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1689, 05, t. 6 (Affaires du temps)
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Library oftheUniversity ofMichigan
TheCoyl Collection.
Miss JeanL.Coyl
ofDetroit
in memory
ofherbrother
Col.William
HenryCoyl
18.94.
1689 де
Allai 7
j
1
SIXIE'ME PARTIE
DES
AFFAIRES
DU TEMPS.
&de Partierde May 1689 .
Chez
A PARIS ,
MICHEL GUEROUT ,
Court-neuve du Palais ,
au Dauphin.
M. D C. LXXXIX.
Avec Privilege du Roy.
840,6
M558
1689
may
pt,2
Coyl
Gottschalk
10.14.55
88594
S$225522525SSS225
AU LECTEUR.
L
E fuccés qu'ont eu ces Lettres
fur les Affaires du Temps ,
m'a fait pouffer la matiere plus
loin que je n'avois cru . Elles forment
un genre nouveau d'Hiftoire ,
qui contient un recueil de pieces ,
liées par des raiſonnemens & par
des faits , de la verité defquels tout
le Public eft fi bien perfuadé , qu'il
eft impoffible de ne s'y pas rendre.
Toutes ces Pieces ont efté imprimées
ou prononcées publiquement ,
qu regardent les A&tes du pretendu
Parlement d'Angleterre . On dira
que la plufpart font connues , &
qu'il faudroit qu'elles fuffent rares
pour donner du prix à cette Hifa
ij
AU LECTEUR .
toire. Cependant fi on n'en prend
pas plufieurs copies dans le temps.
qu'elles paroiffent , on a peine enfuite
à les retrouver , & d'ailleurs
qui voudroit avoir tout ce que j'ay
mis en fix Volumes , outre qu'il
l'auroit fans ordre , feroit contraint
de garder en papiers inutiles , plus
que trente de ces pieces ne contiennent
, parce que plufieurs font
accompagnées de beaucoup de
choles dont il n'auroit pas befoin.
Elles inftruifent peu où elles font
mais on voit dans les Lettres fur
les Affaires du Temps , l'occafion
qui les a fait faire , la politique qui
a fait agir ceux qui les ont faites
ce qui en a refulté , & enfin elles
ont fervy à former un corps d'hiftoire
, qu'on a lieu de croire d'au- >
tant meilleur , qu'il a fortement
AU LECTEUR
excité la bile de M. Jurieu , Miniftre
à Roterdam , connu par un
emportement fans bornes , & par
des calomnies eternelles qu'il répand
fur ceux qui ne font pas attachez
à fon party. Il a vomy contre
moy un torrent d'injures qui ne
m'ont caufé nulle émotion , &
comme il n'arien dit de l'Ouvrage ,
& que des injures n'ont jamais paffé
pour des raiſons , cela me fait voir
qu'il a creu trouver mieux fon
compte à attaquer ma perſonne ,
parce qu'il y a des lieux communs
qui fourniffent des injures , & qu'il
n'en eft pas de mefme quand il
s'agit de répondre à un Ouvrage,
remply de raiſonnemens qu'il faut
détruire quoy qu'il y ait peu
d'hommes exempts de defauts ,
& qui ne puiffent eftre justement
1
a iij
AU LECTEUR.
repris
par de
plus
éclairez
qu'eux
.
Ce
qu'a
dit de moy
M. Jurieu
eft
fi
vifiblement
reconnu
pour
faux
,
qu'il
eft aifé
de juger
que
ne fçachant
qui je fuis
, il a harzardé
des
injures
generales
, perfuadé
qu'il
pourroit
les faire
croire
à ceux
de
Hollande
qui
ne me
connoiffent
pas plus
que
luy. Je ne m'en
étonne
point
. Il eft fi accoûtumé
aux
in.
vectives
, que
parmy
les Proteftans
mefmes
, qui
dit
Furieu
, dit
Injurieux
. Pour
faire
voir
qu'il
ne
m'a
point
chagriné
, j'avertis
ceux
qui
voudront
fçavoir
ce qu'il
a dit
contre
moy
, qu'ils
le trouveront
dans
fa cirquiéme
Lettre
Paftorale
de l'année
trojfiéme
. La
peur
qu'il
a euë
que
je ne la viffe
pas
, l'a
l'a
obligé
à me
l'envoyer
par
la Pofte
.
Il a eu raifon
, car
on fe met
icy
peut
AU LECTEUR .
en peine d'acheter les injures qui
viennent de Hollande ; mais quant
à cette Lettre Paftorale , ou plûtoft
ce recueil de calomnies , je puis
l'affeurer qu'il a efté veu de beaucoup
de gens , parce que je me fuis
fait un plaifir de le montrer. Je n'y
fuis pas le feul qu'il attaque. Il répand
fa bile dans le mefme Ecrit
contre des perfonnes d'un rare fça
voir , d'une vertu éminente , &
qu'un vray merite a élevées aux
plus hautes Dignitez de l'Eglife . Il
y en a encore d'autres qu'il n'épargne
pas fur les nouvelles qu'ils
donnent toutes les femaines , quoy
que ce foit avec beaucoup de juftice,
le Public en eft fatisfait . I
doit prendre garde que les Ecrivains
de France font bien differens
des autres . Ils font Sçavans , eftiAU
LECTEUR.
mez , & leur naiffance quand elle
a quelque diftinction , n'eft pas un
obftacle qui les arrefte lors qu'ils
ont occafion de faire voir leur efprit.
Le nombre n'en eft pas grand ,
mais ils écrivent jufte , & on ne
peut lire leurs Ouvrages fans ſe
détromper des fauffetez de l'accablante
multitude des Ecrivains
de Hollande . S'il n'avoit efté
queſtion que
de moy feul , j'aurois
parlé comme un galant homme
doit faire de foy- mefme , mais la
referve où la modeftie m'engage
fur mon article , ne me deffend
de donner aux Ecrivains de France
les louanges qu'on leur doit . Si on
veut connoiftre la naiflance & les
emplois du Miniftre Jurieu , on les
trouvera dans la troifiéme Partie
des Affaires du Temps , page 307.
pas
AU LECTEUR.
Celuy qu'il a aujourd'huy eft de
faire ce qu'il ne confeille pas, &
de travailler fort commodement à
des Libelles fous le titre de Lettres
Paftorales , qui fans remplir ce que
ce titre promet , ne contiennent.
prefque autre chofe que des raifonnemens
fur ce qui fe paffe dans
l'Europe Il accable de fes Lettres
tous les nouveaux Convertis de
France qui ne les demandent pas ,
& les fait tomber entre leurs mains
par la Pofte . Il les exhorte à fouffrir,
aprés s'eftre tiré du peril pour ne
leur en pas parler de trop prés ;
mais quand on ne dit rien par
l'exemple, les paroles touchent peu..
Jamais homme n'a efté plus feditieux
dans fes Ecrits , ny eu des
maximes plus fauffes , plus pernicieufes
& plus deteftables ; elles
AU LECTEUR.
font telles qu'on n'y fçauroit penfer
fans horreur . Perfonne n'a pû éviter
l'injufte éclat de fa bile noire , & la
plufpart des Proteftans mefmes
n'en ont pas efté exempts , quand
leursfentimens n'ont pas efté conformes
aux fiens. Je ne dis point
qu'il eft vifionnaire plus qu'home du
monde ; fesPropheties en font foy,
il n'en faut point d'autre preuve.
L'Hiftoire du temps n'a pas feulement
deplû au Miniftre Jurieu ; on m'a
écrit de Hollande que les veritez dont
elle eft remplie font fouffertes impatlemment
des François qui s'y font refugiez
, & qu'ils y preparent une réponfe
. Cependant en voila déja le
fixiéme Volume donné au public , &
cette réponſe ne paroift point. Il y a
grande apparence , que ne pouvant accufer
de fauffeté les pieces qui la compofent
, ils ne fçavent qu'oppofer aux
raifonnemeus
que j'en ay tirez . Ainfi je
AU LECTEUR.
voy bien que toutes les réponfes qu'ils
pourront faire, confifteront en éloges
du Prince d'Orange , & qu'ils tâchefont
de prouver que ce Prince n'eft
pas un Ufurpateur . Cependant s'ils fe
voyoient obligez à dire de bonne foy
ce qu'ils en penfent , ils ne le pourroient
nier , & le Prince d'Orange
n'en difconviendroit pas luy-mefme.
Je ne doute point qu'il ne fuft faché
de laiffer croire qu'il feroit monté au
Trône fans avoir cherché à s'y élever,
& fans que l'on fuft perfuadé qu'il
deuft ce haut rang à fes intrigues & à
la force de fon efprit. Comme il ne
trouveroit pas de gloire dans fon innocence
, fon but eft de fatisfaire fon
ambition , fans fe mettre en peine des
moyens , & il eft de ceux qui croyent
qu'il n'y a point de crimes honteux
quand on les fait
pour regner.
Je feray voir dans la feptiéme partie
de cette Hiftoire , que cettte efpece de
mauvaiſe gloire , eftant plus facile à
AU LECTEUR.
acquerir que l'on ne penfe , les crimes
heureux n'en donnent pas autant que
Pon s'imagine . Quant à ceux qui tâchent
de juftifier ce Prince , c'eft leur
intereft particulier qui leur fait dire ce
qu'ils font bien éloignez de croire . Ils
fe flatent de tirer de l'utilité de fes
crimes, & ont de la joye de le voir agir
comme leur paffion le demande , mais
ils ne peuvent fe déguifer à eux mefmes
qu'il eft Ufurpateur dans toutes
les -formes.
Je fais obligé de déclarer , pour
rendre juftice à quelques Auteurs qui
me paroiffent d'un fort grand merite ,
& dont on voit depuis quelques mois
courir des Lettres pleines d'érudition
& d'une tres-fine politique , que je
nay pas pretendu confondre leurs
Ecrits parmy ceux dont j'ay parlé
dans les premieres pages de cette
fixiéme Partie.
2009 D AA
** 100 -
AFFAIRES
AFFAIRES
DU TEMPS
CADA (1)
SIXIEME PARTIES
Yosuos yod broj
E ne fuis point éton
né, Madame, que lo
commendement de
ma cinquième Lettre
fur les Affaires du Temps ,
air receu aucant d'approba-
A
2 VI. P. des Affaires.
tion dans voftre Province
que vous me le témoignez ,
Ce n'eſt pas à moy que la
gloire en eft duë , mais à la
force de la verité , qui s'eft
fait fentir d'une maniere à
ne pouvoir s'empefcher d'être
convaincu , que le Roy n'a
contribué en aucune forte
aux troubles qui agitent aujourd'huy
toute l'Europe , &
que l'Empereur a feul allumé
la Guerre , dont elle va eftre
déchirée , & quia déja com,
mencé d'accabler la veritable
Religion & de la faire bannir
de trois Royaumes , où
du Temps .
elle commençoit à refpirer.
Ce fait cft fi clairement & fi
fortement prouvé , que ceuxmefmes
qui fouffrent impatiemment
la gloire de noltra
Auguſte Monarque , avoüent
que je n'ay rien dit là deffus
qui puiffe eftre combatu , ou
du moins qui puiffe l'eftre
avec aucune ombre de juftice
Nous n'avons point d'es
xemple que l'Europe ait ja
mais efte en guerre de la
maniere qu'on l'y voit prefentement.
Lors qu'elle a efté
toure en armes , les Souve
A ij
VIP des Affaires
O
que
rains s'attaquoient les uns les
autres , ou du moins chacun
d'eux fe partageoit felon q
fon inclination ou fon inte-
Feſt l'obligeoit à le déclarer
pour l'un des partis qui fè
formoient ; mais aujourd huy
tous les Etats font liguez
contre la France . Le mefme
reffort qui fait mouvoir les
uns, fait agir les autres , il n'y
a qu'une feule intrigue . Ce
que l'on connoift de plus
faint s'eft uny avec fon con
traire. On a paſſe par deffus
tous les égards qu'on devoir
avoir ; on a trouvé la puif251
29
brillante
du Temps.
fance du Roy trop étendue ,
& fa gloire trop
elle a bleffé les yeux , & on
a cru qu'il falloit travailler à
en diminuer l'éclat 3 quelque
fang qu'il en puft courer à
FEurope , & quelques pertes
que puft faire la Religion
Catholique . Le chagrin &
la jaloufie que les grands fuccés
de Sa Majefté font prendre
aftantode Puiffances
n'ayant efté que
chec qui les a fait armer
contre ce Monarque , ils en
ont cherché d'autres , ou plûtoft
ils ne fe font mis en
A iijlov
la caufe ca
6 VI. P. des Affaires
44
peine d'en trouver aucune
mais ils ontofi bien embar
raflé les affaires qu'ils ont
réüffi à les brouiller, Rome
a commencé à refufer à la
France les Privileges dont elle
eft en poffeffion , & qui font
confirmaz par des Traitez »
l'Empereur affuré qu'elle ap
puyeroic fes deffeins, en a ufé
à l'égard de M le Cardinal
de Furftemberg d'une maniere
infoûtenable, à moins qu'il ne
fuft certain que quelque tout
avantageux que puffent prendre
les chofes pour cette Eminence
le Pape n'approuveroit
du Temps. 7
, quoy
point fon Election ,
qu'il n'euft aucunes raifon
valable
pour luy refuler
des Bulles , & que ſans cela ,
il ne fut pas en droit de le
faire . Le Prince d'Orange
de
fon cofté avec tout le parry
Proteftant
, avoit promis
à
tous ceux qui s'eftoient
reti
rez de France, qu'il les y réta
bliront fi tolt qu'il feroit reconnu
Roy d'Angleterre , affeurant
qu'il avoit des intelligences
avec les nouveaux
Convertis de ce Royaume a
qu'il donneroit l'épouvante à
toutes les Coltes , & qu'il
A iiij
8 VI. P. des Affaires
cftoit impoffible qu'elles fuffent
toutes affez bien gardées,
pour l'empefcher de trouver
a defcendre par quelque en .
droit avec une Armée for
midable , & qui feroit ſecondée
par
les
Rebelles
du
dedans
, qui
ne
manqueroient
pas
de
fe
déclarer
auffi
- toſt
qu'il
paroiftroir
.
Outre toutes ces chofes qui
eftoient fi connues qu'elles
faifoient feules l'entretien
public , on avoit fait plufieurs
Affemblées à Minden
& à Aufbourg pour prendre
des mefures contre le Roy.
1
du
Temps .
Je ne repeterien icy des
trois ligues dont on fit fit les
projets ; j'en ay parlé dans
ma feconde Lettre , & je ne
pretens point reprendre cette
matiere. Le peu que j'en
dis n'eſt que po que pour en faire
en rafraîchir la memoire
commençant cette fixiéme
Lettre , dans laquelle je parleray
d'abord des affaires de
France avec les autres Etats .
& finiray par ce qui regarde
uniquement l'Angleterre, l'Ecoffer&
M'Irlande.A
810-
- Jamais il n'a paru tant d'Ecrits
que l'on en voit aujour
10 VI. P. des Affaires
un
吧
d'huy fur les mefmes maticres
, & jamais ils n'ont efté fi
peu differens les uns des autres
, la plupart n'eftant dif
ringuez que par leurs titres &
mais il eft à remarquer que
la Hollande feule en eft rem
plie , & que lors que dans
puiffant Etat il fe trouve à
peine deux ou trois perfonnes
qui écrivent fur les évene
mens journaliers une petite
Republique.comme celle de
Hollande , en fournit un fi
grand nombre qu'il feroit
malaiſé de le compter , Ce que
l'on peut dire là - deffus , c'eſt
duTemps. 11
qu'il y a une grande difference
de leurs Ecrits à ce qui s'est fait
dans les autres temps .On écri
voit une Hiftoire fuivie, & la
plufpart des Auteurs eftoient
gens connus , & diftinguez ,
Ceftoient perfonnes de mare
que qui avoient prefque tous
efté confidens des Princes &
des Rois , & des Miniftres , &
Miniftres mefme , & il y en
a beaucoup qui ont traité
des affaires dont ils fe font
mêlez , & des negociations
qu'ils ont faites . On ne mettoit
alors rien au jour qui ne
puft pafler pour un veritable
12 VI. P. des Affaires
Ouvrage ; on faifoit des
volumes , & non des feuïlles
volantes . Tout ce qu'on écri .
voit eftoit digne de trouver
place dans les Bibliotheques
,
& meritoit d'eftre confervé
à la poſterité , mais le vent
peut emporter la plupart des
Ecrits qu'on fait aujourd'huy?
Tous les Auteurs fe cachent ,
parce qu'ils fuivent plus leur
paffion que la verité , & que
leurs Ecrits ne peuvent pal
fer que pour des Satires .
Comme ils ne font point
connoiſtre leur nom , ils crai
gnent peu d'avoir à rougir ,
du Temps.
13
quand on trouve que leurs
injures fonts fades ou que
leurs Hiftoires ne font pas
fidelles. La caufe de ce torrent
d'Ecrits dont l'Europe eft
inondée, vient de la liberté
qu'on laiffe en Hollande d'é
erireitout ce qu'on veut. Il ne
faut point de permiffion pour
alas & on dit que c'eſt le
privilege du Pays . Les hommes
font affez naturellement
portez à mal faire malgré la
juftice, leur confcience , &
hes défenfes qu'on leur peug
faire , fans qu'ils y foient
encore excitez par une liber14
VI. P. des Affaires
té fi condamnable . Le privi
lege de mal faires eft un pri
vilege qui repugne aux bon!
nes moeurs , & à l'équité , &
ceux qui le donnent ne doi
vent pas s'en glorifier . Par là
l'Hiftoire fe voit alterée , &
n'a point d'ordre; elle eft fans
aucune fuite, & mife en lam
beaux . Chacun traite lessen,
droits qui conviennent à ſon
genie ou à fa paffion , & qui
peuvent donner lieu à la Safire.
Ainfi on fe forme une
mariere à ſa fantaiſie , pour
avoir lieu d'en parler felon
fon emportement. Ce qu'il y
du Temps .
aide fort fingulier , c'eft que
la plufpart de ces Ecrits font
contre la France, & qu'ils font
mefme prefque tous faits par
des François , car les bons
Hollandois ne font
pas capables
d'écrire deux lignes , &
tout ce qu'ils fçavent , confifte
à bien calculer . Cependant
comme ces Ecrits les
flatent, & que l'on croit facilement
ce qui plaift, ils ſe tiennent
juſtifiez de beaucoup de
chofes , ne trouvant rien dans
tous ces Ecrits qui ne foit
fort à leur avantage . Ce n'eft
pas que ceux qui les font
16 VI. P. des Affaires
J
foient perfuadez de ce qu'ils
écrivent là deffus , mais ils fe
croyent obligez de payer par
le bien qu'ils difent des Hollandois
; & de leurs Alliez ,
la permiffion qu'ils ont en
Hollande de dire du mal de
toutes les Nations . Certe liberté
ne laiffe pas neanmoins
d'eftre fouvent refferrée à
parler contre la France , &
fors qu'ils attaquent quelques
autres Souvarains , leur emportement
eft plus moderé ,
& ne s'étend qu'auffi loin
qu'ils penfent eftre obligez
de le faire aller , pour les ani.
du
Temps.
17
mer contre la France. La raifon
de ce déchainement des
François contre leur Patric ,
eft premierement pour fe
rendre dignes de l'azile qu'on
leur donne , & en fecond lieu ,
parce que s'eftant trouvez
contraints d'en fortir , ils ne
fçavent comment répandre
leur bile fur le Gouvernement
& fur ceux qu'ils,
croyent leurs Ennemis ; &
fous pretexte d'écrire fur les
matieres courantes , ils fe
vangent aux dépens de la
verité , ce qui rend l'Hiſtoire
fi defigurée qu'on a de la
B
18 VI. P. des Affaires
peine à la reconnoiftre. Ont
ne fuit point les évenemens
felon qu'ils arrivent, ainſi que
je m'attache à les fuivre dans
toutes mes Lettres fur les Affaires
du Temps. Auffi je ne
vous les envoye pas tous les
mois , mais feulement lors
que la matiere fe trouve cu
rieufe , & abondante ; au lieu
que la paffion de ces Ecrivains
leur met toûjours la
plume à la main Quoy qu'
une affaire foit finie , ils ne
& ils le font
laiffent pas de recommencer
à en parler
tous quelquefois d'une ma
niere fi differente que leurs
du Temps. 19
manifeftes.
Ecrits ne font pleins que de
contradictions
Cela eft caufe que rel qui pre
tend parler contre la France
la juftifie bien fouvent fans
en avoir le deffein , & fans
qu'il s'en apperçoive . Il eft
aifé de juger par toutes ces
chofes que la verité ne peut
regner
er dans des écrits de cette
nature , & que des gens qui
fe cachent la difent fort ra
rement. Ce n'eft pas que ceux
qui cherchent à ne rien dire
qui foit contraire à la verité
ne puiffent eftre fujets à faire
des fautes , mais s'ils la blef-
MAS
B150
20 VI. P. des Affaires
fent , c'eft fans le fçavoir ,
& il eft toûjours certain que
fors qu'un homme connu
manque en quelques circonftances,
il le fait de bonne foy,
& qu'il oft trompé luy- mefme,
c'est ce qu'on ne fçauroit
dire de la plufpart des Au
teurs qui cachent leur nom ,
puis qu'ils ſe plaiſent ſouvent
à diffimuler la verité , afin
d'avoir lieu de répandre leur
venin contre ceux qu'ils ont
deffein de noircir, & de parler
à l'avantage des autres dont
ils prennent l'intereſt .
L'imprudence fait qu'en
commençant à écrire fur une
du
Temps.
21
as dû
affaire qui n'eft qu'à peine
embarquée , on dit fort fouvent
des choſes que la politique
fait connoiftre dans fa
fuite qu'on n'auroit pas
laiffer échaper . Lors que l'on
a travaillé à s'unir contre le
Roy afin d'allumer la guerre
qui embrafe aujourd'huy l'Europe,
& qui a déja cauſe tant
de perte à la veritable Religion
, on n'a regardé que
gloire qu'on s'imaginoit devoir
eftre remportée fi on
ofoit attaquer la France . On
a fait fonner les Ligues desir
Princes Confederez , & on a
la
22 VI. P. des Affaires
dit tout ce qui eftoit necef
faire pour juftifier le procedé
que Sa Majefté tient aujourd'huy
fans confiderer
que la poltique vouloit qu'on
tinft un autre langage peu de
temps aprés , afin de rendre
la France odieufe. Voicy ce
que j'ay trouvé fur ce fujet
dans ce qui a efté imprimé en
Hollande. Ce font differens
articles tirez de divers Ecrits ,
mais les termes font les melmes,
& je n'y ay rien changé.
Enfin le Roy de France s'eft
déterminà la guerre malgré qu'il
en ait en.
du
Temps.
23
Mais comme il est de la politique
de prévenir fes Ennemis,
le Roy tres- Chreftien n'apas voulu
y manquer. Il n'a pas dû
ignorer les brigues quife faifoient
contre luy dans l'Europe .
L'Empire n'a rien témoigné
tant qu'il a eu quelque chofe à.
craindre du Turc. Les Alliez
ont fait de mefme , tant qu'ils
Pont vu embaraßé contre cette
Puiffante mais enfin du moment
qu'ils l'ont veuë terraßée ,
&hors d'estat de pouvoir le
relever ; du moment auſſi qu'ils
ont cru la France extrêmement
décbxë par la divifion qui regne
24 VI. P. des Affaires
chez elle, ils ont levé la tefte »
ontformé degrands deffeins.
On croit qu'il eft de l'intereft
de toutes les Puiffances , d'affoiblir
la France avant que
mort du Roy d'Espagne arrive.
Comme la France ne vondroit
point de guerre , elle ne
veut pas pouffer les chofes à
Pextremité.
I
4
Aprés avoir expofé un fait
de cette nature & de cette
confequence , les raifonnes
mens qu'il pouvoit fournir
n'en devoient pas être entierement
éloignez, & il n'y avoit
pas d'apparence qu'ils duffene
rouler
du Temps.
25
Fouler fur le contraire. C'est
cependant ce que l'on a fait
par une paffion & par un
aveuglement inconcevables ,
& c'eſt ce qui fe fait encore
tous les jours . Tous ceux qui
fe mêlent d'écrire , ne parlent
que de l'injuſtice de la France
touchant cette guerre. Ils fe
tirent groffierement par là
de l'embaras où ils font , puis
que fuivant le fait qu'ils ont
expofé , ils ne peuvent juftement
fe plaindre des Conquestes
de Sa Majeſté , ny de
tout ce qu'Elle fait pour
les
conferver ; & pour empêcher
C
26 VI. P. des Affaires
que fes Ennemis
, qui fe font
liguez en fi grand nombre
,
n'ufent
de furpriſe
pour entrer
dans fes Etats . Mais leur
but eft, de condamner
tout ce
que fait ce Prince, meſme jufques
à fes actions
les plus
loüables
, de forte qu'ils les
empoifonnent
toutes , poul
fez par les motifs dont je vous
ay déja entretenuë
, & que je
ne croy pas devoir repeter ;
mais pour ne point parler
comme
eux contre la verité ,
& pour fuivre le fait qu'ils
ont exposé
eux- mefmes
, &
qu'ils ont exageré
en pludu
Temps.
27
fieurs endroits je veux m'en
tenir à cette verité , Qu'on a
forcé le Roy à faire la guerre.
C'eft une chofe à laquelle on
n'a rien à repliquer , aprés les
divers articles que je viens de
rapporter là - deffus , & il faut
neceffairement que l'on demeure
d'accord que ce n'eft
pas le Roy qui trouble le repos
de l'Europe , puis qu'on
dit qu'il s'eft déterminé à la
guerre malgré qu'il en ait eu.
Ce fait pole fu vant la verité,
& fuivant tous les Ecrits de
Hollande va plus loin
l'on ne croit , puis qu'il conque
Cij
28 VI. P. des Affaires
fond tout ce que les Ennemis
du Roy publient aujourd'huy
au defavantage de fa gloire.
On a parlé des Ligues qui fe
faifoient contre, luy, & du
grand nombre d'Ennemis qui
le devoient accabler ; on ne
doit point s'étoner que l'ayant
fceu , il ait cherché à les prévenir
, & les fuites de cette
guerre ne doivent point furprendre
, puis qu'il a dû en
fage Politique , prendre fes
précautions pendant que le
Ciel favorifoit fes armes,pour
n'eftre point accablé dans la
fuite par ces Ligues d'Ennedu
Temps .
29
mis nombreux , qui ont affez
fait connoiſtre de quoy ils
feroient capables , puis qu'ils
ont égorgé la plupart des
François prifonniers , & exercé
leur fureur jufque fur les
Malades. Tout ce que je viens
de vous dire , juftifie le Roy
touchant l'affaire du Palati
nat , fur laquelle on tâche de
knoircir , & qu'on regarde
malicieufement
avec des yeux
tout- à- fait contraires à la maniere
dont cette action devroit
eftre veuë. Cependant
Sa Majesté n'a rien fait qui
ne luy ait efté preferit par
Cij
30 VI. P. des Affaires
une bonne politique, & que
tous les habiles Conquerans
n'ayent fait avant luy. Les
Rois font obligez de travailler
de tout leur pouvoir pour
empefcher la ruine de leurs
Etats , & ne pas fouffrir qu'on
les envahiffe. Outre cette
obligation generale , le Roy
qui penetre tout par fes lumieres
, voyoit qu'aprés tous
les foins qu'il avoit pris
pour faire fleurir la veritable
Religion , on vouloit en
luy declarant la guerre
détruire ce qu'il avoit fait
en fa faveur , & foûlever
contre luy fes propres Sujets.
du Temps.
31
Il voyoit contre luy un Ernpereur
, des Rois , un grand
nombre
d'autres
Souverains
& des Republiques
. On le
menace
de ceux qui luy doivent
une entiere obeiffance
;
on l'oblige
à garder toutes
fes Coftes ; Rome mefme entre
dans la confpiration
&
n'examine
point fi les Proreftans
y font en plus grand
nombre
que les Catholiques
.
Il fuffit qu'il s'agiffe d'accabler
la France , & de nuire
au Roy , qui s'est déclaré
Protecteur
de la Relic
gion Romaine
, & quia plus
C iiij
32 VI. P. des
Affaires
fait que fept de fes Predecef
feurs enfemble pour l'intereft
de l'Eglife , la Cour de Rome
entre auffi.toft dans le def
fein d'affoiblir une Puiffance.
dont elle tient tout ; & pour
ne luy pas laiffer un feul Amy,
elle abandonne le Roy d'Angleterre,
comme je le diray
dans la fuite , & détruit en un
feul jour , tout ce que ce
Prince avoit fait pour la gloire
de Dieu en plufieurs années
, & toutes les efperances
de ce qu'il pouvoit faire
dans la fuite . Quel party doit
prendre dans une occaſion de
du
Temps.
33
cette nature , un Souverain
contre qui tout fe declare, &
fur tout un Souverain comme
le Roy de France , aimé de
Les Peuples , qui fe repoſent
fur fa vigilance du foin de
leur feureté Ne doit- il pas
empefcher autant qu'il luy
cft poffible , l'invafion que
tant d'Ennemis fe vantent
publiquement de faire dans
le Royaume ? Son devoir l'exige
de luy , fa Religion le
demande , & la politique le
veut. Il previent donc fes
Ennemis parce qu'il eft feul
auffi puiffant que tous ceux
34 VI. P. des Affaires
qui le menacent, & qu'il fçait
conduire les affaires avec une
prévoyance plus fage , & une
prudence plus confommée.
Comme ils ont eu l'impru
dence de le menacer troptoft,
il tâche à fe mettre à couvert
de leurs projets , avant qu'ils
foient en état de les faire reuffir,
& travaille à leur boucher
les paffages , par où ils pourroient
entrer dans fes Eftats .
Il prend Philifbourg , & il
offre en meſme temps de
rendre cette Place demantelée,
& mefme Fribourg , pour
marquer qu'il ne cherche que
du Temps. 35
la paix , & qu'il n'en veut
point à l'Allemagne. Il n'y
en a jamais eu de preuves
plus convainquantes que ces
offres. On ne les a point te
nuës fecretes, & elles ont efté
imprimées & renduës publiques
par ordre de Sa Majeſté ;
mais quelque avantageuſes
qu'elles foient , elles ne font
pas écoutées , & quoy que ce
Prince montre par là à toute
la Terre qu'il n'a aucune intention
de faire des Conqueftes
en Allemagne , on
refout de luy faire la guerre
comme à un Monarque qui
38 VI. P. des Affaires
a fait deffein de l'envahir , &
Fon veut que ces pretextes
fervent pour armer contre
luy un monde entier d'Ennemis,
s'il m'eft permis de parler
ainfi , parce qu'on ne fçauroit
fuporter l'éclat de fa gloire ,
& qu'on aime mieux mettre
toute l'Europe en feu , faire
détrôner des Rois , fe liguer
avec des Etats qui fe font
fouftraits de l'oberffance de
leur veritable Souverain !
comme on fçait qu'ont fait
les Hollandois , & rifquer à
perdre la veritable Religion ,
& celle que l'on profeſſe.
du
Temps.
37
Enfin on eft plus aife de
donner lieu à l'Empereu
Othoman de reprendre fes
forces pour continuer un
jour de perfecuter les Chrêtiens
, que de ne pas employer
B
toutes celles de l'Europe ,
pour accabler un Monarque
beaucoup plus confiderable
par fes vertus politiques , &
morales que pár la vafte
étendue de fes Etats . Le Roy
ayant reconnu qu'il n'y avoit
point de temps à perdre pour
fe garantir de l'invafion de
tant d'Ennemis , qui facri
fioient leur gloire , & leur
38 VI. P. des Affaires
Religion pour fatisfaire leur
injufte haine , refolut de s'emparer
du Palatinat. Quand il
ne l'auroit fait que parce que
l'Electeur Palatin eft un des
principaux
Auteurs de cette
Guerre , comme il eſt prouvé
dans le Manifefte de Sa Majesté
cette raiſon eftoit plus
que fuffifante pour autorifer
la France à fe faifir de fes
Etats. Plus on fe voit d'Ennėmis
en tefte plus la politique
oblige à fe fervir de fes
avantages . On les attaque fe
parément fi l'on peur ; on
combat celuy qui eft le moins
du Temps . 39
en eftat de défenfe , ou dont
la ruine peut empeſcher que
tout le mal qu'on fe prepare
à nous faire n'ait fon plein
effet. Outre toutes ces raiſons
qui font d'un grand poids ,
le Roy fe trouvoit obligé
de faire rendre juftice à Madame
, touchant la fucceffion:
qui estoit retenue à cette
Princeffe par l'Electeur Palatin,
Sa Majesté avoit donné
des délais , Elle avoit envoyé
des Miniftres fçavans dans les
matieres de Droit pour difcuter
cette Succeffion ; mais
les chofes cftant toûjours de40
VI. P. des Affaires
mefme meurées dans le
eftat , le Roy voulut bien
s'en remettre à la mediation
du Pape. Cependant
toutes les bontez de ce
Monarque furent inutiles ;
rien n'avança , & l'on découvrit
mefme que la Cour
de Rome faifoit exprés rrainer
ce differend en longueur,
afin de donner le temps aux
Princes liguez contre le Roy
de fe mettre en eftat d'agir.
Rien ne devoit tant laffer la
patience de ce Prince qui
avoit accordé tant de delais .
& tenu ‹unc procedé fi hone
du Temps. 41
nefte. Il eſt parlé de cette
mediation dans le Manifefte
de l'Empereur contre la
France , & il y eft dit que la
mediation n'a pas eu lieu , parce
que Sa Majesté n'a pas envoyé
de Miniftre au Pape qui
buy fuft agreable . Il feroit fort
difficile d'apporter une raiſon
plus mauvaife que celle- là .
Auffione fe trouve t- elle que
dans le Manifefte de Sa Majefté
Imperiale , la Cour de
Rome ne bayant point allee.
guée mais elle a fait encore
plus mal , puis qu'elle s'oft
toûjours fervie de delais pour
D
42 VI. P. des Affaires
empefcher qu'on ne décidaft .
Elle ne devoit pas accepter
la mediation fi elle avoit
deffein d'en ufer de cette
forte; mais elle vouloit fervir
l'Empereur , & l'Electeur Palatin
, & cet Electeur croyoit
que parce qu'il eft Beau- pere
de Sa Majefté Imperiale , &
que les Turcs n'eftoient pas
en eftat de faire craindre
l'Empire , il eftoit en droit
de braver la France ; & de
nier à Madame ce qui luy
eft dû. On le connoift , &
toute l'Europe fçait les dangereux
artifices qu'il met en
du Temps.
43
que
les
ufage , & que fes Miniftres
n'agiffent
pas plus fincerement.
Si la reconnoiffance
avoit
cu du pouvoir
fur fon
efprit , il en auroit ufé d'une
autre maniere
avec le Roy ,
aprés en avoir receu beaucoup
de graces ainfi
Princes
Les Fils qui poffedent
de grands Benefices
en
France , & il fe feroit fouvenu
de tout ce que Sa Majeſté
a
fait pour luy en Pologne
lors
le Roy Michel
fut élu ,
& que fans des conjonctures
qu'on n'avoit pas lieu de prevoir
, il auroit cfté redevable
que
Dij
44 VI. P. des
Affaires
de cette
Couronne au Mos
narque , contre qui il a voulu
depuis foûlever toute
Terre .
la
Le Roy
voyant que ceux
qui luy
devoient
davantage
témoignoient
le plus d'ar
deur à animer contre luy les .
autres Princes ; qu'on luy fai
foit un crime de fa
grandeur,
& que la difference de Religions
ne faifoit point differer
de
fentimens , n'eut pas de
peine à en deviner la caufe.
Il connut qu'il meritoit que
prefque tous les Princes de
Europe
travaillafent
de
du Temps. 45
concert à fa ruine , non pour
avoir fait fur cux de grandes
Conqueftes , mais pour avoir
eu la gloire de rendre des
Places pour le repos de l'Europe
; non pour avoir fait la
Guerre , mais pour avoir eu
l'avantage de donner la Paix :
non pour avoir mis des âmes
en cftat d'eftre perduës , mais
pour avoir fait rentrer dans
la veritable voye ceux que lc
malheur de leur naiffance
avoit fait marcher dans un
chemin qui les avoit égarez.
Voilà les crimes capitaux qui
ont engagé tant de Puiffances
A
46 VI. P. des Affaires
à confpirer contre ce Monarque.
On ne peut pardonner
à fa gloire de s'eftre élevée
fi haut ; il faut l'abaiffer aux
dépens de la veritable Eglife,
& d'une infinité de fang de
la plus belle partie de l'Europe,
qui en fera fi fort affoiblie
, que les Infidelles en
pourront un jour triompher
plus aifément. La Religion
Catholique qui fe voit menacée
par là , à caufe que
les Princes qui font liguez
contre nous , n'ont pour
plufpart que des Troupes
Proteftantes , femble n'avoir
la
du
Temps. 47
plus d'efpoir que dans les
forces & la prudence du Roy.
Elle fe voit abandonnée de la
plus grande partie des Princes
qui la profeffent entierement
détruite en Angleterre,
& delaiffée de la Cour de
Rome, que nous voyons oupour
les
vertement declarée
Princes qui font unis avec les
Proteftans
. Tout le Peuple
de Rome a beau fremir &
témoigner
fon chagrin , de
voir l'Envoyé d'Angleterre
s'en retourner fans aucun fe-.
cours , pendant qu'on en
donne pour combattre
un
48 VI. P. des Affaires
Prince , qui pourroit contri
buer avec plus de forces à rétablir
Sa Majesté Britannique
,fi on ne l'obligeoit point
à porter ailleurs fes armes
afin d'empeſcher par là que:
la veritable Religion ne
triomphe. Rome n'entre
point là -dedans , ou elle
n'y entre que pour ſe declarer
contre le Roy . Ce grand
Monarque eft coupable d'ades
Privi voir foûtenu
leges qui ont toujours efté
maintenus par fes Anceftres,
quoy qu'ils fuffent moins
puiffans que luy. On veut
qu'au
du Temps. 49
qu'au milieu de fa grandeur
il fe foumette à la honte de
ceder ce que fes Predeceffeurs
ont eu foin de conferver , &
s'il ne le fait , il faut que
Proteftans foient rétablis en
, que les Catholiques France , que
les
foient chaffez d'Angleterre ,
qu'on empefche qu'ils n'y
puiffent eftre rétablis , en attaquant
de tous coſtez celuy
qui feul auroit pu travailler à
ce grand ouvrage . Il faut
les Catholiques mefmes , jaloux
des profperitez , & de la
grandeur du Roy , s'uniffent
& facrifient tout à la paffion
E
que
so VI. P. des Affaires
5
de la Cour de Rome , & à
celle de l Empereur , & qu ils
rifquent à fe voir un jour
accablez par les Proteftans
qui font unis avec eux , &
qui cftant beaucoup fuperieurs
en nombré , peuvent
fila France avoit du defavantage
, fe déclarer contre
leurs Alliez , & travailler à
rendre toute l'Europe Proreftante
. On ne fe doit fier à
perfonne, lors qu'il s'agit de
Religion c'eft un fpecieux
pretexte fous lequel il n'y a
rien que l'on n'ofe , & il ne faut
que le prendre pour ſe croire
du Temps St
B
C
tout permis. L'Electeur de
Brandebourg
a feul plus de
Troupes que l'Empereur n'en
a fur le Rhin. On ſçait qu'il a
une intelligence étroite avec
le Prince d'Orange
, & qu'il
a cu part à tout ce qui a
regardé les deffeins de cet
Ulurpateur contre le Roy
d'Angleterre. Ainfi l'on ne
peut douter qu'il n'y ait entre
cux de tres grands projets
formez , pour le etabliffemene
de la Religion Pro
teſtante dans toute l'Europe
,
en cas qu'ils viennent à bout
de la rétablir en France , &
E ij
32 VI. P. des Affaires |
cette
de remporrer fur le Roy tous
les avantages qu'ils fe propofent
. Si cela arrivoit, & que le
Prince d'Orange fuft paisible
poffeffeur de l'Angleterre , il
eft certain que cette Couronne
& les Etats de Hollande
entreroient dans
Ligue , & que tout le refte
des Proteftans de l'Europe
fe joindroit en mefme temps
avec eux afin d'accabler les
Catholiques. Toute la Hongrie
qui fouffre impatiemment
le joug que la Maiſon
d'Auftriche luy a impofé fe
fouleveroit auffi- toft , ainfi
>
9
du Temps. 53
que les autres Proteftans qui
font fous l'obeïffance da
l'Empereur. Les Turcs ne
manqueroient pas de favori
fer leur rebellion , & l'avan
tage que les Proteſtans en tireroient
feroit très- confide
rable . Quelle reſolution pren
droit alors Rome , & quel
fecours en pourroit- on eſpe=
rer ? Il feroit foible , & bien
éloigné. Les forcés de route
l'Italie ne feroient pas fuffifantes
pour parer un pareil
coup, & Venife épuifée par
une longue Guerre contre
les Turcs , ne feroit que
E iij
34 VI. P. des Affaires
des efforts impuiffans ; enfin
fi la France eftoit abatuë , il
n'y a point de Puiffance qui
puft tenir contre tous les
Proteftans de l'Europe unis
enfemble . Cela fe voit par
maniere dont elle foûtient
la
aujourd'huy les efforts extraordinaires
de prefque
tous les Princes de l'une &
de l'autre Religion, favorifez
de la Cour de Rome , & aidez
de l'argent qu'elle donne à
l'Empereur . On fçait qu'en'
parlant de cette Guerre, Rome
dit , Qu'on auroit bien- toft
une bonne Paix qui feroit dura
du Temps. 55
ble, & qu'ellea fait connoiſtre
en mefme temps qu'elle ent
tendoit par là , que que la Paix
regneroit dans toute l'Europes
quand on auroit mis la France
fi bas qu'elle ne feroit plus en
eftat de tenir tefte à aucune Puif
fance . On ne peut parler ainfi
fans avoir beaucoup agy auprés
de ceux qui cherchent
a nuire à la France ; mais on
n'eft pas affeuré pour cela que
ces mauvais deffeins réüffif•
fent, & quand ils réüffiroient,
on n'a aucune certitude,qu'ils
n'attiraffent pas la ruine de
toute la Religion Catholi
*
E iiij
56 VI. P. des
Affaires
que en Europe , ainſi que je
viens de le marquer . Ceux
qui caufent des
embrafemens .
ne font pas feurs d'arreſter le b
feu quand ils cherchent à
l'éteindre . Il va
quelquefois
plus loin qu'on n'a deſſein
de le faire aller , & ne brulant
pas feulement ce que l'on
vouloit détruire , il confume
auffi ce que l'on a intereft de
conferver . Si cela arrive , la
chofe fera d'autant plus remarquable
que la Cour de
Rome qui auroit deu éteindre
le feu , n'aura rien oublié
pour l'allumer . Cela eſt condu
Temps. 57
nu de tout le monde , & c'eft®
par là qu'elle eft regardée
avec quelque forte de confideration
dans tous les Etats
Proteftans , quoy qu'elle n'y
foit pas plus eftimée ; mais
on fe déguife , à cauſe de
L'utilité qu'on en reçoit , &
l'on fe referve à rompre les
mefures que la politique fait
prendre quand on ceffera
d'en avoir befoin . On ne
croira point alors faire rien
contre fon devoir , ny contre
l'obligation qu'on a à la Cour
de Rome & aux Prince Ca
tholiques , puis qu'on croira
58 VI. P. des Affaires
que tout fera jufte pour établir
dans toute l'Europe la
Religion que l'on profeſſe.
On ne doutera point de la
violence avec laquelle les
Proteftansagiroient pour executer
ce grand deſſein , fi on
lit l'avis de l'Electeur de
Brandebourg donné à la
Diette de Ratifbonne , pour
faire la guerre à la France .
Il fe trouve dans une des Lettres
fur les matieres du Temps
imprimées en Hollande , &
on y voit un emportement
fi grand , qu'on peut juger
par là de quelle fureur ce
du Temps. 19
Prince feroit animé dans une
Guerre qui feroit toute de
Religion . Mais enfin il eft à
préfumer que les forces & la
prudente conduite du Roy ,
détourneront le malheur
dont la Religion Catholique
eft menacée. De quelque maniere
que les chofes puiffent
tourner , il eft conſtant qu'il
en coûtera du fang , & que
Rome l'aura fait couler , puis
qu'au lieu d'empefcher que
la Guerre ne commençaft ,
comme elle auroit pû , en
rendant juſtice à M le Cardinal
de Furftemberg , elle a
60 VI. P. des Affaires
fourny elle- mefme de quoy
la faire durer , & n'a fait aucune
démarche pour y mettre
obftacle. Cette conduite furprend
d'autant plus , que
Rome doit eftre toûjours
ennemie de ce qui peut faire
répandre du fang , mefme.
pour une jufte caufe
qu'elle n'eft jamais excufable
lors qu'elle confeille d'entreprendre
quelque Guerre
comme les Puiffances feculieres
qui s'y trouvent quelquefois
engagées par des intereſts
qu'il eſt de leur gloire
pas abandonner.
de ne
&
du Temps 61
Toutes ces chofes font voir
clairement que la France eftoit
puiffamment menacée ,
& que fa ruine qui paroiffoit
prefque inévitable , devoit
entraîner celle de la Reli
gion Catholique dans toute
l'Europe . Ainfi comme les
mefures qu'on avoit prifes
contre elle eſtoient grandes ,
& concertées depuis longtemps
, non feulement elle
avoit befoin de toutes fes
forces , & de toute fa prudence
pour parer les coups qu'on
fe preparoit à luy porter,
mais falloit auffi , fi elle
62 VI. P. des Affaires
vouloir refifter au torrent
d'Ennemis qui s'eſtoient liguez
pour inonder fes Etats ,
qu'elle fe fervift de tout ce
que permet la politique de
la guerre. Il falloit qu'elle
ruinaft quelques Places pour
éviter la defolation de toutes
les fiennes , & que les Peuples
d'un petit Etat fouffuiffent ,
pour empefcher des traitemens
plus cruels dont on menaçoit
de plus grands Etats
Voilà ce qui a esté cauſe que
le Roy a ruiné quelques Places
du Palatinat , & ce qui a
donné lieu à tous les Ecri
du
Temps. 63
vains de Hollande de fe récrier
contre le procedé de la
France , qu'ils ont nommé injufte
& cruel , & d'en faire
des peintures plus vives que
reffemblantes , fans vouloir
examiner qu'elle n'a rien fait
qui ne foit permis par l'ufage
de la guerre. Elle ne pouvoit
empeſcher fes Ennemis d'entrer
chez elle de ce cofté là ,
qu'en faiſant une espece de
defert entre elle & eux , afin
de leur ofter les moyens de
fubfifter, & de fe fortifier dans
les lieux voifins de les Provinces.
On auroit pû dans une
64 VI. P des Affaires
pareille occafion en ufer de
melme avec un Amy & un
Allie , & dans un peril auffi
preffant on n'épargne pas
mefme fes propres Etats. Lors
qu'on les voit trop fortement
attaquez d'un cofté , on détruit
le refte de cette partie là
pour empefcher les Ennemis
d'avancer , de mefme que
l'on coupe un bras & une
jambe gangrenée , pour ar
rêter les progrés du mal , &
fauver le reste du corps . C'eſt
ainfi que le proprietaire d'u
ne maifon à laquelle le feu a
pris , confent qu'on abatte
du Temps 65
la maifon prochaine qui luy
appartient auffi pour empefcher
que le feu n'attaque
celle qui fuit, foit qu'elle foit
à luy , ou non , parce que la
raifon & le bien public exigeant
ce remede , quoyque la
violence en foit fâcheufe , il
feroit contraint de le fouffrir
, quand mefme il refu
feroit fon confentement . On
ne peut nier que les choſes
eftant dans l'eftat que je
vous ay fait connoiftre , la
France n'ait agy comme elle
a dû, fans qu'on foit en droit
de luy rien reprocher avec
F
66 VI. P. des Affaires
juftice . Ses Amis & fes Alliez
auroient dû fouffrir dans une
femblable occafion qu'oncuft
facrifié leurs Etats pour empefcher
que le mal ne devinft
plus grand , & la France auroit
abandonné de fes propres
Places fi elle avoit vû qu'il
en euſt eſté befoin ; mais il
s'eft rencontré que ce malheur
n'eft tombé que fur le plus
grand de fes Ennemis , & qui
travailloit à liguer toute l'Europe
contre elle , & à mettre
le feu par tout. Cependant ,
quoy que le Roy ait agi felon
les loix de la guerre , & que
du Temps.
67
l'Electeur Palatin fe foit attide
ménagement
ré
le
peu
qu'on a eu pour les Etats ,
les chofes ne fe font paffées
que de la maniere qu'elles
font autorisées
par l'uſage,
Quelques Habitans ont elté
obligez de changer de demeure,
& de tranfporter leurs
effets en d'autres lieux , aprés
avoir eu tout le temps nes
éeffaire pour s'y établir , &
d'autres ne font fortis do
cès Places que pendant le
temps qu'on a fait fauter
quelques fortifications o &
y font retournez enfuite
Fij
68 VI. P. des Affaires
de
forte
que la pretendue
cruauté dont on a fait tant
de bruit, n'a efté exercée que
fur des pierres , & cela, pout
ofter aux Ennemis le moyen
d'entrer en France de ce côtélà
, & de fe faifir de poftes,
fortifiez dont ils auroient
pû fe fervir contre elle , &
pour garantir la Religion
Catholique de la ruine dont
elle eftoit menacée par la
Proteftante , fuivant ce que
je vous ay déja marqué . Je
ne fçaurois m'empefcher de
dire encore une fois , que
Roy en abandonnant ces Pla
la
du Temps.
69
.
ces , a fait voir fi clairement
qu'il n'a cu aucun deffein de
faire des Conqueſtes en Allemagne,
qu'on ne peut fe fervir
de ce pretexte fans en
faire voir en mefme temps la
fauffeté , & fans faire connoiftre
que le feul motif d'abaiffer
la gloire de la France,
eft tout ce qui fait agir
fes Ennemis , quelques couleurs
qu'ils veuillent donner
à l'injufte guerre qu'ils ont
entrepriſe , qui a déja fait détrôner
un Roy Catholique ,
& répandre beaucoup de fang
dans toute l'Europe.
70 VI. P. des Affaires
誓
A l'égard des Contributions
que la France a tirées ,
le plus fort les a impofées de
tout temps au plus foible ,
fans que cela ait jamais eftë
traité d'injuftice, & de cruauté,
& on ne s'eft point encore
avifé d'en accufer les Efpagnols
, lors qu'eftant Maiſtres
de Luxembourg
, ils tiroient
des Contributions
immenfes
par le moyen de cette importante
Place. Le Palatinat
eftoit deftiné pour cftre malheureux.
Le Duc de Neubourg
en avoit herité plûtoft
qu'il ne la'voit cru , & il ne
du Temps.
71
l'aimoit que pour en tirer ce
qu'il y trouvoit de plus precieux,
qu'il faifoit enlever de
jour en jour. Il faifoit incel
famment tranfporter dans fes
autres Etats les Meubles qui
ornoient les Palais du défunt
Electeur, & tiroit en mefme
temps tout ce qu'il pouvoit
des Peuples , ce qui eftoit caufe
qu'il n'y eftoit point aimé .
L'Europe ne le doit pas aimer
davantage , puis que le credit
qu'il a dans le Confeil de
l'Empereur , comme Beaupere
de Sa Majefté Imperiale,
efté en partie caufe du mau72
VI. P. des Affaires
vais eftat où elle fe trouve
aujourd'huy. Rome de fon
cofté a achevé de déterminer
l'Empereur à cette guerre , en
approuvant
trop facilement
l'animofité de l'Empereur
contre Mr le Cardinal de
Furftemberg, quoy qu'elle ne
joüiffe de l'autorité qu'elle
poſſede que pour travailler à
l'union des Chreftiens , &
non pour exciter la divifion
entre eux . Elle avoit entre fes
mains la paix , & la guerre,
Elle n'avoit pour faire la paix
qu'à approuver une élection
canonique , au lieu que pour
exciter
du
Temps.
73
exciter la guerre , il luy a falu
faire une injuftice generalement
reconnue pour telle, &
mefme par beaucoup de gens
qui ne l'avoüent pas , à caufe
de l'utilité qu'ils en retirent.
Je demeure d'accord que
l'Empereur , comme je l'ay
déja dit au commencement
de ma cinquiéme Lettre , ne
vouloit entendre aucune raifon
fur l'article de ce Cardinal
, ny fouffrir qu'il fuſt Eleateur
de Cologne , de quelque
maniere qu'il fut élû ,
canoniquement , ou non , car
il s'eft moins agy dans cette
G
74 VI . P. des Affaires
affaire de la validité de l'élection
, que de l'obſtination
de l'Empereur ; & comme
cette obftination donnoit
lieu au Pape de faire reffentir
aux François qu'il pouvoit fe
vanger de leur inébranlable
fermeté à maintenir le droit
des Franchiſes , il n'a point
combattu l'opiniâtreté de
l'Empereur , qui jufque- là
avoit fait paroiftre des fentimens
affez pieux , pour faire
croire qu'il fe feroit enfin
rendu aux remontrances de
Sa Sainteté , fi Elle en avoit
fait d'affez vives pour cela ,
du
Temps.
73
mais au lieu d'en ufer de cette
des forte , Elle a declaré que
raifons d'Etat la faifoient agir;
c'est à dire , une politique
humaine . que celuy qui reprefente
le corps de l'Eglife
ne doit point avoir , tous fes
fentimens devant eftre faints,
& toutes les actions fe
rapporter
à fon nom . Avouer
qu'on a des taifons d'Etat ,
pour faire une chofe qui n'eſt
approuvée que par les intereffez
, & que tout le refte de
la terre condamne, c'eft tom
ber d'accord que l'on a mál
fait , & chercher à s'excufer
Gij
76 VI. P. des Affaires
par des termes fpecieux qui
ne peuvent fervir d'excufe ,
mais qui font feulement voir
qu'il eft entré de la politique
dans une action qui doit eftre
purement chreftienne .Quand
on ne fait que ce que la juftice
demande , on ne donne
point de raiſons pour s'excufer
, parce que perfonne ne ſe
plaint. Mais je veux que
Cour de Rome ait agy à bonde
intention , & que la vangeance
n'ait point eu de part
à ce qu'elle a fait , quoy que
le contraire foit vifible ; je
veux , dis -je , qu'elle ait cru
la
du
Temps.
77
de bonne foy, qu'il ne faloit
pas pour le repos de l'Allemagne
que M' de Furftembergfuft
Electeur deCologne;
eftoit- elle en droit de donner
à l'un ce qui appartenoit
legitimement à l'autre , & de
faire un mal dans la veuë de
procurer un bien ? Je n'ay jamais
fceu que cela fuft permis,
& j'ay toujours ouy precher
le contraire. Rome ne
ཙྪཱ
faifoit pas feulement du mal
à un Particulier, en luy ôtant
fon bien pour le donner à
un autre , mais elle en faifoit
à toute l'Europe en al-
Giij
78 VI. P. des
Affaires
lumant la gnerre par ce
moyen , car elle devoit bien
s'imaginer que le Roy qui
n'a jamais fouffert qu'on
opprimaft fes Amis , ne manqueroit
pas de les deffendre .
C'eft ce qu'elle demandoit
dans la penfée que les Princes
liguez l'accableroient ,
ou du moins qu'ils affoibliroient
l'éclat de fa gloire , &
cette feule raifon luy avoit
fait dire , que l'Europe auroit
une Paix qui dureroit . Cela
venoit de ce qu'elle eftoit
perfuadée que la France ne
pourroit fe relever de l'accadu
Temps. 79
blement où la mertroit une
Guerre qu'elle cherchoit à
luy fufciter. Ainfi elle avoit
conclu à un mal , ne doutant
point qu'elle ne viſt arriver
ce que fon intereft l'obligeoit
à regarder comme un bien ,
& voilà ce que n'enſeigne aucune
doctrine,à moins qu'elle
ne foit fauffe . Cette action
diminuë la gloire que la
Cour de Rome s'eftoit acquife
, en donnant des fecours
d'argent à l'Empereur pour
s'en fervir à chaffer les Turcs
de la Hongrie. Elle empef
par là que la Religion
choit
par là que
G iiij
80 VI. P. des Affaires
Gatholique ne fuft détruite
d'un cofté , mais la Guerre
qu'elle vient de fufciter dans
l'Europe la fera fouffrir beaucoup
davantage , puis qu'un
des Partis n'eftant compofé
que de Catholiques , & l'autre
en eftant remply , aucun ne
peut triompher fans qu'il en
coûte du fang aux Enfans de
la veritable Eglife & ce
que la Pofterité aura de la
peine à croire , Rome travaille
à l'abaiffement de celuy qui
n'eft compofé que de Catholiques
, & donne des fecours
à l'autre , où le nombre des
du Temps .
81
Proteftans excede de beaucoup
ceux qui font profeffion
de la croyance Romaine. Il
y a une chofe à remarquer
affez furprenante , & qui devroit
faire rentrer Rome en
elle - mefme , fi elle vouloit y
faire reflexion ; c'eft qu'on
ne voit dans toute l'Europe
aucun Proteftant qui ait les
armes à la main contre d'autres
Proteftans , & qu'elle eſt
toute remplie de Catholiques:
qu'on anime les uns contre
les autres , & qui par la divifion
que l'on a femée entre
eux , ne cherchent qu'à s'ar82
VI. P. des Affaires
racher la vie . Celuy qui
eft leur Pere commun devroit
fe jetter au milieu
d'eux , afin d'arrefter leurs
bras. Cette qualité de Pere
feroit qu'ils écouteroient fa
voix , & qu'ils le refpecteroient
; mais ce Pere eft malheureuſement
prevenu de tendreffe
, pour ceux de fes Enfans
qui la meritent le moins,
ce qui n'eft pas extraordinaire
dans le monde , & il
fouffre que pour acabler les.
autres , ces Enfans fi chers
ayent dans leur Party un
grand nombre
d'Eftran2
83 du Temps.
gers dont il n'eft point le
Pere , & qui ne l'aiment , que
depuis qu'il fouffre qu'ils travaillent
à ruiner ceux qu'il
abandonne .
Ce qui eft encore furprenant
dans cette Guerre , &
qui merite qu'on y faffe attention
, les Proteftans publient
hautement & font imprimer
, que l'affaire d'Angleterre
eft un guerre de Religion
, & l'on voit que tour
ce qu'ils font aujourd'huy ,
mefme en s'uniffant avec les
Catholiques d'Allemagne
contribue à l'avancement
84 VI. P. des Affaires
de leur Religion , & à fon affermiffement
en Angleterre
, par
la diverfion qu'ils font faire
à la France de fes forces ,
pour l'empefcher de fecourir
Sa Majefté Britannique auffi
utilement qu'elle pourroit
faire . On voit par là comme
ils le publient, que leur guerre
eft une guerre de Religion ,
qu'ils entendent leurs affaires ,
& qu'avec qui que ce foit
qu'ils foient liguez , & qu'ils
combattent , & mefme avec
des Princes Catholiques
, ils
ne laiffent pas d'eftre tous
unis enfemble pour une mef
2
du Temps .
83
me fin , à laquelle tout répond.
Il n'en eft pas de
mefme des Catholiques. La
guerre qu'ils ont entre eux.
eft une guerre purement d'envie
, & d'ambition . On ne
ne veutpoint à Vienne qu'elle
regarde la Religion , & meſme
les Nouvelles publiques
nous apprennent , qu'on y
fait brûler tous les écrits qui
font connoiftre qu'il entre
beaucoup de religion dans
cette guerre. Il y en entre en
effet , mais comme c'eft en
mauvaiſe part , & qu'elle consribue
beaucoup à la ruine
86 VI. P. des Affaires
de la Religion Catholique ,
& à l'avancement de la Proteftante
, la Cour de Vienne
ne veut point que les Catholiques
qu'elle tâche de tromper
là - deffus , s'apperçoivent
de cette verité . Elle la veut
ignorer ainfi que celle de
Rome , & l'une & l'autre prefere
le plaifir de fe vanger ,
& la gloire d'humilier la
France , fi elles pouvoient en
venir à bout , aux avantages
que peut recevoir la Religion
Catholique de l'union'
de tous les Princes qui en
font profeffion . En effet ,
du Temps .
87
quel bien ne feroit - ce pas
pour elle , qu'ils travaillaffent
enfemble à la faire fleurir , de
mefme que les Proteftans qui
ne font aucun pas , & qui ne
font dans aucune ligue qui
ne ferve à l'agrandiffement &
la feureté de la leur ? Ce
qu'il y a d'étonnant , c'eſt
que n'ayant point de Chef,
comme les Catholiques, qui
puiffe travailler à les unir , ils
font tous neanmoins dans
une parfaite intelligence , &
s'appliquent unanimement ,
à étendre & à affetmir leur
Religion , & que les Catho88
VI. P. des Affaires
Y
%
liques qui en ont un , loin de
faire la mefme chofe , ne
travaillent qu'à fe déchirer
les uns les autres , & veulent
bien pour cela
emprunter du
fecours à leurs Ennemis , qui
font ravis de leur en donner ,
parce qu'ils les affoibliffent
par là , & que tous enſemble
venant à s'unir enfuite , ils
pretendent réüffir plus facilement
dans leurs deffeins ,
& rendre, s'ils peuvent , toute
l'Europe Proteftante . L'execution
en feroit mal - aiſée ,
& l'on peut meſme dire impoffible
, fi les Catholiques
du Temps.
89
avoient un Chef qui prift
foin de les retenir dans l'union
, & de les porter à foutenir
la caufe de Dieu , mais
il faut pour cela un Chef qui
ait quelque chofe de l'hom
me parfait, & qui ne mette pas
route fa gloire dans une fermeté
, qui fait voir ſouvent
bien plus de foibleffe
que de
grandeur d'ame , ou plûtoft
qui n'eft confiderée que com
me une foibleffe quand on
s'attache à l'examiner de prés .
Il n'eft pas moins glorieux de
le démentir , lors qu'on reconnoit
que l'on a pris un
H
90 VI. P. des Affaires
de
monméchant
party , que
trer de la fermeté
quand
on
en a embraffé
un bon.
Ce que le Roy a fait en ne
fouffrant dans fes Etats que la
veritable Religion avoit
tellement alarmé les Proteftans
, qu'ils travailloient à
s'unir enfemble contre tous
les Catholiques. Ces derniers
devoient vrai- femblablement
faire la mefme chofe pour
prendre le party
de leur Religion
& de leurs Freres , comme
font les Proteftans , qui
ne manquent jamais d'entrer
dans les interefts de ceux qui
du Temps, 91
fuivent leur mefme croyance ;
mais au contraire la pluſpart
ont favorisé ces Proteftans ,
travailler eux - mefmes
pour
à la ruine de leur propre Religion
; eftant refolus de tout
facrifier pourvû qu'elle foit
fuivie de la perte de la France.
Il s'en trouve neanmoins parmy
eux qui difent pour s'excufer
, que les Proteftans ne
tireront aucun avantage
de
leur union contre la Religion
Catholique , & que leur
unique but eft de travailler
feulement avec eux à l'abaif.
fement de la grandeur de la
Hij
92 VI. P. des Affaires
France ; mais outre qu'il eft
impoffible de diminuer fon
pouvoir , fans affoiblir la Religion
Catholique , & fans:
élever la Proteftante , quelle
feureté a t- on des Proteftans
là - deffus , ou plûtoft , quelle
feureté peuvent - ils donner ?
Ils fe croyent tout permis lors
qu'il s'agit de leur Religion ,
l'invafion du Prince d'Orange
en Angleterre en fait foy.
Il n'avoit aucun fujet de fe
plaindre du Roy fon Beaupere
, ny aucun démêlé avec
luy . Il n'eftoit
pas feulement
uny à ce Monarque par cette
du Temps . 93
alliance , mais il l'eftoit encore
par le fang. Cependant
fous pretexte de Religion, il
s'eft emparé de fes Etats. Les
Proteftans qui font unis avec
les Catholiques , n'oublieront
rien quelque jour pour faire
embraffer leurs erreurs à
toute l'Europe, s'ils peuvent
venir à bout de mettre la.
France dans l'eftat où ils
voudroient la reduire. Ainfi
-il eft de l'intereft de la veri
table Eglife qu'elle triomphe
de fes Ennemis , fans quoy
il eft indubitable qu'elle
fouffrira les plus cruelles per-
Lecutions..
94 VI. P. des Affaires
Les Princes Catholiques ,
& fur tout la Cour de Vienne
, qui font caufe de ce que
les Catholiques fouffrent en
Angleterre , difent que cette
guerre n'eft pas une guerre
de Religion , & ce qui les
engage à le publier , c'eft que
leurs Ligues contre la gloire
du Roy les expofant à ce
qu'ils endurent,ils voudroient
bien que la pofterité ne leur
imputaft pas d'avoir contribué
à aneantir en Angleterre
J'Eglife Romaine dont ils
font profeffion . Cependant
quelques pretextes qu'ils puif
du Temps. 95
fent chercher , & quelques
couleurs qu'ils donnent à
cette guerre , il leur eft impoffible
de perfuader qu'elle
ne faffe pas fouffrir la veritable
Religion dans toute l'Europe
, & je l'ay prouvé dans
ma cinquiéme Lettre par une
infinité de fairs conftans , &
de Pieces que j'ay rapportées.
Je puis ajoûrer que l'Empereur
, cherchant à éblouir le
Public , a fait fur cet articlelà
des démarches qui luy
font peu glorieufes, puis qu'il
a écrit au Prince d'Orange
pour le remercier des bons
96 VI . P. des Affaires
;
traitemens qu'il fait aux Catholiques
, & pour le prier de
les leur continuer . Ces bons:
traitemens font fort inconnus
, fi ce n'eft qu'on les faſſe
confifter aux Paffeports qu'il
leur a donnez ; mais en les
donnant il travailloit pour
luy- mefme. Il faifoit fortird'Angleterre
des malheureux
que leur Religion luy rendoir
fufpects , & qui apprehendant
à tous momens d'éftre
infultez & arreftez , aimoient
mieux abandonner
leur Patrie . Il eft vray que
par le moyen de ces Paffeports
-
du
Temps.
97
ports ils en fortoient un peu
plus feurement , mais c'eftoit
-Toujours l'abandonner. Je ne
fçay fi la Cour de Vienne , &
les Princes Confederez , qui
font caufe de la ruine de la
Religion Catholique en Angleterre,
croyent devoir beaucoup
au Prince d'Orange, de
ce qu'il n'a pas encore fait
perir tous les Catholiques.
Cela viendra avec le temps ,
mais il ne l'a encore pû faire ,
parce qu'il n'y a eu juíqu'icy
contre eux que des loix penales
, & comme elles regardent
également les Non-
I
98 VI. P. des Affaires
il
Conformiftes , qui font les
Calvinistes de France
fait travailler à l'adouciffement
de ces Loix , qui feront
beaucoup moins rigoureuſes
contre ces derniers , mais qui
auront beaucoup plus de force
contre les Catholiques , ou
du moins qui conferveront
celle qu'elles ont toûjours
eue , tandis qu'elles épargneront
les Non- Conformistes, &
cela , jufqu'à ce qu'il ait trouvé
le moyen de maltraiter -
davantage les Catholiques.
Voilà le fujet des remerciemens
que l'Empereur fait au
du Temps.
99
Prince d'Orange , pour les
avoir bien traitez.
Les Hollandois mefmes
voulant tromper les Sujets
des Princes Catholiques qui
font liguez avec eux, de crainte
qu'ils ne fe plaignent trop
haut de la conduite de leurs
Souverains, qui facrifient leur
Religion au chagrin qu'ils
ont du floriffant Etat de la
France , exagerent dans les
Nouvelles publiques la bonté
que le Prince d'Orange aeuë
de faire mettre en liberté le
Comte de Sunderland , qui àvoit
efté arreſté en Hollande,
QUE
I ij
100 VI. P. des Affaires
mais l'artifice eft groffier ,
puis que perfonne n'ignore
que ce Comte d'intelligence
avec le Prince d'Orange , avoit
feint de fe rendre Catholique
, pour donner des confeils
au Roy d'Angleterre
qui luy attiraffent la haine de
fes Peuples , comme je l'ay
déja marqué dans une de mes
Lettres. Ceux qui s'attacheront
à examiner la veritable
caufe des mouvemens qui
agitentaujourd'huy
l'Europe ,
ne douteront pas que
la Cour
de Rome n'ait efté le mobile
de tout ce que nous voyons ,
du Temps.
ΤΟΥ
& fur tout qu'elle ne foit fa
principale caufe du malheur
de Sa Majefté Britannique . Je
ne repete point ce que mille
écrits ont dit & prouvé là .
deffus , non plus que ce que
jay fait voir dans ma troifiéme
Lettre , en dévelopant
le noeud de l'intrigue de cette
guerre.Quand on voudra s'arrefter
aux faits , pour peu
qu'on les examine on en
trouvera de decififs, Rien
par exemple ne doit l'eftre
davantage que la grande
quantité d'écrits qui paroif
fent chaque jour en Hollande,
102 VI. P. des Affaires
2
?
& qui femblent n'eftre faits
tous , que dans le deffein de
juſtifier la Cour de Rome,
Je n'en cite aucun parce
que le nombre en eſt rel
que j'aurois peine , à déterminer
lequel meriteroit
mieux qu'on s'y arreſtaſt.
D'ailleurs je veux traiter get
neralement les Affaires du
Temps fans répondre à ces
écrits. It fuffit qu'ils foient
affez connus dans toute l'Eu
rope, pour faire voir que mon
deffein neft pas d'impofer,
Ceft une chofe furprenante
,
de voir que les Proteftans
naturellement ennemis de la
du Temps. 103:
Cour de Rome par la Religion
qu'ils profeffent , la défendent
aujourd'huy contre
les Catholiques , d'une maniere
qui va contre eux juſ
qu'aux invectives . On pourroit
defayouer ces Particuliers
fi leur nombre eftoit
moins grand , & fi ce qu'ils,
difent n'eftoit pas conforme
au langage qu'on tient dans
toutes les Cours des Princes
Proteftans. Il faut pour en
ufer de la forte , qu'ils foient
bien perfuadez que Rome les
a fervis fort utilement. Ils
rejettent le malheur du Roy
I iiij
104 VI. P. des Affaires
d'Angleterre fur luy mefme,
& fur l'infraction qu'il a faite
aux Loix ; mais ce n'eft pas là
le fait . On ne peut venir à
bout de perdre perfonne fans
luy fuppofer des crimes , & it
faut des pretextes aux Seditieux
, & aux Ufurpateurs. Il
eft certain que ces pretextes
n'auroient pas efté trouvez
fuffifans pour détrôner un
Monarque qui regne , qui a
des Armées fur pied , & de
puiffans Alliez qui peuvent
le fecourir. Il falloit donc
pour le perdre qu'on cherchaft
à accabler , ou du moins
du
Temps . JOS
à occuper les Puiffances qui
eftoient en eftat de prendre
fes interefts ; & comme la
France le pouvoit faire , non
feulement à caufe de fes for
ces , mais à caufe de la
generofité
naturelle de fon Souverain
, chez qui les malheureux
peuvent toûjours s'affurer
de rencontrer un azile ,
on a fait des ligues contre
elle , afin de l'engager à faire
diverfion de fes armes , & de
la mettre par là dans l'impuiffance
de prefter aucun
fecours au Roy d'Angleterre
,
pendant qu'elle feroit occu106
VI. P. des Affaires
pée ailleurs ,
pour fermer
l'entrée aux Armées formidables
dont elle eftoit menacée.
Ainfi , quoy qu'on veuille
dire que Sa Majesté Británnique
a donné lieu aux entrepriſes
qu'on a faites contre
luy , les pretextes qu'on pretend
qu'il a fournis à ſes Ennemis
, & à fes Sujets rebelles
n'auroient pu luy nuire , fans
l'accablement où l'on a cherché
à mettre la France. Le
Prince d'Orange n'auroit
point paffé en Angleterre , fi
pour donner des affaires au
Roy Tres - Chreftien , on n'euft
du Temps. 107.
point refufé des Bulles à M' le
Cardinal de Furftemberg
.
Mais fuppofons que la Cour,
de Rome n'ait contribué en
aucune maniere , directement
ny indirectement,au malheur
du Roy d'Angleterre , qu'elle
n'ait rien ſceu de fa difgrace,
qu'aprés qu'elle eft arrivée ,
& que
le coup foit tombé ,
fur luy dans le mefme temps
qu'il a efté menacé , quel eft
le devoir de cette Cour : Chacun
le fçait , & il n'eft pas neceffaire
de l'expliquer pour
le faite mieux connoiftre . Sil
Pape doit regarder tous les Ca108
VI. P. des Affaires
tholiques comme fes Enfans ,
les foutenir lors qu'on les attaque
, & tâcher de faire fleurir
par tout la Religion , Sa
Sainteté avoit encore des raifons
particulieres pour ſe dé
clarer en faveur du Roy
d'Angleterre , & pour le ſecourir
de tout fon pouvoir ,
puis que ce Monarque s'eftoit
rendu digne en general de
toutes les graces du S. Siege ,
& de toutes celles de la per
fonne du Pape en particulier.
Si tout ce qu'on fait pour la
Religion regarde le S. Siege ,
que n'en a point merité ce
du Temps.
109
Prince ? Il avoit mieux aimé
du vivant du Roy fon Frere ,
ſouffrir qu'un Parlement le
declaraft incapable de fucce.
der à la Coutonne, parce qu'il
eftoit Catholique , que de
cacher fa Religion , & il s'eftoit
vu contraint de fortir
d'Angleterre aprés cette declaration
. Le Roy Charles II.
eftant mort , il rifqua encore
à perdre la fouveraine puiffance
, en faifant connoiftre
qu'il perfiftoit dans la Religion
Catholique . Beaucoup
d'autres auroient balancé , ou
auroient du moins déguiſé
110 VI. P. des Affaires
leurs fentimens jufqu'à ce
qu'ils fuffent montez ſur le
Trône , & qu'ils euffent
eſté en eſtat de s'y pouvoir
maintenir ; mais ce Monarque,
plus Catholique qu'ambitieux
, a cru la diffimulation
indigne d'un Prince veritablement
Chreftien . Cet
exemple de fermeté avoit eſté
cauſe que plufieurs Anglois
s'étoient volontairementfaits
Catholiques, & fans l'eftat où
l'Angleterre vient d'eftre reduite,
plufieurs fe préparoient
à embraffer encore la mefme
Religion . Voilà ce que doit
du Temps. III
le Saint Siege à Sa Majesté
Britannique , & ce qui engageoit
doublement la Cour de
Rome à tout employer pour
foutenir un party fi jufte.
A l'égard de la confideration
que le Roy d'Angleterre
a témoignée pour la perfonne
du Pape , elle ne sçauroit
eftre plusgrande. A peine a- til
efté mis fur le Trône , qu'il
luy a envoyé un Ambaſſadeur
d'Obedience ,ayant paflé pardeffus
toutes les raifons qui
pouvoient l'en empefcher, &
n'ayant point eu d'égard à
la dépenfe , comme Rome
112 VI. P. des Affaires
fait aujourd'huy dans une
affaire mille fois plus importante
, & où la veritable Religion
eft intereffée , puis que
fecourir le Roy
d'Angleterre
pour luy faire rendre la Couronne
, c'eft travailler pour
la Religion , ou du moins
pour le repos d'une infinité
de Catholiques. Ce Mo,
narque n'en eft pas demeuré
là , & pour faire voir
la confideration particuliere
qu'il a toujours cue pour le
Pape , dans le temps mefme
que la foudre grondoit fur
fa tefte , & que le Prince
*
du
Temps.
113
d'Orange fe preparoit à partir
pour faire defcente en fes
Etats, il a voulu que le Nonce
de Sa Sainteté tint le Prince
de Galles fur les Fonts de
Baptefme, au nom de ce Souverain
Pontife. Voilà donc le
Pape engagé à fecourir le
Roy d'Angleterre , par tout
ce que ce Monarque a fait
en faveur de la Religion Ca
tholique , par la grande confideration
qu'il a toujours
marquée pour le Saint Siege ,
& par celle qu'il a fait voir
en particulier pour la perfonne
de Sa Sainteté. Il en-
K
114 VI. P. des Affaires
troit outre cela de la juſtice
dans le fecours qu'il ne dou
toit point que le Pape ne luy
accordaſt. Il y eftoit engagé
comme Chef de l'Eglife, dont
il doit toujours foutenir les
interefts , & pour ofter les
foupçons que toute l'Europe
avoit conceuë de fa partialité
pour la Maifon d'Auftriche,
qui ne vouloit pas qu'on fecouruft
un Amy de la Fran
ce, Quand cette raiſon ne
l'euft point touché , il devoit
le fecourir pour faire voir
que fon intereft particulier ne
le faifoit point agir dans une
du Temps . 117
Y
occafion où celuy de l'Eglife
devoit prévaloir , & enfin il
alloit de fa gloire de faire
connoiftre que lors qu'il s'a
giffoit de foutenir la Reli ,
gion , il eftoit incapable d'en
facrifier les interefts au plai
fir de ſe vanger d'un Monarque
qui venoit de la faire
fleurir en France , & contre
qui il ne s'eftoit declaré que
parce qu'il n'avoit pas voulu
renoncer à un des Privileges
de la Couronne , comme s'il
avoit pu le faire legitimements
& que les Succeffeurs
n'euffent pas efté en droit de
* K ij
116 VI. P. des Affaires
s'en relever , puis que ce Privilege
a efté acquis par mille:
bienfaits des Rois de France
qu'en a receus le Saint Siege ,
qui ne fubfifteroit peut- eftre
pas aujourd'huy fans leur
pieufe generofité .
Aprés un fi grand nombre
de raifons qui devoient engager
le Pape à marquer beaucoup
de confideration pour
le Roy d'Angleterre , & luy
donner un puifant fecours,
la maniere dont Mr Porters
Envoyé de Sa Majeſté Britannique
, fut receu à Rome,
eft prefque incroyable. Il y
du Temps.
117
demeura long - temps fans
pouvoir eftre admis à l'Audience
, & peut- eftre n'en auroit-
il point encore cu s'il
n'euft témoigné qu'il avoit
deffein de s'en retourner . Le
Pape eftoit indifpofé. Je dis
indifpofé , & non pas malade ,
parce qu'il y a des maladies
dangereufes qui mettent hors
d'eftat de penser à autres
chofe qu'à fa guerifon , & à
la mort en meſme temps
quand la guerifon eft incertaine
; mais les indifpofitions
n'eftant pas de cette nature ,
n'empefchent point que l'on
118 VI. P. des Affaires
ne parle d'affaires quand on
les trouve preffantes , ou fi
l'on n'en parle pas , on voit,
du moins l'Envoyé d'un
grand Roy , lors qu'on ne
peut fe cacher qu'on luy doit
beaucoup , & qu'il s'eft facrifié
pour la Religion dont
on eft le Chef. Je laiffe là
toutes les confiderations perfonnelles
que le Pape devoit
avoir pour Sa Majeſté Britan ,
nique. On peut n'eftre pas
naturellement reconnoiffant ,
mais on ne doit jamais manquer
aux devoirs de l'employ
qui nous a eflé confié fur
29 du Temps. 119
tout quand il eft d'une auffi
grande importance que celuy
du Gouvernement de l'Eglife .
L'indifference
que marqua le
Pape pour M Porter , quif
demandoit inutilement à
eftre écouté , fut caufe que
plufieurs Cardinaux particu
lierement attachez à Sa Sain-,
teté firent un accueil fort
froid à l'Envoyé d'un Monarque
, qui meritoit qu'on
n'oubliaft pas, ce qu'il avoit
fait pour le Saint Siege . Ceux
qui appuyoient la Maifon
d'Autriche parurent encore
moins échauffez . Ils eftoient
120 VI. P. des Affaires
ravis du malheur du Roy
d'Angleterre , &les Ambaſſadeurs
d'Efpagne en avoient
temoigné leur joye en Hollande
& à Rome affez ouvertement
pour n'en pas laiffer
douter , mais fans faire
des réjouiffances publiques!
que la bien feance , & la po
litique leur défendoient . Si
l'accücil du Pape étonna , il
ne furprit point . Il fit faire
beaucoup de raifonnemens
affez juftes , & il fut impoffible
de ne pas voir , que qui
ne vouloit rien faire pour le
rétabliffement du Roy d'An
gleterre,
du
Temps.
121
gleterre , n'avoit pas efté faché
de fa cheute, où du moins
avoit pu entrer , quoy qu'indirectement
, dans ce qui en
avoit efté cauſe , au hazard
de tout ce qui en pouvoit arriver.
Le Pape voyant M' Porter
dans le deffein de partir fans
avoir eu audience , & jugeant
bien qu'un ſemblable procedé
ne pouvoit produire
qu'un mauvais effet parmy
les bons Catholiques , refolut
enfin de l'écouter dans fon
lit , mais ce fut feulement
pour luy marquer qu'il ne
L
122 VI. P. des Affaires
pouvoit rien faire pour le
Roy fon Maiftre. L'exemple
eftoit dangereux , & pouvoit
eftre fuivy par les Princes d'Italie
, mais la plufpart en uferent
d'une autre forte , &
quoy qu'ils fuffent moins obligez
que le Pape de ſecourir
le Roy d'Angleterre , ils
nelaifferent pas de contribuer
à le foûtenir felon leur pou
voir , regardant ce qu'ils faifoient
pour un Souverain fi
juftement eftimé parmy tous
les Catholiques, comme un fecours
qu'ils donnoient à l'Eglife
perfecutée en fa perſonne.
Si les tréfors du Pape
du Temps.
123
eftoient épuifez , il fe devoit
fervir de ceux de Dom Livio ,
fon Neveu , & il eftoit beaucoup
plus important que l'Eglife
Romaine fuft fecouruë ,
qu'il ne l'eftoit qu'un Particulier
demeuraft fi riche.Sa Sainteté
pouvoit d'ailleurs donner
de fon patrimoine qui eft fort
confiderable , ou du moins
propofer dans Rome que lá
conjoncture étant fi preffante,
chacun exerçaft fes liberalitez
pour ce Prince , dont le zele
feul pour la Religion fait tous
les malheurs, de mefme qu'on
fit pour l'Empereur au com-
Lij
124 VI. P. des Affaires
mencement de la Guerre que
les Turcs luy declarerent ;
mais on n'auroit pas efté
bien -aife qu'un tel expedient
euft eu des fuites heureuſes .
On apprehendoit le rétabliſ
fement d'un Monarque Amy
de la France , fans examiner
fi la veritable Religion en
fouffroit, & fi l'exemple d'une
ufurpation auffi violente que
celle du Prince d'Orange ,
n'avoit rien de trop dangereux
contre les Rois On fatisfait
la vangeance, en faisant
triompher fon opiniatreté , &
cela fuffit.
L'Empereur pendu
Temps 125
dant ce temps ne laiffe pas
de recevoir de l'argent de la
Cour de Rome , & comme
cet argent fert à la caufe
commune , il devient urile
aux Proteftans qui font Alliez
de l'Empereur , & qui
avec Sa Majesté Imperiale
font conjointement la guerre
à la France , qu'on veut mettre
hors d'eftat defecourir le
Roy d'Angleterre affez puiffamment
pour le faire rentrer
dans tous les Etats , avant
que le Prince qui les a ufurpez
y foit affermy . Ce mefme
argent que la Cour de Rome
Liij
126 VI. P. des Affaires
fait paffer en Allemagne peut
encore produire un autre méchant
effet , puis qu'en fervantà
établir la Religion Pro
teftante en Angleterre , il eſt
à craindre qu'il ne ſerve en
meſme temps à faire rentrer
le Calvinisme en France, d'où
il a efté chaffé par un Monarque
qui a toûjours mis
tous fes foins à faire fleurir
la veritable Religion .
Dans le temps qu'on ne peut
s'empefcher de recevoir à
Rome l'Envoyé du Roy
d'Angleterre , parce qu'un
pareil refus euft fait trop
de
du Temps.
127
bruit ,& caufé trop de fcandale
& qu'on fe refout aprés
luy avoir fait long- temps demander
une audience infructueuse
, de luy refufer les fecours
que le Roy fon Maiftre
avoit lieu d'attendre par
toutes les raifons que je vous
ay marquées , l'Empereur é
troitement lié avec la Cour
de Rome, fçachant que l'Envoyé
de ce mefme Prince
efloit en chemin pour luy
venir faire les mefmes propofitions
de le fecourir ,
luy fait défendre de paffer
outre & d'entrer dans Vienne.
L
iiij
128 VI. P. des Affaires
Je ne diray rien là - deffus ,
parce que je ne pourrois affez
dire , & qu'on doit toujours
parler avec reſpect des
perfonnes d'un caractere fi
élevé , quelques fautes où ils
fe laiffent engager par leur
foibleffe ; mais je ne puis
m'empefcher de vous faire
voir qu'on peut conclure de
là que l'on doit eſtre aifément
entré dans tout ce qui
a caufé le malheur du Roy
d'Angleterre , puis qu'on ne
peut pas mefme avoir la politique
de luy faire efperer du
fecours fans avoir deffein de
du Temps.
129
luy en donner . Quand on
luy refufe ce fecours avec dureté
, & qu'on le traite indignement
dans la perfonne de
fes Envoyez , on fait voir que
l'on eft bien éloigné de s'unir
avec tous les Princes Catholiques
pour travailler à
fon rétabliſſement . Cependant
quand il fe feroit attiré
ſon malheur , bien qu'il
n'ait point d'autre cauſe que
l'ambition d'un Ufurpateur ,
il ne l'auroit fait que par un
zele de Religion , qui ne fçauroit
eftre condamné que par
desPolitiques qui regardent la
130
VI. P. des Affaires
- vie comme fi elle devoit eftre
des Caéternelle
, & non par
tholiques qui doivent admirer
un Monarque qui n'a
point voulu facrifier fa Religionaux
douceurs d'un regne
plus long & plus paifible.
C'eft ce que la Cour de Rome
devroit confiderer , & fi elle
faifoit fon devoir auprés de
tous les Princes Catholiques,
& qu'elle travaillaſt à une
fainte union , l'Ufurpateur
feroit obligé de demander
grace , prévoyant bien qu'il
n'auroit pas affez de forces ,
pour pouvoir feulement efdu
Temps.
131
perer de fe défendre pendant
quelque temps. Rome
ne peut eftre juftifiée que
lors qu'elle en ufera de la
forte . Tous les détours qu'on
employe pour la défendre ,
ne la mettent point à couvert
de ce qu'on luy reproche , &
les raifonnemens recommencent
toujours fans aller au
fait. Veut- on juftifier la Cour
de Rome ? Qu'on faſſe voir
qu'elle agit pour le rétabliffement
d'un Prince Catholique
, mais elle fait le contraire
; elle ouvre fa bourfe
aux Ennemis de ce Monar
132 VI. P. des Affaires
que , & les excite à le declarer
contre ceux qui le pourroient
fecourir , de maniere
que l'Europe n'a aujourd'huy
que le Roy pour Protecteur,
pour Défenfeur de la Religion
Catholique.
&
toute
Pendant que la Cour de
Rome , & celle de Vienne
s'appliquoient ouvertement
à faire naiftre dans
l'Europe les cruels mouvemens
dont on la voit agitée ,
l'Efpagne agiffoit de fon
cofté , mais plus fourdement,
& quoy qu'il y cuft plus à
perdre qu'à profiter pour elle
du
Temps. 133
dans cette guerre , elle eftoit
obligée de déferer à la Branche
d'Auftriche d'Allemagne
. C'est ce qui ne luy eſtoit
pas encore arrivé , celle d'Efpagne
ayant dominé jufques à
la guerre d'aujourd'huy . Le
Roy fçachant toutes les menées
fecretes de cetteCouron
ne , & fe voyant à la fin contraint
de luy declarer la guer
re , fit publier l'Ordonnance
que vous allez lire . Elle vous
en apprendra là - deffus plus
que je ne vous en pourrois
dire , & avec plus de certitude.
124 VI. P. des Affaires
ORDONNANCE
du Roy.
L
E defir fincere que le Roy
a eu de maintenir la Tréve
concluë en l'année 1684. a porté
Sa Majesté à diſſimuler la conduite
qu'ont tenuë les Miniftres
d'Espagne dans toutes les Cours
des Princes de l'Europe , où ils
ne le font appliquez qu'à les
exciter à prendre les Armes contre
la France ; Sa Majesté
n'a pas ignoré la part qu'ils ont
eue dans la negociation de la
ligue d'Aufbourg. Elle a auffe
du
Temps . 135
efté informée de celle qu'a euë le
Gouverneur des Pays Bas Efpagnols
, dans l'entreprise que le
Prince d'Orange a faite contre
l'Angleterre ; mais ne
pouvant
la
conduite qu'il a croire
que
tenuë à cet égard , luy eût esté
prefcrite par le Roy fon Maifire, be
qui par tant de raifons de religion
, de fang, & de feureté
pour tous les Roys , eftoit obligé
de s'oppofer à une pareille ufurpation
, Sa Majesté auroit eſperé
de pouvoir porter Sa Majesté
Catholique
à s'unir avec Elle
pour le rétabliſſement
du Roy
legitime en
Angleterre ,&pour
136 VI. P. des Affaires
la confervation de la Religion
Catholique contre l'union des
Princes Proteftans ; & au moins,
àgarderune neutralité exacte, fi
l'état des affaires d'Espagne ne
permettoit pas au Roy Catholique
de prendre de pareils engagemens.
Sa Majesté luy a fait
faire pour cet effet differentes
propofitions depuis le mois de
Novembre dernier, lesquelles ont
efté bien receuës , tandis
fuccés de l'entreprise du Prince
d'Orange a paru douteux ; mais
ces favorables difpofitions ont
disparu dés que l'on n'y a plus
parlé que de guerre contre la
que
le
du
Temps. 137
France. Sa Majesté a appris
en mefme temps que l'Ambaffadeur
d'Espagne en Angleterre
voyoit journellement le
Prince d'Orange, & le follicitoit
de faire que
raffent la guerre à la France ;
que le Gouverneur des Pays-
Bas Espagnols levoit des Troupes
avec empressement ; qu'il promettoit
aux Eftats Generaux de les
joindre aux leurs au commencement
de la Campagne ;
follicitoit auffi bien que le Prince
d'Orange à faire paffer des
Troupes en Flandre pour le
mettre en estat de faire la guerre
les Anglois decla-
ر
M
les
138 VI. P. des Affaires
à la France . Tous ces avis ayant
fait juger à Sa Majesté qu'il
estoit de fa prudence de fçavoir
quoy s'en tenir , Elle a donné
ordre au Marquis de Rebenac ,
fon Ambaffadeur
à Madrid , de
demander une réponſe pofitive
aux Miniftres du Roy Catholi
que , luy offrant la continuation
de la Tréve , pourveu qu'il
vouluft s'obliger en gardant une
neutralité exacte , de ne fecourir
directement
ny indirectement
les ennemis de Sa Majesté ; mais
les mauvais confeils ayant prevalu,
Sa Majesté a efté informée
que la refolution avoit effé prife
du
Temps. 139
de favorifer l'Ufurpateur d'Angleterre
, & de fe joindre aux
Princes Proteftans . Sa Majeſté
a appris auffi prefqu'en mefme
temps , que les Agens du Prince
d'Orange ont touché des fommes
confiderables à Cadix, & à Madrid
; que les Troupes de Hollande
& de Brandebourg font
entrées dans les principales Places
des Espagnols en Flandre ;
& que le Gouverneur des Pays-
Bas pour le Roy Catholique faifoit
folliciter les Eftats Generaux
de faire avancer leur
Armée fous Bruxelles . Tous ces
avis joints à la réponſe que le
Mij
140 VI. P. des Affaires
Marquis de Rebenac a receuë à
Madrid ne laiffant à Sa Majeflé
aucun lieu de douter que
l'intention du Roy Catholique ne
foit de fe joindre àfes Ennemis ,
Sa Majesté a crú ne devoir pas
perdre de temps à prevenir fes
mauvais deffeins , & a refolu de
luy declarer la guerre tant par
terre que par mer , comme Elle
fait par la prefente . Ordonne &
enjoint & c . Fait à Versailles le
15. Avril 1689.
On ne peut douter que
l'Eſpagne n'ait favorisé l'entreprife
du Prince d'Orange
fur l'Angleterre , quand on
du Temps. 141
fera reflexion que Mr de
Ambaffadeur
Ronquillo ,
d'Eſpagne auprés de Sa Majeſté
Britannique , eſt demeuré
à Londres en la mefme
qualité auprés du Prince
d'Orange depuis que la Convention
l'a declaré Roy , ce
qui prouvé que par fes cabales
il a beaucoup aidé à fon
élevation , fuivant un nombre
infiny de Lettres qui font
venues de Londres un peu
avant que le Roy en partiſt ,
& qui portent toutes , que Sa
Majefte Britannique n'y avoit
point de plus mortel ennemy.
142 VI. P. des Affaires
Si cette verité n'eftoit pas
conftante , il fe feroit retiré
aprés l'arrivée du Princed ' Orange
à Londres , comme firent
tous les Ambaffadeurs &
tous les Envoyez des Princes
Catholiques , mais il y
demeura
pour marquer fon
triomphe , & pour recevoir
les louanges deuës à fes intrigues,
& il y eft reſté depuis
pour les continuer , au grand
defavantage de la Religion -
Catholique .
On voit encore dans l'Ordonnance
du Roy la bonté
de ce Monarque par les produ
Temps. 143
pofitions qu'il a bien voulu
faire à l'Espagne pendant fix
mois , durant lefquels fçachant
toutes fes menées , il
auroit pû prendre le refte
de la Flandre , puis qu'elle
eftoit entierement denuée
d'argent & de Troupes , que
toutes celles de Hollande
eftoient en Angleterre
, &
que les Allemans eftoient
bien éloignez de pouvoir
faire faire diverfion aux armes
de France, parce qu'il leur eft
tres-difficile de fe mettre en
Campagne avant qu'il y ait
des bleds fur la Terre. La
144 VI. P. des Affaires
bonté du Roy en cette occa
fion eft un de ces faits éclatans
& trop conſtamment
vrais pour eftre niez . On fçait
d'ailleurs que les Conqueftes
ne font pas prefentement
plus difficiles aux François en
Hyver qu'en une faifon plus
favorable, & qu'ils ont appris
fous leur invincible Souverain
à vaincre en tout temps ,
ce qui eft encore inconnu
aux autres Nations ; mais fi
la bonté du Roy a voulu faire
éviter à l'Eſpagne les dangers
qu'elle court
d'Auftriche d'Allemagne ,
la branche
l'a
du Temps, 145
lä
l'aportée à les chercher & elle
a efté fecondée par la Reyne
Mere de Sa Majesté Catholi
que , qui eft Soeur de l'Em
pereur , & qui facrifie l'Efpagne
aux interefts de fon Païs
& de fon Frere. Il y a longtemps
qu'elle fait mouvoir
tous les refforts que la politique
peut fuggerer pour ve
nir à bout de fon deffein , &
elle a fceu prendre ſes mefures
afin que rien ne luy fift
obftacle là - deffus . Elle a gagné
la plus grande partie de
ceux qui compoſent le Confeil
d'Etat , & à fait confeiller
N
146 VI. P. des Affaires
au Roy fon Fils , ce que des
avis plus fages avoient pris
foin de détourner , & qui doir
coûter cher à l'Espagne.Voilà
comme par des intereſts particuliers
on facrifie fa Parrie ,
& fa Religion , & de quelle
maniere l'Eſpagne qui s'eft
jufqu'icy vantée d'eftre fi
Catholique , donne dans des
fentimens tout à fait contraires
à fes interefts , & à la
rigidité qu'elle s'eft toûjours
piquée d'obferver fur tout
ce qui regarde la Religion .
Pendant qu'elle fait fonner
fi haut qu'elle ne ſouffre
du Temps . 147
point d'Heretiques dans fes
Erats , elle s'unit avec eux
pour combatre des Catholiques
, & dans le temps que
fon Inquifitiona condamne
avec fafle , & fait executer
avec appareil quelques Juifs
& quelques Proteftans , on
la voit étroitement
liguée a
vec tous les Proteftans de
l'Europe , qui fe font promis
de faire revivre la Religion
Proteftante
en France
d'empefcher le rétabliſſement
d'un Monarque dont la pieté,
& le zele pour la Religion
ont peu d'exemples , & qui
&
N ij
148 VI. P. des Affaires
pouvoit du moins faire rolerer
les veritez Catholiques
dans fes trois Royaumes
.
Voilà à quel uſage feront employées
les Armes d'Efpagne
, & la pofterité aura peine
à croire qu'un Roy qui porte
le nom de Catholique
, non
ſeulement
ſe ſoit employé
par fes Miniftres à détrôner
un Prince qui a tant merité
de la mefme Religion ; mais
qu'il ait encore travaillé à
l'élevation d'un Ufurpateur
,
qui protege la Religion Proteftante
, & qui n'a point
d'autre but que de faire dodu
Temps.
149
miner
le Calvinisme
dans
toute
l'Europe
. Le Roy d'Efpagne
a plus
fait encore
.
Quoy
qu'il ne fouffre
aucuns
Proteftans
dans tous les Etats,
il a bien voulu
que les Hol .
landois
& l'Electeur
de Brandebourg
miffent
des Garnifons
Proteftantes
dans plufieurs
de fes Places
. L'Inquifition
auroit
beaucoup
à travailler
fi elle vouloit
exercer
fon employ
dans
ces
Villes
- là. On voit par là que
la Maifon
d'Auftriche
ne
garde
plus de mefures
, & que
la politique
ne luy fait plus
N iij
Iso VI. P. des Affaires
2
déguiſer ce qu'il feroit bon
de ne pas laiffer paroiftre ;
mais pourquoy en uferoitelle
autrement
, puis que la
Cour de Rome agit de
mefme ? L'une & l'autre l'ont
fait voir à l'égard du Roy
de Pologne , parce qu'il leur
a paru que dans les conjonctures
prefentes , leur intereſt
eftoit de nuire à ce Monarque
. On fçait que la Cour de
Vienne a travaillé à faire foûlever
les propres Sujets contre
luy . C'eſt un fait connu par
les Lettres que Sa Majefté
Polonoiſe
a interceptées
. Je
du Temps .
II
ne m'explique point là- deffus
, mais vous vous direz
beaucoup à vous -meſme , lors
que vous vous repreſenterez
ce Roy hors de fes Etats ,
faifant lever le Siege de
Vienne , & l'Empereur pour
reconnoiffance cabalant contre
luy dans la Pologne mefme
aprés avoir confenty
qu'on enlevalt au Prince Alexandre
fon Fils une riche
Princeffe que ce jeune Prince
devoit époufer , pour ne pas
dire que l'Empereur
a contribué
luy- mefme par beaucoup
de foins à faire com-
>
N iiij
152 VI. P. des Affaires
mettre cette injuſtice , qu'il
eftoit en fon pouvoir d'empeſcher.
Si le Roy de Pologne a
efté récompensé par là de ce
que luy doit la Maiſon d'Au-
Ariche , il l'a efté encore plus
mal par la Cour de Rome , de
ce qu'il a fait pour la Chreftienté.
Vous fçavez que lors
qu'un Nonce fort d'une Diete
en proteftant contre tout
ce qui fe fera aprés la forties
la Diete demeure rompuë.
Le S Sulkolski , l'un des
Nonces dont la derniere Dicte
eftoit compofée , le retira
du Temps.
153
de cette maniere dans la Seance
du 30. de Mars ; & comme
on n'avoit encore pris aucune
refolution touchant les
moyens de foutenir la guerre
contre les Turcs , & de fe garantir
des courfes des Tartares
, dont la Pologne fe voit
menacée , le départ précipité
de ce Nonce expofoit le
Royaume à de grands malheurs
, & qui eftoient prefque
inévitables . On trouva heureufement
que ce Nonce n'avoit
pas droit de l'eftre , parce
qu'il eftoit excommunié
à caufe de l'enlevement qu'il
154 VI. P. des Affaires
avoit fait d'une Fille dans un
Monaftere, de forte que l'Af
femblée fe voyoit par là en
cftat de continuer fes delibel'on
rations.Mais le Nonce du Pape
voyant que les affaires pourroient
fe rétablir , & voulant
nuire au Roy dePologne , parce
que le St Sulkolski s'étoit retiré
, d'intelligence avec l'Empereur,
qui craignoit que
ne prift dans cette Diete quelques
refolutions qui le van
geaffent de l'injuftice faite au
Prince Alexandre fur fon
Mariage , & que ces refolutions
ne fuffent en quelque
du Temps. 155
façon favorables à la France ,
leva l'excommunication , &
il eft caufe que par ce moyen
tout le Royaume demeure
expofé aux armes des Infidelles
& aux courfes des Tartares
, qui n'en font jamais
fans enlever une infinité de
Chreftiens , qui paffent fouvent
le refte de leur vie dans
l'efclavage , & qui vivent &
meurent fans pouvoir faire
prefque aucun exercice de la
Religion qu'ils profeffent.
N'ayant pour but que les
Affaires du temps dans ces
Lettres extraordinaires,je puis
156 VI. P. des Affaires
paffer d'un Pays à l'autre ,
mais quelque matiere que je
traite , vous verrez toujours
de l'injuftice contre la France
, & que tous ceux qui fe
mêlent d'écrire tâchent d'empoifonner
tout ce qu'elle fait
de réellement bon, & qui vifiblement
ne peut meriter que
des louanges , de quelque
fubtilité que l'on fe ferve
pour y donner un tour defavantageux.
Vous avez ouy
parler d'une Ordonnance du
Roy, portant que les Sujets de
Sa Majesté qui font fortis da
Royaume à l'occafion de la revo
du
Temps . 157
cation de l'Edit de Nantes , lef
quels irontfervir dans les Troupes
du Roy de Dannemarch , ou
fe retireront à Hambourg › jouiront
de la moitié du bien qu'ils
ont dans les Etats de Sa Majesté.
Le refte marque la maniere
dont ils en doivent ufer , &
les moyens que l'on employe
ra afin qu'ils puiffent toucher
leur argent. Par là , non feulement
le Roy leur procure
l'avantage de recevoir tous les
ans la moitié de leur revenu ,
mais il leur ofte le chagrin
que la plufpart doivent avoir
de fe voir engagez à porter
158 VI. P. des Affaires
les armes contre leur Patrie ,
& contre leur Souverain legitime.
Ces Ecrivains , aprés
avoir déclamé contre cette
bonté du Roy , & tâché de
prouver que ceux qui ſe font
affeuré une retraite dans des
Etats Etrangers , ne font plus
obligez d'avoir aucuns égards
pour leur Roy ny pour leur
Patrie , veulent perfuader aux
Sujets de Sa Majesté fortis
de France, qu'ils menent une
vie heureufe dans les Etats
qu'ils ont choifis pour y faire
leur demeure , & que loin
qu'il leur foit permis de les
du
Temps. 159
quitter, c'eft ce qu'ils ne peuvent
faire fans une tache d'infidelité
, comme fi un homme
né Sujet , pouvoit empef
cher que fon Souverain ne le
fuft toujours & faire que le
lieu où il eft né ceffaft d'eftre
la Patrie. Ce n'est jamais une
chofe dont on puiffe eftre
blâmé , que de retourner à
fon devoir , & lors qu'une
Femme qui a cru fon Mary
mort eft remariée , fi le
temps luy fait connoiftre que
ce premier Mary eft encore
vivant , rien ne la peut difpenfer
de revenir avec luy.
160 VI. P.des Affaires
Quant à ce que difent ces
Ecrivains , que ces Sujets fugitifs
ont efté bien receus
dans les lieux où ils ont
cherché une retraite , & qu'ils
doivent eltre fatisfaits de leur
fortune , j'avoue que le premier
de ces articles eft vray; la
nouveauté
plaift d'abord , &
on fe pique d'eftre genereux,
mais la liberalité eft une vertu
dont on fe laffe bien- toft , &
on croit que ce que l'on a
donné une fois doit faire
vivre toujours. Si ceux qui fe
font refugiez dans un Eſtat
fubfiftent
de leur travail , les
du Temps.
161
Artifans qui gagnent leur vie
dans ce mefme employ en
ont de la jaloufic ; ils fe plaignent
qu'ils travaillent moins,
& regardent ce que les Refugiez
gagnent comme un argent
qui leur eft volé . Enfin
la plufpart font beaucoup à
plaindre , & on en a vu plufieurs
repaffer en France, parce
qu'ils ne pouvoient fubfifter
plus longtemps hors de
leur Patrie. C'eft ce qui a engagé
Sa Majesté à publier
l'Ordonnance dont je viens
de vous parler , afin de donner
à fes Sujets un moyen de
162 VI. P. des Affaires
}
fubfifter hors de fes Etats.
Quoy que je vous aye déja
parlé beaucoup de Rome , je
fuis obligé de reprendre cette
matiere , pour vous dire que
Mile Marquis de Lavardin ,
Ambaffadeur ordinaire du
Roy auprés du Pape , en eft
party par ordre de Sa Majefté
. Si on examine cette fortie
, on y verra d'un cofté le
triomphe de la moderation
de ce Prince , & de l'autre ,
celuy de l'opiniaftreté de la
Cour de Rome. Le Roy fait
retirer fon Ambaffadeur fans
avoir renoncé aux droits de
du
Temps. 163
fa Couronne qu'il a trouvez
établis , & Rome s'applaudit
d'un avantage qu'elle n'a pas
obtenu , puis que la France
n'a rien cedé. Il eft vray que
le triomphe de Rome eft
des plus grands & des plus
extraordinaires qu'on ait encore
vûs , fi on confidere ce
qu'elle a fait pour ſe vanger
de ce que le Roy n'a pas
voulu abandonner les Franchifes
dont fes Predeceffeurs
ont jouy . Elle a tefufé les
Bulles à Mr le Cardinal de
Furftemberg , éleu Archevefque
de Cologne à la pluralité
O ij
164 VIP. des Affaires
des voix ; elle a efté caufe des
revolutions d'Angleterre , &
de la ruine de la Religion
Catholique en ce Royaumelà
& dans celuy d'Ecoffe ; elle
a allumé la guerre entre la
France & l'Empire , & par
cette guerre elle met les Turcs
en eftat de reprendre les Conqueftes
que l'on a faites fur
eux , & empefche les Chreftiens
de s'avancer jufques à
Conftantinople , où il leur
feroit facile d'aller , fi toutes
leurs forces eftoient tournées
de ce cofté- là. Elle a expofé
la Pologne aux invafions
du
Temps.
165
+
eft
des Tartares , & emptſché
qu'elle n'euft une Armée
pour oppofer à celle des
Turcs. Elle a armé tous les
Proteftans de l'Europe contre
la France , & fon argent
employé pour le fecours du
Party qui en eft remply, contre
celuy qui n'eft compofé
que de Catholiques . Enfin ,
pour le dire encore une fois ,
elle eft caufe d'une guerre qui
a déja fait répandre beaucoup
de fang , & qui coutera la vie
à plufieurs milliers d'hommes
. Le triomphe eft beau ,
& la gloire en eft deuë à la
166 VI. P. des Affaires
Cour de Rome , le Roy ne
pouvant eftre accufé d'avoir
allumé ce feu dangereux ,
puis qu'il n'a rien innové , &
qu'il n'a
n'a fait que défendre un
droit qu'on luy veut ofter
& qu'il s'eft obligé de foutenir
lors qu'on luy a mis la
Couronne fur la tefte le jour
de fon Sacre.
Comme tous les maux qui
font aujourd'huy fouffrir
l'Europe viennent du meſme
principe , & qu'ils ne peuvent
eftre imputez avec juftice qu'à
la Cour de Rome, fuivant les
preuves que je vous en ay dondu
Temps.
167
nées , Liege luy doit tout ce
qu'a fouffert fon territoire depuis
le commencement de
cette Guerre. Elle auroit pû
neanmoins s'en épargner la
plus grande partie , fi elle
avoit tenu le traité de Neutralité
qu'elle avoit fait avec
la France ; mais à peine avoit
elle commencé à l'executer ,
qu'elle l'a rompu
vant les Ennemis de Sa Majefté
dans toutes fes Places.
La mauvaiſe foy qui s'eft
trouvée dans un procedé femblable
, a obligé les Troupes
de France à brûler la Ville de
*
en rece168
VI. P. des Affaires
Huy par les mefmes raifons
qui ont caufé la deftruction
de plufieurs Places du Palatinat
. Lors qu'on fe voit me
nacé d'une inondation d'Ennemis
, & que cent Puiffances
font liguées contre une on
peut en venir à toutes les
extremitez
que permet la
guerre , & d'ailleurs quiconque
manque de parole , merite
d'autant plus ce traite
ment , qu'il expofe ceux qui
éprouvent de pareilles perfidies
à tout ce que les dangers
qui ne font pas attendus ont
de fuites plus facheufes. La
France
du Temps.
169
France , contre qui tant de
forces font unies , qu'on n'a
jamais veu une telle Ligue
contre une feule Puiffance ,
auroit tout à craindre , fi elle
cftoit en auffi mauvais eftat
chez elle que fes Ennemis le
difent; mais le grand nombre
de fes Troupes à qui rien ne
manque , fait voir le contraire,
& cela ſe juſtifie encore par
l'argent que toutes les princi
pales Villes du Royaume ont
donné au Roy fans que Sa
Majesté ait meſme penſé à
l'exiger ; au contraire Elle a
remercié plufieurs Villes du
P
170 VI. P. des Affaires
don qu'elles avoient deffein
de luy faire , ce qui fait connoistre
que ce Prince n'a pas
tant befoin d'argent que fes
Ennemis prennent plaifir à
le publier ; mais lors qu'ils
font courir de tels bruits , ils
ont leurs raifons , & s'ils n'em
ployoient cet artifice,ils n'engageroient
peut-eftre pas tant
de gens dans leur Party. Je
fçay de certitude que pour
obliger l'Efpagne à fe declas
rer , on luy à fait des peintu
res tres- vives , mais imagi
naires , de l'épuifemen ou
eftoit la France , ce qui la
du Temps.
171
mettoit plûroft en eftat de
perdre que de faire des Con
queftes , en forte qu'on la
voyoit fur le point de fe trouyer
accablée.
Il ne me refte plus à vous
parler que des, Suiffes . Cette
fage Republique a creu de fes
interefts de fouhaiter la mef
me Neutralité que le Roy,
mefme avant que de fçavoir
les intentions de Sa Majefté,
Je n'entre point dans le dé
tail de cette affaire , il me
fuffira de dire que la chofe
eftoit fi jufte , que l'Envoyé
de l'Empereur n'eut point de
Pij
172 VI. P. des Affaires,
Il
raifons pour le défendre de
figner le Traité ; mais lors
qu'il a fallu le ratifier , l'Empereur
a refufé de le faire,
ya peu d'exemples d'une
pareille avanture. Ces ratifications
avoient plûtoft paffé
juſqu'icy pour une ceremo
nie que pour une chofe abfolument
neceffaire , & on a
feulement toujours fuivy cet
ufage,parce qu'il fembloit que
les Traitez en recevoient plus
de force ; mais dés qu'il s'agit
d'une chofe qui regarde
la France , on n'obferve plus
de mefures , & les injuftices
du Temps.
173
les moins ordinaires paroiffent
permifes. L'Empereur ,
avant que fon Envoyé fignaſt
le Traité de Neutralité , avoit
tenté tous les moyens imaginables
pour engager les Suif
fes à fe declarer contre la
France ; mais il y avoit peu
d'apparence qu'il puft faire
rompre des Traitez faits depuis
fi longtemps, & toujours
obfervez de part & d'autre
avec une égale fatisfaction
.
Voicy une Lettre qui vous
inftruira de beaucoup de cho
fes touchant les interefts des
Piij
174 VI. P. des Affaires
Suiffes . C'eft un Ouvrage ex
tremement eftimé de tous
eeux qui l'ont vu , & qui merite
l'approbation qu'on luy
donne , & mefme qu'on en
parle avec éloge. Il feroit à
fouhaiter qu'une fi bonne
Plume écrivift fouvent fur
les matieres courantes .
du Temps. 175
, වවරුවේල
LETTRED'UN OFFICIER
Suiffe aux Députez des
Cantons affemblez à la
Diete qui fe tient à Bade .
M
ESSEIGNEURS ,
Le zele que jay pour tout ce
qui peut regarder le bien l'avantage
de ma Patrie, m'a obligé
de lire avec une extrême attention
le Livre qui a paru depuis
peu de jours fous le titre de , Fidelle
réveil des Suiffes, ou narration
veritable des perils qui
Piiij
176 VI. P. des Affaires
1
les proteftaenvironnent
la Republique
des Suiffes , & des moyens
qu'elle a pour s'en delivrer.
Favour , Meffeigneurs que ce
titrefpecieux,
tions quefait l'Auteur de n'avoir
d'autre motifpour écrire que l'affection
qu'il a pour fa Patrie
m'ont fait croire que cet ouvrage.
nous prefcriroit une route certaine
pour nous conduire dans les
conjonctures prefentes felon nos
veritables interefts ; mais il ne
fera pas difficile à ceux qui en
feront comme moy la lecture , de
reconnoiftre qu'un homme qui
veut nousperfuader par de faufdu
Temps.
177
fesfuppofitions de manquer à ba
foy des Traitez, & à la plus
ancienne alliance que nous
ayon's , ne peutfuivre , ainfi qu'il
nous en affeure , les feules regles
que la bonne foy & ta pure ve
rité luy
prefcrivent.
En effet il est aisé” de voir
que l'interest du Corps Helvetique
n'eft pas le but que cet
Auteurfe propofe & les invectives
dans lesquelles il s'emporte
contre la France fans aucune
retenue , découvrent clai-
-rement que cet ouvrage ne peut
venir
que d'un Emisfaire de la
Maifon d'Auftriche, dont lefeul
178 VI. P. des Affaires
deffein eft de nous détacher d'une
alliance que nous avons reconnuë
tres avantageufe à noftre Patrie,
par l'experience de plus de deux
cens années.
*
Il nous veut perfuader de
l'abandonner par la crainte qu'il
tâche de nous inſpirer de la puiffance
du Roy Tres - Chreftien
mais quelle Puiffance nous doit
eftreplus fufpecte , ou celle de la
France , ou celle de la Maiſon
d'Auftriche ?
Nousfçavons , Meffeigneurs,
que nous n'avons jamais éprou
vé celle de la France que pour
noftre fecours que fes propres
2
du Temps.
179
interefts s'accordent avec l'estar
floriffant auquel il a plu à Dieu
de nous mettre , & qu'elle n'a
aucunepretentionfur nous . Nous
connoiſſons au contraire celles
que la Maifon d'Autriche a
fur plufieurs de nos Cantons &
aucun de nous n'ignore que ceux
de Zurich, de Berne & de Euserne
jouiffent mefme du Comté
de Hapfbourg, d'où cette Maifon
tire fon origine , & dont l'Empereur
& le Roy d'Espagne mettent
encore la qualité parmy
leurs titres.
On veut cependant nous al-
Larmer au fujet des Fortificacions
180 VI. P. des Affaires
que le Roy de France a faitfaire
pour la défenfe de fes Frontieres,
& fi nous en voulons croire
Auteur du Libelle , nous devons
fans rien examiner davantage
, nous mettre en eftat
de démolir les Places de Huningue
& de Landferoon.
Il eft aifé de voir qu'un Auteur
qui parle de cette maniere ,
n'a d'autre veuë
que
d'allumer
ta guerre dans noftre Païs , &
de nous faire perdre le meilleur
Amy que nous ayons ; car enfin
, Meffeigneurs , finous y voutons
conferver la paix & la
tranquillité , comment y pourdu
Temps.
181
vons - nous reüffir , lors que les
paffages feront libres aux Troupes
de l'Empereur , pour entrer
quand il leur plaira en Alface
en Franche- Comté ? Quel
obftacle pourroient- elles y trouver
,fi le Roy de France n'avoit
fortifié fes Frontieres , &
ne s'efloit mis en eftat d'appuyex
toutes les précautions que nous
devons prendre pour empeſcher
que les Armées Imperiales ne
prennent leur paffage par Rhinfeld
, pour porter la guerre dans
noftre Voifinage ? Nous fommes
affeurez que le Roy Tres-Chrétien
n'en veut point à noftre li182
VI. P. des Affaires
berté ; ilfera bien aife d'éloigner
la guerre de nos Frontieres , &
nous n'avons paint auffi. de plus
fort intereft que d'empeſcher que
noftre Pays n'en devienne le
Theatre par le paffage des Trou
pes Imperiales . Elles s'eftoient aifement
emparées pendant la derniere
guerre du Poste de Hunin
gue , où il n'y avoit que des
Fortifications peu confiderables ,
une Garnifon affez foible.
Meffieurs de Bafle peuvent fe
fouvenir › que quelque bonne
intention qu'ils euffent d'empef
cher les Partis de Rinfeld de paffer
fur leurs Terres d'entrer
du
Temps. 183
t
a
on Alface , ils ne purent y reüffir
Ainfi nous aurions en raison de
faire des instances preſſantes au
Roy Tres - Chreftien de reparer
& d'augmenter , comme il
fait les Fortifications de cette
Place , s'il avoit continué à la
negliger, & s'il l'a un peu plus
éloignée qu'elle n'eftoit de la
Ville de Bafle , ce n'a eftè que
par un effet defa condefcendan
ce , ayant bien voulu raffurer
nos Cantons par cette marque
qu'il leur donna de fon affection
fur les vains ombrages que les
Emiffaires de la Maifon d'Auftriche
leur avoient fait prendre
184 VI. P. des Affaires
la
de ces reparations . L'experience
nous a fait connoiftre depuis
que nous n'avions aucun fujet
d'apprehender ce voinage . Nous
avons encore moins de raifon
de nous plaindre des Fortifications
de Landſcroon , que
France n'a pas mefme étendues
au delà de ce qu'elles eftoient
avant le Traité de Munfter ,
quoy qu'on ne luy puiſſe diſpu
ter en quelque manière que ce
foit le droit d'y faire ce qu'elle
juge à propos pour la confervation
du Pays de Zundgavo qui
luy appartient.
Ce font cependant , Meffeidu
Temps .
385
gneurs les plus fortes raisons
dontfe fervent prefentement les
Partifans de la Maifon d'Auftriche
pour nous éloigner de l'alliance
de la France . L'Auteur
du Livre y ajoûte encore pour
nous animer celle de l'idée de
la Monarchie univerfelle , qu'il
pretend qu'a le Roy de France;
mais Sa Majesté Tres- Chrêtienne
a fait affez connoiftre
qu'Elle preferoit le repos de l'Europe
à fes propres avantages ,
pour nous empefcher d'ajoûter
foy à cette fuppofition , qui doit
fa naissance à un Miniftre de
la Maifon d'Autriche , e à la
Q
186 VI. P. des Affaires
quelle les interests de quelques
Princes ont autrefois fait trouver
en Allemagne plus de credit
qu'elle n'en meritoit.
En effet , Meffeigneurs , qui
obligeoit Sa Majesté T. C. ft
Elle avoit en ce deffein, de borner
fes Conqueftes à la prife de Luxembourg
de figner un
Traité de Tréve avec l'Empe
reur le Roy d'Eſpagne, encore
effrayez du Siege que les Turcs.
avoient mis devant Vienne l'année
précedente ? N'avoit- Elle
pas des forces fuffifantes pour
obliger la Maifon d'Auftriche a
confentir aux conditions qu'Elle
du
Temps.
187
auroit voulu luy impoſer? Lifonsnous
que Charles-Quint , à qui
on donne avec plus de fondement
cette idée de la Monarchie univerfelles
en ait usé avec la même
moderation , qu'il ait negligé
aucune des occafions que les malheurs
de la France luy donnoient
de l'opprimer qu'il n'y ait
pas mefme facrifié fouvent des
avantages confiderables qu'il
eftoit prefque affuré de remporter
fur les Turcs ? Au contraire,
nous venons de voir que le Roy
Tres- Chreftien n'a pris les armes
que pour fe précautionner contre
les effets des menaces , que la
Qij
188 VI. P. des Affaires
Maifon d'Auftriche fait en tous
lieux depuis trois ou quatre ans,
contre les Ligues qu'elle forme
depuis ce temps contre les interefts
de fa Couronne. Les offres qu'il
a faites de convertir la Tréve en
un Traité de Paix perpetuelle ,
& de remettre à des Arbitres
les differends pour la fucceffion
du Palatinat , font affez connoistre
qu'il n'avoit pas deffein de
troubler la tranquillité de l'Europe
, & nous ne pouvons croire
qu'un Prince qui ne cherche
qu'à en affurer le repos , veüille
s'en rendre le Monarque abfolu.
Il reste prefentement , Mef
du
Temps.
189
dit
feigneurs à examiner ce que
l'Auteur touchant le deffein qu'a
le Roy de France de nous enfermer,
en fe rendant maiftre des
Villes Foreftieres. Pour aftre
entierement éclaircis de la verité
, nous n'avons d'un cofté
qu'à faire reflexion aux propofitions
qui nous ont efté faites
par l'Ambassadeur de France,
pour nous after toute l'inquietude
que nous pouvons raisonnablement
avoir , & à la fufpenfion
d'actes d'hoftilité que le Roy fon
Maiftre à bien voulu accorder
pour lesdites Villes pendant la
durée de noftre Diete , & de
190 VI. P. des Affaires
l'autre , au refus que la Cour de
Vienne a fait jufqu'à prefent
d'entrer dans aucun des expediens
que nous avons propoſez
pour éloigner la guerre de nos
Cantons à la Lettre que nous
venons de recevoir du Baronde
Landsée , par laquelle ce Miniftre
nous marque qu'il ne peut
promettre pour les Troupes Imperiales
la mefme fuſpenſion à
Laquelle le Roy Tres- Chreftien a
confenty , parce , dit- il, que cela
fentiroit encore la Neutralité.
Que devons- nousjuger, Meffeigneurs
, de la difference qu'il
3 a entre le procede du Roy de
du
Temps.
191
France, celuy de la Cour de
Vienne à noftre égard ? Nous
voyons clairement par les offres
que le Roy nous a faites , qu'il
n'a d'autre but que de fermer &
d'affarer fa frontiere aux environs
de Bafle ,fans aucun deffein
de s'agrandir , ny de rien faire
qui puiffe nous donner de l'inquietude
; mais nousfommes bien
éloignez de pouvoir faire le mê
me jugement des intentions de la
Maifon d'Auftriche ; car enfin
qui nous affurera qu'ayant réuny
avec elle toutes les forces de l'Em
pire , elle ne fonge pas à profiter
de la premiere occafin qu'elle
192 VI. P. des Affaires
"
qui
trouvera de faire revivre fes
pretentionsfur les Pays qui compofent
à prefent le Corps Helvetique
. Les Places de Conftance
& de Rhinfeld , & les Pays
appartiennent à cette Maifon
, enclavez dans les Cantons,
ne luy donnent que trop de facilité
d'entreprendre fur noftre liberté
, & nous ne devons pas
douter qu'elle n'en fuſt toujours
ennemie , tant par le fouvenir
de ce que nous avons fait contre
elle , qu'à caufe de l'étroite alliance
qui eft établie depuis fi
longtemps entre la France les
loüables Cantons . C'eft cette alliance
du
Temps. 193
liance qui peut feule faire un
obftacle invincible aux deffeins
que la Cour de Vienne pourroit
former fur noftre liberté, & nous
y devons prendre d'autant plus
de confiance que l'intereft du Roy
Tres- Chrestien s'accorde avec
les affurances qu'il nous donne
de fon affection , & qu'au contraire
les Princes d'Allemagne
favoriferont toujours ceux de la
Maifon d'Autriche , lors qu'il
s'agira de réunir au Corps de
l'Empire ce qui en a efté démembré
, pour quelque raifon
que ce puiffe eftre mesme de
leur confentement. Ainfi nous
R
194 VI. P. des Affaires
ne sçaurions eftre trop fur
nos gardes contre les deffeins de
la Maifon d'Auftriche , & il eft
temps enfin que nous prenions une
bonne refolution fur ce qui regarde
les Villes Foreftieres ; car fi
nous differons à la prendre telle
que noftre intereft le demande ,
nous avons tout fujet de craindre
que nos remontrances ne
foient fort inutiles lors que les
Troupes Imperiales feront entrées
par Rhinfeld dans noftre Pays
& que la Cour de Vienne fe
croira en estat de nous impofer
les conditions qui feront les plus
convenables à fes interefts . C'est
du Temps. 195
de qui arrivera , Meffeigneurs ,
fi nous ne nous affurons defdites
Villes & particulierement de
Rhinfeld , fil'Empereur perfiste
dans le refus qu'il fair de
nous en commettre la garde pendant
la guerre il faut de neceffité
que nous fongionsCans perdre
de temps à prendre d'autres mefures,
pour empefcher que l'Armée
de l'Empereur ne paffe fur noftre
Territoire , pour éloigner la
guerre de nostre voisinage . d
Ainfi le feul confeil que nous
puiſſions fuivre de ceux que nous
donne l'Auteur du Livres eft de
ne ngus pas endormir , ft nous
Rij
196 VI. P. des Affaires
deferons fincerement affurer le
repos de noftre Pays. Nous devons
prendre les armes pour prévenir
les deffeins de la Maifon
d'Auftriche , fi nous ne voulons
pas en estre prévenus.
L'Auteur commence le fecond
article de fon Livre par le reproche
qu'il fait à la France de
s'entendre avec les Turcs. Ce
n'eft pas d'aujourd'huy que les
Partifans de la Maifon d'Auftriche
l'en ont fauffement accusée.
Ils ne croyent pas que
les armes
de l'Empereurpuiffent trouver de
réfiftance en aucun endroitfi cette
Couronne ne s'en mefle , & ils
du Temps.
197
lors
le
que
font perfuadez qu'elle eft d'intelligence
avec leurs Ennemis
les heureux fuccés ne
répondent pas à leurs fouhaits ;
mais pour connoistre la fauffeté
de cette fuppofition , il n'y a qu'à
faire reflexion à la conduite que
le Roy de France a tenuë depuis
commencement de la derniere
guerre de Hongrie, car il est inutile
de parler du fecours qu'il en
voya en 1664 , qui caufa cependant
le gain de la Bataille de
S. Gothard . Pourquoy , s'il avoit
avec les Turcs ces intelligences
dont on nous a tant parlé , ne
profiteroit-il pas de l'extrême foi
Rij
198 VI. P.des Affaires
pú
bleffe où ils avoient reduit la
Maifon d'Auftriche ? Qui a
l'obliger depuis à demeurer en repos,
pendant que l'Empereur étendoit
fes Conqueftes en Hongrie ,
& à figner un Traité de Tréve ,
pour affermir la tranquillité de
l'Europe qui paroiffoit fi ébranlée
? Les intentions de la Cour
de Vienne eftoient déja connuës ,
les Miniftres publioient dés
lors qu'elle avoit deffein de conclure
la Paix avec la Porte , &
de faire enfuite marchér fes
Troupes fur le Rhin . On fait
Les ligues qu'elle a formées pour
cet effet , & ily a lieu de croire
du
Temps.
199
par ce que
l'on voit aujourd'huy
*
qu'elle en attendoit la conclufion
pourfinir la guerre de Hongrie,
e que quelque zele qu'elle ait
témoigné par le paẞé pour la Religion
, elle n'a pas eu de peine à
facrifier les efperances qu'elle
avoit de chaffer les Turcs jufque
dans l'Afie pour favorifer le
fuccés de l'entreprife du Prince
d'Orange en Angleterre. Ses
Ministres en ont temoigné leur
joye dans tous les endroits où
ils fe font trouvez par des démonftrations
auffi éclatantes
ft c'eftoit le miracle attendu depuis
fi long-temps pour relever
que
Riiij
200 VI. P. des Affaires
que
la Maifon d'Austriche . On peut
dire avec verité que bien loin
la France ait donné aucun
fecours au Grand Seigneur » la
"Guerre qu'elle a faite aux Corfaires
de Barbarie les amis hors
d'estat d'envoyer à l'Armée Otthomane
les fecours d'argent &
de Vaiffeaux & les munitions.
qu'ils doivent fournir à la Portedans
les guerres qu'elle a contre
les Chrestiens. Ces Corfaires
s'enfont plaints à Conftantinople
, les Ambaffadeurs de Sa
Majesté n'en ont jamais fait
d'excuſes . Mais comme le Royde
France a fait connoiftre les raidu
Temps.
201
fons qui l'obligeoient à faire entrer
fes Armées dans l'Empire ,
& qu'il a prouvé la justice de
fes armes par le Manifefte qu'il
a publié , je ne m'étendray pas
davantagefur ce fujet.
Je viens prefentement à ce
qui regarde la maniere dont le
Roy Tres- Chrestien a obfervé
l'alliance que nous avons avec
luy, Nous fçavons qu'il
n'a manqué à aucune des conditions
qui font stipulées par les
Traitez , & lors que nous nous
fommes conduits conformement à
ce qu'ils portent , nos Pensions:
ant efté bien payées , & nos
202 VI. P. des Affaires
Marchands ont toujours jouy
des avantages que nous leur
avons procurez par ces mefmes
Traitez. Seroit-il de l'honneur
de noftre Nation d'avoir profité
pendant la Paix , des avanta
ges que nous donne l'alliance de
Ja
France , Ú de manquer aux
conditions fous lesquelles ils nous
ont efté accordez , lors que nous
voyons tant de Princes & d'Etats
unis contre cette Couronne ? Ces
fentimens feroient bien éloignez
de ceux que nos Ancestres ont
toujours témoignez de ce qu'ils
firent en 1521. lors qu'ils mirent
en prifon un Envoyé du Pape
du Temps. 203
Leon X. qui eftoit venu pour
leur demander une levée contre
François I. regardant ce Ministre
comme un Seducteur qui
vouloit les fuborner , & les ingager
manquer aux obligations
de leurs Traitez avec la
France.
à
Je croy qu'il eft inutile de vous
faire remarquer la foibleffe de
ce que dit l'Auteur dans la
fuite de fon ouvrage. On y découvre
que fon emportement
contre la France eſt le feul motif
qui le fait parler , & que le
bien de la Patrie n'y a aucune
part . Les differends de cette
204 VI. P. des Affaires
Couronne avec la Cour de
Rome , n'ont aucun rapport ave
les interefts des Cantons , ny à
l'alliance qu'ils ont avec la
France. Si l'Auteur eft Proteftant
, comme il le dit luymefme
, il luy importe peu que
le Roy de France foit brouillé
avec le Pape , & il ne nous
en feroit pas un fi long article ,
s'il n'avoit deffein d'irriter les
Catholiques , qui fçavent bien
cependant que ces differends ne
font que fur des matieres purement
temporelles.
Quant à ce qui regarde la
maniere dont les Ambaſſadeurs
du Temps . 201
des Cantons de Zurich & de
Berne ont efté reccus en France ,
il eft inutile de rebattre tout ce
qui leur a efté dit pour leur
faire voir qu'on vouloit bien
leur accorder les mefmes honneurs
qui avoient eftéfaits à ceux qui
les avoientprecedez en la mefme
qualité ; ilfuffit de dire qu'ils ont
obtenu tout ce qu'ils ont de
mandé , puis que.
que l'Evefque & le Chapitre de
Geneve faifoient contre cette
Ville au Parlement de Dijon ,
qui donnoient de l'inquietude
à ces deux Cantons , ent cessé
depuis le départ de ces Ambaſſales
pourfuites
206 VI. P. des Affaires
deurs. Ces Cantons ne doiventils
pas fe louer à prefent de la
maniere dont le Roy de France
les traitte , & Meffieurs de Zurich
n'en ont- ils pas encore un
nouveau fujet fur la maniere
dont il vient de terminer à leur
entiere fatisfaction l'affaire de
leurs crefpons ?
Nous voyons , Meffeigneurs,
quoy que vous puiffe dire cet
Auteur, que le Roy de France
par la conduite qu'il tient à
noftre égard , ne foubaire que le
maintien d'une alliance qué nous
entretenons depuis fi long- temps ,
ne demande de nous que ce
du Temps .
207
qui peu regarder nos veritables
interefts. Comme il n'y a rien
qui nousfoit plus convenable que
de demeurer toujours unis ; auffi
avons -nous veu que lors qu'il
y a eu quelques differends entre
nous , les Ambaffadeurs
du Roy
Tres-Chreftien fe font entremis
pour les terminer , fans témoigner
aucune partialité pour les
Catholiques , ou pour les Proteftans.
La conduite de la Mai-
Lon d'Autriche a efté bien differente.
Je ne vous rappelleray point le
temps de la guerre de la Valteline
, pendant laquelle le Nonce
208 VI. P. des Affaires
> al.
Scapi, le Pere Marienigo , Capucin
, & plufieurs autres Ecclefiaftiques
, tous devoüez à cette
Maifon , firent leurs efforts fous
pretexte des Miffions pour
lumer la guerre entre les Cantons
leurs Confederez , & ils
y auroient enfin réüſſi , ſi le Roy
de France Louis XIII, n'en euft
prevenu lesfuites, & n'euft maintenu
la paix des Cantons , en
s'engageant mefme pour cet
dans une guerre contre l'Efpagne
& fes Alliez. Nous fçavons
auffi que lors
tons ont trouvé des difficultez à
s'accommoder entre - euxiles' Mique
effet
les Candu
Temps.
209
>
niftres de la Maifon d'Auftriche,
ont toûjours efté ceux qui ont
fomenté leurs divifions les
ont fait durer le plus long- temps
qu'il leur a esté poffible.
Ce font- la , Meffeigneurs,
les reflexions que j'ay pú faire
fur le Livre qui vient de paroiftre
, es dont j'ay cru , comme
fidelle Compatriote, devoir vous
faire part. Je ne puis m'empefcher
d'y ajouter qu'outre les pretentions
que
triche afur nous , & dont j'ay
déja parlé , nous devons encore
fonger aux differends que nous
avons avec l'Empereur pour l'a
la Maifon d'Auf-
S
210 - VI. P. des Affaires
le
proprieté du Lac de Constance.
Nous devons confiderer que
Roy d'Espagne fe plaint que nous
luy retenons les vallées de Logarne
, Lugane , Bellinzone , &
autres , qui ont esté démembrées
du Duche de Milan , & que ces
prétextes feroient fuffifans à la
Maifon d'Auftriche, fielle estoit
un jour affezpuiſſante pour nous
opprimer. Mais enfin , Meſſei
gneurs , vous eftes trop éclairez
pour ne pas bien voir que tous ces
Ecrits toutes les tentatives que
font les Partifans de la Maifon
d'Auftriche pour nous brouiller
avec la France , ne tendent pas.
du
Temps.
21
la
feulement à ôter à cette Couron-..
ne fes bons & fidelles Amis ,
mais qu'on efpere encore que
diminution de fa puiſſance nous
fera perdre le pluspuiſſant appuy
que nous ayons , & qu'il fera
plus facile à l'Empereur & à la
Maifon d'Auftriche , de fe rendre
Maistres de ce qu'ils pretendent
leur appartenir de nous
réunir fous leur pouvoir . Nous
avons auffi lieu de faire de ferienfes
reflexions fur le refus que
fait l'Empereur d'éloigner la
guerre de noftre voifinage en nous
remettant la garde des Villes
Foreftieres ; & fi nous voulons
Sij
2r2 VI. P. des .Affaires
affurer le repos de nostre Patrie
nous ne devons pas negliger les
moyens que nous en avons pre-.
fentement , & aufquels il fera
trop tard de recourir , fi nous
differons plus longtemps à les
mettre en ufage . Fefuis &c.
A Balle ce 20. Mars 1689.
Il y a trop longtemps que
je vous parle des affaires
d'Angleterre , pour ne vous.
pa's faire connoiftre plus particulierement
les Peuples
dont font compofez les trois
Royaumes , qui font ce qu'on
appelle aujourd'huy la Grand
du
Temps
213
Bretagne. Vous m'avez té
moigné le fouhaiter dans la
plufpart de vos Lettres , & je
vais tâcher de vous apprendre
par un abregé fort court , ce
qu'il vous feroit difficile de
fçavoir qu'aprés avoir leu une
grand nombre de volumes...
Quand cet Abregé vous aura
inftruite de leurs moeurs , de
leurs forces , & de leur Religion
, vous pourrez prévoir ,
fuivant les mouvemens journaliers,
une partie des chofes
qui font encore incertaines ,
& qui peuvent arriver
du moins former de juſtes raiou
214 VI. P. des Affaires
fonnemens fur ce qui fe paffe
chaque jour dans les Etats du
Roy d'Angleterre à l'égard
des Troubles dont on les voit
agitez , & des démarches 'que:
fait ce Monarque pour re
monter fur le Trône. La Religion
qu'il fuit eft cellé que
les anciens Anglois ont profeffée
, & il eft fort étonnant
qu'aprés qu'ils ont pris foin
de la conferver dans toute
fa pureté pendant un fort
grand nombre de fiecles , ils
faffent gloire de s'en décla
rer prefentement les plus irreconciliables
Ennemis.
du
Temps.
215
L'Angleterre qui eft la plus
confiderable de toutes les
Ifles de l'Ocean , a cu autrefois
le nom d'Albion, ou de
Bretagne , quand on la confideroit
avec l'Ecoffe , de laquelle
elle eft feparée par les
Rivieres de Solvay & de
Tuvede. Sa forme eft trian
gulaire , & fes divers Caps ,
& Bayes rendent fa cofte fort
irreguliere. Elle a prés de
quatre cens milles de lon
gueur , trois cens de largeur ,
& treize cens de tour . Vous
fçavez qu'il faur trois milles
pour faire une lieuë de Fran216
VI. P. des Affaires
On croit que les Bretons ,
Peuples venus des Gaules , furent
les premiers qui l'habiterent
, & qu'ils eurent pour
Roy un nommé Brutus , que
quelques- uns marquent en
l'an du monde-2834 . Les Hiftoriens
Anglois & Ecofloisluy
donnent un tres grand
nombre de Succeffeurs , mais
tout ce qu'ils difent eft fi
confus , qu'il n'y a rien de
certain jufqu'au temps où
Jules Cefar entra dans la
Grand' Bretagne. Il foumits
les Peuples de la partie meridionale
& les rendit tribu-
*
taires
du Temps .
217
taires à la Republique . Cefar
ayant efté tué quelque temps
aprés dans le Senat , & Augufte
eftant parvenu à l'Empire,
les Bretons prirent les armes ,
& s'efforcerent de fecoüer le
joug qui leur eftoit impofé ,
mais ils furent toujours défaits
, & leurs diverfes révol
tes ne fervirent qu'à mieux
affermir fur eux la domination
des Romains. Elle dura
jufqu'à l'an 446. qu'ils appellerent
à leur fecours les Pictes ,
Peuples d'Ecoffe qui habitoient
la partie Septentriona
de de Eifle . Ceux cy en chaf
T
218 VI. P. des Affaires
ferent entierement les . Romains
, qui s'y eftoient maintenus
pendant plufieurs fiecles
, & affermirent fi bien
leur tedoutable puiſſance, que`
la plus grande partie des Bretons
n'ayant pû leur refifter ,
furent obligez de fe foûmettre.
Les autres qui n'eftoient
point nez pour la fervitude ,
mirent fur le Trône un Seigneur
d'entre eux nommé
Vortiger , ne doutant point
qu'il ne cherchaft à les rétablir
dans leur liberré & dans
leurs biens . Ce qu'ils avoient
efperé leur arriva . Ce digne
du
Temps.
219
Chef marcha à leur tefte
contre les Pictes & les Ecoffois
, & fon exemple les anima
tellement , qu'ils les obli
gerent à fortir de leursProvinces.
Ce ne fut pas pour longtemps
. Ces fâcheux Voifins
renouvellerent la guerre , &
Vortiger n'en put triompher
que par l'aide des Saxons. Il
crut ne pouvoir mieux reconnoiftre
un fecours fi favorable
qu'en leur affignant des
Terres dans fon Royaume
pour les engager à s'y établir.
Ils firent venir fur cette offre
une nouvelle colonie de Sa-
Tij
220 VI. P. des Affaires
xons pour eftre plus forts
& quantité de Femmes les
accompagnerent. Vortiger
ayant épousé la Fille de leur
General , ce mariage déplut
aux Bretons , qui reconnurent
Vortimer fon Fils pour
leur Souverain . Il y eut combat
entre le Fils & le Pere. Les
Saxons furent Vainqueurs
& affiftez des Anglois qui
eftoient venus avec eux fous
la conduite d'Hengiftus
pour
fecourir Vortiger , ils entreprirent
fi bien les Bretons ,
qu'ils les reduifirent à ſe retirer
aux parties occidentales
du Temps.
221
de l'Ifle , qui ne font que des
Montagnes infructueuses , &
fe rendirent maiftres de toute
la Bretagne , à la referve de
l'Ecoffe , du Pays de Galles
& de Pictland . Ce que l'on
trouve de plus probable des
Anglois , eft qu'ils font fortis
de la Germanic , auffi- bien
que les Saxons , Colonie des
Saces , qui s'y vint habituer
du temps de Diocletien , &
qu'ils occuperent une petite
Province que l'on nomme
Angel , fituée dans le Dannemarck
, entre le Jutlland &
Holface . Ces deux Nations
Tiij
222 VI. P. des Affaires
également belliqueufes ayant
tout foûmis , diviferent leurs
Conqueftes & en firent fept
Royaumes particuliers , done
les principaux Capitaines de
leurs Armées fe mirent en
poffeffion . Le premier , compofé
de la feule Region de
Kent porta ce nom, & eut dixbuít
Rois depuis Hengiftus ,
qui fut tué dans une Bataille
en 488. juſqu'à Ethelcup , qui
tomba au pouvoir d'Egbert ,
Roy de Weftfex en 805. Le
fecond , dit Suffex , compre
noit les Provinces de Suthfex
& de Suthry . lleut pour predu
Temps. 223
>
mier Roy Alla ou Elly &
Aldinus qui en eftoit le cinquiéme
, fut privé de la Couronne
, & peu de temps aprés
de la vie par Inas , onzième
Roy de Weftfex . Le troifiéme
de ces Royaumes que l'on appelloit
Estangle + ou des Anglois
Orientaux , avoit les Provinces
de Norfolc & de Cambridge
, & l'Ile d'Ely . Il cut
dix- fept Rois , dont le premier
fut Uffa , & le dernier
Eric . Edouard , Fils d'Alfred ,
Roy de Weftfex , unit ce
Royaume au fien . Celuy d'Ef
fex ou des Saxons Orientaux
T iiij
224 VI. P. des Affaires
comprenant les Provinces
d'Effex , de Midlefex , & une
partie de celle d'Hertford ,
eut pour premier Roy Erchenvin
. Sutred , quinziéme
& dernier Roy d'Effex) , fuc
privé de fes Etats par Egbert,
Roy de Weſtſex Le cinquié
me Royaume qu'on appelloit
de Mercie , eftoit compofé des
Provinces de Glocefter , d'E
refort , Worchefter , Bethfould
, Bucchinghan , Oxford ,
Staford , Stroop , Nortinghan
,
Cefter , & de l'autre partie
d'Hertford
. Il eut ving- trois
Rois dont Crida fut le.
du Temps. 225
と
premier , & Alured le der
nier . Le Royaume de Nor
thumberland , qui fut le fixiéme
, contenoit les Provincesde
Lanclaftre , d'Yorck , Durhan
, Cumberland , Weftmerland
, & les Regions d'Ecoffe
jufques au bras de Mer d'Edimbourg
, & fut poffedé
d'abord par Idas . Il eut huit
Succeffeurs , dont le dernier
fut Ecfrid. Le feptiéme
Royaume nommé de VVeffex
out des Saxons Occidentaux ?
comprenoit les Provinces de
Cornwal , Den, Dorfer , Som
merfer , Wil, Suthampton
&
225 VI. P. des Affaires
Barch . Cerdic fut le premier
Roy qu'elles reconnurent
& Egbert , qui fut le dixfeptième
Roy de Weftfex ,
ayant réuny en un feul Eſtat
les autres Royaumes dontje
viens de vous parler , ordonna
en 835 , qu'on le nomeroit
Angle ou Engleland , c'est à
dire Angleterre. Son Fils
Ethlelulfe qui luy fuccedas
fut troublé dans la poffeffion
du Royaume par une furieu
fe irruption de Danois qui
s'emparerent de Londres , &
qui la pillerent. lles combatit,
& les tailla tous en piedu
Temps,
227
ces. Eftant delivré de ces
redoutables ennemis , il fuivit
les mouvemens de fa pieté ,
& cftant allé à Rome , il rendit
tous les Royaumes que
fon Pere Egbert avoit fou
mis , tributaires du Sainr
Siege par l'hommage d'une
piece d'argent que chaque famille
payoit tous les ans , ce
qui s'appelloit le tribut de
Saint Pierre. Ce tribut eftoit
levé par un Treforier du Pape,
étably en Angleterre, & on a
continué de le payer juſqu'au
Schifme d'Henry VIII . Les
Succeffeurs de ce Rrince re228
VI. P. des Affaires
gnerent jufqu'en 1017. Pendant
ce temps les Danois
continuant leurs invafions ,
tantoft vaincus , & tantoft
vainqueurs , & enfin Etheldret
ayant fait tuer cruellement
tous ceux qui s'eftoient
habituez en Angleterre
, Canut
, Roy de Dannemark , y
paffa pour les vanger, & aprés
y avoir fait de grandes conqueftes
, il en demeura le
maiſtre abfolu par la mort
d'Edmond II. furnommé
Cofte de Fer. Ses deux Fils ,
Harald & Canut II . ayant
regné après luy, les Anglois
du Temps. 229
en furent fi cruellement traitez
,que le dernier eftant mort,
ils exterminerent prefque tous
ceux de fa Nation , & firent
une loy par laquelle on arrefta
qu'on ne fouffriroit jamais
qu'aucun Prince Danois
montaft fur le Trône d'Angleterre.
Alors Alfred , Frere
d'Edmond dont Canut avoir
triomphé, fut apellé à la Couronne
mais ayant eſté tué
par un Comte Anglois nommé
Godwin avant qu'il fuft
arrivé à Londres , elle fut
donnée à Edouard fon Frere,
dit le Confeffeur, Fils du Roy
230 VI . P. des Affaires
Ethelred, qui l'avoit cu d'Emme
fa feconde Femme , Fille
de Richard Duc de Normandie
. Celuy cy ayant toujours
vécu en
Edite
fa Femme
, & voulant
reconnoiftre
les affiftances
qu'il
avoit
receuës
de Guillaume
, Duc de Normandie
.
qui l'avoit
receu
chez luy pendant
que les Danois
eftoient
Maiftres
de
l'Angleterre
, le
laiffa
heritier
de fes Eftats
.
Guillaume
les conquit
l'épée
à la main , & fut pour
cela
furnommé
le
Conquerant
.
Aprés
la mort
de Henry
I.
continence avec
du Temps. 230
fon troifiéme Fils , la fucceffion
fut continuée par les
defcendans des Filles jufques
à la Reyne Elizabeth , qui
reconnut pour fon Heritier
Jacques VI. Roy d'Ecoffe ,
Fils de Marie Stuard . Il regna
en Angleterre fous le nom de
Jacques 1. & fut le Grand-
Pere du Roy d'aujourd'huy.
Je ne vous ay rapporté toutes
ces chofes en peu de mots ,
que pour vous faire connoiftre
ce que peut eftre une
Nation , qui aprés avoir eſté
foumife long temps à la domination
des Romains , a pris
232 VI. P. des Affaires
les moeurs des Bretons , des
Saxons des Danois & des
د
eline
Normands qui ont paffé dáns
cette Ile. Les Seigneurs & les
veritables Nobles y font
honneftes , genereux , obligeans
, liberaux , & jaloux de
la gloire de leur Patrie . Le
Peuple au contraire y eft
cruel , infolent , brutal , feditieux,
& ennemy des Etran
gers . Selon le Gouvernement
Ecclefiaftique , l'Angleterre Į
eft divifée aujourd'huy en
deux Provinces ou Archevefchez
; qui font Cantorbery
& York La Metropole de
du
Temps.
233
Cantorbery a vingt & un Suffragans
, & celle d'York en
a trois . Ces vingt- fix Diocefes
font encore divifez en
foixante Archidiaconez
, qui
ont fous eux des Doyens Ru
raux . Selon le Gouvernement
Seculier , l'Angleterre eft di
vifée en cinquante - deux
Comtez , & a vingt- cinq Citez
ou grandes Villes, fix cens
cinquante grands Bourgs où
Fon tient marché , & prés de
dix mille Paroiffes , dont plufieurs
ont des Hameaux &
des Villages confiderables .
Quant à la Religion , on
V
234 VI. P. des Affaires
tient que Jofeph d'Arimathie
y porta la Foy incontinent
aprés la mort de S. Eftienne,,
& que vers l'an 180. Lucius
envoya demander des Mif
fionnaires au Pape Eleuthere,
pour achever de donner à fes
Sujets la connoiffance des
veritez de l'Evangile . Dans le
cinquiéme ficcle , Pelage qui:
eftoit Breton, ayant répandu
le poifon de fes erreurs dans
certe Ifle , S. Germain d'Auxerre
, & S. Loup de Troye
ypafferenr , & les combattirentavec
beaucoup de fuccés.
Lors que les Saxons , qui és
3
i
du
Temps.
༡༢༦
toientPayens ; en curent chaffe
les Bretons , & s'y furent érablis,
ils y firent recevoir leurs
fuperftitions ; mais Berthe ,
Fille de Charibert , Roy de
France , mariée à Ethelbert ,
Roy de Kent , luy perfuada fi
bien ce que la Foy nous enfeigne
, qu'ayant écouté avec
plaifir un Moine nommé Auguftin
, que le Pape Gregoire
Le Grand luy envoya en 596
accompagné de quarante autres
de l'Ordre de S. Benoift ,
il confentit à recevoir le Bapreſme
, & plus de dix mille
de fes Sujets le receurent com
Vij;
236 VI. P. des Affaires
མར་
me luy. Depuis ce temps ,,
l'Angleterre ne profeffa point.
d'autre Foy que la Catholique
Romaine , & l'on peut
dire que dans toute l'étendue
du monde Chreftien , on ne
trouve point de Rois qui
ayent marqué plus de zele
pour cette Religion . Non
feulement ils rendoient une
entiere foumiffion au Saint
Siege , mais ils ne fouffroient
aucun Heretique dans leur
Ifle. Ceux qui y eftoient paffez
de Gascogne & d'Alle
magne vers l'an 1160 y furent
marquez d'un fer rouge au
.)
du Temps.
237
墨
milieu du front. On y traita
les Vaudois & les Difciples
de Wiclef avec la mefme rigueur
mais enfin Henry VIII .
fit malheureuſement entrer .
' Herefie , aprés l'avoir combattue
par un excellent Trai
té , qui luy avoit fait meriter
le titre de Défenfeur de fa
Foy. Tout le monde fçait que
Fenvie d'époufer Anne de
Boulen , en répudiant Cathe
rine d'Arragon dont il avoit
une Fille nommée Marie , le
porta à ce defordre . Il fit de
mander la difpenfe au Pape
Clement VH . laquelle luy
238 VI.P. des Affaires
ayanteſté refufée, il ne laiffa
pas d'époufer fecretementAn
ne de Boulen. Crammer , qui
avoit cfté fait Archevefque
de
Cantorbery, à la charge qu'il
declareroit, mefme contre
l'autorité
du Pape, le mariage
de Catherine nul & illegiti
me aprés avoir tâché inutilement
de réfoudre à Rome les
difficultez
qui fe . rencon
troient dans cette affaire, prononça
une Sentence de di
vorce entre le Roy & la Reine
fur la fin de l'année 1532. Le
Pape en ayant afté informé ,
menaça ce Prince de l'excom
du Temps. 239
munier , s'il ne fe rendoit à
la raifon & fur la priere de
François I. il differa de ful
miner l'excommunication
afin de luy donner le temps.
de fe reconnoiftre . Ce fage
Monarque obtine de Henry
qu'il ne fe fepareroit point
de la Communion de l'E
glife Romaine, pourveu que
le Pape ne fe hâtaft point
prononcer contre luy ,
& il envoya Jean du Bellay,
Evefque de Paris luy en
[ porter la nouvelles à Ro
me, & demander quelque
temps pour reduire cet efprit
de
#
340VI. P. des Affaires
difficile à gouverner fur fa
paffion . Les Partifans de l'Empereur
Charles - Quint firent
limiter ce temps à un eſpace
fort court , & lors que le jour
fixé fut venu , ils engagerent
le Pape à faire afficher dans
les Places ordinaires la Sentence
qui
Henry , dont le Courrier arriva
deux jours aprés, appor
tant un ample pouvoir par
lequel le Roy promettoit de
déferer au jugement du faint
Siege. Il eftoit trop tard , &
le Pape ayant déja declaré les
fecondes Noces illegitimes,
excommunioit
Henry
du
Temps .
241
Henry voyant qu'on l'avoit
fi peu confideré , fe laiffà fi
fort tranſporter à la colere ,
qu'aprés avoir privé Catherine
& Marie fa Fille de tou
tes fortes d'honneurs & de
privileges , il fit ordonner en
une ATemblée des Etats du
Royaume , que perfonne à
l'avenir,fous peine d'eftre criminel
de leze Majefté , ne fe
foumettoit à l'autorité du Pa.
pe dans tout fon Royaume,
qu'il feroit luy-mefme reconnu
pour Chef de l'Eglife Anglicane
, qu'on luy payeroit
les Annates & les Decimes
X
242 VI. P. dés Affaires
des Benefices , qu'il jugeroit
de tous les procés , & reformeroit
les abus , & qu'on
n'appelleroit plus le Pape qu'
Evefque de Rome . Il confif
qua tous les biens des Monafteres
, dont il diftribua les
revenus à plufieurs Gentilshommes
du Royaume pour
les retenir dans fes interefts, &
ruina prés de dix mille Eglifes.
Il commença à s'en repentir
, lors qu'eftant tombé
malade , il enviſagea ſa mort
comme certaine . Il fit affembler
les plus fçavans Perfonnages
d'Angleterre , pour
du Temps: 243
concerter avec eux fon retour
à l'Eglife Romaine , mais
quelques uns que des interefts
particuliers engageoient
à n'appuyer pas des fentimens
fi Chreftiens , luy ayant reprefenté
que l'importance de
l'affaire demandoir que les
Etats fuffent convoquez pour
la réfoudre , on la fit traifner
en tant de longueur , qu'il
mourut avant que l'on cuft
pû prendre les mesures neceffaires.
Cependant il communia
fous une feule efpece ,
comme font les Catholiques.
& rétablit l'Eglife des Cor-
X ij
244 VI. P. des Affaires
deliers qu'il avoit chaffez ,
avec ordre de la faire fervir
de Paroiffe. Son Fils Edouard,
qu'il avoit eu de Jeanne Seimer
, luy ayant fuccedé en
1547. prit avec le nom de Roy
celuy de Chef de l'Eglife Anglicane
. Comme il n'avoit
que dix ans , fon Oncle Edouard
Seimer , Duc de Sommerfet,
Heretique Zuinglien,
fut Protecteur du Royaume.
Tous les Officiers qu'il luy
donna eftant Heretiques
comme luy , ils l'éleverent
dans leur doctrine , ce qui
caufa la perte de la Religion
du Temps. 145
Orthodoxe en Angleterre.La
Meffe y fut abolic , on brifa
ce qu'il y avoit encore d'I
mages de Saints ; il fut or
donné qu'on celebreroit
l'Office divin en langue vul
gaire , & les feuls Miniftres
Proteftans furent receus à
prefcher. La Mort d'Edouard
eftant arrivée en 1552. Marie
fa Soeur , Fille de Henry VIII .
& de Catherine d'Arragon
,
fut couronnée Reyne. Comme
elle avoit toûjours maintenu
la Meffe , elle remit les
caufes fpirituelles
au jugement
de l'Eglife , chaſſa
2
X iij
246 VI. P. des Affaires
d'Angleterre plus de trente
mille Heretiques de diverfes
Sectes , & abolit toutes les
loix qu'Edouard avoit faites
contre la Religion . Elle mourut
au mois de Novembre
1558 & Elifabeth , Fille d'An
ne de Boulen , craignant que
le Pape & les Catholiques ne
luy difpuraffent la fucceffion ,
fe fit couronner fuivant les
ceremonies de l'Eglife , mais
aprés qu'elle ſe vit établie ,
& en eftat de ne craindre
rien , elle receut l'Herefie , fe
fit nommer Souveraine dans
fon Royaume , tant au fpiridu
Temps. 247
ruel qu'au temporel , s'appropria
les Annates & les Decimes
, impofa de rigoureuſes
peines à tous ceux qui profeffoient
la Religion Catholique,
& fit ceffer les Meffes
& le Service divin danstoutes
les Eglifes le 25. Juin 1559 .
-Elle laiffa pourtant plufieurs
chofes malgré cette grande
innovation , les croyant indifferentes
, comme les Orgues
, la Mufique , les ornemens
d'Eglife , les noms d'Evefques
, de Chanoines , de
Curez , avec l'abſtinence de
la chair en Carefme , & tous
X iiij
248VI. P. des Affaires
les Vendredis & Samedis de
l'année. Elle mourut en 1603 .
& Jacques VI. Roy d'Ecoffe
qu'elle avoit nommé fon
Heritier luy fucceda. Ce
Prince pour fe faire aimer de
fes Sujets , voulut fçavoir l'état
de la Religion,& de quelle
maniere vivoient les Ecclefiaftiques
Anglois . Il convoqua
en 1604. une Affemblée
Generale des Archevefques
Evefques , Doyens , & Docteurs
d'Angleterre , ou entre
autres articles
>
refolus en
forme de Conftitutions Ecclefiaftiques,
il fut arrefté que
du Temps .
249
quiconque ne reconnoiftroit
pas le Roy d'Angleterre
pour
Chef de l'Eglife Anglicane
dans tous fes Etats , feroit
tenu excommunié , de meſme
que celuy qui diroit que la
Liturgie compriſe au Livre
des Prieres publiques , & de
l'adminiſtration
des Sacremens,
fuft un Service fuperftitieux
& corrompu
, ou qui
foûtiendroit
qu'il fuft permis
à un Miniftre ou à un Laïque,
ou à quelqu'un des deux
Ordres affemblez , d'ordonner
des chofes Ecclefiaftiques
fans
l'autorité
du Roy ; Qu'on
250VI. P. des Affaires
obferveroit les Dimanches &
les autres jours de Feftes , fuivant
que l'Eglife Anglicane
les a établies , fçavoir en entendant
lire & prefcher la
parole de Dieu ; Qu'on liroit
ou chanteroit la Liturgie publique
aux jours & Vigiles
marquez dans le Livre des
Prieres Que les Recteurs ,
Vicaires , Miniftres ou Curez
reciteroient la Litanie dans
toutes les Eglifes Cathedrales
& Collegiales , & dans toutes
les Chapelles ; Que tous les
Mercredis & Vendredis , le
Miniftre appelleroit le Peudu
Temps. 211
ple au fon de la cloche pour
prier Dieu dans l'Eglife , &
que tous les Peres de Famille
fcroient obligez d'affifterà ces
Prieres , ou d'y envoyer quelqu'un
de leur Maiſon ; Que
la forme & les ceremonies de
la Liturgie & de la Cene feroient
obfervées dans toutes
les Academies , où les Ecoliers
& les Prefets fe ferviroient
de furplis dans leurs Eglifes,
& Chapelles les Dimanches
& jours de Feftes; que chacun
fe mettroit à genoux lors
qu'on feroit la Confeffion ou
qu'on diroit les Pricies , &
252 VI. P. des Affaires
qu'on fe tiendroit debout
pendant qu'on reciteroit le
Symbole ; qu'on feroit la
Cene au moins trois fois l'an ;
que chacun la recevroit à
genoux dans fa Paroiffe , &
que ceux qui l'adminiftre .
roient aux Eglifes Cathedra
les , feroient reveftus de Cha
pes ; que les Peres ne pourroient
eftre Parrains de leurs
Enfans ; qu'on feroit le figne
de la Croix fur ceux qu'on
baptiferoit , fans qu'on deuft
croire ce figne de l'effence du
Baptefme ; que l'on enjoindroit
un Jeûne pour ordondu
Temps. 253
ner des Miniftres ; qu'un Evefque
ne pourroit faire en
un mefme jour un homme
Diacre & Preftre , & que les
Ordres ne feroient conferez à
aucun , s'il ne convenoit que
le Roy eft Souverain en Angleterre
, tant pour les choſes
Ipirituelles , que pour ce qui
regarde le temporel ; que
Glofes & les Paraphrafes feroient
défendues en la lecture
les
publique des Saintes Ecritutures
aux Miniftres que l'on
n'auroit pas admis à la Predication
que la forme des
Prieres feroit fuivie par les
254 VI. P. des Affaires
Predicateurs au commencement
de leurs Sermons , &
que la Confirmation demeureroit
comprife dans les Vifites
que les Evelques feroient
de leurs Dioceſes tous les trois
ans. Ces Conftitutions que
l'Eglife d'Angleterre fuit prefentement,
fe trouvent contraires
en beaucoup de chofes
à celles des Calviniftes , qui
ne veulent point fouffrir les
ceremonies , & qui ne rendent
aucun honneur à la
Vierge , au lieu que l'Eglife
Anglicane en celebre toutes
les Festes , ainſi que celles des
du
Temps .
255
Saints, & fait mefme preceder
d'un jeûne les Festes de la
Purification & de l'Annonciation.
La fonction de ceux
qu'on appelle Preftres dans
la Religion Anglicane , eft
de faire les Prieres , de prefcher
, de conferer le Baprelme
, d'adminiftrer la Communion
en leur maniere , &
on ne leur donne ce nom de
Preftres , que pour les diftinguer
des Evefques , qui font
mariez
comme eux .
On trouve dans ce Royaume
diverses fortes de Sectes .
Il y a des Puritains qui fuivent
256 VI. P. des Affaires
en toutes chofes la purc doctrine
de Calvin, & qu'on nomme
pour cela Calviniftes obftinez.
Ils nient le libre arbitre,
& regardent Dieu comme
l'Auteur du peché , & difent
que Jefus Chrift n'eft mort
que pour les Predeftinez ,
qu'il a fouffert les fupplices
des damnez , & que les Enfans
qui meurent avec le Baptefme
ne laiffent pas d'être fujets
à l'enfer , Dieu damnant
plufieurs perfonnes parce
qu'il le veut . Leur averfion
pour ceux qui font contraires
à leurs fentimens , & fur tout
du Temps . 257
pour les Catholiques va fi
loin , qu'ils ne voudroient
pas prier dans un lieu où des
Orthodoxes auroient confacré
. Ils pretendent eſtre les
feuls qui ayent la pure doctri
ne , & ne veulent point porter
de Surplis , de Bonnet &
de Soutane , comme font les
autres Prefbyteriens d'Angleterre
, qu'ils nomment Calvino
- Papiſtes & Parlementaires.
Ces Puritains furent
ceux qui cauferent tant de
troubles fous le regne de
Charles I. Ce Prince ayant
fait une Declaration
› par la-
Y
258 VI. ·P. des Affaires
quelle il ordonnoit que les
Eglifes d'Angleterre & d'Ecoffe
fuivroient la mefme
croyance , & pratiqueroient
les mefmes ceremonies , ce
qui s'appelloit la Conformité,,
le Parlement qui eftoit prefque
entierement compofé de
Puritains , ne voulur point
approuver cette Ordonnance,
& ce fut là le fujet de l'attentat
execrable qu'il commits
en condamnant fon Roy à la
mors.
Quant aux Presbyteriens» .
ils prennent ce nom à caufe
qu'ils , tiennent que l'Aſſem--
du Temps .
259
blée aefté gouvernée au commencement
par des Anciens,
& qu'ils veulent qu'elle foit
ainfi continuée . Ils difent
que l'Office d'Evefque n'a
point efté diftingué de celuy
d'Ancien pendant prés de
trois cens ans aprés Jeſus-
Chrift , que durant ce tempsils
avoient le melme nom , les
Preftres eftant Evefques
& que comme alors leurs
noms n'eftoient qu'un , leur
fonction de prefcher & d'ad--
miniftrer les Sacreinens , n'a--
voit rien de different. Ils ajou
tent aque la puiffance de con-
Y ij;
260 VI. P. des Affaires
firmer a efté annexée au Presbyteriat
, & que le gouvernement
eft le mefme . Ils fe fervent
de paffages de l'Ecriture
pour prouver cela , & font
conformes en beaucoup de
points aux opinions des Catholiques
& fort differens en
beaucoup d'autres . Vous remarquerez
que ce mot d'Ancien
s'explique de deux manieres.
Tandis qu'onfouffroit
les Calviniftes en France, on
entendoit par là un Chef de
famille , reconnu homme de
probité , & qu'on admettoit
dans le Confeil avec les Midu
Temps. 261
niftres pour les affaires de cetre
Religion , mais à l'égard
des Presbyteriens , Ancien
& Preftre font la mefme chofe
.
Il y a des Proteftans, qu'on
appelle Reformez . Ceux - là
font plus doux , mais quoy
qu'ils fe perfuadent qu'ils ne
donnent pas entierement dans
les erreurs de Luther & de
Calvin, & qu'ils s'attachent à
la veritable & pure doctrine de
l'Eglife Anglicane , ils ne font
pas exempts de l'herefie des
Anabaptiftes & des Puritains
qu'ils ne chaffent point de
262 VI. P. des Affaires
leurs Affemblées lors qu'il y
en vient quelqu'un ; ce font
mefme prefque tous Minif
tres Puritains , infectez des .
maximes de Calvin, qui trai
tent les chofes facrées de cette.
fauffe Eglife d'Angleterre . Ils
profeffent la Communion Ecclefiaftique
dans une entiere
conformité avec Genéve , de
forte que les Eglifes des Calviniftes
François & Flamans ont
toujours efté ouvertes dans
Londres par conceffion des
derniers Rois , quoy qu'ils ab-.
horrent la Doctrine Angloife ,
fa Profeffion & fes Ceremasdu
Temps:
2636
nies. C'est par ces Eglifes qui
font-tolerées comme Soeurs
germaines que le Puritaniſme
s'eft fomenté en ce Royaume,,
& il n'y a pas lieu d'eftre furpris
que les Anglois foient
combez en diverfes Herefies .
quoy que dans le temps qu'ils
ont commencé leur Schifme,
Luther & Calvin ne leur euf
fent point encore comuniqué
leurs erreurs . Ceux qui fuivenc
ces fortes de Sectes font ap
pellez, Non- Conformites.
Les Anabaptiſtes font auffi
receus en Angleterre. On les
nomme ainfi , parce qu'im.
264 VI. P. des Affaires
prouvant le Baptefme con
feré aux petits Enfans , ils des
rebaptifent lors qu'ils les
voyent parvenus à un âge
raifonnable difant qu'ils
n'ont pas la foy actuelle dans
l'enfance , Ils rejettent la Doctrine
de la realité & de la
Meffe , & croyent que Jefus-
Chrift n'a point pris chair
humaine de la Vierge , &
qu'il n'eftoit pas vray Dieu.
Nicolas Storkius , qui difoit
avoir communication avec
Dieu par l'Archange Saint
Michel qui luy promettoit
un Royaume s'il vouloit reformer
du
Temps
265
former Eglife , & détruire
les Princes qui tâcheroient de
s'y oppofer , fut le principal
auteur de cetre Secte . Thomas
Muntzer, fon Difciple , pour
fouftenir les refveries de fon
Maiftre , fit revolter les Payfans
d'Allemagne
, en leur
faifant croire, felon fa Doctrine,
que les Souverains éreignent
la liberté , & qu'il eſt
permis de la recouvrer par les
armes . Plus de cent mille
de ces abufez perdirent la vie
dans cette, guerre , & Muntzer
ayant efté pris paya de fa
tefte. Cette défaite arriva en
Ζ
266 VI. P. des Affaires
1525. & neuf ans après ce qui
eftoit refté de feditieux re
prirent les armes dans la
Weftphalie. Ils fe faifirent de
la Ville de Munſter , en chaf
ferent l'Evefque & les Magif
trats, & y établirent avec leur
Religion une Police toute
nouvelle , ayant éleu pour
leur Roy un jeune homme de
vingt - quatre ans , Tailleur de
Leiden en Hollande, qui fe fit
connoiftre fous le nom de
Jean de Leiden , quoy que
Bocold fut celuy de fa Famille.
Ce mal - heureux enfeignant
la Doctrine des
du Temps.
264
Anabaptiftes affeuroit qu'elle
luy avoit efté revelée du Ciel ,
& prefchoit entre autres chofes
la Communauté des biens
& la pluralité des Femmes
qu'il pretendoit devoir eſtre
auffi communes . La Villefut
priſe aprés dix- huit mois de
Siege , & Jean de Leiden &
fes principaux Complices receurent
la peine dont ils
étoient dignes.
Il y a encore des Indepen
dans , qui font ainfi appellez ,
parce qu'ils veulent que
chaque
Affemblée particuliere
ait fes propres Loix qui la
Z ij
268 VI. P. des Affaires
gouvernent fans qu'elle dépende
d'aucune autre dans les
Affaires Ecclefiaftiques
. Ce
qui les a feparez de l'Eglife
d'Angleterre , c'eft qu'ils
pretendent qu'aucun de fes
membres n'a les fignes de la
Grace ; que plufieurs de cette
Eglife ne font qu'une profeffion
exterieure de la croyance
de Jefus - Chrift fans avoir au
dedans l'efprit de Dieu , &
qu'ils en reçoivent beaucoup
parmy eux qui ne fetont pas
fauvez. Ils tiennent toutes les
Eglifes reformées profanes &
impures à la referve de ceux de
du
Temps.
269
leur fecte , & enfeignent que
F'efprit de Dieu habite perfonnellement
dans tous les bienheureux
; que leurs revelations
n'ont pas moins d'autorité
que l'Ecriture ; qu'aucun
ne fe doit inquieter par la
veuë de fes pechez à caufe
qu'il eft fous l'alliance de la
Grace ; que la Loy n'eft point
la regle de noftre vie , que
I'Humanité de Jefus - Chrift
n'eſt pas au Ciel , & qu'il n'a
point d'autre corps que fon
Affemblée. Ils font contre les
Formulaires des prieres , principalement
contre celuy de
Z iij
270 VI. P. des Affaires
l'Oraiſon Dominicale , lestenant
tous pour une extinction
de l'efprit , & comme ils font
confifter une grande Religion
, & devotion aux noms ,
ils ne veulent point entendre
parler des noms anciens de
l'Eglife , des jours de la femaine
& des temps de l'année . Ils
ne s'affujettiffent à aucun texte
en prefchant , & font pref
cher l'un & prier l'autre . Ce
font auffi des perfonnes d'un
caractere different entre eux ,
dont l'un prophetife , l'autre
chante des Pfeaumes , & l'au
tre benit le peuple . Ils refu
du Temps.
271
fent de baptifer les petits enfans
s'ils ne font de leur affem,
blée , parce qu'ils ne les regardent
point comme membres
de leur Eglife avant qu'ils
foient entrez dans leur allian
ce. Ils eftiment beaucoup plus
leurs affemblées en des lieux
particuliers que celles qui fe
font en public , & communient
en plufieurs places tous
les Dimanches entre eux ;
mais fans y admettre aucun
des Eglifes Reformées . Pendant
leur Communion il n'y
a ny chant ny exhortation ny
lecture. Ils la font affis à ta-
Z iiij
272 VI. P. des
Affaires
ble , ou n'ont point du tour
de
table pour
pour l'adminiftration
de leur Cene , & afin de
ne point paroiftre fuperfti
tieux , ils font couverts pendant
tout ce temps , fans qu'avant
qu'ils communient ils
sy preparent par aucun recueillement
ny par aucune
catéchifation qu'on leur faffe
. Ils
condamnent les procedures
violentes en fait de Religion
, & ne veulent point
que les confciences foient
Contraintes par la
peur peur
du
chaftiment.
Les Quakers font d'autres
du Temps.
273
Fanatiques d'Angleterre , ap
pellez ainfi du mor Quaquen ,
qui veut dire trembler , d'où
ils font auffi appellez Trembleurs
, parce qu'ils affectent
de trembler lors qu'ils prophetiſent
ou qu'ils prient . Ils
ne reconoiffent aucunes loix
Ecclefiaftiques & méprifent
Fes fciences , ce qui les tient
dans la plus craffe ignorance
qu'on fe puiffe imaginer.Ils ne
veulent ny prieres publiques
ny Sacremens , & fuivent l'opinion
des Anabaptiftes tou
chant le baptefme des Enfans,
parce , difent- ils , que l'Ecri
274 VI. P. des Affaires
ture ne fait mention que du
baptefme des Peuples . Ils dé
fendent l'explication de l'Ecriture
, fur ce qu'il ne doit
point eftre permis d'y ajoû
ter, & fouftiennent que Jefus
Chrift avoit auffi fes defauts ,
& que lors qu'il a crié , Mon
Dieu , pourquoy m'avez- vous
abandonné , il defefperoit de
Dieu. Ils disent que tous les
hommes ont en eux une lumiere
qui fuffit pour leur fa
lut , que la priere pour la remiffion
des pechez eft inutile,
que nous fommes juftifiez par
noftre propre juftice , qu'il
du
Temps. 275
n'y a point d'autre vie & d'autre
gloire à attendre qu'en ce
monde, n'y ayant ny Enfer ny
Ciel , ny Refurrection des
Morts ; que Jefus - Chrift eft
venu pour renverser toute forte
de proprieté , & pour rendre
tout commun entre les
hommes ; que perfonne ne
peut s'appeller Maitre ny
Seigneur , ny eftre ſalué en
paffant , & qu'aucun ne fçauroit
avoir de puiffance fur un
autre. Ils veulent que l'ame
foit une partie de Dieu , & que
Jefus-Chrift n'ait point d'au
tre corps que fon Affemblée.
276 VI. P. des Affaires
Quelques - uns de ces Qua
kers difent qu'ils font Chrift,
quelques - uns Dieu meſme, &
d'autres qu'ils font femblables
à Dieu , parce que le mefme
efprit qui eft en Dieu est
en eux .
Les Anglois reglent leurs
affaires par ce qu'ils appellent
Droit commun, qui eft la coûtume
ordinaire du Royaume
à laquelle le temps a donné
force de Loy. Divers Rois y
ont ajouté quelques Statuts
pour les chofes que la couftu .
me ne faifoit pas affez bien
entendre , & le Droit civil qui
du Temps .
277
eft un recueil de ce que les
autres Nations ont de plus
raifonnable,fuplée encoreaux
mefmes Statuts. Le Droit canon
d'Angleterre , appellé le
Droit Ecclefiaftique du Roy ,
eft composé de divers Canons
des Conciles , de plufieurs De
crets des Papes , & de paffages
tirez des Ecrits des Saints Peres
qui ont efté accommodez
à leur creance
, lors qu'il s'y
eft fait du changement dans
l'Eglife par le Schifme de
Henry VIII . Par la 25. Ordonnance
de ce Prince , ces Ordonnances
ne doivent eltre
278 VI. P. des Affaires
contraires ny à l'Ecriture
, ny
aux droits du Roy ny aux
Statuts & couftumes ordinai.
res de l'Eftat . Pour le Parle
ment , qui eft comme une Affemblée
generale des Eftars ?
comprenant la Chambre haute
& la Chambre des Communes
, tout le monde fçait
qu'en Angleterre il a grande
part au Gouvernement. Ces
deux Chambres font compo
fées du Clergé , de la Nobleffe
& des Communes
, qu'on appelle
en France le Tiers Eſtat,
qui font les trois Ordres
du Royaume . La Chambre
du Temps. 279
Haute a le Roy pour Chef ou
ceux qui y prefident de fa
part, & l'on n'y reçoit que la
Nobleffe qui eft appellée la
Pairric d'Angleterre, dont ily
en a de Ducs , de Marquis , de
Comtes , de Vicomtes & de
Barons. Les Evefques ont
-feance dans la Chambre haute
comme Barons & Pairs du
Royaume . Celle des Communes
, qu'on appelle auffi la
Chambre baffe , eft composée
de Barons , Chevaliers ,
Ecuyers , Gentilshommes ,
Yemans ou Communs , Bour
geois & gens de meftier , car
280 VI. P. des Affaires
Par la Loy d'Angleterre , tous
Ceux qui font au deffous de la
qualité de Barons , font mis
au rang des non Nobles , &
les Fils mefme des Ducs ne
peuvent avoir feance que dans
la Chambre baffe , à moins
qu'ils n'ayent des Lettres Parentés
du Roy qui les appellent
à la Chambre des Seigneurs
Lors qu'on a fait
quelques propofitions dans la
Chambre des Communes , el
les doivent eftre portées dans
l'autre, & l'on n'y peut rien
conclurre qu'avec la permiffion
du Roy. Il y a une
du Temps. 281
4
troifiéme Chambre , compofée
de fix Confeillers &
d'un Prefident que l'on tire
des deux autres . Ils connoif
fent des affaires qui font longues
& difficiles , & ils en
font leur rapport à l'Aſſemblée
les
pour juger . Leur employ
eft auffi de terminer les
differends qui furviennent
quelquefois entre les deux
Chambres . Le Roy ne peut
faire aucunes levées , ny paffer
de nouveaux Actes fansle
Parlement , qui pourtant
n'a point de pouvoir par luymefme
, & où tout ce qu'on
A a
282 VI. P. des Affaires
refour ne fçauroit avoir de
force que par l'autoriré que
le Roy luy donne . Il y a plufieurs
affaires que
que chaque
Chambre traite par Commit
té, c'eft à dire, qu'elle choisit
des Commiffaires pour les
refoudre. Quelquefois la
Chambre haute & la Chambre
baffe en nomment pour
la mefme affaire , & cela s'appelle
grand Committé. On
dit la Chambre fe met
que
en Committé, ce qui eft plus
ordinaire à la Chambre baffe,
quand il eft permis à chacun
de dire ce qu'il penfe d'une
10
du Temps.
283
affaire fans que ce foit opiner.
Alors la mefme perſonne
peut demander à parler plus
d'une fois , & on l'écoute
on
mais lors qu'on opine , aprés
que l'on a parlé une fois ,
n'a plus la liberté de rien
dire . Quant aux Bills qu'on
dreffe , ce font des Actes que
l'on veut faire paffer , & ils
n'ont force de loy qu'aprés
qu'ils ont efté leus en trois
diverfes Seances , & que le
Roy les a approuvez . Comme
il peut luy feul convoquer le
Parlement il le caffe auffi
quand il luy plaiſt , & c'eſt
Aa ij
284 VI. P. des Affaires
fon autorité qui regle tout .
L'abondance de toutes les
chofes neceffaires à la vie que
le Pays produit avec peu de
peine , rend les Anglois orgueilleux
& negligens . Les
pafturages y font merveilleux ,
Tes laines precieufes & les
draps fort recherchez . On
tient que cette bonté des
laines vient non feulement de
Ta fertilité du Païs , mais encore
de ce que l'air Y eftanc
extremement temperé , on
laiffe en tout temps les Moutons
à la Campagne . On le
peut faire avec feureté , parce
du Temps.
285
qu'on ne voit point de Loups
en Angleterre. Pour ce qui
regarde les forces de ce
Royaume , on tient que le
Roy peut mettre en Mer
plus de quatre cens voiles ,
& plus de cent mille hommes.
La Cavalerie n'y a jamais efté
fi conſiderable que l'Infanterie.
L'Ecoffe que les Romains
ont nommée Caledonie , eft
fituée en la partie Septen
trionale de l'Ifle . Elle a deux
cens cinquante- fept milles
de longueur ou environ , &
cent quatre vingt dix de lar286
VI.P. des Affaires
geur . Le Fleuve de Tay la
diviſe en deux parties, en me
ridionale , qui comprenoit
l'ancien Royaume des Pictes,
& en feptentrionale qu’habitoient
les Scots. La premiere
eft feparée en vingt- deux
Comtez , & l'autre en a treize.
Celuy de Louthiane ou de
Loudon
, que les anciens
nommoient Pictland , c'eft
à dire , demeure des Pictes
eft confiderable par la Ville
d'Edimbourg , Capitale du
Royaume. C'eftoit où les der
njers Rois faifoient leur fé
jour. L'Ecoffe comprend en
du Temps.
287
core les Illes Hebades ou
Hebrides , les Orcades , les
Sethlandiques ou Ifles de
Sethland , &c . On regarde les
Ecoffois comme les plus anciens
Peuples de la Grand "
Bretagne aprés les Pictes . On
débite quantité de fables fur
leur origine , mais l'opinion
que plufieurs tiennent la plus
raifonnable , eft qu'ils font
venus & nommez des Scythes.
Ils font divifez en deux Peuples
auffi differens de langage
que de coûtumes , Les Gentilshommes
& les Habitans
des meilleures Provinces qui
288 VI. P. des Affaires
parlent Anglois , font honneftes
, civils & ingenieux
mais un peu portez à la vangeance
. Les autres qui parlent
la langue qu'ils appellent Gas
chelet , & qui leur eft commune
avec les Peuples d'Ir
lande , obfervent encore lay
plufpart des vieilles coûtumes
en leurs veftemens & en leur
manger . Ils portent des che
mifes teintes de jaune ,fur lef
quelles ils mettent une espece
de Hoqueton , & ont les jam
bes nuës juſques au genouil.
Ce font gens barbares & fedi !
tieux qui habitent fur les
Montagnes .
1
du Temps.
289
Montagnes , & qui fe fervent
d'arcs & de fleches pour armes.
Cette partie dans laquelle
les Romains n'ont pû
jamais penetrer , fe nomme
la haute Ecoffe . Elle leur
fournit des lieux où il eft
prefque impoffible de les
reduire , & mefme de noftre
temps elle a borné le pouvoir
des Anglois Parlementaires.
En general les Ecoffois font
fort portez
à la guerre
, &
propres à la fatigue : on les
eftime vaillans , & ils combattent
toûjours à pied . La
Nobleffe
fait leur principale
Bb
290 VI. P des Affaires
force. Quand le Roy veut
faire la gguueerrrree., il affemble I
Parlement pour
leur déclarer
fes intentions , aprés quoy
les Nobles , les Vaffaux & les
Communes font obligez de
fervir en propre perfonne &
à leurs defpens . Il y a quel
ques mines d'or & d'argent
dans ce Royaume , du fer
du plomb , de l'azur , du
marbre , & l'on y trouve
quelquefois de l'ambre gris.
Ses plus fecondes Provinces
portent du bled , mais peu de
froment , & il y a dans les
autres plus de pafturages que
du Temps . II 291
"
de grains . On y fait auffi
quelque eftime des chevaux
On compte un fort grand
nombre de Rois , dont on
ne fçait rien de certain , &
dont la plufpart font peuteftre
fabuleux, depuis Fergus I.
qui regnoit avant l'an 420. de
Rome , c'eſt à dire plus de
trois cens ans avant la venue
du Sauveur du monde , juf
ques à Fergus II . dont on
trouve que le regne commen.
ça en 4. Il y a eu encore cinquante-
trois Rois depuis ce
Fergus II . jufqu'à Alexandre
III . qui eftant mort fans En-
Bb
ij
292 VI. P. des Affaires
des.
$2000
fans en 1286. laiffa la Cou
ronne à difputer entre Jean
de Bailleul d'Harcourt , originaire
de Normandie , &Robert
Brus , tous deux du Sang
d'Ecoffe par Filles . Ils choi
firent pour arbitres de leur
differend Edouard I. Roy
d'Angleterre , à ne compter
les Rois de ce nom que
puis Guillaume le Conquele
que derant
, que S. Edouard , qui
cftoit Edouard III . laiffa Heritier
de fon Royaume. Edouard
ayant fait promettre
à Jean de Bailleul qu'il affujettiroit
la Couronne d'Ecol
du Temps. 293
fe à celle
d'Angleterre , prononça
en fa faveur . Une
honteufe condition
lors
qu'elle fut fçeue , le fit méprifer
de fes Sujets . Edouard
Payant envoyé citer pour
l'obliger à tenir parole , il
ne parut point. Ce Roy en-
7910
tra dans l'Ecoffe avec de
nombreufes Troupes , fe rendit
maistre des Places les plus
confiderables, fit Jean prifonnier
, & ne le remiten liberté
qu'à la charge qu'il ne feroit
point rétably fur le Trône .
Les Ecoffois qui le haïffoient,
fouffrirent fans peine fon ex-
Bb iij
294 VI. P. des Affaires
clufion , mais comme ils a
voient une groffes Armée fur
pied , ils ne purent fe refoudre
à reconnoiftre Edouard . Il
marcha contre eux, tailla deurs
Troupes en pieces , & fe fervit
fi bien de fes avantages ,
qu'il obligea tous les Barons
à luy prêter ferment de fidelité
en 1300. aprés quoys il
abolit les anciennes Coutu
Imes du Pays , & y établit celles
d'Angleterre. Il ne garda
cette Couronne que pendant
fept ans. Robert Brus , concurrent
de Jean de Bailleul ,
s'eftant mis à la tefte de queldu
Temps .
295
ques Troupes emporta la
plufpart des Places dans lef
quelles Edouard avoit étably
des Garnifons , & fe frt couronner
Roy en 1307. Il ordonna
par fon teftament que David
fon Fils unique luy fuc
cederoit, & que s'il mouroit
fans pofterité , le Fils de Ma
rie fa Fille , qu'il avoit fair
époufer à Walter , ou Gairtier
Stuard grand Seneschal
d'Ecoffe , auroit la Couronne.
Cela arriva. David mourut
fans Enfans ; Robert Stuard
fon Neveu , Fils de Marie fa
Seeur, luy fucceda , & c'eft
Bb iiij
296 VI. P. des Affaires
1
de là que vient la Maifon
Royale de Stuard qui regne
aujourd'huy en Angleterre.
Jean , Fils de Robert , regna
aprés luy , mais les Ecoffois
ne pouvant fouffrir ce nom ,
à caufe de Jean de Bailleull ,
luy firent prendre celuy de
Robert III Il fut Pere de
Jacques I. & de Pere en Fils
il y cut cinq Rois de ce nom .
Jacques V. eftoit Fils de Jacques
IV. & de Marguerite
d'Angleterre , Fille d'Henry
VII. & Soeur d Henry VIII.
Il ne laiffa qu'une Fille appellée
Marie Reine d'Ecoffe.
W
du Temps.
297
Elle fut Femme de François
11. Roy de Frances & eftant
repaffée en Ecoffe lors qu'elle
fut Veuve, elle époufa Henry
Stuart Comte d'Arlay, dont
elle cut Jacques VI . que la
Reine Elizabeth reconnut en
mourant pour l'Heritier legitime
des Couronnes d'Angleterre
&
de . Comme
il y joignit celle d'Ecoffe, que
Marie Stuart , la Mere , luy
avoit laiffée
, il fe fit appeller
Roy de la Grand' Bretagne
,
& regna en Angleterre
juf
qu'en 1625. fous le nom de
Jacques I , Charles I. fon Fils
298 VI. P. des Affaires
luy fucceda. Il eftoit Pere du
feu Roy Charles II . & du Roy
Jacques , fecond de ce nom
en Angleterre , & feptiéme
dus mefme nom en Ecolle
fur qui le Prince d'Orange
vient d'ufurper la Couronne .
Tout le monde fçait fa fune
fte mort arrivée en 1649.1
anQuant à la Religion on
tient que le Royaume d'E
coffe receut les lumieres de
l'Evangile vers l'an 203. fous le
Pontificat de Victor I. Il fut
infecté de l'Herefie de Pelagius
dans le cinquiéme fiecle,
& le Pape Celeftin I. y envoya
Palladius pour l'en bannir.
*
s
du Temps.
299
Depuis ce temps il fe maintint
dans la pureté de la Religion
Catholique jufqu'au
regne de Jacques V. Ce Prin
ce fit voir beaucoup de zele
à s'oppofer aux erreurs des
Proteftans , & punit fevere
ment ceux qui les fuivirent .
Aprés fa mort , & celle de
Marie Stuard , fa Fille , toute
l'Ecoffe demeura
en proye
aux Novateurs . Le jeune Roy
Jacques VI, ayant eſté élevé
par les Heretiques , la Religion
Orthodoxe y fut prefque
toute ruinée. Lors qu'il
cut fuccedé à Elifabeth il
Med gol
A
300 VI . P. des Affaire&
fit recevoir en Ecoffe lesmef
mes ceremonies qui font pra
tiquées par l'Eglife d'Angles
terre , & donna des Everques
aux Ecoffois malgré les Mis
niftres de ce Royaume. Le
Parlement qui eft l'Aſſemblée
des Etats , eft compofé
des trois Ordres , fçavoir du
Clergé , de la Nobleſſe , & du
Peuple , comme en Angle
terre. Outre ce Parlement , il
en a un fixé à Edimbourg
étably par Jacques V. C'eftoit
avant luy un Parlement mou
vant qui alloit rendre la
Jultice par les Villes , & indu
Temps . 301
terpreter les Loix . Il y a auffi
en Ecoffe quelques Cours
Souveraines , & des grands
Jufticiers pour les caufes criminelles.
Chaque Province a
d'ailleurs , outre fes Officiers
ordinaires , un Vicomte Hereditaire
qui juge les matieres
criminelles & civiles . Les Seigneurs
Pairs du Royaume
font Deputez nez au Parle
ment , & en cette qualité ,
les Archevefques , Evefques
Ducs , Marquis , Comtes ,
Vicomtes , Barons ou Lords ,
ont droit d'y entrer fans autre
députation. Chaque Comté
302 VI. P. des Affaires
députe deux Gentilshommes
,
& les foixante Bourgs ou
Villes en deputent un . Edimbourg
, comme Capitale du
Royaume a le privilege d'envoyer
deux Deputez . On
procede enfuite à l'élection
des Commiffaires
, appellez
Lords des Articles, pour dreffer
le projet des Actes qu'on
doit propofer au Parlement.
Les Prelats en choififfent huit
parmy les Seigneurs . Les Seigneurs
choififfent le mefine
nombre parmy les Prelats ,
& ces feize Commiffaires
avec les grands Officiers de
du Temps . 303
la Couronne, qui font Commiflaires
furnumeraites dans
toutes les affaires du Parle
ment , en nomment huit autres
pour les Comtez , & huit
pour les Bourgs ou Villes ;
de forte que l'Afemblée eft
compofée de trente-deux perfonnes
, fans y comprendre
les Officiers du Roy & du
Royaume. Ces Lords des ar
ticles , ou Commiffaires choifis
du nombre des Prelats , des
Pairs Seculiers
& des Députez
des Comtez, & des Bourgs ou
Villes , preparent
tous les
Bills ou projets des actes qui
304 VI. P. des Affaires
doivent eftre propofez. Il n'y
a point d'autres Commiffaires
particuliers qui dreflent les
projets des actes ainſi qu'il ſe
pratique au Parlement d'Angleterre
, où ils font dreffez
par un nombre de perfonnes
choifies qui travaillent au
Comitté Comme ces Députez
font choifis de tous les Ordres
qui compofent l'affemblée
du Parlement d'Ecoffe
il n'y a point de deliberations
particulieres , de mefme
que celles la Chambre des
Communes & celles des
Seigneurs qui deliberent fe
du
Temps . 305
parement en Angleterre , &
ainfi il eft neceffaire
Gil
que les
actes foient approuvez deux
fois avant que d'eftre prefentez
au Roy. Les Lords des
articles avec le Chancelier &
les principaux Officiersde la
Couronne , ayant prepare , &
dreffe le projet de l'acte , ils le
mettent en deliberation
l'Affemblée generale. Lois
qu'il eft approuvé à la plura
lité des voix , le Chancelier le
prefente au Roy , ou en fon
ablence au grand Commiffaire
reprefentant fa Majefté , &
quand il a touché avec le Scc-
CC
306 VI.P. des Affaires
ptre le papier où il eft écrity
cet Acte eft reconnu valable
& a la mefme autorité que les
anciens Statuts du Royaume.
Il y a deux Archevefchez qui
font Saint André & Glaskow
,
& onze Evefchez en E
coffe , Les Ecclefiaftiques
s'y
gouvernoient autrefois par
les autoritez des Decrets &
des Conciles
, mais prefentement
ils fuivent les Loix
que les Rois d'Angleterre
ty
ont eftablies & tout le
Clergé y vit à la façon de l'Eglife
Anglicane,
Comme Ecoffe ne fait
qu'une mefme Ifle avec l'Andu
Temps. 307
gleterre , je me fuis creu obligé
de vous en parler avant
que de vous rien dire de l'Irlande,
qui eſt une Ile particulieres
quoy que l'Irlande
ait
efté foûmiſe aux Anglois par
la force de leurs armes , plus
de cinq cens ans avant que
l'Ecoffe & l'Angleterrenʼayent
eu que le mefme Souverain .
Gerte Ifle dont la longueur efti
environ de fix vinge licuês, &
qui en a loixante de l'argeur , &
deux cens cinquante ou for
xante de circuit , a pour Cont
Orient l'Angleterre , dont elle
neft feparée que par un bras
398 VI. P. des Affaires
A de mer qu'on peut aisément
paffer en un jour. Elleregarde
l'Espagne du cofté du midy
, & a la vafte mer à l'Occi
dent , & l'Ile d'lflandes au
Septentrion. C'eft la mefme
que les Latins ont appellée
Hybernic. Elle fe divife on
cinq Provinces , qui ont eftél
autrefois autant de Royaup
mes . Ces cinq Provinces font)
Monfter ou la Mommomic
compofée de fix Comtez st
Leinster ou Lagenie qui en ag
fept ; Connagh ou Connacing
qui en a fix , Ulfter ou Ultonic,
qui en a fept , & Meath out
du
Temps 309
Medie qui eft fituée au milieu
des autres , & qui comprend
la Fortereffe de Killair & la
Baronnie de Delvin. Dublin
qui eft dans la Lagenie , eft la
Capitale de toute l'Ile , avec
Univerfité. C'eft où les Vicerois
Anglois font leur fejour .
Ily a auffi Archevefché , ainfi?
qu'à Armach , à Toum & as
Cashel. Ces quatre Arche
vefchez avec vingt neuf Evel
chez , & toutes les autres Dio
gnitez eftablies dans la Reli
gions Catholique faifoient
autrefois le Clergé de cep
Royaume. Il a plufieurs Rip
310 VI. P. des Affaires
vieres qui forment des Lacs .
Le Liffer en fait unl , quia
au milieu une petite fle ou
l'on trouve le trou de faint
Patrice . C'eft ce qu'on appelle
ordinairement le Purgator
re de faint Patrice , dont l'on
conte tant de Fables . Cette
Me qui eft défendue par de
bons Ports , cft peu fertile emp
arbres fruitiers & a peu de
grains à caufe des pluyes con
tinuelles , mais les pafturages
y font excellens. On tient
que la terre n'y pout fupporter
aucun animal venis
meux , & meſme , qu'eſtanti
en
du Temps . 312
وہ
tranfportée ailleurs , elle fait
mourir les Serpens . On dit
auffi que le bois de fes Foreſts
n'engendre ny vers ,
ny aragnées. Les Habitans
font affez bien faits mais
moins vigoureux que les Ans
glois , & moins propres à la
guerre. L'air de leur Iflet
quoy que groffier , leur cauſe
peu de maladies , ce qui fair
que la plupart meurent de
vicilleffe . Comme ils vont à
l'extremité dans leurs paſfions
, ils font ou tout bons
ou tout méchans, Ceux qui
habitent à l'extremité de
312 VI. P. des Affaires
& l'averfion
l'Iſle ,ou dans les
montagnes ,
font entierement
fauvages ,
Leur Langue eft particuliere ;
& leur accent eft tres- rude .
On les accufe d'eftre naturellement
oififs
qu'ils ont pour la fervitude ,
fait que ceux qui font avancez
dans l'Iſle n'aiment nyla
Langue , ny la domination
des Anglois. On y trouve
une tres - grande quantité
de Safran , & les principales
richeffes de ceux qui l'habitent
, confiftent en beurre, en
fuif, en laines , en cuirs , en
fromages , en Saumons , dont
les
du
Temps. 313
les Anglois font tout le commerce.
On donne à l'Irlande
Slanius
pour premier Roy
& l'on pretend qu'il vivoit
prés de feize cens ans avant
la venue de Jefus - Chrift. Les
Hiftoriens d'Irlande mar
quent enfuite cent quatrevingt
- dix Rois juſques au
temps où elle a
où elle a efté foumife
à l'Angleterre , ce qui arriva
en iyi . Comme il y avoit
alors dans cette Ille autant de
petits Rois que de Provinces,
l'un d'eux ne pouvant refifter
à fes voifins envoyalon Fils à
Henry P qui regnoit en An
Dd
314 VI. P. des Affaires
gleterre , pour luy demander
quelque fecours. Henry luy
donna des Troupes qui réta
blirent ce Prince dans toutes
les Terres que fes Ennemis
avoient occupées fur luy Il
en fut reconnoiffant
, & pour
retenir, ceux qui l'avoient fi
bien fecouru , il leur diftribua
des heritages qui les arrêterent
en Irlande , Les Habi
tans naturels en eftant jaloux,
appellerent un Comte Anglois
nommé Richard, & luy
promirent de grands avantages
s'il les delivroit de leurs
Ennemis . Il avoit des Soldats
du Temps. 315
prefts. Il paffa dans l'Ifle , emporta
Dublin d'affaut , & devint
fi redoutable , que les
Contrées les plus éloignées
s'emprefferent à faire alliance
avec luy. Comme il eftoit
forty d'Angleterre contre les
ordres du Roy , Henry refolut
de l'en punir. Il defcendit
en Irlande avec une puiffante
Flote , attaqua Dublin , & le
Comte Richard obtint fon
pardon , en luy en faifant
ouvrir les portes. Henry continua
fes Conqueftes , & fes
armes faifant tout trembler ,
les Rois qui partageoient l'Ifle
Dd ij
316 VI.P. des Affaires
n'oferent fe joindre pour luy
refifter. La plufpart fe foumirent
, & luy prefterent ferment
de fidelité ; de forte
qu'il acquit fans beaucoup de
peine une Couronne qu'il
defroit ardemment depuis
long temps . Richard fon
Fils luy ayant fuccedé donna
à fon Frere Jean pour une partie
de fon appanage toutes
les Conqueftes que Henry
leur Pere avoit faites en Irlande
. Jean eftant monté au
Trône aprés la mort de Richard
, entreprit de conquerir
le reste de l'ifle , & en vint à
du Temps.
317
bout en 1210. Il y établit les
Coûtumes d'Angleterre , &
envoya des Gouverneurs &
des Magiftrats dans toutes
les Provinces pour y adminiftrer
la Juſtice , Depuis ce
temps- là , quoy que ces Peuples
ayent fupporté le joug
impatiemment
,les Rois d'Angleterre
ont efté Seigneurs
d'Irlande , fans que cette Ifle
ait eu d'autre titre que de
Province dépendante
de la
Couronne d'Angleterre
jufqu'en
1535. qu'arriva la révol
te de Thomas Giraldin . Le
Cardinal d'York ayant fair
Dd iij
318 VI. P. des Affaires
G
mourir le Comte de Kildare
fon Pere , qui commandoit
en Irlande en qualité de Lieutenant
General du Roy Henry
VIII . Thomas qui voulut
vanger la mort , fit foûlever
' Ifle , & la mit dans une fi
grande confufion , qu'il s'en
fuft rendu Seigneur abfolu ,
s'il n'euft pas efté tué dans
une Bataille . Les Irlandois
rentrerent d'eux- mêmes dans.
le devoir , & le titre de Seigneur
d'Irlande qu'avoient
toujours pris les Rois d'Angleterre
, ne leur paroiffant
pas fi augufte ny fi digne de
du Temps,
319
refpect que celuy de Roy,
ils afemblerent leurs Etats ,
aprés la mort de ce Thomas
Giraldin ; & pour obliger
Henry à oublier plus aifement
leur révolte , ils le déclarerent
Roy d'Irlande.Cette
érection en Royaume fur
confirmée par Paul IV. fous
le regne de Marie , ce Pape
ayant voulu reconnoiftre par
là ce qu'elle avoit fait pour
le rétabliffement de la Religion
Catholique en Angleterre.
On y a étably un Viceroy
, qui a un pouvoir tresconfiderable.
Il a des Con-
Dd iiij
120 VI. P. des Affaires
feillers , qui font le Chancelier
& le Treforier du Royaume
, avec des Comtes , des
Barons & des Prelats. Chaque
Province a auffi fon Gouver
neur, On tient que cette Ifle
receut la Foy Catholique en
335. On la nommoit le Païs
des Saints . Elle a confervé la
pureté de la Religion juſqu'au
regne de Henry VIII . dont
le Schifme y fit ouvrir les .
portes à l'Herefie . Elizabeth
contribua fort à l'établir .
Ainfi elle y fit de grands progrés,
quoy qu'il y foit toujours
demeuré un fort grand nomdu
Temps.
121
bre d'Orthodoxes qui ont
effuyé les plus cruelles perfe
cutions. En 1624 on y publia.
de tres- feveres Edits contre
les Ecclefiaftiques , & on a.
ufé depuis de tant de rigueur
contre tous ceux qui ont refufé
de renoncer aux veritez.
de noftre Religion , que lors
qu'on les a furpris en faifane
dire la Meffe en particulier ,
outre le tribut qu'on exigeoit
d'eux pour leur permettre de
vivre catholiquement , & de
ne fe pas trouver aux Affemblées
des Proteftans , ils ont
encore cfté condamnez en de
寡
322 VI. P. des Affaires
fort groffes amendes . C'eft ce
qui les a contraints d'abandonner
leur Païs , ou de fe
cacher dans les montagnes
.
Encore que je fois perfuadé
que ce que vous venez de lire
eft inconnu à fort peu de
gens , j'ay cru qu'on ne feroit
pas faché de le trouver en
peu de paroles , dans le mefme
Ouvrage qui doit renfermer
toute l'Hiftoire de
Finvafion du Prince d'Oranges
afin que ceux qui voudront
fe rafraifchir la memoire
de quelque chofe qui
regarde l'eftat paffe & prefent
.
du Temps . 323
des trois Royaumes qui compofent
celuy de la Grand
Bretagne , puiffent le faire
fans reftre obligez de parcourir
beaucoup de volumes.
La Lettre qui fuit eftant
encore fur les Affaires du
temps , merite bien d'avoir
place icy. Vous y trouverez
beaucoup de folidité & d'agrément
.
LETTRE
D'UN HOLLANDOIS
A UN MILOR D.
A bonté
LA que vous m'avez témoignée
durant le séjour que
224 VI. P. des Affaires
jay fait en Angleterre , & les nou
velles marques de confiance que vous
m'avez données par votre derniere
Lettre , m'engagent à vous répondre
avec la mefme ouverture de coeur que
vous me demandez , en m'envoyant
la Harangue de vostre nouveau Roy ,
& à vous en dire mon fentiment
avec une entiere liberté. Je vous
avoueray d'abord que le foin qu'il
fait paroiftre pour nouspreferver de
l'invafion d'un Ennemy fort redoutable
me paroift fincere , parce que
je fuis perfuadé qu'il en a peur. II.
Içait en quel estat fon ambition a
reduit nos affaires , & que s'il a
travaillé heureusement pour fon
compte , il n'a pas travaillé
pour
noftre ; que noftre Marine eft foible ,
nos Troupes mediocres , nos Finances,
épuifées & dans un prodigieux def
le
du
Temps. *325
ordre. Son entreprise d'Angletere,
nous ajettez dans ces inconveniens,
& comme il n'eft pas encore fi bien
étably fur le Trône que fa place a
Stathouderfoit à negliger ,je ne doute
point qu'il necraigne autant fa ruine
que la nostre. Ainfi vous devez reconnoistre
que c'est luy qui parle &
pas les Etats , qui peuvent fe
vanter avecjustice de n'avoirjamais.
demandé dufecours à leurs Alliez en
termes fi bas , &fi peu conformes à
leur ancienne dignité , mefme dans
les circonstances des affaires les plus
facheufes ; car je ne croy pas qu'on
trouve dans noftre Hiftoire que depuis
la Tréve de 1609. naus ayons déclaré
non
4
aucuns Princes ou Etats Catholiques
ou Proteftans , que s'ils ne
nous fecouroient puiſſamment , noftre
ruine eftoit inévitable . En vérité
1
326 VI. P. des Affaires
nous n'en croyons rien , &j'ofe vous
aßeurer qu'il n'a pas efté prié de
vous tenir un pareil difcours ; mais
ne faut pas s'en étonner , puis
qu'en cela il a plus parlé felon fa
penfée quefelon la noftre. Il aformé
dans fon efprit un Etat de la Hollande
, ajusté à fes deffeins & à fes
intereftsindépendamment des noftres.
Suivant ce projet , les Provinces
Unies devroient eftre en inimitié
perpetuelle avec la France, demeurer
foumises à tout ce qu'il voudra ordonner,
n'agir que parfes confeils ,
ou plûtoft parfes ordres ,& luy fournir
les mefmes fecours pourfe maintenir
fur le Trône , que ceux qu'il
a extorquez pour en chaffer le Roy
fon Beau -pere. Lors que les Provinces
Unies s'écarteront de ce projet , elles
ne luy feront plus rien ; & il compte
du
Temps. 327
avec raison qu'elles periront inévita
blement àfon égard, fi nos intereſts
font infeparables des fiens. Nous ne
Tommes pas tous de cet avis , puis
que noftre Republique a des interefts
prefque incompatibles avec l'Angleterre
, qu'elle peut fe paffer de fes
Secours, & qu'elle a trop de chofes à
démefler avecles Anglois fur le feul
article du Commerce , pour croire que
la Royauté du Prince d'Orange puiße
mettre ces deux Nations d'accord.
Ainfi nous sommes perfuadez que
comme dans les circonstancesprefentes
noftre ruine feroit inévitable , fi
nous dépendions tellement de l'Angleterre
, que nous ne puffions jamais
nous en détacher , auffi nous avons
des reffources prefque certaines
pour prevenir ce peril dont on nous
menace , aprés nous y avoir engagez
328 VI. P. des Affaires
malgré nous. Mais nous comprenons
bien que ces mefmes reffources qui
pourroient nous délivrer de laguerre,
& qui ne font point inconnues an
Prince d'Orange , en nous prefervant
de noftre entiere ruine , luy en attireroient
une certaine. Il n'a qu'un
feul moyen de fe maintenir dans fa
nouvelle dignité , qui eft de nous
tenir le plus long- temps qu'il luy
fera poffible engagez dansfa querelle,
dont nous avons imprudemment fait
la noftre , & de foutenir à vos dépens
& aux noftres la guerre contre
le Roy Jacques , malgré les fecours
de la France , ce qui n'est pas une
petite affaire ; car ces nombreuses
alliances de Princes affamez d'argent
ne luy pourront pas eftre fort utiles
fi cette guerre dure comme il y a
beaucoup d'apparence . Il faut s'at
2
du
Temps.
339
tendre qu'ils demeureront Spectateurs
paifibles durant un temps , & qu'ils
pourrontgroffirfa Cour par des Miniftres
chargez de le complimenter
fur fa nouvelle dignité , & encore
plus d'obferver tres- exactement la
fituation de fes affaires . En cas
qu'elles deviennent douteuses , l'indifference
de fes Alliez augmentera ,
&pourpeu qu'elles aillent en décadence
, je fuis affeuré que tous Catholiques
& Proteftans fe piqueront
d'honneur & de confcience , auffitoft
qu'ils reconnoiftront qu'il n'y a
rien à gagner avec luy.
Cet article eft , &fera toujours
le plus effentiel ; mais il roule✨
entierement fur voftre compte. Si
vous luy pouvez & voulez fournir
tous les fubfides qu'il vous demandera
, fes Alliez demeureront fidelles
Ec
330 VI. P. des Affaires
&fa caufe deviendra bonne ; mais
nous avons cru ce remede prefque
auffi perilleux que le mal. C'eft ee
qui nous fit confiderer d'abord ta
propofition qu'il vous a faite de
nous rembourfer de fix cens mille
livres fterlins dépenfees pour l'entreprife
d'Angleterre, comme une des
plus plaifantes vifions qui foit jamais
entrée dans l'esprit d'un Poli-
"tique ,fur tout en lafoûtenant d'une
raifon auffi bizarre qu'est celle de
vous avoir délivrez des fers du Papifme
& du Pouvoir arbitraire. En
verité nous n'aurions jamais cru que
cette raison puft faire affez d'impreffion
fur vos efprits pour vous obliger
à mettre la main à la bourſe , d'autant
plus que comme il ne nous a
donne part de fon deffein que la
veille de fon embarquement , nous ne
a
du Temps.
331
pourrions fans injustice partager
avec luy le merite de fes pieufes in-
*
tentions. S'il nous les avoit communiquées,
& que les déliberations euffent
efté libres , je doute fort que les
Etats luy euffent donné les moyens
de les executer ; car comme vous
fçavez , noftre Zele pour la Religion
Proteftante afes bornes , & nous n'a--
vonsjamaisfenty que nos affaires receuffent
le moindre prejudice de ce
qu'on difoit la Meffe à Londres .
Nous ne nous fommes jamais mis
en peine de Lempefcher , puis que
naus n'empefchans pas qu'on ne la
dife en plufieurs de nos villes . Le
Pouvoir Arbitraire du Roy Jacques
nous incommodoit beaucoup moins
que celuy du Stathouder Guillaume-
Ainfi nous eftions fort éloignez de
penfer à employer nos Troupes , no
*
Ee ij
332 VI. P. des Affaires
Vaiffeaux & noftre argent à une ef
pece de Croifade Proteftante , qui
peut nous avoir acquis du merite
devant Dieu , fi nous voulons croire
nos Miniftres , mais qui certainement
nous attirera la haine publique ou.
fecrete de tous les Souverains qui ne
doivent pas s'accommoder d'unfemblable
zele. C'est pourquoy jay cru
que les Etats avoient fait en celaunt
faute dont ils fe reffentiroient toft
ou tard ; mais qu'ils en obtiendroient
aifément le pardon , en renonçant
comme par une espece d'amende ,
une dette qui ne peut estre exigée en
Juftice. Plusieurs de nos bons Compatriotes
vous l'auroient remife volontiers
, à condition que vous gara
deriez noftre Stathouder juſqu'à ce
que nous vous le redemandaffions ,
é fi vous aviez negocié avec nous,
à
du
Temps. 333
il vous en aurait affeurément moins
confte. Favoue que plufieurs de mes
Amis & moy , qui croyons entendre
les affaires d'Angleterre , avons efté
fort trompez fur cet article. On eft
tellement accoutumé de vous voir
brouillez avec vos Rois legitimes » --
lors qu'il s'agit de leur accorder des
fubfides extraordinaires , que nous
avions, iru que quand vous feriez.
d'accord avec celuy- cy en toutes cho-
Les , vous ne leferiez pas fur un ar--
ticle fi delicat , & que les motifs de..
Religion ne vous ont jamais rendu
facile à digerer. Quand on la changea
autrefois en Angleterre , chacun
y trouva Son compte , & profita de la
dépouille des Preferes. Cromvel qui
connoiffoit bien , comme il aparu , le
genie de la nation , jugea qu'il eftoit
neceffaire de rendre utile la fuppref
334 VI. P. des Affaires
•
que
celfion
de l'Epifcopat & de la Religion
eftablie parles loix auffi bien
le de la Dignité Royale , en vous
abandonnant les biens de l'Eglife ,
les meubles , joyaux & terres de la
Couronne a des prix fort mediocres:
Ainft on attendoit que le bon efprit
de voftre nouveau Roy luy fourniroir
quelque expedientfemblable, & qu'il
ne commenceroit pas à vous faire
payer les frais de l'extirpation du
Papifme , ou que s'il lepretendoit fai
re , il trouveroit la mefme refiftance
que vos Peres firent à Charles I.
quand il leur demandoit de l'argent.
pour le fecours des Proteftans de la
Rochelle. Pluft à Dieu que nous euffions
imité leur exemple en cette derniere
occafion , car enfin ces motifs
peuvent eftre tolerez dans la bouche.
des Predicateurs , mais ce feroit une.
du
Temps. 335
étrange chofe , fi parce que nous faifons
profeffion de la Religion Protef
tante , nous eftions obligez à entreprendre
de longues & dangereufes
guerres dés que cesgens là nous précheroient
qu'elle court rifque d'eftre
opprimée en quelque autrepays.Croyez
donc , Milord , que ce n'est pas à de
femblables motifs qu'il faut attribuer
la condefcendance exceffive qu'on a
eue pour laiffer au Prince d'Orange
une entiere difpofition de toutes les
forces de l'Etat qui afait reuſfir fes
deffeins ; mais à la foibleffe inexcu
fable de nos Bourguemeftres qui font
plusfrapez de la mortfunefte des ve
ritables Peres de nôtre Patrie , que
touchez du defir d'imiter leurs incomparables
vertus.
Il ne nous eft pas fort important
qu'un Roy d'Angleterre foit Protef
336 VI. P. des Affaires
tant ou Papiste , ny qu'il s'apelle
Facques ou Guillaume , ny que vos
loixfoient bien ou mal obfervées , ny
que voussoyez contens. Ce ne font
point là nos affaires ; mais noftre liberié
, noftrefeureté , noftre commerce
, la confervation de la paix qui
fait fleurir les arts &la navigation;
ce font là , Milord, nos veritables affaires.
Cependant vousfçavez où eft
reduit noftre commerce. Les pertes
de
nos Marchands fontfi frequentes &
figrandes que je n'y puis penferfans
douleur. Nous fommes menacez par
Le feul Ennemy que nous ayons à
craindre , & nous n'avons jamais eu
moins de Troupes . Les meilleures fur
lefquelles nous pouvions prendre une
entiere confiance , font occupées à brû
ler des Chapelles , & à battre les
buiſſons pour attraper des Preftres &
*
des
du
Temps. 337
;
des Jefuites . De 14000. hommes on
nous en renvoye quatre mille , & à la.
place des autres on nous envoye des
Anglois dont les uns veulent obeërau
Roy Jacques , les autres au Roy Guil-
Laume. Aucun prefque ne veut nous
fervir de forte qu'il les a falu embarquer
le moufquet dans le ventre ,
&je m'attens qu'ils deferteront tambour
battant à la premiere occafion .
Nous avons déja efté regalez de quatre
deux centiémes deniers depuis le
mois de Novembre , & cependant il·
faut bien chercher d'autres fommes.
que celles qui font dans nos coffres , fi
cette guerre que nous nous sommes
attirée pour la gloire de Dieu ,
platoft pourcelle du Prince d'Orange,
dure quelques années : car nonobftant
lajoye que fes creatures veulent
que nous ayons de ce dédommagement
Ffཔས1
ou
338 VI. P. des Affaires
qu'il a obtenu de vous , quoy qu'il ne
foit pas à beaucoup prés proportionné
à la dépence que nous avons faite ,
je vous affeure , Milord , que nos plus
fages Republicains font perfuadez
que cet argent ne viendra pasjufqu'icy
, mais qu'ilfera mis avec tant
d'autre dont le Prince d'Orange ne
dreffera pas fi toft fes comptes. Nous
attendons que quelques- uns de ceux
qui luy font entierement devoüez,
propoferont de luy en faire un pre-
Sent ; quefi on trouve trop de difficulté
à cela , il le gardera fous titre
d'emprunt, & dans quelque temps , sil
fe trouve bien étably fur le trône , il
aura des expediens pour ne le point
rendre , comme pourroit eftre le dédommagement
des Anglois de Bantam,
& quelques autres femblables. Voila
cependant les premieres benedictions
du
Temps. 339
que Dieu a répanduës far nous , &
pour lesquelles nous celebrâmes un
jour de jeûne & d'actions de graces
publiques le 31. du mois dernier. Si
vous aviez esté icy, vous auriez bien
entendu des impertinences dans tous
nos Prefches , car nos Miniftres qui
font republicains dans tous les Eftats
Monarchiques,& quifont Royalistes en
ce pays- cy , nous exagerent ces benedictions
d'une maniere fi
extravagante
quefinous en avions voulu croirequelques-
uns , le RoyJacques ne devoitjamais
arriveren Irlande ; mais les Giroüettes
ontdémenty les Prophetes, &
je doute fort que leur éloquence eût.
efté capable de nousperfuader laguerre
contre le Papifme , fi nous avions
efté en liberté. Au moins nous avons
confideré ces exhortations à extirper
le Papifme comme des digreffions fort
Ffij
340 VI. P. des Affaires
impertinentes que nous fouffrons depuis
quelque temps , parce que nous
ne pouvons les empefcher . Je croyois
auffi que voftre Nation les confidereroit
comme un Sermon qui pouvoit
l'ennuyer , mais non pas comme des
raifons capables de luy faire debourferfon
argent. Enfin nous avons efte
trompez, & nous ne connoiffionspas
la grandeur de vostre zele quand
nous ne pouvions croire que vous
vouluffiez payerfi cher l'extirpation
du Papifme. Vous en voilà donc délivrez
; mais croyez - vous eftre déliprez
du Pouvoir Arbitraire ? Il me
femble , fi je n'ay pas perdu mon
temps en Angleterre à étudier vos
Loix , que vous appelle Pouvoir
Arbitraire celuy qui paffe res bornes
preferits par les Loix . Suivant cette
maxime, le Roy auroit exercé ce Poudu
Temps.
341
voir Arbitraire s'il avoit entrepris de
vouscontraindre à luy donner de l'argent
pour nous faire la guerre dans le
temps auquel il ne pouvoit nous la
declarer fans déconcerter les deffeins
du Prince d'Orange . Vous pouviez..
le luy refufer cependant il avoit un
fujet legitime de le faire , puifque la
Loy vous obligeoit à eftre fidelles à
voftre Roy ,& à employer vos biens
& vos vies pour la défenfe de fa
perfonne & de fa Couronne. Il eft
donc beaucoup plus contre la loy d'exiger
desfommes immenfes pour une
entreprise qui eft directement contraire
à vos loix.
Mais , direz- vous , il nous a demandé
ce fubfide , & nous voulons bien
te luy accorder , & en cela il n'y a
dans l'ordre. Sur quoy vous
me permettrez de vous dire que cette
rien
que
Ff iij
342 VI. P. des Affaires
excufe eft fort frivole ; car s'il n'a
pas droit de vous demander ; & que
vous n'ayez pas pouvoir de luy accorder
ce qui eft en question , la prevarication
eft double , & voftre confentement
reciproque n'empefche pas
que vous n'agiffiez contre la loy. It
n'a certainement aucun droit de propofer
des fubfides qu'en qualité de
Roy ; vous la luy avez donnée ; mais
fi vous n'avez pû le fairefelon la loy
il n'a aucune autorité. Vous avez
droit, comme membres du Parlement,
de donner vos avis , & de confentir
à defemblables propofitions , ou de les
rejettter ; mais il faut auparavant ,
que vous soyez legitimement affemblez
en Parlement , & toutes vos
declarations faites ou à faire , ne
pourront donner cette qualité à voftre
affemblée , ny empefcher que toft ou
du Temps .
343
sard vos actes ne foient abolis . Cependant
quand vous feriez Parlement
, ilfaudroit que vous euffiez des
pouvoirs bien exprés pour confentir à
des levées extraordinaires de deniers,
fous un pretexte qui n'a jamais efté
confideré comme fuffifant pour taxer
les peuples , & que vous ne pouvez
par confequent autorifer que par une
interpretation nouvelle & arbitraire
des loix qui concernent la feureté de
la Religion Proteftante. Ces taxes
auroient eftéplus fuportables dans un
autre temps , auquel vous auriez pû
profiter de nos defordres pour faire
prefque tout le commerce , & que
vous ne pouvez prefentement efpever.
Ilfaudra donc lever cesfubfides
fur les terres & fur les biens des particuliers,
& faire revivre tant d'autres
expediens de tirer de l'argent , que
Ff iiij
344 VI. P. des Affaires
ceux du long Parlement mirentfi bien
en afage , qu'au lieu d'un fubfide affez
mediocre qu'ils refufoient à Charles
1. lepeuple en paya dix ou douze
en fort peu de temps. Cependant ils
ne s'aviferent pas de cet expedient
extraordinaire de faire payer les frais
de la délivrance de l'Epifcopat & dis
Pouvoir Arbitraire.Peut eftre en previrent-
ils les confequences que vous
ne prévoyez pus & qui me paroiffent
fort grandes car fi vous admettez
faites paffer en loy de femblables
cahiers de frais , tout Prince aura un
pareil droit de vous demander plufieurs
Millionsfous divers pretextes.
Il n'y a rien d'impoffible en ce
monde , &fur tout en Angleterre.
Vous pouvez eftre bien-toft las de vôtre
Roy Guillaume , puisque vous ne
vous eftes pas accommodez de queldu
Temps. 345
ques autres qui le valoient bien . Peutestre
auffi trouverez- vous que le Regne
du Roy Jacques eftoit auffi commode
que celuy- cy , & cette pensée le
pourra fortifier s'il paffe en Ecoffe
avec un bon corps de
arrivoit
خ ب
troupes
. Si cela
que le nouveau
Roy fut obligé
de fuir à son tour , le le- gitime
ne feroit
- il pas en droit
de vous demander
un fubfide
extraordi-
, naire
pour
dedommager
le Roy de France
de toutes
les dépenfes
qu'il
a faites
pour le fecourir
? Ne devezvous
pas attendre
qu'on
vous
demandera
un autre fubfide
pour
dommager
ceux qui ont levé des trou- pespour le fervice
du Prince
d'Orange
dans
le Royaume
? Pourrez
vous aprés
cela demander
à vos Rois legitimes
la communication
des depenfes
de l'Etat
, comme
vous avezfait plu
de346
VI.P. des Affaires
tous ceux
fieurs fois , aprés avoir alloïé fi libre,
ment à celuy qui ne l'eft pas , celle
qu'il a faite eftant encore particulier?
De plus , fi par impoffible ( vous me
permettrez cette fuppofition comme
eftant auffi poffible qu'eftoit le réta
bliffement de Charles II. avant 1660.
Si , dis-je , Jacques 11. ſe rétabliſſoit
fur le trône , où en feroient
qui auront prefté leur argent par
avance furcefubfide de fix cens mille
livresfterlins ? Ils feroient trop beureux
de ne perdre que leur capital &
leurs interefts , mais ce Monarque
n'auroit pas de peine à trouver moyen
de contenter le Public & de punir les
coupables , en ordonnant que les de
niers levez contre les loix feroient
reftituez à ceux qui auroient efté
obligez de ceder à la force , & repris
fur les biens de ceux qui auroient
du
Temps. 347
autorife par leurs fuffrages cette ve
xation . Fay veu depuis que je fuis
au monde arriver en Angleterre des
chofes plus difficiles à croire que tout
ce que je vous dis . Ainfi pour vous
parler franchement , je crois qu'il eſt
fort poffible que vous changiez tous
d'avis ,& que vous remettiez les chofes
en l'état où elles eftoient.
نم
Ce qui me confirme dans cette penfee,
eft que voftre Charta magna, &
toutes les loix qui en dépendent,font
trop vieilles pour eftre abrogées par
des refultats tumultuaires comme ont
efté les voftres. Ainfi elles détruiront
vray femblablement tout ce qui a esté
fait par la Convention , puifqu'elles
ont bien pû détruire les Actes du long
Parlement , & cela arrivera dés que
vous vous apercevrez que fous pretexte
de rétablir ces loix qui vous
348 VI. P. des Affaires
font fi cheres , on leur ofte toute leur
force. Or vous vous en apercevrez
plutoft que vous nepensez, & quand
vous chercherez vos libertez , franchifes
&proprietez , & cette Religion
Proteftante dont vous eftiez autrefois
fijaloux , il faudra avoir recours à
ces vieilles loix. Vous trouverezfort
étrange qu'on vous mette en prison
fur un fimple Soupçon de vouloir
changer le gouvernement preſent , &
qu'on ne vous veüille
pas
admettre à
en fortir fans caution . Vous verrez
paroiftre contre vous des faux témoins
; car puifqu'on prend tant de
foin à les juftifier & à les rétablir
dans leur bonne reputation , c'eſt
figne qu'on croit en avoir befoin , &
qu'on en veut faire quelque usage.
On vous obligera par execution militaire
à payer les fommes que les Dedu
Temps. 349
putez à la Convention auront accordées
fans votre participation . Les
principaux Seigneurs foupçonnez de
mécontentement feront recherchez
pour des crimes commis du temps de
Charles II . ou de Facqnes 11. Le
nouveau Roy ne voudra pas forcer les
Loix , & les fera rigoureuſement executerfur
eux.
Mais ily a encore un point plus.
important auquel cependant ilparoift
que vous nepensez pas , felon ce que
me difoit l'autrefois un Gentilhomme
Anglois que à mon avis entend vos
Loix auffi-bien qu'on le peut faire. Il
s'étonnoit comment vous n'aviez pas
changé la forme du gouvernement
puifque cet expedient eftoit moins perilleux
que celuy dont vous vous eftes
fervis ; car difoit-il, aprés la derniere
longue rebellion,quoy que toute la Na350
VI. P. des Affaires
tion euft reconnu un Ufurpateur , cependant
commeles loix de la Monarchie
étoient abrogées,celuy qui luyfuccedoitfe
trouvoit obligé defuivre les
nouvelles , &nepouvoit faire valoir
l'autorité des anciennes contre ceux
qui luy devenoient fufpects , parce
qu'elles ne luy auroient pas efté plus
favorables qu'à ceux qu'il auroit
voulu perdre. Ainfi il n'y avoit
qu'un feul inconvenien à craindre
qui estoit que le Roy legitime rentraft
à main armée dans le Royaume , ce
qui eftoit prefque impoffible. S'ily
rentroit à l'amiable comme Charles
II. on eftoit affuré d'un pardon general
, saufà abandonner à la Fustice
les principaux inftrumens de la rebellion.
C'est en effet ce qu'onfit alors.
LesJuges du Roy Charles I. & quelques
autresfurent exceptez de l'am-
-
du
Temps, 351
niftie , & on eut autant de plaifir à
les voir pendre qu'ils en avoient eu
à faire pendre les autres. Mais prefentement
, difoit- il , les chofesfont
toutes differentes, & puifque la Convention
a declaré qu'ilfalloit maintenir
les anciennes loix , & que celles.
d'Edouard III.d'Henry VII.d'Henry
VIII. d'Elifabeth & de Jacques I.
ny mefme celles de Charles II . touchant
l'autorité des Rois n'ont pas efté
revoquées , elles fubfiftent en toute
leurforce , & l'autorité de faire executer
ces mefmes loix, refide toûjours
en laperfonne du Roy , tel qu'il puiffe
eftre. Fe fuppofe donc que Jacques II.
vienne à mourir & enfuite le Prince.
de Galles , en ce cas le Prince d'Orangeceffant
d'eftre Ufurpateurdevien
dra voftre Roy legitime , & par confequent
l'executeur de ces loix an
352 VI. P. des Affaires
ciennes , certaines , fondamentales,
inconteftables , qui luy feront alors
auffi favorables qu'elles luy font prefentement
contraires. Suppofant donc.
que les loix fondamentalesfubfiftent,
il faudra neceßairement que tous
ceux qui fe font revoltez contre le
Roy Facques , obtiennent un pardon
fous le grand Sceau , ou qu'ils de-.
meurent expofez à la rigueur de ces
Loix fans cela ils pourroient eftre
poursuivis comme criminels de haute
trahison. Le nouveau Royfera abſolument
le Maitre d'accorder ce pardon
à qui il voudra , & d'en exclure
ceux qu'il voudra ,fans que perfonne
ait fujet de s'en plaindre , puis qu'il
ne fera rien que felon les Loix. Si
on luy cite les nouvelles que la Convention
afaites contre le Roy Jacques,
comme nonfeulement il n'aura plus
.
du
Temps.
353
>
d'intereft à les maintenir , mais qu'il
en aura un tres-preffant de les détruire
, il n'aura pas de peine à
prouver que tous les Refultats
les Bills de la Convention ne font
pas des Loix , & il s'en rapportera
aux Regiftres & aux exemples dont
aucun ne pourrajamais établir l'au--
torité de cette Affemblée illegitime.
Ce qu'il pourra faire de mieux eft
qu'il déclarera qu'ayant toûjours fait
profeffion de refpecter les Loix , il ne
veut rien faire à leur préjudice , &
comme parmy les Griefs on a inferé
que les pardons & les Actes émanez
du pouvoir difpenfatiffont contre la
Loy , il obfervera tres- religieufement
cet article , & n'en fera aucun uſage
en faveur de ceux qui l'ont mis fur
le Trône. Je dis à
qu'il ne falloit pas
ce Gentilhomme
douter
que vous
Gg
354 VI. P. des Affaires
ne vous oppoſaſſiez à de femblables
entreprises. S'ils oppofent la force ,
me répondit- il , ils auront aſſurément
de la peine , car ils ont affaire à un
homme qui les connoift bien , & qui
ne les attaquera qu'à fon avantage.
L'exemple du Roy Jacques apprendra
aux legitimes Souverains auffi- bien
qu'aux Ufurpateurs , à ne ſe fier
aux paroles & aux fermens de ceux
de voftre Nation, que quand ilsferont
en eftat de les faire bien obferver,!
fur tout depuis qu'on a ouvert le
chemin à faire entrer des Troupes.
étrangeres dans le Royaume , ce qui
eftoit autrefois un attentat irremiffible.
Si c'est par les voyes ordinaires ,
ce fera dans un Parlement ; mais qui
Lempefchera de le caffer ? La Conven
tian a déclaré qu'il avoit eu pouvoir
de convoquer un Parlement , & par
du
Temps.
355
confequent elle a reconnu qu'il le
pouuoit caffer. Il le pourra doncfaire
a meilleur titre , s'il devient Roy
legitime.
La Convention a donné atteinte à
l'Habeas corpus. On peut eftre emprifonné
tant & fi long-temps qu'il
plaira an nouveau Roy. Onfera feditieux,
deferteur , & tout ce qu'il
voudra , il n'y aura plus de fecours
à attendre des nouvelles Loix qui .
ne fubfifteront plus. Les anciennes
condamnent les Rebelles comme criminels
de haute trahison ; il faut
donc toft ou tard que ceux de la
Convention experimentent la rigueur
des Loix , & ils reconnoifront alors
fort inutilement qu'ils ne peuvent fe
plaindre que de leur legereté qui les
a fait precipiter dans des perils certains
pour en éviter d'imaginaires.
Gg ij
356 VI. P. des Affaires
C'est ainsi que me parloit ce Gentil
homme , & je vous avoue que je
n'eus rien à luy répondre de folide.
Je me jettay donc dans des lieux
communs , & je me mis à louer la
pieté du Roy Guillaume , fon zele
pour la Religion Proteftante , fa vie
exemplaire , le foin qu'il a eu de
conferver noftre liberté , fon refpect
pour les Loix & d'autres chofes femblables
dont non feulement nos Miniftres
nous fatiguent depuis longtemps
, mais
que tant de Refugiez de
France débitent tous les jours dans
leurs écrits politiques; ce que je n'aurois
neanmoins oféfaire ,fije n'avois
veu par les voftres , & par les Adref
fes de vos deux Chambres , que vous
commencez à employer ces mefmes
lieux communs dans vos actes les
plusferieux. A cela , le Gentilhomme
du
Temps. 337
me regardant avec un air de mépris
me dit brufquement , Monfieur , je
vois bien que vous voudrie rire ,
& que vous n'oferiez ; mais fi vous
parlez ferieufement , tout ce quej'ay
à vous répondre , c'est que je vous
prie de ne me pas traiter comme un
enfant. Voilà comme finit noftre
converfation. En un mot , cet Anglois
ne croyoit pas les affaires du Prince
d'Orange fi bien établies qu'elles ne
puffent changer de face ; mais il
eftoit perfuadé que foit qu'il fe main
tinft fur le Trâne , foit qu'il fuſt
obligé à en defcendre , la Nation en
Souffriroit beaucoup , puis qu'elle ne
pourroit le maintenir que par une
longue & prodigieufe dépenfe , & que
fi on en voyoit la fin , perfonne n'étoit
plus propre que luy à vanger le
RoyJacques defes Sujets rebelles , ny
358 VI.P. des Affaires
la France de fes anciens Ennemis.
Jefuis , &c.
Je finis icy cette fixiéme
Partie , remettant à vous entretenir
dans la feptiéme , de
la fuite des revolutions d'Angleterre,
& de plufieurs autres
chofes curieufes fur les Affaires
du Temps. Elle paroîrale
premier jour de Juillet ,
& j'efpere y faire entrer tout
ce qui me reste à vous en dire,
ainfi que tout ce qui fe fera
paffé juſque- là.
FIN
du Temps. 359
APOSTILE .
On a dit dans ce Volume
que l'Empereur avoit fait défendre
à l'Envoyé que le Roy
d'Angleterre luy avoit depefché
aprés fa fortie de fes
Etats , d'entrer à Vienne , ce
qui ne fe confirme
pas , mais
feulement que Sa Majefté
Imperiale a refufé de donner
aucun fecours à ce Monarque .
Quand on a dit dans le mef
me Volume, que l'Angleterre
pouvoit mettre quatre cens
Voiles en Mer , on n'a pas
pretendu dire qu'elle pouvoit
équiper quatre cens gros Vaifſeaux
; mais on doit fuppofer
que c'eft en comptant les divers
Baftimens qui accompagnent
une grande Flote.
#
UNIVERSITY OF MICHIGAN
3 9015 06574 3257
A
495292
TheCoyl Collection.
Miss JeanL.Coyl
ofDetroit
in memory
ofherbrother
Col.William
HenryCoyl
18.94.
1689 де
Allai 7
j
1
SIXIE'ME PARTIE
DES
AFFAIRES
DU TEMPS.
&de Partierde May 1689 .
Chez
A PARIS ,
MICHEL GUEROUT ,
Court-neuve du Palais ,
au Dauphin.
M. D C. LXXXIX.
Avec Privilege du Roy.
840,6
M558
1689
may
pt,2
Coyl
Gottschalk
10.14.55
88594
S$225522525SSS225
AU LECTEUR.
L
E fuccés qu'ont eu ces Lettres
fur les Affaires du Temps ,
m'a fait pouffer la matiere plus
loin que je n'avois cru . Elles forment
un genre nouveau d'Hiftoire ,
qui contient un recueil de pieces ,
liées par des raiſonnemens & par
des faits , de la verité defquels tout
le Public eft fi bien perfuadé , qu'il
eft impoffible de ne s'y pas rendre.
Toutes ces Pieces ont efté imprimées
ou prononcées publiquement ,
qu regardent les A&tes du pretendu
Parlement d'Angleterre . On dira
que la plufpart font connues , &
qu'il faudroit qu'elles fuffent rares
pour donner du prix à cette Hifa
ij
AU LECTEUR .
toire. Cependant fi on n'en prend
pas plufieurs copies dans le temps.
qu'elles paroiffent , on a peine enfuite
à les retrouver , & d'ailleurs
qui voudroit avoir tout ce que j'ay
mis en fix Volumes , outre qu'il
l'auroit fans ordre , feroit contraint
de garder en papiers inutiles , plus
que trente de ces pieces ne contiennent
, parce que plufieurs font
accompagnées de beaucoup de
choles dont il n'auroit pas befoin.
Elles inftruifent peu où elles font
mais on voit dans les Lettres fur
les Affaires du Temps , l'occafion
qui les a fait faire , la politique qui
a fait agir ceux qui les ont faites
ce qui en a refulté , & enfin elles
ont fervy à former un corps d'hiftoire
, qu'on a lieu de croire d'au- >
tant meilleur , qu'il a fortement
AU LECTEUR
excité la bile de M. Jurieu , Miniftre
à Roterdam , connu par un
emportement fans bornes , & par
des calomnies eternelles qu'il répand
fur ceux qui ne font pas attachez
à fon party. Il a vomy contre
moy un torrent d'injures qui ne
m'ont caufé nulle émotion , &
comme il n'arien dit de l'Ouvrage ,
& que des injures n'ont jamais paffé
pour des raiſons , cela me fait voir
qu'il a creu trouver mieux fon
compte à attaquer ma perſonne ,
parce qu'il y a des lieux communs
qui fourniffent des injures , & qu'il
n'en eft pas de mefme quand il
s'agit de répondre à un Ouvrage,
remply de raiſonnemens qu'il faut
détruire quoy qu'il y ait peu
d'hommes exempts de defauts ,
& qui ne puiffent eftre justement
1
a iij
AU LECTEUR.
repris
par de
plus
éclairez
qu'eux
.
Ce
qu'a
dit de moy
M. Jurieu
eft
fi
vifiblement
reconnu
pour
faux
,
qu'il
eft aifé
de juger
que
ne fçachant
qui je fuis
, il a harzardé
des
injures
generales
, perfuadé
qu'il
pourroit
les faire
croire
à ceux
de
Hollande
qui
ne me
connoiffent
pas plus
que
luy. Je ne m'en
étonne
point
. Il eft fi accoûtumé
aux
in.
vectives
, que
parmy
les Proteftans
mefmes
, qui
dit
Furieu
, dit
Injurieux
. Pour
faire
voir
qu'il
ne
m'a
point
chagriné
, j'avertis
ceux
qui
voudront
fçavoir
ce qu'il
a dit
contre
moy
, qu'ils
le trouveront
dans
fa cirquiéme
Lettre
Paftorale
de l'année
trojfiéme
. La
peur
qu'il
a euë
que
je ne la viffe
pas
, l'a
l'a
obligé
à me
l'envoyer
par
la Pofte
.
Il a eu raifon
, car
on fe met
icy
peut
AU LECTEUR .
en peine d'acheter les injures qui
viennent de Hollande ; mais quant
à cette Lettre Paftorale , ou plûtoft
ce recueil de calomnies , je puis
l'affeurer qu'il a efté veu de beaucoup
de gens , parce que je me fuis
fait un plaifir de le montrer. Je n'y
fuis pas le feul qu'il attaque. Il répand
fa bile dans le mefme Ecrit
contre des perfonnes d'un rare fça
voir , d'une vertu éminente , &
qu'un vray merite a élevées aux
plus hautes Dignitez de l'Eglife . Il
y en a encore d'autres qu'il n'épargne
pas fur les nouvelles qu'ils
donnent toutes les femaines , quoy
que ce foit avec beaucoup de juftice,
le Public en eft fatisfait . I
doit prendre garde que les Ecrivains
de France font bien differens
des autres . Ils font Sçavans , eftiAU
LECTEUR.
mez , & leur naiffance quand elle
a quelque diftinction , n'eft pas un
obftacle qui les arrefte lors qu'ils
ont occafion de faire voir leur efprit.
Le nombre n'en eft pas grand ,
mais ils écrivent jufte , & on ne
peut lire leurs Ouvrages fans ſe
détromper des fauffetez de l'accablante
multitude des Ecrivains
de Hollande . S'il n'avoit efté
queſtion que
de moy feul , j'aurois
parlé comme un galant homme
doit faire de foy- mefme , mais la
referve où la modeftie m'engage
fur mon article , ne me deffend
de donner aux Ecrivains de France
les louanges qu'on leur doit . Si on
veut connoiftre la naiflance & les
emplois du Miniftre Jurieu , on les
trouvera dans la troifiéme Partie
des Affaires du Temps , page 307.
pas
AU LECTEUR.
Celuy qu'il a aujourd'huy eft de
faire ce qu'il ne confeille pas, &
de travailler fort commodement à
des Libelles fous le titre de Lettres
Paftorales , qui fans remplir ce que
ce titre promet , ne contiennent.
prefque autre chofe que des raifonnemens
fur ce qui fe paffe dans
l'Europe Il accable de fes Lettres
tous les nouveaux Convertis de
France qui ne les demandent pas ,
& les fait tomber entre leurs mains
par la Pofte . Il les exhorte à fouffrir,
aprés s'eftre tiré du peril pour ne
leur en pas parler de trop prés ;
mais quand on ne dit rien par
l'exemple, les paroles touchent peu..
Jamais homme n'a efté plus feditieux
dans fes Ecrits , ny eu des
maximes plus fauffes , plus pernicieufes
& plus deteftables ; elles
AU LECTEUR.
font telles qu'on n'y fçauroit penfer
fans horreur . Perfonne n'a pû éviter
l'injufte éclat de fa bile noire , & la
plufpart des Proteftans mefmes
n'en ont pas efté exempts , quand
leursfentimens n'ont pas efté conformes
aux fiens. Je ne dis point
qu'il eft vifionnaire plus qu'home du
monde ; fesPropheties en font foy,
il n'en faut point d'autre preuve.
L'Hiftoire du temps n'a pas feulement
deplû au Miniftre Jurieu ; on m'a
écrit de Hollande que les veritez dont
elle eft remplie font fouffertes impatlemment
des François qui s'y font refugiez
, & qu'ils y preparent une réponfe
. Cependant en voila déja le
fixiéme Volume donné au public , &
cette réponſe ne paroift point. Il y a
grande apparence , que ne pouvant accufer
de fauffeté les pieces qui la compofent
, ils ne fçavent qu'oppofer aux
raifonnemeus
que j'en ay tirez . Ainfi je
AU LECTEUR.
voy bien que toutes les réponfes qu'ils
pourront faire, confifteront en éloges
du Prince d'Orange , & qu'ils tâchefont
de prouver que ce Prince n'eft
pas un Ufurpateur . Cependant s'ils fe
voyoient obligez à dire de bonne foy
ce qu'ils en penfent , ils ne le pourroient
nier , & le Prince d'Orange
n'en difconviendroit pas luy-mefme.
Je ne doute point qu'il ne fuft faché
de laiffer croire qu'il feroit monté au
Trône fans avoir cherché à s'y élever,
& fans que l'on fuft perfuadé qu'il
deuft ce haut rang à fes intrigues & à
la force de fon efprit. Comme il ne
trouveroit pas de gloire dans fon innocence
, fon but eft de fatisfaire fon
ambition , fans fe mettre en peine des
moyens , & il eft de ceux qui croyent
qu'il n'y a point de crimes honteux
quand on les fait
pour regner.
Je feray voir dans la feptiéme partie
de cette Hiftoire , que cettte efpece de
mauvaiſe gloire , eftant plus facile à
AU LECTEUR.
acquerir que l'on ne penfe , les crimes
heureux n'en donnent pas autant que
Pon s'imagine . Quant à ceux qui tâchent
de juftifier ce Prince , c'eft leur
intereft particulier qui leur fait dire ce
qu'ils font bien éloignez de croire . Ils
fe flatent de tirer de l'utilité de fes
crimes, & ont de la joye de le voir agir
comme leur paffion le demande , mais
ils ne peuvent fe déguifer à eux mefmes
qu'il eft Ufurpateur dans toutes
les -formes.
Je fais obligé de déclarer , pour
rendre juftice à quelques Auteurs qui
me paroiffent d'un fort grand merite ,
& dont on voit depuis quelques mois
courir des Lettres pleines d'érudition
& d'une tres-fine politique , que je
nay pas pretendu confondre leurs
Ecrits parmy ceux dont j'ay parlé
dans les premieres pages de cette
fixiéme Partie.
2009 D AA
** 100 -
AFFAIRES
AFFAIRES
DU TEMPS
CADA (1)
SIXIEME PARTIES
Yosuos yod broj
E ne fuis point éton
né, Madame, que lo
commendement de
ma cinquième Lettre
fur les Affaires du Temps ,
air receu aucant d'approba-
A
2 VI. P. des Affaires.
tion dans voftre Province
que vous me le témoignez ,
Ce n'eſt pas à moy que la
gloire en eft duë , mais à la
force de la verité , qui s'eft
fait fentir d'une maniere à
ne pouvoir s'empefcher d'être
convaincu , que le Roy n'a
contribué en aucune forte
aux troubles qui agitent aujourd'huy
toute l'Europe , &
que l'Empereur a feul allumé
la Guerre , dont elle va eftre
déchirée , & quia déja com,
mencé d'accabler la veritable
Religion & de la faire bannir
de trois Royaumes , où
du Temps .
elle commençoit à refpirer.
Ce fait cft fi clairement & fi
fortement prouvé , que ceuxmefmes
qui fouffrent impatiemment
la gloire de noltra
Auguſte Monarque , avoüent
que je n'ay rien dit là deffus
qui puiffe eftre combatu , ou
du moins qui puiffe l'eftre
avec aucune ombre de juftice
Nous n'avons point d'es
xemple que l'Europe ait ja
mais efte en guerre de la
maniere qu'on l'y voit prefentement.
Lors qu'elle a efté
toure en armes , les Souve
A ij
VIP des Affaires
O
que
rains s'attaquoient les uns les
autres , ou du moins chacun
d'eux fe partageoit felon q
fon inclination ou fon inte-
Feſt l'obligeoit à le déclarer
pour l'un des partis qui fè
formoient ; mais aujourd huy
tous les Etats font liguez
contre la France . Le mefme
reffort qui fait mouvoir les
uns, fait agir les autres , il n'y
a qu'une feule intrigue . Ce
que l'on connoift de plus
faint s'eft uny avec fon con
traire. On a paſſe par deffus
tous les égards qu'on devoir
avoir ; on a trouvé la puif251
29
brillante
du Temps.
fance du Roy trop étendue ,
& fa gloire trop
elle a bleffé les yeux , & on
a cru qu'il falloit travailler à
en diminuer l'éclat 3 quelque
fang qu'il en puft courer à
FEurope , & quelques pertes
que puft faire la Religion
Catholique . Le chagrin &
la jaloufie que les grands fuccés
de Sa Majefté font prendre
aftantode Puiffances
n'ayant efté que
chec qui les a fait armer
contre ce Monarque , ils en
ont cherché d'autres , ou plûtoft
ils ne fe font mis en
A iijlov
la caufe ca
6 VI. P. des Affaires
44
peine d'en trouver aucune
mais ils ontofi bien embar
raflé les affaires qu'ils ont
réüffi à les brouiller, Rome
a commencé à refufer à la
France les Privileges dont elle
eft en poffeffion , & qui font
confirmaz par des Traitez »
l'Empereur affuré qu'elle ap
puyeroic fes deffeins, en a ufé
à l'égard de M le Cardinal
de Furftemberg d'une maniere
infoûtenable, à moins qu'il ne
fuft certain que quelque tout
avantageux que puffent prendre
les chofes pour cette Eminence
le Pape n'approuveroit
du Temps. 7
, quoy
point fon Election ,
qu'il n'euft aucunes raifon
valable
pour luy refuler
des Bulles , & que ſans cela ,
il ne fut pas en droit de le
faire . Le Prince d'Orange
de
fon cofté avec tout le parry
Proteftant
, avoit promis
à
tous ceux qui s'eftoient
reti
rez de France, qu'il les y réta
bliront fi tolt qu'il feroit reconnu
Roy d'Angleterre , affeurant
qu'il avoit des intelligences
avec les nouveaux
Convertis de ce Royaume a
qu'il donneroit l'épouvante à
toutes les Coltes , & qu'il
A iiij
8 VI. P. des Affaires
cftoit impoffible qu'elles fuffent
toutes affez bien gardées,
pour l'empefcher de trouver
a defcendre par quelque en .
droit avec une Armée for
midable , & qui feroit ſecondée
par
les
Rebelles
du
dedans
, qui
ne
manqueroient
pas
de
fe
déclarer
auffi
- toſt
qu'il
paroiftroir
.
Outre toutes ces chofes qui
eftoient fi connues qu'elles
faifoient feules l'entretien
public , on avoit fait plufieurs
Affemblées à Minden
& à Aufbourg pour prendre
des mefures contre le Roy.
1
du
Temps .
Je ne repeterien icy des
trois ligues dont on fit fit les
projets ; j'en ay parlé dans
ma feconde Lettre , & je ne
pretens point reprendre cette
matiere. Le peu que j'en
dis n'eſt que po que pour en faire
en rafraîchir la memoire
commençant cette fixiéme
Lettre , dans laquelle je parleray
d'abord des affaires de
France avec les autres Etats .
& finiray par ce qui regarde
uniquement l'Angleterre, l'Ecoffer&
M'Irlande.A
810-
- Jamais il n'a paru tant d'Ecrits
que l'on en voit aujour
10 VI. P. des Affaires
un
吧
d'huy fur les mefmes maticres
, & jamais ils n'ont efté fi
peu differens les uns des autres
, la plupart n'eftant dif
ringuez que par leurs titres &
mais il eft à remarquer que
la Hollande feule en eft rem
plie , & que lors que dans
puiffant Etat il fe trouve à
peine deux ou trois perfonnes
qui écrivent fur les évene
mens journaliers une petite
Republique.comme celle de
Hollande , en fournit un fi
grand nombre qu'il feroit
malaiſé de le compter , Ce que
l'on peut dire là - deffus , c'eſt
duTemps. 11
qu'il y a une grande difference
de leurs Ecrits à ce qui s'est fait
dans les autres temps .On écri
voit une Hiftoire fuivie, & la
plufpart des Auteurs eftoient
gens connus , & diftinguez ,
Ceftoient perfonnes de mare
que qui avoient prefque tous
efté confidens des Princes &
des Rois , & des Miniftres , &
Miniftres mefme , & il y en
a beaucoup qui ont traité
des affaires dont ils fe font
mêlez , & des negociations
qu'ils ont faites . On ne mettoit
alors rien au jour qui ne
puft pafler pour un veritable
12 VI. P. des Affaires
Ouvrage ; on faifoit des
volumes , & non des feuïlles
volantes . Tout ce qu'on écri .
voit eftoit digne de trouver
place dans les Bibliotheques
,
& meritoit d'eftre confervé
à la poſterité , mais le vent
peut emporter la plupart des
Ecrits qu'on fait aujourd'huy?
Tous les Auteurs fe cachent ,
parce qu'ils fuivent plus leur
paffion que la verité , & que
leurs Ecrits ne peuvent pal
fer que pour des Satires .
Comme ils ne font point
connoiſtre leur nom , ils crai
gnent peu d'avoir à rougir ,
du Temps.
13
quand on trouve que leurs
injures fonts fades ou que
leurs Hiftoires ne font pas
fidelles. La caufe de ce torrent
d'Ecrits dont l'Europe eft
inondée, vient de la liberté
qu'on laiffe en Hollande d'é
erireitout ce qu'on veut. Il ne
faut point de permiffion pour
alas & on dit que c'eſt le
privilege du Pays . Les hommes
font affez naturellement
portez à mal faire malgré la
juftice, leur confcience , &
hes défenfes qu'on leur peug
faire , fans qu'ils y foient
encore excitez par une liber14
VI. P. des Affaires
té fi condamnable . Le privi
lege de mal faires eft un pri
vilege qui repugne aux bon!
nes moeurs , & à l'équité , &
ceux qui le donnent ne doi
vent pas s'en glorifier . Par là
l'Hiftoire fe voit alterée , &
n'a point d'ordre; elle eft fans
aucune fuite, & mife en lam
beaux . Chacun traite lessen,
droits qui conviennent à ſon
genie ou à fa paffion , & qui
peuvent donner lieu à la Safire.
Ainfi on fe forme une
mariere à ſa fantaiſie , pour
avoir lieu d'en parler felon
fon emportement. Ce qu'il y
du Temps .
aide fort fingulier , c'eft que
la plufpart de ces Ecrits font
contre la France, & qu'ils font
mefme prefque tous faits par
des François , car les bons
Hollandois ne font
pas capables
d'écrire deux lignes , &
tout ce qu'ils fçavent , confifte
à bien calculer . Cependant
comme ces Ecrits les
flatent, & que l'on croit facilement
ce qui plaift, ils ſe tiennent
juſtifiez de beaucoup de
chofes , ne trouvant rien dans
tous ces Ecrits qui ne foit
fort à leur avantage . Ce n'eft
pas que ceux qui les font
16 VI. P. des Affaires
J
foient perfuadez de ce qu'ils
écrivent là deffus , mais ils fe
croyent obligez de payer par
le bien qu'ils difent des Hollandois
; & de leurs Alliez ,
la permiffion qu'ils ont en
Hollande de dire du mal de
toutes les Nations . Certe liberté
ne laiffe pas neanmoins
d'eftre fouvent refferrée à
parler contre la France , &
fors qu'ils attaquent quelques
autres Souvarains , leur emportement
eft plus moderé ,
& ne s'étend qu'auffi loin
qu'ils penfent eftre obligez
de le faire aller , pour les ani.
du
Temps.
17
mer contre la France. La raifon
de ce déchainement des
François contre leur Patric ,
eft premierement pour fe
rendre dignes de l'azile qu'on
leur donne , & en fecond lieu ,
parce que s'eftant trouvez
contraints d'en fortir , ils ne
fçavent comment répandre
leur bile fur le Gouvernement
& fur ceux qu'ils,
croyent leurs Ennemis ; &
fous pretexte d'écrire fur les
matieres courantes , ils fe
vangent aux dépens de la
verité , ce qui rend l'Hiſtoire
fi defigurée qu'on a de la
B
18 VI. P. des Affaires
peine à la reconnoiftre. Ont
ne fuit point les évenemens
felon qu'ils arrivent, ainſi que
je m'attache à les fuivre dans
toutes mes Lettres fur les Affaires
du Temps. Auffi je ne
vous les envoye pas tous les
mois , mais feulement lors
que la matiere fe trouve cu
rieufe , & abondante ; au lieu
que la paffion de ces Ecrivains
leur met toûjours la
plume à la main Quoy qu'
une affaire foit finie , ils ne
& ils le font
laiffent pas de recommencer
à en parler
tous quelquefois d'une ma
niere fi differente que leurs
du Temps. 19
manifeftes.
Ecrits ne font pleins que de
contradictions
Cela eft caufe que rel qui pre
tend parler contre la France
la juftifie bien fouvent fans
en avoir le deffein , & fans
qu'il s'en apperçoive . Il eft
aifé de juger par toutes ces
chofes que la verité ne peut
regner
er dans des écrits de cette
nature , & que des gens qui
fe cachent la difent fort ra
rement. Ce n'eft pas que ceux
qui cherchent à ne rien dire
qui foit contraire à la verité
ne puiffent eftre fujets à faire
des fautes , mais s'ils la blef-
MAS
B150
20 VI. P. des Affaires
fent , c'eft fans le fçavoir ,
& il eft toûjours certain que
fors qu'un homme connu
manque en quelques circonftances,
il le fait de bonne foy,
& qu'il oft trompé luy- mefme,
c'est ce qu'on ne fçauroit
dire de la plufpart des Au
teurs qui cachent leur nom ,
puis qu'ils ſe plaiſent ſouvent
à diffimuler la verité , afin
d'avoir lieu de répandre leur
venin contre ceux qu'ils ont
deffein de noircir, & de parler
à l'avantage des autres dont
ils prennent l'intereſt .
L'imprudence fait qu'en
commençant à écrire fur une
du
Temps.
21
as dû
affaire qui n'eft qu'à peine
embarquée , on dit fort fouvent
des choſes que la politique
fait connoiftre dans fa
fuite qu'on n'auroit pas
laiffer échaper . Lors que l'on
a travaillé à s'unir contre le
Roy afin d'allumer la guerre
qui embrafe aujourd'huy l'Europe,
& qui a déja cauſe tant
de perte à la veritable Religion
, on n'a regardé que
gloire qu'on s'imaginoit devoir
eftre remportée fi on
ofoit attaquer la France . On
a fait fonner les Ligues desir
Princes Confederez , & on a
la
22 VI. P. des Affaires
dit tout ce qui eftoit necef
faire pour juftifier le procedé
que Sa Majefté tient aujourd'huy
fans confiderer
que la poltique vouloit qu'on
tinft un autre langage peu de
temps aprés , afin de rendre
la France odieufe. Voicy ce
que j'ay trouvé fur ce fujet
dans ce qui a efté imprimé en
Hollande. Ce font differens
articles tirez de divers Ecrits ,
mais les termes font les melmes,
& je n'y ay rien changé.
Enfin le Roy de France s'eft
déterminà la guerre malgré qu'il
en ait en.
du
Temps.
23
Mais comme il est de la politique
de prévenir fes Ennemis,
le Roy tres- Chreftien n'apas voulu
y manquer. Il n'a pas dû
ignorer les brigues quife faifoient
contre luy dans l'Europe .
L'Empire n'a rien témoigné
tant qu'il a eu quelque chofe à.
craindre du Turc. Les Alliez
ont fait de mefme , tant qu'ils
Pont vu embaraßé contre cette
Puiffante mais enfin du moment
qu'ils l'ont veuë terraßée ,
&hors d'estat de pouvoir le
relever ; du moment auſſi qu'ils
ont cru la France extrêmement
décbxë par la divifion qui regne
24 VI. P. des Affaires
chez elle, ils ont levé la tefte »
ontformé degrands deffeins.
On croit qu'il eft de l'intereft
de toutes les Puiffances , d'affoiblir
la France avant que
mort du Roy d'Espagne arrive.
Comme la France ne vondroit
point de guerre , elle ne
veut pas pouffer les chofes à
Pextremité.
I
4
Aprés avoir expofé un fait
de cette nature & de cette
confequence , les raifonnes
mens qu'il pouvoit fournir
n'en devoient pas être entierement
éloignez, & il n'y avoit
pas d'apparence qu'ils duffene
rouler
du Temps.
25
Fouler fur le contraire. C'est
cependant ce que l'on a fait
par une paffion & par un
aveuglement inconcevables ,
& c'eſt ce qui fe fait encore
tous les jours . Tous ceux qui
fe mêlent d'écrire , ne parlent
que de l'injuſtice de la France
touchant cette guerre. Ils fe
tirent groffierement par là
de l'embaras où ils font , puis
que fuivant le fait qu'ils ont
expofé , ils ne peuvent juftement
fe plaindre des Conquestes
de Sa Majeſté , ny de
tout ce qu'Elle fait pour
les
conferver ; & pour empêcher
C
26 VI. P. des Affaires
que fes Ennemis
, qui fe font
liguez en fi grand nombre
,
n'ufent
de furpriſe
pour entrer
dans fes Etats . Mais leur
but eft, de condamner
tout ce
que fait ce Prince, meſme jufques
à fes actions
les plus
loüables
, de forte qu'ils les
empoifonnent
toutes , poul
fez par les motifs dont je vous
ay déja entretenuë
, & que je
ne croy pas devoir repeter ;
mais pour ne point parler
comme
eux contre la verité ,
& pour fuivre le fait qu'ils
ont exposé
eux- mefmes
, &
qu'ils ont exageré
en pludu
Temps.
27
fieurs endroits je veux m'en
tenir à cette verité , Qu'on a
forcé le Roy à faire la guerre.
C'eft une chofe à laquelle on
n'a rien à repliquer , aprés les
divers articles que je viens de
rapporter là - deffus , & il faut
neceffairement que l'on demeure
d'accord que ce n'eft
pas le Roy qui trouble le repos
de l'Europe , puis qu'on
dit qu'il s'eft déterminé à la
guerre malgré qu'il en ait eu.
Ce fait pole fu vant la verité,
& fuivant tous les Ecrits de
Hollande va plus loin
l'on ne croit , puis qu'il conque
Cij
28 VI. P. des Affaires
fond tout ce que les Ennemis
du Roy publient aujourd'huy
au defavantage de fa gloire.
On a parlé des Ligues qui fe
faifoient contre, luy, & du
grand nombre d'Ennemis qui
le devoient accabler ; on ne
doit point s'étoner que l'ayant
fceu , il ait cherché à les prévenir
, & les fuites de cette
guerre ne doivent point furprendre
, puis qu'il a dû en
fage Politique , prendre fes
précautions pendant que le
Ciel favorifoit fes armes,pour
n'eftre point accablé dans la
fuite par ces Ligues d'Ennedu
Temps .
29
mis nombreux , qui ont affez
fait connoiſtre de quoy ils
feroient capables , puis qu'ils
ont égorgé la plupart des
François prifonniers , & exercé
leur fureur jufque fur les
Malades. Tout ce que je viens
de vous dire , juftifie le Roy
touchant l'affaire du Palati
nat , fur laquelle on tâche de
knoircir , & qu'on regarde
malicieufement
avec des yeux
tout- à- fait contraires à la maniere
dont cette action devroit
eftre veuë. Cependant
Sa Majesté n'a rien fait qui
ne luy ait efté preferit par
Cij
30 VI. P. des Affaires
une bonne politique, & que
tous les habiles Conquerans
n'ayent fait avant luy. Les
Rois font obligez de travailler
de tout leur pouvoir pour
empefcher la ruine de leurs
Etats , & ne pas fouffrir qu'on
les envahiffe. Outre cette
obligation generale , le Roy
qui penetre tout par fes lumieres
, voyoit qu'aprés tous
les foins qu'il avoit pris
pour faire fleurir la veritable
Religion , on vouloit en
luy declarant la guerre
détruire ce qu'il avoit fait
en fa faveur , & foûlever
contre luy fes propres Sujets.
du Temps.
31
Il voyoit contre luy un Ernpereur
, des Rois , un grand
nombre
d'autres
Souverains
& des Republiques
. On le
menace
de ceux qui luy doivent
une entiere obeiffance
;
on l'oblige
à garder toutes
fes Coftes ; Rome mefme entre
dans la confpiration
&
n'examine
point fi les Proreftans
y font en plus grand
nombre
que les Catholiques
.
Il fuffit qu'il s'agiffe d'accabler
la France , & de nuire
au Roy , qui s'est déclaré
Protecteur
de la Relic
gion Romaine
, & quia plus
C iiij
32 VI. P. des
Affaires
fait que fept de fes Predecef
feurs enfemble pour l'intereft
de l'Eglife , la Cour de Rome
entre auffi.toft dans le def
fein d'affoiblir une Puiffance.
dont elle tient tout ; & pour
ne luy pas laiffer un feul Amy,
elle abandonne le Roy d'Angleterre,
comme je le diray
dans la fuite , & détruit en un
feul jour , tout ce que ce
Prince avoit fait pour la gloire
de Dieu en plufieurs années
, & toutes les efperances
de ce qu'il pouvoit faire
dans la fuite . Quel party doit
prendre dans une occaſion de
du
Temps.
33
cette nature , un Souverain
contre qui tout fe declare, &
fur tout un Souverain comme
le Roy de France , aimé de
Les Peuples , qui fe repoſent
fur fa vigilance du foin de
leur feureté Ne doit- il pas
empefcher autant qu'il luy
cft poffible , l'invafion que
tant d'Ennemis fe vantent
publiquement de faire dans
le Royaume ? Son devoir l'exige
de luy , fa Religion le
demande , & la politique le
veut. Il previent donc fes
Ennemis parce qu'il eft feul
auffi puiffant que tous ceux
34 VI. P. des Affaires
qui le menacent, & qu'il fçait
conduire les affaires avec une
prévoyance plus fage , & une
prudence plus confommée.
Comme ils ont eu l'impru
dence de le menacer troptoft,
il tâche à fe mettre à couvert
de leurs projets , avant qu'ils
foient en état de les faire reuffir,
& travaille à leur boucher
les paffages , par où ils pourroient
entrer dans fes Eftats .
Il prend Philifbourg , & il
offre en meſme temps de
rendre cette Place demantelée,
& mefme Fribourg , pour
marquer qu'il ne cherche que
du Temps. 35
la paix , & qu'il n'en veut
point à l'Allemagne. Il n'y
en a jamais eu de preuves
plus convainquantes que ces
offres. On ne les a point te
nuës fecretes, & elles ont efté
imprimées & renduës publiques
par ordre de Sa Majeſté ;
mais quelque avantageuſes
qu'elles foient , elles ne font
pas écoutées , & quoy que ce
Prince montre par là à toute
la Terre qu'il n'a aucune intention
de faire des Conqueftes
en Allemagne , on
refout de luy faire la guerre
comme à un Monarque qui
38 VI. P. des Affaires
a fait deffein de l'envahir , &
Fon veut que ces pretextes
fervent pour armer contre
luy un monde entier d'Ennemis,
s'il m'eft permis de parler
ainfi , parce qu'on ne fçauroit
fuporter l'éclat de fa gloire ,
& qu'on aime mieux mettre
toute l'Europe en feu , faire
détrôner des Rois , fe liguer
avec des Etats qui fe font
fouftraits de l'oberffance de
leur veritable Souverain !
comme on fçait qu'ont fait
les Hollandois , & rifquer à
perdre la veritable Religion ,
& celle que l'on profeſſe.
du
Temps.
37
Enfin on eft plus aife de
donner lieu à l'Empereu
Othoman de reprendre fes
forces pour continuer un
jour de perfecuter les Chrêtiens
, que de ne pas employer
B
toutes celles de l'Europe ,
pour accabler un Monarque
beaucoup plus confiderable
par fes vertus politiques , &
morales que pár la vafte
étendue de fes Etats . Le Roy
ayant reconnu qu'il n'y avoit
point de temps à perdre pour
fe garantir de l'invafion de
tant d'Ennemis , qui facri
fioient leur gloire , & leur
38 VI. P. des Affaires
Religion pour fatisfaire leur
injufte haine , refolut de s'emparer
du Palatinat. Quand il
ne l'auroit fait que parce que
l'Electeur Palatin eft un des
principaux
Auteurs de cette
Guerre , comme il eſt prouvé
dans le Manifefte de Sa Majesté
cette raiſon eftoit plus
que fuffifante pour autorifer
la France à fe faifir de fes
Etats. Plus on fe voit d'Ennėmis
en tefte plus la politique
oblige à fe fervir de fes
avantages . On les attaque fe
parément fi l'on peur ; on
combat celuy qui eft le moins
du Temps . 39
en eftat de défenfe , ou dont
la ruine peut empeſcher que
tout le mal qu'on fe prepare
à nous faire n'ait fon plein
effet. Outre toutes ces raiſons
qui font d'un grand poids ,
le Roy fe trouvoit obligé
de faire rendre juftice à Madame
, touchant la fucceffion:
qui estoit retenue à cette
Princeffe par l'Electeur Palatin,
Sa Majesté avoit donné
des délais , Elle avoit envoyé
des Miniftres fçavans dans les
matieres de Droit pour difcuter
cette Succeffion ; mais
les chofes cftant toûjours de40
VI. P. des Affaires
mefme meurées dans le
eftat , le Roy voulut bien
s'en remettre à la mediation
du Pape. Cependant
toutes les bontez de ce
Monarque furent inutiles ;
rien n'avança , & l'on découvrit
mefme que la Cour
de Rome faifoit exprés rrainer
ce differend en longueur,
afin de donner le temps aux
Princes liguez contre le Roy
de fe mettre en eftat d'agir.
Rien ne devoit tant laffer la
patience de ce Prince qui
avoit accordé tant de delais .
& tenu ‹unc procedé fi hone
du Temps. 41
nefte. Il eſt parlé de cette
mediation dans le Manifefte
de l'Empereur contre la
France , & il y eft dit que la
mediation n'a pas eu lieu , parce
que Sa Majesté n'a pas envoyé
de Miniftre au Pape qui
buy fuft agreable . Il feroit fort
difficile d'apporter une raiſon
plus mauvaife que celle- là .
Auffione fe trouve t- elle que
dans le Manifefte de Sa Majefté
Imperiale , la Cour de
Rome ne bayant point allee.
guée mais elle a fait encore
plus mal , puis qu'elle s'oft
toûjours fervie de delais pour
D
42 VI. P. des Affaires
empefcher qu'on ne décidaft .
Elle ne devoit pas accepter
la mediation fi elle avoit
deffein d'en ufer de cette
forte; mais elle vouloit fervir
l'Empereur , & l'Electeur Palatin
, & cet Electeur croyoit
que parce qu'il eft Beau- pere
de Sa Majefté Imperiale , &
que les Turcs n'eftoient pas
en eftat de faire craindre
l'Empire , il eftoit en droit
de braver la France ; & de
nier à Madame ce qui luy
eft dû. On le connoift , &
toute l'Europe fçait les dangereux
artifices qu'il met en
du Temps.
43
que
les
ufage , & que fes Miniftres
n'agiffent
pas plus fincerement.
Si la reconnoiffance
avoit
cu du pouvoir
fur fon
efprit , il en auroit ufé d'une
autre maniere
avec le Roy ,
aprés en avoir receu beaucoup
de graces ainfi
Princes
Les Fils qui poffedent
de grands Benefices
en
France , & il fe feroit fouvenu
de tout ce que Sa Majeſté
a
fait pour luy en Pologne
lors
le Roy Michel
fut élu ,
& que fans des conjonctures
qu'on n'avoit pas lieu de prevoir
, il auroit cfté redevable
que
Dij
44 VI. P. des
Affaires
de cette
Couronne au Mos
narque , contre qui il a voulu
depuis foûlever toute
Terre .
la
Le Roy
voyant que ceux
qui luy
devoient
davantage
témoignoient
le plus d'ar
deur à animer contre luy les .
autres Princes ; qu'on luy fai
foit un crime de fa
grandeur,
& que la difference de Religions
ne faifoit point differer
de
fentimens , n'eut pas de
peine à en deviner la caufe.
Il connut qu'il meritoit que
prefque tous les Princes de
Europe
travaillafent
de
du Temps. 45
concert à fa ruine , non pour
avoir fait fur cux de grandes
Conqueftes , mais pour avoir
eu la gloire de rendre des
Places pour le repos de l'Europe
; non pour avoir fait la
Guerre , mais pour avoir eu
l'avantage de donner la Paix :
non pour avoir mis des âmes
en cftat d'eftre perduës , mais
pour avoir fait rentrer dans
la veritable voye ceux que lc
malheur de leur naiffance
avoit fait marcher dans un
chemin qui les avoit égarez.
Voilà les crimes capitaux qui
ont engagé tant de Puiffances
A
46 VI. P. des Affaires
à confpirer contre ce Monarque.
On ne peut pardonner
à fa gloire de s'eftre élevée
fi haut ; il faut l'abaiffer aux
dépens de la veritable Eglife,
& d'une infinité de fang de
la plus belle partie de l'Europe,
qui en fera fi fort affoiblie
, que les Infidelles en
pourront un jour triompher
plus aifément. La Religion
Catholique qui fe voit menacée
par là , à caufe que
les Princes qui font liguez
contre nous , n'ont pour
plufpart que des Troupes
Proteftantes , femble n'avoir
la
du
Temps. 47
plus d'efpoir que dans les
forces & la prudence du Roy.
Elle fe voit abandonnée de la
plus grande partie des Princes
qui la profeffent entierement
détruite en Angleterre,
& delaiffée de la Cour de
Rome, que nous voyons oupour
les
vertement declarée
Princes qui font unis avec les
Proteftans
. Tout le Peuple
de Rome a beau fremir &
témoigner
fon chagrin , de
voir l'Envoyé d'Angleterre
s'en retourner fans aucun fe-.
cours , pendant qu'on en
donne pour combattre
un
48 VI. P. des Affaires
Prince , qui pourroit contri
buer avec plus de forces à rétablir
Sa Majesté Britannique
,fi on ne l'obligeoit point
à porter ailleurs fes armes
afin d'empeſcher par là que:
la veritable Religion ne
triomphe. Rome n'entre
point là -dedans , ou elle
n'y entre que pour ſe declarer
contre le Roy . Ce grand
Monarque eft coupable d'ades
Privi voir foûtenu
leges qui ont toujours efté
maintenus par fes Anceftres,
quoy qu'ils fuffent moins
puiffans que luy. On veut
qu'au
du Temps. 49
qu'au milieu de fa grandeur
il fe foumette à la honte de
ceder ce que fes Predeceffeurs
ont eu foin de conferver , &
s'il ne le fait , il faut que
Proteftans foient rétablis en
, que les Catholiques France , que
les
foient chaffez d'Angleterre ,
qu'on empefche qu'ils n'y
puiffent eftre rétablis , en attaquant
de tous coſtez celuy
qui feul auroit pu travailler à
ce grand ouvrage . Il faut
les Catholiques mefmes , jaloux
des profperitez , & de la
grandeur du Roy , s'uniffent
& facrifient tout à la paffion
E
que
so VI. P. des Affaires
5
de la Cour de Rome , & à
celle de l Empereur , & qu ils
rifquent à fe voir un jour
accablez par les Proteftans
qui font unis avec eux , &
qui cftant beaucoup fuperieurs
en nombré , peuvent
fila France avoit du defavantage
, fe déclarer contre
leurs Alliez , & travailler à
rendre toute l'Europe Proreftante
. On ne fe doit fier à
perfonne, lors qu'il s'agit de
Religion c'eft un fpecieux
pretexte fous lequel il n'y a
rien que l'on n'ofe , & il ne faut
que le prendre pour ſe croire
du Temps St
B
C
tout permis. L'Electeur de
Brandebourg
a feul plus de
Troupes que l'Empereur n'en
a fur le Rhin. On ſçait qu'il a
une intelligence étroite avec
le Prince d'Orange
, & qu'il
a cu part à tout ce qui a
regardé les deffeins de cet
Ulurpateur contre le Roy
d'Angleterre. Ainfi l'on ne
peut douter qu'il n'y ait entre
cux de tres grands projets
formez , pour le etabliffemene
de la Religion Pro
teſtante dans toute l'Europe
,
en cas qu'ils viennent à bout
de la rétablir en France , &
E ij
32 VI. P. des Affaires |
cette
de remporrer fur le Roy tous
les avantages qu'ils fe propofent
. Si cela arrivoit, & que le
Prince d'Orange fuft paisible
poffeffeur de l'Angleterre , il
eft certain que cette Couronne
& les Etats de Hollande
entreroient dans
Ligue , & que tout le refte
des Proteftans de l'Europe
fe joindroit en mefme temps
avec eux afin d'accabler les
Catholiques. Toute la Hongrie
qui fouffre impatiemment
le joug que la Maiſon
d'Auftriche luy a impofé fe
fouleveroit auffi- toft , ainfi
>
9
du Temps. 53
que les autres Proteftans qui
font fous l'obeïffance da
l'Empereur. Les Turcs ne
manqueroient pas de favori
fer leur rebellion , & l'avan
tage que les Proteſtans en tireroient
feroit très- confide
rable . Quelle reſolution pren
droit alors Rome , & quel
fecours en pourroit- on eſpe=
rer ? Il feroit foible , & bien
éloigné. Les forcés de route
l'Italie ne feroient pas fuffifantes
pour parer un pareil
coup, & Venife épuifée par
une longue Guerre contre
les Turcs , ne feroit que
E iij
34 VI. P. des Affaires
des efforts impuiffans ; enfin
fi la France eftoit abatuë , il
n'y a point de Puiffance qui
puft tenir contre tous les
Proteftans de l'Europe unis
enfemble . Cela fe voit par
maniere dont elle foûtient
la
aujourd'huy les efforts extraordinaires
de prefque
tous les Princes de l'une &
de l'autre Religion, favorifez
de la Cour de Rome , & aidez
de l'argent qu'elle donne à
l'Empereur . On fçait qu'en'
parlant de cette Guerre, Rome
dit , Qu'on auroit bien- toft
une bonne Paix qui feroit dura
du Temps. 55
ble, & qu'ellea fait connoiſtre
en mefme temps qu'elle ent
tendoit par là , que que la Paix
regneroit dans toute l'Europes
quand on auroit mis la France
fi bas qu'elle ne feroit plus en
eftat de tenir tefte à aucune Puif
fance . On ne peut parler ainfi
fans avoir beaucoup agy auprés
de ceux qui cherchent
a nuire à la France ; mais on
n'eft pas affeuré pour cela que
ces mauvais deffeins réüffif•
fent, & quand ils réüffiroient,
on n'a aucune certitude,qu'ils
n'attiraffent pas la ruine de
toute la Religion Catholi
*
E iiij
56 VI. P. des
Affaires
que en Europe , ainſi que je
viens de le marquer . Ceux
qui caufent des
embrafemens .
ne font pas feurs d'arreſter le b
feu quand ils cherchent à
l'éteindre . Il va
quelquefois
plus loin qu'on n'a deſſein
de le faire aller , & ne brulant
pas feulement ce que l'on
vouloit détruire , il confume
auffi ce que l'on a intereft de
conferver . Si cela arrive , la
chofe fera d'autant plus remarquable
que la Cour de
Rome qui auroit deu éteindre
le feu , n'aura rien oublié
pour l'allumer . Cela eſt condu
Temps. 57
nu de tout le monde , & c'eft®
par là qu'elle eft regardée
avec quelque forte de confideration
dans tous les Etats
Proteftans , quoy qu'elle n'y
foit pas plus eftimée ; mais
on fe déguife , à cauſe de
L'utilité qu'on en reçoit , &
l'on fe referve à rompre les
mefures que la politique fait
prendre quand on ceffera
d'en avoir befoin . On ne
croira point alors faire rien
contre fon devoir , ny contre
l'obligation qu'on a à la Cour
de Rome & aux Prince Ca
tholiques , puis qu'on croira
58 VI. P. des Affaires
que tout fera jufte pour établir
dans toute l'Europe la
Religion que l'on profeſſe.
On ne doutera point de la
violence avec laquelle les
Proteftansagiroient pour executer
ce grand deſſein , fi on
lit l'avis de l'Electeur de
Brandebourg donné à la
Diette de Ratifbonne , pour
faire la guerre à la France .
Il fe trouve dans une des Lettres
fur les matieres du Temps
imprimées en Hollande , &
on y voit un emportement
fi grand , qu'on peut juger
par là de quelle fureur ce
du Temps. 19
Prince feroit animé dans une
Guerre qui feroit toute de
Religion . Mais enfin il eft à
préfumer que les forces & la
prudente conduite du Roy ,
détourneront le malheur
dont la Religion Catholique
eft menacée. De quelque maniere
que les chofes puiffent
tourner , il eft conſtant qu'il
en coûtera du fang , & que
Rome l'aura fait couler , puis
qu'au lieu d'empefcher que
la Guerre ne commençaft ,
comme elle auroit pû , en
rendant juſtice à M le Cardinal
de Furftemberg , elle a
60 VI. P. des Affaires
fourny elle- mefme de quoy
la faire durer , & n'a fait aucune
démarche pour y mettre
obftacle. Cette conduite furprend
d'autant plus , que
Rome doit eftre toûjours
ennemie de ce qui peut faire
répandre du fang , mefme.
pour une jufte caufe
qu'elle n'eft jamais excufable
lors qu'elle confeille d'entreprendre
quelque Guerre
comme les Puiffances feculieres
qui s'y trouvent quelquefois
engagées par des intereſts
qu'il eſt de leur gloire
pas abandonner.
de ne
&
du Temps 61
Toutes ces chofes font voir
clairement que la France eftoit
puiffamment menacée ,
& que fa ruine qui paroiffoit
prefque inévitable , devoit
entraîner celle de la Reli
gion Catholique dans toute
l'Europe . Ainfi comme les
mefures qu'on avoit prifes
contre elle eſtoient grandes ,
& concertées depuis longtemps
, non feulement elle
avoit befoin de toutes fes
forces , & de toute fa prudence
pour parer les coups qu'on
fe preparoit à luy porter,
mais falloit auffi , fi elle
62 VI. P. des Affaires
vouloir refifter au torrent
d'Ennemis qui s'eſtoient liguez
pour inonder fes Etats ,
qu'elle fe fervift de tout ce
que permet la politique de
la guerre. Il falloit qu'elle
ruinaft quelques Places pour
éviter la defolation de toutes
les fiennes , & que les Peuples
d'un petit Etat fouffuiffent ,
pour empefcher des traitemens
plus cruels dont on menaçoit
de plus grands Etats
Voilà ce qui a esté cauſe que
le Roy a ruiné quelques Places
du Palatinat , & ce qui a
donné lieu à tous les Ecri
du
Temps. 63
vains de Hollande de fe récrier
contre le procedé de la
France , qu'ils ont nommé injufte
& cruel , & d'en faire
des peintures plus vives que
reffemblantes , fans vouloir
examiner qu'elle n'a rien fait
qui ne foit permis par l'ufage
de la guerre. Elle ne pouvoit
empeſcher fes Ennemis d'entrer
chez elle de ce cofté là ,
qu'en faiſant une espece de
defert entre elle & eux , afin
de leur ofter les moyens de
fubfifter, & de fe fortifier dans
les lieux voifins de les Provinces.
On auroit pû dans une
64 VI. P des Affaires
pareille occafion en ufer de
melme avec un Amy & un
Allie , & dans un peril auffi
preffant on n'épargne pas
mefme fes propres Etats. Lors
qu'on les voit trop fortement
attaquez d'un cofté , on détruit
le refte de cette partie là
pour empefcher les Ennemis
d'avancer , de mefme que
l'on coupe un bras & une
jambe gangrenée , pour ar
rêter les progrés du mal , &
fauver le reste du corps . C'eſt
ainfi que le proprietaire d'u
ne maifon à laquelle le feu a
pris , confent qu'on abatte
du Temps 65
la maifon prochaine qui luy
appartient auffi pour empefcher
que le feu n'attaque
celle qui fuit, foit qu'elle foit
à luy , ou non , parce que la
raifon & le bien public exigeant
ce remede , quoyque la
violence en foit fâcheufe , il
feroit contraint de le fouffrir
, quand mefme il refu
feroit fon confentement . On
ne peut nier que les choſes
eftant dans l'eftat que je
vous ay fait connoiftre , la
France n'ait agy comme elle
a dû, fans qu'on foit en droit
de luy rien reprocher avec
F
66 VI. P. des Affaires
juftice . Ses Amis & fes Alliez
auroient dû fouffrir dans une
femblable occafion qu'oncuft
facrifié leurs Etats pour empefcher
que le mal ne devinft
plus grand , & la France auroit
abandonné de fes propres
Places fi elle avoit vû qu'il
en euſt eſté befoin ; mais il
s'eft rencontré que ce malheur
n'eft tombé que fur le plus
grand de fes Ennemis , & qui
travailloit à liguer toute l'Europe
contre elle , & à mettre
le feu par tout. Cependant ,
quoy que le Roy ait agi felon
les loix de la guerre , & que
du Temps.
67
l'Electeur Palatin fe foit attide
ménagement
ré
le
peu
qu'on a eu pour les Etats ,
les chofes ne fe font paffées
que de la maniere qu'elles
font autorisées
par l'uſage,
Quelques Habitans ont elté
obligez de changer de demeure,
& de tranfporter leurs
effets en d'autres lieux , aprés
avoir eu tout le temps nes
éeffaire pour s'y établir , &
d'autres ne font fortis do
cès Places que pendant le
temps qu'on a fait fauter
quelques fortifications o &
y font retournez enfuite
Fij
68 VI. P. des Affaires
de
forte
que la pretendue
cruauté dont on a fait tant
de bruit, n'a efté exercée que
fur des pierres , & cela, pout
ofter aux Ennemis le moyen
d'entrer en France de ce côtélà
, & de fe faifir de poftes,
fortifiez dont ils auroient
pû fe fervir contre elle , &
pour garantir la Religion
Catholique de la ruine dont
elle eftoit menacée par la
Proteftante , fuivant ce que
je vous ay déja marqué . Je
ne fçaurois m'empefcher de
dire encore une fois , que
Roy en abandonnant ces Pla
la
du Temps.
69
.
ces , a fait voir fi clairement
qu'il n'a cu aucun deffein de
faire des Conqueſtes en Allemagne,
qu'on ne peut fe fervir
de ce pretexte fans en
faire voir en mefme temps la
fauffeté , & fans faire connoiftre
que le feul motif d'abaiffer
la gloire de la France,
eft tout ce qui fait agir
fes Ennemis , quelques couleurs
qu'ils veuillent donner
à l'injufte guerre qu'ils ont
entrepriſe , qui a déja fait détrôner
un Roy Catholique ,
& répandre beaucoup de fang
dans toute l'Europe.
70 VI. P. des Affaires
誓
A l'égard des Contributions
que la France a tirées ,
le plus fort les a impofées de
tout temps au plus foible ,
fans que cela ait jamais eftë
traité d'injuftice, & de cruauté,
& on ne s'eft point encore
avifé d'en accufer les Efpagnols
, lors qu'eftant Maiſtres
de Luxembourg
, ils tiroient
des Contributions
immenfes
par le moyen de cette importante
Place. Le Palatinat
eftoit deftiné pour cftre malheureux.
Le Duc de Neubourg
en avoit herité plûtoft
qu'il ne la'voit cru , & il ne
du Temps.
71
l'aimoit que pour en tirer ce
qu'il y trouvoit de plus precieux,
qu'il faifoit enlever de
jour en jour. Il faifoit incel
famment tranfporter dans fes
autres Etats les Meubles qui
ornoient les Palais du défunt
Electeur, & tiroit en mefme
temps tout ce qu'il pouvoit
des Peuples , ce qui eftoit caufe
qu'il n'y eftoit point aimé .
L'Europe ne le doit pas aimer
davantage , puis que le credit
qu'il a dans le Confeil de
l'Empereur , comme Beaupere
de Sa Majefté Imperiale,
efté en partie caufe du mau72
VI. P. des Affaires
vais eftat où elle fe trouve
aujourd'huy. Rome de fon
cofté a achevé de déterminer
l'Empereur à cette guerre , en
approuvant
trop facilement
l'animofité de l'Empereur
contre Mr le Cardinal de
Furftemberg, quoy qu'elle ne
joüiffe de l'autorité qu'elle
poſſede que pour travailler à
l'union des Chreftiens , &
non pour exciter la divifion
entre eux . Elle avoit entre fes
mains la paix , & la guerre,
Elle n'avoit pour faire la paix
qu'à approuver une élection
canonique , au lieu que pour
exciter
du
Temps.
73
exciter la guerre , il luy a falu
faire une injuftice generalement
reconnue pour telle, &
mefme par beaucoup de gens
qui ne l'avoüent pas , à caufe
de l'utilité qu'ils en retirent.
Je demeure d'accord que
l'Empereur , comme je l'ay
déja dit au commencement
de ma cinquiéme Lettre , ne
vouloit entendre aucune raifon
fur l'article de ce Cardinal
, ny fouffrir qu'il fuſt Eleateur
de Cologne , de quelque
maniere qu'il fut élû ,
canoniquement , ou non , car
il s'eft moins agy dans cette
G
74 VI . P. des Affaires
affaire de la validité de l'élection
, que de l'obſtination
de l'Empereur ; & comme
cette obftination donnoit
lieu au Pape de faire reffentir
aux François qu'il pouvoit fe
vanger de leur inébranlable
fermeté à maintenir le droit
des Franchiſes , il n'a point
combattu l'opiniâtreté de
l'Empereur , qui jufque- là
avoit fait paroiftre des fentimens
affez pieux , pour faire
croire qu'il fe feroit enfin
rendu aux remontrances de
Sa Sainteté , fi Elle en avoit
fait d'affez vives pour cela ,
du
Temps.
73
mais au lieu d'en ufer de cette
des forte , Elle a declaré que
raifons d'Etat la faifoient agir;
c'est à dire , une politique
humaine . que celuy qui reprefente
le corps de l'Eglife
ne doit point avoir , tous fes
fentimens devant eftre faints,
& toutes les actions fe
rapporter
à fon nom . Avouer
qu'on a des taifons d'Etat ,
pour faire une chofe qui n'eſt
approuvée que par les intereffez
, & que tout le refte de
la terre condamne, c'eft tom
ber d'accord que l'on a mál
fait , & chercher à s'excufer
Gij
76 VI. P. des Affaires
par des termes fpecieux qui
ne peuvent fervir d'excufe ,
mais qui font feulement voir
qu'il eft entré de la politique
dans une action qui doit eftre
purement chreftienne .Quand
on ne fait que ce que la juftice
demande , on ne donne
point de raiſons pour s'excufer
, parce que perfonne ne ſe
plaint. Mais je veux que
Cour de Rome ait agy à bonde
intention , & que la vangeance
n'ait point eu de part
à ce qu'elle a fait , quoy que
le contraire foit vifible ; je
veux , dis -je , qu'elle ait cru
la
du
Temps.
77
de bonne foy, qu'il ne faloit
pas pour le repos de l'Allemagne
que M' de Furftembergfuft
Electeur deCologne;
eftoit- elle en droit de donner
à l'un ce qui appartenoit
legitimement à l'autre , & de
faire un mal dans la veuë de
procurer un bien ? Je n'ay jamais
fceu que cela fuft permis,
& j'ay toujours ouy precher
le contraire. Rome ne
ཙྪཱ
faifoit pas feulement du mal
à un Particulier, en luy ôtant
fon bien pour le donner à
un autre , mais elle en faifoit
à toute l'Europe en al-
Giij
78 VI. P. des
Affaires
lumant la gnerre par ce
moyen , car elle devoit bien
s'imaginer que le Roy qui
n'a jamais fouffert qu'on
opprimaft fes Amis , ne manqueroit
pas de les deffendre .
C'eft ce qu'elle demandoit
dans la penfée que les Princes
liguez l'accableroient ,
ou du moins qu'ils affoibliroient
l'éclat de fa gloire , &
cette feule raifon luy avoit
fait dire , que l'Europe auroit
une Paix qui dureroit . Cela
venoit de ce qu'elle eftoit
perfuadée que la France ne
pourroit fe relever de l'accadu
Temps. 79
blement où la mertroit une
Guerre qu'elle cherchoit à
luy fufciter. Ainfi elle avoit
conclu à un mal , ne doutant
point qu'elle ne viſt arriver
ce que fon intereft l'obligeoit
à regarder comme un bien ,
& voilà ce que n'enſeigne aucune
doctrine,à moins qu'elle
ne foit fauffe . Cette action
diminuë la gloire que la
Cour de Rome s'eftoit acquife
, en donnant des fecours
d'argent à l'Empereur pour
s'en fervir à chaffer les Turcs
de la Hongrie. Elle empef
par là que la Religion
choit
par là que
G iiij
80 VI. P. des Affaires
Gatholique ne fuft détruite
d'un cofté , mais la Guerre
qu'elle vient de fufciter dans
l'Europe la fera fouffrir beaucoup
davantage , puis qu'un
des Partis n'eftant compofé
que de Catholiques , & l'autre
en eftant remply , aucun ne
peut triompher fans qu'il en
coûte du fang aux Enfans de
la veritable Eglife & ce
que la Pofterité aura de la
peine à croire , Rome travaille
à l'abaiffement de celuy qui
n'eft compofé que de Catholiques
, & donne des fecours
à l'autre , où le nombre des
du Temps .
81
Proteftans excede de beaucoup
ceux qui font profeffion
de la croyance Romaine. Il
y a une chofe à remarquer
affez furprenante , & qui devroit
faire rentrer Rome en
elle - mefme , fi elle vouloit y
faire reflexion ; c'eft qu'on
ne voit dans toute l'Europe
aucun Proteftant qui ait les
armes à la main contre d'autres
Proteftans , & qu'elle eſt
toute remplie de Catholiques:
qu'on anime les uns contre
les autres , & qui par la divifion
que l'on a femée entre
eux , ne cherchent qu'à s'ar82
VI. P. des Affaires
racher la vie . Celuy qui
eft leur Pere commun devroit
fe jetter au milieu
d'eux , afin d'arrefter leurs
bras. Cette qualité de Pere
feroit qu'ils écouteroient fa
voix , & qu'ils le refpecteroient
; mais ce Pere eft malheureuſement
prevenu de tendreffe
, pour ceux de fes Enfans
qui la meritent le moins,
ce qui n'eft pas extraordinaire
dans le monde , & il
fouffre que pour acabler les.
autres , ces Enfans fi chers
ayent dans leur Party un
grand nombre
d'Eftran2
83 du Temps.
gers dont il n'eft point le
Pere , & qui ne l'aiment , que
depuis qu'il fouffre qu'ils travaillent
à ruiner ceux qu'il
abandonne .
Ce qui eft encore furprenant
dans cette Guerre , &
qui merite qu'on y faffe attention
, les Proteftans publient
hautement & font imprimer
, que l'affaire d'Angleterre
eft un guerre de Religion
, & l'on voit que tour
ce qu'ils font aujourd'huy ,
mefme en s'uniffant avec les
Catholiques d'Allemagne
contribue à l'avancement
84 VI. P. des Affaires
de leur Religion , & à fon affermiffement
en Angleterre
, par
la diverfion qu'ils font faire
à la France de fes forces ,
pour l'empefcher de fecourir
Sa Majefté Britannique auffi
utilement qu'elle pourroit
faire . On voit par là comme
ils le publient, que leur guerre
eft une guerre de Religion ,
qu'ils entendent leurs affaires ,
& qu'avec qui que ce foit
qu'ils foient liguez , & qu'ils
combattent , & mefme avec
des Princes Catholiques
, ils
ne laiffent pas d'eftre tous
unis enfemble pour une mef
2
du Temps .
83
me fin , à laquelle tout répond.
Il n'en eft pas de
mefme des Catholiques. La
guerre qu'ils ont entre eux.
eft une guerre purement d'envie
, & d'ambition . On ne
ne veutpoint à Vienne qu'elle
regarde la Religion , & meſme
les Nouvelles publiques
nous apprennent , qu'on y
fait brûler tous les écrits qui
font connoiftre qu'il entre
beaucoup de religion dans
cette guerre. Il y en entre en
effet , mais comme c'eft en
mauvaiſe part , & qu'elle consribue
beaucoup à la ruine
86 VI. P. des Affaires
de la Religion Catholique ,
& à l'avancement de la Proteftante
, la Cour de Vienne
ne veut point que les Catholiques
qu'elle tâche de tromper
là - deffus , s'apperçoivent
de cette verité . Elle la veut
ignorer ainfi que celle de
Rome , & l'une & l'autre prefere
le plaifir de fe vanger ,
& la gloire d'humilier la
France , fi elles pouvoient en
venir à bout , aux avantages
que peut recevoir la Religion
Catholique de l'union'
de tous les Princes qui en
font profeffion . En effet ,
du Temps .
87
quel bien ne feroit - ce pas
pour elle , qu'ils travaillaffent
enfemble à la faire fleurir , de
mefme que les Proteftans qui
ne font aucun pas , & qui ne
font dans aucune ligue qui
ne ferve à l'agrandiffement &
la feureté de la leur ? Ce
qu'il y a d'étonnant , c'eſt
que n'ayant point de Chef,
comme les Catholiques, qui
puiffe travailler à les unir , ils
font tous neanmoins dans
une parfaite intelligence , &
s'appliquent unanimement ,
à étendre & à affetmir leur
Religion , & que les Catho88
VI. P. des Affaires
Y
%
liques qui en ont un , loin de
faire la mefme chofe , ne
travaillent qu'à fe déchirer
les uns les autres , & veulent
bien pour cela
emprunter du
fecours à leurs Ennemis , qui
font ravis de leur en donner ,
parce qu'ils les affoibliffent
par là , & que tous enſemble
venant à s'unir enfuite , ils
pretendent réüffir plus facilement
dans leurs deffeins ,
& rendre, s'ils peuvent , toute
l'Europe Proteftante . L'execution
en feroit mal - aiſée ,
& l'on peut meſme dire impoffible
, fi les Catholiques
du Temps.
89
avoient un Chef qui prift
foin de les retenir dans l'union
, & de les porter à foutenir
la caufe de Dieu , mais
il faut pour cela un Chef qui
ait quelque chofe de l'hom
me parfait, & qui ne mette pas
route fa gloire dans une fermeté
, qui fait voir ſouvent
bien plus de foibleffe
que de
grandeur d'ame , ou plûtoft
qui n'eft confiderée que com
me une foibleffe quand on
s'attache à l'examiner de prés .
Il n'eft pas moins glorieux de
le démentir , lors qu'on reconnoit
que l'on a pris un
H
90 VI. P. des Affaires
de
monméchant
party , que
trer de la fermeté
quand
on
en a embraffé
un bon.
Ce que le Roy a fait en ne
fouffrant dans fes Etats que la
veritable Religion avoit
tellement alarmé les Proteftans
, qu'ils travailloient à
s'unir enfemble contre tous
les Catholiques. Ces derniers
devoient vrai- femblablement
faire la mefme chofe pour
prendre le party
de leur Religion
& de leurs Freres , comme
font les Proteftans , qui
ne manquent jamais d'entrer
dans les interefts de ceux qui
du Temps, 91
fuivent leur mefme croyance ;
mais au contraire la pluſpart
ont favorisé ces Proteftans ,
travailler eux - mefmes
pour
à la ruine de leur propre Religion
; eftant refolus de tout
facrifier pourvû qu'elle foit
fuivie de la perte de la France.
Il s'en trouve neanmoins parmy
eux qui difent pour s'excufer
, que les Proteftans ne
tireront aucun avantage
de
leur union contre la Religion
Catholique , & que leur
unique but eft de travailler
feulement avec eux à l'abaif.
fement de la grandeur de la
Hij
92 VI. P. des Affaires
France ; mais outre qu'il eft
impoffible de diminuer fon
pouvoir , fans affoiblir la Religion
Catholique , & fans:
élever la Proteftante , quelle
feureté a t- on des Proteftans
là - deffus , ou plûtoft , quelle
feureté peuvent - ils donner ?
Ils fe croyent tout permis lors
qu'il s'agit de leur Religion ,
l'invafion du Prince d'Orange
en Angleterre en fait foy.
Il n'avoit aucun fujet de fe
plaindre du Roy fon Beaupere
, ny aucun démêlé avec
luy . Il n'eftoit
pas feulement
uny à ce Monarque par cette
du Temps . 93
alliance , mais il l'eftoit encore
par le fang. Cependant
fous pretexte de Religion, il
s'eft emparé de fes Etats. Les
Proteftans qui font unis avec
les Catholiques , n'oublieront
rien quelque jour pour faire
embraffer leurs erreurs à
toute l'Europe, s'ils peuvent
venir à bout de mettre la.
France dans l'eftat où ils
voudroient la reduire. Ainfi
-il eft de l'intereft de la veri
table Eglife qu'elle triomphe
de fes Ennemis , fans quoy
il eft indubitable qu'elle
fouffrira les plus cruelles per-
Lecutions..
94 VI. P. des Affaires
Les Princes Catholiques ,
& fur tout la Cour de Vienne
, qui font caufe de ce que
les Catholiques fouffrent en
Angleterre , difent que cette
guerre n'eft pas une guerre
de Religion , & ce qui les
engage à le publier , c'eft que
leurs Ligues contre la gloire
du Roy les expofant à ce
qu'ils endurent,ils voudroient
bien que la pofterité ne leur
imputaft pas d'avoir contribué
à aneantir en Angleterre
J'Eglife Romaine dont ils
font profeffion . Cependant
quelques pretextes qu'ils puif
du Temps. 95
fent chercher , & quelques
couleurs qu'ils donnent à
cette guerre , il leur eft impoffible
de perfuader qu'elle
ne faffe pas fouffrir la veritable
Religion dans toute l'Europe
, & je l'ay prouvé dans
ma cinquiéme Lettre par une
infinité de fairs conftans , &
de Pieces que j'ay rapportées.
Je puis ajoûrer que l'Empereur
, cherchant à éblouir le
Public , a fait fur cet articlelà
des démarches qui luy
font peu glorieufes, puis qu'il
a écrit au Prince d'Orange
pour le remercier des bons
96 VI . P. des Affaires
;
traitemens qu'il fait aux Catholiques
, & pour le prier de
les leur continuer . Ces bons:
traitemens font fort inconnus
, fi ce n'eft qu'on les faſſe
confifter aux Paffeports qu'il
leur a donnez ; mais en les
donnant il travailloit pour
luy- mefme. Il faifoit fortird'Angleterre
des malheureux
que leur Religion luy rendoir
fufpects , & qui apprehendant
à tous momens d'éftre
infultez & arreftez , aimoient
mieux abandonner
leur Patrie . Il eft vray que
par le moyen de ces Paffeports
-
du
Temps.
97
ports ils en fortoient un peu
plus feurement , mais c'eftoit
-Toujours l'abandonner. Je ne
fçay fi la Cour de Vienne , &
les Princes Confederez , qui
font caufe de la ruine de la
Religion Catholique en Angleterre,
croyent devoir beaucoup
au Prince d'Orange, de
ce qu'il n'a pas encore fait
perir tous les Catholiques.
Cela viendra avec le temps ,
mais il ne l'a encore pû faire ,
parce qu'il n'y a eu juíqu'icy
contre eux que des loix penales
, & comme elles regardent
également les Non-
I
98 VI. P. des Affaires
il
Conformiftes , qui font les
Calvinistes de France
fait travailler à l'adouciffement
de ces Loix , qui feront
beaucoup moins rigoureuſes
contre ces derniers , mais qui
auront beaucoup plus de force
contre les Catholiques , ou
du moins qui conferveront
celle qu'elles ont toûjours
eue , tandis qu'elles épargneront
les Non- Conformistes, &
cela , jufqu'à ce qu'il ait trouvé
le moyen de maltraiter -
davantage les Catholiques.
Voilà le fujet des remerciemens
que l'Empereur fait au
du Temps.
99
Prince d'Orange , pour les
avoir bien traitez.
Les Hollandois mefmes
voulant tromper les Sujets
des Princes Catholiques qui
font liguez avec eux, de crainte
qu'ils ne fe plaignent trop
haut de la conduite de leurs
Souverains, qui facrifient leur
Religion au chagrin qu'ils
ont du floriffant Etat de la
France , exagerent dans les
Nouvelles publiques la bonté
que le Prince d'Orange aeuë
de faire mettre en liberté le
Comte de Sunderland , qui àvoit
efté arreſté en Hollande,
QUE
I ij
100 VI. P. des Affaires
mais l'artifice eft groffier ,
puis que perfonne n'ignore
que ce Comte d'intelligence
avec le Prince d'Orange , avoit
feint de fe rendre Catholique
, pour donner des confeils
au Roy d'Angleterre
qui luy attiraffent la haine de
fes Peuples , comme je l'ay
déja marqué dans une de mes
Lettres. Ceux qui s'attacheront
à examiner la veritable
caufe des mouvemens qui
agitentaujourd'huy
l'Europe ,
ne douteront pas que
la Cour
de Rome n'ait efté le mobile
de tout ce que nous voyons ,
du Temps.
ΤΟΥ
& fur tout qu'elle ne foit fa
principale caufe du malheur
de Sa Majefté Britannique . Je
ne repete point ce que mille
écrits ont dit & prouvé là .
deffus , non plus que ce que
jay fait voir dans ma troifiéme
Lettre , en dévelopant
le noeud de l'intrigue de cette
guerre.Quand on voudra s'arrefter
aux faits , pour peu
qu'on les examine on en
trouvera de decififs, Rien
par exemple ne doit l'eftre
davantage que la grande
quantité d'écrits qui paroif
fent chaque jour en Hollande,
102 VI. P. des Affaires
2
?
& qui femblent n'eftre faits
tous , que dans le deffein de
juſtifier la Cour de Rome,
Je n'en cite aucun parce
que le nombre en eſt rel
que j'aurois peine , à déterminer
lequel meriteroit
mieux qu'on s'y arreſtaſt.
D'ailleurs je veux traiter get
neralement les Affaires du
Temps fans répondre à ces
écrits. It fuffit qu'ils foient
affez connus dans toute l'Eu
rope, pour faire voir que mon
deffein neft pas d'impofer,
Ceft une chofe furprenante
,
de voir que les Proteftans
naturellement ennemis de la
du Temps. 103:
Cour de Rome par la Religion
qu'ils profeffent , la défendent
aujourd'huy contre
les Catholiques , d'une maniere
qui va contre eux juſ
qu'aux invectives . On pourroit
defayouer ces Particuliers
fi leur nombre eftoit
moins grand , & fi ce qu'ils,
difent n'eftoit pas conforme
au langage qu'on tient dans
toutes les Cours des Princes
Proteftans. Il faut pour en
ufer de la forte , qu'ils foient
bien perfuadez que Rome les
a fervis fort utilement. Ils
rejettent le malheur du Roy
I iiij
104 VI. P. des Affaires
d'Angleterre fur luy mefme,
& fur l'infraction qu'il a faite
aux Loix ; mais ce n'eft pas là
le fait . On ne peut venir à
bout de perdre perfonne fans
luy fuppofer des crimes , & it
faut des pretextes aux Seditieux
, & aux Ufurpateurs. Il
eft certain que ces pretextes
n'auroient pas efté trouvez
fuffifans pour détrôner un
Monarque qui regne , qui a
des Armées fur pied , & de
puiffans Alliez qui peuvent
le fecourir. Il falloit donc
pour le perdre qu'on cherchaft
à accabler , ou du moins
du
Temps . JOS
à occuper les Puiffances qui
eftoient en eftat de prendre
fes interefts ; & comme la
France le pouvoit faire , non
feulement à caufe de fes for
ces , mais à caufe de la
generofité
naturelle de fon Souverain
, chez qui les malheureux
peuvent toûjours s'affurer
de rencontrer un azile ,
on a fait des ligues contre
elle , afin de l'engager à faire
diverfion de fes armes , & de
la mettre par là dans l'impuiffance
de prefter aucun
fecours au Roy d'Angleterre
,
pendant qu'elle feroit occu106
VI. P. des Affaires
pée ailleurs ,
pour fermer
l'entrée aux Armées formidables
dont elle eftoit menacée.
Ainfi , quoy qu'on veuille
dire que Sa Majesté Británnique
a donné lieu aux entrepriſes
qu'on a faites contre
luy , les pretextes qu'on pretend
qu'il a fournis à ſes Ennemis
, & à fes Sujets rebelles
n'auroient pu luy nuire , fans
l'accablement où l'on a cherché
à mettre la France. Le
Prince d'Orange n'auroit
point paffé en Angleterre , fi
pour donner des affaires au
Roy Tres - Chreftien , on n'euft
du Temps. 107.
point refufé des Bulles à M' le
Cardinal de Furftemberg
.
Mais fuppofons que la Cour,
de Rome n'ait contribué en
aucune maniere , directement
ny indirectement,au malheur
du Roy d'Angleterre , qu'elle
n'ait rien ſceu de fa difgrace,
qu'aprés qu'elle eft arrivée ,
& que
le coup foit tombé ,
fur luy dans le mefme temps
qu'il a efté menacé , quel eft
le devoir de cette Cour : Chacun
le fçait , & il n'eft pas neceffaire
de l'expliquer pour
le faite mieux connoiftre . Sil
Pape doit regarder tous les Ca108
VI. P. des Affaires
tholiques comme fes Enfans ,
les foutenir lors qu'on les attaque
, & tâcher de faire fleurir
par tout la Religion , Sa
Sainteté avoit encore des raifons
particulieres pour ſe dé
clarer en faveur du Roy
d'Angleterre , & pour le ſecourir
de tout fon pouvoir ,
puis que ce Monarque s'eftoit
rendu digne en general de
toutes les graces du S. Siege ,
& de toutes celles de la per
fonne du Pape en particulier.
Si tout ce qu'on fait pour la
Religion regarde le S. Siege ,
que n'en a point merité ce
du Temps.
109
Prince ? Il avoit mieux aimé
du vivant du Roy fon Frere ,
ſouffrir qu'un Parlement le
declaraft incapable de fucce.
der à la Coutonne, parce qu'il
eftoit Catholique , que de
cacher fa Religion , & il s'eftoit
vu contraint de fortir
d'Angleterre aprés cette declaration
. Le Roy Charles II.
eftant mort , il rifqua encore
à perdre la fouveraine puiffance
, en faifant connoiftre
qu'il perfiftoit dans la Religion
Catholique . Beaucoup
d'autres auroient balancé , ou
auroient du moins déguiſé
110 VI. P. des Affaires
leurs fentimens jufqu'à ce
qu'ils fuffent montez ſur le
Trône , & qu'ils euffent
eſté en eſtat de s'y pouvoir
maintenir ; mais ce Monarque,
plus Catholique qu'ambitieux
, a cru la diffimulation
indigne d'un Prince veritablement
Chreftien . Cet
exemple de fermeté avoit eſté
cauſe que plufieurs Anglois
s'étoient volontairementfaits
Catholiques, & fans l'eftat où
l'Angleterre vient d'eftre reduite,
plufieurs fe préparoient
à embraffer encore la mefme
Religion . Voilà ce que doit
du Temps. III
le Saint Siege à Sa Majesté
Britannique , & ce qui engageoit
doublement la Cour de
Rome à tout employer pour
foutenir un party fi jufte.
A l'égard de la confideration
que le Roy d'Angleterre
a témoignée pour la perfonne
du Pape , elle ne sçauroit
eftre plusgrande. A peine a- til
efté mis fur le Trône , qu'il
luy a envoyé un Ambaſſadeur
d'Obedience ,ayant paflé pardeffus
toutes les raifons qui
pouvoient l'en empefcher, &
n'ayant point eu d'égard à
la dépenfe , comme Rome
112 VI. P. des Affaires
fait aujourd'huy dans une
affaire mille fois plus importante
, & où la veritable Religion
eft intereffée , puis que
fecourir le Roy
d'Angleterre
pour luy faire rendre la Couronne
, c'eft travailler pour
la Religion , ou du moins
pour le repos d'une infinité
de Catholiques. Ce Mo,
narque n'en eft pas demeuré
là , & pour faire voir
la confideration particuliere
qu'il a toujours cue pour le
Pape , dans le temps mefme
que la foudre grondoit fur
fa tefte , & que le Prince
*
du
Temps.
113
d'Orange fe preparoit à partir
pour faire defcente en fes
Etats, il a voulu que le Nonce
de Sa Sainteté tint le Prince
de Galles fur les Fonts de
Baptefme, au nom de ce Souverain
Pontife. Voilà donc le
Pape engagé à fecourir le
Roy d'Angleterre , par tout
ce que ce Monarque a fait
en faveur de la Religion Ca
tholique , par la grande confideration
qu'il a toujours
marquée pour le Saint Siege ,
& par celle qu'il a fait voir
en particulier pour la perfonne
de Sa Sainteté. Il en-
K
114 VI. P. des Affaires
troit outre cela de la juſtice
dans le fecours qu'il ne dou
toit point que le Pape ne luy
accordaſt. Il y eftoit engagé
comme Chef de l'Eglife, dont
il doit toujours foutenir les
interefts , & pour ofter les
foupçons que toute l'Europe
avoit conceuë de fa partialité
pour la Maifon d'Auftriche,
qui ne vouloit pas qu'on fecouruft
un Amy de la Fran
ce, Quand cette raiſon ne
l'euft point touché , il devoit
le fecourir pour faire voir
que fon intereft particulier ne
le faifoit point agir dans une
du Temps . 117
Y
occafion où celuy de l'Eglife
devoit prévaloir , & enfin il
alloit de fa gloire de faire
connoiftre que lors qu'il s'a
giffoit de foutenir la Reli ,
gion , il eftoit incapable d'en
facrifier les interefts au plai
fir de ſe vanger d'un Monarque
qui venoit de la faire
fleurir en France , & contre
qui il ne s'eftoit declaré que
parce qu'il n'avoit pas voulu
renoncer à un des Privileges
de la Couronne , comme s'il
avoit pu le faire legitimements
& que les Succeffeurs
n'euffent pas efté en droit de
* K ij
116 VI. P. des Affaires
s'en relever , puis que ce Privilege
a efté acquis par mille:
bienfaits des Rois de France
qu'en a receus le Saint Siege ,
qui ne fubfifteroit peut- eftre
pas aujourd'huy fans leur
pieufe generofité .
Aprés un fi grand nombre
de raifons qui devoient engager
le Pape à marquer beaucoup
de confideration pour
le Roy d'Angleterre , & luy
donner un puifant fecours,
la maniere dont Mr Porters
Envoyé de Sa Majeſté Britannique
, fut receu à Rome,
eft prefque incroyable. Il y
du Temps.
117
demeura long - temps fans
pouvoir eftre admis à l'Audience
, & peut- eftre n'en auroit-
il point encore cu s'il
n'euft témoigné qu'il avoit
deffein de s'en retourner . Le
Pape eftoit indifpofé. Je dis
indifpofé , & non pas malade ,
parce qu'il y a des maladies
dangereufes qui mettent hors
d'eftat de penser à autres
chofe qu'à fa guerifon , & à
la mort en meſme temps
quand la guerifon eft incertaine
; mais les indifpofitions
n'eftant pas de cette nature ,
n'empefchent point que l'on
118 VI. P. des Affaires
ne parle d'affaires quand on
les trouve preffantes , ou fi
l'on n'en parle pas , on voit,
du moins l'Envoyé d'un
grand Roy , lors qu'on ne
peut fe cacher qu'on luy doit
beaucoup , & qu'il s'eft facrifié
pour la Religion dont
on eft le Chef. Je laiffe là
toutes les confiderations perfonnelles
que le Pape devoit
avoir pour Sa Majeſté Britan ,
nique. On peut n'eftre pas
naturellement reconnoiffant ,
mais on ne doit jamais manquer
aux devoirs de l'employ
qui nous a eflé confié fur
29 du Temps. 119
tout quand il eft d'une auffi
grande importance que celuy
du Gouvernement de l'Eglife .
L'indifference
que marqua le
Pape pour M Porter , quif
demandoit inutilement à
eftre écouté , fut caufe que
plufieurs Cardinaux particu
lierement attachez à Sa Sain-,
teté firent un accueil fort
froid à l'Envoyé d'un Monarque
, qui meritoit qu'on
n'oubliaft pas, ce qu'il avoit
fait pour le Saint Siege . Ceux
qui appuyoient la Maifon
d'Autriche parurent encore
moins échauffez . Ils eftoient
120 VI. P. des Affaires
ravis du malheur du Roy
d'Angleterre , &les Ambaſſadeurs
d'Efpagne en avoient
temoigné leur joye en Hollande
& à Rome affez ouvertement
pour n'en pas laiffer
douter , mais fans faire
des réjouiffances publiques!
que la bien feance , & la po
litique leur défendoient . Si
l'accücil du Pape étonna , il
ne furprit point . Il fit faire
beaucoup de raifonnemens
affez juftes , & il fut impoffible
de ne pas voir , que qui
ne vouloit rien faire pour le
rétabliffement du Roy d'An
gleterre,
du
Temps.
121
gleterre , n'avoit pas efté faché
de fa cheute, où du moins
avoit pu entrer , quoy qu'indirectement
, dans ce qui en
avoit efté cauſe , au hazard
de tout ce qui en pouvoit arriver.
Le Pape voyant M' Porter
dans le deffein de partir fans
avoir eu audience , & jugeant
bien qu'un ſemblable procedé
ne pouvoit produire
qu'un mauvais effet parmy
les bons Catholiques , refolut
enfin de l'écouter dans fon
lit , mais ce fut feulement
pour luy marquer qu'il ne
L
122 VI. P. des Affaires
pouvoit rien faire pour le
Roy fon Maiftre. L'exemple
eftoit dangereux , & pouvoit
eftre fuivy par les Princes d'Italie
, mais la plufpart en uferent
d'une autre forte , &
quoy qu'ils fuffent moins obligez
que le Pape de ſecourir
le Roy d'Angleterre , ils
nelaifferent pas de contribuer
à le foûtenir felon leur pou
voir , regardant ce qu'ils faifoient
pour un Souverain fi
juftement eftimé parmy tous
les Catholiques, comme un fecours
qu'ils donnoient à l'Eglife
perfecutée en fa perſonne.
Si les tréfors du Pape
du Temps.
123
eftoient épuifez , il fe devoit
fervir de ceux de Dom Livio ,
fon Neveu , & il eftoit beaucoup
plus important que l'Eglife
Romaine fuft fecouruë ,
qu'il ne l'eftoit qu'un Particulier
demeuraft fi riche.Sa Sainteté
pouvoit d'ailleurs donner
de fon patrimoine qui eft fort
confiderable , ou du moins
propofer dans Rome que lá
conjoncture étant fi preffante,
chacun exerçaft fes liberalitez
pour ce Prince , dont le zele
feul pour la Religion fait tous
les malheurs, de mefme qu'on
fit pour l'Empereur au com-
Lij
124 VI. P. des Affaires
mencement de la Guerre que
les Turcs luy declarerent ;
mais on n'auroit pas efté
bien -aife qu'un tel expedient
euft eu des fuites heureuſes .
On apprehendoit le rétabliſ
fement d'un Monarque Amy
de la France , fans examiner
fi la veritable Religion en
fouffroit, & fi l'exemple d'une
ufurpation auffi violente que
celle du Prince d'Orange ,
n'avoit rien de trop dangereux
contre les Rois On fatisfait
la vangeance, en faisant
triompher fon opiniatreté , &
cela fuffit.
L'Empereur pendu
Temps 125
dant ce temps ne laiffe pas
de recevoir de l'argent de la
Cour de Rome , & comme
cet argent fert à la caufe
commune , il devient urile
aux Proteftans qui font Alliez
de l'Empereur , & qui
avec Sa Majesté Imperiale
font conjointement la guerre
à la France , qu'on veut mettre
hors d'eftat defecourir le
Roy d'Angleterre affez puiffamment
pour le faire rentrer
dans tous les Etats , avant
que le Prince qui les a ufurpez
y foit affermy . Ce mefme
argent que la Cour de Rome
Liij
126 VI. P. des Affaires
fait paffer en Allemagne peut
encore produire un autre méchant
effet , puis qu'en fervantà
établir la Religion Pro
teftante en Angleterre , il eſt
à craindre qu'il ne ſerve en
meſme temps à faire rentrer
le Calvinisme en France, d'où
il a efté chaffé par un Monarque
qui a toûjours mis
tous fes foins à faire fleurir
la veritable Religion .
Dans le temps qu'on ne peut
s'empefcher de recevoir à
Rome l'Envoyé du Roy
d'Angleterre , parce qu'un
pareil refus euft fait trop
de
du Temps.
127
bruit ,& caufé trop de fcandale
& qu'on fe refout aprés
luy avoir fait long- temps demander
une audience infructueuse
, de luy refufer les fecours
que le Roy fon Maiftre
avoit lieu d'attendre par
toutes les raifons que je vous
ay marquées , l'Empereur é
troitement lié avec la Cour
de Rome, fçachant que l'Envoyé
de ce mefme Prince
efloit en chemin pour luy
venir faire les mefmes propofitions
de le fecourir ,
luy fait défendre de paffer
outre & d'entrer dans Vienne.
L
iiij
128 VI. P. des Affaires
Je ne diray rien là - deffus ,
parce que je ne pourrois affez
dire , & qu'on doit toujours
parler avec reſpect des
perfonnes d'un caractere fi
élevé , quelques fautes où ils
fe laiffent engager par leur
foibleffe ; mais je ne puis
m'empefcher de vous faire
voir qu'on peut conclure de
là que l'on doit eſtre aifément
entré dans tout ce qui
a caufé le malheur du Roy
d'Angleterre , puis qu'on ne
peut pas mefme avoir la politique
de luy faire efperer du
fecours fans avoir deffein de
du Temps.
129
luy en donner . Quand on
luy refufe ce fecours avec dureté
, & qu'on le traite indignement
dans la perfonne de
fes Envoyez , on fait voir que
l'on eft bien éloigné de s'unir
avec tous les Princes Catholiques
pour travailler à
fon rétabliſſement . Cependant
quand il fe feroit attiré
ſon malheur , bien qu'il
n'ait point d'autre cauſe que
l'ambition d'un Ufurpateur ,
il ne l'auroit fait que par un
zele de Religion , qui ne fçauroit
eftre condamné que par
desPolitiques qui regardent la
130
VI. P. des Affaires
- vie comme fi elle devoit eftre
des Caéternelle
, & non par
tholiques qui doivent admirer
un Monarque qui n'a
point voulu facrifier fa Religionaux
douceurs d'un regne
plus long & plus paifible.
C'eft ce que la Cour de Rome
devroit confiderer , & fi elle
faifoit fon devoir auprés de
tous les Princes Catholiques,
& qu'elle travaillaſt à une
fainte union , l'Ufurpateur
feroit obligé de demander
grace , prévoyant bien qu'il
n'auroit pas affez de forces ,
pour pouvoir feulement efdu
Temps.
131
perer de fe défendre pendant
quelque temps. Rome
ne peut eftre juftifiée que
lors qu'elle en ufera de la
forte . Tous les détours qu'on
employe pour la défendre ,
ne la mettent point à couvert
de ce qu'on luy reproche , &
les raifonnemens recommencent
toujours fans aller au
fait. Veut- on juftifier la Cour
de Rome ? Qu'on faſſe voir
qu'elle agit pour le rétabliffement
d'un Prince Catholique
, mais elle fait le contraire
; elle ouvre fa bourfe
aux Ennemis de ce Monar
132 VI. P. des Affaires
que , & les excite à le declarer
contre ceux qui le pourroient
fecourir , de maniere
que l'Europe n'a aujourd'huy
que le Roy pour Protecteur,
pour Défenfeur de la Religion
Catholique.
&
toute
Pendant que la Cour de
Rome , & celle de Vienne
s'appliquoient ouvertement
à faire naiftre dans
l'Europe les cruels mouvemens
dont on la voit agitée ,
l'Efpagne agiffoit de fon
cofté , mais plus fourdement,
& quoy qu'il y cuft plus à
perdre qu'à profiter pour elle
du
Temps. 133
dans cette guerre , elle eftoit
obligée de déferer à la Branche
d'Auftriche d'Allemagne
. C'est ce qui ne luy eſtoit
pas encore arrivé , celle d'Efpagne
ayant dominé jufques à
la guerre d'aujourd'huy . Le
Roy fçachant toutes les menées
fecretes de cetteCouron
ne , & fe voyant à la fin contraint
de luy declarer la guer
re , fit publier l'Ordonnance
que vous allez lire . Elle vous
en apprendra là - deffus plus
que je ne vous en pourrois
dire , & avec plus de certitude.
124 VI. P. des Affaires
ORDONNANCE
du Roy.
L
E defir fincere que le Roy
a eu de maintenir la Tréve
concluë en l'année 1684. a porté
Sa Majesté à diſſimuler la conduite
qu'ont tenuë les Miniftres
d'Espagne dans toutes les Cours
des Princes de l'Europe , où ils
ne le font appliquez qu'à les
exciter à prendre les Armes contre
la France ; Sa Majesté
n'a pas ignoré la part qu'ils ont
eue dans la negociation de la
ligue d'Aufbourg. Elle a auffe
du
Temps . 135
efté informée de celle qu'a euë le
Gouverneur des Pays Bas Efpagnols
, dans l'entreprise que le
Prince d'Orange a faite contre
l'Angleterre ; mais ne
pouvant
la
conduite qu'il a croire
que
tenuë à cet égard , luy eût esté
prefcrite par le Roy fon Maifire, be
qui par tant de raifons de religion
, de fang, & de feureté
pour tous les Roys , eftoit obligé
de s'oppofer à une pareille ufurpation
, Sa Majesté auroit eſperé
de pouvoir porter Sa Majesté
Catholique
à s'unir avec Elle
pour le rétabliſſement
du Roy
legitime en
Angleterre ,&pour
136 VI. P. des Affaires
la confervation de la Religion
Catholique contre l'union des
Princes Proteftans ; & au moins,
àgarderune neutralité exacte, fi
l'état des affaires d'Espagne ne
permettoit pas au Roy Catholique
de prendre de pareils engagemens.
Sa Majesté luy a fait
faire pour cet effet differentes
propofitions depuis le mois de
Novembre dernier, lesquelles ont
efté bien receuës , tandis
fuccés de l'entreprise du Prince
d'Orange a paru douteux ; mais
ces favorables difpofitions ont
disparu dés que l'on n'y a plus
parlé que de guerre contre la
que
le
du
Temps. 137
France. Sa Majesté a appris
en mefme temps que l'Ambaffadeur
d'Espagne en Angleterre
voyoit journellement le
Prince d'Orange, & le follicitoit
de faire que
raffent la guerre à la France ;
que le Gouverneur des Pays-
Bas Espagnols levoit des Troupes
avec empressement ; qu'il promettoit
aux Eftats Generaux de les
joindre aux leurs au commencement
de la Campagne ;
follicitoit auffi bien que le Prince
d'Orange à faire paffer des
Troupes en Flandre pour le
mettre en estat de faire la guerre
les Anglois decla-
ر
M
les
138 VI. P. des Affaires
à la France . Tous ces avis ayant
fait juger à Sa Majesté qu'il
estoit de fa prudence de fçavoir
quoy s'en tenir , Elle a donné
ordre au Marquis de Rebenac ,
fon Ambaffadeur
à Madrid , de
demander une réponſe pofitive
aux Miniftres du Roy Catholi
que , luy offrant la continuation
de la Tréve , pourveu qu'il
vouluft s'obliger en gardant une
neutralité exacte , de ne fecourir
directement
ny indirectement
les ennemis de Sa Majesté ; mais
les mauvais confeils ayant prevalu,
Sa Majesté a efté informée
que la refolution avoit effé prife
du
Temps. 139
de favorifer l'Ufurpateur d'Angleterre
, & de fe joindre aux
Princes Proteftans . Sa Majeſté
a appris auffi prefqu'en mefme
temps , que les Agens du Prince
d'Orange ont touché des fommes
confiderables à Cadix, & à Madrid
; que les Troupes de Hollande
& de Brandebourg font
entrées dans les principales Places
des Espagnols en Flandre ;
& que le Gouverneur des Pays-
Bas pour le Roy Catholique faifoit
folliciter les Eftats Generaux
de faire avancer leur
Armée fous Bruxelles . Tous ces
avis joints à la réponſe que le
Mij
140 VI. P. des Affaires
Marquis de Rebenac a receuë à
Madrid ne laiffant à Sa Majeflé
aucun lieu de douter que
l'intention du Roy Catholique ne
foit de fe joindre àfes Ennemis ,
Sa Majesté a crú ne devoir pas
perdre de temps à prevenir fes
mauvais deffeins , & a refolu de
luy declarer la guerre tant par
terre que par mer , comme Elle
fait par la prefente . Ordonne &
enjoint & c . Fait à Versailles le
15. Avril 1689.
On ne peut douter que
l'Eſpagne n'ait favorisé l'entreprife
du Prince d'Orange
fur l'Angleterre , quand on
du Temps. 141
fera reflexion que Mr de
Ambaffadeur
Ronquillo ,
d'Eſpagne auprés de Sa Majeſté
Britannique , eſt demeuré
à Londres en la mefme
qualité auprés du Prince
d'Orange depuis que la Convention
l'a declaré Roy , ce
qui prouvé que par fes cabales
il a beaucoup aidé à fon
élevation , fuivant un nombre
infiny de Lettres qui font
venues de Londres un peu
avant que le Roy en partiſt ,
& qui portent toutes , que Sa
Majefte Britannique n'y avoit
point de plus mortel ennemy.
142 VI. P. des Affaires
Si cette verité n'eftoit pas
conftante , il fe feroit retiré
aprés l'arrivée du Princed ' Orange
à Londres , comme firent
tous les Ambaffadeurs &
tous les Envoyez des Princes
Catholiques , mais il y
demeura
pour marquer fon
triomphe , & pour recevoir
les louanges deuës à fes intrigues,
& il y eft reſté depuis
pour les continuer , au grand
defavantage de la Religion -
Catholique .
On voit encore dans l'Ordonnance
du Roy la bonté
de ce Monarque par les produ
Temps. 143
pofitions qu'il a bien voulu
faire à l'Espagne pendant fix
mois , durant lefquels fçachant
toutes fes menées , il
auroit pû prendre le refte
de la Flandre , puis qu'elle
eftoit entierement denuée
d'argent & de Troupes , que
toutes celles de Hollande
eftoient en Angleterre
, &
que les Allemans eftoient
bien éloignez de pouvoir
faire faire diverfion aux armes
de France, parce qu'il leur eft
tres-difficile de fe mettre en
Campagne avant qu'il y ait
des bleds fur la Terre. La
144 VI. P. des Affaires
bonté du Roy en cette occa
fion eft un de ces faits éclatans
& trop conſtamment
vrais pour eftre niez . On fçait
d'ailleurs que les Conqueftes
ne font pas prefentement
plus difficiles aux François en
Hyver qu'en une faifon plus
favorable, & qu'ils ont appris
fous leur invincible Souverain
à vaincre en tout temps ,
ce qui eft encore inconnu
aux autres Nations ; mais fi
la bonté du Roy a voulu faire
éviter à l'Eſpagne les dangers
qu'elle court
d'Auftriche d'Allemagne ,
la branche
l'a
du Temps, 145
lä
l'aportée à les chercher & elle
a efté fecondée par la Reyne
Mere de Sa Majesté Catholi
que , qui eft Soeur de l'Em
pereur , & qui facrifie l'Efpagne
aux interefts de fon Païs
& de fon Frere. Il y a longtemps
qu'elle fait mouvoir
tous les refforts que la politique
peut fuggerer pour ve
nir à bout de fon deffein , &
elle a fceu prendre ſes mefures
afin que rien ne luy fift
obftacle là - deffus . Elle a gagné
la plus grande partie de
ceux qui compoſent le Confeil
d'Etat , & à fait confeiller
N
146 VI. P. des Affaires
au Roy fon Fils , ce que des
avis plus fages avoient pris
foin de détourner , & qui doir
coûter cher à l'Espagne.Voilà
comme par des intereſts particuliers
on facrifie fa Parrie ,
& fa Religion , & de quelle
maniere l'Eſpagne qui s'eft
jufqu'icy vantée d'eftre fi
Catholique , donne dans des
fentimens tout à fait contraires
à fes interefts , & à la
rigidité qu'elle s'eft toûjours
piquée d'obferver fur tout
ce qui regarde la Religion .
Pendant qu'elle fait fonner
fi haut qu'elle ne ſouffre
du Temps . 147
point d'Heretiques dans fes
Erats , elle s'unit avec eux
pour combatre des Catholiques
, & dans le temps que
fon Inquifitiona condamne
avec fafle , & fait executer
avec appareil quelques Juifs
& quelques Proteftans , on
la voit étroitement
liguée a
vec tous les Proteftans de
l'Europe , qui fe font promis
de faire revivre la Religion
Proteftante
en France
d'empefcher le rétabliſſement
d'un Monarque dont la pieté,
& le zele pour la Religion
ont peu d'exemples , & qui
&
N ij
148 VI. P. des Affaires
pouvoit du moins faire rolerer
les veritez Catholiques
dans fes trois Royaumes
.
Voilà à quel uſage feront employées
les Armes d'Efpagne
, & la pofterité aura peine
à croire qu'un Roy qui porte
le nom de Catholique
, non
ſeulement
ſe ſoit employé
par fes Miniftres à détrôner
un Prince qui a tant merité
de la mefme Religion ; mais
qu'il ait encore travaillé à
l'élevation d'un Ufurpateur
,
qui protege la Religion Proteftante
, & qui n'a point
d'autre but que de faire dodu
Temps.
149
miner
le Calvinisme
dans
toute
l'Europe
. Le Roy d'Efpagne
a plus
fait encore
.
Quoy
qu'il ne fouffre
aucuns
Proteftans
dans tous les Etats,
il a bien voulu
que les Hol .
landois
& l'Electeur
de Brandebourg
miffent
des Garnifons
Proteftantes
dans plufieurs
de fes Places
. L'Inquifition
auroit
beaucoup
à travailler
fi elle vouloit
exercer
fon employ
dans
ces
Villes
- là. On voit par là que
la Maifon
d'Auftriche
ne
garde
plus de mefures
, & que
la politique
ne luy fait plus
N iij
Iso VI. P. des Affaires
2
déguiſer ce qu'il feroit bon
de ne pas laiffer paroiftre ;
mais pourquoy en uferoitelle
autrement
, puis que la
Cour de Rome agit de
mefme ? L'une & l'autre l'ont
fait voir à l'égard du Roy
de Pologne , parce qu'il leur
a paru que dans les conjonctures
prefentes , leur intereſt
eftoit de nuire à ce Monarque
. On fçait que la Cour de
Vienne a travaillé à faire foûlever
les propres Sujets contre
luy . C'eſt un fait connu par
les Lettres que Sa Majefté
Polonoiſe
a interceptées
. Je
du Temps .
II
ne m'explique point là- deffus
, mais vous vous direz
beaucoup à vous -meſme , lors
que vous vous repreſenterez
ce Roy hors de fes Etats ,
faifant lever le Siege de
Vienne , & l'Empereur pour
reconnoiffance cabalant contre
luy dans la Pologne mefme
aprés avoir confenty
qu'on enlevalt au Prince Alexandre
fon Fils une riche
Princeffe que ce jeune Prince
devoit époufer , pour ne pas
dire que l'Empereur
a contribué
luy- mefme par beaucoup
de foins à faire com-
>
N iiij
152 VI. P. des Affaires
mettre cette injuſtice , qu'il
eftoit en fon pouvoir d'empeſcher.
Si le Roy de Pologne a
efté récompensé par là de ce
que luy doit la Maiſon d'Au-
Ariche , il l'a efté encore plus
mal par la Cour de Rome , de
ce qu'il a fait pour la Chreftienté.
Vous fçavez que lors
qu'un Nonce fort d'une Diete
en proteftant contre tout
ce qui fe fera aprés la forties
la Diete demeure rompuë.
Le S Sulkolski , l'un des
Nonces dont la derniere Dicte
eftoit compofée , le retira
du Temps.
153
de cette maniere dans la Seance
du 30. de Mars ; & comme
on n'avoit encore pris aucune
refolution touchant les
moyens de foutenir la guerre
contre les Turcs , & de fe garantir
des courfes des Tartares
, dont la Pologne fe voit
menacée , le départ précipité
de ce Nonce expofoit le
Royaume à de grands malheurs
, & qui eftoient prefque
inévitables . On trouva heureufement
que ce Nonce n'avoit
pas droit de l'eftre , parce
qu'il eftoit excommunié
à caufe de l'enlevement qu'il
154 VI. P. des Affaires
avoit fait d'une Fille dans un
Monaftere, de forte que l'Af
femblée fe voyoit par là en
cftat de continuer fes delibel'on
rations.Mais le Nonce du Pape
voyant que les affaires pourroient
fe rétablir , & voulant
nuire au Roy dePologne , parce
que le St Sulkolski s'étoit retiré
, d'intelligence avec l'Empereur,
qui craignoit que
ne prift dans cette Diete quelques
refolutions qui le van
geaffent de l'injuftice faite au
Prince Alexandre fur fon
Mariage , & que ces refolutions
ne fuffent en quelque
du Temps. 155
façon favorables à la France ,
leva l'excommunication , &
il eft caufe que par ce moyen
tout le Royaume demeure
expofé aux armes des Infidelles
& aux courfes des Tartares
, qui n'en font jamais
fans enlever une infinité de
Chreftiens , qui paffent fouvent
le refte de leur vie dans
l'efclavage , & qui vivent &
meurent fans pouvoir faire
prefque aucun exercice de la
Religion qu'ils profeffent.
N'ayant pour but que les
Affaires du temps dans ces
Lettres extraordinaires,je puis
156 VI. P. des Affaires
paffer d'un Pays à l'autre ,
mais quelque matiere que je
traite , vous verrez toujours
de l'injuftice contre la France
, & que tous ceux qui fe
mêlent d'écrire tâchent d'empoifonner
tout ce qu'elle fait
de réellement bon, & qui vifiblement
ne peut meriter que
des louanges , de quelque
fubtilité que l'on fe ferve
pour y donner un tour defavantageux.
Vous avez ouy
parler d'une Ordonnance du
Roy, portant que les Sujets de
Sa Majesté qui font fortis da
Royaume à l'occafion de la revo
du
Temps . 157
cation de l'Edit de Nantes , lef
quels irontfervir dans les Troupes
du Roy de Dannemarch , ou
fe retireront à Hambourg › jouiront
de la moitié du bien qu'ils
ont dans les Etats de Sa Majesté.
Le refte marque la maniere
dont ils en doivent ufer , &
les moyens que l'on employe
ra afin qu'ils puiffent toucher
leur argent. Par là , non feulement
le Roy leur procure
l'avantage de recevoir tous les
ans la moitié de leur revenu ,
mais il leur ofte le chagrin
que la plufpart doivent avoir
de fe voir engagez à porter
158 VI. P. des Affaires
les armes contre leur Patrie ,
& contre leur Souverain legitime.
Ces Ecrivains , aprés
avoir déclamé contre cette
bonté du Roy , & tâché de
prouver que ceux qui ſe font
affeuré une retraite dans des
Etats Etrangers , ne font plus
obligez d'avoir aucuns égards
pour leur Roy ny pour leur
Patrie , veulent perfuader aux
Sujets de Sa Majesté fortis
de France, qu'ils menent une
vie heureufe dans les Etats
qu'ils ont choifis pour y faire
leur demeure , & que loin
qu'il leur foit permis de les
du
Temps. 159
quitter, c'eft ce qu'ils ne peuvent
faire fans une tache d'infidelité
, comme fi un homme
né Sujet , pouvoit empef
cher que fon Souverain ne le
fuft toujours & faire que le
lieu où il eft né ceffaft d'eftre
la Patrie. Ce n'est jamais une
chofe dont on puiffe eftre
blâmé , que de retourner à
fon devoir , & lors qu'une
Femme qui a cru fon Mary
mort eft remariée , fi le
temps luy fait connoiftre que
ce premier Mary eft encore
vivant , rien ne la peut difpenfer
de revenir avec luy.
160 VI. P.des Affaires
Quant à ce que difent ces
Ecrivains , que ces Sujets fugitifs
ont efté bien receus
dans les lieux où ils ont
cherché une retraite , & qu'ils
doivent eltre fatisfaits de leur
fortune , j'avoue que le premier
de ces articles eft vray; la
nouveauté
plaift d'abord , &
on fe pique d'eftre genereux,
mais la liberalité eft une vertu
dont on fe laffe bien- toft , &
on croit que ce que l'on a
donné une fois doit faire
vivre toujours. Si ceux qui fe
font refugiez dans un Eſtat
fubfiftent
de leur travail , les
du Temps.
161
Artifans qui gagnent leur vie
dans ce mefme employ en
ont de la jaloufic ; ils fe plaignent
qu'ils travaillent moins,
& regardent ce que les Refugiez
gagnent comme un argent
qui leur eft volé . Enfin
la plufpart font beaucoup à
plaindre , & on en a vu plufieurs
repaffer en France, parce
qu'ils ne pouvoient fubfifter
plus longtemps hors de
leur Patrie. C'eft ce qui a engagé
Sa Majesté à publier
l'Ordonnance dont je viens
de vous parler , afin de donner
à fes Sujets un moyen de
162 VI. P. des Affaires
}
fubfifter hors de fes Etats.
Quoy que je vous aye déja
parlé beaucoup de Rome , je
fuis obligé de reprendre cette
matiere , pour vous dire que
Mile Marquis de Lavardin ,
Ambaffadeur ordinaire du
Roy auprés du Pape , en eft
party par ordre de Sa Majefté
. Si on examine cette fortie
, on y verra d'un cofté le
triomphe de la moderation
de ce Prince , & de l'autre ,
celuy de l'opiniaftreté de la
Cour de Rome. Le Roy fait
retirer fon Ambaffadeur fans
avoir renoncé aux droits de
du
Temps. 163
fa Couronne qu'il a trouvez
établis , & Rome s'applaudit
d'un avantage qu'elle n'a pas
obtenu , puis que la France
n'a rien cedé. Il eft vray que
le triomphe de Rome eft
des plus grands & des plus
extraordinaires qu'on ait encore
vûs , fi on confidere ce
qu'elle a fait pour ſe vanger
de ce que le Roy n'a pas
voulu abandonner les Franchifes
dont fes Predeceffeurs
ont jouy . Elle a tefufé les
Bulles à Mr le Cardinal de
Furftemberg , éleu Archevefque
de Cologne à la pluralité
O ij
164 VIP. des Affaires
des voix ; elle a efté caufe des
revolutions d'Angleterre , &
de la ruine de la Religion
Catholique en ce Royaumelà
& dans celuy d'Ecoffe ; elle
a allumé la guerre entre la
France & l'Empire , & par
cette guerre elle met les Turcs
en eftat de reprendre les Conqueftes
que l'on a faites fur
eux , & empefche les Chreftiens
de s'avancer jufques à
Conftantinople , où il leur
feroit facile d'aller , fi toutes
leurs forces eftoient tournées
de ce cofté- là. Elle a expofé
la Pologne aux invafions
du
Temps.
165
+
eft
des Tartares , & emptſché
qu'elle n'euft une Armée
pour oppofer à celle des
Turcs. Elle a armé tous les
Proteftans de l'Europe contre
la France , & fon argent
employé pour le fecours du
Party qui en eft remply, contre
celuy qui n'eft compofé
que de Catholiques . Enfin ,
pour le dire encore une fois ,
elle eft caufe d'une guerre qui
a déja fait répandre beaucoup
de fang , & qui coutera la vie
à plufieurs milliers d'hommes
. Le triomphe eft beau ,
& la gloire en eft deuë à la
166 VI. P. des Affaires
Cour de Rome , le Roy ne
pouvant eftre accufé d'avoir
allumé ce feu dangereux ,
puis qu'il n'a rien innové , &
qu'il n'a
n'a fait que défendre un
droit qu'on luy veut ofter
& qu'il s'eft obligé de foutenir
lors qu'on luy a mis la
Couronne fur la tefte le jour
de fon Sacre.
Comme tous les maux qui
font aujourd'huy fouffrir
l'Europe viennent du meſme
principe , & qu'ils ne peuvent
eftre imputez avec juftice qu'à
la Cour de Rome, fuivant les
preuves que je vous en ay dondu
Temps.
167
nées , Liege luy doit tout ce
qu'a fouffert fon territoire depuis
le commencement de
cette Guerre. Elle auroit pû
neanmoins s'en épargner la
plus grande partie , fi elle
avoit tenu le traité de Neutralité
qu'elle avoit fait avec
la France ; mais à peine avoit
elle commencé à l'executer ,
qu'elle l'a rompu
vant les Ennemis de Sa Majefté
dans toutes fes Places.
La mauvaiſe foy qui s'eft
trouvée dans un procedé femblable
, a obligé les Troupes
de France à brûler la Ville de
*
en rece168
VI. P. des Affaires
Huy par les mefmes raifons
qui ont caufé la deftruction
de plufieurs Places du Palatinat
. Lors qu'on fe voit me
nacé d'une inondation d'Ennemis
, & que cent Puiffances
font liguées contre une on
peut en venir à toutes les
extremitez
que permet la
guerre , & d'ailleurs quiconque
manque de parole , merite
d'autant plus ce traite
ment , qu'il expofe ceux qui
éprouvent de pareilles perfidies
à tout ce que les dangers
qui ne font pas attendus ont
de fuites plus facheufes. La
France
du Temps.
169
France , contre qui tant de
forces font unies , qu'on n'a
jamais veu une telle Ligue
contre une feule Puiffance ,
auroit tout à craindre , fi elle
cftoit en auffi mauvais eftat
chez elle que fes Ennemis le
difent; mais le grand nombre
de fes Troupes à qui rien ne
manque , fait voir le contraire,
& cela ſe juſtifie encore par
l'argent que toutes les princi
pales Villes du Royaume ont
donné au Roy fans que Sa
Majesté ait meſme penſé à
l'exiger ; au contraire Elle a
remercié plufieurs Villes du
P
170 VI. P. des Affaires
don qu'elles avoient deffein
de luy faire , ce qui fait connoistre
que ce Prince n'a pas
tant befoin d'argent que fes
Ennemis prennent plaifir à
le publier ; mais lors qu'ils
font courir de tels bruits , ils
ont leurs raifons , & s'ils n'em
ployoient cet artifice,ils n'engageroient
peut-eftre pas tant
de gens dans leur Party. Je
fçay de certitude que pour
obliger l'Efpagne à fe declas
rer , on luy à fait des peintu
res tres- vives , mais imagi
naires , de l'épuifemen ou
eftoit la France , ce qui la
du Temps.
171
mettoit plûroft en eftat de
perdre que de faire des Con
queftes , en forte qu'on la
voyoit fur le point de fe trouyer
accablée.
Il ne me refte plus à vous
parler que des, Suiffes . Cette
fage Republique a creu de fes
interefts de fouhaiter la mef
me Neutralité que le Roy,
mefme avant que de fçavoir
les intentions de Sa Majefté,
Je n'entre point dans le dé
tail de cette affaire , il me
fuffira de dire que la chofe
eftoit fi jufte , que l'Envoyé
de l'Empereur n'eut point de
Pij
172 VI. P. des Affaires,
Il
raifons pour le défendre de
figner le Traité ; mais lors
qu'il a fallu le ratifier , l'Empereur
a refufé de le faire,
ya peu d'exemples d'une
pareille avanture. Ces ratifications
avoient plûtoft paffé
juſqu'icy pour une ceremo
nie que pour une chofe abfolument
neceffaire , & on a
feulement toujours fuivy cet
ufage,parce qu'il fembloit que
les Traitez en recevoient plus
de force ; mais dés qu'il s'agit
d'une chofe qui regarde
la France , on n'obferve plus
de mefures , & les injuftices
du Temps.
173
les moins ordinaires paroiffent
permifes. L'Empereur ,
avant que fon Envoyé fignaſt
le Traité de Neutralité , avoit
tenté tous les moyens imaginables
pour engager les Suif
fes à fe declarer contre la
France ; mais il y avoit peu
d'apparence qu'il puft faire
rompre des Traitez faits depuis
fi longtemps, & toujours
obfervez de part & d'autre
avec une égale fatisfaction
.
Voicy une Lettre qui vous
inftruira de beaucoup de cho
fes touchant les interefts des
Piij
174 VI. P. des Affaires
Suiffes . C'eft un Ouvrage ex
tremement eftimé de tous
eeux qui l'ont vu , & qui merite
l'approbation qu'on luy
donne , & mefme qu'on en
parle avec éloge. Il feroit à
fouhaiter qu'une fi bonne
Plume écrivift fouvent fur
les matieres courantes .
du Temps. 175
, වවරුවේල
LETTRED'UN OFFICIER
Suiffe aux Députez des
Cantons affemblez à la
Diete qui fe tient à Bade .
M
ESSEIGNEURS ,
Le zele que jay pour tout ce
qui peut regarder le bien l'avantage
de ma Patrie, m'a obligé
de lire avec une extrême attention
le Livre qui a paru depuis
peu de jours fous le titre de , Fidelle
réveil des Suiffes, ou narration
veritable des perils qui
Piiij
176 VI. P. des Affaires
1
les proteftaenvironnent
la Republique
des Suiffes , & des moyens
qu'elle a pour s'en delivrer.
Favour , Meffeigneurs que ce
titrefpecieux,
tions quefait l'Auteur de n'avoir
d'autre motifpour écrire que l'affection
qu'il a pour fa Patrie
m'ont fait croire que cet ouvrage.
nous prefcriroit une route certaine
pour nous conduire dans les
conjonctures prefentes felon nos
veritables interefts ; mais il ne
fera pas difficile à ceux qui en
feront comme moy la lecture , de
reconnoiftre qu'un homme qui
veut nousperfuader par de faufdu
Temps.
177
fesfuppofitions de manquer à ba
foy des Traitez, & à la plus
ancienne alliance que nous
ayon's , ne peutfuivre , ainfi qu'il
nous en affeure , les feules regles
que la bonne foy & ta pure ve
rité luy
prefcrivent.
En effet il est aisé” de voir
que l'interest du Corps Helvetique
n'eft pas le but que cet
Auteurfe propofe & les invectives
dans lesquelles il s'emporte
contre la France fans aucune
retenue , découvrent clai-
-rement que cet ouvrage ne peut
venir
que d'un Emisfaire de la
Maifon d'Auftriche, dont lefeul
178 VI. P. des Affaires
deffein eft de nous détacher d'une
alliance que nous avons reconnuë
tres avantageufe à noftre Patrie,
par l'experience de plus de deux
cens années.
*
Il nous veut perfuader de
l'abandonner par la crainte qu'il
tâche de nous inſpirer de la puiffance
du Roy Tres - Chreftien
mais quelle Puiffance nous doit
eftreplus fufpecte , ou celle de la
France , ou celle de la Maiſon
d'Auftriche ?
Nousfçavons , Meffeigneurs,
que nous n'avons jamais éprou
vé celle de la France que pour
noftre fecours que fes propres
2
du Temps.
179
interefts s'accordent avec l'estar
floriffant auquel il a plu à Dieu
de nous mettre , & qu'elle n'a
aucunepretentionfur nous . Nous
connoiſſons au contraire celles
que la Maifon d'Autriche a
fur plufieurs de nos Cantons &
aucun de nous n'ignore que ceux
de Zurich, de Berne & de Euserne
jouiffent mefme du Comté
de Hapfbourg, d'où cette Maifon
tire fon origine , & dont l'Empereur
& le Roy d'Espagne mettent
encore la qualité parmy
leurs titres.
On veut cependant nous al-
Larmer au fujet des Fortificacions
180 VI. P. des Affaires
que le Roy de France a faitfaire
pour la défenfe de fes Frontieres,
& fi nous en voulons croire
Auteur du Libelle , nous devons
fans rien examiner davantage
, nous mettre en eftat
de démolir les Places de Huningue
& de Landferoon.
Il eft aifé de voir qu'un Auteur
qui parle de cette maniere ,
n'a d'autre veuë
que
d'allumer
ta guerre dans noftre Païs , &
de nous faire perdre le meilleur
Amy que nous ayons ; car enfin
, Meffeigneurs , finous y voutons
conferver la paix & la
tranquillité , comment y pourdu
Temps.
181
vons - nous reüffir , lors que les
paffages feront libres aux Troupes
de l'Empereur , pour entrer
quand il leur plaira en Alface
en Franche- Comté ? Quel
obftacle pourroient- elles y trouver
,fi le Roy de France n'avoit
fortifié fes Frontieres , &
ne s'efloit mis en eftat d'appuyex
toutes les précautions que nous
devons prendre pour empeſcher
que les Armées Imperiales ne
prennent leur paffage par Rhinfeld
, pour porter la guerre dans
noftre Voifinage ? Nous fommes
affeurez que le Roy Tres-Chrétien
n'en veut point à noftre li182
VI. P. des Affaires
berté ; ilfera bien aife d'éloigner
la guerre de nos Frontieres , &
nous n'avons paint auffi. de plus
fort intereft que d'empeſcher que
noftre Pays n'en devienne le
Theatre par le paffage des Trou
pes Imperiales . Elles s'eftoient aifement
emparées pendant la derniere
guerre du Poste de Hunin
gue , où il n'y avoit que des
Fortifications peu confiderables ,
une Garnifon affez foible.
Meffieurs de Bafle peuvent fe
fouvenir › que quelque bonne
intention qu'ils euffent d'empef
cher les Partis de Rinfeld de paffer
fur leurs Terres d'entrer
du
Temps. 183
t
a
on Alface , ils ne purent y reüffir
Ainfi nous aurions en raison de
faire des instances preſſantes au
Roy Tres - Chreftien de reparer
& d'augmenter , comme il
fait les Fortifications de cette
Place , s'il avoit continué à la
negliger, & s'il l'a un peu plus
éloignée qu'elle n'eftoit de la
Ville de Bafle , ce n'a eftè que
par un effet defa condefcendan
ce , ayant bien voulu raffurer
nos Cantons par cette marque
qu'il leur donna de fon affection
fur les vains ombrages que les
Emiffaires de la Maifon d'Auftriche
leur avoient fait prendre
184 VI. P. des Affaires
la
de ces reparations . L'experience
nous a fait connoiftre depuis
que nous n'avions aucun fujet
d'apprehender ce voinage . Nous
avons encore moins de raifon
de nous plaindre des Fortifications
de Landſcroon , que
France n'a pas mefme étendues
au delà de ce qu'elles eftoient
avant le Traité de Munfter ,
quoy qu'on ne luy puiſſe diſpu
ter en quelque manière que ce
foit le droit d'y faire ce qu'elle
juge à propos pour la confervation
du Pays de Zundgavo qui
luy appartient.
Ce font cependant , Meffeidu
Temps .
385
gneurs les plus fortes raisons
dontfe fervent prefentement les
Partifans de la Maifon d'Auftriche
pour nous éloigner de l'alliance
de la France . L'Auteur
du Livre y ajoûte encore pour
nous animer celle de l'idée de
la Monarchie univerfelle , qu'il
pretend qu'a le Roy de France;
mais Sa Majesté Tres- Chrêtienne
a fait affez connoiftre
qu'Elle preferoit le repos de l'Europe
à fes propres avantages ,
pour nous empefcher d'ajoûter
foy à cette fuppofition , qui doit
fa naissance à un Miniftre de
la Maifon d'Autriche , e à la
Q
186 VI. P. des Affaires
quelle les interests de quelques
Princes ont autrefois fait trouver
en Allemagne plus de credit
qu'elle n'en meritoit.
En effet , Meffeigneurs , qui
obligeoit Sa Majesté T. C. ft
Elle avoit en ce deffein, de borner
fes Conqueftes à la prife de Luxembourg
de figner un
Traité de Tréve avec l'Empe
reur le Roy d'Eſpagne, encore
effrayez du Siege que les Turcs.
avoient mis devant Vienne l'année
précedente ? N'avoit- Elle
pas des forces fuffifantes pour
obliger la Maifon d'Auftriche a
confentir aux conditions qu'Elle
du
Temps.
187
auroit voulu luy impoſer? Lifonsnous
que Charles-Quint , à qui
on donne avec plus de fondement
cette idée de la Monarchie univerfelles
en ait usé avec la même
moderation , qu'il ait negligé
aucune des occafions que les malheurs
de la France luy donnoient
de l'opprimer qu'il n'y ait
pas mefme facrifié fouvent des
avantages confiderables qu'il
eftoit prefque affuré de remporter
fur les Turcs ? Au contraire,
nous venons de voir que le Roy
Tres- Chreftien n'a pris les armes
que pour fe précautionner contre
les effets des menaces , que la
Qij
188 VI. P. des Affaires
Maifon d'Auftriche fait en tous
lieux depuis trois ou quatre ans,
contre les Ligues qu'elle forme
depuis ce temps contre les interefts
de fa Couronne. Les offres qu'il
a faites de convertir la Tréve en
un Traité de Paix perpetuelle ,
& de remettre à des Arbitres
les differends pour la fucceffion
du Palatinat , font affez connoistre
qu'il n'avoit pas deffein de
troubler la tranquillité de l'Europe
, & nous ne pouvons croire
qu'un Prince qui ne cherche
qu'à en affurer le repos , veüille
s'en rendre le Monarque abfolu.
Il reste prefentement , Mef
du
Temps.
189
dit
feigneurs à examiner ce que
l'Auteur touchant le deffein qu'a
le Roy de France de nous enfermer,
en fe rendant maiftre des
Villes Foreftieres. Pour aftre
entierement éclaircis de la verité
, nous n'avons d'un cofté
qu'à faire reflexion aux propofitions
qui nous ont efté faites
par l'Ambassadeur de France,
pour nous after toute l'inquietude
que nous pouvons raisonnablement
avoir , & à la fufpenfion
d'actes d'hoftilité que le Roy fon
Maiftre à bien voulu accorder
pour lesdites Villes pendant la
durée de noftre Diete , & de
190 VI. P. des Affaires
l'autre , au refus que la Cour de
Vienne a fait jufqu'à prefent
d'entrer dans aucun des expediens
que nous avons propoſez
pour éloigner la guerre de nos
Cantons à la Lettre que nous
venons de recevoir du Baronde
Landsée , par laquelle ce Miniftre
nous marque qu'il ne peut
promettre pour les Troupes Imperiales
la mefme fuſpenſion à
Laquelle le Roy Tres- Chreftien a
confenty , parce , dit- il, que cela
fentiroit encore la Neutralité.
Que devons- nousjuger, Meffeigneurs
, de la difference qu'il
3 a entre le procede du Roy de
du
Temps.
191
France, celuy de la Cour de
Vienne à noftre égard ? Nous
voyons clairement par les offres
que le Roy nous a faites , qu'il
n'a d'autre but que de fermer &
d'affarer fa frontiere aux environs
de Bafle ,fans aucun deffein
de s'agrandir , ny de rien faire
qui puiffe nous donner de l'inquietude
; mais nousfommes bien
éloignez de pouvoir faire le mê
me jugement des intentions de la
Maifon d'Auftriche ; car enfin
qui nous affurera qu'ayant réuny
avec elle toutes les forces de l'Em
pire , elle ne fonge pas à profiter
de la premiere occafin qu'elle
192 VI. P. des Affaires
"
qui
trouvera de faire revivre fes
pretentionsfur les Pays qui compofent
à prefent le Corps Helvetique
. Les Places de Conftance
& de Rhinfeld , & les Pays
appartiennent à cette Maifon
, enclavez dans les Cantons,
ne luy donnent que trop de facilité
d'entreprendre fur noftre liberté
, & nous ne devons pas
douter qu'elle n'en fuſt toujours
ennemie , tant par le fouvenir
de ce que nous avons fait contre
elle , qu'à caufe de l'étroite alliance
qui eft établie depuis fi
longtemps entre la France les
loüables Cantons . C'eft cette alliance
du
Temps. 193
liance qui peut feule faire un
obftacle invincible aux deffeins
que la Cour de Vienne pourroit
former fur noftre liberté, & nous
y devons prendre d'autant plus
de confiance que l'intereft du Roy
Tres- Chrestien s'accorde avec
les affurances qu'il nous donne
de fon affection , & qu'au contraire
les Princes d'Allemagne
favoriferont toujours ceux de la
Maifon d'Autriche , lors qu'il
s'agira de réunir au Corps de
l'Empire ce qui en a efté démembré
, pour quelque raifon
que ce puiffe eftre mesme de
leur confentement. Ainfi nous
R
194 VI. P. des Affaires
ne sçaurions eftre trop fur
nos gardes contre les deffeins de
la Maifon d'Auftriche , & il eft
temps enfin que nous prenions une
bonne refolution fur ce qui regarde
les Villes Foreftieres ; car fi
nous differons à la prendre telle
que noftre intereft le demande ,
nous avons tout fujet de craindre
que nos remontrances ne
foient fort inutiles lors que les
Troupes Imperiales feront entrées
par Rhinfeld dans noftre Pays
& que la Cour de Vienne fe
croira en estat de nous impofer
les conditions qui feront les plus
convenables à fes interefts . C'est
du Temps. 195
de qui arrivera , Meffeigneurs ,
fi nous ne nous affurons defdites
Villes & particulierement de
Rhinfeld , fil'Empereur perfiste
dans le refus qu'il fair de
nous en commettre la garde pendant
la guerre il faut de neceffité
que nous fongionsCans perdre
de temps à prendre d'autres mefures,
pour empefcher que l'Armée
de l'Empereur ne paffe fur noftre
Territoire , pour éloigner la
guerre de nostre voisinage . d
Ainfi le feul confeil que nous
puiſſions fuivre de ceux que nous
donne l'Auteur du Livres eft de
ne ngus pas endormir , ft nous
Rij
196 VI. P. des Affaires
deferons fincerement affurer le
repos de noftre Pays. Nous devons
prendre les armes pour prévenir
les deffeins de la Maifon
d'Auftriche , fi nous ne voulons
pas en estre prévenus.
L'Auteur commence le fecond
article de fon Livre par le reproche
qu'il fait à la France de
s'entendre avec les Turcs. Ce
n'eft pas d'aujourd'huy que les
Partifans de la Maifon d'Auftriche
l'en ont fauffement accusée.
Ils ne croyent pas que
les armes
de l'Empereurpuiffent trouver de
réfiftance en aucun endroitfi cette
Couronne ne s'en mefle , & ils
du Temps.
197
lors
le
que
font perfuadez qu'elle eft d'intelligence
avec leurs Ennemis
les heureux fuccés ne
répondent pas à leurs fouhaits ;
mais pour connoistre la fauffeté
de cette fuppofition , il n'y a qu'à
faire reflexion à la conduite que
le Roy de France a tenuë depuis
commencement de la derniere
guerre de Hongrie, car il est inutile
de parler du fecours qu'il en
voya en 1664 , qui caufa cependant
le gain de la Bataille de
S. Gothard . Pourquoy , s'il avoit
avec les Turcs ces intelligences
dont on nous a tant parlé , ne
profiteroit-il pas de l'extrême foi
Rij
198 VI. P.des Affaires
pú
bleffe où ils avoient reduit la
Maifon d'Auftriche ? Qui a
l'obliger depuis à demeurer en repos,
pendant que l'Empereur étendoit
fes Conqueftes en Hongrie ,
& à figner un Traité de Tréve ,
pour affermir la tranquillité de
l'Europe qui paroiffoit fi ébranlée
? Les intentions de la Cour
de Vienne eftoient déja connuës ,
les Miniftres publioient dés
lors qu'elle avoit deffein de conclure
la Paix avec la Porte , &
de faire enfuite marchér fes
Troupes fur le Rhin . On fait
Les ligues qu'elle a formées pour
cet effet , & ily a lieu de croire
du
Temps.
199
par ce que
l'on voit aujourd'huy
*
qu'elle en attendoit la conclufion
pourfinir la guerre de Hongrie,
e que quelque zele qu'elle ait
témoigné par le paẞé pour la Religion
, elle n'a pas eu de peine à
facrifier les efperances qu'elle
avoit de chaffer les Turcs jufque
dans l'Afie pour favorifer le
fuccés de l'entreprife du Prince
d'Orange en Angleterre. Ses
Ministres en ont temoigné leur
joye dans tous les endroits où
ils fe font trouvez par des démonftrations
auffi éclatantes
ft c'eftoit le miracle attendu depuis
fi long-temps pour relever
que
Riiij
200 VI. P. des Affaires
que
la Maifon d'Austriche . On peut
dire avec verité que bien loin
la France ait donné aucun
fecours au Grand Seigneur » la
"Guerre qu'elle a faite aux Corfaires
de Barbarie les amis hors
d'estat d'envoyer à l'Armée Otthomane
les fecours d'argent &
de Vaiffeaux & les munitions.
qu'ils doivent fournir à la Portedans
les guerres qu'elle a contre
les Chrestiens. Ces Corfaires
s'enfont plaints à Conftantinople
, les Ambaffadeurs de Sa
Majesté n'en ont jamais fait
d'excuſes . Mais comme le Royde
France a fait connoiftre les raidu
Temps.
201
fons qui l'obligeoient à faire entrer
fes Armées dans l'Empire ,
& qu'il a prouvé la justice de
fes armes par le Manifefte qu'il
a publié , je ne m'étendray pas
davantagefur ce fujet.
Je viens prefentement à ce
qui regarde la maniere dont le
Roy Tres- Chrestien a obfervé
l'alliance que nous avons avec
luy, Nous fçavons qu'il
n'a manqué à aucune des conditions
qui font stipulées par les
Traitez , & lors que nous nous
fommes conduits conformement à
ce qu'ils portent , nos Pensions:
ant efté bien payées , & nos
202 VI. P. des Affaires
Marchands ont toujours jouy
des avantages que nous leur
avons procurez par ces mefmes
Traitez. Seroit-il de l'honneur
de noftre Nation d'avoir profité
pendant la Paix , des avanta
ges que nous donne l'alliance de
Ja
France , Ú de manquer aux
conditions fous lesquelles ils nous
ont efté accordez , lors que nous
voyons tant de Princes & d'Etats
unis contre cette Couronne ? Ces
fentimens feroient bien éloignez
de ceux que nos Ancestres ont
toujours témoignez de ce qu'ils
firent en 1521. lors qu'ils mirent
en prifon un Envoyé du Pape
du Temps. 203
Leon X. qui eftoit venu pour
leur demander une levée contre
François I. regardant ce Ministre
comme un Seducteur qui
vouloit les fuborner , & les ingager
manquer aux obligations
de leurs Traitez avec la
France.
à
Je croy qu'il eft inutile de vous
faire remarquer la foibleffe de
ce que dit l'Auteur dans la
fuite de fon ouvrage. On y découvre
que fon emportement
contre la France eſt le feul motif
qui le fait parler , & que le
bien de la Patrie n'y a aucune
part . Les differends de cette
204 VI. P. des Affaires
Couronne avec la Cour de
Rome , n'ont aucun rapport ave
les interefts des Cantons , ny à
l'alliance qu'ils ont avec la
France. Si l'Auteur eft Proteftant
, comme il le dit luymefme
, il luy importe peu que
le Roy de France foit brouillé
avec le Pape , & il ne nous
en feroit pas un fi long article ,
s'il n'avoit deffein d'irriter les
Catholiques , qui fçavent bien
cependant que ces differends ne
font que fur des matieres purement
temporelles.
Quant à ce qui regarde la
maniere dont les Ambaſſadeurs
du Temps . 201
des Cantons de Zurich & de
Berne ont efté reccus en France ,
il eft inutile de rebattre tout ce
qui leur a efté dit pour leur
faire voir qu'on vouloit bien
leur accorder les mefmes honneurs
qui avoient eftéfaits à ceux qui
les avoientprecedez en la mefme
qualité ; ilfuffit de dire qu'ils ont
obtenu tout ce qu'ils ont de
mandé , puis que.
que l'Evefque & le Chapitre de
Geneve faifoient contre cette
Ville au Parlement de Dijon ,
qui donnoient de l'inquietude
à ces deux Cantons , ent cessé
depuis le départ de ces Ambaſſales
pourfuites
206 VI. P. des Affaires
deurs. Ces Cantons ne doiventils
pas fe louer à prefent de la
maniere dont le Roy de France
les traitte , & Meffieurs de Zurich
n'en ont- ils pas encore un
nouveau fujet fur la maniere
dont il vient de terminer à leur
entiere fatisfaction l'affaire de
leurs crefpons ?
Nous voyons , Meffeigneurs,
quoy que vous puiffe dire cet
Auteur, que le Roy de France
par la conduite qu'il tient à
noftre égard , ne foubaire que le
maintien d'une alliance qué nous
entretenons depuis fi long- temps ,
ne demande de nous que ce
du Temps .
207
qui peu regarder nos veritables
interefts. Comme il n'y a rien
qui nousfoit plus convenable que
de demeurer toujours unis ; auffi
avons -nous veu que lors qu'il
y a eu quelques differends entre
nous , les Ambaffadeurs
du Roy
Tres-Chreftien fe font entremis
pour les terminer , fans témoigner
aucune partialité pour les
Catholiques , ou pour les Proteftans.
La conduite de la Mai-
Lon d'Autriche a efté bien differente.
Je ne vous rappelleray point le
temps de la guerre de la Valteline
, pendant laquelle le Nonce
208 VI. P. des Affaires
> al.
Scapi, le Pere Marienigo , Capucin
, & plufieurs autres Ecclefiaftiques
, tous devoüez à cette
Maifon , firent leurs efforts fous
pretexte des Miffions pour
lumer la guerre entre les Cantons
leurs Confederez , & ils
y auroient enfin réüſſi , ſi le Roy
de France Louis XIII, n'en euft
prevenu lesfuites, & n'euft maintenu
la paix des Cantons , en
s'engageant mefme pour cet
dans une guerre contre l'Efpagne
& fes Alliez. Nous fçavons
auffi que lors
tons ont trouvé des difficultez à
s'accommoder entre - euxiles' Mique
effet
les Candu
Temps.
209
>
niftres de la Maifon d'Auftriche,
ont toûjours efté ceux qui ont
fomenté leurs divifions les
ont fait durer le plus long- temps
qu'il leur a esté poffible.
Ce font- la , Meffeigneurs,
les reflexions que j'ay pú faire
fur le Livre qui vient de paroiftre
, es dont j'ay cru , comme
fidelle Compatriote, devoir vous
faire part. Je ne puis m'empefcher
d'y ajouter qu'outre les pretentions
que
triche afur nous , & dont j'ay
déja parlé , nous devons encore
fonger aux differends que nous
avons avec l'Empereur pour l'a
la Maifon d'Auf-
S
210 - VI. P. des Affaires
le
proprieté du Lac de Constance.
Nous devons confiderer que
Roy d'Espagne fe plaint que nous
luy retenons les vallées de Logarne
, Lugane , Bellinzone , &
autres , qui ont esté démembrées
du Duche de Milan , & que ces
prétextes feroient fuffifans à la
Maifon d'Auftriche, fielle estoit
un jour affezpuiſſante pour nous
opprimer. Mais enfin , Meſſei
gneurs , vous eftes trop éclairez
pour ne pas bien voir que tous ces
Ecrits toutes les tentatives que
font les Partifans de la Maifon
d'Auftriche pour nous brouiller
avec la France , ne tendent pas.
du
Temps.
21
la
feulement à ôter à cette Couron-..
ne fes bons & fidelles Amis ,
mais qu'on efpere encore que
diminution de fa puiſſance nous
fera perdre le pluspuiſſant appuy
que nous ayons , & qu'il fera
plus facile à l'Empereur & à la
Maifon d'Auftriche , de fe rendre
Maistres de ce qu'ils pretendent
leur appartenir de nous
réunir fous leur pouvoir . Nous
avons auffi lieu de faire de ferienfes
reflexions fur le refus que
fait l'Empereur d'éloigner la
guerre de noftre voifinage en nous
remettant la garde des Villes
Foreftieres ; & fi nous voulons
Sij
2r2 VI. P. des .Affaires
affurer le repos de nostre Patrie
nous ne devons pas negliger les
moyens que nous en avons pre-.
fentement , & aufquels il fera
trop tard de recourir , fi nous
differons plus longtemps à les
mettre en ufage . Fefuis &c.
A Balle ce 20. Mars 1689.
Il y a trop longtemps que
je vous parle des affaires
d'Angleterre , pour ne vous.
pa's faire connoiftre plus particulierement
les Peuples
dont font compofez les trois
Royaumes , qui font ce qu'on
appelle aujourd'huy la Grand
du
Temps
213
Bretagne. Vous m'avez té
moigné le fouhaiter dans la
plufpart de vos Lettres , & je
vais tâcher de vous apprendre
par un abregé fort court , ce
qu'il vous feroit difficile de
fçavoir qu'aprés avoir leu une
grand nombre de volumes...
Quand cet Abregé vous aura
inftruite de leurs moeurs , de
leurs forces , & de leur Religion
, vous pourrez prévoir ,
fuivant les mouvemens journaliers,
une partie des chofes
qui font encore incertaines ,
& qui peuvent arriver
du moins former de juſtes raiou
214 VI. P. des Affaires
fonnemens fur ce qui fe paffe
chaque jour dans les Etats du
Roy d'Angleterre à l'égard
des Troubles dont on les voit
agitez , & des démarches 'que:
fait ce Monarque pour re
monter fur le Trône. La Religion
qu'il fuit eft cellé que
les anciens Anglois ont profeffée
, & il eft fort étonnant
qu'aprés qu'ils ont pris foin
de la conferver dans toute
fa pureté pendant un fort
grand nombre de fiecles , ils
faffent gloire de s'en décla
rer prefentement les plus irreconciliables
Ennemis.
du
Temps.
215
L'Angleterre qui eft la plus
confiderable de toutes les
Ifles de l'Ocean , a cu autrefois
le nom d'Albion, ou de
Bretagne , quand on la confideroit
avec l'Ecoffe , de laquelle
elle eft feparée par les
Rivieres de Solvay & de
Tuvede. Sa forme eft trian
gulaire , & fes divers Caps ,
& Bayes rendent fa cofte fort
irreguliere. Elle a prés de
quatre cens milles de lon
gueur , trois cens de largeur ,
& treize cens de tour . Vous
fçavez qu'il faur trois milles
pour faire une lieuë de Fran216
VI. P. des Affaires
On croit que les Bretons ,
Peuples venus des Gaules , furent
les premiers qui l'habiterent
, & qu'ils eurent pour
Roy un nommé Brutus , que
quelques- uns marquent en
l'an du monde-2834 . Les Hiftoriens
Anglois & Ecofloisluy
donnent un tres grand
nombre de Succeffeurs , mais
tout ce qu'ils difent eft fi
confus , qu'il n'y a rien de
certain jufqu'au temps où
Jules Cefar entra dans la
Grand' Bretagne. Il foumits
les Peuples de la partie meridionale
& les rendit tribu-
*
taires
du Temps .
217
taires à la Republique . Cefar
ayant efté tué quelque temps
aprés dans le Senat , & Augufte
eftant parvenu à l'Empire,
les Bretons prirent les armes ,
& s'efforcerent de fecoüer le
joug qui leur eftoit impofé ,
mais ils furent toujours défaits
, & leurs diverfes révol
tes ne fervirent qu'à mieux
affermir fur eux la domination
des Romains. Elle dura
jufqu'à l'an 446. qu'ils appellerent
à leur fecours les Pictes ,
Peuples d'Ecoffe qui habitoient
la partie Septentriona
de de Eifle . Ceux cy en chaf
T
218 VI. P. des Affaires
ferent entierement les . Romains
, qui s'y eftoient maintenus
pendant plufieurs fiecles
, & affermirent fi bien
leur tedoutable puiſſance, que`
la plus grande partie des Bretons
n'ayant pû leur refifter ,
furent obligez de fe foûmettre.
Les autres qui n'eftoient
point nez pour la fervitude ,
mirent fur le Trône un Seigneur
d'entre eux nommé
Vortiger , ne doutant point
qu'il ne cherchaft à les rétablir
dans leur liberré & dans
leurs biens . Ce qu'ils avoient
efperé leur arriva . Ce digne
du
Temps.
219
Chef marcha à leur tefte
contre les Pictes & les Ecoffois
, & fon exemple les anima
tellement , qu'ils les obli
gerent à fortir de leursProvinces.
Ce ne fut pas pour longtemps
. Ces fâcheux Voifins
renouvellerent la guerre , &
Vortiger n'en put triompher
que par l'aide des Saxons. Il
crut ne pouvoir mieux reconnoiftre
un fecours fi favorable
qu'en leur affignant des
Terres dans fon Royaume
pour les engager à s'y établir.
Ils firent venir fur cette offre
une nouvelle colonie de Sa-
Tij
220 VI. P. des Affaires
xons pour eftre plus forts
& quantité de Femmes les
accompagnerent. Vortiger
ayant épousé la Fille de leur
General , ce mariage déplut
aux Bretons , qui reconnurent
Vortimer fon Fils pour
leur Souverain . Il y eut combat
entre le Fils & le Pere. Les
Saxons furent Vainqueurs
& affiftez des Anglois qui
eftoient venus avec eux fous
la conduite d'Hengiftus
pour
fecourir Vortiger , ils entreprirent
fi bien les Bretons ,
qu'ils les reduifirent à ſe retirer
aux parties occidentales
du Temps.
221
de l'Ifle , qui ne font que des
Montagnes infructueuses , &
fe rendirent maiftres de toute
la Bretagne , à la referve de
l'Ecoffe , du Pays de Galles
& de Pictland . Ce que l'on
trouve de plus probable des
Anglois , eft qu'ils font fortis
de la Germanic , auffi- bien
que les Saxons , Colonie des
Saces , qui s'y vint habituer
du temps de Diocletien , &
qu'ils occuperent une petite
Province que l'on nomme
Angel , fituée dans le Dannemarck
, entre le Jutlland &
Holface . Ces deux Nations
Tiij
222 VI. P. des Affaires
également belliqueufes ayant
tout foûmis , diviferent leurs
Conqueftes & en firent fept
Royaumes particuliers , done
les principaux Capitaines de
leurs Armées fe mirent en
poffeffion . Le premier , compofé
de la feule Region de
Kent porta ce nom, & eut dixbuít
Rois depuis Hengiftus ,
qui fut tué dans une Bataille
en 488. juſqu'à Ethelcup , qui
tomba au pouvoir d'Egbert ,
Roy de Weftfex en 805. Le
fecond , dit Suffex , compre
noit les Provinces de Suthfex
& de Suthry . lleut pour predu
Temps. 223
>
mier Roy Alla ou Elly &
Aldinus qui en eftoit le cinquiéme
, fut privé de la Couronne
, & peu de temps aprés
de la vie par Inas , onzième
Roy de Weftfex . Le troifiéme
de ces Royaumes que l'on appelloit
Estangle + ou des Anglois
Orientaux , avoit les Provinces
de Norfolc & de Cambridge
, & l'Ile d'Ely . Il cut
dix- fept Rois , dont le premier
fut Uffa , & le dernier
Eric . Edouard , Fils d'Alfred ,
Roy de Weftfex , unit ce
Royaume au fien . Celuy d'Ef
fex ou des Saxons Orientaux
T iiij
224 VI. P. des Affaires
comprenant les Provinces
d'Effex , de Midlefex , & une
partie de celle d'Hertford ,
eut pour premier Roy Erchenvin
. Sutred , quinziéme
& dernier Roy d'Effex) , fuc
privé de fes Etats par Egbert,
Roy de Weſtſex Le cinquié
me Royaume qu'on appelloit
de Mercie , eftoit compofé des
Provinces de Glocefter , d'E
refort , Worchefter , Bethfould
, Bucchinghan , Oxford ,
Staford , Stroop , Nortinghan
,
Cefter , & de l'autre partie
d'Hertford
. Il eut ving- trois
Rois dont Crida fut le.
du Temps. 225
と
premier , & Alured le der
nier . Le Royaume de Nor
thumberland , qui fut le fixiéme
, contenoit les Provincesde
Lanclaftre , d'Yorck , Durhan
, Cumberland , Weftmerland
, & les Regions d'Ecoffe
jufques au bras de Mer d'Edimbourg
, & fut poffedé
d'abord par Idas . Il eut huit
Succeffeurs , dont le dernier
fut Ecfrid. Le feptiéme
Royaume nommé de VVeffex
out des Saxons Occidentaux ?
comprenoit les Provinces de
Cornwal , Den, Dorfer , Som
merfer , Wil, Suthampton
&
225 VI. P. des Affaires
Barch . Cerdic fut le premier
Roy qu'elles reconnurent
& Egbert , qui fut le dixfeptième
Roy de Weftfex ,
ayant réuny en un feul Eſtat
les autres Royaumes dontje
viens de vous parler , ordonna
en 835 , qu'on le nomeroit
Angle ou Engleland , c'est à
dire Angleterre. Son Fils
Ethlelulfe qui luy fuccedas
fut troublé dans la poffeffion
du Royaume par une furieu
fe irruption de Danois qui
s'emparerent de Londres , &
qui la pillerent. lles combatit,
& les tailla tous en piedu
Temps,
227
ces. Eftant delivré de ces
redoutables ennemis , il fuivit
les mouvemens de fa pieté ,
& cftant allé à Rome , il rendit
tous les Royaumes que
fon Pere Egbert avoit fou
mis , tributaires du Sainr
Siege par l'hommage d'une
piece d'argent que chaque famille
payoit tous les ans , ce
qui s'appelloit le tribut de
Saint Pierre. Ce tribut eftoit
levé par un Treforier du Pape,
étably en Angleterre, & on a
continué de le payer juſqu'au
Schifme d'Henry VIII . Les
Succeffeurs de ce Rrince re228
VI. P. des Affaires
gnerent jufqu'en 1017. Pendant
ce temps les Danois
continuant leurs invafions ,
tantoft vaincus , & tantoft
vainqueurs , & enfin Etheldret
ayant fait tuer cruellement
tous ceux qui s'eftoient
habituez en Angleterre
, Canut
, Roy de Dannemark , y
paffa pour les vanger, & aprés
y avoir fait de grandes conqueftes
, il en demeura le
maiſtre abfolu par la mort
d'Edmond II. furnommé
Cofte de Fer. Ses deux Fils ,
Harald & Canut II . ayant
regné après luy, les Anglois
du Temps. 229
en furent fi cruellement traitez
,que le dernier eftant mort,
ils exterminerent prefque tous
ceux de fa Nation , & firent
une loy par laquelle on arrefta
qu'on ne fouffriroit jamais
qu'aucun Prince Danois
montaft fur le Trône d'Angleterre.
Alors Alfred , Frere
d'Edmond dont Canut avoir
triomphé, fut apellé à la Couronne
mais ayant eſté tué
par un Comte Anglois nommé
Godwin avant qu'il fuft
arrivé à Londres , elle fut
donnée à Edouard fon Frere,
dit le Confeffeur, Fils du Roy
230 VI . P. des Affaires
Ethelred, qui l'avoit cu d'Emme
fa feconde Femme , Fille
de Richard Duc de Normandie
. Celuy cy ayant toujours
vécu en
Edite
fa Femme
, & voulant
reconnoiftre
les affiftances
qu'il
avoit
receuës
de Guillaume
, Duc de Normandie
.
qui l'avoit
receu
chez luy pendant
que les Danois
eftoient
Maiftres
de
l'Angleterre
, le
laiffa
heritier
de fes Eftats
.
Guillaume
les conquit
l'épée
à la main , & fut pour
cela
furnommé
le
Conquerant
.
Aprés
la mort
de Henry
I.
continence avec
du Temps. 230
fon troifiéme Fils , la fucceffion
fut continuée par les
defcendans des Filles jufques
à la Reyne Elizabeth , qui
reconnut pour fon Heritier
Jacques VI. Roy d'Ecoffe ,
Fils de Marie Stuard . Il regna
en Angleterre fous le nom de
Jacques 1. & fut le Grand-
Pere du Roy d'aujourd'huy.
Je ne vous ay rapporté toutes
ces chofes en peu de mots ,
que pour vous faire connoiftre
ce que peut eftre une
Nation , qui aprés avoir eſté
foumife long temps à la domination
des Romains , a pris
232 VI. P. des Affaires
les moeurs des Bretons , des
Saxons des Danois & des
د
eline
Normands qui ont paffé dáns
cette Ile. Les Seigneurs & les
veritables Nobles y font
honneftes , genereux , obligeans
, liberaux , & jaloux de
la gloire de leur Patrie . Le
Peuple au contraire y eft
cruel , infolent , brutal , feditieux,
& ennemy des Etran
gers . Selon le Gouvernement
Ecclefiaftique , l'Angleterre Į
eft divifée aujourd'huy en
deux Provinces ou Archevefchez
; qui font Cantorbery
& York La Metropole de
du
Temps.
233
Cantorbery a vingt & un Suffragans
, & celle d'York en
a trois . Ces vingt- fix Diocefes
font encore divifez en
foixante Archidiaconez
, qui
ont fous eux des Doyens Ru
raux . Selon le Gouvernement
Seculier , l'Angleterre eft di
vifée en cinquante - deux
Comtez , & a vingt- cinq Citez
ou grandes Villes, fix cens
cinquante grands Bourgs où
Fon tient marché , & prés de
dix mille Paroiffes , dont plufieurs
ont des Hameaux &
des Villages confiderables .
Quant à la Religion , on
V
234 VI. P. des Affaires
tient que Jofeph d'Arimathie
y porta la Foy incontinent
aprés la mort de S. Eftienne,,
& que vers l'an 180. Lucius
envoya demander des Mif
fionnaires au Pape Eleuthere,
pour achever de donner à fes
Sujets la connoiffance des
veritez de l'Evangile . Dans le
cinquiéme ficcle , Pelage qui:
eftoit Breton, ayant répandu
le poifon de fes erreurs dans
certe Ifle , S. Germain d'Auxerre
, & S. Loup de Troye
ypafferenr , & les combattirentavec
beaucoup de fuccés.
Lors que les Saxons , qui és
3
i
du
Temps.
༡༢༦
toientPayens ; en curent chaffe
les Bretons , & s'y furent érablis,
ils y firent recevoir leurs
fuperftitions ; mais Berthe ,
Fille de Charibert , Roy de
France , mariée à Ethelbert ,
Roy de Kent , luy perfuada fi
bien ce que la Foy nous enfeigne
, qu'ayant écouté avec
plaifir un Moine nommé Auguftin
, que le Pape Gregoire
Le Grand luy envoya en 596
accompagné de quarante autres
de l'Ordre de S. Benoift ,
il confentit à recevoir le Bapreſme
, & plus de dix mille
de fes Sujets le receurent com
Vij;
236 VI. P. des Affaires
མར་
me luy. Depuis ce temps ,,
l'Angleterre ne profeffa point.
d'autre Foy que la Catholique
Romaine , & l'on peut
dire que dans toute l'étendue
du monde Chreftien , on ne
trouve point de Rois qui
ayent marqué plus de zele
pour cette Religion . Non
feulement ils rendoient une
entiere foumiffion au Saint
Siege , mais ils ne fouffroient
aucun Heretique dans leur
Ifle. Ceux qui y eftoient paffez
de Gascogne & d'Alle
magne vers l'an 1160 y furent
marquez d'un fer rouge au
.)
du Temps.
237
墨
milieu du front. On y traita
les Vaudois & les Difciples
de Wiclef avec la mefme rigueur
mais enfin Henry VIII .
fit malheureuſement entrer .
' Herefie , aprés l'avoir combattue
par un excellent Trai
té , qui luy avoit fait meriter
le titre de Défenfeur de fa
Foy. Tout le monde fçait que
Fenvie d'époufer Anne de
Boulen , en répudiant Cathe
rine d'Arragon dont il avoit
une Fille nommée Marie , le
porta à ce defordre . Il fit de
mander la difpenfe au Pape
Clement VH . laquelle luy
238 VI.P. des Affaires
ayanteſté refufée, il ne laiffa
pas d'époufer fecretementAn
ne de Boulen. Crammer , qui
avoit cfté fait Archevefque
de
Cantorbery, à la charge qu'il
declareroit, mefme contre
l'autorité
du Pape, le mariage
de Catherine nul & illegiti
me aprés avoir tâché inutilement
de réfoudre à Rome les
difficultez
qui fe . rencon
troient dans cette affaire, prononça
une Sentence de di
vorce entre le Roy & la Reine
fur la fin de l'année 1532. Le
Pape en ayant afté informé ,
menaça ce Prince de l'excom
du Temps. 239
munier , s'il ne fe rendoit à
la raifon & fur la priere de
François I. il differa de ful
miner l'excommunication
afin de luy donner le temps.
de fe reconnoiftre . Ce fage
Monarque obtine de Henry
qu'il ne fe fepareroit point
de la Communion de l'E
glife Romaine, pourveu que
le Pape ne fe hâtaft point
prononcer contre luy ,
& il envoya Jean du Bellay,
Evefque de Paris luy en
[ porter la nouvelles à Ro
me, & demander quelque
temps pour reduire cet efprit
de
#
340VI. P. des Affaires
difficile à gouverner fur fa
paffion . Les Partifans de l'Empereur
Charles - Quint firent
limiter ce temps à un eſpace
fort court , & lors que le jour
fixé fut venu , ils engagerent
le Pape à faire afficher dans
les Places ordinaires la Sentence
qui
Henry , dont le Courrier arriva
deux jours aprés, appor
tant un ample pouvoir par
lequel le Roy promettoit de
déferer au jugement du faint
Siege. Il eftoit trop tard , &
le Pape ayant déja declaré les
fecondes Noces illegitimes,
excommunioit
Henry
du
Temps .
241
Henry voyant qu'on l'avoit
fi peu confideré , fe laiffà fi
fort tranſporter à la colere ,
qu'aprés avoir privé Catherine
& Marie fa Fille de tou
tes fortes d'honneurs & de
privileges , il fit ordonner en
une ATemblée des Etats du
Royaume , que perfonne à
l'avenir,fous peine d'eftre criminel
de leze Majefté , ne fe
foumettoit à l'autorité du Pa.
pe dans tout fon Royaume,
qu'il feroit luy-mefme reconnu
pour Chef de l'Eglife Anglicane
, qu'on luy payeroit
les Annates & les Decimes
X
242 VI. P. dés Affaires
des Benefices , qu'il jugeroit
de tous les procés , & reformeroit
les abus , & qu'on
n'appelleroit plus le Pape qu'
Evefque de Rome . Il confif
qua tous les biens des Monafteres
, dont il diftribua les
revenus à plufieurs Gentilshommes
du Royaume pour
les retenir dans fes interefts, &
ruina prés de dix mille Eglifes.
Il commença à s'en repentir
, lors qu'eftant tombé
malade , il enviſagea ſa mort
comme certaine . Il fit affembler
les plus fçavans Perfonnages
d'Angleterre , pour
du Temps: 243
concerter avec eux fon retour
à l'Eglife Romaine , mais
quelques uns que des interefts
particuliers engageoient
à n'appuyer pas des fentimens
fi Chreftiens , luy ayant reprefenté
que l'importance de
l'affaire demandoir que les
Etats fuffent convoquez pour
la réfoudre , on la fit traifner
en tant de longueur , qu'il
mourut avant que l'on cuft
pû prendre les mesures neceffaires.
Cependant il communia
fous une feule efpece ,
comme font les Catholiques.
& rétablit l'Eglife des Cor-
X ij
244 VI. P. des Affaires
deliers qu'il avoit chaffez ,
avec ordre de la faire fervir
de Paroiffe. Son Fils Edouard,
qu'il avoit eu de Jeanne Seimer
, luy ayant fuccedé en
1547. prit avec le nom de Roy
celuy de Chef de l'Eglife Anglicane
. Comme il n'avoit
que dix ans , fon Oncle Edouard
Seimer , Duc de Sommerfet,
Heretique Zuinglien,
fut Protecteur du Royaume.
Tous les Officiers qu'il luy
donna eftant Heretiques
comme luy , ils l'éleverent
dans leur doctrine , ce qui
caufa la perte de la Religion
du Temps. 145
Orthodoxe en Angleterre.La
Meffe y fut abolic , on brifa
ce qu'il y avoit encore d'I
mages de Saints ; il fut or
donné qu'on celebreroit
l'Office divin en langue vul
gaire , & les feuls Miniftres
Proteftans furent receus à
prefcher. La Mort d'Edouard
eftant arrivée en 1552. Marie
fa Soeur , Fille de Henry VIII .
& de Catherine d'Arragon
,
fut couronnée Reyne. Comme
elle avoit toûjours maintenu
la Meffe , elle remit les
caufes fpirituelles
au jugement
de l'Eglife , chaſſa
2
X iij
246 VI. P. des Affaires
d'Angleterre plus de trente
mille Heretiques de diverfes
Sectes , & abolit toutes les
loix qu'Edouard avoit faites
contre la Religion . Elle mourut
au mois de Novembre
1558 & Elifabeth , Fille d'An
ne de Boulen , craignant que
le Pape & les Catholiques ne
luy difpuraffent la fucceffion ,
fe fit couronner fuivant les
ceremonies de l'Eglife , mais
aprés qu'elle ſe vit établie ,
& en eftat de ne craindre
rien , elle receut l'Herefie , fe
fit nommer Souveraine dans
fon Royaume , tant au fpiridu
Temps. 247
ruel qu'au temporel , s'appropria
les Annates & les Decimes
, impofa de rigoureuſes
peines à tous ceux qui profeffoient
la Religion Catholique,
& fit ceffer les Meffes
& le Service divin danstoutes
les Eglifes le 25. Juin 1559 .
-Elle laiffa pourtant plufieurs
chofes malgré cette grande
innovation , les croyant indifferentes
, comme les Orgues
, la Mufique , les ornemens
d'Eglife , les noms d'Evefques
, de Chanoines , de
Curez , avec l'abſtinence de
la chair en Carefme , & tous
X iiij
248VI. P. des Affaires
les Vendredis & Samedis de
l'année. Elle mourut en 1603 .
& Jacques VI. Roy d'Ecoffe
qu'elle avoit nommé fon
Heritier luy fucceda. Ce
Prince pour fe faire aimer de
fes Sujets , voulut fçavoir l'état
de la Religion,& de quelle
maniere vivoient les Ecclefiaftiques
Anglois . Il convoqua
en 1604. une Affemblée
Generale des Archevefques
Evefques , Doyens , & Docteurs
d'Angleterre , ou entre
autres articles
>
refolus en
forme de Conftitutions Ecclefiaftiques,
il fut arrefté que
du Temps .
249
quiconque ne reconnoiftroit
pas le Roy d'Angleterre
pour
Chef de l'Eglife Anglicane
dans tous fes Etats , feroit
tenu excommunié , de meſme
que celuy qui diroit que la
Liturgie compriſe au Livre
des Prieres publiques , & de
l'adminiſtration
des Sacremens,
fuft un Service fuperftitieux
& corrompu
, ou qui
foûtiendroit
qu'il fuft permis
à un Miniftre ou à un Laïque,
ou à quelqu'un des deux
Ordres affemblez , d'ordonner
des chofes Ecclefiaftiques
fans
l'autorité
du Roy ; Qu'on
250VI. P. des Affaires
obferveroit les Dimanches &
les autres jours de Feftes , fuivant
que l'Eglife Anglicane
les a établies , fçavoir en entendant
lire & prefcher la
parole de Dieu ; Qu'on liroit
ou chanteroit la Liturgie publique
aux jours & Vigiles
marquez dans le Livre des
Prieres Que les Recteurs ,
Vicaires , Miniftres ou Curez
reciteroient la Litanie dans
toutes les Eglifes Cathedrales
& Collegiales , & dans toutes
les Chapelles ; Que tous les
Mercredis & Vendredis , le
Miniftre appelleroit le Peudu
Temps. 211
ple au fon de la cloche pour
prier Dieu dans l'Eglife , &
que tous les Peres de Famille
fcroient obligez d'affifterà ces
Prieres , ou d'y envoyer quelqu'un
de leur Maiſon ; Que
la forme & les ceremonies de
la Liturgie & de la Cene feroient
obfervées dans toutes
les Academies , où les Ecoliers
& les Prefets fe ferviroient
de furplis dans leurs Eglifes,
& Chapelles les Dimanches
& jours de Feftes; que chacun
fe mettroit à genoux lors
qu'on feroit la Confeffion ou
qu'on diroit les Pricies , &
252 VI. P. des Affaires
qu'on fe tiendroit debout
pendant qu'on reciteroit le
Symbole ; qu'on feroit la
Cene au moins trois fois l'an ;
que chacun la recevroit à
genoux dans fa Paroiffe , &
que ceux qui l'adminiftre .
roient aux Eglifes Cathedra
les , feroient reveftus de Cha
pes ; que les Peres ne pourroient
eftre Parrains de leurs
Enfans ; qu'on feroit le figne
de la Croix fur ceux qu'on
baptiferoit , fans qu'on deuft
croire ce figne de l'effence du
Baptefme ; que l'on enjoindroit
un Jeûne pour ordondu
Temps. 253
ner des Miniftres ; qu'un Evefque
ne pourroit faire en
un mefme jour un homme
Diacre & Preftre , & que les
Ordres ne feroient conferez à
aucun , s'il ne convenoit que
le Roy eft Souverain en Angleterre
, tant pour les choſes
Ipirituelles , que pour ce qui
regarde le temporel ; que
Glofes & les Paraphrafes feroient
défendues en la lecture
les
publique des Saintes Ecritutures
aux Miniftres que l'on
n'auroit pas admis à la Predication
que la forme des
Prieres feroit fuivie par les
254 VI. P. des Affaires
Predicateurs au commencement
de leurs Sermons , &
que la Confirmation demeureroit
comprife dans les Vifites
que les Evelques feroient
de leurs Dioceſes tous les trois
ans. Ces Conftitutions que
l'Eglife d'Angleterre fuit prefentement,
fe trouvent contraires
en beaucoup de chofes
à celles des Calviniftes , qui
ne veulent point fouffrir les
ceremonies , & qui ne rendent
aucun honneur à la
Vierge , au lieu que l'Eglife
Anglicane en celebre toutes
les Festes , ainſi que celles des
du
Temps .
255
Saints, & fait mefme preceder
d'un jeûne les Festes de la
Purification & de l'Annonciation.
La fonction de ceux
qu'on appelle Preftres dans
la Religion Anglicane , eft
de faire les Prieres , de prefcher
, de conferer le Baprelme
, d'adminiftrer la Communion
en leur maniere , &
on ne leur donne ce nom de
Preftres , que pour les diftinguer
des Evefques , qui font
mariez
comme eux .
On trouve dans ce Royaume
diverses fortes de Sectes .
Il y a des Puritains qui fuivent
256 VI. P. des Affaires
en toutes chofes la purc doctrine
de Calvin, & qu'on nomme
pour cela Calviniftes obftinez.
Ils nient le libre arbitre,
& regardent Dieu comme
l'Auteur du peché , & difent
que Jefus Chrift n'eft mort
que pour les Predeftinez ,
qu'il a fouffert les fupplices
des damnez , & que les Enfans
qui meurent avec le Baptefme
ne laiffent pas d'être fujets
à l'enfer , Dieu damnant
plufieurs perfonnes parce
qu'il le veut . Leur averfion
pour ceux qui font contraires
à leurs fentimens , & fur tout
du Temps . 257
pour les Catholiques va fi
loin , qu'ils ne voudroient
pas prier dans un lieu où des
Orthodoxes auroient confacré
. Ils pretendent eſtre les
feuls qui ayent la pure doctri
ne , & ne veulent point porter
de Surplis , de Bonnet &
de Soutane , comme font les
autres Prefbyteriens d'Angleterre
, qu'ils nomment Calvino
- Papiſtes & Parlementaires.
Ces Puritains furent
ceux qui cauferent tant de
troubles fous le regne de
Charles I. Ce Prince ayant
fait une Declaration
› par la-
Y
258 VI. ·P. des Affaires
quelle il ordonnoit que les
Eglifes d'Angleterre & d'Ecoffe
fuivroient la mefme
croyance , & pratiqueroient
les mefmes ceremonies , ce
qui s'appelloit la Conformité,,
le Parlement qui eftoit prefque
entierement compofé de
Puritains , ne voulur point
approuver cette Ordonnance,
& ce fut là le fujet de l'attentat
execrable qu'il commits
en condamnant fon Roy à la
mors.
Quant aux Presbyteriens» .
ils prennent ce nom à caufe
qu'ils , tiennent que l'Aſſem--
du Temps .
259
blée aefté gouvernée au commencement
par des Anciens,
& qu'ils veulent qu'elle foit
ainfi continuée . Ils difent
que l'Office d'Evefque n'a
point efté diftingué de celuy
d'Ancien pendant prés de
trois cens ans aprés Jeſus-
Chrift , que durant ce tempsils
avoient le melme nom , les
Preftres eftant Evefques
& que comme alors leurs
noms n'eftoient qu'un , leur
fonction de prefcher & d'ad--
miniftrer les Sacreinens , n'a--
voit rien de different. Ils ajou
tent aque la puiffance de con-
Y ij;
260 VI. P. des Affaires
firmer a efté annexée au Presbyteriat
, & que le gouvernement
eft le mefme . Ils fe fervent
de paffages de l'Ecriture
pour prouver cela , & font
conformes en beaucoup de
points aux opinions des Catholiques
& fort differens en
beaucoup d'autres . Vous remarquerez
que ce mot d'Ancien
s'explique de deux manieres.
Tandis qu'onfouffroit
les Calviniftes en France, on
entendoit par là un Chef de
famille , reconnu homme de
probité , & qu'on admettoit
dans le Confeil avec les Midu
Temps. 261
niftres pour les affaires de cetre
Religion , mais à l'égard
des Presbyteriens , Ancien
& Preftre font la mefme chofe
.
Il y a des Proteftans, qu'on
appelle Reformez . Ceux - là
font plus doux , mais quoy
qu'ils fe perfuadent qu'ils ne
donnent pas entierement dans
les erreurs de Luther & de
Calvin, & qu'ils s'attachent à
la veritable & pure doctrine de
l'Eglife Anglicane , ils ne font
pas exempts de l'herefie des
Anabaptiftes & des Puritains
qu'ils ne chaffent point de
262 VI. P. des Affaires
leurs Affemblées lors qu'il y
en vient quelqu'un ; ce font
mefme prefque tous Minif
tres Puritains , infectez des .
maximes de Calvin, qui trai
tent les chofes facrées de cette.
fauffe Eglife d'Angleterre . Ils
profeffent la Communion Ecclefiaftique
dans une entiere
conformité avec Genéve , de
forte que les Eglifes des Calviniftes
François & Flamans ont
toujours efté ouvertes dans
Londres par conceffion des
derniers Rois , quoy qu'ils ab-.
horrent la Doctrine Angloife ,
fa Profeffion & fes Ceremasdu
Temps:
2636
nies. C'est par ces Eglifes qui
font-tolerées comme Soeurs
germaines que le Puritaniſme
s'eft fomenté en ce Royaume,,
& il n'y a pas lieu d'eftre furpris
que les Anglois foient
combez en diverfes Herefies .
quoy que dans le temps qu'ils
ont commencé leur Schifme,
Luther & Calvin ne leur euf
fent point encore comuniqué
leurs erreurs . Ceux qui fuivenc
ces fortes de Sectes font ap
pellez, Non- Conformites.
Les Anabaptiſtes font auffi
receus en Angleterre. On les
nomme ainfi , parce qu'im.
264 VI. P. des Affaires
prouvant le Baptefme con
feré aux petits Enfans , ils des
rebaptifent lors qu'ils les
voyent parvenus à un âge
raifonnable difant qu'ils
n'ont pas la foy actuelle dans
l'enfance , Ils rejettent la Doctrine
de la realité & de la
Meffe , & croyent que Jefus-
Chrift n'a point pris chair
humaine de la Vierge , &
qu'il n'eftoit pas vray Dieu.
Nicolas Storkius , qui difoit
avoir communication avec
Dieu par l'Archange Saint
Michel qui luy promettoit
un Royaume s'il vouloit reformer
du
Temps
265
former Eglife , & détruire
les Princes qui tâcheroient de
s'y oppofer , fut le principal
auteur de cetre Secte . Thomas
Muntzer, fon Difciple , pour
fouftenir les refveries de fon
Maiftre , fit revolter les Payfans
d'Allemagne
, en leur
faifant croire, felon fa Doctrine,
que les Souverains éreignent
la liberté , & qu'il eſt
permis de la recouvrer par les
armes . Plus de cent mille
de ces abufez perdirent la vie
dans cette, guerre , & Muntzer
ayant efté pris paya de fa
tefte. Cette défaite arriva en
Ζ
266 VI. P. des Affaires
1525. & neuf ans après ce qui
eftoit refté de feditieux re
prirent les armes dans la
Weftphalie. Ils fe faifirent de
la Ville de Munſter , en chaf
ferent l'Evefque & les Magif
trats, & y établirent avec leur
Religion une Police toute
nouvelle , ayant éleu pour
leur Roy un jeune homme de
vingt - quatre ans , Tailleur de
Leiden en Hollande, qui fe fit
connoiftre fous le nom de
Jean de Leiden , quoy que
Bocold fut celuy de fa Famille.
Ce mal - heureux enfeignant
la Doctrine des
du Temps.
264
Anabaptiftes affeuroit qu'elle
luy avoit efté revelée du Ciel ,
& prefchoit entre autres chofes
la Communauté des biens
& la pluralité des Femmes
qu'il pretendoit devoir eſtre
auffi communes . La Villefut
priſe aprés dix- huit mois de
Siege , & Jean de Leiden &
fes principaux Complices receurent
la peine dont ils
étoient dignes.
Il y a encore des Indepen
dans , qui font ainfi appellez ,
parce qu'ils veulent que
chaque
Affemblée particuliere
ait fes propres Loix qui la
Z ij
268 VI. P. des Affaires
gouvernent fans qu'elle dépende
d'aucune autre dans les
Affaires Ecclefiaftiques
. Ce
qui les a feparez de l'Eglife
d'Angleterre , c'eft qu'ils
pretendent qu'aucun de fes
membres n'a les fignes de la
Grace ; que plufieurs de cette
Eglife ne font qu'une profeffion
exterieure de la croyance
de Jefus - Chrift fans avoir au
dedans l'efprit de Dieu , &
qu'ils en reçoivent beaucoup
parmy eux qui ne fetont pas
fauvez. Ils tiennent toutes les
Eglifes reformées profanes &
impures à la referve de ceux de
du
Temps.
269
leur fecte , & enfeignent que
F'efprit de Dieu habite perfonnellement
dans tous les bienheureux
; que leurs revelations
n'ont pas moins d'autorité
que l'Ecriture ; qu'aucun
ne fe doit inquieter par la
veuë de fes pechez à caufe
qu'il eft fous l'alliance de la
Grace ; que la Loy n'eft point
la regle de noftre vie , que
I'Humanité de Jefus - Chrift
n'eſt pas au Ciel , & qu'il n'a
point d'autre corps que fon
Affemblée. Ils font contre les
Formulaires des prieres , principalement
contre celuy de
Z iij
270 VI. P. des Affaires
l'Oraiſon Dominicale , lestenant
tous pour une extinction
de l'efprit , & comme ils font
confifter une grande Religion
, & devotion aux noms ,
ils ne veulent point entendre
parler des noms anciens de
l'Eglife , des jours de la femaine
& des temps de l'année . Ils
ne s'affujettiffent à aucun texte
en prefchant , & font pref
cher l'un & prier l'autre . Ce
font auffi des perfonnes d'un
caractere different entre eux ,
dont l'un prophetife , l'autre
chante des Pfeaumes , & l'au
tre benit le peuple . Ils refu
du Temps.
271
fent de baptifer les petits enfans
s'ils ne font de leur affem,
blée , parce qu'ils ne les regardent
point comme membres
de leur Eglife avant qu'ils
foient entrez dans leur allian
ce. Ils eftiment beaucoup plus
leurs affemblées en des lieux
particuliers que celles qui fe
font en public , & communient
en plufieurs places tous
les Dimanches entre eux ;
mais fans y admettre aucun
des Eglifes Reformées . Pendant
leur Communion il n'y
a ny chant ny exhortation ny
lecture. Ils la font affis à ta-
Z iiij
272 VI. P. des
Affaires
ble , ou n'ont point du tour
de
table pour
pour l'adminiftration
de leur Cene , & afin de
ne point paroiftre fuperfti
tieux , ils font couverts pendant
tout ce temps , fans qu'avant
qu'ils communient ils
sy preparent par aucun recueillement
ny par aucune
catéchifation qu'on leur faffe
. Ils
condamnent les procedures
violentes en fait de Religion
, & ne veulent point
que les confciences foient
Contraintes par la
peur peur
du
chaftiment.
Les Quakers font d'autres
du Temps.
273
Fanatiques d'Angleterre , ap
pellez ainfi du mor Quaquen ,
qui veut dire trembler , d'où
ils font auffi appellez Trembleurs
, parce qu'ils affectent
de trembler lors qu'ils prophetiſent
ou qu'ils prient . Ils
ne reconoiffent aucunes loix
Ecclefiaftiques & méprifent
Fes fciences , ce qui les tient
dans la plus craffe ignorance
qu'on fe puiffe imaginer.Ils ne
veulent ny prieres publiques
ny Sacremens , & fuivent l'opinion
des Anabaptiftes tou
chant le baptefme des Enfans,
parce , difent- ils , que l'Ecri
274 VI. P. des Affaires
ture ne fait mention que du
baptefme des Peuples . Ils dé
fendent l'explication de l'Ecriture
, fur ce qu'il ne doit
point eftre permis d'y ajoû
ter, & fouftiennent que Jefus
Chrift avoit auffi fes defauts ,
& que lors qu'il a crié , Mon
Dieu , pourquoy m'avez- vous
abandonné , il defefperoit de
Dieu. Ils disent que tous les
hommes ont en eux une lumiere
qui fuffit pour leur fa
lut , que la priere pour la remiffion
des pechez eft inutile,
que nous fommes juftifiez par
noftre propre juftice , qu'il
du
Temps. 275
n'y a point d'autre vie & d'autre
gloire à attendre qu'en ce
monde, n'y ayant ny Enfer ny
Ciel , ny Refurrection des
Morts ; que Jefus - Chrift eft
venu pour renverser toute forte
de proprieté , & pour rendre
tout commun entre les
hommes ; que perfonne ne
peut s'appeller Maitre ny
Seigneur , ny eftre ſalué en
paffant , & qu'aucun ne fçauroit
avoir de puiffance fur un
autre. Ils veulent que l'ame
foit une partie de Dieu , & que
Jefus-Chrift n'ait point d'au
tre corps que fon Affemblée.
276 VI. P. des Affaires
Quelques - uns de ces Qua
kers difent qu'ils font Chrift,
quelques - uns Dieu meſme, &
d'autres qu'ils font femblables
à Dieu , parce que le mefme
efprit qui eft en Dieu est
en eux .
Les Anglois reglent leurs
affaires par ce qu'ils appellent
Droit commun, qui eft la coûtume
ordinaire du Royaume
à laquelle le temps a donné
force de Loy. Divers Rois y
ont ajouté quelques Statuts
pour les chofes que la couftu .
me ne faifoit pas affez bien
entendre , & le Droit civil qui
du Temps .
277
eft un recueil de ce que les
autres Nations ont de plus
raifonnable,fuplée encoreaux
mefmes Statuts. Le Droit canon
d'Angleterre , appellé le
Droit Ecclefiaftique du Roy ,
eft composé de divers Canons
des Conciles , de plufieurs De
crets des Papes , & de paffages
tirez des Ecrits des Saints Peres
qui ont efté accommodez
à leur creance
, lors qu'il s'y
eft fait du changement dans
l'Eglife par le Schifme de
Henry VIII . Par la 25. Ordonnance
de ce Prince , ces Ordonnances
ne doivent eltre
278 VI. P. des Affaires
contraires ny à l'Ecriture
, ny
aux droits du Roy ny aux
Statuts & couftumes ordinai.
res de l'Eftat . Pour le Parle
ment , qui eft comme une Affemblée
generale des Eftars ?
comprenant la Chambre haute
& la Chambre des Communes
, tout le monde fçait
qu'en Angleterre il a grande
part au Gouvernement. Ces
deux Chambres font compo
fées du Clergé , de la Nobleffe
& des Communes
, qu'on appelle
en France le Tiers Eſtat,
qui font les trois Ordres
du Royaume . La Chambre
du Temps. 279
Haute a le Roy pour Chef ou
ceux qui y prefident de fa
part, & l'on n'y reçoit que la
Nobleffe qui eft appellée la
Pairric d'Angleterre, dont ily
en a de Ducs , de Marquis , de
Comtes , de Vicomtes & de
Barons. Les Evefques ont
-feance dans la Chambre haute
comme Barons & Pairs du
Royaume . Celle des Communes
, qu'on appelle auffi la
Chambre baffe , eft composée
de Barons , Chevaliers ,
Ecuyers , Gentilshommes ,
Yemans ou Communs , Bour
geois & gens de meftier , car
280 VI. P. des Affaires
Par la Loy d'Angleterre , tous
Ceux qui font au deffous de la
qualité de Barons , font mis
au rang des non Nobles , &
les Fils mefme des Ducs ne
peuvent avoir feance que dans
la Chambre baffe , à moins
qu'ils n'ayent des Lettres Parentés
du Roy qui les appellent
à la Chambre des Seigneurs
Lors qu'on a fait
quelques propofitions dans la
Chambre des Communes , el
les doivent eftre portées dans
l'autre, & l'on n'y peut rien
conclurre qu'avec la permiffion
du Roy. Il y a une
du Temps. 281
4
troifiéme Chambre , compofée
de fix Confeillers &
d'un Prefident que l'on tire
des deux autres . Ils connoif
fent des affaires qui font longues
& difficiles , & ils en
font leur rapport à l'Aſſemblée
les
pour juger . Leur employ
eft auffi de terminer les
differends qui furviennent
quelquefois entre les deux
Chambres . Le Roy ne peut
faire aucunes levées , ny paffer
de nouveaux Actes fansle
Parlement , qui pourtant
n'a point de pouvoir par luymefme
, & où tout ce qu'on
A a
282 VI. P. des Affaires
refour ne fçauroit avoir de
force que par l'autoriré que
le Roy luy donne . Il y a plufieurs
affaires que
que chaque
Chambre traite par Commit
té, c'eft à dire, qu'elle choisit
des Commiffaires pour les
refoudre. Quelquefois la
Chambre haute & la Chambre
baffe en nomment pour
la mefme affaire , & cela s'appelle
grand Committé. On
dit la Chambre fe met
que
en Committé, ce qui eft plus
ordinaire à la Chambre baffe,
quand il eft permis à chacun
de dire ce qu'il penfe d'une
10
du Temps.
283
affaire fans que ce foit opiner.
Alors la mefme perſonne
peut demander à parler plus
d'une fois , & on l'écoute
on
mais lors qu'on opine , aprés
que l'on a parlé une fois ,
n'a plus la liberté de rien
dire . Quant aux Bills qu'on
dreffe , ce font des Actes que
l'on veut faire paffer , & ils
n'ont force de loy qu'aprés
qu'ils ont efté leus en trois
diverfes Seances , & que le
Roy les a approuvez . Comme
il peut luy feul convoquer le
Parlement il le caffe auffi
quand il luy plaiſt , & c'eſt
Aa ij
284 VI. P. des Affaires
fon autorité qui regle tout .
L'abondance de toutes les
chofes neceffaires à la vie que
le Pays produit avec peu de
peine , rend les Anglois orgueilleux
& negligens . Les
pafturages y font merveilleux ,
Tes laines precieufes & les
draps fort recherchez . On
tient que cette bonté des
laines vient non feulement de
Ta fertilité du Païs , mais encore
de ce que l'air Y eftanc
extremement temperé , on
laiffe en tout temps les Moutons
à la Campagne . On le
peut faire avec feureté , parce
du Temps.
285
qu'on ne voit point de Loups
en Angleterre. Pour ce qui
regarde les forces de ce
Royaume , on tient que le
Roy peut mettre en Mer
plus de quatre cens voiles ,
& plus de cent mille hommes.
La Cavalerie n'y a jamais efté
fi conſiderable que l'Infanterie.
L'Ecoffe que les Romains
ont nommée Caledonie , eft
fituée en la partie Septen
trionale de l'Ifle . Elle a deux
cens cinquante- fept milles
de longueur ou environ , &
cent quatre vingt dix de lar286
VI.P. des Affaires
geur . Le Fleuve de Tay la
diviſe en deux parties, en me
ridionale , qui comprenoit
l'ancien Royaume des Pictes,
& en feptentrionale qu’habitoient
les Scots. La premiere
eft feparée en vingt- deux
Comtez , & l'autre en a treize.
Celuy de Louthiane ou de
Loudon
, que les anciens
nommoient Pictland , c'eft
à dire , demeure des Pictes
eft confiderable par la Ville
d'Edimbourg , Capitale du
Royaume. C'eftoit où les der
njers Rois faifoient leur fé
jour. L'Ecoffe comprend en
du Temps.
287
core les Illes Hebades ou
Hebrides , les Orcades , les
Sethlandiques ou Ifles de
Sethland , &c . On regarde les
Ecoffois comme les plus anciens
Peuples de la Grand "
Bretagne aprés les Pictes . On
débite quantité de fables fur
leur origine , mais l'opinion
que plufieurs tiennent la plus
raifonnable , eft qu'ils font
venus & nommez des Scythes.
Ils font divifez en deux Peuples
auffi differens de langage
que de coûtumes , Les Gentilshommes
& les Habitans
des meilleures Provinces qui
288 VI. P. des Affaires
parlent Anglois , font honneftes
, civils & ingenieux
mais un peu portez à la vangeance
. Les autres qui parlent
la langue qu'ils appellent Gas
chelet , & qui leur eft commune
avec les Peuples d'Ir
lande , obfervent encore lay
plufpart des vieilles coûtumes
en leurs veftemens & en leur
manger . Ils portent des che
mifes teintes de jaune ,fur lef
quelles ils mettent une espece
de Hoqueton , & ont les jam
bes nuës juſques au genouil.
Ce font gens barbares & fedi !
tieux qui habitent fur les
Montagnes .
1
du Temps.
289
Montagnes , & qui fe fervent
d'arcs & de fleches pour armes.
Cette partie dans laquelle
les Romains n'ont pû
jamais penetrer , fe nomme
la haute Ecoffe . Elle leur
fournit des lieux où il eft
prefque impoffible de les
reduire , & mefme de noftre
temps elle a borné le pouvoir
des Anglois Parlementaires.
En general les Ecoffois font
fort portez
à la guerre
, &
propres à la fatigue : on les
eftime vaillans , & ils combattent
toûjours à pied . La
Nobleffe
fait leur principale
Bb
290 VI. P des Affaires
force. Quand le Roy veut
faire la gguueerrrree., il affemble I
Parlement pour
leur déclarer
fes intentions , aprés quoy
les Nobles , les Vaffaux & les
Communes font obligez de
fervir en propre perfonne &
à leurs defpens . Il y a quel
ques mines d'or & d'argent
dans ce Royaume , du fer
du plomb , de l'azur , du
marbre , & l'on y trouve
quelquefois de l'ambre gris.
Ses plus fecondes Provinces
portent du bled , mais peu de
froment , & il y a dans les
autres plus de pafturages que
du Temps . II 291
"
de grains . On y fait auffi
quelque eftime des chevaux
On compte un fort grand
nombre de Rois , dont on
ne fçait rien de certain , &
dont la plufpart font peuteftre
fabuleux, depuis Fergus I.
qui regnoit avant l'an 420. de
Rome , c'eſt à dire plus de
trois cens ans avant la venue
du Sauveur du monde , juf
ques à Fergus II . dont on
trouve que le regne commen.
ça en 4. Il y a eu encore cinquante-
trois Rois depuis ce
Fergus II . jufqu'à Alexandre
III . qui eftant mort fans En-
Bb
ij
292 VI. P. des Affaires
des.
$2000
fans en 1286. laiffa la Cou
ronne à difputer entre Jean
de Bailleul d'Harcourt , originaire
de Normandie , &Robert
Brus , tous deux du Sang
d'Ecoffe par Filles . Ils choi
firent pour arbitres de leur
differend Edouard I. Roy
d'Angleterre , à ne compter
les Rois de ce nom que
puis Guillaume le Conquele
que derant
, que S. Edouard , qui
cftoit Edouard III . laiffa Heritier
de fon Royaume. Edouard
ayant fait promettre
à Jean de Bailleul qu'il affujettiroit
la Couronne d'Ecol
du Temps. 293
fe à celle
d'Angleterre , prononça
en fa faveur . Une
honteufe condition
lors
qu'elle fut fçeue , le fit méprifer
de fes Sujets . Edouard
Payant envoyé citer pour
l'obliger à tenir parole , il
ne parut point. Ce Roy en-
7910
tra dans l'Ecoffe avec de
nombreufes Troupes , fe rendit
maistre des Places les plus
confiderables, fit Jean prifonnier
, & ne le remiten liberté
qu'à la charge qu'il ne feroit
point rétably fur le Trône .
Les Ecoffois qui le haïffoient,
fouffrirent fans peine fon ex-
Bb iij
294 VI. P. des Affaires
clufion , mais comme ils a
voient une groffes Armée fur
pied , ils ne purent fe refoudre
à reconnoiftre Edouard . Il
marcha contre eux, tailla deurs
Troupes en pieces , & fe fervit
fi bien de fes avantages ,
qu'il obligea tous les Barons
à luy prêter ferment de fidelité
en 1300. aprés quoys il
abolit les anciennes Coutu
Imes du Pays , & y établit celles
d'Angleterre. Il ne garda
cette Couronne que pendant
fept ans. Robert Brus , concurrent
de Jean de Bailleul ,
s'eftant mis à la tefte de queldu
Temps .
295
ques Troupes emporta la
plufpart des Places dans lef
quelles Edouard avoit étably
des Garnifons , & fe frt couronner
Roy en 1307. Il ordonna
par fon teftament que David
fon Fils unique luy fuc
cederoit, & que s'il mouroit
fans pofterité , le Fils de Ma
rie fa Fille , qu'il avoit fair
époufer à Walter , ou Gairtier
Stuard grand Seneschal
d'Ecoffe , auroit la Couronne.
Cela arriva. David mourut
fans Enfans ; Robert Stuard
fon Neveu , Fils de Marie fa
Seeur, luy fucceda , & c'eft
Bb iiij
296 VI. P. des Affaires
1
de là que vient la Maifon
Royale de Stuard qui regne
aujourd'huy en Angleterre.
Jean , Fils de Robert , regna
aprés luy , mais les Ecoffois
ne pouvant fouffrir ce nom ,
à caufe de Jean de Bailleull ,
luy firent prendre celuy de
Robert III Il fut Pere de
Jacques I. & de Pere en Fils
il y cut cinq Rois de ce nom .
Jacques V. eftoit Fils de Jacques
IV. & de Marguerite
d'Angleterre , Fille d'Henry
VII. & Soeur d Henry VIII.
Il ne laiffa qu'une Fille appellée
Marie Reine d'Ecoffe.
W
du Temps.
297
Elle fut Femme de François
11. Roy de Frances & eftant
repaffée en Ecoffe lors qu'elle
fut Veuve, elle époufa Henry
Stuart Comte d'Arlay, dont
elle cut Jacques VI . que la
Reine Elizabeth reconnut en
mourant pour l'Heritier legitime
des Couronnes d'Angleterre
&
de . Comme
il y joignit celle d'Ecoffe, que
Marie Stuart , la Mere , luy
avoit laiffée
, il fe fit appeller
Roy de la Grand' Bretagne
,
& regna en Angleterre
juf
qu'en 1625. fous le nom de
Jacques I , Charles I. fon Fils
298 VI. P. des Affaires
luy fucceda. Il eftoit Pere du
feu Roy Charles II . & du Roy
Jacques , fecond de ce nom
en Angleterre , & feptiéme
dus mefme nom en Ecolle
fur qui le Prince d'Orange
vient d'ufurper la Couronne .
Tout le monde fçait fa fune
fte mort arrivée en 1649.1
anQuant à la Religion on
tient que le Royaume d'E
coffe receut les lumieres de
l'Evangile vers l'an 203. fous le
Pontificat de Victor I. Il fut
infecté de l'Herefie de Pelagius
dans le cinquiéme fiecle,
& le Pape Celeftin I. y envoya
Palladius pour l'en bannir.
*
s
du Temps.
299
Depuis ce temps il fe maintint
dans la pureté de la Religion
Catholique jufqu'au
regne de Jacques V. Ce Prin
ce fit voir beaucoup de zele
à s'oppofer aux erreurs des
Proteftans , & punit fevere
ment ceux qui les fuivirent .
Aprés fa mort , & celle de
Marie Stuard , fa Fille , toute
l'Ecoffe demeura
en proye
aux Novateurs . Le jeune Roy
Jacques VI, ayant eſté élevé
par les Heretiques , la Religion
Orthodoxe y fut prefque
toute ruinée. Lors qu'il
cut fuccedé à Elifabeth il
Med gol
A
300 VI . P. des Affaire&
fit recevoir en Ecoffe lesmef
mes ceremonies qui font pra
tiquées par l'Eglife d'Angles
terre , & donna des Everques
aux Ecoffois malgré les Mis
niftres de ce Royaume. Le
Parlement qui eft l'Aſſemblée
des Etats , eft compofé
des trois Ordres , fçavoir du
Clergé , de la Nobleſſe , & du
Peuple , comme en Angle
terre. Outre ce Parlement , il
en a un fixé à Edimbourg
étably par Jacques V. C'eftoit
avant luy un Parlement mou
vant qui alloit rendre la
Jultice par les Villes , & indu
Temps . 301
terpreter les Loix . Il y a auffi
en Ecoffe quelques Cours
Souveraines , & des grands
Jufticiers pour les caufes criminelles.
Chaque Province a
d'ailleurs , outre fes Officiers
ordinaires , un Vicomte Hereditaire
qui juge les matieres
criminelles & civiles . Les Seigneurs
Pairs du Royaume
font Deputez nez au Parle
ment , & en cette qualité ,
les Archevefques , Evefques
Ducs , Marquis , Comtes ,
Vicomtes , Barons ou Lords ,
ont droit d'y entrer fans autre
députation. Chaque Comté
302 VI. P. des Affaires
députe deux Gentilshommes
,
& les foixante Bourgs ou
Villes en deputent un . Edimbourg
, comme Capitale du
Royaume a le privilege d'envoyer
deux Deputez . On
procede enfuite à l'élection
des Commiffaires
, appellez
Lords des Articles, pour dreffer
le projet des Actes qu'on
doit propofer au Parlement.
Les Prelats en choififfent huit
parmy les Seigneurs . Les Seigneurs
choififfent le mefine
nombre parmy les Prelats ,
& ces feize Commiffaires
avec les grands Officiers de
du Temps . 303
la Couronne, qui font Commiflaires
furnumeraites dans
toutes les affaires du Parle
ment , en nomment huit autres
pour les Comtez , & huit
pour les Bourgs ou Villes ;
de forte que l'Afemblée eft
compofée de trente-deux perfonnes
, fans y comprendre
les Officiers du Roy & du
Royaume. Ces Lords des ar
ticles , ou Commiffaires choifis
du nombre des Prelats , des
Pairs Seculiers
& des Députez
des Comtez, & des Bourgs ou
Villes , preparent
tous les
Bills ou projets des actes qui
304 VI. P. des Affaires
doivent eftre propofez. Il n'y
a point d'autres Commiffaires
particuliers qui dreflent les
projets des actes ainſi qu'il ſe
pratique au Parlement d'Angleterre
, où ils font dreffez
par un nombre de perfonnes
choifies qui travaillent au
Comitté Comme ces Députez
font choifis de tous les Ordres
qui compofent l'affemblée
du Parlement d'Ecoffe
il n'y a point de deliberations
particulieres , de mefme
que celles la Chambre des
Communes & celles des
Seigneurs qui deliberent fe
du
Temps . 305
parement en Angleterre , &
ainfi il eft neceffaire
Gil
que les
actes foient approuvez deux
fois avant que d'eftre prefentez
au Roy. Les Lords des
articles avec le Chancelier &
les principaux Officiersde la
Couronne , ayant prepare , &
dreffe le projet de l'acte , ils le
mettent en deliberation
l'Affemblée generale. Lois
qu'il eft approuvé à la plura
lité des voix , le Chancelier le
prefente au Roy , ou en fon
ablence au grand Commiffaire
reprefentant fa Majefté , &
quand il a touché avec le Scc-
CC
306 VI.P. des Affaires
ptre le papier où il eft écrity
cet Acte eft reconnu valable
& a la mefme autorité que les
anciens Statuts du Royaume.
Il y a deux Archevefchez qui
font Saint André & Glaskow
,
& onze Evefchez en E
coffe , Les Ecclefiaftiques
s'y
gouvernoient autrefois par
les autoritez des Decrets &
des Conciles
, mais prefentement
ils fuivent les Loix
que les Rois d'Angleterre
ty
ont eftablies & tout le
Clergé y vit à la façon de l'Eglife
Anglicane,
Comme Ecoffe ne fait
qu'une mefme Ifle avec l'Andu
Temps. 307
gleterre , je me fuis creu obligé
de vous en parler avant
que de vous rien dire de l'Irlande,
qui eſt une Ile particulieres
quoy que l'Irlande
ait
efté foûmiſe aux Anglois par
la force de leurs armes , plus
de cinq cens ans avant que
l'Ecoffe & l'Angleterrenʼayent
eu que le mefme Souverain .
Gerte Ifle dont la longueur efti
environ de fix vinge licuês, &
qui en a loixante de l'argeur , &
deux cens cinquante ou for
xante de circuit , a pour Cont
Orient l'Angleterre , dont elle
neft feparée que par un bras
398 VI. P. des Affaires
A de mer qu'on peut aisément
paffer en un jour. Elleregarde
l'Espagne du cofté du midy
, & a la vafte mer à l'Occi
dent , & l'Ile d'lflandes au
Septentrion. C'eft la mefme
que les Latins ont appellée
Hybernic. Elle fe divife on
cinq Provinces , qui ont eftél
autrefois autant de Royaup
mes . Ces cinq Provinces font)
Monfter ou la Mommomic
compofée de fix Comtez st
Leinster ou Lagenie qui en ag
fept ; Connagh ou Connacing
qui en a fix , Ulfter ou Ultonic,
qui en a fept , & Meath out
du
Temps 309
Medie qui eft fituée au milieu
des autres , & qui comprend
la Fortereffe de Killair & la
Baronnie de Delvin. Dublin
qui eft dans la Lagenie , eft la
Capitale de toute l'Ile , avec
Univerfité. C'eft où les Vicerois
Anglois font leur fejour .
Ily a auffi Archevefché , ainfi?
qu'à Armach , à Toum & as
Cashel. Ces quatre Arche
vefchez avec vingt neuf Evel
chez , & toutes les autres Dio
gnitez eftablies dans la Reli
gions Catholique faifoient
autrefois le Clergé de cep
Royaume. Il a plufieurs Rip
310 VI. P. des Affaires
vieres qui forment des Lacs .
Le Liffer en fait unl , quia
au milieu une petite fle ou
l'on trouve le trou de faint
Patrice . C'eft ce qu'on appelle
ordinairement le Purgator
re de faint Patrice , dont l'on
conte tant de Fables . Cette
Me qui eft défendue par de
bons Ports , cft peu fertile emp
arbres fruitiers & a peu de
grains à caufe des pluyes con
tinuelles , mais les pafturages
y font excellens. On tient
que la terre n'y pout fupporter
aucun animal venis
meux , & meſme , qu'eſtanti
en
du Temps . 312
وہ
tranfportée ailleurs , elle fait
mourir les Serpens . On dit
auffi que le bois de fes Foreſts
n'engendre ny vers ,
ny aragnées. Les Habitans
font affez bien faits mais
moins vigoureux que les Ans
glois , & moins propres à la
guerre. L'air de leur Iflet
quoy que groffier , leur cauſe
peu de maladies , ce qui fair
que la plupart meurent de
vicilleffe . Comme ils vont à
l'extremité dans leurs paſfions
, ils font ou tout bons
ou tout méchans, Ceux qui
habitent à l'extremité de
312 VI. P. des Affaires
& l'averfion
l'Iſle ,ou dans les
montagnes ,
font entierement
fauvages ,
Leur Langue eft particuliere ;
& leur accent eft tres- rude .
On les accufe d'eftre naturellement
oififs
qu'ils ont pour la fervitude ,
fait que ceux qui font avancez
dans l'Iſle n'aiment nyla
Langue , ny la domination
des Anglois. On y trouve
une tres - grande quantité
de Safran , & les principales
richeffes de ceux qui l'habitent
, confiftent en beurre, en
fuif, en laines , en cuirs , en
fromages , en Saumons , dont
les
du
Temps. 313
les Anglois font tout le commerce.
On donne à l'Irlande
Slanius
pour premier Roy
& l'on pretend qu'il vivoit
prés de feize cens ans avant
la venue de Jefus - Chrift. Les
Hiftoriens d'Irlande mar
quent enfuite cent quatrevingt
- dix Rois juſques au
temps où elle a
où elle a efté foumife
à l'Angleterre , ce qui arriva
en iyi . Comme il y avoit
alors dans cette Ille autant de
petits Rois que de Provinces,
l'un d'eux ne pouvant refifter
à fes voifins envoyalon Fils à
Henry P qui regnoit en An
Dd
314 VI. P. des Affaires
gleterre , pour luy demander
quelque fecours. Henry luy
donna des Troupes qui réta
blirent ce Prince dans toutes
les Terres que fes Ennemis
avoient occupées fur luy Il
en fut reconnoiffant
, & pour
retenir, ceux qui l'avoient fi
bien fecouru , il leur diftribua
des heritages qui les arrêterent
en Irlande , Les Habi
tans naturels en eftant jaloux,
appellerent un Comte Anglois
nommé Richard, & luy
promirent de grands avantages
s'il les delivroit de leurs
Ennemis . Il avoit des Soldats
du Temps. 315
prefts. Il paffa dans l'Ifle , emporta
Dublin d'affaut , & devint
fi redoutable , que les
Contrées les plus éloignées
s'emprefferent à faire alliance
avec luy. Comme il eftoit
forty d'Angleterre contre les
ordres du Roy , Henry refolut
de l'en punir. Il defcendit
en Irlande avec une puiffante
Flote , attaqua Dublin , & le
Comte Richard obtint fon
pardon , en luy en faifant
ouvrir les portes. Henry continua
fes Conqueftes , & fes
armes faifant tout trembler ,
les Rois qui partageoient l'Ifle
Dd ij
316 VI.P. des Affaires
n'oferent fe joindre pour luy
refifter. La plufpart fe foumirent
, & luy prefterent ferment
de fidelité ; de forte
qu'il acquit fans beaucoup de
peine une Couronne qu'il
defroit ardemment depuis
long temps . Richard fon
Fils luy ayant fuccedé donna
à fon Frere Jean pour une partie
de fon appanage toutes
les Conqueftes que Henry
leur Pere avoit faites en Irlande
. Jean eftant monté au
Trône aprés la mort de Richard
, entreprit de conquerir
le reste de l'ifle , & en vint à
du Temps.
317
bout en 1210. Il y établit les
Coûtumes d'Angleterre , &
envoya des Gouverneurs &
des Magiftrats dans toutes
les Provinces pour y adminiftrer
la Juſtice , Depuis ce
temps- là , quoy que ces Peuples
ayent fupporté le joug
impatiemment
,les Rois d'Angleterre
ont efté Seigneurs
d'Irlande , fans que cette Ifle
ait eu d'autre titre que de
Province dépendante
de la
Couronne d'Angleterre
jufqu'en
1535. qu'arriva la révol
te de Thomas Giraldin . Le
Cardinal d'York ayant fair
Dd iij
318 VI. P. des Affaires
G
mourir le Comte de Kildare
fon Pere , qui commandoit
en Irlande en qualité de Lieutenant
General du Roy Henry
VIII . Thomas qui voulut
vanger la mort , fit foûlever
' Ifle , & la mit dans une fi
grande confufion , qu'il s'en
fuft rendu Seigneur abfolu ,
s'il n'euft pas efté tué dans
une Bataille . Les Irlandois
rentrerent d'eux- mêmes dans.
le devoir , & le titre de Seigneur
d'Irlande qu'avoient
toujours pris les Rois d'Angleterre
, ne leur paroiffant
pas fi augufte ny fi digne de
du Temps,
319
refpect que celuy de Roy,
ils afemblerent leurs Etats ,
aprés la mort de ce Thomas
Giraldin ; & pour obliger
Henry à oublier plus aifement
leur révolte , ils le déclarerent
Roy d'Irlande.Cette
érection en Royaume fur
confirmée par Paul IV. fous
le regne de Marie , ce Pape
ayant voulu reconnoiftre par
là ce qu'elle avoit fait pour
le rétabliffement de la Religion
Catholique en Angleterre.
On y a étably un Viceroy
, qui a un pouvoir tresconfiderable.
Il a des Con-
Dd iiij
120 VI. P. des Affaires
feillers , qui font le Chancelier
& le Treforier du Royaume
, avec des Comtes , des
Barons & des Prelats. Chaque
Province a auffi fon Gouver
neur, On tient que cette Ifle
receut la Foy Catholique en
335. On la nommoit le Païs
des Saints . Elle a confervé la
pureté de la Religion juſqu'au
regne de Henry VIII . dont
le Schifme y fit ouvrir les .
portes à l'Herefie . Elizabeth
contribua fort à l'établir .
Ainfi elle y fit de grands progrés,
quoy qu'il y foit toujours
demeuré un fort grand nomdu
Temps.
121
bre d'Orthodoxes qui ont
effuyé les plus cruelles perfe
cutions. En 1624 on y publia.
de tres- feveres Edits contre
les Ecclefiaftiques , & on a.
ufé depuis de tant de rigueur
contre tous ceux qui ont refufé
de renoncer aux veritez.
de noftre Religion , que lors
qu'on les a furpris en faifane
dire la Meffe en particulier ,
outre le tribut qu'on exigeoit
d'eux pour leur permettre de
vivre catholiquement , & de
ne fe pas trouver aux Affemblées
des Proteftans , ils ont
encore cfté condamnez en de
寡
322 VI. P. des Affaires
fort groffes amendes . C'eft ce
qui les a contraints d'abandonner
leur Païs , ou de fe
cacher dans les montagnes
.
Encore que je fois perfuadé
que ce que vous venez de lire
eft inconnu à fort peu de
gens , j'ay cru qu'on ne feroit
pas faché de le trouver en
peu de paroles , dans le mefme
Ouvrage qui doit renfermer
toute l'Hiftoire de
Finvafion du Prince d'Oranges
afin que ceux qui voudront
fe rafraifchir la memoire
de quelque chofe qui
regarde l'eftat paffe & prefent
.
du Temps . 323
des trois Royaumes qui compofent
celuy de la Grand
Bretagne , puiffent le faire
fans reftre obligez de parcourir
beaucoup de volumes.
La Lettre qui fuit eftant
encore fur les Affaires du
temps , merite bien d'avoir
place icy. Vous y trouverez
beaucoup de folidité & d'agrément
.
LETTRE
D'UN HOLLANDOIS
A UN MILOR D.
A bonté
LA que vous m'avez témoignée
durant le séjour que
224 VI. P. des Affaires
jay fait en Angleterre , & les nou
velles marques de confiance que vous
m'avez données par votre derniere
Lettre , m'engagent à vous répondre
avec la mefme ouverture de coeur que
vous me demandez , en m'envoyant
la Harangue de vostre nouveau Roy ,
& à vous en dire mon fentiment
avec une entiere liberté. Je vous
avoueray d'abord que le foin qu'il
fait paroiftre pour nouspreferver de
l'invafion d'un Ennemy fort redoutable
me paroift fincere , parce que
je fuis perfuadé qu'il en a peur. II.
Içait en quel estat fon ambition a
reduit nos affaires , & que s'il a
travaillé heureusement pour fon
compte , il n'a pas travaillé
pour
noftre ; que noftre Marine eft foible ,
nos Troupes mediocres , nos Finances,
épuifées & dans un prodigieux def
le
du
Temps. *325
ordre. Son entreprise d'Angletere,
nous ajettez dans ces inconveniens,
& comme il n'eft pas encore fi bien
étably fur le Trône que fa place a
Stathouderfoit à negliger ,je ne doute
point qu'il necraigne autant fa ruine
que la nostre. Ainfi vous devez reconnoistre
que c'est luy qui parle &
pas les Etats , qui peuvent fe
vanter avecjustice de n'avoirjamais.
demandé dufecours à leurs Alliez en
termes fi bas , &fi peu conformes à
leur ancienne dignité , mefme dans
les circonstances des affaires les plus
facheufes ; car je ne croy pas qu'on
trouve dans noftre Hiftoire que depuis
la Tréve de 1609. naus ayons déclaré
non
4
aucuns Princes ou Etats Catholiques
ou Proteftans , que s'ils ne
nous fecouroient puiſſamment , noftre
ruine eftoit inévitable . En vérité
1
326 VI. P. des Affaires
nous n'en croyons rien , &j'ofe vous
aßeurer qu'il n'a pas efté prié de
vous tenir un pareil difcours ; mais
ne faut pas s'en étonner , puis
qu'en cela il a plus parlé felon fa
penfée quefelon la noftre. Il aformé
dans fon efprit un Etat de la Hollande
, ajusté à fes deffeins & à fes
intereftsindépendamment des noftres.
Suivant ce projet , les Provinces
Unies devroient eftre en inimitié
perpetuelle avec la France, demeurer
foumises à tout ce qu'il voudra ordonner,
n'agir que parfes confeils ,
ou plûtoft parfes ordres ,& luy fournir
les mefmes fecours pourfe maintenir
fur le Trône , que ceux qu'il
a extorquez pour en chaffer le Roy
fon Beau -pere. Lors que les Provinces
Unies s'écarteront de ce projet , elles
ne luy feront plus rien ; & il compte
du
Temps. 327
avec raison qu'elles periront inévita
blement àfon égard, fi nos intereſts
font infeparables des fiens. Nous ne
Tommes pas tous de cet avis , puis
que noftre Republique a des interefts
prefque incompatibles avec l'Angleterre
, qu'elle peut fe paffer de fes
Secours, & qu'elle a trop de chofes à
démefler avecles Anglois fur le feul
article du Commerce , pour croire que
la Royauté du Prince d'Orange puiße
mettre ces deux Nations d'accord.
Ainfi nous sommes perfuadez que
comme dans les circonstancesprefentes
noftre ruine feroit inévitable , fi
nous dépendions tellement de l'Angleterre
, que nous ne puffions jamais
nous en détacher , auffi nous avons
des reffources prefque certaines
pour prevenir ce peril dont on nous
menace , aprés nous y avoir engagez
328 VI. P. des Affaires
malgré nous. Mais nous comprenons
bien que ces mefmes reffources qui
pourroient nous délivrer de laguerre,
& qui ne font point inconnues an
Prince d'Orange , en nous prefervant
de noftre entiere ruine , luy en attireroient
une certaine. Il n'a qu'un
feul moyen de fe maintenir dans fa
nouvelle dignité , qui eft de nous
tenir le plus long- temps qu'il luy
fera poffible engagez dansfa querelle,
dont nous avons imprudemment fait
la noftre , & de foutenir à vos dépens
& aux noftres la guerre contre
le Roy Jacques , malgré les fecours
de la France , ce qui n'est pas une
petite affaire ; car ces nombreuses
alliances de Princes affamez d'argent
ne luy pourront pas eftre fort utiles
fi cette guerre dure comme il y a
beaucoup d'apparence . Il faut s'at
2
du
Temps.
339
tendre qu'ils demeureront Spectateurs
paifibles durant un temps , & qu'ils
pourrontgroffirfa Cour par des Miniftres
chargez de le complimenter
fur fa nouvelle dignité , & encore
plus d'obferver tres- exactement la
fituation de fes affaires . En cas
qu'elles deviennent douteuses , l'indifference
de fes Alliez augmentera ,
&pourpeu qu'elles aillent en décadence
, je fuis affeuré que tous Catholiques
& Proteftans fe piqueront
d'honneur & de confcience , auffitoft
qu'ils reconnoiftront qu'il n'y a
rien à gagner avec luy.
Cet article eft , &fera toujours
le plus effentiel ; mais il roule✨
entierement fur voftre compte. Si
vous luy pouvez & voulez fournir
tous les fubfides qu'il vous demandera
, fes Alliez demeureront fidelles
Ec
330 VI. P. des Affaires
&fa caufe deviendra bonne ; mais
nous avons cru ce remede prefque
auffi perilleux que le mal. C'eft ee
qui nous fit confiderer d'abord ta
propofition qu'il vous a faite de
nous rembourfer de fix cens mille
livres fterlins dépenfees pour l'entreprife
d'Angleterre, comme une des
plus plaifantes vifions qui foit jamais
entrée dans l'esprit d'un Poli-
"tique ,fur tout en lafoûtenant d'une
raifon auffi bizarre qu'est celle de
vous avoir délivrez des fers du Papifme
& du Pouvoir arbitraire. En
verité nous n'aurions jamais cru que
cette raison puft faire affez d'impreffion
fur vos efprits pour vous obliger
à mettre la main à la bourſe , d'autant
plus que comme il ne nous a
donne part de fon deffein que la
veille de fon embarquement , nous ne
a
du Temps.
331
pourrions fans injustice partager
avec luy le merite de fes pieufes in-
*
tentions. S'il nous les avoit communiquées,
& que les déliberations euffent
efté libres , je doute fort que les
Etats luy euffent donné les moyens
de les executer ; car comme vous
fçavez , noftre Zele pour la Religion
Proteftante afes bornes , & nous n'a--
vonsjamaisfenty que nos affaires receuffent
le moindre prejudice de ce
qu'on difoit la Meffe à Londres .
Nous ne nous fommes jamais mis
en peine de Lempefcher , puis que
naus n'empefchans pas qu'on ne la
dife en plufieurs de nos villes . Le
Pouvoir Arbitraire du Roy Jacques
nous incommodoit beaucoup moins
que celuy du Stathouder Guillaume-
Ainfi nous eftions fort éloignez de
penfer à employer nos Troupes , no
*
Ee ij
332 VI. P. des Affaires
Vaiffeaux & noftre argent à une ef
pece de Croifade Proteftante , qui
peut nous avoir acquis du merite
devant Dieu , fi nous voulons croire
nos Miniftres , mais qui certainement
nous attirera la haine publique ou.
fecrete de tous les Souverains qui ne
doivent pas s'accommoder d'unfemblable
zele. C'est pourquoy jay cru
que les Etats avoient fait en celaunt
faute dont ils fe reffentiroient toft
ou tard ; mais qu'ils en obtiendroient
aifément le pardon , en renonçant
comme par une espece d'amende ,
une dette qui ne peut estre exigée en
Juftice. Plusieurs de nos bons Compatriotes
vous l'auroient remife volontiers
, à condition que vous gara
deriez noftre Stathouder juſqu'à ce
que nous vous le redemandaffions ,
é fi vous aviez negocié avec nous,
à
du
Temps. 333
il vous en aurait affeurément moins
confte. Favoue que plufieurs de mes
Amis & moy , qui croyons entendre
les affaires d'Angleterre , avons efté
fort trompez fur cet article. On eft
tellement accoutumé de vous voir
brouillez avec vos Rois legitimes » --
lors qu'il s'agit de leur accorder des
fubfides extraordinaires , que nous
avions, iru que quand vous feriez.
d'accord avec celuy- cy en toutes cho-
Les , vous ne leferiez pas fur un ar--
ticle fi delicat , & que les motifs de..
Religion ne vous ont jamais rendu
facile à digerer. Quand on la changea
autrefois en Angleterre , chacun
y trouva Son compte , & profita de la
dépouille des Preferes. Cromvel qui
connoiffoit bien , comme il aparu , le
genie de la nation , jugea qu'il eftoit
neceffaire de rendre utile la fuppref
334 VI. P. des Affaires
•
que
celfion
de l'Epifcopat & de la Religion
eftablie parles loix auffi bien
le de la Dignité Royale , en vous
abandonnant les biens de l'Eglife ,
les meubles , joyaux & terres de la
Couronne a des prix fort mediocres:
Ainft on attendoit que le bon efprit
de voftre nouveau Roy luy fourniroir
quelque expedientfemblable, & qu'il
ne commenceroit pas à vous faire
payer les frais de l'extirpation du
Papifme , ou que s'il lepretendoit fai
re , il trouveroit la mefme refiftance
que vos Peres firent à Charles I.
quand il leur demandoit de l'argent.
pour le fecours des Proteftans de la
Rochelle. Pluft à Dieu que nous euffions
imité leur exemple en cette derniere
occafion , car enfin ces motifs
peuvent eftre tolerez dans la bouche.
des Predicateurs , mais ce feroit une.
du
Temps. 335
étrange chofe , fi parce que nous faifons
profeffion de la Religion Protef
tante , nous eftions obligez à entreprendre
de longues & dangereufes
guerres dés que cesgens là nous précheroient
qu'elle court rifque d'eftre
opprimée en quelque autrepays.Croyez
donc , Milord , que ce n'est pas à de
femblables motifs qu'il faut attribuer
la condefcendance exceffive qu'on a
eue pour laiffer au Prince d'Orange
une entiere difpofition de toutes les
forces de l'Etat qui afait reuſfir fes
deffeins ; mais à la foibleffe inexcu
fable de nos Bourguemeftres qui font
plusfrapez de la mortfunefte des ve
ritables Peres de nôtre Patrie , que
touchez du defir d'imiter leurs incomparables
vertus.
Il ne nous eft pas fort important
qu'un Roy d'Angleterre foit Protef
336 VI. P. des Affaires
tant ou Papiste , ny qu'il s'apelle
Facques ou Guillaume , ny que vos
loixfoient bien ou mal obfervées , ny
que voussoyez contens. Ce ne font
point là nos affaires ; mais noftre liberié
, noftrefeureté , noftre commerce
, la confervation de la paix qui
fait fleurir les arts &la navigation;
ce font là , Milord, nos veritables affaires.
Cependant vousfçavez où eft
reduit noftre commerce. Les pertes
de
nos Marchands fontfi frequentes &
figrandes que je n'y puis penferfans
douleur. Nous fommes menacez par
Le feul Ennemy que nous ayons à
craindre , & nous n'avons jamais eu
moins de Troupes . Les meilleures fur
lefquelles nous pouvions prendre une
entiere confiance , font occupées à brû
ler des Chapelles , & à battre les
buiſſons pour attraper des Preftres &
*
des
du
Temps. 337
;
des Jefuites . De 14000. hommes on
nous en renvoye quatre mille , & à la.
place des autres on nous envoye des
Anglois dont les uns veulent obeërau
Roy Jacques , les autres au Roy Guil-
Laume. Aucun prefque ne veut nous
fervir de forte qu'il les a falu embarquer
le moufquet dans le ventre ,
&je m'attens qu'ils deferteront tambour
battant à la premiere occafion .
Nous avons déja efté regalez de quatre
deux centiémes deniers depuis le
mois de Novembre , & cependant il·
faut bien chercher d'autres fommes.
que celles qui font dans nos coffres , fi
cette guerre que nous nous sommes
attirée pour la gloire de Dieu ,
platoft pourcelle du Prince d'Orange,
dure quelques années : car nonobftant
lajoye que fes creatures veulent
que nous ayons de ce dédommagement
Ffཔས1
ou
338 VI. P. des Affaires
qu'il a obtenu de vous , quoy qu'il ne
foit pas à beaucoup prés proportionné
à la dépence que nous avons faite ,
je vous affeure , Milord , que nos plus
fages Republicains font perfuadez
que cet argent ne viendra pasjufqu'icy
, mais qu'ilfera mis avec tant
d'autre dont le Prince d'Orange ne
dreffera pas fi toft fes comptes. Nous
attendons que quelques- uns de ceux
qui luy font entierement devoüez,
propoferont de luy en faire un pre-
Sent ; quefi on trouve trop de difficulté
à cela , il le gardera fous titre
d'emprunt, & dans quelque temps , sil
fe trouve bien étably fur le trône , il
aura des expediens pour ne le point
rendre , comme pourroit eftre le dédommagement
des Anglois de Bantam,
& quelques autres femblables. Voila
cependant les premieres benedictions
du
Temps. 339
que Dieu a répanduës far nous , &
pour lesquelles nous celebrâmes un
jour de jeûne & d'actions de graces
publiques le 31. du mois dernier. Si
vous aviez esté icy, vous auriez bien
entendu des impertinences dans tous
nos Prefches , car nos Miniftres qui
font republicains dans tous les Eftats
Monarchiques,& quifont Royalistes en
ce pays- cy , nous exagerent ces benedictions
d'une maniere fi
extravagante
quefinous en avions voulu croirequelques-
uns , le RoyJacques ne devoitjamais
arriveren Irlande ; mais les Giroüettes
ontdémenty les Prophetes, &
je doute fort que leur éloquence eût.
efté capable de nousperfuader laguerre
contre le Papifme , fi nous avions
efté en liberté. Au moins nous avons
confideré ces exhortations à extirper
le Papifme comme des digreffions fort
Ffij
340 VI. P. des Affaires
impertinentes que nous fouffrons depuis
quelque temps , parce que nous
ne pouvons les empefcher . Je croyois
auffi que voftre Nation les confidereroit
comme un Sermon qui pouvoit
l'ennuyer , mais non pas comme des
raifons capables de luy faire debourferfon
argent. Enfin nous avons efte
trompez, & nous ne connoiffionspas
la grandeur de vostre zele quand
nous ne pouvions croire que vous
vouluffiez payerfi cher l'extirpation
du Papifme. Vous en voilà donc délivrez
; mais croyez - vous eftre déliprez
du Pouvoir Arbitraire ? Il me
femble , fi je n'ay pas perdu mon
temps en Angleterre à étudier vos
Loix , que vous appelle Pouvoir
Arbitraire celuy qui paffe res bornes
preferits par les Loix . Suivant cette
maxime, le Roy auroit exercé ce Poudu
Temps.
341
voir Arbitraire s'il avoit entrepris de
vouscontraindre à luy donner de l'argent
pour nous faire la guerre dans le
temps auquel il ne pouvoit nous la
declarer fans déconcerter les deffeins
du Prince d'Orange . Vous pouviez..
le luy refufer cependant il avoit un
fujet legitime de le faire , puifque la
Loy vous obligeoit à eftre fidelles à
voftre Roy ,& à employer vos biens
& vos vies pour la défenfe de fa
perfonne & de fa Couronne. Il eft
donc beaucoup plus contre la loy d'exiger
desfommes immenfes pour une
entreprise qui eft directement contraire
à vos loix.
Mais , direz- vous , il nous a demandé
ce fubfide , & nous voulons bien
te luy accorder , & en cela il n'y a
dans l'ordre. Sur quoy vous
me permettrez de vous dire que cette
rien
que
Ff iij
342 VI. P. des Affaires
excufe eft fort frivole ; car s'il n'a
pas droit de vous demander ; & que
vous n'ayez pas pouvoir de luy accorder
ce qui eft en question , la prevarication
eft double , & voftre confentement
reciproque n'empefche pas
que vous n'agiffiez contre la loy. It
n'a certainement aucun droit de propofer
des fubfides qu'en qualité de
Roy ; vous la luy avez donnée ; mais
fi vous n'avez pû le fairefelon la loy
il n'a aucune autorité. Vous avez
droit, comme membres du Parlement,
de donner vos avis , & de confentir
à defemblables propofitions , ou de les
rejettter ; mais il faut auparavant ,
que vous soyez legitimement affemblez
en Parlement , & toutes vos
declarations faites ou à faire , ne
pourront donner cette qualité à voftre
affemblée , ny empefcher que toft ou
du Temps .
343
sard vos actes ne foient abolis . Cependant
quand vous feriez Parlement
, ilfaudroit que vous euffiez des
pouvoirs bien exprés pour confentir à
des levées extraordinaires de deniers,
fous un pretexte qui n'a jamais efté
confideré comme fuffifant pour taxer
les peuples , & que vous ne pouvez
par confequent autorifer que par une
interpretation nouvelle & arbitraire
des loix qui concernent la feureté de
la Religion Proteftante. Ces taxes
auroient eftéplus fuportables dans un
autre temps , auquel vous auriez pû
profiter de nos defordres pour faire
prefque tout le commerce , & que
vous ne pouvez prefentement efpever.
Ilfaudra donc lever cesfubfides
fur les terres & fur les biens des particuliers,
& faire revivre tant d'autres
expediens de tirer de l'argent , que
Ff iiij
344 VI. P. des Affaires
ceux du long Parlement mirentfi bien
en afage , qu'au lieu d'un fubfide affez
mediocre qu'ils refufoient à Charles
1. lepeuple en paya dix ou douze
en fort peu de temps. Cependant ils
ne s'aviferent pas de cet expedient
extraordinaire de faire payer les frais
de la délivrance de l'Epifcopat & dis
Pouvoir Arbitraire.Peut eftre en previrent-
ils les confequences que vous
ne prévoyez pus & qui me paroiffent
fort grandes car fi vous admettez
faites paffer en loy de femblables
cahiers de frais , tout Prince aura un
pareil droit de vous demander plufieurs
Millionsfous divers pretextes.
Il n'y a rien d'impoffible en ce
monde , &fur tout en Angleterre.
Vous pouvez eftre bien-toft las de vôtre
Roy Guillaume , puisque vous ne
vous eftes pas accommodez de queldu
Temps. 345
ques autres qui le valoient bien . Peutestre
auffi trouverez- vous que le Regne
du Roy Jacques eftoit auffi commode
que celuy- cy , & cette pensée le
pourra fortifier s'il paffe en Ecoffe
avec un bon corps de
arrivoit
خ ب
troupes
. Si cela
que le nouveau
Roy fut obligé
de fuir à son tour , le le- gitime
ne feroit
- il pas en droit
de vous demander
un fubfide
extraordi-
, naire
pour
dedommager
le Roy de France
de toutes
les dépenfes
qu'il
a faites
pour le fecourir
? Ne devezvous
pas attendre
qu'on
vous
demandera
un autre fubfide
pour
dommager
ceux qui ont levé des trou- pespour le fervice
du Prince
d'Orange
dans
le Royaume
? Pourrez
vous aprés
cela demander
à vos Rois legitimes
la communication
des depenfes
de l'Etat
, comme
vous avezfait plu
de346
VI.P. des Affaires
tous ceux
fieurs fois , aprés avoir alloïé fi libre,
ment à celuy qui ne l'eft pas , celle
qu'il a faite eftant encore particulier?
De plus , fi par impoffible ( vous me
permettrez cette fuppofition comme
eftant auffi poffible qu'eftoit le réta
bliffement de Charles II. avant 1660.
Si , dis-je , Jacques 11. ſe rétabliſſoit
fur le trône , où en feroient
qui auront prefté leur argent par
avance furcefubfide de fix cens mille
livresfterlins ? Ils feroient trop beureux
de ne perdre que leur capital &
leurs interefts , mais ce Monarque
n'auroit pas de peine à trouver moyen
de contenter le Public & de punir les
coupables , en ordonnant que les de
niers levez contre les loix feroient
reftituez à ceux qui auroient efté
obligez de ceder à la force , & repris
fur les biens de ceux qui auroient
du
Temps. 347
autorife par leurs fuffrages cette ve
xation . Fay veu depuis que je fuis
au monde arriver en Angleterre des
chofes plus difficiles à croire que tout
ce que je vous dis . Ainfi pour vous
parler franchement , je crois qu'il eſt
fort poffible que vous changiez tous
d'avis ,& que vous remettiez les chofes
en l'état où elles eftoient.
نم
Ce qui me confirme dans cette penfee,
eft que voftre Charta magna, &
toutes les loix qui en dépendent,font
trop vieilles pour eftre abrogées par
des refultats tumultuaires comme ont
efté les voftres. Ainfi elles détruiront
vray femblablement tout ce qui a esté
fait par la Convention , puifqu'elles
ont bien pû détruire les Actes du long
Parlement , & cela arrivera dés que
vous vous apercevrez que fous pretexte
de rétablir ces loix qui vous
348 VI. P. des Affaires
font fi cheres , on leur ofte toute leur
force. Or vous vous en apercevrez
plutoft que vous nepensez, & quand
vous chercherez vos libertez , franchifes
&proprietez , & cette Religion
Proteftante dont vous eftiez autrefois
fijaloux , il faudra avoir recours à
ces vieilles loix. Vous trouverezfort
étrange qu'on vous mette en prison
fur un fimple Soupçon de vouloir
changer le gouvernement preſent , &
qu'on ne vous veüille
pas
admettre à
en fortir fans caution . Vous verrez
paroiftre contre vous des faux témoins
; car puifqu'on prend tant de
foin à les juftifier & à les rétablir
dans leur bonne reputation , c'eſt
figne qu'on croit en avoir befoin , &
qu'on en veut faire quelque usage.
On vous obligera par execution militaire
à payer les fommes que les Dedu
Temps. 349
putez à la Convention auront accordées
fans votre participation . Les
principaux Seigneurs foupçonnez de
mécontentement feront recherchez
pour des crimes commis du temps de
Charles II . ou de Facqnes 11. Le
nouveau Roy ne voudra pas forcer les
Loix , & les fera rigoureuſement executerfur
eux.
Mais ily a encore un point plus.
important auquel cependant ilparoift
que vous nepensez pas , felon ce que
me difoit l'autrefois un Gentilhomme
Anglois que à mon avis entend vos
Loix auffi-bien qu'on le peut faire. Il
s'étonnoit comment vous n'aviez pas
changé la forme du gouvernement
puifque cet expedient eftoit moins perilleux
que celuy dont vous vous eftes
fervis ; car difoit-il, aprés la derniere
longue rebellion,quoy que toute la Na350
VI. P. des Affaires
tion euft reconnu un Ufurpateur , cependant
commeles loix de la Monarchie
étoient abrogées,celuy qui luyfuccedoitfe
trouvoit obligé defuivre les
nouvelles , &nepouvoit faire valoir
l'autorité des anciennes contre ceux
qui luy devenoient fufpects , parce
qu'elles ne luy auroient pas efté plus
favorables qu'à ceux qu'il auroit
voulu perdre. Ainfi il n'y avoit
qu'un feul inconvenien à craindre
qui estoit que le Roy legitime rentraft
à main armée dans le Royaume , ce
qui eftoit prefque impoffible. S'ily
rentroit à l'amiable comme Charles
II. on eftoit affuré d'un pardon general
, saufà abandonner à la Fustice
les principaux inftrumens de la rebellion.
C'est en effet ce qu'onfit alors.
LesJuges du Roy Charles I. & quelques
autresfurent exceptez de l'am-
-
du
Temps, 351
niftie , & on eut autant de plaifir à
les voir pendre qu'ils en avoient eu
à faire pendre les autres. Mais prefentement
, difoit- il , les chofesfont
toutes differentes, & puifque la Convention
a declaré qu'ilfalloit maintenir
les anciennes loix , & que celles.
d'Edouard III.d'Henry VII.d'Henry
VIII. d'Elifabeth & de Jacques I.
ny mefme celles de Charles II . touchant
l'autorité des Rois n'ont pas efté
revoquées , elles fubfiftent en toute
leurforce , & l'autorité de faire executer
ces mefmes loix, refide toûjours
en laperfonne du Roy , tel qu'il puiffe
eftre. Fe fuppofe donc que Jacques II.
vienne à mourir & enfuite le Prince.
de Galles , en ce cas le Prince d'Orangeceffant
d'eftre Ufurpateurdevien
dra voftre Roy legitime , & par confequent
l'executeur de ces loix an
352 VI. P. des Affaires
ciennes , certaines , fondamentales,
inconteftables , qui luy feront alors
auffi favorables qu'elles luy font prefentement
contraires. Suppofant donc.
que les loix fondamentalesfubfiftent,
il faudra neceßairement que tous
ceux qui fe font revoltez contre le
Roy Facques , obtiennent un pardon
fous le grand Sceau , ou qu'ils de-.
meurent expofez à la rigueur de ces
Loix fans cela ils pourroient eftre
poursuivis comme criminels de haute
trahison. Le nouveau Royfera abſolument
le Maitre d'accorder ce pardon
à qui il voudra , & d'en exclure
ceux qu'il voudra ,fans que perfonne
ait fujet de s'en plaindre , puis qu'il
ne fera rien que felon les Loix. Si
on luy cite les nouvelles que la Convention
afaites contre le Roy Jacques,
comme nonfeulement il n'aura plus
.
du
Temps.
353
>
d'intereft à les maintenir , mais qu'il
en aura un tres-preffant de les détruire
, il n'aura pas de peine à
prouver que tous les Refultats
les Bills de la Convention ne font
pas des Loix , & il s'en rapportera
aux Regiftres & aux exemples dont
aucun ne pourrajamais établir l'au--
torité de cette Affemblée illegitime.
Ce qu'il pourra faire de mieux eft
qu'il déclarera qu'ayant toûjours fait
profeffion de refpecter les Loix , il ne
veut rien faire à leur préjudice , &
comme parmy les Griefs on a inferé
que les pardons & les Actes émanez
du pouvoir difpenfatiffont contre la
Loy , il obfervera tres- religieufement
cet article , & n'en fera aucun uſage
en faveur de ceux qui l'ont mis fur
le Trône. Je dis à
qu'il ne falloit pas
ce Gentilhomme
douter
que vous
Gg
354 VI. P. des Affaires
ne vous oppoſaſſiez à de femblables
entreprises. S'ils oppofent la force ,
me répondit- il , ils auront aſſurément
de la peine , car ils ont affaire à un
homme qui les connoift bien , & qui
ne les attaquera qu'à fon avantage.
L'exemple du Roy Jacques apprendra
aux legitimes Souverains auffi- bien
qu'aux Ufurpateurs , à ne ſe fier
aux paroles & aux fermens de ceux
de voftre Nation, que quand ilsferont
en eftat de les faire bien obferver,!
fur tout depuis qu'on a ouvert le
chemin à faire entrer des Troupes.
étrangeres dans le Royaume , ce qui
eftoit autrefois un attentat irremiffible.
Si c'est par les voyes ordinaires ,
ce fera dans un Parlement ; mais qui
Lempefchera de le caffer ? La Conven
tian a déclaré qu'il avoit eu pouvoir
de convoquer un Parlement , & par
du
Temps.
355
confequent elle a reconnu qu'il le
pouuoit caffer. Il le pourra doncfaire
a meilleur titre , s'il devient Roy
legitime.
La Convention a donné atteinte à
l'Habeas corpus. On peut eftre emprifonné
tant & fi long-temps qu'il
plaira an nouveau Roy. Onfera feditieux,
deferteur , & tout ce qu'il
voudra , il n'y aura plus de fecours
à attendre des nouvelles Loix qui .
ne fubfifteront plus. Les anciennes
condamnent les Rebelles comme criminels
de haute trahison ; il faut
donc toft ou tard que ceux de la
Convention experimentent la rigueur
des Loix , & ils reconnoifront alors
fort inutilement qu'ils ne peuvent fe
plaindre que de leur legereté qui les
a fait precipiter dans des perils certains
pour en éviter d'imaginaires.
Gg ij
356 VI. P. des Affaires
C'est ainsi que me parloit ce Gentil
homme , & je vous avoue que je
n'eus rien à luy répondre de folide.
Je me jettay donc dans des lieux
communs , & je me mis à louer la
pieté du Roy Guillaume , fon zele
pour la Religion Proteftante , fa vie
exemplaire , le foin qu'il a eu de
conferver noftre liberté , fon refpect
pour les Loix & d'autres chofes femblables
dont non feulement nos Miniftres
nous fatiguent depuis longtemps
, mais
que tant de Refugiez de
France débitent tous les jours dans
leurs écrits politiques; ce que je n'aurois
neanmoins oféfaire ,fije n'avois
veu par les voftres , & par les Adref
fes de vos deux Chambres , que vous
commencez à employer ces mefmes
lieux communs dans vos actes les
plusferieux. A cela , le Gentilhomme
du
Temps. 337
me regardant avec un air de mépris
me dit brufquement , Monfieur , je
vois bien que vous voudrie rire ,
& que vous n'oferiez ; mais fi vous
parlez ferieufement , tout ce quej'ay
à vous répondre , c'est que je vous
prie de ne me pas traiter comme un
enfant. Voilà comme finit noftre
converfation. En un mot , cet Anglois
ne croyoit pas les affaires du Prince
d'Orange fi bien établies qu'elles ne
puffent changer de face ; mais il
eftoit perfuadé que foit qu'il fe main
tinft fur le Trâne , foit qu'il fuſt
obligé à en defcendre , la Nation en
Souffriroit beaucoup , puis qu'elle ne
pourroit le maintenir que par une
longue & prodigieufe dépenfe , & que
fi on en voyoit la fin , perfonne n'étoit
plus propre que luy à vanger le
RoyJacques defes Sujets rebelles , ny
358 VI.P. des Affaires
la France de fes anciens Ennemis.
Jefuis , &c.
Je finis icy cette fixiéme
Partie , remettant à vous entretenir
dans la feptiéme , de
la fuite des revolutions d'Angleterre,
& de plufieurs autres
chofes curieufes fur les Affaires
du Temps. Elle paroîrale
premier jour de Juillet ,
& j'efpere y faire entrer tout
ce qui me reste à vous en dire,
ainfi que tout ce qui fe fera
paffé juſque- là.
FIN
du Temps. 359
APOSTILE .
On a dit dans ce Volume
que l'Empereur avoit fait défendre
à l'Envoyé que le Roy
d'Angleterre luy avoit depefché
aprés fa fortie de fes
Etats , d'entrer à Vienne , ce
qui ne fe confirme
pas , mais
feulement que Sa Majefté
Imperiale a refufé de donner
aucun fecours à ce Monarque .
Quand on a dit dans le mef
me Volume, que l'Angleterre
pouvoit mettre quatre cens
Voiles en Mer , on n'a pas
pretendu dire qu'elle pouvoit
équiper quatre cens gros Vaifſeaux
; mais on doit fuppofer
que c'eft en comptant les divers
Baftimens qui accompagnent
une grande Flote.
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