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GALANT
DEDIE A
MONSEIGNEUR
A PARIS,
AU PALAIS.
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour dechaque Mois, & on
le vendra Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais,dans la
Salledes Merciers, àlajustice.
T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
Et MICHEL GUEROUT, Court-neuve
du Palais, au Dauphin.
M. DC. LXXXIX,
'AVEC PRIVILEGE DU ROr.
AVIS. QVelquesprieresqu'on ait faites
jufquà present de
-
bien
écrire les noms de Familleemployez
dans les Memoires quon envoyepour
le Mercure, on ne laiJ/Z, pas d'y manquer
toûjours. Cela est cause qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Mémoires dont on nese peutservir.
On reïtere la mesme priere de
bien écrireces noms, en forte qu'on
ne s'y puisse tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires
,
&
l'on employera tous les bons Ouvrages
a leur tour, pourveu qu'ils ne
desobligent personne, & qu'il n'y
ait riendelicentieux. On prie seulement
ceux qui les envoyent, &sur
tout ceux qui n',é1crivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes,d'affranchir leurs
Lettres de port, s'ils veulent qu'on
f*jjc ce qu'ils demandent. C'cjlfort
peu de chose pour chaque particulier,
dr le tout ensemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le Sieur Gnc^out qui délite presentement
le llerc/tre , a rétabiy les
~cho.sdemanierequ'ilest toujours imprimeandechaque
moi--,ilavertit q:ta Cégard des
Envois qui sefont a l.i Campagne,
il fera partir les paquets de ceux
qui lechargerontde lesenvoyeravant
que l'on commence à vendreicy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plusieursjours en chemin, Paris ne
laissera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il soit arrivé dans
les Villes éloignées,mais aujji les
villes ne le recevront pas si tard
quellesfaisoient auparavant. Ceux
quise lesont envoyerparleurs Amis
sans en charger ledit Guerout, sexposent
à le recevoir toujours fort tard
par deux raisons. La premiere ,parce
que ces Amis n'ont passoin de le
venirprendre si-tost qu'il est imprimé
,
outre qu'il leferaMitpurs quelque
s iours avantq<i'ontn fifftle
débit; &l'autre, que ne l'envoyant
qt/Ilprés qu'ils l'ont leu, eux &
quelques autres à qui ils le prestent,
ils reiettent lafaute du retardement
sur le Libraire, en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois.Onévitera ce
retardementparlavoye duditsieur
Guerout ,puis qu'il se charge defaire
lespaq uets IUJ-me/me) 6" de lesfaire
porter à la Poste ou au Messagers
sans nul interest, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adresse. ilfera la mefine chosegeneralement
de tous lesLivres nouveaux
quon luy demandera,soit qutl les
debite
, ou qu'ils appartiennent a
d'autres Libraires, sans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Jj)uand ilse rencontrera qu'on demandera
ces Livresà lafin du mois,
il les ioindra au Mercure ,
afin de
n'enfaire qu'unmesmepaquet. Tout
celasera executéavec une exactitude
dont on aura toutlieud'estre content.
--["-1)keE- --R-JIE'1
M.ATià$$.
ANS la situation
où font presentement
les affaires,je
ne puis commencer
ma Lettre d'une maniere
qui convienne mieux aux
grandes Actions de Sa Ma>
jesté, qu'en vous faisant part
des Vers que vous allez lire.
AU ROY.
vMADRIGAL. Ous que Bellone & la i
Victoire
Accompagnent toujours pars
tout,
Quin'entreprenez rien sans w
,ven1r-' a bout,
Mettez, grandRoy, le rcw~'
ble à vostregloire.
Vosplus fiersEnnemis les armes
à la main,
Ont éprouvétoujoursunfuneste
destin,
Ils n'ont pû resister à la force
des vostres.
Aprés tant d'exploitssifameux,
Remette'Z. sur le Trôneun Prince
malheureux,
Ce triomphe pour njous fera plus
glorieux)
Que d'avoir vaincu tous les
autres.
Ce Madrigal est de Mr
Diereville
,
dont je vous ay
déja envoyé divers Ouvrages
qui ont toujours eu l'avantage
de vous plaire.Voicy
encore des Inscriptions faites
au sujet de la Statuë du Roy
de Mr du Bois. Vous vous
souvenez de celles que je
vous ay déja envoyées dans
mes deux dernieres Lettres.
Comme les plus courtes ne
font pas les plus mauvaises,
& qu'il y a de la grace à faire
entendre beaucoup en peu de
mots, MrlePresident de Varoquier
a eu raison de choisir
ceux cy ,Hercule major. Hercule
a dompté des Monstres,
& en a t-on jamais vû de
plus redoutables que l'Herelle,
qui est le sujet de la Figure,
au bas delaquelle l'Inscription
doit estreplacée?
En voicy une autre qui dit
auflî beaucoup en un seul
Vers.
MonftrumJ Aquilâ uifla J'Vithaue
Leone, subegit.
Mr de Vertron qui en est
l'Auteur, l'a traduit ainsi.
De l'Aigle& du Lion Loüis
nji&QYÏeux3
Dompte un Monstre ennemy
de la Terre tdes Cieux.
Il a fait cette aurre Inscription
pour un Buste de Sa
Majesté.
HirVirhic est,RegumExemplar,
morumque Afagi(ler>
Orbi qui vivo Cæfurejura daret.
Voicy la traduction de ces
deux Vers.
Cess là a grand Heros, le
Modelle des Rois.
C'est luy qui pour les moeurs efi
un Maistre fidelle,
Tout l'Univers charmé de sa
gloire immortelle,
Du temps de Cesar mesme eust
reconnu ses loix.
Ces quatre autres Vers Latins
ont esté faits à la gloire
de cet auguste Monarque,
par Mr des Hommeaux Hardy
,
Avocat Angevin. Ils
presagent ce que l'Empereur
doit attendre de la guerre
qu'il entreprend sur le Rhin,
dont le succés diminuëra fort
la gloire que ses armes luy ont
acquise par les conquestes
qu'elles ont faites sur les Orhomans.
Victrices venient Aquilæ,
viflaque redibunt,
Terribilem Gallum laurea certa
manet.
Non semper Violæ
J
sed semper
Lilia florent,
Perpetuus laborest, ô Lodoice,
tuus.
Je finis par une plus longue
Inscription, au bas de laquelle
vous trouverez le nom
de l'Auteur. Ellea esté faite
pour une Statuë du Roy, en
quelque lieu qu'elle puisse
estre élevée.
LVDOPICO
Invictissimo præliis,
Augustissimotriumphis,
RelgioneChrisiniassimo,
Bis EuropePacatori,
Optimarum legum Autori,
Morum Censori;
Decori Galliæ,Sæculi ornamento,
Populorum fælicitati,
Hæreseon Destructori sapientissimo
,
Fidei Propagatori ardentissimo ,
Ecclesiæ Defensori acerrimo,
Victori moderatissimo,
Regi dilectissimo,Patrifelicissimo,
In omnibus Maximo.
Raimundus Bonet, primus in
Præsidiali Sarlatensium Curiâ
patronus,
Fidei hocmonumentum
Affectudevotissimoconfecravit.
Le mesme a fait lessix Vers
suivans, pour mettre au bas
d'un Portrait,où le Royest
peint tout entier en habit de
ceremonie. On en a fait tirer
une Estampe
>
& Sa Majesté
y estrepresentée dans leTemple
de la Gloire. La Fortune,
la Valeur, la Sagesse, & la
Pieté l'y couronnent.
Estre le refuge des Rois,
Le Protecteur de fEglift (if
des Loix
,
ToujoursConquerant, toujours
juste
j
Pere d'un Fils par tant d'exploits
fameux,
C'estsans comparaisonestreplus
grand qu'Auguste,
Et plus puissant,&plus heureux.
J'ay à vous parler de quatre
Edits qui furent enregistrezau
Parlement le dernier
jour de Fevrier. Vous voyez
par cette datte que je ne pretens
pas vousapprendre une
nouvelle Aussimon butn'estil
point de remplir mesLettres
dechoses que vous ignoriez;
il me faudroit pour cela ne
laisser paffer aucun jour sans
vous écrire. Jecroy satis faire
a tout ce que vous pouvez
souhaiter demoy, lors qu'en
vous entretenant d'articles
publics, j'y ajoute quelque
chose de nouveau. Comme
j'ay besoin de temps pour en
estre instruit à fond, je me
tais souvent sur les premieres
nouvelles, & pendant que
ceux que la curiosité engage
à les rechercher, n'en
font informez que confusément,
je tâche d'apprendre
tout ce qu'il faut vous en dire,
afin qu'un plus parfait éclaircissement
leur fasse en quelque
façon conserver la nouveauté
que les premiers bruits
semblent leur avoir fait perdre.
Ainsi en vous parlant des
nouvelles Charges que le Roy
vient de créer, je vous diray
en quoy consistent ces
Charges & en quel temps
a commencé leur création.
Le premier decesEdits regarde
les Maistres des Requestes.
L'application continuelle
avec laquelle le Roy travaille
à regler 1 Etat en toutes
Ces parties, l'ayant obligé
d'en employer un grand nombre
)
les uns dans les Provinces,
les autres sur les Frontieres,
qui ont esté confiderablcment
étenduës par les
conqustes faites pendant les
dernieres Guerres, d'autres
dans les Ambassades, & d'autresen
plusieurs Commissions
extraordinaires, ils se sont
d'autant plus utilement acquittez
de ces emplois qu'ils
avoient appris dans les Conseils
de Sa Majesté les maximes
qu'Elle établit tous les
jours pour rendre la justice,
pour entretenir une bonne
police dans les Provinces &
dans les Armées,&pour faire
observer les Ordonnances
concernant la regie de ses
Fermes, le recouvrement des
Tailles, & celuy de sesautres
Revenus. C'est ce qui est cause
que plusieursOfficiers duRoy,
attirez par l'esperance de se
rendre dignesd'estrechoisis
pour de semblables emplois,
ont souhaité d'entrer dans ces
Charges, en forte qu'il y en a
un grand nombre qui ont
consignépouryestre admis
quand elles viendront à vaquer
,
& comme Sa Majesté
recherche avec foin les
moyensles plusfaciles & les
moins onereux à ses Sujets
pour fourenir le poids de
la guerre, dans laquelle la
Ligue qui unit ses Ennemis,
l'a engagée
,
Ellea créé & érigé
en titres d'Offices formez,
huit Maistres des Requestes
ordinairesde sonHostel
,
lesquels
Offices feront remplis
par les Officiers quiont porté
leur argent au Bureau des Revenus
Casuels, suivant l'ordre
de leur consignation, & ces
Officiers joüiront des mesmes
honneurs, rang, fervicc
au Parlement, autoritez, prérogatives,
privileges, exemptions
, pouvoirs
y
jurifdiétions,
gages, droits, profits
& émolumens qui y
font attribuez, & dont ont
joüy
,
& joüissent aujourd'huy
les autres Maistresdes
Requelles établisauparavant.
Ces huit Offices feront départis
en chaquequartier,
pour servir, tant dans les
Conseils de Sa Majesté, qu'-
aux Requestes de l'Hostel,de
la mesme forte, & sans aucune
distinction des Anciens,
ausquels le Roy a cru devoir
cette justice
) pour reconnoistre
les services qu'ils luy rendent
actuellement dans ses
Conseils avec dignité &avec
honneur, d'augmenter le prix
de la fixation de leurs Charges
, en forte qu'il fera à
l'avenir de cent quatre-vingtdix
mille livres) au lieu de
cent quatre-vingt mille livres.
On peut dire que ces Charges
font des plus considerables,
de la Robe, tant par leurantiquité
que par leur pouvoir,
& par le grand mérité de
ceux qui les ont possèdées,
dont plusieurs font parvenus
aux plus grands emplois du
Royaume, y ayant eu plusieurs
Chanceliers, Ambassadeurs,
Ministres d'Etat, premiers
Presidens des Parlemens,
Chambre des Comptes,
& autres Compagnies Superieures,
Presidens au Mortier
dans les mêmes Parlemens,
Conseillers d'Etat, Surintendans
, comme aussi des Cardinaux,
dinaux, Archevesques, Evesques
& Prelats d'un merite
distingué,qui auparavant avoient
exercé ces Charges.
H n'y en avoit que trois ou
quatre dans leur origine, &
les fontions en estoient faites
par les principaux Seigneurs
de la Cour, Comtes)
Barons, ou Chevaliers, que
nos Rois commettoient pour
recevoir les Placets, Reque-
Ites & plaintes de leurs Sujets.
Ils examinoient ces plaintes,
& en faisoient leur rapport
au Roy, qui donnoit un jugement
couforme à l'importance
du fait. Les affaires
ayant augmenté depuis que
le Parlement & les autres
Compagnies deJustice furent
rend uës (sedentairesàParis, le
nombre de ces Maistres des
Requestes s'augmenta en même
temps
y
& des personnes
graduées y furent mises, au
lieu que ces Charges estoient
exercées auparavant par des
gensd'épée. Leur nombre alla
jusqu'à quatre-vingt, & par lemoyen del'Edit du mois
de Févrierdernier,ilyen aura
à l'avenir88. qui serviront
par quartieraux Conseils du
Roy, c'est à dire vingt- deux
au quartier de Janvier, autant
en celuyd'Avril, & le mesme
nombre aux quartiers de Juillet
& dOctobre. Ils ont tous
le titre de Conseillers du Roy
en ses Conseils d'Etat & Privé,
où ils font rapport des
affaires) & opinent. Ils ont
aussientrée, seance, & voix
deliberative dans tous les Parlemens
du Royaume, president
en tous les Presidiaux
& Jurisdictions ordinaires,
quand ils y vont,assistentau
grand Sceau, & font rapport
à Mr le Chancelier des Lettres
que l'on y prefentc. Ils
president aussi aux Chancelleries
du Parlement de Paris,
où ilsscellent les Lettres) .&
de mesme aux Chancelleries
desautres Parlemens lors qu'-
ils y font. C'est de leur Corps
que doivent estre lesPreGdens
du GrandConseil, aussibien
que la pluspart des Intendans
deJustice& de Police dans
les Provinces. Ils portent la
robe rouge aux Ceremonies)
comme estant du Corps du
Parlement; & à l'Entrée du
Roy& de la Reine faite à
Paris en 1660. ils accompagnoient
Mr le Chancelier,
vestus d'une robe de velours
noir,avec une ceinture d'or,
& des cord ons d'or à leurs
chapeaux. Ils tiennent leur
Siege dans la grande Salle du
Palais à Paris, & leur Jurisdiéèion
s'appelle les Requestes
de l'Hostel. Ils jugent les cautes
des Officiers de la Couronne,
des Officiers de la
Maison du Roy, &' de ceux
des Maisons Royales
,
des
Officiers des Cours souveraines
& autres qui ont droit dç
Committimus, & des Cominu.
nautés Ecclesiastiques qui ont
droit de Gardes Gardiennes,
le tout en premiere instance,
les Parties privilégiées y pouvant
aller plaider
f ou aux
Requestes du Palais. Les
Maistres des Requestesjugent
aussi souverainement
plusieurs Causes qui leur sont
renvoyées par Arrest du,
Conseil..
Il y a un autre Edit, qui
porte création de deux Gardes
duTresor Royal, de deux
Receveurs des Revenus. Casuels,
& de deux Commis
Gardes des Registres du Controlle
General. Ces Charges
créées en titres d'Offices
font voir la bonté du Roy,,
qui tirant du prix qu'elles
produiront un secours considerable
pour fournir aux despensesnecessaires
de la Guerre,
sans estre obligé à augmenter
de beaucoup les fonds destinez
aux appointemens de
ceux qui les ont exercées auparavant
en qualité de Commissionaires
,cherche par là
à[e dispenserd'estre à charge
à ses Sujets. Le Trésorier de
l'Epargne fut créé par le Roy
François I. à la place de l'ancien
Receveur General. Le
Roy Henry II le fit alternatif,
& il fut fait triennal par
le feu Roy. Ces Offices ont
asté considerables par les
grands avntages de leur maniement.
Ceux qui en faisoient
les fondions recevoient
tous les deniers des
Receptes generales des Provinces
du Royaume, & des
Revenus de Sa Majesté ,Tailles
, Taillon, Subsistance
,
&
autres deniers ordinaires &
extraordinaires deus au Roy
qu'ils employoient suivant ses
ordres au payement des dépenses
de la Maison & des
Maisons Royales
,
Gendarmerie
>
Ordinaire & Extraordinaire
des Guerres,Marine,
Artillerie,Forti fications,païement
des rentes aOEgnées sur
l'Hostel de Ville, payement
des Officiers es Compagnies
Supérieures
, & autres Ossiciers
de judicature, dons &
gratifications de Sa Majesté.
Le Roy supprima ces Charges
en 1664. & commit des personnes
pour les exercer fous
le titre de Gardes du Trésor
Royal. Par l'Edit dont je
vous parle ces Commissions
sont revoquées,&SaMajesté
crieentitresd'Offices formez
& Héréditaires deux
Gardes du Trésor Royal,
chacunaux gages de quarante
mille livres pour trois quartiers
)ouacre minots de sel ôt
autres droits confiderablcs.
Par- le mesme Edit Ellecrée
deux Receveurs de Revenus.
Casuels & deniers extraordinaires,
chacun aux gages de
vingt mille livres pour trois
quartiers ,trois minots de sel
& autres droits; & deux Charges
de Commis & Gardes des
Registres du Contrôle général
de ss Finances, aux gages dfc
trois mille livres chacun pour
trois quartiers, deux minots
de sel & autres droits. Il y
avoit auparavant des Offices
de Commis au Contrôle General
des Finances, & Sa Majesé
les remboursa en 1675.
Quant aux Chares de Receveurs
des Revenus Casuels,
le Roy Loüi XII. crea un
Trésorier de ses Parties Casuelles
pour recevoir les deniers
delavente desOffices&
des droits deus à chaque mutation
d'Officier. Cet Office
fut depuis créé alternatif &:
triennal & en l'année1664.
le Roy les supprima tous &
les fit exercer par Commission.
Le troisiéme Edit regarde
la creation de feizc grands
Maistres des Eaux & Forests.
Anciennement il n'y avoit
qu'une Charge de cette nature
3
& elle a toûjours esté
possedée par des personnes de
qualité. Le Roy Henry III.
en crea six en 1575. & le
nombre en a esté augmenté
depuis. Ceux qui en font revestus
president àla Chambre
des Eaux & Forests deFrance,
au Siege général de la Table
de Marbre du Palais à Paris,
& les Jugemens de cette
Chambre font iutitulez du
nom de ces grands Maistres.
Ils ont Jurisdiction & connoissance
de toutce qui concerne
les Bois & Forests du
Roy, des Princes
,
Prelats)
Gentilshommes Particuliers
& Communautez,& aussi des
Garennes,Pesches, Rivieres,
lacs, Islots, Moulins, Chasses,
Droits de Gruerie
,
Grairie,
Tiers & Danger ,tant en
première instance que par
appeldes Sieges des Maisrises
particulières des Eaux & Forests
,Capitaineries des Char..
ses & Louveterie. Le Roy
voulant pourvoir au mauvais
tdac où ses Forests se trouvoient
reduites par la négligence
,
&le peu de fidélité
des Officiers, ordonna par
Arrest deson Conseil du mois
d'Octobre 1661. qu'elles demeureroient
toutes fermées,
&enmesme temps Sa Majeflé
commit des personnes experimentées
pour proceder à la
reformation generale des
Eaux & Forests de tout son
Royaume,qu'Elle regla suivant
leurs avis, aussi-bien que
les coupes ordinaires & les
usages. L'application qu'Elle
eut au rétablissementdecette
importante partie de son Domaine
»
luy ayant fait connoistre
que la pluspart des
abus qui s'y estoient inrroduits,
venoient du peu de.
foin que l'on avoit eu de veiller
à leur conservation,Elle
diminua le nombre des Ossiciers
ausquels on avoit commis
ce soin,& supprima mesme
tous les Offices de Grands
Maistres par ses Edits des
mois de Mars 1664, & Avril
1667. En suite Elle fit rediger
sonOrdonnance du mois
d'Aoust 1669. contenant ce
qui se devoit observer dans
l'administration des Eaux &
Forelts
,
& pour l'execution
de cetteOrdonnance
J
Elle
commit dans chaque Province
des personnes ca pables,
qui y ont exercé par Commissionlafonction
de Grands
Maistres. Un si bon ordre
ayant pleinement remedié à
routes fortes d'abus, & telle.
ment asseuré la bonne regie
des Eaux & Forests, que rien
ne peut plus la tioublerà l'avenir,
Sa Majesté par l'Edit
dont je vous parle, a créé 84
erigé en titres d'Offices formez
seize grands Maistres
Enquefteurs & Generaux, Reformateurs
des Eaux & Forests
de son Royaume, Pays,
Terres & Seigneuries de fou
obeïssance
, pour les exercer
aux seize départemens qui
suivent.
Le premier dans le département
de Paris, composé deSt
Maistrises de Paris, S. Germain
en Laye, Fontainebleau,
Montfort- Lamaury
,
Dreux,
Sezanne) Crescy & Dourdan,
aux gages de dix mille livres.
- Le second, dans le département
de Valois, Scnlis &.
Soissons, composédes Maistrises
de Senlis, Compiegne,
Beaumont sur Oise, Villiers-
Cotrets, Laigne Clermont )
Chauny
,
Coucy,& la Fere,
aux gages de huit mille Ii.,
vres.
Le troisiéme
>
dans le Département
de Picardie, Artois
& Flandre) composé des Maistrises&
Jurisdictions d'Abbeville
>
Boulogne, Calais,
Hesdin, Tournesent, Saint-
Orner, Avesne le Comte,
Arras &Bapaume, Nieppe,
ycompris Bailleul, Merne 5
&Escouffe,Phalempin, Tournay
&Tournaisis, aux gages
de huit mille livres.
Lequatriéme, dans le Département
de Hainaut & Pays
d'entre Sambre & Meute &
outre Meuse, composé des
Jurisdictions de Valenciennes,
Condé, le Quesnoy, GU
vet , Bouvines & Mariembourg,
aux gages de six mille
livres.
Le cinquiéme dans le Departement
de Champagne &
Luxembourg
,
composé des
Maistrises&Jurisdictions de.
Troyes, Chaumont
J
Saint-
Dizier
5
Vassy
,
Sainte Menehould
J
Reims & Grurie,
d'Espernay
,
Sedan, Chast eau-
Renault, Comté de Chiny,
& Duché de Luxembourg,
aux gages de six mille livres.
Le sixiéme dans le Département
de Lorraine &Barois,
composé des Maistrises de
Mets
,
Nancy
,
Luneuville,
Saint Diey, Badouvilliers,
Espinal, Mercourt, Vicq,
Sarre- Loüis; Barre, Saint Michel,
Bourmont, Pont à.
Mousson, & Longhüy,aux
gages de six mille livres.
Le septieme dans le Département
des Duchez & Comté
de Bourgogne
,
Bresse & Alface,
composé desMaistrises
& Jurisdictions de Dijon,
Chastillon, Autun,Avallon,
Châlons, & Jurisdictions
desdits Comtez de Bourgogne
& Alsace, aux gages de,
six mille livres.
Le huitiéme dans le Département
des Provinces de
Lyonnois,Forest, Beaujollois,
Auvergne, Dauphiné&
Provence,aux gages de quatre
mille livres.
Le neuviéme dansle Département
de Toulouse, composé
des Maistrises de Toulouse
ou Villemur, Rodes,
Castelnaudary, Saint-Pons,
Montpellier & Quillan, aux.
gages de quatre mille livres.
Le dixiéme dans le Département
de Guyenne, composé
des Maistrises de Villeneuve
de Berc, l'Ille Jourdain
j
Pamiers, Comminges,
Pays de Soullé, Labourt
,
Bigorre,
Bearn, & Basse Navarre,
- aux gages de quatre mille livres.
L'onziéme dans le Département
de Poitou, Aunix,
Angoumois,Limosin, Xaintonge,
la Marche, Bourbonnois
& Nivernois, composé
des Maistrises de Poitiers,
Chastelleraut,Chisé & Niort,
Angoulefme &Coignac,Gueret,
Bellac,Moulins, Cerilly,
& Montmarault,aux gages de
six mille livres.
Le douziéme dans le Département
des Provinces de
Touraine,Anjou & Maine
>
composé des Maistrises de
Tours,Amboise, y compris
Montrichard
)
Loches, Chinon
, Beaugé, Angers j
le
Mans,Chasteau du Loir, &
Perfeigne
, aux gages de six:
mille livres.
Le treiziéme dans le Département
du Duché de Bretagne,
composé des Maistrises
de Rennes, Cornuailles,
Fougeres Villecartier, Gaure,
Vennes, & Nantes, aux gages
de quatre mille livres.
Le quatorziéme dans le
Département de la Generalitéde
Roüen, y compris le
Vexin François, composé des
Maistrises de Roüen, Pont
de l'Arche
,
Caudebec, Arques,
Lyons, Vernon &Andeiy,
Pazy Ely, Nonancourt,
Verneüil,
Verneüil, & Evreux
) aux
sages 4^ huit mille livres.
Le quinziéme dans le Département
de Caën, & Alençon
» composé des Maiftrifes
fie Valognes,Bayeux, Vire,
Alençon, Argentan, Domfrom,
Mortagne & Belesme,
aux gages dehuit mille livres.
Le seiziéme dans le Département
de Blois & Berry
composé des Maiftrifes de,
Blois,Parc de Chambort, Romorantin,
Vierzon, Issoudun,
& Bourges, aux gages de
quatre mille livres.
Outre ces gages marquez,
chaque Grand- Maistreaune
somme certaine pour son
chaufage, &une autre pour
les appointemens du Secretaire.
Tout cela doit estre
employé dans les estats des
ventes des bois qui feront
arrestez chaque année au
Conseil du Roy, sans aucun
rerranchement, & passé &
alloüé dans les estats & comptes
des Receveurs Generaux
des bois, &autres qui en feront
le payement sans difficulté.
Ceux qui feront pourvus
de ces Charges, joüiront
des mesmes droits, autoritez,
seances, preéminences, pouvoirs,
fonctions
>
exercices
de justice, privileges & prérogatives
dont ont jeüy les
Grands Maistres avant leur
fupprelïîoiij & on les admet
au payement du Droit annuel
de
leurs
Offices par les Receveurs
des Revenus Casuels,
& ainsi qu'il fera reglé par
l'estat qu'on arrestera au Conseil
du Roy ,sans qu'ilspayent
aucun prest,dontSaMajesté
les a dispensez&déchargez.
Elle a aussi confervé l'exercicc
& fonction des Offices
de Grands Maistres des Eaux
& Forests établis dans le
Département d'Orléans&de
Montargis.
Il me reste à vous parler
du quatriéme & dernier Edit.
Vous sçavez que le Roy qui
veille continuellement au
bien de ses Peuples, a envoyé
desCommissaires dans toutes
les Provinces pour la reformation
de la Justice. Les
plaintes qui leur ont esté faites
en divers endroits, touchant
les abus qui se commettoient
par les Receveurs
des Consignations,& le peu
de seureté qu'il y avoit pour
les deposts qui leur estoient
confiez, les ayant obligez
d'en faire rapport à Sa Majesté,
Elle a mis ses soins à rechercher
lescauses de ce desordre
,& a reconnu qu'en la
pluspart des Jurisdictions où
ces Receveurs sont établis,il
n'y avoit point de regle certaine
pour leurs fonctionsny
pour la perception de leurs
droits,àcause de la multiplicité
des Charges de Receveurs
anciens
,
al ternatifs,
triennaux, & quatriennaux,
& de celles de Contrôleurs
& principaux Commis, à
chacune desquelles il y avoit
differens droits attribuez.
D'ailleurs, la pluspart des
Reglemens que l'on avoit
faits au fujer des Consignations,&
sur tout la Déclaration
du 16. Juillet 1664. ne
regardant que les Cours & Jurilèliétions de Patis, l'abus
s'estoit glissé impunément
dans les autres lieux, y ayant
même plusieursJurisdictions
duRoyaume où les Receveurs
desConfignationsn'ont point
encore esté établis. Ainsi
pour donner un ordre certain
&général auxconsignations,
en ostant ce grand nombre
d'Officiers qui ne sçauroit
estrequ'à charge au Public,
pour les réunir en un seul,&
établissant des Officiers dans
les Jurisdictions qui n'en ont
point eu jusques à present, à
chacun desquels on prescrira
une regle uniforme, pour
l'exercice de leurs Charges &
pour la perception de leurs
droits, Sa Majesté par son
EditdumoisdeFévrier dernier,
a réuny à son Domaine
les Offices deReceveurs,Contrôleurs,&
Commis anciens,
alternatifs, triennaux & quatriennaux
des Consignations.
érablis en certaines Cours &
Jurisdictions en vertu des Edits
de 1578. & autres depuis
intervenus ,
voulant qu'ils
soient revendus pour estre &
demeurer unisafin de ne faire.
qu'un seul corpsd'Office sous
le titre de Receveur des Consignations
,
hereditaire & do
maniai en chacune de ses
Cours & Jurifdictions
,
sans
qu'à l'avenir on puisse les diviser,
& en attendant cette
vente, Sa Majestécommettra
à la fonction de ces Offices
en remboursant les Proprietaires
,
à l'exception seulement
desOffices de Receveurs
des Consignations en
Normandie, créez en Juin
1685.
Le plaisir que vous avez
trouvé à lire les Poësies Pastorales
de Mr deFontenelle,
vous doit aisément persuader
qu'e llesontestéreceuës par
tout avec de grands aplaudissemens.
C'estcequiaengagé
Mr Magnin
3
de l' Academie
Royale d'Arles, à luyadresser
l'Eglogue que je vous envoye.
Son nom vous est si connu par
tous les Ouvrages que vous
avez vûs jusqu'icy de sa j&J
çon,qu'il est impossiblequ'il
ne vous dise beaucoup àl'avantage
de celuy- cy-
-
EGLOG V E.
Toi qui d'un chalumeau plus tsochant&
plusdoux
J*)uc celuy dont Theurèufe&célébré
Mantollë,
Etseglorifie se hue,
Et qui luyfait tant dejaloux,
Fontenelle
, qui sçais avecque tant
d'adresse
A lasimplicitémêlerlapolitesse,
j(fJi faissi bien parler nos Bergers
arnourtaxe
C)U,à peine à la Courmefine onparle
aussi-bien qu'eux;
Couronnéparlesmains des Filles
de Memoire,
Comblé de merite de gloire,
Jjhte diras-tu de voir que mon grossier
Hautbois
s'efforce d'imiter les douceurs de ta,
voix?
Par son hardy caquet souvent le
Geay copie
Du sçavant RoJJigt, ol la douce mélodie.
Tous les Bergers n'ont pas l'airpoly
comme toy,
Mais s'ils avoient cet avantage,
le te le dis de bonne foy,
Supposé que l'on eustle mesme goust
que moy 3
Tout le monde iroit au Village,
Dans le desir de t'imiter,
Jî?uc ma Mufeseroit heureuse,
Si sonadresse allaitjusqu'à bien raconter
De cette avanture amoureuse
L'histoiresimple &sirieufl.'
o
Si la n'y trouves cettefacilité
Jïuifait avec tes Vers distinguer ton
mérite,
Tu trouveras au moins dans ce que
ie débite?
Au défaut d'ornemens beaucoup de
vérité.
La BergereDorise, cf la Bergere
Aminte,
S'entretenoient un jour seules
,
&
sanscontrainte,
Etsous l'appas trompeur d'une longue
amitié
Feignantd'ouvrir leurs coeurs, en
cachoient la moitié,
Si jamais on a vû la fausse considence
De lasincerité ménagerl'apparence
,
Si jamais en amour on Je déguisa
bien,
Tour piller unsecret, en conservant
lesien
Avec un soin égal l'une d'" l'autre
Bergere
Fitpoury réussir toutce quilfalloit
faire.
L'une l'autre estoit belle, croyoit
meriter
Leprixqu'ellefeignoit de ne point
disputer.
L'une & l'autre en secret desirant
d'estre aimée,
Et de ne point aimer briguant U
renommée
, Dans le ménagement cCune fausse
N'occupoit son esprit qu'à déguiser
son coeur.
Dorise estoit plus fine, Aminte plus
discrete., ( coquette.
A celaprés au fond, autant qu'elle
Déjapour en juger ce portrait saute
aux yeux, Maisfaisons-lesparler, on en jugera
mieux.
0 ! vous qui conno{!Jèt le panchant
de vos ames,
Si vous voulez garder le secret de
vos flames
Parlez , discretement; le feu de vos
amours
Sans cela brillera par tout dans vâs
discours
,
Lecoeur pour se cacher ne prend
qu'un soin frivole,
On neglige la langue,& le secret
s'envole. (vant
De cent mots ambigus le voile dece-
Offre une seuretè qui manque tres- souvent,imagine , Et pour dissimuler, quoy que l'on
La grande obscuritéfaitmesme quon
devine.
De cette veritél'on ne pourra douter
En lisant l'entretien queje vais raconter.
Le iour estoit serein
,
di la plaine
riante
Aux Troupeaux réiouïs montroit
l'herbenaissante,
Et les Zephirscueillantles premices
desfleurs,
Répandoient danslesairs de nolivelles
odeurs.
Sur le costeauprochainlesBergeres
4'fi{>
Dusoin de se connoistre également
éprises
, Après avoir un peu rêvé,pris des
détours.
Dorise la premiere entama le dif*
cours,
DO RISE.
NOsBergers amoureux s'assemblent
dans laplaine
Mais ce n'est pas le foin des Troupeaux
qui les meine,
Les Bergeres en foule y courent à
leur tour. non efl d'un grand loisir quand on
n'a point d'amour!
AMIN TE.
on fait entretl'amour dans toutes
lesaffaires,
Des soins les plus communs on en
fait des misteres ; - il en est toutefoisquantitéd'inïiî.
cens,
Mais je n'en puis juger que par ce
quejesens.itgcr p.ir DO RISE.
le vous entens, Aminte
)
& vois
la consequence.
Ce quejay dit pourtantn'estpoint
ce que je pense
)
Ma bouche auroit trahy mon coeur, &
jznJ raison
Vousservezd'interprete à cettetrahi[
on.
AMINTE.
C'est eans aucun dessein que j'ay
d¿i't mapensée
1 Et je n'y croyois pas Dorise Ùu".
ressée
,
Maisvousparlez, d'un air, à faire
presumer
JDue vous n'ignorez, pas ce que c'tft
que d'aimer.
D ORISE.
leconnoisdel'amour ce quej'en
entens dire.
Pourensentirlesfeux celapeut-il
suffire?
Aminte , aprenez-moy ce que vous
en pensez,
PClJt-ejlrepourm'instruire enfçavez
vous ajjlZ.
AMINTE.
La défaite efi adroite, & digne
de Dorise.
N'est-cepoint Dorilas qui vous rail"
roit apprise ?
Par les soins qu'il vous tend ilsi
fait remarquer,
Et quelquefois peut-estre il aime À
s'expliquer.
DORISE.
Tous les soins qu'il me rend ne me
sont rien comprendre,
Mais ceux de Telamon ,vous les
devez entendre,
Ce Berger prés de vous cft a£ez>
assidu;
Tout le temps quily passe, Aminte,
est-ilperdu?
AMINTE.
l'en tiens compte,Dorise, & nen
ay point de honte;
Mais est-ce à l'amour seul que l'on
doit rendre compte ?
Faut-il absolument qu'il se mejle
de tout?
Ve decide-t-on rien quesur ce qu'il
resout ?
D O RIS E.
rllre coeur vous dira tout ce qu'il
en faut croire,
Et vous voulez en vain en déguisser
l'histoire ;
Mais pour moy ,
là-dessus j'al pem
d'attention,
L'on a beau m'en parler,je riem
sçay que le nom.
AMIN TE.
JOue le nom! C'est troppeu ; mOJ<.
j'en sçay d'avantage,
Car je vois bien au moins que Fa*
mour n'est passage,
Et Jt je vous disois
}
Dorise
, que*
c'est vous
J^ui me l'avez appris, vous met-"
trois-je en couroux ?
DO RISE.
Point du tout ; mais enfind'où
vous vient la pensée
,
Jgue des traits de l'amour mon oem&
soit blessée ?
Surquoy devineT-vous ma sensibilité?
l'rouvez-vous Dorilas par moysi
bien traité?
AMINTE.
Non pas tant en effet qu'ilmerite
de l'estre,
Mais que sert la froideur que vom
faites paroistre ?
SttlJS cijjl & sans raison par tout
vous le blasmez,
9
Vous lemaltraitez,trop; Dorise ,
vous l'aimez.
DORISE,
Le nom de Telamon vous impose
silence;
On ne croit pourtant pas que ce
nom vous offcnfl ;
Désqu'onparle de luy
, vous changez
d'entretien.
N'en dites-vous point trop, quand
vous ne dites rien?
AMIN TE.
Malheureux Darillls, ta flame
qu'un méprise,
Se dévroit rebuter, maisquelle cft
masurprise,
De voir, quand on revient le soir
dans le Hameau>
Dorise te chargerdu soin de fin
Troupeau!
DORISE.
Aminte
,
Telamon avec indifference
Entend parler de toy ,sans rompre le
silence.
Dans cet état glacé, d'où vient donc
que je vois
Que ton chien sçait si bien obeïr a sra;v,oix ?
l'autre jour qu'on railloit de vojlre
amour, Bergère,
Vous fustes sur le point de voué
mettre en colère ;
Mais un moment aprè1s
, avecque
Dorilas
Jesçay qu'on vous vit rire, & luy
parler tout bas.
DORI S E.
Telamon pour resverà l'écartse
retire;
e.ZuOy qu'on dise de luy, vous n'avezrien
à dire,
Mais toutefois vos yeux, si ie les
entens bien,
Luyfont raison de tout,quand vous
ne dites rien. AMINTE.
Vorise, il faut enfin que ie vous
desabuse;
Ne ménagézplus tant fin coeur
que l'on refuse.
Deià depuis long-temps Dorilas s'offreàmoy
,
Mais pourrois-ie l'aimer, s'il vous
manque defoy ? DORISE.
Ah, vous meprevenz commencez
À croire
Jïue Telamon sur vous me donne la
Victoire.
De cette trahison ie serois de moitié,
Si i'osois lâchement trahirnostre
ami.t.i1é.
AMINTE.
Plle telle amitié sans doute efi
precieuse
,
le ne la croiois pas pourtantsigenereuse
,
Ie la ménageray
)
Bergere ,
apuremelU,
Et
Ei; vousconserveray vos droits sur
vostre Amant. DORISE.
Ie n'auray pas ce pin) car vous
esses si belle
Jjïue vous sçaurez, A(fez, guérir un
infidelle.
HAIS ie le vois venir, ce malheureux
Berger.
Sans doute qu'il vous cherche, & ne
veutpas changer.
AMINTE.
Jj)uoy, vous le voyez,seul? ouvrez
les yeux, Bergtrc,
Dorilas /'accompagne ; à quoy bon
ce mistere ?
Si ce nom prononcé vous met dans tClnbarras
, Ie diray bien aujjî que ie ne le vois
pas.
DORISE.
Vouspouvez, le nommer , & le,,
vïir sans contrainte,
Vosyeux vostre coeury perdroient *
trop ,
Aminte.
D: toutcetembarras te vais vous de*
livrer, Il arrive
,
& ie voÍJ vous
-
il , /V vois qu i lfaut le livrer.
TELAMON.
Toutesdeux à Cécart
, silongtemp
; , Bergères !
Pourrions - nous demander quelles
doucesaffaires
Ont pû vous occuperdans ce long
entretic il ?
Et Dorilas, & w-y ,
n'y )tô.:)jii}eJnous
d: rien ? AMINTE.
Ie vousla'jji-a pcnjèrJ demandez-
U a Dorije i
HiJrJ' de parlerde virus, que voulezvous
qu'on dise ?
Mais ce qu'on en disoit nous pousse.
roittrop loin,
Songeons à nos Troupeaux , il en
faut prendresoin.
DOR ILAS.
Jïiioy^-jous vous retirezsipromptement,
cruelles f
Vnpeupins de bonté pourdes Bergers.
falcUes ;
Chacune peut lai(Jerpaifire cncorfon
Troupeau,
La partie estbeureuse ,& le iour efi
si beau.
DO RIS E.
Si vousentrepreniez de faire la
partie
,
(assortie.
Vous auriez delapeine à larendre
.f:!.!!,J,i¡d le coeur n'eji pas libre à.
suivreJon desir,
Il est bon d'éviter l'embarras de
eboifir.
DORILAS.
Voila, ce qui s'appelle une Enigme
parfaite.
En ave'{:volIJ la clef, Telmon ? TELAMON.
lesouhaite
cf<!fau moins Aminte, avant que
de quitterce lieu.
AMINTE.
Ie riay rien à vous dire; adieu,,
JJerger, adieu. 9
Les Bergeres alors du costeau descendirent.
Inquiets, réveurs, les Bergers les
suivirent,
On neseparla plus qu'en mots entrecoupez
,
Les coeurs de l'avanture estoienttrop
occupeZ
On amassa des fleurs dans la Plaine
fleurie,
Victimes du dépit, de la risverie;
On en ietta joudain les feuilles à
l'écart,
Les rameaux ,
du chagrin eurent aujjl
leur part;
'Tout ce qui se îroui'a sous la main
au pasage
,
Fut brisé par l'effet d'une secrete
rage,
chacun se separa pour ioindre fin.
qu'Tirolupeau, ne fust point tardon
gagna le Hameau > Mais malheur en cheminauxBrebisécartées
Elles n'avaient , iamais esté si mttl
traitées,
On npoujfia du pied les confies des
On eustdit que chacun méconnoijjoit
les siens.
Dun airtsoi nfroridneenfienyon finit la
>Uoïi vit ban quou alloit changer
de dtjïif.l'c.
Sans doute les Bergersse raccommoderont
,
On lesecoeuilsparleront,
Maisfiitr leur /TJi:l!Ù;) ie crois que
les Beg,rcs,
Après ce démeslé, necompterontplus
gueres.
Déia l'une avec l'autre on les voit
rarement,
L'aversiomn s'aeungmte.nte en cet élogne-
J>)ue l'on apprenne donc, qu'aire
amitiél., lie
Finit dfrZ souvent sur une bagatelle,
Et que si ton prétend qu'elle dure
1 toûiours,
Il ne faut point troubler les secretes
amours.
£)ttand on veut trop avant fouiller
dans ces mifleres
,
La curiositéfait de grandes affaires.
• La belle Saison a donné
lieu a des Airs nouveaux sur
le retour du Printemps. En
voicy un de M' Leger.
oAIR NOUVEAU. N peut enfin dans nos Bociges
Ioüir des douceurs du beau
temps.
Les Ciféaux par leur doux ramage ,
Chantentle retour du Printemps..
Que mon bonheurseroit extrême,
Printemps ,-Ji ton retour
Rendoit la Bergere que yaimc
Plussensible à mon amour !
Toutes les nouvelles de
Warsovie ont parlé depuis,
quelque temps d'un Gentilhomme
Polonoisarrêté pour
l'Acheisme. Il y estoitprisonnier
depuis deux ou trois années,
& son affaire a tfté ju,
gée pendant la Diete. Lors
qu'il fut interrogé ,jl ne desavoüa
pas qu'il n'eust fait.
quelques Ecrits, & mesme il
fut obligé de tomber d'ac-.
cord qu'il les avoit communiquez,
Comme il pretendit
d'abord avoir des raisonsvalables
pour servir à sa défense,
on luy donna du temps
pour répondre à l'accusation
qui luy estoitfaite. Le 26 de
Février la Seance fut commencée
de bonne heure afin
de pouvoir travai ller à son
Procès. Il fut amené dans
l'Assemblée
, & comme il ne
put dilconvenir des Ecrits
qu'il avoir faits, tout ce qu'il
dit pour sa justification, fut
qu'il n'avoit écrit aucune
des propositions dont on luy,
faisoit un crime, que dans le
dessein de lesréfuter; qu'il les
refusoit de bouche en parlant
à ceux avec lesquels il s'en expliquoit,&
lesempeschoit par
là de pouvoir tomber dans
aucune erreur; que ce projet
d'en faire connoistre la fauf-
[ccé) estoit parmy les papiers
qu'onluy avoit pris, & qu'il
falloit qu'il eust ellesupprime
par celu y qui l'accusoit.
Ce qu'il dit fut cause que l'on
ordonna que l'Accusateur
jureroit avec sept Témoins
qu'il n'avoit caché aucun
papier. Ces témoins font
pour l'ordinaire des gens de
la plus mediocre condition.,
à chacun desquels on donne
tres-peu dechose.Cette façon
de jurer est fort honteuse en
Bologne
,
& c'est une grande
tâche pour une Famille. Le
Serment ayant esté presté
par, l' Accusateur, il fut enjointau
Gentilhomme de se
mettre aà genoux, & de té- be temoigner
devant Dieu & le
monde qu'il ne recevoit
point d'autre loy que celle
que luy prescrivoit l'Eglise
Romaine. Ille fit
9
& cria ensuite
en s'a dressant à Sa Majesté,
ayezpitié, ayez pitié de
moy )
Roy tres-excellent. On
l'emmena hors de l'Assemblée
,
& alors le Primat da;
Royaume donna sa voix qui
alla à le faire brûler vif,&
à élever un poteau dans la.
Place de l'execution
,
sur lequel
son crime seroit gravée
ainsi que le jugement rendu.
L'Accusateur ne fut pas.
exempt de peine. Il fut ordonné
qu'il payeroit une
amende pour avoir fait arrester
un Gentilhomme qui
n'estoit pas encore jugé. C'est
un Privilège particulier à la.
Noblesse Polonoife de ne
pouvoir estre arrestée qu'aprés
la condamnation. Ainsi
les Accusez ont la liberté de
solliciter eux -
mesmes leurs
affaires, & lors qu'ils en craignent
un mauvais succés,
ils ont le temps de se mettre
en seureté. Le 28. cette affaire
fut portée aux Seigneurs Laïques,&
le Vayvode de Cracovie
déclara qu'il n'estoit
point davis qu'on dressast
aucun poteau, parce qu'il
n'estoit pas a propos de conserver
la mémoire des maximes
scandaleuses & pleines
d'impieté de cet Athéej
que beaucoup de personnes
bien intentionnées ne pourroient
les lire sans sentir toiU
jours quelque nouvelleindignation,&
qu'ainsi il falloit
donner une autre Sentence.
La dessus les Senateurs conclûrencunanimementuainfi
que: les SeigneursduCierge,
qu'on luy bruleroit la main
jusqu'au coude avec Ces Ecrits
blasphematoires; qu'après
cela onluy: couperoit le reste
du bras jusqu'àl'épaule;
qu'on luyarrach croitila laii-9
gue hors de la bouche? ce
que son corps feroit mis ensuite
sur un bûcher &brûlé.
Quelques-uns, mais en petit
nombre
,
parlèrent de modifier
ce jugement en le reléguant
dans un Monastere
pour y faire penitence. D'autres
opinerent à le faire eavoyer
à Rome
>
afin qu'il fust
jugé par le Pape. Le Vaivode
de Smolensko fut un de ceux
qui agirent avec le plus de
severité. Il se déclara avec
tant d'aigreur contre le Coupable
, que divers Seigneurs,
& particulierement le Nonce
de Brefzefciauski, demandejrcnc
au Roy, que comme il
s'agissoitd'un Athée
,
ses
cendres, après qu'il seroit
brûl*éi,ftiflènt mises dans un
Canon,&jettées par la force
de la poudre sur les rerres de
la Vaivodie de Smolensko,
afin qu'elles ne demeurassent
point sur le territoire deWarsovie.
Le 10. de Mars il fut
amené dans l'Eglise de Saint
Jean, & là sur un échafaut
qu'on avoit dressé exprés, il
fit abjuration de ses erreurs
entre les mains des Evesques)
en presence de leurs Majestez
Polonoises,& d'unetresnombreuseassemblée.
Illes détesta)
& pria qu'on le voulust exempter
du tourment du feu, de
crainte que la douleur ne le
fist tomber dans le desespoir.
On luy donna ses écrits, afin
qu'il en fist la lecture à haute
voix. Il la commença ,
ofoOt
frant de les refuter, & quelques
uns souhaitoient qu'on
luy en donnast le temps, mais
les forces luy ayant manqué
tout d'uncoup, cette lecture
fut achevée par un Prestre.
Le 28. du mesme mois il fut
amené dans le SCI',ar) & on
,
luy Luc sa Sentence. Elle
portoit qu'il brûleroit fcs
Ecrits luy-mesme,& qu'il
seroit ensuite brûlé vif.Quoy
que la rigueur de cette Sentence
lefistfremir, il avoüa
qu'elle estoit beaucoup au
dessous de l'énormité du crinie)
& qu'il n'avoir point à se
plaindre de ses Juges. Il ne
laissa pas de prier le Roy & le
Senat d'avoir quelque égard
pour safaiblesse,& de vouloir
moderer sa peine, afin qu'il la
pust souffrir sans craindre le
desespoir. On fut touché de
son repentir, & on luy accorda
qu'on ne jetteroit son
corps au feu qu'aprés qu'il
auroit la teste tranchée. Cela
ne pût estre executé que le30;.
àcause qu'un vent fort violent
s'estant élevé le 19. on craignit
qu'il ne causast quelque
embrasement dans la Ville,
où les maisons font presque
toutes couvertes de bois. Ainsi
il fut jugé à propos de differer
l'éxecutionjusqu'au lendemain.
Il monta sur l'Echafaut
assez constamment. Il
brûla ses papiers, & on luy
coupa la teste, aprés quoy son
corps fut jette dans le bucher.
Comme les Affaires d'Angleterre
sont ce qui occupe
aujourd'huy toute l'Europe,
& qu'on n'écrit rien sur cette
matiere qui ne mérite d'estre
vu des Curieux, jevous envoye
une Lettre à laquelle on
a donné icy de grandsapplaudissemens.
La solidité des raisonnemens
dont elle est remplie,
l'a fait traduire de l'Anglois
en nostre Langue, & je
fuis persuadé que sa longueur
ne vous déplaira pas.
LETTRE
D'un ëvefijue Protestant à un
Mylord de ses Amis, MYLORD,
LES circonstances presentes
de nos affaires sont si étranges,
& les perils dont tous
les Fidelles serviteurs du Roy
font menacez me paroissent 11
pressans, que je n'aurois jamais
pû me resoudre à répondre
à vostre Lettre, si je
n'étois persuadé que vous me
demandez avis à bonne intention,
& si je n'avois en
mesme temps sujet de craindre
que vous n'interpretassiez
mon silence comme uneapprobation
tacite de tout ce
qui s'est fait depuis deux mois
contre le Roy, contre rEglise
& contre l'Etat. Vous
me rendriez peut-estre justice
en attribuant ce silence comme
celuy de plusieurs de mes
Confreres à une prudence qui
peut-estre permise en cette
occasion, mais quelques-uns
en jugeroient autrement, &
me reprocheroient avec raison
qu'ayant toute ma vie
prêché l'obeissance envers
son Souverain,& eu le bonheur
d'estre élevé dans l'Université
d'Oxford fous des
MMaaiistttrreess éégoaalleemmeenntt recommandables
par leur pieté &
par leur doctrine, je n'imiterois
pas leur conduite; car
dans des temps d'une rebellion
pire que celle-cy ,ils ne
rendirent pas feulement témoignage
à la verité lors r qu'ils en furent requis,ils la
défendirent courageufcment
devant les Usurpateurs de
l'autorité Royale, &: ils leur
reprocherent leur crime avec
un zele digne de nostre Profession&
de lafidélité inviolable
que le Clergé de l'Eglise
Anglicane avoit fait paroistre
jusqu'à ce temps-cy. Mais
enfin puisque nous voyons
des Evêques qui se sont laisosé
entraisner dans la voye
des impies, & qui se sontassis
dans la Chaire des moqueurs,
je veux dire, qui ont pris part
à cette maudire Convention,
pour attenter a la personne U
à la dignité de l'Oint du Seigneur,
je me croirois indigne
du
du rang que je tiens dans
vostre Eglise, & mesme du
nom de Chrestien, si je ne
m'expliquois tres clairement
à ceux qui me demandent
compte de mes sentimens, ce
que selon le precepte de Saint
Pierre nous
devons
toujours
estre prests à faire lors que
nous en sommes requis.
Ainsi, Mylord, pour commencer
à VOUS répondre, je
vous diray que vous ne pouviez
mieux faire que de ne
pasalleràla Convention, &
qù'en cela vostre conduite
m'acombled^joyeaufu bien
que tous ceux de nos Confreres
qui aiment véritablement
l'honneur de l'Eglise
Anglicane. Vous avez la
satisfaction de n'avoir pas
chargé vostre conscience d'un
aussi grand crime qu'est celuy
de la rebellion
t que tous les
bons Chrestiens, & particulierement
l'Eglise Anglicane,
ont toujours eu en horreur.
Je vous avoüe , Mylord,
que je ne puis comprendresur
quels principes Messieurs de
la Convention peuvent prétendre
qu'ils se justifîeront de
ce crime. Voussçavez que
nostre Eglise a toujours enfcigné
t'obeidance aux légitimes
Souverains comme un
devoir essenciel du Chriflianifme,
étably par l'écriture
Sainte, partoutelaDoctrine
des Anciens, & particuliement
par nos Confessions de
foy & nos Articles de Religion.
Le 37. en parle en ces
termes. Regia Majestas in hoc
Angliæ Regno ac coeteris ejus
Dominiis, summam habetpotestatem
„
ad quam omnium
ftatuum bujus regni
3
fve issi
Ecclesiastici sint-) sive civiles, in
omnibus causissuprema gubernatio-
pertinet, & nulliextern*
Iurisdictioni estsubjecta, nec ejje
debet. Il n'y a aucun
Hcclesiastique
du Royaume qui
n'ait juré de tenircette Doctrine
,
& elle est encore plus
fortement establie par les
sermens d'Allegeance & de
Supremacie
J que tous les
Seigneurs & tous les Deputez
desCommunes ont prestezau
Roy à son avenement à la
Couronne; & autant de fois
qu'ils font entrez dans quelque
nouvel employ
>
ils ont
juré qu'ilestoit le legitimeRoyde.
ce Royaume ; que le Pape» ny
par luy, ny par aucune autre auttoorriittéé
eémmaanneéce du SSiieoge de Rome
ne peut déposer le Roy; & enfin
que le Pape ny aucune Pnfonne
n'a le pouvoir de dispenser de ce
ferment. Par celuy de Supremacie
on declare
, que le Roy
si suprême Gouverneur de ce
Royaume dans le spirituel &
dans le temporel, dr quaucun
Prince étranger
J
Personne)
Prelat,Estat ou Potentat, n'a ou
ne doit avoir aucune Jurifdic*
tion,pouvoir,superiorité, prééminence,
ou autorité Ecclesiastique
ou Spirituelle dans ce T^yau*
(;J,.l 01 me; ee; consequence on renonçt
à toute Juridiction etrangere3
pouvoir ,superiorité ou autorité
quelconque 'J@r qu'on promet
desormais une veritablefidelitéauRoy,
àses héritiers&légitimes
successeurs,& de defendre
de tout son pouvoirses droits,
prééminences
y
&c. Il n'y a personne
dans la Convention qui
n'ait fait ces sermens
>
& il
n'yen a aucun qui ne les
ait violez. S'ils croyent que
par ces sermens ils ont contracté
quelque nouvelleobligation
)
c'estoit asseurement
celle de ne rien faire de tout
ce qui a esté resolu dans leur
Assemblée, & de demeurer
fidelles au Roy. S'ils croycnt
que ces sermens ne les ont
obligez à rien, ils se jouent
d'une étrange maniere de leur
Roy, de leur Foy & de Dieu,
qu'ils ont pris à témoin de la,
promesse de fidelitéqu'ils
faisoient à Sa Majesté. Ils
n'en peuvent pas éluder la
force par des interprétations
frivoles,puisque par une clause
speciale celuy qui les preste
declare, qu'il entend les termes
du ferment selonleur sens simfle
& naturel, sans équivoque
sans reflriéîion mentale, En
ce senstousceux quiont approuvé
lesDeliberations prises
contre le Roy ne peuvent
estre exempts de parjure, &
d'une sorte de parjure, qui
non seulement est criminel
devant Dieu, mais qui détruit
tout le commerce réciproqueentre
les hommes,
car quelle assurance pourront
jamais prend re les Souverains
de la fidélité de leurs Sujets
Protestans, si de semblables
fcrmens où Dieu est pris à
témoin, & les Evangiles
touchez
, ne suffisent pas?
Vous voyez bien, Mylord,
que cela les enga ge necessairement
à une defiance legitime,
& à s'assurer de leur
fïdelité pardesvoyes toutes
différentes,enleur laissant le
moins de liberté qu'il leur
est possible. Au moins les
Catholiques Romains ne
sont pas exposez à ce reproche
, mesme ceux qui
ont une Doctrine contraire
à la seureté des Rois. Vous
scavez qu'ils ne suivent pas
tous les mesmes sentimens,
comme il paroist par l'approbation
que cinquante-huit
Docteurs de la Faculté de
Paris donnerent en 1680. au
ferment d'Allegeance, & par
d'autres Pieces qui furent
imprimées à Londresen 1684.
par les soins du P. Pierre
Walsh
,
Cordelier Irlandois,
dans le Livre inutulé Causa
Valesiana. Mais ceux qui
estant imbus des maximes de
Bellarmin, refusent de le
prêter,font assez voir que ce
refus n'est pas feulement sondé
sur la crainte de desobeïr
aux Brefs de Paul V. mais
aussi sur la pensée qu'ils ont
que s'ils avoient fait ce ferment,
ils feroient engagez
à l'observer. Il ne faut
donc plus leur reprocher les
équivoques & les restrictions
mentales,mais à ces nouveaux
zelez de la Convention, qui
ne peuvent se laver du reproche
de s'estre parjurez,
qu'en declarant qu'ils ont
promis au Roy une obeïssance
conditionnelle, c'està dire,
qu'ils ne se font engagez à luy
estre fidelles
, qu'autant qu'il
le feroit à leur égard dans
l'observation de ce pretendu
Contrat original qui est entre
les Rois & le Peuple; qu'autant
qu'il seroit Protestant,
ou pour mieux dire,qu'autant
qu'il leur plairoit.
Si ces distinctions &, ces
clauses estoient nouvelles,
encore faloit-il les proposer
au Roy, lors que tout le
Royaume luy promit fidélité
à ion avenement à la
Couronne, & luy declarer
quelles estoient les conditions
des sermens qu'on luy
prestoit. On n'ignoroit pas
alors qu'il ne fist profession
de la Religion Catholique;
mais toute l'Angleterre
ne crut pas que ces motifs
fussent suffisans pour luy refuser
l'obeissance qui luy étoit
deuë. Toutes les Villes &
Communautez le témoignerent
assez par leurs Adresses,
lors que la memoire estoit encore
recente des efforts queles
Seditieux avoient faits dans
les Parlemens de Westminster
& d'Oxford, pour faire
exclure Sa Majesté de la succession,
sous pretexte de saReligion.
Tout le Royaume détesta
alors les maximes que la
Convention a prises depuis
pour regles fondamentales
de sa conduite. On détesta
publiquementle projet d'affociation
dresse par Mylord
Shafsbury & ses complices,
quoy qu'il fust moins pernicieux
que le resultat de la
Convention; & toutes les raisons
sur lesquelles on pretendoit
justifier cette Association
,
furent Condamnées en
1683. par la fameuse decision
de l'Université d'Orford.
Personne alors ne parut sur
les rangs pour défendre les
dangereuses maximes de ces
Conspirateurs ; chacun les
condamna comme contraires
à la parole de Dieu,à la seureté
des personnes sacrées, &
au repos public, & comme
directement opposées à la
doctrine de l'Eglise Anglicane
Comment doncs'est-il
pû faire que ce qui estoit abominable
en 1683. foit conforme
à l'Ecriture &auxLoix
du Royaume en 1689. si ce
n'estque la Convention a
changé de maximes, qu'elle
a également renversé les Loir
de l'Eglise & de l'Etat, &
qu'après avoir tant déclamé
contre le Pouvoir Arbitraire
elletâched'en établir un qui
est incomparablement plugrand,
puis qu'elle nous veut
forcer à violer nostre ferment,
& à recevoir un Etranger, auquel
nous ne pouvons obeir
en conscience? f
On ne peut pas dire que
les maximes sur lesquelles la
Convention agit, soient nouvelles,
& parconsequent qu*.
on peut exeuserceux quis'y
font laisse surprend re Ellesse
reduisent à une principale,
qui est le Contrat original
entre le Roy & ses Sujets, qui
fait que lors que le Roy manque
à son devoir, les Sjujei&
ne sont plus tenus au serment
qu'ils ont fait de luy obeir.
De cette première on en tire
une seconde; que si un pouvoir
légitimé se change en
tyrannie,ou qu'il ne foit pas
exercé selon les Loix divines
& humaines, on peut l'abroger.
Ces deux propositions
font la seconde & la troisiéme
de celles qui furent solemnellement
condamnées
parl'Université d'Oxford
> le
31. Juillet 1683. Elles n'ont
jamais esté enseignées que
par Buchanan, Knox, Dolivan,
Milton, Grodwin, &
d'autres seditieux 0ric
toujours esté condamnées par
l'Eglise Anglicane
, comme
heretiques
,
seditieuses, tendantes
à l'Anarchie & à la
subversion des Puissances le
gitimés, dont aucune ne
pourra estre en seureté
*
dés
que quinze ou vingt Fanatiques
re seront mis en teste
qu'on aviolé ce Contratori- : ginal, ou que les Magistrats,
n'agissent pas felon la Loy de
Dieu. Ces maximes ne font
que trop connuës, & la Nation
a vu par une expérience
funette quelles en estoient
les consequences, puis qu'elles
porterent des Rebelles
furieux àun parricide execrable
que nous ne pouvons aCsez
détester, & que l'Eglise
Anglicane déplore tous
les ans par un Office solemnel.
Ainsi je ne comprens
pas comment on peut encore
s'en servir pour couvrir un
autre attentat que nos Loix
mettent presque au mesme
rang ,
qui est de dépouiller le
Roy de l'autorité legicimet
que le droit de la fucceiffon
luya donnée.
Iln'est pas question d'examiner
presentement si ces
maximes peuvent s'accorder
avec les réglés de la Morale
Chrestienne. L'Eglise Anglicane
en a toujours jugé autrement,
non feulement quand
elle a esté libre
,
mais encore
dansle temps qu'elle gemissoit
sous Toppression de ses
plus grands Ennemis.Vous
n'ignorez pas que durant la
longue rebellion, le Docteur
Hammond ,le Docteur Heylin&
plusieursautres les combatirent
par leurs écrits qui
font entre les mains de tout le
monde;mais depuis ce tempslà.
elle sest plusieurs fois
expliquée d'une maniere inconiestable,
entre autres dans
l'Histoire des derniers troubles
,& celle du traité d'Uxbridge,
sans parler de la Cenfure
de 1683. faire peu après la
découverte de la Conspiration
de Neufmaret. Dans
toutes ces Déclarations publiques,
jamais il n'y a eu
aucune contradiction de la
part de ceux qui font presentement
la principale figure
dans la Convention. Tous
les approuvoient
) & il y en
a peu qui n'ayent eu quelque
part à des asseurances publiques
,quelesCorps,Villes,
& Communautez donnerent
au Roy de leur fidélité.
On ne les peut donc
exeuser, ou d'une hypocrisie
criminelle devant Dieu&
devant les hommes, si croyant
ce qu'ils croyent presentement
ils declatoient le contraire,
ou d'une Rebellion
manifeste
, en ce qu'apresent
ils prennent pour réglé de
leur cond uite des maximes
qu'ils ont publiquement detesté
es. Maisla raison de cette
diversité de conduite n'est
pas difficile à deviner, car si
avant la revolte de tout le
Royaume qui a suspendu
l'exécution des Loix
3
ils avoient
fait connoistre qu'ils
approuvoient ces damnables
maximes, ils auroient sans
doute esté punis comme des
Traîtres suivant la rigueur
des mesmes Loix. Ce n'est
donc pas la crainte de DIeu)
mais la crainte du supplice
qui les arrestoit, & qu'ils devoient
neanmoins surmonter.
Si cette Doctrine qu'ils veulent
établir estoit une verité
de la Religion qu'ils professent
,
ils devoient mépriser
tous les perils pour nous détromper
de l'erreur dans laquelle
nous estions, & dans
laquelle nous fomrnes encore
a en croyant que nous
sommes obligez par la Loy
de Dieu d'obeïr au Roy &
aux Princes fous l'autorité
dcfquels il nous a fait naistre.
Mais ce qui nous doit à
jamais faire deffier de ces
malheureux Fanatiques, c'est
la prodigieuse dissimulation
avec laquelle ils ont toujours
couvert le venin de leur Doctrine,
pour ne la répandre que
quand
pand ils ont veu les puissan-
:es légitimés opprimées. En
Vautres temps ilsontesté les
plus échauffez à prescher l'opeïssance
envers les Souveains.
Et quelles invectives
l'ont ils pas faites en cent occasions
contre les Papistes au
sujet de la doctrine des Italiens?
Quel zele n'ont-ils pas
fait paroistre dans la conspiration
découverte par Oates.
& par Bedlow
> que j'aime
mieux croire supposée, après
les jugemens solemnels rendus
dans nos Tribunaux
contre les principauxActeurs
de cette sanglante Tragédie,
que de la croire veritable?
Mais quel estoit ce Zele?
NOUS levoyons presentement,.
Quand il s'agissoit de carnot
battre des fantômes & des
chimeres ,& quand l'on menaçoitl'Angleterre
de l'invassiion
d'1u.1 ne Armé1e é1 trangere,
laquelle on pretendoit agir
fous les ordres du Pape, tous
prenoient l'alarme; mais
quand ils ont veu venir un
Etranger qui n'a presentement
pas plus de droit d'entrer
à main armée dans le
Royaume que le Pape ôr. ses
Emissaires ; qu'ils l'ont veu
déclarer contre le Roy
mettre sa personne en arrest,
saisir des deniers publics,
k faire sansautoritélégitime
:ous les actes des Souverains,
Is ont oublié l'ancienne Doctrine
de leur Mere l'Eglise
Anglicane
,
& manquant à
:ous les devoirs qu'elle leur
>refcrit» ils ont favorisé par
eur silence Tentreprise d'un
J surpaceur, & l'ont ainsi fait
éiïflii. Je parle des plus innocens
, & de ceux qui n'ont eu
part qu'indirectement à l'enreprise
du Prince d'Orange.
Ils ne peuvent pas dire que
cette entreprise fust chimérique
, comme les Catholiques
l'ont toujours dit de
celle qu'on leur réprochoit,
& comme ils l'ont persuadé
à la plus faine partie du
Royaume. Celle-cy ne s'est
trouvée que trop réelle. Puis
qu'ils l'ont donc approuvée
dans leur coeur, ils croyoient
qu'elle estoit legitime, conforme
à la parole de Dieu, &
par consequent ils trahissoient
la vérité & agissoient
contre leur conscience
,
lors
qu'ilsasseuroientSaMajesté
par les Sermens les plus fdlemnels,
qu'ils ne reconnoissoient
sur terre aucune autorité
superieure à la lienne? &
ils commettoient de façon
ou d'autre un parjure execrable.
Tous les Theologiens Protestans
& Catholiques Romains
conviennent que la
feule occasion
,
dans laquelle
non feulement il est permis
de ne pas obeïr aux Princes;
mais dans laquelle on ne peut
leur obeïr sans pecher, est lors
qu'ils commandent quelque
chose de contraire à la Loy
de Dieu. C'est sur ce principe
que l'Archevesque de Cantorbery
& les six Evcfques
qui refuserent à son exemple
de faire publier dans leurs
Dioceses la Proclamation
pour la liberté de conscience,
se sont justifiez en déclarant
qu'ils ne pouvoient obcïr
sans offenser Dieu. Je ne pretens
-
ny les de ffendre ny les
condamner y cette matiere
m'ayant paru fort problematique
, car su pposant ce que
l'Eglise Anglicane enseigne
dupouvoir suprême du ROJ'
Chef de cette mesme Eglise,
immédiatement soûmisà
Dieu
,
je ne vois pas qu'ils
eussent autant de droit qu'ils
l'ont pretendu, à refuser de
publier cette Ordonnance. Il
ne s'agissoit pas de recevoir
à leur Communion des Sectaires
que l'Eglise Anglicane
en a toujours exclus; mais
feu lement de publier la Loy
du Prince, par laquelle il
suspendoit la rigueur des
Loix
,
quiest une affaire purement
civile.&danslaquelle
par consequent les Evesques
n'ont pas plus d'autorité que
les Pairs Seculiers
»
c'est à
dire qu'ils peuvent proposer
sur cela au Roy dans son Parlement,
ce qu'ils croyent le
plus avantageux au bien Public.
Cependant je leur accorde
volontiers cette gloire
dont quelques-uns lesflattent
si agréablement d'avoir fait
l'office de bons Pasteurs en
s'exposant pour leurs Troupeaux.
La persuasion interieure
de leur con science peut
justifier leur intenrion, & je
me fuis cent fois étonné
commenton avoit pu engager
le Roy à entreprendre
cette affaire ; mais cette metme
bonne consciencene devoit-
elle pas en mesme temps
les faire expliquer devant les
Juges qui les examinoient,
comme ayant répandu un
Libelle tendant à exciter le
Peuple à sedition ? Si dans
leur Requeste qui estoit le
fondement de l'accusationils
avoient fait mention du Contrat
original entre le Roy &
son Peuple,& de l'incompati,
bilité de la Religion Catholique
avec la qualité de Roy
d' A ngleterre, ou dela prétenduesupposition
du Prince
de Galles; qu'ils eussent declaré
qu'on peut pour deffendre
sa Religion,prendre les
aimes contre son Souverain,,
& que les Communes assemblécs
sans autorité peuvent
disposer de la Couronne, faire
denouvelles Loix, détruire
les anciennes ,& semblables
choses qu'ils justifientpresentement
, croyez vous, Milord,
qu'ils eussentesié acquittez
si promptement par
les Jurez? Nonasseurément,
ils auroient este condamnez
comme Traistres ;
la Loy y
est ex pre sse,& personnen'auroit
elle en estat de les desfendre.
C'estoit donc en cette
occasion qu'il falloir libre.
ment dire ces prétendües veritez
qu'ils tenoient cachées
dans leur coeur, & prescher
sur les toits ce qu'ils disoient
entre-eux à l'oreille, non pas
tromper leur Roy par des
par jures & des protestations
frauduleuses de leur fidélité
inviolable à son service, &
de leur attachement à la Doctrine
de l'EgliseAnglicane.
Qu'ils ne nous parlent donc
plus de leur faux zele
, mais
qu'ils pensent à demander
pardon à Dieu & au Roy clet
la plus detestable perfidie
qui ait jamais noircy la reputation
de nostre Clergé.
Je vous ay dit avec raison
que la maxime sur laquelle
la Convention, & ceux de
Meilleurs les Evesques qui y
ont pris seance, ont reglé
leurs décisions, ne nous font
pas nouvelles. Elles ont corn,
mencé à se répandre en ce
Royaume sous le regne d'Elizabeth.
Les Theologiens qui
s'estoient retirez d'Angleter-
, o
re, pour éviter Il persecurion
de Marie, se refugierent la
pluspart à Geneve, en Suisse,
en dans le Palatinat. Ils nous
en rapportèrent cette malheureusedoctrine,
qui a déja
causé tant de maux aux trois
Royaumes, & commencerent
à corrompre plusieurs
esprits dans nos deux Universitez;
caril est certain que
Calvin& sesDisciples n'ont
jamais approuvé absolument
nostre Reformation. Nostre
Liturgie& nostreDiscipline
ne luy plaisoient pas, &sily
trouvoit, disoit-il, beaucoup de
sottises tolerables. Ses Disciples
s In Liturgiâ Anglicanâ qualem mihj
descrimtis, multasvideo tolerabiles
ineptias.
tâcherent de faire une espece
de Schisme dans l'Eglise Anglicane,
à l'occasion des Ceremonies
qu'elle a conservées. aces gens- làque nous
devons attribuer tous les
maux qui l'ont accablée depuis
six-vingts ans, comme
le DocteurHeylin l'a fait
voir tres-clairem4ent dans fou
Hiftoirede la Reformation,
& dans celle des Presbyte,
riens. S'ils ne firent pas de si
grands desordres fous les regnés
d'EdouardVI. & de
Marie,c'est que dans le premier
on ne leur en donna pas
le temps, dans le second ils
ne jugerent pas à propos de
s'exposer aux perils qu'il y
avoit, à professer publiquement
en ce Royaume la Religion
Protestante. La Reine
Elizabeth empescha que leur
mauvaisedoctrine ne corrompifi.
le coeur de ses Sujets
en établissant par plusieurs
Loix salutaires l'uniformité
de la Religion & du
Culte exterieur
,
& encore
plus en les faisant severement
executer. On navoit jamais
cru qu'il pust y avoir de seureté
pour la Religion Anglicane
qu'en les exccutant de
mesme, & c'est ce qui les a
toujours renduëstres-odieuses
aux Presbyteriens. Aussi
ne faut-il pas s'étonner si un
de leurs premiers foins dans
la Convention a esté de tâcher
de rendre ces Loix inutiles
par des adoucissemens qui
leurostent toute leur force.
Depuis lecommencement de
ce siecle nous trouvons dans
les Ouvrages du Roy Jacques
I. destémoignages de ce qu'il
eut àsouffrir de ces mesmes
Presbyteriens? Ils commencerent
ces troubles qui durerent
jusqu'au regne de Charles
I. & qui ne finirent que
par la destruction de la Monarchie
, & le parricide execrable
commis en sa personne.
Tout le monde sçait que
ces Seditieux, qui comme
ceux de nostre temps couvroient
leur perfidie par des
sermens d' Allegeance & de
Supremacie, firent alors paroistre
sans garder aucunes
mesures, la doctrine qu'ils
avoient dans le coeur,au lieu
qu'ils n'approuvoient que des
levres celle de l'Eglise Anglicane,
qui est précisement
la conduite qu'ont tenuë les
zelez de ce temps. Ils ne peuvent
pas dire que l'Eglise Anglicane
ait approuvé alors ce
qu'ils mirent en avant touchant
le Contrat original entre
le Roy & son Peuple, non
plus que les propositions suivantes,
fidellement recueillies
par l'Université d'Oxford:
Que le Peuple peut donner le
Gouvernementàqui illuyplaist,
reformer @' punir les abus pins
l'autorité du Magistrat legitime;
déposer les mauvais rprinces).
leurresister,prendre les armes
centre eux, &qu'ilest déchargé
de tout ferment de fidelité, lors
que les Princes agissent contre
Dieu & contre la vérité. Personne
n'ignore que l'Eglise
Anglicane ayant esté opprimée
& dérruite par les Seditieux,
ne put alors se déclarer
en corps contre ces pernicieuses
maximes, mais son
honneur sur soûtenu par plusieurs
grands hommes quiles
combattirent ouvertement
dans leurs Ecrits. Le Docteur
Hammond ne se contenta pas
de les refuter; iladressa surce
sujet un Ecrit à Fairfax, qui
citant imprimé dans le recueil
de ses Ouvrages, servira à
faire connoistre à laposterité
les véritables sentimens de nôtreClergé.
LeDocteurHeylin
lescombattit avec la mesme
chaleur,aussi-bien que plusieurs
autres fidelles serviteurs
du Roy, & leurs Livres ne
vous sont pas inconnus.Comme
dans ce temps-là mesme
nostre Eglise trouva de zelez
défenseurs de sa doctrine, elle
se déclara encore plus fortement
quand elle fut remise
en liberté par le rétablissement
du Roy. Il n'y eut presque
aucune Eglise particulier
re qui ne témoignast par ses
Adresses, ou par d'autres Actes
publics,combien ces maximes
presbyteriennes luy
estoienten horreur. Le premier
Parlement qui fut tenu
après le retour de Sa Majesté,
condamna le Convenant, &
tous les Actes faits en consequence
, qui furent abolis en
1662. par le dernier Acte d'uniformiré,
par lequel les autres
sur le mesme sujet, passez
fous les regnes d'Elizabeth,
de Jacques I. & Charles I. furent
confirmez & remis en
vigueur. Tous les attentats
contre la personne du Roy
les Héritiers & légitimes Successeurs
furent declarez haute
trahison, & dans le mesme
Acte il yeut des défenses trèsseveres
de prêcher, d'enseigner
,d'écrire, de dire, ou de
declarer en aucune maniere
que le Parlement commencéen
1640.eust quelque force;
que les Sermens prêtez alors
engageassent les Particuliers;
& sur tout que les deux
Chambres du Parlement, ou
l'une des deux eust aucun
pouvoir legislatifsansleRoy.
Quoy que toutes nos Loix.
ayent cet avantage par dessus
celles des autres Nations,
qu'aucune n'a esté faite, &
ne peut estre faite sans avoir
le consentement des Peuples,
on peut dire que celle-là a eu
un caractere tout particulier
de liberté, & que son autorité
doit cftre plus grande à
l'égard de tous les bons Anglois,
car ce fut un des premiers
Actesqui furent passez
au Parlement apréslerétablissement
du feu Roy, & ainsi
une desactions les plus libres
que jamais la Nation ait faites,
puis que les seuls motifs de
raison & de consciences & les
véritablesinterests de l'Etat,
l'engagèrent à reconnoistre
son légitimé Souverain, & à
secoüer le joug d'une tyrannie
plus dure cent fois qu'aucun
règne des Predecesseurs
de Sa Majesté) couverte
néanmoins du specieux titre
de protection. C'est ce que
nous, ou ceux qui viendront
après nous verront encore)
si néanmoins on trouve assez
de facilité à se tirer des fers
dont ons'est chargé pouréviter
un peril imaginaire de perdre
cette precieuse liberté,
qu'on
qu'on a si aisément mise en
de tres-dangercufes mains.
On a encore une preuve incontestable
de l'horreur que
toute la Nation a euë des
pernicieuses maximes que la
Convention a prises pour reglés
de sa conduite?& qu'elle
nous a données comme des
raisons suffisantes pour juftu
fier le renversement général
de toutes nos Loix, C'est dans
les Actesduprocés fait aux
Regicides en 1660. On peut
voir plus au long dans les interrogatoires
,que lapluspart
de ces abominables Parrici-
-4
despretendirent justifier leur
crime sur de semblables principes,
du Contrat original,
& de l'autoritéduPeuple sur
les Souverains.IIs foûtcnoient
aussi qu'ayant agy par l'amorité
duParlement, ilsavoient
eu un pouvoir suffisant, &
que le Parlement de 1640.
estoit légitimé, parce qu'une
Convention ou Assemblée de
Peuple devoit avoir leprivilege
du Parlement. C'estoit
là le raisonnement de Thomas
Scot,&de ses complices.
Les Juges détruisirent ces foiblesdéfenses
par des raisons
ans répliques
>
fondées sur
es Loix & sur les exemples
lediverses fameusesprocelures.
Le Chevalier Bridgenan,
Chef Baron de l'Echiquier,
en instruisant les Jurez,
montra qu'ils devoient agir
surce principe incontestable,
qui estoit comme le resultat
ie toutes les Loix Qu'aucune
personneparticulière, ny Communauté
de personnes
,
nyle
Peuple collectivement ou repre
sentatinvement n'avoient aucun
pouvoir coercitif sur le ROy
d'Angleterre. Maxime qui dé--
truit entièrement tous les
principes J& par consequent
toutes les proced ures de la
Convention. Les Juges n'en
demeurerent pas là; mais ils
déclarèrentaux criminels qui
vouloients'étendre sur cette
matiere, & prouver par desraisonnemens
chimeriques
l'autorité souveraine des
Communes, que la Cour de
Justice ne les pouvoit écouter
, & que cette maniere de
se defendre estoit un nouveau
crime de trahison.Toute
l'Angleterre eutconnoissance
de cette procedure, & l'approuva
J
sans que depuis ce
temps là ilse foit trouvépertonne
qui ait osé reprocher
aux Commissatres d'Oyer &
Terminer, qu'ils avoient condamné
des Innocens, ou qu'ils
avoient prononcé leur jugement
sur de fausses maximes.
Je demande donc presentement
à ceux de la Convention
comment ils prétendent
faire entrer dans des Actes
solemnels, & prendre pour
fondement de nouvellesLoix,
ce que les Juges ne pouvoient
souffrir alors dans la bouche
des criminels
3
à qui il est
permis de tout dire pour leur
-
défense, excepté ce qui effi
consideré comme paroles teru
dantes à trahison
>
de forte:
mesme que nonobstant les
privilèges dont joüissent lèse
Députez au Parlement, quii
les mettent à couvert de toutes
les procédures qui pourroient
estre faites contre eux:
pour des discours tendans àJ
sedition, ils pourroient estroe
arrestez & mis en Justice
Jt
pour avoir publiquement avancé
de semblables propositions.
Il semble que les seules
preuves tirées de ce qui s'eftj
passé dans le premier Parl ement
de Charles II. -& dans
la Cour de Justice qui jugea
lesRegicides, font tellement
incontestables, qu'il est inutile
d'en apporter d'autres
moins importantes,pour faire
voir que toute la Nation a
condamné les peinicieuses
maximesqu'on ne peut pas
feulement mettre en question
presentement
J
mais qu'on
nous donne pour des principescertains
du Droit commun,
& de nostre Jurisprudence
particuliere, puis que
sans les examiner, ce qu'on
ne pourroit faire néanmoins
sans encourir le crime de trahison,
les Conventionnaires
bastissent sur ces fondemens
ruineux des Loix tendantes à
la destruction & de l'Eilat,'
& de l'Eglise. Il y a cependant
beaucoup d'autres preuves
qui font voir clairement
que l'Eglise Anglicane n'estoit
point forcée quand elle
s'expliquoit si clairement
contre cette infame doctrine
Presbyterienne, qu'elle a toujours
considerée comme la
semence de tous nos maux;.
car dans ce temps- mefmc on
imprima avec l'approbation
des Evesques
>
plusieurs Ouvvrraaggeess
du DDoo(c'teur Heylin,
qui furent loüecz & estimez
de tout le monde, quoy qu'il
maltraitasft beaucou ples Presfbyteriens
, en faisant voir
qu'ils avoient excité par tout
des troubles & des guerres
civiles. On publia aussiplusieurs
semblables Ouvr.-igesp
contre lesquels jamais l'Eglise
Anglicane ne se declara,
au contraire elle fit voir par
des approbations solemne lieS)
qu'elle estimoit également
les Auteurs & leur doctrine.
Dans ce mesme temps il parut
un petit Livre intitulé, Philanax
Anylicus, dont l' Auteur
vouloir paroirtre Procédant,
& s'efforçoit de prouver que
la doctrinede la pluspart des
Eglises Reformées estoit contraire
à l'obeissance deuë aux
legitimes Souverains. Le Docteur
Pierre Dumoulin, Chanoine
de l'Eglise deChrist, à
Canrorbery, réfuta ce libelle
par une apologie de la doctrine
des Protestans sur ce
sujet. & il la finit en défiant
son adversaire de souscrire
plusieurs propositions qu'irl
rapporte comme conformes à
la doctrine des bons ProtestansAnglois,
donc voicy
la derniere ; Que les Pairs &
les Communes n'ont pAS le pouvoir
de juger leur Roy
> encore
moins de le déposer,de le mettre
à mort, d'en établir un autre en
sa place ou de changer laforme
du Gouvernement. Vous pouvez
croire que presentement
un Auteur feroit mal receu,
s'il proposoitàla Convention
de signercetarticle. Cependant
c'estoit la doctrine de
tout le Royaume, & les Non-
Conformistes Protestans,particulierement
les Qnafeers^.
estoient rudement persecutez,
parce qu'ils nevouloient
pas s'y conformer en
prêtant le ferment de Supremacie
& d'Allegeance. Ce
n'est pas que ces Sectaires
fussent la pluspart mauvais
Sujets, car il y avoit en eux
plus d'entestement que de
malice. On n'en peut pas autant
dire des Presbiteriens,
qui ont toûjours fait tousleurs
efforts pour faire abroger
ces sermens,& quand ils
y ont trouvé trop de difficultez
,
ils les ont pressez
contreleur conscience., comme
tousces Ministres fugitifs
de France, qui estant ennemis
de la Hiérarchie & de
l'Episcopac, & par consequent
ne pouvantprester ces
sermens selon les principes de
leur doctrine, ont néanmoins
surmonté ces scrupules qui les
auroient empefehez d'obtenir
des Benefices de ce
Royaume. Mais les Evesques
qui les faisoient prester à tant
d'autres,& qui à l'occasion
du refus de ces mesmes sermens,
faisoient déferer aux
Juges les Non-Conformistes
Papilles ou Protestans? pouvoient-
ils croire que ces [cr.
mens n'obligeassent à rien?
Nous voulons bien croire
que non, & cela estant ?ilest;
indubitable que selon la
Theologie de l'Eglise Anglicane
,
ils croyoient ou faisoient
semblant de croire
que ces sermens les obligeoient
à estrefidelles au Roy,
& à ne reconnoistreaucune
autorité superieure àla
ficnne ny dans le spirituel, ny
dans le temporel. Comment
donc ont-ils pu non seulementrenoncer
à l'obligation -
contractée par ces sermens
qu'ils ont prestez
,
& qu'ils
ont exigezdes autres, & enfin
avec quelle autorité ontils
pû les abroger , pour en
établir de nouveaux ?
t Dans ce procédé,il estaisé
de remarquer qu'ils ont en
plusieurs manieres peché
contre Dieu
J
dont ils ont
pris le nom en vain dans ces
sermens violez avec tant
d'impudence ; contre nos
Loix qu'ils ont abrogées, &
contre toute la Nation, à la- *
quelle ils en veulent imposer
de nouvelles. C'est un principe
certain donc tous les
Cnreftiens conviennent, que
chaque particulier est oblige
de se conformer aux Loix
de
son Païs, puis que c'estàluy
à obeïr aux Loix, & qu'il ne
luy appartient pas de les reformer.
Ainsi les Conventionnaires
, & particulièrement
les Evesques, estoient
obligez de
regler
leur conduite
sur celles qui sont en
usage dans ce Royaume,
pour le gouvernement de
'Eglise & de l'Etat. Le serment
par lequel ils ont
reconnu le Roy Chef surême
de l'Eglise Angliane
,les engageoit à se loûnettre
à toutes les Loix Eclesiastiques
,
dont en cette
qualité il est le seul execueur
& dispensateur
, car il
n'y a point d'autorité Ecclesiastique
qui n'émane de
celle du Roy, & les Parlemens
n'ont jamais pretendu
la partager avec luy. Ainsi
quand les Evesques ont conrenty
aux nouvelles Loix Ecclesiastiques
contraires aux
anciennes, ils ont reconnu
qu'il y avoit une espece de
supremacie superieure à celle
de Sa Majesté, ce qui a tou*
jours paiTe. pour un crime de
haute trahilon devant nos
Juges> & c'est un parjure
abominable devant Dieu s
car avant que de depouitleo
un Roy d'Angleterre de sai
fuprcmacie
,
il faut le depoüillerdela
Couronne. Or
comme jamais nos Loix n'ont:
étably aucune autorité supe-.
rieure à celle des Rois, pour
les dépouiller du pouvoir:
qu'ils reçoivent par le droit *
de la légitimé succession, le
crime des Conventionnaires
est encore plus grand
,
puis
qu'ayant tous juré obeïC:
sance au Roy, selon ces mesmes
Loix, ils n'ont deurien
faire ny comme Anglois ny
comme Chrestiens
>
qui ne
fust conforme à ces Loix que
nous connoissons seules, qui
font recueillies dans nos
actes, & sur lesquelles laJustice
est administrée aux
Particuliers dans tous les
Tribunaux. Il n'y a aucun
exemple contraire,sinon les
procédures violentes des Se.
ditieux qui se font élevez en
divers temps, patticulierement
en ces derniers, & qui
ayant esté condamnez par
toute la Nation légitimement
assemblée
,
n'ont pû
avoir force de loy,& jusqu'à
ce que la forme du Gouvernement
foit entièrement
changée, tout attentat de
cette
b
nature est crime de
haute trahison.
Mais supposant qu'il y eust
quelque autorité superieure
à celle du Roy, ce que neanmoinsnous
ne pouvons jamais
accorder, il faudroit
que les Loix nous eussent
prescrit la forme de ces Jugemens
extraordinaires,comme
elles nous preserivent la
forme des autres procedures,
tant à l'égarddes Pairs,qu'à
l'égard des simples particuliers.
Les Conventionnaires
avoüeront sans doute
, que
tous nos Livres de droit n'en
font aucune mention, & les
Parlementaires regicides furent
obligez d'en établir une
à leur fantaisie. Il faut bien
que la Convention ne l'ait
pas trouvée bonne, puis
qu'elle n'a pas jugé à propos
de la suivre
,
foit que véritablementelle
ait esté jugée in,
soûtenable, foit qu'elle ait
paru trop odieuse,& capable
parconsequent de faire ouvrir
les yeux à ceux qui ont encore
quelque crainte de Dieu,
& quelque respect pour les
Loix. La prctenduë haute
Cour dejustice exclurd'abord
les Pairs de cette Assemblée,
détruisit la Chambre haute,
& attribua toute l'autorité
delaNationaux Communes,
dont les Seditieux exclurent
pluspart des Membres, de
forte qu'au lieu de plus de
cinq cens qui doivent entrer
dans la Chambre batTeJil n'y
en restoit pas cinquante. Mais;
la Convention a confervé aux
Pairs leur prérogative, & elle
a maintenu la distinction des
deux Chambres. Ainsi la forme
de l'Assemblée est sélon
l'ordre; il ne luy manque
que l'autoritélégitimé pour
s'assembler,qu'elle n'a point
euë, puis qu'e lles'e est assemblée
d'elle- mesme, & en vertu
des Lettres du Prince d'Orange,
qui n'a pas plus d'autorité
que les Particuliers qui
n'en ont aucune. Toute l'Assemblée
generale de la Nation
ne peut avoir d'autorité
qu'elle ne soit Parlement, &
pour estre Parlement il faut
qu'elle foit convoquée par
le seulMagisirat suprêmequi
a le droit de la convoquee
& qui est le Roy, Chef de
l'Assemblée,Principium, captif
& finis Parlamenti. Or tout
le monde sçait que ce droit
reside dans la feule personne
du Roy, & la preuve en est
assez cercaine, puis que les
Lettres de convocation le démontrent
incoritessablement;
car celles qui s'adressent aux
Pairs, les invitenr à venir;
Concilium impensum Domino
Regi, & celles qui font adressées
fées aux Sherifs des Comtez,
&autres Officiersqui doivent
prefideraux élevions des Députez
à la Chambre des Communes
> portent qu'ils viendront,
ad faciendum & çon*.
sentiendum. Il est donc aisé de
voir que ny les uns ny les autres
ne sont pas appeliez pour
juger le Roy, mais les uns
pour luy donner conseil, &
les autres pour consentir aux
propositions faites par le Roy,
ou pour refuser leurconfen.
tement, selon qu'ils croyent
le devoir faire pour le bien
de l'Etat. On ne trouvera jamais
dans les Registres publics
aucunes Lettres de convocation,
qui donnent une
plus grande autorité aux
.'Membres des deux Chambres.
Ils viennent pouraider
le Roy de leurs conseils;
maisoù trouvera-t-on qu'ils
soient jamaisvenus pour examinersa
conduite, & pour
le juger comme ont fait les
Conventionnaires, ou pour
declarer que laCouronneestvacante,
& qu'il l'a perduë
par forfaiture? Si nostreJurisprudence
nous sournissoit
quelques exemples decespro
m
lect ures irregulieres, ilsn'auroient
pas échapéàlaconnoissance
d'un long Parlement
qui n'en pur jamais
trouver aucun. En effet, c'est
une maxime incontestable de
nostre Droit, que le Roy ne
peut faire injustice à personne,
& par cette raison les
Sujetsne peuvent se plaindre
du Roy
, ny juger desa conduite,
mais ils peuvent suivant
les Loix luy demander
justice de iéfcux qui cmt abusé
de son autorité dans l'administration
de leurs Charges.
Voilà tout ceque nos Jurisconsultes
ont toujours enseigné
sans aucune contradiction
,
& par consequent lai
regle que les Seigneurs & Jesc
Communes doivent suivre,
puis que leur nombrenyla forme
de leur Assemblée ne
les mettent point hors de lai
lpeusissance des Loix, ausquelchaque
particulier est sournis.
S'ils avoient suivi cette:
regle., ils auroient pu modeftement
representerleurs
griefs au Roy pourluy de->
mander justice
,
& ils font]
d'autant plus inexcucables,
que Sa Majesté avoit aauel..-
lement convoqué un Parlement,
où ilsauroient eu une
entiere liberté de dresser des
cahiers de plaintes, de demander
l'exécution desLoix
à l'égard des Catholiques
Romains, & des mauvais
Conseillers, & d'obtenir par
des voyes ordinaires tout ce
qu'ils pouvoient légitimement
pretendre. Ils auroient
ainsi évité tous les malheurs
dans lesquels ils se font précipitez
de propos délibéré
,
& qui auront, felon toute
apparence, de fàcheuses fuires,
car ils ont mis leur liberté
dans leplus grand risque
qu'elle ait couru depuis
plusieurs Siecles >enfc don.
nant un Maistre, qui par une
conduite doucc en apparent
ce, mais pleine de violence
& de cruauté, en a dépoüillédes
Peuples qui l'avoient
acquise par une longue
guerre qui leur avoit
coûté des tresors immenses.
& encore plus desang que
d'argent. Ils ont mis nostre
Religion entre les mains d'un
Presbyterien, qui luy a déja
porté un coup mortel en ô'<
tantles sermens de Supremaeie&
d'Allegeance, en ta.
chant par toutessortes dfcmauvais
moyens d'abroger
les Loix pénales contre les
Proreftans Non -
Conformistes,
en changeant leLivre des
communes Prieres, & en introduisant
la toleration de
ces Sectaires,que les Parlemens
n'ontjamais vouluaccorder,
quelque déclaration
que les Communes ayent
souvent faite en leur faveur.
Ils ont mis nos Loixàla discretion
d'un Usurpateur,qui
a un interest pressant de les
détruire, puis que si elles
subsistent, il ne peut éviter
sa destruction & Ion entiere
1 ruine. La fucce ssion hereditaire
établie depuis tant de
siecles sans autre interruption,
luy fermoit l'entrée en
ce Royaume) sur tout depuis
la naissance d'un Heritier présomptif.
C'est une Loy qu'il
commence d'abordàdétruire,
enobligeant la Nation à
le declarer Roy; il trahit les
interestsdesaFemme, & les
sacrifie à son ambition. Il a
la mesme indifference pour
les interests communs de la
Nation ,
qui retomberoit
aprés sa mort dans le desordre
& dans la confusion
?
puis
que ne laissant point d'enfans,
comme il n'en a point, il se
trouveroit aparemment quelque
autre Ambitieux qui se
voudroit faire Roy par la
déclaration des Communes,
& de quelques Seigneurs gagnez
par promesses, ou intimidez
par menaces. Il n'y
aura plus desormais de precaution
qui puisse asseurer
nostre repos, puis que les
sermens ne nous obligent à
rien, & qu'on les fait & défait
selon sa fantaisie. L'Eglise
Anglicane l'incommo
doit par ses maximes com*-
traires à la rebellion y il a
d'abord commencé à la détruire
en tâchant de donner
atteinte à routes les Loix
quin'estoient pas favorables
à ses chers Presbiteriens. La
Nation luy estoitsuspecte par
sa legereté naturelle, qui la
met presque toûa j*ours en défiance
contre ses légitimes
Souverains ; il y a pourvû,
amenant dans le Royaume un
grand nombre de Troupes
étrangeres,capables de laretenir
dans le devoir. La trop
grande liberté des Particulieres
rompoit les desseins
qu'il a d'établir icy comme
il a
-
fait en Hollande, le
Pouvoir Arbitraire
, par des
emprisonnemens sansraison,
par des denis de Justice, &
d'autres semblables procedez,
ila sceu persuader à ses Creatures
qu'il eflol'£ de l'interest
public de mettre des bornes
à cette trop grande liberté,
& on a suspendu en Ci faveur
l'execution d'une Loy qui
nous estoit chere sur toutes
les autres. Je ne dis rien qui
ne soit public, & personne
n'ignore qu'on s'est revolté
contre le Roy sur des pretextes
si frivoles en comparaison
de toutes les infractions
de l'Usurpateur, que laposterité
aura peine à le croire;
car il est certain que tout ce
qu'on objecte au Roy, &
quela Convention a pris pour
un sujet légitime de déclarer
le Trône vacant, n'est pas
comparable à la dixième
partie de ce qu'a fait le Prince
d'Orange. On dit que le Roy
a cru de mauvais Conseillers :
qu'il a tâchédedétruire les
Loix fondamentales de letat,
qu'il a dispensé des fcrmens
ordonnez par les Parlemens,
qu'il a entrepris sur la Ii,
berté des Sujets ,par des pro
cedures extraordinaires;qu'il
a dispensé des Loix qu'il a
voulu donner atteinte à la
Religion établie dans le
Royaume; qu'il a exercé un
Pouvoir Arbitraire. Quand
cela seroit ,quoy que la moitié
de ces pretendus griefs
soient évidemment faux, Sa
Majesté n'auroit rien fait que
le Prince d'Orange ne fasse.
Il détruir les Loix fondamentales^
ôc j'ose dire qu'il en a
détruitplus decent.Il abroge
les sermens ordonnez parl'autorité
des Rois & des Parlemens
;il en impose de nouveaux
;il renverse la Religion
; il fait un crime de trahifon
de lafidelité ;ilnous
emprisonne contre les Loix ;.'
il nous refusece qu'ellesnous
accordent; il nous accable
de taxes; ilnousengageàune
cruelle guerre;&àdes dér
penses immenses; .& cependant
Messicurs de la Convention
sont conrens. Le
Roy n'a rienfait detout cela;
il a seulement voulu abroger
en partie les sermensqu'ils
ont déjà détruits. En voilà
assez selon leur avis pour
faire le Trônevacant, & pour
troubler l'ordre de lasuccession
legitime. Le Roya eu
un simple dessein qu'il n'a
mesme voulu executer que
dans les formes prescrites par
la Loy, en exhortantles Deputez
au prochain Parlement
àla révocation duTest,& à
l'établissementdelaliberté
deconscience. Les Conventionnaires
en avoient un autre
quiestoitdedétruire ces
mesmes Loix;mais seulement
en faveur des Presbiteriens
Non-Conformistes. Ils,
ont executé ce dessein
»
& en:
cela ils ont violé toutes nos
Loix ;' car ils se font assemblez
sans autorité ;ils ont attenté
aux prérogatives Royales,
à la liberté & à la seureté
de la personne du Roy;ils
ont pris les armes contre luy; :
ils ont violé leur ferment de
fidelité, & se sont joints i;
ses Ennemis: ils ont introj
duit des forces Etrangeres
dans le Royaume; ils ont
étably un grand Sceau i ilsj,
ont levé des deniers sur k'
i
Peuple; ils ont emprisonné
des Sujets sur lesquels ils
n'ontaucunepuissance.Qu'on
examine tous nos Livres de
Loix
,
& on trouvera que
tous ces actes font autant de
crimes de haute trahison,
parce qu'aucune Loy n'établit
l'autorité Souveraine
que dans la personne du
Roy, & qu'aucune n'autorise
les Sujets pour rcmcdier £
tous les pretendus abus ou
griefs de la Nation, par les
voyes de fait,ny par Afp-trte,
comme disoient les Spencers;
mais elle ne leur accorde que
la yoye des simples remontrances.
Si donc nous supposions
que par des raisons qui ja«^
mais ne sont venuës dans l'esprit
à nos Ancestres, le Roy
nostreMaistre fust obligé àj
rendre raison de sa conduite
à son Peuple, & que la procedure
des Conventionnaires
contre Sa Majesté, eust quelque,
couleur de justice, je;
voudrois biendemander à ces
malheureux Jurisconsultes,
qui comme Herode & Pilates
ont entrepris de juger l'Oint
du Seigneur, comment ils CIl"
regleroient la forme. Il est
vray que je ne puis faire cette
supposition sansrépandre des
larmes, quand je pense que
j'ay vû dans ma jeunesse, nostre
bon Roy Charles le Martir
mené devant les Juges
d'iniquité, ces ames infernales
qui le condàmnerent à la
mort par le plus execrable attentat
que jamais Nationait
commis contre son Souverain
, & qui couvrira nostre
Nation d'une éternelle
infamie. Helas!qui peut croire
que ces malheureux Conventionnaires
n'eussent pas
traité le Fils comme on a
rraité le Pere, puisqu'onvoit
que le respect de toutes les
Loix divines & humaines
n'est pas capable de les arrêter,
& qui peut après ce que
nousvoyons, ne pas loüer
Dieu de tout son coeur, de ce
qu'il a inspiré à Sa Majesté
de fc retirer promptement de
ce Royaume? Mais je reviens àmon sujet, & je fuppofc
que N N.qui avoient si bien
merité la corde, si on leur avoit
rendu justice, animez du
double esprit de Bradshaw,
dressent les articles de griefs
de la Nation contre le Roy,&
que la Convention assemblée
les presente à Sa Majesté; je
fuppofc encore que Sa Majesté
voulust bien répondre,
ne faud roit- il pas luy acorder
ce que l'on ne peut refuser au
moindre particulier, qui est
de juger le procés conformement
à la Formul e ordinaire
;
scion Dieu, t selon la
Loydu Pays? Quand on dit
selonDieu, celasignifie que
lesJuges, les Jurez, & les Témoins
agiront dans la veuë
de Dieu,selon leur conscience,
& selon les devoirs du
Christianisme, car jene croy
pas que lesConventionnaires
veüillent, entendre cette Formule
suivant le
-
sens de ce
scelerat Harrison,un desRc^
gicides,qui demanda à estre
jugéselon la parole de Dieu>•
c'est àdire
,
selon l'Ecriture,
interpretée par un Jwmtique.
Quand ce malheureux prononça
cesparoles,toutel'Assemblée
les jeceiK avec de
grandes risées.Ellesn'estoient
neanmoins pas dignes de ri*
fée selon les principes de laL.
Convention, car- ces mots, pion Dieu,ne veulent pas dira.
l'interpretationqu'ils font de
la parole de Dieu. Le sens litteral
de l'Ecriture-Sainte, tel
qu'il a toujoursesté entendu
par l'Eglise Anglicane, est que
noussommessoumis auxRois,~&
que nous leur devonsobéir,non
seulement de peur des maux que
nous avons à craindre de leur.
colere
,
mais encore par principe
de conscience; que nous devons
considerer leur puissance- comme
receuë de Dieu
3
établie par luy,
& que ceux qui leur resistent
y
resistent à Dieu. Ainsi à moins
que leFanatismenes'en me1c,
le procés entre le Roy & ses
Sujets feroit bien-tost finy,
en le reglant selon la parole
de Dieu, & selon les régles
de la conscience
,
qui nous
oblige à garder la Foy que
nous avons promise, & à
observer nos sermens se lon
leur sens simple & naturel
sans équivoque, , ny restriction
mentale, & sans les clauses
conditionnelles qu'on veut
tirer de ce pretendu Contrat
original entre le Roy & le
Peuple, qui n'a jamais esté
soûtenu que par des Rebelles.
Les sermensqui ont esté prêtez
au Roy, n'ont pas esté
conditionnels,
conditionnels, mais absolus.
Ainsi selonDieu, & mcfme
selon la loy du Pays, tous ces
pretendus Juges qui ont declaré
la Couronne vacante
font ses hommes liges, ils luy
ont juré obeïssance, ils sont
soûmis en toutes choses à son
autorité souveraine, bornée
neantmoirs selon les loix, &
par consequentilsnepeuvent
être ses Juges.
Si on examine les Loix,
voicy ce qu'elles disent,
que le Roy ason pouvoir Royal
par un droitque la Naissance,
Dieu, la nature J & la loy luy
donnent ; que ce pouvoir ne peut
estre separé de sa personne, &
qu'en elle le corps naturel rtJ
Politique ne font quun jeus
corps; qu'il eji seulsupréme
gouverneur, cm que toutes les
autrespersonnes n'ont aucune
autorité que par fis Lettres Patentes
ou Commissions; qu'il a
une autoritéabsoluëdefaire la
Taixy la Guerre, des ligues @f
des alliances,de créer des Officiers
de Guerre &de justice, de pardonner
lespeines encouruës selon
la loy; enfinqu'il a une entiere
superiorité dans les affaires
Ecclesiastiques. Voila ce que
outes nos Loix, cnfeignenc
ans aucune contradiction
ouchant la puissance des
Rois, suivantlesquelles il est
ifé de reconnoistre que la
dation en Corps, quelque
utorieé qu'elle puisse avoir,
'en a point sur la personne
uRoy.Omnissubrege, &
sesub nullo, nisi tantum eo ;
on est inferior sibi subjectis ;
m parem habet in regno jùo.
ex nou babetsuperiorem
>
nist
eum ; satis habet ad poenam
tod Deum expectat ultorem.
e font les parolesde Bracton,
n de nos plus sçavans Jurisconsultes,
que jamais aucun
n'a contredites ,& i
preuve de leur verité est
tres
évidente, car s'il y avoit
quelque occasion dans la.,
quelle le Roy pust estre foui
mis à l'autorité de ses Sejets;
nous trouverions quelque
Loix sur lesquelles la Conj
vention auroit pu agir, maii
où sont ces Loix dont jamais
personne n'a oüy parler, Í
ce n'est à quelques Confpi
rateurs ou Rebelles endurci
dans le crime, qui après avoit
cherché à les établir l'épée
la main,les ont maintenuë
u gibet, comme gens sans
c?
* c? oy ,
& sans crainte de Dieu,
els qu'ils estoient ? Personne
ne nous fera jamais voir une
.Joy qui ordonne,qu'un Roy
obligé par la rebellion & la
violence faite à sa perfonnc
de pourvoir à sa seureté en
Te tetirant, perde par ce
procedé le droit à la Couronne.
On ne peut fournir
un seul exemple qui autorise
cette déloyale maxime. On
trouvera encore moins qu'il
y aitunesemblable Loy pour
dépoüiller ceux qui auront
écouté de mauvais conseils,
& donc les Officiers auront
fait quelque chose
qui merite punition. Mais
le grand principe des Communes
& leur maxime sondamentale
de l'incompatibilité
de la qualité de Roy
d'Angleterre avec celle des
Catholique Romain, est encore
quelque chose de plus;
nouveau & de plus extraordinaire.
DesEtrangers qui
ne sçavent pas nostre Droit,
s'imagineront sur cette abominable
décision, que parmy
les Loix qui ont esté faites
depuis le Regne d'Henry
VfII. il y en a quelqu'une
qui exclut positivement un
Catholique de la fuccceffion
à la Couronne d'Angleterre.
Cependant il est certainqu'il
n'y en a aucune. Le seul acte
qui concerne lasuccession,&
le plus fameux dans nostre
histoire est celuy d'Henry
VIII. par lequel estant autorisé
pour faire passer la disposition
qu'il feroit de la succession
en forme de Loy, il
ordonna d'abord que son Fils
Edoüard luy succederoit.
A sondéfaut il appella Marie,
saFilleaînée? quoy que née
d'un mariage qu'ilavoit fait
déclarer nul & incestueux,
& ensuite Elisabeth
5
Fille
d'Anne de Boulen, puis les
Enfans & Descendans de sa
Soeur Marguerite
,
Reyne
d'Ecosse. On ne peut pas dire
que cet a£fce excluë les Catholiques
de la succession
,
puis
qu'il ne fait aucune mention
de la Religion, qui alors n'étoit
pas changée dans le
Royaume, qui s'estoit seulement
soustrait de l'obeïssance;
desPapes,&de ladépendance
du Siege de Rome.
Ainsi après la mort d'Edoüard
VI. Marie luy succeda
en vertu de cet acte. Il yeut
opposition en consequence
d'un Testament suggeré à
Edoüard VI. pour disposer
de la Couronne en faveur de
Jeanne Gray, auquel on eut
si peu d'égard, quoy qu'il
fust confirmé par un Resultat
du Conseil d'Etat
,
expedié
par ordre du Roy fous le
grand Sceau, que ceux qui
l'avoient figné, ou qui avoient
proclamé Jeanne Gray,
furent poursuivis comme criminels
de haute trahison.
Ainsi toute l'Angleterre reconnut
que nonobstant les
Actes de Henry VIII. pour
la soustraction de toute obeïssanceau
Siege de Rome
y
&
ceux d'Edoüard VI. pour établir
la Religion Protestante;
on ne pouvoit exclure Marie
à cause de sa Religion.Jeanne
Gray, le Duc de Suffolk, le
Marquis de Northampton, &
plu sieurs autres qui avoient
figné l'ordre du Conseil pour
l'exclusion de Marie, àcause
qu'elle professoit la Religion
Catholique
>
furent atteints
& condamnez comme criminels
de haute trahison,pour
avoir excité la guerre contre
la Reyne
y
& avoir conspiré
pour établir une autre personneàsa
place. Le Parlement
de 1JJ3. confirma cette Sentence
qui estainsi passée en
Loy, suivant laquelle on peut
poursuivre comme coupables
du mesmecrime, ceux qui
pretendroient exclure un
Prince ou une Princesse Catholique
de la succession à la
Couronne, puisquecetActe
n'ayant pas estécassé, est
encore en vigueur.
Elisabeth pouvoir trouver
la mesme opposition de la
part des Protestans
) car durant
le regne de Marie sa
Soeur? elle alloità la Me(Te3
& faisoit les devoirs exterieurs
des Catholiques. Elle
voulut estrecouronnée par
Ouvin Ogletôpe
3
Evesque
Catholique de Carlis, selon
le Pontifical Romain ) &
donna part au Pape Paul IV.
de son avenement à la Couronne
j par le Chevalier
Edoüard Karne
)
son Agent
en Cour de Rome. Elle fit
faire un Service solemnel à la
ReynesaSoeur,&àCharles
V. avec toutes les ceremonies
de l'Eglise Romaine,&quelques
sentimens contraires
qu'elle eust dans le coeur ,
les
actes exterieurs suffisoient
pour luy faire encourir la
peine de la Loy
,
s'il y en
avoit eu quelqu'ne qui puft
exclure les héritiers légitimes,
à cause de la difference de
la Religion. Il n'yen avoit
donc point alors, & il est
certain qu'il n'yen a eu aucune
depuis. Lors que la
Reyne Elisabeth fut pressée
par le Parlement de 1566. de
déclarer son Successeur &
l'Heritier presomptif de la
Couronne, elle refusa de le
faire, & ne voulut pas que
cette affaire qui ne regardoit
point le Parlement, y fust
miseen déliberation. Depuis
sa mort, le Royaume fit ferment
au Roy Jacques I. & à
ses Descendans C'est en vertu
de son droit que les Rois
ses Successeurs ont regné ;
& ce ferment que nos Ancestres
ont fait au Chef de
la branche, nous a engagez
à obeïr à sa Posterité.Aussi
on ne trouvera rien dans
tous nos actes publics qui
ait donné atteinte à ce droit,
si ce n'est les procédures du
long Parlement, qui pretendit
abolir la Royauté, qu'on
ne peut tirer en exemple,
non plus que les voix des
Communes au Parlement de
Westminster & d'Oxford,
pour tacher de faire passer
l'acte d'exclusion du Roy,
alors Duc d'Yor k. Il faut
ne sçavoir pas les Elemens de
nostre Jurisprudence
?
quand
on ignore qu'un Resultat des
Communes ne fait pas Loy
puis qu'un Resultat des deux,
Chambres unies en un mesme
avis, n'a pas force de Loy
& n'est qu'un acte informe
jusqu'à ce que le Roy y ait
donné son consentement.
Ainsi il faut considerer cet
avis des Communes comme
sans forme,sans ame & sans
force) de mesme que plusieurs
autres semblables
>
qui
n'ont jamais misa couvert de
la rigueur des Loix, ceux qui
les ont violées,&qui servent
seulement à faire voir que la
Convention estanimée de
ce mesme esprit Fanatique de
rebellion qui a toujours esté
le caractère certain des Prefbyteriens,
dont la Chambre
Basse est remplie; mais enfin
on sçait bien que le Roy
Charles II. rejetta FAdreuc
que ces Communes presenterent
sur ce sujet à Oxford
en 1681. qu'il cassa presque
aussi-tost le Parlement ôc
qu'ainsi tout ce qui peut y
avoir esté fait, est entierement
nul. Cependant il ne
faut pass'imaginer que ce fust
l'avis de toute la Chambre
Basse. Le Lord Darmouth
qui n'estoit alors ny Pair ny
rebelle
3
s'y opposa avec quelques
autres, & feu Mrle Secretaire
d'Estat Leolin Jenkins,
quin'a jamais estésoupçonné
d'avoir trahy lesinterests
de la Nation, & qui
sçavoit les Loix autant ou mieux que personne du
Royaume, leur parla en ces
termes. Jamais on n'a presenté
au Parlement un Bill de telle
nature. ny quisoitsi contraire
à lajustice de la Nation.Il condamne
un homme qui n'ajamais
esté écouté, & c'estune loy faite
aprés coup. C'est assurément une
chose fort extraordinaire
3 &
contre la jujiiee fondamentale
de la Nation, & mesme contre
saprudence,puis quelleintroduiraune
nouvelle forme de gouvernement.
Si le Vuc d'York
entreprend de trancher cette loy
avec son épée,qu'il en 'Vien.
ne à bout, il aura le mesme
pouvoirderejetter toutes les autres
Loix qui concernent la Religion
&les proprietez.La puisance
fera entre les mains d'un
Conquerant, certainement il
hangera la forme du gouvernenent.
CeBillest contre let Reliion
de la Nation, qui inseigne
obeissance envers ceux qui nous
ouvernent )
foit qu'ils soient
ons ou mauvais. Dans les pretiers
tempsduChristianisme, on
obeissoit aux Princesy in licitis
& honestis, cenous nede'l)ons¡
jamais faire une mauvaise ch0.
se, quelque bien qui en puisse
arriver. J'ajoûteray encore un
mot. Ce Bill est contre les sermens
d'Allegance & de Supremacie
prêtez parlaNation. Lo
DucestlegitimeHeritierdu Roy
s'il n'a pointd'Enfans. Jesui
donc lié par ferment en face de
la Loy, parce que tout serment
doit estre pris dans lesens di
Legislateur. Si cette exheredas
tion pajJe en Loy
)
qui me peut
dispenser de ce serment prêtéa
Roy? Voilà le jugement qu'en
faisoit ce grand homme, &
ces paroles fermerent la bouche
à nous lesautres qui n'avoient
que des sottises à y
opposer. On les peut voir
dans les debats de la Chambre,
& je suis feur que tous
ceux qui les ont lûs sans
préoccupation,avoüent que
jamais on n'a dit avec plus
de gravité des choses plus
impertinentes ny plus contraires
à toutes nos Loix, à
nostre Religion, & au bon
sens. Ces Parlementaires gardant
des mesures que les Conventionnaires
ne gardent
plus, ne pouvoient établir
leurs opinions sur aucun principe
, comme en effet l'excl
usion d'un Heritier legitime,
ne peut estreappuyée
sur aucune maxime fondamentale
qui ait force deLoy.
Ils raifonnoient donc sans
principe, ne disoient que des
paroles en l'air, & tournoient
encent ridicules manieres la
conservation de la Religion
Protestante, comme une raison
qui suffisoit à détruire
toutes les autres; mais ils ne
répondirent rien à ceux qui
leur representoientl'obligasion
contractée par les sermens
d'Allegeance &de Supremacie,
les loix du Pays,
a doftrine de nostre Eglise,
es inconveniens de leur proet.
Ils tomberentmesme dans
in si grand ridicule, que le
chevalier de Coventry leur itremarquerque le Bill qu'ils
proposoient,estoitconceu de
naniere,que le Duc d'York
stant exclu par le motifseul
le sa Religion, se feroit enoretrouvé
exclu, quand
nesme il se feroit fait Protelant,
& que la Princesse dO.
ange n'estoit pas excluë,
quand elle auroit embrassé la
ReligionRomaine.Vous pouvez
vous souvenir
,
Milord »
qu'on fit en ce tem ps-làplusieurs
autres semblables reflexions
sur ce Bill monstrueux,
& entre autres que toutes les;
opinions ne rouloient que
sur cette pretenduë conservation
de la Religion Protestante
,
qui ne pouvoit, di-.
soient-ils, estre en seureté
avec un Successeur Papiste;
comme si tout ce cjiise peut
faire en veuë de conferven
la Religion, estoit permis
selon Dieu & selon les Loix.
Mais
Mais la Religion Presbyterienne
a des privileges que les
autres n'ont pas, & ceux qui
la professent ont des lumieres
qui manquent à de bonnes
gens comme nous, qui n'estant
presque pas sortis denos
Universitez & de nos Eglises,
ne fçavons pas les affaires du
monde. Tous les Chrestiens
avoient cru qu'il falloit prier
Dieu pour la conservation
des Princes, mesme infidelles,
& les Ministres Presbyteriens
qui ne vouloient recevoir
que la pure parole de
Dieu,prioient du tem ps de
la Reine Marie, qu'il voulust
bien la retirer de l'Idolatrie,
ou qu'il l'ôtast de ce monde.
C'estoit là le zele de ces furieux
,
qui s'estant retirez
d'Angleterre, scandalisoient
presque par tout les bons Protestans
; de sorte qu'ils furent
chassez de plusieurs endroits
à la priere de leurs Compatriotcs
Conformistes, parce
qu'ils faisoient ouvertement
Schisme,& que leurdoctrine
& leur discipline estoit directement
contraire à celle de:
nostre Eglise. Aussi Melancton
témoigne qne quelques
uns les appelloient des Martirs
du Diable, Vociferantur
quidammartires anglicos ejjc
martiresDiaboli. Mais les Presbyteriens
de nostre temps
doivent à leur confusion se
considerer comme fort éloignez
du zele de ces premiers,
carau moins ceux cy souffroient
pour la Religion Protestante,
au lieu que ceux qui
ont troublé la paix de nostre
Eglise depuis le commencement
de ce siecle, ont toujours
fait souffrir les autres, &
ont évité avec grand sointout
ce qui pouvoit les conduire
au martire. Ils ont toujours
plus fait perir de bons Prorestans
depuis cinquante ans,
que les plus cruels Persecuteurs
des Reformez n'en ont
massacrédepuis plus d'un siecle;
& nous n'en trouvons
guere qui se soient exposez à
souffrir pour la Religion. Il
estvray que comme il semble
qu'un de leurs articles de Foy,
est la rebellion & la resistance
aux legitimesMagistrats, plusieurs
ont souffert la mort
pour ce sujet, & voilà des
Martirs du party que la Convention
rétablira bien tost
dans leur bonne renommée »
cri• [ë couvrant d'une éternelleconfusion.
J'attens qu'-
elle supprimera la Feite que
nous celebrons avec raison
le tfefttiéme Janvier,en détestation
du parricide commis
en la personne de Charles I.
&qu'onsubstituera en la placeune
autre Feste pour déplorer
reffufion du fang innocent
de Milord Russel, &
du Duc de Montmouth, &,
de semblables Martirs
,
qui
estant morts dans l'im penitence
aprés une rebellion maniseste,
ne peuvent e stre considerez
que comme des Martirs
du Diable,peredu mensonge
& du parjure, homicide
dés le commencement
du monde, & qui seul a pu
inspirer aux hommes ces abominables
maximes de rebellion
qui ont inondél'Angleterre
de sang,qui ont animé
le Frere contre le Frere,& qui
ont fait regner durant plusieurs
années la tirannie à la
place des legitimes Souverains.
Mais j'espere que Dieu en
fera justice, quelque confiance
que leur donne cet heureux
commencement de leur
rebellion
>
qu'ils attribuent
par un blasphêmeépouvantable
, àune benediction speciale.
Ils ne secontentent pas
de publiericy ces prétendus
miracles de la delivrance de
l'esclavage du Papisme & du
Pouvoir Arbitraire; ils ont
des Trompettes au delà de la
mer, qui les annoncent, &
qui les relevent par desreflexions
dans lesquelles on reconnoist
l'esprit de sedition
& d'Anarchie, mais pas la
moindre étincelle de charité.
Celuy qui s'est le plus signalé
de tous, est cet extravagant
Commentateur de l'A pocalypfe
, cet Heretique Millenaire
qui fait tant de bruit en
Hollande, où il est admiré,
parce qu'il y trouve des fous
& des Fanatiques comme IUyj
&qu'il faut prescher la rebellion
pour estre souffert en ce
païs-là. Depuis que le Prince
d'Orange regne,il fait beau
voir cet homeilluminé nous
expliquer les miracles que
nous devos remarquer dans le
succés de l'entreprise de 1 Usurpateur,&
nous prouver que
nous devons
,
leconsidererco-
* -.
me nostre Liberateur,& luy
obeir comme à nôtre légitimé
Souverain. On peut dans ce
proced é reconnoistre la bonne
conscience des Presbyteriens,
car que n'a pas dit &
écrit cet Extravagant, pour
prouver contre les reproches
des Catholiques Romains,
que les Reformez de France
avoient toujours enseigné &
pratiqué l'obeissance aux Rois
& Princes légitimes? Combien
de fois a-t-il abusédela
patience de ses Lecteurs, pour
exagerer sur ce sujet les loüanges
de ceux de sa Secte? Cependant
ce mesme homme
est presentement le Panegyriste
de la rebellion. C'est luy
qui enseigne que les Sujets
peuvent fous ce pretexte de
Religion
,
prendre les armes
contre leur Souverain, luy
qui dans les marques qu'il a
données du caractere certain
de l'Antechrist
-,
fait des re«*
flexions particulières sur l'autorité
que les Theologiens
Romains attribuent au Pape,
d'absoudre les Sujers du ferment
de fidélité qu'ils ont
fait à leurs Souverains. Un
autre auroit pensé que par
une semblable déclaration il
exposeroit les Protestans restez
en France, à toute la rigueur
des Loix d'un Royaume
où l'autorité est fort abfoluë
; mais il n'im porte à
ces Pasteurs mercenaires qui
n'ont pas le moindre caraéte",
e du Ministere Evangtlique,
il ne leur importe) dis- je,
que lesautresfouffrent, pour
veu qu'ils soient en seureté.
Il a presché l'obeissance aux
Protestans de France; il a
vantécelle des Protestans
Anglois durant que le Roy
regnoit paisiblement. Depuis
que l'Usurpateur a
envahy la
Couronne, il presche des
maximes toutes contraires, &:'
si, ce qu'à Dieu ne plaise,
cette usurpation subsiste
3
il
nous prouvera par de nouvelles
Visions que nous devons
plus à un Tiran, que
jamais nos Rois légitimes
n'ont pretendu de nous.
Quand les Hollandois se verront
opprimez par cet Ennemy
public de la liberté qui a
déja réduit la leur à une servitude
pire qu'elle ne pourroitestre
fous ceux dont ils
ont secoüé le joug, il aura
des raisons routes prêtes pour
leur prouver que c'est resister
à Dieu que de resister au
Prince d'Orange. Mais l'Ecriture
charge de maledictions
ceux qui marchent par deux
voyes differentes, comme
sont nos Conventionnaires
&ceFanatique, qui ont dequoy
contenter les Rois, &
dequoy juiHri:r les Tirans &
les Usurpateurs, ce qu'ils ont
appris deCalvin & des Frères
de la Reforme de Geneve,
dont la doctrine a toujours
esté comme ces deux panniers
de figues, les unes bonnes,
& les autres mauvaises
& dégoûcantes, que Dieu fit
voir au Prophete Jeremie,
selon l'application que le Docteur
Heylin en a faite à sa
doctrine, car comme il remarquoit
fore bien, aucun
n'a plus positivementnyplus
expressement étably la doctrine
de l'obeissance envets
les Rois & les Princes, &
qu'il n'estoit pas permis aux
Sujets de prendre les armes
contre leurs Souverains
»
&
personne n'a en mesme temps
fait une plus dangereuse ouverture
à la desobeissance &
à la rébellion. Cependant la
Vérité est une & invariable
quand elle a rapport à la seuretépublique,&
si c'est toujours
un grand mal de la déguiser,
c'en: un crime irremissiblede
la trahir, & de
couvrir la dissimulation par
de faux sermens, commeont
fait les Calvinistes en France
t
&les Conventionnaires Presbyteriens
en ce Royaume.
Qn'ils abusent donc par un
sacrilege insupportable du
nom de Dieu, en attribuant
à ses bénédictions le succés
de la plus damnable entreprise
- qui se soit faite depuis
long-temps. Suivant cette
fausse maxime que lesParlementaires
faisoientaussî valoir
pour autori fer leur rébellion,
le Mahometisme doit
estre préféré au Christianisme,
& on soutiendra que tant
de Martirs qui ont répandu
leur sang dans la primitive
Eglise, estoient abandonnez
de Dieu, &que leurs Persecuteursenestoient
favorifez.
Qui ne sçait que Dieu se fert
du crime des hommes pour
punir les autres, & qui ne
reconnoiftra pas sa main toute-
puissante appesantie sur
nostre Nation,quis'est rendue
digne de nouveaux châ.
timens par une nouvelle rebellion?
Mais les veritables
Chrestiens ne perdront pas
pour cela la confiance qu'ils
doivent avoir en sa misericorde,
& ils espereront que
l'impie qui est presentement
élevé comme lesCedres
du Liban,disparoistrasans
qu'il en reste aucunes traces ;•
que cette verge dont il nous
châtie fera jettée au feu, Ôi
tqruee l'homme pacifique, no- bonRoy, qui par sa retraite
a épargné l'effusion de
de tant de fang de les Sujets t
en trouvera encore d'assez fidelles
pour luy rendre l'obeissance
qui luy est deuë
,
&
pour le rétablirsur le Trône
de ses Ancestres, Cette Statuë
dont la teste paroist toute
d'or, n'est pas encore si bien
affermie sur ses pieds de fer
& de bouë, qu'elle ne puisse:
estre renversée en un moment.
Je ne sçay pas ce que:
nous devons attendre detout:
cecy )
si ce n'est que sans faire:
le Prophete,j'affurerois bien i
que cette nouvelle re ~bellioni
~Utirera de nouveaux mal
~neurs à la Nation, dont nous
aures Ecclesiastiques serons
les premiers à faire une triste
expérience. Mais quelque
chose qui arrive, estant per-
I-l.Radçt de tout ce que je vous
p"cris-, & ne croyant pas pouvoir
en conscience changer
de sentimentny reconnoistre
~nUsurpateur;je me prépare
~i tout événement , & j'ay
lefj.g mis ordre à toutes mes
~iffaiies pour me retirer dés
ju'^n viendra nous presen-
:«c ces nouveaux fermeps,
& mesme de n'attendre pas
cette extremité, si je trouve:
quelque occasion de ~sortiui
du Royaume. J'espere que
vous me donnerez sur ~cela
vos bons avis, & que vous
voudrez bien mesme me ~faire:
trouver retraite pour quelques
jours, en cas que je fois
bien-tost obligé de m'absenter.
Je vous prie au moins do
croire que je ne vous ay ~rier
écrit que selon ma conscience,
&que je ne fois prest ài
soutenir devant la Convention
au péril de ma vie. J'efpere
,
selon les paroles diu
Prophete, que ma ~boucheno
prononcera rien conrre ses
sermens, & que pour ce qui
regarde les ouvrages des hommes,
m'attachant à la parole
de Dieu, je me garderay de
suivre les traces des Destructeurs
de l'autorité Royale.
Ainsi,Milord, si vous croyez
que cette Lettre que mon zele
& mon affecton ont fait devenir
plus longue que je ne
pensois,puisse être de quelque
utiliré,& retenir quelqu'un
de nos Amis dans le devoir,
je vous laisse la liberté de la
faire voir à qui vous voudrez
,
sans me nommer neanmoins
qu'à Milord &au
Chevalier. &c. Je fuis.
De ma maison de le3o.Afars 1689
Jamais peut-etre l'amour
n'a causé dans un coeur bienfait
une irresolution aussibien
fondée que celle donc
je vais vous marqner lescirconstances.
Une Dame ayant
dit un jour à un Cavalier de
ses Amis qu'elle avoitdessein
de le marier, illuy répondit
assez serieusement qu'il l'en
laissoit la maistresse, & qu'il
estoit fort persuadé qu'en
choisissant par ses yeux, le
choix qu'il feroit seroit approuvé
de tout le monde. La
Dame luy demanda là dessus,
ce qui le pouvoir toucher
davantage d'une Blonde ou
d'une Brune, parce qu'elle
connoissoit deux Soeurs, en
qui cette feule différence fai-
"oit celle du merite, l'une &
autre estant d'ailleurs si ainable
,
foit pour l'humeur&
'efptyt3 soit pour l'agrément
le la personne
,
qu'il seroit
ortdifficile qu'il n'y trouvast
le quoy contenter son goust.
Elle ajoûta qu'elles estoient
gaiement jeunes, estantnées
lemesme jour,& qu'afinde
leuroster tout sujet dejalousie
, leur Mere, de qui seule
elles dépendoient, leuravoir
toujours caché qui des deux
estoit laifnée
, en forte qu'il
n'avoit qu'à consulter fom
panchant pour obtenir celle
qui luy plairoit davantage..
LeCavalier prit jour avec son
Amie
, pour la visite dans
laquelle il s'agissoit de difposer
de son coeur. Il ne via
d'abord que la Blonde avec
la Mere
,
& sa beauté luA
parut d'un si grand éclat, que
se laissant prévenir pour elle,
il crut que le choix estoit
toutfait. La Brune entra un
moment après. Ill'examina
avec plaisir, &une douce
langueur répanduë sur son
visage, luy fit éprouver en
un moment que sa Soeur avoit
en elle une Rivale des
plus dangereuses. Comme il
estoit enjoüé, la conversation
fut vive & fort agreable
,
&
lors qu'il les eut quittées) la
Dame luy ayant demandé son
sentiment, il avoüa que ses
yeux estant également satisfaits
de quelque costé qu'il
les pust tourner, ils ne pouvoient
luy donner aucun
conceil, &qu'il avoit besoin
d'un peu de pratique poull
déterminer son coeur. Il vit
les deux Soeurs avec assez
d'assiduité, & le remps ne fie.
qu'augmenrer son embarras,
Chacune avoit dequoy meriter
son entier attachement,
& dans les foins qu'il prenoit
pour réiïfïîr à leur plaire
,
il
sentoit bien qu'il auroit esté
faché de chagriner l'une en
obligeant l'autre. Cependant
il connoissoit que toutes les
deux estoientassez favorablement
disposées pour luy. &
plus il cherchoit à se fixer,
noinsil trouvoit sujet de le
aire. S'il nevoyoit que l'une
les deux, son coeur estoit
.ress dese donner, & quand
autre Paroissoit il estoit
ouché de son merite, & s'acusoit
d'estre injuste s'il luy
réferoit saSoeur. Quoy que
etteincertitude luy causast
eaucoup de peine,il ne laisit
pas de leur procurer tous
-s plaisirs qui sont juger que
est l'amour qui s'en mesle. Il
ur dirait) selon que l'occaons'en
pouvoit offrir, tout
qu'on peut dire de plus
flateur & de plus galant ; &
comme il avoir beaucoup
d'esprit, toutes ses douceurs
estoient bien rcceuës; mais s'il
leur estoit aisé de voir que
toutes sesactionstendoient a
s'en faire aimer, aucune des
deux n'avait lieu de se flateu
devoir obtenu la préférence
Enfinun jour la conversation
estant devenuë badine) a pré
leur avoir juré que chacuno
d'elles le touchoit sensiblement
, il leur déclara qu*
ne pouvant les époufer toutes
deux, & se sentant incapable
de renoncer à aucune:
estoità elles à faire deluy
ce qu'elles croiroient le plus
L propos, puis qu'il n'y avoit
que l'exclusion que l'uneluy
donneroit
,
qui pourroit enfin
le déterminer pour l'aucre.
Cette dec laration ayant
donné lieu à de fort plaisantes
choses qui furent dites
pendant plusieurs jours, il
pria la Mere de vouloir bien
décider, l'afleurant de se
soûmettre àce qu'elle ordonneroit.
La Mere à qui la décision
fut renvoyée,tint conseil
avec ses Filles, & leur
demanda serieusement laquelle
des deux vouloir cede
le pas à la Soeur. Chacune prill
le party,mais ce fut d'un
air qui sitconnoistre à la
Mere que la bien seance & lai
pudeur avoient plus de parc
à cette prompte resolution
Je qu'aucun sentiment d'indifserence.
Elle les aimoit toutes
deux avec beaucoup de ren-.
dresse,& ce que le choix qu'el.
le auroit fait dCVOkt donner
necessairement de chagrin à
l'une,l'embarrassa elle-même.
Cela fut cause qu'on laissa l'affaireencorequelquetem
ps lur
lemêmepied. Le Cavalier qui
se plaignoiten riant de ce
que depuis qu'il les connoissoit?
aucune n'avait voulu
relalcher de ses belles qualitez
)
offroitquelquefois de
lesépoufer l'une après l'autre,
& enfin un de ses Amis intimes
à qui il parla un jour
de la plaisante situation où
il se trouvoit
)
luy ay ant dit
qu'il ne croyoit pas possible
que deux personnes fussent
d'un mérité assez égal pour
tenirtoûjours la balance jufie"
„
il le pria devenir voir
ces charmantes Soeurs,l'affeurant
qu'après qu'il les auroit
étudiées quelque temps ,
it
choifiroit celle qu'il luy jureroit
de bonne foy qu'il auroit
trouvée la plus aimable.
L'Amy se laissa conduire:
chez elles, & estant sort fatissait
de ce qu'il vit d'agrément
dans leur personne, ill
s'attacha à ce qui pouvoir les
faire connoistre du costé dw
coeur & de l'esprit.C'estoit
un homme de fort bonnes
mine, qui avoit du bien 8c
de la naissance
,
& que fcsi
maniérés aisées & insinuantes
faisoient souhaiter par tout..
Elles luy parurent d'un agrc^-
ble commerce ;
ainsi il n'eut
pas de peine àavoir pour elles
la mesme assiduité que le
Cavalier. Elles la souffrirent
avec assez de plaisir
,
& soit
que chacune cherchast à gagner
sa voix,ne dourant point
qu'il ne pust beaucoup sur
son Amy, soit qu'elles ne
fussent pas insensibles à ce
qu'il leur disoit d'obligeant,
il n'eut pas sujet de regreter
le temps qu'il donna à les
bien connoistre. Un mois se
passa de cette sorte, & le Cavalier
le pressantsouvent de
choisir pour luy, il trouvoit
toujours à differer. Lors qu'il
n'eut plus de raisons pour s'en
deffendre, il le pria de choisir
luy- mesme
,
& pour luy marquer
combien il trouvoit les
deux Soeurs aimables
,
ill'asseura
qu'aussi- tost qu'il se
seroitdéclaré pour l'une, il
em ployeroit toures fortes de
moyens pour obtenir l'autre.
Le Cavalier ravy de cette
réponse
>
dit à la Mere
,
du
consentement desonAmy,
qu'elle avoit deux Gendres,&
qu'elle n'avoir qu'à faire dresser
deux Contrats de Mariage,
qquui*i seroient signez selon le fcroicntfignczfèloiile,
panchant qu'elle remarqueroit
dans ses Filles. ( ette declaration
ne déplut point a.
la Mere. Aprés qu'elle l'eut
receuë de la bouche mesme
de l'Amy du Cavalier,elle
consulta ses Filles, & voulut
les obliger à tom ber d'accord
du choix que les deux Amans
la pressoient de faire; mais
toute la réponse qu'elle en
eut, sur que leur trouvant
beaucoup de merite, chacune
d'elles recevroit sans répugnance
le Mary qu'elle voudroit
leur donner. L'Incident
estoit des plus extraord i^
naires. Les deux Cavaliers
plaifoient aux deux Soeurs;
l'une & l'autre estoit aimée
des deux Cavaliers, & comme
la Mere ne vouloit
point se charger du choix,
& que les parties interessées
refusoient de s'expliquer sur
la preference, on ne pouvoit
terminer cette double affaire.
Cet embarras n'auroit point
finy
,
si l'on ne fust convenu
que le hazard en décideroir.
On fit venir un Notaire, &
le Cavalier signa deux Contrats
de Mariage, l'un avec
la Blonde, l'autre avec la
Brune
,
après quoy on les
mit pliez sur une table. Cela
estant fait, on appella un
Enfant à qui l'on en fit
prendre un qu'on déchira
sans le lire. Celuy qui demeura
sur latable, estoit
figné de la Brune, & le Cavalier
l'ayant alors assurée du
don entier de son coeur, la
Blonde ensignaun autre avec
son Amy. Jamais satisfaction
ne fut égale à celle que ces
quatre Amans firent paroistre.
La Mere eut de son costé
tout sujet d'estre, contente.
La conduite de ses Filles l'avoit
toujours obligée à les
aimer tendrement, &ce luy
fut une tres-sensible joye de
les pouvoir marier dans le
mesme jour. Je remets au
mois prochain l'avanture de,
deux Freres qui m'auroit
mené trop loin dans cette
Lettre, où je dois reserver
place pour beaucoup d'articles
de Nouvelles.
Parmy ceux qui composoient
ma derniere Lettre,
vous avez trouvé l'explication
de la These qui a esté
faite sur la Theriaque de Mr
de Roviere, dont je vous parlay
il y a deux mois. Vousavez
souhaitévoir cette Allegorie
gravée, & je vous
l'envoye
,
mais sans vous
rien dire de la Theriaque.
Vous sçavez son origine, ce
qui entre dans sa composition
)
&sesvertus. Il ya plus
de trois mois qu'on a enlevé
à Mr de Roviere, pour l'Armée,
tout ce qui luy en restoit.
C'est ce qui l'a obligé
d'en faire encore douze ou
treize cens livrespesant. Il
n'yest rien entré qui ne soit
original, aucune drogue,
bien que cela soit permis par
l'usage, n'ayant elle substituée
à la place de celle qui
auroit pû manquer;ce qu'on
a peu vû, mesme à Venise,
où se fait. la meilleure Theriaque,
& où l'usage d'en faire
s'est conservé depuis le
temps de Neron
,
qu'on a
inventé ce grand remede.
Mais il ne faut pas s'étonner
que tout ce que les Indes
produisent de rare, se puisse
trouver en France; rien n'y
manquesous le regnedu Roy.
Toutes ces drogues, dont
quelques-unes ont mérité le
nom de precieuses, ont esie
exposées chez MrRoviere,
Apoticaire des Camps & Armées
de Sa Majesté, à qui
la France est redevable de ce
remede, que la feule Villede
Venise a eu la gloire de faire
pendant tant de siecles. Une
infinité de Curieux &de Personnes
distinguées par leur
qualité, en font venuës voir
la dispensation. Monsieur a
mesme témoignéqu'il y seroit
venu, s'ileust esté en ce
temps là à Paris. Cet appareil
a donné beaucoup de plaisir
à voir. On en a fait le mélange;
& dans quelques mois,
quand la fermentation fera
faite, ce remede fera donné
au Public
,
qui le souhaite
avec une impatience proportionnée
aux merveilleux essers
qu'il produit.
J'ay une nouvelle à vous
dire, dont vous me devez
assurement sçavoir gré puisqu'elle
eH à l'honneur de vôtre
Sexe. L'Academie Royale
d'Arles a envoyé des lettres
d'Academicienneàl'illustreMadame
des Houlieres
que ses excellens Ouvrages
ont renduë si celebre,
ce qui n'avoit point encore
esté fait en faveur des Dames
dans pas une des Academies,
qui font presentement
en France. Ces lettres ont
estéadressées à M Charpentier,
Doyen de l'Academie
Françoise, Académicien ho.
noraire de celle d'Arles,&
Député perpetuel de cette
Compagnie, qui les a renduës
ï Madame des Houlieres avec
Mr le Marquis de Chasteau
Renard qui est aussi de l'Academie
d'Arles, & dont le
10m est. si connue par le
nerite de l'esprit, & par ses
ervices pendant 18. campagnes
dans l'employ de Capitaine
au Regiment Royal,
où il s'est acquis la réputation
d'un des meilleurs Ossiciers
d'infanterie & d'un des
plus braves hommes de nostre
temps, ce qui est affezconfirmé
par le nombre de ses bieffures.
Ces lettres qui font en
parchemin &. scellées du
Grand Sceau de PAcadémiei
Royale, estoient dans un sa-;
chet de satin bleu galonné ô&j
frangé d'or. Le sceau qui eflf
de cire bleuë est enfermé dans
une boëtte d'argent attachée;
au bas des lettres avec un clou..
b-le-lac-s de soye bleue.Le, -
Roy y est representéassis sur
son Thrône environné de trophéesd'armes
fous un pavillon
ouvert des deux costez,
avec ces mots latins en haut,
AcademiaRegia Aeelatenfis.Le
tout estoit dans une boëtte
couverte de maroquin de levant
incarnat semé defleurs
delys d'or,& doublée de satin
de mesme couleur. Les raisons
qui ont porté cette celebre
Academie à rendre un honneur
si singulier à Madame
des Houlieres font expliquées
dans ces Lettres avec beaucoup
d'éloquence & de dignité
& je croirois vous dérober
une partie du plaisir
que vous en devez ressentir si
je ne vous en envoyois la copie
que j'ay trouve, moyen
d'avoir, car assurement elle est
digne de vostre curiosité.
L'Academie Royale d'Arles,
à tous ceux qui ces
presentes Lettres verront,Salut.
L'établissement de nostre Compagnie
par Lettres patentes du
Roy, estant un effet dessoins que
Sa Majecté veut bien prendre
pourfaire fleurir les belles Lettres
dans sonRoyaume
, nous
avons estimé que peur répondre
efficacementàsesRoyales intentions,
nous devions non seulement
remplir les places des Académiciens
de Personnes d'une
naissance distinguée & d'une
capacité reconnuë,residentesen
cette Ville pour djfijfer 4 nos
djjemblêes ordinaires ; mais encore
que nous devions nous ajjorierd'autres
personnes de dehors,
pi par une érudition singulierese
soient acquis une réputation éclatante.
Nous nous sommes persua-
~rt,;~zque cette alliance quiseferoit olu,e al qui
«
fioferoit
entre eux ü nouslesattacheoitd'amitié
cm d'interejî à naflrcCorps
que nous ne pourrions
recevoir que de tresgrands avantages
d'unesemblableunion.
Nous avons creu mesmeque nous
ne devions pas en
exclurre
les
Dames,puis quily en a eu de
tout temps qui se font renduës
tres celebrespar lagloire desLettres.
Les Ecrits de Sapho> d'Erinne
3
de Telesilla, de Corinne
3 de Zenobie parmilesAnciens,
ceux d'Olympia Fulvia Wor4-
ta,de Cassandra Fedele,de Loren-
%a Stro':{':{i,des deux incomparables
Reynes de Navarre Marguerite
de Valois, de la Demoiselle
de Schurman ,de laComtesse
de la Suze, ont bienfait njoir
s'il n'y a rien
desisublime
dans
ssciences où les Dames ne puisnt
penetrer, & qu'elles partilent
à toutes les richesses du
us beau duplus noble Genie.
exemple des Academies d'Itae
où elles font receuës, nous a
tjji déterminez à les admettre
ins la nostre, & comme la Remmée
(7 la IlElure des [Júëfirs
Madame des Houlieres nous
t faitconnoistre les excellentes
!alltek de son esprit qui efi au
ssus de toute Iciïange» nous
vons resolu de luy donnerune
arque publique de nojlreeCume,*
en l'aggregeantànostre Compagnie
, &faisant pour elle ce qu'a
déj-t fait l'Academie des Rico
rati de Padoüequi luy ont envoyé
des lettres d'Academicienne.
C'est pourquoy aprés notA
estreassemblez & avoir meurement
délibéré sur ce sujet, nom
avons d'un commun consente
ment éleu c- nommé comme par
ces presentes nous êlisons enommons
ladite Dame des HOM
lieres Academicienne de l'AcadémieRoyale
d'Arles. Mandom
au Secretaire perpetuel de I!
Compagnie d'ajouter son nom
selon l'ordre de sa reception a,
Catalogue des Academiciens&
qu'ilfasse registrerces Presentes
dans les registres de la Compagnie
3
Car ielle eji nojlre intention.
Pourtémoignagede laquelle
nous avons fait expedier ces
Lettres signées du Directeur &
duditSecretaire perpetuel ~&y
apposer le sceaude tcAcademie.
Fait à Arles le 28. Mars 1689.
Ainsifigné D'ARBAUDDocteur,
ROBIAS ESTOUBLON,
Secretaire perpetuel de l'^Acade~
mie Royale.
Le Samedy 30. du mois
passe on fit icy dans l'Eglise
Métropolitaine un Service
solemnel pour la feuë Reine
d'Espagne. Je vous ay déja
décrit tant de fois ces forces
de Ceremonies, que comme
elles font toujours les mêmes,
il me feroit inutile de les repeter.
Ce Service a esté fait
aux dépens du Roy, & par
son ordre. Les Personnes qui
en composoient le deüil, furent
Mademoiselle
,
menée
par Monsieur le Duc dcChartrès,
sa queüe portée par Mr
le Marquis de Chastillon,premicr
Gentilhomme de la
Chambre de Monsieur; Madame
la Grand' Duchesse de
Toscane, menée par Monsieur
le Prince, sa queüe portée
par Mr le Comte de Sainte
Mesme
,
son Chevalier
dhonneur,& Madame ]a Duchesse
de Guise
)
menée par
Monsieur le Duc,sa queuë
portéepar Mr l'Archevefque
de Paris celebrala
Messe. Après l'Offertoire5
M l'Abbé de Brou, nommé
à l'Evesché d'Amiens, prononça
l'Oraison Funebre avec
beaucoup d'éloquence, & il
fut extremement applaudy
de tous ceux qui l'entendirent.
Le Parlement, la Chambre
des Comptes, laCour des
Aides, l'Université, & le
Corps de Ville, qui avoient
esté invitez à cette Ceremonie,
y assisterent en Corps.
MrleMarquis deBlainville,
revestu de son grand habit de
deüil, fit les fonctions de sa
Charge de Grand Maistredes
Ceremonies. Je ne vous décriray
point la magnificence
du Mausolée?qui fut trouvée
de bon goust. Aux quatre
anglesil yavoit des Figures
qui representoient les principales
vertus de la Reine? qui
a fait voir jusqu'au moment
de sa mort le pouvoir que la
Religion avoit sur elle. Outre
legrand nombre de Chandeliers
garnis de lumieres, dont
cette Representation estoit
ornée,on y voyoit des Vases
fumans avec des Lampes antiques,
ce qui avec les autres
lumieres, & celles qui regnoient
tout autour du
Choeur, faisoit un effet qu'on
eust pu direéclatant dansune
autre occasion, mais qui n'avoit
rien que de lugubre &
de sombre en celle-c y, par la
tenture de deüil dont le
Choeur estoit couvert. Ce
Mausoléeestoit du dessein de
M Berin, quidepuisplusieurs
années a pris foin de ce qui
s'est fait de beau de cette nature,
aussi-bien que de toutes
les grandes Festes & des
grands Spectacles.
M l'Evesqued'Uzezayant
tenu son Synode le mois passé,
les Prieurs & les Curez s'y
trouverent au nombre de prés
de trois cens. Il leur ordonna
des Pricrespubliques pour le
Roy, & elles furent commencées
par un Salut du S. Sacrement.
La Cathedrale estoit
toute remplie de lumieres, &
il s'y trouva une quantité extraordinaire
de Peuple, que
ce Prelat exhorta par un exce llent
discours à joindre ses
voeux & ses prieres pour le
progrés de la Religion Catholique
, pour la fanté de Sa
Majesté, & pour l'heureux
succés de ses armes. Il faut
que son zele ait esté grand,&
qu'il ait eu l'art de persuader,
puis que plusieurs personnes
de distinctionconvaincuës
par ce discours, ont écrit depuis
à leurs Parens, pour les
exhorter de quitter le service
du Prince d'Orange, & dese
retirer au moins chez les Alliez
de cette Couronne.
J'oubliay à vous dire le
mois passé que l'onavoit enseigné
publiquement dans les
Ecoles Royales de Chirurgie
les Exercices ord inaires
,
sondez
par feuM Bienaife. M*
Chevalier, dont le nom est
fort connu pour estre l'Eleve
de l'illustre Mr Guayant,
»
si celebre par Ces Anatomies,
fut choisi par M' Felix, premier
Chirurgien du Roy,
pour faire le Cours anatomique,
& Mr Dalibour, dont
evous ay déja parlé plusieurs
ois
, pour faire celuy des O-
~serations. Ces deux habiles
Professeurs ont fait connoitre
que c'cft avec beaucoup
dejustice que la Compagnie
des Maistres Chirurgiens de
Paris s'esttant acquis de reputation
»
& que ce n'est pas
sans raison que l'on va prendre
chez elle beaucoup de
Chirurgiens pour les Armées
du Roy.
M' Venier, nouvel Ambassadeur
deVenise, a fait icy
son Entrée publique,&aeu
audience du Roy, & de toute
la Maison Royale. Jenevou
repeteray point les ceremo
nies qui se font à ces iorrc
d'A udiences, puis que c'es
toujours la mesme chose
Les Ambassadeurs de Venise
font receus comme ceux des
cestes couronnées. Les Venitiens
envoyent regulieremenc
tous les trois ansrelever celuy
qu'ils ont icy. Mr Venier a
succedé à un de ses Parens
de mesme nom. Ce nouvel
Ambassadeur a déja passé
prefquc dans toutes les plus
grandes Charges de la Republique,
quoy qu'il paroisse
ncore jeune pour avoir eu
ant d'Emplois considerables.
)n peut juger par là de son
~merite. Quant à samagnifïence,
elle parut le jOI¡r de
on Entrée,sonEquipage &
's Carosses estant d'une tresrande
beauté.
Le Roy a donné à Mr le
omte de Cruoly sa Comagnie
de GensdarmesAnois,
vacante par lademis-
)n volontaire de M le Mar-
~lis de la Guette qui en estoit
apitaine Lieutenant. Mr le
~mte de Cruoly estbeaufredu
Duc de Gourdon qui
défend aujourd'huy le Chasteau
d'Edimbourg, & qui
soustient en
Ecosse
les interefis
du Roy d'Angleterre
avec tant de ze le & tant de fidelité.
Les services de ce
Comte, l'action éclatante
qu'il a faite autrefois en Suisse:
& l'estime que le Roya POUIi
luy meritoient sans doute une
telle recompense. Il estoit
Sous- Lieutenant des Gens;
darmes Anglois, & le Roy
ayant àremplir sa place,en
donné l'agrément à Mr l
Marquis de Mimeure. Il n'est
pas ordinaire d'entrer ~dan
le service par une Charge si
considerable sans y monter
par degrez ; mais la protection
de Monseigneur le
Dauphin
,
auprès de qui il a
esté élevé dés l'âge de neuf
ans, & la distinction qu'il
s'est acquise au siege de Luxembourg
& aux autres endroits
où il a servi Volontaire
,
luy ont attiré du Roy
cette grace toute particuliere.
Quand je vous parlay il y a
un mois de la mort de Mr
Bruant des Carrieres, cy devant
Resident pour le Roy à
Liege
, mort à l'âge de 68. &
~nonr de 78.ans, je n'estois
pas informé de beaucoup de
choses curieufcs qui regardent
ses emplois. Il a soustenu
vigoureusement les interests
de sa Majesté contre les
menées du party d'Espagne,
& contre les pratiques du feu
Cardinal de Baden
,
& du
fameux Baron de Lifola
Ministre de l'Empereur, qu'il,
obligea de sortir de Liege.
Il m'est tombé entre les
mains des Memoires qui en
parlent, & qui font voir que
dés l'année 1674. la Maison
d'Austriche commençoit à
vouloir donner de vive force
un Coadjuteur à l'Archevêché
de Cologne
,
& mesme
contre la volonté du feu
Electeur. Cette intrigue mérited'estre
éclaircie, puisque
la violence que l'on vient de
faire à Mrle Cardinal de Furstemberg
en est une fuite.
Cependant le peu de tem ps
qui me reste
)
& la matiere
qui m'accable, m'obligent
de remettre au mois prochain
a vous en entretenir.
Vous devez scavoir la mort
de Dame Anne de Champhuon
,
Veuve de Messire
Charles de Charron, Seigneur
de Monceaux, valet
de Chambre ordinaire du,
Roy, puisqu'elle arriva le 27.
de Mars dernier. Elle est
morte âgée de 88. ans, & a
conservé jusques au dernier
soupir une memoire admirable
,
& l'esprit vif & brillant
dela jeunesse.Elleestoitfille
de Gilles de Champhuon
Conseiller d'Estat, dont le
grandPereaesté Chancelier
de Marie Stuart Reyne d'Ecosse.
Je vous ay parlé d'elle
& de sa Famille dans ma Lettre
de Septembre 1680.
Quant à la mort de la
Reine de Suede, je ne vous
en diray rien ce mois-cy
) afin de vous en parler avec
toute l'étenduë que demande
cet article en vous envoyant
le testament de cette
Princesse que vous trouverez
dans ma lettre de Juin avec
plusieurs choses touchant le
Connestable Colomne, qui
est mort à Rome presque en
mesme tem ps.
Voicy les noms de quelques
personnes conifderablcs
mortes à Paris depuis un mois.
Madame de Durasfort, Da^
me d'A tour de Madame. Cette
qualité de Dame d'Atour
la faisoit appeller Madame,
quoy qu'elle fust fille. Elle
estoit soeur de Mr le Maréchal
Duc de Duras,de Mrle
Maréchal de Lorge&de Milord
Duras, aurrement Comte
de Feversham, Madame la
Comtesse deRoye,&Madame
la Marquise de Malause font
ses soeurs. La place de Dame
d'A tour qu'elle possedoit
feule a esté remplie par Madame
la Marquise de Chastillon,
Femme de Mde ChastilIon
, premier Gentilhomme
de la Chambre de Monsieur,
&par MademoiselledeChasteau-
Tiers, qui estoit fille
d'honneur de Madame.
Messire Jean René de Longueil
receu en 1682. Conseiller
au Parlement de Paris. Il
estoit fils de Messire Jean de
Longueil
,
Marquis de Maisons,
Seigneur de Grisolles,
President au Mortier du Parlement
de Paris
, & est mort
d'une apoplexie de fang dans
une grande jeunesse. Je ne
repeteray point ce que je vous
aaymdit iplusieurs fois de cette
MessireGabriel Philippes
de Tessay de Froulay
y
Evesque
d'A vranches en Normandie.
Il avoit de grands
talens pour bien gouverner
un Diocese, & les avoit fait
paroitre lors qu'il avoit esté
Grand- Vicaire de Bordeaux.
& de Bourges. Sa probité
cftoitfort connuë, & on
l'estimoit pour ses bonnes
moeurs, ausquelles rienn'avoir
jamais pu dõner atteinte.
Il estoit Frerede Mr le Comte
de Tessé
,
Grand Maréchal
des Logis, & Chevalier des
Ordres du Roy,quiavoit esté
Capitaine aux Gardes. C'citoic
un homme ferme, &
dd''une val eur 1éprouvé1e. Mfr
l'Abbé de Froulay, leur Freicy
Comte de S.Jean de Lyon,
justifie assez la noblesse de
cette Maison, puis qu'ilsejoit
malaisé d'en trouver de
mieux établie que celle de
ce Cha pitre.
Dame Françoise- Marguerite
du Plessis de Chivré
, Femme d'Antoine, Duc de
Gramont, Pair & premier
Maréchal de France,Chevalier
des Ordresdu Roy, Souverain
de Bidache, Comte de
Guiche & de Louvigny, Baron
de Hagetmau & Came,
Gouverneur. & Lieutenant
general pour le Royen son
Royaume de Navarre, &
Principauté de Bearn, aussi
Gouverneur&Lieutenant gé- eral des Ville & Chasteau
de Bayonne,Païs de Labourt,
& de la Citadelle de S.Jean
Pied de Port, Colonel du
Regiment des Gardes de Sa
Majesté. Elle l'avoit épousé
en 1634, & de ce mariage
font venus deux Fils &
deux Filles. L'aisné fut'
Guy Armand de Gramont,
Comte
Comte de Guiche, Lieutetant
General des Armées du
Roy ,
Colonel du Regiment
les Gardes en survivance
,
nort en 1673. sans avoir laissé
l'Enfans de Dame Margueite
Loüise de Bethune
,
de
a Branche des Ducs de Sully.
-e second
,
qui est vivant,
:£1: Antoine-Charles,Duc de
Gramont , Pair de France,
Souverain de Bidache, Comte
le Louvigny& de Guiche)
&c. qui a épousé en 1668.
Marie-Charlorte. de CafteU
nau ,
de la Maison de Castelnau
,
qui a donné un Maréchal
de France, & d'autres
personnes considerables. Dé
ce mariage font venus un Fils,
Comte de Guiche) & une
Fille. Ce jeune Comteaé"pouosé
Mademoiselle de Noailles,
Fille du Duc de ce nom.
L'aisnée des Filles de Madame
la Marefchale de Gramont
nommée Charlotte „
-
Cat herine
épousa en 1660. Loüisa
Grimaldy, Prince de Monaco,
Pair de France, & la séconde
,
appelléeHenriette-
Catherine, eH: Femme d'Alexandre
de Canonville,Marquis
de Raffetot. Feu Mr le:
Mareschal Duc de Gramont,
estoitFils d'Antoine de Gramont,
II. du nom, Souverain
de Bidache, Comte de
Gramont,Guiche & Louvigny
,
Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur pour
Sa Majesté en son Royaume
de Navarre & Principauté
de Bearn
>
Gouverneur des
Ville & Château de Bayonne,
& de Loiiife de Roquelaure
Fille alfnée d'A ntoine de,
Roquelaure
,
Maréchal de
France. Cet Antoine de
Gramont épousa en secondes
Nopces Claude de Montmorency,
de l'ancienne Maison
de Montmorency, premier
Baron de France, de laBranche
de Bouteville
9
dont il
eut deux Fils &trois Filles,
sçavoir Henry, Comte de
Toulongeon
,
Lieutenant de
Roy en Navarre, qui est
n'lare; Philbert de Gramont,
à present Comte de Gramont,
Chevalier desOrdres du Roy,
qui a deux Filles d'Elisabeth
Hamilton, d'une ancienne
Maisond'Ecosse ; Susanne-
Charlotte de Gramont, Femme
de Henry Mitte,Marquis
de Saint Chaumont; AnneLoüisemariée
à Isaac de Pas,
Mrrquis de Feuquieres, morte
en 16CC. & Françoise Marguerite,
qui a épousé Philippes
,
Marquis de Lons en
Bearn.L'Ayeul de M le Maréchal
de Gramont estoit
Philbert de Gramont
j
Souverain
de Bidache
, Comte
de Guiche, qui fut tué au
Siege de la Fere, âgé de 18.
ans. Il avoit épousé Diane,
dite Corifande d'Andoüins,
feule Heritiere de la Maison
d'Andoüins
,
qui tire son
origined'Athon d'Aure, Seigneur
de Larbouse,quivivoit
en ujo. Quant à feu Madame
la Maréchale Duchesse
de Gramont, elle descendoit
de l'ancienne Maison du
Plessis
,
Seigneurs de Richelieu
en Poitou
,
si considerable
par les grands Hommes
qu'elle a donnez,parciculierement
en la personne de Jean
Armand duPlessis, Cardinal
de Ruchelieu. La sage conduite
de cette Dame luy a.
toûjours faitavoir une grande
réputation dans les temps les
plus corrom pus. Son habileté
& sa pieté l'avoient rendue
plus recommandable que la
grandeur de son rang & de
ses alliances. Elle a vescu au
milieu de la Cour dans une
retraite qui n'avoit rien de
sauvage. Elle avoit accoûtume
de se retirer aux Capucines
1
oùelle avoit un logement,&
depuis un fort grand
nombre d années elle s'estoit
exercée aux oeuvres de pieté,
ans avoir jamais manqué à
emplir tous les devoirs où
engageoit sa Famille.
Messire Antoine deVyon,
cigneur d'Herouval ,Audieur
des Comptes. Il s'estoit
cquis une connoissance tresprofonde
de l'Antiquité de
nostreHistoire, & le Publie
luy est redevable de plusieurs
découvertes fort avantageuses.
Sa Famille qui est du
Vexin, est originaire de
Bourgogne, &a donnédivers;
Officiers considerables à l'Armée
& à la Religion de Malthe.
Louis de Vyon, Chatelain
de Vaux, fut fait Chevalier
à la prise de la Ville
de Theroüanne en 1487. Jean
François de Vyon, Chevalie
de Malthe en îjpj. fut depui
Grand Prieur de Champagne
Dans la mesme année, Guil
laume deVyon, SrdeChandon,
fut tué à la prise de
Ham. Il est fait mention dans
le Martyrologe de Malthe
qu'a fait le Pere de Goussancourt,
Celestin, d'un Denis
de Vyon ,
Chevalier de Malthe,
tué par les Turcs à la
prise de deux Galeres le 13.
Juin 1638. Charles- François
de Vyon son Frere
,
fut fait
Chevalier de Maltheaprès la
mortde Denis. Mr de Vyon,
d'Herouval, est mort le 23.
du mois passé dans sa quatre-
vingt troisiéme année.Il
s'estoitdémis de sa Charge
d'Auditeur en 1670. en faveur
de Pierre de Vyon
,
Sr d'Orville
son Fils, qui l'exerce encore
presentement. On peut
dire que le carattere de cet
illustre Défunt estoit singulier.
Jamais homme n'a plus
travaillé, ny fait un plus
grand nombre de recherches;
Il les offroit à tous ceux qui
en pouvoient tirer quelque
utilité,&ayant tout faitpour
les autres, il n'a jamais rien
fait pour luy.
Mr de Castagneres de Chasteauneuf,
Conseiller au Parlement
de Paris, a esté choisi
ar le Roy pour son Ambasadeur
à Constantinople. Je
ous ay parlé plusieurs fois de
ay ,
& vous ay fait voir qu'il
stoit fort magnifique, qui
st une qualité tres-necessaire
ceux qui sont chargez d'un
>3reil employ Ilal'esprit
enetrant; il s'explique netement)
& fait le rapport
d'une affaire avec beaucoup
le justesse & d'intelligence.
VI Beauquesneaesté nommé
en mesme temps Secretaire
de l'Ambassade. Il a voyagé
dans plusieurs Cours étrangeres
, ou il a commencé à
prendre les lumieres necessaires
pour un employ de cette
nature.
Le Sr Jollain, Marchand
Graveur, demeurant rue Saint
Jacques à la Ville de Cologne,
a fait imprimer le 'Paralelle
de ltArchiteicture antique üde la Moderne, du Sieur de
Chambray. Cette seconde
Edition est augmentée des
Piedestaux de chaque Ordre,
suivant l'intention des meilleurs
Auteurs. On en a reduir
toutes les mesures sur le Modelle
ou Echelle generale,
dont Mr de Chambray s'est
servi dans tous les Profils de
sonLivre.Je ne vous en feraypoint
un long éloge. Je
vous diray seulement que sa
rareté & son utilité l'ont rendu
d'un prix excessif, & que
l'on a dans un seul Livre ce
bqeuaiunous est resté de plus
de l'ancienne Rome, &
ce que les plus habiles Maistres
ont répandu dans degros
Volumes d'une maniere plus
embarassée,& dans une Langue
inconnuë à lapluspart
des Ouvriers, avec des Notes
judicieuses sur le dessein
de chaque Auteur. On vend
aussi chez le mesmeSr Jollain,
La Maniere de bastir pour
toutes fortes de personnes
> contenant
les moyens d'élever
des Bastimens de toutesgrandeurs,&
d'y faire tous les ornemens,
commoditez & détachemensquis'y
peuventsouhaiter.
Cette Edition est augmentée
des Plans & Elévations
de plusieurs Bastimens
de l'invention du Sr le
Muet, Architecte du Roy.
On trouve encore chez le
mesme Marchand, Le grand
Vignole, que l'on vendoit cydevant
à Amsterdam, chez
Justus Dapekers.
Le mot del'Enigme du dernier
mois estoit la Quenoüille.
Ceux qui l'ontexpliquée dans
son vray sens, font Mf' l'Abbé
Blauf.. de Melville de
Montargis : des Bordes de
Tours:Baron de la rue Gre.,
nier S. Lazare; de Chalons
Chanoine de Vannes: Barbé
de S. Bonnet: du Perrier: Ph.
Roquier d'Issoudun demeurant
à Bourges; Phil. de la
Chatre de Tharbay : Cl. Ba:
Cla. Br. Chanoines: Cyre Amourettes;
l'Ami des Carmes:
C Hutuge d'Orleans:le Coeur
constant de Meaux: le charmant
Avocat pamonné pour
l'aimable L - de la rue de
Marseille:le beau Marchand
de la rue Coquette de S. Merry
: le plus Fidelle de tous les
Amans:Tamiriste de la rue
de laCerisaye: le Chevalier
des grands Airs pour quelque
temps: l'Amant de la
Caillettede l'isle sansFlandre:
le Maistre de l'Altesse de la
rue Sainte Avoye : l'Heuré
Minos de Basse Normandie:
Jupiter & Pluton,
)
de la rue
Simon-le-Franc: lePaysande
la Bastille : Mr Cholet de
Bourge:leMiroir de Caresme
o
de la rue Pasle-droit.Mesdemoiselles
Elisabeth Baron.
veuve de Mr de Ferary, Seigneur
de Gaigny : la plus aimable
Brune du Perche-
Goüet: la plus grandeVeuve
de la ruë Galande: la belle
Themis de la mesmerue: la
belle Veuve de la rue Guillaume,
Iflc Nostre. Dame : la
charmante Minerve de la rue
Simon-le-Franc: l'aimable
Brune au vermillon naturel:
la Grondeuse de la rue des
quatre petites Fontaines: C.
C.D.R. ou la belle Pouponne
de la rue d'Anjou, & l'ai-
mable Charlotte la Conquerante3
du Marais.
La nouvelle Enigme que je
vous envoye est du défunt
Berger Fleuriste.
ENIGME
LA peinesuccede au plaisir,
Le travail au loisir,
Et fefi moy qui ramene
Le travail & lapeine.
J'abrègemesme lesommeil
,
Toilr rappeller les gens à leurs soins
ordinaires,
A leur commerce ,
à leurs affaires
CEtejeqfuaeistéotnalneer vaveencdgpraansdenapppla*resi3^l
Ceque etunesemaine; p,« en ilvs
Enfinjefuis un des Fils du Soleil,
Et jay la Lunepour Marraine.
Quoy que puissentpublier
les Ennemis de la France pour
faire croire qu'elle ne pourra
résister au grand nombre de
Puissances liguées pour l'accabler,
il est certain qu'elle
est toujours également florissante,
On le voit par les dons
que les principales Villes du
Royaume ont d'elles mesmes
faits au Roy. L'Epargne de
ce Prince est beaucoup plus
remplie qu'en temps de Paix,
& non seulement il a tous les
fonds necessaires pour entretenir
toutes les Armées pendantcette
Campagne, mais
il enaaussi dereserve pour
s'en servir en cas de besoin.
Outre tout cela la Maison de
ce Monarque est regulierementpayée,
ainsi que le
grand nombre de gratifications
qu'il fait tous les ans ai
une infinité de Personnes de
merite. Il en fait mesme encore
chaque jour de nouvelles,
& vient de donner deux
mille Loüis à Mrl'Abbéde
Dangreau,à cause des belles
Cartebs qu'il a faites, & une
pension à Mademoiselle de
la Tremoüille. Ces choses
font voir qu'au milieu de la
guerre les François peuvent
vivre avec autant de tranquillité
que dans la paix, &
que pendant toute la Campagne
il y a grande apparence
qu'ils ne seront occupez
qu'à compter les vidoires du
Monarque qui les gouverne.
Vous avez sceu le combat
qui s'estdonné entre une Escadre
des Vaisseaux du Roy,
& l'Armée Navale d'Angleterre
,
commandée par le Vice-
Amiral Herbert. Aprés
le bruit qu'a fait ce combat,
il est malaiséque vous n'en
ayez pas appris beaucoup de
particularitez. Je ne laisse pas
cependant de vous en envoyer
une Relation, où vous
trouverez peutestre quelque
chose de nouveau, à cause du
foin que j'aypris de ramasser
tout ce qui s'est écrit là-dessus.
Chacun sçait que le Vice-
AmiralHerbertest fortement
attaché au Prince d'Orange,
qu'il a esté en Hollande luy
offrir son service ; qu'il a travaillé
avec luy au projet de la
conspiration pour le rendre
maistre de laGrand'Bretagne,
& qu'ayant caballé pour détourner
du service du Roy
une partie de ses plus fidelles
Sujets, il est volontairement
dans les interests du Prince
d'Orange, & non pas de la
maniere que beaucoup ont
estéobligez de les embrasser,
ayant suivi un Party dans lequel
leur volonté & leur
coeur ne sont point entrez.
Ce Vice -
Amiral estant de
l'intrigue de ce Prince? &
craignant sa cheute plus que
beaucoup d'aurres,parce qu'il
ne peut tomber sans l'accabler
soussa ruine,laperfidie
qui luy a fait trahir son Roy
estant telle qu'on en voit peu
de semblables, demandainstamment
au Prince d'Orange
vingt Navires armez à son
choix, & luy répondit sur sa
teste qu'il empescheroit avec cenombre de Vaisseaux que
les François ne débarquassent
en Irlande le secours qu'on
sçavoit qu'ils préparoient à
Brest pour porter dans ce
Royaume- là
»
& il l'assura
mesme qu'il déferoit entierement
nostre Flote, &' qu'enfuite
il ravageroit les costes
d'Irlande. Il achoisi les Navires>
vires, les Capitaines, & les
Equipages,& le nombre me-*
me de tout cela a excedé ce
qu'il avoit demandé; mais
tant dc. précautions n'ont
servi qu'à faire battre de plus
braves gens, qu'à faire fuir
de meilleurs Vaisseaux, qu'à
donner plus de gloire au Roy,
& qu'à couvrir ses Troupes
de mer de plus beaux Lauriers.
Le Prince d'Orange avoit
esté ravy de la proposition
du Vice-Amiral Herber,
parce que dans la situation
où estoient ses affaires, rien
ne luy paroissoit plusimportant
que d'empescherqu'on
ne fin: passer de nouveaux secours
en Irlande. Les séntimens
de ce Prince estant aiicz
à deviner, à cause de la
conjoncture où il setrouvoit,
nos Commandans qui avoient
plus d'interest que d'autres à
les penetrer
y
ne douterent
point que les Anglois ne se
fussent mis en
estat pour leur
difpurer le passage, &.ilsen
estoient d'autant plus persuadez,
que le départ de nos
Vaisseaux ayant esté differé,
à cause de la. longueur du
temps qu'il avoit fallu pour
embarquertout ce qu'ils devoient
porter en Irlande, les
Ennemis avoient eu tout le
loisir qu'ils pouvoient souhaiter
pour se mettre en estat
de faire une vigoureuse refis.
tance à ceux qui voudroient
entreprendre de les forcer.
Ilsavoient mesme eu beaucoup
plus de temps qu'ils
n'avoient cru depuis qu'ils
s'estoient mis en mer, pour
recevoir des secours, parce
que nos Vaisseaux n'ayant
DIUS rien qui les empeichaft
de partir, le vent ne s'estoit
pas trouvé favorable, ce qui
chagrina d'autant plus ceux
qui les montoient,que le desir
qu'ils avoient de combattreleur
aisoit attendre avcc
beaucoup d'impatience l'heu,
re de leur départ. Enfin cette
Flote partitle six de May, de
la Rade de Brest. Elle elloit
composée de vingt-quatre
Navires de guerre; sçavoir,,
ddeeqquuiinnzzeedduutrtrooiifriéme/rangg
, de neuf du quatrième>
de deux Fregares lcgcrcs
J
& de dix Brulots. M le
Comte de Chasteau
- Renaut,
Lieutenant General
des Armées Navales de Sa
Majesté
J
commandoitcette fJote. Le tempsestoit obscur
lors quelle partIt, & il ne
changea que le lendemain.
Le neuviéme du grand matin,
elle apperceutauvent del"Ari..
ruée, six Bâtimens qu'elle
crut estre des Navires Anglois,
ce qui se trouva vray.
.on sceut quelques heures
aprés que l'Armée d'Angleterre
estoit sur la costed'Irlande,
depuis quinze jours.
Le mesme jour neuviéme, on
arriva le matin àla mesme
Coste vis-à-vis de Rose,entre
Kinsale & le Cap de Clare.
On y apprit par ceux qui
vinrent '\a-bor&, que quelques
heures auparavant, on
avoit de dessus la Coste
compté vingt-cinqNavires
ensemble. La Frégate nommée
la Pressante,command ée
par M1 de Septeme, & un
Brulot, quiavoit M de Cerpau
pourCommandant, prirent
à cinq lieuës du Port
une petite Barque Ostendoise.
Le Vice-Amiral Herbert l'avoit
retenuë par force à la
Mer j & avoit mis quelques
Anglois dessus
)
afin de pouvoir
mieux observer nostre
Flote fous le Pavillon Espagnol
,
ignorant sans doute
encore la Déclaration de la
Guerre, qui avoit esté publiée
entre nous & l'Espagne. On
apprit par cette Barque que
quatreVaisseaux Anglois qui
croisoient au vent, estoient
partis de la Flote Angloise
composée de vingt-huit à
trenteVoiles, que l'on voyoit
aux environs de Kinfale depuis
quinze jours, pour empescher
que les François t;\'y
débarquaifent ce qu'ils avoient
chargé pour l'Irlande.
Trois Vaisséaux Ennemis qui
eftcient en garde vinrent dés
le matin
,
à trois lieuës des
Vaisseaux du Roy pour les
reconnoistre ; mais ilsse retirerent
sansqu'on les pust
joindre. Mrde Château Renault
envoya une Chaloupe
à terre; elle fut reçuë avec
beaucoup de joye des Habitans
qui se trouverent dans
le lieu où elle arriva, & un
Colonel Irlandoiss'étant mis
aussi-tost dans cette Chaloupe
pour venir trouver ce
General, il luyapprit que les
trois Vaisseaux. qui avoient
paru, & ausquels il avoit fait
donner la chasse,estoient de
l'avant garde de la Flote Angloise.
; On découvrit sur le soir
une Flute qui mit Pavillon
Anglois ;leVaisseau nommé
le Diamant la poursui vit pendant
quelque temps, mais
estant revenu? parce qu'il
n'avoit pas jugé à propos de
s'éloigner davantage
)
laFlute
revintau ssi
,
s'approcha de
plus prés? mit en pane, &
aprés avoir long-temps observé
nostre Flore
)
elle courut
vers Kinsale, & Mr de
Chateau-Renaultapprit en
mesme temps, par une Fregate
de terre que les Ennemis
c stoient moüillez,entre
Cork & Kinsale. Les Vaisseaux
du Roy estoient alors
à dix lieuës,sous le vent de
cette derniere Place.
Toutes ces choses meri
toient qu'on y fist une (e-
~riicufe attention
,
& qu'on
prist de justes mesures, la
prudence n'estantpas moins
necessaire dans une occasion
si importante, que la grandeur
de courage, on resolut
de tenir conseil, & il y fut
arresté qu'on iroit à la Baye
deBantrie pour y faire le débarquement
pour lequel on
avoir entrepris de passer en
Irlande. Suivant cette resolution
on moüilla le Mardy
dixiéme de May sur les deux
heures aprésmidy, à cinq
lieuës du Bourg. Je croy vous
devoir apprendre ce que c'est
que la Baye deBantrie. Elle
eH: à dix lieuësà l'Oüest du
Cap de Clare; son entréeest
Nord efi: à l'Oüest, les deux
pointesest quart Lft,& Oiïeft,
quart NordOüest. Il y en a
deux autres qui jettent plus à
1
lametque les deux premieres.
L'une estappelléeMefanbed,
qui est celle de l'Ea-,
& l'autre le Cap d'orces
3
qui
est à rOiieft.La distance
des deux premieres est de
quatre lieuës. On moüilla
partrente & quarante brasses
à deux lieuës de la pointe de
l'Est, & à quatre lieuës de
celle de l'Oüest.
On avoit jugé à propos
d'aller à la Baye de Bantrie,
afin qu'ayant débarqué plus
promptement tout ce qu'on
portoit pour l'Irlande
, on Ce
puft mettre plûtost en estat
de combattre, & qu'on pust
se trouver au vent des Anglois
, en cas qu'ils se servissent
du vent d'Est qui foufloit
alors, pour s'opposer à
ce débarquement. Mr de
Chateau-Renault qui ne doutoir
point qu'on ne le vint
attaquer, pendant que la
Flote y feroit occupée
,
&
qui avoit resolu de prendre
toutes les mesuresnecessaires
pour n'estre pas surpris, ordonna
que deux Vaisseaux
feroient en garde hors la
Baye, & prévoyant qu'il y
pourroit estre enfermé, il ne
voulut point s'y engager; mais si tost qu'il y fut arrivé,
il fit embarquer sur six Brulors,
& sur quatre Fregates
ou Navires Marchands qui
avoientsuivy la Flote depuis
Brest, les hommes? les armes,
les Celles;) les brides, la poudre
, le plomb & l'argent
que la Flore portoit, & qui
lauroient
embarassée
dans un
Combat; quoy que le vent
sust contraire, toutes ces
choses ne laisserent pas de
partir dés le soir mesme à la
faveur de la Marée, & on
lesconduisitàBalgabben dans
le fonds de laBaye, à sept
licuës du lieu où on estoit
mouillé. Les Bastimens qui
les devoienttransporterestant
chargezappareillerent sur les
neuf heures du soir. Il seroit
difficile de faire une peinture
du grand mouvement que
chacun fut obligé de se donner
en cette occasion, à cause
du peu de temps qu'oneut
pour tirer des Vaisseaux
,
&
mettre sur les Bastimens que
je vous viensdemarquer,toutesles
choses dont l'embarquement
avoit esté si long à
faireàBrest. Onn'estoit pas
encore sorty de l'embarras
que caufc un si prodigieux
travail, sur tout quand il le
faut faire avec une précipitation
toute extraordinaire,
lors qu'on entendit plusieurs
cou ps de Canon qui furent
reicerez, &qui venoient des
Vaisseaux que l'on avoit mis
en garde.CesNavires estoient
le Diamant, & l'Emporté,&
les coups qu'ils tirerent. estoient
pour apprendre à MCt
de Chasteau-Renault,suivant
le signal dontils estoient convenus
,
qu'ils avoient découvert
l'Armée du Prince d'Orange
,&sur les neuf heures
du soir, ces deux Vaisseaux
estant revenus joindre la Flote,
ils rapporterent qu'ils
avoient compté vingt
-
[cpt
Navires.
Comme il n'y avoit que
cinq heures qu'on travailloit
au grand débarquement dont
je vous ay parlé, lors que les
deux Vaisseaux qui croient
en garde firentle signaldont
on estoit demenréd'accord,
pour marquer que les Ennenemisparoissoient
,Mr de
Chasteau Renault ne fit pas
achever le débarquement,
mais il crut à propos de faire
mettre à la plus prochaine
terre le reste des Troupes
qu'on n'avoir pû embarquer
sur les Bastimens qui avoient
commencé à en transporter,
& ne pensa plus qu'à faire
mettre tous ses Vaisseaux en
estat de combattre
) ce qui
causa une grande joye parmy
toutes les Troupes, qui ne
douterent point que les Ennemis
ne parussent bien-tost
pour livrer le Combat.
Le lendemain Mercredy
onziéme de May, suivant
nostre stile
,
& qui estoit le
premier du mesme mois,
selon celuy des Anglois, &
le jour de la Feste de Saint
Jacques qui est celebrée en
Angleterreavec detrès grandes
réjoüissances
?
le Diamant
qui avoir retourné en garde
fit signal entre cinq & six
heures du matin qu'ilvoyoit
les Ennemis. Ils parurent
bien tost aprés à la pointe,
du Cap de M^amu
On commença à les découvrir
par la pointe de 1Est.
On comptavingt-huitVoiles,
parmy lesquelles on reniar,.
qua vingt & un Vaisseaux,
dont quatre parurent bien
plus gros qu'aucun de ceux
de nostre Flote
, une Frégate
& sept Caïches que l'on crut
estre des Brulots. Comme le
vent estoit Nord-Est,il falloit
que les Ennemis sissent
plusieurs bords pour venir
à la Flore, ainsi on ne se mit
en peine d'appareiller que
sur les sept heures, & on
courut bord sur bord jusques
sur les dix heures, afin que
chacun se mist à son Poste.
Les Vaisseaux du Roy avoient
le vent sur les Ennemis
qui estoient le long de
la terre de l'Est. La plufparc
des Navires François estoient
en panne, & ne faisoient
fervirque lors que c'estoit à
leur rang.Voicy de quelle
maniere l'ordre de Bataille
fut reglé.
La seconde division qui
estoit celle de Mr Gabaret?
estoit à la teste.
La premiere que commandoit
MrdeChateau-Renault,
cftoit au Corps de Bataille.
La troisiéme qui estoit
commandée par Mr Forant,
faisoit l' Arriere-garde.
-
Vous pouvez voir par ce
qui laïc de quoy ces trois
Divisions estoient compo- sées. t, Val[féaux. Commandans. C,,--Homo.
11.Division. non!. mes. jion. Le François. Le M.P.tnnctier. 44-. HO Vermdois.M.Machaud. 60..HO
Le Duc. M. Colbert Saint 46. zSO
'• Marc.
Le Fendant. M. deReal.56. 54°
Le S. Michel. M. de Gabaret. 60. 3^0
Le Fort.M.deRossema- 60. 360
dec.
LeLeger. M.deFtjpçbitî, 42. 100
LePrecieux. M.deSakjaipati. jé. 3>° 1.Division. ^3* *»-*
LeCapable. M.deBelleson- 46. 256
taine. ]
L'Arrogant. M.del'Arteloire. 56. 34°
Le Diamant. M.deCoëtlogon. 56. r-W
L'Ardent. M. deChaflieau-(6.4Q0 Renault.iéau- 4Ç6. 4 Q 0
Le Furieux. M.Desnots. 60., 3f°
LeFaucon. M. d'Ervaux.44- 110
Vaissaux. Commandans. Can. Hom.
Le Moderé. M. de S.Hermi- 54. 330
ne.
L'Entiepre- M. deBeaujeu. 58.3f»
nant.
lIT. Dzvifion.
LeNeptune. M.dePalliere. 46. 100
L'ArcenCiel.M. dePerinet, 44. no
L'Excellent. M.delaVigerie. 58. 3^0
Le Courageux. M.Forant.58. 350
Le Sage- M de Vaudri- 56. 340
court.
L'Emporté.M.deRossel. 44. 220
L'Oiseau. Ni du Quesne. 4+ zio
L'Apollon. M.deMontor- 56. 33°
tier.
FREGATES.
LaTempeste. M.du Que sne-28.
Mensnier.
La Pressante. M. deSepteme. ix.
Dix Brulots.
Je dois avant que d'entrer
dans le détail du Combat,
vous entretenir encore de ce
qui se passa que lques heures.
auparavant. Lors que les Ennemis
pe~urent,le débarquement
n'estoit pas encore achevé,&
deuxBâtimens chargez
pour Balgobben partirent
pour s'y rendre, mais comme
il yauroit eu à craindre qu'ils
ne fussent pris par quelques
Fregates que les Ennemis auroient
pû détacher, si on leur
avoir laissé le passage libre,
M1 de Chasteau-Renault fc
tintavec toute l'Armée bord
sur bord dans les entrées de
la Baye jusques à onze heures
,&- demie, qu'il fit le signal
pour faire arriver l'Avantgarde,
arde car le vent estantà
Est, les Anglois l'avoient
n arriere, ou du moins lar-
~ue pour venir jusques à l'en-
~rée
,
mais comme la Flote
stoit moüillée en dedans,
:5 Ennemis se trouverent
stre fouslevent del'Armée
lu Roy, & n'y pouvoient
enir qu'en louvoyant; ce
qu'ils firent de fort bonne
grace & jusques à l'approche
le nostre avant- garde, où
MrPannetier tenoit la reste
,
k qui arriva vent arriere sur
a leur, qui dans ce temps
voit le Cap au Sud-Est;mais
dans le moment que nostre
avant-garde estoit preste à
commencer le Combat,les
Ennemis revirerent vent de,
vant, ce qui obligea Mr Panetier
de prendre Lof pour
Lof, & de faire force de
Voiles encore prés d'un
quart d'heure, parce que les
Ennemis en faisoient autant.
Il se passa une chose singuliere
entre ces deux avantgardes
, qui merite d'estre
remarquée. Le Vaisseau que
montoit Mr Panetier n'ayant
que quarante-quatre pieces de
Canon
J
& le Vaisseau contre
lequel il combattoit, en
ayant soixante & dix, il s'apptocha
sans tirer jusques à la
portée du Mousquet ; &
comme ses Saborts estoient
ouverts il fit une décharge
de Mousqueterie
J
qui tua
ou blessalapluspart de ceux
qui estoient à ces ouvertures;
on les refermaaussi-tost
) ce
qui empescha ce Vaisseau
Anglois de faire feu de son
Canon. M Panetier fit tirer
le sien,& tous les Vaisseaux
de l'avantgarde ayant fait
de mesme sur celle des
Ennemis,elle se retira fort
- -
mal-traitée ,& ne sebâtit
plus. Les Ennemis avoient en
ce temps là le Cap au Nort
NordcH,
Pendant que la Divisionde
M Cabaret ,qui fie paroistre
autant de teste que de cccur
eii cette occasion
)
estoit at..
tachéeàcombattre & à pour,
suivre, l'avantgardc des Anglois,
les Vaisseaux des autres
Divisions se mettoienc en
ligne & faisoient grand feu
sur ceux des Ennemis qui se
trouvoient par leurs travers.
Le Vicc-Amiral Herbert
estoit au Corps de Bataille de
sonArmée, où MrdeChasseau-
Renault alla l'attaquer
avec saDivision,en faisant la
contre-marche
,
& revirant
des eaux de Mr Panetier; mais
le combat avoit à peine duré
un quart d'heure que le Vaisseau
d'Herbert arriva vent
arricie., &changea ses amures,
& comme il faisoit force de
voiles, & que ce Navire est
fort bon, il se trouva bientost
à lateste de laLigne:ce
que voyantM de Chasteau-
Renault,il fitaussi force de
voiles sur le mesme bord,
pour se trouver toujours op.
posé àcet Amiral des Ennemis,
qui ne paroissoit pas
avoir envie de combattre de
prés, & qui arrivoit vent arriere
toutes les fois que Mr
de Chasteau- Renault arrivoit
sur luy
, ce qui se fit cinq ou
six fois. Les Ennemis ayant
fait force de voiles pendant
rout le combat, on ne pût
les approcher si prés qu'on
auroit voulu. L'Arriere-garde
eut le mesme avantage sur
eux que les autres Divisions,
de forte qu'elle les chassoit
en tirant toujours sur eux,
lors que la premiere Division
1 6
uy donnoit du jour pour Cea,
àquoy ils répond oient
~oiblement. Ily eut un trespeau
feu pendant une heure
& demie, Herbert parut bien
desemparé, son Matelot le
couvrant pour essuyer le feu,
en luy donnant par ce moyen
e temps de se racommoder.
Deux Vaisseaux de nostre
Arriere
-
garde qui estoient
sous le vent lors que le compat
commença, & qui heueusement
n'avoient encore
m prendre leurs postes, re-
~ousserent avec beaucoup de
vigueur deux Vaisseaux Anglois
qui estoientsous levent
du reste de l'Armée, & qui
faisoient leurs efforts pour entret
dansla Baye. Le combat
estantcessé, ces deux Vaisseauxplierent,&
firent vent
arriere.
Le Vaisseau le François
commandépar Mr Panetier,
apréss'estredistingué de la
maniere que vous avez Vil, &
avoir causé tant de dommage
aux Ennemis, voyantses mats
prestsà tomber
,
sur obligé
de sortirde la Ligne pour se
racommoder.
Lç Diamant que M.le Chevalier
de Coëtlogon commandoit,
remedia avec une
diligence extrême au desor-
-cdre que luy causa le feu qui
prit à sa chambre du conseil
à des Grenades & à des barils
de poudre
y
& qui fit fauter
la chambre,les dunetes, & les
Mousquetaires qui efloienc
dessus. Il demeura peu de
temps hors de la Ligne, &
revint combattre.
Mr de Chasteaurenault
ayant pris lateste de la Ligne
sur le midy
3
suivit toujours
l'Amiral Anglois en le com- battant & en arrivant souvent
sur luy
> ce qui dura jusque
surles cinq heures du
soir.Toute l' Arriere-garde
dela Flote du Roy marchoit
dans ses eaux, & tiroit
des bord ées sur les Anglois,
qui dans le mesme temps
n'estoient pas moins mal traitez
par M Gabaret, &par la
Division qu'il commandoit,
de forte que leur Amiral se
trouva souvent entre deux
feux. Comme il venta frais
depuis deux heures jusques à
cinq, & que nostre Ploie estoit
au vent, la plufpatt de
nos Navires avoient peine à
seservir deleur première baterie.
Mrde Chasteaurenault
ne portoit qu'une flame au
grand mast; Mr Gabaret une
au mast de Mizenc, & Mr
Forant uneau mast d'Artimon.
LeCommandantAnglois
portoit un Hiac au
grand mast, & prefqne tous
les autres Navires de la Flote
Angloise avoient des flames.
Toutes les Relations de ce
combat marquent que les
Anglois se font mal battus,
& sionavoit eu les Navires
qui estoient à Balgobben,
aiiifi que les Brulots qui cftoient
dans le fond de sa.
Baye de Bantrie pendant le
combat,&qui ne venoient
que de partir pour s'y rendre
lors qu'il commença, on ne
doit prcfque point douter
qu'on n'eust remporté une
victoire plus entiere. Les Ennemis
ont toujours esté vent
largue ou vent arriere jusques
à cinq heures du soir
y
que le
combat cessa.Mr de Chast eaurenault
avoit alors six pieds
d'eau dans son Navire.
On rcvira de bord dés que
le combat fut cessé, pour retourner
mouüiller dans le même
endroitd'où l'onestoit
party lematin, pour reprendre
les Bastimens qu'on y
avoit laissez, & on y arriva
sur les dix heures du soir. Les
Irlandois desmontagnes qui
avoient eslé les témoins du
combat, demeurerent pendant
tout le jour en prieres,
pour demanderàDieu que nos
armes eussentun heureux succés,
& nos Vaisseaux estant
heureusement retournez,ils
firent des feux pendant toute
la nuit, pour en marquer leur
joye.
Iln'y a paseu unseul Ofsicier
de tuédans ce Combat.
Mr de la Treille, Lieutenant
du Diamant, a eu la jambe
emportée d'un coup de Canon,
& Mr Laviot,Enseigne
du Precieux, aeljébjeflé à
1 épaule. Mls Machaut & de
Rechac-Savion ontaussiesté
blessez. Quand le feu prit à
la poudre de la Chambre du
Diamant, il y eut cinq Gardes
Marine noyezpar cet accidet,
& deux furent sauvez fort
heureusement. Mr d'Antrague
fut retiré de la Mer, &
un autre fut trouvé dans la
Hune d'Artimon, fort brise.
Cinq autres Gardes Marine
ont esté fort maltraitez du
feu; mais on ne croit pas
qu'ils en meurent. Comme
on prendra grand foin à cacher
la perte des Anglais, on
ne la pourra sçavoir que du
temps & de la vérité qui découvrent
toutes choses,c'est
pourquoy il faut encore attendre
pour en parler. Je
dois dire icy à l'avantage de
Milord Barclay qui servoit
de Matelotàl'Amiral d'Angleterre
) que tous ceux qui
ont écrit de ce C ombat, marquent
qu'il a parfaitement
bien fait son devoir, & qu'il
s'est souvent exposé pour sauver
l'A miral Peut-estre ignorez-
vous,ce qu'on appelle le
Matelot d'un Amiral
,
c'est
un Vaisseau qui ne le doit
point quitter, & qui toutes
les fois qu'il le voit en peril
doit se mettre au devant de
luy
, tant pour essuyer les
coups dont il le voit menacé,
que pour luy donner le temps
de se mettre en estatde combattre?
en cas qu'il connoisse
qu'il soit en péril.
K
Le quatorze, la Flore remit
à la Voile
>
& alla chercher
es Anglois du costé de
Kinsale,mais elle ne découvrit
aucuns de leurs Vaiseaux.
-
Le quinze, courant le long
de la coste de Kinsale
3
elle
apperceut quatre Navires &
une Galiote qui couroient à
erre.
Le seize à la pointe du jour
estant à vingt lieuës de l'Isle
l'Ouassant
,
elle découvrit
une Flote de sept Navires
Hollandois qui venoient de
Curaçao. Ml de Chasteau-
Renault détacha quelques
Vaisseaux qui s'en saisirent.
Le dix-huit après midy
toute la Flote arriva à Brest
avec cette prise. Je vous apprendray
en quoy elle consiste.
Mais il est certain que
la charge de sept Vaisseaux,
de quoy qu'ils puissent estre
remplis, ne peut estre que
considerable, & que les Bâtimens
doivent estre comptez
aussi-bien que la Charge.
Mrle Comte de Chasteau-
Renault envoya Mr le Chevalier
de Chasteau-Renault,
son Neveu, pour porter au
Roy la nouvelle de ce qui
s'est passé pendant sa Camla"
gnc de douze jours duant
laquelle il a fait trois
hoses glorieuses & utiles. Il
débarqué heureusement
out ce qu'il portoit en Ir-
~llande. Il a batu courageusement
la Flote Angloise qui
est venuël'attaquer
, & il a
ris utilement sept Vaisseaux
Hollandois richement charez.
Voyons ce qu'a fait le
Vice-Amiral Herbert, car les
Anglois & les Hollandois ne
manqueront pas de déguiser
desavantage qu'il a eu dans
Combat qui se vient de
onner entre les deux Flotes,
mais ils seront embarassez i
cause des faits que je viens
de marquer ,
& qui sont si
confiants qu'ils ne peuvent
estre niez.
Ceux qui examineront l'état
des deux Flotes suivant toutes
les Relations, & mesme
selon celles d9 Angleterre
trouverõt que laFloreAngloise
estoit beaucoup plus considerable,
quoyque celle du Roy
la surpassast de deux Vaisféaux
i mais ceux des Anglois
estoient beaucoup plus forts,
leur Amiral que montoit le
Vice Amiral Herbert estoit
de soixante & seize pieces de
Canon. Il y en avoit encore
quatre ou cinq autres de la
mesme force, &ceux qui en
avoient moins, nelaissoient
pas d'estre encore superieurs à
ceux du Roy. Je vous en ay
donné la Liste en vous marquant
l'ordre du Combat.
Quant à ce qui regarde les
autres Bastimens,vous avez
veu aussi dans cette Relation,
que ceux des Anglois êtoient
en plus grand nombre. Avec
tant d'avãta ges le Vice- Amiral
Herbert qui estoit bien informé
que nous n'attendions
que le vent favorable pour
partir de Brest devoit au lieu
de rester dans la grande Rade
de Kinsale, croiser la mer
par son travers ou sur le cap
de Clare à six ou huit licuës
de terre afin de découvrir la
Flore du Roy de plus loing.
Comme elle avoir une Charge
inutile pour le Combar,
& qui n'auroit servy qu'à
l'embarasser, il auroit pû plus
facilement la mettre en desordre,
& quandil ne l'auroit
pas fait, ilauroit esté dificile
dedébarqueravecuneArmée
Ennemie derriere foy, mais la
resolution qu'il avoit prise
n'estoit pas d'acquérir de la
gloire,& rout son butn'estoit
que de surprendre les Vaisseaux
du Royen ra de dans
l'embaras d'un débarquement,
& dans un temps où
les équipages ont toujours
beaucoup de vin dans la teste,
mais il devoit prevoir qu'en
manquant de nous y surprendre
comme il estarrivé, le
gain d'une Batailleluy devenoir
prelqueinfructeux après
nostre débarquement, puis
qu'il n'estoit venu que pour
l'empescher, ce qui estoit bien
plus important aux affaires du
Prince d'Orange,que de nous
endommager quelques Vaisseaux
,d'en coulera fonds,&
d'en prendre,suposéqu'ileust
remporté quelques uns de ces
avantages lors qu'il nous est
venu attaquer, pour faire voir
qu'il s'estoit au moinsacquité
d'une partie de sa Commission,
maiscommentauroit-il
pû remporter le moindre
avanrage, puis qu'après eilre
venu attaquer nostre Flote, il
s'est toujours batu en retraite
lors que Mr de Chafteaurenault
arrivoit sur luy, ce qu'il
a
Fait pendant cinq heures, Se à
~flot lieuës d'où le Combat a comencé
au lieu de disputer le vent,
qu'il pouvoirfaire, puisque ses
aisseaux estant frais carenez alent
mieux,que les nostres. Il
avoit aussi mettre en panne, 6c
auroit vû quiauroit le plustost
é, mais au lieu de mettre toute
valeur à combatre
,
il a employé
;
~ite son adresse à fuir avec art.
semble qu'il prevoyoit que cela
arriveroit, puis qu'il avoit fait
er de ses aisseaux tous les lits
Soldats, afin que ces bastimens
ïent plus legers. Ily avoit quinze
rs qu'ilattendoitnosVaisseaux
~ir les surprendre,sans qu'ilyeuft
guerre declarée entre la France
Angleterre, mais cela ne doit
~nt surprendre, puis qu'il servoit
le Prince d'Orange.
Mr le Comte de Chasteau-
Renault ayant fait en cette occasion
tout ce qu'on pouvoit attendre d'un
Capitaine aussi brave que prudent,
& qui joint l'experience au courage,
le Roy a fait Capitaine de Vaisseau
M. le Chevalier de ChasteauRenault
son neveu qui luy a aporté la
nouvelle de ce Combat. 4
Vous avez sçeu que quelques
jours avant que le Roy d'Angleterre
receust le dernier secours,
que nostre Flote vient de luy porter
, ses Troupes avoient entièrement
défait en Irlande un Party
de quatre à cinq mille Protestans.
M. Rose Lieutenant General des
Armées de S. M. Britanique,les
surprit au delà de la riviere de Finnes,
où ils ne l'attendoient pas
n'estant pas persuadez que ce General
entreprendroit le passage de
de cette Riviere. Ses mesmes nouvelles
portoient que Londondery
se défendoit encore, que Mr Rose
avoit esté legerement blessé devant
cette place, & que Mr de Maumont
Capitaine aux Gardes, &:
Lieutenant General en Irlande
,
avoir estétué. La resistance de
cette Ville qui ne sçauroit durer
long-temps, &. qui est peut-estre
prise presentement ne doit point
surprendre, c'est la derniere place
du Royaume, elle n'est point assiegée
par Mer, & l'entrée y est
libre de ce costé là, tous les Protestans
d'Irlande s'y font retirez à
mesure qu'ils ont esté poussez, la
Ville en est remplie, & comme
elle est à l'extremité du Royaume,
il a salu beaucoup de temps pour y
conduire du Canon à cause de la
lconghueuer ,m& deilandifsfic.ulté des Il est venu des nouvelles cette
semaine qui portent que les Pro-
•
teftans d'Irlande ayant fait UD
dernier effort pour s'assembler en
corps de Troupes,ils avoient encore
esté défaits, ë£ qu'on en avoic
tué neuf cens, mais que M. de Pufignan
,
Capitaine aux Gardes, ÔC
Officier General en Irlande y
avoit esté tué.
Le Roy estant persuadé que ht
Guerre qui agite aujourd'huy l'Europecoûteroit
cher aux Espagnols
s'ils y entraient, avoit eu la bonté
de leur- offrir la neutralité contre ses
prop'res avantages
,
puis qu'il estoit
seur d'en remporter sur eux. Ils te
sont obstinez à la oofufer < pour obeïr
à l'Empereur, & ont déja perdu pour
fruit de cette déference la Ville de
Camp-Redon dans le Lampourda,
dont
le
Château qui a trois enceintes
passe pour une Place tres-forte. La
Ville & le Château n'ont tenu que
six jours de Tranchéeouverte, & le
Gouverneur en est sorty à la teste de
cinq cens hommes. Il y a laissée onze
pieces de Canon de fonte, dont on
en a trouvé trois aux Armes de France.
Ces Canons avoient esté pris devant
Camp-Redon
,
lors que M. le
Marquis de Saint Aunay fut obligé
d'en lever le Siege. Le Fort de la
Roque dont les Fortifications font fort
estiméesaaussi esté pris.Le Gouverneur
d'une Place voisine peu fortifiée,
prévoyant qu'il alloit estre attaqué,
& que sa Garnison ne pouvoit éviter
d'estrePrisonniersde Guerre, a cru
à propos de se retirer, ôc de l'amener
avec luy ; mais avant que de sortir
il en a fait fauter les murailles.On a
-asifîî défait un Corps de trois millehommes
composé de Miquelets, &
de Milices du Pays, qui s'assembloit
à deux lieuës de l'Armée pour jetter
du secours dans Camp Redon. 011
en a tué soixante & dix, & blessé un
très- grand nombre.On afait beaucoupde
Prisonniers
>
& vous pouvez
juger du desordre où le reste a eftft
mis, puis qu'on a pris toutes leurs
Tentes
, tous leurs Drapeaux ,
& environ
cinquante Mulets qui portoient
les Equipages de leurs Commandans.
Comme les Miqueletsvalent souvent
mieux que les Troupes Espagnoles
» & qu'ils ont souvent attaqué de?.
Armées avec succés, je croy vous en
devoir faire icy une peinture. Ils. portent
une manierede fuiiI appellé Gispe.
Ils ont une espece de Bandoliere -
ou Echarpe de cuir, quatre fois plus
large par devant que nos Baudriers
où sont attachez trois anneaux de fer,
dans lesquels il y a des pistolets: Ils
sont tous garnis de fer 3 & leurs
baguettes sont de la mesme matiere.
Ils portent sur la droite une
Dague ou grard Poignard, & sur la
gauche un plus petit, &: un coûteau
appellé Gabinet. Ils ont un grand
fourniement qui leur tient presque
tout le derrière du dos, &: qu'ils font
aisément tourner sur leur estomach
quand ils s'en veulent servir. Leurs
souliers sont de cordes, ce qui leur
donne moyen de monter les Montagnes
sans que leurs pieds souffrent. Ils
ne se servent que de bonnets appellez
Bertines.Toutes les expeditions dont
je vous viens de parler font duës à
M. le Duc de Noailles, qui ayant
appris le mestier de la Guerre fous
e Roy, qu'il n'a point quité dans
coutes ses Campagnes, en doit tftre
parfaitement instruit. Il est non seulement
fort aimé des Troupes qui seront
toûjours prestes à entreprendre
avec joye tout ce qu'illeur commandera
; mais ses manieres ont mesmes.
gagné tous les Habitans du Païs qui
l'appellent l'Enfant de leur Terre. C'cft
un nom qu'ils donnent à ceux à qui
le Païs a quelques obligations.
On n'a perdu que quarante hommes
devant Camp- Redon, dont \x
Garnison a esté conduite à Girone. Le
Gouverneur du Fort de la Rocque se
fiant sur la bonté de sa Place, ne se
rendit qu'avec beaucoup de peine , &
demanda plusieurs fois à voir la Capitulation
de Camn-Redon; mais il fut
enfin obligé d'accepter le party qu'on
luy offrit. Ces Conquestes ouvrent un
pays abondant à l'Armée du Roy, &
qui aidera beaucoup à la faire subsiste.
Il s'est passé en Allemagne une
actionqui merite d'estre fceuë. M. de
Melac ayant envoyé quatorze Maiftresj
pour voir s'il n'estoit point sorty
de partis d'une petite Ville appellée
Bruxelles qui est au delà de Philisbourg,
ils en apperceurent un d'environ
soixante- Maistres. Leur ordre
n'estoit pas de combattre,mais de venir
rendre compte à M. de Melac des
Partis qu'i-ls appercevroient. Cependant
ils se crurentassez forts, ou du
moins ils se trouverentassez resolus
pourles attaquer,ce qu'ils furent avec
une intrepidité dont on a peu vû
d'exemples. Ils tuerent le Commandant.
La pluspart de ceux qui leur
firent plus de resistance furent tuez
ou blessez, & lerestefut misen fuite,
-lit ils en amenerent cinq ou six a M. de
- Melac. On ne sçauroit exprimer l'impatience
que nos Troupes témoignent
d'en venir aux mains avec les Allemands.
Je pourrois vous rapporter
beaucoup d'actions approchantes de
celle que vous venez de lire; mais
j'auray bien-tost de plus grossesassairesà
vous raconter, puis que toutes
les Troupes estant à leurs rendez-vous
la Campagne est sur le point de s'ouvrir.
- Le bruit ayant couru que le Siege
de Londondery est levé,je dois vous
apprendre pourquoy il s'estrépandu , & vous faire connoistre en mesme
temps ce qui a cause la longueur de
ce Siege. Je vous en ay deja dit quelque
chose dans cette Lettre, mais je
viens d'apprendre ce quisuit. Le Roy
d' Angleterre ayantdébarque enIrlande,
alla ju[qu.;l Dublin au milieu des
acclamations de ses Peuples, & les
Femmesquin'estoient pas contentes
de ne le voir qu'en passant montoient
en croupe pour joüir plus longtemps
deceplaisir.Aprés avoir sejourné
à Dublin ,il en partit pour visiter
leNort d'Ecosse sans aucun équipage
de guerre, dont il n'avoitpasbesoin ,
puis qu'il n'allait que pour se faire voir
au reste desespeuples,& recevoir leurs
hommages. Les Protestansqui estoient
répandus dans la Campagne estant en
trop petit nombre pour oser paroistre
devant luy,plusieurs fc retirerent dans
Londondery,où il y en avoitdéjà beaucoup
d'autres. Ils firent tirer le Canon
sur Sa Majesté Britanique lors qu'elle
approcha de la Place. Un Ministre
vint trouver le Roy, &luydit qu'il
tafcheroit de persuader aux Rebelles
de rentrer dans leur devoir; mais foit
qu'il fust venu pouramuser ce Prince,
ou que sa négociation eust mal reussi,
un continua de tirer sur luy, de forte
qu'il salut se préparer à assieger la
Place, & faire venir de fort loin
toutes les choses necessaires pour un Siege; ainsi la P lace n'ayant point
estéassiegée dans le ijmps que nous
l'avons cru, n'a pu se rendre dans celuy
que nous avons pensé qu'elle devoit
estreprise.
Jene vous entretiendray point d'Angleterre
, parce que je continueray le
Journal de ce qui la regarde, dans ma
septiéme Lettre sur les Affaires du
Temps; je vous diray seulement r que ay veu desLettresde personnes digne*
de foy, qui portent que les Anglois
*?
ont eu neu fVaisseaux fort endommagez
dans le combat dont je vousenvoyé
la Relation. Je suis, Madame, &c.
A Paris et 31. May 1ÓS¡.
«J
APOSTILLE.
Quoy que le combat donné en Irlande
,où j'ay dit que M. de Pusignan
avoit esté tué, soiemarq ué dans plusieurs
Lettres, jenesçay si on y doit
ajouter entièrement foy. ,I:,¡ :
tr
? ) Avis pourplacerlesFigures. L'Air qui commence par, On!
peut enfin dans nos bocages, doit
regarder la page 79.
DEDIE A
MONSEIGNEUR
A PARIS,
AU PALAIS.
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour dechaque Mois, & on
le vendra Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais,dans la
Salledes Merciers, àlajustice.
T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
Et MICHEL GUEROUT, Court-neuve
du Palais, au Dauphin.
M. DC. LXXXIX,
'AVEC PRIVILEGE DU ROr.
AVIS. QVelquesprieresqu'on ait faites
jufquà present de
-
bien
écrire les noms de Familleemployez
dans les Memoires quon envoyepour
le Mercure, on ne laiJ/Z, pas d'y manquer
toûjours. Cela est cause qu'ily a
de temps en temps quelques-uns de
ces Mémoires dont on nese peutservir.
On reïtere la mesme priere de
bien écrireces noms, en forte qu'on
ne s'y puisse tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires
,
&
l'on employera tous les bons Ouvrages
a leur tour, pourveu qu'ils ne
desobligent personne, & qu'il n'y
ait riendelicentieux. On prie seulement
ceux qui les envoyent, &sur
tout ceux qui n',é1crivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes,d'affranchir leurs
Lettres de port, s'ils veulent qu'on
f*jjc ce qu'ils demandent. C'cjlfort
peu de chose pour chaque particulier,
dr le tout ensemble est beaucoup pour
un Libraire.
Le Sieur Gnc^out qui délite presentement
le llerc/tre , a rétabiy les
~cho.sdemanierequ'ilest toujours imprimeandechaque
moi--,ilavertit q:ta Cégard des
Envois qui sefont a l.i Campagne,
il fera partir les paquets de ceux
qui lechargerontde lesenvoyeravant
que l'on commence à vendreicy le
Mercure. Comme ces paquets feront
plusieursjours en chemin, Paris ne
laissera pas d'avoir le Mercure longtemps
avant qu'il soit arrivé dans
les Villes éloignées,mais aujji les
villes ne le recevront pas si tard
quellesfaisoient auparavant. Ceux
quise lesont envoyerparleurs Amis
sans en charger ledit Guerout, sexposent
à le recevoir toujours fort tard
par deux raisons. La premiere ,parce
que ces Amis n'ont passoin de le
venirprendre si-tost qu'il est imprimé
,
outre qu'il leferaMitpurs quelque
s iours avantq<i'ontn fifftle
débit; &l'autre, que ne l'envoyant
qt/Ilprés qu'ils l'ont leu, eux &
quelques autres à qui ils le prestent,
ils reiettent lafaute du retardement
sur le Libraire, en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois.Onévitera ce
retardementparlavoye duditsieur
Guerout ,puis qu'il se charge defaire
lespaq uets IUJ-me/me) 6" de lesfaire
porter à la Poste ou au Messagers
sans nul interest, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adresse. ilfera la mefine chosegeneralement
de tous lesLivres nouveaux
quon luy demandera,soit qutl les
debite
, ou qu'ils appartiennent a
d'autres Libraires, sans en prendre
pour cela davantage que le prixfixé
par les Libraires qui les vendront.
Jj)uand ilse rencontrera qu'on demandera
ces Livresà lafin du mois,
il les ioindra au Mercure ,
afin de
n'enfaire qu'unmesmepaquet. Tout
celasera executéavec une exactitude
dont on aura toutlieud'estre content.
--["-1)keE- --R-JIE'1
M.ATià$$.
ANS la situation
où font presentement
les affaires,je
ne puis commencer
ma Lettre d'une maniere
qui convienne mieux aux
grandes Actions de Sa Ma>
jesté, qu'en vous faisant part
des Vers que vous allez lire.
AU ROY.
vMADRIGAL. Ous que Bellone & la i
Victoire
Accompagnent toujours pars
tout,
Quin'entreprenez rien sans w
,ven1r-' a bout,
Mettez, grandRoy, le rcw~'
ble à vostregloire.
Vosplus fiersEnnemis les armes
à la main,
Ont éprouvétoujoursunfuneste
destin,
Ils n'ont pû resister à la force
des vostres.
Aprés tant d'exploitssifameux,
Remette'Z. sur le Trôneun Prince
malheureux,
Ce triomphe pour njous fera plus
glorieux)
Que d'avoir vaincu tous les
autres.
Ce Madrigal est de Mr
Diereville
,
dont je vous ay
déja envoyé divers Ouvrages
qui ont toujours eu l'avantage
de vous plaire.Voicy
encore des Inscriptions faites
au sujet de la Statuë du Roy
de Mr du Bois. Vous vous
souvenez de celles que je
vous ay déja envoyées dans
mes deux dernieres Lettres.
Comme les plus courtes ne
font pas les plus mauvaises,
& qu'il y a de la grace à faire
entendre beaucoup en peu de
mots, MrlePresident de Varoquier
a eu raison de choisir
ceux cy ,Hercule major. Hercule
a dompté des Monstres,
& en a t-on jamais vû de
plus redoutables que l'Herelle,
qui est le sujet de la Figure,
au bas delaquelle l'Inscription
doit estreplacée?
En voicy une autre qui dit
auflî beaucoup en un seul
Vers.
MonftrumJ Aquilâ uifla J'Vithaue
Leone, subegit.
Mr de Vertron qui en est
l'Auteur, l'a traduit ainsi.
De l'Aigle& du Lion Loüis
nji&QYÏeux3
Dompte un Monstre ennemy
de la Terre tdes Cieux.
Il a fait cette aurre Inscription
pour un Buste de Sa
Majesté.
HirVirhic est,RegumExemplar,
morumque Afagi(ler>
Orbi qui vivo Cæfurejura daret.
Voicy la traduction de ces
deux Vers.
Cess là a grand Heros, le
Modelle des Rois.
C'est luy qui pour les moeurs efi
un Maistre fidelle,
Tout l'Univers charmé de sa
gloire immortelle,
Du temps de Cesar mesme eust
reconnu ses loix.
Ces quatre autres Vers Latins
ont esté faits à la gloire
de cet auguste Monarque,
par Mr des Hommeaux Hardy
,
Avocat Angevin. Ils
presagent ce que l'Empereur
doit attendre de la guerre
qu'il entreprend sur le Rhin,
dont le succés diminuëra fort
la gloire que ses armes luy ont
acquise par les conquestes
qu'elles ont faites sur les Orhomans.
Victrices venient Aquilæ,
viflaque redibunt,
Terribilem Gallum laurea certa
manet.
Non semper Violæ
J
sed semper
Lilia florent,
Perpetuus laborest, ô Lodoice,
tuus.
Je finis par une plus longue
Inscription, au bas de laquelle
vous trouverez le nom
de l'Auteur. Ellea esté faite
pour une Statuë du Roy, en
quelque lieu qu'elle puisse
estre élevée.
LVDOPICO
Invictissimo præliis,
Augustissimotriumphis,
RelgioneChrisiniassimo,
Bis EuropePacatori,
Optimarum legum Autori,
Morum Censori;
Decori Galliæ,Sæculi ornamento,
Populorum fælicitati,
Hæreseon Destructori sapientissimo
,
Fidei Propagatori ardentissimo ,
Ecclesiæ Defensori acerrimo,
Victori moderatissimo,
Regi dilectissimo,Patrifelicissimo,
In omnibus Maximo.
Raimundus Bonet, primus in
Præsidiali Sarlatensium Curiâ
patronus,
Fidei hocmonumentum
Affectudevotissimoconfecravit.
Le mesme a fait lessix Vers
suivans, pour mettre au bas
d'un Portrait,où le Royest
peint tout entier en habit de
ceremonie. On en a fait tirer
une Estampe
>
& Sa Majesté
y estrepresentée dans leTemple
de la Gloire. La Fortune,
la Valeur, la Sagesse, & la
Pieté l'y couronnent.
Estre le refuge des Rois,
Le Protecteur de fEglift (if
des Loix
,
ToujoursConquerant, toujours
juste
j
Pere d'un Fils par tant d'exploits
fameux,
C'estsans comparaisonestreplus
grand qu'Auguste,
Et plus puissant,&plus heureux.
J'ay à vous parler de quatre
Edits qui furent enregistrezau
Parlement le dernier
jour de Fevrier. Vous voyez
par cette datte que je ne pretens
pas vousapprendre une
nouvelle Aussimon butn'estil
point de remplir mesLettres
dechoses que vous ignoriez;
il me faudroit pour cela ne
laisser paffer aucun jour sans
vous écrire. Jecroy satis faire
a tout ce que vous pouvez
souhaiter demoy, lors qu'en
vous entretenant d'articles
publics, j'y ajoute quelque
chose de nouveau. Comme
j'ay besoin de temps pour en
estre instruit à fond, je me
tais souvent sur les premieres
nouvelles, & pendant que
ceux que la curiosité engage
à les rechercher, n'en
font informez que confusément,
je tâche d'apprendre
tout ce qu'il faut vous en dire,
afin qu'un plus parfait éclaircissement
leur fasse en quelque
façon conserver la nouveauté
que les premiers bruits
semblent leur avoir fait perdre.
Ainsi en vous parlant des
nouvelles Charges que le Roy
vient de créer, je vous diray
en quoy consistent ces
Charges & en quel temps
a commencé leur création.
Le premier decesEdits regarde
les Maistres des Requestes.
L'application continuelle
avec laquelle le Roy travaille
à regler 1 Etat en toutes
Ces parties, l'ayant obligé
d'en employer un grand nombre
)
les uns dans les Provinces,
les autres sur les Frontieres,
qui ont esté confiderablcment
étenduës par les
conqustes faites pendant les
dernieres Guerres, d'autres
dans les Ambassades, & d'autresen
plusieurs Commissions
extraordinaires, ils se sont
d'autant plus utilement acquittez
de ces emplois qu'ils
avoient appris dans les Conseils
de Sa Majesté les maximes
qu'Elle établit tous les
jours pour rendre la justice,
pour entretenir une bonne
police dans les Provinces &
dans les Armées,&pour faire
observer les Ordonnances
concernant la regie de ses
Fermes, le recouvrement des
Tailles, & celuy de sesautres
Revenus. C'est ce qui est cause
que plusieursOfficiers duRoy,
attirez par l'esperance de se
rendre dignesd'estrechoisis
pour de semblables emplois,
ont souhaité d'entrer dans ces
Charges, en forte qu'il y en a
un grand nombre qui ont
consignépouryestre admis
quand elles viendront à vaquer
,
& comme Sa Majesté
recherche avec foin les
moyensles plusfaciles & les
moins onereux à ses Sujets
pour fourenir le poids de
la guerre, dans laquelle la
Ligue qui unit ses Ennemis,
l'a engagée
,
Ellea créé & érigé
en titres d'Offices formez,
huit Maistres des Requestes
ordinairesde sonHostel
,
lesquels
Offices feront remplis
par les Officiers quiont porté
leur argent au Bureau des Revenus
Casuels, suivant l'ordre
de leur consignation, & ces
Officiers joüiront des mesmes
honneurs, rang, fervicc
au Parlement, autoritez, prérogatives,
privileges, exemptions
, pouvoirs
y
jurifdiétions,
gages, droits, profits
& émolumens qui y
font attribuez, & dont ont
joüy
,
& joüissent aujourd'huy
les autres Maistresdes
Requelles établisauparavant.
Ces huit Offices feront départis
en chaquequartier,
pour servir, tant dans les
Conseils de Sa Majesté, qu'-
aux Requestes de l'Hostel,de
la mesme forte, & sans aucune
distinction des Anciens,
ausquels le Roy a cru devoir
cette justice
) pour reconnoistre
les services qu'ils luy rendent
actuellement dans ses
Conseils avec dignité &avec
honneur, d'augmenter le prix
de la fixation de leurs Charges
, en forte qu'il fera à
l'avenir de cent quatre-vingtdix
mille livres) au lieu de
cent quatre-vingt mille livres.
On peut dire que ces Charges
font des plus considerables,
de la Robe, tant par leurantiquité
que par leur pouvoir,
& par le grand mérité de
ceux qui les ont possèdées,
dont plusieurs font parvenus
aux plus grands emplois du
Royaume, y ayant eu plusieurs
Chanceliers, Ambassadeurs,
Ministres d'Etat, premiers
Presidens des Parlemens,
Chambre des Comptes,
& autres Compagnies Superieures,
Presidens au Mortier
dans les mêmes Parlemens,
Conseillers d'Etat, Surintendans
, comme aussi des Cardinaux,
dinaux, Archevesques, Evesques
& Prelats d'un merite
distingué,qui auparavant avoient
exercé ces Charges.
H n'y en avoit que trois ou
quatre dans leur origine, &
les fontions en estoient faites
par les principaux Seigneurs
de la Cour, Comtes)
Barons, ou Chevaliers, que
nos Rois commettoient pour
recevoir les Placets, Reque-
Ites & plaintes de leurs Sujets.
Ils examinoient ces plaintes,
& en faisoient leur rapport
au Roy, qui donnoit un jugement
couforme à l'importance
du fait. Les affaires
ayant augmenté depuis que
le Parlement & les autres
Compagnies deJustice furent
rend uës (sedentairesàParis, le
nombre de ces Maistres des
Requestes s'augmenta en même
temps
y
& des personnes
graduées y furent mises, au
lieu que ces Charges estoient
exercées auparavant par des
gensd'épée. Leur nombre alla
jusqu'à quatre-vingt, & par lemoyen del'Edit du mois
de Févrierdernier,ilyen aura
à l'avenir88. qui serviront
par quartieraux Conseils du
Roy, c'est à dire vingt- deux
au quartier de Janvier, autant
en celuyd'Avril, & le mesme
nombre aux quartiers de Juillet
& dOctobre. Ils ont tous
le titre de Conseillers du Roy
en ses Conseils d'Etat & Privé,
où ils font rapport des
affaires) & opinent. Ils ont
aussientrée, seance, & voix
deliberative dans tous les Parlemens
du Royaume, president
en tous les Presidiaux
& Jurisdictions ordinaires,
quand ils y vont,assistentau
grand Sceau, & font rapport
à Mr le Chancelier des Lettres
que l'on y prefentc. Ils
president aussi aux Chancelleries
du Parlement de Paris,
où ilsscellent les Lettres) .&
de mesme aux Chancelleries
desautres Parlemens lors qu'-
ils y font. C'est de leur Corps
que doivent estre lesPreGdens
du GrandConseil, aussibien
que la pluspart des Intendans
deJustice& de Police dans
les Provinces. Ils portent la
robe rouge aux Ceremonies)
comme estant du Corps du
Parlement; & à l'Entrée du
Roy& de la Reine faite à
Paris en 1660. ils accompagnoient
Mr le Chancelier,
vestus d'une robe de velours
noir,avec une ceinture d'or,
& des cord ons d'or à leurs
chapeaux. Ils tiennent leur
Siege dans la grande Salle du
Palais à Paris, & leur Jurisdiéèion
s'appelle les Requestes
de l'Hostel. Ils jugent les cautes
des Officiers de la Couronne,
des Officiers de la
Maison du Roy, &' de ceux
des Maisons Royales
,
des
Officiers des Cours souveraines
& autres qui ont droit dç
Committimus, & des Cominu.
nautés Ecclesiastiques qui ont
droit de Gardes Gardiennes,
le tout en premiere instance,
les Parties privilégiées y pouvant
aller plaider
f ou aux
Requestes du Palais. Les
Maistres des Requestesjugent
aussi souverainement
plusieurs Causes qui leur sont
renvoyées par Arrest du,
Conseil..
Il y a un autre Edit, qui
porte création de deux Gardes
duTresor Royal, de deux
Receveurs des Revenus. Casuels,
& de deux Commis
Gardes des Registres du Controlle
General. Ces Charges
créées en titres d'Offices
font voir la bonté du Roy,,
qui tirant du prix qu'elles
produiront un secours considerable
pour fournir aux despensesnecessaires
de la Guerre,
sans estre obligé à augmenter
de beaucoup les fonds destinez
aux appointemens de
ceux qui les ont exercées auparavant
en qualité de Commissionaires
,cherche par là
à[e dispenserd'estre à charge
à ses Sujets. Le Trésorier de
l'Epargne fut créé par le Roy
François I. à la place de l'ancien
Receveur General. Le
Roy Henry II le fit alternatif,
& il fut fait triennal par
le feu Roy. Ces Offices ont
asté considerables par les
grands avntages de leur maniement.
Ceux qui en faisoient
les fondions recevoient
tous les deniers des
Receptes generales des Provinces
du Royaume, & des
Revenus de Sa Majesté ,Tailles
, Taillon, Subsistance
,
&
autres deniers ordinaires &
extraordinaires deus au Roy
qu'ils employoient suivant ses
ordres au payement des dépenses
de la Maison & des
Maisons Royales
,
Gendarmerie
>
Ordinaire & Extraordinaire
des Guerres,Marine,
Artillerie,Forti fications,païement
des rentes aOEgnées sur
l'Hostel de Ville, payement
des Officiers es Compagnies
Supérieures
, & autres Ossiciers
de judicature, dons &
gratifications de Sa Majesté.
Le Roy supprima ces Charges
en 1664. & commit des personnes
pour les exercer fous
le titre de Gardes du Trésor
Royal. Par l'Edit dont je
vous parle ces Commissions
sont revoquées,&SaMajesté
crieentitresd'Offices formez
& Héréditaires deux
Gardes du Trésor Royal,
chacunaux gages de quarante
mille livres pour trois quartiers
)ouacre minots de sel ôt
autres droits confiderablcs.
Par- le mesme Edit Ellecrée
deux Receveurs de Revenus.
Casuels & deniers extraordinaires,
chacun aux gages de
vingt mille livres pour trois
quartiers ,trois minots de sel
& autres droits; & deux Charges
de Commis & Gardes des
Registres du Contrôle général
de ss Finances, aux gages dfc
trois mille livres chacun pour
trois quartiers, deux minots
de sel & autres droits. Il y
avoit auparavant des Offices
de Commis au Contrôle General
des Finances, & Sa Majesé
les remboursa en 1675.
Quant aux Chares de Receveurs
des Revenus Casuels,
le Roy Loüi XII. crea un
Trésorier de ses Parties Casuelles
pour recevoir les deniers
delavente desOffices&
des droits deus à chaque mutation
d'Officier. Cet Office
fut depuis créé alternatif &:
triennal & en l'année1664.
le Roy les supprima tous &
les fit exercer par Commission.
Le troisiéme Edit regarde
la creation de feizc grands
Maistres des Eaux & Forests.
Anciennement il n'y avoit
qu'une Charge de cette nature
3
& elle a toûjours esté
possedée par des personnes de
qualité. Le Roy Henry III.
en crea six en 1575. & le
nombre en a esté augmenté
depuis. Ceux qui en font revestus
president àla Chambre
des Eaux & Forests deFrance,
au Siege général de la Table
de Marbre du Palais à Paris,
& les Jugemens de cette
Chambre font iutitulez du
nom de ces grands Maistres.
Ils ont Jurisdiction & connoissance
de toutce qui concerne
les Bois & Forests du
Roy, des Princes
,
Prelats)
Gentilshommes Particuliers
& Communautez,& aussi des
Garennes,Pesches, Rivieres,
lacs, Islots, Moulins, Chasses,
Droits de Gruerie
,
Grairie,
Tiers & Danger ,tant en
première instance que par
appeldes Sieges des Maisrises
particulières des Eaux & Forests
,Capitaineries des Char..
ses & Louveterie. Le Roy
voulant pourvoir au mauvais
tdac où ses Forests se trouvoient
reduites par la négligence
,
&le peu de fidélité
des Officiers, ordonna par
Arrest deson Conseil du mois
d'Octobre 1661. qu'elles demeureroient
toutes fermées,
&enmesme temps Sa Majeflé
commit des personnes experimentées
pour proceder à la
reformation generale des
Eaux & Forests de tout son
Royaume,qu'Elle regla suivant
leurs avis, aussi-bien que
les coupes ordinaires & les
usages. L'application qu'Elle
eut au rétablissementdecette
importante partie de son Domaine
»
luy ayant fait connoistre
que la pluspart des
abus qui s'y estoient inrroduits,
venoient du peu de.
foin que l'on avoit eu de veiller
à leur conservation,Elle
diminua le nombre des Ossiciers
ausquels on avoit commis
ce soin,& supprima mesme
tous les Offices de Grands
Maistres par ses Edits des
mois de Mars 1664, & Avril
1667. En suite Elle fit rediger
sonOrdonnance du mois
d'Aoust 1669. contenant ce
qui se devoit observer dans
l'administration des Eaux &
Forelts
,
& pour l'execution
de cetteOrdonnance
J
Elle
commit dans chaque Province
des personnes ca pables,
qui y ont exercé par Commissionlafonction
de Grands
Maistres. Un si bon ordre
ayant pleinement remedié à
routes fortes d'abus, & telle.
ment asseuré la bonne regie
des Eaux & Forests, que rien
ne peut plus la tioublerà l'avenir,
Sa Majesté par l'Edit
dont je vous parle, a créé 84
erigé en titres d'Offices formez
seize grands Maistres
Enquefteurs & Generaux, Reformateurs
des Eaux & Forests
de son Royaume, Pays,
Terres & Seigneuries de fou
obeïssance
, pour les exercer
aux seize départemens qui
suivent.
Le premier dans le département
de Paris, composé deSt
Maistrises de Paris, S. Germain
en Laye, Fontainebleau,
Montfort- Lamaury
,
Dreux,
Sezanne) Crescy & Dourdan,
aux gages de dix mille livres.
- Le second, dans le département
de Valois, Scnlis &.
Soissons, composédes Maistrises
de Senlis, Compiegne,
Beaumont sur Oise, Villiers-
Cotrets, Laigne Clermont )
Chauny
,
Coucy,& la Fere,
aux gages de huit mille Ii.,
vres.
Le troisiéme
>
dans le Département
de Picardie, Artois
& Flandre) composé des Maistrises&
Jurisdictions d'Abbeville
>
Boulogne, Calais,
Hesdin, Tournesent, Saint-
Orner, Avesne le Comte,
Arras &Bapaume, Nieppe,
ycompris Bailleul, Merne 5
&Escouffe,Phalempin, Tournay
&Tournaisis, aux gages
de huit mille livres.
Lequatriéme, dans le Département
de Hainaut & Pays
d'entre Sambre & Meute &
outre Meuse, composé des
Jurisdictions de Valenciennes,
Condé, le Quesnoy, GU
vet , Bouvines & Mariembourg,
aux gages de six mille
livres.
Le cinquiéme dans le Departement
de Champagne &
Luxembourg
,
composé des
Maistrises&Jurisdictions de.
Troyes, Chaumont
J
Saint-
Dizier
5
Vassy
,
Sainte Menehould
J
Reims & Grurie,
d'Espernay
,
Sedan, Chast eau-
Renault, Comté de Chiny,
& Duché de Luxembourg,
aux gages de six mille livres.
Le sixiéme dans le Département
de Lorraine &Barois,
composé des Maistrises de
Mets
,
Nancy
,
Luneuville,
Saint Diey, Badouvilliers,
Espinal, Mercourt, Vicq,
Sarre- Loüis; Barre, Saint Michel,
Bourmont, Pont à.
Mousson, & Longhüy,aux
gages de six mille livres.
Le septieme dans le Département
des Duchez & Comté
de Bourgogne
,
Bresse & Alface,
composé desMaistrises
& Jurisdictions de Dijon,
Chastillon, Autun,Avallon,
Châlons, & Jurisdictions
desdits Comtez de Bourgogne
& Alsace, aux gages de,
six mille livres.
Le huitiéme dans le Département
des Provinces de
Lyonnois,Forest, Beaujollois,
Auvergne, Dauphiné&
Provence,aux gages de quatre
mille livres.
Le neuviéme dansle Département
de Toulouse, composé
des Maistrises de Toulouse
ou Villemur, Rodes,
Castelnaudary, Saint-Pons,
Montpellier & Quillan, aux.
gages de quatre mille livres.
Le dixiéme dans le Département
de Guyenne, composé
des Maistrises de Villeneuve
de Berc, l'Ille Jourdain
j
Pamiers, Comminges,
Pays de Soullé, Labourt
,
Bigorre,
Bearn, & Basse Navarre,
- aux gages de quatre mille livres.
L'onziéme dans le Département
de Poitou, Aunix,
Angoumois,Limosin, Xaintonge,
la Marche, Bourbonnois
& Nivernois, composé
des Maistrises de Poitiers,
Chastelleraut,Chisé & Niort,
Angoulefme &Coignac,Gueret,
Bellac,Moulins, Cerilly,
& Montmarault,aux gages de
six mille livres.
Le douziéme dans le Département
des Provinces de
Touraine,Anjou & Maine
>
composé des Maistrises de
Tours,Amboise, y compris
Montrichard
)
Loches, Chinon
, Beaugé, Angers j
le
Mans,Chasteau du Loir, &
Perfeigne
, aux gages de six:
mille livres.
Le treiziéme dans le Département
du Duché de Bretagne,
composé des Maistrises
de Rennes, Cornuailles,
Fougeres Villecartier, Gaure,
Vennes, & Nantes, aux gages
de quatre mille livres.
Le quatorziéme dans le
Département de la Generalitéde
Roüen, y compris le
Vexin François, composé des
Maistrises de Roüen, Pont
de l'Arche
,
Caudebec, Arques,
Lyons, Vernon &Andeiy,
Pazy Ely, Nonancourt,
Verneüil,
Verneüil, & Evreux
) aux
sages 4^ huit mille livres.
Le quinziéme dans le Département
de Caën, & Alençon
» composé des Maiftrifes
fie Valognes,Bayeux, Vire,
Alençon, Argentan, Domfrom,
Mortagne & Belesme,
aux gages dehuit mille livres.
Le seiziéme dans le Département
de Blois & Berry
composé des Maiftrifes de,
Blois,Parc de Chambort, Romorantin,
Vierzon, Issoudun,
& Bourges, aux gages de
quatre mille livres.
Outre ces gages marquez,
chaque Grand- Maistreaune
somme certaine pour son
chaufage, &une autre pour
les appointemens du Secretaire.
Tout cela doit estre
employé dans les estats des
ventes des bois qui feront
arrestez chaque année au
Conseil du Roy, sans aucun
rerranchement, & passé &
alloüé dans les estats & comptes
des Receveurs Generaux
des bois, &autres qui en feront
le payement sans difficulté.
Ceux qui feront pourvus
de ces Charges, joüiront
des mesmes droits, autoritez,
seances, preéminences, pouvoirs,
fonctions
>
exercices
de justice, privileges & prérogatives
dont ont jeüy les
Grands Maistres avant leur
fupprelïîoiij & on les admet
au payement du Droit annuel
de
leurs
Offices par les Receveurs
des Revenus Casuels,
& ainsi qu'il fera reglé par
l'estat qu'on arrestera au Conseil
du Roy ,sans qu'ilspayent
aucun prest,dontSaMajesté
les a dispensez&déchargez.
Elle a aussi confervé l'exercicc
& fonction des Offices
de Grands Maistres des Eaux
& Forests établis dans le
Département d'Orléans&de
Montargis.
Il me reste à vous parler
du quatriéme & dernier Edit.
Vous sçavez que le Roy qui
veille continuellement au
bien de ses Peuples, a envoyé
desCommissaires dans toutes
les Provinces pour la reformation
de la Justice. Les
plaintes qui leur ont esté faites
en divers endroits, touchant
les abus qui se commettoient
par les Receveurs
des Consignations,& le peu
de seureté qu'il y avoit pour
les deposts qui leur estoient
confiez, les ayant obligez
d'en faire rapport à Sa Majesté,
Elle a mis ses soins à rechercher
lescauses de ce desordre
,& a reconnu qu'en la
pluspart des Jurisdictions où
ces Receveurs sont établis,il
n'y avoit point de regle certaine
pour leurs fonctionsny
pour la perception de leurs
droits,àcause de la multiplicité
des Charges de Receveurs
anciens
,
al ternatifs,
triennaux, & quatriennaux,
& de celles de Contrôleurs
& principaux Commis, à
chacune desquelles il y avoit
differens droits attribuez.
D'ailleurs, la pluspart des
Reglemens que l'on avoit
faits au fujer des Consignations,&
sur tout la Déclaration
du 16. Juillet 1664. ne
regardant que les Cours & Jurilèliétions de Patis, l'abus
s'estoit glissé impunément
dans les autres lieux, y ayant
même plusieursJurisdictions
duRoyaume où les Receveurs
desConfignationsn'ont point
encore esté établis. Ainsi
pour donner un ordre certain
&général auxconsignations,
en ostant ce grand nombre
d'Officiers qui ne sçauroit
estrequ'à charge au Public,
pour les réunir en un seul,&
établissant des Officiers dans
les Jurisdictions qui n'en ont
point eu jusques à present, à
chacun desquels on prescrira
une regle uniforme, pour
l'exercice de leurs Charges &
pour la perception de leurs
droits, Sa Majesté par son
EditdumoisdeFévrier dernier,
a réuny à son Domaine
les Offices deReceveurs,Contrôleurs,&
Commis anciens,
alternatifs, triennaux & quatriennaux
des Consignations.
érablis en certaines Cours &
Jurisdictions en vertu des Edits
de 1578. & autres depuis
intervenus ,
voulant qu'ils
soient revendus pour estre &
demeurer unisafin de ne faire.
qu'un seul corpsd'Office sous
le titre de Receveur des Consignations
,
hereditaire & do
maniai en chacune de ses
Cours & Jurifdictions
,
sans
qu'à l'avenir on puisse les diviser,
& en attendant cette
vente, Sa Majestécommettra
à la fonction de ces Offices
en remboursant les Proprietaires
,
à l'exception seulement
desOffices de Receveurs
des Consignations en
Normandie, créez en Juin
1685.
Le plaisir que vous avez
trouvé à lire les Poësies Pastorales
de Mr deFontenelle,
vous doit aisément persuader
qu'e llesontestéreceuës par
tout avec de grands aplaudissemens.
C'estcequiaengagé
Mr Magnin
3
de l' Academie
Royale d'Arles, à luyadresser
l'Eglogue que je vous envoye.
Son nom vous est si connu par
tous les Ouvrages que vous
avez vûs jusqu'icy de sa j&J
çon,qu'il est impossiblequ'il
ne vous dise beaucoup àl'avantage
de celuy- cy-
-
EGLOG V E.
Toi qui d'un chalumeau plus tsochant&
plusdoux
J*)uc celuy dont Theurèufe&célébré
Mantollë,
Etseglorifie se hue,
Et qui luyfait tant dejaloux,
Fontenelle
, qui sçais avecque tant
d'adresse
A lasimplicitémêlerlapolitesse,
j(fJi faissi bien parler nos Bergers
arnourtaxe
C)U,à peine à la Courmefine onparle
aussi-bien qu'eux;
Couronnéparlesmains des Filles
de Memoire,
Comblé de merite de gloire,
Jjhte diras-tu de voir que mon grossier
Hautbois
s'efforce d'imiter les douceurs de ta,
voix?
Par son hardy caquet souvent le
Geay copie
Du sçavant RoJJigt, ol la douce mélodie.
Tous les Bergers n'ont pas l'airpoly
comme toy,
Mais s'ils avoient cet avantage,
le te le dis de bonne foy,
Supposé que l'on eustle mesme goust
que moy 3
Tout le monde iroit au Village,
Dans le desir de t'imiter,
Jî?uc ma Mufeseroit heureuse,
Si sonadresse allaitjusqu'à bien raconter
De cette avanture amoureuse
L'histoiresimple &sirieufl.'
o
Si la n'y trouves cettefacilité
Jïuifait avec tes Vers distinguer ton
mérite,
Tu trouveras au moins dans ce que
ie débite?
Au défaut d'ornemens beaucoup de
vérité.
La BergereDorise, cf la Bergere
Aminte,
S'entretenoient un jour seules
,
&
sanscontrainte,
Etsous l'appas trompeur d'une longue
amitié
Feignantd'ouvrir leurs coeurs, en
cachoient la moitié,
Si jamais on a vû la fausse considence
De lasincerité ménagerl'apparence
,
Si jamais en amour on Je déguisa
bien,
Tour piller unsecret, en conservant
lesien
Avec un soin égal l'une d'" l'autre
Bergere
Fitpoury réussir toutce quilfalloit
faire.
L'une l'autre estoit belle, croyoit
meriter
Leprixqu'ellefeignoit de ne point
disputer.
L'une & l'autre en secret desirant
d'estre aimée,
Et de ne point aimer briguant U
renommée
, Dans le ménagement cCune fausse
N'occupoit son esprit qu'à déguiser
son coeur.
Dorise estoit plus fine, Aminte plus
discrete., ( coquette.
A celaprés au fond, autant qu'elle
Déjapour en juger ce portrait saute
aux yeux, Maisfaisons-lesparler, on en jugera
mieux.
0 ! vous qui conno{!Jèt le panchant
de vos ames,
Si vous voulez garder le secret de
vos flames
Parlez , discretement; le feu de vos
amours
Sans cela brillera par tout dans vâs
discours
,
Lecoeur pour se cacher ne prend
qu'un soin frivole,
On neglige la langue,& le secret
s'envole. (vant
De cent mots ambigus le voile dece-
Offre une seuretè qui manque tres- souvent,imagine , Et pour dissimuler, quoy que l'on
La grande obscuritéfaitmesme quon
devine.
De cette veritél'on ne pourra douter
En lisant l'entretien queje vais raconter.
Le iour estoit serein
,
di la plaine
riante
Aux Troupeaux réiouïs montroit
l'herbenaissante,
Et les Zephirscueillantles premices
desfleurs,
Répandoient danslesairs de nolivelles
odeurs.
Sur le costeauprochainlesBergeres
4'fi{>
Dusoin de se connoistre également
éprises
, Après avoir un peu rêvé,pris des
détours.
Dorise la premiere entama le dif*
cours,
DO RISE.
NOsBergers amoureux s'assemblent
dans laplaine
Mais ce n'est pas le foin des Troupeaux
qui les meine,
Les Bergeres en foule y courent à
leur tour. non efl d'un grand loisir quand on
n'a point d'amour!
AMIN TE.
on fait entretl'amour dans toutes
lesaffaires,
Des soins les plus communs on en
fait des misteres ; - il en est toutefoisquantitéd'inïiî.
cens,
Mais je n'en puis juger que par ce
quejesens.itgcr p.ir DO RISE.
le vous entens, Aminte
)
& vois
la consequence.
Ce quejay dit pourtantn'estpoint
ce que je pense
)
Ma bouche auroit trahy mon coeur, &
jznJ raison
Vousservezd'interprete à cettetrahi[
on.
AMINTE.
C'est eans aucun dessein que j'ay
d¿i't mapensée
1 Et je n'y croyois pas Dorise Ùu".
ressée
,
Maisvousparlez, d'un air, à faire
presumer
JDue vous n'ignorez, pas ce que c'tft
que d'aimer.
D ORISE.
leconnoisdel'amour ce quej'en
entens dire.
Pourensentirlesfeux celapeut-il
suffire?
Aminte , aprenez-moy ce que vous
en pensez,
PClJt-ejlrepourm'instruire enfçavez
vous ajjlZ.
AMINTE.
La défaite efi adroite, & digne
de Dorise.
N'est-cepoint Dorilas qui vous rail"
roit apprise ?
Par les soins qu'il vous tend ilsi
fait remarquer,
Et quelquefois peut-estre il aime À
s'expliquer.
DORISE.
Tous les soins qu'il me rend ne me
sont rien comprendre,
Mais ceux de Telamon ,vous les
devez entendre,
Ce Berger prés de vous cft a£ez>
assidu;
Tout le temps quily passe, Aminte,
est-ilperdu?
AMINTE.
l'en tiens compte,Dorise, & nen
ay point de honte;
Mais est-ce à l'amour seul que l'on
doit rendre compte ?
Faut-il absolument qu'il se mejle
de tout?
Ve decide-t-on rien quesur ce qu'il
resout ?
D O RIS E.
rllre coeur vous dira tout ce qu'il
en faut croire,
Et vous voulez en vain en déguisser
l'histoire ;
Mais pour moy ,
là-dessus j'al pem
d'attention,
L'on a beau m'en parler,je riem
sçay que le nom.
AMIN TE.
JOue le nom! C'est troppeu ; mOJ<.
j'en sçay d'avantage,
Car je vois bien au moins que Fa*
mour n'est passage,
Et Jt je vous disois
}
Dorise
, que*
c'est vous
J^ui me l'avez appris, vous met-"
trois-je en couroux ?
DO RISE.
Point du tout ; mais enfind'où
vous vient la pensée
,
Jgue des traits de l'amour mon oem&
soit blessée ?
Surquoy devineT-vous ma sensibilité?
l'rouvez-vous Dorilas par moysi
bien traité?
AMINTE.
Non pas tant en effet qu'ilmerite
de l'estre,
Mais que sert la froideur que vom
faites paroistre ?
SttlJS cijjl & sans raison par tout
vous le blasmez,
9
Vous lemaltraitez,trop; Dorise ,
vous l'aimez.
DORISE,
Le nom de Telamon vous impose
silence;
On ne croit pourtant pas que ce
nom vous offcnfl ;
Désqu'onparle de luy
, vous changez
d'entretien.
N'en dites-vous point trop, quand
vous ne dites rien?
AMIN TE.
Malheureux Darillls, ta flame
qu'un méprise,
Se dévroit rebuter, maisquelle cft
masurprise,
De voir, quand on revient le soir
dans le Hameau>
Dorise te chargerdu soin de fin
Troupeau!
DORISE.
Aminte
,
Telamon avec indifference
Entend parler de toy ,sans rompre le
silence.
Dans cet état glacé, d'où vient donc
que je vois
Que ton chien sçait si bien obeïr a sra;v,oix ?
l'autre jour qu'on railloit de vojlre
amour, Bergère,
Vous fustes sur le point de voué
mettre en colère ;
Mais un moment aprè1s
, avecque
Dorilas
Jesçay qu'on vous vit rire, & luy
parler tout bas.
DORI S E.
Telamon pour resverà l'écartse
retire;
e.ZuOy qu'on dise de luy, vous n'avezrien
à dire,
Mais toutefois vos yeux, si ie les
entens bien,
Luyfont raison de tout,quand vous
ne dites rien. AMINTE.
Vorise, il faut enfin que ie vous
desabuse;
Ne ménagézplus tant fin coeur
que l'on refuse.
Deià depuis long-temps Dorilas s'offreàmoy
,
Mais pourrois-ie l'aimer, s'il vous
manque defoy ? DORISE.
Ah, vous meprevenz commencez
À croire
Jïue Telamon sur vous me donne la
Victoire.
De cette trahison ie serois de moitié,
Si i'osois lâchement trahirnostre
ami.t.i1é.
AMINTE.
Plle telle amitié sans doute efi
precieuse
,
le ne la croiois pas pourtantsigenereuse
,
Ie la ménageray
)
Bergere ,
apuremelU,
Et
Ei; vousconserveray vos droits sur
vostre Amant. DORISE.
Ie n'auray pas ce pin) car vous
esses si belle
Jjïue vous sçaurez, A(fez, guérir un
infidelle.
HAIS ie le vois venir, ce malheureux
Berger.
Sans doute qu'il vous cherche, & ne
veutpas changer.
AMINTE.
Jj)uoy, vous le voyez,seul? ouvrez
les yeux, Bergtrc,
Dorilas /'accompagne ; à quoy bon
ce mistere ?
Si ce nom prononcé vous met dans tClnbarras
, Ie diray bien aujjî que ie ne le vois
pas.
DORISE.
Vouspouvez, le nommer , & le,,
vïir sans contrainte,
Vosyeux vostre coeury perdroient *
trop ,
Aminte.
D: toutcetembarras te vais vous de*
livrer, Il arrive
,
& ie voÍJ vous
-
il , /V vois qu i lfaut le livrer.
TELAMON.
Toutesdeux à Cécart
, silongtemp
; , Bergères !
Pourrions - nous demander quelles
doucesaffaires
Ont pû vous occuperdans ce long
entretic il ?
Et Dorilas, & w-y ,
n'y )tô.:)jii}eJnous
d: rien ? AMINTE.
Ie vousla'jji-a pcnjèrJ demandez-
U a Dorije i
HiJrJ' de parlerde virus, que voulezvous
qu'on dise ?
Mais ce qu'on en disoit nous pousse.
roittrop loin,
Songeons à nos Troupeaux , il en
faut prendresoin.
DOR ILAS.
Jïiioy^-jous vous retirezsipromptement,
cruelles f
Vnpeupins de bonté pourdes Bergers.
falcUes ;
Chacune peut lai(Jerpaifire cncorfon
Troupeau,
La partie estbeureuse ,& le iour efi
si beau.
DO RIS E.
Si vousentrepreniez de faire la
partie
,
(assortie.
Vous auriez delapeine à larendre
.f:!.!!,J,i¡d le coeur n'eji pas libre à.
suivreJon desir,
Il est bon d'éviter l'embarras de
eboifir.
DORILAS.
Voila, ce qui s'appelle une Enigme
parfaite.
En ave'{:volIJ la clef, Telmon ? TELAMON.
lesouhaite
cf<!fau moins Aminte, avant que
de quitterce lieu.
AMINTE.
Ie riay rien à vous dire; adieu,,
JJerger, adieu. 9
Les Bergeres alors du costeau descendirent.
Inquiets, réveurs, les Bergers les
suivirent,
On neseparla plus qu'en mots entrecoupez
,
Les coeurs de l'avanture estoienttrop
occupeZ
On amassa des fleurs dans la Plaine
fleurie,
Victimes du dépit, de la risverie;
On en ietta joudain les feuilles à
l'écart,
Les rameaux ,
du chagrin eurent aujjl
leur part;
'Tout ce qui se îroui'a sous la main
au pasage
,
Fut brisé par l'effet d'une secrete
rage,
chacun se separa pour ioindre fin.
qu'Tirolupeau, ne fust point tardon
gagna le Hameau > Mais malheur en cheminauxBrebisécartées
Elles n'avaient , iamais esté si mttl
traitées,
On npoujfia du pied les confies des
On eustdit que chacun méconnoijjoit
les siens.
Dun airtsoi nfroridneenfienyon finit la
>Uoïi vit ban quou alloit changer
de dtjïif.l'c.
Sans doute les Bergersse raccommoderont
,
On lesecoeuilsparleront,
Maisfiitr leur /TJi:l!Ù;) ie crois que
les Beg,rcs,
Après ce démeslé, necompterontplus
gueres.
Déia l'une avec l'autre on les voit
rarement,
L'aversiomn s'aeungmte.nte en cet élogne-
J>)ue l'on apprenne donc, qu'aire
amitiél., lie
Finit dfrZ souvent sur une bagatelle,
Et que si ton prétend qu'elle dure
1 toûiours,
Il ne faut point troubler les secretes
amours.
£)ttand on veut trop avant fouiller
dans ces mifleres
,
La curiositéfait de grandes affaires.
• La belle Saison a donné
lieu a des Airs nouveaux sur
le retour du Printemps. En
voicy un de M' Leger.
oAIR NOUVEAU. N peut enfin dans nos Bociges
Ioüir des douceurs du beau
temps.
Les Ciféaux par leur doux ramage ,
Chantentle retour du Printemps..
Que mon bonheurseroit extrême,
Printemps ,-Ji ton retour
Rendoit la Bergere que yaimc
Plussensible à mon amour !
Toutes les nouvelles de
Warsovie ont parlé depuis,
quelque temps d'un Gentilhomme
Polonoisarrêté pour
l'Acheisme. Il y estoitprisonnier
depuis deux ou trois années,
& son affaire a tfté ju,
gée pendant la Diete. Lors
qu'il fut interrogé ,jl ne desavoüa
pas qu'il n'eust fait.
quelques Ecrits, & mesme il
fut obligé de tomber d'ac-.
cord qu'il les avoit communiquez,
Comme il pretendit
d'abord avoir des raisonsvalables
pour servir à sa défense,
on luy donna du temps
pour répondre à l'accusation
qui luy estoitfaite. Le 26 de
Février la Seance fut commencée
de bonne heure afin
de pouvoir travai ller à son
Procès. Il fut amené dans
l'Assemblée
, & comme il ne
put dilconvenir des Ecrits
qu'il avoir faits, tout ce qu'il
dit pour sa justification, fut
qu'il n'avoit écrit aucune
des propositions dont on luy,
faisoit un crime, que dans le
dessein de lesréfuter; qu'il les
refusoit de bouche en parlant
à ceux avec lesquels il s'en expliquoit,&
lesempeschoit par
là de pouvoir tomber dans
aucune erreur; que ce projet
d'en faire connoistre la fauf-
[ccé) estoit parmy les papiers
qu'onluy avoit pris, & qu'il
falloit qu'il eust ellesupprime
par celu y qui l'accusoit.
Ce qu'il dit fut cause que l'on
ordonna que l'Accusateur
jureroit avec sept Témoins
qu'il n'avoit caché aucun
papier. Ces témoins font
pour l'ordinaire des gens de
la plus mediocre condition.,
à chacun desquels on donne
tres-peu dechose.Cette façon
de jurer est fort honteuse en
Bologne
,
& c'est une grande
tâche pour une Famille. Le
Serment ayant esté presté
par, l' Accusateur, il fut enjointau
Gentilhomme de se
mettre aà genoux, & de té- be temoigner
devant Dieu & le
monde qu'il ne recevoit
point d'autre loy que celle
que luy prescrivoit l'Eglise
Romaine. Ille fit
9
& cria ensuite
en s'a dressant à Sa Majesté,
ayezpitié, ayez pitié de
moy )
Roy tres-excellent. On
l'emmena hors de l'Assemblée
,
& alors le Primat da;
Royaume donna sa voix qui
alla à le faire brûler vif,&
à élever un poteau dans la.
Place de l'execution
,
sur lequel
son crime seroit gravée
ainsi que le jugement rendu.
L'Accusateur ne fut pas.
exempt de peine. Il fut ordonné
qu'il payeroit une
amende pour avoir fait arrester
un Gentilhomme qui
n'estoit pas encore jugé. C'est
un Privilège particulier à la.
Noblesse Polonoife de ne
pouvoir estre arrestée qu'aprés
la condamnation. Ainsi
les Accusez ont la liberté de
solliciter eux -
mesmes leurs
affaires, & lors qu'ils en craignent
un mauvais succés,
ils ont le temps de se mettre
en seureté. Le 28. cette affaire
fut portée aux Seigneurs Laïques,&
le Vayvode de Cracovie
déclara qu'il n'estoit
point davis qu'on dressast
aucun poteau, parce qu'il
n'estoit pas a propos de conserver
la mémoire des maximes
scandaleuses & pleines
d'impieté de cet Athéej
que beaucoup de personnes
bien intentionnées ne pourroient
les lire sans sentir toiU
jours quelque nouvelleindignation,&
qu'ainsi il falloit
donner une autre Sentence.
La dessus les Senateurs conclûrencunanimementuainfi
que: les SeigneursduCierge,
qu'on luy bruleroit la main
jusqu'au coude avec Ces Ecrits
blasphematoires; qu'après
cela onluy: couperoit le reste
du bras jusqu'àl'épaule;
qu'on luyarrach croitila laii-9
gue hors de la bouche? ce
que son corps feroit mis ensuite
sur un bûcher &brûlé.
Quelques-uns, mais en petit
nombre
,
parlèrent de modifier
ce jugement en le reléguant
dans un Monastere
pour y faire penitence. D'autres
opinerent à le faire eavoyer
à Rome
>
afin qu'il fust
jugé par le Pape. Le Vaivode
de Smolensko fut un de ceux
qui agirent avec le plus de
severité. Il se déclara avec
tant d'aigreur contre le Coupable
, que divers Seigneurs,
& particulierement le Nonce
de Brefzefciauski, demandejrcnc
au Roy, que comme il
s'agissoitd'un Athée
,
ses
cendres, après qu'il seroit
brûl*éi,ftiflènt mises dans un
Canon,&jettées par la force
de la poudre sur les rerres de
la Vaivodie de Smolensko,
afin qu'elles ne demeurassent
point sur le territoire deWarsovie.
Le 10. de Mars il fut
amené dans l'Eglise de Saint
Jean, & là sur un échafaut
qu'on avoit dressé exprés, il
fit abjuration de ses erreurs
entre les mains des Evesques)
en presence de leurs Majestez
Polonoises,& d'unetresnombreuseassemblée.
Illes détesta)
& pria qu'on le voulust exempter
du tourment du feu, de
crainte que la douleur ne le
fist tomber dans le desespoir.
On luy donna ses écrits, afin
qu'il en fist la lecture à haute
voix. Il la commença ,
ofoOt
frant de les refuter, & quelques
uns souhaitoient qu'on
luy en donnast le temps, mais
les forces luy ayant manqué
tout d'uncoup, cette lecture
fut achevée par un Prestre.
Le 28. du mesme mois il fut
amené dans le SCI',ar) & on
,
luy Luc sa Sentence. Elle
portoit qu'il brûleroit fcs
Ecrits luy-mesme,& qu'il
seroit ensuite brûlé vif.Quoy
que la rigueur de cette Sentence
lefistfremir, il avoüa
qu'elle estoit beaucoup au
dessous de l'énormité du crinie)
& qu'il n'avoir point à se
plaindre de ses Juges. Il ne
laissa pas de prier le Roy & le
Senat d'avoir quelque égard
pour safaiblesse,& de vouloir
moderer sa peine, afin qu'il la
pust souffrir sans craindre le
desespoir. On fut touché de
son repentir, & on luy accorda
qu'on ne jetteroit son
corps au feu qu'aprés qu'il
auroit la teste tranchée. Cela
ne pût estre executé que le30;.
àcause qu'un vent fort violent
s'estant élevé le 19. on craignit
qu'il ne causast quelque
embrasement dans la Ville,
où les maisons font presque
toutes couvertes de bois. Ainsi
il fut jugé à propos de differer
l'éxecutionjusqu'au lendemain.
Il monta sur l'Echafaut
assez constamment. Il
brûla ses papiers, & on luy
coupa la teste, aprés quoy son
corps fut jette dans le bucher.
Comme les Affaires d'Angleterre
sont ce qui occupe
aujourd'huy toute l'Europe,
& qu'on n'écrit rien sur cette
matiere qui ne mérite d'estre
vu des Curieux, jevous envoye
une Lettre à laquelle on
a donné icy de grandsapplaudissemens.
La solidité des raisonnemens
dont elle est remplie,
l'a fait traduire de l'Anglois
en nostre Langue, & je
fuis persuadé que sa longueur
ne vous déplaira pas.
LETTRE
D'un ëvefijue Protestant à un
Mylord de ses Amis, MYLORD,
LES circonstances presentes
de nos affaires sont si étranges,
& les perils dont tous
les Fidelles serviteurs du Roy
font menacez me paroissent 11
pressans, que je n'aurois jamais
pû me resoudre à répondre
à vostre Lettre, si je
n'étois persuadé que vous me
demandez avis à bonne intention,
& si je n'avois en
mesme temps sujet de craindre
que vous n'interpretassiez
mon silence comme uneapprobation
tacite de tout ce
qui s'est fait depuis deux mois
contre le Roy, contre rEglise
& contre l'Etat. Vous
me rendriez peut-estre justice
en attribuant ce silence comme
celuy de plusieurs de mes
Confreres à une prudence qui
peut-estre permise en cette
occasion, mais quelques-uns
en jugeroient autrement, &
me reprocheroient avec raison
qu'ayant toute ma vie
prêché l'obeissance envers
son Souverain,& eu le bonheur
d'estre élevé dans l'Université
d'Oxford fous des
MMaaiistttrreess éégoaalleemmeenntt recommandables
par leur pieté &
par leur doctrine, je n'imiterois
pas leur conduite; car
dans des temps d'une rebellion
pire que celle-cy ,ils ne
rendirent pas feulement témoignage
à la verité lors r qu'ils en furent requis,ils la
défendirent courageufcment
devant les Usurpateurs de
l'autorité Royale, &: ils leur
reprocherent leur crime avec
un zele digne de nostre Profession&
de lafidélité inviolable
que le Clergé de l'Eglise
Anglicane avoit fait paroistre
jusqu'à ce temps-cy. Mais
enfin puisque nous voyons
des Evêques qui se sont laisosé
entraisner dans la voye
des impies, & qui se sontassis
dans la Chaire des moqueurs,
je veux dire, qui ont pris part
à cette maudire Convention,
pour attenter a la personne U
à la dignité de l'Oint du Seigneur,
je me croirois indigne
du
du rang que je tiens dans
vostre Eglise, & mesme du
nom de Chrestien, si je ne
m'expliquois tres clairement
à ceux qui me demandent
compte de mes sentimens, ce
que selon le precepte de Saint
Pierre nous
devons
toujours
estre prests à faire lors que
nous en sommes requis.
Ainsi, Mylord, pour commencer
à VOUS répondre, je
vous diray que vous ne pouviez
mieux faire que de ne
pasalleràla Convention, &
qù'en cela vostre conduite
m'acombled^joyeaufu bien
que tous ceux de nos Confreres
qui aiment véritablement
l'honneur de l'Eglise
Anglicane. Vous avez la
satisfaction de n'avoir pas
chargé vostre conscience d'un
aussi grand crime qu'est celuy
de la rebellion
t que tous les
bons Chrestiens, & particulierement
l'Eglise Anglicane,
ont toujours eu en horreur.
Je vous avoüe , Mylord,
que je ne puis comprendresur
quels principes Messieurs de
la Convention peuvent prétendre
qu'ils se justifîeront de
ce crime. Voussçavez que
nostre Eglise a toujours enfcigné
t'obeidance aux légitimes
Souverains comme un
devoir essenciel du Chriflianifme,
étably par l'écriture
Sainte, partoutelaDoctrine
des Anciens, & particuliement
par nos Confessions de
foy & nos Articles de Religion.
Le 37. en parle en ces
termes. Regia Majestas in hoc
Angliæ Regno ac coeteris ejus
Dominiis, summam habetpotestatem
„
ad quam omnium
ftatuum bujus regni
3
fve issi
Ecclesiastici sint-) sive civiles, in
omnibus causissuprema gubernatio-
pertinet, & nulliextern*
Iurisdictioni estsubjecta, nec ejje
debet. Il n'y a aucun
Hcclesiastique
du Royaume qui
n'ait juré de tenircette Doctrine
,
& elle est encore plus
fortement establie par les
sermens d'Allegeance & de
Supremacie
J que tous les
Seigneurs & tous les Deputez
desCommunes ont prestezau
Roy à son avenement à la
Couronne; & autant de fois
qu'ils font entrez dans quelque
nouvel employ
>
ils ont
juré qu'ilestoit le legitimeRoyde.
ce Royaume ; que le Pape» ny
par luy, ny par aucune autre auttoorriittéé
eémmaanneéce du SSiieoge de Rome
ne peut déposer le Roy; & enfin
que le Pape ny aucune Pnfonne
n'a le pouvoir de dispenser de ce
ferment. Par celuy de Supremacie
on declare
, que le Roy
si suprême Gouverneur de ce
Royaume dans le spirituel &
dans le temporel, dr quaucun
Prince étranger
J
Personne)
Prelat,Estat ou Potentat, n'a ou
ne doit avoir aucune Jurifdic*
tion,pouvoir,superiorité, prééminence,
ou autorité Ecclesiastique
ou Spirituelle dans ce T^yau*
(;J,.l 01 me; ee; consequence on renonçt
à toute Juridiction etrangere3
pouvoir ,superiorité ou autorité
quelconque 'J@r qu'on promet
desormais une veritablefidelitéauRoy,
àses héritiers&légitimes
successeurs,& de defendre
de tout son pouvoirses droits,
prééminences
y
&c. Il n'y a personne
dans la Convention qui
n'ait fait ces sermens
>
& il
n'yen a aucun qui ne les
ait violez. S'ils croyent que
par ces sermens ils ont contracté
quelque nouvelleobligation
)
c'estoit asseurement
celle de ne rien faire de tout
ce qui a esté resolu dans leur
Assemblée, & de demeurer
fidelles au Roy. S'ils croycnt
que ces sermens ne les ont
obligez à rien, ils se jouent
d'une étrange maniere de leur
Roy, de leur Foy & de Dieu,
qu'ils ont pris à témoin de la,
promesse de fidelitéqu'ils
faisoient à Sa Majesté. Ils
n'en peuvent pas éluder la
force par des interprétations
frivoles,puisque par une clause
speciale celuy qui les preste
declare, qu'il entend les termes
du ferment selonleur sens simfle
& naturel, sans équivoque
sans reflriéîion mentale, En
ce senstousceux quiont approuvé
lesDeliberations prises
contre le Roy ne peuvent
estre exempts de parjure, &
d'une sorte de parjure, qui
non seulement est criminel
devant Dieu, mais qui détruit
tout le commerce réciproqueentre
les hommes,
car quelle assurance pourront
jamais prend re les Souverains
de la fidélité de leurs Sujets
Protestans, si de semblables
fcrmens où Dieu est pris à
témoin, & les Evangiles
touchez
, ne suffisent pas?
Vous voyez bien, Mylord,
que cela les enga ge necessairement
à une defiance legitime,
& à s'assurer de leur
fïdelité pardesvoyes toutes
différentes,enleur laissant le
moins de liberté qu'il leur
est possible. Au moins les
Catholiques Romains ne
sont pas exposez à ce reproche
, mesme ceux qui
ont une Doctrine contraire
à la seureté des Rois. Vous
scavez qu'ils ne suivent pas
tous les mesmes sentimens,
comme il paroist par l'approbation
que cinquante-huit
Docteurs de la Faculté de
Paris donnerent en 1680. au
ferment d'Allegeance, & par
d'autres Pieces qui furent
imprimées à Londresen 1684.
par les soins du P. Pierre
Walsh
,
Cordelier Irlandois,
dans le Livre inutulé Causa
Valesiana. Mais ceux qui
estant imbus des maximes de
Bellarmin, refusent de le
prêter,font assez voir que ce
refus n'est pas feulement sondé
sur la crainte de desobeïr
aux Brefs de Paul V. mais
aussi sur la pensée qu'ils ont
que s'ils avoient fait ce ferment,
ils feroient engagez
à l'observer. Il ne faut
donc plus leur reprocher les
équivoques & les restrictions
mentales,mais à ces nouveaux
zelez de la Convention, qui
ne peuvent se laver du reproche
de s'estre parjurez,
qu'en declarant qu'ils ont
promis au Roy une obeïssance
conditionnelle, c'està dire,
qu'ils ne se font engagez à luy
estre fidelles
, qu'autant qu'il
le feroit à leur égard dans
l'observation de ce pretendu
Contrat original qui est entre
les Rois & le Peuple; qu'autant
qu'il seroit Protestant,
ou pour mieux dire,qu'autant
qu'il leur plairoit.
Si ces distinctions &, ces
clauses estoient nouvelles,
encore faloit-il les proposer
au Roy, lors que tout le
Royaume luy promit fidélité
à ion avenement à la
Couronne, & luy declarer
quelles estoient les conditions
des sermens qu'on luy
prestoit. On n'ignoroit pas
alors qu'il ne fist profession
de la Religion Catholique;
mais toute l'Angleterre
ne crut pas que ces motifs
fussent suffisans pour luy refuser
l'obeissance qui luy étoit
deuë. Toutes les Villes &
Communautez le témoignerent
assez par leurs Adresses,
lors que la memoire estoit encore
recente des efforts queles
Seditieux avoient faits dans
les Parlemens de Westminster
& d'Oxford, pour faire
exclure Sa Majesté de la succession,
sous pretexte de saReligion.
Tout le Royaume détesta
alors les maximes que la
Convention a prises depuis
pour regles fondamentales
de sa conduite. On détesta
publiquementle projet d'affociation
dresse par Mylord
Shafsbury & ses complices,
quoy qu'il fust moins pernicieux
que le resultat de la
Convention; & toutes les raisons
sur lesquelles on pretendoit
justifier cette Association
,
furent Condamnées en
1683. par la fameuse decision
de l'Université d'Orford.
Personne alors ne parut sur
les rangs pour défendre les
dangereuses maximes de ces
Conspirateurs ; chacun les
condamna comme contraires
à la parole de Dieu,à la seureté
des personnes sacrées, &
au repos public, & comme
directement opposées à la
doctrine de l'Eglise Anglicane
Comment doncs'est-il
pû faire que ce qui estoit abominable
en 1683. foit conforme
à l'Ecriture &auxLoix
du Royaume en 1689. si ce
n'estque la Convention a
changé de maximes, qu'elle
a également renversé les Loir
de l'Eglise & de l'Etat, &
qu'après avoir tant déclamé
contre le Pouvoir Arbitraire
elletâched'en établir un qui
est incomparablement plugrand,
puis qu'elle nous veut
forcer à violer nostre ferment,
& à recevoir un Etranger, auquel
nous ne pouvons obeir
en conscience? f
On ne peut pas dire que
les maximes sur lesquelles la
Convention agit, soient nouvelles,
& parconsequent qu*.
on peut exeuserceux quis'y
font laisse surprend re Ellesse
reduisent à une principale,
qui est le Contrat original
entre le Roy & ses Sujets, qui
fait que lors que le Roy manque
à son devoir, les Sjujei&
ne sont plus tenus au serment
qu'ils ont fait de luy obeir.
De cette première on en tire
une seconde; que si un pouvoir
légitimé se change en
tyrannie,ou qu'il ne foit pas
exercé selon les Loix divines
& humaines, on peut l'abroger.
Ces deux propositions
font la seconde & la troisiéme
de celles qui furent solemnellement
condamnées
parl'Université d'Oxford
> le
31. Juillet 1683. Elles n'ont
jamais esté enseignées que
par Buchanan, Knox, Dolivan,
Milton, Grodwin, &
d'autres seditieux 0ric
toujours esté condamnées par
l'Eglise Anglicane
, comme
heretiques
,
seditieuses, tendantes
à l'Anarchie & à la
subversion des Puissances le
gitimés, dont aucune ne
pourra estre en seureté
*
dés
que quinze ou vingt Fanatiques
re seront mis en teste
qu'on aviolé ce Contratori- : ginal, ou que les Magistrats,
n'agissent pas felon la Loy de
Dieu. Ces maximes ne font
que trop connuës, & la Nation
a vu par une expérience
funette quelles en estoient
les consequences, puis qu'elles
porterent des Rebelles
furieux àun parricide execrable
que nous ne pouvons aCsez
détester, & que l'Eglise
Anglicane déplore tous
les ans par un Office solemnel.
Ainsi je ne comprens
pas comment on peut encore
s'en servir pour couvrir un
autre attentat que nos Loix
mettent presque au mesme
rang ,
qui est de dépouiller le
Roy de l'autorité legicimet
que le droit de la fucceiffon
luya donnée.
Iln'est pas question d'examiner
presentement si ces
maximes peuvent s'accorder
avec les réglés de la Morale
Chrestienne. L'Eglise Anglicane
en a toujours jugé autrement,
non feulement quand
elle a esté libre
,
mais encore
dansle temps qu'elle gemissoit
sous Toppression de ses
plus grands Ennemis.Vous
n'ignorez pas que durant la
longue rebellion, le Docteur
Hammond ,le Docteur Heylin&
plusieursautres les combatirent
par leurs écrits qui
font entre les mains de tout le
monde;mais depuis ce tempslà.
elle sest plusieurs fois
expliquée d'une maniere inconiestable,
entre autres dans
l'Histoire des derniers troubles
,& celle du traité d'Uxbridge,
sans parler de la Cenfure
de 1683. faire peu après la
découverte de la Conspiration
de Neufmaret. Dans
toutes ces Déclarations publiques,
jamais il n'y a eu
aucune contradiction de la
part de ceux qui font presentement
la principale figure
dans la Convention. Tous
les approuvoient
) & il y en
a peu qui n'ayent eu quelque
part à des asseurances publiques
,quelesCorps,Villes,
& Communautez donnerent
au Roy de leur fidélité.
On ne les peut donc
exeuser, ou d'une hypocrisie
criminelle devant Dieu&
devant les hommes, si croyant
ce qu'ils croyent presentement
ils declatoient le contraire,
ou d'une Rebellion
manifeste
, en ce qu'apresent
ils prennent pour réglé de
leur cond uite des maximes
qu'ils ont publiquement detesté
es. Maisla raison de cette
diversité de conduite n'est
pas difficile à deviner, car si
avant la revolte de tout le
Royaume qui a suspendu
l'exécution des Loix
3
ils avoient
fait connoistre qu'ils
approuvoient ces damnables
maximes, ils auroient sans
doute esté punis comme des
Traîtres suivant la rigueur
des mesmes Loix. Ce n'est
donc pas la crainte de DIeu)
mais la crainte du supplice
qui les arrestoit, & qu'ils devoient
neanmoins surmonter.
Si cette Doctrine qu'ils veulent
établir estoit une verité
de la Religion qu'ils professent
,
ils devoient mépriser
tous les perils pour nous détromper
de l'erreur dans laquelle
nous estions, & dans
laquelle nous fomrnes encore
a en croyant que nous
sommes obligez par la Loy
de Dieu d'obeïr au Roy &
aux Princes fous l'autorité
dcfquels il nous a fait naistre.
Mais ce qui nous doit à
jamais faire deffier de ces
malheureux Fanatiques, c'est
la prodigieuse dissimulation
avec laquelle ils ont toujours
couvert le venin de leur Doctrine,
pour ne la répandre que
quand
pand ils ont veu les puissan-
:es légitimés opprimées. En
Vautres temps ilsontesté les
plus échauffez à prescher l'opeïssance
envers les Souveains.
Et quelles invectives
l'ont ils pas faites en cent occasions
contre les Papistes au
sujet de la doctrine des Italiens?
Quel zele n'ont-ils pas
fait paroistre dans la conspiration
découverte par Oates.
& par Bedlow
> que j'aime
mieux croire supposée, après
les jugemens solemnels rendus
dans nos Tribunaux
contre les principauxActeurs
de cette sanglante Tragédie,
que de la croire veritable?
Mais quel estoit ce Zele?
NOUS levoyons presentement,.
Quand il s'agissoit de carnot
battre des fantômes & des
chimeres ,& quand l'on menaçoitl'Angleterre
de l'invassiion
d'1u.1 ne Armé1e é1 trangere,
laquelle on pretendoit agir
fous les ordres du Pape, tous
prenoient l'alarme; mais
quand ils ont veu venir un
Etranger qui n'a presentement
pas plus de droit d'entrer
à main armée dans le
Royaume que le Pape ôr. ses
Emissaires ; qu'ils l'ont veu
déclarer contre le Roy
mettre sa personne en arrest,
saisir des deniers publics,
k faire sansautoritélégitime
:ous les actes des Souverains,
Is ont oublié l'ancienne Doctrine
de leur Mere l'Eglise
Anglicane
,
& manquant à
:ous les devoirs qu'elle leur
>refcrit» ils ont favorisé par
eur silence Tentreprise d'un
J surpaceur, & l'ont ainsi fait
éiïflii. Je parle des plus innocens
, & de ceux qui n'ont eu
part qu'indirectement à l'enreprise
du Prince d'Orange.
Ils ne peuvent pas dire que
cette entreprise fust chimérique
, comme les Catholiques
l'ont toujours dit de
celle qu'on leur réprochoit,
& comme ils l'ont persuadé
à la plus faine partie du
Royaume. Celle-cy ne s'est
trouvée que trop réelle. Puis
qu'ils l'ont donc approuvée
dans leur coeur, ils croyoient
qu'elle estoit legitime, conforme
à la parole de Dieu, &
par consequent ils trahissoient
la vérité & agissoient
contre leur conscience
,
lors
qu'ilsasseuroientSaMajesté
par les Sermens les plus fdlemnels,
qu'ils ne reconnoissoient
sur terre aucune autorité
superieure à la lienne? &
ils commettoient de façon
ou d'autre un parjure execrable.
Tous les Theologiens Protestans
& Catholiques Romains
conviennent que la
feule occasion
,
dans laquelle
non feulement il est permis
de ne pas obeïr aux Princes;
mais dans laquelle on ne peut
leur obeïr sans pecher, est lors
qu'ils commandent quelque
chose de contraire à la Loy
de Dieu. C'est sur ce principe
que l'Archevesque de Cantorbery
& les six Evcfques
qui refuserent à son exemple
de faire publier dans leurs
Dioceses la Proclamation
pour la liberté de conscience,
se sont justifiez en déclarant
qu'ils ne pouvoient obcïr
sans offenser Dieu. Je ne pretens
-
ny les de ffendre ny les
condamner y cette matiere
m'ayant paru fort problematique
, car su pposant ce que
l'Eglise Anglicane enseigne
dupouvoir suprême du ROJ'
Chef de cette mesme Eglise,
immédiatement soûmisà
Dieu
,
je ne vois pas qu'ils
eussent autant de droit qu'ils
l'ont pretendu, à refuser de
publier cette Ordonnance. Il
ne s'agissoit pas de recevoir
à leur Communion des Sectaires
que l'Eglise Anglicane
en a toujours exclus; mais
feu lement de publier la Loy
du Prince, par laquelle il
suspendoit la rigueur des
Loix
,
quiest une affaire purement
civile.&danslaquelle
par consequent les Evesques
n'ont pas plus d'autorité que
les Pairs Seculiers
»
c'est à
dire qu'ils peuvent proposer
sur cela au Roy dans son Parlement,
ce qu'ils croyent le
plus avantageux au bien Public.
Cependant je leur accorde
volontiers cette gloire
dont quelques-uns lesflattent
si agréablement d'avoir fait
l'office de bons Pasteurs en
s'exposant pour leurs Troupeaux.
La persuasion interieure
de leur con science peut
justifier leur intenrion, & je
me fuis cent fois étonné
commenton avoit pu engager
le Roy à entreprendre
cette affaire ; mais cette metme
bonne consciencene devoit-
elle pas en mesme temps
les faire expliquer devant les
Juges qui les examinoient,
comme ayant répandu un
Libelle tendant à exciter le
Peuple à sedition ? Si dans
leur Requeste qui estoit le
fondement de l'accusationils
avoient fait mention du Contrat
original entre le Roy &
son Peuple,& de l'incompati,
bilité de la Religion Catholique
avec la qualité de Roy
d' A ngleterre, ou dela prétenduesupposition
du Prince
de Galles; qu'ils eussent declaré
qu'on peut pour deffendre
sa Religion,prendre les
aimes contre son Souverain,,
& que les Communes assemblécs
sans autorité peuvent
disposer de la Couronne, faire
denouvelles Loix, détruire
les anciennes ,& semblables
choses qu'ils justifientpresentement
, croyez vous, Milord,
qu'ils eussentesié acquittez
si promptement par
les Jurez? Nonasseurément,
ils auroient este condamnez
comme Traistres ;
la Loy y
est ex pre sse,& personnen'auroit
elle en estat de les desfendre.
C'estoit donc en cette
occasion qu'il falloir libre.
ment dire ces prétendües veritez
qu'ils tenoient cachées
dans leur coeur, & prescher
sur les toits ce qu'ils disoient
entre-eux à l'oreille, non pas
tromper leur Roy par des
par jures & des protestations
frauduleuses de leur fidélité
inviolable à son service, &
de leur attachement à la Doctrine
de l'EgliseAnglicane.
Qu'ils ne nous parlent donc
plus de leur faux zele
, mais
qu'ils pensent à demander
pardon à Dieu & au Roy clet
la plus detestable perfidie
qui ait jamais noircy la reputation
de nostre Clergé.
Je vous ay dit avec raison
que la maxime sur laquelle
la Convention, & ceux de
Meilleurs les Evesques qui y
ont pris seance, ont reglé
leurs décisions, ne nous font
pas nouvelles. Elles ont corn,
mencé à se répandre en ce
Royaume sous le regne d'Elizabeth.
Les Theologiens qui
s'estoient retirez d'Angleter-
, o
re, pour éviter Il persecurion
de Marie, se refugierent la
pluspart à Geneve, en Suisse,
en dans le Palatinat. Ils nous
en rapportèrent cette malheureusedoctrine,
qui a déja
causé tant de maux aux trois
Royaumes, & commencerent
à corrompre plusieurs
esprits dans nos deux Universitez;
caril est certain que
Calvin& sesDisciples n'ont
jamais approuvé absolument
nostre Reformation. Nostre
Liturgie& nostreDiscipline
ne luy plaisoient pas, &sily
trouvoit, disoit-il, beaucoup de
sottises tolerables. Ses Disciples
s In Liturgiâ Anglicanâ qualem mihj
descrimtis, multasvideo tolerabiles
ineptias.
tâcherent de faire une espece
de Schisme dans l'Eglise Anglicane,
à l'occasion des Ceremonies
qu'elle a conservées. aces gens- làque nous
devons attribuer tous les
maux qui l'ont accablée depuis
six-vingts ans, comme
le DocteurHeylin l'a fait
voir tres-clairem4ent dans fou
Hiftoirede la Reformation,
& dans celle des Presbyte,
riens. S'ils ne firent pas de si
grands desordres fous les regnés
d'EdouardVI. & de
Marie,c'est que dans le premier
on ne leur en donna pas
le temps, dans le second ils
ne jugerent pas à propos de
s'exposer aux perils qu'il y
avoit, à professer publiquement
en ce Royaume la Religion
Protestante. La Reine
Elizabeth empescha que leur
mauvaisedoctrine ne corrompifi.
le coeur de ses Sujets
en établissant par plusieurs
Loix salutaires l'uniformité
de la Religion & du
Culte exterieur
,
& encore
plus en les faisant severement
executer. On navoit jamais
cru qu'il pust y avoir de seureté
pour la Religion Anglicane
qu'en les exccutant de
mesme, & c'est ce qui les a
toujours renduëstres-odieuses
aux Presbyteriens. Aussi
ne faut-il pas s'étonner si un
de leurs premiers foins dans
la Convention a esté de tâcher
de rendre ces Loix inutiles
par des adoucissemens qui
leurostent toute leur force.
Depuis lecommencement de
ce siecle nous trouvons dans
les Ouvrages du Roy Jacques
I. destémoignages de ce qu'il
eut àsouffrir de ces mesmes
Presbyteriens? Ils commencerent
ces troubles qui durerent
jusqu'au regne de Charles
I. & qui ne finirent que
par la destruction de la Monarchie
, & le parricide execrable
commis en sa personne.
Tout le monde sçait que
ces Seditieux, qui comme
ceux de nostre temps couvroient
leur perfidie par des
sermens d' Allegeance & de
Supremacie, firent alors paroistre
sans garder aucunes
mesures, la doctrine qu'ils
avoient dans le coeur,au lieu
qu'ils n'approuvoient que des
levres celle de l'Eglise Anglicane,
qui est précisement
la conduite qu'ont tenuë les
zelez de ce temps. Ils ne peuvent
pas dire que l'Eglise Anglicane
ait approuvé alors ce
qu'ils mirent en avant touchant
le Contrat original entre
le Roy & son Peuple, non
plus que les propositions suivantes,
fidellement recueillies
par l'Université d'Oxford:
Que le Peuple peut donner le
Gouvernementàqui illuyplaist,
reformer @' punir les abus pins
l'autorité du Magistrat legitime;
déposer les mauvais rprinces).
leurresister,prendre les armes
centre eux, &qu'ilest déchargé
de tout ferment de fidelité, lors
que les Princes agissent contre
Dieu & contre la vérité. Personne
n'ignore que l'Eglise
Anglicane ayant esté opprimée
& dérruite par les Seditieux,
ne put alors se déclarer
en corps contre ces pernicieuses
maximes, mais son
honneur sur soûtenu par plusieurs
grands hommes quiles
combattirent ouvertement
dans leurs Ecrits. Le Docteur
Hammond ne se contenta pas
de les refuter; iladressa surce
sujet un Ecrit à Fairfax, qui
citant imprimé dans le recueil
de ses Ouvrages, servira à
faire connoistre à laposterité
les véritables sentimens de nôtreClergé.
LeDocteurHeylin
lescombattit avec la mesme
chaleur,aussi-bien que plusieurs
autres fidelles serviteurs
du Roy, & leurs Livres ne
vous sont pas inconnus.Comme
dans ce temps-là mesme
nostre Eglise trouva de zelez
défenseurs de sa doctrine, elle
se déclara encore plus fortement
quand elle fut remise
en liberté par le rétablissement
du Roy. Il n'y eut presque
aucune Eglise particulier
re qui ne témoignast par ses
Adresses, ou par d'autres Actes
publics,combien ces maximes
presbyteriennes luy
estoienten horreur. Le premier
Parlement qui fut tenu
après le retour de Sa Majesté,
condamna le Convenant, &
tous les Actes faits en consequence
, qui furent abolis en
1662. par le dernier Acte d'uniformiré,
par lequel les autres
sur le mesme sujet, passez
fous les regnes d'Elizabeth,
de Jacques I. & Charles I. furent
confirmez & remis en
vigueur. Tous les attentats
contre la personne du Roy
les Héritiers & légitimes Successeurs
furent declarez haute
trahison, & dans le mesme
Acte il yeut des défenses trèsseveres
de prêcher, d'enseigner
,d'écrire, de dire, ou de
declarer en aucune maniere
que le Parlement commencéen
1640.eust quelque force;
que les Sermens prêtez alors
engageassent les Particuliers;
& sur tout que les deux
Chambres du Parlement, ou
l'une des deux eust aucun
pouvoir legislatifsansleRoy.
Quoy que toutes nos Loix.
ayent cet avantage par dessus
celles des autres Nations,
qu'aucune n'a esté faite, &
ne peut estre faite sans avoir
le consentement des Peuples,
on peut dire que celle-là a eu
un caractere tout particulier
de liberté, & que son autorité
doit cftre plus grande à
l'égard de tous les bons Anglois,
car ce fut un des premiers
Actesqui furent passez
au Parlement apréslerétablissement
du feu Roy, & ainsi
une desactions les plus libres
que jamais la Nation ait faites,
puis que les seuls motifs de
raison & de consciences & les
véritablesinterests de l'Etat,
l'engagèrent à reconnoistre
son légitimé Souverain, & à
secoüer le joug d'une tyrannie
plus dure cent fois qu'aucun
règne des Predecesseurs
de Sa Majesté) couverte
néanmoins du specieux titre
de protection. C'est ce que
nous, ou ceux qui viendront
après nous verront encore)
si néanmoins on trouve assez
de facilité à se tirer des fers
dont ons'est chargé pouréviter
un peril imaginaire de perdre
cette precieuse liberté,
qu'on
qu'on a si aisément mise en
de tres-dangercufes mains.
On a encore une preuve incontestable
de l'horreur que
toute la Nation a euë des
pernicieuses maximes que la
Convention a prises pour reglés
de sa conduite?& qu'elle
nous a données comme des
raisons suffisantes pour juftu
fier le renversement général
de toutes nos Loix, C'est dans
les Actesduprocés fait aux
Regicides en 1660. On peut
voir plus au long dans les interrogatoires
,que lapluspart
de ces abominables Parrici-
-4
despretendirent justifier leur
crime sur de semblables principes,
du Contrat original,
& de l'autoritéduPeuple sur
les Souverains.IIs foûtcnoient
aussi qu'ayant agy par l'amorité
duParlement, ilsavoient
eu un pouvoir suffisant, &
que le Parlement de 1640.
estoit légitimé, parce qu'une
Convention ou Assemblée de
Peuple devoit avoir leprivilege
du Parlement. C'estoit
là le raisonnement de Thomas
Scot,&de ses complices.
Les Juges détruisirent ces foiblesdéfenses
par des raisons
ans répliques
>
fondées sur
es Loix & sur les exemples
lediverses fameusesprocelures.
Le Chevalier Bridgenan,
Chef Baron de l'Echiquier,
en instruisant les Jurez,
montra qu'ils devoient agir
surce principe incontestable,
qui estoit comme le resultat
ie toutes les Loix Qu'aucune
personneparticulière, ny Communauté
de personnes
,
nyle
Peuple collectivement ou repre
sentatinvement n'avoient aucun
pouvoir coercitif sur le ROy
d'Angleterre. Maxime qui dé--
truit entièrement tous les
principes J& par consequent
toutes les proced ures de la
Convention. Les Juges n'en
demeurerent pas là; mais ils
déclarèrentaux criminels qui
vouloients'étendre sur cette
matiere, & prouver par desraisonnemens
chimeriques
l'autorité souveraine des
Communes, que la Cour de
Justice ne les pouvoit écouter
, & que cette maniere de
se defendre estoit un nouveau
crime de trahison.Toute
l'Angleterre eutconnoissance
de cette procedure, & l'approuva
J
sans que depuis ce
temps là ilse foit trouvépertonne
qui ait osé reprocher
aux Commissatres d'Oyer &
Terminer, qu'ils avoient condamné
des Innocens, ou qu'ils
avoient prononcé leur jugement
sur de fausses maximes.
Je demande donc presentement
à ceux de la Convention
comment ils prétendent
faire entrer dans des Actes
solemnels, & prendre pour
fondement de nouvellesLoix,
ce que les Juges ne pouvoient
souffrir alors dans la bouche
des criminels
3
à qui il est
permis de tout dire pour leur
-
défense, excepté ce qui effi
consideré comme paroles teru
dantes à trahison
>
de forte:
mesme que nonobstant les
privilèges dont joüissent lèse
Députez au Parlement, quii
les mettent à couvert de toutes
les procédures qui pourroient
estre faites contre eux:
pour des discours tendans àJ
sedition, ils pourroient estroe
arrestez & mis en Justice
Jt
pour avoir publiquement avancé
de semblables propositions.
Il semble que les seules
preuves tirées de ce qui s'eftj
passé dans le premier Parl ement
de Charles II. -& dans
la Cour de Justice qui jugea
lesRegicides, font tellement
incontestables, qu'il est inutile
d'en apporter d'autres
moins importantes,pour faire
voir que toute la Nation a
condamné les peinicieuses
maximesqu'on ne peut pas
feulement mettre en question
presentement
J
mais qu'on
nous donne pour des principescertains
du Droit commun,
& de nostre Jurisprudence
particuliere, puis que
sans les examiner, ce qu'on
ne pourroit faire néanmoins
sans encourir le crime de trahison,
les Conventionnaires
bastissent sur ces fondemens
ruineux des Loix tendantes à
la destruction & de l'Eilat,'
& de l'Eglise. Il y a cependant
beaucoup d'autres preuves
qui font voir clairement
que l'Eglise Anglicane n'estoit
point forcée quand elle
s'expliquoit si clairement
contre cette infame doctrine
Presbyterienne, qu'elle a toujours
considerée comme la
semence de tous nos maux;.
car dans ce temps- mefmc on
imprima avec l'approbation
des Evesques
>
plusieurs Ouvvrraaggeess
du DDoo(c'teur Heylin,
qui furent loüecz & estimez
de tout le monde, quoy qu'il
maltraitasft beaucou ples Presfbyteriens
, en faisant voir
qu'ils avoient excité par tout
des troubles & des guerres
civiles. On publia aussiplusieurs
semblables Ouvr.-igesp
contre lesquels jamais l'Eglise
Anglicane ne se declara,
au contraire elle fit voir par
des approbations solemne lieS)
qu'elle estimoit également
les Auteurs & leur doctrine.
Dans ce mesme temps il parut
un petit Livre intitulé, Philanax
Anylicus, dont l' Auteur
vouloir paroirtre Procédant,
& s'efforçoit de prouver que
la doctrinede la pluspart des
Eglises Reformées estoit contraire
à l'obeissance deuë aux
legitimes Souverains. Le Docteur
Pierre Dumoulin, Chanoine
de l'Eglise deChrist, à
Canrorbery, réfuta ce libelle
par une apologie de la doctrine
des Protestans sur ce
sujet. & il la finit en défiant
son adversaire de souscrire
plusieurs propositions qu'irl
rapporte comme conformes à
la doctrine des bons ProtestansAnglois,
donc voicy
la derniere ; Que les Pairs &
les Communes n'ont pAS le pouvoir
de juger leur Roy
> encore
moins de le déposer,de le mettre
à mort, d'en établir un autre en
sa place ou de changer laforme
du Gouvernement. Vous pouvez
croire que presentement
un Auteur feroit mal receu,
s'il proposoitàla Convention
de signercetarticle. Cependant
c'estoit la doctrine de
tout le Royaume, & les Non-
Conformistes Protestans,particulierement
les Qnafeers^.
estoient rudement persecutez,
parce qu'ils nevouloient
pas s'y conformer en
prêtant le ferment de Supremacie
& d'Allegeance. Ce
n'est pas que ces Sectaires
fussent la pluspart mauvais
Sujets, car il y avoit en eux
plus d'entestement que de
malice. On n'en peut pas autant
dire des Presbiteriens,
qui ont toûjours fait tousleurs
efforts pour faire abroger
ces sermens,& quand ils
y ont trouvé trop de difficultez
,
ils les ont pressez
contreleur conscience., comme
tousces Ministres fugitifs
de France, qui estant ennemis
de la Hiérarchie & de
l'Episcopac, & par consequent
ne pouvantprester ces
sermens selon les principes de
leur doctrine, ont néanmoins
surmonté ces scrupules qui les
auroient empefehez d'obtenir
des Benefices de ce
Royaume. Mais les Evesques
qui les faisoient prester à tant
d'autres,& qui à l'occasion
du refus de ces mesmes sermens,
faisoient déferer aux
Juges les Non-Conformistes
Papilles ou Protestans? pouvoient-
ils croire que ces [cr.
mens n'obligeassent à rien?
Nous voulons bien croire
que non, & cela estant ?ilest;
indubitable que selon la
Theologie de l'Eglise Anglicane
,
ils croyoient ou faisoient
semblant de croire
que ces sermens les obligeoient
à estrefidelles au Roy,
& à ne reconnoistreaucune
autorité superieure àla
ficnne ny dans le spirituel, ny
dans le temporel. Comment
donc ont-ils pu non seulementrenoncer
à l'obligation -
contractée par ces sermens
qu'ils ont prestez
,
& qu'ils
ont exigezdes autres, & enfin
avec quelle autorité ontils
pû les abroger , pour en
établir de nouveaux ?
t Dans ce procédé,il estaisé
de remarquer qu'ils ont en
plusieurs manieres peché
contre Dieu
J
dont ils ont
pris le nom en vain dans ces
sermens violez avec tant
d'impudence ; contre nos
Loix qu'ils ont abrogées, &
contre toute la Nation, à la- *
quelle ils en veulent imposer
de nouvelles. C'est un principe
certain donc tous les
Cnreftiens conviennent, que
chaque particulier est oblige
de se conformer aux Loix
de
son Païs, puis que c'estàluy
à obeïr aux Loix, & qu'il ne
luy appartient pas de les reformer.
Ainsi les Conventionnaires
, & particulièrement
les Evesques, estoient
obligez de
regler
leur conduite
sur celles qui sont en
usage dans ce Royaume,
pour le gouvernement de
'Eglise & de l'Etat. Le serment
par lequel ils ont
reconnu le Roy Chef surême
de l'Eglise Angliane
,les engageoit à se loûnettre
à toutes les Loix Eclesiastiques
,
dont en cette
qualité il est le seul execueur
& dispensateur
, car il
n'y a point d'autorité Ecclesiastique
qui n'émane de
celle du Roy, & les Parlemens
n'ont jamais pretendu
la partager avec luy. Ainsi
quand les Evesques ont conrenty
aux nouvelles Loix Ecclesiastiques
contraires aux
anciennes, ils ont reconnu
qu'il y avoit une espece de
supremacie superieure à celle
de Sa Majesté, ce qui a tou*
jours paiTe. pour un crime de
haute trahilon devant nos
Juges> & c'est un parjure
abominable devant Dieu s
car avant que de depouitleo
un Roy d'Angleterre de sai
fuprcmacie
,
il faut le depoüillerdela
Couronne. Or
comme jamais nos Loix n'ont:
étably aucune autorité supe-.
rieure à celle des Rois, pour
les dépouiller du pouvoir:
qu'ils reçoivent par le droit *
de la légitimé succession, le
crime des Conventionnaires
est encore plus grand
,
puis
qu'ayant tous juré obeïC:
sance au Roy, selon ces mesmes
Loix, ils n'ont deurien
faire ny comme Anglois ny
comme Chrestiens
>
qui ne
fust conforme à ces Loix que
nous connoissons seules, qui
font recueillies dans nos
actes, & sur lesquelles laJustice
est administrée aux
Particuliers dans tous les
Tribunaux. Il n'y a aucun
exemple contraire,sinon les
procédures violentes des Se.
ditieux qui se font élevez en
divers temps, patticulierement
en ces derniers, & qui
ayant esté condamnez par
toute la Nation légitimement
assemblée
,
n'ont pû
avoir force de loy,& jusqu'à
ce que la forme du Gouvernement
foit entièrement
changée, tout attentat de
cette
b
nature est crime de
haute trahison.
Mais supposant qu'il y eust
quelque autorité superieure
à celle du Roy, ce que neanmoinsnous
ne pouvons jamais
accorder, il faudroit
que les Loix nous eussent
prescrit la forme de ces Jugemens
extraordinaires,comme
elles nous preserivent la
forme des autres procedures,
tant à l'égarddes Pairs,qu'à
l'égard des simples particuliers.
Les Conventionnaires
avoüeront sans doute
, que
tous nos Livres de droit n'en
font aucune mention, & les
Parlementaires regicides furent
obligez d'en établir une
à leur fantaisie. Il faut bien
que la Convention ne l'ait
pas trouvée bonne, puis
qu'elle n'a pas jugé à propos
de la suivre
,
foit que véritablementelle
ait esté jugée in,
soûtenable, foit qu'elle ait
paru trop odieuse,& capable
parconsequent de faire ouvrir
les yeux à ceux qui ont encore
quelque crainte de Dieu,
& quelque respect pour les
Loix. La prctenduë haute
Cour dejustice exclurd'abord
les Pairs de cette Assemblée,
détruisit la Chambre haute,
& attribua toute l'autorité
delaNationaux Communes,
dont les Seditieux exclurent
pluspart des Membres, de
forte qu'au lieu de plus de
cinq cens qui doivent entrer
dans la Chambre batTeJil n'y
en restoit pas cinquante. Mais;
la Convention a confervé aux
Pairs leur prérogative, & elle
a maintenu la distinction des
deux Chambres. Ainsi la forme
de l'Assemblée est sélon
l'ordre; il ne luy manque
que l'autoritélégitimé pour
s'assembler,qu'elle n'a point
euë, puis qu'e lles'e est assemblée
d'elle- mesme, & en vertu
des Lettres du Prince d'Orange,
qui n'a pas plus d'autorité
que les Particuliers qui
n'en ont aucune. Toute l'Assemblée
generale de la Nation
ne peut avoir d'autorité
qu'elle ne soit Parlement, &
pour estre Parlement il faut
qu'elle foit convoquée par
le seulMagisirat suprêmequi
a le droit de la convoquee
& qui est le Roy, Chef de
l'Assemblée,Principium, captif
& finis Parlamenti. Or tout
le monde sçait que ce droit
reside dans la feule personne
du Roy, & la preuve en est
assez cercaine, puis que les
Lettres de convocation le démontrent
incoritessablement;
car celles qui s'adressent aux
Pairs, les invitenr à venir;
Concilium impensum Domino
Regi, & celles qui font adressées
fées aux Sherifs des Comtez,
&autres Officiersqui doivent
prefideraux élevions des Députez
à la Chambre des Communes
> portent qu'ils viendront,
ad faciendum & çon*.
sentiendum. Il est donc aisé de
voir que ny les uns ny les autres
ne sont pas appeliez pour
juger le Roy, mais les uns
pour luy donner conseil, &
les autres pour consentir aux
propositions faites par le Roy,
ou pour refuser leurconfen.
tement, selon qu'ils croyent
le devoir faire pour le bien
de l'Etat. On ne trouvera jamais
dans les Registres publics
aucunes Lettres de convocation,
qui donnent une
plus grande autorité aux
.'Membres des deux Chambres.
Ils viennent pouraider
le Roy de leurs conseils;
maisoù trouvera-t-on qu'ils
soient jamaisvenus pour examinersa
conduite, & pour
le juger comme ont fait les
Conventionnaires, ou pour
declarer que laCouronneestvacante,
& qu'il l'a perduë
par forfaiture? Si nostreJurisprudence
nous sournissoit
quelques exemples decespro
m
lect ures irregulieres, ilsn'auroient
pas échapéàlaconnoissance
d'un long Parlement
qui n'en pur jamais
trouver aucun. En effet, c'est
une maxime incontestable de
nostre Droit, que le Roy ne
peut faire injustice à personne,
& par cette raison les
Sujetsne peuvent se plaindre
du Roy
, ny juger desa conduite,
mais ils peuvent suivant
les Loix luy demander
justice de iéfcux qui cmt abusé
de son autorité dans l'administration
de leurs Charges.
Voilà tout ceque nos Jurisconsultes
ont toujours enseigné
sans aucune contradiction
,
& par consequent lai
regle que les Seigneurs & Jesc
Communes doivent suivre,
puis que leur nombrenyla forme
de leur Assemblée ne
les mettent point hors de lai
lpeusissance des Loix, ausquelchaque
particulier est sournis.
S'ils avoient suivi cette:
regle., ils auroient pu modeftement
representerleurs
griefs au Roy pourluy de->
mander justice
,
& ils font]
d'autant plus inexcucables,
que Sa Majesté avoit aauel..-
lement convoqué un Parlement,
où ilsauroient eu une
entiere liberté de dresser des
cahiers de plaintes, de demander
l'exécution desLoix
à l'égard des Catholiques
Romains, & des mauvais
Conseillers, & d'obtenir par
des voyes ordinaires tout ce
qu'ils pouvoient légitimement
pretendre. Ils auroient
ainsi évité tous les malheurs
dans lesquels ils se font précipitez
de propos délibéré
,
& qui auront, felon toute
apparence, de fàcheuses fuires,
car ils ont mis leur liberté
dans leplus grand risque
qu'elle ait couru depuis
plusieurs Siecles >enfc don.
nant un Maistre, qui par une
conduite doucc en apparent
ce, mais pleine de violence
& de cruauté, en a dépoüillédes
Peuples qui l'avoient
acquise par une longue
guerre qui leur avoit
coûté des tresors immenses.
& encore plus desang que
d'argent. Ils ont mis nostre
Religion entre les mains d'un
Presbyterien, qui luy a déja
porté un coup mortel en ô'<
tantles sermens de Supremaeie&
d'Allegeance, en ta.
chant par toutessortes dfcmauvais
moyens d'abroger
les Loix pénales contre les
Proreftans Non -
Conformistes,
en changeant leLivre des
communes Prieres, & en introduisant
la toleration de
ces Sectaires,que les Parlemens
n'ontjamais vouluaccorder,
quelque déclaration
que les Communes ayent
souvent faite en leur faveur.
Ils ont mis nos Loixàla discretion
d'un Usurpateur,qui
a un interest pressant de les
détruire, puis que si elles
subsistent, il ne peut éviter
sa destruction & Ion entiere
1 ruine. La fucce ssion hereditaire
établie depuis tant de
siecles sans autre interruption,
luy fermoit l'entrée en
ce Royaume) sur tout depuis
la naissance d'un Heritier présomptif.
C'est une Loy qu'il
commence d'abordàdétruire,
enobligeant la Nation à
le declarer Roy; il trahit les
interestsdesaFemme, & les
sacrifie à son ambition. Il a
la mesme indifference pour
les interests communs de la
Nation ,
qui retomberoit
aprés sa mort dans le desordre
& dans la confusion
?
puis
que ne laissant point d'enfans,
comme il n'en a point, il se
trouveroit aparemment quelque
autre Ambitieux qui se
voudroit faire Roy par la
déclaration des Communes,
& de quelques Seigneurs gagnez
par promesses, ou intimidez
par menaces. Il n'y
aura plus desormais de precaution
qui puisse asseurer
nostre repos, puis que les
sermens ne nous obligent à
rien, & qu'on les fait & défait
selon sa fantaisie. L'Eglise
Anglicane l'incommo
doit par ses maximes com*-
traires à la rebellion y il a
d'abord commencé à la détruire
en tâchant de donner
atteinte à routes les Loix
quin'estoient pas favorables
à ses chers Presbiteriens. La
Nation luy estoitsuspecte par
sa legereté naturelle, qui la
met presque toûa j*ours en défiance
contre ses légitimes
Souverains ; il y a pourvû,
amenant dans le Royaume un
grand nombre de Troupes
étrangeres,capables de laretenir
dans le devoir. La trop
grande liberté des Particulieres
rompoit les desseins
qu'il a d'établir icy comme
il a
-
fait en Hollande, le
Pouvoir Arbitraire
, par des
emprisonnemens sansraison,
par des denis de Justice, &
d'autres semblables procedez,
ila sceu persuader à ses Creatures
qu'il eflol'£ de l'interest
public de mettre des bornes
à cette trop grande liberté,
& on a suspendu en Ci faveur
l'execution d'une Loy qui
nous estoit chere sur toutes
les autres. Je ne dis rien qui
ne soit public, & personne
n'ignore qu'on s'est revolté
contre le Roy sur des pretextes
si frivoles en comparaison
de toutes les infractions
de l'Usurpateur, que laposterité
aura peine à le croire;
car il est certain que tout ce
qu'on objecte au Roy, &
quela Convention a pris pour
un sujet légitime de déclarer
le Trône vacant, n'est pas
comparable à la dixième
partie de ce qu'a fait le Prince
d'Orange. On dit que le Roy
a cru de mauvais Conseillers :
qu'il a tâchédedétruire les
Loix fondamentales de letat,
qu'il a dispensé des fcrmens
ordonnez par les Parlemens,
qu'il a entrepris sur la Ii,
berté des Sujets ,par des pro
cedures extraordinaires;qu'il
a dispensé des Loix qu'il a
voulu donner atteinte à la
Religion établie dans le
Royaume; qu'il a exercé un
Pouvoir Arbitraire. Quand
cela seroit ,quoy que la moitié
de ces pretendus griefs
soient évidemment faux, Sa
Majesté n'auroit rien fait que
le Prince d'Orange ne fasse.
Il détruir les Loix fondamentales^
ôc j'ose dire qu'il en a
détruitplus decent.Il abroge
les sermens ordonnez parl'autorité
des Rois & des Parlemens
;il en impose de nouveaux
;il renverse la Religion
; il fait un crime de trahifon
de lafidelité ;ilnous
emprisonne contre les Loix ;.'
il nous refusece qu'ellesnous
accordent; il nous accable
de taxes; ilnousengageàune
cruelle guerre;&àdes dér
penses immenses; .& cependant
Messicurs de la Convention
sont conrens. Le
Roy n'a rienfait detout cela;
il a seulement voulu abroger
en partie les sermensqu'ils
ont déjà détruits. En voilà
assez selon leur avis pour
faire le Trônevacant, & pour
troubler l'ordre de lasuccession
legitime. Le Roya eu
un simple dessein qu'il n'a
mesme voulu executer que
dans les formes prescrites par
la Loy, en exhortantles Deputez
au prochain Parlement
àla révocation duTest,& à
l'établissementdelaliberté
deconscience. Les Conventionnaires
en avoient un autre
quiestoitdedétruire ces
mesmes Loix;mais seulement
en faveur des Presbiteriens
Non-Conformistes. Ils,
ont executé ce dessein
»
& en:
cela ils ont violé toutes nos
Loix ;' car ils se font assemblez
sans autorité ;ils ont attenté
aux prérogatives Royales,
à la liberté & à la seureté
de la personne du Roy;ils
ont pris les armes contre luy; :
ils ont violé leur ferment de
fidelité, & se sont joints i;
ses Ennemis: ils ont introj
duit des forces Etrangeres
dans le Royaume; ils ont
étably un grand Sceau i ilsj,
ont levé des deniers sur k'
i
Peuple; ils ont emprisonné
des Sujets sur lesquels ils
n'ontaucunepuissance.Qu'on
examine tous nos Livres de
Loix
,
& on trouvera que
tous ces actes font autant de
crimes de haute trahison,
parce qu'aucune Loy n'établit
l'autorité Souveraine
que dans la personne du
Roy, & qu'aucune n'autorise
les Sujets pour rcmcdier £
tous les pretendus abus ou
griefs de la Nation, par les
voyes de fait,ny par Afp-trte,
comme disoient les Spencers;
mais elle ne leur accorde que
la yoye des simples remontrances.
Si donc nous supposions
que par des raisons qui ja«^
mais ne sont venuës dans l'esprit
à nos Ancestres, le Roy
nostreMaistre fust obligé àj
rendre raison de sa conduite
à son Peuple, & que la procedure
des Conventionnaires
contre Sa Majesté, eust quelque,
couleur de justice, je;
voudrois biendemander à ces
malheureux Jurisconsultes,
qui comme Herode & Pilates
ont entrepris de juger l'Oint
du Seigneur, comment ils CIl"
regleroient la forme. Il est
vray que je ne puis faire cette
supposition sansrépandre des
larmes, quand je pense que
j'ay vû dans ma jeunesse, nostre
bon Roy Charles le Martir
mené devant les Juges
d'iniquité, ces ames infernales
qui le condàmnerent à la
mort par le plus execrable attentat
que jamais Nationait
commis contre son Souverain
, & qui couvrira nostre
Nation d'une éternelle
infamie. Helas!qui peut croire
que ces malheureux Conventionnaires
n'eussent pas
traité le Fils comme on a
rraité le Pere, puisqu'onvoit
que le respect de toutes les
Loix divines & humaines
n'est pas capable de les arrêter,
& qui peut après ce que
nousvoyons, ne pas loüer
Dieu de tout son coeur, de ce
qu'il a inspiré à Sa Majesté
de fc retirer promptement de
ce Royaume? Mais je reviens àmon sujet, & je fuppofc
que N N.qui avoient si bien
merité la corde, si on leur avoit
rendu justice, animez du
double esprit de Bradshaw,
dressent les articles de griefs
de la Nation contre le Roy,&
que la Convention assemblée
les presente à Sa Majesté; je
fuppofc encore que Sa Majesté
voulust bien répondre,
ne faud roit- il pas luy acorder
ce que l'on ne peut refuser au
moindre particulier, qui est
de juger le procés conformement
à la Formul e ordinaire
;
scion Dieu, t selon la
Loydu Pays? Quand on dit
selonDieu, celasignifie que
lesJuges, les Jurez, & les Témoins
agiront dans la veuë
de Dieu,selon leur conscience,
& selon les devoirs du
Christianisme, car jene croy
pas que lesConventionnaires
veüillent, entendre cette Formule
suivant le
-
sens de ce
scelerat Harrison,un desRc^
gicides,qui demanda à estre
jugéselon la parole de Dieu>•
c'est àdire
,
selon l'Ecriture,
interpretée par un Jwmtique.
Quand ce malheureux prononça
cesparoles,toutel'Assemblée
les jeceiK avec de
grandes risées.Ellesn'estoient
neanmoins pas dignes de ri*
fée selon les principes de laL.
Convention, car- ces mots, pion Dieu,ne veulent pas dira.
l'interpretationqu'ils font de
la parole de Dieu. Le sens litteral
de l'Ecriture-Sainte, tel
qu'il a toujoursesté entendu
par l'Eglise Anglicane, est que
noussommessoumis auxRois,~&
que nous leur devonsobéir,non
seulement de peur des maux que
nous avons à craindre de leur.
colere
,
mais encore par principe
de conscience; que nous devons
considerer leur puissance- comme
receuë de Dieu
3
établie par luy,
& que ceux qui leur resistent
y
resistent à Dieu. Ainsi à moins
que leFanatismenes'en me1c,
le procés entre le Roy & ses
Sujets feroit bien-tost finy,
en le reglant selon la parole
de Dieu, & selon les régles
de la conscience
,
qui nous
oblige à garder la Foy que
nous avons promise, & à
observer nos sermens se lon
leur sens simple & naturel
sans équivoque, , ny restriction
mentale, & sans les clauses
conditionnelles qu'on veut
tirer de ce pretendu Contrat
original entre le Roy & le
Peuple, qui n'a jamais esté
soûtenu que par des Rebelles.
Les sermensqui ont esté prêtez
au Roy, n'ont pas esté
conditionnels,
conditionnels, mais absolus.
Ainsi selonDieu, & mcfme
selon la loy du Pays, tous ces
pretendus Juges qui ont declaré
la Couronne vacante
font ses hommes liges, ils luy
ont juré obeïssance, ils sont
soûmis en toutes choses à son
autorité souveraine, bornée
neantmoirs selon les loix, &
par consequentilsnepeuvent
être ses Juges.
Si on examine les Loix,
voicy ce qu'elles disent,
que le Roy ason pouvoir Royal
par un droitque la Naissance,
Dieu, la nature J & la loy luy
donnent ; que ce pouvoir ne peut
estre separé de sa personne, &
qu'en elle le corps naturel rtJ
Politique ne font quun jeus
corps; qu'il eji seulsupréme
gouverneur, cm que toutes les
autrespersonnes n'ont aucune
autorité que par fis Lettres Patentes
ou Commissions; qu'il a
une autoritéabsoluëdefaire la
Taixy la Guerre, des ligues @f
des alliances,de créer des Officiers
de Guerre &de justice, de pardonner
lespeines encouruës selon
la loy; enfinqu'il a une entiere
superiorité dans les affaires
Ecclesiastiques. Voila ce que
outes nos Loix, cnfeignenc
ans aucune contradiction
ouchant la puissance des
Rois, suivantlesquelles il est
ifé de reconnoistre que la
dation en Corps, quelque
utorieé qu'elle puisse avoir,
'en a point sur la personne
uRoy.Omnissubrege, &
sesub nullo, nisi tantum eo ;
on est inferior sibi subjectis ;
m parem habet in regno jùo.
ex nou babetsuperiorem
>
nist
eum ; satis habet ad poenam
tod Deum expectat ultorem.
e font les parolesde Bracton,
n de nos plus sçavans Jurisconsultes,
que jamais aucun
n'a contredites ,& i
preuve de leur verité est
tres
évidente, car s'il y avoit
quelque occasion dans la.,
quelle le Roy pust estre foui
mis à l'autorité de ses Sejets;
nous trouverions quelque
Loix sur lesquelles la Conj
vention auroit pu agir, maii
où sont ces Loix dont jamais
personne n'a oüy parler, Í
ce n'est à quelques Confpi
rateurs ou Rebelles endurci
dans le crime, qui après avoit
cherché à les établir l'épée
la main,les ont maintenuë
u gibet, comme gens sans
c?
* c? oy ,
& sans crainte de Dieu,
els qu'ils estoient ? Personne
ne nous fera jamais voir une
.Joy qui ordonne,qu'un Roy
obligé par la rebellion & la
violence faite à sa perfonnc
de pourvoir à sa seureté en
Te tetirant, perde par ce
procedé le droit à la Couronne.
On ne peut fournir
un seul exemple qui autorise
cette déloyale maxime. On
trouvera encore moins qu'il
y aitunesemblable Loy pour
dépoüiller ceux qui auront
écouté de mauvais conseils,
& donc les Officiers auront
fait quelque chose
qui merite punition. Mais
le grand principe des Communes
& leur maxime sondamentale
de l'incompatibilité
de la qualité de Roy
d'Angleterre avec celle des
Catholique Romain, est encore
quelque chose de plus;
nouveau & de plus extraordinaire.
DesEtrangers qui
ne sçavent pas nostre Droit,
s'imagineront sur cette abominable
décision, que parmy
les Loix qui ont esté faites
depuis le Regne d'Henry
VfII. il y en a quelqu'une
qui exclut positivement un
Catholique de la fuccceffion
à la Couronne d'Angleterre.
Cependant il est certainqu'il
n'y en a aucune. Le seul acte
qui concerne lasuccession,&
le plus fameux dans nostre
histoire est celuy d'Henry
VIII. par lequel estant autorisé
pour faire passer la disposition
qu'il feroit de la succession
en forme de Loy, il
ordonna d'abord que son Fils
Edoüard luy succederoit.
A sondéfaut il appella Marie,
saFilleaînée? quoy que née
d'un mariage qu'ilavoit fait
déclarer nul & incestueux,
& ensuite Elisabeth
5
Fille
d'Anne de Boulen, puis les
Enfans & Descendans de sa
Soeur Marguerite
,
Reyne
d'Ecosse. On ne peut pas dire
que cet a£fce excluë les Catholiques
de la succession
,
puis
qu'il ne fait aucune mention
de la Religion, qui alors n'étoit
pas changée dans le
Royaume, qui s'estoit seulement
soustrait de l'obeïssance;
desPapes,&de ladépendance
du Siege de Rome.
Ainsi après la mort d'Edoüard
VI. Marie luy succeda
en vertu de cet acte. Il yeut
opposition en consequence
d'un Testament suggeré à
Edoüard VI. pour disposer
de la Couronne en faveur de
Jeanne Gray, auquel on eut
si peu d'égard, quoy qu'il
fust confirmé par un Resultat
du Conseil d'Etat
,
expedié
par ordre du Roy fous le
grand Sceau, que ceux qui
l'avoient figné, ou qui avoient
proclamé Jeanne Gray,
furent poursuivis comme criminels
de haute trahison.
Ainsi toute l'Angleterre reconnut
que nonobstant les
Actes de Henry VIII. pour
la soustraction de toute obeïssanceau
Siege de Rome
y
&
ceux d'Edoüard VI. pour établir
la Religion Protestante;
on ne pouvoit exclure Marie
à cause de sa Religion.Jeanne
Gray, le Duc de Suffolk, le
Marquis de Northampton, &
plu sieurs autres qui avoient
figné l'ordre du Conseil pour
l'exclusion de Marie, àcause
qu'elle professoit la Religion
Catholique
>
furent atteints
& condamnez comme criminels
de haute trahison,pour
avoir excité la guerre contre
la Reyne
y
& avoir conspiré
pour établir une autre personneàsa
place. Le Parlement
de 1JJ3. confirma cette Sentence
qui estainsi passée en
Loy, suivant laquelle on peut
poursuivre comme coupables
du mesmecrime, ceux qui
pretendroient exclure un
Prince ou une Princesse Catholique
de la succession à la
Couronne, puisquecetActe
n'ayant pas estécassé, est
encore en vigueur.
Elisabeth pouvoir trouver
la mesme opposition de la
part des Protestans
) car durant
le regne de Marie sa
Soeur? elle alloità la Me(Te3
& faisoit les devoirs exterieurs
des Catholiques. Elle
voulut estrecouronnée par
Ouvin Ogletôpe
3
Evesque
Catholique de Carlis, selon
le Pontifical Romain ) &
donna part au Pape Paul IV.
de son avenement à la Couronne
j par le Chevalier
Edoüard Karne
)
son Agent
en Cour de Rome. Elle fit
faire un Service solemnel à la
ReynesaSoeur,&àCharles
V. avec toutes les ceremonies
de l'Eglise Romaine,&quelques
sentimens contraires
qu'elle eust dans le coeur ,
les
actes exterieurs suffisoient
pour luy faire encourir la
peine de la Loy
,
s'il y en
avoit eu quelqu'ne qui puft
exclure les héritiers légitimes,
à cause de la difference de
la Religion. Il n'yen avoit
donc point alors, & il est
certain qu'il n'yen a eu aucune
depuis. Lors que la
Reyne Elisabeth fut pressée
par le Parlement de 1566. de
déclarer son Successeur &
l'Heritier presomptif de la
Couronne, elle refusa de le
faire, & ne voulut pas que
cette affaire qui ne regardoit
point le Parlement, y fust
miseen déliberation. Depuis
sa mort, le Royaume fit ferment
au Roy Jacques I. & à
ses Descendans C'est en vertu
de son droit que les Rois
ses Successeurs ont regné ;
& ce ferment que nos Ancestres
ont fait au Chef de
la branche, nous a engagez
à obeïr à sa Posterité.Aussi
on ne trouvera rien dans
tous nos actes publics qui
ait donné atteinte à ce droit,
si ce n'est les procédures du
long Parlement, qui pretendit
abolir la Royauté, qu'on
ne peut tirer en exemple,
non plus que les voix des
Communes au Parlement de
Westminster & d'Oxford,
pour tacher de faire passer
l'acte d'exclusion du Roy,
alors Duc d'Yor k. Il faut
ne sçavoir pas les Elemens de
nostre Jurisprudence
?
quand
on ignore qu'un Resultat des
Communes ne fait pas Loy
puis qu'un Resultat des deux,
Chambres unies en un mesme
avis, n'a pas force de Loy
& n'est qu'un acte informe
jusqu'à ce que le Roy y ait
donné son consentement.
Ainsi il faut considerer cet
avis des Communes comme
sans forme,sans ame & sans
force) de mesme que plusieurs
autres semblables
>
qui
n'ont jamais misa couvert de
la rigueur des Loix, ceux qui
les ont violées,&qui servent
seulement à faire voir que la
Convention estanimée de
ce mesme esprit Fanatique de
rebellion qui a toujours esté
le caractère certain des Prefbyteriens,
dont la Chambre
Basse est remplie; mais enfin
on sçait bien que le Roy
Charles II. rejetta FAdreuc
que ces Communes presenterent
sur ce sujet à Oxford
en 1681. qu'il cassa presque
aussi-tost le Parlement ôc
qu'ainsi tout ce qui peut y
avoir esté fait, est entierement
nul. Cependant il ne
faut pass'imaginer que ce fust
l'avis de toute la Chambre
Basse. Le Lord Darmouth
qui n'estoit alors ny Pair ny
rebelle
3
s'y opposa avec quelques
autres, & feu Mrle Secretaire
d'Estat Leolin Jenkins,
quin'a jamais estésoupçonné
d'avoir trahy lesinterests
de la Nation, & qui
sçavoit les Loix autant ou mieux que personne du
Royaume, leur parla en ces
termes. Jamais on n'a presenté
au Parlement un Bill de telle
nature. ny quisoitsi contraire
à lajustice de la Nation.Il condamne
un homme qui n'ajamais
esté écouté, & c'estune loy faite
aprés coup. C'est assurément une
chose fort extraordinaire
3 &
contre la jujiiee fondamentale
de la Nation, & mesme contre
saprudence,puis quelleintroduiraune
nouvelle forme de gouvernement.
Si le Vuc d'York
entreprend de trancher cette loy
avec son épée,qu'il en 'Vien.
ne à bout, il aura le mesme
pouvoirderejetter toutes les autres
Loix qui concernent la Religion
&les proprietez.La puisance
fera entre les mains d'un
Conquerant, certainement il
hangera la forme du gouvernenent.
CeBillest contre let Reliion
de la Nation, qui inseigne
obeissance envers ceux qui nous
ouvernent )
foit qu'ils soient
ons ou mauvais. Dans les pretiers
tempsduChristianisme, on
obeissoit aux Princesy in licitis
& honestis, cenous nede'l)ons¡
jamais faire une mauvaise ch0.
se, quelque bien qui en puisse
arriver. J'ajoûteray encore un
mot. Ce Bill est contre les sermens
d'Allegance & de Supremacie
prêtez parlaNation. Lo
DucestlegitimeHeritierdu Roy
s'il n'a pointd'Enfans. Jesui
donc lié par ferment en face de
la Loy, parce que tout serment
doit estre pris dans lesens di
Legislateur. Si cette exheredas
tion pajJe en Loy
)
qui me peut
dispenser de ce serment prêtéa
Roy? Voilà le jugement qu'en
faisoit ce grand homme, &
ces paroles fermerent la bouche
à nous lesautres qui n'avoient
que des sottises à y
opposer. On les peut voir
dans les debats de la Chambre,
& je suis feur que tous
ceux qui les ont lûs sans
préoccupation,avoüent que
jamais on n'a dit avec plus
de gravité des choses plus
impertinentes ny plus contraires
à toutes nos Loix, à
nostre Religion, & au bon
sens. Ces Parlementaires gardant
des mesures que les Conventionnaires
ne gardent
plus, ne pouvoient établir
leurs opinions sur aucun principe
, comme en effet l'excl
usion d'un Heritier legitime,
ne peut estreappuyée
sur aucune maxime fondamentale
qui ait force deLoy.
Ils raifonnoient donc sans
principe, ne disoient que des
paroles en l'air, & tournoient
encent ridicules manieres la
conservation de la Religion
Protestante, comme une raison
qui suffisoit à détruire
toutes les autres; mais ils ne
répondirent rien à ceux qui
leur representoientl'obligasion
contractée par les sermens
d'Allegeance &de Supremacie,
les loix du Pays,
a doftrine de nostre Eglise,
es inconveniens de leur proet.
Ils tomberentmesme dans
in si grand ridicule, que le
chevalier de Coventry leur itremarquerque le Bill qu'ils
proposoient,estoitconceu de
naniere,que le Duc d'York
stant exclu par le motifseul
le sa Religion, se feroit enoretrouvé
exclu, quand
nesme il se feroit fait Protelant,
& que la Princesse dO.
ange n'estoit pas excluë,
quand elle auroit embrassé la
ReligionRomaine.Vous pouvez
vous souvenir
,
Milord »
qu'on fit en ce tem ps-làplusieurs
autres semblables reflexions
sur ce Bill monstrueux,
& entre autres que toutes les;
opinions ne rouloient que
sur cette pretenduë conservation
de la Religion Protestante
,
qui ne pouvoit, di-.
soient-ils, estre en seureté
avec un Successeur Papiste;
comme si tout ce cjiise peut
faire en veuë de conferven
la Religion, estoit permis
selon Dieu & selon les Loix.
Mais
Mais la Religion Presbyterienne
a des privileges que les
autres n'ont pas, & ceux qui
la professent ont des lumieres
qui manquent à de bonnes
gens comme nous, qui n'estant
presque pas sortis denos
Universitez & de nos Eglises,
ne fçavons pas les affaires du
monde. Tous les Chrestiens
avoient cru qu'il falloit prier
Dieu pour la conservation
des Princes, mesme infidelles,
& les Ministres Presbyteriens
qui ne vouloient recevoir
que la pure parole de
Dieu,prioient du tem ps de
la Reine Marie, qu'il voulust
bien la retirer de l'Idolatrie,
ou qu'il l'ôtast de ce monde.
C'estoit là le zele de ces furieux
,
qui s'estant retirez
d'Angleterre, scandalisoient
presque par tout les bons Protestans
; de sorte qu'ils furent
chassez de plusieurs endroits
à la priere de leurs Compatriotcs
Conformistes, parce
qu'ils faisoient ouvertement
Schisme,& que leurdoctrine
& leur discipline estoit directement
contraire à celle de:
nostre Eglise. Aussi Melancton
témoigne qne quelques
uns les appelloient des Martirs
du Diable, Vociferantur
quidammartires anglicos ejjc
martiresDiaboli. Mais les Presbyteriens
de nostre temps
doivent à leur confusion se
considerer comme fort éloignez
du zele de ces premiers,
carau moins ceux cy souffroient
pour la Religion Protestante,
au lieu que ceux qui
ont troublé la paix de nostre
Eglise depuis le commencement
de ce siecle, ont toujours
fait souffrir les autres, &
ont évité avec grand sointout
ce qui pouvoit les conduire
au martire. Ils ont toujours
plus fait perir de bons Prorestans
depuis cinquante ans,
que les plus cruels Persecuteurs
des Reformez n'en ont
massacrédepuis plus d'un siecle;
& nous n'en trouvons
guere qui se soient exposez à
souffrir pour la Religion. Il
estvray que comme il semble
qu'un de leurs articles de Foy,
est la rebellion & la resistance
aux legitimesMagistrats, plusieurs
ont souffert la mort
pour ce sujet, & voilà des
Martirs du party que la Convention
rétablira bien tost
dans leur bonne renommée »
cri• [ë couvrant d'une éternelleconfusion.
J'attens qu'-
elle supprimera la Feite que
nous celebrons avec raison
le tfefttiéme Janvier,en détestation
du parricide commis
en la personne de Charles I.
&qu'onsubstituera en la placeune
autre Feste pour déplorer
reffufion du fang innocent
de Milord Russel, &
du Duc de Montmouth, &,
de semblables Martirs
,
qui
estant morts dans l'im penitence
aprés une rebellion maniseste,
ne peuvent e stre considerez
que comme des Martirs
du Diable,peredu mensonge
& du parjure, homicide
dés le commencement
du monde, & qui seul a pu
inspirer aux hommes ces abominables
maximes de rebellion
qui ont inondél'Angleterre
de sang,qui ont animé
le Frere contre le Frere,& qui
ont fait regner durant plusieurs
années la tirannie à la
place des legitimes Souverains.
Mais j'espere que Dieu en
fera justice, quelque confiance
que leur donne cet heureux
commencement de leur
rebellion
>
qu'ils attribuent
par un blasphêmeépouvantable
, àune benediction speciale.
Ils ne secontentent pas
de publiericy ces prétendus
miracles de la delivrance de
l'esclavage du Papisme & du
Pouvoir Arbitraire; ils ont
des Trompettes au delà de la
mer, qui les annoncent, &
qui les relevent par desreflexions
dans lesquelles on reconnoist
l'esprit de sedition
& d'Anarchie, mais pas la
moindre étincelle de charité.
Celuy qui s'est le plus signalé
de tous, est cet extravagant
Commentateur de l'A pocalypfe
, cet Heretique Millenaire
qui fait tant de bruit en
Hollande, où il est admiré,
parce qu'il y trouve des fous
& des Fanatiques comme IUyj
&qu'il faut prescher la rebellion
pour estre souffert en ce
païs-là. Depuis que le Prince
d'Orange regne,il fait beau
voir cet homeilluminé nous
expliquer les miracles que
nous devos remarquer dans le
succés de l'entreprise de 1 Usurpateur,&
nous prouver que
nous devons
,
leconsidererco-
* -.
me nostre Liberateur,& luy
obeir comme à nôtre légitimé
Souverain. On peut dans ce
proced é reconnoistre la bonne
conscience des Presbyteriens,
car que n'a pas dit &
écrit cet Extravagant, pour
prouver contre les reproches
des Catholiques Romains,
que les Reformez de France
avoient toujours enseigné &
pratiqué l'obeissance aux Rois
& Princes légitimes? Combien
de fois a-t-il abusédela
patience de ses Lecteurs, pour
exagerer sur ce sujet les loüanges
de ceux de sa Secte? Cependant
ce mesme homme
est presentement le Panegyriste
de la rebellion. C'est luy
qui enseigne que les Sujets
peuvent fous ce pretexte de
Religion
,
prendre les armes
contre leur Souverain, luy
qui dans les marques qu'il a
données du caractere certain
de l'Antechrist
-,
fait des re«*
flexions particulières sur l'autorité
que les Theologiens
Romains attribuent au Pape,
d'absoudre les Sujers du ferment
de fidélité qu'ils ont
fait à leurs Souverains. Un
autre auroit pensé que par
une semblable déclaration il
exposeroit les Protestans restez
en France, à toute la rigueur
des Loix d'un Royaume
où l'autorité est fort abfoluë
; mais il n'im porte à
ces Pasteurs mercenaires qui
n'ont pas le moindre caraéte",
e du Ministere Evangtlique,
il ne leur importe) dis- je,
que lesautresfouffrent, pour
veu qu'ils soient en seureté.
Il a presché l'obeissance aux
Protestans de France; il a
vantécelle des Protestans
Anglois durant que le Roy
regnoit paisiblement. Depuis
que l'Usurpateur a
envahy la
Couronne, il presche des
maximes toutes contraires, &:'
si, ce qu'à Dieu ne plaise,
cette usurpation subsiste
3
il
nous prouvera par de nouvelles
Visions que nous devons
plus à un Tiran, que
jamais nos Rois légitimes
n'ont pretendu de nous.
Quand les Hollandois se verront
opprimez par cet Ennemy
public de la liberté qui a
déja réduit la leur à une servitude
pire qu'elle ne pourroitestre
fous ceux dont ils
ont secoüé le joug, il aura
des raisons routes prêtes pour
leur prouver que c'est resister
à Dieu que de resister au
Prince d'Orange. Mais l'Ecriture
charge de maledictions
ceux qui marchent par deux
voyes differentes, comme
sont nos Conventionnaires
&ceFanatique, qui ont dequoy
contenter les Rois, &
dequoy juiHri:r les Tirans &
les Usurpateurs, ce qu'ils ont
appris deCalvin & des Frères
de la Reforme de Geneve,
dont la doctrine a toujours
esté comme ces deux panniers
de figues, les unes bonnes,
& les autres mauvaises
& dégoûcantes, que Dieu fit
voir au Prophete Jeremie,
selon l'application que le Docteur
Heylin en a faite à sa
doctrine, car comme il remarquoit
fore bien, aucun
n'a plus positivementnyplus
expressement étably la doctrine
de l'obeissance envets
les Rois & les Princes, &
qu'il n'estoit pas permis aux
Sujets de prendre les armes
contre leurs Souverains
»
&
personne n'a en mesme temps
fait une plus dangereuse ouverture
à la desobeissance &
à la rébellion. Cependant la
Vérité est une & invariable
quand elle a rapport à la seuretépublique,&
si c'est toujours
un grand mal de la déguiser,
c'en: un crime irremissiblede
la trahir, & de
couvrir la dissimulation par
de faux sermens, commeont
fait les Calvinistes en France
t
&les Conventionnaires Presbyteriens
en ce Royaume.
Qn'ils abusent donc par un
sacrilege insupportable du
nom de Dieu, en attribuant
à ses bénédictions le succés
de la plus damnable entreprise
- qui se soit faite depuis
long-temps. Suivant cette
fausse maxime que lesParlementaires
faisoientaussî valoir
pour autori fer leur rébellion,
le Mahometisme doit
estre préféré au Christianisme,
& on soutiendra que tant
de Martirs qui ont répandu
leur sang dans la primitive
Eglise, estoient abandonnez
de Dieu, &que leurs Persecuteursenestoient
favorifez.
Qui ne sçait que Dieu se fert
du crime des hommes pour
punir les autres, & qui ne
reconnoiftra pas sa main toute-
puissante appesantie sur
nostre Nation,quis'est rendue
digne de nouveaux châ.
timens par une nouvelle rebellion?
Mais les veritables
Chrestiens ne perdront pas
pour cela la confiance qu'ils
doivent avoir en sa misericorde,
& ils espereront que
l'impie qui est presentement
élevé comme lesCedres
du Liban,disparoistrasans
qu'il en reste aucunes traces ;•
que cette verge dont il nous
châtie fera jettée au feu, Ôi
tqruee l'homme pacifique, no- bonRoy, qui par sa retraite
a épargné l'effusion de
de tant de fang de les Sujets t
en trouvera encore d'assez fidelles
pour luy rendre l'obeissance
qui luy est deuë
,
&
pour le rétablirsur le Trône
de ses Ancestres, Cette Statuë
dont la teste paroist toute
d'or, n'est pas encore si bien
affermie sur ses pieds de fer
& de bouë, qu'elle ne puisse:
estre renversée en un moment.
Je ne sçay pas ce que:
nous devons attendre detout:
cecy )
si ce n'est que sans faire:
le Prophete,j'affurerois bien i
que cette nouvelle re ~bellioni
~Utirera de nouveaux mal
~neurs à la Nation, dont nous
aures Ecclesiastiques serons
les premiers à faire une triste
expérience. Mais quelque
chose qui arrive, estant per-
I-l.Radçt de tout ce que je vous
p"cris-, & ne croyant pas pouvoir
en conscience changer
de sentimentny reconnoistre
~nUsurpateur;je me prépare
~i tout événement , & j'ay
lefj.g mis ordre à toutes mes
~iffaiies pour me retirer dés
ju'^n viendra nous presen-
:«c ces nouveaux fermeps,
& mesme de n'attendre pas
cette extremité, si je trouve:
quelque occasion de ~sortiui
du Royaume. J'espere que
vous me donnerez sur ~cela
vos bons avis, & que vous
voudrez bien mesme me ~faire:
trouver retraite pour quelques
jours, en cas que je fois
bien-tost obligé de m'absenter.
Je vous prie au moins do
croire que je ne vous ay ~rier
écrit que selon ma conscience,
&que je ne fois prest ài
soutenir devant la Convention
au péril de ma vie. J'efpere
,
selon les paroles diu
Prophete, que ma ~boucheno
prononcera rien conrre ses
sermens, & que pour ce qui
regarde les ouvrages des hommes,
m'attachant à la parole
de Dieu, je me garderay de
suivre les traces des Destructeurs
de l'autorité Royale.
Ainsi,Milord, si vous croyez
que cette Lettre que mon zele
& mon affecton ont fait devenir
plus longue que je ne
pensois,puisse être de quelque
utiliré,& retenir quelqu'un
de nos Amis dans le devoir,
je vous laisse la liberté de la
faire voir à qui vous voudrez
,
sans me nommer neanmoins
qu'à Milord &au
Chevalier. &c. Je fuis.
De ma maison de le3o.Afars 1689
Jamais peut-etre l'amour
n'a causé dans un coeur bienfait
une irresolution aussibien
fondée que celle donc
je vais vous marqner lescirconstances.
Une Dame ayant
dit un jour à un Cavalier de
ses Amis qu'elle avoitdessein
de le marier, illuy répondit
assez serieusement qu'il l'en
laissoit la maistresse, & qu'il
estoit fort persuadé qu'en
choisissant par ses yeux, le
choix qu'il feroit seroit approuvé
de tout le monde. La
Dame luy demanda là dessus,
ce qui le pouvoir toucher
davantage d'une Blonde ou
d'une Brune, parce qu'elle
connoissoit deux Soeurs, en
qui cette feule différence fai-
"oit celle du merite, l'une &
autre estant d'ailleurs si ainable
,
foit pour l'humeur&
'efptyt3 soit pour l'agrément
le la personne
,
qu'il seroit
ortdifficile qu'il n'y trouvast
le quoy contenter son goust.
Elle ajoûta qu'elles estoient
gaiement jeunes, estantnées
lemesme jour,& qu'afinde
leuroster tout sujet dejalousie
, leur Mere, de qui seule
elles dépendoient, leuravoir
toujours caché qui des deux
estoit laifnée
, en forte qu'il
n'avoit qu'à consulter fom
panchant pour obtenir celle
qui luy plairoit davantage..
LeCavalier prit jour avec son
Amie
, pour la visite dans
laquelle il s'agissoit de difposer
de son coeur. Il ne via
d'abord que la Blonde avec
la Mere
,
& sa beauté luA
parut d'un si grand éclat, que
se laissant prévenir pour elle,
il crut que le choix estoit
toutfait. La Brune entra un
moment après. Ill'examina
avec plaisir, &une douce
langueur répanduë sur son
visage, luy fit éprouver en
un moment que sa Soeur avoit
en elle une Rivale des
plus dangereuses. Comme il
estoit enjoüé, la conversation
fut vive & fort agreable
,
&
lors qu'il les eut quittées) la
Dame luy ayant demandé son
sentiment, il avoüa que ses
yeux estant également satisfaits
de quelque costé qu'il
les pust tourner, ils ne pouvoient
luy donner aucun
conceil, &qu'il avoit besoin
d'un peu de pratique poull
déterminer son coeur. Il vit
les deux Soeurs avec assez
d'assiduité, & le remps ne fie.
qu'augmenrer son embarras,
Chacune avoit dequoy meriter
son entier attachement,
& dans les foins qu'il prenoit
pour réiïfïîr à leur plaire
,
il
sentoit bien qu'il auroit esté
faché de chagriner l'une en
obligeant l'autre. Cependant
il connoissoit que toutes les
deux estoientassez favorablement
disposées pour luy. &
plus il cherchoit à se fixer,
noinsil trouvoit sujet de le
aire. S'il nevoyoit que l'une
les deux, son coeur estoit
.ress dese donner, & quand
autre Paroissoit il estoit
ouché de son merite, & s'acusoit
d'estre injuste s'il luy
réferoit saSoeur. Quoy que
etteincertitude luy causast
eaucoup de peine,il ne laisit
pas de leur procurer tous
-s plaisirs qui sont juger que
est l'amour qui s'en mesle. Il
ur dirait) selon que l'occaons'en
pouvoit offrir, tout
qu'on peut dire de plus
flateur & de plus galant ; &
comme il avoir beaucoup
d'esprit, toutes ses douceurs
estoient bien rcceuës; mais s'il
leur estoit aisé de voir que
toutes sesactionstendoient a
s'en faire aimer, aucune des
deux n'avait lieu de se flateu
devoir obtenu la préférence
Enfinun jour la conversation
estant devenuë badine) a pré
leur avoir juré que chacuno
d'elles le touchoit sensiblement
, il leur déclara qu*
ne pouvant les époufer toutes
deux, & se sentant incapable
de renoncer à aucune:
estoità elles à faire deluy
ce qu'elles croiroient le plus
L propos, puis qu'il n'y avoit
que l'exclusion que l'uneluy
donneroit
,
qui pourroit enfin
le déterminer pour l'aucre.
Cette dec laration ayant
donné lieu à de fort plaisantes
choses qui furent dites
pendant plusieurs jours, il
pria la Mere de vouloir bien
décider, l'afleurant de se
soûmettre àce qu'elle ordonneroit.
La Mere à qui la décision
fut renvoyée,tint conseil
avec ses Filles, & leur
demanda serieusement laquelle
des deux vouloir cede
le pas à la Soeur. Chacune prill
le party,mais ce fut d'un
air qui sitconnoistre à la
Mere que la bien seance & lai
pudeur avoient plus de parc
à cette prompte resolution
Je qu'aucun sentiment d'indifserence.
Elle les aimoit toutes
deux avec beaucoup de ren-.
dresse,& ce que le choix qu'el.
le auroit fait dCVOkt donner
necessairement de chagrin à
l'une,l'embarrassa elle-même.
Cela fut cause qu'on laissa l'affaireencorequelquetem
ps lur
lemêmepied. Le Cavalier qui
se plaignoiten riant de ce
que depuis qu'il les connoissoit?
aucune n'avait voulu
relalcher de ses belles qualitez
)
offroitquelquefois de
lesépoufer l'une après l'autre,
& enfin un de ses Amis intimes
à qui il parla un jour
de la plaisante situation où
il se trouvoit
)
luy ay ant dit
qu'il ne croyoit pas possible
que deux personnes fussent
d'un mérité assez égal pour
tenirtoûjours la balance jufie"
„
il le pria devenir voir
ces charmantes Soeurs,l'affeurant
qu'après qu'il les auroit
étudiées quelque temps ,
it
choifiroit celle qu'il luy jureroit
de bonne foy qu'il auroit
trouvée la plus aimable.
L'Amy se laissa conduire:
chez elles, & estant sort fatissait
de ce qu'il vit d'agrément
dans leur personne, ill
s'attacha à ce qui pouvoir les
faire connoistre du costé dw
coeur & de l'esprit.C'estoit
un homme de fort bonnes
mine, qui avoit du bien 8c
de la naissance
,
& que fcsi
maniérés aisées & insinuantes
faisoient souhaiter par tout..
Elles luy parurent d'un agrc^-
ble commerce ;
ainsi il n'eut
pas de peine àavoir pour elles
la mesme assiduité que le
Cavalier. Elles la souffrirent
avec assez de plaisir
,
& soit
que chacune cherchast à gagner
sa voix,ne dourant point
qu'il ne pust beaucoup sur
son Amy, soit qu'elles ne
fussent pas insensibles à ce
qu'il leur disoit d'obligeant,
il n'eut pas sujet de regreter
le temps qu'il donna à les
bien connoistre. Un mois se
passa de cette sorte, & le Cavalier
le pressantsouvent de
choisir pour luy, il trouvoit
toujours à differer. Lors qu'il
n'eut plus de raisons pour s'en
deffendre, il le pria de choisir
luy- mesme
,
& pour luy marquer
combien il trouvoit les
deux Soeurs aimables
,
ill'asseura
qu'aussi- tost qu'il se
seroitdéclaré pour l'une, il
em ployeroit toures fortes de
moyens pour obtenir l'autre.
Le Cavalier ravy de cette
réponse
>
dit à la Mere
,
du
consentement desonAmy,
qu'elle avoit deux Gendres,&
qu'elle n'avoir qu'à faire dresser
deux Contrats de Mariage,
qquui*i seroient signez selon le fcroicntfignczfèloiile,
panchant qu'elle remarqueroit
dans ses Filles. ( ette declaration
ne déplut point a.
la Mere. Aprés qu'elle l'eut
receuë de la bouche mesme
de l'Amy du Cavalier,elle
consulta ses Filles, & voulut
les obliger à tom ber d'accord
du choix que les deux Amans
la pressoient de faire; mais
toute la réponse qu'elle en
eut, sur que leur trouvant
beaucoup de merite, chacune
d'elles recevroit sans répugnance
le Mary qu'elle voudroit
leur donner. L'Incident
estoit des plus extraord i^
naires. Les deux Cavaliers
plaifoient aux deux Soeurs;
l'une & l'autre estoit aimée
des deux Cavaliers, & comme
la Mere ne vouloit
point se charger du choix,
& que les parties interessées
refusoient de s'expliquer sur
la preference, on ne pouvoit
terminer cette double affaire.
Cet embarras n'auroit point
finy
,
si l'on ne fust convenu
que le hazard en décideroir.
On fit venir un Notaire, &
le Cavalier signa deux Contrats
de Mariage, l'un avec
la Blonde, l'autre avec la
Brune
,
après quoy on les
mit pliez sur une table. Cela
estant fait, on appella un
Enfant à qui l'on en fit
prendre un qu'on déchira
sans le lire. Celuy qui demeura
sur latable, estoit
figné de la Brune, & le Cavalier
l'ayant alors assurée du
don entier de son coeur, la
Blonde ensignaun autre avec
son Amy. Jamais satisfaction
ne fut égale à celle que ces
quatre Amans firent paroistre.
La Mere eut de son costé
tout sujet d'estre, contente.
La conduite de ses Filles l'avoit
toujours obligée à les
aimer tendrement, &ce luy
fut une tres-sensible joye de
les pouvoir marier dans le
mesme jour. Je remets au
mois prochain l'avanture de,
deux Freres qui m'auroit
mené trop loin dans cette
Lettre, où je dois reserver
place pour beaucoup d'articles
de Nouvelles.
Parmy ceux qui composoient
ma derniere Lettre,
vous avez trouvé l'explication
de la These qui a esté
faite sur la Theriaque de Mr
de Roviere, dont je vous parlay
il y a deux mois. Vousavez
souhaitévoir cette Allegorie
gravée, & je vous
l'envoye
,
mais sans vous
rien dire de la Theriaque.
Vous sçavez son origine, ce
qui entre dans sa composition
)
&sesvertus. Il ya plus
de trois mois qu'on a enlevé
à Mr de Roviere, pour l'Armée,
tout ce qui luy en restoit.
C'est ce qui l'a obligé
d'en faire encore douze ou
treize cens livrespesant. Il
n'yest rien entré qui ne soit
original, aucune drogue,
bien que cela soit permis par
l'usage, n'ayant elle substituée
à la place de celle qui
auroit pû manquer;ce qu'on
a peu vû, mesme à Venise,
où se fait. la meilleure Theriaque,
& où l'usage d'en faire
s'est conservé depuis le
temps de Neron
,
qu'on a
inventé ce grand remede.
Mais il ne faut pas s'étonner
que tout ce que les Indes
produisent de rare, se puisse
trouver en France; rien n'y
manquesous le regnedu Roy.
Toutes ces drogues, dont
quelques-unes ont mérité le
nom de precieuses, ont esie
exposées chez MrRoviere,
Apoticaire des Camps & Armées
de Sa Majesté, à qui
la France est redevable de ce
remede, que la feule Villede
Venise a eu la gloire de faire
pendant tant de siecles. Une
infinité de Curieux &de Personnes
distinguées par leur
qualité, en font venuës voir
la dispensation. Monsieur a
mesme témoignéqu'il y seroit
venu, s'ileust esté en ce
temps là à Paris. Cet appareil
a donné beaucoup de plaisir
à voir. On en a fait le mélange;
& dans quelques mois,
quand la fermentation fera
faite, ce remede fera donné
au Public
,
qui le souhaite
avec une impatience proportionnée
aux merveilleux essers
qu'il produit.
J'ay une nouvelle à vous
dire, dont vous me devez
assurement sçavoir gré puisqu'elle
eH à l'honneur de vôtre
Sexe. L'Academie Royale
d'Arles a envoyé des lettres
d'Academicienneàl'illustreMadame
des Houlieres
que ses excellens Ouvrages
ont renduë si celebre,
ce qui n'avoit point encore
esté fait en faveur des Dames
dans pas une des Academies,
qui font presentement
en France. Ces lettres ont
estéadressées à M Charpentier,
Doyen de l'Academie
Françoise, Académicien ho.
noraire de celle d'Arles,&
Député perpetuel de cette
Compagnie, qui les a renduës
ï Madame des Houlieres avec
Mr le Marquis de Chasteau
Renard qui est aussi de l'Academie
d'Arles, & dont le
10m est. si connue par le
nerite de l'esprit, & par ses
ervices pendant 18. campagnes
dans l'employ de Capitaine
au Regiment Royal,
où il s'est acquis la réputation
d'un des meilleurs Ossiciers
d'infanterie & d'un des
plus braves hommes de nostre
temps, ce qui est affezconfirmé
par le nombre de ses bieffures.
Ces lettres qui font en
parchemin &. scellées du
Grand Sceau de PAcadémiei
Royale, estoient dans un sa-;
chet de satin bleu galonné ô&j
frangé d'or. Le sceau qui eflf
de cire bleuë est enfermé dans
une boëtte d'argent attachée;
au bas des lettres avec un clou..
b-le-lac-s de soye bleue.Le, -
Roy y est representéassis sur
son Thrône environné de trophéesd'armes
fous un pavillon
ouvert des deux costez,
avec ces mots latins en haut,
AcademiaRegia Aeelatenfis.Le
tout estoit dans une boëtte
couverte de maroquin de levant
incarnat semé defleurs
delys d'or,& doublée de satin
de mesme couleur. Les raisons
qui ont porté cette celebre
Academie à rendre un honneur
si singulier à Madame
des Houlieres font expliquées
dans ces Lettres avec beaucoup
d'éloquence & de dignité
& je croirois vous dérober
une partie du plaisir
que vous en devez ressentir si
je ne vous en envoyois la copie
que j'ay trouve, moyen
d'avoir, car assurement elle est
digne de vostre curiosité.
L'Academie Royale d'Arles,
à tous ceux qui ces
presentes Lettres verront,Salut.
L'établissement de nostre Compagnie
par Lettres patentes du
Roy, estant un effet dessoins que
Sa Majecté veut bien prendre
pourfaire fleurir les belles Lettres
dans sonRoyaume
, nous
avons estimé que peur répondre
efficacementàsesRoyales intentions,
nous devions non seulement
remplir les places des Académiciens
de Personnes d'une
naissance distinguée & d'une
capacité reconnuë,residentesen
cette Ville pour djfijfer 4 nos
djjemblêes ordinaires ; mais encore
que nous devions nous ajjorierd'autres
personnes de dehors,
pi par une érudition singulierese
soient acquis une réputation éclatante.
Nous nous sommes persua-
~rt,;~zque cette alliance quiseferoit olu,e al qui
«
fioferoit
entre eux ü nouslesattacheoitd'amitié
cm d'interejî à naflrcCorps
que nous ne pourrions
recevoir que de tresgrands avantages
d'unesemblableunion.
Nous avons creu mesmeque nous
ne devions pas en
exclurre
les
Dames,puis quily en a eu de
tout temps qui se font renduës
tres celebrespar lagloire desLettres.
Les Ecrits de Sapho> d'Erinne
3
de Telesilla, de Corinne
3 de Zenobie parmilesAnciens,
ceux d'Olympia Fulvia Wor4-
ta,de Cassandra Fedele,de Loren-
%a Stro':{':{i,des deux incomparables
Reynes de Navarre Marguerite
de Valois, de la Demoiselle
de Schurman ,de laComtesse
de la Suze, ont bienfait njoir
s'il n'y a rien
desisublime
dans
ssciences où les Dames ne puisnt
penetrer, & qu'elles partilent
à toutes les richesses du
us beau duplus noble Genie.
exemple des Academies d'Itae
où elles font receuës, nous a
tjji déterminez à les admettre
ins la nostre, & comme la Remmée
(7 la IlElure des [Júëfirs
Madame des Houlieres nous
t faitconnoistre les excellentes
!alltek de son esprit qui efi au
ssus de toute Iciïange» nous
vons resolu de luy donnerune
arque publique de nojlreeCume,*
en l'aggregeantànostre Compagnie
, &faisant pour elle ce qu'a
déj-t fait l'Academie des Rico
rati de Padoüequi luy ont envoyé
des lettres d'Academicienne.
C'est pourquoy aprés notA
estreassemblez & avoir meurement
délibéré sur ce sujet, nom
avons d'un commun consente
ment éleu c- nommé comme par
ces presentes nous êlisons enommons
ladite Dame des HOM
lieres Academicienne de l'AcadémieRoyale
d'Arles. Mandom
au Secretaire perpetuel de I!
Compagnie d'ajouter son nom
selon l'ordre de sa reception a,
Catalogue des Academiciens&
qu'ilfasse registrerces Presentes
dans les registres de la Compagnie
3
Car ielle eji nojlre intention.
Pourtémoignagede laquelle
nous avons fait expedier ces
Lettres signées du Directeur &
duditSecretaire perpetuel ~&y
apposer le sceaude tcAcademie.
Fait à Arles le 28. Mars 1689.
Ainsifigné D'ARBAUDDocteur,
ROBIAS ESTOUBLON,
Secretaire perpetuel de l'^Acade~
mie Royale.
Le Samedy 30. du mois
passe on fit icy dans l'Eglise
Métropolitaine un Service
solemnel pour la feuë Reine
d'Espagne. Je vous ay déja
décrit tant de fois ces forces
de Ceremonies, que comme
elles font toujours les mêmes,
il me feroit inutile de les repeter.
Ce Service a esté fait
aux dépens du Roy, & par
son ordre. Les Personnes qui
en composoient le deüil, furent
Mademoiselle
,
menée
par Monsieur le Duc dcChartrès,
sa queüe portée par Mr
le Marquis de Chastillon,premicr
Gentilhomme de la
Chambre de Monsieur; Madame
la Grand' Duchesse de
Toscane, menée par Monsieur
le Prince, sa queüe portée
par Mr le Comte de Sainte
Mesme
,
son Chevalier
dhonneur,& Madame ]a Duchesse
de Guise
)
menée par
Monsieur le Duc,sa queuë
portéepar Mr l'Archevefque
de Paris celebrala
Messe. Après l'Offertoire5
M l'Abbé de Brou, nommé
à l'Evesché d'Amiens, prononça
l'Oraison Funebre avec
beaucoup d'éloquence, & il
fut extremement applaudy
de tous ceux qui l'entendirent.
Le Parlement, la Chambre
des Comptes, laCour des
Aides, l'Université, & le
Corps de Ville, qui avoient
esté invitez à cette Ceremonie,
y assisterent en Corps.
MrleMarquis deBlainville,
revestu de son grand habit de
deüil, fit les fonctions de sa
Charge de Grand Maistredes
Ceremonies. Je ne vous décriray
point la magnificence
du Mausolée?qui fut trouvée
de bon goust. Aux quatre
anglesil yavoit des Figures
qui representoient les principales
vertus de la Reine? qui
a fait voir jusqu'au moment
de sa mort le pouvoir que la
Religion avoit sur elle. Outre
legrand nombre de Chandeliers
garnis de lumieres, dont
cette Representation estoit
ornée,on y voyoit des Vases
fumans avec des Lampes antiques,
ce qui avec les autres
lumieres, & celles qui regnoient
tout autour du
Choeur, faisoit un effet qu'on
eust pu direéclatant dansune
autre occasion, mais qui n'avoit
rien que de lugubre &
de sombre en celle-c y, par la
tenture de deüil dont le
Choeur estoit couvert. Ce
Mausoléeestoit du dessein de
M Berin, quidepuisplusieurs
années a pris foin de ce qui
s'est fait de beau de cette nature,
aussi-bien que de toutes
les grandes Festes & des
grands Spectacles.
M l'Evesqued'Uzezayant
tenu son Synode le mois passé,
les Prieurs & les Curez s'y
trouverent au nombre de prés
de trois cens. Il leur ordonna
des Pricrespubliques pour le
Roy, & elles furent commencées
par un Salut du S. Sacrement.
La Cathedrale estoit
toute remplie de lumieres, &
il s'y trouva une quantité extraordinaire
de Peuple, que
ce Prelat exhorta par un exce llent
discours à joindre ses
voeux & ses prieres pour le
progrés de la Religion Catholique
, pour la fanté de Sa
Majesté, & pour l'heureux
succés de ses armes. Il faut
que son zele ait esté grand,&
qu'il ait eu l'art de persuader,
puis que plusieurs personnes
de distinctionconvaincuës
par ce discours, ont écrit depuis
à leurs Parens, pour les
exhorter de quitter le service
du Prince d'Orange, & dese
retirer au moins chez les Alliez
de cette Couronne.
J'oubliay à vous dire le
mois passé que l'onavoit enseigné
publiquement dans les
Ecoles Royales de Chirurgie
les Exercices ord inaires
,
sondez
par feuM Bienaife. M*
Chevalier, dont le nom est
fort connu pour estre l'Eleve
de l'illustre Mr Guayant,
»
si celebre par Ces Anatomies,
fut choisi par M' Felix, premier
Chirurgien du Roy,
pour faire le Cours anatomique,
& Mr Dalibour, dont
evous ay déja parlé plusieurs
ois
, pour faire celuy des O-
~serations. Ces deux habiles
Professeurs ont fait connoitre
que c'cft avec beaucoup
dejustice que la Compagnie
des Maistres Chirurgiens de
Paris s'esttant acquis de reputation
»
& que ce n'est pas
sans raison que l'on va prendre
chez elle beaucoup de
Chirurgiens pour les Armées
du Roy.
M' Venier, nouvel Ambassadeur
deVenise, a fait icy
son Entrée publique,&aeu
audience du Roy, & de toute
la Maison Royale. Jenevou
repeteray point les ceremo
nies qui se font à ces iorrc
d'A udiences, puis que c'es
toujours la mesme chose
Les Ambassadeurs de Venise
font receus comme ceux des
cestes couronnées. Les Venitiens
envoyent regulieremenc
tous les trois ansrelever celuy
qu'ils ont icy. Mr Venier a
succedé à un de ses Parens
de mesme nom. Ce nouvel
Ambassadeur a déja passé
prefquc dans toutes les plus
grandes Charges de la Republique,
quoy qu'il paroisse
ncore jeune pour avoir eu
ant d'Emplois considerables.
)n peut juger par là de son
~merite. Quant à samagnifïence,
elle parut le jOI¡r de
on Entrée,sonEquipage &
's Carosses estant d'une tresrande
beauté.
Le Roy a donné à Mr le
omte de Cruoly sa Comagnie
de GensdarmesAnois,
vacante par lademis-
)n volontaire de M le Mar-
~lis de la Guette qui en estoit
apitaine Lieutenant. Mr le
~mte de Cruoly estbeaufredu
Duc de Gourdon qui
défend aujourd'huy le Chasteau
d'Edimbourg, & qui
soustient en
Ecosse
les interefis
du Roy d'Angleterre
avec tant de ze le & tant de fidelité.
Les services de ce
Comte, l'action éclatante
qu'il a faite autrefois en Suisse:
& l'estime que le Roya POUIi
luy meritoient sans doute une
telle recompense. Il estoit
Sous- Lieutenant des Gens;
darmes Anglois, & le Roy
ayant àremplir sa place,en
donné l'agrément à Mr l
Marquis de Mimeure. Il n'est
pas ordinaire d'entrer ~dan
le service par une Charge si
considerable sans y monter
par degrez ; mais la protection
de Monseigneur le
Dauphin
,
auprès de qui il a
esté élevé dés l'âge de neuf
ans, & la distinction qu'il
s'est acquise au siege de Luxembourg
& aux autres endroits
où il a servi Volontaire
,
luy ont attiré du Roy
cette grace toute particuliere.
Quand je vous parlay il y a
un mois de la mort de Mr
Bruant des Carrieres, cy devant
Resident pour le Roy à
Liege
, mort à l'âge de 68. &
~nonr de 78.ans, je n'estois
pas informé de beaucoup de
choses curieufcs qui regardent
ses emplois. Il a soustenu
vigoureusement les interests
de sa Majesté contre les
menées du party d'Espagne,
& contre les pratiques du feu
Cardinal de Baden
,
& du
fameux Baron de Lifola
Ministre de l'Empereur, qu'il,
obligea de sortir de Liege.
Il m'est tombé entre les
mains des Memoires qui en
parlent, & qui font voir que
dés l'année 1674. la Maison
d'Austriche commençoit à
vouloir donner de vive force
un Coadjuteur à l'Archevêché
de Cologne
,
& mesme
contre la volonté du feu
Electeur. Cette intrigue mérited'estre
éclaircie, puisque
la violence que l'on vient de
faire à Mrle Cardinal de Furstemberg
en est une fuite.
Cependant le peu de tem ps
qui me reste
)
& la matiere
qui m'accable, m'obligent
de remettre au mois prochain
a vous en entretenir.
Vous devez scavoir la mort
de Dame Anne de Champhuon
,
Veuve de Messire
Charles de Charron, Seigneur
de Monceaux, valet
de Chambre ordinaire du,
Roy, puisqu'elle arriva le 27.
de Mars dernier. Elle est
morte âgée de 88. ans, & a
conservé jusques au dernier
soupir une memoire admirable
,
& l'esprit vif & brillant
dela jeunesse.Elleestoitfille
de Gilles de Champhuon
Conseiller d'Estat, dont le
grandPereaesté Chancelier
de Marie Stuart Reyne d'Ecosse.
Je vous ay parlé d'elle
& de sa Famille dans ma Lettre
de Septembre 1680.
Quant à la mort de la
Reine de Suede, je ne vous
en diray rien ce mois-cy
) afin de vous en parler avec
toute l'étenduë que demande
cet article en vous envoyant
le testament de cette
Princesse que vous trouverez
dans ma lettre de Juin avec
plusieurs choses touchant le
Connestable Colomne, qui
est mort à Rome presque en
mesme tem ps.
Voicy les noms de quelques
personnes conifderablcs
mortes à Paris depuis un mois.
Madame de Durasfort, Da^
me d'A tour de Madame. Cette
qualité de Dame d'Atour
la faisoit appeller Madame,
quoy qu'elle fust fille. Elle
estoit soeur de Mr le Maréchal
Duc de Duras,de Mrle
Maréchal de Lorge&de Milord
Duras, aurrement Comte
de Feversham, Madame la
Comtesse deRoye,&Madame
la Marquise de Malause font
ses soeurs. La place de Dame
d'A tour qu'elle possedoit
feule a esté remplie par Madame
la Marquise de Chastillon,
Femme de Mde ChastilIon
, premier Gentilhomme
de la Chambre de Monsieur,
&par MademoiselledeChasteau-
Tiers, qui estoit fille
d'honneur de Madame.
Messire Jean René de Longueil
receu en 1682. Conseiller
au Parlement de Paris. Il
estoit fils de Messire Jean de
Longueil
,
Marquis de Maisons,
Seigneur de Grisolles,
President au Mortier du Parlement
de Paris
, & est mort
d'une apoplexie de fang dans
une grande jeunesse. Je ne
repeteray point ce que je vous
aaymdit iplusieurs fois de cette
MessireGabriel Philippes
de Tessay de Froulay
y
Evesque
d'A vranches en Normandie.
Il avoit de grands
talens pour bien gouverner
un Diocese, & les avoit fait
paroitre lors qu'il avoit esté
Grand- Vicaire de Bordeaux.
& de Bourges. Sa probité
cftoitfort connuë, & on
l'estimoit pour ses bonnes
moeurs, ausquelles rienn'avoir
jamais pu dõner atteinte.
Il estoit Frerede Mr le Comte
de Tessé
,
Grand Maréchal
des Logis, & Chevalier des
Ordres du Roy,quiavoit esté
Capitaine aux Gardes. C'citoic
un homme ferme, &
dd''une val eur 1éprouvé1e. Mfr
l'Abbé de Froulay, leur Freicy
Comte de S.Jean de Lyon,
justifie assez la noblesse de
cette Maison, puis qu'ilsejoit
malaisé d'en trouver de
mieux établie que celle de
ce Cha pitre.
Dame Françoise- Marguerite
du Plessis de Chivré
, Femme d'Antoine, Duc de
Gramont, Pair & premier
Maréchal de France,Chevalier
des Ordresdu Roy, Souverain
de Bidache, Comte de
Guiche & de Louvigny, Baron
de Hagetmau & Came,
Gouverneur. & Lieutenant
general pour le Royen son
Royaume de Navarre, &
Principauté de Bearn, aussi
Gouverneur&Lieutenant gé- eral des Ville & Chasteau
de Bayonne,Païs de Labourt,
& de la Citadelle de S.Jean
Pied de Port, Colonel du
Regiment des Gardes de Sa
Majesté. Elle l'avoit épousé
en 1634, & de ce mariage
font venus deux Fils &
deux Filles. L'aisné fut'
Guy Armand de Gramont,
Comte
Comte de Guiche, Lieutetant
General des Armées du
Roy ,
Colonel du Regiment
les Gardes en survivance
,
nort en 1673. sans avoir laissé
l'Enfans de Dame Margueite
Loüise de Bethune
,
de
a Branche des Ducs de Sully.
-e second
,
qui est vivant,
:£1: Antoine-Charles,Duc de
Gramont , Pair de France,
Souverain de Bidache, Comte
le Louvigny& de Guiche)
&c. qui a épousé en 1668.
Marie-Charlorte. de CafteU
nau ,
de la Maison de Castelnau
,
qui a donné un Maréchal
de France, & d'autres
personnes considerables. Dé
ce mariage font venus un Fils,
Comte de Guiche) & une
Fille. Ce jeune Comteaé"pouosé
Mademoiselle de Noailles,
Fille du Duc de ce nom.
L'aisnée des Filles de Madame
la Marefchale de Gramont
nommée Charlotte „
-
Cat herine
épousa en 1660. Loüisa
Grimaldy, Prince de Monaco,
Pair de France, & la séconde
,
appelléeHenriette-
Catherine, eH: Femme d'Alexandre
de Canonville,Marquis
de Raffetot. Feu Mr le:
Mareschal Duc de Gramont,
estoitFils d'Antoine de Gramont,
II. du nom, Souverain
de Bidache, Comte de
Gramont,Guiche & Louvigny
,
Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur pour
Sa Majesté en son Royaume
de Navarre & Principauté
de Bearn
>
Gouverneur des
Ville & Château de Bayonne,
& de Loiiife de Roquelaure
Fille alfnée d'A ntoine de,
Roquelaure
,
Maréchal de
France. Cet Antoine de
Gramont épousa en secondes
Nopces Claude de Montmorency,
de l'ancienne Maison
de Montmorency, premier
Baron de France, de laBranche
de Bouteville
9
dont il
eut deux Fils &trois Filles,
sçavoir Henry, Comte de
Toulongeon
,
Lieutenant de
Roy en Navarre, qui est
n'lare; Philbert de Gramont,
à present Comte de Gramont,
Chevalier desOrdres du Roy,
qui a deux Filles d'Elisabeth
Hamilton, d'une ancienne
Maisond'Ecosse ; Susanne-
Charlotte de Gramont, Femme
de Henry Mitte,Marquis
de Saint Chaumont; AnneLoüisemariée
à Isaac de Pas,
Mrrquis de Feuquieres, morte
en 16CC. & Françoise Marguerite,
qui a épousé Philippes
,
Marquis de Lons en
Bearn.L'Ayeul de M le Maréchal
de Gramont estoit
Philbert de Gramont
j
Souverain
de Bidache
, Comte
de Guiche, qui fut tué au
Siege de la Fere, âgé de 18.
ans. Il avoit épousé Diane,
dite Corifande d'Andoüins,
feule Heritiere de la Maison
d'Andoüins
,
qui tire son
origined'Athon d'Aure, Seigneur
de Larbouse,quivivoit
en ujo. Quant à feu Madame
la Maréchale Duchesse
de Gramont, elle descendoit
de l'ancienne Maison du
Plessis
,
Seigneurs de Richelieu
en Poitou
,
si considerable
par les grands Hommes
qu'elle a donnez,parciculierement
en la personne de Jean
Armand duPlessis, Cardinal
de Ruchelieu. La sage conduite
de cette Dame luy a.
toûjours faitavoir une grande
réputation dans les temps les
plus corrom pus. Son habileté
& sa pieté l'avoient rendue
plus recommandable que la
grandeur de son rang & de
ses alliances. Elle a vescu au
milieu de la Cour dans une
retraite qui n'avoit rien de
sauvage. Elle avoit accoûtume
de se retirer aux Capucines
1
oùelle avoit un logement,&
depuis un fort grand
nombre d années elle s'estoit
exercée aux oeuvres de pieté,
ans avoir jamais manqué à
emplir tous les devoirs où
engageoit sa Famille.
Messire Antoine deVyon,
cigneur d'Herouval ,Audieur
des Comptes. Il s'estoit
cquis une connoissance tresprofonde
de l'Antiquité de
nostreHistoire, & le Publie
luy est redevable de plusieurs
découvertes fort avantageuses.
Sa Famille qui est du
Vexin, est originaire de
Bourgogne, &a donnédivers;
Officiers considerables à l'Armée
& à la Religion de Malthe.
Louis de Vyon, Chatelain
de Vaux, fut fait Chevalier
à la prise de la Ville
de Theroüanne en 1487. Jean
François de Vyon, Chevalie
de Malthe en îjpj. fut depui
Grand Prieur de Champagne
Dans la mesme année, Guil
laume deVyon, SrdeChandon,
fut tué à la prise de
Ham. Il est fait mention dans
le Martyrologe de Malthe
qu'a fait le Pere de Goussancourt,
Celestin, d'un Denis
de Vyon ,
Chevalier de Malthe,
tué par les Turcs à la
prise de deux Galeres le 13.
Juin 1638. Charles- François
de Vyon son Frere
,
fut fait
Chevalier de Maltheaprès la
mortde Denis. Mr de Vyon,
d'Herouval, est mort le 23.
du mois passé dans sa quatre-
vingt troisiéme année.Il
s'estoitdémis de sa Charge
d'Auditeur en 1670. en faveur
de Pierre de Vyon
,
Sr d'Orville
son Fils, qui l'exerce encore
presentement. On peut
dire que le carattere de cet
illustre Défunt estoit singulier.
Jamais homme n'a plus
travaillé, ny fait un plus
grand nombre de recherches;
Il les offroit à tous ceux qui
en pouvoient tirer quelque
utilité,&ayant tout faitpour
les autres, il n'a jamais rien
fait pour luy.
Mr de Castagneres de Chasteauneuf,
Conseiller au Parlement
de Paris, a esté choisi
ar le Roy pour son Ambasadeur
à Constantinople. Je
ous ay parlé plusieurs fois de
ay ,
& vous ay fait voir qu'il
stoit fort magnifique, qui
st une qualité tres-necessaire
ceux qui sont chargez d'un
>3reil employ Ilal'esprit
enetrant; il s'explique netement)
& fait le rapport
d'une affaire avec beaucoup
le justesse & d'intelligence.
VI Beauquesneaesté nommé
en mesme temps Secretaire
de l'Ambassade. Il a voyagé
dans plusieurs Cours étrangeres
, ou il a commencé à
prendre les lumieres necessaires
pour un employ de cette
nature.
Le Sr Jollain, Marchand
Graveur, demeurant rue Saint
Jacques à la Ville de Cologne,
a fait imprimer le 'Paralelle
de ltArchiteicture antique üde la Moderne, du Sieur de
Chambray. Cette seconde
Edition est augmentée des
Piedestaux de chaque Ordre,
suivant l'intention des meilleurs
Auteurs. On en a reduir
toutes les mesures sur le Modelle
ou Echelle generale,
dont Mr de Chambray s'est
servi dans tous les Profils de
sonLivre.Je ne vous en feraypoint
un long éloge. Je
vous diray seulement que sa
rareté & son utilité l'ont rendu
d'un prix excessif, & que
l'on a dans un seul Livre ce
bqeuaiunous est resté de plus
de l'ancienne Rome, &
ce que les plus habiles Maistres
ont répandu dans degros
Volumes d'une maniere plus
embarassée,& dans une Langue
inconnuë à lapluspart
des Ouvriers, avec des Notes
judicieuses sur le dessein
de chaque Auteur. On vend
aussi chez le mesmeSr Jollain,
La Maniere de bastir pour
toutes fortes de personnes
> contenant
les moyens d'élever
des Bastimens de toutesgrandeurs,&
d'y faire tous les ornemens,
commoditez & détachemensquis'y
peuventsouhaiter.
Cette Edition est augmentée
des Plans & Elévations
de plusieurs Bastimens
de l'invention du Sr le
Muet, Architecte du Roy.
On trouve encore chez le
mesme Marchand, Le grand
Vignole, que l'on vendoit cydevant
à Amsterdam, chez
Justus Dapekers.
Le mot del'Enigme du dernier
mois estoit la Quenoüille.
Ceux qui l'ontexpliquée dans
son vray sens, font Mf' l'Abbé
Blauf.. de Melville de
Montargis : des Bordes de
Tours:Baron de la rue Gre.,
nier S. Lazare; de Chalons
Chanoine de Vannes: Barbé
de S. Bonnet: du Perrier: Ph.
Roquier d'Issoudun demeurant
à Bourges; Phil. de la
Chatre de Tharbay : Cl. Ba:
Cla. Br. Chanoines: Cyre Amourettes;
l'Ami des Carmes:
C Hutuge d'Orleans:le Coeur
constant de Meaux: le charmant
Avocat pamonné pour
l'aimable L - de la rue de
Marseille:le beau Marchand
de la rue Coquette de S. Merry
: le plus Fidelle de tous les
Amans:Tamiriste de la rue
de laCerisaye: le Chevalier
des grands Airs pour quelque
temps: l'Amant de la
Caillettede l'isle sansFlandre:
le Maistre de l'Altesse de la
rue Sainte Avoye : l'Heuré
Minos de Basse Normandie:
Jupiter & Pluton,
)
de la rue
Simon-le-Franc: lePaysande
la Bastille : Mr Cholet de
Bourge:leMiroir de Caresme
o
de la rue Pasle-droit.Mesdemoiselles
Elisabeth Baron.
veuve de Mr de Ferary, Seigneur
de Gaigny : la plus aimable
Brune du Perche-
Goüet: la plus grandeVeuve
de la ruë Galande: la belle
Themis de la mesmerue: la
belle Veuve de la rue Guillaume,
Iflc Nostre. Dame : la
charmante Minerve de la rue
Simon-le-Franc: l'aimable
Brune au vermillon naturel:
la Grondeuse de la rue des
quatre petites Fontaines: C.
C.D.R. ou la belle Pouponne
de la rue d'Anjou, & l'ai-
mable Charlotte la Conquerante3
du Marais.
La nouvelle Enigme que je
vous envoye est du défunt
Berger Fleuriste.
ENIGME
LA peinesuccede au plaisir,
Le travail au loisir,
Et fefi moy qui ramene
Le travail & lapeine.
J'abrègemesme lesommeil
,
Toilr rappeller les gens à leurs soins
ordinaires,
A leur commerce ,
à leurs affaires
CEtejeqfuaeistéotnalneer vaveencdgpraansdenapppla*resi3^l
Ceque etunesemaine; p,« en ilvs
Enfinjefuis un des Fils du Soleil,
Et jay la Lunepour Marraine.
Quoy que puissentpublier
les Ennemis de la France pour
faire croire qu'elle ne pourra
résister au grand nombre de
Puissances liguées pour l'accabler,
il est certain qu'elle
est toujours également florissante,
On le voit par les dons
que les principales Villes du
Royaume ont d'elles mesmes
faits au Roy. L'Epargne de
ce Prince est beaucoup plus
remplie qu'en temps de Paix,
& non seulement il a tous les
fonds necessaires pour entretenir
toutes les Armées pendantcette
Campagne, mais
il enaaussi dereserve pour
s'en servir en cas de besoin.
Outre tout cela la Maison de
ce Monarque est regulierementpayée,
ainsi que le
grand nombre de gratifications
qu'il fait tous les ans ai
une infinité de Personnes de
merite. Il en fait mesme encore
chaque jour de nouvelles,
& vient de donner deux
mille Loüis à Mrl'Abbéde
Dangreau,à cause des belles
Cartebs qu'il a faites, & une
pension à Mademoiselle de
la Tremoüille. Ces choses
font voir qu'au milieu de la
guerre les François peuvent
vivre avec autant de tranquillité
que dans la paix, &
que pendant toute la Campagne
il y a grande apparence
qu'ils ne seront occupez
qu'à compter les vidoires du
Monarque qui les gouverne.
Vous avez sceu le combat
qui s'estdonné entre une Escadre
des Vaisseaux du Roy,
& l'Armée Navale d'Angleterre
,
commandée par le Vice-
Amiral Herbert. Aprés
le bruit qu'a fait ce combat,
il est malaiséque vous n'en
ayez pas appris beaucoup de
particularitez. Je ne laisse pas
cependant de vous en envoyer
une Relation, où vous
trouverez peutestre quelque
chose de nouveau, à cause du
foin que j'aypris de ramasser
tout ce qui s'est écrit là-dessus.
Chacun sçait que le Vice-
AmiralHerbertest fortement
attaché au Prince d'Orange,
qu'il a esté en Hollande luy
offrir son service ; qu'il a travaillé
avec luy au projet de la
conspiration pour le rendre
maistre de laGrand'Bretagne,
& qu'ayant caballé pour détourner
du service du Roy
une partie de ses plus fidelles
Sujets, il est volontairement
dans les interests du Prince
d'Orange, & non pas de la
maniere que beaucoup ont
estéobligez de les embrasser,
ayant suivi un Party dans lequel
leur volonté & leur
coeur ne sont point entrez.
Ce Vice -
Amiral estant de
l'intrigue de ce Prince? &
craignant sa cheute plus que
beaucoup d'aurres,parce qu'il
ne peut tomber sans l'accabler
soussa ruine,laperfidie
qui luy a fait trahir son Roy
estant telle qu'on en voit peu
de semblables, demandainstamment
au Prince d'Orange
vingt Navires armez à son
choix, & luy répondit sur sa
teste qu'il empescheroit avec cenombre de Vaisseaux que
les François ne débarquassent
en Irlande le secours qu'on
sçavoit qu'ils préparoient à
Brest pour porter dans ce
Royaume- là
»
& il l'assura
mesme qu'il déferoit entierement
nostre Flote, &' qu'enfuite
il ravageroit les costes
d'Irlande. Il achoisi les Navires>
vires, les Capitaines, & les
Equipages,& le nombre me-*
me de tout cela a excedé ce
qu'il avoit demandé; mais
tant dc. précautions n'ont
servi qu'à faire battre de plus
braves gens, qu'à faire fuir
de meilleurs Vaisseaux, qu'à
donner plus de gloire au Roy,
& qu'à couvrir ses Troupes
de mer de plus beaux Lauriers.
Le Prince d'Orange avoit
esté ravy de la proposition
du Vice-Amiral Herber,
parce que dans la situation
où estoient ses affaires, rien
ne luy paroissoit plusimportant
que d'empescherqu'on
ne fin: passer de nouveaux secours
en Irlande. Les séntimens
de ce Prince estant aiicz
à deviner, à cause de la
conjoncture où il setrouvoit,
nos Commandans qui avoient
plus d'interest que d'autres à
les penetrer
y
ne douterent
point que les Anglois ne se
fussent mis en
estat pour leur
difpurer le passage, &.ilsen
estoient d'autant plus persuadez,
que le départ de nos
Vaisseaux ayant esté differé,
à cause de la. longueur du
temps qu'il avoit fallu pour
embarquertout ce qu'ils devoient
porter en Irlande, les
Ennemis avoient eu tout le
loisir qu'ils pouvoient souhaiter
pour se mettre en estat
de faire une vigoureuse refis.
tance à ceux qui voudroient
entreprendre de les forcer.
Ilsavoient mesme eu beaucoup
plus de temps qu'ils
n'avoient cru depuis qu'ils
s'estoient mis en mer, pour
recevoir des secours, parce
que nos Vaisseaux n'ayant
DIUS rien qui les empeichaft
de partir, le vent ne s'estoit
pas trouvé favorable, ce qui
chagrina d'autant plus ceux
qui les montoient,que le desir
qu'ils avoient de combattreleur
aisoit attendre avcc
beaucoup d'impatience l'heu,
re de leur départ. Enfin cette
Flote partitle six de May, de
la Rade de Brest. Elle elloit
composée de vingt-quatre
Navires de guerre; sçavoir,,
ddeeqquuiinnzzeedduutrtrooiifriéme/rangg
, de neuf du quatrième>
de deux Fregares lcgcrcs
J
& de dix Brulots. M le
Comte de Chasteau
- Renaut,
Lieutenant General
des Armées Navales de Sa
Majesté
J
commandoitcette fJote. Le tempsestoit obscur
lors quelle partIt, & il ne
changea que le lendemain.
Le neuviéme du grand matin,
elle apperceutauvent del"Ari..
ruée, six Bâtimens qu'elle
crut estre des Navires Anglois,
ce qui se trouva vray.
.on sceut quelques heures
aprés que l'Armée d'Angleterre
estoit sur la costed'Irlande,
depuis quinze jours.
Le mesme jour neuviéme, on
arriva le matin àla mesme
Coste vis-à-vis de Rose,entre
Kinsale & le Cap de Clare.
On y apprit par ceux qui
vinrent '\a-bor&, que quelques
heures auparavant, on
avoit de dessus la Coste
compté vingt-cinqNavires
ensemble. La Frégate nommée
la Pressante,command ée
par M1 de Septeme, & un
Brulot, quiavoit M de Cerpau
pourCommandant, prirent
à cinq lieuës du Port
une petite Barque Ostendoise.
Le Vice-Amiral Herbert l'avoit
retenuë par force à la
Mer j & avoit mis quelques
Anglois dessus
)
afin de pouvoir
mieux observer nostre
Flote fous le Pavillon Espagnol
,
ignorant sans doute
encore la Déclaration de la
Guerre, qui avoit esté publiée
entre nous & l'Espagne. On
apprit par cette Barque que
quatreVaisseaux Anglois qui
croisoient au vent, estoient
partis de la Flote Angloise
composée de vingt-huit à
trenteVoiles, que l'on voyoit
aux environs de Kinfale depuis
quinze jours, pour empescher
que les François t;\'y
débarquaifent ce qu'ils avoient
chargé pour l'Irlande.
Trois Vaisséaux Ennemis qui
eftcient en garde vinrent dés
le matin
,
à trois lieuës des
Vaisseaux du Roy pour les
reconnoistre ; mais ilsse retirerent
sansqu'on les pust
joindre. Mrde Château Renault
envoya une Chaloupe
à terre; elle fut reçuë avec
beaucoup de joye des Habitans
qui se trouverent dans
le lieu où elle arriva, & un
Colonel Irlandoiss'étant mis
aussi-tost dans cette Chaloupe
pour venir trouver ce
General, il luyapprit que les
trois Vaisseaux. qui avoient
paru, & ausquels il avoit fait
donner la chasse,estoient de
l'avant garde de la Flote Angloise.
; On découvrit sur le soir
une Flute qui mit Pavillon
Anglois ;leVaisseau nommé
le Diamant la poursui vit pendant
quelque temps, mais
estant revenu? parce qu'il
n'avoit pas jugé à propos de
s'éloigner davantage
)
laFlute
revintau ssi
,
s'approcha de
plus prés? mit en pane, &
aprés avoir long-temps observé
nostre Flore
)
elle courut
vers Kinsale, & Mr de
Chateau-Renaultapprit en
mesme temps, par une Fregate
de terre que les Ennemis
c stoient moüillez,entre
Cork & Kinsale. Les Vaisseaux
du Roy estoient alors
à dix lieuës,sous le vent de
cette derniere Place.
Toutes ces choses meri
toient qu'on y fist une (e-
~riicufe attention
,
& qu'on
prist de justes mesures, la
prudence n'estantpas moins
necessaire dans une occasion
si importante, que la grandeur
de courage, on resolut
de tenir conseil, & il y fut
arresté qu'on iroit à la Baye
deBantrie pour y faire le débarquement
pour lequel on
avoir entrepris de passer en
Irlande. Suivant cette resolution
on moüilla le Mardy
dixiéme de May sur les deux
heures aprésmidy, à cinq
lieuës du Bourg. Je croy vous
devoir apprendre ce que c'est
que la Baye deBantrie. Elle
eH: à dix lieuësà l'Oüest du
Cap de Clare; son entréeest
Nord efi: à l'Oüest, les deux
pointesest quart Lft,& Oiïeft,
quart NordOüest. Il y en a
deux autres qui jettent plus à
1
lametque les deux premieres.
L'une estappelléeMefanbed,
qui est celle de l'Ea-,
& l'autre le Cap d'orces
3
qui
est à rOiieft.La distance
des deux premieres est de
quatre lieuës. On moüilla
partrente & quarante brasses
à deux lieuës de la pointe de
l'Est, & à quatre lieuës de
celle de l'Oüest.
On avoit jugé à propos
d'aller à la Baye de Bantrie,
afin qu'ayant débarqué plus
promptement tout ce qu'on
portoit pour l'Irlande
, on Ce
puft mettre plûtost en estat
de combattre, & qu'on pust
se trouver au vent des Anglois
, en cas qu'ils se servissent
du vent d'Est qui foufloit
alors, pour s'opposer à
ce débarquement. Mr de
Chateau-Renault qui ne doutoir
point qu'on ne le vint
attaquer, pendant que la
Flote y feroit occupée
,
&
qui avoit resolu de prendre
toutes les mesuresnecessaires
pour n'estre pas surpris, ordonna
que deux Vaisseaux
feroient en garde hors la
Baye, & prévoyant qu'il y
pourroit estre enfermé, il ne
voulut point s'y engager; mais si tost qu'il y fut arrivé,
il fit embarquer sur six Brulors,
& sur quatre Fregates
ou Navires Marchands qui
avoientsuivy la Flote depuis
Brest, les hommes? les armes,
les Celles;) les brides, la poudre
, le plomb & l'argent
que la Flore portoit, & qui
lauroient
embarassée
dans un
Combat; quoy que le vent
sust contraire, toutes ces
choses ne laisserent pas de
partir dés le soir mesme à la
faveur de la Marée, & on
lesconduisitàBalgabben dans
le fonds de laBaye, à sept
licuës du lieu où on estoit
mouillé. Les Bastimens qui
les devoienttransporterestant
chargezappareillerent sur les
neuf heures du soir. Il seroit
difficile de faire une peinture
du grand mouvement que
chacun fut obligé de se donner
en cette occasion, à cause
du peu de temps qu'oneut
pour tirer des Vaisseaux
,
&
mettre sur les Bastimens que
je vous viensdemarquer,toutesles
choses dont l'embarquement
avoit esté si long à
faireàBrest. Onn'estoit pas
encore sorty de l'embarras
que caufc un si prodigieux
travail, sur tout quand il le
faut faire avec une précipitation
toute extraordinaire,
lors qu'on entendit plusieurs
cou ps de Canon qui furent
reicerez, &qui venoient des
Vaisseaux que l'on avoit mis
en garde.CesNavires estoient
le Diamant, & l'Emporté,&
les coups qu'ils tirerent. estoient
pour apprendre à MCt
de Chasteau-Renault,suivant
le signal dontils estoient convenus
,
qu'ils avoient découvert
l'Armée du Prince d'Orange
,&sur les neuf heures
du soir, ces deux Vaisseaux
estant revenus joindre la Flote,
ils rapporterent qu'ils
avoient compté vingt
-
[cpt
Navires.
Comme il n'y avoit que
cinq heures qu'on travailloit
au grand débarquement dont
je vous ay parlé, lors que les
deux Vaisseaux qui croient
en garde firentle signaldont
on estoit demenréd'accord,
pour marquer que les Ennenemisparoissoient
,Mr de
Chasteau Renault ne fit pas
achever le débarquement,
mais il crut à propos de faire
mettre à la plus prochaine
terre le reste des Troupes
qu'on n'avoir pû embarquer
sur les Bastimens qui avoient
commencé à en transporter,
& ne pensa plus qu'à faire
mettre tous ses Vaisseaux en
estat de combattre
) ce qui
causa une grande joye parmy
toutes les Troupes, qui ne
douterent point que les Ennemis
ne parussent bien-tost
pour livrer le Combat.
Le lendemain Mercredy
onziéme de May, suivant
nostre stile
,
& qui estoit le
premier du mesme mois,
selon celuy des Anglois, &
le jour de la Feste de Saint
Jacques qui est celebrée en
Angleterreavec detrès grandes
réjoüissances
?
le Diamant
qui avoir retourné en garde
fit signal entre cinq & six
heures du matin qu'ilvoyoit
les Ennemis. Ils parurent
bien tost aprés à la pointe,
du Cap de M^amu
On commença à les découvrir
par la pointe de 1Est.
On comptavingt-huitVoiles,
parmy lesquelles on reniar,.
qua vingt & un Vaisseaux,
dont quatre parurent bien
plus gros qu'aucun de ceux
de nostre Flote
, une Frégate
& sept Caïches que l'on crut
estre des Brulots. Comme le
vent estoit Nord-Est,il falloit
que les Ennemis sissent
plusieurs bords pour venir
à la Flore, ainsi on ne se mit
en peine d'appareiller que
sur les sept heures, & on
courut bord sur bord jusques
sur les dix heures, afin que
chacun se mist à son Poste.
Les Vaisseaux du Roy avoient
le vent sur les Ennemis
qui estoient le long de
la terre de l'Est. La plufparc
des Navires François estoient
en panne, & ne faisoient
fervirque lors que c'estoit à
leur rang.Voicy de quelle
maniere l'ordre de Bataille
fut reglé.
La seconde division qui
estoit celle de Mr Gabaret?
estoit à la teste.
La premiere que commandoit
MrdeChateau-Renault,
cftoit au Corps de Bataille.
La troisiéme qui estoit
commandée par Mr Forant,
faisoit l' Arriere-garde.
-
Vous pouvez voir par ce
qui laïc de quoy ces trois
Divisions estoient compo- sées. t, Val[féaux. Commandans. C,,--Homo.
11.Division. non!. mes. jion. Le François. Le M.P.tnnctier. 44-. HO Vermdois.M.Machaud. 60..HO
Le Duc. M. Colbert Saint 46. zSO
'• Marc.
Le Fendant. M. deReal.56. 54°
Le S. Michel. M. de Gabaret. 60. 3^0
Le Fort.M.deRossema- 60. 360
dec.
LeLeger. M.deFtjpçbitî, 42. 100
LePrecieux. M.deSakjaipati. jé. 3>° 1.Division. ^3* *»-*
LeCapable. M.deBelleson- 46. 256
taine. ]
L'Arrogant. M.del'Arteloire. 56. 34°
Le Diamant. M.deCoëtlogon. 56. r-W
L'Ardent. M. deChaflieau-(6.4Q0 Renault.iéau- 4Ç6. 4 Q 0
Le Furieux. M.Desnots. 60., 3f°
LeFaucon. M. d'Ervaux.44- 110
Vaissaux. Commandans. Can. Hom.
Le Moderé. M. de S.Hermi- 54. 330
ne.
L'Entiepre- M. deBeaujeu. 58.3f»
nant.
lIT. Dzvifion.
LeNeptune. M.dePalliere. 46. 100
L'ArcenCiel.M. dePerinet, 44. no
L'Excellent. M.delaVigerie. 58. 3^0
Le Courageux. M.Forant.58. 350
Le Sage- M de Vaudri- 56. 340
court.
L'Emporté.M.deRossel. 44. 220
L'Oiseau. Ni du Quesne. 4+ zio
L'Apollon. M.deMontor- 56. 33°
tier.
FREGATES.
LaTempeste. M.du Que sne-28.
Mensnier.
La Pressante. M. deSepteme. ix.
Dix Brulots.
Je dois avant que d'entrer
dans le détail du Combat,
vous entretenir encore de ce
qui se passa que lques heures.
auparavant. Lors que les Ennemis
pe~urent,le débarquement
n'estoit pas encore achevé,&
deuxBâtimens chargez
pour Balgobben partirent
pour s'y rendre, mais comme
il yauroit eu à craindre qu'ils
ne fussent pris par quelques
Fregates que les Ennemis auroient
pû détacher, si on leur
avoir laissé le passage libre,
M1 de Chasteau-Renault fc
tintavec toute l'Armée bord
sur bord dans les entrées de
la Baye jusques à onze heures
,&- demie, qu'il fit le signal
pour faire arriver l'Avantgarde,
arde car le vent estantà
Est, les Anglois l'avoient
n arriere, ou du moins lar-
~ue pour venir jusques à l'en-
~rée
,
mais comme la Flote
stoit moüillée en dedans,
:5 Ennemis se trouverent
stre fouslevent del'Armée
lu Roy, & n'y pouvoient
enir qu'en louvoyant; ce
qu'ils firent de fort bonne
grace & jusques à l'approche
le nostre avant- garde, où
MrPannetier tenoit la reste
,
k qui arriva vent arriere sur
a leur, qui dans ce temps
voit le Cap au Sud-Est;mais
dans le moment que nostre
avant-garde estoit preste à
commencer le Combat,les
Ennemis revirerent vent de,
vant, ce qui obligea Mr Panetier
de prendre Lof pour
Lof, & de faire force de
Voiles encore prés d'un
quart d'heure, parce que les
Ennemis en faisoient autant.
Il se passa une chose singuliere
entre ces deux avantgardes
, qui merite d'estre
remarquée. Le Vaisseau que
montoit Mr Panetier n'ayant
que quarante-quatre pieces de
Canon
J
& le Vaisseau contre
lequel il combattoit, en
ayant soixante & dix, il s'apptocha
sans tirer jusques à la
portée du Mousquet ; &
comme ses Saborts estoient
ouverts il fit une décharge
de Mousqueterie
J
qui tua
ou blessalapluspart de ceux
qui estoient à ces ouvertures;
on les refermaaussi-tost
) ce
qui empescha ce Vaisseau
Anglois de faire feu de son
Canon. M Panetier fit tirer
le sien,& tous les Vaisseaux
de l'avantgarde ayant fait
de mesme sur celle des
Ennemis,elle se retira fort
- -
mal-traitée ,& ne sebâtit
plus. Les Ennemis avoient en
ce temps là le Cap au Nort
NordcH,
Pendant que la Divisionde
M Cabaret ,qui fie paroistre
autant de teste que de cccur
eii cette occasion
)
estoit at..
tachéeàcombattre & à pour,
suivre, l'avantgardc des Anglois,
les Vaisseaux des autres
Divisions se mettoienc en
ligne & faisoient grand feu
sur ceux des Ennemis qui se
trouvoient par leurs travers.
Le Vicc-Amiral Herbert
estoit au Corps de Bataille de
sonArmée, où MrdeChasseau-
Renault alla l'attaquer
avec saDivision,en faisant la
contre-marche
,
& revirant
des eaux de Mr Panetier; mais
le combat avoit à peine duré
un quart d'heure que le Vaisseau
d'Herbert arriva vent
arricie., &changea ses amures,
& comme il faisoit force de
voiles, & que ce Navire est
fort bon, il se trouva bientost
à lateste de laLigne:ce
que voyantM de Chasteau-
Renault,il fitaussi force de
voiles sur le mesme bord,
pour se trouver toujours op.
posé àcet Amiral des Ennemis,
qui ne paroissoit pas
avoir envie de combattre de
prés, & qui arrivoit vent arriere
toutes les fois que Mr
de Chasteau- Renault arrivoit
sur luy
, ce qui se fit cinq ou
six fois. Les Ennemis ayant
fait force de voiles pendant
rout le combat, on ne pût
les approcher si prés qu'on
auroit voulu. L'Arriere-garde
eut le mesme avantage sur
eux que les autres Divisions,
de forte qu'elle les chassoit
en tirant toujours sur eux,
lors que la premiere Division
1 6
uy donnoit du jour pour Cea,
àquoy ils répond oient
~oiblement. Ily eut un trespeau
feu pendant une heure
& demie, Herbert parut bien
desemparé, son Matelot le
couvrant pour essuyer le feu,
en luy donnant par ce moyen
e temps de se racommoder.
Deux Vaisseaux de nostre
Arriere
-
garde qui estoient
sous le vent lors que le compat
commença, & qui heueusement
n'avoient encore
m prendre leurs postes, re-
~ousserent avec beaucoup de
vigueur deux Vaisseaux Anglois
qui estoientsous levent
du reste de l'Armée, & qui
faisoient leurs efforts pour entret
dansla Baye. Le combat
estantcessé, ces deux Vaisseauxplierent,&
firent vent
arriere.
Le Vaisseau le François
commandépar Mr Panetier,
apréss'estredistingué de la
maniere que vous avez Vil, &
avoir causé tant de dommage
aux Ennemis, voyantses mats
prestsà tomber
,
sur obligé
de sortirde la Ligne pour se
racommoder.
Lç Diamant que M.le Chevalier
de Coëtlogon commandoit,
remedia avec une
diligence extrême au desor-
-cdre que luy causa le feu qui
prit à sa chambre du conseil
à des Grenades & à des barils
de poudre
y
& qui fit fauter
la chambre,les dunetes, & les
Mousquetaires qui efloienc
dessus. Il demeura peu de
temps hors de la Ligne, &
revint combattre.
Mr de Chasteaurenault
ayant pris lateste de la Ligne
sur le midy
3
suivit toujours
l'Amiral Anglois en le com- battant & en arrivant souvent
sur luy
> ce qui dura jusque
surles cinq heures du
soir.Toute l' Arriere-garde
dela Flote du Roy marchoit
dans ses eaux, & tiroit
des bord ées sur les Anglois,
qui dans le mesme temps
n'estoient pas moins mal traitez
par M Gabaret, &par la
Division qu'il commandoit,
de forte que leur Amiral se
trouva souvent entre deux
feux. Comme il venta frais
depuis deux heures jusques à
cinq, & que nostre Ploie estoit
au vent, la plufpatt de
nos Navires avoient peine à
seservir deleur première baterie.
Mrde Chasteaurenault
ne portoit qu'une flame au
grand mast; Mr Gabaret une
au mast de Mizenc, & Mr
Forant uneau mast d'Artimon.
LeCommandantAnglois
portoit un Hiac au
grand mast, & prefqne tous
les autres Navires de la Flote
Angloise avoient des flames.
Toutes les Relations de ce
combat marquent que les
Anglois se font mal battus,
& sionavoit eu les Navires
qui estoient à Balgobben,
aiiifi que les Brulots qui cftoient
dans le fond de sa.
Baye de Bantrie pendant le
combat,&qui ne venoient
que de partir pour s'y rendre
lors qu'il commença, on ne
doit prcfque point douter
qu'on n'eust remporté une
victoire plus entiere. Les Ennemis
ont toujours esté vent
largue ou vent arriere jusques
à cinq heures du soir
y
que le
combat cessa.Mr de Chast eaurenault
avoit alors six pieds
d'eau dans son Navire.
On rcvira de bord dés que
le combat fut cessé, pour retourner
mouüiller dans le même
endroitd'où l'onestoit
party lematin, pour reprendre
les Bastimens qu'on y
avoit laissez, & on y arriva
sur les dix heures du soir. Les
Irlandois desmontagnes qui
avoient eslé les témoins du
combat, demeurerent pendant
tout le jour en prieres,
pour demanderàDieu que nos
armes eussentun heureux succés,
& nos Vaisseaux estant
heureusement retournez,ils
firent des feux pendant toute
la nuit, pour en marquer leur
joye.
Iln'y a paseu unseul Ofsicier
de tuédans ce Combat.
Mr de la Treille, Lieutenant
du Diamant, a eu la jambe
emportée d'un coup de Canon,
& Mr Laviot,Enseigne
du Precieux, aeljébjeflé à
1 épaule. Mls Machaut & de
Rechac-Savion ontaussiesté
blessez. Quand le feu prit à
la poudre de la Chambre du
Diamant, il y eut cinq Gardes
Marine noyezpar cet accidet,
& deux furent sauvez fort
heureusement. Mr d'Antrague
fut retiré de la Mer, &
un autre fut trouvé dans la
Hune d'Artimon, fort brise.
Cinq autres Gardes Marine
ont esté fort maltraitez du
feu; mais on ne croit pas
qu'ils en meurent. Comme
on prendra grand foin à cacher
la perte des Anglais, on
ne la pourra sçavoir que du
temps & de la vérité qui découvrent
toutes choses,c'est
pourquoy il faut encore attendre
pour en parler. Je
dois dire icy à l'avantage de
Milord Barclay qui servoit
de Matelotàl'Amiral d'Angleterre
) que tous ceux qui
ont écrit de ce C ombat, marquent
qu'il a parfaitement
bien fait son devoir, & qu'il
s'est souvent exposé pour sauver
l'A miral Peut-estre ignorez-
vous,ce qu'on appelle le
Matelot d'un Amiral
,
c'est
un Vaisseau qui ne le doit
point quitter, & qui toutes
les fois qu'il le voit en peril
doit se mettre au devant de
luy
, tant pour essuyer les
coups dont il le voit menacé,
que pour luy donner le temps
de se mettre en estatde combattre?
en cas qu'il connoisse
qu'il soit en péril.
K
Le quatorze, la Flore remit
à la Voile
>
& alla chercher
es Anglois du costé de
Kinsale,mais elle ne découvrit
aucuns de leurs Vaiseaux.
-
Le quinze, courant le long
de la coste de Kinsale
3
elle
apperceut quatre Navires &
une Galiote qui couroient à
erre.
Le seize à la pointe du jour
estant à vingt lieuës de l'Isle
l'Ouassant
,
elle découvrit
une Flote de sept Navires
Hollandois qui venoient de
Curaçao. Ml de Chasteau-
Renault détacha quelques
Vaisseaux qui s'en saisirent.
Le dix-huit après midy
toute la Flote arriva à Brest
avec cette prise. Je vous apprendray
en quoy elle consiste.
Mais il est certain que
la charge de sept Vaisseaux,
de quoy qu'ils puissent estre
remplis, ne peut estre que
considerable, & que les Bâtimens
doivent estre comptez
aussi-bien que la Charge.
Mrle Comte de Chasteau-
Renault envoya Mr le Chevalier
de Chasteau-Renault,
son Neveu, pour porter au
Roy la nouvelle de ce qui
s'est passé pendant sa Camla"
gnc de douze jours duant
laquelle il a fait trois
hoses glorieuses & utiles. Il
débarqué heureusement
out ce qu'il portoit en Ir-
~llande. Il a batu courageusement
la Flote Angloise qui
est venuël'attaquer
, & il a
ris utilement sept Vaisseaux
Hollandois richement charez.
Voyons ce qu'a fait le
Vice-Amiral Herbert, car les
Anglois & les Hollandois ne
manqueront pas de déguiser
desavantage qu'il a eu dans
Combat qui se vient de
onner entre les deux Flotes,
mais ils seront embarassez i
cause des faits que je viens
de marquer ,
& qui sont si
confiants qu'ils ne peuvent
estre niez.
Ceux qui examineront l'état
des deux Flotes suivant toutes
les Relations, & mesme
selon celles d9 Angleterre
trouverõt que laFloreAngloise
estoit beaucoup plus considerable,
quoyque celle du Roy
la surpassast de deux Vaisféaux
i mais ceux des Anglois
estoient beaucoup plus forts,
leur Amiral que montoit le
Vice Amiral Herbert estoit
de soixante & seize pieces de
Canon. Il y en avoit encore
quatre ou cinq autres de la
mesme force, &ceux qui en
avoient moins, nelaissoient
pas d'estre encore superieurs à
ceux du Roy. Je vous en ay
donné la Liste en vous marquant
l'ordre du Combat.
Quant à ce qui regarde les
autres Bastimens,vous avez
veu aussi dans cette Relation,
que ceux des Anglois êtoient
en plus grand nombre. Avec
tant d'avãta ges le Vice- Amiral
Herbert qui estoit bien informé
que nous n'attendions
que le vent favorable pour
partir de Brest devoit au lieu
de rester dans la grande Rade
de Kinsale, croiser la mer
par son travers ou sur le cap
de Clare à six ou huit licuës
de terre afin de découvrir la
Flore du Roy de plus loing.
Comme elle avoir une Charge
inutile pour le Combar,
& qui n'auroit servy qu'à
l'embarasser, il auroit pû plus
facilement la mettre en desordre,
& quandil ne l'auroit
pas fait, ilauroit esté dificile
dedébarqueravecuneArmée
Ennemie derriere foy, mais la
resolution qu'il avoit prise
n'estoit pas d'acquérir de la
gloire,& rout son butn'estoit
que de surprendre les Vaisseaux
du Royen ra de dans
l'embaras d'un débarquement,
& dans un temps où
les équipages ont toujours
beaucoup de vin dans la teste,
mais il devoit prevoir qu'en
manquant de nous y surprendre
comme il estarrivé, le
gain d'une Batailleluy devenoir
prelqueinfructeux après
nostre débarquement, puis
qu'il n'estoit venu que pour
l'empescher, ce qui estoit bien
plus important aux affaires du
Prince d'Orange,que de nous
endommager quelques Vaisseaux
,d'en coulera fonds,&
d'en prendre,suposéqu'ileust
remporté quelques uns de ces
avantages lors qu'il nous est
venu attaquer, pour faire voir
qu'il s'estoit au moinsacquité
d'une partie de sa Commission,
maiscommentauroit-il
pû remporter le moindre
avanrage, puis qu'après eilre
venu attaquer nostre Flote, il
s'est toujours batu en retraite
lors que Mr de Chafteaurenault
arrivoit sur luy, ce qu'il
a
Fait pendant cinq heures, Se à
~flot lieuës d'où le Combat a comencé
au lieu de disputer le vent,
qu'il pouvoirfaire, puisque ses
aisseaux estant frais carenez alent
mieux,que les nostres. Il
avoit aussi mettre en panne, 6c
auroit vû quiauroit le plustost
é, mais au lieu de mettre toute
valeur à combatre
,
il a employé
;
~ite son adresse à fuir avec art.
semble qu'il prevoyoit que cela
arriveroit, puis qu'il avoit fait
er de ses aisseaux tous les lits
Soldats, afin que ces bastimens
ïent plus legers. Ily avoit quinze
rs qu'ilattendoitnosVaisseaux
~ir les surprendre,sans qu'ilyeuft
guerre declarée entre la France
Angleterre, mais cela ne doit
~nt surprendre, puis qu'il servoit
le Prince d'Orange.
Mr le Comte de Chasteau-
Renault ayant fait en cette occasion
tout ce qu'on pouvoit attendre d'un
Capitaine aussi brave que prudent,
& qui joint l'experience au courage,
le Roy a fait Capitaine de Vaisseau
M. le Chevalier de ChasteauRenault
son neveu qui luy a aporté la
nouvelle de ce Combat. 4
Vous avez sçeu que quelques
jours avant que le Roy d'Angleterre
receust le dernier secours,
que nostre Flote vient de luy porter
, ses Troupes avoient entièrement
défait en Irlande un Party
de quatre à cinq mille Protestans.
M. Rose Lieutenant General des
Armées de S. M. Britanique,les
surprit au delà de la riviere de Finnes,
où ils ne l'attendoient pas
n'estant pas persuadez que ce General
entreprendroit le passage de
de cette Riviere. Ses mesmes nouvelles
portoient que Londondery
se défendoit encore, que Mr Rose
avoit esté legerement blessé devant
cette place, & que Mr de Maumont
Capitaine aux Gardes, &:
Lieutenant General en Irlande
,
avoir estétué. La resistance de
cette Ville qui ne sçauroit durer
long-temps, &. qui est peut-estre
prise presentement ne doit point
surprendre, c'est la derniere place
du Royaume, elle n'est point assiegée
par Mer, & l'entrée y est
libre de ce costé là, tous les Protestans
d'Irlande s'y font retirez à
mesure qu'ils ont esté poussez, la
Ville en est remplie, & comme
elle est à l'extremité du Royaume,
il a salu beaucoup de temps pour y
conduire du Canon à cause de la
lconghueuer ,m& deilandifsfic.ulté des Il est venu des nouvelles cette
semaine qui portent que les Pro-
•
teftans d'Irlande ayant fait UD
dernier effort pour s'assembler en
corps de Troupes,ils avoient encore
esté défaits, ë£ qu'on en avoic
tué neuf cens, mais que M. de Pufignan
,
Capitaine aux Gardes, ÔC
Officier General en Irlande y
avoit esté tué.
Le Roy estant persuadé que ht
Guerre qui agite aujourd'huy l'Europecoûteroit
cher aux Espagnols
s'ils y entraient, avoit eu la bonté
de leur- offrir la neutralité contre ses
prop'res avantages
,
puis qu'il estoit
seur d'en remporter sur eux. Ils te
sont obstinez à la oofufer < pour obeïr
à l'Empereur, & ont déja perdu pour
fruit de cette déference la Ville de
Camp-Redon dans le Lampourda,
dont
le
Château qui a trois enceintes
passe pour une Place tres-forte. La
Ville & le Château n'ont tenu que
six jours de Tranchéeouverte, & le
Gouverneur en est sorty à la teste de
cinq cens hommes. Il y a laissée onze
pieces de Canon de fonte, dont on
en a trouvé trois aux Armes de France.
Ces Canons avoient esté pris devant
Camp-Redon
,
lors que M. le
Marquis de Saint Aunay fut obligé
d'en lever le Siege. Le Fort de la
Roque dont les Fortifications font fort
estiméesaaussi esté pris.Le Gouverneur
d'une Place voisine peu fortifiée,
prévoyant qu'il alloit estre attaqué,
& que sa Garnison ne pouvoit éviter
d'estrePrisonniersde Guerre, a cru
à propos de se retirer, ôc de l'amener
avec luy ; mais avant que de sortir
il en a fait fauter les murailles.On a
-asifîî défait un Corps de trois millehommes
composé de Miquelets, &
de Milices du Pays, qui s'assembloit
à deux lieuës de l'Armée pour jetter
du secours dans Camp Redon. 011
en a tué soixante & dix, & blessé un
très- grand nombre.On afait beaucoupde
Prisonniers
>
& vous pouvez
juger du desordre où le reste a eftft
mis, puis qu'on a pris toutes leurs
Tentes
, tous leurs Drapeaux ,
& environ
cinquante Mulets qui portoient
les Equipages de leurs Commandans.
Comme les Miqueletsvalent souvent
mieux que les Troupes Espagnoles
» & qu'ils ont souvent attaqué de?.
Armées avec succés, je croy vous en
devoir faire icy une peinture. Ils. portent
une manierede fuiiI appellé Gispe.
Ils ont une espece de Bandoliere -
ou Echarpe de cuir, quatre fois plus
large par devant que nos Baudriers
où sont attachez trois anneaux de fer,
dans lesquels il y a des pistolets: Ils
sont tous garnis de fer 3 & leurs
baguettes sont de la mesme matiere.
Ils portent sur la droite une
Dague ou grard Poignard, & sur la
gauche un plus petit, &: un coûteau
appellé Gabinet. Ils ont un grand
fourniement qui leur tient presque
tout le derrière du dos, &: qu'ils font
aisément tourner sur leur estomach
quand ils s'en veulent servir. Leurs
souliers sont de cordes, ce qui leur
donne moyen de monter les Montagnes
sans que leurs pieds souffrent. Ils
ne se servent que de bonnets appellez
Bertines.Toutes les expeditions dont
je vous viens de parler font duës à
M. le Duc de Noailles, qui ayant
appris le mestier de la Guerre fous
e Roy, qu'il n'a point quité dans
coutes ses Campagnes, en doit tftre
parfaitement instruit. Il est non seulement
fort aimé des Troupes qui seront
toûjours prestes à entreprendre
avec joye tout ce qu'illeur commandera
; mais ses manieres ont mesmes.
gagné tous les Habitans du Païs qui
l'appellent l'Enfant de leur Terre. C'cft
un nom qu'ils donnent à ceux à qui
le Païs a quelques obligations.
On n'a perdu que quarante hommes
devant Camp- Redon, dont \x
Garnison a esté conduite à Girone. Le
Gouverneur du Fort de la Rocque se
fiant sur la bonté de sa Place, ne se
rendit qu'avec beaucoup de peine , &
demanda plusieurs fois à voir la Capitulation
de Camn-Redon; mais il fut
enfin obligé d'accepter le party qu'on
luy offrit. Ces Conquestes ouvrent un
pays abondant à l'Armée du Roy, &
qui aidera beaucoup à la faire subsiste.
Il s'est passé en Allemagne une
actionqui merite d'estre fceuë. M. de
Melac ayant envoyé quatorze Maiftresj
pour voir s'il n'estoit point sorty
de partis d'une petite Ville appellée
Bruxelles qui est au delà de Philisbourg,
ils en apperceurent un d'environ
soixante- Maistres. Leur ordre
n'estoit pas de combattre,mais de venir
rendre compte à M. de Melac des
Partis qu'i-ls appercevroient. Cependant
ils se crurentassez forts, ou du
moins ils se trouverentassez resolus
pourles attaquer,ce qu'ils furent avec
une intrepidité dont on a peu vû
d'exemples. Ils tuerent le Commandant.
La pluspart de ceux qui leur
firent plus de resistance furent tuez
ou blessez, & lerestefut misen fuite,
-lit ils en amenerent cinq ou six a M. de
- Melac. On ne sçauroit exprimer l'impatience
que nos Troupes témoignent
d'en venir aux mains avec les Allemands.
Je pourrois vous rapporter
beaucoup d'actions approchantes de
celle que vous venez de lire; mais
j'auray bien-tost de plus grossesassairesà
vous raconter, puis que toutes
les Troupes estant à leurs rendez-vous
la Campagne est sur le point de s'ouvrir.
- Le bruit ayant couru que le Siege
de Londondery est levé,je dois vous
apprendre pourquoy il s'estrépandu , & vous faire connoistre en mesme
temps ce qui a cause la longueur de
ce Siege. Je vous en ay deja dit quelque
chose dans cette Lettre, mais je
viens d'apprendre ce quisuit. Le Roy
d' Angleterre ayantdébarque enIrlande,
alla ju[qu.;l Dublin au milieu des
acclamations de ses Peuples, & les
Femmesquin'estoient pas contentes
de ne le voir qu'en passant montoient
en croupe pour joüir plus longtemps
deceplaisir.Aprés avoir sejourné
à Dublin ,il en partit pour visiter
leNort d'Ecosse sans aucun équipage
de guerre, dont il n'avoitpasbesoin ,
puis qu'il n'allait que pour se faire voir
au reste desespeuples,& recevoir leurs
hommages. Les Protestansqui estoient
répandus dans la Campagne estant en
trop petit nombre pour oser paroistre
devant luy,plusieurs fc retirerent dans
Londondery,où il y en avoitdéjà beaucoup
d'autres. Ils firent tirer le Canon
sur Sa Majesté Britanique lors qu'elle
approcha de la Place. Un Ministre
vint trouver le Roy, &luydit qu'il
tafcheroit de persuader aux Rebelles
de rentrer dans leur devoir; mais foit
qu'il fust venu pouramuser ce Prince,
ou que sa négociation eust mal reussi,
un continua de tirer sur luy, de forte
qu'il salut se préparer à assieger la
Place, & faire venir de fort loin
toutes les choses necessaires pour un Siege; ainsi la P lace n'ayant point
estéassiegée dans le ijmps que nous
l'avons cru, n'a pu se rendre dans celuy
que nous avons pensé qu'elle devoit
estreprise.
Jene vous entretiendray point d'Angleterre
, parce que je continueray le
Journal de ce qui la regarde, dans ma
septiéme Lettre sur les Affaires du
Temps; je vous diray seulement r que ay veu desLettresde personnes digne*
de foy, qui portent que les Anglois
*?
ont eu neu fVaisseaux fort endommagez
dans le combat dont je vousenvoyé
la Relation. Je suis, Madame, &c.
A Paris et 31. May 1ÓS¡.
«J
APOSTILLE.
Quoy que le combat donné en Irlande
,où j'ay dit que M. de Pusignan
avoit esté tué, soiemarq ué dans plusieurs
Lettres, jenesçay si on y doit
ajouter entièrement foy. ,I:,¡ :
tr
? ) Avis pourplacerlesFigures. L'Air qui commence par, On!
peut enfin dans nos bocages, doit
regarder la page 79.
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