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1689, 05, t. 6 (Affaires du temps) (Lyon)
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Texte
me .
ex Dono
R. P. Claud, Franc.
Menestrier Soufer
&
807158
AFFAIRES
Colleg. Lugdun. J.Trinit.
DU
Soc. Jope Cat. Jufl.
TEMPS
THEQUE
TOMELYON том
1893*
A
LYON
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere , au Mercure
Galant.
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DV ROT.
УЛЕСЬК
ZIZZZI
BEI EBI TRI (X) £ 380383-8063.8063.863.
AU LECTEUR .
LE
E fuccez qu'ont eu ces Lettresfur
les Affaires du Tems , m'a fait
pouffer la matiere plus loin que je n'ar
vois cru. Elles forment un genre nouveau
d'Histoire, qui contient un recueil
de pieces , liées par des raisonnemens
par des faits, de la verité defquels
tout le Public eft fi bien perfuadé , qu'il
eft impoffible de ne s'y pas rendre.Tou
tes ces Pieces ont été imprimées ou
prononcées publiquement , ou regar•
dent les Actes du pretenda Parlement
d'Angleterre. On dira que la plupart
font connuës, & qu'il faudroit qu'elles
fuffent rares pour donner du prix à
cette Hiftoire. Cependant fi on n'en
prend pas plufieurs copies dans le tems
qu'elles paroiffent , on a peine enfuite à
les retrouver & d'ailleurs qui voudroit
avoir tout ce que j'ai mis en fix
Voulumes, outre qu'il l'auroit fans ora
ij
AU
LECTEUR .
dre, feroit contraint de garder en papiers
inutiles, plus que trente de ces
pieces ne contiennent , parce que plu •
fieursfont accompagnées de beaucoup
de chofes dont il n'auroit pas befoin.
Elles inftruifent peu où ellesfont, mais
on voit dans les Lettres fur les Affai
res du Tems , l'occafion qui les a fait
faire, la politique qui a fait agir ceux
qui les ont faites, ce qui en a refulté,
& enfin elles ont fervi à former un
corps d'hiftoire, qu'on a lieu de croire
d'autant meilleur, qu'il afortement
excité la bile de M. Iurieu , Miniftre
à Roterdam , connu par un emprote
ment fans bornes,& par des calomnies
éternelles qu'il repand fur ceux qui
nefont pas attachez à ſon parti. Il a
vomi contre moi un torrent d'injures
qui ne m'ont caufé nulle émotion , ó
comme il n'a rien dit de l'ouvrage,
que des injures n'ont jamais paſſépour
des raifons, cela me fait voir qu'il a
crû trouver mieux fon compte à attaquer
maperfonne,parce qu'il y a des
Lieux communs qui fourniffent des in-
1
AU LECTEUR .
jures , & qu'il n'en est pas de même
quand il s'agit de répondre à un Ouvrage
rempli de raisonnemens qu'il
fut détruire , qui qu'il y ait peu
"d'hommes exempts de défauts, & qui
ne puiffent étre justement repris par de
plus éclairez qu'eux . Ce qu'a dit de
moi M. Iurieu eft fi visiblement réconnu
pourfaux, qu'il est aisé de juger
que ne fachant qui je fuis , il a
hazardé des injures générales perfua
dé qu'il pourroit lesfaire croire à ceux
de Hollande qui ne me connoiffent pas
plus que lui. Le ne m'en étonne point,
Il eft fi accoûtumé aux invectives, que
parmi les Proteftans mêmes , qui dit
Jurieu , dit Injurieux . Pourfaire voir
qu'il ne m'a point chagriné , j'avertis
ceux qui voudront fçavoir ce qu'il a
dit contre moi , qu'ils le trouveront
dans fa cinquiéme Lettre Pafto ale de
Année troifiéme . La peur qu'il a enë
que je ne la viffe pas , l'a obligé à me
la pofte. Il a en raison
l'envoier
par
car on fe met ici peu en peine d'acheter
les injures qui viennent de
ã iij
AU LECTEUR.
Hollande , mais quand à cette Lettre
Paftorale , ou plutôt ce recueil de calomnies,
je puis l'affurer qu'il a été vû
de beaucoup de gens , parce que je me
fuisfait un plaifir de le montrer. Ie
n'yfuis pas le feul qu'il attaque. Il répand
fa bile dans le même écrit contrè
des perfonnes d'un rarefavoir, d'une
vertu éminente, & qu'un vrai mérite
a élevées aux plus hautes dignitez de
l'Eglife .Il y en a encore d'autres qu'il
n'épargne pasfur les nouvelles qu'ils
donnent toutes les femaines , quoi que
ce foit avec beaucoup de juftice quele
public en eft fatisfait . Il doit prendre
garde que les Ecrivains de France font
bien differens des autres. Ils font Savans
, eftimez, leur naiſſance quand
elle a quelque diftinction, n'est pas un
obftacle qui les arréte lors qu'ils ont
occafion de faire voir leur efprit . Le
nombre n'en eft pas grand , mais ils
écrivent jufte, & on ne peut lire leurs
Ouvrages fansfe détromper des fanf
fetez de l'accablante multitude des
Ecrivains de Hollande. S'il n'avoit
AU LECTEUR.
été question que de moi feul , j'aurois
parlé comme un galant homme doit
faire defoi-même , mais la referve où
La modeftie m'engage fur mon article ,
ne me deffend pas de donner aux Efcrivains
de France les louanges qu'on
Leur doit . Si on veut connoître la
naiffance & les emplios du Miniftre
Iurieu , on les trouvera dans la troifiéme
Partie des Affaires du Temps
page 307.Celui qu'il a aujourd'hui eft
de faire ce qu'il ne confeille pas , & de
travailler fort commodement à des
Libelles fous le titre de Lettres Paftorales,
quifans remplir ce que ce tititre
promet , ne contiennent prefque
autre chofe que des raisonnemens fur
ce quife paffe dans l'Europe. Il accable
de fes Lettres tous les nouveaux
Convertis de France qui ne les demandent
pas,& les fait tomber entre leurs
mains par la pofte . Il les exhorte à
fouffrir, aprés s'être tiré du peril pour
ne leur en pasparler de trop prés; mais
quand on ne dit rien par l'exemple, les
paroles touchent peu. Iamais homme
AU LECTEUR.
n'a été plusfeditieux dans fes Ecrits,
ni eu des maximes plus fauffes , plus
pernicienfes & plus deteftables ; elles
font telles qu'on n'y fauroit penferfans
horreur. Perfonne n'a pû éviter l'injufte
éclat de fa bile noire , & la plufpart
des Proteftans mêmes n'en ont pas
été exempts , quand leurs fentimens
n'ont pas été conformes aux fiens . Ie ne
dis point qu'il eft vifionnaire plus qu' •
homme du monde, fes Propheties en
fontfoi ,il n'en faut point d'autre preuves.
L'Hiftoire du Tems n'a pasfeulement
deplû au Miniftre Inrieu ; on m'a écrit
de Hollande que les véritez dont elle
eft remplie font fouffertes impatiemment
des François qui s'y font refugiés
& qu'ils y preparent une réponse. Cependant
en voila deja le fixiéme Volame
donné au public , & cette répon-
Se ne paroit point. Il y a grande aparence,
que ne pouvant accufer de
fauffeté les pieces qui la compofent , ils
ne fçavent qu'opofer aux raisonnemes
que j'en ai tirez. Ainfi je voi bien que
AU LECTEUR!
toutes les réponses qu'ils pourront faire
, confifteront en éloges du Prince
d'Orange, & qu'ils tacheront de prou
ver que ce Prince n'est pas un Vfurpateur.
Cependant s'ils fe voioient obligés
à dire de bonne foi ce qu'ils en penfent
, ils ne le pourroient nier , & le
Prince d'Orange n'en difconviendroit
pas lui- même. Te ne doute point qu'il
ne fut faché de laiffer croire qu'ilferoit
monté an Trône fans avoir cherché à
s'y élever,&fans que l'on fut perfuadé
qu'il dent ce haut rag àfes intrigues &
à la foce defon efprit.Come il ne trou
veroit pas de gloire dans fon innocence
, fon but eft de fatisfairefon ambi
tion,fans fe mettre en peine des moiens,
& il eft de ceux qui croient qu'il
n'y a point de crimes honteux quand
on les fait pour regner.
Le ferai voir dans la feptié ne partie
de cette Hiftoire , que cette espece de
mauvaise gloire , étant plus facile à
acquerir que l'on nene penfe, les crimes
honteux n'en donnent pas autant que
l'on s'imagine . Quant à ceux qui tâ
AU
LECTEUR.
chent de juftifier ce Prince c'eft leur
interêt particulier qui leur fait dire
se qu'ils font bien éloignez de croire.
Ilsfe flattent de tirer le l'utilité de
fes crimes,& ont de la joie de le voir
agir comme leur paffion le demande
mais ils ne peuvent fe déguifer à eux
mêmes qu'il eft vfurpateur dans toutes
les formes.
Le fuis obligé de déclarer, pour rendre
justice à quelques Auteurs qui me
paroiffent d'un fort grand merite , &
"dont on voit depuis quelques mois cou ,
rir des Lettres pleines d'érudition &
d'une tres-fine politique , que je n'ay
pas pretendu confondre leurs Ecrits
parmi ceux dont j'ai parlé dans les
premierespages de cette fixième Partie.
AFFAIRES
I
SIXIE' ME PARTIE
DES AFFAIRES
DU TEMPS
DEA
LYON
VILLE
E ne fuis point éton
né, Madame, que le
commencement de
ma cinquiéme Lettre
fur les Affaires du Temps ,
ait reçu autant d'approbation
dans votre Province que vous
me le témoignez . Ce n'eft pas
à moi que la gloire en eft duë,
mais à la force de la verité ,
qui s'eft fait fentir d'une ma-
Tome VI. A
2 VI. P. des Affaires
niere à ne pouvoir s'empêcher
d'être convaincu , que le Roy
n'a contribué en aucune forte
aux troubles qui agitent aujourd'hui
toute l'Europe , &
que l'Empereur a feul alumé
la Guerre , dont elle va être
déchirée , & qui a déja commencé
d'acabler la veritable
Religion , & de la faire bannir
de trois Royaumes , où elle
commençoit à reſpirer. Ce fait
eft fi clairement & fi fortement
prouvé , que ceux - mêmes qui
fouffrent impatiemment la gloire
de nôtre Augufte Monarque
, avoüent que je n'ay rien
dit là - deffus qui puiffe étre
combatu , ou du moins qui
puiffe l'étre avec aucune ombre
de juſtice.
Nous n'avons point d'exemple
que l'Europe ait jamais été
du
Temps. 3
&
en guerre de la maniere qu'on
l'y voit prefentement. Lors
qu'elle a été toute en armes , les
Souverains s'ataquoient les uns
les autres , ou du moins chacun
d'eux fe partageoit felon
que fon inclination ou fon intereft
l'obligeoit à fe déclarer
pour l'un des partis qui ſe formoient
; mais aujourd'hui tous
les Etats font liguez contre la
France . Le même reffort qui
fait mouvoir les uns , fait agir
les autres , il n'y a qu'une feule
intrigue. Ce que l'on connoit
de plus faint s'eſt uny avec
fon contraire . On a paffé
par deffus tous les égards qu'on
devoit avoir ; on a trouvé la
puiffance du Roy trop étenduë
, & fa gloire trop brillante
; elle a bleffé les yeux, & on
a cru qu'il faloit travailler à en
A ij
4 VI. P. des Affaires
diminuer l'éclat , quelque fang
qu'il en pût coûter à l'Europe,
& quelques pertes que pût faire
la Religion Catholique . Le
chagrin & la jaloufie que les
grands fuccés de Sa Majesté
font prendre à tant de Puiffances
, n'ayant été que la caufe
cachée qui les a fait armer
contre ce Monarque, ils en ont
cherché d'autres , ou plutôt ils
ne fe font mis en peine d'en
trouver aucune ; mais ils ont fi
bien embarraffé les affaires
qu'ils ont réuffi à les broüiller.
Rome a commencé à refufer à
la France les Privileges dont
elle eft en poffeffion , & qui
font confirmez par des Traitez,
l'Empereur affuré qu'elle appuyeroit
fes deffeins , en a ufé
à l'égard de Mr le Cardinal de
Furftemberg d'une maniere indu
Tems.
5
foutenable , à moins qu'il ne
fut certain que quelque tour
avantageux que puffent prendre
les chofes pour cette Eminence
, le Pape n'approuveroit
point fon Election , quoi qu'il
n'eût aucune railon valable
pour lui refufer des Bulles , &
que fans cela , il ne fut pas en
droit de le faire . Le Prince
d'Orange de fon côté avec tout
le parti Proteftant , avoit promis
à tous ceux qui s'étoient re- .
tirez de France , qu'il les y rétabliroit
fi- tôt qu'il feroit reconnu
Roy d'Angleterre , affurant
qu'il avoit des intelligences
avec les nouveaux Convertis
de ce Royaume .: qu'il
donneroit l'épouvante à toutes
les Côtes , & qu'il étoit impoffible
qu'elles fuffent toutes
affez bien gardées , pour l'em-
A j
6 VI. P. des Affaires
pécher de trouver à deſcendre
par quelque endroit avec une
Armée formidable , & qui feroit
fecondée par les Rebelles
du dedans , qui ne manquede
le déclarer auffiroient
pas
tôt qu'il paroîtroit
.
Outre
toutes
ces choſes
qui
étoient fi connuës
qu'elles
faifoient
feules
l'entretien
public,
on avoit fait plufieurs
Affemblées
à Minden
& à Aufbourg
pour prendre
des mesures
contre
le Roy. Ie ne repete
rien
icy des trois ligues
dont on fit
les projets
: j'en ay parlé dans
ma feconde
Lettre , & je ne
pretens
point
reprendre
cette
matiere
. Le peu que j'en dis
n'eft que pour en faire rafraîchir
la memoire
, en commençant
cette fixiéme
Lettre
, dans
laquelle
je parleray
d'abord
1
du
Temps. 7
des affaires de France avec les
autres Etats , & finiray par ce
qui regarde uniquement l'Angleterre
, l'Efcoffe & l'Irlande
.
:
la
Iamais il n'a paru tant d'Ecrits
que l'on en voit aujourd'huy
fur les mêmes matieres,
& jamais ils n'ont été fi peu
differens les uns des autres ,
plufpart n'étant diftinguez que
par leurs titres mais il eft à
remarquer que la Hollande
feule en eft remplie , & que
lors que dans un puiffant Etat
il fe trouve à peine deux ou
trois perfonnes qui écrivent fur
les évenemens journaliers, une
petite Republique , comme celle
de Hollande , en fournit un
fi grand nombre qu'il feroit
malaifé de le compter. Ce que
l'on peut dire là -deffus , c'eſt
A iiij.
8 VI. P. des Affaires.
qu'il y a une grande difference
de leurs Ecrits à ce qui s'eft
fait dans les autres temps. On
écrivoit une Hiftoire fuivie, &
la pluſpart des Auteurs étoient
gens connus , & diftinguez.
C'étoient perfonnes de marque
qui avoient prefque tous été
confidens des Princes , des
Rois , & des Miniftres , & Mi
niftres même, & il y en a y en a beaucoup
qui ont traité des affaires
dont ils fe font mêlez , &
des negociations qu'ils ont faites.
On ne metoit alors rien au
jour qui ne put paffer pour un
veritable Ouvrage : on faifoit
des volumes , & non des feüil.
les volantes
. Tout ce qu'on
écrivoit
étoit digne de trouver
place dans les Bibliotheques
,
& meritoit d'étre conſervé à la
poſterité, mais le vent peut emdu
Temps.
9
porter la plupart des Ecrits
qu'on fait aujourd'huy . Tous
les Auteurs fe cachent , parce
qu'ils fuivent plus leur paffion
que la verité , & que leurs Ecrits
ne peuvent paffer que
pour des Satires. Comme ils
ne font point connoître leur
nom , ils craignent peu d'avoir
à rougir , quand on trouve que
leurs injures font fades, ou que
leurs Hiftoires ne font pas fidelles.
La caufe de ce torrent
d'Ecrits dont l'Europe eft inondée
, vient de la liberté qu'on
laiffe en Hollande d'écrire tout
ce qu'on veut. Il ne faut point
de permiffion pour cela , & on
dit que c'eft le privilege du
Pais. Les hommes font affez
naturellement portés à mal faire
, malgré la juftice , leur conſcience
, & les défenfes qu'on
A V
10 VI. P. des Affaires
1
leur peut faire , fans qu'ils y
foient encore excitez par une
liberté fi condamnable.Le pri
vilege de mal faire, eſt un privilege
qui repugne aux bonnes
moeurs , & à l'équité , & ceux
qui le donnent ne doivent pas
s'en glorifier. Par là l'Hiftoire
fe voit alterée, & n'a point d'ordre
; elle eft fans aucune fuite,
& mife en lambeaux . Chacun
traite les endroits qui conviennent
à fon genie ou à fa paffion,&
qui peuvent donner lieu
à la Satire. Ainfi on ſe forme
une matiere à fa fantaifie, pour
avoir lieu d'en parler felon fon
emportement. Ce qu'il y a de
fort fingulier, c'eft que la plufpart
de ces Ecrits font contre la
France , & qu'ils font même
prefque tous faits par des François
, car les bons Hollandois
F
du Temps:
IT
ne font pas capables d'écrire
deux lignes , & tout ce qu'ils
fçavent , confifte à bien calculer.
Cependant comme ces Ecrits
les flatent,& que l'on croit
facilement ce qui plaît , ils ſe
tiennent juftifiez de beaucoup
de chofes , ne trouvant rien
dans tous ces Ecrits qui ne foit
fort à leur avantage . Ce n'eft
pas que ceux qui les font foient
perfuadez de ce qu'ils écrivent
là deffus , mais ils fe croyent obligez
de payer par le bien
qu'ils difent des Hollandois, &
de leurs Alliez , la permiffion
qu'ils ont en Hollande de dire
du mal de toutes les Nations ...
Cette liberté ne laiffe pas neanmoins
d'étre fouvent refferrée
à parler contre la France , &
lors qu'ils attaquent quelques
autres Souverains, leur empor12
VI P. des Affaires
tement eſt plus moderé , & ne
s'étend qu'auffi loin qu'ils penfent
étre obligez de le faire aller
, pour les animer contre la
France . La raifon de ce déchainement
des François contre
leur Patrie , eft premierement
pour ſe rendre dignes de
l'azile qu'on leur donne , & en
fecond lieu , parce que s'étant
trouvez contraints d'en fortir,
ils ne fçavent comment répandre
leur bile fur le Gouvernement,
& fur ceux qu'ils croyent
leurs Ennemis ; & fous
pretexte
d'écrire fur les matieres courantes
, ils fe vangent aux dépens
de la verité , ce qui rend
I'Hiftoire fi defigurée qu'on a
de la peine à la reconnoître.
On ne fuit point les évenemés
felon qu'ils arrivent , ainfi
je m'attache à les fuivre dans
que
du
Temps. 13
toutes mes Lettres fur les Affaires
du Temps. Auffi je ne
vous les envoye pas tous les
mois , mais feulement lors que
la matiere fe trouve curieufe,
& abondante ; au lieu que la
paffion de ces Ecrivains leur
met toûjours la plume à la
main. Quoy qu'une affaire foit
finie , ils ne laiffent pas de recommencer
à en parler , & ils
le font tous quelquefois d'une
maniere fi differente, que leurs
Ecrits ne font pleins que de
contradictions manifeftes, Cela
eft caufe que tel qui pretend
parler contre la France , la juftifie
bien fouvent fans en avoir
le deffein , & fans qu'il
s'en apperçoive . Il est ai
fé de juger par toutes ces chofes
que la verité ne peut
J4 VI. P. des Affaires
regner dans des écrits de cette
nature , & que des gens qui
fe cachent la difent fort rarement.
Ce n'eſt pas que ceux
qui cherchent à ne rien dire
qui foit contraire à la verité, ne
puiffent être fujets à faire des
fautes, mais s'ils la bleffent, c'eſt
fans le fçavoir , & il eſt toujours
certain que lors qu'un
homme connu manque en
quelques circonftances , il le
fait de bonne foi ; & qu'il eſt
trompé lui- même , c'eft ce
qu'on ne fçauroit dire de la
plufpart des Auteurs qui cachent
leur nom , puis qu'ils fe
plaiſent fouvent à diffimuler la
verité, afin d'avoir lieu de répandre
leur venin contre ceux
qu'ils ont deffein de noircir , &:
de parler à l'avantage des autres
dont ils prennent l'intereſt..
du
Temps- 15
L'imprudence fait qu'en
commençant à écrire fur une
affaire qui n'eft qu'à peine embarquée,
on dit fort fouvent
des chofes que la politique fait
connoiſtre dans la fuite qu'on
n'auroit pas dû laiffer échaper.
Lors que l'on a travaillé à s'unir
contre le Roy afin d'allumer
la guerre qui embraſe aujourd'hui
l'Europe, & qui a déja
caufé tant de pertes à la veritable
Religion , on n'a regardé
que la gloire qu'on s'imaginoit
devoir eftre remportée fi on
ofoit attaquer la France . On a
fait fonner les Ligues des Princes
Confederez , & on a dit
tout ce qui eftoit neceffaire
pour juftifier le procedé que
Sa Majesté tient aujourd'huy,.
fans confiderer que la politique
vouloit qu'on tinft un autre
16
VI. P. des Affaires
langage peu de temps aprés,
afin de rendre la France odieufe.
Voicy ce que j'ay trouvé
fur ce fujet dans ce qui a eſté
imprimé en Hollande . Ce font
differens articles tirez de divers
Ecrits, mais les termes font
les mefmes , & je n'y ay rien
changé .
Enfin le Roy de France s'eft
déterminé à la guerre malgré
qu'il en ait eu.
Mais commeil eft de la politique
de prévenir fes Ennemis
, le Roy tres - Chreftien n'a
pas voulu y manquer. Il n'a
pas dû ignorer les brigues qui
Je faifoient contre luy dans
l'Europe.
L'Empire n'a rien témoigné
tant qu'il a eu quelque chofe à
craindre du Turc. Les Alliez
ont fait de mefme , tant qu'ils
du
Temps.
17
l'ont vu embaraffe contre cette
Puiffance; mais enfin au moment
qu'ils l'ont veuë terraſſée,
& hors d'eftat de pouvoir fe relever
; du moment auffi qu'ils
ont cru la France extrémement
déchue par la divifion qui regne
chez elle , ils ont levé la
tefte , ont formé de grands
deffeins,
On croit qu'il eft de l'intereft
de toutes les Puiffances, d'affoiblir
la France avant que la
mort du Roy d'Espagne arive.
Comme la France ne voudroit
point de guerre , elle ne veut
pas pouffer les chofes à l'extremité.
Aprés avoir expoſé un fait
de cette nature & de cette confequence
, les raiſonnemens
qu'il pouvoit founir n'en de
voient pas être entierement
18 VI. P. des Affaires
éloignez , & il n'y avoit pas
d'aparence qu'ils duffent rouler
fur le contraire.C'eſt cependat
ce que l'on a fait par un aveuglement
inconcevable, & c'eſt
ce qui fe fait encore tous les
jours. Tous ceux qui fe mêlent
d'écrire , né parlent que
de l'injuftice de la France touchant
cette guerre. Ils fe tirent
groffierement par là de l'embaras
où ils font puis que fuivant
le fait qu'ils ont expofe,
ils ne peuvent juftement fe
plaindre des Conquestes de Sa
Majefté , ny de tout ce qu'elle
fait pour les conferver, & pour
empecher que fes Ennemis
qui fe font liguez en fi grand
nombre n'ufent de ſurpriſe
pour entrer dans fes Etats .
Mais leur but eft de condamner
tout ce que fait ce Prince, mefdu
Temps.
19
me jufques à fes actions les plus
loüables, de forte qu'ils les empoifonnent
toutes , pouffez par
les motifs dont ie vous ay déja
entretenuë , & que je ne croy
pas devoir repeter ; mais pour
ne point parler comme eux
contre la verité , & pour fuivre
le fait qu'ils ont exposé
eux- mefmes, & qu'ils ont exageré
en plufieurs endroits , je
veux m'en tenir à cette verité,
Qu'on a forcé le Roy à faire la
guerre. C'eſt une chofe à laquelle
on n'a rien à repliquer,
aprés les divers articles que je
viens de rapporter là deffus,
& il faut neceffairement que
l'on demeure d'accord que ce
n'eft pas le Roy qui trouble
le repos de l'Europe
puis qu'on dit qu'il s'eft déterminé
à la guerre malgré qu'il
en ait eu. Ce fait pofe fuivant
20
VI. P. des Affaires
la verité , & fuivant tous les
Ecrits de Holande va plus loin
que l'on ne croit , puis qu'il
confond tout ce que les Ennemis
du Roy publient aujourd'huy
au defavantage de fa
gloire . On a parlé des Ligues
qui fe faifoient contre luy, &
du grand nombre d'Ennemis
qui le devoient accabler ; on
ne doit point s'étonner que l'ayant
fceu , il ait cherché à les
prévenir , & les fuites de cette
guerre ne doivent point furprendre,
puis qu'il a dû en ſage
Politique , prendre fes précautions
pendant que le Ciel
favorifoit fes armes , pour n'eftre
point accablé dans la ſuite
par ces Ligues d'Ennemis nombreux
, qui ont affez fait connoiftre
de quoy ils feroient capables
, puis qu'ils ont égorgé
}
2 F du Tems .
la pluspart des François prifonniers
, & exercé leur fureur
jufque fur les Malades. Tout
ce que je viens de vous dire,
juſtifie le Roy touchant l'affaire
du Palatinat , fur laquelle
on tâche de le noircir , &
qu'on regarde malicieuſement
avec des yeux tout- à- fait contraires
à la maniere dont cette
action devroit eftre veûe. Cependant
Sa Majesté n'a rien
fait qui ne luy ait efté prefcrit
par une bonne politique,
& que tous les habiles Conquerans
n'ayent fait avant lui .
Les Rois font obligez de travailler
de tout leur pouvoir
pour empêcher la ruine de
leurs Etats , & ne pas fouffrir
qu'on les envahiffe . Outre cette
obligation générale, le Roy
qui penetre tout par fes lumie-
1
22 VI P. des Affaires
res , voyoit qu'aprés tous les
foins qu'il avoit pris pour faire
fleurir la veritable Religion , on
vouloit en lui declarant la
guerre , détruire ce qu'il avoit
fait en fa faveur , & foulever
contre lui fes propres Sujets.
Il voioit contre lui un Empercur,
des Rois un grand nombre
d'autres Souverains & des
Republiques. On le menace
de ceux qui lui doivent une
entiere obéiffance ; on l'oblige
à garder toutes fes Coftes ;
Rome même entre dans la
confpiration , & n'examine
point fi les Proteftans Y font
en plus grand nombre que les
Catholiques. Il fuffit qu'il
s'agiffe d'accabler la France ,
& de n'uire au Roi , qui s'eſt
déclaré Protecteur de la Religion
Romaine , & qui a plus
du Temps. 23
fait que fept de fes Predeceffeurs
enfemble pour l'interêt
de l'Eglife: la Cour de Rome
entre auffi- tôt dans le deffein
d'affoiblir une puiſſance dont
elle tient tout : & pour ne luy
pas laiffer un feul Aini , elle abandonne
le Roi d'Angleterre
comme je le dirai dans la fuite
& détruit en un feul jour tout ce
que ce Prince avoit fait pour
la gloire de Dieu en plufieurs
années : & toutes lesefperances
de ce qu'il pouvoit faire dans
la fuite. Quel parti doit prendre
dans une occafion de cette
nature , un Souverain contre
qui tout fe declare , & fur tout
un Souverain comme le Roi
de France , aimé de fes Peuples
, qui fe repofent ſur ſa vigilance
du foin de leur feureté?
Ne doit- il pas empê
24 VI. P.des Affaires
cher autant qu'il lui eſt poſfible
, l'invafion que tant d'Ennemis
fe vantent publiquement
de faire dans le Roiaume
? Son devoir l'exige de lui
fa Religion le demande , & la
plolitique le veut. Il previent
donc fes Ennemis , parce qu'il
eft feul auffi puiſſant que tous
ceux qui le menacent , & qu'il
fait conduire les affaires avec
une prévoiance plus fage , &
une prudence plus confommée.
Comme ils ont eu l'imprudence
de le menacer trop tôt,
il tâche à fe mettre à couvert
de leurs pojets , avant qu'ils
foient en état de les faire reuffir
, & travaille à leur boucher
les paffages , par où ils pourroient
entrer dans fes Eftats .
Il prend Philisbourg , & il offre
en même tems de rendre
cet
du Tems.
25
cette Place demantelée , &
même Fribourg , pour mar
quer qu'il ne cherche que la
paix , & qu'il n'en veut point
à l'Allemagne . Il n'y a jamais
cu de preuves plus convainquantes
que ces offres. On
ne les a point tenuës fecrettes
& elles ont été imprimées &
rendues publiques par ordre
de Sa Majefté ; mais quelque
avantageufes qu'elles foient ,
elles ne font pas écoutées ; &
quoi que ce Prince montre
par-là à toute la terre qu'il n'a
aucune intention de faire des
Conquêtes en Allemagne , on
refout de lui faire la guerre
comme à un Monarque qui
a fait deffein de l'envahir , &
l'on veut que ces pretextes fervent
pour armer contre lui un
monde entier d'Ennemis , sil
B
26 VI. P. des Affaires
m'eft permis de parler ainfi ,
parce qu'on ne fçauroit fuporter
l'éclat de fa gloire, & qu'on
aime mieux mettre toute l'Europe
en feu , faire détrôner
des Rois , fe liguer avec des
Etats qui fe font fouftraits de
l'obéiffance de leur veritable
Souverain , comme on fait
qu'ont fait les Hollandois , &
rifquer à perdre la veritable
Religion , & celle que l'on
profeffe. Enfin on eft plus aife
de donner lieu à l'Empereur
Othoman de reprendre fes
forces pour continuer un jour
de perfecuter les Chrêtiens ,
que de ne pas emploier toutes
celles de l'Europe , pour accabler
un Monarque beaucoup
plus confiderable par fes vertus
politiques , & morales, que
par la vafte étenduë de fes Efdu
Temps.
27
tats.Le Roi aiant reconnu qu'il
n'y avoit point de tems à perdre
pour fe garantir de l'invafion
de tant d'Ennemis, qui facrifioient
leur gloire , & leur
Religion pour fatisfaire leur
injufte haine , refolut de s'emparer
du Palatinat. Quandil
ne l'auroit fait que parce que
l'Electeur Palatin eft un des
principaux Auteurs de cette
Guerre , comme il eft prouvé
dans le Manifeſte de Sa Majefté
; cette raiſon eſtoit plus
que fuffifante pour autorifer la
France à fe faifir de fes Etats .
Plus on fe voit d'Ennemis en
tête plus la politique oblige à
fe fervir de fes avantages . On
les attaque feparement fi l'on
peut ; on combat celui qui eft
le moins en état de défenſe, ou
dont la ruine peut empêcher
Bij
28 VI. P. des Affaires
>
que tout le mal qu'on fe prepare
à nous faire n'ait fon plein
effet. Outre toutes ces raiſons
qui font d'un grand poids
le Roi fe trouvoit obligé de
faire rendre juſtice à Madame
, touchant la fucceffion
qui eftoit retenue à cette
Princeffe
par l'Electeur Palatin.
Sa Majesté avoit donné
des délais ; Elle avoit envoié
des Miniftres fçavans dans les
matieres de Droit pour difcuter
cette fucceffion ; mais les
chofes êtant toujours demurées
dans le même état, le Roi
voulut bien s'en remettre à la
mediation du Pape. Cependant
toutes les botez de ce Mo.
narque furent inutiles ; rien n'a--
vança, & l'on découvrit même
que la Cour de Rome faifoit
exprez traîner ce differend en
du Temps.
29
•
longueur , afin de donner le
tems aux Princes liguez contre
le Roi de fe mettre en êtat
d'agir. Rien ne devoit tant
laffer la patience de ce Prince
qui avoit accordé tant de délais
, & tenu un procedé fi honnête
. 11 eft parlé de cette
mediation dans le Manifefte
de l'Empereur contre la France,
& il y eft dit
que
la mediation
n'a pas eu lieu , parce que
Sa Majesté n'a pas envoie de
Minifire au Pape qui lui fut
agreable. Il feroit fort difficile
d'aporter une raifon plus
mauvaiſe que celle - la. Auffi
ne le trouve-t - elle que dans le
Manifefte de Sa Majesté Imperiale
, la Cour de Rome ne
T'aiant point alleguée , mais
elle a fait encore plus mal ,puis
qu'elle s'eft toujours fervie de
B iij
30 VI. P. des Affaires
delais pour empêcher qu'on ne
décidat. Elle ne devoit pas
accepter la mediation fi elle
avoit deffein d'en ufer de cette
forte ; mais elle vouloit fervir
l'Empereur , & l'Electeur
Palatin, & cet Electeur croyoit
que parce qu'il eft Beau - pere
de Sa Majefté Imperiale , &
que les Turcs n'étoient pas en
état de faire craindre l'Empiil
étoit en droit de braver
la France, & de nier à Madame
ce qui lui eft dû. On le
connoit , & toute l'Europe
fait les dangereux artifices
qu'il met en ufage , & que fes
Miniftres n'agiffent pas plus
fincérement. Si la reconnoiffance
avoit eu du pouvoir ſur
fon efprit , il en auroit ufé d'une
autre maniére avec le Roy,
aprés en avoir reçu beaucoup
re ,
du Tems . 30
de graces ainfi que les Princes
fes Fils , qui poffedent de
grands Benefices en France, &
il fe feroit fouvenu de tout ce
que Sa Majefté a fait pour lui
en Pologne lors que le Roy
Michel fut élu , & que fans
des conjonctures
qu'on n'avoit
pas lieu de prevoir , il auroit
été redevable de cette Couronne
au Monarque, contre qui il
a voulu depuis foûlever toute
la Terre.
Le Roy voyant que ceux
qui lui devoient davantage témoignoient
le plus d'ardeur à
animer contre lui les autres
Princes ; qu'on lui faifoit un
crime de fa grandeur , & que
la difference de Religions ne
faifoit point differer de fentimens
, n'eut pas de peine à en
deviner la caufe.
4
Il connut
B
iiij
32 VI. P. des Affaires
qu'il meritoit que prefque tous
les Princes de l'Europe travaillaffent
de concert à fa ruine
non pour avoir fait fur eux de
grandes Conquêtes, mais pour
avoir eu la gloire de rendre des
Places pour le repos de l'Europe
; non pour avoir fait la
Guerre,mais pour avoir eu l'avantage
de donner la Paix :
non pour avoir mis des ames
en état d'être perduës , mais
pour avoir fait rentrer dans la
veritable voye ceux que le malheur
de leur naiffance avoit
fait marcher dans un chemin
qui les avoit égarez . Voilà les
crimes capitaux qui ont engagé
tant de Puiffances à confpirer
contre ce Monarque .On
ne peut pardonner à fa gloire
de s'être élevée fi haut ; il
faut l'abaiſſer aux dépens de la
du
Temps . 33
veritable Eglife , & d'une infinité
de fang de la plus belle
partie de l'Europe , qui en fera
fi fort affoiblie, que les Infidéles
en pourront un jour triompher
plus aifément. La Religion
Catholique qui le voit
menacée par là , à caufe que
les Princes qui font liguez contre
nous , n'ont pour la plupart
que des Troupes Proteftantes ,
femble n'avoir plus d'espoir
que dans les forces & la
prudence
du Roy. Elle fe voit abandonnée
de la plus grande
partie des Princes qui la profeffent,
entiérement détruite en
Angleterre , & delaiffée de la
Cour de Rome, que nous voyons
ouvertement declarée pour
les Princes qui font unis avec
les Proteftans. Tout le Peuple
de Rome a beau fremir &
B v
3.4. VI. P. des Affaires
témoigner fon chagrin, de voir
l'Envoyé d'Angleterre s'en retourner
fans aucun fecours ,
pendant qu'on en donne pour
combatre un Prince, qui pourroit
contribuer avec plus de
forces à rétablir Sa Majeſté
Britannique , fi on ne l'obligeoit
point à porter ailleurs fes
armes , afin d'empêcher par là
que la veritable Religion ne
triomphe. Rome n'entre point
là - dedans ou elle n'y entre
que pour fe declarer contre le
Roy. Ce grand Monarque eft
coupable d'avoir foûtenu des
Privileges qui ont toujours été
maintenus par fes Anceftres ,
quoy qu'ils fuffent moins puiffans
que luy. On veut qu'au
milieu de fa grandeur il fe foumette
à la honte de ceder ce
que fes Predeceffeurs ont eu
>
du Tems.
39
fait , il faut
foin de conferver , & s'il ne le
que les Proteftans
foient rétablis en France , que
les Catholiques foient chaffez
d'Angleterre , qu'on empêche
qu'ils n'y puiffent étre rétablis ,
en ataquant de tous côtez celuy
qui feul auroit pû travailler
à ce grand ouvrage.Il faut que
les Catholiques mêmes , jaloux
des profperitez , & de la grandeur
du Roy , s'uniffent & facrifient
tout à la paffion de la
Cour de Rome , & à celle de
l'Empereur , & qu'ils rifquent
à fe voir un jour acablez par
les Proteftans qui font unis avec
eux , & qui étant beaucoup
fuperieurs en nombre ,
peuvent , fi la France avoit du
defavantage , fe déclarer contre
leurs Alliez , & travailler à
rendre toute l'Europe Prote36
VI. P. des Affaires
tante. On ne fe doit fier à perfonne,
lors qu'il s'agit de Religion
; c'eft un fpecieux pretexte
fous lequel il n'y a rien
que l'on n'ofe , & il ne faut que
le prendre pour ſe croire tout
permis. L'Electeur de Brandebourg
a feul plus de Troupes
que l'Empereur n'en a fur le
Rhin. On fçait qu'il a une intelligence
étroite avec le Prince
d'Orange, & qu'il a eu part
à tout ce qui a regardé les deffeins
de cet Ufurpateur contre
le Roi d'Angleterre. Ainfi
l'on ne peut douter qu'il n'y ait
entre eux de tres - grands projets
formez , pour le retabliffement
de la Religion Proteſtante
dans toute l'Europe , en
cas qu'ils viennent à bout de la
rétablir en France , & de rem
porter fur le Roi tous les avandu
Temps.
37
tages qu'ils fe propoſent. Si cela
arrivoit & que le Prince d'Orange
fut paifible poffeffeur de
l'Angleterre , il eft certain que
cette Couronne & les Etats de
Hollande entreroient dans cette
Ligue, & que tout le reſte des
Proteftans de l'Europe fe joindroit
en même tems avec eux
afin d'accabler les Catholiques .
Toute la Hongrie qui fouffre
impatiemment le joug que la
Maifon d'Auftriche lui a impofé
, fe fouleveroit auffi tôt ,
ainfi que les autres Proteftans
qui font fous l'obéïffance de
l'Empereur. Les Turcs ne manqueroient
pas de favoriſer leur
rebellion , & l'avantage que les
Proteftans en tireroient feroit
tres - conſiderable. Quelle refolution
prendroit alors Rome , &
quel fecours en pourroit - on ef38
V I. P. des Affaires
perer?Il feroit foible, & bié éloigné.
Les forces de toute l'Italie
ne feroient pas fuffifantes pour
parer un pareil coup , & Venife
épuisée par une longue
Guerre contre les Turcs , ne
feroit que des efforts impuiffans
; enfin fi la France étoit
abatuë , il n'y a point de Puiffance
qui pût tenir contre tous
les Proteftans de l'Europe unis
enſemble. Cela fe voit par
maniere dont elle foûtient aujourd'hui
les efforts extraordinaires
de prefque tous les Princes
de l'une & de l'autre Religion
, favorifez de la Cour de
Rome , & aidez de l'argent
qu'elle donne à l'Empereur.On
fçait qu'en parlant de cette
Guerre, Rome à dit, Qu'on auroit
bien-toft une bòne Paix qui
feroit durable , & qu'elle a fait
la
du
Temps. 39
connoître en mê.ne tems qu'elle
entendoit par là , que la Paix
regneroit dans toute l'Europe,
quand on auroit mis la France
fi bas qu'elle ne feroit plus en
état de tenir tête à aucune Puiffance.
On ne peut parler ainfi
fans avoir beaucoup agi auprés
de ceux qui cherchent à
nuire à la France ; mais on
n'eft pas affuré pour cela que
ces mauvais deffeins réuſſiffent
, & quand ils réüffiroient,
on n'a aucune certitude , qu'ils
n'attiraffent pas la ruine de
toute la Religion Catholique
en Europe , ainſi que je viens
de le marquer. Ceux qui caufent
des embrafemens ne font
pas feurs d'arrêter le feu quand
ils cherchent à l'éteindre. Il va
quelquefois plus loin qu'on n'a
deffein de le faire aller , & ne
40
VI. P. des Affaires
brulant pas feulement ce que
l'on vouloit détruire , il confume
auffi ce que l'on a intereft
de conferver. Si cela arrive, la
chofe fera d'autant plus remarquable
que la Cour de Rome
qui auroit deu éteindre le feu,
n'aura rien oublié pour l'alumer.
Cela eft connu de tout le
monde, & c'eft par là qu'elle eft
regardée avec quelque forte de
confideration dans tous les Etats
Proteftans,quoy qu'elle n'y
foit pas plus eftimée; mais on fe
déguiſe , à cauſe de l'utilité
qu'on en reçoit, & l'on fe referve
à rompre les mesures que la
politique fait prendre quand
on ceffera d'en avoir befoin.
On ne croira point alors faire
rien contre fon devoir, ny contre
l'obligation qu'on a à la
Cour de Rome & aux Princes
du
Temps.
41
Catholiques , puis qu'on croira
que tout fera jufte pour établir
dans toute l'Europe la Religion
que l'on profeffe.
On ne doutera point de la
violence avec laquelle les Proteftans
agiroient pour executer
ce grand deffein , fi on lit l'avis
de l'Electeur de Brandebourg
donné à la Diette de Ratifbonne
, pour faire la guerre à la
France. Il fe trouve dans une
des Lettres fur les matieres du
Temps imprimées en Hollande
, & on y voit un emportement
fi grand , qu'on peut juger
par là de qu'elle fureur ce
Prince feroit animé dans une
Guerre qui feroit toute de
Religion . Mais enfin il eſt à
prefumer que les forces & la
prudente conduite du Roy ,
42 VI. P. des Affaires
détourneront le malheur dont
la Religion Catholique eft menacée.
De quelque maniere
que les chofes puiffent tourner,
il eft conftant qu'il en coûtera
du fang, & que Rome l'aura
fait couler , puis qu'au lieu
d'empêcher que la Guerre ne
commençât , comme elle auroit
pû , en rendant juſtice à Mr le
Cardinal de Furftemberg , elle
a fourny elle- même dequoy la
faire durer , & n'a fait aucune
démarche pour y metre obftacle
. Cette conduite furprend
d'autant plus , que Rome doit
étre toujours ennemie de ce qui
peut faire répandre du fang,
même
pour une jufte cauſe , &
qu'elle n'est jamais excufable
lors qu'elle confeille d'entreprendre
quelque Guerre.comme
les Puiffances
féculieres
du
Temps. 43
qui s'y trouvent quelquefois
engagées par des interefts qu'il
eft de leur gloire de ne pas abandonner.
Toutes ces chofes font voir
clairement que la France étoit
puiffamment menacée , & que
la ruïne qui paroiffoit prefque
inévitable , devoit entraîner
celle de la Religion Catholique
dans toute l'Europe. Ainfi
comme les mefures qu'on avoit
prifes contre elle étoient grandes,
& concertées depuis longtems
, non feulement elle avoit
befoin de toutes fes forces,& de
toute fa prudence pour parer
les coups qu'on fe preparoit à
lui porter , mais il faloit auffi,
elle vouloit refifter au torrent
d'Ennemis qui s'étoient liguez
pour inonder fes Etats , qu'elle
fe fervit de tout ce que permet
44 VI. P. des Affaires
la politique de la guerre. Il
falloit qu'elle ruinât quelques
Places pour éviter la defolation
de toutes les fiennes , &
que les Peuples d'un petit Etat
fouffriffent , pour empêcher
des traitemens plus cruels dont
on menaçoit de plus grands
Etats. Voilà ce qui a été caufe
que le Roy a ruiné quelques
Places du Palatinat , & ce qui
a donné lieu à tous les Ecrivains
de Hollande de fe récrier
contre le procedé de la
France, qu'ils ont nommé injufte
& cruel , & d'en faire des
peintures plus vives que reffemblantes,
fans vouloir examiner
qu'elle n'a rien fait qui ne
foit permis par l'ufage de la
guerre. Elle ne pouvoit empêcher
fes ennemis d'entrer chez
elle de ce côté- là, qu'en faifant
du
Temps. 45
une espece de defert entre elle
& eux , afin de leur ôter les
moeïns de fubfifter,& de fe for
tifier dans les lieux voifins de
fes Provinces . On auroit pû
dans une pareille occafion en
ufer de même avec un Ami &
un Allié, & dans un peril auffi
preſſant on n'épargne pas
même fes propres Etats. Lors
qu'on les voit trop fortement
attaquez d'un côté, on détruit
le refte de cette partie- là pour
empêcher les Ennemis d'avancer
, de même que l'on coupe
un bras & une jambe gangrenée,
pour arrêter les progrés
du mal , & fauver le refte du
corps. C'eft ainfi que le pro
prietaire d'une maison à laquelle
le feu a pris , confent qu'on
abatte la maiſon prochaine
qui
lui apartient
, auffi , pour em
46 VI. P. des Affaires
pêcher que le feu n'attaque
celle qui fuit , foit qu'elle foit à
lui,ou non, parce que la raifon
& le bien public exigeant ce remede
, quoique la violence en
foit fâcheufe, il feroit contraint
de le fouffrir , quand même il
refuferoit fon confentement.
On ne peut nier que les chofes
étant dans l'état que je vous ay
fait connoitre , la France n'ait
agy comme elle a dû , fans
qu'on foit en droit de lui rien
reprocher avec juſtice. Ses Amis
& fes Alliez auroient dû
fouffrir dans une femblable
occafion qu'on eut facrifié
leurs Etats pour empêcher que
le mal ne devint plus grand, &
la France auroit abandonné de
fes propres Places fi elle avoit
vû qu'il en eut été beſoin ;
mais il s'eft rencontré que ce
du
Temps. 47
malheur n'eft tombé que fur
le plus grand de ſes Ennemis ,
& qui travailloit à liguer toute
l'Europe contre elle , & à mettre
le feu par tout . Cependant,
quoi que le Roy ait agi felon
les loix de la guerre,& que l'Electeur
Palatin fe foit attiré le
peu de ménagement qu'on a
eu pour les Etats , les chofes ne
fe font paffées que de la maniere
qu'elles font autorisées
par l'ufage . Quelques Habitans
ont été obligez de changer
de demeure , & de tranfporter
leurs éfets en d'autres
lieux , aprés avoir eu tout le
tems neceffaire pour s'y établir
& d'autres ne font fortis de ces;
Places que pendant le tems
qu'on a fait fauter quelques
fortifications , & ils y font retournez
enfuite : de forte que
48 VI. P. des Affaires
la pretenduë cruauté dont on
a fait tant de bruit , n'a été
exercée que fur des pierres, &
cela, pour ôter aux Ennemis le
moyen d'entrer en France de
ce côté-là , & de fe faifir de
poftes fortifiez , dont ils auroient
pû fe fervir contre elle ,
& pour garantir la Religion
Catholique de la ruine dont
elle étoit menacée par la Proteftante,
fuivant ce que je vous
ay déja marqué . Je ne faurois
m'empêcher de dire encore
une fois, que le Roy en abandonnant
ces Places , a fait voir
fi clairement qu'il n'a eu aucun
deffein de faire des Conquêtes
en Allemagne , qu'on
ne peut fe fervir de ce pretexte
fans en faire voir en même
tems la fauffeté , & fans faire
connoitre que le feul motif
d'abaiffer
du
Temps. 49
d'abaiffer la gloire de la France
, eft tout ce qui fait agir ſes
Ennemis , quelques couleurs
qu'ils veuillent donner à l'injufte
guerre qu'ils ont entrepriſe,
qui a déja fait détrôner un
Roy Catholique , & répandre
beaucoup de fang dans toute
l'Europe.
A l'égard des Contributions
que la France a tirées , le plus
fort les a impofées de tout
temps au plus foible , fans que
cela ait jamais été traité d'injuftice
, & de cruauté , & on ne
s'eft point encore a viſé d'en accufer
les Espagnols , lors qu'étant
Maîtres de Luxembourg,
ils tiroient des Contributions
immenfes
par le moyen de
cette importante Place. Le
Palatinat eftoit deſtiné pour
eftre mal- heureux . Le Duc de
C
50 V.IP. des Affaires
Neubourg en avoit hérité plûttôt
qu'il ne l'avoit cru , & il ne
l'aimoit que pour en tirer ce
qu'il y trouvoit de plus precieux
, qu'il faifoit enlever de
jour en jour. Il faifoit inceffamment
tranfporter dans fes
autres Eftats les meubles qui
ornoient les palais du défunt
Electeur , & tiroit en même
tems tout ce qu'il pouvoit des
Peuples , ce qui étoit cauſe
qu'il n'y étoit point aimé.L'Europe
ne le doit pas aimer davantage
, puis que le credit
qu'il a dans le Confeil de l'Empereur,
comme Beaupere de
Sa Majefté Imperiale , a été
en partie caufe du mauvais
état où elle fe trouve aujourd'hui
. Rome de fon côté a
achevé de déterminer l'Empereur
à cette guerre , en aproudu
Temps. ST
vant trop facilement l'animofité
de l'Empereur contre Monfieur
le Cardinal de Furftemberg,
quoi qu'elle ne jouïffe de
l'autorité qu'elle poffede que
pour travailler à l'union des
Chrêtiens
, & non pour exciter
la divifion entre eux . Elle
avoit entre fes mains la paix ,
& la guerre
. Elle n'avoit
pour faire la paix qu'à a prouver
une élection canonique, au
que pour exciter la
guerre
, il lui a falu faire une injuſtice
generalement reconnuë
pour telle , & même par beaucoup
de gens qui ne l'avouent
pas , à caufe de l'utilité qu'ils
en retirent. Je demeure d'accord
que l'Empereur , comme
je l'ai déja dit au commencement
de ma cinquième lettre ,
ne vouloit entendre aucune
lieu
Cij
52 VI. P. des Affaires.
raifon fur l'article de ce Cardinal
, ny fouffrir qu'il fut Ele-
&eur de Cologne , de quelque
maniere qu'il fut élu , canoniquement
, ou non , car il s'eft
moins agi dans cette affaire de
la validité de l'élection , que de
l'obftination de l'Empereur : &
comme cette obftination donnoit
lieu au Pape de faire reffentir
aux François qu'il pouvoit
fe vanger de leur inébranlable
fermeté à maintenir le
droit des Franchiſes ,il n'a point
combatu l'opiniâtreté de l'Empereur,
qui jufque- là avoit fait
paroître des fentimens affez
pieux pour faire croire qu'il ſe
feroit enfin rendu aux remontrances
de Sa Sainteté,fi Elle en
avoit fait d'aſſez vives pour cela,
mais au lieu d'en ufer de cette
forte, Elle a declaré
que
des raidu
Tems.
53
fons d'Etat la faifoient agir ;
c'eft à dire , une politique humaine,
que celui qui reprefente
le corps de l'Eglife ne doit point
avoir,tous fes fentimens devant
ètre faints, & toutes les actions
fe raporter à fon nom . Avoüer
qu'on a des raifons d'Etat ,pour
faire une chofe qui n'eſt approuvée
que par les intereffez,
& que tout le refte de la terre
condamne , c'eft tomber d'accord
que l'on a mal fait , &
chercher à s'excufer par des
termes fpecieux qui ne peuvent
fervir d'excufe , mais qui
font feulement voir qu'il eft entré
de la politique dans une aation
qui doit étre purement
chrêtiene. Quad on ne fait que
ce que la juftice demade, on ne
done point de raisos pour s'excufer,
parce que perfonne ne ſe
Cij
54 VI. P. des Affaires
plaint. Mais je veux que la
Cour de Rome ait agi à bon-
& que
la
vanne
intention ,
geance n'ait point cu de part à
ce qu'elle a fait , quoyque le
contraire foit vifible ; je veux,
dis je , qu'elle ait cru de bonne
foy , qu'il ne faloit pas pour
le repos de l'Allemagne que
Mr de Furftemberg fut Electeur
de Cologne ; étoit - elle en droit
de donner à l'un ce qui apartenoit
legitimement à l'autre, &
de faire un mal dans la vuë
de
procurer un bien ? le n'ay
jamais fçu que cela fut permis,
& j'ay toujours ouy prêcher le
contraire. Rome ne faifoit pas
feulement du mal à un Particulier
, en lui ôtant fon bien
pour le donner à un autre ,
mais elle en faifoit à toute
l'Europe en alumant la guerre
du
Temps. SS
par ce moyen , car elle devoit
bien s'imaginer
que le Roy.
qui n'a jamais fouffert qu'on
oprimât fes Amis , ne manqueroit
pas de les deffendre . C'eft
ce qu'elle demandoit dans la
penfée que les Princes liguez
l'acableroient
, ou du moins
qu'ils affoibliroient
l'éclat de
fa gloire , & cette feule raiſon
lui avoit fait dire , que l'Europe
auroit une Paix qui durercit.
Cela venoit de ce qu'elle étoit'
perfuadée que la France ne
pourroit fe relever de l'acablement
où la metroit une Guerre
qu'elle cherchoit à lui fufciter."
Ainfi elle avoit conclu à un
mal , ne doutant point qu'elle
ne vit arriver ce que fon intereft
l'obligeoit
à regarder comme
un bien , & voilà ce que
n'enſeigne aucune doctrine , à
Ciiiiijij
35 VI. P. des Affaires
moins qu'elle ne foit fauffe.
Cette action diminuë la gloire
que la Cour de Rome s'étoit
aquife , en donnant des fecours
d'argent à l'Empereur pour s'en
fervir à chaffer les Turcs de la
Hongrie. Elle empêchoit par
là que la Religion Catholique
ne fut détruite d'un côté, mais
la Guerre qu'elle vient de fufciter
dans l'Europe la fera
fouffrir beaucoup davantage,
puis qu'un des Partis n'étant
compofé que de Catholiques,
& l'autre en étant rempli , aucun
ne peut triompher fans
qu'il en coûte du fang aux Enfans
de la veritable Eglife , &
ce que la Pofterité aura de la
peine à croire , Rome travaille
à l'abaiffement de celui qui
n'eft composé que de Catholiques
, & donne des fecours à
du
Temps. 57
l'autre , où le nombre des Proreftans
excede de beaucoup
ceux qui font profeffion de la
croyance Romaine. Il y a une
chofe à remarquer affez furpernante
, & qui devroit faire
rentrer Rome en elle- même, fi
elle vouloit y faire reflexion ;
c'eft qu'on ne voit dans toute
l'Europe aucun Proteftant qui
ait les armes à la main contre
d'autres Proteftans , & qu'elle
eft toute remplie de Catholiques
qu'on anime les uns contre
les autres , & qui par la diviſion
que l'on a femée entreeux
, ne cherchent qu'à s'arracher
la vie. Celui qui eft
leur Pere commun devroit fe
jetter au milieu d'eux , afin
d'arréter leurs bras. Cette
qualité de Pere feroit qu'ils é
couteroient fa voix, & qu'ils le
Cy
58. VI. P. des Affaires
respecteroient ; mais ce Pere
eft malheureufement prevenu
de tendreffe , pour ceux de fes
Enfans qui la meritent le moins,
ce qui n'eft pas extraordinaire
dans le monde, & il fouffre que
pour acabler les autres , ces
Enfans fi chers ayent dans leur
Party un grand nombre d'Etrangers
dont il n'eft point le
Pere , & qui ne l'aiment , que
depuis qu'il fouffre qu'ils travaillent
à ruiner ceux qu'il
abandonne.
Ce qui eft encore ſurprenant
dans cette Guerre, & quimerite
qu'ony faffe attention , c'eſt que
les Proteftans publient hautement
& font imprimer , que
l'affaire d'Angleterre eft une
guerre de Religion , & l'on
voit que tout ce qu'ils font aujourd'hui
, même en s'uniffant
du
Temps-
19
avec les Catholiques d'Allemagne,
contribue à l'avancement
de leur Religion , & à
fon affermiffement
en Angleterre
, par la diverfion qu'ils
font faire à la France de fes
forces, pour l'empêcher de fe.
coutir Sa Majefté Britanique
auffi utilement qu'elle pourroit
faire. On voit par-là, comme
ils le publient , que leur
guerre eft eft une guerre de Religion
, qu'ils entendent leurs affaires
, & qu'avec qui que ce
foit qu'ils foient liguez , & qu'ils
combatent , & même avec des
Princes Catholiques, ils ne laiffent
pas d'être tous unis enfemble
pour une même fin , à
laquelle tout répond . Il n'en
eft pas de même des Catholiques.
La guerre qu'ils ont entre
eux eft une guerre purement
C vj
60 VI P. des Affaires
d'envie, & d'ambition . On në
veut point à Vienne qu'elle regarde
la Religion,& même les
Nouvelles publiques nous apprennent
, qu'on y fait brûler
tous les écrits qui font connoître
qu'il entre beaucoup de religion
dans cette guerre. Il y
en entre en éfet , mais comme
c'eſt en mauvaiſe part , &
qu'elle contribue beaucoup à
la ruine de la Religion Catholique
, & à l'avancement de la
Proteftante , la Cour de Vien
ne ne veut point que les Catholiques
qu'elle tâche de
tromper là - deffus , s'aperçoivent
de cette vérité. Elle la
veut ignorer ainfi que celle de
Rome , & l'une & l'autre préfére
le plaifir de fe vanger &
la gloire d'humilier la France ,
fi elles pouvoient en venir à
du
Temps.
61
bout, aux avantages que peut
recevoir la Réligion Catholi
que de l'union de tous les Princes
qui en font profeffion . En
éfet, quel bien ne feroit- ce pas
pour elle , qu'ils travaillaffent
enfemble à la faire fleurir , de
même que les Proteftans qui
ne font aucun pas , & qui ne
font dans aucune ligue qui ne
ferve à l'agrandiffement & à la
feureté de la leur ? Ce qu'il y
a d'étonnant, c'eſt que n'aiant
point de chef , comme les Catholiques
, qui puiffe travailà
les unir , ils font tous néanmoins
dans une parfaite intelligence,
& s'apliquent unanimement
à étendre & à affermir
leur Réligion , & que
les Catholiques qui en ont
un , loin de faire la même
choſe , ne travaillent qu'à
,
62
VI. P. des Affaires
prunter
fe déchirer les uns les autres ,
& veulent bien pour cela emdu
fecours à leurs Ennemis
, qui font ravis de leur
en donner , parce qu'ils les affoibliffent
par là , & que tous
enfemble venant à s'unir enfuite,
ils pretendent réüſſir plus
facilement dans leurs deffeins,
& rendre , s'ils peuvent, toute
l'Europe Proteftante. L'execution
en feroit mal- aifée, & l'on
peut même dire impoffible , fi
les Catholiques avoient un
Chef qui prit foin de les retenir
dans l'union , & de les
porter à foutenir la caufe de
Dicu , mais il faut pour cela
un Chef qui ait quelque chofe
de l'homme parfait , & qui ne
mette pas toute fa gloire dans
une fermeté, qui fait voir fouvent
bien plus de foibleffe que
du Tems. 63
de grandeur d'ame , ou plutôt
qui n'eft confiderée que comme
une foibleffe quand on s'at.
tache à l'examiner de prés. Il
n'eft pas moins glorieux de fe
démentir, lors qu'on reconnoit
que l'on a pris un méchant
parti, que de montrer de la fermeté
quand on en a embraffé
un bon.
Ce que le Roi a fait en ne
fouffrant dans fes Etats que la
veritable Religion , avoit tellement
alarmé les Proteftans
qu'ils travailloient à s'unir enfemble
contre tous les Catholiques.
Ces derniers devoient
vrai femblablement faire la
même choſe pour prendre le
parti de leur Religion & de
leurs Freres , comme font les
Proteftans , qui ne manquent
jamais d'entrer dans les inte
64 VI. P. des Affaires .
rêts de ceux qui fuivent leur
même croiance ; mais au contraire
la pluſpart ont favorisé
ces Proteftans , pour travailler
eux - mêmes à la ruine de leur
propre Religion ; étant réfolus
de tout facrifier pourvû qu'elle
foit fuivie de la perte de la
France. Il s'en trouve néanmoins
parmi eux qui difent
pour s'excufer , que les Protef
tans ne tireront aucun avantage
de leur union contre la Religion
Catholique , & que leur
unique but eft de travailler
feulement avec eux à l'abaiffement
de la grandeur de la
France ; mais outre qu'il eft
impoffible de diminuer fon
pouvoir , fans affoiblir la Religion
Catholique , & fans élever
la Proteftante , quelle feureté
a t-on des Proteftans la
du
Temps. 65
Ils
deffus , ou plutôt , quelle feureté
peuvent ils donner ?
fe croient tout permis lors qu'il
s'agit de leur Religion , l'inva
fion du Prince d'Orange.en
Angleterre en fait foi . Il n'avoit
aucun fujet de ſe plaindre
du Roi fon Beau- pere , ni aucun
démêlé avec lui.Il n'eftoit
pas feulement uni à ce Monarque
par cette alliance , mais il
l'étoit encore par le fang. Cependant
fous pretexte de Religion
, il s'eft emparé de ſes Eftats.
Les Proteftans qui font
unis avec les Catholiques
n'oublieront rien quelque jour
pour faire embraffer leurs erreurs
à toute l'Europe , s'ils peuvent
venir à bout de mettre la
France dans l'état où ils voudroient
la reduire . Ainfi il eft
de l'interêt de la veritable Egli.
66 VI. P.des Affaires
fe qu'elle triomphe de fes Ennemis,
fans quoi il eft indubitable
qu'elle fouffrira les plus
cruelles perfecutions .
Les Princes Catholiques, &
fur tout la Cour de Vienne ,
qui font caufe de ce que les
Catholiques fouffrent en Angleterre,
difent que cette guerre
n'eft pas une guerre de Religion
, & ce qui les engage à le
publier , c'eft que leurs Ligues
contre la gloire du Roi les expofant
à ce qu'ils endurent , ils
voudroient bien que la pofterité
ne leur imputât pas d'avoir
contribué à anéantiren Angleterre
la religion del'Eglife Ro.
maine dont ils font profeffion.
Cependant quelques pretextes.
qu'ils puiffet chercher, & quelques
couleurs qu'ils donnent à
cette guerre, il eft impoffible de
du
Temps.
67
perfuader qu'elle ne faffe pas
fouffrir la veritable Religion
dans toute l'Europe , & je l'ai
prouvé dans ma cinquième let
tre par une infinité de faits cõf
tans ,& de pièces que j'ai rapor
tées.Je puis ajouter que l'Empereur
cherchant à ébloüir le pu .
blic,a fait fur cet article - là des
démarches qui lui font peu
glorieufes ,puis qu'il a écrit au
Prince d'Orange pour le remercier
des bons traitemens qu'il
fait aux Catholiques , & pour
le prier de les leur continuer.
Ces bons traitemens font fort
inconnus , fi ce n'eft qu'on les
faffe confifter aux paffeports
qu'il leur a donnez, mais en les
donnant il travailloit pour luimême.
Il faifoit fortir d'Angleterre
des malheureux que
leur Religion lui rendoit fuf68
VI. P. des Affaires
pects , & qui aprehendant
tous momens d'être infultez &
arrêtez, aimoient mieux abandonner
leur Patrie. Il eft vrai
que par le moien de ces Paffeports
ils en fortoient un peu
plus feurement , mais c'étoit
toujours l'abandonner. Je ne
fçai fi la Cour de Vienne . &
les Princes Confédérez´ , qui
font caufe de la ruine de la
Religion Catholique en Angleterre
, croient de voir beaucoup
au Prince d'Orange, de
ce qu'il n'a pas encore fait
perir tous les Catholiques.
Cela viendra avec le temps,
mais il ne l'a encore pû faire,
parce qu'il n'y a eu jufqu'ici
contre eux que des loix penales
, & comme elles regardent
également les Non - Conformiftes
, qui font les Calvinistes de
du Tems. 69
France , il fait travailler à l'adouciffement
de ces Loix, qui
feront beaucoup moins rigoureufes
contre ces derniers,mais
qui auront beaucoup plus de
force contre les Catholiques ,
ou du moins qui conſerveront
celle qu'elles ont toujours euë,
tandis qu'elles épargneront les
Non Conformistes ; & cela
jufqu'à ce qu'il ait trouvé le
moien de maltraiter davantales
Catholiques . Voilà le fujet
des remerciémens que l'Empereur
fait au Prince d'Orange ,
pour les avoir bien traitez .
>
Les Hollandois même voulant
troper les fujets des Princes
Catholiques qui font liguez
avec eux , de crainte qu'ils ne
fe plaignent trop haut de la
conduite de leurs fouverains ,
qui facrifient leur Religion au
70 VI. P. des Affaires
chagrin qu'ils ont du floriffant
Etat de la France , exagerent
dans les Nouvelles publiques
la bonté que le Prince d'Orange
a euë de faire mettre en
liberté le Comte de Sunderland
, qui avoit été arrêté en
Hollade, mais l'artifice eft groffier,
puis que perfonne n'ignore
que ce Comte d'intelligence avec
le Prince d'Orange, avoit
feint de fe rendre Catholique,
pour donner des confeils au
Roi d'Angleterre,qui lui attiraffent
la haine de fes Peuples ,
comme je l'ai déja marqué das
une de mes Lettres. Ceux qui
s'attacheront à examiner la veritable
caufe des mouvemés qui
agitent aujourd'hui l'Europe ,
ne douteront pas que la Cour
de Rome n'ait été le mobile
de tout ce que nous voyons ,
du
Temps.
71
& fur tout qu'elle ne foit la
principale cauſe du malheur
de Sa Majefté Britanique. Je
ne repete point ce que mille
écrits ont dit & prouvé là - deffus
, non plus que ce que j'ay
fait voir dans ma troifiéme lettre
, en dévelopant le nocud de
l'intrigue de cette guerre.
Quand on voudra s'arrêter
aux faits , pour peu qu'on les
examine , on en trouvera de
décififs. Rien par exemple ne
doit l'être davantage que la
grande quantité d'écrits qui
paroiffent chaque jour en Hollande
, & qui femblent n'être
faits tous , que dans le deffein.
de juftifier la Cour de Rome.
Je n'en cité aucun , parce que
le nombre en eft tel , que j'aurois
peine à déterminer lequel
meriteroit mieux qu'on s'y ar72
VI. P. des Affaires
rêtât. D'ailleurs je veux traiter
généralement les Affaires
du Tems fans répondre à ces
écrits . Il fuffit qu'ils foient
affez connus dans toute l'Europe
, pour faire voir que mon
deffein n'eft pas d'impofer.
C'eſt une choſe ſurprenante,
de voir que les Proteftans, naturellement
ennemis de la
Cour de Rome par la Religion
qu'ils profeffent , la défendent
aujourd'hui contre les Catholiques
, d'une manière qui va
contre eux jufqu'aux invectives.
On pouroit défavoûter ces
particuliers fi leur nombre êtoit
moins grand , fi ce qu'ils difent
n'étoit pas conforme au
langage qu'on tient dans toutes
les Cours des Princes Proteſtans.
Il faut pour en ufer de la
forte , qu'ils foient bien perfuadez
du Temps.
73
dez que Rome les a fervis fort
utilement. Ils réjettent le malheur
du Roi d'Angleterre for
lui- même , & fur l'infraction
qu'il a faite aux loix ; mais ce
n'eft pas là le fait. On ne peut
venir à bout de perdre perſonne
fans lui fupofer des crimes
& il faut des pretextes aux feditieux
,& aux Ufurpateurs. Il eft
certain que ces pretextes n'auroient
pas été trouvez fuffifans
pour détrôner un Monarque
qui regne,qui a des Armées fur
pied, & de puiffans Alliez qui
peuvent le fecourir. Il falloit
donc pour le perdre qu'on
cherchat à accabler , ou du
moins à occuper les Puiffances
qui êtoient en état de prendre
fes interefts ; & comme la
France le pouvoit faire , non
feulement à caufe de fes for-
D
74 VI. P. des Affaires
ces, mais à cauſe de la genero
fité naturelle de fon Souverain,
chez qui les malheureux
peuvent toujours s'affurer de
rencontrer un azile , on a fait
des ligues contre elle , afin de
l'engager à faire diverfion de
fes armes, & de la mettre parlà
dans l'impuiffance de prêter
aucun fecours au Roy d'Angleterre
, pendant qu'elle feroit
occupée ailleurs , pour fermer
l'entrée aux Armées formidables
dont elle étoit menacée .
Ainfi , quoi qu'on veüille dire
que Sa Majesté Britannique a
donné lieu aux entrepriſes
qu'on a faites contre lui , les
pretextes qu'on pretend qu'il
a fournis à fes Ennemis , & à
fes Sujets rebelles n'auroient pu
lui nuire , fans l'accablement
où l'on a cherché à mettre la
du
Temps. 75
France. Le Prince d'Orange
n'auroit point paſſé en Angleterre
, fi pour donner des affairas
au Roy Tres - Chrêtien , on
n'eut point refufe des Bulles à
M.le Cardinal de Furftemberg
Mais fupofons que la Cour de
Rome n'ait contribué en aucune
maniere, directement ni indirectement,
au malheur du Roi
d'Angleterre , qu'elle n'ait rien
fçu de fa difgrace qu'aprés
qu'elle eft arrivée , & que le
coup foit tombé fur lui dans le
même tems qu'il a été menacé,
quel eft le devoir de cette Cour?
Chacun le fait , & il n'eſt
neceffaire de l'expliquer pour
le faire mieux connoitre. Sile
Pape doit regardertous les Catholiques
comme fes Enfans,
les foutenir lors qu'on les attaque
, & tâcher de faire fleurir
pas
Dij
76 VI. P. des Affaires
par tout la Religion , Sa Sainteté
avoit encore des raifons particuliéres
pour fe déclarer en
faveur du Roy d'Angleterre ,
& pour le fecourir de tout fon
pouvoir , puis que ce Monarque
s'étoit rendu digne en general
de toutes les graces du
S. Siege , & de toutes celles de
la perfonne du Pape en particulier.
Si tout ce qu'on fait
pour la Religion regarde le S.
Siege , que n'en a point merité
ce Prince ? Il avoit mieux aimé
du vivant du Roy fon Frere,
fouffrir qu'un Parlement le
declarât incapable de fucceder
à la Couronne, parce qu'il étoit
Catholique , que de cacher fa
Religion , & il s'étoit vu contraint
de fortir d'Angleterre
aprés cette declaration .
Roy Charles II. étant mort ,
Le
du
Temps.
77
il rifqua encore à perdre la fouveraine
puiffance , en faisant
connoître qu'il perfiftoit dans la
Réligion Catholique. Beaucoup
d'autres auroient balancé
ou auroient du moins déguiſé
leurs fentimens jufqu'à ce qu'ils
fuffent montez fur le Trône, &
qu'ils euffent été en état de s'y
pouvoir maintenir; mais ce Monarque,
plus Catholique qu'ambitieux
, a cru la diffimulation
indigne d'un Prince véritablement
Chrêtien. Cet exemple
de fermeté avoit été
caufe que plufieurs Anglois
s'étoient volontairement faits
Catholiques , & fans l'état où
l'Angleterre vient d'étre reduite
, plufieurs fe préparoient
à embraffer encore la même
réligion. Voilà ce que doit le S.
Siége à Sa Majefté Britanique,
D iij
78 VI. P. des Affaires
& ce qui engageoit doublement
la Cour de Rome à tout
employer pour foutenir un parti
fi jufte.
A l'égard de la confideration
que le Roi d'Angleterre a
témoignée pour la perfonne
du Pape , elle ne fauroit être
plus grande . A peine a -t- il été
mis fur le Trône, qu'il lui a envoyé
un Ambaffadeur d'Obedience
, ayant paffé pardeffus
toutes les raifons qui pouvoient
l'en empêcher, & n'ayant point
eu d'égard à la dépenſe, comme
Rome fait aujourd'hui dans.
uné affaire mille fois plus importante
, & où la veritable
Religion eft intereffée , puis
que fecourir le Roi d'Angleterre
pour lui faire rendre la
Couronne, c'eft travailler pour
la Religion , ou du moins ,
du Tems. 79
pour le repos d'une infinité de
Catholiques. Ce Monarque
n'en eft pas demeuré là, & pour
faire voir la confideration particuliere
qu'il a toujours euë
pour le Pape , dans le tems
même que la foudre grondoit
fur la tête , & que le Prince
d'Orange fe preparoit à par- સે
tir pour faire defcente en fes
Etats, il a voulu que le Nonce,
de Sa Sainteté tint le Prince ,
de Galles fur les Fonts de Baptême,
au nom de ce Souverain
Pontife. Voilà donc le Pape
engagé à fecourir le Roy d'Angleterre
, par tout ce que ce
Monarque a fait en faveur
de la Religion Catholique ,
par la grande confideration
qu'il a toujours marquée pour
le S. Siége, & par celle qu'il a
fait voir en particulier pour la
Dij
80
VI. P. des Affaires
perfonne de Sa Sainteté-Ilen .
troit outre cela de la juftice
dans le fecours qu'il ne doutoit
point que le Pape ne lui accordât
. Il y êtoit engagé comme
Chef de l'Egife , dont il doit
toujours foutenir les interêts , &
pour ôter les foupçons que
toute l'Europe avoit conçûë de
fa partialité pour la Maiſon
d'Auftriche, qui ne vouloit pas
qu'on fécourût un ami de la
France. Quand cette raiſon ne
l'eût point touché , il dévoit le
fécourir pour faire voir que
fon interêt particulier ne le faifoit
point agir dans une occafion
où celui de l'Eglife devoit
prévaloir & enfin il y alloit de
fa gloire de faire connoître que
lors qu'il s'agiffoit de foutenir
la Religion , il êtoit incapable
d'en facrifier les interéts au
du
Temps.
plaifir de fe vanger
d'un Monarque
qui venoit de la faire
fleurir en France , & contre qui
il ne s'étoit déclaré que parce
qu'il n'avoit pas voulu rénoncer
à un des priviléges de fa
Couronne , comme s'il avoit
pu le faire légitimement
& que
les Succéfféurs n'eufent pas
été en droit de s'en relever
pais que ce Privilege a
été acquis par mille bienfaits
des Rois de France qu'en
a receus le faint Siége , qui ne
fubfifteroit peut être pas aujourd'hui
fans leur pieufe générofité
.
Aprés un fi grand nombre
de raifons qui devoient engager
le Pape à marquer beaucoup
de confidération pour
le Roi d'Angleterre , & à luy
donner un puiffant fécours ,
D V
82 VI. P. des Affaires
la manière dont Monfieur Por
deter,
Envoié de Sa Majesté Britannique
, fut reçu à Rome, eft
preſque incroiable . Il y
meura long- tems fans pouvoir
être admis à l'Audience , &
peut-être n'en auroit- il point.
encore eu , s'il n'euft témoigné
qu'il avoit deffein de s'en retourner.
Le Pape étoit indifpofé.
Je dis indifpofé , & nom
pas malade , parce qu'il y a
des maladies dangereufes qui
mettent hors d'état de penfer
à autre choſe qu'à fa guérifon
, & à la mort en même
tems quand la guériſon eft incertaine;
mais les indifpofitions
n'êtant pas de cette nature ,
n'empêchent point que l'on
ne parle d'affaires quand on les
trouve preffantes , ou fi l'on n'em
parle pas , on voit du moins
du
Temps
83
l'Envoié d'un grand Roi , lors
qu'on ne peut fe cacher qu'on
lui doit beaucoup, & qu'il s'eſt
facrifié pour la Religion dont
on eft le Chef. Je laiffe là
toutes les confidérations perfonnelles
que le Pape devoit
avoirpour Sa Majeſté Britannique.
On peut n'être pas naturellement
reconnoiffant, mais
on ne doit jamais manquer
aux dévoirs de l'emploi qui
nous a été confié, fur tout quad
il est d'une auffi grande importance
que celui du Gouvernement
de l'Eglife . L'indifference
que marqua le Pape pour M.
Porter, qui demandoit inutilement
a être écouté , fut caufe
que plufieurs Cardinaux particulièrement
attachez à Sa
Sainteté, firent un accueil fort
froid à l'Envoié d'un Monar
D vj
84 VI. P. des Affaires
que , qui méritoit qu'on n'oubliât
pas ce qu'il avoit fait pour
le faint Siége. Ceux qui apuioient
la Maiſon d'Auftriche
parurent encore moins échauf.
fez. Ils étoient ravis du malheur
du Roi d'Angleterre
, &
les Ambaffadeurs d'Eſpagne
en avoient témoigné leur joie
en Hollande & à Rome affez
ouvertement pour n'en pas laif
fer douter , mais fans faire des
réjouiffances publiques que la
bien- féance , & la politique
leur défendoient. Si l'accueil
du Pape étonna , il ne furprit
point fit faire beaucoup
de raifonnemens affez juftes ,
& il fut impoffible de ne pas
voir, que qui ne vouloit rien
faire pour le rétabliffement du
Roi d'Angleterre , n'avoit pas
été faché de fa cheute , ou
du
Temps.
85
du moins avoit
pu entrer, quoy
qu'indirectemet,dans ce qui en
avoit été cauſe, au hazard de
tout ce qui en pouvoit arriver,
Le Pape voiant M. Porter
dans le deffein de partir fans
avoir eu audience , & jugeant
bien qu'un femblable procedé
ne pouvoit produire qu'un
mauvais éfet parmi les bons
Catholiques , réfolut enfin de
l'écouter dans fon lit , mais ce
fut feulement pour lui marquer
qu'il ne pouvoit rien faire
pour le Roi fon Maître.
L'exemple étoit dangereux
& pouvoit être fuivi par les
Princes d'Italie , mais la plufpart
en uferent d'une autre
forte & quoy qu'ils fuffent
moins obligez que Te Pape
de fécourir le Roi d'Angle
terre , ils ne laifferent pas
>
→
de
86 VI. P. des Affaires
contribuer à le foûtenir felon
leur pouvoir , regardant ce
qu'ils faifoient pour un Souverain
fi juftement eſtimé parmi
tous les Catholiques, comme un
fecours qu'ils donnoient à l'Eglife
perfecutée en fa perfonne.
Si les tréfos du Pape étoient
épuifez , il fe devoit fervir de
ceux de Dom Livio , fon Néveu
, & il étoit beaucoup plus
important que l'Eglife Romaine
fut fecourue , qu'il ne l'étoit
qu'un Particulier demeurât fr
riche. Sa Sainteté pouvoit
d'ailleurs donner de fon patrimoine
qui eft fort confiderable,
ou du moins propoſer dans
Rome que la conjoncture étant
fi preffante, chacun exerçât fes
liberalitez pour ce Prince, dont
le zele feul pour la Religion
fait tous les malheurs,de même
du
Temps.
87
qu'on fit pour l'Empereur au
commencement de la Guerre
que les Turcs lui declarerent ;
mais on n'auroit pas été bienaife
qu'un tel expedient euft
eu des fuites heureuſes . On ap
prehendoit le rétabliſſement
d'un Monarque Ami de la
France , fans examiner fi la
veritable Religion en fouffroit,
& fi l'exemple d'une ufurpation
auffi violente que celle du
Prince d'Orange , n'avoit rien
de trop dangereux contre les
Rois. On fatisfait fa vangeance
, en faisant triompher fon
opiniâtreté, & cela ſuffit. L'Empereur
pendant ce temps ne
laiffe pas de recevoir de l'argent
de la Cour de Rome &
comme cét argent fert à la
cauſe commune il devient
utile aux Proteftans qui font
>
88
VI. P. des Affaires
Aliez de l'Empereur, & qui avec
Sa Majesté Imperiale font
conjointement la guerre à la
France,qu'on veut mettre hors
d'état de fecourir le Roy d'Angleterre
affez puiffamment
pour le faire rentrer dans tous
fes Etats , avant que le Prince
qui les a ufurpez y foit affermy.
Ce même argent que la
Cour de Rome fait paffer en
Allemagne peut encore produire
un autre méchant effet,
puis qu'en fervant à établir la
Religion Proteftante en Angleterre
, il eſt à craindre qu'il
ne ferve en même temps à faire
rentrer le Calvinisme en
France , d'où il a été chaffé ·
par un Monarque qui a toujours
mis tous les foins à faire
fleurir la veritable Religion .
Dans le temps qu'on ne peut
du
Temps.
89
s'empêcher de recevoir à Rome
l'Envoyé du Roy d'Angleterre
, parce qu'un pareil refus
eût fait trop de bruit, & caufé
trop de fcandale & qu'on fe
refout aprés lui avoir fait longtemps
demander une Audience
infructueufe , de lui refufer
les fecours que le Roy fon Maî
tre avoit lieu d'attendre par
toutes les raifons que je vous
ay marquées : l'Empereur étroitement
lié avec la Cour de
Rome, fçachant que l'Envoyé
de ce même Prince étoit en
chemin pour lui venir faire les
mêmes propofitions de le fecourir
, lui fait défendre de
paffer outre & d'entrer dans
Vienne . Ie ne diray rien làdeffus
, parce que je ne
pourrois affez dire , & qu'on
doit toujours parler avec
90 VI. P. des Affaires
reſpect des perfonnes d'un caractere
fi élevé , quelques fautes
où ils fe laiffent engager
par leur foibleffe ; mais je ne
puis m'empêcher de vous faire
voir qu'on peut conclure de là
que l'on doit étre aisément entré
dans tout ce qui a caufé le
malheur du Roy d'Angleterre,
puis qu'on ne peut pas même
avoir la politique de lui faire
efperer du fecours fans avoir
deffein de lui en donner .Quand
on lui refuſe ce fecours avec
dureté , & qu'on le traite indignement
dans la perfonne
de fes Envoyez , on fait voir
que l'on eft bien éloigné de
s'unir avec tous les Princes
Catholiques pour travailler
à fon rétabliffement. Ce.
pandant quand il fe feroit
attiré fon malheur , bien qu'il
du Tems. 91'
n'ait point d'autre caufe que
l'ambition d'un Ufurpateur , il
ne l'auroit fait que par un zéle
de Réligion , qui ne fçauroit
être condamné que par des politiques
qui regardent la vie
comme fi elle devoit être éternelle,
& non par des Catholiques
qui doivent admirer un
Monarque qui n'a point voulu
facrifier fa Religion aux dou
ceurs d'un regne plus long &
plus paifible. C'eft ce que la
Cour de Rome dévroit confidé.
rer , & fielle faifoit fon dévoir
auprés de tous les Princes Catholiques,&
qu'elle travaillât à
une fainte union , l'Ufurpateur
feroit obligé de démander grace,
prévoiant bien qu'il n'auroit
pas affez de forces , pour pou
voir feulement efpérer de fe
défendre pendant quelque
92 VI. P. des Affaires
tems. Rome ne peut-être juſtifiée
que lors qu'elle en ufera de
la forte. Tous les détours qu'on
emploie pour la défendre , ne
la mettent point à couvert de
ce qu'on lui réproche, & les rai̟
fonnemens récomencent toujours
fans aller au fait.Veut - on
juftifier la Cour de Rome ?
Qu'on faffe voir qu'elle agit
pour le rétabliſſement d'un
Prince Catholique , mais elle
fait le contraire ; elle ouvre fa
bourfe aux ennemis de ce Monarque
, & les excite à fe déclarer
contre ceux qui le pour
roient fécourir,de maniére que
l'Europe n'a aujourd'hui que le
Ro pour Protecteur , & pour
Défenfeur de la Réligion Catholique.
Pendant que la Cour de
Rome, & celle de Vienne s'adu
Temps- 93
pliquoient ouvertement à faire
naitre dans toute l'Europe les
cruels mouvemens dont on la
voit agitée , l'Espagne agiffoit
de fon côté , mais plus fourdement
& quoi qu'il y cuſt plus à
perdre qu'à profiter pour elle
dans cette guerre, elle êtoit obli
gée de déferer à la Branche
d'Autriche d'Allemagne.C'eft
ce qui ne lui êtoit pas encore
arrivé , celle d'Eſpagne aiant
dominé jufques à la guerre
d'aujourd'hui.Le Roi fçachant
toutes les menées fecrettes de
cette Couronne , & fe voiant à
la fin contraint de lui déclarer
la guerre, fit publier l'Ordonnance
que vous allez lire . Elle
vous en aprendra là - deffus plus
que je ne vous en pourrois dire,
& avec plus de certitude .
94 VI. P. des Affaires
ORDONNANCE
du Roy.
LE
E defir fincére que le Roy a
eu de maintenir la Treve
conclüe en l'année 1684.a porté
Sa Majesté à diffimuler la conduite
qu'ont tenue les Miniftres
d'Espagne dans toutes les Cours
des Princes de l Europe , où ils
ne fe font apliquez qu'à les exciter
à prendre les Armes contre
la France ; & Sa Majesté
n'a pas ignoré la part qu'ils
ont eüe dans la negociation de
la ligue d'Ausbourg.Elle a auffi
été informée de celle qu'a eüe
le Gouverneur des Pays Bas Efpagnols
, dans l'entreprise que
Le Prince d'Orange a faite contre
l'Angleterre ; mais ne pouvant
croire que la conduite
du
Temps. 95
qu'il a tenue à cet égard , luy
eut été preferite par le Roy fon
maître , qui par tant de raifons
de Religion , de fang , & de fureté
pour tous les Rois , étoit
obligé de s'opofer à une pareille
ufurpation , Sa Majesté auroit
efperé de pouvoir porter
Sa Majefté Catholique à s'unir
avec Elle pour le rétabliſſement
du Roy legitime en Angleterre
, & pour la confervation
de la Religion Catholique contre
l'union des Princes Proteftans
; & au moins , à garder
une neutralité exacte , fi l'état
des affaires d'Espagne ne permettoit
pas au Roy Catholique
de prendre de pareils engagemens.
Sa Majesté lui a fait faire
pour cet effet differentes propofitions
depuis le mois de No
vembre dernier , lesquelles ont
96
VI. P. des Affaires
été bien reçues , tandis que le
Succés de l'entreprise du Prince
d'Orange a paru douteux ; mais
ces favorables difpofitions ont
difparu dés que l'on n'y a plus
parlé que de guerre contre la
France. Sa Majesté a appris en
même temps que l'Ambaſſadeur
d'Espagne en Angleterre voyoit
journellement le Prince d'Orange
, & lefolicitoit de faire que
les Anglois declaraffent la
guerre à la France ; que le Gouverneur
des Pays - Bas Eſpagnols
levoit des Troupes avec
empreffement ; qu'il promettoit
aux Eftats Generaux de les joindre
aux leurs au commencement
de la Campagne ; & les folicitoit
auffi bien que le Prince
d'Orange , à faire paffer des
Troupes en Flandre pour le metre
en état de faire la guerre
' du
Temps . : 97
à
à la France.Tous ces avis ayant
fait juger à Sa Majesté qu'il
étoit de fa prudence de fçavoir
quoy
s'en tenir , Elle a donné
ordre au Marquis de Rebenac,
fon Ambassadeur à Madrid, de
demander une réponse pofitive
aux Miniftres du Roy Catholi
que , lui offrant la continuation
de la Tréve , pourveu qu'il
voulut s'obliger en gardant une
neutralité exacte , de ne fecourir
directement , ny indirectement
les ennemis de Sa Majefté
; mais les mauvais confeils
ayant prévalu , Sa Majesté a
été informée que la refolution
avoit été prise de favorifer
I'vfurpateur d'Angleterre , &
de fe joindre aux Princes Proteftans.
Sa Majesté a appris
auffi prefqu'en même- temps, que
les Agens du Prince d'Orange
E
98. VI. P. des Affaires
ont touché des fommes confiderables
à Cadix , & à Madrid ;
que les troupes de Hollande &
de Brandebourg font entrées
dans les principales Places des
Espagnols en Flandre : & que
le Gouverneur des Pays - Bas
pour le Roy Catholique faifoit
foliciter les Eftats Generaux de
faire avancer leur Armée fous
Bruxelles. Tous ces avis joints
à la réponse que le Marquis de
Rebenac a reçue à Madrid ne
laiffant à Sa Majesté aucun
lieu de douter que l'intention
du Roy Catholique ne foit de fe
ioindre àfes Ennemis , Sa Majefté
a crû ne devoir pas perdre
temps à prevenir fes mauvais
deffeins , & a refolu de lui declarer
la guerre tant par terre
que par mer , comme Elle fait
par la prefente. Ordonne & enDEE
DE
du
Temps.
ioint , &c . Fait à Versaillon
15. Avril 1689 .
On ne peut douter que l'EL
pagne n'ait favorisé
l'entreprife
du Prince
d'Orange
fur
l'Angleterre
, quand on fera reflexion
que M' de Ronquillo
,
Ambaffadeur
d'Eſpagne
auprés
de Sa Majesté
Britannique,
eft demeuré
à Lõdres en la
même qualité auprés du Prince
d'Orange
depuis que la convention
l'a declaré Roy, ce qui
prouve que par fes cabales il a
beaucoup
aidé à fon élevation
, fuivant un nombre
infini
de Lettres qui font venuës de
Londres un peu avant que
Roy en partit , & qui portent
toutes , que Sa Maiefte
Britannique
n'y avoit point de plus
mortel
ennemy.
le
E ij
100 VI. P. des Affaires
Si cette verité n'étoit pas con
ftante , il fe feroit retiré aprés
l'arrivée du Prince d'Orange à
Londres, comme firent tous les
Ambaffadeurs & tous les Envoyez
des Princes Catholiques ,
mais il y demeura pour marquer
fon triomphe , & pour recevoir
les louanges deuës à fes
intrigues, & il y eft reſté depuis
pour les continuer , au grand
defavantage de la Religion Catholique.
On voit encor dans l'Ordonnance
du Roy la bonté de ce
Monarque par les propofitions
qu'il a bien voulu faire à l'Efpagne
pendant fix mois , durant
lefquels fçachant toutes fes menées
, il auroit pû prendre le
refte de la Flandre, puis qu'elle
étoit entierent dénuée d'argent
du
Temps.
ICI
& de Troupes , que toutes celles
de Hollande étoient en Angleterre
, & que les Allemans
étoient bien éloignez de pouvoir
faire faire diverfion aux
armes de France , parce qu'il
leur eft tres difficile de fe mettre
en Campagne avant qu'il
y ait des bleds fur la Terre.La
bonté du Roy en cette occafron
eft un de ces faits éclatans,&
trop conftamment vrais
pour étre niez. On fçait d'ailleurs
que les Conquétes ne font
pas prefentement plus difficiles
aux François en Hyver qu'en
une faifon plus favorable , &
qu'ils ont appris fous leur invincible
Souverain à vaincre
en tout temps , ce qui est encore
inconnu aux autres Nations
; mais fi la bonté du Roy
a voulu faire éviter à l'Eſpagne
E iij
102
VI. P. des Affaires
la
les dangers qu'elle court
branche d'Auftriche d'Allemagne
, l'a portée à les chercher
& elle a été fecondée par
la Reine Mere de Sa Majesté
Catholique , qui eft Soeur de
l'Empereur , & qui facrifie l'Efpagne
aux interêts de fon Païs
& de fon Frere. Il y a longtemps
qu'elle fait mouvoir tous
les refforts que la politique peut
fuggerer pour venir à bout de
fon deffein , & elle a fçu prendre
fes mefures afin que rien
ne lui fift obftacle la deffus .
Elle a gagné la plus grande
partie de ceux qui compofent
le Confeil d'Etat , & a fait confeiller
au Roy fon Fils , ce que
des avis plus fages avoient pris
foin de détourner , & qui doit
coûter cher à l'Eſpagne. Voilà
comme par des intereſts partidu
Temps .
103
culiers on facrifie fa Pattie , &
fa Religion , & de quelle maniere
l'Espagne qui s'eft jufqu'icy
vantée d'être ſi Catholique
, donne dans des fentimens
tout à fait contraires à
les intereſts , & à la rigidité
qu'elle s'eft toujours piquée
d'obferver fur tout ce qui regarde
la Religion . Pendant
qu'elle fait fonner fi haut qu'el
le ne fouffre point d'Heretiques
dans fes Etats , elle s'unit
avec eux pour combatre des
Catholiques , & dans le temps
que fon Inquifition condamne
avec fafte , & fait executer a
vec appareil quelques Juifs &
quelques Proteftans , on la voit
étroitement liguée avec tous
les Proteftans de l'Europe , qui
fe font promis de faire revivre
la Religion Proteftante en:
E iiij
104 VI. P.des Affaires
France , & d'empêcher le rétabliffement
d'un Monarque
dont la piété , & le zéle pour
la Réligion ont peu d'exemples,
& qui pouvoit du moins
faire tolerer les véritez Catholiques
dans ces trois Roiaumes.
Voilà à quel ufage feront einploiées
les Armes d'Efpagne,
& la pofterité aura peine
à croire qu'un Roi qui porte
le nom de Catholique , non
feulement fe foit employé
par fes Miniftres à détrôner
un Prince qui a tant mérité
de la mefme Réligion ; mais
qu'il ait encore travaillé à
l'élevation d'un Ufurpateur ,
qui protege la Réligion Proteftante,
& qui n'a point d'autre
but que de faire dominer
le Calvinifme dans toute l'Europe.
Le Roy d'Eſpagne a
du
Temps. 105
que
plus fait encore. Quoi qu'il ne
fouffre aucuns Proteftans dans
tous les Etats, il a bie voulu
les Hollandois & l'Electeur de
Brandebourg miſent des Garniſons
Proteftantes dans plufieurs
de fes places. L'Inquifition
auroit beaucoup à travailler
fi elle vouloit exercer fon
emploi dans ces Villes - là . On
voit par là que la maiſon d'Auf
triche ne garde plus de mefures,
& que la politique ne lui
fait plus déguifer ce qu'il feroit
bon de ne pas laiffer paroîtres.
mais pourquoy en uferoitelle
autrement , puis que la
Cour de Rome agit
même ? L'une & l'autre l'ont
fait voir à l'égard du Roi
de Pologne , parce qu'il leur
a paru que dans les conjonctures
prefentes , leur intereſt
de
E v
1 106 VI. P. des Affaires
étoit de nuite à ce Monarque.
' On fait que la Cour de Vienne
a travaillé à faire foûlever
fes propres Sujets contre lui,
C'est un fait connu par les Lettres
que Sa Majesté Polonoife
a interceptées . Je ne m'explique
point là deffus , mais
vous vous direz beaucoup à
vous même, lors que vous- vous
reprefenterez ce Roi hors de
fes Etats , faifant lever le Siege
de Vienne , & l'Empereur
pour reconnoiffance cabalant
contre lui dans la Pologne
même , aprés avoir confenti
qu'on enlevât au Prince Ale
xandre fon Fils , une riche
Princeffe que ce jeune Prince
devoit époufer , pour ne pas
dire que l'Empereur a contribué
lui même par beaucoup
de foins à faire comdu
Tems. 107
mettre cette injuſtice , qu'il
étoit en fon pouvoir d'empêcher.
Si le Roi de Pologne a été
récompenfé par là de ce que
lui doit la Maifon d'Auftriche,
il l'a été encore plus mal par
la Cour de Rome , de ce qu'il
a fait pour la Chrêtienté . Vous
favez que lors qu'un Nonce
fort d'une Diete en proteftant
contre tout ce qui fe fera aprés
fa fortie, la Diete demeur
re rompue. Le fieur Sulkol ki,
Fun des Nonces dont la dér
niere Diete étoit compofée, fe
retira de cette maniere dans la
Seance du 30. de Mars ; &
comme on n'avoit encore pris
aucune refolution touchant les
moyens de foutenir la guerre
contre les Turcs , & de fe ga
rantir des courfes des Tarta-
1 C
"
E vj
108 VI. P. des Affaires
res , dont la Pologne fe voit
ménacée , le départ précipité
de ce Nonce expoſoit le Ro
jaume à de grands malheurs, &
qui êtoient prefque inévitables.
On trouva heureuſement que
ce Nonce n'avoit pas droit de
l'être, parce qu'il étoit excommunié
à caufe de l'enlevement
qu'il avoit fait d'une Fille dans
un Monaftére , de forte que
l'Affemblée fe voioit par là en
état de continuer fes déliberations.
Mais le Nonce du Pape
voiant que les affaires pourroient
le rétablir,& voulat nuire
au Roi de Pologne,parce que
le Sr Suixolski s'étoit retiré, d'intelligence
avec l'Empereur, qui
craignoit que l'on ne prit dans
cette diéte quelques réſolutions
qui le vangeaffent de l'injufice
faite au Prince Alexan
du
Temps.
109
dre fur fon Mariage , & que
ces réfolutions ne fuffent en
quelque façon favorables
à
la France , leva l'excommunication
, & il eft cauſe que
par ce moyen tout le Royaume
demeure expofé aux armes
des Infidelles & aux cour
fes des Tartares , qui n'en font
jamais fans enlever une infinité
de Chrêtiens , qui paffent
fouvent le refte de leur
vie dans l'esclavage , & qui
vivent & meurent fans pouvoir
faire prefque aucun exercice
de la Réligion qu'ils pro
fellent.
N'ayant pour but que les
Affaires du tems dans ces
Lettres extraordinaires , je puis
påffer d'un Pays . à l'autre ,
mais quelque matiére que je
traite, vous verrez toujours de
110 VI. P. des Affaires
l'injuftice contre la France , &
que tous ceux qui fe mêlent
d'écrire tâchent d'empoilonner
tout ce qu'elle fait de réellement
bon , & qui viſiblement
ne peut mériter que des louanges
, de quelque fubtilité que
Ton fe ferve pour y donner un
tour défavantageux .. Vous avez
oui parler d'une Ordonnance
du Roi , portant que les
Suiets de Sa Maiefté qui font
fortis du Roiaume à l'occafion
de la revocation de l'Edit
de Nantes,lefquels iront fervir
dans les Troupes du Roi
de Dannemarch , ou ſe retireront
à Hambourg, ioüiront de
la moitié du bien qu'ils ont
dans les Etats de Sa Maiefté.
Le refte marque la maniére
dont ils en doivent ufer , & les
moiens que l'on emploiera afin
qu'ils puiffent toucher leur ardu
Tems. Iir
>
gent . Par- là , non ſeulement
le Roi leur procure l'avantage
de recevoir tous les ans la moitié
de leur revenu, mais il leur
ôte le chagrin que la plufpart
doivent avoir de fe voir engagez
à porter les armes contre
leur Patrie & contre leur
fouverain legitime. Ces Ecrivains
aprés avoir déclamé
contre cette bonté du Roi
& taché de prouver que ceux
qui fe font affeuré une retraite
dans des Etats Etrangers ne
font plus obligez d'avoir
aucuns égards pour
leur
Roy ni pour deur Patrie
veulent perfuader aux Sujets
de Sa Majefté fortis de
France , qu'ils menent une
vie heureufe dans les Eftars
qu'ils ont choifis pour y faire
leur demeure , & quee loin
qu'il leur foit permis de les
112
VI. P. des Affaires
quiter , c'est ce qu'ils ne peuvent
faire fans une tache d'infidelité
, comme fi un homme
né Sujet , pouvoit empêcher
que fon Souverain ne le fut
toujours & faire que le lieu
où il eft né ceffât d'être fa Patrie.
Ce n'eft jamais une chofe
dont on puiffe être blâmé ,
que de retourner à fon devoir ,
& lors qu'une Femme qui a
cru fon Mary mort , eft reinariée
, fi le tems lui fait connoître
que ce premier Mary
eft encore vivant , rien ne la
peut difpenfer de revenir a
vec lui. Quant à ce que difent
ces Ecrivains que ces
Sujets fugitif ont été bien , re,
çus dans les lieux où ils ont
cherché une retraite , & qu'ils
doivent être fatisfaits de leur
fortune , j'avoue que le predu
Tems. 113
mier de ces articles eft vrai ; la
nouveauté plaît d'abord , &
on fe pique d'être genereux ,
mais la liberalité eft une vertu
dont on fe laffe bien tôt , & on
croit que ce que l'on a donné
une fois doit faire vivre toujours.
Si ceux qui ſe sõt refugiez
dans un Eftat ſubſiſtent de
leur travail , les Artifans qui
gagnent leur vie dans ce même
emploi en ont de la jaloufie
; ils fe plaignent qu'ils travaillent
moins, & regardent ce
que les Refugiez gagnent
comme un argent qui leur eft
volé. Enfin la plufpart font
beaucoup à plaindre , & on en
a vu plufieurs repaffer en France
, parce qu'ils ne pouvoient
fubfifter plus longtems hors
de leur Patrie. C'est ce qui a
engagé Sa Majeſté à publier
114 VI. P. des Affaires
l'Ordonnance dont je viens de
vous parler , afin de donner à
fes Sujets un moyen de ſubſiſter
hors de fes Etats.
Quoi que je vous aye déja
parlé beaucoup de Rome , je
fuis obligé de reprendre cette
matiére , pour vous dire que
M le Marquis de Lavardin ,
Ambaffadeur ordinaire du Roi
auprés du Pape , en eft parti
par ordre de Sa Majesté. Si
on examine cette fortie, on y
verra d'un côté le triomphe
de la moderation de ce Prince,
& de l'autre , celui de l'opiniatreté
de la Cour de Rome.
Le Roi fait retirer fon Ambaffadeur
fans avoir renoncé
aux droits de fa Couronne qu'il
a trouvez établis , & Rome s'aplaudit
d'un avantage qu'elle
n'a pas obtenu , puis que la
•
du Tems. 115
France n'a rien cedé. Il eft
vrai que le triomphe de Rome
eft des plus grands & des plus
extraordinaires qu'o ait encore
vûs, fi on confidére ce qu'elle
a fait , pour fe vanger de ce
que le Roi n'a pas voulu abandonner
les Franchiſes dont fes
Predeceffeurs ont joûi. Elle a
refufé les Bulles à M. le Cardinal
de Furftemberg , éleu
Archevêque de Cologne à la
pluralité des voix ; elle a été
caufe des revolutions d'Angleterre
, & de la ruine de la Religion
Catholique en ce Royaume
là & dans celui d'Ecoffe
; elle a allumé la guerre entre
la France & l'Empire , &
par cette guerre elle met les
Turcs en état de reprendre les
Conquêtes que l'on a faites
fur eux, & empêche les Chré-
燙
116 VI. P. des Affaires
tiens de s'avancer jufques à
Conftantinople , où il leur feroit
facile d'aller fi toutes leurs
forces étoient tournées de ce
côté là. Elle a exposé la Pologne
aux invafions des Tartares,
& empêché qu'elle n'eût
une Armée pour oppofer à celle
des Turcs. Elle a armé tous
les Proteftans de l'Europe contre
la France , & fon argent
eft employé pour le fecours du
Parti qui en eft rempli , con .
tre celui qui n'eft compofé
que de Catholiques . Enfin ,
pour le dire encore une fois
elle eft caufe d'une guerre qui
a déja fait répandre beaucoup
de fang , & qui coutera la vie
à plufieurs milliers d'hommes .
Le triomphe eft beau , & la
gloire en eft dûe à la Cour de
Rome , le Roi ne pouvant être
du
Temps.
117
accufé d'avoir allumé ce feu
dangereux , puis qu'il n'a rien
innové, & qu'il n'a fait que défendre
un droit qu'on lui veut
ôter,& qu'il s'eft obligé de foutenir
lors qu'on lui a mis la
Couronne fur la tête le jour de
fon Sacre.
Comme tous les maux qui
font aujourd'hui ſouffrir l'Europe
viennent du même principe
, & qu'ils ne peuvent être
imputez avec juſtice qu'à la
Cour de Rome , fuivant les
preuves que je vous en ai don .
nées, Liege lui doit tout ce qu'a
fouffert fon territoire dépuis le
commencement
de cette Guerre.
Elle auroit pû néanmoins
s'en épargner. la plus grande
partie , fi elle avoit tenu
le traité de Neutralité qu'elle
avoit fait avec la France; mais
118
VI. P. des Affaires
à peine avoit elle commencé à
l'executer, qu'elle l'a rompu, en
recevant les énemis de Sa Majefté
dans toutes fes places La
mauvaiſe foi qui s'est trouvée
dans un procedé femblable , a
obligé les Troupes de France à
brûler la Ville de Huy, par les
mêmes raiſons qui ont caufé la
deftruction de plufieurs places
du Palatinat . Lors qu'on fe
voit menacé d'une inondation
d'Ennemis , & que cent puiffances
font liguées contre une
on peut en venir à toutes les
extremitez que permet la guer
re , & d'ailleurs quiconque
manque de parole , merite
d'autant plus ce traitement ,
qu'il expofe ceux qui éprouvent
de pareilles perfidies à
tout ce que les dangers qui
ne font pas attendus ont de
du
Temps.
J19
fuites facheufes . La Fance cons
tre qui tant de forces font unies
qu'on n'a jamais veu une telle
Ligue contre une feule Puiffance
, auroit tout à craindre,
fi elle êtoit en auffi mauvais
eftat chez elle que fes ennemis
le difent ; mais le grand
nombre de fes Troupes à qui
rien ne manque , fait voir le
contraire, & cela ſe juſtifieen.
core par l'argent que toutes les
principales Villes du Roiaume
ont donné au Roi fans que Sa
Majeſté ait même penſé à l'exiger
; mais au contraire Elle a
remercié plufieurs Villes du
don qu'elles avoient deffein de
lui faire , ce qui fait connoître
que ce Prince n'a pas tant befoin
d'argent que fes Ennemis
prennent plaifir à le publier ;
mais lors qu'ils font courir de
120 VI. P. des Affaires
tels bruits, ils ont leurs raifons,
& s'ils n'employoient cet artifice
, ils n'engageroient peutêtre
pas tant de gens dans leur
Parti. Je fai de certitude que
pour obliger l'Eſpagne à fe
déclarer , on lui a fait des
peintures tres vives ,
imaginaires , de l'épuiſement
où étoit la France , ce qui la
mettoit plutôt en état de perdre
que de faire des Conquêtes
, en forte qu'on la voyoit
fur le point de fe trouver accablée
.
· mais
Il ne me reste plus à vous
parler que des Suiffes .Cette fage
Republique a crû de fes interêts
de fouhaiter la même
Neutralité que le Roy , même
avant que de favoir les intentions
de Sa Majesté . Je n'entre
point dans le détail de cette
affaire,
du
Temps.
121.
affaire, il me fuffira de dire que
la chofe êtoit fi juſte, que l'Envoié
de l'Empereur n'eut point
de raiſons pour fe défendre de
figner le Traité; mais lors qu'il
a fallu le ratifier, l'Empereur a
refufé de le faire . Il y a peu
d'exemples d'une pareille avanture
. Ces ratifications avoient
plûtôt paffé jufqu'icy
pour une cérémonie que pour
une chofe abfolument neceffaire,
& on a feulement toujours
fuivit cet ufage parce qu'il fem..
bloit que les Traitez en récevoient
plus de force , mais dés
qu'il s'agit d'une chofe qui regarde
la France , on n'obſerve
plus de mefures, & les injuſtices
les moins ordinaires paroiffent
permiſes . L'Empereur.
avant que fon Envoié fignaft
le Traité de Neutralité , avoit
F
122
VI. P. des Affaires
bles
tenté tous les moyens imaginapour
engager les Suiffes à
fe declarer contre la France ;
mais il y avoit peu d'apparence
qu'il pût faire rompre des
Traitez faits depuis fi longtems:
& toujours obfervez de part &
d'autre avec une égale fatisfa-
Єtion .
Voici une Lettre qui vous
inſtruira de beaucoup de chofes
touchant les interêts des
Suiffes. C'eſt un Ouvrage extremément
eſtimé de tous ceux
qui l'ont vu, & qui merite l'approbation
qu'on lui donne , &
même qu'on en parle avec
éloge. Il feroit à fouhaiter qu'une
fi bonne Plume écrivit fouvent
fur les matieres courantes.
du
Temps- 123
LETTRE D'UN OFFICIER
Suiffe aux Députez des
Cantons affemblez à la diete
qui fe tient à Bade.
M
ESSEIGNEVRS
2
Le zele que j'ai pour
tout ce quipeut regarder le bien
& l'avantage de ma Patrie
m'a obligé de lire avec une extréme
attention le Livre qui a
paru depuis peu de jours fous le
titre de, Fidele reveil des Suiffes
, ou narration véritable des
perils qui environnent la Republique
des Suiffes , & des
moiens qu'elle a pour s'en delivrer.
I'avoue, Meffeigneurs,
que ce titre fpecieux ,& les pro-
Fij
124 VI. P. des
Affaires
teftations quefait l'Auteur de
n'avoir d'autre motifpour écri
re que l'afection qu'il a pour fa
Patrie,m'ontfait croire que cet
ouvrage nous preferiroit une
route certaine pour nous conduire
dans les conjoncturesprefetes
felonos veritables interets mais
ilneferapas difficile à ceux qui
en feront comme moi la lecture,
de reconnoître qu'un homme qui
veut nous perfuader par defauf.
fes fupofitions de manquer à la
foi des Traitez , & à la plus
ancienne alliance que nous aions,
ne peut fuivre, ainfi qu'il
nous en affeure, les feules regles
que la bonne foi & la pure vérité
lui prefcrivent.
En éfet il est aisé de voir
que l'interét du corps Helvetique
n'estpas le but que cet auteur
du Tems. 125
fe propofe, & les invectives dans
lefquelles il s'emporte contre la
Francefans aucune retenuë , découvrent
clairement que cet ouvrage
ne peut venir que d'un Emiffaire
de la maison d'Auftri
che:dot le feul deffein eft de nous
détacher d'une aliance que nous
avons reconnue tres avatageuſe
à nôtre Patrie par l'experience
de plus de deux cens années.
Il nous ventperfuader de l'abandonner
par la crainte qu'il
tâche de nous infpirer de la puif.
fance du Roi Tres - Chrétien;
mais quelle puiffance nous doit
etre plus fufpecte , ou celle de la
France , ou celle de la Maifon
d'Auftriche ?
Nous fçavons, Meffeigneurs,
que nous n'avonsjamais éprou
vé celle de la France que pour
nôtre fecours , que fes propres
Fij
126 VI. P. des Affaires
interets s'accordent avec l'état
florissant auquel il a plu à Dieu
de nous mettre , & qu'elle n'a
aucune pretentionfur nous. Nous
connoiffons au contraire celles
que la Maifon d'Auftriche a
fur plufieurs de nos Cantons &
aucun de nous n'ignore que ceux
de Zurich , de Berne & de Lucerne,
jouiffent même du Comté
de Hapfbourg, d'où cette Maison
tire fon origine , & dont l'Empereur
& le Roi d'Espagne mettent
encore la qualité parmi
leurs titres,
On veut cependant nous allarmer
au fujet des fortificatios
que le Roi de France a fait faire
pour la défenfe de fes Frontieres
& fi nous en voulons croire
l'Auteur du Libelle , nous devons
fans rien examiner davantage
, nous mettre en état
du Tems. 127
de démolir les places de Huningue
& de Landfcroon .
Il est aisé de voir qu'un Auteur
qui parle de cette maniere
n'a d'autre vene
que
d'allumer
la guerre dans nôtre Pais , &
de nous faire perdre le meilleur
Ami que nous aions ; car enfin ,
Meffeigneurs , fi nous y voulons
conferver la paix & la tranquillité
, comment y pourrons
nous ré ffir , lors que les paffages
feront libres aux Troupes de
l'Empereur , pour entrer quand
il leur plaira en Alface & en
Franche Comté ? Quel obftacle
pourroient elles y trouver ,
fi le Roy de France n'avoit
fortifiéfes Frontieres, & ne s'étoit
mis en état d'apuier toutes
les précautions que nous devons
prendre pour empécher que les
Armées Imperiales ne pren-
F iiij
128 VI. P. des Affaires
leur paſſage par Rhinfeld, pour
porter la guerre dans noftre voifinage
? Nous fommes affurez
que le Roy tres Chrétien n'en
vent point à noftre liberté ; il
ferabien aife d'éloigner la guerre
de nos Frontieres, & nous n'avons
point auffi de plus fort intereft
que d'emp cher que noftre
Pays n'en devienne le Theatre
par le paffage des Troupes Imperiales
. Elles s'eftoient aifément
emparées pendant la derniere
guerre du Pofte de Huningue,
où il n'y avoit que des Fortifications
peu confiderables , &
une Garnifon affez foible. Meffieurs
de Bâle peuvent se fouvenir,
que quelque bonne intention
qu'ils euffent d'empécher les
Partis de Rhinfeld de pafferfur
leurs terres & d'entrer en Alface,
ils ne purent y réuſſir . Ainfi
du
Temps.
129
anous
aurions eu raifon de faire
des inftances preffantes au Roy
tres - Chrétien de reparer &
d'augmenter , comme il a fait,
les Fortifications de cette Place
s'il avoit continué à la negliger
, & s'il la un peu plus éloignée
qu'elle n'étoit de la Ville
de Bâle, ce n'a été
que par un
effet de fa condefcendance ,
gant bien voulu raffurer nos
Cantons par cette marque qu'il
leur donna de fon affection fur
les vains ombrages que les Emiffaires
de la maison d' Auftriche
leur avoientfait prendre de
ces reparations. L'experience
nous a fait connoitre depuis, que
nous n'avions aucun fujet d'apprehender
ce voisinage. Nous
avons encore moins de raifon
de nous plaindre des Fortifisations
de Landfcroon , que la
Fiv
130 VI. P. des Affaires `
France n'a pas même étendues
au delà de ce qu elles étoient avant
le traité de Munfter quoi
qu'on ne lu puiffe difputer en
quelque maniere que ce foit le
droit d'y faire ce qu'elle juge à
propos pour la confervation du
Pays de Zundgavu qui lui appartient.
Ce font cependant , Meffeigneurs
les plus fortes raisons
dont fe fervent prefentement
les Partifans de la Maifon
d'Auftriche pour nous éloigner
de l'aliance de la France L'Auteur
du Livre y ajoûte encore
pour nous animer celle de l'idée
de la Monarchie univerfelle ,
qu'il pretend qu'a le Roy de
France ; mais Sa Majefté tres-
Chrétienne afait affez connoître
qu'elle preferoit le repos de
l'Europe à fes propres avantadu
Temps. 131
ges, pour nous empécher d'ajoûter
foy à cette fupofition , qui
doit fa naiffance à un Miniftre
de la maison d'Auftriche , & à
laquelle les interefts de quelques
Princes ont autrefois fait
trouver en Allemagne plus de
credit qu'elle n'en meritoit.
En effet , Meffeigneurs , qui
obligeoit Sa Majesté T. C fi
Elle avoit eu ce deffein, de borner
fes Conquétes à la prife de
Luxembourg , & de figner un
Traité de Tréve avec l'Empereur
& le Roy d'Espagne, encore
effrayez du Siege que les
Turcs avaient mis devant Vienne
l'année précedente? N'avoit-
Elle pas des forces fuffifantes
pour obliger la Maifon d'Auftriche
à confentir aux conditions
qu'Elle auroit voulu lui
impoſer ? Liſons- nous que Char-
F vj
132 VI. P. des Affaires
les- Quint, à qui on donne avec
plus de fondement cette idée de
la Monarchie univerfelle , en
ait ufé avec la même moderation
, qu'il art negligé aucune
des occafions que les malheurs
de la France lui donnoient de
l'opprimer , & qu'il n'y ait pas
même facrifié fouvent des avantages
confiderables qu'il étoit
prefque affure dé remporter
fur les Turcs ? Au contraire , nous
venons de voir
que
le Roy tres-
Chrétien n'a pris les Armes que
pour fe précautionner contre les
effets des menaces, que la maifon
d'Auftriche fait en tout
lieux depuis trois ou quatre ans,
& contre les Ligues qu'elle forme
depuis ce temps contre les interêts
de fa Couronne Les offres
qu'il a fait de convertir la
sréve en un traité de Paix perdu
Temps. 133
petuelle , & de remettre à des
Arbitres les differends pour la
fucceffi du Palatinat,font affez
conoitre qu'il n'avoit pas deffein
de troubler la tranquillité de
l'Europe , & nous ne pouvons
croire qu'un Prince qui ne cherche
qu'à en affurer le repos ,
veüille s'en rendre le Monarque
abfolu.
Il reste prefentement,Meſſeigneurs
,
à examiner ce que dit
l'Auteur touchant le deffein qu'a
le Roy de France de nous enfermer
, en fe rendant maître des
Villes foreftieres. Pour étre entierement
éclaircis de la verité
, nous n'avons d'un côté qu'à
faire reflexion aux propofitions
qui nous ont été faites par
l'Ambaffadeur de France , pour
nous âter toute l'inquietude que
nous pouvons raisonnablement
avoir & à la Suspension
134 VI. P. des Affaires
d'actes d'hoftilité que le Roy fon
Maiftre a bien voulu accorder
pour lefdites Villes pendant la
durée de noftre Diete, & de l'autre
au refus que la Cour de
Vienne a fait jusqu'à present
d'entrer dans aucun des expediens
que nous avons propofez
pour éloigner la guerre de nos
Cantons , & à la Lettre que
nous venons de recevoir du Baron
de Landfée , par laquelle ce
Miniftre nous marque qu'il ne
peut promettre pour les Troupes
Imperiales la méme ſuſpenſion
à laquelle le Roy tres Chrétien
a confenti , parce , dit il , que
cela fentiroit encore la Neutralité.
Que devons nous juger Meffeigneurs
, de la difference qu'il
ya entre le procedé du Roy de
France , & celui de la Cour de
du
Temps. 135
Vienne à noftre égard ? Nous
voyons clairement par les offres
que le Rog nous a faites , qu'il
na d'autre but que de fermer
& d'assurer la frontiere aux
environs de Bâle , fans aucun
deffein de s'agrandir, ny de rien
faire qui puiffe nous donner de
l'inquietude ; mais nous sommes
bien eloignez de pouvoir faire
le méme jugement des intentions
de la Maifon d'Auftriche ; car
enfin qui nous affurera qu'ayant
réuni avec elle toutes les forces
de l'Empire elle ne fonge pas à
profiter de la premiere occafion
qu'elle trouvera de faire revivre
fes pretentions fur les Pays
qui compofent à prefent le Corps
Helvetique. Les Places de Confance
& de Rhinfeld , & les
Pays qui appartiennent à cette
Maifon , enclavez dans les
136 VI. P. des Affaires
Cantons, ne lui donnent que trop
de facilité d'entreprendre fur
nôtre liberté & nous ne devons
pas douter qu'elle n'en fut toujours
ennemie, tant par le fouvenir
de ce que nous avons fait
contre elle, qu'à cause de l'étroite
aliance qui eft établie depuis
fi long tems entre la France &
Les loüables Cantons. C'eft cette
aliance qui peut feule faire un
obftacle invincible aux deffeins
que la Cour de Vienne pourroit
former fur notre liberté, & nous
J devons prendre d'autant plus
de confiance que l'interêt du Roy
tres Chrétien s'accorde avec les
affurances qu'il nous donne de
fon affection. & qu au contraire
les Princes d'Allemagne favoriferent
toujours ceux de la Maifon
d'Auftriche lors qu'il s'agira
de réunir au Corps de l'Empire
du
Temps. 137
ce qui en a été démembré , pour
quelque raifon que ce puiffe étre
méme de leur confentement.
Ainfi nous ne sçaurions étre
trop fur nos gardes contre les
deffeins de la maifon d'Auftriche
& il eft temps enfin que nous
prenions une bonne refolution
fur ce qui regarde les Villes fo-
·reftieres ; car fi nous differons à
la prendre telle que noftre intereft
le demande , nous avons
tout fujet de craindre que nos
remontrances ne foient fort inutiles
lors que les troupes Imperialesferont
entrées par Rhinfeld
dans noftre Pays , & que
la Cour de Vienne fe croira en
eftat de nous impofer les conditions
qui feront les plus convenables
à fes interefts. C'eft ce
qui arrivera , Meffeigneurs
fi nous ne nous affurons desdites
238 VI. P. des Affaires.
Villes , & particulierement de
Rhinfeld , & fil'Empereur perfifte
dans le refus qu'il fait de
nous en commettre la garde
pendant la guerre,il faut de neceffité
que nousfogions fansperdre
de tems à prendre d'autres
mefures , pour empêcher que
l'Armée de l'Empereur ne paffe
Jur nôtre Territoire , & pour
éloigner la guerre de nôtre voi
finage.
Ainfi le feul confeil que nous
puiffionsfuivre de ceux que nous
donne l'Auteur du Livre, eft de
ne nous pas endormir , fi nous
défironsfincerémeut affurer le
repos de nôtre Pays . Nous dě
vonsprendre les armes pourprévenir
les deffeins de la Maifon
d'Auftriche , fi nous ne voulons
pas en étre prévenus.
L'Auteur commence le fecond
du
Temps. 139
Ce
article de fon livre par le reproche
qu'ilfait à la France de
s'entendre avec les Turcs
n'eft pas d'aujourd'hui que les
Partiffans de la maison d'Auftriche
l'en ont fauffement accufée.
Ils ne croient pas que les
armes de l'Empereur puiffent
trouver de réfiftance en aucun
endroit fi cette Couronne ne s'en
méle: & ils fontperfuadez qu'-
elle eft d'intelligence avec leurs
Ennemis lors que les heureux
Succés nerépondent pas à leurs
fouhaits mais pour connoître la
fauffeté de cettefupofition, il n'y
a qu'àfaire réflexion à la conduite
que le Roi de France a te-.
nuë depuis le commencement de
La derniére guerre de Hongrie ,
car il eft inutile de parler dufecours
qu'il envoia en 1664. qui
caufa cependant le gain de la
140 VI. P. des Affaires
Bataille de S Gothard . Pourquoi
s'il avoit avec les Turcs ces intelligences
dont on nous a tant
parléne profiteroit il pas de
l'extrême foibleffe où ils avoient
reduit la Maifon d'Auftriche ?
Qui a pú l'obliger depuis a demeurer
en repos , pendant que
l'Empereur étendoit fes conquétes
en Hongrie , & à figner un
Traité de Tréve, pour affermir
latranquilité de l'Europe qui
paroiffoit fi ébranlée? Les intentions
de la Cour de Vienne étoiët
deja connuës ,& fes miniftres publioiet
dés lors qu'elle avoit def
fein de conclure la paix, avec la
Porte, & defaire enfuite marcherfes
troupesfur le Rhin. On
fçait les ligues qu'ell a formées
pour cet éfet , & il y a lieu de
croireparce que l'on voit aujourdu
Tems. 141
·
d'hui qu'elle en attendoit la coclufion
pourfinir la guerre de
Hongrie , & que quelque zéle
qu'elle ait témoigné par lepaffé
pour la réligion, elle n'a pas eu
depeine àfacrifier les efperances
qu'elle avoit de chaffer les
Turcs jufque dans l'Affie , pour
favorifer lefuccés de l'entreprife
du Prince d'Orange en Angle
terre. Ses Miniftres en ont témoigné
leur joie dans tous les
endroits où ils se font trouvez
par des démonftrations auffi éclatantes
que fi c'étoit le miracle
attendu depuis fi long - tems
pour relever la Maifon d'Auftriche.
Onpeut dire avec véritéque
bien loin que la France
ait donné aucun fécours
au Grand Seigneur , la Guerre
qu'elle a faite aux Corfaires
de Barbarie les amis hors
d'état d'envoier à l'Armée Ot.
142 VI. P. des Affaires
thomane les fecours d'argent &
de Vaiffeaux , & les munitions
qu'ils doivent fournir à la Porte
dans les guerres qu'elle a contre
les Chrétiens. Ces Corfaires
s'en font plaints à Conftantinople,
& les Ambaffadeurs de sa
Majesté n'en ont jamais fait
d'excufes.Mais comme le Roy de
France a fait connoître les raifons
qui l'obligeoient àfaire en.
trer Jes Armées dans l'Empire,
quil aprouvé la justice de
fes armespar le Manifefte qu'il
a publié , je ne m'étendray pas
davantage fur ce sujet.
Ie viens prefentement à ce
qui regarde la maniere dont le
Roy tres- Chrétien a obfervé
L'aliance que nous avons avec
lui. Nous fçavons qu'il n'a
manqué à aucune des conditions
qui font ftipulées par les
du
Temps.
143
Traitez , & lors que nous nous
Jommes conduits conformement
à ce qu'ils portent, nos Penfions
ont éte bien paiées, & nos Marchands
ont toujours joui des avantages
que nous leur avons
procurés par ces mémes Traités.
Seroit il de l'honneur de nôtre
Nation d'avoir profité pendant
la Paix des
avantages que nous
donne l'aliance de la France,&
de manquer aux conditions fous
lefquelles ils nous ont été accordez,
lors que nous voions tant
de Princes d'états unis contre
cette Couronne ? Ces fentimens
feroient bien éloignez de
ceux que nos Ancétres ont toujours
témoignez, & de ce qu'ils
firent en 1521.lors qu'ils mirent
en prifon un Envoié du Pape
Leon X. qui étoit venu pour
leur
demander une levée contre
144 VI. P. des Affaires
François I.regardant ce Miniftre
comme un Seducteur qui
vouloit les fuborner , & les engager
à manquer aux obligations
de leurs Traitez avec la
France.
Le croy qu'il est inutile de
vons faire remarquer la foi-
·bleffe de ce que dit l'Auteur
dans la fuite de fon ouvrage.
On y découvre que fon emportement
contre la France eft le
motifqui le fait parler, & que
le bien de la Patrie n'y a aucune
part. Les differends de cette
Couronne avec la Cour de Rome,
n'ont aucun rapport avec les
interefts des Cantons , ny à l'aliance
qu'ils ont avec la France.
Si l'Auteur eft Proteftant
comme il le dit lui - méme il lui
importe peu que le Roy de Fran
sefoit brodillé avec le Pape, &
il
du
Temps.
145
il ne nous en feroit pas unfi long
article , s'il n'avoit deffein d'irriter
les Catholiques , qui fçavent
bien cependant que ces differends
ne font que fur des
matieres purement temporelles.
Quant à ce qui regarde la
maniere dont les
Ambaſſadeurs
des Cantons de Zurich & de
Berne ont efté reçus en France,
il est inutile de rebattre tout ce
qui leur a efte' dit pour leur
faire voir qu'on vouloit bien
leur acorder les mêmes honneurs
qui avoient étéfaits à ceux qui
les avoient precedez en la même
qualité, il fuffit de dire qu'ils ont
obtenu tout ce qu'ils ont demandé,
puis que les pourfuites que
l'Evêque & le chapitre de
Geneve faifoient contre cette
Ville au Parlement de Dijon,
G
1
146 VI. P. des Affaires
qui donnoient de l'inquietude
à ces deux Cantons, ont ceffe
depuis le départ de ces Ambaffadears.
Ces Cantons ne doi
vent ils pas fe louer à prefent
de la maniere dont le Roy de
France les traitte , & Meffieurs
de Zurich n'en ont - ils pas encore
un nouveau sujet fur la
maniere dont il vient de terminer
à leur entiere fatisfaction
l'affaire de leurs crefpons ?
Nous voyons ; Meffeigneurs ,
quoy que vous puiffe dire cet
Autheur , que le Roy de France
par la conduite qu'il tient à nôtre
égard , ne fouhaite que le
maintien d'une aliance que nous
entretenons depuis fi long- tems,
& ne demande de nous que ce
qui peut regarder nos veritables
interefts. Comme il n'y a rien
qui nous foit plus convenable
du
Temps. 147
·
que de demeurer
toujours
unis ;
auffi avons nous veu que lors
qu'il y a eu quelques differends
entre nous , les Ambassadeurs
du
Roy tres- Chrétien
fe font entremis
pour les terminer
, fans témoigner
aucune partialité
pour
Les Catholiques
, ou pour les Proteftans.
La conduite
de la maifon
d'Auftriche
a esté bien differente.
Le ne vous rappelleray point
le tems de la guerre de la Valteline
, pendant laquelle le Nonce
Scapi,le Pere Martenigo, Capucin
, & plufieurs autres Ecclefiaftiques
, tous devoüez à cette
maifon , firent leurs efforts fous
pretexte des Miffions , pour allumer
la guerre entre les Cantons
& leurs Confederez, & ils
gauroient enfin réuffi , fi le Roy
de France Louis XIII. n'en
Gij
148 VI. P. des Affaires
euft prevenn les fuites , & n'euft
maintenu la paix des Catons , en
s'engageant méme pour cet effet
dans une guerre contre l'Efpague
& fes Aliez. Nous fçavons
auffique lors que les Cantons ont
trouvé des difficultez à s'accommoder
entr'eux,les Miniftres de
la maifon d'Auftriche , ont toujours
été ceux qui ont fomenté
leurs divifions , & les ont fait
durer le plus long- tems qu'il leur
a été poffible.
Ce font là , Meffeigneurs , les
reflexions que j'aý pû faire fur
le Livre qui vient de paroitre,
dont j'ay crû , comme fidelle
Compatriote , devoir vous faire
part. Ie ne puis m'empécher d'y
ajouter qu'outre les pretentions
que lamaifon d'Autriche afur
nous,& dont j'ay déja parlé,nous
du
Temps.
149
devons encore fonger aux differends
que nous avons avec l'Em.
pereur pour la proprieté du Lac
de Conftance. Nous devons confiderer
que le Roy d'Espagne fe
plaint que nous lui retenons les
valées de Logarne , Lugane ,Bellinzone
, & autres , qui ont été
démembrées du Duché de Milan,
& que ces prétextes feroient
fuffifans à la maiſon d'Auſtriche
, fi elle étoit un jour affez
puiffante pour nous opprimer.
Mais enfin , Meffeigneurs, vous
eftes trop éclairez pour ne pas
bien voir que tous ces Ecrits &
toutes les tentatives quefont les
Partifans de la maison d'Au-
Striche pour nous brouiller avec
la France ne tendēt pas fewlement
à ofter à cette Couronne
fes bons & fidelles Amis,
mais qu'on efpere encore que
la
G iij
150 V1. P. des Affaires
diminution defa puiffance nous
·fera perdre le plus puiſſant apui
que nous ayons , & qu'il fera
plus facile a l'Empereur & à la
Maifon d'Auftriche , de ferendremaîtres
de ce qu'ils pretendent
leur apartenir , & de nous
réunirfous leur pouvoir. Nous
avons auffi lieu de faire de fe
rieufes refléxios fur le refus que
fait l'Empereur d'éloigner la
guerre de nôtre voisinage en
nous remettant la garde des vil
les Foreftiéres; & fi nous voulons
affurer le répos de nôtre Patrie
nous ne dévons pas négliger les
moiens que nous en avons prefentement
, & aufquels il fera
trop tard de recourir , fi nous
différons plus long - tems à les
mettre en ufage. Iefuis, &c,
A Bafle ce 20. Mars 1689.
du Tems .
Il y a trop long-tems que je
vous parle des affaires d'Angleterre
, pour ne vous pas faire
connoître plus particuliérement
les Peuples dont font copofez
les trois Roiaumes , qui
font ce qu'on apéle aujourd'hui
la Grand Bretagne . Vous m'avez
témoigné le fouhaiter dans
la pluſpart de vos Lettres, & je
vais tâcher de vous aprendre
par un abregé fort court , ce
qu'il vous feroit difficile de
fçavoir qu'aprés avoir leu un
grand nombre de volumes.
Quand cet Abregé vous aura
inftruite de leurs moeurs , de
leurs forces, & de leur Réligion
, vous pourrez prévoir ,
fuivant les mouvemens journaliers
, une partie des chofes
qui font encore incertaines
& qui peuvent arriver , ou
G
iiij
152 VI. P. des Affaires
& qui peuvent arriver , ou du
moins former de juftes raiſonnemens
fur ce qui fe paffe cha
que jour dans les Etas du Roi
d'Angleterre à l'égard des
troubles dont on les voit agités,
& des démarches que fait ce
Monarque pour remonter fur
le Trône, La Réligion qu'il fuit
eft celle que les anciens Angiois
ont profeffée, & il eft fort
étonnant qu'aprés qu'ils ont
pris foin de la conferver dans
toute fa pureté pendant un fort
grand nombre de fiécles , ils
faffent gloire de s'en déclarer
prefentement les plus irreconciliables
Ennemis .
l'Angleterre qui eft la plus
confidérable de toutes les Ifles
de l'Ocean , a eu autre fois le
nom d'Albion , ou de Bretagne,
quand on la confidéroit avec
l'Ecoffe, de laquelle elle eſt ſedu
Temps. 153
parée par les Riviéres de Solvai
& de Tuvéde . Sa forme eſt
triangulaire , & ſes divers Caps,
& Bayes rendent fa côte fort
irreguliére. Elle a prés de qua.
tre cens mille de longeur, trois
cens de largeur, & treize cens
de tour . Vous favez qu'il faut
trois milles pour faire une lieuë
de France . On croit que les
Bretos , Peuples venus des Gaules,
furent les premiers qui l'habiterent
, & qu'ils eurent pour
Roi un nommé Brutus , que
quelques uns marquent en
l'an du monde 2834. Les Hiftoriens
Anglois & Ecoffois
lui donnent un tres - grand
nombre de Succeffeurs , mais
tout ce qu'ils difent eft fi
confus ; qu'il n'y a rien de
certain jufqu'au temps où
Jules Céfar entra dans la
--
G v
154 VI. P. des Affaires
Grande Bretagne. Il foumit les
Peuples de la partie meridio .
nale, & les rendit tributaires à
la République.Céſar aiant été
tué quelque tems aprés dans le
Sénat , & Augufte êtant parvenu
à l'Empire , les Bretons prirent
les armes , & s'efforcerent
de fécoüer le joug qui leur eftoit
impofé, mais ils furent tou
jours défaits, & leurs diverfes
révoltes ne fervirent qu'à
mieux affermir fur eux la domination
des Romains . Elle dura
juſqu'à l'an 446 qu'ils apélerent
à leur fecours les Pictes.
Peuples d'Ecoffe qui habitoient
la partie Septentrionale
de l'Ile. Ceux ci en chaf
ferent entiérement les Romains
qui s'y êtoient maintenus pendant
plufieurs fiècles, & affermirent
fi bien leur rédoutable
du
Temps. 155
puiffance, que la plus grande
partie des Bretons n'ayant pu
leur refifter , furent obligez de
fe foûmettre. Les autres qui
n'êtoient point nez pour la fervitude,
mirent fur le Trône un
Seigneur d'entre eux nommé
Vortiger ne doutant point
qu'il ne cherchaſt à les rétablir
dans leur liberté & dans
leurs biens. Ce qu'ils avoient
eſperé leur arriva. Ce digne
Chef marcha à leur tefte
contre les Pictes & les Ecof.
fois , & fon éxemple les ani.
ma tellement , qu'ils les obli .
gerent à fortir de leur Provin
ces. Ce ne fut pas pour longtems.
Ces fâcheux Voifins
rénouvellerent la guerre , &
Vortiger n'en put triompher
que par l'aide des Saxons. Il
crut ne pouvoir mieux res
G vi
156 VI. P. des Affaires
connoître un fecours fi favorable
qu'en leur affignant des terres
dans fon Roiaume pour les
engager à s'y établir. Ils firent
vénir fur cette offre une nouvelle
colonie de Saxons pour
être plus forts & quantité de
Femmes les accompagnerent,
Vortiger aiant époufé la Fille
de leur Général , ce mariage
déplut aux Bretons , qui réconnurent
Vortimer fon Fils
pour leur Souverain . Il y eut
combat entre le Fils & le Pere.
Les Saxons furent Vainqueurs
& affiftez des Anglois qui eftoient
venus avec eux fous la
conduite d'Hengiftus pour fècourir
Vortiger, ils entreprirent
fi bien les Bretons , qu'ils les réduifirent
à fe retirer aux parties
occidentales de l'lfle , qui
ne font
que des Montagnes indu
Temps. 157
fructueufes , & fe rendirent
maîtres de toute la Bretagne, à
la referve de l'Ecoffe , du pays
de Galles & de Pictland. Ce
que l'on trouve de plus probable
des Anglois , eft qu'ils font
fortis de la Germanie , auffibien
que les Saxons , Colonie
des Saces , qui s'y vint habituer
du tems de Diocletien , &
qu'ils occuperent une petite
Province que l'on nomme Angel,
fituée dans le Danemarck,
entre le Juttland & l'Holface,
Ces deux Nations également
belliqueufes aiant tout foûmis,
diviferent leurs Conquêtes &
en firet fept Roiaumes particu
liers,dont les principaux Capitaines
de leurs Armées fe mirent
en poffeffion . Le premier ,
compofé feule de la Religio de
Kent porta ce nom,& eut dixi
658 VI. P. des Affaires
*
huit Rois depuis Hengiftus ,
qui fut tué dans une Bataille
en 488. jufqu'à Ethelcup , qui
tomba au pouvoir d'Egbert ,
Roide Vveſtſex en 805. Le ſe-
Suffex, comprenoit les cond, dit
Provinces de Suth fex & de Suthry.
Il eut pour premier Roy
Alla ou Elli & Aldinus qui en
êtoit le cinquiéme , fut privé
de la Couronne, & peu de tems
aprés de la vie par Inas,onzićme
Roi de Vveftſex. Le troifiéme
de ces Roiaumes que
l'on apeloit Eftangle , ou des
Anglois Orientaux , avoit les
Provinces de Norfole & de
Cambridge, & l'Ife d'Eli.Il eut
dix - fept Rois , dont le premier
fut Uffa , & le dernier Eric.
Edouard , Fils d'Alferd , Roi
de Vveſtſex , unit ce Roiaume
au fien. Celui d'Eeffex ou des
du
Temps. 159
Saxons Orientaux ,
comprenant
les Provinces d'Effex , de Midlefex
, & une partie de celle
d'Hertford , eut pour premier
Roi Erchenvin . Sudred , quinxième
& dernier Roi d'Eſſex ,
fut privé de fes Etats par Egbert,
Roi de Vveſtſex . Le cinquiéme
Roiaume qu'on apeloit
de Mercie , êtoit compofé des
Provinces de Glocefter , d'Ere
fort , Vvorchefter
, Bethfould ,
Bucchingham
, Oxford , Staford,
Stroop , Nortinghan
, Cefter,
& de l'autre partie d'Hert
ford. Il eut ving trois Rois
dont Crida fut le premier , &
Alured le dernier. Le Roiaume
de Northumberland
, qui
fut le fixième , contenoit les
Provinces de Lanclaftre , d'YOгCK,
Durhan , Cumberland
,
Vvefmerland , & les Regions.
160 VI. P. des Affaires
d'Ecoffe jufques au bras de
Mer d'Edimbourg , & fut poſfedé
d'abord par Idas. Il eut
huit Succeffeurs , dont le dernier
fut Ecfrid . Le ſeptiéme
Roiaume nommé de veftſex
ou des Saxons Occidentaux
comprenoit les Provinces de
Cronvvæl , Den, Dorſet, Sommerfet
, Vvil , Suthampton &
Barch. Cerdic fut le pemier
Roi qu'elles réconnurent , &
Egbert , qui fut le dix - feptiéme
Roi de Vveftfex, aiant reuni
en un feul Etat les autres Ro.
iaumes dont je viens de vous
parler, ordonna en 835. qu'on
le n'ommeroit Angle ou Angleland,
c'eſt-à - dire , Angleterre.
Son Fils Ethlelulfe qui lui fucceda
fut troublé dans la poffeffio
du Roiaume par une furieufe
irruption de Danois qui
du
Temps.
161
s'emparerent de Londres , &
qui la pillerent. Il les combatit,
& les tailla tous en pièces .
Eatodélivré de ces rédoutables
énemis, il fuivit les mouvemens
de fa pieté, & êtat allé à Rome
il rendit tous les Roiaumes que
fon Pere Egbert avoit foûmis
tributaires du Saint Siége par
l'hommage d'une pièce d'argent
que chaque famille payoit
tous les ans , ce qui s'appelloit
le tribut de Saint Pierre.
Ce tribut êtoit levé par un Tréforier
du Pape , établi en Angleterre,
& on a continué de le
paier jufqu'au Schifme d'Henri
VIII. Les Succéfféurs de ce
Prince regnerent jufqu'en 1017
Pendant ce tems les Danois.
continuant leurs invafions
tantoft vaincus & tantoft
>
162 VI. P. des Affaires
vainqueurs , & enfin Etheldret
aïant fait tuër cruellement tous
ceux qui s'étoient habituez en
Angleterre , Canut , Royo de
Dannemark , y paffa pour les
vanger , & aprés y avoir fait
de grandes conquétes, il en demeura
le maître abfolu par la
mort d'Edmond II . furnommé
Cofte de Fer. Ses deux Fils,
Harald & Canut I I. ayant regné
aprés lui , les Anglois en
furent fi cruellement traitez >
le dernier étant mort , ils
exterminerent presque tous
ceux de fa Nation , & firent
une loy par laquelle on arrêta
qu'on ne fouffriroit jamais qu'-
aucun Prince Danois montất
fur le Trône d'Angleterre Alors
Alfred , Frere d'Edmond dont
Canut avoit triomphé , fut appellé
à la Couronne,mais ayant
que
du
Temps.
163
cfté tué par un Comte Anglois
nommé Godvvin avant qu'il
fut arrivé Londres , elle à fut
donnée à Edouard fon Frere,
dit le Confeffeur , Fils du Roy
Ethelred , qui l'avoit eu d'Emme
fa feconde Femme, fille de
Richard Duc de Normandie.
Celui - cy ayant toujours vécu
en continence avec Edite fa
Femme , & voulant reconnoitre
les affiftances qu'il avoit reçues
de Guillaume , Duc de
Normandie , qui l'avoit reçu
chez lui pendant que les Danois
étoient Maîtres de l'Angleterre
, le laiffa heritier de
fes Eftats. Guillaume les conquit
l'épée à la main , & fut
pour cela furnommé le Conquerant.
Aprés la mort de Henry
I. fon troifiéme fils , la fuc164
VI. P. des Affaires
ceffion fut continuée par les
defcendans des filles jufques
à la Reine Elizabeth , qui reconnut
pour fon Heritier Jacques
VI. Roy d'Efcoffe , fils
de Marie Stuard. Il regna en
Angleterre fous le nom de Jacques
I. & fut le Grand- Pere
du Roy d'aujourd'hui. Je ne
vous ay rapporté toutes ces
chofes en peu de mots , que
pour vous faire connoître ce
que peut eftre une Nation, qui
aprés avoir efté foûmiſe longtemps
à la domination des Ro
mains , a pris les moeurs des
Bretons , des Saxons , des Danois
& des Normands qui ont
paffé dans cette Ifle. Les Seigneurs
& les veritables Nobles
y font honneftes , genereux ,
obligeans , liberaux , & jaloux
de la gloire de leur Patrie. Le
"du
Temps. -165
Peuple au contraire y eſt
cruel , infolent , brutal , feditieux
, & ennemy des Etrangers
. Selon le Gouvernement
Ecclefiaftique, l'Angleterre eft
divifée aujourd'hui en deux
Provinces ou Archevêchez ,
qui font Cantorbery & York.
La Metropole de Cantorbery a
vingt & un Suffragans, & celle
d'York en a trois.Ces vingt fix
Dioceſes font encore divifez
en foixante Archidiaconez
, qui
ont fous eux des Doyens Ruraux.
Selon le Gouvernement
Seculier , l'Angleterre eft divifée
en cinquante-deux Comtez
, & a vingt- cinq Citez ou
grandes Villes , fix cens cin
quante grands Bourgs où l'on
tient marché , & prés de
dix mille Paroiffes , dont plufieurs
ont des Hameaux 80
166 VI.P. des Affaires
on
des Villages confiderables.
Quant à la Religion
tient que Jofeph d'Arimathie
y porta la Foy incontinent aprés
la mort de Saint Etienne ,
& que vers l'an 180. Lucius
envoya demander des Miffionnaires
au Pape Eleuthere, pour
achever de donner à fes Sujets
la connoiffance des veritez de
l'Evangile. Dans le cinquième
fiecle , Pelage qui étoit Breton ,
ayant répandu le poifon de fes
erreurs dans cette lfle , Saint
Germain d'Auxerre , & Saint
Loup de Troye , y pafferent, &
le combattirent avec beaucoup
de fuccés. Lors que les
Saxons , qui étoient Payens ; en
eurent chaffé les Bretons , &
s'y furent établis , ils y firent
recevoir leurs fuperftitios
; mais
Berthe, fille de Charibert,Roy
du
Temps-
167
de France , mariée à Ethel.
bert , Roy de Kent , lui perfuada
fi bien ce que la Foy nous
enfeigne , qu'ayant écouté avec
plaifir un Moine nommé
Auguftin, que le Pape Gregoire
le Grand lui envoya en
596. acompagné de quarante
autres de l'Ordre de Saint Benoît
, il confentit à recevoir le
Baptême & plus de dix mille
de fes Sujets le receurent comme
lui. Depuis ce temps, l'Angleterre
ne profeffa point d'autre
Foy que la Catholique Romaine
, & l'on
dire que
dans toute l'étendue du monde
Chrétien , on ne trouve point
de Rois qui ayent marqué plus
de zele pour cette Religion,
Non feulement ils rendoient
une entiere foumiffion au Saint
Siege , mais ils ne fouffroient
peut
168 VI. P. des Affaires
aucun Heretique dans leur Ifle.
Ceux qui y étoient paffez de
Gascogne & d'Allemagne vers
l'an 1160. y furent marquez
d'un fer rouge au milieu du
front. On y traita les Vaudois
& les Difciples de VViclef avec
la même rigueur ; mais enfin
Henry VIII . y fit malheureufement
entrer l'Herefie , aprés
l'avoir combattuë par un
excellent Traité , qui lui avoit
fait meriter le tître de Défenfeur
de la Foy. Tout le monde
fçait que l'envie d'époufer Anne
de Boulen , en répudiant
Catherine d'Arragon dont il
avoit une fille nommée Marie,
à cece defordre.Il fit demander
la difpenfe au Pape
Clement VII.laquelle lui ayant
efté refufée,il ne laiffa pas d'épouſer
fecrettement Anne de
Boulen .
Je porta
du
Temps.
169
Boulen . Crammer , qui avoit
efté fait Archevefque de Cantorbery
, à la charge qu'il declareroit
, mefme contre l'autorité
du Pape , le mariage de
Catherine nul & illegitime,
aprés avoir tâché inutilement
de réfoudre à Rome les difficultez
quife rencontroient dans
cette affaire , prononça une
Sentence de divorce entre le
Roy & la Reine fur la fin de
l'année 1532. Le Pape en
efté informé , menaça
ayant
ce Prince de l'excommunier ,
s'il ne le rendoit à la raiſon ,
& fur la priere de François I.
il differa de fulminer l'excommunication
, affin de lui donner
le temps de fe reconnoitre .
Ce fage Monarque obtint de
Henry qu'il ne fe fepareroit
point de la Communion de
H
170 VI. P.des Affaires
l'Eglife Romaine , pourveu
que le Pape ne ſe hâtaſt point
de prononcer contre luy , &
il envoya Jean du Bellai ,
Evefque de Paris , luy en porter
la nouvelle à Rome , & demander
quelque temps pour
reduire cet efprit difficile à
gouverner fur fa paffion . Les
Partifans de l'Empereur Charles
- Quint firent limiter ce temps
à un eſpace fort court , & lors
que le jour fixé fut venu , ils
engagerent le Pape à faire
afficher dans les Places ordinaires
la Sentence qui excommunioit
Henri , dont le Courrier
arriva deux jours aprés,
aportant un ample pouvoir par
lequel le Roi promettoit de déferer
au jugement du S.Siege. Il
eftoit trop tard, & le Pape ayant
déja déclaré les 2.nôces illegitidu
Tems. 1! ך ז 7
mes,Henri voyant qu'on l'avoit
fi peu confideré,fe laiffa fi fort
tranfporter à la colere, qu'aprés
avoir privé Catherine & Marie
fa Fille de toutes fortes d'honneurs
& de privileges , il fit ordonner
en une Affemblée des
Etats du Royaume, que perfonne
à l'avenir, fous peine d'etre
criminel de leze-Majefté, ne ſe
foumettroit à l'autorité du Pape
dans tout fon Royaume , qu'il
feroit luy-mefme reconnu pour
Chef de l'Eglife Anglicane,
qu'on luy payeroit les Annates,
& les Decimes des Benefices,
qu'il jugeroit de tous les procés
& reformeroit les abus , & qu'on
n'appelleroit plus le Pape qu'-
Evefque de Rome. Il confif
qua tous les biens des Mona.
fteres , dont il diftribua les
revenus à pluſieurs Gentils-
Hij
172 VI. P. des Affaires
les
hommes du Royaume pour
retenir dans fes intereſts, & ruina
prés de dix mille Eglifes. Il
commença à s'en repentir , lors
qu'eftant tombé malade , il enviſagea
la mort comme certaine.
Il fit affembler les plus fçavans
Perfonnages d'Angleterre,
pour concerter avec eux fon
retour à l'Eglife Romaine, mais
quelques - uns que des intereſts
particuliers engageoient à n'appuyer
pas des fentimens fi
Chreftiens , luy ayant reprefenté
que l'importance de l'affaire
demandoit que les Etats
fuffent convoquez pour la réfoudre
, on la fit traîner en
tant de longueur , qu'il mourut
avant que l'on cuft pû
prendre les mesures neceffaires.
Cependant il communia
fous une feule efpece ,
du Tems. 173
comme font les Catholiques.
& rétablit l'Eglife des Cordeliers
qu'il avoit chaffez avec
ordre de la faire fervir de Paroiffe.
Son Fils Edouard, qu'il
avoit eu de Jeanne Seimer , lui
ayant fuccedé en 1547. prit
avec le nom de Roy celui de
Chef de l'Eglife Anglicane.
Comme il n'avoit que dix ans,
fon Oncle Edouard Seimer
Duc de Sommerfet, Heretique
Zuinglien , fut Protecteur du
Royaume. Tous les Officiers
qu'il luy donna eſtant Heretiques
comme luy , ils l'éleve
rent dans leur doctrine ce
qui caufa la perte de la Religion
Orthodoxe en Angle
terre. La Meffe y fut abolie,
on brifa ce qu'il y avoit encore
d'Images de Saints ; il
fut ordonné qu'on celebreroit
Hij
174 VI. P. des Affaires
l'Office divin en langue vulgaire
, & les feuls Miniftres
Proteftans furent receus à prefcher
. La Mort d'Edouard eftant
Marie fa Soeur,
arrivée en 1552.
Fille de Henry
VIII . & de Catherine
d'Arragon
, fut couronnée
Reyne. Comme
elle avoit
toûjours
maintenu
la Meffe,
elle remit les caufes
fpirituelles
au jugement
de l'Eglife
, chaffa
d'Angleterre
plus de trente mil.
le Heretiques
de diverfes
Se-
&tes , & abolit
toutes les loix
qu'Edouard
avoit faites contre
la Religion
. Elle mourut
au
mois de Novembre
1558. & Elifabeth
, Fille d'Anne
de Boulen
,
craignant
que le Pape & les
Catholiques
ne luy difputaffent
la fucceffion
, le fit couronner
fuivant
les ceremonies
de l'Eglife,
mais aprés qu'elle
fe vit
du
Temps.
175
établie, & en état de ne craindre
rien , elle receut l'Herefie,
ſe fit nommer Souveraine dans
fon Royaume, tant au fpirituel
qu'au temporel , s'appropria les
Annates & les Decimes, impofa
de rigoureufes peines à tous
ceux qui profeffoient la Religion
Catholique , & fit ceffer
les Meffes & le Service divin
dans toutes les Eglifes le 25 .
Jain 1559. Elle laiffa pourtant
plufieurs chofes malgré cette
grande innovation, les croyant
indifferentes , comme les Orgues
, la Mufique , les ornemens
d'Eglife , les noms dEvefques
, de Chanoines , de
Curez , avec l'abftinence de
la chair en Carefme , & tous
les Vendredis & Samedis de
l'année . Elle mourut en 1603 .
& Jacques VI. Roy d'Ecoffe
Hij
176 VI. P. des Affaires
qu'elle avoit nommé fon Heritier
luy fucceda . Ce Prince
pour le faire aimer de les
Sujets , voulut fçavoir l'état de
la Religion , & de quelle maniere
vivoient les Ecclefiaftiques
Anglois . Il convoqua en
1604. une Affemblée Generale
des Archevefques , Evef
ques , Doyens , & Docteurs.
d'Angleterre , où entre autres
articles , refolus en forme de.
Conftitutions Ecclefiaftiques ,
il fut arrefté que quiconque
ne reconnoiftroit pas le Roy
d'Angleterre pour Chef de l'Eglife
Anglicane dans tous fes
Etats , feroit tenu excommunié
, de mefme que celuy qui
diroit que la Liturgie compriſe
au Livre des Prieres publiques,
& de l'adminiftration des Sacremens
, fuft un Service fuper-.
du
Temps. 177
ou qui
ftitieux &
corrompu
foûtiendroit
qu'il fuft permis à
un Miniftre ou à un Laïque,
ou à quelqu'un
des deux Ordres
affemblez
, d'ordonner
des
chofes Ecclefiaftiques
fans l'autorité
du Roy ; Qu'on obferveroit
les Dimanches
& les autres
jours de Feftes , fuivant
que l'Eglife Anglicane
les a
établies , fçavoir en entendant
lire & prefcher la parole de
Dieu ; Qu'on liroit ou chanteroit
la Liturgie
publique aux
jours & Vigiles marquez
dans le
Livre des Prieres; Que les Re-
&teurs , Vicaires. Miniftres
ou
Curez reciteroient
la Litanie
das toutes les Eglifes Cathedrales
& Collegiales , & dans toutes
les Chapelles
, Que tous les
Mercredis
& Vendredis , le
Miniftre
appelleroit
le Peuple
Hv
178 VI. P. des Affaires
1
au fon de la cloche pour prier
Dieu dans l'Eglife , & que tous
les Peres de famille feroient obligez
d'affifterà ces Prières, ou
d'y envoier quelqu'un de leur
maifon , Que la forme & les
cérémonies de la liturgie & de
la Céne feroient obfervées das
toutes les Academies, où les Ecoliers
& les Préfets fe fervi-
-roient de furplis dans leurs Eglifes,
& Chapéles les Diman
ches & jours de Fêtes ; que chacun
fe mettroit à génoux lors
qu'on feroit la Confeffion ou
qu'on diroit les prières, & qu'on
fe tiendroit débout pendant
qu'on reciteroit le Symbole ;
qu'on feroit la Céne au moins
trois fois l'an : que chacun la
récevroit à genoux dans fa Paroiffe
, & que ceux qui l'adminiſtreroient
aux Eglifes Cadu
Temps.
179
;
thedrales , feroient revêtus de
Chapes; que les Peres ne pourroient
être parrains de leurs
Enfans ; qu'on feroit le figne
de la Croix fur ceux qu'on
baptiferoit , fans qu'on deuft
croire ce figne de l'effence du
Baptéme; que l'on enjoindroit
un Jeûne pour ordonner des
Miniftres qu'un Evêque ne
pourroit faire en un même
jour un homme Diacre &
Prêtre , & que les Ordres ne
feroient conferez à aucun , s'il
ne convenoit que le Roy eft
Souverain en Angleterre , tant
pour les chofes fpirituelles, que
pour ce qui regarde le temporel
; que les Glofes & les Paraphrafes
feroient défenduës en
la lecture publique des Saintes
Ecritures aux Miniftres
que l'on n'auroit pas admis à
H vj
180 VI. P. des Affaires
la predication ; que la forme
des Prieres feroit fuivie par les
Predicateurs au commencement
de leurs Sermons , & que
la Confirmation demeureroit
compriſe dans les Vifites que
les Evefques feroient de leurs
Dioceſes tous les trois ans. Ces
Conftitutions que l'Eglife d'Angleterre
fuit prefentement , fe
trouvent contraires en beaucoup
de chofes à celles des Calviniftes
, qui ne veulent point
fouffrir les ceremonies , & qui
ne rendent aucun honneur à
la Vierge ; au lieu que l'Eglife
Anglicane en celebre toutes
les Feftes , ainfi que celles des
Saints , & fait mefme preceder
d'un jeûne les Festes de la
Purification & de l'Annonciation
La fonction de ceux
qu'on appelle Preftre dans.
du Tems. 18
la Religion Anglicane , eft de
faire les prieres , de prefcher,
de conferer le Baptefine , d'adminiftrer
la Communion en
leur maniere , & on ne leur
donne ce nom de Preftre , que
pour les diftinguer des Eve
ques , qui font mariez comme
eux .
On trouve dans ce Royaume
diverfes fortes de Sectes . II
y a des Puritains qui fuivent
en toutes chofes la pure do-
&rine de Calvin , & qu'on nom .
me pour cela Calviniftes obftinez.
Ils nient le libre arbitre ,
& regardent Dieu comme l'auteur
du peché, & difent que Jefus
- Chrift n'eft mort que pour
les predeftinez , qu'il a fouffert
les fupplices des damnez , &
que les Enfans qui meurent
avec le Baptefme ne laiffent
182
VI. P. des Affaires
pas d'être fujet à l'enfer , Dieu
damnant plufieurs perfonnes
parce qu'il le veut . Leur averfion
pour ceux qui font
contraires à leurs fentimens , &
fur tout pour les Catholiques
va fi loin , qu'ils ne voudroient
pas prier dans un lieu où des
Orthodoxes auroient confacré.
Ils pretendent eſtre les feuls
qui ayent la pure doctrine , &
ne veulent point porter de Surplis,
de Bonnet & de Soutane,
comme font les autres Pfbiteriens
d'Angleterre, qu'il nom .
ment Calvino Papiftes & Parlementaires
Ces Puritains furent
ceux qui cauferent tant
de troubles fous le regne de
Charles I. Ce Prince ayant fait
une Declaration , par laquelle
il ordonnot que les Eglifes
d'Angleterre & d'Ecoffe fuidu
Tems.
183
vroient la même croyance , &
pratiqueroient les mêmes ceremonies
, ce qui s'appelloit la
Conformité , le Parlement qui
eftoit prefque entierement com
pofé de Puritains , ne voulut
point approuver cette Ordonnance
, & ce fut là le fujet de
l'attentat execrable qu'il commit,
en condamnant fon Roy à
la mort.
ils
Quant aux Prefbyteriens ,
prennent ce nom à cauſe
qu'ils tiennent que l'Affemblée
a efté gouvernée au commencement
par des Anciens , &
qu'ils veulent qu'elle foit ainfi
continuée. Ils disent que l'Office
d'Evêque n'a point eſté
diftingué de celui d'Ancien
pendant prés de trois censans
aprés IESUS CHRIST , que
durant ce temps ils avoient le
184 VI. P. des Affaires
méme nom , les Preftres eftant
Evêques , & que comme alors
leurs noms n'étoient qu'un , leur
fonction de précher & d'adminiftrer
les Sacremens , n'avoit
rien de different. Ils ajoûtent
que la puiffance de confirmer
a été annexée au Prebiteriat,
& que le gouvernement eſt le
méme. Ils fe fervent de paffa- ,
ges de l'Ecriture pour prouver
cela , & font conformes en
beaucoup de points aux opinions
des Catholiques & fort
differens en beaucoup d'autres.
Vous remarquerez que ce
mot d'Ancien s'explique de
deux manieres. Tandis qu'on
fouffroit les Calviniftes en
France , on entendoit par là un
Chefde famille, reconnu homme
de probité, & qu'on admet
toit dans le Confeil avec les
du
Temps. 185
Miniftres pour les affaires de
cette Religion , mais à l'égard
des Prefbiteriens , Ancien &
Prêtre font la même choſe.
Il y a des Proteftans , qu'on
appelle Reformez.Ceux-là font
plus doux , mais quoi qu'ils fe
perfuadent qu'ils ne donnent
pas entierement dans les erreurs
de Luther & de Calvin ,
& qu'ils s'attachent à la veritable
& pure doctrine de l'Eglife
Anglicane , ils ne font pas
éxempts de l'herefie des Anabaptiftes
& des Puritains qu'ils
ne chaffent point de leurs Af
femblées lors qu'il y en vient
quelqu'un ; ce font même
prefque tous Miniftres Puritains
, infectez des maximes de
Calvin,qui traitent les chofes facrées
de céte fauffe Eglife d'An
gleterre. Ils profeffent la Com186
VI. P. des Affaires
munion Ecclefiaftique dans
une entiere conformité avec
Genéve , de forte que les Eglifes
des Calviniftes François &
Flamans ont toujours efté ouvertes
dans Londres par conceffion
des derniers Rois , quoi
qu'ils abhorrent la Doctrine
Angloife , fa Profeffion & fes
Ceremonies. C'est par ces Eglifes
qui font tolerées comme
Soeurs germaines que le Puritauifre
s'eft fomenté en ce Royaume
, & il n'i a pas lieu d'étre
furpris queles Anglois foient
tombez en diverfes Herefies,
quoi que dans le temps qu'ils
ont commencé leur fchifme ,
Luther & Calvin ne leur euffent
point encore communiqué
leurs erreurs. Ceux qui fuivent
ces fortes de Sectes font
appellez Non- Conformistes.
du Tems. 187
Les Anabaptiftes font auffi
reçus en Angleterre . On les
nomme ainfi parce qu'improu .
vant le Baptême conferé aux
petits Enfans , ils les rebaptifent
lors qu'ils les voïent parvenus
à un âge raiſonnable di
fant qu'ils n'ont pas la foi actuelle
dans l'enfance . Ils rejettent
la Doctrine de la realité &
de la Meffe , & croïent que
IESUS CHRIST n'a point pris
chair humaine de la Vierge,
& qu'il n'étoit pas vrai Dieu .
Nicolas Storkius , qui difoit avoir
communication avec Dieu
par l'Archange Saint Michel
qui lui promettoit un Roïaume
s'il vouloit reformer l'Eglife , &
détruire les Princes qui tâcheroient
de s'y oppoſer , fut le
principal auteur de cette Secte.
Thomas Muntzer,fon Diſciple,
-
388 VI. P. des Affaires
pour foutenir les réveries de
fon Maître, fit revolter les Païfans
d'Allemagne , en leur faifant
croire , felon fa Doctrine,
que les Souverains éteignent la
liberté, & qu'il eft permis de la
récouvrer par les armes . Plus
de cent mille de ces abufez
perdirent la vie dans céte guer .
re., & Muntzer ayant été pris
paya de fa tête. Cette défaite
arriva en 1525 & neufans aprés,
ce qui eftoit reſté de ſeditieux
reprirent les armes dans
la VVeftphalie. Ils fe faifirent
de la Ville de Munſter , en
chafferent l'Evêque & les Magiftrats
, & y établirent avec
leur Religion une Police toute
nouvelle
, ayant éleu pour leur
Roy un jeune homme de
vingt quatre ans , Tailleur de
Leiden en Hollande , qui fe
du Tems. 189
fit connoitre fous le nom de
Jean de Leiden , quoi que
Bocold fut celui de fa famille.
Ce malheureux enfeignant
la Doctrine des Anabaptiftes
affuroit qu'elle lui avoit eſté
revelée du Ciel , & préchoit
entre autres chofes la Communauté
des biens & la pluralité
des Femmes qu'il pretendoit
devoir eftre auffi communes.
La Ville fut prife aprés dixhuit
mois de Siege , & Jean de
Leiden & fes principaux Complices
reçurent la peine dont ils
étoient dignes .
Il y a encores des Independans
qui font ainfi appellez ,
parce qu'ils veulent que chaque
Affemblée particuliere ait
fes propres Loix qui la gouvernet
fans qu'elle dépéde d'aucu.
190 VI. P. des Affaires
ne autre dans les Affaires Ec
clefiaftiques. Ce qui les a feparez
de l'Eglife d'Angleterre
c'eft qu'ils prétendết qu'aucun
de fes membres n'a les fignes
de la Grace ; que plufieurs de
cette Eglife ne font qu'une
profeffion exterieure de la croyance
de lelus - Chrift fans avoir
au dedans l'efprit de Dieu
& qu'ils en reçoivent beaucoup
parmi eux qui ne feront
pas fauvez. Ils tiennent toutes
les Eglifes reformées profanes
& impures à la referve de
ceux de leur fecte , & enfeignent
que l'efprit de Dieu habite
perfonnellement dans tous
les bien heureux ; que leurs
révélations n'ont pas moins
d'autorité que l'Ecriture
; qu'-
aucun ne fe doit inquiéter par
la veuë de fes pechez à cauſe
du Temps.
191
qu'il eft fous l'alliance de la
Grace ; que la Loi n'eſt point
la régle de nôtre vie , que
l'Humanité de J. C. n'eſt
pas au Ciel , & qu'il n'a point
d'autre corps que fon affemblée.
Ils font contre les Formulaires
des prières , principalement
contre celuy de l'Oraifon
Dominicale , les tenant
tous pour une extinction de
l'efprit, & comme ils font confifter
une grande Réligion , &
dévotion aux noms , ils ne
veulent point entendre parler
des noms anciens de l'Eglife ,
des jours de la ſemaine & des
tems de l'année. Ils ne s'affujettiffent
à aucun texte en
prêchant , & font prêcher l'un
& prier l'autre. Ce font auffi
des perfonnes d'un caractere
different entre eux , dont l'un
192 VI. P.des Affaires
prophetife , l'autre chante des
Pleaumes , & l'autre benit le
peuple . Ils refufent de baptifer
les petits enfans s'ils ne font de
leur affemblée , parce qu'ils ne
les regardent point comme
membres de leur Egliſe avant
qu'ils foient entrez dans leur aliance
. Ils eftiment beaucoup
plus leurs affemblées en des
lieux particuliers que celles qui
fe font en public , & communient
en plufieurs places tous
les Dimanches entr'eux ; mais
fans y admettre aucun des Eglifes
Reformées . Pendant leur
Communion il n'y a ny chant
exhortation lecture. Ils
la font affis à table , ou n'ont
point du tout de table pour l'adminiſtration
de leur Cene , &
afin de ne point paroitre fuperftitieux
, ils font couverts pendant
ny ny
du Temps 193
J
dant tout ce temps , fans qu'avant
qu'ils communient ils s'y
preparent par aucun recueillement
ny par aucune catéchifation
qu'on leur faffe.Ils condamnent
les procedures violentes
en fait de Religion , &
ne veulent point que les confciences
foient contraintes par
du châtiment. la
peur
d'où
Les Quakers font d'autres
Fanatiques d'Angleterre , appellez
ainfi du mot Quaquen,
qui veut dire trembler
ils font auffi appellez Trembleurs
. parce qu'ils affe&tent
de trembler lors qu'ils propherifent
ou qu'ils prient. Ils .
ne reconnoiſſent aucunes loix
Ecclefiaftiques & méprisent
les fciences , ce qui les tient .
dans la plus craffe ignorance
qu'on le puiffe imaginer. Ils
I
194 VI. P. des Affaires
ne veulent ny prieres publiques
ny Sacremens , &
fuivent l'opinion des Anabaptiftes
touchant le baptefme des
Enfans parce , difent- ils , que
l'Ecriture ne fait mention que
du baptefme des Peuples. Ils
défendent l'explication de l'Ecriture
, fur ce qu'il ne doit
point eftre permis d'y ajoûter,
& fouftiennent que Jeſus-
Chrift avoit aufli fes defauts ,
& que lors qu'il a crié , Mon
Dieu , pourquoy mavez- vous
abandonné , il defefperoit de
Dieu. Ils disent que tous les
hommes ont en eux une lumiere
qui fuffit pour leur falut .
que la priere pour la remiffion
des pechez eft inutile, que nous
fommes juftifiez par noftre
propre juſtice, qu'il n'y a point
d'autre vie & d'autre gloire
du Temps. 195
à atendre qu'en ce monde , ny
ayant ny Enfer ny Ciel, ny Refurrection
des morts que 1.C.eft
venu pour renverfer toute forte
de proprieté , & pour rendre
tout commun entre les hommes ;
que perfonne ne peur s'appeller
Maistre ni Seigneur , ny leftre
falué en paffat & , qu'aucun ne
fçauroit avoir de puiffance fur
un autre. Ils veulent que Pame
foit une partie de Dieu , & que
J. C. n'ait point d'autre corps
que fon Affemblée. Quelquesuns
de ces Quakers difent qu'ils
fono Chrift, quelques - uns Dieu
mefine, & d'autres qu'ils font
femblables à Dieu , parce que
le mefme efprit qui eſt en Dicu
eft en eux . Poulsbor 262
Les Anglois reglent leurs af
faires par ce qu'ils apélent droit
cómun , qui eſt la coûtume or
I ij
196 VI. P. des Affaires
dinaire du Roiaume à laquelle
le tems à donné force de Loi.
Divers Rois y ont ajouté quelques
Statuts pour les chofes
quela coûtume ne faifoit pas
affez bien entendre , & le Droit
civilqquia eft un recueil de ce
que les autres Nations ont de
plus raifonnable,fuplée encore
aux mêmes Status: Le Droit canon
d'Angleterre, apélé le droit
Ecclefiaftique du Roi, eft compofé
de divers Canons des Cõciles,
de plufieurs Decrets deş
Papes,& de paffages tirez des
Ecrits des faints Peres qui ont
été accommodez à leur créance,
lors qu'il s'y eft fait du chagement
dans l'Eglife par lel
Schifme de Henri VIII.Par la
25.Ordonnance de ce ce Prince,
ces Ordonnances ne doivet
être contraires ni à l'Ecriture, ni
du Temps.
197
aux droits du Roi, ni aux Statuts
& coûtumes ordinaires de
l'Etat. Pour le Parlement , qui
eft comme une Affemblée générale
des Etats, comprenant la
Chambre haute & la Chambre
des Communes,tout le mõde
fçait qu'en Angleterre il a
grande part au Gouvernemet.
Ces deux Chambres font compofées
du Clergé, de la Noblef
fe & des Communes,qu'on apéle
en France le Tiers Etat ,
qui font les trois Ordres du Roiaume.
La chambre Haute a le
Roi pour chef ou ceux qui y
préfident de fa part, & l'on n'y
reçoit que la Nobleffe qui eft
apélée la Pairrie d'Angleterre ,
dont il y en a de Ducs,de Mar-
- quis,de Comtes, de Vicomtes &
de Barons,Les Evêques ont féance
dans la Chambre haute "
I iij
198 VI. P. des Affaires
comme Barons & Pairs du Royaume
. Celle des Communes
qu'on
' on apéle auffi la Chambre
baffe , eft compofée de Barons,
Chevaliers, Ecuyers , Gentilshommes,
Yemans ou communs,
Bourgeois & gensde mêtier ,
car par la Loi d'Angleterre tous
ceux qui font au deffous de la
qualité de Barons , font mis au
rang des non Nobles, & les Fils
même des Ducs ne peuvent avoir
féance que dans la Chambre
baffe , à moins qu'ils n'aient
des lettres Patentes du Roi qui
les apélent à la Chambre des
Seigneurs . Lors qu'on a fait
quelques propofitions dans la
Chambre des Communes, elles
doivent être portées dans l'autre,
& l'on n'y peut rien conclure
qu'avec la permiſſió du Roi .
Il ya une troifiéme Chambre
du
Temps.
BELL
compofée de fix Confeillers &
d'un Préfident que l'on tire des
deux autres, Ils connoiffent des
affaires qui font longues & difficiles,
& ils en font leur raport
à l'Affemblée pour les juger.
Leur emploi eft auffi de terminer
les différends qui furviennent
quelquefois entre les deux
Chambres. Le Roi ne peut
faire aucunes levées, ny paffer
de nouveaux Actes fans le Par
lement, qui pourtant n'a point
de pouvoir par lui-même, & où
tout ce qu'on réfout ne sçauroit
avoir de force que par l'autorité
que le Roi lui donne. Il y a plufieurs
affaires que chaque
chambre traite par committé ,
c'est- à- dire, qu'elle choisit des
Commiffaires pour les réfoudre.
Quelquefois la chambre
haute & la chambre baffe en
I iiij
200
VI. P. des Affaires
nomment pour la même affaire,
& cela s'apéle grand commité
On dit que la chambre fe
met en committé , ce qui eft
plus ordinaire à la chambre
baffe: quad il eft permis à chacun
de dire ce qu'il peſe d'une
affaire fans que ce foit opiner,
alors la même perfonne
peut
demander à parler plus d'une
fois , & on l'écoute, mais lors qu'
on opine,aprés que l'on a parlé
une fois,on n'a plus la liberté
de rien dire . Quand aux
Bills qu'on dreffe , ce font des
Actes que l'on veut faire paſfer,
& ils n'ont force de loi
qu'aprés qu'ils ont été leus en
trois diverfes Séances ,& que le
Roi les a aprouvés. Comme il
peut lui feul convoquer le Par-
Jement,il le caffe auffi quand il
lui plait , & c'eft fon autorité
du
Temps.
201
qui regle tout. L'abondance de
toutes les chofes neceffaires à la
vie que le Païs produit avec peu
de peine , rend les Anglois orgueilleux
& negligens . Les pâturages
y font merveilleux , les
laines precieufes & les draps
fort recherchez . On tient
que
cette bonté des laines vient non
feulement de la fertilité du Païs,
mais encore de ce que l'air y é
tant extremement temperé , on
laiffe en tout temps les Moutons
à la campagne. On le peut
faire avec feureté, parce qu'on
ne voit point de Loups en Angleterre.
Pour ce qui regarde les
forces de ce Roiaume, on tient
que le Roi peut mettre en Mér
plus de quatre cens voiles , &
plus de cent mille hommes . La
Cavalerie n'y a jamais efté fi
confiderable que l'Infanterie.)
I v
202 VI. P. des Affaires
i
L'Ecoffe que les omains ont
nommée Caledonie , cft fituée
en la partie Septentrionale de
l'i.Elle a deux cens cinquatefept
milles de longueur ou environ
& cent quatre- vingt dix
de largeur . Le Fleuve de Tay la
divife en deux parties en meridionale,
qui comprenoit l'ancie
Roiaume des Picte , & en feptér
trionale qu'habitoient les Scots.
La premiere eft feparée en 22.
Comtez , & l'autre en a treize.
Celui de Louthiane ou de Loudon,
que les anciens nommoient
Pict and, c'est à dire, demeure
des Pictes, eft confiderable par
Ja Ville d'Edimbourg, capitale
du Roiaume. C'étoit où les derniers
Rois faifoient leur féjour.
L'Ecoffe comprend encore les
Mes Hebades ou Hebrides, les
Orcades , les Sethlandiques ou
du
Temps. 203
Mes de Sethland,& c.On regarde
les Ecoffois comme les plus
anciens Peuples de la Grand'
Bretagne aprés les Pictes. On
débite quantité de fables fur
leur origine, mais l'opinion que
plufieurs tiennent la plus raifonnable
, eft qu'ils font venus
& nommez des Scythes. Ils font
divifez en deux Peuples auffi
differens de langage que de
coutumes. Les Gentilshommes
& les Habitans des meilleures
Provinces qui parlent Anglois ,
font honnêtes , civils & ingenieux
, mais un peu portez à la
vangeance . Les autres qui parlent
la langue qu'ils appellent
Gachelet , & qui leur eft commune
avec les Peuples d'Irlande
, obfervent encore la plufpart
des vieilles coutumes en
leurs vétemens & en leur man-
I vj
204 VI. P. des Affaires
ger.Ils portet des chemiſes tein
tes de jaune , fur lefquelles ils
mettent une espece de Hoqueton
, & ont les jambes nuës jufques
au genoüil . Ce font gens
barbares & feditieux , qui habitent
fur les Montagnes , & qui
fe fervent d'arcs & de fléches
pour armes. Cette partie dans
laquelle les Romains n'ont pa
jamais penetrer , fe nomme la
haute Ecoffe. Elle leur fournit
des lieux où il eft prefque impoffible
de les reduire, & même
de noftre temps elle a borné le
pouvoir des Anglois Parlementaires
. En general les Ecoffois
font fort portez à la guerre , &
propres à la fatigue; on leseftime
vaillans , & il combattent
toujours à pied La Nobleſſe fait
leur principale force. Quandle
Roi veut faire la guerre , il af
J
au Tems.
205
femble le Parlement pour leur
déclarer fes intentions , aprés
quoi les Nobles, les Vaffaux &
les Communes font obligez de
fervir en propre perfonne & à
leurs dépens. Il y a quelques
mines d'or & d'argent dans ce
Roiaume, du fer, du plomb , de
l'azur, du marbre, & l'on y trou
ve quelquefois de l'ambre gris.
Ses plus fecondes Provinces
portet du bled, mais peu de froment
, & il y a dans les autres
plus de pâturages que de grains.
On y fait auffi quelque eftime
des chevaux. On copte un fort
grand nombre de Rois, dont on
ne fçait rien de certain , & dont
la pluſpare font peut- étre fabuleux
depuis Fergus I. qui regnoit
avant l'an 420. de Rome,
c'est à dire ,plus de trois cens ans
avant la venue du Sauveur du
*
206 VI. P. des Affaires
monde,jufques à Fergus II.dont
on trouve que le regne commença
en 4.Il y a eu encore
cinquante-trois Rois dépuis
Fergus II. jufqu'à Alexandre
III. qui étant mort fans Enfans
en 1286. laiffa la Couronne à
difputer entre Tean de Bailleul
d'Harcourt, originaire de Normandie
, & Robert Brus , tous
du Sang d'Ecoffe par filles. Ils
choifirent pour arbitres de leur
différend Edouard I.Roi d'Angleterre
, à ne compter les Rois
de ce nom que dépais Guillaume
le Conquerant, que Saint
Edouard qui étoit Edoüard III.
laiffa heritier de fon Roiaume.
Edouard ayant fait promettre à
Jean de Bailleul qu'il affujettiroit
la Couronne d'Ecoffe à celle
d'Angleterre prononça en ſa
faveur.Unc fi hoteulecŏdition,
du
Temps. 107
que lors qu'elle futique, elle le fit
méprifer de fes Sujets.Edouard
l'ayant envoyé citer pour l'obliger
à tenir parole, il ne parut
point. Ce Roi entra dans l'Ecoffe
avec de nõbreuſes Trou→
pes, fe rendit maitre des Places
les plus confiderables , fit Jean
prifonnier, & ne le remit en liberté
qu'à la charge qu'il ne
feroit point rétabli fur le Trône.
Les Ecoffois qui le haif
foient , fouffrirent fans peine
fon exclufion , mais comme ils
avoient une groffe Armée fur
pied , ils ne purent fe refoudre
à reconnoitre Edouard. Il marcha
contre eux , tailla leurs
Troupes en pieces , & fe fervit
fi bien de fes avantages , qu'il
obligea tous les Barons à lui
prêter ferment de fidelité en
1300, aprés quoi il abolit les
208 VI. P. des Affaires
& Y
anciennes Coutumes du Pays,
établit celles d'Anglerre.
Il ne garda cette Courone que
pendant fept ans . Robert Brus ,
concurrent de lean de Bailleul,
s'état mis à la tête de quelques
Troupes , emporta la plupart
des Places dans lefquelles Edouard
avoit établi des Garnifons,&
fe fit couronner Roi en
1307. Il ordonna par fon Teftament
que David fon fils unique
lui fuccederoit
, & que s'il
mouroit
fans pofterité
,le fils de
Marie fa fille, qu'il avoit faitépoufer
à VValter
, ou Gautier
Stuard , grand Sénéchal
d'Ecoffe,
auroit la couronne
. Cela
arriva. David mourut fans Enfans
; Robert Stuard , fon Néveu,
fils de Marie fa Soeur , lui
fucceda. & c'eft de là que vient
la Maiſon
Royale
de Stuard •
du Temps. 109
qui regne aujourd hui en Angleterre.
Jean,fils de Robert, regna
ap és lui mais les Ecoffois
ne pouvant fouffrir ce nom à
caufe de Jean de Bailleul , lui
firent prendre celui de Robert
III. Il fut Pere de Jacques J. &
de Pere en fils il y eut 5. Rois
de ce nom. Jacques V. étoit fils
de Jacques IV . & de Marguerite
d'Angleterre, fille d'Henry
VII. & Soeur d'Henry VIII. Il
ne laiffa qu'une fille appellée
Marie , Reine d'Ecoffe. Elle fut
femme de François II Roy de
France, & étant repaffée en Ecoffe
lors qu'elle fut Veuve , elle
époufa Henry Stuart , Comte
d'Arlay , dont elle eut Jacques
VI.que la Reine Elizabeth reconnut
en mourant pour l'heritier
legitime des Couronnes
d'Angleterre & d'Irlande . Co210
VI. P. des Affaires
me il y joignit celle d'Ecoffe,
que Marie Stuart, fa Mere , lui
avoit laiffée , il ſe fit appeller
Roy de la Grand ' Bretagne , &
regna en Angleterre jufqu'en
1625. fous le nom de Jacques I.
Charles I.fon fils lui fucceda.Il
étoit Pere du feu Roy Charles
II. & du Roi Jacques,fecond de
ce nom en Angleterre , & feptié
me du même nom en Ecoffe,
fur qui le Prince d'Orange viết
d'ufurper la couronne. Tout le
monde fçait fa funeſte mort arrivée
en 1469.
Quand à la Religion,on tient
que le Roiaume d'Ecoffe recut
les lumiéres de l'Evangile
vers l'an 203. fous le Pontificat
de Victor I. Il fut infecté
de l'Herefie de Pelagius dans
le cinquième fiécle, & le Pape
Celeftin I. y envoia Palladius
du
Temps.
211
pour l'en bannir. Depuis ce
tems il fe maintint dans la pureté
de la Réligion Catholique
jufqu'au regne de Jacques V.
Ce Prince fit voir beaucoup
de zéle à s'opofer aux erreurs
des Proteftans , & punit feverement
ceux qui le fuivirent. Aprés
la mort , & celle de Marie
Stuard,fa Fille , toute l'Ecoffe
demeura en proie aux Novateurs.
Le jeune Roi Jacques V1.
aiant été élevé par les Heretiques,
la Réligion Orthodoxe
fut prefque toute ruinée. Lors
qu'il eut fuccedé à Eliſabeth ,il
fit recevoir en Ecoffe les mefmes
ceremonies qui font pratiquées
par l'Eglife d'Angleterre
, & donna des Evefques
aux Ecoffois malgré les Miniftres
de ce Royaume . Le Parlement
qui eft l'Affemblée des
ར
y
212 VI. P.des Affaires
Etats, eft compofé des trois Ordres
, fçavoir du Clergé , de la
Nobleffe , & du Peuples comme
en Angleterre . Outre ce Parle-
*ment, il y en a un fixé à Edimbourg
, étably par Jacques V.
Ceftoit avant luy un Parlement
mouvant , qui alloit rendre la
Juftice par les Villes , & interpreter
les Loix. Il y a auffi en
Ecoffe quelques Cours Souvevaines,
& des grands Jufticiers
pour les caufes criminelles.
Chaque Province a d'ailleurs
outre fes Officiers ordinaires ,
un Vicomte Hereditaire quit
juge les matieres criminelles &
civilles . Les Seigneurs Pairs du
Royaume font Deputez nez au
Parlement, & en cette qualité,
les Archevefques , Evefques,
Ducs , Marquis , Comtes , Vicomtes
, Barons ou Lords , ont
du Tems. 213
droit d'y entrer fans autre députation.
chaque Comté députe
deux Gentilshommes , &
& les foixante Bourgs ou Villes .
en deputent un. Edimbourg ,
comme Capitale du Royaume,
a le privilege d'envoyer deux
Deputez. On procede enfuite
à l'election des Commiffaires,
appellez Lords des Articles ,
pour dreffer le projet des Actes
qu'on doit propofer au Parlement.
Les Prelats en choififfent .
huit parmi les Seigneurs. Les
Seigneurs choififfent le mefme
nombre parmi les Prelats ,
& ces feize Commiffaires ,
avec les grands Officiers de
la Couronne, qui font Commiffaires
furnumeraires dans toules
affaires du Parlement , en
nomment huit autres pour les
Comtez, & huit pour les Bourgs
114 VI. P. des Affaires
ou Villes ; de forte que l'Affemblée
eft composée de trentedeux
perfonnes , fans y.comprendre
les Officiers du Roy &
du Royaume. Ces Lords des
articles, ou Commiffaires choifis
du nombre des Prelats , des
Pairs Seculiers & des Députez
des Comtez, & des Bourgs ou
Villes , preparent tous les
Bills ou projets des actes qui
doivent estre propofez. Il n'i
a point d'autres Commiffaires
particuliers qui dreffent
les projets des Actes ainfi qu'il
fe pratique au Parlement
d'Angleterre , où ils font dref
fez par un nombre de perfonnes
choifies qui travaillent au !
Committé Comme ces Députez
font choifis de tous les
Ordres qui compoſent l'affemblée
du parlement d'E
..
•
du Tems. 215
coffe , il n'y a point de déliberations
particulières , de même
que celles de la Chambre
des Communes & celles des
Seigneurs qui délibérent feparement
en Angleterre , &
ainfi il eft neceffaire que les
actes foient approuvez deux
fois avant que d'eftre preſentez
au Roi. Les Lords des
articles avec le Chancelier &
les principaux Officiers de la
Couronne , ayant preparé , &
dreffé le projet de l'acte, ils le
mettent eenn déliberation à
l'Affemblée générale.
qu'il eft aprouvé à la pluràlité
des voix , le Chancelier le
préfente au Roy , ou en fon
abfence augrand Commiffaire
réprefentant fa Majeſté, &
quand il a touché avec le Sce.
ptre le papier où il eſt écrit ,
Lors
216
VI. P. des Affaires
Il
cet Acte eft réconnu valable
& a la même autorité que les
anciens Statuts du Roiaume.
y a deux Archevéchez qui
font S. André & Glaskovv, &
onze Evéchez en Ecoffe. Les
Ecclefiaftiques s'y gouvernoient
autrefois par les autoritez
des Decrets & des Conciles
, mais prefentement ils fuivent
les loix que les Rois d'Angleterre
y ont établies , & tout
le Clergé y vit à la façon de
l'Eglife Anglicane .
Comme l'Ecoffe ne fait.
qu'une même Ifle avec l'Angleterre,
je me fuis creû obligé
de vous en parler avant que
de vous rien dire de l'Irlande ,
qui eft une Ifle particuliére ,
quoi que l'Irlade ait été foûmi-
Te aux Anglois par la force de
leurs armes , plus de cinq cens
ans
du Temps.
217 .
ans avant que l'Ecoffe & l'An .
gleterre n'ayent eu que le même
Souverain. Cette lle dont
la longueur eft environ de fix
vingt lieuës , & qui en a foixante
de l'argeur, & deux cens
cinquante ou foixante de circuit
, a pour fon Orient l'Angleterre
, dont elle n'eft feparée
que par un bras de mer
qu'on peut aifement paffer en
un jour Elle regarde l'Espagne
du côté du midy, & a la vafte
mer à l'Occident, & l'Ifle d'Iflande
au Septentrion . C'eſt la
même
que les Latins ont apélée
Hybernie. Elle fe divife
en cinq Provinces, qui ont efté
autrefois autant de Royaumes.
Ces cinq Provinces font
Monſter ou la Mommomie
compofée de fix Comtez ;
Leinfter ou Lagenie qui en a
K
218 VI . P. des Affaires
fept ; Connagh ou Gonnacie
qui en a fix; Ulfter ou Ultonie,
qui en a fept , & Meath ou Medie
qui eft fituée au milieu des
autres , & qui comprend la Fortereffe
de Killair, & la Baronnie
de Delvin. Dublin qui eſt
dans la Lagenie,eft la Capitale
de toute l'lfle, avec Univerſité.
C'eſt où les Vicerois Anglois
font leur fejour. Il y a auffi Archevefché,
ainfi qu'à Armach ,
à Toum & à Cashel. Ces quatre
Archevefchez avec vingtneuf
Eveſchez , & toutes les
autres Dignitez eſtablies dans
la Religion Catholique , faifoient
autrefois le Clergé de
ce Royaume . Il a plufieurs Rivieres
qui forment des Lacs .
Le Liffer en fait un , qui a
au milieux une petite Ifle où
l'on trouve le trou de faint
du
Temps.
219
Patrice. C'est ce qu'on appelle
ordinairement le Purgatoire.
de faint Patrice, dont I on conte
tant de Fables . Cette Ille qui
eft défendue par de bons Ports,
eſt peu fertile en arbres fruitiers
, & a peu de grains à caufe
des pluyes continuelles, mais
les pafturages y font excellens.
On tient que la terre n'y peut
fupporter aucun animal venimeux
, & meſme
& mefme , qu'eftant
tranſportée ailleurs , elle fait
mourir les Serpens. On dit
auffi que le bois de fes Forefts
n'engendre ny vers , ny
aragnées. Les Habitans font
affez bien faits , mais moins
vigoureux que les Anglois ,
& moins propres à la guerre.
L'air de leur lfe , quoy que
groffier , leur caufe peu de
maladies , ce qui fait que la
k ij
220
VI. P. des Affaires
plufpart meurent de vielleffe .
Comme ils vont à l'extremité
dans leurs paffions, ils font ou
tout bons , ou tout méchans .
Ceux qui habitent à l'extremité
de l'lfle , ou dans les montagnes
, font entierement fauvages.
Leur Langue eft particuliere,
& leur accent eft tres
· rude. On les accufe d'être naturellement
oififs , & l'averfion
qu'ils ont pour la fervitude ,
fait que ceux qui font avan
cez dans l'Ifle n'aiment ni la
Langue, ni la domination des
Anglois . On y trouve une tresgrande
quantité de Safran , &
les principales richeffes de
ceux qui l'habitent , confiftent
en beurre, en fuif, en laines, en
cuirs, en fromages , en Saumons,
dont les Anglois font tout le
commerce . On donne à l'Ir-
1
du Temps.
221
⚫lande Slanius pour premier Roi
& l'on prétend qu'il vivoit
prés de feize cens ans avantla
venuë de J. C. Les Hiftoriens
d'Irlande marquent enfuite
cent quatre - vingt- dix Rois
jufques au temps où elle a été
foumife à l'Angleterre , ce qui
arriva en 1171. Comme il y avoit
alors dans cette Ifle autant
de petits Rois que de Provinces,
l'un d'eux ne pouvant
refifter à fes voifins envoia fon
Fils à Henri II. qui regnoit en
Angleterre , pour lui demander
quelque fecours . Henri
lui donna des Troupes qui rétablirent
ce Prince dans toutes
les Terres que fes Ennemis
avoient occupées fur luy. Il
en fut réconnoiffant , & pour
arétenir ceux qui l'avoient fi
bien fécouru , il leur diſtri-
Kiij
222 VI. P. des Affaires
bua des heritages qui les arrêterent
en Irlande . Les Habitans
naturels en êtant jaloux ,
apélerent un Comte Anglois
nommé Richard, & lui promirent
de grands avantages s'il
les délivroit de leurs Ennemis.
Il avoit des Soldats préts . Il
paffa dans l'Ifle, emporta Dublin
d'affaut , & devint fi rédoutable
, que les Contrées les
plus éloignées s'emprefferent à
faire alliance avec lui . Com
me il étoit forti d'Angleterre
contre les ordres du Roi Henri,
il réfolut de l'en punir.Il def
cendit en Irlande avec une
puiffante Flore , attaqua Dublin,
& le Comte Richard obtint
fon pardon , en lui en faifant
ouvrir les portes. Henry
continua fes Conquêtes; & fes
armes faifant tout trembler ,
du
Temps- 223
les Rois qui partageoient l'Ifle
n'oferent fe joindre pour luy
refifter. La plufpart fe foumirent
, & lui prêterent ferment
de fidelité , de forte qu'il acquit
fans beaucoup de peine
une Couronne qu'il defiroitardemment
depuis long tems.Richard
fon Fils lui aiant fuccedé
donna à fon Frere Jean
pour une partie de fon apanage
toutes les Conquêtes que
Henri leur Pere avoit faites en
Irlande . Jean êtant monté au
Trône aprés la mort de Richard,
entreprit de conquerir
le reste de l'ifle , & en vint à
bout en 1210.Il y établit les coûtumes
d'Angleterre , & envoia
des Gouverneurs & des Magiftrats
dans toutes les Provin
ces pour y adminiſtrer la Juftice.
Depuis ce tems - là
K iiij
224 VI. P. des Affaires
quoy que ces Peuples ayent
fuporté le joug impatiemment ,
les Rois d'Angleterre ont efté
Seigneurs d'Irlande , fans que
cette lfle ait eu d'autre titre
que de Province dépendante
de la Couronne d Angleterre
jufqu'en 1535. qu'arriva la révolte
de Thomas Giraldin. Le
Cardinal d'York ayant fait
mourir le Comte de Kildare
fon Pere , qui commandoit
en Irlande en qualité de Lieutenant
Général du Roy Henry
VIII. Thomas qui voulut
venger fa mort , fit foulever
l'Ife , & la mit dans une fi
grande confufion , qu'il s'en
fuft rendu Seigneur abfolu
s'il n'euft pas efté tué dans
une Bataille . Les Irlandois
rentrerent d'eux- mêmes dans
le devoir, & le titre de Seidu
Temps.
225
fi
gneur d'Irlande qu'avoient
toujours pris les Rois d'Angleterre
, ne leur paroiffant pas
augufte ni fi digne de, refpect
que celuy de Roy , ils affemblerent
leurs Etats , aprés la
mort de ce Thomas Giraldin ;
& pour obliger Henri à oùblier
plus aifement leur revolte ,
ils le déclarerent Roy d'Irlande.
Cette érection en Roiaume
fut confirmée par Paul IV.
fous le regne de Marie , ce
Pape ayant voulu réconnoître
par - là ce qu'elle avoit fait
pour le rétabliffement de la
Réligion Catholique en Angleterre.
On y a établi un Vi
ce-roy , qui a un pouvoir tres,
confidérable. Ilades Con
feillers , qui font les Chancelier
& le Tréforier du Royau
me , avec des Comies Codes
P
K v
226 V1. P. des Affaires
Barons & des Prélats. Chaque
Province a auffi fon Gouver
neur.On tient que cette ifle reçût
la Foi Catholique en 335
On la nommoit le pays des
Saints . Elle a confervé la pureté
de la Réligion jufqu'au
regne de Henri VIII dont le
Schifme fit ouvrir les portes
y
à l'Herefie. Elizabeth contribua
fort à l'établir. Ainfi elle
y fit de grands progrez , quoy
qu'il y foit toujours demeuré
un fort grand nombre d'Orthodoxes
qui ont effuyé les plus
cruelles perfecutions. En 1624.
on y publia de tres feveres Edits
contre les Ecclefiaftiques ,
& on a uſé depuis de tant de
rigueur cotre tous ceux qui ont
refufé de renoncer aux vérítez
de noftre Réligion , que lors
qu'on les a forpris en faifant.
2
du
Temps.
227
dire la Meffe en particulier ,
outre le tribut qu'on exigeoit
d'eux pour leur permettre de
vivre catholiquement, & de ne
fe pas trouver aux Affemblées
des Proteftans ils ont encore efté
condamnez en de fort groffes
amendes.Ceft ce qui les a
contraints d'abandonner leur
Pays , ou de fe cacher dans les
montagnes.
dé
Encore que je fois perfuaque
ce que vous venez de
lire eft inconnu à fort peu de
gens,j'ai cru qu'on ne feroit pas
faché de le trouver en peu de
paroles, dans le même ouvraqui
doit renfermer toute l'Hiftoire
de l'invafion du Prince
-d'Orange afin que ceux qui
voudront fe rafraifchir la memoire
de quelque chofe qui
regarde l'état paffé & prefent
K vj
218
VI. P. des Affaires
des trois Royaumes qui compofent
celui de la Grad' Bretagne,
puiffent le faire fans eftre
obligez de parcourir beaucoup
de volumes. La Lettre qui fuit
eftant encore fur les Affaires du
temps, merite bien d'avoir place
icy. Vous y trouverez beaucoup
de folidité & d'agré
ment.
LETTRE
D'UN HOLLANDOES
A UN MILORD .
Lin
A bonté que vous m'avez
témoignée
durant le fejour
que j'ay fait en Angleterre , &
les nouvelles marques de 'confiance
que vous m'avez données
par votre derniere Lettre, men--
gagent à vous répondre avec la
du Temps. 2293
méme ouverture de coeur que
vous me demandez , en m'ens.
voyant la Harangue de vôtre
nouveau Roy , & à vous en dire
mon fentiment avec une entiere
liberté, le vous avoüeray d'abord
que le foin qu'il fait pa
roître pour nous preferver de
l'invasion d'un Ennemy fort redoutable
me paroit fincere, parce
queje fuis perfuadé qu'il en
a peur. Il fçait en quel estat fon
ambition a reduit nos affaires,
& que s'il a travaillé heurenfement
pour fon compte , il n'a
pas travaille pour le nôtres que
nôtre Marine eft foible , nos
Troupes mediocres , nos Finan
ces épuifces & dans un prodi
gieux defordre som entreprise
d'Angleterre, nous a jette dans
ces inconveniens , & comme il
n'eft pas encore fi bien établi
"
230 VI. P. des Affaires
fur le Trône que fa place de
Stathouder foit à negliger , je
ne doute point qu'il ne craigne
autant la ruiné que la nôtre.
Ainfi vous devez reconnoitre
que c'est lui qui parle & non pas
les Etats , qui peuvent fe vanter
avec justice de n'avoir ja
mais demandé dufecours àleurs
Aliez en termes fi bas,& fi peu
conformes à leur ancienne dignité,
méme dans les circonftan
ces des affaires les plus facheufes
; car je ne crois pas qu'on
trouve dans noftre Hiftoire que
depuis la Tréve de 1609, nous
ayons
déclaré à aucuns Princes
ou Etats Catholiques ou Proteftans
, que s'ils ne nous fecour
roient puiffamment noftre ruine
eftoit inévitable. En verité
nous n'en croyons rien , & j'ofe
vous affurer qu'il n'a pas efté
du Temps. 234
prié de vous tenir un pareil di-,
fcours ; mais il nefaut pas s'en
étonner , puis qu'en cela il a
plus parlé felon fa pensée que
felon la noftre. Il a formé dans
fon efprit un Etat de la Hollande
, ajusté à fes deffeins & à
fes interefts indépendamment
des noftres. Suivant ce projet,
les Provinces Vnies dévroient
eftre en inimitié perpetuelle a
vec la France, demeurer foûmi-
Jes àtout ce qu'il voudra ordonner,
n'agir que par fes confeils,
ou plutôt par fes ordres , & lui
fournir les mémes fecourspourfe
maintenirfur le Trône, que ceux
qu'il a extorquez pour en chafe
fer le Royfon Beau pere. Lors
que les Provinces Vnies s'écarteront
de ce projet , elles ne lui
feront plus rien ; & il compte
avea raison qu'elles periront in232
VI. P. des Affaires
évitablement àfon égard, fi nos
interefts font infeparables des
fiens.Nous ne fommes pas tous de
cet avis,puis que noftre Republi
que a des interefts prefque incompatibles
avec l'Angleterre,
qu'elle peut fe paffer de fes fecours,&
qu'elle a trop de chofes
àdéméler avec les Anglois fur
be feuls article du Commerce,
pour croire que la Royauté du
Prince d'Orange puiffe mettre
ces deux Nations d'accord Ainfi
nous fommes perfuadez que com.
me dans les circonstances pres
fentes noftre ruine feroit inévi
table fi nous dépendions tellement
de l'Angleterre , que nous
me puſſions anais nous en detacher;
auffi nous avons des ref
fources preique certaines pour
*prevenir ce peril dont on nous
menace , après nous y avoir cu
du
Temps. 233
1
gagez malgré nous. Mais nous
comprenons bien que ces mémes
reffources qui pourroient nous
délivrer de la guerre, & qui ne
font point inconnues au Prince
d'Orange, en nous prefervant de
noftre entiere ruine , lui en attireroient
une certaine Il n'a qu'
un feul moyen de fe maintenir
dans fa nouvelle dignité, qui eft
de nous tenir le plus long- temps
qu'il lui fera poffible engagez
dans fa querelle , dont nous avons
imprudemment fait ta notre,
& defoutenir à vos dépens
& aux noftres la guerre contre
le Roy Lacques , malgré les fecours
de la France , ce qui n'eft
pas une petite affaire ; car ces
nombreuses alliances de Princes
affamez d'argent ne lui pourront
pas eftre fort utiles F cette
guerre dure , comme il y a
234 VI. P. des Affaires
beaucoup d'apparence Il faut
s'attendre qu'ils demeureront
Spectateurs paisibles durant un
temps , & qu'ils pourront groſſir
fa Courpar des Miniftres chargez
de le complimenter fur fa
nouvelle dignité, & encore plus
d'obferver tres - exactement la
fituation de fes affaires . En cas
qu'elles deviennent douteuses ,
l'indifference de fes Aliez augmentera
, & pour peu qu'elles
aillent en décadence, je fuis affuré
que tous Catholiques &
Proteftans fe piqueront d'honneur
& de confcience , auffi toft
qu'ils reconnoitront qu'il n'y a
rien à gagner avec lui.
Cét article eft , & fera toujours
le plus effentiel, mais il roule
entierementfur voftre compte.
Si vous lui pouvez & voulez
fournir tous les fubfides qu'il
du
Temps. 235
vous demandera , fes Aliez demeureront
fidelles , &fa caufe
deviendra bonne ; mais nous avons
cru ce remede prefque auſſi
perilleux que le mal; c'eft ce qui
nous fit confiderer d'abord la
propofition qu'il vous a faite de
nous rembourfer de fix cens mil
livres sterlins dépensées pour
l'entreprise d'Angleterre, comme
une des plus plaifantes vifions
qui foit jamais entrée dans l'e-
Sprit d'un Tolitique, fur tout en
la foûtenant d'une raison auffi
bizarre qu'est celle de vous avoir
délivrez des fers du Papif
me & du Pouvoir arbitraire En
verité nous n'aurions jamais cru
que cette raifon pût faire affez
d'impreffion fur vos efprits pour
vous obliger à mettre la main à
la bourfe d'autant plus que comme
il ne nous a donné part de
›
236 VI. P. des Affaires
fon deffein que la veille de for
embarquement,nous ne pourrions
fans injuftice partager avec lui
le merite de fes pieufes intenles
tions .S'il nous les avoit communiquées,
& que les déliberations
euffent efté libres , je doute fort
que les Etats lui euffent donné
moyens de les executer ; car
comme vous fçavez, noftre zele
pour la Religion Proteftante a
fes bornes & nous n'avons jamais
·Senti que nos affaires reçuffent
le moindre préiudice de ce qu'on
difoit la Meffe à Londres . Nous
ne nous fommes iamais mis en
peine de l'empécher , puis que
nous n'empéchons pas qu'on ne la
dife en plufieurs de nos Villes . Le
Pouvoir Arbitraire du Roy Iacques
nous incommodoit beaucoup
moins que celui de Stathouder
Guillaume. Ainfi nous eftionsfort
du
Temps.
237
éloignez de penser à emploier
nos Troupes nos Vaiſſeaux & nôtre
argent à une espece de Croifade
Proteftante , qui peut nous
avoir acquis du mérite devant
Dieu , fi nous voulons croire nos
Miniftres , mais qui certainement
nons attirera la hainepublique
ou fecrete de tous les Souverains
qui ne doivent pas s'accommoder
d'un femblable zele.
C'est pourquoi j'ay cru que les
Etats avoient fait en cela une
faute dont ils fe reffentiroient
toft ou tard ; mais qu'ils en obtiendroient
aisément le pardon,
en renonçant comme par une ef
pece
d'amende , à une dette qui
ne peut eftre exigée en Justice.
Plufieurs de nos bons Compatriotes
vous l'auroient remife
volontiers, à condition que vous
garderiez noftre Stathouder
1
238 VI. P. des Affaires
jusques à ce que nous vous le redemandaffions,
& fi vous aviez
negocié avec nous,il vous en auroit
affurément moins coufté.
L'avoue que plusieurs de mes Amis
& moy , qui croyons entendre
les affaires d'Angleterre, avons
efté fort tromper fur cet
article. On eft tellement accoutume
de vous voir brouillez avec
vos Rois legitimes , lors qu'il
s'agit de leur accorder des fubfides
extraordinaires , que nous
avions cru que quãd vous feriez
d'accord avec celui - ci en toutes
chofes, vous ne le feriez pas
fur un article fi delicat , & que
les motifs de Religion ne vous
out jamais rendu facile à digerer.
Quand on la changea autrefois
en Angleterre , chacun y
trouva fon compte,& profita de
la dépouille des Preftres. Cromdu
Tems, 239
velqui connoiffoit bien , comme
il a paru, le genie de la nation ,
jugea qu'il étoit neceffaire de
rendre utile la fupreffion de l'Epifcopat
& de la Réligion étales
loix auffi bien que blie
ن م
par
celle de la Dignité Roiale , en
vous abandonnant les biens de
l'Eglife , les meubles joyaux &
terres de la Couronne a des prix
fort médiocres. Ainfi on attendoit
que le bon efprit de vôtre
nouveau Roiluifourniroit quelque
expedient femblable ,
qu'il ne commenceroit pas
à
vous faire paier les frais de
L'extirpation du Papifme, ou que
s'il prétédoit le faireil trouveroit
la méme refiftance que vos
Peres firent à Charles I quand
il leur demandoit de l'argent
pour le fecours des Proteftans de
la Rochelle. Plût à Dieu que
240 VI. P. des Affaires
nous euffions imité leur exemple
en cette derniére occafion , car
enfin ces motifs peuvent étre toterez
dans la bouche des Predicateurs,
mais ceferoit une étrange
chofe, fi parce que nous faifons
profeffion de la Réligion
Proteftante, nous étions obligez
à entreprendre de longues &
dangereufes guerres dés que ces
gens là nous precheroient qu'elle
court rifque d'étre oprimée
en quelque autre pays . Croyez
done, Milord, que ce n'eft pas à
defemblables motifs qu'il faut
attribuer la condefcendance
exceffive qu'on a euë pour l'aiffer
an Prince d'Orange une entiére
difpofition de toutes les
forces de l'Etat qui afait reuffir
fes deffeins ; mais à la foibleffe
inexcufable de nos Bourguemestres
qui fontplus frapez
dė
du
Temps. 24.I
de la mortfunefte des véritables
Peres de nôtre Patrie , que
touchez du défir d'imiter leurs
incomparables vertus .
Il ne nous eft pas fort important
qu'un Roi d'Angleterre
foit Proteftant ou Papifte , ny
qu'il s'apele Iacques ou Guillau
me,ni que vos loixfoient bien ou
mal obfervées, ni que vous foiez
contens. Ce nefont point là nos
affaires ; mais nôtre liberté nôtre
feureté, nôtre commerce , la
confervatio de la paix qui fait
fleurir les arts & la navigation
cefont là, Milord, nosveritables
affaires. Cependant
vous fçavez où eft réduit nôtre
commerce.Les pertes de nos marchands
font fi frequentes & fi
grandes que je n'y puis penfer
fans douleur. Nous fommes menacés
par le feul ennemi que
L
242 VI. P. des Affaires
nous ayons à craindre , & nous
n'avons jamais eu moins de
Troupes. Les meilleures fur lefquelles
nous pouvions prendre
une entiére confiance , font occupées
à brûler des Chapéles, &
à battre les buiffons pour attraper
des Prétres & des Iefuites.
De 14000. hommes on nous en
revoye quatre mille,&à la place
des autres on nous envoie des
Anglois dont les uns veulent obéir
au Roi Iacques , les autres
au Roi Guillaume. Aucun prefque
ne veut nous fervir;de forte
qu'il les afalu embarquer le
moufquet dans le ventre , & je
m'attens qu'ils deferteront tambour
battant à la premiére occafion.
Nous avons deja été regalez
de quatre deux centiémes
deniers depuis le mois de Novembre
, & cependant il faut
du
Temps. 243
bien chercher d'autres femmes
que celles qui font dans nos coffres
,fi cette guerre que nous- nous
fommes attirés pour lagloire de
Dieu ou plutoft pour celle du
Prince d'Orange, dure quelques
années : car nonobfant la joie
que fes créatures veulent que
nous ayons de ce dédommagement
qu'ila obtenu de vous, quoi
qu'il ne foit pas à beaucoup
prés proportionné à la dépence
que nous avons faite,je vous affure
, Milord , que nos plus fages
Républicains font perfuadez
que cet argent ne viendra
pas jusqu'ici ,mais qu'il fera mis
avectant d'autre dont le Prince
d'Orange ne dreffera pas fi
tôtfes comptes. Nous attendons
que quelques- uns de ceux qui
lui font entièrement devoüez
propoferont de lui en faire un
Lij
244 VI. P. des Affaires
prefent,que fi on trouve trop de
difficulté à cela , il le gardera
fous titre d'emprunt , & dans
quelque tems, s'il fe trouve bien
établi fur le Trône, il aura des
expediens pour ne le point rendre
, comme pourroit étre le dédommagement
des Anglois de
Bantam , & quelques autresfemblables.
Voila cependant les premiéres
benedictions
que
Dieu a
répendues fur nous , & pour lef
quelles nous célébrâmes unjour
de jeûne d'actions de graces
publiques le 31.du mois dernier.
Si vous aviez été ici , vous auriez
bien entendu des impertinences
dans tous nos préches:
car nos Miniftres qui font repu
blicains dans tous les Etats
Monarchiques.& qui font Roialistes
en ce pays- ci , nõus exagerent
des benedictions d'une
du Temps. \ 245
maniére
fiextravagante, que fi
vous en avions voulu croire
quelques- uns , le Roi Lacques ne
devoit jamais arriver en Irlan
de , mais les Girouettes ont demanti
les Prophetes, je dou
te fort que leur éloquence eût
été capable de nous perfuader
la guerre contre le Papifme, fi
nous avions été en liberté. Au
moins nous avons confideré ces
exhortations à extirper le Papifme
comme des digreffions fort
impertinentes que nous fouffrons
depuis quelque tems , parce que
nous ne pouvons les empécher .Ie
croiois auffi que vôtre Nation les
confidéreroit comme un fermon
qui pouvoit l'ennuier, mais non
pas comme des raisons capables
de lui faire débourfer fon argent.
Enfin nous avons été
trompez,& nous ne connoiffions
Liij
246 VI. P. des Affaires
pas la grandeur de vôtre zéle
quand nous ne pouvions croire
que vous vouluffiez paierfi cher
l'extirpation du Papifme. Vous
en voilà donc délivrez ; mais
croiez-vous étre délivrez di
Pouvoir Arbitraire ? Il me femble
, fi je n'ai pas perdu mon
tems en Angleterre à étudier
vos Loix , que vous appellez
Pouvoir Arbitraire celui qui
paffe les bornes prefcrites par
les Loix. Suivant cette maxime,
le Roi auroit exercé ce Pouvoir
Arbitraire , s'il avoit entrepris
de vous contraindre à lui
donner de l'argent pour nous
faire la guerre dans le tems auquel
il ne pouvoit nous la déclarer
fans déconcerter les deffeins
du Prince d'Orange . Vous pou
viez le lui refufer ; cependant
il avoit un fujet legitime de le
du
Temps.
247
faire , puifque la loi vous obligeoit
à être fidéles à vôtre Roy
& à emploier vos biens & vos
vies pour la défense de fa perfonne
& de fa Couronne. Il eft
donc beaucoup plus contre la
loi d'exiger des fommes immen-
Ses pour une entreprise qui eft
directemet contraire à vos loix.
Mais, direz vous , il nous a
demandé ce fubfide , & nous
voulons bien le lui accorder, &
en cela il n'y a rien que dans
L'ordre. Sur quoi vous me permettrez
de vous dire que cette
excufe eft fort frivole ; car s'il
n'a pas droit de vous le demäder
& que vous n'aiez pas pouvoir
de lui accorder ce qui eft en
question , la prevarication eft
double , & votre confentement
reciproque n'empeche pas que
vous n'agiffiez contre la loi. Il
Lij
248 VI. P. des Affaires
n'a certainement aucun droit
de propofer des fubfides qu'en
qualité de Roi, vous la lui avez
donnée mais fi vous n'avez pû
le faire felon la loi il n'a aucune
autorité. Vous avez droit
comme membres du Parlement
de donner vos avis, & de confentir
à de femblables propofitions
ou de les rejetter; mais il faut
auparavant, que vous Joiez legitimement
affemblez en Parlement
, & toutes vos déclarations
faites ou à faire, ne pourront
donner cette qualité à vôtre
affemblée , ni empécher que
tôt ou tard vos actes ne foient
abolis. Cependant quand vous
feriez Parlement , il faudroit
que vous euffiez des pouvoirs
bien exprés pour confentir à
des levées extraordinaires de
deniersfous unpretexte qui n'a
du
Temps.
249
jamais été confideré comme ſuffifant
pour taxer les peuples ,&
que vous ne pouvez par confequent
autorifer que par une interpretation
nouvelle & arbitraire
des loix qui concernent
la feureté de la Religion Protef
tante. Ces taxes auroient été
ن م
plus fuportables dans un autre
tems, auquel vous auriez pú profiterde
nos defordres pour faire
prefque tout le commerce
que vous ne pouvez prefentement
efperer. Il faudra donc
lever ces fubfides fur les terres
&fur les biens des particuliers
&faire revivre tant d'autres
expediens de tirer de l'argent,
que ceux du long Parlement mirent
fi bien en ufage , qu'au lieu
d'unfubfide affés mediocre qu'ils
refufoient à Charles I le peuple
enpaya dix on douze en fort
L V
250 VI. P. des Affaires
peu de tems. Cependant ils ne
saviferent pas de cet expendiet
extraordinaire de faire paier
les frais de la délivrance de
l'Epifcopat & du Pouvoir Arbitraire.
Peut-étre en previrent
ils les confequences que vous ne
prévoiez pas & qui me paroiffentfort
grandes carfi vous admettez,
&faites paffer en loy
de femblables cahiers defrais,
tout Prince aura unpareil droit
de vous demander plufieurs
Millions fous divers pretextes.
Il n'y a rien d'impoffible en ce
monde, &fur tout en Angleterre
Vous pouvez être bien -tôt las
de vôtre Roi Guillaume.puif
que vous ne vous êtes pas accommodez
de quelques autres qui
te valoient bien, Peut- être auſfi
trouverez- vous le Regne
du Roi Iacques eftoit auff
que
du
Temps. 125
commode
que
celui- ci , & cette
penfée le pourra fortifier s'il
paffe en Ecoffe avec un bon
corps de troupes.Si cela arrivoit
& que le nouveau Roi fut obligé
defuir à fon tour, le legitime
neferoit-il pas en droit de
vous demander un fubfide extraordinaire
pour dedommager
le Roi de France de toutes les
dépenfes qu'il a faites pour le
fecourir Ne devez- vous pas
attendre qu'on vous démandera
un autre fubfide pour dedomager
ceux qui ont levé des troupes
pour le fervice du Prince
d'Orange dans le Roiaume ?
Pourrez vous aprés cela demander
à vos Rois legitimes la
communication des depenfes de
l'Etat , comme vous avez fait
plufieurs fois aprés avoir allouéfi
librement à celui qui ne
L
VJ
252 VI. P. des Affaires
l'eft pas, celle qu'il a faite ef
tant encore particulier ? De
plus, fi par impoffible ( vous me
permettez cette fupofition comme
eftant auffi poffible qu'eftoit
le rêtabliffement de Charles
II. avant 1660. Si , dis-je,
Iacques II. fe rétablisfoit fur le
trône, où en feroient tous ceux
qui auront prefté leur argent
par avance fur ce fubfide de
fix cens mille livres ferlins: Ils
feroient trop heureux de ne
perdre que leur capital & leurs
interefts , mais ce Monarque
n'auroit pas peine à trouver
moyen de contenter le Public
& de punir les coupables
en ordonnant que les deniers
levez contre les loix feroient
reftituez à ceux qui auroient
efté obligez de ceder à la forde
du
Temps. 253
ce, & repris fur les biens de
ceux qui auroient autorisé par
leurs fuffrages cette vexation.
Tay veu depuis que je fuis au
monde arriver en Angleterre
des chofes plus difficiles à croire
que tout ce que je vous dis .
Ainfi pour vous parler franchement
, je crois qu'il eft fort
poffible que vous changiez
tous d'avis , & que vous remettiez
les chofes en l'état où elles
êtoient.
Ce qui me confirme dans cette
penfee, eft voftre Charta magna
, & toutes les loix qui en
dependent , font trop vieilles
pour être abrogées par des refultats
tumaltuaires comme ont
étéles vôtres. Ainfi elles détrui.
ront vrai femblablemet tout ce
qui a étéfaitpar la Convětion,
puifqu'elles ont bienpû détruire
254 VI. P. des Affaires
نم
les Actes du long Parlement ,
cela arrivera dés que vous vous
apercevrez quefous pretexte de
rétablir ces loix qui vous font fi
cheres , on leur ofte toute leur
force. Or vous vous en apercevrez
plutoft que vous ne pensez ,
& quand vous chercherez vos
libertez , franchifes & proprietez
, & cette Religion Proteftante
dont vous eftiez autrefois
fi jaloux , il faudra avoir recours
à ces vieilles loix . Vous
trouverez fort estrange qu'on
vous mette en prifon fur unfimple
foupçon de vouloir changer
le gouvernement prefent , &
qu'on ne vous venille pas
admettre à en fortir fans
caution. Vous verrez paroitre
contre vous des faux témoins ;
car puifqu'on prend tant de
foin à les justifier & à les rédu
Temps. 255
tablir dans leur bonne reputation,
c'eft figne qu'on croit en avoir
befoin , & qu'on en veut
faire quelque ufage . On vous obligera
par execution militaire
à payer les fommes que les Deputez
à la Convention auront
accordées fans votre participation.
Les principaux Seigneurs
Soupçonnez de mécontentement
feront recherchez pour des crimes
commis du temps de Charles
II. ou de Iacques II . Le nouveau
Roy ne voudra pas forcer
les loix , & les fera rigoureufement
executer fur eux.
Mais il y a encore un point
plus important auquel cependant
il paroît que vous ne penfez
pas , felon ce que me difoit
l'autrefois un Gentilhomme Anglois
qui à mon avis entend vos
Loix auffi- bien qu'on le peut
256
VI. P. des Affaires
faire.Il s'étonnoit comment vous
n'aviez pas changé la forme du
gouvernement , puifque cet expedient
eftoit moins perilleux
que celuy dont vous vous estes
fervis ; car difoit- il aprés la
derniere longue rebellion , quoy
que toute la Nation euft reconu
un vfurpateur , cependant comme
les loix de la Monarchie
étoient abrogées , celuy qui luy
fuccedoit fe trouvoit obligé de
fuivre les nouvelles , & ne pouvoit
faire valoir l'autorité des
anciennes contre ceux qui lui
devenoientfufpects, parce qu'etles
ne luy auroient pas efté plus
favorables qu'à ceux qu'il auroit
voulu perdre. Ainfi il n'y
avoit qu'un feul inconvenient à
craindre qui eftoit que le Roi
legitime rentraft à main armée
dans le Royaume , ce qui eftoit
du Tems. 257
prefque imposible. S'ily rentroit
à l'amiable comme Charles II.
on eftoit affuré d' un pardon general
, fauf à abandonner à la
juftice les principaux inftrumens
de la rebellion . C'est en
effet ce qu'on fit alors Les Iuges
du Roy Charles I. & quelques
autres furent exceptez de l'amniftie
, & on eut autant de plaifir
à les voir pendre qu'ils en
avoient eu à faire pendre les
autres . Maisprefentemeut, difoit-
il , les chofes sont toutes
differentes, & puifque la Convention
a declaré qu'il falloit
maintenir les anciennes loix,
& que celles d'Edouard III.
d'Henry VII d'Henry VIII.
d'Elifabeth & de Iacques I
mefme celles de Charles II tou
cbant l'autorité des Roi n'ont pas
efté revoqueés , elles fubfiftent
ny
258 V1. P. des Affaires
en toute leur force, & l'autorité
de faire executer ces mémes
Loix , refide toujours en la perfonne
du Roy, tel qu'il puiſſe étre.
Ie fuppofe donc que Lacques
II. vienne à mourir & enfuite
le Prince de Galles, en ce cas le
Prince d'Orange ceffant d'estre
ufurpateur deviendra voftre Roi
legitime , & par confequent l'executeur
de ces loix anciennes,
certaines, fondamentales, & inconteftables
, qui lui feront alors
auffi favorables qu'elles lui
font prefentement contraires.
Suppofant donc que les loix fondamentales
fubfiftent , il faudra
neceſſairement que tous ceux qui
fe font revoltez contre le Roy
Iacques , obtiennent un pardon
fous le grand Sceau ou qu'ils demeurent
expofez à la rigueur
de ces loix ; fans cela ils pour-
7
du
Temps.
259
roient eftre pourfuivis comme
criminels de haute trabifon. Le
nouveau Roi fera abfolument le
Maistre d'accorder ce pardon à
qui il voudra , & d'en exclure
ceux qu'il voudra,fans que perfonne
aitfujet de s'en plaindre,
puis qu'il ne fera rien que felon
les Loix. Si on lui cite les nouvelles
que la Convention a fai
tes contre le Roi Iacques, comme
non feulement il n'aura plus
d'intereft à les maintenir , mais
qu'il en aura un tres preffant de
les détruire, il n'aura pas de pei.
ne à prouver que tous les Refultats
& les Bills de la Convention
ne font pas des Loix , & il
s'en rapportera aux Regiftres
& aux exemples dont aucun ne
pourra jamais établir l'autorité
de cette Affemblée illegitime.
Ce qu'il pourra faire de mieux
260 VI. P. des Affaires
la
eft, qu'il déclarera qu'ayant tou
jours fait profeffion de respecter
les Loix, il ne veut rien faire à
leur préjudice, comme parmi
les griefs on a inferé que les
pardons les Actes émanez du
pouvoir difpenfatif font contre
Loy , il obfervera tres - religieufement
cet article , & n'en
fera aucun ufage en faveur de
ceux qui l'ont mis fur le Trône,
Ie dis à ce Gentilhomme qu'il
ne faloit pas douter que vous ne
vous oppofaffiez à de femblables
entreprifes S'ils oppofent la force
, me répondit.il , ils auront
affurément de la peine , car ils
ont affaire à un homme qui les
connoit bien & qui ne les attaquera
qu'à fon avantage. L'exemple
du Roy lacques apprendra
aux legitimes Souverains
auffi bien qu'aux vfurpateurs, à
du
Temps.
261
ne fe fier auxparoles &aux fermens
de ceux de vôtre Nation,
que quand ils feront en état de
les faire bien obferver,fur tout
depuis qu'on a ouvert le chemin
à faire entrer les Troupes étrangeres
dans le Royaume, ce qui étoit
autrefois un attentat irre
miffible.Si c'est par les voyes ordinaires,
ce fera dans un Parlement
; mais qui l'empéchera de
le caffer La Convention a
déclaré qu'il avoit en pouvoir
de convoquer un Parlement ,
& par confequent elle a reconnu
qu'il le pouvoit caffer.
Il le pourra donc faire à meilleur
titre , s'il devient Roy legitime.
La Convention a donné atteinte
à l'Habeas corpus . On
peut étre emprisonné tant & fi
long- tes qu'ilplaira au nouveau
262 VI. P. des Affaires
Roi. On fera feditieux , deferteur,
& tout ce qu'il voudra, il
n'y aura plus de fecours à attendre
des nouvelles Loix qui
nefubfifteront plus. Les anciennes
condamnent les Rebelles
comme criminels de haute trabifon
; il faut donc toft ou tard
que ceux de la Convention experimentent
la rigueur des
Loix , & ils reconnoitront alors
fort inutilement qu'ils ne peu
vent fe plaindre que de leur legereté
qui les a fait precipiter
dans des perils certains pour en
éviter d'imaginaires . C'eſt ainfi
que me parloit ce Gentilhomme,
& je vous avoue que je n'eus
rien à lui répondre de folide. Ie
me jettay donc dans des lieux
communs & je me mis à louer
la pieté du Roy Guillaume , fon
zele pour la Religion Proteftan
du Tems. 263
te , fa vie exemplaire , le foin
qu'il a eu de conferver noftre liberté
, fon respect pour les Loix
& d'autres chofes femblables
dont non feulement nos Minif
tres nous fatiguent depuis longtemps,
mais que tat de Refugiez
de France débitent tous les jours
das leurs écrits politiques; ce que
jen'aurois neanmoins of faire.fi
je n'avois veupar les vostres, &
par les Adreffes de vos deux
Chambres , que vous commencez
à emploier ces mémes lieux
communs dans vos actes les plus
ferieux. A cela, le Gentilhom.
me me regardant avec un air
de mépris , me dit brufquement,
Monfieur, je vois bien que vous
voudriez rire , & que vous n'oferiez
; mais fi vous parlez ferieufement
, tout ce que j'ay à
vous répondre , c'est que
ie
vous
264 VI. P. des Affaires
prie de ne me pas traiter comme
un enfant.Voilà comme finit nê .
tre converfation. En un mot, cét
Anglois ne croioit pas les affaires
du Prince d'Orange fi bien établies
qu'elles ne puffent changer
de face,mais il étoit perfua
dé que foit qu'il fe maintint fur
le Trône , foit qu'il fut obligé à
en defcendre, la Nation en fouffriroit
beaucoup , puis qu'elle ne
pourroit le maintenir que par
une longue& prodigieufe dépen
fe, que fi on en voyoit la fin,
perfonnen'étoit plus propre que
lui à venger le Roy lacques de
fes Sujets rebelles, ny la France
defes anciens Ennemis . Ie fuis,
&c.
Je finis icy cette fixième
Partie , remettant à vous entretenir
dans la feptiéme , de la
fuite
du
Temps.
265
terre ,
fuite des revolutions d'Angle-
& de plufieurs autres
chofes curieufes fur les Affaires
du Temps. Elle paroitra le
premier jour de Juillet , & j'eſpere
y faire entrer tout ce qui
me reſte à vous en dire , ainfi
que tout ce qui le ſera paſſé
jufque -là .
THECOF
BB
W
FIN
LYON
BIB
*7893
M
266
VI. P. des Affaires
APOSTILE.
On a dit dans ce Volume
que l'Empereur avoit fait défendre
à l'Envoyé que le Roy
d'Angleterre lui avoit dépéché
aprés fa fortie de ſes Etats,
d'entrer à Vienne, ce qui ne ſe
confirme
pas , mais feulement
que Sa Majefté Imperiale a re
fufé de donner aucun fecours
à ce Monarque.Quand on a dit
dans le méme Volume , que
l'Angleterre pouvoit mettre
quatre cens Voiles en Mer , on
n'a pas prétendu dire qu'elle
pouvoit équiper quatre cens
gros Vaiffeaux ; mais on doit
fuppofer que c'eft en comptant
les divers Bâtimens qui accompagnent
une grande Flote.
ex Dono
R. P. Claud, Franc.
Menestrier Soufer
&
807158
AFFAIRES
Colleg. Lugdun. J.Trinit.
DU
Soc. Jope Cat. Jufl.
TEMPS
THEQUE
TOMELYON том
1893*
A
LYON
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere , au Mercure
Galant.
M. DC. LXXXIX.
AVEC PRIVILEGE DV ROT.
УЛЕСЬК
ZIZZZI
BEI EBI TRI (X) £ 380383-8063.8063.863.
AU LECTEUR .
LE
E fuccez qu'ont eu ces Lettresfur
les Affaires du Tems , m'a fait
pouffer la matiere plus loin que je n'ar
vois cru. Elles forment un genre nouveau
d'Histoire, qui contient un recueil
de pieces , liées par des raisonnemens
par des faits, de la verité defquels
tout le Public eft fi bien perfuadé , qu'il
eft impoffible de ne s'y pas rendre.Tou
tes ces Pieces ont été imprimées ou
prononcées publiquement , ou regar•
dent les Actes du pretenda Parlement
d'Angleterre. On dira que la plupart
font connuës, & qu'il faudroit qu'elles
fuffent rares pour donner du prix à
cette Hiftoire. Cependant fi on n'en
prend pas plufieurs copies dans le tems
qu'elles paroiffent , on a peine enfuite à
les retrouver & d'ailleurs qui voudroit
avoir tout ce que j'ai mis en fix
Voulumes, outre qu'il l'auroit fans ora
ij
AU
LECTEUR .
dre, feroit contraint de garder en papiers
inutiles, plus que trente de ces
pieces ne contiennent , parce que plu •
fieursfont accompagnées de beaucoup
de chofes dont il n'auroit pas befoin.
Elles inftruifent peu où ellesfont, mais
on voit dans les Lettres fur les Affai
res du Tems , l'occafion qui les a fait
faire, la politique qui a fait agir ceux
qui les ont faites, ce qui en a refulté,
& enfin elles ont fervi à former un
corps d'hiftoire, qu'on a lieu de croire
d'autant meilleur, qu'il afortement
excité la bile de M. Iurieu , Miniftre
à Roterdam , connu par un emprote
ment fans bornes,& par des calomnies
éternelles qu'il repand fur ceux qui
nefont pas attachez à ſon parti. Il a
vomi contre moi un torrent d'injures
qui ne m'ont caufé nulle émotion , ó
comme il n'a rien dit de l'ouvrage,
que des injures n'ont jamais paſſépour
des raifons, cela me fait voir qu'il a
crû trouver mieux fon compte à attaquer
maperfonne,parce qu'il y a des
Lieux communs qui fourniffent des in-
1
AU LECTEUR .
jures , & qu'il n'en est pas de même
quand il s'agit de répondre à un Ouvrage
rempli de raisonnemens qu'il
fut détruire , qui qu'il y ait peu
"d'hommes exempts de défauts, & qui
ne puiffent étre justement repris par de
plus éclairez qu'eux . Ce qu'a dit de
moi M. Iurieu eft fi visiblement réconnu
pourfaux, qu'il est aisé de juger
que ne fachant qui je fuis , il a
hazardé des injures générales perfua
dé qu'il pourroit lesfaire croire à ceux
de Hollande qui ne me connoiffent pas
plus que lui. Le ne m'en étonne point,
Il eft fi accoûtumé aux invectives, que
parmi les Proteftans mêmes , qui dit
Jurieu , dit Injurieux . Pourfaire voir
qu'il ne m'a point chagriné , j'avertis
ceux qui voudront fçavoir ce qu'il a
dit contre moi , qu'ils le trouveront
dans fa cinquiéme Lettre Pafto ale de
Année troifiéme . La peur qu'il a enë
que je ne la viffe pas , l'a obligé à me
la pofte. Il a en raison
l'envoier
par
car on fe met ici peu en peine d'acheter
les injures qui viennent de
ã iij
AU LECTEUR.
Hollande , mais quand à cette Lettre
Paftorale , ou plutôt ce recueil de calomnies,
je puis l'affurer qu'il a été vû
de beaucoup de gens , parce que je me
fuisfait un plaifir de le montrer. Ie
n'yfuis pas le feul qu'il attaque. Il répand
fa bile dans le même écrit contrè
des perfonnes d'un rarefavoir, d'une
vertu éminente, & qu'un vrai mérite
a élevées aux plus hautes dignitez de
l'Eglife .Il y en a encore d'autres qu'il
n'épargne pasfur les nouvelles qu'ils
donnent toutes les femaines , quoi que
ce foit avec beaucoup de juftice quele
public en eft fatisfait . Il doit prendre
garde que les Ecrivains de France font
bien differens des autres. Ils font Savans
, eftimez, leur naiſſance quand
elle a quelque diftinction, n'est pas un
obftacle qui les arréte lors qu'ils ont
occafion de faire voir leur efprit . Le
nombre n'en eft pas grand , mais ils
écrivent jufte, & on ne peut lire leurs
Ouvrages fansfe détromper des fanf
fetez de l'accablante multitude des
Ecrivains de Hollande. S'il n'avoit
AU LECTEUR.
été question que de moi feul , j'aurois
parlé comme un galant homme doit
faire defoi-même , mais la referve où
La modeftie m'engage fur mon article ,
ne me deffend pas de donner aux Efcrivains
de France les louanges qu'on
Leur doit . Si on veut connoître la
naiffance & les emplios du Miniftre
Iurieu , on les trouvera dans la troifiéme
Partie des Affaires du Temps
page 307.Celui qu'il a aujourd'hui eft
de faire ce qu'il ne confeille pas , & de
travailler fort commodement à des
Libelles fous le titre de Lettres Paftorales,
quifans remplir ce que ce tititre
promet , ne contiennent prefque
autre chofe que des raisonnemens fur
ce quife paffe dans l'Europe. Il accable
de fes Lettres tous les nouveaux
Convertis de France qui ne les demandent
pas,& les fait tomber entre leurs
mains par la pofte . Il les exhorte à
fouffrir, aprés s'être tiré du peril pour
ne leur en pasparler de trop prés; mais
quand on ne dit rien par l'exemple, les
paroles touchent peu. Iamais homme
AU LECTEUR.
n'a été plusfeditieux dans fes Ecrits,
ni eu des maximes plus fauffes , plus
pernicienfes & plus deteftables ; elles
font telles qu'on n'y fauroit penferfans
horreur. Perfonne n'a pû éviter l'injufte
éclat de fa bile noire , & la plufpart
des Proteftans mêmes n'en ont pas
été exempts , quand leurs fentimens
n'ont pas été conformes aux fiens . Ie ne
dis point qu'il eft vifionnaire plus qu' •
homme du monde, fes Propheties en
fontfoi ,il n'en faut point d'autre preuves.
L'Hiftoire du Tems n'a pasfeulement
deplû au Miniftre Inrieu ; on m'a écrit
de Hollande que les véritez dont elle
eft remplie font fouffertes impatiemment
des François qui s'y font refugiés
& qu'ils y preparent une réponse. Cependant
en voila deja le fixiéme Volame
donné au public , & cette répon-
Se ne paroit point. Il y a grande aparence,
que ne pouvant accufer de
fauffeté les pieces qui la compofent , ils
ne fçavent qu'opofer aux raisonnemes
que j'en ai tirez. Ainfi je voi bien que
AU LECTEUR!
toutes les réponses qu'ils pourront faire
, confifteront en éloges du Prince
d'Orange, & qu'ils tacheront de prou
ver que ce Prince n'est pas un Vfurpateur.
Cependant s'ils fe voioient obligés
à dire de bonne foi ce qu'ils en penfent
, ils ne le pourroient nier , & le
Prince d'Orange n'en difconviendroit
pas lui- même. Te ne doute point qu'il
ne fut faché de laiffer croire qu'ilferoit
monté an Trône fans avoir cherché à
s'y élever,&fans que l'on fut perfuadé
qu'il dent ce haut rag àfes intrigues &
à la foce defon efprit.Come il ne trou
veroit pas de gloire dans fon innocence
, fon but eft de fatisfairefon ambi
tion,fans fe mettre en peine des moiens,
& il eft de ceux qui croient qu'il
n'y a point de crimes honteux quand
on les fait pour regner.
Le ferai voir dans la feptié ne partie
de cette Hiftoire , que cette espece de
mauvaise gloire , étant plus facile à
acquerir que l'on nene penfe, les crimes
honteux n'en donnent pas autant que
l'on s'imagine . Quant à ceux qui tâ
AU
LECTEUR.
chent de juftifier ce Prince c'eft leur
interêt particulier qui leur fait dire
se qu'ils font bien éloignez de croire.
Ilsfe flattent de tirer le l'utilité de
fes crimes,& ont de la joie de le voir
agir comme leur paffion le demande
mais ils ne peuvent fe déguifer à eux
mêmes qu'il eft vfurpateur dans toutes
les formes.
Le fuis obligé de déclarer, pour rendre
justice à quelques Auteurs qui me
paroiffent d'un fort grand merite , &
"dont on voit depuis quelques mois cou ,
rir des Lettres pleines d'érudition &
d'une tres-fine politique , que je n'ay
pas pretendu confondre leurs Ecrits
parmi ceux dont j'ai parlé dans les
premierespages de cette fixième Partie.
AFFAIRES
I
SIXIE' ME PARTIE
DES AFFAIRES
DU TEMPS
DEA
LYON
VILLE
E ne fuis point éton
né, Madame, que le
commencement de
ma cinquiéme Lettre
fur les Affaires du Temps ,
ait reçu autant d'approbation
dans votre Province que vous
me le témoignez . Ce n'eft pas
à moi que la gloire en eft duë,
mais à la force de la verité ,
qui s'eft fait fentir d'une ma-
Tome VI. A
2 VI. P. des Affaires
niere à ne pouvoir s'empêcher
d'être convaincu , que le Roy
n'a contribué en aucune forte
aux troubles qui agitent aujourd'hui
toute l'Europe , &
que l'Empereur a feul alumé
la Guerre , dont elle va être
déchirée , & qui a déja commencé
d'acabler la veritable
Religion , & de la faire bannir
de trois Royaumes , où elle
commençoit à reſpirer. Ce fait
eft fi clairement & fi fortement
prouvé , que ceux - mêmes qui
fouffrent impatiemment la gloire
de nôtre Augufte Monarque
, avoüent que je n'ay rien
dit là - deffus qui puiffe étre
combatu , ou du moins qui
puiffe l'étre avec aucune ombre
de juſtice.
Nous n'avons point d'exemple
que l'Europe ait jamais été
du
Temps. 3
&
en guerre de la maniere qu'on
l'y voit prefentement. Lors
qu'elle a été toute en armes , les
Souverains s'ataquoient les uns
les autres , ou du moins chacun
d'eux fe partageoit felon
que fon inclination ou fon intereft
l'obligeoit à fe déclarer
pour l'un des partis qui ſe formoient
; mais aujourd'hui tous
les Etats font liguez contre la
France . Le même reffort qui
fait mouvoir les uns , fait agir
les autres , il n'y a qu'une feule
intrigue. Ce que l'on connoit
de plus faint s'eſt uny avec
fon contraire . On a paffé
par deffus tous les égards qu'on
devoit avoir ; on a trouvé la
puiffance du Roy trop étenduë
, & fa gloire trop brillante
; elle a bleffé les yeux, & on
a cru qu'il faloit travailler à en
A ij
4 VI. P. des Affaires
diminuer l'éclat , quelque fang
qu'il en pût coûter à l'Europe,
& quelques pertes que pût faire
la Religion Catholique . Le
chagrin & la jaloufie que les
grands fuccés de Sa Majesté
font prendre à tant de Puiffances
, n'ayant été que la caufe
cachée qui les a fait armer
contre ce Monarque, ils en ont
cherché d'autres , ou plutôt ils
ne fe font mis en peine d'en
trouver aucune ; mais ils ont fi
bien embarraffé les affaires
qu'ils ont réuffi à les broüiller.
Rome a commencé à refufer à
la France les Privileges dont
elle eft en poffeffion , & qui
font confirmez par des Traitez,
l'Empereur affuré qu'elle appuyeroit
fes deffeins , en a ufé
à l'égard de Mr le Cardinal de
Furftemberg d'une maniere indu
Tems.
5
foutenable , à moins qu'il ne
fut certain que quelque tour
avantageux que puffent prendre
les chofes pour cette Eminence
, le Pape n'approuveroit
point fon Election , quoi qu'il
n'eût aucune railon valable
pour lui refufer des Bulles , &
que fans cela , il ne fut pas en
droit de le faire . Le Prince
d'Orange de fon côté avec tout
le parti Proteftant , avoit promis
à tous ceux qui s'étoient re- .
tirez de France , qu'il les y rétabliroit
fi- tôt qu'il feroit reconnu
Roy d'Angleterre , affurant
qu'il avoit des intelligences
avec les nouveaux Convertis
de ce Royaume .: qu'il
donneroit l'épouvante à toutes
les Côtes , & qu'il étoit impoffible
qu'elles fuffent toutes
affez bien gardées , pour l'em-
A j
6 VI. P. des Affaires
pécher de trouver à deſcendre
par quelque endroit avec une
Armée formidable , & qui feroit
fecondée par les Rebelles
du dedans , qui ne manquede
le déclarer auffiroient
pas
tôt qu'il paroîtroit
.
Outre
toutes
ces choſes
qui
étoient fi connuës
qu'elles
faifoient
feules
l'entretien
public,
on avoit fait plufieurs
Affemblées
à Minden
& à Aufbourg
pour prendre
des mesures
contre
le Roy. Ie ne repete
rien
icy des trois ligues
dont on fit
les projets
: j'en ay parlé dans
ma feconde
Lettre , & je ne
pretens
point
reprendre
cette
matiere
. Le peu que j'en dis
n'eft que pour en faire rafraîchir
la memoire
, en commençant
cette fixiéme
Lettre
, dans
laquelle
je parleray
d'abord
1
du
Temps. 7
des affaires de France avec les
autres Etats , & finiray par ce
qui regarde uniquement l'Angleterre
, l'Efcoffe & l'Irlande
.
:
la
Iamais il n'a paru tant d'Ecrits
que l'on en voit aujourd'huy
fur les mêmes matieres,
& jamais ils n'ont été fi peu
differens les uns des autres ,
plufpart n'étant diftinguez que
par leurs titres mais il eft à
remarquer que la Hollande
feule en eft remplie , & que
lors que dans un puiffant Etat
il fe trouve à peine deux ou
trois perfonnes qui écrivent fur
les évenemens journaliers, une
petite Republique , comme celle
de Hollande , en fournit un
fi grand nombre qu'il feroit
malaifé de le compter. Ce que
l'on peut dire là -deffus , c'eſt
A iiij.
8 VI. P. des Affaires.
qu'il y a une grande difference
de leurs Ecrits à ce qui s'eft
fait dans les autres temps. On
écrivoit une Hiftoire fuivie, &
la pluſpart des Auteurs étoient
gens connus , & diftinguez.
C'étoient perfonnes de marque
qui avoient prefque tous été
confidens des Princes , des
Rois , & des Miniftres , & Mi
niftres même, & il y en a y en a beaucoup
qui ont traité des affaires
dont ils fe font mêlez , &
des negociations qu'ils ont faites.
On ne metoit alors rien au
jour qui ne put paffer pour un
veritable Ouvrage : on faifoit
des volumes , & non des feüil.
les volantes
. Tout ce qu'on
écrivoit
étoit digne de trouver
place dans les Bibliotheques
,
& meritoit d'étre conſervé à la
poſterité, mais le vent peut emdu
Temps.
9
porter la plupart des Ecrits
qu'on fait aujourd'huy . Tous
les Auteurs fe cachent , parce
qu'ils fuivent plus leur paffion
que la verité , & que leurs Ecrits
ne peuvent paffer que
pour des Satires. Comme ils
ne font point connoître leur
nom , ils craignent peu d'avoir
à rougir , quand on trouve que
leurs injures font fades, ou que
leurs Hiftoires ne font pas fidelles.
La caufe de ce torrent
d'Ecrits dont l'Europe eft inondée
, vient de la liberté qu'on
laiffe en Hollande d'écrire tout
ce qu'on veut. Il ne faut point
de permiffion pour cela , & on
dit que c'eft le privilege du
Pais. Les hommes font affez
naturellement portés à mal faire
, malgré la juftice , leur conſcience
, & les défenfes qu'on
A V
10 VI. P. des Affaires
1
leur peut faire , fans qu'ils y
foient encore excitez par une
liberté fi condamnable.Le pri
vilege de mal faire, eſt un privilege
qui repugne aux bonnes
moeurs , & à l'équité , & ceux
qui le donnent ne doivent pas
s'en glorifier. Par là l'Hiftoire
fe voit alterée, & n'a point d'ordre
; elle eft fans aucune fuite,
& mife en lambeaux . Chacun
traite les endroits qui conviennent
à fon genie ou à fa paffion,&
qui peuvent donner lieu
à la Satire. Ainfi on ſe forme
une matiere à fa fantaifie, pour
avoir lieu d'en parler felon fon
emportement. Ce qu'il y a de
fort fingulier, c'eft que la plufpart
de ces Ecrits font contre la
France , & qu'ils font même
prefque tous faits par des François
, car les bons Hollandois
F
du Temps:
IT
ne font pas capables d'écrire
deux lignes , & tout ce qu'ils
fçavent , confifte à bien calculer.
Cependant comme ces Ecrits
les flatent,& que l'on croit
facilement ce qui plaît , ils ſe
tiennent juftifiez de beaucoup
de chofes , ne trouvant rien
dans tous ces Ecrits qui ne foit
fort à leur avantage . Ce n'eft
pas que ceux qui les font foient
perfuadez de ce qu'ils écrivent
là deffus , mais ils fe croyent obligez
de payer par le bien
qu'ils difent des Hollandois, &
de leurs Alliez , la permiffion
qu'ils ont en Hollande de dire
du mal de toutes les Nations ...
Cette liberté ne laiffe pas neanmoins
d'étre fouvent refferrée
à parler contre la France , &
lors qu'ils attaquent quelques
autres Souverains, leur empor12
VI P. des Affaires
tement eſt plus moderé , & ne
s'étend qu'auffi loin qu'ils penfent
étre obligez de le faire aller
, pour les animer contre la
France . La raifon de ce déchainement
des François contre
leur Patrie , eft premierement
pour ſe rendre dignes de
l'azile qu'on leur donne , & en
fecond lieu , parce que s'étant
trouvez contraints d'en fortir,
ils ne fçavent comment répandre
leur bile fur le Gouvernement,
& fur ceux qu'ils croyent
leurs Ennemis ; & fous
pretexte
d'écrire fur les matieres courantes
, ils fe vangent aux dépens
de la verité , ce qui rend
I'Hiftoire fi defigurée qu'on a
de la peine à la reconnoître.
On ne fuit point les évenemés
felon qu'ils arrivent , ainfi
je m'attache à les fuivre dans
que
du
Temps. 13
toutes mes Lettres fur les Affaires
du Temps. Auffi je ne
vous les envoye pas tous les
mois , mais feulement lors que
la matiere fe trouve curieufe,
& abondante ; au lieu que la
paffion de ces Ecrivains leur
met toûjours la plume à la
main. Quoy qu'une affaire foit
finie , ils ne laiffent pas de recommencer
à en parler , & ils
le font tous quelquefois d'une
maniere fi differente, que leurs
Ecrits ne font pleins que de
contradictions manifeftes, Cela
eft caufe que tel qui pretend
parler contre la France , la juftifie
bien fouvent fans en avoir
le deffein , & fans qu'il
s'en apperçoive . Il est ai
fé de juger par toutes ces chofes
que la verité ne peut
J4 VI. P. des Affaires
regner dans des écrits de cette
nature , & que des gens qui
fe cachent la difent fort rarement.
Ce n'eſt pas que ceux
qui cherchent à ne rien dire
qui foit contraire à la verité, ne
puiffent être fujets à faire des
fautes, mais s'ils la bleffent, c'eſt
fans le fçavoir , & il eſt toujours
certain que lors qu'un
homme connu manque en
quelques circonftances , il le
fait de bonne foi ; & qu'il eſt
trompé lui- même , c'eft ce
qu'on ne fçauroit dire de la
plufpart des Auteurs qui cachent
leur nom , puis qu'ils fe
plaiſent fouvent à diffimuler la
verité, afin d'avoir lieu de répandre
leur venin contre ceux
qu'ils ont deffein de noircir , &:
de parler à l'avantage des autres
dont ils prennent l'intereſt..
du
Temps- 15
L'imprudence fait qu'en
commençant à écrire fur une
affaire qui n'eft qu'à peine embarquée,
on dit fort fouvent
des chofes que la politique fait
connoiſtre dans la fuite qu'on
n'auroit pas dû laiffer échaper.
Lors que l'on a travaillé à s'unir
contre le Roy afin d'allumer
la guerre qui embraſe aujourd'hui
l'Europe, & qui a déja
caufé tant de pertes à la veritable
Religion , on n'a regardé
que la gloire qu'on s'imaginoit
devoir eftre remportée fi on
ofoit attaquer la France . On a
fait fonner les Ligues des Princes
Confederez , & on a dit
tout ce qui eftoit neceffaire
pour juftifier le procedé que
Sa Majesté tient aujourd'huy,.
fans confiderer que la politique
vouloit qu'on tinft un autre
16
VI. P. des Affaires
langage peu de temps aprés,
afin de rendre la France odieufe.
Voicy ce que j'ay trouvé
fur ce fujet dans ce qui a eſté
imprimé en Hollande . Ce font
differens articles tirez de divers
Ecrits, mais les termes font
les mefmes , & je n'y ay rien
changé .
Enfin le Roy de France s'eft
déterminé à la guerre malgré
qu'il en ait eu.
Mais commeil eft de la politique
de prévenir fes Ennemis
, le Roy tres - Chreftien n'a
pas voulu y manquer. Il n'a
pas dû ignorer les brigues qui
Je faifoient contre luy dans
l'Europe.
L'Empire n'a rien témoigné
tant qu'il a eu quelque chofe à
craindre du Turc. Les Alliez
ont fait de mefme , tant qu'ils
du
Temps.
17
l'ont vu embaraffe contre cette
Puiffance; mais enfin au moment
qu'ils l'ont veuë terraſſée,
& hors d'eftat de pouvoir fe relever
; du moment auffi qu'ils
ont cru la France extrémement
déchue par la divifion qui regne
chez elle , ils ont levé la
tefte , ont formé de grands
deffeins,
On croit qu'il eft de l'intereft
de toutes les Puiffances, d'affoiblir
la France avant que la
mort du Roy d'Espagne arive.
Comme la France ne voudroit
point de guerre , elle ne veut
pas pouffer les chofes à l'extremité.
Aprés avoir expoſé un fait
de cette nature & de cette confequence
, les raiſonnemens
qu'il pouvoit founir n'en de
voient pas être entierement
18 VI. P. des Affaires
éloignez , & il n'y avoit pas
d'aparence qu'ils duffent rouler
fur le contraire.C'eſt cependat
ce que l'on a fait par un aveuglement
inconcevable, & c'eſt
ce qui fe fait encore tous les
jours. Tous ceux qui fe mêlent
d'écrire , né parlent que
de l'injuftice de la France touchant
cette guerre. Ils fe tirent
groffierement par là de l'embaras
où ils font puis que fuivant
le fait qu'ils ont expofe,
ils ne peuvent juftement fe
plaindre des Conquestes de Sa
Majefté , ny de tout ce qu'elle
fait pour les conferver, & pour
empecher que fes Ennemis
qui fe font liguez en fi grand
nombre n'ufent de ſurpriſe
pour entrer dans fes Etats .
Mais leur but eft de condamner
tout ce que fait ce Prince, mefdu
Temps.
19
me jufques à fes actions les plus
loüables, de forte qu'ils les empoifonnent
toutes , pouffez par
les motifs dont ie vous ay déja
entretenuë , & que je ne croy
pas devoir repeter ; mais pour
ne point parler comme eux
contre la verité , & pour fuivre
le fait qu'ils ont exposé
eux- mefmes, & qu'ils ont exageré
en plufieurs endroits , je
veux m'en tenir à cette verité,
Qu'on a forcé le Roy à faire la
guerre. C'eſt une chofe à laquelle
on n'a rien à repliquer,
aprés les divers articles que je
viens de rapporter là deffus,
& il faut neceffairement que
l'on demeure d'accord que ce
n'eft pas le Roy qui trouble
le repos de l'Europe
puis qu'on dit qu'il s'eft déterminé
à la guerre malgré qu'il
en ait eu. Ce fait pofe fuivant
20
VI. P. des Affaires
la verité , & fuivant tous les
Ecrits de Holande va plus loin
que l'on ne croit , puis qu'il
confond tout ce que les Ennemis
du Roy publient aujourd'huy
au defavantage de fa
gloire . On a parlé des Ligues
qui fe faifoient contre luy, &
du grand nombre d'Ennemis
qui le devoient accabler ; on
ne doit point s'étonner que l'ayant
fceu , il ait cherché à les
prévenir , & les fuites de cette
guerre ne doivent point furprendre,
puis qu'il a dû en ſage
Politique , prendre fes précautions
pendant que le Ciel
favorifoit fes armes , pour n'eftre
point accablé dans la ſuite
par ces Ligues d'Ennemis nombreux
, qui ont affez fait connoiftre
de quoy ils feroient capables
, puis qu'ils ont égorgé
}
2 F du Tems .
la pluspart des François prifonniers
, & exercé leur fureur
jufque fur les Malades. Tout
ce que je viens de vous dire,
juſtifie le Roy touchant l'affaire
du Palatinat , fur laquelle
on tâche de le noircir , &
qu'on regarde malicieuſement
avec des yeux tout- à- fait contraires
à la maniere dont cette
action devroit eftre veûe. Cependant
Sa Majesté n'a rien
fait qui ne luy ait efté prefcrit
par une bonne politique,
& que tous les habiles Conquerans
n'ayent fait avant lui .
Les Rois font obligez de travailler
de tout leur pouvoir
pour empêcher la ruine de
leurs Etats , & ne pas fouffrir
qu'on les envahiffe . Outre cette
obligation générale, le Roy
qui penetre tout par fes lumie-
1
22 VI P. des Affaires
res , voyoit qu'aprés tous les
foins qu'il avoit pris pour faire
fleurir la veritable Religion , on
vouloit en lui declarant la
guerre , détruire ce qu'il avoit
fait en fa faveur , & foulever
contre lui fes propres Sujets.
Il voioit contre lui un Empercur,
des Rois un grand nombre
d'autres Souverains & des
Republiques. On le menace
de ceux qui lui doivent une
entiere obéiffance ; on l'oblige
à garder toutes fes Coftes ;
Rome même entre dans la
confpiration , & n'examine
point fi les Proteftans Y font
en plus grand nombre que les
Catholiques. Il fuffit qu'il
s'agiffe d'accabler la France ,
& de n'uire au Roi , qui s'eſt
déclaré Protecteur de la Religion
Romaine , & qui a plus
du Temps. 23
fait que fept de fes Predeceffeurs
enfemble pour l'interêt
de l'Eglife: la Cour de Rome
entre auffi- tôt dans le deffein
d'affoiblir une puiſſance dont
elle tient tout : & pour ne luy
pas laiffer un feul Aini , elle abandonne
le Roi d'Angleterre
comme je le dirai dans la fuite
& détruit en un feul jour tout ce
que ce Prince avoit fait pour
la gloire de Dieu en plufieurs
années : & toutes lesefperances
de ce qu'il pouvoit faire dans
la fuite. Quel parti doit prendre
dans une occafion de cette
nature , un Souverain contre
qui tout fe declare , & fur tout
un Souverain comme le Roi
de France , aimé de fes Peuples
, qui fe repofent ſur ſa vigilance
du foin de leur feureté?
Ne doit- il pas empê
24 VI. P.des Affaires
cher autant qu'il lui eſt poſfible
, l'invafion que tant d'Ennemis
fe vantent publiquement
de faire dans le Roiaume
? Son devoir l'exige de lui
fa Religion le demande , & la
plolitique le veut. Il previent
donc fes Ennemis , parce qu'il
eft feul auffi puiſſant que tous
ceux qui le menacent , & qu'il
fait conduire les affaires avec
une prévoiance plus fage , &
une prudence plus confommée.
Comme ils ont eu l'imprudence
de le menacer trop tôt,
il tâche à fe mettre à couvert
de leurs pojets , avant qu'ils
foient en état de les faire reuffir
, & travaille à leur boucher
les paffages , par où ils pourroient
entrer dans fes Eftats .
Il prend Philisbourg , & il offre
en même tems de rendre
cet
du Tems.
25
cette Place demantelée , &
même Fribourg , pour mar
quer qu'il ne cherche que la
paix , & qu'il n'en veut point
à l'Allemagne . Il n'y a jamais
cu de preuves plus convainquantes
que ces offres. On
ne les a point tenuës fecrettes
& elles ont été imprimées &
rendues publiques par ordre
de Sa Majefté ; mais quelque
avantageufes qu'elles foient ,
elles ne font pas écoutées ; &
quoi que ce Prince montre
par-là à toute la terre qu'il n'a
aucune intention de faire des
Conquêtes en Allemagne , on
refout de lui faire la guerre
comme à un Monarque qui
a fait deffein de l'envahir , &
l'on veut que ces pretextes fervent
pour armer contre lui un
monde entier d'Ennemis , sil
B
26 VI. P. des Affaires
m'eft permis de parler ainfi ,
parce qu'on ne fçauroit fuporter
l'éclat de fa gloire, & qu'on
aime mieux mettre toute l'Europe
en feu , faire détrôner
des Rois , fe liguer avec des
Etats qui fe font fouftraits de
l'obéiffance de leur veritable
Souverain , comme on fait
qu'ont fait les Hollandois , &
rifquer à perdre la veritable
Religion , & celle que l'on
profeffe. Enfin on eft plus aife
de donner lieu à l'Empereur
Othoman de reprendre fes
forces pour continuer un jour
de perfecuter les Chrêtiens ,
que de ne pas emploier toutes
celles de l'Europe , pour accabler
un Monarque beaucoup
plus confiderable par fes vertus
politiques , & morales, que
par la vafte étenduë de fes Efdu
Temps.
27
tats.Le Roi aiant reconnu qu'il
n'y avoit point de tems à perdre
pour fe garantir de l'invafion
de tant d'Ennemis, qui facrifioient
leur gloire , & leur
Religion pour fatisfaire leur
injufte haine , refolut de s'emparer
du Palatinat. Quandil
ne l'auroit fait que parce que
l'Electeur Palatin eft un des
principaux Auteurs de cette
Guerre , comme il eft prouvé
dans le Manifeſte de Sa Majefté
; cette raiſon eſtoit plus
que fuffifante pour autorifer la
France à fe faifir de fes Etats .
Plus on fe voit d'Ennemis en
tête plus la politique oblige à
fe fervir de fes avantages . On
les attaque feparement fi l'on
peut ; on combat celui qui eft
le moins en état de défenſe, ou
dont la ruine peut empêcher
Bij
28 VI. P. des Affaires
>
que tout le mal qu'on fe prepare
à nous faire n'ait fon plein
effet. Outre toutes ces raiſons
qui font d'un grand poids
le Roi fe trouvoit obligé de
faire rendre juſtice à Madame
, touchant la fucceffion
qui eftoit retenue à cette
Princeffe
par l'Electeur Palatin.
Sa Majesté avoit donné
des délais ; Elle avoit envoié
des Miniftres fçavans dans les
matieres de Droit pour difcuter
cette fucceffion ; mais les
chofes êtant toujours demurées
dans le même état, le Roi
voulut bien s'en remettre à la
mediation du Pape. Cependant
toutes les botez de ce Mo.
narque furent inutiles ; rien n'a--
vança, & l'on découvrit même
que la Cour de Rome faifoit
exprez traîner ce differend en
du Temps.
29
•
longueur , afin de donner le
tems aux Princes liguez contre
le Roi de fe mettre en êtat
d'agir. Rien ne devoit tant
laffer la patience de ce Prince
qui avoit accordé tant de délais
, & tenu un procedé fi honnête
. 11 eft parlé de cette
mediation dans le Manifefte
de l'Empereur contre la France,
& il y eft dit
que
la mediation
n'a pas eu lieu , parce que
Sa Majesté n'a pas envoie de
Minifire au Pape qui lui fut
agreable. Il feroit fort difficile
d'aporter une raifon plus
mauvaiſe que celle - la. Auffi
ne le trouve-t - elle que dans le
Manifefte de Sa Majesté Imperiale
, la Cour de Rome ne
T'aiant point alleguée , mais
elle a fait encore plus mal ,puis
qu'elle s'eft toujours fervie de
B iij
30 VI. P. des Affaires
delais pour empêcher qu'on ne
décidat. Elle ne devoit pas
accepter la mediation fi elle
avoit deffein d'en ufer de cette
forte ; mais elle vouloit fervir
l'Empereur , & l'Electeur
Palatin, & cet Electeur croyoit
que parce qu'il eft Beau - pere
de Sa Majefté Imperiale , &
que les Turcs n'étoient pas en
état de faire craindre l'Empiil
étoit en droit de braver
la France, & de nier à Madame
ce qui lui eft dû. On le
connoit , & toute l'Europe
fait les dangereux artifices
qu'il met en ufage , & que fes
Miniftres n'agiffent pas plus
fincérement. Si la reconnoiffance
avoit eu du pouvoir ſur
fon efprit , il en auroit ufé d'une
autre maniére avec le Roy,
aprés en avoir reçu beaucoup
re ,
du Tems . 30
de graces ainfi que les Princes
fes Fils , qui poffedent de
grands Benefices en France, &
il fe feroit fouvenu de tout ce
que Sa Majefté a fait pour lui
en Pologne lors que le Roy
Michel fut élu , & que fans
des conjonctures
qu'on n'avoit
pas lieu de prevoir , il auroit
été redevable de cette Couronne
au Monarque, contre qui il
a voulu depuis foûlever toute
la Terre.
Le Roy voyant que ceux
qui lui devoient davantage témoignoient
le plus d'ardeur à
animer contre lui les autres
Princes ; qu'on lui faifoit un
crime de fa grandeur , & que
la difference de Religions ne
faifoit point differer de fentimens
, n'eut pas de peine à en
deviner la caufe.
4
Il connut
B
iiij
32 VI. P. des Affaires
qu'il meritoit que prefque tous
les Princes de l'Europe travaillaffent
de concert à fa ruine
non pour avoir fait fur eux de
grandes Conquêtes, mais pour
avoir eu la gloire de rendre des
Places pour le repos de l'Europe
; non pour avoir fait la
Guerre,mais pour avoir eu l'avantage
de donner la Paix :
non pour avoir mis des ames
en état d'être perduës , mais
pour avoir fait rentrer dans la
veritable voye ceux que le malheur
de leur naiffance avoit
fait marcher dans un chemin
qui les avoit égarez . Voilà les
crimes capitaux qui ont engagé
tant de Puiffances à confpirer
contre ce Monarque .On
ne peut pardonner à fa gloire
de s'être élevée fi haut ; il
faut l'abaiſſer aux dépens de la
du
Temps . 33
veritable Eglife , & d'une infinité
de fang de la plus belle
partie de l'Europe , qui en fera
fi fort affoiblie, que les Infidéles
en pourront un jour triompher
plus aifément. La Religion
Catholique qui le voit
menacée par là , à caufe que
les Princes qui font liguez contre
nous , n'ont pour la plupart
que des Troupes Proteftantes ,
femble n'avoir plus d'espoir
que dans les forces & la
prudence
du Roy. Elle fe voit abandonnée
de la plus grande
partie des Princes qui la profeffent,
entiérement détruite en
Angleterre , & delaiffée de la
Cour de Rome, que nous voyons
ouvertement declarée pour
les Princes qui font unis avec
les Proteftans. Tout le Peuple
de Rome a beau fremir &
B v
3.4. VI. P. des Affaires
témoigner fon chagrin, de voir
l'Envoyé d'Angleterre s'en retourner
fans aucun fecours ,
pendant qu'on en donne pour
combatre un Prince, qui pourroit
contribuer avec plus de
forces à rétablir Sa Majeſté
Britannique , fi on ne l'obligeoit
point à porter ailleurs fes
armes , afin d'empêcher par là
que la veritable Religion ne
triomphe. Rome n'entre point
là - dedans ou elle n'y entre
que pour fe declarer contre le
Roy. Ce grand Monarque eft
coupable d'avoir foûtenu des
Privileges qui ont toujours été
maintenus par fes Anceftres ,
quoy qu'ils fuffent moins puiffans
que luy. On veut qu'au
milieu de fa grandeur il fe foumette
à la honte de ceder ce
que fes Predeceffeurs ont eu
>
du Tems.
39
fait , il faut
foin de conferver , & s'il ne le
que les Proteftans
foient rétablis en France , que
les Catholiques foient chaffez
d'Angleterre , qu'on empêche
qu'ils n'y puiffent étre rétablis ,
en ataquant de tous côtez celuy
qui feul auroit pû travailler
à ce grand ouvrage.Il faut que
les Catholiques mêmes , jaloux
des profperitez , & de la grandeur
du Roy , s'uniffent & facrifient
tout à la paffion de la
Cour de Rome , & à celle de
l'Empereur , & qu'ils rifquent
à fe voir un jour acablez par
les Proteftans qui font unis avec
eux , & qui étant beaucoup
fuperieurs en nombre ,
peuvent , fi la France avoit du
defavantage , fe déclarer contre
leurs Alliez , & travailler à
rendre toute l'Europe Prote36
VI. P. des Affaires
tante. On ne fe doit fier à perfonne,
lors qu'il s'agit de Religion
; c'eft un fpecieux pretexte
fous lequel il n'y a rien
que l'on n'ofe , & il ne faut que
le prendre pour ſe croire tout
permis. L'Electeur de Brandebourg
a feul plus de Troupes
que l'Empereur n'en a fur le
Rhin. On fçait qu'il a une intelligence
étroite avec le Prince
d'Orange, & qu'il a eu part
à tout ce qui a regardé les deffeins
de cet Ufurpateur contre
le Roi d'Angleterre. Ainfi
l'on ne peut douter qu'il n'y ait
entre eux de tres - grands projets
formez , pour le retabliffement
de la Religion Proteſtante
dans toute l'Europe , en
cas qu'ils viennent à bout de la
rétablir en France , & de rem
porter fur le Roi tous les avandu
Temps.
37
tages qu'ils fe propoſent. Si cela
arrivoit & que le Prince d'Orange
fut paifible poffeffeur de
l'Angleterre , il eft certain que
cette Couronne & les Etats de
Hollande entreroient dans cette
Ligue, & que tout le reſte des
Proteftans de l'Europe fe joindroit
en même tems avec eux
afin d'accabler les Catholiques .
Toute la Hongrie qui fouffre
impatiemment le joug que la
Maifon d'Auftriche lui a impofé
, fe fouleveroit auffi tôt ,
ainfi que les autres Proteftans
qui font fous l'obéïffance de
l'Empereur. Les Turcs ne manqueroient
pas de favoriſer leur
rebellion , & l'avantage que les
Proteftans en tireroient feroit
tres - conſiderable. Quelle refolution
prendroit alors Rome , &
quel fecours en pourroit - on ef38
V I. P. des Affaires
perer?Il feroit foible, & bié éloigné.
Les forces de toute l'Italie
ne feroient pas fuffifantes pour
parer un pareil coup , & Venife
épuisée par une longue
Guerre contre les Turcs , ne
feroit que des efforts impuiffans
; enfin fi la France étoit
abatuë , il n'y a point de Puiffance
qui pût tenir contre tous
les Proteftans de l'Europe unis
enſemble. Cela fe voit par
maniere dont elle foûtient aujourd'hui
les efforts extraordinaires
de prefque tous les Princes
de l'une & de l'autre Religion
, favorifez de la Cour de
Rome , & aidez de l'argent
qu'elle donne à l'Empereur.On
fçait qu'en parlant de cette
Guerre, Rome à dit, Qu'on auroit
bien-toft une bòne Paix qui
feroit durable , & qu'elle a fait
la
du
Temps. 39
connoître en mê.ne tems qu'elle
entendoit par là , que la Paix
regneroit dans toute l'Europe,
quand on auroit mis la France
fi bas qu'elle ne feroit plus en
état de tenir tête à aucune Puiffance.
On ne peut parler ainfi
fans avoir beaucoup agi auprés
de ceux qui cherchent à
nuire à la France ; mais on
n'eft pas affuré pour cela que
ces mauvais deffeins réuſſiffent
, & quand ils réüffiroient,
on n'a aucune certitude , qu'ils
n'attiraffent pas la ruine de
toute la Religion Catholique
en Europe , ainſi que je viens
de le marquer. Ceux qui caufent
des embrafemens ne font
pas feurs d'arrêter le feu quand
ils cherchent à l'éteindre. Il va
quelquefois plus loin qu'on n'a
deffein de le faire aller , & ne
40
VI. P. des Affaires
brulant pas feulement ce que
l'on vouloit détruire , il confume
auffi ce que l'on a intereft
de conferver. Si cela arrive, la
chofe fera d'autant plus remarquable
que la Cour de Rome
qui auroit deu éteindre le feu,
n'aura rien oublié pour l'alumer.
Cela eft connu de tout le
monde, & c'eft par là qu'elle eft
regardée avec quelque forte de
confideration dans tous les Etats
Proteftans,quoy qu'elle n'y
foit pas plus eftimée; mais on fe
déguiſe , à cauſe de l'utilité
qu'on en reçoit, & l'on fe referve
à rompre les mesures que la
politique fait prendre quand
on ceffera d'en avoir befoin.
On ne croira point alors faire
rien contre fon devoir, ny contre
l'obligation qu'on a à la
Cour de Rome & aux Princes
du
Temps.
41
Catholiques , puis qu'on croira
que tout fera jufte pour établir
dans toute l'Europe la Religion
que l'on profeffe.
On ne doutera point de la
violence avec laquelle les Proteftans
agiroient pour executer
ce grand deffein , fi on lit l'avis
de l'Electeur de Brandebourg
donné à la Diette de Ratifbonne
, pour faire la guerre à la
France. Il fe trouve dans une
des Lettres fur les matieres du
Temps imprimées en Hollande
, & on y voit un emportement
fi grand , qu'on peut juger
par là de qu'elle fureur ce
Prince feroit animé dans une
Guerre qui feroit toute de
Religion . Mais enfin il eſt à
prefumer que les forces & la
prudente conduite du Roy ,
42 VI. P. des Affaires
détourneront le malheur dont
la Religion Catholique eft menacée.
De quelque maniere
que les chofes puiffent tourner,
il eft conftant qu'il en coûtera
du fang, & que Rome l'aura
fait couler , puis qu'au lieu
d'empêcher que la Guerre ne
commençât , comme elle auroit
pû , en rendant juſtice à Mr le
Cardinal de Furftemberg , elle
a fourny elle- même dequoy la
faire durer , & n'a fait aucune
démarche pour y metre obftacle
. Cette conduite furprend
d'autant plus , que Rome doit
étre toujours ennemie de ce qui
peut faire répandre du fang,
même
pour une jufte cauſe , &
qu'elle n'est jamais excufable
lors qu'elle confeille d'entreprendre
quelque Guerre.comme
les Puiffances
féculieres
du
Temps. 43
qui s'y trouvent quelquefois
engagées par des interefts qu'il
eft de leur gloire de ne pas abandonner.
Toutes ces chofes font voir
clairement que la France étoit
puiffamment menacée , & que
la ruïne qui paroiffoit prefque
inévitable , devoit entraîner
celle de la Religion Catholique
dans toute l'Europe. Ainfi
comme les mefures qu'on avoit
prifes contre elle étoient grandes,
& concertées depuis longtems
, non feulement elle avoit
befoin de toutes fes forces,& de
toute fa prudence pour parer
les coups qu'on fe preparoit à
lui porter , mais il faloit auffi,
elle vouloit refifter au torrent
d'Ennemis qui s'étoient liguez
pour inonder fes Etats , qu'elle
fe fervit de tout ce que permet
44 VI. P. des Affaires
la politique de la guerre. Il
falloit qu'elle ruinât quelques
Places pour éviter la defolation
de toutes les fiennes , &
que les Peuples d'un petit Etat
fouffriffent , pour empêcher
des traitemens plus cruels dont
on menaçoit de plus grands
Etats. Voilà ce qui a été caufe
que le Roy a ruiné quelques
Places du Palatinat , & ce qui
a donné lieu à tous les Ecrivains
de Hollande de fe récrier
contre le procedé de la
France, qu'ils ont nommé injufte
& cruel , & d'en faire des
peintures plus vives que reffemblantes,
fans vouloir examiner
qu'elle n'a rien fait qui ne
foit permis par l'ufage de la
guerre. Elle ne pouvoit empêcher
fes ennemis d'entrer chez
elle de ce côté- là, qu'en faifant
du
Temps. 45
une espece de defert entre elle
& eux , afin de leur ôter les
moeïns de fubfifter,& de fe for
tifier dans les lieux voifins de
fes Provinces . On auroit pû
dans une pareille occafion en
ufer de même avec un Ami &
un Allié, & dans un peril auffi
preſſant on n'épargne pas
même fes propres Etats. Lors
qu'on les voit trop fortement
attaquez d'un côté, on détruit
le refte de cette partie- là pour
empêcher les Ennemis d'avancer
, de même que l'on coupe
un bras & une jambe gangrenée,
pour arrêter les progrés
du mal , & fauver le refte du
corps. C'eft ainfi que le pro
prietaire d'une maison à laquelle
le feu a pris , confent qu'on
abatte la maiſon prochaine
qui
lui apartient
, auffi , pour em
46 VI. P. des Affaires
pêcher que le feu n'attaque
celle qui fuit , foit qu'elle foit à
lui,ou non, parce que la raifon
& le bien public exigeant ce remede
, quoique la violence en
foit fâcheufe, il feroit contraint
de le fouffrir , quand même il
refuferoit fon confentement.
On ne peut nier que les chofes
étant dans l'état que je vous ay
fait connoitre , la France n'ait
agy comme elle a dû , fans
qu'on foit en droit de lui rien
reprocher avec juſtice. Ses Amis
& fes Alliez auroient dû
fouffrir dans une femblable
occafion qu'on eut facrifié
leurs Etats pour empêcher que
le mal ne devint plus grand, &
la France auroit abandonné de
fes propres Places fi elle avoit
vû qu'il en eut été beſoin ;
mais il s'eft rencontré que ce
du
Temps. 47
malheur n'eft tombé que fur
le plus grand de ſes Ennemis ,
& qui travailloit à liguer toute
l'Europe contre elle , & à mettre
le feu par tout . Cependant,
quoi que le Roy ait agi felon
les loix de la guerre,& que l'Electeur
Palatin fe foit attiré le
peu de ménagement qu'on a
eu pour les Etats , les chofes ne
fe font paffées que de la maniere
qu'elles font autorisées
par l'ufage . Quelques Habitans
ont été obligez de changer
de demeure , & de tranfporter
leurs éfets en d'autres
lieux , aprés avoir eu tout le
tems neceffaire pour s'y établir
& d'autres ne font fortis de ces;
Places que pendant le tems
qu'on a fait fauter quelques
fortifications , & ils y font retournez
enfuite : de forte que
48 VI. P. des Affaires
la pretenduë cruauté dont on
a fait tant de bruit , n'a été
exercée que fur des pierres, &
cela, pour ôter aux Ennemis le
moyen d'entrer en France de
ce côté-là , & de fe faifir de
poftes fortifiez , dont ils auroient
pû fe fervir contre elle ,
& pour garantir la Religion
Catholique de la ruine dont
elle étoit menacée par la Proteftante,
fuivant ce que je vous
ay déja marqué . Je ne faurois
m'empêcher de dire encore
une fois, que le Roy en abandonnant
ces Places , a fait voir
fi clairement qu'il n'a eu aucun
deffein de faire des Conquêtes
en Allemagne , qu'on
ne peut fe fervir de ce pretexte
fans en faire voir en même
tems la fauffeté , & fans faire
connoitre que le feul motif
d'abaiffer
du
Temps. 49
d'abaiffer la gloire de la France
, eft tout ce qui fait agir ſes
Ennemis , quelques couleurs
qu'ils veuillent donner à l'injufte
guerre qu'ils ont entrepriſe,
qui a déja fait détrôner un
Roy Catholique , & répandre
beaucoup de fang dans toute
l'Europe.
A l'égard des Contributions
que la France a tirées , le plus
fort les a impofées de tout
temps au plus foible , fans que
cela ait jamais été traité d'injuftice
, & de cruauté , & on ne
s'eft point encore a viſé d'en accufer
les Espagnols , lors qu'étant
Maîtres de Luxembourg,
ils tiroient des Contributions
immenfes
par le moyen de
cette importante Place. Le
Palatinat eftoit deſtiné pour
eftre mal- heureux . Le Duc de
C
50 V.IP. des Affaires
Neubourg en avoit hérité plûttôt
qu'il ne l'avoit cru , & il ne
l'aimoit que pour en tirer ce
qu'il y trouvoit de plus precieux
, qu'il faifoit enlever de
jour en jour. Il faifoit inceffamment
tranfporter dans fes
autres Eftats les meubles qui
ornoient les palais du défunt
Electeur , & tiroit en même
tems tout ce qu'il pouvoit des
Peuples , ce qui étoit cauſe
qu'il n'y étoit point aimé.L'Europe
ne le doit pas aimer davantage
, puis que le credit
qu'il a dans le Confeil de l'Empereur,
comme Beaupere de
Sa Majefté Imperiale , a été
en partie caufe du mauvais
état où elle fe trouve aujourd'hui
. Rome de fon côté a
achevé de déterminer l'Empereur
à cette guerre , en aproudu
Temps. ST
vant trop facilement l'animofité
de l'Empereur contre Monfieur
le Cardinal de Furftemberg,
quoi qu'elle ne jouïffe de
l'autorité qu'elle poffede que
pour travailler à l'union des
Chrêtiens
, & non pour exciter
la divifion entre eux . Elle
avoit entre fes mains la paix ,
& la guerre
. Elle n'avoit
pour faire la paix qu'à a prouver
une élection canonique, au
que pour exciter la
guerre
, il lui a falu faire une injuſtice
generalement reconnuë
pour telle , & même par beaucoup
de gens qui ne l'avouent
pas , à caufe de l'utilité qu'ils
en retirent. Je demeure d'accord
que l'Empereur , comme
je l'ai déja dit au commencement
de ma cinquième lettre ,
ne vouloit entendre aucune
lieu
Cij
52 VI. P. des Affaires.
raifon fur l'article de ce Cardinal
, ny fouffrir qu'il fut Ele-
&eur de Cologne , de quelque
maniere qu'il fut élu , canoniquement
, ou non , car il s'eft
moins agi dans cette affaire de
la validité de l'élection , que de
l'obftination de l'Empereur : &
comme cette obftination donnoit
lieu au Pape de faire reffentir
aux François qu'il pouvoit
fe vanger de leur inébranlable
fermeté à maintenir le
droit des Franchiſes ,il n'a point
combatu l'opiniâtreté de l'Empereur,
qui jufque- là avoit fait
paroître des fentimens affez
pieux pour faire croire qu'il ſe
feroit enfin rendu aux remontrances
de Sa Sainteté,fi Elle en
avoit fait d'aſſez vives pour cela,
mais au lieu d'en ufer de cette
forte, Elle a declaré
que
des raidu
Tems.
53
fons d'Etat la faifoient agir ;
c'eft à dire , une politique humaine,
que celui qui reprefente
le corps de l'Eglife ne doit point
avoir,tous fes fentimens devant
ètre faints, & toutes les actions
fe raporter à fon nom . Avoüer
qu'on a des raifons d'Etat ,pour
faire une chofe qui n'eſt approuvée
que par les intereffez,
& que tout le refte de la terre
condamne , c'eft tomber d'accord
que l'on a mal fait , &
chercher à s'excufer par des
termes fpecieux qui ne peuvent
fervir d'excufe , mais qui
font feulement voir qu'il eft entré
de la politique dans une aation
qui doit étre purement
chrêtiene. Quad on ne fait que
ce que la juftice demade, on ne
done point de raisos pour s'excufer,
parce que perfonne ne ſe
Cij
54 VI. P. des Affaires
plaint. Mais je veux que la
Cour de Rome ait agi à bon-
& que
la
vanne
intention ,
geance n'ait point cu de part à
ce qu'elle a fait , quoyque le
contraire foit vifible ; je veux,
dis je , qu'elle ait cru de bonne
foy , qu'il ne faloit pas pour
le repos de l'Allemagne que
Mr de Furftemberg fut Electeur
de Cologne ; étoit - elle en droit
de donner à l'un ce qui apartenoit
legitimement à l'autre, &
de faire un mal dans la vuë
de
procurer un bien ? le n'ay
jamais fçu que cela fut permis,
& j'ay toujours ouy prêcher le
contraire. Rome ne faifoit pas
feulement du mal à un Particulier
, en lui ôtant fon bien
pour le donner à un autre ,
mais elle en faifoit à toute
l'Europe en alumant la guerre
du
Temps. SS
par ce moyen , car elle devoit
bien s'imaginer
que le Roy.
qui n'a jamais fouffert qu'on
oprimât fes Amis , ne manqueroit
pas de les deffendre . C'eft
ce qu'elle demandoit dans la
penfée que les Princes liguez
l'acableroient
, ou du moins
qu'ils affoibliroient
l'éclat de
fa gloire , & cette feule raiſon
lui avoit fait dire , que l'Europe
auroit une Paix qui durercit.
Cela venoit de ce qu'elle étoit'
perfuadée que la France ne
pourroit fe relever de l'acablement
où la metroit une Guerre
qu'elle cherchoit à lui fufciter."
Ainfi elle avoit conclu à un
mal , ne doutant point qu'elle
ne vit arriver ce que fon intereft
l'obligeoit
à regarder comme
un bien , & voilà ce que
n'enſeigne aucune doctrine , à
Ciiiiijij
35 VI. P. des Affaires
moins qu'elle ne foit fauffe.
Cette action diminuë la gloire
que la Cour de Rome s'étoit
aquife , en donnant des fecours
d'argent à l'Empereur pour s'en
fervir à chaffer les Turcs de la
Hongrie. Elle empêchoit par
là que la Religion Catholique
ne fut détruite d'un côté, mais
la Guerre qu'elle vient de fufciter
dans l'Europe la fera
fouffrir beaucoup davantage,
puis qu'un des Partis n'étant
compofé que de Catholiques,
& l'autre en étant rempli , aucun
ne peut triompher fans
qu'il en coûte du fang aux Enfans
de la veritable Eglife , &
ce que la Pofterité aura de la
peine à croire , Rome travaille
à l'abaiffement de celui qui
n'eft composé que de Catholiques
, & donne des fecours à
du
Temps. 57
l'autre , où le nombre des Proreftans
excede de beaucoup
ceux qui font profeffion de la
croyance Romaine. Il y a une
chofe à remarquer affez furpernante
, & qui devroit faire
rentrer Rome en elle- même, fi
elle vouloit y faire reflexion ;
c'eft qu'on ne voit dans toute
l'Europe aucun Proteftant qui
ait les armes à la main contre
d'autres Proteftans , & qu'elle
eft toute remplie de Catholiques
qu'on anime les uns contre
les autres , & qui par la diviſion
que l'on a femée entreeux
, ne cherchent qu'à s'arracher
la vie. Celui qui eft
leur Pere commun devroit fe
jetter au milieu d'eux , afin
d'arréter leurs bras. Cette
qualité de Pere feroit qu'ils é
couteroient fa voix, & qu'ils le
Cy
58. VI. P. des Affaires
respecteroient ; mais ce Pere
eft malheureufement prevenu
de tendreffe , pour ceux de fes
Enfans qui la meritent le moins,
ce qui n'eft pas extraordinaire
dans le monde, & il fouffre que
pour acabler les autres , ces
Enfans fi chers ayent dans leur
Party un grand nombre d'Etrangers
dont il n'eft point le
Pere , & qui ne l'aiment , que
depuis qu'il fouffre qu'ils travaillent
à ruiner ceux qu'il
abandonne.
Ce qui eft encore ſurprenant
dans cette Guerre, & quimerite
qu'ony faffe attention , c'eſt que
les Proteftans publient hautement
& font imprimer , que
l'affaire d'Angleterre eft une
guerre de Religion , & l'on
voit que tout ce qu'ils font aujourd'hui
, même en s'uniffant
du
Temps-
19
avec les Catholiques d'Allemagne,
contribue à l'avancement
de leur Religion , & à
fon affermiffement
en Angleterre
, par la diverfion qu'ils
font faire à la France de fes
forces, pour l'empêcher de fe.
coutir Sa Majefté Britanique
auffi utilement qu'elle pourroit
faire. On voit par-là, comme
ils le publient , que leur
guerre eft eft une guerre de Religion
, qu'ils entendent leurs affaires
, & qu'avec qui que ce
foit qu'ils foient liguez , & qu'ils
combatent , & même avec des
Princes Catholiques, ils ne laiffent
pas d'être tous unis enfemble
pour une même fin , à
laquelle tout répond . Il n'en
eft pas de même des Catholiques.
La guerre qu'ils ont entre
eux eft une guerre purement
C vj
60 VI P. des Affaires
d'envie, & d'ambition . On në
veut point à Vienne qu'elle regarde
la Religion,& même les
Nouvelles publiques nous apprennent
, qu'on y fait brûler
tous les écrits qui font connoître
qu'il entre beaucoup de religion
dans cette guerre. Il y
en entre en éfet , mais comme
c'eſt en mauvaiſe part , &
qu'elle contribue beaucoup à
la ruine de la Religion Catholique
, & à l'avancement de la
Proteftante , la Cour de Vien
ne ne veut point que les Catholiques
qu'elle tâche de
tromper là - deffus , s'aperçoivent
de cette vérité. Elle la
veut ignorer ainfi que celle de
Rome , & l'une & l'autre préfére
le plaifir de fe vanger &
la gloire d'humilier la France ,
fi elles pouvoient en venir à
du
Temps.
61
bout, aux avantages que peut
recevoir la Réligion Catholi
que de l'union de tous les Princes
qui en font profeffion . En
éfet, quel bien ne feroit- ce pas
pour elle , qu'ils travaillaffent
enfemble à la faire fleurir , de
même que les Proteftans qui
ne font aucun pas , & qui ne
font dans aucune ligue qui ne
ferve à l'agrandiffement & à la
feureté de la leur ? Ce qu'il y
a d'étonnant, c'eſt que n'aiant
point de chef , comme les Catholiques
, qui puiffe travailà
les unir , ils font tous néanmoins
dans une parfaite intelligence,
& s'apliquent unanimement
à étendre & à affermir
leur Réligion , & que
les Catholiques qui en ont
un , loin de faire la même
choſe , ne travaillent qu'à
,
62
VI. P. des Affaires
prunter
fe déchirer les uns les autres ,
& veulent bien pour cela emdu
fecours à leurs Ennemis
, qui font ravis de leur
en donner , parce qu'ils les affoibliffent
par là , & que tous
enfemble venant à s'unir enfuite,
ils pretendent réüſſir plus
facilement dans leurs deffeins,
& rendre , s'ils peuvent, toute
l'Europe Proteftante. L'execution
en feroit mal- aifée, & l'on
peut même dire impoffible , fi
les Catholiques avoient un
Chef qui prit foin de les retenir
dans l'union , & de les
porter à foutenir la caufe de
Dicu , mais il faut pour cela
un Chef qui ait quelque chofe
de l'homme parfait , & qui ne
mette pas toute fa gloire dans
une fermeté, qui fait voir fouvent
bien plus de foibleffe que
du Tems. 63
de grandeur d'ame , ou plutôt
qui n'eft confiderée que comme
une foibleffe quand on s'at.
tache à l'examiner de prés. Il
n'eft pas moins glorieux de fe
démentir, lors qu'on reconnoit
que l'on a pris un méchant
parti, que de montrer de la fermeté
quand on en a embraffé
un bon.
Ce que le Roi a fait en ne
fouffrant dans fes Etats que la
veritable Religion , avoit tellement
alarmé les Proteftans
qu'ils travailloient à s'unir enfemble
contre tous les Catholiques.
Ces derniers devoient
vrai femblablement faire la
même choſe pour prendre le
parti de leur Religion & de
leurs Freres , comme font les
Proteftans , qui ne manquent
jamais d'entrer dans les inte
64 VI. P. des Affaires .
rêts de ceux qui fuivent leur
même croiance ; mais au contraire
la pluſpart ont favorisé
ces Proteftans , pour travailler
eux - mêmes à la ruine de leur
propre Religion ; étant réfolus
de tout facrifier pourvû qu'elle
foit fuivie de la perte de la
France. Il s'en trouve néanmoins
parmi eux qui difent
pour s'excufer , que les Protef
tans ne tireront aucun avantage
de leur union contre la Religion
Catholique , & que leur
unique but eft de travailler
feulement avec eux à l'abaiffement
de la grandeur de la
France ; mais outre qu'il eft
impoffible de diminuer fon
pouvoir , fans affoiblir la Religion
Catholique , & fans élever
la Proteftante , quelle feureté
a t-on des Proteftans la
du
Temps. 65
Ils
deffus , ou plutôt , quelle feureté
peuvent ils donner ?
fe croient tout permis lors qu'il
s'agit de leur Religion , l'inva
fion du Prince d'Orange.en
Angleterre en fait foi . Il n'avoit
aucun fujet de ſe plaindre
du Roi fon Beau- pere , ni aucun
démêlé avec lui.Il n'eftoit
pas feulement uni à ce Monarque
par cette alliance , mais il
l'étoit encore par le fang. Cependant
fous pretexte de Religion
, il s'eft emparé de ſes Eftats.
Les Proteftans qui font
unis avec les Catholiques
n'oublieront rien quelque jour
pour faire embraffer leurs erreurs
à toute l'Europe , s'ils peuvent
venir à bout de mettre la
France dans l'état où ils voudroient
la reduire . Ainfi il eft
de l'interêt de la veritable Egli.
66 VI. P.des Affaires
fe qu'elle triomphe de fes Ennemis,
fans quoi il eft indubitable
qu'elle fouffrira les plus
cruelles perfecutions .
Les Princes Catholiques, &
fur tout la Cour de Vienne ,
qui font caufe de ce que les
Catholiques fouffrent en Angleterre,
difent que cette guerre
n'eft pas une guerre de Religion
, & ce qui les engage à le
publier , c'eft que leurs Ligues
contre la gloire du Roi les expofant
à ce qu'ils endurent , ils
voudroient bien que la pofterité
ne leur imputât pas d'avoir
contribué à anéantiren Angleterre
la religion del'Eglife Ro.
maine dont ils font profeffion.
Cependant quelques pretextes.
qu'ils puiffet chercher, & quelques
couleurs qu'ils donnent à
cette guerre, il eft impoffible de
du
Temps.
67
perfuader qu'elle ne faffe pas
fouffrir la veritable Religion
dans toute l'Europe , & je l'ai
prouvé dans ma cinquième let
tre par une infinité de faits cõf
tans ,& de pièces que j'ai rapor
tées.Je puis ajouter que l'Empereur
cherchant à ébloüir le pu .
blic,a fait fur cet article - là des
démarches qui lui font peu
glorieufes ,puis qu'il a écrit au
Prince d'Orange pour le remercier
des bons traitemens qu'il
fait aux Catholiques , & pour
le prier de les leur continuer.
Ces bons traitemens font fort
inconnus , fi ce n'eft qu'on les
faffe confifter aux paffeports
qu'il leur a donnez, mais en les
donnant il travailloit pour luimême.
Il faifoit fortir d'Angleterre
des malheureux que
leur Religion lui rendoit fuf68
VI. P. des Affaires
pects , & qui aprehendant
tous momens d'être infultez &
arrêtez, aimoient mieux abandonner
leur Patrie. Il eft vrai
que par le moien de ces Paffeports
ils en fortoient un peu
plus feurement , mais c'étoit
toujours l'abandonner. Je ne
fçai fi la Cour de Vienne . &
les Princes Confédérez´ , qui
font caufe de la ruine de la
Religion Catholique en Angleterre
, croient de voir beaucoup
au Prince d'Orange, de
ce qu'il n'a pas encore fait
perir tous les Catholiques.
Cela viendra avec le temps,
mais il ne l'a encore pû faire,
parce qu'il n'y a eu jufqu'ici
contre eux que des loix penales
, & comme elles regardent
également les Non - Conformiftes
, qui font les Calvinistes de
du Tems. 69
France , il fait travailler à l'adouciffement
de ces Loix, qui
feront beaucoup moins rigoureufes
contre ces derniers,mais
qui auront beaucoup plus de
force contre les Catholiques ,
ou du moins qui conſerveront
celle qu'elles ont toujours euë,
tandis qu'elles épargneront les
Non Conformistes ; & cela
jufqu'à ce qu'il ait trouvé le
moien de maltraiter davantales
Catholiques . Voilà le fujet
des remerciémens que l'Empereur
fait au Prince d'Orange ,
pour les avoir bien traitez .
>
Les Hollandois même voulant
troper les fujets des Princes
Catholiques qui font liguez
avec eux , de crainte qu'ils ne
fe plaignent trop haut de la
conduite de leurs fouverains ,
qui facrifient leur Religion au
70 VI. P. des Affaires
chagrin qu'ils ont du floriffant
Etat de la France , exagerent
dans les Nouvelles publiques
la bonté que le Prince d'Orange
a euë de faire mettre en
liberté le Comte de Sunderland
, qui avoit été arrêté en
Hollade, mais l'artifice eft groffier,
puis que perfonne n'ignore
que ce Comte d'intelligence avec
le Prince d'Orange, avoit
feint de fe rendre Catholique,
pour donner des confeils au
Roi d'Angleterre,qui lui attiraffent
la haine de fes Peuples ,
comme je l'ai déja marqué das
une de mes Lettres. Ceux qui
s'attacheront à examiner la veritable
caufe des mouvemés qui
agitent aujourd'hui l'Europe ,
ne douteront pas que la Cour
de Rome n'ait été le mobile
de tout ce que nous voyons ,
du
Temps.
71
& fur tout qu'elle ne foit la
principale cauſe du malheur
de Sa Majefté Britanique. Je
ne repete point ce que mille
écrits ont dit & prouvé là - deffus
, non plus que ce que j'ay
fait voir dans ma troifiéme lettre
, en dévelopant le nocud de
l'intrigue de cette guerre.
Quand on voudra s'arrêter
aux faits , pour peu qu'on les
examine , on en trouvera de
décififs. Rien par exemple ne
doit l'être davantage que la
grande quantité d'écrits qui
paroiffent chaque jour en Hollande
, & qui femblent n'être
faits tous , que dans le deffein.
de juftifier la Cour de Rome.
Je n'en cité aucun , parce que
le nombre en eft tel , que j'aurois
peine à déterminer lequel
meriteroit mieux qu'on s'y ar72
VI. P. des Affaires
rêtât. D'ailleurs je veux traiter
généralement les Affaires
du Tems fans répondre à ces
écrits . Il fuffit qu'ils foient
affez connus dans toute l'Europe
, pour faire voir que mon
deffein n'eft pas d'impofer.
C'eſt une choſe ſurprenante,
de voir que les Proteftans, naturellement
ennemis de la
Cour de Rome par la Religion
qu'ils profeffent , la défendent
aujourd'hui contre les Catholiques
, d'une manière qui va
contre eux jufqu'aux invectives.
On pouroit défavoûter ces
particuliers fi leur nombre êtoit
moins grand , fi ce qu'ils difent
n'étoit pas conforme au
langage qu'on tient dans toutes
les Cours des Princes Proteſtans.
Il faut pour en ufer de la
forte , qu'ils foient bien perfuadez
du Temps.
73
dez que Rome les a fervis fort
utilement. Ils réjettent le malheur
du Roi d'Angleterre for
lui- même , & fur l'infraction
qu'il a faite aux loix ; mais ce
n'eft pas là le fait. On ne peut
venir à bout de perdre perſonne
fans lui fupofer des crimes
& il faut des pretextes aux feditieux
,& aux Ufurpateurs. Il eft
certain que ces pretextes n'auroient
pas été trouvez fuffifans
pour détrôner un Monarque
qui regne,qui a des Armées fur
pied, & de puiffans Alliez qui
peuvent le fecourir. Il falloit
donc pour le perdre qu'on
cherchat à accabler , ou du
moins à occuper les Puiffances
qui êtoient en état de prendre
fes interefts ; & comme la
France le pouvoit faire , non
feulement à caufe de fes for-
D
74 VI. P. des Affaires
ces, mais à cauſe de la genero
fité naturelle de fon Souverain,
chez qui les malheureux
peuvent toujours s'affurer de
rencontrer un azile , on a fait
des ligues contre elle , afin de
l'engager à faire diverfion de
fes armes, & de la mettre parlà
dans l'impuiffance de prêter
aucun fecours au Roy d'Angleterre
, pendant qu'elle feroit
occupée ailleurs , pour fermer
l'entrée aux Armées formidables
dont elle étoit menacée .
Ainfi , quoi qu'on veüille dire
que Sa Majesté Britannique a
donné lieu aux entrepriſes
qu'on a faites contre lui , les
pretextes qu'on pretend qu'il
a fournis à fes Ennemis , & à
fes Sujets rebelles n'auroient pu
lui nuire , fans l'accablement
où l'on a cherché à mettre la
du
Temps. 75
France. Le Prince d'Orange
n'auroit point paſſé en Angleterre
, fi pour donner des affairas
au Roy Tres - Chrêtien , on
n'eut point refufe des Bulles à
M.le Cardinal de Furftemberg
Mais fupofons que la Cour de
Rome n'ait contribué en aucune
maniere, directement ni indirectement,
au malheur du Roi
d'Angleterre , qu'elle n'ait rien
fçu de fa difgrace qu'aprés
qu'elle eft arrivée , & que le
coup foit tombé fur lui dans le
même tems qu'il a été menacé,
quel eft le devoir de cette Cour?
Chacun le fait , & il n'eſt
neceffaire de l'expliquer pour
le faire mieux connoitre. Sile
Pape doit regardertous les Catholiques
comme fes Enfans,
les foutenir lors qu'on les attaque
, & tâcher de faire fleurir
pas
Dij
76 VI. P. des Affaires
par tout la Religion , Sa Sainteté
avoit encore des raifons particuliéres
pour fe déclarer en
faveur du Roy d'Angleterre ,
& pour le fecourir de tout fon
pouvoir , puis que ce Monarque
s'étoit rendu digne en general
de toutes les graces du
S. Siege , & de toutes celles de
la perfonne du Pape en particulier.
Si tout ce qu'on fait
pour la Religion regarde le S.
Siege , que n'en a point merité
ce Prince ? Il avoit mieux aimé
du vivant du Roy fon Frere,
fouffrir qu'un Parlement le
declarât incapable de fucceder
à la Couronne, parce qu'il étoit
Catholique , que de cacher fa
Religion , & il s'étoit vu contraint
de fortir d'Angleterre
aprés cette declaration .
Roy Charles II. étant mort ,
Le
du
Temps.
77
il rifqua encore à perdre la fouveraine
puiffance , en faisant
connoître qu'il perfiftoit dans la
Réligion Catholique. Beaucoup
d'autres auroient balancé
ou auroient du moins déguiſé
leurs fentimens jufqu'à ce qu'ils
fuffent montez fur le Trône, &
qu'ils euffent été en état de s'y
pouvoir maintenir; mais ce Monarque,
plus Catholique qu'ambitieux
, a cru la diffimulation
indigne d'un Prince véritablement
Chrêtien. Cet exemple
de fermeté avoit été
caufe que plufieurs Anglois
s'étoient volontairement faits
Catholiques , & fans l'état où
l'Angleterre vient d'étre reduite
, plufieurs fe préparoient
à embraffer encore la même
réligion. Voilà ce que doit le S.
Siége à Sa Majefté Britanique,
D iij
78 VI. P. des Affaires
& ce qui engageoit doublement
la Cour de Rome à tout
employer pour foutenir un parti
fi jufte.
A l'égard de la confideration
que le Roi d'Angleterre a
témoignée pour la perfonne
du Pape , elle ne fauroit être
plus grande . A peine a -t- il été
mis fur le Trône, qu'il lui a envoyé
un Ambaffadeur d'Obedience
, ayant paffé pardeffus
toutes les raifons qui pouvoient
l'en empêcher, & n'ayant point
eu d'égard à la dépenſe, comme
Rome fait aujourd'hui dans.
uné affaire mille fois plus importante
, & où la veritable
Religion eft intereffée , puis
que fecourir le Roi d'Angleterre
pour lui faire rendre la
Couronne, c'eft travailler pour
la Religion , ou du moins ,
du Tems. 79
pour le repos d'une infinité de
Catholiques. Ce Monarque
n'en eft pas demeuré là, & pour
faire voir la confideration particuliere
qu'il a toujours euë
pour le Pape , dans le tems
même que la foudre grondoit
fur la tête , & que le Prince
d'Orange fe preparoit à par- સે
tir pour faire defcente en fes
Etats, il a voulu que le Nonce,
de Sa Sainteté tint le Prince ,
de Galles fur les Fonts de Baptême,
au nom de ce Souverain
Pontife. Voilà donc le Pape
engagé à fecourir le Roy d'Angleterre
, par tout ce que ce
Monarque a fait en faveur
de la Religion Catholique ,
par la grande confideration
qu'il a toujours marquée pour
le S. Siége, & par celle qu'il a
fait voir en particulier pour la
Dij
80
VI. P. des Affaires
perfonne de Sa Sainteté-Ilen .
troit outre cela de la juftice
dans le fecours qu'il ne doutoit
point que le Pape ne lui accordât
. Il y êtoit engagé comme
Chef de l'Egife , dont il doit
toujours foutenir les interêts , &
pour ôter les foupçons que
toute l'Europe avoit conçûë de
fa partialité pour la Maiſon
d'Auftriche, qui ne vouloit pas
qu'on fécourût un ami de la
France. Quand cette raiſon ne
l'eût point touché , il dévoit le
fécourir pour faire voir que
fon interêt particulier ne le faifoit
point agir dans une occafion
où celui de l'Eglife devoit
prévaloir & enfin il y alloit de
fa gloire de faire connoître que
lors qu'il s'agiffoit de foutenir
la Religion , il êtoit incapable
d'en facrifier les interéts au
du
Temps.
plaifir de fe vanger
d'un Monarque
qui venoit de la faire
fleurir en France , & contre qui
il ne s'étoit déclaré que parce
qu'il n'avoit pas voulu rénoncer
à un des priviléges de fa
Couronne , comme s'il avoit
pu le faire légitimement
& que
les Succéfféurs n'eufent pas
été en droit de s'en relever
pais que ce Privilege a
été acquis par mille bienfaits
des Rois de France qu'en
a receus le faint Siége , qui ne
fubfifteroit peut être pas aujourd'hui
fans leur pieufe générofité
.
Aprés un fi grand nombre
de raifons qui devoient engager
le Pape à marquer beaucoup
de confidération pour
le Roi d'Angleterre , & à luy
donner un puiffant fécours ,
D V
82 VI. P. des Affaires
la manière dont Monfieur Por
deter,
Envoié de Sa Majesté Britannique
, fut reçu à Rome, eft
preſque incroiable . Il y
meura long- tems fans pouvoir
être admis à l'Audience , &
peut-être n'en auroit- il point.
encore eu , s'il n'euft témoigné
qu'il avoit deffein de s'en retourner.
Le Pape étoit indifpofé.
Je dis indifpofé , & nom
pas malade , parce qu'il y a
des maladies dangereufes qui
mettent hors d'état de penfer
à autre choſe qu'à fa guérifon
, & à la mort en même
tems quand la guériſon eft incertaine;
mais les indifpofitions
n'êtant pas de cette nature ,
n'empêchent point que l'on
ne parle d'affaires quand on les
trouve preffantes , ou fi l'on n'em
parle pas , on voit du moins
du
Temps
83
l'Envoié d'un grand Roi , lors
qu'on ne peut fe cacher qu'on
lui doit beaucoup, & qu'il s'eſt
facrifié pour la Religion dont
on eft le Chef. Je laiffe là
toutes les confidérations perfonnelles
que le Pape devoit
avoirpour Sa Majeſté Britannique.
On peut n'être pas naturellement
reconnoiffant, mais
on ne doit jamais manquer
aux dévoirs de l'emploi qui
nous a été confié, fur tout quad
il est d'une auffi grande importance
que celui du Gouvernement
de l'Eglife . L'indifference
que marqua le Pape pour M.
Porter, qui demandoit inutilement
a être écouté , fut caufe
que plufieurs Cardinaux particulièrement
attachez à Sa
Sainteté, firent un accueil fort
froid à l'Envoié d'un Monar
D vj
84 VI. P. des Affaires
que , qui méritoit qu'on n'oubliât
pas ce qu'il avoit fait pour
le faint Siége. Ceux qui apuioient
la Maiſon d'Auftriche
parurent encore moins échauf.
fez. Ils étoient ravis du malheur
du Roi d'Angleterre
, &
les Ambaffadeurs d'Eſpagne
en avoient témoigné leur joie
en Hollande & à Rome affez
ouvertement pour n'en pas laif
fer douter , mais fans faire des
réjouiffances publiques que la
bien- féance , & la politique
leur défendoient. Si l'accueil
du Pape étonna , il ne furprit
point fit faire beaucoup
de raifonnemens affez juftes ,
& il fut impoffible de ne pas
voir, que qui ne vouloit rien
faire pour le rétabliffement du
Roi d'Angleterre , n'avoit pas
été faché de fa cheute , ou
du
Temps.
85
du moins avoit
pu entrer, quoy
qu'indirectemet,dans ce qui en
avoit été cauſe, au hazard de
tout ce qui en pouvoit arriver,
Le Pape voiant M. Porter
dans le deffein de partir fans
avoir eu audience , & jugeant
bien qu'un femblable procedé
ne pouvoit produire qu'un
mauvais éfet parmi les bons
Catholiques , réfolut enfin de
l'écouter dans fon lit , mais ce
fut feulement pour lui marquer
qu'il ne pouvoit rien faire
pour le Roi fon Maître.
L'exemple étoit dangereux
& pouvoit être fuivi par les
Princes d'Italie , mais la plufpart
en uferent d'une autre
forte & quoy qu'ils fuffent
moins obligez que Te Pape
de fécourir le Roi d'Angle
terre , ils ne laifferent pas
>
→
de
86 VI. P. des Affaires
contribuer à le foûtenir felon
leur pouvoir , regardant ce
qu'ils faifoient pour un Souverain
fi juftement eſtimé parmi
tous les Catholiques, comme un
fecours qu'ils donnoient à l'Eglife
perfecutée en fa perfonne.
Si les tréfos du Pape étoient
épuifez , il fe devoit fervir de
ceux de Dom Livio , fon Néveu
, & il étoit beaucoup plus
important que l'Eglife Romaine
fut fecourue , qu'il ne l'étoit
qu'un Particulier demeurât fr
riche. Sa Sainteté pouvoit
d'ailleurs donner de fon patrimoine
qui eft fort confiderable,
ou du moins propoſer dans
Rome que la conjoncture étant
fi preffante, chacun exerçât fes
liberalitez pour ce Prince, dont
le zele feul pour la Religion
fait tous les malheurs,de même
du
Temps.
87
qu'on fit pour l'Empereur au
commencement de la Guerre
que les Turcs lui declarerent ;
mais on n'auroit pas été bienaife
qu'un tel expedient euft
eu des fuites heureuſes . On ap
prehendoit le rétabliſſement
d'un Monarque Ami de la
France , fans examiner fi la
veritable Religion en fouffroit,
& fi l'exemple d'une ufurpation
auffi violente que celle du
Prince d'Orange , n'avoit rien
de trop dangereux contre les
Rois. On fatisfait fa vangeance
, en faisant triompher fon
opiniâtreté, & cela ſuffit. L'Empereur
pendant ce temps ne
laiffe pas de recevoir de l'argent
de la Cour de Rome &
comme cét argent fert à la
cauſe commune il devient
utile aux Proteftans qui font
>
88
VI. P. des Affaires
Aliez de l'Empereur, & qui avec
Sa Majesté Imperiale font
conjointement la guerre à la
France,qu'on veut mettre hors
d'état de fecourir le Roy d'Angleterre
affez puiffamment
pour le faire rentrer dans tous
fes Etats , avant que le Prince
qui les a ufurpez y foit affermy.
Ce même argent que la
Cour de Rome fait paffer en
Allemagne peut encore produire
un autre méchant effet,
puis qu'en fervant à établir la
Religion Proteftante en Angleterre
, il eſt à craindre qu'il
ne ferve en même temps à faire
rentrer le Calvinisme en
France , d'où il a été chaffé ·
par un Monarque qui a toujours
mis tous les foins à faire
fleurir la veritable Religion .
Dans le temps qu'on ne peut
du
Temps.
89
s'empêcher de recevoir à Rome
l'Envoyé du Roy d'Angleterre
, parce qu'un pareil refus
eût fait trop de bruit, & caufé
trop de fcandale & qu'on fe
refout aprés lui avoir fait longtemps
demander une Audience
infructueufe , de lui refufer
les fecours que le Roy fon Maî
tre avoit lieu d'attendre par
toutes les raifons que je vous
ay marquées : l'Empereur étroitement
lié avec la Cour de
Rome, fçachant que l'Envoyé
de ce même Prince étoit en
chemin pour lui venir faire les
mêmes propofitions de le fecourir
, lui fait défendre de
paffer outre & d'entrer dans
Vienne . Ie ne diray rien làdeffus
, parce que je ne
pourrois affez dire , & qu'on
doit toujours parler avec
90 VI. P. des Affaires
reſpect des perfonnes d'un caractere
fi élevé , quelques fautes
où ils fe laiffent engager
par leur foibleffe ; mais je ne
puis m'empêcher de vous faire
voir qu'on peut conclure de là
que l'on doit étre aisément entré
dans tout ce qui a caufé le
malheur du Roy d'Angleterre,
puis qu'on ne peut pas même
avoir la politique de lui faire
efperer du fecours fans avoir
deffein de lui en donner .Quand
on lui refuſe ce fecours avec
dureté , & qu'on le traite indignement
dans la perfonne
de fes Envoyez , on fait voir
que l'on eft bien éloigné de
s'unir avec tous les Princes
Catholiques pour travailler
à fon rétabliffement. Ce.
pandant quand il fe feroit
attiré fon malheur , bien qu'il
du Tems. 91'
n'ait point d'autre caufe que
l'ambition d'un Ufurpateur , il
ne l'auroit fait que par un zéle
de Réligion , qui ne fçauroit
être condamné que par des politiques
qui regardent la vie
comme fi elle devoit être éternelle,
& non par des Catholiques
qui doivent admirer un
Monarque qui n'a point voulu
facrifier fa Religion aux dou
ceurs d'un regne plus long &
plus paifible. C'eft ce que la
Cour de Rome dévroit confidé.
rer , & fielle faifoit fon dévoir
auprés de tous les Princes Catholiques,&
qu'elle travaillât à
une fainte union , l'Ufurpateur
feroit obligé de démander grace,
prévoiant bien qu'il n'auroit
pas affez de forces , pour pou
voir feulement efpérer de fe
défendre pendant quelque
92 VI. P. des Affaires
tems. Rome ne peut-être juſtifiée
que lors qu'elle en ufera de
la forte. Tous les détours qu'on
emploie pour la défendre , ne
la mettent point à couvert de
ce qu'on lui réproche, & les rai̟
fonnemens récomencent toujours
fans aller au fait.Veut - on
juftifier la Cour de Rome ?
Qu'on faffe voir qu'elle agit
pour le rétabliſſement d'un
Prince Catholique , mais elle
fait le contraire ; elle ouvre fa
bourfe aux ennemis de ce Monarque
, & les excite à fe déclarer
contre ceux qui le pour
roient fécourir,de maniére que
l'Europe n'a aujourd'hui que le
Ro pour Protecteur , & pour
Défenfeur de la Réligion Catholique.
Pendant que la Cour de
Rome, & celle de Vienne s'adu
Temps- 93
pliquoient ouvertement à faire
naitre dans toute l'Europe les
cruels mouvemens dont on la
voit agitée , l'Espagne agiffoit
de fon côté , mais plus fourdement
& quoi qu'il y cuſt plus à
perdre qu'à profiter pour elle
dans cette guerre, elle êtoit obli
gée de déferer à la Branche
d'Autriche d'Allemagne.C'eft
ce qui ne lui êtoit pas encore
arrivé , celle d'Eſpagne aiant
dominé jufques à la guerre
d'aujourd'hui.Le Roi fçachant
toutes les menées fecrettes de
cette Couronne , & fe voiant à
la fin contraint de lui déclarer
la guerre, fit publier l'Ordonnance
que vous allez lire . Elle
vous en aprendra là - deffus plus
que je ne vous en pourrois dire,
& avec plus de certitude .
94 VI. P. des Affaires
ORDONNANCE
du Roy.
LE
E defir fincére que le Roy a
eu de maintenir la Treve
conclüe en l'année 1684.a porté
Sa Majesté à diffimuler la conduite
qu'ont tenue les Miniftres
d'Espagne dans toutes les Cours
des Princes de l Europe , où ils
ne fe font apliquez qu'à les exciter
à prendre les Armes contre
la France ; & Sa Majesté
n'a pas ignoré la part qu'ils
ont eüe dans la negociation de
la ligue d'Ausbourg.Elle a auffi
été informée de celle qu'a eüe
le Gouverneur des Pays Bas Efpagnols
, dans l'entreprise que
Le Prince d'Orange a faite contre
l'Angleterre ; mais ne pouvant
croire que la conduite
du
Temps. 95
qu'il a tenue à cet égard , luy
eut été preferite par le Roy fon
maître , qui par tant de raifons
de Religion , de fang , & de fureté
pour tous les Rois , étoit
obligé de s'opofer à une pareille
ufurpation , Sa Majesté auroit
efperé de pouvoir porter
Sa Majefté Catholique à s'unir
avec Elle pour le rétabliſſement
du Roy legitime en Angleterre
, & pour la confervation
de la Religion Catholique contre
l'union des Princes Proteftans
; & au moins , à garder
une neutralité exacte , fi l'état
des affaires d'Espagne ne permettoit
pas au Roy Catholique
de prendre de pareils engagemens.
Sa Majesté lui a fait faire
pour cet effet differentes propofitions
depuis le mois de No
vembre dernier , lesquelles ont
96
VI. P. des Affaires
été bien reçues , tandis que le
Succés de l'entreprise du Prince
d'Orange a paru douteux ; mais
ces favorables difpofitions ont
difparu dés que l'on n'y a plus
parlé que de guerre contre la
France. Sa Majesté a appris en
même temps que l'Ambaſſadeur
d'Espagne en Angleterre voyoit
journellement le Prince d'Orange
, & lefolicitoit de faire que
les Anglois declaraffent la
guerre à la France ; que le Gouverneur
des Pays - Bas Eſpagnols
levoit des Troupes avec
empreffement ; qu'il promettoit
aux Eftats Generaux de les joindre
aux leurs au commencement
de la Campagne ; & les folicitoit
auffi bien que le Prince
d'Orange , à faire paffer des
Troupes en Flandre pour le metre
en état de faire la guerre
' du
Temps . : 97
à
à la France.Tous ces avis ayant
fait juger à Sa Majesté qu'il
étoit de fa prudence de fçavoir
quoy
s'en tenir , Elle a donné
ordre au Marquis de Rebenac,
fon Ambassadeur à Madrid, de
demander une réponse pofitive
aux Miniftres du Roy Catholi
que , lui offrant la continuation
de la Tréve , pourveu qu'il
voulut s'obliger en gardant une
neutralité exacte , de ne fecourir
directement , ny indirectement
les ennemis de Sa Majefté
; mais les mauvais confeils
ayant prévalu , Sa Majesté a
été informée que la refolution
avoit été prise de favorifer
I'vfurpateur d'Angleterre , &
de fe joindre aux Princes Proteftans.
Sa Majesté a appris
auffi prefqu'en même- temps, que
les Agens du Prince d'Orange
E
98. VI. P. des Affaires
ont touché des fommes confiderables
à Cadix , & à Madrid ;
que les troupes de Hollande &
de Brandebourg font entrées
dans les principales Places des
Espagnols en Flandre : & que
le Gouverneur des Pays - Bas
pour le Roy Catholique faifoit
foliciter les Eftats Generaux de
faire avancer leur Armée fous
Bruxelles. Tous ces avis joints
à la réponse que le Marquis de
Rebenac a reçue à Madrid ne
laiffant à Sa Majesté aucun
lieu de douter que l'intention
du Roy Catholique ne foit de fe
ioindre àfes Ennemis , Sa Majefté
a crû ne devoir pas perdre
temps à prevenir fes mauvais
deffeins , & a refolu de lui declarer
la guerre tant par terre
que par mer , comme Elle fait
par la prefente. Ordonne & enDEE
DE
du
Temps.
ioint , &c . Fait à Versaillon
15. Avril 1689 .
On ne peut douter que l'EL
pagne n'ait favorisé
l'entreprife
du Prince
d'Orange
fur
l'Angleterre
, quand on fera reflexion
que M' de Ronquillo
,
Ambaffadeur
d'Eſpagne
auprés
de Sa Majesté
Britannique,
eft demeuré
à Lõdres en la
même qualité auprés du Prince
d'Orange
depuis que la convention
l'a declaré Roy, ce qui
prouve que par fes cabales il a
beaucoup
aidé à fon élevation
, fuivant un nombre
infini
de Lettres qui font venuës de
Londres un peu avant que
Roy en partit , & qui portent
toutes , que Sa Maiefte
Britannique
n'y avoit point de plus
mortel
ennemy.
le
E ij
100 VI. P. des Affaires
Si cette verité n'étoit pas con
ftante , il fe feroit retiré aprés
l'arrivée du Prince d'Orange à
Londres, comme firent tous les
Ambaffadeurs & tous les Envoyez
des Princes Catholiques ,
mais il y demeura pour marquer
fon triomphe , & pour recevoir
les louanges deuës à fes
intrigues, & il y eft reſté depuis
pour les continuer , au grand
defavantage de la Religion Catholique.
On voit encor dans l'Ordonnance
du Roy la bonté de ce
Monarque par les propofitions
qu'il a bien voulu faire à l'Efpagne
pendant fix mois , durant
lefquels fçachant toutes fes menées
, il auroit pû prendre le
refte de la Flandre, puis qu'elle
étoit entierent dénuée d'argent
du
Temps.
ICI
& de Troupes , que toutes celles
de Hollande étoient en Angleterre
, & que les Allemans
étoient bien éloignez de pouvoir
faire faire diverfion aux
armes de France , parce qu'il
leur eft tres difficile de fe mettre
en Campagne avant qu'il
y ait des bleds fur la Terre.La
bonté du Roy en cette occafron
eft un de ces faits éclatans,&
trop conftamment vrais
pour étre niez. On fçait d'ailleurs
que les Conquétes ne font
pas prefentement plus difficiles
aux François en Hyver qu'en
une faifon plus favorable , &
qu'ils ont appris fous leur invincible
Souverain à vaincre
en tout temps , ce qui est encore
inconnu aux autres Nations
; mais fi la bonté du Roy
a voulu faire éviter à l'Eſpagne
E iij
102
VI. P. des Affaires
la
les dangers qu'elle court
branche d'Auftriche d'Allemagne
, l'a portée à les chercher
& elle a été fecondée par
la Reine Mere de Sa Majesté
Catholique , qui eft Soeur de
l'Empereur , & qui facrifie l'Efpagne
aux interêts de fon Païs
& de fon Frere. Il y a longtemps
qu'elle fait mouvoir tous
les refforts que la politique peut
fuggerer pour venir à bout de
fon deffein , & elle a fçu prendre
fes mefures afin que rien
ne lui fift obftacle la deffus .
Elle a gagné la plus grande
partie de ceux qui compofent
le Confeil d'Etat , & a fait confeiller
au Roy fon Fils , ce que
des avis plus fages avoient pris
foin de détourner , & qui doit
coûter cher à l'Eſpagne. Voilà
comme par des intereſts partidu
Temps .
103
culiers on facrifie fa Pattie , &
fa Religion , & de quelle maniere
l'Espagne qui s'eft jufqu'icy
vantée d'être ſi Catholique
, donne dans des fentimens
tout à fait contraires à
les intereſts , & à la rigidité
qu'elle s'eft toujours piquée
d'obferver fur tout ce qui regarde
la Religion . Pendant
qu'elle fait fonner fi haut qu'el
le ne fouffre point d'Heretiques
dans fes Etats , elle s'unit
avec eux pour combatre des
Catholiques , & dans le temps
que fon Inquifition condamne
avec fafte , & fait executer a
vec appareil quelques Juifs &
quelques Proteftans , on la voit
étroitement liguée avec tous
les Proteftans de l'Europe , qui
fe font promis de faire revivre
la Religion Proteftante en:
E iiij
104 VI. P.des Affaires
France , & d'empêcher le rétabliffement
d'un Monarque
dont la piété , & le zéle pour
la Réligion ont peu d'exemples,
& qui pouvoit du moins
faire tolerer les véritez Catholiques
dans ces trois Roiaumes.
Voilà à quel ufage feront einploiées
les Armes d'Efpagne,
& la pofterité aura peine
à croire qu'un Roi qui porte
le nom de Catholique , non
feulement fe foit employé
par fes Miniftres à détrôner
un Prince qui a tant mérité
de la mefme Réligion ; mais
qu'il ait encore travaillé à
l'élevation d'un Ufurpateur ,
qui protege la Réligion Proteftante,
& qui n'a point d'autre
but que de faire dominer
le Calvinifme dans toute l'Europe.
Le Roy d'Eſpagne a
du
Temps. 105
que
plus fait encore. Quoi qu'il ne
fouffre aucuns Proteftans dans
tous les Etats, il a bie voulu
les Hollandois & l'Electeur de
Brandebourg miſent des Garniſons
Proteftantes dans plufieurs
de fes places. L'Inquifition
auroit beaucoup à travailler
fi elle vouloit exercer fon
emploi dans ces Villes - là . On
voit par là que la maiſon d'Auf
triche ne garde plus de mefures,
& que la politique ne lui
fait plus déguifer ce qu'il feroit
bon de ne pas laiffer paroîtres.
mais pourquoy en uferoitelle
autrement , puis que la
Cour de Rome agit
même ? L'une & l'autre l'ont
fait voir à l'égard du Roi
de Pologne , parce qu'il leur
a paru que dans les conjonctures
prefentes , leur intereſt
de
E v
1 106 VI. P. des Affaires
étoit de nuite à ce Monarque.
' On fait que la Cour de Vienne
a travaillé à faire foûlever
fes propres Sujets contre lui,
C'est un fait connu par les Lettres
que Sa Majesté Polonoife
a interceptées . Je ne m'explique
point là deffus , mais
vous vous direz beaucoup à
vous même, lors que vous- vous
reprefenterez ce Roi hors de
fes Etats , faifant lever le Siege
de Vienne , & l'Empereur
pour reconnoiffance cabalant
contre lui dans la Pologne
même , aprés avoir confenti
qu'on enlevât au Prince Ale
xandre fon Fils , une riche
Princeffe que ce jeune Prince
devoit époufer , pour ne pas
dire que l'Empereur a contribué
lui même par beaucoup
de foins à faire comdu
Tems. 107
mettre cette injuſtice , qu'il
étoit en fon pouvoir d'empêcher.
Si le Roi de Pologne a été
récompenfé par là de ce que
lui doit la Maifon d'Auftriche,
il l'a été encore plus mal par
la Cour de Rome , de ce qu'il
a fait pour la Chrêtienté . Vous
favez que lors qu'un Nonce
fort d'une Diete en proteftant
contre tout ce qui fe fera aprés
fa fortie, la Diete demeur
re rompue. Le fieur Sulkol ki,
Fun des Nonces dont la dér
niere Diete étoit compofée, fe
retira de cette maniere dans la
Seance du 30. de Mars ; &
comme on n'avoit encore pris
aucune refolution touchant les
moyens de foutenir la guerre
contre les Turcs , & de fe ga
rantir des courfes des Tarta-
1 C
"
E vj
108 VI. P. des Affaires
res , dont la Pologne fe voit
ménacée , le départ précipité
de ce Nonce expoſoit le Ro
jaume à de grands malheurs, &
qui êtoient prefque inévitables.
On trouva heureuſement que
ce Nonce n'avoit pas droit de
l'être, parce qu'il étoit excommunié
à caufe de l'enlevement
qu'il avoit fait d'une Fille dans
un Monaftére , de forte que
l'Affemblée fe voioit par là en
état de continuer fes déliberations.
Mais le Nonce du Pape
voiant que les affaires pourroient
le rétablir,& voulat nuire
au Roi de Pologne,parce que
le Sr Suixolski s'étoit retiré, d'intelligence
avec l'Empereur, qui
craignoit que l'on ne prit dans
cette diéte quelques réſolutions
qui le vangeaffent de l'injufice
faite au Prince Alexan
du
Temps.
109
dre fur fon Mariage , & que
ces réfolutions ne fuffent en
quelque façon favorables
à
la France , leva l'excommunication
, & il eft cauſe que
par ce moyen tout le Royaume
demeure expofé aux armes
des Infidelles & aux cour
fes des Tartares , qui n'en font
jamais fans enlever une infinité
de Chrêtiens , qui paffent
fouvent le refte de leur
vie dans l'esclavage , & qui
vivent & meurent fans pouvoir
faire prefque aucun exercice
de la Réligion qu'ils pro
fellent.
N'ayant pour but que les
Affaires du tems dans ces
Lettres extraordinaires , je puis
påffer d'un Pays . à l'autre ,
mais quelque matiére que je
traite, vous verrez toujours de
110 VI. P. des Affaires
l'injuftice contre la France , &
que tous ceux qui fe mêlent
d'écrire tâchent d'empoilonner
tout ce qu'elle fait de réellement
bon , & qui viſiblement
ne peut mériter que des louanges
, de quelque fubtilité que
Ton fe ferve pour y donner un
tour défavantageux .. Vous avez
oui parler d'une Ordonnance
du Roi , portant que les
Suiets de Sa Maiefté qui font
fortis du Roiaume à l'occafion
de la revocation de l'Edit
de Nantes,lefquels iront fervir
dans les Troupes du Roi
de Dannemarch , ou ſe retireront
à Hambourg, ioüiront de
la moitié du bien qu'ils ont
dans les Etats de Sa Maiefté.
Le refte marque la maniére
dont ils en doivent ufer , & les
moiens que l'on emploiera afin
qu'ils puiffent toucher leur ardu
Tems. Iir
>
gent . Par- là , non ſeulement
le Roi leur procure l'avantage
de recevoir tous les ans la moitié
de leur revenu, mais il leur
ôte le chagrin que la plufpart
doivent avoir de fe voir engagez
à porter les armes contre
leur Patrie & contre leur
fouverain legitime. Ces Ecrivains
aprés avoir déclamé
contre cette bonté du Roi
& taché de prouver que ceux
qui fe font affeuré une retraite
dans des Etats Etrangers ne
font plus obligez d'avoir
aucuns égards pour
leur
Roy ni pour deur Patrie
veulent perfuader aux Sujets
de Sa Majefté fortis de
France , qu'ils menent une
vie heureufe dans les Eftars
qu'ils ont choifis pour y faire
leur demeure , & quee loin
qu'il leur foit permis de les
112
VI. P. des Affaires
quiter , c'est ce qu'ils ne peuvent
faire fans une tache d'infidelité
, comme fi un homme
né Sujet , pouvoit empêcher
que fon Souverain ne le fut
toujours & faire que le lieu
où il eft né ceffât d'être fa Patrie.
Ce n'eft jamais une chofe
dont on puiffe être blâmé ,
que de retourner à fon devoir ,
& lors qu'une Femme qui a
cru fon Mary mort , eft reinariée
, fi le tems lui fait connoître
que ce premier Mary
eft encore vivant , rien ne la
peut difpenfer de revenir a
vec lui. Quant à ce que difent
ces Ecrivains que ces
Sujets fugitif ont été bien , re,
çus dans les lieux où ils ont
cherché une retraite , & qu'ils
doivent être fatisfaits de leur
fortune , j'avoue que le predu
Tems. 113
mier de ces articles eft vrai ; la
nouveauté plaît d'abord , &
on fe pique d'être genereux ,
mais la liberalité eft une vertu
dont on fe laffe bien tôt , & on
croit que ce que l'on a donné
une fois doit faire vivre toujours.
Si ceux qui ſe sõt refugiez
dans un Eftat ſubſiſtent de
leur travail , les Artifans qui
gagnent leur vie dans ce même
emploi en ont de la jaloufie
; ils fe plaignent qu'ils travaillent
moins, & regardent ce
que les Refugiez gagnent
comme un argent qui leur eft
volé. Enfin la plufpart font
beaucoup à plaindre , & on en
a vu plufieurs repaffer en France
, parce qu'ils ne pouvoient
fubfifter plus longtems hors
de leur Patrie. C'est ce qui a
engagé Sa Majeſté à publier
114 VI. P. des Affaires
l'Ordonnance dont je viens de
vous parler , afin de donner à
fes Sujets un moyen de ſubſiſter
hors de fes Etats.
Quoi que je vous aye déja
parlé beaucoup de Rome , je
fuis obligé de reprendre cette
matiére , pour vous dire que
M le Marquis de Lavardin ,
Ambaffadeur ordinaire du Roi
auprés du Pape , en eft parti
par ordre de Sa Majesté. Si
on examine cette fortie, on y
verra d'un côté le triomphe
de la moderation de ce Prince,
& de l'autre , celui de l'opiniatreté
de la Cour de Rome.
Le Roi fait retirer fon Ambaffadeur
fans avoir renoncé
aux droits de fa Couronne qu'il
a trouvez établis , & Rome s'aplaudit
d'un avantage qu'elle
n'a pas obtenu , puis que la
•
du Tems. 115
France n'a rien cedé. Il eft
vrai que le triomphe de Rome
eft des plus grands & des plus
extraordinaires qu'o ait encore
vûs, fi on confidére ce qu'elle
a fait , pour fe vanger de ce
que le Roi n'a pas voulu abandonner
les Franchiſes dont fes
Predeceffeurs ont joûi. Elle a
refufé les Bulles à M. le Cardinal
de Furftemberg , éleu
Archevêque de Cologne à la
pluralité des voix ; elle a été
caufe des revolutions d'Angleterre
, & de la ruine de la Religion
Catholique en ce Royaume
là & dans celui d'Ecoffe
; elle a allumé la guerre entre
la France & l'Empire , &
par cette guerre elle met les
Turcs en état de reprendre les
Conquêtes que l'on a faites
fur eux, & empêche les Chré-
燙
116 VI. P. des Affaires
tiens de s'avancer jufques à
Conftantinople , où il leur feroit
facile d'aller fi toutes leurs
forces étoient tournées de ce
côté là. Elle a exposé la Pologne
aux invafions des Tartares,
& empêché qu'elle n'eût
une Armée pour oppofer à celle
des Turcs. Elle a armé tous
les Proteftans de l'Europe contre
la France , & fon argent
eft employé pour le fecours du
Parti qui en eft rempli , con .
tre celui qui n'eft compofé
que de Catholiques . Enfin ,
pour le dire encore une fois
elle eft caufe d'une guerre qui
a déja fait répandre beaucoup
de fang , & qui coutera la vie
à plufieurs milliers d'hommes .
Le triomphe eft beau , & la
gloire en eft dûe à la Cour de
Rome , le Roi ne pouvant être
du
Temps.
117
accufé d'avoir allumé ce feu
dangereux , puis qu'il n'a rien
innové, & qu'il n'a fait que défendre
un droit qu'on lui veut
ôter,& qu'il s'eft obligé de foutenir
lors qu'on lui a mis la
Couronne fur la tête le jour de
fon Sacre.
Comme tous les maux qui
font aujourd'hui ſouffrir l'Europe
viennent du même principe
, & qu'ils ne peuvent être
imputez avec juſtice qu'à la
Cour de Rome , fuivant les
preuves que je vous en ai don .
nées, Liege lui doit tout ce qu'a
fouffert fon territoire dépuis le
commencement
de cette Guerre.
Elle auroit pû néanmoins
s'en épargner. la plus grande
partie , fi elle avoit tenu
le traité de Neutralité qu'elle
avoit fait avec la France; mais
118
VI. P. des Affaires
à peine avoit elle commencé à
l'executer, qu'elle l'a rompu, en
recevant les énemis de Sa Majefté
dans toutes fes places La
mauvaiſe foi qui s'est trouvée
dans un procedé femblable , a
obligé les Troupes de France à
brûler la Ville de Huy, par les
mêmes raiſons qui ont caufé la
deftruction de plufieurs places
du Palatinat . Lors qu'on fe
voit menacé d'une inondation
d'Ennemis , & que cent puiffances
font liguées contre une
on peut en venir à toutes les
extremitez que permet la guer
re , & d'ailleurs quiconque
manque de parole , merite
d'autant plus ce traitement ,
qu'il expofe ceux qui éprouvent
de pareilles perfidies à
tout ce que les dangers qui
ne font pas attendus ont de
du
Temps.
J19
fuites facheufes . La Fance cons
tre qui tant de forces font unies
qu'on n'a jamais veu une telle
Ligue contre une feule Puiffance
, auroit tout à craindre,
fi elle êtoit en auffi mauvais
eftat chez elle que fes ennemis
le difent ; mais le grand
nombre de fes Troupes à qui
rien ne manque , fait voir le
contraire, & cela ſe juſtifieen.
core par l'argent que toutes les
principales Villes du Roiaume
ont donné au Roi fans que Sa
Majeſté ait même penſé à l'exiger
; mais au contraire Elle a
remercié plufieurs Villes du
don qu'elles avoient deffein de
lui faire , ce qui fait connoître
que ce Prince n'a pas tant befoin
d'argent que fes Ennemis
prennent plaifir à le publier ;
mais lors qu'ils font courir de
120 VI. P. des Affaires
tels bruits, ils ont leurs raifons,
& s'ils n'employoient cet artifice
, ils n'engageroient peutêtre
pas tant de gens dans leur
Parti. Je fai de certitude que
pour obliger l'Eſpagne à fe
déclarer , on lui a fait des
peintures tres vives ,
imaginaires , de l'épuiſement
où étoit la France , ce qui la
mettoit plutôt en état de perdre
que de faire des Conquêtes
, en forte qu'on la voyoit
fur le point de fe trouver accablée
.
· mais
Il ne me reste plus à vous
parler que des Suiffes .Cette fage
Republique a crû de fes interêts
de fouhaiter la même
Neutralité que le Roy , même
avant que de favoir les intentions
de Sa Majesté . Je n'entre
point dans le détail de cette
affaire,
du
Temps.
121.
affaire, il me fuffira de dire que
la chofe êtoit fi juſte, que l'Envoié
de l'Empereur n'eut point
de raiſons pour fe défendre de
figner le Traité; mais lors qu'il
a fallu le ratifier, l'Empereur a
refufé de le faire . Il y a peu
d'exemples d'une pareille avanture
. Ces ratifications avoient
plûtôt paffé jufqu'icy
pour une cérémonie que pour
une chofe abfolument neceffaire,
& on a feulement toujours
fuivit cet ufage parce qu'il fem..
bloit que les Traitez en récevoient
plus de force , mais dés
qu'il s'agit d'une chofe qui regarde
la France , on n'obſerve
plus de mefures, & les injuſtices
les moins ordinaires paroiffent
permiſes . L'Empereur.
avant que fon Envoié fignaft
le Traité de Neutralité , avoit
F
122
VI. P. des Affaires
bles
tenté tous les moyens imaginapour
engager les Suiffes à
fe declarer contre la France ;
mais il y avoit peu d'apparence
qu'il pût faire rompre des
Traitez faits depuis fi longtems:
& toujours obfervez de part &
d'autre avec une égale fatisfa-
Єtion .
Voici une Lettre qui vous
inſtruira de beaucoup de chofes
touchant les interêts des
Suiffes. C'eſt un Ouvrage extremément
eſtimé de tous ceux
qui l'ont vu, & qui merite l'approbation
qu'on lui donne , &
même qu'on en parle avec
éloge. Il feroit à fouhaiter qu'une
fi bonne Plume écrivit fouvent
fur les matieres courantes.
du
Temps- 123
LETTRE D'UN OFFICIER
Suiffe aux Députez des
Cantons affemblez à la diete
qui fe tient à Bade.
M
ESSEIGNEVRS
2
Le zele que j'ai pour
tout ce quipeut regarder le bien
& l'avantage de ma Patrie
m'a obligé de lire avec une extréme
attention le Livre qui a
paru depuis peu de jours fous le
titre de, Fidele reveil des Suiffes
, ou narration véritable des
perils qui environnent la Republique
des Suiffes , & des
moiens qu'elle a pour s'en delivrer.
I'avoue, Meffeigneurs,
que ce titre fpecieux ,& les pro-
Fij
124 VI. P. des
Affaires
teftations quefait l'Auteur de
n'avoir d'autre motifpour écri
re que l'afection qu'il a pour fa
Patrie,m'ontfait croire que cet
ouvrage nous preferiroit une
route certaine pour nous conduire
dans les conjoncturesprefetes
felonos veritables interets mais
ilneferapas difficile à ceux qui
en feront comme moi la lecture,
de reconnoître qu'un homme qui
veut nous perfuader par defauf.
fes fupofitions de manquer à la
foi des Traitez , & à la plus
ancienne alliance que nous aions,
ne peut fuivre, ainfi qu'il
nous en affeure, les feules regles
que la bonne foi & la pure vérité
lui prefcrivent.
En éfet il est aisé de voir
que l'interét du corps Helvetique
n'estpas le but que cet auteur
du Tems. 125
fe propofe, & les invectives dans
lefquelles il s'emporte contre la
Francefans aucune retenuë , découvrent
clairement que cet ouvrage
ne peut venir que d'un Emiffaire
de la maison d'Auftri
che:dot le feul deffein eft de nous
détacher d'une aliance que nous
avons reconnue tres avatageuſe
à nôtre Patrie par l'experience
de plus de deux cens années.
Il nous ventperfuader de l'abandonner
par la crainte qu'il
tâche de nous infpirer de la puif.
fance du Roi Tres - Chrétien;
mais quelle puiffance nous doit
etre plus fufpecte , ou celle de la
France , ou celle de la Maifon
d'Auftriche ?
Nous fçavons, Meffeigneurs,
que nous n'avonsjamais éprou
vé celle de la France que pour
nôtre fecours , que fes propres
Fij
126 VI. P. des Affaires
interets s'accordent avec l'état
florissant auquel il a plu à Dieu
de nous mettre , & qu'elle n'a
aucune pretentionfur nous. Nous
connoiffons au contraire celles
que la Maifon d'Auftriche a
fur plufieurs de nos Cantons &
aucun de nous n'ignore que ceux
de Zurich , de Berne & de Lucerne,
jouiffent même du Comté
de Hapfbourg, d'où cette Maison
tire fon origine , & dont l'Empereur
& le Roi d'Espagne mettent
encore la qualité parmi
leurs titres,
On veut cependant nous allarmer
au fujet des fortificatios
que le Roi de France a fait faire
pour la défenfe de fes Frontieres
& fi nous en voulons croire
l'Auteur du Libelle , nous devons
fans rien examiner davantage
, nous mettre en état
du Tems. 127
de démolir les places de Huningue
& de Landfcroon .
Il est aisé de voir qu'un Auteur
qui parle de cette maniere
n'a d'autre vene
que
d'allumer
la guerre dans nôtre Pais , &
de nous faire perdre le meilleur
Ami que nous aions ; car enfin ,
Meffeigneurs , fi nous y voulons
conferver la paix & la tranquillité
, comment y pourrons
nous ré ffir , lors que les paffages
feront libres aux Troupes de
l'Empereur , pour entrer quand
il leur plaira en Alface & en
Franche Comté ? Quel obftacle
pourroient elles y trouver ,
fi le Roy de France n'avoit
fortifiéfes Frontieres, & ne s'étoit
mis en état d'apuier toutes
les précautions que nous devons
prendre pour empécher que les
Armées Imperiales ne pren-
F iiij
128 VI. P. des Affaires
leur paſſage par Rhinfeld, pour
porter la guerre dans noftre voifinage
? Nous fommes affurez
que le Roy tres Chrétien n'en
vent point à noftre liberté ; il
ferabien aife d'éloigner la guerre
de nos Frontieres, & nous n'avons
point auffi de plus fort intereft
que d'emp cher que noftre
Pays n'en devienne le Theatre
par le paffage des Troupes Imperiales
. Elles s'eftoient aifément
emparées pendant la derniere
guerre du Pofte de Huningue,
où il n'y avoit que des Fortifications
peu confiderables , &
une Garnifon affez foible. Meffieurs
de Bâle peuvent se fouvenir,
que quelque bonne intention
qu'ils euffent d'empécher les
Partis de Rhinfeld de pafferfur
leurs terres & d'entrer en Alface,
ils ne purent y réuſſir . Ainfi
du
Temps.
129
anous
aurions eu raifon de faire
des inftances preffantes au Roy
tres - Chrétien de reparer &
d'augmenter , comme il a fait,
les Fortifications de cette Place
s'il avoit continué à la negliger
, & s'il la un peu plus éloignée
qu'elle n'étoit de la Ville
de Bâle, ce n'a été
que par un
effet de fa condefcendance ,
gant bien voulu raffurer nos
Cantons par cette marque qu'il
leur donna de fon affection fur
les vains ombrages que les Emiffaires
de la maison d' Auftriche
leur avoientfait prendre de
ces reparations. L'experience
nous a fait connoitre depuis, que
nous n'avions aucun fujet d'apprehender
ce voisinage. Nous
avons encore moins de raifon
de nous plaindre des Fortifisations
de Landfcroon , que la
Fiv
130 VI. P. des Affaires `
France n'a pas même étendues
au delà de ce qu elles étoient avant
le traité de Munfter quoi
qu'on ne lu puiffe difputer en
quelque maniere que ce foit le
droit d'y faire ce qu'elle juge à
propos pour la confervation du
Pays de Zundgavu qui lui appartient.
Ce font cependant , Meffeigneurs
les plus fortes raisons
dont fe fervent prefentement
les Partifans de la Maifon
d'Auftriche pour nous éloigner
de l'aliance de la France L'Auteur
du Livre y ajoûte encore
pour nous animer celle de l'idée
de la Monarchie univerfelle ,
qu'il pretend qu'a le Roy de
France ; mais Sa Majefté tres-
Chrétienne afait affez connoître
qu'elle preferoit le repos de
l'Europe à fes propres avantadu
Temps. 131
ges, pour nous empécher d'ajoûter
foy à cette fupofition , qui
doit fa naiffance à un Miniftre
de la maison d'Auftriche , & à
laquelle les interefts de quelques
Princes ont autrefois fait
trouver en Allemagne plus de
credit qu'elle n'en meritoit.
En effet , Meffeigneurs , qui
obligeoit Sa Majesté T. C fi
Elle avoit eu ce deffein, de borner
fes Conquétes à la prife de
Luxembourg , & de figner un
Traité de Tréve avec l'Empereur
& le Roy d'Espagne, encore
effrayez du Siege que les
Turcs avaient mis devant Vienne
l'année précedente? N'avoit-
Elle pas des forces fuffifantes
pour obliger la Maifon d'Auftriche
à confentir aux conditions
qu'Elle auroit voulu lui
impoſer ? Liſons- nous que Char-
F vj
132 VI. P. des Affaires
les- Quint, à qui on donne avec
plus de fondement cette idée de
la Monarchie univerfelle , en
ait ufé avec la même moderation
, qu'il art negligé aucune
des occafions que les malheurs
de la France lui donnoient de
l'opprimer , & qu'il n'y ait pas
même facrifié fouvent des avantages
confiderables qu'il étoit
prefque affure dé remporter
fur les Turcs ? Au contraire , nous
venons de voir
que
le Roy tres-
Chrétien n'a pris les Armes que
pour fe précautionner contre les
effets des menaces, que la maifon
d'Auftriche fait en tout
lieux depuis trois ou quatre ans,
& contre les Ligues qu'elle forme
depuis ce temps contre les interêts
de fa Couronne Les offres
qu'il a fait de convertir la
sréve en un traité de Paix perdu
Temps. 133
petuelle , & de remettre à des
Arbitres les differends pour la
fucceffi du Palatinat,font affez
conoitre qu'il n'avoit pas deffein
de troubler la tranquillité de
l'Europe , & nous ne pouvons
croire qu'un Prince qui ne cherche
qu'à en affurer le repos ,
veüille s'en rendre le Monarque
abfolu.
Il reste prefentement,Meſſeigneurs
,
à examiner ce que dit
l'Auteur touchant le deffein qu'a
le Roy de France de nous enfermer
, en fe rendant maître des
Villes foreftieres. Pour étre entierement
éclaircis de la verité
, nous n'avons d'un côté qu'à
faire reflexion aux propofitions
qui nous ont été faites par
l'Ambaffadeur de France , pour
nous âter toute l'inquietude que
nous pouvons raisonnablement
avoir & à la Suspension
134 VI. P. des Affaires
d'actes d'hoftilité que le Roy fon
Maiftre a bien voulu accorder
pour lefdites Villes pendant la
durée de noftre Diete, & de l'autre
au refus que la Cour de
Vienne a fait jusqu'à present
d'entrer dans aucun des expediens
que nous avons propofez
pour éloigner la guerre de nos
Cantons , & à la Lettre que
nous venons de recevoir du Baron
de Landfée , par laquelle ce
Miniftre nous marque qu'il ne
peut promettre pour les Troupes
Imperiales la méme ſuſpenſion
à laquelle le Roy tres Chrétien
a confenti , parce , dit il , que
cela fentiroit encore la Neutralité.
Que devons nous juger Meffeigneurs
, de la difference qu'il
ya entre le procedé du Roy de
France , & celui de la Cour de
du
Temps. 135
Vienne à noftre égard ? Nous
voyons clairement par les offres
que le Rog nous a faites , qu'il
na d'autre but que de fermer
& d'assurer la frontiere aux
environs de Bâle , fans aucun
deffein de s'agrandir, ny de rien
faire qui puiffe nous donner de
l'inquietude ; mais nous sommes
bien eloignez de pouvoir faire
le méme jugement des intentions
de la Maifon d'Auftriche ; car
enfin qui nous affurera qu'ayant
réuni avec elle toutes les forces
de l'Empire elle ne fonge pas à
profiter de la premiere occafion
qu'elle trouvera de faire revivre
fes pretentions fur les Pays
qui compofent à prefent le Corps
Helvetique. Les Places de Confance
& de Rhinfeld , & les
Pays qui appartiennent à cette
Maifon , enclavez dans les
136 VI. P. des Affaires
Cantons, ne lui donnent que trop
de facilité d'entreprendre fur
nôtre liberté & nous ne devons
pas douter qu'elle n'en fut toujours
ennemie, tant par le fouvenir
de ce que nous avons fait
contre elle, qu'à cause de l'étroite
aliance qui eft établie depuis
fi long tems entre la France &
Les loüables Cantons. C'eft cette
aliance qui peut feule faire un
obftacle invincible aux deffeins
que la Cour de Vienne pourroit
former fur notre liberté, & nous
J devons prendre d'autant plus
de confiance que l'interêt du Roy
tres Chrétien s'accorde avec les
affurances qu'il nous donne de
fon affection. & qu au contraire
les Princes d'Allemagne favoriferent
toujours ceux de la Maifon
d'Auftriche lors qu'il s'agira
de réunir au Corps de l'Empire
du
Temps. 137
ce qui en a été démembré , pour
quelque raifon que ce puiffe étre
méme de leur confentement.
Ainfi nous ne sçaurions étre
trop fur nos gardes contre les
deffeins de la maifon d'Auftriche
& il eft temps enfin que nous
prenions une bonne refolution
fur ce qui regarde les Villes fo-
·reftieres ; car fi nous differons à
la prendre telle que noftre intereft
le demande , nous avons
tout fujet de craindre que nos
remontrances ne foient fort inutiles
lors que les troupes Imperialesferont
entrées par Rhinfeld
dans noftre Pays , & que
la Cour de Vienne fe croira en
eftat de nous impofer les conditions
qui feront les plus convenables
à fes interefts. C'eft ce
qui arrivera , Meffeigneurs
fi nous ne nous affurons desdites
238 VI. P. des Affaires.
Villes , & particulierement de
Rhinfeld , & fil'Empereur perfifte
dans le refus qu'il fait de
nous en commettre la garde
pendant la guerre,il faut de neceffité
que nousfogions fansperdre
de tems à prendre d'autres
mefures , pour empêcher que
l'Armée de l'Empereur ne paffe
Jur nôtre Territoire , & pour
éloigner la guerre de nôtre voi
finage.
Ainfi le feul confeil que nous
puiffionsfuivre de ceux que nous
donne l'Auteur du Livre, eft de
ne nous pas endormir , fi nous
défironsfincerémeut affurer le
repos de nôtre Pays . Nous dě
vonsprendre les armes pourprévenir
les deffeins de la Maifon
d'Auftriche , fi nous ne voulons
pas en étre prévenus.
L'Auteur commence le fecond
du
Temps. 139
Ce
article de fon livre par le reproche
qu'ilfait à la France de
s'entendre avec les Turcs
n'eft pas d'aujourd'hui que les
Partiffans de la maison d'Auftriche
l'en ont fauffement accufée.
Ils ne croient pas que les
armes de l'Empereur puiffent
trouver de réfiftance en aucun
endroit fi cette Couronne ne s'en
méle: & ils fontperfuadez qu'-
elle eft d'intelligence avec leurs
Ennemis lors que les heureux
Succés nerépondent pas à leurs
fouhaits mais pour connoître la
fauffeté de cettefupofition, il n'y
a qu'àfaire réflexion à la conduite
que le Roi de France a te-.
nuë depuis le commencement de
La derniére guerre de Hongrie ,
car il eft inutile de parler dufecours
qu'il envoia en 1664. qui
caufa cependant le gain de la
140 VI. P. des Affaires
Bataille de S Gothard . Pourquoi
s'il avoit avec les Turcs ces intelligences
dont on nous a tant
parléne profiteroit il pas de
l'extrême foibleffe où ils avoient
reduit la Maifon d'Auftriche ?
Qui a pú l'obliger depuis a demeurer
en repos , pendant que
l'Empereur étendoit fes conquétes
en Hongrie , & à figner un
Traité de Tréve, pour affermir
latranquilité de l'Europe qui
paroiffoit fi ébranlée? Les intentions
de la Cour de Vienne étoiët
deja connuës ,& fes miniftres publioiet
dés lors qu'elle avoit def
fein de conclure la paix, avec la
Porte, & defaire enfuite marcherfes
troupesfur le Rhin. On
fçait les ligues qu'ell a formées
pour cet éfet , & il y a lieu de
croireparce que l'on voit aujourdu
Tems. 141
·
d'hui qu'elle en attendoit la coclufion
pourfinir la guerre de
Hongrie , & que quelque zéle
qu'elle ait témoigné par lepaffé
pour la réligion, elle n'a pas eu
depeine àfacrifier les efperances
qu'elle avoit de chaffer les
Turcs jufque dans l'Affie , pour
favorifer lefuccés de l'entreprife
du Prince d'Orange en Angle
terre. Ses Miniftres en ont témoigné
leur joie dans tous les
endroits où ils se font trouvez
par des démonftrations auffi éclatantes
que fi c'étoit le miracle
attendu depuis fi long - tems
pour relever la Maifon d'Auftriche.
Onpeut dire avec véritéque
bien loin que la France
ait donné aucun fécours
au Grand Seigneur , la Guerre
qu'elle a faite aux Corfaires
de Barbarie les amis hors
d'état d'envoier à l'Armée Ot.
142 VI. P. des Affaires
thomane les fecours d'argent &
de Vaiffeaux , & les munitions
qu'ils doivent fournir à la Porte
dans les guerres qu'elle a contre
les Chrétiens. Ces Corfaires
s'en font plaints à Conftantinople,
& les Ambaffadeurs de sa
Majesté n'en ont jamais fait
d'excufes.Mais comme le Roy de
France a fait connoître les raifons
qui l'obligeoient àfaire en.
trer Jes Armées dans l'Empire,
quil aprouvé la justice de
fes armespar le Manifefte qu'il
a publié , je ne m'étendray pas
davantage fur ce sujet.
Ie viens prefentement à ce
qui regarde la maniere dont le
Roy tres- Chrétien a obfervé
L'aliance que nous avons avec
lui. Nous fçavons qu'il n'a
manqué à aucune des conditions
qui font ftipulées par les
du
Temps.
143
Traitez , & lors que nous nous
Jommes conduits conformement
à ce qu'ils portent, nos Penfions
ont éte bien paiées, & nos Marchands
ont toujours joui des avantages
que nous leur avons
procurés par ces mémes Traités.
Seroit il de l'honneur de nôtre
Nation d'avoir profité pendant
la Paix des
avantages que nous
donne l'aliance de la France,&
de manquer aux conditions fous
lefquelles ils nous ont été accordez,
lors que nous voions tant
de Princes d'états unis contre
cette Couronne ? Ces fentimens
feroient bien éloignez de
ceux que nos Ancétres ont toujours
témoignez, & de ce qu'ils
firent en 1521.lors qu'ils mirent
en prifon un Envoié du Pape
Leon X. qui étoit venu pour
leur
demander une levée contre
144 VI. P. des Affaires
François I.regardant ce Miniftre
comme un Seducteur qui
vouloit les fuborner , & les engager
à manquer aux obligations
de leurs Traitez avec la
France.
Le croy qu'il est inutile de
vons faire remarquer la foi-
·bleffe de ce que dit l'Auteur
dans la fuite de fon ouvrage.
On y découvre que fon emportement
contre la France eft le
motifqui le fait parler, & que
le bien de la Patrie n'y a aucune
part. Les differends de cette
Couronne avec la Cour de Rome,
n'ont aucun rapport avec les
interefts des Cantons , ny à l'aliance
qu'ils ont avec la France.
Si l'Auteur eft Proteftant
comme il le dit lui - méme il lui
importe peu que le Roy de Fran
sefoit brodillé avec le Pape, &
il
du
Temps.
145
il ne nous en feroit pas unfi long
article , s'il n'avoit deffein d'irriter
les Catholiques , qui fçavent
bien cependant que ces differends
ne font que fur des
matieres purement temporelles.
Quant à ce qui regarde la
maniere dont les
Ambaſſadeurs
des Cantons de Zurich & de
Berne ont efté reçus en France,
il est inutile de rebattre tout ce
qui leur a efte' dit pour leur
faire voir qu'on vouloit bien
leur acorder les mêmes honneurs
qui avoient étéfaits à ceux qui
les avoient precedez en la même
qualité, il fuffit de dire qu'ils ont
obtenu tout ce qu'ils ont demandé,
puis que les pourfuites que
l'Evêque & le chapitre de
Geneve faifoient contre cette
Ville au Parlement de Dijon,
G
1
146 VI. P. des Affaires
qui donnoient de l'inquietude
à ces deux Cantons, ont ceffe
depuis le départ de ces Ambaffadears.
Ces Cantons ne doi
vent ils pas fe louer à prefent
de la maniere dont le Roy de
France les traitte , & Meffieurs
de Zurich n'en ont - ils pas encore
un nouveau sujet fur la
maniere dont il vient de terminer
à leur entiere fatisfaction
l'affaire de leurs crefpons ?
Nous voyons ; Meffeigneurs ,
quoy que vous puiffe dire cet
Autheur , que le Roy de France
par la conduite qu'il tient à nôtre
égard , ne fouhaite que le
maintien d'une aliance que nous
entretenons depuis fi long- tems,
& ne demande de nous que ce
qui peut regarder nos veritables
interefts. Comme il n'y a rien
qui nous foit plus convenable
du
Temps. 147
·
que de demeurer
toujours
unis ;
auffi avons nous veu que lors
qu'il y a eu quelques differends
entre nous , les Ambassadeurs
du
Roy tres- Chrétien
fe font entremis
pour les terminer
, fans témoigner
aucune partialité
pour
Les Catholiques
, ou pour les Proteftans.
La conduite
de la maifon
d'Auftriche
a esté bien differente.
Le ne vous rappelleray point
le tems de la guerre de la Valteline
, pendant laquelle le Nonce
Scapi,le Pere Martenigo, Capucin
, & plufieurs autres Ecclefiaftiques
, tous devoüez à cette
maifon , firent leurs efforts fous
pretexte des Miffions , pour allumer
la guerre entre les Cantons
& leurs Confederez, & ils
gauroient enfin réuffi , fi le Roy
de France Louis XIII. n'en
Gij
148 VI. P. des Affaires
euft prevenn les fuites , & n'euft
maintenu la paix des Catons , en
s'engageant méme pour cet effet
dans une guerre contre l'Efpague
& fes Aliez. Nous fçavons
auffique lors que les Cantons ont
trouvé des difficultez à s'accommoder
entr'eux,les Miniftres de
la maifon d'Auftriche , ont toujours
été ceux qui ont fomenté
leurs divifions , & les ont fait
durer le plus long- tems qu'il leur
a été poffible.
Ce font là , Meffeigneurs , les
reflexions que j'aý pû faire fur
le Livre qui vient de paroitre,
dont j'ay crû , comme fidelle
Compatriote , devoir vous faire
part. Ie ne puis m'empécher d'y
ajouter qu'outre les pretentions
que lamaifon d'Autriche afur
nous,& dont j'ay déja parlé,nous
du
Temps.
149
devons encore fonger aux differends
que nous avons avec l'Em.
pereur pour la proprieté du Lac
de Conftance. Nous devons confiderer
que le Roy d'Espagne fe
plaint que nous lui retenons les
valées de Logarne , Lugane ,Bellinzone
, & autres , qui ont été
démembrées du Duché de Milan,
& que ces prétextes feroient
fuffifans à la maiſon d'Auſtriche
, fi elle étoit un jour affez
puiffante pour nous opprimer.
Mais enfin , Meffeigneurs, vous
eftes trop éclairez pour ne pas
bien voir que tous ces Ecrits &
toutes les tentatives quefont les
Partifans de la maison d'Au-
Striche pour nous brouiller avec
la France ne tendēt pas fewlement
à ofter à cette Couronne
fes bons & fidelles Amis,
mais qu'on efpere encore que
la
G iij
150 V1. P. des Affaires
diminution defa puiffance nous
·fera perdre le plus puiſſant apui
que nous ayons , & qu'il fera
plus facile a l'Empereur & à la
Maifon d'Auftriche , de ferendremaîtres
de ce qu'ils pretendent
leur apartenir , & de nous
réunirfous leur pouvoir. Nous
avons auffi lieu de faire de fe
rieufes refléxios fur le refus que
fait l'Empereur d'éloigner la
guerre de nôtre voisinage en
nous remettant la garde des vil
les Foreftiéres; & fi nous voulons
affurer le répos de nôtre Patrie
nous ne dévons pas négliger les
moiens que nous en avons prefentement
, & aufquels il fera
trop tard de recourir , fi nous
différons plus long - tems à les
mettre en ufage. Iefuis, &c,
A Bafle ce 20. Mars 1689.
du Tems .
Il y a trop long-tems que je
vous parle des affaires d'Angleterre
, pour ne vous pas faire
connoître plus particuliérement
les Peuples dont font copofez
les trois Roiaumes , qui
font ce qu'on apéle aujourd'hui
la Grand Bretagne . Vous m'avez
témoigné le fouhaiter dans
la pluſpart de vos Lettres, & je
vais tâcher de vous aprendre
par un abregé fort court , ce
qu'il vous feroit difficile de
fçavoir qu'aprés avoir leu un
grand nombre de volumes.
Quand cet Abregé vous aura
inftruite de leurs moeurs , de
leurs forces, & de leur Réligion
, vous pourrez prévoir ,
fuivant les mouvemens journaliers
, une partie des chofes
qui font encore incertaines
& qui peuvent arriver , ou
G
iiij
152 VI. P. des Affaires
& qui peuvent arriver , ou du
moins former de juftes raiſonnemens
fur ce qui fe paffe cha
que jour dans les Etas du Roi
d'Angleterre à l'égard des
troubles dont on les voit agités,
& des démarches que fait ce
Monarque pour remonter fur
le Trône, La Réligion qu'il fuit
eft celle que les anciens Angiois
ont profeffée, & il eft fort
étonnant qu'aprés qu'ils ont
pris foin de la conferver dans
toute fa pureté pendant un fort
grand nombre de fiécles , ils
faffent gloire de s'en déclarer
prefentement les plus irreconciliables
Ennemis .
l'Angleterre qui eft la plus
confidérable de toutes les Ifles
de l'Ocean , a eu autre fois le
nom d'Albion , ou de Bretagne,
quand on la confidéroit avec
l'Ecoffe, de laquelle elle eſt ſedu
Temps. 153
parée par les Riviéres de Solvai
& de Tuvéde . Sa forme eſt
triangulaire , & ſes divers Caps,
& Bayes rendent fa côte fort
irreguliére. Elle a prés de qua.
tre cens mille de longeur, trois
cens de largeur, & treize cens
de tour . Vous favez qu'il faut
trois milles pour faire une lieuë
de France . On croit que les
Bretos , Peuples venus des Gaules,
furent les premiers qui l'habiterent
, & qu'ils eurent pour
Roi un nommé Brutus , que
quelques uns marquent en
l'an du monde 2834. Les Hiftoriens
Anglois & Ecoffois
lui donnent un tres - grand
nombre de Succeffeurs , mais
tout ce qu'ils difent eft fi
confus ; qu'il n'y a rien de
certain jufqu'au temps où
Jules Céfar entra dans la
--
G v
154 VI. P. des Affaires
Grande Bretagne. Il foumit les
Peuples de la partie meridio .
nale, & les rendit tributaires à
la République.Céſar aiant été
tué quelque tems aprés dans le
Sénat , & Augufte êtant parvenu
à l'Empire , les Bretons prirent
les armes , & s'efforcerent
de fécoüer le joug qui leur eftoit
impofé, mais ils furent tou
jours défaits, & leurs diverfes
révoltes ne fervirent qu'à
mieux affermir fur eux la domination
des Romains . Elle dura
juſqu'à l'an 446 qu'ils apélerent
à leur fecours les Pictes.
Peuples d'Ecoffe qui habitoient
la partie Septentrionale
de l'Ile. Ceux ci en chaf
ferent entiérement les Romains
qui s'y êtoient maintenus pendant
plufieurs fiècles, & affermirent
fi bien leur rédoutable
du
Temps. 155
puiffance, que la plus grande
partie des Bretons n'ayant pu
leur refifter , furent obligez de
fe foûmettre. Les autres qui
n'êtoient point nez pour la fervitude,
mirent fur le Trône un
Seigneur d'entre eux nommé
Vortiger ne doutant point
qu'il ne cherchaſt à les rétablir
dans leur liberté & dans
leurs biens. Ce qu'ils avoient
eſperé leur arriva. Ce digne
Chef marcha à leur tefte
contre les Pictes & les Ecof.
fois , & fon éxemple les ani.
ma tellement , qu'ils les obli .
gerent à fortir de leur Provin
ces. Ce ne fut pas pour longtems.
Ces fâcheux Voifins
rénouvellerent la guerre , &
Vortiger n'en put triompher
que par l'aide des Saxons. Il
crut ne pouvoir mieux res
G vi
156 VI. P. des Affaires
connoître un fecours fi favorable
qu'en leur affignant des terres
dans fon Roiaume pour les
engager à s'y établir. Ils firent
vénir fur cette offre une nouvelle
colonie de Saxons pour
être plus forts & quantité de
Femmes les accompagnerent,
Vortiger aiant époufé la Fille
de leur Général , ce mariage
déplut aux Bretons , qui réconnurent
Vortimer fon Fils
pour leur Souverain . Il y eut
combat entre le Fils & le Pere.
Les Saxons furent Vainqueurs
& affiftez des Anglois qui eftoient
venus avec eux fous la
conduite d'Hengiftus pour fècourir
Vortiger, ils entreprirent
fi bien les Bretons , qu'ils les réduifirent
à fe retirer aux parties
occidentales de l'lfle , qui
ne font
que des Montagnes indu
Temps. 157
fructueufes , & fe rendirent
maîtres de toute la Bretagne, à
la referve de l'Ecoffe , du pays
de Galles & de Pictland. Ce
que l'on trouve de plus probable
des Anglois , eft qu'ils font
fortis de la Germanie , auffibien
que les Saxons , Colonie
des Saces , qui s'y vint habituer
du tems de Diocletien , &
qu'ils occuperent une petite
Province que l'on nomme Angel,
fituée dans le Danemarck,
entre le Juttland & l'Holface,
Ces deux Nations également
belliqueufes aiant tout foûmis,
diviferent leurs Conquêtes &
en firet fept Roiaumes particu
liers,dont les principaux Capitaines
de leurs Armées fe mirent
en poffeffion . Le premier ,
compofé feule de la Religio de
Kent porta ce nom,& eut dixi
658 VI. P. des Affaires
*
huit Rois depuis Hengiftus ,
qui fut tué dans une Bataille
en 488. jufqu'à Ethelcup , qui
tomba au pouvoir d'Egbert ,
Roide Vveſtſex en 805. Le ſe-
Suffex, comprenoit les cond, dit
Provinces de Suth fex & de Suthry.
Il eut pour premier Roy
Alla ou Elli & Aldinus qui en
êtoit le cinquiéme , fut privé
de la Couronne, & peu de tems
aprés de la vie par Inas,onzićme
Roi de Vveftſex. Le troifiéme
de ces Roiaumes que
l'on apeloit Eftangle , ou des
Anglois Orientaux , avoit les
Provinces de Norfole & de
Cambridge, & l'Ife d'Eli.Il eut
dix - fept Rois , dont le premier
fut Uffa , & le dernier Eric.
Edouard , Fils d'Alferd , Roi
de Vveſtſex , unit ce Roiaume
au fien. Celui d'Eeffex ou des
du
Temps. 159
Saxons Orientaux ,
comprenant
les Provinces d'Effex , de Midlefex
, & une partie de celle
d'Hertford , eut pour premier
Roi Erchenvin . Sudred , quinxième
& dernier Roi d'Eſſex ,
fut privé de fes Etats par Egbert,
Roi de Vveſtſex . Le cinquiéme
Roiaume qu'on apeloit
de Mercie , êtoit compofé des
Provinces de Glocefter , d'Ere
fort , Vvorchefter
, Bethfould ,
Bucchingham
, Oxford , Staford,
Stroop , Nortinghan
, Cefter,
& de l'autre partie d'Hert
ford. Il eut ving trois Rois
dont Crida fut le premier , &
Alured le dernier. Le Roiaume
de Northumberland
, qui
fut le fixième , contenoit les
Provinces de Lanclaftre , d'YOгCK,
Durhan , Cumberland
,
Vvefmerland , & les Regions.
160 VI. P. des Affaires
d'Ecoffe jufques au bras de
Mer d'Edimbourg , & fut poſfedé
d'abord par Idas. Il eut
huit Succeffeurs , dont le dernier
fut Ecfrid . Le ſeptiéme
Roiaume nommé de veftſex
ou des Saxons Occidentaux
comprenoit les Provinces de
Cronvvæl , Den, Dorſet, Sommerfet
, Vvil , Suthampton &
Barch. Cerdic fut le pemier
Roi qu'elles réconnurent , &
Egbert , qui fut le dix - feptiéme
Roi de Vveftfex, aiant reuni
en un feul Etat les autres Ro.
iaumes dont je viens de vous
parler, ordonna en 835. qu'on
le n'ommeroit Angle ou Angleland,
c'eſt-à - dire , Angleterre.
Son Fils Ethlelulfe qui lui fucceda
fut troublé dans la poffeffio
du Roiaume par une furieufe
irruption de Danois qui
du
Temps.
161
s'emparerent de Londres , &
qui la pillerent. Il les combatit,
& les tailla tous en pièces .
Eatodélivré de ces rédoutables
énemis, il fuivit les mouvemens
de fa pieté, & êtat allé à Rome
il rendit tous les Roiaumes que
fon Pere Egbert avoit foûmis
tributaires du Saint Siége par
l'hommage d'une pièce d'argent
que chaque famille payoit
tous les ans , ce qui s'appelloit
le tribut de Saint Pierre.
Ce tribut êtoit levé par un Tréforier
du Pape , établi en Angleterre,
& on a continué de le
paier jufqu'au Schifme d'Henri
VIII. Les Succéfféurs de ce
Prince regnerent jufqu'en 1017
Pendant ce tems les Danois.
continuant leurs invafions
tantoft vaincus & tantoft
>
162 VI. P. des Affaires
vainqueurs , & enfin Etheldret
aïant fait tuër cruellement tous
ceux qui s'étoient habituez en
Angleterre , Canut , Royo de
Dannemark , y paffa pour les
vanger , & aprés y avoir fait
de grandes conquétes, il en demeura
le maître abfolu par la
mort d'Edmond II . furnommé
Cofte de Fer. Ses deux Fils,
Harald & Canut I I. ayant regné
aprés lui , les Anglois en
furent fi cruellement traitez >
le dernier étant mort , ils
exterminerent presque tous
ceux de fa Nation , & firent
une loy par laquelle on arrêta
qu'on ne fouffriroit jamais qu'-
aucun Prince Danois montất
fur le Trône d'Angleterre Alors
Alfred , Frere d'Edmond dont
Canut avoit triomphé , fut appellé
à la Couronne,mais ayant
que
du
Temps.
163
cfté tué par un Comte Anglois
nommé Godvvin avant qu'il
fut arrivé Londres , elle à fut
donnée à Edouard fon Frere,
dit le Confeffeur , Fils du Roy
Ethelred , qui l'avoit eu d'Emme
fa feconde Femme, fille de
Richard Duc de Normandie.
Celui - cy ayant toujours vécu
en continence avec Edite fa
Femme , & voulant reconnoitre
les affiftances qu'il avoit reçues
de Guillaume , Duc de
Normandie , qui l'avoit reçu
chez lui pendant que les Danois
étoient Maîtres de l'Angleterre
, le laiffa heritier de
fes Eftats. Guillaume les conquit
l'épée à la main , & fut
pour cela furnommé le Conquerant.
Aprés la mort de Henry
I. fon troifiéme fils , la fuc164
VI. P. des Affaires
ceffion fut continuée par les
defcendans des filles jufques
à la Reine Elizabeth , qui reconnut
pour fon Heritier Jacques
VI. Roy d'Efcoffe , fils
de Marie Stuard. Il regna en
Angleterre fous le nom de Jacques
I. & fut le Grand- Pere
du Roy d'aujourd'hui. Je ne
vous ay rapporté toutes ces
chofes en peu de mots , que
pour vous faire connoître ce
que peut eftre une Nation, qui
aprés avoir efté foûmiſe longtemps
à la domination des Ro
mains , a pris les moeurs des
Bretons , des Saxons , des Danois
& des Normands qui ont
paffé dans cette Ifle. Les Seigneurs
& les veritables Nobles
y font honneftes , genereux ,
obligeans , liberaux , & jaloux
de la gloire de leur Patrie. Le
"du
Temps. -165
Peuple au contraire y eſt
cruel , infolent , brutal , feditieux
, & ennemy des Etrangers
. Selon le Gouvernement
Ecclefiaftique, l'Angleterre eft
divifée aujourd'hui en deux
Provinces ou Archevêchez ,
qui font Cantorbery & York.
La Metropole de Cantorbery a
vingt & un Suffragans, & celle
d'York en a trois.Ces vingt fix
Dioceſes font encore divifez
en foixante Archidiaconez
, qui
ont fous eux des Doyens Ruraux.
Selon le Gouvernement
Seculier , l'Angleterre eft divifée
en cinquante-deux Comtez
, & a vingt- cinq Citez ou
grandes Villes , fix cens cin
quante grands Bourgs où l'on
tient marché , & prés de
dix mille Paroiffes , dont plufieurs
ont des Hameaux 80
166 VI.P. des Affaires
on
des Villages confiderables.
Quant à la Religion
tient que Jofeph d'Arimathie
y porta la Foy incontinent aprés
la mort de Saint Etienne ,
& que vers l'an 180. Lucius
envoya demander des Miffionnaires
au Pape Eleuthere, pour
achever de donner à fes Sujets
la connoiffance des veritez de
l'Evangile. Dans le cinquième
fiecle , Pelage qui étoit Breton ,
ayant répandu le poifon de fes
erreurs dans cette lfle , Saint
Germain d'Auxerre , & Saint
Loup de Troye , y pafferent, &
le combattirent avec beaucoup
de fuccés. Lors que les
Saxons , qui étoient Payens ; en
eurent chaffé les Bretons , &
s'y furent établis , ils y firent
recevoir leurs fuperftitios
; mais
Berthe, fille de Charibert,Roy
du
Temps-
167
de France , mariée à Ethel.
bert , Roy de Kent , lui perfuada
fi bien ce que la Foy nous
enfeigne , qu'ayant écouté avec
plaifir un Moine nommé
Auguftin, que le Pape Gregoire
le Grand lui envoya en
596. acompagné de quarante
autres de l'Ordre de Saint Benoît
, il confentit à recevoir le
Baptême & plus de dix mille
de fes Sujets le receurent comme
lui. Depuis ce temps, l'Angleterre
ne profeffa point d'autre
Foy que la Catholique Romaine
, & l'on
dire que
dans toute l'étendue du monde
Chrétien , on ne trouve point
de Rois qui ayent marqué plus
de zele pour cette Religion,
Non feulement ils rendoient
une entiere foumiffion au Saint
Siege , mais ils ne fouffroient
peut
168 VI. P. des Affaires
aucun Heretique dans leur Ifle.
Ceux qui y étoient paffez de
Gascogne & d'Allemagne vers
l'an 1160. y furent marquez
d'un fer rouge au milieu du
front. On y traita les Vaudois
& les Difciples de VViclef avec
la même rigueur ; mais enfin
Henry VIII . y fit malheureufement
entrer l'Herefie , aprés
l'avoir combattuë par un
excellent Traité , qui lui avoit
fait meriter le tître de Défenfeur
de la Foy. Tout le monde
fçait que l'envie d'époufer Anne
de Boulen , en répudiant
Catherine d'Arragon dont il
avoit une fille nommée Marie,
à cece defordre.Il fit demander
la difpenfe au Pape
Clement VII.laquelle lui ayant
efté refufée,il ne laiffa pas d'épouſer
fecrettement Anne de
Boulen .
Je porta
du
Temps.
169
Boulen . Crammer , qui avoit
efté fait Archevefque de Cantorbery
, à la charge qu'il declareroit
, mefme contre l'autorité
du Pape , le mariage de
Catherine nul & illegitime,
aprés avoir tâché inutilement
de réfoudre à Rome les difficultez
quife rencontroient dans
cette affaire , prononça une
Sentence de divorce entre le
Roy & la Reine fur la fin de
l'année 1532. Le Pape en
efté informé , menaça
ayant
ce Prince de l'excommunier ,
s'il ne le rendoit à la raiſon ,
& fur la priere de François I.
il differa de fulminer l'excommunication
, affin de lui donner
le temps de fe reconnoitre .
Ce fage Monarque obtint de
Henry qu'il ne fe fepareroit
point de la Communion de
H
170 VI. P.des Affaires
l'Eglife Romaine , pourveu
que le Pape ne ſe hâtaſt point
de prononcer contre luy , &
il envoya Jean du Bellai ,
Evefque de Paris , luy en porter
la nouvelle à Rome , & demander
quelque temps pour
reduire cet efprit difficile à
gouverner fur fa paffion . Les
Partifans de l'Empereur Charles
- Quint firent limiter ce temps
à un eſpace fort court , & lors
que le jour fixé fut venu , ils
engagerent le Pape à faire
afficher dans les Places ordinaires
la Sentence qui excommunioit
Henri , dont le Courrier
arriva deux jours aprés,
aportant un ample pouvoir par
lequel le Roi promettoit de déferer
au jugement du S.Siege. Il
eftoit trop tard, & le Pape ayant
déja déclaré les 2.nôces illegitidu
Tems. 1! ך ז 7
mes,Henri voyant qu'on l'avoit
fi peu confideré,fe laiffa fi fort
tranfporter à la colere, qu'aprés
avoir privé Catherine & Marie
fa Fille de toutes fortes d'honneurs
& de privileges , il fit ordonner
en une Affemblée des
Etats du Royaume, que perfonne
à l'avenir, fous peine d'etre
criminel de leze-Majefté, ne ſe
foumettroit à l'autorité du Pape
dans tout fon Royaume , qu'il
feroit luy-mefme reconnu pour
Chef de l'Eglife Anglicane,
qu'on luy payeroit les Annates,
& les Decimes des Benefices,
qu'il jugeroit de tous les procés
& reformeroit les abus , & qu'on
n'appelleroit plus le Pape qu'-
Evefque de Rome. Il confif
qua tous les biens des Mona.
fteres , dont il diftribua les
revenus à pluſieurs Gentils-
Hij
172 VI. P. des Affaires
les
hommes du Royaume pour
retenir dans fes intereſts, & ruina
prés de dix mille Eglifes. Il
commença à s'en repentir , lors
qu'eftant tombé malade , il enviſagea
la mort comme certaine.
Il fit affembler les plus fçavans
Perfonnages d'Angleterre,
pour concerter avec eux fon
retour à l'Eglife Romaine, mais
quelques - uns que des intereſts
particuliers engageoient à n'appuyer
pas des fentimens fi
Chreftiens , luy ayant reprefenté
que l'importance de l'affaire
demandoit que les Etats
fuffent convoquez pour la réfoudre
, on la fit traîner en
tant de longueur , qu'il mourut
avant que l'on cuft pû
prendre les mesures neceffaires.
Cependant il communia
fous une feule efpece ,
du Tems. 173
comme font les Catholiques.
& rétablit l'Eglife des Cordeliers
qu'il avoit chaffez avec
ordre de la faire fervir de Paroiffe.
Son Fils Edouard, qu'il
avoit eu de Jeanne Seimer , lui
ayant fuccedé en 1547. prit
avec le nom de Roy celui de
Chef de l'Eglife Anglicane.
Comme il n'avoit que dix ans,
fon Oncle Edouard Seimer
Duc de Sommerfet, Heretique
Zuinglien , fut Protecteur du
Royaume. Tous les Officiers
qu'il luy donna eſtant Heretiques
comme luy , ils l'éleve
rent dans leur doctrine ce
qui caufa la perte de la Religion
Orthodoxe en Angle
terre. La Meffe y fut abolie,
on brifa ce qu'il y avoit encore
d'Images de Saints ; il
fut ordonné qu'on celebreroit
Hij
174 VI. P. des Affaires
l'Office divin en langue vulgaire
, & les feuls Miniftres
Proteftans furent receus à prefcher
. La Mort d'Edouard eftant
Marie fa Soeur,
arrivée en 1552.
Fille de Henry
VIII . & de Catherine
d'Arragon
, fut couronnée
Reyne. Comme
elle avoit
toûjours
maintenu
la Meffe,
elle remit les caufes
fpirituelles
au jugement
de l'Eglife
, chaffa
d'Angleterre
plus de trente mil.
le Heretiques
de diverfes
Se-
&tes , & abolit
toutes les loix
qu'Edouard
avoit faites contre
la Religion
. Elle mourut
au
mois de Novembre
1558. & Elifabeth
, Fille d'Anne
de Boulen
,
craignant
que le Pape & les
Catholiques
ne luy difputaffent
la fucceffion
, le fit couronner
fuivant
les ceremonies
de l'Eglife,
mais aprés qu'elle
fe vit
du
Temps.
175
établie, & en état de ne craindre
rien , elle receut l'Herefie,
ſe fit nommer Souveraine dans
fon Royaume, tant au fpirituel
qu'au temporel , s'appropria les
Annates & les Decimes, impofa
de rigoureufes peines à tous
ceux qui profeffoient la Religion
Catholique , & fit ceffer
les Meffes & le Service divin
dans toutes les Eglifes le 25 .
Jain 1559. Elle laiffa pourtant
plufieurs chofes malgré cette
grande innovation, les croyant
indifferentes , comme les Orgues
, la Mufique , les ornemens
d'Eglife , les noms dEvefques
, de Chanoines , de
Curez , avec l'abftinence de
la chair en Carefme , & tous
les Vendredis & Samedis de
l'année . Elle mourut en 1603 .
& Jacques VI. Roy d'Ecoffe
Hij
176 VI. P. des Affaires
qu'elle avoit nommé fon Heritier
luy fucceda . Ce Prince
pour le faire aimer de les
Sujets , voulut fçavoir l'état de
la Religion , & de quelle maniere
vivoient les Ecclefiaftiques
Anglois . Il convoqua en
1604. une Affemblée Generale
des Archevefques , Evef
ques , Doyens , & Docteurs.
d'Angleterre , où entre autres
articles , refolus en forme de.
Conftitutions Ecclefiaftiques ,
il fut arrefté que quiconque
ne reconnoiftroit pas le Roy
d'Angleterre pour Chef de l'Eglife
Anglicane dans tous fes
Etats , feroit tenu excommunié
, de mefme que celuy qui
diroit que la Liturgie compriſe
au Livre des Prieres publiques,
& de l'adminiftration des Sacremens
, fuft un Service fuper-.
du
Temps. 177
ou qui
ftitieux &
corrompu
foûtiendroit
qu'il fuft permis à
un Miniftre ou à un Laïque,
ou à quelqu'un
des deux Ordres
affemblez
, d'ordonner
des
chofes Ecclefiaftiques
fans l'autorité
du Roy ; Qu'on obferveroit
les Dimanches
& les autres
jours de Feftes , fuivant
que l'Eglife Anglicane
les a
établies , fçavoir en entendant
lire & prefcher la parole de
Dieu ; Qu'on liroit ou chanteroit
la Liturgie
publique aux
jours & Vigiles marquez
dans le
Livre des Prieres; Que les Re-
&teurs , Vicaires. Miniftres
ou
Curez reciteroient
la Litanie
das toutes les Eglifes Cathedrales
& Collegiales , & dans toutes
les Chapelles
, Que tous les
Mercredis
& Vendredis , le
Miniftre
appelleroit
le Peuple
Hv
178 VI. P. des Affaires
1
au fon de la cloche pour prier
Dieu dans l'Eglife , & que tous
les Peres de famille feroient obligez
d'affifterà ces Prières, ou
d'y envoier quelqu'un de leur
maifon , Que la forme & les
cérémonies de la liturgie & de
la Céne feroient obfervées das
toutes les Academies, où les Ecoliers
& les Préfets fe fervi-
-roient de furplis dans leurs Eglifes,
& Chapéles les Diman
ches & jours de Fêtes ; que chacun
fe mettroit à génoux lors
qu'on feroit la Confeffion ou
qu'on diroit les prières, & qu'on
fe tiendroit débout pendant
qu'on reciteroit le Symbole ;
qu'on feroit la Céne au moins
trois fois l'an : que chacun la
récevroit à genoux dans fa Paroiffe
, & que ceux qui l'adminiſtreroient
aux Eglifes Cadu
Temps.
179
;
thedrales , feroient revêtus de
Chapes; que les Peres ne pourroient
être parrains de leurs
Enfans ; qu'on feroit le figne
de la Croix fur ceux qu'on
baptiferoit , fans qu'on deuft
croire ce figne de l'effence du
Baptéme; que l'on enjoindroit
un Jeûne pour ordonner des
Miniftres qu'un Evêque ne
pourroit faire en un même
jour un homme Diacre &
Prêtre , & que les Ordres ne
feroient conferez à aucun , s'il
ne convenoit que le Roy eft
Souverain en Angleterre , tant
pour les chofes fpirituelles, que
pour ce qui regarde le temporel
; que les Glofes & les Paraphrafes
feroient défenduës en
la lecture publique des Saintes
Ecritures aux Miniftres
que l'on n'auroit pas admis à
H vj
180 VI. P. des Affaires
la predication ; que la forme
des Prieres feroit fuivie par les
Predicateurs au commencement
de leurs Sermons , & que
la Confirmation demeureroit
compriſe dans les Vifites que
les Evefques feroient de leurs
Dioceſes tous les trois ans. Ces
Conftitutions que l'Eglife d'Angleterre
fuit prefentement , fe
trouvent contraires en beaucoup
de chofes à celles des Calviniftes
, qui ne veulent point
fouffrir les ceremonies , & qui
ne rendent aucun honneur à
la Vierge ; au lieu que l'Eglife
Anglicane en celebre toutes
les Feftes , ainfi que celles des
Saints , & fait mefme preceder
d'un jeûne les Festes de la
Purification & de l'Annonciation
La fonction de ceux
qu'on appelle Preftre dans.
du Tems. 18
la Religion Anglicane , eft de
faire les prieres , de prefcher,
de conferer le Baptefine , d'adminiftrer
la Communion en
leur maniere , & on ne leur
donne ce nom de Preftre , que
pour les diftinguer des Eve
ques , qui font mariez comme
eux .
On trouve dans ce Royaume
diverfes fortes de Sectes . II
y a des Puritains qui fuivent
en toutes chofes la pure do-
&rine de Calvin , & qu'on nom .
me pour cela Calviniftes obftinez.
Ils nient le libre arbitre ,
& regardent Dieu comme l'auteur
du peché, & difent que Jefus
- Chrift n'eft mort que pour
les predeftinez , qu'il a fouffert
les fupplices des damnez , &
que les Enfans qui meurent
avec le Baptefme ne laiffent
182
VI. P. des Affaires
pas d'être fujet à l'enfer , Dieu
damnant plufieurs perfonnes
parce qu'il le veut . Leur averfion
pour ceux qui font
contraires à leurs fentimens , &
fur tout pour les Catholiques
va fi loin , qu'ils ne voudroient
pas prier dans un lieu où des
Orthodoxes auroient confacré.
Ils pretendent eſtre les feuls
qui ayent la pure doctrine , &
ne veulent point porter de Surplis,
de Bonnet & de Soutane,
comme font les autres Pfbiteriens
d'Angleterre, qu'il nom .
ment Calvino Papiftes & Parlementaires
Ces Puritains furent
ceux qui cauferent tant
de troubles fous le regne de
Charles I. Ce Prince ayant fait
une Declaration , par laquelle
il ordonnot que les Eglifes
d'Angleterre & d'Ecoffe fuidu
Tems.
183
vroient la même croyance , &
pratiqueroient les mêmes ceremonies
, ce qui s'appelloit la
Conformité , le Parlement qui
eftoit prefque entierement com
pofé de Puritains , ne voulut
point approuver cette Ordonnance
, & ce fut là le fujet de
l'attentat execrable qu'il commit,
en condamnant fon Roy à
la mort.
ils
Quant aux Prefbyteriens ,
prennent ce nom à cauſe
qu'ils tiennent que l'Affemblée
a efté gouvernée au commencement
par des Anciens , &
qu'ils veulent qu'elle foit ainfi
continuée. Ils disent que l'Office
d'Evêque n'a point eſté
diftingué de celui d'Ancien
pendant prés de trois censans
aprés IESUS CHRIST , que
durant ce temps ils avoient le
184 VI. P. des Affaires
méme nom , les Preftres eftant
Evêques , & que comme alors
leurs noms n'étoient qu'un , leur
fonction de précher & d'adminiftrer
les Sacremens , n'avoit
rien de different. Ils ajoûtent
que la puiffance de confirmer
a été annexée au Prebiteriat,
& que le gouvernement eſt le
méme. Ils fe fervent de paffa- ,
ges de l'Ecriture pour prouver
cela , & font conformes en
beaucoup de points aux opinions
des Catholiques & fort
differens en beaucoup d'autres.
Vous remarquerez que ce
mot d'Ancien s'explique de
deux manieres. Tandis qu'on
fouffroit les Calviniftes en
France , on entendoit par là un
Chefde famille, reconnu homme
de probité, & qu'on admet
toit dans le Confeil avec les
du
Temps. 185
Miniftres pour les affaires de
cette Religion , mais à l'égard
des Prefbiteriens , Ancien &
Prêtre font la même choſe.
Il y a des Proteftans , qu'on
appelle Reformez.Ceux-là font
plus doux , mais quoi qu'ils fe
perfuadent qu'ils ne donnent
pas entierement dans les erreurs
de Luther & de Calvin ,
& qu'ils s'attachent à la veritable
& pure doctrine de l'Eglife
Anglicane , ils ne font pas
éxempts de l'herefie des Anabaptiftes
& des Puritains qu'ils
ne chaffent point de leurs Af
femblées lors qu'il y en vient
quelqu'un ; ce font même
prefque tous Miniftres Puritains
, infectez des maximes de
Calvin,qui traitent les chofes facrées
de céte fauffe Eglife d'An
gleterre. Ils profeffent la Com186
VI. P. des Affaires
munion Ecclefiaftique dans
une entiere conformité avec
Genéve , de forte que les Eglifes
des Calviniftes François &
Flamans ont toujours efté ouvertes
dans Londres par conceffion
des derniers Rois , quoi
qu'ils abhorrent la Doctrine
Angloife , fa Profeffion & fes
Ceremonies. C'est par ces Eglifes
qui font tolerées comme
Soeurs germaines que le Puritauifre
s'eft fomenté en ce Royaume
, & il n'i a pas lieu d'étre
furpris queles Anglois foient
tombez en diverfes Herefies,
quoi que dans le temps qu'ils
ont commencé leur fchifme ,
Luther & Calvin ne leur euffent
point encore communiqué
leurs erreurs. Ceux qui fuivent
ces fortes de Sectes font
appellez Non- Conformistes.
du Tems. 187
Les Anabaptiftes font auffi
reçus en Angleterre . On les
nomme ainfi parce qu'improu .
vant le Baptême conferé aux
petits Enfans , ils les rebaptifent
lors qu'ils les voïent parvenus
à un âge raiſonnable di
fant qu'ils n'ont pas la foi actuelle
dans l'enfance . Ils rejettent
la Doctrine de la realité &
de la Meffe , & croïent que
IESUS CHRIST n'a point pris
chair humaine de la Vierge,
& qu'il n'étoit pas vrai Dieu .
Nicolas Storkius , qui difoit avoir
communication avec Dieu
par l'Archange Saint Michel
qui lui promettoit un Roïaume
s'il vouloit reformer l'Eglife , &
détruire les Princes qui tâcheroient
de s'y oppoſer , fut le
principal auteur de cette Secte.
Thomas Muntzer,fon Diſciple,
-
388 VI. P. des Affaires
pour foutenir les réveries de
fon Maître, fit revolter les Païfans
d'Allemagne , en leur faifant
croire , felon fa Doctrine,
que les Souverains éteignent la
liberté, & qu'il eft permis de la
récouvrer par les armes . Plus
de cent mille de ces abufez
perdirent la vie dans céte guer .
re., & Muntzer ayant été pris
paya de fa tête. Cette défaite
arriva en 1525 & neufans aprés,
ce qui eftoit reſté de ſeditieux
reprirent les armes dans
la VVeftphalie. Ils fe faifirent
de la Ville de Munſter , en
chafferent l'Evêque & les Magiftrats
, & y établirent avec
leur Religion une Police toute
nouvelle
, ayant éleu pour leur
Roy un jeune homme de
vingt quatre ans , Tailleur de
Leiden en Hollande , qui fe
du Tems. 189
fit connoitre fous le nom de
Jean de Leiden , quoi que
Bocold fut celui de fa famille.
Ce malheureux enfeignant
la Doctrine des Anabaptiftes
affuroit qu'elle lui avoit eſté
revelée du Ciel , & préchoit
entre autres chofes la Communauté
des biens & la pluralité
des Femmes qu'il pretendoit
devoir eftre auffi communes.
La Ville fut prife aprés dixhuit
mois de Siege , & Jean de
Leiden & fes principaux Complices
reçurent la peine dont ils
étoient dignes .
Il y a encores des Independans
qui font ainfi appellez ,
parce qu'ils veulent que chaque
Affemblée particuliere ait
fes propres Loix qui la gouvernet
fans qu'elle dépéde d'aucu.
190 VI. P. des Affaires
ne autre dans les Affaires Ec
clefiaftiques. Ce qui les a feparez
de l'Eglife d'Angleterre
c'eft qu'ils prétendết qu'aucun
de fes membres n'a les fignes
de la Grace ; que plufieurs de
cette Eglife ne font qu'une
profeffion exterieure de la croyance
de lelus - Chrift fans avoir
au dedans l'efprit de Dieu
& qu'ils en reçoivent beaucoup
parmi eux qui ne feront
pas fauvez. Ils tiennent toutes
les Eglifes reformées profanes
& impures à la referve de
ceux de leur fecte , & enfeignent
que l'efprit de Dieu habite
perfonnellement dans tous
les bien heureux ; que leurs
révélations n'ont pas moins
d'autorité que l'Ecriture
; qu'-
aucun ne fe doit inquiéter par
la veuë de fes pechez à cauſe
du Temps.
191
qu'il eft fous l'alliance de la
Grace ; que la Loi n'eſt point
la régle de nôtre vie , que
l'Humanité de J. C. n'eſt
pas au Ciel , & qu'il n'a point
d'autre corps que fon affemblée.
Ils font contre les Formulaires
des prières , principalement
contre celuy de l'Oraifon
Dominicale , les tenant
tous pour une extinction de
l'efprit, & comme ils font confifter
une grande Réligion , &
dévotion aux noms , ils ne
veulent point entendre parler
des noms anciens de l'Eglife ,
des jours de la ſemaine & des
tems de l'année. Ils ne s'affujettiffent
à aucun texte en
prêchant , & font prêcher l'un
& prier l'autre. Ce font auffi
des perfonnes d'un caractere
different entre eux , dont l'un
192 VI. P.des Affaires
prophetife , l'autre chante des
Pleaumes , & l'autre benit le
peuple . Ils refufent de baptifer
les petits enfans s'ils ne font de
leur affemblée , parce qu'ils ne
les regardent point comme
membres de leur Egliſe avant
qu'ils foient entrez dans leur aliance
. Ils eftiment beaucoup
plus leurs affemblées en des
lieux particuliers que celles qui
fe font en public , & communient
en plufieurs places tous
les Dimanches entr'eux ; mais
fans y admettre aucun des Eglifes
Reformées . Pendant leur
Communion il n'y a ny chant
exhortation lecture. Ils
la font affis à table , ou n'ont
point du tout de table pour l'adminiſtration
de leur Cene , &
afin de ne point paroitre fuperftitieux
, ils font couverts pendant
ny ny
du Temps 193
J
dant tout ce temps , fans qu'avant
qu'ils communient ils s'y
preparent par aucun recueillement
ny par aucune catéchifation
qu'on leur faffe.Ils condamnent
les procedures violentes
en fait de Religion , &
ne veulent point que les confciences
foient contraintes par
du châtiment. la
peur
d'où
Les Quakers font d'autres
Fanatiques d'Angleterre , appellez
ainfi du mot Quaquen,
qui veut dire trembler
ils font auffi appellez Trembleurs
. parce qu'ils affe&tent
de trembler lors qu'ils propherifent
ou qu'ils prient. Ils .
ne reconnoiſſent aucunes loix
Ecclefiaftiques & méprisent
les fciences , ce qui les tient .
dans la plus craffe ignorance
qu'on le puiffe imaginer. Ils
I
194 VI. P. des Affaires
ne veulent ny prieres publiques
ny Sacremens , &
fuivent l'opinion des Anabaptiftes
touchant le baptefme des
Enfans parce , difent- ils , que
l'Ecriture ne fait mention que
du baptefme des Peuples. Ils
défendent l'explication de l'Ecriture
, fur ce qu'il ne doit
point eftre permis d'y ajoûter,
& fouftiennent que Jeſus-
Chrift avoit aufli fes defauts ,
& que lors qu'il a crié , Mon
Dieu , pourquoy mavez- vous
abandonné , il defefperoit de
Dieu. Ils disent que tous les
hommes ont en eux une lumiere
qui fuffit pour leur falut .
que la priere pour la remiffion
des pechez eft inutile, que nous
fommes juftifiez par noftre
propre juſtice, qu'il n'y a point
d'autre vie & d'autre gloire
du Temps. 195
à atendre qu'en ce monde , ny
ayant ny Enfer ny Ciel, ny Refurrection
des morts que 1.C.eft
venu pour renverfer toute forte
de proprieté , & pour rendre
tout commun entre les hommes ;
que perfonne ne peur s'appeller
Maistre ni Seigneur , ny leftre
falué en paffat & , qu'aucun ne
fçauroit avoir de puiffance fur
un autre. Ils veulent que Pame
foit une partie de Dieu , & que
J. C. n'ait point d'autre corps
que fon Affemblée. Quelquesuns
de ces Quakers difent qu'ils
fono Chrift, quelques - uns Dieu
mefine, & d'autres qu'ils font
femblables à Dieu , parce que
le mefme efprit qui eſt en Dicu
eft en eux . Poulsbor 262
Les Anglois reglent leurs af
faires par ce qu'ils apélent droit
cómun , qui eſt la coûtume or
I ij
196 VI. P. des Affaires
dinaire du Roiaume à laquelle
le tems à donné force de Loi.
Divers Rois y ont ajouté quelques
Statuts pour les chofes
quela coûtume ne faifoit pas
affez bien entendre , & le Droit
civilqquia eft un recueil de ce
que les autres Nations ont de
plus raifonnable,fuplée encore
aux mêmes Status: Le Droit canon
d'Angleterre, apélé le droit
Ecclefiaftique du Roi, eft compofé
de divers Canons des Cõciles,
de plufieurs Decrets deş
Papes,& de paffages tirez des
Ecrits des faints Peres qui ont
été accommodez à leur créance,
lors qu'il s'y eft fait du chagement
dans l'Eglife par lel
Schifme de Henri VIII.Par la
25.Ordonnance de ce ce Prince,
ces Ordonnances ne doivet
être contraires ni à l'Ecriture, ni
du Temps.
197
aux droits du Roi, ni aux Statuts
& coûtumes ordinaires de
l'Etat. Pour le Parlement , qui
eft comme une Affemblée générale
des Etats, comprenant la
Chambre haute & la Chambre
des Communes,tout le mõde
fçait qu'en Angleterre il a
grande part au Gouvernemet.
Ces deux Chambres font compofées
du Clergé, de la Noblef
fe & des Communes,qu'on apéle
en France le Tiers Etat ,
qui font les trois Ordres du Roiaume.
La chambre Haute a le
Roi pour chef ou ceux qui y
préfident de fa part, & l'on n'y
reçoit que la Nobleffe qui eft
apélée la Pairrie d'Angleterre ,
dont il y en a de Ducs,de Mar-
- quis,de Comtes, de Vicomtes &
de Barons,Les Evêques ont féance
dans la Chambre haute "
I iij
198 VI. P. des Affaires
comme Barons & Pairs du Royaume
. Celle des Communes
qu'on
' on apéle auffi la Chambre
baffe , eft compofée de Barons,
Chevaliers, Ecuyers , Gentilshommes,
Yemans ou communs,
Bourgeois & gensde mêtier ,
car par la Loi d'Angleterre tous
ceux qui font au deffous de la
qualité de Barons , font mis au
rang des non Nobles, & les Fils
même des Ducs ne peuvent avoir
féance que dans la Chambre
baffe , à moins qu'ils n'aient
des lettres Patentes du Roi qui
les apélent à la Chambre des
Seigneurs . Lors qu'on a fait
quelques propofitions dans la
Chambre des Communes, elles
doivent être portées dans l'autre,
& l'on n'y peut rien conclure
qu'avec la permiſſió du Roi .
Il ya une troifiéme Chambre
du
Temps.
BELL
compofée de fix Confeillers &
d'un Préfident que l'on tire des
deux autres, Ils connoiffent des
affaires qui font longues & difficiles,
& ils en font leur raport
à l'Affemblée pour les juger.
Leur emploi eft auffi de terminer
les différends qui furviennent
quelquefois entre les deux
Chambres. Le Roi ne peut
faire aucunes levées, ny paffer
de nouveaux Actes fans le Par
lement, qui pourtant n'a point
de pouvoir par lui-même, & où
tout ce qu'on réfout ne sçauroit
avoir de force que par l'autorité
que le Roi lui donne. Il y a plufieurs
affaires que chaque
chambre traite par committé ,
c'est- à- dire, qu'elle choisit des
Commiffaires pour les réfoudre.
Quelquefois la chambre
haute & la chambre baffe en
I iiij
200
VI. P. des Affaires
nomment pour la même affaire,
& cela s'apéle grand commité
On dit que la chambre fe
met en committé , ce qui eft
plus ordinaire à la chambre
baffe: quad il eft permis à chacun
de dire ce qu'il peſe d'une
affaire fans que ce foit opiner,
alors la même perfonne
peut
demander à parler plus d'une
fois , & on l'écoute, mais lors qu'
on opine,aprés que l'on a parlé
une fois,on n'a plus la liberté
de rien dire . Quand aux
Bills qu'on dreffe , ce font des
Actes que l'on veut faire paſfer,
& ils n'ont force de loi
qu'aprés qu'ils ont été leus en
trois diverfes Séances ,& que le
Roi les a aprouvés. Comme il
peut lui feul convoquer le Par-
Jement,il le caffe auffi quand il
lui plait , & c'eft fon autorité
du
Temps.
201
qui regle tout. L'abondance de
toutes les chofes neceffaires à la
vie que le Païs produit avec peu
de peine , rend les Anglois orgueilleux
& negligens . Les pâturages
y font merveilleux , les
laines precieufes & les draps
fort recherchez . On tient
que
cette bonté des laines vient non
feulement de la fertilité du Païs,
mais encore de ce que l'air y é
tant extremement temperé , on
laiffe en tout temps les Moutons
à la campagne. On le peut
faire avec feureté, parce qu'on
ne voit point de Loups en Angleterre.
Pour ce qui regarde les
forces de ce Roiaume, on tient
que le Roi peut mettre en Mér
plus de quatre cens voiles , &
plus de cent mille hommes . La
Cavalerie n'y a jamais efté fi
confiderable que l'Infanterie.)
I v
202 VI. P. des Affaires
i
L'Ecoffe que les omains ont
nommée Caledonie , cft fituée
en la partie Septentrionale de
l'i.Elle a deux cens cinquatefept
milles de longueur ou environ
& cent quatre- vingt dix
de largeur . Le Fleuve de Tay la
divife en deux parties en meridionale,
qui comprenoit l'ancie
Roiaume des Picte , & en feptér
trionale qu'habitoient les Scots.
La premiere eft feparée en 22.
Comtez , & l'autre en a treize.
Celui de Louthiane ou de Loudon,
que les anciens nommoient
Pict and, c'est à dire, demeure
des Pictes, eft confiderable par
Ja Ville d'Edimbourg, capitale
du Roiaume. C'étoit où les derniers
Rois faifoient leur féjour.
L'Ecoffe comprend encore les
Mes Hebades ou Hebrides, les
Orcades , les Sethlandiques ou
du
Temps. 203
Mes de Sethland,& c.On regarde
les Ecoffois comme les plus
anciens Peuples de la Grand'
Bretagne aprés les Pictes. On
débite quantité de fables fur
leur origine, mais l'opinion que
plufieurs tiennent la plus raifonnable
, eft qu'ils font venus
& nommez des Scythes. Ils font
divifez en deux Peuples auffi
differens de langage que de
coutumes. Les Gentilshommes
& les Habitans des meilleures
Provinces qui parlent Anglois ,
font honnêtes , civils & ingenieux
, mais un peu portez à la
vangeance . Les autres qui parlent
la langue qu'ils appellent
Gachelet , & qui leur eft commune
avec les Peuples d'Irlande
, obfervent encore la plufpart
des vieilles coutumes en
leurs vétemens & en leur man-
I vj
204 VI. P. des Affaires
ger.Ils portet des chemiſes tein
tes de jaune , fur lefquelles ils
mettent une espece de Hoqueton
, & ont les jambes nuës jufques
au genoüil . Ce font gens
barbares & feditieux , qui habitent
fur les Montagnes , & qui
fe fervent d'arcs & de fléches
pour armes. Cette partie dans
laquelle les Romains n'ont pa
jamais penetrer , fe nomme la
haute Ecoffe. Elle leur fournit
des lieux où il eft prefque impoffible
de les reduire, & même
de noftre temps elle a borné le
pouvoir des Anglois Parlementaires
. En general les Ecoffois
font fort portez à la guerre , &
propres à la fatigue; on leseftime
vaillans , & il combattent
toujours à pied La Nobleſſe fait
leur principale force. Quandle
Roi veut faire la guerre , il af
J
au Tems.
205
femble le Parlement pour leur
déclarer fes intentions , aprés
quoi les Nobles, les Vaffaux &
les Communes font obligez de
fervir en propre perfonne & à
leurs dépens. Il y a quelques
mines d'or & d'argent dans ce
Roiaume, du fer, du plomb , de
l'azur, du marbre, & l'on y trou
ve quelquefois de l'ambre gris.
Ses plus fecondes Provinces
portet du bled, mais peu de froment
, & il y a dans les autres
plus de pâturages que de grains.
On y fait auffi quelque eftime
des chevaux. On copte un fort
grand nombre de Rois, dont on
ne fçait rien de certain , & dont
la pluſpare font peut- étre fabuleux
depuis Fergus I. qui regnoit
avant l'an 420. de Rome,
c'est à dire ,plus de trois cens ans
avant la venue du Sauveur du
*
206 VI. P. des Affaires
monde,jufques à Fergus II.dont
on trouve que le regne commença
en 4.Il y a eu encore
cinquante-trois Rois dépuis
Fergus II. jufqu'à Alexandre
III. qui étant mort fans Enfans
en 1286. laiffa la Couronne à
difputer entre Tean de Bailleul
d'Harcourt, originaire de Normandie
, & Robert Brus , tous
du Sang d'Ecoffe par filles. Ils
choifirent pour arbitres de leur
différend Edouard I.Roi d'Angleterre
, à ne compter les Rois
de ce nom que dépais Guillaume
le Conquerant, que Saint
Edouard qui étoit Edoüard III.
laiffa heritier de fon Roiaume.
Edouard ayant fait promettre à
Jean de Bailleul qu'il affujettiroit
la Couronne d'Ecoffe à celle
d'Angleterre prononça en ſa
faveur.Unc fi hoteulecŏdition,
du
Temps. 107
que lors qu'elle futique, elle le fit
méprifer de fes Sujets.Edouard
l'ayant envoyé citer pour l'obliger
à tenir parole, il ne parut
point. Ce Roi entra dans l'Ecoffe
avec de nõbreuſes Trou→
pes, fe rendit maitre des Places
les plus confiderables , fit Jean
prifonnier, & ne le remit en liberté
qu'à la charge qu'il ne
feroit point rétabli fur le Trône.
Les Ecoffois qui le haif
foient , fouffrirent fans peine
fon exclufion , mais comme ils
avoient une groffe Armée fur
pied , ils ne purent fe refoudre
à reconnoitre Edouard. Il marcha
contre eux , tailla leurs
Troupes en pieces , & fe fervit
fi bien de fes avantages , qu'il
obligea tous les Barons à lui
prêter ferment de fidelité en
1300, aprés quoi il abolit les
208 VI. P. des Affaires
& Y
anciennes Coutumes du Pays,
établit celles d'Anglerre.
Il ne garda cette Courone que
pendant fept ans . Robert Brus ,
concurrent de lean de Bailleul,
s'état mis à la tête de quelques
Troupes , emporta la plupart
des Places dans lefquelles Edouard
avoit établi des Garnifons,&
fe fit couronner Roi en
1307. Il ordonna par fon Teftament
que David fon fils unique
lui fuccederoit
, & que s'il
mouroit
fans pofterité
,le fils de
Marie fa fille, qu'il avoit faitépoufer
à VValter
, ou Gautier
Stuard , grand Sénéchal
d'Ecoffe,
auroit la couronne
. Cela
arriva. David mourut fans Enfans
; Robert Stuard , fon Néveu,
fils de Marie fa Soeur , lui
fucceda. & c'eft de là que vient
la Maiſon
Royale
de Stuard •
du Temps. 109
qui regne aujourd hui en Angleterre.
Jean,fils de Robert, regna
ap és lui mais les Ecoffois
ne pouvant fouffrir ce nom à
caufe de Jean de Bailleul , lui
firent prendre celui de Robert
III. Il fut Pere de Jacques J. &
de Pere en fils il y eut 5. Rois
de ce nom. Jacques V. étoit fils
de Jacques IV . & de Marguerite
d'Angleterre, fille d'Henry
VII. & Soeur d'Henry VIII. Il
ne laiffa qu'une fille appellée
Marie , Reine d'Ecoffe. Elle fut
femme de François II Roy de
France, & étant repaffée en Ecoffe
lors qu'elle fut Veuve , elle
époufa Henry Stuart , Comte
d'Arlay , dont elle eut Jacques
VI.que la Reine Elizabeth reconnut
en mourant pour l'heritier
legitime des Couronnes
d'Angleterre & d'Irlande . Co210
VI. P. des Affaires
me il y joignit celle d'Ecoffe,
que Marie Stuart, fa Mere , lui
avoit laiffée , il ſe fit appeller
Roy de la Grand ' Bretagne , &
regna en Angleterre jufqu'en
1625. fous le nom de Jacques I.
Charles I.fon fils lui fucceda.Il
étoit Pere du feu Roy Charles
II. & du Roi Jacques,fecond de
ce nom en Angleterre , & feptié
me du même nom en Ecoffe,
fur qui le Prince d'Orange viết
d'ufurper la couronne. Tout le
monde fçait fa funeſte mort arrivée
en 1469.
Quand à la Religion,on tient
que le Roiaume d'Ecoffe recut
les lumiéres de l'Evangile
vers l'an 203. fous le Pontificat
de Victor I. Il fut infecté
de l'Herefie de Pelagius dans
le cinquième fiécle, & le Pape
Celeftin I. y envoia Palladius
du
Temps.
211
pour l'en bannir. Depuis ce
tems il fe maintint dans la pureté
de la Réligion Catholique
jufqu'au regne de Jacques V.
Ce Prince fit voir beaucoup
de zéle à s'opofer aux erreurs
des Proteftans , & punit feverement
ceux qui le fuivirent. Aprés
la mort , & celle de Marie
Stuard,fa Fille , toute l'Ecoffe
demeura en proie aux Novateurs.
Le jeune Roi Jacques V1.
aiant été élevé par les Heretiques,
la Réligion Orthodoxe
fut prefque toute ruinée. Lors
qu'il eut fuccedé à Eliſabeth ,il
fit recevoir en Ecoffe les mefmes
ceremonies qui font pratiquées
par l'Eglife d'Angleterre
, & donna des Evefques
aux Ecoffois malgré les Miniftres
de ce Royaume . Le Parlement
qui eft l'Affemblée des
ར
y
212 VI. P.des Affaires
Etats, eft compofé des trois Ordres
, fçavoir du Clergé , de la
Nobleffe , & du Peuples comme
en Angleterre . Outre ce Parle-
*ment, il y en a un fixé à Edimbourg
, étably par Jacques V.
Ceftoit avant luy un Parlement
mouvant , qui alloit rendre la
Juftice par les Villes , & interpreter
les Loix. Il y a auffi en
Ecoffe quelques Cours Souvevaines,
& des grands Jufticiers
pour les caufes criminelles.
Chaque Province a d'ailleurs
outre fes Officiers ordinaires ,
un Vicomte Hereditaire quit
juge les matieres criminelles &
civilles . Les Seigneurs Pairs du
Royaume font Deputez nez au
Parlement, & en cette qualité,
les Archevefques , Evefques,
Ducs , Marquis , Comtes , Vicomtes
, Barons ou Lords , ont
du Tems. 213
droit d'y entrer fans autre députation.
chaque Comté députe
deux Gentilshommes , &
& les foixante Bourgs ou Villes .
en deputent un. Edimbourg ,
comme Capitale du Royaume,
a le privilege d'envoyer deux
Deputez. On procede enfuite
à l'election des Commiffaires,
appellez Lords des Articles ,
pour dreffer le projet des Actes
qu'on doit propofer au Parlement.
Les Prelats en choififfent .
huit parmi les Seigneurs. Les
Seigneurs choififfent le mefme
nombre parmi les Prelats ,
& ces feize Commiffaires ,
avec les grands Officiers de
la Couronne, qui font Commiffaires
furnumeraires dans toules
affaires du Parlement , en
nomment huit autres pour les
Comtez, & huit pour les Bourgs
114 VI. P. des Affaires
ou Villes ; de forte que l'Affemblée
eft composée de trentedeux
perfonnes , fans y.comprendre
les Officiers du Roy &
du Royaume. Ces Lords des
articles, ou Commiffaires choifis
du nombre des Prelats , des
Pairs Seculiers & des Députez
des Comtez, & des Bourgs ou
Villes , preparent tous les
Bills ou projets des actes qui
doivent estre propofez. Il n'i
a point d'autres Commiffaires
particuliers qui dreffent
les projets des Actes ainfi qu'il
fe pratique au Parlement
d'Angleterre , où ils font dref
fez par un nombre de perfonnes
choifies qui travaillent au !
Committé Comme ces Députez
font choifis de tous les
Ordres qui compoſent l'affemblée
du parlement d'E
..
•
du Tems. 215
coffe , il n'y a point de déliberations
particulières , de même
que celles de la Chambre
des Communes & celles des
Seigneurs qui délibérent feparement
en Angleterre , &
ainfi il eft neceffaire que les
actes foient approuvez deux
fois avant que d'eftre preſentez
au Roi. Les Lords des
articles avec le Chancelier &
les principaux Officiers de la
Couronne , ayant preparé , &
dreffé le projet de l'acte, ils le
mettent eenn déliberation à
l'Affemblée générale.
qu'il eft aprouvé à la pluràlité
des voix , le Chancelier le
préfente au Roy , ou en fon
abfence augrand Commiffaire
réprefentant fa Majeſté, &
quand il a touché avec le Sce.
ptre le papier où il eſt écrit ,
Lors
216
VI. P. des Affaires
Il
cet Acte eft réconnu valable
& a la même autorité que les
anciens Statuts du Roiaume.
y a deux Archevéchez qui
font S. André & Glaskovv, &
onze Evéchez en Ecoffe. Les
Ecclefiaftiques s'y gouvernoient
autrefois par les autoritez
des Decrets & des Conciles
, mais prefentement ils fuivent
les loix que les Rois d'Angleterre
y ont établies , & tout
le Clergé y vit à la façon de
l'Eglife Anglicane .
Comme l'Ecoffe ne fait.
qu'une même Ifle avec l'Angleterre,
je me fuis creû obligé
de vous en parler avant que
de vous rien dire de l'Irlande ,
qui eft une Ifle particuliére ,
quoi que l'Irlade ait été foûmi-
Te aux Anglois par la force de
leurs armes , plus de cinq cens
ans
du Temps.
217 .
ans avant que l'Ecoffe & l'An .
gleterre n'ayent eu que le même
Souverain. Cette lle dont
la longueur eft environ de fix
vingt lieuës , & qui en a foixante
de l'argeur, & deux cens
cinquante ou foixante de circuit
, a pour fon Orient l'Angleterre
, dont elle n'eft feparée
que par un bras de mer
qu'on peut aifement paffer en
un jour Elle regarde l'Espagne
du côté du midy, & a la vafte
mer à l'Occident, & l'Ifle d'Iflande
au Septentrion . C'eſt la
même
que les Latins ont apélée
Hybernie. Elle fe divife
en cinq Provinces, qui ont efté
autrefois autant de Royaumes.
Ces cinq Provinces font
Monſter ou la Mommomie
compofée de fix Comtez ;
Leinfter ou Lagenie qui en a
K
218 VI . P. des Affaires
fept ; Connagh ou Gonnacie
qui en a fix; Ulfter ou Ultonie,
qui en a fept , & Meath ou Medie
qui eft fituée au milieu des
autres , & qui comprend la Fortereffe
de Killair, & la Baronnie
de Delvin. Dublin qui eſt
dans la Lagenie,eft la Capitale
de toute l'lfle, avec Univerſité.
C'eſt où les Vicerois Anglois
font leur fejour. Il y a auffi Archevefché,
ainfi qu'à Armach ,
à Toum & à Cashel. Ces quatre
Archevefchez avec vingtneuf
Eveſchez , & toutes les
autres Dignitez eſtablies dans
la Religion Catholique , faifoient
autrefois le Clergé de
ce Royaume . Il a plufieurs Rivieres
qui forment des Lacs .
Le Liffer en fait un , qui a
au milieux une petite Ifle où
l'on trouve le trou de faint
du
Temps.
219
Patrice. C'est ce qu'on appelle
ordinairement le Purgatoire.
de faint Patrice, dont I on conte
tant de Fables . Cette Ille qui
eft défendue par de bons Ports,
eſt peu fertile en arbres fruitiers
, & a peu de grains à caufe
des pluyes continuelles, mais
les pafturages y font excellens.
On tient que la terre n'y peut
fupporter aucun animal venimeux
, & meſme
& mefme , qu'eftant
tranſportée ailleurs , elle fait
mourir les Serpens. On dit
auffi que le bois de fes Forefts
n'engendre ny vers , ny
aragnées. Les Habitans font
affez bien faits , mais moins
vigoureux que les Anglois ,
& moins propres à la guerre.
L'air de leur lfe , quoy que
groffier , leur caufe peu de
maladies , ce qui fait que la
k ij
220
VI. P. des Affaires
plufpart meurent de vielleffe .
Comme ils vont à l'extremité
dans leurs paffions, ils font ou
tout bons , ou tout méchans .
Ceux qui habitent à l'extremité
de l'lfle , ou dans les montagnes
, font entierement fauvages.
Leur Langue eft particuliere,
& leur accent eft tres
· rude. On les accufe d'être naturellement
oififs , & l'averfion
qu'ils ont pour la fervitude ,
fait que ceux qui font avan
cez dans l'Ifle n'aiment ni la
Langue, ni la domination des
Anglois . On y trouve une tresgrande
quantité de Safran , &
les principales richeffes de
ceux qui l'habitent , confiftent
en beurre, en fuif, en laines, en
cuirs, en fromages , en Saumons,
dont les Anglois font tout le
commerce . On donne à l'Ir-
1
du Temps.
221
⚫lande Slanius pour premier Roi
& l'on prétend qu'il vivoit
prés de feize cens ans avantla
venuë de J. C. Les Hiftoriens
d'Irlande marquent enfuite
cent quatre - vingt- dix Rois
jufques au temps où elle a été
foumife à l'Angleterre , ce qui
arriva en 1171. Comme il y avoit
alors dans cette Ifle autant
de petits Rois que de Provinces,
l'un d'eux ne pouvant
refifter à fes voifins envoia fon
Fils à Henri II. qui regnoit en
Angleterre , pour lui demander
quelque fecours . Henri
lui donna des Troupes qui rétablirent
ce Prince dans toutes
les Terres que fes Ennemis
avoient occupées fur luy. Il
en fut réconnoiffant , & pour
arétenir ceux qui l'avoient fi
bien fécouru , il leur diſtri-
Kiij
222 VI. P. des Affaires
bua des heritages qui les arrêterent
en Irlande . Les Habitans
naturels en êtant jaloux ,
apélerent un Comte Anglois
nommé Richard, & lui promirent
de grands avantages s'il
les délivroit de leurs Ennemis.
Il avoit des Soldats préts . Il
paffa dans l'Ifle, emporta Dublin
d'affaut , & devint fi rédoutable
, que les Contrées les
plus éloignées s'emprefferent à
faire alliance avec lui . Com
me il étoit forti d'Angleterre
contre les ordres du Roi Henri,
il réfolut de l'en punir.Il def
cendit en Irlande avec une
puiffante Flore , attaqua Dublin,
& le Comte Richard obtint
fon pardon , en lui en faifant
ouvrir les portes. Henry
continua fes Conquêtes; & fes
armes faifant tout trembler ,
du
Temps- 223
les Rois qui partageoient l'Ifle
n'oferent fe joindre pour luy
refifter. La plufpart fe foumirent
, & lui prêterent ferment
de fidelité , de forte qu'il acquit
fans beaucoup de peine
une Couronne qu'il defiroitardemment
depuis long tems.Richard
fon Fils lui aiant fuccedé
donna à fon Frere Jean
pour une partie de fon apanage
toutes les Conquêtes que
Henri leur Pere avoit faites en
Irlande . Jean êtant monté au
Trône aprés la mort de Richard,
entreprit de conquerir
le reste de l'ifle , & en vint à
bout en 1210.Il y établit les coûtumes
d'Angleterre , & envoia
des Gouverneurs & des Magiftrats
dans toutes les Provin
ces pour y adminiſtrer la Juftice.
Depuis ce tems - là
K iiij
224 VI. P. des Affaires
quoy que ces Peuples ayent
fuporté le joug impatiemment ,
les Rois d'Angleterre ont efté
Seigneurs d'Irlande , fans que
cette lfle ait eu d'autre titre
que de Province dépendante
de la Couronne d Angleterre
jufqu'en 1535. qu'arriva la révolte
de Thomas Giraldin. Le
Cardinal d'York ayant fait
mourir le Comte de Kildare
fon Pere , qui commandoit
en Irlande en qualité de Lieutenant
Général du Roy Henry
VIII. Thomas qui voulut
venger fa mort , fit foulever
l'Ife , & la mit dans une fi
grande confufion , qu'il s'en
fuft rendu Seigneur abfolu
s'il n'euft pas efté tué dans
une Bataille . Les Irlandois
rentrerent d'eux- mêmes dans
le devoir, & le titre de Seidu
Temps.
225
fi
gneur d'Irlande qu'avoient
toujours pris les Rois d'Angleterre
, ne leur paroiffant pas
augufte ni fi digne de, refpect
que celuy de Roy , ils affemblerent
leurs Etats , aprés la
mort de ce Thomas Giraldin ;
& pour obliger Henri à oùblier
plus aifement leur revolte ,
ils le déclarerent Roy d'Irlande.
Cette érection en Roiaume
fut confirmée par Paul IV.
fous le regne de Marie , ce
Pape ayant voulu réconnoître
par - là ce qu'elle avoit fait
pour le rétabliffement de la
Réligion Catholique en Angleterre.
On y a établi un Vi
ce-roy , qui a un pouvoir tres,
confidérable. Ilades Con
feillers , qui font les Chancelier
& le Tréforier du Royau
me , avec des Comies Codes
P
K v
226 V1. P. des Affaires
Barons & des Prélats. Chaque
Province a auffi fon Gouver
neur.On tient que cette ifle reçût
la Foi Catholique en 335
On la nommoit le pays des
Saints . Elle a confervé la pureté
de la Réligion jufqu'au
regne de Henri VIII dont le
Schifme fit ouvrir les portes
y
à l'Herefie. Elizabeth contribua
fort à l'établir. Ainfi elle
y fit de grands progrez , quoy
qu'il y foit toujours demeuré
un fort grand nombre d'Orthodoxes
qui ont effuyé les plus
cruelles perfecutions. En 1624.
on y publia de tres feveres Edits
contre les Ecclefiaftiques ,
& on a uſé depuis de tant de
rigueur cotre tous ceux qui ont
refufé de renoncer aux vérítez
de noftre Réligion , que lors
qu'on les a forpris en faifant.
2
du
Temps.
227
dire la Meffe en particulier ,
outre le tribut qu'on exigeoit
d'eux pour leur permettre de
vivre catholiquement, & de ne
fe pas trouver aux Affemblées
des Proteftans ils ont encore efté
condamnez en de fort groffes
amendes.Ceft ce qui les a
contraints d'abandonner leur
Pays , ou de fe cacher dans les
montagnes.
dé
Encore que je fois perfuaque
ce que vous venez de
lire eft inconnu à fort peu de
gens,j'ai cru qu'on ne feroit pas
faché de le trouver en peu de
paroles, dans le même ouvraqui
doit renfermer toute l'Hiftoire
de l'invafion du Prince
-d'Orange afin que ceux qui
voudront fe rafraifchir la memoire
de quelque chofe qui
regarde l'état paffé & prefent
K vj
218
VI. P. des Affaires
des trois Royaumes qui compofent
celui de la Grad' Bretagne,
puiffent le faire fans eftre
obligez de parcourir beaucoup
de volumes. La Lettre qui fuit
eftant encore fur les Affaires du
temps, merite bien d'avoir place
icy. Vous y trouverez beaucoup
de folidité & d'agré
ment.
LETTRE
D'UN HOLLANDOES
A UN MILORD .
Lin
A bonté que vous m'avez
témoignée
durant le fejour
que j'ay fait en Angleterre , &
les nouvelles marques de 'confiance
que vous m'avez données
par votre derniere Lettre, men--
gagent à vous répondre avec la
du Temps. 2293
méme ouverture de coeur que
vous me demandez , en m'ens.
voyant la Harangue de vôtre
nouveau Roy , & à vous en dire
mon fentiment avec une entiere
liberté, le vous avoüeray d'abord
que le foin qu'il fait pa
roître pour nous preferver de
l'invasion d'un Ennemy fort redoutable
me paroit fincere, parce
queje fuis perfuadé qu'il en
a peur. Il fçait en quel estat fon
ambition a reduit nos affaires,
& que s'il a travaillé heurenfement
pour fon compte , il n'a
pas travaille pour le nôtres que
nôtre Marine eft foible , nos
Troupes mediocres , nos Finan
ces épuifces & dans un prodi
gieux defordre som entreprise
d'Angleterre, nous a jette dans
ces inconveniens , & comme il
n'eft pas encore fi bien établi
"
230 VI. P. des Affaires
fur le Trône que fa place de
Stathouder foit à negliger , je
ne doute point qu'il ne craigne
autant la ruiné que la nôtre.
Ainfi vous devez reconnoitre
que c'est lui qui parle & non pas
les Etats , qui peuvent fe vanter
avec justice de n'avoir ja
mais demandé dufecours àleurs
Aliez en termes fi bas,& fi peu
conformes à leur ancienne dignité,
méme dans les circonftan
ces des affaires les plus facheufes
; car je ne crois pas qu'on
trouve dans noftre Hiftoire que
depuis la Tréve de 1609, nous
ayons
déclaré à aucuns Princes
ou Etats Catholiques ou Proteftans
, que s'ils ne nous fecour
roient puiffamment noftre ruine
eftoit inévitable. En verité
nous n'en croyons rien , & j'ofe
vous affurer qu'il n'a pas efté
du Temps. 234
prié de vous tenir un pareil di-,
fcours ; mais il nefaut pas s'en
étonner , puis qu'en cela il a
plus parlé felon fa pensée que
felon la noftre. Il a formé dans
fon efprit un Etat de la Hollande
, ajusté à fes deffeins & à
fes interefts indépendamment
des noftres. Suivant ce projet,
les Provinces Vnies dévroient
eftre en inimitié perpetuelle a
vec la France, demeurer foûmi-
Jes àtout ce qu'il voudra ordonner,
n'agir que par fes confeils,
ou plutôt par fes ordres , & lui
fournir les mémes fecourspourfe
maintenirfur le Trône, que ceux
qu'il a extorquez pour en chafe
fer le Royfon Beau pere. Lors
que les Provinces Vnies s'écarteront
de ce projet , elles ne lui
feront plus rien ; & il compte
avea raison qu'elles periront in232
VI. P. des Affaires
évitablement àfon égard, fi nos
interefts font infeparables des
fiens.Nous ne fommes pas tous de
cet avis,puis que noftre Republi
que a des interefts prefque incompatibles
avec l'Angleterre,
qu'elle peut fe paffer de fes fecours,&
qu'elle a trop de chofes
àdéméler avec les Anglois fur
be feuls article du Commerce,
pour croire que la Royauté du
Prince d'Orange puiffe mettre
ces deux Nations d'accord Ainfi
nous fommes perfuadez que com.
me dans les circonstances pres
fentes noftre ruine feroit inévi
table fi nous dépendions tellement
de l'Angleterre , que nous
me puſſions anais nous en detacher;
auffi nous avons des ref
fources preique certaines pour
*prevenir ce peril dont on nous
menace , après nous y avoir cu
du
Temps. 233
1
gagez malgré nous. Mais nous
comprenons bien que ces mémes
reffources qui pourroient nous
délivrer de la guerre, & qui ne
font point inconnues au Prince
d'Orange, en nous prefervant de
noftre entiere ruine , lui en attireroient
une certaine Il n'a qu'
un feul moyen de fe maintenir
dans fa nouvelle dignité, qui eft
de nous tenir le plus long- temps
qu'il lui fera poffible engagez
dans fa querelle , dont nous avons
imprudemment fait ta notre,
& defoutenir à vos dépens
& aux noftres la guerre contre
le Roy Lacques , malgré les fecours
de la France , ce qui n'eft
pas une petite affaire ; car ces
nombreuses alliances de Princes
affamez d'argent ne lui pourront
pas eftre fort utiles F cette
guerre dure , comme il y a
234 VI. P. des Affaires
beaucoup d'apparence Il faut
s'attendre qu'ils demeureront
Spectateurs paisibles durant un
temps , & qu'ils pourront groſſir
fa Courpar des Miniftres chargez
de le complimenter fur fa
nouvelle dignité, & encore plus
d'obferver tres - exactement la
fituation de fes affaires . En cas
qu'elles deviennent douteuses ,
l'indifference de fes Aliez augmentera
, & pour peu qu'elles
aillent en décadence, je fuis affuré
que tous Catholiques &
Proteftans fe piqueront d'honneur
& de confcience , auffi toft
qu'ils reconnoitront qu'il n'y a
rien à gagner avec lui.
Cét article eft , & fera toujours
le plus effentiel, mais il roule
entierementfur voftre compte.
Si vous lui pouvez & voulez
fournir tous les fubfides qu'il
du
Temps. 235
vous demandera , fes Aliez demeureront
fidelles , &fa caufe
deviendra bonne ; mais nous avons
cru ce remede prefque auſſi
perilleux que le mal; c'eft ce qui
nous fit confiderer d'abord la
propofition qu'il vous a faite de
nous rembourfer de fix cens mil
livres sterlins dépensées pour
l'entreprise d'Angleterre, comme
une des plus plaifantes vifions
qui foit jamais entrée dans l'e-
Sprit d'un Tolitique, fur tout en
la foûtenant d'une raison auffi
bizarre qu'est celle de vous avoir
délivrez des fers du Papif
me & du Pouvoir arbitraire En
verité nous n'aurions jamais cru
que cette raifon pût faire affez
d'impreffion fur vos efprits pour
vous obliger à mettre la main à
la bourfe d'autant plus que comme
il ne nous a donné part de
›
236 VI. P. des Affaires
fon deffein que la veille de for
embarquement,nous ne pourrions
fans injuftice partager avec lui
le merite de fes pieufes intenles
tions .S'il nous les avoit communiquées,
& que les déliberations
euffent efté libres , je doute fort
que les Etats lui euffent donné
moyens de les executer ; car
comme vous fçavez, noftre zele
pour la Religion Proteftante a
fes bornes & nous n'avons jamais
·Senti que nos affaires reçuffent
le moindre préiudice de ce qu'on
difoit la Meffe à Londres . Nous
ne nous fommes iamais mis en
peine de l'empécher , puis que
nous n'empéchons pas qu'on ne la
dife en plufieurs de nos Villes . Le
Pouvoir Arbitraire du Roy Iacques
nous incommodoit beaucoup
moins que celui de Stathouder
Guillaume. Ainfi nous eftionsfort
du
Temps.
237
éloignez de penser à emploier
nos Troupes nos Vaiſſeaux & nôtre
argent à une espece de Croifade
Proteftante , qui peut nous
avoir acquis du mérite devant
Dieu , fi nous voulons croire nos
Miniftres , mais qui certainement
nons attirera la hainepublique
ou fecrete de tous les Souverains
qui ne doivent pas s'accommoder
d'un femblable zele.
C'est pourquoi j'ay cru que les
Etats avoient fait en cela une
faute dont ils fe reffentiroient
toft ou tard ; mais qu'ils en obtiendroient
aisément le pardon,
en renonçant comme par une ef
pece
d'amende , à une dette qui
ne peut eftre exigée en Justice.
Plufieurs de nos bons Compatriotes
vous l'auroient remife
volontiers, à condition que vous
garderiez noftre Stathouder
1
238 VI. P. des Affaires
jusques à ce que nous vous le redemandaffions,
& fi vous aviez
negocié avec nous,il vous en auroit
affurément moins coufté.
L'avoue que plusieurs de mes Amis
& moy , qui croyons entendre
les affaires d'Angleterre, avons
efté fort tromper fur cet
article. On eft tellement accoutume
de vous voir brouillez avec
vos Rois legitimes , lors qu'il
s'agit de leur accorder des fubfides
extraordinaires , que nous
avions cru que quãd vous feriez
d'accord avec celui - ci en toutes
chofes, vous ne le feriez pas
fur un article fi delicat , & que
les motifs de Religion ne vous
out jamais rendu facile à digerer.
Quand on la changea autrefois
en Angleterre , chacun y
trouva fon compte,& profita de
la dépouille des Preftres. Cromdu
Tems, 239
velqui connoiffoit bien , comme
il a paru, le genie de la nation ,
jugea qu'il étoit neceffaire de
rendre utile la fupreffion de l'Epifcopat
& de la Réligion étales
loix auffi bien que blie
ن م
par
celle de la Dignité Roiale , en
vous abandonnant les biens de
l'Eglife , les meubles joyaux &
terres de la Couronne a des prix
fort médiocres. Ainfi on attendoit
que le bon efprit de vôtre
nouveau Roiluifourniroit quelque
expedient femblable ,
qu'il ne commenceroit pas
à
vous faire paier les frais de
L'extirpation du Papifme, ou que
s'il prétédoit le faireil trouveroit
la méme refiftance que vos
Peres firent à Charles I quand
il leur demandoit de l'argent
pour le fecours des Proteftans de
la Rochelle. Plût à Dieu que
240 VI. P. des Affaires
nous euffions imité leur exemple
en cette derniére occafion , car
enfin ces motifs peuvent étre toterez
dans la bouche des Predicateurs,
mais ceferoit une étrange
chofe, fi parce que nous faifons
profeffion de la Réligion
Proteftante, nous étions obligez
à entreprendre de longues &
dangereufes guerres dés que ces
gens là nous precheroient qu'elle
court rifque d'étre oprimée
en quelque autre pays . Croyez
done, Milord, que ce n'eft pas à
defemblables motifs qu'il faut
attribuer la condefcendance
exceffive qu'on a euë pour l'aiffer
an Prince d'Orange une entiére
difpofition de toutes les
forces de l'Etat qui afait reuffir
fes deffeins ; mais à la foibleffe
inexcufable de nos Bourguemestres
qui fontplus frapez
dė
du
Temps. 24.I
de la mortfunefte des véritables
Peres de nôtre Patrie , que
touchez du défir d'imiter leurs
incomparables vertus .
Il ne nous eft pas fort important
qu'un Roi d'Angleterre
foit Proteftant ou Papifte , ny
qu'il s'apele Iacques ou Guillau
me,ni que vos loixfoient bien ou
mal obfervées, ni que vous foiez
contens. Ce nefont point là nos
affaires ; mais nôtre liberté nôtre
feureté, nôtre commerce , la
confervatio de la paix qui fait
fleurir les arts & la navigation
cefont là, Milord, nosveritables
affaires. Cependant
vous fçavez où eft réduit nôtre
commerce.Les pertes de nos marchands
font fi frequentes & fi
grandes que je n'y puis penfer
fans douleur. Nous fommes menacés
par le feul ennemi que
L
242 VI. P. des Affaires
nous ayons à craindre , & nous
n'avons jamais eu moins de
Troupes. Les meilleures fur lefquelles
nous pouvions prendre
une entiére confiance , font occupées
à brûler des Chapéles, &
à battre les buiffons pour attraper
des Prétres & des Iefuites.
De 14000. hommes on nous en
revoye quatre mille,&à la place
des autres on nous envoie des
Anglois dont les uns veulent obéir
au Roi Iacques , les autres
au Roi Guillaume. Aucun prefque
ne veut nous fervir;de forte
qu'il les afalu embarquer le
moufquet dans le ventre , & je
m'attens qu'ils deferteront tambour
battant à la premiére occafion.
Nous avons deja été regalez
de quatre deux centiémes
deniers depuis le mois de Novembre
, & cependant il faut
du
Temps. 243
bien chercher d'autres femmes
que celles qui font dans nos coffres
,fi cette guerre que nous- nous
fommes attirés pour lagloire de
Dieu ou plutoft pour celle du
Prince d'Orange, dure quelques
années : car nonobfant la joie
que fes créatures veulent que
nous ayons de ce dédommagement
qu'ila obtenu de vous, quoi
qu'il ne foit pas à beaucoup
prés proportionné à la dépence
que nous avons faite,je vous affure
, Milord , que nos plus fages
Républicains font perfuadez
que cet argent ne viendra
pas jusqu'ici ,mais qu'il fera mis
avectant d'autre dont le Prince
d'Orange ne dreffera pas fi
tôtfes comptes. Nous attendons
que quelques- uns de ceux qui
lui font entièrement devoüez
propoferont de lui en faire un
Lij
244 VI. P. des Affaires
prefent,que fi on trouve trop de
difficulté à cela , il le gardera
fous titre d'emprunt , & dans
quelque tems, s'il fe trouve bien
établi fur le Trône, il aura des
expediens pour ne le point rendre
, comme pourroit étre le dédommagement
des Anglois de
Bantam , & quelques autresfemblables.
Voila cependant les premiéres
benedictions
que
Dieu a
répendues fur nous , & pour lef
quelles nous célébrâmes unjour
de jeûne d'actions de graces
publiques le 31.du mois dernier.
Si vous aviez été ici , vous auriez
bien entendu des impertinences
dans tous nos préches:
car nos Miniftres qui font repu
blicains dans tous les Etats
Monarchiques.& qui font Roialistes
en ce pays- ci , nõus exagerent
des benedictions d'une
du Temps. \ 245
maniére
fiextravagante, que fi
vous en avions voulu croire
quelques- uns , le Roi Lacques ne
devoit jamais arriver en Irlan
de , mais les Girouettes ont demanti
les Prophetes, je dou
te fort que leur éloquence eût
été capable de nous perfuader
la guerre contre le Papifme, fi
nous avions été en liberté. Au
moins nous avons confideré ces
exhortations à extirper le Papifme
comme des digreffions fort
impertinentes que nous fouffrons
depuis quelque tems , parce que
nous ne pouvons les empécher .Ie
croiois auffi que vôtre Nation les
confidéreroit comme un fermon
qui pouvoit l'ennuier, mais non
pas comme des raisons capables
de lui faire débourfer fon argent.
Enfin nous avons été
trompez,& nous ne connoiffions
Liij
246 VI. P. des Affaires
pas la grandeur de vôtre zéle
quand nous ne pouvions croire
que vous vouluffiez paierfi cher
l'extirpation du Papifme. Vous
en voilà donc délivrez ; mais
croiez-vous étre délivrez di
Pouvoir Arbitraire ? Il me femble
, fi je n'ai pas perdu mon
tems en Angleterre à étudier
vos Loix , que vous appellez
Pouvoir Arbitraire celui qui
paffe les bornes prefcrites par
les Loix. Suivant cette maxime,
le Roi auroit exercé ce Pouvoir
Arbitraire , s'il avoit entrepris
de vous contraindre à lui
donner de l'argent pour nous
faire la guerre dans le tems auquel
il ne pouvoit nous la déclarer
fans déconcerter les deffeins
du Prince d'Orange . Vous pou
viez le lui refufer ; cependant
il avoit un fujet legitime de le
du
Temps.
247
faire , puifque la loi vous obligeoit
à être fidéles à vôtre Roy
& à emploier vos biens & vos
vies pour la défense de fa perfonne
& de fa Couronne. Il eft
donc beaucoup plus contre la
loi d'exiger des fommes immen-
Ses pour une entreprise qui eft
directemet contraire à vos loix.
Mais, direz vous , il nous a
demandé ce fubfide , & nous
voulons bien le lui accorder, &
en cela il n'y a rien que dans
L'ordre. Sur quoi vous me permettrez
de vous dire que cette
excufe eft fort frivole ; car s'il
n'a pas droit de vous le demäder
& que vous n'aiez pas pouvoir
de lui accorder ce qui eft en
question , la prevarication eft
double , & votre confentement
reciproque n'empeche pas que
vous n'agiffiez contre la loi. Il
Lij
248 VI. P. des Affaires
n'a certainement aucun droit
de propofer des fubfides qu'en
qualité de Roi, vous la lui avez
donnée mais fi vous n'avez pû
le faire felon la loi il n'a aucune
autorité. Vous avez droit
comme membres du Parlement
de donner vos avis, & de confentir
à de femblables propofitions
ou de les rejetter; mais il faut
auparavant, que vous Joiez legitimement
affemblez en Parlement
, & toutes vos déclarations
faites ou à faire, ne pourront
donner cette qualité à vôtre
affemblée , ni empécher que
tôt ou tard vos actes ne foient
abolis. Cependant quand vous
feriez Parlement , il faudroit
que vous euffiez des pouvoirs
bien exprés pour confentir à
des levées extraordinaires de
deniersfous unpretexte qui n'a
du
Temps.
249
jamais été confideré comme ſuffifant
pour taxer les peuples ,&
que vous ne pouvez par confequent
autorifer que par une interpretation
nouvelle & arbitraire
des loix qui concernent
la feureté de la Religion Protef
tante. Ces taxes auroient été
ن م
plus fuportables dans un autre
tems, auquel vous auriez pú profiterde
nos defordres pour faire
prefque tout le commerce
que vous ne pouvez prefentement
efperer. Il faudra donc
lever ces fubfides fur les terres
&fur les biens des particuliers
&faire revivre tant d'autres
expediens de tirer de l'argent,
que ceux du long Parlement mirent
fi bien en ufage , qu'au lieu
d'unfubfide affés mediocre qu'ils
refufoient à Charles I le peuple
enpaya dix on douze en fort
L V
250 VI. P. des Affaires
peu de tems. Cependant ils ne
saviferent pas de cet expendiet
extraordinaire de faire paier
les frais de la délivrance de
l'Epifcopat & du Pouvoir Arbitraire.
Peut-étre en previrent
ils les confequences que vous ne
prévoiez pas & qui me paroiffentfort
grandes carfi vous admettez,
&faites paffer en loy
de femblables cahiers defrais,
tout Prince aura unpareil droit
de vous demander plufieurs
Millions fous divers pretextes.
Il n'y a rien d'impoffible en ce
monde, &fur tout en Angleterre
Vous pouvez être bien -tôt las
de vôtre Roi Guillaume.puif
que vous ne vous êtes pas accommodez
de quelques autres qui
te valoient bien, Peut- être auſfi
trouverez- vous le Regne
du Roi Iacques eftoit auff
que
du
Temps. 125
commode
que
celui- ci , & cette
penfée le pourra fortifier s'il
paffe en Ecoffe avec un bon
corps de troupes.Si cela arrivoit
& que le nouveau Roi fut obligé
defuir à fon tour, le legitime
neferoit-il pas en droit de
vous demander un fubfide extraordinaire
pour dedommager
le Roi de France de toutes les
dépenfes qu'il a faites pour le
fecourir Ne devez- vous pas
attendre qu'on vous démandera
un autre fubfide pour dedomager
ceux qui ont levé des troupes
pour le fervice du Prince
d'Orange dans le Roiaume ?
Pourrez vous aprés cela demander
à vos Rois legitimes la
communication des depenfes de
l'Etat , comme vous avez fait
plufieurs fois aprés avoir allouéfi
librement à celui qui ne
L
VJ
252 VI. P. des Affaires
l'eft pas, celle qu'il a faite ef
tant encore particulier ? De
plus, fi par impoffible ( vous me
permettez cette fupofition comme
eftant auffi poffible qu'eftoit
le rêtabliffement de Charles
II. avant 1660. Si , dis-je,
Iacques II. fe rétablisfoit fur le
trône, où en feroient tous ceux
qui auront prefté leur argent
par avance fur ce fubfide de
fix cens mille livres ferlins: Ils
feroient trop heureux de ne
perdre que leur capital & leurs
interefts , mais ce Monarque
n'auroit pas peine à trouver
moyen de contenter le Public
& de punir les coupables
en ordonnant que les deniers
levez contre les loix feroient
reftituez à ceux qui auroient
efté obligez de ceder à la forde
du
Temps. 253
ce, & repris fur les biens de
ceux qui auroient autorisé par
leurs fuffrages cette vexation.
Tay veu depuis que je fuis au
monde arriver en Angleterre
des chofes plus difficiles à croire
que tout ce que je vous dis .
Ainfi pour vous parler franchement
, je crois qu'il eft fort
poffible que vous changiez
tous d'avis , & que vous remettiez
les chofes en l'état où elles
êtoient.
Ce qui me confirme dans cette
penfee, eft voftre Charta magna
, & toutes les loix qui en
dependent , font trop vieilles
pour être abrogées par des refultats
tumaltuaires comme ont
étéles vôtres. Ainfi elles détrui.
ront vrai femblablemet tout ce
qui a étéfaitpar la Convětion,
puifqu'elles ont bienpû détruire
254 VI. P. des Affaires
نم
les Actes du long Parlement ,
cela arrivera dés que vous vous
apercevrez quefous pretexte de
rétablir ces loix qui vous font fi
cheres , on leur ofte toute leur
force. Or vous vous en apercevrez
plutoft que vous ne pensez ,
& quand vous chercherez vos
libertez , franchifes & proprietez
, & cette Religion Proteftante
dont vous eftiez autrefois
fi jaloux , il faudra avoir recours
à ces vieilles loix . Vous
trouverez fort estrange qu'on
vous mette en prifon fur unfimple
foupçon de vouloir changer
le gouvernement prefent , &
qu'on ne vous venille pas
admettre à en fortir fans
caution. Vous verrez paroitre
contre vous des faux témoins ;
car puifqu'on prend tant de
foin à les justifier & à les rédu
Temps. 255
tablir dans leur bonne reputation,
c'eft figne qu'on croit en avoir
befoin , & qu'on en veut
faire quelque ufage . On vous obligera
par execution militaire
à payer les fommes que les Deputez
à la Convention auront
accordées fans votre participation.
Les principaux Seigneurs
Soupçonnez de mécontentement
feront recherchez pour des crimes
commis du temps de Charles
II. ou de Iacques II . Le nouveau
Roy ne voudra pas forcer
les loix , & les fera rigoureufement
executer fur eux.
Mais il y a encore un point
plus important auquel cependant
il paroît que vous ne penfez
pas , felon ce que me difoit
l'autrefois un Gentilhomme Anglois
qui à mon avis entend vos
Loix auffi- bien qu'on le peut
256
VI. P. des Affaires
faire.Il s'étonnoit comment vous
n'aviez pas changé la forme du
gouvernement , puifque cet expedient
eftoit moins perilleux
que celuy dont vous vous estes
fervis ; car difoit- il aprés la
derniere longue rebellion , quoy
que toute la Nation euft reconu
un vfurpateur , cependant comme
les loix de la Monarchie
étoient abrogées , celuy qui luy
fuccedoit fe trouvoit obligé de
fuivre les nouvelles , & ne pouvoit
faire valoir l'autorité des
anciennes contre ceux qui lui
devenoientfufpects, parce qu'etles
ne luy auroient pas efté plus
favorables qu'à ceux qu'il auroit
voulu perdre. Ainfi il n'y
avoit qu'un feul inconvenient à
craindre qui eftoit que le Roi
legitime rentraft à main armée
dans le Royaume , ce qui eftoit
du Tems. 257
prefque imposible. S'ily rentroit
à l'amiable comme Charles II.
on eftoit affuré d' un pardon general
, fauf à abandonner à la
juftice les principaux inftrumens
de la rebellion . C'est en
effet ce qu'on fit alors Les Iuges
du Roy Charles I. & quelques
autres furent exceptez de l'amniftie
, & on eut autant de plaifir
à les voir pendre qu'ils en
avoient eu à faire pendre les
autres . Maisprefentemeut, difoit-
il , les chofes sont toutes
differentes, & puifque la Convention
a declaré qu'il falloit
maintenir les anciennes loix,
& que celles d'Edouard III.
d'Henry VII d'Henry VIII.
d'Elifabeth & de Iacques I
mefme celles de Charles II tou
cbant l'autorité des Roi n'ont pas
efté revoqueés , elles fubfiftent
ny
258 V1. P. des Affaires
en toute leur force, & l'autorité
de faire executer ces mémes
Loix , refide toujours en la perfonne
du Roy, tel qu'il puiſſe étre.
Ie fuppofe donc que Lacques
II. vienne à mourir & enfuite
le Prince de Galles, en ce cas le
Prince d'Orange ceffant d'estre
ufurpateur deviendra voftre Roi
legitime , & par confequent l'executeur
de ces loix anciennes,
certaines, fondamentales, & inconteftables
, qui lui feront alors
auffi favorables qu'elles lui
font prefentement contraires.
Suppofant donc que les loix fondamentales
fubfiftent , il faudra
neceſſairement que tous ceux qui
fe font revoltez contre le Roy
Iacques , obtiennent un pardon
fous le grand Sceau ou qu'ils demeurent
expofez à la rigueur
de ces loix ; fans cela ils pour-
7
du
Temps.
259
roient eftre pourfuivis comme
criminels de haute trabifon. Le
nouveau Roi fera abfolument le
Maistre d'accorder ce pardon à
qui il voudra , & d'en exclure
ceux qu'il voudra,fans que perfonne
aitfujet de s'en plaindre,
puis qu'il ne fera rien que felon
les Loix. Si on lui cite les nouvelles
que la Convention a fai
tes contre le Roi Iacques, comme
non feulement il n'aura plus
d'intereft à les maintenir , mais
qu'il en aura un tres preffant de
les détruire, il n'aura pas de pei.
ne à prouver que tous les Refultats
& les Bills de la Convention
ne font pas des Loix , & il
s'en rapportera aux Regiftres
& aux exemples dont aucun ne
pourra jamais établir l'autorité
de cette Affemblée illegitime.
Ce qu'il pourra faire de mieux
260 VI. P. des Affaires
la
eft, qu'il déclarera qu'ayant tou
jours fait profeffion de respecter
les Loix, il ne veut rien faire à
leur préjudice, comme parmi
les griefs on a inferé que les
pardons les Actes émanez du
pouvoir difpenfatif font contre
Loy , il obfervera tres - religieufement
cet article , & n'en
fera aucun ufage en faveur de
ceux qui l'ont mis fur le Trône,
Ie dis à ce Gentilhomme qu'il
ne faloit pas douter que vous ne
vous oppofaffiez à de femblables
entreprifes S'ils oppofent la force
, me répondit.il , ils auront
affurément de la peine , car ils
ont affaire à un homme qui les
connoit bien & qui ne les attaquera
qu'à fon avantage. L'exemple
du Roy lacques apprendra
aux legitimes Souverains
auffi bien qu'aux vfurpateurs, à
du
Temps.
261
ne fe fier auxparoles &aux fermens
de ceux de vôtre Nation,
que quand ils feront en état de
les faire bien obferver,fur tout
depuis qu'on a ouvert le chemin
à faire entrer les Troupes étrangeres
dans le Royaume, ce qui étoit
autrefois un attentat irre
miffible.Si c'est par les voyes ordinaires,
ce fera dans un Parlement
; mais qui l'empéchera de
le caffer La Convention a
déclaré qu'il avoit en pouvoir
de convoquer un Parlement ,
& par confequent elle a reconnu
qu'il le pouvoit caffer.
Il le pourra donc faire à meilleur
titre , s'il devient Roy legitime.
La Convention a donné atteinte
à l'Habeas corpus . On
peut étre emprisonné tant & fi
long- tes qu'ilplaira au nouveau
262 VI. P. des Affaires
Roi. On fera feditieux , deferteur,
& tout ce qu'il voudra, il
n'y aura plus de fecours à attendre
des nouvelles Loix qui
nefubfifteront plus. Les anciennes
condamnent les Rebelles
comme criminels de haute trabifon
; il faut donc toft ou tard
que ceux de la Convention experimentent
la rigueur des
Loix , & ils reconnoitront alors
fort inutilement qu'ils ne peu
vent fe plaindre que de leur legereté
qui les a fait precipiter
dans des perils certains pour en
éviter d'imaginaires . C'eſt ainfi
que me parloit ce Gentilhomme,
& je vous avoue que je n'eus
rien à lui répondre de folide. Ie
me jettay donc dans des lieux
communs & je me mis à louer
la pieté du Roy Guillaume , fon
zele pour la Religion Proteftan
du Tems. 263
te , fa vie exemplaire , le foin
qu'il a eu de conferver noftre liberté
, fon respect pour les Loix
& d'autres chofes femblables
dont non feulement nos Minif
tres nous fatiguent depuis longtemps,
mais que tat de Refugiez
de France débitent tous les jours
das leurs écrits politiques; ce que
jen'aurois neanmoins of faire.fi
je n'avois veupar les vostres, &
par les Adreffes de vos deux
Chambres , que vous commencez
à emploier ces mémes lieux
communs dans vos actes les plus
ferieux. A cela, le Gentilhom.
me me regardant avec un air
de mépris , me dit brufquement,
Monfieur, je vois bien que vous
voudriez rire , & que vous n'oferiez
; mais fi vous parlez ferieufement
, tout ce que j'ay à
vous répondre , c'est que
ie
vous
264 VI. P. des Affaires
prie de ne me pas traiter comme
un enfant.Voilà comme finit nê .
tre converfation. En un mot, cét
Anglois ne croioit pas les affaires
du Prince d'Orange fi bien établies
qu'elles ne puffent changer
de face,mais il étoit perfua
dé que foit qu'il fe maintint fur
le Trône , foit qu'il fut obligé à
en defcendre, la Nation en fouffriroit
beaucoup , puis qu'elle ne
pourroit le maintenir que par
une longue& prodigieufe dépen
fe, que fi on en voyoit la fin,
perfonnen'étoit plus propre que
lui à venger le Roy lacques de
fes Sujets rebelles, ny la France
defes anciens Ennemis . Ie fuis,
&c.
Je finis icy cette fixième
Partie , remettant à vous entretenir
dans la feptiéme , de la
fuite
du
Temps.
265
terre ,
fuite des revolutions d'Angle-
& de plufieurs autres
chofes curieufes fur les Affaires
du Temps. Elle paroitra le
premier jour de Juillet , & j'eſpere
y faire entrer tout ce qui
me reſte à vous en dire , ainfi
que tout ce qui le ſera paſſé
jufque -là .
THECOF
BB
W
FIN
LYON
BIB
*7893
M
266
VI. P. des Affaires
APOSTILE.
On a dit dans ce Volume
que l'Empereur avoit fait défendre
à l'Envoyé que le Roy
d'Angleterre lui avoit dépéché
aprés fa fortie de ſes Etats,
d'entrer à Vienne, ce qui ne ſe
confirme
pas , mais feulement
que Sa Majefté Imperiale a re
fufé de donner aucun fecours
à ce Monarque.Quand on a dit
dans le méme Volume , que
l'Angleterre pouvoit mettre
quatre cens Voiles en Mer , on
n'a pas prétendu dire qu'elle
pouvoit équiper quatre cens
gros Vaiffeaux ; mais on doit
fuppofer que c'eft en comptant
les divers Bâtimens qui accompagnent
une grande Flote.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères