit ,
on ne pafferoit aucune chofe
de ce qu'ils fouhaiteroient.
Ce mefme Prince fait tous les
jours emprifonner beaucoup
de ceux qui ont diftribué en
Angleterre une Declaration du
Roy , donnée à Dublin le 18 .
May , par laquelle il promet.
GALANT.
259
tous les Anglois un pardon de
tout le paffé , en cas que vingt
jours aprés qu'il fe fera rendu
en perfonne en Angleterre ils
retournent à leur devoir , &
abandonnent fes Ennemis . Je
ne vous parle point icy du Parlement
d'Irlande , vous aurez
le détail de tout ce qui le regarde
avec les Nouvelles d'Angleterre.
Tout ce que je vous
en diray aujourd'huy eft , que
Londondery eft prefentement
-affiegé , puis que le gros Ca.
non & les Bombes font arrivées
devant cette Place au commencement
de ce mois . Il a falu les
y conduire par Mer. Comme
il n'y a pas d'apparence qu'elle
refifte long temps , peut - eſtre
recevrez - vous la nouvelle de
fa prife auffi - toft que cette Lettre.
260
MER
CVRE
"
Quoy que les Affaires d'Ecoffe
aillent tres - bien- pour Sa Majefté
Britannique , il femble que
le Prince d'Orange ait celles
d'Irlande plus à coeur , & que
l'armement qu'on croit preſentement
en eftat , foit pour ce
Royaume - là. Mr de Schom-
-berg doit enfin partir , aprés
-avoir fait mille & mille difficultez
, & s'eftre , pour ainfi
dire , fait faire une Armée à fa
fantaisie.Il s'eft fervy de divers
pretextes pour differer fon départ,
comme s'il fe fentoit menacé
par quelque mauvais prefage
qui l'obligeaft de le reculer ,
ou que de juftes remords l'empefchaffent
de fe mettre à la
tefte des Troupes qu'il doit
conduire.
:
Les affaires d'Ecoffe font en
GALANT. 261
bon eftat , & les dernieres
nouvelles portent que fix cens
Rebelles y ont encore efté défaits
. Le Duc de Gourdon ·
ayant celebré dans le Chasteau
d'Edimbourg , le jour du rétabliffement
du Roy Charles I I.
l'exemple de ce genereux &
fidelle Sujet toucha les peuples
de la Ville ; ils firent auffi des
feux , & dans la chaleur de
la Fefte plufieurs burent à la
fanté du Roy Jaques VII. &
marquerent fouhaiter qu'il fuft
rétabli . Quelques membres de
la Convention voulurent empefcher
ces réjoüiffances , & le
peuple prit des tifons enflamez
qu'il jetta dans leurs maifons
.
Les Ennemis qui avoient
pafféle Rhin l'ont repaffé .Ainfi
262 MERCVRE
voilà déja une partie de la for
midable Campagne que les
Allemans devoient faire , employée
en mouvemens . Ils ont
reconnu plufieurs Places , &
tenté diverfes entrepriſes fur
des Forts & fur des Redoutes ,
mais la faifon avance plus
qu'eux . Les Gouverneurs de
nos Places font en eftat de les
recevoir ; ils voudroient eſtre
affiegez , & ceux de Mayence
, de Bonn , & de Mont-
Royal font des fouhaits pour
cela.
Quelques efforts que la Cour
de Rome , & celle de Vienne
ayent faits pour obliger les
Suiffes à manquer de parole
ils ont fait voir que l'exemple
de l'Empereur , qui a manqué
à la fienne , en refuſant de raGALANT
. 263
tifier le Traité qu'il avoit fait,
ne pouvoit les engager à le
fuivre. Ainfi ceux que leur
fermeté a chagrinez , doivent
les eftimer malgré eux ; c'eſt
un effet du merite qui force
nos Ennemis à nous estimer,
quand mefme il ne nous aiment
pas. Enfin les Suiffes en
gardant la Neutralité
travaillé au repos de l'Europe
; c'eſt un fait inconteftable
.
>
" ont
Quelques bruits qui ayent
couru le Roy de Danemarc
ne s'eft point encore
laidé ébranler aux preffantes
inftances des Ennemis
du Roy , qui n'ont rien oublié
pour le détacher de
l'alliance qu'il a avec Sa
264 MERCURE
>
Majefté . Ce Prince fait voir
au contraire une fermeté
digne d'admiration & je
viens d'apprendre de fort
bon lieu qu'il s'oppofe au
paffage des Troupes Suedoifes
qui veulent aller joindre
les Alliez .
On a publié icy une Declaration
de Guerre contre
l'ufurpateur d'Angleterre , &
fes Fauteurs & Adherans
dont je vous entretiendray
au premier jour . Je fuis vô
tre , & c.
A Paris ce 30. Juin 1689 .
>
Les dernieres Nouvelles d'Ir-
Lande portent que la Tranchée
n'a eftè ouverte devant Londonderry's
GALANT .
265
derry que
le
13...
de ce mois
que les Affi geans ont pris un
Fort qui coupe les moulins d'qvec
la Ville ; que quelques proteftans
Anglois qui fe font jettez
dans cette Place ont fait
croire aux Affigez que le Ki
ce Amiral Herbert avoit entie
rement defait la Flote de France,
& que fur ce faux rapport on
avoit fait de grandes réjouiſſances.
a Londonderry
Ou
ohnw
a expo
EIN
130
LYON
A ville reog égadas 1893
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t
TABLE . A
Prelude
.
Poëme.
Prix de l'Eloquence & de la Poëfie
diftribue par l'Academie d' Angers.
Lettre curicufe.
Lettre en Profe & en Vers.
is
17
20
Mort du Coneftable Colonna , avec
plufieurs chofes qui regardent fa
perfonne & fa Famille:
Mort de la Reyne de Suede.
33
41
49
Mort de l'Archiducheffe , Soeur de
l'Empereur. 73
75
Lettre en Monofillabes.
Confolation à une Damefur un Fils
qui luy est échapé pour aller à
l'Armée.
+1
76
Ce qui s'eft paffé au Voyage de M.
Le Duc de Savoye à Pife. 89
Article curieux qui fait voir qu'il
ya prés de 20. ans que la Mai-
Son d'Auftriche a travaillé à fe
TABLE .
rendre maiſtreſſe du Spirituel &
du Temporel de l'Evêché de Licge
, & qu'elle a voulu difpofer
de l'Electorat de Cologne . 95
Hiftoire.
136
Article touchant le dernier Combat
Naval donné entre les François,
&la Flote de l'Ufurpateur d'An-
164 gleterre.
Me de la Terriere eft éluë Superieure
de la Vifitation de Sainte
Marie de Villefranche.
Morts.
168
172
Regiment de Languedoc donné à
M. le Marquis d' Antin¸ 191
Belle action de M. le Marquis de
Thiange.
193
200
Charge donnée par le Roy.
Plufieurs Gouvernemens
donnez
le Roy, Lastown lap tukar
201
parle Roy.
Prife de l'ifle de S. Euftache, 205
Combat de deux Fregates Françosfes
contre deux Vaiffeaux Hollandois.
207
Départ de M. le Chevalier de
Tourville des fles d'Hieres , avec
20. Vaiffeaux du Roy,
212
Prife de trois Vaiffeaux Anglois . 213
Depart de Breft de M. le Cheva
lier de Châteaurenault avec dix
Vaiffeaux du Roy..
Nouvelles de Flandres.
2,15
217
M.l'Abbé de la Montaigne pref
che devant le Roy Lejour de la
Pentecofte. 2.23
Benefices donnés par le Roy. 225
Emblême. 228
Etat des Affaires d'Allemagne
pendant tout le mois de luin . 230
Enigmeskikth
242
Affaires d'Angl. d'Ecoffe & d'Irlande.
251
Retour de quelques Troupes Allemandes
qui avoient paffe le Rhin.
260
Ratification
du Traité de Neutra-
26204
lité fait avec les
Suite 23
Suiffes.
FermetéduRoy de Dannemarks263
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le