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, ]r ,.:*V Ulr - < ;e,~ :
Uu
firarteURin
CALAM'R
A PARIS,
AV PALAIS.
oN donneM.toujours un Volume
nouveau du Msicure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra Trente fols relié en, Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DR LUYNE,au Pilais> dans la
Salle des Merciers) à la Juftice.
T. G1KARD, au Palais, dans la Grande
Salle,à l'Envie.
Et MICHEL GUEROUT, Gourt-neuve
du Palais, au Dauphin.
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DV ROr.
CALANT - JVIN i(t9.

- E ne lçautois commencer
cette Lettre
par un Ouvrageplus
eftimè que celuy que vous
allez lire, ny qui foit plus
à la gloire deSa Majefté.
-
AU\p Y,
Sur ce qu'on ne peut luy donner
de nom qui réponde
à fa Grandeur. GRand Roy, Maiflre du fort des
Souverains du monde,
Sur qui feul le repos de l'Univers
fefonde,
Et de qui la vertu penetfant juf
quaux Cieux
Les fotee à foutenirvojlre bras glorieux
,
Sous quelfurnomfameux noflre Mufefdelle
Fourra-t-elle chanter vofire gloire
immortelle,
Puis quApollonconfus nofemefme
nommer
Vn Heros,que le Ciel à peine afcea
former, ?
Les beaux titres de Grand, de Sage,
Pacifique, IfInvincible3Hardy, Libéral, Magnifique
,
De Conquerant, de Fort, & de rittorienx
,
De Chmcnt, & de Bon) de Jujîe
> & de pÙux
, PartageZ à cent Roishonorentleur
memoire
EtneJùffifèntpasà, votrefeulegloire.
Les noms de ces Heros quon met an
rang des Dieux,
Trop indignes de vous n'y conviennentpas
mieux.
Leur éclat, il efl vray,rendleur mtmoire
iDujlre,
Mais toujours quelquevice en a terny
le luJlre.
Jlfembleque le Cielséprmvoitfur
eux tous
Afaire un vrayHéros qu'ilnacheva
qu'en Vous* Jupiterfe rendit redoutable à la
guerre,
Son brasfembloitlancertous lesfeux
du Tonnerre ,
Ce quiperfuada lesaveuglesHumains
J>)ne cefauxDieuportoit les foudres
dans fis mains,
Mais il noircit l'éclat d'unefi belle
vie,
Mettant Saturne aux fers parfort
injufie envie.
Rerculeterraffint tant de Monflres
divers
En a bien moins que Vous garanty
rVnivers.
Le Ciel vouspreparoit uneplus f/Oble
guerre,
ilftmbloitquel'Enferfe joignifi 4
lit Itrre,
Tour vous faire en nosjours furmonter
à lafois
L'impiété> tErreur, les Peuples &
les Rois.
JïuelsHydresrenaijfans, quels Dragons
redoutables
J^uels Taureaux, quels, Lions ne
furentplus domptables
J>)ue tous les Sellatellr; de Luiber,
de Calvin.
eui vouloientébranlerjufcjuan Tronedivin! Les Autelsrenverfez,, CEglife parta-
Les Peuples foûlevez,, la France
ravagee
, Et lesRois majfitcrez,,furent les attentats
De cesfersennemis du Ciel & des
Etati.
Nousfoupironsencorde cette tiranllir;
Sans ejfpoirnde ilaevoir,entièrement J>htand le Seigneur touché de nos
trop longs malheurs
,
Vous choijit pour tarir la fource de
nos pleurs.
Grand Roy ,
digne, du Ciel qui vous
foumet la terre y Vous termineZ enfin cette fanglante
guerre s
Vous dejàrme'{ l'enfers fes malheureux
fuppots,
Nepourront déformaistroubler nojlre
repos.
Achevez,cegrand coupimpofjible à
tout antre , Cejirintcrcfl du Ciel, ce n'efïpas
moins le vojJre)
Ulnjidellc àfin Dieu [efl toujours àfonRe
line-faut àl'Etatqu'un?rince&
qu'uneFoy.
Les malheurs ou ton voit l'Angleterre
plongée,
Sont les triftes effets d'uneFoy partagé1e.
Si l'erreury combat contre la verité,
Elleyfert de pretexte à Cinfdélité,
SUiveZ donc, o grand Roy, vos
belles defiinées ; chaJ/èt de ïZJnivers les erreurs
obfiinées,
Et faitesvoirà tous, par vos faits
inoüis,
Jj)uHerculemefine auroittremblé
devant Louis,
Enfin de ce Héros lagloirefutbornée,
La voflre efl tous lesjours de nouveau
couronnée,
Alexandre fuivit fes glorieux exploitsi
U fut grand Conquérant,rnah ek
voit-on-fes.Loix *,
Sifarare valeur qm luy fournie h
Terret
te flatta d'ejbne Fils du M.ûjire du
Tonnerre,
EUe lefitrougird&fangdefes Amisa
Souvent àfin couroux ce Vainqueur
futfournisy
Mais, grand Roy » vous joignez a
la valeurfuprêwe,
Le titre glorieux de Vainqueur de
vousmefmei
Et la clemence
, rare a.ceuxde voftre
rang.
Des Peuples & des coeurs vousfait*
le Conquérant.
Loin de verferlefang de vos Sujets
Jîdelles,
Vous pardonneZ à ceux qui vous
furent rebelles,
Et toujours genereux comme toujours
Vainqueur? [du coeur,
Enépargnantlefangvoustriomphez,
Et devellet aïnji le Maifire de la
Terre
Par les beaux droits du fang,damour,
& de la Guerre,
La Greee n'a donc point de nomfi
glorieux [ rieux,
Dontle vojlre neflit toujours vi£fo->
royonsJi les Romains,ifvantez dans
fffifioire>
Pourront en trouver fIn digne de
vofire gloire.
ils offrent iferement un Cefar a nos
Jeux; [qu'aux Cieux,
Vn Pompée, un Augufie élevéjufi
Mais on vit le premier pouf regner
feul au monde,
Du plus beau flng Romain rougir U
terre , & l'onde,
Perdre fes AUiez
,
fes Amis cf
CEtat,
S'en rendre le tiran par un lâche attentat.
La liberté de Rome en fes mains
conJile,
Afin ambition fe vitfacrifiée,
VAigle combatit l'Aigle, & les
DrapeauxRomains
Contre eux-mejmeslevet virent
leurs Chefs aux mains.
j&uon ne vante, doncplus fon injujle
victoire,
eui ne peut le placer au Timpie de
la gloire;
VousfeulpouveT^remplir un fifuperbe
rang,
Vous regne{ parles droits de vofire
illuflrefang.
Vouspoujfez, , ilefl vray , vos fameufls
Conquefies
Partoutoùle Soleilpeut brillerfur
nos tefies,
Mais toujours la jujlice accompagne
vos pas y
Vous rentrez, dans des biens que
vous riuftirfé^Jtoes,
Abatj'fez,le Croijjant
,
& les Aigles
Romaines,
Soumettez, des Lions les fuperbes
Domaines»(pioits ,
La jufiice foutient ces glorieux ex-
Puis que le droit dllJàngfoumd tout
à vos Loix ,
Toujours heureux>&gwd
, toujours
Vainqueur) &j^ft-
)
Vous effacez les noms de Pompée, &
dtAugufte,
Le premierjutfe&grand eutunfort
rigoureux
> Etl'autre futinjufte & cruel, quoy
auheureux.
.!2..!!,t de fang répandu pour fonder
la PlIiffànce)
t9ui ne peut saffcrmir que par la
violence.
Il eft vrayque lajféde tantde
cruautésy ( bontet;
Le trop heureux Cinnarejjentitfes
Mais s'ilfit quelquefois ce que toujour
»s vousfaites, On ne le vitjamais,grandRoy,ce
que vous efles.
Eftre un Héros chreflien ,brdvefins
cruauté
Triomphant fans, orgüeil, grand
fans impiété ;
Cyefi éflre rtvtjfllJ'line immortelle
gloire,
Donton nepeuttCAugujle honorerla
memoire.
Cefi en vainqu'il fe mit au dtjfis.
des Mortels
)
Et qu'ilreceut l'encens qui n'tjl defl,
qui,aux Autels9
Puis que leJufte Cielfourpunirfan
audace,
Finit en mefme temps &fa, vie &
fa race
4 JLefufant àfon nom cette immortalité
<£>u'ilaccorde aux humains par leur
pojlerité;
Mais par la vofre il veut couronner
vojlre.gloirtJ
Par elle il fournira cent Heros a
tHijloire
, Et par elle on verra dans fous les
temps divers,
Les llluftres Bourbons régner fur
CZJnivers.
ACombre des Laurriers dont vous
cOllvreZleurs tefies,
Ils jouiront en paix de toutes vos
C011tjueJles,
Et l'lin & Vautre pôle efiant par
vousfournis
ils , regnerontfans crainte efiantfans
Ennemis.
PRIERE POUR LE ROY- DIeu qui fit de LOVIS taplus
fidelle imare,
En le rendant le Maiflre & l'amour
des humains,
confervelecbcf-d-oeuvre aceomply
de tesmains,
Ellesn'ont rien formé de figrandy
de Jifige:
Son bras victorieuxabat tes Ennemis
,
Sa pttijfance à tes Loix rend ¡'Vnivers
fournis,
A fin Char pour jamaisattache la
Viffoire
>
Retranche en fa faveur les plus
beaux de mesjours,
Augmentez-en les Jiensconfacrez* à
ta gloire, .;
Et s'il fe peut,Seigneur, fais le
vivre toujours.
Ces Vers ont efté faits par
une perfonne fort eftimée
pour fa pieté, & qui a toujours
fait voir beaucoup de
zele pour lesinterefis&pour la
gloire de noftreAugufte Monarque.
Ceft une Religieufe
de S.Pierre de Lion,appellée
Madame de Chevry.11 fcmble
que Madame de Chaune qui
eft Abbeue de ce Monaftere,
& dont la naiffance & le merite
particulier, vous font - connus, infpire de l'efprit &
dela vertu à toutes celles qui
-vont l'avantage de vivre fous
fa conduite.
Le Samedy 14. du mois
pafle jour auquel Sa Majeftc
entroit dans la quarante-Íé.
ptiémeannée de fon regneJ
l'Academie Royale d'Angers
diftribua les prix d'Eloquence
& de Poëfiè, qui eftoient
deux belles Médailles d'or"
données pat M' d'Autichamp,
Lieutenant de Roy
des Villes & Chafteau d'An.
gers. MrMagnin3 Confeiller
honoraireauPrcfidial de Macon,
& l'un des Academiciensde
l'Academie d'Arles,
remporta le prix d'Eloquencej&
Mrl'Abbé Maumenet9
Chanoine de Baune) celuy
l de Poëfic. Il l'avait encore
remporté l'année derniere,&
M'Magnin l'avoit eu l'année
precedente dans la mefme
Acadcmie. MrtAbbé le Pel.
letier, Auteur des Traductions
de la Vie de Sixte V.
de la Guerre de Chipre & de
l'Hiftoirede lachinc, qui eft
encore fous la prefle, y prononça
l'Eloge du Roy avec
beaucoup d'applaudiifement;
Mr de Confiantin, Grand-
Prcvoft d'Anjou, fut choifi
pour le prononcer à pareil
jour l'année prochaine, fuivant
Tufage & l'intention de
Ms duCorps de Ville qui ont
fondé cet Eloge. On y lut
enfuite d'autres Ouvrages qui
furent tres- bien receus. Le
mefmejour Mr te Comte de
Serrant, cy devant Chancelier
de Monfieur? fut nommé
Directeur de l'Academie en
la place de Mr de Nointel>
Intendant de Champagne,
& auparavant de Touraine j
ÔC
& M1 Grandet? Maire de la
Ville d'Angers,fut fait Chancelier
de la Compagnie, dans
laquelle on fit fucceder Mr
le Comte de Minbel>& M1
le Marquis de Perdic
y
à M"
Verdier & Hunaut, Académiciens
morts depuis peu de
temps.
Vous ne ferez pas fâchée
d'aprendrc ce que j'ay lû dans
une Lettre dattée de la Chapelle
Balon en la Marche.
Voicy ce qu'elleporte.
Ce 19. Avril 161). Je ne fçay
)
Monfieur3fion
s'efl abberceua Paris d'une Ecli
pfe de Soleil qui parut icy le ig.
de ce mois. Aucun Almanach de
c-ette année n'en a parlé; mais
j'enay un qui préditforce chofts
depuiszdSf. jufqu'en 1691. & il
marquoit cette Eclipfe à deux
heures après midy. Six perfênnes
de ma connorj'jance la virent
dans un vaijfeau plein d'eau.e ilsconviennent qu'il n'y a jamais
eu rien de plus extraordinaire.
Deux Soleils fe battirent
quelque tempsl'un contrel'autre,
après quoyils furent tous deux
couverts d'une nue. Le Soleil ne
s'enfutpas(l-tojldégagé, qu'il
fe montra dans toutfonéclat. Il
le conferva pendant un quart*
J'heure, devint rouge enfuite
» &produifit de nouveau un ftcond
Soleil. Leur combat recommença,
&cela dura une heure
Cjr demie. Peu de gens le remarquèrent
horsceux qui regardoient
dans l'ealf. Les autres furent
fi fort éblouis dr la trop grande
lumiere qu'ils ne virent prefque
rien. L'Almanach qui marque
lEclipfey dit quelledénote une
grande Guerre depuis la fin
de1688. ju!qu'en, 169Q. & que
ce Soleil fi heureufement tiré de
la nuë) eji un préfage que le Roy
dneeFmranisce. vaincra, tous fes En: CijEn.
Ce que nous voyons déjà
arrivé femble nous répondre
de ce qui fuivra. Ce qu'il y a
d'étonnant, c'eft qu'avant l'année on ait prédit;
que la France entreroit en
guerre fur la fin de1688. Cela
fuppofé>comme le Roy n'entreprend
rien que de jufte i
& qu'il conduit toujours fes
defleins avec beaucoup de
prudence, il n'eft pas difficiledeprévoir
qu'ils feront
fuivis d'un heureux fuccés.'
Je vous ay déja envoyé divers
Ouvrages du Berger de
Flore, &vousm'en avez tou-
- /*>
jours paru fi contente> que -
je croy vous obligeren vous
faifant part de celuy qui
fuit.
LETTRE
DV,BERGER DE FLORE
,*,-"
! - ::;" a U belle Marthefie.
1 s-','" Î 'Il fuffit à une perfonne
éclairée devoir une feule
Lettre d'une autre perfonnc,
pour en connoiftrel'efprit &
l'humeur}il ne fe peut >
Madame?
que je ne fois beaucoup
plus connu de vous que vous
ne le témoignez
i
puis que
vousavezvû dans le Mercure,
non feulement plufieurs
Lettres de ma façon, mais
encore d'autres Pieces, &
principalement deux affez
confiderables,dont l'une regarde
l'Amitié, & l'autre l'Amour.
La leaure deces deux
dernieres vous ayant fait connoiftre
les qualitez que j'attribuë
à un bon Ami, & à un
fincere Amant) n'avez-vous
pas dû juger favorablement
pour moy, que ce font celles
que la nature a mifes dans.
mon ame, & dont j'ay eu foin
de me parer, quand il m'a
fallu jouer l'un ou l'utre de
de ces perfonnagesJi frequens
dans le monde? Vous n'eftes
pourtant pas contente de ces
lumieres, & àce que jevois,
vous voulez fçavoir l'ufage
que j'ay fait de ces qualitez,
puis que vous m'ordonnez
de vous apprendre les agrea..
bles Societez dont j'ayefté>
les charmantes perfonnes qui
ont régné dans mon coeur,
les manieres dont j'ay fignalé
nlesaffeétions; &enunmot,
tout ce qui regarde ma vie
galante, Je ne vous déguifc
point?Madame, quej'ay un
grand panchant à vous obéir,
mais vous me difpenferez de
de ce détail", il feroit trop
long, & peuteftre ennuyeux.
..Agréez donc que je vous en
conte feulement quelques circonfiances,
& que j'abandon-
- ne à voftreefprit la pénétrationdes
autres.
J'ay eité de fix Societez
galantes qui ont fait quelque
bruit dans le monde. La première
eftoit nomméeLe Cordon
vert> ou les Celadons) à
caufe d'un Cordon de cette
couleurque chaqne perfonne
de la Sociétéeftoit obligée
de porter, à peine de ban-V
niflemenc. Sa Devife eftoita
Plus d'efperanceque de crainte.
Cette Société fut toute Paftorale,
les Dames y furent
changées enBergeres.les ca..
valiers en Bergers, & nos demeures
en hameaux.On y
donna le nom dAftrée à la
principale de ces Dames, &
celle à qui j'adreffay mes affeétions,
portoit le nom de
Filis. Il en efl des premieres
Amours, commedespremieres
amitiez; elles ne s'oublient
prefquejamais, tant leur douceur,
dont l'ame n'a point
k encore goûté de femblables
-vny d'approchantes, fait d'agreablesimprefifons
furelle.
Je commençay donc à aimer
dans cette Societé, & ayant
ouvert trop curieufement les
yeux aux charmes de la jeune
Filis, je m'apperceus en fort
peu de temps que le plaifir de
la regarder m'alloit coufter
mon repos. On met les Mufes
à la fuite d'Apollon,& il
me femble qu'elles feroient
mieux placées à la fuite de
l'Amour, parce qu'il eft bien
difficile d'avoir le coeur é-^
chauffé fans que l'imagination
s'en reffente. On le voit +
par la forte envie & par la
grande facilité qu'on a de
faire des Vers, d'abord qu'on
eft amoureux. J'encompofay
de plufieurs fortes pour Philis)
& voicy par où je débutay.
J>)ue de grâcesy que de rù*
Jgjte de Rofls , que de Lis ?
Forment les appas de Filisï a
Le Printemps & CAurore
Nefçdventpasfi bien charmer;
Pardûn,grands Dieuxjijel'adort,
Ce riejl paj ajfcz, de l'aimer.
Elle a divinement/aits
L'efprit, le corps & les traits ;
Elle brille de mille attraits.
Le Printemps, &c.
L'azur qui il pare les deux
Cede à Cihiy defes yeux;
Cefont les Aftres de ces lieux.
Le Printemps, 6c.
Si toft que j'eus compofé
ces Vers, & plufieurs autres
fur lesmefmesmefures. Je les
fis mettre enair par un de mes
Amis qui fçavoit la Mufique,
& je cherchay l'occafion de
les fairechanter à propos de.
vait cette Belle. La fortune
me la fit trouver. Les jeunes
perfonnes n'aiment rien tant
que ce qui les flate ; Filis
futcharmée de cette chanron,
& voulut- fiçavoir le nom
de l' Auteur. Le Muficien fc
défenditlongtemps de l'en
élaircir pour allumer davantage
fa curioficé; pUÍs: illuy
fit promettre qu'elle n'en té-
- moigneroit /rien ,
quand; elle
l'auroit appris; & enfin il luy
j.
dit que l' Alfvenoit de luy,
mais que les paroles venoient
de moy. »JOU plûtoft d'elle,
puis que fa beauté me lesavoit
infpirées.Ellene fe gendar-+
ma pas de cette dedaracion,
comme les Dames des Ro^
mans ont accoûtumé de:
faire. C'eftoit une petite :
-
prude de qualité) d'humeur
honnefieJmais un peu froide..
Elle répondit feulement que :
,
je ne devois pas penfer à elle,
1 quis qu'elle n'eftoit pas der. «
tinéc a eftreà moy,Se en
effet fa Mere la vouloitmet..;..
tre en Religion, je ne difcontinuay
pourtant pas det:
l'aimer; & voicy la manière
refpe&ueufe» dont je luy demanday
après quelque temps,
l'explicarion de fes fentimens
fur mon amour.
Jïepuisque vos be-auxyeuxmont
faitfentir leurs coups,
Eilis
t vous connmffezs mon ardeur
ma confiance,
Et le refpeO quej'ay pour vous.
Moy,j'ignore J'effet de cette conmiffance,
Et dans ce irifie efiat, incertain de
monfort,
Nuit &jourinquiet,je voudrois
efiremort.
Degrllceflulagetpar unaveufincere
Vn tourment qui me defefpere.
j9~ , <? ?-<? "* ,
Jjhtoy,voudreT^-vous toujours
loin de y meJecourir,
Efire aveugle à mes maux, efire ifurde à ma plainte, *» Je veux vaincreouje veux mourir,
Il ejl temps de mojrerLefperance ou
la crainte.
Si vous niaimez,> Fi/il,je béniray
monfort,
Si vous ne maimezpas,je chercheray
la mort.
Pdrlez donc (ansfaçon) vous ne
¡¡auriezrien dire
Qui ne termine mon martire.
Si vous m'aimez, Filis, vofirc
extrêmepudeur
Vousobligepeut-efire à garder lefilence,
Ne pouvant hors de vofire coeur
Toujferle mot d'amour,fàns trop de
violence
,
Ne le prononcez,pas,s'il vouschoque
fiforti
Ditei-moyfenlementtBerger benis
ton forcy
Ces paroles,Filisy nont rien que de
modefie
,
Vos beauxyeux me diront le refie.
-
~0
S-i. vous ne ma1 im1 ez, pas, voj1f7re
extrême douceur
Vous peutfaire cachtr le malheur de
ma chaîne
Ne pouvant hors de vofire coeur
pouffir le mot de mort, qu'avec
beaucoup de peine.
Ne le prononceras3 s'il vous choque fifort;
Dites-mojJeulement^Qï^Çi^e^Wms
tôn fort. * Ces mots, belle Tilts^fuffirontà
mon ame
Pourfinirmesjours& ma fiame.
Maisenfin,beniray-je^ ouplaindrez-
vous monToit?
Sera-t-il un objet de mifire
)
oud'envie?
Je vêïst'ècïkil,je vois leport;
Ou me conduirez-valu, bel afire de
ma vie?
Ah, Filis
, mon amour trop hon..
nefte & trop fort,
Ofte de mon ejpriJ" la crainte de la.
mort,
Le Ciel doit à mon Ctrur un deflirt
moins jèvere,
Jlt ceflp*rvous quelel'eflere.
Ces Vers, Madame, emeurent
fon jeune coeur ;il fue
attendry
,
& elle me dit quelques
jours après qu'elle m'en:
donnoit la moitié. J'avois
obtenu d'elle la permiffioa
de luy écrire ; je me lervis de
ce privilege pour luy mander
mes penfées fur la grace qu'-
elle avoir bien voulu m'accorder.
Voicy la maniéré
dont je m'expliquay.
Jieftdonc vray ybelleFilis,
quevouscommence^ à faire juflice
a mon amour, & que je
tiens devojlre bonté) Umoitié
de vojlre aimable coeur, Ce n'tjl
paspeupour une perfonne au
ménagere de fes faveurs que +
vous l'eflcst & c'en fans doute
payer au delà de leur merite,
mes fervices&mes foins. Que
le fuis heureux d'avoir place au.f
plus noble endroit du monde je
m'imagine qu'ilny a point de
* Monarque qui ne cedafl volon-
+ tiersfonTrônepour un avantage
*fi g}orieMX>ny de Divinitéqui
ne trouvalfpour le moinsautant
de douceurs & de vertus dans
cet aimable lieu
3 que dans le
t
Ciel mime. ;
Mais quand bien les Rois & les
,
Dieux,
M'offriroient pour avoir ma place,
Leurs Trônes & leurs Cieux
Ils me verroient d'humeur à leur ,~
en rendre grâce.
AhjdivineFilis>fi unbien
que jjee ne pojJède qu'à demy_~ j
fffejtji cherse me rend fi
content, que ne feroit-ce pointfi
je le poffedois tout entier!Il
n'eft point d'exprejjion affè'{+
forte pour vous bien marquer+
quelleferoit la grandeur de ma
joye ; vous ne pouvc7,Mefmes
la concmoir) à moins' que de la
comparer à la grandeur de mon
amour, ou a ce lie de voElre
- beaute
,
Comme pour ce grard bien, je
me meurs de defir,
Helas, fans doute alors,je mourrois
de plaifir.
'D,e grâce, Fîlis, ne. diffirez
pas amecaufer une mort fi
douce. MontreK que vous nai*
mez pas à faire les chofes à
demy
3 &Jouvene^-vous de ce
que Silvandre dijoit ces jours
PalfeK *<JMadonte>-
Que jamais dans un ccrur, à
moins d'un grand hazard,
Sans l'avoir tout entier , un
Amanrn'avoit part;
Qti"Ai-liotir ne fait compte, ny
mife
D'un bien qui n'eft pas tout à
luy,
Et que ce n'eft pas d'aujourd'huy
Que tout ou rien eft fa Devife.
Beaucoup de temps fe pafla
4 encore, au moins félon mon
impatience, avant que ma
jeune Maiftrcffe augmentait
le don qu'elle m'avoit fait.
mais comme l'afliduité, lescomplaifances
& les foinsmenent
à bout de ce qu'il y ade
plus difficiley il arriva que -
joüant à des petits jeux avec
elle, & avec cinq ou fix
autres perfonnes de cette Société
J
elle fut condamnée à.
me reveler un fecret; & ccluy
qu'elle s'avifade me dire
- dans la belle humeur où elle.-
fe trouva,fut qu'elle m'aimait >
de tout fon coeur, elle ne putprononcerces
mots fans rour
gir) & elle me les dit h bas,
que tout ce que je pus faire
fut de les entendre. Je vous
laifle à jugerde la joye que
me caula cette charmante déclaration.
Je ne me vis pas
plûtoften liberté de luy écrire,
n'ayant pas eu celle de luy
parler en particulier, que je
luy marquay ma reconnoiffance
par ce Billet.
Ce quêvousmdit pour
fecret) ait jeu des Commandemens>
nejl-ce point fimplement
par jeu, belle Fdis> & quand
vous avez prononcé ces parolesy
lesplus douces que loüis jamais;
Je
Je vous aime de coucmoa
coeur., voflre c<Eur ejïoit-ilbien^
d'accord avec voflrelangue
En vérité plut j'y penfi, &--
moins je trouve fujet de me le
perfHader.
Que faites-vous pourmoy
Qui me puifle flatèr d'un fi grand
avantage?
Ah ! je ne [çay que trop qu'en l'a- -
mourcute 10y
> Il faut croire aux c ffets, Sc peu --T'
croire au langage.
iy1ailleurs, le moyen que vous
0/aimiez de tout voflre cceurt
puis que vous ne men aL*c,l'"e accordé
que la moitiéfM*auri
vous donne l'autrefans que je
x menfujje apperceu !
Non, non, un bien de cette
confequence
A pour moy trop d appas,
Peur eftre mis en m? puiflance,
Et ne me faire pas
Par cent douceursreflentir fa
prefence.
Vous ne rnaimt^ fans doute
qut demy; je le connois trop
jenfiblcment aux peines que je
fouffre.
Nuit & jour je languis) nuit 5c
jour j2foupire,
Je ne dors point la nuit, je refve
tout le jour.
l'endureplus que je ne fçaurois
-
dire.
oî vous aviez une parfaite amour,
le n'auroispas tant de martire.
Tourtant3 divineFilis> la
raifon voudroit que vous me
fîjjte%jujlice1 & puis que je me
fuis donné a vous tout entier
j & que l'amour ne fe paye que
par l'amour.
Vous devez m'aimer fans partage,
Couronner ira confiance 6c ma
fidelirc
, Et vous montrer des deux la véritable
image,
Autant par l'équité
Q:!.<; vous l'êtes par la beauté. v
Mais qwj ? Peut- eflre m'avr'{-'
Vous accordé la juJllce, que
je vous demanda ; peut-eflre vos
paroles Jônt-rlles finceres) Cfeut-
eflremaime^-vous de tout
vofîre coeur.
ODieux fi j'ay tant de bonheur,
Pardon,divinobjet de ma fidelle
ardeur,
Si j'en goûte fi mal le plaifir & la
gloire,
Ce bonheur eft fi grand que je ne
le puis croire.
Ces Vers & ces Lettres luy
plurent trop. Elle voulut les
garder pour les lire plus d'une
fois; fa Mere les trouva, &
>
ils fervirentmalheureufemenc
JVàayancer larefolution qu'on
avoir prife de la mettre dans
un Convent. On choifu un
Monaftere éloigné. Elle y fut
conduite, & ce ne fur pasfafcs
defolation de part & d'aucre..
JQHC les ouvertures des coeurs
£htefont les premiers feux, abondent
en dweeurs ?
Dieux! quelles 01lt de puiffins.
charmes?
Mais quand ilfaut renoncerfansretour
AuxpUifirs d'unfi tendreamour*
Helas ! que de douleurs ydefanglots
& de lArmes!
Nous éprouvâmes bien ces +
fâcheufes veritez dans cette +
oceafion; maisenfin il fallut;
qu'elle fe foûmift à fa deftinée,
& moy à la mienne. le
partis pour l'Italie en mefme
temps qu'elle fut mife dans
fon Convent; & fi je n'eus
pas en ce voyage la fatiffaCtion
que j'en efperois, la
malheureufe conflellation
fous laquelle je l'avois commencé,
enfutfans doute la
caufe.
On m'impofa dans cette
Société le nom de 'Berger de
Flore, que je prens encore
aujourd'huy
»
& que j'ay toujours
gardé, bien qu'on m'en
ait donné d'autres dans les
Societez fuivantes. Il fut tiré
de l'agreable vallée que j'ha.
bite. Cette vallée qui pprte
ce nom, le portoit dés le
temps mefme desccicbres de
Bonneforts, comme on le voit
dans un de leurs Poëmes, oÙ
ils décrivent le Pays des cinq
Ri-vitres>ou delaMain. Ce
Pays, Madame,eft celuy d'où
jevousécris.&où vous de.
meurezil y a quelques mois.
C'eft l'un des plus agreables
du Royaume, & il en feroit
un des plus beaux,s'il eftoit
encoreembelly de voftre prefence
; mais l'hymen vous l'a
raie abandonncr, bg c'eit on
nouveau mal que je veux àce
Dieu qui ne fçauroit rendre
un homme content qu'il n'en
afflige tou jours un grand
nombre d'autres. En voilà,
Madame, aflez> ce me femble,
pour une fois> & peuteftre
trop. Pour ne vous pas
ennuyer,vous trouverez bon
que je referve à dautres Lettres
la fuire que vous devrez
fçavoir de voilre, &c.
LE BERGER DE FLORE.
Le If- Avril, Don Lorenzo
Colonna, Duc de Palliano
,
& grand Conneftable
du Royaumede Naples),
mourut à Rome, age de
cinquante-roisans. Il a nommépour
fcs Exécuteurs Teftamentaircs>
le Cardinal Barberin,
le Cardinal d Efte -,u
le Marquis de Cogolludo,
Ambalfadeur d'Efpagne ; de
a inftitué Hericierunivertèl
le Prince de"Palfiano, fort
Filsairné, qui a époufé une
Fille du Duc de Medina-Celi,
cy devant premier Minifire
d'Efpagne. Il a laiffe deux
autres Fils
j
fçavoir Don
Marco-Anconio) & Don
Carlo, dont il a fixé lesappanages.
Ce dernier a pris le
party de l'Eglife. Il les a fort
exhortez par un codicille fait
en faveur de la Princeffê fa
Femme à luy rendre l'honneur
& le refoed:qu'iis luy
doivenr. Elle eH Fillede Michel-
Laurent Mancini, Gentilhomme
Romain
J
& de
Jeronime Mazarin.Soeur puiC.
née de fcuM'leCardinal Mazarin.
Mrle Duc de Nevers efl
fonFrere ce qui vous fait connoiftre
qu'elle eftSoeur deMa.
dame laComtefTe deSoiffons,
de Madame la Duchefie Mazarin,
& de Madame la Ducheflède
Bouillon. Outre les
t legs pieux que le Conneflable
Colonne a faits,& lesrecompenfes
qu'il a ordonnées pour
cousceux de fa Maifon
,
il a
laiffé de rares Tableaux au
Pape,au Roy Catholique) aux
Cardinaux Chigiy Barberin,
Colonna & d'Efte
y
& aux
; Marquis de los Balbazés &
de Cogolludo. Lor qu'on a.
ouvert fon corps, on luy a
trouvé le coeur éloigné de
trois doigts de la fituation où
il devoir efire. Il vivoit avec
beaucoup de magriificerice,
& comme il aimoir les luperbes
Feftes>&qu'il les fçavoic
très bien ordoflner, iî
donnoic tous les ans des
Opera & des Speaaclts à
Rome. La Maifcn Colonnay
l'une des pi-as anciennes d'Ital
ie, a efté fécondé en Hom.
mes Illuftres. Jean Colonnay
que le Pape Honoré III. mit
ait nombre des Cardinaux en
ïu£ contribua fort à fou
élevagon. Il fut déclaré Legat
deTArmée Chreftientiequ'on
envoya en Levant, & qui fous
Jean, Roy de Jerufalem &
ibus les autres Croifez> prie
la Ville de Damietteen1219.
après vingtdeux mois de
Siege. Ce Cardinal
,
dont les
foins & les confeils avoient
fort contribué à cette prire,
cftant tombé entre les mains
des Sarrafins
,
ils le condamnèrent
à eftre fcié par le mi, ilieu du corps, afin de fe vangerfur
fa perfonne des maux
qu'il avoit pu leur cau[e-ramais
illes furprit fi fort par fa confiance
lors qu'ils voulurent
executer cet Arreft> qu'ils
1 lerenvoyerent libreen donnant
des éloges à fa vertu.
: Jacques Colonna fut mis dans
le facré College en1178. par
le Pape Nicolas III. Martin
IV. & Honoré IV. fes Succeffeurs,
l'eftimerentfort, &
pour le favorifer NicolasIV.
donna le Chapeau de Cardinal
à Pierre Colonna, fon Neveu.
Il y a eu plufieurs autres
Cardinaux de ce nom, fçavoir
Jean Colonna) Fils dtEftiennc
en 1327. Agapet Colonna en
1378. Eudes Colonna t Fils
d'Agapet
,
fut fait Cardinal1
par Innocent VII. & a yant
efté éleu Pape au Concile de
Confiance
,
foué le nom de
MartinV. il donna le Chapeau
à Profpcr Colonna»fon
Neveu. On aveu auffi de
grands Capitaines de cette
Maifon.Fabrice Colonna prit
les interefts de Ferdinand
Roy de Naples ,
3
qui le fit rConneftable. Eftienne Colonna,
Pere de Jules Cefar.,
Prince de Paleftine
,
fut fore
eftimé fous le Regne de l'Emjj
pereur Charles-Quint
, auquel
il rendit de grands fcrvices.
H avoit appris le meftier
de la Guerre fous Profper
s
Colonna, fon Oncle. Marc-
Antoine Colonna, t Duc de Palliano, grand Conneftablc
I
de-Naples, & Viceroy do
Sicile, eftoit Fils d'Afcagne
Colonna. Il porta les armes
désfonplus bas âge,& les
porta toûjours avec gloire.
Il fervit très-utilement les
Efpagnols
)
commanda fept.
mille Italiens en 1557.& après
avoir contribué à la prile de
Sienne,il fut envoyé par le
Duc d'Albe dans la Campagne
de Rome>où il remporta
de grandsavar.tages.Troisans*
aprèsleP^pe Pie V.le nomma
General des Troupes Ecclefiaftiques
que l'on envoya
contre le Turc, & il receut
Lo]emneIlement l'Etendard
dans l'Eglifede S. Pierre. En
157T. il commanda en qualitéde
Lieutenant General à ,1a
célébré Bataille de Lepante )
& à fon retour on le teceut en
triomphe a Rome. Il mourut
enEfpagne en 1584. &
avoit époufé Felicie LJrfin,
dont il eut Fabrice,,qui époufa
Anne Borronrée>Soeur de S.
Charles Borromée,& Nièce
du PapePieIV.Philippe*Co--
lonna fut Pere de Frédéric~
Duc de Tagliacozzo '&; de
Palliano, Prince de Botero,&:
Conneftabledu Royaume dc!
Naples. Ce Frédéric Colonna
hic élevé à la Cour de Madrid
,
& eftant reiourné en
Lfpagne après avoir fervi à
Naples & en Sicile, il fut
nommé Viccroy de Valence:
par le Roy Philippes IV. Il
yacquit beacoup'deréputation
par fa conduite fage &
moderée. L'annéefuivante>,
la Catalogne s'eftant foumife
aux Françoisj qui mirent le
Siegedevant Tarragone, Frédéric
Colonna défendit laI
Place avec beaucoup decourâgc>&
mourut en 1641; fans
avoir laissé d'Enfans. MarcAntoineColonna,
grandConneftabledu
Royaume de N&-
pies,époufaIfabelle Gloëni
Princellè deCaftiglioni en Sicilc,
& il en eut Laurent qui
vient de mourir, Philippcs,&
Annc,Femme duDuc de Serto3dela
MaifondeSpinola.
La mort du Connefiablo
Colonne fut fuivie trois ou
quatre jours après de celle
de ta. Reyne Ghriftine de
Sue«lc5 caufée par unerecheute
après une dangereufe
maladie. Elle avoit receu
tous les Sacremens
, & fait.
paroiftteunerefignation àla
volonté de Dieu
J
digne de
la grandeur de courage qui,
l'avoit fait renoncer à Véclat
d'unè Couronne. Si-toft quele
Pape eut appris fa mort>.
il ordonna que tous les faints
Sacrifices qui fe feroient pen-.
dant quelques jours dans toutes
les Eglifes de Rome,fe.
v roient appliquez pour le- repos
de Ton ame, Elleafait
son Testament
, par lequel
ellea institué le Cardinal Azzolini
fon Heritier univerfel,
à la charge d'acquiter rouces.
fes dettes, de faire dire vingts
niillc Mefles
?
&.de fatisfaircj
à l'a Fondation qu'elle a faite
de trois chapelles dans l'Eglife
de Saint Pierre avec une
Mefle tous les jours. Elle adéfendu
qu'on luy dreflafl:
aucun Maufoléê„& n'avoulu
qu'une fimpleInfcriptionJqui
fift connoïftre fon nom ôt
fon âge. Elle a laiOEé à Sa*
Sainteté unChrift de marbre
de lamain deBernini
>- & fait
dautres legs à l'Empereur»
au Roy Tres-Chreftieny au-
Roy Catholique, à l'Elefteur
de Brandebourgy aque!-.
qucs Catdinaux. Elleaauffi;
fait plulieurs difpofitions.
en faveur de la MarquifeCapponi,
du Marquis del Monte,
& de la Famille de l'un & de
l'autre. Il y a encore divers
legs pour les principaux Officiers
de fa Maifon,&par une
claufe lpeciale, elle a exempté
tous ceux qui l'ont fervie de
rendre aucun compte. Comme
vous entendez parfairement
l'Italien, & que fon
Teftamenta efiéfaiten cette
Langue, je vous en envoye
une Copie, afin que vous
n'ignoriez rien de ce qu'il
contient.
CHRISTINA ALEXANDRA,
Dei gratia, Suecorum,.
Gothorum, Vandalorumque
Rcgina. NOi in nurtu, del prejentt
nojlro Diploma facciamo
noto ).che ritrovandoci Noi azgravata
da tale indijpofttione>
che potrebbeabbre'viarciIa vita,
habbianwvoluto> mentre fiamo)
pergratiadi Dio yfana di mente)
pertfarferiamente alia Jalute
dell* Anima nojbra
> t dijporre
dclle nojlrc facolta3 ftcome di
plena noflya potejla da Dio Jolo
concejJaci3ne difpaniamo median.
te il prcfente noflro nuncupative
teftamentonel modo> e forma,
cbe fcgut.
PrimierMnentr, havendoer il
sig. Iddio cbiamata alia luce
della vera Fedè , ch'e quella>
cheprojrjja la pinta Madre
Chiffa Catolica dpojlolica Romana-
, & havendoci data
graÛà, e virtu non folo di poter
profejjarla a tanto nojtro coflo
)
ma anco di perjeverare cojlan-
- temente in eiJa;, rnal grado di
- tutte le contradittioni•> che IInferno
baJaputofufcitarci
J pro±
teftiamo
teftiamo coa una intierarajtfgn<*~
tione alla divina volonta di vo- -
Itr tnorire nelgrembo della medefîma
fanta Cbieja
3
credendo fermamente
cbe fuori di lei non ui
fa Jalutey dolendoci pero con la
piu vera contritione del cuore di
tutti li peccati da Noi commejji
dall' ufò della ragione fino aR*
ultimo refpiro 0
3 e deteflandoli
come offife[aue al S.Iddio humilmente
lofhpplicbiamodelpienario
perdono, fperandolo dalla
fua infiniramifericordia,ftcome
dalla medefìma babbiamo riceuuto
innumerabili benefcii,
de quali ringratiamo S. D. Maefla>
con jupplicarla à pcrdonarci
la noflraingratitudine. Raccommandiamo
YAnimanoflra a Di,
uoftro Creatorr, eRedentore>alia
B. VergingMaria noflra Avocata,
al noflro Angelo cuftodt, a
San Michel Ar(angelo, & a
tutti lifanti del Cielo,accto la
proteggbino,eI'aiutino nelpunt*
della morte
3
afftnche fa fatta
degna della vita eterna.
Seguita la noflra morte > njogliamo
y
chc dal noflroErede 1
Jtano fatte celebrare njentimila
Mejje diRequiem per I'anima
noftra. Item vogliamo, che dal
noflreEredeifano erette, & inflituite
tre Capeuanie> ciafthe-
JHnacol pefo cfkncMejfa quotU
diana perpetua per I'anima noftra
nella aflica di S. Pietro dc
Roma
y
jotto tinvocatione ad
arbitrio delnofire Erede>al quale
ne refervutmo il tujpdtronato t
ad arbitrio dell. Erede fare elemofìne;
Povert in quellafomma
di danaroy ch' egli giudicara conveniente.
ll noflro Cadavere uo-
I
gliamoj chefa ueflito di bianco3
e che fa fepdito nella Chiefa
delta Rotondadi Roma, o in
altraai arbitriodelnojlro Erede
fenZ4 cfpoftione del noftro cadavtre
,
probibendo ognipompa
funebrc->ed ogn altra fimile vanita.
L'Epitapbio jia una femphce
lapidecon quefta turaInf..
erittione.
D O M.
VIXIT CHRISTINA
Anno Saultis.
Ne vogliamo niente di pin,
ne di meno. Item vogliamo>
che dal noftro Erede ft pagbino
tutti di nojiri debiti >fe ue ne
faranno. Item yogliamo
,
cbe
dia lo fcorruccÎoJ t la quarantena
à tutta la noftra corte probor*
tioffatamentejecondo "ufo della
corte J{omanaydifpiacendoci che
10 jlato nojlro non ci permetta di
lafciarledivantaggio. Irem farciamo
alTapa regnante infegno
della uenerdtione
3 e della Jtima
>
che Noi gli habbiamo come Vicario
di Gieju Cbrifto in terra,
il Salvatore del c.Bernini ; all'
Imperatore
>
aI 2{e di Francia>
al R} di Spagna) alii Signori
Cardinali nojlriamici
j & all'
Slettore di Brandeburgo un legato
per ciafcheduno in conjvrmita
deli* ordine datone da Noi al
noflro Ertde. Alla Adarcbefe
OttarvÙt Capponi oltre alle fue
provijtoni in vitaLife:awo otiomilafcudi
Romani difoprs-
JotesalPupodella medefima laf
ciamo cento fcudi l'dnno fino
Alli diece anni inclufivey& alia
[ua Pupa Criftina lafèiamo la
proviftone della Zia defonta fintanto
che fa mdritata t 0 monacata.
A PortiaGiuJIiniani per
I'aJJiduiriye diligen£4fingolarei
con euihø. ajjtjf-itoainojlro feruitio,
lafciamolapyovifione in
vita
3 e vogliamo> che le fa
crefciuta tanto quanto à quella *
della fudeta Marchefe Capponi9
e dopo di lei iada lafua
provifione al Qonte Giuftiniani
fuo FrateI/o in njita; al
Adarcheji Gio :Matthia del
Monte Ufciamo tutto qurllo)
chehabbiamo donato alfrJMfarchejefro
Padre , & in oltre vogliamo
)
che gli fiano pagati diece
mila fcudi Romani per una
njolta tanturns oltre la penfione
ajjegnata alMarchejino Juo jiglio)
e lo difrenjiamo dal render
canto. Item ruozliamo) che dal
nOJìro Erede fi paghino a Monjl
Gantiniy al Conte d'Aribert)
all* Abbate Captllari, al Canonico
D. Stephano de Marchii,
al Zaldenbrad Segnorio Suete/è,
a Romolo Spetioli5 a D. Franceflo
Cameli, al Cap. Francefr
co Landini) à Pietr Antonio
Bandiera, ad dlcjio Spalla
J &
Allajua Mobile»a Maria., c
Giulia Dtfdate, lefolite loropre*
njijioni loro vita durante) à
Cbrijlina Alejjandra Schiavetta
lafciamo lA provifone.e là Dotey
che banno banjuta le altre noftre
fchiave ; aI Conte di Vagno
J oltre la provijtone, che hà di
Sanfla Urigida, lafciamo cinque
eentofèudi annul, feftportera
bene; Alia Marchefe Ottsvia
Capponi3 éJ a Portia Giulfinianilafciamo
Ii nojlri babitiy
biancberie
s
altregalanterie
che tcngono in loro cujlodia, e le
iifpenjiamo dal render eonto.A
PietrAntonioflandiera o/rre la
provifione in vita lafciamo tutto
quello
>
chefpetta alia noflra
jlillaria
>
tanto d'oro
)
argent;
3
rami,ferri3quanto d'og,n' altra
cofa appartenente alia fua profejjioney
dijpenjandolo dal render
conto. Difpenjiamo parimentf il
Canonico D. Stephano de Marchzi)
nofiro Maflro di cafa
t
dal
render conto deltafua adminiftratione*
dtlla quale ci dichiaramo
pienamente fodisfatta
3
e
jacciamo in uittu di quejlanostra
dijpojttioneampla quittan'{A
d tutti hfudetti deltaloioammtnijtratione.
Comandiamo alii
naftri Secretarii, che conpgnino
alnojiro Erede tutte Ie jcritture
fpettanti alii nojlri dritti
> pretenfioni,
&interejjipecuniarii, e
che abbruggtno o^n altra forte
di fcritture>cheterranno ntlle
lorofegretarie. Lafciamo al nojiro
Erede tutti ti crediti
?
che Nùi
habbiamo con la Corona di Suetia)
e con qualjtjta nojiro Mini.
ftro
,
o altra perjbna
,
Jecondo
Ie notitie
)
che ne hevera dalle
nojlrejcrittttre. Item vogliamo
> che ilnoflroEredefodijfaccia alli
legati, & altre dijpojitioni3che
Noi habbiamo fatte per ruia de
noflriBrevetti,'volendo, cbe f
habbiano per exprejjt nel prefente
Diploma.
Inflituimonojlro Erede uniq)
trfalifFmO'. con le fudette conditioni
&oblighi
3
il Sig.Cardinale
Decio AxXplini3 al quale
per Ie fue incomparabili qualità)
e per mcntiproprii
, e per quelli,
cbe ha acquiftati con Aroi nel
corfo di tanti tlnni) dobbiamo
queftadimoftrationed*ajj-etto
)
di jlirna,e di gratitudine. Per
noproEfecutore teftamentario injiituimo
il Papa regnante )
confidando
3
che havera la bonta
d'accettar njolentieri quejla noftra
dijpojltione.Finalmentc
raccomandiamo con tutto l'animo
alla protettione delTapa,
del Re di Francia, e del Re di
Spagna, &a quelta del nojlro
Erede la noflrafamig/ia, &particolarmcnte
le nojlrepon.'ere
Donne; e quefto vcpliamo> che
fia ilnojlroTejlamentOy
e ultima
*volonta
j
quale njoghamo, che
vagliaper ragionedi Teflamento
nuncupatilJo detto di ragione civileJen%
aJcritti
3
efe per que*
jla ragione non I'alejje
>
vogliamo,
ch: vaglia per ragione di
Codicilloj efe per quejlaragione
non valejje, vogliamo densglid
per ragione di Donattone
caufa mortis, e di qualunque
ultra ultimavclonta> cajptndo%
& annullando ogni, e qualunque
altro Tejlamento da Noi
fatto jino dl prejente giorno per
gl' atti di qualunque Notaro) e
con qualjivoglia parole" e clau-
Jole9 e derogatorie di derogatoríe,
*Qolendo> chequeflo ultimo folamente
'tJaglia, & babhia il fuo
+-
effetto> ela fust ejjecutione non
jolo nel modo fudetto, mi in ogn'
altro migliore. In fide di che
babbiamofegnato il prejente nofiro
Diplomacon noftra Realferma
, e fatto IQ munire colnojlro
Sigdlo B^egto. Dato in Roma
primo Ma,r%p 168,.
CRISTINAALESSÀNÇRA.
Quoy que par ce Teftamenc
la Reyne Chriftine de Suéde
euft ordonné qu'elle feroit
enterrée fans aucune pompe, le Pape n'a pas Iailfé de luy"
faire faire des Obfeques proportionnéesà
la grandeur de
ion rang. Elle avoit choifi fa
» fepulture à la Rotonde, anciennement
le Panthéon, ou
font enterrez plufieurs grands
hommes qui ont excellé dans
les Arts, du nombre defquels
eft Raphaël, & fon Corps y
fut porté dans un de Ces Carroffes
le 2.1. d'Avril, aprés
avoir efté expofé dans la
Chambre de l'Audience depuis
le 19. jour de fa mort.
Ce Carroffe eftoit couvert de
drap violet, & onze autres le
fuivoient drapez de noir.
Tous les Eftafiers marchoienc
devant tette nuë. Ils eftoient
veftus de deuil
,
& avoient
chacun un flambeau à la
main Le 2.3..on mitrle Corps
fur un lit de parade,couvert
d'un drap de brocard d'or,
où il demeura expoCé, reveftu
d'un habit blanc* avec le
Manteau Royal) le Sceptre à
la main? & la Couronne à la
tefte. La MefTe fut chantée
par la Mufique de la Chapelle
en prefence du SacréCollège,
& de la Maifon du Pape,
& le foir du mefme jour
3 on
tranfporca le Corps à l'Eglife
de Saint Pierre. Toute la
Ville de Rome accourut pour
voir cette lugubre ceremonie.
Lc. Communautez & les
Confrairies marchoient deux
àdeux, chacun un lfambeau
à la main,& precedoient les
Eftafiers, & les autres moindresOfficiers
de la Maifon de
cette Prince£fe.Enfulte venoit
le Corps. Les coins du drap
eftoient foûrenus par les Gentilshommes
de la Chambre,
& les Prelats les fuivoient en
Cavalcade. Vingt Cardinaux
aflifterent à cette Proceffion>
ainfi que tout le Clergé des
Bafiliques & des Parroiffes.
Apres que l'on eut fait les
prieres ordinaires, on l'inhuma
dans la mefmeEglife,
où l'on tient que Sa Sainteté
a refolu de faire drefler un
Maufolée. Cette Illufire
Reyne eft morte dans ion
Palais dela Longare qui eftoit
fort magnifique, & où il y
avoit de très- grands Appartemens
richement meublez
& ornez des plus beaux Tableaux
de l'Europe. Ils étoient
tous de la main des
meilleurs Peintres des derniers
Siecles. Outre unetresbonne
Bibliothèque, dans laquelle
eftoient quantité de
Manufcrits
,
& entre autres
celuy de Pyrro Ligorioje ¡-Archite{/
ure,&celuy de Stephanus
de Urbibus
>
noté de la main
de Lucas Holftenius
,
elle
avoit un Cabinet renaply de
Medailles les plus rares., d' Agates
& de pierres precieufes)
avec des Statuës & plufieurs
autres curiofîtez
3
dont elle
avoit apporté une partie de
Suede. Le refte avoit efté
acheptéà Rome, où elledépcnfoit
tous les ans prés de
quatre cens mille livres qu'elle
avoit de revenu J ce qui accommodoit
fort la Ville.
Ainfi l'on peut dire que cette
mort, celle du Conneftable
Colonne) & la fortie de Mr
le Marquis de Lavardin
, y
feront fouffrir le People) qui
droit des avantages confiderables
de la grande dépenfe
que faifoientcestrois perfonncs.
Cette Reyne, pour mieux
vivre avec l'éclac d'une fi augufle
dignité, ne fortoic de
fon Palais que quatre ou cinq
fois l'année^mais c'eftoit toujours
avec un grand appareil.
Toute fa fuirejusqu'à fon Cocher
, alloit tcfte nue. Elle a
cfté particulièrement recommandable
pour les belles con-
-v noiffances qu'elle a tâché
d'acquérir dés fes plus tendres
années. L'amour qu'elle avoit
pour les bellesLettres l'engagea
à faire venir à la Cour
de Suede les plus lçavans
hommes de fen tem ps, à qui
elle fie de grandes liberalitez.
Ml'Abbé Huec> nommé à
l'Evcfché de Soilfons, fi connu
par fa profonde érudition,
fut de ce nombre.Elle naquit
en 1616. de Guftave Adolfe,
Roy de Suede, & de Marie
Eleonor>Fille de Jean Sigifmond
, Elleaeur de Brandebourg.
Vous fçavez que G,uftave
Adolfe a efté un des
plus grands hommes de fon
temps. Charles fon Pere , qui
seftoit fait Roy de Suede,
avoir pris un foin particulier
de le faire élever dans Te^ercice
des armes & dans l'étude
des Lettres, & fa mort arti*
vée en lGu. le laififa heritier
de la Couronne à l'âge de
dix-huitans. LesProteftans
d'Allemagne s'allierent avec
luy fous pretexte de Religion
, & ce fut ce qui donna
lieu aux grandes Conquefies
qui le rendirent redoutable
à toute l'Europe. Les Rois
de Danemarc & de Pologne
&le Grand Duc de Mofc()poo
vie l'ayant attaqué en mef.
me temps, ne firent que travailler
pour fa gloire. Il fie
quitter la Livonie au Roy de
JPolagne, & prit Riga qui en
cft la Capitale, & les deux
autres furent obligez de faire
avec luy un Traité de Paix.
Il paffa la mer en 1630.& vint
donner du fecours à la Ville
de Stralfond dans le Duché
de Pomeranie. Les Impériaux
Pavoicntaflïegée. Illes attaqua
enfuite dans le mefme
Duché? dans le Mekelbourg,
& ailleurs, & la victoire le
fuivit par tout. Il conquit en
moins de trois ans les deux
tiers de l'Allemagne) depuis
la Viftule jufquau Danube
& au Rhin; & enfin après
plufieurs ravages faits dans
le Pabtinar, dans la Baviere,
& dans quelques autres Provinces
, ayant donné la Bataille
contre Valftein à Lutzen
, Ville d'Allemagne en
la Mifnie
>
dans le voifinage
de Leipfic, il y fut tué de
deux coups de piftolet le 16.
Novembre 1631. dans fa quarantiéme
année. Chriftine, fa
Fille) luy fucccda, & fut reconnuë
Reine l'année fuivante
fous la tutelle des cinq
grands Officiers du Royaume.
Elle en fit une abdication
volontaire en ifj4. cn
faveur
faveur de fon CoufinCharles-
Cuflave.,Fils de Jean Cafiniir,
Duc de Deux-ponts,
de la Maifon des Palarins du-
Rhin) & de Catherine de
Suede,SoeurdeGuftave-Adolfe.
Ce Charles - Guftave
mourut eii 1660. & lailfa un
Fils qui regne aujourd'huy
fous le nom de Charles XL
La Reine Chriftine ayant ab- -
k
cliqué) fit profcffion de la
Religion Catholique le 3. de
Novembre 1655. & alla à Rome
en1636. où elle retourna
deux ans après pour y établir
farefidence. Elle vint en
France dans la mefmeannée
1656.èctémoigna ne fc plaire
pas dans la converfation des
Femmes, dont la maniere de
s'habiller luy fembla trop in..
comode.Elleeftcaufe qu'elles
fe font fcrvies de Jufte-aucorps
qu'elles portent encore
aujourd'huyàlaChafle.Cette
mode fit naiftrc celle des Veftes
pour les Dames, mais ces
Veftesne leurcouvroient pas
la gorge. La Reine Chriftinej
a paru avec grande pompe
dans toutes les Cours où elle
a patfé, & on a vu un fort
grand nombre d'Ouvrages à
fa gloire. Il cil cerrain que
'4
1Il
ion genieeftoit extraordinaire.
Le Pape luy a toujours
donné de grandes marques
deftime. La grâce qu'il avoit
accordée à ceux de fa Maifon,
quiefioient bannis, ou
que l'on avoit condamnez à
d'autres peines> ne s'eftétendue
que furfept ou huit perfonnes
iles autres fe font reti,
rez n'eftant point compris
dans ce pardon. Un Envoyé
de Brandebourg a demandé
au nom du Roy de Suede, les
Pierreries, les Tapifferies &
les Tableaux que ceite Reine
n'emporta hors du Royaume
lors qu'elle en fortit
)
qu'à
condition qu'ils feroient rendus
après fa more. Le mefme
Envoyé a demandé au nom
de lEledteur deBrandebourg
fon Maiftre,la reftitution de
la Dot de Marie- Eleonor fa
Mcre.Elleeftoit Fille,comme
je l'ay dit, de Jean Sigifinondy
Electeur de Brandebourg,
&Tante du feu Electeur
Frederic-Guillaume.
Le mois d'Avril a efté fatal
aux Perfonnes d'un haut rang.
Ce fut le 4. de ce mefme mois
que mourut l'Archiducheuc
Marie-Anne-JoCephe, Soeur
de l'Empereur. Elle eftoit Fille
de l'Empereur Ferdinand III.
qui époufa en premieres Noces
Marie-Anne d'Efpagney »
Fille de PhilippcsIII.donc
il eut Leopold, aujourd'huy
Empereur>né le 19. Juin1^40.
& Marie
-
Anne>Mere de
CharlesII. Roy dEfpagne.
Il époufa en fécondés Noces
Marie Leopoldine, Fille de
L'Archiduc Leopold) qui
mourut en 1649. a t prèsavoir
mis au monde Ferdinand.
Charles-Jofephj Archiduc
d'Auftriche> mort à Lints le
17. Janvier 1664. & en 16jJ..
il prit une troifiéme alliance
avec Elconor de Gonzague,
Fille de Charles Duc de Mantoüe>
dont entre autres Enfans
il eutEleonor* Marie, Veuve
de Michel KoributWiefnowiski,
Roy de Pologne, mariée
prefentement avec le
Prince Charles de Lorraine)
& MarieAnne- Jofcphe, née
en 1654. dont je vous apprens
la mort. Elle époufa en 1678.
Jean Guillaume-Jofeph-Igna,
ce de Neubourg, Prince Electoral
Palatin, Duc de Juliers,
Fils de Philippes-Guillaume,
Duc de Neubourg
>
& d'Elizabeth
- Amalicde Heffi-
Darmftat. Il n'eft point venu
d'Enfans de ce Mariage.
Vous avez déja veu quel.
ques Lettresen monofillabes.
On avoit creu que ce nouveau
genre décrire n'eftoit
pas propre à une matiere de
galanterie, parce que les mots
de tendrerfè
,
d'amour & de
paflîon n'y peuvent entrer;
cependant ce qui fuit vous
fera voir qu'avec de lefprit
il n'y arien dont on ne vienne
ai fément à bouc.
A L'AIMABLE IRIS.
1E ne dors ny la nuit, ny le.
Jour,je ne ftay ce que c'efi rje
croy que cefi un mal5 qui
nient de ce que je vous "visy il
y a huit jours, au bout du Cours
qui eft le long des bords du Clain,
dont
les eaux & les flots font
un doux bruit. Près de là ily a
un beau lieu plein de lfeurs
j ou
le vent rend Cair fortfrais; là
le chant de ceux dont les Corps
font tous les jours dans les airs>
fait dans un bois qui nen eft
pas loin
j un fres-doux fon
>
qui
fe joint au bruit de ceseaux
en un mot les jeux & les ris sy.
font voir. C'eft là que l'on vous
voit bien des fois le jouryfur
tout 'Vers le foir
? & dans ces
beaux jours du mois de May,..
C'eft dans ce lieu où je me vispris
par des noeuds & fous des
fers, dont le poids me fur bien
doux, & qui mont misfeus vosloix.
Dé; ce temps-là mon coeur
fit des vaux fipurs & fi forts
que je n'ay des foins que pour
vous; mais ce n'eft pas. a torty
car vous voir,, c'efi ^oirtout ce
quon peut voir de beau. Ilfort
de vos grands yeux bleus des
traits fivifs &fi doux que monJ
coeur en efl tout de feu, & que
quand je leftns>jenefçayce
quejefuis
> ny ce quejefais;
je vais> je cours en tous lieux.
Non, nony on ne peut voir ce
teintfifrais &de lys ,ce front,
'Vos dentsfibien dans leur lieu ,
DOS mains, vos bras; en un mot
ceport> cet airfigay> qu'on ne
foit pris par tant de dons3 dont
le Ciel vous a fait part. C.eft
cequifaitquequandj''ay le bien. de vous vozr>mon coeurfe rendcil
nen peutplus. Où'y>il enfort
centfois le jour desy ha! je me
meurs. Mais ce qui rend mon
mal plusgrand> ceflquen vous
je ne voisrien que de dur &de
fier pour moy ; pour moy ,
dis-je?
qui ne vis que pour"vous> qui
nay un coeur que pour vous,
& qui ne fais des voeux que
pour vous. Dieux! quel fort eft
le mien ? Peut-on rien voir de fi
dur? On dit que le rnal dont
je me plains fifort> efl un mal
que fait un Dieu dont le nom
n'elf pas fi court que les mots
dont je meifers> mais quel que
foit ce Dieu3 il efl tres-vray qu'il
fait,quily a dans moy un fr
nesçayquoypourvous quise
sent mieux quil ne Je dit. En
un mot mon coeur efi tout à vous,
& je vom fuis. x. x. X.
Aux bords du Clain le neuf dit
mois de May.
Vous venez de voir une
Lettre en Profe d'un caraiterc
particulierien voicy une au,
rre en Vers qui a efté !eue
icy avec aflez de plaifir pour
me faire croire qu'elle vous
divertira. Vous connoiltrez
par Ton titre de quoy il s'agit.
CONSOLATION
^[Madame la Marquife de.. ;
fur un Fils unique qui luy
eft échapé pour fe mettre
dans le Service. N,Ejl-il fa* temps enfin que
voflre douleur cejje ?
Doit-elleincejjamment durer?
Faut-il toujours gemir&foupirer,
Et,parquelques revert qne le deftin
nous btejfè)
La raifln, la vertu venant nONi
Jclairer
\- Et Jecourir nojlrtfoible(le,
Ne doivent-elles pas toutes deux
ogtrer
Le prompt rcnvoy de la trijleffi,
Inutile&fachtufe hoftefe
£)ui de chez nous trop toftne peut \\1
Je retirer?
,
CS
Cependant qùejl-ce donc ? Vn Pere v
quon enterre,
Un Epoux expirant,font-ili voftre M
douleur ?
Car, à voir combienelle ferre
Yoj/re bon &fenfble coeur,
en croit quil eft frapédu plus rude "J"t
malheur
Dont avec toutefàrigueur
LecÏtIpuiffi accabler uneame furtv
laterre.1 c'ejl un Filsparty pour laguerre;
Mais vous craignez, pour luy ; les ,)
hasards ,fin ardeur
jettent dans voftre efprit une afgéante
peur.
à
Fourquoy de ces penfets qui rendent
l'humeur noire
Vous fatigaer ainji Ce/prit& la mémoire
?
Pourquoyplutojlnepenferpas*
J>)ue ce Filsmarchant fur les pas
Zoefes nobles Ayeux luy tracent
dans thifloire
Pourra cueillircomme eux<>fans nul
Jintftre cas, [ gloire?
Vne richemoijfon de Lauriers&de
Mais cejl un Fils unique, hdos!
,j a *entenss voila lepoint& laraifon
touchante
Jgui vous accable & vous tourmente.
DieuxJ il ne faut quun malheur,
dites-vous.
Sur ce que peut le fort nous préparer
de coups,
Doit-on avoirl'ameJiprévoyante!".
Ilne faut à chacun de nous
Jjhiun malheur,& c'eft fait ck":
tous.
Mais quoy, faut-il toujourstrembler
dans fin attentel
A
Sans vous tourmenter vainement,
Carquefertunefprit dolent, mélancolique
?
,
Appliquez,vousuniquement
Afaire quexe Fils d'où vient voftre
tourment,
Nefoit plus voftre Fils unique.
Faites-luy-moy bien promptement
Cinq ( ou jix Freres feulement.
A quoy que voftrefoin s'applique
Tour luy marquer voftre rejfentiment,
Et faire voir combienfa conduite
vous pique,
Vous ne fçauriez* trouver plus de
contentement aumoyen que je vous indique..
Vite donc, travaillez à le mettre
en pratique,
Etl'Epoux revenu,ny perdez un
moment.
Tour fe vanger d'un Fils c'eftun
party charmant,
Vous lallie^jnarier> & voyant quil
préféré
Le Service au plaifit de faire
De petitspoupons, faites-en
+ De vojlre chef,fans bruit & fans
cancan,
Etlors qu'il ofe ainfi refufer d'llre
Pere,
SoyeZ vous -
mefme a nouveaux
frais maman.
Ceconfeilefifortfalutaire.
Je vous parle de bonne foy;
Etfi dans le dijfcin quicy je vous
propofe
Vous mejugt'{de quelque employ,
Mefairedefefiejenofe
,
Mais vous fçavez,ajfez,,je croy ,
J^ue fi par bonheurje connoy
J^tien grande ou quen petite - chofe,
Vous pouveT^ vousfervir de moy,.
Mon panchant ne veut pasqueje
demeure coy ,
Vans l'extrêmedouleur furtoutoh
je vous voy ; 1
Etpour vous en ofler la caufe
Belle Marquife ,bêlas! de quoy
Ne ferois-je pasprefiàmefaire une
loy ?
Je vous envoye un Printemps
plaintif. Il eft aflez or
dinaire à ceux à qui l'amour
n'eft pas favorable, de voir
à regret que les beaux jours
renouvellent. Je ne fçay de
qui font les paroles, je fçay
feulement que l'Air eft de
Mr Normandcau, Organiftc
du College de Navarre.
cAIR NOUVEAU. Effiz) beaux jours,ceffiZ'
Zephire
ctffiz , de revenir defoimais en ces
lieux.
L'Objet dontles aimablesyeux
Sont
les
Auteurs de mon crltel
martire ,
Voui bannit du fijour le plus deli- cieux..
C'tjl en vainquepour vous dés longtempsjefoupire,
Vos charmes luyfint odieux.
Ccjftz,beauxjours,cefleZ' Ze- phire, Cefcz. de revenirdéformais en ces
lieux.
Sa rigueur qui fait quefexpire
Feroit de vous les jours les plus
affreux.
Son coeur eftun rocher quijamais ne
refpire
J9ue la glace& l'horreur d'un hiver
rigoureux.
Ah n'efl-ce pas ajflz vous dire?
ceJlèz beaux jours, cejJêz
, Zephire
cel , de revenir déformais en ces
lieux.
Monfieur le Duc de Savoyc
a fait un Voyage à Nice, ou
il n'avoit point encore cité
?
& l'on peut dire que - ce
Voyage s'eft fait avec une
dépenfe magnifique. Il y
arriva accompagné de toute
fa Cour, le Lundy 18. Avril
fur les cinq heures du foir
i
& ne voulut point que la Noblelfe
& les Officiersdela Ville
vinflent au devant de luy
pour des raifons qu'il fe referva
de faire cônoîtrcaux Echevins.
Sitoft quilfut à la veuë
de Nice, le Canon commença
à tirer,& tira trois fois au
nombre de foixante & quinze
pieccs. La Citadelle tiraaufif
enfuite tout ion Canon jufques
à trois fois. Il y eut une
fi grancfce foule de Peuple
dans toutes les ruës, que l'on
avoit peine à y pafler , pour
le concours extraordinaire de
toutes fortes deperfonnes
accouruës de tous coftez. La
Villemarqua fa joye par des
Illuminations qui furent fai.
tes trois fois, & pendant lefquelles
le Canon recommen- ,
ça à fe faire entendre. Deux
cens Pefcheurs qui avoientété
à la rencontre de fon Altefle
Royale, vertus en Mariniers >
& portant un Etendard ou
eftoient fes armes?amenercnt
un Bateau les deux premiers
foirs devant fbn Palais, & ils
y mirent le feu. Ils vouloient
faire la mefme chofe le troifiéme
foir
,
mais on les en
cmpefcha à caufe de la trop
grande chaleur, & de l'incommode
fumée qui en venoit.
Nice eft une Ville de
Provence avec titre de Comté.
Elle eft fîtuée dans une
Campagne très- fertiles au
pied des Alpes, & 'au bord
de la Mer,entre la Rivière
du Var
J
& Ville-franche qui
eft le Porc. Elle fut d'abord
une Colonie des Marreillois)
& après avoir efté foûmife
aux Romainsy aux Rois de
Bourgogne
>
& aux Comtes
de Provence, elle a paffé fous
la Domination des Ducs de
Savoye. Ce fut du temps
d'Amedée VII. qui n'eftoit
alors que Comte de Savoye
Amedée VIII fon Fils , en
ayant efté le premier Duc.
Le Châceau de cette Ville eft.
très fort: & ne put eftre pris,
lorfque la Ville fut prife par
l'armée du Roy François I.
L'Amphitheatre
3
leslnfcriptions.
2
tions j & d'autres reftes que
l'on y voit, prouvent Ion antiquité.
Elle n'ert pourtant
devenuë confiderable> que
depuisqu'elle s'eil: augmentée
fur les ruines de Cemele
qui cftoit la Capitale, & le
Siege du Gouverneur des Alpes
maritimes>& quifut ruinée
par les Gors & les Vandales
dans le fixiéme fiecle
felon quelques-uns, , & félon
'les autres , par les Lombards
ou les Sarrafins dans lefeptiéme
ou huitièmefiecle.le
Siege de l Evcfché fut enîuite
transféré à Nice, qui n'étoit
qu'un Bourg tandis que
Cemclc eftoit une Ville florilfante
Monfïeurle Duc deSavoye
alla fe promener fur la
mer le lendemain de fon arrivée.>&
le Canon de laVille tira
ainfi que celuy de la Citadelle,
lors qu'ils'embarqua,&
qu'il débarqua. Le 2.0. il prit
le mefmedivertiflementavec
Madame la Duchefle Royale
»
accompagnée de toutes
les Dames & des Cavaliers de 4
la Cour. On ne rentra dans,
la Ville qu'à une heure de
nuit3 & l'on trouva les Echevins
à la porte qui ateendoient
avec un grand nombre
de flambeaux. Il ne s'eft
depuis pafle aucun jour, que
Son AItefleRoyale n'ait efté
fe promener au bord de la
mer J
mais fans vouloir que
l'on tiraft davantage le Canon
quoy que les Sindics le
fiflfsnt tenir tout preft. Le u.
ces Sindics & les Officiers de
la Ville firent prelent à ce
Prince de huit cens piftoles
de Savoye,enpleces de cinq
piftoles, dans une bourfe de
fatin blanc brodée d'or, ou
d'un collé eftoit un Aigle fur
un roc, armes de la Ville, &
de l'autre unCitronnierqui
portoit des fruits, dont on
voyoit quelques-unsen maturne
avec ces morsJ non um
cmniaparty.C'eft l'ufage de
Savoye de faire des prefens
en argent la premiere fois
que lesSouverains vont en
quelqueVille de leur domi-
Dation. On prefenra auilî à
Madame laDuchefle Royale
cinq cens piitoles de Savoye*
en une piece de vingt cinq
piftoles,enune de quinze en
trois de dix & le refte en picces
de cinq piltoles, dans une
bourfe aullî de fatin 1PlanG}
ou d'un coité eftoit un petcher
fleury avec ces paroles,
de cortict oemmoe. Le n. la Ville
fitrà leurs Al te-dès lefitporteràleurs Altefles
Royaks un magnifique prefenc
d-c' deuxca-itfes rouges-,
longues environ d'une aune
& un quart, larges d'une demi-
aune, & hautes d'un
tiers. Elles eftoient divifées
en trois étages. Dans le premier
il y avoit diverfeseffences
& pommades; dans le fécond,
des gands de chien &
de chamois de différentes
couleurs & fenteurs; & dans
le troifiéme des poudres de
fentcur & des favonnettes
pour les mains. Sur ces caiffes
eftoient les armes de fon
Altefle Royale & celles de
FIance en broderie d'or,avec
une broderie d'or d'un demy-
pié de hauteur menée
d'Aigles>le tout d'une delicatcffe
& d'un travail admirable.
Ce nouveau prefent fut
accompagné de pl ufieurs:autres
caiflcs
>
fçavoir de trois
aflez grandes pleines de cire;
d'une autre pleine de fucre
rafinc à Nice, & auffi bon
que celuy de Venife5de huit
autres de vin rouge le plus
délicat de tout le Pays; de
quatre, deVerdéede Florence;
de fixJ d'un vinaigre tresexquis
,-& de quatre, pleines
d'eau d'une nouvelle com.
pofition,& d'un prix conhderable.
Outrecescaifles,il
y avoit un grand panier
d'huiftresî cinq grandes corbeilles
de gros citrons , une
caifiTe d'oranges de POltugal,
une autre de citrons auffi de
Portugal; une caifle de limes3
quatre corbeilles de poisverds
j deux corbeilles de diverfesfleurs
; quatre petits
Figuiers plantcz dans des vales
& portant des Figues- qui
commençoientàdite meures
; une caflfette rouge d'effences
les plus precieufes; un
baril de mufcat avec un autre
pareil de vin blanc, & un
autre de vin rouge, le tout
du crû du Pays. Son AltefTe
Royale fut très -
fatisfaite
»
& témoigna prendre grand
plaifir à fe laiffer approcher
par les Pefcheurs & les Payfans,
aufquels Elle prefentoit
fa main à baifer: Ce fut auffi
un fujetdejoye à ce Prince,
-V de voir tant de marques d'u-
-v ne affectioniincere dans cc.
9
Peuple. qui s'emprcubir & cftre
tous les jours fur fqn
paflage
,
& qui ne cefloit de
crier) Vvue fort Altcjje Royale.
La Semaine [uivante) Monr
fieur le Duc de Savoye alla
i. vers l'emboucheure du fleuve
Var, pour entendre le grand
bruit qu'il fait lors qu'il entre
dans la Mer. M'le Vicelegat
d'A vignon vint de Cemelle
où il demeure en la
Maifon du Comte de Gubernatis,
pour luy faire complaire.
M'le Prince de Monaco
vintauffi rendrevifite.Ilfut
receu comme Duc & Pair de
France, &en cette qualitéill
demeura couvert.
En vous parlant la dernierc::
fois de la mort de Mr Bruanu
des Carrieres, Maiftre des2
Comptes
) Seigneur de Ba—
4fangeville? & de la Riviere^
cy- devant Refident pour les
Roy à Liège, je remis à ces
mois-cy à vous entretenir de:
pluÍÏeurs chofes qui fe font3
paflees dans le temps de fonr
cmploy. Comme elles font*
voir refprit des Peuples de ces
vPays, là, qui ne fçauroit de--
meurer longtemps dans une :
mefmefituation, je ne doutes
Môint que la connoiffanéc-t
Mrticutiere qu'elles vous en
donneront,nevoustiennelieu r
H'une nouvelle agreable,dans v
Vcftatoù fe trouvent aujout-
Hhuy lesaffaires de l'Europe.
Il y a plusytk vous le vertcz
bdans la fuite de cet Article.
JLe Pays de Liegeeft un petit
ÎEftat environné de toutes
sparts des Places de France &
Sa'Efpagne
,
& de celles des
fProvinces Unies & des Erats
)de Juliers.Quoy que l'Evcf-
»que de Liège Coit Seigneur
Ifpirituel & temporel de tout
>ce Pays, les Etats ne laiflent
pas davoir beaucoup.
pouvoir. Ils font compoCte
du Corps Ecclefiaftiquey qp
confifteaufeulChapirrt o
la Cathedrale de S. Laipbens
donc les Chanoines fonr preu-3'
ve de feize quartiers, ce qup
fait que 1 Evefque leur Prinon
les traite ordinairement db
Nobles très-chers & bien-ahs*
mez Conjreres. Le (cconofl*
Corps de cet Eftat eft celuju
de la Noblcflc,& le troi-ic
fiéme celuy qui eft appelle loi
Tiers-Eftat. Le Confeild'E«~H
ftar, nommé communemenon
la Regence, eft compofé daeb
uelques Chanoinesde la Caûecirale,
choifis par le Prince
tavolonté,&ce Conseilest
~perpetuel l iIll y aourreccl a Y a ourre cela
jes confuls qui ]ug<nt des
aillesciviles & crilninellesJ
z leMagiilrat ou Bourg,
nestrequ'on crée tous les ans
jour de S. Jacques., & qui
De connoiftquedelàFplicc
le la Ville. Comme ce Pays
fit enclavé entre quatre Puifijnees
qui fe font fouvent la
J»uerre Liege cft un pont a
1 hacune pour aller à Tes Ennemis,
un paflfage pour leur
xtraitc
9 un Magazin pour
A
leurlubfïftance,&enfin uu
dehors & un pofte avanon
pour leurs Eftats. Cette fieusu:
tion elt extrêmement impooe
tante à tous ces divers Voio1
fins, & il n'y a que par I
1
feule NeutralitéqueccPaysJlz,
peut exempter de devenir 1 :
Theatre de la guerre. Le feaî
Eleacur de Cologne, Eveov
que&Prince de Liège, prou
tefti toujours qu'il vouloit^i
conferver dans cette n.utrasi]
lité avec tous les ROIs, Primr
ces, & Potentats fes voifinsm
& fur tout avec la France. LI,
Roy ayant refolu de pun;nl
l'ingratitude. des Hollandois,
>& l'infolcncc avec laquelle
)-.ces Republiquains traltoientx
itous les Souverains de l'Eutrope)
leur declara la guerre
* en 1671. Sa Majelté eftant
obiigée pour aller à eux de :fanepaflfer une partie de Ces
Troupes fur le Pays de Liege,
& de rechercher l'amitié
du Prince & des Etats, eut
befoin d'avoir pour cela
+ un homme habile & intelli-
.gent, qui connutfparfaitement
le genie des Habirans
de la Ca pitale, qui eft une
grande Ville, remplie d'une
populace de toutes Nations,
qui (IÛr unegrande Commuinauté,
compoiVc de trentedeux
Métiers. Tous ces divers
Corps ont beaucoup de
prérogatives & de privilèges
qui les rendent infolcns,mal
intentionnel pour les Etrangers,
envieux & fediiicux. De
fi farouches cfprits devant
faire de la peine,ilfalloir un
homme qui euft les qualitez
propresà les ménager.On eut
recours au Prince& à fon
Confeil pour en avoir un,
& on jetta les yeux fur Mr
Bcuaiit desCarrières
, Sujet
de SaMajefte
,
qu'une maladie
populaire avoit obligé de
fe retirer depuis quelquetemps
à Dinan,&qui retourna
à Liege, où il établit auilitoft
par ordre du Roy & du
Gonfeil du Prince de Liege,
un Bureau de relais., de Poftesi
de diligences, & de contributions.
Ceftoit comme le
centre oùfe dévoient reünirt
toutes ;
les i çprlrefpondances
dqeui regàrdoiént les affaires
Sa Mâjcfté en 1671. tant à
lxgard de. l'Empire que des
Couronnes du Nord, ce qui
luy donnoit de grandes la.
mieies pourfervir utilement.,
Sa commiflion principale
eftoit de veillerfur les adtions
des Etats voifins & d'en
donner des avis certains au
Roy & à fcs Miniftres.Il em..
ployoit en mefme temps tous
les foins à tenir le Prince
& les Etats de Liege fidellement
attachez à la Couronne
de France. L'application qu'il
avoit à tout,luy fitdécouvrir*
heureufement les cabales que
le fameux Baron de Lifolaentretenoit
avec quelques membres
du Chapitre
,
qui voulant
implorer le fecours de
l'Empereur,avoient député
à la Diette& à Vienne, à
l'infceu de Son Alce(Te Elec-
[orale, leur Prince. Il pénétra
de plus les projets que les Ennemis
avoient formez) de
s'emparer de la Ville & Citadelle
de Liege
>
de s'introduire
dans les Poftes & Châ.
teaux du Pays le long des
Rivieres d'Ourt, deVefe
mefme dans la Ban-lieuë
3
&
jufques aux porres de la Capitale}
dans le defleindes'en
rendre maiftres par l'intelligence
qu'ils avoient dans le
Chapitre. Cette connoiflancc
déconcerta tellement Icscoîî-ïl
feils des Efpagnols & des Hol-l(
landais, qu'ils ne irouverencM
point de meilleur & de pluszu
< prompt expedient pour leol
r fuccés de leur entreprife>queai
de fe défaire de Mr Bruant, «:
Miniftre de France. Dans de a
deffeinils fubomerent un Ca- -J
poral des Gardes du Prince 3
---d'Orange, & l'envoyerent en
t
f
safaque de toilebleuëdevant
k
3
fon logis pour y fervir d'EC -
pion
>
& tâcher d'executer :
leur pernicieux denein. Ils ;
firent d'ailleurs tout ce qu'il
leur fut poffible pour l'inti. (
mider par la canaille aflcmW
blée, & par de grofles & furieufes
menaces de gens de la
lie du Peuleaux
environs du lieu. où il demeuroit5
& enfinils prirent une
derniere. rcfolution d'attenter
à fa. vie^ Ils. employèrent
pour une a&ion fi deteftablc-V
un Soldat de la Compagnie
des Grenadiers du Capitaine
du Mont,engagédans
:
le
service du Prince d'Orange-3
nommé Ve,ribeule ,en luy
promettantpour récompense
une Compagnie d'Infanterie,
Ce Soldat qui fut furpris déiguife
&veftu de bleu, avoit
entrepris de l'enlever more
V ou vif, & c'etf ce qui demeure
* confiant parles Interrogatoires
qui luy furent faits le u.
Avril1671. Peu de jours auparavant
Mr de Strafbourg luy
avoit donnéavis de Bonn,
qu'on machinoic quelque
chofe à Liege contre fa perfonne.
Il luy confeilloit de
changer de quartier, & d'avoir
toûjours une bonne
garde dans fon voifinagej|
mais Mr des Carrières ne jugea
pas à propos d'en ufer
ainfi
j
de peur de marquer de
J
la foiblefTe dans une occafion
où il eftoitneceflaire de faire
voir de la fermeté pour le
fcrvice du Roy fon Maifire.
11 envoya plufieurs DepeC.
ches à la Cour pour donner
avis à Sa Majefté & à fes Miniftres
de tout ce qui fe paffoit
à Liège en 1674. & le
Roy eftant bien informé de
toutes les confpirations qui
fe faifoient contre la perfonne
dç fon Refident, en
fit des plaintes auxMagiftrats
de la Ville. Voicy la réponfe
qu'ils luy firent.
SIRE,
Tar celle que Vojlre-Mai.
jefté nous afait l'honneur de
nous envoyer> dattée du zz. du
courant y
laquelle nous avons
receue avec touteforte de refpeéi
&de ftûmiffion, ayant reconnu
que fur les informations à Elle
données parMr des Carrieres
> fon ejidenten cette Ville,"Jt
quelque entrèprife contre fa perfonne>
la volontéde Voftre Ma*
jefiéferoit qu'ilfufiicy en une
entierefuretéy nous venon.ipar
velle-cy affiurer Jfofire Majefié
de nos intentionitoutesconfor-
:
Tnrs.,
mes, & que depuis que nous
fommes entrer dans l'adminiflration.)
nous n'avons rien laijfé en
arriere pour le garantir de toute
infuite
> & luy procurer lafurets
qui luy efi Jeué". Aujji a U
premitre nouvellede la derniere
conspiration quiJe tramoit contre
luy, ( Ce mot de derniere eft
une preuve qu'il y avoit eu
d'autres»confpirations.) nous
+avons faitfaifir c, emprisonner
quelques Accufe%> aufqutls on
fait le procès dans les formes ort
dinaires a futur. Nous aJJùrons
» encore Voftre Majejiéque nous
>^y continuerons tous nos foinst&
que nous tiendrons une telle conduite
pour fon afJurance, qui
nous efperons que VoflreMtjef
té en fera entièrementfattsj-ait^
la p iant cependant très- humblement
de nous continuer l'honneur
de fes bien veillances &
bonté^Royale* puis quenous
Jommes très a/Jurement,
SIRE,
D: V. Al.
Tr.:s-humblps & tres-obeif
fans Serviteurs les Bourg-M»
très e Conjeil de la Cité de
Lier?.
O Le 30 Septembre 1674.
ParOrdonnance de Mefdits Sei,
gmurs. Du SjiRCK+
On a auffi de bons Mémoires
des difcours publics & des
Harangues que M1 des Carrières
a prononcées avec force&
fermeté dans le Chapitre
de la Cathedrale, ou au
Confeil Privé, c'efi à dire, a
ceux qui gouvernent. Je ne
,parle point des autres Ecrits
& des Remontrances, dont
les unes ont eilé données au
public)& les autres font demeurées
parmi ks papiers. Ce
qu'il y a de fort remarquable,
.c'cfi qu'en beaucoup de rencontres
) on fe remettentà fa
prudence pour agir comme il
le croyoit le plus à propos.
La plus confiderable de Ces
avions a eftéd'avoirdécouvert
ce que projettoit le Cardinal
de Bade, qui n'eftoit à
Liègeque pour faire reuflir
le deflein de la Triple Alliance
concerté à la Haye en
16jl. entre les Minières de
l'Empereur & des autres Prin- k
ces. Il fe formoit un grand
party dans la Ville de Liege^,
dont on devoit s'emparerx
ainfique des poftes principaux
du Pays.Lt Baron des
Lifola, Envoyé Extraordinaire
de Sa Majefté Impcria—ij
le, vint en perfonne à Liege
en 1674. pour jetter les fondemens
de ce grand deflein.
Le Cardinal de Bade s y rendit
enfuite fur la fin de la
mesmeannée ) acconlpagne
de quantité de gens de guerre
& d'Officiers>quipoioient
& relevoient la garde a fa
porte comme on auroit fait
pour un Souverain dans fes
Etats. Mr des Carrieres s'étant
apperceu des cabales que
ce Cardinal formoit dans le
Chapitre, & de la divifion
qu'il femoit dans le Confeil
& parmi les principauxBourgeois
pour les faire foûlever
contre leur Prince légitimé>
obferva fi bien tous fes pas&
toutes fes actions
,
qu'ayant
eu avis qu'il faifoit un grand
magazih de Marchandées de
contrebande, qu'il pretendoit
faire paffer en Allemagne
avec fon bagage il en rinforma Mle Comte di'Etira-n
des, Gouverneur pour le Roy
a Mallric. Ce Gouverneur fit
mettre aufli-toil plulieurs
Partis enc^m^agne pourfe
faifir du bagage de cette
Eminence, parmi lequel on
trouva tous [es Mcmoires &
Inftruéïi-onsquifirent connoiftre
le veritable fujet de
fon fcjourà Liege pendant
les mois de Janvier5 Fevrier
& Mars de l'année167J. ce
qui alloit à renverler roue l'Etat,&àchanger le Gouvernement
tant au fpirituel
qu'au temporel. Cette heureufedécouverte
fut untffet
de la' vigilance du Refîdent
de Sa Majefté à Licge: mais la
plus importantede toutes fes
negociations fut la dextérité
avec laquelle il tourna l'efprit
du Baron de Vierfet qui
commandoitpour fon Altet
le Elc&orate dans la Citadelle
de Liege. Ille menagea fi
bien qu'il le fit refoudre à recevoir
le fecours que le Roy
luy offrait pour conferver à
fon Maiftre la Neutralité que
luy vouloit olter l'Empereur.
Apres qu'il luy eut fortemène
reprefenré que les follicitations
& les prières ar-
-
mées s'écoutaient plus volontiers
quecellesquinefont
foucenuës que du foibleappui
-
desconfidtrations honneftes
.,
& civiles, ce Commandant
fit la déclaration publique
par quelques volées de Canon
fur la Ville>ce qui ne
,
fe pafla pas fans quelqueémotion
du Peuple qu'échauffoit
la prefence du Cardinal) de
la maifonduquel les Chefs
de la [cdirionrortirenr, criant
F dans les Places publiques)
-Aux armeJ, live l'Empereur.
Mr des Carrieres,pôur tenir les
chofes dans l'ellat avantageux
où elles eftoient, alla de la
Citadelle à Maftric,(olliciter
du recours) & toutes les
chofesneceffaires pour munir
la Place. Il envoya un Trompette
aux Magiftrats de Liège,
pour leur faire entendre
s
qu'on n'en vouloir point àii
la Ville, & que l'on ef\:oiCJI
bien éloigné de fongeràrom-r;
pre la Neurraltté, puis qu'illi'
y avoir laifle fa Frmine &2
Ces Enf.ns, qui eftoient desgj
gagesaffûtez dece qu'il leunl
avoir fait cfperer de la parest
du Roy, mais qu'il falloicai
fa i re fortir de leur Ville lésa:
princ paux Seditieux) & fixera
leur demeure en des lieux cer--i
tains pour y vivre en Bour-*-:
geois neutres. Les Magiftrats z:
luy envoyèrent des Députezs
à MaUrie) & firent faire des s:
Complimens à Mrle Comte o;
PEftrade, les aflfurant l',un&
'autre -qu'ils fatisferoient à
:ur devoir. La Place eftant
oien munie d'hommes, de
nvres & de munitions de
•outes fortes. les Ennemis fe
rouverent décheus de leurs
tfperances
J
& le Cardinal
êorrit de la Ville remply de
:onfufion. Le Roy fitRavoir
i fon Refident qu'il eftoit du
"crvice de Sa Majcfté qu'il
îetournaft à Liege quand il
îourroiti & qu'il le logeait
ous la garde de la Citadelle.
Commardantluymitfen-
:mclle& Corps de garde, &
Mr des Carrières receutauffi-ïï
toft pouvoir de la Cour pou:;
publier les Inftru&ions, Let-r
très, Papiers & Chifres dir
Cardinal de Bade, & les faimi
reconnoiftre juridiquemenn
par ceux qui y avoienc inte-o
reft. En me(me temps il fiii
dreflerun Procès ver balave«,
cc titre,VoyagedeAd1 le Car^x
dînai de "Bade
3
&•JonJejour
i.
Ltege. Toute cette expediit
-v tion fut d'un grand éclar,«Sfc
j le bruit s'en répandit che:\
tous les VoifinSj Amis & Enn
nemis. Les Ambaffadcurs,le':.d
Envoyez,les Agcns& Refii)
Sens de Sa Majefté dans tou-
:es les Cours de l'Europe, en
firent des compliraens à Mr
desCarrieres, & luy donnèrent
les éloges que meritoit
une action fi ferme & fi vigoureufe.
Voicylespremiers page-s
du Procès verbal dont je
viens de vous parler.Jevous
[les envoye dans le fiile où il
efté drefie. Ils'agit d'une :affaire paffée,&cependant il
.n'y a rien qui doive eftre plus
de faifonaujourd'huy que le
récit de cette intrigue, puis
-qu'elle fait voirque dés ce
temps-là, laMaifond'Aim
ftricheavoit relolu de (erenrr
dre mailtrefle du fpirituel à
dutemporel de J'Evefchédb
Liège, dedifpofer de l'Elesl
ctorat de Cologney & db
mettre la Cour de Rome dam*
[es inrerefts, en paHànt) powc
venir â, bout de fes defleinsn
pardiffus tomesUsréglés db
xdroit &de la -juftice, ce-qixij:
x
ferc d*?condamnationcontrn
,cuxj dans l^afifare de Mr 1-T
Cardinal de Furftembergi
Touc ce qu'ona fait contMj
Juy. n'ell: qu'une chicane de tl
-ÇoyLiT deRpme,& delaMaifortc
Griche. On vouloit eftre
maiftte de ces deux Evefchez
les le temps qu'on n'avoit
ooint de pretexte pour fe
olaindre de Mr de Furftemoerg,
& qu'il n'y pretendoic
oas)& l'on acontinué dans la
Ineime rcfolution, IOTS q,u'il
Veft vu en eftac 4en cHrc>
oourvû, & qu'il l'a elle legi-J
iiimement. C'eft un fait coo--rftant
; c'eft une intrigue de:
ea Maifon d' Auftriche comr
mencéeil y avingt ans. Elle,
veut ditpofer abfolument de
,(.'Eleaorat deCologne & det
"Evefçhéde Liège ; ellea
mis Rome dans les interefts
» < & ces deux Puiflances re[o-t
luesde pouffer leur violences:
concre un Piince légitimer
ment pourvû
, ont allume lacl
guetfe quicoute déjà tant dof
fang, & la perce de tant d.o.t
Villes, qui a ruiné la Reli-i
gion Catholique en Angle-m
terrer qui l'aboliroit dans»/]
toute l'Europe, fi le Roy dof
France n'efioit pas aflcz puiQi
fant pour s'oppofer à cous less
Princes que Rome & ViennoIJ
ont fait armer contre luy. N
fans avoir égard à la Reli-iJ
gion, puis que ces deux PuiQi
fances fefont liguees avec des
Proteflansipour combattre
lesTroupes de France quifont
toutes Catholiques. Ce qui
fuit juftifiera tout ce que j'ayV
dit touchant le procédé violent
& obftiné de la Maifon - d'Auftriche.àl'égard de l'au.
torité qu'ellea pretendu, &
qu'elle pretend encoreufurper
fur i'Ele&orat de Coloigne>&
fur l'Evefché de Lierg.
c; Voicyce que porte le
[Procès verbal, auquel on a
jjointdes Copies de tous les
[Papiers dont on y parle.
LeVoyagedeleCardinal
de Bade à Liegena pas eflé 'j
un miftere ; on enJçavoit la fin r
avant qu'il fteft party de fon v
Abbaye de fu/den pour sy
rendre. Onfçavoit qu'il y efloit 1
'Venu par rejultat conjtjlorial de V
la Maifon d'Auflriche>pour s'y
faire élire CoadJuteur, du con- - pntement ,fi on pouvoity de Son xt
Altejje l'Evtfque & Prince de i!
Liege
,
finon de s'y ~o~fy
intrurre dans l'aaminiflrationzî
par toutes voyes. On fcavoit\\
mefme qu'il ne bornoit pasfaj?
pretention au feiil Evefcbê de^\
Liege,£7" que les projets ejloientïç
faits auffi pour l'Eleéîorat&
j4rche<vefché de Cologne> @!
qu'on devoit commenctr par la
Coadjutorerie de Liege
3 comme
un chemin feur pour parvenir à
celU de Cologne. On nignoroit
pas les njoyes que ce Cardinal
avoit tenues pour ~~f~r/~-~
doneité, & la premiere capacité
deparvenir à celle de Liege
, on
ueui dire, la maniéré dontil
s'estoit fait Chanoine. On luy
avoit veu obtenir fans fonde-
Inent à Rome un per obitum
» du Canonicat de M. d'Allamonu
>
Evef(jue de Gand, mort à Maidrîd
3
dont la collation difpofitimappartenoit
à M. l'Evcfque&
Prince de Liegey
qui l*avoit auJF conféréau Fils
du Comte de cBerlo^> Gouverneur
d'lngolftad. On avoit remarque
que M. le Cardinal de
Bade ne pouvantpaseflre admis
àfaire une Rejïdence
> en vertu
d'un titre de cette qualité) &
fur un Canonicat litigieux) *
bien moint établirlA qualité effentiellepourparvenirà
la chofe
où il buttoit
> & qui prejfoit*
félon les intereftsdela Maifôn
d'Auflriche,avoit pratiqué) ou
pourparler plus jufe
,
emprunté*
une autre Prebende dansl'Eg/ife
de Liege
j
fcavoir celle de iAr*
chidiacre Bokho/Z
>
Frere du
Grand Commandeurde ce nom)
laeuon avoit fait pratiquer par
Grand Prieur de fon Ordre
3
pour difpofer fon Frere à luy refigner
la fienne
s & rendre ce
fervrce à la Maifon d'Auftriche,
quiUfitfaire en effet,mais
a condition de la luy rendreJ ou
une autre àfa difpofttion
> ce qui
aefiéfort biencxecuté
> t comme onlejuflifie par une Lettre dudit
S1 Cardinal de Bade écrite audit
ST Commandeur de 2?vkbol%,
par laquelle il luy mande, que
pourfe délivrer des continuelles
inflances que luyfaifait le Sr
Chanoine de la MargelleÎfin
Neveu> & pour feconder fes
fluhaits ( ceJontfes termes ) il
luy envoye un iuflrument en
blanc
J
qui ejloitfa démiflion de
la Prebende litigieufe
s
pour la
remplir du nom de qui il luy
plairoit
>
laquelle procuration on
dit avoir efté remplie par dédit
S1 Commandeur de BokholK du
nom du Sr Roco%
>
fon gentilhomme)
que l'on ajoûte l'avoir'
déja permutée avec le Sr Mean,
contrefa Dignité d'Efèolaftre,
& une Preppnde de Tongre. On
navoit pasmefmenégligé d'obferver
l*empreffement de Mr le
Cardinal de Bade3 à Je faire
admettre a pouvoir faire fa ré-
(idence contre le Statut du Chafitre)
qui ordonne que les nouveaux
rPourveusy ne pourront
tflre admis à faire leur refîdence
yuaprés deux ans, & que pour,
faiJer par dejJus cette loy commune
3
il avoit fallu employer
ïe nom & l'autorité de l'Empereur
pour s'en faire relever &
xlifpenfer. On fçavoit que les
Raflions & les intrigues avaient
xflé difpofées pour cela> tant a
ïColognej qu'à Lieçe
? par le
ijBaron de Plitterdorff
>
MiniJlre
dudit S Cardinal de Bade, fur
lesPlans qui en avoient eflé
faits3 & les difpoftions qui en i
avoient efié établies par le feu *
Baron de Liftla. On avoitveu +
de bons Mémoiresquiavoient :
eflé intercepte% plus de fix Je..
-
maines avant l'arrivée de ce o
Cardinalà Liege ,qu'on fit/voir
dés lors aux principaux de, la J.
ViUe qui s%enfouviendront bien,,
leflueisMemoiresétabliecoienti
par diflinflion la faflion quVv
devoit fervir à Liege
9 & celle

qui devoitagir à Cologne
-1
pour i:
faireriiïjjir l un l'autre de ces v
deffiins. La fa&ion de Liege de~-
uoi*i\
'voltestre conduite par le sr
Harenne
>
Chanoine de S. Jean
de Liege, Uomeflique de M1
le Nonce de Cologne, que ce
Nonce luy devoit donner, (jè
qu'illuyA donnéeneffet, comms
propre àfaire à Liege les négociations
necejjatres&fans fur-
\picion.D'autres des plus confiderablet
de Liege y avoient
ileurs emplois>les uns deprincipal
mobile> d'autres de perfonnes
iaffeurees&necejjairesfélon leurs
ïcarafleres& qualitek) quoy
rJue peut-effre plus félon la def-
Vination (y l'inclination de ceux
pqtti avoientfait ces intrigues &
tlrefié ces Mémoires
3 que par
l'engagementdesperfonnes nom-*
mées. Lesinflrumenscboijis
pour la faêlion de Cologne,<
efloient le Comte de Mander--
cheit
3
Doyen; le Vicaire gene- -'
raI; le Douleur Gemer3Cl)anoine y
de Çologne;leBaron de Deuringy
le Doéîeur Bilflin. Ilyavoiti\
mefme des Demoijelles de Reuf--)
chemberg, f0 d'autres du Mo-«<
naflere de Sainte Marie in Ca.-t
pitolio, qui efloientemployées^
dans cette intrigue. Les Con^~x
rjenticules s'en tenoient chez le0)
Prieur des Carmes Dêcbaujje^
de Cologne,où prejidoit le Baromo
ide Pïitterdorff> qui en efloit le
Chef On avoit bien à Liege des
vinjis de Rome que l'onyfollici-
Voit ardemment des Brifs ad
XDapitulum» pour l'obligerfous
des prettxtes de neceffité de
ruerre
3
&' de non-refidence de
ISondlP'eJfeEliflorale, deprocéder
à l'Ele.EliaYz..d'un Coadjuteur;)
~tiam invitoEpifcopo. L'Am-
~assadeur de France en ladite
Cour Ja'voitinformé le Roy J cron Adaiflre despourfuites que
&/. lé Cardin-aldeBade y
ïFaifoit> non feulement pour l'EKjefch?
de Liège,mais pourceluy
iïêfttrafbourg ; & tous ces avis
Ci mémoiresdont on navoirpas (L
toutes les preuves> avoient biene,
préparé les efprits3 & en fete—s
noit furfisgardes à Liege
3
maisv
Dieu a permis que la conduite
que Ad1 le jardinaide*Badey(^
a tenue, non feulement aitfourni
ny toutes les preuves de ces def-',
feins de Coadjutorerie, mais aiiin
fait découvrir dans fespapiers:^
qui ont ejlé pris & portez, L
Maftric avec fin bagage, poum
avoirejlé trouvéfarcy de YlNtrLo
chandifes de contrebande>de^ï
mifteres & des cbofes horribles
que les Ennemis de la Francw
preparoient à la faille & payf t
de Liege pour le fpirituel & le
temporel. Cen'efl pas d'aujour..
,..JJhuy que la MaiJon d'At/prêche
regarde le Pays de Liege Cvmmex
ïobjet defon Jacrifice
>
oupourfav
l'grandeur, ou pour fa conformation.
On en a 'Veu l'efprit au-
--tant que la résolution
, par le
Memoire que le feu Baron de
Lifola e le Chevalier de Cam-
':'pnk en donnerent aux Etats de
Hollande des le S. Oflobre 1672. qui a efié imprime e donne au
Public lors que ledit S1 Baron
efloit a Liège> &yaçiffoit pour
le faire déc larer,partequel Memoire
ces Minières de l'Empereur
ne bejiterentpoint de direv
&de déclarer des lors aufditsl"
Etats de HaUande
,
qu'il
du bien de la caufe commune dey\
s'emparer des Polies duPays des;
Liège ; que les âijpofitionsem>
_l'fiaient belles> &les,pretexteyc.
Jpecieux
J
puis qu'on avoiten~\
gagé le Chapitre Ü les Etats dm]
Pays a reclamer la ProieEliotm
de l'Empereur contre l'opprefliom,
desFrançois; que l'ona-voitv
pratiqué un grand party dans lÀS
Ville; que tout y tfioit bienÎV
difpoféy tqu'il nefalioit qu'une
Armée
quiJeprejentaflaenjantx^
Jjege
> pour y faire réujjir lesi
dejjeins communs. Mais Ji le
13aron de Lïfolaavoit finalement
ébauche des projets) M*\-
le Cardinalde 3ade les a njoultt
achever> çjf a pajjéplus avant,
car il ne s'eft point confiderei
pourveu que Jervant d'injlrument
a fairertujjir lesdejjeins
de la Maisond'Austriche pour
l'invasion de la Ville
>
Cita-
Jelle, cm Pays de Liege
,
il profttaft
quoquo modo du fpiri-
+ tuel
, & parvinjl à l'Euefil:ê
de Liege, ou par Coadjutorerie
du confentement de l'Svefque,
ou dans l'adminiflration malrré
luy. Il ny a rien aitil nait
tenté pour cela. Mous avons les
preuves dans Jespapiers
3
qu'il
a agi à Liege en conftquence f d'unerefolution de l'Empereur
de pourvoir à tEyJfe de Ljege
) quasi vacaflet Ecclcfia, & Imperatori
jus competeret , &
ce/?fur cette bafe qu'il a travaillé.
Nousy avons des preuves
par deux Lettres) l'une du
Sr de Harenne du 30. Septembre,
(^rl'autre du Sr de Ruyte
3
[on
Agent à Rome
,
du 6. OBobrr *
1674- &parconjequent de trois
mois avant quiarri'Vé à
Liege, qui parlent formellement
de la Coadjutorerie de Lirge
pour luyy des difbofitionsqu'ily
trowveroit, & qui exhortent le
Baron de Plitterdorff Jon Minière>
à qui elles fènt écrites9
de
travailler
par Jon fçavoir
faire à obtenir le consentement de
Son jiltejje Eleflorale. Nousy
allons les pietes & les preuves
de Jespratiques &menées dans
Liège, poury parvenir par toutesfortes
de voyes Îfes Lettres à
l'Empereur, & celiesdudit'Baron
de Plitterdorjf3fon Âdinijlre
»
par lesquelles ils le Jollicitent
d'executer les rejolutienspar luy
prifes
y
de pourvoir à l'Evejché
de Luge> pour la Jeureté de lA
Mai[on Augufte
y & pour la:
conservationdesPays-bas du:
Roy Catholique) de remettre les'
chofes comme du temps des Empereurs
Charles-Quint & Ma-,
thias
) & luyfont entendre que
Mrsdu Chapitre de Ltegefont
pdliafPiroafcz à faire tout ce qu'il
a l'Empereur ; qu'ils les
cnt.gagne^ou la plufpart
> &
qu'on pourra contraindrepari'apprehenfion
des armes ceux qui
riy voudront pas confentir; que.
l'on peut faire dirfpofer ledit sr
Electeur par [es Traitez,
J &
prendre pour cela les avis du
Comte de Zinzendorf & du
.Chancelier de la Cour)ad dan-
.dum confenfumCapitule,
.CUlnconditione fine cluânon.,
.Ël,r que s'il ne le voulait pas
donner> on pourroit prier le Pape
,de l'admonefter de le faire, cum
praecepto tamen >$fîbien
.induire le Cardinal Altieri> qu'il
ypuflporterSa Sainteté,avec
déclaration,qu'Elleferoit obligée
de .diffCfè,.\& de pourvoir d'office
à tEglifc s'il ne le faifoit>
É,,T' qu'il y en avoit des exemples
à Liege. M. leCardinal de
Badeauroitpeineàfairevoirces
exemples. Nous avons encore des
preuves dans [es papiers que luy
&fon Miniftre ont écrit à l'Empereur,
& l'ont prié d'envoyer
a cet effet au Chapitre de Liège
des Lettres monitorialcs
> & un
écrit deJa main a M. Jafcher,
fion EnvoyéàCologne>pour rr,
prejenter toutes chojes nrclfàires
defia part. Sur quoy nous dirons
en paffant
y que nous nefiçavons
pas comment M.le Cardinal de Bade, ceux qui l'ontengagé
à cette pourfuite
,
l'entendent>
car toutefia conduite produit de 1
fioyuneindignité pour l'Evefiché»
mefime en une vacance litre) car
elle a efté une pourfiuite d'un
r
Benefice d'un homme vivant>
& ctjlle cas , ou bien il n'en
futjamais3de captanda morte,
en forte qu'en une vacance libre
il ne pourroit pas mefmey prétendre)
mais il eft Cardinal, &
fiait fon piteNous en avons
d'autres) qu'il falloit obliger le
Pays de Liege
,
de Je Joumettre
cntierement à la proteflion de
/'Empereur>&d'ahandonner la
Neutralité, s'ajjeurer de la
Ville & Citadelle de Licge &
*autres Places
}
fe défaire du
Mlniftrede France, &par un
nouveau Gouvernement y établir
la haute autorité de l'Empereur.
NJUS en avons qui parlentd'unRegent
Temporel dans
Lïegey & qui portent qu'il y en
a déja eu des exemples, & une
infinité d'autres, qui infinueni
toujoursqu'il faut s'emparer dé
la Ville & Citadelle de Liege.
Mous avons parmy ces Papiers
les Lettres de ce Cardinal à M1
de Chavao-nac
? & les réponses
deceluy-cy touchant lescontributions
par luy demandées au
Clergéde Liège. Lesjoins que
cette Eminence a pris pour
l'exemption
du Clergéjeroientfans
doute dignes de jon caraflere>
car on n'a rien njeu de plus zelf,
maisil aparupar ces Lettres que,
te '{etc avoit peu de rapport aux
follicitations de M.le Cardinal
de Dade
, pour s'emparer de la
Ville & Citadelle de Liege, où
le Clergé qu'il tcmoignoit vou- >loirfervir, d la moitié du. bien.
Mous avonsfes Lettres ù les
preuves dans fespapiersyqu'encore
quilfefujlengagéparLettre
eexpresjje)auprès de M. le Comte Gouverneur de Maf
trie)en luy demandantfa premierspajjeports
,fans'qv? personne
l'obligeafl de le faires
qu'il ne venoit à L*1 que pour yfairefimplementfarefdence
de Chanoine fans fe vouloir
mfjlerdtaucune affaire ,il y a
commencéfonfepur par écrire &
protefter à l'Empereur (&a pris
Dieu a témoin de cette véritéy
qu'ilny efioit venu fairefa refidence
que pourfinfervice,&
celuy de l'ÀHgufte(JMdfon
>
luy
a rendu & fait rendre compte
par fon Aîiniflre de tout ce qui
fe pajjbit à Lieg, sy cftfait un
Megotiateur gênerai pour la
guerre @J pour tintrigue
, a pra.
tiqué à L;eoe d'y faire rompre :
commerce & communication a- -
vec M.ifine, en a rendu compte i
à l'Empereur comme d'unmoyen a
de faire tomber la 'Place d'elle-
-
mejme Jans frais &fans Siege, aentretenucorrefpondanceavec
les Espagnols
, & particulitrement
avec M. le Prince de
T^affau, Gouverneur de Limbourg,
laquelle a ejléfi intime
&fiparticulière> qu'on a trou*
vé une Lettre de ccluy. cy5 par
laquelle il Je plaint audlt Sr
-
Cardinal;, que les Officiers Impériaux
ne tiennent pas aJJe"{
r bonne correspondance avec luy)
& qu'on menagt trop la Noblejje
de Liege; quil faut s'em..
parer des Places fortes du Pays
pour la Jeuretédes quartiers
) C4
- penfer a la
Gitadeue; & enfin
Ad. le Cardinal de Bade a faiti
à Liege un lieu d'affimblée de<J
fa Maifon
> comme tout le^
monde l'afceu & veu. Il s'ejlf¡
rnejlé du Traité du Chateau de<$
Huy
,
(£y a eu toute la partv
en ceiuy des Jtxmille écuspam
mois que la Ville a payek au--x
dit fleur de Chavagnac3 &'(
tout de mefmeenceluj du C/er-Î
gétj'jfquesà paroiftreparle[di--i
tes Lettres, de s'eflrechargédebi
quatre mille efcus dudit Çlcrgt
pour ledit fieur de Chavagnac.y,
Quant a ce qui s'efl paJfé danm
la Maifon de JJlr le Cardinale
de Bade jufqu"au jour de fin de"-."
part pour Liege ,depuisque Sa
Afajcjlé tres.Chrejlifnne a donne
feçours au BarondeVierftt3pour
maintenir la Citadelle (;7 la Fille
de'Lieve dans leur Neutralité,
que l'Empereur leur ofloit (y à
tout lePays de Liègeparfon écrit
du12,Janvier 167f. qu'ilavoit
fait remetre à Son Altejfe Elefloraie
par le Comte Forbenius
j'aime mieux le laijjer mediterà
tceux qui ont njeu &feeu ce qui
left pajje che'Z luy
, parce que
fay trop de refpeft pour fon caratlere
>
fa dignité&faperfonne
pour le vouloir entreprendre.
Comme M1le Cardinal de Bade
a deftvouecespapiers, ce qu1
afait avec beaucoup de raifon j;
auil a ftuftenu qu'il n'y eml
avoit point de confiderable par-i
my [on bagage
J
0* s'ejlexpli-C
queà tous ceux qui luy en Onit'\
parlé, ou que luy me[me en A
entretenusy que c'efloient desfup
pofitions & des calomnies; e)t
que J'ailleurs il y a des gens a
Liege qui n'ont pas paru perfuab
aez que cela puft l'jlre parar
qu'il ne devroit pas efire
3 &onw
mefmepaffé jufqu-à dire qum
£efloient
despretextesypour
autos
-
rifer la njente defon 3
: donner couleur à ce qui /f/?P~~
pour la Citadelle
>
il a efté juge
a propos d'apporter de la forme k
rendre ces papiers & tontes ers
,veritek publiques3 dr on ne le
pouvoit faire plus autentiquement
3
quen faifant porter les
Originaux à Liege dans la Citadelle,
* quen faifantprier par
le Refident de France Ads du
Chapitre) du Confeil Trivé
ide Son Altejfe Eletfoiale> & Bourg-meprès dr Afagijlrats>
de vouloirenvoyer les voir par
quèlques-uns de leurs Corps qui
pujfent leur fairerapport de ce
qu'ils j auroient veu de leurs
[propres yeux, & de ce quen
leur preparoit a Liege, ce qui <
ayant efiefait?mepne àl'égardS
de quelquesParticuliers,pouri
reconnoiflre leurs Lettres & cel--
les de leurs parens , tous lefdits(
papiers furent mis en ordre.
Vous voyez par là, Mada- -
me , que les picces juftifica-
-
tives accompagnent ce pro-- cés verbal. Je vous en parleray
le mois prochain, & voussj
en envoyeray mefme quel-j-J
ques-unes) afin que vousaj
foyez entierement convain..-r
cuë , que ce quife palfe aU-J
jourdhuyau Pays de Liege c
& dans rEleétorat de Colo-'-<
gne ,
n'eft quune fuite des -
dcfleins quelaMaifon d'A utriche
a conceus depuis vingt
ans.
S'il eft mal-aifé de n'aimer
pas ce qu'on trouve aimable,
il n'eft pas moins difficile de
renoncer à aimer quand on
croit le devoir faires &
les fentimens d'indifferencc
qu'ons'imagine avoir pris
pourfe dégager, font quelquefois
des fentimens déguifez
qui ont dautant plus de
violence, qu'ils ont efté longtemps
retenus par le dépit
qui lesa fait naiftrc. L'avanturc
dont vous allez lire lésa:
particularitez ,en pourra fcr--'
: vir de preuve. Un Gentil-I
homme d'un veritable meri—j
te:, & d'une naiflâneeaflezs:
diftinguée pour avoir pris leal
nom de Marquis fans qu'onn<
puft dire qu'il l'euft ufurpéJ{:
eftant un jour alléentendrOl
un concert ou il futmenôr
par un Amy, trouva dans lsl
Maifon où il fe faifoit, uner
jeune Demoifelle dont lai
:' beauté luy parut piquantes:
Elle eftoit blonde, avoit le:3,
traits aÍfez reguliers, le teinrn
dun éclat
-
qui furprenoit,&&
unén
une douceur toute charman- >
te répandue fur fon vifage. U t
fit fi bien qu'il fe plaça auprés
d'elle,& tandis que tout e monde preftoit l'oreille
avec foin aux belles Voix
dont le concert eftoit compoféj
il eut les yeux toujours
rattachez fur cette aimablc
perfonne. Les paroles qu'on
rchanta luy donnèrent lieu de
da'cnrrercnir. Il en tira dequoy flater fur fon merite) & s'il-»
Ha mit dans quelque embarrras
à force de luy donner des
[louanges, il ne lai(Ta pas de ,.-S"appercevoir qu'elle avoit
l'elpnt aile
>
& que le lilencc ; qu'elle gardoit quelquefois
< eftoit un effet de fa modeftie..
Il ne fortit point de l'Alfembléefans
- avoir appris qui el--
le efioit. Il fceut que fa qua- - lité répondoit à fonmérité,«
& quayant perdu fon Perco
&fa Mere dans fon plus basai
âge,elle demeuroit chez unesj
Tante qui s'eitoit chargéedcoj
fa conduite. Comme ill'a—i
voit trouvée toute aimable,4
l'envie de la voir cavec quel--l
que liberté luy fitcherchent
accès au près de la Tante
vous jugez bien qu'ayant doi
l'efprit & du fçavoir faire, il
n'eut pas de peine à y reuflir.
Dans les premiers foins qu'il
s'attacha à luy rendre) ion
unique veuë fut le plaifîr>
d'un amufement. honncfte
qui l'occupaft pendant quelques
heures. Il dit force
douceurs à la Belle, fe prepa-4
rant au triomphe d'attendrie
un jeune coeur. Ce ne luy fut
pas une chofeaifée. Elle s'ac-
*couftuma à l'entendre, fans
qu'aucun fentiment particu-
Llierluyfiftdécouvrir qu'elle
fcfuft couchée, & cette efpe-
)ce d'indifférencebleffant le
Marquis> qui eftoit fier naturellement,
il ne put fouffrir
fans beaucoup de peine quscile
luy oftaft la gloire de luy i
laiffer remarquer en elle un i
commencement de paflîon.
Ce n'eft pas qu'elle n'euft J
pour luy des honneftetez,
dont il euft ( eu lieu d'eftrea
content,s'il n'euft fouhaités
que de leilimc,maiscen'efloitnt
point des honneftetezx1
*de dlfiinttion, & il regardoitti
comme une honte, qu'ellol
attcndift fon entier homma-s
ge pour Ce declarer
>
après quoi
par tout ailleurs on ravoullc
prefque tou jours prévenu par ,t
des avances. Cependant les+
.,
maniérés de la Belle, de quelque
froideur qu'elles luy paruffent,
ne laiflerent pas de x
Tenflâmer,& mefme on peut +
• dire que ce fut ce qui porta
lfon amour à toute la violence
qu'il commença de fentir. Il
is'y abandonna malgré luy,
à quelque prix que ce pull
Relire, il refolut de fe donner
le plaifir de fe faire dire qu'il
aeftoit aime. Ses etnpreffemens
aqu'il redoubla le firentvoirle
fpllaumsmaems.oureux de tous les
Il dit à la Belle les
choies les plus flateu[es)& ne a
douta point qu'en luy decla- rantqu'illa - vouloit epoufen c:
il ne luy caufaft toute lajoyc a
que luy devoit infpirer une a
alliance fi avantageufe. La 1:
Belle receut cette déclaration n
avecbeaucoup* de reconnoit«3
Tance, & après luy avoir mar-<
que en termes fort ferieux x
qu'elle luy étoit fenfiblementïi
obligée de l'honneur qu'ici
luy faifoit, elle ajoûta quesi
dépendant d'une Tante dontir
les volontez regloient les fien-r
nes)c'cfioit à elle qu'il fe de—;
voitadrefler. Une réponfe fil
peu attenduë déplut auMarquis.
Il dit à la Belle avec un
peu de chagrin, qu'il ne fongeoic
à fe marier que pour
vivre heureux ; qu'il ne pourvoit
Peftre s'il n'avait fon
coeur, & que ne voulant le
dévoir qu'à elle-mcfme,il feroit
fott inutile de luy faire
demander le confentement
de Tes Parens, tant qu'il la
verroit dans cette referve. Il
, fit ce qu'il put pour l'en tirer,
& fes plus fortes prieres n'obtinrent
rien de plus favorable
pour fa paflion, qu'une.
affurancequelle fuivroit fon1
devoir fans aucune peine, &:
quauffi coll que fa Tanteauroit
parlé, il auroïc fujet d'être
conrent. Le Marquis tira
.)ç de là une confequence qui fit
--t fouffrir fa delicareffe. Il s'en
expliqua avec laBelle,&luy
dit d'un ton de plainte qu'il
luy devoit eftre bien tacheux
<
* de voir que fi la Tante s'oppofoit
à fon bonh'ur
,
elle
ÎCroic prefte à fe dégager pour
la facisfaire.La Belle luy re- j
pliqua qu'il fe faifoit tort de
J, craindre qu'on n'euft pas
pour luy les égards<qui
eftoient dûs & à.fon mente- i
& à fa nailfancc) & n'ayant
pû l'obliger de fe declarer
plus precifement) il luy fit
conooiftre qu'il alloit remettre
au temps le fuccés de fes
defleinsafin que l'impn ffion
que fes feivices fcroicnt fur
fon coeurJluy fift tenir d'el-
Le feule ce que fon amour
Be pouvoit devoir à d'au-
~tres. ilcontinuasessoins qui
furent toujours rcccus d'une
màmcre:aifez. r cpgAgeante.
L'eftat où il fe trouvoit avoit
quelque chofe d'extraordinaire.
: Il aimoit avec excès,
&quoy que la Belle luy fift
voir beaucoup deitime> &
qu'il ne remarquait rien qui
luy fift apprehender que fa
recherche ne luy. fuft pas agrea
ble, il ne pouvoir fe re..
foudre à prefler de rien conclurre,
parce qu'il ne voyoit
pas qu'elle euft pour luy les
cmpreffemens donc il croyoic
v que fa paflîon le rendoit di-
- gne. Les chofes ayant encore
demeuré un peu de temps
dans ces mêmes termes >
elles
chagerent de face par uninci-
-
dent qui eut des fuites qu'on
n'attendoit pas. Le Marquis,
avoit un Frere qu'on nommoit
le Chevalier. Il cftoit a
Rome depuis trois ou quatre
annéesy & il en revint en ce
temps là. Le Marquis qui
avoir toujours vefcuavec luy
dans la plus étroite liaifon
que l'amitié ait jamais établie
entre deux Freres, ne manqua
pas un peu après fon retourne
l'entretenir de fa Maiftreffr.
Il ne luy parla ny de fon efprit,
ny de fa beauté) & voulant
qu'ilen jugeaft par luymefme,
il le mena chez cette
jeune perfonne. Le Chevalier
qui avoit acquis dans fes
Voyages certaines maniérés
A- pleines dagrement qui perfcéhonnent
les heureux talens
que l'on a receus de la
nature, brilla fort avec la
Blie dans une aflez longue
converfation qui fut auffi
vive qu'enj (liée. Il fut touché
de ce qu'il connut dai-J
mable en elle, & fon Frere j
luyayant demandé Con fentimentjil
luy en dit mine'
biensy & ne pouvoir (e laifler :
de luy applaudir fur le choix
qu'il avoit fait. Le Marquis
ravi d'efire approuvé,& ne
trouvant pointde plus grand
plaifir que d'entendre parler
d'elle, engagealeChevalier
à la voir Couvent. Ceftoicnt
toujours de nouveaux applaudiflemens
qu'il recevoit
fur fa paflionî & comme il
eftoit aifé de voir que le Chevalier
luyparloit de bonne
foy) & que rien n'enflâmc
tant que les louangesqu'on
entend donner à ce qu'onaime
»
le Marquis fans y penfer
prenoit des redoublemens
d'amour dont il nepouvoir
+démefLr toute la force. Il<
trouvoit que fa Maiftreflt
avoit plus d'efprit de jour en jour, & il ne comprenoit pas
1
qu'il luy eftoit infpiré par
i envie de plaire. La belle ne
fçavoit pas elle-mefmedoù
luy venoient de certains je
ne fçay quoy qui la rendoient
plus charmante
,
& qui luy
donnoient en tout une vivacité
extraordinaire. Elle luivoit
un panchant qu'elle ne
connoilfoit pas? & le Chevalier
ne faifanr rien qui ne : parlaH à fon avantage, elle:
abandonnoit Ton coeur avec; plaifir à des fentimens qu'elles
n'avoit jamais eus. Elle ne o
s'apperceur mefme qu'ils eC- -
toient nouveaux pour elle, ç:
que lors que le Chevalier 7
paffa trois ou quatre jours
fans la venir voir avec fon
Frere. Elle en montra, quel.
que trouble? & Pempreffe-
-ment qu'elle avoit à demander
ce qui l'occupoit ailleurs,
1- efloit une marque qu'elle y
prenoit intereft. Elle eftoit
t- moins gaye le refte du jour,
& quand le Chevalier revet
noitoutre la joye qu'elle tlaifloit éclater fur fon vifage,
^elleluyfaifoitdèfiobligeans-^
t reproches de fa negligence,+
>
qu'elle ne pouvoir luy dire
1 plus ouvertement que rien ne -t" llui plaifoittantque fesvifices.
,..
Elle ne cachoit rien de tout
cela au Marquis, parce qu'agiflànt
naturellement, &
n'ayant jamais .connu ce que
c'eftoic que l'Amour
,
elle
eftoit bien éloignée de penfer
qu'il y euft rien dans fes
fentirnens5dontilluy falluft
-"
faire miflere.Cependant comme
un Amant véritablement
Touche a les yeux bien éclai-•
rez. fur les moindres ebofes,,
le Marquis connut biento(V:
que Sa MatfrreÍfe fentoit pour i
le Chevalier ce qu'il n'avoica
jamais pu luy faire fentir pour?
luy. Il en eut un dépit fecreta
ijui fut [oûccntt par fa fierté
î& au lieu d'y donner ordre
sn l'empefehant de le voir,
[il s'en fit accom pagner toutes
îles fois qu'il alla chez elle. Il
sftoit toûjours de bonne hucmeur,
& fans laiffer échaper-4-
aucun mouvement ny de ja.. Jr
Poulie »ny de chagrin, il*
rmontroit un eCprit libre qui **
ifluroit trompé les plus clair--t
yoyans. Le Chevalier y fut
Ubufé, & ne crut point que
par cette fauffe liberté d'cf-
[orit.il femenageaft ce lle d'obaerver
ce qui fe paiToic dans
M coeur de fa Maiftrelfe ; mais
comme la Belle avoir pouni
luy une honnefteté quiluyy.
découvroit des fencimenx.
plus fort que l'eftime,ôcàù
qu'il fe feroic fenty de gran-ii
4 des difpoficions à y répondrez
fans 1engagement où il lad
voyoit, il refolut, & pour fonn,
repos j
& pour s'acquiter dot
ce qu'il devoit à l'amitié duu.,
Marquis, de renoncer à unor
veuë a grcable
>
mais qui pouTu
voit le mettre en peril d'allens
plus loin qu'il ne luy eltoific
permis. Il avoit déjà cefle dot
parler fi fortement à fon Frercn
dumérité de la Belle, depeuau
qiicio plaîfir: d'efi dire du'
biehritrdrxîoîwrifl:trop ce.
qu'il:euft, voulu pouvoit fe
déguifer àJuy-mefme
>
& le
Mirquis pHbpMuc attentif à.-t
tout remarquer,avait jugé +
éomnlc il le dcvoit de cette
referve. Ainfi quand le Chevalieriloydit
qu'il avoit deffeindeiaire
un voyage y
ilentra
d'abord dans le motif f
^qui en eftoit caufe> & ce+
que :la Belle luy avoit laifle
paroiiïréavecingénuité de *
fes nouveaux
fentimens iennmcn,s ne
y
ne~~
.luy permettant point de douiter
que leurs coeurs ne s'ea~
qu'il aVait-pour luy '„& luy
diten&iitfeqûfc le plus grand
piaifir qu'illuypouvoir faire
dloic de ne point partir) &
de continuerà voir fa Maifwcflc.
Uajoura qu'il raimoict
j beaucoup par les belles qua-f
lirez qui la rendoient eftjma.+
ble.> mais-que fon amour
n'ayant jamais,cftéaffezfort-Vpour
luy faire vaincre l'aver. * j.fionqu'il avoit toujours
fentic pour le maria ge,11 sutoit
tenu dans les feuls termes *
damant fans avoir ofépouf-»*
fer les chofes plus loin; qu'après
l'ouverture qu'illuy faitendiflent
lans s'eftrc expliquez
,il fituneffortfurluy
pour ne monftrer aucune
foiblefle. Après avoir pris
un vifage gay, il dit à fon
Frcre qu'ilvoyoit fon embarras
» que non feulement il
aimoit la Belle;, mais qu'il
avoit deu s'appercevoir qu'il
avoir touché fon coeur &
que pour n'écouter pas une
,,- paffion quiluy pouvoit atti-,
k fer le blâme de s'eftrefait
u fon Rival
,
il fe refolvoit à
stéloigner. Là-deflus il l'em-
- braffa, comme luy eftant fort :
Xobligédeségards honneftese
toit,ceftoipaluy^feconà
fuiter, & que' s'il cftodiraflii'
amoureux pour vouloir bien;
époufer la Belle,illuy cedo.
v roit ies prccencionsavecd'auii
tant plllsi dejoye-*qu'iljénw
pefchèroir en l'époufanc
qu'on ne fe plaigniftdeluyj
Ce difeours furprittellemenc
h Chevalierqu'il en demeurai
embirraffé. Il répondit que
i, n'ayant rien à fe reprocherk
dans fa conduite) iL ne fe de-
< fendroit point des fentimens
qu'on luy vouloit',imputer
j
*
qu'il ne defavoüolt pas que. j
i'efprit& la beauté delaper-* «
fonne dont il s'agifloic ne v l'cuflent rendu fenfible
3
mais
que tout ce qu'il fentoit demeurant
fournisàfaraifon>ilV
n'avait point à s'expliquer là-f
deifus; qu'il confentoit à ne
point partir fi l'on jugeoit à
propos qu'il fufpendift fon A
voyage;mais qu'il feroit inutile
de luy demander qu'il
fin: encore desvifites; qu'ab.
*
folumentil n'en rendroit aucuneà
la Belle que fafortune
ne fuit arreftée; que le
Marquis ayant tant de [ujct
de l'aimer, pouvoit f^tisfaire
fon amçur> puis ijail^e-jcc^
noir qu'a luy de (è rendre
heureux, & que s'il eftoic
vray qu'il fuft aflez ennemy
du mariage poureftre bien
tiife de rompre l'engagement
qu'il avoit pris avccelle, il
pouvoit donner telle parole
qu'illuy plairoit en fon nom,
2vec affurance qu'il ne feroit
point delavoiié. Le Marquis
n'en voulut point fçavoit davantage.
Il alla trouver la
Belle,&luy die qu'il eftoic
temps qu'il connuit s'il eftoit
aimé véritablement. La Belle
qui crut qu'il pretcndoit encore
la faire expliquer,& qui
- fe
fe fentoix moinsdilpofee que
jamais à fe réjouir des mar- ,/
ques qu'il luy pouvoir donne?
de fa paffion, luy répondit
avec beaucoup de froideur,
que fa Tante feule pou-
'f voit difpofer de fes volontez>-V
comme elle l'en avoir déja
è afleuré
>
& qu'il n'eftoit pas
1 befoin qu'il la confultaft fur
jce qu'il avoit à faire. Le dé-^r
Íæit qui animoit le Marquise
depuis quelque temps, le fit +
qpaffer par deffus l'aigreur de-v
xette réponCe. Il répliqua
pqu'clle n'eftoit pas encrée-f Wans
ce qu'il avoit voulu luy
dire; que s'eftant examiné
dans les fentirnens qu'il avoit
pour elle
»
il s'eftoit connijf]
maldifpQiféau:mariage, que ;
dans la crainre dene la pas <
rendre aufliheureufe qu'elles
>
meritoitjd.e l'cftre,illaprioit,
<:
fi elle avait .un peucfe bonté à.
pour luy
>.
de- vouloir bienn
recevoir fon Frere en fa pla--r
ce >
& de trouver bon qu'ig¡
allait,qraltet cetçe;affaire aveco:
4
fa Tante.L'émotion que fiai
* voir la Belle trahit tout le fe-c
cret de fon coeur. Elle non
fceut que répondre,,tant las!
joye l'avoit faiue.) & ce non
fut qu'après que le Marquis
en continuant à luy parler,
luy eut donné le temps deK
vaincre fon trouble, quelleV
luy dit, quoy qu'un peu dé-Ac
concertée
j
qu'elle fe feroicY
toujours un fujet de joye de-^r
robliger, mais qu'ellen'avoit
pas lieu de prefumer aflez )d"elle-inême pour fe flater que
lie mariagequ'illuy propofoit
ifuftagréable à (en Frere. Le
'fMarquis en répondit;'& cet-
3teaffurance mit la Belle dans
uun eftat de plaifir., qui luy fit
xonnoiftre tout ce que l'anmour
avoit produit pourle
Chevalier. L'entiere cercitu- - de qu'il en eut par là, le fie3
reloudre à ne plus fongcr à js
elle, & s'applaudiflant de ce a
deffein comme s'il euft deu la £
punir & le vanger, parce a
qu'en effet le party du Che—c
valier luy eftoit bien moins al
avantageux, il alla trouver la Si
Tante. Elle fut furprifedea
ce changement» mais illuy
parla d'un air fi lIbre, & luyyi
peignit avec tant de force leal
dégouft prefque -invinciblml
qu'il avoir du mariage ( ces:
qui l'avoit obligé damenena
fon Frere chez fa Niece donon
[il avoit bien préveu qu'il derviendroit
amoureux) qu'elle
jdemeura perfuadée qu'il ne
->dlfolt rien qui ne fuft vray.
[Elle ne voulut pourtant luy
adonneraucune parole, quel-
Ile n'euft feeu les fentimens
bde fa Niece. Elle les avoic
bdeja penetrez>&luy rcproxha
qu'elle perdoit le rang de
AMarquife pour ne s'efirc pas
lûffezpofledee
,
mais c'eftoit
um jeune coeur furpris par l'armour
)
fans qu'il fe fuit fait
connoiftre. La Belle ne put
iVcmpefcher de parler du
whevalier d'une manière fort
avantageufc> & fa Tante h
vit cetlemencfacisfake de ce
choix, qu'elle y donna ion
--tcon[entement. Le Chevalier
refifta long-temps à ce que
fon Frere avoit fait pour luy.
Ille pria de fe mieux examU
ner, & de craindre qu'un peu
Yde chagrin n'euftpart à la refolution
qu'il avoit -prife-q
mais plus il fit voir pour Iuy
d'honnefteté là-deffus,plus'
le Marquis Taffeura que rien,
ne luy pouvoit faire tant de;
plaifir que fon mariage & ilJ
kluy reirera ces afiuranctsavec;
v des maniérés fi ouvertes &*,.
d'tin cfprit ficontent, qu'il
t
ne laifiaplus defcrtipule au+
Ch'dfâlier:.J II continua de fc
firvir dumefme pretexte5 &
pour mieux faire paroiftre
quefôncoeureftoit enriereinént
libire 3 ilfit dreffcr le
Contrat luy-mefme., &voulut
faire les frais de la noce.
Rien ne luy fit peine en tout
celai & il le protefta à tous
fes Amis. Cependant on ne
fut pasplûtoft revenu de l'Eglife,
où le Mariage venoit.
d'eftre fâit >cju'on futfurpns
de le voir tomber dans un
chagrin extraordinaire. Ildit
qu'il le trouvoit mal,& en
eftcr deux heures après
,
la
fcvre lepritavçc uneextrê-^
me violence. Cet accident
4 uoubla fort la joye dec Ma.
riez, & leur déplaifir augmenta
beaucoup ,le lende.
main,quand1 le. tranfport ait
cerveau ne le biffant plus maître
de fa raiforbru cônoître la
yrayecaufe de ionmal Ildit
cent chofcs touchantes iurce,
qu'il n'avoic pû Ce faire aimer
de la Belle,, & fur la neceffité
où il s'eftoit veu de la
ceder à fon Frere. On connut
par là qu'ils'efteit fait violenee)
& que la contrainte
qu'il avoit tâché de s'impofer,)
l'avoir red uit au malheureux
eftat cù ille trouvoit Il
vefeut encore trois jours,pendant
lefquels fes agitations
;
redoublèrent> fans qu'il ceft
faft de parler du defefpoir où [l'avoit jettéIontrop de deli-
> catefTe.
En vous parlant la derniere
1 fois du Combat qui s'eft dontné
entre une Efcadre des Vaiflféaux
du Roy> commandée
l par M' le Comte de Château-
1Renault & laFlote d'Angle-
] terre) je vous dis qûelcpc
chofe del'accident arrivéau
VaifFeau le Diamant^lie commandoic
M le Chevalier de
Coëtlogon. Comme l'avantureet
f fort fînguliere
,
vous
ne ferez pas fachéc d'en éftrei
écI aircie. Il y avoit dans la-
Chambre dece Commandant
un baril de poudre qu'on
y avoir mis pour-remplir les
Bandoulières des Soldats. Le
fer d'fun boulet de Canon y
rencontra malheureufement
des pierres à fufil dont il fit
fortir dufeu. It pritaii Baril>
qui bouleverfa toute la proue
du Navire. La Dunette qui eft
un petit Ponttoutau detfus de
la poupe,fut enlevée avec lept
Gardes Marines& fix Soldats,
qui aprèsavoirefté jettcz fort
haut par la violence de la
poudre., tombèrent dans la-
Mer à une portéede piftôlet,
du Navire. Ils furent tous
noyez faute de fecours
, ou
brifez de coups:,à l'exception
detrois des Gardes Marines.'
On trouva le premier, les
reins tous catfez
,
dans la
hune d'Artimon» oùil avoit
esté enlevé >c'eft a dire en"
aviron quarante pieds au def-f
fus du Pont où il efioir) lors
que le feu prit au baril de
poudre. Le fécond ,quieft
M' de Fercour, Fils d'un
Maiftre des Requeftesyeftanc
tombé dans la Mer,fe reprit
àun bout de corde, & regagna
le Vaiffeau. Le troifiéme
fut M le Chevalier
d'Illiercs
,
Fils de Mr d'Entragues.
Apres avoir nage
quelque temps )
il eut le bonheur
de rencontrer une planche.
par le moyen de laquelle
.ilfe foûtint deux heures dans
l'eau. Il pafla entre les deux
lignes,&efluya pendant ce
temps tout le feu de nos VaiC
féaux & de ceux de 1Ennemy.
Il fit la reveue de tous,
fans qu'il y en euft aucunqui
vouluft le fecQurir. Au contraire,
s'eftant approché d'une
Chaloupe, & ayant conjuré
les Nlatelots de le recevoir)
ils le chargerenr à coups d'aviron>
& l'un d'eux luyenfonça
pre sque l'efiomach. On
croyoit qu'il fuftAnglois,à
Àcaufc qu'on luy voyoit une
1 chevelure blonde. Enfinaprés
> que plufieurs Chaloupes luy
> eurent paffé par cieflus le
> corps, lors que l'exccs de la llaflîtude le laifToit fans efpe—A
rancejil fut receu dans celle
de Mr le Chevalier de Rot
madec, & embarqué dans
fon Vailfeau comme Anglois,
fans y eftre reconnu d'aucun
Officier ny d'aucun Garde
Marine. On luy parla cette
Langue qu'il n'entendoit pas,
& comme il demeura prés
de trois heures fans rien dire,
parce qu'il avoit perdu la
connoiflTance, on pretendoit
que cefuft un Heretique qui
ne vouloit pas répondre de
peur de fe convertir. Lors
qu'il eut un peu repris fes efpritSjil
dit fon nom >
& ce
lut une joye univerlelle dans
tout le Navire. Mle Chevallier
de Rofmadec le fit porter
.dans .fa. Chambre , où il fut
Ljtraité
avec tout le foin poflible.
Le Maiftre Chirurgien
s'approcha de luy
,
& luy
.trouvaune blefTureàla jambe.
:
On ne la croit pas fort dange-
;
reufe. Il l'avoit receuë un
-peu ayant que çTeftre enlevé
parl'effort des poudrer c. J'ay à vous apprendre la
justice qui a efte renduë à
Madame de la Terricre, que il'on a éleuë depuis peu de
uemps pour eftre Supérieure
ke
du Convent de la Vihtation
de Sainte Marie de Villefranche,
Capitale du Beaujollois.
Vousfçavez que cet Ordre
cft prefentement un des plus
diftinguez que nous ayons,
foit par la naifiance
,
foit par
le mente des perfonnes qui le
:
compofencCes Dames élifent :
ordinairement leurs Offi--
cieres la veille de la Fefte de:
l'Afcenfion >& quoy quelles*
ayeneaccoûrumé de fe' donner
une nouvelle Supérieures
tous les trois ans, il arrives
néanmoins que quand l'uneoj
d'elles eft une fois parvenues
i cette premiere dignité, elle
;a conferve en quelque façon
oeuf le reftede fa vie, puis
gue dans toutes leui s Maifons
1.1 n'y a que deux perfonnes)
ou trois tout au plus? qu'elles
choififfent alccriiative,
ment pour remplir ce polie.
ZZaïc coutumeufitée entre
[elles»avoit empefché jufques
"Jcy la Maifon de Villefranbhe
dereconnoiftre les obligations
qu'elle avoità Madame
de la Terrierc,enl'élifant
.oour Supérieure Deux Dames
rori anciennes & d'une vertu
édifiante> exerçoient depuis,
longtemps cette Charge l'une
après l'autre. Il en eftoic:
mort une depuis un an, qui
avoitefté des premieres Re- i
ligieufes de ce Monaftere lors
qu'on l'établit à Villefranche.'
Cette perce ne pouvoit eftre
reparéeplus avantageufemenc'
que par Madame de la Ternerc.
Elle avoir déja pafle
plufieurs fois par toutes les
premieres Charges deiaMaifon
,& ces deux anciennes
Supérieures s'eftoient [ouvent:
repofées fur fes foins de tout
le fardeau de leur Charge.-
Ainfi on peut dire qu'il ne luy
en avoit manque que le nom,
qui vient deluy eftre conféré
toutd'une voix,avec l'applaudiflement
de toute laVille,
& de la Province. Ce Monaftere
eft un des plus beaux de
l'Ordre
5
& l'un des premiers
qu'on ait établis en France.
La Communauté eft de plus
de foixante & dixReligieufes,
toutes de nom, de diftin£bon
t& de mérité, fans compter
les Penfionnairesqui font en
grandnombre. L'Eglife a
pour ornement des peintures
tres-exquifes, qui font l'ouvrage
d'un Peintre fameux.
Lors que la Cour alla a Lyon,
le Roy & la Reine Merc logèrent
dans ce Convenr, 8c
en parlerent avec avantage.
Madame de la Terriere dont
je vous apprens l'éle&ion,
eft d'une Maifon originaire
du BeaujolloiSjdont je vous
ay parlé dans plufi-eurs de
mes Lettres precedentes, &
qui s'eft rend uë également
confiderable dans l'Epée
& dans la Robe. Feu
M de la Terrierc, ion Pere,
cft mort Confeiller d'Eftat
ordinaire.
Vous devez avoir appris la
mort de M. le Chevalier
d'Harcourt arrivée le 8 de ce
mois. C'eftoit un Prince fort
affable & fort honnête; il
eftoit Chevalier de l'Ordre de
Saint Jean de Jcrufalem
,
&
Abbé de Royaumont
,
ÔC
avoit efte général des Galcres
Àc la Religion. Je ne doute
[point que vous ne fçachiez
>que tous les biens de la Maison
d'Harcourt qui a tiré fon
mom du Bourg d'Harcourt
bdans leComté d'Evreux en
Normandie
, entrerent dans
xelle de Lorraine en 15^4. par
aie Mariage de Loiiile de
t
Rieux, Comte-lé dHarcourr,
avec René de Lorraine, Marquis
d'Elbeuf, feptiéme Fils
de Claude de Lorraine, Duc
de Guife.Dece mariage fortit
Charles de Lorraine premier
dunonl)DUC d'Elbeuf,Comte
d'Harcourt> de Liflebonne&
de Rieux, Pair, grand Ecuyer
& grand Veneur de France,
Gouverneur de Bourbonnais,
qui fut créé Duc d'Elbeuf.
en r5§i. Il époufa Marguerite
Chabot, Fille de Leonor,
Comte de Charny, Grand
Ecuyer de France, & il en eut
Charles II. & Henry de Lorraine.
Charles II. Duc d'EL
beuf fut marié en 1619. avec
Catherine Henriete légitimée
de France
3
Fille du Roy
HenryIV. & de Gabrielle
d'Eftrées,Ducheffe de Beaufort,&
il en eut Charles III.
aujourdhuy Duc d'Elbeuf,
Pair de France, Gouverneur
IdePicardie, né en 1610. Hen-
Liy de Lorraine, Frere puifné
.pe Charles II. Comte d'Har-
)court )
d'Armagnac & de
IBriofne, Vicomte de Marfan3
)Chevaher des Ord res du
TRoy
»
Grand Ecuyer de Franxe,
a efté un des plus grands
Capitaines de ion temps. Il
mourut fubiicment en 1666.
laiflant de Marguerite de
Cambout, Veuve d'Antoine
l'Age, Duc de Puylaurent,
& Fille de Charles, Baron de
Pontchateau
»
Chevalier des
Ordres du Roy, & Lieutenant
General dans la baffe
Bretagne,qu'il avoit époufée
en 1639. Louis de Lorraine,
Comte d'A rmagnac & de
Briofnc
,
Grand Ecuyer de
France; Philippes,dit le Chevalier
de Lorraine né en 1643.
Alfonfe Louis, né en 1644.
qui eft celuy dont je vous apprens
prcns la more ; Raimond Belanger)
Abbé de S. Faron de
Meaux&de S. Benoilt iur
Loire
, mort depuis un an ou
environ,&Charles Comte de
MarCan) né en 1648. Le Roy
avec cet air de bonté qui ne-y
le quitte jamais ) a donné<
l'Abbaye de Royaumoni:
-qu'avoir M. le Chevalier
tTHar.courtàM.l'Abbc d'Armagnac
yFils de M ie-Grand.
Je vousay parlé en d'autres
occafions de cet Ab>bé>]onc 1
le mérité répond aux avantages
qu'il tire de ta laitance.
Voicy les noms de pluiieurs*
perlonnes comiderables
de l'un & de l'autre Sexe,
mortes auffi depuis peu de
temps.
-
r Dame Anne de Benard de
Rezay Veuve de Meflîre Pierre
de Launay Cathus,Marquis
d Onglée,Baron d'Hermet,
de Frefmes & de Gerze, Seigneur
de Fouilloux. Elle eft
mmoorrtreeâgagéeec deC lfootixxalnnttee 8&c.:
feize ans, & eftoit demeurée ;
Veuve à vingt, n'ayant efié.:
mariée que fix mois. Elle:
eftoit Fille de Pierre de Be--
n-ard
,
Seigneur de Rezay,«î
Confeiiler au Parlement, ~~i
de Marie de Saint GermainJt
dune ancienne tamiiie quia
donné un Procureur général
au Parlement de Paris, &
plufieurs Confeillers
J
Maîtres
des Comptes J
&c Officiers
aux Cours Supérieures.
Son Grand-Pere Guillaume
deBenard,5eigneur de Rezay,
fut receuConfeiller au Parle..
ment fous le regne deCharles
IX. Elle avoit deux Freres,
l'Aine Confeiller au Par~
+lement, puisMaiftre des Requefles,&
à prefentConfeil-
1er d'Etat,&le fécond Con- :feiller Clerc au Parlement,
(& Chanoine en l'Eglife de
Paris.Mde Benard de Rezay
fon Neveu, eft aujourdhuy.
Prefide-nt à la premiereChambre
des Requeftes du Palaisà
Paris .Cette Famille de Benard
de Rezay pprte (p.ltzr¿r; à deux
faces ondées ,targ:nç au Chefde
pible
j
chargé de trois Cavaliers
dtéchets d*or, & eft alliée à
l'ancienne Famille des Viole
par le mariage de Jeannede
Bcnard de Rezay avec feu
M Viole? SeigneurdllArhis,t
Prefident aux Encjudtcs du
Parlement de Paris. Elle eft
encoïc aillée à laFamille des
Perrotp confidcrableen la
Robe,par le mariage de Marte
de'Benard de Rczay ) avec
Cyprien Perrot
,
Seigneur
de Saint Die & de Fercourr,
Confeillerau Parlement, puis
1 Prefident aux Enqueftes.
MeffireAndré Barom Martquisd'Erifteyt
receuen1658.
> Confeiller au Parlement de
[ Paris en la QuatrièmeCham-
1 bre des Enqueftes. Il eft mort
) fans avoir laifleaucunsEnfans
}de faFéme,quieft Belle-foeur
) de Mr le Contrôleur General
lie Pelletier. La Famille des
~~IsBeairlolenrasaduonPnarélepmluefnieturs Conde
Paris
depuis le regne de HenryHt
que Pierre Baron y fut recem
Confeiller en 1584. Denis Baron
y futauflireceuConfeiller
en 1610. Elle eft alliéeà celle
de Pomereux.d'où font venug,
divers Officiers dans lesConfeils
de nos Rois* dans les
Armées, Capitaines aux Gardes,
Maiftresd'Hoftel du
Roy
,
Maiftres des Requeftes,
Prefidens au Grand Confeil,
au Parlemenr,Maiftrej des
Compces,& Prevoft des March
ands de Paris. Baron porte
d'a^tirà Carbre lor à cojié de
deux épiesde bled fur
une terrajje d'or.
Mcffi.wNicolas Pichon.
Il avoitefté frceu Maiftrc des
Comptes en 166f.
Menire Claude Rabeaui
Marquis de Givry. Il eftoit
Colonel deDragons >Commandeur
de Soiflons de FOrdre
de Saine Lazare, & dq
Noftrc-Dame du Mont-Carmel.
Dame ElisabethJulien.
Elle eftoit Veuve de Meffire
'Nicolas de Lingendes, Maiftre
ordinaire de l'Hoftel du
Roy, & fon Envoyé en Efpagne;
pour la Negociation
du Mariage du feu Roy avec
Anne a'Auftnche.FeuMde
Lingendes avoit époufe ca
rEaremieres Noces Marie d'A-,
de Raconis, d'une ancienneFamille
deSavoye, Tante;
de CharlesFrançois de Racorniy
Evefque de Lavaur ;
qui a écrit fur la Theologie,;
& fur la Philofophie. De ce j
mariage eft forty Charles de
Lingeodes, cy-devant Maiftie
d-Hoftel du Roy, & à
prefentSous Doyen des Chevaliers
de l'ancien Ordre du
Roy, fous le titre de Saint
Michel> lequel de Geneviève
de la Faye fa Femme:, a en
unFils& une Fille qui n'eft
pas mariée. Le Fils dl: JcanI
AuguftinV deicLingendes ;
Moufquetaire du Roy >: puis
Lieutenant au Regiment de
Tilladet, enfuite Cornette>
&àprefentCapitaine de Ca.
vale.rie, qui s'eft fignalé en
plufieurs occafions) particulierement
au Siege de Lu.
xembourg. Jean
de
-Lingen'
odes) Evefque de Mafcon;.
l'un des plus éloquens Prédicateurs
de fon temps,efioit
Frere de feu Mr de Lingeivdes.
Il y a eu encore de cette
Famille le Pere Claude do
Lingendes Jefuite, qui eftoit
aufli celebre Prédicateur, de
dont les Ouvrages font imprimez.
La FamilledeLingendes,
l'une des plus anciennes du.
Bourbonnois) porte d'azur À
trois glands d'or, & a donné
pl uficurs perfonnes qui fe
font acquis beaucoup de réputation
dans les Armées.
Meffire Jean de Bernage,
Seigneur de Saint Maurice,
Vaux- la-Vallée, Chaumont,
&autreslieux.ileftoit Doyen
Scmeftre d'hiver du Grand
ConCeil, où il avoit efté receu
en 1643. & il a exercé
cette Charge de Confeiller
avec eftime pendant quarante*
fix années. Il avoitépoufe
Magdeleine du Voyer d'Argenfon,
Fille de René du
Voyer d'Argenfon, Comte
de Paumy,Ambaffadeur pour
le Roy à Venife, & de ce
mariage eft venu Louis de
Bernage, S' de S. Maurice,
receu en 1687. Confeiller du
Royen Ion Grand Confeil>
Grand Ra pporteur en la
Chancellerie de France
,
&
Confeiller en la Chambre
Souveraine établieà l'Arfenal
pour l'Ordre de S. Lazare. La
Famille de Bernage eftorigi-,
naire deFlandre,&portefae;
de gueules & d'or de fix pieces*
chaque face de gueules chargée
de cinq fauîoirs: d'argent> &-
clic s'cft établie" en France
dans le dernier Íiecle. Il y
en a trois branches. De la
premiere eftoir feu Mr de9
Bernage qui vient de moiH
rir, & Tes deux Freres Jean-J
Baptifte & Pierre de Bernage
Capucins & Prédicateurs. Ilsavoient
pour Oncle Jacques.
4e Bernage Prieur de Grandmont)
Chanoine en lEghie
de. Paris
,
Confeiller & AUoOl
mônier duRoy Loüis XIII.
De la
-
fécondé Branche eft
Charles de Bernage Secrétaire
du Roy& Avocat au Confeil,
qui eû de l'Academie de
Ville-Franche en Beaujollois;
dont la Fille avoit époufé feu
Mr de Seve Capitaine aux
Gardes» Frere de M de Seve
premier Prefidenr au Parlement
de Metz. & Fils de feu
Mr de Seve, Confeiller au
Confeil Royal & Prevoft des
Marchands àPans. Ilyavoit
encore de cetteféconds Branche
feu Mcflîre Loiiis de Ber-
- cagc Evêquede Grace,JeanBaptifte
de Bernage Seigneur
de Vaublanche, Capitaine au
Regiment de Picardie
,
&
Jean Bernage SrdeBourbuiffondont
la Fille a époufé Mr
Belin. Doyen des Confeillers
du Chaftelet de Paris. De
la troifiiéme branche eftoit
Gilles de Bernage, Seigneur
des Bordes, Gentilhomme
ordinaire du Roy, dont la
Fille a époufé M de Hexnard
,
Seigneur de Paron*
& de Bois la Pierre. Cette
Famille cft alliée aux le Picart
aux le Gras, Seigneurs
de Seûeval
, & aux Luffon,
dont eftoit Meflire Guillaume
Lulfon
»
Premier Prefidenten
la Cour des Monnoyes>
Jeanne de Bernage,
grande Tante de tous ceux
donc je viens de vous parler,
& fille de Louis de Bcrnagç
Seigneur de Maurepas & d;
Jaqueline Chevalier, épouCa,
François le Maçon Seigneur
de Bucy,fils de Hugues le Ma.
çon Seigneur de Bucy,Secret
taire des Commandemens de
M le Duc d'Anjou & d'Alençon,
d'une ancienne Famille
de Bourgogne quia
donnédivers Chambellans &
Maréchauxdes Logisdes anciens
Ducs de-cecce Provine.
En vous apprenant le mois
paflé que M1 de Puifignan
ayoit eité tué en Irlande, je
vousmarquay qu'il* eftoit
Capitaine aux Gardes Je m'étois
trompé. Il avoit efté
d'abord dans les Mourqu.
taires.,&efloit' devenu enfuite
Capitaine au Rcgiment
du Pleffis-Praflin
»
Capitaine
des Grenadiers, puis Major4
& Lieutenant Colonel dans lemesmeRegiment, où il
s'estoit toujours diftingué Il
avoit efté blefîe en?plufieurs 4>-
occasions. & il ett mort d'un
coup de Moufquet qu'il re~
ceut en repouffant les Enqcmis
qui avoient fait une
grande fortie dans les premiers
jours du Siege de Londonderry.
Il eftoit Colonel du
Regimenc de Languedoc >
Brigadier & Infpe&eur des
Armées du Roy) & il fut,
[ fait Maréchal de Camp par
t Sa Majefté lors qu'on arrefta
qu'il pafleroit en Irlande.
On dit que le Roy d'Anglcterre
l'avoit fait Lieutenant
Gencra-1 après la mort de
M1 deMaumorit ,tué dans
la mefiue oc-cahon ou M:
Rofe a efté biefle, Son meriçf
perfonneiluy avoit acquis
l'eftirrre de tous les honneftcs
gens, Il eftoit bien.
fait & tres-bon Amy., &
avoic époufe la Fille de Mr
Julien) Prefident au Mortier
du Pafle-menc de Grenoble,
de la Maifonde la Poipe )
l'une des plus illuftres de ce
Pays-là. Son nom de Famille
eftoie Camus ,& il porcoic
celuy de Puifignan
> parce
qu'il avoit efté adopté par
feu M le Marquis de Puifignan,
fon Oncle maternel,
Lieutenant General de la
Pauconnerie Chefduvol
du Milan?r,rïqui lavoit fait
fon feul héritier à cette condition.
Il a laifle deux Freres
> dont l'un eft Chevalier de
Malthe el& Lieutenant de
Vaifleau ,& l'autre Capitaine
dans le Regiment de Poitou.
Mr Camus d'Argigy fon Frerc
aifné
,
qui- eftoit Chef de
vol pour le Héron, & grand*
Bailly de Beaujollois , cit
mort ily u" deuxans,& a
laifledeux .-' Erlfans" en tbag
âge, qui font avec Madame
la Comtefled'Arginy leur
Mere. Cette btançhcfcid'Ar^
giny/"e(V danBcaujollois.
Quant à la'Maifpnde Puifil
gnan , cliceft une des plus
anciennes- du Dauphiné) ôc
alliée auxpiusconifdérablet
de cette Province. It vous ay:
parléfouvent de celle de Camus.
>
dont eft M' de Pontcarré^
Confeiller au Parlement
>ainfique Mr Camus
de Morton - a quile Royi
vient de donner le Gouvernement
de Becrort. C'eft un
des Officiers d'Infanterie qui
s'eftle plus diftingué. Il a.
défendu le Fort du.Wartfen
--- ,.
Hollande,çftaint Capitaine?
dans le.Régiment d'Auvergne.
Quoy qu'il D'euit encore
paffé par aucun autre degré,
dansles emplois de la. guerre)
il fut, fait Brigadier i& cnvoyéà
M'effine en 1667.U a
toûjours fervy en la meftnc
qualitédepuis ce temps.là,&
fut Infpedteuraprès quçla-,
paix fut faite. Sa Majeftéqui
thonoroit de fa bienveillance
& de fon eftirne> luy avoit
donné le Gouvernement de
Biche
»
&.une desi deyix- pre-r
mieres Compagnie de.Gentilshommes
qui furentmifes
sur pied. - Le foin qu'il a priJ
de la bien former. a efté uncf
preuve fîavantageufe de fat
conduite, que le Royen luy,
donnant le Gouvernemenr
de Betfort, luya auffidonné
la Compagnie de Gentilshommes
qui eft dans la mefme
Place, parce qu'il ne
pouvoir plus confcrver celle
qu'il avoit eflant à Sarre-
Louis. Il y a encore deux
autres branches de cette Famille
de Camus> fçavoir
Ivours & Beaulieu.
Le Roy. a donné à Mrle
Marquis d'Antin le, Régimchtde
Languedoc,vacantpar
laIDorç de Mr de Puifignan.
Ce Marquis eft Colonel
du Regiment de l'ifle de
France, prefencementen garnifon
à Dunkerque,& commece
Regimenc eft nouveau;
& que par cette raifon il eft
deftiné pour les Garnirons)
Mr d'Antin eftjravy d'en
avoir un qui eftant de ceux
qui doivent agir,luy donnera
des occafions de fe fignaler
qu'il n'aurçit pas aifement
trouvées à Dunkerque.
Ce n'eft pas qu'ilpe s'y Toit
occupé utilement. Apres les
foins,qucxigcoicnt deluyIfr
fervice de Sa Majefté, & forv
Regiment, il s'eft attaché à
examiner tout ce qui regarde
la Marine, & comme il fçait
parfaitement les Mathematiques
>
il apris un plaifir particulier
à vifiter les Fortifications
de Dunkerque qui font
de Mr de Vauban,&donton
A fait un (i grand bruitdans le';
monde. Le defir.de voir celles
des Villesfrontières ,l'a porté
à vifiter de la mefme forte
tous ces chef d'oeuvres de
Kart fans (c mettre en peine
des Parufans ennemis. Au
milieu:
milieu de toutes ces occupations,
il n'a pas laifle de fe
diftinguer àDunkerque comme
un galant homme doit
faire; il ya paru magnifique;
il a tenu table, & fait toutes
les chofes
3
qui attirent aux
François l'eftime des Etrangers)
de forte qu'en quittant
Dunkerque pour aller au Re"
gimint de Languedoc qui (fi: -
en Bretagne; il a la fatisfaction
de connoiftre qu'il eft
exti êmement regretté de la
Garnifon &: de vous les bonnettes
gens dupays.
-
Cette viveardeur de fe fignalcr
dans toutes les occalions
qui s'en offrent,eft attachée
à tous ceux qui font de
cemefmeSang. Vous l'avez
veu par ce que je vousay déja
dit de Mr le Marquis de
Thiange
)
Coufin germain
deM'd'Antin)touchantl'affaire
de la Redoute de Bonn.
C'eft une chofe étonnante de
voir avec quelle vitefïb ces
deux jeunes Marquis courent
à la gloire dés leurs premières
Campagnes. S'ils continuent
de la forteils iront loin
en fort peu de temps, & il
n'y a point d'honneurs dans
le glorieux employ des ar- 4-
mes, aufquels ils ne puifïènt
afpirer avant l'âge qui fait les
grands & experimentez Capitaines.
Ce que je vais vous
apprendre encore de Mr le
Marquis de Thiange vous
fera connoiftre que j'ay raifon
d'en parlerainlî. +
Le 14. du dernier mois, à
deux heures du matin, M1
d'Asfcld, Maréchal- de Camp,
commandant les Troupes qui
font du collé de Bonn) fie un
détachement de huit Compagnies
de Grenadiers des Regimens
de Poitou, Grancey
*
Vandofme
,
Bourbon, Provence
,la Fare, ThiangcJ &
Furftcinber,mde cent Dragons
du Reeiment dAsfeld, & de - quelques Officiers Volontaires
3
faifant en tout fix cens
hommes. Le commandement
en fut donné à M' le Marquis
deThiange
, avec ordre
de paflerle Rhin pour brûler
Rhindorf, Guenis, Venter,
Rimberg; & Honuf) qui
eftoient de gros Bourgs bien
gardez & fortifiez fur cette
Riviere en la remontant de
Bonn. Aumilieu deces c-nq
Bourgs eûoïc une Redoute
gardée par deux cens hommes
des Troupes de Brandebourg
& de Lunebourg. Mr.
de Thiange à la tefte de l'Infanterie
,
foûtenue de cent
Dragons que commandoic
M* le Chevalierd'Asfeld,
marcha droit àRhindoifioù
il arriva à la pointe du jour.
Il le trouva fortifié par des
retranchemens de terre, &
par un double fofle tres-large
& profond) revefiu d'une
haye vive fi épai£fet que deux
cens hommes des Ennemis,
qu'on ne croyoit pas y rencontrer)
sy trouvèrent en
aflez grande feureté pour y
pouvoir faire une longue réfifiance.
En effet M' de Thian.
ge eftant à Ja portée du
Moufquet, fut obligé de donnerfes
ordres pour les attaquer
3
ce qui fut CXfcure
avec une intrépi d ité furprenanre;
mais les Ennemis Ce
A' défendirent avec tant d'opi"
niâtreté & de courage, que ce
Marquis s'eftnnc apperceu
qu'il.avoit déjà perdu cinq
Officiersfubalternésy &plus
de vingt Soldats, tuez ou
bieflèz, fit defeendre Mr le
Chevalier deTavigny?Capiraine
dans ion Recriment,ion
Gentilhomme &ton Parent,
dans le foffé; pour luy.aider
à l y * defeendre : luy-mefme.
Ils fe jetterent tous deux dans
une;barrièrejdu codé; des
Ennemis>& a y ant mis l'épée à.
lamainjilscrierent aux Grenadiers
qu'ils les fuiviffent. Les
Ennemisayantreconnu qu'on
executoit cet ordre avecautâc
de diligence que de valeur)
gagnèrent les montagnes. On
en tua huit ou dix; on mit
:-
dans ce Bourg une Garde de
cinquante liommcs.,Co,mmaiidez
par Mrle Chevalier d' Anieres
»
Capitaine auRegi^
rnentdeThiangc,& enfuite
l'on marcha pour attaquer la
Redoute> danslaquelle s'eftoient
retirez, plus de cinq
censclienepans.MIideThiange
l'ayant appris, dit à ceux
qu'il conduifoit qu'on rianjoit
pas fceu qu'ily eufi tant de
monde- dtnsicette Redoute**
lorsquonluy aiioit ordonné
de Ilattaquer, mais quajant
recen cet ordre il n'y voulait
rien changer; i. & qu'ainfi il
les prioit de le fuivre., & de
Xfonger,quefi le/ûccés; répondait
a leur courage ) comme
il rien powvoit douter>quelque1:
difficile- que leue parufl
hntreprije >ils en auroient
plus de gloire. Les Officiers
& les Soldats l'ayant affeuré
que rien ne leur fcroit impof.
fible fous un Chef fi brave,
l'on fit un détachement de
deux cens hommes qui marchèrent
par le bord duRhin»
& M1 de Thiange avec le
relie des Troupes) prit par
les montagnes afind'y faire
la premiere attaquejmais les
Ennemis ayant remarqué
qu'on venoità eux par deux
endroits, & que difficilement
pourroient-ils défendre le
colté des MontagDnes qui eftoie le lieu de leur retraite,
prirent la fuite en faifant
des cris épouvantables. On
les vit fe jetter dans des bateaux
pour fe iauver par le
Rhin, &: nos Troupes ne
trouvèrent plus de reÍIHance.
On rafa le Fort, dont on prit
les Paliflades pour les Fortifications
de Bonn
J
& l'oa
brûla les cinq gros Bourgs ou
Villages comme on ravoit
refolu
, avec plufieurs Chafteaux
& belles MaiCons, qui
faifoient l'ornement de deux
licuës d'un très beau Pays.
Mrde Thiange eui loin d'ordonner
à M'le Chevalier de
Tavigny3.de garantir les Eglifes
& les Monafteres de ce
que le feu & le Soldat pouvoient
y caufcr de dommage
; il fitauffi épargnerl'honneur
des Femmes> ce qui efl
fcuvent affcz difficile en de
pareilles occafions.
Mr de Maumont ayant efté
tué en Irlande, comme je
vous l'ay appris, le Roy a
donné à M* de Maumont Ton
Fils, quoyque fort jeune) fa
Charge de Capitaine aux Gardes3
que fa mort lailfoit va"
cante. Elle auroit efté perdue
(ans la bonté de Sa Majefté
; mais les Familles de
ceux qui rempliflant leurs
devoirs avec zel e & avec fidélité
répandent leur fang
pour ce Monarque, doi-
V vents'apurer de trouver toujours
auprès de luy tous les
avantages que leurs fervices
auront mentez.
Le Gouvernement d'Arras,
& la Lieutemnce Générale
de la Province d'Artois, ont
cfté donnez à M1le Marquis
de Tilladet) Lieutenant Ge.,
lierai des Camps & Armées
du Roy. Ce choix a cfté univerfellemcnt
applaudy. Aufli --..
ne fçauroit-on dire trop de
bien de ce Marquis, eftanc
certain qu'il n'y a pas deux
avis fur fon merite & fur
fa valeur. Cela fût connoiftre
que les graces deSa
Majeité netombent quefurv
des Sujets qui en font dignes. -f
En vous parlant de M1 de
Tilladec,jene puis me dif-V
penfer de vous dire que Mr
du Bois deLoigny
,
ion Aide
de Canipeftant allé au
commencement de ce mois
porter un ordre à Mr le
Marquis de Crequi, d'où il
revenoit' fur le bord du Rhin
au Camp de Mehauzen»pafla
par un endroit que l'eau avoit
creu ré par deflous. La terre
fondit fous luy, & il tomba
avec fon cheval dans le Rhin,
où il fe noya. Il eftoitaufli
Exempt des Cent Suifles de la
Garde de Sa Majefté. Mr le
Marquis de Tillâdet qui en
efi: Capitaine, fuivant les
mouvemens de fa generofité
ordinaire, n'a pas voulu proifter
de cette Charge, parce
que Mr du Bois de Loigny
cil: mort au fervice du Roy)
i
& il l'adonnée à Ton Frere
pour en diCpoièr. Ce proce-f dé juftifie ce que je vous :.
ay déja dit touchantce Marquis.
Le Roy a aufli donné le
Gouvernement de Coignac à
M' le Comte de la Cafe,
Commandant d'une Brigade
des Gardes du Corps. Il eit de
la Maifon de Pons en Xaintonge.
Le Gouvernement de la
Martinique a efté donné dans
le meftne temps au Frere de
M Gabaret qui s'eft diftingué
dans le dernier Combat
naval,& qui a eu l'honneur
de conduire le Roy d'Angleterre
en Irlande. La Martinique,
Ifle de l' Amerique, eft
une belle & grande terre où
les François fc font établis
depuisl'année1635. Elle a environ
feize lieuës en longueur
fur une largeur inégale, &
quarante-cinq de tour. C'eft
prefentement une des plus
peuplées & des plus célébrés
des Ifles Antilles.
Vous fçavez que Mr le
Comte de Frontenac a déjà
eu le Gouvernement de Canada
ou de la Nouvelle France.
On a paru fi content de
fa conduite pendant neuf
ans qu'il a efté en pofeflion
de cet Employ, que Sa Majefté
voulant luy donner des,
marques de la fatisfaéèion'.
qu'Elle en a receuë, l'a nonw
me tout de nouveau Gouvcr,
neur de ce grand Pays de:
l'Amerique Septentrionale.
On l'a nommé la Nouvelle
France à caufe que les François
en occupent la meil!eure
partie,& qu'ils y ont differentes
Colonies. Celle de
Quebec établie depuis 160&
eft laplus confiderabie.Jean.
VerrazanFlorer/tinpritpoffefTion
de cette terre enI5 IJ
Les François l'avoient découverte
dés l'an 1504. & elle fut
foumife par Jacques Quartier
de laint Malo
,
après la mort
de Verrazan que les Sauvages
mangerent. Ces navigations
avoient efté négligées jufqu'au
regnc de Charles IX.
& enfin en 1604. on y envoya
une Colonie qui s'cft
toujours augmentée. On1
comprend fousce nom de Canada
tout ce qui eft aux deux
collez de" la grande Rivière
4eSaintLaurent 3depuis les
IÏIes qui font au devant,jde
fon emboucheure, en remonttant
le long de cette mefme
Riviere
»
& depuis les Golfes
& Détroits de Davis & de
Hufdon,jufqu'à la Nouvelle ECpagne.v
-
Onafceu que l'Ifle deSaint
Euftache., l'une des Antilles,
a efté prife fur les Hollandois,
par Mr le Comte de
Blenac, Viceroy dans les Ifles
d'Amérique. Ils y avoient
-étably une Colonie confiderable
,
après l'avoir fait fortifier.
Il n'y a eu que fix
des noftres tuez, & douze
bleflêz. Mrle Comte deBlenac
qui a fait cette expedition,
a donné en plufieursaurres
des marques avantageufes
de courage& de bravoure.
Il a long- temps commandé
dans les Armées Na.
vales du Roy, donc il eftoie
Chefd'Efcadre. LesAntilles
fontplufieurs Ifles entre le
Continent de l'Amérique
Méridionale> & la partie
Orientale de Saint Jean Porto
Rico ; qu'on nomme auffi.
Caraïbes & Canlbales, du.
nom. des Peuples qui les pof-
(cdoiencavant qu'on les decouvrjfi:,
ce que fit Chriftophle
Colomb en 149t.i.Onen
compte ordinairement vingthuit
de confiderables) où les
François,lesAnglois>& les
Hollandois fe> font établie
depuis l'an1.615. On leur a.
donné ce nom d'Antilles>
comme pour marquer quelles
(ontàToppofite des grandes
Mes de l'Amérique. Celle
de S. Euilache n'eft paséloignée
de S. Chriftophle.
C'efi avec raifon qu'on. a
admiré l'intrépidité qu'ont
fait paroiftre M1Baert,& Mr
le Chevalier deFourbin dans
une occafion des plus hazardeufes.
Ils avoient efté choifis
pour cfcorrer quatorze Vaiffeaux
Marchands, & ils partirent
du Havre le 20. du
mois palle. Mr Baert commandoit
la Fregate les Jeux,
qui eftoit de 18. pieces de
Canon & de 12.0. hommes»
& Mrle Chevalier de Fourbin
commandoit la Railleufe> de
16. pieccs de Canon & de
100. hommes d'équipage.
Lors qu'ils furent au milieu
de la Manche,ils apperceurent
deux Vaifleaux de guerre
Anglois> l'un de 41. & l'autre
de 48. pieces de Canon. L'U
négalité de forces leur laifloitpeu
d'efperance de fe tirer
d'un pas fi fâcheux. Cependant
la veuë du peril n'affaiblit
point leur courage.
Ils aviferent entre eux comment
ils pourroient fauver le
Convoy
,
& pour en venir à
bout>ils donnerent ordre à
trois desVaiflfeauxMarchands
qui eftoient les mieux armez,
de combattre l'un des deux
Vaiffeaux Anglais, pendant
qu'ils iroient aborder l'autre.
Ils ne furent pas fi-toft à
portée
, que M1 Baert alla à
pleines voiles fur celuy de
quarante - huit pieces fans
avoir tiré un coup. Le malheur
voulut que le vent calma
dans ce moment, ce qui
luy fit faire un faux abordage.
D'ailleurs, fon Beaupré
s'embaraffa dans les Haubans
du Vaiffeau qu'il pretendoïc
attaquer. L'abordage réuflic
à M1 le Chevalier de Fourbinx
&MrBaert le [ccondant, ils
obligèrent les Ennemis3 à.
coups de Moufquet & de
Grenades de quitter leur pont
& leurs Gaillards.Il yagrande
apparence que Tardeus
avec
avec laquelle ils commencèrent
ce rude combat, les euft
rendus Maiftres du VaiÍfeau
> fi les Navires Marchands, qui
prirent la fuite, n'eu rent pas
laifle le fecond Vaifleau Anglois
en pouvoir de les venir
battre en flanc à la petite portée
du fufil.M1leChevalierde
Fourbin&M' Baertrcceurent
plufieurs bleffuresy & 140. de
leurs hommes furent tuez ou
bleffez. Aznfi ils ne pûrent
cmpefcher la prife de leurs
deux Frégates> que les An.
glois conduisent à Plimeurh
prefque toutes fracafIées.
Leur perte a aufli efte
très- confiderable, & de patreilles
victoires leur coute- roientcher5s'ilsen remportaient
fouvent> puis que la
plufpart de leurs Officiers, &
tout ce qu'il y avoic de Soldats
dans le Vaiffeau qui fuc
attaqué, furent tuez ou bleffez
dans ce combat. On peut
dire cependant que les deux
Commandans François vinrent
à bout de leur entreprife;
ils vouloient fauver les Vaiffeaux
Marchands, & ces
VaifTeaux échaperentaux Anglois.
Le bruit de ce qu'avoient
fait Mr Baert & M1 le
Chevalier de Foqrbin s'eftant
répandu, on regarda leur
valeur comme un prodige,&
l'admiration quelle caufa,
obligea beaucoup de monde
à les aller voir à Plimouth
dans le lieu qui leur fervoic
de prifon. Ils n'ont pas fait
voir moins d'adrelre à sen
fauver, qu'ils avoient marqué
de bravoure en combattanc.
A leur retour ils ont falué Sa
Majefté
>
qui les a faits l'un &
l'autreCapitaines de Vaifleau.
L'onconnoift par làqu'il n'y
a qu'à faire bien pour trouver
fur l'heure la récompenfc
quon attendoit long, temps
autrefoIs, & qui venoit rarement.
Oncontinue de travailler
à l'armement de plufieurs
Vaifleaux
9
& au commencement
du mois prochain le
Roy aura une grofle Flote
fur l'Océan, capable non
feulement de refifter à fes
Ennemis
,
mais mefme de
faire peur à ceux qui nous
ont tant menacez. C'eft une
chofe admirable , de voir la
Cour de M'le Maréchal d'Eftrées
à Breft
,
& la grande
quantité d'Officiers qui y
paroiflcntavec éclat, & qui
tiennent ta ble.
On a fceu que M- le Chevalier
de Tourville, Lieutenant
General des Armées
Navales du Roy, eftoitparty
des Ifles d'Hieres le 9. de ce
mois
j avec vingt Vaifleaux
de guerre, une Fregate
,
deux
Tartanes, deux Fluees & huit
Brûlots. Ces Vaifleaux de
guerre font tous gros Vaiffeaux3
& remplis de bonnes
Troupes. Mr de Tourville
monte un Vaiffeau neuf, appellé
le Conquerant. Ileftdu
deuxième rang, & de ;jo.
hommes d'équipage. On ne
fçait point la route qu'il
tient, on fçait feulement qu'il
ne luy eft point permis d'ouvrir
fes ordres qu'il ne foit
en pleine Mer.
Le 14. de ce mois Mr d'Andenne)
Capitaine deBrûlot,
commandant l'Hercule, Fregare
de 30. pieces de Canon)
& M de Leau
)
Capitaine de
Fregate legere, commandant
la lBien-aimée
,
qui n'eftoit
que de dix-huit, rentrerent
dans la rad e a près trois femaines
de courfe
, avec trois
Baftimens Anglois qu'ils avoient
pris à la hauteur de
Bellifle, chargez d'huile, de
cuirs, de raifins de Corintey
& autres marchandifes du
Levant. Ces Baftimcns étoient
cfcortez d'un VaiÍfeau
de guerre Anglois de 36.
pieces de Canon, contre lequel
ils fe bâtirent plus de
trois heures, ainfi que contre
les trois autresy mais enfin
les deux Frégates Françoifes
s'en eftant approchées de fort
pres,terminerent le Combat
par un coup de Canon qui
mit le feu aux poudres du
VaifTeau Angloisarmé en
guerre. Il fauta en l'air3& les
trois autres fe rendirent auffitoft.
M1 de Château Renaud
parrir de Breft le 20. de ce
mois, pour aller croifer avec
dix Vaiflaux
, en attendant
que le grand armement Toit
achevé.Toutes les chofes
dont je viens de vous parler
vous font connoiftre le bon
eftat de la Marine. Auili avo^
s-nous fait prés de 150.
prifes depuis la declaration
de la Guerre, fans qu'on en
ait fait prefque fur nous.
Cela montre évidemment
noftre fuperiorité, plus en
courage qu'en force. Cepen..
dant quoy que les Ennemis
nousayent fouvent menacez
de nous accabler fous une
Puiflance formidable, ils
n'ont jamais eu de defavanrage
qu'ils n'ayent publié
que nous les furpaffions en
nombre. C'efi par là qu'ils
ont voulu juftifisr leur fuite
dans l'artaque deM'le Comte
de Château- Renaud. Ils n'ont
pas eu lieu pourtant de fe
fervir de cette raifon> comme
vous l'avez pu voir_,tanr par le
nombre de leurs YaifTeaux4
dont ils font eux-mefmes demeurez
d'accord dans ce
qu'ils en ont écrit? que par
l'ordre deBataille, & par la
Relation du Combat que je
vousay envoiéct Comme les
François leur cedoient eni
nombre) leur victoire enas
efté plus glorieufe, & les fepti
Vaifleaux Marchands qu'ils!
ont pris parlent hautement
de la fuitedesAnglois.Voicy
d'agrea bles Vers qu'onafaits
fur ce fujet. *
La Flote de LOVIS LE
GRAND \j
Ayantdéfatt la Flote Britannique
, i
Neptuneenvoya dAmérique
En faveur de ce Conquerant
Quefa valeur éleve au faifle de
f la gloire
,Sept o gros Vaiffeaux
>
chargez
l du prix de la Vifloire. [Quelque grand que foit le
nombre des Alliez> & quelques
projers qu'ils ayent faits
d'envahir la France, nous
n'avons pas laiffé malgré
toutes leurs menaces, d'efire
par tout les premiers à nous
montrer en Campagne. L'Armée
de Flandre eft en Corps
Ides le 24. de May) & deux
e
grands Camps volants font3
en eftat de la joindre lorsz
qu'elle en aura befoin, où
qu'onlejugera à propos. Il 1
y a quelques jours quelle fitJ
un détachement de quinze s
cens Chevaux» dont quatrea
cens eftoient de la Maifon f
de Sa MaJefié. Mrle Marquis ?
de Gournay, LieutenantGe--
neral
?
les commandoit. Ce ';
détachement alla avec fuccés
aux Villages prés de Tcr-é.
monde & de Tirlemont,
ptefque en veuë des Ennemis*
, qui eftoient campez prés?
d'Ouaren. Le coup eftoit fort :
lardy. M de-Gournay paffa
e défilé des cinq Etoiles, &
l'avança deux lieuës dans la
plaine
, en ayant douzej de
retraite àfaire> & ne pouvant
fe retirer qu'en palfant
par des Places Ennemies. Il
demeura quatre jours dans ce
Parcy- Un autre détachement
de cinq cens Chevauxs'avança
prés de Bruxelles. Les
[Troupes du Royeftant fupetieures
par tout? ontfait payer
beaucoup de Contributions.
111a couru quelques faux eftats
del'Armée de Flandre. Je
Nous en envoye un Ordre de
Bataille fort exaa. Outre ce
qu'il y a prefentement de
Troupes dans cette Armée,
& les deux Camps- volans,
elle devoir eftre encore renforcée
de beaucoup d'autres,
quand cet Ordre de Bataille:
aelléfair. 1
ORDRE DE BATAILLE.
BRIgADIERS.
Meflîeurs De Longueval, j
De QsinfonJ
De Bezons,
De Vaubeceuit,
Eavejan
, De Guifcart,
De Mariny , De Lignerie.
PREMIERE LIGNE. -
Gardes du Corps.
Gendarmes
Chevaux-Jeg,ers de la
Garde,
8. Efcadrons.
i. Efcadron.
Arnaufiny
Le Mayne,,
Normandie,
Greder Allemand, Gardes Françoifes,
Gardes Suilles
> Fufeliers,
Vaubecourt,
APraflin,
Il Roham>
Bezons, -
Coiflin,
Quinfon>
Mc deCampGeneral.
i. Efcadron.
1. Efcadrons.
2. Efcadrons.
iv Bataillons.
2. Bataillons.
4. Batail.
2. Bataillons.
2.. Bataillons.
1. Bataillon.
2.. Efcadrons
2. Efcadrons.
3. Efcadrons.
3. Efcadrons.
2. Efcadrons.
3. Efcadrons.
- - DRAGONS.
Dauphin,
<3ramont,
Queilus,
Telle,
Asfeld,
3. Efcadrons.
3. Efcadrons.
3. Efcadrons.
3. Efcadrons.
3. Efcadrons.
"BRIGJDIERS.
Meilleurs Lamalia.
De Nangis.
Stopps.
De SoilIons.
De Florenfac.
SECONDE LIGNE, 1
Cravates*
Florenhc ,
Magnac, Maffot,
Royal Rouffillon
Salis, ,
3 Efcadrons-1
1. Efcadrons.j
3. Ercadrons.
3. Efcadrons. j A
1. Bataillon.
3. Bataillons,à
Stopps,
Greder Suifie,
La Marine Royalg,
3. Bataillons.
3. Baraiilons.
1. Bataillon.
; Fontal
lCourteb, onne,
¡J Mont-revert
,
i Lomana,
f Royal Allemand
,
3. Efcadrons
3. Efcadrons
3. Efcadrons
3. Efcedrons
3. Efcadrons.
f CORPS DE RESERVE.
Chevalier Duc,
! Vilpion ,
3. Efcadrons.
3. Efcadrons.
[ Je vous envoye une Mcdaillé
de la Vie du Roy. Elle
|aeft^. faite pour l'ouverture
tde la Campagne de 1671.
La longueur des Articles
fur une mefme matiereque je:
joins Couvent enfemble, pour
vous faire lire de fuite tout
ce qui regarde un mefme fujet,
fait que jen'obferve pas
toujours l'ordre des dates.
Cela me paroift peu important)
pourveu que je vous
apprenne toutes les Nouvelles.
Ainfi, quoy que j'aye
différé à vous dire que Mr
TAbbé de la Montagne a
prêché depuis peu devant
le Roy? vous voyez que
je ne l'ay pas oubliét Le
nom de cet Abbé vous eft
connu par quantité de Ser-%
mons qu'il a faits avec fucces
dans diverfes Chaires de
Paris. Vous fçavez que l' Academie
Françoifechoifit
tous les ans un Predicateur
de reputation, pour prêcher
dans la Chapelle du Louvre,
le jour dela Fefte deS.lOÜis)
& il y a déjà du temps qu'il
a efté de ce nombre. Les jufies
louanges qui luy ontefté
données toutes les fois qu'il
a eu l'honneur de prefcher
devant le Roy, l'ont fait encore
choifir pour y prefcher
lejour de la Pentecofte derniere.
La Cour en parut fore
fatisfaite, & les applaudilf?-
mens qu'il receut furent remarquez
de toute l'ASemblée.
Le compliment qu'il fit
à Sa Majefté fut écoyté avec
grand plaifir>non feulement
parce qu'on en a toujours
beaucoup à entendre fonéloge
, mais parce que cet Abbé
le [ervit heureufement des
matieres du temps , & des
Vidtoires de ce grand Monarque,
dont les nouvelles
efloient encore toutes récentes.
MrrAbbé de Sillery, Doa,
eur en Theologie, & qui a
louventprefché avec beaucoup
de lucces, a cité nommé
à l'Eve(ché d'A vranche.
Il eft de Pilluftre Maifon de
Brulart,& Fils de M1le Marquis
de Sillery)& d'une foeur
de feu Mr le Duc de la Rochefoucault.
Son Grand-perc
eftoit le fameux Mr de Puineux
,
Miniftre & Sccretaire
d'Etat, qui exerçoit cette
Charge avec tant d'éclat pendant
que Mtle Chancelier de
-Sillery
>
fon Pere
>
rempliffoit
celle de Chef de laJuftice,
&' de Miniftre d'Etat avec
un applaudiflement univerfel.
AlnÍi on ne doit pas s'étonner
fi Mr FAbbé de Sillcry
a des qualitez qui le rendent
fi recommandable. Il y
a peu de Familles qui ayent
plus d'efprit qu'il s'en trouve
dans la Íienne, & de cet cf.
prit qui plaift generalemenr.
Cet Abbé eft parent de Mr lej
Procureur General, & ce,
grand Magiftrat, plus connu
encore par Tes fublimes ver.,
tus que par fa Charge & par
fa naifTance
,
connoiflant foni
merire plus qu'unautre,s'eft
toujours interefle à fa for.. runc. Mrl'AbbéRatabon,Grand|
!
fVicaire de Stralbourg, &
Docteur en Theologie dela
Faculté de Paris, a efté nommé
à l'Evefché d'lpres. Il
eft Fils de feu M1 Ratabon)
Surintendant desBaftimens,
& Beau frere de Mr le Comte
de Crecy. Il a prêché un
Carefme à S. Roch
»
& a efté
Député à TAflemblée du
Clergé.
Mrl'Abbé de Cartigni»
^dont la Famille eft de diftinction
parmy laNobleffe,a efté
fait Grand Vicaire de Strasbourg.
LeRoy a auffi donné quelques
Abbayes,(Ravoir une au
Frere de M' d'Ornaifon, Enfeigne
des Gardes du Corps y
une autre au Fils de M le Baron
de la Cofte, ancien Capitaine
au Régiment de Piedmont,&
une en regle à Mrj
d'Epinay,Ecuyer de la petite
Ecurie, pour un de fes Parens.
Pendant que Sa Majeftéj
répand Ces graces fur fcs
Sujets, & fes largeflès fur les'
Etrangers
,
Elle eft de tous,
coftez comblée de louanges;
mais parmy celles qu'on luyj
donne)il y en a de plus inge- 1
nieufes les unes que les autres
y44
- <4
très» celle de M Pompe Italien
font d'un caraétere particulier.
Dans le deffein d'exprimer
d'une maniéré fymbolique
la puiflante protection
que ce Prince a donnée
au Roy d'A ngleterre dans la
retraite qu'i l a faiteen France
& de marquer enmefme
temps le fuccés que l'on en
doit efperer^il a fait une Emblème
en Tabkau
,
& a pris
kpour corps une Harpe qui fe
trouve dans les urinesdAn.
gleterre. Il prefenta dernièrement
cetteEmblème à Sa
-Majefté
y av-c ces fix Vers
.Italiens. JUUj16SJ.Dd
Da rubelli
>
jellon
3
barban
juoni>
Sconcerto s'invola il Davico
ftromentoJ
E'M Jen fi reca a I'jtpollico
concento ;
Puoi tu folj dice,rinovarmiei i
tuoni;
A cui, ei, con alma generofa
e pronta , 'D'infidijucni accorderotti ad
onta.
L'Auteur par une hardiefle*a
Poétique fùppofc que cette a
Harpe déconcertée par l'in..
fidellté de fcs cordes, vient 3
en France
, & que s'adreffanc 3
àApollonquienafait Ion
feiour)elle luy dit,
Cefl'vous feul qUI POUlJfZ me
rendre l'harmonie,
Puoi tufoly dice, rinovarmiei
tuonz)
ôc continuant dans cette même
figure,il luy fait répondre
par Apollon,
Malgré tcut tes fauxfons je
feauray taccorder.
D'ivfidi fuoni accorderont ad
onta.
En effet cette Harpe déconcertée
nous fait voir affez au
naturell'eftat de l'Angleterre,
dans la fituation où font
les Affaires, & Apollonqui
accorde cette Harpe, nous
reprefente le Roy, qui par fa
fagefle & fon afliftancerétablira
l'ordre dans l'Angleterre
, & remettra des Peuples
rebelles fous l'obeiffance de
leur légitimé Souverain.;
Vous attendez fans doute
que je vous parle des Affaires
d'Allemagne fur lefquelles
toute l'Europe a les yeux
ouverts. Il ne s'y eft paffé
pendant tout ce mois que des
actions particulières, dont je
vous ay déja marqué quelques-
unes. Les Ailemansont
efte toujours occupez à s'af:
fembler
,
& à deliberer fur
l'ouverture de la Campagne.
Comme ils font les atraquans,
c'eft à eux a commencer
Y
puis que la France n'a. -
travaillé qu'à fe mettre eQ
eftat de leur tenir tefte. La
plus grande partie de leurs
Troupes
>
& leurs meilleurs
généraux commandent cette
année fur le Rhin. Le Prince
Charles de Lorraine femble
n'y eftre venu qu'àregret,
ne voyant pas lieucfy acquérir
de la gloire, & paroift
perfuadé qu'il auroit efté
plus avantageuxàl'Empo
reur ,
de continuer la guerre
contre les Turcs. La pieté
dont ce Prince fait profefflon,
& les lumieres qu'il a
dans le métier de la guerre ,
luyfaifoient connoiftre qu*-
outre qu'il n'y avoit rien àr
gagner avec les François5la
Religion fouffroit de deux
maniérés puis que cette guerre,
non feulement empefchoic
qu'elle ne s'aggrandiftducôté
des Turcs, mais qu'elle faifoit
crrancf tort aux Catholiques
dtAngleterre, par l'obftacle
qu'elle mettoit au rétablifTement
de Sa Majefté
Britannique, qu'elle avoit déja
fait détrôner. - Cependant
.comme on ne fe réglé pas à la 4
Cour de Vienne fur de fi fa. *h
ges avis, & que cette Cour
veut elfuyer la honte de cette
guerre, on a voulu que
ce Prince la-partageait, en le
forçant de venir fur le Rhin.*
Il a eu beau s'en défendre,
il n'a pu le refufer, & l'Imperatrice
fe trouvant intereflec,
dans cette Affaire), parce
qu'elle eftfille de l'Electeur
Palatin, l'en a follicité avec
des inftances fi preffantes
qu'il a efte obligé de fe charger
du commandemen:.Nous
verrons de quel fuccez il fera
fuivy. Sice Prince nereuflic
pas, il ne fera point
trompé, puis qu'il ne luy arrivera
rien qu'il n'ait préveu-.
En attendant que je vous rapporte
les grandes avions auC
quelles le mois de Juillet paloift
efire deij-iné, voicy des
nouvelles de ce mois.
Les Souverains qui voyent
leurs Etats menacez d'efire
envahis par desArmées formidables
>
eflant obligez de
»
défendre leurs Sujets par toutes
les voyes que permet la
guerre quand les occafions
font prenantes, il a efté jugé
à propos? pour garantir plu.
lieurs Villes de France dont
la ruine euit efté inévitable/le
faire metire le feu à quelques
Places qui pouvoient faciIi.
ter le de(Tein des Ennemis>
en leur donnant des retraites
& leur fourniffant de quoy
fubfifter. Ainfi Vormes, Spi- re,&Openheim
> ont efté
brûlées, après que les Habitans
- ont eu le temps de Ce
retirer & d'emporter leurs
effets fur ecs Chariots que
Ton a preftez à ceux qui aavoient
pas aiïêz de voitures.
On leurafait d'ailleurs tous
les avantages qu'on a pû leur
procurer, & ils ont efté conduits
dans des VdIesJ où ils
jouifTent de beaucoup d'e.
xemptions. Lors que la guerre
fera terminée,chacun doit
rentrer dans la jouiffance de
fes terres, & par là il fe trou,
vera qu'ils auront beaucoup
plusgagné 'que perd u ,
puis
qu'il ne leur aura coufté que
des logcmcns, peu confidera.
blés pour le prix en ces Pays- là. Mr
Mr lee CC.oommttee dd'Aauuvveerrggnnec.
tfut détache le i. de Juinpar
IM,le Maréchal Duc de Du-
[ras, avec quinze cens hotnfmes,
du nombre defquels
?eftoient deux cens Dragons,
[pour s'aller pofter à Inghe-
: zeim, qui eft entre Binghen
& Mayécejtant pour obferver
! les Ennemis,que pour charger
tout ce qui fe prefenteroit à
fon pofte. Quelques jours
après, il receuc ordre de faire
+bnîler Binghen, ce qu'il fit
executer ; mais avec des precautios
quiempêcherenc que
FEglife principale ne receuft
aucun dommage. CeComtes
demeura a Inghezeim jufqu'au
13. qu'il eut ordre de
rejoindre l'Armée à Openheim.
Dés le 30. du palfé les Imperiaux
parurent à la portée
du Canon de Mayencej de
l'autre coité du Rhin. Ils n'avoient
alors que de la Cavalerie
>
& leur Infanterie eftoie
campée furle Meinà demylieue
de Mayence. Les Efpions
rapportèrent que ces
deux Corps enfemble ne
pouvoient monter à dix mille
hommes.M de Duras partie
aufli-toft pour aller joindre
la Cavalerie Françoilequi
campe le long du Rhin. Nous
avions quelque Infanterie
dans deux Maifons au delà
de cette Riviere. Le Capitaine
quila commandoit eue
ordre de laramener , & d'abandonner
les deux Maifons.
Il fe défenditlong-temps
contre les Ennemis avant que
de fortir de ce pofte. Il ne
quitta d'abord que Tune de
'ces Maifonsy & le rerira dans*
l'autre. Ils'y défendit vigou-
Ireufemeiit
)
& lesEnnemis
meurent plus de cent hommes
f* tuezou bleifez. Il n'en perdit
quun, & ht une retraite ho':'-I
norable. Les Impériaux onujetté
quelques Bombes dansai
Mayence,ou plûtoft ils onui
eu deflein d'yen jetter> car ilJj
ny en a pas eu trois qui ayehrx
porte jufqùe -là
>
la plufpartr
cftant tombées dans le Rhin..I
Il y en eut une qui tombai
fur un Bateau armé, que cetJ:
accident fit enfoncer.Tous?!
ceux qui eftoient deflus fcû"
.,
fauverent
,
& le Bateau fuCn
remis fur l'eau le lende'main..r
Les Ennemis ayant travailles,
quelque temps à fe retran-.J
cher dans leur Camp à demy--;,
lieuë de Mayence) les Francois
firent far eux un feu
continuel d'une Redoute
qu'ils occupent dans une IfIe
du Rhin, & leur tuerent
plufieursTravàilleurs&quantité
de Chevaux. Le feu de
cette Redoute a entierement
détruit le Village de Roftheim.
Enfin l'Artillerie de
Mayence a fait tant de defordre
parmy les Ennemis,
que plufieurs de leurs Régimens
qui en eftoient fort
incommodez) ont efté contraints
de changer de quartier.
- On a conftruit a deux lieues
de Frankendal fur le bord du
Rhin
, v s à vis Manheim»]
à l'embouchure du Nekret
un Foie où l'on a: mis quatre
1 cens hommes, & neufpieces
de Canon pour battre tout 1
ce qui paffera fur le Rhin, 1
ou qui s' y jettera par la com- j
municanon du Ntkre.
< • j
Toas les Généraux des En" j
nemis ont tenu Conieil à j
Francfort
,
& nontfat aucane
démarche qui n'ait fait
voir le deffein qu'ils ont eu
d'affieger Mayence; mais en- I
fuiteils ont paru incertains, i
ayant fceu qu'il y a dix Bataillons
Colonels dans cette
Place avec des vivres,& des
munitions pour plus d'un an.
La Compagnie des Boimbardiers
y eft aufli avec Mrs Camelain
& de la Moche. Il y
a encore un Régiment de Cavalerie,
& un de Dragons;
& en cas de Siege) Mr de
Melac fe doit jetter dedans
avec trente Compagnies de
Grenadiers. M. le Marquis
d'Uxelles eneft Gouverneur.
Quoy que les Ennemis ayent
trouvé de grandes diflficultez
à faire ce Sregeyilsn'ont pas
iaifle de faire voiturer de
Francfort,&des autres lieux
circonvoifins,toutes leschofes
neceiïàires à la conftruction
d'un Pont fur le Rhin>
& plufieurs de IeursRegimens
ont defeendu vers Coblens
à mefure qu'ils font arrivez.
Nos Troupes eftoient cependant
cantonnées dans le*
Villages le longdece Fleuve,
à la referve de deux Camps,
l'un à Vormes, l'autre à Spire,
commandez par Mr le Marquis
de Tilladet> & par M. le
Comte de TefTé.Celles de;
M.de Duras, attendant ainft
fen repos que les Ennemis
cuffent pris leur party, n'ont
fait aucune démarche
,
&on.
n'a point fait joindre les équipages.
Le vin, le graine le
fourage ont efté toûjours en
abondance dans fon Camr.
L'éccnduë de cette Armée
tenoic depuis Mayence jufques
à deux heures de Landau,
dont les Fortifications
| font prefentement dans l'ellat
* où l'on a eu deffein de les!
mettre. Elles font d'une ma.,
nierp nouvelle - & ont efté,
inventées par M. de Vauban.
Les Battions font doubles. Il
y en a un grand qui en envelope
un plus petit
>
mais ce
petit eft plusélevé> & bat le
grand avec fon Canonj de
forte qu'on peuteflremaiftre
de ce premier Baftion & s'en
voir bicn-tolt chafle. Sept à
huit mille hommes travailloient
depuis long-temps à
fortifier cette Place.
Quant à M' de Baviere, il
eftoit campé le z. de ce
mois dans la plaine d'A uberch
, une lieue en deçà de
BrouiTclles, qu'il laifloit à fa
gauche. Brouflelles eft à quatre
heures de Philiibourg. CÔ
Prince sen approcha avec
deux mille chevaux pour
reconnoiftre la Place;. mais
il n'y demeura pas longtemps.
Mr Desbordes qui en
efi: Gouverneur, fit retirer fon
pontvolant. Quelques jours
après, M1* de Bavière s'appro.
cha de Philisbourg, n'y ayant
rien entre l'Armée &' la Place,.
& voulut fotcer un pont,,
quifut confetvé par desDragons
& des Grenadicrs.,que
l'on y avoit poftcz. Cet Electeur
n'avoic encore que quatre
Regimens d'lnfaneerie:l,
quatre de Cavalerie
3
de dtfux
en cas que vingr.jours après qu'il
fe fera rendu en perfonne en Angleterre
ils retournent à leur devoir
, & abandonnent Tes Ennemis.
Je ne VOJS parle point icy du Parlement
d'Irlande, vous aurez le
détailde tout ce qui le regarde avec
les Nouvelles d' Angleterre, Tout
ce que je vous en diray aujourcl'huy
eft
, que Londondery eft prefentemenr
affiegé
,
puis que le gros Canon
Se les Bombes font arrivées
devant cettePlace au commencement
de ce mois. Il a falu les yr
conduire par Mer. Comme il n'y a
pas d'apparence qu'elle refifte longtemps,
peut-tftre recevrez-vous la
nouvelle de fa prife aufîî-toft. que
cette Lettre.
Quoy que les Affaires d'Ecoffcaillent
très-bien pour Sa Majefié.
Britannique, il fcmbleque leprince
d'Otfange ait cel'es d'Irlandeplus
à caur, & que l'armemenr qu'on
croit prefenrement en eftat, foit
pour ce Royaume là. M. de Schomberg
doit enfin partir
,
aprèsavoir
faitmille & mille difficultez
, ôc
s'eftre
, pour amûjdire
,
fait faire
une Armée à fa fantaifie. Il s'eft
fervy de divers pretextes pour
differer fon départ
, comme s'il
fe fentoit menacé par quelque mau- A
vais prefage qui l'obligeai de le-r
.reculer, ou que de juftes remords 4--
rempefchaflent de ie mettre à la,
tefte des Troupes qu'il doit conduire.
Les affaires d'Ecode font en boa
eftat, & les demieres nouvelles pocp.
tent que fixcens Rebelles y. ont etw
core eue défaits.. Le Duc de Gourdorr.
ayant célébré dans le ChaiteauJ'Edimbourg,
le jour du rétabHlîemcntdui
Roy Charles II. l'exemple de ce gene.
reux & fidelle Sujet toucha les peuples
dela Ville; ils firent auffi des feux, &
dans la chaleur de la Fefteplufieurs
burent à la fanté du Roy Jacques VII.
& marquèrent fouhaiter qu'il fuft rétabli.
Quelques membres de la Convention
voulurent empefcher ces réjoiiilfances)
& le peuple prit des tifons
enflamez qu'il jetca dans leurs maifons.
LesEnnemis qui avoient paflé le
Rhin l'ont repaflé. AinÍÏ voilà déjà
une partie delaformidable Campagne
que les Allemans dévoient faire> employée
en mouvemens. Ils ont reconnu
plufieurs Places,Setentédiverfesentreprifes
fur des Forts & fur des Redoutes
, mais la faifon avar.cs plus
qu'eux. Les Gouverneurs de nos Places
font en eftat de les recevoir;ils
voudroient eftreaflîegez, & ceux de
Mayence,de Boiiii,,&de Mont-Royal
font des fouhaits pour cela.
Quelques efforts que la Cour de
Rome ,& celle de Vienne ayent faits
pour obligerles Suitfes à manquer de
dpearole, ils ont fait voir que l'exemple
l'Empereur, qui a manqué à la
fienne, en refufant de ratifier
-
le
Traité qu'il avoit fait, ne pouvoit
les engagera le fuivre. Ainfi ceux que
leur fermeté a chagrinez, doivent les
eftimer malgré eux; c'eft un effet du
mérite qui force nos Bnnemis à nous
eftimer, quand mefme il ne nous aiment
pas. Enfin lesSuites en gardant laNeutralité,onttravaillé au repos
de l'Europe) c'eft un faitinconteftable.
Quelques bruits quiayent couru, le
Roy de Danemarcnes'eft point encore
laiflé ébranler aux prenantes inftances \,-
des Ennemis du Roy,qui n'ont rien
oublié ponr le détacher de l'alliance
r qu'il a avec Sa Majefté. Ce Prince fait
voir au contraire une fermeté digne
d'admiration, & je vieus d'apprendre
de fort bon lieu qu'il s'oppofe au paf-*
fage des Trouves Suedoifes qui veulent
allerjoinnddrree les AAllllii'eczz..
On a publié icy une Déclaration de
Guerre contre riTfurpiteurd'Angle-
Nterre, & [es Fauteurs& Adherans,
dont je vous entretiendray au premier
jour. Je fuis voftre, &c.
AParisce30.Jnin1689.
Les dernieresNouvelles dIrlande
portent que la Tranchée nA eftè ouverte
devant Londonderry, que le 13. de
ce mois ; que les Affiegeans ont pris un
Fort qui coupe les moulins d'avec la
f/7/? ; que quelques P:--oteftans Anglois
qut fe font jettez dans cette Place ont
fait croire aux Affiegez. que le Vice-
JÎmiralHerbert avoit entièrement défait
la Flote de, France, & que fur ce
faux rapport on avnit fait de grandes
réjottijfances à Londonderry.
T A B L E-L.
Lettre curieufe. V-f
Lettre en Profe & en Vers. ry
MortduConeltable Colonna, avec plufieurs
chofes qui regardent fa peifonac & [a
Famille.. S'
Mort de laReyne deSuede. if
Mort de l'ArchiducheiTe
>
reur.. Soeur de l'Empe- 101
Lettre en Monofillabes.TOJ
Conrolation à une Dame fur un Fils qui.lu)"
eitéchapépouraller à l'Armée. 103,
Ce qui s'eft parteau Voyage de M. le Duc
de Savoye à Pife. 117
Atticle curieux , qui fiait voir qu'il y a prés
de io. ans que la Maifon d'Auitriche a
tiavaillé à (é rendre maiftrclfeduSpirituel
&du Temporel de rEvefché de ziege»
& qu'elle a voulu difpofer de l'Eledorae
de Cologne. iro Hiftoire. 191
Article touchant le dernier Combat Naval
donné entre les François , & la Flote d&
l'Usurpateur d'Angleterre. l.2..f.
Me de la Terriere eft éleuë Superieuie dll:
Convent de la Vifitation de Sainte Marie
Mde Villefroanche.rts. 13t. 136
Regiment de zanguedoc donné à M. le
Marquis d'Amin.l.~&, Belle adtion de M. le Marquisde Thiange..
17Jc
Charge donnée par le RQe 176
Pluûcurs Gouveinçmcns donnez par ic Roy.
i76
PriCe del'lfle defaintEuftache. 185
Combat de deux Fregates françoifescontre!
deux Vàiffcaux Hollandois. 18;
Départ de M. le Chevalier de Tourville des
leres)avecto.*VaifleauMx duRoly. f Prifee de trois VaifreauxAnglois. 194
DépartdeBreftde M.le Chevalier deCbâteaurenaultavecdixVaifleauxduRoy.
19*»
Nouvelles de rlandres. 2.9e i
M. l'Abbé de la Montagne prcfche devant t
le Roy le jour de la Pentccofle.JGJ
Bénéfices donnez par le Roy. 301
Emblème. JIJ
Etat des Affaires d'Allemagne pendant tout
Ele mnoisidegJumin. e.J41316 Affaires
d'Angl.d'Ecoffe&d'Irlande. 344, ;
Retour de quelques Troupes Allemandes qui
avoient pafle le Rhin. H*
Ratification du Tiaitc de }leutlalitèî"ait <
avec le1; Suifïes.!~ FermetéduRoy de Danncmars. 357
L Avis pour placer les figures. 'Air qui commence par, CeJJel^j beaux
iours, doit regalder la page11j.
La Médaillé doit regarder la page JOJ.
L'Air qui commence par, Dans lafaifon 3 ionregarderlapagej+4.
',/}; s (/f1: (1---'-/ tlf
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