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1689, 04
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Eur.
511
m
1689.4
Our
511
m
16894
Mercure
< 36624555070019
<36624555070019
S
33
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
LE
DEDIE' A MONSEIGNEUR
DAUPHIN
AVRIL 1689 ..
A PARIS ,
AU PALAIS.
le
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant Te
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE , au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Justice .
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
W
Et MICHEL GUER OUT , Court- neuve
du Palais , au Dauphin.
M. DC . LXXXIX,
AVEC PRIVILEGE DU ROY .
Bayerische
Start
bothek
München
AVIS.
Velques prieres qu'on ait faites
jufqu'à prefent de bien
écrire les noms de Famille employez
dans les Memoires qu'on envoye pour
le Mercure , on ne laiffe pas d'y manquer
toujours. Cela eft caufe qu'il y a
de temps en temps quelques- uns de
ces Memoires dont on ne fe peut fervir.
On reïtere la mefme priere de
bien écrire ces noms , en forte qu'on
ne s'y puiffe tromper. On ne prend
aucun argent pour les Memoires , &
l'on employera tous les bons Ouvrages
à leur tour , pourveu qu'ils ne
defobligent perfonne , & qu'il n'y
ait rien de licentieux. On prie fculement
ceux qui les envoyent , & fur
ن م
A ij
AVIS.
tout ceux qui n'écrivent que pour
faire employer leurs noms dans l'article
des Enigmes , d'affranchir leurs
Lettres de port , s'ils veulent qu'on
faffe ce qu'ils demandent . C'eft fort
peu de chofe pour chaque particulier,
& le tout ensemble eft beaucoup pour
un Libraire.
Le Sieur Guerout qui debite prefentement
le Mercure , a rétably les
chofes de maniere qu'il eft toûjours
imprimé au commencement de chaque
mois. Il avertit qu'à l'égard des
Envois qui fe font à la Campagne
il fera partir les paquets de ceux
qui le chargeront de les envoyer avan
que l'on commence à vendre icy
Mercure. Comme ces paquets feron
plufieurs jours en chemin , Paris n
laiffera pas d'avoir le Mercure long
temps avant qu'il foit arrivé dan
AVIS.
les Villes éloignées , mais auffi les
Villes ne le recevront pas fi tard
qu'elles faifoient auparavant. Ceux
quife lefont envoyer par leurs Amis
fans en charger ledit Guerout , s'expofent
à le recevoir toujours fort tard
par deux raifons. La premiere , parce.
que ces Amis n'ont pas foin de le
venir prendre fi-toft qu'il eft imprimé
, outre qu'il le fera toujours quel-
S ques jours avant qu'on en faffe le
débit ; &l'autre , que ne l'envoyant
qu'aprés qu'ils l'ont lea , eux &
quelques autres à qui ils le preftent,
ils reiettent la faute du retardement
fur le Libraire , en difant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
retardement par la voye dudit fieur
Guerout , puis qu'il fe charge defaire
les paquets luy mefme , & de lesfaire
"
A iij
AVISA
parter à la Pofte ou au Meffagers
fans nul intereft , tant pour les Particuliers
pour que pour les Libraires de
Province , qui luy auront donné leur
adrese. Il fera la mesme choſe generalement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit qu'il les
debite , ou qu'ils appartiennent à
d'autres Libraires , fans en prendre
pour cela davantage que le prix fixé
par les Libraires qui les vendront..
Quand il fe rencontrera qu'on demandera
ces Livres à la fin du mois,
il les ioindra au Mercure , afin de
n'en faire qu'un mefme paquet. Tout
celafera executé avec une exactitude
dont on aura tout lieu d'eftre cone
tent.
MERCVRE
GALANT
10
AVRIL 1689.
E me tairay aujour
d'huy,Madame , fur
les grandes chofes qui
rendent la Vie du Roy toute
merveilleufe , & Mademoifelle
de Razilly parlera au
lieu de moy. L'Ode qu'elle
..
A iiij
8 MERCURE
a faite pour cet Augufte Monarque
, qui protege d'une
maniere fi noble & fi genereuſe
un Roy opprimé par la
perfidie de fes Sujets , eft
d'autant plus digne d'eftre
donnée au Public , qu'elle
fait connoiftre les
que perfonnes
de voſtre Sexe n'ont
pas moins de zele que d'ef
prit , quand il s'agit de loüer
un Prince qui s'attire de plus
en plus l'admiration de toute
la terre. Je vous ay déja envoyé
plufieurs Ouvrages de
fa façon , & la fatisfaction
que vous m'en avez marquée
GALANT.
9
m'engage à vous faire part
de celuy- cy.
$255E5ZE5525 $ZZES
A
ODE.
Prés avoir vaincu les Princes
& les Rois
En plus de mille endroits
Triomphe des Etats , foumis les Republiques
,
Planté les Fleurs-de-Lys:
Sur cent murs démolis ,
Et reduit aux abois l'orgueil des
Heretiques.
S
L'Invincible LOVIS dans le fein
de la Paix
Charmoit tous fes Sujets ,
10 MERCURE
Les Sciences
les Arts florifoient
dans le calme ,
Et fous un tel Heros
On goûtoit en repos
La douceur de l'olive à l'ombre de
la Palme.
S
Lors qu'on vit tout d'un coup le
Monftre de l'Erreur
Armerfon Défenfeur ,
Paroiftrefur les flots entouré de Rebelles
Sans respect & fans foy ,
Pour opprimer un Roy
Qu'ont trahy lâchement fes Peuples
infidelles.
Neptune en fon couroux commençoit
fous les eaux
D'abifmerfes Vaiffeaux ,
Quand Bellonne luy dit ; tout beau
qu'allez- vous faire ?
GALANT. II
Le Ciel veut que LOVIS
Par des faits inouis ,
Rétabliffe ce Prince , & vange fa
colere.
2
Vne Reyne en fes bras fuyant l'oppreffion
D'un nouveau Pharaon
Expofe fon Enfant en paſſaut la
Tamife
Dans le mefme peril ,
Qu'autrefois fur le Nil
Dans un Berceau flotant eut le petit
Moyfe.
2
C'est ainsi que LOVIS devint le
Protecteur ,
Et l'Augufte Tuteur
De l'Illuftre heritier d'une triple
Couronne..
Le Ciel dont le fecours
12 MERCURE
Luy confia fes jours ,
Payra de fes Lauriers tous les foins
qu'il luy donne.
$
Il deftine à ce bras toujours victorieux
Desfuceés glorieux .
C'est par luy qu'il pretend punir un
parricide ,
Et rétablir la Foy ,
Sous le Sceptre d'un Roy
Que l'on a ven brifépar un Peuple
homicide.
2
Grand Dieu , qui par vos foins
rempliffez tout le cours
De fes bien-heureuxjours ,
Qui voulez qu'en la Paix ainfi
que dans la Guerre ,
Ce Prince fans pareil
Comme un fecond Soleil
GALANT.
13

Soit l'Aftre dominant qui regne für
la terre.
$
Faites que fon Dauphin qui déja
furfes pas
Marche dans les Combats ,
Arrefte fes regards ,fans ciller la paupiere,
En genereux Aiglon
Sur le divin rayon
Quifort de la grandeur de fon Angufte
Pere,
Comme tous ceux qui
ont du talent pour les Vers
ou pour la Profe , s'empreffent
avec une égale ardeur
à donner au Roy les
louanges qu'il merite , on le
fait auffi de toutes manieres ,
14 MERCURE
& aprés l'exemple qu'on a
"
donné dans ma Lettre du
mois de Fevrier , d'un Dif
cours qui eft composé enticrement
de Monofillabes
vous ne devez pas eftre furprife
qu'on ait employé
ce genre d'écrire dans une
matiere fi relevée . M'Hongnant
eft celuy qui s'en eft
fervy pour faire l'Eloge de
Sa Majesté. On a trouvé cet
Eloge fort ingenieux , & je
fuis perfuadé que vous le
lirez avec plaifir.
GALANT. 15
SSS522522 55252252
ELOGE
En mots d'une fyllabe ,
AU ROY.
le
Rand Roy , tout eft
Jgrand dans toy
coeur , l'air , le port , le bras.
La Paix & Mars font dans tes
mains , & n'y font plus quand
il te plaiſt. Tout eft plein de
ton Nom ; tu fais ce que tu
veux , & tu veux tout ce qui
eft droit & faint . Ton joug
eft tres-doux ; nul ne te fert
16 MERCURE
qu'il n'ait le prix qui luy eft
dû. Tu fçais & fais le fin des
Arts ; ton oeil & tes foinst
vont fort loin ; fous toy le
pur fang de tes Lys a ne fort
plus du corps fur le pré pour
un point fort vain ; on ne
boit pas la mort b dans un
jus trop froid ou trop chaud;
& la Foy n'a que du bon
grain c dans fon champ. Ce
que tu fais n'eſt pas moins
grand que toy. Tu joins les
bords du Rhin fans pont ; les
bords du Mein & de la Lys
a Duels.
b
Poifons.
c Erreurs
abolies.
GALANT. 17
reints du fang de ceux qui
font en tout moins que toy,
font à ce jour pleins de tes
gens de coeur , & ceux à qui
le poids de ton bras da fait
un grand tort , font dans la
peur pour leurs Forts que ta
main a pris il y a prés de dix
ans. En vain ceux dont le
Turc eft las e font- ils un
grand feu vers le Rhin , un
feul de nous fouston oeil
plein du feu de Mars vaut
cent Turcs. Si tu es grand
dans ce qui fert à tes voeux

d Hollandois.
e Allemands.
Avril
1689 . B
18 MERCURE
tu ne l'es pas moins dans un
mal: f qui ne t'a pas fait des
loix. Ah dans ce temps
toursfut pour toy dans le
deuil , mais ton coeur plus
que l'art & le temps mit fin
à ce mal qui fut le mal de
tous par las part que l'on y
prit. Que de voeux ! que de
feux !que ddee rriiss!que dejeux
ne vit-on point ? Et l'on n'en
fit pas trop Je ne dis pas que
des Rois qui font loin de
nous , g nous ont fait voir par
XITOY 4
f Maladie du Roy.
& Ambaffade du Roy de Siam,
རྒྱུར་
GALANT. 19
des dons que leurs gens t'one
fait de leur part, & de droit
en quel haut rang tu es dans
leur coeur & dans leur Cour.
En ce temps là le fort d'un h
Chef d'un grand Corps , mais
trop vain fut le fort d'un
Ver. Quels fers i ne romps-
-tu pas ?Je vois la Mer & ceux
qui y font des vols / pour qui
tu mets leurs murs en feu
fous tes Loix. Ton Fils m en
qui tu ta vois peint, va fur
h Doge de Gennes
i Efclaves delivrez .
I Algeriens Bombardez
m Campagne de Monfeigneur le
Dauphin.
Bij
20 MERCURE
tes
pasoù ton coeur s'eft fait
voir . A fa voix les Forts font
pris tout d'un coup , & les
Tours font à bas. En moins
d'un mois è un grand & gras
Champ de Mars fe rend à
luy ; qui ne le fait ? N'a- t-il
pás eu tous les coeurs de
fes gens à foy ? Par ſa main
il rend doux les coups de
Mars ; à ce prix-là ils font
prefts de voir la mort fans
peur ; mais ces hauts faits
font moins grands que ce que
tu as fait pour un Roy , oà
A
n Palatinat du Rhin.
o Reception du Roy , de la Reine de
la Grande Bretagne, & du Prince de
Galles.
GALANT 21
qui des coeurs bas fans Loy &
fans Foy font un grand tort .
Tu luy tens les bras ; fon Fils
& le fein à qui il doit les jours
font fous tes foins , tu romps.
le cours de leurs vrais maux
par tant & tant de dons
que
tu leut fais tous les jours ; ils
ont chez toy leur Cour , leur
train , & tout ce qui eft du à
leur rang. Ce Roy qui t'eft
fi cher p part pour voir fi
les coeurs des Lords ne font:
plus fi durs , & par tes foins
il pleut de l'or fur cent mats
d Depart du Roy d'Angleterre pour
Irlande

22 MERCURE
qui vont au gré des vents.
Six-vingt Chefs que Mars
voit de bon oeil , & deux
grands Corps de gens à qui
le fer & le feu ne font point
de peur , font pour luy prés
de Breft. Fais luy voir , Grand
Royce qui fait fes voeux .
Tu le peux toy feul , fais ce
grand coup
& n'en fais
plus ; car je n'ay plus de mots
fi courts , & ils font tort à
ton grand nom . Je me tais .
>
C'eft avec beaucoup de ju
ftice qu'on vous a tant vanté
le Difcours que prononça
GALANT. 23
#
M'Charpentier , Doyen de
l'Academie Françoiſe , le jour
que M' de Callieres , & M
l'Abbé Renaudot , y furent
receus; mais quoy qu'on vous
en ait pû dire d'avantageux ,
il eft difficile qu'on vous ait
marqué toutes les beautez
qu'on y admira. Ainfi , Ma→
dame, preparez-vous à trou
ver en le lifant beaucoup plus
encore que ce que les louanges
qu'on luy a données vous
en font attendre. Je vous en
aurois fait part dés le mois
paffe, filempreffement qu'on
a cu par tout d'en demander
24 MERCURE
des copies , ne m'ayoit fair
croire qu'on vous en avoit
envoyé quelqu'une. Aprés
que
les deux nouveaux Academiciens
que je viens de
vous nommer , eurent fait
leurs remerciemens à l'Illu-
Atre Compagnie qui leur donnoit
place dans fon Corps ,
M' Charpentier leur répondit
en ces termes.
azol ero 23
MEESSIEURS ,
Si voftre réputation eftoit
moins établie, les deux excellens
Difcours que vous venez de prononcer
GALANT. 25
ce
que
noncer ,feroient affez connoiftre,
l'on doit penfer de vous ,
juftifieroient pleinement le
choix de l'Academie ; mais la
grande opinion que toute la
France a conceuë de vostre merite
avoitdéja prévenu nos voeux,
& la voix publique vous avoit
nommez depuis long- temps aux
places dont aujourd'huy vous
prenez poffeffion. Ce grand concours
de perfonnes diftinguées acconrues
pour vous cuir , ce filence
qui n'a efléinterrompa quepar des
exclamations ; cette joye univerfelle
répandue fur tous ceux qui
forment cette Compagnie , vous
Avril 1689. C
26 MERCURE
enfont un témoignage
indubitable.
C'est par vos celebres écrits
que vous vous estes attiré un
femblable
fuccés. Vous , a Monfieur
, par cet excellent
Panegyque
vous avez confacré
aux vertus
heroiques
du grand Roy qui
nous affemble
dans ce Palais ,
qui nous y maintient
à l'abry de
fa Protection
toute puiffante
.
Vous avez donné un fecond au
Panegyrique
de Pline , qui n'en
avoit point eu encore , foit pour
l'étendue
, foit pour la ſplendeur
du difcours ; & l'on peut dire de
voftre Heros de vous ,
a A M. de Callieres .
ce
GALANT. 27
qu'on a dit autrefois d'Alexandre
du portrait qu'en avoit
fait Appelle , que l'Alexandre de
Philippe eftoit invincible, & que
l'Alexandre d'Appelle eftoit inimitable.
C'est cette Piece d'Eloquence
fi univerfellement
efti
mée , qui vous a acquis les premiers
voeux de l'Academie ,
qui vous a fait s'il faut ainf
dire , recevoir Academicien
par
acclamation
. Vous pouvez vous
en fouvenir , Meffieurs , vous
qui eftiez prefens à la lecture qui
s'en fit icy. Il y avoit alors une
place vacante dans la Compagnie.
Charmez de la nobleſſe de

Cij
28 MERCURE
la matiere de la varicté des
pensées , de la richeffe des expreffions
, quelques - uns dirent
qu'il ne falloit plus s'embaraffer
du choix d'un Academicien , &
que l'Auteur d'un fibel Ouvrage
vous l'ayant adreẞé , vous ne
pouviez vous difpenfer de le
recevoir parmy vous pour l'en
remercier & je fuis perfuadé,
Monfieur, que cela auroit efté
fait alors , fi l'engagement qui
avoit esté déja pris pour celuy
qui remplit fi dignement cette
place , & fi la recommandation
d'un Prince qui a fait paroiftre
en cette occafion tant d'amiGALANT.
29
e
e
11
}
tié , & tant d'eftime pour l'A
cademie , euffent pú permettre
de s'abandonner à ce premier
mouvement. Voila , Monfieurs
de quelle maniere vous der
venez Academicien . Ce fons
ces fortes d'élections où n'ont
point de part , ny les follicita
tions ouvertes , ny les cabale's fe
cretes , où celuy qui donne fon
fuffrage eft moins porté par fon
inclination , qu'emporté par
dignité dufujet , & où celuy qui
obtient ce qu'il defire s'en doit
la
meilleure partie.
Il en est de mesme de vous
la
Cij
30 MERCURE
bMonfieur.Toute la France qui
vous lit depuisfi long- temps
qui vous lit avec applaudiffement
, a demandé pour vous ce
que l'Academie fait gloire de
vous accorder. Je confidere ce
grand Ouvrage que vous conduifez
avec tant de capacité & de
prudence, comme le Berceau de
ta Verité. Vous la recevez au
moment defa naiffance, & vous
luy donnez des forces pour voler
par toute la terre. Vous faites
une Image de LOUIS LE
GRAND, qui n'eft pas moins
precieufe que celle des Orateurs
b A M. Renaudot .
GALANT. 31
& des Poëtes , quoy que vous y
employiez moins d'or & de pierreries
. Vous l'expofez à nos yeux
avec la mefme adreffe que ceux
qui nous donnent un moyen pour
regarder le Soleil fans qu'il nous
éblouiffe . Vous jettez les plus folides
fondemens de l'Hiftoire
qui confifte principalement dans
la fidelle narration des faits.
Tout ce rafinement de Motifs &
de Politique dont quelques- uns
veulent tirer tant de gloire , ne
font leplusfouvent que des ma
tieres de conteftations. Les Motifs
changentfelon les Etats &
felon les occafions, & ceux qui
C
iiij
32 MERCURE
ont excité le commencement d'une
affaire ne font pas toujours
ceux qui la conduifent à fa fin.
Mon Dieu , le beau fiecle que
vous avez à peindre ! Les beaux
materiaux que vous preparez
pour ceux qui travailleront après
nous aux monumens immortels de
la gloire de Louis le Grand ! Com
bien de fois nous l'avez- vousfait
voir à la tefte des armées , jettant
la terreur dans le coeur de fes Ennemis
, mettant leurs armées en
fuite , renverfant leurs Forterefjes
,fubjuguant leurs Provinces
? Tantoft vous l'avez fait
paroiftre en Legislateur donnant
GALANT. 33
$
de nouvelles Loix à fes Peuples,
reformant les abus , puniffant les
coupables autorifez , foulageant
l'innocence opprimée . Si les Barbares
de l'Afrique ont eu recours
àfa clemence pour obtenir le pardon
de leurs
brigandages ; files
Nations les plus reculées de l'Orient
font venues fe profterner
devant luy, étonnées du bruit de
fa valeur de fa magnificence
; de qui avons - nous mieux
appris que de vous la verité de
ces évenemens finguliers ? Tantoft
vous nous l'avez dépeint ſecourant
fes Alliez › protegeant
Empire contre l'invafion des
34 MERCURE
Turcs , & renonçant luy- mefme
au progrés affuré de fes victoires,
pour rétablir la paix dans l'Europe.
Aujourd'huy vous nous racontez
avec quelle generofité il
tend les bras à un Royperfecuté
par des Enfans dénaturez , par
par des Sujets infidelles, par des
Voifins ingrats. Il y a peu
jours que vous nous l'avez reprefentéfaifant
partir fon Fils à
la tefte defes arméespour affeurer
le repos de la France contre les
Secretes ligues de nos Ennemis.
Ce grand Roy dont la penetration
eft admirable en toutes chofes
,fçavoit bien à qui il commet
de
GALATN. 35
a de grantoit
un foin frimportant . Allez,
dit-il , mon Fils , & foyez
Vainqueur. Qu'il y
deur dans cette façon de commander
! Que de fublimité dans
ce peu de paroles ! Et à qui ap
partient- il de parler de la forte
qu'à celuy qui peut procurer la
victoire en ordonnant de vaincre
? Mais que cet ordre a eſté
execute fidellement ! Le Dauphin
part dans un temps où les
pluyes de l'Automne fembloient
s'oppofer à fes deffeins . Il furmonte
à l'exemple de fon Pere
les obftacles des Saifons. Il atta
que une Place réputée imprena36
MERCURE
ble s'en rend maiftre en peu
de jours . En ce Siege le Fils de
Louis le Grand fait la fonction
de Soldat. Il vifite la Franchées
il s'expofe au feu des Ennemis ›
hazarde une vie pour qui
nous devons prodiguer la noftre .
Trente autres Fortereffes luy ourent
enfuite leurs portes , &
le Palatinat entier foumis à ce
jeune Vainqueur , ne tient plus à
fon Prince , que par le regret qui
luy refte d'avoir attiré les armes
du Roy dans fes Etats , par l'injustice
defon procedé. Loüis Dayphin
ne pouvoit pas moins faire
pour vanger les droits d'une
GALANT. 37
Princeffe , de la tres-glorieuſe ,
tres- haute, & tres- illuftre Maifon
de Baviere avec qui la
France a depuis quelques années
pris deux alliances qui
contribuent fi avantageufement
à la proſperité de l'Etat.
La premiere nous a donne
cette mefme Princeffe , par l'heu
reux mariage de laquelle avec
Monfieur , Duc d'Orleans , la
Maifon Royale fe trouve augmentée
d'un Prince , dont on ne
peut affez louer la nobleffe des
inclinations , la vivacité de
l'efprit , la diverfité des connoiffauces
, & la grandeur du cou38
MERCURE
rage qui luy a déja fait regarder
avec douleur fon age trop peu
avancé pour eftre admis aux
penibles fonctions de la guerre.
C'eft du mefme mariage que nous
tenons encore une charmante
Princeffe , en qui toutes les graces
font raffemblées, Beauté, Esprit,
Vertu , Amour du Bien , Sentimens
dignes de la Couronne.
Princeffe que toute l'Europe regarde
comme l'unique & l'in
faillible moyen de rejoindre dans
une bonne & fincere, concorde
la Maifon de France avec la
Maifond Auftriche d'Allemagne.
Ce font-là les biens que nous a
GALANT.
39
19
procurez cette premiere alliance-
Que diray - je de la feconde ?
Quel Orateur ne feroit éblouy
de l'éclat de fa matiere ? En
quels termes peut- on parler d'un
mariage , dont l'Epoux est le Fils
unique de Louis le Grand ; Fils
tout couvert de gloire , moinspar
la fplendeur de fa Naiffance
que
par la grandeur de fes vertus ;
qui par l'attachement aux volontez
de fon Pere , a fait
voir une fageffe dont tous les
fiecles paſſez auroient peine à
nous fournir un exemple ; Prince
doué de toutes les qualitez neceffaires
à ungrand Roy, Soldat,
40 MERCURE
Capitaine, General , Vaillant ,
Magnanime , Vigilant, Liberal,
plein de tendreffe pour les Soldats
, fenfible à tous leurs befoins.
L'Eponfe eft une Princeffe
iffue du Sang Royal de France ,
& du Sang Imperial , en qui la
Majesté, la Bonté , la Nobleffe
d'ame , l'Humeur bien -faifante,
Je font remarquer éminemment ,
& de qui l'heureufe Fecondité a
donné à la France trois gages
afſurez de l'éternité de l'Empire
François
Grands & Magnifiques Princes,
de qui le nom a fait autrefois.
tant de bruit dans le monde
GALANT. 4T
Intrequi
fous le titre de Ducs avez
poffedé une des plus redoutables
puiffances de l'Europe , Cadets
de la Maifon de France qui
avez ftfouvent fait trembler
vos Aifnez , Vaillans
pides Ducs de Bourgogne , regar→
dez de l'eftat de gloire où vous
estes , ce tendre rejetton de tant
de Rois , ce jeune Duc de Bourgogne
, qui réunit à la tige de
1 Augufte Afaifon de France, ce
Titre qui en avoit esté détaché, ›
& qui demeuroit enfevely dans
vos tombeaux. Réj uiffez- vous
de voir encore un Prince de
voftre nom, & que vous pouvez
Avril 1689. D
42 MERCURE
regarder comme de vostre Sang
aprés les frequentes alliances de
la Maifon de France avec les
Defcendans de votre Heritiere.
N'appercevez - vous point en
luy , vous de qui les ames dé
pouillées de la matiere penetrent
plus aisément que les nostres au
travers des ombres de l'avenir ;
n'appercevez - vous rien , dis -je ,
en ce Royal Enfant , qui vous
donne lieu de croire qu'il raf
femblera quelque jour vostre
fucceffion difpersée , & qu'il re
joindra fous une mefme domination
vos fameufes dix - fept
-Provinces fi fon Ayeul ou fon
GALANT. 43
Pere ne le previennent ?
Et vous , puiffans Rois , qui
avez tenu le Sceptre de Naples
& de Sicile, genereux Princes
de la Maifon d'Anjou , réjoüiffez-
vous de revoir en France
un Fils de Louis Dauphin , un
nouveau Duc d'Anjou , digne de
fucceder à vos Couronnes , quand
la Providence divine aura marqué
le temps au Sang Royal de
France de remonter fur voſtre
Trône .
Enfin , braves & magnanimes
Ducs de Berry, dont la bonte
a efté fi fignalée , tournez vos
regards fur la France que vous
Dij
44 MERCURE
ni'avez jamais quittée, voyez
y renaiftre un jeune Duc de
Berry , qui va faire revivre
avec éclat la memoire de vos
vertus . Ce font là , Meffieurs
,
les precieux fruits de l'Augufte
Mariage
de Louis Dauphin
de la fereniffime
Princeffe
Victoire de Baviere
; Nom fortuné
, Nom qui porte avecfoy
L'augure
des victoires de fon
Epoux & de fes Enfans . Vous
entrez Meffieurs , dans l'Aca
demie Françoife , lors que tous
grands fujets s'offrent à vos
fcavantes plumes , & cela ne
vous fait- il point penfer que c'eft
GALANT. 45
une autre caufe qu'un heureux .
hazard qui a mis cette Compagnie
fous la protection fpeciale
de Louis le Grand ? Laiſſez- le
moy dire , Meffieurs .
Non hæc fine numine Divûm.
Le Ciel ne fait point naiftre des
Princes extraordinaires , qu'il
ne prenne le foin d'en conferver
la memoire. Ce font des Modeles
"qu'il propofe aux Souverains ,
non pour arriver neceffairement
au mesme degré de vertu par une
imitation parfaite mais du
moins pour empefcher qu'ils ne
s'en éloignent trop, par une non-
>
46 MERCURE
chalance trop vicieufe. Ilfalloit
donc
?
que Louis le Grand euft des
témoins
tels que vous de fes actions
heroiques
pour le mettre
en eftat de faire du bien dans
d'autres fieclès que le noftre . C'eft
dans vos Ouvrages
que les Rois
viendront
étudier
fon exemple
.
C'est là que vous repreſenterez
ce Regne de Grandeur
, de Pieté ,
de Justice ; ce Regne de Bonheur
pour la France ; que dis je pour
la France
? Il faut dire pour
toute la Chreflienté
,files faintes
falutaires
intentions
de ce
Monarque
incomparable
font
fuivies
, à la confufion
de ceux
GALANT . 47
qui par leur ambition déreglée
s'efforcent d'y apporter des obftacles
.
Mais , Meffieurs quand
vous anrez parlé de Louis le
Triomphateur, le Vainqueur perpetuel
, le Destructeur des Puif
fances injuftes , ne le fuivrezvous
point fous des idées plus
tranquilles & plus convenables
à vos exercices ? Ne le reprefenterez
vous point auffi fous
Image de l'Apollon du Parnaffe
François , tel qu'il paroift à
Vos yeux dans cet augufte Tableau
dont il a voulu honorer
l'Academie ? Il n'est point reve48
MERCURE
a
fu de fes armes terribles dont
l'afpect fait tomber fes ennemis
à fes pieds. Il n'a point fon
foudre à la main preft à lancer ,
il tient fon Sceptre qui est une
marque pacifique de fa Dignité;
il tient la main de justice &
felon les Poëtes anciens , Aftrée
, ou la Fuftice eft la Soeur des
Mufes. De quelque cofté que
vous le confideriez vous le trouverez
toujours Grand , toujours
Magnifique , toujours caufe de
quelque bien qu'on n'auroit ofe
esperer.
Quel changement dans le
Royaume depuis que les favo
rables
GALANT. 49
rables influences de ce grand Aftre
fe font répanduesfur les beaux
Arts ! La Peinture , la Scull'Architecture
tant civile
pture,
des
que militaire
, l'art
du Jardinage
, la Culture
des plantes
, la Conduite
des eaux , les Manufactures
des étoffes
précieuses
, la belle Entente
des Habits
Meubles
; tout s'eftperfectionné
.
On a vu la France
prendre
une
face nouvelle
. Paris
eft devenu le centre
de la Politeffe
& de
l'Elegance
. C'est d'icy
que toutes
les Cours
étrangeres
tirent
ce qu'-
elles veulent
avoir
de plus
exquis
,foit pour des Feftes
galan-
Avril
1689
. E
50 MERCURE
tes , foit pour les plus importantes
Ceremonies. Les Arts plus
Spirituels , l'Eloquence , la Poëfie,
la Mufique ont receu encore une
augmentation prefque incroya
ble. On parle mieux que jamais ,
foit au Barreau , foit dans la
Chaire. On a banni du Barreau
ces Eruditions fuperfluës , ces
Citations inutiles , qui faifoient
perdre tant de temps aux fuges,
& qui contribuoient fi peu
l'éclairciffement de la Caufe . On
a banny de la Chaire les Amplifications
importunes , cette vaine
oftentation d'une lecture mal
digerée des Auteurs profanes, &
'
à
GALANT.
51
لا
le plus fouvent indignes d'effre
alleguez dans un difcours Evangelique
. Les Orateurs de l'un
& de l'autre Tribunal ont esté
plus fidelles à leur fujet, & s'y
font attachez de meilleure foy.
La Poëfie a esté plus auftere ,
plus pure , plus chaftiée. Elle n'a
pas renoncé feulement du libertinage
des moeurs , mais mefme
au
libertinage des
expreffions.
Toutes ces hardieffes outrées , à
qui l'on donnoit fauffement le
nom
d'Enthousiasme , ont efté
releguées dans le pays du Caco-
Zele , & l'on a reconnu que la
Poëfie pour eftre le langage des
E ij
52 MERCURE
Dieux , n'en devoit pas eftre
moins raisonnable. La Mufique
s'eft encore diftinguée infiniment;
au lieu de ces Concerts languiffans
qui endormoient nos Peres
pae l'uniformité de leurs Simphonies
par la froideur de
leurs mouvemens , elle est deve
nuë vive & animée , elle est
entrée dans le caractere de toutes
les paffions , elle les a toutes imitées
, elle a causé de l'émotion
du trouble dans l'efprit des
Auditeurs , les fameux Spetacles
dont elle eft le principa
ornement ont montré qu'elle
eftoit capable de produire encor
GALANT. 53
de nos jours ces miracles de
Harmonie que l'Antiquité nous
a tant vantez. Que diray-je ,
Meffieurs , de ce qui nous regarde
de plus prés , de ces Compagnies
de gens de Lettres , qui
à l'imitation de la voftre ont pris
le nom d'Academie , & fe font
attachées à cultiver les Lettres
Françoifes ? Les Villes d'Arles,
de Soiffons , de Nifmes , d'Ande
Ville Franche , de
gers
·
Grenoble , fe fouviendront éternellement
des avantages que ces
loüables Inftitutions leur apporteront
. Paris en a déja recueilly
le fruit. Et de quelle utilité pen-
E iij
14 MERCURE
fez- vous que font encore cer
Prix d'Eloquence & de Poëfie
que vous diftribuez de temps en
temps ? Car il n'y a rien qui
échauffe , qui anime , qui pique
davantage l'esprit que l'émulation
. C'est donc à la veritable
affection que Louis le Grand a
conceue pour les beaux Arts ;
c'est à fa liberalité , ou pour
mieux dire à fon difcernement
& àfon bon gouft qu'ils font
redevables de leur perfection &
de leur éclat. C'eſt à fa glorieuse
Protection que nous devons attribuer
auffi l'heureuſe deſtinée
de l'Academie , qui fans ſon ſeGALANT.
55
tours ne feroit peut- eftre plus
rien , ou feroit indubitablement
beaucoup moins floriffante . Ce
n'eft pas que le grand Cardinal
de Richelieu n'euft cherché tous
les moyens d'en affeurer la durée
; mais il eft mort trop toft
aprés en avoir jetté les fondemens
, les dernieres années de
fa vie n'ont pas efté affez paifibles
pour pouvoir donner à ce
nouvel Edificefon entier accompliffement.
C'est un Pere qui a
laiffe fon Enfant en bas âge , &
qui ne luy a laißé que des biens
douteux. Veritablement le grand
Chancelier Seguier luy a fervi
E iiij
56 MERCURE
que
de Tuteur dans fa minorités
mais enfin nul ne peut dire ce
l'Academie feroit devenuë
après cette feconde perte . C'eſt
vous feul , ô grand Roy , qui
avez donné un établiſſementfeur
inébranlable à cette Compagnie,
& qui l'attachant à voſtre
facrée Majefté par une espece
d'adoption , avez fait qu'il n'y
a plus de perfonnes de fi grand
merite ou dignité qu'elles puiffent
eftre , qui ne fe doivent
faire un honneur de s'y joindre .
Mais, Meffieurs, je ne m'ap.
perçois pas que firrite l'Envie
en parlant du bonheur de l'AGALANT.
57
cademie comme je fais. Il me
femble que j'entens déja dire que
c'est trop faire de cas des Minuties
Grammaticales qui compofent
le premierfond de ce Dictionnaire
qu'on regarde comme
voftre principal Ouvrage . Je
veux bien , Meffieurs , qu'on le
dife ;je ne m'en étonneray point;
il n'y a rien de ft beau dans le
monde qui ne puiffe eftre l'objet
d'un mépris injufte . Mais que
l'Envie ou l'Ignorance enfremiffent
; je ne craindray point d'avancer
que ce que ces gens - là appellent
Minuties de Grammaire »
eft à le bien prendre la partie de
58 MERCURE
la Litterature la plus neceffaire
& la plus excellente . C'est ce
qui nous fait entrer dans la connoiffance
des plus fecrets refforts
de la Raifon , qui a tant de rapport
à la Parole , que dans la
Langue la plusfçavante de l'Univers
, la Parole & la Raifon
n'ont qu'un mefme nom . Les plus
Atupides d'entre les hommes fçavent
bien qu'ils marchent, qu'ils
voyent , qu'ils entendent ; mais
il n'y a que les grands Genies
qui veulent connoistre la ftructure
& l'entrelaffement admirable
des os , des nerfs & des
muſcles , par qui fe font tant de
GALANT. 59
mouvemens & defenfations dif
ferentes . Ainfi l'homme le plus
groffier fçait bien qu'il parle ,
qu'ilfe fait entendre aux autres,
mais il n'y a que les Efprits du
premier ordre , qui veulent connoistre
les differentes idées fur
lefquelles nos paroles fe forment ,
ce qui en fait la justeſſe ou l'irregularité
, la beauté ou l'imperfection
, la certitude ou le doute.
Il n'est pas donné à tout le monde
de demefler les mouvemens.
prefque infinis de cette Faculté
toute divine qui agit en nous
qui nous fait faire tant de reflexions
qui fe manifeſte ` en
60 MERCURE
tant de manieres. Cependant
c'est ce que font ceux qui s'appliquent
à ces pretendues Minuties
. Leur occupation n'est qu'u
ne attention continuelle fur les
premiers & lesplus intimes organes
de la Raifon , & tandis
que le vulgaire s'imagine qu'ils
perdent leur temps à des fpeculations
frivoles& inutiles , lesfages
admirent ces profondes meditations
quiles font penetrer dans
l'artifice du plus merveilleux Ouvrage
de la Divinité.
Ainfi nous voyons les plus
grands perfonnages , s'estre tresferieufement
attachez à l'étude
GALANT. 61
des mots. Le Fondateur de l'Empire
Romain Fule Cefar, au milieu
de fes plus importantes affaires
fit deux Livres de remar
ques fur la Langue Latine qu'il
adreffa à Ciceron , & dont il
paroift encore quelques fragmens.
Charlemagne , ce fameux Roy de
France , de qui la grandeur s'eft
incorporée avec le nom propre ›
travailla pareillement à l'embelliffement
de fa Langue , qu'il
reduifit fous de certaines regles ,
dont il compofa luy-meſme
une Grammaire, Aprés cela fautil
s'étonner fi voftre travail
trouve de l'appuy & de l'agre62
MERCURE
ment fous un Roy du Sang de
Charlemagne , & qui fe montrant
fi digne heritier de ce
grand Empereur par fa valeur
par l'étendue de fa domination
, n'eft pas moins fon fucceffeur
dans cet amour de fa Lang
gue naturelle.
Ceft fous les aufpices de ce
Pere de la Patrie que l'Academie
acheve ce fameux Dictionnaire
, dont on ne peut affez
louerla beauté l'utilité. Athe
nes ny Rome ne nous ont rien
laißé de fi parfait en ce genre; car
les Dictionnaires de leurs Langues
que nous avons aujourd'huy,
GALANT. 63
n'ont point eflé compofez par les
Anciens dans les bons fiecles ,
dans les fiecles à faire autorité ,
mais par des Modernes , ou bien
par des Auteurs qui ont veritablement
vefcu en des temps où
l'on parloit encore Latin &
Grec ; mais c'eftoit en des temps
où l'on avoit déja perdu le bel
ufage de ces Langues . L'Academie
au contraire nous donne une
image de la Langue Françoife,
en fon eftat de perfection ; non
point comme elle eftoit autrefois;
c'est pourquoy elle rejette les
mots qui font entierement hors
d'ufage , ny comme elle est
"
64 MERCURE
t
dans la bouche des Artifans , ou
de ceux qui enfeignent les Sciences
; c'estpourquoy elle rejette les
mots d'Arts & de Sciences , la
pluspart defquels mesme ne font
pas François , mais Grecs ou Arabes
.Elle s'est retranchée à la Lanque
commune telle qu'elle eft dans
le commerce ordinaire des honneftes
gens, & telle
teurs & les Poëtes l'employent.
Par ce moyen elle embraſſe tout
ce qui peut fervir à la nobleffe &
à l'élegance du Difcours. Elle
definit les mots les plus communs,
dont les idées font fort fimples ;
ce qui eft infiniment plus malque
les OraGALANT
. 65
aisé que de definir les mots des
Arts & des Sciences dont les
idées font fort compofées. Ainfi
il est bien plus aisé de definir le
mot de Teleſcope , qui eft une
Lunette à voir de loin , que de
definir le mot de Voir. Chacun
en peut faire l'experience . Cela
laiffe à juger quelle prodigieufe
entreprise a efté celle de l'Academie
, quand elle s'est chargée
de definir tous les mots communs
de la Langue Françoife ; &
E quand elle n'auroit pas reuſſi en
tous , ne luy eft- ce pas une gran
de gloire que d'avoir reuffi en
plufieurs ? Le Dictionnaire de
70%
Avril 1689.
F
66 MERCURE
l'Academie n'est pas feulement
eftimable par les Definitions de
tous les mots , mais par la quantité
des belles façons de parler ,
où chaque mot eft employé, &
par l'explication des divers fens
qu'il peut recevoir ; de forte
qu'il n'y a point de François
qui ne foie étonné & ravy de
trouver tant de richeffes dans
fa Langue. Il y a mesme un
agrément infiny répandu par
tout. Quand on cherche un mot
dans les autres Dictionnaires , on
ferme le livre dés qu'on s'en eft
éclaircy. Il n'en eft pas de mefme
du Dictionnaire de l'Academie.
GALANT. 67
*
On n'entame guere un mot , tel
puiffe eftre qu'on ne foit tenté
de le lire tout entier , parce qu'on
voit l'hiftoire du mot , s'il faut
ainfi dire , & qu'on en remarque
la naiffance & le progrés Mais,
Meffieurs qu'ay je affaire de
vous entretenir plus long- temps
d'un travail dont vous allez eftre
témoins ? Il ne me reste qu'à
vous exhorter de répondre à l'at- ·
tente de l'Academie qui vous
ayant donné tous fes fuffrages ,
ne peut pas diffimuler qu'elle s'eft
promis un grand fecours de voftre
affiduité de vos lumieres .
&
Fij
68 MERCURE
Aprés vous avoir fait part
d'un fi grand nombre d'ouvrages
fur les Conqueftes de
Monfeigneur le Dauphin , je
ne puis m'empefcher d'y ajoûter
un Madrigal qui a efté
eftimé de tout le monde . Il
dit beaucoup en fort peu de
Vers , & il feroit mal - aifé de
faire un plus bel éloge de ce
Prince.
SUR LA CAMPAGNE
de Monſeigneur le Dauphin.
Rince , que vos deffeins font
PRibeaux !
Le Monarque puissant qui fait trembler
la terre ,
GALANT. 69
Remet en vos mains fon tonnerre.
Vous pnniſſez fes injuftes Rivaux.
Vous marchez furfes pas , vous volez
à la gloire ,
Vous faites les doux foins de l'ai
mable VICTOIRE
,
Vous fçavez foudrayer le rempart le
plus fort ;
Vous bravez les Saifons vous uffroutez
la mort;
Sur les coeurs des Soldats vous avez
tout empire ,
Rien ne peut refifter à vos genereux
coups ;
La France vous benit , l'Vnivers
vous admire ,
Et Louis eft content de vous
Quoy que vous ayez déja
vû une rraduction de la Fable
Latine que le Pere Commire ,
70 MERCURE
Jefuite fit dans le temps que
Monſeigneur
alla mettre le
Siege devant Philisbourg
,
celle que le Pere Proft , auffi
Jefuite , a faite de la mefme
Fable , a efté fi approuvée ,
qu'elle merite de trouver icy
fa place . Si la matiere n'eft
pas nouvelle pour vous, vous
y trouverez
au moins des
beautez nouvelles par la diverfité
des expreffions . Le
Pere Proft n'eft pas feulement
un excellent Poëte François ,
Latin & Grec , mais il eft encore
un grand Orateur. Il a
donné
d'éclatantes preuves
GALANT . 71
de fon éloquence en plufieurs
occafions dans le College de
la Ville d'Arles , où il a profeffé
la Rhetorique avec beau
coup
de fuccés.
LE LION
Qui vange fon Pere .
V
N Lion , la terreur des Climats
Afriquains ,
Auffi jufte que debonnaire ,
Crut enfin qu'à fesgrands & glorieux
deffeins
les
Le fang n'eftoit plus neceſſaire ,`·
Et que de fes Rivaux exauçant
fouhaits ,
Ilpouvoit leur donner ou la Trève ,
ou la paix.
Dans les Plaines , dans les Bacca
ges
72 MERCURE
A l'abry defafoypaiffoient tous les
Troupeaux ,
Et les Monftres les plus fauvages.
Vivoient en un profond repos.
Heureux , s'ils avoient fceu connoiftre
Vn fortfi tranquille & fi doux ,
Et fi l'orgueil n'euft fait renaiftre
Dans ces coeurs peu foumis d'autres
transports jaloux.
S
Celuy dont cependant l'oeillade
foudroyante
Pouvoitfoumettre encor le Nomade
àfes Loix ,
Sous une douceur fi conftante
Leurfembla n'eftre plus ce qu'ilfut
autrefois.
Ils crurent que la complaisance
N'eftoit en luy que lâcheté ,
Et qu'enfin lafeule impuiffauce
Luy
GALANT. 73
Luy pouvoit inſpirer tant de tranquillité.
De là naiffent par tout de fecreties
intrigues,
On nefonge qu'à fe vanger,
Et tous cherchent à s'engager
Dans les cabales & les ligues.
A ces bruits impreveus le Lion dédaigneux
,
Tu le fçauras , dit- il, Troupe lâche &
vulgaire ,
S'il eft encore dangereux
En troublant mon repos d'irriter ma
colere.
Il'aiguifoit déja , penetré de dépit ,
Griffes & dents pour la vangeance,
Lors qu'un jeune Lion , defon fang
l'efperance ,
Calme fa fureur & luy dit.
C'est à moy feuls Seigneur , qu'appartient
cette gloire ,
Avril 1689 .
G
74 MERCURE
Déja fameux par cent combats
N'est-il pas temps quefur vos pas
Vous me woyiez enfin courir a la
Victoire ?
Ilsuffira de ma valeur
Pour punir ces lâches coupables ,
Vos coups leur enfleroient le coeur ,
Et leur feroient trop honorables.
S
Le Heros des Forests charmé de
ce's transports ,
Et joyeux de renaiftre en cette ame
guerriere ,
N'ofe refifter aux efforts
D'une ardeur fi noble &fifiere.
Ils fe feparent donc , & plein d'un
beau couroux
Le Lionceau bien-toft fait voir quel
eft fon Perc.
Tel qu'autrefois aprés les Loups
Il avoit exercé fa naiffante colere ,
GALANT. 75
Tel il fait ployerfous fes coups
L'ours & le Leopard , le Tygre & la
Panthere..
Tousfont effrayez defes cris ,
Il terraffe les ans , les autres il dé
chire ;
Et l'on n'en voit aucun qui confus
& Surpris
Ne l'apprehende & ne l'admire.
En vain dans le creux des rochers,
Ou dans les plus affreuses Iftes ,
Ils efperent trouver des retraites
tranquilles ,
Au milieu de tant de dangers ,
La peur , le defefpoir , la honte
Leurfont en vain pourfuir precipiter
leurs pas
Par tout le Conquerant les brave &
les furmonte,
Ilporte par tout le trépas
La Corneille à ce grand fpectacle ,
G ij
76 MERCURE
Prononça , dit-on , cet oracle.
N'eftoit-ce point affez , Monftres trop
malheureux
D'avoir un Lion à combattre ?
Pour vous confondre & vous
abattre ,
Falloit-il en irriter deux?
S
Qui peut de cette Fable ignorer
le miftere ,
N'a qu'à jetter les yeuxfur les rives
du Rbin ,
Où d'un autre Loüis le glorieux def
tin
Fait revoir tous les jours le deftin
de fon Pere.
Je vous envoyeun Air nouveau
de Mr Martin , Auteur
des Airs à deux & à trois
parties , que debite le S GueGALANT
77
rout. Celuy qui en a fait les
paroles , fait parler l'Amour
dans les trois couplets que
vous allez lire.
4
GAVOTT E..
Sin
Ans fléches ,fans carquois .
Te viens chaßer dans ces bois,
Avec des Armes moins terribles ,,
Quinefontpas moins invincibles,
Your rangerfous mes loix
Les jeunes Nymphes infenfibles ;
·Sans fléches , fans carquois
Je viens chaffer dans ces bois.
Non , non , ne craignez pas
De vous prendre à mes appas ;
La liberté n'eft point charmante
Ef- 1 un coeur qui s'en contente ?
G- iij
78 MERCURE
Venez , fuivez, mes pas, Ete,
Dans ces beaux lieux où tout enchan-.
Non , non , ne craignéz pas
3. De vous prendre à mes appas.
S
Avec d'aimables noeuds
Ie prens les coeurs amoureux ;
Le moins cruel, le plus fauvage,
Le plus conftant , le plus volage,
Heureux ou malheureux,
Il n'en est point que je n'engage.
Avec d'aimables noeuds
Te prens les coeurs amoureux.
Quoy que le Roy foit au
jourd'huy le feul dans toute
l'Europe , que le foin de dé
fendre la Religion Catholia
que occupe , les grandes affaires
qu'il faut qu'il foutienGLAANT.
79

ne pour prévenir ce qu'il feroit
infaillible qu'elle fouffriroit
, files Ennemis de co
Monarque remportoit fus
luy quelque avantage , confiderable
, n'ont pas empefché
qu'il n'ait affiſté à toutes les
Predications du Pere de la
Ruel Jefuite , qui avoir eſté
nommé pour preſcher pen
dant le Carefme trois fois la
femaine dans la Chapelle de
Verfailles
. C'eft un avantage
qu'il avoit déja cu il y a fort
peu de temps , & la fatisfa
clion que toute la Cour avoit
receue de fes Sermons , avoit
Giiij
80 MERCURE
fait fouhaiter de l'entendre
encore pendant un autre Ca
refme. Sa Majefté en a efté
tres contente , & la Predica
tion qu'il fit le jour du Vendredy-
Saint , fut admirée
de tous ceux qui l'entendis
rent.
Le Roy n'a manqué à au
cun des Offices de la Semaine
Sainte. Il n'y a rien d'extraor
dinaire en cela , puis que ce
Prince ne s'en eft jamais dif
penfé. Il eft vray que pendant
fes indifpofitions , Monfei
gneur le Dauphin à fait quelquefois
la Ceremonie du jour
GALANT. 8F
de la Cene pour Sa Majesté à
caufe des fatigues qui font
attachées à un devoir fi pieux
Prefentement que ce Monarque
jouit d'une parfaite fan .
té quoy qu'il foit continuel
lement appliqué aux affaires
de fon Etat , il s'acquitte luymefmei
de cette penible fonction
. Je ne vous repete point
ce que je vous en ay écrit plus
freursfois. La Predication fut
faite ce jour- là par M' l'Ab..
be Roquetes qui en parlant
des treize Pauvres que Sa Majefté
fert à table aprés leur
avoir lavé les pieds , fit voir
82 MERCURE
que les actions d'humilité
que fait ce grand Roy , luy
font auffi naturelles que toutes
les grandes chofes que
nous voyons tous les jours de
luy. Cet Abbé en fit une
fort vive peinture , qui fut
écoutée avec autant de plaifir
qu'elle caufa d'admiration .
En faifant l'éloge de Sa Ma
jefté , il n'oublia pas de parler
Monfeigneur
le Dauphin
Il dit que Dieu pour recom
penfer le Roy de fon zeld
pour l'Eglife, luy avoit donné
un Fils qui marchoit fur
fes glorieufes traces , de qui
de
GALANT. 82
eftoit la recompenfe des Juftes.
L'Abfoute fut faite enfuite
par M ' de Biſcara , Evef
que de Befiers . Ce mefme
jour , Monfeigneur le Duc
de Bourgogne fervit le Roy à
la Cene pour la premiere fois.
Il avoit une extrême impatience
de voir arriver le Jeudy
Saint , pour avoir cet honneur
, & il en fit connoiftre
fa joye , lors qu'il dit en fe
levant ; J'auray le plaifirl de
voir aujourd'huy treize fois le
Roy. Il difoit cela à caufe que
les Princes portent les plats
de chaque fervice , & que l'on
84 MERCURE
On ne fert treize Pauvres.
fçauroit trop admirer l'efprit
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , qui dit tous les
jours cent choſes fort au def
fus de fon âge . Monseigneur
le Dauphin porta auffi les
plats dans cette Ceremonie ,
& fut fecondé dans la mefme
fonction , par Monfieur,
Monfieur le Duc de Chartres,
Monfieur le Duc , Monfieur
le Prince de Conty , Monhieur
le Duc du Maine , Monfieur
le Comte de Touloufej
Monfieur le Duc de Vendofme,
& plufieurs Seigneurs .
GALANT 85
Monfieur le Prince les precedoit
tous à la tefte des Maiftres
d'Hoftel , en qualité de
Grand Maiftre de la Maifon
de Sa
Majefté.
Le Samedy - Saint , le Roy
Fit fes Devotions , & toucha
huit cens Malades qui rem.
pliffoient deux Galeries de
Verfailles. Ils receurent en
mefme temps chacun une
piece de quinze fols , fuivant
Tufage ordinaire. Sa Majeſté
parut d'une fanté parfaite
dans ce penible exercice , &
s'en acquitta avec cet air qui
margue la fatisfaction qu'Elle
(
86 MERCURE
reçoit toutes les fois qu'Elle
fait du bien . Elle diftribua ce
jour mefme les Benefices vacans
, ce qu'Elle a coutume de
faire les jours qu'Elle fait fes
Devotions, afin de ne s'appliquer
qu'aux chofes qui regar.
dent l'Eglife , & d'eftre plus
infpirée du Ciel pour le choix
de ceux qui la doivent gouverner.
Jevous parleray dans
la fuite de cette Lettre de
ceux qui furent nommez ce
jour là pour remplir ces Benefices.
La Reine d'Angleterre qui
s'eftoit retirée aux Filles de
GALANTY 87
Sainte Marie de Challiot pen
dant la Semaine fainte, y a
donné de tres grandes mar
ques d'une veritable pieré
Celle du Roy fon Epoux ,
& fon zele pour la Religion
Catholique , qui luy
fait hazarder une Couronne
pour maintenir la pureté de fa
Foy, meritent tant de loüanges,
que vous fçaurez bon
gré à une perfonne de voftre
Sexe , dont vous avez déja vû
avecplaifir d'autres Ouvrages,
de ce qu'elle s'eft appliquée à
faire l'éloge de ce grand Monarque.
Ceft de Madame de
88 MERCURE
Pringy que je veux parler.
Vous connoiffez la beauté
de fon genie : ce que vous
allez lire eft de fa façon.
2552552252 25SSZES
DISCOURS
A la gloire du Roy de la
Grande Bretagne .
L
A Fuftice & la Bonté dotvent
eftre le partage du
coeur des Rois ; quand ils poffedent
ces deux excellentes qualitez,
leurs moindres actions contribuent
à leur gloire , ils n'ordonnent
rien
que de jufte
GALANT. 89
•que
la
nautorifent que ce qui eft bon .
Ils font exempts de vices , &
comblez de vertus , & tout le
cours de leur vie eft un tissu de
victoires . Mais fi la Justice &
Ela Bonté rendent un Monarque
fi recommandable , lors
pieté & la valeur viennent augmenterfon
merite que ne doiton
point dire pour fon Eloge , &
quelle est l'admiration qui peut
égaler fes vertus ? Foible image
du Heros , dont je voudrois
faire le portrait ! Sa Justice ,
fa Bonté fa valeur & fin
zele ont effe plus loin que mon
idée. Ce n'est point affez de
Avril 1689,
C
H
90 MERCURE
les connoiftre pour les dépeindre
celuy qui les poffede eft le feul
qui les peut apprendre aux hom
mes. C'eft furfon auguste front
qu'on voit briller les grandeurs
que je voudrois décrire . C'est là
qu'on remarque ce courage intre
pide , cette fidelité inviolable
au culte de Dieu que les plus
grands malheurs n'ont pú ébran-
Ter. C'est là enfin que l'on trouve
le regne des vertus & des gran
deurs. En effet , Grand Prince ,
qui a jamais refifté à l'injuftice
avec autant de fermeté que
vous ? Si voftre valeur vous a
fait remporter tant de victoires
GALANT. 91
dans les combats , & fi par vos
Conquestes vous avez ceint
voftre tefte de Lauriers › vous
In'avez pas fait plus pour voſtre
gloire que vos Ennemis propres ,
qui en troublant votre repos par
leurs injustes projets , ont donné.
le dernier trait à l'éclat de vos
a vertus. Ils ont fait triompher
• cette intrepidité qui ne fe peut
connoiftre que dans les épreuves s
I'on vous a veu d'un mesme
eilrecevoir la Couronne que
Ciel vous a donnée , & attendre
L'Ennemy qui venoit pour vous
le
Parracher ; moins troublé que
fuxpris à l'aspect de fa cruauté ,
Hij
92 MERCURE
C
vons eftes demeuré tranquille
parmy un Peuple Infidelle &
vous avez triomphé malgré la
lâcheté qu'ils ont euë à trahir
vos interefts. Tout ce Royaume
a tremblépour vous au bruit &
au fuccés du mouvement des
armes de ce Prince perfide qui
a revolté vos Sujets chaque
coeur a pouffe des foupirs vers le
Ciel en vostre faveur ; mais
nostre crainte a ceffé dans l'ef
perance que Dieu n'abandon..
neroit point un Prince fidelle ,
dont le zele estoit voccupés à
agrandir fon culte , nous
avions lieu d'attendre ce fecours
оссире
GALANT. 93:
du Dicu des Armées ! Vous combattiez
pour fon faint nom,
deftoit fa cauſe qui vous enflâmoit
, & noftre confiance eftoit
d'autant plus juste , que vostre
Loy eftoit veritable , vostre Cou
ronné legitime , & vostre vertu
confommée . Quand tout l'Enfer
sarmeroit contre vous , le Ciel
vous protegera » &vos ennemis
demeureront couverts de bonte
e de confusion, & trouveront
leur ruine dans leur entrepriſe.
L'on verra cet Ambitieux tomber
du faifte de fon orgueil dans
l'abisme du neant où vous le
reduirez vous reprendrez
"
94 MERCURE
cer Empire que vous n'aver
quitté quelque temps qu'afin de
l'affermir pour toujours . C'eft
un Prince auffi brave que vous
Te Ciel referve la
l'eftes , que
gloire
d'affervir
ce Peuple
belli
queux
, de faire
de l'Angleter
re, une Cité heureufe
où les Rois
vertueux
,
les Peuples
foûmis
trouveront
an eternel
repost
St
David
vit autrefois
fon Fils
revolté
contre
luy par un ordre
de la
Providence
c'eftoit
pour
augmenter
fa vertu
fa gloire.
Il demeura
fans
reffentiment
,
aimant
autant
le coupable
qu'il
haiffoit
le crime , fon
coeur fur
GALANT. 9%
partagé par deux mouvemens
contraires qui firent éclater fa
vertu . Il vainquit ce témeraire
infortuné , & la faute de ce
Fils malheureux fit la gloire de
ce Pere jufte. Belle image de ce
qui vous arrive , grand Prince !
C'est de l'injure que vous a faite
ce Gendre malheureux, que vous
tirerez le plus de gloire. Son
deffein fera fans fuccés , comme
il est fans raison, & l'apparence
flateufe qui le feduit , ne fervira
qu'a augmenter la rigueur la
bonte de fon fort. Ces deux
Monfires qui fe font fait redou
ter , l'Ambition & l'Erreur , den
96 MERCURE
viendront les eſclaves de voſtre
foy la Renommée avec fes
cent voix inftruira tout l'Univers
de vos triomphes . Quand
la valeur vous rendit fi recom
mandable dans ces combats on
vostre courage fe fignala d'une
manierefi glorieufe , quel fen
timent de respect & de veneration
n'infpirâtes- vous pas ? Et
Lors que vostre zele pour la Religion
vous fir preferer la verité
à la puiffance, & que vostre
foy vous tint lieu de toutes
chofes que vous caufates d'ad
miration ! L'on vous contemploit
comme un autre Abraham
qui
GALANT. 97
aqui faifoit confifterfa principale
grandeur dans fa foy& dansfa
constance ; mais quand on vous
voit ne vouspas contenter d'estre
fidelle , mais vouloir communi
quer cette mefme fidelité à tous
vos Peuples, defireux de porterle
flambeau de la verité dans des
thefprits où le Demon de l'erreur
répand les tenebres , l'on ne
i peut affez vous admirer. Vous
commenciez déja cette grande
euvre que la force du Tres-haut
#vous fera achever , er la réuſſite
en estoit affurée , fi vous n'aviez
eu qu'un Demon à combattre;
mais l'orgueil eft venu
Avril 1689 . I
98 MERCURE
fecourir l'erreur , & ces deux
puiſſances de l'Enfer viennent
d'allumer un feu qui les doit
confumer. C'efticy,grand Prince,
où vous acheverez ce grand ouvrage
,foûtenu par les forces du
plus grand Roy de l'Univers ;
tous deux unis de rang & de
coeur , tous deux grands Monarques
, que ne peut point une fi
belle union ? Repofez , grand
Prince , à l'ombre des Lys jufques
au moment que LOUIS
LE GRAND , comme un
Soleil fecondant par fa clarté
parfa chaleur voftre lumiere
& voftre force , vous fera vain-

GALANT.M
99
fr
"
Gre par fon fecours , comme autrefois
le Soleil fit à Foſué à la
Bataille des Gabaonites , avec
cette difference , que te Soteil arrefta
un moment fon cours pour
le favorifer, au lieu que Loüis
Le Grand poursuivra le cours de
Les victoires pour contraindr
1 cette partie du monde qui vous
doit obeir , a confeffer sa révolte
fa perfidie , & à chercher
jdans voftre bonté le pardon que
leurs crimes ne meritent pas d'ob-
» tenir. Faffe le Ciel , grand Mo-
Anarque' , que tout vous reuffiffe ,
i que vos juftes deffeins s'accompliffent
parfaitement , que vofire
I
ij
.
100 MERCURE
profperité égale vos vertus , &
que vos jours foient longs &
beureux autant que la France
le fouhaite :
On peut dire que ce qqui
regarde Sa Majefté Britannique
eft la grande affaire qui
fait aujourd'huy remuer tou
te l'Europe . Elle donne à
parler aux Politiques , & deux
jours aprés que je vous ay
envoyé la cinquiéme partie
des Affaires du Temps , il
a paru un Ouvrage fur ce
mefme fujet. Il a pour titre ,
Lettre d'un Milord abfent de
la Convention, à un de fes Amis,
& onmarque que cette Lettre
GALANT . IOI
a efté traduite de l'Anglois.
Elle eft digne de l'attention
des Curieux , & celuy qui l'a
écrite , quel qu'il foit , traite
fa matiere en habile homme.
Auffi tous ceux qui l'ont vûë
luy ont - ils rendu juftice .
Comme elle fait bruit , &
que c'est avec beaucoup de
raifon qu'elle eft cftimée , j'ay
de la joye de m'eftre rencontré
en plufieurs endroits
avec fon Auteur , & je me
flate par là que ce que je
vous ay envoyé fur les Affai
res du temps avant qu'elle
fuft tombécentre mes mains,
1.
I iij
102 MERCURE
ne déplaira pas. Quoy que
cette Lettre foit fort recherchée
, elle n'a pas encore efté
veuë de tous ceux qui la fouhaitent
, à cause qu'on ne la
debite pas » & qu'on a de la
peine à la trouver . C'est ce
qui m'engage à vous l'envoyer
, afin que ceux de voftre
Province , qui ne l'ont
pas veuë , puiffent fatisfaire
feur curiofité. Je m'en fais
un plaifir d'autant plus grand,
qu'on verra par là que je ne
cherche qu'à faire connoiftre
tout ce qui merite d'eſtre applaudy.
Jay cru devoir reGALANTI
103
ttancher quelques lignes du
commencement dans la copie
que vous trouverez icy ;
non que je prenne la liberté
de les condamner ; mais parce
que ce que je vous envoye
devenant public , je dois garder
plus de mesures que ceux
qui font courir leurs Ouvrages
fans y mettre leur nom ,
sc'est ce qui eft caufe que je
tâche fort fouvent à enveloper
de certaines veritez qui
ne doivent pas eftre toujours
dites crucment , & en nommant
les gens . Le petit retranchement
que j'ay fait ,
I
iiij
04 MERCURE
n'ofte rien de la beauté de
l'Ouvrage , & ne doit point
faire croire qu'il y ait quelque
chofe de retranché dans
le refte. Il eft certain que dans
l'eftar où je vous l'envoye ,
on ne le doit pas moins confiderer
, que fi j'y avois laiſſé
les cinq ou fix lignes que je
me fuis cru obligé de fupprimer
. Voicy cette Lettre.
MYLORD ,
Vous paroiffez furpris de ce
que je n'aypas répondu à la Letlaquelle
vous me prefſież
tre ,
par
GALANT 105
A
avec tant d'inftance de me
rendre à Londres pour prendre
ma place à la Convention dans
la Chambre des Seigneurs . Vous
le ferez donc encore davantage,
quand vousfçaurez que la Lettre
que j'ay reçûë , auffi- bien que
les autres Seigneurs qui font demeurez
dans les Provinces , n'a
pas eu plus d'effet fur moy que
toutes les raifons que vous m'avez
alleguées. Je vous diray
mefme franchement , qu'elle m'a
entierement confirmé dans ma
premiere refolution , de demeurer
chez moy , & de ne prendre au
cune part à vostre Aſſemblée ;
106 MERCURE
و
me doutant bien que nous n'étions
mandez que pour la forme ,
& qu'on ne craignoit rien tant
que de voir la Chambre des
Seigneurs complete . Car enfin ,
Mylord, vous conviendrez avec
moy , que fi nous nous eftions
tous rendus à Londres vous
n'auriez pas efté les Maistres
de faire tout ce qu'il a pleu à
voftre nouveau Roy , puis que
manquant de deux ou trois voix
pour faire prevaloir le refultat
des Communes , il a efté obligé
d'employer les menaces & les
promeffes pour en gagner encore
buit ou dix , afin de le faire
GALATN. 107
1
paffer. Vous pouvez croire , que
moy la plupart de ceux qui
·font demeurez dans les Provinn'aurions
pas efté de cet
Ces
avis. Ainfi je vous prie de me
dire, fi vous environ foixante
qui vous ontfuivy , auriez efté
capables de donner la loy à plus
de fix- vingt qui n'avons eu aucune
part à vos déliberations.
Fay donc bien compris , que
quand on nous faifoit écrire au
nom de la Chambre Haute , &
qu'on engageoit nos amis particuliers
à nous preffer de venir à
Londres , onfe mocquoit de nous
& d'eux, & qu'on ne craignoit
108 MERCURE
rien davantage que de voir les
Pairs du Royaume affemblez en
nombre complet , puifque jamais
ils n'auroient pris des refolutions
fi extravagantes ny fi contraires
au bien de l'Eftat , que celles
que vous avezprifes . Je pardonne
à de petits Gentilshommes
qui fe trouvant
comme
les premiers de leur race honorez
du titre de Mylord, & égalez
à ceux , dont autrefois ils auroient
fouhaité d'eftre les domeftiques,
ont efté les plus échauffez
à prendre poffeffion de ce nouvel
bonneur , qu'ils ont obtenu du
Roy, pour lequel ils ont fi peu
GALANT. Iog
de reconnoiffance. Je pardonne
auffi à Mylords ..
que le defordre de leurs affaires
a jettez dans le mauvais party ,
& à ceux qui s'y font laiſſez
entrainerfans trop fçavoir pourquoy
, comme il arrive fouvent
parmy nous. Mais en verité je
ne puis comprendre comment
plufieurs autres qui n'avoient pas
les mefmes pretextes , ont eu af
fez de lâcheté pour prendre part
à une entreprise auffi noire &
auffi abominable , que celle de
renoncer à l'obeiffance qu'ils
doivent parferment à leur Roy
legitime , pourse rendre eſclaves

110 MERCURE
du Prince d'Orange.
Vous me direz que je parle
en Papifte , & en défenfeur du
Pouvoir Arbitraire ; mais vous
fçavez bien que je fuis de la
Religion Anglicane : que fay eu
tres-peu de part dans les affaires,
نارو
& fipen de faveur depuis la
mort du feu Roy, que je ne puis
eftre fufpect de prévention. Javoue
que j'ay loué indifferemment
le zele qui portoit le Roya
favorifer autant qu'il luy eftoit
poffible ceux qui eftoient de fa
Religion à tacher de leur
procurer quelque repos dans ce
Royaume ; mais j'ay toujours
3

1
GALANT. III
1

crû außi bien que plufieurs de
nos amis que vous connoiſſez
que nous ne devions rien craindre
de tous ces deffeins imaginaires
de détruire la Religion Proteftan-
Le perfuadé comme j'eftois , &
comme je fuis encore , qu'on ne
pouvoit employer des moyens
plus contraires aux intentions de
Sa Majeté , que ceux qui ont
efté mis en ufage pour avancer
la Religion Catholique. Ainfi il
ne m'est jamais venu dans l'ef
prit que la Religion Anglicane
duft recevoir le moindre préju
dice de tout ce qui a donné l'alarme
à quelques Proteftans de
112 MERCURE
bonne foy, que d'autres qui ne fe
foucient guere de la Religion ont
engagez fous ce pretexte dans
Les affaires où nous sommes pre
fentement , dont je ne crois
pas que nous voyions fi tost la
fin.
Mais , dit-on , le Roy a donné
des difpenfes du ferment du Teft
à tous les Catholiques qu'il dem
ployez ; il les a avancez dans
les premieres Charges , il en a
remply fes Troupes & il vouloit
fe fervir d'eux pour oppri
mer noftre Religion & nos liber
tez.Fe fçay bien , Mylord, que
depuis un an on a tâché de don
&
GALANT. 113
ner à cette occafion l'alarme à tous
les Proteftans , & javonë mes
me que j'ay eru durant quelque
temps qu'il en pouvoir eftre quel
que chofe ; mais il paroist clai
rement qu'elle eftoit bien fauffe,
puis que fi le Roy avoit pris ces
mefures , il n'auroit pas eftéfi vilainement
trahi : au lieu
que
s'é
tant fié à des Proteftans , il en a
trouvé à peine un feul qui ſe
foit mis en devoir d'exposer fa
vie pour luy. En verité , Mylord
, je fuis bien faché que nous
ayons fait un fi grand tort à
noftre Religion ; car qui eſt le
Prince qui pourra jamais ſe fier
Avril 1689 . K
114 MERCURE
à nous puis que toutes les Dea
clarations de noflre Eglife & de
nos Univerfitez , nos fermens ,
& tout ce qu'il y a de plus facré
parmy les hommes , ne nous
engagent qu'autant qu'il nous
plaiſt ? Aprés cela, que nos Evesques
& nos Miniftres prefchent
contre les Catholiques , & qu'ils
leur reprochent que leur doctrine
détruit les devoirs des Sujets en
vers leurs Souverains . On n'aura
pas de peine à leur répondre
je m'imagine déja que plufieurs
feront de beaux Commentaires
fur le Sermon que ce petit
hypocrite d'Evefque d'Ely pro
GALANT. 115
nonça au couronnement du Roy ,
fur les decifions de l'Univerfité
d'Oxford. J'avoue que je
ne fçay pas ce qu'on leur pourra
répondre , fi ce n'est que tous les
bons Protestans traiteront ceux
qui ont entrainé voftre Convention
à de fi grandes extremitez
comme des rebelles fans foy &
fans loy, & que fi plufieurs hon-
• neftes gens , qui n'ont pas efté de
l'avis des Communes , meritent
quelque excufe , les autres feront
confiderez par les veritables enfans
de l'Eglife Anglicane com
me des Heretiques, avec lesquels
ils ne peuvent avoir aucune
Kij
116 MERCURE
communion. Fay ecrit fur ce
fujet à un bon Evefque fçavant
& homme de bien , e je fuis.
comme affuré qu'il fera de mon
avis. Si ceux qui ont eu part à
vos refolutions , vous ont dit
d'affez bonnes raifons pour lever
tous les fcrupules qui pouvoient
vous en détourner vous me ferez
plaifir de m'en faire part ; car je
vous avonë, que quoy que je ne
me pique pas d'eftre grand Theologien
, je crois néanmoins en
fçavoir affez pour eftre moralement
certain qu'ils n'ont pù vous
en alleguer aucune capable de
fatisfaire ceux qui ont la moindre
GALANT 117
teinture des devoirs du Christia
nifme. Mais jefuis affeuré que
toutes leurs refolutions ne peu
vent eftre fondées que fur les
maximes deteflables de Bucha
nan , de Doliman , de Milton,
de femblables Saints duparty
Prefbyterien , dont apparemment
les Livres, quoy que condamnez
défendus tant de fois par
Parlemens, & par l'Eglife Anglicane
, feront réimprimez bientoft
par ordre de la Convention.
Ce n'eft pas que je croye qu'en
cette occafion les principaux Acteurs
ayent efté fort tourmentez
de fcrupules. Rien n'en guerit
les
118 MERCURE
mieux que l'efprit fanatique.
qui a abfolument regnédans voftre
Affemblée , fur tout dans
cette Chambre baffe , toute compofée
de Non Conformistes Prefbyteriens,
qui en devoient estre
exclusfelon les loix d'Elizabeth,
& tant d'autres confecutives.
Mais vous n'avez qu'à laiffer
faire voftre nouveau Roy. Il ne
Le verra pas plutost bien étably
fur le Trofne , qu'il travaillera
efficacement à vous infpirer des
maximes plus chrestiennes , &
je fuis perfuadé que Meffieurs
les Evefques feront les premiers
qu'il reformera fur le pied des
GALANT. 119
1
7
fi je
temps Apoftoliques, en les déchargeant
de ces richeffes inutiles, &
de ces honneurs mondains
» pour
les reduire , fuivant le fouhait
de feu Mylord Schaftsbury , à
une penfion de cent livres sterling
chacun. Ils n'auront la plupart
que ce qu'ils meritent ,
puis me reſoudre d'aller à voſtre
Parlement
, je vous promets par
avance que j'y travailleray de
tout mon pouvoir . Mais en
toute autre chofe , je vous déclare
que je neferay jamais de voftre
avis , & qu'il ne tiendra pas
moys que je n'engage tous les
Seigneurs qui ont quelque
་ ་
à
120 MERCURE
>
fiance en moy , à détruire s'il
eft poffible tout ce que vous
avezfait à voftre Convention ;
lors que , › comme j'efpere , la Nation
ouvrira les yeux , &fentira
toute l'infamie dont vous
l'avez couverte . Il est vray
que nous n'avons pas befoin de
nous aſſembler pour
pour cela ; car
ce feroit fuppofer que ce que vous
avez fait a esté de quelque autorité
, au lieu qu'il eft nul
extravagant en toutes manieres.
Il faut que vous ayez tous
perdu l'efprit , fi vous croyez
que nous puiffions confiderer
comme des Loix , les refultats
de
GALANT. 121

de vos deux Chambres. Vous
Seavez
bien
que nous
ne connoiffons
point
de Loix
en Angleterre
que celles
qui fe font
par autorité
legitime
; c'eft à dire,
par le Roy dans
fon Parlement
.
Il eft impoffible
d'en
trouver d'autres
dans
les recueils
de nos
Actes
, on n'en connoift
point
d'autres
dans
nos Tribunaux
.
Je m'en
rapporte
à ces Furifcon
I fultes
qui vous fervent
de Confeil
, aprés
l'avoir
esté
de tous
tes Seditieux
confpirateurs
qui ont efté mis en Justice
de- puis quelques
années
. Ces beaux
Legiftes
, ex vous
auffi, fçaveż Avril
1689
.
122 MERCURE
bien
qne le Royfeul a l'autorité
de convoquer les Pairs & les
Communes > & vous l'avez
affez reconnu puis que vous
n'avez ofé prendre le nom de
Parlement. Quelle eft donc l'autorité
qui vous a aſſemblez , finon
celle du Prince d'Orange à
qui vous l'avez donnée , quoy
que vous ne l'euffiez pas ? Et
quand vous auriez esté en estat
de la luy donner , il n'eftoit pas
capable de la recevoir ny de
l'exercer , puis qu'entrant en
armes dans ce Royaume , fe déclarant
contre le Roy , e entreprenant
fur la liberté de Sa
GALANT. 123
Majefté , il a encouru le crime
de haute trahison au premier
chef , perdu par forfaiture
tous fes droits , honneurs ,
prerogatives , s'il eft membre
de l'Etat s'il eft étranger , c'eft
un Ennemy public , que
la Nation
doit détruire && combattre ,
à peine de felonie ; & auquel
on ne peut obeir fans encourir
haute - trahiſon . Voilà cependant
l'autorité qui vous a convoquez
: & qui de vostre propre
aveu n'a pu faire cette Affemblée
que nos Loix appellent Parla
lement.
Cependant voftre Convention
Lij
124 MERCURE
2
qui ne pouvoit pretendre un pouvoir
plus grand que le Parlement
a fait ce que jamais Parlement
legitime n'a osé faire . Elle
ajugéle Roy , & elle a declaré
que fa retraite forcée eftoit une
abdication & une renonciation
à la Couronne ; que le Trône
eftoit vacant , & enfuite elle en
a difposé en faveur du Prince
d'Orange. Je vous prie de me
mander quels exemples voftre
Confeil d'Avocats vous a fournis
pour regler vos Deliberations.
Sont- ce les actes des Spencers ,
des autres feditieux , ou ceux
de Cromvel ? Je ne sçay que
.
GALANT. 125
ceux-là qui ont avancé que lors
que le Roy ne fe gouvernoit pas
felon les loix , on pouvoit l'y
obliger en prenant les armes con
tre luy ; mais vous fçavez que
tous les Parlemens ont mis cette
entreprife au nombre des crimes
de Haute-Trahifon . Auffi vous
vous estes avifez d'un bel expedient
, fur lequel je m'attens que
vous juftifierez voftre conduite.
C'est que vous n'avez pourvû
la Couronne que comme vacante,
& que vous ne l'avez pas fair
vaquer. En verité, Mylord, c'est
bien fe moquer de toute la Nation
, que de pretendre fe fauver
Liij
126 MERCURE
par de femblables distinctions.
Dites-moy , je vous prie, en vertu
de quelle Loy avez- vous dela
Couronne
eftoit va
claré
que
cante ? Un tas de Seditieux convoquez
tumultuairement par un
Ufurpateur, peut - il prononcer
fur une femblable matiere ? Le
Royaume d'Angleterre eft- il éle-
Elif, & peut- on trouver quelque
#2
exemple non contesté qui autorife
le Peuple à en difpofer , ny
mefme à le declarer vacant ? Un
Royaume hereditaire peut- il vaquer,
finon par la mort du legitime
poffeffeur ? Voftre nouveau
Roy l'auroit peut- eftre fait vaGALANT.
127
quer de cette maniere ; mais
quand ce Royaume feroit vacant
, n'y avoit-il point d'heritier
prefomptif ? Ce Prince de
Galles , fur la naiffance duquel
toute l'Angleterre & le Prince
d'Orange mefme ont folemnellement
complimenté le Roy , n'eſtil
plus au monde, & ne meritoitit
pas qu'on fift quelque mention
de luy ? Il n'eft pas en âge d'avoir
violé ce pretendu contract
original que vous avez imaginé
entre le Roy & fon Peuple , &
ainfi , fuppofe que le Trône fuft
il luy appartenoit. Je
vacant ,
fçay bien que le Prince d'Orange
Liiij .
128 MERCURE
Le traite d'Enfant fuppofe , &
cela est digne de fa confcience
timorée ; mais en bonne foy,
ne conviendrez- vous pas avec
moy , que toutes les preuves pretendues
qu'il fait publier parfes
Emiffaires pour établir cette fuppofition
,font fi notoirement fauffes
, qu'il en a eu bonte , &
qu'il n'a ofe vous demander que
vous declaraffez que ce Prince
eftoit fuppofe. Comme donc vous
ne l'avez point fait , apparemment
vous n'en croyez rien :
mais cette affaire fera refervée à
voftre Parlement où Oats & de
femblables Scelerats viendront
GALANT. 129
affirmer par ferment quelque
hiftoire à laquelle Burnet donne
la derniere main › &fur ſa parole
vous pafferez un Acte , par
lequel vous declarerez la fuppofition
en vertu d'une Loy qui
n'avoit pas encore eftéfaite , qui
eft que les Reines acoucheront
dans la Salle des Banquets , en.
prefence des deux Chambres.
Je ne dis rien de vos prétendus
griefs qui font auffi- peu confor
mes aux Loix , que tout le reste
de voftre procedure . Je me contenteray
de faire quelques refle
xions fur vos nouveauxfermens,
que vous nous voulez impoſer
130 MERCURE
comme des Loix. Dites-moy , je
vous prie Mylord , puis que
vous avez , comme les autres
prefté les formens d'Allegeance ,
de Supremacie, & duTeft , croyezvous
qu'ils vous ayent obligé en
vers le Roy , à qui vous les avez
preftez ? Apparemment vous
croyez que non , puis qu'ils ne
vous ont pas empefché de prendre
Les armes contre luy , & de vous
joindre à fes Ennemis. Il fera
donc vray de dire , ou que vous
violez voftre ferment , ou que
vous croyez qu'on peut n'y
avoir aucun égard , comme en
effet il paroist affez que vous ne
GALANT. 131
Les
vous en estes guere mis en peine .
Aprés cela oferors- nous reprocher
aux Catholiques les menfonges
& les équivoques , quoy
que tous ceux que jay connus
condamnent , pendant que vostre
Convention nous apprend &
mefme nous ordonne de nous
jouer ainfi de nosfermens ? De
plus ces fermens font établis par
l'autorité des Parlemens : & un
des grands crimes que vous a
vez voulu faire au Roy , eft
d'en avoir difpenfe quelques Officiers
de fa Religion. Avec
quel front avez vous donc ofé
fupprimer ces fermens ces fermens pour nous
132 MERCURE
en fubftituer deux nouveaux ,
vous qui pretendant convertir
vostre Convention en Parlement
avouez affez que vous
n'en avez pas l'autorite ? Comment
donc pouvez- vous faire
ce que vous reprochez au Roy ,
quoy qu'il ait une autorité que
vous n'avez pas ? Mais je
m'attens que vous justifierez
voftre procedé fur ce pretendu
zele de la confervation de la
Religion Proteftante qui vous a
fait prendre de fi étranges refolutions
contre le Roy. Vous feriez
tous bien empefchez à citer
les Actesfur lesquels vous avez
GALANT. 133
forméle vostres car de tous les
Actes qui concernent la Religion
, il n'y en a aucun qui
donne droit aux Sujets de dif
pofer de la Couronne , en cas que
Le Roy ne faffe pas profeffion de
la Religion Protestante. Au
contraire , le dernier Acte d'uni
formité contenoit une deteftation
formelle de la doctrine de ceux
qui enfeignoient , qu'on pouvoit
prendre les Armes contre le
Roy. Mais quand il
y auroit
quelque Loy qui établiſt la neceffité
de profeffer la Religion
Proteftante pour eftre Roy d'An
gleterre , elle devroit s'entendre
134 MERCURE
de la Religion établie par les
Loix. Comment donc avez- vous
esté affez hardis pour déclarer
le Trône vacant , à cause que
le Roy eft Catholique , pour établir
en mefme temps fur le Trône
un homme qui a toûjours profeffé
une Religion contraire à ces mefmes
Loix , puis qu'elles font auffi
bien contre les Proteftans Non-
Conformiftes , que contre les Catholiques
? Mais je vois bien que
vous avez cru pouvoir faire ce
que vos Fanatiques ont demandé
que les Parle- tant de fois ,
mens ont toujours refufé , qui eft
de rovoquer toutes les loix penaGALANT.
135
les contre les Proteftans Non-
Conformistes, & de ne leur laiffer
aucune rigueur que contre
les Catholiques ; furquoy je
vous demanderay encore , quelle
eft voftre autorité pour changer
les loix, & fi voftre Convention
a droit de pretendre d'en pouvoir
difpenfer , après avoir contefté
au Roy ce pouvoir ? Avoüez de
bonne-foy , que toutes ces entreprifes
font infoûtenables : ¿
comme vous n'ignorez pas nos
loix , j'efpere que vous conviendrez
avec moy qu'il n'en faut
plus parler , fi vos refolutions
fubfiftent.
136 MERCURE
On a reproché au Roy d'avoir
voulu établir le Pouvoir Arbitraire
, donné atteinte à ces
mefmes Loix. Cependant la Convention-
en a plus renversé en
buit jours , que nos Rois n'en ont
fait en cent ans, Elle a renversé
les loix de la fucceffion hereditaire,
toutes celles qui ont esté
faites pour la feureté des Rois ,
de l'Etat, celles de Supremacie
de l'uniformité de Religion ,
& tant d'autres , qu'à peine en
restera- t- il aucune fur pied, fi ce
n'est le Stile ordinaire pour les
affaires civiles ; car pour la procedure
criminelle , toutes les loix
GALANT. 137
B
en font également violées à l'é
gard de tant de Seigneurs Catholiques
qui ont esté mis en prifon
contre toutes les formes
cela, dans le temps , mefme qu'on
fe plaint qu'on a fait juger au
Banc du Roy des perfonnes qui
ne peuvent estre jugées que par
le Parlement
. Ces perfonnes
privilegiées
font des Pairs : pourquoy
donc vous fera - t il permis
de faire arrefter des Pairs Catholiques
, vous qui n'avez ny
nom, ny l'autorité du Parlement ?
La Loy donne aux moindres
particuliers le privilege de Habeas
corpus , fuivant lequel on
Avril 1689 . M
le
138 MERCURE
ne peut leur refufer de les mettre
en liberté en donnant caution.
Cependant vous l'avez
refusé à ces Seigneurs . Le Grand
Chancelier eft la troifiéme perfonne
de l'Etat , & il a non feulement
le privilege de la Pairie ,
mais encore ceux de fa Charge
qui mettent au nombre des crimes
de trahifon , ce qui fe fait
contre celuy qui en eft revestu.
Cela ne vous a pas empefché de
faire arrefter Mylord Chancelier,
quoy que quand vousferiez
legitimement affemblez en Parlement
vous n'avez aucun autre
droit , que de fupplier le Roy
GALANT. 139
de le faire punir, en cas qu'il cuft
malversé dans fa Charge.
Fe
de
ne veux pas m'étendre davantage
fur les irregularitez
voftre procedé , qui font telles »
que je ne croy pas qu'on en puiffe
renfermer un plus grand nombre
dans un feul refultat . Je vous
diray feulement qu'il me paroift
que vostre Convention a porte
plus loin l'impudence le mé
pris des Loix , que n'avoit fait le
long Parlement ; car enfin ces
feditieux parricides ne pecherent
pas comme vous dans le principe.
Ils demanderent un Parlement ,
ils l'obtinrent
, quoy que, par
Mij
140 MERCURE

de mauvais moyens . Quand ils
furent affemblez , ils reconnurent
le pouvoir du Roy , en luy
demandant qu'ils s'engageast par
une Declaration à ne le point
caffer ny proroger , ce qu'il fit
pourfon malheur, & pour celuy
de toute noftre Nation . Ils avoient
donc au moins obfervé
quelques formes , au lieu que
vous n'en avez obfervé aucunes
. Ils eftoient Parlement , &
vous avoüez que vous ne l'eftes
donc
juger
de
pas.Vous pouvez
l'estime que nous faifons de ceux
qui ont efté les principaux perfonnages
de vostre Convention,,
GALANT. 145
けん
que
de
puis que nous les mettons au def
fous de ceux que tous les gens
bien confidereront toujours comme
d'execrables parricides . Il ne
refte plus à vostre pretendu Roy
de tâcher à fe maintenir par
force, qui eftfa feule reffource,
& qui eftfeule capable de faire
faire les Loix. Fe fuis perfuadé
que vous autres fes Favoris ferez
les premiers à vous repentir
d'avoir mis voftre liberté en de
fi mauvaises mains. Ces brutaux
de Hollandois qui eftoient fi libres
, Pont bien perdue. Il afceu
leur perfuader de fe défaire des
meilleurs Citoyens & des veri142
MERCURE
detables
Peres de la Patric, comme
il vous a perfuadez de vous
faire de voftre Roy legitime.
Ainfi il vous fera connoistre que
rien ne vous est plus préjudiciable
que cette malheureufe liberté qui
vous incommodoit , & s'il ne
vous le perfuade pas par fes harangues
, il a d'autres expediens
qu'il fçaura bien mettre en ufage.
Pour moy jefuis refolu de demeurer
icy dans mes Terres, juf
ques à ce que je voye quel tour
prendront les affaires ; car tout
ce que vous me mandez , ne me
perfuade pas qu'ellesfoient encore
GALANT. "
143
ブル
"
fort affurées quoy que vostre S
Roy ait déja endoffé les habits
Royaux, craignant peut- eftre de
n'avoir pas un affez long Regne
pour les prendre le jour de fon
Couronnement
. Il mesemble que
je vois fur la defcription que
vous m'en faites, ces vieilles tapifferies
, où les Rois ne font jamais
reprefentez fans leurs Couronnes
leurs habits de ceremonie
, mefme dans leur lit.
Apparemment il a couché ce jourlà
avec fon Manteau Royal
fa Couronne , pour faire durer
plus long- temps ce bean spectacle
. Qu'il regne donc fur des
144 MERCURE
perfides qui n'ont nyfoy, nyloy ;
mais quelque chofe qui m'arrive
ma lâcheté ne fera jamais
affez grande pour noircir le nom
que je porte par une auffi grande
perfilie , que celle de reconnoiftre
un UfurpateurEtranger , qui ne
meritoit nostre respect que par
l'honneur qu'il a d'avoir en
deux alliances avec la Maifon
Royale . Quand la fantaisie me
prendra de choisir un Maiftres
je voudray qu'il foit de meilleure
Maifon. Si j'avois efté Hollandois
, j'aurois mieux aimé obeir
au Roy d'Espagne , qu'à un
Gentilhomme Alleman ,
puis
¿que
GALANT. 145
que je fuis né Anglois , je n'cbeiray
jamais à un homme qui
n'est pas de meilleure Maiſon
que moy. Voila quelle est ma
refolution , je ne crois pas que
rien foir capable de m'en faire
changer. F'efpere que les difgraces
dont vous me menacez ,
finiront de cofté ou d'autre , car
nous fommes dans un Pays de
revolutions, où les affaires changent
en un moment , & tonjoars
fans fçavoir pourquoy . Si on me
vient tourmenter dans ma Province
, je fuis affez prés de
Irlande pour y paffer, & comme
j'ay un Titre en ce Royaume-
Avril 1689 . N
146 MERCURE
I
la , je vous declare par avance ,
que fi le Roy y convoque un
Parlement , vous entendrez parler
de moy. Si j'ay estéfourd &
muet pour vostre Convention ,
je ne le feray pas alors , & fi
le Roy me veut croire , on n'épargnera
pas tous ceux qui fe
trouvent engagez dans votre
caufe , & qui par leurs Titres
font jufticiables du Parlement
d'Irlande. Quand on les pouf
fera à bout ils n'auront pas
fujet de fe plaindre ; car aprés
les exemples de cruauté que vous
avez donnez aux Irlandois , qui
n'avoient aucun autre crime que
<
GALANT. 147
que
la fidelité envers le Roy , il ne
faut pas attendre qu'ils épargnent
les Proteflans .J'en feray
faché , parce que j'aime ma Nation
; mais puis que tant de malbeurs
La derniere longue rebellion
luy a attirez , & dont
la mémoire est encore recente
n'ont pas efté capables de la guerir
de cette fougue , qui l'anime
toujours contre fes Rois legitimes,
il est juste qu'elle en experimente.
de nouveaux auray au moins
la fatisfaction de n'y avoir eu
aucune part , & je ne me fauveraypas
par la diftimction du
Roy de Facto de Jure , pour
Nij
148 MERCURE
aller fléchir le genoüil devant
l'Idole des Communes . Nous ver
rons peut- eftre quelque jour ce
Veau d'or brisé. Dancez cependant
autour de luy , & que
voftre nouvel Aaron , cet Evef
que de Londres fes Confreres
Vous difent . Ce font - là tes
Dieux , Ifraël , qui t'ont delivré
de la fervitude d Egypte:
c'eft-là ce Meffie des Prefbyteriens
qui vous a delivrez des
fers du Papifmee de l'esclavage
du Pouvoir Arbitraire.
Qu'ils vous endorment & qu'ils
vous amufent ; je fuis feur que
la feste ne finira pas fans beauGALANT.
149
coup defang répandu . F'efpere
que Dieu aura pitié des honnefics
gens que peut- eftre nour
verrons menez à Tiburne plufieurs
de Meffieurs des Commu- ·
nes. Au moins je fuis afſuré que
la plupart l'avoient merité avant
la Convention , & que
fans ce pouvoir difpenfatif qu'ils
veulent fupprimer , ils auroient
pú laiffer par écrit quelque belle
harangue patibulaire , mais ils
n'auroient jamais efié en eftat de
nous vouloir donner des Loix .
Elles ne font pas neanmoins encore
bien établies pour juftifier les
Membres de la Convention du
Niij
150 MERCURE
crime de Haute Trabifon que
vous avez tous encouru . Ainfi
je n'ay rien de meilleur à vous
fouhaiter que le prompt retour
de noftre Roy legitime pour vous
donner une abolition generale
quifeule peut mettre vos vies ,
biens & honneurs en feureté.
C'est tout ce que répondoit le bon
hommeJenkins aux Parlementai
res du temps de Charles I. quand
ils luy demandoient confeil. Ils
fe moquoient de luy comme
vous vous moquez de moys
mais enfin il eut raiſon , &
nous l'aurons auffi, & peut- efire
bien- toft , comme je l'espere . Je
GALANT. IT
1
vous prie cependant que ces affaires
ne troublent pas noftre
ancienne amitié. Je fuis , &c.
En vous apprenant le mois
paffé que M de Fer debite
une Carte nouvelle des Frontieres
d'Allemagne , je vous
promis de vous en parler plus
amplement , & pou , & pour vous
tenir parole , je vous diray
qu'on y trouve le Blafon ou
les Armes de toutes les Provinces
que le Rhin baigne
,
avec les Plans des Places fortes
fituées fur ce Fleuve &
aux environs, Les Cartouches
N iiij
152 MERCURE
qui enferment ces Plans font
compofez de Figures Allegoriques
qui regardent l'Hiftoire
du Temps , & de Medailles
des grands hommes qui ont
fait des actions remarquables
fur fes Frontieres . Il y a des
divifions nouvelles qui n'ont
paru dans aucune Carte.Celle
cy fait connoiftre par qui les .
Provinces ou Etats qu'elle
renferme font poffedez , de
quel Cercle ils font , & les
lieux où les Batailles confiderables
ont efté données.
Elle eft tres-bien gravée , &
peut fatisfaire les Curieux de
GALANT. 153
Geographic , d'Hiftoire , de
Blafons de Fortifications &
d'Allegories. La Deſcription
qui fe met à cofté eft auffi
nouvelle que particuliere
.
Monfeigneur le Dauphina recen
l'Auteur fort obligeamment
& comme ce Prince
a efté tres fatisfait de l'Ouvrage
, il y a fujet de croire
que le Public regardera ce
morceau de Geographie com
me un des plus exacts , &
peut eftre le plus beau qu'on
ait encore veu fur ce fujet.
Auffi a- t- il fait meriter à
fon Auteur le titre de Geo154
MERCURE
graphe de Monfeigneur le
Dauphin , comme on le peut
voir dans fon Privilege. Pour
la commodité des Officiers
d'Armée cette Carte fe fepare
en trois , & quoy que colée
fur de la toile , ces trois par
ties fe peuvent porter dans
la poche . Alors on en donne
defcription dans un petit
Livre , parce qu'elle n'eft
point à cofté des Cartes faites
pour porter dans la pochey
comme elle eft à cofté del
celles qui font pour les Cabi
nets & les Galeries .
la
L'Academie des Ricovrati
GALANT. 155
de Padouë eft fi celelebre ,
qu'on peut dire à la gloire
des perfonnes qui la compofent
qu'il fuffit d'en eftre
pour fe voir univerfellement
eftimé . Cette fçavante Compagnie
n'a aucun égard an
Sexe. Elle eft perfuadée avec
I
beaucoup de juftice que le
merite & l'efprit font des
deux Sexes. C'eft auffi pour
cette raison qu'elle reçoit également
les Hommes & les
Femmes Illuftres . Telles font
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame des Houlieres , Ma
dame Daffier , Madame de
156 MERCURE
Châte ; celle- cy autrefois fi
connue fous le nom de Ma
dame de Ville - Dieu , & cellelà
fous celuy de Mademoiſelle
le Fevre . Cet honneur eftoit
bien deu à Madame de Saliez ,
Viguiere d'Alby. Elle a efté
proclamée depuis peu de
temps Academicienne par
tous les fuffrages de la Compagnie
. Le docte M Patin ,
dont la Fille eft auffi Academicienne
, fit publiquement
l'éloge de cette Heroine , &
parla de fa naiffance de fa
vertu , de fon genie & de fes
Ouvrages , d'une maniere qui
GALANT . 157
fit admirer fon éloquence.
Le Jeudy 17. du dernier
mois , M Dalibert , un des
premiers Officiers de la Reine
de Suede , fit une grande
Fefte à Rome dans l'Eglife
de la Maifon Profeffe des
Peres Jefuites dediée au Nom
de JESUS , au fujet de la
convalefcence de cette Princeffe.
L'Eglife qui eft une
des plus belles de la Ville ,
eftoit tendue des plus riches
Tapifleries de la Reine , avec
des Vafes d'argent remplis
de bouquets & de fleurs fur
les corniches & fur les piedeftaux
. Il y eut une excel158
MERCURE
lente Mufique & une Simphonie
des plus belles . L'Evefque
de Verceil celebra la
Meffe , & douze Cardinaux
y affifterent, avec une affluence
de monde incroyable. Le
foir le Palais de la Reine
fut illuminé & toutes les
rues des environs , de mefme
que toutes celles qui conduifent
de ce Palais à l'Eglife de
JESUS. Le Dimanche fuivant,
tous les Marchands Ouvriers
& Artiſans qui travaillent
pour cette Princeffe , fr
rent auffi une fuperbe Feſte
dins l'Eglife de S. Salvator in
Lauro, où il y eut encore une
GALANT. 159
fortbelle Mufique. Ilsavoient
fait orner la façade de l'Eglife
de toiles peintes avec
quantité de figures , de Medaillons
, & de Devifes , & des
Feftons de fleurs fous les
voûtes & fous les arcades.
Je vous parlay il y a deux
mois de l'Emblème Enigmatique
mife au haut de la
Thefe de M de Roviere , Aporicaire
ordinaire des Camps
& Armées du Roy , pour la
diftribution & confection
de la Theriaque L'explication
qui en a efté faite ayant ext
tremement plû j'ay cru de
voir vous en faire part. Certa.
160 MERCURE
Eftampe reprefente Elculape
Enfant , qu'une des Heures ,
par l'ordre d'Apollon
, prelente
au Centaure Chiron ,
pour l'élever. On y voit un
Temple d'Efculape dans une
Ifle , & au deffus eft dépeinte
la Conſtellation du Serpen
taire que les Grecs nomment
Ophiuchus. Au deça
du Temple eft un Champ
remply d'arbriffeaux odori
ferans & de plantes aromatiques
, parmy lefquelles on
Voit quelques Viperes ; &
de l'autre cofté eft un De
fert plein de fables , où il y a
auffi des Viperes. Lo devant
GALANT. 161
t
de la Planche eft orné de
plufieurs fortes de plantes
Medicinales. Au haut paroift
Ja Devife du Roy. Ce deffein
eft tiré de l'Histoire & de la
Mythologie : Apollodore dit
qu'Ifchys , Roy d'Arcadie ,.
Fils d'Elatus , époufa Coronis,
Fille de Phlegyas , Roy des
Orchomeniens , qui estoient
des Peuples du Peloponnefe
en Grece. Cette Princeffe
- avoit efté aimée d'Apollon ,
& mefme eftoit enceinte
avant ce mariage avec Ichys .
Apollon ne put vaincre fon
déplaifir ; & tranfporté de
Avril 1689.
162 MERCURE
fureur , il refolut d'ofter la
vie à celle qui l'avoit abandonné
. Il luy perça le fein
de plufieurs feches : mais
il fe laiffa toucher par les
plaintes de cette Princeffe
mourante qui le pria de
conferver fon enfant . Auffitoft
qu'elle eut jetté le dernier
foupir , il le tira de for
ventre ; & l'ayant nommé Ef
culape , il le donna à une des
Heures qui le porta à Chiron,
le plus fage des Centaures ,
pour avoir foin de ſon éducation
: puis il fit allumer le
bucher pour bruler le corps .
GALANT. 163
de fa Mere , fuivant la cere
monie des Anciens. Ce que
dit Ovide que ce fut Apollon
qui le porta , fe doit entendre
, qu'il en donna l'ordre ,
& c'est une expreffion figu
rée Les Poëtes font les Heures
filles de Jupiter & de Themist
& Officieres du Soleil , dons
elles accompagnent le Char.
C'est pour cela qu'on les voit
dans cette Eftampe aux deux
coftez du Char d'Apollon .
Chiron eft reprelenté felon
la fiction des Poëtes . La
verité eft que les Centaures
furent des peuples de la Thef
*
O ij
164 MERCURE
falie , qui inventerent l'art de
dompter & de monter les
chevaux , & qui parurent d'a
bord comme des Monftres
moitié hommes & moitié
chevaux , à ceux qui les virent
de loin . Chiron fe rendit
fa
illuftre parmy ces Peuples,
non feulement par fa pru
dence & par fa juftice , mais
auffi par la ſcience & par les
belles connoiffances qu'il eut
dans la Medecine , la Chi
rurgie , & l'Aftrologic
qui le fit choisir pour cftre
Precepteur d'Achille , de Ja
fon, & particulierement d'Ef
ce
GALANT. 165
บ pas
sulape. Il ne faut donc
croire qu'il eut une caverne
pour retraite, comme Ovide
le dites ce n'eft qu'une expreffion
conforme à la fiction
Poëtique . Le Temple eft placé
dans une petite Ile , parce
que les Romains en baſtirent
un à l'honneur d'Ef
culape dans l'Ifle du Tibre à
Rome. Cette Ifle , qui eftoir
nommée Infula Tiberina , cft
appellée aujourd'huy l'Ifle de
S. Barthelemy fous le Mont
Aventin ou de Sainte Sabine ..
Onyjoignoir à la Statuë d'Efculape
la figure d'un Serpent,
166 MERCURE
parce que les Romains crurent
qu'il avoit pris cette figure ,
lors qu'on l'apporta d'Epi
daure. Valere Maxime &
Aurelius Victor rapportent
que la Ville de Rome eftant
affligée de pefte , l'an 461. de
la fondation de cette Ville, les
Preftres des faux Dieux confulterent
les Livres des Sibyl
les , & y trouverent que l'unit
que moyen d'arrefter cette
defolation , eftoir d'apporter
à Rome la Sratuë d'Efculape
que l'on adoroit à Epidaure,
(Ovide dit que l'on alla confulter
l'Oracle d'Apollon à
a
GALANT. 167
Delphes , qui répondit la même
chofe. ) Auffi- toft on députa
Q. Ogulnius avec neuf
autres Citoyens Romains
pour aller à Epidaure, Ville du
Peloponnefe, appellée aujourd'huy
Pigiada ou Efculapio ,
dans la Morée , vers le golphe
d Engia . Les Epidauriens
conduifirent les Ambafladeurs
dans le Temple d'Ef
culape , où pendant que les
Principaux de la Ville con
- teftoient fur la maniere de
contenter les Romains , un
gros Serpent fortit de la place
où eftoit la Sratue d'or de
18
168 MERCURE
ee Dieu reprefenté comme un
homme ; & paffant par le milieu
de la Ville , alla fe placer
fur la poupe du Vaiſſeau des
Amballadeurs. Ceux cy leverent
l'anchre, & firent voile
à Rome , où ce Serpent fe
retira dans l'Ifle du Tibre , &
y reprit une forme humaine.
La pefte , ajoûtent ces Hiftoriens
, ayant ceffé en meſme
temps, on y bâtit un Temple
à Efculape . Ceux qui ont fair
reflexion fur ce changement
d'Efculape , difent qu'il fo
transforma
en Serpent
, pour
marquer la prudence qui eft
neceffaire
GALANT. The
neceffaire à un Medecin ( car
le Serpent en eft le fymbole)
ou parce que l'on compofe
les remedes les plus falutaires
avec la chair des Vipères ,
comme rapporte Pline l'Hiftorien.
L'homme qui paroift
fur une nuë , tenant un Ser-
3 pent, reprefente la Conftellation
d'Ophiuchus ou du
Serpentaire, en laquelle Efculape
fut changé , felon les
Poëtes . Cette Conftellation
fe leve avec le Scorpion & le
Sagittaire; & fe couche au
lever des Gemeaux , du Cancer
, & du Lion. L'Homme a
Avril 1689 .
Р
170 MERCURE
*
dix-feptEftoiles , & le Serpent
qu'il tient , en a vingt-trois .
Les Mythologiſtes diſent
qu'Efculape voulant guerir
Glaucus , Fils de Minos Roy
de l'Ile de Crete ( maintenant
Candie ) un Serpent s'approcha
tenant une herbe , & la
mit fur la tefte d'Eſculape ,
qui fe fervit de cette herbe
& en guerit Glaucus ; ce
qui donna lieu aux Medecins
d'employer dans les remedes
les Serpens & les Viperes
: & ce Serpent , dit
Hygin, fut placé dans la Conftellation
d'Ophiuchus. On
GALANT 171
voit déja que tout cecy a un
merveilleux rapport à la Vipere
, & à la Theriaque . Elculape
marque la Vipere . II
eft vray que les Hiftoriens
Romains rapportent en general
qu'il parut fous la figure
d'un Serpent ; mais il
y a lieu de croire que c'eftoit
une Vipere , puis que la Vi
pere a des proprietez qui la
rendent plus propre que
autres Serpens, à eftre le fymbole
d'une Divinité , & principalement
d'une Divinité
que l'on faifoit préfider à la
Medecine . On remarque auffi
les
Pij
172 MERCURE
que quelques Peuples adoroient
la Vipere , & n'adoroient
pas les Serpens communs
; entre autres les Lithuaniens,
au rapport de Cromere.
Vipera Lithuanorum olim
Numen . Les Lithuaniens
, peuples
de Pologne , receurent
la Foy en 1386. mais auparavant
ils adoroient la Vipete
comme une Divinité. Tout
le monde fçait qu'Apollon
eft le Dieu de la Medecine &
de la Pharmacie, dont la Theriaque
, compofée de la Vipere,
eft le plus excellent Remede.
C'elt en effet le Soleil
GALANT. 173
qui donne la force aux Plan
tes Medicinales , & les bonnes
qualitez aux Viperes.Chi
ron reprefente le Medecin &
Apothicaire ; car il eftoit
l'un & l'autre ; & c'eft luy
qui a donné fon nom à la
grande & à la petite Centau-
Fée. Une des Heures prefente
Efculape , parce qu'il y a des
temps & des heures à obfervet
pour le choix des Viperes.
La plufpart croyent qu'il faut
choifir le Printemps, & quelques-
uns font d'avis que l'Automne
eft auffi un temps
vorable . Ce n'eſt pas affez
fa-
P iij
174 MERCURE
d'avoir égard à la Saiſon , il
faut encore diftinguer les divers
temps de cette Saiſon ;
comme le mois d'Avril au
Printemps, & la vendange en
Automne. Il eft mefme neceffaire
d'obferver l'heure :
les Viperes que l'on prend
aprés le Soleil levé , ont de
meilleures qualitez que celles
que l'on prendroit dans les
autres heures du jour . On a
reprefenté des Viperes dans
un champ remply de plantes
aromatiques , & d'autres dans
une terre fablonneufe & fterile
, pour marquer les deux
GALANT. 175
differences de Viperes , dont
parle Alexandre ab Alexandro ,
lors qu'il dit que dans l'Arabie
les Viperes n'ont point de
venin mortel , parce qu'elles
fe nourriffent d'herbes odoriferantes
: & que dans l'Afri
que , leur haleine feule eft un
poiſon . Au devant de la Figure
, le Peintre a ingenieufement
reprefenré la pluſpart
des plantes dont la Theriaque
eft composée , & que l'on
joint à la chair des Viperes .
A l'égard de la Deviſe du
Roy , puis que felon la penſée
du P. Bouhours , la Devife
P
iiij
176 MERCURE
eft une Metaphore peinte qui
reprefente un objet par un
autre avec lequel il a de la
reffemblance , on a eu fujet
de peindre icy le Soleil , dont
on fçait que le mor eft , Nec
pluribus impar , afin de marquer
que le Roy eft un Soleil
qui a affez de lumiere pour
éclairer non feulement plufieurs
Parties du monde, mais
auffi toutes les Sciences &
tous les Arts. Si Apollon
felon les Poëtes, eft le Dieu
de la Medecine & de la Pharmacie
, LOUIS LE GRAND
cft veritablement le ProteGALANT.
177
la
teur & le Reftaurateur de
ces Sciences , par le foin qu'il
veut bien prendre de faire
diftribuer à fes Sujets & aux
Etrangers les plus excellens
& les plus rares Remedes , &
fur tout la Theriaque , dont
difpenfation & la compofirion
fe font en prefence des
Magiſtrats à qui le Roy a
donné l'autorité de regler ce
qui regarde la feureté &
l'avantage du Public , & fous
les aufpices de M' Daquin ,
premier Medecin de Sa Majeſté
.
En vous parlant il y a un
178 MERCURE
mois de la reception qur avoit
efté faite au Roy d'Angleterre
, dans tous les lieux
où paffa ce Prince pour fe
rendre à Breft , je vous envoyay
la plupart des complimens
qui luy avoient eſté
faits par les divers Corps qui
eurent l'honneur de le faluër.
Vous m'avez marqué en avoir
receu beaucoup de plaifir , &
comme celuy du Pere Delpeuch
, Preftre de l'Oratoire ,
& Recteur de l'Univerfité
d'Angers , m'eſt tombé depuis
entre les mains , je ne
veux pas vous priver de la faGALANT.
179
tisfaction que vous aurez à le
lire. Sa Majefté Britannique
en fut tres- contente , & fur
l'approbation generale qu'il
receut , l'Univerfité affemblée
en Corps , à la tefte duquel
il fut prononcé , ordonna
qu'il feroit mis dans fes
Regiftres . En voicy les termes
.
SIRE .
Si dans le renversement étran
ge des Loix humaines & divines
qui fe fait aujourd'huy ,
il nous eftoit permis de concevoir
quelque joye`, l'unique que nous
180 MERCURE
pourrions reffentir dans l'extés
de nos déplaifirs , feroit d'avoir
l'honneur de falüer Voftre Ma
jeté, & de voir dans la Perfonne
d'un figrand Prince l'intrepide
Défenfeur de nos Autels &
le Heros de la Religion . Jamais
rien n'a paru de fi grand que
ce que vous avezfait dans l'une
dans l'autre fortune , toujours
égal , toujours ferme toujours
bienfaisant , preft à abandonner
Le Trône plûtoft que d'abandonner
voftre Religion , & preft à
remonterfur le Trône pour la défenfe
de la mefme Religion .
Nous n'avons prefque point efte
GALANT. 181
furpris de voir Voftre Majefté
attaquée par de perfides Ennemis
. C'est la fatalité , Sire , des
Princes incomparables & des
Souverains jaloux de la gloire
des Autels , d'avoir à combattre
vaincre des Tyrans . Les
Constantins ont eu des Maxences
, les Theodofes ont eu des
Maximes & des Eugenes , qui
eurent l'infolence de monter jufque
fur le Trône ; mais leur
cheute fuivit de prés leur élevation
, dans leur jufte infortune
il ne leur refta que la trifte
confolation d'avoir osé combattre
contre les Heros . Telle feras
182 MERCURE
Sire , la fortune de cet injufte
Ufurpateur , de ce Roy de Theatre
qui viole témerairement les
droits les plus facrez , & l'Univerfité
d'Angers qui prend la
liberté de vous offrir fes treshumbles
respects , & qui a cent
fois confacré fa voix à vos
louanges , fe prépare à celebrer
l'heureux rétabliſſement de Voftre
Majesté, qui eft l'unique
objet de fes voeux .
Rien ne doit furprendre de
ce qui eft caufé par l'amour.
Il agit differemment felon
que les coeurs font diſpoſez,
GALANT. 183
& il y a fouvent de l'étoilé
dans les liaiſons qu'il forme.
Un Cavalier tout plein de
merite , & dont la naiffance
eftoit fouftenue par un bien
confiderable , eftant allé voir
un jour une Dame de fes
Amies , trouva chez elle une
fort jolie Perfonne dont il fut
touché. Ce n'eftoit pas une
beauté reguliere , mais il y
avoit un tel agrément, & fur
fon viſage & dans fes manieres
, qu'elle en effaçoit de
plus belles qu'elle. Il s'attacha
à l'entretenir , & fon efprit
qui luy parut doux &
184 MERCURE
infinuant , fut un nouveau
charme qui entraina fa raifon.
Elle eftoit avec fa Mere
dont la fageffe & l'honnefteté
fervoient d'affeurance au Cavalier
des foins qu'elle avoit
donnez à l'éducation de fa
Fille. Quand elles furent
parties , le Cavalier qui demeura
feul avec la Dame luy
fit force queftions fur tout ce
qu'elle fçavoit de cette aimable
Perfonne , & il les fit
d'un air empreffé qui luy fit
connoiftre , que la curiofité
qu'il luy marquoit eftoit un
commencement
d'amour.
GLAANT. 185
Elle luy dit en riant qu'elle
voyoit bien qu'il la trouvoit
à fongré , & il ne luy cacha
pas que fi elle avoit effective
ment autant d'eftimables
qualitez que cette premiere.
veuë luy en avoit fait pa
roiftre , il feroit tout fon
bonheur de s'engager avec
elle . La Dame voyant qu'il
luy parlott ferieufement , luy
répondit de la mefme forte ,
& aprés luy avoir parlé de la
Demoifelle comme de la perfonne
la plus accomplie , &
la plus capable de rendre un
mary heureux , elle ajouſta
Avril 1689 .
186 MERCURE
que s'il regardoit fes avantages
du cofté de la fortune
elle craignoit qu'il ne fiſt un
mauvais choix ; que la Belle
dépendoit d'un Pere avare, qui
quoy que tres - riche , ne luy
feroit pas une grande avance,
& que lors qu'il feroit mort
deux Fils qu'il avoit partageroient
fa fucceffion , fans
qu'elle y euft prefque aucune
part , toutes les Terres eftant
fituées dans des Provinces où
la Coutume eftoit fort contraire
aux Filles . L'avis ne pût
rien fur l'efprit du Cavalier.
Il pria la Dame de luy procuGALANTI
187
rer fouvent la veuë de la Belle
, afin que la connoiſſant
parfaitement il puft juger s'ils
eſtoient nez l'un pour l'autre .
La Dame eut avec plaifir la
complaifance qu'il luy demandoit.
Elle fervoit une
Amie qui meritoit bien
qu'on l'obligeaft , & aprés
l'avis donné fur l'avarice du
= Pere , elle n'avoit rien à fe
reprocher. Les entreveuës le
firent d'abord fans marquer
aucun deffein . On s'abandonna
à d'agreables converfations
, & le Cavalier fut
payé des foins qu'il prenoit
E
188 MERCURE
de chercher à plaire , par tout
ce que la bien - feance fouffroit
qu'on luy montraſt de recon
noiffance . Il demeura bientoft
convaincu de tout le merite
qu'il avoit cru dans la Belle
, & s'appliquant
à étudier
fes plus fecrets fentimens ,
il n'eut pas de peine à dé
couvrir qu'ils luy cftoient
favorables.La
Mere qui avoit
vû naiſtre cette paffion avec
plaifir , entra avec une joye
extrême dans les mesures qui
eſtoienr à prendre pour engager
fon Mary à l'approuver
. Il fut refolu qu'on luy
GALANT. 189
feroit un fecret de ce qui s'étoit
paffé chez la Dame , &
qu'un des Amis du Cavalier
iroit le trouver pour luy demander
fa Fille , fans faire
connoiltre que les chofes
fuffens déja auffi avancées
qu'elles l'eftoient du cofté
du coeur. C'eftoit un homme
bizarre , & s'il cuft appris que
dans une affaire de cette importance
on cuft ofé prendre
quelque engagement fans luy,
ilauroit cru fon autorité
bleffée , & il n'en cuft pas
fallu davantage pour luy faire
refufer fon confentement.
190 MERCURE
Tout fe paffa comme on l'a
voit arrefté , & le Pere trouvant
le party d'autant plus
avantageux qu'on luy témoigna
qu'il feroit maiftre de
tout , ne balança point à donner
parole . Il receut enfuite
le Cavalier de la maniere la
plus civile & la plus fatisfaifante
, & le prefenta à fa Femme
& à fa Fille , comme une
perfonne qui ne leur eftoit
connuë que de nom . Il leur
marqua le deffein où il eftoit
d'en faire fon Gendre , & leur
demanda pour luy des honnefte
tez où elles eftoient touGALANT.
191
tes difpofées. La Belle autorifée
par là dans fa paffion ,
s'y abandonna fans plus garder
de referve fur fes fentimens.
Le procedé genereux
du Cavalier , qui pour s'atta
cher à elle n'avoit aucun
égard à fes interefts , meritoit
bien qu'elle luy donnaſt ſon
coeur tout entier . Ils fe firent
les plus fortes proteftations
d'une tendreffe eternelle , &
la Mere qui eftoit charmée
de leur union , ne contribua
pas peu à la confirmer . Il
n'eftoit plus queftion que
figner les articles . On le dede
192 MERCURE
voit faire au premier jour ,
lors qu'un facheux Incident,
en fit differer la ceremonic.
Pere eut avis que fon Fils
aifné , qui eftoit Volontaire
dans les Troupes , avoit eſté
tué en quelque rencontre , &
fon Cadet tomba prefque en
même temps dangereufement;
malade. Il n'y avoit aucune
apparence de parler de noces
dans un temps où l'on pleu
roit l'un , & où tout cftoir à
craindre pour l'autre. On
n'oublia rien pour le fauver ,
& le Cavalier qui prévoyoit
fon malheur s'il arrivoit qu'il
mouruft ,
GALANT. 193
mouruft , faifoit fans ceffe des
voeux pour le fuccés des remedes
, mais ils furent inutiles
. Sa fiévre qui n'eftoit d'abord
que double tierce , fe
changea en continuë , & aprés
avoir refifté un mois entier
, il laiffa fa Soeur unique
heritiere . Il n'auroit pas efté
furprenant que l'on cuft remis
le mariage aprés un temps
fuffifant pour fe confoler de
E la double perte qu'on venoit
I de faire ; mais le Cavalier
que l'on avoit d'abord regar
dé comme un party fort
confiderable, ceffoit de l'eftre
Avril 1689 . R
194 MERCURE
pour une fille qui devoit avoir
vingt- cinq mille livres
de rente , & fon Pere qui
commença à prendre des
veues proportionnées à ce
grand bien , trouva à propos
de le prier de fe retirer . Sa
Femme tâcha de faire valoir
la generofité qu'il avoit euë
de facrifier au plaifir d'entrer
dans fon alliance tous les
avantages qu'il euft pû trouver
ailleurs , lors qu'il s'eftoit
contenté de ce qu'on vouloit
donner
à la Fille , & pretendit
qu'on le devoit reconnoiftre
par des fentimens qui
^
GALANT. 195
pas
répondiffent aux fiens , mais
tout ce qu'elle put dire ne fit
qu'aigrir fon Mary, & malgré
fes remontrances , le Cavalier
fut congedié . Ce ne fut
fans qu'il euft la joye de recevoir
de la bouche meſme de fa
Maiftreffe toutes les affurances
qui pouvoient fervir à
adoucir fon malheur.
Mere qui en fut témoin luy
permit d'attendre d'elle tout
le fecours qu'il en pouvoit
fouhaiter; & comme on avoit
fait à toutes les deux d'expreffes
défenfes de le plus
voir , la crainte d'accroiftre
La
R ij
196 MERCURE
la mauvaiſe humeur du Pere,
fi par fon éloignement il ne
le gueriffoit pas de tous les
foupçons qu'il pouvoit avoir,
le fit refoudre à fe retirer dans
une Terre qu'il avoit à trente
lieues de Paris . Les adieux
furent fort tendres . Il dit à la
Belle qu'il ne valoit pas qu'-
elle renonçaft pour luy à une
grande fortune , & plus il
fut genereux , plus il la trouva
conftante dans les fentimens
qui luy estoient dûs . Ils convinrent
du confentement de
la Mere qu'ils s'écriroient fort
fouvent par le moyen de la
GALANT. 197
les
Dame , leur commune Amie ,
& rien n'eftant ny plus enga
geant ny plus flateur que
Lettres , l'abfence ne fit qu'
augmenter leur paffion . Il ſe
palla une année entiere , pendant
laquelle le Cavalier fir
fecretement deux ou trois
voyages à Paris. Il y voyoit
fa Maiftreffe un jour chez
cette commune Amie, & sien
retournoit le lendemain . Plufieurs
perfonnes d'un rang
diftingué la recherchoient ;
mais heureuſement pour elle,
fon Pere fe trouvoit toujours
embaraffé fur le choix , &
Riij
198 MERCURE
le plaifir de demeurer maiſtre
de fon bien , l'empefchoit de
fe hâter de la marier. Sa Femme
y contribuoit en ſe rendant
difficile pour la conferver
au Cavalier, fans pourtant
qu'elle puft voir par où elle
pourroit faire réuffir fes efperances.
Tandis qu'il vivoit
ainfi retiré , il vit arriver chez
luy un de fes Amis intimes
qu'il n'avoit point vû depuis
quatre ans. C'eftoit un homme
d'une Maifon fort confiderable
, & qui prenoit le
nom de Marquis à jufte titre.
Il avoit paflé tout ce temps
GALANT. 199
à Rome, & ayant appris que
le Cavalier eftoit à fa Terre , a
part
de
il venoit luy faire
tout ce qui luy eftoit arrivé
dans fon voyage. Sa veuë luy
caufa beaucoup de joye , &
il l'arresta chez luy le plus
long temps qu'il luy fut poffible
, fans luy découvrir ce
qui l'avoit obligé à quitter
Paris . Malgré toute l'amitié
qui les unifloit , il crut devoir
ce fecret à fa Maistreffe . Il ne
fçavoit pas comment tourneroient
les chofes , & le meilleur
eftoit de fe taire. Il vivoit
dans cette Terre avec une
R iiij
200 MERCURE
Soeur qui eftoit Veuve , & le
repos attaché à la retraite étoit
le pretexte dont il fe fervoit
pour y demeurer. Le Marquis
partit , & il y avoit déja deux
mois qu'il l'avoit quitté , lors
qu'il revint le trouver un
foir pendant que la nuit eſtoit
fort obfcure. Le Cavalier
crut qu'il venoit encore paffer
huit ou dix jours avec luy, &
il s'en faifoit un fort grand
plaifir; mais le Marquis ayant
demandé à luy parler en particulier
, luy dit qu'il l'avoit
choifi comme l'homme du
monde en qui il ſe confioit
GALANT. 201
le plus pour laiffer entre fes
mains un depoft confiderable
, & qui luy eftoit de la
derniere importance . Il s'agiffoit
d'une Demoiſelle qu'il
avoit enlevée depuis trois
jours . Il avoit marché toujours
de nuit , afin qu'on ne
puft fçavoir quelle route il
avoit prife , & il l'amenoit
chez luy , où elle devoit demeurer
cachée auprés de fa
Seeur , tandis qu'il employe-
Foit fes Amis pour obliger
fes Parens de confentir à fon
mariage. Le Cavalier ayant
fceu qu'il l'avoit laiffée dans
202 MERCURE
un Carroffe avec feure garde
à deux cens pas de chez luy ,
pria fa Soeur d'aller luy offrir
tout ce qui pouvoit dépendre
d'elle , & de la conduire
dans l'appartement qu'il alloit
luy faire preparer , & ou
l'on convint qu'on ne laifferoit
entrer que des Domeſti .
ques de confiance , fans pourtant
leur dire ce qui obligeoit
à ne la pas laiffer voir. La
Dame fit ce que fouhaitoit
fon Frere , & le Marquis la
mena où le Carroffe eftoit
arrefté . La Demoifelle enlevée
ne répondit autre chofe
GALANT
203.
au compliment
de la Dame
qui l'affura de fes foins dans
tout ce qui pourroit la ſatiſ
faire , finon qu'elle la prioit
de la fecourir contre la violence
qui luy eftoit faite . Elle
defcendit
en mefme temps ,
& la fuivit fans rien dire davantage.
Le Marquis fit auffitoft
partir le Carroffe , & fe
faiſant attendre par deux ou
trois de fes gens auffi bien
montez que luy , il vint retrouver
le Cavalier , pour luy
dire adieu , cftant refolu de
marcher tout le refte de la.
nuit , afin de pouvoir paroiftre
204 MERCURE

le lendemain dans quelque
lieu affez éloigné pour empefcher
qu'on ne foupçonnaft
que ce fuft chez fon Amy
qu'il euft mis la Belle .Le Cavalier
demandé fi elle aayant
voit confenty à l'enlevement,
il luy répondit que quand it
avoit tâché de s'en faite aimer
, elle luy avoit marqué
qu'un premier engagement
ne permettoit pas qu'elle l'écoutaft
; qu'il s'eftoit enfuite
declaré avec fon Pere, & que
fur le refus de l'un & de l'autre
, on luy avoit confeillé.
de l'enlever , parce qu'elle
GALANT. 205
avoit beaucoup de bien ; que
quoy qu'elle cuft de grands
agrémens dans fa perfonne, il
luy avoüoit que les avantages
qu'il trouvoit en l'époufant,
eftoient l'unique motif de la
refolution qu'il avoit prife ;
qu'il fçavoit bien qu'on l'alloit
pourfuivre comme auteur
du
rapt , parce qu'un Laquais
qui avoit fuy quand il avoit
fait l'enlevement , avoit ри le
remarquer , mais qu'il eftoit
d'une naiffance affez diftinguée
pour
croire que les Parens
, aprés avoir fait un peu
de bruit , feroient ravis d'af
206 MERCURE
le
peu
foupir l'affaire ; que fon alliance
leur feroit honneur , &
qu'un homme comme luy n'avoit
pas à craindre qu'on le refufaft
quand on connoiftroit
de fuccés qu'auroient
les pourfuites ; que cependant
il luy laiffoit ménager l'efprit
de la Belle , & qu'ayant pour
luy autant d'amitié qu'il en
avoit , il ne doutoit point
qu'il ne vinft à bout de la
convaincre que le feul party
qu'elle avoit à prendre aprés
l'éclat d'un enlevement,eftoit
d'entendre raifon de bonne
grace , en declarant quand il
GALANT. 207
en feroit befoin , qu'elle youloit
bien eftre fa Femme ;
qu'il viendroit fçavoir dans
quelques jours l'effet qu'auroient
eu fes remonstrances ,
& luy apprendre ce qu'il auroit
fait de fon colté , pour ;
mettre l'affaire en termes
d'eftre accommodée. Le Cavalier
l'affeura que fes in.
terefts eftant les ficns , il agiroit
comme pour luymefme
, quoy qu'il fuſt faché
d'avoir à combattre un coeur
qui n'eftoit pas libre , parce
que les premieres impreffions
s'effaçoient toûjours diffici208
MERCURE
lement . Le Marquis partie
fans vouloir revoir la Belle
pour ne pas l'aigrir par fa prefence.
Elle s'eftoit emportée
toutes les fois qu'il s'eftoit
montré pendant le voyage ,
& il fe flata qu'il la trouveroit
adoucie à fon retour . Sitoft
qu'il eut pris congé de
fon Amy , le Cavalier alla
dans l'appartement où fa
Soeur eftoit demeurée auprés
de la Belle. La fatigue d'un
voyage fort precipité & faic
de nuit , & l'affliction où elle
eftoit , l'avoient obligée à ſe
jetter fur un lit où la lumiere
GALANT. 209
foiblement ,
ne donnoit que
& comme il venoit la con- ,
foler , à peine cut - il commencé
ce qu'il avoit à luy
dire , qu'elle pouffa un grand
cry , & fe leva tout d'un coup
avec des marques d'une furprife
extraordinaire . C'eftoit
fa Maistreffe enlevée parfon
Amy.Jugez ce que produifit
un évenement fi peu attendu .
Le Cavalier avoit de la peine
à croire les yeux , & la Belle
qui fe voyoit au pouvoir d'un
homme qu'on avoit trompé ,
& qui en devoit garder du
reffentiment , fe
feroit per-
Avril 1689 .
S
210 MERCURE
fuadé que l'enlevement auroit
efte fait pour luy , fi la
conduite pleine de reſpect
qu'il avoit toûjours tenue ,
ne l'euft empefchée de luy
imputer une violence de cette
nature. Tout fut éclaircy , &
on ne pouvoit aſſez admirer
ce que le hazard venoit de
faire. La Belle reprit un air
de gayeté qui fit paroiftre le
plaifir qu'elle ſentoit de fe
voir en lieu où elle eftoit
afleurée qu'on la laifferoit
maiftreffe abfoluë de fes volontez.
Elle demanda d'abord
qu'on la remift chez fon Pere,
GALANT 201
mais le Cavalier luy ayant
fait voir qu'il ne le pouvoit
que de concert avec fon
Amy , & qu'il falloit pren
dre pour cela de grandes
précautions qui feroient peuteftre
utiles au fuccés de leur
amour , elle luy abandonna
le foin de fa deftinée , & fe
confola dans fon malheur ,
puis qu'il eftoit adoucy par
le plaifir de n'avoir à redouter
aucune contrainte. Lo
Frere & la Soeur n'oublierent
rien de ce qui pouvoit contribuer
à luy donner de la
joye . Ils paffoient les jours
Sij
212 MERCURE
entiers dans fa chambre , ou
la menoient à la promenade
dans quelque endroit retiré ,
& comme il eft rare de s'ennuyer
avec ce qu'on aime ,
elle trouvoit fa captivité fort
agreable . Les fermens de fidelité
& de conftance furent
mille fois reïterez , & par un
fecret preffentiment , ils ne
pouvoient s'empefcher de
croire qu'ils feroient enfin
heureux. Trois femaines s'étant
paffées de la forte , le
Marquis revint un foir chez
le Cavalier , lors que la nuit
eftoit déja affez avancée . Il
GALANT. 213
voulut encore l'entretenir en
particulier , & luy dit aprés
l'avoir embraffé, qu'il ne dou
toit point que la Demoiſelle
qu'il avoit laiffée chez luy ne
luy cuft appris qui elle eftoit ;
que fans luy nommer fon
Pere , il luy avoit parlé la premiere
fois de l'enlevement
qu'il avoit fait comme d'une
affaire qu'il feroit aifé d'acq
commoder; mais que ce Pere,
homme incapable d'eftre
gouverné , eftoit fi fort a
veuglé dans fa fureur , què
non feulement il promettoit
fa Fille à quiconque pour
214 MERCURE
roit la tirer d'entre les mains,
mais qu'il faifoit contre luy
les plus facheufes pourfuites;
qu'ainfi n'ayant plus aucune
efperance de le fléchir , il ne
pouvoir fortir d'embarras
qu'en forçant la Fille à l'époufer
; qu'il la meneroit
chez luy où il la feroit reconnoiftre
pour fa Femme , &
qu'aprés le mariage il ne craignoit
point qu'on cuft affez
de credit pour le faire rompre
; qu'il venoit fçavoir ce
qu'il avoit fait pour luy , &
ffes foins avoient mis la
Belle dans des difpofitions
F
GALANT. 215
qui luy fuffent favorables,
Le Cavalier ne balança point
fur la refolution qu'il avoit
à prendre. Il luy répondit
qu'eftant incapable de manquer
à l'amitié , il luy laifferoit
une entiere liberté de
s'affurer du coeur de la Belle ,
mais qu'il n'avoir pu choifir
perſonne qui fuft moins propre
que luy à luy infpirer les
fentimens qu'il luy fouhaitoit.
Là- deffus il luy conta
l'engagement qu'ils avoient
pris l'un pour l'autre, & aprés
luy avoir exageré le defefpoir
où la rupture de fon mariage
216 MERCURE
F
l'avoit réduit , il ajoûta que
s'il pouvoit eſtre aſſez heureux
pour obliger l'aimable
perfonne qu'il luy avoit mife
entre les mains , à fe declarer
en fa faveur , quoy qu'il en
duft reffentir toute la douleur
imaginable , il facrifieroit
fes interefts à ce qu'il devoir
à tous les deux ; mais qu'il le
prioit de le difpenfer de travailler
luy mefme à fa perte,
& de s'attirer le jufte mépris
de celle qu'il aimoit uniquement
, en preferant l'amitié à
ce que l'amour exigeoit de
luy . Ce difcours fut fait d'u
ne
GALANT. 217
ne maniere fi vive , que le
Marquis en demeura penetré.
Il comprit toute la force de
la paffion de fon Amy , &
comme il n'avoit enlevé la
des veuës Demoiſelle que par
d'intereft , fans que l'amour
y cuft grande part , il auroit
eu à fe reprocher une injuſtice
indigne de l'amitié qu'ils
s'eftoient jurée , s'il euft voulu
luy ofter un bien qui devoit
faire tout le bonheur de
fa vie . D'ailleurs on ne pouvoit
adoucir le Pere , dont
= les procedures l'obligeoient
à fe tenir toujours en cftat
Avril 1689. T
218 MERCURE
de n'eftce point arrefté. La
Fille dont il ne pouvoit efperer
de toucher le coeur , n'eftoit
plus en fon pouvoir, &
quand il auroit voulu s'en
refaifir pour la mettre par la
force dans la neceffité de
l'épouſer , il n'y avoit aucune
apparence que fon Amy
qui ne vivoit que pour elle ,
euft pu confentir à l'expofer
à la violence . Ainfi prenant
le party d'eftre genereux
, qui fatisfaifoit fa gloi
re & le tiroit d'embarras ,
il ceda toutes fes pretentions
à fon Amy , & luy dit d'une
GALANT. 219
ם ו
maniere obligeante , qu'il avoit
peine à fe repentir d'un
enlevement dont il pouvoit
tirer de grands
avantages ,
puis que dans la fituation où
eftoient les chofes , il n'y
avoit qu'à bien ménager l'ef
prit du Pere pour luy faire
prendre une refolution favorable
à fon amour. En mef
me temps , il le pria d'aller
preparer la Belle à fouffrir fa
veuë , afin que l'ayant obligée
luy pardonner il puſt exa
miner avec eux ce qu'il feroit
a propos de faire pour affeurer
leur bonheur . La Belle
Tij
220 MERCURE
ravie de cet heureux change
ment , receut le Marquis avec
autántde joye & d honnefteté
qu'elle luy avoit d'abord marqué
d'indignation.Il demeura
deux jours dans cette maifon,
& le refultat du Confeil qu'ils
tinrent enſemble , fut que le
Cavalier iroit à Paris , & fe
prevaudroit de la difpofition
où il trouveroit le Pere . Il fe
fit mener chez luy par une
perfonne qui pouvoit beaucoup
fur fon efprit , & tourna
fon compliment fur ce
qu'eftant toujours demeuré
le mefme , il ne fe pouvoit
GALANT. ~ 221
qu'il n'entraft fenfiblement
dans le déplaifir que luy caufoit
le malheur qui luy eftoit
arrivé . Le Pere s'emporta avec
fureur contre le Marquis,
proteftant qu'il ne feroit jamais
fatisfait qu'il ne luy euft
fait couper la tefte . Il ajoûta
qu'il reconnoiffoit la main
de Dieu qui le puniffoit de
ce qu'il l'avoit trompé fur
le mariage de ſa Fille , &
que s'il pouvoit la retirer des
mains du Marquis , il eftoit
preft à la luy donner , & à
reparer par là l'injuftice que
l'ambition luy avoit fait faire .
Tiij
222 MERCURE
Le Cavalier voulant profiter
de ce mouvement , répliqua
qu'il eftoit venu le chercher
exprés pour luy offrir ſes ſervices
; qu'il connoiffóit non
feulement le Marquis , mais
auffi tous ceux en qui il avoit
quelque confiance ; qu'il découvriroit
le lieu où il avoit
mis fa Fille, & qu'ayant toûjours
pour elle le mefme ref
pect & la mefme paffion , il
eftoit feur de l'obliger à la
rendre , ou de l'enlever du
lieu où elle feroit , s'il s'obfti
noit à la vouloir retenir . Le
Pere le conjura de ne point
GALANT 223
perdre de temps , & luy don
na de fi fortes affeurances
qu'il n'avoit envie de la retrouver
que pour luy en faire
un don , qu'il ne put douter
qu'il ne luy parlaft fincere
ment. Il partit le lendemain ,
& ayant rejoint le Marquis
à une Terre où il s'eftoit retiré
, il luy rendit compte.
de tout ce qu'il avoit fait.
Comme le Pere avoit fouhaité
qu'il luy fift fçavoir
Peftat des chofes , il luy écrivit
d'abord qu'il avoit trouvé
le Marquis dans une obftination
extraordinaire , & que
Tjilj
224 MERCURE
peut- eftre il ne luy feroit pas
faifé qu'il l'avoit ciu de
découvrir où il avoit mis fa
Fille. Il luy manda quelques
jours aprés qu'il le voyoit
un peu ébranlé , & qu'il fembloit
fe refoudre à luy ceder
ce qu'il connoiffoit qu'il ne
pouvoit obtenir que par la
force , mais qu'il avoit peine
à croire qu'on cuſt un veritable
deffein de confentir à
un mariage qui avoit efté
rompu . Ces Lettres furent
fuivies d'une negociation particuliere.
Un Gentilhomme
envoyé par le Marquis vint
GALANTM2255
.
trouver le Pere , & l'affeura
de la part qu'il eftoit preft
de luy ramener fa Fille s'il
vouloit bien luy donner parole
qu'il la feroit époufer
au Cavalier. Il luy déclara
en mefme temps qu'il pre
tendoit la difputer à tout
autre , & qu'il trouveroit
moyen de foutenir ce qu'il
avoit fait . Le Marquis cftoit
bien moins riche que le Cavalier
, & le Pere ne trouva
pas qu'il deuft balancer , puis
qu'on luy laiffoit le choix . Il
s'acquitoit de ce qu'il de
voit à l'un , & fe vangeoit en
226 MERCURE
quelque façon de l'autre ,
puis qu'il faifoit avorter fon
entrepriſe . Il donna au Gentilhomme
les feuretez qu'il
luy demanda . On ceffa toutes
pourfuites , & la Demoiſelle
fut remenée chez fon Pere.
Elle obtint de luy qu'il confentiroit
à voir le Marquis ,
& il fut prié du mariage qui
fe fit enfin avec tout l'éclat
que demandoit une fi riche
Heritiere.
Vous avez fouvent entendu
parler du changement
des Monnoyes d'argent de
Naples. Vous en verrez tout
1
GALANT. 227
le particulier dans la Lettre
que M Chaffebras de Cramailles
qui a efté ſur le lieu ,
en a écrite à M Menage ,
un des plus fçavans Hommes
de noftre Siecle . Voicy ce
qu'elle contient.
Liles
"Ufage qu'on a eu à Naples
depuis longtemps de
ne point pefer les Monnoyes
d'argent, quoy qu'on les pefe
dans les principales Villes d'Italie
quand elles ne paroiffent pas.
de poids, & le peu de foin que
l'on a pris d'obferver la rondeur
& la beauté des Efpeces qui
228 MERCURE
ont efté fabriquées toutes irre
gulieres diffemblables & mal
formées , ayant donné occafion
à quantité de faux Monnoyeurs
Ballonneurs
de les rogner,
l'akus eft venu à un tel point
qu'il s'en est trouvé beaucoup
qui ne pefoient pas le quart, ny
mefme la fixième partie du poids
qu'elles doivent avoir par les
Ordonnances. Cela commença à
faire grand tort au commerce il
y a buit ou neuf ans , les Marchands
refufant de recevoir l'argent
des Particuliers, & les Banquiers
n'en voulant plus faire
tenir dans les autres Villes à
GALANT. 229
moins d'un gros intereft , deforte
que cette Ville fi marchande étoit
en estat de fe ruiner peu à peu , fi
l'on n'y euft apporté un prompt
remede. Le Marquis de Los Ve
lez , Vice- Roy de Naples , fut le
premier qui chercha les moyens de
remedier à ce defordre . Il fit affembler
en 1682 , tous les Officiers de
la Monnoye avec plufieurs Perfonnes
intelligentes fur ce fait, &
aprés avoir eu diverfes conferences
avec eux , il refolut de décrier
Loutes ces vieilles Efpeces d'argent,
& d'en faire battre de nouvelles
qui imitaffent la perfection
dse Louis d'orde's Louis d'argent
230 MERCURE
de France. Pour cela il fe fit
apporter quelques-uns de ceux
que l'on fabriqua fous le regne
de Louis le fufte, & au commencement
du regne de Louis le
Grand , qui furpaffent en beauté
toutes les Monnoyes de l'Europe.
M Chaffebras du Breau
mon Pere , que le Roy avoit
nommé pour l'établiſſement de la
Monnoye du Moulin dans tout
le Royaume , fut bien aife pour
la gloire de la France ,
s'acquiter dignement de la Commiffion
dont Sa Majesté l'avoit
honoré, que les Monnoyes de
deux fi grands Monarques pufpour
GALANT. 231
de fent fervir d'exemples
modelles dans les Siecles à venir.
Le Marquis de Liche , ayant
fuccedé au Marquis de Los-
Velez dans la Vice - Royauté de
Naples , commença en 1683. à
faire battre de cette nouvelle
Monnoye , mais il trouva plus
de difficulté qu'il ne penfoit dans
l'execution de ce deffein, a caufe
de la perte que le Peuple euft
efté obligé de fouffrir dans le decry
des vieilles Efpeces , qui
auroit efté à plus de foixante
pour cent , fi en les changeant
à la Monnoye on eust rendu
feulement la valeur de l'argent
232 MERCURE
fuivant le poids du marc , ainfi
qu'il s'est toujours pratiqué en de
pareilles occafions. D'ailleurs il
voyoit la Populace preste a fe
revolter dans la crainte où cha
cun estoit de faire une perte fi
confiderable. C'est pourquoy a
pres avoir envoyé divers Memoires
à Madrid , & avoir receu
un plein pouvoir de la Cour
d'Espagne de terminer cette affaire
en la maniere qu'il le jugeroit
à propos , il nomma des
Commiffaires pour compofer un
Confeil particulier , où il fit
trouver les Chefs des principaux
Tribunaux , les Sieges de la
V
GALANT 233

Nobleffe & des Deputez Particuliers
de la Ville , & là il fut
arrefté que l'on continueroit la
Fabrique des nouvelles Monnoyes
d'argent , & qu'on changeroit
les vieilles pour le prix
courant où elles eftoient fans en
rien diminuer ; & afin de fubvenir
aux frais de la Fabrique
de la nouvelle Monnoye , & de
remplacer le dechet qu'il y avoit
dans la Fonte des vieilles , qui
eftoient rognées pour la plufpart
de plus des deux tiers de
leur poids , il ordonna qu'on
leveroit diverfes Impofitions fur
le Sel , fur le Sucre , & fur
Avril 1689 . V
234
MERCURE
quantité de Marchandifes
denrées étrangeres, afin que chacun
contribuaft par ce moyen
cette depenſe fans s'en apercevoir.
a
Cependant ces impofts ne pu
rent fe leverfipromptement qu'il
l'auroit voulu. On voyoit tous
les jours naifre de nouveaux
embarras, le Marquis de Liche
eftant mort lors que cette
affaire eftoit preste à fe terminer,
le Conneftable Colonne fut nom.
me par interim , en attendant
que le Comte de Saint Iftevan ,
nouveau Viceroy , fuft arrrivé à
Naples, Cet Interregne n'ayant
GALANT
235
effé que de trois mois , il ne fut
pas au pouvoir du Conneftable
Colonne de regler une affaire
cette importance en fi peu de
temps ; mais enfin le Comte de
Saint Iftevan eftant arrivé à
Naples au mois de Février de
l'année derniere 1688. il s'y appliqua
avec tant de vigueur &
de fuccés , qu'il l'a enfin concluë
dans les premiers mois de cette
année 1689 , où l'on a commencé
diftribuer au Peuple une gran
de quantité de ces nouvelles
Monnoyes , au lieu des vieilles
que l'on fond journellement. Ces
nouvelles efpeces d'argent font
a dz
Vij
236 MERCURE
au nombre de quatrè , qui font
icy reprefentées dans leur jufte
grandeur.
1. Le Ducaton , qu'on appelle
improprement Ecu , du poids de
dix Carlins , qui font environ
trois livres cinq fols monnoye
de France. Il reprefente
d'un cofté le Bufte du Roy d'Ef
pagne avec le Collier de la
Toifon, & pour legende , Carolus
fecundus , Dei gratiâ
Hifpaniarum & Neapolis
Rex. Au revers est la Couronne
le Sceptre d'Espagne , avec
les deux Hemispheres du Globe
terreftre , & pour devife , Unus


GALANT. 237
non fufficit. Au bas eft le millefime
, qui eft l'année de la fabrique.
2. Le Patacque , ou Demy-
Ducat , du prix de cing Carlins .
On y voit de mefme le Bufte du
Roy d'Espagne , & la legende,
Carolus fecundus , Dei gratiâ
H.fpaniarum & utriufque Siciliæ
Rex , où il est à remarquer
que Naples est entendu
fous ces mots de l'une & de
Pautre Sicile . Le revers eft une
Femme affife fur la partie du
Globe terreftre où eft l'Italie .
Elle tient de la main droite un
bouclier , où font les Armes d'Ef238
MERCURE
pagne & de Sicile , une palme
de la gauche , & pour Devife ,
Religione & gladio , avec le
millefime.
3. Le Tari , de deux Carlins ,
où d'un costé est l'Ecu des Armes
d'Espagne avec fes alliances
entouré du Collier de la Toifon ,
& la Couronne d'Espagne au
deffus , & pour legende , Carolus
fecundus , Dei gratiâ Hif
paniarum Neapolifque Rex.
Au revers eft la partie de l'He
mifphere où font les Royaumes
que Sa Majefté Catholique poffede
en Europe , avec la Conronne
d'Espagne , accompagnée
4
GALANT. 239
d'une corne d'abondance & d'un
faiffeau de verges pareil à celuy
que les Licteurs portoient devant
les Confuls Romains , & pour
Devife , His vici & regno .
4. Le Carlin , qui eft la dixième
partie du Ducat , & qui
revient environ à fix fols & demy
de noftre monnoye . Il reprefente
le Bufte du Roy d'Espagne,
la legende,Carolus fecundus
Dei gratiâ Rex Hifpaniarum
& Neapolis. Au revers eft un
Lion qui fe repofe , & qui femble
garder la Couronne & le
Sceptre d'Espagne qui font au
devant , avec la Devife , Ma240
MERCURE
jeftate fecurus. Le millefime eft
fous l'Exergue , c'est à dire fous
la petite ligne qui eft au bas de
monnoye & qui la termine
la.
en façon de terrein.
されLes autres Monnoyes qui ont
cours prefentement à Napless
font les fuivantes.
Monnoyes
d'or. i
Le Tari , qui vaut quinze à
feize Carlins , monnoye de Naples
environ une demi-Piftole
de nostre monnoye . Il y a
d'un cofté le Buste du Roy d'Ef
pagne , & de l'autre l'Ecu de
fes Armes..
Monnoyes
GALANT. 241
Monnoyes de Billon
& de Cuivre.
Le Cavallo , qui eft la plus
petite , vaut la douziéme partie
d'un grain. C'est environ
les deux tiers d'un denier de
France. Elle est rare.
La
La piece de deux Cavalli ;
on en voit encore fort peu.
piece de trois Cavalli ,
où eft la Croix de Ferufalem .
avec la Devife , In hoc figno
vinces.
La pièce de quatre Cavalli .
Le Tournois , ou Demi-grain ,
qui vaut fix Cavalli .
Le Tournois & Demi , ou
Avril 1689. is (X )
242 MERCURE
Demi- publique , où est la Croix
de Jerufalem. Il want neuf Ca
vallijye en kalska amos decad
Le Grain , où font les Armes
de Ferufalem & de Sicile. H
vaut deuxTournois .
La Publica del Ré ,fur laquelle
est écrit Publica commoditas.
Elle vaut trois Tournois, qui reviennent
environ à un fol de la
monnoye de France . K
La Publica del Popolo , du
mefme prix. Elle fut fabriquée
dans le temps de la révolte de
Mazaniel. On y voit des branches
d'Olivier & des gerbes de
bled entrela ßées la devife ;
Pax & Ubertas.
GALANT 24}
Monnoyes Imaginaires .
C'est à dire , les Monnoyes qui
ne font point réelles & effecti
wes qui ne fervent qu'à &
faire les comptes , comme font
en France les Piftoles, les livress
& les deniers.
Le Cinquina , qui vaut cinq
Tournois, qui font environ deux
Carolus de noftre monnoyes has
Les Monnoyes d'argent
décriées fontos
Le vieil Ducat , de dix Cars
lins.atlouka
Le vieil Patacque on Demi-
Ducat que le menu Peuple ap
pelle Cianfrono. Buria cats, dim
onxbijo zaj
244 MERCURE
La Nove di cinque , qui
valoit neufCinquines, ou vingtdeux
grains & demy.
tins .
Le vieil Tari , de deux Car-
La piece de quinze grains .
La Cinque di cinque , qui
valoit cing Cinquines , ou douze
grains & demy.
Le vieil Carlin.
La Tre di- cinque , qui valoit
trois Cinquines , ou fept
demy, grains
}
Les principales Monnoyes
Etrangeres qui ont cours à Naples
,font les Louis d'or de France,
les Pistoles d'Espagne , les
GALANT 245
Zecquins de Venife , & genexalement
toutes les monnoyes d'or
d'Italie ; & pour l'argent , les
Praftres , les Teftons , & les
Jules de Rome ; les Ducatons de
Milan les Reales d'Espagne.
L'Academie Royale d'Arles
2
propoſe un Prix , qui fera un
tres beau Portrait de Monfek
gneur le Dauphin , pour celuy
qui fera la plus belle Ode
Françoife , Sur la fatisfaction
que le Roy a d'avoir un Fils
digne de luy , & fur les premieres
Conqueftes de ce jeune
Heros. Les Vers n'excederont
X iij
246 MERCURE
pointle nombre de cent. On
les fera de telle mesure qu'on
voudra , & l'on finira par une
courte Priere à Dieu pour Sa
Majefté , & pour la Famille
Royale. Les Auteurs mettront
au lieu de nom une
Devife à la gloire de Monfeigneur
. On les prie d'affranchir
leurs Pieces de porte &
de les adreffer avant le dernier
Juin de la prefente année
1689. à M le Marquis de
Robias d'Eftoublon
taire perpetuel de l'Academie
Royale, en fon Hôtel à Arles,
lequel fait la depenfe.de ce
SecreGALANT
247
Tableau , qui fera accompa
gné d'une riche bordure. La
diftribution s'en fera publiquement
le jour de Saint
Louis , Fefte de LOUIS LE
GRAND Tourés fortes de
pafonnes feront reçues à
pretendre à ce Prix , à la referveides
quarante Academiciens
, qui en feront les Juges .
On aura foin de faire tenir
le Portrait fans aucun port ,
à celuy qui fera victorieux ,
enquelque
endroit qu'il
puiffe eftre. On s'adreffera
pour cet effet au meſme Secretaire
perpetuel de l'Acade
X iiij
248 MERCURE
H
mie aprés neanmoins que
l'Auteur du Mercure aura
fait fçavoir la déciſion au
Public felon les nouvelles
d'Arles .
Le 14. Fevrier , le Cardinal
Pio , Evefque de Sabine , Protecteur
des Royaumes & Etats
Hereditaires
de l'Empereur
&
de l'Empire , ainfi que des
Etats de la Couronne d'Arragon
& des Eglifes Royales de
Naples , mourut à Rome d'un
caterre fuffocatif , à l'âgé de
foixante & fept ans . Le 12. il
avoit encore celebré la Meffe,
& beaucoup écrit à la Cour
GALANT 246
Imperiale & en Espagne. Le
13 il receut le Viarique , mars
le mal s'accreut avec tant de
violence , qu'il ne luy for
pas poffible de faire fon Te-
Itament, ce qui fait craindre
qu'il n'en arrive un grand
préjudice à Sa Maiſon , qui
bien que puiffante en biens
patrimoniaux , ne laiffe pas
d'avoir des Charges confiderables.
Ses Heritiers ab inteftat
fond Dom Enée Pio , fon
Frere , & le Prince de Saint
Gregoire , fon Neveu , qui
luy ont fait faire des Obfe
ques magnifiques , en l'Eglife
250 MERCURE
de la Maifon Profelle des fefuices.
Il y fut porté le 15. &
y demeura expofe tour le
jour fuivant, Le foir on l'inhuma
auprés du Cardinal fon
Oncle en prefence du facré
College. Il eftoit de Ferrare ,
Creature du Pape Innocent
X. & avoit efté crcé Cardinal
en 1654. Si toft qu'il fuc
mort , le Marquis de Cogolludo
, Ambaffadeur de Sa
Majefté Catholique alla en
fon Palais , & s'y faifit de tous
les papiers & Chifres qui regardoient
les Affaires d'Allemagne
& d'Espagne . L'Evef
GALANT 251
ché de Sabine vacant par fa
morta efté opté par le Cardinal
Altieri , auquel le droit
d'ancienneté donnoit le pouvoir
de le choifir . Il vaque
auffi par la meſme mort une
neuvième place dans le Sacré
College , & feize mille écus
3
annuels de revenus Ecclefiaftiques
, outre les Protections
dont je viens de vous parler.
Celles des affaires d'Aragon ,
de Valence , de
Catalogne ,
des Eglifes de la nomination
Royale du Royaume de
Naples avec celle des Pays
hereditaires , avoit efté don272
MERCURE
née à ce Cardinal aprés la
-mort du Cardinal d'Arach ,
& il avoit cu la protection
des affaires de l'Empire aprés
celle du Cardinal Landgrave
de Heffe,
eu
Voicy les noms des per
fonnes confiderables de l'un
& de l'autre Sexe, mortes icy
depuis peu de temps .
30 Meffire Antoine Ferrand ,
Seigneur de Villemilan , an
cien Lieutenant particulièr
au Chaftelet de Paris . Il eftoit
âgé de 86. ans , & avoit esté
Avocat duRoy des Treforiers
de France à Paris, Son Pere
GALANT 253
j
eftoit auffi Lieutenant Parti
culier au Chaftelet . Il laiffe
plufieurs Enfans entre autres
Michel Ferrand , Lieutenant
Particulier au mefme Châ
telet , & à preſent Preſident
en la premiere Chambre des
Requestes du Palais ; François
Antoine Ferrand , à préfent
Lieutenant Particulier au
Châtelet , & deux Filles, l'ane
mariée à M Girardin , mort
Ambaffadeur pour Sa Ma
jefté au Levant , dont je vous
parlay le mois paffe , & l'autre
a M de la Faluere , premier
Prefident au Parlement de
254 MERCURE
Bretagne . De Getre Famille
de Ferrand qui a donné dia
vers Officiers au Parlement ,
eftoit feu Meffire Michel Fer
rand Doyen des Confeillers
du Parlement de Paris. I
Madame Tallemant, Veuve
de M' Tallemant , Maiftre
des Requelles , morte le 6. de
ce mois . Elle eftoit Fille de
M ' de Montauron
, ſi fameux
par fes liberalitez , & par cotte
grandeur d'ame qui luy fit
faire la fortune de plufieurs
perfonnes , & negliger la
fienne Il eftoit de l'illuftre
Maifon de Puget de Toulou
GALANT . 255 .
fe , dont il y a prefentement
un Prefident au Mortier, qui
a fuccedé à un Pere & à un
Aycul revestus de la mefme
dignité . La Mere de Madame
Tallemant eftoit de cette même
Maifon , Fille de M de!
Puget de Pomeuſe , Treforier
de l'Epargné , & Niece
de Meffire ... Puget , Evef
que de Marfeille . Cette Maifon
eft originaire de l'ancienane
Maison de Puget , de Provence
, qui eſt d'une Nobleſſe
fort diftinguée par les Emplois
, par les Charges , & par
les Exploits militaires . Feu
1246 MERCURE
M Tallemant fon Mary ,
eftoit d'une Famille fort connue
& fört eftimée. Il avoit
routes les qualitez d'un bon
Juge & d'un parfaitement
honnefte homme. Il s'eft fi
gnalé par les Intendances de
Languedoc , de Provence &
de Guyenne en des temps:
difficiles , où il a fceu ( toujours
fe conduire d'une maniere
fi fage, fi honnefle , &.
fi defintereffée, qu'il y a toujours
vefcu avec l'agrément
de la Cour & l'eftime des
Peuples. Le Mary & la Fem
me ayant beaucoup d'efprit,
GALANT. 257
"
de probité , & de politeffe, s'éroient
fait tous deux un nom
fort confiderable , & s'eftant
acquis quantité d'Amis pendant
leur vie , on ne doit pas
s'étonner s'ils ont efté gene
ralement regretez . Ils ont laiffé
deux garçons & deux Filles .
Laifné eft Pierre Tallemant ,
Ecuyer , & le Cadet Paul Tallemant
, Prieur de Sauffeufe .
Il eft de l'Academie Francoife,
& les excellens Difcours
qu'il y a prononcez en
plufieurs occafions au nom
de ce Corps illuftre , ont fait
afez voir combien il eft di-
Avril 1689. all'ognoz
$1
258 MERCURE
gne de la place qu'il y tient.
Les Filles font Loure Talle
mant , Religieufe de la Viſitation
, & Angelique Talle
mant , Veuve de Meffire Hubert
de Puget , Seigneur de
Chateauneuf de Provence .
Meflite Henry Laifné , Aumônier
du Roy. Il eftoit an
cien Abbé Commendataire
de l'Abbaye Royale de Noftre
Dame d'Ardenne lez
Caen , & Prieur de Mareuil
Bonneüils Chafteauneuf &
Mauleon . soluca
Meffire Louis Bruant des
Carrieres , Seigneur de Berengeville,
la Riviere , & auGALANTM
69
6
tres lieux , & ancien Maitre
ordinaire en la Chambre des
Comptes . Il avoit efté Refident
du Roy à Liege , & eft
mort âgé de foixante & dix
huit ans .
రా
Meffire François de Bourlon
de Choify , Ecuyer ordimaire
du Roy , Seigneurode
Croix- Fontaine . Sa Famille
eft affez connue pour avoir
donné plufieurs Officiers au
Parlement & à la Chambre
des Comptes Peu Mide
Bourlon, Evefque de Soiffons,
fignala fon zele ordinaire en
wifitant luy, meſme en per
260 MERCURE
fonne les Peftiferez de fon
Diocefe , pour s'acquitter des
fonctions de fa Charge en les
exhortant & leur adminit
trant tout ce qui leur eftoit
neceffaire
.
5
Dame Suzanne de Catelan ..
Elle eftoit Veuve de Meffire
Alexis de Sainte- Maure
Comte de Jonfac Lieute
nant General pour le Roy
des Provinces de Xaintonge
& Angoumois. Madame la
Marquiſe d'Aubeterre eft fa
Fille. Feu Mi le Comte de
Jonfac , fon Mary. eftoit de
l'ancienë Maiſon de Sainte
GALANT 261
Maure , fi confiderable par
les grands Hommes qu'elle a
donnez. Vous fçavez que M
le Duc de Montaufier qui en
eft , a un merite extraordi
naire.
Mi le Comte de Nancré.
Il eftoit Lieutenant general
des Armés du Roy , & Gouverneur
d'Arras & l'avoit
cfté auparavant des Villes
d'Ath & du Queſnoy. Les
marques éclatantes de coura
ge qu'il a données en beaucoup
d'occafions , font fon
éloge . Il eftoit de la Famille
des Dreux , d'où font venus
262 MERCURE
divers Archidiacres , Sous-
Chantres & Chanoines pour
l'Eglife de Paris, des Mailtres
des Requeſtes, Confeillers aux
Parlement , Grand- Confeil ,
Chambre des Comptes , &
autres Compagnies fupericu
res ; des Procureurs & Avo
cats generaux en la Chambre
des Comptes de Paris . Elle eft
alliée aux Forget , Aubery ,
Lhuillier , d'Aligre « d'Aubray,
Charpentier , Turquant,
de Beloy , du Lac, de Paris ,
du Gué , de Berulle , & aurtes
Familles confiderables de l'E
pée & de la Robe . Dreux
GALANT 263
porte d'azur au chevron d'or ,
accompagné de deux rofes d'ar
gent en chef, & d'un Soleil d'or
en pointe.
1
Comme malgré l'avis qui
eft au commencement
de toutes
mes Lettres , on neglige
toujours d'écrire les noms
propres en caracteres fort
aiſez à lire , vous ne devez
pas vous étonner s'il s'y rencontre
toujours quelque faul
ce. On m'en a fait remarquer
deux dans un article du mois
palle qui regarde la mort de
Charles Henry de Clermont.
On a mis-Marquis de Crury ',
264 MERCURE
au lieudeCruf & qu'il époufa
Elizabeth de Marfol , au lieu
de mettre, Elizabeth de Maffol.
44. Quant à ce que vous vous
étonnez qu'en vous parlant
de M de la Barde qui a cu
l'Archidiaconé
de feu M' de
la Motte , jaye donné un
premier Prefident aux Enqueftes
, vous n'avez dû entendre
par là par là que le plus ancien
Prefident des Enquestes,
puis qu'il n'y a que le Corps
entier du Parlement quirait
un premies Prefident. Il eft
vray que M de Maupeon
eftant
GALANT 265
citant le plus ancien, prefide
avant M de la Barde , qui eft
Fils , & non pas Frere de M
de la Barde , autrefois Ambaffadeur
pour de Roy en
Suiffe.

Ces jours paffez , le S Thomaffin,
Graveur ordinaire du
Roy prefenti à Sa Majefté
une grande Eftampe qu'il a
gravée avec beaucoup de delicateffe
d'aprés le Tableau
de M' Mignard , où laFamille
de Monfeigneur le Dauphin
eft reprefentée . Toute la Cour
donna de grands applaudiffemens
à cette Eltampe ,
Avril 1689 .
Z
266 MERCURE
ainfi qu'aux VersLatins de Mi
de Santeuil qui font au bas , &
à la belle traduction que MT
Peraulr , de l'Academic Francoife
,en a faite en Vers Fran
çois . Il en a auffi prefenté
plufieurs autres à la Maiſon
Royale , toutes dans de ma
gnifiques bordures . Cette en
treprife eftoit grande à caufe
du long travail , & difficile
pour la reffemblance. Ceux
de vos Amis qui recherchent
les Ouvrages de cette nature ,
trouveront l'Eſtampe dont je
vous parle chez celuy qui l'a
gravée , rue des Noyers au
GALANT 267
Bufte du Roy, & chez le S
Boudot , Libraire , rue Saint
Jacques , au Soleil d'or.
G
Je viens aux Benefices dont
je vous ay déja dit que Sa
Majefté a fait la diftribution,
Sçavoir ; t
r
A M PAbbé de Vieux .
bourg , l'Abbaye de S. Mar
tin de Maffay , Ordre de S.
Benoit , Diocefe de Bourges.
Ieft petit Fils de Madame
la Chanceliere , & a fait voir
en plufieurs occafions qu'il
ne degenere point de fes Anceftres
, qui ont remply des
charges confiderables & de
Z ij
268 MERCURE
grands emplois dans les negociations
avec un éclat &
un defintereffement qui ferviront
toûjours de modelle
à ceux à qui le Roy confiera
des commiffions femblables .
Il eft Licentié en Theologic
& on a lieu d'efperer qu'il fera
un jour un des plus grands
ornemens de cette fçavante
Faculté , confultée dans tous
les temps , fur les questions
les plus épineufes qui regardent
la Foy ou la difcipline
de l'Eglife , & dont les décifions
ont toûjours efté receues
comme des Oracles,,
GALANT 269
ne
AMl'Abbé de la Fueillée,
Abbaye de Solognac, Ordre
de Saint Benoift , Diocefe de
Limoges. Il faut ignorer l'hi
ftoire de ce temps- cy pour
pas fçavoir le merite de
ceux qui portent ce nom , &
les fervices qu'ils ont rendus.
Il ne faut pas ss'étonner fi eet
Abbé a eu part aux graces du
plus jufte des Princes , puis
qu'il a d'ailleurs dans fa perfonne
dequoy fe les attirer .
A M l'Abbé de la Meffeliere
, l'Abbayede Charroux ,
Ordre de Saint Benoift , Dioce
de Poitiers . Il eft Frere de
Z iij
20 MERCURE
M de la Meffeliere , Exempt
des Gardes du Corps de la
Compagnie de Noailles , qui
aprés avoir efté noutry Page
de la grande Ecurie , a preferé
Phonneur de fervir auprés de
la perfonne du Roy , que fon
zele pour ce Prince ne duy
permettroit pas de quitter de
veuë s'il eftoit le maitre de
fe choisir des emplois , à tout
ce que les ambitieux defirent
le plus pour faire une plus
grande fortune. Il eſt de l'Illuftre
Maifon des Frotiers ,
originaires de Bourgogne , &
établis depuis plufieurs ficcles
GALANT. 271
en Poitou , Berry & la Marche,
où ils ont poffedé des
Terres tres confiderables. Ils
ont eu auffi des Compagnies
de cent & de cent cinquante
hommes d'armes dont ils ont
elté Capitaines , & ont commandé
dans ces trois Provinces
pourlefervice de nosRois,
avec les titres les plus honorables
qu'on donnoit dans ce
temps- là . On n'a qu'à lire les
Hiftoires generales , & celle
des grands Ecuyers de-France,
& l'on trouvera ce qu'eftoient
les Ayeux de M de la Melleliere
fous Charles VII. & en
+
Z iiij
272 MERCURE
>
fuite le rang qu'ils ont cu
dans la Maifon de Henry III.
Duc d'Anjou . Ger Abbéappartientà
ce qu'il y a de plusdiftingué
en France , & parti
culierement aux Maifons de
Preuilly, Branche Cadette de
la Maifon de Vendofme non
Royale Amboife , Maillé
Brezé , la Force , & Polignac .
Ml'Abbé de la Meffe
liere eft cftimé de toutes les
perfonnes de fa Province qui
Içavent connoiftre le vray
merite , & fur tout de M
l'Evefque de Poitiers , dont
le difcernement eft juste , &
qui en a rendu témoignage.
GALANT 273
Heeft auffi Frere d'un autre
Abbé de la Meffeliere Lis
centié de Sorbonne , Doyen
de Saint Hilaire le Grandide
Poitiers , qui aprés avoir fait
paroiftre icy beaucoup d'ef
prir & de fçavoir pendant
qu'il eftoit fur les bancs fait
voir dans la Compagnie où
il est tout ce qu'un vray Ecl
clefiaftique peut marquer de
pieté & de zele pour la difcipline
, qu'il rétablit avec un
tres- grand fuccés dans cette
Eglife , où il s'introduifoit
un peu de licence par l'ab
fence ou par la maladie de
fes Chefs xvi & i up
274 MERCURE
A M Courcier , l'Abbaye
de Sainte-Croix de Talmond.
Ordre de Saint Benoist, Diocefe
de Luçon. Ileft Theologal
de Paris , & on le connoift
par les Sermons qu'il a
faits dans la Metropole, &
en plufieurs Eglifes fameuſes .
On ne fçauroit avoir plus
d'efprit & plus de doctrine ,
ny en faire un meilleur uſage .
Il eſt Superieur des Nouveaux
Convertis , & a ramené un
grand nombre d'Heretiques
à la veritable Eglife . On le
voit par tout où il s'agit de
Religion. Il eft confulté par
les plus doctes , & il a eſté
GLAANT. 275
தன்
r
nommé pour un des Appro
bateurs des Livres de doctrine
; mais ce qui doit luy
donner un grand relief, c'eft
l'applaudiffement qu'eut M
J'Archevefque de Paris,quand
il le choifit pour Theologal.
A M l'Abbé de Brizay ,
L'Abbaye de S. Pierre de Caunes
, Ordre de Saint Benoist,
Diocefe de Narbonne. Le
choix qu'il a pleu au Roy de
faire de luy pour cette Ab
baye , ne fçauroit laiffer dou-
Ter de fon merite. Ceft tout
ce que je vous en diray prefentement
, n'ayant pas en
276 MERCURE
core receu le Memoire que
fattens.
e
A
AAM l'Abbé Beffiere ,
Abbaye de Saint Sauve de
Montreuil , Ordre de Saint
Benoift , Diocefe d'Amiens.
Ileft Fils de M' Beffiere , ce
fameux Chirurgien , qui a eu
l'honneur d'affifter à l'Ope
ration que M Felix fit au
Roy il y a plus de deux ans ,
& qui ne fçauroit avoir acquis
tres- juftement la reputation
où il eft d'un des meilleurs
Chirurgiens que nous
ayons & d'un fort honnefte
homme.
que
GALANT. 277
AM ' l'Abbé de Chaulnes
l'Abbaye de Peffans , Ordre
de S.Benoist, Dioceſe d'Auch .
Il eft Fils de M de Chaulnes,
Maistre des Requettes, Parent
de M' de Tarbes , nommé à
l'Archevefché d'Auch , dont
il eft Archidiacre. On ne
peut avoir l'efprit ny plus
agreable my plus cultivé .
Pendant la refidence qu'il
a faite dans l'Archevefché
d'Auch avec M de Tarbes ,
ila affifté à des Miffions pour
les Nouveaux Catholiques ,
& fait des Sermons d'une
grande utilité , mais on n'a
278 MERCURE
qu'à entendre ceux qu'il fait
icy , & le connoistre particulierement
, & l'on ne doutera
pas qu'il n'acquiere un jour
d'autres dignitez que celles
d'Abbé & d'Archidiacre, 10
A Dom René du Bois, l' Ab
baye reguliere de Chaloche ,
Ordre de Cifteaux Diocefe
d'Angers. Il eft Reh
gieux du mefme Ordre , ou
fa probité , & l'habileré qu'il
a toujours fait paroistre luy
ont acquis une eftime generale.
ind
Je ne vous ~~
dit de lad
GALANT.
279
M' le
Marquis
d'Uxelles, patce
que lors qu'on parle fus
les
premiers
bruits , on eft
ordinairement
mal
informé,
& quand on ne douteroit
point qu'ils ne fuffent vrais ,
il est
impoffible que dans ces
commencemens
on foit affez
inftruit du détail .Vous fçavez
que M' d'Uxelles
eft: Lieutenant
general , & qu'il a efté
choifi pour
commander
dans
Mayence , qui dans la fituation
où font les affaires , eft
un poſte tres - imporrant , &
qui n'a pû eſtre confié qu'à
un
homme de
l'intrepidité
"
280 MERCURE
duquel
on eft affeuré , auffbien
que de la parfaite
connoiffance
qu'il doit avoir
dans le métier
de la guerre.
Ce Marquisa
fait voir en cette
occafion
qu'il s'y appliquoit
entierement
, & qu'il prend
tous les foins neceffaires
pour
fçavoir
tout ce qui fe paffe
chez les Ennemis
. Il fut aver
ty à propos
que trois cens
hommes
& quelques
Dragons
des Troupes
de Saxe avoient
paffé le Rhin , vis à vis Geinſhein
, & qu'ils avoient
commencé
à fe retrancher
à Efche
, qui eſt un Village
fortiGALANT
281
fié par les eaux à cinq lieuës
de Mayence. Il envoya auffitoft
reconnoiftre ce Village ,
& donna enfuite ordre à M
de Gaffion , Brigadier de Cavalerie
d'aller l'inveftir avec
le Regiment Royal Etranger
de Cavalerie , le
Regiment de
Dragons de Barbeficux , Cavalerie
, deux Efcadrons du
Regiment de Roquelaure ,
avec les Grenadiers des Regimens
de Navarre , Bourbonnois
, du Maine , la Couronne ,
Anjon Jarfay , & Dauphin .
Le lendemain premier de ce
mois à la pointe du jour ,
Avril 1689.
A a
"
282 MERCURE
Md'Uxelles marcha avec un
détachement des deux cens
hommes par Bataillon des
mefmes Regimens , & arriva
fur les huit heures du matin.
Il difpofa tour afin de pou
voir monter à l'aflaus . Il fir
faire les ponts & les fafcines
neceffaires pour combler le
foffe , & pendant qu'on tra
vailloit à toutes ces chofes ,
ib fit faire de petits détache
mens pour eſcarmoucher,afin
que les Ennemis eftant harcelez
, & obligez à fe défendré,
ne puffent avoir le temps d'achever
les retranchemens déja
GALANT 283
a
commencez. Cependant il
donna fes ordres à l'Infante
rie pour inveſtir le Village ,
dont les approches eftoient
tres difficiles , parce que le
Rhin groffiffoit d'un moment
à l'autre , & que l'inondation
en avoit rendu les environs
prefque tous impraticables
, de forte que s'ils a
voient eu feulement deux ou
trois jours pour fortifier de
poſte, il auroit eſté impoſſible
de les en chaffer à caufe
des eaux qui l'environnent .
Md'Uxelles fit pouffer les
chofes avec tant d'ardeur &
いる
A a ij
284 MERCURE
de conduite , que fur le mi
nuit les Ennemis battirent la
chamade & envoyerent un
Tambour pour demander à
capituler. Il ne voulut les recevoir
qu'à difcretion , & ils
furent obligez de ſe rendre.
Il y avoit trois cens hommes
d'Infanterie , cinquante Dragons
bien montez , neuf Of
ficiers, & dix- huit Tambours.
Ils eftoient tous Saxons, bien
armez & bien veftus , & le
Commandant qui paroiffoit
un homme de coeur , marqua
qu'il eftoit au deſeſpoir
d'eftre forcé de fe rendre.
GALANT 285
Ils furent tous conduits
Mayence , aprés que M' d'Uxelles
cut fait rafer ce lieu ,
parce que les Habitans avoient
appellé les Ennemis ,
& favorife leur paffage , con
tre la parole qu'ils avoient
donnée .
Le Roy qui ne laiffe aucus
ne action de valeur fans recompenfe
, & qui n'attend
pas mefme des années pour
reconnoiftre les fervices qu'
on luy rend , quelque jeunes
quefoient ceux qui fe fignalent
a fait Mile Marquis de
Caftre Brigadier d'Infanterie ,
286 MERCURE
pour avoit fait paroiftre une
intrepidité & une bravoure
extraordinaire dans la ders
niere rencontre entre les
Troupes de Sa Majesté &
celles des Alliez prés de
Nuis . Ce Marquis eft Neveu
de M ' le Cardinal de Bonzi .
Le Jeudy 14. de ce mois ,
MP'Abbé de Louvois , qui
avoit déja fatisfait publiquement
en d'autres occafions à
toutes les queſtions qui peu
vent eftre faites fur ce qu'il
ya de plus difficile dans Vir
gile & dans Homere , fit une
actionpareille touchant
GALANT 287
Theocrite . Il y fie paroiftre
une force & une prefence
d'efprit beaucoup au deffus
de fes années , & la nombreuſe
affemblée qui s'y trouva , en
fortit tres-fatisfaite. Comme
c'estoit un exercice de Let
tres, il y avoit fait inviter
Ms del Academie Françoife,
qui ne purent affez admirer
la maniere vive & fpirituelle
dont il fe tira de toutes les
objections qui luy furent fai
tes. Ileft difficile d'aller auffi
loin dans unâge fi peu avan
cé. Quelques jours aprés , ce
jeune Abbé vint remercier
288 MERCURE
cet illuftre Corps dans une
de fes Seances , & il le fit d'un
air libre & noble qui répon,
doit dignement à ce qu'il
eft.né.
M le Prince d'Enriche
mont , connu par fa naiſſance
, par les anceſtres & par ſa
bonne mine, épouſa ces jours
paffez Mademoiſelle de Coif
lin Fille du Duc de ce nom
& Niece de M l'Evefque
d'Orleans , premier Aumô,
nier du Roy , tous deux f
generalement estimez par le
caractere d'honnefte homme,
qui eft naturel à ceux de cette
Maifon.
GALANT 289
Maiſon. Vous fçavez que Me
le Prince d'Enrichemont eft
Fils de M' le Duc de Sully.
Pour Mademoifelle de Coif
lin , je n'entreprens point
de parler de fon merite ,
parce qu'il meferoit impoſfible
de vous marquer affez
tout le bien que l'on en dit .
Il n'y a jamais eu d'humeur
plus égale , de manieres plus
aifées & plus douces , d'efprit
plus porté à la complaifance,
ny une perfonne avec qui il
foit plus ailé de vivre . Sa
bonté , & l'acquiefcement
qu'elle a toujours eu pour les
Avril 1689 . Bb
290 MERCURE
fentimens des autres , ont fait
que fes yeux n'ont jamais vû
que ce qu'on a voulu luy
faire voir , quoy que la penetration
de fon efprit luy fift
découvrir beaucoup davantage.
Vous jugez bien qu'une
perfonne de ce caractere ne
fçauroit avoir que beaucoup
de fageffe & de vertu .
Rien n'eft plus inviolable
que la parole du Roy. Sa
Majefté avoit promis à M
l'Evefque de Beauvais , Pair
de France , la premiere place
qui vaqueroit de Comman
deur de l'Ordre du S. Efprit,
GALANT. 291
& celle de M de Grignan ,
Archevefque d'Arles , mort
âgé de 86. ans , n'a pas efté
plûtoft à remplir , qu'Elle en
a pourvû ce Prelat . Vous fçavez
qu'il s'eft extremement
diftingué dans les Ambaffades
qui luy ont efté confiées.
Son grand merite , fa
vertu generalement reconnuë
, fon zele ardent , & fon
attachement inviolable pour
le fervice du Roy , m'ayant
donné fort fouvent occafion
de vous en parler , je n'ajoûteray
rien aujourd'huy à ce
que je vous en ay dit pluſieurs
fois.
Bb ij
292 MERCURE
La Reine d'Eſpagne eft
morte , & la paix dont joüiffoit
ce Royaumefemble avoir
efté ensevelie avec elle.Les Efpagnols
ont préferé les vaines
efperances dont les flate le renouvellement
de la guerre, à
tout ce qu'ils doivent craindre
d'un Ennemy qui a toujours
triomphé de cet Etat ,
eftant certain qu'ils ont plus
perdu de Places fous le regne
du Roy que fous ceux de tous
les autres Rois de France enfemble.
Enfin Sa Majefté
forcée par la conduite qu'ont
Benue les MiniftresEfpagnols,
GALANT: 293
s'eft veuë obligée de leur declarer
la guerre , & Elle er
rend raifon dans une Ordonnance
qui porte cette Decla
ration . Je la referve auffi- bien
que ce que j'ay à vous dire
fur cette Ordonnance , pour
ma fixiéme Lettre fur les Affaires
du Temps , puis que
cette Hiftoire n'eft compofée
que de pieces qui rendent
les faits que je rapporte inconteftables
, & qui empefcheront
la pofterité de former
mefme le moindre doute
fur la verité des chofes qu'elle
contient.
Bb iij
294 MERCURE
L'efprit de l'homme devient
plus fubtil de jour en
jour , & onabonde en inventions
nouvelles . Celle des Ca-:
roffes appellez Inverfables &
Incahotables a quelque chofe
de furprenant. La ſtructure
en eft des plus agreables à
voir , & tres- facile à entretenir.
Le corps de ces fortes de
Garoffes ne fçauroit jamais
pancher , quoy que le train
panche . Il a mefme cela de
particulier , que quand on a
ouvert les portieres , il demeure
ferme comme un roc pour
recevoir ceux qui veulent y
GALANT 295
prendre place , & on ne les a
pas plûtoft refermées qu'il
reprend fon branle . On en a
fait des épreuves que Sa Ma
jeſté n'a pu voir qu'avec fur
prife. On fit monter un de ces
CaroTes fur une hauteur confiderable.
On ofta exprés les
effes des deux rouës afin qu'
elles tombaffent
avec le train .
Quatre perfonnes qui estoient
dedans fe panchoient
entie
rement fur le cofté que ce
train devoit tomber , & le
corps ne pancha pas de l'épaiffeur
d'un feul pouce . Il y
a encore une autre commo-
Bb iiij
296 MERCURE
&
dité confiderable , c'eſt que
le train a beau cahorer , le
corps ne cahote point
tous ceux qui font dedans, le
Cocher qui eft fur fon Siege ,
& les Laquais qui font fur le
devant & fur le derriere, n'entendent
aucun bruit des rouës,
mefine fur le pavé le plus
rude. Aprés ces experiences
on doit demeurer d'accord
de l'utilité de ces Caroffes ,
qui épargnent le danger d'eftre
tué ou eftropié par les
cheures frequentes & inopi .
nées aufquelles les Carroffes
ordinaires font fujets. On
GALANT. 297
fe garantit encore d'avoir la
tefte étourdie par des cahotemens
continuels , & il y'a
beaucoup d'apparence
que
certe voiture eftant auffi feure
qu'elle eft douce , fera d'un
fort grand ufage . M ' le Maréchal
d'Eftrées ayant demandé
au Roy pour vingt ans le
Privilege de la fabrique & de
la vente des Carroffes , Cales
ches , Chaifes roulantes , &
autres voitures de cette nouvelle
invention , dites Inver
fables & Incahotables , dans tout
fon Royaume , Terres & Païs.
de fon obeiffance
, Sa Ma298
MERCURE
jefté luy en a accordé le don
par des Lettres patentes
, enregiftrées
au Parlemenr . Le
droit eft fixé à foixantelivres
pour la permiffion qu'on eft
obligé d'aller prendre au fujet
de la fabrique & vente de
chaque voiture aux Bureaux
établis pour cet effet , à peine
de trois mille livres d'amende
. Vous remarquerez encore
une circonſtance avantageufe
qui engage le Public à ne pas
differer de s'en fervir , pour
eftre au plûtoft hors de danger
de verfer & de cahoter .
C'eft qu'en attendant que
GALANT 299
ceux qui ont des Caroffes en
puiffent avoir de cette fabrique
, ils pourront y faire appliquer
le fecret à peu de frais ,
en payant le droit dont je
viens de vous parler.
Je ne puis finir fans vous
parler encore des actions de
pieté qui ont efté faites pendant
la Semaine Sainte . Monfieur
& Madame ont fait éclater
leur devotion , & remply
tous les devoirs de veritables
Chreftiens. Ils ont efté trescontens
des Predications du
Pere Gonnelicu , Jefuite , qui
prefchoit à Saint Eustache ,
300 MERCURE
& qui a efté extremement
fuivy, & applaudy pendant
le Carefme. Le Pere Gaillard ,
auffi Jefuite , qui prêchoit à
S. Germain l'Auxerrois dans
le mefme temps , s'eſt attiré
de nombreufes Affemblées ,
& Monfieur le Duc de Chartres
l'a fouvent efté entendre
fur le bruit de fa reputation
.
La Reyne d'Angleterre qui
s'eftoit retirée aux Filles de
Sainte Marie de la Vifitation
de Chaillot pendant la Semaine
Sainte , comme je vous
l'ay déja appris , y entendit
le Sermon de la Paffion de
GALANT. 301
M' l'Abbé Capeau . Vous
fçavez le grand merite de cet
Abbé qui a fouvent eu l'honneur
de prefcher devant Sa
Majefté , qui a fait deux fois
le Sermon de la Cene , &
qui en a fait plufieurs à
Saint Cir. Vous vous fouvenez
des endroits de fes
Sermons que je vous ay envoyez
, & dént vous m'avez
marqué tant de fatisfaction .
La Reyne d'Angleterre ayant
fait plufieurs fois fes Devotions
pendant fon féjour dans
le Monaftere de Chaillot , ne
eftant retournée
kaiffa
pas ,
302 MERCURE
à Saint Germain en Laye , d'y
faire fa Communion Paſcale
dans la Paroiffe le Jeudy d'aprés
Pafques , & Elle y communia
par les mains de M
l'Abbé de Villeterre qui en
eft Curé. Cette Princeffe alla
voir le lendemain Madame la
Princeffe Palatine , Abbeffe
de Maubuiffon , & elle y fut
traitée à difner avec toute la
délicateffe & toute la propreté
imaginable . Elle fe rendit
enfuite à Pontoife qui en eft
tout proche , & M' de Monthiers,
Lieutenant General , l'y
complimenta à la tefte du
GALANT. 203
Corps de la Juſtice & de la
Ville. Ses réponſes fpirituelles
& fes manieres honneftes
luy attirerent l'admiration
& l'eftime de tous
ceux qui eurent l'avantage
de la voir. Elle affifta à la
prife d'Habit d'une Soeur de
M le Duc de Bervick dans
le Monaftere des Religieufes
Angloifes, Le Pere Bourdaloue
y prefcha avec l'éloquence
& la maniere édifiante
qui luy font ordinaires , & la
ceremonie fut faite par M
de Verthamont , Grand Vicaire
de Pontoife . Le jour
fuivant , cette Princeffe con304
MERCURE
tinuant fes vifites dans les
lieux faints , alla voir le beau
Monaftere des Religieufes de
Saint Dominique de Poiffy,
où elle fut reçue par Madame
de Chaunes qui en eft
Prieure perpetuelle . Elle vifita
cette Maifon dans laquelle
on luy fervit une Collation
auffi magnifique qu'abondante
. Elle a encore rendu
vifite à Madame la Dauphine,
chez qui Monfeigneur leDau
phin fe trouva & elle y fur
placée dans un Fauteuil entre
ce Prince & cette Princeffe. Il
y avoit un Cercle de Duchef
GALANT. 305
fes ,&les jeunesPrinces s'y rencontrerent.
La Converfation
ayant duré une demy- heure ,
la Reyne fut reconduite par
Madame la Dauphine jufques.
à la porte de la Chambre où
elle avoit efté reçuë . Monfeigneur
luy donna la main ,
& lå reconduiſit juſqu'à ſon
Carroffe. Le Roy qui arriva
de la Chaffe dans ce temps - là,
s'avança vers cette Reyne fuivant
les manieres honneftes
qui luy font naturelles , & demeura
un moment avec elle..
Cette Princeffe ayant refolu
de faire fes devotions
Avril 1689. Cc
206 MERCURE
dans la Cathedrale de Paris ,
vint coucherle 21. de ce mois
au Monaftere de Challiot ,
afin d'en eftre plus proche.
Elle y vint le lendemain 22 .
& M. l'Archevefque revestu
de fes habits Pontificaux la
receur àla tefte de fon Cler .
gé. Sa Majesté ſe mit d'abord
à genoux fur un carreau que
luy prefenta un des Chanoines,
& elle adora la vraye
Croix. Lors qu'elle ſe fut relevée
, ce digne Prelat la complimenta.
Il auroit efté à fouhaiter
que fon compliment
euft efté entendu de tous ceux
GALANT. 307
qui étoient accourus de toutes
parts pour la voir , & qui venoient
pour admirer une
Reine dont le courage & la
pieté ont paru avec tant d'éclat
dans une occafion qui
pouvoit abattre les plus fermes
, & laffer la patience de
ceux qui en ont le plus. M
l'Archevefque donna à certe
Princeffe les louanges que mel
ritoit fon heroïque vertu ,mais
avec des termes fi choifis &
une éloquence fi noble, & qui
convenoit fi bien à celuy qui
eſt à la refte du Clergé de
France , qu'on ne fçauroit

Cc ij
308 MERCURE
affez l'admirer. Cette Reine
affligée y répondit avec majefté,
& aprés luy avoir témoigné
qu'elle efperoit beau
coup de fes prieres & de celles
de fon Clergé , diftingué
par fa doctrine, par la pureré
de fes moeurs , & par fa pieté,
elle le pria de ne fLee pas
d'en faire pour la profperité
du Roy fon Seigneur , & le
fidelle Allié du Monarque
qui leur avoit donné un azile
fi favorable . Elle s'excufa en-3
fuite d'avoir fait attendre
ce Prelat , la foule qui s'eftoit
rencontrée à fon paffage &
laffer
GALANT. 309
qui avoit une extrême im
patience de la voir , l'ayant
fait arriver à Noftre Dame
une heure plus tard qu'elle
n'avoit efperé. Les complimens
eftant finis , la Reine alla
devant la Chapelle de la Vierge
, où on luy avoit préparé
un Priedicu. M' l'Archevelque
l'y fuivit , & fe retira
enfuite pour quitter fes habits
Pontificaux . Il revint peu
de temps aprés en rochet &
en camail , & fervit Sa Majefté
comme il a accoutumé de
fervir le Roy mefme. Elle
communia à la premiere
310 MERCURE
Meffe , celebrée par M ' l'Ab
bé Parfait , le plus ancien des
Chanoines
, & aprés cette
Meffe , elle en entendit deux
autres , avec une devotion
qui édifia toute l'Affemblée
,
& qui fit connoiftre
de quelle
量maniere il faut affifter à ce
faint Miftere . Les Meffes finies
, elle fit l'honneur
à M.
l'Archevefque
de luy rendre
vifite , & comme la converfation
fut plus libre , elle y fit
paroiftre
tant d'efprit & tant
de grandeur
, qu'on a eu raifon
de dire que c'eft veritablement
une Reine . Quand
GALANT. 311
ceux
elle fe fepara de ce Prelat ,
pour monter en Caroffe , elle
fe mit à genoux , & luy demanda
fa benediction . Une
action fi humble & fi Chreftienne
furprit tous
qui eftoient prefens , & M
Archevefque mefme , qui
vit rappeller par là la memoire
de ces temps heureux
pour l'Eglife , où les plus
grandes Reines & les plus
puiffantes Imperatrices feryoient
de leurs mains les Evefques
, regardanr en eux la
Miffion que Dieu leur a donnée
, & ce Prelat ravy d'une
12 MERCURE
humilité fi honorable à l'Eglife
, s'écria en prononçant
ces mots , dont le miftere
n'eft pas ignoré de ceux qui
fe repaiffent de la lecture de
l'Ecriture Sainte , Je prie ce
grand Dieu en qui Voftre Majefté
a mis toute fa confiance
de répandre fur Elle abondamment
la rosée du Ciel & la
graiffe de la terre , au nom du
Pere , & du Fils & du Saint
Efprit. Sice Prelat fut furpris
la Reine admira fa prefence
d'efprit & fes manieres nobles
& inimitables , & s'en
alla bien confirmée dans la
haute
GALANT.
313
haute opinion qu'elle en avoit
conceuë.
L'apréſdînée
elle rendit vifite à Monfieur
le Duc de Chartres & à Mademoiselle.
Ce jeune Prince
la vint recevoir au bas du
grand Efcalier ,
accompagné
de plus de cinquante perfon
nes de la premiere qualité ,
& de beaucoup des grands
Officiers de Monfieur. Cette
Princeffe alla voir le mefme
jour Mademoiſelle
d'Orleans
au Palais de Luxembourg, où
elle fut reccue avec tous les
honneurs qu'on doit à fon
caractere.
Avril 1689 . Dd
314 MERCURE
Si vous avez des Amis embarraffez
fur les ufures qui
peuvent
le mot permifes , car
n'eſt
n'eſt pas toûjours
pris en mauvaiſe part ,
Je croy que vous leur ferez
plaifir de les avertir que le
SGuerout , Libraire au Pa .
lais , débite un Livre , qui
les retirera de tous les doutes
que le fcrupule peut faireformer
fur cette matiere .
a pour titre , Eclairciffement
nouveau fur le preft & l'intereft
la lecture n'en peut eftre
que d'une tres- grande qui-
Il a
lité.
b
ozbacit ob aNET
ytiGALANT
35
Le vray mot de l'Enigme
du mois paffe qui eftoit la
Salade , a elté trouvé par M's
du Perier , Ralet ; Brunet de
Tilly ; Hucuge , d'Orleans ;
R. Collas de Blois ; Mefdemoiſelles
Potange ; Cyprés
de la rue de Bourbon ; la Spi,
rituelle de la mefme ruës la
Belle Canquerante de Lifieux;
les deux Soeurs de la rue Muret
de Chartres ; le Phenix
des Freres de la rue des Provaires
; le Payfan de la Bafftille
le Mary de la belle
Procureufe aux Comptes , le
Tribun de Flandre , & ceux
Dd ij
26 MERCURE
d'Egypte & de la Place Mauberta
Societé de l'Hôtel
de Portugal Naflau à Geneve ;
le Volfin inconnu de la bienaimée
& charmante brune de
la rue aux Fers,
L'Enigme nouvelle que
vous allez lire eft de la Ber
gere Fleurette , Fille du déger
Fleurifte...
2552552252 25SSEES
ENIG ME
M
A taille eft grande & degagée
Legere d'autant plus que je fuis plus
Agle
GAL ANT. 337
Aime
, &
ay l'honneur Le Sexe
De poeder le cofte de fon coeur
Dans l'employ que je donne au
soport monde.left legumeIsh
L'Epée & moy ne nous accordons
pas 3
Te la traite de haut en bas.
Mes cheveuxfont d'emprunt , longs ,
Sup fins , de couteur blonde ]
Fne treffe , un ruban tel qu'on veut
le choifir ,
Les lie & les arrefte
Et bien fouvent on prend pla
A me les arracher poil à poil de la
tefte.
Jajoûte à la Gayotte de
M' Martin que vous avez
trouvée au commencement
de cette Lettre , une Gigue du
Ddilj
318 MERCURE
mefme Auteur. C'eft encore
l'Amour que P'on fait parler
dans les paroles qui ont efte
faites

pour
en
en chanter
l'aik
.
GIGUE
De mes filets s
De mes lacets ,
De mes piegesfecrets
Quifont faits
Tout exprés ,
Dans ces Forefts ,
On ne peut aifement fe défendre
Sans y fonger chacun vient
rendre
Dans mesfilets;
Saos y fonger chacun vient
prendre
Dans mes laçets
GALANT. 319
Dans mes pieges fecrets,
Quifontfaits
Tout exprés
Dans ces Forefts.
On ne peut aisément fe défendre
De mes lacets , &c.
S
Quels doux momens !
Quelsjeux charmans !
Que de contentemens
Raviffans
Aux Amans
1
Quifont conftans !
180
Mais il faut eftre pris pour les
prendre ,
Car on les perd a touûjours attendre
Ces doux momens ,
Ear on les perd fans un amour
tendre
Ces jeux charmans ;
Tous ces contentemens ,
Dd iiij
320 MERCURE
Raviffans
01130
Aux
Amanstuk ·IGO
517 Qui font conftans,
Mais il faut eftre pris pour les
prendre , 10 such dep
1001
& Ces jeux charmans ,on £
oth Tous ces & mod ab eiv
21Je viens d'apprendre une
action des plus vigoureufes
dont on ait jamais parlé Le
16. de ce mois , à une heure
aprés minuit , deux mille
hommes d'Infanterie fortis
de Cologne & quatre cens
chevaux des Troupes de Brandebourg
, commandez pat
M Heiden leur Lieutenant
Colonel , avec deux mille
GALANTM 321
Païfans travailleurs , vinrent
pour furprendre une petite
Redoute de terre que les François
font conftruire fur le
bord au delà du Rhin , vis à
vis de Bonn , pour défendre
le Pont volant qu'ils ont prés
de cette Ville-là Les Ennemis
seftant approchez le ventre
à terre jufques à vingt pas du
foffé de la Redoute , qui eft
temply de quatre pieds d'eau,
la Sentinelle qui eftoità l'entrée
apperceur une méche
allumée , & cria , Qui va là ?
Comme on ne luy fit point
de réponſe . elle tira à la
322 MERCURE
méche , & tua un Grenadier
qui venoit fonder le foffé . Les
Ennemis fe voyant découverts
,firent feu à la Redoute.
Elle n'eftoit gardée qué par
foixante Soldats & quarante
Travailleurs , tous comman,
dez par M Racine , Capi
taine au Regiment de Van
dofme. Ils eftoient foûtenus
par deux Détachemens de
Grenadiers , qui eftoient dans
deux Bateaux couverts,poftez
fur le Rhin par M ' dela Lande
Ingenieur , aux deux an ?
gles de cette Redoute . Ces
deux Détachemens eftoient
GALANT
22305
1
commandez , l'un par M' Palas
, Capitaine Grenadier de
Thiange , & l'autre par Mc 1
Siomet Sous Lieutenant dans
04
ce mefme Regiment Ces Dé - r
tachemens eftoient fort ne
ceffaires en cet endroit- là, & T
on les y avoit mis avec gran- ob
de prévoyance . Il n'y avoi
que vinge cinq Grenadiers
dans chaque Bateau ; cependant
leurs décharges incom
moderent fort les Ennemis
qu'ils prirent en flanc, Ceux
qui eftoient dans Bonn s'é
tant apperceus de l'opiniâ
treté des Attaquans qui s'ap
myt
324 MERCURE
prochoient pour combler le
foffé , & s'attacher aux palif
fades , M Raouffet, Gouver
neur , & Mr de Clerac , Lieutenant
de Roy de Bonn , avec
Mrs les Marquis de Thiange
& de Magny Colonel, & trois
cens Grenadiers , monrerent
fur le Pont volant pour paffer
& fecourir la Redoute , mais
le Pont n'ayant pu aborder
de l'autre cofté auffitoft qu'il
auroit dû faire , à caufe que
les grandes eaux avoient em,
porté une partie des petits
Bateaux qui en foutenoient
la corde , ils ne purent cftre
GALANT 325
débarquez que lors que les
Ennemis , qui apparemment
peur de ce fecours, &
eurent
peur
qui avoient déja eu plus de
cinquante hommes tuez fur
la place , & plus de deux cens
bleffez , commencerent à fe
retirer. Ils avoient déja donné
trois Aſſauts à la Redoute par
un endroit qui leur pouvoit
fervir de bréche , cette Re
doute n'eftant pas encore
achevée de ce coſté là. Les
Grenadiers que je vous ay dit
eftre au nombre detrois cens,
& qui avoient mis pied à terre
par le plus grand bonheur
326 MERCURE
v
du monde , firent premierement
une décharge de leurs
Fufils , & ayant mis enfuite
l'épée à la main , ils contraignirent
les Ennemis a pren
dre la fuite , & à fe fauver de
1/ toutes parts . Leur épouvante
neceffa point pendant route
la journée , & elle fut telle ,
qu'ils ne le croyoient pas en
feureté , mefme dans Cologne.
Les François firent vingt
& un Prifonniers dont il y en
avoir feize de bleffez . Il feroit
fort malaifé de faite une dé
fenfe plus vigoureufe , la Redoute
ayantelte attaquée plus
GALANT. •
327
de trois heures fans un moment
de relâche . Les Soldats
avoient confumé profque
toute leur poudre , & M¶
Racine , leur Commandant ,
les voulant encourager , leup
diftribua trente piftoles qu'il
avoit fur luy , & les engagea
à jetter continuellement des
Grenades . Ils devoient fe dé
fendre l'épée à la main lors
qu'ils auroient tout à fait
manqué de Grenades & de
poudre. M Palare, Capitaine
de Grenadiers , fut bleſſe legerement
d'une balle de Mouf
quet au deffus de la mammel328
MERCURE
le gauche , & M's Monfreau,
Lieutenant des Grenadiers de
Vandofme , & Siomet : Sous-
Lieutenant de Thiange , furent
ruez avec deux . Grena
dicts . Il n'y a eu que huit
"Grenadiers de bleffez dans la
Redoute & dans les Bateaux ,
qui furent tout percez de
coups de Moufquet & d'Arquebules
à croc chargées de
balles & de bouts de fer de la
longueur du doigt , qui ve
noient jufque dans Bonn .
quoy que le Rhin fuft entre
deux, & qu'il foitune fois plus
large en cet endroit là , que
GALANT 329
n'eft la Seine vis à vis del' Arcenal
. Il eft furprenant que
quatre mille quatre cens hommes
ayent efté battus & mis
en fuite par quatre cens. Une
action d'une vigueur fipeu or
dinaire n'appartient qu'à des
François. Les Ennemis ont
perdu plus de trois cens hommies
, fant morts que bleffez ,
& Prifonniers , & quinze Of
ficiers, fans compter plufieurs
Soldats qui ont deferté , la
déroute &
l'épouvante ayant
efte fi grandes , que chacun
fe fauvalans ordre & par differentes
routes . M ' Heiden ,
Avril 1689. Ee
330 MERCURE
leur Commandanteur d'a
bord la jambe caffée, & receut
pluſieurs autres - bleſſures ,
dont il moùrút dés le meſme !
jour. Le Roy a donné dení
grandes louanges à l'actions va
de M' Racine . Il eſt Fils d'um
Confeiller de la Grand
Chambre , & Frere d'un Coù--
feiller du Chatelet
meſme nom.
A
de com
Je ne vous feray point un
long détail des affaires d'Angleterre
, je vous marqueray›
feulement la fituation où elles.
fe trouvent aujourd'huy. Lea
Prince d'Orange cftant affure
GALANT::
qu'il y a plufieurs perfonnes
dans Londres qui font dans
les interefts de leur veritable g
Roys refolut deufopfervirol
d'une adreffe pour faire paffer
avec plus de facilité dans le g
Parlement plufieurs chofes
qui luy eftoient d'importan
ce. Il fit publier un Impri
mé, au bas duqueDeftoit fa
permiffion , afin qu'on ysalom
joûraft plus de foy . Cet Im
primé contenoit toutes les
particularitez de la mort du 3
Roy d'Angleterre, qu'on fup
pofolt arrivée à Breft. Son
regne paroiffant plus aſſuré vi
Ee ij
£ 88332 MERCURE
15 par là , il vint à bout de ce
qu'il fouhaitoit ; & comme
la verité fe découvre toft ou
dard , deux jours aprés il fit
imprimer dans la Gazette de
eb Londres , que soetteoifauffe
nouvelle avoit efté publiée
par la furprife d'un Imprimeur
qui avoir demandé
une permiffion pour impriumer
les circonftances de la
mort du Roy Jacques prémier,
& qui avoit mis Jacques
fecond. Son couronnement
fe fit vingt- quatre heu
res aprés qu'on cut fait courit
le bruit de cette mort fupGALANT-
58333.
pofée. Il fut couronné par
Archevefque d'York, affifté
26 de l'Evefque de Londres ,
5 l'Archevefque de Cantorbeobry
qui devoit faire cette fonuctions
comme Primar I du
Royaume , ayant genereufement
perfifté à dire , qu'aprés
bavoir prefté ferment au Roy.
Jacques IIafon vray Maifire ,
sl & eu l'honneur de les couronner
,il n'en pouvoir cououronners
un autre . Je vous ay
dépeint de caractere de E
vefque de Londres en plufieurs
endroits , Quant àl'Archevefque
d'York , c'cft ce334
MERCURED
luy qui eftoit Evefque d'E
xeter quand le Prince d'Or
range defcendit en Angle - ord
terre, & qui pour couvrir t
l'intelligence qu'il avoit avec
ce Prince , prefcha d'abord n
contre luy , afin d'avoir lieu
de fe retirer à Londres , feignant
de vouloir fe mettre à
couvert de fa colere mais no
c'eftoit pour cabalera fous ..>
main en fa faveur. Le Roy
d'Angleterre croyant que fon
zele eftoir veritable , luy
donna l'Archevefché d'York p
qui fe trouva vacant. Cette
bonté ne le toucha point..
1
GALANT.
I continua à chercher à nuire
â fon bienfaicteur & arox
bien voulu couronner fone
Ennemy. Il n'y avoit qu'un1729
Traiftre qui puft couronner !
un Ufurpateurs & qu'un 25
homme fans Religion quisco
puft Faffifter. Mais quel cou
ronnement , & qu'en pouty
on dire , finon que la victimes.co
aft couronnéeà hung uca
L'eftat prefent des affaires on
d'Ecole ne paroiftra pas ab
vantageux à qui n'en jugera s
que par les apparences , & par
les Lettres d'Angleterre, d'oùp
on n'en laiffe fortir aucune
336 MERCURE
qui difa la verité. Il femble
que la Convention foit plus
- favorable au Prince d'Orange
qu'au Roy , mais il ne faut pas
s'en étonner , la brigue eftoit
faite de longue main pour ne
faire élite que des Non- Con
formiftes. Cela n'empefche
pas que tous les Evefques,& la
plus grande partie des Seigneurs
ne foient pour le Roy.
Tout le fait dans la Convention
contre l'uſage & contre
le droit , & rien n'eft valable .
Ce Parlement ayant fes loix
differentes de celuy d'Angleterre,
il faut que les Déliberations
GALANT. 337
rations foient fignées par tout
le Corps , & non apar un feul
pour tous , ce qui n'a pas elté
fait. A l'égard de la Lettre
que la Convention a écrite
au Princes d'Orange goen réponſe
de celle qu'elle avoit
receuë de ce Prince' , tous les
Evefques & prefque tous les
Seigneurs ayant refufé de la
1 figher , les Non - Conformi
ftes de la Convention Cont
obligé le Prefident de la figner
au nom de tous , & elle
a efté ainfi énvoyée afin qu'-
velle puft fervir au Prince d'Orange
pour l'avancement de
Avril 1689. od Ƒf
338 MERCURE
mais
fes affaires à Londres , em di .
fant que fos affaires vont bien
en Ecoffe , & qu'elle trompaft
ceux qui ne fçavent pas les
Joix de ce Parlement. La de
claration que corte meſme
Convention a faire du Trône
vacant, n'eft pas plus valable,
quoy qu'un tas de Seditieux
veüille tout emporter
de force le Party du Roy
n'eft pas moins puiſſant dans
le refte du Royaume que celuy
du Prince d'Orange , &
lé Dac de Gourdon continuë
toûjours avec beaucoup de fi
delité à défendre le Chafteau
d'Edimbourg.
GALANT 339
M
-Depuis que le refte des Non
Conformistes
qui s'eftoient
retirez dans le Nord d'Ir
lande, a eflé défait , ce Royau
me , quoy que tout en armes,
jouit d'une heureufe tranquillité
, & du plaifir de s'eftre
acquitté de fon devoir, & d'avoir
merité l'eftime de routes
les Nations de la terre & ne
fonge plus qu'à contribuer au
rétabliffement
de fon Monarque
legitime, & pour cet
effet tout eft en mouvement
dans cet Etat.Le Roy a donné
une amnistic dont les Prefbiteriens
joüiffent , & plufieurs
Ff ij
340 MERCORE
i
d'entre eux paroiffent maintenant
auffi zelez pour Sa Ma
jefté que les Catholiques , &
les Proteftans Conformiftes .
On en a neanmoins trouvé
encore quelques uns qui depuis
l'amnistic , n'avoient pas
quitté les armes . Les uns ont
efté condamnez à de groffes
amendes , & les autres à eftre
pendus ; mais le nombre en
eltoit peu confiderable . Le
Roy a convoqué un Parlement
qui fe doit tenir le 17 .
du mois prochain. La Flote de
Breft qui porte en Irlande des
armes , des hommes , & de
GALANT. 341
Fargent , appareilla le 22. de
ce mois pour fortir le Goulet,
& aller mouiller à Bartanne
a deux licues de lieuës de la grande
BOHO CHI
Rade de Breft , afin d'eftre
plus en eftat de partir au premier
bon vent ; & comme il
a commencé le 24. à devenir
favorable, il eft hors de doute
que la nouvelle du depart de
ees Vaiffeaux fera arrivée avant
que vous receviez ma
Lettre . On a certitude que
cette Flore eft composée de
vingt - fix Vaiffeaux , de quatre
Fregates
Brulots,
ད་
& de douze
Ef iij
342 MERCURE
H
Qoy que je vous aye marqué
la derniere fois que vous n'auriez
ma fixiéme Lettre fur les Affaires
du Temps que le premier de luillet
, je vous l'envoyeray un mois
plutoft. Ainfi vous la recevrez le
premier de Juin. Je découvre tous.
les jours des chofes fi curieufes touchant
ce qui a donné le branle au
mouvement qui agite, aujourd'huy
toute l'Europe , que je n'ay pas
moins d'mpatience de vous les ap
prendre , que vous m'en rémoignez
de les fçavoir.
Le Roy a fait Brigadiers de Ca
valerie M. le Duc de Roquelaure ,
& M. le Comte de Nangis , &
Brigadiers d'Infanterie Mile Com
te Davegean , & M. de Creil, tous
deux Capitaines aux Gardes.
Lors que je fuis preft à finir ma
GALANT. 343
I
Lettre , on me donne la copie du
Compliment que Mr l'Archevefque
fir à la Reyne d'Angleterre en la
recevant à Noftre- Dame . Ce Prelac
luy dit , que le Dieu qu'elle
venoit adorer dans l'Eglife de Paris
dediée à l'honneur de lafainte Vierges
fe faifoit appeller dans les faintes
Ecritures , le Roy des Roys , & le
Seigneur des Seigneurs ; qu'ilfe plai
foit à voir au pied de fes Autels les
grandcars humiliées , & les Majefter
Joumifes ; Que le mefme Efprit qui
uniffoit fi étroitement cette Princele
avec un des plus genereux & des
plus grands Rois de la Terre , la faifoit
participer au zele qu'il avoit
fait paroiftre dans ce lieu pour le bien
de la Religion , & àfes autres vertus
chrestiennes Qu'auffi pendant que.
ce grand Prince travailloir par fa
$44 MERCURE
valeur au recouvrement defes Royauz
mes , le Public la regardoit comme
une de ces illuftres, conductrices dur
Peuple de Dieu , qui n'estoit pas
moins formidable à fes Ennemis par
la puissance de fes larmes & de fes
prieres , que par celle de fes soldats ,
& du nombre de fes Armées ; Qu'an
refte les larmes qu'elle uerfait avec
abondance avoient leurs entrées dans
Le Ciel , & qu'il ne doutait pas que
Dieu n'en excauçaft bien- toft le's clameurs;
Qu'on les confidereroit moins
d'orefnavant comme les fignes de ſa
douleur , que comme des Trophées
qu'elle Scauroit elever àſa propre
gloire , & mefme comme un monu
ment de la Victoire , qu'elle remporteroit
bien- loft fur les malheurs de
Les Peuples que c'efloit en cela que
confiftoient les voeux de l'Eglife de

GALANT. 341
Paris , qui n'ofoit pas s'étendre fur
les louanges de fes vertus Royales ,
de peur d'interrompre par un long
difcours les empreffemens defa pieté.
Je fuis , Madame , Voltre , & c .
A Paris ce 30. Avril 1689.
.I
53252555:222252222
P
TABLE.
Rélude.
Ode.
Eloge du Roy en monofyllabes. 13
Difcoursprononcé à l'Academie Frangoife
par M. Charpentier.
Madrigal.
Fable.
68
69
Ce qui s'eft paffé à Versailles pendant
la Semaine-Şainte,
78
TABLE
Difcours à la gloire du Roy de la
grande Bretagne.
88
Lettre d'un Milord abfent de la Convention
, à un de fes Amis .
100
Nouveaux avis fur la Carte des
Frontieres d'Allemagne.
151
Reception de Madame de Saliez à
Academie des Ricourati.
Réjouiffances faites à Rome.
154
137
Explication de Emblême Enigmatique
de la Theriague.
Harangue faite au Roy d'Angleterre.
159
177
182
Hiftoire.
Lettre à M. Menage fur le change
mentdes Monnoyes de Naples . 222
Prix propofépar l'Academie d'Arles .
Morts.
245
248
265
Estampe gravée d'aprés M. Mignard,
7.
TABLE.
Benefices donnez par le Roy. 267
Belle action de M. le
Marquis d'Vxelles.
278
M. le Marquis de Caftres eft nommé
A
Brigadier. 285
Action publique de M. l'Abbé de
Louvois.
286
Mariage de M. le Prince d'Enriche
mont , & de Mademoiselle de Coif
lin .
288
M. de Beauvais eft receu
Commandeur
de l'ordre.
200
Déclaration de Guerre , faite à l'Efpagne.
Carafes inverfables.
292
294
Devotions de Monfieur & de Ma
・dame pendant la Semaine-Sainte.
299
Diverses vifites faites par la Reyne
d'Angleterre , & fes Devotions
en l'Eglife Noftre- Dame de Paris.
302
TABLE
.
Eclairciffement nouveau fur le Preft
& l'intereft.
Enigme.
314
315
Action vigoureufe des François à
défendre une Redoute. 320
Affaires d'Angleterre , d'Ecoffe &
d'Irlande.
8 330
Nouveaux Officiers Generaux. 342
L
Avis pourplacer les Figures.
'Air qui commence par , Sans
fleches ,fans carquois
garder la page 77.
doit re-
Les Monnoyes de Naples , doit
regarder la page 236.
L'Air qui commence par , De mes
filets , doit regarder la page. 318 .
SS2222S-S 3:2222555
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout Court- neuve du
Palais.
?
Affaires du Temps . 5. vol. in 12 .
Guerres des Turcs contre la Pologne
, la Moſcovie , & la Hongrie,
r. l. 10. f.
Hiftoire de Mahomet IV . dépoffedé
, contenant beaucoup de chofes
touchant l'Empire Othoman , avec
le portrait des inclinations du Sultan
dépofé , fon horofcope , & la revolu
tion de cette horofcope, les deſcriptions
de toutes les revoltes des Janillaires
fous vingt-trois Empereurs Turcs ;
tout ce qui s'eft paffé de plus parti❤
culier à la Porre pour depofer Mahomet
, & élever Soliman III. fur le
Trône ; une defcription de fon Couronnement
; la continuation des Trou.
bles depuis cette ceremonie , avec plufeurs
autres chofes curieufes. 3. vo-.
lumes in douze. 4. l. 10. f.
Relation duSiege de Vienne. 1.1.10.f.
Hiftoire du Siege de Bude. 1. 1. 10.f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chreftiennes en Hongrie
, & dans la Morée , avec la prife
de plufieurs Places fur lesInfidelles.1.1 .
Eftat prefent de la Puiflance Othomane,
avec les caufes de fori accroiffement
& de fa décadence. 1. 1.
A
1o. f.
Amballades de Monf. le Comte de
Guilleragues , & de M. Girardin , auprés
du Grand Seigneur,avec plufieurs
Pieces curieufes , tirées des Memoires
de tous les Ambaffadeurs de France à
la Porte, qui font connoiftre les grands
avantages que la Religion & tous les
Princes de l'Europe ont tirez des alliances
faites par les François avec Sa
Hauteffe depuis le regne de François I.
& principalement fous le regne du
Roy , à l'égardde la Religion, enfemble
plufieurs defcriptions de Feftes &
Cavalcades à la maniere des Turcs ,
qui n'ont point encore efté données au
Public , ainfi que celle des Tentes
du Grand Seignenr . " r. 1.10 . f.
Hiftoire des Troubles de Hongrie,
contenant tout ce qui s'y eft paffé de
remarquable jufqu'à la fin de l'année
6. vol, in douze , 9. I $ 687 .
Le Grand Vifir Cara Muftapha
Hiftoire contenant fon élevation Fes
amours dans le Serrail , fes divers
emplois , le viay fujet qui luy a fait
entreprendre le Siege de Vienne , &
les particularitez de la mort 1.1. 10. f.
Le Secretaire Turc , contenant l'ast
d'exprimer fes penfées fans fe voir ,
fans fe parler, & fans s'écrire , avec
les circonstances d'une avanture Tar
que , & une Relation tres - curieufe de
plufieurs particularitez dn Serrail qui
n'ont pas encore efté veuës . . l . 10. f.
Le Seraskier Bacha . 1.1. 10. f.
OEUVRES DE M
de Fontenelle.
Dialogues des Morts. 2. vol. indouze.
3.1.
Jugement de Pluton fur les Dialogues
des Morts . " 1.t. 10. f.
Entretiens fur la pluralité des Mondes
, augmentez en plufieurs endroits,
avec un fixiéme Soir qui n'a point encore
paru contenant les dernieres
decouvertes qui ont efté faites dans
le Ciel
Hiftoire des Oracles.
1. l . 10. f.
1. liv . 10 f.
·
I venes F alturales avec un I raite de
la Nature de l'Eglogue , & une Digreffion
fur les Anciens & les Moder-
1. li. 10. f.
Lettres galantes de M. le Chevalier
d'Her... 2. vol.
nes .
3.1
.
Les Malheurs de l'Amour , ou Eleonor
d'Yvrée. i. L. 10. f.
Academie galante. 2. vol. 3. liv.
LaDucheffe d'Eftramene . 2.vol.2.1 .
Les Dames Galantes. 3.1.
Caracteres de l'Amour. 1. 1. 10. f.
Sentimens fur les Lettres & fur
Hiftoire , avec des Scrupules fur le
Stile.
Le Mary Jaloux.
L'Illuftre Genoife.
L'Ariofte moderne. 4. v.
Le Napolitain.
fanté. 2. vol. in octavo.
1. 10. f
1. 1. 10. f.
11. 10. f.
I. 1.
6.1
Secrets concernant la beauté & la
26.1.
Dialogues Satyriques & Moraux ,
2. vol. 3. l.
Difcours Satyriques & Moraux en
ers .
I. 1.
I. 1.
Fables nouvelles .
Epitres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles . 1.1.
Le Chevalier à la Mode. 1. 1. 10. f.
La Défolation des Joueufes . "
La Devinereffe.
Aitaxerxe,
La Comete .
10. f
1. f.
10:f
13, fit
La Methode du Blafon du Pere Meneftrier
, avec les Armes de la plufpart
des plus confiderables Mailons de
ij
France , imprimée en 1688. 27 lv..
Chevalerie ancienne & moderne, avec
la maniere de fairela preuve pour tous
les Ordres de Chevalerie , le 10. f.
Eclaircillement nouveau & tres-utile
fur le preft & l'intereſt. 1, liv..
Hiftoire de l'Afrique ancienne &
moderne, enrichie de 80. figures , 4.
volumes in douze . 8 liv.
Hiftoire de Normandie. r: 1. 10. f.
Eloges des Perfonnes Illuftres de
Pancien Teftament , par M. Doujat.

Traité de la Tranſpiration du fang.
1.1.15.f.
Abregé nouveau de l'Hiftoire generale
d'Efpagne , contenant ce qui
s'eft paflé dans les Pays dépendans de
cette Monarchie depuis fon origine
jufqu'à prefent. 3.vol 4. liv. 10, f.
Réflexione fur l'Acide & fur l'Al-
Kali . 1.liv.ro.f.
Effais de Morale & de Politique,
où il eft traité des Devoirs de 1 Homme
confideré comme particulier , &
1. l.
commevivant en Societé. 2. vol. 2.1.
Obfervations de M. Spon fur les
Fiévres & les Febrifuges.
Antiquitez du mefme M. Spon, Ou
vrage enrichy de plufieurs Figures.
7.10
Notes
de M.
Corneille
fur les Remarques
de M. de Vaugelas
, fuivant
le fentiment
du
Pere
Bouhours
, &
de Meffieurs
Chapelain
& Ménage
,
avec
les Remarques
mefmes
. 2 vol.
in douze
.
4. liv. ro. f
Arithmetique
raifonnée
, enrichie
de plufieurs
figures
pour
en faire
mieux
comprendre
les demonftrations
, avec
l'art
de toifer
& de jauger
. 1.1.10.f.
L'Art de laver, ou nouvelle maniere
de peindre fur le papier , fuivant le
coloris des Defleins qu'on euvoye à la
Cour , par M. Gautiet de Nifmes.
Voyage du Chevalier Chardin en
Perfe , & aux Indes Orientales , par
la Mer noire & par la Colchide, enri
chy de 18. grandes Figures. 2. v.4.A
10. f.
Relation duVoyage du Roy en Flang
dre en 1680 . 1.1.10 . f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal.
1.1. 10.f
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Efpagne, i . 1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois. 1. ) . 10. f.
Relation du Mariage de Monfe
gneur le Dauphin , avec la Princeffe
Anne Chreftienne- Victoire de Baviere.
-
1.1. 10. f.
Journal du Voyage du Roy à Lu
xembourg › contenant la defcription
des Places de la haute & baffe Afface,
& de celles de la Province de la
Sare & de Luxembourg . 1. liv . 10. f,
Relation du Siege de Luxembourg
1.4.10.f.
Relation de ce qui a efté fait devant
Genes en 1684. par l'Armée Navale
de Sa Majesté.
11. l . 10. f.
La Fefte de Chantilly , contenant
tout ce qui s'eft paffé pendaut le fejour
que Monfeigneur le Danphin y a fait
en 1688. avec une defcription exacte
du Chafteau & des Fontaines ..
A
Ambaffade de Siam en France , contenant
la reception qui a efté faite aux
Ambaffadeurs de Sa Majefté Siamoife
dans toutes les Villes où ils ont paſſé,
les ceremonies obfervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy & de
la Maifon Royale , les complimens
qu'ils ont faits , & ce qu'ils ont dit
de remarquable fur tout ce qu'ils ont
veu , avec une defcription exacte des
Châteaux , Appartemens , Jardins &
Fontaines de Verſailles , S. Germain
en Laye , Marly & Clagny , de la
Machine de Marly , des Invalides , de
l'Obfervatoire , de S. Cyr , des Chevaux
qui font dans les deux Ecuries.
du Roy , des Galeries de Sceaux , ce '
qu'ils ont veu pendant leur Voyage
en Flandre ; la defcription des Villes
& de tous les lieux où ils ont efté , de
la Fefte donnée par Monfieur à Saint
Cloud , & des Prefens qui leur ont
efté envoyez aprés leur Audience de
Congé. 4. Vol. in douze.. 6. liv.
Outre les Mercures de douze années,
à commencer en 1677. il y a trentedeux
Extraordinaires
, dans lefquels
font divers Traitez tres- curieux , &
plufieurs matieres qui regardent les
Sciences & les arts.
"3
Recueil d'Ouvrages faits à la loiiange
du Roy , fur l'extirpation de l'He
refie.us
I.t. 10. f.
Relation des Prieres publiques qui
entefté faites par toute la France , en
actions de graces de la guerifon du
Roy. NON 1. 1. 10. f
Divers Ouvrages en Mufique de
M. de Bacilly .
Airs Serieux & Bachiques à deux &
àtrois Parties , meflez de Simphonies
& en Trio pour les Violons & les
Flûtes avec des accompagnemens dans
tous les recits , le tout fait exprés , pour
concerter tout un Livre de fuite en
quatre Parties.nldy
3. L.
Campagne de Monfeigneur le Dau
phin , où l'on voit une defcription de
Philifbourg , avec les noms de ceux
qui l'ont fait fortifier , & de ceux qui
ont affiegé cette Place , un état des
Brigades des Regimens de Cavalerie,
Infanterie & Dragons , qui compo
foient l'Armée ; un état des Officiers
Generaux & des Aides de Camp de
Menfeigneur le Dauphin , avec les
noms de tous les Voloutaires ; un détail
de tout ce qui s'eft paffé au Siege,
divifé par jours & par nuits ; tous les
noms des Morts & des Bleffez , leurs
Emplois , & les Regimens dont ils
eftoient avec le nombre total des
Soldats bleffez , & tuez pendant le
Siege ; les Articles de la Capitulation;
une defcription de toutes les Places
qui ont efté prifes pendant le temps
de cette Campagne , & de celles qui
ont bien voulu recevoir Garnifon
Françoife. Avec un Recueil de divers
Ouvrages faits à la gloire de Monfeigneur
le Dauphin. 1. liv. 10. f.
Le Carroufel des Galans Maures ,
entrepris en 1685. par Moufeigneur le
Dauphin, avec la Compatfe, les Courfes
, & les Madrigaux. 1. liv .
Seconde Relation de ce mefme Car
roufel , avec diverfes Planches qui re
prefentent la fituation des Quadrilles.
1. liv.
Carroufel de Monfeigneur le Dauphin
fait à Verſailles en 1686. 1. liv .
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le